Descriptions des arts et métiers
-
-
- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET METIERS
- FAITES OU APPROU FEES PAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE ROYALE JD JE! S SCJCJEWCÆS JD JE! JP,AM JE
- AVEC FIGURES EN TAILLE-DOUCE.
- NOUVELLE EDITION
- Publiée avec des obfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur ces matières, en Allemagne, en Angleterre , en Suifle, en Italie.
- Par J. E. Bertrand, ProfeJJeur en Belles-Lettres à Neuchâtel, Membre de P Académie des Sciences de Munich.
- TOME III.
- Contenant P Art du Tanneur, du Chamoifeur, du Mégijjier, du Corroyeur, du Parcheminier, de /’ Hongroyeur, du Maroquinier , de travailler les cuirs dorés & argentés, du Cordonnier, du Paumier - Raquetier & de la
- A NEUCHATEL,
- De l’Imprimerie de la Société Typographique,
- paume.
- M. D C C. L X X V,
- Page de titre n.n. - vue 1/631
-
-
-
- p.n.n. - vue 2/631
-
-
-
- ART
- D V TANNEUR.
- Par M, de la Land e.
- p.r1 - vue 3/631
-
-
-
- p.r2 - vue 4/631
-
-
-
- J? JR. £ F jL C X.
- .JL’aut du Tanneur eft un de ceux qu’il était le plus néceflaire de décrire ; pour le bien public & pour l’avantage du commerce. Ce n’eft point un de ces arts de curiofité ou d’agrément, qui flattent l’efprit & ornent la mémoire: c’eft un art de première néceflitéi c’eft l’objet d’un commerce prodigieux & d’un revenu confidérable pour l’état j c’eft un art livré, dans la plus grande partie du royaume, à des ouvriers peu inftruits, dans lequel on peut faire des progrès très-utiles , en y portant le flambeau de la phyfique. L’intérêt public exigeait donc de nous cette defcription* l’intérêt même des gens de l’art s’y trouvera : les tanneurs , par exemple , qui ne connaiflent que le cuir à la chaux, y trouveront une maniéré de faire rentrer leurs fonds dans une année , au lieu de les attendre pendant deux ans i plufieurs y verront ce que penfent des gens inftruits fur des chofes qu’ils ont faites fans réflexion } on y verra les pratiques des étrangers comparées avec les nôtres , des expériences curieufes qui n’étaient point connues, & des vues fur les expériences iqu’on pourrait faire.
- Je prévois le dégoût que beaucoup de perfonnes auront pour la defcrip-tion d’un art qui paraît vil & abjeét; cependant l’art du tanneur raffembîe tous les genres d’utilité que peuvent avoir les différences defcriptions que l’académie s’eft propofé de publier. Pour le faire fentir, qu’il me foit permis de rappeller ces avantages en peu de mots: il m’importe de faire connaître les avantages d’un travail auquel je me" fuis livré, non par goût, mais par raifon, & pour le feul plailîr d’être utile. Il ne fera peut-être pas indifférent pour le progrès de notre entreprife, de faire voir aufti combien l’académie s’eft occupée du travail des arts depuis fa première inftitution, & combien elle a jugé ce travail utile & précieux.
- L’académie des fciences, raffemblée par ordre du roi & par les foins du grand Colbert au mois de décembre 1666, joignit dès-lors l’étude des arts à celle delà phyfique j & nous avons dans nos manufcrits plufieurs recherches faites à ce fujet avant le renouvellement de l’académie, c’eft-à-dire, dans le dernier fiecle: mais Iorfque l’académie, en 1699, par un renouvellement folemnel & par de nouveaux foins de la part du miniftere, eut repris une
- A ij
- p.r3 - vue 5/631
-
-
-
- jv
- PREFACE.
- nouvelle forme & une nouvelle activité pour tout ce qui pouvait être utile au public, elle^embraffa d’une maniéré plus fpéciale ce travail des arts , qui eonfiftait à les décrire tous dans l’état où ils étaient en France ; l’hiftoire de l’académie annonça dès-lors cette entreprife (æ) , & en publia les motifs. „ Par-là, dit l’hiftorien de l’académie, une infinité de pratiques pleines d’efprit j, & d’invention, mais généralement inconnues, feront tirées des ténèbres; on ,3 allure à la poftérité les arts tels qu’ils font préfentement parmi nous ; elle « les retrouvera toujours dans ce recueil malgré les révolutions ; & fi nous en j,avons perdu quelques-uns d’importans qui fulfent chez les anciens, c’eft 33 que l’on ne s’eft pas fervi d’un fcmblable moyen pour nous les tranfmettre. „ D’habiles gens, qui ne peuvent fe donner la peine ou qui n’ont pas le loifir 33 d’aller étudier les arts chez les artifans , les verront ici prefque d’un coup-» d’œil. & feront invités par cette facilité à travailler à leur perfection. „
- La principale caufe de la lenteur qu’on obferve dans le progrès des arts, eft une crainte jaloufe , une défiance intéreffée de la part des ouvriers , qui cachent de leur mieux les pratiques & les reflources de leurs arts, de crainte de les partager. Il importe au public de pénétrer cette obfcurité myftérieufe, pour y porter le flambeau de la phyfique & l’efprit d’obfervation ; il importe de connoitre les arts pour les perfectionner.
- Tout ce qui fe découvre dans les arts comme dans les fciences, doit être un tréfor commun à tous les peuples du monde ; & le miniftere français, toujours porté au bien de la fociété ,fe prêta dès-lors , comme il fe prête encore, au zele de l’académie, pour publier les arts fans reftriction , fans jaloufie. Il eft plus utile pour un état de partager avec tous les peuples les faibles lumières que l’habitude de nos ouvriers peut nous donner (i) , pour les perfectionner en commun, que de refter éternellement dans l’état de médiocrité & de routine dont ilsnefetireront jamais feuls.£C Lesartstiennenttous aux fciences ([b), a, attendent tout de celles-ci, & ne peuvent faire fans elles que des pas lents & 55 chancelans ; il eft donc néceffaire de mettre les arts fous les yeux des favans, j, pour être perfectionnés par des travaux qui exigent la publicité, la con-,3 fiance , l’ouverture avec laquelle on travaille dans les académies ”.
- (a) Hift. de l’acad. 1699, p. 117.
- (b) Art de faire le papier.
- (1) La rivalité entre les nations ferait autant & plus femelle que la défiance inté-'elfée des ouvriers , fi elle empêchait les
- nations de fe communiquer réciproquement leurs découvertes , & de perfectionner leurs méthodes les unes par les autres. C’eft le but que je me propofe principalement dans cette édition.
- p.r4 - vue 6/631
-
-
-
- V
- PREFACE.
- Un fecret dans les arts eft une efpece de monopole exercé par un particulier fur le refte des hommes ; c’eft fouvent une furprife faite à leur vigilance : chacun travaillant pour aider la fociété, devrait profiter de fon travail effectif, & non des furprifes , des détours, des artifices, des petiteffes qu’il y aura fubftituées. Il ferait donc à fouhaiter que chacun fe diftinguât par fon intelligence, fes foins, fes réflexions , fon expérience; mais qu’il évitât de nous dire fans ceffe , c’eft un fecret; car plus on cache les moyens, plus on donne droit d’en foupçonner le mérite; & l’expérience a mille fois prouvé que le foupçon était fondé. La plupart des fecrets que l’académie a vu annoncés myftérieufement, & achetés à grand prix , fe font trouvés des chofes très-médiocres.
- L’Académie commença la defcription des arts par celui qui devait confer-ver tous les autres, l’art de l’écriture & de l’imprimerie. M. Jaugeonen prit d’abord une partie, & compofa enfuite le refte, conjointement avec M. des Billettes & le P. Sébaftien Truchet ; il en eft parlé dans l’hiftoire de l’académie de 1699, & dans celles des années fuivantes. On lut enfuite fucceflive-ment dans les aflemblées de l’académie , les arts fuivans :
- L’art de faire des épingles , décrit par M. des Billettes. Hift. de Pacad. année 1700. Cet art a été donné depuis par M. Duhamel, avec beaucoup plus d’étendue & de foin.
- Le claveffin , décrit par M. Carré. Hift. T702.
- L’art du graveur en taille-douce , par M. des Billettes. Hijl. 1703 & 1704.
- L’art de frapper des poinçons, décrit par M. Jaugeon. Hijl. 1703.
- La defcription de la preffe, par M. des Billettes. Hijl. 1704.
- Les métiers qui concernent la foie , par M. Jaugeon. Hijl. 1704 , 170f , 1706 & 1707.
- L’art de faire la poudre à canon , par M. des Billettes. Hijl. 170^.
- L’art delà papeterie , parM. des Billettes. Hijl. 1706. J’ai donné cette defcription , il y a quelques années, fur un plan tout nouveau.
- L’art du doreur delivres, parM. des Billettes. Hijl. 1701707.
- L’art du batteur d’or , par M. des Billettes. Hijl. 1707.
- L’art défaire le fucre, par M. des Billettes. Hijl. 1707^5? 1708. M.Duhamel vient de le publier d’une maniéré toute nouvelle.
- La tannerie & la préparation des autres cuirs, par M. des Billettes. Hift, 1708 & 1709. A iij
- p.r5 - vue 7/631
-
-
-
- VJ PREFACE.
- La reliure des livres, par M. Jaugeou. Hijl. 1708,1718 & 171^.
- L’art de faire les bas au métier & à l’éguille, par M. Jaugeon. Hijl. 1709.
- La peinture, par M. de la Hire. Hijl. 1709.
- L’art de faire les perles faulfes, par M. deRéaumur. Hijl. 17*1.
- L’art défaire i’ardoife, par M. de Réaumur. Hijl. 1711. M. Fougeroux a décrit cet art.
- L’art du miroitier , par M. de Réaumur. Hijl. 171 2.
- L’art du favonnage & des leflives, par M. Lémery. Hijl. 171 %.
- L’art du tireur d’or, parM. de Réaumur. Hijl. 1713.
- Les cuirs dorés, par M. de Réaumur. Hijl. 1714. M. Fougeroux a publié le même art, mais d’une maniéré nouvelle.
- La façon d’efTayerles métaux, parM. Saulmon. Hijl, 1715’.
- La maniéré dont on travaille aux mines de fer, par M. de Réaumuf. Hijl. 1716.
- L’art de faire le fer-blanc, par M. de Réaumur. Hijl. 172
- Ces différentes defcriptions ne furent point imprimées, parée qü’ori les réfervait pour former enfuite une collection qui devait être rangée dans uii ordre méthodique; elles relterent manufcrites dans le dépôt de l’académie jufqu’au tems où M. de Réaumur fe chargea ieul de continuer ce travail, auquel il a véritablement donné des foins pendant toute fa vie. Les figures qui repréfentent le travail, les opérations, les attitudes de chaque ouvrier,avec les inftrumens des arts, furent gravées fuCceffivement depuis 1700 jufqu’à 1720 ; & quoiqu’il y en ait eu beaucoup de perdues * on a retrouvé 2£o cuivres fur les arts, fans compter 70 qui n’ont pour objet que les caraCleres & les alphabets de différentes langues.
- M. le duc d’Orléans, régent, qui protégeait fpécialement ce travail de l’académie , fit faire dans différentes généralités, par les foins de MM. les iuten-dans, un nombre confidérable dé plans & de deiîins relatifs à différens arts : il s’en eft retrouvé une partie en 1761, dans la fucceflion de M. de CreiU mais la plupart ont été perdus pour l’académie.
- Le ïç juillet 1758, les papiers trouvés chez M. de Réaumur, & qui venaient d’être remis en ordre, furent diftribués à vingt académiciens qui fe chargèrent de revoir & de publier ce qui ferait en état de paraître , de faire des additions aux arts qui auraient été perfe&ionnés, d’employer les maté-
- p.r6 - vue 8/631
-
-
-
- P R E F A C JE. vij
- ïiaux qui n’auraient pas une forme convenable, de faire enfin des recherches nouvelles pour les arts qui ne fe trouveraient pas traités dans les papiers que poffédait l’académie. On a déjà commencé à voir le fuccès de ces nouveaux arrangemens , & l’on continuera de jouir fucceffivement des productions nombreufes qu’ils ont fait éclorre pour l’utilité des arts & l’agrément du public. La première defeription parut en 1761, & contenait l’art de faire le charbon , par M. Duhamel ; elle était précédée par un avertiflement qui ex-pofait le plan du travail général des arts, & les avantages que l’académie en efpérait. On a vu paraître fuccelïivement la fabrique des ancres, lue à l’aca-. démie en 1723 , & augmentée confidérablement par M. Duhamel : l’art de tirer des carrières la pierre d’ardoife, de la fendre & de la tailler, par M. Fougeroux de Bondaroy : l’art des forges & fourneaux à fer, parJVL leman, quis de Courtivron , & par M. Ecuchu, correipondant de l’académie j la première feCtion traite des mines de fer & de leurs préparations ; la fécondé contient l’ufage du feu dans le travail du fer; la troilieme renferme la defeription des fourneaux, & l’art d’adoucir le fer fondu, compofé par M. de Réaumur, & publié-parM. Duhamel ( 2). M. Duhamel a auffi donné l’^rt du. chandelier; celui du cirier, eu la maniéré de travailler la cire; l’art du Cartier; l’art de raffiner le fucre ; l’art de l’épinglier, compofé d’abord par M. de Réaumur, & enrichi des additions de M. Perronet & de M. Duhamel : il a donné l’art du tuilier & du briquetier, conjointement avec MM. Fourcroy & Gallon. M. Fougeroux a donné l’art de travailler les cuirs dorés ou argen-, tés, & l’art du tonnelier; M. Macquera donné l’art de la teinture en foie ; en-, fin j’ai publié auffi dans ces dernieres années l’art de faire le papier, celui du; çartonnier , celui du parcheminier, celui du chamoifeur..
- INDEPENDAMMENT de tous ces arts qui ont été publiés depuis cinq ans,, l’on aura incelfamment celui de la calamine, ceux du fadeur d’orgues, du me-*, nuifier, du mégiffier, de l’hongroyeur, du corroyeur, du criblier , du ver-*, nilfeur ,. du tourneur, &c. que différentes perfonnes ont décrits , & qui font: déjà prefque en état de paraître ; & ils feront fuivis de beaucoup d’autres.
- Ce_t t e digreffion , trop longue peut-être ,fur Phiftoire& l’utilité de nos. travaux , me ramene à l’art du tanneur , dont il s’agit ici. M. des Billettes y avait travaillé en 1708 ,& l’on trouvera ci-après deux planches qui furent
- (2) Ces trois fedions font réunies avec néceffaires dans le fécond volume de cett-t: des notes & des additions qui m’ont paru collection.
- p.r7 - vue 9/631
-
-
-
- viij PREFACE.
- gravées vers ce tems-là ; mais il ne s’eft trouvé dans nos papiers que les premières pages du travail deM. des Billettes, qu’on avait commencé dé mettre au net,* je l’ai cité art. 29 ,41, 43 , &c. L'original eft perdu. Âu refte \ j’ai rej-connu par d’autres arts faits de la même main, queM. desiBillettes ne,mettait pas dans fes defcriptions autant de détails qu’il me paraît utile d’y. 'en mettre; d’ailleurs l’art du tanneur a éprouvé des changements depuis le commencement du fiecle; le cuir à l’orge, le cuir à la jufée n’étaient point connus alors, du moins je n’en ai trouvé aucun indice dans les papiers de l’académie. )'<:
- J’a 1 donc été obligé de reprendre ce travail jufques dans fes premiers principes ; j’ai détaillé les moindres procédés, & j’ai infifté beaucoup-& longuement fur ceux que j’ai cru les meilleurs. :>
- M. Trudainis , confeiller d’état & intendant des finances,l’undes honoraires de l’académie, qui depuis tantd’années eft ledépofitairede toute la confiance de la cour pour le progrès des arts, & qui s’en eft occupé avec le plus grand fuc-cès, a bien voulu s’intéreffer à ma defcription,&mefairecommuniqüercequi s’eft trouvé là-delfus au confeil de commerce. M. de Montaran ; intendant dû comqierce, m’a fait l’honneur de me communiquer des manufcrits qui lui appartenaient en propre. M. Coton , l’un des propriétaires de la manufacture de Saint-Germain-en-Laye; M. Barrois , directeur & intéreffé de celle de Saint-Hippolite à Paris , m’ont donné tous les éclairciflemens qu’on pouvaitatten-drede perfonnes pleines de candeur & de fa voir. M. Potier, intendant du commerce; M. Lefchaftler, confeiller à la cour des aydes ; M. de Sauvages, profeffeurde botanique à Montpellier, m’ont aufti procuré des éclaircilfemens fur plufieurs articles de cette defcription. Si, malgré tous ces fecours, il fe trouve des fautes dans mon ouvrage, c’eft à moi qu’on doit les imputer, parce qu’il eft infiniment difficile de s’arracher à l’étude des fciences mathématiques, & de faire dans les arts un apprentiiTage allez long pour ne rien ignorer, &ne rien omettre. Je voudrais que des gens inftruits prilfent la peine de lire cet ouvrage , & de m’en faire connaître les fautes. Je n’ai rien plus à cœur que d’en voir une bonne critique : Doceteme, £5? egotaceboj & fi qttid forte ignoravi, infimité me. Job, VI. 24.
- A.RT
- p.r8 - vue 10/631
-
-
-
- ART
- DU'.. TANNEUR'.
- t— " -----»•
- Ta n n e r un cuir, c’eû lui ôter fon humidité & fa graifle naturelle , augmenter la force de fes fibres, & en rendre le tiflu plus compa&e. C’eft affez gé-, néralementavec l’écorce des jeunes chênes qu’on produit cet effet fur les cuirs; mais on y peut employer diverfes plantes , & même d’autres matières s comme nous le dirons dans les articles 6i & fui vans.
- On ignore abfolument dans quel tems a commencé l’ufage de préparer ainfî les cuirs ; mais on a lieu de croire que cet ufage eft fort ancien. Les termes de tannum 3tamare, tanneria, fe trouvent dans les livres de la baffe latinité i mais on ne fait pas de quelle langue la baffe latinité a emprunté ce mot( 3 ).
- i. Les grands cuirs de bœufs, ou cuirs forts, dont on fait des fouliers ^ font le principal objet des tanneurs i on tanne cependant aufli de moindres
- (5) Très-probablement ce mot eft em. prunté de la langue allemande. Le mot tanne défigne cette efpece de pin dont on s’eft fervi anciennement, & même plus fou vent que de l’écoree de chêne , pour la préparation des cuirs. Il paroît que', dans le moyen âge , les Allemands àppellaient tanne ce qu’ils ont depuis nommé lohe. Voyez Dufresne , glojjar. ad v. tanneria,tannare, moltndinum ad tann. Il y a encore bien des endroits où l’on emploie, pour la tannerie, plus d’écorce de pin que de celle de chêne. L’ancien mot allemand tanne, le latin tan-num , & le français tan , ne different que par 'la terminaifon propre à chacune de ces
- Tome III.
- langues. Il en eft de même de la dénomination de l’art, tannerey, tartneria, tannerie, & des verbes qui défignent l’adion, tan-nen, tannare, tanner. Si en allemand l’ancien mot a fait place à un nouveau , on peut obferver que la même chofe eft 'arrivée à un grand nombre d’autres mots.- Quoi qu’il en foit, chacun peut prendre là-deflus tel parti qui lui conviendra le mieux. Obfer-vons ici ce qui paraît n’être point connu en France ; c’eft que l’écorce du fapin, tanne, du pin , fichten, & fur-tout cette dernière , aufli bien que l’efpece nommée en allemand nadeîn3 peut fervir,; comme le chêne , à la tannerie, t ' . ' : ij . .m
- B
- p.9 - vue 11/631
-
-
-
- 10
- ART DU TANNE U R.
- peaux pour d’autres ufages, & nous en parlerons à leur place, art. 2<70 & fui-vans ; mais les cuirs forts feront la partie la plus confidérable de notre deferip-tion ,. parce que l’ufage en eft plus effentiel, le commerce plus confidérable, la fabrication plus délicate, les défauts plus ordinaires, les méthodes plus variées , & le travail beaucoup plus long.
- 2. Les cuirs qu’on veut habiller en fort, paffent par deux opérations principales ; on commence par les faire enfler, après quoi on les fait tanner.
- Le gonflement dilate les parties , écarte les fibres, ouvre la fubftance du cuir; le tan pénétré la fubftance ainlî ouverte , s’y infirme, abforbe l’humidité qu’elle contenait , & par fa ftipticité raffermit, confolide, & lie les fibres du cuir à mefure qu’elles fe deffechent.
- Le tannage ne faurait être bon , fans le gonflement qui précédé, parce que l’action du tan ne pourrait pénétrer l’intérieur du cuir , fi une furface compare & ferrée s’oppofait à fon paffage.
- L’usage applique indiftindement le nom de cuir à la peau fraîche & non apprêtée , comme à celle qui eft travaillée & prête à employer ; cependant, pour plus de clarté, nous donnerons quelquefois le nom de peau à la dépouille de l’animal, pendant qu’elle eft dans fon premier état de molleffe & de.fraîcheur, c’eft-à-dire , avant que d’avoir été plamée ou tannée (4).
- De la qualité des différentes peaux,
- 3. Les meilleures peaux du royaume font celles des bœufs d’Auvergne,’ du Limoufin & du Poitou; elles font grandes, fortes & de bon apprêt. Celles de Normandie, quoique grandes , font les moins recherchées , parce qu’elles font minces, & par-là fi difficiles à préparer, qu’elles ne produifejit ordinairement que d'u cuir médiocre, & exigent des attentions particulières ; mais un jeune bœuf du Limoufin , lorfqu’il a été élevé en Normandie , palfepour être le meilleur cuir de la France.
- A Namur, on apprête des cuirs d’Irlande, qui naturellement font plus épais,
- (4) Rien n’eft plus utile que cette préci-fton dans l’ufuge des mots propres & il faut convenir que rien n’eft plus rare en français. Le mal vient également de la pauvreté de la langue , de la négligence des écrivains , & fur-tout de la difficulté qu’il j aàfaire recevoir un mot nouveau * quelque néceflkire qu’il fût pour exprimer une idée indéterminée., un procédé inconnu daris les arts -, un /instrument de nouvelle invention, &c. Les Allemands.confondent
- aufli quelquefois les mots haut, peau , & leder, cuir. Cependant il eft rare qu’ils emploient ce dernier pour exprimer une peau non travaillée. Haut c’eft la peau des grofles bêtes, tant qu’elle conferve fon poil. S'il s’agir d’un petit animal, comme le chien, on fe fert du raotfell. Celui de balg eft aufli employé pour quelques animaux fauvages , dont la peau fe leve toute entière. Lorfque les peaux font dépouillées de leur poi}, elles prennent le nom de kder.
- p.10 - vue 12/631
-
-
-
- A R T D U TANNEUR.
- i r
- & fe gonflent plus facilement que ceux de France ; les pâturages d’Irlande, qui font fi eftimés & en fi grande abondance, produifent une excellente forte de bœufs, & par conféquent de très-bons cuirs.
- 4. Les peaux dont le poil eft noir, ne font pas eftimées ; peut-être n’eft-ce qu’un préjugé > il y en a cent autres parmi les artiftes , & les lumières de la phyfique ne font pas encore alfez répandues dans les arts , pour qu’on puiife les diftinguer.
- Celles des taureaux font plus creufées, font un cuir moins épais que les autres , mais pour le moins auflî fort ; la même raifon qui rend fi faciles à engrailfer les animaux privés de l’ufage des parties génitales , doit rendre leur peau plus nourrie, plusépaifle, d’uy tiflu plus flexible & moins fort; auflî les cuirs de taureaux ne doivent être employés par les cordonniers, qu’à faire les fécondés femelles ou les fouliers de femmes.
- f. En Angleterre comme en France, j’ai vu que les cuirs de vaches font eftimés plus forts & meilleurs que ceux de bœufs ; mais les cuirs de taureaux font encore plus eftimés.
- La réputation de force & de bonté que les cuirs de vaches ont fur les cuirs de bœufs, fait que bien des tanneurs prétendent n’avoir que des cuirs de vaches , comme la plupart des bouchers prétendent n’avoir que du bœuf, parce qu’il eft meilleur pour la table : de là eft venu une efpece de proverbe , qu'à la tannerie tous bœufs font vaches, comme à la boucherie toutes vaches font bœufs.
- Des peaux fraîches.
- On eft dans l’ufage de pefer les peaux fraîches , & d’en marquer le poids à la' queue, avec des coups de couteau qui forment des lignes dont la valeur eft connue dans le commerce. Une feule ligne perpendiculaire, c’eft-à-dire , verticale dans la longueur de la queue , fignifie vingt livres ; deux lignes verticales lignifient quarante , & ainfi de iuite. Pour marquer la dixaine, on tire au-delfus des lignes précédentes, une ligne horizontale qui vaut dix : une autre ligne horizontale tirée par deifous les lignes perpendiculaires, vaut cinq.
- Si l’on a encore une, deux, trois ou quatre unités, on tire d’autres per* pendiculaires plus petites au-de(Tou.s de la ligne qui marque, cinq. La planche fécondé repréfente cette maniéré de compter qui eft fort commode (5). J’ai marqué fept caraderes différens, & au-delfous de chacun j’ai mis le nombre qu’il exprime. On n’a pas coutume de marquer dans les peaux fraîches ,un poids moindre que la livre, ni plus grand que cent, car il n’y a prefque jamais de peaux qui aillent là ; en tout cas, le centfe marquerait par une fimple croix. Ces marques î qui ne s’effacent point, fervent à faire reconnaître les cuirs de
- B ij
- (S) Voyez planche II, fig. L.
- p.11 - vue 13/631
-
-
-
- ART B TJ T A^N N E U R.
- 12
- toute forte de poids, foit pendant le travail , foit après que le cuir eft tanné. -
- 7. Les peaux font confidérées comme petites & d’un prix bien moindre à proportion que les grandes , quand elles ne pefentque foixante livres ou au-deffous: dès qu’elles paflent foixante livres , elles font payées comme grandes peaux à la raie ; la plus haute raie eft de quatre-vingt-quin'ze ou quatre-vingt-dix-huit livres i on en voit même de cent.
- Le prix commun de la plus haute raie, eft à raifon de trente-cinq livres le cent pefant, ce qui fait fept fols la livre ; mais on y comprend les cornes , les oreilles, les os de la tête , la crotte, l’eau & le fang qu’elles ramaffent dans la tuerie. *
- Pour indemnifer le marchand de toutes ces matières étrangères, on rabat deux livres dix fols ou davantage, tk; même jufqu’à cinq livres par di-xaine; ainfi la livre des peaux ou cuirs en poil, Portant de deffus l’animal, revient à cinq , fix ou fept fols. Le prix augmente fouvent : en 174? , la mortalité des bêtes à cornes, jointe à la guerre ,fit enchérir les peaux de moitié.
- 8. Le commerce des peaux eft monté furl’ufage immémorial de pefer & de vendre le cuir en poil avec les cornes , les oreilles & les émouchets (6), comme nous l’avons obfervé [7] ; il s’en trouve qui dans cet état pefent près de cent livres, mais aufti le déchet en-fera plus confidérable après que le cuir aura été tanné & féché, & il ira à beaucoup plus de moitié.
- du A N d le boucher fe trouve difpofé à augmenter encore le profit, il le peut par différentes manœuvres : i°. en tenant fes bœufs dans l’étable avec peu ou point de litière, afin d’augmenter la crotte qui s’attache au ventre & à la queue: 2°. en laiffant pendre à la peau une partie des os de la tète : 3°. entaillant traîner les peaux dans l’eau , le fang & la boue qui fe trouvent dans la tuerie,* mais fur tout cela c’eft à l’acheteur à faire fes conditions, & àfe garantir des piégés du vendeur.
- Des peaux falées.
- 9. L e s peaux*que le boucher ne fe propofe pas de livrer tout de fuite au tanneur, doivent* ê-tre falées , de crainte de corruption:on emploie pour cela trois livres & demie ou quatre livres de fel de morue (7) , ou de fel mêlé
- (6) On appelle "cmouchets , en terme de pratique eft inconnue dans bien des provin-tannerie , les cornes, les oreilles, les os de ces d’Allemagne. Les peaux fraîches conta "tête* & toutes les parties inutiles que les tractent, quand on les laiffe quelques jours, bouchers livrent aux.tanneurs avec 1a peau une efpece de putréfaction , qui les prive «e vaçhe ou de bœuf. i; ; . ; , des parties muçitagineufes. Dans la chaux
- • (;7)..'C’eft une excellente méthode de fa- ces parties fe perdent encore (davantage ; 1er les peaux, qu’on veut conferver féches, . les fibres deviennent plus fines', & le cuir avant aé les remettre au tanneur. Le t'ra- n’a plus de fermeté. Voit'» pourquoi on'peut cucteur allemand nous apprend que cette li ailemeut déchirer une peau de veau d’Al-
- p.12 - vue 14/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR,.
- i
- d’alun qu’on diftribue légèrement fur la chair , en obfervant d’en mettre un peu plus à la tête, le long du dos, & aux bordages, comme plus difficiles à tanner que les autres parties de la peau.
- En hiver, on eft obligé d’employer quelquefois jufqu’à huit ou dix livres de fel par cuir, parce que les peaux ne fechentque difficilement, & que le danger de la putréfaction dure alors plus long-tems.
- Les bouchers de Paris, qui font dans l’ufage de ne faire leurs livraifons qu’au bout de quinze jours ou trois femames, quelquefois plus tard, ont fur-tout befoin de faler leurs peaux : & pour s’indemnifer, ils précomptent nu tanneur cinq livres , en fus du poids de chaque peau.
- 10. Il y eut en 1673 , une convention entre les marchands bouchers de Paris & les fermiers-généraux, intéreftés au bail des gabelles , autorifée par lettres-patentes données à Nancy le 14 août 1573 , regiftrée en la cour des aides le 16 oétobre, par laquelle il fut ftipulé qu’on délivrerait, pendant le cours du bail de François le Gendre, du fel qui avait fervi à la pêche des morues de Terre-Neuve, qui fe ramaife au fond des navires après que le poilfon en eft ôté ; & cela pour fervir feulement à faler les cuirs de leurs abattis, au lieu de natron (8) dont ils fe fervaient auparavant.
- Cette convention a été renouvellée de tems à autres, en particulier le 23 novembre 1726 ; il fut ftipulé pour lors que les bouchers le paieraient à rai-fon de feize livres dix-neuf fols par minot. Les bouchers s’engagèrent à payer encore les droits de préfence & affiftance des officiers, mefureurs & porteurs, de même que la moitié du loyer des caves où le fel ferait dépofé à Paris.
- Il fut ftipulé qu’on ferait un état à la fin de chaque mois , contenant les noms des bouchers qui auraient befoin de fel, le nombre des cuirs des abattis que chacun devrait faire pendant le mois fuivant, la quantité de fel dont il aurait befoin pour faler ces cuirs, fur le pied de quatre livres de fel ou environ pour chaque cuir j cet état doit être certifié des jurés de la communauté, & remis aux commis des fermes; &fur l’ordre que les fermiers mettent au pied de cet état, la délivrance du fel leur eft faite le premier mardi de chaque mois, en payant comptant le prix convenu. Pour éviter les contraventions, il eft permis aux fermiers-généraux de faire mêler à leurs frais dans ledit fel, autant de cendres qu’ils jugent à propos, & de faire des vifites pouf recon-noître l’emploi que font les bouchers de ce fel de morue pour la falaifon des cuirs. Les bouchers font suffi refponfables des abus & des contraventions qui peuvent être faites avec ce fel par leurs étaliers & domeftiques ; & en cas qu’un boucher, ou fes domeftiques,contrevienne aux ordonnances des gabelles , le
- lemagne ; ce qui ferait impoflible fur une trouve dans la terre, L’ufage en a été dépeau anglaife. fendu en Fiance fous le miniftere de Col-
- (8) Le natron eft un fel alcali qui fe berc..
- p.13 - vue 15/631
-
-
-
- 14
- AKR T DU TANNEUR.
- procès fe fait par les officiers du grenier à Tel , aux frais de la communauté des bouchers,- & la communauté eft obligée de payer non-feulement les dépens, mais encore les amendes qui pourraient être prononcées contre les dé-linquans, faufà en former la répétition contre le condamué. Les jurés delà communauté des bouchers font obligés de délivrera la fin de chaque année , un état des noms & demeures de tous les maîtres , avec le nombre de leurs en-fans & domeftiques, & d’y joindre les billets qui auront été délivrés à chacun d’eux en levant leur provifion de fel comeftible au grenier de Paris , pour que le fermier puilfe reconnaître fi tous les bouchers font une jufte confom-mation de fel ordinaire , fuivant le nombre desperfbnnes dont chaque famille eft compofée , conformément à l’ordonnance de 1680, & s’ils neconvertif-fent point à l’ufage de leurs nlimens , le fel qui 11e leur eft accordé que fous la condition expreffe de l’employer à la falaifon des cuirs de leurs abattis.
- Les fermiers délivrent auffi aux tanneurs-hongroyeurs de Paris , le fel de morue qui leur eft nécetTaire pour le cuir de Hongrie, à condition qu’il foit mêlé dans chaque minot de fel au moins huit livres d’alun broyé, que les tanneurs font obligés de fournir eux-mêmes , & en outre de la cendre , pour empêcher qu’il ne puilfe fervirà leurs aiimens. Il y eut fur-tout une convention expreffe à ce fujet entre les fermiers-généraux & les jurés de la communauté des tanneurs, le 29 novembre 17265 elle contient les mêmes claufes & conditions que celle des bouchers que je viens de rapporter.
- Le fel de tanneur ou le fel de morue qu’on prend à la gabelle, coûte actuellement vingt-cinq livres le minot, ou quatre fols la livre, au lieu de douze fols que coûte le fel ordinaire ; enforte qu’il y aurait un profit manifefte à l’employer, fi le fermier n’avait eu foin de prendre.des précautions à Cet égard. Le mélange de l’alun infcCte tellement ce fel, qu’011 ne faurait s’en fervir à aucun ufage.
- Dans les ports de mer on emploie du mauvais fel de fardine , & il y aurait un grand avantage pour la falaifon des cuirs d’être près de la mer, fi les précautions de la ferme ne s’étendaient pas jufqucs-îà.
- il. La falaifon étant faite, on plie les peaux en toifon , c’eft-à-dire , qu’on plie d’abord la peau en deux fur fa longueur, de façon que chaque extrémité foit exactement appliquée fur fa pareille , ce qu’on appellepa/re fur patte ; on forme enfuite tous les autres plis l’un fur l’autre en commençant par les jambages , enfuite la pointe du ventre vers le dos , puis tête fur queue , queue fur tête j on finit par un dernier pli qui double le tout & en forme un quarré d’un ou deux pieds, comme on le voit en D, pl. II.
- Les peaux qui font falées fe mettent en pile de quatre en quatre ou de trois en trois ,• & pour donner au fel le tems de fondre & de pénétrer, on] les lailfc aiiifi empilées l’efpace de trois à quatre jours.
- p.14 - vue 16/631
-
-
-
- ART DU T A N N E U R.
- if
- 12. Après qtrc le fel a en le tems de pénétrer 4ans le tilfu de la peau , elle peut fécherfans rifquede fe corrompre ; pour cet effet on l’étend fur une perche , la chair en dehors, en obfervantde la pliffer un peu plus vers les épaules que vers la queue, pour que la peau ne fechepas plus vite dans la partie mince que'dans l’endroit le plus e3ais.
- Il faut ordinairement huit jours en été, quinze jours en hiver, pour fé-cher les peaux * elles perdent à peu près quatre feptiemes du poids qu’elles avaient en fortant de la boucherie; ainfi une peau de foixante-dix livres contenait quarante livres d’humidité fuperflue , & n’en pefe que trente lorsqu'elle eft lèche; fi donc on pefe une peau feche & qù’on veuille favoir ce qu’elle pefait étant verte, il faut doubler fon poids & y ajouter encore le tiers du même poids. Prenons pour exemple une peau feche de trente livres ; ce nombre étant doublé, fi l’on y ajoute le tiers de trente, c’eft-à-dire dix, on aura foixante-dix livres pour le poids de la peau verte.
- Du lavage des peaux.
- 13. Lorsque les cuirs en poil qu’on veut habiller font verds, c’eft-à-dire, qu’ils conCervent leur humiditélnaturelle, ou qu’ils font encore frais, on commence par les mettre tremper dans l’eau , feulement pour les défaigner , les nettoyer du fang & des ordures qu’ils amaffent à la tuerie. Comme le lavage eft une opération qui revient fans ceffe dans l’art du tanneur, il s’enfuit qu’une tannerie doit être établie au bord de l’eau , & s’il fe peut, d’une eau cou-lante, & qui ne foit pas aufti. dure & aufli aftringente que le font fouvent lesfources qui coulent immédiatement des rochers. Si la tannerie eft fur le bord d’une eau coulante & rapide, on eft obligé d’attacher les cuirs à des pieux fichés au fond de la riviere. Si les cuirs font fecs , on les met également dans l’eau $ mais on les laiife tremper plus long-tems pour les ramollir.
- On les retire une fois chaque jour pour les craminer (9 ) ou leur donner une pajfe, c’eft-à-dire , les étirer fur le chevalet avec le couteau , ou plutôt un fer qu’on appelle en Auvergne htrbon, ou couteau rond (10) ; fouvent même on les foule , afin de les rendre plus fouples & les faire tremper plus vite ; on les rejette dans l’eau , &ÿ’on ‘renouvelle ce travail chaque jour jufqu’à ce que les cuirs foient bien revenus, c’eft-à-dire, bien amollis par le trempement & le craminage.
- 14. On laiife enfuite tremper les cuirs jufqu’à ce qu’ils foient bien foulés d’eau, c’eft-à-dire, jufqu’au point où l’on commencerait à craindre la corruption,- car il eft d’expérience que plus un cuir a trempé , mieux ilréufïïtà l’apprêt, & meilleur il eft.
- (9) En allemand , cette opération fe (10) Rundmefier. nomme überjireichen.
- p.15 - vue 17/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 16
- Cependant il y a un terme ; car les peaux dans le travail de riviere, tendent à la corruption; on en juge par l’odeur défagréable qu’on éprouve dans les endroits où il Te fait. Il faut donc examiner avec foin le point de faturation ; il faut auiîi confidérer que dans certaines eaux, comme celles de la riviere des Gobelins, la boue, les teintures & autres parties hétérogènes piquent les cuirs, fi on les laifle trop long-tems dans l’eau. Les gros cuirs ri’y doivent pas avoir plus de ûx heures de boiflon ; les vaches à œuvres, vingt-quatre heures ; les veaux, quarante-huit heures.
- if. Si les cuirs font falés, ils ont encore plus befoin de tremper; on les laide dans l’eau deux, trois , ou quatre jours , fuivant que le tems eft plus ou moins chaud ; on les retire de l’eau tous les jours , & on les laide égoutter pendant l’efpace de deux heures à chaque fois , afin que l’eau pénétré mieux les cuirs pour les attendrir ; & on les agite dans’.l’eau , pour qu’elle puifle entraîner les ordures & lefel qu’elle a diflous. La derniere fois fur-tout qu’on les tire de l’eau , on les rince à force de bras , pour les amollir & les nettoyer, mieux de leur fel. On voit en A , dans la planche I , le travail de celui qui rince les peaux dans l’eau. Il ferait utile, pour ménageries peaux que l’on rince ainfi plufieurs fois, d’établir des perches entre deux eaux , pour empêcher qu’elles n’aillent au fond, où le gravier & le limon les effleurent, les piquent, les rongent, les endommagent fou vent.
- Si l’on avait proche des tanneries des moulins à foulon, & que l’on mît une peau qui a trempé dans l’eau, fous les marteaux du foulon feulement l’ef-pace d’une heure , elle y ferait alfouplie , rincée & craminée beaucoup mieux qu’elle n’cft àbras d’homme en toute une journée; au refte le craminage s’opère fuffifamment enfuite par la dépilation [26] & le décharnement à vif qui augmente toujours de plus en plus la fouplelfe des peaux.
- 16. Avant de craminer ou caraminer les peaux qui ont été féchéesen poil f on commence à les fouler avec les pieds ; on fend la tète depuis les yeux juf-qu’à la bouche; ou en coupe les oreilles,ce que les hongroyeurs appellent chappoimer ( 11 ) , 011 les décrotte au demi-rond , qui eft un couteau re-préfenté en M dans la planche I; on enleve les os de la tète avec le demi-rond, on repalTe les peaux fur chair , & en même tems ôlt en ôte les pellicules & tout ce qui s’y rencontre de fuperflu. On n’a pas befoin de craminer les peaux fraîches, parce que cette opération nefertqu’à remédier au racor-niflement & à la roideur des peaux qui ont été delféchées.
- 17. Les peaux qui ont été craminées, doivent aufti être rincées en eau courante, afin de les nettoyer de toutes les ordures, & du limon quiferoitcapable de les piquer dans réchauffement;enfuite on les étend fur une perche pour s’y égoutter l’efpace de vingt-quatre heures ; pendant ce tems-là, on va
- (11) En allemand kappent
- deux
- p.16 - vue 18/631
-
-
-
- deux fois le joue tordre les extrémités pendantes de cette peau , où toute l’eau fe ramafle , afin de la mieux égoutter. On pourrait très-bien épargner ce délai de vingt-quatre heures, &prefler l’égouttement j il ne s’agirait que de récouler les peaux fur le chevalet avec le couteau rond, & les mettre à peu près au point de ficcité où les mettent vingt-quatre heures d’égouttement j mais on craint de les falir quand elles ont été rincées.
- Du travail de la chaux.
- 18- Nous avons dit que,pour difpofer les cuirs à être pénétrés par le tan , il fallaitles faire enfler & en dilater les pores [2]; cela fe fait depiulieurs manières : il eft de notre objet de les expliquer toutes , parce que de cette première opération dépend le fuccès de la fécondé ; un cuir ne {aurait être bien tanné , s’il a été mal préparé dans les paflemens ou dans les pleins. Mais quoique nous entreprenions de décrire le travail du cnit* à la chaux, qui eft encore le plus ufité, nous devons avertir que cette méthode eft la moins bonne de toutes celles que nous avons à décrire [48,248.].
- La plus ancienne méthode qu’on ait employée pour préparer les cuirs à être tannés , confifteà les mettre dans de l’eau de chaux pour les dégrailler & les faire enfler ; cette chaux fe met dans de grands creux pratiqués en terre & qu’on appelle pleins. Nous avons expofé dans l’art du parcheminier, ce qui nous portait à préférer cette orthographe, tandis que d’autres écrivent plains ou ptlins ; l’étymologie étant incertaine & l’ufage ayant varié, nous avons adopte celui qui était confacré par des arrêts du confeil déjà fort anciens (12).
- 1$. La chaux dont on fe fert pour faire les pleins, eft une pierre dont le feu a atténué les parties , de maniéré à la réduire dans l’état d’une terre abfor-bante. L’union de cette terre avec de l’eau, produit une matière faline, alka-line, cauftique, propre à attaquer les fubftanceé animales , à les corroder, à les brûler: aufli l’on n’emploie la chaux pour les cuirs, qu’après qu’elle a été bien éteinte dans l’eau, qu’elle eft refroidie pendant plusieurs jours, & qu’elle y a jeté prefque tout fon feu.
- 20. Un pied cube de chaux ,ou un minot, coûte à Paris environ vingt fols jcar le muid qui contient quarante-huit pieds cubes , coûte à peu près cinquante livres. O11 fait infufer dans l’eau environ le tiers ou le quart d’un pied cube de chaux pour chaque cuir, & cela forme u n plein [34]. On voit ces pleins enfoncés dans la terre , & repréfentés en C dans la planche I. La maniéré dont ils doivent être efpacés , fera expliquée ci-après [3«J-
- (12) Le mot de plein , vient de peler ,• faut de beaucoup que la plupart de ceux le premier ufage de la chaux étant de déga- qui font employés dans les bureaux, aier>' ger la peau de fon poil, ou de fa laine, une connaiffance approfondie de la langue L’autorité des arrêts du confeil ne s’étend & de la littérature, pas jufqu’à la grammaire. On fait qu’il s’en
- Tome III.
- IC
- p.17 - vue 19/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 18
- Dans tous les pays où l’on fait du cuir à la chaux , on a plufieurs fortes de pleins, dans lefquels chaque cuir paffe fucceflivement dans l’efpace de dix, douze ou quinze mois. Les cuirs fuffifamment amollis ou revenus doivent être mis dans le plein mort, c’eft-à-dire, dans une vieille eau de chaux qui a déjà jeté fon feu , & c’eft ce qu’on appelle abattre( 13 ) : les cuirs doivent plonger entièrement dans le plein, c’eft-à-dire, être fubmergés & recouverts par l’eau. On laifle les cuirs dans ce plein mort pendant huit jours , après quoi on les leve pour lies mettre huit autres jours en retraite, c’eft-à-dire , les ranger les uns fur les autres, & hors de la chaux : nous verrons ci-après [ 2? ] un autre ordre pour les pleins & les retraites. On voit dans la première planche , fur le bord des fofTes C, plufieurs cuirs qui font en retraite, c’eft-à-dire, empilés fur le pavé de la plamerie.
- Après huit jours de retraite, on rabat les peaux dans le même plein, où on les laiffe encore une femaine , & ainfi alternativement en p’ein & en retraite de huit en huit jours pendant l’efpace de deux mois : c’eft le tems qu’il faut à un plein mort pour déraciner le poil, de maniéré que le cuir puifle aifément fe débourrer [ 26 ]. .
- 2i. Suivant les mémoires des infpe&eurs du commerce, qui m’ont été communiqués, l’on trouve dans les différentes provinces du royaume une très-grande variété dans la maniéré de gouverner les pleins. Dans l’Angou-mois, le train de plamage eft compofé de douze pleins, dont les deux premiers font morts ; les quatre fui vans, faibles > les fix derniers, neufs, ou à peu près ; chacun Ht formé de deux barriques de chaux avec un fac de cendres.
- En Poitou, 011 donne cinq pleins , dont deux morts & trois neufs , chacun de 1 à 2 barriques de chaux, avec un fac de cendres. Dans la Bretagne, il y a des tanneurs qui ont leur train de fix pleins, dont le premier eft mort j le fécond, foible; & les quatre derniers, neufs. D’autres tanneurs Bretons ont leur train de fix pleins neufs, qu’on fait de plus en plus forts par une augmentation progrefîive de chaux & de cendres : & ces tanneurs ne débourrent leurs cuirs qu’à la fortie du quatrième ou cinquième plein , perfuadés que les cuirs plament mieux en poil ( 14 ) qu’en tripe [ 28 ].
- . 22. En Auvergne , on compofe les pleins avec une lefiive de cendres, me-» lée de chaux vive , & l’on fait trois pleins d’un mois chacun. A Saint-Angel en Limoufin , les pleins durent fix mois, & ils font faits avec de la chaux mêlée de cendres. Dans le diocefe du Puy en Languedoc, les pleins durent "huit à dix mois, & l’on y met aufti des cendres & de la chaux. Dans la Champagne & dans le duché de Luxembourg , ceux qui rte font pas le cuir à la ju-fée(*s) donnent quinze à dix-huit mois de plein [190] , en augmentant
- (15) En allemand, einjetzen. (iç) On prépare les cuirs à la jujée , en
- (14) On dit qu’un cuir eji en tripe , lorf- fe fervant pour cet effet d’eau d’écorce qu’on en a abattu le poil. qu’on a fait aigrir.
- p.18 - vue 20/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 19
- peu à peu & très-lentement la quantité de chaux & la force des pleins. En Dauphiné , l’on fait quatre pleins confécutifs ; on y emploie plus de chaux que dans aucun endroit du royaume, mais les cuirs n’en doivent nas être meilleurs.
- 23. Chacun fuit eu cela l’ufage de fes peres, ou l’expérience qu’il croit avoir acquife : il nous paraît cependant que le grand nombre des pleins ne fert à rien, & produit une dépenfe inutile en chaux & en cendres. Le cuir ne peut gonfler que jufqu’à un certain terme, au-delà duquel il ne fait plus que fe brûler ou fedeirécher: le cuir prend autant d’épaiflèur en trois ou quatre pleins qu’il en pourrait prendre en fix , & même en douze.
- 24. J’ai oui détailler à un homme fort intelligent, une maniéré de gouverner les pleins,qui eft un peu différente, mais qui réuiïit à merveille.
- Je fuppofe qu’on ait à conduire à la fois cent vingt-huit cuirs forts , dont feize feulement, c’eft-à-dire, la huitième partie puiiîe entrer à la fois dans un plein : ce plein, après avoir refroidi pendant quatre jours, fervira pendant quatre jours de pleins frais, & cent vingt-huit autres cuirs y paieront chacun douze heures, ou bien les feize premiers pendant un peu moins, & les feize derniers un peu plus de douze heures.
- Le plein qui pendant quatre jours a fervi huit fois de plein neuf, fervira pendant huit jours de fécond plein frais à cent vingt-huit cuirs : chaque aifem-blage deJeize cuirs palfera vingt-quatre heures dans le plein ,• il fervira enfuite de troifleme plein frais ou plein faible [30] pendant huit autres jours : il fervira de pleinpour peler, ou de troifieme plein mort pendant huit jours : il fervira de fécond plein mort pour faitver, c’eft-à-dire, feulement pour conferver les cuirs, & cela pendant huit jours : enfin il fervira de plein mort pour mettre en plein , c’eft-à-dire , pour commencer à préparer cent vingt-huit cuirs arrivant de la boucherie , dont chaque partie de feize y paffera également huit jours ; alors ce plein qui a fervi avec fix qualités différentes à fix fois cent vingt-huit cuirs, pendant quarante-quatre jours, n’étant plus bon à rien , 011 le jette à l’eau ,* on verfe le cinquième à fa place, & ainfi deffuite i le plein frais fe trouve vuide , & l’on recommence de la même maniéré.
- . Dans cette maniéré de gouverner les pleins, on voit que des cent vingt-huit cuirs il n’y en a jamais que feize à la fois dans le plein neuf, & ils n’y font que douze heures fur les quatre jours entiers ; dans tous les autres pleins, ils font également'fept fois autant de tems en retraite que dans le plein, fl y a quatre retraites, dont trois font de trente-deux cuirs & une de feize; en-brte que des trente-deux cuirs , feize font une femaine deffus & une femaine bus les feize autres. Cet ordre a lieu, foit avant, foit après la dépilation [30].
- Maniéré de débourrer les peaux.
- 26. On connaît que les cuirs font en état d’être dépilés, lorfqu’en arra.
- C ij
- p.19 - vue 21/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- a©
- chant avec la main quelques poils, on entend crier la peau , fans éprouver une trop grande réfiftance. Les cuirs qui ont été deux mois dans les pleins morts, font ordinairement en état d’être débourrés ou pelés : mais auparavant on les jette dans l’eau pour y pafler vingt-quatre heures ,• le lendemain on les rince en les tirant de l’eau, on les étend fur le chevalet, après avoir fait une couche.
- Faire une couche, travailler en couche ( J 6 ), c’eft mettre fur un chevaletfune peau pliée en double , déjà écharnée ; on la recouvre encore d’autant de peaux que l’on veut , & l’on met fur tout cela celle que l’on veut rafer , pour que la foupleflè du fond puilfe prêter aux inégalités de la peau & ne pas réfifter^àu couteau, qui la couperait infailliblement. Pour débourrer ou dépiler les cuirs, on fe fert du couteau rond, qui ne coupe ni du milieu, ni des talons, & que l’on voit en N dans la planche I.
- D’autres emploient une pierre à aiguifér, appellée la queurfe, qui par fes angles opéré la dépilation beaucoup mieux que le rond, & fans aucun rifque pour la fleuri on la voit dans la planche I, repréfentée en O.
- 27. On fe fert auffi de fable pour aider à déraciner le poil ; mais il faut un fable de riviere très-fin. D’autres emploient de la cendre à la place de fable, mais elle ne fait pas auffi bien -, d’ailleurs les peaux où l’on a employé de la cendre , ont befoin d’être rincées avec beaucoup plus d’attention que les peaux dépilées au fable , les particules de la cendre étant moins mobiles, moins pelantes , plus difficiles à détacher que celles du fable. Soit qu’on fefervedu couteau rond ou de la queurfe , il faut avoir foin qu’entre le cuir & le chevalet il ne relie aucune ordure, aucun corps étranger, qui en réfiftant au couteau puilfe couper, affaiblir, ou fatiguer le cuir.
- 28. Lorsque les peaux ont été dépilées & rincées, on reconnaît fi elles font de bonne qualité, par des veines blanches entrelacées que l’on voit fur la fleur ; elles prouvent que les vailfeaux de la peau ont été bien défaignés, fans avoir été endommagés par le travail du chevalet. On appelle cuir en tripe celui qui a été ai 11 fi débourré, pelé & trempé : il relfemble en effet alors à de la tripe ou à des inteftins d’animaux, par la confiftance & la couleur.
- 29. M. des Billettes difait en 1708 , que les cuirs de bœufs en arrivant à la tannerie, devaient être parfemés du côté du poil avec de la poudre de genêt cueilli en la fécondé faifon (17), & qu’en les laiffant repofer ainfi trois ou quatre jours, le poil commençait à tomber; de forte qu’il était facile de les peler, fur-tout en jetant auffi de la cendre furie poil pour le déraciner plus aifétnent.
- On avait auffi écrit d’Angleterre, fuivant M. des Billettes, que pour ôter le
- (16) En aliemand , eine Loge machen , (17) En autotnn®.
- lagcmueife arbeitei\. . .
- p.20 - vue 22/631
-
-
-
- ÂR T D V T±A N N E U R.
- SÉrI-
- poil ou la laine de toutes fortes de peaux crues, il fallait faire une forte liqueur de genêt verd haché bien menu, ou de genêt épineux au défaut du genêt verd', & y mettre tremper les peaux deux ou trois jours , ce qui ôtait le poil & la laine fans aucun fecours de la chaux. Si par cette méthode on n’épargnait pas plus la peau que par l’ufage de la chaux, on épargnait au moins beaucoup de tems.
- Suite du travail des pleins.
- 30. Les cuirs étant débourrés fe mettent dans un plein faible, c’eft-à-dire!, dans un plein qui a déjà fervi plufieurs fois délia maniéré détaillée ci-detIus[2o]. Ils y demeurent quatre mois, pendant lefquels on obferve la même alternative de huit en huit jours ; on les laille en retraite une femaine , & on les abat enfuite pour huit jours : il y en a qui lèvent & qui abattent plus fouvent i les cuirs n’en vont que mieux [ 24 ].
- 31. Après les quatre mois, on retire les cuirs du plein faible ; on leur donne un plein neuf compofé de deux barriques de chaux vive, qu’on a eu foin de faire éteindre la veille dans une quantité d’eau fuffifante : la chaux ayant ainfi jeté fon plus grand feu , on y abat les cuirs ; on les met en retraite alternatif ventent de femaine en femaine, comme dans les pleins précédens : ils relient dans ce nouveau plein l’efpace de quatre mois.
- 32. Toutes les fois qu’on leve des cuirs & qu’on en abat d’autres, on a foin de bralfer le plein, c’eli-à-dire, de remuer la chaux à force de bras avec les bouîoirs. On appelle bouloir ( 18 ) un bâton de fix à fept pieds , qui porte à fon extrémité une petite piece de bois d’environ cinq à fix pouces d’équarriffage , avec laquelle on foulevela chaux qui fe dépofe au fond du plein : on le voit repréfenté en H dans la planche I. Tandis que la chaux eft encore agitée & fuf-pendue dans l’eau , les deux hommes qui tiennent chacun une pince prennent le cuir d’un côté & de l’autre, le rangent dans le plein, l’étendent de leur mieux pour que toutes les parties foient également couvertes de chaux : quand tous les cuirs font couchés , la chaux s’y dépofe bientôt, & l’on ne voit plus au-deifus que de l’eau claire. On voit en C (planche I ) le travail des deux ouvriers qui avec des pinces étendent les cuirs dans le plein.
- 33. Les cuirs ont été jufqu’ici dans trois pleins, le premier, plein mort, le fécond , plein faible, le troifieme, plein neuf, pendant l’efpace de dix mois ; on finit l’année par un autre plein neuf: on y abat auffi les cuirs , & on les gouverne comme üdans les trois pleins précédens $ on met les cuirs en retraite de femaine en femaine pendant l’efpace de deux mois.
- 34. Pour donner une idée exade de la quantité de chaux nécefiaire pour un plein , je me fervirai d’une barrique de chaux ayant vingt-deux pouces de
- (ifc) En allemand , JEfchtrjlange.
- p.21 - vue 23/631
-
-
-
- A R T D U TANNE UR.
- %%
- diamètre oc*trente-deux pouces de hauteur, dont on fe fert dans le Lyonnais ; fa folidité eft de mille deux cents fcize pouces cubes, ou environ huit pieds & demii il faut deux barriques femblables, c’eft-à-dire, dix-fept pieds cubes de chaux, pour faire un plein neuf à quatre-vingts cuirs. On partage quelquefois ces quatre-vingts cuirs en quatre retraites de vingt cuirs chacune ,• c’eft-à-dire, qu’on en met d’abord vingt dans le plein pendant deux jours ; on les retire pour en mettre vingt autres également pendant deux jours : par ce moyen tous les cuirs, dans l’efpace de huit jours, ont eu deux jours de plein & lix jours de retraite.Tous les deux mois on renouvelle le plein , en y mettant deux barriques de chaux lorfqu’on en veut faire un plein neuf ; ou bien les deux mois fu ivans il fert comme plein faible fans addition de nouvelle chaux , après quoi il n’eft plus qu’un plein mort, & ne fert qu’à préparer les cuirs avant qu’ils foient débourrés [ 24].
- 3 f • Lorsqu’ on veut conferver de la chaux dans des barriques femblables, 011 a foin de les couvrir avec beaucoup de cendres, fans quoi elle s’éteindrait à l’air.
- 36. Dans une plamerie il faut avoir du large à la droite & à la gauche de chaque plein , pour faire deux retraites de chaque côté & un palfage entre-deux, avec un autre palfage entre les retraites & les pleins : il faut que les pleins foient alfez éloignés pour que la retraite de l’un ne découle pas dans l’autre , parce qu’il y a toujours un plein meilleur que l’autre : la retraite porte au moins fept pieds de long* ainli il faut neuf pieds entre le plein & le mur de chaque côté.
- Du travail de riviere.
- 37. Les cuirs qui ont été pendant un an dans ces quatre pleins , ont acquis tout le plamage qui leur eft nécelfaire ; il s’agit de les écharner, & fucceflîve-ment de les travailler de riviere. Travailler de riviere {19) , c’eftpalfer fur le chevalet au couteau rond, ou à la tuile, ou à l’herbon , du côté de la fleur , pour les récouler & en exprimer la chaux.
- J’ai déjà'parlé fort au long du travail de riviere dans l’art du parchemi-nier &dans celui du chamoifeur (20), où il eft de la plus grande importance : il mefufRra donc de dire ici, qu’on doit par le travail de riviere enlever toute la chaux, la chair & les parties étrangères au cuir: le cuir à l’orge eft celui qui a le plus befoin d’être travaillé de riviere [116].
- 38* On voit en B dans la planche I,des ouvriers qui travaillent de riviere i les cuirs font étendus fur le chevalet, qui eft repréfenté féparément en L dans le bas de la planche $ les couteaux M & N font ceux qui fervent à
- (19) En allemand, aus dem Flufi ar- (20) Ces arts fe trouvent réunis dans ce beiten. volume , où l’on peut les confulter.
- p.22 - vue 24/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 3}
- ce travail ,- le premier n’a qu’un tranchant moufle, & ne fert qu’à débourrer ou récouler les cuirs,- on Rappelle dans certains endroits boutoir , herbon, demi-rond , l’autre eft coupant & fert à écharner : l’un & l’autre ont deux poignées femblables à ces planes ou couteaux à deux manches dontfe fervent les charrons.
- Le travail de riviere adoucit la fleur des cuirs, & empêche qu’elle ne fe cafle dans les opérations fui vantes ; il les rend plus fouples & plus propres à être pénétrés par le tan : on les foule d’abord ; enfuite on les queurfe avec la pierre à aiguifer, appel lée queurfe, & que l’on voit en O au bas de lajplanche I ; on les rejette dans l’eau ; on les foule #neore une fois,- on leur donne une façon de fleur ; on les met encore à l’eau, & on les foule de nouveau; enfin on leur donne une grande façon de fleur & de chair qui achevé de les adoucir , d’en exprimer toute la chaux, & d’en enlever toute la chair.
- De la faute de pigeon, dont on fe fert en Angleterre, & des autres additions qu'on peut faire à la chaux.
- 39. On a vu ci-deflus que dans plufieurs provinces de France on. ajoutait à la chaux une certaine quantité de cendres [22] , dont la caufticité alkaline corrode également la peau & fait tomber le poil. Beaucoup d’autres ingrédiens produiraient le même effet ; mais les meilleurs feraient ceux qui tendraient le plus au gonflement qu’il s’agit de faire naître dans les cuirs. J’ai eu occasion de voir l’été dernier en Angleterre, une aflez grande tannerie à Oxford , dont le travail fe fait aufli par le moyen de la chaux. Les cuirs y font trois fe-maines feulement dans les pleins : après qu’ils ont été travaillés de riviere, on les met pour huit jours dans la fiantc de pigeon , mais on les en tire tous les jours pour les mettre pendant demi-heure en retraite : il y en a qui les y îaiiTent quinze jours ou trois femaines.
- 40. Cette fiante de pigeon ramollit les peaux que la chaux avait durcies; elle leur donne de la couleur , les dilate & les prépare à être tannées : on met de cette fiante de pigeon une mefure de fix pouces de haut fur dix pouces de diamètre , ce quifait environ dix pintes de Paris , ou un boijfeau & deux tiers, pour douze cuirs. Elle coûte environ feize à dix-huit fols de France 1 ebushel, qui fait environ deuxboiflèaux & un tiers mefure de Paris. *
- 41. J E trouve dans un ancien mémoire de M. des Bilîettes, écrit en i66f, une maniéré de préparer les peaux pour être tannées , qui eft aflez remarquable , puifqu’elle eft oubliée actuellement en France , mais non pas en Angleterre , comme il paraît par l’article précédent. Il faut, dit-il, prendre de l’eau
- * Le boifleau de Paris eft une mefure de pouces. La pinte de Paris eft de 48 pouces 661 pouces cubes & : c’eft mal-à-propos cubes,
- que plufieurs auteurs le fuppofcnt de $76
- p.23 - vue 25/631
-
-
-
- 24
- ART DU TANNEUR.
- fraîche, affez pour tremper les cuirs j y ajouter environ quatre ou lîic boifftX^x de genêt verd , pilé ou haché menu, ou même de la fougere verte, de la hante de chien, de poulet & de pigeon, & biffer tremper le tout enfemble pendant dfiui fois vingt-quatre heures : il faut enfoncer les peaux là-dedans, & les y laiffer aufli pendant deux jours ; après cela les travailler fur le chevalet du côté du grain ou de la fleur : puis ayant fait une eau ou liqueur au grain avec de l’eau & quelques-uns des ingrédiens [45] bien battus, on y fait tremper les peaux pendant vingt-quatre heures, & on les remue beaucoup dans le commencement.
- 43. Cette liqueur au grain fe fait quelquefois avec de l’eau chaude, en femant fur les peaux quelques-unes des drogues dont nous parlerons ci-après, ou quelques autres ingrédiens tels que les cimes , taillures , rameaux de chêne , de châtaignier ou de bouleau , ou les arbriffeaux eux-mêmes de trois ou quatre ans, bien féchés & moulus.
- 43. Je trouve aufli dans les mémoires que M. des Billettes rédigea pour l’académie en 1708, que le colonel Dougthy avait apporté d’Angleterre, quarante-cinq ans auparavant, un fecret dont il fe difait l’inventeur. Ce fecretfut pratiqué à Paris & à Châtelieraud , fous les ordres d’une compagnie qui avait traité avec le marquis de Ruvigny , à qui le roi avait fait don de cette manu-fadure par toute la France. Voici en quoi confifte ce fecret, qu’on appellait le confit: quoique le mot de confitfoit aujourd’hui réfervé à la compolition de fon, oùleschamoifeurs& les mégifliers font fermenter leurs peaux. On prend du genêt au printems & en tems fec, pendant qu’il eft verd fur pied , depuis le mois de mars jufqu’au commencement de juin , ou même dans la fécondé faifon, depuis le mois d’août jufqu’au mois de novembre ; mais celui du printems eft meilleur (21). On peut fe fervirauflî du genêt piquant, qu’on nomme ajonc en plufieurs pays de la Loire ; mais il ne vaut pas le genêt verd (22). On lefaitfécher en l’étendant ; on le ferre dans un lieu fec ; on le fait broyer dans lin moulin à tan, ou bien on le coupe fort menu, ou on le brife avec un marteau : quand on en a un muid, on le met dans la cuve, où l’on verfede l’eau fraîche, autant qu’il en faut pour couvrir enfuitc vingt douzaines de peaux de veaux quand il fera tems de les y mettre: on laiïfe tremper le genêt pendant quatre jours, y ajoutant aufli un peu de hante de chien,depoulet ou de pigeon,
- (21) 11 eft abfolument néceflaire de cueillir au printems toutes les plantes qui fer-vent à la préparation des cuirs. C’eft alors feulement qu’elles ont toute leur force.
- (22,)L'ufage du genêt, Gertijl, n’eft connu en Allemagne que depuis peu d’années. M. Gleditsch eft le premier qui en faffe
- mention dans un mémoire fur les plantes indigènes , lu à l’académie royale des fcien-ces de Berlin. M. Walther, pafieur à Wefthofen, en parle aufli dans un mémoire couronné , & mis dans la collection de Hanovre, ann. i7çç,p. 1 çço. On le ièrt très-peu de cette plante dans les tanneries.
- jufqu’à
- p.24 - vue 26/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- jufqu’à ce que l’eau devienne roufle & forte : on coule la liqueur à travers un panier pour en réparer le genêt : on prend auffi environ la moitié d’un boif-i'eau de chaux vive qu’on fait éteindre à part dans de l’eau fraîche & nette , & qu’on met enfuite avec la liqueur de genêt j on remue bien le tout enfemble, & l’on y jette les peaux de veaux : il faut les retirer tous les deux jours ; & pendant qu’elles font dehors, on remue la chaux : on continue ainfi l’elpaGe de fept à huit jours en été , plus long-tems en hiver, après quoi elles font prêtes à écharner. Après les avoir écharnées , on les remet dans ce confit pendant huit autres jours, après lefquels on les travaille de fleur : enfin on les remet line troifieme fois; après cela on les nettaie & on les met dans le cou-drement (23).
- 44. Pour faire le coudrement (23) , on prend une cuve ou ronron-propre à contenir dix douzaines de peaux ;on y met de l’eau chaude jufqu’aux deux tiers i on y jette un demi-muid de tan -, 011 met les peaux dans cette cuve pour huit jours ; le premier jour on les remue & on les retourne fens delîus deffous pendant deux ou trois heures ; le fécond & le troifieme jour on 11e les remue pas de même , mais on les leve feulement, & on les fait raffeoir fur une planche pendant quelques heures : les autres jours , on les laifTe en repos dans le coudrement.
- 4f. Après les huit jours de ce premier coudrement ,on met les peaux dans une fécondé liqueur préparée trois jours auparavant de la maniéré fuivante : on prend un muid & demi de tan , on en met la moitié dans l’eau , on y étend quatre à cinq peaux , & on les couvre d’une couche de tan , & toujours ainfi alternativement. Les peaux patient un mois dans cette liqueur, & e’eft là qu’elles fe tannent. On peut aufli. dit M. des Iiillettes , parfemer fur les peaux, en les mettant dans cetce cuve , de la poudre de dictame, de raphanus-mari-nus , de poivre blanc , de fumac , de noix de galle, ou de gingembre. L’u-fage de ces poudres contribue à donner de la fermeté & du grain.
- 46. Au bout d’un mois, on repafTe les peaux dans une autre cuve où il y a une liqueur pareille , mais moins forte, & où l’on donne les couches moins fréquentes :on retire les peaux tous les jours , mais on les remet proptement, de peur qu’elles ne foient tachées : au bout de trois jours, 011 les met dans des eaux plus fortes , avec du tan répandu entre toutes les peaux : on change ainfi deux ou trois fois ces eaux fortes , jufqu’à ce que les peaux foient bien tannées , ce qui arrive ordinairement dans l’efpace d’un mois , puis on les pend à l’ombre pour y lécher.
- 47. A l’égard des vaches qui font plus fortes que les veaux, fil} faut doubler les tems j de même lorfqu’011 efl en hiver, ou depuis le mois de feptembre jufq u’au mois de mars, il faut doubler tous les intervalles précédens. Le genêt
- (2j) En allemand , Treibelauge.
- Tome III.
- D
- p.25 - vue 27/631
-
-
-
- 26
- ART V V T A'N N E U R.
- dont nousavons parlé ci delïus, qu’on mêlait à la chaux pour faire tomber le poil, diminuait, fuivant M. des Billettes , la qualité corrofive de la chaux -, c’eft pourquoi on avait imaginé depuis quelques années de l’y mêler. Les peaux de boeufs & autres gros cuirs exigent des eaux plus fortes que celles dont nous avons parlé d’après M. des Billettes [43], & des ingrédiens plus aftringens. Il dit donc qu’on fe fert du bouleau de trois ou quatre ans , ou bien des menus rameaux de bouleau ou de châtaignier : le bouleau vaut mieux , & le cuir s’en fait meilleur; il fera même encore plus beau en mêlantavec le bouleau, de l’écorce de chêne; mais il ne faut pas les moudre auffî fins pour les gros cuirs que pour les peaux de veaux & de vaches..
- Des effets & du danger de la chaux.
- 48. Lorsqu’on a imaginé de faire féjourner les cuirs pendant un an dans une eau de chaux, c’était pour les dégrailïer, les attendrir & les faire enfler par l’humidité, fins courir rifque de la putréfaction. L’eau de chaux les dilate en effet, mai? elle les ronge en même tems : elle ne produit qu’en un an l’effet qu’on peut obtenir en moins d’un mois par des eaux préparées différemment [ 1 r7 , J99 ]. La chaux rend le cuir ferme , & par conféquent dur & caffant : lorfqu’étant employé en fouliers , il éprouve une trop grande humidité, il a beaucoup de peine à fécher ; il fe relâche alors , & s’étend comme une éponge.
- 49. Avant que la réputation des cuirs d’Angleterre & de Liege eût prévalu fur celle de nos cuirs, les tanneurs Français fourniffaient une partie de l’Europe, & leurs profits étaient confidérables : les anciens s’en fouviennent encore; mais quelle a pu être la caufe d’un pareil changement? L’ufage de la chaux eft certainement une des caufes du diferédit de nos manufactures , lorf-que les étrangers ont commencé d’abandonner cet ufage. La chaux eft corrofive ; elle brûle la fubftance du cuir au point qu’on le voit fouvent fe déchirer en le tirant avec les pinces.
- fo. Lorsque le cuir eft brûlé par la chaux, le tan, qui n’eft qu’aftringent & deflicatif , ne faurait réparer des fibres à moitié détruites ; fine peut que fortifier celles qui font entières , en les rapprochant & leur ôtant cette humidité qui relâche & difpqfe à la corruption. Les Anglais habillent leurs cuirs à l’orge & à lajufée , fans le fecours de la chaux : c’eft en Les imitant que nous pouvons obtenir la concurrence dans le commerce , & rétablir la balance qui penche actuellement de leur côté, Il faut ajoutera cela l’adminiftration burfaîe , dont nous parlerons à la fin de cet ouvrage, & qui influe beaucoup fur le comité r ce.
- 51. On a toujours reconnu que la chaux endommageait un peu les cuirs ; car l’ufage dans le Languedoc était de les arrofer de tems à autre (lorfqu’on les tirait du plein ) avec de l’eau, pour les rafraîchir & les empêcher de brûler,
- p.26 - vue 28/631
-
-
-
- ART DU TAN N E V R.
- 27
- Dans les diocefes de Nîmes & de Rieux , on ne met les cuirs que dans de la chaux anciennement éteinte, & cela pendant un mois feulement : il y a des pays où l’on ne laide les cuirs en chaux que deux mois, & enfuite dix-huit mois en écorce. Le cuir n’eft pas fi gonflé ni'fi dur; mais il eft de meilleur ufage.
- Des cuirs de lunetiers.
- S2. Je ne connais qu’une feule efpece de cuirs dont la chaux fafle Tunique préparation , ce font les cuirs de lunetiers,- tous les autres ne reçoivent la chaux que comme une préparation au tannage. Les lunetiers prennent ces cuirs encore tout humides au fortir des pleins pour faire des cercles ou entourages de lunettes à mettre fur le nez : ces cuirs fe gouvernent fur les pleins pendant quatre à cinq mois; le iunetier les tend enfuite fortement avec des doux, de maniéré qu’ils ne falfent point de plis ; il les lailfe fécher dans cet état de tenfion : quand ces cuirs font fecs, ils relfemblent à du gros parchemin , épais d’environ une ligne & demie ; on les coupe alors avec des fers ronds & tranchans, pour s’en fervir. Un cuir de quatre-vingts livres ( c’eft-à-dire, qui pefait quatre-vingts livres en poil ) coûte dans cet état environ cinquante livres.
- DU TAN ET DES FOSSES A TANNER.
- S 3. Les cuirs, après avoir été gonflés par l’eau de chaux, aprèsavoir éprouvé One fermentation qui en a dilaté le tilfu & écarté les fibres , & étant privés de cette gomme naturelle qui les rendait incapables de foutenir l’humidité, font dans un état convenable pour être pénétrés par l’écorce , qui doit en fortifier & réunir les fibres ; c’eft-à-dire , qu’ils font propres à être tannés.
- 54. Le tan ( 24 ) n’eft donc autre chofe qu’une poudre aftringente & defli-cative , dans laquelle on met un cuir pour y acquérir la force & la dureté né-ceflaire [ 74 ] : c’eft communément l’écorce des jeunes Ghênes qu’on choifit pour faire du tan , comme nous l’avons dit en commençant.
- 5^. On dépouille de leur écorce les jeunes chênes dans le te ms que les boutons commencent à s’ouvrir & que la feve monte , ce qui donne le moyen de tirer facilement l’écorce de delfus le bois : c’eft environ vers le milieu d’avril, plus tôt ou plus tard ,fuivantla température de Tannée & lafituation des lieux.
- Il eft défendu dans les bois du roi d’écorcer les arbres fur pied. Il eft vrai que fi, après avoir écoreé des arbres , on les lailfe fur pied jufqu’à la feve fui-vante, on endommage la fouche, & Ton perd une demi-feve pour le produit des bois,- cependant quand on abat le bois aufti-tôt après l’avoir écorcé , la fouche ne meurt pas, & la racine peut reproduire.
- On nomme pelard\e bois ainfi dépouillé de Ion écorce, & il n’eft plus bon
- (24) En allemand, Lohe.
- D ij
- p.27 - vue 29/631
-
-
-
- 28
- ART DU TANNEUR.
- qu’à brûler ; il eft même bien inférieur au bois neuf en écorce i il brûle plus vite ; il donne beaucoup de flamme & peu de chaleur, parce qu’il a beaucoup de fentes ou degerfures , étant plus defleché que le bois en écorce [ ].
- M. de BufFon ( mém. ac. 1738, p. 181 ) fait voir qu’il n’y a pas beaucoup d’inconvénient pour les forêts à écorcer les bois : cependant le pelard fe vend un écu par voie * moins que le bois ordinaire , ce qui fait une diminution d’un fixieme fur le prix du bois i il y a encore à perdre l’épatlleur de l’écorce ; de plus il y a toujours quelques fouches qui meurent après avoir été écorcées. Enfin il y a une dégradation confidérable quand 011 va écorcer fur pied ; c’eft pourtant ce qui fe pratique ordinairement > car l’on n’aime point à écorcer les arbres quand ils font abattus ; l’écorce devient trop adhérente au bois, & il faudrait trop d’ouvriers pour écorcer une coupe tout à la fois ou en peu de tems. On trouvera dans le traité de M. Duhamel fur l’exploitation des bois, qui eft actuellement fous preife, des détails considérables fur les prix & les travaux de l’écorce.
- On obferve dans l’écorce beaucoup plus de vaijjeaux propres, c’eft-à-dire, de ceux qui portent les baumes & les réfines, & c’eft la fource de la qualité aftringente de l’écorce ; c’eft fur-tout l’écorce moyenne qui en renferme Je plus; les couches extérieures, font.fouvent lèches , mortes, déforganifées & terreufes ; les couches intérieures contiennent trop de fibres ligneufes. (Voy. M. Duhamel , phyfique des arbres.)'
- 57. L’écorce la meilleure.pour faire le tan, doit être blanche en dehors avant qu’elle foie moulue,,rougeâtre dans l’intérieur , rude & feche du côté du bois jcaflànte, de couleur incarnat, faifant fentir la feve en dedans, & con-iervant fon odeur lorfqu’elle eft moulue. L’écorce que l’on coupe pour la mettre en bottes , eft préférée à celle qui eft pliée. *
- En France, on penfe que l’écorce doit fe tirer des jeunes chênes de dix à vingt ans, tout au plus de trente ans ( ). La qualité des forêts qui paflent
- pour donner la meilleure écorce, eft d’être dans un terrein fec & pierreux,, expofées au levant ou au midi.
- On rebute une écorce qui, avant d’être moulue , marque par fes crevalfes -en dehors qu’elle eft de vieux chêne, ou qu’elle eft prife trop près de la racine ; fa noirceur du côté dubois prouve qu’elle eft trop vieille, ou qu’elle a fouf-fert de la pluie : fi elle eft trop rouge en dedans, fi elle a une odeur paflec , on reconnaît qu’elle a perdu fa qualité. ;
- < : / * La voie de boîs eft une quantité d’en- circonférence. Voyez Vord. de 1681 « viton pieds cubes ; du moins elle fe me- le traite des bois de Caron, fure dans un moule qui a 4 pieds de haut, (2;) En Allemagne , on choifit aufli pour'
- 4 pieds de large; & les bûches ont ; pieds cela , fans néceiïité, fies plantes les plus & demi de long fur environ 28 pouces de vigoureufes.
- p.28 - vue 30/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 29
- L’^corce moulue eft réputée mauvaife, G elle eft trop rouge 5 G elle eft fale & cralfeufe , &ft elle paraît filandreufe ou filamenteufe comme du chanvre.
- Le meunier doit apporter du foin pour la bonne mouture de fon écorce ; il ne doit point y reftèr degrojjes lifieres ou morceaux d’écorce qui reftent plats fous les meules, &qui n’étant pas brifés & ouverts, ne produifentqu’une partie de leur effet.
- 58. Le prix de l’écorce eft fort different dans les provinces , fuivant la di-fette ou la quantité de bois : dans le Lyonnais & dans la Breffe, elle coûte trois livres le cent en poudre, plus ou moins :ies meuniers prennent huit fols pour le droit de mouture d’un fac de cent trente livres. ‘
- M. Guimard , dans fes mémoires manufcrits écrits en 174^, dit qu’aux environs de Paris l’écorce fe vend en paquets 5 la cavelée d’écorce eft compofée de cinq paquets ; chaque paqueta cinq pieds de long & autant de circonférence. Si c’eft de l’écorce de dix à douze ans, la cavelée vaut quinze à feize livres; mais celle de feize à dix-fept ans ne vaut que douze livres la cavelée. Ce n’eft pas qu’elle produife moins, mais elle n’a pas, dit-on , la même force ; elle n’eft pas fi pénétrante quand elle eft plus vieille. Chaque paquet donne environ cinq boiffeaux de poudre, & le boifleau peut peler trente livres 3 alors la poudre ne revient qu’à quarante-huit ou cinquante fols le quintal : elle eft encore à meilleur marché dans certains endroits.
- D’autres marchands vendent l’écorce par muid 3 le muid d’éeorce contient cent quatre ou cent vingt-quatre bottes , & il en coûte fept à huit livres pour le faire battre au moulin. Il y a des années où la manufacture de Saint-Germain emploie dans fes deux cents foifes fix ou huit mille poinçons de tan; elle le tire de Dreux, de Corbeille , & d’autres endroits voifîns de la Seine : on l’a acheté jufqu’à fept livres le poinçon ( qui eft de deux cents livres pefant en poudre ) 3 mais le prix le plus ordinaire eft de trois livres dix fols. C’eft du demi-battu qu’on y emploie principalement, au lieu que la molleterie, la tannerie des cuirs à œuvre (26) exige du tan plus fin , tel que celui qu’on tire de la Bourgogne 3 mais celui-ci venant de plus loin , eft auffi plus cher.
- A Nantes, on acheté l’écorce par fournitures de cent fagots ; chaque fagot, à vingt fols la pieee, pefe quarante-cinq livress & l'écorce revient, lorfqu’efte eft moulue, à cinquante fols le quintal. A Rennes, on l’achete à uiiécu la barrique en poudre 3 elle pefe cent cinquante livres, ce qui revient à quarante-cinq fols le quintal. ! /
- 59. Dans les pays où l’écorce eft difficile à avoir , à caufe de la rareté & de la cherté dubois, les tanneurs * ont quelquefois demandé que le bois à brûler fût alfujetti à ne pouvoir être expofé en vente qu’il n’eût été dépouillé de
- (26) Scfimal Lcder. * En particulier ceux’de Vitré & de Fpu-
- ------ gérés en Bretagne. ; ‘* !,i
- p.29 - vue 31/631
-
-
-
- So
- ART DU, TAN N EU R.
- Ton écorce ( 27). L’exemple du bois flotté qui fe brûle à Paris fans Ton écorce, fait voir que la chofe eft en effet praticable, & qu’il y auraitde l'avantage pour les tanneurs ; mais d’un autre côté, les maîtres de forges s’y font opposés ,, ayant obfervé que ce dépouillement fait perdre au bois de fa force & de ia chaleur , comme j’en ai averti ci-deflus [ f f ]• q
- Les tanneurs de Befanqon ont demandé qu’il fût permis d’abattre les arbres jufqu’au 15 mai , au lieu que l’ordonnance des eaux & forêts n’accorde que jufqu’au if avril : ils fe fondent fur ce que le tems de ia grande feve eft plus retardé dans cette province-là qu’ailleurs, à caufe du climat plus froid ; & cela peut avoir quelque fondement^ comme j’en ai averti. v
- Du .côté de Gray en Franche-Comté , 011 s’eft plaint de ce que le grand nombre de forges & de fourneaux établis dans ce bailliage occafionnant de grandes confommations de bois, oh était réduit àdes exploiter de trop bonne heure, & que des chênes de dix à douze ans étaient trop jeunes pour fournir une bonne écorce. Cela s’accorde allez avec l’uiage des Anglais, qui emploient l’écorce des chènesiplus avancés [ 60 ]. i -
- D a N s la généralité d’Orléans, la maitrife des eaux & forêts avait jugé à propos de borner l’exploitation des écorces-, & l’on y était obligé de les tirer d’ailleurs en poudre. Ces fortes de précautions, font fouvent néceilaires-pour quelque tems. ;
- Dans le Dauphiné, l’écorce eft fi abondante , que plufieurs particuliers en font commerce avec l’étranger j mais iL y a bien peu de pays où l’on ait un pareil avantage. •• * . ‘
- 60. Il y a des pays où l’on coupe l’écorce dans des moulins , où deux pilons ferrés & tranchans par le bas tombent alternativement fur cette écorce: ees moulins;vont, foie par le moyen de l’eau, foit parle moyen d’un cheval. D’autres la font piler ou écrafer fous une meule de pierre.Quelques perfonnes prétendent que la meule échauffe l’écorce, lui fait jeter une partie de fon feu,) & lui ôte de fa force. Enfin il y en a où l’on eft obligé de la faire couper.par? mains d’hommes : telle, eft la province de Bretagne , où il fe trouve très-peu i de. moulins à tan ; & néanmoins le tan n’y eft pas. plus cher qu’ailleurs ; il 11e revient qu’à cinquante fols le quintal.
- C’est à Eflbne que font les moulins à tanjqui fourniflent le plus d’écorce aux tanneurs de Paris, & ils vont par le moyen de l’eau.
- 61. En Angleterre ,011 emploie l’écorce des vieux chênes, aufiîbien que celle des jeunes rejetons (28) i 011 la réduit en morceaux avec une meule de
- (27) Cela fe pratique en Angleterre. bois de chêne. Cette pratique a été annon-
- Tout le chêne qui fe brûle eft auparavant cée dans bien des feuilles périodiques,com-écorcé. On n’en excepte que le bois deftiné me une invention nouvelle , que la fociété petfr la cour. des fciences & des arts a récompenfée d’un
- (28) On y emploie même la fciure de prix.
- p.30 - vue 32/631
-
-
-
- ART D U TANNEUR.
- ai
- pierre que fait tourner un cheval, comme dans nos prefloirs à cidre ; feulement la meule eft plus groffe, & elle eft cannelée ou fillonnée, pour pouvoir mieux brifer l’écorce. .L'écorce des vieux chênes étant fujette à être extérieurement morte , delîéchée , & couverte de moufle, on a foin de la peler groflîé-rement avec un couteau ou un marteau tranchant, dont on la frappe pour enlever les parties noires & groftieres qui recouvrent la partie rouge & aétive de l’écorce.
- Il y a des tanneurs qui ont chez eux le moulin qui fert à battre leur écorce. On peut en conftruire un en province pour deux cents livres; mais il coûtera toujours cinq à (ix cents livres d’entretien , pour l’homme qui en a foin & pour le cheval qu’on y emploie. Comme on ne donne que huit fols au meunier pour un fac de cent vingt ou cent trente livres, ce qui fait quatre livres par millier, il faudrait avoir plus de cent cinquante milliers d’écorce à moudre pour êtreindemnifé des frais du moulin.
- L’Écorce réduite en poudre ne doit pas fe garder long-tems ; elle perd de fa force par l’évaporation qui en enleve les parties,balfamiques, & par l’humidité de l’air , qui en diifout les parties actives & falines qui doivent pénétrer le cuir , & produire un bon tannage.
- DES DIFFERENTES MATIERES OUI SERFENT
- A TANNER.
- 61. * La qualité defticative & aftringente de l’écorce de chêne , fe trouve dans beaucoup d’autres plantes ; & quoique l’écorce de chêne me paraiife tout à la fois la plus commune & la meilleure , je ne puis me difpenfer de dire quelque chofe des autres matières qu’on peut y fubftituer.
- J’ai oui dire qu’à la Martinique on tannait un cuir en fix femaines de tems avec le mcmgle (29).
- Une partie des Tartares Calmouks, qui habitent près de la grande muraille de la Chine, emploient, pour tanner les peaux de leurs chevreaux, le lait de leurs jumens aigri.
- Dans plufieurs endroits de Turquie, aufîi bien que chez nous, la noix de galle fert à tanner le maroquin , comme je le dirai en décrivant l’art du maroquinier.
- En Perfe , en Egypte , & dans quelques états fitués fur les frontières de l’Afrique,on tanne les peaux de boucs & de chevres avec le fruit aftringent d’un arbrifleau îégumineux , qui eft Y acacia vera (30) cueilli avant fa maturité.
- 62. Les noi^ encore vertes du térébinthe (31)* & fuivant quelques-uns,
- (29) Rhizophora Manglc. Linn. Spec. p. 1506.
- plant, p, 624. (5 r) Piflada tertbinthus. Linn. Jpec.
- (30) Mirnojanilotka. Linn.Jp.plant, plant, p. 1459.
- p.31 - vue 33/631
-
-
-
- A RT æ UlT A N N E U R.
- les feuilles meme , aulîi bien que celles du lentifque , s’emploient au Levant; Lefumac. ou rhus (32), appelle aufli fmak, dont on roule les feuilles & les jeunes branches , s’emploie par-tout pour le cuir appelle cordouan : on fe fert aufli*de-Tarboufler ou arbutusf33), du micocoulier ou celtis (34).
- Le tamarijeus (3<j) , le rhamnus (36) > le rhus myrtifolia (37), s’emploient en plufieurs provinces d’Italie & d’Efpagne ; nous en parlerons bientôt. En Suede, on fe fert de l’écorce d’une des moindres efpeces de faule de montagne (38) , aulîi bien que de la plante appellée uva urfi (39).
- . 63. En Siléfie , on prend une efpece de myrtille , appellée ranfch. L’écorce de bouleau eft employée au défaut de chêne en diverfes provinces d’Allemagne. En Suede=j on emploie un autre arbufte appellé buxerolle , en latin , arbutus.ttva urfi{$o). A Vienne en Autriche, & dans la Hongrie , on ne tanne point avec l’écore de chêne , mais avec une* drogue que j’ai oui appeller Knoppern , & que je crois être la noix de galle (41). Cela va beaucoup plus vite. Le tannage dure neuf mois au plus: il faut beaucoup_moins de cette fubftance dans une folle; on en répand feulement un peu avec les mains fur chaque cuir. On tannerait une vache en vingt-quatre heures, fuivant cette méthode. < ,
- Je ne fais point avec quoi les Chinois préparent leurs cuirs ; mais ces cuirs paffenc pour être d’une force incroyable.
- 64. Lorsque les tanneurs de Provence & de Languedoc fe trouvent pref-fésde vendre leur cuir, 11’ayant pasletemsde le nourrir avec du tand’ieuze (42) ou de chêne verd [66] , ils y mêlent de la poudre de redoul ; elle donne
- (32) * Rhus coriaria. „ des teinturiers, qui s’en fervent'prefque
- (33) Arbutus unedo. Linn.fp. plant. „ plus volontiers que des noix de galle or-
- p; ç66.
- (34) Celtis aufiralis. LlNN.Jp, plant. p. 5478-
- (3 $)T’amarixgallica, LiNN.j$.p/.p.38<5.
- (36) Rhamnus catharticus. Linn. fp, plant, p. 279.
- (37) Coriaria myrtifolia. Linn. jpec. plant, p. 1467.
- (38) Salix caprea. Linn. Jpec. plant. p. 1448.
- (3 9) Arbutus uva urfi. Livrai. Jp. plant. p. 366.
- (40) En allemand, Sandbcere.
- (41) C’eft en effet une efpeee de noix de galle. Voyez là-deffus Rosel , Injefien-Bclufiigung, part. III,pag.2i2.ccLafixieme ,5 efpece , dit cet auteur , eft celle que l’on ,, nomme Knoppern. Elle eft bien connue
- „ dinaires. Elle fe forme adhérente au fruit „ du chêne , ou au gland, dont on trouve „ toujours quelque portion qui s’y attache. „ Elle eft affez rare dans quelques provinces d’Allemagne; mais on en tire' „ beaucoup de Hongrie & de Moravie. Il „ parait que cette efpece n’était pas connue „ de MAI. Malpighi & de Reaumur. Cette efpece de noix de galle eft produite par une efpece d’infeétes appelles cynips, qui ne font point communs en Saxe. On s’en fert principalement pour teindre en noir & pour préparer le carduan. Le prix de cette nouvelle marchand ife eft de fix écus & un quart , morinoie d’empire , le cent pefant. j}
- (42) En allemand , Stecheiche. Qiiercus ilex. Linn.J/i. plant, p. 1412.
- au
- p.32 - vue 34/631
-
-
-
- A R T D 9 T A N N E Ü R. 3j
- au cuir une fermeté qui en impofe aux acheteurs : cette plante eft appellcedans Bnulîin , rhus myrtifolia monfpeliacaj & daiis M. Linnæus, cor tarin ( my Trifolia ) foliit ovato-oblongis trinerviis pag. 1037 : s’appelle auffi roudou.
- Elle eft décrite dans les mémoires de ^académie pour 1711. Les baies de Gette plante caufeat aux hommes une épiiepfte aiguë & même mortelle : fes feuilles caulent aux chevreaux qui la broutent, un vertige violent s mais elles 11e font aucun mal dans les tanneries, & elles coûtent beaucoup moins que l’écorce d'ieuze. La poudre des branches & des tiges de rcdoul, fert à tanner les babines ou cuirs de moutons, & les peaux de chevres pour les empeignes.
- 6<i. La plante qu’on appelle en Provence & en Guienne garouille (4.3) \ à Montpellier, avaüjfes ; à Uzès , avau j a été décrite par M. Nilfolle, à l’occalîon du kermès , qui naît fur cet arbufte. Voici fes dénominations dans les livres de botanique : quercus (coccifera) foliis ovatis indivifis fpinofo-dentatis glabris , Lirinæi fpecierum , p. 995. Ilex aculeata cocciglandifera, C. Bauhini Pin. pag. 42Ç. Çhiereus foliis ovatis deutato-jpinojis, glanàibus fejJJlibus, fuivaut M. de Sauvages , pag. 96.
- Le kermès qui rend cet arbufte fort remarquable , eft une èxcroilfance oc-cafionnée par des œufs d’infeétes : il y en a une ample defcription donnée dans les mémoires de l’académie pour» 1714, par M. Nilfolle. Il s’appelle en latin coccus ilicis : on prépare par fon moyen le îyrop de kermès & la confection alkermès.
- C’eft l’écorce des racines de garouille qn’on emploie dans les tanneries , au lieu que c’eft l’écorce de l’arbre même quand il s’agit du rufque ordinaire ou,du tan. La garouille rend le cuir noir , au lieu que le tan fait un cuir roux.
- A Beaucaire, & dans la plus grande partie de la Provence, les tanneurs emploient, au lieu de chêne verd , cette racine àc garouille, dont l’écorce s’appelle rujque ; l’effet en eft beaucoup plus ardent & rend les cuirs plus noirs: aufti les cuirs ne reftentque lix mois dans cette écorce, quoique le travail pâlie pour en être auffi bon que celui dans lequel on emploie le chêne verd’: aulii cette plante coûte beaucoup plus que le tan ordinaire (44).
- Dans les diocefes d’Alet, Limoux , Caftres , Mirepoix & Touloufe, les tanneurs fe fervent, comme à Beaucaire,de racine de garouille, &y laiifent les cuirs pendant huit ou neuf mois : peut-être veulent-ils les rendre plus fecs & plus fermes ; peut-être leur racine eft-elle moins ardente , étant produite par un terrein plus humide dans un climat plus tempéré. On avait propofé de défendre la racine de garouille & de ruau , comme étant trop ardente i mais il eût été trop difficile d’y fuppléer.
- (4?) En allemand , Scharlacheiche. le nord de l’Allemagne. M. SCHREBER
- (44) Cette plante ne croît point dans obferve que le climat y eft trop froid.
- Tome III.
- E
- p.33 - vue 35/631
-
-
-
- 34
- ART DW TANNEUR.
- On emploie dans beaucoup de provinces de France le chêne verd. Il y a deuxefpeces â’ieuze ou de chêne verd , qu’on emploie indiftin&ement à Montpellier pour tanner le cuir à œuvre, ou celui qui fert à faire des empeignes.
- I. Qiiercus ( fmilax) foliis oblongo-ovatis, fubtUs tomentofis integerrimis, Lin-næi fpecierum, pag. 994. Ilexfolio angujlo nonferrato, Cafpari Bauhini. Eüze, chêne verd,ieuze.
- IL Qiiercus ( ilex ) foliis ovato-oblongis indivifis ferratifque, cortice integra. Linnæi fpecierum, pag. 994.
- Cette écorce fe met en poudre par le moyen d’une meule qui tourne dans un plan vertical , ou fur un pivot horizontal, autour d’un autre pivot vertical ; on l’emploie pure & fans mélange : elle fait un objet de commerce aifez confidérable dans les environs de Montpellier , & fur-tout dans les Ce-vennes: elle fe vend cinquante fols à trois livres le quintal. A Alais, on laifse les cuirs forts pendant un an dans cette écorce, comme dans celle des chênes ordinaires, au lieu que les empeignes n’y relfent que deux mois.
- 67. Dans la nouvelle manufacture dont M. des Billettes parlait en *708, au Heu de l’écorce de chêne, on avait pris les fommités ou menus bouts des rameaux de chênes , ou les petits chéneaux de trois à quatre ans feulement, parce qu’on y trouvait plus de fuc que dans l’écorce : on les recueillait un peu avant que les feuilles commenqafsent à poufser ; c’eft-à-dire, au mois d’avril, ou un peu plus tôt, fuivant l’état de la faifon.
- On y employait au (fi une autre liqueur préparante, faite avec des oranges & des limons, ou l’un des deux, qu’on prenait, quoique pourris, avec la pulpe & l’écorce , moulus comme les autres ingrédiens , foit enfemble oi\ fé-parément: cette addition rendait les cuirs meilleurs & plus tôt tannés : on les y laiiTait pendant huit jours, en les remuant fort fouvent, avant de les mettre au tannage.
- On fe fervait auxîi de plufieurs autres plantes; & M. des Billettes obferve que quand elles font cueillies , Il l’on n’a pas le tems de les fécher au foleil, on peut les faire fécher au four , puis les moudre comme le tan ; fans cela il y relierait une humeur vifqueufe qui pourrait noircir le cuir.
- Il ajoute que, comme ces plantes n’ont pas autant de force que le tan ordinaire , il faut les mettre en plus grande quantité quand on fait les eaux dont il s’agit i mais il allure que par leur moyen on fait toujours le plus beau & le meilleur cuir.
- 68* On peut auffi tanner les peaux de vaches & de v^au^avec la liqueur faite de toutes fortes de bruyères (4O , ronces (46), épines noires , pruniers fauvages (47), épine-vinette (48) , berberies , qu’on coupe , qu’on
- (40 En lat.erica; en allem. Heide. (47) En lat. prunus.
- (46) En lat. ruina • en allem. Bran- (48) En lat: berberis > en allem. Berbis-
- gcerflr aurJu beer'baurru
- p.34 - vue 36/631
-
-
-
- ART BU TANNEUR.
- 3ï
- fait fécher & moudre. Cette liqueur , dit M. des Rillettes, tanne les peaux fans les corroder : enfin il ajoute qu’on peut faire amaffer des gratte-cus , cy~ norrhodon,(49) , qui lorfqu’ils font murs ,font excellens pour cela, & finir enfin avec le fumac ,* mais il me fembie qu’il ferait bien difficile d’avoir ces ingrédiens en allez grande quantité.
- 69. M. des Billettes écrivaitauffi en *708, que pour durcir les cuirs , on prenait de la poudre de raphatms tmrinus, ou bien de la noix de galle , & l’on en parfemait les deux côtés du cuir, quand il était environ un quart tanné j quatre heures après on le remettait dans la foife : on fêlait en-fuite une fécondé fois la même opération avant que le cuir fût entièrement tanné , fuppofé qu’il ne fût pas alfez ferme & affez uni. C’eft de cette maniéré, dit-il, que fe fait le meilleur cuir & le plus beau.
- M. de Butfon a reconnu qu’on pouvait tanner auffi avec des cupules de gland, & même avec de la fciure de bois. Les obfervations de ce célébré académicien fur les forêts & fur tout ce qui en dépend, fe trouvent dans plufieurs volumes de nos mémoires.
- 70. On a dit fouvent qu’il était à craindre de voir enfin manquer les bois en Europe , à caufe de l’étonnante deftruétion qu’on 11e celle d’en faire pour les bâtimens, pour le chauffage , & pour les arts : il y a déjà des endroits, où il eft fi cher , qu’on ne le brûle que par poids & par mefure ; où n’ofant Remployer à faire des tonneaux & des cailles, on préféré d’envelopper les marchandées dans des peaux, dans des joncs j où l’on n’oferait enfin tenter l’éta-biiffement des manufactures les plus utiles à l’état, parce que le feu, cet agent univerfel & indifpenfable de prefque tous les arts , exige une trop grande abondance de bois. Il pourrait venir un tems où des nations même policées retomberaient dans l'ancien état de pauvreté & d’ignorance , par la difette du bois , qui entraînerait la perte des arts utiles;
- 71. M. Gleditfch, botanifte célébré , de l’académie royale des fciences de Berlin, a formé, comme bien d’autres naturaliftes, le projet d’épargner à l’Allemagne la confommation fuperflue du bois de chêne j & dans les mémoires de Berlin pour 17^4, il donne des inftrudtions furies plantes qui pourraient s’employer dans les tanneries, à la place de l’écorce de chêne (fo). Ce fut fur les idées de M. Klein , natif deNauen, homme laborieux & habile, qu’il fit des expériences : elles réuffirent très-bien , & il regarda les idées de M. Klein comme une véritable découverte. On vit des cuirs préparés & tannés fans aucune efpece d’arbre, ni drogues étrangères ; du très-beau cordouan préparé fans le fecours du fumac, & deux fortes de cuirs de veau, tannés avec de fimples feuilles d’arbres.
- , (49) En allem. Hanebutten. fe trouve dans fes œuvres mêlées , part. I,
- (ço) Cette piece de M- GleüITSCH n°. 1.
- E ij
- p.35 - vue 37/631
-
-
-
- 36
- • A R T n V T A'N'N'E ü R.
- M. Klein & M. Gleditfeh ont employé des plantes qui fe trouvent dans pref-que tous les lieux profonds & marécageux, des plantes dont les beftiaux ne font aucun cas , & qui ne fervent prcfque qu’à gâter les bonnes prairies, ou des plantes qui ne fe trouvent que dans des lieux abandonnés.
- 72. Les principes auxquels on doit faire le plus d’attention dans la recher-«hé de ces plantes, font les principes terreftres, réfineux, gommeux; &ily en a d’autres aufii qui ont des principes huileux & vaporeux : au'fïi M. Gic-ditfeh les diftingue en deux clalfes.
- - La première claife eft celle des plantes aftringentes , âcres, fans odeur, qui fournilfent des principes adifs, mais fixes ; la partie terreufe en fait un tiers, & même une moitié; le principe gommeux, environ autant; la partie réfi-neufe eft la moindre de toutes, n’allant pas à une dragme par livre.
- 73. La fécondé claife eft celle des plantes qui ont des parties volatiles , un principe fpiritueux , & une portion baifamique & unguineufe. Il y a moins de parties fixes : mais de toutes ces plantes , les meilleures pour la tannerie font celles qui ont le plus de fubftance grofliere , aftringente •& acide : les moins bonnes font les plantes grades & mucilagineufes.
- 74. Quand on détruit au feu la fubftance fixe des plantes coriaires , on
- obtient un phlegme pellueide & enipyreumatique non aftringent, une liqueur acide , jaunâtre , & une huile empyreumatique. Le caput mortnum fait fouvent la moitié du total, & contient quelque portion de fel alkali fixe. Les plantés bonnes à tanner étant réduites en poudre & jetées dans une folu-tion de vitriol de mars , doivent produire une couleur rougeâtre, bleue , ou noirâtre. • J 1
- L'exposition de ces principes contenus dans les plantes coriaires, conduit M. Gleditfeh à l’explication des effets qu’elles produifent fur le cuir. L’acide diffous & étendu dans l’eau, dont 011 hume&e les plantes, mêlé & mis en mouvement avec des parties volatiles, huileufes & balfamiques , pénétré & condenfe le cuir, lui donne de la force , & le préferve de la corruption,
- L’usage des plantes communes aurait l’avantage de ne pas exiger l’appareil des moulins à tan , ces plantes n’ayant befoin que d’être grofliérement coupées ou pilées ; mais il faut convenir, ce me femble, que de toute cette multitude de plantes qui peuvent tanner, il n’en eft point encore d’aufli fûre & d’aufli éprouvée que l’écorce de chêne ( Ç f). Je ne fais s’il y en a beaucoup qu’on puilfe avoir en plus grande abondance ; quoi qu’il en foit, je vais les rapporter d’après M. Gleditfeh.
- (çt) M. Schrebkr , dans fes favantes notes ajoutées à l’édition allemande , ob* ferve qu.e l’ecorçe de pin, ou de fapin rouge, JKothtannen, ou Fichtenhirke , eft de beaucoup préférable, à caufe des particules réü-
- neufes qu’elle contient. Le cuir qu’on tra-vaille avec cette écorce , ne prend point l’eau, le froid ne le rend point roide & cafi fant., l’humidité ne le durcit pas.
- p.36 - vue 38/631
-
-
-
- ART DU T A N N EU R.
- 37
- 7 <).\Plantes dont les feuilles, les branches , les fruits, les femences & quelquefois les racines, peuvent s'employer dans la tannerie.
- Les branches de vigne ( f2 ).
- Prunus fylvejbis, C. B. Pin. 444. Prunier fauvage, épineux ( T3 ) : on prendra l’éçorce & le Fruit avant qu’il Toit mûr.
- Salix vulgaris alba , le fau1e( 54) : on emploie les branches & les feuilles.
- Salix capreei rotundifolia Tabernæ , faule aquatique ( 5 0 : on emploie les Feuilles , l’écorGe & les branches.
- Sorbus ancuparm, J. B. I. 62 , forbier ( f 6) : on prendra les branches, les feuilles & les fruits avant qu’ils foient mûrs.
- Les feuilles de roFrer.
- Fagus , Dod. Pempt. 832, hêtre , fouteau (57)3 les feuilles & l’écorce.
- Carpinus, Dod. Pempt. 841, charme (58); les branches, les feuilles, l’écorcc.
- Les feuilles de chêne.
- Les feuilles d’aune.
- Mefpihts, le nefflier fauvage (fsO; les feuilles, les branches , les fruits avant qu’ils foient mûrs.
- Leâum rofmarmifolio , Tabernæ rofmarinum fyheflre, Matthiolï, romarin fauvage ( 60 )j les branches. Cette plante n’eft pas aifez commune.
- Cornus fylvejlris mas, C.B.Pin. 447, cornouiller fauvage (6\ )j les feuilles, les branches & les femences qui reifemblent à des olTelets j mais elles auraient befoin d’être pilées.
- Acetofa pratenfis, C. B. Pin. 114, i’ofeille (62) : fa racine & fa femence peuvent s’employer.
- Lapathum maximumaqmticum Chabræi hiftoriœ 309 , grande patience aquatique (63 ) ; les feuilles , la racine, les femences.
- Lapathum folio acuta piano, C. B. Pin. 11 f , patience (64 ) j la racine, les feuilles, les femences.
- Iris p du [Iris lutea, Jeu acorus adulterinus, C. B. Pin. 34, flambe aquatique ( 6$ ) ; la racine.
- Nymphæa lutea, nénuphar, 8s nymphœa alba, nénuphar ou lys des étangs (66), C. B. Pin. 193 j la racine feulement.
- (52) Vitis vinifera ; en ail. Weinrehen. (59) En ail. Mijpetbaum,
- (çî) En ail. Schkhendornftrauch.
- (ç4) En ali. gemeine weifîe Wcide.
- (5 ç) En ail. Wafierweide.
- (ç6) En ail. Ebifchbaum ; Vogelbeer-
- (63) Grofier Mangold.
- (64) Kleiner Mangold. (6<;) Gelbe Schwertel.
- (62) Wiefenfauerampfer.
- (60) Wilder Rojrnarin.
- (61) Herlit%kenbaum.
- baum,
- (57) En ail. Bûche.
- (s 8) En ail, Erlcnbaum.
- (66) Gelbe und weifie Seeblumen.
- p.37 - vue 39/631
-
-
-
- 38 ART BU TANNEUR.
- Les écorces de châtaignier , de peuplier', de noifetier, pourraient égale-me nts’employer.
- 7 6. Plantes dont les fleurs feulement, ou les feuilles avec les fleurs, peuvent être utiles dans les tanneries.
- Salicaria vulgimspurpurea foliis oblongis , Tournefortii inflitutionum 2Ç3 ,* Lyfimachia fpicata purpurea forte Plinio , Caspari Baûhini in Vivace, page 246 j falicaire ( 67 ).
- Ulmaria, Clusiihifloriœ, 198. Jo. Bauhini , III, 488 ,reinedes prés(68).
- Qtdnquefolium paluftre rubrum, C. B. Pin. 326, comatum LlNNiEi , quinte-feuille aquatique rouge ( 69 ).
- Filix ramofa major pinnulis obtufis non dentatis, C. B. Pin. fougere femelle (70).
- Filix non ramofa dentata, C. B. Pin. 358, fougere mâle ( 71 ).
- Filix paluflris maxima , C. B. Prodromi 1 fo , grande Fougere aquatique ( 72 ) , ofmunde.
- Filix mas aculeata major & minor, C. B. Prodr. 151 ( 73 ).
- Ferficaria falicis folio potamogeton angujlifolium di&a, R a II hift. 184, per fi caria acida Jungermanni , perficaire d’eau ( 74) ; elle vient dans l’eau & hors de Peau , mais fous des formes un peu différentes.
- Bijiorta major radice intorta, C. B. Pin. 192 , biftorte (70*
- Tormentilla fylvejlris, G. B. Pin. 326 , tormentille ( 76 j.
- Fimpineüafanguiforba major, C. B. Pin. 160 , grande pimprenelle fauvage des prés.
- CariophyUata vulgaris, C. B. Pin. 321 , benoite ( 77 ).
- Cariophyîlata aquatica mitante flore, C. B. Pin. 321 , benoite aquatique (78).
- Argentina , Dodûnæi Pempt. 60o. Potenti/la Joannis Bauhini II, 398 , & C. B. 321. Anferina efficinarum , argentine (79) .
- Qidnquefolium majus repens, C. B. Pin. 325, quintefeuille des boutiques(8o).
- jQidnquefolium minus repens luteum, LC. B. Pin. 325 , petite quintefeuille fauvage (Si).
- Qidnquefolhim folio argenieo, C. B. Pin. 325, quintefeuille blanche ( 82 )
- Borminum pratenfe foliis ferratis , C. B. 238 , fclarea Tabernæm. orvale (83).
- (67) Weiderieh.
- (68) Geifbart.
- (69) Roches Fünfblatt.
- (70) Zottiger Farn, zottiges Farnkraut.
- (71) G latte r Farn.
- (72) Grofier Waferfatn.
- (7î) Grofier und Jcleiner Farn mit Staël idn.
- (74) Wafierjlôhkraut.
- (75) Gemeine Schlangenwurz.
- (76) Ruhrumrzel.
- (77) Gemeines Nâglein.
- (78) Wafîernaglein.
- (79) Gàiiferich.
- (80) Grojî Fünfhlâtt.
- (81 ) Klein Fünfblatt.
- (82) Glànzend Fünfblatt. (8$) Wilde Ralbey.
- p.38 - vue 40/631
-
-
-
- A 'R T' D U TANNEUR.
- 35
- Agrimonia, aigremoine ( 84).
- Eqnifetum arvenfe longioribus fetis, C. B. Pin. I6, presle, oh queue de cheval ( 8S ).
- Eqnifetum paluflre longioribus fetis, C. B. Pin. 1? , queue de cheval aquatique ( 86).
- Alchimilla vulgaris, C. B. Pin. 319 , pied de lion ( 87 ).
- MîtfcuspnlmonctriusJivepulmonariaofficmarumLoBELU iconum, p. 248 (88), Mufeus quermts, pulmonaire de chêne ( 89 ).
- Lyjimachia lutea major Dioscoridis , C. B. Pin. 24s , lyfimachie (90). Vaccinium Rivini, vitis idaa9foliis oblongis crenatis,fruchi nigricante, C. B. PlN. 470, airelle ou myrtille (91 ).
- Vaccininm foliis buxï, femper virens , baccis rubris, rupp. Flora gen. page 52 , airelle toujours verte (92).
- Rubus vulgaris feufru&u nigro, C. B. Pin. 479 , la grande ronce ( 93 ). Rubus repens fnt&u caflo, C. B. Pin. 479, petite ronce ( 94 ).
- Fr agarics vulgaris, le fraifier ( 95 ). lilipendula, J. B. Il, 189, la filipendule ( 96 ).
- Fervinca Tragi & Tournef. Clematis daphnoï'des, C. B. la pervanche (97). Sparganium , C. B. Pin. 1, ruban d’eau (98 ).
- Filago , Jeu mipia, Dodonjei , Pemp. 66, herbe à coton ( 99 ).
- Gnaphalium montanumflore rotundiore & longiore, Tournefortii inflitutio-mmi 453 , pied de chat ( ico).
- Géranium fanguineum maximo flore, C. B. Pin. 319 , bec de grue à grande fleur (101).
- Géranium batrachioides maximum minus laciniatum folio aconits, J. B. III. 477, gratia Dei Germanorum , bec de grue de montagne (102).
- Flantago , le plantain (103) : toutes les efpeces en font bonnes.
- Hypericum officinarum(iotj), & C. B. Pin. 279 , le millepertuis * (105).
- (84) Odermennige. (96) Steinbrech, wilde Garbe.
- (80 Karmenkraut. (97) Sinngrïtn.
- (86) Wafîcrkannenkraut. (98) Sch-vpertel.
- (87) Grofier Sanickel. (99) Ruhrkraut.
- (88) Pulmonaire. En ail. Fleckigt Lun- (100) Katzenpfôtlein.
- genkraut. (10 r) Storchfchnabelmitgrofier Blîilite.
- (89) Eifenmoos. (102) Gottesgnade. 1
- (90) Gdber Lifmach. (103) Wegerich , Wegebreit.
- (91) Heidelbeeren. > (104) Johanniskraut.
- (92) Preijfdbeeren, Mehlbeeren. * Voyez les mémoires de l’académie de
- (93) Brachranken, Brombeeren. Berlin pour 1794, pag. 124.
- (94) Brombeere.
- (95) Erdbeerkraut.
- (i-oç) Dans, les œuvres mêlées , ver-mifchte Abhandlungen , de ]\U G LE-
- p.39 - vue 41/631
-
-
-
- 40
- ART D U TAN N^S U R..
- Maniéré de coucher les cuirs en foffe.
- 77. Les üfoffes font des creux pratiqués dans la terre , dans lefquels ou étend les cuirs avec le tau : 011 voit en D dans la planche I, une foffe fur laquelle un ouvrier répand la poudre de tan , après y avoir étendu les cuirs. Ces foffesfont rondes ou quarrées, en bois ou en maçonnerie: l’ufage le plus ordinaire était autrefois de les revêtir en bois, & de leur donner la forme quar-rée , qui femblait plus proportionnée à la figure des cuirs ; aujourd’hui on les fait plus fbuvent de forme ronde, comme des cuves, compofces de même avec du mairain & des cerceaux (voyez l’art, du tonnelier par M. de Fou-geroux). Il y en a qui obferventde les renverfer, de maniéré que le bas foit plus large que le haut : on y trouve, difent-ils , l’avantage de pouvoir prefTer beaucoup mieux la terre tout autour en-dehors, ce qui fortifie l’afTemblage des douves; d’un autre côté, l’humidité dont on eft obligé d’abreuver les cuirs féjourne moins fur les douves , & elles fe pourrilfent plus lentement ; mais peut-être que l’humidité dont les cuirs ont befoin pour fe bien tanner [95 ] fera moins confîdérable dans ces fortes de folles.
- Avant de mettre les cuirs en folle, certains tanneurs arrofent avec de l’eau, & démêlent leur écorce avec une pelle , pour n’ètre pas étouffés par la poulîiere du tan : il y en a qui lepalfent de cette opération ; & la poudre ne fe divife que mieux en ne la mouillant point.
- Les cuirs, après avoir été plamés, écharnés, travaillés de riviere, & récoulés , peuvent être couchés en foffe, c’eft-à-dirc, dans l’écorce qui doit les raffermir & les tanner.
- Dans certaines provinces, comme l’Auvergne , on coupe les cuirs en trois parties avant de les coucher en folle: la partie du milieu ou la bande du dos eft large d’environ un pied : d’autres les coupent en deux parties égales.
- 78. On poudre d’abord les cuirs avec du tan , & on les met en pile pendant trois ou quatre heures, pour qu’ils commencent à prendre le feu d’écorce avant d’être couchés en foffe.
- 79. On met au fond de la foffe un bon demi-pied de tannée, c’eft-à-dire, de l’écorce qui a déjà fervi en foffe : fur cette tannée, on étend l’épaiffeur d’un pouce d’écorce neuve bien moulue & un peu humeétée, afin qu’elle ne fe volatilité point : fur cette poudre , on étend un cuir ; fur celui-ci, une autre couche de poudre , & ainfi de fuite.
- 80. Dans certains endroits on coupe les tètes, les châtaignes, c’effc-à-dire , le front, pour coucher ces parties féparément, & leur donser plus d’écorce à caufe de leur épa4ffeur:il y a des tanneurs qui échancrent quelquefois en
- D1 T s c H , on trouve une defeription Tant propres à la tannerie, plus détaillée des plantes indigènes qui
- travers
- p.40 - vue 42/631
-
-
-
- travers chaque moitié de cuir , pour la pouvoir mieux appliquer fur l’écorce : les extrémités des cuirs qui font des poches ou des plis, doivent être fendues po-ur qu’elles paillent s’étendre : on met de l’écorce entre toutes les parties de chaque cuir; & quand on eft obligé d’en redoubler ou reborder quelques endroits , on met encore de l'écorce dans la duplicature ; on en met un peu plus fur les parties les plus épaiflfes, comme les joues : les endroits les plus minces , tels que les pattes & la culée, en exigent moins,- il fufHt dans ces derniers qu’il y en ait l’épailfeur d’un doigt. Au refte on doit diftinguer les trois poudres [85], quant à l’épaifïeur ou à la quantité d’écorce : la première mife en fofle , fe couche fur l’épailfeur d’un grand pouce; la fécondé, d’un pouce feulement ; la troifieme , un peu moins.
- 81. Il y a des tanneurs qui prétendent que le tannage ne doit point fe faire en poudre fine , mais en gros ou greau , comme difent quelques-uns, qui foit au-delfus de la poudre pour la première écorce ; la fécondé, un peu plus grofle ; la troifieme, encore davantage. Il me femble que tout l’avantage qu’ils y trouvent eft de faire moins de dépenfe ; car plus l’écorce eft fine, plus on en con-fume; plus elle pénétré les cuirs , plus elle s’appauvrit, &plus les cuirs en profitent : ainfi je crois que cette pratique devrait être profcrite.
- À Bâle, on tanne avec de l’écorce beaucoup plus groife qu’en France, & dans des folles plus humides. En Angleterre, on tanne dans l’eau même comme nous le dirons bientôt [9^ ] ; mais il 11e s’agit ici que de la méthode employée en France le plus généralement.
- 82. Lorsqu’il fe trouve dans une folle des places vuides, & qui ne font pas occupées par des cuirs, on peut les remplir avec de la tannée ou de la vieille écorce, pour épargner la nouvelle ; mais afin qu’il y ait moins de vuidc, on croife les cuirs : lorfqu’on a mis deux moitiés dans un fens , on en met deux dans le fens perpendiculaire , & enfuite une moitié qui croife les autres. A chaque cuir que l’on couche, on a foin de le prelfer fortement avec les pieds pour le bien appliquer fur l’écorce : plus on ferre l’aifemblage , plus l’écorce aura de facilité à pénétrer les cuirs.
- 83. ÜNEfoife de quinze à feize cuirs exige environ deux heures de tems pour être remplie de la maniéré que je viens de l’expliquer. Quand tout l’habillage eft ainfi couché en folTe, on met au-delfus de l’écorce neuve qui couvre le dernier cuir, un ou deux pieds de tannée , que l’on foule avec les pieds pour faire un chapeau : on étend des planches fur cette tannée , & fouvent on les charge encore avec des pierres,pour mieux appliquer l’écorce fur les cuirs qu’elle doit pénétrer.
- 84. Quand on a mis le chapeau , on abreuve la folle d’eau claire ,* on en verfe fuffifamment, pour que dans i’efpace d’une journée elle ne foit pas totalement embue, & qu’il en paraiffe encore le lendemain lur lafurface: Il faut
- Tome III. F
- p.41 - vue 43/631
-
-
-
- 42
- ART DU TANNEUR.
- un feau d’eau, qui contiendra trois pieds cubes, ou environ cent pintes de Paris, pour deux cuirs. On ne fe contente pas dans certains endroits d’avoir abreuvé une fois,’mais on a foin de tenir les foffes toujours abreuvées , & on les fonde de tems en tems pour favoir fi elles ne font point trop fechesd 8 Les cuirs fe tannent en foffe à trois écorces ( i o 6) » que l’on donne à peu-près de la même maniéré, mais avec quelques différences qu’il eft néceffaire d’indiquer.
- La première écorce s’emploie par fleur ; elle doit être fine , afin qu’elle ne boffele pas le cuir, qu’elle ne lui donne pas de faux plis. Cette première écorce dure trois mois.
- La fécondé écorce fe donne par chair, moins fine que la première, & fe change au bouc de quatre mois : on peut faire durer cette fécondé poudre plus long-tems ;il n’y a que de L’avantage ; les cuirs y font tannés h cœur , c’eft-à-dire , jufques dans l’intérieur.
- La troifieme écorce fe donne fur fleur ; on emploie de la poudre plus grof-fiere que dans la fécondé: on ne leve cette derniere écorce qu’au bout de cinq mois , ce qui termine l’année, au bout de laquelle le tannage doit avoir produit tout fon effet. Quelquefois on donne pour plus grande perfedtion une quatrième écorce ,& alors on peut y laiffer les cuirs plus long-tems fi l’on veut.
- A chaque fois que l’on change de poudre, on balaye chaque cuir; on le bat, on le fecoue , pour que la vieille écorce n’empêche point la nouvelle de jeter fou feu dans le cuir.
- 86. Dans des fabriques très-confidérables, on peut, à caufe de la grande quantité de cuirs , combler fes foffes de cuirs du même degré j enfortê qu’on falfe unefoffe entière de première poudre, une foffe entière de fécondé poudre, &c. Mais cela eft impofiible chez le fabriquant ordinaire, qui n’a pas autant de cuirs à tanner ; il eft obligé de mettre dans une même folfe des cuirs de première , de fécondé & de troifieme poudre ,- il a feulement l’attention de mettre au fond ceux'du dernier degré , qui font ies plus avancés de tannerie, & les autres de fuite, jufqu’à ceux de première poudre, qui occupent le haut ouiafurface de la foffe, & qui font réfervés pour defcendre enfuite à leur tour.
- Mais comme l’eau dont on abreuve le tan , fe précipite toujours vers le bas de la foffe , & y entraîne la partie la plus aétive du tan , c’eft en bas que 1a préparation des cuirs avance toujours le plus j & c’eft pour cela que, lorfque dans une foffe où tous les cuirs font de première poudre , on veut coucher en fécondé poudre, on met au fond les cuirs qui auparavant étoient à la furfacé, pour qu’ils aient le même avantage qu’ont eu les précédens.
- 87* Cette humidité fi effenticlle dans les foffes, & qu’on devrait encore
- (106) C’eft.à-dire, que l’on met trois fois de l’écorce nouvelle.
- p.42 - vue 44/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 43
- augmenter [$>f] , fe trouve au contraire manquer de tems en tems , lorfqu’ii arrive qu’une foire mal revêtue laifse échapper l’eau. Les cuirs reftent alors prefque à fec, & ils rculfifsent fort mal ; auiïi convient-on généralement qu’il elt très-important qu’une foife ne fuie pas* c’eft pourquoi quelques tanneurs ont foin de les abreuver & de les fonder [84]-
- On eft perfuadé en France qu’il ne faut pas ouvrir les fofses fans néceiîité ; que le contadl de l’air, lefoleil, la gelée, l’orage, troublent l’opération du tan, & qu’il faut la laiifer finir fans l’interrompre. Je ne penfe pas que cette attention foit fort utile.
- 88» La quantité d’écorce varie beaucoup, fuivant la qualité qu’elle a en différens pays. Les mémoires que nous avons eus du Languedoc demandent quatre fois le poids des cuirs , c’eft-à-dire , deux cents livres d’écorce pour un cuir qui doit pefer cinquante livres. C’elf un peu plus qu’aux environs de Paris.
- A Sedan, les trois poudres font de quatre-vingt-cinq , foixante & quinze, & foixante-cinq livres, ou deux cents vingt-ciiïq en tout, pour un cuir qui aurait pefé cent livres à la raie , & cinquante livres fec à l’oreille.
- Dans la province de Brefse , où les cuirs de bœufs finis & prêts à vendre ne pefent qu’environ vingt-trois livres l’un portant l’autre, 011 ne met guère que trente ou quarante livres d’écorce en première poudre pour chaque cuirj les autres à proportion.
- 89. Les cuirs à l’orge exigent ordinairement un peu plus d’écorce que les cuirs à la chaux ,• cela peut aller à un cinquième de plus. Pour un cuir palfé , c’eft-à-dire , préparé à l’orge , & qui a pefé en poil cent livres, on met à Sedan quatre-vingt-cinq livres d’écorce pour la première fois, foixante & quinze pour la fécondé, & foixante-cinq pour la derniere écorce , comme nous l’avons déjà remarqué : cependant il y a des tanneurs qui difent que les cuirs à la chaux exigent une quatrième poudre, c’eft-à-dire , trois ou quatre mois de pîûs en folle que les cuirs à l’orge: cela vient probablement de ce que les palfemens rouges qu’on donne aux cuirs à l’orge [ 165 ] commencent plutôt à les difpofer & à les imprégner des parties falinesdu tan.
- 90/ Dans les tanneries où l’on fait du cuir à la jufée [ 190] , la première écorce eft moulue très-fine, parce qu’elle n’eft pas deftinée à fervir au-delà de la foife : les deux autres poudres qui, au fortir de la foife, doivent fervir à faire des eaux de tan pour les palfemens [199] , font moulues rondement & en gros. Ce n’eft pas que l’on ne put tanner encore mieux, en employant toujours de l’écorce également fine. On le fait véritablement lorfqu’on a des eaux de tan iuffifamment pour pouvoir fe palTer de celles qui fortent de la'fofiei mais lorfqu’on en a befoin pour les palfemens, il faut qu’elle foit grofie , fans quoi elle n’aurait plus d’adivité , de fubftance , & de difpolition à fermenter lorf-qu’elle aurait tanné , elle aurait jeté dans le cuir tous ces fels & toutes ces par-
- p.43 - vue 45/631
-
-
-
- 44
- ART DU TANNEUR.
- ties végétales qui font néceflaires pour la fermentation ; car une matière purement terreufe ne fermenterait point, n’ayant pas des principes qui puiiïentfe combiner différemment, comme cela eft néceffaire pour la fermentation.
- 9f. J’ai dit ci-deffus [8f] que lorfqu’on ne fait durer le tannage qu’un an, on obferve que le premier couchage ou la première pondre foit de trois mois ; la fécondé poudre, de quatre mois ; latroifieme, de cinq mois. L’expérience a appris que les cuirs fe trouvent beaucoup mieux d’un long iéjour dans la derniere écorce que dans la première: la raifon en eft allez naturelle; un cuir nouvellement couché pompe avidement & promptement lafubftance nourricière de cette écorce ; & lorfqu’elle eftainli privée de fes parties a&ives, le long féjour qu’on lui laiiferait faire fur les cuirs n’ajouterait rien à leur qualité ; au contraire, la derniere poudre trouvant un cuir déjà tanné , plus compadt& plus dur, a befoin d’un tems confidérable pour jeter fonfeu, & pour fe dépouiller de tous fes fels. D’ailleurs le cuir ne peut pas fe gâter dans cet état; mats il pourrait péricliter dans la première écorce, où il n’eft pas encore allez tanné / pour être à l’abri de la corruption ou de la fermentation des parties animales.
- 92. Par les articles 1349 & fuivans des anciennes ordonnances du comté
- de Bourgogne , il eft ordonné que les cuirs de bœufs feront couchés de trois écorces, chacune de trois mois, pour rendre les cuirs bien tannés; que les cuirs de vaches feront couchés de deux écorces, tant prime que forte, la première de trois mois , & la fécondé de quatre ; que les peaux de veaux feront tannées de couche & non d’efquille. Cela fait voir l’ancienneté de la méthode dont il s’agit ici (107). .
- 93. En Auvergne,on donne trois écorces de quatre, cinq & huit mois. Dans certains endroits du Languedoc, on ne donne que deux écorces , chacune de fix lignes d’épaifleur, & qui durent dix mois ou un an. Dans la Champagne, le tannage dure quinze ou dix-huit mois ; mais il y a des endroits où l’on abrégé considérablement. J’ai oui dire qu’à Saint-Angel en Limoufin , il y avoir des tanneurs qui ne donnaient que deux mois de folfe: ce ferait un abus digne d’ètrc réprimé par la vigilance des magiftrats, & auquel les ordonnances ont pourvu (f 08).
- (joy") 11 ferait peut-être utile que la police Fit à divers égards des réglemens de ce genre ; enforte qu’une denrée de première néceflké comme les cuirs , ne dépendit pas entièrement du bon plaifir des tanneurs.
- Suivant M. Schreber , c’eft faute de réglemens que les manufactures d’Allemagne font encore bien éloignées de la perfe&ion où elles pourraient être portées. On a fait quelques progrès dans certaines provinces
- pour certaines fortes de cuirs ; mais c’eft peu de chofe en comparaifon de la quantité très-confidérable de mauvais cuirs qui fe fabriquent. 11 parait que nous pouvons en dire autant de nos ouvriers en Suiffe, où cette fabrication fait une branche de commerce , qui femble fufceptible d’augmentation.
- (iog) Cet abus eft fort commun en Allemagne & en Suifle.
- p.44 - vue 46/631
-
-
-
- A RT-D ü TANNEUR.
- ’4Ï
- 94- Après les trois écorces ordinaires, il y a des cuirs qui en exigent nécef-fairement une quatrième de quarante livres, pour trois mois: ce font les cuirs ingrats de leur nature , fecs, appauvris , ou ceux qui auraient été manqués en pafsement. Il y a des cuirs ventes (109) , c’eft-à-dire, minces, auxquels on donne un peu moins d’écorce qu’aux autres, parce qu’ils n’ont pas autant de parties à nourrir.
- Quand le cuirs manquent d’épaifleur & de fermeté après les deux premières poudres, on tâche d’y remédier en répandant avec la derniere écorce une demi-livre ou trois quarterons de poudre d’alun, réparti fur toute la foffe: c’était un des fecrets de M. Teybert; &fi cette matière était a (fez commune, cc ferait un avantage confidérable pour les tanneries (110).
- • Méthode des Anglais pour le tannage.'
- 9?. Les foifes dont on fe fert à Londres font aulîî 'revêtues de bois, & même aveG afsez de foin , pour ne pas lailfer écouler l’eau dont elles font toujours pleines. On y met d’abord deux corbeilles de tan, qui font environ dix-huit boilfeaux de Paris , &cela pour une foire de quinze à feize cuirs ; mais on y revient à pliîfieurs reprifes.
- On met d’abord les cuirs dans une folle prefque épuifée, où ils relient un mois ; enfuite dans une fécondé, une troifieme & une quatrième : ils relient trois mois dans celles-ci ; enfin dans une cinquième folle, où ils relient un mois fans les remuer. Il y a des puifards à côté de chaque folfe , pour former les premiers jus, & rejeter fur les cuirs toute l’eau qui s’y filtre [joq].
- Dans la fécondé, la troifieme & la quatrième folfe, on retire les cuirs tous les huit jours , & on les rejette enfuite , après y avoir ajouté deux corbeilles ou dix-huit boifseaux d’écorce très-fine, que l’on répartit & que l’on diftribue entre les cuirs, fans cependant les plier ni les ranger, mais en les jetant au hafard dans l’eau , avec de l’écorce par-deflus.
- 96. Le total de ces opérations né dure à Londres qu’une année au plus : s’il y a des cuirs plus difficiles à tanner, on les laiife plus long-tems ; mais on m’a alluré que cela ne va prefque jamais à dix-huit mois ou deux ans , quoiqu'on foit perfuadé en France que les tanneurs Anglais y emploient beaucoup plus de tems [98].
- Pour qu’un feul homme pûifsegouverner aifément un grand nombre de
- foifes, qui contiennent chacune vingt, trente, quarante cuirs, plus ou moins,
- on marque fur des bâtons la date du jour où on les a mis en folié , & le nombre
- de ceux qui y font ; on met enfuite ce bâton dans la folfe, où on le prend
- pour le confulter dans le befoin.
- *
- (109) En allem. Schivach. font une confommation affez confidérable
- (110) .Il a des tanneurs en SuifTe qui d’alun.
- p.45 - vue 47/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 46
- 97, Cette méthode anglaife de tanner dans l’eau d’écorce (& non pas dans une écorce prefque feche, comme on le fait en France ) , eft peut-être la fourcede l’avantage confidérable que les cuirs d’Angleterre font réputés avoir fur les nôtres. L’eau qui tient fans ceiîe en diffolution les parties les plus pénétrantes & les plus ftiptiques du tan, & qui abreuve continuellement les cuirs, doit les pénétrer plus facilement & plus intimement que de la poudre ou de la boue d’écorce qui eft feulement étendue par-delïüs : au refte * j’en ap-pelle à l’expérience qu’on doit avoir de la bonté des cuirs d’Angleterre , pour être juftifié ou contredit dans mon explication. Les arts ont été fi peu étudiés & fi peu connus jufqu’ici, que les faits même les plus aifés à conftater, font contredits & rendus équivoques par ceux qui font intérelfés à les contefter 5 & peut-être que bien des tanneurs diront que les cuirs d’Angleterre ne valent pas mieux que les nôtres (ni).
- De la durée du tannage en France.
- 98. Les tanneurs qui me paraiflent les plus finceres & les plus inftruits , conviennent qu’il faudrait laiifer les cuirs dans l’écorce beaucoup plus long-tems qu’on ne fait en France, & qu’ils y prendraient plus de qualité & plus de force ; plufieurs font perfuadés que cés excellens cuirs de Liege & d’Angleterre , qui paftent pour les meilleurs deTEiirope , y ontrefté trois ans ou davantage : j’en ai vu qui foutenaient qu’en Angleterre la préparation d’un bon cuir durait quelquefois fix ans, & qu’en France même on y employait autrefois ce tems-là.
- 99. Quelques tanneurs foutiennent cependant qu’il y a, même dans ce point-là, un excès à éviter, & un point de faturation, au-delà duquel un cuir
- (iii) On prend dans les tanneries an-glaifes toutes les précautions néceflaires pour obtenir le plus beau cuir en toutgenre; & ces précautions font à la portée de tout le monde ; par-tout où il y a de bonnes peaux à travailler. On convient cependant que tous les cuirs anglais, particuliérement les peaüxdeveaux,nefontpas également bons. Le cuir de Londres , ou proprement de Soutwarck, dont il porte la marque, vaut beaucoup mieux que celui de Briftol ; aufli le vend-on plus cher. Il eft plus fouple, on peut l’étendre en largeur comme en longueur. Les Anglais ont réufli pendant Iong-tems à tenir fecrete leur méthode , pour fe conferver une branche de commerce qui leur a procuré & leur procure encore, cha-
- que année, des millions. Aujourd’hui, ont a découvert le myftere , & l’on fait de bons cuirs anglais dans plufieurs pays de l’Europe. M. Schkeber allure que ceux qui fe fabriquent à Stockholm , ne font point inférieurs à ceux de Londres. Yoy. neue Samm-lung œcon. Schriften, VI.tcrTkeil, p. 275. Le même auteur dit avoir aufli reçu des échantillons de celui qui fe fait à Riga ; mais il avoue que le veau n’avait pas été allez long-tems dans l’écorce. Le cuir de vache fabriqué en Suede , dans la province de Jamtland , l’emporte fur celui d’Angleterre, en ce qu’il peut être employé à un plus grand nombre d’ufages , & qu’il ne prend jamais l’eau. '
- p.46 - vue 48/631
-
-
-
- ART BU TANNEUR:
- 47
- ne pourrait que perdre à relier en folTe. Il y a une petite couleur verte que l’on apperçoit dans le milieu du cuir lors de la coupe , & qui n’y relierait pas li le cuir était trop tanné. Au lieu de cette fubftance verte, difent-ils, qui doit le remarquer dans le milieu de TépailTeur, on y trouvera une fubftance feche, dure, cornée & fpqngieùfe , qui d’un côté prend aifément l’humidité, & de l’autre rend le cuir très-calfant.
- S’il eft vrai que le tan puilfe être fujet à un pareil inconvénient, il faut au moins convenir que, dans l’état aéluel des chofes, c’eft un cas métaphylique dont le public n’a rien à craindre & dont l’intérêt des tanneurs ne nous préfer-vera toujours que trop. L’envie de finir promptement leurs habillages ne leur a peut-être pas même permis d’en faire jamais l’expérience $ ils font trop preflés pour la rentrée de leurs fonds. Au refte , il faut convenir que, s’il y a des cuirs de Liegequi relient li long-tems en folfe , ce font ceux des isles, qui étant d’une qualité dilférente des nôtres , peuvent exiger un plus longféjour dans l’écoree* & peut-être que la maniéré de tanner en France [77] va moins vite que celle de tanner dans l’eau , qui en Angleterre n’exige qu’une année [96 J.
- Moyens d'abréger la, durée du tannage/'
- 100. On a fouvent demandé & fou vent eiTayé de trouver une méthode qui
- put abréger la durée du tannage; le profit ferait confidérabîe, puifque fur cinquante cuirs il y a d’abord à perdre foixnntc & douze livres par an pour l’intérêt de fon capital, & que les.emplacemens qu’occupe chaque folié font également onéreux aux tanneurs , fur-tou t à Paris , où le loyer & le prix d’une tannerie font un objet confidérabîe. Voici un expédient qui tient à la méthode anglaife,;&qui pourrait abréger confidérabîement îa,durée: du tannage. On fait que les récoulemeus avancent les lefiives', & que le jus de tannée fe forme & fe perfectionne en le fefant repalfer fouvent fur le même marc f 200] ; ou pourrait donc ménager dans un coin de la foife où l’on couche les cuirs, un puifard formé avec deux planches, comme on le voit en G dans la planche II, pour y introduire une pompe. On puiferait par ce moyen lefiiquide filtré au travers de la tannée , toutes les fois qu’il fe ferait amalfé dans le puifard , deux ou trois fois la femaines’il était népefiaire, & on le reverferaitfur la folié. Ces filtrations réitérées feraient un rhoyen fur de tirer tout le parti poftible de cette écorce, d’en dilfoudre tous lesfels, d’en imbiber & d’en pénétrer les cuirs, de les entretenir toujours mous & toujours ouverts, jufqu’à cer que le tan les eût pénétrés & abreuvés convenablement : l’expérience aurait bientôt appris à quel terme il conviendrait d’arrêterjçes filtrations & ces rever.fernens, & il paraît certain qu’on gagnerait beaucoup de tems en, embralfaiit cette méthode. ' , ^ 'f, , i f
- 101. Je ne fais s’il n'y aurait pas encore uiiavantage confidérabîe à échàuf-
- p.47 - vue 49/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- fer de tems en tems l’eau d’une folTe. L’eau chaude diiTout, ramollit & pénétré bien mieux que l’eau froide, & l’on en a déjà l’expérience dans les petites peaux [274] (112).
- 102. J’ai oui dire que M. Teiybert mêlait de la poudre d’alun avec le tan qu’il mettait dans fes folles. Il meft pas douteux que cet ufage contribuerait beaucoup à la dureté & à la force du cuir,- mais cette fubftance n’eft probablement pas allez commune pour qu’on puiffe en faire un ufage fréquent dans un art tel que celui du tanneur. S’il exiftait une matière aufïi aftringente & ftip-tiqueque l’alun, & en même tems aulli commune que l’écorce de chêne, ce ferait celle qu’il conviendrait d’employer pour augmenter la force du Guir, & abréger la durée du tannage.
- Maniéré de faire fécher les cuirs.
- Î03. Les cuirs qui ont été allez long-tems en folle étant fuffifamment tannés , on les fait fécher à l’ombre , fans les battre ni les balayer ; pour cela 011 les étend fur perche, ou bien on les pend par la tête à des clous * ’& afin que l’air donne par-tout également, on les tient ouverts avec un ou deux bâtons , foutenus par les ventres du cuir. On doit avoir pour cela un grenier qui foit percé de plufieurs fenêtres , mais à l’abri du foleil & du grand veut.
- Lorsque les cuirs blanchiffent & qu’ils deviennent plus roides, mais avant qu’ils foient tout-à-fait fecs, 011 les drelfe ; pour cela on les étend fur un ter-rein net, on les frotte avec du tan fec pour en ôter la moifilfure qui a pu s’y former, & on les frappe avec la plante du pied, ce qu’ori appelle quelquefois parer le cuir (113), principalement fur le côté de la chair, afin de le bien dref-fer, d’en applatir les inégalités , les bolfes, les faillies ,* on les empile, en ob-feri^ant que les bordages fe croifem alternativement tête à tète & queue à queue, 011 les lailfe ainli pendant un jour. S’il y a des cuirs plus petits que d’autres, & par conféquent plus aifés à fécher, 011 en fait une pile féparée.
- 104. Le lendemain , on remet les cuirs fur perché, ou bien on les lailfe accrochés pendant l’efpace de quatre jours , pour qu’ils fechent encore mieux. Les cuirs prefquefecs fe mettent en prefse pendant vingt-quatre heures,-c’eft-à-dire, qu’on les couvre de planches, & qu’on charge ces planches de plu-lieurs poids.
- S’il y a des cuirs un peu trop mous ou d’autres qui tirent du grain , on les maille, c’cft-à-dire, qu’on les batavec une mailloche fur un billot de bois bien uni : le maillage contribue à les raffermir, à les étirer, à les liiTer. Il y a même des tanneurs qui batteur tous leurs cuirs [ 107].
- (112) Les excellens cuirs de Suede ou nement confirmée par l’expérience. Voyez de Jâmtland fe préparent à l’eau chaude. GLEDITSCH, Æhandlungen, part.I, p. ij. Cette conjedure de M. Duhamel cftplei- (iq) Das Leder zurichùen.
- Les
- p.48 - vue 50/631
-
-
-
- ART D ü TANNEUR.
- 49
- Les cuirs ainfi drefles, prefles, maillés, & à-peu-près fecs, fe mettent dans un lieu frais, où l’on a foin de les changer de fituation de tems à autre pendant trois femaines ; tantôt on les empile , on les charge , on les retourne ; tantôt on les développe en forme d’éventail en mettant dos fur bordage j au bout de trois femaines ou un mois , ils font fecs & en état d’être employés.
- * iOf. Quoique le cuir foit bienfec, il ne peut que gagner à être encore gardé plus long-tems. Il lui faut un mois de cave pour le moins , afin que toutes les parties adtives du tan aient achevé de pénétrer & d’agir ; qu’il n’y ait plus aucun mouvement inteftin qui puiffe tendre à la diffolution , & empêcher la durée & le bon ufage du cuir.
- 106. Dans certaines provinces les cuirs à la chaux ne fe balayent que de fleur ; on leur lailfe le tan qui peut; y être attaché du côté de chair, & qui nourrit le cuir quand il eft plié. Ou ne les bat point fur la pierre, & on lie les ficelé point, parce qu’ils font entiers ; mais on les plie en deux , la fleur en dehors. En Angleterre , on ne les drelfe point à plat, comme l’on fait ici [io8]„
- 107. Les cuirs à l’orge font ceux qui ont le’plus befoin d’être battus: lorï-qu’ils font prefque fecs , on les étend fur une pierre bien dreifée, environnée de plusieurs hommes : chacun a un maillet de bois , & frappe à coups redoublés fur ce cuir, pour le rendre plus compa&e & plus ferme. Au lieu d’une pierre à battre , il y en a qui fe fervent d’un billot de bois, & cela eft affez indifférent. On voit en B dans la planche II, deux hommes employés à battreun euir. Si l’on a huit hommes à la fois , ils peuvent battre trente cuirs dans leur journée, c’eft-à-dire, foixante bandes ; car les cuirs font prefque toujours di-vifés en deux bandes.
- Cet apprêt eft très-important pour le cuir. Il y a une différence confidé-rable entre la bonté d’un cuir qui eft bien battu , & la qualité d’un cuir non battu. Les cordonniers, jaloux de la bonté de leurs ouvrages, battent fortement & long-tems leurs femelles [239 ].
- 108. Les tanneurs Anglais donnent à leurs cuirs dans le féchoir une façon particulière, qui revient à-peu-près au même, pour la bonté des marchandifes. Lorfque les cuirs font étendus fur les perches, la fleur en dehors , on prend un petit maillet fait d’un bois très-dur & arrondi, avec lequel on frappe l’intérieur fie la furface à coups redoublés dans tous les points ; on leur redonne ainfi la forme naturelle d’un bœuf ou à-peu-prés; & c’eft fous cette forme que les tanneurs ont coutume de les vendre. On fait la même opération le matin & le foir; & fi les cuirs fechent trop vite , on les arrofe avec un balai pour leur rendre la moiteur néceffaire, par le moyen de laquelle ils fe compriment & fe durciffentfous le maillet.
- Tome III.
- G
- p.49 - vue 51/631
-
-
-
- 10
- ART DU TANNE U &
- Du tiffu des cuirs , & de leur qualité.
- 109. Le cuir & généralement toutes les peaux font compofées d’un grand nombre découches défibrés, entrelacées en forme de réfeau , & qui fe coupent dans tous les fens, comme je l’ai remarqué dans l’art du parcheminier , art. 2 raufli le cuir coupé dans tous les fens montre toujours le même afpeôl , la même force , & paraît avoir fou droit fil de tout côté; il réfifte également en long ou en large.
- 110. Le cuir bien tanné peut fe conferver très-long-tems ; il n’eft point fu-jetàla corruption : on a vu des cordonniers le garder pendant quinze ans, fans qu’il eut perdu de fa bonne qualité; mais il faut le garantir des inconvé-niens de l’humidité & de la fécherelfe.
- 111. Les marchands qui achètent beaucoup de cuirs pour porter à la foire de Beaucaire ou autres femblables, ont foin de mouiller leurs magafins du haut en bas, pour conferver la fraîcheur & le poids de leurs cuirs. Dans cet état, on obferve quelquefois que les cuirs augmentent de poids en abforbant l’humidité de l’air : cela arrive fur-tout dans les cuirs de Hongrie, qui contiennent beaucoup d’alun, comme nous le dirons dans l’art du hongroyeur.
- 112. Pour connaître à la coupe fi un cuir eft bien apprêté, on examine s’il a la coupe luifante, le nerf ferré, s’il efi: intérieurement d’une couleur de noix de galle à l’épine, ou du dedans de la mufeade ; s’il a de la verdure, c’eft-à-dire , une tranche marbrée en dedans. La coupe doit fe faire principalement à la gorge, au dos, ou vers la culée , pour en bien juger , parce que cejbnt les parties les plus efsentielles du cuir.
- Ceux qui ont le dedans de la coupe terne , jaunâtre ou noirâtre, le nerf ouvert & fpongieux, & une raie noire ou blanchâtre au milieu , font de mauvais apprêt. Ceux qui paraiffent comme de la corne dans la tranche, qui font roides, fecs , &qùi rendent un certain fon clair , n’ont pas pris affezde tan.
- Les cuirs qu’on accufe d’avoir été trop tannés, font ouverts, fpongieux, légers, comme ayant été brûlés par la force du tan , & ne paraiifent que d’une feule couleur brune à la coupe. Je crois que c’eft plutôt à la chaux qu’à la folfe , qu’on devrait, ce femble , attribuer ce défaut.
- 113. On emploie aufli un moyen bien fimple pour diftinguer le cuir mal apprêté ; c’eft une goutte d’eau verfée fur la fleur avec le bout du doigt, ou plutôt fur la tranche : fi cette goutte d’eau ne demeure pas parfaitement ronde Sc qu’elle s’étende , c’eft une preuve que le cuir eft mal apprêté, qu’il eft fpongieux, & fera de mauvais ufage; mais à dire vrai, il faudrait que le cuir fût bien mauvais & bien fpongieux pour abforber tout d’un coup une goutte d’eau.
- Je crois que pour le bien diftinguer, il faudrait lailfer le cuir dans l’eau pendant quelques jours, après l’avoir bien pefé, le pefer encore au fortir de l’eau ; on jugerait par l’augmentation de poids, de fa qualité plus ou moins
- p.50 - vue 52/631
-
-
-
- A R-T DU TANNEUR.
- fpongieufe, lorfqu’on aurait reconnu une Fois combien une femelle doit pou» per d’eau en huit jours de tems, lorfqu’elle efl de la meilleure qualité, o» combien de teins il lui faut pour avoir abforbé par exemple une once pefant d’humidité.
- DES CUIRS A D 0 R G K
- 114. Après avoir décrit le travail entier du tanneur, félon la méthode ît plus commune & la plus ancienne , nous allons reprendre la première partie de ce travail, pour expliquer les différentes méthodes qu’on a pour parvenir au même but.
- La première des deux grandes opérations du tanneur [ 2 ] conliftait autrefois à faire enfler les cuirs ; c’eft-à-dire, à dilater, à ouvrir leurs pores par l’humidité de l’eau de chaux [ » 8 ] , pour faciliter l’opération de la foife qui devait fuivre : on a trouvé depuis , qu’une fermentation ménagée avec art, & conduite avec précaution , pouvait produire cet effet en moins de tems , & d’une maniéré plus parfaite. Cette méthode confifte à faire aigrir une pâte de Farine d’orge, qu’on délaye enfuite, & dans laquelle on fait tremper les cuirs: eette eau aigre établit dans les cuirs une fermentation acide, qui dilate & gonfle les cuirs fans les brûler & fans les affaiblir, comme doit faire la chaux [4^].
- iif. Cette méthode générale fe divifera en plufieurs branches, parce qu’elle fe pratique de plufieurs maniérés différentes: nous expoferonsfuccef-fivement toutes celles dont nous avons pu avoir connaiffance[i2i, 126,1^4] ; après quoi nous parlerons des cuirs à lajufée qui fe préparent fans le fecours de la farine, par une autre forte de fermentation [ 190].
- 116. Les cuirs qu’on veut préparer à l’orge, doivent être défaignés s’ils font frais [13], défalés fi ce font des cuirs fecs & filles î ils doivent être amollis par le trempement, le craminage & le foulage [ 16] , aufli bien que les cuirs qui doivent être habillés à la chaux.
- Il importe fur-tout de bien travailler de riviere ( 114 ) lorfqu’on fait des cuirs à l’orge 5 il faut que l’eau en forte Glaire, & que la partie gommeufe en foit bien exprimée, parce qu’elle empêcherait la fermentation des pallemens d’orge [ 117 ] , en enveloppant de fon mucilage les parties infenfibles dont le mouvement inteftin produit la fermentation. J’ai fu que les premières expériences de Teybert avaient manqué, parce qu’il y avait eu de la colle dans les cuves dont il s’était fervi.
- 117. Quand les cuirs font bien trempés & amollis, il s’agit de les faire gonfler par le moyen de la fermentation acide. On fait alfez que la farine détrempée avec de l’eau, telle que la pâte ordinaire dont nous fefons le pain, eft fujette à fermenter & à s’aigrir ; que dans cet état la pâte s’enfle, s’élève,
- (114) Travailler de riviere, c’eft tremper, craminer & fouler les peaux.
- G ij
- p.51 - vue 53/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- %z
- s’éehaufFe.Tel eft l’effet que l’on produit dans les cuirs au moyen de l’orge détrempée avec de l’eau, ce qu’on appelle un pajjement, ou bajjement d’orge ( c i f)? Le mot de bajjement s’eft introduit dans bien des endroits par un vice de la prononciation des étrangers, ou peut-être à caufe des cuves baffes & enfoncées en terre, qu’on employait d’abord pour faire la compoficion : aujourd’hui on la fait dans des cuves ordinaires , de quatre pieds de hauteur fur autant de diamètre. Le terme de pajjement, quieftle plusexa&& le plus conforme à l’étymologie , vient du mot pajjer , qui lignifie en général travailler me peau > & c’eft le terme que j’ai cru devoir préférer.
- 118. On met environ cent ou cent dix livres d’orge pour faire un paie-
- ment de huit cuirs, en fuppofant des cuirs médiocres qui pefent vingt-cinq livres quand ils font fecs à l’oreille , ou cinquante livres à la raie. Les uns mettent toute la farine à la fois, lorfqu’ils veulent mettre les cuirs en paiement j les autres font un levain la veille avec vingt-cinq livres de farine & une chaudière d’eau chaude, & n’ajoutent le furplus de la farine que douze heures après. Quelques-uns y mettent un peu de vinaigre pour accélérer la ferraentation.Trois ou quatre bouteilles de vinaigre, verfées en différens tems fur un paiement, y confervent la fraîcheur & l’acidité néceflaires pour une bonne fermentation. ^ .
- 119. Les cuirs à l’orge fe coupent ordinairement en deux bandes avant d’être mis en palsement, au lieu que les cuirs à la chaux fe confervent afsez communément de toute leur grandeur.
- 12Q. Dans quelques endroits , les cuirs à l’orge font environ fix femaines en été, & jufqu’à trois mois en hiver , dans le paiement, avant que d’ètre fufnfamment enflés. Tous les jours on les leve pendant l’efpaee de deux ou trois heures fur des planches qui font au bord de la cuve, & on les rabat enfuite. On fait que le contaét de l’air facilite & entretient la fermentation.
- On voit en A dans la planche II, des cuirs qu’on releve furie bord des cuves & en E, ces mêmes cuirs qui s’égouttent, & qui font empilés.
- 12 f. Pour préparer les cuirs à l’orge du côté de Sedan , on emploie neuf ou dix petites cuves contenant environ fix rnuids: chacune de ces cuves a fon’ degré de force différent ; celle qui a travaillé une fois, devient d’un degré, inférieur ; & au lieu d’être la dixième, elle n’eft plus que la neuvième pour les cuirs fuivans : celle qui a travaillé deux fois eft la huitième , & ainfi de. laite jufqu’à celle qui ayant fervi neuf fois, devient la première dans l’ordre des apprêts , & la plus faible de toutes..
- 122. Dans la première eau d’orge ainfi affaiblie &qui a déjà fervi neuf fois , on jette d’abord cinq cuirs, qui y demeurent un ou deux jours ; de-là ils. pafsent dans la fécondé cuve , qui eft un peu plus forte , c’eft-à-dire , un peu (iiÿ) Enallem. Gerjïenbeitze. !
- p.52 - vue 54/631
-
-
-
- plus aigre , parce qu’elle n’a fervi que huit fois , & ainfi de toutes les autres que les mêmes cuirs parcourent fuccefiivement.
- Quelquefois on ne conduit les cuirs que jufqu’à la troifieme ou à la fécondé cuve, lorfqu’on leur trouve afsez d’aétivité pour qu’il foie inutile d’en faire une nouvelle.
- 123. L’eau aigre de la première & de la plus faible des cuves qui a fervi dix fois, n’eft pas toujours abfolument épuifée; tant qu’elle paraît fuffifante pour cette première préparation , on la eonferve , & ainfi des fuivantes : il n’en eft pas de même des eaux de tan qui fervent pour le cuir à la jufée, on ne les eonferve pas au-delà du terme fixé ; & à chaque fois on vuide la cuve la plus bafse, qui fe trouve avoir fervi dix fois , fi l’on a employé dix cuves : nous en parlerons lorfqu’il* fera queftion de la jufée [256].
- 124. Dans plufieurs autres provinces , on fe contente de trois cuves pour un habillage, & l’on forme trois pafsemens, le mort, le faible & le neuf,de la maniéré fuivante. Les cuirs qui font fuffifamment amollis [u6] s’abattent dans un pafsement mort, jufqu’à ce'qu’ils quittent leur poil ; car tout de même que les pleins morts ne fervent d’abord qu’à débourrer les cuirs [26] , de même les pafsemens morts s’emploient pour difpofer les.cuirs à des pafsemens neufs , & pour faire tomber le poil.
- 125. Après un ou deux pafsemens, le poil étant difpofé à quitter, ondéboirrre les cuirs fur le chevalet (t i<?) [26] avec le couteau rond ou fourd (117) ; & on les jette enfuite dans l’eau claire pendant douze ou vingt-quatre heures , fuivant le befoin qu’ils en ont. On retire les cuirs de l’eau ; on les met dans un pafsement faible,, où on les abat une fois chaque jour, jufqu’à ce qu’ils paraifsent avoir pris du corps. Lorfqu iis ont.afsez de pafsement faible , on les décharné (37) ,• après quoi on les jette à l’eau pour l’efpace d’environ fix heures ; c’eft ce que les ouvriers appellent le trempe ment du faible.
- Le troifieme pafsement doit être un pafsement neuf, compofé , comme nous l’avons dit [11 g] , d’environ douze livres de farine d’orge pour un cuir qui doit pefer vingt-quatre livres, étant fec. On prend d’abord le quart de cette farine pour en faire un levain ; & lorfque ce levain commence à monter , ce qui arrive au bout de quelques heures, à moins que le grand froid ne ralentifse la fermentation , on délaye ce levain avec la farine dans une cuve qui contient autant d’eau qu’il en faut pour les cuirs qu’on veut y mettre. On leve les cuirs de ce pafsement neuf, & on les abat chaque jour, jufqu’à ce qu’ils aient acquis le rendement nécefsaire.
- 126. Les procédés ci-defsus font diverfifiés ou fimplifiés fuivant les lieux -, ©nne peut ni on ne doit établir de réglé générale pour ces fortes de détails;
- (n<S) Streckbank.
- (117) StrecknageL
- p.53 - vue 55/631
-
-
-
- *<ï ART DU TANNEUR,
- ce ferait étouffer la réflexion & l’induftrie , arrêter le progrès des découvertes & de l’expérience.
- Par exemple, à la manufacture de M. Barois & compagnie , près l’églife faim Hippolyte , fauxbourg Saint-iMarceau, on conduit à la fois cinq trains qui font de quatre cuves chacun. Ces cuves ont trois pieds de hauteur fur quatre pieds & demi de diamètre : dans chaque cuve on met huit cuirs, & par conféquent chaque train eft de trente-deux cuirs : on a foin de relever ou racoutrer deux fois le joùr tous les cuirs qui font en paflement.
- Tous les quatre jours, on fait un palfement neuf dans une des quatre cuves, c’eft-à-dire , dans celle dont le paiement était le plus faible. Après avoir jeté ce vieux palfement & lavé la cuve, alors le troifieme palfement devient le dernier ou le plus faible ,• & celui qui était le premier & le plus fort, fe trouve être le fécond.
- Les huit cuirs qui entrent tous les huit jours dans chaque train, fe mettent * en arrivant, huit jours dans le quatrième palfement, qui eft le plus faible i quatre jours après , dans le troilieme paiement, qui fe trouve également faible; enfuite dans le fécond &dans le premier. Au bout de feize jours on les pele [26] , & l’on recommence à les mettre dans les quatre autres paflfemens»
- Ils reçoivent d’abord une chute de palfement neuf, c’eft-à-dire, un paiement qui n’a fervi qu’une fois ; quatre jours après, une autre pareille chute de palfement neuf, qui a fervi auffi quatre jours ; enfuite deux paflemens abfolu-; ment neufs , & quelquefois un troilieme palfement neuf : ainfi un cuir fait deux fois le tour des quatre cuves. La même cuve où il entre en venant de chez le boucher , eft celle d’où il fort pour aller dans le palfement rouge.
- Chaque palTement neuf pour huit cuirs, tels qu’on les travaille à Paris, eft de dixboilfeaux rafes *, ou cent trente livres d’orge moulu, plus ou moins [118]. Le levain fe fait la veille avec trois de ces dix boilfeaux, qu’on met dans de l’eau chaude.
- Cet intervalle de trente-deux jours fuffit pour conduire des cuirs au degré convenable de préparation, foit en été , fait en hiver : mais en hiver on y emploie quelquefois de l’eau chaude pour accélérer la fermentation : on mettra, par exemple, cinq ou lixféaux d’eau chaude dans un palfement.
- A l’égard delà quantité de tan qu’on emploie enfuite pour ces cuirs à l’orge, un cuir de cent livres à la raie prend environ deux cents livres d’écorce, favoir, cinquante en paflement rouge [165] , foixanteen première poudre, cinquante en fécondé poudre ,& quarante en troilieme poudre. Dans d’autres endroits, on la diftiibue en corbeilles d’environ quarante-cinq livres > on met (pour
- * Le feptier d’orge ou les 12 boilfeaux coûte 7 liv. en 176; ; mais il va quel-en grain , rendent içç livres , ou iç à 16 quefois de <; liv. jufqu’à 10 , & au-delà : le boilfeaux de farine. Le feptier de grain feptier de froment va de 15 à 1 g.
- p.54 - vue 56/631
-
-
-
- ART D U T A-N N E U R.
- 57
- huit cuirs) trois corbeilles dans le paflèment rouge, feizeen première poudre, & huit dans chacune des deux autres poudres.
- 127. Les cuirs étant fuffifamment renflés dans les paflfemens à l’orge, qu’on appelle pajjemens blancs , on les met en rouge.
- Le paiement ronge n’eft compofé que d’eau claire , avec deux ou trois poignées d’écorce entre chaque cuir.
- Les cuirs relient en cet état pendant trois ou quatre jours , au bout defquels on leur redonne encore autant d’écorce dans le même pafsement : trois autres jours fuffifent alors pour les mettre en état d’être couchés en fofle de la même maniéré que les cuirs à la chaux [90]. Ces paffemens rouges leur donnent un degré de fermeté nécefTaire , pour que l’a&ion du tan dans la fofle ne fur-prenne pas les cuirs, & ne les racornifse pas trop promptement. Voyez art. i6f.
- 12g. Ce que nous venons de dire de la méthode ordinaire des cuirs à l’orge , eft fuffifant pour guider des tanneurs habiles qui n’en connaîtraient pas le procédé i mais nous-ne devons pas dilîimuler qu’il faut de l’habitude & de l’intelligence pour connaître 15 un cuir eft afsez enflé , & pour conduire des pafsemens. Nous allons entrer dans un détail encore plus circonllancié pour la méthode des cuirs de Valachie * parce qu’elle eft encore moins connue que la précédente.
- Des cuirs façon de Valachie, qui fe préparent par les pajfemens chauds.
- 129. Les cuirs à l’orge préparés dans une feule cuve chaude, font appelles quelquefois cuirs de Valachie, parce que l’on prétend que la méthode nouseft venue des Vainques : ce font des peuples tributaires du Turc , & qui habitent fur le bord du Danube , entre la Bulgarie & la Pologne : ils font gouvernés par un prince ou defpote particulier: le prince Mauro Cordato les a rendus afsez célébrés ; & de fou terns les arts & même les fciences étoient connus dans fon pays. C’eft de là qu’on prétend avoir reçu la méthode des cuirs de Valachie , qui confifte à mettre les cuirs dans un pafsement bien chaud pendant l’efpace de trente heures. Nous allons entrer dans le détail de cette méthode, telle que M. Teybert la propofa en France en 1747.
- 130. Après que les cuirs font revenus ou ramollis dans l’eau [13], on les foule aux pieds, & on leur pafse le couteau rond fur chair , afin de les rendre fou pies : on les rince enfuite de nouveau pour les nettayer de toutes les ordures qui pourraient les piquer ., & 011 les met égoutter fur des perches.
- Après cette opération , il faut examiner ,foit fur la perche, foit au flottage, fi le poil fe détache .iifément, ce qui peut arriver en été & dans les pays chauds, fans autre préparation: dans ce cas on pourrait les dépiler fur le chevalet ; 'hors de là il faut les faler, comme nous le dirons bientôt{ 133], pour les mettre en état de pouvoir être pelés. • .
- p.55 - vue 57/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- Méthode pour faire tomber le poil. '
- 131. Lorsqu’on a des peaux fraîches qui viennent de la boucherie, & dont il faut faire tomber le poil , 011 fe fert de la fermentation : dès qu’on a coupé, les queues, les cornes & les oreilles, on fale les cuirs fans les mettre tremper.
- La falaifon d’un cuir fort confifte à répandre deux ou trois livres de Tel de morue, d’alun & defalpètre fur chaque moitié de cuir; on renverfe l’autre moitié fur celle quia été falée, & on les applique l’une fur l’autre le plus; également qu’il eft poiïible.
- Les cuirs étant ainfï falés, on les met en pile les uns fur les autres ; on, couvre la pile avec de la paille ou avec un gros fac : dans cet état ils commencent bientôt à fermenter & à s’échauffer,* 011 les retourne une ou deux fois par jour, en changeant de plis & de côté , pour que la fermentation foit uniforme , & qu’il n’y ait pas de parties plus endommagées que d’autres.
- 132. Cette fermentation difpofe le poil à fe détacher,* on n’attend pas qu’il tombe de foi-mème , ou qu’il foit tropaifé à arracher ; on courrait rifque de laifser endommager la fleur du cuir.
- Si quelque obftacle empêchait de pouvoir faire la dépilation le jour où les cuirs font aflez échauffés , il faudrait les jeter dans l’eau pour un jour ou deux, mais pas davantage ; car ils feraient en rifque même dans l’eau.
- Lorfqu’on apperqoit que certaines peaux font plutôt échauffées que les autres, on a foin de les retirer de la pile, & d’y lailfer celles qui ont encore befoin de l’échauffe.
- 133. On peut aufli faire tomber le poil par réchauffement, fans employer le feli il ne s’agit que de plier en chair, patte fur patte , & bien exactement, chaque cuir qu’on veut mettre en échauffe (r 1 g) , les coucher l’un fur l’autre fur un lit de paille de litiere (elle eft plus fouple & plus propre à la fermentation que la paille neuve). On leur fait enfuite une couverture de la même paille , mais en plus grande quantité que delfous les cuirs, & dans cet état 011 leur laiffe pa(fer un jour.
- 134. Le lendemain on les change de côté; une partie de la paille de deflus fert à faire un lit plus mince, fur lequel011 les recouche , en commençant par# celui de deffus ; le refte de la couverture, avec la paille qui leur fervait de lit , s’emploie à les recouvrir ; on les laiffe encore un jour dans ce fécond état, plus ou moins , fuivant que le poil eft plus ou moins adhérent: & comme il ferait dangereux de les laifser trop échauffer, on a foin de les vifiter deux fois le jour, pour examiner le moment où le degré de fermentation fera fuffifant pour faire quitter le poil, & non au-delà.
- 13 f. Il faut que le poil crie lorfqu’on l’arrache , & fafse une réftftance
- (118) En allemand cette opération fe nomme, abfchwitzen lajjeru *
- , médiocre i
- p.56 - vue 58/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- Ï7
- médiocre ; i! fuffit qu’on puifse l’arracher à force de poignet. Plus la dépilation eft dure , mieux le cuir s’en trouvera , parce qu’il n’aura point été attendri par l’cchautfe.
- Si, avant de mettre les peaux en échauffe, on apperçoit des endroits dont Je poil ait quitté , il faut les baftiner avec une éponge ou un linge détrempé d’eau & de fel, pour empêcher qu’ils ne s’échauffent davantage avant que le refte du poil foit difpofé à tomber.
- 136. En employant du fumier bien chaud , on abrégerait de moitié la durée de l’échauffement ; mais il faudrait y enfouir totalement les cuirs, & veiller avec grand foin fur le moment précis où le poil ferait prêt à quitter.
- 137. Le meilleur ferait encore de fupprimer totalement cette opération, parce qu’elle eft dangereufe pour peu qu’on la manque , parce qu’elle attendrit trop les cuirs , & parce que l’on peut y fuppléer , foit en rafant les cuirs [147,194] , foit en obfervant le tems où le poil fe difpofe à quitter de lui-même deux ou trois jours avant le point de rebattue, c’eft-à-dire, avant le tems où les cuirs font en état d’entrer en paffement. [Voyez aujjl l'art. 171].
- Méthode pour compofer les pajjemens ( 119).
- 138- Tandis que les cuirs s’échauffent, on prépare un levain avec de la farine de bon froment pour les faire gonfler. Vingt livres de farine ayant été délayées dans de l’eau & pétries comme de la pâte de pain avec un peu de vieille pâte , on y ajoutera, fi l’on veut, un derni-feptier ou huit onces de vinaigre pour développer l’acide avec plus de promptitude , & on laifsera ce levain bien couvert & à une douce chaleur pendant deux, trois ou quatre jours fans y toucher , couvert d’une toile ou d’une étoffe de laine j alors il fera fufEfamment aigre & propre à former la composition dans laquelle les cuirs doivent gonfler. Les vingt livres de farine que nous avons prefcrites pour le premier levain , fuffiront à fix ou fept grands cuirs de quatre-vingts livres à la raie, ou à neuf ou dix cuirs de jeunes bêtes. Ces vingt livfts de farine produiront trente livres de levain , parce qu’il y faut un tiers d’eau chaude pour la pétrir.
- 139. M. Guimard , infpecteur, qui travailla en 1748 d’après les principes deTeybert, reconnut qu’un premier levain fans vinaigre pouvait fuffire , & qu’on devait l’employer le lendemain ouïe furlendemain, parce que, fuivant la remarque des boulangers, le levain perd au lieu d’acquérir de la force quand il a pafle les vingt-quatre heures, ou deux jours en tems froid. Lorfque le levain eft bien aigre , il s’agit d’entreprendre la compofition j on emploie à cet effet une cuve de cinq pieds de diamètre fur trois pieds de hauteur. Il fuflflt d’une feule cuve pour un travail de fix cuirs i mais fi l’on veut en (119) En allem. die Beitze , odcr Schwellfarbe.
- Tome III.
- H
- p.57 - vue 59/631
-
-
-
- 58
- ART DU TANNEUR,.
- conduire un plus grand nombre , i! faut employer plufieurs cuves femblablçs,
- ; 140.. Les cuves que l’on emploie doivent être bien nettes & bien purgées
- des matières étrangères qu’on y aurait pu mettre auparavant , telles que la ehaUx la'coUe,Thuile , ou autres fubftances qui ne font point propres à la fermentation acide qu’il s’agit de produire. -,
- - Pu rempjira- chacune des cuves qui doivent fervir à faire des pafsemens , jufqii’à la moitié de leur hauteur , avec de l’èau claire & nette : on retirera de chacune de ces cuves,fix;ou fept féaux d’eau, que l’on mettra dans une chaudière fur le feu.: Lqrfque cette eau fera bien bouillante , on en prendra une portion ,. avec laquelle, on délaiera dans un vaifseau particulier environ foixante livres d’orge moulue , pour chaque pafsement de fix grands cuirs. On aura foin,de bien écrafer tous les grumaux , qui feraient de la matière perdue & fans action > & l’on achèvera d’éclaircir cette pâte avec de l’eau froide , ju.fqu’à la confiftance d’une pâte que l’on deftinerait à faire de la forte, colle..
- 141. La. pâte ainfi délayée fe remet dans la chaudière ; 011 la remue fans interruption avec un bâton, pour empêcher que la farine ne fe dépofe & ne fe brûle au fond de la chaudière i & on la laiife bouillir à gros bouillons, de façon qu'elle s’élève jufqu’à trois fois.
- On répartit cette colle de farine dans les cuves deftinées aux pafsemens ; 011 la remue avec une pelle , d’abord à droite, enfuite à gauche , pour faciliter le mouvement inteftin qu’on fe propofe de produire. La derniere fois qu’on change de main , il faut oppofer la pelle à la circulation du liquide pour l’arrêter brufquementj cela aide la fermentation. Les cuiliniers favent bien, qu’on fait tourner le ljait en le remuant des deux fens.
- 142. Les paffemens étant ainfi compofés d’eau & de farine, on retire de chacun un ou deux féaux de cette composition , qu’on remet fur le feu pour le levain , & l’on couvre,.en attendant, avec des planches bien jointes les cuves des pafsemens.
- Aussi-tôt que la compofi non commence à frémir fur le feu , même avant le premier bouillon , on retire la chaudière de deffus le feu , & l’on fe fert de çette composition pour délayer dans un vaiffeau féparé le levain de froment quia été décritci-deffus [138]- Ce levain ainfi délayé avec la cornpofitioti d’orge, fe verfe fur les cuves à parties égales ; quelquefois aufîi on le fait chauffer pour augmenter la chaleur de la compofition.
- 143. Ces cuves ou pafsemens doivent être chauds , de maniéré cependant que i’on puiffey tenir la main jufques à la moitié du bras fans un élancement douloureux. On répand fur chaque cuve fix livres de fel, on les remue , & on les couvre de nouveau pour les laiifer aigrir pendant dix ou quinze jours. O11 a foin de les remuer & de les brouiller toutes deux fois le jour ; mais,
- p.58 - vue 60/631
-
-
-
- ART DU TANNE U R.
- 5 9
- ùü les recouvre auffi-tôt, de peur qu’un air trop froid n’arrête ou n’interrompe la fermentation. Le fel dont nous venons de parler palfe pour être très-néceffaire , afin de corriger l’acide de la composition. On a vu des cuirs .qui avoient tous leurs bordages rongés, pour avoir gonflé fans fel.
- J44. Les cuirs qu’on a mis en échauffe ayant été dépilés avec le couteau rond ou la queurfe , le fable ou la cendre [26], on les porte dans de l’eau claire & courante pour les bien laver , tête en queue & queue en tête, tant en fleur qu’en chair. On les enfile trois à trois à un bout de corde ,* on les lance, comme un épervier , bien avant dans l’eau , où ils enfoncent aifément. On les y laifïe quatre à cinq jours , jufqu’à ce qu’ils foient fuffifamment rebattus (f20); ayant attention de les en tirer deux fois le jour, de les rincer, les laiffer égoutter un moment, & les lancer enfuite de nouveau dans l’eau. Parce moyen l’on évite le limon que l’eau charrie toujours avec elle, & qui féjour-nant dans les cuirs, pourrait les piquer. Les cuirs qui n’ont pas été ainfi rebattus, paraiffeut tirer du grain, ce qui marque dans cet état-là un défaut de fouplefse ; ils font aufiî plus durs à tanner.
- 14^. Au défaut deriviere, on peut faire rebattre les cuirs dans un ballin ou dans des cuves , én les changeant d’eau tous les jours : il faut qu’on les aitramollis au point que la fleur même foitfoupîe, & qu’en appuyant l’ongle defsusla fleur , elle y laifse fa trace. Les peaux paraifsent auffi un peu jaunes quand elles ont été bien rebattues , & fouvent on y apperçoit de petites taches violettes. Les cuirs étant bien rebattus, on les écharne* foit avec le demi-rond , foit avec la faux (12 O, qui eft plus ufitée en Allemagne.
- 146. L’écharnement ou décharnemënt (122) n’eft pas une opération efsentielle : il n’ajoute rien à la'qualité; mais c’eft un travail de propreté. DécharnGrau vif ou découvrir (a veine , c’eft enlever à force de bras & avec le demi-rond toutes les pellicules, les parties de chair, & autres chofes inutiles qui tiennent aux peaux, de maniéré que le côté de la chair paraifseaulïi blanc & , pour ainfi dire , aufii uni que la fleur [37].
- 147. Apres avoir décharné au vif, il s’agit de rafer (123) les cuirs , parce qu’ordinairement la dépilation n’a pas été faite fi exactement qu’il n’y refte quelques duvets , que l’on eft obligé d’enlever avec la faux , inlfrument beaucoup plus tranchant que le couteau rond ou la queurfe , qui fervent à dépiler.
- Pour rafer les cuirs, il faut faire nécefsairement une couche , c’eft-à-dire , étendre fur le chevalet plufieurs peaux , fur lefquelles on mettra celle qu’il s’agit/de rafer. Au moyen de cette couche la peau obéit & s’étend de façon que la fleur ne court aucun rifque. Si l’on rafait les peaux fur le chevalet
- (120) En ail. gnoeicht. (122) En ail. das Ausjîeifchcn.
- ( 121 ) En ail. Senfe. (123) En ail. fcheeren,
- H ij
- p.59 - vue 61/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 60
- à nud, il arriverait que le couteau trouvant de la réfiftance, couperait la fleur. Après avoir jeté un feau d’eau fur la couche pour la laver, on pafse la peau du côté de la fleur avec le demi-rond pour en faire fortir la crafse & en tendre le nerf. Le couteau à deux manches, que les hongroyeurs appellent la faux, vaut mieux pour lerafement que le couteau à écorner(i24), dont les tanneurs fe fervent ordinairement, quoique bien aiguifé.
- Mais il faut bien favoir manier la faux, ce qui n’eftpas donné “à tous les* ouvriers. Il faudrait, pour ainfi dire , avoir fait un apprentifsage femblable à celui d’un barbier, pour bien rafer les cuirs. Pour plus de facilité dans les décharnemens & le rafement, il eft bon de tenir dans l’eau, pendant l’opération , les couteaux dont on ne fe fert pas a&uellement.
- S’il furvenaitdes jours de fêtes ou autres obftacles qui empêchafsent le décharnement & lerafement, on pourrait fufpendre le travail pour quelques jours en mettant les peaux dans de l’eau fraîche , fur-tout en eau de puits ,* c’eft la plus propre à fufpendre la fermentation.
- A mefure que les peaux fontrafées , on les met dans de l’eau claire ; & quand le rafement eft achevé , on les rince & on les porte égoutter fur perche pendant vingt-quatre heures. Si l’on veut récouler les peaux fur le chevalet, on fera difpenfé de les laifser ainfi fur perche pendant vingt-quatre heures.
- 148. Pendant qu’on rafe les peaux, ou même auparavant, on compofe un fécond levain de la même maniéré que celui dont il a été parlé art. 138 ; on y emploie feulement feize livres de farine pour fix cuirs, au lieu de vingt livres qu’on mettait dans le premier levain j & l’on met ce fécond levain , comme le premier, dans un lieu chaud , propre à y exciter la fermentation. Les feize livres de farine feront vingt-cinq livres de levain à-peu-près.
- 149.ON tranfvafe enfuite la liqueur aigre & claire de la premiere'compofition [142]; on en jette le marc, & l’on remet le clair dans la cuve où doit fe faire le pajfèment, pour en former une fécondé compofition , qu’on appelle 1 e conu plèment, & qui fe fait comme la précédente.
- La cuve contenant ainfi de l’eau claire & aigre, on puife dans chacune fixa fept féaux, que l’on remet dans une chaudière fur le feu: lorfque cette eau a bouilli jufqu’à s’élever trois fois , on en retire une partie pour y démêler encore cinquante livres d’orge moulue, c’eft-à-dire, environ huit livres pour chaque cuir ; on y verfera peu à peu le refte de la liqueur chaude.
- Cette liqueur ayant bien délayé la nouvelle farine d’orge , on remettra le tout dais la chaudière, & après l’avoir fait bouillir légèrement, on la répartira toute entière fur les paflemens.
- 150. Les paflemensayant été bien remués avec la nouvelle eau d’orge , on en retirera un feau ou deux, qu’on mettra chauffer: lorfque cette eaufré-(12.4) En allemand , Aushcmeijjm.
- p.60 - vue 62/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- Ci
- mira , on y délaiera le fécond levain [ 148 ] fait ci-devant avec feize livres de farine, & l’on verfera ce fécond levain ainfî délayé dans différentes cuves. On ajoutera à ces nouvelles cuves cinq à fix livres de fel, comme on l’a dit des autres cuves [143]» on remuera bien les paffemens ; on en lèvera deux ou trois féaux pour remettre fur le feu pendant tout le gonflement j on en ôtera auffi plufieurs féaux pour remettre en réferve, enforte qu’il ne reftera que huit pouces de liquide. Les attentions qu’on a prefcrites ci-deffus pourfaire le principe decompofition [ 141 ] , doivent être également obfervées dans ce fécond travail, qu’on appelle le complément.
- ifi. Si cette maniéré de procéder par deux orges & deux levains, pour former un paffement blanc, parailfait trop embarralfante, 011 pourrait fans doute y parvenir plus Amplement, employer tout de fuite trente livres de levain, cent vingt livres d’orge, & dix livres de fel pour chaque paffement qui doit fervir à fix cuirs : mais je décris ici avec une extrême exactitude , à telle fin que de raifon, le procédé apporté par Teybert, dans lequel on trouvera peut-être un fcrupule myftérieux.
- Les tanneurs à l’orge, dans la méthode ordinaire [ 118 ] , emploient en une fois dans>leur premier paffement neuf, à-peu-près l’orge que nous employons ici en deux fois j mais ils font quelquefois obligés, quand leur premier neuf ne fuffit pas, d’en faire un fécond , ce qui augmente beaucoup la dépenfe. Ainfi la méthode de Valachie eft moins couteufe , en même tems qu’elle eft plus courte.
- , 1 f 2. Lorsque le fel aura été mis dans les paffemens , on les remuera beau-
- coup -, on ôtera de chacun deux ou trois féaux de matière liquide , qu’on conservera dans une chaudière fur un feu modéré pendant le tems que. les cuirs feront en paffement, afin de les reverfer fur les cuves, & en conferver la chaleur. On en retirera enfuite plufieurs autres féaux pour mettre dans une cuve de réferve , de façon qu’il n’en refte dans chaque paffement qu’autant qu’il en faut pour couvrir les cuirs qu’on y doit mettre.
- 153. M. Guimard a afluré, d’après des expériences faites à Pau en 1748 , qu’il valait mieux faire la compofition d’une feule fois, que de la faire en deux, par principe & complément [ 149 ]. En effet, indépendamment du tems qu’on y emploie & du bois qu’on y confume , il peut arriver que le complément fait avec delà nouvelle orge émoufle les acides du principe , qui avaient déjà commencé à fe développer.Dès lors l’effet deviendra plus lent, & l’on ferait obligé, pour rétablir une bonne fermentation, d’y foutenir un degré-de feu d’ailleurs préjudiciable aux cuirs.
- 154. Pour faire la compofition tout d’une fois, on s’y eft pris de diffé-
- . rentes maniérés , qui ont à-peu-près également réuffi. ; ^ -
- i°. Avec de l’orge ou avec du feigle moulus (fansaucun levainqui
- p.61 - vue 63/631
-
-
-
- 6Z
- A R T D' V T A N N N E ü R.
- avaient été préparés la veille avec de l’eau bouillante.
- 29. Avec parties égales d’orge moulue & de levain , délayées dans une eau prefque bouillante , c’eft-à dire , frémiffante , au moment qu’on veut y mettre les cuirs. • '’ ’ ’ iJ
- 3°. Avec du Ton de froment, un demi-boifleau Tur chaque cuir, fans levain. On abreuve ce fonavec de l’eau chaude ; on le lailïe fermenter pendant un jour* on y jette une livre de fel pour chaque cuir , dans le tems même qu’orï Veut les mettre en gonflement.
- 4V. En employant auffi du levain d’orge ou de feigle , qui coûte moins que celui de froment, dont nous avons parlé [ f 38 ] ,* & il fuffit de iix ou huit livres de grain inou’u par cuir. Lorfque ce levain monte , il eft tems d’en faire ufage ; & pour l’employer, il ne faut que le délayer dans une eau plus que tiede, & y jeter du fel comme ci-devant, au moment qu’on veut y mettre les cuirs.
- Méthode pour gouverner les paffemens.
- I5f. Lorsque les eaux font aigres & les paffemens préparés , onleveles peaux de dellus perche, & on les abat dans le paiement pour deux, minutes de tems, afin de les dégourdir & de leur faire contracter par degrés la chaleur du paifement. Ou les levé fur le couvercle de la cuve , & on les laide égoutter pendant trois ou quatre minutes : pendant ce tems , on remue de nouveau la composition , en fuite on y rabat les peaux ; 011 couvre lés paffemens, &l’on y entretient le même degré de chaleur, en y mettant de la compofition qu’on tient en réferve : un quart^d’heure après oit leve les mêmes cuirs pour, la fécondé fois , & on les laifle égoutter un demi-quart d’heure : une demi-heure après la fécondé levée, on les leve une troifieme fois , & on les [aille égoutter unquart-d’heure : une heure après la troifieme, on les;levé pour la quatrième fois, & 011 les laide égoutter un peu plus *. une heure après la quatrième , 011 les leve une cinquième fois , & on leur donne demi-heure d’égout .‘enfin on les leve encore au bout de deux heures une1 fixieme fois , & u'ne feptieme, après un femblable intervalle de tems. Le lendemain on-leVe-les cuirs deux fois, & même trois ou quatre, fi les cuirs font de marivaife' qualité ,*& qu’ils pa-railfent difficiles à faire gonfler. A chaque fois l’on remue le palFement, pour que la farine d’orge 11e refte pas toute dans le fond, & l’on recouvre exactement la cuve après que les cuirs ont égoutté une demi-heure. Il eft'inutile d’avertir que l’on doit toujours conferver le degré de chaleur dont nous avons parlé , tel qu’on puifle feulement tenir la main dans la cuveÿ'& l’on*y parviendra au moyen de la chaudière qui tient fur le feula matière de réferve. Elle fert non-feulement à échauffer, mais à réparer la matière qui fe diffipe , ou qui eft ab-forbée par les cuirs. Il faut que les cuirs foient toujours couverts dans les pafsemeus.
- p.62 - vue 64/631
-
-
-
- .ART DU TANNEUR.
- 63
- ïf6. Tous ces relevemens des cuirs fur la cuve , fuivisde l’égouttement, font que la compofi.tion mord & pénétré partout également ; fans cela il y aurait des endroits où le cuir brûlerait par la force de la composition, & d’autres où il ne prendrait pas nourriture; par exemple, dans les plis qui auraient fubfifté trop long-tems dans les mêmes parties du cuir.
- Pour abattre les peaux dans le pafsement, deux perfonnes les prennent par les extrémités , & les étendent fur chair dans le pafsement, les plongentavec des bâtons , & en fontfortir le vent, afin qu’elles enfoncent mieux.
- 157. Le pafsement blanc produit ordinairement fon effet au bout de trente heures, plus ou moins; la fermentation acide s’y établit & y produit une dilatation fenfible. Ces peaux qui étaient minces & molles , acquièrent la fermeté & l’épaifseur que des cuirs doivent avoir. Dès-là on commence à leur donner plus particuliérement le nom de cuirs.
- ILy aurait du danger à laifser les cuirs plus long-tems en pafsement;quelquefois même la force de la compofition les brûle au point que les bordages refsemblent à du linge pourri.
- Les cuirs étant retirés du pafsement, on en conferve le plus clair, pour .fervir enfuite de principe à lin nouveau pafsement, en y ajoutant un complément un peu plus fort que le premier [ifo]. Les pafsemens blancs une fois en train, ne coûtent à entretenir que la moitié de la première dépenfe.
- Les cuirs s’égouttent fur couvercle , jufqu’à ce qu’ils foient bien refroidis ; on les met alors dans l’eau , où après les avoir laifsé tremper un moment, 011 les rince pour en faire fortir l’humeur glutineufe que l’orge y a laifsée , & on les met égoutter,
- 358. Pendant le tems que les cuirs rincés emploient à s’égoutter, 011 prépare le pafsement rouge [ 127, 165 ], dans lequel on doit auiïi-tôt les faire pafser. Le nom de pajjemenironge (125)» ou de rouge tout court, vient de la couleur que le regros ou l’écorce lui communique, comme on appelle pajfemenû blanc (126) , ou finalement le blanc, celui qui eft formé avec de la farine.
- Des dangers auxquels font expofés les paffemens.
- 1^9. On ditfouvent dans les tanneries que les pafsemens tournent, comme l’on dit dans les papeteries que la colle tourne ; dans les offices, que le vin ou le lait eft tourné. La partie cafeufe& mucilagineufe abandonne la partie féreufe où elle était en difsolution , & la liqueur cefse d’être homogène.
- En général on dit qu’un fluide muqueux eft touriaé lorfqu’il fe décompofe, de maniéré que l’union intime des différentes parties du fluide cefse d’avoir lieu ; les parties fpiritueufes fe dégagent alors des parties huileufes, la liqueur s’aigrit, & la putréfadion fuccéderait bientôt. Le vin,qui eft trèsTpi-
- (125) En allem. Lohfarbe. (126) En allera. Schioellfarbe.
- p.63 - vue 65/631
-
-
-
- 64
- ART DU TANNEUR.
- ritueux, ne tourne pas facilement, parce que la partie fpiritueufe tient la partie huileufe en difsolution, & l’abandonne difficilement.
- Les pluies d’orage en été font toujours très-fulfureufesi oivVen apperqoit à plusieurs figues; voilà pourquoi elles font tourner le lait: mais en mettant un peu d’alkali dans le lait, on l’empêche de tourner , parce qu’on donne à l’acide fulfureux une fubftance qui s’y unit aifément, & qui l’empêche d’agir fur le lait. Ainlî il y a apparence qu’on empêcherait auffi les pafsemens de tourner, en y mettant de la potafse. Cela ferait aifé à faire, puifqu’elle ne coûte que dix à douze fols la livre à Paris.
- 160. Pour empêcher que le tonnerre ne fafse tourner les pafsemens blancs, quelques tanneurs ont coutume , dès qu’on eft menacé d’un orage , d’amafser de la ferraille, & de la mettre dans chaque cuve , enveloppée d’une ferpilliere bien claire, pour empêcher que le fer ne tache les cuirs. Peut-être la force af-tringente du ferconfoiide , pour ainlî dire, des parties trop ailées à fe difsou-dre ; peut-être ia matière éleétrique fe portant en plus grande abondance vers les métaux , abandonne le fluide du pafsement ; ou, ce qui eft encore plus probable , le fer s’unifsant avec l’acide-, en fature l’excès, & arrête le progrès de la fermentation: tout ainlî qu’en jetant de la limaille de fer dans du vinaigre , on émoufse fon acide, en formant unfel martial qui eft ftiptique, mais qui n’a prefque pas d’acidité ; & qu’avec du plomb on tire des cryftaux doux & Lucres, de l’acide le plus cauftique & le plus concentré. D’autres penfent qu’une livre defel, ou une demi-livre de fel ammoniac, peuvent empêcher le pafsement de tourner : cela arriverait par la même rai fon, l’acide fulfureux s’unif. faut au fel ammoniac plutôt qu’aux parties du pafsement. Il y a même apparence que fi les pafsemens ne tournent pas plus fouvent, c’eft parce que la matière putride des cuirs forme, avec l’acide du pafsement, un fel ammoniacal ; & ce fel abforbe la furabondance d’acide, qui augmenterait trop la fermentation.
- 161. Quoi qu’il en foit, quand le pafsement eft manqué une fois , il n’y a plus de remede ; il ne faut même plus compter que les cuirs puifsent devenir enfuite d’une bonne qualité ; ils ne peuvent pas s’enfler afsez pour fe bien tanner i leurs fibres deviennent molles & lâches ; ils font fpongieux,& ne prennent plus la ftipticité qui ierait néceiîaire pour un bon tannage. C’eft pourquoi les chaleurs de l’été font dangereufes dans les pafferies; on craint toujours les mois de juillet, août & feptembre, plus que les autres mois de l’année.
- Quand les pafsemens gelent, on les laifse tranquillement fous la glace. Dans cet état les cuirs n’avancent point, mais ils ne 'perdent rien dé leur qualité ; feulement on perd les pafsemens i car après le dégel ils ne font propres I rien , il faut les jeter.
- Des
- p.64 - vue 66/631
-
-
-
- J R T DU TANNEUR.
- Des cuirs à l'orge qui je font en Angleterre.
- \62. J’ai vu plufieurs tanneries à Londres dars Long-lane, qui eft unerue du fauxbourg appelle Southwark. Dans la plupart de ces tanneries , on prépare à l’orge les gros cuirs, & l’ufage en eft déjà très-ancien ; mais les empeignes fe préparent avec !a chaux & la fiente de pigeon , comme étant de moindre con-féquence [39].
- Les pafsemens d’orge fe conduifent avec de l’eau chaude, & vont beaucoup plus vite que les nôtres i car les cuirs parcourent quatre à cinq pafsemens dans l’efpace de fix jours, en allant du plus faible au plus fort. Ils ne font que vingt-quatre heures dans le dernier , qui eft un pafsement neuf qu’on alaifsé aigrir pendant quinze jours.
- Pour former un pafsement neuf, on délaye dans de l’eau chaude cinq à lix boifseaux d’orge, mefure de Paris *, pour un pafsement de fix cuirs. O11 le laide repofer jufqu’à ce qu’il foit extrêmement aigre ,* car pour accélérer la fermentation & le gonflement des cuirs, on attend que l’acide foit beaucoup plus développé qu’on 11e le fait en France * le rifque 11e dure pas fi long-tems, mais il eft peut-être plus confidérable. Il faut veiller fur les pafsemens avec beaucoup d’attention. On a vu ci-devant une méthode qui fe rapproche de celle-ci [ 129].
- Inconvêniens du cuir à l'orge.
- 163. En 1740, on fut obligé de défendre le cuir à l’orge, à caufe de la di-fette des grains ; en même tems qu’on défendait aux amidonniers & aux braf-feurs de biere, l’ufage du grain dans leurs travaux. Cela feul prouve l’avantage qu’il y aurait à éviter totalement l’ufage de l’orge dans la préparation des cuirs. Deux boifseaux ou même deux & demi que prend un cuir de vingt-quatre livres, nourriraient un homme pendant un mois dans les pays où l’on met de l’orge dans le pain , comme cela fe fait même aux environs de Paris , où l’on en met fouvent un quart. Ils ferviraient du moins aux beftiaux , & par conféquent à l’augmentation de la nutrition des hommes, de la culture des terres, & de la population du genre humain. M. Doublet de Perfan , lorf-qu’il était intendant du cemmèrce 9 fit des efforts confidérables pour abolir le cuir à l’orge, & y fubftituer le cuir à la jufée [ 190 ]. C’eft à quoi l’on duc l’établifsement de la manufacture de Saint-Germain [ 223 ]. On devrait bien louhaiter de voir cet ufage plus répandu.
- 164. Les tanneurs de Provins fournirent un procès, il y a quelques années, contre ceux de Paris, qui voulaient empêcher qu’ils ne fifsentdu cuir à l’orge. Ceux de Provins gagnèrent cependant, & furent maintenus dans l’ufage de faire, comme les autres, du cuir à l’orge.
- * Voyez ci-deffus , page 23.
- Tome IÏI.
- J
- p.65 - vue 67/631
-
-
-
- 66
- ART DU TANNEUR.
- Des paffemens rouges.
- Le cuir à l’orge & le cuir de Valachie , au fortir des pafsemens blancs, fe mettent dans des pafsemens rouges, où ils commencent à fe tanner. Voici la maniéré dont M. Teybert préparait fes palsemens rouges pour le cuir de Valachie [ 129 ].
- Pour faire le pafsement rouge , nécefsaire à fix cuirs, on verfe dans une cuve une corbeille de trente-cinq à quarante livres d’écorce , hachée par morceaux gros comme le doigt; c’eft ce qu’on appelle gros ou regros ( 127 ), & l’on y abat les cuirs en même tems. Cette opération commence ordinairement îe matin’; on releve les cuirs à midi, & fur les fept heures du foir.
- 166. La première fois, on les laifse égoutter un demi-quart d’heure -, la fécondé fois , un quart d’heure ; le foir , on y remet trente-fix livres de gros ,* & après avoir bien remué le pafsement, on abat les cuirs. Il faut abattre promptement, pour que le gros n’ait pas le tems de fe précipiter, ce qui nourrirait les cuirs du fond au préjudice des'autres. Le fécond & le troifieme jour , 011 releve auffi trois fois , & on laifse égoutter les cuirs une demi-heure à chaque fois ; le matin feulement on ajùute vingt-quatre livres de gros.
- Le quatrième jour, on ne releve que le matin & le foir ; l’égouttement doit durer trois quarts d’heure chaque fois : on n’ajoute point d’écorce.
- Le cinquième jour, les cuirs ayant été relevés le matin , on les laifse égoutter trois quarts d’heure ; enfuite deux ouvriers remuent le pafsement, l’un de la furface au milieu, l’autre jufqu’au fond; & à mefure qu’on rabat les cuirs, 011 jette quelques poignées d’écorce entre chaque cuir, & un peu fur celui de defsus , qui fera retourné la chair en haut ( les autres ont la chair tournée en bas ). Les fix cuirs demandent pour ce dernier pafsement quarante-huit livres de gros.
- On laifse ainfi repofer les cuirs pendant huit à dix jours , après lefquels on les releve pour la derniere fois j on les rince dans l’eau courante , & ils font prêts à mettre en fofse [ f 3 ].
- 167. Le jus ou le clair rouge que l’on retire de ces pafsemens, eft auffi bon à conferver que le clair blanc; il opéré mieux qu’un pafsement neuf, & il épargne uniiers de regros ; mais il demande à être employé dans la quinzaine après qu’on a retiré les cuirs. Pafsé ce tems, ou tout au plus trois femaines , il n’a prefque plus de vertu.
- Les pafsemens rouges n’ont pas befoin d’être couverts comme les pafsemens blancs [ 142]; mais on les entretient toujours pleins, jufqu’à deux pouces des bords, à la différence des blancs , où il fuffitque les peaux foient tout-à-fait trempées. 1
- i&vL (l27) En allemand, grobe Lohu j
- p.66 - vue 68/631
-
-
-
- ART DU T A N N E U R.
- Gj
- 168. Les pafsemens rouges commencent à raffermir les cuirs j ils les dif-pofent par degrés à prendre la nourriture du tan en fofse. Sans leur fecours, un cuir furpris en Folse par une nourriture d’abord trop Forte , perdrait le gonflement, fe racornirait, tirerait du grain , & réfi lierai t à l'introduction de la partie aftringcnte & deflicative du tan , dont il doit être pénétré.
- Avantages de la méthode de Valachie.
- 169. La méthode des cuirs de Valachie, que nous venons d’expofer, eft moins fufceptible des inconvéniens du tonnerre, ou autres caufes qui font tourner les pafsemens ordinaires [ 159 ] j premièrement, parce que ceux de la nouvelle méthode durent moins long-tems , ce qui empêche qu’ils ne foient expofés à un Fi grand nombre de vicilïitudes j fecondement, parce que la fermentation eft plus forte, & la compofition plus cuite. Il en eft de même des pafsemens rouges , parce qu’ils font plus forts , conduits par degrés , faits avec du regros j au lieu que le rouge ordinaire des tanneurs fe fait avec la poudre de tan.
- 170. Si cependant il arrive que le pafsement ait tourné, alors le cuir prend du vent, de façon qu’il fumage , & qu’en le prefsant il fiffle. On nefaurait raccommoder ce pafsement ; le plus court eft de jeter la liqueur pour faire place à un ! autre , dans lequel on met les cuirs, après les avoir bien récoulés [ 16 ] 5 mais le cuir qui a été ainfi furpris, ne fe tanne jamais bien.
- Maniéré de débourrer les cuirs de Valachie.
- 171. Après quelques expériences qui furent faites à Pau en 1748 » par M» Guimard, infpe&eur , envoyé par le confeil, aidé de M. Ducafse neveu, pour éprouver la méthode des cuirs de Valachie , annoncée par M. Teybert, il fut reconnu qu’on pouvait épargner lesfoins & les dangers de réchauffement [ 131 ] , en mettant les peaux avec le poil dans la compofition ufée, qui fait tomber le poil fans rifque ; & avec une telle facilité , qu’un ouvrier en débourrerait fix fois plus que de ceux qui feraient échauffés avec du fel, de la maniéré indiquée ci-defsus.
- 172. On reconnut aufli que , lorfqu’après la dépilation ou débourrement on laifse rebattre ou tremper long-tems les peaux, il eft dangereux que l’eau ne les pique, c’eft-à-dire ,*n’y fafse des petits trous qui s’agrandifsent enfuite dans le pafsement. Il eft donc nécefsaire , fuivant ces mefiieurs, d’abréger la durée que Teybert avait marquée f 144].
- 173. En fefant débourrer ainfi les cuirs dans une vieille compofition ou dans un pafsement mort, on n’eft point obligé de le rafer, comme nous Pavions indiqué [ J 47] , enfuppofant qu’ils n’eufsent été débourrés qu’à l’échauffe.
- 174. M. Guimard reconnut aufli que, quand les cuirs font prêts à recevoir
- I ij
- p.67 - vue 69/631
-
-
-
- 68
- ART DU TANNEUR.
- le gonflement, il eft inutile de les faire égoutter ; & qu’à chaque fois qu’on re-leve les cuirs des pafsemens, on fait très-bien de les égayer dans la riviere : mais il faut qu’on les ait laifsé refroidir auparavant : car ils feraient fujets à tirer du grain (128), c’eft-à-dire , à fe froncer & à fe durcir, s’ils étaient fur-pris par l’eau froide, dans le tems que la chaleur les tient ouverts.
- Paffemeus chauds avec du fon.
- 17^. Le même infpe&eur ayant fait des expériences à Dax en 1749 , fur la maniéré de faire enfler les cuirs, expofa dans un mémoire préfenté à M. de Montaran , intendant du commerce, une méthode où il n’employait que du fon pour faire les pafsemens blancs, & fupprimait totalement les pafsemens rouges. Voici en quoi confifte fon procédé: nous ne craignons point d’être longs en traitant des objets fi intérefsans ; ceux qui auront le courage de faire de nouvelles épreuves , feront bien aifes de connaître en détail celles qui ont été faites.
- Deux ou trois jours avant que les cuirs foient afsez trempés, il faut faire un levain avec de la farine de froment ou de feigle, à moins qu’on ait du marc de biere. Il fuffit d’une livre ou cinq quarterons de farine!pour chaque cuir. On tiendra ce levain dans une chaleur modérée , jufqu’à ce qu’il faille l’employer.
- îj6. La veille du jour où l’onfe propofera'de mettre les cuirs en gonflement , on en détachera ia crotte & les ordures qui tiennent au poil , on les écharnera, & on les mettra dans l’eau. Le même foir, on fera chauffer la quantité d’eau nécefsaire pour les baigner entièrement. Quand cette eau fera tiede , on l’otera de defsus le feu , on y jetera fept à huit livres de fon de froment ou de feigle pour chaque cuir ; on les brouillera enfemble ,* on couvrira la chaudière pour y bien concentrer la chaleur , & on la laifsera fermenter dans cet état jufqu’à ce que le fon foit monté fur l’eau : ce qui arrivera ordinairement dans la même nuit. Alors on jugera que la fermentation eft fuffi-fante, 011 rincera bien les cuirs, & tout de fuite fans les égoutter , on les mettra dans une cuve pour dégourdir avec l’eau & le fon qui étaient en fermentation dans la chaudière.
- 177. Tandis que les cuirs prendront leur premier degré de chaleur dans ce palfement, on remettra de l’eau dans la chaudière pour remplacer celle que peuvent boire les cuirs dans leur gonflement , & l’on fera chauffer cette eau jufqu’à ce qu’elle frémifle. Quand elle approchera de ce point, on lèvera les cuirs fur le palfement ; & dès que l’eau commencera à frémir , on en prendra peu à peu pour délayer le levain dont il a été parlé ci-devant [175] , dans un vailfeau féparé. ' ‘
- s
- (12g) En allem. Nat ben bekommcn. ,
- p.68 - vue 70/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 69
- Le levain étant délayé bien clair, on le verfe dans le pafTement d’où l’on a levé les cuirs j on y furvuide aulîi la chaudière [176] , afin de rendre le paiement un peu pius que tiede ; on y parfeme près d’une livre , pour chaque cuir, de fel de morue, c’elh-à-dire , du fel de rebut ou de la plus mauvaife qualité [roj , & l’on brouille toute cette compofition. O11 replonge les cuirs, & l’on recouvre le pafTement.
- 178- Comme le pafTement n’a pas befoin d’être d’abord fi plein de coni-pofiticn , & qu’il fuffit que les cuirs y plongent, on en retire une certaine quantité , qu’on remet dans la chaudière, pour profiter de la chaleur du fourneau , & pouvoir réchauffer les cuirs îorfqu’on les relèvera fix heures après.
- Si Ton a commencé ce travail le matin , on fera obligé vers le midi, c’eft-à-dire, fix heures après, de relever les cuirs , de réchauffer le pafTement j & après l’avoir brouillé , pour bien mêler la compofition , 011 replongera les cuirs, & Ton recouvrira le pafsement.
- La même opération doit le recommencer encore le même jour vers les fept heures du foir ; le lendemain & le furhm demain , aux mêmes heures, il faut relever , réchauffer, brouiller, & .couvrir le pafsement.
- 179. Il faut être attentif, en relevant les cuirs au fécond & troifieme jour, à voir le tems où le poil veut quitter, pour en faire.la dépilation [26 & 171]. Après qu’ils ont été débourrés , on leur donne auffi une légère pafsefur chair, pour enlever tout ce qui peut y être refté d’inutile. On les laifse tremper un quart-d’hetire dans l’eau froide, & on les remet dans le pafsement, qu’on a foin de réchauffer plufieurs fois & de couvrir exactement, jufqu’à ce que le gonflement foit achevé.
- s 80. Il efi: facile de faire gonfler les cuirs en vingt-quatre heures de tems, fi Ton veut réchauffer la compofition fept à huit fois , au point d’y fouffrir le bras avec peine ; mais il vaut mieux ménager les cuirs ,y employer trois jours de tems , & ne réchauffer le pafsement que trois fois le jour graduellement, en allant d’une douce chaleur à une plus forte, & de maniéré que le bras puifse réfifter fans peine au plus haut degré de chaleur.
- tgï. Si Ton entreprend , en fuivant cette méthode , de grands pafsemens où il y ait beaucoup de cuirs , ils conferveront plus îong-tems leur chaleur ; il fuffira de réchauffer les pafsemens deux fois le jour. On pourra prolonger l’opération jufqu’à quatre jours, & il fera pofîible d’épargner une livre de fon par cuir , c’elt-à-dire , de n’en employer que fix livres pour chacun , au lieu de fept [176].
- 1 g2. Il y a aufii une économie à faire fuccéder de près plufieurs habillages. Dès que le premier gonflement eft fini, on met d’autres cuirs dans la même cuve , fans lui donner le tems de refroidir , & elle fuffira pour opérer la fermentation de ces nouveaux cuirs jufqu’à poil tombant [171].
- p.69 - vue 71/631
-
-
-
- ?o
- ART DU TANNEUR.
- Ces féconds cuirs ainfi pelés dans un paiement faible , pourront enfuite fe finir en un ou deux réchauffages dans un paifemenc neuf , & ce paffement neuf fuflfira peut-être à plamer entièrement de troisièmes cuirs. On aura ainfl produit trois gonflemens & plamé trois habillages avec deux compositions : au refie , il faut confulter l’expérience, avant de fe livrer à de pareilles économies.
- 183. Les cuirs plamés doivent être bien rincés & laifles en eau claire pendant trois heures, plus ou moins , fuivant qu’il fera froid ou chaud,- on les met enfuite en paffement rouge [ie>f] , foit avec de l’eau de vieille écorce, foit avec de l’eau pure & de la nouvelle écorce groffe comme le doigt , qu’on leur donne fucceffivement & peu à peu. M. Guimard veut qu’011 les releve trois fois dans l’efpace de trois ou quatre heures, qu’on les laiffe égoutter un quart-d’heure, & qu’on les rabatte après avoir bien remué le paffement.
- Paffemens froids avec le fon.
- 184. Quoique nous ayons détaillé une méthode des paffemens de fon, dans laquelle il faut échauffer plufieurs fois les cuves [175] , ce n’eft pas qu’on ne puifîe les faire à froid. Alors le gonflement peut durer jufqu’à deux mois ; car la chaleur accéléré beaucoup la fermentation : mais il y a des perfonnes qui la croient préjudiciable à la bonté des cuirs ; peut-être cette crainte eft-elle mal fondée (129). Après avoir fait un levain avec deux livres de farine de froment ou de feigle pour chaque cuir , 011 le laiffe fermenter , puis on le délaye très-clair avec de l’eau froide ; on y plonge les cuirs en poil. Il fuffit de les relever deux ou trois fois par fernaine , en les taillant égoutter toute la nuit fur le paffement. On continue ainfi jufqu’à ce que le poil parailfe prêt à quitter.
- i8f. Les cuirs ayant été pelés , rincés, on leur donneune légèrepaffe fur chair , on les laiffe égayer deux ou trois heures dans l’eau, & on les remet dans le même pafsement pour achever de fe gonfler. Si l’on s’appercevait qu’un premier paffement ne fût pas fuffifant, il en faudrait faire un fécond pour achever le gonflement j mais lorfqu’011 a eu un premier paffement mort pour faire peler les cuirs , un feul paffement neuf fuffit pour les faire plamer parfaitement j ils font déjà préparés par le paffement mort qui a fervi à débourrer. Les paffemens de fon à froid n’ont pas befoin d’être couverts , comme nous l’avons recommandé en parlant des paffemens chauds [178]. Ils peuvent être commodes dans de petites tanneries de province , où l’on n’a pasàfouhait des chaudières & des fourneaux.
- 186. Ainsi M. Guimard trouve que l’on peut faire avec huit livres de fon
- (i29)Ilnefautpas)douterquecettecrainte que de ce que les paffemens chauds coûtent ne foit mal fondée. Peut-être ne vient-elle plus de peine & de dépenfe que les froids.
- p.70 - vue 72/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- fy i t 1
- pour chaque cuir, ce que les tanneurs à l’orge ne font qu’avec cent livres d’orge [n 8] j & ce qui exige trente-fix livres de farine en Valachie [138]. On éviterait par cette méthode la falaifon des poils, réchauffement des cuirs la dépenfe du bois.
- Cuir au feigle, façon de Tranfilvanie.
- 187. La Tranfilvanie eftune province voifine de la Turquie & de D’Allemagne , peu éloignée par conféquent de la Valachie, & où l’on travaille les cuirs d’une maniéré afsez femblable à celle que nous avons décrite [129]. La différence confifte’principalement à employer pour chaque cuir dix-huit livres de feigle moulu, au lieu de vingt livres d’orge que nous avons dit être nécefsaires dans le cuir de Valachie [140]. De ces dix-huit livres de faigle, on en met dix en premièrecompofition , & huit en complément [1 jo].
- Le marc du feigle pouvant conferver plus long-tems fa force & fa qualité 011e celui de l’orge , on n’eft point obligé de le jeter, comme nous avons dit qu’on jetoit le marc de l’orge ; maison conferve le feigle , même après avoir décanté la liqueur aigre de la première compofition , pour conferver ce clair qui doit faire le paffement.
- igg. Plusieurs cordonniers ont cru reconnaître que le cuir’au feigle , appelle cuir de Tranfilvanie , était meilleur que le cuir de Valachie[i29]. Peut-être en effet l’orge étant plus farineufe , fermente autrement que le feigle , & fournit des parties moins fermes & moins folides au cuir j par la même raifon qu’on préféré encore dans certains cas le cuir de Liege , qui n’a fermenté qu’avec de l’eau d’écorce , parce que la fermentation en eft plus dure, pour ainfi dire , ou moins on&ueufe , moins laxative, que celle du feigle & de l’orge moulus [240].
- 189. Dans les mémoires drefsés en 1708 parM. des Billettes, je trouve que l’ufage du feigle était déjà connu en France. Voici ce qu’il en dit. Les peaux étant pelées, on les met pour vingt-quatre heures dans la riviere, enfuite dans une eau à tan qui ne foit pas trop forte, pendant deux heures, les retirant dehors, & les recouchant fort fouvent. De là on les remet encore dans une autre matière, dont voici la préparation. On prend un feptier * de feigle moulu , & on verfe defsus de l’eau chaude , remuant bien le tout en» ferable jufqu’à ce que cela devienne épais , comme fi c’étoit pour faire du pain. On couvre cette pâte , & 011 la laifse travailler ou fermenter comme du levain: lorfque par-defsus elle fe trouvera un peu blanche & comme moifie , on y verfera encore de l’eau froide pour y pouvoir tremper jufqu’à dix ou douze peaux. Alors il faut y faire coucher ces peaux pendant trois jours 5 & quand elles font bien enflées, on les couche dans une eau à tanner avec quantité de * Le feptier de Paris eft de 12 boifteaux ; le boilfeau 661^ pouces cubes.
- p.71 - vue 73/631
-
-
-
- 7»
- ART DU TANNEUR.
- tan entre chacune; & ü fout les changer d’eau deux ou trois fois dans un efpace d’environ huit mois , qui eft à-peu-près le tems qu’elles fe trouveront bien tannées. Ce détail n’eut pas été fuffifant pour mettre les tanneurs en état d’opérer avec confiance & avec fureté ; c’eft pourquoi j’ai été obligé de rapporter les procédés ci-defsus, qui font plus détaillés ; mais ce que je viens de dire fuffit pour faire voir que la méthode qu’on nous a célébrée fous le nom de Valachie, étoit françoife il y a plus de cinquante ans.
- DES CUIRS A LA J U S Ê E.
- 190. L’effet que nous avons vu être produit par l’eau de chaux , ou par les eaux aigres d’orge , ou de feigie, pourrait être produit de plufieurs autres maniérés , & on en a fans doute elfayé plufieurs en ditférens lieuxj(r 30): celle qui paraît être la plus accréditée & la moins coûteufe , confifte à faire aigrir des eaux d’écorce. On appelle cuirs à la jufée , ceux qui ont été préparés par cette méthode. C’eft du pays de Liege que les tanneurs Français l’ont apprife ( c’eft pourquoi l’on ditaulîi cuirs de Liege). Elle fe pratique actuellement dans plufieurs endroits du royaume, 8c elle y réuiïit parfaitement. La manufacturé de Saint-Germain doit à cette méthode le grand fuccès qu’elle a eu , & Peftime dont elle jouit encore actuellement [248 & fuiv.]
- On appelle fouvent les cuirs de Liege , cuirs à lagifey. Mais c’eft un terme trop évidemment corrompu , pour qu’on ne doive pas le rectifier. Ce mot vient de jus, parce que c’eft en effet avec du jus d’écorce qu’on le prépare. On •doit donc écrire jufée, & non gifée ni gifey. Au refte, je ne connais encore aucun auteur dont 011 puiiîe citer l’autorité pour fixer l’incertitude qu’il y a fur l’orthographe de ce mot, & je ne vois aucun ulàge allez authentique pour m’empêcher de remonter à l’étymologie (431). lime paraît même probable que, comme un grand nombre des ouvriers qu’on a employés à ce travail fe font trouvés Suilfes ou Allemands , la prononciation du mot jufée a été changée par leur accent en celle de gifée : nouvelle raifon pour préférer le terme originaire & naturel de jufée.
- Maniéré de faire quitter le poil.
- 191. Pour dépiler ou faire quitter le poil dans les cuirs à la jufée, on met les cuirs à réchauffe, afin de les faire fermenter légèrement par une douce
- fqo) On prépare en plufieurs endroits voyage & d’autres pièces ; ces cuirs admira-de très-excellent cuir, fans prodiguer d’une blés fe font fans employer aucune efpece façon fi condamnable, le froment, le feigie de grain.
- & l’orge. Les fameux cuirs de Suede , dont (qi) Je ne doute pas que l’étymologie on fait non feulement des bottes , mais des de l’auteur ne foit la feule véritable ; mais culottes & des redingottes capables de réfif- c’elt au fond ce qu’il importe Je moins de ter aux plus fortes pluies, des chapeaux d e fa voir.
- chaleur.
- p.72 - vue 74/631
-
-
-
- ART JD U TANNEUR,
- 73
- chaleur. On s’y prend pour cela de plufieurs maniérés, fuivant les différens lieux où iis fe font.
- On entaire les cuirs à terre les uns fur les autres , ou de leur long, ou à double; on les change chaque jour de plis & de côté , & l’on attend ainll qu’une douce fermentation en déracine le poil, & attendrifse l’épiderme.
- 192. D’autres accélèrent cette putréfaction, en mettant les cuirs fur des perches , dans une étuve bien fermée , qu’on échauffe avec un feu de tannée, qui ne produit que de la fumée & de la chaleur, fans flamme & fans danger.
- Enfin il y a des tanneurs qui mettent les cuirs dans du fumier bien chaud ; ce fumier produit l’effet'd’une étuve, & donne aux cuirs le degré de chaleur nécefsaire pour la fermentation. Ce moyen paraîtra peut-être trop difpen-dieux & trop embarrafsant ; il eft cependant vrai que ce fumier pouvant fervir enfuiteàia première deftination , qui eft celle de l’agriculture , & ne perdant que très-peu de fa qualité par l’ufage que le tanneur en ferait, il ferait très-poffible de l’employer fans dépenfer beaucoup.
- 193. On a vu dans la defcription du cuir à l’orge , qu’on pouvait faire tom-
- ber le poil au moyen d’un pafsement mort ou faible [ 171 J. Je crois qu’il y aurait de l’avantage à faire la même chofe pour le cuir à la jufée, en employant les pafsemens de tannée, dont on -trouvera la defcription ci-après [ 207], lorsqu’ils font prefque ufés. •i i
- 194. Les cuirs en poil que l’on tire de l’Amérique, de Buenos-Aires ou des isles , & qu’on a fait fécher à l’ardeur du foîeil, ont toujours paru très-difficiles à débourrer par réchauffement, de quelque’nianiere qu’on s’y prît; & il en réfultaitun déchet confidérable dans la matière, lorfqu’ôn voulait poufser la fermentation afsez loin pour rendre le'débourrement facile.
- Pour obvier à ces inconvéniens, meilleurs Duclos, entrepreneurs de la tannerie royale de Lecftoure, efsayerent de rafer les cuirs fecs des isles, au lieu de les débourrer par réchauffement. ’ -
- Cette méthode eft également avantageufe, en l’appliquant aux cuirs frais & Talés, comme aux cuirs fecs; on y gagne de toute maniéré; on évite les rifques de la fermentation , dont il eft toujours difficile de faifir exa&ement le degré. On épargne le fel, les embarras de réchauffement ,1a main-d’œuvre , & l’on abrégé le travail. Car un ouvrier peut rafer dix à douze cuirs par jour, tandis qu’il n’en débourrerait que cinq à fix par la méthode ordinaire [ 26» & 27]. '
- Du gonflement des cuirs à la jufée.
- I9f. Après qu’on a débourré les cuirs, on les met dans les cuves , où ils doivent s’enfler pour être difpofés au tannage. Le gonflement des cuirs à la jufée 014 façon deNamur & de Liege , s’opère par le moyen des eaux de vieille Tome III. ' K
- p.73 - vue 75/631
-
-
-
- 74
- ART DU TANNEUR.
- écorce ou des jus de tannée, qui contiennent le refte de la fubftance! de l’é-corce s après qu’elle afervi à tanner des cuirs en fécondé & troifieme poudre [8f ]. Ce gonflement n’exige point de feu; on afsure même que la chaleur lui eft contraire [ 229 ].
- 196. Ce jus de tannée ne doit point tenir du \ftiptique, c’eft-à-dire, de ce goûtâpre & aftringent, qui refserre & durcit les cuirs en fofse , & qu’on ap-perqoit très-fetifiblement dans l’écorce nouvelle. Lorfque l’écorce a féjourné avec des cuirs en fofse, elle eft difpofée à fermenter & à s’aigrir, comme font en général prefque toutes les plantes & les fubftances animales. La qualité ftip-tique cefse dès-lors , & fait place à l’acidité, qui irait toujours en augmentant, lî l’on n’en retirait les cuirs au bout He quelques mois.
- 197. L’écorce , tant qu’elle eft dans fon état naturel d’aftringent, ferre, comprime & réunit.les parties du cuir; mais dès qu’elle tourne à l’aigre, elle produit un effet contraire: elle dilate, relâche, gonfle, fouleve les parties du tifsu par le mouvementinteftin qu’elle y produit, femblable à celui du pain qui leve, & du vin qui bouillonne, lorsqu’on les expofe à une pareille fermentation.
- 198. Le cuir de Liege ne s’accommode pas de toutes les faifons 5c déboutés
- les eaux; il réuftit mal en été ; il exige des. eaux pures & vives; celles qui fortent immédiatement des rochers y font très-propres ; l’eau de pluie n’y eft pas bonne. ;. *
- Enfin , ceux même qui regardent le cuir de Liege comme le meilleur de tous les cuirs ( 132), conviennent qu’il eft le plus difficile à fabriquer ; il demande beaucoup de foin, d’intelligence & de capacité. Mais il eu eft de même de beaucoup d’autres arts , leur difficulté 11’empèche pas le fuccès, l’habitude furmonte tous les obftacles.l
- 199. Pour préparer le jus de tannée, on ramafse la vieille écorce dans laquelle ont féjourné les cuirs en fécondé ou troifieme poudre ( la troifieme ,eft préférable). On'puifc auffi le liquide qu’elle contient; on dépofe le tout dans une fofse vuide ou dans un autre grand vaifseau.
- La fofse dans laquelle on dépofe cette vieille écorce, doit contenir un pui-fard ou elpece de cheminée, comme on le voit en G dans la planche II, pour épurer l’eau. Çe puifard eft fait avec un eneaifsement de planches clouées en-tr’elles, & endofsées contre les parois de la fofse. La tannée qui eft dans la fofse F, n’entre point dans le puifard G , mais feulement l’eau qui s’en fépare; & l’on eft à portée de la puifer librement avec unfeau , pour la faire fervir aux cuirs.
- (132) Le cuir de Liege ne peut être le la fabrication qui fait principalement la meilleur de tous les cuirs que parce qu’il bonté de cette marchandife. eft mieux travaillé que tous les autres. C’eft
- p.74 - vue 76/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 7T
- Oh foule aux pieds cette écorce, on l’abreuve d’eau claire ou d’autre eau de tannée , jufqu’à ce qu’elle foit abondamment fubmergée. On tranfvafe deux ou trois fois par femaine le jus qui s’amafse dans le puifard G , pour le verfer fur la même tannée en F , afin que par des filtrations réitérées , le jus devienne de plus en plus fort, &fe nourrifse de toute la fubftance de la tannée.
- Sans avoir la peine de faire un puifard dans une fofse , on pourrait fe contenter de creufer une efpece de puits dans la tannée , au fond duquel on pui-lerait l’eau claire qui s’en eft exprimée, & filtrer enfuite cette eau dans un panier d’ofier, pour l’avoir pure ; mais le puifard eft encore plus commode.
- 200. Pour faire le jus ou l’eau de tan, on emploie du côté de Sedan des Guves qui peuveut contenir quinze poinçons ou muids d’eau , mefure de Bourgogne *, non compris l’écorce. On y jette du tan moulu gros, & tiré de la fofse à la fécondé ou troifieme écorce. L’eau refte avec l’écorce pendant fix mois, quelquefois huit, & il lui faut ce tems-là pour acquérir l’acidité ou fai-grcur convenable pour faire lever les cuirs.
- Lorsque cette eau approche du degré d’acidité où elle peut parvenir fans être remuée , on leve de l’écorce vers une des parois de la cuve, & l’on y fait comme un puits d’un pied de diamètre, qui aille jufqu’au fond de la cuve. On pafse une pompe dans ce trou , pour en tirer l’eau qui s’eft amafsée au fond de la cuve , ou bien on fe fert du puifard [ 199 ] ,• on fait repafser cette eau fur l’écorce, jufqu’à ce qu’elle foit vive & bonne. Si l’on s’apperqoit qu’au bout de deux heures elle le foit afsez, on cefse ce travail, & on retire toute l’eau peur en faire \apaj]erie ou 1 epajfement. On dit que l’eau eft wiielorfqu’elle eft rouge , claire , & acide, comme du beau vinaigre. Lorfqu’il fe trouve deux cuves d’eau de tan, dont l’une eft plus forte & plus acide que l’autre , on les mêle enfemble, & on les met par-là au même degré.
- Lorsqu’on a vuidé l’eau des cuves, on ne perd pas tout-à.fait le tan qui y eft refté j on y remet de l’eau , qu’on laifse féjourner pendant trois ou quatre jours, & qui après ce tems-là a afsez de qualité pour entrer dans les pafseries. On répété trois ou quatre fois cette opération, en obfervant par degrés de laif-fer l’eau plus long-tems dans cette écorce, pour lui faire jeter toute fa force , fa qualité, & fon acide. Ces différentes eauxfe mêlent avec la première dont nous avons parlé, & qui avait refté fix ou huit mois fur le tan. Plus on emploie de cuves, plus on a de facilité à faire ces opérations & ces mélanges.
- 201. Pendant que l’on prépare le jus de.tannée, qui doit fervir à faire enfler les cuirs, on fait tremper ceux-ci s’ils font fees î 011 les cramine, tout comme pour les habiller à la chaux [16] 5 il faut feulement obfcrver, la derniere? fois qu’on les tire de l’eau pour la jufée, de les mettre égoutter fur^ des
- * Le muid de Bourgogne contient 11 $20 muid de Bourgegne eft quatre cinquièmes pouces, & celui de Paris 14400 ; ainfi le de celui de Paris.
- K ij
- p.75 - vue 77/631
-
-
-
- 75
- ART DU TANNEUR.
- perches , pour qu’ils jettent leur eau avant que d’aller à réchauffe.
- Si ce font des cuirs verds [ 13 ] , lajuféene demande pas qu’ils aient ainfî trempé j mais tandis qu’ils font frais , on leur jette quelques grains de fel du côté de la chair , pour qu’ils s’échauffent plus également & avec moins de danger. On les plie alors pour les mettre en échauffe ; la fermentation les attendrit & difpofe le poil à quitter [132]. Les cuirs d’Irlande n’ont pas befoin dans l’échauffe d’être autant falés que les autres , parce qu’ils font été dans le pays.
- 202. Lorsqu’ils ont été débourrés, rincés , écharnés , de la même façon que les cuirs à la chaux , on les met tremper dans de l’eau la plus fraîche & la plus claire, pendant deux jours en été, quatre ou cinq jours en hiver, en ob-îêrvant chaque jour de les mettre égoutter pendant trois heures, & de. les changer d’eau. On voit quelquefois ces cuirs commencer à s’ouvrir, & fe dif-pofer au gonflement ; c’eft alors qu’on les met en pafsement, c’eft-à-dire , dans du jus de tannée, pour favorifer & augmenter ce gonflement. Du côté de Sedan l’on emploie huit pafsemens en été , douze en hiver, & on les augmente par gradation. Voici la diftribution que M. Guimard avait vu pratiquer , & qu’il a rapportée, comme étant juftifiée par l’expérience.- On verra ci-après celle de la manufacture de Saint-Germain [ 223 ].
- 203. Si c’eft en été que l’on travaille, on commence par mettre les cuirs dans de l’eau de riviere , où il y a feulement une huitième partie de jus de tannée, pris dans le puifard dont nous avons parlé [ 199] , les autres fepthui-tiemes étant de l’eau ordinaire.
- Le fécond pafsement fera de deux huitièmes de jus fur fîx huitièmes d’eau de riviere ou de fource j le troifieme, de trois huitièmes de jus fur cinq huitièmes d’eau,- le quatrième, de quatre huitièmes de jus fur quatre huitièmes d’eau, G’eft-à-dire, autant de l’un que de l’autre ; le cinquième , de cinq huitièmes de jus fur trois huitièmes d’eau j le fixieme , de fix huitièmes de jus fur deux huitièmes d’eau , c’eft-à-dire , un quart ; le feptieme , de fept huitièmes de jus fur un huitième d’eau ; le huitième & dernier , de jus tout pur.
- Les pafsemens du printems & de l’automne devant être au nombre de dix, on commence par ne mettre qu’un dixième de jus fur neuf dixièmes d’eau dans^. le premier pafsement ; on met deux dixièmes de jus dans le fuivant, toujours de fuite, en augmentant le jus & diminuant l’eau jufqu’au dixiem\pa£-fement, qui n’eftfait qu’avec du jus de tannée tout pur. -
- 204. En hiver les paflemens devant être au nombre >dc douze , on commence par.»mettre un^douzieme feulement de jus fur onzer douzièmes d’eau commune dans le premier paifement. Pour le fuivant , on .met deux douzièmes de jus , & dix douzièmes d’eau. Le troifieme eft formé de trois douzièmes de jus, c'eft-à-dire, un quart, avec trois quarts d’eauj & ainû de fuite, en
- p.76 - vue 78/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR,
- 77
- augmentant graduellement d’un douzième jufqu’au douzième & dernier paf-fement, qui fera de jus tout pur.
- 20f. La conduite des paffemens confifte à relever les cuirs matin & foir, pour les biffer égoutter pendant deux heures , après quoi on les abat dans le palfemeut, & on les change chaque jour de paiement, jufqu’au quatrième paffement en été , & jufqu’au fixieme en hiver, c’eft-à-dire , pendant la première moitié des paflcmens que l’on a à donner.
- Depuis ce quatrième paiement en été, ouïe fixieme en hiver, on ne releve les cuirs , pour les faire égoutter , qu’une fois par jour , jufqu’à l’avant-dernier paiement.
- 206. Lorsque les cuirs font arrivés au pénultième palTement, c’eft-à-dire, au feptieme en été , au onzième en hiver, on ne les releve qu’au bout d’un jour & demi. Et après les avoir laide égoutter pendant deux ou trois heures , on les rabat j mais on y ajoute pour chaque cuir une poignée d’écorce neuve , groiliérement moulue, qu’on jette entre chaque cuir & celui qui'eft au-deüus.
- Les cuirs étant enfin au dernier palTement, y relient trois ou quatre jours ; & après s’ètrc égouttés trois ou quatre heures, on les abat dans un autre palTement extraordinaire , compofé du plus fort jus tout pur , avec trois poignées de nouvelle écorce fur chaque cuir. Ils reftent alors pendant fix ou huit jours dans ce nouveau palTement. Au bout de ce tems, ils font en état d’être couchés enfolfe , tout comme les cuirs à la chaux [82.J
- 207. A mefure qu’on recommence à faire palier de nouveaux cuirs, la cuve qui était auparavant la première fe vuide, ne pouvant plus fervir, & la fécondé devient la première ou la plus faible. La cuve que Ton vuide , ett celle où Tou forme enfuite un nouveau palfementavec la meilleure eau de tan qui n’a point encore fervi, &fe trouve par ce moyen la dixième & la plus forte de toutes les cuves.
- De là il réfulte que l’eau d’une cuve eft renouvellée, après avoir fervi à la préparation de foixante & douze cuirs , mais feulement pour une douzième partie de la préparation totale de chacun.
- 2o8* Quoique nousâyons dit que les cuirs fe gonflaient dans i’efpace de douze jours [204] , ce terme n’eft pas toujours fixe, & n’a guere lieu que dans les mois tempérés de mai , juin & juillet, comme on peut en juger par ce qui a été dit à Toccafion de la fermentation en général. 11 faut quelquefois le double de ce rems-là. O11 lailfera pour lors des cuirs dans chaque parlement pendant quarante-huit heures. Dans les tems froids , les eaux île s’ufent pas fi vite, la fermentation eft plus iente, l’acidité fe communique plus difficilement. Lorfqu’iLfait extrêmement chaud * ces eaux s’affaibliflent , les cuirs gonflent difficilement , & l’ont trop mous : ce qui exige quelquefois de les lailier deux jours dans chaque cuve.
- p.77 - vue 79/631
-
-
-
- 78
- ART DU TANNEUR.
- 209. Le tanneur eft obligé d’avoir plus de cuves qu’il n’en veut employer, parce qu’il s’en trouve fouvent qui ne produilent'pas l’effet qu’on en devait attendre , qui s’aigriffent trop peu ou trop vite ; enfin il y en a qui tournent. On a vu la lignification de ce mot à l’oceafion du cuir à l’orge, avec la maniéré d’empëcher les pafFemens détourner [1^9]. On verra bientôt que la chaleur du foleil fuffirait pour les corrompre [23 fl.
- Sio.Nous avons fuppofé que, pour commencer une paierie , on employait de i’écorce qui avait déjà fervi dans la foife où l’on tanne les cuirs. Mais fi l’on en manquait, foit dans l’établiflement d’une nouvelle tannerie, foit dans quelqu’autre circonftance , il y a plufieurs moyens d’y fuppléer.
- On peut commencer par des paffemens d’orge , de la maniéré qui a été expliquée [ 1 r 8]- Les cuirs à l’orge ayant été couchés en fofse, on aura l’année d’après de la vieille écorce propre à faire les pafleries de tan. On ne doit jamais y employer celle qui aurait tanné des cuirs à la chaux : mais comme pour faire ces pafseri?s,*il ne s’agit que de faire aigrir de l’eau d’écorce , c’eft-à-dire , de lui ôter d’abord l’anaertume & la force aftringente qui lui eft naturelle , pour la faire pafser dans un état de fermentation , on peut s’y prendre auffi de la maniéré fui vante , & fe pafser totalement de grain.
- 211. Ayant rempli les cuves d’écoree groffiérement moulue , on y verfe de l’eau , qui y féjourne pendant fept à huit jours : cette eau ayant été fous-tirée, on y en verfe d’autre que l’on retire également au bout de la huitaine , & l’on recommence ainlî autant de fois qu’il eft nécefsaire pour que l’eau ait pris toute l’âcreté & l’amertume de la nouvelle écorce. Alors cette écorce eft dans l’état où elle fe ferait trouvée aufortir de la fofse, après avoir tanné des cuirs. Il ne fera donc plus queftion que de remplir la cuve de nouvelle eau , & de l’y laifser pendant huit ou dix mois , pour qu’elle ait le tems de fermenter afsez pour l’ufage de la jufée [200].
- De même qu’on a vu pour les paffemens d’orge une très-grande variété dans les méthodes, on peut diverlifier auffi le procédé de la jufée. Il y a des pays où l’on opéré tout le gonflement, nécefsaire avec cinq pafsemens, & où l’on n’emploie que trois cuves. Le premier pafsementeft appelle le mort, parce qu'il eft fans force , n’étant compofé que d’eau pure fur quatre corbeilles pleines de tannée, c’eft-à-dire, de la vieille écorce que nous avons dit être deftinéeà faire le jus aigre dont on aura befoin dans les autres pafsemens.
- Ce pafsement mort 11e fe fait qu’au moment où l’on veut s’en fervir, c’eft-dire , quand les peaux font fuffifamment rebattues & ramollies. On les rince fortement de la queue à la tète , & de la tête à la queue. Puis , fans les faire égoutter, on les rabat dans le mort trois fois le jour , le matin , à midi , & le foir. On ne les laifse égoutter qu’un demi-quart d’heure à chaque fois.
- 213. Le lendemain on jette le mort, & l’on rabat auffi les cuirs trois
- p.78 - vue 80/631
-
-
-
- 79
- ART D U T A N N E U R.
- * 5
- 5
- fois , le matin, à midi & le foir, dans le pafsement faible. On a foin de préparer le faible quatre à cinq jours auparavant, avec les trois quarts d’eau & un quart de jus fur fix corbeilles de tannée. Les trois égouttemens ne durent qu’un quart d’heure chacun, & le faible n’ayant prefque aucune vertu , on le jette , guffi-bien que le mort , après qu’il a fervi pendant la journée.
- La troifieme fois que les cuirs font égouttés du faible , on les fait pafser en fort ; on rabat trois fois le jour dans le pafsement fort ; on laifTe égoutter une demi-heure chaque fois, & cela pendant deux jours.
- Le fort ei\ un troifieme pafsement compofé aufiideux ou trois jours auparavant , avec moitié eau & moitié jus , & fix corbeilles de la tannée dont nous avons parlé [200].
- 214. Au bout de deux jours , le fort étant épuifé , il faut tranfporter les cuirs en plus fort ; c’eft le quatrième pafsement qui fecompofe avec le clair du fort, c’eft-à-dire , du précédent, & avec l’aigre du puifard , c’eft-à-dire , ce jus qui a été plufieurs fois filtré fur la tannée. On ne mêle point de tannée dans ce quatrième pafsement.
- On rabat les cuirs dans le^/«j fort pendant cinq jours de fuite , & à chaque fois on les lai Tse égoutter une demi-heure, & on remue le pafsement. Le premier jour, on rabat le matin , en y ajoutant une corbeille de trente fix livres de gros pour fix cuirs > à midi & le foir , on n’y en met point. Le fécond & le troifieme jour, on rabat encore trois fois, & l’on ajoute le matin feulement vingt livres de gros. Le quatrième jour, on rabat deux fois feulement, & îe matin on ajoute aufïi vingt livres d’écorce. Le cinquième jour, après avoir relevé les cuirs, les avoir laifsé égoutter une demi-heure, & brouillé le pafsement, on jetera quelques poignées d’écorce entre les cuirs, & fur le dernier , jufqu’à la concurrence de quarante livres de grofse écorce , & on laifsera repofer les cuirs en plus fort huit à neuf jours, fans y toucher.
- 21 ç. Apres que les cuirs ont repofédans le plus fort, ils font mis dans le cinquième & dernier pafsement , appellé très~fort, parce qu’il eft compofé de tout aigre, c’eft-à-dire , de ce jus tout pur, qu’on retire de lafofsepar le puifard [199].
- On ne fait ce dernier pafsement que lorfqu’on veut l’employer ; on y ajoute pendant trois jours vingt-une livres de gros tous les matins, en abattant les cuirs \ le foir on les abat aufli , mais fans addition.
- Après avoir laifsé les cuirs pendant trois jours dans le très-fort , on les releve , & on les abat le quatrième jour ; mais auparavant on les laifsé égoutter pendant trois quarts d’heure. Deux ouvriers brouillent alors le pafsement, l’un, de la furface jufqu’au milieu i & l’autre, depuis le milieu juf-qu’au fond $ & pendant qu’ils rabattent, un troifieme vient jeter de la
- p.79 - vue 81/631
-
-
-
- 8o
- ART DU TANNEUR.
- tannée entre les cuirs, environ quarante-huit livres de gros. On lai Tse alors les cuirs en très-fort, fans y toucher pendant huit jours ; c’eft leur dernier repos en pafsement.
- 216. Ceux qui craignent que la fermentation du cuir de Liège ne foit interrompue ou troublée par l’addition de l’eau crue dans les premiers paf-femens, recourent à un autre expédient pour s’en pafser. On n’abreuve d’abord la tannée [199] que jufqu’à fuffifance, c’eft-à-dire , de maniéré que l’eau ne la fumage pas. Au bout de quatre jours de filtration dans le puifard , 011 en ôte tout le jus ou l’aigre , & on le réferve pour le très-fort ou cinquième & dernier pafsement. O11 abreuve de nouveau la tannée pendant l’efpace de trois jours ; & après cette fécondé filtration , on a un fécond jus, qui fert au quatrième pafsement, que nous avons appell é plus fort. En réitérant cette opération de fuite pendant plufieurs jours, on a, à chaque nouvelle filtration , un nouveau jus plus affaibli , & qui fert aux pafsemens inférieurs, que nous avons appelles le mort , le faible & 1 e fort.
- 217. Au refte , ces précautions ne font né.efsaires que pour mettre des pafsemens en train, lorfqu’on eft obligé de commencer nb ovo. Mais quand on a déjà pafsé des cuirs , chaque pafsement fe trouve avoir perdu à-peu-près un cinquième de fa force , & fert à former le pafsement qui le précédé pour d’autres cuirs. Ainfi le pafsement qui a fervi de faible, fera enfuite employé comme le mort ; le fort deviendra un pafsement faible ; le plus fort ne fera que le fort ,• celui qui vient de fervir comme très-fort, fervira la prochaine fois de plus fort, & l’on ne fera obligé à chaque fois de faire à neuf que le très-fort, qui eft toujours du plus aigre ou du jus tout pur , tiré de la foffe par le puifard [199].
- 218. Lorsqu’on rabat les cuirs dans les pafsemens, il eft bon d’obferver que la chair foit toujours en deflus , afin que la fleur, qui eft la furface la plus interefsante du cuir , foit la mieux garantie des accidens ; & il faut fur-tout que le dernier cuir ait la chair tournée en defsus, pour fervir de couverture aux autres cuirs qui fontdefsous.
- jRemarques fur les paffemms du cuir à la jufêe , ou du cuir de Liege.
- 219. Il eft très-bon que les pafsemens foient enterrés & glaifés connue les fofses , afin qu’ils ne foient point expofés aux viciftitudes de l’air : ils fe conferveront mieux , & les ouvriers y travailleront avec plus de facilité. C’eft ce qu’on a pratiqué dans la manufacture de Saint Germain.
- On eft auiîi dans l’ufage de retirer les cuirs après quelques jours de pafle-ment, pour les examiner & les repafser du côté de la chair , & 011 les rafe de fleur avec un troifieme couteau très-cranchant, pour achever d’ôter ce qui peut y refter de bourre. Alors on les remet dans l’eau pour les rafraîchir , & de là
- dans
- p.80 - vue 82/631
-
-
-
- A RT B U TANNE U R.
- 8-1
- dans les autres pafsemens , pour y achever de prendre l’épaifseur convenable.
- 220. On connaît à la fleur fi un cuir de Liege eft bien pafsé , & s’il peut être couché en fofse. Il faut que la fleur foit blanchâtre ou couleur de cendre. Tant qu’elle eft jaunâtre, c’eft une preuve que le cuir a encore befoin des pafsemens. Dans ce cas, on doit faire encore un ou deux pafsemens de plus en plus forts , en obfervant les repos dont les cuirs peuvent avoir befoin.
- 22 f. La même force de pafsement nefuffit pas pour faire enfler toute forte de cuirs. Celui d’un bœuf de quatre ans eft moins dur que celui d’un vieux bœuf, quia été endurci par l’âge & le travail. Les tanneurs qui mettent enfem-ble & dans un même pafsement tous les cuirs qu’ils achètent indiftinclement, font donc expofés à en avoir plusieurs qui ne feront pas bien tannés, parce qu’ils n’auront pas afsez enflé dans les pafseries. Le travail de la fofse ne fau-rait fuppléer à celui des pafsemens. Ce ferait inutilement que des cuirs relieraient long-tems en fofse , s’ils n’avaient pas été afsez long-tems dans le paf-fement, pour s’ouvrir & fe préparera recevoir le tan. Une furface dure & compa&e s’oppoferait alors à i’a&ion de cette écorce. Ainfi l’on doit préparer par un pafsement continué auffi long-tems qu’il eft necefsaire , les cuirs que l’on fe propofe de laifser long-tems en fofse, pour leur donner une qualité fupérieure.
- 222. Si l’on avait un moyen de faire enfler les gros cuirs de vieux bœufs auffi parfaitement que ceux des jeunes bœufs , on ferait fûr alors, qu’en laifsant ces vieux cuirs en fofse plus long-tems que les autres ,on leur donnerait auffi à proportion une qualité fupérieure. Mais c’eftici un des plus grands inconvéniens de la tannerie. Les cuirs les plus forts font ceux qui s’enflent le plus difficilement', & par conféquent les moins bons, à propostion de ce qu’ils devraient être. Nous ferons dans la fuite quelques remarques fur la nature & les qualités du cuir à la jufée [237].
- Autre méthode pour gouverner les pajfemens du cuir à la jufée.
- 223. La diftribution & le nombre des pafsemens de la jufée étant afsez variables & afsez arbitraires , je ne dois pas m’arrêter aux détails que je viens d’en donner. La maniéré dont on l’emploie à Saint-Germain eft afsez fimple , juftiflée déjà par une afsez longue expérience. Je crois qu’il fera utile de la rapporter ici. Le leéleur qui voudra profiter de ma defeription pour faire des expériences utiles , jugera des différences de ces deux pratiques. On emploie communément douze paffemens , dont les deux derniers font des paflemens neufs. Les dix premiers font des paifemens courans, qui ont déjà fervi. Chacun de ces paflemens contient douze cuirs & huit muids d’eau , ayant quatre pieds & demi de profondeur , & autant de diamètre.
- 224. Les cuirs ayant été rafés & lavés, fe mettent dans le premier pafle-
- Tome III. L
- p.81 - vue 83/631
-
-
-
- 82
- ART DU TANNNEU R.
- ment, qui eft le plus faible de tous. La faveur de ce liquide n’a prefque pas d’acidité, lorfqu’on en met fur la langue. Il eft feulement un peu âpre. Mais il eft fuffifant pour difpofer les cuirs à palier dans un palfement plus aigre. Il ne faut pas que les cuirs foient furpris par l’acide , avant que la fermentation ait commencé à s’y établir. Ils fe crifperaient & fe relferreraient trop.
- 22f. Au bout de vingt-quatre heures, on leve ces douze cuirs, on les laide égoutter pendant une demi-heure, ou pendant le tems qu’il faut pour lever aufli les autres palTemens; car le tems eft indifférent. On les rabat dans un fécond palfement plus fort, & l’on jette l’eau du précédent, qui ayant fervi dix fois, n’eft plus bon à rien.
- 226. Le fécond palfement, quoiqu’un peu plus fort que le premier , parce qu’il a un jour de moins defervice , n’a cependant fur la langue aucune acidité fenlible. Mais on continue les jours fuivans d’avancer les cuirs d’un palfement à l’autre, c’eft-à-dire, de plus en plus fort. On releve les douze cuirs tous les matins , & on les rabat dans le palfement fuivant.
- Les dix palTemens que ces cuirs parcourent ainli en dix jours , s’appellent pajfemetjs courons , pour les diftinguer des pajjemens de repos dont nous allons parler, qui font des palTemens neufs , & où les cuirs refteut pendant dix jours. Mais avant de parler des palTemens neufs , il faut parler des folfes aigres qu’on emploie pour les faire.
- 227. On a à Saint-Germain cinq folfes aigres, femblables à celles où l’on couche les cuirs pour fe tanner, mais qui font à couvert dans la tannerie: nous les diftinguerons par les numéros 1,2 , 3,4 & 5, en appellant 1 la plus faible , & S la meilleure & la plus forte. On leve des cuirs à la jufée de troi-lieme poudre [85] , & l’on tranfporte toute la tannée qu’on en a tirée dans la cinquième fofle aigre. On y conduit de l’eau fraîche de fource, par le moyen d’un robinet & d’une cheminée ou gouttière de bois , qü’011 étend depuis le robinet jufqu’à la folfe. Cette eau fe filtre fur la tannée, & arrive peu à peu dans le puifard qui eft dans un coin de la foft'e, où on la puifè au bout de trois jours ou davantage. Il y a de quoi faire quatre palTemens de repos dans l’eau de cette folfe.
- 228. Lorsque la tannée de cette fofse aigre a épuifé fa force dans la première eau qui y a pafsé , on y fait venir de nouvelle eau, qui en repafsant defsus cette tannée, s’aigrit, & forme une fofse aigre plus faible, que nous appellerons première & Jeconde. Ce font les dernieres ou les moindres des cinq. Les fofses moyennes , que nous appelions trois & quatre, font formées par cette fécondé eau des fofses une & deux , que l’on verfe fur une tannée qui a déjà fourni une première eau pour quatre pafsemens, comme je viens de le dire [227]. Au lieu d’y faire revenir de l’eau de fource , on y verfe l’eau des fofses une & deux, qui en repafsant encore une fois ou deux fur cette fofse
- p.82 - vue 84/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 83
- aigre, quoique déjà épuifée , fc fortifie, & fert à faire fucceftîvement les deux foîses moyennes, favqir, les numéros 3 & 4. Ainfi les numéros 1 & 2, font compoiés d’eau de fource, qui arrive fur une tannée qui a déjà fpurni fes paf* femensneufs. Les numéros 3 & 4 font formés par cette même eau, verfée fur une ou fur deux autres tannées pareilles, pour prendre le refte de la force de ces tannées. Enfin le numéro 5 eit la première eau de cette tannée , la plus aigre, la plus propre à faire les pafsements neufs.
- 229. Les fofses trois & quatre fervent à faire le premier pafsement de repos ; les fofses une & deux fervent à arrofer les autres ; la cinquième fert à faire feule le meilleur pafsement : ainfi il faut avoir tiré huit pafsemens d’une fofse aigre , pour qu’elle foit épuifée & hors de fervice.
- 230. Pour faire un premier pafsement neuf ou pafsement de repos, noîi-feulement on prend quelques muids d’eau aigre , mais pour les douze cuirs on y ajoute fix corbeilles , d’environ quarante livres chacune , de grofse écorce , c’eft-à-dire, vingt livres pour chaque cuir. Afin d’avoir cette grofse écorce , on pafse le tan par un crible pour en ôter la poudre d’écorce, & il ne refte que celle qui eft en petits bâtons, longs d’un, deux, trois pouces , & même quatre. Cette écorce qu’on met dans le pafsement de.repos, lui fournit de la force pour perfévérer pendant dix jours dans l’état d’acidité dont on a befoin pour faire renfler les cuirs. Dans quelques pays où l’on met les cuirs en quatrième poudre pendant fix femaines, cette] quatrième poudre ayant plus de force , fuffit pour faire les pafsemens neufs , fans y ajonter de l’écorce neuve.
- 23 r. On met également fix corbeilles de grofse écorce dans le fécond paf* fement de repos , quoiqu’il foit un peu plus fort que le premier, parce qu’il a été fait avec les eaux de la cinquième fofse aigre. Les cuirs y relient auffi environ dix jours, comme dans le premier, après quoi ils font en état d’ètre couchés en fofse [77]. On les y met avec toute l’humidité qu’ils ont contradée dans les pafsemens de repos. Quelques perfonnes croient qu’il importe de les y faire pafser promptement , pour qu’ils n’aient pas le tems de perdre dans l’intervalle le gonflement & l’épaifseur qu’ils ont acquife par la fermentation de ces divers pafsemens. Quelquefois on arrofe encore la fofse avec de l’eau des fofses aigres ou des pafsemens, pour que les cuirs confervent, le plus long-tems qu’il eft poifible, cet état de dilatation.
- 232. Lorsqu’en hiver la fermentation eft difficile à fe faire, on eft obligé de pafser les cuirs dans un plus grand nombre de pafsemens courans. Il en faut quelquefois iufqu’à vingt avant qu’ils aient acquis la difpofition convenable pour être mis dans le pafsement de repos. Il faut qu’ils foient un peu avancés pour y entrer : fi l’on y mettait les cuirs trop blancs, l’acidité de ces pafsemens de repos les furprendrait, les crifperait( 133), & leur donnerait du grain , au lieu de les enfler, de les dilater, de les diftendre.
- ( 1 j 3 ) Les ferait rider. 1 ij
- p.83 - vue 85/631
-
-
-
- 84
- A RT D ü TANNEUR.
- Quelquefois même après les pafsemens courans, oa eft obligé de faire un paiement de pafsage, qui tient le milieu entre ceux-ci & le pafsement de repos , qui eft compofé de moitié d’eau aigre , moitié d’eau pure , & de trois corbeilles feulement de grofse écorce. Au contraire, quand les cuirs ont été échauffés avant de venir à la tannerie , on les fait aller plus vite,- on ne leur donne que quatre à cinq pafsemens courans.
- 233. Les pafsemens courans craignent beaucoup la chaleur. On eft obligé de fermer exadement la tannerie en été pendant le jour, pour la défendre de la chaleur ; on l’ouvre après le foleil couché, pour y recevoir la fraîcheur de la nuit, & l’on y fait couler l’eau d’un ruifseau voiGn , pour la rafraîchir encore davantage. On prend plus de précautions dans les pafsemens du cuir à la jufée , que dans ceux du cuir à l’orge [ 114 ].
- 234. Lorsqu’on voit que les cuirs n’avancent pas & n’augmentent point afsez en épaifseur, on les fait aller plus vite , c’eft-à dire , dans des pafsemens plus fréquens & plus forts; ou bien on les laifse pluslong-tems dans chacun , quelquefois deux jours au lieu d’un.
- 235". Si l’endroit où font ces pafsemens était trop chaud , ils tendraient à la décompoGtion , à la putréfadion ; ils tourneraient [ 159] ; on les verrait filer; le cuir s’y ram olli'rait & y deviendrait plus mince, au lieu d’y acquérir de l’épaifseur & de la qualiié.
- 236. Lorsqu’on retire les cuirs du premier pafsement , qui eft un pafsement mort, on le vuide ; on jette le liquide qu’il contenait, en mettant à part la vieille écorce, qui ne fert plus qu’à brûler ; on lave le pafsement, & l’on y met une eau aigre , pour y former le pafsement neuf [ 230].
- Un pafsement mort qui eftufé, où par conféquent toute fermentation eft éteinte , doit donner de l’eau claire, s’il eft de bonne qualité. On connaît même à cette marque G le cuir y a bien profité. La fermentation eft éteinte dans ce fluide, parce que l’alkali des matières animales y a faturé l’acide du pafsement [ 160]. Ainfi la liqueur ne doit pas être trouble, comme le font ordinairement les matières qui y fermentent.
- Remarques fur les cuirs à la jufée.
- 237. Lorsqu’on fait tanner des cuirs à la jufée, on trouve que les cuirs emploient un peu plus d’écorce que les cuirs à l’orge ; premièrement, à caufe des pafsemens de repos, où l’on met quarante livres d’écorce pour chaque cuir [ 230 ] ; fecondement, parce que les cuirs à la jufée font plus long-tems en fofse que les cuirs à l’orge & à la chaux , & qu’il y faut plus de tan. On ef. time à la manufadure de Saint-Germain, qu’il faut entre deux cents vingt & deux cents cinquante livres d’écorce pour chaque cuir à la jufée. Les cuirs qui étantpafsésà l’orge en exigeraient deux cents vingt-cinq [ art. 89 ], font ceux qui à la jufée en prennent deux cents cinquante.
- p.84 - vue 86/631
-
-
-
- ART BU TANNEUR.
- 8ï
- 238. Le cuir à la jufée Te vend à Saint-Germain de vingt à vingt-cinq fols la livre. Au refte, nous parlerons plus au long du prix & du commerce des cuirs, des Frais de leur préparation , & du produit des tanneries.
- 239. Le cuira la jufée a fur-tout befoin d’être extrêmement battu, même avec des marteaux de fer & de fonte, & à bras raccourcis. On a éprouvé qu’il y a une différence étonnante entre la durée & la bonté des femelles d’un même cuir battu , & celles que le cordonnier n’aura pas eu la patience débattre. A Bâle en SuiLe , 011 fait du cuir qui eft moins denfe & moins ferré que le nôtre j mais on le bat avec des marteaux de cuivre avec beaucoup de force. Comme les cordonniers n’en prennent pas toujours la peine, il ferait à fouhaiter que les tanneurs & les corroyeurs eufsent le foin de battre eux-mêmes ces fortes de cuirs [ f 07].
- 240. Les cuirs fecs du Bréfil , qu’on appelle fecsn poil, réuffifsent quelquefois afsez mal à la jufée ; ils font trop durs, difficiles à ramollir, à enfler, 8c ils font trop coutelés du côté de la chair. Cela vient du peu de foin qu’on prend à les déshabiller en Amérique, où l’on ne veut autre chofe que du profit & du repos, fans s’embarrafser de la qualité ni du bien de la chofe. Dans un pays où l’on coupe un arbre pour en cueillir le fruit, & où l’on tue des boeufs feulement pour en avoir le cuir, il ne faut pas s’étonner de cette extrême négligence.
- 241. Les cuirs d’Irlande ont auffi trop de coutelures, fans doute parce qu’on 11e les déshabille pas avec afsez de foin [ 280 ].
- 242. Les cuirs qu’on préféré pour être pafsés à la jufée, font ceux des bœufs du Limoufin, qui font nourris à la rave, & qui ne font engraifsés qu’après avoir travaillé. Ils n’ont pas beaucoup de fuif, & leurs cuirs ont plus de fermeté que ceux des provinces où l’on éleve les bœufs feulement pour les engraifser. Nous parlerons bientôt de l’avantage qu’il y aurait à préférer cette méthode des cuirs à la jufée [ 248 ].
- jDu gonflement opéré par la levure de biere.
- 243. En voyant que l’orge, le feigle, le fon , l’écorce, en tant que liqueurs aigres 8c propres à la fermentation , fefaient prefqu’également enfler les cuirs , il était naturel de penfer que toute autre liqueur aigre, telle que la levure de biere, produirait auffi le gonflement des cuirs. M. Guimard, inf-peefteur, qui travaillait à Corbeil avec M. Teybert, afsura qu’en effet elle lui avait parfaitement réuffi dans des expériences faites en 1749. Il eft probable que les parties fpiritueufes que le marc de biere contient, & le mélange même du houblon , lui donnent une très-bonne qualité : auffi les boulangers le pré-ferent-ils fouvent pour faire lever leur pain. C’eft à M. deMontaran, intendant du commerce , qu’on a eu l’obligation de cette idée heureufe, qui doit
- p.85 - vue 87/631
-
-
-
- 86
- ART DU TANNEUR.
- épargner de la dépenfe & des foins , parce que le mardde biere eCt une matière inutile à tout autre ufage ( 134) , & propre néanmoins à produire une très-bonne fermentation.
- Pour avoir une idée de la nature de la biere , & de l’ufage qu’on en fait ici, il faut confuiter la defeription que M. Macquer a donnée du travail de la biere, dans ie fécond volume de fes élémens dechymie pratique , page 3^ > édition de ij) i j defeription qu’il attribue à M. Boerrhave.
- 244. On prend du marc de biere tout chaud, Portant de la chaudière ; 011 le met fermenter en pafsement couvert, c’eft-à-dire , 'dans une cuve d’eau toute pure. Quand il etf à fon plus haut degré de fermentation , on y parfeme du fel, on y plonge les cuirs qui ont été bien trempés, décrottés , & décharnés; on réchauife ce pafsement, & on releve les cuirs à plusieurs reprifes différentes, jufqu’à ce qu’ils foient fuffifamment plantés. La conduite des pafsemens de biere eft la même que celle de l’orge ou du fon [ 175 ].
- On peut également faire ces pafsemens de biere à froid, ainfi que nous l’avons dit des pafsemens de fon à froid [184].
- Comparaison des méthodes précédentes, & avantages du cuir à îajufée.
- 245. L’usagefeul devrait, cefemble, décider delà préférence entre les’dif-férentes méthodes de préparer le cuir j & quoiqu’on n’ait pas fait des expériences bien précifes à ce fujet, l’ufage me femble avoir décidé pour le cuir de Liege [ 248 ] , & en fécond ordre pour le cuir à l’orge [ 114 ]. Cependant la méthode du cuira la chaux eft fi ancienne, & beaucoup de tanneurs y font tellement attachés, qu’ils la croient encore préférable. Dansées informations qui furent prifes par les infpecleurs , & rapportées au bureau du commerce en 1746, les tanneurs de Montreau & de Pontoife attefterent que, quoiqu’ils fe fervifsent de l’orge, cependant ils croyaient la chaux préférable. Ceux de Po~ ligny & de S. Claude en Franche-Comté, afsurerent que l’orge rendait le cuir fpongieux & cafsant, & qu’elle en defséchait les nerfs. Ces obje&ions furent probablement l’effet du préjugés car par-tout ailleurs les cuirs à l’orge pafsent généralement pour être meilleurs que les cuirs à la chaux ( 13 O-
- 246. Quelques-uns ontafsuré qu’on devrait mettre une diftinélion dans la fabrication & la vente des cuirs 5 ne vendre pour l’hiver que des cuirs à la chaux, tannés pendant long-tems, & donner pour l’été du cuira l’orge légèrement tanné. On éviteraicainfi , difent-ils, les plaintes que le particulier fait au cordonnier , & le cordonnier au tanneur j tantôt que fes fouliers fe font
- (134) On l’emploie en Allemagne , à la donner l’exclufion aux cuirs à l’orge, s’il eft nourriture & à l'engrais du bétail. vrai, comme tout le monde en convient,
- (i?s) La confommation confidérable de que l’on puilfe fabriquer d’excellens cuirs , cette denrée qui peut fervir à la fubfiftance fans y employer aucune forte de grain, de l’homme & du bétail, devrait fuffire pour
- p.86 - vue 88/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 87
- brûlés au mois d’août en pafsant le pont neuf; une autre fois, que deux heures de pluie les ont abreuvés fans refsource pour tout l’hiver. Peut-être cette différence a lieu entre le cuir à l’orge & !,e cuir à la jufée ; mais à l’égard de la chaux , nous croyons qu’on devrait généralement la profcrire.
- 247. Les cuirs trop minces, & qui ont peu de fubftance , ceux des bœufs ruinés par le travail ou defséchés par la vieil lefse, neréuflifsent pas auffibien en Liege , c’eft-à-dire , à la jufée , que dans les pafsemens d’orge en façon de Tranfylvanie & de Valachie [ 129]. Toutes peuvent s’employer, parce que la fermentation douce & onélueufe de la pâte d’orge ou de feigle, les attendrit, les pénétré , les nourrit, & Fait paraître avec avantage des peaux qui feraient rebutées fi elles eufsent été en Liege. C’eft aufîi pour cela qu’il fut propoféau mois d’avril 1746 , de faire à Corbeil les premières épreuves deM. Teybertfur des peaux ingrates , pour mieux appercevoir l’avantage delà méthode.
- 248. Des tanneurs qui ont appris l’habillage du cuir , façon de Liege , dans le pays de la Meule, afsurent qu’il eft autant au-defsus du cuir à l’orge 9 que celui-ci eft fupérieur au cuir à la chaux , & que le public tirerait un bien meilleur fervice du cuira la jufée que de tout autre , parce que dans fa préparation il n’entre ni chaux , ni aucun ingrédient qui en altéré la qualité. La réputation générale qu’ils ont eue dans toute l’Europe, femble prouver la même chofe. Par un verbal des tanneurs de Bretagne , fait le 19 o&obre 1756, il paraît que tous étaient perfuadés que la préparation du cuir à la jufée était préférable à celle de la chaux ; mais la plupart n’ofaient l’entreprendre avant que les tanneurs de Paris &des provinces voifines de la capitale leur eufsent donné l’exemple.
- 249. Le cuir à la jufée pafse pour être très-bon en efearpins dans des tems & des pays fecs ; mais beaucoup de gens difent en France qu’il n’eft pas fi bon pour être porté à l’eau que le cuir à l’orge. Cela vient de la préférence que chacun donne à fa maniéré de travailler. Le cuir à la jufée eft peu ufité en France quanfà préfent, ainfi il peut bien par cette feule raifon trouver des détracteurs Au refte, fi l’on en appel]e au raifonnement, on peut très-bien concevoir que ce cuir préparé avec une matière aftringente doit être meilleur que le cuir préparé avec des fubftances farineufes, onétueufes , & émollientes [188], telles que l’orge & le feigle. Ainfi je crois que, fuivant la phyfique de cette opération , le cuir à la jufée doit être le meilleur ( 136).
- 2^0. Enfin cette opération des cuirs eft la moins coûteufe’, puifqu’eîle ne demande autre chofe que la vieille écorce, incapable de fervir à autre ufage
- (136") Ne pourrait-on pas affirmer que tout ce que j’ai lu & obfervé fur ce fujet ; les fubftances réfineufes font les meilleures & ]\1. Schbebek confirme cette opinion de toutes pour Faire de bon cuir ? C’eft du dans les notes, moins ce que je crois pouvoir conclure de
- p.87 - vue 89/631
-
-
-
- 8S
- ART DU TANNEUR.
- qu’à fumer les terres ou à brûler; & il importe au bien public de l’établir par préférence à toute autre, à caufe de la confommation de grains qu’exige le cuir à l’orge. Àulîi M. Doublet de Perfan, lorfqu’il était intendant du commerce, fit des efforts confidérables pour l’établir, & l’on doit fouhaiter que cette méthode prévale enfin par-tout.
- Je ne puis m’empècher de rapporter à cette occafion un fait qui prouve bien la réputation des cuirs à la jufée. Une perfonne en place & très-digne de foi, m’a afsuré que lorfqu’on parla de l’établifsement des cuirs de Liege , les cordonniers de Paris, très-perfuadés que la comiommation allait diminuer, furent très-alarmés, & employèrent beaucoup de Pollicitations pour arrêter cette innovation : preuve du grand cas qu’ils fefaient de cette forte de cuir , & de la crainte qu’ils avaient de voir renouveller trop rarement les befbins du public à l’avenir.
- 2f I. Tout ce qu’on a objeété à cette méthode, c’eft qu’elle demande une extrême attention, & qu’elle manque fou vent par les feules vicüïitudes de l’air. D’ailleurs elle exige, dit-on, des eaux qui lui conviennent, comme celles de la Meufe ,& elle ne réufîirait pas également par-tout. Cependant les eaux vives qui defcendent des montagnes du Dauphiné & de l’Auvergne, de-vraientètre, cefemble , de la même qualité ou à-peu-près. La fontaine de là manufacture de Saint-Germain réufiic à merveille , & l’on n’ apperçoit pas de ces pertes fréquentes qu’on a prétendu avoir lieu dans les cuirs à la jufée.
- iLfeformaen 1749 à Bayonne, un établifsement qui fut autorifé par des lettres-patentes du 16 mai 1749 , pour la préparation des cuirs forts à la façon d’Angleterre, Liege &Namur. Cette manufacture eut des fuccès , & les Efpa-gnols donnaient la préférence à fes cuirs fur ceux même d’Angleterre, qu’ils avaient coutume de tirer.
- Ce fuccès encouragea meilleurs Duclos , négocians à Tcuîoufe , en 17? 1, à' former une femblable manufacture à LeCtoure, dans un emplacement qu’ils avaient à l’un des fauxbourgs, appelle ldronne. Us obtinrent du roi remplacement d’un ancien baïtion & d’un angle^ faillant, inutiles aux fortifications, & les habitans de LeCtoure leur donnèrent la garde & l’ufage d’une fontaine publique. Us obtinrent, par un arrêt clu confeil du 2 avril 1754, le titre de manufacture royale. Leurs contre-maîtres, leurs ouvriers étrangers, & deux principaux ouvriers Français, furent exempts pour vingt-cinq ans de la milice. U fut ordonné que les cuirs qu’ils feraient venir de l’étranger, feraient exempts de tous droits d’entrée, & que les cuirs par eux manufacturés & exportés dans l’étranger, feraient exempts de tous droits de fortie. Enfin tout le monde connaît la grande manufacture de Saint-Germain, qui foutient avec le plus grand fuccès la fabrication du cuir à la jufée , & qui en prouve la bonté.
- 252. Après qu’on eut commencé en 1745 a travaillera Corbeil dans les
- principes
- p.88 - vue 90/631
-
-
-
- 89
- Art du tanne u,r.
- principes de Teybert,par ordre du miniftre, les maîtres cordonniers de Paris furent invités à faire l’examen des nouveaux cuirs. On en tranfporta vingt à la halle aux draps, où dix cordonniers s’afsemblerent, & par une délibération du premier feptembre 1747, convinrent de ce qui fuit:
- i°. Que les fix cuirs , appelles par Teybert façon de Trcmfylvanie , étaient bons , très-bien façonnés , & les meilleurs de la partie.
- 2°. Que parmi les quatorze autres, façon de Valachie, il y en avait fept bons, & fept dont la défeduofité venait de la qualité des peaux, & non du tannage , qui était parfait.
- 39. Que le cuir de Liege leur paraifsait en général être préférable au Valachie , parce que plus le premier effc porté, plus il durcit 5 au lieu que le cuir de Valachie eft creux, & ne gagne pas à être gardé.
- 49. Que le Tranfylvanie paraifsait avoir le mérite du cuir de Liege ; mais que les apparences étant fou vent trompeufes , il fallait s’en rapporter à l'ufé , c’eft-à-dire, à l’expérience.
- 2f 3. Le cuir à la jufée n’eft pas en général aufli épais que les cuirs à l’orge. Les ouvriers qui ne font pas inftruits de cettediiférence , & qui croiraient que l’épaifseurdu cuir en fait le mérite / feraient trompés en le voyant. Ce cuir à la jufée eft le plus doux. On peut rouler un cuir entier comme une vache à œuvre. Il peut être battu à difcrétion , &il doit l’être nécefsairement. Il n’en acquiert que plus de fermeté , & il ne s’étend jamais fous le marteau. On coupe une piece , de figure quelconque , dans le milieu d’un cuir de Liege ; on la frappe à grands coups de mafse. Elle devient plus mince, mais elle conferve la même largeur , & rentre exactement dans la place d’où elle avait été tirée , ce que ne ferait pas un morceau de cuir pafsé à l’orge ou à la chaux.
- 2^4. Le cuir à la chaux fe reconnaît même après qu’il a été tanné , par line couleur noirâtre du côté de la fleur, rouge du côté de la chair, & roufsâtre dans la tranche. Le cuir à l’orge a une couleur ardoifée du côté de la fleuri blanchâtre du coté de la chair & à la coupe.
- CUIR AU SIPPAGE OU A LA DANOISE.
- 2^. Cette méthode du fippage > qui eft pratiquée en plufieurs endroits’, & particuliérement en Bretagne, confifte à tanner les cuirs en deux mois de tems , en les coufant tout autour, & les remplifsant d’écorce. Après que les cuirs verds font défaignés , les cuirs fecs détrempés, amollis & défalés, s’il eft nécefsaire , on leur donne un plein neuf pour leur faire quitter le poil > un mois fuffit pour cela. O11 débourre les cuirs , on les décharné, on les travaille de riviere, & on les met en rouge comme les cuirs à l’orge[l27, 158»
- 256. Quand les cuirs ont pris le rouge , il s’agit de les tanner. Pour cela on les coud tout autour comme des facs ou des outres, enréfervantfeulement Tome III. M
- p.89 - vue 91/631
-
-
-
- ART D U T A N N E U R.
- $o
- un côté, par lequel on les remplit d’écorce & d’eau. On achevé de les coudre, après qu’ils font fermés. On les bat avec force , pour que l’écorce fe diftribue également par-tout. On les met dans des nauffes ou fofses remplies de bonne eau tannée., de maniéré que les cuirs foient fubmergés, & qu’ils ne noircif-fcnt point.
- 257. Les nauffèj ont huit à dix pieds de long fur quatre pieds de large & autant de profondeur. Lorfque les cuirs y font plongés , on les charge fortement avec des planches & des pierres, pour forcer le jus d’écorce qui y eft renfermé, à pénétrer plus promptement & plus fortement ; &de peur qu’il n’y ait des côtés où la preflion fafse plus d’effort, & oùconféquemment le cuir tannerait plus vite , on retourne les cuirs trois ou quatre fois par femaine , & l’on a foin de les battre à chaque fois. Par ce moyen les cuirs fe trouvent tannés dans l’efpace de deux mois , & avec une feule écorce. Il faut convenir cependant que cette écorce unique équivaut à-peu-près aux trois que l’on emploie dans la méthode ordinaire, lorfqu’on couche les cuirs en fofse.
- 2f8- Le cuir au lippage eft plus mince que le cuir tanné en fofse , parce qu’il eft moins préparé par le gonflement, & que le poids dont on le charge étend & dilate fans cefse le cuir , ce qui augmente l’étendue aux dépens de l’épaifseur. Il eft plus fouple , plus pliant que le cuir ordinaire , à-peu-près comme le baudrier ou cuir à œuvre [260]. Il a la couleur de l’empeigne , c’eft-à-dire, une couleur plus claire que le cuir fort ; mais on peut le rembrunir avec une eau de chaux après qu’il eft tanné.
- 259. Dans le feul bourg de Locminé en Bretagne , il y a plus de quarante tanneurs ; prefque tous font du cuir fort au lippage , qu’ils tannent en deux ou trois mois. Il y a auflï vingt-huit tanneurs à Pontivy, qui font également du, cuir au lippage , & ils appellent cela tanner à la danoife. On remarquera dans la defcription du cuir à œuvre, que cette méthode y ferait beaucoup meilleure que pour le cuir fort, & qu’elle a beaucoup de rapport avec les cou-dremens [267] , &lerefaifage [ 268]. Il y a même des provinces où l’on travaille au lippage le cuir à œuvre [262]. Enfin cette méthode a du rapport avec la méthode des tanneurs Anglais [97]. Ainli l’on ne doit pas la profcrire, mais chercher à la perfectionner, eu l’employant avec plus de foin qu'on ne le fait aduellement,en la fefant durer plus long-tems, & en fefant mieux enfler les cuirs qu’on veut lipper.
- DES CUIRS A OEUVRE.
- 260. Les cuirs de vaches ou de petits bœufs , qui font moins propres à être travaillés enfort [1] , fervent à faire les fécondés femelles, les fouliers de .femmes, les empeignes , & autres ouvrages moins durs que ceux où l’on envoie les cuirs forts. Les peaux de vaches font plus ferrées que celles de$
- p.90 - vue 92/631
-
-
-
- ART DU TANNE U R.
- bœufs; & fi elles étaient afsez épaifses, on les préférerait,1 mais ordinairement elles fervent à faire le cuir faible. Les peaux de bœufs qui font trop minces pafsent avec les cuirs de vaches.
- 261. On appelle à Paris cuirs à œuvre ces cuirs minces , parce que chez les corroyeurs on les met en œuvre de plufieurs façons , au lieu que les cuirs forts ne font pas fufceptibles de tant de formes différentes. D’autres appellent baudrier , & en Dauphiné brtgady, un cuir mince & ferré , bien tanné, propre à faire des femelles d’efcarpins. Dans d’autres provinces ; on les appelle du femelirt.
- Le baudrier fe met dans les pleins , pendant la moitié du terns que le cuir fort y féjourne , en commençant par des pleins morts , comme on l’a vu [20J. On 11e met point à la jufée les cuirs à œuvre , même dans les manufa&ures où cette méthode eft ufitée pour les cuirs forts. Au fortir des pleins , le baudrier fe travaille de riviere plufieurs fois [37] ; c’eft-à-dire, qu’on l’écharne & qu’on le récoule fortement fur le chevalet de chair & de fleur, à quatre ou cinq reprifes différentes , pour enlever toute la chaux , en le rinçant à chaque fois dans une eau courante. Après avoir été travaillé de riviere, en le met en coudrement [267] pendant huit jours ; & enfin le baudrier fe couche en foife pour l’efpace de quatre mois feulement, ou le quart du rems qu’il faut à un cuir fort.
- 262. En Dauphiné, on emploie la méthode du fippage [2ff] pour tanner le baudrier , & elle y réuffic très-bien , parce que le baudrier n’a pas befoin d’ètre épais comme le cuir fort ; au lieu que le fippage, tendant à diminuer Pépaifleur, n’eft pas fi bon pour le cuir fort. Lorfque ces cuirs ont eu deux mois de plein, on les met en coudrement pour fept à huit jours dans des cuves moyennes , qu’on appelle rodoirs ou coudrets. On les fippe enfuite , c’eft-à-dire , qu’on les coud comme des outres , & on les remplit de l’eau du coudrement «St de l’écorce qui y a bouilli. On les laifle ainfi pleins l’efpace de huit à dix jours , & on les change cinq à fix fois par jour. On les découd , on les met tout à plat dans !a cuve avec la même écorce, diftribuée par couches fur chaque cuir. On les laifle en cet état huit jours fans les remuer, on les leve , on les met fécher fur perche, pour être livrés au eorroyeur.
- 253. Dans le pays de BreiTe & dans les provinces voifines, les cuirs en faible, vaches, veaux, & autres petites peaux propres à faire des empeignes* n’ont que fix femaines de plein en été , & deux mois & demi dans l’hiver. On les laifFe trois jours dans l’eau courante, pendant lefquels on les travaille alternativement avec le couteau & la pierre fept à huit fois par jour, jufqu’à ce qu’ils ne rendent plus de chaux , mais que l’eau en forte claire.
- 264.. Au fortir du travail de riviere , on les met dans une cuve avec de l’eau de tain, en les remuant bien plufieurs fois le jour pour leur faire le grain :
- M ij
- p.91 - vue 93/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 9Z
- c’efl ce que nous appellerons coudrer [267]. Mais on n’a pas toujours befoin de faire coudrer les empeignes j & à cet égard on verra dans l’art du corroyeur la différence entre les veaux tournés & les veaux graifles. Ceux à qui l’on veut donner du grain , & dont on veut faire paraître la fleur au dehors, ont principalement befoin du coudrement.
- 265. A Limoges, les veaux demeurent quatre mois en chaux & trois mois en folfe avec f’écorce de chêne, ou deux mois avec celle de redou (137), qu’on tire du Querci. En Dauphiné, on ne les met en chaux que pendant quinze jours. Mais on les met enfuite dans les rodoirs avec deux écorces differentes pendant un mois, & finalement en folfe un mois & demi. À Metz & à Ver-/ dun , les peaux de vaches relient huit jours dans un plein mort, huit jours dans un plein neuf, un mois dans des cuves d’eau & d’écorce , & cinq mois en foffe à deux poudres differentes. Les vaches y fervent à faire des cuirs noirs lilfés pour impériales de earrofffes. A l’égard des veaux , c’efl la même préparation, à la réferve qu’on ne les couche en foffe qu’une fois pendant deux mois & demi. A Bourges , les vaches font trois mois en chaux & fix mois en fofse. A la Souteraine & à Saint-Julien , on les met trois femaines en chaux , cinq à iix jours dans le fon de froment , quinze jours dans une eau chaude avec de l’écorce.
- 266. A la manufacture de Saint-Germain-en-Laye, les peaux de vaches & les petits cuirs de bœuf, après avoir été dégorgés , égouttés, débourrés, échar-nés , & pafles dans trois pleins morts & un plein vif, fe travaillent de riviere avec beaucoup de foin & à cinq reprifes differentes. A la première façon , on prend les peaux fur le chevalet, on les dégorge avec un couteau à' faux,; c’efl-à-dire, qu’on les prefse fortement pour faire fortir la chaux , enfuite avec un couteau rond à deux mains on les échanie , & on rejette les peaux au canal, pour s’abreuver.
- Pour la fécondé façon , on remet les peaux fur le chevalet avec la queurfe [26] , on pafse fortement fur le côté de la fleur pour l’adoucir , l’unir , & en faire fortir la chaux , & l’on rejette les peaux au canal.
- Pour la troifiemc façon , on reprend les peaux fur le chevalet,. & l’on pafse defsusavec force un couteau rond , tant de chair que de fleur , pour faire., encore mieux fortir la chaux ; après quoi on les jette au canal.
- Pour la quatrième & cinquième façon , 011 refait la même chofe , & cela s’appelle récouler & abreuver. Alors, s’il ne refie plus de chaux dans les peaux * & qüe l’eau qui en fortfoit claire , 011 les met dans les coudremens.
- (157) Rhus myrtifolia. Voyez ci-deflus p. 32.
- p.92 - vue 94/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 93
- Du coudrement (138). .
- 267. On appelle coudrement une eau aftringente, dans laquelle on fait tourner des peaux de vaches ou de veaux long-tems & en tout fens, pour les affermir & les tanner. On voit en E dans la planche I, trois hommes occupes à tourner le coudrement,- on y en emploie fouvent quatre , & même davantage.
- Les cuves de coudrement ont à Saint-Germain quatre pieds de hauteur fur fix pieds de diamètre ; elles font de bais , cerclées de fer j on y met les peaux avec du tan & de Peau chaude. Quatre hommes des plus robuftes les tournent continuellement avec des pelles pendant une heure , eh allant d’abord de droite à gauche, & enfuite de gauche à droite.
- Dans un coudrement de vingt-quatre vaches , on met cinq corbeilles de tan 5 ces corbeilles ont vingt pouces de diamètre fur treize de hauteur.
- Ce travail du coudrement fe réitéré plufieurs fois, en relevant les peaux chaque jour, & les laifsant égoutter avant de les remettre dans le coudrement. Tandis que les peaux s’égouttent, on remet un peu de nouveau tan dans le coudrement, pour lui redonner de la force.
- Du refaifage des cuirs à œuvre.
- 26%. Après avoir tourné les peaux dans le coudrement pour la derniere fois , on les laifse en refaifage ( 139)j c’eft-à-dire, qu’on les laifse fe refaire dans la cuve avec du nouveau tan, jufqu’à ce qu’on les couche en première poudre. Un refaifage de vingt-quatre vaches & de douze douzaines de veaux, exige vingt-deux corbeilles de tain, favoir , dix pour les vingt-quatre vaches, & douze pour les veaux ; car le refaifage prend le double du coudrement.
- 269. Le refaifage des cuirs à œuvre , ou la cuve du refaifage, eft une cuve
- où on les étend de toute leur longueur. Si on double les extrémités, on met du tan dans tous les doubles, on les enveloppe de tan neuf, que l’on baigne d’une grande quantité d’eau froide , & on les laifse féjourner en cet état pendant un mois ou‘fix fermâmes, félon les faifons. Au fortir des refaifages on les couche en fofse à l’ordinaire ; mais ils n’ont plus befoin que.de deux poudres, parce que'le coudrement & le refaifage tiennent lieu d’une première poudre.' i',K • 0 -, ....
- 270. Les peaux de vaches, ou des petits bœuf: j après Je coudrement & le refaifage, fe mettent en fofse ; on les abreuve d’eau , la plus douce eft la meilleure,& l’on veille à ce qu’elles n’en manquent point. Au bout de trois moisy on les met en fécondé poudre’pendant cinq a fix femaines i& après-1a,fécondé poudre, on les porte au féchoir ; 011 les étend fur des perches , en prenant foin que la chaleur, ou le froid ne les faififse trop. On les appelle dans cet état vaches en croûte5 & c’eft ainfi que le corroÿeur les reçoit, pour,en faire des
- (138) En allemand, das Treibeti- (139) En allem. Verfetzgru.be,
- p.93 - vue 95/631
-
-
-
- 94
- ART DU TANNEUR.
- femelles d’efcarpins, des cuirs à grains , des cuirs lifsés, des vaches* rouges1, du cuir de Ruftîe, pour l’ufage des felliers, des bourreliers, des coffretiers,. Nous les fuivrons eu décrivant l’art du corroyeur.
- 271. Le cuir de vache eft plus ferré , meilleur pour les dernieres femelles ou femelles extérieures ; on le préféré à celui des petits bœufs, qui fervent pour les premières femelles ou femelles intérieures.Une bonne vache à œuvre étirée , pafse généralement pour être le meilleur de tous les cuirs , quand elle eft bien choiiie. Il faut que ce foit une vache qui 11’ait point été pleine ; car dans les vaches qui pnt porté, la peau eft trop difteudue & trop mince. Les femelles faites d’une bonne vache , fur-tout prifes dans le dos , les épaules, & les croupons ou bandes du milieu , valent mieux que celles des bœufs. Il y a de ces vaches qui pefent foixante & quinze livres en poil, vingt-cinq ou trente quand elles font étirées; mais il faut convenir que cela eft fort rare. Auffi le nom de vache eft donné, chez les corroyeurs, à toute peau faible de bœuf, de vache ou de veau. A l’égard des débris d’une vache, tels que les ventres & autres parties faibles, ils ne valent pas ies débris d’un cuir de bœuf.
- Du travail des peaux de veaux.
- 272. Les veaux reçoivent à-peu-près le même travail que les"vaches $ on les fait pafser dans trois pleins morts & un plein vif, avec cette différence que les veaux étant plus délicats que les vaches, 011 ne les met dans le plein vif qu’après qu’il y a pafsé des peaux de vaches.
- Lorsque les peaux ne font pas fraîches, qu’on les acheté en poil extrêmement feches, on eft obligé de les fouler pour les ramollir. Ce travail fe fait avec les pieds.
- Le travail de riviere pour les peaux de veaux , eft un peu différent de celui des peaux de vaches [ 266] ; car dès la fécondé façon , ou en met quinze à dix-huit dans un baquet, où quatre hommes avec des pilons de bois à longs manches les foulent pendant un demi quart d’heure , pour en rompre le nerf & les adoucir. Ce travail fe réitéré après chaque façon, c’eft-à-dire, quatre fois, comme le travail de riviere. On voit en C, dans la planche II, un baquet dans lequel on foule des veaux. Les pilons G ont huit à neuf pouces de haut, & fe terminent comme des coins.
- Lorsqu’il ne refte fur les peaux de veaux ni bourre, ni chair, ni chaux, & que l’eau eft fort claire , on les met, comme les vaches, dans le coudre-ment [267 ] , & on les tourne à différentes reprifes, plus encore que les vaches , en diiierens fens, & on y met à chaque fois du tan nouveau.
- Le refaifage des beaux de veaux dure environ un mois. On les range dans la cuve avec un peu de tan entre les peaux, & par-dcfsus le tout, un peu de tannée & de l’eau des coudremens : c’eft dans ce refaifage qu’elles attendent le tems d’être mifes en fofse.
- p.94 - vue 96/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 9S
- 273. Pour rrettre les veaux en fofse, on les plie en long, mais inégalement , fans mettre du tan dans la duplicature. On garnit un peu plus la tête & la culée , parce que ees parties font plus épaifses > le tan doit être réduit en poudre très-fine.
- La première poudre dure trois mois ; alors on les releve, on les nettaie, on les bat pour en ôterja première tannée j on les couche en fécondé poudre, en obfervant de les plier aufii inégalement, mais de manière que la partie qui n’était point doublée dans la première poudre , foit double dans la fécondé* on met du tan très-fin entre les peaux ; on y verfe de l’eau , la plus douce qui foitpofiible , & l’on a grande attention qu’elles n’en manquent point tout le tems qu’elles font dans les fofses. Cette fécondé poudre dure trois mois , après quoi les peaux vont au féchoir.
- A Paris, où le tanneur & le corroyeur font de deux corps diftinâs, & jaloux de leurs droits, le tanneur n’a plus rien à faire à fes veaux , quand il les a retirés de fécondé poudre, que de les empêcher de fécher. Ainfi il ne les porte pas au féchoir ; mais il les range fur le bord de fa fofse avec tout leur tan, en piles de cinq à fix douzaines j là ils attendent, entre deux humeurs, que le corroyeur les vienne acheter , pour les pafser en huile & en dégras, & par-là les rendre propres aux ouvrages des cordonniers & des bourreliers.
- 274. Depuis environ vingt ans, quelques tanneurs fe font mis à tannerie veau & le mouton dans une eau chaude d’écorce. Je crois qu’il n’y aurait rien à perdre dans cette pratique, comme je l’ai, déjà obfervéà l’occafion du cuir fort [ 101 ].
- Des peaux de chevres & de moutons.
- 27Ç. Les peaux de chevres ne font pas fi communes qu’on puifse les avoir toutes fraîches en quantité fuffifante pour en faire un travail fuivi ; on les acheté en poil, feches* & dans différentes provinces, on les jette dans le canal pour les ramollir* on les foule même encore au fortir du canal 5 on les fait pafser dans les trois pleins morts* on les débourre, & 011 les fait pafser au plein vif comme les veaux.
- Les chevres que l’on tanne , exigent au moins dix façons dans le travail de riviere, parce qu’elles font feches de leur nature. On en verra le détail à l’occafion du marroquin (voyez Part de faire le marroquin'). Car le travail de riviere s’y obferveavec grand foin, & il eft le même , à l’exception du contre-écharnage. Il y a aufli cette difféience, que pour la tannerie on met les chevres dans la riviere, au lieu de les mettre dans des baquets, fi ce n’eft dans les dernieres façons , où l’on emploie aufii les baquets pour plus grande propreté. On a foin de ramafser la bourre des peaux de chevres, aufii bien que celle des veaux. On vend ce poil de chevre neuf à dix livres le cent pelant
- p.95 - vue 97/631
-
-
-
- 96
- ART DU TANNEUR.
- quand i! eft gris , & quatorze à quinze livres quand il eft blanc. Voyez àcé fu-jetl'art du parcheminier. On ramafseaufti les rognures de l’écharnage, foit des chevres , foit des veaux, pour en faire de la colle. .
- 276. Les peaux de chevres fe mettent dans le coudrement [267] ; elles ref-tent enfuite une quinzaine de jours en refaifage. Au fortir du refaifage, on les couche en fofse une feule fois ; elles ne font pas afsez épaifses pour avoir b'e-foin d’une fécondé poudre.
- C’est fur-tout au printems qu’on levede fofse la vache , les veaux 8c la chevre 5 au lieu que les cuirs forts fe lèvent en automne , tems auquel les cordonniers commencent à en avoir le plus befoin , & à faire leurs provifions pour l’hiver.
- 277. La bafanne eft une peau dé mouton tannée. Les peaux de moutons qu’on tanne pour faire la bafanne, ne reftent que trois femaines dans le plein , ou un mois au plus. Si l’on fait des pleins pour l’ufage feul des bafannes , on emploie fix quintaux de chaux pour vingt douzaines de peaux. Quand les peaux de moutons font pelées, il ne leur faut plus que quinze jours de plein. Après qu’elles font fuffifamment plamées, on les met dans un coudrement froid [267] , & on les y laifse pendant un mois.
- Il y a des provinces où les bafannes font fippées [25^] ; e’eft-à-dire , qu’on les coud tout autour, après les avoir remplies: on les met dans un coudrement neuf fort chaud , que l’on remue de tems en tems, & qu’on réchauffe deux ou trois fois le jour. En deux jours de tems les bafannes font tannées. Nous parlerons, dans l'art du mêgijjîer, des peaux de moutons pafsées en blanc , & qu’on appelle peaux de mégie.
- Du cuir de cheval,
- 278. Nous avons dit que le cuir de cheval 11e fe travaille point chez les tanneurs de Paris. Ceux de la province ne font pas fi délicats; ils en font quand l’occafion s’en préfente. On leur donne fix femaines de plein & cinq mois de fofse, à-peu-près comme aux vaches i ils fe vendent huit à neuf livres. On reconnaît un cuir de cheval au long cou , avec une grande épaifseur fur la crinière, & des plis très-forts : on ne s’en fertque pour les premières femelles , qui n’exigent pas autant de qualité que les femelles extérieures. Les droits qui fe perçoivent fur le cuir de cheval, ne font que la moitié de ceux du cuir de bœuf, c’eft-à-dire , d’un fol par livre pefant.
- Dés peaux humaines (140).
- 279. Il eft rare qu’on s’avife de vouloir tanner les peaux humaines ; auflï
- Ci+o) On tanne en Allemagne & en Suifle, ici, tandis qu’il fait mention des peaux hu-des peaux de cerfs, de chamois , de daims, maines, qui ne font pas pour les tanneurs de chiens , &c. L’auteur ne les indique pas un. objet de commerce.
- n’en
- p.96 - vue 98/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 97
- n’en parlons-nous qu’en pafsant , & à la fin de l'énumération que nous avons faite de toutes les peaux qui fe tannent. Lorfqu’on a eflhyé de tanner des peaux humaines , on a vu qu’elles exigeaient plus de plein ou de pafsement , parce qu’elles font plus graifes. Elles ont plus de corps que les vaches ,• elles renflent beaucoup dans les pafsemens. Pafsées en blanc ou en Hongrie, elles fe con-denfent, & font au contraire plus minces que des vaches pafsées en Hongrie. Le ventre eft la partie la plus épaifse d’une peau humaine -, au lieu que dan* les vaches , le ventre eft la partie la plus mince. On a vu dans l'art du chct-moifeur [art. 80], que les peaux humaines, pafsées en chamois, ont la réputation d’être un topique avantageux pour les cors aux pieds.
- DES DÉFAUTS QUI SE REMARQUENT DANS LES CUIRS.
- 280. C’est fouvent à la nature de la peau qu’on doit attribuer fa mauvaifc qualité & fon peu de durée ; mais c’eft auili quelquefois à fes défauts de préparation. Nous allons parcourir en peu de mots les différentes caufes de ces inconvéniens.
- On a vu ci-devant qu’il y a des peaux creufes, veules, minces, feches [94], qui fe gonflent difficilement, & par conféquent fe tannent ma!. Il y a des peaux coutelées, à caufe de la négligence qu’on a à les déshabiller. Les grands cuirs du Bréfil & d’Irlande y font même des plus fujets [241 ]. Voyez ce que j’ai dit dans l’art de faire le parchemin [art. 51], fur la négligence-des bouchers à l’occafion des peaux de veaux & de moutons ; car cela peut fe dire également des cuirs dq bœufs.
- En parlant, dans le même endroit, des défauts du parchemin , jeme[fuis fort étendu fur ceux qui proviennent des maladies des moutons, parce que fur des peaux auffi tendres, l’effet des maladies eft très-remarquable. J’en parlerai encore dans l’art du mégiffier, mais cet article parait de peu de coii-féquence dans la tannerie.
- Il y a des cuirs qui fe piquent & s’effleurent dans des eaux limonneufes, ou chargées de particules trop âcres [if]. Il y en a où il refte des parties hétérogènes [27] dans la dépilation. Ces parties dures réliftent au couteau , &font caufe que l’on coupe le cuir en le travaillant fur le chevalet i c’eft pourquoi il eft très-efsentiel qu’une tannerie ait beaucoup d’eau, & qu’on lave fouvent.
- 281. Il y a des cuirs qui font brûlés par la chaux [fo] , au point de fe déchirer fous ia pince, ou fous le couteau dont on fe fert pour écharner. Cela prouve , plus que toute autre chofe, le danger & l’abus qu’il y a dans l’ufage de la chaux, contre lequel nous avons déjà parlé afsez au long [48].
- 282. La mauvaife qualité de l’écorce ou du tan [57] , contribue à celle des cuirs.L’écorce vieille, chargée de crevafses, couverte de moufse , noire, éteinte par l’humidité qu’on lui a laifsé contracter, ne forme qu’un mauvais tannage.
- Tome III. N
- p.97 - vue 99/631
-
-
-
- 9%
- ART DU TANNEUR.
- La même chofe a Heu fi les fofses font mal abreuvées ; les parties du tan ne peuvent pénétrer le cuir, fi elles ne font difsoutes & emportées par la force de l’eau , qui pénétré enfuite & en abreuve les cuirs. [97].
- 283. La qualité des eaux influe beaucoup fur celle des cuirs , fur-tout pendant la durée des pafsemens. L’eau de la riviere des Gobetins eft chalide , abattue , fade, prefque corrompue; & l’on eft obligé à la manufacture de S. Hippolyte, d’en faire venir de la Seine deux ou trois tonneaux chaque jour.
- Les tanneries delà rue Cenfierétant plus bafses le long de la riviere des Gobelins , ont une eau qui abat davantage les peaux , & qui eft meilleure pour la moletterie, c’eft-à-dire, pour les veaux & pour les chevres: le travail va beaucoup plus vite. Six heures d’eau à la rue Cenfier , font prelque autant que vingt-quatre auprès de Saint-Hippolyte, qui n’en eft pas à trois cents toifes, parce que dans cet intervalle la riviere s’eft chargée d’une quantité de parties animales qui la difpofent à la fermentation, & qu’elle reçoit en pafsant au travers des habitations de tanneurs, mégifiîers, teinturiers, dont cette riviere eft couverte.
- Mais comme le cuira l’orge demande au contraire une eau plus dure & plus forte, l’eau de la riviere des Gobelins y eft moins propre à mefure que l’on defcend davantage ; & même à Saint-Hippolyte , 011 eft obligé de fe procurer à grands frais de l’eau de la Seine pour mêler à celle de la riviere des Gobeiins. Par la même raifon le cuir à la jufée , qui demande une eau encore plus forte, ne réuflîrait probablement pas dans les parties bafses de la riviere des Gobelins.
- 284- On connaît fouvent, en voyant un cuir à la jufée , s’il eft d’été ou d’hiver. Le cuir d’été eft moins ferme , parce que les pafsemens n’ayant pas afsez de fraîcheur , fe corrompent trop tôt, abattent & ramolifsent le cuir, au lieu de le dilater. Nouvelle preuve du choix qu’on eft obligé de faire pour le cuir à la jufée, d’une eau fraîche , vive & pure.
- La gelée ramollit le nerf de la peau ; c’eft pourquoi l’on tâche d’en preferver les cuirs qu’on veut conferver dans toute leur force. Par la même raifon , quand on a des veaux marins , ou d’autres peaux qui font très-difficiles à revenir , on les étend à la gelée de tems en tems. Cela les ramollit & les difpofe au travail. Nous avons vu l’effet de la gelée fur les pafsemens d’orge [161]. Le danger ne s’étend pas jufqu’à nuire aux cuirs , mais feulement à rendre le pafsement inutile O41).
- 28T- On appelle cuir corneux certaines parties d’un cuir , qui n’ayant pas été ramollies dans la préparation , n’ont pas été pénétrées nar le tan , & font reftées feches ou dures comme de la corne. Ce ferait le défaut ordinaire de
- (141) La gelée , quand on fait en profiter, peut être fort utile aux tanneurs habiles.
- p.98 - vue 100/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 99
- toutes les peaux vertes , fi l’on négligeait de les préparer , & qu’on les laiflat fécher d’elles-mêmes à l’air. On voit fou vent des châffes de lunettes [ 52 ] & d’autres ouvrages faits avec du cuir corneux ; mais il ne vaut rien pour les arts qui demandent beaucoup de force &de fouplefle dans le cuir.
- 286. On trouve fouvent dans les cuirs , des verdelets , c’eft-à-dire , de petits trous de vers qui font imperceptibles , mais qui rendent un cuir très-défeclueux. Si un impérial de carroife a des verdelets, l’eau qui paffe au travers gâte & pourrit l’intérieur de la voiture. Aufli l’on choifit avec grand foin , chez un corroyeur , les cuirs les plus entiers, les plus parfaits & les plus grands pour un impérial, ou pour d’autres ouvrages femblables.
- 287. Les cuirs coutelcs du côté de chair font très-ordinaires , par la négligence des bouchers, comme nous l’avons déjà remarqué [280J. Pour y remédier, on pare du côté de chair, c’eft-à-dire, qu’on enleve une partie du cuir avec la lunette j mais fi les coutelures font profondes, & qu’il faille baifjer ou creufcr jufqu’à approcher du nerf de la peau , il y a beaucoup à perdre , & la force du cuir en eft trop altérée. Dans une femelle de cuir fort, fi la chair fe trouve coutelée , il fera bon de la mettre en dehors , afin que la fleur fe conferve plus long-teftis & réfifte mieux à l’humidité.
- 288- La fleur du cuir eft aufli quelquefois endommagée par le travail de la plamerie , par la dépilation, par le travail de riviere. Un cordonnier doit avoir foin de mettre la chair du cuir en dehors & la fleur en dedans , lorfque cette fleur eft un peu coutelée & endommagée, car la chair la garantira un peu de l’humidité i au lieu que s’il met la fleur en dehors, aufli-tôt qu’elle fera ufée , rien ne défendra le relie de la femelle, & le cuir prendra l’eau avec la plus grande facilité.
- 289- Le cordonnier doit avoir foin aufli de ne point employer les ventres, les collets & les pattes, qui font des parties plus faibles, du moins pour les ouvrages qui demandent beaucoup de force. S’il avait encore la précaution de tremper & de battre les cuirs avant de les employer, il ferait des ouvrages bien meilleurs, comme nous en avons averti [107]. Les deux grandes différences qu’il y a entre un cordonnier jaloux de la perfection de fon ouvrage , & celui qui ne demande qu’à recommencer fouvent, font premièrement, de bien battre les femelles j fecondement, de choifir les endroits les plus forts d’un cuir pour les premières femelles : mais les cordonniers qui prendraient toutes ces précautions, auraient droit de fe faire payer un peu’plus cher que les autres (142).
- Du travail des mottes.
- 290. La tannée ou la vieille poudre d’écorce, qu’on retire des foffes
- (142) Ceux qui entendent la langue aile- fauts des cuirs dans le diEiionnaire de com~ mande, trouveront des détails fur les dé- mercc deM. Ludovici ,tom. III, p, 1183
- N ij
- p.99 - vue 101/631
-
-
-
- 100
- ART DU TANNEUR.
- quand les cuirs font tannés, peut fervir à faire les eaux aigres ou les jus d’écorce , lorfqu’on travaille du cuir à la jufée. Chez les tanneurs à la chaux ou à l’orge , elle ne fert plus qu’à brûler j mais pour qu’on la puifle employer d’une maniéré plus commode, on a coutume de la réduire en mottes.
- 291. Les mottes font des cylindres de cinq à fix pouces de diamètre , & de deux ou trois pouces de hauteur , faits de tannée pétrie dans un moule & féchée au foleil. On voit en D D , dans la planche III, au fond Çde la tannerie & derrière la machine qui fert à puifer l’eau , le féchoir , qu’on appelle auiïï le percher , la cage à mottes, les étentes. C’eft le bâtis qui fert à étendre les mottes pour les faire fécher. Il eft compofé de planches légères , foutenues fur de petits montans. On voit en E le motteur, nuds pieds , qui preffe la tannée dans un moule de cuivre , & qui la frappe pour la durcir. Le moule à mottes eft repréfenté féparément en N au bas de la planche. Il a deux anfes, avec lef-quelles on le prend pour faire tomber la motte de dedans le moule , quand elle eft achevée. On voit en M la planche du moule : c’eft quelquefois une pierre, fur laquelle on place le moule plein & comble de tannée. Le motteur monte fur le moule , & le frappe avec les pieds pendant l’efpace de trente à quarante fécondés de tems. C’eft en quoi confifte toute l’opération.
- 292. J’ai vu qu’en province un homme ne fait guere qu’un millier de mottes , & il gagne trente fols par jour. A Paris, 011 en fait davantage ; mais elles font plus petites & moins frappées. Les mottes reviennent prefque eu province à trois livres le mille, en y comprenant ce qu’il en coûte pour les faire , les étendre & les porter j & on les vend iix livres : ainfi l’on n’a que trois livres pour la matière d’un millier de mottes. Cependant un tanneur qui confomme pour deux mille livres d’écorce, n’en tire pas cinquante milliers de mottes , c’eft-à-dire , cent cinquante livres ; ainfi l’on voit que les mottes ne dédommagent que d’environ une treizième partie du prix de l’achat de la tannée.
- Suivant les calculs qu’on trouvera ci-après [309] , la tannée de cinquante cuirs réduite en mottes produit vingt livres de net, & le prix de l’achat eft de trois cents trente-fept livres j ainfi la tannée ne rendrait que la dix-feptieme partie du prix de l’écorce.
- 293. Oh fait à la tannerie de Saint-Germain jufqu’à quatre cents quatre-vingt milliers de mottes , mais la plus grande partie fe confomme dans la maifon. C’eft le produit d’environ huit mille poinçons de tannée. Le poinçon eft de deux cents livres pefant [>8j. Mais la plus grande partie de leur tan ne fert point à faire les mottes ; car on abandonne aux ouvriers le plus gros de l’écorce pour en taire leur profit. Cette grolTe écorce, quand elle eft féchée, eft très-bon fie à brûler ; au lieu qu’elle 11e faurait fe mettre en mottes. Ils ont foin de la choifir à la levée de fclfe , & à la fortie des paifemens mortsoù il y en a beaucoup [214].
- p.100 - vue 102/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- ioi
- 294. Un des ufages du tan, lorfqu’on ne le met point en mottes, eft|de fiervir aux jardiniers, qui 1’achetent quelquefois jufqu’à fix livres le tombereau ; on en met dans les couches, dans les ferres chaudes ,• il conferve la chaleur douce & confiante, dont on a befoin pour les plantes exotiques de l’Afrique & l’Amérique méridionale ( 143 ).
- DES FRAIS ET D U PROD UIT DES TANNERIES.
- 295. Les détails dans lefquels je vais entrer fur la partie économique des tanneries, font tirés , pour la plupart, des mémoires que M. Guimard avait drefsés en 17^0 pour le confeil, lorfqu’il travaillait à la réforme des tanneries , en qualité d’infpe&eur dans cette partie. Il peut y avoir des articles qui mériteraient aujourd’hui d’être changés ; mais il eft trop difficile à un académicien de connaître à fond defemblables détails. D’ailleurs, il doit y avoir d’une province à l’autre de très-grandes variétés * ainfi les détails fuivans ne feront pris que pour une ébauche , ou un exemple de la maniéré d’évaluer de femblables produits. A l’égard des droits impofés fur les cuirs, nous en parlerons à la fin de cet ouvrage.
- 296. Un tanneur qui dans nos provinces a deux fofses de foixante & quinze cuirs chacune , & veut faire cent cinquante cuirs forts par année, doit avoir trois ouvriers qui coûtent chacun à-peu-près vingt-quatre fols par jour, & il dépenfe pour 2coo livres d’écorce. Il eft vrai qu’avec cela il peut tanner beaucoup de cuirs à œuvre, & même les corroyer, ce qui augmente le profit : mais examinons feulement la partie [principale, qui eft celle des cuirs forts.
- Du cuir à la chaux.
- 297. Dépense. Je fuppofe une partie de cinquante cuirs pris chez le boucher , de quatre-vingts livres à la raie, du prix de 24 livres chacun , enfortc que la mife totale foi-t de 1200 livres ; les intérêts à fix pour cent pendant deux ans ,144 livres * le prix du tan , 337 livres [<j8] ; la main-d’œuvre , àraifon de 16 fols par cuir, 40 livres ; la chaux, 15 livres [20].: le total des frais fera donc de 1736 livres pour cinquante cuirs.
- Produit. Les cinquante cuirs qui auront pefé en poil, lorfqu’ils étaient verds, quatre-vingts livres à la raie , perdent ordinairement la moitié dans les apprêts, & ne pefent guere que quarante-quatre, livres chacun lorfqu’ils font tannés. Or cinquante fois quarante-quatre livres font un poids total devingt-deux quintaux de cuir tanné , qui évaluée 16 fols la livre ( ceci fe rapporte au tems où écrivait M. Guimard ), produira pour le montant de la vente 17601.
- (143) Dans les terreins fablonneux, le tan fait un^très*bon effet dans les champs..
- p.101 - vue 103/631
-
-
-
- 102
- ART DU TANNEUR.
- 299. Tl y a encore quelques bénéfices fur les cuirs tannés, dont il faut augmenter l’article de la vente.
- Cent cornes, qui valent ordinairement 8 livres, la moitié pour les garçons , l’autre moitié pour le maître.......... 4I.
- Les émouchets ou crins des queues....................... 61.
- Deux cents livres de bourre, à 4 livres le quintal, dédudion faite du lavage j la moitié feulement étant pour le maître . . 4 1.
- Les écharnures & rognures de ces cinquante cuirs, font cinquante livres de colle grofuere, que les papetiers achètent 10 livres le quintal ; après avoir déduit le lavage & la feche , 011 peut compter pour ces cinquante livres de colle........... 4I.
- Cette matière fe vend quelquefois jufqu’à 2f livres le cent, quand elle eft choifiepour des gifseurs, qui ne veulent que les oreilles, pour rendre la chaux plus compacte , plus adhérente , plus ltiftrée, de maniéré à imiter le ftuc.
- La chaux ufée de cinquante cuirs , que l’on vend pour bâtir des fondemens & de petits murs, ou pour engraifser les terres, produira .................................................... 4. î.
- La tannée de ces cinquante cuirs, réduite en mottes pour brûler, ou vendue pour fumer les terres & entretenir les couches des jardins , produira net au tanneur environ .... 20 1.
- 300. Le total de ces petits articles monte à 42 livres, qui étant ajoutées au produit de la vente principale, formeront s 802 livres pour le produit total : or l’on a vu que la mife était 1736 livres, ainfi le bénéfice de ces cinquante cuirs à la chaux 11e fera que de 66 livres ; quantité beaucoup moindre que le bénéfice du cuir à l’orge , qu’on verra ci-après être de 211 livres pour cinquante cuirs [305].
- Du cuir à la danoife ou au fippage.
- 301. Dépense. La main-d’œuvre de cinquante cuirs au fippage coûte moins , parce qu’elle dure moins Iong-tems que dans toute autre méthode ; on peut l’eftimer 12 fols pour chaque
- cuir ; ce qui fait en total.................................30 1.
- Un plein neuf, qui exige deux barriques de chaux , à 3 liv.
- io fols la barrique, coûtera................................ 7 1.
- Le rouge & le fippage emploieront cent cinquante quintaux d’écorce, à 2 livres 5 fols le quintal......................337I. 10 fi
- Le prix des cinquante cuirs en poil, à 24 livres chacun . . i20ol.
- L’intérêt de l’argent peut fe négliger ici, à caufe de la brièveté du ternsi ainfi le total des debourfés eft de...........1574I. icf.
- p.102 - vue 104/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 302. Produit. Les cinquante cuirs qui auront pefé chacun quatre-vingts livres en verd, ne peferont guere que quarante livres lorfqu’ils feront tannés. Les cuirs au fippage font plus légers que ceux des autres méthodes, parce qu’ils font plus min-
- ces , plus fecs & moins nourris > ainfi le poids total de ces cuirs,
- à lofols la livre , produira ..............................i6ool.
- A quoi il faut ajouter les petits bénéfices dont nous avons parlé
- pour le cuir à la chaux [ 299 ]............................42 L
- Total du produit de cinquante cuirs au fippage . 1642 1.
- dont ôtant la dépenfe 1574 livres 10 fols, il relie pour le bénéfice total ................................................ 671. iof.
- prefqu’égal à celui du cuir à la chaux [300] ; mais ce produit rentre trois fois plus vite , & devient par conféquent trois fois plus avantageux , fi toutefois on fuppofe que le cuir au fippage foit aulîi bon que le cuir à la chaux , & puifse avoir un débit aulîi fûr & aulîi confidérable.
- De la préparation du cuir à l'orge.
- 303. Dépense. La main-d’œuvre de cinquante cuirs à l’orge coûte, aulîi bien que pour le cuir à la chaux [ 297] , à raifon de
- 16 fols par cuir.......................................... 401.
- En comptant une demi-mefure d’orge de 14 fols pour chaque cuir, il faudra pour le total des cinquante cuirs . . . . 3f. 1.
- Le pafsement rouge de cinquante cuirs exige deux quintaux d’écorce, qu’on peut eftimer 4^ fols le quintal [ 58 ]. . . 4I.I0L
- Le tan nécefsaire pour la fofse, à-peu-près comme pour le
- cuir à la chaux [297].....................................337 1. lof.
- Le prix de la matière première l ou de l’achat des cinquante
- cuirs , à 24 livres chacun .............................. 1200 î.
- L’intérêt de cette fomme, pendant l’année de la préparation , à fix pour cent....................................72 L
- Le total des débourfés eft donc de.....................1689 1*
- ce qui fait 33 livres 15 fois pour chaque cuir.
- 304. Produit. Les cinquante cuirs qui auront pefé quatre-vingts livres chacun en verd , ne peferont que quarante-quatre
- livres lorfqu’ils feront tannés i ce qui produira, à raifon de
- 17 fols la livre................. ...........................18701.
- Les petits bénéfices de 4 livres pour les cornes, 6 livres pour le crin , & 20 livres pour la tannée , vont à-peu-près à . . . 30 !.
- Donc le total du produit des cinquante jcuirs à l’orge . . 19001.
- UJ
- p.103 - vue 105/631
-
-
-
- iQ4
- ART DU TANNEUR.
- 30f. Ainsi le bénéfice du tanneur fera dans un an de . I 21 il. quantité qui eft plus confidérable de 14^ livres que pour le cuir à la chaux, parce qu’on fuppofe que le cuira l’orge fe vend un fol de plus, étant d’une qualité fupérieure à celle du cuir à la chaux, & parce que l’intérêt de la mife ou du fonds n’eft perdu que pendant un an pour celui qui fait du cuir à forge; au lieu qu’il eft perdu au moins pendant deux ans pour ceux qui font le cuir à la chaux. On verra ci-après que le bénéfice du cuir à la jufée eft réputé encore plus confidérable [ 309 ].
- De la préparation des cuirs, façon de Vdachie & de Tranfilvanie.
- 306r Le cuir de Valachie qui fe prépare par les pafsemens chauds [ 129 ] , fuppofe des opérations plus difficiles ; il y faut ajouter la dépenfe du bois , qui dans certains endroits mérite d’être conlulérée [70]. Il faut y ajouter un peu de fel pour les pafsemens. Enfin, fuivant M. Guimard^il coûterait un peu plus que le cuir à l’orge ordinaire,- mais la différence n’eft pas bien confidérable.
- 307. Il en faut dire autant du cuir de Tranfilvanie ; le feigle en grain pefe dix-huit livres le boifseau , mefure de Paris ; il faut donc un peu plus d’un boifseau de feigle pour chaque cuir, ce qui revient à quinze fols; enforte qu’il en coûte autant pour le feigle que pour l’orge.
- Du cuir à la jufée , ou cuir de Liege.
- 308. Le cuir en Liege n’exige ni feu , ni orge , ce qui fait une économie confidérable ; la main-d’œuvre peut être fuppoîèe un peu plus chere, parce qu’il exige plus d’intelligence & plus de foin.
- ITépe^nse. Là main-d’œuvre des cuirs à la jufée eft d’environ 20 fols pour chacun j ainfi un habillage de cinquante cuirs revient à . ...............................................fo 1.
- L’écorce grofliérement moulue , qui s’emploie dans le dernier des douze pafsemens ordinaires, & dans le pafsement extraordinaire , peut être en total de trois quintaux; ce qui fait, à raifon de 2 livres Ç fols le quintal . ................. . 6 1.1 f f.
- Ces cinquante cuirs tannés en fofse, comme dans les méthodes précédentes , exigeront cent cinquante quintaux d’écorce, qui, â raifon de 2 livres S fols chacun , Goûtent . . . ... 3371.
- Le prix de l’achat des cinquante cuirs en poil, à 241. chacun. 1200 1.
- L’intérêt de ces 1200 livres pendant la durée de la préparation, qui eft d’une année, à fix pourcent, eft de........... 72 1.
- Ainsi le total des débourfés eft de 1666 livres , au lieu de 1736 livres que coûtoient les cuirs à la chaux dont nous avons parlé ci-devant [297].
- 309. Proeuit.
- p.104 - vue 106/631
-
-
-
- ART D U TANNEUR. |of
- 309. Produit. Les cinquante cuirs verds étant fuppofés de quatre-vingt livres à la raie , ne paferont qu’environ quarante-deux livres lorfqu’ils feront tannés ; ainft le total de vingt-un quintaux y à 18 fols la livre, qui eft le plus bas prix de la vente
- en province , produira ....................1890 L
- A Paris & à Nantes, le cuir de Liege fe vend ordinairement vingt & même vingt-deux fols la livre, fi le cuir fe trouve grand & fort ; & il fe vend encore mieux à Paris [ 238 ].
- Les cent cornes, qui fe vendent ordinairement 8 livres, mais
- dont la moitié eft pour l’ouvrier........................... 4L
- Le crin des queues de ces cinquante cuirs, qui fe vend
- ordinairement au profit du maître ............•............ 6 1.
- Les cent cinquante quintaux de tannée , qui proviennent de
- ces cinquante cuirs , produiront au tanneur............. . 20 h
- foit qu’il la vende en mottes pour brûler, ou pour engraifser les terres lorfqu’elle eft bien pourrie.
- Le total du produit eft donc de..........................1920 L
- & le bénéfice 254 livres 5 ce qui fait plus de quinze pour cent de la fomme principale de 1666 livres y & cela pour l’année de la vente , qui eft la fécondé , parce que les fonds rentrent un an plus tôt que pour le cuir à la chaux.
- 310. Nous n’avons pas inféré dans l’état des produits de cette fabrication le poil & les écharnures ( 144). M. Guimard prétend que le poil du cuir à la jufée ne vaut rien pour bourre , foit qu’elle pourrilfe plus facilement que la bourre à la chaux fi on néglige de la faire laver & fécher, foit que la chaux lui ait donné une meilleure qualité. Il ferait cependant bon de faire à ce fujet quelques épreuves. A l’égard des écharnures du cuir à la jufée, elles 11e valent rien pour la colle, parce qu’elles font trop gralfes ,* mais elles peuvent fe mettre à profit pour nourrir des chiens de garde ; & d’ailleurs il ferait aifé de les dégraifser pour les rendre propres à la colle. Il ne s’agirait que de les mettre pour quelque tems dans la chaux.
- 311. Suivant des états & des calculs détaillés d’un infpe&eur du commerce , le tanneur qui fabriquerait mille cuirs en Liege de quarante-huit livres , à vingt-deux fols la livré, pourroit gagner fur chacun 8 liv. 9 fols. Il aura dans i’efpace de quinze mpis 8400 livres de bénéfice , fans parler de la colle, des cornes, de la bourre, des mottes, qui doivent rendre plus de 600 livres.
- Les 600 livres en petits profits de détail, font, fuivant cet infpedeur , 200 livres de cornes , à 10 livres le cent pefant . 200 h
- (144) On fe fert aulfi de ce poil pour faire le bleu de Berlin.
- Tome IIL
- O
- p.105 - vue 107/631
-
-
-
- ART D ü TANNE U RI
- ïû£
- Quatre-vingt quintaux de poil ou de bourre, à 3 livres le cent, qui rendent........................................... 240I»
- CiNQ_milliers de petites mottes , qui revendent 10 livres le millier , mais dont il faut défalquer 15 fols pour la faqon . . If4 U
- Les émouchets de mille cuirs , à 12 livres le cent pefant,
- & qui pefent plus de deux onces chacun ..................... 18 1.
- Cinq, quintaux d’oreilles & d’écharnures , pour faire de la colle , à 3 livres le cent.............. If 1.
- Total des profits du tanneur ............................ 627 h.
- Si l’on ajoute ces 627 livres avec le produit de 8400 livres ,
- & qu’on en déduife icoo livres pour l’entretien d’un cheval & des uftenfiles nécefsaires, avec ifooliv. pour le loyer d’une tannerie de feize à dixfept fofses, il reftera environ 6500 liv. pour les quinze mois, ou un revenu net pour chaque année, de f200 î.
- 3 ï2. Toutes les évalutions que j’ai vu faire furies produits des tanneries* tendent à prouver que l’avantage eft pour le cuir à la jufée. Il eft meilleur [248] , il fè vend mieux , il coûte moins. On ne faurait avoir de plus grandes, raifons pour en adopter Pufage; mais les obftacles font prodigieux: l’igno* rance des provinces , le défaut d'émulation , le torrent infurmontable de; Ifhabitudei
- Du prix des. cuirs en Angleterre..
- 313. Les cuirs d’Angleterre les plus beaux & les mieux nourris , pefent de cinquante à foixante & dix livres, poids de Londres, ou de quarante-fix à foixante-cinq. livres , poids de France; car les cent livres de France font exadement cent huit livres,d’Angleterre. Ils coûtent en poil trente à quarante, shellings , ou trente-quatre à- quarante-fix livres ( le shelling vaut 22 f. 10 d. y) ; & lorfqn’ilsfont tannés ,. ils fe vendent environ un shelling la livre , ce qui revient a près de 2f fols la li vre * argent & poids de France. Cela ne s’éloigne.pas du prix des cuirs à la jufée aux environs de Paris [ 238 ].
- Des cuirs que Von tire de Vétranger..
- 314. La confommation des cuirs en Europe eft fi confidérable, que l’on-en tire de l’Afie , de l’Afrique & de l’Amérique 5 mais les cuirs dû Bréfil font les plus eftimés. L’Efpagne avait accordé à la France le commerce de Buénos-. Aires en 1701. Alors la compagnie de l’Affiente fefait venir directement en France les cuirs fecs de Buéno9-Aires r car on les regardoit comme préférables à ceux de Barbarie, des Indes & du Pérou. Mais par le traité d’Utrecht, ce commerce fut accordé aux Anglais, exclusivement aux autres nations. Alors les Anglais furent feuîs en poifefiîon des cuirs de Buénos-Aires. Les Français ne pouvaient pas même les tirer d’Angleterre , parce q-u’on avait limité. 5l par.
- p.106 - vue 108/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 107
- ton-arrêt du 6 feptembre 1701, la traite des marchandées d’Angleterre , & l’on n’avait permis que les marchandifes du crû d’Angleterre* d’Ecoffe & d’Irlande, & quelques autres marchandées tariffées par cet arrêt. Alors nos négocians entrepofaient ces cuirs dans des pays étrangers, pour les faire enfuite repafier en France.
- 315. L’arrêt du eonfeil du 7 mars 1724, permit de faire venir diredement d’Angleterre les cuirs fecs de Buénos-Aires , en payant pour chacun un droit de vingt-cinq fols à l’entrée du royaume. Le droit d’entrée était de cinquante fois fur les peaux de bœufs d’Angleterre -, mais ceux-ci étant d’une qualité fort inférieure à ceux de Buénos-Aires , ne parurent pas mériter la même faveur, & demeurèrent chargés d’un droit plus fort, afin que leur introduction ne fût pas préférée à celle des cuirs de Buénos-Aires ; & pour prévenir la confufion , il fut ordonné par le même arrêt, que les négocians qui feraient venir d’Angleterre en France les cuirs de Buénos-Aires , feraient tenus, à leur arrivée, de les déclarer tels , & de rapporter un certificat en bonne forme des directeurs de la compagnie du fod, portant que ces cuirs en étaient réellement, & provenaient des ventes de la compagnie du fud.
- 316. Depuis que le Portugal a fait avec l’Angleterre des traités de commerce, qui nous ôtent la partie des cuirs du Bréfil , & que l’Angleterre a envahi le Canada par la derniere guerre, le commerce des cuirs étrangers eft prodigieufement diminué ; mais il peut renaître facilement dans un pays comme le nôtre , rempli d’induftrie & de reflources, lorfqu’on entretiendra au dedans une bonne fabrication , & au dehors une marine puiflante.
- Des régie mens établis pour la fabrication des cuirs.
- 317. Les abus qui fe commettent dans la manufacture des cuirs , ont fou-vent attiré l’attention du gouvernement. Par exemple , le commerce des fou-liers qui fe fabriquent à Marfeille pour les pays étrangers eft confidérabîe ; & c’eût été un très-grand inconvénient, fi ce commerce eût tombé par la négligence des tanneurs & la mauvaife qualité des cuirs. Aufli les cordonniers de Marfeille firent des repréfentations à ce fujet en 1719 ; & il y eut un arrêt du eonfeil le 6 mai, portant réglement pour les tanneurs de la ville de Marfeille: en voici la fubftance.
- 318- Les cuirs doivent être mis dans les deux eaux de chaux accoutumées , & qu’on appelle lejjïve. Au fortir des eaux de chaux, on coupe le cuir en trois parties, l’une du dos, & les deux autres du ventre. On les palfe fur le chevalet jufqu’à ce que l’eau en forte aufli claire qu’elle l’eft au fortir de la fontaine. On fait une pâte ou rufque d’écorce de branches de chêne verd , fans mélange d’écorce de racine, pour éviter que le cuir ne contracte une odeur trop forte. Les cuirs demeurent dans la rufque ou fofle pendant l’efpace de quatre mois-
- O ij
- p.107 - vue 109/631
-
-
-
- r ART DU T A N N NE ü R
- ïo8;
- après quoi ils font mis dans une fécondé rufque d’écorce débranchés de chêne verd, où ils doivent demeurer en infufion pendant huit mois. Les peaux de chevaux, mulets & autres rodes, ne peuvent être habillées qu’en blanc, comme les baudriers , & y demeureront aufli pendant une année. Les tanneurs doivent bien faire fécher leurs cuirs avant de les expofer en vente ; & ceux qui font deftinés à faire des femelles de toutes fortes de fouliers, doivent être vendus à la pièce ; défenfe de les vendre ni acheter au poids , à peine de IOO livres d’amende.
- 319. Chaque maître tanneur eft tenu d’appofer fa marque fur fes cuirs , & d’y faire appofer la marque de la ville & celle des jurés des maîtres cordonniers de Marfeille, qui font chargés de cette troifieme marque ; & tous enfemble demeurent refponfables de la bonne qualité des cuirs par eux marqués. Il eft défendu à tous marchands ou cordonniers , d’acheter aucun cuir fans qu’il leur apparailfe de ces trois marques ;& l’intendant de Provence nommera > quand il le trouvera à propos, un infpedteur pour faire des vifites , & drelfer les procès-verbaux contre les délinquant.
- 3 20. Parmi les arrêts du confeil donnas de tems à autres pour le maintien du. bon apprêtdes cuirs & la réformation des abus , je rappellerai encore celui du 13 mars 1731 ^portant réglement pour la manufacture deFalaife , dans la généralité d’Âlenqon. Il s’était introduit dans cette manufacture un relâche-., ment préjudiciable au bien public. Les cuirs n’y recevaient pas les apprêta nécelfaires , & les ouvrages qui en fortaient étaient défectueux. Il fut ordonné par cet arrêt , que les cuirs de Bréfil, Havanne , & autres gros cuirs ne pourraient être expofés en vente, qu’après avoir été pendant trois années entières aux apprêts ; favoir, un dans la chaux vive , & deux années en tan de taillis, relevé de fix en fix mois. On défendit de les expofer en vente avant la vifite & la marque des gardes-jurés , auxquels on donna droit de vifite chez les tanneurs de campagne, en même tems qu’on rendait les jurés refponfables en leur propre & privé nom de leurs vifites. Il eft défendu par le même arrêt de vendre des cuirs ailleurs que dans les halles publiques, ni d’en expofer à la foire de Guibray, fi c.en’eftaprès la vifite & les procès-verbaux des gardes-jurés ,* lelquels- procès-verbaux doivent être remis au greffe de la police de la même ville, pour être prononcé fur iceux par les juges, en conformité du. réglement.
- 321. Il y eut dès l’an 108G des ftatuts pour la police des cuirs, faits par les juges royaux, comme cela eft énoncé dans l’édit de juin 1 f 8î- Charles VII & Louis XI rendirent des ordonnances plus étendues & plus précifes.
- Henri IV, par fon édit du mois de juin if8?j renouvella les précautions <jue Charles VII & Louis XI avaient prifes pour prévenir les abus dans les •tanneries. Voici une partie du préambule de cet édit: "A cts causes , étant
- p.108 - vue 110/631
-
-
-
- A R T DU T A'N N EUR.
- io£
- jiotoire qu’en toutes chofes nécefïaires à l’entretenement des îiommes, les cuirs à faire des- bouliers & autres ouvrages eft une des principales ,itantim-poffible de s’en pafler, non plus que des vivres & alimens, & que les tanneur* & mégiffiers commettent de fi grandes fraudes & abus à l’appareil d’icelui,que le public en fouffre grand détriment, en ce qu’une paire de fouliers ou autre ouvrage de cuir ne dure moitié de ce qu’elle feroit fi elle ctoit de cuir bien & duement tanné & appareillé, d’ou encore l’on en auroit plus d’abondance & à meilleur compte, & neferoient nos fujets ordinairement circonvenus & déchus en l’achat d’iceux, comme ils font, ne connoiiTant le vice intérieur du cuir , qui eft fi bien caché par l’artifice & malice defdits tanneurs, qu’il n’y a qu’eux & les plus experts cordonniers qui le puilfent juger & connoître ; d’autant quefouvent une paire de fouliers de méchant cuir paroîtra meilleure qu’une de bon, qui eft caufe que nofdits fujets ne s’en peuvent appercevoft qu’après qu’ils ont tantfoit peu porté lefdits fouliers & autres ouvrages,de cuir j ce qui n’adviendroît fi lefdits tanneurs & mégiffiers laifloient leur cuir en tan & dans leurs folks & plein le temps requis , pour le rendre à perfection de bonté ; mais au lieu de ce faire, pour promptement s’enrichir en fe déchargeant de leurs marchandifes, ils ne l’y lailfent pas la moitié du temps porté par les ordonnances, ni ne baillent l’appareil & façons qu’ils devroient, s’enri-chiffimt par ces illicites moyens en peu de temps du dommage & incommodité du public. n
- Tl eft dit enfuite » que depuis quelques années certaines villes avaient fait exécuter les ordonnances de Charles VII & Louis XI pour les tanneries , ce qui avait diminué-les abus ; mais que les gens prépofés pour le contrôle & la marque des cuirs n’étant commis que pour un tems, & fans attribution de falaires, prévariquaient par fraude & cennivence avec les tanneurs , & que les. juges même étaient quelquefois d’intelligence. Pour y remédier, le roi ordonne qu’en toutes villes & gros bourgs du royaume où il y a tannerie, les cuirs feront vus & vifités par les maîtres , gardes & jurés des métiers de tanneur & cordonnier, deux de chaque métier pour le moins, en préfence d’un prud* homme & notable bourgeois ,qui fera élu chaque année en aifemblée de ville j. qu’ils feront apportés pouf cela aux halles & marchés publics, & qu’ils y feront marqués. En conféquence le roi crée en chaque ville un contrbkur-marquew de cuirs , en titre d’office formé, avec un droit de deux fols fur chaque cuir fort , & fur chaque douzaine de veaux ou moutons. Il eft auffi attribué vingt; fols par jour au bourgeois qui vaquera un jour de lafemaine aux vifites du contrôleur.
- Les ftatuts des tanneurs de Paris font de l’an 1344 , & cette communauté n’en a pas eu de plus réçens. Je vais donc les tranferire ici, en y corrigeant feulement quelques-unes des fautes qui fe trouvent en très-grand nombre dans l’édition faite en 1744..
- p.109 - vue 111/631
-
-
-
- A'R T DU TANNEUR,
- ïta
- * ' .--.--1^^=^=== ---------------------- »
- ORDONNANCES , STATUTS ET REGLEMEN S* donnés, concédés & oBroyés par Philippes FI, t/<? Falois , roi tte
- France ; aux maîtres tanneurs, Corroyeurs, baudroyeurs, cordonniers £sf Jueurs de la ville > fauxbourgs banlieue de Paris, le 6 août 1345.
- PHILIPPUS, Deigratiâ,Franco ru m r ex , univerfis præ fentes litteras infpedfcuris , faiutera. Netum facimus nosvidide iitte-ras infra fcriptas, forniatn quæ fequitur continentes :
- PniLIPPUS, D« gratta, Freincorum rex : Kotum facimus univerfis tant præfientibus, quant futur is : Quod cum nuper ad nos plebis & po-puli Parifienfis clamor validus pervertit querela , qualiter diverjorum operum artifices mechmici, præfer-tim tennatores corii , conreatores , bandrarii, cordubinarii & futorii in 1villa Parifienfi, £5? /oc/j aliis, /ra/*-des pîurimas & diverfas in prædiSis üperibus, /èw artibus mechanicis, fine totiüs reipublicæ multis incommo-dis , ha&enus circonferuni , £ff i/e die?# committere non verentur i cunique regalis officii nabis à Deo commijfi curiofa Jollicitudine requi-rant , ut nos vigilanter fiubditorum indemnitatibus infudemus , maxime circa ea in mêlais reformanda quæ in præjudicium & lœfionem omnium to-tius reipublicæ vergere dignofcuntur, præfiertim in rebus quæ ad quotidianos ufus hammam fiant inventæ, Çfi quafi necejfiario deputatæ , nos fraudibus hujufimodi ac reipublicæ damnofis læ-fionibus cupientes, ut convenit, ob-
- PHîLIPPESi par la grâce de Dieu, roi de France : A tous ceux qui ces préfientes lettres verront,falut. Sçavoir fiai-fions, avoir veu les lettres cy-dejfious, qui contiennent ce qui finit ;
- ? HI LI P P E S , par la grâce de Dieu , roi de France : Sqavoir faifons , à tous préfens & à venir : Que depuis peu en ça, tout le peuple ayant eu recours à Nous, & fait plainte de ce que plufieurs artifans d’ouvrages mécaniques , principalement tanneurs, corroyeurs , baudroyeurs , cordonniers & fueurs dans la ville de Paris , & autres lieux , exercent plufieuus tromperies & de diverfes fortes dans les ouvrages mécaniques ci-def-fus fpéciBés , non fans la grande incommodité du public, & ne craignent point de continuer journellement : A CES causes, le peuple de Paris Nous requérant ( à caufe de l’autorité royale que Dieu nous a misés mains) que Nous maintenions avec vigilance l’intéreil de nos fujets , fur-tout en réformant les chofes que nous connoifsons aller an détriment & à la lézion du public, dans les chofes qui font trouvées à l’ufage journalier des hommes , & dont on ne fe fqauroit pafser: Nous, defirans, comni^ il eit raifonnable, obvier à icelles tromperies & lézions fi pernicieufes au public, Nous avons mandé plufieurs, juf-
- p.110 - vue 112/631
-
-
-
- ART BU TANNEUR.
- vîart, ptures ufque ad magnum nu-mer um deperfonis diverfas artes, feu opéra mechanica continue & a multis temporïbus exercentibus & expertis ac prudentibus in eifdem , coram di-leBis acfidelibus gentibus nojlrum te-nentïbus parlamentum , fecimus evo-cari, & per eafdem g entes diBisper -fonis & earum fingulis diB as fraudes & incommoda plene & articulatim exponi : Nihilomimts prœfatis perfonis diJlriBius injungentes , ut fuper prœ-rnijfis fie ut prœmittitur eifdem expo-fttis fecum ad multum t-raBatus ^ de-iiberatmies haberent , £•? ea quæ ex deiiberatione eorum cirça diB a Optra & eorum fngula , & ea tangentia pro toüemlis diBis hicommodis , fraudibui refecandis , utilia crederent, Jiatuenda diBis nojiris gentibus in feriptis fideliter reportarent, ut per hoc fuper prœmijjis maturius & uti-lius pojfemus de competenti nmedio providtre. Vifs igitur £9* examinatis de liberat-ionibus & ævifamentis per diBas perfonas diBis nojiris gentibus in feriptis ut, injunBum fuerat reportât i s i auditis etiamad plénum per fonis eifdem in omnibus quæ circa pra-miffa & ea tangentia dicere & pro-ponere aut confédéré volant le Bis infiper ordinaticnibus circa diverfa opéra , jive artes mechanicas, aut eorum aliqua vel aliquas olim editis diligenter infpeBis ; ac deiiberatione ma-tura cum diBis nojiris gentibus , ac etiam cum prœpofito mercaturœ Pari-fienfis, & aiiis, habita , de ncjlro-r.um conflio, ac aliis quæ nos ad hoc mducere goterant fe-dula_ méditations
- ques meme un grand nombre de gens exerçans les divers arts & ouvrages mécaniques cy-defsus , depuis plufieurs temps experts & prudens dans ces matières, pardevant nos ame2 & féaux eonfeil-lers tenans notre parlement; & par nos mêmes amez & féaux Nous avons fait ex-pofer à toutes & chacunes lesperfonnes cy-defsus lefdites fraudes & incommodi-tez , le tout pleinement & diftinétement, en joignant néanmoins tr ès-exprefsément-aux perfonnes fus-mentionnées de conférer & délibérer enfemble fur tout ce qui peut concerner lefdits ouvrages , & ce qu’ils trouveroient propre, fuivant la délibération faite entre-eux, pour remédier entièrement aufdites incornmoditçz & tromperies ; de les porter fidèlement par-écrit, comme réglcmens faits, à nofdits. amez & féaux tenans notre eonfeil de commerces afin que par ce moyen Nous; puflions fur lefdites chofes, le plus meu-. rement & utilement qu’il nous ferapof-fible, ftatuer & apporter le remede compétent. Ayant donc veu & examiné les délibérations & ptojets adrefsez par lef-. dites perfonnes à nofdits amez & féaux par écrit , ainfi qu’il avait eftéordonné' Ayant aufîi oiiy à fond ces mêmes perfonnes dans toutes les chofes qu’elles.: peuvent dire, propofer & eonfeil 1er tou-, chant les fufdites chofes en ce qui les. peut concerner ; & outré ce après avoir veu diligemment certains anciens réglç-mens touchant divers ouvrages ou arts mécaniques , tant en général q,u’en par-. ticulier ; & après une meure délibération avec nofdits amez & féaux, & même avec le prévoit des marchands de la ville de Paris, & par notre eonfeil ; & après ayojft-
- p.111 - vue 113/631
-
-
-
- ART D U T ANN EU R.
- m
- penfatis, utprœdi&æ fraudes committi non valeant circa di&a opéra five art es : O.RDINA T10 NES FECIMUS infra fcriptas, quas in fmgulis £5? omnibus earmn articidis per petite & in-concitjfe qb omnibus fervari volumns £<*? mahdamus ; Dïdas vers ordina-tioues no/iras, ut a per fonts diBa opéra five artes exercentibus, quœ ut pluri-mum latinum non inteüigunt, faciliks & abfque interprète inteüigi valeant, & per hos facilius obfervari, non in iatirto, licet jiilus caria noflrœ hoc pof-tulet, fed ingaîlico diBari & fcribi fecimus fub hac forma.
- foigneufement confidéré tout ce qui nous pouvoit porter à cela : NOUS avons fait les ordonnances cy-defsoüs écrites, que Nous voulons & fpuhaitons eftre gardées de point en point à jamais & inviolable-ment par tout notre royaume. Et afin que ces ordonnances puifsent eftre entendues facilement & fans interprète par les perfonnes exerçant lefdits ouvrages ou arts, qui pour la plupart n’entendent pas la langue latine , & par ce moyen eftre plus facilement obfervées , Nous les avons fait dicfter & écrire , non en latin, comme le ftyle de notre cour le veut, mais en françois , en ces termes :
- PREMIEREMENT\
- Que nul ne fera ni ne pourra eftre tanneur , s’il n’eft fils de maiftre , ou s’il n’a efté apprentif cinq ans au moins audit meftier, parquoi il y fqache faire bonne œuvre & loyale.
- Item. Et encore tels fils de maiftre , apprenti fs , ni autres perfonnes quelconques , ne pourront avoir ni tenir ledit meftier à Paris , ni ufer de la fran-cliife & privilège dudit meftier par eftrangers tanneurs & ouvriers, s’ils ne font demeurant & réfidens à Paris , & s’ils ne le font faire en leurs propres lieux & hôtels , pour les faulfes & mauvaifes œuvres qu’ils y pourraient faire, & pour autre caufe.
- Item. Et combien qu’aucun ait été apprentif audit meftier cinq ans ou plus à Paris ou ailleurs, foit fils de maiftre ou autre 5 fi ne pourra ledit meftier commencer ni faire comme maiftre, jufqu’à tant qu’il ait acheté ledit meftier de nous, ou de celui qui de par nous le veut, fi comme il eft accoutumé , & qu’il y ait efté examiné par les maiftres jurez dudit meftier, & trouvé pour fuffifant.
- Item. Ët quand il aura efté trouvé pour fuffifant , & voudra commencer fondit meftier, il jurera fur faints pardevant lefdits maiftres > jurer qu'il y fera & y fera faire bonne œuvre & loyale à fon pouvoir , & gardera les ordonnances dudit meftier de point en point, & le profit de nous & du commun peuple, fans y fairefoulfrir , ni confentir, ni commettre fraude, ni mauvaife œuvre, nichofe qui foit contre les regiftres & ordonnancesi & au cas qu’il faura qu’aucun fera le contraire, il le révélera aufdits maiftres jurez.
- Item. Et quand il commencera fondit meftier, il payera vingt fols aufdits
- maiftres.
- p.112 - vue 114/631
-
-
-
- înaiftres , qui pour le tems feront, à convertir là où ils verront qu’il fera profitable pour eonfeiller & garder ledit meftier.
- Item. Et que chaque tanneur puifse avoir un apprentif ou deux, &non plus, toutefois par tel tems & pour tel prix que lui & Papprentif feront d’accord , fauf que ce ne foit pas au moins de cinq ans , mais à plus s’ils veulent; & les cinq ans faits , Papprentif s’en pourra partir, & devenir maiftre en la maniéré ci-defsus déclarée , & non autrement. .
- Item. Que tous les tanneurs de Paris, demeurans & ouvrans à Paris 3 pourront vendre & acheter franchement, tantes halles & foires ci-defsous déclarées, comme ailleurs, félon qu’ils ont accoutumé au temps pafsé.
- Item. Que es villes de Paris, de Ponto.ife , de Gifor$& de Chaumont ,ou en chacune defdites villes , feront quatre prud’hommes jurés dudit meftier de tanneur pour regarder & vifiter toute maniéré de cuir Tanné, pour fçavoir qu’il foit bon & loyal & bien fuffifamraent tanné avant qu’il foit mis en vente; & fi par eux eft trouvé bon & loyal & bien tanné , qu’il foit ligné d’un certain feing en chacune ville accoutumé ; & s’il n’eft fufEfamment tanné, qu’il foit arriere-mis eu tan, jufqu’à tant qu’il foit bien & fuffifamment tanné; &que nuis des tanneurs defdites villes ne foient li hardis de vendre ni porter en foire & ès marchés aucun cuir tanné, s’il n’eft avant veu, vilité & ligné dudit feing, comme dit eft, Et s’il y n aucun trouvé faifant le contraire» que ceux qui les feront en foient corrigez, & contraints à amender 11 comme il appartiendra ; de laquelle amende nous, ou ceux à qui il appartiendra , auront les deux parts, & les gardes & jurez dudit meftier la tierce pour leur peine. Et en cas que le cuir fera tanné fec, & qu’il ne pourra eftre amendé , il feraars, & l’amendera de la valeur du cuir, moitié à nous, & moitié aufdits maiftres & jurez. Et li celuy qui fera ainli reprins eft trouvé coutumier en faire, il l’amendera d’amende arbitraire.
- Item. Qu’en la maniéré defsufdite foit fait & tenu par toutes les autres villes de notre royaume où l’on fe mêlera de tanner cuirs.
- Item. Que fi aucuns apportent aucunes denrées de cuir tanné en la ville de Paris ou ailleurs, foit en foire ou marché , qui n’ayent été vilitées & foi-gnées, comme dit eft, que ceux qui les apporteront ne foient li hardis de les mettre ni expofer en vente jufqu’à tant qu’elles ayent efté vues & vifitées par les maiftres jurez des lieux où lefdites marchandifes feront apportées , fur les peines defsufdites : & au cas où le cuir le trouve verd & mal tanné , il l’amendera & fera remis au tan ; & s’il eft fec , & tel qu’il ne puifse eftre amendé, il feras ars , & l’amende comme defsus.
- Item. Que nuis tanneurs de Paris ni autres ne vendront ni expoferont en vente cuirs tannez, jufqu’à tant qu’ils ayent ôté le tan; d^lentour’defdits cuirs : car le tan ne profite point, puifque le cuir eft levé hors de la fufse , &aulfi eft-ce ' Tome IIL P
- p.113 - vue 115/631
-
-
-
- A RT DU T A N N EU R
- 114
- grand'dommage pour ceux qui l’achetent ,& en eft plus cher;
- Item. Que nuis marchands de dehors, quels qu’ils foient, ne vendent nulles des denrées defsufdites, fors qu’en foires ou en marchez, afin que l’on ne fafse aucuhmarché fors d’eux.
- Item. Il eft ordonné que fl aucun cuir verd & mouillé, foit de Paris ou de dehors , eft expofé en vente commune à vendre à Paris, foit ès halles & en marché, ou dehors, s’il eft trouvé & témoigné par les maiftres & jurez pour mai tannéi & que fi’l’autre l’a expofé & nais en vente, l’amendera de dix fols,, dont les fix fols feront payés, ou à ceux qui ont ou auront caufe de nous, les quatre folsaufdits maiftres & jurez pour leur peine , & pour ledit meftier garder & foûtenir ;& dèsdors fera ledit cuir pris par lefdits jurez, & livré à celuy a qui il fera , pour mieux tanner , & jurera qu’il ne le vendra en quelconque lieu jufqu’à tant qu’il foit fuffifamment tanné : & où depuis il peut eftre trouvé qu’il le vende fans retanner , ledit cuir fera furfait & ars, & l’amendera d’autant comme la première fois ; & s’il en eft coutumier & plufîeurs fois reprins,. il en fera pris par l’arbitrage du prévôt de Paris félon fon defir. Et fi le cuir fec & mal tanné expofé en vente , & qui ne peut eftre amendé, eft réputé pour faux & mauvais, & digne d’etre ars publiquement, & qu’on l’aura expofé 8c_ mis en vente, l’amendera d’autre amende , comme de cuir mouillé i & s’il en eft coûtumietf & plufîeurs fois reprins, il en fera puni comme en l’article précédent.
- Item. Et pource que les bouchers de Paris , leurs valets, & autres marchands qui achètent cuir à poil, fo-nt coutumiers de le mouiller & abbreuver à: l’eau pour le faire plus gros , femble eftre meilleur pour le plus vendre aux tanneurs ; défendu eft que dorefnavant ne le mouilleront ni abbreuveront, & ne le feront mouiller ni abbreuver avant ce qu’il vienne & il peut venir en eonnaifsance ; il en rendra le dommage au tanneur, & l’amendera de la valeur de la moitié du cuir , dont les deux parts de l’amende feront à nous, & la tierce partie aufdits maiftres & jurez , en la maniéré defsufdite ; & celui qui. en fera coutumier 8c plufîeurs fois reprins, en fera puni civilement félonTar-, bit-rage dudit prévoit, comme dit eft defsus.
- Item. Et ce aucun tanneur trouve ou acheté tels cuirs abbreuvez , il eft tenu par ferment fans faveur, & fans accorder fon dommage, de le dire & révéler aufdits maiftres fî-toft comme il s’en appercevra , & de leur montrer le cuir pour fçavoir s’il eft tel ; & s’il ne fait & le révélé , il l’amendera de fem-, blable amende & peine comme le vendeur.
- Item. Et pource que plufîeurs marchands de ladite ville de Paris, comme baudroyeurs , cordoüanmers, fueurs, & autres marchands, vont acheter cuirs^ tannez hors de ladite ville en plufîeurs foires & marchez, tant au royaume comme hors, qui font& peu vent eftre faux & mal tannez, & non dignes d’eftrs.
- p.114 - vue 116/631
-
-
-
- ART BU TANNE U R.
- iif
- Vendus & mis en œuvre : Ordonné eft, & defFendu, qu’ils ne pourront ’expofer en vente, ni mettre en œuvre ni en Ponroy aucuns cuirs non lignez, jufqu’à tant que les jurez les ayent veus & vifitez, & que dès-lors qu’ils feront arrivez , qu’ils le faifent à fçavoir aufdits jurez : & auffi que nuis tanneurs ni marchands forains ne puilfent vendre cuir tanné en ladite ville ni ès faux-bourgs, fi ce n’eft en nos halles ordonnées & accoûtumées à ce faire, & à foires qui font ouvertes pour toutes maniérés de gens qui y voudront venir. C’eft à îqavoir ès cinq foires qui font ès cinq feftes de Noftre- Dame, en la foire faint Germain , qui dure vingt jours ou environ , en la foire faint Laurent, en la foire de faint Barthélémy , & en la foire de faint Ladre , qui dure dix-fept jours ou environ & tout afin que efdits lieux communs l’on puilfe voir, vifiter & appercevoir fi les denrées font bonnes & loyales ou non , & que nous en ayons notre coutume : & fi elles font trouvées faulTes ou mal tannées, l’ordonnance & la peine dont parlé eft ès articles précédens , faifant mention du cuir tanné, mouillé & fec, feront gardées de point en point.
- Item. Que toutes'maniérés de baudroyeurs & conroyeurs, & autres qui fe mêlent de conroyer cuirs tannez en la ville de Paris & es fauxbourgs, faflent bon conroy & loyal, & que nul ne foit fi hardi de faire aucun faux conroy.
- Item. Et que nul tel qu’il foit, qui s’entremette de faire foulés & beufauls en la ville de Paris & des fauxbourgs, ni œuvre, ni falfe ouvrer de cuir con-royé & fans conroy ; car jaqoit que le cuir foit bien tanné, s’il1 n’eft bien con-royé , il tient & boit l’eau , fi que nui ne peut avoir le pied fec dedans les fou-lters qui en font faits i & quand le cuir eft bien conroyé, l’eau ne peut les tranfpercer.
- Item. Et ainfi que autrefois a été ordonné, ordonnons que nuis déformais en avant, ne puiffe tenir le meftier de conroyerie de cordotïan, s’il n’achete ledit meftier de nous, ou de celui qui a le pouvoir de le faire , lequel meftier il achètera quinze fols parifis , defquels nous en aurons dix fols, & les maiftres dudit meftier qui établis feront à iceluy garder, en auront cinq fols, lefquels cinq fols feront diftribuez en aumônes par lefdits maiftres aux pauvres hommes dudit meftier qui ne pourront gagner leur painJ
- Item. Que les conroyeurs qui conroyent le cordoüan à Paris, jurent fur les faints évangiles ; que bien & loyament ils coiiroyeront le cordoüan à tout leur pouvoir, & fi qu’il n’y ait point de défaut.
- Item. Et que ceux qui audit meftier voudront entrer d’icy en avant, & qui acheté l’auront , comme dit eft, ils feront examinez par les maiftres dudit meftier , à fqavoir s’ils feront fuffifans de tenir ledit meftier de eonroyeur de cordoüan. <
- Item. Et que chacun dudit meftier puilfe avoir un apprentif ou deux, &
- P ii
- p.115 - vue 117/631
-
-
-
- Ak R T DU TANNEUR.
- 116 *
- non plus, qui foit apprentif à quatre ans .au moins , & pour tel prix comme le bailleur & preneur accorderont. ri r< . »
- Item, Ert que s’ifavenoit qu’aucune perfonne dudit meftier eût levé fondit meftier., &' auroit pris aucun apprentif à certain5 terme , & il aven oit que Tapprentif fe partift de fon maiftre avant que fon terme fut*accompli, & autre dudit meftier le prift pardevers foy, celuy qui le prendroit, ou prendra, fera à quatre fols parifis d’amende, & reviendra ledit apprentif à fondit premier maiftre, comme devant achever fondit fervice, & feront aucunes exeufes fi défaut de faire fon fervice, ains le tienne qu’il ne l’oit reçu audit meftier jufqu’à tant qu’il ait fait fou terme à tondit maiftre , fi ce n’eft par le coaimaü-dement'du prevoft de Paris, ou de celui qui garde les regittres.
- Item. Que nuis dudit meftier , foit maiftres, valets ou apprentifs , ne puif-fcnt ouvrer audit meftier de conroyeur de cordouan , de nuit, mais commenceront à ouvrer depuis jour -commençant jufqu’au jour faillant x & lairont œuvre à jour Caillant.. -k :
- Item» Quef nul dudit meftier ne puiiTe ouvrer audit'meftier , ne faire au dimanche & feftes d’apôcres,. ni à jour qui eftfe fiable i.ni au famedy depuis le tlernier coupjd^ vefpreîS Tonné en la paroiche où aucun dudit meftier déni eureroit.
- Item. Et que s’il avènoit qu’aucun defditsconroyeurs qui ont acheté ledit meftier de nou$A comme,dit eft eut pris aucun apprentif à certaine terme ; le .maiftre3qni'ai}tajprisdedit apprentif en La fin de la derniere année , pourra prendre , s’il Tui plaitr, autre apprentif, afin que fi au bout du terme l’appren«i tif fe départoit de fon maiftre >fappreinif qu’il auroit pris, de ce fçût aucune ehofe.
- .Item, Que quand aucun dudit meftier aura œuvre pardevers lui pour con-royer , il la conroyera bien & fuffifamment ; & y mettra allez fain félon que îç.çViir.Jq defi.Te(ra^c’eft à fqavoir , à conroyer une douzaine de cordouan, ou p:lus'fort;,.i]i eq mettra cinq quartes dédain.: au moyen appelle* Tonne Valence* Ciroude , Parcel onne& Limons.., cinq quartes & demie -, & en moyenne de Toulouse, troisjQu&rtqs,; de Navarre & d’EIpag-ne , aufti comme de Toulouze en gros lins de graiife, quacre quartes: en chévrotins , trois pintes , ou deux quartes : enchevres communes, troisquartes ou environ , & plus en chacun, félon qu’il en fera meftier ; & s’il eft trouvé faifant le contraire , il payera cinq fols ; car pour chacune douzaine d’amende en value.
- Item,. Que fi les ;cb or oyeurs (trouvent ! aucunes peaux de cordoüan qui ne f«ient fiounes pi fhfiifan.tes , & fuffifans à conroyer-, ils les vendront aux .Tiwchands fimscorroyer ^ni,qu’ils les puiffent faire conroyer.
- Item. Que nuis ne puilfent mettre peaux eftuves en conroy , fi elles ne fout telles & fi fufËfimtes qu’elles puifsent & doivent eftre raifes en oeuvrer
- p.116 - vue 118/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR,
- iir
- & afin' que cela fe puifle faire commodément & dûëment, le cerdoüan blanc ii-tôt comme il fera venu de hors à Paris avant ce qu’on les voye, ou puifle, expofer en vente , ne baillera à conroyer fans vifite, & pour Oter le mauvais d’avec le bon. t
- Item. Que chacun conroyeur aura fon feing, & aufii chacun cordonnier le ficn: defquels feings les peaux qui feront baillées à conroyer feront lignées , afin de connoître celuy qui fera de faux conroy 5 & que collation fe fafle des feings , afin qu’ils nes’entre-reflemblent.
- Item, Que s’il y avoit aucuns marchands ou cordoüanniers qui vouluffent; leur cordoüan faire conroyer, & youluflent moins bailler fain ou graiflb qu’il ne devroit entrer par raifon , lefdits conroyeurs ne feront tenus de le cou royer , ni ne le conroyeront s’ils n’ont tant de fain ou de graifse comme il appartient par raifon. Et auffi fi lefdits conroyeurs conroyent aucun cordoüan à leur profit, & qu’il foit leur , ils le conroyeront bien & loyament, &y mettront tant de fain & de la graifse comme il ejft devifé defsus.
- Item. Qu’avant ce que les .peaux conroyées fortent des mains des conroyeurs, elles feront vûës & vifitées par les maiftres jurez à ce ordonnes* deux jours ou trois au plus tard après qu’elles auront efté conroyées: & s’il fe trouve qu’il y ait aucun cordoüan qui ne foit bon ni fuffifant pour mettre en œuvre à faire fouliers, iceluy cordoüan ainfi trouvé non fuffifant fera ars devant le peuple, afin que les autres y prennent exemple.
- Item. Que les conroyeurs rendront les peaux qui baillées leur feront à conroyer .... conroyées: C’eft à feavoir, d’entre pâques & la faint Remy dedans . . . jours, après ce que baillez leur auront efté, & de la faint Remy à pâques dedans .... auplûtard.
- Item. Que fi chez aucun ou aucuns , quel ou quels qu’ils foient, feront conroyeurs , baudroyeurs , cordoüanniers , fueurs ou autres qui conroyent ou s’entremettent d’ouvrer cuir tanné , eft trouvé cuir quel qui foit ouvré ou non ouvré à faux conroy, il fera ars devant l’hoftel à celuy chez qui il fera, trouvé , & l’amendera fuivant l’ordonnance du’prevoft de Paris.
- „ Item. Et pourGe qu’aucun faux & mauvais conroy , ni œuvre de faux ou mauvais conroy déformais ne foit fait ni mis en oeuvre.à Paris,Nous avons ordonné que diligemment & fouvent fc fafse vifitation fur les meftiers de cordoüanniers, baudroyeurs , conroyeurs & fueurs: au moins fe fera vifitation en tous les quatre meftiers defsufdits en chacun quinze jour&deuxfois.
- Item. Que ladite vifitation fera faite ès quatre meftiers defsufdits par huit des maiftres des 'quatre meftiers defîufdits : C’eft à feavoir , de chacun des quatre meftiers defsufdits , deux des maiftres , ou par quatre des maiftres des quatre meftier defsufdits j mais que de chacun defdits quatre meftiers toutes fois foit un des maiftres au moins.
- p.117 - vue 119/631
-
-
-
- ART BU TANNEUR,
- US
- Item. Que les huit ou les quatre maiftres des quatre meftiers defsufdits» jureront aux faints évangiles qu’ils feront ladite vifitation diligemment 8c îbuvent, aù moins en chacun quinze jours par deux fois, fans faveur ou déport d’aucun.
- Item. Que les huit ou les quatre maiftres des quatre meftiers defsufdits feront la vifitation tous enfemble , & fur tous les quatre meftiers defsufdits.
- Item. Et que quand les huit ou quatre maiftres des quatre meftiers def-fufdits voudront faire la vifitation fur les quatre meftiers defsufdits par leur ferment, ils la feront ft fagement & fecrétement, qu’aucun des quatre meftiers defsufdits ne le puifse fqavoir ni appercevoir, jufqu’à tant que les vifiteurs s’en viendront fur le point vifiter.
- Item. Nous ordonnons, pour ôter toutes fraudes & faveurs que lefdits maiftres vifiteurs pourroient faire entre eux , & chacun par foi en leurs mef* tiers, que preux maiftres vifiteurs feront vifitez fouvent & diligemment, au moins en quinze jours deux fois * fi comme les autres de leurs meftiers.
- Item. Et que pour vifiter lefdits maiftres vifiteurs , feront chacun an élûs par les quatre maiftres defsufdits, au jour qu’ils élifent les maiftres de leurs meftiers, huit perfonnes defdits meftiers , autres que les maiftres : c’eft à fçavoir de chacun defdits meftiers deux perfonnes j lefquels huit élus, ou quatre d’iceux, mais que de chacun defdits quatre meftiers en y ait un , visiteront diligemment & louvent lefdits maiftres qui vifiteront le commun defdits quatre meftiers, & en moins de quinze jours en quinze jours deux fois, comme dit eft j & jureront lefdits huit perfonnes élûs pour vifiter lefdits maif. très, que bien & diligemment ils les vifiteront en la maniéré que defsus eft dit, fans nulle faveur ou déport.
- Item. Que quand lefdits huit élûs, ou quatre d’iceux, feront ladite vifitation fur lefdits maiftres vifiteurs, ils la feront fi fagement & fecrétement tous enfemble, qu’aucun defdits maiftres ne le puifse fqavoir ni appercevoir, jufqu’à tant qu’ils viendront chez celui ou ceux qu’ils vifiteront.
- Item. Que fi les huit ou quatre élûs, pour vifiter lefdits maiftres vifiteurs, eli la vifitation faifant ou autrement fur iceux maiftres trouvant aucun faux ou mauvais eortroy fur lefdits maiftres ou aucuns d’eux, foit cordoiïan , hou* fiaux ouautrement, tantôt & fans délay par leursfermens, & fans faveur ou déport d’aucun , ledit faux conroy ils le prendront, & le porteront ou feront porter auptevoftde Paris, on à fon lieutenants lequel ptevoft ou lieutenant, ledit faux & mauvais conroy ainfi trouvé fera ardoir devant la maifon de ce-luy ou de ceux defdits maiftres fur qui ledit faux & mauvais conroy aura été trouvé, & l’amendera d’amende arbitraire, félon l’ordonnance du prevoft de Paris.
- Item. Et que fi lefdits huit ou quatre élûs pour vifiter lefdits maiftres» ou
- p.118 - vue 120/631
-
-
-
- ART B U TANNEUR, u<>
- aucun d’îceux, déportent ou recèlent aucun defdits maiftres, ou autres, qui ait en fa maifon ou ailleurs, ou qui fiafse aucun faux ou mauvais conroy, ils feront tenus & réputez pour parjures, & l’amenderont à nous d’amende arbitraire.
- DAM U S autem prœpofto Prt-vijienji cœterifque jujlitiœ nojlris, aut eorum loca tenentibus , qui nunc funt, aut qui pro tempore fuerint, & eorum quilibet prœjentibus , in mandaté , ut ordinationes prœdi&as , & in ci s contenta prout ad querelqm pertinent , tentri faciant ab omnibus & fervari executioni débité demandari.. Et ne fuper prœmiffis. & eorum ali-quo di&as artes feu opéra exer.centes aut eorum aliqui prœteritx ignoran-tiœ, aut aliter, fe excufare aliqualiter. valeant, in lacis publicis £=? infgnir bus , £5? aliter prout expédientfo-lemniter publicari y taliterque corri-gant & puniant prœdi&as artes feu opéra exercentes, quos pr.œmijfas ordinationes nojlras aut earum aliquam vel aliquas infregijfe. vel contra eas fecijfe conjliteyit ,. qwd cédât cœ.teris in exemplum,. Et ut omnia fngula in prœdi&js. ordinationibus nojlris contenta., rata & Jlabilia perpetuo perfe-verent,.prœfentibus nojlrum nominum fecimus apport i figillum. A&um P a-, rijüs in parlamento nojlroanno Do-, mini miüefimo, trecentefmo quadra-gefrmo quinto , menfe julio. Datum Parifis ,. vifonibus hujufmoâi , G. die augufii , anno Domini 134 Et eftoient ainfi lignées : Per Ca-nteram G... de Dol : fa&a ejl coUatio cum originali.
- SI DONNONS en mandement à nôtre prévoit de Paris,. à tous autres juges & officiers qu’il appartiendra , ou leurs lieutenans, qui font maintenant, auffi-bien que leurs fuccefseurs, devoir foin de les faire homologuer partout où il appartiendra, pour eftre gardez & ob-fervez félon leur forme & teneur , touchant les plaintes qui nous ont efté faites, de tenir la main à l’exécution des préfentes. Et afin que ceux ou quelques-uns de ceux qui exercent cès arts ou melliers, ne puifsent prétendre caufe d’ignorance, ou s’excufer en quelque forte & maniéré que ce foit, mandons de. les faire publier folemnellement dans les lieux publics & remarquables, ou autrement, félon qu’il fera expédient ; & de. châtier & punir tellement ceux qui notoirement auront elfe., contre nofdites ordonnances , ou quelqu’une en particulier, que le châtiment ferve d’exemple aux autres. Et pour que toutes ces chofes, & chacune d’elles en particulier, contenues dans nos ordonnances cy-defsus , demeurent à jamais fermes & fiables, Nousy avons fait ap-pofer notre fcel. Fait dans notre parlement de Paris, l’an de notre Seigneur mil trois cent quarante-cinq au mois de juillet. Et donné à Paris, vue ainfi , le fixieme jour du mois d’nouft de ladite année 134^. Et eftoient ainfi figuez : Per Çameram , G. de Dol la.collation a.éft& faite fur l’original,
- Çs que dejfus a efé- extrait , tiré & colligé par les notaires du roi au chafielu fa;
- p.119 - vue 121/631
-
-
-
- <:ltO
- ;A R T . DU TAN N-EN R.
- Parif, fouffignez , fur un regijlre écrit en parchemin , relié & couvert Hune couverture de bois bafanne verte : ce fait, rendu, le vingt-huitième aoujl 16^. Signé, LE CA RO N & CHAPPERON.
- Imprimé du temps de Jean Jambu , Pierre-Michel Sebille , Simon Prévost, & Sebastien Baudran , jurez en charge de la vijitation royale de la communauté. ^
- Réimprimé en 17^4 du tems de Nicolas le Roy, Jacques-François Testard , François Meilliat & Crespin Pigal , jurez eu charge de la vijitation royale de la communauté.
- DES DROITS QUE DON PERÇOIT SUR LES CUIRS.
- 322. Le travail de l’académie fur les arts , a pour objet le progrès des arts & le bien général de l’humanité. Mais le bien particulier de ce royaume doit entrer pour quelque choie dans les vues d’une compagnie de citoyens : c’eft ce qui m’engage à parler ici des droits établis en France fur les cuirs , & de leur adminiftration fifcale. Cet objet n’a toujours que trop d’influence fur le bien départs, & fur leur progrès dans lin royaume. Je vais donc hafarder, fur cette partie de l’adminillration , des remarques tirées de la nature de Part que je viens de décrire , & des confidérations qui font une fuite de ce qui précédé.
- 323. Si cette branche de commerce avait été dirigée avec foin , protégée au dedans & au dehors par des réglemens bien entendus & bien exécutés, on éprouverait qu’elle eft d’une étendue & d’une fécondité conlidérable. Il ne faut que réfléchir fur la quantité de la matière première qui fe reproduit fans cefse, la multitude des formes différentes dont elle eft fufceptible , le nombre prodigieux des ouvriers qui y font occupés , enfin la néceffité abfolue & in-difpenfable dont elle eft à tous les hommes.
- Malgré le délabrement & la mifere où cette fabrication eft réduite , on eft étonné du nombre prodigieux d’ouvriers qui en fubliftent, & qui s’en occupent encore actuellement. A Paris, le fauxbourg Saint-Marceau en contient plus de cinq cents. Il n’y a pas une ville ou un bourg dans le royaume qui ne renferme des tanneurs ou d’autres ouvriers en cuirs.
- Mais , comme difait M. Sulli, il n’y a chez nous aucune fource de richefse & d’abondance que le mauvais ménage n'ait gktèe & dêfor donnée. Les impôts, foit par leur quantité , foit par la forme de leur perception, accablent l’induf-trie nationale; ils en étouffent les progrès, & ils dévorent l’état, au lieu d’en être la force & le foutien.
- 324. Avant l’édit du moisd’aoùt 1759» cette partie de l’adminiftration
- &
- p.120 - vue 122/631
-
-
-
- ; ?ar
- râ R T f B U T ANNuEUK
- & du commerce était livrée à des abus intolérables : la multitude , Pobfcurité & les contradictions des loix qu'on avait faites de tems à autres fur ce fujet, avaient rendu la réforme impoffibie , à moins d’un changement total dans l’adminiflration ; & e’cft ce que M. Silhouette entreprit [ 32^ ].
- Les offices créés anciennement fur les cuirs , n’avaient d’autre motif réel que de procurer des fecours à l’état dans des tems de détrefse : le prétexte était, à la vérité, de commettre des furveillans à l’examen du bon apprêt de1? cuirs j mais la multiplicité & la forme de ces établifsemens prouvaient afsez la réalité du motif. Il faut peut-être en excepter le premier édit dont j’ai parié ci-defsus [ 321 ] j mais il fut fuivi d’une foule de loix burfales ? qui dégénérèrent beaucoup de la pureté du premier établifsement. Auffi vic-on naître de là une foule de vibreurs, contrôleurs , prud’hommes, vendeurs , lotifseurs , déchargeurs , qui fe préfentaient au hafard , & achetaient le.droit de vexer le commerce. Les réglés de la fabrication, la bonne ou mauvaife qualité des cuirs leur étaient inconnues ; toute leur attention & tout leur intérêt confif-taient à percevoir rigoureufement leurs droits, <% quelquefois au-delà, fans égard à la fidélité de l’ouvrage j tandis que le fabricant étant toujours plus vexé , tendait toujours de plus en plus vers le relâchement. Quel petit expédient & quelle faible refsource pour un état immenfe, que des offices de fi peu de çonféquence, payés une feule fois à l’état , & deftinés pour toujours à ronger la fubllance des fabriques , & à les vexer à perpétuité
- Dans ce code burfal , on débute toujours par fe plaindre dé quelques abus dans l’apprêt ou dans la vente, de quelques rufes employées par les fabri-çans pour échapper à la vigilance des prépofpsi, ou pour éluder le paiement des droits des officiers $ mais lp remede eft toujours de nouveaux officiers & .de nouveaux droits. y . ,
- La complication de ces loix était devenue fi grande , que les officiers de |a cour des aides craignaient d’avoir des jugemens à rendre fur ces matières j la déclaration même de 1766, & mille autres loix de ce code , remplies d’imper-fedions & de vices, donnaient lieu à des conteûations perpétuelles. En vain la cour des aides efsayait de terminer, de prévenir , d’éclaircir , de concilier les difficultés par fes arrêts & fes réglemens : c’était une hydre toujours; re-naifsante, & dont l’autorité royale pouvait feule nous garantir.
- 32f. En général les impôts, les. marques, les,charges qu’on établit fur les matières qui font dans le cours de leurs fabrications, font des refsorarces qui deviennent tôt ou tard ruiueufes pour l’état, parce qu’elles font infup-portables pour le commerce. On ne dira pas que les infpedeurs, les contrôleurs , les vifiteurs peuvent afsujettir l’ouvrier aux procédés de la bonne réglé & des faines maximes de l’art,• ils ne font point chargés de cela, & ils n’y prennent aucun intérêt 5 ils feront caufe. bien plutôt des malverfàtions qu’on
- Tome IIL ~ Q,
- p.121 - vue 123/631
-
-
-
- m
- A R T D ü TANNEUR,
- commettra dans la fabrication. On a vu des ouvriers qui tannaient des cuirs forts dans des cuves de coudrement ,.pour qu’on ne les vit pas dans leurs fofses, où on les aurait marqués, & pour pouvoir les fouftiaire plutôt à l’examen des commis.
- D’ailleurs ce ne font pas ces fortes d’examens qui augmentent les foins des fabricansi c’eft leur intérêt & leur émulation } c’eft l’efpérance de conferver & d’étendre leur débit, c’eft la fureté & l’étendue du commerce établi dans le royaume ; c’eft Pavantage d’être recherchés par l’eftime qu’on aura pour leurs ouvrages'} c’eft l’envie de furpafser leurs femblables, qui les encourage à donner à leurs travaux une plus grande perfection. Le confommateur & le public font les juges & les furveillans de la fabrique ,’ ils font la réputation & la récompenfe du bon ouvrier. Toute autre vifite, fî ce n’eft tour au plus celles des communautés fur leurs propres membres ( encore cela exige bien des reftriCtions & des ménagemens ), toute autre recherche doit être regardée comme infrucftueufe & nuifible.
- 326. L’industrie demande une liberté entière dans fes opérations, une confiance certaine dans fes efpérances.ct Laffinance, dit M. deMontefquieu 3>';Ej'prit des /o/x, liv. 20, ch. 12 , détruit le commerce par fes injuftices , „ par fes vexations par l’excès de ce qu’elle impofe} mais elle le détruit em-„ core, indépendamment de cela, par les difficultés qu’elle fait naître & les, 3, formalités qu’elle exige. „ Elle attaque à la fois la liberté, la confance l’induftrie*
- Le financier, toujours alarmé , défiant, gênant & impérieux, veut pénétrer par-tout} il trouble, il interrompt les procédés les plus importans & les, plus délicats des fabriques ,• tout doit être ouvert à fes foupçons } les regiftres & les livres de raifons ne font plus les dépofitaires fecrets de la fortune & de la tranquillité d’un citoyen } les procédés particuliers que fon imagination découvrira pour le progrès de l’art , les inftrumens particuliers dont il pourra fe fervir, les tentatives qu’il voudra faire, tout fera examiné , dévoilé par le commis , qui cherche la contravention & la fraude dans le myftere le plus innocent.
- 327. Tout ce que je viens de dire avec la liberté d’un citoyen , eft auto-_ rifé par l’édit même quia mis fin à toutes ces calamités, & qui fut donné au; mois d’août «75-9, Je vais le rapporter ici, comme formant le dernier état de-la jurifprudence en cette partie.
- ÉDIT Dü ROI,
- Portant fuppreffion des offices de jurés-vendeurs , prud’hommes , ccntro--leurs, marqueurs, lotiffeurs & déchargeurs de cuirs & autres, fous quelque nom* que- ce foit, ainji que- des droits a eux attribués : Et établi/-
- p.122 - vue 124/631
-
-
-
- A RT B U TA N N E U R*
- X23
- .fanent d'un droit unique dans tout le royaume far les cuirs tannés & sapprêtés. (XIV articles. ) ?, <
- Donné à Verfailles au mois d’août 1799. r
- Avec le tarif des droits, du 9 août 17^9.
- Regijïré en parlement le 11 jeptembre 17 59.
- Louis, par la grâce de Dieu, roi de France & de Navarre : A tous préfens & à venir, Salut. Dès les tems les plus reculés de la monarchie, les rois nos prédécefseurs ont veillé par des réglemens à ce qui concernait la cônfomma-tion des cuirs, & particuliérement à la perfection de leur apprêt les droits fur cette marchandife ont la même ancienneté. Mais ces droits, originairement établis pour ècre levés dans tout le royaume, ont été négligés dans quelques provinces, & dans les autres ils ont été perçus d’une maniéré inégale qui a confidérablement altéré le cours du commerce j quoique dans plufieurs endroits les droits fur les cuirs foient exceffifs , ces marchandifes ;n’en font pas moins fujettesà les payer à chaque vente & revente , ce qui a occafionné la chute d’un grand nombre de tanneries & de mégifseries. En effet, nous avons remarqué que, malgré le droit de vingt pour cent établi fur les cuirs tannés ou corroyés venant dé l’étranger, il ne laifse pas d’en être apporté pour des fommes confid érables dans notre royaume, d’où ces mêmes cuirs font la plupart fortis en verd. L’aliénation faite par les rois nos prédécefseurs , des droitsfur les cuirs à divers officiels, nous a empêché de connaître pendant long-tems la caufe de la perte d’une manufacture fi néceisaire , & d’une main-d’œuvre qui florifsait autrefois en France. Nous avons'reconnu qu’elle ne pouvait être attribuée qu’aux gènes impofées fut le commerce des cuirs par ces divers officiers , chacun dans leur diftriCt, & à la rigueur & à l’inégalité des droits. Ge motif feul fuffirait pour nous engager à y porter un prompt remedej mais par les repréfentations qui nous ont été faites à ce fujet, nous avons eu occafion de reconnaître que la perception du droit n’a aucune proportion avec ^médiocrité des finances qui ont été payées par les engagifles. C’eft dans ces différentes vues que nous nous fbmmes déterminés à fupprimer tous les offices étabîis pour la marque & la police du commerce des cuirs , ainfî que tous les droits attribués à ces divers offices, & à y fubftituer un droit modéré qui ne fera perçu qu’une feule* fois fur les cuirs tannés & apprêtés dans toute l’étendue de notre royaume. Pour qu’il foit encore moins onéreux à nos peuples , nous avons jugé convenable de fupprimer les droits impofés fur les cuirs au pafsage réciproque d’une province de l’intérieur dans une autre province réputée étrangère. Enfin nous avons cru devoir établir ‘fur la fortie des cuirs verds un droit qui en conferve la main-d’œuvre à nos fujets. Nous «fpérons par ces diverfes mefures, parvenir tout à la fois à rétablir le com-
- p.123 - vue 125/631
-
-
-
- A-R' T W ü ' T'A N N E'ïï.fo
- 1247
- mer ce des 'cuirs & à nous procurer fur cet objet de confommation un fe cours dontnous avons befoin. A ces causes & autres à(ce nous mouvant, de l’avis de notre confeil, & de notre certainefcience^pleine puifsance & autorité royale, nous avons par le préient édit;,perpétuef&irrévocable, dit, ftatué & ordonné, difons ,‘ftàtuons & ordonnons,1 voulons & nous plaît ce qui fuit:
- Article premier.1 Voulons que les offices de contrôleurs, vifiteurs , marqueurs gardes halles & marteaux , lotifseurs , déchargeurs, vendeurs de cuirs:, & de tous^a-titres officiers créés pour la police des cuirs, fous quelque dénominationf que-jce -foitr^foient •& demeurent fupprjmés à commencer, du. premier odobre prochain.iDéfendons à tous ceux qui s’en trouveront pourvus;,.eru qui auraient-été par eux commis ou prépofés>pour les exercer, de les, côntinuetfià l’avenir, à peine de trois mille, livres d’amende pour chaque con-/ tra-vention ,; même d’être pourfuivis extraordinairement fi le cas y échoit.’5 . Art.'II. -Les propriétaires de tous les fufdits offices feront tenus de. remettre ftitreras mafns du contrôleur-général de nos finances', dans le courant du,-moi s de feptembre.prochain ^les contrats d’aliénation;, quittances de-finance dit; ajjtpes jitres , à l’edet d’être,procédé à la liquidation de leurs, finances, -& pourvu à leur remboursement. • - ,
- ;;-ARrT. MlôX-lfëra créé pour ledit, rembourfement, jufqu’à -concurrence du. montant ;des liquidations qui auront été faites en exécution de l’article précédent, des'contrats portant intérêt, au denier vingt, lefquels feront rembour-fablesHd’qnnéeen année par la voie-du fort,;à raifon d’un million par an,, & accroifsement auxdits ifohdsd’unmiijionv des arrérages des capitaux éteints, parjedit rembourfement,, & les arrérages defdits contrats commenceront à, courir , à compter du premier ôdobre prochain [ 17^9 ]. . . ;
- •j ÀrT. IV,. Qrdonpons que tous les droits attribués-.auxdits-officiers fur les. cuirs vçrçls , tannés & mégifsés tous autres, demeureront éteints & fup-primés, à [Commencer au premier odobreprochain..
- A;RTf,VuVu^lon^qu’àcommencer; dudit jour,premier odobre prochain il foijtpayé dansttaute i-ét-endue dejnotre.royaume-'à nos fermiers:,: régifseurs „ ou.à ceux qui 'feront par nous prépofés , un droit unique lur lesreuirs & pefàux tanpésr.&i apprêtés ^r-leqweffera.perçu conformément au tarif annexé fous le.* çontre-feel du préfent édit, dérOgeant-à?tous, privilèges & exemptions qui;-ponrraient avoir été accordés, j & .fera,ledit droit fpéoialement affiedé hypothéqué au (paiement des arrérages & rembourfemtns des capitaux des; çont.rat^ Créés,ipar l’article III ci-defsus^' ïv, -r ; . ' . - ( .ir.-q
- „ Art. Vl-.'Seront marquésdefdits cuirs & peaux , après.le premier àJa tête , par nos fermiers & prépofés , d’un marteau dont,"l’empreinte fera; dépoféetau^greffe ;de la jurifdrdion la plus voifine^.de la-cour des/aid.es dite refsort. i;,y’ ' .-.;r
- p.124 - vue 126/631
-
-
-
- A K T D'ÏJ'* T A'iSt N È tï ft.
- *4f
- Art. VII. Seront tenus les tanneurs, mégiffiers •&' autres, d’aequitter le 'droit porté en ^article V ci-defsus , dans les trois mois du jour où les cuirs & peaux tannés & apprêtés auront été marqués ; à l’effet de quoi iefdits tanneurs s •mégiffiers & autres feront leur foumiffion de payer ledit droit dans ledit délai rde trois mois. - ! t ‘ /
- Art. VIII. Défendons à tous tann-eurs mégiffiers & autres, de contrefaire ladite marque , fous peine de faux ; & à tous corroyeurs & autre ouvriers, d’acheter des cuirs ou peaux tannés & apprêtés , qui n’auraient pas lu marque du fermier , fous peine de conùfcation.
- Art. IX. Vouions qu’à'la fortie des cuirs ou peaux tannés 8c apprêtés pour l’étranger , les droits foi eut reftitués en entier, à la charge de faire contre-rnarquerlefdits cuirs & peaux tannés ou apprêtés, & en ]unifiant à nos fer-, miers de la fortie du royaume dans les formes ordinaires.
- Art. X. Permettons aux commis de nos fermiers & régif&eurs, défaire les vifites ordinaires chez les tannéùfs, mégiffiers, & chez*les. ouvriers employant cuirs. - ... .
- Art. XI. Voulons que les cuirs & peaux tannés 8c apprêtés qui fe trouveront chez les marchands 8c ouvriers iaoj prentieriodlohre prochain 4 foient marqués de la marque de notre fermier ou piépofé , & que le droitfoit payé fur ceux qui n’auront pas acquitté les droits des officiers fupprimés par le préfent édit................ ............................... .....
- Art. XII. Supprimons tous les droits de traite & de foraine Pur les cuirs verds &ctannés., au pafsage d’une province de notre royaume dans une ’aiitre, nous chargeant de dédommager les intérefsés dans-nos fermes-unies:; iï5) J 'i:
- Art. XIII. Ordonnons qu’à la fortie du royaume pour les pays étrangers’, il fera perçu fix livres par cuir/de bœuf &<de vache en verd;, vingt fols par peau de .veau en verd , & dix folspar peau demouton , d’agneau , chevre ou chevreau en verd. - • ........: -
- Art. XIV. Voulons que dans la ville de Paris feulement, nos fermiers ou prépofés.tiennent une caifse à la halle au bureau des cuirs Va làquélleiês divers ouvriers qui emploient les cuirs & peaux, puifsenty S’ilsle jugent à propos, fe. faire .avancer, le montant de leurs achats pendant deux mois Ven payant trois .deniers pour livre dudit ^montant, fans qu’ils puifsent y être forcés.
- Si donnons en mandement à nos aînés & féauxconfeilîers lesgenstenant notre cour de parlement à Paris, que le préfent édit ils aient affaire lire, publier& r.egiftrer ; 8c le'contenu en iceîui, garder, obfervërj& exécirterPelon fa forme & teneur.], nuiîoJbftant’tmis édits , déclarations f arrêtsrégfeiiTens à ce contraires , auxquels nous avons dérogé & dérogeons par le préfent édit ; aux copies duquel , col iatioft nées Jpar.lffindVncis; amés 8c féaux coftféillers-
- p.125 - vue 127/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- ifecretaircs, voulons que foi foit-ajoutée comme à l’original : Car TEL EST notre plaisir. Et afin que ce foie chofe ferme & ft.ible à toujours, nous y avons fait mettre notre feel. Donne à Verfailles au mois d'août, l’an de grâce mil fept cent cinquante-neuf, & de notre régné le quarante-quatrieme. Signé, LOÜIS. Et plus bas , par le roi, Phelypeaux. Vfa LO U I S. Vu au confeil, de Silhouette. Etfcellé du grand fceau de cire verte en lacs de foie rouge & verte.
- Regifiré, ce requérant le procureur général du roi, pour être exécuté félon fa forme & teneur j & copies collation nées envoyées aux bailliages & fénéchaujjéts du reffort, pour y être lu, publié & regijlré. Enjoint aux fubjlitu ts du procureur général du roi dy tenir la m iin, & d-en certifier la cour dans le mofi , fuivant larrêt de ce jour. A Paris, en parlement, toutes les chambres ajfemblées, le onze feptembre mil fept cent cinquante-neuf. Signé Ysabeaü.
- TARIF DES DROITS SUR LES CUIRS.
- Droit unique pur livre pefant de cuirs & peaux façonnés.
- Cuir de bœuf tanné à fort & à œuvre , pafsé en buffle, en Hongrie ou autrement .............................................. 2fols.
- Cuir de vache tanné, pafsé en Hongrie, en Ruffie , en buffle ou
- autrement.......................................................... %
- Cuir de cheval, de mulet, tanné, pafsé en Hongrie ou autremen t î Peau de veau tannée, pafsée en chamois, en mégie , enlaumat ,
- en alun ou autrement.......................................... 2
- Peau de mouton pafsée en chamois, en mégie, en bafanne , en
- alun, en houfse , en parchemin ou autrement .................... %
- Peau~~d’agneau, de chevreau de tout apprêt, même celui de pelleterie ............................................................. g !
- Peau de bouc, de marroquin en croûte *, en couleur ou autrement g Chevre tannée, corroyée , pafsée en chamois ou autrement ... 6
- Peau de daim, de chevreuil, de chamois , pafsée en huile ou autrement ...........................................................iô
- Peau de cerf, d’élan, d’orignac, pafsée en huile ......... 6
- Peau de porc, de turin , de fatiglier........................... %
- Et tous autres cuirs & peaux façonnés, qui ne font point dénommés
- au prêtent tarif, paieront dix pour cent de leur valeur.
- Fait & arrêté au conTeil d’état du roi, tenu à Verfailles le neuvième joue d’août mil fept cent cinquante-neuf. Signé, Phelypeaux.
- * C’elUudire, brut, qui a reçu l’huile', fans être paré.
- p.126 - vue 128/631
-
-
-
- :â R TB ü TANNE U R.
- 127
- Regrfiré? et requérant le procureur général du roi, pour être exécuté félon fa forme & teneur ; & copies collationnées envoyées aux bailliages & fénéchauffées du rejfort, pour y être lu , publié & regifré. Enjoint aux fubjiituts du procureur général du roi d7y tenir la main , ^ d'en certifier la cour dans le mois ', Juivant l'arrêt de ce jour. A Paris, en parlement, toutes les chambres' ajfemblées, lejeize Jeptembremil fept cent cinquante- neuf.
- 328. Le tarif precedent, quoique arrête au confeil, a fouffert quelques modifications dans la perception. Par exemple , les régifleurs ont réduit les peaux d’agneaux , à 2 fols la livre ; celles de chevreaux , à 4 fols; les peaux de boucs, de marroquin, à 4 fols ; les chevres en chamois, à 4 fols. Il y a eu encore d’autres variétés auxquelles je ne m’arrêterai pas ici, parce que ce font des choies aibitraires. Je parlerai-ci-après des abonnemens [ 354].
- 329. Jusqu'ici la régie des cuirs n’a pas pris une forme aflez fixe Si allez décidée pour qu’on puifié juger exactement de ce qu’elle produira. On eftime, quant à préfent, que le produit total de ce droit pourra être de deux millions & demi : je le crois ainfi , à la vue des petites parties que j’ai été à portée de connaître;
- J?ài eu roccafion de voir un relevé des droits perçus en 1761 fur les cuirs dans l’étendue de la direction de Bourg-en-Brelfe, qui comprend la Brelfe, le Maçonnais & le Bugey. Cette petite étendue de pays, qui eft à peine la cinquantième partie du royaume, & qui eft une des provinces les moins commerçantes , avait fourni les articles fuivans , dans lefquels ne font point compris tous les cuirs fouftraits à la régie , & qui étaient en allez grand nombre.
- 3879 cuirs de boeufs, pefant ......... 88943 livres.
- 11-840; vaches, qui pefaient . . ....... 115860
- 3424 douzaines de veaux . ......... 61912
- 618 * douzaines de moutons . ........ 32887
- icoo cuirs de chevaux, ânes ou mulets. . ..... 9156
- Les autres objets étaient peu confidérabks. Le total des droits montait à 31500 livres ; mais je ne doute pas- que chu s d’autres provinces de même étendue , le produit ne foit plus fort. L’état précédent fait voir que les cuirs de bœufs ne pefent dans ces provinces que 23 livres chacun , l’un portant l’autre ; les cuirs de vaches & de chevaux . $ livres ; la douzaine de veaux , 1*8 livres ; & la douzaine de moutons, 5 livres & un tiers. Dans cette province, ou les cuits de hœufs font de 23 livres,, l’un portant l’autre, i) s’en trouve beaucoup de 60 livres à la raie,qui rev iennent à 3© livres quand ils'font tannés <& fecs;mais à Lyon , on en a de 100 livres à la raie, & par confcqûentffes droits deviennent bien plus confidérahles à proportion dans les provinces plus, commerçantes;
- p.127 - vue 129/631
-
-
-
- m :4 RTi.niï T A\H,N-E$ iK.
- 330. L’Édit dont on vient de voir les difpofitions, indique affez les caufes auxquelles nous avons attribué le dépérilfement du commerce ; car dans le préambule même-s les gènes impofées fur le commerce des cuirs font reconnues pour la-véritable çaufe .de la perte d’une manufacture û néceffaire, & d’une main-d'œuvre qui florilfait autrefois en France. Tous ces infeétes rongeurs , pour lefquels on avait imaginé tant de noms , d’offices & de fondions, font détruits & lupprimés. On pourvoit à leur rembourfement d’une maniéré équitable.
- 33 i. Le nouveau droit établi par l’art. V, ne l’eft que fur les cuirs & peaux tannés & apprêtés : termes remarquables , & fur lefquels on doit bien iniifter, parce qu’ils lignifient les ouvrages en derniere perfection , & ne peuvent faire tomber par conféqueut les droits & les fervitudes de la régie fur les matières en fabrication. Par ce moyen , les gênes impofées fur le commerce & fur la préparation ( plus intéreflante encore , puifque fans elle il n’y aurait point de commerce ) , font proferites comme ruineufes & deftruétives. Le droit n’eft dû que fur l’ouvrage prêt à fortir de la main de l’artifan ,* & l’article VII lui accorde un terme raifonnable , celui de trois mois , pont* l’acquitter.
- 332. Les articles IX, XII & XIII contiennent en peu de mots les régle-mens de police les plus favorables au commerce national ,'drefsés avec toute la fagefse & l’indulgence nécefsaires. L’article IX favorife l’exportation des cuirs, en ordonnant la reftitution entière des droits qui auraient été payés avant l’exportation. L’article XII favorife le commerce intérieur, en fuppri-mant tous les droits des fennes-unies , qui avaient lieu au pairage d’une province à l’autre, & qui étaient le comble du délire & de l’abfurdité de la finance. L’article XIII prévient, autant qu’il eft poffible , l’exportation des matières premières , qui font les alimens nécelfaires de nos manufa&ures , en impofant un droit très-fort fur les cuirs verds au fortir du royaume.
- Le dernier article établit à la halle de Paris feulement une caifse pour la commodité des acheteurs & des vendeurs, à l’inftar ou à-peu-près de celle de Poiffy; mais avec cette différence effentielle, que la liberté leur eftlaifsée toute entière d’en ufer ou de n’en ufer pas : tant le législateur a craint d’impofer quelque gêne au commerce.
- Enfin l’on remarque en général dans tout l’édit un efprit de douceur, qu’on n’apperçoit dans aucune de nos loix fifcales. Il ne prononce pas une feule amende , mais la confifcation feulement, dans le cas des contraventions ; & fi l’on y trouve encore dans les articles ¥1, VIII & X , quelqu’afsujettifsement .onéreux, lî le tarif du droit unique & fa fixation au poids des marchandées {renferme des difficultés & des inconvéniens , c’eft que la loi la mieux préparée 4% la plus réfléchie ne/aurait en être exempte; c’eft qu’il fallait accorder quelque chofe à Sa fureté de la perception; c’eft que M. le contrôleur général *
- alors
- p.128 - vue 130/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 129
- alors placé dans des circonftances épîneufes , & vivement prefsé de procurer à l’état un prompt fecours* , n’eut pas, pour s’y préparer, tout le tems dont il aurait eu befoin. Les bonnes loixfont le fruit-de l’étude la plusférieufe & de la plus longue expérience.
- Dût fuites qu'a eu l'édit du mois d'août 175:9 , g? des coniejlatîons qu'il
- a occafionnées.
- 333. Le contrôleur général, en projetant l’édit d’août 17^9, s’était flatté de trouver facilement à faire un emprunt confidérable fur le produit du nouveau droit > mais le crédit public était déjÿt trop ébranlé. Il ne lui refta d’autre refsource que les proportions d’une compagnie de finance, qui s’était formée avant même que l’édit fût expédié , pour régir le droitau nom du roi & pour le comte de Sa Majefté.
- On fait en général que l’objet de toute compagnie de régifseurs , eft d’obtenir tôt ou tard l’adjudication de l’objet qu’on lui a confié.Dans cette vue, les régifseurs ne peuvent s’empêcher de déguifer la véritable portée de l’impôt, & d’en augmenter les frais j ils mettent fur pied une foule de commis , fous prétexte de prévenir les fraudes, & ils en retirent trois avantages. Tant que dure la régie , ils ont un grand nombre d’emplois, dont ils gratifient leurs créatures ou leur parens. 2°. Le prix de la ferme devient enfuite moindre. 3°. Plus il y a de l'ervitudes établies fous le nom du roi , plus le joug des redevables eft appefanti, plus les abonnemens font recherchés & avantageux aux fermiers.
- 334. L’edit d’août I7S9» fut enregiftré à la cour des aides le 19 feptera-bre, & dès le 24feptembre il y eut un arrêt du confeil qui fut revêtu de lettres-patentes pour la perception du nouveau droit. Ces lettres-patentes furent envoyées à la cour des aides de Paris vers la fin des vacations-, & par arrêt du 27o(ftobre, la chambre ordonna l’enregiftrementau lendemain de la Saint-Martin, l’envoi & publication dans les fieges du refsort, & leur exécution provifoire. On n’y apporta que quelques modifications, qui ne touchent point au fond du réglement, parce que la chambre des vacations n’avait alors ni l’obligation , ni le loifir d’en faire un examen approfondi. D’ailleurs cet examen devait être enfuite réitéré.
- * On préparait alors le grand armement commandé par M. de Conflans , l’un des plus beaux que la France eût jamais fait, la derniere efpérance de notre marine, & dont Je fuccès malheureux acheva de donner à nos ennemis le dernier degré de fierté & d’injuftice que la France en ait pu éprouver (14* ).
- Tome III.
- (14s) Pourquoi mêler à la defeription des arts, des réflexions politiques ? L’auteur, en fe livrant à ce mouvement d’humeur dans un ouvrage du genre de celui-ci, s’eft ex-pofé à la critique , fans faire aucun bien, ni aux arts qu’il s’agiflait de décrire, ni à la marine de France, dont il déplore le dépé* riflement.
- R
- p.129 - vue 131/631
-
-
-
- 133
- ART DU TANNEUR.
- Cependant la vérification & l’enregiftrement définitif remis au lendemain delà Saint-Martin, ont été perdus de vue. Il s’eft élevé des conteftations à ce fujet. Les tanneurs fe font plaints vivement, & depuis ce tems-là la cour des aides a ordonné en 1763 , qu’il ferait fait des remontrances au fujet de ces lettres-patentes.
- 33 f. Les lettres-patentes du 24feptembre 17^9, s’écartent beaucoup des principes & del’efprit de l’édit du mois d’aout. Il n’y a que l’article X de ces lettres qui contienne un réglement utile & conforme à ces principes : en effet, le droit de dix pour cent fur la valeur des marchandées façonnées venant de l’étranger, indépendamment de celui de vingt pour cent, déjà attribué aux fermes générales, exclut les étrangers de la concurrence avec les fabricans du royaume. Il n’y a rien de plus naturel.
- 336. L’article II ordonne que dans les cas où le droit doit être perçu à raifon du poids ( & ccs cas embraffent prefque la totalité du droit), les pelées feront faites en préfence des tanneurs , avec les poids, balances ou romaines dont chacun d’eux fe fert pour fon commerce. Les fabricans font ufage de cet article, pour fe défendre d’une prétention onéreufe des régifseurs.
- A l’exemple de cequife pratique chez les maîtres de forges pour la marque des fers , les régifseurs ont prétendu que les tanneurs feraient tenus de fournir leurs propres ouvriers, foit pour préfenter fous le marteau & dans la balance les cuirs qu’il s’agit de pefer & de marquer , foit pour les compter & vérifier, dans le cas où il plaît au régilfeur d’exiger un rccenfement général des magafins. Cette fervitude ne parait pas au premier coup-d’œil être fort importante; elle l’eft cependant ; mais les tanneurs n’y font point fournis , puifque l’article III des lettres-patentes ne les fait point contribuer aux pefées, fi ce n’eft en fournifsant leurs poids & leurs balances. Les maîtres de forges font fujets, il eft vrai , à fournir leurs ouvriers; mais d’un autre côté, aux barrières , fur les ports &dans les douanes , lorfqu’il s’agit de remuer, de vifiter & de pefer des fardeaux pour en percevoir les droits, les commis font chargés feuls de ce travail : la parité eft ici en faveur des tanneurs. La différence entre les maîtres de forges & les tanneurs eft ferrfible ; lesgueufes & les barres de fer font des pièces d’un poids énorme. Pour les manier 8c les préfenter à la romaine, elles demandent non-feulement beaucoup de force , mais encore de l’habitude & de l’adrefse ; il n’en eft pas de même pour les cuirs. Enfin les pièces de forge ne font jamais en aufîi grand nombre, les pefées & les marques ne font pas aufiî frequentes; les récenfemens fe font d’un coup-d’œil, la perte du tems eft moindre; & quelque rigoureux que foit cet afsu-jettifsement, il ne leur eft pas aufli préjudiciable qu’il le ferait pour lesfabri-eans.en cuirs & en peaux. Les tanneurs , & fur-tout les hongroyeurs, ont ordinairement beaucoup de cuirs en magafin , quelquefois julqu’à quatre à
- p.130 - vue 132/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 131
- cinq mille. Leuvs magafins font dans des lieux bas & Frais, oùles marchan-difes fe mûriflent & fe perfectionnent ; & comme elles fe vendent au poids, ils ont un double intérêt de ne pas les remuer ou les déranger fouvent, parce qu’elles fe defsechent & fe défleurent par le mouvement. De toutes ces réflexions , il réfulte qu’il ferait dangereux d’établir chez les tanneurs l’obligation de faire faire les pefées & les récenfemens par leurs propres ouvriers, au gré des régifseurs.
- 337. C’eft dans l’article IV des lettres-patentes du 24 feptembre 17^9 , que réfide la plus grande difficulté. M. Lefchaffier , après l’examen le plus approfondi de cette importante queftion , dont il était rapporteur à la cour des aides , demeura perfuadé que cet article en lui-même & dans fa généralité impofait aux fabricans des obligations impoffibles & inutiles pour la fûreté delà perception, parce que les fraudes ne font point fi aifées que les régif-feurs avaient paru le craindre , & parce que dans le doute l’utilité des fabriques devait l’emporter fur toute autre confédération.
- Cet article IV" des lettres-patentes du 24 feptembre 17Ç9, ordonne que, conformément au réglement du confeil du lofévrier 1529, les tanneurs, mégiffiers , parcheminiers , peauffiers, & autres appareillans cuirs & peaux., ne pourront les mettre dans les fofses & cuves qu’ils n’en aient préalablement déclaré les quantités & qualités au bureau , ni les retirer des fofses & cuves qu’ils n’aient préalablement déclaré le jour où ils entendent les relever , pour être lefdits cuirs repréfentés aux commis, à l’effet d’être par eux pris en charge & marqués, conformément aux articles VI & VII de i’éditjd’août 17^9.
- Le fyftême qui ’ régné dans cette difpofition eft un fyftême burfal , bien différent de celui de la loi. Celle-ci n’a impofé le droit que fur les cuirs tannés & apprêtés} elle a voulu laifser la plus grande liberté aux fabriques dans tout le cours de leurs opérations, puifque ce n’eft qu’après le premier apprêt qu’elle commence à exiger quelque précaution pour l’empreinte d’une marque. Cette difpofition eft confirmée , augmentée & éclaircie par les lettres-patentes du 2S février 1750 , & l’arrêt d’enregiftrement du 19 août I75r, qui veulent que cette marque ne foit appofée qu’après ce premier apprêt entièrement fini. Car c’eft là le moment de la prife de pofTeffion du régifseur, & jufques-là le fabricant était maître chez lui.
- Au contraire, l’article IV des lettres-patentes du 24 feptembre 1759 , fait remonter la prife de poffeffion du régilfeur long-teins avant la fin, & même avant le commencement du premier apprêt. Il exige des déclarations dès la première entrée en fofse, & donne aux commis un droit d’inljpeétion & de fuite fur les cuirs en préparation j ce qui eft contraire à la liberté & à la tranquillité du fabricant.
- 338. Le réglement du confeil du 10 février 1529 , qui fert de bafe à l’ar-
- R ij
- p.131 - vue 133/631
-
-
-
- 132
- ART DU TANNEUR,
- ticle dont nous parlons, contenait des difpofitions impraticables , & qui n’ont jamais été exécutées. Il ne fut ni revêtu de lettres-patentes , ni enregistré à la cour des aides. Il avait été rendu en faveur des offices de prud’hommes Sc, contrôleurs , fous prétexte d’arrêter le cours des abus qui fe commettaient,' difait-on , dans l’appareil, vente & débit des cuirs ; mais ces offices font fupprimés ; on ne fonge plus à cette prétendue police pour la fabrication des cuirs , impoffible dans l’exécution , & que la liberté du commerce ne peut fouffrir. L’édit d’août, plus fage & plus favorable aux tanneurs , n’étabüt de droit que fur des ouvrages finis.
- Le réglement de 1629 ne concernait même que les tanneurs, & à leur égard il était clair, quoique d’une difficile exécution ; mais l’article IV dont nous parlons , s’étend à tous ceux qui travaillent des peaux, avec des extensions qui paraifsent impraticables. En effet, parmi ceux qui travaillent des peaux, il y en a beaucoup qui n’ont ni fofses, ni cuves, tels que les parche-miiliers & les peaulîiers. A l’égard des tanneurs, ils ont tant de fofses & tant de cuves, que s’il fallait faire une déclaration à chaque fois qu’on met en cuve ou en fofse , & qu’on en retire les cuirs, il faudrait tant de déclarations que les tanneurs n’auraient autre chofe à faire qu’à fe promener de la tannerie au bureau ; & quand on réduirait cet article aux foires feules , s’il faut à chaque poudre faire de nouvelles déclarations , le métier du tanneur devient rebutant & impraticable par une dépendance fi continuée & fi onéreufe.
- 339. t)’A près ces lettres-patentes , les régifseurs formèrent deux corps d’inftru&ions, l’un au mois de feptembre 1759, l’autre au mois de mars 1760. Cependant on voit qu’ils avaient compris combien il ferait difficile défaire exécuter l’article IVdes lettres-patentes du 24feptembre I7<>9 ; ils convien-nentque la fuite des cuirs dans leurs différentes poudres, & des peaux dans tous leurs apprêts, en fatigant peut-être les redevables, pourrait jeter les commis dans une confufion toujours inféparable des opérations trop multipliées ÿ ils fe réduifent à trois déclarations pour chaque forte de travail.
- Pour les tanneurs, la première déclaration a lieu au tems de la mife en fofse > la fécondé, à la levée de la première poudre j la troifieme, à la dernière levée de fofse, lorfque les cuirs feront portés au féchoir.
- Pour leshongroyeurs, la première, à la mife en alun i la fécondé, au for-tir de l’alun ; la troifieme , à la mife en fuif.
- Pour les mégifîiers, lorfqu’on met les peaux en confit, & lorfqu’on les met en alun $ & lorfqu’elles font feches, en état d’être ouvertes & redrefsées. Ici l’on n’a pas fait attention que le mégiffier met fes peaux en alun avant de les mettre en confit.
- Pour les ehamoifeurs, au tems de la mife.'en confit, au retour du moulin , & lorfque les peaux font ouvertes.
- p.132 - vue 134/631
-
-
-
- ART D U' TAN N EU R.
- i33
- Enfin pour les maroquiniers, lorfqu’on met les peaux en confit, îorf-qu’on les tire du fumac ou de l’alun , & lorfque les peaux l'ont luftrées.
- 340. Mais eu confentant de réduire ainfi à trois le nombre inimenfedes déclarations indiquées par les lettres-patentes , la régie déclare qu’elle (ne re-, nonce pas à fbumettre les fabricans à l’obligation de déclarer toutes les mifes & levées de fofses, fi ce parti devient nécefsaire à l’égard du général & du par* ticulier, & qu’elle propofe feulement des facilités. C’eft ainfi que les fabricans , en obtenant une grâce conditionnelle , refiaient encore fous les coups du régifseur, pour en être vexés à volonté. Une loi doit être claire, polfible, nécefsaire & uniforme.
- 341. Les inftrudions de la régie varient encore beaucoup en ce qui concerne les quantités & qualités des cuirs, qui doivent être portées dans les déclarations. Les fabricans, dit l’inftruélion , peuvent déclarer pofitivement la qualité & la quantité des cuirs qu’ils entendront^coucher en première poudre j ainfi il faut nécefsairement infifter fur l’exactitude de la première déclaration , & des déclarations fubféquentes , autant qu’il fera pojjible. Enfuite elle obferve que le fabricant, en venant faire fa déclaration, peut prétendre ignorer quelle quantité de marchandées il lèvera de fofse, ffoit de fa première à la fécondé poudre, foit de la derniere poudre pour pafser au féchoir, fous prétexte que cette quantité ne fera déterminée que par l’état dans lequel il trouvera fes cuirs à l’ouverture de la fofse j & l’inftrudion contient pour cas-là un modèle particulier de déclaration.
- . 342. En effet, les fabricans peuvent ignorer la quantité exade des cuirs qu’ils ont à lever de la derniere poudre, jufqu’à ce qu’ils aient vu, par l’état des cuirs qui font dans la fofse , s’ils doivent être levés. Us peuvent ignorer, aufli la quantité des cuirs qu’ils mettront en première poudre , parce que dans le cours des opérations préparatoires , ils peuvent en perdre par divers acci-dens. Il peut s’èn trouver qui foient brûlés de chaux , ou tournés dans les paf-femens d’orge , ou déchirés lors de l’écharnage par l’ouvrier, qui dans ce cas-là a grand foin de le diflitnuîer. Les mégifiiers& les chamoifeurs ontfouvent des peaux'qui font abattues par lèvent de defsus les perches, & mangées par les chiens & par les rats. Il eft même comme impoflible, dans de grandes .tanneries , où il y a beaucoup d’ouvriers qui ne font point calculateurs, de tenir un regiftre exaét du nombre de leurs peaux, à caufe de là multitude des mains par lefquelles elles pafsent & des variétés qui y arrivent. Un tanneur qui mettra en fofse jufqu’à quarante & cinquante douzaines de veaux 5 un mégiflier qui recevra douze à quinze cents moutons parfemaine, pourraient-ils s’afsu-rer de l’exatfiitude des dénombremens , éviter les erreurs de calcul, les incertitudes , les confufions , & par conféquent les procès-verbaux de contraventions? Ce n’eft qu’au fortir du dernier travail, à la levée de derniere poudre,
- p.133 - vue 135/631
-
-
-
- 134
- ART D V TANNEUR.
- à la mife fur perche, qu’il leur eft nécefsaire &'poffible de compter leurs rnar-chandifes, & d’en faire une exa&e déclaration.
- 343. L’instruction de la régie dit aufîî qu’il eft efsentiel de tenir la main à ce que les fabricans 11e puifsent commencer leur travail que vingt-quatre heures après les déclarations faites, & cela, dit-on, conformément à l’article IV. Cependant l’article ne contient point.ce nouvel afsujettifsement, mais on le tire par indudion. Cet article veut que les fabricans déclarent le jour auquel ils entendront opérer. Cette obligation n’aurait pas été itnpofeé, fi l’on avait entendu mettre un intervalle au moins d’un jour entre la déclaration du fabricant & fon opération, à laquelle les commis doivent être préfens abfo-lumeut. Cette prétention du régifseur a excité la plus forte réclamation, parce qu’elle a paru aux fabricans la plus onéreufe de toutes les charges qu’on leur voulait impofer. Si le tanneur veut profiter d’un moment de foleil en hiver , d’une matinée où il eft plus libre, s’il craint la gelée ou quelqu’autre inconvénient, il 11e lui eft pas poftible d’ufer des circonftances, à moins qu’il n’ait tout prévu vingt-quatre heures d’avance} il aurait pu envoyer faire fa déclaration au bureau , & en attendant rafsembler fes ouvriers pour que l’ouvrage fut fait & les cuirs remis en fùretc avec la plus grande promptitude; mais la régie l’oblige de différer & d’attendre , malgré fon incertitude ou fes embarras. En été, l’inconvénient devient encore plus confidérable , à caufe des orages qui nuifent aux pafsernens[ 159 , 170]. Le délai de vingt-quatre heures & la lenteur des commis, qui pourront 11’ètre pas fort exacts fi l’on eft obligé de les attendre, pourront faire tomber l’opération dans le tems d’un orage qui gâtera une cuve. C’eft ainfi que la liberté >& la lïireté du fabricant font facrifiées à la commodité des commis. ... ;«>
- De la marque des cuirs.
- 344. L’article IV de l’édit du mois d’août 17^9, dit que les cuirs feront marqués après le premier apprêt. Cette difpofition, qui eft fort fuccinte , fut expliquée.& étendue, & les formalités de la marque des cuirs furent fixées par les lettres-patentes du*2f février 1760. Mais il fe préfentait deux difficultés , queM. Lefchaffier voulait faire lever par des modifications de l’enregiftre-ment : la première confiftait à fixer l’époque dû premier apprêt entièrement fini, après lequel doit êtreappofée la première marque, la marque de charge ; car il faut fixer un terme relatif à chaque profeflion, le mot de premier apprêt étant très-vague en lui-même,& l’interprétation fujette à trop d’inconvéniens.
- j 345. L’instruction des régifseurs veut que la première marque, marque de charge ou de préparation, foit appofée à la levée de première poudre ; la fécondé marque , ou marque de perception, à la derniere levée de fofse, avant que les cuirs foient portés au féchoir. La première fe place des deuxcôtés de
- p.134 - vue 136/631
-
-
-
- ART D U TAW,N R U R.
- la tète du cuir j la fécondé, des deux côtés de la culée ;-mais fur les peaux, on n’appofe la marque.que d’un côté. Chez les hongroyeurs, ces marques devaient être appofées au fortir de l’alun , & aprèsda mife^en fuif. Chez les mégiffiers , c’était au fortir de l’alun , & lorfque les peaux feraient en dernier apprêt (fans doute après avoir été redrefsées fur ,1e palifsom). Chez le chamoifeur, les marques devaient être appofées, la première , , au, retour du moulin; la fécondé , lors du dernier apprêt ; je penfe que cela voulait dire la première après le dégraifsage entièrement fini , & la fécondé , après que les peaux feraient ouvertes. Enfin chez les maroquiniers , les deux marques devaient être appofées , l’une au fortir de l’apprêt en fumac (fans doute après le coudrement) ; laJTeconde , lorfque les peaux feraient iuftrées.,,
- 346. M.. d’Arlincourt, aujourd'hui fermier général ,• alors directeur de la régie à Paris, avait drefsé l’inftru&ion ;;mais il avouait avec candeur que dans l’exécution il Fai lait un peu plus de condefcendance. Il fe départit de beaucoup de chofes dans une conférence quife tint à la manufacture de Saint-Hip-polyte au fauxbourg Saint-Marcel Si,entre M. Barois, dire&eur &. jutérersé'; M. Lefchalîier, çonfeillerà la cour des aides, rapporteur en cette affaire ; M. d’Arlincourt, avec l’un de fes afsociés ; & quelques fabricans. Les confente-temens ou déliftemens de M. d’Arlincourt furent pris en note, de fon aveu , par M. Lefchalîier , qui fe propofait de s’en fervir dans les modifications de la cour des aides fur l’article IV des lettres-patentes.
- 347. A l’égard de la derniere marque, dite de perception , il ne pouvait plus y avoir de difficulté , au moyen d’une modification qui avait été déjà appofée aux lettres-patentes du 25 février 17^0 , & qui la, différait jufqu’à la/réquilî-tion des fabricans : auffi n’en était-il plus queftion 5 mais à l’égard de la marque de charge, ou première marque , & aux déclarations que les fabricans devaient faire, on étsit convenu de ce qui fuit:
- Pour les hongroyeurs, il devait être fait une feule déclaration au fortir des aluns , avant de porter les cuirs au féchoir , ,& la première marque devait être appofée après que les cuirs feraient fuffifamnient fecs & drefsés.
- Pour les mégiffiers , une feule déclaration au fortir des confits , en mettant fur perche, avant l’ouverture. 5
- Quant à la première marque, le régifseur voulait l’appofer au plus tard après l’ouverture & avant le redrefsage , prétendant que c’était là le dernier apprêt & la perfection de la peau ; qu’en vain le mégiffier aurait fait une déclaration de cinq cents peaux, par exemple, mifes fur perche, fi l’appofition d’une marque fort peu de tems après n’en conftatait l’identité , & ne l’en charr geait, puifquerien ne pourrait l’empêcher d’en vendre deux cents en cet état, s’il voulait, & d’en fubllituer fur les perches le même nombre provenant de, fes autres confits.
- p.135 - vue 137/631
-
-
-
- ns
- ART D U TANNEUR.
- 348. Le mégiffier convenait de la pbffibilité abfolue de cette Fraude ; mais ilobfervait que les différens états de ficcité entre les peaux qu’il aurait ainfi fubitituées, & celles qui auraient été mifes Fur perche précédemment & lors de la déclaration , le mouvement nécefsaire en pareil cas , la néceilité de mettre les ouvriers dans le fecret, & plufieurs autres circonftances, décéléraient afsez la fraude à des commis attentifs & prévenus.
- D’ailleurs , le fabricantfoutenait qu’il lui était abfolument impoffible de confentir à aucune marque avant le redrefsage, parce qu’il n’y a humainement aucune certitude de conferver une peau, & d’en répondre dans cette opération. C’ert à la vérité la derniere* mais c’eft la plus rude épreuve des peaux. Pour peu qu’elles (oient défe&ueufes, elles fe déchirent Fous la main de l’ouvrier, qui les paFse avec force Furie pefson. On en fit l’expérience devant le régifseur , qui convint enfin qu’011 ne pouvait exiger l’appofition de la marque qu’après le redreFsage. Nous parlerons de ces différentes opérations dans l’art du mégilfier ; mais il nous était difficile de Féparer ici les différens articles d’une difcufiion qui intérefse principalement l’art du tanneur.
- Voiir les chamoifeurs, on offrait de fe contenter d’une Feule déclaration au fortirdu dégraifsage, & de la première marque après l’ouverture. (Voyez Part du chamoifeur. )
- Chez les maroquiniers, on demandait une feule déclaration au Fortir du cou-dr ementi & la première marque devait être appofée après le foulage.
- 349. Chez les tanneurs, la difficulté paraifsait toujours fort grande, & les efprits ne pouvaient fe rapprocher. Le régîfseur perfiftait à foutenir qu’il fallait abfolument une déclaration à la première rr.ife en fofse, & que la première marque devait être appofée au Fortir dè la première poudre. Sans ces deux précautions, difait M. d’Arlincourt, le droit Ferait anéanti par les fraudes. Les petits tanneurs de province ne font pas fort fcrupuleux fur le nombre de poudres qu’exigent les cuirs > ils n’ont que trop d’inclination à les vendre aux ouvriers après la première ou la Fécondé poudre ; & fi jufqu’aiors ils ne font liés par aucune charge, la Facilité & l’avantage de Fe fouftraite au paiement des droits Fera un appas de plus, & ne fera qu’accroître un abus préjudiciable au commerce & au public.
- 3 ) o. D’un autre côté, les tanneurs foutenaient que la prétention d’appofer la marque de charge au Fortir de la première poudre, était diamétralement contraire à l’efprit & aux termes de l’article IV de l’édit, aux lettres-patentes du
- février 1760, & à l’arrêt d’enregiftrement de ces dernieres , qui ne l’adopte qu’après le premier apprêt entièrement fini •, qu’il était abfurde d’appeller la fin du premier apprêt, cette première poudre qui n’eftque le premier pas de la tannerie, après lequel les cuirs ont quelquefois un an àféjourner en fofse.
- Comment veut - on , difent les tanneurs , qu’une marque empreinte Fur
- une
- p.136 - vue 138/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- *37
- une fubftance encore molle, fpongieufe, toute imbibée d’humidité & de tan * fe conferve d’une maniéré ineffaçable pendant un fi long terns? Elle court rifque de n’ètre plus reconnaifsable ; on ne faurait donc y foumettre les fa-bricans.
- 3fi. Quant à la déclaration, elle femble inutile quand la marque ne l’accompagne pas. La loi qui veille à la fûreté des fabricans, l’équité & la rai-fon veulent que cette marque foit retardée jufqu’au tems où elle ne pourra plus être altérée ou effacée par le travail, afin que le fabricant ne puifse être dans le cas des contraventions involontaires. Or, que fert aux régifseurs une déclaration qui ne fera point accompagnée d’une marque? Le tanneur a une entière liberté de fouftraire quelques-uns des cuirs par lui déclarés, & d’en fubftitucr d’autres procédant de fes pleins ou de les pafsemens. La déclaration du tanneur femble donc n’ètre dans ce cas-là qu’un fur croît inutile de formalités & d’embarras.
- Les appréhendons de fraude ne font pas, ce femble, une raifon fuffifante pour mettre des entraves aux manufactures. Ces fraudes fe découvrent de tant de façons par les commis , & les fabricans ont tant d’intérêt à ne pas les commettre , qu’on devrait un peu s’en rapporter aux uns & aux autres à cet égard. S’il fe trouve quelque tanneur pauvre & de mauvaife foi, qui dans la vue de retirer plus tôt fes fonds & pour épargner quelques frais, rifque de ne pas donner à fes marchandifes un apprêt fuffifant, il en eft bientôt puni par le difcréditoù elles tombent, & par la perte qui en réfulte. Mais s’il fe porte, à cette manœuvre, ce ne fera pas en livrant au public des cuirs encore tout humides, & tirés furtivement d’une fofse. Si l’ouvrier fe prête à la fraude , il voudra en tirer le bénéfice j fi les cuirs font tranfportcs dans un féchoir étranger , le fecret manquera , & la difficulté fera trop grande pour qu’on puifse continuer long-tems cette fraude.
- 3ï2. L’article VIII de l’édit, & l’article V des lettres-patentes, défendent à tous les ouvriers d’acheter des cuirs & des peaux fans marque; il e»lt même enjoint par l’article V à ces ouvriers de conferver les morceaux où les marques auront été appofées, pour être employés les derniers ; mais cette dernière difpofition ne (aurait s’exécuter àda rigueur contre des cordonniers qui ne font pas en état d’acheter un cuir entier, & qui en prennent feulement une petite partie ; il ferait injufte de condamner celui-ci fur le feul fait de quelques morceaux de cuirs fans marque, fi d’autres circonftances nefefaient préfumer la fraude. Auffi M. Lefchaffier eftimait que fur cet article la cour des aides devait fe réferver le droit de prononcer fuivant les circonftances 8c l’exigence des cas, fans impofer une obligation générale de n’acheter que du cuir marqué.
- Les régifseurs ont d’ailleurs bien des moyens pour arrêter les contraventions; ils peuvent faire des viûtes chez tous les ouvriers qui emploient le Tome III. S
- p.137 - vue 139/631
-
-
-
- 138
- ART DU TANNEUR.
- cuir ; ils peuvent exiger déclarationde tous les dépôts & magafins des fabri». cnns , enforte qu’on ne peut tranfporter des cuirs hors de la tannerie fans les avertir. Le tanneur eft aftiégé de toutes parts , au raoyen.de ces difpofitions : ainfi la fraude parait être fuffifamment prévenue.
- 353. Si le droit établi fur les cuirs fe perçoit dans la forme prefcrite par les lettres-patentes du 25 février T760, il en réiulte aux tanneurs un danger réel & une perte fenfible; car i°. il eft difficile d’appofer une marque fubiiftante fur ces cuirs humides, enduits de tan , & qui n’ont que peu de confiftance. 2°. On ne pourrait les remuer & les pefer tous fans les faire refséeher ,fecouer le tan qui les conferve & les nourrit, & par conféquent les détériorer. 3°. Ce ferait une injuftice que de les pefer ainfi pleins d’eau , & d’en percevoir le droit, puifqu’avant que d’être mis en vente, ils doivent perdre cette humi-dite fuperflue.
- 354. iLya une autre forte de difficulté fur les veaux à œuvre, auxquels; les tanneurs confervent foigiieufement leur humidité jufqu’à ce qu’ils les vendent aux corroyeurs. Il eft bien difficile démarquer & de pefer ces peaux au moment qu’elles fortent de fofse , chargées de toute cette humidité > & il importerait aux tanneurs qu’elles ne fufsent marquées, que lorfqu’elles font et* état d’être vendues. A l’égard de la fixation du droit, il s’en eft établi une éva~. luation ou efpece d’abonnement de 3 livres 10 fols par douzaine entre les tan>* neurs de Paris & la régie, ce qui fuppofe trente-cinq livres de poids pour chaque douzaine ; & il eft bien à defirer que ces abonnemens aient lieu par-tout pour la tranquillité des fabricans , & pour le bien du commerce. C’eft la feula maniéré dont on puifse réparer les torts que la finance fait aux arts.
- CONCLUSION,
- 35'f. Je penfedonc, aufti bien que M. Lefchafîier, qu’il convient au bien du commerce de n’afsujettir les tanneurs qu’à une feule déclaration , qu'ils feront tenus de faire avant que les cuirs foient portés au féchoir [103], ou avant la levée de la derniere poudre y & les autres fabricans de cuirs ou de peaux , lors de la levée & fortie du dernier travail aux aluns, confits, ou autres ap* prêts qui eorrefpondent dans d’autres-profeftions à ce dernier travail.
- Je crois que la première marque, ou marque de charge, ne devrait être: appofée chez les tanneurs & hongroyeurs, qu’après que les cuirs auraient atteint au féchoir un degré de fécherefsê convenable, pour que eette marque ne puifse être altérée. A l’égard des autres fabricans de cuirs & de peaux, cette •première marque ne devrait être appofée qu’après le dernier travail ; favoir, le redrèfsage des mégifiiers, l’ouverture des chamoifeurs, le foulage des; maroquiniers.. .
- Ce que je propofe ici n’eft point contraire à la régie, parce que fou plus»
- p.138 - vue 140/631
-
-
-
- ART D U TAN N E U R.
- *39
- grand intérêt eJHte rendre le commerce âorifsant , d’étendre la fabrication s & par conféquent d’affermir la tranquillité , la fureté & l’avantage du fabricant. La douceur du gouvernement elt la fource de la profpérité , de la population , de la richefse. On évite une profeiSon vexée d’une maniéré rebutante * comme on fuit une terre fanglante qui dévore fes habitans.
- EXPLICATION DES FIGURES DE DART DU TANNEUR.
- PLANCHE I & IL (146).
- Haut de la planche.
- A» aétion de l’ouvrier qui lave & rince les peaux, avant le travail de rivière [ 13 ]• ;
- (146) J’aiufe dans les planches , de la liberté que je m’étais réfervée dans la préface , de retrancher , pour rendre cette édition moins couteufe , un grand nombre de figures abfolument inutiles. Et afin de convaincre les leéteurs de l’inutilité des figures retranchées , je vais lui en rendre compte. J’ai ôté au bas de la planche I de l’édition de Paris :
- A, la figure d'une pioche pour remuer la chaux. 11 n’eft perfonne qui ne fâche comment eft faite une pioche.
- B , pelle quifert au même ufage, & dont on peut dire la même chofe.
- D, grande pelle qui Jcrt à coucher les pleins, & qui n’a d’autre fingularité qu’un manche proportionné à la profondeur des pleins.
- G, bâton ou enfonçoir pour faire plonger les cuirs dans la riviere. Et qui n’eft autre chofe qu’un long bâton, î, cuve dans laquelle on foule les peaux. Cette cuve n’a abfolument rien de particulier» Elle doit être proportionnée au nombre des peaux, & renforcée de trois bons cercles de fer.
- Q., cuve plus grande pour le refaifage.
- C’eft une cuve un peu plus grande.
- R , cuve où l'on fejait le confit. Elle eft re-préfentée fous F, dans le haut de la planche.
- S , cuve à coudrer. C’eft une grande cuve.
- T, pannier avec lequel on mefure le tan. Il eft repréfcnté au haut de la planche L fig. D.
- X, chaudière de cuivre pour chauffer Veau . des pajjemens. C’eft une chaudière pro-’ pre à être mife dans le fourneau de ma-qonnerie , repréfenté au haut de la planche , fig. G. ,
- PLANCHE II.
- A , aêîion de ceux qui gouvernent lespajfe-mens d'orge, £5? qui relavent chaque jour les cuirsfur les bords de la cuve. Cette action confifte à tirer les peaux de la cuvé, pour les mettre égoutter fur une planche placée fur la cuve.
- B , action de ceux qui frappent ffi maillot-
- . tent les cuirs. On fe repréfente, fans le fe-cours d’une figure , deux ouvriers placés vis-à-vis l’un de l’autre, départ & d’autre d’une table , frappant avec des maillots de bois une peau étendue devant eux*
- C , aHion de ceux qui foulent les veaux. Deux ouvriers enfoncent alternativement un pilon de bois dans la cuve remplie d’eau , où font les cuirs de veaux.
- 1.2. ?. 4. Ordre des quatre cuves qui forment un trait deplamage , fè? qui contiennent chacune huit cuirs } elles ont trois pieds de haut fur quatre de diamètre. La figure repréfente quatre cuves placées l’une à côté de l’autre.
- H , pilon de bois pour fouler les veaux.
- S ij
- p.139 - vue 141/631
-
-
-
- 140
- ART DU TANNEUR.
- B, action de celui qui écharne , qui débourre [ 26 ]. ♦ .
- C, C , C, pleins, ou creux remplis d’eau de chaux, dans lefquels on étend les cuirs, & d’où on les retire avec des tenailles.
- D, a&ion de celui qui met les cuirs en fofse [ 77 ] , qui les couvre de tan [ 78 ].
- E, cuve de bois, dans laquelle fe fait le coudrement [267], & où l’on tourne j, les cuirs fans relâche.
- F', cuve dans laquelle on fefait autrefois le confit [43 ] , & qui peut fervirà faire les pafsemens [ 117].
- G, chaudière placée fur un fourneau, revêtue de plâtre, & qui fert à chauffer l’eau.
- Bas de la planche.
- C, grandes tenailles qui fervent à tirer les peaux des pleins.
- E, gâche ou pelle qui fert à ratifser le defsus des peaux.
- F, linges qu’on trempe dans la chaux pour mieux enduire certaines peaux.
- H, bouloir, ou inftrument pour remuer la chaux & brouiller les pleins.
- I, crochet pour retirer les peaux de la riviere.
- K, inftrument qui fert à fouler & â laver la bourre.
- L» chevalet pour travailler de riviere.
- M, N, boutoirs , couteaux^à deux manches, pour écharner, débourrer.
- O, pierre à aiguffer, ou queurfe pour rafer les cuirs.
- V , brouette qui fert à tranfporter les cuirs dans les folfes & à voiturer le tan.
- D, cuirs falés & pliés en échauffe [13 r].
- E, cuve fur laquelle on a relevé les cuirs à l’orge.
- F, plan d’une fofse avec fon puifard G, pour faire les jus aigres [199].
- G , puifard d’où l’eau fe tire pour la jufée.
- I , crochet dont on fe fert pour tirer les cuirs de la cuve.”
- L, chiffres dont on fe fert pour marquer le poids des peaux au fortir de la boucherie [ 6 ].
- P L A N C H E I I I.
- Haut de la planche.
- A A, eftle haut du moulin qui tire l’eau pour fournir les pleins & lesfofèes» B , ouvrier qui conduit le cheval & qui diftribue l’eau.
- C, mouvement du cheval.
- C’eft un bâton- plus épais par le bout fortes de vaiffeaux de bois peuvent fervîr qui eft enfoncé dans l’eau. à cctufage. Il femble même qu’il ferait
- ¥ , febille pour vuider les cuves. Toutes commode d’y adapter un manche.
- p.140 - vue 142/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- 141
- D j étentes, ou étendoirs fur lefquels on fait fécher les mottes.
- E , adion du motteur ou de celui qui forme les mottes en marchant” fur le moule plein de tannée [291 ].
- F F j fofses d’où l’on retire la tannée qui doit fervir à faire les mottes.
- Bas de la plancfye.
- A , rouet qui fait tourner l’arbre du moulin.
- 1, une des dents ou aluchons repréfentés féparément.
- 2, une des clavettes qui alfermifsent la dent ou aluchon fous la circonférence de la roue.
- B , arbre vertical, fur lequel la roue eft enarbrée.
- C,C, deux arcboutans qui retiennent la roue perpendiculairement à l’arbre. D , bras ou timon auquel eft attaché le cheval, d , coin ou clavette qui afsujettit le timon avec l’arbre.
- E , paloneau auquel eft attelé le cheval.
- F, grenouille ou bafequi reçoit le pivot inférieur de l’arbre vertical.
- G, arbre horizontal qui porte une lanterne H, dont les fufeaux engrennent dans la roue A.
- H , lanterne de quatorze fufeaux afsemblés par deux tourtes.
- 3 , petits arcboutans qui affermifsent la lanterne fur l’arbre qui la porte. 4,4, dei& tourtes qui forment les deux bafes de la lanterne, & afiemblent • les fufeaux.
- 5 , un des fufeaux de la lanterne.
- I, étoile de fer portée par l’arbre horizontal, & fur laquelle s’enveloppe la chaîne.
- €, 6, fourchettes de fer qui garnifsent la circonférence de l’étoile.
- I I, deux étoiles environnées de la chaîne tendue & en aétion pour puifer l’eau.
- K, canal vertical ou tuyau placé dans l’eau , au-dedans duquel joue la chaîne.
- L, chaîne fans fin, qui joue fur les deux étoiles , dont l’une eft portée fur l’arbre horizontal , & l’autre trempe toujours dans l’eau.
- M, planche ou pierre fur laquelle fe place le moule des mottes.
- N , moule des mottes [291 ].
- O, O, O, petites plaques de métal adaptées à la chaîne fans fin, & proportion# nées au canal vertical, pour tenir lieu de piftons à la pompe.
- Echelle de douze pieds pour les parties du moulin.
- Echelle de douze pouces pour le moule à mottes.
- p.141 - vue 143/631
-
-
-
- ART BU TANNEUR.
- U%
- 2AjU
- nr A R t
- IL *-*. jlS> su
- E
- JD JE S JMLuL3EXJE.TL3£S,
- Qui contient l’explication des termes»
- A
- .À.BATTRE, rabattre, mettre les cuirs dans un plein ou dans le paflement, article ao.
- Abonnemens des tanneurs avec la *égie,2f4.
- Abreuver les cuirs, les faire tremper, 666.
- Abus dans le commerce, 8-
- Abus dans la fabrication , 9} > 28o.
- Abus dans la perception des droits,
- Academie des fciences, fon établif-fement ,fes travaux dans les arts. Voy. la préface.
- Accélérer le gonflement, 180 j le tannage, ioo.
- Acide s la liqueur des pafleqiens efi: acide, 114, 2®o.
- Aigre. Voyez Pajfement.
- Alun , fon ufage dans les tanneries *
- 102.
- Angleterre. Méthodes anglaifes pour tanner , 39 5 97 > i<52. Prix de ces cuirs, 313.
- Apprêt, bon apprêt, maniéré de le diftinguer, 115, 273.
- Arrêt fur le fait des cuirs, 517, 334-
- Arts décrits par Pacadmie. Voyez la préface.
- Astringent, qualité aftringente du tan , 2.
- Avausses. Voyez gpirouille, 6y.
- B
- Barrois [M. ], diredeur & intérefsé de la manufadure de S. Hippolyte > 126,545. Voyez auffi la préface.
- Bassement, Voyez Pajfement.
- Basserie. Voyez Pajferie.
- Battre les cuirs , opération eflen-tiellepour les cuirs, 107, 259.
- Baudrier , cuir de vache qui s’emploie à faire des efcarpins , 261.
- Bénéfice des tanneurs , 297 & fuiv»
- Biere , marc de biere opéré gonflement, 24?.
- Billettes.(M. des). VoyezDESBiL—
- LETTES.
- Blanc, c’eft-à-dire, paflement blanc» Voyez Pajfement.
- Boeufs, qualité de leurs cuirs, 3* 94» 280.
- Bois, voie de bois, 77. Bois qui donnent le tan , ibid.
- Boisseau de Paris j fa mefure , 40 j fa valeur en orge , 126.
- Bouchers , leurs fupercheries, 8 5ils ont du fel de morue, 10i leurs «négligences, 280.
- Bouloir , bâton pour remuer la chaux, 52 <k page 128-
- Bourre , fon prix , 299.
- Boutoir, couteau à deux manches * pag. 12g.
- Brésil , cuirs du Bréfil ,517.
- Brigady. Voyez Baudrier, 261.
- Brulé , cuir brûlé par la chaux , 70»
- p.142 - vue 144/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- *43
- Buffon ( M. de) ,fes expériences fur la tannerie , y y, 69.
- Buxerolles , arbutus uvaurfi, 63.
- C
- Cave , les cuirs doivent y féjourner,
- ÏOf.
- Cendre , fon ufage dans les pleins, 22.
- Chaleur des pafsemens blancs, T43. La chaleur eft contraire à la jufée , 284,
- Chamoiseurs, comment fe marquent leurs peaux, ?4f » 346.
- Chaponer , 16.
- Chaux , fon prix, 20 j fa quantité, ?4i fes dangers, 48. Chaux ufée, 399.
- Chêne. Voyez Bois.
- Cheval, cuir de cheval, 27g.
- CHEVRE, 27jV
- Colle de farine ,341.
- Colle des tanneurs , 299.
- Commerce des cuirs , 29J, 3 14.
- Complément de compolition, jya. 387-
- Composition du pafsement , 140 , 387-.
- Contravention à l’edit des cuirs, 3p, & fuiv.
- Cordonniers , s’oppofent à l’établir-fement du cuir à la jufée, 2fo j leur jugement fur les différehtes méthodes, 2yz i attentions qu’ils devraient avoir , 288 » 289*
- Cornes de bœufs ; leur prix, 299.
- Coton ( M. ), intéreffé à la manufacture de Saint Germain. Voyez la préface.
- Couche , faire une couche, 26, 147.
- Coucher en folfe, 84.
- Cqudrement, 44, 267,27a.
- Couteaux dont on fe fert dans les. tanneries.
- Couteau rond, 1.3, 26 j demi-rond , 15,38 i faux , i4f , 147.
- Craminer, étirer les cuirs par chair avec le couteau rond fur le chevalet, 13,
- Creux , cuir creux, 280.
- Crue , eau crue. Voyez Eaux.
- Cuirs , différentes fortes de cuirs. Voyez Féaux, Leur ufage j leur tifsu, 109 ; maniéré d’en diftinguer le bon apprêt, 112.
- Cuirs à la chaux, 18 > 2p4 i fes inçon-véniens, 48.
- Cuirs à la jufée, 90, 248.
- Cuirs à l’orge, 114,163.
- Cuirs à œuvre, ou en faible, 2$o,
- Cuirs au fippage , 2yy..
- Cuirs de bœufs, 3.
- Cuirs d’Irlande, 3 , 241.
- Cuirs de l’Amérique, 194,240,
- Cuirs de Liege, 99 , 190,248,
- Cuirs de taureaux, 4.
- Cuirs de Tranfylvanie , 187,
- Cuirs de vaches, 260, 271.
- Cuirs en tripe , c’eft celui qui eft dépouillé de fon poil, 28.
- Cuirs , façon de Valachie, "ou cuirs à l’orge, 129.
- Cuirs forts, 2.
- Cuirs verds, ou cuirs frais, ceux qui confervent encore leur humidité naturelle. Voyez Peaux.
- Cuirs veules & appauvris, 94, 280, Voyez Défauts.
- Cuve pour les paffemensj fes dimen-fions, 200.
- D
- Dangers auxquels font expofés les paffemens, 179.
- Danoise , méthode danoife du fip-page,2fy , 301.
- Débourrer les cuirs,26, i2p, 132,, 344» 147» 173 * i9i.
- Déboursés. Voyez Prix, Produit.
- Décharner , ou écharner, 37, 146,
- Déclarations que doivent faire les tanneurs, 2p.
- Défauts qu’on obferve dansrapprêt des cuirs, 28© & fuiv.
- p.143 - vue 145/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR,
- t 44
- Demi-rond , i6l, 3 g. Voyez Couteau.
- Dépenses d’un tanneur, 297.
- DÉ piler. Voyez débourrer.
- Désaigner, laver les cuirs qui font faigneux & chargés d’ordures , 13.
- Desbillettes [ M. ] , de l’académie des fciences , travaille fur les tanneries, 29,41,4; , 67,189 , & la préface.
- Dougthy [M.] a voit apporté, un fecret pour les cuirs, 43.
- Dresser les cuirs > 104.
- Droits fur les cuirs , 522 > leur produit , 329 5 leurs inconvéniens , 324. Voyez le tarif, page 11 7.
- Duhamel [M.], de l’académie des fciences, fa phylîque des arbres, 76.
- Durée des palfemens, 177,180,184, 208, 2?I.
- Durée du plamage, 21 ; du tannage, 98 ; maniéré de l’abréger, 100.
- Ë
- Eaux , leurs qualités nuifibles ou avantageufes aux cuirs , 14 , 27 , 19g.
- Eaux limonneufes, 17,27,280.
- Eaux qui abattent & corrompant, 283.
- Eaux vives, 200.
- Echarner les cuirs , 146.
- Echarnures j oreilles fervent à faire la colle. Voyez Colle.
- Echauffe, étuve pour faire tomber le poil des cuirs > 133.
- Ecorce , fa vertu pour tanner, 2; maniéré de la choifir, 77 ; fon prix, 78, 319 ; fa rareté, 79. On tanne à trois écorces, 87s là quantité, 88 > les défauts, 77 » 382.
- Edits fur les|cuirs, art. 321 , page m.
- Egoutter les peaux , 17.
- Emouchet , crin de la queue ; foii prix, 311.
- Empiler les peaux, 1 r.
- Empiler les cuirs fur la cuve , 120 j dans l’échauffe ,191.
- Epargnes à faire fur le fel, 194; fur l’orge ,171; fur le tan , 70 i fur le tems , 100, 180; l’égouttement, 17. Épiler- Voyez Débourrer.
- Euze , chêne verd, 66. Expériences faites pour les tanneries. Voyez MM. de Bujfon, Guimard , Gleditsch , Teybert.
- F
- Faible , paffement faible, 127. Voy. Pajfement.
- Faux, 147.Voyez Couteau. Fermentation. Voyez Gonflement, Pajfement.
- Feu , l’emploi qu’on fait du feu dans les palfemens , 145 > inutile dans la jufée, 284*
- Fiente de pigeon , 39,41. Finance , fource de deftru&ion & de ruine pour le commerce , 926,577.
- Flotté , bois flotté , fans écorce, pelard, 77.
- Fort , palfement fort , palTement neuf, 126, 182,213.
- Fosse , la figure & fa conftrudion , 77 ; maniéré de coucher en fofle, 84.
- Fougeroux [ M. de ], auteur de l’art du tonnelier, 77. •
- Fouler les cuirs, 130, 272. Foulons , feraient utiles dans les tanneries, 17.
- Frais de préparation pour le cuir fort, 297 £5? fuiv.
- Froid. Voyez Gelée , Saifons, Chaleur.
- G
- Garouille , plante qui fert à tanner, 67.
- Gelée , fon effet fur les paflemens’, 161,232,2g4%
- Genêt , fert à faire une liqueur'pour dépiler,29» 47.
- Germain
- p.144 - vue 146/631
-
-
-
- A R TV JD U_^T AN N EU R.
- Germain [ Saint-], manufa&ure de S. Germain , 163,225.
- Gisey. Voyez Jufée.
- Gleditsch [ M. ], de l’académie de Berlin 5 Tes expériences fur la maniéré de tanner, 71.
- Gonflement , opération préliminaire du tannage, 2,18 5 par le moyen de la chaux , 19 > de l’orge, 1175 du feigle , 174* du Ion, 1^4; du marc de biere, 24} j du jus de vieille écorce * 19 f j fa durée , 53,208.
- Gouverner les pleins, 24j les palfe-mens, 126.
- Grain,liqueur pour donner du grain au cuir, 42. Voyez Coudrement.
- Guimard (M.), infpe&eurj fes mémoires & fes expériences, y8,138,1 y?, 171. W-
- H
- Habiller, c’eftpréparer, tanner les cuirs. Voyez Tanner.
- Herbon , couteau rond , 13 , 38.
- Hippolyte ( Saint- ). Voyez Manu-fa&ure & M. Barrois.
- Hongroyeurs, comment doivent fe marquer leurs cuirs, 347,
- Humidité nécedaire dans les foiTes, *7>97- j
- ÏEUSE , chêne verd , 66.
- Intervalle des opérations de la tannerie. Voyez Durée.
- Jus de tannée, eau de vieille écorce ,
- 200.
- Jusee , préparation des cuirs avec du jus d’écorce, 190* avantage de ces cuirs, 248 , 3 12 j frais & produits , 508.
- K
- Klein ( M. ), fes expériences fur les tanneries, 71.
- L
- Laver les cuirs, 1?, 144, 26?.
- Leschassier ( M.), confeiller à la
- Tome LU.
- cour des aides ; fes remarques fur la régie, 317, ?44»
- Lessives, qui fendraient â abréger la durée du tannage, 10®.
- Levain des palfemens , 118, 158, Jf4, 17f, 177.
- Liege, cuirs façon de Liege, ou cuirs à la jufée. Voyez Cuir & Jufée.
- Lunettier , cuirs delunettiers, fi.
- M
- Mailler les cuirs. Voyez Battre.
- Main - d’œuvre , prix de la main-d’œuvre , 29p.
- Manufacture de Le&oure, 194, 2pi de Saint-Germain , 165,219, ,
- 266 ; de Saint-Hippolyte, 126.
- Marc de biere j fon ufage pour les tanneries, 24?.
- Marques pour le poids des cuirs, 6 1 pour les droits des cuirs , 544.
- Megissiers j comment fe marquent leurs peaux, 54y, 348.
- Montaran (M. de), intendant du commerce , contribue à cet ouvrage. Voyez la préface. If indique l’ufage du marc de biere, 243.
- Mort-, plein mort, 21 ; palfement mort, 122.
- Mottes j maniéré de les faire , 291 ; leur prix, 292. Voyez l'explication des planches, page 129.
- Mou le à mottes, 291.
- Moulins à tan, gu à écorce , 60.
- N
- Nauffes ; foffes à tanner à la da-noife,2y6.
- Noir ; poil noir palTe pour indiquer des cuirs moins ferrés & moins bons, 4.
- Normandie ; les cuirs de cette province pafl’ent pour être moins nourris, 3.
- O
- Oeuvre , cuir à œuvre, 66, 260. Voyez Cuir.
- T
- p.145 - vue 147/631
-
-
-
- ART BU TANNEUR.
- 146
- Offices fur les cuirs ; leurs incon-véniens 324 J leur fuppreifion , page
- J12.
- Oreilles des cuirs fervent à faire de la colle. Voyez Echarmire, Colle.
- Orge ; fon ufage pour faire gonfler les cuirs , 118 j fon prix, 126, 303 jm-convénient de cette méthode ,163.
- Os de la tête, que les bouchers laif-fentaux cuirs , 8, 16.
- Outils du tanneur.Voyez Couteau* Chevalet i Qpieurfe , Cuve.
- P
- Parer les cuirs, 104.
- Passement j liqueur aigre pour faire gonfler les cuirs ,117; mort, 208 ; faible & fort, 213 j neuf, 230,* courant, 22 6 > de partage, 232 ; de repos , 230 ,* tout aigre , 2if j à l’orge, 118 > aufei-gle , 187 j au fon , 177”, à la jufée , 203 , 223 i blanc, 127 j chaud, 129, 138, 17)* j rouge, 127 , 178, 167.
- Passer préparer un cuir, ou le tanner.
- Passer)e, ou paffement, 200.
- Peaux i la différence entre peau & cuir, c’efl: que les peaux n’ont encore aucun apprêt, & elles deviennent cuir par le travail du tanneur. Qualité des peaux, 3.
- Peaux fraîches j maniéré de les marquer, ibïd.
- Peaux falées , 95 lavage des peaux, 13 5 maniéré de les débourrer, 25.
- Peaux humaines tannées, 279.
- Peler des peaux. Voyez Débourrer.
- Percher, cage-à-mottes , étente, 291.
- Peser; par qui les pefées doivent être faites ,336.
- Peuples de PÂfie, de l’Afrique, de l’Amérique ; leurs maniérés de tanner, 61.
- Pierre. Voyez Battre , Quewfe.
- Pigeon ; fiente de pigeons fert dans les tanneries , 3<5.
- Piquer ; les peaux fe piquent dans certaines eaux. Voyez Eaux.
- Plamer ; un cuirfe plame quand il fe gonfle , s’amollit & fe dégraifl’e parle moyen de la chaux.
- Plamerie, 39.
- Plantes dont on peut fe fervir dans les tanneries, 47, 61,7f.f
- Plein, creux pratiqué en terre & rempli d’eau & de chaux, 19 ; maniéré de les faire, 20, 21 , £5? fuiv. Variétés pour la cendre, la chaux , 22; maniéré de les gouverner , 24. Plein mort , faible, neuf, 33,* fa durée,21,263.
- Plier en toifon ,11.
- Poids des cuirs frais, & la maniéré de les marquer, 6; des cuirs tannés, 298, 329.
- Poil ou bourre, 299. Poil de chevre, VS-
- Poinçon de tannée, quantité de200 livres, 78,293.
- Potier ( M. ) , intendant du commerce. Voyez la préface.
- Poudre, écorce en poudre. Voyez Ecorce.
- Préparation des cuirs.Voyez Frais de préparation, Prix , Tanner.
- Prix des peaux, 7, 72; de la chaux, 20; de l’écorce, 78, 297,- de l’orge, 126, 303 ; du cuir de cheval, 278 ;°du cuir à la chaux , 298; du cuir à l’orge ,
- ^coproduit des tanneries, 297 & fuiv, Prud’hommes pour la vifite descuirs, page 101.
- Puisard pour faire le jus d’écorce, 199. Voyez P explication des planches » page 128.
- Puits d’où l’on tire de l’eau avec une pompe, 291. Voyez P explication de las planche III, page 141.
- p.146 - vue 148/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- *47
- Q
- Quantité d’écorce pour chaque cuir, 88. '
- Queues de bœufs ,311.
- Queurse, pierre à aiguifer, & que les tanneurs emploient à dépiler, 26, 27 , 38,266.
- R
- Rabattre les cuirs,les remettre dans le plein ou dans la cuve, 120.
- Racine de ruau , employée pour tanner , 6f.
- Raie , prix commun de la raie , ou de la piece de cuir, 7,
- Rasement des cuirs, i47.Voyez Débourrer.
- Rebattre , faire rebattre ou ramollir les cuirs dans l’eau , 147.
- Redoul ou roudou, rhtts myrtifo-lia, 1,63,64.
- Refaisage des cuirs à œuvre , 268 ,• des chevres , 276.
- Régisseurs des droits fur les cuirs, 333 ; leurs inflru&ions, 3395 leurs prétentions parai fient contraires au bien du commerce , 37y.
- Réglemens pour la fabrication des cuirs ,317.
- Regros , grofie écorce qu’011 emploie dans la jufée, 214,21 f, 231.
- Remises; c’eft le nom qu’on donne aux fofles en Languedoc. Voyez Fojjes.
- Repos ; paflement de repos, 229.
- Revenu , cuir revenu ou ramolli par le moyen de l’eau où il a trempé ,13.
- Riviere ; travail de riviere ,37,116,
- 263,272,27f.
- Rodoir ; coudrets, cuves à coudrer, 262.
- Rond; couteau rond ou Lourd, j2<\
- Rouge ; paflement rouge , 127,1 y8, i6f,27f.
- Ruau , racine qui iert a tanner , 6f.
- S
- Sable , fert à débourrer, 26.
- Saisons ; leur influence furies cuirs, 198,204,208,232,284.
- Sang & autres ordures , doivent être emportés par le lavage ,13, 144.
- Sauvages (M. de), profefleur de botanique à Montpellier, 6f.
- Sec , cuir fec à oreille, c’eft-à-dire, aflfez fec pour que les parties qui fe-chentle plus difficilement, n’aient plus d’humidité.
- Secher , comment on fait fécher les peaux fraîches, 12; les cuirs tannés, 103.
- Séchoir des cuirs, 103. Sechoirdes mottes, appellé auffi percher, cage-à-mottes, étente , 291.
- Seiglei fon ufage pourles’cuirs, 1875 employé autrefois en France , 189.
- Sel, néceflaire'pour les peaux, 9. Sel de morue accordé aux bouchers, 10. Sel néceflaire dans les peaux en échauffe, 131 ; dans les paflemens, 143, J77-
- Semelles de fouliers ; attentions qu’elles exigent, 289.
- Silhouette (M.), contrôleur-général en 1779 ; fages difpofitions de ce miniftre, 324, 332.
- Sippage , cuir au fippage,2yy, 301.
- Son, employé pour le gonflement des cuirs, 17y , 184.
- Statuts des tanneurs de Paris,page 98.
- T
- Talons , font les côtés du couteau à deux manches. Voyez Couteau.
- Tan. Voyez Ecorce.
- Tannée , écorce qui a fervi dans les fofles , 79, 199 ; fert à faire des mottes , 290 ; fert aux jardiniers , 294 ; fon prix, 299.
- p.147 - vue 149/631
-
-
-
- ART DU TANNEUR.
- Tanner ,* définition de ce mot ,page i, au commencement. Voyez Gonflement: , Ecorce, Fojfe, Plantes, Peuples, Angleterre, Cuirs, Pajfemens , Durée , Frais, Droits, Commerce , Défauts, tils.
- Tanner à l’eau chaude, 274.
- Tanneurs * leurs ftatuts, page 98 > ils ont du Tel de morue , 10.
- Tarif des droits fur les cuirs, page ïiy.
- Taureau; peaux de taureaux, 4.
- Teybert CM.), expériences faites par lui pour la perfection des tanneries, 102,129,171.
- Toison; plier en toifon, ir.
- Tonnerre; moyens d’empêcher l’effet du tonnerre fur les palfemens, 160.
- Tourner; les palfemens iontfujets à tourner , 179 , 170.
- Train de plamage; alfemblage de cuirs dans la chaux, 126.
- Transylvanie 5 cuir de Tranfylva-nie ,187.
- Travail de riviere , 37, 116, 272* 27f. f
- Tripe , cuirs en tripe , 28.
- Trudaine (M. ) , confeiller d’état & intendant des finances, contribue à cette defcription. Voyez la préface.
- V
- Vache , cuir de vache , plus fort que celui de bœuf, y;fe palfe ordinairement en Faible , 260 ; c’eft le meilleur cuir , 271.
- Valachie , cuirs de Valachie, 129; fe fait avec des palfemens chauds , 1585 frais & produits ,506 n
- Verd , cuir verd ou frais, 6.
- Verdelets , petits trous que les infectes font dans le cuir, 286.
- Vieux ; cuirs des vieux bœufs ne réuffilfentpas en Liege, 222.
- Vinaigre, fe met quelquefois dans les palfemens pour conferver leur fraîcheur , & en développer la fermentation, 118.
- Fin de l'Art du Tanneur.
- p.148 - vue 150/631
-
-
-
- ART
- DU CHÂMOISEUR
- Par M. de la Lande.
- p.149 - vue 151/631
-
-
-
- p.150 - vue 152/631
-
-
-
- ART
- DU C H A M OI S E U R. (•)
- K..........JL-..-r-----------------=»•
- V
- JUe travail des peaux & des cuirs des différons animaux renferme plufieurs arts que nous entreprenons de décrire : le chamoifeur, le mégiffier, le tanneur , le corroyeur & le hongroyeur. Ils font tous nécefsaires aux befoins de la vie j ils font l’objet d’un commerce précieux j ils renferment des détails de pratique fufceptibles de perfection , & des procédés qui ne furent jamais éclairés des lumières de la phyfique. Nous les regardons en conféquence comme une partie efsentielle des arts , que l’académie a entrepris d’examiner & de décrire. L’ufage des peaux femble être auffi ancien parmi les hom mes que la coutume de s’habiller. Fecit àom'mus Deus Adœ & uxori ejits tunicaspeîiiceas induit eos,
- dit la ©enefe, cbap. III, v. 2 r ( 2 ). On retrouve le même ufage dans tous les tems,&chez toutes les nations. Les fauvages même ne laifsentpas de travailler les peaux avec beaucoup d’adrefse.
- Si la plus utile de toutes les préparations des peaux eft celle'qui fournit la partie la plus efsentielle de nos habillemens , c’eft l’art du chamoifeur qui doit avoir la préférence. Les peaux qu’il fournit font les plus chaudes, les plus douces, les plus moëüeufes, & il en peut tirer de tous les animaux.
- i. Le ch a m pis, proprement dit, en latin rvpicapra , eft un animal quadrupède & ruminam^, prefque fembîable à une chevre , dont la peau eft extrêmement fouple , l^faude & belle, lorfqu’elle a été pafsée en huile ; & comme le
- (i) Cette defcription de l’art du chatnoi- fidait alors à ce grand ouvrage , trouva peu Leur , parut en 1765. Deux ans après, elle de choies à ajouter au travail de M. UE la fut inférée dans le vol. 4 V de la traduction Lande. ;
- allemande des cayers des arts & métiers , (2) L’Éternel Dieu fit à Adam & à fa
- p. 86 & fuivantes. M. de Justi , qui pré- femme des robes de peaux, & les en reyétit.
- p.151 - vue 153/631
-
-
-
- ART DU CHAMOIFEUR,
- nombre des véritables chamois eft trop petit pour les ufages du commerce, ou eft en ufage de travailler toutes forces de peaux en forme de chamois avec la chaux, l’huile, le foulage & la fermentation. On appelle chamoifeur ( 3 ) l’ouvrier qui les prépare.
- L’animal appelle chamois, fe trouve fréquemment dans les montagnes de la Suifse, dans les Pyrénées & dans les Alpes ; Les cornes font noires & légèrement cannelées, recourbées par le haut} il a deux ouvertures derrière les cornes, huit dents incifives à la mâchoire inférieure , les pieds fourchus & creux par.defsous. On en trouve une defcription détaillée , donnée par M. Duvernev , dans les anciens mémoires de Pacadémie, tom. III,
- 2. Les peaux de boucs & de moutons fe pafsent en chamois , & en portent le nom dans le commerce ordinaire. On a vu dans l’art du parcheminier ( 4) , la manière de mettre en chaux , de peler & de travailler de riviere ; & nous entrerons encore à ce fujet dans de nouveaux détails , lorfqu’il fera quef-tionde l’art du mégiffier ( f ). Le chamoifeur fait beaucoup moins d’ufage de la chaux.
- 3. Les peaux de moutons qui ont été rincées de chaux , après avoir été quelque tems dans le plein , peuvent appartenir au mégiffier pour être pafsées en blanc, ou au chamoifeur pour être pafsées en huile. On verra dans l’art du mégiffier le travail du confit, de l’alun & de la pâte , qui donnent la blancheur à des peaux de mégie. Nous allons voir comment l’huile, le foulon, réchauffe, le dégraifsage , donnent aux peaux de chamois la force , la fouplefse, le moelleux , qui en font les caracfteres diftinCtifs & les principaux avantages. Le mégiffier tire d’une peau toute fon huile naturelle, & n’y fubftitue prefque rien : auffi les peaux de mégie font Léchés, & faciles à déchirer. Le chamoifeur, au contraire, va fubftituer à cette graifse naturelle qui était trop compacte, trop dure , trop fujette à la putréfaction , trop gommeufe & trop dif-folubie dans l’eau, une huile douce qui pénétrera le tifsu de la peau jufques dans l’intérieur , qui l’adoucira en s’y unifsant d’une maniéré plus intime, en s’y diftribuant d’une maniéré plus uniforme que la graifse naturelle , & la garantira des changemens que l’humidité & la pluie caufeitt à une peau naturelle.
- La plupart des chamoifeurs achètent des tanneurs ou des mégiffiers les cuirs (6), c’eft-à-dire , les peaux déjà pelées & prêtes à travailler de riviere , parce que les mégifiiers font en pofseffion du commerce dfjjlaines , comme nous l’avons dit en parlant du parcheminier , qui eft une efpece de mégiffier.
- ( î ") Ce nom femble fuppofer que les (O Cet art eft auffi réuni dans le même peaux de chamois, plus fortes, plus fouples volume.
- que celles de moutons , ont été les premie- (6) Dans les pays où le commerce eft res qu’on ait travaillé de cette maniéré. abfolument libre , comme en Suiffe , les
- (4) Cet art fait partie de ce volume , où chamoifeurs achètent les peaux de la pre-l’on peut le confulter. miere main.
- 4-
- p.152 - vue 154/631
-
-
-
- A HT DU C H A M 01 S‘E U R.
- i53.
- 4. Quand 011 pafse en chamois des peaux de moutons & des peaux de chèvres , on ne les met pas indiftindefnent & pêle-mêle dans un même habillage, parce que le mouton s’échauffe difficilement dans le foulon , au lieu que la chevre étant échauffée beaucoup plus tôt, ferait altérée avant que les peaux de moutons fufsent au point nécessaire.Les chevres pourraient même fe brûler, pour peu qu’on les laifsât repofer dans le moulin , ou qu’elles reflafseut en pile au fortir dumoulin , comme 011 le verra art. 29.
- Les peaux de moutons dont fefert le chamoifeur , s’achètent à Paris chez le mégiffier. Il n’eft pas permis aux chamoifeurs de les tirer de la boucherie. Les mégiffiers , après en avoir tiré la laine , les laifsent quelques jours dans un mort-plein, pour les conferver jufqu’à ce qu’ils en aient une quantité fuffifante.
- Le ehamoifeur , en recevant les peaux du mégiffier , les jette dans un autre plein-mort pendant huit jours , plus ou moins, félon qu’on eft preffé. Ce plein-mort commence à difpofer les peaux, & les prépare à l’adion d’un plein-neuf.
- 6. On a vu dans l’art du parcheminier, & l’on verra dans celui du mégiffier, la maniéré de faire un plein-neuf. Celui du chamoifeur n’en différé pas : 011 y laifseles peaux quinze jours , un mois , quelquefois deux mois , fuivant que les peaux paraifsent plus ou moins attendries , ou que la faifon contribue à accélérer le travail ; mais pendant cet intervalle on leve tous les deux jours; & quand les peaux ont été en retraite pendant le même tems, on les recouche dans le plein.
- Les peaux de moutons n’exigent qu’un mois de plein ; les boucs y font jufqu’à deux mois , & quelquefois davantage.
- Les boucs & les chevres qui fe travaillent chez les chamoifeurs , s’achètent à poil ; car le mégiffier n’y a aucun droit. On les tire d’Orléans & de plufieurs autres provinces , parce qu’il y a peu de chevres aux environs de Paris. Comme elles font feches, on eft obligé de les jeter dans un cuvier plein d’eaii, pour les faire revenir pendant quelques jours, & les ramollir. On les rétale enfuite fur le chevalet , avec un couteau concave qui ne coupe point, mais qui travaille & abat le nerf, affouplit & prépare la peau. On en peut rétaler deux cents dans un jour.
- Les peaux qui font rétalées , fe jettent encore dans l’eau, pour y demeurer l’efpace de deux jours i elles achèvent de s’y ramollir , & deviennent comme des peaux fraîches. Mors on les jette dans un mort-plein , pour faire tomber le poil. Il ne faut pas quinze jours , même dans un plein dont l’adivité eft tout-à-fait épuifée. Il en faudrait bien moins, fi on les jetait dans un plein un peu plus adif : mais un plein-neuf faifirait trop les peaux. Il faut les difpofer par des pleins-morts.
- 9. Les peaux de boucs & de chevres fe pelent enfuite avec le couteau ordi-
- Tome III. V
- p.153 - vue 155/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEUR
- naire qui ne coupe prefque pas, mais qui rie fait qu’enlever le poil, ainfi que bous avons appris à débourrer les veaux dans l’art du parcheminier. On peut peler deux cents peaux de chevres dans un jour.
- La bourre de chevre & de bouc fe vend de 10 à if livres le cent, quand elle a été bien lavée dans des paniers, & féchée au foleil. On l’employait autrefois en filature, pour faire des tapifseries communes ; mais le poil de chevre , fi employé dans le commerce, fe tire du Levant.
- Après que les peaux ont été pelées, on les met dans un plein-neuf ; c’eft celui où elles doivent piamer, c’eft-à-dire, s’attendrir & fe dégraifier pour pouvoir être pafsées en huile.
- io. M. Denis, directeur de la manufacture royale de Corbeil, m’a dit avoir fait avec M. Guimard, infpecteur général des cuirs en 1745 , des expériences qui tendaient à fe palTer de la chaux pour le chamois [ 7 ], comme pour les cuirs forts , en employant des bajfemens, c’eft-à-dire , des eaux aigres faites avec la farine d’orge. Ces eaux aigres produifaient en effet la même fermentation , le même gonflement dans les peaux , & en bien moins de tems que l’eau de chaux. Cependant ils ont cru reconnaître que les peaux qui en réfultaient ne devenaient pas auffi moëlleufes que celles qui ont paffé dans la chaux. Peut-être parce que la gomme naturelle & la graifle feche dont le tifsu de la peau eft abreuvé, ne s’en détache pas alfez promptement pour pouvoir quitter dans les baifemens , ou que ccs parties ont befoin de l’adtion corrofive de la chaux.
- Les baffemens qui furent employés dans ces expériences étaient abfolument les mêmes que ceux qui fervent dans la tannerie pour les cuirs forts, & que nous décrirons amplement lorfqu’il fera queftion de l’art du tanneur [g], il nous fuffiira de dire ici que , pour un cuir de bœuf qui pefe 100 livres à la raie , c’eft-à-dire, au fortir de la boucherie, on emploie 20 livres de farine d’orge, & que la fermentation durequinze jours ou trois femaines, fuivant la faifon.il faut relever les cuirs tous les jours pendant quelques heures, pour aider la fermentation parle contacft de l’air. Au relie, ceux qui voudraient répéter ces expériences, qui mériteraient d’être fuivies , même pour le chamois, auront recours à l’art du tanneur.
- Pour éviter les frais de l’orge (9), qui vont au moins à quinze ou vingt
- (7) La chaux fait fur les peaux en cita- fonnemens pour juftifier leur conduite, mois le même effet que fur les cuirs forts. (8) Voyez Art du Tanneur , art. i 17 , On a pu voir ce que j’en ai dit dans l’art du page s 1 &fuiv. de ce volume, tanneur , d’après les obfervations de M. (9) J’ai taché dans Y An du Tanneur, Schreber & nos propres expériences. Mais de faire fentir combien les paffemens à comme les procédés avec la chaux coû- l’orge font inutiles, puifqu’on peut obtenir tent moins de travail, ils font préférés par le même but par des moyens beaucoup plus les ouvriers, qui ne manquent pas de rai- fimple3.
- p.154 - vue 156/631
-
-
-
- ART B U CHAMOISEU R.
- 15 5
- fols par cuir , M. Guimard employa auffi des marrons - d’inde pour faire fcs fcalfemens , & iis réuffirent paffablement. En général, toutes les lubllances végétales étant fujettes à s’aigrir & à fermenter plus ou moins vite , comme nous le dirons en parlant du confit £ if]., elles peuvent être propres à faire des baflemens.
- On a fait aulïi du chamois qui n’avait pafsé ni dans la chaux ni dans les bafsemens , mais feulement dans une eau de fel & d’alun , comme les cuirs de Hongrie : mais les peaux ne prenaient point de corps j elles étaient trop plates, trop refserrées par la ftipticité de l’alun.
- 11. Les peaux de moutons, de veaux & dechevres , après avoir été travaillées de riviere , font en état d’être effleurées. On fait du chamois effleuré , & du chamois à fleur : ce dernier n’acquiert jamais la fouplefse , l’épaifseur, le cotonneux de celui qui eft effleuré. Il eft beaucoup plus long-tems dans le moulin & à l’échauffe : mais il eft plus fort , & on le demande pour certains ufages , à caufe de fa durée. Il n’y a guere que le veau & le mouton qu’on puifse travailler ainfi. Les boucs , les chevres, les daims ne fauroient con-îerver la fleur ; elle eft trop âcre , trop dure , trop cafsante , & difficile à nourrir d’huile î mais quand ces peaux font effleurées, le côté de la fleur eft le plus cotonneux, le plus beau ; & c’eft celui qui fe porte au-dehors dans un habillement , au lieu que le mouton fe porte du côté de chair.
- On fait à Grenoble &à Orléans des veaux à fleur ; mais on ne prend guere que les peaux qui font défeélueufes , & qui ne peuvent pas fervir dans la tannerie.
- On effleure une peau avec un couteau concave , dont le milieu ne coupe prefque pas , & dont les extrémités feulement font tranchantes. Les extrémités tranchantes fervent à couper , quand il eft nécefsaire, les parties les plus dures de l’épiderme ou de la fleur. Quand elle eft à moitié détachée par le tranchant, la partie moufse du couteau achevé de l’enlever, ou plutôt de l’arracher , en appuyant de force le couteau fur la peau du haut en bas. Lorfque les peaux fontcreufes [ ig] , & qu’il eft à craindre d’en arracher des lambeaux par cette opération, on rafe la peau ; c’eft-à-dire , qu’on coupe l’épiderme au lieu de l’arracher ; elle cotonne moins, & elle eft moins douce après le travail, que fl elle eût été rafée.
- On donne un fol de chaque peau de mouton à celui qui effleure , & dix-huit deniers d’une peau de bouc ou de chevre. On peut en effleurer trois ou quatre douzaines par jour.
- 12. Après avoir effleuré les peaux, on les met dans l’eau, c’efl-à-dire, dans un baquet, où elles trempent quelque tems. On les foule dans ce baquet ayee des pilons qui font formés chacun d’une petite mafse de bois & d’un aîanche de quatre pieds de long. On les tord pour en exprimer l’eau : mais
- V ij
- p.155 - vue 157/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEU R.
- cette opération eft bientôt flûte: on en tordrait cinq à fix cents par jour. Si les peaux font bien travaillées de riviere, l’eau en fortira claire & limpide , & c’eft ainfi qu’elle doit être : fi deux ou trois façons de fleur & de chair ne fuffifaient pas pour les bien nettoyer & afsouplir, on en donnerait encore davantage.
- 13. Les chamoifeurs qui font aufli mégiflïers-blanchers, réfervent pour la blancherie les peaux qui fouffriraient trop par l’effleurage. En effet, le travail du mégiffier eft beaucoup moins dur , & fatigue bien moins les peaux que celui du chamoifeur. Il y a même fouvent dans les peaux qu’on effleure, des parties où l’on eft obligé de laifser la fleur , parce que la peau y eft creufe , & qu’il ne relierait qu’une demi-épaifseur trop faible pour réfifter au moulin. C’eft ainfi que fouvent dans le ramaillage , on réferve la culée & les collets pour foutenir la peau.
- Cette opération eft très-utile pour les peaux qu’on fe propofe de mettre en couleur ; car les peaux effleurées fe teignent plus aifément.
- 14. L’effleurage , c’eft-à-dire , l’épiderme qu’on enleve de defsus la peau en effleurant, fert à faire de la colle qui eft tres-recherchée & très-bonne. On lave & l’on fait fécher au foleil cet effleurage , & on le vend treize , quinze ou dix-fept livres le cent, fuivant letems.
- Après avoir effleuré, on écharne encore les peaux fi cela eft nécefsaire, & que le travail de riviere n’ait pas emporté tout ce qu’il y a de charnu & d’inutile fur le côté oppofé de la fleur.
- DU CONFIT.
- if. Les peaux qui ont été vingt-quatre heures dans l’eau, & qui font bien foulées & ramollies, fe mettent en confit, c’eft-à-dire ,dans un baquet d’eau, où l’on met un peu de fon pour s’aigrir & faire fermenter la peau.
- Le confit eft beaucoup moins nécelsaire au chamois qu’à la mégie, c’eft-à-dire , aux peaux blanches. Le chamois pafsera un ou deux jours dans le confit, tandis que les peaux en mégie de la même qualité y feront quinze jours ou trois femaines. Le confit ne fert au chamois qu’à préparer le travail du moulin i la peau déjà un peu attendrie , recevera plus aifément l’huile qui doit s’y introduire & la pénétrer : mais Ci l’on a un tems chaud & une eau douce , mucilagineufe , qui abatte beaucoup les peaux , c’eft-à-dire , qui les travaille & les pénétré facilement, on peut fe pafser totalement du confit, & le moulin peut y fuppléer. Ainfi il y a des peaux qu’on fe contente en été de paffer dans l’eau de fon, & qu’on en retire tout de fuite. On jette quelques poignées de fon dans un baquet d’eau ; on y met une cinquantaine de peaux; on jette encore un peu de fon par-deifus ; on les remue, on les retourne , on les manie dans cette eau de fon pendant deux à trois minutes, & on les retire pour faire
- p.156 - vue 158/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEÜ R.
- M7
- place à d’autres. Quand toutes les peaux qu’on veut habiller ont été paffées dans le Ton , on les tord pour en exprimer l’eau , & on les porte au moulin 5 les particules de fon qui reftent attachées à la peau, quoiqu’en petite quantité, ne laifleront pas de l’abattre, c’eft-à-dire , d’aider à la fermentation lorfquece fon viendra à s’aigrir , & que les peaux au fortirdu moulin fe repoferontavec leur fon.
- 16. Les peaux quifortent du confit doivent être lavées, & tordues avec la bille, avant d’être portées au moulin pour y être foulées ; parce qu’il fufïir qu’elles aient de l’humidité & de lafouplefse pour fe prêter à l’aétion des maillets.
- Pour tordre les peaux, on en met quatre fur une perche en forme de tra-verfe, foutenue à la hauteur de cinq pieds par deux montans verticaux. On range ces quatre peaux de la maniéré fuivante : la première pend du côté de l’ouvrier, n’ayant fur la perche que quelques pouces de la longueur de la peau , ou ce qui eft nécefsaire pour l’y foutenir j la fécondé pend du côté oppofé, & ne recouvre qu’une partie de la première ,* les deux autres font placées fur les deux premières , l’une d’un côté, l’autre de l’autre i toutes quatre font d’abord étendues fur toute leur largeur, mais 011 replie enfuite les bords fur le milieu de chaque côté, pour pouvoir faifir le tout avec plus de facilité.
- La bille dont on fe fert pour tordre les peaux , eft un inftrument de fer compofé de deux branches en équerre & d’un demi-cercle de trois à quatre pouces de diamètre , dont le plan eft perpendiculaire à celui des deux branches i les branches ont, l’une un pied & demi, & l’autre deux!pieds j le demi-cercie quia trois ou quatre pouces de diamettre , eft placé à l’endroit où fe joignent les deux branches , & le tout enfemble forme comme une efpece de manivelle pour aider l’aétion de celui qui tord une peau.On voit la bille en X} planche I, & en C l’adHon de celui qui tord les peaux. !
- 17. Pour fe fervir delà bille, on la prend de la main droite, & l’on applique une de fes branches verticalement fur un des côtés de l’alfemblage des quatre peaux : la partie concave de la bille embrafse alors les peaux qui font en avant, & l’ouvrier prend de la main gauche la branche de la bille avec l’extrémité des deux peaux qui pendent vers lui j avec l’autre main , il fait tourner la fécondé branche de la bille par-defsous les deux autres peaux1: il les ramene ainfi;aütour des deux que la bille avait déjàprifes; & faififsant aufli de la main gauche les extrémités de ces deux dernieres peaux, il continue avec la main droite de faire tourner la bille fur les quatre peaux : ce frottement en exprime l’eau qu’elles contenaient en abondance. Quand la bille a fait dix ou douze tours, on la dégage, & l’on recommence à tordre une fécondé fois, en reprenant la peau de la maniéré que nous l’avons dit. Les plis étant changés dans la fécondé opération , & les peaux un peu plus bafses, la partie
- p.157 - vue 159/631
-
-
-
- MS
- ART D U C H À M 6 I S E U R<
- qui était auparavant fur la perche , fe trouve tordue à fon tour , & l’eau eft mieux exprimée dans le total de la peau.
- DU MOULIN.
- .18. Ilry a des chamoifeurs qui font pafser les peaux dans le moulin pendant deux heures au fortir du confit, avant que de les mettre en huile , & qui leur donnent enfuite un vent blanc d’un quart-d’heure ; mais ce travail n’étant pas le plus efsentiel , nous ne parlerons du moulin qu’après avoir indiqué le tra-:Vaii de celui qui donne l’huile.
- Le confit ayant un peu attendri les peaux , & le moulin les ayant afsouplies, elles peuvent recevoir la première huile. On jette fur la table une foulée qui eft de douze douzaines de moutons; on les prend toutes féparément, on les -fecoue , & les étendant l’une fur l’autre fur la table , on trempe les doigts dans l’huile & on les fecouefur la peau en différais endroits , de maniéré qu’il y ait afsez d’huile pour hume&er légèrement toute la furface de la peau. On la. diftribue avec la paume de la main que l’on pafse fur toute la furface de la peau , & on plie la peau dans fa largeur à quatre doubles , en lui laifsant toute la longueur. C’elt fur la fleur qu’il faut donner l’huile , autant qu’il eft poifi-ble ; car comme la fleur eft plus fufceptible d’être furprife par le vent , il eft plus efsentiel de tenir la fleur tranquille par le moyen de l’huile qui garantit la furface. La table qui fert à mettre en huile doit avoir un rebord pour empêcher que l’huile.ne coule & ne fe perde.
- A mefure que la peau a reçu fon huile, l’ouvrier la jette fur fon poignet gauche ; lorfqu’il y en a trois ou quatre , la fuivante s’étend fur le poignet, de maniéré à embrafser & à couvrir la main avec les quatre peaux qui y font déjà: alors l’ouvrier prenant de la main droite le bas de cette dernierc peau, il le ramene en avant & par-defsus la main , & avec lui les extrémités des quatre autres. Il retire alors fa main gauche de dedans les peaux, & il fait entrer à la place les extrémités bien tordues de toutes ces peaux ; cela forme une pelote de la forme & de,la grofseur d’une veffie ordinaire. On la jette dans la .pile du moulin pour y être foulée-, & ainfi de fuite , jufqu’à ce que la coupe du -moulin,, c’eft-à-dire la pile ou l’auge , foit remplie.-Il en faut ordinairement içiouze douzaines pour former une foulée. Il y a d’autres endroits où la coupe eft de vingt douzaines.
- Les peaux ainfi mifes en huile, fe portent au moulin, pour y être foulées & afsouplies pendant l’efpace de deux heures plus ou moins. Nous allons -donner la defcription du moulin qui fert aux chamoifeurs.
- ' < • Defcription du moulin.
- 19. La planche II repréfente le moulin (10) vu de profil. C’eft un bâtis de (10) En allemand, WaîkrrMhhk.
- p.158 - vue 160/631
-
-
-
- ART DU CH AM01 S EU R
- M9
- onze pieds de haut fur fix pieds de large & fix pieds & demi de profondeur, fur lequel eft fixée une piece de bois C,/^\ J&2, creufée pour recevoir les peaux : on l’appelle la coupe (i i). Elle a deux pieds de hauteur fur deux pieds & demi de large , &cinq pieds de profondeur.' La mafse ou le marteau A qui frappe dans la coupe , a un manche de huit pieds de long fufpendu en B au haut du bâtis. Il ett éloigné de la perpendiculaire par les mentonets d,‘ garnis de rouleaux, qui font fixés fur un arbre tournant D. Cet arbre porte une lanterne de dix-neuf fufeaux , qui eft mue par un hérifson Es & celui-ci eft fixé à l’extrémité d’un autre arbre de renvoi, dont nous parlerons bientôt. On monte à ce moulin par un efcalier I, pourdefservir la coupe C.
- 20. Derrière le moulin , eft un petit treuil F, fur lequel s’enveloppe une corde qui pafsant fur une poulie H qui eft au haut du bâtis’, fe termine par une boucle pour venir prendre un crochet G , attaché à la tête du pilon : par le moyen de ce crochet & du treuil , on éleve les maillets, & on les met hors de prife , foit quand on veut arrêter le moulin entier , foit quand il s’agit de fer-vir une des quatre coupes , tandis que les trois autres continuent d’être foulées.
- 2r. Les figures % &4de la planche II repréfentent le moulin vu de face‘& par-derriere ; on y remarque les mentonets G de l’arbre qui fait mouvoir les pilons HH, & les cordes II qui fervent à les arrêter. La lanterne F, qui eft portée fur l’arbre des cames a dix-neuf fufeaux ,* elle eft conduite par l’hérifson F qui a trente-fix dents. L’arbre de renvoi qui porte l’hérifson F, eft garni à l’autre extrémité d’une lanterne C, de vingt-deux fufeaux ; cette lanterne a deux pieds quatre pouces de diamètre s elle conduit un rouet B de fept pieds de diamètre & de quarante-huit aluchons, élevé au-defsUs du fol* d’environ cinq pieds. A ce rouet, l’on applique deux leviers A, d’environ quinze pieds, auxquels font attelés/deux chevaux , parle moyen des paloneaux LL s ces deux chevaux tournent fur une circonférence de quatre vingt-dixfpieds , qu’ils décrivent communément deux fois par minute, quelquefois un peu plus vite, du moins lorfqu’on les anime. L’arbre des cames fait environ quatre tours & demi pour chaque tour des chevaux ; & comme il y a deux mentonets fous chaque maillet, chacun donne quinze ou dix-huit coups par minute C 12).
- 22. On doit avoir foin de vifiter quelquefois :îes: piles , de peur que dès éclats de bois détachés par le frottement ou par l’ufure'des piles bü'des' marteaux, 11’endommagent les peaux. Par la mêmeraifon, on ne doit jamais laif-fer battre à vuide les marteaux dans les piles , ni laifser agir un marteau tout feul ; car il frapperait contre le bois de la pile, s’il n’était accompagné d’un fécond qui lui renvoie les peaux aufti-tôt que fon coup eft;donné 5 ç’eft cette
- (11) En allemand , JValktrog. autres opérations de cet art, on fait mou-
- (12) Dans les lieux où l’on eft à portée voir les pilons d’une maniéré moins dépende l’eau , fi néceifaire d’ailleurs pour les dieufe & plus fimple.
- p.159 - vue 161/631
-
-
-
- i co ART D.U CH AM 0 1 8 E U R.
- alternative qui donne le mouvement nécefsaire aux pelotes pour une bonne foule.
- 23. Les peaux demeurent fous les pilons l’efpaee d’une heure &> demie, ;deux heures, trois heures, fuivant qu’elles font plus ou moins faciles à pénétrer par l’huile , plus ou moins abattues & difpofécs par la chaleur de l’air , par la fermentation du confit, & par la nature grafse ou maigre de la peau. Les chamoifeurs qui n’ont pas de moulin chez eux, paient ordinairement quatre livres tournois pour une coupe de vingt douzaines.
- 24. Après le travail du moulin, il hutfortir les peaux, leur donner un vent ou un évent. Pour cela, on les étend toutes dans un pré fur des cordes à hauteur d’appui i on les y laifse un quart-d’heure , une demi-heure, fuivant les tems ou le befoin de chaque;peau.On ne les quitte point de vue ; on fe promené fur les cordes,j on obferveles peaux avec foin, tant qu’elles font étendues ; on va de l’une à l’autre les manier, les trier, examiner fi elles ont afsez de vent, & les retirer à mefure. Il eft auflî efsentiel de leur donner du vent, qu’il eft dangereux de leur en donner trop. |Le grand air enleve une partie de l’huile, & fait pénétrer le rcfte : mais fi on en laifsait trop évaporer, les peaux deviendraient très-difficiles à travailler. Il y en a qui font intérieurement 8c naturellement grafses j elles pafseraienc la journée fur les cordes fans fe gâter : il y en a à qui il ne faut qu’un quart-d’heure. Lorfqu’une peau eft prife-du vent , c’eft-à-dire , que l’huile l’a quittée , & que l’humidité de l’eau s’y eft defséchée, la peau devient dure j l’huile a beaucoup de peine à la pénétrer j elle a befoin d’être foulée long-terns , & remife plusieurs fois en pelote pour pouvoir revenir à fou premier état.
- - 25. On a foin, dans la conftru&ion d’un moulin , de fe ménager un grenier ou une efpece de foupente fort élevée, mais fort près du moulin, où l’on jette les peaux qui fortent du moulin, en attendant qu’on les mette à l’échauffe. Je dis qu’il doit être fort élevé, pour empêcher que les rats ne puifsent y aborder : car ils feraient dans ces peaux huilées un dégât confîdérable, fî on les biffait par terre ou dans des greniers peu fréquentés.
- 26. Apres ayoir laifse.les peaux fur les cordes afsez long-terns pour que l’huilemit agi fur leur tifsu 8c les ait pénétrées, on les remet dans la pile du moulin ,\pour y être encore foulées line heure ou deux, & on les reporte fur les cordes : ordonne ainfi deux ou trois vents fur une huile , fi cela eft nécef-faire, comme fi les peaux font naturellement grafses : au contraire, fi elles font feches & difficiles à pénétrer , on donnera deux huiles fur un vent * c’eft-à-dire , qu’après qu’elles ont été mifes en huile & foulées, on les remet tout de fuite en huile fans les mettre au vent,* car comme le vent fait évaporer une partie de l’huile qui eft à la furface de la peau , s’il n’y en a pas afsez pour que cette évaporation devienne nécefsaire , on ne les met point fur les cordes.
- 27.
- p.160 - vue 162/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEU R.
- ï6t
- 27. On donne ainfi jufqu’à f, 6,7, ou 8 vents à des peaux , & chaque fois on les remet au foulon, fi cela eft nécefsaire ; mais il arrive fou vent qu’on donne deux ou trois vents fur une huile , & quelquefois suffi deux huiles fur un vent : c’eft ici qu’il faut toute l’expérience d’un moulinier intelligent. Dans lès peaux qui ne font encore que peu avancées , on connaît au ta<ft fi elles ont afsez d’huile ou afsez de vent j dans celles qui font plus avancées ou qui font fur leur fin , 011 a recours à l’odorat ; il y a une certaine odeur de moutarde, qui prend la place de l’odeur de chair , & à laquelle on reconnaît que les peaux ont pris de l’huile fuffifamment. Les peaux qui font fortes, ont befoin d’avoir plus de vents & plus de foules; on en donne jufqu’à douze à des peaux de cerfs *, les derniers vents lotit ceux qui exigent plus de précaution j la peaufe vitre aifément, c’eft-à-dire , qu’il s’y forme des clairs produits par la crifpa-tion & la rétra&ion de certains plans de fibres qui fe contractent plus que les autres, àcaufede l’impreflion de l’air.
- 28. Les cinq ou fix vents dont nous avons parlé, font mêlés de trois ou quatre huiles , quelquefois davantage , fuivant le befoin des peaux ,* à la pénultième, c’eft-à-dire , à la quatrième huile, fi l’on n’en veut donner que cinq , la peau demande à fe repofer dans l’huile, pour avoir le tems de s’en pénétrer & de s’unir, pendant une femaine au moins, plus long-tems fi on le peut. Il faut qu’elle mange fon huile fur le repos , alors elle fe gonfle & fa nourrit, par un petit commencement de fermentation j mais-il faut bien fé garder alors de faire des piles ou d’entafser les peaux les unes fur les autres. Elles s’échaufferaient en peu de tems, & d’autant plus promptement qu’elles font encore vertes , c’eft-à-dire , qu’elles contiennent encore une partie de la fubftance animale , qui eft toujours fortdifpofée à la fermentation.
- 29. Un vent qui ne demande quelquefois qu’une demi-heure ou une heure quand il fait beau, peut exiger en hiver une journée entière ; quelquefois même cela ne fuffit pas : alors on laifse repofer l’ouvrage ,• mais il faut prendre garde que ce ne foit pas en piles ou en tas , parce qu’il pourrait s’échauffer & fe gâter, malgré la faifon.
- 30. Quand il pleut, & qu’on ne trouve pas d’intervalle de beau tems pour étendre les peaux dantf le jardin , 011 les étend dans un grenier : mais alors elles fechent plus difficilementi il peut arriver même qu’il s’en pourrifse, & il vaut mieux laifser repofer l’ouvrage en pareille circonftance. C’eft ce qui fait qu’en plufieurs endroits , on ne travaille point le chamois en hiver.
- Ceux qui font prefsés & qui travaillent en hiver, font quelquefois obligés d’employer l’étuve, mais feulement pour finir les peaux, quand elles font hors d'eau, c’eft-à-dire, que l’humidité les a abandonnées, & que l’huile a déjà pris le defsus, & s’eft établie dans l’intérieur des peaux. Si elles étaient trop vertes, elles ne pourraient pas foutenir l’étuve : elles fe racorniraient, & ne Tome IIL X
- p.161 - vue 163/631
-
-
-
- 162 ART DU CH A M 0 I S EU R.
- r
- pourraient plus reprendre leur première fouplefse. Ces étuves confident en un endroit bien clos, qui n’ait qu’une petite ifsuepourla fumée, dans lequel on allume un feu léger avec du petit bois ou du charbon, pendant Pefpace de deux heures, les peaux étant fufpendues deux à deux à des clous.
- L’étuve ne vaut pas un petit air de vent » le travail en eft plus long & moins fur j on n’y a recours que dans un cas prefsant, lorfqu’il pleut & qu’on ne peut étendre les peaux en plein air, du moins pour fuppléer au vent j car elle s’emploie toujours après le travail du moulin, comme on le verra, art. 33.
- 3 f. Nous avons dit que pour jeter les peaux dans les piles , on en fait des pelotes, en les rafsemblant quatre à quatre. Ces pelotes ne fe défont point, fi ce n’eft vers la fin de l’opération , & alors elles font communément afsez foulées j cependant il arrive que des peaux fe trouvent furprifes par le vent, qu’elles ont trop d’eau , & font difficiles à pénétrer par l’huile ; on eft obligé de refaire les pelotes. Au contraire, quand les peaux font enfaiblejje , c’eft-à-dire, que fur la fin de l’habillage elles font hors d'eau, & commencent à gonfler par le moyen de l’huile, ces peaux fe collent l’une à l’autre , & les pelotes ne fe défont point.
- 32. Les peaux de boucs & de moutons, ne prennent guere qu’une livre d’huile par douzaine , à chaque fois qu’on les met en huile j & pour le total , on obferve qu’il entre tout au plus huit à neuf livres d’huile dans une douzaine de peaux de moutons de la forte de Paris, & douze livres pour les peaux de boucs. Celles-ci, lorfqu’elles font pafsées & bien feches, pefent de dix à quinze livres la douzaine.
- On emploie également les huiles de morue, de baleine, defardine, de hareng, de marfouin ( 13 ), qui coûtent 50 à livres le quintal. Avant la guerre, on les avait pour dix écus. L’huile de fardine pafse pour être la plus maligne, la plus vive, celle qui nourrit le plus une peau : mais aufli elle donne plus de peine dans le dégraifsage. L’huile de baleine eft celle qui avance le moins, & s’unit le plus difficilement à la peau. Il y a aufli des huiles qui en-crafsent plus que d’autres ; mais le plus grand défaut de l’huile pour les cha-moifeurs, eft d’être mêlée avec de l’huile de grains. Les huiles végétales brûlent, durcifsent, fechentles peaux, & les rendent plus difficiles à dégraifser, les huiles animales font plus douces, plus ondueufes. Les corroyeurs même trouvent que l’huile de poifson, fi elle n’était pas recuite & mêlée avec une leflive, comme nous le dirons en parlant du dégras, ferait trop vive, trop, feche, pour les cuirs gras dont ils fe fervent. I! en ferait de même du fuif frais > qui bride le cuir , di-fent ies ou vriers > tandis que le fuif recuit eft beaucoup meilleur, parcexjue les parties animales y font plus concentrées, & plus dé-harrafsées de la partie aqueufe.
- (13) Toutes ces huiles font connues fous le nom-générique d'huile de poiffont en allemand , Fifditrahn.
- p.162 - vue 164/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEU R. m
- \
- Mettre les peaux en chaleur ou eu chauffage.
- 33. Lorsque les peaux à l’aide du vent & du foulon, font pénétrées d’huile autant qu’elles peuvent l’être, il s’agit de les mettre en chaleur , c’eft-à.dire , en fermentation , pour dilater davantage le tifsu de la peau , pour la faire enfler , pour unir & incorporer l’huile dans fes fibres. Nous avons cxpofé, à l’oc-cafion du confit, le principe & l’effet de la fermentation : cette chaleur qui s’excite naturellement dans les fubftances végétales & animales, eft un mouvement des parties infenfibles qui s’agitent en toutfens, fc divifent, fe mêlent, fe pénètrent & fe combinent mutuellement. C’eft ce qui fait l’union intime de la peau avec l’huile ; c’eft la nourriture de la peau ; c’eft là véritablement qu’une peau eft pafsée en huile. Jufqu’ici l’huile eft appliquée fur les fibres de la peau ; mais elle ne lui eft pas unie. Les peaux, avant d’être mifes en chaleur, ne paraifsent encore que comme de la tripe un peu huilée, dont le dé-graifsage enlèverait toute l’huile , fi on les mettait alors dans la lefltve.
- 34. L’échauffe eft une petite chambre étroite & fermée de tous côtés, dans laquelle on met les peaux en pile les unes fur les autres, pouryfubir unè fermentation qui les échauffe, les dilate, les amollit , &fait pénétrer l’huile dans leur fubftance.
- On eftfouvent obligé d’allumer du feu dans l’échauffe, pour préparer les peaux à recevoir la chaleur de la fermentation : mais c’eft avec du petit bois, des mottes, quelquefois même avec de la paille,* car il fuffit de leur donner un commencement de chaleur , pour qu’elles ne foientpas fi long-tems dans l’échauffe : & ce feu artificiel eft inutile en été, ou lorfque les peaux font déjà fort attendries.
- L’étuve dont on fe fert à la manufadure deSaint-Hippolyte, a fix pieds de haut, & onze pieds en long & en large; plufieurs perches, tendues horizontalement & à quelques pouces du plafond , portent des clous à crochet où l’on attache d’abord les peaux: le milieu de l’étuve eft libre. C’eft.là qu’en allume un petit feu de la hauteur d’un pied, avec autant de largeur ; au-defsus eft un petit foupirail d’environ fix pouces en tout fens , qui fert à diminuer la, chaleur, quand on craint qu’elle nefurprenne les peaux. Il y a aufîi fur le côté , une fenêtre d’environ fix pouces, fermée par un carreau de vitre qui glifse dans une coulifse , pour que l’ouvrier puifse refpirer de tems en tems. Lorfqu’on a des peaux qui font déjà anciennes, & qu’on veut les mettre en chaleur , on leur donne une huile, & 011 les fait fouler un peu : cela remet en mouvement l’ancienne huile , & difpofe le tout à la fermentation ( 14).
- . (14) Il m’a paru que cette defeription plus nette. Toute figure inutile augmente de l’étuve était allez intelligible. La figure fans aucun fruit le prix d’un ouvrage , déjà qi^on pourrait placer icil, n’ajouterait rien à . très-conffdérable fans cela, la clarté, & n’en donnerait pas une idée
- X ij
- p.163 - vue 165/631
-
-
-
- 164
- ART DU CHAMOISEU R.
- 3 f. L’Échauffe eft abfolument nécefsaire au chamois ; c’eft elle qui fait la peau , qui lui donne du corps & de la nourriture , qui dilate les fibres, qui enfle & raccourcit la peau , qui la rend douce & cotonneufe, qui unit & incorpore avec elle les parties huileufes. Sans cette fermentation , le dégraifsage, dont nous parlerons bientôt, emporterait tellement l’huile que lefoulonya fait entrer, que la peau reviendrait prefqtie en tripe , c’eft-à-dire , dans le premier état ou elle était au fortir de la chaux : l’huile n’y eft encore unie qu’ac-cidentellement, & c’eft par la fermentation que les deux fubftnnces s’uniront d’une maniéré inféparable. Les peaux fermentent quelquefois auffi-tôt qu’elles font en échauffe. Il y en a qui y demeurent plufieurs heures, fans qu’il foit nécefsaire de les remuer ; lorfque la chaleur eft afsez grande pour qu’on ait peine à y tenir la main, on remue les peaux, on en fait de nouveaux tas , on les renverfe en fens contraire en les prenant par poignée. On fait quelquefois de la forte fept àhuit remuages.
- 36. Quand l’huile a jeté fon feu , & qu’à force de remuer les peaux on a abattu cette fermentation , il n’y a plus rien à craindre ; les peaux ne fauraient s’échauffer davantage. On peut les garder aufli long-tems qu’il eft nécefsaire , les étendre ou les mettre en tas i elles ne peuvent plus fe gâter : elles gagnent plutôt à être gardées. La peau ne demande qu’à fe repofer dans l’huile. Les fabricans qui ne font pas abfolument prefsés de la rentrée de leurs fonds, attendent les tems de foires ou de vente pour dégraifser leurs peaux, & juf-ques-là ils les gardent en huile.
- Il eft efsentie! pour les peaux que l’on met en’ échauffe , d’avoir été bien travaillées de riviere , bien rincées & bien tordues ; s’il y reftoit de l’eau, & qu’elles eufsent été mal pafsées , la fermentation ferait trop dure, trop feche, trop brûlante : les peaux fe noirciraient & fe durciraient dans l’échauffe.
- Remailler ( i O oit enlever Varriéré -fleur.
- 37. Les peaux de boucs, de cerfs & de chevres, après avoir été foulées, ont befoin d’être remaillées fur le chevalet, avec le fer à écharner. Dans cette opération , il s’agit d’enlever le refte de la fleur ou de l’épiderme, que la première opération a laifsé. La fleur ou l’épiderme de ces fortes d’animaux a beaucoup d’épaifseur ; les racines du poil pénètrent fort avant, & forment un tifsu dur & fec qui ne prend point la nourriture , qui fe roidit comme une corne, rend la peau cafsante, & lui ôte la douceur & le cotonneux qu’elle doit avoir pour l’ufage.
- 38- Lf. couteau dont on fe fert pour remailler eft concave ; il ne coupe presque pas i il arrache plutôt qu’il ne tranche la furface ou l’épiderme de la peau; on le promene avec force , & prefque perpendiculairement du haut en bas»
- ( 1 s ) En allemand , bejchaben.
- p.164 - vue 166/631
-
-
-
- ART D U C H A M 0 1 S E U R.
- i
- en le couchant feulement un peu lorfqu’il cû arrivé au bas de la peau, pour mieux emporter l’huile & le remaillage qui ont été enlevés de la peau. Cette huile qui forme avec l’épiderme , appellée remaillage, une pâte afsez épaifse, fe jette au bas du chevalet, d’où on la retire avec foin pour la mettre dans un baquet. Lorfqu’enfuite on fait bouillir le dégras , comme nous le dirons ci-après [5 1], on y jette ce remaillage j peu à peu il fe délaie , fe cuit & s’épure avec le relie.
- Le chevalet qui fertà remailler, exige pffls d’attention que le chevalet à effleurer. Il doit être plus uni & plus lifse, de peur que le couteau n’arrache les éminences que ferait la peau fur les inégalités du chevalet. Si l’on fe fert du même chevalet pour effleurer & pour remailler, il faut avoir foin de le vifîter & de l’unir avec le couteau en commençant un remaillage.
- 39. On regarde le remaillage, comme une des opérations difficiles de la chamoiferie j car il arrive fouvent que l’on apperçoit du gras en certains endroits fur une peau déjà pafséè , & cela vient du défaut du remailleur. Auffi dans les manufactures où il y a beaucoup de monde, chaque ouvrier marque les peaux qu’il a remaillées , pour les faire reconnaître & fe rendre refponfable des défauts qu’il pourrait y avoir commis. Cet ufage ne vient que de la difficulté du remaillage.
- 40. Les chevres de montagne font plus difficiles à remailler que les autres ; elles font plus vives, c’eft-à-dire , plus difficiles à attendrir dans l’échauffe ; l’épiderme y eft plus adhérent. Par la même raifon , toute autre peau qui n’a pas été afsez travaillée dans le moulin, ou qui n’a pas afsez fermenté dans réchauffe, donne de la peine au remailleur. 11 faut que les peaux aillent bien 3 pour en remailler deux douzaines par jour.
- DÉGRAISSER LES PEAUX.
- 41. On a ôté à une peau fa graifse naturelle , qui pouvait la corrompre en tournant à la putréfaction ; onya fubftitué de l’huile , qui a rendu le tifsu plus Toupie & plus doux , & qui a aidé à la fermentation dont on avait befoin : il s’agit actuellement d’enlever le fuperflu de cette huile artificielle , qui rendrait une peau mal-propre dans l’ufage.
- La chvmie nous apprend que les feîs alkalis combinés avec les matières huileufes, forment des fubftances favonneufcs qui fe difsolvent dans l’eau. Le favon dont on fe fert tous les jours , n’eft fait qu’avec de la graifse & des cendres communes.
- Le même moyen fert à dégraifser le chamois. On fait une leffive avec des cendres communes, fur lefquelles on verfe de l’eau -, cette eau difsout & emporte avec elle les fels contenus dans la cendre. On tremj>e les peaux dans cette leffive j 011 les tord pour en exprimer la leffive unie avec l’huile, e’eft-à-
- p.165 - vue 167/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEU R.
- 166
- éire , l’efpece defavon qu’on a formé,- & on les lave enfuitepour difsoudre & enlever encore mieux cette matière favonneufe , qui eft inutile à la peau.
- 42. Dans les provinces, on ne dégraifse qu’avec de la cendre ordinaire. Le meilleur bois & celui qui 11’a point été flotté ni délavé, donne la meilleure cendre. On en emploie fix à feptboifseaux (*) , pour vingt-cinq douzaines de peaux de moutons. On met ces cendres dans un cuvier, fur des fagots & delà paille couverte d’un drap ; on verfe de l’eau defsus. Si l’on fait la leiîîve à froid , on eft obligé de faire repafser l’eau plufieurs fois furies cendres :li c’eftavecde l’eau chaude , on n’a pas befoin de couler plulieurs fois.
- £1 l’on n’a que des boucs ou des chevres à pafser , on n’a pas befoin de faire la leffive fi forte, parce que le remaillage, qui précédé le dégraifsage, décharge beaucoup d’huile.
- 43. A Paris, 011 emploie de la potafse au lieu de cendres communes ; nous en parlerons plus bas, il fuffit de dire ici que c’eft un fel âcre que l’on reçoit du nord par la Hollande; vingt-cinq livres de potafse fondues dans l’eau , fuffifent pour dégraifser vingt-cinqdouzaines de peaux de moutons.
- On emploie auffi quelquefois les cendres gvavelées. O11 verra plus bas que c’eft auffi un fel âcre extrait par le moyen du feu de la lie-de-vin , qui fournit une grande quantité d’àlkali fixe , de même nature que celui du tartre. L’on en fait un ufage fréquent dans les arts , & fur-tout dans la teinture. Il faut une livre de cendres gravelées , pour une douzaine de peaux de boucs.
- 44. Pour avoir la première huile, qu’on appelle auffi le molot on tord à gras, c’eft-à-dire , qu’on ne fe fert pas d’abord^dc la leffive , mais du lavage , qui efi un degras, tiré auparavant d’un autre dégraifsage. Le molo fe mêle enfuite avec le dégras , quand il eft cuit.
- Pour exprimer cette première huile , on fe fert de la bille de bois, qui n’eft qu’un morceau de bois ou un petit bâton cambré , c’eft-à-dire, un peu courbé par le moyen du feu : on l’appelle auffi torfoir.
- 4f. Pour dégraifser, il faut faire chauffer la leffive de maniéré à pouvoir y tenir la main fans douleur : fi elle eft trop chaude , on y met de l’eau fraîche ; car autrement elle brûlerait l’ouvrage.
- Les peaux que l’on veut dégraifser , foit qu’elles Portent du moulin, foit qu’elles aient été gardées, fe jettent dans la leffive pour y tremper l’efpace d’une heure, plus ou moins , & on les remue à force de bras. Les premières qu’on retire de la leffive , font auffi celles qui y féjournent le moins ; mais comme la leffive fe refroidit peu à peu pendant l’opération , on ne craint pas que les peaux qui font dans le fond , foient brûlées. Il arrive même fouvent
- * Le boiflfeau de Paris eft une mefure de blé qui pefe 20 livres ; il a 10 pouces de diamètre , fur B pouces 2 lignes & demie de hauteur.
- p.166 - vue 168/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEUR. i67
- qu’elles font plus difficiles à dégraifser que les autres, fi le refroidifseraent a été trop confidérable.
- On retire trois à quatre peaux de cette leffive, pour les dégraifser & les tordre avec la bille. Ce travail eft exactement femblable à celui que nous avons décrit, art. 16, en parlant des peaux qui fortaient du confit, & que l’on tordait avec la bille , pour en exprimer l’eau avant de les porter au moulin.
- 4 6. On trempe & on tord les peaux, deux, trois ,& jufqu’à quatre fois, fouvent même davantage. Quand l’ouvrier ne tord que quatre fois, il n’a pas coutume de fe plaindre. L’eau qu’on exprime la derniere fois, contient très-peu d’huile ; on l’appelle le lavage : & l’on appelle molo la. première huile qui s’exprime d’une peau, avant qu’on l’ait trempée dans la leffive , & lorfqu’on la trempe feulement dans le lavage , art. 44.
- 47. Un dégraifsage eft ordinairement de vingt-cinq douzaines; c’eft la journée de trois ouvriers. On partage le total en deux ou trois parties ;c’eft-à-dire, qu’on met tremper huit douzaines de peaux , que l’on tord à mefure qu’on les tire de la leffive} & quand elles font dégraifsées, on en met huit autres douzaines à tremper.
- Les peaux de boucs n’exigent pas une leffive fi forte que les moutons, parce que le remaillage décharge beaucoup d’huile 5 au lieu que les moutons n’étant pas remaillés , & contenant encore toute l’huile qu’ils ont prile, il faut plus d’alkali pour l’emporter. Les chamoifeurs font la leffive de la même maniéré pour les boucs & pour les moutons ; mais ils y mettent plus d’eau quand il s’agit des boucs.
- 48. Lorsqu’une peau eft trop peu avancée dans le moulin , quand elle retient trop l’huile, quand la leffive eft trop froide, quand les cendres font d’une mauvaife qualité , le dégraifsage devient fort difficile. Certains ouvriers s’imaginent que la leffive eft tournée ; ils l’attribuent à un coup de tonnerre , à la préfence d’une femme , ou à quelqu’autre caufe auffi vaine , dont nous ne parlerions point , fi ce n’était pour en faire obferver le ridicule. La leffive que l’on fait à froid dans certains pays , eft fujette à s’affaiblir & à fe gâter , parce qu’elle exige trop de tems pour fe faire: mais la leffive chaude n’eft pas fujette à fe corrompre, parce qu’on l’emploie fur-le-champ.
- Quand les marchands infidèles mêlent des huiles végétales, telles que l’huile d’olive, de noix , de navette, ou autres femences pareilles , ces huiles végétales n’étant pas également mifcibles avec les alkalis , le dégraifsage de^ vient fort difficile ; on croit que la peau eft dégraifsée , & il arrive enfuite que la chaleur la fait reparaître , & que les peaux poufsent de la graifse, fuivant le langage des marchands.
- S&Un dégraifsage de vingt-cinq douzaines de moutons, demande environ vingt livres de cendres gravelées , ou bien vingt-quatre livres de potafse , ou enfin quarante livres de foude.
- p.167 - vue 169/631
-
-
-
- l6g
- ART DU CHAMOISEU R.
- 49. Les cendres gravelées fe tirent de la lie-de-vin brûlée j 011 en fait dans prefquetous les vignobles, principalement dans la Champagne & l’Orléanois, elles fe difsolvent difficilement dans l’eau. Il faut les cafter, les remuer ; & le fédiment qu’elles Iaifsent, peut former une fécondé leflive en y verfant de l’eau, & même encore une troifieme. Les cendres gravelées coûtent de 22 à 36 livres le cent, fuivant que les vins ont été plus ou moins abondans.
- La potafse eft un alkali tiré des cendres du bois. On en fait dans l’Allemagne, & fur-tout dans le nord. Elle fe difsout entièrement dans l’eau ,fans laifser aucun fédiment, & fans augmenter fenfiblement le volume de l’eau , ce qui prouve l’union la plus intime & la plus parfaite compénétration. Elle eft plus amie de la peau ,• elle réuflit mieux que la foude & les cendres gravelées j elle coûte de 2f à 40 livres le cent. Il y a de la potafse blanche, qui vaut jufqu’à 60 livres, & qui eft plus forte ,• mais elle eft moins bonne que la potafse rougé ou brune , qui eft la plus ufitée.
- La fonde eft un fcl alkali tiré d’une plante de même nom. Nous la tirons d’Efpagne,& fur-tout d’Alicante. Elle coûte if à. 20 livres le cent j elle doit être bien tirée à clair, fans quoi le fédiment terreux qu’elle iaifse au fond du vafe gâterait la peau.
- Voici une expérience quelehafard fit faire à M. Rigaud, & qui prouve combien la mauvaife qualité des huiles peut faire tort au chamois, & combien certaines huiles ont de peine à s’unir avec la peau.
- Des veaux à fleur avaient reçu en premier & en fécond, une huile de très-bonne qualité j la troifieme & la quatrième furent données en mauvaife huile de poifson , & ils furent achevés avec de bonne huile ,• on remailla les peaux , & elles ne bronchaient pas fous le couteau : elles ne donnèrent aucune marque de mauvais apprêt. Dans les deux premiers tordages, elles fe maintinrent encore 5 fur la fin elles tombèrent en tripe : elles fe déchiraient comme des peaux brûlées. M. Rigaud fufpehdit l’opération , & prit le refte de ces peaux pour faire une autre épreuve. Il les fit tordre à gras immédiatement après le remaillage , remettre au foulon avec des peaux vertes, c’eft-à-dire , qui ne feraient que commencer s elles y reçurent les mêmes façons i elles fe trouvèrent enfuite d’un très-bon apprêt. Le tordage à gras avait exprimé du cœur de la peau la mauvaife huile, ou cette huile furge , c’eft-à-dire celle qui ne glapit pas la peau. On appelle huile glape, celle qui eft la plus grafse , la meilleure, la plus tenace dans la peau, &qui s’exprime difficilement. L’huile furge, au contraire, eft celle qui s’en exprime facilement, qui a peu d’affinité avec la peau, & ne peut s’unir intimement avec elle.
- 50. L’huile qui a été retirée par le chamoifeur au moyen de la leffive dont nous avons parlé , forme ce qu’on appelle dégras. On le ramafse avec foin ; on le fait bouillir pour évaporer la partie aqueufe de la leffive, & on le vend aux
- corroyeurs
- p.168 - vue 170/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEU R, '169
- corroyeurs pour mettre en huile les cuirs de vaches ou de veaux , auxquels on veut donner de la fouplefse.
- L’huile qu’emploie le chamoifeur, rend la même quantité de dégras, c’eft-à-dire, un poids égal, & le dégras vaut un quart de plus que l’huile elle-même. Le chamoifeur acheté fon huile quarRnte-huit ou cinquante livres le quintal, & vend le dégras plus de foixante livres , fur-tout depuis la guerre de 1756, qui en rendant l’huile plus rare , a étendu l’ufage du dégras, b Les chamoifeurs , fur-tout ceux des provinces , jetaient autrefois ce dégras comme une matière inutile. Il n’y a pas cinquante ans que les corroyeurs ont appris à s’en fervir, & ils s’en trouvent très-bien ; le dégras nourrit mieux que l’huile , & donne plus de douceur au cuir. Il eft vrai que c’eft une matière favonneule , comme nous l’avons fait remarquer , mais dans laquelle l’huile domine} enforte que l’eau ne peut pas la difsoudre & l’emporter, ce qui ferait lin très-grand inconvénient pour l’ufage du cuir que l’on met en dégras.
- 51. ÜNfe fert, pour faire cuire le dégras , d’une chaudière de cuivre en forme de timbale , qui a quatre pieds & demi de large, fur trois pieds de profondeur i elle eftfoutenue en trois points de fa circonférence par de gros boulons de fer qui pafsent au travers de la maqonnerie. On met le bois & le feu defsous cette chaudière par une porte qui donne au-dehors de l’attelier.
- Au-dessus de la chaudière, eft une poulie qui fert à faire defeendre un pot ou efpece de marmite de terre jufqu’au fond de la chaudière} les ordures, les parties étrangères que le remaillage a laifsées dans le dégras étant promenées par le mouvement de l’ébullition & rejetées vers le milieu de la chaudière , elles fe précipitent peu à peu dans cette marmite de terre, que l’on retire de tems à autres pour la vuider.
- ?2. Le cuifage du dégras dure vingt-quatre heures, pendant lefquelles il faut entretenir fous la chaudière un feu continuel. Cette cuifson fait évaporer ordinairement les deux tiers de la chaudière, parce que l’eau de la leflive eft à peu-près double de la quantité d’huile qui fort des peaux par le dégraif-fage} mais lorfque le dégraifsage a été difficile , & qu’il a fallu tremper plu-fieurs fois, il entre plus de leflive, & la chaudière du dégras diminue de plus des deux tiers.
- Malgré cette longue cuifson, l’eau n’eft pas encore toute évaporée, quand on retire le dégras de dedans la chaudière} mais elle en eft afsez féparée pour pouvoir s’écouler enfuite naturellement quand le dégras fe refroidit, & qu’on le tranfvafe après l’avoir fait repofer.
- On retire ordinairement deux cents ou deux cents vingt livres de dégras, pour quatre cents livres d’huile qu’on aura employées} mais il faudra faire •ntrer en «compte au moins cinquante fagots, qui font nécefsaires pour la cuifson , & qui coûtent deux fols & demi chacun aux environ de Paris.
- Tome III. Y
- p.169 - vue 171/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEU R.
- 170
- Les corroyeurs fe plaignent beaucoup , lorfque le dégras retient encore de l’eau, parce que les parties aqueufes entrent facilement dans le cuir , & alors l’huile demeure à la furface.
- 53. Le débouilli de l’huile quia fervi à faire le chamois, répand une odeur défagréable & pénétrante} cette huile infedée par les parties animales de la peau, pourrait êtredangereufe pour la fanté. Cette confidération obligea plusieurs habitans de Beauvais , d’affigner les mégifliers & chamoifeurs devant les juges de police, pour voir ordonner qu’ils feraient tenus de faire cgtte opération hors de la ville. Les juges ordonnèrent, avant faire droit, un avis de médecins} & les chamoifeurs appelèrent de cette ordonnance au parlement. L’affaire était indécife , lorfque la ville de Beauvais fe trouva attaquée d’une efpece de maladie épidémique, qui donna lieu à plufieurs ordonnances de police, telles que le nettaiement des rues, l’enlevement des boues fur le revers des canaux , la défenfe d’élever des pigeons & des lapins, &c. dans le defsein de diminuer les caufes de la corruption de l’air. Alors on fe pourvut au confeil, expofant qu’il conviendrait du moins, par provifion , & en attendant ladécifion du procès , d’ordonner que les chamoifeurs feraient tenus de faire hors de la ville le débouilli de l’huile qui aurait fervi à faire le chamois. M. Boyer, médecin du roi, & de la généralité de Paris, fut requis de donner fon avis. Il eftima convenable de défendre cette opération dans la ville , & d’ordonner qu’on la ferait au-defsous de la ville, le long'de la riviere* d’autant plus que cette opération, en quelque façon étrangère à la chamoife-rie, n’avait pour objet que de tirer un profit de l’huile qui avait fervi à imbiber les peaux. Sur quoi il intervint le 9 juillet 1750, un arrêt du confeil, qui portait défenfes défaire dans ï1intérieur de la ville le dèbouiüi de P hui le, à peine de f 00 livres d'amende pour la première fois contre les contrevenons, & de plus grande peine en cas de récidive ,• le tout pendant Pefpace de fix mois provifoirement, fans préjudice au droit des parties^ de Pinjlance pendante pour raifon de ce au parlement de Paris.
- 54. Après avoir dégrafise les peaux, on les fecoue fortement, & 011 les met à l’étendage pour yfécher; quand elles font feches, on les ramafse.
- ON_peut les ramafser dès le lendemain , fi c’eft en été: en hiver, il n’y a poiVt de terme. Il faut quelquefois jufqu’à trois femaines & davantage : car on ne doit point les ramafser qu’elles ne foient parfaitement feches, à moins qu’on ne veuille achever de les faire fécher dans l’étuve, lorfqu’on eft prefsé d’ouvrage, comme on l’a vu, art. 30*
- Il y a des provinces où l’on donne une couleur jaune au chamois, en mêlant dans le lavage , de l’ocre qui eft une terre jaune ufitée dans la peinture]* mais il eft évident que cette fubftance terreufe rend la peau plus dure, lui ôte le moelleux qui eu fait le mérite*
- p.170 - vue 172/631
-
-
-
- ART DU CRAM 01 SEUR.
- 171
- ï f. Lorsqu’une peau eft bien dégraifsée & bien féchée, elle fe trouve un peu dure & racornie ; il ne s’agit plus que de la pafser fur le palifson ( 16) pour Youvrir , c’eft-à-dire , remédier à cette crifpation & à ce racornifsement qu’elle reçoit en fe mouillant & fe féchant enfuite.
- Il fuffit d’ouvrir d’un côté, & il eft indifférent lequel on choififse. Les uns ouvrent de chair, les autres ouvrent de fleur * on donne un-long & un large j on pafse légèrement les endroits clairs ou faibles ; on infifte davantage fur les parties les plus épaifses ou les plus racornies. On peut ouvrir vingt douzaines de peaux par jour.
- , 56. Quand les peaux font dures, & qu’on a lieu de craindre que le pefson ne les coupe ou ne les cafse , 011 commence par les adoucir en les pafsant dans la herfej c’eft une efpece de boucle de fer Axée à un pilier inébranlable, à la hauteur de cinq pieds, fillonnée comme une colonne torfe, dont les filets fervent , par leur frottement, à labourer, à étendre, à afsouplir la peau, pour la préparer au travail du pefson.On voit la herfe dans laplanche I, S. Elle eft placée fur un des montans du paroir. Pour Amplifier, il vaut encore mieux la placer féparément, fur un pilier qui ait plus de fiabilité que les montans du paroir. C’eff; fur-tout pour les peaux teintes & chez les peaufliers , que l’on fe fert de la herfe à la place du pefson.
- Il y a des peaux qui ont été mal foulées dans le moulin , qui font encore dures , & qu’on eft obligé de fouler fur une claie, à la maniéré des corroyeurs.
- 57. Après avoir couvert les peaux fur le palifson , & leur avoir rendu parla leur étendue & leur foupleife naturelle , il faut les parer à la lunette , c’eft-à-dire , leur donner le luftre , l’égalité , l’uniformité , qui en fait l’agrément. Pour cela , on fe fert du'paroir, qui n’eft autre chofe qu’une perche tendue horizontalement à cinq pieds de hauteur , &foutenue par deux montans. On en voit la figure en K & en M , au bas de la plancheI.
- On étend la peau fur le paroir j & pour l’y faire tenir, on met par-defsus deux crochets de bois chargéachacun d’un poids , tel qu’une pierre qui peut pefer huit à dix livres.
- Quelquefois, pour fuppléer aux crochets, on fe fert d’une eorde tendue horizontalement le long de la traverfe du paroir & au-defsous. On tend la peau fur cette corde ; on la releve en la repafsant par-defsous & par-derriere le paroir ; on la ramene en avant & par-defsus : alors , la corde étant ferrée dans la peau , applique cette peau fur la traverfe du paroir , & la peau eft retenue par un double frottement qui tient lieu des crochets & des poids > car la corde étant pafsée dans laduplicature de la peau , un des bouts de la peau ferré entre la corde & la traverfe du paroir, la principale partie de la peau pendante en avant, contribue à appliquer encore plus la corde fur la traverfe, & d’autant (16) En allemand, Stottpfalz. .
- Y ij
- p.171 - vue 173/631
-
-
-
- plus fortement que le pareur tirera davantage.
- ^8* Le bouc doit être paré des deux côtes, mais légèrement , & feulement pour le luftre. Le mouton ne fe pare que de chair ; car la fleur s’écorcherait, Il l’on y pafsait la lunette.
- On peut parer huit douzaines par jour , fi les peaux font bonnes.
- On pare à la lunette le mouton & le veau de chair feulement ; car le remaillage difpenfe de parer du côté de fleur. La chevre & le bouc n’ont befoin que d’un coup de lunette de fleur feulement pour la propreté ; & fi l’on voulait, on pourrait s’en pafser.
- 59. Après avoir ouvert & paré , il faut encore redrefser fur le pefson, donner un long & un large , pour effacer les plis que la lunette a pu laifser à la peau , pour la rendre droite & en coucher le poil ou la frife. C’eft alors qu’on étend les peaux fur un tonneau en piles de vingt douzaines chacune. On fépare les grandes , les fécondés, les petites; on les met enfuiteen douzaines , parce que l’ufage ordinaire du commerce eft de vendre le chamois par douzaines. Ordinairement on met à chaque douzaine , d’abord deux grandes peaux, enfuite deux fécondés , quatre petites au milieu , enfuite deux fécondés , & on recouvre le tout de deux grandes peaux. C’eft ainfi qu’on fait pafser le médiocre avec le beau.
- On repafse enfin fur le peffon , pour donner un coup-d’œil à la peau , lorC. qu’on veut la vendre. Dans l’ufage du chamois , on met en-dehors la fleur des boucs & des cerfs ; au lieu que pour les peaux de moutons , c’eft la chair qui fait l’endroit de l’ouvrage , & la partie la plus belle de la peau.
- TRAVAIL DES BUFFLES.
- 60. La guinéeou le buffle eft un cuir de bœuf ou de vache pafsé en huile fuivant la méthode des chamoifeurs; enforte qu’il ait la force & la fouplefse nécefsaire pour équiper la cavalerie , & pour d’autres ufages femblables.
- Le grand Colbert ayant trouvé que cette forte de fabrication manquait à la France, y attira M. la Haye de Hollande, & enfuite M. Jabac de Cologne, qui fit à Corbeil un établifsement considérable, & dont le privilège exclufif a fub-fifté long-tems après lui, entre les mains de madame Fremin, de madame Montais & de M. Taffin, qui était propriétaire du privilège & de la maifon de Corbeil. Cette manufacture avait encore, il n’y a pas long-tems, la principale part au commerce des buffles. Cependant on en fait depuis quelques années à Paris , à Etampes, à Pont-Sainte-Maixence & ailleurs ; le propriétaire de la manufacture de Corbeil ayant été obligé, par une des claufes de fon privilège, de former des éleves qui referaient pris dans l’hôpital des enfans bleus.
- 61. Le nom de buffle eft venu d’un animal qui fert au labourage. Il eft commun en Afie , & même en Italie. Il eft plus grand que le bœuf ;fa peau eft
- p.172 - vue 174/631
-
-
-
- ART DU CHÂMOISEU R.
- 173
- beaucoup plus dure ; fes cornes font noires, fortes & contournées : on croit que c’eft le bubaîus des anciens.
- Quoiqu’on ne travaille que fort rarement des peaux de vrais buffles, parce qu’elles font trop dures & trop difficiles à avoir , on donne cependant toujours ce nom aux grandes peaux de bœufs ou de vaches, dont on fait les gros ceinturons & les baudriers (17^. C’efl pour nous une branche de commerce au Levant & en Afrique ; ce qui lui a fait donner le nom de gainée.
- 62. Dans le teins que la manufa&ure de Corbeil fournifsait de buffles toute la cavalerie de France, & en exportait même chez l’étranger , on mettait dans les moulins fix cents buffles par femaine. Mais les propriétaires de cette manufacture a5rant été obligés de faire des éleves, & leur privilège ayant été reftreint peu à peu & fucceffivement, il s’eft formé des manufactures de buffles en divers endroits du royaume.
- Nous avons dit [27] à l’occafion du moulin des chamoifeurs, que la conduite du moulin eft la partie efscntielle & difficile du chamois. Le mouîinier eft celui fur lequel roule toute la fortune du propriétaire. Il faut du talent pour remplir avec fuccès cette importante commiffion ; & il en eft peu qui ne fafsentdes pertes. La manufadure de Corbeil fe fouvient encore d’unmouli-nier habile, nommé Guichenon. Il était de Bourg-en-Brefse , & de la famille du célébré hiftoriographe de France & de Savoie , dont il eft parlé dans le dictionnaire de Bayle, article Guichenon. Il a conduit feul, pendant plufieurs années , la partie efsentielle de cette grande manufadure; & depuis quelques années qu’il eft mort, ce bel établifsement n’a prefque fait que décheoir.
- 6 3. Le buffle exige les mêmes travaux que le mouton pafsé en chamois; mais les opérations font plus longues, & les dépenfes plus conlidérables. Le buffleexige, par exemple, deux, trois & quatre moisdeplein; il a befoin d’être foulé trois ou quatre fois plus long-tems; il lui faut cinq à fix huiles , & au moins trois quarts d’heure d’évent à chaque huile ; enforte qu’un buffle prend dix à douze livres dffiuile.
- Au relie, les variétés font fi grandes dans ces fortes de travaux, que fou-vent un buffle qui fera d’une bonne qualité, fera auffi-tôt foulé qu’un mouton dont le tifsufe trouvera trop ferré & le nerf trop dur.
- PcKjr conduire & entretenir un moulin de fix piles, tel qu’était celui de Corbeil , qui peut fournir aifément trois cents buffles par femaine, quand le plamage va bien, il faut une douzaine d’ouvriers; car on fe met trois ou quatre enTemble, pour conduire une partie.
- 64. Les cuirs de bœufs qui doivent être pafsésen chamois, au fortir de la boucherie , doivent être jetés dans l’eau pour fe laver.
- (17) Comme on nomme chamois des peaux de chevres ou de moutons, préparées comme celles de chamois.
- p.173 - vue 175/631
-
-
-
- 174
- art DU CHAMOISEÜR,
- On les metenfuite dans un plein-mort pour vingt-quatre heures, afin de les préparer à l’acftion d’une chaux plus forte. Cette précaution eft nécefsaire; & iî l’on n’avait pas de plein-mort, on gâterait exprès un plein-neuf, en y jetant de l’eau corrompue par des peaux qui y auraient trempé.
- Après les avoir laifsé égoutter au fortir de ce plein-mort, on les jette dans un plein un peu plus fort, pour faire tomber le poil* Celui-ci exige environ quinze jours ; & pendant cet efpace de tems, on les releve 8c on les abat quatre fois.
- On pele les cuirs avec le couteau de rivière , qui eft un couteau concave qui ne coupe prefque pas, ou dont on ôterait le fil tout exprès , Ci l’on n’avait que de bons couteaux à effleurer. C’eft à peu près la même chofe que la maniéré de débourrer les veaux, dont nous avons parlé dans l’art du parcheminier.
- Les cuirs étant pelés., fe jettent dans un plein de relavage, c’eft-à-dire, un plein déjà fort affaibli, qui ne fert qu’à les rincer,' ils y relient vingt-quatre heures, & de là ils pafsent dans un plein un peu plus fort, puis dans un plus fort encore, & enfin dans un plein neuf ; le tout pendant fix femaines. On releve & on rabat les cuirs dans le plein tous les deux jours, quelquefois même tous les jours.
- 6s. Un muid de chaux à Paris, eft de quarante-huit pieds cubes, qu’on appelle auffi quarante-huit minots, & fe divife en douze feptiers ; c’eft la charge d’une voiture à trois chevaux; elle coûte de 4^ à livres le muid. Un muid de chaux peut faire trois pleins neufs de cinquante cuirs chacun II fert même quatre ou cinq fois comme plein neuf; car pendant l’efpace de quinze jours, il a encore afsez de force. On doit obferver de laifser repofer & bouillir la chaux pendant deux jours, & de bien bouler, c’elt-à-dire, remuer avec le bou-loir avant d’y mettre les cuirs. Voyez Part du parchçminier.
- Les pleins s’ufent & perdent de leur force, même en ne fefant rien , parce que l’eau difsout, lave & émoufse les parties aétives de la chaux. Il ell nécef-faire de relever fouvent les cuirs de dedans le plein. Plus on la grouille, difent les ouvriers , plus la peau avance ; en hiver elle plame dans le plein ; en été elle plame defsus ; c’eft-à-dire, qu’en été la chaleur de l’air agit davantage -quand le cuir eft en retraite , que lorfqu’il eft dans le plein.
- En hiver, l’opération des pleins eft plus difficile & plus longue ; il faut juf-qu’à quatre mois de plein , au lieu que deux mois & demi fuffifent en été. On. peut finir totalement un buffle en trois mois dans la belle faifon ; il en faut cinq en hiver.
- Les buffles ne fe travaillent point de riviere. Au fortir de la chaux , on les rince, on les écharne , on les effleure , & tout de fuite on les met au moulin fa*ns les tordre. Quelquefois avant de les mettre au moulin, on les étend pour une heure ou deux, pour les refsuyer un peu. Après le premier foulage, on leur
- p.174 - vue 176/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEU R.
- 175
- donne un vent blanc ; mais comme le vent refserre la peau , & que l’huile aurait peine à pénétrer, on remet le cuir dans le foulon avant de lui donner la première huile.
- 66. Pour effleurer les buffles, on s’y prend tout de même que pour le mouton , art. 11 i avec la différence qu’on ne peut guere effleurer que dixbuffl.es par jour ; encore faut-il qu’ils foient bien plamés.
- Aux extrémités du buffle , vers les pattes de devant, la tète & les flancs, la fleur eft tenace , ne peut s’enlever avec le couteau d’effleurage. On enleve la fleur de la tète avec le couteau à revers, qui eft droit & tranchant, mais dont le fil eft rabattu ( nous en avons parlé dans l’art du tanneur ). La fleur des autres extrémités ne s’cnleve qu’au remaillage 5 alors elle eft devenue plus fouple , plus facile à enlever.
- Les gros cuirs fe pafsent de confit ; le foulon y fupplée & les abat fufïifam-ment, finis qu’on craigne qu’elles s’y gâtent, comme cela arrive aux menues peaux.
- La maniéré de donner l’huile au buffle ne différé pas de celle qu’011 a vue, art. 18. On fe fertici d’un balai de bouleau, que l’on trempe dans l’huile, & que l’on fecoue fur le cuir étendu.
- Chaque cuir prend environ fix livres d’huile, en cinq ou fix reprifes ; plus l’huile eft bonne , moins elle dépenfe : nous avons vu les qualités qu’elle doit avoir [ 32 ], On préféré pour le buffle la plus âcre, celle qui, en approchant les yeux , y parait la plus piquante.
- On donne pour l’ordinaire deux vents fur une huile , c’eft-à-dire , que les cuirs vont au moulin & à l’étendage deux fois à chaque huile qu’on leur donne. Ils font à l’étendage deux , trois & quatre heures , fuivant le tems & le befoin , & trois , cinq , fept heures même dans le moulin ; plus ils approchent de leur fin, plus on les laifse long-tems dans le moulin. Les buffles craignent, auffi bien que le chamois ordinaire , d’être brûlés par le foleil, ou furpris par le grand air.
- Quand les buffles ont reçu une partie de leur vent^on reploie les ventres l’un fur l’autre pour les empêcher de fur-fécher, parce que les ventres étant plus milices & plus tendres, feraient plutôt furpris.
- Moulin pour les buffles.
- 67. Nous avons donné ci-defsus , art. 19 , la defcription du moulin dhm chamoifeur ordinaire,- celui qui fert pour le buffle , n’en différé que par des dimenfions plus fortes. Cependant, comme celui qu’on emploie depuis long-tems à Corbeit, & dont la bonté eft éprouvée , eft un des plus beaux qu’il y ait, nous allons en donner ici une courte defcription (18).
- ( ig) Je crois devoir retrancher ici la ce moulin ne différé que par les dimenfions planche IV de l’édition de Paris, puifque de celui dont on a ici la defcription & la
- p.175 - vue 177/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEU R.
- 17 6
- La largeur de ce moulin eft de fept pieds quatre pouces dans œuvre entre les deux montons , & neuf pieds quatre pouces en comptant l’épaifseur des montansde la cage. La hauteur du bâtis eft de treize pieds, depuis le fol juf-qu’au point où les pilons font fufpendus par le moyen d’un coin de bois qui traverfe le manche, & s’appuie fur deux efpeces de plate-formes de bois. Comme le mouvement de ces pilons ne fe fait pas avec une grande vîtefse, on ne met pas un plus grand art dans leur fufpenfion.
- , La culafse des piles eft creufee dans un fort madrier de chêne , capable de réfifter à la chute des marteaux : cet arbre des piles a deux pieds d’équarrif-fage. Pour former le refte de la pile ou de la coupe , on ajufte des planches de trois pieds & demi, qui font de niveau avec le fond de la coupe, & qui en font le prolongement} mais cette partie 11’ayant à foutenir que le poids des cuirs , fans recevoir l’effort des pilons , n’a pas befoin d’une bien grande force. ? Les pilons font fixés chacun à l’extrêmitc d’un manche qui a fept pieds quatre pouces de long, depuis la fufpenfion jufqu’à l’entrée dans la tête du pilon; cette tête a dix-huit pouces d’épaifseur, quatorze pouces de largeur, & fept pieds huit pouces de longueur. Le manche qui pafse au travers de la tête du marteau , s’y prolonge encore de dix-huit pouœs pour former la queue du marteau , qui eft élevée par les mentonets de l’arbre tournant, qui ont vingt-un pouces de faillie. Les queues des marteaux font fortifiées par des coins qui entrent de force dans la tête du marteau , & ils font garnis à leur extrémité par des femelles de bois, qui ont encore trois pouces de faillie.
- 68- La partie intérieure des marteaux, eft dentée de bas en haut, comme par échelons, pour faifir les buffles par-defsous , & les faire fins cefse tourner dans la pile : par-là , toutes les parties du cuir font foulées à leur tour. Ces dents ont huit, fix & cinq pouces de largeur, quatre & demi ou cinq pouces de profondeur, & font taillées en queue d’aronde, c’eft-à-dire, un peu rentrées vers la tète du maillet, pour faifir mieux la peau. La première dent eft éloignée du manche de quatorze pouces , & la derniere dent en eft éloignée de trois pieds & demi.Les piles ont deux pieds cinq pouces de large, deux pieds de hauteur, trois pieds & demi de longueur-par en-bas ; elles contiennent chacune quinze peaux : il y a un pouce de jeu à chaque côté, entre le maillet & la pile.
- Les pilons pefent environ fept cents livres ; car, fuivantles dimenfions ci-defsus , il y a bien douze pieds cubes de bois de chêne j & le bois de chêne pefe au moins foixante livres le pied cube : ce qui fait fept cents vingt livres.
- Sur la roue de cinq pieds de diamètre, pafse une corde fans fin, qui la fait tourner à volonté. Sur l’arbre de cette roue, s’enveloppe une corde , terminée par une boucle pour faifir par le crochet la tête du pilon. Cette corde
- figure, planches II & III. 11 me femble telles qu’elles font détaillées par M. delà qu’il fuffit de donner toutes les dimenfions Lande.
- ferfc
- p.176 - vue 178/631
-
-
-
- ART DUC H A M 0 I S E ü R.
- *77
- fert à deux marteaux. Quand on veut élever le pilon pour le mettre hors de prife, une fécondé corde, fixée par fon extrémité iupérieure vis à vis de chaque marteau , prend un fécond crochet de la tête du pilon, & le retient fufpendu , de maniéré que le refte «Lu moulin puil'se marcher fans >empêchec de fervir une des coupes. Chaque roue fert pour deux piles , & fon arbre- a environ huit pieds de long , pour s’étendre à quatre pilons; 'jr-,
- Lorsque les pilons font en repos, la tète eft dans üncfituation horizontale, appuyée contre le fond des piles; mais les manches des pilons font éloignés par en-bas de deux pieds & demi de la perpendiculaire, abaifséedu point de fufpenfkm , à l’endroit où ils entrent dans la tète des pilons ; c’eft-à-dire , qu’ils font avec la verticale un angle de vingt degrés ; mais Jorfqu’ils font élevés par les mentonets de l’arbre tournant, prêts à échapper & à retomber dans la coupe, ils font éloignés de cinq pieds de la perpendiculaire, & font un angle de quarante-trois degrés avec la ligne d’à-plomb , puifqueie rayon du cercle qu’ils décrivent a fept pieds quatre pouces de longueur.
- 69. La longueur totale de l’arbre eft de trente-huit pieds; il eftfoutenu non-feulement par fes extrémités , mais encore vers fon milieu 4 par un poal-lier qu’on a foin de dégraifser tous les quinze jours, qui empêche l’arbre de plier. Cet arbre a deux pieds de diamètre, & porte vingt-quatre mentonets de vingt ou vingt-un pouces chacun, pour lever les queues des marteaux; ces mentonets fontdifpofés en fpirale autour de l’arbre , de maniéré qu’il n’y en ait jamais que deux qui lèvent à la fois, & que l’un commence à fe charger un peu avantque l’autre échappe. Le premier maillet marche avec le fixieme, le fécond avec le feptieme , &c. Par ce moyen , chaque tour de la roue fait lever les douze maillets , quoique l’arbre ne foit jamais chargé que de deux maillets à la fois ; & la charge eft toujours, divifée fur deux points de l’arbre fort éloignés.l’un de l’autre.
- 70. La grande roue à aubes a dix-huit pieds de diamètre, Lavoir* deux
- pieds fix pouces pour le quarré où elle eft enarbrée, fix pieds pour les rayons, fix pouces pour l’épaifseur de fa circonférence, & quinze pouces pour les aubes; elle tourne dans une courfiere, où l’on oblige toute l’eau de pafser quand on en a befoin. A côté de la roue, eft une féparation O ; de l’autre côté, une fécondé courfiere , qu’011 ouvre pour la décharge des eaux, lorfqu’on veut arrêter le moulin : elle a environ trois pieds de large. . f
- La largeur totale du bâtis du moulin, eft de vingt-quatre pieds , y compris celle des trois efcaliers , qu’011 pourrait peut-être fupprimer, fi l’on était gêné par l’efpace. La hauteur totale de la charpente , eft d’environ dix-huit pieds, en comptant jufqu’au.petit moulinet, qui fert à élever les marteaux pour les réparer, & les fortir de leur fufpenfion.
- 71. On avaitfaità Corbeii un autre moulin, dont les marteaux defeen-
- Tome III. Z
- p.177 - vue 179/631
-
-
-
- 178
- ART BUCHA MOÏSE U R.
- daient verticalement dans les piles. Ce moulin foulait mieux & plus vite ; mais les peaux n’y étaient pas retournées & afsujetties en place, comme dans le moulin que nous venons de décrire ; il fallait garder à vue ces moulins perpendiculaires,pour faire rentrer les peaux dans la pile à mefure que les pilons lesüchafsaient dehors; Cet inconvénient a fait revenir le dire&eur à la première confttucftion.
- lIl eft dangereux d’avoir des foulons trop forts, fur-tout pour la même peau: car cela fait échauffer la peau en tripe; & quand elle a été ainfi échauffée , elle refte toujours nerveufe, c’eft-à-dire, dure, & ne fe pafse pointa Froid : alors on fait aller le moulin plus lentement , & l’on y laifse les peaux moins long-tems." '<
- 72. Après que'les buffles ont eu la nourriture fuffifante, on les porte à l’étuve,'où l’on allume un petit feu, comme nous l’avons dit en parlant des petites peaux [ 34 ];: mais on ne les met point en pile ; ils pourraient s’y attendrir trop , fans qu’on eût le tems d’y apporter remede ; ils pafsent chaleur fur les perches, & il fuffit pour cela qu’ils foient une journée dans l’étuve. ;
- iLy a des tems froids & pluvieux, où l’on eft obligé de donner deux ou trois étuves pour finir les buffles, fuppléer au vent & à l’étendage, & leur faire prendre la nourriture par le moyen de cette chaleur artificielle. '
- <'. Quelquefois, au fortir de l’étuve, on eft encore obligé de leur donner un coup de piton pouries finir, & faire pénétrer l’huile encore mieux : & on les remet dans les coupes.
- ’ Pour remailler, il faut faire tremper la peau dans des lavages gras, c’eft-à-dire, dans la portion de leflive qui refte dans le baquet où l’on a fait tremper les peaux pour les dégraifser [ 45 ] ; elles y trempent un ou deux jours , & pourraient y refter huit jours fans inconvénient. Sans cette précaution*, les peaux retirées & rétrécies par l’échauffe, auraient peine à fe prêter au couteau du remaillage : on ne faurait remailler fans cette précaution.
- ‘ 73. La maniéré de dégraifser le buffle , eft un peu différente de celle dont nous avons parlé ( art. 4f ) pour les peaux de moutons & de boucs. On ne faurait tordre le buffle avec une bille ou un torfoir -, on y emploie une prefse dont nous allons donner la defeription , & qu’on appelle verrin. Les gros cuirs fe dégraifsent au verrin , & les menus cuirs à la perche. Deux montans KK, fig. 6, 8 & 9 ,planche III, d’environ deux pieds, mais enfoncés profondément dans la terre, avec des traverfes u, jig. 9 en forme de potence, fupportent uue prefse PML, formée de deux efpeces de mâchoires , l’une PM qui eft fixe, l’autre PL qui eft mobile , par le moyen-d’une charnière P. Ces deux pièces de la prefse ont cinq pieds & demi de long, fur un pied quatre pouces de large , & fix pouces d’épaifseur; ellesfont ferrées l’une contre l’autre, lorf-qu’on veut les mettre en adion, par le moyen d’un vis R , qui pafse libre-
- p.178 - vue 180/631
-
-
-
- ART DU C H A M 0 I S E U R.
- *79
- ment au'travers delà piece fixe , & qui entre dans un écrou de cuivre, qui a dix-huit lignes de diamètre & quatre pouces & demi de long , enchâfsé dans la piece mobile de la,prefse, qui, par le moyen de cet écrou, eft tirée vers la piece dormante. On pafse encore au travers de ces deux madriers, des boulons de fer pp , de deux pieds ou deux pieds & demi, fur lefquels appuie la peau que l’on veut mettre en prefse.
- On voit en O le buffle engagé dans la prefse; on pafse au travers un levier de bois N, que trois hommes tournent avec force , pour exprimer l’huile de la peau. Au-defsous de la prefse , on voit un puifard ou baquet Q_, fig. 6 & 9 , deftiné à recevoir ce dégras, que l’on exprime* des buffles. ,
- 74. On trempe & l’on tord les buffles cinq à fix fois,, quelquefois davan-
- tage, pour qu’ils foient parfaitement dégraifsés. On emploie", du moins à Cor-beil, pour la lefflve , une chaudière qui tient onze muidsi on y met jufqu’à cent cuirs , & il faut 50 livres de potafseà chacune des trois lelfives qu’on eft obligé de faire. c (
- Quatre ou cinq hommes qui travaillent tous enfembleàun dégraifsage1, peuvent dégraifser de foixanteà cent cuirs, fuivanc la difficulté ou la grandeur des cuirs & la bonté de l’huile. , , , r
- 75. Avant le dégraifsage, on remaille les buffles. L’aétion eft la même que pour les boucs 5 avec cette différence, qu’au lieu de vingt-quatre boucs, on ne peut remailler que quinze buffles f 37 ].
- Quand on a dégraifsé le buffle, on le recoule encore avec la lunette, pour achever d’exprimer l’huile que le levier & la prefse n’ont pu emporter. Pour cela , on met la peau fur le paroir , comme on le voit dans la planche I & foit avec une lun(ette qui ne coupe point, &qui eft répréfentée en R au bas de la planche, foit avec le fer à poufierque l’on voit en L, on appuie fortement fur le buffle pour faire couler l’huile. Voyez la troifieme a&ion F delà planche l.
- 76. Quand les buffles font à moitié fecs , on les met fur le paroir, pour
- en ôter les plis avec le fer à poufser. Le paroir qui fert aux buffles, exige un peu plus de foin que celui dont nous avons parlé [57] à l’occafion des petites peaux. La traverfe horizontale eft drefsée avec foin ; on y pratique une rainure fur toute fa longueur dans la .partie fupérieure ; fur cette traverfe fixe, on en place une mobile, qui porte dans fa partie inférieure une languette de même longueur, deftinée à entrerfflans la rainure de la traverfe fixe; cette traverfe mobile eft contenue par les deux bouts , dans les coulifses des deux montans du paroir. Quand le buffle eft étendu fur le paroir, & qu’il eft pris entre la rainurey& la languette ,on ferre avec deux coins la,traverfe fupérieure, de faqon que le buffle eft ferré.à demeure :, bn n’a befoin par-là , ni de poids, ni decordes, ni de crochets [57]. ') t , , 1
- -C’est fur ce paroir, que le buffle doit être poufsé & rafé avec un fer repré-
- p.179 - vue 181/631
-
-
-
- ART DU C H A M 0 I S E U R.
- i%o
- fente en L, quij n’eft-deftiné qu’à ôter la chair, & à rendre Iebuffte doux: & cotonneux: ce qui en fait la beauté. L’aétion confifte à appuyer le fer perpendiculairement fur le buffle, & le talon contre l’épaule de l’ouvrier , tandis qu’avec la main il force le fera defcendre avec violence fur la furface du buffle, & par-là en emporter le fuperftu. Cela refsemble à la troifîeme a&ion F, de la planche I.
- 77. Après que le buffle a été poufsé pour en ôter les plis, on l’étend de nouveau pour qu’il achevé de fécher. Il fuffit de vingt-quatre heures en été; enfuite on 1 erafe avec le même fer , & de la même maniéré , pour lui donner le velouté , comme je viens de le dire. Ce^a rend la peau aufli propre que fl elle eut été parée à la lunette : le fera poufser ne coupe prefque point ; mais quand il fert à rafer, on a foin de l’aiguifer un peu , & de lui donner le fil à toutes les demi-heures, plus ou moins. On poufse & on rafe le buffle des deux qôtés : cet ouvrage efi rude & très-difficile à faire ,• on ne peut rafer que quinze cuirs par jour, encore faut-il qu’ils aient été bien remaillés.
- 78. Il eft prefqùe impoffible qu’il n’y ait pas fur toute l’étendue d’un buffle, des endroits qui ont fouffert, & qui font percés, ou naturellement, ou par la force du moulin, ou par la négligence des ouvriers dans quelqu’autre opération. On fait donc recoudre-avec de la foie , ou même avec du fil , tous les endroits ouverts ou déchirés : c’eft ce qu’on appelle rentrer. Des filles à la journée font ordinairement chargées de ce travail, & on leur donne à Cor-beit 2 fols 6 deniers par douzaine.
- i Lorsque les buffles font poufsés, rafés, rentrés, prêts à établir fur le tonneau , ony donne encore un coup de palifson pour les redrefser. ti*79. Les cuirs qui pefaient en verd foixante livres , doivent en donner quinze à feize lorfqu’ils font pafsés en buffle ; il y en a qui vont jufqu’à vingt-deux livres. On les vend quarante-fix fols la livre en tems de paix ; ils vont jufqu’à cinquante depuis la guerre. Leur principal ufage eft pour les colletins ou veftes de la cavalerie , les foürnimens d’infanterie, les ceintures d’havre-facs. On s’en fert aufli quelquefois dans les villes, pour différentes, fortes d’habillemens. !
- La couleur naturelle des peaux pafsées en huile eft d’être jaune ; lorfqu’on veut avoir des buffles blancs, il fuffit de les mouiller & de les expofer au fol cil pendant deux ou trois jours, en les arrofant à mefure qu’ils fechent. On met aufli un peu de blanc d’Efpagnedans la derniere eau, pour leur donner plus d’éclat ; on les trempe enfuite dans'une eau de lavage , e’eft-à-dire, l’eau qu’on exprime dans la derniere leflive;mrî les remet au fofeiLLe hâle mange la graifse pour la plus grande partie : il n’en relie que ce qui eft nécéfsaire pour redonner un peu d’onduofité à la furfaee de la peau. ':i
- Une peau en chamois blanchie à la rofée, a prefque la même blancheur »
- p.180 - vue 182/631
-
-
-
- 'ART DU CHAMOISEU R. igx
- mais elle eft plus douce , & dure beaucoup plus qu’une peau de mégie pafsée en blanc fans le fecours de l’huile : mais aufli elle coûte davantage.
- Des différentes fortes de peaux qu’on travaille en chamois.
- 80. De toutes les peaux que l’on tire de France pour travailler en chamois , celles de boucs font les plus eftimées & les meilleures.
- Parmi les peaux qu’on tire de l’Amérique, les daims font les plus recherchés ; ils nous viennent principalement du Canada & de la Louifiane : les uns font enverd, c’eft-à-dire, en poil, & ce font les plus recherchés * les autres font raturés, c’eft-à-dire, pelés, mais fecs comme le parchemin. Il y a des daims enterre, qui font pelés & adoucis par le moyen d’une terre qui fe trouve en Amérique ,• ils refsemblentà des peaux de mégiflier , c’eft-à-dire , à des peaux de moutons adoucies par la chaux , la pâte , le confit & le palifson. Enfin , il y a des daims en moelle, déjà pafsés , pour ainfî dire , par des fauvages , qui y emploient la cervelle du daim , qui les bordent avec des tendons, & qui y mettent enfuite différentes couleurs , pour en faire des meubles à leur ufage.
- ' Le daim , en latin dama , eft appelle aufli, dans Pline , platyceros * dans Linnæus, cervus comibus ramojis compreffis , fummitatibus palmatis. C’eft un animal qui refsemble au cerf à plufieurs égards. Le daim eft moins robufte que le cerf j il eft auffi plus facile à apprivorifer. Les Anglais élevent les daims dans des parcs où ils font, pour ainfî dire, à demi domeftiques. Il y a des daims aux environs de Paris, & dans quelques provinces de France -, il y en a en Efpagne & en Allemagne* il y en a aufli-en Amérique, qui peut-être y ont été tranfportés d’Europe * car il femble que ce foit un animal des climats tempérés. Il n’y en a point en Ruflie, & l’on n’en trouve que très-rarement dans les forêts de Suede & des autres pays du nord. Voyez M. de Buffon, hijîoire naturelle, tome VI.
- Il y a des daims blancs * il y en a de noirs ; d’autres qui font tachés ou rayés de blanc, de noir & de fauve-clair.Tous ont le bois plusapplati, & à proportion plus garni d’andouillets, que celui du cerf. Il eft aufli plus courhéien-de-dans : il fe termine par une large & longue empaumure.
- Les daims qu’on tire du Canada ou du Mifliflîpi, en terre ou en poil , fe vendent, îorfqu’ils font chatnoifés , jufqu’à 4 livres 10 fols ou 5 livres la livre * & comme une peau de daim ne pefe pas deux livres, elles valent en gros plus de 100 livres la douzaine ,* & il y en a qui fe vendent jufqu’à 18 & 24 livres la piece * on les acheté en verd 6 à 7 livres. Mais en tems de guerre, on n’en emploie prefque point. Cette interrruption de commerce , dès qu’elle dure plufieurs années, ne manque jamais de ruiner beaucoup de chamoifeurs.
- Le daim eft plus aiféà travailler que le mouton: comme il eft plus tendre», plus aifé à abattre, le confit lui eft inutile.
- p.181 - vue 183/631
-
-
-
- 182
- ART DU C TI A M 0 I S E U R.
- Les peaux d’élan & d’oregnal font à peu près de la même qualité, & aulfi eflimées que les peaux de daim. Toutes,ces peaux qui viennent d’Amérique , fe travaillent principalement à Niors en Poitou.
- La peau de chevreuil pafse facilement pour une peau de daim : elle en a la fouplefse & fa beauté. Les peaux de cerfs réuilifsentauififort bien en chamois.
- Les peaux des caftors qui vivent en Canada , & que l’on en tire pour i’ufage de chapeliers , ne fervent prefque jamais aux chamoifeurs. Quand elles ont été pelées, elles font prefque toujours coutelées, par la négligence des gens qu’on emploie à ce travail. Ces peaux ne fervent la plupart qu’à faire de la colle; elles feraient d’ailleurs tropépaifses pour I’ufage ordinaire de la ganterie., & trop rares pour en faire des équipages de cavalerie.
- Au défaut des véritables peaux de caftors , on fait pafser fous ce nom les peaux de boucs, de veaux , de moutons , & fur-tout de chevres. Quand elles ont été chamoifées & teintes en gris , en brun , ou en quelqu’autre couleuH on leur donne le nom de peaux de cajior parmi les gantiers. Ils emploient quelquefois du daim ; mais ce ne font guereque les peaux défedueufes.
- Les cuirs de cheval réuftilfentafsez bien en chamois, excepté la croupe, qui eft naturellement trop feche pour prendre la nourriture.
- Les peaux d’ânes & de loups font dures & cafsantes > on évite de les pafser en chamois: elles n’y acquièrent pas la fouplefse & la douceur qui eft nécef-faire à cette préparation de peaux.
- Les* peaux de chiens font douces , mais fujettes à la graifse. Il y a des per-fonnes qui ont des douleurs auxquelles cette graifse naturelle eft avantageufe, & on leur donne des bas de peau de chien pafsée en chamois.
- Je mets au dernier rang , parce qu’elle eft certainement là moins employée àcetufage, la peau humaine , qu’on a fait quelquefois chamoifer, & qu’on allure être un excellent topique à mettre fur les cors ou collofités q.u’on a fouvent aux pieds
- Des défauts qui fe trouvent dans une peau chamoifée.
- Sï-La nature même de la peau forme les premiers inconvéniens que rencontre le chamoifeur : il y a des peaux creufes, dont le tifsu eft fi lâche, que la peau fe fépare en deux couches , dont chacune eft trop mince pour pouvoir être chamoifée. Quand on appercoit un endroit de la peau'qui parait creux, on ne l’effleure point; on le ménage dans le travail de riviere, & on le conferve fi on le peut : mais cette partie eft toujours faible & d’un mauvais fervice.
- On prétend que quand les moutons habitent dans des pâturages humides , leur peau eft fujette à fe creufer.
- Les peaux furprifes par le hâle , lorfqu’elles font fur les cordes , forment un cuir corné , c’eft-à-dire , dur & roide dans l’intérieur, dont il n’y a que la furface de pafsée.
- p.182 - vue 184/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEÜ R.
- 183
- Un cuir eft encore plus mauvais s’il a refté en pile , en tas, en pelote, trop long-tems , s’il s’eft échauffé ,& a fermenté ; il fe pourrit,il tombe en chair & fe détruit, ou dans le moulin , où à la dégrailferie.
- Le moulin coupe quelquefois les peaux : s’il fe trouve un clou détaché, une efquille de bois, un angle cafsé dans les maillets , il n’en faut pas davantage pour écorcher un grand nombre de peaux , & l’on ne faurait trop vifiter fon moulin pour prévenir des accidens pareils.
- Il y a auffi des cuirs brûlés fur perche : quand ils font plus verds que les autres, ils fe retirent.
- Il y a des peaux qui font difficiles à dégraifser, qui, quand elles font à la feche, poufsent quelquefois une humeur de graifse : on eft obligé de les retremper dans la leffive, & de les tordre de nouveau. Il y en a même, dont la graifse fe conferve de maniéré à ne reparaître qu’après un long tems, dans le magafin du marchand. Quand on s’apperqoit qu’elles poufsent de l’huile ou de la graifse, on les renvoie chez le chamoifeur , pour les tremper ou les dégraifser encore une fois.
- Le travail du chamois eft fi délicat, que deux foulées faites dans le même tems , avec le même foin & les mêmes précautions , ne fe refsemblent jamais dans la durée des vents qu’elles exigent, dans la couleur qu’elles prennent, & dans les circonftances dont elles font accompagnées. Quelquefois les peaux de moutons qui ont trop fouftért par le vent, & qui font roides & dures, fe remaillent pour qu’elles deviennent plus douces & plus déliées -, mais elles perdent de leur force , & fouvent deviennent clairvoifées, c’eft-à-dire, minces & tranfparentes, par l’opération du remaillage, qui ne convient pas aux peaux de moutons.
- Les cerfs des environs de Paris & de plufieurs autres endroits de la France, font fujets à avoir la peau percée par des infe&es qui s’établifsent & habitent dans letifsu même de la peau : c’eft ce qu’on appelIç une peau tonnée.
- Les cerfs que l’on tue en été en ont moins, parce que c’eft le tems où ils guérifsent de ces efpecesde blefsures i les daguets de deux ou trois ans n’en ont point j les cerfs qui habitent dans des pays plus écartés & plus déferts , tels que les cerfs des Ardennes, y font moins fujets , parce qu’étant plus vifs & plus fauvages, ils s’en garantifsent mieux & qu’ils ont la peau plus dure. Par-tout la domefticité , l’oiflveté & le repos font dégénérer l’efpece d’un animal.
- Il y a auffi des peaux qui, fans être entièrement percées, font cependant attaquées par la tique, autre efpece d’infeéte qui s’y attache, & pénétré une partie de la peau.
- v*6
- p.183 - vue 185/631
-
-
-
- 184
- ART DU CHAMOISEUR.
- Du commerce de la chamoiferie.
- 82. On travaille en chamois dans plufieurs provinces de France , principalement à Niors en Poitou , à Strasbourg, à Greuoble, à Annonay en Viva-rais , à Maringue en Auvergne, à Nantua en Bugey , à Geneve (19 ), &e. O11 tire les peaux de boucs & de moutons de toutes les provinces de France , & même de l’étranger i on tire auffi du Canada les peaux de boucs , celles d’elans, de daims , de cerfs ; on en tire également de la Ruiïie. L’Angleterre fait une partie de ce commerce dans le nord.
- L’apprèt des diverfes pelleteries du Canada & du nord, & la plus belle partie de ce commerce, eft entre les mains des Hollandais j mais il ferait très-poflibîe à la France de le partager avec eux : nous n’en devons pas défefpérer.
- La France fournit même à préfent des peauxchamoilées à plufieurs de fes voifins. Les Efpagnols, les Portugais & les Flamands en tirent de Niors, d’Orléans , d’Etampes, de Nîmes , de Grenoble , de Maringue en Auvergne.
- Les chevres fe travaillent à Grenoble, les daims à Niors en Poitou ; les veaux à fleur fe font à Orléans & à Etampes.
- Le mouton à fleur fe tire aufii d’Orléans f on y excelle principalement dans cette partie. Les buffles fe travaillent à Corbeil, à Etampes & à Pontf Sainte-Maixence en Picardie , à deux lieues de Senlis.
- Les plus beaux veaux à fleur fe font à Etampes & à Orléans.
- 83. Les droits établis fur les cuirs par le tarif du 9 août 17^9, font une chofe très-onéreufeaux fabricans dans la perception. Il ferait à fouhaiter que ces droits fufsent abonnés, pour le bien du commerce.
- En effet, la forme de la régie , qui exige trois déclarations , eft infupporta-ble pour le fabricant. On ne faurait être afsuré vingt-quatre heures d’avance de ce que l’on pourra faire le lendemain. Un acheteur qui furvient, exigerait fouvent que l’on s’occupât d’une opération à laquelle on n’était pas préparé. D’ailleurs, les mécomptes des ouvriers expofent le maître à des contraventions , & l’on n’eft jamais en fûreté vis-à-vis des régifseurs.
- Un fabricant eft fouvent expofé à être décrié , par la connaifsance que des étrangers prennent de l’intérieur de fes affaires,- & la fortune des particuliers importe fouvent au bien général du commerce.
- Des commis qui ont le droit de bouleverfer un attelier, de faire dépiler dans le foulon , de faire tirer les peaux du lavage , au rifque de faire manquer des opérations délicates, peuvent molefter un fabricant, peut-être même le ruiner. Des marchandifes avariées* c’eft-à-dire , gâtées, défedtueufes , paient les
- ( 19 ) Il y a en Suifle un grand nombre poufleesavec d’autant plus d’avantage, que de chamoifeurs, dans plufieurs villes , à les peaux y font abondantes, & qu’on n’y Bâle , à Berne , à Fribourg, à Neuchâtel, paie point de droits, à Bienne. Ces fabriques pourraient y être
- droits
- p.184 - vue 186/631
-
-
-
- A R T DU CHAMOIS EU R.
- *8f
- droits en ne rendant rien au fabricant > inconvénient que l’on ne faurait pré-vénir que par un abonnement général dans les provinces.
- On trouvera ci-après, l’extrait du tarif qui contient les droits dont je viens de parler.
- ETAT des frais & du produit de la cbamoiferie, foit pour les petites peaux, foit pour la guinée, aux environs de Taris, en 1762.
- 84. Pour les peaux de moutons pajfées en chamois.
- Les peaux que l’on achète en gros fc vendent par millier j mais fur vingt-cinq on en donne une de bon : ainfi le millier en produit 1040-Les 1040 peaux ou 86 douzaines & 8 peaux, coûtent chez les
- mégiffiers de Paris , à 70 livres les 104 peaux........... 700 1. £ <1.
- Pour l’embottage .......................................
- Pour le tranfporc des peaux ou voitures , environ ....
- Pour la confomfnatiûn de la chaux avec la main-d’œuvre des
- pleins ..............................................
- Pour l’effleurage, à un fol par peau....................f2
- Pour travailler de riviere & tordre après le confit, à trente
- fols, de 104 ......................................if
- Pour la confommation de dix boifseaux defon, pour les confits , à cinq fols...................
- Pour le pafsage au moulin . . . . . . . . . . .
- Pour la confommation d’huile de poifson , à 8 livres par douzaine , pour la forte de Paris , (370 livres net à 50 fols le cent Pour la confommation du bois aux étuves, à unfol par douzaine
- Pour le dëgràifsage à quatre fols par douzaine..........
- Pour la confommation de la potafse , à deux livres pefant par douzaine, c’eft-à-dire , cent foixante & douze livres de potafse : ce fel revenant à fix fols la livre..........
- Pour le bois de la dégraifserie,à 1 fol 6deniers par douzaine Pour l’ouverture fur le pefson , à 1 fol 6 deniers par douzaine Pour le;parage à la lunette, à quatre fols par douzaine . .
- Pour rentrayage à l’aiguille, à 2 fols 6 deniers par douzaine Pour redrefsage & établifsage , à un fol par douzaine ... 4 S S
- Pour le nouveau droit de marque établi en 1759 pour chaque
- millier, environ........................................60
- Pour voiture & entrée aux barrières de Paris , fi elles font fabriquées au-dehors, environ ........... 12
- 700 1. £
- 6
- 8
- 10
- f*
- if
- 2 IQ
- 3f
- 33f
- 4 6
- 17 6
- fi 12
- 6 IO
- 6 IO
- 17 6
- 10 If
- 4 6
- 60
- 12
- Tome III.
- p.185 - vue 187/631
-
-
-
- AM T DU CHAMOISEUM.
- Igo
- Si citaient des boucs ., il faudrait encore ajouter le remaillage , pour lequel on donne deux fols de chaque peau. Les chèvres ne le paient qu’un fol fix deniers.
- Sf. Reprifes en produit ion.
- Le millier de.peaux produit ordinairement deux cents livres
- net de co.lle brute feche, à dix livres le cent.............20 liv«
- Les 670 livres d’huile de poifson employées, rendent les|”j en dégras, çc qui forme 415 livres de dégras, à 6o livres J
- le cent................................249 Hv. l 2ag *
- Sur quoi il faut diminuer la confommation du bois pour le j 1
- faire cuire , à raifon d’un fol par livre , y compris la paie ! de l’ouvrier qui veille à la cuifson . . 2oliv. 15 fols J
- Ainfi chaque douzaine de peaux chamoifées, revient au plus à douze livres dix fols.
- Mais la douzaine du fort au faible doit valoir au moins quinze livres.
- Donc le total du bénéfice net fur chaque douzaine, fera de ' ,
- deux livres dix fols.
- Une belle peau de mouton pafsée en chamois, vaut quelquefois trois livres! mais il s’en trouve qufne valent pas dix fols, c’eft-à-dire, fix liv. la douzaine.
- Les peaux de boucs fe vendent de trente à foixante livres ; il y en a qui vont à cent livres la douzaine , lorfqu’elles font bien choifies 8c fans défaut $ on appelle celles-là des chapons. Les peaux ordinaires pefent une livre & plus 5 & en général elles reviennent à cinq livres dix fols la livre, quoiqu’on n’ait pas coutume de les vendre au poids.
- Les peaux de caftor n’étant que des peaux de chevres teintes, ne coûtent guere plus que les chevres & les boucs.
- Les véritables peaux de chamois, qui fe vendent fouvent dans le Dauphiné* coûtent fix livres en poil, & douze livres lorfqu’elles font chamoifées.
- 86. J’ai dit que ie nouveau droit de marque établi par l’édit du mois d’août 1759 , monte environ à foixante livres pour chaque millier de peaux demou-* tons,- il faut actuellement faire une diftin&ion des autres qualités ; j’ajouterai même que dans la perception, les régifseurs ont été obligés de fe relâcher fur certains articles, des droits établis par le tarif "du 9 août, qui fe trouve à la fuite de l’édit d’août 1759.
- Les peaux de daim, chevreuil, chamois, pafsées en huile ou
- autrement, doivent pour chaque livre pefant ..... 10É
- Les peaux de cerf, d’élan 2jjd’oregnal, pafsées en huile, doivent,
- fuivant leïtarif . . ....................* . • , . 6
- Et le droit fe perqoit en conféquence.
- p.186 - vue 188/631
-
-
-
- 137
- ART DU C H A M 0 I S E U R.
- Les peaux de chevreaux, d’agneaux, de tout apprêt, même de
- celui de pelleterie, doivent, fuivant le tarif.......... 8 f.
- Mais dans l’ufage les peaux de chevreaux ne paient que quatre fols, & les peaux d’agneaux, deux fols.
- Les chevres tannées, corroyées, pafsées en chamois ou autrement, fuivant le tarif ......................................... 6
- On ne perçoit que quatre fols.
- Les peaux de boucs, de maroquin en croûte , c’eft-à-dire, brut
- & non paré,fuivant le tarif............................. 8
- Mais les boucs, fuivant l’ufage, font réduits à quatre fols.
- Les cuirs de bœufs ou de vaches tannés à fort & à œuvre, pafsés en buffle, en Hongrie, enRuffle, ou autrement, fuivant le tarif & fuivant l’ufage , pour chaque livre pefant ... 2
- Tous les cuirs & peaux façonnés qui ne font point dénommés au tarif, paient dix pour cent de leur valeur. Suivant l’article IX de l’édit, à la fortie des cuirs & peaux tannés & apprêtés pour l’étranger, les droits font reftitués $n entier, fauf le droit de fortie établi par l’article XIII du même édit.
- 87* Four un cuir de bœuf ou de vache chamoifé, qu’on appelle communément guinée.
- Déboursés.
- Nota. Les cuirs pour chamoifer, doivent être choifis depuis 70 livres & au-defsous rais de 50 livres.
- Un cuir de cinquante livres, fortant de chez le boucher, frais,
- en poil, vaut .....................................III. Ç f. d.
- Il en coûte pour le faire enlever de chez le boucher .... Z
- Plus pour l’apprêt fur les pleins, tant en confommation de
- chaux, que pour la main-d’œuvre des plamiers .... 8
- Pour le pelage & lavage de la bourre.................. 1
- Pour l’écharnage & l’effleurage.................... .7
- Pour le rafagede la tète........................ . . '. i 6
- Pour le pafsage au moulin............................. 8
- Pour l’emploi de dix livres d’huile de poifson , à cinquante 1 livres le çent, > f
- Nota, que cinq livres de cuirs frais emploient une livre ) d’huile.
- Pour la confommation du bois aux étuves ...... 2
- Pour le remaillage & dégraifsage...................... 7
- Pour la confommation de potafse, fervant à dégraifser le cuir,
- deux livres à lix fols............................. 12
- Pour la confommation du boisa la dégraifserie ..... 3
- A a ij
- p.187 - vue 189/631
-
-
-
- 188 A RT D U C H A M 0 I S E U R.
- Pour le recoulage i . I ; I .......... .. * £ d'pour le poufsage .............. i
- Pour le rafage ............... 2
- Pour le rentrayage.......................*........ 2
- Pour le dernier coup de fer du repoufsage . ....... 6
- 88. Reprife ou produits..
- Un cuir fournit du fort au faible à caufe de l’été , où la bourre fe jette, une livre de bourre que te peleur eft obligé de laver,
- à dix livres le cent ............ 2
- Deux livres de colle brute, à dix livres le cent, lavée & feche .. 4.
- Deux cornes à fept livres dix fols le cent................. 3
- Six livres un quart de dégras, parce que l’huile employée rend
- les cinq huitièmes, à foixante livres le cent ..... fl.if Sur quoi il faut déduire pour le bois fervant à cuire le dégras,
- & le manouvrier qui veille à la cuifson , un fol par livre . 6 3
- Refte pour >...............................................d 8 %
- Un cuir du poids de cinquante livres coûte , chamoifé prêt à, vendre , 17 livres 5 fols 3 deniers. Puifque la guinée pefant douze livres. & demie à quarante fols, produit . . . .. 2%
- Et qu’elle coûte environ............... 1 f 10
- Le total du bénéfice net, fur chaque buffle,'fera donc . . . 5? iol
- Ce même cuir chamoifé doit pefer douze livres & demie.
- Si l’on fuppofechaquelivre. de Giiir chamois revenir à vingt-.
- cinqfols, on aura pour la dépenfe du cuir entier ..... if 12 Mais le cuir en poil coûte ... . . . . . ..... . .11 ç
- Ainfi la fabrication feule de ce cuir coûte. . . .. ., . . , 4 7 &
- Et comme quatre livres pefant de cuir frais rendent une livre de cuir chamois , il en réfulte que chaque livre de cuir frais, *
- coûte à chamoifer environ.................... 1 8
- Et que la livre de cuir chamoifé a coûté.à fabriquer . ... 6 iQj
- Le cuir fprtant de chez le boucher, exige au plus quatre mois peur être fabriqué prêt à vendre, fainfi on pourrait doubler îes fonds dans les douze mois de l’année, fi la marchandifé ne féjournait pas en magafin, & fi les pertes accidentelles fr
- «e-diminuajent confidérablementlebénéfice.
- p.188 - vue 190/631
-
-
-
- ART DU CHAMOISEU R.
- *8*
- ==»*
- EXPLICATION DES FIGURES.
- PLANCHE I.
- On voit dans le haut de la planche, les trois principales a&ions du chamoi-feur, qui confident à tordre, ouvrir & paren
- A», cuve deftinée à recevoir la leffive , furmontée d’un tonneau , dans lequel on met des cendres ou de la potafse.
- B, Fourneau & chaudière, où l’on fait chauffer la leffive pour, la porter enfuite dans la cuve i.
- Np. i, cuve où l’on verfe la leffive chaude fur les peaux, pour les laifser tremper deux ou trois jours , fuivant le tems j d’où on les porte au moulin.
- N?. 2, cuve où l’on remet les peaux au fortir du moulin avec de la leffive pour les dégraifser mieux pendant l’efpace d’un jour ou deux,
- N°. 3 , cuve où l’on donne aux peaux une troifieme leffive , pour les perfectionner avant de les faire fécher à l’air.
- C, adion de celui qui tord les peauxquand elles ont été dans la leffive.
- D, banc où le tordeur étend les peaux, pour couper avec des forces les bouts de queues , oreilles & autres extrémités.
- E, adionde celui qui.ouvre la. peau de chamois,fur le pefson oupalifson.
- F, action de celui qui pare avec le fer , appelle pouvoir , pour faire le frife
- du.chamois,, ou lui donner le veloutée \
- - Bas de la'planche ('20 ).
- f , banc du pefson.
- N°. i,2, 3,4, pieds du pefson-.
- Np. f , fer redoublé en angle aigu , qui forme le pnlifsonf
- N9. 6 , piece de bois plantée debout fur le pied du palifson , pour recevoir le fer du palifson.
- N°. 7 , clavette pour tenir le montant ferré par-defsous le pied.
- (20) Je retranche au bas de la planche T, A , C , D , E , quatre figures de cuves, qui fqnt déjà repréfentées dans le haut- de la - même planche fous la lettre A & lés chiffres-x, 2,3.
- B , fourneau fë? chaudière qui fe voient, au haut de la planche en B.
- F , pejfion , ou palifibn , qui le voit au haut de la planche en F , & dont le développement- eft dans cette même planche en S G, & fous les n°. 1,2,3 ,4,5,6,7.
- H, maillot, ou marteau de bois, qui était manifeftement inutile.
- S, fufil, ou infiniment à aiguifer la lunette. Il ne fe trouve point dans la planche , quoiqu’il foit dans l’explication \ & ce. n’eft pas dommage..
- T , pejjon , qui fe trouvait répété, trois fois. u, pilon dont on Je Jert pour fouler les peaux, qui eft exactement femblableà tous les pilons de bois qu’on voit par-tout?.
- p.189 - vue 191/631
-
-
-
- J90
- ART D ü CHAMOISKU R.
- G, pierre dont on charge le pefson.
- I , forcer pour rogner les peaux.
- K , grand paroir.
- k, peau de chamois, de bœuf ou d’élan , pafsée en huile. a a, gros poteaux qui fervent de montans au paroir, & qui s’appuient contre le mur.
- b, montant plus court, couché en joue fur un des poteaux.
- c, traverfe fur laquelle eft pratiquée une rainure , dont le fond eft arrondi..
- J d ,‘traverfe arrondie , qui fe loge dans la coulifse pour ferrer une peau fans* la b.lefser.
- 'h , clavette qui ferre la traverfe d. :
- i i, chevilles ou boulons de fer , pour foutenir les pièces c & d,
- L, poufsoir ou fer à poufser & râler les cuirs.
- M, petit paroir, pour parer les petites peaux de chamois. e & g , poteaux du petit paroir.
- m „peau de chamois placée fur le paroir. n n , bâton rond , fur lequel fe plie la peau. o o ,deux pitons de fer qui tiennent le bâton. ppp, trois crochets de fer, qui appuient fur la peau. qqq, pefons de plomb , pour charger les crochets.
- R, lunette à parer.
- S , herfe ou boucle de fer tordu, pour rendre les peaux plus douces & plus faciles à parer. On la place quelquefois fur le poteau du paroir , quelquefois dans te mur.
- X, bille , manivelle de fer pour tordre les peaux,
- Fig. 6,7, 8 , & 9 , prefse des buffles vue de profil & en perfpedive, avec fon plan «St fes détails.
- K K, deux montans ou fortes pièces de bois, avec des retours en forme de potence pour foutenir la prefse.
- L , piece mobile de la prefse , ou mâchoire qui s’ouvre pour laifser entrer les peaux de buffles.
- M , piece immobile fixée fur les montans.
- N , levier ou perche de bois qu’on engage dans la peau, & que l’on fait tourner à force de bras pour tordre 8c exprimer l’huile.
- O , peau de buffle ferrée «St tordue dans la prefse.
- P, charnière de fer qui fert au mouvement de la prefse , & qui eft auffi repréfentée féparément.
- p p, boulons de fer qui traverfent les deux mâchoires de la prefse, pour foutenir les peaux.
- p.190 - vue 192/631
-
-
-
- ART BV C H A M 0 I S E U R.
- IC)I
- Q_9 gerle ou fceau , enfoncé dans la terre , deftiné à recevoir l’huile que l’on exprime des buffles.
- R , vis de la prefse , que l’on tourne avec un levier pour ferrer enfemble les deux mâchoires.
- r j la même vis détachée.
- S , manivelle ou levier qui ferre la vis.
- s s, l’écrou vu de face & de côté.
- T T , platine de fer dont on garnit le trou de la prefse, & fur laquelle appuie la tète de la vis.
- 11, autres platines de fer.
- PLANCHE II.
- Fig. i & 2. Moulin du chamoifeur, vu de profil des deux côtés.
- A, eftun des deux pilons qui frappent dans chaque coupe.
- B , eft l’extrémité delà queue des pilons, qui s’appuie par une entaille fur la traverfe du haut de la charpeute.
- C , eft le profil de la coupe , c’eft-à-dire, de la pile ou auge dans laquelle les peaux font foulées. . _
- D , petit arbre horizontal, dont les quatre mentonets àà lèvent les queues des pilons.
- E , hérifson ou roue de trente-fix dents, qui conduit la lanterne de l’arbre-des cames, & qui eft à l’extrémité du grand arbre horizontal.
- F , eft un treuil ou tour qui fert à tenir les pilons élevés au moyen du crochet G , & d’une corde qui pafse fur la poulie H, placée au-defsus du moulin.
- G , crochet de fer qui tient au pilon , & par lequel on l’accroche pour le mettre hors deprife.
- H , poulie de renvoi, pour élever les pilons.
- I, efcalier de bois , qui conduit à la coupe ou auge du moulin, pour en retirer les peaux. *• #
- Fig. 3^4. Moulin du chamoifeur, vu de face & par derrière.
- A , A , timons ou leviers , fur lefquels agifsent les deux chevaux qui'font aller le moulin. ' < ’
- B , roüet de quarante-huit aluchons, dont l’axe eft vertical.
- C, lanterne de vingt-deux fufeaux, placéeà l’une des deux extrémités du grand arbre horizontal, & qui tourne par le moyen du grand rouet.
- D , grand arbre horizontal. :
- E, hérifson , roue de trente-fix dents à placée à l’autre extrémité du grand arhrë.
- F s lanterne de dix-neuf fufeaux, placée fur l’abre des cames.
- p.191 - vue 193/631
-
-
-
- GG, cames ou mentonefs garnis de rouleaux à leurs extrémités , & qui fervent à élever les queues des pilons.
- HH, pilons ou maillets , qui frappent dans les coupes, deux à deux dans chaque coupe.
- 11, cordes qui fervent à relever les pilons , quand on veut vuider la coupe.
- K K ,fig. j , circonférence de 30 pieds de diamètre , fur laquelle tournent les chevaux.
- LL, paloneau auquel on attache les traits des chevaux qui doivent faire tourner le moulin.
- M M , élévation des coupes dans lefquelles fe mettent les peaux.
- N, fufpenfion des maillets au haut de la charpente.
- O, treuils ou tours, fur lefquels s’enveloppe une corde pour relever les pilons.
- Fig. $. Plan du moulin du chatnoifeur. Les lettresfont les mêmes que dans les figures 3 4.
- *-----r~r—T ----r-.J&Ss...... . , ,
- AVERTISSEM EN T.
- a Ali voir dons cette Aefcription de fart du chamoifeur , combien tacadémie et trouvé de facilité dans la manufia&ure de Saint-Hippofyte, au fauxboiirg Saint-Marceau , dans celle de Corbeil, & dans celle de M. Rigaud, habile chamoifeur à Etam-P es. M. Baroü, dire&eurde la première, M. Denis , direlleur de la fieconde, & M. Rigaud, propriétaire de la troifieme , ont ajouté à nos travaux, non-feulement les connaijfiances & les lumières que l'on pouvait attendre de leur expérience & de leur habileté * mais toute la candeur & le zele que l'on peut mettre dans des chefies de littérature, fans apprêhenfion , fans jaloufie & fans réferve. Ce ne ferait peut-être pas m éloge digne de ces mejfileurs , dans un tems plus éclairé & plus philofophique j mais c'en eflun aujourd'hui, que le préjugé & l'intérêt foule vent encore la plupart des artijles contre les recherches utiles de l'académie dans les arts.
- il n'y avait,rien fur fart du chamoifeur, dans les anciens manufcrits de T académie. Il ejl vrai qu'on en trouve une très-bonne defcription dans le troifieme volume de l'Encyclopédie, mais la nature de ce di&ionnaire, qui ne comportait pas des détails aujjî étendus que les nôtres -, iaijfait encore un libre champ à notre nouvelle defcription. D'ailleurs, fi on les compare enfemble , on verra qu'il y a fouvent differentes maniérés d'appercevoir les mêmes chofes, & que les arts ne peuvent que gagner à cette concurrence.
- •TABLE
- p.192 - vue 194/631
-
-
-
- ART BU CHAMOIS EU R. i*
- UO JELS TÆJlT XXLTLïïLS , AVEC L’EXPLICATION DES TERMES.
- Les chiffres expriment les articles.
- A
- Abonnement des droits fur les cuirs , nécefsaire au bien du commerce, 3.
- Actions principales du chamoi-feur, planche I.
- Adam , habillé avec des peaux de bêtes » introduction.
- Air , peut furprendre & gâter les peaux, 66> 72 & 81.
- Arbre du moulin, Tes dimenfions, 69•
- Arrêt, qui défend de faire le dégras dans la ville de Beauvais, y?.
- Arts, qui emploient les peaux, & qu’on fe propofe de décrire, introduction.
- Avariées ( marchandifes ) paient des droits qui font très-onéreux, 85.
- B
- Bassement, eau d’orge aigrie qu’on peut employer pour les chamois, 10.
- Bille , inftrument de fer pour tordre les peaux, 16. La bille de bois s’appelle torfoir.
- Blanchir les peaux chamoifées, 79.
- Boucs, leurs peaux fe padent en chamois , 2. Exigent une leffivemoins forte, 47. Parées des deux côtés, y 8. Préférées à toute autre, 80.
- Bourre de chevre & de boue, fe vend jufqu’à iy livres le cent, 9.
- Buffle. Voyez Guinée. C’eft une efpece d’animal analogue à celle du bœuf, 6ï.
- Tome III.
- C
- Castor, on donné ce nom aux peaux de chevres chamoifées, 80.
- CendRes gravelées, fel alkali tiré de la lie-de-vin brûlée, 45. Son prix & fa quantité, 49.
- Cerf , la peau approche de celle du daim , 80. Ses défauts, 81.
- Chamois, efpece de chevre, d’où eft venu le nom de chamoifeur, 1. Voyez Chamoifeur, Moulin, Prix, Commerce, &c.
- Chamoiseur , ouvrier qui pafle les peaux au moyen de la chaux, de l’huile, du foulon,de l’échauffe & du dégraif-fage, 1 , 3. En quoi il différé dumégif. fier, 3. Ulage qu’il fait des pleins, y. Sa maniéré d’effleurer, 11. De mettre en confit, iy. Son moulin , 18. Son commerce , 82.
- Chapon s, belles peauxde boucs, qui pefent 100 livres la douzaine, 8y. Chaudière, pourledégrailfage,^/.!*
- Chaux , prix de la chaux, <5y.
- Cheval , fa peau fe paffe très-bien en chamois, 80.
- Chevalet, qui fertà remailler, doit être uni, 38.
- Chevres, leurs peaux fe paffent en chamois , 4. Difficiles à remailler, 40. Prennent le nom de caftor, 80.
- Chevreuil , fa peau approche du daim, 80.
- Chien, fa peau paffée en chamois, 80.
- Clairyoisées (peaux), c’eft-à-dire* Bb
- p.193 - vue 195/631
-
-
-
- 194
- art du chamoiseu R.
- trop minces & tranfparentes, 8r. ;
- Colbert ( M. ) établit une manufacture de buffle, 60.
- Colle, fe fait avec l’effleurage, 14.
- Commerce de chamoiferie,
- Confit, mélange d’eau & de fon,if.
- Corné , cuir corné, durci par l’air,
- 81.
- Corroykur , fon art fera décrit parmi ceux qu’annonce l’académie, introduction.
- Coupe, pile, auge, piece de bois dans laquelle fe foulent les peaux, 18 , 19 & 22.
- Creuses, peaux creufes, 11 & 18. D
- Daim , animal qui approche de l’ef- . pece du cerf, 80. Qualités de fa peau paflee en chamois, ibid.
- , Défauts des peaux chamoifées, 39 ,
- 81.
- Dégraissage des peaux , avec des fels alkalis ,31^? fuiv. 73 & fuiv.
- Dégras , fubftance retirée du chamois, po. Maniéré de le faire cuire, p2. Son odeur eft dangereufe, ^3.
- Denis (M.) , directeur de la manufacture de Corbeil j fes expériences, 10. Son zele pour les arts , avertif-fement, à la fin.
- Droits fur les cuirs , très-onéreux au commerce , 83.. Leur tarif, 85.
- E
- Echauffe, 33 & 34. Voyez Etuve.
- Effleurer , enlever la fleur des peaux, 11 & 66.
- Elan, animal d’Amérique, dont les peaux fe travaillent en chamois, 8°-
- Enbrener de confit , pafser une peau légèrement dans le confit, 1 f.
- Entasser, empiler les peaux dans l’échauffe, 33.Danger de le faire trop têt, 28.
- Etuve "fupplée au vent , 30. Ses dimenfions, 34.
- F
- Fermentation que les peaux fubif-fent dans l’échauffe , 3f. L’eau y eft contraire, 36.
- Feu qu’on allume dans l’échauffe, 34.
- Fleur, côté du poil, ne fauraitfe conferver dans les peaux de daims, cerfs , boucs, 11. Tenir de fleur , c’eft donner une façon de fleur avec le couteau de riviere.
- Fouler fur une claie , c’eft corroyer les peaux qui font trop dures.
- Foulonier. Voyez Moulinier.
- G
- Graisse , reparaît quelquefois fur les peaux qui ont été dégraifsées, 8*.
- Guichenon(M.), moulinier habile, né en Brefse , & parent du célébré historiographe de ce nom , 62.
- Guimard (M.),infpecteur des cuirs çn 174V. Ses expériences, 10.
- Guinée , grande peau de bœuf cha-moifée , 60, Différentes manufactures pour la guinée en France , 60. Son travail dans les pleins , 64. Maniéré de les effleurer, 66. Exige quatre mois de travail, 88-
- H
- La Haye (M.) appelle de Hollande , pour la chamoiferie , 60.
- Herse , boucle de fer dans laquelle on pafse les peaux , $6 ,pl. II.
- Hongroyeur, ouvrier qui travaille le cuir de Hongrie, avec l’alun & le fuif: fon art fera décrit par l’académie, introàu&ion.
- Huile de poifscm , fert à pafser les peaux en chamois , 32. Maniéré de mettre en huile , 18. La quantité qu’il en faut, 32 & 66.
- Huile végétale, gâte le chamois, 49.
- p.194 - vue 196/631
-
-
-
- ART D U CH A M 0 I S E Ü R.
- I
- Jabac (M.), appelle enFrance pour la chamoifcrie, 60.
- L
- ' Lavage, c’eft le refte de la leflîve^ où ont trempé les peaux ; ou bien c’eft ce qu’on exprime des peaux , quand elles font prefque dégraifsées , 44.
- Lessive pour le dégraifsage , 42. Doit être chaude, 4y &48. Sujette à le gâter, 48.
- Loup marin , poifson dont l’huile fert auxchamoifeurs , comme celles de baleine, morue, &c.
- M
- Mégie, peau de mégie eft plus faible que celle de chamois , 79. v
- Mégissier , ouvrier qui prépare des peaux blanches avec le confit, l’alun & la pâte , hitroàuBion! Droit qu’il exerce à Paris fur les chamoifeurs , y.
- Molo , c’eft la première huile qu’011 exprime des peaux , 44 & 46.
- Moulin ou Foulon duchamoifeur, 18. Moulin des buffles , 67. Moulin vertical, 71. Le moulin doit être vifité fou vent, 81.
- MoulinierouFoulonier, ouvrier qui conduit le foulon du chamoifeur, 27 & 62.
- Moutons , leurs peaux fe pafsent en chamois, 2.
- N
- Nerveuse, pour nerveufe ou dure,
- 7i-
- O
- Oregnal , animal d’Amérique, dont les peaux fe pafsent en chamois, 80.
- Ouvrier, fa journée pour l’effleurage ,ii. Pour le dégraifsage, 47 & 74.
- 19)
- Pour ouvrir les peaux, f y. Pour parer, p8-. Pourrafer , 77.
- Ouvrir une peau furie palifsoh, yy*
- A •' ;P ' '• ' ' ;T'
- 'Parer les peaux à la lunette , en enlever les inégalités , 7p. Lunette à parer, p l. I. w .
- Paroir qui fert à parer les peaux,y 6.
- Peaux en faiblefse hors d’eau, 31. Creufes, 11 & 81. En échauffe, 34. Demandent à ëtre;gardées, 36. Doivent' être remaillées, 37,L’ufage des peaux: eft auffi ancien que celui de s’habiller hitroàuBion. Différentes .peaux, qui peuvent être chamoifées, 8°- Peau humaine chamoifée, ibid. Les peaux fe coupent dans les piles ,81.
- Pelotte des peaux qu’on jette dans la pile, 8. - •’ r
- P Esso N .ou Palisson , inftrument fur lequel on ouvre & on redrefse,' y 6 &T9- , •:>:
- Piles. Voyez Coupes.
- Pilons ou marteaux du moulin , leurs dimenfions,67. Pefent 7oolivres, 68-
- Plamer , s’attendrir dans la chaux : cela eft nécefsaire aux peaux de chamois , 9.
- Pleins où l’on met les peaux , 9 & 64.
- Poids des buffles , 79.
- Poil de chevre , employé à des tapifseries groffieres s le plus beau fe tire du Levant, 9.
- Poissons, dont l’huile fert aux chamoifeurs , 32.
- Potasse , fel tiré des cendres , & qui fert à dégraiffer les peaux, 43. Son prix & fa quantité, 49.
- Pousser, ratiifer le chamois avec un fer, 7 y.
- Poussoir , fer à poufser,^/. I.
- p.195 - vue 197/631
-
-
-
- ART DU CHAMOIS E* U R,
- Presse. Voyez Verrïn\ 73.
- Prix de l'effleurage , 11. Prix des idéaux de daims, 80. Prix de toutes les mains-d’œuvres & des matières pre--mieres, 84» 87» & ?7-' Se'promener fur les cordes, les vifi-ter, 241.
- Provinces de France où fe fabrique le chamois, 8*-
- R
- Raser le buffle » en enlever les inégalités, lui donner le velouté , 76 & ’ 77.
- Recouler les peaux, en exprimer l'huile, 7f.
- Régie du droit fur les cuirs, très-préjudiciable au commerce, 8?»
- Remailler les peaux, enlever l’épiderme ou l’arriere-fleur , 37 , 72 & 7f.
- Rentrer ou Rentrayer, recoudre les buffles, 78.
- Rigaud ( M. ), habile chamoifeur d’Etampes, 49.
- S
- Sortir les peaux , leur donner un vent, 2,4.
- Soude , fel tiré par le feudes cen-
- dres d’une plante d’Ëfpagne ,49.
- T
- Tanneur, ouvrier qui prépare les cuirs avec le tan ou l’écorce aftrin-gentej la defcripcion de fou art le trouve dans ce IIIe volume , infrodutïion.
- ' Tarif des droits fur la chamoilerie, 86-
- - Tenir de fleur , donner une façon de fleur avec le couteau de riviere , pour enlever le refte de la fleur , 11.
- Tonnée ( peau ) , percée par des in-feétes, 8i-
- Torsoir, Voyez Bille.
- Treikper les peaux. Voyez Dé-graijfer.
- V
- Vent., évent que l’on donne aux peaux, 24 & 27.
- Verrin , préfse qui fert à dégraifler les buffles, 73.
- Villes où l’on travaille le chamois,
- 11.
- VîtessE des chevaux qui font tourner un moulin ,21.
- Usage des peaux de chamois & de buffle , 79.
- Fin de P Art du Chamoifeur*
- p.196 - vue 198/631
-
-
-
- ART
- D V
- MÉGISSIER
- Par M. de la Lande.
- p.197 - vue 199/631
-
-
-
- p.198 - vue 200/631
-
-
-
- làUïm.
- m
- .*s^
- •ZZ-û^l
- ®> '
- «V^eVJ/î*fcWs» *V.jf*«W»*«Vw/*
- r??s,e*-î^
- ART
- DU MÈGISSIER»
- <------------=3*if
- V
- JLiE mégiflièr ( i ) eft celui qui prépare les peaux blanches avec la chaux, l’alun, lefel, le confit, & la pâte. Ces peaux blanches s’appellentp?è0ttx de mégie-, mais on ignore l’étymologie de ces noms de mégie & de mégiffier, qui doivent être Fort anciens. M. Huet prétend que le nom de mégijjitr vient de medû cave, qui fignifie préparer avec des drogues j car on appellait meges les médecins & les embaumeurs. On l’a exprimé en latin par le mot aîutarius, ce qui vient fans doute de alumen , c’eü-à-dire, de l’alun, dont les mégiiïiers ont toujours fait ufage.. , j,
- i. Da:ns une cave fépulcrale des Guanches dansl’isle deTénérife, on trouva vers le milieu du dernier fiecle , un cadavre qui avait fur l’eftcmac une peau plus douce & plus fouple que celle de nos meilleurs gants, & fort éloignée de toute corruption. Il paraît que l’art de préparer les peaux fefait partie de l’art des embaumemens, très-connu & très-pratiqué parmi les anciens habitans de cette isle. (Hifl. gén. des voy.Jiv. V, anonyme de 1652. ) Les plus anciens écrivains de la Chine rapportent qu’aùtrefois.on n’ÿ était vêtu que(de peaux avant qu’une des femmes de l’empereur "Whang-ti inventât l’art de fabriquer la foie. (Hift. des voy. tome 22 , f. 1910 C’eft à l’art du mégiflièr qu’on doit rapporter ces différentes préparations j car'celui des chamoifeurs 11’eft point aulîi ancien. Les chamoifeurs préparent les peaux les plus douces & les plus chaudes?
- ( 1 ) L’art du mégiffier tient à celui du çaife , parce qu’on lès tirait autrefois' de ehamoifeur, dont il fait partie.En Allemagne .France ,5 ou parce que ce font des ouvriers & en Suiiïe , les chamoifeurs, Sàmifchger- français qui les ont les premiers fabriquées ber ,-font en même tems mégifliers, JFeifi- !en Allemagne. Il s’en fait un commerce con* gerber. Il leur eft permis , s’ils le veulent & fidérable à Halberftadt1^ à Berlin, à Halle',, s’ils le peuvent, de préparer des peaux à la à Erlang ? & depuis peu de teins à Drefd^, mégie.. Ils les nomment des peaux à lafran* - 1
- p.199 - vue 201/631
-
-
-
- Z.4>
- ART DU M E G I S S I E R.
- nous en avons donné la defcription (2). Les mégiiîiers préparent les plus blanches & les plus belles : nous allons les décrire.
- 2. Les peaux blanches que les mégiiîiers; préparent, font prefque toujours des peaux de moutons, d’agneaux, de chevreaux. O11 en fait un ufage fréquent dans la fociété pour des tabliers, des doublures, des gants, & autres meubles dont on ne faurait fe pafser.
- 3. Ces peaux blanches n’ont pas le moelleux & lafouplefse de celles du chamoifeur, qui font pafsées en huile, foulées & effleurées (voyez l’art dit chamoifeur ) : mais elles font plus agréables à la vue, plus propres , plus fermes j elies ont la fleur belle & entière.; elles ont une blancheur éclatante , que l’on recherche dans plusieurs fortes d’ouvrages.
- 4. La qualité des eaux influe fur celle des peaux ( 3 ). Les eaux dures &
- crues, comme celles qui fortent des montagnes & qui font encore près de leur fource, n’abattent pas beaucoup les peaux , n’étant pas fort propres à ta fermentation. Le travail du mégiiîieren eft beaucoup plus long * mais les peaux n’en font pas moins blanches. Les eaux de la Seine font un peu dures pour les peaux blanches 5 mais la riviere de'Bievr'e ou des Gobelins eft excellente pour faciliter ce travail [ 38 ] : auiîi l’on n’y donne que trois façons de riviere [27] , tandis que dans certaines provinces on en donne quelquefois cinq ou fix. C’eft à cette occafion que nous parlerons de la riviere des Gobelins avec quelque détail à la fuite de cet art [ 142 ]. * . r, t -
- - 5. Le travail'des mégiiîters de Paris fur lès grandes peaux de moutons, eft:
- un peu difléreqt de celui des mégiftiers, qui ne préparent que de petites peaux d’agneaux & de chevreaux pour faire de beaux gants i ainfi je décrirai féparé-ces deux fortes de travaux, avec toutes leurs circonftances. Je commence par les moutons qu’on pafse à Paris } je finirai par les'agneaux & chevreaux que l’on pafse à Grenoble [72 ].
- 6. Les mégifliers de Paris reçoivent leurs peaux des bouchers de la ville * quelquefois ddft provinces /fraîches ou feches , indifFéremmeht.IIsne pafsent que des moutons ou des agneaux ^quelquefois des veaux & des chevres j mais cela eft beaucoup plus rare , & il y en a beaucoup qui ne pafsent que des moutons. Les peaut dé moutons fe paient de 100 à 150 livres le cent, c’eft-à-dire, 20 ou 30 fols la piece en été, où il n’y a pas de laine fur ces peaux ; mais en hiver cela va jufqu’à 300 ou 3 30 livres le cent, à caufe de la laine dont elles font chargées.
- 7. Dans le commencement du travail on ne les fépare point, on les pafse
- ( 2 Voyez l’art du Chamoifeur, page des peaux, que la qualité des eaüx a beau-ïçj de ce Ille volume. ; coup d’influence. Nous en parlerons plus
- ( 1 ) Ce n’eft pas feulement fur les diffé- amplement un peu plus bas. rentes profeflions qui s’occupent du travail
- toutes
- p.200 - vue 202/631
-
-
-
- ART DU MEGIS'S 1ER,
- $0Ï
- toutes enfemble, grandes ou petites. On ne choifit guere la faifon : il eftvrai que la plus convenable ell: le printems ou l’automne : cependant en hiver & lors même de la gelée, ou en été, pourvu qu’on ait de l’eau , on travaille également.
- 8. La première chofe que fait le mégilîiereft d’unir (4) les peaux, c’eft-à» dire, de les égaler , en coupant avec des forces ou ci féaux à refsort, le bâtard de la laine, qui ell: ferré , collé en forme de meches, jaune, & qui donne mau-vaifefaqonà la laine. On voit dans la planche I, l’ouvrier qui furtond une peau. Après cette opération on rince les peaux fi elles font fort fales , linon on les met tout de fuite en chaux pour les faire peler.
- Mettre en chaux & peler les peaux.
- 9. Pour enchaujjener Q) ou mettre en chaux, on a une fofse de trois pieds de diamètre fur deux pieds de profondeur qu’on appelle enchaujjumoir ( 6 ) , dans certains endroits enchaux , revêtue de bois & de pierre. On y fait infufer la valeur de deux minots ou lix boifseaux de chaux’, pour 6oo ou 700 peaux [ 20] j (ils coûtent 3 livres 6 fols a&uellement ) on les laifse éteindre du matin au foir , de peur qu’elle 11e brûle les peaux. Quand on veut mettre en chaux, on prend un gipon ( 7 ) fait avec les penes ou les bouts de fil qui ref-tent au bout des pièces de grofse toile que font les tifserands ; on en afsemble plufieurs au bout d’un long bâton , & l’on s’en fert comme d’un balai pour prendre la chaux & pour l’étendre fur la peau. Nous avons déjà parlé de cette opération dans l’art du parcheminier. Quand on a enchaufsené la peau, 011 la replie en deux , chair contre chair, de tète en queue , les pattes de derrière en dedans. Les peaux d’agneaux fe plient ventre contre ventre, parce qu’elles ne font pas fi longues.
- 10. On peut enchaufsener un cent de peaux par heure ; on les met en pile jufqu’au lendemain fur le bord de l’enchaufsumoir, en hiver comme en été. Mais enfuite on diftingue les faifons} en hiver , on les roule deux par deux , fans les déplier j on met ces rouleaux les uns à côté des autres , pour 8 ou 1 f jours, fuivant les tems plus ou moins doux, afin que la chaux ait le tems de mordre & de faire peler la peau.
- j r. En été, elles fécheraient trop fi on les mettait ainfi en pile ; c’eft pourquoi on les met tremper huit jours dans des futailles pleines d'eau ; quelques-uns mettent de l’eau blanche par-defsus , e’eft-à-dire -, un peu de l’eau du plein mort. En été, la laine étant fort courte & n’ayant pas de prife, il eft nécefsaire que les peaux foient plus attendries par la chaux, pour être pelées facilement.
- ( 4. ) Cette opération fe nomme en aile- ( 6 ) En allemand, Kalkâjcher. mand , das Futzen. ( 7 ) En allemand , Schwôdeiuedd.
- ( $ ) En allemand ^fchwôden.
- Tome III,
- Ce
- p.201 - vue 203/631
-
-
-
- 202
- ART DU M E G I S S I E R.
- 12. Les rouleaux que l’on fait en hiver avec les peaux enchaufsenées* s’étant repofés pendant huit jours, on les déploie; un homme en fabots les trempe dans la riviere , & les lave en les mettant fur une planche & le pied defsus. On les fait égoutter, on les remet en pile, en les pliant laine fur laine* & on les met cuir fur cuir en pile pour huit ou quinze jours , fuivant qu’il fait plus doux ou plus froid. Ils fe gâteraient, fi on les laifsaifcainfi trop long-tems » mais il faut quelques jours pour que la laine fe décharge de fon luint, c’eft-à-dire , de fa graifse , & devienne plus facile à arracher.
- 13. Quand elles font au point de fe peler facilement, on les remouille encore dans la riviere l’une après l’autre ; on les étend fur une felle tout du long, laine fur cuir, «ço par 50. Deux hommes les battent l’une après l’autre avec deux battes i qui font des bâtons de la grofseur des peloirs; une heure fuffit pour battre fopeaux. Cette opération fert à faire tomber la boue & la crotte dont la laine eft chargée, fur-tout en hiver.
- 14. Les peaux ayant été rincées & battues, on les prend avec des tenailles, l’une après l’autre, on les ploie cuir fur cuir , on les lave encore dans la riviere jufqu’à ce que la laine foit blanche. Dans une journée d’hiver , orrpeut laver 600 peaux.
- 15. Après avoir lavé les peaux on les met en égout, au moins pendant 24 heures; fi c’eft en hiver, on les met à terre; en été, on les met dans fo penderie. C’eft un lieu ouvert, mais à l’abri du foleil qui pourrait brûler les peaux. On prend foin qu’elles ne fechent pas trop par les pattes ; car alors on ne peut en ôter la laine: cela nuit au maître, & fatigue l’ouvrier. Quand elles font fech.es, on les tond. Tondre (8), c’eft ôter la fuperficie delà laine avec des forces (9). L’aétion eft la même que celle d’unir les peaux [8]. Un ouvrier peut tondre ifo peaux par jour. La furtonte que l’on ôte a-infi, fe mêle avec le bâtard [ 8 ] j & fe vend au même prix [134].
- 16. Il s’agit enfuite de peler les'peaux : cela fe fait fur un chevalet, avec un bâton rond qui a 18 pouces de long, 1 f à 16 lignes de diamètre. Voyez Part du parcheminier , où j’ai déjà parlé de cette opération. L’établi à peler eft com-pofé en hiver d’un chevalet & de deux Celles placées à côté pour recevoir la laine qui eft longue & précieufe i on place même au bas du chevalet un collet de bois ou une planche en travers fur les deux Celles ,pour foutenir la culée de la peau.
- 17. Celui qui pele a ordinairement devant lui un gros tablier, qu’on appelle allure, dont le haut eft une large piece de cuir fort, & le bas eft un linge ou un morceau d’une étoffe quelconque. En été, on peut pçler 150 peaux dans un jour, mais un cent feulement en hivers la peau étant plus dure, il eft
- ( 8 ) En allemand ,fcheeren. les du chamoifeur , repréfentées dans cet'
- ( § ) Ces forces font les mêmes que cel. art planche 1, fig. I,.
- p.202 - vue 204/631
-
-
-
- ART BU MEGTSSIE R.
- 203
- beaucoup plus difficile d’en arracher la laine. Quand cette laine eft trop courte & trop difficile à avoir, on prend un bâton moins rond, qui puifse mordre davantage par fes arêtes , & déraciner la laine.
- 18. Les mégiffiers feuls étant en ufage de peler les peaux, c’eft auffi fur eux que roule à Paris le commerce de la laine qu’on en retire. Ils diftinguent dix fortes de laines différentes, la mere laine , la poignée, la fine pelure , la haute fine , le moyen , la laine d’agneau, le noir, le bege, la grofse pelure & le court. Nous en parlerons à la fin de cet art [ 126].
- 19. En été, les peaux fe,gouvernent un peu différemment, après avoir été mifes en chaux. Nous avons dit qu’on les mettait tremper [ 11 ] ; quand les peaux Portent des futailles , on les lave avec les mains dans un tonneau d’eau fraîche; on les met en égout fur les futailles même, pendant une heure de tems , ou davantage, fi l’on veut ; on les étend dans la penderie , à l’ombre , pendant une journée ou deux , pour fe refsuyer un peu ; on prend garde à ne pas les laifser trop fécher , car on ne pourrait plus ôter la laine ; quand elles font feches, on les retire pour les peler. Si 011 les pelait toutes mouillées, la laine fe coucherait fous le peloir, & l’on ne pourrait-pas venir about de l’ôter fans y employer le fer.
- 20. Les peaux qui font pelées & qu’on appelle cuirets, doivent enfuite pafser dans le plein. On commence par le plein mort pour venir au plein frais ; mais comme le plein mort a commencé par être un plein frais, il eft nécefsaire de parler d’abord de celui-ci.
- Un plein qui peut contenir 500 cuirs exige une mine de chanx, ou deux rninots *; & l’on peut en pafser 1000 dans ce plein , parce qu’on les met alternativement en plein & en retraite. Quand il a fervi à ces 1000 cuirs , c’eft un plein mort; il ne fert plus qu’à fauver , c’eft-à-dire, à conferver les cuirs en attendant qu’on les travaille, ou à morplamer, c’eft-à-dire, préparer au plein neuf les cuirs qui ont été pelés & fauves.
- 21. Les cuirets fe mettent tout de fuite dans le plein mort; on les y îaifse huit jours pour les fauver & les préparer au plein frais; on les releve tous les jours pour faire place à d’autres ; il fuffit qu’ils y aient été un jour pour être fauves fuffifamment, ou de maniéré à pouvoir attendre le triage. 1
- 22. Quand on en a fuffifamment, on les trie, c’eft-à-dire, qu’onfépare lç rebut d’avec les belles peaux qu’on deftine au chamoifeur. Nos mégiffiers envoient celles-ci à Rouen , à Orléans , ou à Dreux , pour faire la bafane ; ce font les moins belles qu’on pafse en blanc à Paris. Celles du chamoifeur n’exigent un plein plus.fort que pendant 24 heures pour les fauver à forfait, de maniéré qu’elles puifsent faire la route.
- * Le minot eft un pied cube de chaux , ou la quarante-huitieme parcie d’un muid ; il coûtait 33 fols en 176$.
- ‘Ce ij
- p.203 - vue 205/631
-
-
-
- 304
- ART DU M E G I S S I E R.
- 23. Celles qu’011 veut pafser en blanc fe mettent pour quinze jours, trois femaines, ou un mois, dans un plein mort pour morplamer. On eltlc maître de les y laifser plus ou moins,- elles ne courent aucun rifque. Chaque jour on retire les euirets du plein ; on en leve cinq cents pour en mettre cinq cents autres , & ainfi alternativement. En une heure on en peut relever cinq cents & retoucher les cinq cents autres. Après if jours ou moins de plein mort, on les met dans un plein neuf; ils y reftent 15 jours en été ; en hiver, un mois ou iîx femaines ; on les releve de même chaque jour, & on les laifse en retraite du foir au matin.
- Travailler de riviere (10).
- 24. Quand les cuirs font afsez plamés, qu’il ont acquis Pépaifseur convenable , on met de l’eau dans un cuvier pour les rincer de chaux ; on en rince 600 en une heure. Sans cela l’ouvrier qui doit travailler de riviere, fe brûlerait les mains , & il ferait même difficile de repeler.
- 25'. Au fortir du plein , & après avoir rincé de chaux toutes les peaux, on en charge 2 6 ( ou deux bottes) fur un chevalet, la fleur en Pair, pour repeler , c’eft-à-dire , ôter la bourre , ou plutôt la laine qui avait refté fur les cui-rets. O11 vend cette bourre 4 à 5 fols la livre ; en hiver , quand elle ei\ un peu plus belle, on la mêle avec le bâtard [g]. On en peut repeler trois bottes par heure.
- 26. Après les avoir repelées, on les met boire ; pour cela on les perce, en faifant un trou à la tête ; on les afsemble 10 à 10avec une corde;, fi la riviere avait plus d’eau , on ferait les paquets plus gros ; on pafse toutes ces cordes dans une perche, en travers de la riviere ; g à 9 bottes peuvent tenir fur une même perche: on les laifse ainfi trois jours en hiver , deux jours en été , en les remuant avec le croc de deux heures en deux heures , pour les nettoyer & les faire boire, comme riifent les ouvriers. Elles boivent, elles s’abactent, s’adoucifsent, & fe difpofent à être écharnées.
- 27. Quand les euirets font bien nettoyés & adoucis par Peau , on les écharne fur un chevalet, après avoir coupé les bouts de pattes , les bourfes , la queue , le bout de la tête, que l’on donne aux chiens , & même quelques lanières des ventres, pour que le cuir foi-t rafraîchi tout autour. On peut en écharner un cent par jour.
- 28. Le fer à écharner eft marqué 12 fur la planche I. On écharne avec le dedans du fer, on rogne avec la partie extérieure ou convexe qui coupe beaucoup mieux ; car le dedans doit être moins vif, pour 11e pas trop mordre : auffi peut-on fe fervir trois mois d’un bon fer à écharner, fans le faire aiguifer.
- 29. Les écharnures fervent à faire de la colle, qui fe vend aux peintres &
- (10) En allemand, làutcrn,
- p.204 - vue 206/631
-
-
-
- ART DU MEG1SSIER,
- 20?
- aux doreurs, 2o ou 24 livres le cent, ou à faire des mottes quife brûlent, & avec lefquelles on fait échauffer l’étoffe [54].
- 30. A mefure qu’on écharne les cuirets, on les jette dans un cuvier d’eau claire. Quand la partie entière , qui eft , par exemple , de 500 cuirets , efl écharnée , foit qu’elle foit d’un jour ou de deux, on met les peaux dans un cuvier vuide, & feulement avec le peu d’eau qu’elles emportent, pour les fouler. On en met environ cinquante à la fois, trois perfonnesfoulent enfem-ble pendant un quart-d’heure. Les fouleurs s’accordent à frapper fucceffive-ment & uniformément, pour faire ainfi retourner les peaux ; cela fait vuider la chaux, & rend les cuirets fouples. Quand ils ont été foulés, on y met deux féaux d’eau , & on les foule encore un peu pour les rincer.
- 31. Apres les avoir foulés & rincés, on leur donne une façon fur la fleur*. & cela s’appelle ravaler (11), pour faire mieux fortir la chaux avec le fer rond y ou couteau rond marqué 11 dans la. planche I, dont la partie intérieure ne coupe point. On peut en ravaler trois bottes par heure, comme au r.epelage^ c’eft-à-dire , comme quand on a repelé [25].
- 32. Aussi-tôt on les remet boire dans un cuvier comme auparavant, jüfqu’à ce que la partie entière qui eft tout au plus de 5Q0, foit ravalée ; alors on les foule, un peu moins fi l’on veut que la première fois\ mais quand on foule beaucoup , la façon n’en eft que meilleure. On jette tous ces cuirs par terre pour qu’ils s’égouttent, & ils font en état d’être mis en confit [37].
- Autre façon de travailler de riviere.
- • 33. On trouve dans le troifieme tome de l’Encyclopédie ( pages 73 &74)* au mot Chatnoifeur , une ample defcription du travail de la mégifterie. L’auteur finit par cette réflexion : “ Nous avons expofé l’art de la mégifserie & de „ la chamoiferie avec la derniere exa&itude ; on peut s’en rapporter en fû-„ reté à ce que nous en venons de dire i le peu qu’on trouvera ailleurs fera M très-incomplet & très-inexad.Si la manœuvre varie d’un endroit à un autre,
- « ce ne peut être que dans des^circonftances peu efsentielles, auxquelles „ nous n’avons pas cru devoir quelque attention. Il fuffit d’avoir décrit exac-jj tement un art tel qu’il fe pratique dans un lieu , & tel qu’il peut fe prati-j, quer par-tout. n
- 34. On ferafurpris de trouver des différences très-grandes entre la defcription que nous venons de donner, & celle de l’Encyclopédie ; elles font bonnes l’une & l’autre, mais elles fe rapportent aux circonftances locales, & different principalement à caufe de la naturels eaux. A Paris,Ja riviere des Gobelins, chargée de parties animales, toujours échauffée & difpofée à la fermentation, abat, c’eft-à-dire , attendrit les peaux ; elle fait la moitié, du. travail : dans, la
- (11) E11 allemand, rcinejlrmhmt
- p.205 - vue 207/631
-
-
-
- ART DU M E G I S S / ER.
- 20 6
- tcampagne & dans les provinces, où l’on a des eaux dures» il faut travailler les peaux avec plus de force. Voilà pourquoi on trouve dans l’Encyclopédie lix façons & trois foulages pour le travail de riviere , tandis qu’à Paris on ne donne que trois façons [ 24 & jiiiv. ] & deux foulages ; fouvent même on fe contente de fouler une feule fois. Nous allons expliquer en abrégé le travail de la campagne, pour qu’on puifse le diftinguer de celui de Paris.
- ... 3S' Quand ies peaux font dépelées & plamées pendant trois mois , échar-nées & rognées, on les met botte dans l’eau , 011 les tient. Tenir ( 12 ) , c’efl les épierrer ou les travailler du côté de la fleur avec une pierre à aiguifer, emmanchée dans du bois., & un peu tranchante, pour adoucir la fleur & ôter le relie de la laine [25]. On les foule dans l’eau; on leur donne un travers de chair, avec le couteau à écharner, c’elt-à-dire , qu’on travaille le côté de la chair, en promenant le couteau fur la largeur de la peau, & non pas de tête en queue, ce qui s’appelle donner uneglijfude. Mais on ne traverfe à Paris que l’agneau , qui a befoin de fouplefse & de douceur, pour faire des ouvrages délicats. On ne traverfe point le cuir , c’eft-à-dire , la peau de mouton.
- 36. Après le travers de chair, on foule avec des pilons pendant un quart-d’heure ; on donne'un bon travers de fleur; on remet à l’eau , on foule pour la fécondé fois , on rince , on remet boire ; on donne unQgliJfade de fleur avec le couteau rond. Laglifsade différé du travers en ce qu’elle fe donne fur la longueur de la peau toujours de,fleur & avec le couteau rond, de peur d’endommager la fleur. Après la première glifsade , on remet dans l’eau , on foule , on rince, on donne une fécondé glifsade de fleur. Ces glifsades répondent au ra-valagedont nous avons parlé dans lô travail de Paris [31]. Après la fécondé glifsade de fleur, on recoule, du côté de la chair , avec le couteau à écharner , qui fert toujours à chaque Eicon de chair , dans le travail de riviere. Après toutes ces façons, les peaux font en état d’être mifes en confit [32],
- Du confit.
- 37. Les peaux ayant été bien travaillées de riviere, fe mettent en confit pour y fermenter, fe dilater & s’attendrit. Nous avons déjà parlé du confit dans l’art du cliamoifeur [is]> mais il eft beaucoup plus important pour la mégifserie , & nous en parlerons ici plus au long. Pour faire le confit, on met dans un cuvier dix féaux d’eau par cent de peaux.
- 38- On prend l’eau la plus pure & la plus claire ; on choifit aufîî une eau qui ne foit pas trop dure (13); celle de la Seine peut y fervir , mais celle de
- ( 12 ) En allemand , mit dem Sterne aus- effet dans tous les cas où il s’agit d’amollir fireic/ien. & de produire quelque fermentation. Quel-
- (i{) Il eft bien certain, dit M. Schre- quefois cependant les eaux dures font le ber, que l’eau douce eft plus propre pour même effet ; mais il faut plus de tems: 11 ce genre de travail. EÜe fait un meilleur importerait donc de connaître plu? exaftç.
- p.206 - vue 208/631
-
-
-
- ART DU M E G I S 3 I E IL
- 207
- la riviere des Gobelins eft meilleure. L’eau de puits eft trop froide, trop crue j elle racornit le cuir en confit, au lieu de l’attendrir. Il y a des eaux qui refirent à la fermentation , & d’autres qui la facilitent j il y a des eaux dures qui difsolvent mal les matières favonneufes ; il y en a au contraire qui abattent beaucoup; c’eft le terme des mégifiiers; c’eft-à-dire, qui travaillent, difsolvent, & ramollifsent beaucoup : telles font à Paris les eaux de la rivière des Gobelins , ii précieufe dans le commerce, & employée à un fi grand nombre de manufactures. Nous en parlerons fort au long à la fin de cet art [142].
- ment les qualités phyfiques de l’eau. On peut examiner à cet égard deux queftions importantes : 1'. Comment diftinguera-t-on une eau dure d’une eau douce ? 20. Par quels moyens adoucira-t-on une eau dure ?
- Au premier égard, pour examiner une eau & favoir fi elle eft dure ou fi elle ne l’eft pas , il nefaut qu’en puifer dans un baquet rm peu large. On y difîout enfuite un morceau de favon, comme fi l’on voulait faire une eau de favon : plus il y aura de moufle, ou d’écume , plus Peau eft douce & propre à la fermentation.
- On trouvera pour l’ordinaire que Jes eaux de fontaine & de fource font plus dures, à moins qu’elles ne paffent auprès de quel-qu’égout , ou d’un tas de fumier. Lorfque ces eaux ont parcouru un efpacc un peu confidérable dans des canaux de bois , elles ont beaucoup perdu de leur dureté.
- L’eau des.fleuves & des rivières eft d’ordinaire douce ; & elle l’eft davantage à me-fure qu’elle a parcouru un plus grand efpace. On obferve que celle qui coule plus lentement , celle qui reçoit les égouts d’un plus grand nombre d’habitations , eft par-là même plus douce. Il en eft de même des étangs & des eaux ftagnantes. On peut dire en général qu’une eau perd de fa dureté, lorf-qu’elle a contradé un degré quelconque de corruption. C’eft par-là même que la riviere des Gobelins eft fi douce, fi propre- à tarit de manufadures différentes.
- La nature change quelquefois lès propriétés de l’eau; de dure elle devient douce, & de douce elle devient dure. L’eau de
- pluie, qui eft originairement douce, devient dure en filtrant au travers des rochers, pour former enfuite des fources. Cette même eau fe radoucit, quand elle a coulé dans une riviere, ou qu’elle a féjourné dans un lac ou dans un étang. Ici l’art peut, fans beaucoup de peine , imiter la nature. Il ne faut qu’un inftant pour rendre dure l’eau la plus douce, en y mêlant un peu d’acide minéral. Au contraire , une eau dure fortant d’un rocher ou puifée à la fontaine , s’adoucira bientôt, fi vous l’expofez à la chaleur du foleil, & à l’a dion de l’air extérieur dans un vaifléau un peu large. Cettë méthode eft connue & fuivie en Angleterre. M. Schre-ber cite une teinturerie , à un mille de Londres. Comme cette manufadure eft fur une hauteur, où l’on rie peut avoir que l’eau d’une fource affeZ profonde , on a cherché à corriger la crudité de l’eau. On la tire du puits par le moyen d’une pompe , mife en-mouvement par. un cheval, L’efpace dans, lequel l’animal fe meut, eft un bâtiment quarré , dont la couverture eft un grand réfervoir de plomb , où fe raflemble toute fléau que tire le cheval, & d’où elle fe distribue dans toute la fabrique par des canaux de plomb, que l’on ouvre & ferme à volonté ^par des robinets. On a foin d’entretenir conftamment le réfervoir plein ; & de cettç maniéré l’eau acquiert la qualité qu’elle n’a-. vait point au fortir de là fource. Cette idée peut s’appliquer , fuivant les circonftances, à tous les cas où il importerait de corriger, la crudité de l’eau.
- p.207 - vue 209/631
-
-
-
- ART DU M E G I S S î Ë R.
- aos
- 39. Les peaux étant déployées, on les jette au hafard dans les cuves ; oit y en peut mettre 400 à la fois. A tnefure qu’on jette les peaux dans la cuve à confire , 011 répand defsus quelques poignées de fon, jufqu’à la concurrence de deux boifséaux* pour un cent de peaux de moutons ; & c’eft; là tout ce qui forme le confit : on y ajoute communément l’eau d’un vieux confit quand on en a , ou qu’on peut l’emprunter chez un voifin. Les peaux éprouvent dans le confit une fermentation fpiritueufe , c’eft-à-dire, un mouvement inteftin qui s’excite de lui-même entre les parties infenfibles des fubftances végétales, & qui produit les liqueurs fpiritueufes, telles que le vin , la biere , &c.
- 40. Le fuc de prefque tous les fruits, tels que les raiftns, toutes les matières végétales fucrées qui contiennent ce qu’on appelle en chymie le corps muqueux » les femences ou graines farineufes de toute efpece délayées avec une fuffifante quantité d’eau , fubifsent promptement ce premier degré de fermentation : c’eft pourquoi l’on y emploie le fon qui eft une partie du froment. On y mettrait de la farine , fi l’on voulait avoir une fermentation plus prompte & plus vive } mais il ferait trop difficile de la conduire & de la modérer.
- 4L Pour bien concevoir l’effet du confit qui eft fi nécèfsaire dans la mégifserie, de même que dans le premier apprêt des cuirs, dont nous avons parlé en décrivant l’art du tanneur , il faut avoir une idée de la fermentation ehymique. On peut lire pour cela le chap. XIII des Elèmens de chymie théorique de M. Maquer : ouvrage dont on doit faire le plus grand cas, par la maniéré lumineufe dont les principes de la chymie y font éclaircis , & la liaifon in té* refsante qu’il a fu mettre dans les faits qui y fervent de preuves. Voyez aufti la chymie de Roerhaave , celle de Lémery , édition M. Baron.
- 4Z. Si les liqueurs propres à la fermentation font expolees à un degré de chaleur modéré, & fans être privées du contad de l’air, elles commencent à devenir troubles s il s’excite peu à peu un petit mouvement dans leurs par* ties, accompagné d’une efpece de fifflement : cela augmente bientôt au point que les parties groflieres qu’elles contiennent, comme des pépins , des grains * du fon, s’agitent en différens fens, & font rejetées à la furface : il fe dégage en même tems quelques bulles d’air j la liqueur acquiert une odeur piquante & pénétrante, occafionnée par des vapeurs fubtiles qui s’en exhalent ; ces vapeurs font fortes, pénétrantes, & quelquefois dangereufes. Quand ces premiers phénomènes commencent à diminuer, il faut arrêter la fermentation , fi l’on veut avoir une liqueur fpiritueufe : car bientôt la liqueur deviendrait acide ;
- * Leboiffeau de Paris eft une mefure de pefe environ 20 livres ; le fon fe mefure 120 lignes de diamètre fur 101 &undixie- comme le bled, raze & fans être prelfé ; me de hauteur ; elle contient 661 pouces il coûte environ 6 k 7 fols le boiffeau. cubes & fept dixièmes. Le boiiïeau de bled
- c’eft
- p.208 - vue 210/631
-
-
-
- ART DU MEG I S S I È R. ië$
- c’eft le fécond degré’ dé là £ètûkën/tM6ri, & pàfséfaft' quelquefoisàff trôï(ièïtic degré , q^i êft celui de la pûtréfàéfiôh.
- 43. Les m'oÿens qn’oft emploie poü'r arrêter fe progrès dé la1 fermentation font, de fèrtrièr exadtémënt lbs'vàifseaux qui contieïmeVit les fiqiîëiïrs dè'ftïnees à fermenter , & de les mettre dans un fiéïi plus frais: càt lé èdntaéïÜeTâir & lé concours dé la ohàîeur foàt nécefsàires pôur lés phehotiiériés cftàt nous Venons de parler.
- 44. Le mégiffier, loin d’arrêter le progrès dé la fermentation fpirît-üêûfe , cherche à là rênou-veller polirTerrrpècher* de tourner eri acide’, eri detrüifarit chaque jour par le feu la vapeur fubtile qui s’en exhale , & tjùî fe tétiiôuvelfe jüfqu’à ce qu’il n’y ait plus àfSez de parties.fpriituèàfés? dànsf fé confit. Les peàüx continuent' de fermenter * elles fe dilatent, ellës fé riimôffifsértt * & fe difpofent à être pénétrées par l’afirii & pair la fubfiàiibé oncïuëüfé dôht houfe parlerons ci-après [ s 8 ]•
- 4f. La graifse naturelle dé la' peau eft auiîi détruite par cette fermentation, ou plutôt elle devient difsoluble dahâ l’eau ,* elle abandonne là peau , pour faire place à l’étoffe dont le mégifliér doit l’àbreuver.
- 46. On eft pérfuàdé que le tonnerre fait tourner le confit : il paraît que îe confit-tourne lorfqué les parties fpiritueufes étant1 émoùf$ëësJ & dégagée^, cèfsent de tenir eft difsoliition la partie huileufe : c’eft à peÜ prêS^aihfî qu’on voit tourner le vin , quand il a peu de parties fpiritueufes!& pèu de force. Par ürié raifon différente , quoique par urfe caufe fembîable , on voit tourner le lait quand la partie oléagirieüfé ceféé d’être en difsolütion' dans la partie féreufe ou aqueufe qui fotme le petit lait.
- 47. On fait tourner le lait avec des acides qui s’uriifsêiit avec l’eau -, mais avec les alkalis on l’empêche de tourner. L’orage fait auiîi tourner le lait : 11e peut-il pas fe faire que la furabôndance d’acide fulfureux répandu dans l’air par le tbhriërré, prodtiife le même effet fur les confits ? Et dàh’s ce cas, ne pourrait-on pas prévenir cet accident, en y mettant un peu de potàfse (14) ? Elle ne coûte que 12 fols la livre , ainfi la dépënfe eft légère. La foudé pourrait contenir du fer * & par-là noircir les peaux : ainfi on doit la pfôfctirè‘5 mais lelfel dé tartrë péurraits’y employer comme là potafsé.
- 48. ON pourrait objecter à cette'explication, qu’unbori vinàigre'ne tourne pas , malgré fon acidité f riiàis je répondrais tjii’uh fort dèg'ré d’àcidité pèùf tenir en difsolution les parties muqueufes & huileufes, tandis qu’une acidité rnédiofere né lé pèiitpàs ; & dqris ce dernier cas , un pëii d’acide peut ftiffire pour troubler là fermëhtation du confit, & le faire tourner.
- 49. Le confit ne s’aigrit pas , parce que la matière animale & alkaline des
- ( 14 ) Voyez ce qu’on a dit là-deflus dans l’art du tanfteur , page 6$ & fuiv.
- Tome III. D à
- p.209 - vue 211/631
-
-
-
- 4i.o ART BV MEGI ER 1ER.
- cuirs forme un fel ammoniacal avec l’acide du confit ; mais s’il y a furaboi-v dance d’acide, fi la partie alkaline ne peut le faturer, la fermentation fpiri* tueufe eft détruite , & le confit doit tourner : en jetant de la limaille de fer dans du vinaigre , on émoufse fon acide. On prétend aufîi que le fer empêche le confit & les pafsemens des tanneurs de tourner, ne ferait-ce point la même étiologie ? Quand on a coupé un citron avec un couteau d’acier on voit à l’inftant un fel martial formé fur la lame du couteau ; il n’eft donc pas néceC-faire que le fer fafse un long féjour dans le confit. Au refte, fi l’on craint qu’il* ne noircifse les peaux blanches., on peut s’en tenir aux alkalis pour empêcher le confit de tourner.
- 50. Le confit dure fouvent trois femaines en hiver ; mais en été, il ne dure pas quelquefois deux jours.On juge qu’il commence à lever, lorfqu’onne voit plus l’eau furnager les peaux : ce qui arrive au bout d’ünjour en été , de huit jours en hiver. Alors on le retourne avec des bâtons pendant deux à trois minutes, pendant que deux ouvriers le tournent, un autre démêle les peaux, & met le feu à la vapeur fpiritueufe qui s’en exhale ; cette flamme bleue ref-femble à celle de l’efpri.t-de-vin ; elle n’eft précédée ni fuivie d’aucune cha* leur fenfible.Qn laifse lever le confit une fécondé foisj on le retourne de même-que la première, & ainfi de fuite jufq.u’à ce qu’il ne leve plus. On eft quel* quefois obligé de tourner vingt fois le. confit, & même fept à huit fois en un feul jour dans les grandes chaleurs.
- f 1. Quand le confit ne leve plus on le jette bas , pour laifser égoutter les peaux pendant une nuit en hiver $ mais en été , fur-tout fi l’on eft menacé de l’orage , il faut pafser les peaux tout de fuite : fans quoi elles fe piqueraient!, c’eft-à-dire , fe cribleraient de trous, par la violence de la fermentation , qui, en détruirait le tifsu. Le confit eft une des parties qui exigent le plus d’expérience & d’attention de la part du, mégifiier.
- S%. Avant de pafser les peaux qui ont été eaconfit, on les ravalé le conr ft-C 15) , pour ôter le fon ; c’eft-à-dire, qu’on en charge cinquante-deux fur le chevalet , la chair en l’air, & on les nettoie avec le fer rond, qu’on appuie fortement : cela s’appelle dans certains endroits recouler : on peut en ravaler cinquante en'une heure. Ce ravalement fe donne fur chair , & feulementpour ôterje fon,. au lieu que le premier [24] fe donnait fur fleur j. on les met égoutter en les jetant dans une manne , ou par terre, en attendant qu’on les, pafse.
- 53. Iï, y en a qui mettent les peaux en prefie jufqu’au lendemain, enve* îoppées dans un drap, fous une claie chargée de pierresi mais celane fe pra». tique pas à Paris.
- ( iS > Es allemand , aus 1er BcitzeJiràchm».
- p.210 - vue 212/631
-
-
-
- ART B U ME G ISS I ER.
- 211
- Faffer les peaux ( 16).
- ^4- Après avoir été dans le confit, les peaux qu’on veut pajfer en blanc doivent aller dans Pétoffe. Il'faut 13 livres d’alun pour un cent de peaux de moutons, quelquefois ïi, quelquefois 18 > fuivant la grandeur des peaux ; on y ajoute 2 livres & demie de fel marin en hiver, 3 en été. On les fait fondre enfemble dans la chaudière , en mettant deux féaux d’eau par cent de peaux ; le fel leur donne de la douceur. On en met davantage en été , parce que lehâle étant fort, peut faifir les peaux, qui d’ailleurs ne font toujours que trop féches ; en hiver, le froid ferait poufser le fel à la fleur.
- Quand l’eau eft'prête à bouillir, ôrt prend un quarteron de peaüx, C’eft-à-dire 26; on met un demi-feau d’eau dans la pafsoire , qui eft un grand cuvier; on les déploie en les prenant par une patte de derrière, & une de devant ; on les pafse dans l’étoife. La pafsoire inclinée forme une efpece d® bain en avant, dans lequel on les pafse;& à mefure qu’elles font pafsées , on les jette, à la partie fnpérieure du fond de la pafsoire. On ramene enfuite toute lapajféey c’eft-à-dire les 26, dans le bain , & on les y laifse pendant l’cfpace de dix minutes pour prendre nourriture.
- 56. C’eft cette étoffe qui fait l’efsence de la mégifserie , & qui produit la blancheur de la peau; car on verra ci-après , que celles qui n’ont eu d’autre préparation que l’alun, font déjà très-blanches [80]. Si l’étoffe eft trop chaude', cela brûle les peaux ; quand elles ont trop de plein , il ne faut pas qu’elle foit fi chaude que quand elles font un peu vertes. Mais fi l’étoffe n’était pas afsea chaude, la peau ne ferait pas pafsée; elle n’aurait pas afsez de douceur.
- 57. On range cette pafsée dans le haut du fond de la pafsoire, & l’on en prend une autre , qui eft également d’un quarteron ou de vingt-fix. On peut ainfipafser trois quarterons ou fix bottes dans une heure. Quand toutes les peaux font pafsées , on les déploie peau par peau ; on les met dans le cuvier , en les jetant en cloche , c’eft-à-dire , de façon que le milieu de la peau fe fou-tienne un peu en pointe, & ne s’affaifse pas entièrement ; on prend l’eau de l’étoffe qui a dégoutté, on en arrofe les peaux , & on les laifse ainfi jufqu’au lendemain , ou même plus long-tems ; car elles ne courent plus de rifque dans cetlétat. Après les avoir retirées, on les met en égout dans la pafsoire au moins deux ou trois heures ; on les fecoue l’une après l’autre en frappant fur le bord de la pafsoire , pour les dérider , les étaler ; on en fait des piles de cent ou deux cents fur le bord de la pafsoire , & elles font prêtes à mettre en pâte.
- y8- Pour faire la pâte , on prend pour chaque cent de peaux un boifseau *
- (16) En allem. die Telle gahrmachen. de trentedix boifleaux de bled , ou trois
- ( 17 ) En allem. Gahrbrühe. feptiers par année. Le boifleau de Farine fe
- ' * Douze boifleaux de bléd ne produifent mefure comme le boifleau de bled, & pro-que dix boifleaux de farine ; la confoinma- duit ordinairement dix*fept livres de pain tion moyenne d’un homme ordinaire, eft blanc. D d ij
- p.211 - vue 213/631
-
-
-
- A R T B V M E G I $ S I E R.
- 212
- de farine , qui pefe 12 à 13 livres (U mût environ 30fols) , & cinquante }#qjji,ss -d’œufs, qjui coqfenp depuis 34 jufqu’? 4^ fols. Qn prend l’étoffe qui Pfl/s^r les;, peau# , pq la fait tjedirfpjr le. feu fk Ppn s’en ferj: pope délier .Qn,.pétrjt pçtte pte daffs la pafsoire , à force de bras » SB
- n3,effaqt l’etoffè à mefure , fans y ajouter d’autres eaiijc 5 on en .fait^pe pâjt.ç cjaifje ppnjine du miel ; on y met les cinquante jaunes d’oeufs ; on la bat aveç les mains, à tour de bras; on ne met point les blancs d’œufs ; ils reftenç poyr ,1g profit d,es pprfeufes, qpi les vendent pour en faire des oublis. Il faut une heure pppp préparer la pâte de trois à quatre cepfs peaux.
- $9. Pppa. mgttre eu pâte » on trempe les peaux upe à une. Un ouvrier les jette dans |a pâ|te , un aptre les pafse & les retourpe ; enfuite on jes met en pile dans uq coin de la pafsoire , jufqu’à çe qu’on ait fini de pafser toutes les peaux ; il faut une hçpre Pour trois Çents peaux. Qp les déploie ; on les met dans la pafspire jufqu’au lendemain, corppie nous l’ayons dit à l’occa-fjpn dy pafsage [57] ; op lps ploie de long ? c’eft-à-dire , ventrg fut ventre » la fjeuf en dedans, & o,n les étend pour féqher, -fpr les perches de la penderie, pendant fiuit ou quinze jours, fujvapt la faifon.
- . r 69. f ES effets déjà pâte font de blançbjr la peau , de l’adoucir., de'la gar^ptjr du grapd hâ!e , qui en la defséchant, la rendrait dure & cafsante ; on ne ppurrait l’puvrir fur le pefson , fans le mucilage que cette pâte donne à la peau.
- Autre maniéré de pajjer les peaux.
- Là partie la plus elfentielle de la mégifserie, le pafsage des peaux, fe faitfJans certaines proyjnces d’une maniéré différente; on ne diftingue poipt l’étoffe d? la pâte , & l’on mêle tout enfemble , l’alun , le fel, la farine , les œufs & l’huile. Popr dix douzaines de moutons ordinaires , on prend 24 livras de la plus belleflçur de bled, iq livres d’alun , & 3 livres defel ; ©p fait fqpdre falun ayçç le fel en particulier dans itn petit feau d’eau çbapde ;o,p y délaye la farine > on répand 3 livres d’huile d’olive fur cette pâte.
- . £3. Qy^KD elle p’eft prefque plus chaude, on y démêle dix douzaines de jeunes çj’œufs : c’eff cette bouillie claire qu’on appelle lafauce-, on, en prend la quantité fuffifante pour une pafsée, qui eft de deux douzaines , & on partage cette platée en deux demi-platées : dans la première , on met trois fois autant 4’eap tiede , & on y trempe les peaux en les remuant bien , jufqu’à ce qu’elle§ aient bu toute la fauce. Dans la fécondé moitié de la fauce, on met deux fois autant d’eau tiede; on y pafse l’une après l’autre chacune des peaux déjà pafsees , en l’y frottant bien ; on les étend les unes fur les autres fur le haut du fond du cuvier incliné, ou de la pafsoire , à mefure qu’elles font pafsées.
- p.212 - vue 214/631
-
-
-
- ART D V M E G I 8 S I É R. 213
- 6?. La pafsée étant finie, on ramené toutes les peaux dans Te ba& tia cuvier* & oh leur fait achever de boire toute la fàuce. On fait ainfi le6 cinq pafsées, 011 les1 foule toutes .enfemble avec des pilons dans un cuvier, & on les laifse ainfi dans le cuvier à la fauce , jufqu’à ce qu’on puifse les étendre pour fécher. Ce fera le lendemain * fi l’on veut* eu quinze jours après, fi l’on eft obligé d’attendre pour avoir du beau tems.
- Ouvrir & redreffer (18).
- 64. Revenons au travail des mégiffiers de Paris, où nous avons laifsé les cuirs fur perche. Quand ils font fecs, on lés fie par quarterons de 26\ on les met tremper dans un cuvier d’eau claire pendant quatre à cinq minutes , quelquefois même on ne fait que les faueet & les retirer tout de fuite? on les met en pile pour les ouvrir , c’eft-à-dire , les étirer fur uh fer, les étendre & augmenter encore leur fouplefèe.
- Pour ouvrir, on fe fert du pejfon. C’eft une plaque de fer d’un pied de large , arrondie par le haut, montée fur une planche de deux pieds & demi de hauteur , élevée perpendiculairement à l’extrémité d’une forte planché ou banc horizontal de trois pieds & demi de long fur un pied de large : ce banc horizontal eft chargé d’une grofse planche , pour qu’il foit ifiébrali-lable dans le travail de la peau.'
- 66. Une peau qui n’avait que quinze pouces de large, en acquiert Vingt-cinq par cette opération i la longueur qui eft d’environ trente pouces, tef-tant à peu-près la même ; car l’ouverture ne confifte qu’à la mettre fur foïl large, & à bien déborder, pour ne point laifser de cire, c’cft-à-dire de partie dure , fur les bords.
- 67. Il faut que les peaux foient un peu humides ,-fafis quoi l’on ne pour-
- rait les ouvrir. L’ufage eft d’ouvrir fur chair , c’eft-à-dire, de pafser feulement la chair & non la fleur fur le péfson i cela eft poürranf âfsez‘indifférent. On peut ouvrir par heure environ une botte de peaux d'une médiocre grandeur , c’eft-à-dire , une douzaine (19). • *
- 68. Quand toutes les peaux font ouvertes, on les fait hâler , c’eft-à-dire, fécher prefque entièrement, quoiqu’avec précaution. Quand'elles font hâtées, on les afsortit de maniéré à faire les bottes à peu près égales pour la qualité. Enfin on les redrefse. Redrejjer, c’eft mettre la peau fur fon long le plus qu’il eft polîible avec le pefson. On redrefse fur chair, pour ménager la fleur; le tems qu’il faut pour redrefser, eft à peu près le même que pour ouvrir [67).
- 69. Le pefson achevé de blanchir les peaux , ou du moins leur blancheur paraît mieux îorfqu’elles font bien détirées. Dans quelques provinces, 011
- . (18) En allemand , ausbredien uad (19) Ou treize, comme l’auteur luî-Tiüiten, même l’a dit plus haut*
- p.213 - vue 215/631
-
-
-
- ART DU MEGISSÏE JL
- $ï4
- mouille & on broyé les peaux fur une claie avec les pieds atfant de les ou* vrir fur le pefson [106]. Gela eft plus commode pour, l’ouvrier ,* mais à Paris, on penfe que le travail des bras fur le pefson vaut mieux que celui des pieds*fur la claie»
- REMARQUES GENERALES.
- 70. Par toutes les opérations que nous avons décrites, il parait qu’un bon ouvrier qui travaillerait feul & fans interruption à Paris, ferait autant de centaines de peaux qu’il y a de femaines dans l’année , c’eft-à-dire , en* viron fooo peaux; mais quand les eaux font dures , il faut un peu plus de tems. Quand une peau de mouton eft ouverte & redrefsée, elle a environ trois pieds de long vers le milieu , & deux pieds trois pouces de large vers la culée (20).
- 71. Lks peaux blanches fe vendent au cent; le prix moyen eft de do livres le cent; ily en a de 120 livres. Le poids le plus ordinaire eft de 80 à 92 livres, poids de marc; elles pefent beaucoup plus que les peaux chamoifées, parce qu’elles ont plus de nourriture, & confervent la fleur, qui leur donne le poids. Les peaux blanches fervent à faire des fouliers de femmes, des poches, des fouflâets , des tabliers pour les tailleurs de pierre & autres ouvriers, à garnir des orgues, &c. Lestapilîiers garnifseurs en doublent des fauteuils, pour empêcher le crin de percer l’étoffe dont les meubles font garnis»
- 72. Les maîtres peauffiers de Paris ont feuls le droit de les y vendre en détail , & de les parer à la lunette "( voyez l’art du corroyeur ) ; ainfi c’eû à eux que les mégilliers vendent leurs peaux. On n’en envoie guere en province; celles qui fe fabriquent à Paris fervent à la confommation de la ville & des environs. Il n’y a que lès peaux d’àgneauxque les mégifïïers de Paris envoient à Blois, à Vendôme , &c. pour les gantiers.
- 73. Les peaux blanches fe conlêrvent très-bien, & font peu fujettes aux infeétes; feulement on doitjles garantir des rats, qui cherchent fur-tout les peaux un peu grafses, & les tenir dans un lieu fec, parce que l’humidité les ferait retirer & pourrir.
- 74. On pafse en blanc des peaux de chiens pour faire des facs d’ouvriers , & autres ouvrages de cette forte ; on y emploie aulîî la farine, l’alun de roche1, & des blancs d’œufs (21)» On travaille aulîî quelquefois en province,des peaux de lievres & de chats , de la même façon que les peaux de moutons.
- Des peaux en laine-.
- 75. Les peaux de moutons qu’on pafse en laine, fe 'nomment houjjes chez
- ( 20 ) Voyez l’explication des figures. attentivement les cayers de Paris. Je les
- (21 ) U eft probable que l’on a voulu corrige fans en avertir, pour ne pas multi* dire, des jaunes d’œufs. Ce n’eft pas la plier inutilement des notes de ce genre, feule inexactitude que l'on trouve en lifant
- p.214 - vue 216/631
-
-
-
- ART DU M E G I S S T E R.
- 21 ï
- les mégiffiers de Paris. Ils en font pour couvrir le col des chevaux, pour garnir des chancelieres, dans lefquelles on met les pieds, & pour faire des fourrures. On choifit la laine la plus longue, la plus claire, la plus épanouie ,* on les lave, on les rogne avec le fer à écharner, on les écharne fortement, en ôtant tout ce qui peut s’enlever de chair ; comme elles ne vont point en chaux, il faut que le fer à écharner y fupplée. Si l’on veut les mettre en chaux, fuivant l’ancienne méthode , on s’y prend comme pour les cuirs [9], en employant cependant de la chaux beaucoup plus claire : elles peuvent être quelques heures en chaux fans fe peler , parce que la chaux ne pénétré que moitié du cuir , & ne fait pas quitter la laine ; cependant on ne fe fert pas de chaux à Paris ( 22 ).
- 76. Elles peuvent suffi pafser quelque tems dans le confit, fans que la laine quitte ; ôn prend un vieux confit, on les y laifse trois à quatre jours. Si le confit était neuf, il ne faudrait les y laifser que vingt-quatre heures. On les ravale [ f 2 ] pour en ôter le fon ; on les pafse, la laine pliée en dedans; mais on met 15 à 18 livres d’alun pour un cent de peaux, c’eft-à-dire, plus que pour les cuirets [5.4]. On fait la pâte comme pour les autres peaux [58]» mais on étend la pâte fur chair; on les laifse jufqu’au lendemain , pour que cette pâte fe raffermifse defsus la peau; ©11 les étend dans la penderie, & on les laifse fécher.
- 77. Il y en a qui, pour pafser les houfses, les étendent à terre, verfent de l’étoffe defsus , & les grattent avec les ongles pour faire pénétrer l’étoffe. Cela eft beaucoup plus rude pour l’ouvrier, mais prend moins d’étoffe.
- 78. On les mouille enfuite avec une queue de mouton trempée dans l’eau; on les plie , on les empile un ou deux jours, on les charge de planches avec des pierres par-defsus; on les ovvre fur le chevalet avec le fer rond , parce qu’eljes font trop dures pour le pefson : on les repafse fur le pefson, en les mettant fur leur large [ 66]. On les fait hâler, en mettant la laine en l’air; on les expofe même au foleil quand on le peut ; enfin on les redrefse fur le pef-fon [ 68 ].
- 79. Dans toutes ces opérations , on doit ménager beaucoup la laine : un feul flocon qui manquera à une peau , lui ôte fa valeur,en la faifantparaître chauve & ufée. Les houfses. fe vendent 30 à 36 livres la douzaine en 1765',. quelquefois jufqu’à 4 livres la piece, quand elles font grandes & belles.
- Des veaux à poil.
- 80. On peut rapporter à l’art du mégiffier les veaux à poil qu’on pafse en alun ; car l’alun cft la matière propre du mégiffier, puifquc c’eft l’alun qiii blanchit les peaux. Ces veaux étant, defsaignés , écharnés,. on les foule aux aluns,, en mettant pour chaque veau une livre d’alun , & demi-livre de. felj
- ^22.) Il eft beaucoup plus fûr de ne pas fe femr de chaux?.
- p.215 - vue 217/631
-
-
-
- 2x6
- A R T BU M E G I S S I E 'R.
- on les laifse en alun 'pendant quatre jours ; atrb’ont de ces quatre jours , on les repafse & !on les foule une fécondé fois. Quand ils font à moitié fecs, on les ouvre fur le chevalet avec le couteau rond , & on les pare à la lunette (voyez l’art du corroyeur ). Les hongroyeurs ,qui ontdésaf'ifns très-forts, font plus à.poutée que les mcgi (Sers, de pafser ces fortes.de veaux y &c’eft fou-vent à eux rque les mégiffiers les renvoient.
- * 8 L II ne faut que huit jours au; printems pourtpafsèr ces fortes de peaux ; elles font très-blanches du côté de la chair, elles.ferventipiincipalemenc à faire les havrelacs, fortede fies que les foldats dans les marc 1res ctfarmée, & les gens de métieren. aUïiiit/pai de pays , .portent fur leur dos , &;où ils mettent 1 e ü rs.- p rov i fi o as ,1e u rs u lien files,, leurs outils. La pluie coule aifértient fût le poil , &;ne pénetrerpoint’Ia peau.
- Du travail des agneaux & autres peaux fines.
- Les peaux d’agneaux qu’on pafse en blanc à Paris, fe travaillent différemment, des peaux de moutons , & il eft nécefsaire d’einparlerféparément. Quand on les reçoit du rôtifseur, elles font ordinairement feches i ôii les met tremper jufqu’au lendemain, api'ès quoi on les bi’ife avec le-fer rond ; on les rince dans la riviere , & on les met quelques heures en égout. On les met en chaux [9 ] ; mais' la chaux doit être plus forte qüe>fur des peaux de moutons. Oh les ploie ventre fur ventre ; onl les met en pile jufqu’au lendemain ; ort lesdétafse; on les met quatre à quatre feulement& on les laifse huit à dix jours, plus long-tenis en 1 hiver, j parce qu'elles ontcplus de; peine à peler que les peaux de moutons.
- 83* On les met tremper dans,des pleins morts, ou dans des futailles, avec de l’eau de chaux biimehe & faible, pour achever de les faire épeler. On les laifse ain(î pendant qutnze'jours au moins, plus long-temsiâU hiver ; puis 011 les retire ; on les. lave avec les mains: dans> la- riviere. Autrefois on les faifait fécherafsez pour rabattre la laine ,• mais actuellement on les met en égout fur un, treteauoiv les? p.ele; toutes miouillées * on lave la laine tout de fuite dans un plein mort trois à quatre jours ou même huit ; &-huit jours'dans un plein neuf, qui mie doit avoinque la moitié de la force de eelui qui fert pour les cuirs , c’èft-à-dire , pour les moutons:
- 84- On les retire ; on les repele [16] ; on les met dans la riviere afsem-blées par bottes de treize, jufqu’au lendemain ; on les écharne, en faifant fur le chevalet une couche de trois à quatre peaux de moutons. Elles font plus difficiles à écharner que les moutons , & l’on a peine à en éeharner autant que de cuirs, c’etl-à-dire, un cent par jour ^quoiqu’elles foient beaucoup plus petites.- Après avoiréchartié dii loiig, 011 les traverfe, c’eft-à-dire, qu’on écharne en large.
- Si-
- p.216 - vue 218/631
-
-
-
- ART DU MEGI S SIE R.
- 217
- Pendant l’écharnage, on met les peaux pour les faire boire, dans un cuvier * & quand tout eft écharné , on les foule dans ce cuvier un peu plus -que les moutons [39] j on les met enfuite au bas du chevalet j on les ravale ,
- & on les traverfe de fleur , on les met boire dans un autre cuvier d’eau. Quand tout eft ravalé , on les refoule une fécondé fois, on met un feau d’eau defsus, & on les foule pour les rincer. O11 les laifse égoutter unéheure j on les met en confit avec cinq féaux d’eau pour cent, c’eft-à-dire , moitié de ce qu’on met pour le cuir, & un boifseau de fon pour cent peaux. On commence à mettre deux ou trois féaux d’eau à part avec le boifseau de fon que l’on démêle bien j on y pafse les peaux à tour de bras, pour qu’elles prennent bien le fon , ce qu’on appelle embremr, & on les tranfporte dans la cuve à confire , où eft le vieux confit, qui contribue à préparer l’a&ion du nouveau confit.
- 86. Les agneaux poufsent encore plus vite que les moutons, 011 n’attend pas qu’ils ne lèvent plus pour les pafser ,• ils courraient rifque de fe piquer. Au bout de deux ou trois jours en été, quelquefois même le lendemain, on les pafse , après les avoir ravalés de confit du côté de chair. L’étoffe^eft compofée d’un feau d’eau par cent de peaux, avec fix livres d’alun, & une livre & demie de fel, c’eft-à-dire, moitié de la nourriture du mouton. On les pafse également l’une après l’autre , on les arrofe , & le lendemain on les fecoue , & on les met en pâte.
- 87. Pour faire la pâte, 011 emploie un demi-boifseau de farine & un quarteron d’œufsj: le lendemain, on les met dans un cuvier vuide un cent à la fois , & on les foule avec les pieds ou avec des pilons pendant cinq à fix minutes ; on les ploie en deux j on les met fécher ; on les mouille ; on les ouvre fur le pefson ; elles font plus faciles à ouvrir que les peaux de moutons j on les fait hâler ; on les redrefse. L’ufage eft de les afsembler alors par quarterons f23) & non par bottes ; on les met la fleur en l’air j & quand le quarteron eft fait, on le plie en deux la fleur en dedans.
- 8§. En hiver , le travail des agneaux eft différent, parce qu’on les travaille à poil à peu près comme les houfses [7s]- On en fait des fourrures de manchons ou autres ouvrages communs. Il y faut autant d’étoffe que pour les moutons ordinaires, 12 livres d’alun pour un cent de peaux: la pâte fe met comme pour les moutons j après qu’elles ont féché , on les mouille > on les ouvre , on les fait hâler, & 011 les redrefse comme les autres peaux.
- 89* La réputation qu’ont eu afsez long-tems les gants blancs de Grenoble , m’a fait fouhaiter de connaître les détails de leur préparation. Voici les «claircifsemens que M. Romans, premier confulà Grenoble , a eus du fyndic
- (23 ) Vîngt^cinq peaux font un quarteron.
- Tome III
- Ee
- p.217 - vue 219/631
-
-
-
- ART DU M E G 1 S 8 I E R.
- 2*8
- des mégifliers. On n’emploie pour faire les plus beaux gants, que les peaux de chevreaux & d’agneaux, qui coûtent environ dix fols la piece [n6],
- 90. On les met tremper dans l’eau pendant trois jours , plus ou moins , fuivant la faifon ou la qualité des peaux. Il faut une eau courante & pure: on fe fert à Grenoble de divers ruifseaux qui coulent aux environs de la ville; car l’Ifere charrie un limon ardoifeux , qui la rend incapable de fervir à la préparation des peaux blanches.
- 91. Après qu’elles ont trempé , on les met pendant trois femaines dans le plein ; c’eft une fofse de fix pieds de large , creufée dans la terre fur une profondeur de quatre à cinq- pieds. Pour mettre dans ce plein dix grofses de peaux d’agneaux , on emploie environ fept quintaux- de chaux avec la quantité d’eau néeefsa-ire d’abord pour la bien éteindre , enfuite pour la délayer jufqu’à la confîftance d’une bouillie claire. On commence par mettre la chaux dans le plein avec afsez d’eau pour la confommer ; on augmente l’eau peu à peu, jufqu’à ce que la chaux foit froide ; onia remue pour la rendre liquide, & on la laifse repofer.
- 92. Cette eau de chauk, en y ajoutant la moitié de la chaux qu’on avait d’abord employée, peut fervir une fécondé fois , après quoi l’on cure ordinairement le plein pour en former un tout neuf.
- 93. Si la peau refte trop long.-tems dans la chaux, elle peut fe piquer,., c’eft-à-dire, être percée en divers endroits, & mème^ tomber en pourri* ture (24) ; deux ou trois jours de trop font même capables de gâter & d’affaiblir la fleur de la peau , enforte que les gants ne pourraient plus le faire en fleur. Ce point de fàturation exige le. plus grand foin de la part des ruégifliers.
- 94. Si la peau refte trop peu de tems en chaux, la fleur fera mieux con-fervée; mais la peau n’aura pas ce moelleux qui en fait la beauté, & cette douceur qui lui eft nécefsaire pour être bien travaillée.
- ( 24 ) On connaît la force réfoiutive de la chaux fur les fubftances animales. C’efl par cette railon- qu’on l’emploie généralement dans les divers métiers qui fe rapportent aux peaux. Elle ronge les filamens légers qui lient le poil à la peau de l’animal ; elle diflout cette fubftance gluante , qui fe trouve dans les pores & les conduits innombrables de la peau. Sans cela, le cuir ne ferait point affoupli, il relierait toujours roide. L’eau ne ferait, point capable de produire cet effet, à caufe des particules grattes qui font jointes à cette fubftance mucÜagineufe.
- On conçoit que , fi l’on ne modère pas là! force de l’eau de chaux, ou fi on là laiflc agir trop long-tems , la dittolution que l’on cherche à obtenir, ira trop loin , jufqu’à attaquer les parties folides de la peau. L’ouvrier doit donc bien prendre garde que fon eau de.chaux ne foit pas trop forte. Dès qye lé mal ellfait., il eft irréparable. 11 s’agit de’ trouver un jufte milieu , pour tirer toute la fubftance muqueufe, pour donner à la peau la fouplelfe convenable , en confervant cependant aux parties toute la force & la cohérence polfibles.
- p.218 - vue 220/631
-
-
-
- ART DU MEGISSIE R.
- 219
- 9<L Au fortir du plein, ces peaux doivent être bien lavées, après quoi on les met fur le chevalet pour lever le poil ou la laine avec un couteau; mais on eft obligé de faire une couche, c’eft-à-dire, de mettre fur le chevalet quelques peaux en laine, pour que la peau ne foit point endommagée dans cette •opération qui eft fort délicate : c’eft ce qu’on appelle dans certains endroits, faire une couche.
- 96. Les mégiffiers n’ont befoin que de deux fortes de couteaux pour travailler les petites peaux fines dont nous parlons : l’un eft le couteau de rivière (2f ), qui a deux tranchans , & qui fert à travailler la peau fur le chevalet; l’autre eft le couteau à dos (2 6), qui ne coupe que par fa partie concave, & il fervira principalement pour retravailler la peau au fortir du confit. Ces deux fortes de couteaux font femblables ; ils ont environ vingt-deux pouces de longueur, Si font emmanchés de deux poignées de bois , qui ont chacune quatre à cinq pouces de longueur; ils refsemblent à ceux que l’on voit dans la planche I , marqués il & 12.
- 97. Les peaux ayant été pelées, fie remettent dans un autre plein neuf, préparé comme le premier, pour y refter •encore trois femaines, plus ou moins, fuivant la faifbn. En fortant de la chaux, on les lave , on les travaille de riviere, c’eft-à-di-re, fur le chevalet, avec des couteaux tranchans ; après avoir coupé d’abord les extrémités de la peau, les tètes, les oreilles, les pieds, & les durillons, c’eft-à-dire, les parties plus dures.
- 98- Le travail du chevalet revient quatre à cinq fois , & à chaque fois on pafse ies peaux dans une eau nouvelle; c’eft ce qu’on appelle travailler de riviere. Un ouvrier peut travailler vingt ou vingt-quatre douzaines de peaux dans un jour.
- 99. Après le travail de riviere, on met les peaux en confit [30]; ce confit doit être compofé d’une eau bien claire , avec du fou le plus pur; il faut que ce fon foit tiré d’un bled bien net, où il n’y ait aucune graine capable de tacher la peau : ce qui n’arrive que trop ; car la peau fe tache aifément dans le fon; dès-lors elle ne peut plus fe pnfser en blanc, & ne fert qu’à faire des gants de couleur obfcure.
- ioq. Il faut auflî que le fon étant lavé dans l’eau, ne la blanchifse pas , c’eft-à-dire, qu’il ne contienne point de farine ; on en met environ la moitié d’un feptier, mefure de'Paris *, pour dix grofses de peaux dans un grand cuvier de 4, 5 , ou 6 pieds de diamètre, fur 3 ou 4 pieds de hauteur; 011 y verfe de i’eau jufqu’à ce qu’elle furpafse d’un pied ou d’un pied & demi la hauteur des peaux. On met ce confit dans un endroit qui ne foit ni trop chaud ni trop froid ; on le couvre , pour empêcher qu’il n’y tombe des
- (2 O En allemand , das Fleifcheifen. * Le feptier de Paris contient douze boifi
- (t6) En allemand , das Strcickeifen. féaux [ 51 J.
- Ee ij
- p.219 - vue 221/631
-
-
-
- Z 20
- ART D U MEGISSIER.
- ordures , & on lnifse les peaux acquérir ce degré de fermentation qui les décreufe & les raffine, c’eft-à-dire, les ramollit & les enfle, comme nous l’avons expliqué afsez au long.
- 101. Le confit ne dure quelquefois que quatre ou cinq jours en été, fouvent plus d’un mois en hiver,* mais pendant cet iutervalle de tems, on doit le vifiter très-fouvent. Chaque jour, les peaux s’élèvent au-defsus, & le mégiffier eft obligé de les renfoncer avec des pilons; il met le feu avec une allumette à la vapeur qui s’en exhale , ce qui contribue'au raffinement, en donnant lieu à la formation d’une nouvelle partie fpiritueufe, pendant laquelle les peaux fe travaillent & fermentent de plus en plus.
- 102. Lorsque les peaux font dans le travail de Peau , ou dq confit, dans lequel nous avons dit qu’elles refiaient quelquefois, quatre jours, quelquefois trente, on doit craindre qu’elles ne fè piquent, c’eft-à-dire, qu’il lie s’y fafse de petits trous de fleur ou de chair , ce qui arrive quand la fermentation eft tropadive. Il faut être bien attentif fur le tems qu’elles doivent refter en confit ; un jour de trop eft capable de tout perdre. Il faut que le mégiffier y'prenne une attention continuelle, & il faut qu’il connoifse bien par expérience la qualité de l’eau qu’il emploie [30].
- 103. Quand les peaux fortent du confit, on les travaille encore fur le chevalet pour en ôter le fon , avec les mêmes couteaux qui ont fervi au travail de riviere, après quoi on les met dans la pâte. Pour une grofse, ou cent quarante-quatre peaux, on prend trois à quatre livres d’alun , une livre de fel, une livre d’huile d’olive, trente ou quarante œufs de poules , quinze livres de la plus belle farine de froment bien pafsée; on fait fondre l’alun & le fel fur le feu , dans un chauderon où il y ait une quantité d’eau fuffifante ; on les remue jufqu’à ce qu’ils foient fondus. On verfe cette eau falée dans un baquet propre à faire la pâte , en y ajoutant de l’eau fraîche ; & quand le tout eft tiede, on y met la farine pour former la pâte ; après quoi 011 y verfe l’huile d’olive & les jaunes d’œufs mêlés enfemble féparément. On bat & on démêle tout enfemble, enforte qu’il en réfulte une bouillie claire , propre à s’étendre fur la peau.
- 104. On pafse les peaux l’une après l’autre dans cette pâte , & l’on fait en-forte que chaque peau en foi t par-tout enduite. On les jette ainfi empâtées dans un cuvier fans eau ; on les foule avec des pilons ou avec les pieds , pour que cette nourriture pénétré plus facilement dans les peaux. Il faut fouler pendant l’efpace d’une heure , plus ou moins , fuivant que les peaux font plus ou moins dures ; les pilons dont on fe fert pour cet eftet, pefent 6 à 7 livres ; ils ont quatre pieds & demi de hauteur. Quelquefois la tète en eft arrondie par le haut, au lieu d’être parfaitement cylindrique.
- 10?. Apres avoir foulé les peaux dans ia pâte, on les étend fur des cordes,
- p.220 - vue 222/631
-
-
-
- ART BU M E G I S S I ER.
- 221
- à l’air libre ou dans des greniers , fuivant le tems, pour les faire fécher. Lorf-qu’elles fechent difficilement & lentement, c’eft-à-dire, que le tems & le lieu ne font pas favorables , ou quand elles font faifies par le froid, il arrive qu’elles fe grenent à la furface, en faifant ce qu’on appelle vulgairement chair de poule j alors la fleur fe durcit, & ne peut plus reprendre fa première fou-plefse. Ce défaut rend les peaux quelquefois entièrement incapables de fervir aux' gants blancs, & même aux gants de couleur.
- 106. Lorsqu’elles font bien feches, on en fait des paquets d’une grofse * c’eft-à-dire 144, plus ou moins , fuivant leur grandeur-, on les attache en-femble avec une corde pour les plonger dans l’eau claire j on les afsemble en petits paquets de deux ou trois douzaines, que l’on foule avec les.pieds fur des claies de bois, pour les difpofer à l’ouverture du palifson.
- 107. On ouvre enfuite chaque peau fur un palifson de fer, après les avoir un peu humedtées : c’eft ce qu’on appelle à Paris lepejfon [65]. L’adlion de celui qui ouvre eft la même que pour les grandes peaux : un ouvrier peutpafser furie palifson douze douzaines de peaux d’agneaux ou de chevreaux dans un jour. Quand elles font ouvertes, on les étend par terre , en forme de capuchon,, pour achever de les faire fécher. Lorfqu’elles font feches » 011 les broie une fécondé fois fur la claie [ 106 ] ; on les ouvre fur un palifson un peu plus tranchant, pour les redrefser & faire tomber le rçfte de la pâte qui fe trouverait en-, eore attachée à la peau.
- 108. Les peaux d’agneaux & de chevreaux qui font d’une qualité inférieure, & celles dont la fleur n’a pas été foigneufement confervée , ou n’apasréfifté aux différens travaux de la mégie , exigent une préparation de plus, fî l’on veut en faire des gants qui aient encore de la propreté & de la beauté. On met ees peaux dans un cuvier avec de l’eau en quantité fuffifante pour bien abreuver les peaux ; 011 y ajoute pour chaque grofse de peaux, cinq à fix jaunes d’oeufs, &4 onces d’huile d’olive. Ces dofes varient cependant fuivant la ftnefse & la beauté despeaux. On foule avec les pieds ou avec les mains, ou même avec un pilon , toutes les peaux dans cette compofition, pendantune heure environ; on les étend enfuite fur une planche bien unie& bien nette. On les expofe au foleil pour les faire bien fécher, ce qui exige quelquefois une journée entière , plus ou moins, fuivant la force du foleil. Elles y reftent juf* qu’à ce qu’elles fuient feches & roides comme du parchemin»
- 109. On pourrait expofer à la rofée ces mêmes peaux, fi elles n’avaient pas afsez de blancheur. On le fait pour les grandes peaux de chevres & de moutons , pafsées en huile ou en chamois quand on veut les blanchir, comme nous l’avons dit dans l’art du chamoifeur; mais cela 11’eft pas nécefsaire dans, le cas dont nous parlons.
- 11 o. La peau d’agneau ou de chevreau étant bien feche, n’a plus hefoiiî
- p.221 - vue 223/631
-
-
-
- ART DU MEGISSIER.
- que d’être travaillée fur le chevalet pour l’adoucir, l’ouvrir, la rendre fouple k propre à l’ufage du gantier.
- ni. Le travail dont nous venons de parler, & qui n’a lieu que pour les peaux effleurées, forme ce qu’on appelle afsez improprement des gants pafjés au lait\ en y ajoutant la préparation fuivante , qui fe donne chez les gantiers, & lorfque les gants font faits. On prend de l’amidon, qui s’appelle à Grenoble blanc de Paris, réduit en poudre très-fine j on l’applique avec une brofse fut les gants , pour faire pénétrer l’amidon dans le tifsu de la peau autant qu’il eft poffible. On bat les gants fur un marbre ou fur une planche bien unie , pour en faire fortir .tout ce qui n’a pas contracté afsez d’union ou d’adhérence avec la peau. Une peau effleurée , comme nous l’avons dit , reçoit facilement une grande quantité d’amidon , & la blancheur de cette fubftance efface la teinte jaunâtre que les œufs avec l’huile auraient pu y dépofer.
- 112. Mais pour que ces gants ne falifsent pas les habits lorfque le frottement en détachera l’amidon, on emploie une fubftance gommeufe, formée avec de la gomme adragant, de la cérufe, des blancs d’œufs , du lait , quelquefois un peu d’eau-de-vie, & quelques odeurs agréables ,• on trempe une éponge fine dans ce mélange, & l’on pafse l’éponge fur les gants : lorfque cet enduit eft prefque fec, on fait tomber l’écaiUe fupcrflue que la fubftance gom* meule aurait pu laifser fur la peau , & les gants font en état d’être livrés. Les précautions nécefsaires dans ce dernier apprêt, confident fur-tout à n’employer que des matières très-pures & d’une bonne qualité, & à les appliquer avec une extrême propreté, puifqu’elles donnent aux gants toute leur parure & leur éclat.
- 113. On appelle cuir de poule, canepin, une peau très-mince & très-lé-gere, dont on fait des gants de femmes pour l’été j ce n’eft , pour ainfl dire, que la fleur ou l’épiderme qu’on fépare de la peau, en enlevant la plus grande épaifseur avec un inftrument tranchant : c’eft un raffinement de beauté qui eft: afsez rare dans l’ufage.
- 114. Ces petites peaux pafsées en blanc, ainfi que nous venons de le décrire [ §9] , fe vendent entre & 90 livres la grofse, c’eft-à-dire , les douze douzaines. Elles étaient moins cheres d’un tiers , il y a quelques années ; mais elles ont augmenté , ou par la rareté des matières premières , ou oarce que l’exportation chez l’étranger eft devenue plus confidérable : on l’a favorifée dans le tems de l’établifseraent du nouveau droit fur les cuirs , en en ordonnant la reftitution pour toutes les parties deftinées à fortir du royaume. (Voyez l’art du tanneur, où nous avons rapporté cet édit. )
- 1 if. Une grofse de peaux, qui en contient 144, pour être de recette , doit pefer 20 livres, & peut faire dix douzaines de paires de gants ; car communément une peau d’agneau ou de chevreau 11e fuffit pas pour une paire de gant*.
- p.222 - vue 224/631
-
-
-
- â RT DU MEGIS-SIEE, '
- 223
- il 6. Les peaux d’agneaux & de chevreaux , qui fervent aux mégifliers, fe vendent chez les bouchers ou dans les marchés à Grenoble, environ 5 livres à f. livres 10fols la douzaine, c’eft-à-dire , de 60 à 66 livres la grofse, plus ou moins. Le prix n’était ci-devant que de 40 à 42 livres la grofse, parce que la Savoie en fournifsaitbeaucoup ; mais il a augmenté de moitié depuis que le roi de Sardaigne a défendu dans fes états l’exportation des peaux en verd.
- 117. Quoique les gants de Grenoble aient encore la plus grande célébrité, cependant cinq mégilfiers qui travaillent à Grenoble, & un fixieme à Mens , bourg fitué à quelques lieues de là, fuffifent pour toute la confommation qui s’en fait. Ces mégilîiers tirent leurs peaux de toutes les provinces voifines, du Dauphiné, du Languedoc , de la Provence , de la Brefse, &c. Ils en emploient environ fept cents grofses , c’eft-à-dire , un peu plus de cent mille. O11 pafse aufli à Paris quelques peaux d’agneaux ; mais la plupart s’envoient à Blois & à Vendôme. Nous avons parlé de la maniéré dont elles fe travaillent.
- Des différent vices des peuux blanches.
- ri$. Lfl peau de mégie , pour être parfaite dans fon habillage , doit être bien blanche , bien douce , bien fine, &bien nette fur la fleur ; elle eft fujette à plufieurs défe&uofités qui viennent, les unes de l’animal, les autres de la fabrication. Il y a des peaux qui r par leur mauvaife qualité , ne peuvent recevoir un habillage parfait, les unes font trop feches, les autres font trop graf-fes. Lorfque les moutons ontpéri par des maladies contagieufes, il eft; défendu de les pafser en mégie r par l’article XXXII des réglemens de la communauté , qu’on trouvera ci-après: mais il y a une multitude d’autres maladies qui attaquent les moutons qui par-là nuifent au mégiflier. Virgile eu compare le nombre à celui des coups de vents qui agitent la mer:
- Non tam creber agent hiemem ruit aquore turbot Qtiam midt'a pecudum ptjlcs. Géorg. 3. 471,
- Voyez Yhijloire naturelle de M. de Bufîbn , Part du parcheminier , le mémoire deM. Virgile dans le premier volume des mémoires préfentés par fes favans etrangers rpag.e 1% M. Tenon a lu dans l’académie, au mois de février 1763., un grand mémoire fur les maladies des bêtes à laine. Il y a aufli un livre anglais qui contient là-defsus des détails fort amples : A compleat Jyjïem ofexpe-rienced improvement's maâe on sheep, by. William Ellis. London, 1749, /«-g.
- 119. Les mégifliersfe plaignent très-fouvent des peaux qui ont été mal déshabillées par les bouchers, ou fur lefquelles ils ont fait des coutelures y if eft fur que cette inattention de leur part fait tort à l’art, & au public, en rendant inutiles ou défe&ueufes un grand nombre de peaux. Les mégilîiers' de Troies firent une afsemblée en 1764,. dans laquelle ils réfoiurent de fe
- p.223 - vue 225/631
-
-
-
- ART DU M E G I S S I E R.
- *24
- pourvoir polir obtenir un réglement à ce fujet. Il ferait très-jufte en effet d’obliger les bouchers à éviter les coutelures , c’eft-à-dire, à déshabiller au poing, & non au couteau , & à ne pas déchirer les peaux.
- 120. Quand les peaux ont été enchaufsenées * pliées , & qu’on les leve pour les ranger [9] , il faut les prendre bien légèrement s & ne pas les pincer fortement,- cela exprimerait la chaux dans l’endroit que les doigts auraient comprimé , & cela ferait quatre trous dans la peau , parce que les endroits où il n’y a pas de chaux s’attendrifsent par la fermentation, & ne peuvent plus fupporter le travail.
- 121. Dans le plein , il faut avoir attention de ne pas laiLer trop plamer lés peaux; elles pourriraient de plein, & s’en iraient en morceaux. On dot examiner quand elles font afsez épaifses , afsez fermes pour devoir être retirées j au contraire , fi 011 les tire trop tôt, comme cela arrive fouvent , quand 011 n’a pas d’autre ouvrage prêt à faire , on a plus de peine à travailler. Le cuir qui eft verd de plein , exige plus d’alun , & il n’eft jamais bien doux ; mais l’inconvénient n’eft pas aufti grand que celui de laifser pourrir de plein,
- Ï22. Dans le travail de riviere , on doit ménager la peau ; il eft aifé avec le fer à écharner, de faire des trous aux pattes de devant, quand on n’eft pas attentif : les ouvriers appellent cela faire un A, à caufe de l’exclamation ordinaire de celui qui voit fa faute. Quand une peau n’a pas été bien travaillée de riviere , & qu’il y eft refté de la chaux, elle eft toujours dure : ainfi l’ouvrier ne doit pas fe négliger fur cet article.
- 123. Le confit occafionne aufti des défetftuofîtés : fi la peau ne confit pas, elle eft dure& ridée; fi elle confit trop, elle eft piquée; ce danger eft fur-tout à craindre en été, où plufieurs caufes peuvent faire tourner le confit ou en accélérer l’effet.
- 124. En hiver , il y.a moins de rifque , mais plus de peine ; le travail eft plus rude. Quand les peaux gelent étant en chaux ou au féchoir , cela les empêche de peler ; mais cela ne fait pas de tort au cuir. Si le confit gelait au-defsus, on aurait lieu de craindre que le fond ne pourrît. Pour éviter ce danger , on le couvre avec des draps lorfqu’il gele ; & on le retourne fouvent.
- 125. Quand les peaux ont mal féché , quand elles ont retenu de l’humidité ou de la graifse naturelle, elles peuvent fe pourrir dans la fuite; hors de là elles peuvent fe garder très-long-tems [ 63 J.
- Du prix des différentes fortes de laine.
- Î2é>. Nous avons dit que le commerce de la laine à Paris roule fur les tnégiffiers [‘ig]* C’eft eux qui la trient, la lavent & la vendent ; ils en distinguent
- p.224 - vue 226/631
-
-
-
- ART DU MEGISSIER.
- Sîf
- tinguent de plufieurs fortes. La mere-laine eft celle que l’on tond fur le mouton vivant, & dont la chaux n’a point approché ; elle coûte depuis \6 juf-qu’à 2 6 fols la livre, fuivant les tems. La laine d'agneau, qu’ on acheté des rôtifseurs eft dans le même cas > elle n’a point été en chaux ; elle fe vend 20 fols la livre.
- 127. Quand la mere-lainevient de chez le laboureur, on étale la toifon tout de fon long fur une claie ; on coupe le tarque, c’eft la marque du maître imprimée fur la laine du mouton. On fépare tous les brins, tant avec les doigts qu’avec le crochet, dont on voit la figure dans la planche I. On la pelote en la roulant en petit volume ; on la noue en engageant les extrémités dans le milieu du peloton, & on jette ces pelotes dans une manne t pour les plinger , c’eft-à-dire, les laver.
- 128. Cette manne ou panier a deux pieds de haut, & trois pieds & demi de diamètre; elle eft foutenue par quatre pieds; elle coûte environ 10 livres ; on la met dans la riviere avec une grofse pierre en dedans pour la fixer; quand la laine eft imbibée, on la laifserepofer jufqu’au lendemain ; elle s’échauffe & fe difpofe à être dégraifsée ; le lendemain, on dénoue les pelotes, & on les lave dans la manne , jufqu’à ce qu’elles foiént blanches ; on les étale fur le pré, car 01) va ordinairement pafser deux jours dans la campagne pour plinger, & le lendemain laver la mere-laine, quand on en a une quantité fuffifatite. Le lavage dont nous venons de parler j’n’a lieu que pour la mere-laine; la laine plis, dont nous allons parler, ne fe lave que fur la peau même , avant de la peler [14].
- 129. La laine que le mégiffier pele après que les peaux ont été en chaux, [ 16] s’appelle le plis. On diftingue quatre fortes de plis, la poignée , la fine pelure , la haute fine & le moyen. La poignée eft la laine d’une toifon ou d’un avalis, qui s’enleve à la fois & prefque tout d’une piece de defsus la peau : ce qui a lieu pendant l’hiver , où les laines font longues & bien fournies. La poignée coûte de dix-huit à vingt-deux fols la livre.
- 130. La fine pelure eft une laine fine qui s’arrache de defsus la peau par grappes ou par morceaux , étant plus courte que la poignée, & n’étant pas afsez haute pour être faille toute entière avec la main ; c’eft en été qu’elle fe pele. Ou la diftingue encore en haute & bafse, fuivant qu’on approche davantage du mois de feptembre. On la vend 20 à 21 fols la livre. La haute fine fe tire comme la poignée , mais fur des moutons qui ont la laine plus grofse ; elle coûte 21 à 22 fols. Le moyen eft une laine plus longue, mais plus groffiere, qui fe tire de la culée ou destfefses de la peau, & qui coûte 18 fols»
- 131. Jusqu’ici il ne s’agit que de la laine blanche , qui eft la plus recherchée. On fépare enfuite le noir & le bege. Le noir coûte environ 18 fols*
- Tome III. F f
- p.225 - vue 227/631
-
-
-
- ART BU MEGISSIE R.
- 2ZC
- on y diftingue encore les toifons & les grappes, fuivant qu’on pele tout d’une pieee ou par flocons. La différence eft d’environ un fol par livre. Le bege > c’eft-à-dire, la laine grifâtre & terntf, qui ne faurait jamais devenir blanche, ne coûte que io à 12 fols: on y diftingue aufîi les grappes 8c les toifons.
- 132. La greffe pelure eft la laine qui fe tire de la queue des moutons y c’eft la moins belle ; elle ne coûte que 9 fols la livre.
- 133. Le court eft la laine qui fe tire pendant la durée du printems , peu après que les moutons ont été tondus ; elle eft fi courte qu’on ne la vend que 7 à 8 fols la livre , fans diftinguer même fur quelle partie du corps elle eft prife.
- 134. Le bâtard eft la derniere qualité de laine : c’eft celle qu’on enleve avec les forces [ 8 ] dans les endroits les plus fales & les plus défectueux. Le bâtard ne coûte que 5 fols la livre.
- De la communauté des mêgijjiers de Paris*
- I3f. La communauté des mégifliers eft très-ancienne : elle était autrefois très-nombreufe ; mais depuis que Pufage du chamois s’eft étendu , la mégif* férié a perdu confidérablement. Les mégifliers de Paris font en petit nombre ; il n’y en a guere qu’une douzaine qui foient un peu occupés, & ils ne tra» vaillent que pour la confommation de Paris & des environs^ La plupart habitent au fauxbourg Saint-Marceau, le long de la riviere des Gobelins, Cette riviere eft favorable à leur travail [30] , pourvu que Peau ne manque pas8 ce qui arrive afsez fréquemment dans les grandes chaleurs.
- 136. Le nouveau droit fur les cuirs , qui eft de deux fols par chaque livre de poids, a encore diminué la mégifserie dans cette ville; on aime mieux vendre le cuir fur plein que de le finir à Paris, où la main-d’œuvre étant plus ehere , on a plus de peine à foutenir l’imp6t.
- 137. Les ftatuts des mégifliers , que nous allons rapporter, font de 1407 , Sc par conféquent peu néeefsaires actuellement; ils contiennent cependant quelques articles remarquables , & j’ai cru devoir les placer ici, d’après l’édition imprimée en 1743 » lafeuleque j’aie pu me procurer. J’avertirai des endroits où le texte me paraît altéré (27).
- ( 27 ) Si je 11’avars pas promis de donner abrégé ces longs réglemens, dont la pluies cayers des arts, tels qa’ils onlj: été pu- part des articles font des entraves mifes au bliés par l’académie , j’avoue que j’aurais progrès des arts & du commerce.
- p.226 - vue 228/631
-
-
-
- ART DU M E G I S S I ER.
- 227
- STATUTS* pour les'maîtres marchands mêgijjiers, de la ville & fauxbourgs de y Paris ; accordés par 'les rois- François Fr & Charles IX, confirmés par Henri IF & Louis le Grand. '
- Premièrement, qu’aucun ne pourra être pafsé maître du métier de mé-giflier en la ville & fauxbourgs de Paris ,ni tenir icelui métier, fi premièrement il n’a été examiné & trouvé fuffifant par les gardes dudit métier, & qu’il ait payé fix livres parifis d’entrée, la moitié au roi & l’autre moitié à la con-Frairie dudit métier , comme d’ancienneté eft accoutumé , & qu’il n’ait fait fon chef-d ’œuvre d’un cent de cuirs de peaux de moutons, & bien & duement labourés en blanc, pour montrer s’il eft capable d’être reçu maître dudit métier.
- II. Item. Que nul dudit métier ne mette hors aucune chofe appartenante audit métier aux jours de dimanches, ni aux grandes fêtes folemnelles, fie® n’eft à la fenêtre , G haut qu’un homme n’y puiffe atteindre de fa main, fur peine de forfaire les denrées, & paieront l’amende de quarante fols au roi, & quatre fols aux gardes dudit métier, pour le métier garder.
- III. Item. Que nul n’achete en la ville & banlieue de Paris , en boucherie ni ailleurs, peaux fur bêtes vives, ni peaux fur bêtes mortes , s’ils ne les voient avant, fur peine de dix fols d’amende pour chacun cent qu’ils achete-
- Vtront, & de plus plus, & de moins moins, & au-delfous au feur l’emplage, les ^trois parts au roi, & l’autre part aux gardes dudit métier.
- IV. Item. Que nul dudit métier ne pourra faire depuis pâques, jufqu’à la mi-août, qu’une laine nouvelle ( a ) , & le bâtard, fur peine de vingt fols parifis d’amende, dont le roi aura les trois parts, & les gardes dudit métier la quatrième partie.
- V. Item. Qu’aucun maître ne puifse faire depuis la mi-août jufqu’à pâques, que deux paires de laine tondue (b) j c’eft à favoir, de laine à plauge j & qui fera trouvé faifant le contraire, les denrées feront confifquées au roi, de laquelle confifcation le roi aura moitié , & les gardes de la confrairie dudit métier l’autre.
- VI. Item. Que dorénavant tous cuirs feront enchaufumés & pelés au bâton & fait à bâtard ( c ) s c’eft à favoir, ceux qui ont la hauteur du travers du petit doigt d’un homme, & tous les autres qui feront au-delfous d’icelle hau-
- (a) Aétuèllement on entait deux ou trois fortes , pour contenter les marchands.
- (6 ) Actuellement on en fait quatre fortes , à la mi-août la fine pelure, & le moyen; la poignée ou avalis qui eft le plus fin , & la haute fine qui eft de même qualité que le
- moyen , mais plus haute. Elles fe tirent depuis noël jufqu’à pâques , tems où toutes les peaux que i’on reçoit font tondues.
- ( c) Cela veut dire qu’il faut féparer le bâtard.
- Y f ij
- p.227 - vue 229/631
-
-
-
- ART DU MEGISSIE R.
- teur » feront mis avec la laine du plein, fur peine de dix fols d’amende, huit fols au roi, & deux fols aux gardes dudit métier.
- VII. Item. Que nul dudit métier ne puifle acheter ni barguigner peaux de boucherie aux dimanches ni fêtes folemnelles, ni en la ville & banlieue de Paris, fur peine.de vingt fols d’amende , quinze fols au roi, & cinq fols aux gardes dudit métier.
- VIII. Item. Que nul ne foit fi hardi qu’il mêle fes queues avec fon bâtard:, fur peine de l’amende , comme defTus eft dit.
- IX. Item. Que nul ne foit fi hardi d’aller au-devant des denrées aux jours de marché de Paris, foit maîtres-jurés dudit métier, ni autres » pour acheter & barguigner denrées vives, fur peine de quarante fols d’amende , trente-deux fols au roi , & huit fols aux gardes dudit métier.
- X. Item. Que nul ne foit fi hardi, maîtres ou valets dudit métier, qu’il ne porte ou falfe porter par lui, ni par d’autres , peaux palfées en mégie , vendre par la ville de Paris, d’hôtel en hôtel, fors en la place devant les SS. In-nocens, & au carrefour Saint-Severin , ou au famedi ès halles en la place, fortant fans colporter de place en autre , fur peine de dix fols d’amende, dont fix fols au roi, & quatre fols aux gardes dudit métier.
- XI. Item. Que nul dudit métier ne foit fi hardi d’aller aux tiflerandsj fileurs, ou filerelfes, ou autres gens dudit métier, pour peler peaux, fur peine de l’amende des fufdits dix fols, fix au roi, & quatre aux gardes dudit métier.
- XII. Item. Que les maîtres dudit métier ne pourront avoir qu’un feul apprenti! en icelui métier, & ne le pourront prendre ni tenir à moins de fix ans , parce qu’en moins de tems ne pourront-ils avoir appris ni être trouvés fuffifans & experts en icelui, à peine de foixante fols parifis d’amende , quarante fols au roi, & vingt fols à la confrairie dudit métier.
- XIII. Item. Que lefdits maîtres qui auront pris un apprentif, feront tenus apporter aux jurés dans la huitaine enfuiva.nt, la lettre d’apprentilfage dudit apprentif, pour favoir le jour que ledit apprentif aura été obligé ; & paiera ledit apprentif, pour être enregiftré au papier dudit métier, quatre fols parifis, pour obvier à ce que fi lefdits maîtres perdaient lefdites lettres d’apprentilfage, lefdits apprentifs ne feraient fruftrés de teur tems, & auflià ce que lefdits maîtres ne puilfent prendre d’autres apprentifs pendant ledit tems, & ce fur les peines delfufdites.
- XIV. Item. Qu’aucune femme veuve dudit métier ne pourra prendre ni avoir aucun apprentif, autres que les apprentifs de leur feu mari, qui n’auront achevé le tems de leur apprentiflage , pourvu qu’icelle femme aura valet, bon & fuffifant dudit métier , .pour montrer & apprendre ledit apprentif, & ce fur peine de quarante fols parifis d’amende , trente-deux fols au roi, & huit fols aux gardes dudit métier.
- p.228 - vue 230/631
-
-
-
- A ^T D U M E G I S S I ER.
- 229
- XV: Item• Que aucun maître dudit métier ne pourra lever ni tenir icelui métier en la ville & fauxbourgs de Paris , s’il'n’y a été apprentif, fur peine de foixante fols parifis d’amende, quarante fols pour le roi, & vingt fols aux gardes dudit métier , & de forfaiture des denrées dont il fera trouvé faifi a moitié au roi, & l’autre moitié à la confrairie dudit métier.
- XVI. Item. Que aucun dudit métier ne pourra acheter cuirs en mégie pour revendre, qui aient été labourés hors la ville & fauxbourgs de Paris, pour mêler avec le fien labouré en ladite ville & fauxbourgs de Paris , jufqu’à ce qu’ils aient été vus & vifités par les gardes dudit métier, & trouvés bons, loyaux k marchands, fur peine de quarante fols parifis d’amende ; trente-deux fols pour le roi, & huit fols aux gardes dudit métier.
- XVII. Item. Que aucun dudit métier ne pourra vendre ni avoir cuir de mégie , ni tenir icelui , s’il n’eft fufïifamment & doublement labouré , & qu’ilfoitbon , loyal & marchand , & tel trouvé par'les gardes dudit métier, fur peine de forfaiture & confifcation au roi, & de vingt fols d’amende, quinze fols pour le roi , & cinq fols aux gardes dudit métier.
- XVIII. Item. Que aucun dudit métier ne pourra vendre, entafser, ni met-* tre en tas aucune laine, fl ainfi n’eft qu’elles aient été & foient bien feches * & qu’elles foient bonnes , loyales & marchandes, fur peine de quarante fols d’amende pour chacun cent de ladite laine <mal lavée & mal féchée, & de plus plus, & de moins moins, au feur l’emplage fau lieu de vingt fols parifis d’amende qui foulaient être aux anciens privilèges, à appliquer moitié au roi, & le refte à la confrairie& àuxqurés i& gardes dudit métier, chacun pour moitié, pour ce que fur chacun centre* laine‘mal féchée & mal lavée , y pourrait avoir du déchet ^dommage de vingt livres de laine de pefant & plus.
- XIX. Item. Que aucun dudit métier ne pourra mettre ni venir en befogne fans licence & congé,des maîtres dudit métier, aucun des valets‘alloués des autres maîtres dudit métier, fur peine de quarante fols parifis d’amende^ c’eft à favoir, trente-deux fols au roi, & hui fols aux gardes dudit métier.,
- XX. Item. Aucun maître dudit métier à Paris , qui aura trois valets,'ne pourra refufer à un autre maître d’icelui , après qu’il aura befogne hâtive Sç nécefsaire à faire, l’un des trois valets pour lui aider à y faire icelle, en payant toutefois par ledit maître icelui valet de fon falaire raifonnable, k, ce
- ‘fur peine de quarante fols d’amende -, c’eft à favoir, trente-depc fols au roi, & 'huit,fols aux gardes dudit métier. •* > ‘ - , <• -• *
- XXI. Item. Que marchands forains ne pourront vendre Jhi expofer en
- vente à Paris aucunes denrées de-mégie , jufqu’à ce qu’elles aient été vifitées par les gardes dudit métier, & qu’elles foient rapportées être bonnes, loyales, & marchandes, fur peine d’être confifquées*& acquifes au roi notre Sire, d’être arfées, & au moins fur peine d’amende arbitraire*. * •1 * "
- p.229 - vue 231/631
-
-
-
- 2} O
- A R. T. , D U Ml GI S SI E R.
- XXII. .Item., Que, lefdits-forains ne'puifsent vendre nhexpofer en vente lefdits.cuirs & denrées de mégie, finon en lajalle ancienne au cuir blanc , & que préalablement ils aient été yifités & marqués par les jurés & gardes dudit métier. Lefquels jurés & gardes, pour ce faire , auront pour leur falaire deux c deniers parifis pour chacun cent de pièces dudit cuir, & de plus plus, & de moins moins \r pour obvier à ce que lefdits forains ne vendent fecrétement Ie-dit'cuîr, au-moyen de^quoi plufieurs marchands font fouventesfois déçus & abùfés ; & en ce faifany vle droit du roi eft talli. ' r •*«
- XXIII.. Item.Que aucun dudit métier, foit maître ou valet, ne, s’entremette d’aller ès niaifons d’aucuns tanneurs ni auires , pour pefer ni ordonner cuir , ni confeiller iceux tanneurs ni autres, en quelque maniéré que ce foit, de leur marché, ni à autre chofe, de chofe qui concerne & regarde ledit métier , fur peine,de(foixante fols parifis d’amende, j c’eft à/avoir, quarante fols au .roi j & vingt fols à la confrairie & aux gardes dudit métier , chacun ,, par. moitié,.. ^ , .m . -
- XXIV. Item. Que tous les maîtres dudit métier demeurant en ladite ville & fauxbourgs de, Paris , pourront acheter en plein,marché * des marchands forains & autres, toutes denrées appartenant audit métier , qu’ils verront à vue d’œil, fans qu’ils puifsent en acheter aucunes fans icelles voir, & ce, fur peine de foixante fols parifis d’amende, quarante fols pour le roi, & vingt fols j c’eft à favoir, moitié à laconfrairie dudit métier, &, l’autre aux gardes d’icelui.
- XXV. Item. Que tous les enfarts mâles des maîtres dudit métier en la
- ville de Paris ne feront tenus de faire aucun apprentifsage, mais feront tenus faire chef-d’œuvre , & payer le droit & devoir comme les autres fujets à apprentifsage, pour ce que lefdits maîtres en ont toujours par ci-devant ainfi,joui.!& ufé „ nonobftant qu’il ne fût contenu en leurs anciennes ordonnances. f • 5 : > . • - .
- XXVI. Item. Que aucun maître ni autres ayant la franchife dudit métier, ne pourront étendre pour fécher aucunes peaux ou cuirs*, à laine, fi elles ne .font bien & duement lavées & gayées, fur peine d’icelles ramender à fes (dépens, & de cinq fols parifis d’amende à chacune fois qu’icelles peaux ou cuirs feront trouvés étendus pour fécher : dont la moitié d’icelle amende fera pour le roi, & le refie à la cçnfrairie & gardes dudit métier, chacun pour
- " moitié ; pour ce qu’aucuns maîtres dudit métier pourraient mal laver & gayer leurfdites peaux & cuirs, & icelles mêler parmi celles qui feraient bien lavées .& gayées, au moyen de quoi y aurait grand intérêt pour les marchands, tant vendeurs qu’acheteurs. „ s ,<1
- XXVII. Item. Que tous les maîtres ou autres ayant la franchife dudit métier de la ville de Paris , pourront demander à tous marchands forains
- p.230 - vue 232/631
-
-
-
- 231
- ART DU M E G I S S I E R.
- & autres de ladite ville , qui achèteront, ou auront acheté, ou fait acheter peaux de moutons, ou autres marchandifes en ladite ville d.e Parisappartenant audit métier , leur lot, part & portion defdites peaux du marchandifes , en tous tems & faifons 5 lefquels marchands forains feront tenus de leu* en bailler leurditlot, en payant par eux promptement auxdits marchands forains le prix que leur a coûté ladite marchandée, au prorata qu’ils en prendront; pour ce que lefdits marchands fprains achètent continuellement lefdites peaux & marchandifes , & les emportent hors la ville , en la dégarnifsant tellement que lefdits maîtres font fouventesfois oifeux, & ne font rien, ohftant ce qu’ils n’ont aucunes marchandifes, pourvu toutefois que lefdits marchands forains achetafsent grande quantité de ladite marchandife, comme un cent & au-defsus, & non audefsous.
- : XXVIII. Item. Que aucuns marchands forains ou autres ne pourront prendre dedans ladite ville & fauxbourgs de Paris, de quelques, perfonnes que ce foit, aucunes peaux & marchandifes appartenantes audit métier , pour habiller, ni corroyer, s’ils ne les ont achetées, ou autrement leur appartiennent fans fraude , fur peine de confifcation defdites peaux & marchandifes , ou d’amende arbitraire , dont les trois parts feront pour le roi, & l’autre à la confrairie & gardes dudit métier, chacun pour moitié; pour ce que lefdits marchands forains & autres pourraient acheter lefdiltes marchandifes, & icelles emporter hors de ladite ville, fous ombre de dire qu’ils auraient icelles prifes pour habiller feulement, au moyen de quoi, lefdits maîtres & mégifliers auraient grands dommages & intérêts ; & s’entendra le préfent article fur les forains & autres marchands , & non pas fur les autres particuliers de ladite ville de Paris , qui en voudront habiller & corroyer pour leur ufage.
- XXIX. Item. Que lefdits maîtres dudit métier hors la ville, St autres ayant la frâncbife d’icelui, qui auront acheté des peaux ou cuirs des bouchers d’icelle ville & fauxbourgs de Paris , feront tenus en bailler aux autres maîtres de ladite ville , qui leur en demanderont en toutes faifons , pour lot, part & portion , pour le prix qu’ils auraient icelles achetées , fur peine de foixante fols parifis d’amende, moitié au roi, & le relie à la confrairie & gardes dudit métier, chacun pour moitié , pour ce que de tout tems & ancienneté lefdits maîtres ont ainfi accoutumé en ùfer.
- XXX. Item. Que aucuns maîtres dudit métier de ladite ville ne pourront acheter pelures de ,peaux ou autres laines qu’elles n'aient été habillées & faites dans icelle ville, pour mêler avec la leur de la façon de ladite ville, fi premier n’a été vifitée par les maîtres jurés & gardes dudit métier ; fur peine de confifcation de ladite marchandife, & de foixante fols parifis d’amende, dont la moitié fera pour le roi, St l’autre moitié à la confrairie & gardes dudit métier, chacun pour moitié.
- p.231 - vue 233/631
-
-
-
- ART DU MEGI SS 1ER,
- XXXI. Item. Que aucuns defdits' maîtres dudit métier , ni autres ayant la franchife d’icelui, ne pourront en jour de fête, aller ou envoyer quérir aucunes peaux dëlboucherie pour enchaufumer * ni autrement, ni pareille* ment autres denrées de marchandifes appartenantes audit métier} e’eft à1 (avoir, depuis pâques jufqu’à la faine Remi, que devant fept heures du matin' (a), & après fept heures du foir ; & depuis ledit jour de faint Remi jufqu’à* pâques, que devant fept heures du matin, & après fept heures du foir-, fur peine de vingt fols parifis d’amende, dont la moitiéfera au roi, & le refte; à'la confrairie* & gardes dudit métier, chacun par moitié. ' *
- XXXII. Item. Que aucuns maîtres ou autres ayant ladite franchife-dudit métier, ne labourent ou fafsent labourer, mettre à point & corroyer dedans’ ladite ville aucunes peaux de bêtes , non convenables à corps humain en; manger la chair * fur peine de brûler lefdites peaux'en leur préfence 8c à leurs dépens, & de cent fols parifis d’amende, dont les trois parts feront,’ au roi, & le refte à la confrairie & gardes dudit métier,1 chacun par moitié, en quoi toutefois ne font compris les mégifliers desftauxbourgs de ladite7 ville.
- XXIII. Item. Que aucuns marchands forains ne pourront vendre ni ex-pofer en vente en ladite ville de Paris aucunes laines , jufqu’à ce que préalablement icelles laines aient été vues & vifitées par les jurés & gardes dudit métier de ladite ville ,. afin de favoir fi elles font loyales & marchandes, ou non,- fur peine de cbnfifcation de! ladite marchandife, dontles trois parts feront pour le roi, & le refte à la confrairie & gardes dudit métier , à chacun par moitié} & entend le préfent article , quant aux laines venant de peaux dont ont accoutumé vendre & faire marchand lefdits mégifliers > félon leur métier, fans y comprendre les autres laines} & pour la vifitation de chacun cent, lefdits maîtres & jurés qui vifiteront lefdites laines, auront pour leur falaire de la vifitation douze deniers parifis.
- XXXIV. Item. Que aucun maître dudit métier ou autres ne mêlent avec la mere-laine aucune laine de peaux, tant tondues que pelées, fur peine de confifcation defdites laines , dont les trois parts feront au roi, & l’autre à la confrairie & gardes dudit métier, à chacun par moitié, pour ce que le drap de telle laine mêlée n’eft ni loyal, ni marchand , & fe cafse en toutes parts.
- XXXV. Item. Que aucun dudit métier ne pourra étendre aucunes laines lavées , de quelque forte que ce foit, finon qu’elles foient bien & duement lavées , fur peine de foixante fols parifis d’amende, dont la moitié fera au roi, & le refte à la confrairie dudit métier , chacun par moitié.
- (a) Je foupqonne qu’il y a ici une faute de copifte, & qu’il faut lire , cinq heures du matin. •
- - XXXVI.
- p.232 - vue 234/631
-
-
-
- ART DU ME G I S S I £ RA
- £33
- XXXVI. Item. Qu'c tous maîtres dudit métier de ladite villé, & autres ayant la franchife dudit métier, feront tenus de fouffrir vifitation être Faite fur leurs laines & marchandifes par les jurés & gardes dudit métier , toutes & quatites fois que par eux en feront requis, fur pèine de vingt livres parifis d’amende, dont les trois parts feront au roi, & l’autre à la confrairie & gardes dudit métier , chacun par moitié*
- XXXVII. Item. Que aucun maître dudit métier , ni autres ayant la fran-'chife d’icelui, ne pourront faire befogner leurs ferviteurs, gagneurs d’argent, ès jours ouvrables, depuis pâques jufqu’à la faint Remi, que depuis cinq heures du matin jufqu’à fept heures du foir , & depuis le jour de faint Remi jufqu’au jour de pâques , que depuis fix heures du matin jufqu’à huit heures du foir, excepté befogne en péril, fur peine de feizefols parifis d’amende pour chacun ferviteur qui befognera , à payer par ledit maître , moitié au roi, & le refte à la confrairie & gardes dudit métier , chacun par moitié.
- XXXVIII. Item. Que nul maître dudit métier, ou autres ayant la franchife d’icelui, ne pourront faire befogner leurs ferviteurs, gagnans argent, ès vigiles de pâques, pentecôte , la toufsaints, noël, & ès vigiles des cinq fêtes Notre-Dame , de fainte Marie-Madeleine , qui eft la fête de la confrairie dudit métier , faint Germain-l’Auxerrois leur patron , que jufqu’à trois heures de relevée en nulle befogne , excepté befogne en péril, fur peine de feize fols parifis d’amende , dont la moitié au roi, & le refte à la confrairie & gardes dudit métier, chacun par moitié.
- XXXIX. Item. Que tous valets qui auront été apprentifs fix âns en ladite ville de Paris audit metier,auront à befogner chez chacun maître dudit métier, plutôt que les autres valets qui n’auront été apprentifs en icelle ville audit métier , pourvu qu’ils veuillent befogner pour le prix que lefdits valets qui n’auront été apprentifs befogneront, ou pour autre prix raifonnable, eu égard à la fcience qu’ils auront, & félon qu’il fera dit par les jurés & gardes dudit métier.
- XL. Item. Que aucuns valets qui n’auront été'apprentifs fix ans audit métier de mégiflier dans ladite ville de Paris, ne pourront befogner chez quelque maître , ou autre ayant ladite franchife dudit métier, plus haut de huit jours , & jufqu’à ce que lefdits valet aient payé à la confrairie dudit métier quatre fols parifis , fur peine de payer par lefdits maîtres ou autres qui les mettront en befogne , vingt fols parifis d’amende, dont la moitié fera au roi, & le refte à la confrairie & gardes dudit métier , chacun par moitié.
- 138. A la fuite de ces ftatuts, fe trouvent les lettres-patentes données par Charles VI au mois de mai 1407 , par lefquelles on voit que depuis long-tems les rois de France avaient accordé aux maîtres jurés mégifliers de Paris. Tome IIL G g
- p.233 - vue 235/631
-
-
-
- «34
- ART DU MEGISSIE R.
- pîufleurs beaux privilèges & ftatuts j mais que fur de nouveaux abus, ils avaient defiré de nouveaux articles, que Charles VI leur accorde, & veut être ©bfervés à l’avenir ; & il ajoute : Jauf toutefois au prévôt de Paris, préfent à venir, de icelles ordonnances & Jîatuts nouveaux , pouvoir corriger , niver, interpréter icelles augmenter ou diminuer toutes & quantes fois que par délibération de notre confeil audit châtelet il verra qiCilfera bon expédient à faire pour le bien & futilité de nous & la chofe publique. L’on voit que ces lettres furent publiées le 2 juillet 1407 , à la rue de la mégifserie , fur la riviere de Seine , à l’oppofite de l’hôtel des dames de Haulte-Brinctte.
- 139. D’autres lettres patentes de François I, données à Evreuxaumois de feptembre I f 17 , contiennent à peu près la même confirmation. En 1 f 94, les maîtres mégiffiers demandèrent la confirmation & continuation des mêmes ftatuts > elle leur fut accordée par des lettres-patentes , données à Paris par Henri IV , au mois de décembre de la même année.
- 140. Louis XIV confirma de nouveau les mêmes ftatuts & ordonnances par les lettres données à Fontainebleau, au mois d’oétobre 16^95 ; il 7 avait alors vingt-trois maîtres, anciens jurés , jeunes & modernes, maîtres & marchands dudit état & métier,qui intervinrent & donnèrent pouvoir à. leurs jurés de follicicer cette confirmation.
- 141. Dans le même recueil imprimé en 174 j , par les foins de meilleurs £labaux& Fremin, jurés de la communauté , on trouve une déclaration du roi ,du (2 novembre 1693 >Par laquelle le roi unit & incorpore à la communauté des mégiffiers les offices de gardes jurés de cette communauté , qui avaient été créés par édit du mois de mars 1691 : voulant que ces offices foient exercés en vertu de lettres de provision qui feront expédiées & fcellées en chancellerie, en faveur de ceux qui ferontnommés par ladite communauté. Cela fut fait au moyen de 800 livres que cette communauté paya aux parties cafuelles pour la finance de ces offices ; & pour pouvoir emprunter cette fomme &en payer les intérêts, le roi permit à la communauté de faire payer aux maîtres quatre fols pour chaque cent de peaux de moutons qu’ils achèteraient Portant des abattis des bouchers , & deux fols pour chaque cent de peaux d’agneaux, & cela jufqu’à l’extin&ion des capitaux feulement.
- DE LA RI FI ERE DES G O B EL IN S,
- & des réglemens qu'elle a occafionnés.
- 142. La riviere de Bievre , appellée plus communément aujourd’hui la riviere des Gobelins , a fes bords habités fpécialement par des mégiffiers & des tanneurs ; mais elie eft encore plus utile à l’art des mégiffiers qu’à celui des tanneurs ! enforte que j’ai cru devoir placer ici ce que j’avois à en dire. Nous avons déjà parié des avantages de cette eau lut celle de la Seine ; mais elle a
- p.234 - vue 236/631
-
-
-
- ART DU M E G I S S ï E R.
- nï
- Pïnconvénient d’être petite , étroite , d’un cours très-lent, & par conféquenfc d’être fouvent fa!e , & de manquer d’eau en été. Cet inconvénient a exigé que l’on prît des mefures pour empêcher beaucoup d’abus, pour la faire nettoyer, pour en entretenir les eaux & les augmenter , s’il eft polîîble.
- 143* Le réglement le plus général & le plus étendu qu’on ait fait à ce fujet,' eft contenu dans un arrêt du confeil du 26 février 1732, qui concerne l’admi-niftration & la police de cette petite rivie*e : il fera bon de le confulter en entier ; mais nous en rapporterons ici les principaux articles. Suivant ce réglement du 26 février 1732, il y a toujours trois fyndics des intérelfés à la con-fervation des eaux de la riviere de Bievre. Pour cet effet, les teinturiers, tanneurs & mégiffiers font convoqués chaque année par billets, en la chambre des marguilliers de la paroilfe de Saint-Médard , en préfencè du procureur du roi de la maîtrife des eaux & forêts de Paris, affifté du greffer. On élit un fyn-dic une année, & deux autres l’année fuivante , afin qu’il y en ait toujours un ou deux d’anciens. Il y a encore à ce fujet une ordonnance du grand-maître, du 2 octobre 17^4. Ceux qui devront fortir du fyndicat, feront tenus de convoquer tous les intérelfés, lefquels feront infcrits en un tableau dans la falle, & tenus d’y comparoir aux jours & heures qui leur feront indiqués, à peine de 3 livres d’amende , fi ce n’eft qu’il y ait caufe légitime d’abfence.
- 144. Suivant l’arrêt du 26 février 1732, l’un des fyndics doit être teinturier, l’autre tanneur, & le troifieme mégiffier. Ils doivent exercer gratuitement leurs fonctions ; ils doivent rendre les comptes de leur fyndicat à ceux qui leur fuccedent, en préfence de trois anciens fyndics ; & en cas de contefi. tation , devant le maître particulier des eaux & forêts de la maîtrife de Paris. 1
- 145. Par l’article V de l’arrêt du 26 février 1732, il eft dit qu’il y aura un tombereau attelé de deux chevaux, à l’effet de voiturer journellement dans la campagne les mort-pleins des tanneurs & mégiffiers, écharnures, cornichons, & autres immondices, provenant tant de leur métier que du commerce des teinturiers ; duquel tombereau fera fait marché au rabais, devant le maître particulier de la maîtrife des eaux & forêts de Paris, à la diligence des fyndics des intérelfés à la confervation des eaux de la riviere de Bievre; & en cas de négligence , à celle du procureur du roi de ladite maîtrife. L’adjudicataire doit être payé par les mains du premier fyndic , fuivant la contribution & rôle de répartition fait entre les teinturiers, tanneurs & mégiffiers , à proportion de l’exercice des teinturiers, & des cuves & pleins des tanneurs & mégiffiers, qui ferontconftruits dans leurs maifons, foit qu’ils travaillent ou non. Adéfaut de paiement, le grand-maître des eaux & forêts de France au département de Paris, doit décerner exécutoire pour le paiement du tombereau , contre fix des principaux habitans, parmi les intérefTés à la confervation des eaux de cette riviere.
- Gg ij
- p.235 - vue 237/631
-
-
-
- 'ART D U M E G I S S I E R.
- 236
- 146. En exécution de cet arrêt » il y eut une adjudication le ry août 1733 » faite à Jacques Marchand, de l’établiffement dudit tombereau, moyennant
- livres. Cette adjudication n’ayant été faite que pour un an, il y eut un marché’, fous feing-privé, pour la fomtne de 500 livres, l’année iuivantei enfin le même voiturier confentit à s’en charger pour 300 livres : ce qu’il fit jufqu’en 1743 inclusivement, comme on le voit par une ordonnance du grand-maître du 24 feptembre 1743.
- 147. Dans la fuite, on ne paya plus pour ce tombereau que 120 livres par année, & les immondices n’étaient plus enlevées que tous les lundis. De là venait que plufieurs maîtres dont les berges font trop relferrées , jetaient dans la riviere les immondices de leur commerce, plutôt que de les garder fur leur berge d’une femaine à l’autre , & d’en être incommodés dans leurs travaux. Les fyndiçs aimèrent mieux, en 17^6, traiter avec le nommé Ragondet,en-treprenneur de l’enlevement des boues de Paris ,dont le tombereau marchant journellement, par toutes les rues du quartier , pouvaient faire plus aifément & plus exactement ce fervice.'En conséquence , il y eut une ordonnance du grand-maître le 22 juin 1756, qui donna a&e audit entreprenneur de l’acceptation qu’il fai fait du marché pour trois ans, moyennant 100 livres, aux charges & conditions de la derniere adjudication qui avait été faite au rabais.
- 148. La même ordonnance renouvelle expreifément lesdéfenfes faites aux teinturiers , tanneurs & mégiiiiers, de jeter aucunes immondices dans la ri-viere, à peine de dix livres d’amende pour la première fois, & du double eu cas de récidive.
- 149. Les tanneurs ne paient qu’un dixième do la fomme du tombereau , les mégifiiersun dixième , & les teinturiers paient le refte > c’eft-à-dire , huit dixièmes, ou quatre cinquièmes du prix du tombereau. La portion des tanneurs fe prend fur les deniers pro-venans des fommes perçues fur les mar-chandifes de tannerie à la halle , fuivant l’arrêt du 24 mai 1729.
- ifo. Parle réglement du 26 février 1732, le roi ordonne qu’il fera établi deux fergens à garde, au nom & fous bandoulière des armes & livrées de S. M. aux gages de40Q livres , pour lefquels les meuniers établis fur la riviere doivent contribuer. Ces gardes veillent à l’exécution des ordonnances qui ont été faites pour cette riviere.
- 151. Il y a fur la* riviere des Gobelins beaucoup de moulins,, mais les meuniers 11e font point tenus aux dépenfes des voûtes, ponts & autres dé-. penfes communes^ ils contribuent feulement au curage annuel qui fe fait du ruifleau de conduite de la fontaine Bouvière & autres fources , jufqu’à l’étang Duval, dans le grand parc de Verlailles, & ils font employés furie rôle du paiement de ce curage , à raifon de 6 li vres par an , pour chaque moulin.
- 152. En 1744, le faux ru de la riviere de Bievre, efpece de canal an-
- p.236 - vue 238/631
-
-
-
- ART DU M E.G I S S I E R.
- 237
- dennement creufé pour la décharger dans les grandes eaux, était rempli par les immondices des amidonniers , par la tuerie de Scipion , & par des eaux croupifsantes & mal-faines. L’hôpital des orphelines de la Miféricorde, rua Cenfier, en étant fpécialementincommodé , fit des repréfentations, & obtint la permilTion de faire pafser,. à certains jours, la riviere par un déverfoir, à travers le canal de ce faux ru. Les adminiftrateurs firent défoncer le canal, enlever les immondices » ferrer le fond , & conftruire fur ce fond un pavé à chaux & à ciment dans l’étendue de leur enclos.
- 1^3- Les intérefsésà la riviere voulurent continuer les mêmes travaux, & par délibération du 30 novembre 1747, ils autoriferent leurs fyndics à< faire paver à neuf ce faux ru , depuis le déverfoir de la galere , rue Cenfier ; jufqu’à l’hôpital de la Miféricorde, & depuis fa (ortie de l’enclos de cet hôpital, .jufqu’à fa jon&ion à la riviere de Bievre, au-defsous du moulin Copeau; même faire annuellement employer fur lefdits rôles de répartition une Comme de 27. livres, pour être dépofée, & fervir à l’entretien de-ce pavé.. • '
- 174. Cette délibération fut homologuée par uneiordonnance de M. le grand-maî,tre du 27 mai 1746, & par un arrêt du confeil du 27 octobre 1746. Il fut ordonné par cet arrêt, que les amidonniers, dont les eaux affluent dans ce faux ru, feraient employés à l’avenir chacun pour 7 livres » & que le montant de cette contribution, ainfi que les 27 livres desautres intéref-fés , feraient dépofés pour être- employés fur les ordonnances du- grande maître , au rétablifsement de ce pavé, & autres ouvrages nécessaires à l’entretien du faux ru. ’ ;
- 147. Les adminiftrateurs de l’hôpital-générai,. pour concourir à la falu-brité de Pair , firent nettoyer,, de leur -propre mouvement , le canal 'de l’égout de Scipion traversant la tannerie de Lorme, rue Fer-à-Moulin , revêtir les côtés en murs de moellon , paver le fond à chaux & à ciment, & donner la pente nécefsaire au prompt écoulement des eaux. Il eft à fouhaiter que l’on continue de veiller à ces fortes de réparations, dont la nécefflté revient de tems en tems. >* .
- 156. Par-arrêt du confeil du 5 décembre174* > il eft ordonné que les rôles décernés exécutoires par le grand-maître, concernant ladite riviere, < feront exécutés par provifion , fauf l’appel au confeil; auquel appel néanmoins les parties ne feront reçues qu’en juftifiant de la quittance du paiement par elles fait des fortunes pour lefquelles elles auraient été employées auxdits rôles. Il eft ordonné de même que tout ce qui fera fait & ordonné par le grand-maître, en exécution dudit arrêt, fera exécuté par provifion, fauf l’appel au confeil. ; »
- 1.7,7» Par un autre arrêt du confeil du 28 janvier 1749 , il eft dit que tout
- p.237 - vue 239/631
-
-
-
- ART DU MEGISSIE R.
- m
- ce qui fera fait par le grand-maître ou par les officiers de la maitrife en exécution de l’arrêt du confeil du 2,6 février 173a, fera exécuté par provifion, fauf l’appel au confeil.
- 158* C’est en conféquence de cette maxime, que le grand-maître ayant ftatué en 1754 fur le fait des blanchifseufes qui couvraient la riviere des Gobelins, fon ordonnance fut confirmée par un arrêt du confeil. Nous allons rappeller les caufes & le difpolitif de cette ordonnance.
- 159. L’article 30 de l’arrêt du confeil du 26 février 1732, défendait aux blanchifseufes de leffive de continuer leurs blanchifsages dans le lit de la riviere des Gobelins, au-defsus de la manufacture des Gobelins , & dans le Clos-Païen. Il y avait alors vingt blanchifseufes, qui firent des repréfen-tâtions , & qui y furent tolérées i mais le nombre continua de s’accroître, & en 1754 il y en avoit plus de deux cents. Les fyndics, dans cet intervalle, ayant découvert quelques fources & ruifseaux dont ils avoient augmenté les eaux de cette riviere , & efpérant d’y en ajouter encore, nefonge-rent plus à expulfer les blanchifseufes j mais voulant faire contribuer ces bianchifseufesà l’eritretien de la riviere , ils obtinrent le premier mars 17^4 , une ordonnance de M. le grand-maître, qui par provifion, &;jufqu’à ce qu’il en eût été autrement ordonné, continua par tolérance l’établifsement de blanchifsage , tonneaux , lavoirs , fur les berges , le long de la riviere , tant dans les villages que dans les prairies deGentilly, les environs du mouiin de Croule-Barbe & du fauxbourg Saint-Marcel. Il ordonna que tous ces tonneaux de blanchifseufes feraient numérotés par premier & dernier, & les lavoirs délignés > le tout placé fuivant l’alignement, & aux endroits moins nuifibles, par le premier arpenteur de la maitrife de Paris ; &;que chacun des propriétaires ou pofsefseurs defdits tonneaux ou lavoirs ferait tenu de payer dans quinzaine de la date de ladite ordonnance , f livres quand ils feraient fur la pleine riviere, & 3 livres quand ils feraient fur la riviere morte, & continueraient de faire lefdits paiemens dans le courant du mois de mars de chaque année, tant qu’ils occuperaient lefdits tonneaux, ou feraient fup-pofés les occuper, faute de déclaration au greffe de la maitrife, qu’ils feraient tenus de faire avant le premier mars de chaque année ; que les fommes provenantes du recouvrement, fuivant les rôles qui feraient par ledit fieur grand-maître annuellement rendus exécutoires , feraient reçus par Boulanger , huiffier en ladite maitrife, pour être par lui remifes aux fyndics en exercice , & être employées par eux & leurs fuccefseurs en ladite qualité fur les ordonnances du grand-maître, tant aux dépenfes de leur fyndicat, qu’au paiement des'eurages annuels defdites parties de riviere, qui feraient faits fous l’infpedion & à la diligence des fyndics j & à la charge par eux & leurs fuccefseurs d’en compter aux anciens fyndics & au procureur du roi, airîfî
- p.238 - vue 240/631
-
-
-
- ART DU MEGISSI ER.
- 239
- que des autres rôles qui auraient été par ledit fleur grand-maître rendus exécutoires. Cette ordonnance du premier mars 1754 fut confirmée par un arrêt du confeil du 4 mai 17^6.
- 160. Pour avoir plus de facilité dans le recouvrement des différentes contributions dont nous avons parlé jufqu’ici, les fyndics en exercice & les anciens fyndics des intéressés à la confervation des eaux de cette riviere , obtinrent un arrêt du confeil du 18 mai 1756, qui contient les neuf articles fuivans.
- Article I. Que par l’archite&e ou arpenteur qui fera à cet effet commis par le fieur grand-maître, il fera incefsamment procédé au toifé des maifons & héritages fîtuées le long de la riviere de Bievre, dite desGobelins, morte riviere & faux ru, dans l’étendue des fauxbourgs Saint-Marcel & Saint-Vidor à Paris, qui feront numérotées par première & derniere, ert lieu apparent du côté de ladite riviere, aux frais des propriétaires defdites maifons, la quantité de toifes gravée en chiffre au-defsous par numéro.
- II. Qu’emploi fera fait dudit numéro fur le rôle de répartition, fous le nom du propriétaire , locataire ou détenteur de ladite maifon ou héritages; lefquels propriétaire ou locataire aduel, feront tenus , fur les fimples extraits & avertifsemens qui leur feront donnés fans frais, d’acquitter la taxe pour laquelle ils feront employés au rôle dont le recouvrement fe fera, fauf leur recours contre le propriétaire, s’il en eft tenu par le bail ; lequel propriétaire, dans le cas de mutation antérieure de locataire, aura fon recours contre les locataires fortis de fa maifon , fuppofé qu’ils foient tenus de cette charge de riviere , fans que , fous aucun prétexte, le paiement puifse être différé par les détenteurs aduels des maifons.
- III. Que les meuniers qui exploiteront aufîi les moulins , acquitteront pareillement , & fur ledit averdfsement, lefdites taxes, fauf pareil recours en condamnations; & feront tenus les propriétaires defdites maifons, moulins & héritages , de faire repréfenter les quittances du paiement defdites taxes de riviere parles meuniers ou locataires qui en feront tenus par leurs baux,à peine d’en être refponfables en leurs propres & privés noms.
- IV. Qu’en cas de difficulté dudit paiement, lefdits locataires, meûniers ou détenteurs aéluels , qui donneraient lieu à des pourfuites & contraintes, les frais fur lefdits locataires refufant fans aucune répétition defdits frais, retomberont contre les propriétaires defdites maifons, moulins & héritages.
- V. Que les particuliers louant leurs maifons à des blanchifseufes, ayant par tolérance des tonneaux en* riviere pour le lavage , feront tenus , fur pareils avertifsemens, de payer leurs taxes & cotifation fans difficulté, tant qu’il y aura des tonneaux en riviere le long de leurs maifons, fauf leur recours contre les blanchifseufes , comme ils aviferont bon être ; que dans le cas où lefdits propriétaires feraient enlever lefdits tonneaux, & n’entendraient plus
- p.239 - vue 241/631
-
-
-
- fe fervir des eaux de ladite riviere à cet üfage , par eux ou leurs locataires , ils eu feraient déclaration au greffe de la tnaîtrife particulière de Paris, & jufqu’à ce, feront tenus de ladite taxe, & aux frais qu’ils occafionneront en cas de refus.
- VI. Que les articles 24 & 2% de l’arrêt de réglement du 26 février 1732 , feront exécutés félon leur forme & teneur > ce fai fan t , que ceux qui jouiront des pièces d’eaux & canaux formés & alimentés des eaux de ladite riviere, feront employés aux répartitions & cotifations concernant feulement les gages des fergens à garde, à la confervation des eaux de ladite riviere , fuivant la taxe qui en fera alors faite par ledit heur grand-maître.
- VIL Que les extraits defdits rôles & avertifsemens qui fe diftribuent fans frais aux parties employées audits rôles, feront datés , lignés & portés par Thuillier ou celui qui fera prépofé à cet effet: fans que lefdits avertifemens puifsent être afsujettis au timbre ni au contrôle , ni que ledit huillier ou pré* pofé puifse être inquiété ni troublé pour raifon de ce -, & cependant en cas de contraintes , les procédures fubféquentes ne pourront être faites qu’en papier timbré , & que les aétes y fujets feront contrôlés.
- VIII. Que pour arrêter le cours des contraventions qui pourraient fe commettre fur ladite riviere, par entreprife ou défaut de curage annuel , conformément & dans le te ms prefcrit par l’arrêt de réglement du 26 février 1732 , & accélérer l’exercice de la police nécefsaire à la confervation des eaux de ladite riviere, les gardes établis fur icelle aligneront au premier jour d’audience de ladite tnaîtrife par fiinple citation verbale, les contrevenans, dont ils feront mention dans leurs rapports, fur lefquels ferafaic droit fuivant l’exi* gence des cas ; & lorfqu’il y aura appel des condamnations qui feront prononcées contre les contrevenans, feront les parties condamnées, tenues de fe conformer aux difpofïtions des arrêts du confeil des f décembre 1741 & 28 janvier 1749.
- IX. Qu’au moyen de ces facilités, les fyndics qui auront obtenu des rôles
- exécutoires, feront tenus , dans les trois mois de leurs dates , d’en faire le recouvrement , d’en compter par bref état fans frais par-devant le maître particulier de ladite tnaîtrife, en préfence du procureur du roi en icelle , & de trois anciens fyndics ; & de remettre les fommes dont ils fe trouveront dépofitaires, dans le coffre commun defdits intérefsés j & ne pourront lefdites fommes & deniers être employés à d’autres ufnges , que pour l’entretien du faux ru ou autres dépenfes jugées nécefsaires à la confervation defdites eaux, fur les ordonnances dudit fleur grand-maître, à peine de reftitution & remplacement des deniers par ceux qui les auraient tirés, fous quelque prétexte que ce puifse être, d’amende arbitraire, & de telles autres peines qu’il appartiendra, fuivant les circonstances & l’exigence des cas. Et fera le préfent arrêt lu, imprimé , publié, affiché , &c. Fait au confeil d’état du roi, tenu à Verfailles le 18 mai 1756. 161.
- p.240 - vue 242/631
-
-
-
- ART DU MEGISSIE R.
- 241
- 161. En conféquence des arrêts duconfeil des 4 & 18 mai 1756 , par lef-quels le roi avait pourvu à la police générale de la riviere de Bievre , M. le grand-maître rendit fon ordonnance le 8 mars 1757 , portant réglement général au fujet des rôles de répartition & cotifation des fomraes à payer par les intérefsés à la confervation des eaux de cette riviere, & des comptes qui reliaient à rendre par les derniers fyndics. Voici les dix articles que renferme cette ordonnance, dans laquelle il eft dit:
- I. Que par Jean Renard, premier arpenteur de la maîtrife de Paris, que nous commettons à cet effet, il fera incefsamment procédé à la reconnaifsance & toifé de la face & étendue de chacune maifon ou héritage , lîtués le long de ladite riviere de Bievre , dite des Gobelins , morte riviere & faux ru , dans les fauxbourgs Saint»Marcel & Saint-Vi&or à Paris ; lefquelles faces & étendues de maifons & héritages feront numérotées par première & derniere ; lefdits numéros & quantités de toifes que chacune d’icelles occupera le long de ladite riviere, feront gravés fur une pierre qui fera encadrée & fcellée auxdites maifons , en lieux apparens , aux frais defdits intérefsés , dont fera drefsé procès-verbal par ledit Jean Renard , expert par nous nommé, & levé plan figuratif, coté relativement auxdites opérations, & iceux dépofés au greffe de ladite maîtrife des eaux & forêts de Paris.
- II. Qu’il fera pareillement par ledit Renard fait reconnaifsance des berges de ladite riviere, le long defquelles font placés tonneaux à blanchifseufes par tolérance, jufqu’à ce qu’autrement en ait été ordonné, & drefsera procès-verbal des diftances & endroits de leur placement, marquera & numérotera lefdits tonneaux, dont fera drefsé plan figuratif, portant les diftances & numéros, pour être lefdits tonneaux compris auxdits rôles de répartition , conformément à notredite ordonnance du premier mars 1754, confirmée par l’arrêt du confeil du 4 mai 1756.
- III. Que par ledit expert mefurage & toifé fera fait des fuperficies des pièces d’eaux plates alimentées des eaux de ladite riviere, fituées le long d’icelle , pour fur le plan figuratif & procès-verbal qui en feront rapportés , & fuivant l’évaluation qui en fera par nous faite , être lefdites pièces d’eau impofées , à caufe de la jouifsance aduelle , à contribuer au paiement des gages defdits deux gardes , ainfi qu’il eft porté par l’article VI dudit arrêt du confeil du 18 mai 1756, fans toutefois & par laps de tems que ladite jouifsance & taxe puifse déroger ni préjudicier à l’exécution des articles XXIV & XXV du réglement du 26 février 1732.
- ‘ IV. Qu’il fera aufli procédé par ledit expert à la reconnaifsance & toifé des cours d’eau afftuans à ladite riviere , provenans des fontaines de Vauhallan , l’Abbaye-aux-Bois , Villouvette , Wuifsous , fontaine des Moulins, autres fources & ruifseaux qui pourraient s’y communiquer 3 fera, ledit toifé fait en Time 111. H h
- p.241 - vue 243/631
-
-
-
- ART DU M E G I S S I E JR.
- 242
- iuivant le coucs des eaux, drefsé procès-verbal des quantités de toifes de cours de chacun defdits ruifseaux , ainfi que de la reconnaifsance des fources , rigoles , qui fe pourraient aifément joindre à la riviere , ou auxdits ruifseaux, avec eftimation de la fomme à laquelle pourraient monter ces petits curages , ainfi que le curage de la fontaine Bouvière , & étang Duval, dans Je grand parc de Verfailles; pour, ledit procès-verbal rapporté , être fur icelui par nous ordonné & ftatué ce qu’il appartiendra.
- X. Que dans un mois pour tout délai, les anciens fyndics des intérefsés à ladite riviere, en exercice depuis le premier juillet 1748 , jufqu’au premier juillet J, chacun en droit foi , feront tenus de remettre ès mains, & corn, muniquer au procureur du roi des états d’eux certifiés véritables , juftifiés par quittances & autres pièces, des fommes par eux payées à l’acquit defdits intérefsés.pendant l’exercice de leur fyndicat i pour lefdits états , quittances -& pièces juftificatives defdites dépenfes à nous repréfentés , être , fur les con-clufions du procureur du roi, fait tel réglement qu’il appartiendra, & pourvu au paiement & rembuurfement des fommes qui fe trouveront dues auxdits anciens fyndics.
- VI. Que faute par lefdits anciens fyndics, chacun en droit foi, de fournil? & rapporter lefdits états & pièces juftificatives de ladite dépenfe par eux faite, dans ledit délai d’un mois , fans efpérance d’aucun nouveau délai j & icelui pafsé, ceux defdits fyndics en retard de fatisfaire à notre préfente ordonnance, feront déchus de toutes prétentions & répétitions, de toutes ou d’aucunes des fommes qui n’auraient été comprifes auxdits états & pièces juftificatives de ladite dépenfe de leur fyndicat, & lefdits intérefsés d’autant quittes & déchargés envers les fyndics, en vertu des préfentes, & fans qu’il en foit befoin d’autres.
- VII. A l’égard des rôles par nous décernés exécutoires , & accordés auxdits
- jfieurs de Julienne , Huguet & Guay , pour l’exercice de leur fyndicat, depuis le premier juillet 1746, jufqu’au premier juillet 1743 , dont le recouvrement n’a pu être parachevé ; ordonnons que dans trois mois, à compter du jour de la lignification des préfentes , ledit Huguet chargé defdits rôles, fera tenu d’en faire le recouvrement & toutes diligences pour y parvenir ; & que faute d’y fatisfaire daps ledit délai de trois mois , .& icelui pafsé , en vertu des pré-fentes, ledit Huguet & autres fyndics fufnommés feront & demeureront déchus de leurs prétentions , & de toute répétition des fommes par eux payées 8c avancées pour l’exercice de leur fyndicat efdites deux années ; & lefdits intérefsés ,chacun en droit foi, demeureront quittes & déchargés des fommes de cotifation employées fous leurs noms efdits rô!es de répartition. ,
- VIII. Que ledit recouvrement fera fait conformément aux articles II, IV & VII dudit arrêt du 18 mai 175 6* e» conféquence, fur les fimples extraits
- p.242 - vue 244/631
-
-
-
- 43
- A R T B U M E. G I S 5 I E R.
- defdits-rôles qui feront donnés.fans frais,auxdits contribuables, les détenteurs actuels, propriétaires ou locataires des maifons , moulins ou:héritages employés auxdits rôles , feront tenus chacun en droit foi, d’acquitter la taxe pour laquelle ils fe trouveront cotifés auxdits rôles exécutoires ;,fau£ tous recours refpe&ifs entre lefdits propriétaires & locataires, en conféquence des baux ou conventions particulières entre lefdites parties, fans que , fous aucun prétexte, le paiement des fommes portées auxdits rôles puiffe être différé par les détenteurs aduels ; lequel recouvrement-fera, fait par Nicolas*: Jean Boulanger, huiflier auffiencier en îa-imaîtrife. de Paris , que nous com^ mettons à cet effet, lequel en remettra le produit & les deniers audit, fieur Huguet, fyndic comptable, dont il retirera décharge fuffifante.
- IX. Que dans le cas de refus de paiement par lefdits détenteurs aétuels def-dites maifons , moulins ou héritages , qui donnerait lieu à des pourfuites & contraintes, les frais retomberont fur lefdits- détenteurs aduels, fans aucune répétition contre les proprietaires dés maifons, moulins ou héritages.
- X. Ordonnons qu’après'ledit;déla'i de trois.mois>, accordé par ces préfentes pour paracheverjer recouvrement, defdits, rôles, &;daiis,le délai du:mois fuL-vant, ledit Huguet,jfyndiccomptable,, fera:tenu do rendre le compte de recette & dépenfe defdits rôles} & faute par lui d’y fa ti s fa ire dans ledit délai d’ûn mois, &icelui paffé, ledit Huguet fera,réputé reliquataire des fommes portées aux états de dépenfe par nous arrêtés, & comme tel contraint par toutes voies dues & raifonnables, de payer & acquitter de fes deniers, en fon propre & privé nom , les fommes deftinées aux entretiens publics, même de .payer aux y dénommés les fommes employées auxdits,états.de.dépenfe., dontjle paiement eft afligné fur,b produit defdits rôles, ainfi que la fomme entière yportée, à la charge d’en compter pour fuppléer aux non-valeurs, frais , rnife d’exécu* tion defdits rôles exécutoires. Ordonnons en outre que notre préfente ordon* nance fera figiliBée à tous qu’il appartiendra, imprimée, lue, publiée, affichée où befoin fera , & exécutée nonobstant oppofitions ou autres empèchemèns quelconques, fauf & fans préjudice dé l’appel au confeii.
- -, Ce fut fait & donné par nous , grand-maître & commiffaire fufdit, à:Baris en notre hôtel, le huit mars mil fept cent cinquante-fept. Signé, MAUPQINT.
- 162, Indépendamment des inconvéniens que nous avons détaillés ci* devant, & dont les mégiffiers ont fouvent eu à-fe plaindre , il en eft encore qui mériteraient bien l’attention des magiftrats. L’égout qui vient de la rue Mouffetard & des rues, adjacentes, falit beaucoup & fouvent infecte la rivière ; ceux qui font chargés de les nettoyer, ont coutume d’en faire paffer les boues dans la riviere, au lieu de les enlever, ce qui nuit beaucoup aux mégif* fiers. Les peaux d’agneaux, qui ne peuvent slhabil 1er qu’en été, font fur-tout
- iHh ij
- p.243 - vue 245/631
-
-
-
- 244
- ART D U M E G I S S I E R.
- expofées à cet inconvénient, qui caufe quelquefois aux mégiffiers des pertes confidérables ; car non-feulement on manque d’eau, mais le peu qu’on en a eft altéré par les immondices.
- Les amidonniers empoifonnent aufli la riviere avec les eaux de leur amidon , & les ordures de leurs porcs : cela fuffit même en été pour faire gâter les confits.
- Les gens qui achètent la bourre des tanneurs , & qui la font fermenter pour l’attendrir, caufent enfuite, en la remuant, une infedion qui fait tourner les confits des mégifliers : inconvénient auquel il ferait aufli important que facile de remédier.
- -C--L.CTJ^. ,...-, j.—^ y »
- EXPLICATION DELA PLAN C HE (28)
- D U MEGISSIE R.
- Haut de la planche , ou vignette.
- A, creux à chaux, ou plein j car leur forme eft à peu près la même.
- B, ancheau dans lequel trempe le gipon qui fert à enchauffener.
- C, adion de celui qui pele ou qui travaille de riviere. *
- D, plein dans lequel on etend les peaux. '
- E, fourneau où l’on met la chaudière.
- E, cuve à confire où fe Mettent lés peaux avec du fon [f37]. ' ; '
- G, paffoire, cuveàpafler. ’
- H, adion de l’ouvrier qui ouvre ou redreffe fur le peffon.
- I, barre du pelfon , fur lequel on range les peaux après les avoir ouvertes.
- K, adion de celui qui unit les peaux avec des forces.
- L, adion de celui qui pele.
- M, fellc ou barre qu’on met à côté du chevalet pour recevoir la laine.
- Bas de la planche.
- A, creux à chaux, ou enchauflumoir; les pleins n’en different pas fenfible-ment.
- B, treteau ou barre ,fur lequel on fait égoutter les peaux.
- C, guipon pour enchauffener , ou mettre en chaux.
- D, forces, ou cifeaux à refTort, pour unir la peau , & ôter le bâtard.
- ( 28 ) J’ai retranché comme abfolument de particulier à l’art du mégiiïïer, ni de dif-inutiles, des figures dç cuves & de clnau- ficile à concevoir. J’ai fcrupuleufement con-dieres qui fe voient déjà dans le haut de la fervé tout ce qui était propre à l’art, juf-planche, une brouette , des pelles , un bâ- qu’au tablier du mégiffier, où l’on obferve ton, une grande balance ; tout cela n’a rieR une légère différence.
- p.244 - vue 246/631
-
-
-
- ART DU M E G ISS IE R.
- 24Ï
- E, felie pour mettre les hautes-fines afin déménager la laine { elle fertaufjî pour étendre les peaux délicates.
- F, coupe-queue.
- G, tête de la peau.
- HH , les gorges de la peau. ,»
- K K, les ventres. ^ Noms desdifferentes parties d’une peau paftep
- LL, les pattes de derrière. } en mégie.
- M, la culée delà peau. J
- N, peloir pour ôter la laine.
- O, crochet pour le tirage de la mere-laine.
- P, pierre à aiguifer , dont on fe fert pour épierrer, nettoyer, adoucir la fleur d’une peau , ôter la rouille des couteaux, &c.
- Q, ,ferrond,à talon , dont le dedans même ne coupe pas , mais fert à nettoyer & faire fortir la chaux.
- R, fera écharnerj la partie fupérieure ou convexe eftplus tranchante que la partie inférieure [ 28 ].
- S , autre couteau qui peut fervir aufli à travailler de riviere.
- T, alluré ou tablier pour peler [ 17].
- V, manne ou panier pour laver la mere-laine.
- X , croc ou crochet de fer qui fert à culbuter les cuirets dans le plein.
- Y, bouloir pour remuer les peaux dans le plein.
- Z , tenailles pour tirer les cuirs du plein.
- ,-- •- . ---- — .----JJ-, ,»•
- EXT LICATI ON de quelques termes propres à Part du mégijjier.
- A
- jT^lBATTRE (29). On dit que les peaux s’abattent, quand étant bien pénétrées d’eau , elles tombent au fond.
- Allure ( 30 ) , forte de tablierpour polir.
- Alutarius , mégiftier.
- Ancheau ( 31 ) , vafe où il y a de la chaux détrempée, dans laquelle on trempe le guipon pour étendre de la chaux fur les peaux. Voyez la vignette en B.
- (29) En allemand , angreifen.
- (30) JVeifigerber - SchurzfeU.
- (31) jSc/iivchlefaJ?.
- B
- Bassement (]i), eau d’orge aigrie. Voyez Y art du chamoifeur.
- Batard eft la derniere qualité de laine qu’on enleve avec des forces aux endroits les plus fales, c’eft la plus mauvaife laine.
- Batte (55), c’eft un bâton qui fert à nettoyer la laine.
- Bege (34) > tes mégiffiers nomment ainfi la laine des bêtes roufles, je crois par corruption de bai:
- _ ( 32 ) En allemand, Beitze.
- (33) Klopfer.
- ( 34 ) Brame Woüe.
- p.245 - vue 247/631
-
-
-
- 24^
- ART DU MEGISSIER.
- Bouloir (3f) j un morceau de bois attaché au bout d’un long manche qui fert à remuer les peaux.
- C
- Canepin (g<5) ou cuir de poule, peau extrêmement mince, où il ne relie que la fleur.
- Chair de poule , Te dit quand les peaux fe grenent à leur furface , & que la peau fe durcit.
- Chaudière ( 37 ). Voyez Vexplication des figures , E.
- Chevalet ( 38 ) efb une grofle piece de bois arrondie par-deffus, qui fert pour écharner. Voyez Yexplication des figures , G.
- CLAiRVOisÉE,une peau eft dite clair-voilée , quand elle eft fort mince & d’un tiifu lâche. Voyez chamoifeur.
- Confit (39), mélange d’eau & de fon. Voyez chamoifeur.
- Corné (40) : une peau eft cornée , quand elle elt endurcie. Voyez chamoifeur.
- Couche: pour faire une couche, 011 met les peaux pliées en deux l’une fur l’autre & chair fur chair.
- Coupe-queue, efpece de couteau qui porte un crochet au bout de fon manche ( 41 ).
- Couteau a écharner (42 ), il eft fait comme uneplane(43 ).
- Couteau a dos (44), qui ne coupe qu’à la partie concave ; il fert à ravaler les peaux au fortir du confit.
- ( 3 O En allemand, Rührholz.’'.
- ( 3 0 ) Wtifigahrcs dànifches Leder.
- 0 7) KeJJel.
- (38) Schabebaum, Schabcbock.
- (39) Beitze.
- ( 40 ) Schwartig , hornig.
- ( 41 ) Voyez le bas de la planche, fig. F.
- ( 42 ) Fleifcheifm.
- Court , eft la laine qui fe tire pendant la durée du printems peu après que les moutons ont été tondus. Creuse (4f une peau eft dite creufe quand fon tiifu eft lâche. Voyez chamoifeur.
- Creux à chaux. Voyez A, vignette delà plancheI.
- Croc ou Crochet (46) de fer qui a un long manche, il fert à retourner les peaux dans le plein.
- Cuirets (47), ce font les peaux pelées.
- Cuve , grand vaiffeau de bois, dans lequel on lait plusieurs opérations , & particuliérement le confit.
- Cuve a passer. Voyez Paffoire.
- D
- Dégraisser,"c’eft enlever la grai/Te, ce qu’on fait pour la plus grande partie en écharnant.
- E
- Echarner (48) , c’eft ôter la chair & la graiife qui reftent attachées à la peau.
- Effleurer (49), enlever la fleur de la peau : c’eft un grand défaut en mé-gifferie.
- EMBRENERles peaux, c’eftlesirot-ter fortement dans le fon du confit.
- Enchaussener (yo), mettre dans la chaux.
- Enchaussumoirou Enchaux, vafe dans lequel on met les peaux en chaux.
- ( 43 ) Voyez bas de la planche R.
- ( 44 ) En allemand, Strcichdfcn.
- (40 Poüig.
- (46) Haken.
- ( 47 ) Abgehaarte Fdle.
- ( 48 ) Ausfleifdien.
- ( 49 ) Abnarben.
- (50) Anfchwoden.
- p.246 - vue 248/631
-
-
-
- ART DU MEGISSIER.
- Enfonçoir à tète.» efpece de pilon qui fert à fouler les peaux.
- Etendoir , couvert pour étendre les peaux.
- Etoffe (y i ), aller à l’étoffe, c’eft mettre les peaux dans une diifolution de lel marin & d’alun.
- Fer a écharner (f2 ), forte de plane qui eft tranchante par la partie convexe & la partie concave ( f 3 ).
- Fer rond a talon (j-4), efpece de plane qui ne coupe point, & qui fert à faire fortir la chaux des peaux ( ff ).
- Fleur (f6), le côté delà peau qu’on nomme la fleur, eft celui des poils} l’autre s’appelle le coté de la chair.
- Forces (f7), cifeaux à relfortpour couper la laine qu'on appelle bâtarde (f8).
- Fouler (5*9) : c’eft, pour ainfi dire, pétrir la peau ou avec les pieds ou avec un pilon , pour la rendre plus fouple ; c’eft la corroyer.
- G
- Gâche coudée (So) , forte de truelle qui a un long manche qui fert à remuer la chaux.
- Gâche droite (61),efpece de beche qui fert aufti à remuer la chaux.
- Glissade, en appelle donner une gifla de (62), promener le couteau à écharner du côté de la fleur de la peau.
- Grappes, on appelle ainfi la laine
- ( ç 1 ) En allem. Gahrbrühe,Alaunbrühe. ( Ç2 ) Fleifeheifen.
- ( ç 3 ) Voyez le bas de la planche , fig.R. ( ç4 ) Streicheifen.
- ( 5 <; ) Voyez le bas de la planche, fig. Q. ( ç6 ) Die Narbe. ( $7 ) Schaffcheere. ( ç8 ) Voy le bas de la planche, fig. D. (59) Walken.
- ( 60 ) Eine krumme Kalkfchaufd.
- 247
- qu’on détache par flocons pour féparer les différentes fortes.
- Guipon (63), morceau de linge attaché au bout d’un bâton qui fert à mettre les peaux en chaux ( 64).
- H
- Haute-fine eft la laine qui fe tire comme la poignée , mais fur des moutons qui ont la laine plus grofle.
- L
- Laine (6y ) , meredaine (66) eft celle qu’on a tondue lui l’animal, & qui n’a point touché à la chaux.
- M
- Madrague. Voyez Gâche coudée.
- Mégie.
- Mégissier.
- Moyen ( 67 ) , on appelle ainfi une laine longue & grofliere quife prend fur les feffes de l’animal.
- N
- Nerveuse, on appelle ainfi les peaux qui font dures.
- O
- Ouvrir (62), c’eft étirer les peaux fur un fer, & les étendre pour augmenter leur foupleffe.
- P
- Passer au lait (69)enduire la fu-perficie des peaux d’une efpece de peinture faite avec le blanc de Paris & l’ami, don.
- ( 61 ) En allem. Gerade Kalkfchaufd.
- ( 62 ) Einenfcharfen NarbenJHch thun.
- (60 Schioüdewedel.
- (64) Voy. le bas de la planche, fig. C.
- (60 Wotte.
- (66) Schur-TVoUe.
- (67) MitteU Wolle.
- (68) Ausbrechcn.
- ( 69 ) Dur ch die Mildi zi c tien.
- p.247 - vue 249/631
-
-
-
- 248
- ART DÜ MEGISSIER.
- Passoire ou cuve à palfer (70).Voy. la vignette , G.
- Pâte (71), la pâte des mégiffiers eft un compofé d’aiun, delel, de farine, d’œufs & d’huile.
- Peloir ( 72 ), inftrument qui fert à détacher la laine (7g ).
- Pelure , grolfe pelure ( 74), eft la laine qui fe tire de la queue des moutons.
- Pelure, fine pelure ( 7f), eft une laine fine qui s’arrache de dellus la peau par morceaux.
- Penderie , perche pour étendre les peaux.
- Pesson (76) , s’appelle auüilefer : c’eft une plaque de fer, fur le tranchant de laquelle on palfe les peaux ( 77 ).
- Plamer les peaux ( 78 ) , c’eft les lailfer dans le plein.
- Plein ( 79 ) , on difait autrefoispe-lain, eft un cuveau dans lequel on met les peaux avec de l’eau de chaux : plein-neuf eft celui où l’on met les peaux pour la première fois ; plein-mort eft celui qui a déjà fervi, & qui a perdu de là force.
- Plis ou Pelis (80) , eft la laine que les mégilïiers pelent après que les peaux ont été en chaux.
- Poignée (81) eft la laine d’une toi-
- (70) En allemand , das Gahrfaf.
- (71) Der Teig.
- (72) RanfhoLz.
- ( 7 j ) Voy. le bas de la planche, fig. N.
- • ( 74. ) Grobe Rauf. JVolle.
- ( 7S ) Peine Rauf - JVolle.
- (7 6) Stollpfahl.
- ( 77 ) Voyez la vignette H.
- ( 78 ) Pie Feilc àfehern.
- (79) Kalkàfcher.
- ( go ) Rauf ÏVoüe. (81) Pcls-TVoUe.
- fon ou d’un avalis qui s’enleve à la fois & prelque tout d’une piece de deflus la peau.
- R
- Ravaler ( 82), c’eft palier les peaux fur un fer rond.
- Redresser ( 85 ) , c’eft mettre la peau fur fon long le plus qu’il eft pof-lible avec le pelfon.
- Repeler (84) , c’eft ôter la bourre. Rivjere, travail de riviere (8f), fe fait en lavant les peaux à grande eau.
- T
- Tenailles (8d), elles fervent à retirer les peaux du plein ( 87 )• Tinette ou cuvette, vaf’e dans lequel on prépare & on mêle les fels qu’on nomme étoffe.
- Toison , on appelle une toifon, quand on leve toute la laine qui eft fur un animal.
- Tondre ( 88 ) j couper la laine avec des forces.
- V
- Verd de plein ( 89 ) , eft un défaut que les peaux contractent pour avoir refté trop long-têtus dans le plein.
- Vuider la chaux (90;, c’eft la faire fortir des peaux en foulant.
- ( 82 ) En allemand , Reinejlrcichen.
- (8? ) Richten. Toute efpece de travail qui fe fait fur le pelfon, eft appellée par les Allemans, richten.
- ( 84 ) Reinehaaren.
- ( 85 ) Das Lâutern.
- (8 6) Zangen.
- ( 87 ) Voy. le bas de la planche, fig. Z.
- ( 88 ) Scheeren.
- (89) Æfcher - roh.
- ( 90 ) Den Katk ausleeren.
- Fin de l'Art du Mégijjier.
- p.248 - vue 250/631
-
-
-
- ART
- DU CO R R RO Y EU R
- Par M. de la Lande*
- p.249 - vue 251/631
-
-
-
- p.250 - vue 252/631
-
-
-
- *
- ^T
- S\ '
- 4»
- »7re^fevvr«'1 11 ~r
- ART
- DU CORROYEUR.
- t—----*---^Xi=TL=^^.==».
- Corroyer un cuir, c’eft lui donner de la force , delà fouplefse, del’écla», & d’autres qualités relatives à l’ufage qu’on en veut faire. Lorfque le tanneur a donné au cuir la confiftance & la dureté qui lui étaient nécessaires, il faut encore plufieurs opérations pour le rendre propre aux différens ufages de la vie: c’eft le corroyeur qui les fait *. Dans les provinces , tous les tanneurs fontauffi corroyeurs ( i ). A Paris , ce font deux communautés différentes ; mais il y a toujours entre ces deux arts une afsez grande affinité. C’eft ce qui m’a obligé à publier celui-ci à la fuite de l’art du tanneur ( 2 ).
- 1. Il y a quelques efpeces de cuirs qui tirent leur dénomination , leur caractère & leur ufage du travail de la corroierie , tel que le cuir de Ruffie -, de forte que c’eft en décrivant l’art du corroyeur que nous nous fommes propofé d’en parler. Nous placerons suffi les veaux d’alun , pour l’ufage des relieurs , à la fuite des ouvrages du corroyeur , parce que nous n’avons pu en connaître exactement la préparation qu’après Pimpreiiion de l’art du tanneur , auquel on aurait pu rapporter naturellement les veaux d’alun. ( 3 ).
- 2. Le nom de corroyeur vient naturellement du mot latin coriarius, ouvrier
- * Je n’ai rien trouvé dans nos manuferits fur l’art du corroyeur, excepté une planche qu’on trouvera ci-après : j’ai été principalement aidé dans ma defeription , par M. Blanchard, l’un des jurés de fa communauté , & l’un des plus intelligens de fon art. M.jBarrois, directeur & intérefle de la manufacture royale de Saint - Hippolyte au fauxbourg Saint-Marceau} a bien voulu
- Tome III\
- revoir auffi le manuferit, & me procurer les éclairciffemens dont j’ai eu befoin.
- ( 1 ) 11 en eft de même en SuilTe & en Allemagne.
- ( 2 ) Voyez Y art du tanneur.
- ( 3 ) Puifque le corroyeur & le tanneur ne font pas proprement deux arts différons> j’ai penfé qu’il ne valait pas la peine de tranfpofer l’article des cuirs de Ruflîe.
- ïi ij
- p.251 - vue 253/631
-
-
-
- ajs* ART DU CORROYËÜ R,
- en cuir; & quoique cette étymologie foit fort générale , la lignification du mot eft déterminée par l’ufage , & s’applique feulement à ceux qui travaillent le cuir déjà tanné, qui le mettent en huile * en fuif , en couleur, qui lui donnent du luftre, de la fouplefse & un beau grain. 'Quelques perfonnes ont aufti cru que le mot de corroyer venait de corrugare , rider, parce que le corroyeur donne des rides & du grain à fon cuir.
- Comme le travail du corroyeur exige que l’on pétrifse & que l’on remanie très-fouvent les peaux, l’ufage du mot corroyer s’eft étendu à beaucoup d’autres objets , tels que le fer & l’acier qu’on travaille à la forge , le bois que prépare un menuifier, le mortier que l’on fait en mêlant de la chaux & du fable , la glaife qu’on pétrit pour garnir les bailins de fontaines & les ouvertures des, éclufcs j tout cela s’appelle , quoique improprement, corroyer.
- 3. Le corroyeur reçoit les cuirs du tanneur, & il les livre enfuite aux ouvriers qui s’en fervent, tels que les cordonniers, felliers- carrofîiers , bourreliers , coffretiers , gainiers , relieurs ; tous ont befoin du corroyeur ; il leur faut des cuirs plus ou moins forts, plus ou moins apprêtés, 8c ces différent apprêts conftituent l’art que nous avons à décrire.
- Les corroyeurs travaillent des peaux de bœufs , vaches , veaux , moutons , & chevres , & quelquefois ils donnent à celles-ci le nom de maroquins j mais on peut voir ce qui concerne le maroquin dans la defcription particulière que nous èn avons donnée. A l’égard des cuirs de cheval & de mulet, ils fervent principalement aux hongroyeurs , qui les mettent en alun & en fuif pour former ce qu’on appelle le cuir' d'Allemagne , dont le travail a été décrit leparémentavecle cuir de Hongrie (4). Les corroyeurs travaillent auffi des cuirs de chevaux ; mais cela eftafsez rare.
- 4. J’ai oui dire qu’en certains endroits on travaille même les cuirs forts à là maniéré des corroyeurs, avec la pomelle & l’étire, lorfqu’ils font encore mouillés: cela les raffermit & les rend plus beaux* mais ce travail eft extrême-ftVetft pénible. Il me femble qu’on peut produire le même effet en battant bien les cuirs forts.. Voyez Vart du tanneur , art. 107. Quelques corroyeurs mettent âù'fli des cuirs forts en fuif , & cela les empêche de prendre l’eau * mais la plupart des corroyeurs ne travaillent point le cuir fort, ils n’exercent leur art que fur les vaches , veaux ,. mouto'ns & chevres.
- • 5. Les corroyeurs appellent vaches en général les peaux devaehes ou celles de petits bœufs qui ne font pas propres à faire du cuir fort; mais ils les diftin-guent en vaches mâles & vaches femelles. Les femelles font plus eftimées que les. mâles ,• car elles font plb's fermes & plus ferrées que les jeunes bœufs. En général , dans les peaux apprêtées à œuvre, celles de vaches réuffifsent mieux que celles de bœufs ; au lieu que dans le cuir fort, la peau de bœuf eft la première 5.
- ( 4 ) L’art du hongroyeur fait auffi partie de ce Me volume».
- p.252 - vue 254/631
-
-
-
- ART DU CORROYE U R.
- 253
- le nom àecuir refte confacré pour les bœufs : ainfi l’on diftingue le cuir étiré de la vache étirée, quoique le travail foit abfolument le même > fuivant qu’on y a employé un cuir de bœuf ou de vache.
- 6. Le travail des bœufs ou des vaches chez les corroyeurs eft de plu (leurs fortes différentes. On y diftingue les cuirs étirés [ 30 les vaches en huile , les cuirs en fuif, les cuirs lifsés , les cuirs en cire , les cuirs façon d?Angleterre, & les cuirs de Rujjie [i2f]. Nous parlerons d’abord des opérations'générales du cor-royeur, & nous pafserons enfuite au détail des différentes fortes de cuirs qu’i.L ont coutume de façonner à Paris.
- 7. On appelle vaches en croûte celles qui fortent de la tannerie pour venir-recevoir chez le corroyeur leurs différens apprêts -, dans les vaches en croûte» on commence par échantillonner les peaux , c’eft-à-dire 5 couper les queues, les châteigijes ou le front, les brognes ou mamelles. Ces parties font dures & racornies ; elles ne ferviraient qu’à fatiguer le couteau & lui gâter le fil, fans, pouvoir être utiles dans l’ufage qu’on fait de la peau ; d’ailleurs elles abforbe-raientdu fuif en pure perte. On coupe des onglets vers les pattes de derrière: aux endroits qui goderaient, c’eft-à-dire , qui feraient de faux plis. Les rognures & les onglets ne font pas inutiles 5 les cordonniers s’en fervent pour faire des chiquets , ou épaifseurs de talons, des patons ou doublures aux pointes des fouliers, & des cambrures pour relever ou cambrer une forme qui n’a pas afsez de hauteur..
- Défoncer les cuirs.
- 8. Le premier travail commun aux différentes préparations du corroyeur, eft de ramollir les cuirs avec de l’eau , & de les défoncer avec le talon ou avec la bigorne, comme nous le dirons bientôt. Il faut en excepter les cuirs étirés, qui ne fe foulent point.
- Comme le corroyeur reçoit du tanneur une peau dure & feche , il commence à la mettre en humeur, en trempant un balai dans de l’eau nette pour arrofer la peau,. & lui donner autant d’eau qu’elle en a befoin. On doit diftin-guer dans ce travail les peaux fermes & les peaux creufes; celles-ci fe mouillent moins que les premières : on doit aufli mouiller de préférence les endroits les plus fecs. Après avoir mouillé une peau, l’ouvrier la foule aux pieds juf-qu’à ce qu’il juge que l’eau a par tout également pénétré, & que la peau eft affez maniable pour être travaillée. On foule donc& on pétrit la peau, en la mettant à terre, ou fur une claie, fî l’on veut la travailler avec beaucoup de propreté & de foin.
- 9. Le travail de la claie eft repréfenté en A, planche I, où l’on voit un ouvrier appuyé des mains fur une table : il doit avoir à côté de lui un feau où h y ait de l’eau, & un balai pour humecter les peaux.
- p.253 - vue 255/631
-
-
-
- 2T4
- ART DU CORROTEU R.
- La claie eft repréfentée féparément en T, au bas de la planche ; elle eft com-pofée de fix pièces de bois , équarries, de trois pouces environ d’équarriffage : les plus longues ont cinq pieds; les traverfes en ont trois: elles font affern-•blées à tenons & à raortaifes fur les deux grandes pièces , quarrément & à dif. tances égales. Les quat.re traverfes font entrelacées de groffes verges de bois fouple, qui couvrent tout le chailis : cet entrelas des verges eft fort groflier & à claires-voies ; d’ailleurs cette claie refsemble à celles dont les maçons fe fervent pour paffer le fable.
- 10. Le cuir étant jeté fur cette claie, on le fait plier & replier en tout fens fous les pieds , & à coups de talons, pendant un quart-d’heure , ou plus long-tems; on le foule jufqu’à ce qu’il foitaffez ramolli : le pied gauche le tient af-fujetti pendant que le talon droit le chaife en arriéré avec force. C’eft le premier travail des apprentifs, parce qu’on ne court aucun rifque d’ignorance dans ce travail.
- L’ouvrier a , pour défoncer ou fouler les peaux, degrosfouliers qu’on appelle efearpins de boutique, faits avec trois femelles du meilleur cuir, & des renforts autour de l’empeigne.
- 11. La bigorne fert aufti quelquefois à foulager les pieds : on la voit en I, planche 1, 6c en K , planche IL C’eft une maffe de bois de cinq pouces d’équar-riftàge & de quatre pouces -& demi de hauteur. Elle a quatre petits pieds de 18 lignes de long, dont on frappe le cuir, & un manche de deux pieds & demi. On bigorne toujours les vaches qu’on veut mettre en noir, fur-tout quand les peaux font bien dures ; il y a des boutiques où l’on ne bigorne pas. Il eft à craindre que l’ouvrier fe fiant à la bigorne, ne néglige de fouler avec les pieds , & que la peau ne foit mal défoncée- On voit en C, dans h planche II, l’adion de celui qui bigorne.
- 12. Les peaux défoncées fe travaillent fur le chevalet de différentes maniérés, fuivant l’ufage qu’on en veut faire, & avec différentes efpeces de couteaux. Il y a, chez les corroyeurs, trois fortes de couteaux, le butoir fourd, le butoir tranchant, le couteau à revers, & la lunette , dont nous parlerons plus bas.
- Le butoir fourd eft un couteau à deux manches, droit, large de trois doigts , & qui ne coupe point; il fert à buter, c’eft-à-dire, nettoyer les endroits faibles,, d’une peau, que le butoir tranchant & le couteau à revers pourraient trop affaiblir : il n’enleve que les boutures , c’eft-à-dire , des parties filamenteufes, & chargées de tan, qui ne tiennent que légèrement à la peau. Ce font les vieux couteaux, dont on fe fert pour faire des boutoirs fourds
- Le butoir tranchant fert à écharner les peaux que l’on veut rendre propres, fans ôter beaucoup de chair ; les écharnures qu’il enleve, font beaucoup plus minces que les drayures qu’enleve le couteau à revers, & dont nous allons parler. Ce couteau tranchant eft ordinairement fuit d’une lame de vieux fabre , &
- p.254 - vue 256/631
-
-
-
- ART BU CORROTEU R.
- 25?
- ne coûte que trois livres , quelquefois même 24 fols : il eft repréfenté en D planche I.
- 13. Le couteau à revers, repréfenté en E, eft plus large ; fa lame a quinze ou feize pouces de long fur cinq à ilx pouces de large. Il a le fil extrêmement rabattu i on le promene fur la peau, la lame droite ou perpendiculaire à la peau, le fil en en-bas ; enforte que le filleul enleve les drayures, qui font des lames ou couches légères de la peau, jufqu’à ce qu’elle foit par-tout égale au collet. On ôte quelquefois jufqu’à deux ou trois lames, quand on veutbaiffer la peau, c’eft-à-dire, la rendre fort mince, pour l’ufage des felliers.
- Le couteau à revers a une de fes poignées placée en croix ou perpendiculairement à la lame, pour pouvoir plus facilement le conduire droit fur la peau. C’eft avec un fufil d’acier , tel qu’on le voit marqué d’un aftérifque * au def-fous des couteaux , que l’on rabat le fil du couteau à revers, l’un en delfus , l’autre en deffous, afin qu’il ferve des deux tranchans. Ce couteau fe paie 1^ à 18 livres, parce qu’il eft très-important pour le corroyeur de l’avoir bon.
- 14. C’est avec le couteau à revers que fefait la fécondé opération du corroyeur, qui confifte à drayer , c’eft-à-dire, enlever du côté de chair toute la fuperficie de la peau. On draye les vaches que l’on veut mettre en fuif & en huile , pour les égalifer & les rendre plus minces. Souvent dans les peaux qui font drayées, il y a des endroits plus minces, qui ne doivent être que butés ; c’eft-à-dire , qu’il ne faut rien couper de la chair, mais feulement la nettoyer avec force [12J.
- 1 ç.^Le chevalet qui fert à buter fe voit dans la première planche en V. Le chevalet qui fert à drayer , à déborder, eft repréfenté dans la fécondé planche; il a quatre pieds de long, il eft plus mince: la planche fupérieure n’a que fept pouces de large; elle eft convexe, quelquefois afsez mince pour faire refsort ; mais il eft encore meilleur que cette douve ou planche du chevalet foit ferme.
- On charge quelquefois le chevalet d’une grofse pierre, quand il eft trop léger, afin de lui donner plus de folidité, ainfi qu’il eft repréfenté dans la fécondé planche en P.
- Les bourriers, c’eft-à-dire , les boutures , les écharnures , les drayures qui tombent au pied du chevalet, fervent à efsuyer le cuir noir [ 44. 63. ] ; après quoi on les brûle.
- Le travail de celui qui bute , eft repréfenté en B dans \n flanche I. Ce travail différé afsez peu de ceux où Ton écharne , où l’on déborde, où l’on draye,
- [ quant à l’attitude de l’ouvrier ] pour ne les devoir pas repréfenter fé-parément (6).
- ; ( ç ) Voy. le bas de la planche I. de Paris fèraient bien moins cheres, & par-
- (6) Si l’on avait toujours fuivi ce prîn- là même à la portée d’un plus grand nombre cîpe, les deferiptions des arts de l’édition d’acheteurs.
- p.255 - vue 257/631
-
-
-
- À RT DU CORROYE U R.
- a
- On bute tous les veaux, moutons ou chevres ; on bute auflï les croupons qu’on veut mettre en huile,- on bute les extrémités des vaches en huile, pour les rendre égales & pour ne point les abaifser, c’eft-à-dire, diminuer leur épaifseur.
- On draye les vaches noires, les vaches d’Angleterre, les vaches rouges; on ne draye point les cuirs lifsés ni les veaux.
- On déborde les peaux qui doivent être parées à la lunette [25]. Ce font U toutes les opérations qui fe font avec le chevalet & les couteaux.
- 16. Pour les veaux & les moutons qu’on veut mettre en fuif, on fe fert de la pierre-ponce. Lorfqu’avec le couteau à revers 011 les a dégorgés, c’eft-à-dire, baifsé les tètes, on les bute avec le butoir fourd. C’eft après ce travail que l’on fe fert de la pierre-ponce : mais on ne l’emploie que pour les veaux que l’on met en fuif ou en rouge: elle enleve la fine chair fans affamer la peau.
- Tirer à la pomelle.
- 17. Le travail de la pomelle eft encore un travail général; il a lieu dans toutes les peaux des corroyeurs, fans exception.
- La pomelle ou paumelle eft ainfi appellée , parce qu’elle garnit la paume de la main, & qu’elle en fait les fondions. C’eft un outil quarré , d’un bois dur tel que le cormier ou le cornouiller, le fauvageon de pommier ou de poirier ; on en fait même avec le poirier ordinaire. La pomelle a environ un pied de long, cinq pouces de large. Les grofes ont deux pouces d’épaifseur au milieu, & un pouce aux extrémités ; les pomelles fines n’ont qu’un pouce d’épaifseur au milieu. Le defsus de la pomelle eft plat & uni; mais le defsous eft arqué ou bombé, enforte que le milieu eft plus épais que les deux bouts ; le defsous de la pomelle eft fillonné fur fa largeur, c’eft-à-dire , couvert de cannelures droites & parallèles, ou de filions creux, dont les entre-deux font aigus comme des triangles ifofceles, à peu près comme ces outils que les fculpteurs & les arquebufiers nomment des écoines. Dans les grofses pomelles , ces filions ont une ou deux lignes de profondeur & trois lignes de largeur : 011 voitplulïeurs pomelles en K, L, M, planche! : on voit que la partie fupérieure eft garnie d’une petite bande de cuir attachée vers le milieu des côtés avec des clous, Se qui traverfe la largeur de la pomelle. L’ouvrier pafse la main entre le cuir & le bois , & étend le plat de la main fur la pomelle pour la pafser fortement fur la peau, la corrompre, la froncer, la rebroufser & y former le grain; car c’eft principalement la pomelle qui donne cet agrément fi recherché dans les peaux , c’eft-à-dire, le grain [20].
- iS- On a des pomelles de différentes grandeurs, dont les filions font plus ou moins profonds, fuivant la qualité des peaux: il y a auflï des pomelles dé liege pour adoucir la peau, relever le grain & coucher la chair , parce que les
- pomelles
- p.256 - vue 258/631
-
-
-
- ART D Ü C 0 R R 0 Y E üR.
- 2ï7
- pomelles de bois marquent trop des dents. Les pomelles fortes de pas , c’eft-à-dire, les plus grofses, qui fervent pour la vache étirée & le cuir lifsé , opérations qui font les plus dures ducorroyeur, n’ont qu’environ quarante dents fur la longueur d’un pied : les pomelles fines, pour finir les chevres , en ont jufqu’à cent. Les pomelles moyennes fervent pour la vache à grain. Les pomelles coûtent environ trente fols ; & quand elles font ufées , on les fait retailler.
- 19. Pour corrompre à la pomelle , on étend la peau fur table à double, fleur contre fleur ,- on avance la pomelle fur la chair , & on la retire fortement en ramenant le quartier de la peau qui frotte inégalement fur le milieu de la peau: c’eft ce frottement inégal qui lui donne la fouplefse & le grain. On continue de même fucceflivement fur les trois autres coins de la peau , ce qui s’appelle corrompre des quatre quartiers.
- 20. Quand on pafse la pomelle fur la fleur, ce qui s’appelle rehroujfer, on abat le grain & on rend la peau plus lifse, plus douce, plus égale } quand on la pafse fur la chair , ce qui s’appelle corrompre , crépir, quelquefois redrejfer, on fait revenir le grain. Car alors la fleur étant ridée dans les plis que l’on fait au cuir, la pomelle prefse ces rides -, elles engrenent dans les dents de la pomelle, & par-là deviennent plus formées & plus durables. On crépit de cul en tète & de travers les vaches qu’on veut mettre en noir v les veaux fe rebroufsent de cul en tête & fe crépifsent de travers feulement. Pour abréger le travail, on mouille, avant de mettre en noir, les vaches noires & les peaux de chevres , & 011 les corrompt des quatre quartiers lorfqu’elles font en noir.
- Nous verrons bientôt que les vaches en fuif doivent être crépies par le travers [66] avec la pomelle,- pour cela l’ouvrier étend fa peau fur table en travers , ayant en face la tête de la peau , enforte que la culée & la plus grande partie de la peau pend devant lui. Il replie cette partie pendante, fur celle qui eft fur l’établi, & appuyant fortement fur ce plis, il la ramene vers lui avec la pomelle, pour former ainfi le grain ; & c’eft ce qu’on appelle crépir par le travers. On ne pafse par les quartiers qu’après avoir crépi par le travers: par-là le grain fe croife & s’arrondit, au lieu d’être difpofé fur des lignes droites, comme cela arriverait fi l’on travaillait toujours du même fens.
- f
- Etirer les cuirs.
- 21. Le travail de Vétire efl: aufli un travail commun à toutes les parties de la corroierie. Il prend différens noms ,.étendre [44], retenir [47 ], abattre^o]. L'étire efl une plaque de fer ou de cuivre , plate , de trois à quatre lignes d’é-paifseur dans le haut, c’eft-à-dire , dans la partie qui tient lieu de manche, & finifsant par une efpece de tranchant moufse. On en voit trois dans la
- Tome III. K k
- p.257 - vue 259/631
-
-
-
- 258
- ART DU CORROTEU R,
- flanche I, en A, B, C , & une autre en H, dans la planche II, dont la forme eft plus ufitée aujourd’hui. Il y a des étires de différentes grandeurs par le bas, depuis cinq à fix pouces jufqu’àun pied j le tranchant a la forme d’un arc de cercle la poignée beaucoup plus étroite.
- Les étires de fer coûtent quarante ou cinquante fols, les êtres de cuivre huit à neuf livres j on emploie celles-ci pour les vaches étirées, pour les vaches rouges , les peaux façon d’Angleterre, & généralement toutes peaux dont ©n craint de noircir la fleur, parce que l’étire de fer, quand on n’y prend pas garde , noircit facilement les peaux.
- 22. On voit au haut de la planche I, en C, le travail de celui qui étend ou qui étire. L’ouvrier tient fon étire prefqu’à plomb fur le cuir , & des deux mains il ratifse avec force les endroits trop épais , ceux où il eft refté de la chair ou du tan , ceux où il y a des creux ou enfoncemens : il rejette les parties les plus épaifses du côté des plus minces j enfin il rend la peau plus denfe , plus compacte, plus égale. Pour que l’étire n’entre pas dans les mains, on la borde quelquefois avec une manique, ou bande de cuir , qui garnit toute la partie que les mains doivent toucher. Cependant cette pratique n’eft pas d’u-fage à Paris.
- 23. On étire les vaches en fuif, les veaux en fuif, les moutons, les vaches noires & rouges , les vaches étirées ; l’étire fert à étendre la peau & abattre le grain ; elle fait la principale partie du travail des vaches étirées , dont nous allons parler [ 30]. Les veaux en huile ,les chevres ne s’étirent point > il fuffit de les buter.
- Parer à la lunette.
- 24. Parer à la lunette eft aufli un travail particulier au corroyeur , & dont nous devons parler ici. La lunette eft un couteau circulaire que l’on voit en G planche I, qui eft tranchant Stout autour. Il a dix ou douze pouces de diamètre & une ouverture ronde de quatre à cinq pouces de diamètre , dans le milieu , pour pafser les mains. La lunette n’eft pas une fimnle plaque , c’eft-à-dire, formée d’ufi feul plan j mais elle eft concave ainfi qu’une iebilleou une calotte > c’eft le dos ou la partie convexe qu’on appuie fur la peau ; elle n’eft pas d’un tranchant parfaitement affilé : mais elle doit avoir le fil un peu.rabattu du côté de l’ouvrier ou du côté oppofé à la peau. On rabat ainfi le fil avec le fufil [13] pour que le tranchant n’entre pas trop dans la peau. Une lunette coûte fix à huit livres.
- 25. Avant de parer une peau , il faut la déborder, c’eft-à-dire , enlever avec le couteau à revers , fur les bords de la peau , ce que la lunette doit enlever enfuite iur le milieu ; cela foulage la lunette , & rend beaucoup plus facile l’opération du pareur. Pour déborder , ©n étend la peau fur le chevalet qui
- p.258 - vue 260/631
-
-
-
- A RT DU C 0 R R 0 Y E ü R. $f5
- eft repréfenté en P, flanche II. On enleve une couche de deux pouces de large fur l’épaifseur des bords de la peau, & l’on fe fert du couteau à revers [ 13 ]• Toutes les peaux en huile qui fe parent à la lunette , doivent être débordées auparavant; on pourrait cependant y fuppléer avec la lunette , qui n’aftame pas tant la peau que le couteau à revers; mais cela ferait beaucoup plus long: car il faudrait parer fur la main tous les bords de la peau.
- 26. Pour parer une peau , on l’étend fur un bâton foutenu horizontalement à cinq pieds de terre , & qu’on appelle le f avoir. On le voit en E, dans le haut de la première planche , & en O dans le bas de la même planche. Le long de ce paroir eft tendue une grofse corde en defsus ; on commence par la ramener en avant du paroir, on plie le bord de la peau dans toute fa largeur fur cette corde , la fleur en dedans; & faifant pafser la peau fous le paroir, 011 la ramène par-defsus la corde, & par-defsus la traverfe, en lui faifant faire le tour du paroir : la peau ferre ainfi la corde contre la traverfe du paroir, & le bout de la peau eft pris entre l’une & l’autre , ce qui la- tient avec plus de force à mefure qu’on la tire davantage en appuyant la lunette.
- 27. La peau ainfi tendue fur le paroir, l’ouvrier faifit la partie inférieure avec une pince qui eft attachée à fa ceinture5 prenant la lunette des deux mains , il appuie fur la peau la partie convexe , & la ramenant de haut en bas, il enleve la partie charnue & groftiere de la peau , ce qui s’appelle parer y c’eft l’opération la plus délicate du corroyeur. La pince dont on fe fert pour faifir l’extrémité de la peau , fe voit en F, flanche I. Ordinairement on pare de cul en tète, quelquefois de travers [ 113 ].
- 28. Il faut environ une heure pour une vache; on peut parer fix à huit douzaines de chevres dans un jour. Toutes les peaux en huile fe parent à la lunette, vaches , veaux , chevres, moutons [98. iOf ].
- 29. On eft obligé de repalfer de tems en tems la lunette fur une pierre à l’huile que l’on voit eu N, fl. Il, & d’en rabattre le fil avec une lame de couteau , pour qu’elle n’entre pas trop brufquement & trop vivement dans la peau.
- Après avoir parlé des opérations générales de la corroierie, nous paflerons au détail des différentes efpeces de préparation, en commençant par les plus (impies. Nous obferverons d’abord que tantôt on travaille les vaches entières [5 5], tantôt on les coupe en deux bandes [32]» quelquefois même on coupe la pointe & les ventres, pour rendre la peau quarrée, & cela forme des croupom* On en voit un repréfenté en E , flanche II. On fait des croupons étirés, des croupons lifsés, des croupons bordés en fuif & à grains : c’eft la partie la plus forte du cuir; la dépouille qui eft plus mince, c’eft-à-dire la pointe , ou tête, & les ventres fe vendent aux cordonniers pour faire des premières femelles. On 11e coupe rien à la culée, elle refte fur le croupon, comme étant la partie la plus forte du cuir.
- Kk ij
- p.259 - vue 261/631
-
-
-
- ART DU CORROYE URi
- Des cuirs étirés.
- 3$o,
- 30. Le cuir étiré eft un cuir de petit veau ou de vache, tanné, corroyé avec la pomelle & durci avec l’étire, propre à faire des femelles minces. Les veaux étirés fervent à faire des baudriers, efpece de ceinturons pour les armes :au(ïx le cuir étiré s’appellait autrefois limplement baudrier, & de là le nom des bau-droycurs qui formaient une communauté différente de celle des corroyeurs : elles furent réunies en 1^67, comme nous le dirons en parlant de la communauté des corroyeurs [ 176 ].
- 31. Le cuir étiré eft la plus (impie des préparations du corroyeur. Ses principales qualités font d’être ferme & lilfe, enforte qu’il n’a befoin ni d’huile ni de fuif. Nous avons expliqué dans l’art du tanneur la maniéré de tanner le cuir a œuvre [ 260 & fuiv. ]. C’eft le nom général qu’on donne à tout ce qui n’eft pas cuir fort, & que l’on deftine à être corroyé.
- Il y a des endroits où on le prépare au (îppage, méthode que nous avous auftî décrite dans l’art du tanneur [ 2ff ]. Quand il a été fippé & féché, le corroyeur le mouille, l’écharne fur le chevalet, le remouille,-le pa(Te à l’étire [ 21 ], le fait fécher une fécondé fois , l’étire encore, & quand il eft tout-à-fait fec , il le pafl'e à la lifse de verre pour en abattre le grain: c’eft là ce qu’on appelle baudrier. Nous allons décrire ce travail du cuir étiré tel qu’il fe fait à Paris.
- 32. Pour étirer-une vache en croûte , on ôte la châteigne , c’eft-à-dire , là tête, qui eft trop épailTe ; 011 coupe le cuir en deux, afin de travailler féparé-snent chaque moitié , c’eft-à-dire , chaque bande ; on la met dans un baquet pour la moujUler un peu, & on la retire tout de fuite , pour la travailler en-humeur.
- On la rebroulfe d’abord à la pomelle pour l’unir , ôter les folfes , l’abattre-, l’ouvrir & la préparer au travail de l’étire. Pour rebrouffer, on éterid le cuir qu’on veut étirer, fur une forte & grande table de chêne ou de noyer, fleur fur table ; on l’arrête avec un valet de fer quifie voit en Q_, dans le bas de la plan-che I;on palfe la pomelle fur fleur, de queue en tête & de travers, pendant environ trois quarts d’heure.
- 33. On l’écharne fur le chevalet [12], après quoi on la rebroufle en fécond , de queue en tète & de travers, avec plus de force que la première fois, parce que la chair étant ôtée, la peau cede mieux à la pomelle. On la mouille fur chair avec un gipon trempé dans l’eau pour qu’elle fe colle mieux fur table , & que les chairs foient bien couchées; on l’étend fur table , on l’étire [22] du côté de fleur avec force & des deux mains, ce qui unit la peau & la rend égale par-tout, en rejetant les parties les plus épaiflés du côté des endroits les plus minces. Cette opération dure une demi-heure; on commence vers le milie.&;
- p.260 - vue 262/631
-
-
-
- ART DIT C 0 RR 0 Y EU R.
- Ï6ï
- ët l’otl pouffe l’étire vers la .queue, enfùite vers la tête, quelquefois aùfïî obliquement & en travers. M faut avoir foin de ne point trop mouiller au mettage au vent : cela évide la peau & la rend molle , aullieu que nous avons dit que la vache étirée demandait de la fermeté. >
- 34: On l’étend en! l’air y & quTmd il n’y a prefque plus d’eau, on la retient » cveft-à-dire(', on la paflê encore à l’étire toujours fur fleur, après l’avoir un peu mouillée fur fleur avec un gipon trempé dans l’eau. On a foin de mouiller les parties qui fe trouvent trop léchés ; & comme la peau a plus de force dans le cœjur& que lesbordages font les premiers fecs, il faut les mouiller quand on les retient j quand les peaux font retenues , on y paffe le gipon un peu humide : on doit encore efluyer bien la fleuri car le plus beau de l’ouvragé eft la propreté. Quand les cuirs ont été retenus, on les fait fécher encore au vent fept à huit heures en été j on les met en preffe pendant trois heures , on les étend de nouveau ; & quand ils font prefque fecs, s’ils fe courbent encore , on les remet, en pr,elfe ,& ils font finis. - - ; '
- 37. La vache étirée ou- le cuir étiré fert à faire les femelles d’efçarpins , ouïes premières femelles de foulier ,, e’eft-à-dire, les femelles intérieures, les quartiers de felles, & différens autres ouvrages des felliers & des bourreliers. On ne met point en noir le cuir étiré, enforte qu’il conferve la couleur fauve ; naturelle du cuir tanné.
- On ne peut guerefaire par jour que quatre cuirs étirés de tout point , encore faut-il qu’ils ne foient pas forts : car on n’en peut faire, que deux , quelquefois même un feùl, fi ce font des cuirs de bœufs.
- Du cuir lijfê.\
- 36. On appelle cuir lijfê une vache forte , ou un cuir dejbœuf, qu’on a paffé
- en fuif &mis en noir, dont on a abattu le grain avec l’étire, & qui eft plus fort que la vache noire ou vache en fuif, dont nous parlerons ci-après [54]. Il conferve fa force comme la vache étirée [ 3.0] i mais il eft plus doux & moins, caiïant, à caufe du fuif dont il eft pénétré.4 ,
- 37. Le cuir lifsé eft;ordinairement|ait avec les peauxfles plus Fortes , qu’on réferve pour cette forte de cuir. Les bourreliers l’emploient pour les harnois qui ont befoin de force, au lieu que le cuir à grain ou vache en fuif dont nous parlerons ci-après , s’emploie pour faire les bordures. On aime, ce grain pour le coup-d’œil, & 011 l’emploie par-tout où l’on n’a pas befoin de beaucoup de force. Aufli les corroyeurs font beaucoup plus de vaches à grain ,[ 54.] que de cuir lilfé.
- La vache lifsée Si la vache a grain font pafsées l’une & l’autre en fuif, & miles en noir ; 1a différence de travail entre une vache en fuif qu’on veut mettre à grain, & celle qu’on veut lilfer, confifte à donner de la force à celle-ci, tandis que les vaches à grain ont befoin de fouplefse,, ’
- p.261 - vue 263/631
-
-
-
- A R T DU C 0 RR O FEU R.
- nez
- 38. On prend un cuir en croûte, c’eft-à-dire, un cuir tanné & fec fans préparation);; on fendre cuir en; deux ; on le marque avec un chiffre romain ; on ôte la chàteigne , c’eft-à-dire, la tête; on le mouille dans un baquet, <5t on le défonce avec les efearpins , obfervant qu’il ne foit pas trop mouillé.
- 39. On a foin de le bien défoncer, c’eft-à-dire, de faire enforte qu’il
- nerefte aucune fofse; car rien n’eft plus défagréable qu’un cuir lifsé fini, oà i’on voit des folFes ; 011 le rebrouffe [17], & on i’écharne avec le couteau tranchant , légèrement & fans altérer la peau. On le met à l’air, on le refoule avec les pieds à demi-fec, on le remet à l’air, on le foule aux pieds avec les efearpins [ 8 ] ; on le corrompt & on le rebroulfe '[ 17 ] ; on le remet à l’air , & on le lailfe Jufqu’à ce qu’il foit fec à cœur pour y mettre le fuif, afin’qu’il foit plus ferme. . . .
- 40. Pour mettre le cuir en fuif, on prend du fuif ordinaire de bœuf ou de mouton ; cela eft afsez indifférent pour la bonté du cuir. Le fuif de mouton donne un plus beau, luftre à la peau,- mais il eft plus cher, ce qui fait qu’on l’emploie rarement. On ne fe fert à Paris que du fuif brun , du creton qui refte après que le boucher a extrait de fes graifses le fuif blanc dont fe fait la chandelle. Ce creton coûte environ fix ou huit fols la livre. Voyez Y art du chandelier & celui de Yhongroyeur ( 7 ). Il vient aufti des fuifs de Mofcovie. Il entre en général cinq à fix livres de fuif dans un cuir lifsé, plus ou moins, fui-vant fa force ; le cuir lifsé étant plus fort que la vache noire, exige plus de fuif.
- 41. Avant de mettre une peau en fuif, on la flambe, c’eft-à-dire, qu’011 la pafle légèrement au-defsus d’un feu clair de paille, pour faire enforte que ce fuif pénétré mieux : mais la vache lifsée ne doit pas être flambée de fleur, parce que le feu refserrerait le grain qui ne s'abattrait pas aifez bien ; on ne la flambe que de chair. On porte enfuite cette peau près de la chaudière où fond le fuif, on l’étend fur une table. Le fuif doit être chaud au point qu’une goutte d’eau jetée dans la chaudière s’évapore comme fur de la friture , fans cela le fuif fe figerait fur la peau, & n’y pénétrerait pas ; il ne doit pas être trop chaud, fans quoi il brûlerait la peau.
- On fe fert, pour appliquer le fuif, d’un gipon fait avec des penes ou morceaux de laine qu’on prend chez les couverturiers ; ils ont if à 18 pouces de long ; on les lie , pour faire la poignée , fur une longueur de dix pouces ou d’un pied, & les fix pouces reftans font la houppe du gipon. On applique le fuif de fleur & de chair, mais plus du côté de chair ; & l’on commence par la chair, parce que la peau eft plus ouverte de ce côté-là. Il faut avoir foin que les bordages & les aînés foient bien nourris, parce que ce font les parties qui manquent de fouplefse ; une peau perd beaucoup de fa grâce quand les extrémités font mal nourries. Il fa,ut environ cinq minutes pour mettre en fuif une
- ( 7 ) L’art de i’hongroyeur fe trouve dans ce Ille volume.
- p.262 - vue 264/631
-
-
-
- ART DU C 0 RR 0 Y EU R.
- 2,6 3
- bande, c’eft-à-dire, la moitié d’une vache de grandeur moyenne.
- 42. Après avoir mis le cuir en fuif, on le ploie en quarré , la Heur en dedans ; on le met tremper dans un tonneau pour une nuit, ou huit à dix heures de tems. Le lendemain on le foule à l’eau , à la bigorne & au pied , jufqu’à ce qu’on voie qu’il rende-l’eau. On le ramollit, on lui donne un vent d’eau avec le balai feulement. Il faut le fouler beaucoup , mais le mouiller peu , parce que trop d’eau lui ôterait la fermeté dont il a befoin. On ne doit fouler qu’une bande à la fois, parce que fi l’on en foulait deux, l’une aurait le tems de fe raffermir & de fe fécher, au lieu que lorfque l’on n’en foule qu’une, celle qui eft travaillée a le tems de ferefsuyer& de fe raffermir pendant que l’on foule l’autre.
- 43. On crépit fur chair avec une pomelle forte de pas [ i8 ] » c’eft-à-dire , dont les dents foient un peu larges. Ce crépifsage ne fert qu’à nettoyer & décrafser la fleur. On le rebroufse fur fleur de cul en tête, & de travers, jufqu’à ce que le grain fe trouve prefque abattu : il faut avoir foin de bien rebroufser. les bordages , pour que la peau colle mieux fur la table.
- 44. On étend la peau fur fleur [ 22 ] , ehair fur table ; c’eft-à-dire , qu’on
- l’étire à force de bras , comme nous avons dit à l’occafion du cuir étiré ; elle, doit être bien abattue & unie avec l’étire : c’eft ce qui conftitue le cuir lifsé. On efsuie la fleur avec les drayures [ 15 ] , pour ôter la graifse j & on la noircit fur-le-champ , avant même de la lever. %
- 4f. Pour compofer le noir, on met debout un tonneau défoncé, on le remplit de vieilles ferrailles rouillées , on y verfe de la biere aigre autant qu’il en faut pour couvrir ces ferrailles* on laifse ainli travailler cette biere pendant trois mois , & l’on a un teint de biere qui 11’eft qu’une liqueur un peu roufse , mais qui noircit parfaitement la peau. On trempe dans ce teint un chiffon ou bouchon de laine, ou une brofse de crin de cheval , & l’on en frotte la peau du côté de la fleur , ce qui la fait devenir aufli-tôt d’un beau noir.
- 46.ON fe fert à Paris du noir de chapelier, qui eft cornpofé avec la gomme , le bois d’Inde , la couperofe & la noix de galle. Voyez l’art du chapelier. Il altère !a peau, & n’eft point fi doux que le noir de biere * ip-ais il coûte moins, on ne le paie qu’un ou deux fols le feau * on ajoute une livre de couperofe dans un feau de noir. Voyez encore ci-après différentes maniérés de compofer le noir des corroyeurs, avec du vin gâté, de l’eau de cou-drement, & avec du levain aigre qu’on met tremper dans de lamauvaife biere [6g].
- Le premier noir fe donne fur la table après qu’on a étiré le cuir , au lieu que les vaches noires doivent être mifes à l’air pour fe refsuyer avant d’être imfes en noir [63].
- 47. Après le premier noir, on met le cuir à l’air, on le laifse fécher aux
- p.263 - vue 265/631
-
-
-
- ART DU C 0 R R 0 T E U R.
- £64
- trois quarts ; 011 le retient [ 21 ]. Pour retenir, on prend l’étire, 011 abat le grain en la pafsant fur fleur ; mais 011 doit y aller d’abord avec douceur, dé crainte d’érailler la fleur y il faut toujours poufser l’étire devant foi, ne point l’appuyer d’un côté plus que de l’aucre , parce que cela fait des nuances fur le cuir, au lieu de lui donner Un œil régulier Sc un iforme.
- 48. On fait le bord , en coupant le dos de la bande avec une ferpette & le froctant avec le fil de la ferpette pour le faire paraître plus épais. On noircit ce bord ; on donne enfuice un fécond noir au cuir lifsé, de la même façon que le premier [45 ]. Ou le remet à l’air ; & quand 011 voit que le cuir eft prefque ïec fans être cependant fec à cœur, 011 \e retient une fécondé fois de la même façon ; il fa ut qu’il foit bien abattu , c’eft-à-dire, bien uni , fans aucune marque ili coup d’étire.
- Quand il eft fec, on lui donne quelquefois un troifieme noir , fi l’on voit •encore des endroits rouges, c’eft-à-dire , qui n’aient pas bien pris le noirj mais ordinairement cela n’eft pas nécefsaire.
- 49. Le cuir lifsé étant fec, on le met en prefse à plufieurs fois pour le drefser-. On peut le laifser huit à quinze jours en prefse , quand il eft prefque fec : avant d’être fec à cœur, il repoufse fon fuif, mais cela ne fert qu’à le raffermir.
- ON voit dans la planche II, derrière l’ouvrier qui travaille en A , des cuirs en prefse, chargés de deux planches avec de grofses pierres par-defsus.
- 50. P#UR finir le cuir lifsé , on efsuie la chancijfure, c’eft-à-dire , le fuif & la moififsure qui ont pu s’amafser fur la fleur ; on le luftre avec de la biere aigre qui coûte f à 6 liv. le muid , puis on Pabat au luftre , ce qui fe fait avec l’étire , & l’on tâche de réparer alors ce qu’on peut avoir omis au premier & au fécond retenage, c’eft-à-dire, d’elfacer encore mieux le grain pour rendre le cuir bien lifsé. Quand il eft abattu , on le met à l’air pour fécher la biere de l’abattage. Une heure fuffit pour le fécher : mais on doit éviter le foleil.
- * çi. On éclaircit le cuir avec de la vinette , c’eft-à-dire ., du jus d’épine-vinette. L’arbrifseau appellé herberis dumstorum , l’épine-vinette de nos buif-fons, porte des baies ou petites graines acidulés , en grappes ; elles mûrifsent dans l’automne ; on en exprime le jus comme celui du raifin , & on le garde dans des tonneaux pour éclaircir le cuir. Voyez à l’occafion des autres luftres ce que nous dirons ci-après [ 69 ].
- 52. Dans le cas où il fe trouverait quelque bas de fleur , quelque endroit de cuir où la fleur ferait ufée ou quelque tache de graifse , il faudrait prendre la piece au luftre, c’eft-à-dire, mouiller & frotter légèrement les endroits défectueux avec un morceau d’étoffe trempé dans le luftre , jufqu’à ce qu’ils deviennent auffi clairs que le refte du cuir.
- Un cuir lifsé d’une moyenne grandeur vaut quinze francs le côté , c’eft-à-dire , trente livres le cuir entier. Nous avons parlé de fes ufages [37 ].
- Des
- p.264 - vue 266/631
-
-
-
- ART D U CORROT EU R.
- 26<;
- Des vaches en fuif,
- * • J
- f4. Les vaches noires ou vaches en fuif & à grain font celles dont on a formé te grain , au lieu de l’abattre, comme dans le .cuir lifsé que nous venons de décrire. Elles ont encore plus de fouplefse.& de douceur que les cuirs lifsés ; mais elles ont plus de corps que les vaches en huiie, dont nous .parlerons ci-après [72]. Elles font moins fujettes à ponger, c’eft-à-dire , à être pénétrées 'par la pluie * que ne le font les vaches en huile.
- ff.. Les vaches en fuif & en grain fervent principalement aux felliers , bourreliers , coffretiers ; elles font, pour ainfi dire * deftinées aux harnois * & fervent aux parties les plus apparentes & les plus propres. Pour les impériales ;de carrolfes on choifit les .plus grandes & les plus faines, & on les travaille entières , fans les partager en deux bandes^ Une belle peau de pavillon ou une belle impériale de carrofse* eft le chef-d’œuvre ou le fuperfin de la corroierie , quand elle eft bien grenée & fans défaut. ♦
- 56. Pour faire une vache en fuif, on prend* une vache .en croûte, fans
- la couper en deux; on commence par la défoncer,avec les pieds pour ouvrir-la peau & l’adoucir; il faut la défoncer jufqu’à ce qu’il n’y ait plus de fof-fes.jll faqt enfuite la drayer [ 14] , la rendre égale Æ^uniforme,, avec lecou^ tcau à revers, & avoir foin que le couteau à revers ne raie point, c’eft-à-dire , que le fil foit doux & uni. On la met à l’air; quand elle eft à moitié feche, on la foule : c’eft un fécond foulage qu’on donne à demi humeur * cela s’appelle retenir. Cette opération ouvre la peau & la prépare à être mife en fuif -, on la foule enfuite jufqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune fofse ou imprefliou de tannée. ;
- 57. On remet la peau à l’air ; & quand elle eft prefque feche , on.donne un troifieme foulage qu’on appelle appointage. Pour appointer , on foule la peau , on la roule enfuite fur chair , quelquefois aufti de chair .& de fleur: cela en en ôte les plis; fi elle eft trop dure* on l’arrofe avec Un balai pour qu’elle puifse fe fouler mieux. On la rebroufse avec le liege.de cul en tête ,,pour la rendre plus unie, cela fait que le fuif s’étend plus également.
- - 58. Lorsqu’elle eft bien foulée, on la met à l’air, mais, on n’attend pas que la peau foit touuà-fait feche à coeur (8) pour la mettre en fuif Cette humidité empêche que le fuif ne faififse la peaü & ne la durcifse : la peau en eft plus molle ; il ferait même" bon de donner un vent d'eau fur fleur & fut chair,, ou d’arrofer un peu la peau avec un balai avant de la mettre en fuif : çe] qu’oji ne doit faire,que quand la peau eft feche ; autrement le fuif chaud la brûlerait. , .
- ' ^( 8 )' Seche à cœur, c’eft-à.dire, parfaitement feche, feche jufqu’au cœur.
- Tome III, “ ’ ' L1
- p.265 - vue 267/631
-
-
-
- ART DU C 0 RR 0 Y E V R.
- Z6S
- Pour faire des vaches noires, on met en fuif de la même maniéré que pour faire le cuir lifsé [41] ; mais on flambe de fleur & de chair, au lieu que le cuir lifsé ne doit pas être flambé de fleur. . ' ;
- 59. On met du fuif à proportion de la force d’une peau ; trois à quatre libres de fuif pour une vache ordinaire , plus ou moins , fuivant fon poids. Une peau de veau qui pefe deux livres quand elle eft feche , prend environ une demi-livre de fuif ; une de trois livres prend une livre de fuif [ 109 ].
- 60. Après qu’on a mis le fuif fur la peau une feule fois, on la roule , on la ploie la fleur en dedans , pour que le fuif pénétré mieux dans toutes fes parties ; on la laifse ainfiau'moins quelques heures,* il ferait utile qu’elle y reftât quelques jours , parce que le fuif ferait mieux fon effet. Onia ploie en quarré, on la met tremper huit à dix heures dans un grand tonneau que Pon remplit d’eau , comme nous l’avons dit pour le cuir lifsé [42].
- 61. On la foule à l’eau, c’eft-à-dire , tandis qu’elle eft encore mouillée ; on la trempe deux ou trois fois dans le tonneau à l’eau jufqu’à ce qu’on voie la fleur bien blanche , fans aucune crafse de fuif,* cependant il ne faut pas la tremper outre mefure, cela l’éviderait trop & ferait fortir la nourriture ; mais il eft bon de la tremper jufqu’à un certain point : cela rend la peau plus douce , cela l’évide, & la dégraiffe en enlevant ce qui n’a point pénétré dans le tiflu de la peau.
- 62. ON la crépit [ 19 ] avec la pomelle chair fur table , & la fleur devant foi, pour ouvrir le grain & couper les veines. On larebroujfe fleur fur table, pour nettoyer la chair & ouvrir la peau , ce qui donne plus d’aifance pour la pouvoir faire coller & étendre fur la table. Avant de l’étendre, il faut avoir foin de bien efsuyer la fleur & la chair avec un balai de crin ; on fe fert ordinairement d’un vieux balai fans manche : cela ôte la crafse que le crépifsage & le rebroufsage ont enlevée de la peau. Il faut avoir foin de bien nettoyer fa table; après quoi on étend la peau [21 ], de fleur , avec l’étire,* on a foin fut-tout de ne point laifser de fraifes ou plis dans le tournant des aînés. On fe fert d’une étire qui ne {bit point trop tranchante, pour ne pas nuire à la fleur.
- 63. Apres avoir ainfi étendu la peau avec l’étire, on lui donne un vent d’eau, on l’efsuie avec des bourriers ou drayures , c’eft-à-dire , des pellicules enlevées de defsus la peau par le drayage [ iç}, pour ôter le refte de la crafse. On double enfuite la peau ( car les vaches en fuiffe fontemieres fans être partagées); on la met à l’air pour efsorer. Si l’air avait faifi les feordages qui font plus aifés à fécher, l’ouvrier prendrait un gipon & les remouillerait, fans quoi ils ne pourraient prendre le noir.
- Avant de donner le noir à la peau, on l’étend une fécondé fois, c’eft-à-dire, qu’on donne un coup d’étire pour la redrefser ; car enfichant, elle
- p.266 - vue 268/631
-
-
-
- A R T. D >U. C. O R R 0 Y E U R. 267
- fe fi’oifse inégalement. Après avoir été étendue , elle eft en état d’être tr.ife en noir.
- 64. Pour appliquer le noir, il faut que la peau foit en humeur, afin que le noir pénétré mieux. Il ne ferait pas aufti beau , fi on l'appliquait fur une peau tout-à-fait feche. On fe fert du noir de chapelier ou du.noir de fer, comme pour le cuir lifsé [45 ] ; aufii-tôt qu’on a mis le noir, on met la peau à l’air jufqu’à ce qu’elle foit plus qu’à moitié feche , enfuite on la renoircit ; quand elle a bu fon noir , on la retient à l’étire fur fleur, 011 la rend la plus unie qu’il eftpoflible, parce qu’elle fe finit mieux, c’eft-à-dire, que le grain fe fait plus égal. Pour faire boire le premier noir à mefure que l’on noircit les peaux , on' les ploie la fleur en dedans; & s’il y en a plu-fieurs , on les met en pile les'unes fur les autres ; quand elles font, retenues , 011 leur donne le troifieme noir, on les remet à l’air ,,&-on les laifsë lécher à cœur. Quand la vache eft feche , on lui donne une couche de biere, & on la corrompt des quatre quartiers avec la pomelle. On la rebroufse de travers, puis on efsuie la fleur avec un morceau de vieille couverture , qu’on appelle un bluteau, pour dégraifser la peau: on lui donne auffi une couche de biere-pour achever de dégraifser la fleur.
- 65. Quand la peau'eft ainfi dégraiflee, on l'abataulufire, c’eft à-dirc, qu’on donneune façon avec l’étire [ 21 Ji on l’efluieavec le bluteau. On prend en-fuite du luftre ou de l’épine-vinette [ 5 r ] ; 011 éclaircit fur l'abattage , c’eft-à-nire, qu’on trempe une piece de laine dans le jus d’épine-vinette , &Ton en frotte la fleur. Il ferait à propos de laifser la peau une heure ou deux dans cet état, pour qu’elle fe raffermît, parce que la fleur étant ferme, le grain ferait plus beau & plus égal ,* cependant on ne le fait pas communément.
- 66. Après avoir éclairci fur l’abattage, on prend une pomelle plus fine que celle avec laquelle on a corrompu la peau ; on la redrefle des quatre faux quartiers , c’eft-à-dire , iobliquement d’une patte à la gorge, en tirant toujours beaucoup fur le travers ; on la reprend de travers droit, c’eft-à-dire, dire&e-
- . ment fur fa largeur ; enfuite on la reprend de queue en tête, en arrondifsan^: le grain le plus qu’il eft poflible. On a foin de bien ménager les aines, tant en-corrompant qu’en arrondifsant, parce que ces parties font plus faibles & deviendraient trop flafques. j
- >67. On donne une fécondé couche de biere aigre, elle fert à fécher & à raffermir le grain ; on remet la peau à l’air une heure ou deux, jufqu’à ce que la fleur foit feche j enfuite011 prend de l’épine-vinette pour l’éclaircir encore, & c’eft la derniere façon. Il faut environ douze jours à un ouvrier pour faire une douzaine de vaches noires de,tout point.
- 6$. Pour bien éclaircir, il faut avoir un bluteau ou morceau de panne, d’étoffe bien unie, parce que la ileur étant molle elle ferait bientôt rayée 5 il
- L 1 ij
- p.267 - vue 269/631
-
-
-
- 258
- ART IJ ü ÇORROYEU R.
- faut éclaircir légèrement. Nous en parlerons plus au long à Poccafton des chèvres [ 119 J. L’acftion de celui qui éclaircie fe voit en A , planche 11. Au lieu du noir qui eft un teint de bière , on emploie quelquefois de la petite cau-de-vie , du vin gâté, du fumac, ou de l’eau decoudrement. Voyez l’art dp tanneur & l’art de faire du maroquin.
- Dans des cas preflans, on peut faire une levure avec de la farine d’orge ; 011 met'le levain tremper vingt-quatre heures dans la biere, en fai faut bouillir de la couperofedans, deux ou trois pintes de vinaigre, à raifon de cinq livres pour un muid , qu’0.11 verfe dans la biere, & l’on a un noir aufïi-tôt prêt; mais il eft fujet à. grailler la fleur. *
- 59. Au défaut de vinette , on emploie, pour luftrerîes peaux , un luftre qui fe fait avec de la biere aigre , de la gomme arabique & du fucre ; on en peut faire auftten mettant du ftrop de fucre ou de la melalîé dans la biere. Voyez Part de raffiner le fucre. Une livre de melajfe peut faire quinze pintes de luftre , & fuflflt pour dix douzaines de vaches.
- On en fait aufli avec la gomme de nos arbres ordinaires ; mais Pépin e-và-netee eft le meilleur de tons les luftres v & il n’eft pas-cher, puifqu’une pinte de ce lucre 11e revient qu’à douze ou quatorze fols.
- *70. Les vaches noires en grain, que nous venons de décrire, fervent aux felliers, bourreliers,, coftretiers, comme nous l’avons dit > elles fervent à foire des quartiers defelles, à couvrir des voitures. Quand il s’en trouve une très-grande fans défaut, on la réferve pour faire l’impériale d’un carrolfe [ js ].
- 71. Lf.s bourreliers qui coupent & fubdivifent leurs cuirs, n’ont pas befoiiî qu’ils fuient auftl entiers & a.uGi parfaits que les felliers , qui pour faire un doftier au. une impériale-, ont befoin d’une peau fans, défaut : ainli les bourreliers prennent celles qui font les moins parfaites.
- ' Des vaches en huile.
- 2. On fait actuellement peu de vaches en huile, parce que les cordonniers n’emploient preique à Paris que du veau tourné, c’eft-à-dire, du veau pafle en huile, qu’ils mettent la fleur en dehors; & que les bourreliers font jufq.u’id dans Pu fige de fe fervir des cuirs lifsés par préférence. Il eft vrai que les vaches en huile 11e durent pas autant, mais elles ont plus d’agrément, plus de propreté ; & comme dans nos cabriolets & autres’petite's voitures élégantes 011 n’a pas befoin d’une extrême force, il y a des felliers qui commencent à s’en fervir : elles coûtent à peu près autant que les vaches en fuif.
- Le cordonnier préféré Couvent les vaches en huile, pour faire des empeignes de fouliers , parce qu’elles font plus douces & plus légères que les vaches en fuif ; mais elles font plus aifées à pénétrer par l’eau.
- 73v On çhoiftt les. peaux les plus franches, c’eft-à-dire, qui fout les mieux
- p.268 - vue 270/631
-
-
-
- ART DU CORROT EU R.
- 2,69
- tannées, parce qu’elles doivent avoir plus de moelleux que les vaches en fuif. Le premier travail confifte à défoncer (5?) , comme pour les cuirs lifsés [38]: après quoi l’on doit faire une différence entre les vaches en huile que le cor-royeur veut mettre en noir, & celles qu’il veut mettre en blanc.
- 74. En effet, les vaches en huile font de deux fortes: les unes fervent pour les cordonniers , & les autres pour les lelliers. Celles qui fervent pour les cordonniers ne fe mettent point en noir, parce que les cordonniers fe réfervent de les noircir fur chair avec leur cire qui eft formée de fuif de mouton & de noir de fumée. Nous en parlerons féparément fous le nom de vaches blanches en huile'[9% ] j il ne s’agira ici que des vaches noires en huile à l’ufage des bourreliers. Les vaches en huile ne font jamais lilsées j elles fe mettent à grain ^ comme les vaches en fuif [54].
- 75. Les vaches en huile, qui font deftinées pour les Celliers, c’eft-à-dire , que l’on veut mettre en noir du côté de fleur , n’ont befoin que d’être butées [ 12 ] , parce que la lunette fait le refte à la fin de l’opération [ 28 ]. Elles fe commencent d’ailleurs comme les vaches en fuif : on les défonce , on les bute quand on a intention de les parer à la lunette ; mais on les draye [14], quand on ne doit pas enfuite les parer. On les foule à l’eau, & en les foulant on a foin de les bien évider, c’eft-à-dire , de les bien adoucir, en les mouillant plu-fieurs fois en pleine eau, dans un tonneau, & les foulant à chaque fois. On recommence quelquefois à fept ou huit reprifes différentes.
- 76. On les étend avec une étire de cuivre [21 ]. On les met efsorer(io), parce qu’elles feraient trop mouillées pour être mifes en huile. Une heure fuffit en été , quelquefois même on ne les met point au grand air, de peur qu’il ne les furprenne trop r quand elles font refsuyées , on les met en huile.
- 77. Pour mettre en huile, les corro)reursemploient depuis une foixan-taine d’années , le dégras du chamoifeur, c’eft-à-dire , un mélange d’huile de poifson & de potafse, qui a fervi à degraifser les peaux qui fe pafsent en chamois. Voyez l’art du chamoifeur, nr/, 32,43 & Le dégras eft plus épais que l’huile, & nourrit mieux la peau ; il lui donne plus de douceur, parce que c’eft une matière un peu favonneufe, & les peaux s’en trouvent fort bien. A Paris, la plus grande quantité de dégras vient de Niort ; on en tire aufli de Strasbourg, de Grenoble , &c. On fe fervait autrefois de l’huile de poifson : mais elle ne rendait pas le cuir fi moelleux ; le dégras nourrit mieux la peau , c’eft-à-dire , lui donne plus de corps , & s’y unit mieux que l’huile de poifson : mais auffi il en faut davantage. Quand le dégras eft épais , il porte plus.d’huile &‘donne plus de corps à la peau * quand il n’a pas été bien çpit& qu’il contient de l’eau, la peau en fouffre, il pénétré mal.
- ( 9 ) C’eft-à-dire, fouler la peau pour la ( 10 ) Ç’efl-à-dire , fécher au grand air. rçndre fonple. •- . : - ’
- p.269 - vue 271/631
-
-
-
- 2;o ART DU CO R RO T EUR«
- M. Blondeau, médecin à la Chauxneuve en Franche-Comté, oncle de M. Bourgeois de Château Blanc , qui a donné à l’académie un mémoire fur les matières combultibles les plus propres à éclairer , tirait de l’huile des abattis de bœufs , moutons, chevres , &c. & il trouvait qu’elle donnait aux cuirs une très-bonne qualité: voici fon procédé.
- Les abattis étant cuits dans une chaudière pleine d’eau, à peu près au.degré où ils pourraient être mangés , on puife l’huile, & toutes les gràifses qui iur-nagent, & on les jette dans une autre chaudière où il y a de l’eau prête à bouillir ; on tient cette fécondé chaudière dans le même degré de chaleur pendant 24 heures , & quelquefois plus. L’huile la plus pure fumage j on foudre cette huile par un robinet adapté à la chaudière , & 011 la verfe dans la troi-fieme chaudière, où il y a de l’eau afsez chaude pour que les gràifses mêlées avec l’huile ne puifsent pas s’y figer. On tient l’eau de cette chaudière dans le même degré de chaleur pendant 24 heures , on la laifse enfuite refroidir.
- Les gràifses qui tiennent toujours le defsous , fe figent entièrement, & l’on tire trois efpeces d’huile par trois robinets adaptés les uns au-defsus des autres y la plus pefante ou troifieme étant appliquée fur du cuir , il devient impénétrable par l’eau, même après que l’eau a féjourné plusieurs jours fur le cuir.
- On fait à Paris, dans l’isle des Cignes, des huiles d’abattis , qui pourraient bien être employées à cet ufage , fi l’expérience prouve qu’elles foient bonnes & à bon marché.
- 78- Le dégras pour l’ordinaire ne peut pas s’employer fans huile. II y a des corroyeurs qui mêlent enfemble un quart d’huile & trois quarts de dégras : d’autres-en mettent parties égaies , fur-tout quand le dégras elï épais. En première nourriture on met plus d’huile que dans la fécondé fois j lorfqu’on a des peaux maigres , ingrates, des peaux qui ont eu trop de plein , qui fe pénètrent aifément, on emploie moins d’huile , parce qu’elle perce trop j 011 augmente alors ladofe du dégras.
- Le dégras coûtait quarante-fix livres en 1763 , il coûtait foixante francs en teins de guerre, & l’huile quarante-huit livres. Il y a des tems où l’huile & le dégras ne valent que trente livres ; mais le dégras a été jufqu’à foixante-dix livres, & l’huile n’a jamais pafsé cinquante-cinq livres le quintal. Nous en avons parlé afsez au long dans l’art du chamoifeur,
- 79. Si le dégras eft trop épais , on y met plus d’huile ; fi c’efl: un bon dégras, il portera bien l’huile , & l’on pourra en mettre plus de moitié. On met plus de dégras fur la tète & fur la culée des peaux de vaches, que fur les ventres, parce que les ventres font plus aifés à pénétrer: au contraire , le veau en veut plus fur les ventres ; la culée fe perce plus aifément. Il y en a qui le font cliauÂfer , fur-tout en hiver 5 mais ce n’eft point une réglé.
- p.270 - vue 272/631
-
-
-
- ART DU CORROYE ü R.
- $7ï
- 80- Une peau de vache boit ordinairement du dégras jufqn’au quart de fon poids j c’eft-à-dire ; qu’il faut quatre livres de dégras pour une vache de quinze àfeize livres, deux ou trois pour une vache de dix livres. Les veaux eu exigent davantage à proportion dè leur poids ; une douzaine de veaux, qui pefe vingt-huit livres, prend environ dix livres en huile &* dégras [ 102 ]..
- 81. - Il faut que la peau foit encore humide , & même qu’on purfse en exprimer l’eau , pour pouvoir être mife en huile ou dégras, afin que l’huile ne pénétré que peu à peu , à mefure que le cuir féchera : ainfi l’on mouille les endroits qui font un peu trop fecs , pour leur rendre l’humidité nécefsaire à cette opération ; car l’huile ne donne pas afsez de corps à la peau , 11e la pénétré & ne la nourrit pas afsez quand elle trouve une partie trop feehe. Il ne faut pas cependant que le dégras loit mêlé d’eau ; car cette eau empêeheraitie dégras de pénétrer dans la peau.
- 82. Quand on a étendu l’huile de chair & de fleur avec le gipon & avec la main , on pend les peaux par les pattes de derrière , & on les laifse boire leur huile plus ou moins de tems , félon le vent ou la faifon : il ne leur faut qu’un ou deux jours pour fécher quand il fait bon vent; il y a des tems où il faut un mois. Le foleil& le grand hâle font dangereux , parce qu’ils prefsen.t trop les peaux ; l’huile n’a pas afsez de tems pour les détremper, les abreuver , les pénétrer, & s’y unir*
- 83. Pour mettre en huile, les uns emploient huile & dégras fur chair, & de l’huile fïmple fur fleur ; les autres mettent également l’huile & le dégras fur fleur & fur chair ,• enfin il y a des corroyeurs à Paris , qui mettent du dégras fur fleur , mais un peu moins que fur chair , parce que le dégras empêche la fleur de s’éclaircir.
- On ne nourrit pas tant les peaux deftinées .aux felliers , que celles qui font deftinées aux cordonniers ; cela peut aller à la différence d’un tiers.
- 84. Lorsque les peaux font feches, on les décrafse en les foulant, puis on les recharge avec plus d’huile que de dégras : on les refoule enfuite une fécondé fois ; puis pour dégraifser entièrement la fleur, on frotte la peau avec une brofse trempée dans une légère eau de potafse, & on la met en noir tout de fuite , obfervant de tenir les bordages propres. Le noir eft le même que pour les cuirs lifsés [4^, 6&] , & s’applique de même avec une brofse ou avec une poignée d’étoffe,
- 8f. Après le premier noir , on crépit de travers, enfuite on donne un fécond noir qui fuflit ordinairement, puis on met les peaux à l’air pour fécher à fond. Quand elles font feches, on les foule, on les corrompt, on les déborde , on les pare à la lunette [ 24] » on les tire au liege , & enfin oel les recharge légèrement fur' fleur avec de l’huile , & elles font finies.
- :;1 g<5.\ Un ouvrier peut faire une douzaine de vaches-en. huile de tout point:
- p.271 - vue 273/631
-
-
-
- dans l’cfpace de douze jours ; elles valent ordinairement dix-huit à vingt iivres la piece : elles fervent principalement pour les cabriolets , parce qu’on les baifse extrêmement, c’eft-à-dire, qu’on les rend fort minces.
- 87. On fait des croupons en huile pour les bourreliers , c’eft-à-dire , des cuirs de bœufs ou vaches , dont on ôte la tête & les ventres , en forte que le eroupon a trois pieds & demi de large fur quatre pieds & demi de long : ce n’eft que la partie la plus forte du cuir ; on s’en fert pour les harnois & autres ufages. On en voit la forme eii E, planche II.
- L Des vaches en cire.
- 88. Les vaches en cire font fort rares actuellement. Autrefois on frottait certaines peaux avec de la cire fondue, afsez chaude pour pénétrer la peau; mais la cire coûte cinq à fix fois plus que le fuif: cela rend les peaux beaucoup plus cheres, & on ne les prépare ainfi que dans le cas où les bourreliers les demandent pour des ouvrages d’une très-grande propreté. Cela n’empêche pas que par extenfion du terme , on n’appelle vaches en cire les vaches en fuif qui ont été travaillées avec grand foin * & qui ont de la fermeté.
- 89. Il s’en fait pourtant où l’on met un quart ou un huitième de cire dans
- le fuif, pour donner Un peu plus de fermeté ; mais on vend auffi fous le nom de vaches en cire, des cuirs lifsés tels que nous les avons décrits ci-def-fus [36]* dans lefquels il y a feulement un peu moins de fuif, ce qui leur conferve un peu plus de fermeté. > • i
- Des vaches ci’Angleterre* ,
- 90. Les cuirs appëllés vaches d’Angleterre, ou façon â'Angleterre en huile ou en fuif, font des cuirs de vaches ou de bœufs lifsés ou à grains , auxquels on conferve la couleur naturelle fauve ou jaunâtre, malgré le fuif qu’on y met pour leur donner de lafouplefse. On fait du cuir lifsé, & de la vache à grains, façon d’Angleterre,
- Il faut choifir une peau nette , blanche de fleur & d’une bonne qualité * telles que les peaux de Nemours , de Louviers , &c. où la tannerie eft blanche; il faut que la peau fuit franche, c’eft*à-dire, qu’elle foit bien tannée , qu’elle ne foit pas verte : on la défonce avec la'Jbigorne & les talons , comme celles qui doivent être lifsées [38].
- On doit la conduire avec grande propreté * car la moindre tache empêcherait l’ufage auquel on la deftiné. O11 la met à l’air, & on la foule avec les pieds; on la draye [13]. '
- 91. Qjjand elle eft prefque feche, oti la retient au pied comme le cuir lifsé & la vache noire ; on la redrefse au talon pour ôter les plis, & à la
- pomelle
- p.272 - vue 274/631
-
-
-
- A RT DU C 0 RR 0,r EUR,
- 273
- pomeMe de chair & de fleur, ce qui s’appelle corrompre & rebroufjer. Quand elle eft feche à fond, & avant de la mettre en fuif, on la mouille fur fleur avec un gipon à l’eau qui foit blanc & net, pour que les coutelures ou les endroits plus faibles ne foient pas percés par le fuif.
- 92. On met le fuif de chair -, mais il ne faut pas qu’il foit fi chaud que pour la vache en fuif ou pour le cuir lifsé [41]: il en faut très.peu, de peur qu’il nè perce jufqu’à la fleur, dont on veut conferver la propreté & la couleur. Après l’avoir mis en fuif, on met tremper la peau en eau claire -dans un tonneau, pendant une demi-heure.
- 93. On la foule à l’eau , on l’étend , 011 lui donne une couche d’huile de lin fur fleur , légèrement & également : c’eft quelquefois de l’huile de poif-fon [ 78 ] î mais l’huile de lin eft préférable. On l’étend avec une piece ou un petit gipon de laine, bien net : on laifse fécher la peau. On la finit comme ie cuir lifsé, du moins pour les retenages, le raettage au vent, excepté qu’on de fert d’une étire de cuivre i car l’étire de fer eft fujette à tacher ou noircir la peau.
- 94. Quand la peau eft feche à cœur, on fait une couleur avec de la graine d’Avignon, ou avec du fafran î d’autres n’y mettent point de couleur, & fe contentent de la lifser. Pour mettre en couleur fix cuirs, il faut environ un demi-gros , c’eft-à-dire, pour deux ou trois fols de fafran (à 30 liv. la livre), dans une pinte de bierre} il faut que cette couleur foit étendue très-vite & très-également, fans quoi la peau fe tacherait, c’eft-à-dire, ferait colorée inégalement ou par placards.
- 95. On la remet à l’air, on l’efsuie avec un morceau de panne , ou un linge blanc, ce qui l’éclaircit & la luftre. On ne doit pas la mettre au foleil : Gela ferait pénétrer fur fleur la nourriture qu’on a mife fur chair, ce qui tacherait la peau. On évite auffi l’ufage de la vinette, qui pourrait faire des taches i on l’éclaircit fuffifamment, en l’efsuyant jufqu’à ce qu’elle foit feche.
- 96. Ces vaches d’Angleterre ferventaux bourreliers pour faire des harnois. Elles coûtent environ un quart de plus que les vaches en fuif.
- Des vaches grifes. ; ,r
- $7. Les vaches grifes, qu’on appelle auffi vaches grajfes, font différentes des vaches façon d’Angleterre, en ce qu’elles n’exigent ni la propreté ni la couleur de celles que nous venons de décrire. On leur donne du fuif autant qu’elles en peuvent porter, on n’a égard qu’à la fouplefle, dont elles ont befoin. Ces vaches s’apprêtent comme les vaches noires [^4], jufqu’au mettage en fuif [59]. XDn obferve de les mettre au vent après qu’elles ont été en fuif ,• & pour leur donner encore plus de douceur, il eft bon de leur donner une couche d’huile Tome III. Mm
- p.273 - vue 275/631
-
-
-
- 274
- ART DU CORROTEU R.
- & de dégras, de chair & de fleur, lorfqu’ellés font à demi humeur (n) ; unè livré & demie, tant huile que dégras, fuflfit pour chaque peau. Elles ferventà faire des malles,' désfoufilets, des cuirs de pompes, & autres ouvrages qui n’ont befoin que de force & de fouplefse.
- x ; Des vaches blanches en huile.
- 98. LÀ vache blanche en huile, que nous avons annoncée ci defsus [74] , fert à l’aire des' fouliers, au lieu que la vache d’Angleterre fert aux‘harnois. La vache blanche n’â pas befoin d’être au vent , comme la vache façon d’Angleterre , parce que le mettage au vent n’eft fait que pour donner une propreté. On la défonce, on la bute avec le butoir fourd [12] ; mais on ne la draye point, on la rcferve pour être parée à la lunette à la fin de l’opération, on la met en huile & en dégras de cfiaif & de fleur. Il faut environ trois livres de nourriture (12) èn tout pour chaque peau ; car il faut qu’elle foitbien nourrie. On la fait fé-cher, ôii la fouie aux pieds, on la déborde [25], on la pare à la lunette [26] , ôn la rebroufse [26] , pour ôter les plis; mais enfuite on la tire au liege , pour coucher la chair, &. relever le grain. Elle ne fert qu’aux cordonniers, qui l’emploient â dés fouliers , la fleur en dedans, & la mettent en noir fur chair, avec leur cire" compofée de fuif & de noir de fumée à chaud. Il y a encore d’autres arts ou on i’efpplbiel
- ;;r. Comparaifon des prix de ces différentes peaux.
- 95L Le prix des peaux n’a jamais été fixé; car il varie confidérablementà raifon de leur grandeur, de leur force, de leur qualité. Les vaches noires , les cuirs lifsésvlés vaehès d’Angleterre les plus ordinaires vont à dix-huit livres en raie, c’eft-àî-dire, l’une portant l’autre; on en a en province pour douze à treize livres ; mais elles ne pefent que onze à douze livres poids de marc, nvLes vaches étirées vont depuis dix jufqu’à quarante livres; les vaches en fuif, depuis quinze jufqu’à quatre-vingt livres, &même au-delà, parce que l’on paie fod cher dés peaux de pavillon, qui ont fix pieds de long à la faignée, c’eft-à-dire, vers le cofl'ét, & environ cinq pieds de gorge ou de largeur dans la partie la plus étroite , & qui fervent à faire les impériales de carrofse [88]. Les vaches en huile valent quinze à trente livres. Enfin les vaches façon d’Angleterre coûtent depuis feize jufqu’à vingt-huit livres à Paris. Il y a toujours quel-qüe ch’ofe Üe moins dans les provinces.
- Des peaux de veaux.
- 100. Les peaux de veaux fe travaillent en général comme les peaux de vaches , & s’emploient aux mêmes ufages ; on fait des veaux étirés [ 30] , des ’Ÿeàux en fuif [ 36 ] , des veaux façon d’Angleterre [90] , des veaux façon de
- ;i r{ 11 ) C’éft-à-dire , à demi feches. ( 12 ) Trois livres d’huile ou de dégras,
- p.274 - vue 276/631
-
-
-
- A R T. D, U CORROYE U yR. .27*
- Ruflie [124]. Le travail eft le même que celui des .peaux de vaches ; maisyomme elles font plus faibles, on les ménage plus, 011 leur donnè:moins de nourri-ture. La préparation la plus ordinaire des veaux eft celle des veaux'en'.liüile : ainfi nous commencerons par celle-là. ’ r ' •’
- 101. Pour faire des veaux en huile , on prend de^meillèures pçaux i .celles
- dont la fleur eft bien entiers; on pafse en blanc celles qui font un peu'effleurées. Voyez fart du mégiflier ( 13). Le corroyeur les prend au fortir de la foï^e, il les laifse efsorer à l’air , & les bute,[ 12] ; il leur donné un tour de pied ou deux, c’eft-à-dire, qu’il les foule.pendânt quelques minutes ^ après quoi on'les m^t en huile de chair & de.fleur, àftroidf II y en a qui'font Uedir/ffiuilè én hiver , mais cela n’eft pas général. " ,r''7r’
- 102. Des veaux de trerite à.trente-fix livres la douzajné'i prenn.ent3douze
- £ quinze livres de nourriture; chaque peau prenant deux livrés ou deux livres & demie, une d’huile & une de. dégras. Un veau plamé, c’efl-à-dire, qui a trop de,plein , exige moins de nourriture que celui qui eft bien, tanné , parce que devenu fec & mince par l’effet de la chaux, iLne peut plus,s’imbiber de dégras. Il faut éviter l’excès de l’huile ou du dégras , qui reniflait les peaux trop fouples & trop mollafses. ’ v'{
- ic$. Les veaux etant mis en huile ,011 les fait féqher, qn les décrafse. Cetjte opération con lifte à fouler avec les pieds, pour amollir & importer’ le tàn & les.parties étrangères qui y.étoient attachées; cela adoucit.les peau:x 9iSc releve le.gçain. ’ .
- Avant de les mettre en noir , on fe fert d’abord.de potafse(£our dégraifser la fleur , l’attendrir & la préparer à prendre le noir. Pour cela on.faiÇfondre une livre de potafse dans un feau d’eau, on y trempe une ,brofse & on la pafse fur, les peaux que, l’on .veut mettre en noir. '
- 1 104. Après les avoir dégraifsées, on y met fur-le-champ le noir, qui eft
- le même que pour les vaches [4?]. On ne doit pas en trop mettre, parce qu’il percerait la peau. Après avoir mis en noir , on crépit. Quand il fe,trouve des veaux .qui ont de fortes crinières , il eft bon de les rebroufser avec une pomelle .d’un pas plus fort que celles qui fervent à crépir ; .tpais pour l’ordinaire on crépit avec une pomelle moyenne, ou du moyen pas. Ce crépiffage ' fe fait de travers : il fert à couper les veines de la peau , c’èft-à dire , à interrompre ces longs filions qu’on y apperqoit fouvent .en ditférens fens. Enfuite on redonne un fécond noir,à la peau, on la met à fair fécher à cœur. On la foule, pour,1’adoucir & couper les nerfs, faire fortir le grain, ouvrir le grain : c’eft à quoi on s’attache principalement pour les veaux en huile.
- ( i} ) Dans ce llle volume.
- Mm ij
- p.275 - vue 277/631
-
-
-
- ART DU CORROTEU R,
- 276
- i©f. On les corrompt fur chair, on les rebroufse avec la pomelle fur fleur , pour adoucir.,1a peau , pour effacer les plis de la foulée. On les. déborde avec le couteau à revers, tout autour de la peau ,.pour faciliter, le parage qui fe fait enfuiteàla lunette [35]..
- Dans le cas où PonVaurait point de couteau à revers on s’en pafferaiti mais il faudrait plus de tems pour parer. La lunette n’affame pas tant que le couteau , ainfi il n’y aurait point d’inconvénient à fe fervir de la lunette fur la main même vers les bords de la peau. Lorfqu’après avoir débordé,* o,n pare à la lunette on en peut parer fix ou huit dans une heure.
- I06-. Apres avoir paré les veaux, on les tire au liege , chair fur table, on leur donne une petite couche d’huile fur fleur , pour foncer le noir dont le travail a affaibli la teinte ; c’eft toujours de l’huile de poiffon [77].
- Ces veaux noirs fe vendent de trente-deux à trente-fix fols la livre :1a douzaine peut peler depuis vingt-deux jufqu’à quatre-vingt livres. Moins ils pefent, plus la livre fe vend , parce qu’il y a plus de façon & de peine dans une douzaine de trente livres, que dans une demi-douzaine q.ui peferait aufli trente livres.
- S07. Les veaux en fuif fe font beaucoup plus.rarement que les veaux en huile. Les bourreliers s’en fervent cependant pour la bordure, parce qu’il eft plus clair & moins fujet à l’eau que le veau en huile , que nous venons de décrire. Pour travailler des veaux en fuif, on acheté les veaux fecs en croûte chez le tanneur: on leur donne un vent d’eau avec 1e. balai, & on les bute avec le butoir fourd [12].
- 108. On les égorge, c’elb-à- dire, qu’on abaifse les tètes ou qu’on les amincit avec le couteau à revers jufqu’à la faignée , c’eft-à-dire à la gorge. Comme la tête eft plus forte que le refte , elle a befoin d’être abaifsée par ce travail j on les mouille pour que le couteau morde mieux fur la peau. Qn fait féçher les tètes, 011 ponce (14) les peaux fur chair pour enlever les inégalités de la chair.
- 109. On les corrompt fur chair avec une pomelle fine, & on les rebrouffe avec le liege. Mais avant ces deux opérations , on donne un vent d’eau léger fur fleur , pour amollir la fleur & la rendre moins caffante. Quand les veaux font fecs, on les met en fuif comme les vaches [41,58]. Des veaux qui pefent trente huit à quarante livres la douzaine, prennent environ douze ou quinze livres de fuif. Après le fuif on les met au vent, & on les finit comme les vaches noires [60]. On les foule à l’eau, on les crépit, on les-dégraifse, on les met en noir deux fois , on les corrompt, on les rebroufse:, on les redrefse , & 011 les éclaircit.
- 110. Le veau en fuif fert aux felliers , bourreliers , coffretiers , & même (14) C’eft paffer la pierre fur chair.
- p.276 - vue 278/631
-
-
-
- ART DU CORROYEU R.
- 277
- flux tapiffiers, pour des chaifes & des tables , quoique plus ordinairement on y emploie le maroquin, c’eft-àdire, la peau de chevre [117]. Un veau en fuif vaut environ cinq livres.
- ni. Le veau d’Angleterre fe faic comme la vache d’Angleterre-[90] : on, choifit ceux qui font de la meilleure qualité.
- Les premières façons jufqu’au mettage en fuif fe donnent comme pour les veaux en fuif [ 101 ]. On met le fuif fur chair: on en met peu, parce que cela tacherait la peau.
- 112. Le veau du petit poids fe paTse en blanc pour en faire des pafse-talons. Voyez l’art du mégifiier (if ). Ou bien on le pafse en huile pour les fouliers, comme nous l’avons expliqué [101 &fuiv. ]
- Les veaux forts fe pafsent en blancj ils fervent pour les empeignes des, gros fouliers , comme les vaches blanches en huile [98 ].
- UJ. Le premier travail d’un veau blanc eft le même que celui du veau noir : après l’avoir mis en huile & decrafsçà fond, on le déborde & on le pare de cul en tête , on le foule jufqu’à ce qu’il foit bien doux ; on fouie deux veaux à la fois chair contre chair pour en maintenir la propreté son les re-broufse , on les traverfe à la lunette , parce que la chair doit être unies le parage de travers répare les défauts du parage de cul en tête. Enfin on les, tire au liege , & c’eft la derniere opération des veaux blancs.
- 114, Parmi, les cordonniers , on di(lingue le veau tourné & le veau a cirer. Le veau tourné eft le ve.au en huile , celui dont la fleur ou le côté du poil eft tourné en dehors, comme l’on Lit depuis foixante ou quatre-vingts ans. Leve.au à cirer e,ft,le veau blanc en huile, que les cordonniers emploient pour des fouliers plus communs. : il a la chair en. dehors & la fleur en dedans : il n’a pas un (î bel œil s les cordonniers Je mettent en noir eux-mêmes[98].
- Hf. Les veaux, fe vendent.» la livre, & non à la douzaine, comme les chevres [ 120]. Plus ils font,petits & fins , plus ils fe vendent s ils pefent depuis deux livres Jufqu’à huit livres, quand ils font préparés, & reviennent fouvent à.trente &. trente-deux.fols la livre. Lesprofits nefauraient être auflî grands fur le veau que fur les cuirs forts, de même que les avances font beaucoup moindres : aufli trouve-t-on dans les provinces qe proverbe rimé s; tanneur de veau , buveur d'eau.
- i*6. Comme les veaux font tendres, & délicats., il eft, fort aifé en pelant les veaux., &,en les travaillant de riviere , d’en gâter la fleur, de la couteler,. de la déchirer : alors ces veaux ne peuvent plus fervir qu’à graifser [ ; 14 ] au bien à être mis en chamois. Voyez l’art du chamoifeur.
- Il y a de petits veaux mort-nés, que l’on met dans le coudrement & enfuite^
- (35) Dans ce Ille volume.
- p.277 - vue 279/631
-
-
-
- â RT DU C 0 RR O Y EUR.
- • 2?-8'
- dans la fofse.pendant trois ou.quatre mois fans avoir la.peine de les peler ; on les pafse comme les autres.
- Des peaux de chevres.
- 117. Les peaux de chevres demandent plus de travail que les veaux ; mais elles exigent plus de douceur & de ménagement, parce qu’elles ne font pas (i fortes. Le veau ne demande que des coups de talon , c’eft-à-direqu’il a befoin d’ècre bien foulé. O11 trouve, il eftvrai, des chevres plus fortes que les veaux; mais cela eli rare.
- Les chevres qu’on travaille à Paris fe tirent principalement du Limofin, ded’Auvërgiic , de la Franche-Comté, de la Suifse (id>) , & de la Provence , où 011 les tanne avec le redon. Nous avons parlé de cette plante dans l’art du tanneur (-17 ). Quand les peaux de chevres font dans cet état, les corroyeurs de Paris les appellent maroquin en bafanne. Ou les met tremper pendant vingt-quatre heures dans un tonneau, on les foule au pied , trois à trois. On les recoule fur le chevalet avec un butoir fourd , fur chair feulement : quand elles font prefque feches , on les met en huile & en dégras [ 77]. Une douzaine de chevres prendra fix à huit livres d’huile, quand elle pefe dix-huit à vingt livres. Après avoir mis les chevres en huile , on les foule avec les pieds , on les travaille avec des pomelles moins fortes que les veaux , on les décrafse en les foulant.
- 1 r g. On dégraifse les peaux de chevres avec une eau de potafse & une brofse; un quarteron de pôtâfse bouillie dans deux féaux d’eau fert à dégraif-fer fix douzaines de chevres. Le Tel alkalin difsout l’huile fuperflue, & enleve la crafse que l’huile avait laifsée fur la fleur de la peau ; cela éclaircit & adoucit la fleur : on crépit enfuite de cul en tète & de travers, la fleur en defsus , la pomelle fur chair , ce qui donne le grain à la peau.
- Avant de mettre en noir les peaux de chevres, on les efpare , c’eft-à-dire , qu’on les étend fur la table , & qu’on les frotte avec du jonc pour adoucir la fleur qui naturellement éfl: dure & rude. L’efpnre fe voit fur la table A, pl. II. C’eft la plante appellée[partum dans Pline , avec laquelle font faites les balles qui contiennent la fonde d’Efpagne. On en roule une poignée, on en frotte la peau: ce qui l’étend, laLlrelse'& l’adoucit.
- 119. Après avoir elparé , 011 donne aux chevres une couche de noir [4^ ], on les met fécher , on leur redonne un fécond noir , on laifse boire ce noir .quelques heures, on met une couche de biere ou de vinaigre pour fécher &
- ( 16) Les peaux de chevres fe travaillent véritable. La manufa&ure en eft établie à auflten divers endroits delaSuifle. On en Cloten, dans le canton de Zurich, fait en particulier du faux chagrin , qui a le
- même œil & le même grain que le chagrin ( 17 ) Inféré dans ce IUe volume.
- p.278 - vue 280/631
-
-
-
- 279
- ART DU C O R R 0 Y E U R,
- éclaircir la fleur : on efpare une fécondé fois, on remet à l’air. Quand les peaux font feches, on les foule , on les corrompt des quatre quartiers fur chair, on les rebroufse fur fleur , on les efsuie & on les éclaircit avec du luftre.
- Pour luftrer les chevres, on les frotte d’abord avec une lifiere trempée dans*ie pot de luftre -, on fecoue ce morceau de lifiere de drap en trois ou quatre endroits de la peau , & enfuite on en frotte toute la furface. On abat fur le luftre, c’eft-à-direqu’on frotte avec une efpare * des deux mains à force de bras, en tout fens & long-tems ,pour que le luftre foit plus vif. Enfin on éclaircit la peau, en la frottant avec la même lifiere fans la tremper dans le luftre.
- Après avoir luftre les chevres , on les déborde & on les pare à la lunette. Il y a des provinces où l’on ne pare point la chair ; mais on la ponce avec une pierre-ponce emmanchée comme une pomelle , & on fe fert aufti de la pierre-ponce pour couper le grain , à la place de la pomelle.
- Après avoir paré les chevres , on les redrefseavec la pomelle de cul en tète, & de travers , pour faire le grain , mais très-îégérement, afin de ne point les ternir ; on les efsuie , on les recharge avec de l’huile de lin qui fonce le noir & conferve la clarté. Il faut bien obferver que, fi l’on manque le premier noir, faute d’avoir bien dégraifsé la peau , ou par quelque autre inattention , la peau ne peut jamais être belle.
- 120. On ne peut guere mettre en noir & décrafserquc 18 ou 2ochevres par jour : nous ne parlons que du premier noir. Quant au fécond noir, on peut le donner en moins d’une heure de tems à deux douzaines de chevres.
- Les chevres en huile pefent environ dix-huit livres la douzaine poids de marc , & fe vendent au poids depuis un écu la livre jufqu’à 3 liv. iffols. Il y en a qui pefent quarante livres la douzaine. Il y a même des chevres de fix livres chacune j mais elles font rares : ce font plutôt des peaux de boucs.
- 12r. Celles qu’on veut mettre en fuif n’ont pas befoin de l’huile & du dégras 5 mais on n’en met point en fuif à Paris. Le maroquin de Rouen n’eft qu’une chevre en fuif ou en fain-doux; & les corroyeurs de Paris appellent volontiers maroquins les chevres en huile j ce font leurs plus belles peaux, : il y en a qui comptent jufqu’à quarante façons différentes dans le travail de ces chevres. Au refte, le travail du maroquin proprement dit, a été décrit comme un artdiftin<fl& féparé de celui du corroyeur {18), & i’011 y voit combien il exige de manipulations diftérentes.
- Des peaux de moutons.
- 122. On met quelquefois en fuif les peaux de moutons, mais plus ordinairement en huile , quoiqu’elles foient plus belles en fuif:c’eft que eelles-ei coûtent plus & prennent plus de tems.
- ( 18 ) Je l’ai réuni dans ce l'ÏIe volume aux autres-arts qui s’exercent fur les peaux.
- p.279 - vue 281/631
-
-
-
- ï$0
- ART DU CORROYE U R.
- On fait à Paris & du mouton blanc & du mouton noir : on choifit toujours le mouton qui eft bas de fleur, ou un peu effleuré, pour le mettre en blanc. On tire de la province du mouton blanc , c’eft-à-dire, paré, ou après le premier travail, & on le met en noir chez les corroyeurs de Paris.
- On prend aulîi du mouton èn croûte, on le mouille, on le bute, & où l'étend. On le met légèrement en huile de chair & de fleur : une livre d’hui.e fuffifc pour une douzaine de moutons qui peferait dix-huit livres. Quand l’huile eft feche, on met le noir. Pour cet effet on fe fert d’abord de potafse pourdeg aif-fer un peu la peau; quand elle elt bien potafsée , on y met le noir ordinaire [45]; mais on lé ménage, parce que l’huile ne donnant pas tant de corps que le Pu if, le noir y percerait plus facilenie-tt & rendrait la chair mal-propre. C’eft une attention que les bons ouvriers ont toujours dans toute forte de peaux, que de tenir propre le côté de la chair. C’eft la grâce de ta peau ; & ceux qui la négligent, ne font pas ordinairement les plus adroits dans le fond efsentiel de l’ouvrage.
- 123. Quand le mouton eft noirci, on lé redrefse des quatre quartiers de cul en tète avec une pomelle fine. Il faut le redrefser pendant qu’il eft mouillé, parce que fî la chair était feche, la pomelle ne prendrait pas, & le grain ne fe ferait point également. Après l’avoir redrefsé , on le met à l’air ; quand il eft fec, on lui donne le fécond noir, on lè remet à l’air, on le laifse fécher à cœur, & on lui donne un troifleme noir. St l’on en travaille plusieurs douzaines à la fois, on n’en noircira qu’une à chaque fois, pour les parer tout de fuite, pendant que le noir hume&ant encore la chair, donne une facilité de plus pour parer ; car fi la chair était trop feche , elle s’écaillerait, c’eft-à-dire , qu’elle 11e ferait point unie, & le mouton ferait expofé à fe déchirer-.
- On ne pare point le mouton comme les veaux & la chevre ; mais on y errti ploie des lunettes d’Allemagne, qui font plus minces & moins pefantes que celles de Paris; il ne faut pas que la lunette foit aiguiféefur la pierre à l’huile^ mais feulement fur un grès qui lui donne un morfil : auffi emploie^t-on plus communément pour cette opération le mot de grater que celui d s parer. Quand elles font patéës, on lès met à l’air pour fécher : on pafse enfuite une pièce à l’huile fur fleur pour foncer le noir , & on les éclaircit.
- 124. Lorsqu’on vèut mettre du mouton en fuif, on le bute, on le frotte avec la pierre-ponce ; quand il eft poncé , on arrofe le côté de la chair , c’eftw à-dire, qu’on donne un vent d’eau, avec un balai; on le rebroufse avec le liège, on le met en fuif;on le foule à i’eau, de maniéré qu’il foit bien évidé: après ce foulage on le crépit, on l’étend , on le noircit & on le met à l’air.
- Lorsqu’il eft à demi-fec, on le retient fur chair [34] avec l’étire ; on mët un fécond noir , puis on le met à l’air jufqu’à ce qu’il foit fec à cœur: on le corrompt des quatre quartiers , on le rebroufse de cul en tête avec le liege,
- on
- p.280 - vue 282/631
-
-
-
- ART DU CORROT EU R.
- tt*
- on le rediefse de travers & de cul en tête, on redrefse les bordages, ce qui donne de la grâce à la peau , & l’on met une couche de biere pour dégraifser la fleur. Quand la biere eft feche, on éclaircit [5 r]. Une peau qui a un beau noir, & qui eft bien claire , a toujours la préférence à mérite égal j ainfi le cor-royeurne doit pas négliger cette partie. Enfin on le met à l’air pour fischer i mais on évite le foleil, qui defseche trop les peaux & mange leur humeur ; il ne faut pas même les laifser trop à Pair , de peur qu’elles ne durcifsent.
- On ne (aurait fixer un prix aux moutons qui fe travaillent ch ex les cor-royeurs ; il y en a qui coûtent huit livres la douzaine , d’autres qui vont à 48 livres, lorsqu’elles font d’une grandeur extraordinaire. Quoiqu’on ne les vende point au poids , on eftirne qu’elles reviennent ordinairement à vingt fols la livre poids de marc.
- Du cuir de Rujjie.
- I2f. Le cuir de Ruftie, appellé quelquefois, mais par corruption , vache de roujji, eft un cuir de vache ou de veau, teint en rouge, cylindre, durci, & imprégné d’une huile prefqu’empyreumatique , dont l’odeur eft très-forte , mais qui rend la fleur propre à réfifter à l’eau. Les felliers eftiment beaucoup le cuir de Ruftie , & s’en fervent pour faire les dedans de carrofse, les cartouches de foldats, & leurs autres ouvrages les plus propres & les plus appareils.
- Ce font principalement les peaux de vaches, quelquefois celles de veaux 9 qu’oil emploie pour faire le cuir de Ruftie. On prend une peau en croûte [7], la plus blanche, la plus nette, la moins défedueufe j on la trempe dans l’eau , on la bute fur le chevalet avec un couteau rond, on coupe toutes les extrémités & les peaux faibles du ventre qui ne prennent pas bien la couleur} oli l’écharne fur le chevalet, 011 la foule, on la travaille avec la pomelle [ 17 ] ; on pafse de l’huile de poifson claire fur la fleur , & de l’huile avec du dégras fur la chair ; lorfqu’elle eft feche, on la travaille encore avec la pomelle [17].
- On met enfui te une couche d’eau d’alun préparée fur la fleur, & pendant qu’elle eft encore humide, on la pafse au cylindre qui fera décrit ci-après [127], on lui donne alors une fécondé couche d’eau d’alun. Lorfqu’elle eft un peu feche, ou met fur la fleur l’huile appellée huile de RuJJîe [129] } on y mef enfuite la couleur rouge oü noire [130], on met la peau à un foleil vif pour faire pénétrer la couleur, on remet de la couleur à plufieurs reprifes différentes, & à chaque fois on fait flécher la peau. On continue ainfi jufqu’à ce qu’elle foit bien colorée : pour lors on la foule encore, on la tit£ à la pomelle, on la prrre au plus viflfur le chevalet & à la lunette. Enfin on l’ecÜaircit en la frottant fur la fleur avec une brofse très-rude.
- 126. C’est à la manufadure de S. Germain-en-Laye, qu’on fait principalement le cuir façon de Ruftie. Il y a à Saint-Germain plufieurs tanneries où l’on Tome HL N n
- p.281 - vue 283/631
-
-
-
- 2g2
- A RT DW CO RR 0 Y EU R.
- prépare des cuirs forts à l’orge -, mais la plus importante eft celle qui eft auprès de l’hôpital , & que îe public appellait mal-à-propos la tannerie des Juifs. Elle eft établie dans le fief des Planches, & appartient à douze intérefsés qui habitent à Paris , & la font régir fur les lieux par des perfonnes de confiance , aidées de deux contre-maîtres. La plupart des ouvriers font Allemands , & î’établifsement même fut formé fur les defseins d’un Allemand nommé Tey-bert, qui apporta le premier en France, il y a environ vingt ans, le fecret des cuirs de Ruflie, & la méthode des cuirs de Valachie& de Tranfylvanie. Voyez l’art du tanneur (19). Il dépofa fon fecret avec beaucoup de myftere, 8c comme une chofe de la derniere importance , & il a adminiftré long-tems cette ma nu Fa dure.
- Le cuir de Ruflie était la principale partie de fon-fecret : il difait l’avoir appris au péril de fcs jours dans la Mofcovie même. La difficulté confifte, dit-on, dans cette huile de Ruflie qui le rend fort doux, l’empêche de s’égratigner a’ètre pénétré par la pluie aufli aifement que les autres , & lui donne une odeur particulière, à laquelle les ouvriers ont attaché la réputation de ces fortes de cuirs.
- 127. La machine avec laquelle on donne au cuir de Ruflie îe grain ou l’impreflion d’une multitude de petits lofanges , confifte en un cylindre d’acier d’environ un pied de long fur trois pouces de diamètre. Ce cylindre eft garni d’une multitude de filets très-ferrés comme ceux de la vis, mais difpo-fés en rond, & non en fpirale ; il eft chargé d’une mafse de pierres qui pefie trois ou quatre cents livres : on le promene dans les deux fens, & fur un banc de bois, par le moyen d’une corde qui pafse fur un cylindre de bois garni d’une manivelle-. La corde pafse aufli fur deux cylindres attachés au plancher, & fur un quatrième cylindre qui eft à l’extrémité du btmc. Le cylindre qui porte la manivelle a deux parties réparées, fur lefquelles paflent les deux extrémités de la corde en feus contraire : par ce moyen une feule manivelle peut donner au cylindre les deux mouvemens, l’aller & le retour.
- 128. Le cylindre eft fou tenu & dirigé par des barres de fer placées îe long du banc fur lequel il doit rouler ; 011 étend le cuir un peu humedé fur ce banc, & l’on fait paifer le cylindre fur le cuir : la marque des filets qui font £ r le cylindre demeure imprimée fur le cuir dans la longueur; on le retourne,, c’eft-à-dire, qu’on l’étend fur fa largeur , au Heu qu’auparavant il était fur fa longueur, & l’on y fait de nouveaux traits qui coupent les.premiers à angles droits ou à peu près^L’interfedion de ces traits forme fur la fleur du cuir des lofanges ou des qudVrés que le public veut y voir, parce qu’il eft accoutumé à les trouver fur le cuir de Ruflie. Cette opération fl Ample eft pourtant une ebofe à laquelle on attache beaucoup d^importance : & cela prouve bien l’uti-
- ( 19 ) Voyez- ci-fleffus, tom, III, page 48 & faix,
- p.282 - vue 284/631
-
-
-
- ART DU CO RROYEÜK
- 283
- îite qu’il y aurait à faire connaître les arts de maniéré à en bannir le myftere & la petitefse minutieufe qui en arrête les progrès. Une partie des chofes qu’on tient cachées , n’a pas d’autre mérite que celui du fecret.
- 129. Après avoir imprimé le cuir de Ruflie, 011 y met cette huile de Ruflie qui doit fortifier la fleur & durcir la furface du cuir pour empêcher que l’eau ne la pénétré. Cette huile eft une partie efsentielle du fecret, ainfi nous n’en pouvons dire précifément la compolition. Nous favons feulement qu’il y entre une huile diftillée de fabhte 8c derue, deux plantes afsez connues. On met les feuilles & les tiges indiftin&ement,à la quantité d’environ trois à quatre livres,dansldes matras de verre qui font recouverts par des chapiteaux.lutés avec du maftic j on allume le feu defsous, 81 dans l’efpace de trente heures que dure la diftillation , il pafse une ou deux livres d’une huile empyreumatiquc dont on fe fert pour imprégner le cuir de Ruflie. J’ai oui dire qu’on y employait aufli de l’écorce de bouleau réduite en poudre.
- 130. La couleur rouge qu’on a aufli coutume de donner au cuir de Ruflie eft encore un fecret. Elle eft formée principalement avec le bois de Bréfll, & fur-tout celui de Fernambouc. On fait que ce bois eft fortufité dans la teinture ;mais on l’emploie avec l’alun & le tartre , fans quoi fa couleur 11e ferait point folide. On en cire une efpece de carmin par le moyen des acides : on en fait aufli de la lacque liquide pour la miniature. Voyez ledi&ionn. des dro^-gués de Lémery. La maniéré de l’employer pour le cuir de Ruflie, eft de 1© faire bouillir pendant cinq à flx heures avec d’autres ingrédiens que l’on cache fous le plus grand fecret. Les propriétaires de la manufadure royale de Saint-Germain-en-Laye n’ont qu’une feule perfonne qui en ait connaifsance, & le procédé s’y conferve en dépôt fous plufieurs clefs , comme étant le bien le plus précieux de cette compagnie. Cependant il n’y a rien de fi aifé que de trouver des procédés parlefquels on aura une teinture aufli folide & aufli belle que la leur. *
- 131. Le bois de Fernambouc, dont on faitufage pour le cuir de Ruflie , eft de faux teint, comme prefquetous les bois colorés. La couleur qu’il donne nerêfifte pas à l’épreuve du tartre ou du débouilli, mais il réfifte afsez bien à l’air & à la pluie ; quelquefois même il acquiert du fond : ainfi l’on fait bien de l’employer pour le cuir de Ruflie. Les teintures rouges plus folides font d’un trop grand prix pour être employées dans cette branche de commerce. Quelquefois trois couches de couleur fuflifent, quelquefois on fera obligé d’en mettre dix à douze , encore ne réuflit-elle pas toujours ; il y a
- * On pourrait croire que ce fecret n’eft au moins douze ans, avec une penfion qui pas fi merveilleux, puifque cette manufac- n’eft que de 600 liv. On aflure qu’il a offert ture ne fait que très-peu de cuir de Ruflie, plufieurs fois la vente de fon fecret pour 8c qu’on a renvoyé le fleur Teybert, il y a 600 liv, 8c qu’il n’a pas trouvé d’acquéreur.
- N n ij
- p.283 - vue 285/631
-
-
-
- 284 ART DU CORROYEU R.
- de ces cuirs de Ruftie qui ont toujours un œil noir, fans qu’on en facile la caiife.
- 132. La France tire encore de la Ruftie beaucoup de cette forte de cuir. Cequeia manufadiure de Saint-Germain en fournit, ne va pas à vingt mille francs par an , & fert principalement à l’ufage des troupes. Le prix du cuir de Ruftie eft d’environ trente-fix fols la livre; ce n'eft qu’un cinquième de plus que le prix des vache6 noires , mais il eft en général plus lourd que les autres fortes de cuirs.
- 133. Le cuir de Ruftie noir fe fait avec la même huile, & fe pnfse de même au cylindre ; on lui donne deux ou trois couches de noir comme aux autres vaches noires [45] : il en différé feulement par le grain, la dureté de la fleur, & l’odeur que lui communique l’huile de Ruftie.
- Vaches rouges.
- 134. Les eorroyeurs de Paris, quoiqu’ils ne fafsent pas du cuir de Ruftie , préparent des vaches rouges, qui n’ont point d’odeur , dont la couleur eft plus belle, mais moins folide que celle du cuir de Ruftie. La couleur fe donne avec du bois de Bréftl bouilli dans de l’eau de chaux, & un peu de cochenille. Les felliers, bourreliers, coftretiers, emploient ces vaches ou veaux teints en rouge pour les équipages.
- 13 f. Les vaches qu’on veut mettre en couleur , ne doivent point avoir de fuif, mais, feulement un peu d’huile claire appliquée très-légèrement & fans dégras , feulement pour adoucir la peau. On choilit tant qu’on peut, des peaux qui foient fans défaut, qui n’aient point de coutelures, de coups de cornes, d’égratignures, comme on les rencontre fi fouvent, & qui aient la fleur vive, c’eft-à-dire , belle, ferme, & bien confervée.
- 136. On prend une vache en croûte dont la fleur foit vive , on la défonce, on la draye , on la foule à l’eau , & on la met au vent comme les cuirs façon d’Angleterre ; on lui donne une couche d’hui'e fur fleur & une couche d’huile & de dégras fur chair , environ une demi-livre en tout, & 011 la met flécher.
- 137- Quand elle eft feche, on lui donne une couche d’alun avec une brofse , de cul en tète , & de travers : cet alun fert à faire manger le relie de la verdeur de la peau , & à pafser la peau , comme diient les eorroyeurs» Enfin il prépare la peau à recevoir la couleur.
- On la foule fur fou alun, jufqu’à ce qu’elle foit douce; on la foule à petits plis, on la corrompt des quatre quartiers , on la met à l’air pour faire évaporer l’humidité de l’alun ; quand elle eft feche, on la rebroufse avec le liege.
- 138* Pour faire le rouge, on tire huit féaux d’eau de puits dans un
- p.284 - vue 286/631
-
-
-
- ART DU C'0 R R 0 T E U IL
- nr
- tonneau très-propre, on y met environ dix livres de chaux vive pour s’éteindre. Deux jours après, oü prend cette eau fans troubler le marc qui s’eft dépofé ; on la met dans une chaudière de cuivre ; on prend du bois de Brélil le plus frais haché , celui qui a le moins d’aubier, & on le fait bouillir à grand feu: huit livres de bois font deux féaux de rouge, & fuffifent pour dix-huit à vingt vaches. Un feau contient 18 » 20 pintes de 48 pouces cubes chacune.
- Il ferait plus à propos de l’acheter en mafse, & de le hacher ou râper quand on veut s’en fervir. Il en faudrait moins que quand on fachete en copeaux, & il aurait moins perdu de fa force. a
- 139. Tl faut faire bouillir cês deux féaux de rouge jufqu’à ce qu’ils foient
- réduits à moitié; on retire le premier rouge, & l’on remplir lai chaudière avec de l’eau de chaux du même tonneau , qu’on fait de même diminuer de moitié fur le même bois ; on mêle ce fécond feau fur le premier $ omy ajoute environ une demi-once de cochenille bien pilée ; on la fart bouillir un moment ,’ on la retire de defsus le feu > & lorfqu’elîe eft encore bouillante , on y'jette gros comme un œuf de cbaux-vive (cette condition eft effentielleQ f on la laifse refroidir , & elle eft prêté à employer. i: ' '*1 > J ; ?
- 140. On donne à la peau la première couche de rouge de cul en tête 8c
- de travers ; on la remet à l’air, on lui donne Je fécond rouge de la même façon, on la laifse fecher à fond , 011 la corrompt avec la pomelle de cul en tète & de travers* après quoi ou lui donne le troifieme rouge/danls lequel on ajoute un blanc d’œuf, m ï “ \ ' t *j' •• •... f v ! ?
- 141. Quand on* a* donné le troifiemé rouge, onfmet ta peau à l’ait pour'
- la faire efsorer , après quoi-oh? ta lifsè.>Pour que là tifselpuifse gtifser *iori prend un morceau 'dé couverture de laine légérémènt huiléç omle psfsk'éeC* fus la peau. » ; •’ •’*- ' 1 • :.v >’ ' 'jh 1 ' ' . '
- On lifse de cul en tête1 & de travers y dii côté de fleur, & la vabhe rouge' éft finie: >' -n «•"*••* . • ;:\i t î;m a . ; . 'u: -w,''. u\'t
- 142. Il y a des corroyeursqui préparent la; teinture rouge d’une* ttiamerer
- un peu dilférente , que nous allons rapporter^ jjjon.q to .uj. •:/:
- On commence par faire une eau d’alun, en mettant fur le feu dansufiichaiK' deron environ trois; demî-feptiersd*eàu aveecurtelivrè dhduu'yilrie fôutqfifùn feu médiocre, fuffifant pour faire fondre l’alun : après cela on met la difsahi*. tion dans une grande terrine , & l’on verfe par-defsos* fîx pintes d’eau ?cam-! mune bien nette , ce qui fuffit pour aluner trois douzaines de peaux dé vfeftux.
- On prend enfuite trois livres* de bois deËrélih, aVec un mdreeauîde chaux vive , gros comme un œufs on les fait bouillir à grtas bouillons avec envirom quinze pintes d’èau pendant ciilq ^lixheurfes : cette' déco&ion queles'"
- corroyeurs appdlem . --m; Ufcq m;o'i p j.-oîl'i tfr
- p.285 - vue 287/631
-
-
-
- ART DU CORROYEU R.
- W
- La. peau étant prife au même état qu’elle doit être pour le noir, on la frotte avec un morceaude frife ou de lame trempé dans l’eau d’alun; l’ayantlaifsé bienfecher, on la frotte avec le bréliU on la laifsefécher encore, on la frotte avec un autre bouchon de frife , on y mec une nouvelle couche de bréfil, on la laifse pareillement fécher : enfin on répété tout cela une troiiieme fois.
- 143. La lifse dont quelques corroyeurs fe fervent pour les vaches rouges, eft faite comme celles dont fe fervent ordinairement les marchands de linge pour donner du luftre à leurs coiies, Si cacher la grofseur du fil en l’applatif-fant. Gette lifse eft comme un oignon de verre de trois à quatre pouces de large fur un pouce d’épaifseur , convexe par-defsous , & furmonté d’une ef-pece de tige ou cylindre de verre qui fert de manche. On la voit enl, pi. II. On fait aulîî des iifses d’une aut- e forme, où il y a deux poignées, & ce font les meilleures. Après avoir frotté la peau avec un peu de jus d’épine-vinette, il faut laifser fécher la peau , enfuite 011 la lifse fortement , & c’eft la dernierc façon qu’011 donne à ces veaux ou moutons pafsés en rouge.
- 144. Il y a des vaches rouges depuis feize francs jufqu’à vingt-quatre * pe* fant dix à douze livres poids de marc; mais on ne les vend pointa la livres c’eft la taille & la qualité qui décident du prix.
- Des veaux d'alun à l'ufage des relieurs.
- Ï4f. Les vèaux 8c moutons qui fervent aux relieurs, & qui coûtent trente* buit livres la douzaine en , font des veaux dont la fleur eft bien entière, travaillés dans le plein dans le confit & dans le c-oudrement, parés à fond «St lifsés avec un fer chaud. On fait un.afsez grand myftere de leur préparation. Ge n’eft-qu’à Verneuil dans le Perche , à vingt-trois lieues à l’occident de Paris, & à l’Aigle en Normandie , qui eft à quelques lieuè^ plus loin , qu’on prépare les veaux des relieurs de Paris. M. Defmarets , infpeCteur des manufactures , qui alla fur les lieux, demanda inutilement quelques instructions à ce fujet aux fubdélégués , qui parurent attacher auflî à ce fecret la plus grande importance. Il fembie que de pareilles petitefses ne devraient fe trouver que dans la bafse mercantille. -
- Mais M. Drouin l’aifté, l’un des plus forts marchands de Verneuil, actuellement maire & change du roi dans cette ville , & M. Moffiatre , autrefois engagé dans le même commerce , m’ont donné des éclaircifsemens qui ne font point fufpeCts.
- Verneuil eft une ville d’environ 3foo hibitans, dont la richefse & le commerce principal font fondés fur les veaux d’aluu. M. Drouin & M. Loche en fournifsent à Paris chaque année près de 300 grofses ou 43200. Un bras 4e l’Iton, qu’on a détourné pour le faire pafser à Verneuil, fournit toute l’eau
- p.286 - vue 288/631
-
-
-
- ART DU CORROYE U R,
- 287
- nécefsaire à ce travail > & la qualité de cette eau (2o)pafse pour être une condition efsentieîle dans le travail des veaux d’alun.
- 146. On choifit des veaux mort-nés, & autres petits veaux, qui ne coûtent guere aux environs de Paris que dix-huit livres la douzaine. On ne prend les grandes peaux que lorfqu’elles font fort minces ; on réferve les peaux qui font fortes & épaifses pour être tannées & corroyées y & les marchands de bafse Normandie & de Bretagne , qui fournifsent la plus grande partie de ces peaux aux tanneurs en veau d’alun , vendent les plus fortes pour le pays étranger. Les provifions fe font à Verneuil depuis le mois de mars jufqu’au mois de feptembre.
- On reçoit ces veaux fec$ ; ils n’eil font dans la fuite que mieux travaillés de riviere , plus abattus & plus fouples. On a foin d’examiner d’abord s’ils ne font point rongés par les infeétes qu’on appelle calandres , qui font des filions fur la fleur, & endommagent confidérablement ces peaux. On met à part celles qui en font attaquées, pour les employer les premières*
- En les, ouvrant, 011 a foin de les battre fortement avec une baguette, pour faire tomber la poufïiere & les infedes; on les met enfuite dans un lieu où il n’y ait ni trop de chaleur ni trop d’humidité. En été, on bat ces peaux toutes les femaines, plus rarement en hiver.
- 147. On travaille à la fois treize douzaines de peaux qui font un cent& demi, avec les quatre pour cent qu’on a coutume de mettre par-defsus : cela fait une cuvée & deux chippées, & s’appelle à Verneuil une auvergnée, parce que le coudrement dans lequel 011 lespafsè, s’appelle l'auvergne.
- Pour faire revenir ces peaux feches , on les met dans une échange : ç’eft une fofse ovale creufée dans la terre, quia dix à douze pieds de long fur trois ou quatre de large , & fixde profondeur, qui reçoit l’eau par une ouverture ovale d’environ un pied & demi de hauteur, mais alsez étroite pour empêcher les peaux de fortir de l’échange. L’eau s’écoule par une autre ouverture femblar ble. Les peaux reftcntdans l’échange deux ou trois jours en été, & fix à fept en hiver.
- Quand on les retire, on les met en tas, & le ’endemain on les cafse, c’eft-à-dire , qu’on les ouvre fur le chevalet du côté de chair avec un couteau qui ne coupe point. Gn a foin de meurtrir, c’eft-à-dire, de donner de la fouplefseau^; tètes , qui font plus épaifses que les corps,
- 148. Apres ce premier travail , on les remet à l’eau, pendant deux jours * & on les retire pour faire encore une femblab'e opération. S’il s’en trouve qui ne foient pas encore afsez ramollies,on les remet dans l’échange une troir, fieme fois pour un jour, & on les cafse de nouveau. Toutes ces opérations fe
- ( 20 Voyez ce que j’ai dit, d’après M. Schreber r furies qualités dej’eau, dans. l’art 4u nisgiffier, tomç 111, pag. 206 & 207.
- p.287 - vue 289/631
-
-
-
- 288 A R T T) U CORROYEU R.
- font pour les rendre auffi molles que fi elles venaient d’être levées de defsus le corps de la bête , après quoi on les met au plein :c’eft un trou crcufé en terre , de la profondeur de quatre à cinq pieds fuivant le befoin, & large à proportion. On y met 40 à 50 féaux d’eau ; on verfe un tonneau de chaux , quion laifse éteindre ; douze à quinze heures après, on la remue avec un bou’oir , qui n’eft autre chofe qu’un maillet emmanché d’une perche ; on y remet encore de l’eau, on la remue encore pour y renverfer les peaux qui font en état d’être mifes en-plein neuf, c’eft-à-dire , qui font les plus avancées. On les prend ies unes après les autres ; un ouvrier les enfonce avec une perche à mefure que l’autre les tire de la pile. On les laifse dans le plein un jour entier , & quelquefois plus, fuivant le befoin ; à mefure qu’on les retire» 011 les met e,n. retraite , c’eft-à-dire .en pile , bien déployées, & de faqon que les tètes fe trouvent toujours fur les queues. Les peaux dont nous avons parlé [147], & qui viennent d’être cafsiesf, fe| mettent dans un plein le plus ulé ; le jour fuivant on les met eu retraite , puis 011 les fait pàfser dans dyautres pleins moins ufés, ainfi de fuite jufqu’à ce qu’elles fe pelent facilement. Voyez l’art du tanneur (21).
- J 149. Lorsque le tems eft venu de les peler, on les, met dans le bon plein, fans remuer la chaux, pour les y laver , pour en ôter la chaux dont elles font chargées; enfuitë on les tranfporte à la riviere pour les laver en grande eau & les peler tout de fuite , en obfervant de féparer la bourre blanche d’avec la rouge , parce que la première eft bien plus chere. On les met dans une échange pendant la nuit, on met une grande perche en long ,grofse comme la jambe. Aux deux bouts de cette perche , font deux chaînes qui font attachées à deux gonds , & qu’on haufse & baifse pour pofer& retirer les peaux qui ont été pelées , & qu’on y laifse tremper la nuit.
- . * rço. Quand les peaux ont pris l’eau , on les retire à mefure que l’égorge-teur en a befoin pour les mettre fur le chevalet, la tête en bas., &. les égorge-ter-On fe-fert pour cela d’un couteau fort tranchant, 011 échacne jufqu’au vif, & de faqon que le côté de la chair fe diftingue à peine de celui de la fleur. On rogne beaucoup plus que dans tous les autres travaux de riviere ; on amincit la gorge &. la tête de maniéré qu’elles fuientaufli minces, que le refte de la peau , en coupant aufiî les oreilles , les queues & autres extrémités.. Ces parties fu-perflues fervent à faire de la colfe pour coller les chaînes des étoffes de laine. On fait fécher cette colle fur des carreaux de chambres en l’étendant bien, mince ; & lorfqu’eile eft bien feche , elle fe leve comme une toifon : on la vend 30 a 3? livres le quintal. Après cette première opération, on remet, ies peaux le foir à l’eau dans l’échange, & le lendemain on les écharne fur un chevalet avec un fer beaucoup moins tranchant que celui dont on vient de parler, afin d’en
- (21) Page 17 de ce IHc volume.
- faire
- p.288 - vue 290/631
-
-
-
- ART DU CORROYEU R.
- 289
- faire tomber toutes les chairs \ après quoi on les remet encore le foira l’échange. Le lendemain matin, trois ouvriers les mettent une troifieme fois fur ces chevalets , pour leur donner une façon fur la fleur & en faire fortir la chaux. Dès les huit heures du matin cet ouvrage eft fini; & pendant qu’on y travaille, tin quatrième ouvrier fait du feu avec des mottes , fous une chaudière de cuivre , pour faire chauffer de l’eau , & aluner les peaux.
- if i. Pour aluner, on met dans une grande cuve trois eu quatre féaux de 'merde de chien ; lefquels trois à quatre féaux 11e font guere que deux féaux de porteurs d’eau de Paris. Cette merde de chien fe nomme alun. Si l’on en manque , on y mêle de la fiente de poule : elle eft trop vive, & on s’en fert avec •précaution. Sur cette merde de chien on jette un grand feau d’eau pour la détremper, après quoi l’ouvrier entre dans la cuve , & avec fies fabots il la délaye , & y verfe de l’eau jufqu’à moitié de la cuve. L’aluneur de fon côté verfe l’eau de fa chaudière dans cette cuve , la mêle avec l’eau froide ; après quoi ils jettent les peaux, les remuent, & les tournent pendant quelques momens avec de grands bâtons; cela fait, on reprend l’eau de la cuve pour la faire chauffer dans la chaudière , & on laiffe les peaux une heure dans la cuve. On les range enfuite dans un coin de la cuve , où on les retient par le moyen de deux bâtons en croix ; on tire l’eau de la chaudière feau à feau , on la met dans le vuide de la cuve en la remuant bien pour la mêler avec la froide & empêcher qu’elle ne brûle les peaux. Quand l’eau a acquis le degré de chaleur convenable dans la cuve, on leve les croix de quartier pour remuer & tourner les peaux avec force, jufqu’à trois reprifes. •
- Après avoir tourné les peaux dans cette efpece de coudrement ,on reprend Une fécondé fois l’eau de la cuve pour la faire chauffer dans la chaudière , & après une pofe d’environ une demi-heure , l’aluneur les tire de fon côté & remet la croix de quartier derrière les peaux , afin de les jeter dans le vuide à mefure qu’il les manie & les fait bouffer. Il examine célles qui font les plus minces, il voit le progrès qu’elles ont fait, & donne l’eau chaude à proportion qu’il en voit d’avancées. On met l’eau chaude avec beaucoup de circonfpeélion; on enfonce le bras au fond de la cuve pour connaître le degré de chaleur, on remet encore un feau ou deux d’eau chaude, & levant la croix de quartier, on les tourne vivement ; on remplit toujours la chaudière, & l’on met le bras ‘dans la cuve de tems en tems, pour favoir fi l’eau refroidit. En été, on a plus de mefures à prendre qu’en hiver.
- 152. Un quart d’heure après, l’ouvrier ramafse les peaux à fon bord , met la croix de quartier , & les examine avec attention en les faifant bouffer , en les développant en long & en large ; & quand il trouve qu’elles fe prêtent & Valongent bien , & font comme prêtes à fondre, il juge alors qu’il eft tems de les retirer. If en tire pour cette, première fois , une ou deux douzaines* Tome III, O 0
- p.289 - vue 291/631
-
-
-
- zso ART DU C O R R 0 r E U R.
- qu’il met dans des féaux: après quoi il vide l’eau chaude comme ci-defsus, & les tourne trois à quatre fois ; il remplit la chaudière ; un quart d’heure après, il les attire Vers lui, met la croix, & il en retire du coudrement un plus grand nombre. S’il en avait laifsé de celles qu’il a retirées la première fois, ou qu’il en laifsâc de celles qui font prêtes , elles feraient en danger de fondre & de faire fondre celles qui font avancées, fans être même à leur dernière perfection. -C’elt ici que toute l’attention de l’ouvrier eft nécefsaire: comme les peaux font plus difficiles à pafser les unes que les autres » il arrive que les unes font prêtes, tandis que les autres font encore bien éloignées de l’être ; il faut quelquefois fix ou fept heures pour que les plus fortes forent alunées , ce qui oblige de répéter les mêmes opérations en augmentant toujours la chaleur jufqu’à la fin. A, raefure qu’il s’en trouve de prêtes, on les met fur le chevalet, & on les foule avec le fer par-defsus la chair, pour lesalonger & les nettoyer; s’il s’eu trouve fept à huit de trop fermes , on les laifse dans la cuve, tandis qu’on coule les autres.
- I f 3. Lorfque tout a été tiré de la cuve , 011 eu fait fortir l’eau par la bonde,, & après l’avoir bien lavée ,on la remplit d’eau de riviere jufqu’à moitié ; 011 y lavedes; mêmes peaux les unes, après les autres, & on les tourne par trois repris fes avec les bâtons , toujours dans la même eau , où l’on met une corbeille de tan,après quoi on les tourne encore trois fois. Cela fait, l’aluneur les attire à lui, les repafse en les maniant & les faifant bouffer pour ôter les taches de tan; il les tourne trois fois dans la cuve , où il les laifse.
- 154. Le lendemain ,. la couturière vient lever ces peaux , & les metégoutr ter fur des planches; après quoi elle les tranfporte à fon laboratoire , où elle fes prend les unes après les autres pour examiner & recoudre avec une aiguille ordinaire les petits trous qui fe font formés dans les peaux par les coutelures. du boucher, ou par le ferde l’égorgeteur, qui en enlevant les deux tiers de leur épaifseur, eft fou vent expofé à entamer la peau. Elle coud en fuite le «orps de chaque peau en forme d’outre, excepté la culée , de maniéré que la chair eft en dehors ; elle prend pour cela un petit carrelet fait exprès & plat par la poixate ; & avec un gros fil double, elle prend un côté de la peau à deux lignes du bord,& l’autre à près de fix lignes. Elle rabat celui-ci fur le pre^. mier ,*en forme d’ourlet roulé fur lui-même, mais fans le ferrer, pour laifeer à l’eau1 la liberté de fè retirer doucement ; car en ferrant trop fa couture , il fe formerait tout autour une maniéré de corne noire. L’auvergneur les retourne & met dans chaque peau une quantité de tan proportionnée à fa grandeur:; après quoi la couturière ferme la culée jufques auprès des pattes, afin de donner entrée à la douille de cuivre d’un entonnoir de bois. Cela fait, Eauver-, gneur tranfporce les peaux remplies de tan auprès de fa cuve, & jette les peaux qui ont été précédemment dams la cuve , fur yn râtelier , pour les découdra.
- p.290 - vue 292/631
-
-
-
- dRT B U G O R RO Y E U R.
- Xacuve doit être à moitié pleine d’auvergne » qui n’eft autre ch ofe qu’une eau que l’on tire d’une autre cuve dans laquelle on a vidéjes peaux , ou jeté le -tan dont on les avait remplies auparavant. Pour tirer au clair l’eau de cette çuye qui eft ovale ainfi que le deux autres» on met une porte à un bout pour ,former un vide * pendant que le refte de la cuve eft plein de tau , & l’on, tire l’eau qui fe filtre à travers ce tan, & que l’on fait chauffer dans une chaudière avant de la vecfer dans la cuve où l’on doit ehipper, eu auvergner, comme .l’on dit à Verneuil.,*
- r, » i % 5. Lorsque Peau qu’on a vidée de la cuve au tan dans la chaudière » eft fuffifamment chaude» on la verfe dans cette même cuve où l’on doit auvergner ; mêlée avec l’eau froide qui était dans la cuve, elle ne forme plus qu’une eau tiede* L’ouvrier prend une de fes peaux , & par le moyen de fou entonnoir » il y.met un petit feau d’eau , la lie avec un petit cordon de peau qu’on a laifse fur Us queues à cet ufage j & quand il a fini de les remplir de k même quantité d’eau , il leslaifse repofer pendant une heure. Eu attendant» il fait chauffer d’autre eau qu’il tire de la même cuve dont-il avait tiré la premières il met un râtelier à un bout de la cuve pour féparer & retenir les. peaux » & les prend en les pafsant par-defsus le râtelier pour les emplir le plus qu’il peut par le moyen de fon entonnoir & de fou petit feau, & il les lie bien, pour que Peau fe filtre tout doucement à travers les coutures. Cette opération fait enfler les peaux comme des ballons, Sc elles forment une pyramide da^s la cuve. On 'répète.cette, opération une troifieme fois, en les laifsant repofer une heure à chaque fois,, & en donnant toujours un nouveau degré de chaleur. Il faut avoir égard au degré de plein que les peaux ont eu , c’efLà-dire , donner moins de chaleur à celles qui ont eu plus de plein& beaucoup de chaleur à celles qui ont eu peu de plein s mais cela demande beaucoup d’expérience dans Fauve rgneur.
- 1 <)6. Le lendemain on fait la même opération dans une troifieme cuve* pendant qu’on, laifse dans leur cuve les peaux de la veille, fe nourrir du tan dont elles font pleines. Le furtendemain , on leve toutes les. peaux de la première cuve,,que l’on fait égoutter fur un râtelier qui eft fou-tenu! par deux efpe-ces de petits chevrons appuyés, fur les bords déjà cuve., Quand elles- font égouttées, ouïes jette, fur le râtelier de la cuve, où l’on doitJes.découdre & les vider de leur tan & à me,Cure qu’on les découd, on les, ploie la chair en dedans, pour les porter enfuite au bord de la riviere, où on les- lave par-defs.us ,1a fieur. Un autre ouvrier les prend & les,pote en travers fur’ un treteau, où on les laifse égoutter, après, quoi on’les porte,dans des hangars kits exprès iion Jes,ouvre par les deux pattes, de derrière on les pend- la tête en bas à des cclous éloignés de fix pouces l’un de i’autrei
- * Le fupplément du diHionnaire de Trévoux explique mal le mot chipper.
- O o ij
- p.291 - vue 293/631
-
-
-
- ART DU CORROYE U 11.
- 292
- j-Ÿfi Lorfqu’elles font bien feches , oii en fait de? piles , & on les y îaiflV jüfqu’au tems où on les envoie à Paris. Quand le moment de l’envoi eft venu , fi' c’éft en été , on les jette tout au travers des halles’, pour leur faire prendre la rofée , & dès le grand matin les ouvriers les prennent'pour les dreffer c’eft-à-dire les paffer fous le fàbot, afin d’abattre les coutures , de les tirer de tous fens,& les rendre fouples comme des gants. Pour les mettre en fixains, on fait douze ou quinze fortes de différentes grandeurs , qu’on réduit à fix , afin que les plus grandes foient déflus & deflous le fixain , qui eft attaché par la tête avec de la ficelle, & deux attaches pour les retenir. Pour finir les peaux feches en poil, au moyen de toutes les opérations précédentes jufqu’au point de les mettre en fixains-, il faut fix femaines en été ; mais en hiver , il en faut au rçioins huit.
- 1-58. On a dû être furpris de voir le nom tfalun donné à un confit de chien : fans doute qu’autrefois on les palfoit en alun , & que l’on aura., confervé le nom d’un travail oublié.
- Nous avons dit qu’au défaut de crottes de chiens , on s’eft fervi quelquefois de fiente de poules, qui produit prefque le même effet. Cette matière abat la peau , la corrode , l’amincit , empêche que le grain ne fe forme enfuite à la fleur. Les peaux ainfi alunées font fix minces qu’on les prendrait pour- une toile légère , & qu’on voit le jour au travers. Pour peu qu’un- ouvrier fe néglige , que l’eau foit trop chaude , ou qu’on y laifse les peaux trop long-tems , elles font tellement altérées que les parties minces fo déchirent enfuite , ou dans l’auvergne [-15-5 ]\ ou chez le relieur.
- 1^9. Le tonnerre & les brouillards nuifent à ces fortes de peaux , & on tâche de travailler, autant qu’il eft polîible, dans le printems & dans l’automne.
- 160. On pafle de la même maniéré les peaux de porcs, pour couvrit, de grands livres d’églifes ; ce font les plus dures de toutes,
- 161. LEsbafanes ou moutons tannés qui fervent aux relieurs , 11e font point alunés comme les veaux [i-çî]* Ils n’ont befoin que du plein & de l’auvergne : le travail eft à peu près Je même que celui des veaux. Il y a des bafanes chippées & des bnfanes de couche Les premières font coufues tout autour ,ainfi que les veaux j les autres ne fe coufent point, comme dans le chippage ou coudrement que nous avons expliqué. Nous avons déjà parlé du cuir fippé ou chippé dans fart du tanneur [255]: ( 22)-
- < - Les tanneurs de Verneuil & de l’Aigle font perfoadés que la qualité de leurs veaux d’alun ne vient que de la qualité de l’eau de leur pays, qui eft molle & battue , & qu’en vain ®n tenterait ailleurs de les imiter. Cependant les petites villes des environs en font quelques-uns j mais leur bénék (22 ) Page 89 de ce-IIIe volume*
- p.292 - vue 294/631
-
-
-
- fice eft peu confidérablé. U eftvfài .qu’on à fait à Paris,des eflais qui n’ont pas bien réuffi ,* mais je crois qu’avec ;de.s tentatives & dès* expériences , on par--viendraifc a faire mieux'» . M. BarroisV dire&eur'& intérefle de la',manu-Fadure de Saint - Hîppolyte ,Te propofe de l’entreprendre. Il y a été invité par M. le lieutenant de ^police , dans le tems où les tanneurs de Verneuil fe font accordés ,à augmenter de fix livres par douzaine le prix de leurs veaux , & n’en pas donner à moins de trente-huit livres. Une petite peau d’une livre j & demie fe vend à raifon de vingt fols la, livre , une peau de deux livres ou deux livres & demie fe vend fur le pied.de vingt-un à vingt-deux fols la;livre, ' f, , '
- s 62. LESraifons que l’on (donne dejcettè. ..augmentatjbn de prix ,’Tfc ré-duifent à trois: i°. Les étrangers enlèvent nos meilleures peaux', & répandent fur l’autre une extrême cherté. 2^. Les Bretons font dans l’ufage de tuer leurs veaux au bout de huit à dix jours. S’ils les gardaient feulement un mois,, cela-,produirait une abondance de peaux., Adtuellement qu’ils ^veulent les'vendre à la livre , une/peau qui pëfe'une livré &,demie Referait deux livres où deux livres '& demie. 3°. Les tanneurs font des'crédits de deux à trois ans aux relieurs de Pqris, avec qui ils courent'des rif-ques : il n’y a que des marchands fort riches qui puifsent faire ce commerce. $i l’on achetait les peaux argent comptant, les, petits tanneurs .pourraient afpirer à la concurence, & il s’en formerait peut-être une multitude avec un, bénéfice modique.' Cela ferait d’autant plus utile, que les gros marchands .étant en petit nombre^ & faifant des fortunes rapides , font à portée clè* convenir entre .eux, de -fixér des prix dé faire manquer dej reliures la* ville de Paris cbmme cela eft arrivé ’il y a quelques années, ' " ***
- 163. MM. Drouin , & M. Loche, de Verneuil , fournifseut à1 Paris chaque année près de trois cents grofses Hé .veaux'd’alun [é’ëft quarante! trois mille deux cents] , & les. appâtent chacun tous) les trois mois Ceux dé l’Aigle'en font békucoup moins’', ‘&j ils n’Ùn-t pas^ dé teins'fixés .pour leur vente. , . . . ..T 4i!
- 164! Quand, un marchand'eft arrivé , lé cferc de ,1a communauté rde^ relieurs vachez'les’maîtres, pour les avertir qu’un iel jour on doit ld-tir lés veaux d’un tel marchand. On forme des lots, tantôt cle deux fixai ns , tantôt de fi'x, a proportion de l’abondance des marchàndifes ; chaque relieur a un. jeton marqué du poinçon de la communauté^ du nom de celui à qui il appartient. On met tous,les jetons dans le'bonnet d’un enfant, à qui on les fait tirer’ :r/le_ premier tiré à lé premier lot, & àrniî des kutres.
- Les peaùfliers ont droit fur la moitié'de ces cuirs'; niàis communément îls..les revendent aux relieurs. “ fîl 1
- 16<). Quand le relieur veut employer ces veaux d’alun à couvrir des livres.-,
- p.293 - vue 295/631
-
-
-
- ART DU CORK 0 T MUR.
- a?4
- il les trempe dans l’eau ? les tord , lesrratifse fur une douve ou planche convexe , en forme de cheyajet, avec unt'dague , qui n’eft qu’une lame de fabre à deux manches- La dague ne coupe point} ruais plié étend la peau, l’amincit, la nettoye, & eii ôte le tan qui pourrait y relier attaché, comme le butoir des corroyeursf
- 166. Ôn taille la peau par morceaux de grandeur convenable, on étend ces morceaux fur une pierre bien polie pour les parer, e’eft-à-dire, enlever une couche du côté de chair fpr les bords & dans les endroits qui font trop épais. Le couteau à parer eft fait & emmanché à peu près comme le cifeau d’un menui-lier; mais il eft fort tranchant, fort mince, & on le promene obliquement iur la peau: les têtues ou les parties les plus épaifses ont fpr-tout befoin d’être parées»
- i£7* Après que la peau eft parée, on la colle fur le livre, on bat le plat du.livre i. qn le met en prefse, on y applique une ou deux couches de blancs d’oeufs qu’on iaifse fécher, & on le polit avec un fer à polir un peu convexe, Tfls e & chaud. \ ( , ‘
- 1 Jk pafse légèrement fur çette'efpece de cprroieriq qui fë fait chez le relieur, parce qu’elle fera traitée p|usr au long daps Y art Au relieur > que l’académie fe prppofe dé décrire.
- f • Du chagrhu
- ï6#. cfyiigri.n eft une des plus belles préparations du cuir} ainfi nous né la féparerpns pas, de l’art du corroyeur : mais on fait très-peu de choie à ce fuie::., Un auteur fort connu, nommé Borel, a cru qu’il fe faifaic avec la peau d’un ppifson qu’il nomme chat-marin i enforte que du mot.^mw de chat, on avait fait celui de chagrin. D’autres auteurs afsurent que le chagrin eft fait avec une peau de cheval, d’àne pu de mulet. Pothey, dans fon hiftoire générale des drogues s lijV. I, page 40, édit, de 1694 , dix que ç’eft un animal d’une efpcce particulière, fort commun en Turquie & en Pologne, duquel les Turcs & les Polonais fe feryent pour porter leurs bagages, comme nous, faifons ici des mulets.
- ,169. OH ne prend que la croupe de la peau , on y feme <% pu. ÿ écra.fe de la femence dejmoutardp,, opi[lai laifs.e expoféeàux injures dé l’air pendant quelques jours} enfui te onia tanne, fuiyanypomey copié par Savary dans fon dictionnaire dii commerce : mais, ce tannage eft bien différent du nôtre } car le cjia-grin,refsoqmja|e plqsàdu parchemin qu’à toute autre chofe.
- ) L^&. marchands, tirent, les peapx;de chagrin de Conftantinoplede
- ïayrfs*» de Tripqji ,(ÿ même de Pologjiei mgis.celui de Pplogné eft ptepcj moins. 1^ teinture. Le chagrin gris de Coufta-ptinople’eft le meilleur de tous, le blanc eft le moindre.
- 171. LÈ chagrin eft très-dur quaiidiLeft fec j mais il fe ramollit dans l’eau
- p.294 - vue 296/631
-
-
-
- comme le parchemin, ce qui le rerçci propre à couvrir difïerens ouvrages,' Voyez Pomey, Vencyclopédie , le di&ionnaire du commerce,,
- 172. On contrefait le chagrin avec du maroquin j mais le faux chagrin (23}
- s’écorche fous l’ongle, & c’eftà quoi on iediftiiigue : les,peaux tannées n’ont pas la fleur afsez dure y mais le chagrin de Turquie n’eft point tanné, & a nâi. turellement la fleur bien plus dure qu’une peau de; chevre,,dont on fait le maroquin. Voyez Y art défaire le maroquin. !î
- 173. Le chien de mer ou la rouisette , eft une peau de poifson encore plus, dure que.le chagrin de,/Turquie, nmis naturelle & qui fert en forme de lime ou de râpe pour adoucir Je bo-is» s,c
- 174. Le cuir bouilli eft un cuir de bœuf pu'de vache bouilli datis de la ciré
- mêlée de quelques gommes, réfines ou colles, dont les gfiinlers font un fecret. L’article 13 des ftatuts des,gaîniers de Paris , qui..font du Ai feptembre 1 f&O* porte que nul maître ne pourra faire des bouteilles de cuir , que le cuir ne foit de vache ou de bœuf, parce que autre cuir m’y eft,pas propre, & que lefcÜtes bouteilles foient boulues de cire neuve & non d’autre, & coufues de deux coutures à doubles chefs, bien & duement.. DiBionpaire.du. çomnijerçç%A(me stf* Col. 79$ , édit, de 1748. » . ' ' .
- De la communauté des corroyeurs de Paris.
- 177. Les ftatuts des tanneurs, corroyeurs, baudroyeurs cordonniers & fueurs de Paris, donnés le 6 août 1345 , par Philippe de Valois, prouvent que les corroyeurs faifaient alors avec les tanneurs un feul & même corps. Nous ne favons pas en quel tems iîs’ont été féparés, & fi l’on donna pour lors aux corroyeurs des ftatuts particuliers : nous avons cherché à èii ayoit COn* maifsancef mais les jurés & anciens de la communauté afsemblés au flombr® de trente, ont certifié par écrit à M. le lieutenant de police le 8 frrâi ijGj * qu’ils n’avaient point d’autres ftatuts que ceux de Tjf‘34.^ : ain:fi'îious) renverrons à ceux-là, que nous avons inférés dans l’art du'tanneur, page 1 lo & fuiv.
- 176. Non-seulement 011 fépara les tanneurs, des corroyeurs, on fit mêmè de ceux-ci deux communautés différentes ; car on voit par un arrêt du 6 fép-tembre 1567* que les’ corroyeurs Tes baudroyeurs forihtuëht d'eux- corpë,' diftinfts & féparés. Les baudroyeurs feûls dévàienbTaife'le cuir eivbaudroL pour faire ceintures à ceindre, harrtois de chevaux, tnfitè'de harnois', $'fe'-i nielles, & ce de cuirs de bœufs & de vaches baudroyés dé bon fuif&'féche-menti comme aufli des cuirs de veaux baudroyés / liftés ,fervant à doubléer harnois de chevaux , & cuirs de vaches de Barbarie , lefquels ouvrages étaient' défendus aux corroyeurs. Mais.la fentence qui Lavait ainfi ordonné futréfoft-
- >• •* ‘'"‘il t > I >• j n ’'ji ,• . I,.. \.J{:
- • »( 21Ü Le faux chagrin de la manufacture corche point; fous, f ongle, deSuifle, dpjrçtj j’ai parlé, plus hautnç. s’é- avec dtt;ni'aroquiînR. . . tr . (
- p.295 - vue 297/631
-
-
-
- ART D U< e 0 R R 0 r E U R.
- yy.\ t ^ -
- irrîêcf psrr'rarrêtdu 6 feptêmbTre''rç67, a qui ordonne que les deux métiers de 3, corroyeurs & baudroyeurs' feront unis & incorporés en un feul & même ù métier portant fe nom' de corroyeurs £5 baudroyeurs de cuirs y'po\n être régis & „ gouvernés fous lès mèmes'ftatuts , privilèges & ordonnances, & par memes „ üré's ; auquel métier de corrôÿeurs-baudroyeurs de cuirs i"nul ne fera do-3, dénévanf reçû tju’il n’ait fait chef-d’œuvre en corrby & baudroy ; & leront 33 r tenus les apprenti fs dudit métier, fervir continuellement & fans aucune dit ,3 continuation un feul & meme maître par le têm^&efpace de cinq ans con-3, tiniiels & confécutifsi & où ils auraient difeontinué, leur fera rabattu le 3, chaumage qu’ils auront fait, fi ce n’eft en cas de. maladie ou autre légitime j, exeufe flefquels àpprentifs, auparavant qu’ils puifseùt ètreiéçus à demander „ aucun chef-d’œuvre, feront tenus de faire apparoir du brevet de leur ap-*3, prentifsagé, pafsé pàrdevant notaires, aux jurés dudit métier de corroyeur& ,, baudroyeur, avec certificatioii de leur maître de l’avoir bien & fidèlement 3, fervi; & ce fait, feront tenus lefdits jurés leur bailler chef-d’œuvre , lequel 3, chef-d’œuvre fera tenu , celui qui voudra être maître, faire èn la maifon de j, Pun des quatre maîtres jurés-, fans qu’aucun autre puifse aider ou mettre la 3, main audit chef-d’œuvre: lequel chef-d’œuvre fait &•-accompli-, fera vu & „ vifité par les quatre-jurés ,defdits métiers, avec fix bacheliers d’icelui qui j, feront nommés par le prévôt de Paris 5 & où ledit chef-d’,œuvre fe trouvera „ bien & duementfait, & tel rapporté, fera reçu à la maîtrife fans qu’on lui 3, puifse demander qu’il foit tenu faire aucuns banquets ou fefiins pour par-,3 venir audit degré de maîtrife , finoii pour le regard defdits jurés la lomme -de J 6 fols parifis pour chacun, feulement : fans y comprendre, dit le roi, 33 nqfire droit qui a accoutumé de fe payer, & lequel droit fera tenu de payer 3, .auparavant qu’il puifse lever ni tenir fa boutique. „ ,
- Ne pourront néanmoins les maîtres dudit métier de corroyeur & baudroyeur, outre leurs enfans, avoir plus d’un apprentif à la fois, hormis au com-mencementde la cinquième année de leurs apprentifs , qu’ils en pourront prendre un autre pour pendant la cinquième année qui refiera à parachever lui être montréja mapufltélurê dudit métier. Lefquels, maîtres dudit métier ne pourront-contraindre leurs apprentifs & valets de befongner auparavant cinq heures, du matin , & outre les. huit heures du foir.
- Et feront pour la conduite, règle.&gouvernement dudit métier, pris quatre bons & notables perfonnages, pour être jurés félon leur degré de réception, & fans qu’ils puifient faire aucune éledion j lefquels feront tenus faire & prêter le. ferment pardevant notredit prévôt ou fon lieutemant, bien & fidèlement gouverner ledit métier , faire les vifitations bien & duement , faire bons & loyaux rappotts d’icelles , dedans les vingt-quatre heures de la capture des ouvrages qu’ils auroient trouvé être défedeux* fur peine de dix livres parifis ,
- en
- p.296 - vue 298/631
-
-
-
- ART B Ü C O R RO T E Ü R.
- 297
- en leurs propres & privés noms. Et où par l’ifsue de leurs rapports les ouvrages Fe trouveront être vicieux , l’amende ou confifcation , fi il échet, qui fera par juftice ordonnée, fera applicable un tiers aux jurés du métier, un tiers aux pauvres de la ville de Paris, & métiers à nous.
- Fait notredite cour inhibitions &défenfes auxdits corroyeurs baudroyeurs de mettre & employer à la manufaéture dudit métier aucune graifsede cheval ni autres : ains leur enjoint de mettre bon fuif loyal & marchand , & à cette fin feront tenus les jurés de faire diligente perquifition des contraventions , & ce fur peine d’amende arbitraire : fi par la vifitation & rapport qui fe fera defdits cuirs tant de corroyque baudroy, lefdits cuirs fe trouvent brûlés & en confé-quence méchans , feront iceux cuirs ,ars & brûlés par les jurés dudit métier, fans aucune diflimulation, devant l’hôtel de celui de lapofsefîion duquel ils auront été trouvés, & outre feront condamnés en dix livres parifis d’amende, applicable comme deflus.
- w Fait notredite cour inhibitions & défenfesaux maîtres & à toutes autres » perfonnes d’aller au-devant des denrées & marchandifes qui viendront en „ cette ville de Paris, fur peine de confifcation defdites marchandifes & d’a-„ m'endearbitraire , applicable comme defsus Et néanmoins où il fe trouverait qu’aucun achat eût été fait de cuirs ès halles deftinées pour ledit cuir en cette dite ville de Paris , foit par les pauvres ou par les riches dudit métier, fera loifibleaux autres dudit métier de demander leur lot de ladite marchan-dife, en payant comptant ce que vaudra leur lot & part & portion , ayant égard à l’achat qui aura été fait.
- Et a notredite cour ordonné que le préfent arrêt fera lu & publié au parquet du châtelet de Paris , enfemble à la rue de la Baudroyerie -, en témoin de ce nousavonsfaitmettre notre fcel à ces préfentes. Donné à Paris en notre parlement le 6e jour de feptembre, l’an de grâce I f 67, & de notre régné le feptieme.
- Etat aüuel de cette communauté.
- Ï77. La communauté ainfi réunie des maîtres corroyeurs baudroyeurs en fuif, graifse , huile . couleurs, eft régie par deux doyens , quatre jurés de la vifita-tion royale, ou grands jurés, & deux jurés confervateurs. Les jurés de la vifitation royale font tenus de pourfuivre les affaires de la communauté , fuivant le pouvoir qui leur en eft donné par les doyens & autres , & de fournir aux frais chacun leur part & portion , lefquels ils couchent dans les comptes qu’ils rendent en fortant de la jurande , pour en être rembourfés par ladite communauté. Et en cas de refus par aucun defdits jurés de contribuer & payer fa part defdits frais, il demeure déchu de la jurande , & il entre en fa place un autre juré, fuivant l’ordre du tableau. Il eft fait défenfes auxdits jurés de recevoir aucuns maîtres , & intenter aucun procès, fans en donner avis aux deux Tome III. P P
- p.297 - vue 299/631
-
-
-
- ART D U C OR R 0 Y E U R.
- 29%
- doyens & fix anciens de la communauté. Les doyens anciens 8c jures, peuvent faire desafsemblées pour les affaires de la communauté, fans qu’ils foient tenus d’y mander ceux qui n’ont point pafsé par les charges. (Arrêt du 13 mars 1666. )
- 17g. Le ai août , il y eut arrêt au parlement, fur l’appel d’une fentence du châtelet du 20 juillet 1658 , entre les anciens bacheliers cor-royeurs baudroyeurs de la ville de Paris ave® les autres maîtres dudit mé, tier, & François Denife , corroyeur , demeurant hors de Paris : par lequel il eft ordonné que par ci-après tous les maîtres dudit métier qui ne tiendront boutique ouverte fix mois auparavant , ne pouront prétendre à la charge de confervateur & autre jurande ; que ceux qui auront paffé leur rang à ordre du tableau n’y pourront rentrer, 8c feront déchus, comme auffi ceux qui ne demeureront point dans la ville.
- 179. Le 23 février 1660 , il y eut arrêt confirmatif d’une fentence du lieutenant civil , du 9 juillet 16^9, par lequel il fut ordonné que Fran-quenai, comme plus ancien reçu en la charge de confervateur, ferait reçi* juré de la vifitation royale, quoiqu’il ne fût pas le plus ancien maître. Il y avait déjà eu une fentence du 23 juillet 1649 , qui avait ordonné qu’au, fur 8c à mefure que les jurés de la vifitation royale fortiraient de leur charge de jurande, les plus anciens, des confervateurs, quoiqu’ils n’eufsent achevé les. deux années, entreraient en ladite jurande , le tout félon l’ordre du tableau. M. Brigallier , avocat du roi, dit à ce fujet que, quand une fois l’avantage d’une première commiflîon a donné le pas 8c la préférence à un homme dans les charges du métier , il eft raifonnable de le lui conferver dans la fuite , tant parce que la bienféance femble blefsée en faifant le contraire , qu’en ce que les premières charges.qui font plus onéreufes feraient fouvent refufées , fi elles n’étaient le degré des fécondés, lefquelles font plus profitables , & ne doivent partant appartenir qu’à ceux dont les fervices pafsés ont mérité quelque récompenfe.
- Dans la déclaration du 17 juin 1692 , il eft dit qu’aucun maître ne pourra être élu juré de la vifitation royale qu’il n’ait exercé la charge de juré delà confervation, c’eft-à-dire, de petit juré dans la communauté des corroyeurs.
- Des. vifites.
- 180. DEtouttems, les cowoyeurs & les cordonniers ont fait enfemble la vifite générale chez les maîtres des deux communautés. Dans la déclaration du 17 juin 1692 , il eft dit que les vifites feront faites par les jurés corroyeurs avec les jurés cordonniers, fuivant l’ufage obfervé de tout tems entre lefdites commmunautés. Suivant la fentence du 21 mars 1771, les jurés cordonniers tenus de faire leurs vifites , conjointement avec les jurés
- p.298 - vue 300/631
-
-
-
- ART DU C 0 R R 0 Y E U R,
- Corroyeurs, devaient s’afsembler au parvis Notre-Dame aux jours & heures qui leur feraient indiqués par lefdits corroyeurs. Par les arrêts du parlement du 16 juin 173 ? , & 17 avril 1765 , il eft ordonné que les huit jurés, favoir * quatre de chacune des deux communautés des cordonniers & des corroyeurs , feront enfembie tous les deux mois la vifite ordonnée par la déclaration du roi , qui fut enregistrée le 4 feptembre 172Ç, chez tous les maîtres des deux communautés j que ces vifîtes feront faites par ces huit jurés afiMés de l’huifiier de la communauté des cordonniers feulement » à la première fommation qui en fera faite à la diligence de l’une ou l’autre def-dites deux communautés, à leur bureau, parlant à leur clerc, dans les premiers jours du mois où la vifite devra être faite , à peine de dix liv. d’amende contre les refufans de fatisfaire à l'adiré fommation, applicable à la eonfrairiô de celle des communautés qui aura fait la fommation ; & feront lefd’its' huit jurés & ledit huiilier tenus de fe rendre & fe trouver au jour convenu entre les deux communautés au devant de la grande porte de l’églife des grands auguftins , pour aller enfembie & fans fe féparer, chez les maîtres de l’une & l’autre communauté, & fans que l’ordre de leur marche foit annoncé. Les trois vifites des mois de novembre , janvier & mars durent depuis huit -heures jtifques à midi, & depuis deux heures jufqu’à quatre ; les trois autres vifites des mois de mai, juillet & feptembre commencent à fix heures du matin, & durent jufqu’à midi 5 le foir c’eft depuis deux heures de relevée jufqu’à fept : lefquelles vifites fe feront fans interruption jufqu’à l’entiere perfedion d’icelles , à l’exception des mercredis , famedis , dimanches ou fêtes. Et en cas que lefdits jurés , dans le cours de leurs vifites , trouvent les maîtres en contravention, ils feront drelfer leur procès-verbal par l’huiflier qui les affiliera, à l’effet d’être pourvu auxdites contraventions par le. lieutenant général de police au châtelet de Paris. Les frais defquelles vifites feront fupportés, favoir, les deux tiers par la communauté des cordonniers comme plus nombreufe, & l’autre tiers par celle des corroyeurs. Les cordonniers voulurent, en I7>7, fedifpenfer de ces vifites ou les faire féparément ; mais il y eut arrêt le 17 avril 1765 , qui ordonna de plus fort l’exécution de tous les réglemens précédens.
- Réglemens pour le commerce des cuirs.
- 18r. La déclaration du roi, du 20 juillet 1662,, enregiftrée le 21 août* renferme feize articles qui rappellent & confirment les anciens réglemens pour le commerce des cuirs à Paris , & les droits attribués aux vendeurs de cuirs de cette ville , qui avaient été créés par l’édit de juin 1627. Suivant cette déclaration de 1662, tous les cuirs qui viennent à Paris, ou qui s’y fabriquent, doivent être portés aux halles, pour être vifités,'marqués & lotis.
- p.299 - vue 301/631
-
-
-
- 300
- ART DU CORROYE U' K.
- Si l’on fe fert du miniftere des vendeurs de cuirs, on leur paie un fol par livrée finon quatre derniers feulement. Les corroyeurs, cordonniers & autres arti-fans employant cuirs, ne peuvent acheter des cuirs pour la fourniture de leur boutique, que par-delà vingt lieues , fuivant le réglement de 1614, & ils «n paient les droits à Paris. Les vendeurs de cuirs doivent faire la diftribu-tion des lots, qui feront lotis & mis dans un fac ou bourfe, pour, après avoir été un long-tems remués, être tirés au fort & diftribués, également fans aucune préférence, à ceux auxquels ils feraient échus. Il eft défendu de prêter fou lot à. d’autres, & d’y mettre pour d’autres que pour foi. Il eft ordonné aux bouchers de faire leurs déclarations au.bureau des vendeurs ,,detousles cuirs provenant de leurs abattis qu’ils vendront aux marchands forains, & à ceux-ci de faire leur déclaration des cuirs qu’ils auront achetés, avec leurfoumif-IIon d’en rapporter au moins Içs deux tiers tannés , fuivant. les ordonnances, & de donner caution.
- Déeendu à tous tanneurs , ou trafiquans en cuirs , de faire vendre leurs cuirs par c.ommiflîon , ou par autres que leurs enfans.& ferviteurs , ni de vendre des.cuirs en, plein,; mais ils doivent les ouvrer & façonner dans leurs,mair fons, fuivant les ordonnances..
- Le lieutenant civil eft, chargé de tenir la main à ce que la halle de Paris foit-toujours fournie de cuirs, pour la facilité & commodité du commerce, & à cette* fin de fe ttanfporter par-tout où befoin fera, dans la ville & fauxbourgSi de Paris.
- 1 82. Il était important qu'une denrée de première néceftîté, comme le cuir.,, ne fût pas expofée à. pafser par beaucoup de mains , de peur que le monopole n’y établît la cherté : aufti, l’on a toujours défendu de faire la revente des cuirs par comnaiftioti, d’avoir des entrepôts, de cuirs, de le commercer pour autres, & de Tacheter en-deçà des vingt lieues de diftance à Paris,. Le commerce des cuirs en regrat ou, par commiffion d’autrui a été profcrit récemment par des fentences.de police des 3 & 23 feptembre 1.747, & du 13 août 1749, avec dommages & intérêts.., amende 8c dépens. Il y eut une fentence du 12, janvier 1748., qui ordonna.la confifcation des. vaches en croûtesnon travaillées du métier de eorroyeur , que le nommé Lavertu , corroyeur. de Mouy près Beaumont-fur?-Oife, à onze lieues de Paris , avoit fait venir à la halle poury être vendues.
- La défenfe d’acheter des cuirs en deçà des vingt lieues a été renouvellée par une fentence. du 27 juin 1747 qui a confirmé la faifie faite à la halle aux cuirs , de 148 cuirs de vaches amenés d’en-deçà des vingt lieues ^ afin que chaque tanneur, vende fon propre cuir , Si que pçrfonne ne fafle le regrat Si la; revente des peaux,.pour en augmenter le prix..
- 1.83. Les cuirs q-u’on acheté,fur les ports ou ailleurs, doivent être conduit?. $rede.ment à la.bajle fans aucun entrepôt, pour y être vus,, vifitésS; coiitrô^
- p.300 - vue 302/631
-
-
-
- ART DU CO RR 0 Y EUR.
- Box
- les, marqués, vendus & lotis. (Sentence du i S mars 1712. ) Les jurés du cuir tanné , qui marquent les cuirs à la halle chacun pendant un mois alternativement , reçoivent cinq fols pour leur droit.
- 184. Les corroyeurs ne peuvent corroyer ni perfectionner aucun veau ni autres marchandées,qu’elles n’aient été d’abord conduites à la halle aux cuirs.* pour y être vues & vifitées par les jurés prépofés, & enfuite marquées tant du marteau du contrôleur de la halle que par les jurés vendeurs de cuirs, & par ceux,des deux communautés des maîtres cordonniers & corroyeurs , à peine de ?oo livres d’amende. Les privilégiés du fauxbourg S. Antoine & du fauxbourg S. Marcel, n’ont à cet égard aucun privilège. (Sentence de police du 24 novembre 174Ç.) . : ,
- 18?.. Des cuirs forts, coupés & entamés fans aucune façon du métier de corroyeur , font fujets à être faifis chez un corroyeur. (Sentence du JO novembre 1711. ) On fyppofe qu’il les revend comme fimple regratier, ce qui eft défendu.
- , 186. Il eftidçfendu aux corroyeurs d’avoir pîufieurs ouvrois ouboutiques; & les cuirs feraient faififsables dans une maifon où le maître corroyeur n’haw biterait pas lui-mê.me , quoiqu'il déclarât que ç’eft pour lui qu’on les travaille, (Sentence du 81 mars 1748.)
- 187. Les lotifsages des peaux, fui vaut un arrêt du confeil du 19 juin 174?, doivent fe faire à la halle par égalité , & à proportion du nombre des privilégiés & de celui des maîtres ; à peine contre les contrevenans qui prêteront leurs noms , & ceux des maîtres qui s’en ferviront, du triple droit & de ico livres d’amende applicable au profit de la communauté.
- 188- Les chambrelans & autres ouvriers fans qualité , fous prétexte des lieux privilégiés dans, lefquels ils réfident, ne peuvent'fe préfenterà lahallepour y lotir & acheter J concurremment avec les maîtres, les cuirs qui y font apportés par les marchands forains & les tanneurs : ils doivent fe fournir dans les boutiques , & défendu aux maîtres de prêter leurs noms , à peine d’amende , même de déchéance de la maitrife , en cas de récidive. (Arrêt du. parlement du: 16 juin .rto"ir . .u;
- 189. Chacun doit lotir pour lui feul, & en përfonnei. Il y a une fentence du lieutenant général de police du 27 février 1^99, qui ordonne que l’arrêt de 1662, & la fentence du 22 juin 1698 , feront exécutés: ce faifànt, que les cuirs feront lotis en conformité des arrêts & réglemens entre ceux des communautés employant cuirs qui feront préfens >defenfes de les enlever qu’ils n’aient été expofés , publiés & lotis ; enjoint à ceux auxquelsJes lots feront échus, de les enlever en perfonne, fans pouvoir fefervirdu mhiiftereid’autruà,. pour quelque, caufe que ce foit.
- Il eft même défendu par un, arrêt du confeil du juillet 1737, aux.
- p.301 - vue 303/631
-
-
-
- ART 0 BR R-0 T E U K
- 30s
- corroyeurs & aux cordonniers d’envoyer leurs femmes à là halle aux cuirs pour y lotir avec les maîtres, & aux femmes d’y aller, linon quand leurs maris feront malades, ou abfens hors de la ville & banlieue de Paris jdeTqueiles maladies o,u abfences elles font tenues de rapporter des certificats !ea bonne forme. H leur eft de même défendu de donner le denier-à-Dieu , ni défaire aucunes déclarations , hors des cas de-maladie ou d’abfence. Dans le vu dé Parrêt, il eft mention de la fentence du châtelet du 16 feptembre 1643 , confirmée par arrêt du parlement du 4 août 1545, & par Parrêt du eonfeil du 14 mai 1697 * qui portaient la même! défenfe ; & d’une fentence de la prévôté de l’hôtel du 3ofeptembre 15^6, entre lesdoyens & jurés de la communauté des corroyeurs, & les privilégiés corroyeurs fuivant la cour , qui fait défenfes à ces derniers, & à tous autres corroyeurs , d’envoyer leurs femmes à la halle aux cuirs. Il eft fait mention auiS de fentences de police du 9 juin ï6'7 t, 3 odiobre 1698 , 26 mars 1700, 11 mars 1724, & 17 août 1736, qui toutes ordonnaient la même chofe.
- Nous avons parlé ci-defsus du lotifsage des veaux d’alunytiui fe fait entre les relieurs [164] sainfiinous n’en dirons rien ici. -! ' '
- ‘ Be ladrkinijlration des deniers de la communauté des corroyeurs.
- 191.. Le receveur en charge de la communauté des corroyeurs 11e doit fe defsaifir d’aucuns deniers appartenans à la communauté, qu’en vertu d’un pouvoir & d’une délibération écrite fur le regtftrede la communauté , & faite en Pafsemblée cL’icellie. ( Sentence du 25 janvier 172^. )
- 192. Les failles fontauxrifques des jurés , 5c le bénéfice éft pour èuX: cela
- fcpratiquait déjà pour-les failles faites par les petits jurés ou jurés‘conferva-teurs. Par une délibération du 3 février 1739, homologuée par fentence du lieutenant de police du 18 mars fuivant, il eft dit1 que la même chofe aura lieu à l’égard des:jurés de/la vilîtacion royale :1e bénéfice des faifies qu’ils font, eft appliqué à leur profit perfonnel ; & lorfqu’ils fuccombent dans leurs failles, ils en fupportent perfo^nnetlemeuf -les condamnations , fans que dans l’un & l’autre cas la communauté profite des failles ou foie tenue des condamnations. Voyea cependant l’article du reglement qui fuit. /r
- 193. L’administration des deniers'ele la communauté a été fixée par un arrêt, du eonfeil du 12 juin 1749 à la fuite d’un arrêt du 24 juin 1747 , par lequel 011 avait demandé aux fyndics de toutes les communautés l’état de leurs revenus, dettes & dépenfes , pour en faire faire la révillon par les commifsai-res établis, pour la liquidation des dettes & révilions des comptes de la communauté* Cet arrêt du.12.jum 1749 contient-lèsXIX'articlesfuivans
- I. La communauté des corroyeurs fera tenue de nommer chaque annéè l’un des jurés en charge , ou le fyndic en- charge , à fon choix ,-pour être Ipé-
- p.302 - vue 304/631
-
-
-
- ART DU C 0 R R 0 Y E U R.
- •303
- cialement chargé de faire pendant l’année entière de Ton exercice tonte la recette & la dépenfe des deniers de la communauté, donner & recevoir les quittances nécefsaires, fans que fous aucun prétexte les jurés fes collègues, ni aucun autre, puifsent recevoir aucune portion dcfdits deniers, fui faire aucun paiement qu’en fon nom &de fon confentement ; dérogeant à cet effet & pour cet égard feulement, à tous réglemens & ufages à ce contraires. Veut au fur-plus fa majefté que les affaires de ladite communauté continuent d’être régies parles jurés & anciens, en la maniéré accoutumée, fans que le comptable puifse s’attribuer aucune prééminence ni prérogatives fur fefdits collègues 3 autres que d’être chargé de la recette & de la dépenfe , & fans que cela puifse d’ailleurs préjudicier-àla folidité établie entre lefdits jurés, ni aux autres précautions qui pourraient avoir été prifes pour la fureté des deniers de ladite communauté,* en cas de, maladie , abfênce ou autres empèchemens légitimes , l’un des autres jurés en charge fuppléera aux fon&ions du comptable, à qui il fournira des borderaux de fa recette & dépenfe, pour être employés dans., le compte qui fera rendu à la communauté ; fans que ceux qui pourraient avoir ainfi géré , foient tenus ni même puifsent être admis à rendre un compte par-, ticulier à la communauté.
- ,11. Le juré ou fyndic comptable entrant en charge, fera tenu d’avoir un regiftre journal qui fera coté & paraphé par le fieur lieutenant général de police, à Paris, dans lequel il écrira de fuite & fans aucun blanc ni interligne , les recettes & dépenfes qu’il fera , au fur & à mefure quelles ferontfaites, fans aucun délai ni remife ; mettant d’abord la fomme reçue ou dépenfée entoutes lettres, & la tirant enfuite à la colonne des chiffres , & aura foin à.la fin de chaque page, de faire l’addition de tous les articles de chaque colonne, dont il rapportera le montant à la page fuivante.
- III. Dans le cas oùjlejuré, fyndic ou receveur comptable fortant d*exer-
- cice fe trouveraitreliquataire envers la communauté par l’arrêté de fon compte, le juré ou receveur comptable , fon fuccefseur, fera tenu de pourfuivre le paiement dudit débet,par toutes voies dues & raifonnables, & de juftifier defdites pourfuites par pièces & procédures, fuppofé qu’il ne-puifseenfaire le recouvrement, à peine d’en répondre en fon propre & privé nom, & d’être forcé du montant dudit débet dans la recette de fon compte. " ~ ’
- IV. Le produit des confifeations & amendes prononcées au<profît de la communauté fera employé dans la recette des comptes & juftifié par le rapport des. fentences & arrêts qui les auront prononcées; & au casque le recouvrement defdites amendes ne puifse être fait par l’infolvabilité de’eeüx qui y feront condamnés, ledit comptable en fera reprife , & elle lui fera allouée en jufti-fiant de fes diligences. N’entendant fa majefté interdireles voies d’accommo-demens à l’amiable entre les parties, pourvu toutefois que lefdits accommo-
- p.303 - vue 305/631
-
-
-
- 304
- ART DU C0RR0YEÛK
- demens foient autorifés par le fieur lieutenant général de police : auquel cas le comptable fera tenu d’en rapporter la preuve par écrit.
- V. ,Il ne pourra être employé aucuns deniers de la communauté pour les
- ^dépenfes de la confrairie, de quelque nature qu’elles puifsent être : au moyen de quoi la recette & la dépenfe concernant ladite confrairie ne pourra entrer dans les comptes de la communauté, fauf aux maîtres de confrairie ou à ceux à qui l’adminiftration en eft confiée, à rendre un compte particulier à la communauté , de ce qu’ils auront reçu & dépenfé pour raifon de leur exercice, fans que ledit compte puifse être cumulé avec celui des deniers de la communauté , ni en faire partie. - '•
- VI. Ne pourront les jurés délivrer aucunes lettres ou certificats d’appren-tifsage ou de réception à la msîtrife , qu’au préalable ils h’aient perçu en deniers cornptans les droits attribués à la communauté, pour raifon defdits brevets ou réceptions, fans qu’il leur foit permis de faire aucune modération , remife ni crédit defdits droits, à peine d’en répondre eu leur propre & privé nom.
- VII. Ne pourront pareillement lefdits fyndic, jurés ou receveurs, fe charger en recette dans leurs comptes des droits qui leur font perfonnellement attribués , ainlî qu’aux anciens , fur les réceptions des maîtres ou confections de chefs-d’œuvres , & les cumuler avec les droits appartenans à la communauté , pour les porter enfuite en dépenfe ou reprife ; mais ils fe chargeront feulement en recette des deniers de la communauté.
- VIII. Il fera fait tous les ans par les jurés & anciens de la communauté un.rôle de tous les maîtres & veuves , diviféeti trois clafses , la première contenant les maîtres & veuves qui tiendront boutique lors de la confection, dudit rôle , & qui feront en état de payer les droits de vifite j la fécondé contenant les fils de maîtres reçus à la maîtrife , & qui demeureront chez leur pere ou chez d’autres maîtres en qualité de garçons de boutique ou compagnons >& la troifieme contenant les noms de ceux qui feront réputés hors d’état de payer lefdits droits , ou à qui il conviendra d’en faire remife d’une partie : lequel rôle fera remis tous les ans entre les mains du juré comptable qui entrera en charge , après avoir été affirmé par tous les autres jurés & anciens. Et fera tenu ledit juré comptable de tenir compte à la communauté du montant de la première clafse , à moins qu’il ne juftifie du décès des maîtres arrivé pendant fon année de comptabilité , par un état figné de tous les jurés & de quatre anciens , & de compter pareillement des fommes qu’il aura pu recouvrer fur les maîtres de la troifieme clafse: le montant defquelles fera alloué dans la recette de fon compte, fur le certificat des jurés en charge.
- XL Ne pourront les jurés faire aucun emprunt, même par voie de rëconfl titution , fans l’approbation par écrit du fieur lieutenant général de police.
- X.
- p.304 - vue 306/631
-
-
-
- ART DU CO R ROTEÜ R.
- 30f
- X. Les frais de faifies ne feront altoués dans la dépenfe des comptes qu’en repréfentant les procès-verbaux drefsés à l’occafion defdites faifies, les quittances des fommes qui auront été payées aux officiers de juftice pour leurs vacations & droits d’affiftance, & enjuftifiant par les comptables de l’événe-ment defdites faifies , à peine de radiation j & dans le cas où lefdits procès-verbaux feraient produits dans quelques inftances , enforte que le comptable 11e put les repréfenter, il fera tenu d’y fuppléer par des copies certifiées de l’avocat ou du procureur chargé de l’in fiance.
- XI. Ne pourront les jurés interjetter appel des fentences du châtelet, fois fcour fait de faille ou autres cas tels qu’ils puifsent être , fans s’ètre fait préalablement autorifer par une délibération exprefse de la communauté convoquée à cet effet, à peine de radiation de tous les frais qu’auraient occafionnés lefdits appels.
- XII. Les à-comptes qui pourront être payes aux procureurs ou autres officiers de juftice fur les frais de procès exiftans, ne feront alloués que fur le vu de mémoires & quittances détaillées,qui fafsent connaître la nature des affaires & les tribunaux où elles font pendantes 5 & lorfque lefdits procès feront terminés, le juré comptable qui fera le dernier paiement aux procureurs ou autres officiers de juftice, fera tenu de faire énoncer dans la quittance finale qui lui fera délivrée, les fommes qui auront été payées à compte fur lefdits frais , aveda date des paiemens , & les noms de ceux par qui ils ont été faits, & de rapporter toutes les pièces dudit procès. Quant aux frais de confùltations, aux honoraires d’avocats, à ceux des fecretaires des rapporteurs, & autres de cette nature , qui ne peuvent être juftifiés par les quittances , il y fera fupptéé par des mandemens ou certificats fignés de tous les jurés , & de fix anciens au moins , à peine de radiation.
- XIII. Les frais de bureau, confiftans dans le loyer du bureau d’afsemblée, les gages du clerc , la fourniture de bois , chandelle, papier , plumes, cire, encre , impreffion , & autres menues dépenfes , feront détaillés & juftifiés par des quittances ou par des mandemens fignés des jurés & de fix anciens , & ne pourront, fous quelque prétexte que ce foit, excéder la fonime de 770 liv.
- XIV. Ne pourront les jurés , conformément à l’article V du préfent réglement, porter dans la dépenfe de leurs comptes aucuns droits ni attributions fur les réceptions des maîtres.
- XV. Les frais de carrofses & follicitations ne feront alloués dans la dépenfe des comptes que lorfqu’ils auront été faits dans des cas urgens & indifpen-fables , & qu’ils fe trouveront détaillés & juftifiés par des mandemens ou certificats fignés de tous les jurés & de fix anciens au moins, & ne pourront excéder la fomme de 48 liv.
- XVI. Les étrenncs & autres faux-frais ne feront pareillement alloués qu’au-
- Tome III QLq
- p.305 - vue 307/631
-
-
-
- ART DU C O RR 0 Y EUR*
- $0$
- tant qu’ils feront détaillés & juftifiés par des mandemens ou certificats tels que ceux énoncés dans l’article ci-d'&fsus, & ne pourront excéder la 'femme de 48 liv. • ' : ;,i '
- . XVII. Les jurés Portant de charge feront tenus de préfenter leurs comptes à la fin de leur exercice , aux jurés en charge , & aux anciens auditeurs & examinateurs nommés fuivant l’ufage , à l’effet d’ètre lefdits comptes par eux vus , examinés , & contredits fi le cas y échec, & arrêtés en la maniéré accoutumée au plus tard trois mois après l’exercice du comptable fini , & ce nonobftant tous ufages , difpofitions de ftatuts ou autres, réglemens à ce contraires-, auxquels fa majefté a dérogé & déroge exprefsément par le préfent arrêt : & feront lefdits comptes * enfemble les pièces juftificatives, remis aux jurés en chargé,, qui feront tenus de leur part de les remettre dans, un mois au plus tard au greffe du bureau de la révifion , pour être procédé à ladite révifion , après^ laquelle defdits comptes & pièces feront rendus auxdits jurés en charge pour les dépofer dans leurs archives.
- .. XVIII. Dans le cas où le comptable ferait réputé en avance par Farrèté de la communauté, il ne pourra cependant être rembourfé par fon fuccefseur qu’après la révifion de fou compte, & après que lefdites avances auront été oonffatées &. arrêtées par les fieurs cornmîfsaires du confeil à ce députés ; à peine contre le fyndic, juré ou receveur, qui aurait fait ledit rembourfe-ment, d’en répondre en fon propre & privé nom.
- XIX. Et d’autant qu’il pourrait fe trouver des fyndics ou jurés qui ne feraient pas en état de drefser & tranferire eux-mêmes leurs comptes en la forme & maniéré qu’ils doivent être ,fans lefecours deperfonnes capables , à qui il eft jufte d’accorder un falaire raisonnable-permet fa majefté à chacun defdits comptables d’employer chaque année dans la dépenfe de ion compte 1&-fomme de ico livres pour la façon & expédition d’icelui.
- Privilège des corroyeurs contre les tanneurs, merciers, & peauffiers.
- 194. Les jurés tanneurs avaient prétendu que les corroyeurs ne pouvaient vendre dans leurs boutiques des cuirs corroyés aux cordonniers qui demeurent hors de Paris jmais par une fentence du 25 novembre 1723 , ils furent maintenus dans ce droit,
- 195,. Les corroyeurs ont encore à Paris le droit exclufif de vendre en détail toutes fortes de cuirs. Les tanneurs ne pouvaient pas vendre leurs cuirs aux gens de la campagne , avant un réglement qui vient d’ètre fait à cefujet, & qui le leur permet : ils ne peuvent pas détailler leurs cuiis, mais feulement vendre à la halle par fixains.Cet ufage nous paraît injufte à l’égard du tanneur , fur-tout par rapport au cuir fort; celui qui fabrique devrait avoir pour îui toute la faveur des ioix, & jouir de toute forte de liberté* Ce font des lois
- p.306 - vue 308/631
-
-
-
- D U . a o R R 0 r E U È.
- - *
- 307
- Inirfales qui ont réglé les droits des différentes communautés d’une maniéré fi peu favorable au bien des arts ; c’eft ainfi que les bijoutiers & lesmerciers vendent tous les ouvrages d’horlogerie qu’ils ne peuvent ni fabriquer ni même connaître.
- 156. Par un arrêt de réglement rendu le 27 janvier 1662, en faveur des marchands merciers, il eft permis non-feulement aux merciers, mais à toutes personnes , d’acheter où bon leur femble , de gros cuirs tannés , pour les faire 'apporter à la halle & non ailleurs : là ils font tenus d’en faire vente & débit à tous ceux qui en voudront acheter , fans qu’ils puifsent'les fortir de ladite halte pour les rapporter en leursmaifons, & faitdéfenfes de regrater, c’eft-à-direvde revendre; 7 :
- Mais les merciersme peuvent point acheter des cuirs & peaux à da halle ni même à'Paris ,'&fàvtngtdieues de diitance, fuivant l’arrêt du 30 juin 1700. Il -y a à Paris, rue du Bouloy, un petit bureau où les cuirs arrivent tout préparés & façonnés de dehors ,-enforte qu’ils n’ont befoin d’aucune main-d’œuvre; c’eft dans ce feul’bureau que les merciers achètent des cuirs & des peaux pour les vendre dans leurs'boutiques. Iis peuvent faire venir de province des peaux emgros, &les vendre à la thalle , mais non pas y acheter ; des feuls artifans qui‘emploient le cufir ,ontce droit là. Arrêt de réglement du 21 août 1662 , & arrêt'du confeil du mars 1766. '
- - 'Ils ne peuvent même avoir-dans'leurs boutiques & magafins aucunes peaux j fi elles ne font entièrement parées & perfectionnées : ainfi jugé, après un long procès, par l’arrêt du confeil du 2-f mars 1766.
- *197. 'Par une-J fente n ce du -12 décembre 1698 , confirmée par arrêt du 30 juin 1730, rendu au‘profit des maîtres peaufiiers teinturiers en cuir & des corroycurs de Paris j'contre deux merciers, il eft ordonné que les cuirs tannés feront apportés à la halle aux cuirs , & les autres cuirs perfectionnés apportés au bureau des cuirs .conformément aux arrêts & réglemens : défenfe aux merciers d’acheter à la halle aucunes marchandifes de cuirs tannés ; pourront néanmoins les merciers en faire venir pour leur compte , pourvu qu’ils les achètent au-delà des vingt lieues, & qu’ils les portent à la halle, pour être tous vifités , vendus & lotis entrelles ouvriers qui en emploient, fuivant les anciens réglemens ; & dans ee cas ,5les% merciers font tenus d’api porter les marches des'cuirs qu’ils ont achetés au-delà des vingt lieues, faits pardevant lesmotaires des lieux, contenant le prix , la quantité & qualité d’iceux. 1
- ii«' 198* Les maîtrespeaujjiers teinturiers en cuir à Paris, peuvent parer & teindre les peaux chamoifées ou corroyées *, mais ils ne peuvent acheter & vendre ces peaux fi elles n’ont été parées de leurs mains, ou vendre des peaux lion* parées fi elles ne font, teintes fuivant leur ar t.^Lçs merciers grojjïers j ou ail-
- Q.q ij J
- p.307 - vue 309/631
-
-
-
- 308
- ART DU C 0 RR 0 T RU R.
- %
- tiers peuvent auffi vendre ces peaux; mais ils font obligés de fe fervir des maîtres peauffiers pour les faire teindre & parer. Sentence du f novembre 1700, qui rappelle des arrêts & réglemens des 21 Novembre 169.3 & 11 août 1699.
- 199. Les veaux d’alun [164] font réfervés aux relieurs & aux peauffiers, quoique les feuls relieurs en emploient : ils font en ufage d’en faire le lotifsage à la halle au grand bureau avec les peauffiers, en préfence^de leurs gardes,.& jurés.
- 200. Il eft défendu aux peauffiers d’apprêter & corroyer en noir fur fleur aucune peau du corroy en huile, fuif ou graifse. Il y a là-defsus une fentence de police du 17 mai 1697, confirmée par un arrêt du iiaoût 1699, un arrêt du 27 juin 1742, & un du 11 mars 1747, par lequel il eft dit que les corroyeurs pourront fei}ls apprêter, corroyer, baudroyer les peaux en fuif, graifse & huile, & pourront mettre en couleur feulement les peaux qu’ils auront eux-mêmes corroyées: pourront auffi les peauffiers mettre en couleur toutes fortes de peaux, & employer l’huile , foit dans la teinture qu’ils-donneront aux-dites peaux , foit fur ladite teinture , après qu’elle auravété;pareux appliquée fur lefdites peaux. Il eft fait défenfes auxdits peauffiers de corroyer,aucunes peaux, foit en fuif & graifse, foit en huile, & d^employer aucune defdites matières dans le travail & apprêt defdites peaux qui précèdent la mife en teinture ou en couleur: fait défenfes tantauxdits corroyeurs qu’auxdits peauffiers d’acheter aucunes peaux & marchandifes entièrement perfectionnées chacun de leur métier, & d’expofer en vente aucunes peaux qu’ils ne les aient travaillées, de leur métier : il eft ordonné aux peauffiers de préfenter aux jurés corroyeurs les peaux corroyées qu’ils achèteront au petit bureau ou ailleurs, ou qu’ils retireront de chez lecorroyeur auquel ils les auront données à corroyer, à l’effet de les venir marquer; & en cas de refus , défaire faire une fommation ,• & dans le cas où les jurés corroyeurs n’y fatisferont pas dans les 24 heures , pourront lefdits peauffiers enlever lefdites peaux fans être marquées. Seront tenus en outre lefdits peauffiers , à l’égard des peaux qu’ils peuvent donner à corroyer à des corroyeurs, de mettre leur marque & paraphe fur lefdites peaux; & le peauffier & le corroyeur qui donneront ou recevront lefdites peaux, tenus d’avoir chacun un regiftre, &d’infcrire lefdites peaux.
- C’est en conféquence de ces réglemens qu’il y eut fentence le 24 novembre 1747 , qui ordonna la confifcation des peaux de chevres non perfectionnées du corroi des corroyeurs, failles fur le fieur Bontemps, marchand mercier..
- Il y eut auffi une fentence du 17 août 1759 , qui ordonna la confifcation des peaux de veaux & de chevres corroyées en blanc & en noir, & non marquées du marteau des jurés de la vifitation royale des maîtres corroyeurs, faites chez un peauffier; & une autre du 18 avril 1761, qui ordonna pareille confifcation,.
- p.308 - vue 310/631
-
-
-
- :A R T DU COR R O T E Ü 2fc.
- m
- 201. Il y a eu entre la communauté des peaufliers & celle des merciers, un grand nombre de procès, qui ont été terminés parun arrêt du confeii du 28 février 1764*: entr’autres difpofitions de cet arrêt', il eft permis aux marchands •merciers de vendre & tenir dans leurs boutiques toutes efpeces de peaux parées & non;paréeS j-à l’exception de groscuirs'& vaches tannés ; ileft défendu aux merciers d’en acheter au bureau des cuirs, G ce h’eft 24 heures après leur arrivée dans le bureau , pour que les peaufliers & autres employant cuirs, puifi-fents’en pourvoir; il a été permis aux maîtres peaufliers dans l’efpace d’une . année , de devenir marchands merciers gratuitement & fans frais-, aux conditions de renoncerau1 travail de là main-d’œuvre qui conftitue fêtat de maître peauffier : aufli ne refte-t-il prefqueplus à Paris de maîtrés peaufliers. Plüfîeurs„ ont été admis dans le corps de la-merceriepar l’arrêt du*28 février 1764.' : 11 :
- Conjrcdx.it déscomyeijrs..,\ .
- 202. PàR une tranfa&ion pafsée entre les maîtres & gouverneurs déTé-. glife & hôpital1 de Saint-Jùlien-des-iMériétriers y rue Saint-Martin, &lesma^~.. très gouverneurs de la confrairie des corroyeurs le 19 février 1 43-r, la confral-rie fut établie dans cette églife fous le nom & .invocation d.e l’afsomption Notre-Dame. Par une autre tranfaftion du 26 juin I62f, les baudroyeurs avaient établi la leur dans féglife Saint-Jofse ^ foüfr le nom de Saint-Thibault, avec le droit d’y faire le fervice divin le premier juillet de chaque année, y ayant des legs fakspour cela par des baudroyeurs : & quelques baudroyeurs avaient raufli étatdimne conlrairie à Saint-Médéric.
- - oL’arrêt du <5 Septembre 1657*, ayant un» les deux communautés , il y eut une fentence Jde police du 17 mai 167^', qui ordonné qu’à l’avenir toutie fer-viceide la confrairiel'dès maîtres corroyeurs baudroyeurs fèra fait dans Péglife 'de. SaintiMédéric , où-ils fêteront la fête de-l’afsomption1 le 14 àoûti .5&icëlle de Saint-Tibault le premier juillet ( c’eft aujourd’hui le premier dimanche du mois), où. fera, dit le.fervice que l’on avait accoutumé de dire ès églifesde Saint-Jofse & Saint-Julien , le tout à la diligencedes jurés delà communauté: auquel fervice tousdes maîtres font tenus d’aflifter, &paÿer dix fols entrêles mains des jurés. Les’maîtres à leur réception doivent payer so livres, à l’exception des fils de maîtres,qui paient feulement 3 livres; les apprentifs 3ofoIs:: .le tout pour être employé à faire dite le fervice divin*, ce dont les jurés rendent compte. Le joun de Saint-Thibault, les corroyeurs devaient fermer leurs boutiques, &.le 7 août 1722 il y eut fentence qui confirma la faille faite fur un cp-rroyeur; qui avait fai t forcir dela-haUe *64 cuirs forts le jour de Saint-Thibault ; mais par une fentence du 13 juin 1730 , cette*célébration été fixée :aii premier dimanche de juillet*:’ ce qui préviendra pour raveiiirde femblables .conteftations^ Z '-yy- - : r : : vno - 'f ..
- p.309 - vue 311/631
-
-
-
- jl % T'ïixm 0.oiî mœjris & ®.
- m&ng {eBt&nee* qu’^ÎIe.iti’-a-pppflÊerciiàiicmi^chatigement en îa forme accoutumée'd'élire ks-confrères porteurs de-, ja.'châfse de Saint-Médé-WicstW on-tjpjîefpiique.de la ;m a mglk.djen fritte Agache.,j;paur raifon de la-queUe;-ks macgnUtipr^kp*} pa ien t jfruit ;f«J s Ipajii fi s; tpa-ic chacun: an.& il eitré-/jCr^aux^njiaîrçeSîCprroypUfs âpfp pp.iKWHf potf wai^éfceÆ’9$!iljjnéchet, en 4estfocq.4Ni°«fiifeitFS''ei^lfavour denieur ponfrairie à Sai/U-Jd^^^ Sàint-Jnlic^des,Ménétriers,:1 . \ sr :r ~..rJ£ iprvipç ?même qui fe .faifoit,:anpu.eUeraeii,t i'ia, fête de S. Thibault en î/qg-life des grands-a^gaftins,*quqi de la Vallée ^aiéte transférée Tég:life de S. Merry, fui vant-une délibérât iou;)i.onjol oguée’ p&r (fentenae >du ci.Qjjuiil et 175 o. Elle porte^uflï que le dervice.fera fcélébré aux irais ides :jurés., au moyen de l’abandon quideur a étiéifaifdudroitde cpnfrairie^de ao ibis par chaque mai*, tre , & dés droits des maîtres & apprentifs qui .feront reçus dans chaque année ; à la charge que le -fervfée fe fbraJàinrlUeüérnent le premier dimanche du mois de juillet, r - '*•-:! « •;. _ ny ; .
- Vpy w, au fujet-desdqpenfes ds la,ponfrairie., l’atüick Vde Tarrêt du .son-feil; -du, jwa ?749*fage:3M< rtoiy ' r. )i. f. où rr,j + : rv.i - ;-r *
- ^ { tjf "''••Biftmu y'de'h 'toinmtmhtfte: ; ' 'c‘c,t s:l J
- juin/.. .. :hn :: > T - r;: _ ' ' - : .y-y \ •
- .203. PAîtdfiSentence du s iieftditquë les,jurés pourront louer
- ;une chambre pour fervir'de bureau à.la communauté , dans laquelle feront mis’les coffres où font les-titres & .papiers , les’ ornemens , linge ,i& argenterie fervant au fervice divin , defqueis o’rnemens: f linge &argen;teriè. fera fait uu inventaire dans un rcgiftre fur lequeldefdits jurés'S-’ën chargeront’& denieiu refont refponfables en leur- nom ffolidairement dans lequiel fera écrite'la recette qu’ils feront ès jours de l’afspnrption & de Saint-Thibaiilt ,o.u dans les réceptions. Vpyez fur les frais'de bureau , l’article XIII de i’arrêt du confeîl du 12 juin 1749 , page 304.
- Privilège des hôpitaux, pour former des maîtres corroyeitrs.
- 204. L’HÔpiTAt de la Trinité ,, établi par lettres-patentes duimois de juin 14^4.', a un,privilège pour,former les«ri fans qu’on y élève .dans différons métiers. JLeS.quvriers commis pour.montrer leur art aux enfans de la Trinité , & qui-leur auront .bien montré pendant fix ans, doivent être reçus maîtres dudit art fans faire chef- d’œuvre , ni payer de frais ; & lefditscnfans apprentifs qui auront bien appris l’art, ayant 24 ans, & l’auront montré aux autres enfans leurs compagnons pendant ffx ans après leur apprentifsage , feront, .reçus maîtres fans cl^ef-d’œuvre* ; —
- 20f.-£iLiES çnfqns de, l’hôpital de là Trinité, mis.en apprentifsage .chez les maîtres corroyeurs, ainfi ,que chez les ouvriers des autres communautés.,
- p.310 - vue 312/631
-
-
-
- A R'T 'D U C O R R CR T ErU'Ré
- ÿiï
- jduiTsentydes .nrêmes privilèges : que J es enfans ’des maîtres y & fonç.rèputéi comme fils de maîtres , fuivant une déclaration du roi ertfibrflîe cteilettres^ patentes du 15 novembre!! 6\i", <$i tes enfans fie ceux Tqni ont étéfeçük-n&iittes en vertu du privilegedelaTrinité,quoique nés avanq la rcceptioîvdedeür'ipéfe, l'ont reçus comme fils -de.maîtres* en'payant feulement tes droits defils de maîtres y mais ils font tenus faire la chef-d’œuvre. X3® Fut fièbq^d’uiii.graînd pro^ cès jugé par arrêt du confeil du 18 février 171^. ae. u .. c~\ r< .
- 206. L’Hôpital général de Paris, fuivant l’édit du. mois fi!’avri.Li6ï8 auffi uncfeiiiblab 1 e privi 1 egej Les corps des métieis de Paris font tenus * lorf-qu’ils en font requis ,de donner des compagnons pour'montre tdeur métiernuX' enfans de l’hôpital général; & cos compagnons, après avoir fervi pendant fix ans audit hôpi tal gén é raiont pouvoir, de Tenir1 bon tique dans :Paris
- les autres maîtres i fans aucune diftrnétion.’ • :.rua 3r.VrJI nv aov/tl *;V>
- Création de différens offices* '
- 207. Nous avons déjà'parlé dans Part du tanneur^ 32Ç ^ fuhf. )"dë diff&-
- rcns offices créés,*rachetés,Supprimés endiftérens terris, fouspréte^te du ComV meree des cuirs > nous parlerons feulement ici de ce qüiïntéref&Oit; lés coi^i ïdyeurs. Au mois' de 'juin 158^» il y eut un édit qiii', pour remédier atix!abus* qui fe commettaient dans le commerce des cuirs ,'créa en titré d’office un coiv trôleur-vifiteur & marqueur de cuirs. Il fut enregiftré le 16 juin 1 il
- y eut réglement au confeil pour l’exécution de cet édit le dernierde juih-i 586.-Cet établifsement ne dura pas long-tems ; mais il y eut des offices de v'ifitéuts-marqueurs de cuirs rétablis par un édit du mois de janvier 1596, enregiftré le 20 mai- 1597. Le 8 août fuivant, il y eut un réglement au confeil pour l’exécution de cet édit ; & le 28 feptembre 1597 , fur les remontrances des jurés corroyeurs & cordonniers , il y eut un autre réglement pour les vifkes de 1$ halle & les droits qui devaient s’y payer. ’ ' : y
- - 208. Par un édit du mois de mars 1691, le roi créa & érigea ’en’ftitre d’offices héréditaires les gardes des corps des marchands & les maîtres jurés des' arts & métiers. Les corroyeurs de Paris ayant intérêt à ce que ces charges füf-fent exercées par des perfonnes inftruites de leur art, & que les maîtres pufsenf y parvenir à leur tour , obtinrent une déclaration du roi , donnée au camp devant le château deNamur,Ie 17 juin 1692 , regiitrée en parlement le premier juillet 1692 , par laquelle les offices de jurés de leur communauté furent; unis & incorporés aux corps & communautés des maîtres corroyeurs & baq-droyeurs, en payant la fomme de 18coo livres qu’il leur Fut permis d’emptun-ter à conftitution de rentes; & pour acquitter lefdites rentes , il leur fut per, mis d’exiger les droits fuivans, jufqu’à l’extinélion de-fdites rentes : pouç chaque brevet d’apprentilfage , 30 livres, dqnt il y a 30 fols pour chacun de$
- p.311 - vue 313/631
-
-
-
- ÂSR TS D V VVRR Q 2XEVÜLv
- !deux doyens, 30 fols pour chacun des quatre jurés, & le furplus employé au paiement;, des ^rentes. n. .. . . ta. i r .u * .
- , Par chaque maître qui:fera élu juré de la vifitation royale , 100 livres.
- Par celui qui fera élu juré de la confervation, 1*5-0 liv.
- .. Pour la réception d’un maître de chef-d^œuvre, outre les droits ordinaires
- accoutumés V 3^0 liv. dont il y aura àoo liv. pour les nouvelles rentes, & ifo liv. pour les anciennes , & pour les -autres charges & affaires de Jadite;Jcommunaucé.
- . Pourda réception d’un fils de maître, outre les droits ordinaires ,50 liv. & pour celle d’un fils.de maître qui aura été juré , 2f liv.
- Permis à la communauté de recevoir fix maîtres fans qualité & fans faire:chef-d’(jeüvre.v & de leur faire payer chacun., outre, les droits ordinaires, 60 livres qui feront employées en entier à acquitter lefdites. rentes.
- Chaque maître corroyeur, ou veuve de maître , paiera fix deniers pour chaque lot de peaux de veaux , bafanes , mouton pafsé en redon , fomma-qüê>, ou galles , & peaux dé cores’; un fol pour chaque lot de marchandife qui 11’excédera pas la quantité de deux peaux de vaches ou cuirs ^ fix fols pour chaque douzaine de vaches genifses ou broutieres , & pour chaque douzaine devenirs forts tannés , peaux de Guinée , d’Irlande , cerfs-volans, & tous autres cuirs tannés à fort : lefquels droits feront payés tant pour les marchandifes achetées en halle , que pour celles qui feront achetées en foire ou en province, hors la diftance de vingt lieues.
- 209. Par un arrêt du confeil du 7 mai 1743 , il fut permis aux cor-r-oyeurs d’emprunter 6000 liv. du fieur Capet, fous penfion viagère de 600 liv. pour être employées au paiement des dettes de la communauté , & de percevoir pour cet etfet un fol par chaque peau , au lieu de fix deniers qui. fe .percevaient en vertu de la déclaration du 17 juin 1692 , & ce juf-qu’à la mort du fieur Capet & de fa femme. Les maîtres requs en faveur de l’avénemeiit du roi à la couronne , furent afsujettis à payer cette augmentation par un arrêt du confeil du 23 juillet 1743.
- 210. Par un édit du mois de février 174^ , le roi créa des offices d’inf-pe&eurs & contrôleurs des maîtres & gardes dans les corps des marchands, & des jurés dans les communautés : il fut permis aux corroyeurs de racheter pour 24 mille livres , les 24 offices créés dans leur communauté i & par un arrêt du confeil du 19 juin 174*ç, ils furent autorifés à emprunter ladite fomme, à recevoir douze maîtres à raifon de *500 liv. chacun-, non compris les droits de préfence des jurés & anciens, les frais de chef-d’œuvre , de la lettre de maîtrife , droit du procureur du roi & de l’hôpital général, tels qu’ont coutume de les payer les maîtres qui ont qualité. Il efl auffi ordonné qu’à compter du premier juillet 1745 , il fera payé par chaque
- p.312 - vue 314/631
-
-
-
- & R T DU C 0 R KO'Y EUR,
- 3^
- que maître 24 fols pour chacune des vi fîtes qui fe font tous les mois , outre & par-detius les 5 liv. ordonnées par l’édit du mois de février 1745 , & que les apprentifs paieront dorénavant par chaque brevet 40 livres, non compris les droits ordinaires. Cet arrêt confirme le droit d’un fol par chaque peau perçu fur les maîtres corroyeurs, & fix deniers fur les corroyeurs privilégiés. Veut fa majellé que les arrérages des rentes de ceux des maîtres qui auront prêté à leur communauté ne puilfent être arrêtés , ni le rembourfe-ment fufpendu lorfqu’il y aura des fonds , fous prétexte de la révifion de leurs comptes 5 dérogeant en tant que befoin & pour ce regard feulement, à l’arrêt du eonfeil du 28 mars 1730. Les deniers provenans de la réception des maîtres fans qualité , & des autres droits exprimés'dans l’arrêt * font pareillement affeétés au paiement des arrérages des rentes créées pour raifon de l’emprunt des 24 mille livres , même au rembourfement de portion des capitaux, à mefure qu’il y aura des fonds ; à l’effet de quoi les jurés feront tenus d’en rendre compte tous les fix mois , ainfi que du produit des gages & droits attribués auxdits offices réunis.
- 211. Enfin, par un autre édit du mois d’août 1758 5 par le rôle du 18 oétobre fuivant, la communauté des corroyeurs ayant été taxée à une fom-me de 15500 livres * elle obtint par un arrêt du 25 décembre 17S9 » la permiffion d’emprunter, foit à conftitution de rente, ordinaire , foit à renté viagère au-denier dix , une fomme de J 2000 livres , & elle afFeéta fes biens & revenus au profit de ceux qui lui prêtèrent ladite fomme. Voilà où en font reftées* les chofes quant à préfent. Ces dettes qui s’augmentent continuellement , & kdont les capitaux auraient déjà peine à s’éteindre , finiront probablement, comme tant d’autres , par une impoffibilité totale de payer (24).
- (24) Tous ces arrêts , édits & régie-mens prouvent, combien de charges on a en-taflees fur les arts de première néceflité. On fent avec douleur combien rinduitrie &
- le commerce doivent fouffrir de toutes ces entraves ; & l’on voit combien il refte dé chofes à faire pour mettre la France dans l’état de fplendeur où elle peut parvenir.
- Tome ///»
- Rif
- p.313 - vue 315/631
-
-
-
- ART B U C 0 R R 0 Y E U R.
- W
- ti-
- b
- EXPLICATION des planches du cor.royenr.
- , PLANCHE I.%
- Haut de la planche.
- A î âdion de celui qui foule & pétrit les peaux : il faut lui fuppofer des efcarv pins de boutique. Derrière lui font des peaux étendues fur une table.
- B, adion de celui qui écharne , qui bute,
- C , adion de celui qui étire j la table doit ètre,très-folide,
- D , adion de celui qui tire à la pomelle y il faut le fuppofer feul fur une table auffi bien que celui qui étire ; il doit avoir la main droite & la pomelle re*» couvertes par la peau., & la main gauche par-defsus.
- E , adion de celui qui pare à la lunette.
- F, baquet pour ramollir les peaux.
- Bas de la planche.,
- A, petite étire.
- B, étire moyenne.
- Ç 3 grande étire. Ces trois étires ont la forme qu’on leur donnait il y a 60 ans ; on verra fur la pi. II la forme la plus uiitée aduellement.
- D, butoir , couteau tranchant à écharner : il y a des butoirs fourds , qui lie tranchent pas.
- E, couteau à revers pour drayer.
- * Fufil pour aiguifer les couteaux.
- F, tenaille ou pince pour tenir la peau quand on pare à la lunette.
- G, lunette quieft tranchante.
- H , fourche pour accrocher ou dépendre les peaux, ï , bigorne pour abattre & fouler les peaux.
- K , K, liege , efpece de pomelle.
- L , M , pomelles vues dans les deux fens.
- N, étoupe pour efsuyer les peaux.
- O 4 peau étendue fur le paroir pour être parée à la lunette, f Ballet pour arrofer les peaux.
- 3 3 crofses de fer qui portent le paroir.
- 2 , pitons fichés dans le mur pour accrocher le paroir.
- 3 j 4 » 5 » 6» 7 > développement du chevalet, & détail des pièces qui le com-
- polènt.
- P, P, pomelles de différens grains, vues dans les deux fens.
- p.314 - vue 316/631
-
-
-
- ART D U CO RR 0 Y E U R% . m
- Q_-5 valet pour tenir la peau fur la table.
- S , ferpe pour fendre les peaux.
- T, claie dont on fe fert quelquefois pour fouler.
- t, t, pièces qui forment l’afsetnblage de la claie.
- V, chevalet du corroyeur, repréfenté féparémentfc
- PLANCHE II.
- Haut de la planche, ou vignette,
- À., adion de l’ouvrier qui éclaircit les peaux 5 il a près de lui Pefpare, le pa« quet de laine , & le vafe où eft le luftre j il a derrière lui des cuirs en prefse„
- B , adion de celui qui fufpend les bandes au plancher avec une perche fourchue par fon extrémité, fur laquelle porte une baguette qui traverfe la peau.
- C, ouvrier qui bigorne les peaux.
- D, baquet d’eau avec le balai qui fert pour arrofer les peaux»
- Bas de la planche.
- È, croupoii j ou cuir de vache dont on a coupé les bordages»
- F, bande , ou moitié d’un cuir de vache.
- G , peau de veau fur le paroir [ 26],
- H, étire tranchante dont on fe fervait autrefois. C’eft la forme générale des étires.
- I, lifse de verre en forme d’oignon pour luftrer les peaux: en en fait aujourd’hui peu d’ufage.
- K, K, plan d’une petite bigorne vue par-defsusj & plus bas, cette petite bigorne vue en perfpedive.
- L, butoir fourd.
- M, couteau plus tranchant.
- P, chevalet chargé d’une pierre, |& compofé de différentes planshes qu’os ajoute fucceffivement quand les premières font ufées.
- N, pierre à l’huile pour repafser les couteaux.
- Q, , pierre à queurfer, ou ratifser les peaux.
- Hr i}
- p.315 - vue 317/631
-
-
-
- ART D V CORROYEUR.
- 3i«
- ;-_^=55=5»
- XA.æi*2£ JJ XL S X£^LTXJELJEUELS 3
- AVEC L’EXPLICATION DES TERMES
- DE L’ART DU CORROYEUR.
- _"==>
- A
- < •
- Abattre au lustre, donner une façon avec l’étire , avant de luftrer, article 6f.
- Alun, merde de chien, ou fiente de poules, fervant à la préparation des veaux, if 1 , ipg.
- Aluner les veaux d’alun , if 1.
- Appointer., 57.
- Auvergne , forte de coudrement dans lequel on pafle les peaux à Ver-neuil, 147.
- Auvergner, mettre les peaux dans 3e coudrement appellé auvergne, iff. Voyez Auvergne.
- Auvergneur , ouvrier qui prépare les veaux d’alun, 15-4.
- B
- BarrOis ( M.), diredeur de la Fabrique de Saint-Hippolyte, a revu le manu fcrit de M. delà Lande fur l’art du «orroyeun
- Bas de fleur , endroit où la fleur eft ufée, f2.
- * Basanes, peaux de moutons tannées ,161.
- Basanes chippées, 161. Voyez Clipper.
- Basanes de couche, iér.
- Baudroyeurs , corps de métier à Paris, 178.
- Bigorne ,ma(Te de bois pour fouler les peaux, 11. Voyez planche I, J ; planche II, K.
- Bigorner, fouler les peaux avec la: bigorne , 11. Voyezpl. II, C. Blanchard (M.), juré de la communauté des corroyeurs de Paris, a aidé de fou expérience l’explication de fou-art.
- Bluteau , piece de vieille couverture pour efluyer les peaux, 64.
- Bourriers, écharnures qui tombent en butant ou en drayant, 1 y.
- Boutures, parties filamenteufes,. qui s’enlevent avec le butoir, 12.
- Brésil ( bois de ), employé pour teindre les vaches rouges, i^g.
- Buter, nettoyer une peau avec le butoir, j2, 78, 95. Voyez pl. I, B.
- Butoir, couteau du corroyeur, 12..
- Butoir sourd, couteau qui 11e coupe point, 12.
- Butoir tranchant, couteau à. écharner, qui n’enleve pas beaucoup de chair, 12.. Voyez pl. I, D.
- C
- Calandres , forte d’infedes qui; attaque les peaux, 146.
- Casser les peaux, c’efl: les ouvrir fur le chevalet; avec le butoir fourd, H7-
- Chagrin, forte de peau, itfg,
- p.316 - vue 318/631
-
-
-
- ART BU CORROY EUR.
- . 3i?
- Chancissures , c’eft le fuif & la moifiifure qui s’amalfent fur les cuirs, 49*
- Chateigne* c’eft la tête d’un cuir, 58-
- Chevalet à buter. Voyez planche I,
- Chevalet à drayer. Voyez pl II,
- Chevres en fuif, I2ï.
- Chien de mer. Voyez Roujfette.
- Chipper. Voyez Auvergner.
- Claie, dont on fe fert pour fouler les peaux. Pi. I, T.
- Commerce des cuirs, réglemens à ce fujet, ioi.
- Corrompre a la pomelle , pafler la pomelle fur la chair, 19, 91, ioy, j 09.
- Corroyer, i.
- Corroyeur , 2. Quelles peaux il travaille, 3. Communauté & corps de métier à Paris, 176. Confrairie , aoo. Bureau de la communauté, 205. Ad-miniftration de fes deniers, 191 & fuLv. Ses droits & privilèges, 194. Police de la communauté, 180.
- Coudre les peaux de veaux d’alun, if4-
- Couleur rouge, pour les cuirs de Ruiîie, 130. Pour les vaches rouges, 139, 141.
- Couteau a parer, pour les relieurs,
- ï66.
- Couteau a revers, 13. Voyez
- pi. I, E.
- Crépir , 43, 62 , 8f » i°4-
- Creton , fuif brun, qui relie après qju’on a extrait le fuif blanc, 40.
- Crgupons, c’eft la partie la plus forte du cuir, 29. PL II, E.
- Cuir , fe dit proprement des peaux de bœufs , f.
- Cuir çouilli, 174.
- Cuir étiré, cuir de petit veau ou de vache, 30 & luiv. Son prix.* 99.
- Cuir lissé, 36. Sa préparation, 37 & luiv. Son prix, 5-3, 99.
- Cuir de Russie , i2f.
- Cuir de Russie noir, 133.
- Cylindre à grencr les cuirs de Rulfre, 127.
- D
- Dague , lame de fabre à deux man« ches, i6f.
- Déborder , enlever fur les bords de la peau, avec le couteau à revers, ce que la lunette doit enlever dans le milieu, 2f, 98 , ioy.
- Décrasser les veaux, 103.
- Défoncer une peau. Voyez Fouler, 5.8» f4 » 7? » 9°» 98*
- Dégraisser les peaux de chevres avec la potalfe, 11 g.
- Dégras des chamoifeurs, employé pour palier à l’huile, 77, 98.
- Donner un vent, c’eft étendre les peaux au grand air pendant un efpace de tems plus ou moins long, 109.
- Drayer, enlever du côté de chair toute la iuperficie de la peau, 14, pd, 7T’9Q‘
- Drayures, couches legeres de peau, qui s’enlevent avecle couteau à revers, 13. Voyez Courriers, Boutures.
- E
- Eau d’alun, employé pour le cuir de Ruffie, i2y ; & pour les vaches rouges,^- n ,
- Echange , folfe ou l’on met tremper les peaux, dans les manufadures de Verneuil, 147.
- Echantillonner les peaux, couper les queues, le front, les mamelles, 7,
- p.317 - vue 319/631
-
-
-
- 3'iS .
- ART DU C 0 RR 0 Y E U &
- -Eclaircir un cuir, c’eft lui donner "Un œil plus blanc,.par le moyen des acides , f i , 124.
- Eclaircir sur l’abattage , 5f, 68-
- Egorger, écharner les peaux juf-qu’au vif avec un couteau fort tranchant, If o.
- Epine-vinettè, propre à éclaircir les cuirs , f 1.
- Escarpins de boutique , gros fou-liers pour fouler les peaux, 10.
- Esparer , frotter les peaux de chèvres avec un paquet de jonc, 11g.
- Etire , ai. Planche I, A , B , G.
- pl n,e.
- Etirer, adion de l’ouvrier qui étire, 22, 30. Pl. I, G.
- F
- ÏERNAMBOUC (bois de), 131.
- Fiente de poule. Voyez Alun„
- Flamber une peau, 41 , f 8.
- Fouler une peau pour la rendre Toupie, 8, 117. Voyez pl. I, A.
- Fouler a l’eau ,61.
- fusiL à aiguifer, 13. Voyez planche I, *.
- G
- Goder, faire un faux-plis, 7.
- Graine d’Avignon, entre dans la couleur qu’on donne aux vaches façon d’Angleterre , 94.
- Grater les peaux de moutons, 123.
- H
- Huile de poisson, employée pour pafler les veaux, io5j & les cuirs de Ruffie, i2f.
- Huile de Ru-ssie , 12p.
- L
- Liege, on s’en fert, comme de la pomelle , pour rebrouifer certaines peaux, 109.
- Lisser les vaches rouges,141,143.
- Lunette, couteau circulaire, 24. Pl. I, G.
- Lunette d’Allemagne, plus mince & moins pelante, 123.
- Lustre, liqueur.propreàluftrer, 69.
- Lustrer le cuir, 49.
- Lustrer les peaux de chevres, t 19.
- M
- Maroquin,peaux de chevres, i2i«
- Maroquin en bafane, peaux de chevres tannées avec le redon, 117.
- Merde de chien. Voyez Alun.
- Mettre le cuir en suif, 41 & fuiv- f9 & fuiv. 92.
- Meurtrir les têtes, c’efl: les travailler pour leur donner la foupleife qui leur manque, 147.
- Moutons a l’huile, 122*
- Moutons en suif,- 124.
- N
- Noir des corroyeurs, 46.
- Noir pour les peaux de chevres, 119,
- Noircir le cuir, 47, <54-, 84.
- Noircir les moutons, 123.
- Noircir les veaux, 104.
- O
- Onglets, rognures qu’on enleVe aux pattes de derrière, 7.
- P
- Parer a la lunette , 25,27 ,9g?
- p.318 - vue 320/631
-
-
-
- ART DU GO-RR OY EU R.
- rof, 106. PL I, E.
- Parer les veaux, io6.
- Parer les moutons, 123.
- Paroir, 26. PL I, O.
- Passer au noir. Voyez Noircir. •
- Peau franche , c’eft-à-dire bien tannée, 90.
- Peaux de moutons, 122 & fuiv. leur prix, 126.
- Peaux de chevres, 117. Leur prix, 120.
- Peaux de porcs paflees en alun , 160.
- Peaux de pavillons grandes peaux fervant à faire des impériales de carroffe, 99.
- Pierre a l’huile, 29. PL II, N.
- Pierre-ponce, propre à enlever la. fine chair des veaux & moutons qu’on veut mettre en fuif, 16, 121, 124.
- Pince a parer, 27. PL I,F.
- Pomelle , outil pour donner le grain, 17. Pi. I. K, L, M» P.
- Poncer les veaux, 10g.
- Ponger : un cuir pouge Jorfqu’il eft, pénétré par la pluie, 94.
- Potasse, propre à dégonfler la fleur des peaux de veaux, & à la préparera prendre le noir, 10}.
- Prix comparés des différentes peaux de vaches, 99.
- R
- Ramollir les cuirs avec de l’eau, lîvant de les corroyer, 8.
- Rebrousser au liege, 109.
- Rebrousser, palier la pomelle fur îa fleur , 20, 43,62,91, 98 » 1 of.
- Redresser des quatre quartiers, donner un coup de pomelle de cul en tète, 123.
- Redresser des quatre faux " quartiers 3 donner un coup de po-
- 3*9
- melle obliquement, de la patte à la gorge, 66.
- Redresser de travers droit» donner un coup de pomelle direde-ment, dans la largeur, 66.
- Retenir un cuir, 47.
- Roussette, peau de poifTon,.i734
- S.
- Safran, entre dans la compofïtion qu’on applique fur les vaches faqoii; d’Angleterre, 94.
- T
- Tannerie des Juifs, manufadure à Saint-Germain-en-Laye, où l’on fabrique des cuirs de Rullie, 126.
- Teybert ( M. ), allemand qui apporta en France le fccret des cuirs de Ruiîîe, ia5.
- Tirer a la pomelle, 17.
- Tirer au liege, gy,9g, 1 o5,
- V
- Vache, toute efpece de peau qui n’eft pas propre à faire des cuirs forts , y.
- Vache male, y.
- Vache femelle, f.
- Vache en croûte, celle qui fort' de la tannerie, 7.
- Vache de roussi. Voyez Cuir de Ru/Jie.
- Vaches blanches en huile , 9g.
- Vaches d’Angleterre, ou façon, d’Angleterre, en huile ou en fuif, 90*, Leur ufage, 96. Leur prix, 99.
- Vaches rouges, 154.
- Vaches en suif , 74. Leur prix, 99...
- Vaches en huile , 72. Leur ufage ^ 72. Leur prix, 99.
- p.319 - vue 321/631
-
-
-
- Vaches en* cire , 88.
- Vaches grises. Voyez Vaches gmjjes.
- Vaches grasses, 97.
- Veaux a cirer, 114.
- Veaux blancs, 112.
- Veaux d’alun pour les relieurs, Î4f. Leur prix, 161, 162.
- Veaux d’Angleterre, jii.
- Veaux en huile, i01.Leur prix,
- 106.
- Veaux en suie , 107. Leurs ufages & leurs prix, no.
- # Veaux tournés, 114.
- Vent. Voyez Donner un vent. Verneuil, mamifa&ure de veaux d’alun, i4f.
- Fin de l'art du Corroyenh
- p.320 - vue 322/631
-
-
-
- ART
- DU PARCHEMINIER.
- Par M. de la Lande»
- p.321 - vue 323/631
-
-
-
- p.322 - vue 324/631
-
-
-
- tu+n^^SSiêQÀ&àt,
- rïlfyçï:
- ART
- DU PARCHEMINIER. <)
- XjE parchemin ordinaire, dont on fe ferc pour écrire, eft formé d’une peau de mouton pafsée à la chaux, écharnée, raturée & adoucie avec la pierre^ ponce.'Cette définition ( 2 ) s’éclaircira par le détail des travaux du mégifîler & du parcheminier , que nous décrirons après avoir dit un mot du nom & de l’origine du parchemin.
- i. L’usage du parchemin eft fort ancien : Hérodote afsure dans fon livre V, intitulé Terpfichore t que dans lq^tems les plus reculés on écrivait fur des peaux de moutons & de chevres qu’on appellait^SÉfav. Les Hébreux s’en fer-valent aufli bien que les Grecs ; on voit dans le 10e livre des Antiquités judaïques de Jofephe, que lorfque le grand-prêtre Eléazar envoya à Ptolémée-Phi-ladelphe une copie des livres faints pour être traduits en grec par les foixante-douze interprètes, le roi admira la finefse de la peau fur laquelle ils étaient écrits, tenuitatem membranx. C’était vers l’an 277 avant J. C.
- Le mot latin membrana ( à membro) lignifie évidemment la peau qui recouvre lés membres d’un animal > mais elle ne détermine pas la qualité & la préparation de cette peau. Il parait même que les anciens en employaient de toute èfpece. On trouve dans les auteurs les termes de membranx caprinx , agninx, hvillx, vitulinx, hœdinx ; on fe fervait même des boyaux. Le P. Mabillon & le P. de Montfaucon font perfuadés que l’ufage des peaux pour l'écriture eft plus àncien que celui de l’écorce ou du papier d’Egypte.
- ( 1) Cet art fut publié par M. de la M. de Jufti, dont'je profiterai dans cette Lande en 1762. Il fut traduit en allemand édition.
- l’année fuivante, avec plufieurs notes de ( 2 ) C’eft plutôt une defcription.
- Tome III.
- S s ij
- p.323 - vue 325/631
-
-
-
- 32+...... ? -D V PA- R--C H EM I N 1ER:.
- •CepetS^dant , à en en juger par le rapport de Pline, le parchemin , charta pergamena, fut/;iî;venté à Pergame *;lorfque Ptolémée-Epiphanes eut défendu la forjtie du papi,er(4’Egypte ;mais il pourrait arriver que le parchemin n’eut pris le4iom.4e‘ciettfî. ville qu’à raifon du grand ufage qu’elle en fit,.& d’un plus grand^art dans ^ préparation .du parchemin a fuite naturelle de l’étendue de la confommation & du cpm merce. „ - . f .
- < Pergame eft urne'" ville fituée dans l’Afie mineure , vis-à-vis de l’isle de Lesbrospau/ourd’hui Pergamo, fur lariviere de Girmafti , célébré par la naif-fance de Galien. Eumenes II, quatrième roi de Pergame, y régnait 200 ans avant J. C. Polybe ( exempl. virt. & vit.) fait te plus grand éloge de ce prince, qui joignait la connaifsance & le goût des lettres avec les vertus guerrières & politiques. Il acheva de former la bibliothèque fameufe de Pergame, que Marc-Antoine réunit dans I‘a fuite à celle d’Alexandrie, & qui'donna lieu à l’invention du parchemin.
- La cour de Pergame & celle d’Alexandrie étaient rivales. Les rois d’Egypte avant vu avec peine s’élever à Pergame une bibliothèque considérable , ils avaient; réfo.lu d’en arrêter les progrès. Ptolémée défendit le tranf'port du papier d’Egypte y bfpérantbtdr 'pafflà là Eumenes le moyen de faire copier les manuf-cfits doirtHi formait fia hjblibtheque. Ce nToyen;aurait réuffi,sfi Eumenes n’eut imagine :dé1peffe:étro,nncr un art qui pouvait tenir lieu de celui du papier , l’ait: de pafser i&'cle préparer les peaux d’animaux penrr pouvoir écrire defsus.
- , Cet art, était déjà connu en orient ; mais il était fort greffier, & ce fut à Pefgàrnbqü’ôir trouva le moyen de le porter à fa perfe’éfrô'n , & de faire le parchemin ou charter pefgamaia , infiniment füpérieur par fon poli , par fa flexibilité:, par fa'durée I au papier d’Egypte toujours rqde & cafsant.
- ' Vpy. Prideaux1 V hifi. 'àes Juifs, part. ï, liv. 7 , à l’an 332. M. Fréret,. mérrt. de Tacàd. des hijeript. t. VI, pag, 182.'
- M- Bonamy obferve dans les mémoires de P académie des belles - lettres, t. IX, pag. 398 que Scaliger s’eft trompé à l’égard d’Eumenes , fondateur de la bibliothèque de Pergame. " . M; ^ ‘ '
- Cet Eümenes qué'Pfine ne défigne' point1, n’eft pas Eumenes , neveu de Philsteriîsymàis-c’èffyfelon Strnbon , Eumenes fils à''Aitainsi , qui commença à régirerflà feptieniè année de Ptolémée-Epiphanes. Or il eft certain qu’il y avait à‘Alexandrie une bibliothèque avant la feptieme année de Ptolémée-EpiphanesV Auffi Pline'ne parle-fi-il point de l’établifsement d’une bibliothèque, niaisJfeirlement de d’émulation qui régpait entre Ptolémée & Eumenes , pour augmenter le nombredeleurs livres : émulation qui donna lieu à l’invention du pavche,fnin , parce que Ptolémée avait délendu la fortie du papier d’E-gvpte. Ærnuîatione circa biblioîhecas regum Vtolemœi & liumenis, J'upprimenîe char tas.- Ptolemœo, idem Viwro mmibrmas Pergami tradidit repertas. Pline, livre XIII, ch. xi.
- -s .
- p.324 - vue 326/631
-
-
-
- :A RT D U P A R C H E M I N I E\R. 32Ç
- Le prince que Pline appelle Eumenes, eft appellé:par d’autres Attaîus, comme il paraît dans une épître de S- Jérome à Qhromatius. / >! ; -
- ^ Rfx At talus membranas à Pergamo miferat, 7f/ fiemtria charteptUibus petifaretur, Vnde & Pergamenorum nomen ad hmicufque diemtradente.fibi invicempofieritate, fiervatum ejl. Sur quoi Pitifcus a joute qu’il m’eft .pas étonnant que S. Jérôme appelle Attalus celui que Pline appelle Eumenes (3), liv, XIII, .ch. xi. Nam fimiliter appellat Æliamis : yiempe quia ut reges Parthonm Arfaeidœ, Philijlæorum Abimelecb , Syriæ ac Damafci Benhadad , Ægyptiorim Piolemœi, &c. fie Pergu-meni reges vocatiAttali. Vofs. lex. etym. de arte grammat* 1,38. Salmaf. P lin, çxerc. pag. 6^9, a. E. Guiland. papyr. membr. VI. §. 21. Samuel Pitifcus,/mc/-con antiquitatum romanarum, tome III, page 63 , verbo Pergammum.
- Ainsi cette différence de noms ne change rien à la date de l’invention du parchemin : au refte l’art en fut poufsé très-loin chez les anciens, & l’on enfallait à Rome un ufage fréquent. Dans le 14e livre des épigrammes de Martial, intitulé Apophoreta , il eft parlé de plufteurs auteurs dont les ouvrages étaient, écrits in membranis > pellibus. '1. i
- - 1 Ouam brevis immenfum cepit membr aura Mar oncm ,/134, ,
- ’ ' Plias & Priami regnis inimicus VlyjJ'cs
- 'Multipliai pariter condita peUe latent, i8s>
- On préparait à Rome du parchemin d’une très-grande finefse, puifque Ci-.céron dit avoir vu toute l’Iliade d’Homere écrite fur du parchemin, & renfermée dans une noix. * -
- En général, dans les arts qui ne fuppofent que de la confiance & de la finefse.dans l’exécution, nous voyons que les anciens ne le cedent point aux modernes : il n’en eft pas de même de ceux où il a fallu ou des hafards heureux ou de longues fuites d’expériences.
- De la texture du parchemin.
- . 2. M. Morand , dans un mémoire lu à l’académie en 1738 ,•& qu’il a bien voulu me communiquer en manuferit, obferve que la peau dont eft formé le parchemin , eft un tifsu particulier , formé de fibres aponévrôti'quesqui s’entrelacent les unes dans les autres. C’eft cet entrelacement qui donne à la peau
- (3) Cette folution ne peut guere être tedteur déclaré des arts & des Potences,’coni-admife. Attale fut le premier de fon nom, menca probablement à former la bibliothe-& il ne fut point Te premier de fa famille ; que de Pergame. Cet établilfement ne put enforte que le nom d’Attale ne peut point pas parvenir tout d’un coup à ùn:'tel degré ^devenir commun à tous les rois de Pergame. de fplendeur , qu’il dût exciter là jaloufie L’hiftoire confirme cette obfervation. At* des loix d’Egyptç-, taie I, prince iiluftre par fes vertus, & pro»
- p.325 - vue 327/631
-
-
-
- Â R T D Ù P A R C H E M I N I Ë R.
- la facilité de s’étendre en toüt fens avec une extrême fouplefse , & de fe prêter dans le fujet.vivant à toutes les indexions des mufcles ; lesimpreffions même de la chaleur & du froid peuvent, en refserrant les mailles du tifsu , fermer les pores de la peau. Un parchemin fauvé de l’incendie de la chambre des 'Comptes , avait pris par la chaleur une forme iinguliere qui attira l'attention de M. Morand, & donna occalîon à ce célébré anatomifte d’en examiner le tifsu. Le bord de ce parchemin, du côté où commencent les lignes de l’écriture, s’eft raccourci par l’adion du feu, tandis que du côté droit il eft refté dans fa grandeur naturelle. Le côté gauche eft plus court d’un grand tiers > les lettres en font raccourcies, & les lignes rapprochées entr’elles de près de moitié ; la eom-paraifon du côté brûlé avec l’autre, montre afsez bien le changement qu’il a •éprouvé par le feu ; la rédudion des lettres, des mots & des lignes, s’eft faite .proportionnellement, &ilfemble que l’écriture n’en foit que plus lifible; les libres intérieures fe font bourfoufftées, pendant que les extérieures fe font froncées, de forte que tout le tifsu eft devenu moins long & moins large,& en même tems plus épais (4). Ce phénomène prouvait afsez l’entrelacement des fibres, & la pluralité des couches. M. Morand s’en afsura eneore, en faifant macérer dans l’eau des morceaux de parchemin qui auparavant avaient été crifpés par le feu : cette macération lui Et connaître qu’il y a dans le parchemin deux couches très-diftindes, dont l’intervalle eft occupé par une fubftance plus molle, qui paraît gonflée, & qui fe détache aifément des deux lames dont elle eft couverte; ©narrache même une couche de defsus un parchemin ordinaire,en le déchirant.
- PAR de femblables macérations, on peut rendre aux fibres crifpées par le feu, à peu près la même étendue qu’elles avaient auparavant; & c’eft effectivement par ce moyen que M. Morand penfa qu’on aurait pu rétablir un grand «ombre de parchemins fauves de l’incendiede la chambre des comptes.
- Matière du _parche?nin, & fes caractères.'
- Nous avons dit, en commençant, que le parchemin eft une peau de mouton pafsée à la chaux & raturée. Ce font les mégiliiers * qui travaillent le par-
- (4 ) M. de la Lande avait fait defliner la figure de ce parchemin ; mais, outre qu’elle ne fait abfolument rien à l’art dont il s’agit de donner une idée , fai trouvé qu’elle n’ajoütait rien à la defeription que l’on vient de lire , & je l’ai fupprimée, fuivant le plan que je me fuis preferit en commençant cet ouvrage.
- * Il faut entendre par mégiffïer propre*
- ment celui qui travaille de petites peaux en blanc avec la chaux, la pâte ou le confit , comme on le voit par les ftatuts des mégif-ffiers , à la différence des tanheùrs qui emploient de l’écorce , ft^des chamoifeurs qtfi fe fervent principalement de l’huile. Au relie, des niégiflîers qui ne feraient que du parchemin , s’appelleraient tout naturellement des parefu minier s ; mais communément le même ouvrier travaille le parche-
- p.326 - vue 328/631
-
-
-
- ART DU F A R C H E M I N I E R,
- Ht
- chemin à la chaux, & les pprcheminiers de Paris ne .font que le raturer. La peau de mouton n’eft pas la feule qui puifse fervir à faire du parchemin, com-me nous le dirons bientôt; mais, quelle que foit la matière du parchemin, fe$ principales qualités font la blancheur , lafinefse, la roideur, & d’être bien dé-, graifsé. Les cuirs & les peaux qu’on deftine à d’autres ufages, font préparés à l’alun , à l’huile , au tan , font travaillés fur le chevalet, corroyés, foulés. Ces préparations n’ont point lieu dans le parchemin; elles lui donneraient une; mollefse, une rugofîté , une teinte, qui le rendraient peu propre à l’écriture.
- On diftingue dans le parchemin le dos & la chair le dos eft le côté quia, porté la laine ; l’autre côté eft celui de la chair. Ce qu’on appelle la fleur eftui\ tetrnve équivoque : chez les marchands de parchemin à Paris, c’eft le côté de la chair ; mais pour les fabricans & les mégiflïers, c’eft le dos qu’qn appelle fo fleur, Nous nous.fervirons dans ce fens-là du terme de fleur, parce que dans les, corps de métiers où l’on travaille d,es cuirs ou des peaux, on appellera** fo côté du poil ou de la laine.
- 4. Le vélin ne. différé pas beaucoup du parchemin. Les peaux de veaux qu’on emploie pour le faire , font plus grandes , plus épaiffes ; elles ont Une, demi-tranfparence-plus belle ; elles font plus blanches, plus unies moins fujettes aux. taches & aux. défe&uohtés, & elles ne jaunifsent pas, comme le parchemin (O- C’eft ce qui rend le vélin beaucoup plus cher : elles, font d’ailleurs bien plus difficiles à travailler [44].
- Le parchemin vierge eft celui qui eft fait avec, la peau de chevreau ; if imite très-bien la qualité du vélin, & il a de plus les avantages que. la fuperfo tition y a attachés ,. & qui le rendent fort cher. Cependant on n’y emploie guère que les peaux de chevreaux qui ne peuvent pas fervir pour la. ganterie.,
- 6. Les peaux de veaux & les peaux de chevres préparées en parchemin s’emploient pour les tambours ; mais ce font les peaux de loups qui font les, plus recherchées pour cet ufage : il y a lieu de.croire que, là on ne les em-.. ploie pas plus fouvent , c’eft qu’elles font rares, & qu’il eft difficile fur-, tput de les avoir entières ; un loup tué à coups de fuftl, eft ordinaire-, ment, criblé de maniéré à ne pouvoir fervir pour un tambour. C’eft un pré-. Jugé dans les.troupes , qu’un tambour de peau de loup fait cafter les autres c’eft du moins,une manière, d’exprimer la force fînguliere qu’on leur connaît,,
- min & lès peaux blanches :ce qui fait que être fait que de peaux de veaux. Si l’on y, l’on appelle communément en province emploie despeaux de moutons & de brer mégijpers , ceux qui font le parchemin. Les bis-, c’eft un abus qui eft toléré, parce que pàrcheminiers de Paris font marchands; de le parchemin de mouton peut être employé* parchemin-, & non fabricans. Les mégiftieis à divers ufages ; mais il faut convenir.que; de-Earisne font point de’parchemin. cela donne lieu à bien des fraudes, fur-top.tr
- CO Proprement, lé parchemin ne. deyrait chez lçs relieurs,.
- p.327 - vue 329/631
-
-
-
- Les peaüx de cerfs & de biches feraient trop épaifses pour faire du parchemin ; comme elles ont beaucoup de corps , & que d’ailleurs elles font rares, ou préfçre de les palfer en chamois , c’elt-à-dire en huile , pour la' ganterie. ' *' l 1
- Les peaux de porcs préparées à la* façon du parchemin'f fervent à coù-‘ vrir des 'livres d’égl'ifes , à taire des’cribles rnous aurons1 occalib ri d’en'par-
- lerfw!. ' ,
- Les peaux d’ânes fervent pour les timbales, lorfqu’eiîes font preparees-en parchemin : elles fe préparent de là même façon que les peaux de tambours, dont nous: parlerons [62]. t ' ’ :
- 7. Nous avons1 dit que le parchemin ordinaire fé .fait avec la peau de mbu--'r ton : nous ajouterons que-celle de brebis eft encore plus eftimées &‘enfin,1 que la peau: cf’agnèau'étant1 plus fine & plus blanche j eft*lâ plus recherchée de toutes. C’eft fur la peau de mouton, que nous allons fûivre en détail les procédés de la mégilferie, parce que c’eft le travail le plus ordinaire chez' les pareheminiers. Nous parlerons enfuite féparément du vélin & des autres fortes de peaux. f / 1
- On travaille au parchemin en tout tems ; cependant-c’eft au printems que fe fait le fort de L’ouvrage. On ralfemble pendant l’hiver , dés peauxqùe1 l’on fe propofe de faire tout à la fois, lorfque la belle'faifon fera venue.’ O11 ne prend guere que les peaux de moutons les plus faibles ; les autres fe travaillent en bafane, en blanc, en laine j en chamois, pour les dtifé-l'ens ufages du commerce. Les moutons trop grands & trop vieux font fujets à la graifse f& aux taches , plus difficiles à travailler, & trop chers pouf fervir aux parchemins. -
- •• • Lavage des peaiiiï. - ? ; t . • - '.f-
- 8. Le boucher qui déshabille un mouton, doit avoir foin d’étendre la peau pour la faire fécher, à moins qu’il n’ait un mégilîîer quiJpuifse la laver tout de füite^S’il laifsé traîner Tes peaux,' & qu’il3 les néglige y elles' contractent des taches qui font fouveut ineffiiçables. S’if les^aifsbërrtasjes' unes fur les autres; elles s’échautîent & fermentent en certains; endroits,' qui dès-lors s’attendrifsent &{bntfüjets à s’ouvrir enfuite'fous11 le feh” ' J J Si le mégiffier reçoit les peaux feches , il eft obligé de les mettre dans l’eau pour y tremper deux ou trois jours. Il fe fert communément d’un cuvier pour,cet effet lorfque;fes, peaux y ont reftéjafsez long-tems-pour etrè ramollies , on les lave dans une eau courante pour en ôter le fang & les ordures : c’eft ce qu’on appelle laver de furge ou>de fuen. Les peauxY quoique nouvelles, oritbefoin de tremper quelques heures pour que le fang‘St les ordures puifsent s’en détacher, & qu’elles s’imbibent d’eau : en hiver, il leur faut plus de terris pour tremper. Si
- p.328 - vue 330/631
-
-
-
- A R T I) U P 'à R € ÏJ È M ÏNI *P R. $29
- Si les peaux font trop anciennes & trop feches pour être parfaitement ramollies parle lavage, on leur donne un travail fur le chevalet avec le couteau à recaffer, qui n’a qu’un tranchant rond , c’eft-à-dire, un fil.ufé qui 11e puifse pas couper les peaux. Jir
- 9. Le chevalet eft une planche arrondie ou convexe, de-ÿà f pieds de long» appuyée fut un bâton à deux branches qu’on homme la jambette& qui entre dans un trou fait fous la planche du chevalet.
- *T Si l’on ne fe fert pas du couteau!à recafser pour laver de furge ou- de fuen » ml pafse du moins la peau fur le chevalet avec les mains , frottant en difFérens fens pour emporter les impuretés, & laver de fiirge. Le terme de furge ou fuen fignifie proprement lagraiffe de la laine} c’eft pourquoi on dit laver de fürge, lorfqu’il s’agit de laver la peau en laine avec la!graifsie.’ -J'Ji ;
- Le fuen eftune'graifse fuperBcielle, devenue difsoluble dans l’eau à la façon des matières favonneufes , par l’union qu’elle a'contractée avec les matières falines & urineufes dont les moutons font prefque toujours cou verts dans leurs étables. On fait par les principes de chymie, que le favon , matière flaiféeà difsoudre dans l’eauqu’elle facilite ladifsolution^des autres graifses, eft com» pbfé de fels alkalis unis avec de là graifseoude l’huile, 1 ^ 1
- Le couteau à talon , ou fer à recaffer, qui fert à amortir & recafser les 'peaux,1 né coupe point j maisifâ un’tranchant mbufse dans fa-'pârtie concave, qui fert à écrafer les inégalités’,‘à’ fouler la peau , à écrafer le nerf, à en dompter la rdideur -, & la partie convexe eft Amplement quarrée ,! ainfî que le dos d’un
- rafoir. ' . : a‘•: * 'y1';- .....l'--
- Le couteau de riviere coupe un peu du côté concave -, & le côté convexe , qui eft plus tranchant, ne fert que* lorfqu’il fe rencontre* quelques afpérités ou quelques lambeaux de chair qu’on eft obligé d’enlever:
- Le couteau de riviere a'ordinairement un pied de longueur & un pouce de courbure. On l’appelle aufti quelquefois couteau h rever s » mais nous éviterons cette dénomination , parce que le mot de couteau à revers lignifie chez les tanneurs un grand couteau qui eft droit, tranchant des deux côtés, & qui fert principalement à écharnei*lesJcuirs.] Vi , '
- Un ouvrier peut lave’r-& recafser 260 peaux-dans un jour; ;u : ! • li
- Maniéré de mettre en chaux.
- ïo. Les peaux de moutons étant chargées de leur laine ’, il s’agit avant toutes chofes de les peler. ’ r‘ 1 ;:'J
- < ^Pour pouvoir de faire aifément, & fans rifquer d’effleurer la’peauyofi fe fert de la chaux’; on la fait éteindre dans une quantité d’eau fuffifante pour lui’ donner!la confiftance d’unê bouillie claire, &*on la laifse refroidir pour amortir davantage fa force corrofive.
- Tome III.
- Tt
- p.329 - vue 331/631
-
-
-
- Les peaux étant étendues fur terre, la laine en devons.*ou trempe dans la ohaux un bâton garni à fou extrémité de deux ou trois mauvaifes peaux ; il s’appelle goupillon ou guemllon ; on eii frotte le côté delà chair, enforte qu’il foit couvert de chaux par-tout ; on redouble les peaux chair contre chair , & on les met en retraite îes unes fur les autres, laine contre laine.
- IL îi eft efsentie] qu’aucun endroit de la peau n’échappe à la chaux, même les bords, qu’on a foin de bien étendre j fans cela l’endroit qui n’aurait pas été régalé, qui Saurait pas pris la chaux , réliftant davantage au travail, emporterait le refte , & feraitrompre la peau. Nous parlerons aui.fi de ce qu’on appelle la chaux crue ; c’ell un défaut qui paraît dans le parchemin , lors même qu’il n’eft pas aftçz cpnftdérable pour occafionner une rupture i il arrive aulîi quand la chaux trouve un endroit plus tendre que les autres, ou G la peau n’ayant pas été étendue afsez tôt, a été échauffée , amputée, c’eft-à-dire , çorrampue pat la. fermentation.} enfin G- la laine manque dans certains endroits : car a}prs l’acftion de la chaux y çft plus forte » & ayant moins- à agir fur )a laine , elle attaque davantage îafubitance de la peau. ,
- Voilà pourquoi on remarque quelquefois une traînée de chaux fur la raie du dos, lorfque la pea.ua été pliée fur fa longueur » & que la chaux a quitté, l’enciroit dupli.
- 12,. Les peaux placées les unes fur les autres , chair contre chair, & laine contre laine , pafsent ainfi quelques jours , jufqu’à ce qu’on s’apperçoive que la laine peut s’arracher aifément. Cinq à flx jours fuffifent en été} il faut quelquefois trois femaines en hiver : cela dépend d’ailleurs de la qualité de la chaux &. de l’état où fc trouvent les peaux.
- Si on laifsait les peaux trop long-tems, on rifquerait de perdre la- laine , qui, fe trouvant trop détachée , ferait emportée par le premier lavage. Si au contraire on. les retirait trop tôt, la laine étant plus difficile à peler,, on courrait rifiue q’efîlçurer |a peau en arrachant la laine [ ^6}.
- Un. bqifseau.de çfiaux peut fuffire pour mettre en chaux un cent de peaux de moutons , iorfqu’il ne s’agit que de faire tomber la laine.
- 13. Dans le Berry , où.les peaux font beaucoup plus fines &p1us délicates,, on ne lave point de fuen , de peur de. gâter la laiae , qui eft l’objet d’un commerce précieux.
- On fe contente de laifser tremper les peaux , ou bien- on les travaille feches en laine } on les recafse bien, on les humetfte} & quand elles fontfuffifamment amorties , on les met en chaux pour deux à trois jours. O11 n’attend pas que la laine ep tonabe facilement j majs on les plume à la main , en arrachant, pour ainfi, dire , la laine fine } & quand il ne refte que le poil le plus greffier* on le psU ^yec. h mur % qui eft" une efpece de pierre, à aiguifer.. Nous en parlerons ci-après.
- p.330 - vue 332/631
-
-
-
- A R TU U P A R OH RM* frN 1ER.
- m
- Les peaux qui ontétéafsezlong-tems en chaux, commencent à s’échauffer au point --qu'elles rifqueraient de fe brûler , fi on n’avait grande attention à les retirera propos. G*éft encore là une caurfe qui rend beaucoup deparcfte-anins défectueux. 4 ' ;n
- Surtondre & peler les pectnx'. i; j l/'f r-i,:>;--:
- 14. Les peaux ayant été en chaux afsez loftg-tems pour que * la ; la'ine fott «ifée à enlever, on lave légèrement ces peaux dans une eau courante pour en détacher le plus gros de la chaux, afin de pouvoir les manier aifémefit & avoir de la laine plus nette. 1 ’ c >
- Il 11e laifse pas d’y refter encore de la chaux ; mais elle y eft nécèfsaire pour empêcher que les peaux ne fe corrompent dans i’intervaMe dé terrïs qui doit fe pafser avant qu’elles retourneht à la èhaux; 1 .
- On commence par furtonârè la peau 4 c’eft-à-dilre, couper avec dés forces les1 extrémités de la laine qui font durciesfeches où gâtées, iès brins les plus groftiets , ceux auxquels il y a des ordures que le lavage n’a pu enlever. Les forces dont on fe fert pour furtondre les peaux, n’ont point de charnière, mais font forméesd’une feule prece d’acier recourbée, qui ! formé lesdeux lames ou les deux tranchans. Ainfi ces deux lames s’écartentJ l’une de l’autre par la force de leur refsort; & celui'qui furtond , n’a d’autre peine que‘de les ferrer dans fa main pour couper la laine. Dès qu’il cefse de les comprimer, les forces s’ouvrent d’elles-mèmes pour couper un autre brin.
- Cette furtonte, quoique la plus mauvaifc qualité de laine, fert encore! des ouvrages greffiers-, tels que les couvertures' qu’on met fur les chevaux; elle fe vend 2 ou 3 fols la livre , c’eft-à-dire , la moitié environ de la laine de queue, qui éft la moindre qualité des laines marchandes.
- Après avoir furtondu la peau, il s’agit de la peler. Pour cet effet, l’ouvrier étend la peau fur le chevalet; & prenant de la main droite un petit bâton arrondi, & d’environ un’pied de long qu’on nomme peloir, ou une pierre à aiguifer, il appuie fortement fur là peau , tandis, que de l’autre main il conduit lépeloir,& prend en même- tems la laine qui fe détaché. ' I
- Un ouvrier peut furtondre go peaux de moutons dans un jour, pourvu qti’elîes ne foient pas extrêmement défeéhieufes, c’eft-àf-dire, qu’il n’y ait pas une quantité extraordinaire d’ordures ou de furtonte.
- Un feül homme peut'plumer 200 peaux par jour , c’eft-à-dire , ig par • heure, s’il ne fépare pas les-laines ;>un tiers de moins , s’il eft obligé de trier à
- - mefute quHl pele.
- - On doniië le nom deplis h la laine qui eft ainfi détachée de la peau au moyen de la chaux , par oppofition à la mere-laine que l’on tond fur la’bête vivante. Le plis eft-cependant employé pour certains ouvrages, comme les grofses
- Tt ij
- p.331 - vue 333/631
-
-
-
- AK T D U PAR CHEMINIEZ.
- m
- couvertures qui doivent être confidérablem-ent refoulées ; la chaux dont elles font légèrement empreintes , facilite , à ce qu’on dit, le travail du foulon : mais.ep général cette laine eft rebutée. Les anciens'ftatuts des mégiffiersleur défendent févérement de la mêler avec la mere-laine , parce qu’elle fait un drap qui fe cafse de toutes parts» y-
- 15. Si on laifse fécher les cuirs au fortir de la chaux, ils deviennent beaucoup plus "difficiles à peler > dans ce cas ori les fait revenir,ven les laifsant tremper-dans;l’eau : mais par ce moyen on les dépouille trop de leur chaux-; ainfi il eft préférable de les peler tout de fuite à m.efure qu’on les tire de la chaux. Pour cela , un mégiffier vigilant, ne met en chaux que le nombre de peaux;qu’il prévoitpduvdir, conduire ,. a6n que les opérations fe fui vaut peu à peu,, elles 11e fiaient ni précipitées ni tardives.
- 16. La gelée nuit auffi à cette .opération ; les peaux ne plumeraient pas fi
- bien1, c’éft-à-dire . me quitteraient pas fi bien la laine » fi elles avaient été .gelées. Le pied-de la laine , cette épiderme légère qu’on enleve avec la laine- , ,& «qui fe détache àifément de la peau;, y tiendrait davantage , & l’on rifquerait .d’effleurer. y -r . - -)• 1 r- t •
- m> I7*i LEftriage des differentes fortes de laines, quoiqu’étranger à la fabrication du parchemin i'éft une des fondions du parcheminier rainfi nous croyons devoir èn dixe..quelques;mots. Celui qui pele une peau de mouton , a foin de féparer la laine e.11 deux ou trois tas ditfèren-s , fuivant le degré de beauté. La laine du collet eft la plus belle ; le dos & le ventre donnent une laine moyenne, , ou plis. moyen ;;celle des cuifses & de la queue font ordinairement de la dernière qualité. Il y a cependant des moutons qui, ont la laine du ventre plus grofse que celle des: cuifses. < .
- En Berry, le cho.ix & l’attention que l’on apporte dans cette opération, font encore plus confidérables. On y tire la laine à la main avec la plus grande attention; oti fépare d’abord la belle laine blanche en trois fortes, plis fin, plis moyen , gros plis. La laine noire ou grife forme auffi trois efpeces, qu’ils appellent fin bege , moyen bege,gros bege. Iis nomment êcharnure la laine tirée fur la gorge & fur les épaules; c’eft la plus eftimée ; elle fe vend jufqu’à cinquante, fols la livre, c’eft-à-direl, trois fois.plus'que la laine des environs de Paris. Au contraire, 1 e jarre eft formé par des brins de laine plus forts, plus greffiers & moins blancs, qui reftent attachés à la peau, quand on tire la bonne laine. Il y a des moutons qui ont beaucoup de jarre ; on le prendrait pour du poil de chien , quand ce, jarre eft refté feu! fur la peau. La laine fe lave, dans le Berry , à force de bras , dans de grands paniers que l’on plonge dans la •riviere:; au lieu que'dans ces pays-ci, les megiffiers lavent ordinairement la. laine fur la!peau; ce qu?on appelle laver de Jurge ou de fuen.
- À l’égard de la quantité, de. laine qu’un mégiffier retire de les peaux, on n’en
- p.332 - vue 334/631
-
-
-
- ART DU TARCHEMINIE R.
- 333
- faurait rien dire de bien précis. Les moutons du Berry ne portent guere que trois quarterons ou douze onces de laine, tandis que les gros moutons de Flandre en portent fïx à fept livres > plus communément c’eft une livre & demie..
- 18- Lorsqu’on travaille du vélin, on eft auiîi obligé de peler ou débourrer les veaux fur le chevalet 5 mais ce travail n’exige pas autant de prén cautions.
- Pour débourrer le veau, on s’y prend à peu près comme pour peler le mouton : fi le cuir eft un peu trop dur, on emploie une pierre au lieu du peloir de bois dont nous avons parlé. On appelle cœur cette pierre, dont la qualité eft ordinairement celle des pierres à aiguifer, elle a une forme quadran-gulaire , & eliefe termine en pointe des deux côtés.
- On fe fertaufti du fer à recafser, dont nous avons parlé art. 9. C’eft même le plus ufité pour cette opération.
- Les peaux de tambour le pelent quelquefois avec des cendres & de l’eau [62].
- 19. Si l’on veut mettre à profit la bourre qu’on a retirée de defsus une peau de veau , il faut la jeter dans un cuvier d’eau claire , où elle pafse f a 6 jours* On la lave enfuite dans un grand panier d’ofier qui ait 2 pieds de diamètre & un pied & demi de profondeur , au milieu duquel il y a une anfe circulaire: on met dans ce panier une lavée d’environ une livre & demie ; on la lave dans une eau claire & coulante ; on tourne la bourre avec un bâtonfpour la bien démêler. On la retire de l’eau à trois reprifes différentes, pour en faire fortir la faleté. Alors on peut plier cette lavée de bourre en forme de manchon, pour la mettre égoutter fur une claie pendant trois jours, & on l’étend enfin fur des claies dans leféchoir. Plus elle féchera promptement, & meilleure feraia qualité.
- Cette bourre fert à garnir les fauteuils, les felles , les colliers des chevaux; elle vaut dix à douze livres le quintal, lorfqu’elle eft ainfi travaillée avec foin fans aucun mélange de bourre de bœuf, ni de vache, parce que celle-ci ne vaut pas la moitié de celle de veau.
- La quantité de bourre que fournit une peau de veau , va depuis une demi-livre jufqu’à une livre & demie. Il y a des veaux en Flandre qui en ont jufqu’à deux livres ,* mais ce font des veaux de lait, qu’on n’a point laifsé brouter, & qui pefent jufqu’à fix cents*Il y en a plus en hiver qu’en été ; car le froid rend les veaux plus forts en cuir & plus faibles en poil. Si la bourre n’a pas été lavée & choifie avec les précautions que nous venons d’indiquer, elle ne fert plus qu’aux maçons, qui la mêlent dans la chaux éteinte, pour la lier & ea faire un enduit en forme déplâtré.
- p.333 - vue 335/631
-
-
-
- 134 ART DU.P ARCHE MINIER.
- Mettre les cuirs dans le plein. *
- 20. Lorsqjje les cuirs font pelés, il s’agit de les mettre dans le plein pour les faire enfler, les attendrir les dégraifser. Le plein eft un creux pratiqué dans la terre, ayant deux pieds de diamètre fur cinq pieds de profondeur plus ou moins, qui peut contenir entre cinq cents & mille pintes d’eau * ou deux ou trois muids mefurede Paris. Le muid eft de trois cents pintes, chacune de deux livres ou 48 pouces cubes, comme les bouteilles ordinaires. Les pleins ne font point revêtus de briques ni de pierre ; la maçonnerie fournirait toujours un gravier qui ferait tort à l’o-uvrage. On y enterre de grandes tonnes de chêne, qui peuvent durer jufqu’à foixante ans quand elles font bien faites.
- C’est dans ces tonnes, que l’on fait fondre & éteindre la chaux dans laquelle doivent féjourner les cuirs.
- On ne doit pas différer à mettre les peaux dans le plein lorfqù’elles ont été pelées i elles perdraient leur.humeur de chaux, & fe gâteraient ^ fi on les 1aif-jfait trop long-tenrs hors de la chaux. Pour faire un plein, on ehoifk de la chaux faite avec une pierre tendre, afin qu’elle fbit plus douce, qu’elle attaque plus lentement les cuirs. La chaux que l’on préférerait pour faire le mortier à bâtir, eft trop vive pour faire un plein. On prend une chaux légère, qui durcit moins, & boit moins d’eau.
- Lorsqjj’i l s’agit d’éteindre de la chaux pour le mortier, on commence par l’échauffer avec un peu d’eau pour la faire partir, la mettre en mouvement ; mais bientôt après on y ajoute une plus grande quantité d’eau, pour que la chaux ne fe brûle pas. Cependant on a foin de ne pas la noyer , fans quoi elle perd fa force, & ne durcit- plus; le mortier : c’eft le defaut le plus ordinaire parmi les maçons de Paris. Il en eft tout autrement de fa chaux des mégiffiers : on la noie afin de l’amortir ; on jette dans le plein la valeur de deux muids d’eau.pour un demi-muid de chaux , & tout à la fois, afin que la chaux trouve de quoi s’étendre tout d’un coup; elle fe durcirait, & deviendrait crêmeleufe, fi on ne l’abreuvait que peu à peu. Tandis que la chaux fe fond , on la remue continuellement, de maniéré qu’elle fafse un beau lait de chaux. Lebeuloir ou poujfon dont 011 fe fert pour cet effet „eft une piece de bois taillée en cube & emmanchée à un long bâton; On laifse enfuite repofer le p’ein jufqu’à ce que la chaux foitbien éteinte & bien froide : il nedçûtfervir quedeuxjours après
- * L’Encyclopédie, au mot Cuir, écrit nés de l’autorité royale, depuis celui du plain : cette orthographe répond-eilë à l’é- mois de juin iç8*> , je trouve plein , je pré-tymologie & à l’ufage ? Ce mot vient cer- férerai cette maniéré d’écrire, ne voyant tainement de peler , parce que le premier pas d’autorité plus refpectable, ni d’ufage üfage de h chaux a été celui de faire tom- plus conftaté. ( <5 ) ber le poil de.la peau. Dans les anciens ma- (6) J’ai dit ce qu’il faut penfer d’une nuferits de l’académie je trouve pelain pareille autorité en fait de grammaire. Voy. dans les mémoires du confeil, plin : mais l’art du tanneur , page 7 de celïje volume, comme dans les ordonnances & ftatuts éma- note 12.
- p.334 - vue 336/631
-
-
-
- A i? T DU p ARCHEMJNIE R.
- 33T
- la fonte; fans ce délai, on courrait rifque de briller les cuirs. On appelle & dans certains endroits cuirets, les peaux qui font pelées , jufqu’à ce qu’elles iaient été travaillées fur la herfe,- car c’eft alors feulement que le parchemin «eft fait, & prend le nom de peau de parchemin.
- j 2 ï. Avant de mettre les cuirs dans ce plein frais, on les prépare en les fai-fant tremper dans un cuvier avec une eau de chaux légère & déjà ufée. Cette préparation empêche qu’ils ne foient furpris trop vivement par l’adion du plein j on les laifse dans ce mort-plein deux ou trois jours, après quoi on les Jaifse autant de tems à l’égout.
- Après avoir été ainfi préparés dans un mort-plein & égouttés, les cuirs fe jettent dans le plein frais: on en peut mettre quatre cents dans un plein où il y aurait deux muids d’eau de huit pieds cubes chacun ; on a foin de le remuer .auparavant avec le bouloir, pour di llribuer la chaux dans toute la mafse d’eau.
- 22. Trois ou quatre jours après, on retire les cuirs du plein pour les mettre en retraitei pour cela on fe fert d’une tenaille.à deux branches, qui a quatre à.cinq pieds de long, & on les jette fans diftindiou les uns fur les autres , fur un terrein incliné , d’où l’eau de la chaux en s’égouttant puifse retourner dans le plein. Il ferait encore plus utile de les étendre & de les ranger exa&ement les uns fur les autres, pour mieux diftribuer la chaux i mais çn néglige communément cette précaution. Sans cette opération de retraite, l’eau gonflerait trop les cuirs, & la chaux trop délayée n’agirait pas afsez fur leur fubftance. Après trois à quatre jours de retraite, les cuirs retournent dans le plein pour un pareil efpace de tems , & toujours alternativement pendant lé cours de trois femaines, Ainfi , quand en dit que des peaux de moutons exigent trois femaines de plein, on fuppofe toujours cette alternative, enforte que pendant la moitié de ce tems elles aient été miles en retraite ; car elles ne fe travaillent pas moins dans cet état, que lorfqu’elles fout réellement dans, le plein.
- 23. Quoique nous difionsquele plein doit durer trois femaines, rien n’empêche de le prolonger davantage, pourvu que l’eau de chaux ne foit pas bien forte. On en laifse louvent pendant fept à huit mois dans des pleins-morts fans qu’ils foient gâtés ; il eft vrai cependant qu’à la longue la peau piètrit? devient un peu trop molle, & perd de fa qualité. Les mégilîiers voudraient avoir un moyen de retarder l’ouvrage à volonté fans aucun inconvénient; mais ils pafsent là-defsus, lorfque les circonftances l’exigent. S’il fument plus de peaux dans des tems de mortalité qu’on ne peut enpafser, on eft obligé de leslaifser dans le plein.
- 24. Le plein qui a pafsé quatre cents peaux, n’eft pasépuifé; il pcutfervir une fécondé & même une troifieme fois j mais alors il faut beaucoup plus de tems, à moins qu’on n’y ajoute une certaine quantité de chaux nouvelle.
- II. arrive auffi qu’en levant des peaux déjà à peu près pafsées, on en met de
- p.335 - vue 337/631
-
-
-
- 33*
- .ART DÛ PAR CHElÜINIE R.
- nouvelles au fond du plein , pour replacer les autres au defsus.
- Ainsi un boifseau de chaux bien comble , peut faire deux cents peaux de boucherie , & quatre cents peaux déjà pelées à la première fois qu’il fert. Il peut à la fécondé fois fervir encore à rafraîchir deux cents cuirets de boucherie, dont on a ôté la laine, c’eft-à-dire, empêcher qu’ils ne fe corrompent. Il faut encore ajouter un boifseau & demi , pour repafser les mêmes cuirets dans le plein, au moyen de quoi la chaux prend peu à peu. C’eft la même opération pour les cuirs blancs & pour les parchemins.
- Lorsqu’il y a trop long-tems que le plein travaille , & qu’il commence à fe remplir , on a foin de le curer, d’enlever le fédiment terreux qui refte dans le fond, d’y mettre de l’eau & de la chaux toute nouvelle.
- 2<f. Le cuir du Berry étant plus délicat & plus fin , il lui faut moins de plein qu’à celui des autres provinces. Au refte , on gouverne furie plein en Berry comme dans la Champagne & aux environs de Paris.
- Les cuirs de veaux, quoique plus épais & plus denfes que ceux de moutons, n’ont pas befoin de relier plus long-tems dans le plein j cependant tout cela dépend.des circonftances du tems & delà qualité des cuirs. On peut préparer du vélin aveG huit ou douze jours de plein dans un tems doux , fur-tout fl l’on veut lui oonferver de la force.
- Les cuirs de veaux deftinés à faire des tambours , les cuirs de porcs dont on fait des cribles , exigent moins de plein j huit jours fuffifentau lieu de quinze, parce que le plein attendrit la peau, & que les tambours ont befoin de con-ferver toute leur force.
- Il eft afsez difficile de bien connaître à la vue fi les cuirets ont afsez de plein, à moins qu’on n’ait beaucoup d’expérience: mais ordinairement quand la chair peut s’enlever avec l’ongle, on juge que les cuirs font afsez faits.
- On fent afsez que les cuirets de différentes grandeurs & de differens âges ayant plus ou moins de force , doivent être plus ou moins fenfibles à l’adion du plein, plus ou moins fufceptibles d’être attaqués par la chaux. Les mégif-fiers qui jettent pêle-mêle les jeunes ânelins & les vieilles brebis ont prefque toujours des parchemins qui fe déchirent fur la herfe parce qu’ils font brûlés, ou qui n’étant pas faits, font extrêmement difficiles à écharner.
- 26. Les délais que nous avons affignés à chaque opération , dépendent né-cefsairement de la force de la chaux, de celle des cuirs, de la faifon , & des autres circonftancs particulières. On peut les abréger beaucoup, fi l’on eft prefsé, & que l’on veuille forcer l’ouvrage. Par exemple , le chef-d’œuvre des mégif-fiers à Paris, confifte à pafser en laine une peau prife chez le boucher, & à la rendre toute prête dans les vingt-quatre heures , les gants à la main. On fup-plée alors par un grand nombre de façons, à la brièveté du tems. Le parche-minier pourrait de même, en employant une chaux plus vive, & fe fervant
- du
- p.336 - vue 338/631
-
-
-
- ART DU PAR ÛHEMINIE R.
- 337
- 'dti fer à recafser , préparer une feuille de parchemin dans les vingt-quatre heures [56 J.
- 27. Pour ce qui eft des effets de la chaux, elle fait enfler, pénétré 8c dégraifse les peaux. Ou connaît afsez fon a&ion corrofive fur les fubftances animales; elle les attendrit à la furface , & les difpofe à être écharnées plus facilement ; mais quant à la fubftance des cuirs , la chaux fert à les durcir , en defséchant les fibres, & leur donne cette force , cette roideur qui diftingue le parchemin des autres fortes de peaux. C’eft par la même raifon que les cuirs forts, deltinés à être tannés , relient un an ou quinze mois dans le plein. Ils y acquièrent de la dureté; fi l’on mettait de la chaux trop vive , ou en trop grande quantité, elle épaiffirait, defsécherait, & brûlerait le cuir.
- En général, la chaux a la propriété de durcir extrêmement certains compo-fés dans lefquels elle entre : tel eft le mortier quife fait avec la chaux & le fable* Becker nous raconte qu’il était parvenu à faire un compofé de chaux & de fromage, qui avait prefque la dureté du diamant : l’eau de chaux s’emploie également dans les raffineries de fucre, pour lui donner du corps : c’eft peut-être de même qu’elle durcit le parchemin (7).
- On pourrait cependant, à la rigueur , préparer des peaux , les tendre, les écharner, les raturer, les poncer, fans qu’elles eufsent pafsé par la chaux ; mais le parchemin qui èn réfulterait, ne ferait point d’une belle couleur; il aurait trop de tranfparence; il ferait graifseux , fujet à être attaqué delà pourriture & des vers , & le travail en ferait confidérablement plus long.
- Brocher les peaux fur la herfe, écharner.
- 28. Avant que de parler du travail de la herfe, il eft nécefsaire d’expliquer les noms par lefquels fe défigne chaque partie d’une peau , ou d’un cuir, parmi les mégiïfiers»
- (*7 ) La chaux eff moins propre à durcir qu’à deffécher ; & ces propriétés font deux chofes bien différentes. Elle ne durdit pas même le fucré ; elle deffeche la fubftance huileufe qui, fans cela , ne le cryftallife point, & elle procure par ce moyen la cryf-tallifation. On ne peut donc pas dire que c’eft la chaux qui donne du corps & de la confiftance au fucre ; il n’y en a que la moindre partie qui ne fe cryftalliferait point fans elle. On ne peut p^as non plus alléguer l’exemple du mortier compofé de chaux & de fable, pouf prouver que la chaux eft propre à durcir. On montre par de bonnes rai.
- Tome III.
- fons & des expériences bien certaines, qu’il fe fait entre ces deux fubftances une forte de diffolution , une efpece d’union intime , dont on ne copnaît point encore affez la nature, La chaux, fi on l’emploie feule , n’acquiert que peu ou point de dureté. M. de Jufti foupçonne avec beaucoup de fondement, que l’effet de la chaux fur les peaux , eft de deffécher les parties charnues , dont elle abforbe la graiffe au moyen de fes alkalis. On obtiendrait le même effet avec la potaffe, fi elle n’était pas fi chere. La chaux n’eft préférable que parce quielle coûte moins.
- y y
- p.337 - vue 339/631
-
-
-
- 33$
- art du par CBEMINIE R.
- La partie a (fig. A) s’appelle la tête du cuir ; c’eft proprement le cou du mouton, auquel pend une partie de la peau de la tète & des oreilles: la tête du cuir en eft la partie la plus épaifsc & la plus forte.
- bbr font les collets qui répondent aux épaules du mouton, de chaque côté de la tête.
- ce, font les pattes des collets, ou les pattes de devant.
- dd, indiquent les brifets. Cette partie de la peau, qui dans ranimai vivant fe trouve placée fous les aifselles, eft plus mince que tout le refte, parce qu’elle eft fans cefse diminuée par le frottement, maintenue dans une douce chaleur, & garantie du contact de l’air qui durcit la peau.
- ee, font les boudinés qui répondent au defsous du ventre dans fa partie fu-périeure ; cette partie eft plus épaifse que les brifées. Les boudinés lignifient proprement le prépuce du mouton.
- ff, marquent les tétines, c’eft-à-dire la région des mamelles, qui font jfttuées à la partie inférieure du ventre.
- gg, pattes de la culée; ce font les pattes de derrière.
- h, la culée , à laquelle on voit encore attachée la queue de l’animal.
- 29. Lorsqu’on retire les peaux du plein , on les pafse dans l’eau courante-pour en ôter toute la chaux. Ce lavage revient plus d’une fois dans le travail du mégilfier.
- Il s’agit enfuite de tendre chaque peau, de maniéré qu’elle feche fans fe racornir ,. & puifse fe travailler aifément. On fe fert pour cet effet, d’un cercle ou d’une herfe. Les cercles ont cinq à lix pieds de diamètre ; ils font formés , comme les cercles de tonneaux, d’un bâton de chêne , auquel cependant011 conferve toute fa rondeur. Ces cercles occupent moins de place , & coûtent moins que les herfes ; mais ils ne tendent pas le parchemin avec autant d’exactitude. On ne s’en fert point dans le Berry,& ils font infuffifanspour le vélin, qui exige bien plus de force.
- La herfe des mégiffiers eft un cadre ou chaffis de bois , d’environ cinq pieds de long fur quatre de large, dont les quatre côtés font garnis de chevilles grof-fes comme le pouce. Les deux montans de la herfe font un peu plus longs que. les traverfes horizontales , afin que les chevilles inférieures foient environ à un pied de terre.
- 30. Pour tendre la peau fur la herfe , on pafse des chevilles ou brochettes, dans la peau, en y faifant quatre trous à chaque endroit où l’on met une brochette ; une ficelle qui embrafse la brochette par-defsous, va s’envelopper fur la cheville que l’on tourne pour tendre la peau fur cette herfe. Dans le Berry , on pafee les ficelles en defsous de la herfe; à Troyes , on les met fur le devant. On pafse ainii dix-huit ou vingt brochettes dans les bords d’une peau , favoir , dans la tète, les collets , les pattes des collets, les brifets, ica
- p.338 - vue 340/631
-
-
-
- ART DU P A R C H E M I N I E R.
- 33*
- boudinés , les tétines, les pattes de culée & la culée. La brochette de la tète ou de la tètiere doit être plus longue que les autres » & pafser dans fix à huit trous , pour l’étendre plus exactement, parce que cette partie de la peau qui eft la plus forte, a befoin d’une plus forte tenfion : cette brochette du collet eft prife par fes deux extrémités, ,8c tient à deux chevilles différentes, à caufe de fa grandeur.
- Les autres brochettes qui prennent tout le tour de la peau, fout tendues chacune à une des chevilles de la herfe, en haut ou en bas , à droite ou à gauche : ces chevilles entrent dans la herfe à frottement dur , & elles ont une tète quarrée , au moyen de laquelle on les tourne, ou avec la main, ou avec une clef de fer qui entre fur la tête de la cheville.
- Nous avons dit que les brochettes étaient prifes par-defsous , c’eft-à-dire l à l’envers , parla boucle de la ficelle. Cette précaution eftnécefsaire pour faire retourner la brochette en arriéré , & refsortir la peau en avant, afin que le fer ne trouve pas des cavités dans la peau. Il y aaufli une attention efsentielleà avoir pour les brochettes qui tiennent les pattes de la peau j c’eft de les replier fur chaque extrémité de la brochette , de maniéré que la brochette foit entièrement enveloppée par la peau, & que la ficelle qui prend chaque extrémité de la brochette, prenne auffi. la peau dont elle eft recouverte. Par ce moyen la patte eft mieux tendue , & ne fe rabat point en fe fronqant-vers le milieu. C’eft: ce qu’on voit exprimé féparémenten B , où nous avons détaché une brochette, avec fi ficelle & fa cheville, pour les rendre plus fenfibles. On emploie communément dix-fept brochettes, quelquefois vingt : un plus grand nombre ferait encore mieux. On doitobferver du moins que chaque brochette embrafse le plus d’efpace qu’il eft poffible -, qu’elle entre bien jufte & avec un peu de force dans les trous où elle pafse , afin que la peau ne fe fronce pas en glifsant fur la brochette. Ces attentions font efsentielles, parce que les endroits de la peau qui font mal tendus , ne peuvent pas s’écouler, & ne deviennent jamais blancs.
- L’usage eft de tendre les peaux en long plus qu’en large j la forme qu’exige l’ufage ordinaire du parchemin dans le commerce , devant être alongée. Il y a îles provinces où l’on tend plus en large ; on y trouve l’avantage de diminuer l’arête ou épaifseur qui régné fur le milieu de la peau le long des vertebres du dos, & qui rend cette partie très-différente du refte.
- 31. La peau étant donc tendue fur la herfe, l’ouvrier prend un fer à échar-ner. C’eft une lame de fix pouces en quarré, qui fe termine en bizeau des deux côtés: elle eft un peu arrondie par fon tranchant, & le fil ou plutôt le morfil eft retourné ou rabattu d’un côté avec un piftolet ou outi 1 d’acier ( 8 ).
- ( 8 ) Voyez l’explication de la planche,
- Vv ij
- p.339 - vue 341/631
-
-
-
- 340
- ART D ïï F A R CHEM I NIE R.
- Ce fer eft tenu perpendiculairement à fon plan par un manche de bois. On prend ce manche à deux mains } on appuie fortement & perpendiculairement fur la peau , en frottant du haut en bas ; la charnure s’enleve ainfi de defsus la furface entière de la peau, au moyen de ce que le fil du tranchant eft retourné. Le fer àécharner eft peu tranchant lorfqu’il s’agit du parchemin ordinaire , parce que le panicule charnu qu’il doit enlever eft peu adhérent à la peau : ce n’eft que le tifsu cellulaire & l’enveloppe de la graifse. On met la charnure de côté, ou on la laifse pendre à la peau , pour augmenter la quantité des rognures, dont on fait enfuite de la colle f ].
- L’action , le mouvement & l’attitude de celui qui écharne , font les mêmes que celles du ratureur, dont on parlera dans les articles 3.7 & 3.8 ; ainfi nous avons cru inutile de les figurer féparément. On jugera donc de celui qui écharne , en voyant celui qui rature (9 ). Les lames & les manches de différentes grandeurs ont à peu près la même figure que les fers à écharner.
- Cependant le fer à raturer ( 10) dont nous parlerons art. 38 , a befoin d’être d’un meilleur acier que le fer à écharner, parce qu’011 en rabat, fans cefse le morfil, & que d’ailleurs il doit couper net [37].
- Le fer à écharner de certains mégifliers eft beaucoup plus arrondi : il a la figure d’un demi - cercle » & il fe termine par une languette qui entre dans le manche.
- 32. Le fer à écharner fert en même tems à exprimer l’eau de chaux qui était reftée dans la peau, ce qu’on appelle écouler ou récouler } & pour cela on le pafse également fur le dos, c’eft-à-dire , fur le côté de la laine , que les mégifliers appellent la jleur. Il n’y a rien à écharner de ce côté-là} mais le fer fert à enlever, les ordures, & à écouler la peau du côté de la fleur., Danseette opération, qu’on appelle édojfer ou dojjoyer , on a foin de retourner le fer, enforte que le fil foit en haut, & ne puifse pas couper ni effleurer la peau. On peut ordinairement faire cinq à fixpeaux dans une heure, c’eft-à-dire les tendre & les écharner : car c’eft ce qu’on appelle faire le parchemin , parce que c’eft en effet la principale opération..
- 33. Le vélin doit être poncé fur la herfe , après avoir étéécharné : pour cela on prend de la craie blanche réduite en poudre , telle que le blanc de Troye , ou même de la chaux qui ait été bien éteinte , defséchée & pulvérifée, on en poudre le côté de la chair ,. & avec une pierre-ponce qui a quatre à cinq pour ces de large, & qu’on a lifsée auparavant fur une pierre ordinaire, 011 pafse & repafse plufieurs fois & avec force le blanc qui fe délaie par l’humidité de la peau dans toutes les parties. On pafse ainfi la pierre-ponce des deux cotés à, mais on .n’emploie point de blanc.du côté du dos ou de la fleur.
- (9) Voyez l’explication de là planche. (10) En allem. Schabeifm.
- p.340 - vue 342/631
-
-
-
- ART DU T A R CHEMIN 1ER.
- 34*
- Ce travail de la pierre-ponce & de la craie ne fe donne pas au parchemin or« dinaire , du moins aujourd’hui. On le donnait autrefois, & le parchemin,n’en était que plus beau-, c’était un moyen de remédiera plufieurs autres défauts de fabrication. Aujourd’hui on fe contente, après avoir écharné & dofsoyé le parchemin , de le poudrer légèrement du côté de Ja chair, avec de la craie la plus feche & la plus blanche , pourabforber l’humidité, augmenter la blancheur , empêcher que le parchemin ne fe ternifse en féchant, & couvrir le gras qui contrarie l’écriture : on efsuie ce blanc quand le parchemin efl: fec. On appelle en Berry grafon , ce blanc réduit en poudre très-fine ; à Troye on l’appelle blanc de Villeloup, du nom d’un village qui efl; à trois lieues de Troyej ailleurs on l’appelle blanc de Troye. Enfiu il y a des endroits où l’on emploie de la chaux éteinte & pulvérifée à la place de craie.
- 24. La peau,après.avoir été écharnée & poudrée avec du blanc du côté de la chair, refte tendue jufqu’à parfaite ficcité : en été il fufïit d’une nuit ou de quelques heures de la journée ; en hiver, il faut quelquefois plufieurs jours* On doit tenir les peaux à l’abri des injures du tems :fi elles gelent fur laherfe, le parchemin devient çrud, cartonneux, & Pon y écrit difficilement; fi le foleil y donnait, il y produirait une crifpation qui peut, aller jufqu’à larup* ture ; la pluie y causerait des,taches ineffaçables [51],.
- Dans les chaleurs de l’été , on efl; obligé de le mouiller avec une peau ou un linge ; lorfque l’eau a pénétré , on rebayide la peau en tournant les chevilles ; fans cette précaution il fe riderait fur la herfe , fe bofselerait, & ne ferait jamais plan & uni: ce travail lui donne même une qualité.
- 35. Lorsque le parchemin efl: fec , on doit ôter le blanc, à moins qu’on ne veuille le laifser afin d’augmenter le poids. Pour refsuyer la peau , on fe fert quelquefois d’une peau en laine, avec laquelle on frotte le parchemin mais il efl; dangereux d’en arracher des filandres.
- En Berry, on prend un effieuroir, qui efl: une peau d’agneau radoucie , avec laquelle on pafse légèrement fur la peau, pour en ôter le grafon, ou blanc* mais de maniéré à ne point lever les chairs ; car il s’en détache facilement, comme de petits filets qui empêchent qu’011 ne puifse écrire defsus. Au refte ce blanc n’eft qu’un corredif pour les peaux mal façonnées ; on devrait s’en paf-fer ; on ne l’emploie point à Provins, quoiqu’on y ait fait autrefois de très* beau parchemin.
- 36. Le parchemin étant bien fec, on le coupe tout autour, le plus près des brochettes qu’il efl; poffible. Toute la circonférence qui était percée par les brochettes, arrêtée par les ficelles & chargée de la eharnure, refte fur la.herfe» jufqu’à ce qu’on ait befoin d’y brocher une autre peau : alors on trouve chaque brochette à fa place , & l’on n’a pas la peine de les chercher ou de les chok fir. Qn fe contente de les retirer de cette bordure de parchemin,ou rognure.;
- p.341 - vue 343/631
-
-
-
- m
- ART DU P A R C H E M î N î E R.
- qui était féftée fufpertdueà la herfe. C’eft de là qu’on appelle colle de brochette parmi lés papetiers, celle qui eft faite des rognures de mégiffiers [ 52 ].
- Le parchemin fec & fortant de defsus la herfe, a ordinairement quelques poücés de plus que la peau de mouton qu’on y a employée ; il eft plus mince plus blanc , plus flexible, moins gras, moins tranfparent. Telles font les propriétés que le travail décrit ci-defsus a données à la peau ; voyons actuellement ce qui lui manque pour être propre à l’écriture.
- On reconnaît quelquefois , après que le parchemin a féché , qu’il eft gras , ce qui le rendrait fort défectueux ; dans ce cas il s’agit de te dégraifler : on le débroche fans le couper; on le rature du côté de la laine dans tous les endroits où la graifse eft répandue ; on le met tremper dans l’eau pendant quatre à cinq jours ; 011 le foule pour l’amortir ; on le jette dans un bon plein frais ; au bout d’une quinzaine de jours, il doit être retiré de la chaux , étendu fur la herfe, égoutté fur fleur & fur chair; la graifse en fortira, & le parchemin fe trouvera d’une très-bonne qualité. Le canepin qui retient la graifse entre fleur & chair» étant emporté par le raturage , la graifse fe trouve à découvert, & la chaux l'emporte aifément. Cette méthode fouvent très-utile , n’eft point connue de nos ratureurs à Paris.
- Raturer. ( 11 )
- 37. Le parchemin façonné fur le cercle ou fur la herfe , a befoin , pour Pu* Page de l’écriture , d’être raturé avec un fer tranchant qui en enleve la furface extérieure; & c’eft ici où commence le travail des parcheminiers de Paris, qui tirent leurs peaux de la province toutes prêtes à raturer.
- Le parchemin raturé devient plus mince , plus uni, plus clair, plus blanc : la laine ou le poil qui peuvent y être reliés, de même que la plupart des taches qui font purement fuperficielles , difparaifsent fous le fer à raturer. La graifse qui eft fouvent fixée par grumeaux dans la première fuperficie, eft enlevée ; les échimofes ou épanchemens de fang y deviennent moins fenfibles > auflibien que les imprefïions de la chaux: il devient plus beau à tous égards.
- 38* Le fer à raturer eft de la même forme que le fer à écharner, dont nous fcvons parlé ci-defsus [31]: mais il eft plus gros, plus large & plus tranchant. Il doit être peu courbé, pour ne pas piquer le parchemin; il doit avoir le fil rabattu du haut en bas; pour cela on fe fert à tout moment du piftolet, qui eft une piece d’acier arrondie & emmanchée , que l’on pafse lentement 8c avec force fur le fit , pour le rabattre & le retourner , de maniéré qu’il puifse mordre fur le parchemin , fans le percer de part en part.
- On eft aufli obligé de repafser le fer tous les jours une ou deux fois fur la pierre à adoucir, & de l’aiguifet à neuf fur une meule au bout de deux à trois
- ( ï 1T En allemand, fchaberu
- p.342 - vue 344/631
-
-
-
- ART DU T ARC R EMINIEJL
- 34*
- Jours. Ou fe fert alors, pour le faifir, d’un outil qu’on appelle improprement affiloir , & qui n’eft qu’une efpece de pince par laquelle on le tient plus commodément qu’avec fon manche.
- Le ratureur place fa peau fur une herfe qui eft un peu différente de celle du mégilfier 5 elle eft compofée de quatre pièces de bois, afsemblées à tenons & à mortaifes , dont le poids feul eft capable de donner à la herfe l’immobilité qui lui eft nécefsaire. Ce chaflis porte un cuir de veau qui n’a point pafsé à la chaux , &qui eft tendu fortement avec des clous ou avec des ficelles *, ce cuir s’appelle fommicr. La herfe du ratureur différé delà herfe du mégiflier, en ce que celle du ratureur n’a pas befoin du grand nombre de chevilles tournantes que nous avons marquées dans la première : le fommier que porte la herfe du parcheminier, eft tendu fixement & à demeure avec de petits clous* ou avec des ficelles. Il ne fert que pour foucenir les peaux fous le fer du ratureur. On le recouvre quelquefois d’une autre peau appeliée contre-fommier*.
- On faitaufli quelquefois une couche fur la herfe* avec une demi-douzaine de peaux, faire uve couche , travailler fur couche ,travailler en couche, c’eft mettre fur la herfe ou fur le chevalet, un certain nombre de peaux pour faire un fond doux & rebondifsant, empêcher les plis & la réfiftance que le fer peut rencontrer, & qui feraient couper la peau.
- 39. Alors on arrête la peau , la culée en bas furie haut de la herfe, au moyen du gland ou mordant : c’eft une piece de bois, ou efpece de mâchoire, dans laquelle il y a une entaille de trois à quatre pouces de profondeur , & dont les deux côtés l’ont garnis de peau ; elle eft faite de maniéré à n’embraf-fer que l’épaifleur de la herfe , avec la peau qu’on fe propofede raturer.
- Le pareur enleve d’abord avec un couteau les plus fortes inégalités, les parties trop faillantes ou trop dures qui gâteraient le fer & qui arracheroiçnt la peau ; il prend enfuite fon fer , & le tenant des deux mains, perpendiculaire à la herfe , ou le tranchant un peu dirigé vers le haut, il rature obliquement, en allant de haut en bas , & en avançant aufïi de droite à gauche.
- Il pafse pîufieurs fois fur les endroits les plus épais, une feule fois fur ceux qui font plus minces ; il enleve de defsus la furface de cette peau des ratures qui ontfouvent un pied de long , & prefque deux pouces de large; ces ratures fervent à pîufieurs ufages , comme nous le dirons art.
- On ne rature ordinairement que le côté du dos ; celui de la chair 11’a pas befoin de cette préparation > & la peau deviendrait trop mince , fi on la raturait des deux côtés. Cela gâterait même le côté de la chair.
- Un homme peut raturer dans un jour deux ou trois bottes de peaux d’une grandeur moyenne, c’eft-à-dire , de huit à neuf livres ; les autres à proportion , fix bottes de quatre livres, quatre douzaines feulement des peaux qui pefent douze livres la botte,
- p.343 - vue 345/631
-
-
-
- m
- ART DU PARCHEMIN 1ER,
- La tête de la peau eft fouvent grafse , gommeufe, raboteufe ; elle fe gratte plutôt qu’elle ne fe coupe; on eft obligé d’en enlever beaucoup plus que fur Je refte delà peau, & cette partie n’eft jamais d’une bonne qualité pour l’écriture.
- Le fer à raturer prend plus difficilement fur le parchemin qui a été gelé: il eft cartonneux, roide & comme empefé; de même fur celui qui a été mouillé &reféché, parce qu’il eft plus dur. Voilà pourquoi on mouille plufieurs fois les peaux de tambours: cette précaution rend la peau beaucoup plus forte,.
- Il y a au bas de la herfe une planche éloignée d’un demi-pouce feulement delà traverfe inférieure ; on glifse dans leur intervalle le fera raturer lorf-qu’on ne s’en fert pas.
- Poncer le parchemin. (12)
- 4o. Le parchemin , après avoir été raturé, conferve fouvent des inégalités que le fer n’a pu enlever % comme nous l’avons remarqué dans Yarticle 39, des parties éraillées , des duretés, des parties graifseufes. On fe fert, pour y remédier, delà pierre-ponce , en latin pumex. Cette matière qui fe trouve fouvent dans la mer, fur-tout en Sicile & dans le comté de Nice , paraît être un débris de pierres vitrifiées par des feux de volcans ( 13) : les épiciers là font venir & la débitent à Paris.On emploie en médecine la pierre-ponce comme defficative ; on s’en fert dans les arts pour commencer à adoucir le cuivre & l’étain, parce que le grain en eft fin, & produit le même effet que de la pierre dure réduite en poudre, ainfi que la poudre de diamant fert pour polir les diamans même. Il y a des pierres-ponces rouges , grifes & blanches; les blanches font les plus fines, les plus douces, & l’on s’en fert pour le parchemin.
- Les parcheminiers trouvent dans la pierre-ponce un grain fin, avec une dureté & une afpérité fuffifante pour emporter les inégalités de la peau , & lui donner 1a douceur nécefsaire à l’écriture. Ils emploient auffi une pierre qu’on appelle à Paris pierre de liais, pour dégraifser de tems en tems la pierre-ponce, & l’ufer en détachant les particules du parchemin qui peuvent y être engagées. Le nom de Pierre de liais eft celuique l’on donne dans nos carrières des environs de Paris , à certains bancs de pierre pleine & dure , qui font placés à une profondeur moyenne. On peut voir à ce fujet Felibien, où il eft parlé affez au long des carrières.
- (12) En allemand, mit Bimjlein zu-reihen.
- ( 13 ) Voyez Bertrand, Bift. desfojjîks, au mot Pierre-ponce ,• & Mcm. fur les trem. Ucmens de terre. Linnæus diftingue quatre
- fortes de pierres-ponces, qu’il appelle con-creta clementiignœi. M.Bertrand foüpqonne que la pierre-ponce eft une forte de pyrite , détruite par la fufion , & formée enfuite comme une concrétion par rébullition de la matière fondue»
- La
- p.344 - vue 346/631
-
-
-
- A P D XI P ARC H E M I N I E R.
- 34f
- La felle à poncer eft un banc de trois pieds de long fur un de large, couvert ?ff’un parchemin, rembourré par-defsus avec la bourre [ 19], afin de prêter à l’adtion de la pierre-ponce , & de la faire porter dans toute fafurface. On fait une couche comme nous l’avons dit art. 38 > on étend le parchemin fur la felle à poncer ; on la frotte en tout feus avec la pierre-ponce , du côté du dos ou de la fleur, qui eft ordinairement le plus rude : le côté de la chair a rarement befoin d’être poncé ; le fer lui donne afsez de douceur en emportant fes inégalités.
- On peut poncer fept à huit bottes de petites peaux par jour ( la botte étant toujours de trente-fix peaux), & quatre bottes de grandeur plus confidérable, par exemple , de dix à douze livres.
- Cette opération eft différente de celle dont nous avons parlé [ 33 ] , où l’on emploie aufli la pierre-ponce , mais qui fe fait fur la herfe , du moins pour le vélin. Il ferait à fouhaiter que tout le parchemin fût poncé à mol de fleur & de chair : il n’en ferait que plus beau & plus uni. O11 fe difpenfe communément , pour plus de célérité , de poncer de chair fur la herfe 5 mais le ra-tureur doit poncer de dos & de chair à proportion que la peau en a befoin.
- Les pierres-ponces doivent être choifies avec foin , fi l’on veut avoir du parchemin doux & uniforme : il fe trouve de ces pierres où il y a des pointes de matière dure comme du verre, qui n’ont ni la porofité , ni le grain , ni la fi-nefse nécefsaires pour le travail que nous venons de décrire, & qui gâtent tout-à-fait le parchemin. C’eft de là que vient la différence entre le beau vélin de Strasbourg propre à delfiner & à peindre , oucelui des mauvais ratureurs : ü n’y a point d’autre fecret pour fa préparation.
- Mettre les pièces ou les mouches»
- Ï1 arrive tfès-cômmunément, lorfqu’on déshabille un mouton, ou lorfqu’oa travaille une peau fur la herfe , qu’on y fafse des trous ; mais cela n’empêche point l’ufage ordinaire du parchemin : on bouche ces trous avec beaucoup de facilité , en y appliquant une piece de parchemin.
- Ces pièces qu’on appelle aufli des mouches, étant coupées de figure *& de grandeur convenable, de maniéré à excéder un peu la largeur de l’ouverture que chacune doit fermer, on les rature tout autour avec un couteau bien tranchant , pour les affaiblir fur les bords > on place la peau fur une platine de marbre ; on garnit tout le tour de l’ouverture avec de la gomme arabique , qui eft la gomme la plus ufitée dans le commerce. La mouche étant appliquée fur le trou, on frotte fur le tour de cette piece, en appuyant fortement au moyen d’un petit marteau de fer i quelquefois on y frappe de petits coups pour unir encore mieux la mouche avec le parchemin ; on laifse fécher cette mouche , & le trou eft fuffifamment bouché.
- Tome III.
- Xx
- p.345 - vue 347/631
-
-
-
- 94,5 ART DU PARCHEMIN I.E R,
- La gomme, Phumidité, la preffion, la colle naturelle du parchemin unifient tellement les pièces ainfi collées avec le relie de la feuille , que l’humU dite même ne les détache que rarement.Cela arrive cependant, & dans la bonne, réglé on ne devrait point employer les mouches dans le parchemin deftiné. à écrire des aétes de quelque importance. On couvre avec du blanc de craie ré-duiten poudre très-fine toute la partie qui a été gommée ,, afin de fécher plus, vite la gomme, d’ablbrber l’humiditéde faciliter l’écriture.
- 43. Lorsqu’il s’agit d’un parchemin que l’on deliine à être mis en cou? leur , on délaie la gomme avec un peu de la même couleur parce que la couleur prendrait difficilement fur la partie gommée : le.verd eit la couleur la-plus ordinaire ; nous en parlerons [ 66 ].
- En Normandie , il y. a des parcheminiers qui fe fervent de blancs d’oeufs pour appliquer les mouches qui étendent encore fur chacune un canepin , c’efi-à-dire, une pellicule t.rèsr-fine détachée de la peau. La mouche étant fort amincie , peut être ainfi redoublée d’un canepin, fans qu’il paraifss plus d’é» paifseur que dans le relie de la peau.
- Du vélin en.particulier..
- 44. N.OM.S.ayons.ditprefqus en commenqant [4], que le vélin étant formé avec la peau de veau , était plus difficile à travailler , mais auffi plus blanc, moins fujet à jaunir avec le tems , plus uni & plus clair : les peintres en font un ufage fréquent. Le côté de la chair fert pour les peintres en miniature , & le dos pour les peintres en pallel , lorfqu’ils fe fervent du vélin.
- Dans le veau , la. plus grande épaifseur de la peau eft ordinairement fur les côtés, au lieu que le mouton a la peau plus forte fur le dos.?* on a foin, en écharnant la peau , de faire attention à cette circonftance.
- ON.emploie pour le vélin , des veaux de tout âge, depuis huit jours jufqu’à iix femaines : ceux qui vont au-delà , font trop forts pour le vélin ; on préféré de les employer aux ufages de la tannerie. Comme aux approches du carême on tue beaucoup de veaux ,.on en a alors de plus jeunes & en plus grand nombre que dans le refte de l’année , & l’on en profite pour faire du vélin.
- 4^. Le veau , après avoir été en chaux & pelé, devrait être recafsé une fécondé fois, c’eft-à-dire, tremper dans le cuvier, & fe travailler fur le chevalet : il ferait moins difficile à écharner , il ferait moins verd & moins cafsant. Lt fer àrecajser un couteau courbé en arc, garni de deux poignées de bois, dont la lame n’eft point tranchante : il fert à peler le veau fur le chevalet, & à recafser les peaux en laine pour les amortir, les rétaler & leur faire prendre-l’humidité [9.]. C’elt cette opération qu’il ferait utile défaire furie veau une fécondé fois.
- Le vélin demeure quelquefois» dans la chaux & dans le plein, la.moitié
- p.346 - vue 348/631
-
-
-
- ART DU P À R C II E M I N I E R. 347
- moins que le parchemin. Lorlqu’on le deftine à faire des peaux de tambour, •on ne doit point récharner, cela diminue trop de fa force &de fon épaifseur.
- 45. Au lieu d’écharner le veau à mol , il y a des mégiftiers qui penfenc qu’on devrait le laifser fécher, le raturer une première fois , le remouiller en-fuite afin de pouvoir le fouler ; enfin le brocher une fécondé fois fur la herfe pour y fécher. Il parait que cela ferait utile pour adoucir le vélin ; mais comme la manipulation en ferait fort alongée, il n’y a point d’apparence qu’on fe •détermine jamais à l’adopter.Dans l’ufage ordinaire le vélin doit être écharné bien au vif, avec un fer tranchant que l’on appuie avec force, & dont le fil eft retourné vers le bas par le moyen du piftolet, comme nous l’avons dit en parlant du fer à raturer [48 ]. On met auffi du blanc de craie fur le fer , pour qu’il glifse moins fur la peau, & qu’il en abforde l’humidité.
- On ne travaille le beau vélin que dans les tems doux & dans les faifons moyennes, depuis le milieu d’avril jufqu’au milieu de mai, & depuis le milieu d’août jufqu’au milieu de feptembre.
- On ne peut guere brocher & écharner que huit peaux de vélin dans une journée, tandis qu’011 en peut faire quatre douzaines lorfqu’on travaille du mouton : le vélin étant beaucoup pluj; grand, plus fort, devant être écharné ftu vif, & pafsé à la pierre-ponce , il n’eft pas étonnant qu’il y faillie un tems confidérable.
- 47. Les veaux qui ont le poil blanc, font le plus beau vélin j ceux qui ont le poil rouge, font auiîî préférables aux noirs; s’ils font marqués de différentes couleurs, la différence paraîtra fur le vélin , ou bien il faut écharner bien au vif pour la faire difparaitre *, encore en apperqoit-on des veftiges!au tranfparent du vélin, fur-tout quand la peau s’eft trouvée n’ètre pas bien épaifse.
- Le vélin le plus beau & le plus recherché eft celui qui eft fait de la peau d’un fœtus , lorfqu’à la boucherie on a tué une vache qui était pleine: on les appelle des velots. Les bouchers ont foin d’apporter les peaux aufli-tôt que ranimai eft déshabillé ; fi elles féchaient avant d’être travaillées , on ne pourrait plus en dégorger le fang , & elles perdraient toute leur beauté. Auffi-tôt que le mégiflier a requ une peau de velot, il la doit laver & dégorger fur le chevalet , avec le fer à recafser ; il la met encore tremper l’efpace de quelques heures dans l’eau ; il la fait dégorgerunc fécondé fois fur le chevalet, & dans cet état on peut la mettre en chaux ; mais il faut beaucoup moins de tems que pour le vélin ordinaire : cinq à fix jours pour peler, & autant pour le plein , fuffi-fent à cette belle efpece de vélin ; on doit auflï y employer une belle eau de chaux bien pure & bien claire.
- Les velots exigent beaucoup plus d’attention dans le travail que les peaux ordinaires. On doit prendre garde que le couteau n’ait des dents ou de petites
- X x ij
- p.347 - vue 349/631
-
-
-
- 54*
- A R T D U* P ^ P C H E M I NIER:
- inégalités qui puifsent effleurer les.velots.Qn les pele fur une couche de peaux* c’eft-à-dire, que l’on garnit le chevalet de cinq à fix autres peaux , avant d’y mettre le velot qu’il s’agit de peler, comme nous avons dit. que cela fe pratiquait pour poncer le parchemin.
- 48. Les peaux de veaux coûtent dans ,la Champagne^environ vingt fols lorf-qu’elles fortent de chez le boucher , & quarante quand elles font préparées en vélin. Lorfqu’elles font fans défaut, le prix,en augmente confidérablement à Paris, les marchands y profitent de la défenfe qu’il y a de les acheter de la pre*-miere main , & les vendent jufqu’à cinq à fix livres, mais il eft extrêmement rare de trouver des peaux qui (oient abfolument parfaites : les bouchers, en les déshabillant, y font prefque toujours des coutelures ,• ce font des coups de couteau qui effleurent la peau, quelquefois jufqu’à la moitié de fou épaifT feur [ 51 ].
- jDes défauts qui peuvent fe trouver dans le parchemin.
- 49. Quoiq_ue fous chaque article nous ayons parlé des défauts auxquels
- chaque opération eft expofée , il ne fera pas inutile de les rafsembler fous un feul point, de vue, en y. ajoutant d’autres circonftances qu’on n’a pas eu occa* fi QU de remarquer. *
- Le premier défaut vient de la nature meme de l’animal, dont la peau fert à faire le parchemin. Les.moutons dont la laine eft naturellement noire & fort brune, font quelquefois du parchemin qui conferve une teinte de la même couleur: fi ces peaux,font minces, les.racines de la laine„y laifsent une im-preffion de noir ; & la peau ne pouvant être raturée à fond, île parchemin ne faurait être d’un beau blanc. Il vaut mieux, réferver ces peaux pour d’autres ufages relies peuvent être employées en peaux blanches ; l’apprêt qu’on leur donne efface totalement la teinte noire , que le travail du parchemin n’aurait pas enlevée.
- Les moutons.font fujetsà des maladies- qui fe terminent par éruption , & qui affedent le tifsu de la peau. On appelle ordinairement clavelée ou clavot & dans la Champagne claviot, une maladie épidémique, femblable. à Ia,petite-vérole, dont les moutons font attaqués, & dont ils meurent quelquefois dans les trente jours , fi la matiere.ne perce pas. Qn ne perd pas les peaux des animaux morts de la clavelée ; mais elles font tachées jufqiies dans l’intérieur, & il eft impoiïible d’en tirer jamais un parchemin qui ait de la blancheur ; on s’en fert néanmoins, même pour écrire, dans les chofes.depeu.de conféquence. Les moutons font suffi attaqués quelquefois de la, gale : maladie afsez connues qu:, fans êtreaufli dnngereufe que la précédente, me laifse pas d’affeder le tifsu, de la peau , & de rendre le parchemin défedueux.
- 50. Les moutons qui meurent par l’abondance du fang, ceux qui n’ont pas
- p.348 - vue 350/631
-
-
-
- A RT DU F A R C H E M I NI E R, ; $&•
- été fùffiramment faignés à la boucherie, & ceux qui par des contufions ou des. blefsures ont eu des échy.mofes.ou épanchemens de fang dans le tifsu cellulaire, ont la peau tachée d’un noir verdâtre qui ne peut jamais s’effacer, ce que les parcheminiers appellent mort-de-fang.
- On appellera# demorie ( i f ), celle des animaux qui périfsent d’exténuation , & que l’on jette à la voirie, où l’on va fouvent les déshabiller. Il eft naturel de.penfer que les peaux, de morie font fouvent expofées au mort-de-fang $ d’ailleurs elles font feches & tranfparentes comme du papier huilé : iUn’efh plus poffible d’y écrire, ; on n’en peut faire que des couvertures de livres.
- Le gras (i 6) eft un autre défaut qui vient de la mauvaife qualité delagraifseï, Nous en avons parlé art. 36V Les parties de la peau qui en font atteintes, ne peuvent être écharnées & raturées qu’avec peine. Ce qu’on appelle la gomme ^ e,ft encore à peu-près la même chofe : c’eft une graifse feche qui.fe trouve en- , tre cuir & chair, & qui épaiftit le parchemin.
- fi. La négligence des bouchers occasionne une fécondé forte de défaut dans le parchemin : d’abord ce font les coups de couteau qu’ils donnent fouvent au travers de la peau ; enfuite les égratignures.légères qui y font encore plus fréquentes.. Souvent elles ne paraifsent point fur la peau fraîche; mais, lorfqu’il s’agit de l’écharner ou de la raturer, elle s’ouvre , & quelquefois fer pafse tout au travers, lorfqu’on n’apperçoit pas l’endroit défedueux.poui: le ménager.
- Les mégiffiers ont follicité autrefois un- réglement de police, par lequel les» bouchers fufsent obligés de déshabiller au poing & avec un linge, les moutons, & les veaux , pour rendre les peaux intaéles, fans qu’il leur fût permis de fe fer-, vir du couteau & du faufilet. Car le foufflet même, quoiqu’il paraifse devoir, agir fans violence , poufse le vent dans des cellules , dans des duplicatures de. la peau ; la force du foufflet ne fait que l’y engager davantage, jufqu’à ce qu’il -produife la rupture des parties qui lui réftftent. Il ferait.très-utile. de faire ua> femblable réglement.
- Sri des bouchers mettent les boyaux avec les peaux-,, ou s’ils n’ont pas-foin* d’étendre les.peaux fraîches pour les faire fécher au grandair , elles s’échauf-; £ent, jaunifsent-, fermentent & s’attendrifsent irrégulièrement, ce qui pro-, duit prefque toujours la-rupture fous le fer; d’ailleurs ces peaux deviennent étiques, perdent dedeur épaifseur en même tems que de leur force. De là viennent auffi les diverfes inégalités de tranfparence & de couleur, que noufc voyons dans.le parchemin. Les chiens ^ les chats en enleventauffi volontiers-, des lambeaux qui rendent fouvent une peau abfolument défedueufe.
- Les peaux que l’on garde lang-tems, lors même qu’elles font fech.es, font-tçès-fujettes aux vers; elles en font fouvent toutes criblées»;.
- ( sç) En allemand, Sterbefcüe. { 16 )FeitfelIe>-.
- p.349 - vue 351/631
-
-
-
- *50
- ART DU P A R C M B M î N I E R.
- Les peaux fe tachent auffi chez le boucher, par la pluie, par l’humidité, par les immondices qui s’y attachent j la fiente de poule y fait fies taches ineffaçables , qui produilent autant de trous lorfqu’il vient à pafser fous le fer.
- f2. Aufortirde la boucherie, les peaux fontmifes en chaux [ io] : fi la chaux n’eft pas afsez éteinte , elle les brûle ; fielle ne prend pas par-tout également , Les parties.qui conservent plus de force, arrachent les autres quand le fer vient à y pafser ; celui qui pele ou qui débourre , enleve fouvent la fleur quand l’aâuon fie la chaux n’a pas afsez détaché la lai'ne ou le poil ; enfin i’im-preffion même de la chaux marquée inégalement, forme la chaux crue (17), qui jfe reconnaît par l’inégalité de tranfparence.
- Les peaux entrent enfuite dans le plein [20] : s’il e-ft trop fort &trop chaud, il brûle la peau, & la réduit à rien.
- Si les cuirs nereftentpas afsez dans le plein , ils font verds de plein , difficiles à travailler, & d’une couleur fombre.
- Si on les laifse trop long-tems dans le plein , ils plament trop ; ils s’atten-drifsent, & perdent de leur qualité. L’inconvénient ferait encore plus grand , s’il s’agifsait des peaux qui doivent être pafsées en blanc , ou en chamois , ou tannées; mais il eft toujours vrai que , même pour le parchemin, les peaux perdent de leur qualité dans le plein-mort, par le long efpace de tems.
- f 3. Celui qui écharne le parchemin ou le vélin [31] , enleve fouvent trop en certains endroits , & y fait des clartés qui rendent le parchemin inégal ; fouventaufli il le déchire lui-même.
- Si l’on employait, pour tendre les peaux, un plus grand nombre de brochettes , enforte qu’elles fufsent tendues par un plus grand nombre de points [30], l’eau s’enleverait mieux, le parchemin ferait plus facile à écharner, & l’on niquerait moins de le déchirer.
- On appelle aufli vitré ou verri, un parchemin dans lequel il y a fies clartés ou des parties plus tranfparentes que le refte. Cela peut venir de ce que la peau s’étant trouvée plus compa&e dans certains endroits, elle a été moins dégraifsée par la chaux, moins pénétrée par cette fubftance terreufe qui doit lui donner l’opacité laiteufe qu’on exige ; ou de ce que l’eau s’y étant amafsée, a lavé plus qu’il ne fallait certaines parties ; enfin cela peut provenir aufli d’une partie huileufe, dont un endroit était plus imprégné que d’autres.
- 5:4. La qualité de l’eau que l’on emploie dans les mégifseries, influe beaucoup fur la qualité du parchemin ; les eaux troubles & fales le rendent terne ; les eaux de puits font trop crues ou trop dures, & rendent le parchemin cafi Tant, & plus difficile à travailler. On prétend que les eaux du Berry font les meilleures. Si l’on travaille le parchemin en hiver, la gelée rend le parchemin plus blanc, mais plus verd & plus aifé à fe déchirer [ 34 (17) En allemand , ICalkfieckai.
- p.350 - vue 352/631
-
-
-
- ART DU FARCHE MINIER.
- 3fî
- ï f. Si on le coupe avant qu’il Toit fee, il fe couvre de moififsure , ce que les ouvriers appellent poujfer de la barbe, & il en réfuke dès taches fut le parchemin.
- Les vieux parchemins feraient infailliblement attaqués par les vers, Ci la chaux dont ils relient imprégnés , ne les en préfervait : auffi trouve-1-011 des infectes dans ceux qui n’ont paseuafsez de chaux.
- Les fouris attaquent auffi le parchemin, lorfqu’il provient de gros moutons gras, dont la graifse n’a pu être exprimée & abforbée entièrement par le travail. de la chaux & de la herfe.
- Tout ce que nous venons de dire, fuffit pour donner une idée des difficultés de l’art & des perfections dont il ferait fufceptible. La maniéré de commercer peut y avoir auffi quelqu’influence : autrefois le parchemin fe vendait à la botte , fans égard au poids ; on 11e confidérai-t alors que la beauté & la valeur du parchemin : aujourd’hui qu’on le vend généralement au poids [67] , le degré de perfe&ion nécefsaire pour pouvoir le vendre, n’eft plus le même qu’autrefois 5 on s’attache peut-être même à augmenter le poids , au préjudice de la beauté de l’ouvrage». Echarner moins au vif,, laifser du blanc fur la peau, rogner plus près des brochettes, où leparcheminleft moins blanc, parce qu’il n’ell pas afsez recoulé, ce font autant de maniérés d’augmenter le poids, du parchemin , au préjudice de fa bonne qualité.
- Maniéré d'accélérer le travail du parchemin & du vélin>
- <j6. Malgré la longueur & le nombre des opérations que nous avons décrites , il ne ferait pas impoffible d’abréger confidérablement, s’il était nécef-faire. On pourrait même en été finir dans les vingt-quatre heures une peau, de v.élin prife chez le boucher, en commençant vers les cinq heures du matin. Pour cela il faut y appliquer auffi-tôt de la chaux épaifse qui ne foit fondue que de la veille au foir , & qui foit même encore chaude ; après que la chaux y a refté deux à trois heures , il faut arracher la laine, jeter le cuireü dans une cnchaufsumoire pendant l’efpace de deux heures, le laver, & l’étendre fur la herfe-, & comme il eft plus dur que ceux qui ont pafsé plufieurs femaines dans les pleins en fuivant la méthode ordinaire, il faut, en échar-nant, prendre une poignée de chaux éteinte, qui aidera à emporter les chairs. Avec un méchant cuiret trempé dans l’eau ,. on efsuiera & on lavera la peau ; il faudra enfuite la poncer & l’égoutter le plus fort qu’il fera poffible, pour qu’elle foit plutôt feche ; y jeter deux poignées de blanc ou de chaux éteinte , & mettre la herfe en.un lieu où la peau puifse fécher promptement. Il y a de belles journées où une peau peut fécher en deux heures j alors on la coupe fur la herfe, & il ne faut pas un quart-d’heure pour raturer & poncer, ce qui-forme la derniere opération, f
- p.351 - vue 353/631
-
-
-
- A R T DU P ARC HEM INT ER
- 3-î*
- Dépecer & êqimrrir le parchemin.
- Les peaux étant parfaitement feches, raturées & poncées, elles font !<sn état d’être livrées-aux relieurs, & aux autres artiftes qui en font ufage'j mais pourl’ufage de Fioriture, & pour les bureaux des fermes & des contrôles, on le difpofe par feuilles, par demi'-feuilles, & par quarrés, pour les formules des différentes provinces.
- On fe fert d’une forte planche de bois de noyer bien drefséè, & qui fe transporte à volonté, fur laquelle on coupe le parchemin. On a auffi des planchettes de bois de noyer bien drefsées & équarries, qu’on nomme modèles, parce qu’ils •font de la grandeur & de la mefure qui convient à chaque feuille : on applique le modèle fur la peau étendue, & l’on cerne tout autour avec un couteau ordinaire, que l’on afoin d’aiguifer fouvenï; &c’eft ce qu’on appelle couper à la planche.
- On rafraîchit encorè chaque feuille, c’eft-à-dire, qu’on la diminue d’une demi-ligne avec une réglé & un couteau plus fin.
- On les afsemble par cahiers, & on les met pour quelque tems fous laprefsc, pour y prendre feulement le pli & la forme qui en font la propreté.
- La. prefsette des parcheminiers a ordinairement deux pieds de long; les deux vis fixées aux extrémités de la prefse ont un pouce de diamètre, & le fommier eft forcé de defcendre au moyen de deux écrous V mobiles à la main.
- Les parchemins que l’on peut dépecer fans perte, font ceux qui pefent depuis quatre jufqü’à huit livres ; les autres s’emploient en grande peau.
- TJfâge du vélin pour le dejjin & la peinture.
- $8. Les deffinateurs emploient volontiers du vélin; on a plusieurs def-fins du Puget fur vélin , qui font de la plus grande beauté. M. Cochin s’en eft prefque toujours fervi par préférence au papier ; le crayon de mine de plomb y prend plus de force , plus de couleur ; on arrive à un plus grand fini, & les objets extrêmement petits ne fauraient fe rendre de même fur le papier.
- Cependant ces deffins, dit-on , perdent enfuite de leur force ; lafuper-Ècie du vélin s’altere, comme fi le grain dont elle eft couverte était fujet à tomber ; je crois que cela vient principalement du blanc que l’on y emploie [ 33 ] , lorfqu’on écharne le vélin fur la herfe , & dont une partie s’infinue dans les pores de la peau : mais fi le vélin eft bien raturé , cet inconvénient doit difparaître ,* le fer à raturer emportera toute la couche du vélin que la poudre blanche avait pu pénétrer, & il ne reftera que le tifsu inaltérable de la peau.
- On reproche aufii quelquefois au vélin de jaunir avec le tems ; mais on voit des pièces très-anciennes & fort blanches. Si le vélin eft bien dégraifsé, & qu’on l’ait préfervé du contad de l’air , de la peufiiere, de la fumée , il fè maintient dans toute fa blancheur. Il
- p.352 - vue 354/631
-
-
-
- ART DU PARCHE MINIER. 35a,
- ïl eft difficile àe fixer un deffin fur le v.élin, parce que l’humidité le fait jouer inégalement» certains plans de fibres fe contra&ent plus que d’autres » & fontgoder la feuille
- Cependant M. Loriot, inventeur de l’art & du fecret de fixer le paftel , a fixé des deffins de M. Cochin , fans qu’il y parût la plus légère alteration ; ce qui prouve qu’avec beaucoup d’art & de foin, on peut donner à un deffin fur vélin la même fixité qu’à tout autre. D’ailleurs , en collant le vélin fur du bois , ou fur un carton bien uni, on évite ce retrécifsement & cette irrégularité. *
- 59. Les peintres en miniature emploient quelquefois de l’ivoire & quelquefois du vélin. Il y a quelque chofe à gagner pour le tems à fe fervir de l’ivoire ; on réferve le fond de l’ivoire pour les lumières 5 pour les blancs j on n’a befoin que d’un peu de pointillé fur les chairs , d’un peu de carmin fur les tournans, le relie fe trouve dans la blancheur de la matière ; ce n’eft pref-que qu’un deffin colorié. On a de très-belles miniatures de la Rofalba, qui font fur l’ivoire, & dans lefquelles il parait que cette fameufe artifte n’a voulu qu’abréger le travail.
- Du relie, le vélin offre plus d’avantages à un peintre: on charge, on repafse,1 on unit tant qu’on veut, parce que le vélin boit la couleur, ce que l’ivoire ne fait point ; il eft plus aimable , on y trouve plus d’amour ; les détails de ton, la légéreté, le degré de fini que l’on peut mettre fur le vélin , lui donnent un. très-grand avantages il ne fe voile pas comme l’ivoire, pourvu qu’il foit collé fur un carton bien battus fans cela il fe tourmente, il travaille, & fait écailler la couleur.
- M. Mafsé s’elt toujours fervi du vélin j quelquefois il le lavait avec une éponge pour emporter le blanc qui pouvait y relier , & le rendre plus lifse. Cela peut faire reparaître des taches qu’on n’appercevait pas j mais enfuiteon choilit les endroits les plus avantageux pour y placer une tète , ou autre partie efsentielle qui exige un fond plus uni & plus beau. Arlo , Coupe, Penel, peintres célébrés en miniature , ont tous employé le vélin par préférence. On aauffi des encres à la Chine deKlinshtet qui ont eu une grande réputation au commencement du liecle , quoiqu’il y eût plus de licence que de perfedion dans ces ouvrages.
- Il n’eft guere poffible d’effacer les couleurs qu’on a une fois appliquées fur le vélin , parce qu’elles pénètrent trop avant ; mais en travaillant légèrement , on a la facilité de corriger , en donnant un peu plus de force.
- M. Duhamel , de l’académie royale des fciences, qui s’eft exercé dans les arts autant qu’il s’eft diftingué dans les fciences , à proportion de leur utilité, m’a appris une méthode qui lui a très-bien réuffipour la peinture à la gouache (efpece de miniature où l’on charge'couleur fur couleur). Il fait tremper Tome III. Y y
- p.353 - vue 355/631
-
-
-
- ART D ü P A R C H E M INI E R.
- m
- dans de l’eau un peu de gomme adiagante, appellée en latin tragacantha. Il met ce mucilage dans un nouet de linge fin ; & lorfque le vélin eft bien tendu. & collé , il le frotte avec ce nouet : alors le vélin devient lifie & égal, de maniéré à recevoir aifément les touches les plus légères & les plus délicates.
- ENparlantdel’ufagedu vélin pour lapeinture ,onnepeut fe difpenfer de citer cette multitude immenfe de manuferits que l’on voit dans toutes les bibliothèques , dont la plupart font chargés de miniatures fouvent très-bonnes. Cette maniéré de peindre fur vélin était la plus eftimée& la plus employée, avant qu’on eut trouvé l’art de peindre en huile. On peut citer en particulier les miniatures de Jean de Bruges, peintre du roi Charles V, celles quf font dans le Virgile du Vatican, peintes par Julio Clovio , vers l’an I50Q , &c.
- On voit à Naples dans le palais du roi, un livre peint en miniature par Macedo , éleve de Michel-Ange, il y a deux cents ans. C’eft une chofe véritablement curieufe, dit M. Cochin , foit pour le fini & la patience , foit pour le deffin , qui en général eft favant &fin, quoiqu’un peu maniéré dans le goût de ce tems-là. Les figures en cariatides*, & les ornemens de tous les genres, en font faits avec tout l’efprit polïible , & compofés de très-bon goût : petits bas-reliefs, camées imités *, fleurs , oifeaux, figures, tout eft très-bien & favamment deffiné j les fujets d’hiftoire & les payfages font beaucoup moin*. dres. Voyage d? Italie par M. Cochin, 1.1, p. 139.
- On conferve à la bibliothèque du roi un recueil de portraits dès rois & reines de France & autres princes, copiés d’après les divers monumens, ou les anciens manuferits j& la plupart fur du vélin* Cette collection commence à Clovis ; elle renferme des copies de plufieurs portraits anciens j mais le plus grand nombre eft tiré des manuferits du 15e fiecle : tels font un ancien armorial qui était au cabinet de M. de Gaignieres ;des manuferits de la chambre des comptes ; livres d’églifes des ï 3e & 14e fiecles i une hiftoire manuferite de Charles VI, par Jean Juvenal des Wrfins j un traité des pafsages faits outre-mer par les François, compofé en 1473un manuferit in-folio de la bibliothèque du roi, coté n° 10035 > l’hiftoire manuferite de Monftrelet, qui était autrefois dans la bibliothèque de M. Colbert ; l’hiftoire de Froifsard-, qui eft à la bibliothèque du rois l’hiftoire de Gérard, comte de Nevers , & de la belle Euriant, traduite du provençal vers le milieu du quinzième fiecle. Cette colledionfut faite dans le dernier fiecle par les foins deM.de Gaignieres, & léguée enfuite à la bibliothèque du roi.
- 60. Mais il n’eft rien peut-être d’aufli précieux & d’aufli beau, en fait de miniatures fur vélin , que la collection de plus de fix mille figures de plantes & d’animaux que l’on conferve à la bibliothèque du roi. Ce tréfor d’hiftoire
- * Les camées font des pieyres. en relief, dçnt le fond eft d’une couleur différente de çelle dur relief.
- p.354 - vue 356/631
-
-
-
- ART DU PARCHEMIN 1ER
- W
- naturelle fut commencé vers le milieu du dernier fiecleparles foins de Gafton d’Orléans, prince célébré par fon goût pour la botanique, & a été continué jufqu’à nos jours par M. Aubriet, & mademoifelle Bafseporte , peintres du roi, au jardin royal des plantes. On admire dans cette colletftion, des pièces de la première beauté pour le deffin, l’expreffion, la vérité, la couleur} & l’on y trouve des pièces d’hiftoire naturelle, qu’il ferait difficile de rencontrer ailleurs. Voyez mêm. de l’acad. 1727.
- 61. Il 11e ferait pasaiféde décider précifément, pour la peinture en paftel, fi le vélin eft préférable au papier. La Rofalba, M. de la Tour fe font toujours fervis du papier} tandis que M. Boucher & M. Liotard préfèrent le vélin. M» Boucher, dont l’autorité doit égaler dans cette partie la célébrité de ce fameux: peintre des grâces, trouve que furie vélin, les couleurs font plus fraîches» les clairs plus brillans ; qu’il y a plus de velouté , & même plus de finefse.
- Le papier donne une teinte bleuâtre, que le peintre eft obligé de corriger, au lieu que le fond du vélin ne donne que de la blancheur & de l’éclat} le papier eft pelucheux , fujet à s’arracher; le crayon même emporte la colle, & le rend plus groffier, au lieu que fur le vélin on peut effacer & retoucher: au moyen du couteau & de la mie de pain , onenleve la couleur, fans que le vélin paraifse avoir fouffert : de là vient auffi que les peintures fur papier ont un air plus groffier, font moins propres à être vues de près, parce que le fond en eft moins lifse.
- D’un autre côté, il y a peut-être plus de facilité à peindre fur le papier} on peut réferver le papier pour des demi-teintes bleuâtres, au lieu qu’on ne peut pas conferver le fond du vélin} on peut recoller des parties entières fur le papier , avoir des feuilles plus grandes , & les coller l’une à côté de l’autre , fans qu’il y paraifse. Cependant ceux qui ontchoifi le vélin , y fuppléent, en cou-fant des feuilles de vélin l’une à l’autre} mais ce travail exige beaucoup plus de délicatcfse& de foin que celui de coller du papier.
- f II y en a qui prétendent que les paftels employés fur le vélin , noircifsent avecletems : cela pourrait s’attribuer à la chaux qu’on y emploie dans certaines provinces [ 46 ] , & qui attaque les couleurs végétales des paftels , lorf-qu’elle fetrouve mifeen aélion par une humidité accidentelle} mais il eftaifé, çefemble, de s’en garantir , en employant du vélin qui ne foit pas defséché -avec de la chaux fur la herfe. En général il ferait à fouhaiter que les artiftes prifsent la peine de remonter un peu à la préparation de leurs matières premières }ils fauraient à quoi il en faut attribuer les avantages ou les imperfections} ils choifiraient mieux, & fauveraient quelquefois des inconvénient où ils tombent fans les connaître.
- C’est le côté du dos que l’on choifit pour peindre en paftel, au contraire clela miniature, qui exige le côté de la chair j cependant il.y a des vélins qui
- X y îj
- p.355 - vue 357/631
-
-
-
- Art nu Marche minier.
- 3f*
- font prépares des deüx côtés, & dans Iefquels on peut choifir.
- C’est à Augsbôufg, ville d’Allemagne dans la Souabe , que l’on prépare le vélin le pîüs recherché par nos peintres pour le paftel. Ils trouvent que celui de Paris ri’eft pas d’un velouté suffi égal & aulli fin. Le défaut le plus ordinaire du vélin confifte dans ces petites cavités que l’impreffion des vaifseaux fan-guins y laifse fouvent, & qui peuvent venir auffide plufieurs accidens dans la peau de l’animal ; ordinairement le côté de la tête eft le plus exempt de ces fortes de défauts.
- Pour tendre le vélin fur lechaffis , il faut le mouiller du côté de la chair ; mais on doit prendre garde que l’eau ne pénétré le côté du dos.: car le velouté s’abattrait, & le vélin ferait trop lifte. Dans ce cas on ferait réduit à faire un travail femblable à celui de la pierre-ponce, avec un couteau pafsé fur une-lime douce ; les petites inégalités, ou dentelures fines, que la lime y a laifsées,. rendent ce vélin pelucheux , comme il l’était au fortir de l’atteiier.
- Quand le tableau eh ébauché , empâté, on mouille aulli le vélin par derrière avec une éponge ; les couleurs paraifsent plus fraîches , elles deviennent aulli plus fixes!: cela fait prendre plus également , fur-tout fous le ventre ,aui eft fouvent trop lifse; l’humidité, en détrempant la colle naturelle du vélin fertà happer mieux la couleur.
- Des peaux de tambours, de cribles & de coffres.,
- 62. Les peaux decaifse fe font avec des peaux d’ânes , ou avec des peaux de veaux ; & celles des timbales , avec des peaux dechevres. La préparation de celles-ci eft-à peu près la même que celle du vélin : voici cependant quelques différences.
- Quoiqu’on les pele ordinairement avec de la chaux, cependant lorfqu’on n’eft pas à portée d’en avoir , on y emploie les cendres ( 18), & les tambours n’en font que meilleurs.. Après avoir fait tremper la peau , fi elle eft feche, il faut la recafser, c’eft-à-dire , l’amortir fur le chevalet, lui donner de la fou-plefse, comme fi on voulait la pafser en chaux. On prépare un cuvier , dans lequel on met trente féaux d’eau, avec deux boifseaux de cendres ; cela peut fuffire pour une centaine de peaux ,. & même davantage : on remue ces cendres julqu’à ce qu’elles fafsent une efpece de bouillie ; on y étend les peaux de maniéré que les cendres puifsent pénétrer par-tout, &on les y laifse plufieurs jours à froid , jufqu’à ce qu’on s’apperqoive qu’elles deviennent faciles à peler.
- L’action desfels alkalis que la cendre contient, fait fur la peau le meme
- ( 18) Les cendres ne peuvent produire p eaux uniquement avec les alkalis. On peut cet effet que par les fels alkalis qu’elles ren-i u fli conclure de là , que la chaux ne durcit ferment. Cela même confirme ce qui a étép as les peaux. Les alkalis n’ont point cette dit plus haut, que l’on pourrait tanner les propriété ; ils amolliffent & affoupliffent.
- p.356 - vue 358/631
-
-
-
- ART DU PARCHE MINIER»
- 3T7
- effet que l’adUon de la chaux, & les rend faciles à débourrer de la maniéré que nous avons détaillée , art. 18-
- On ôte les grofses chairs avec le fer à écharner ; on jette tout de fuite de Peau fur la peau s on Pexpofe à l’ardeur du foleil j on la laifse fécher fur la herfe : cette précaution la rend pl us forte , plus tranfparente & plusfonore.
- On rature enfuite la peau à fec des deux côtés > mais il ne faut enlever avec, le fer à raturer, que les inégalités de la furface ; on ne les affaiblit que le moins qu’il eft poflîble. La peau de batterie doit être beaucoup plus forte que la peau de timbre.
- 63. Les peaux de porcs, dont on fait des cribles ou des cliviers, font huit jours au plus dans la chaux , quoiqu’elles foient beaucoup plus fortes que lés moutons ordinaires ; on ne les y laifse que le tems nécefsaire pour pouvoir les peler, on 11e les remet plus dans le plein , pour ne pas les attendrir j on les lave dans la riviere & on les étend fur la herfe : mais on ne doit pas les écharner comme le parchemin ; on fe contente d’en ôter la graifse avec le couteau à talon ,ou tout au plus les grofses chairs} lorfqu’elles font feches 011 les coupe fur la herfe , & l’ouvrage eft fait.
- On peut faire aufli des cribles avec des peaux d’âne, de genifse & même de mouton : mais on a foin de ne les laifser dans la chaux que le moins qu’il eft poftible ; les cribles en font toujours meilleurs.
- Les peaux de porcs, dont fe fervent les coffretiers pour couvrir des malles,, n’ont pas befoin d’être pelées ni écharnées; onfe contente fouvent d’en ôter la graifse fur le chevalet avec le fer de riviere , fans le mettre en chaux.
- Enfin les peaux de moutons qui font gâtées par la clavelée & la gale , ou qui font gommeuîes , ne pouvant fervir au parchemin d’écriture, font employées, à faire des cribles.
- Autres ufages du parchemin dans les arts.
- 64. Les peaux préparées en parchemin ont une force &une finefse qui les rend utiles dans plufieurs arts. Nous avons dit que les peintres en miniature Si en paftel fe fervent du vélin ; les premiers ne pourraient guere s’en pafser.
- Les gargouches de canons fe font avec de gros parchemins tachés ou défectueux. : ^
- Les imprimeurs font avec du parchemin leurs tympans & leurs frifquet-tes. ( 19 )
- Les relieurs font une afsez grande confommatioi^ de parchemin , & elle était encore plus grande autrefois.
- La cartifane, dont les tailleurs & les boutonniers fe fervent pour faire les boutonnières, confifte en un fort parchemin coupé par bandes.
- (19) L’auteur parait confondre ici les. tympans & les frifquettes. Celles-ci ne fe font qu’avec du papier.
- p.357 - vue 359/631
-
-
-
- ART DU PARCHEMIN 1ER.
- m
- Les bouquetiers & enjoliveurs , qui font à Paris une portion de îàcommu* nauté des plumaffîers, emploient le parchemin, foit blanc , foit en couleut, pour imiter les feuillages.
- Les fadeurs d’orgues s’en fervent pour garnir les foufflets, les Pommiers & toutes les parties de l’orgue dans lefquelles on veut empêcher l’introduction ou le pafsage de l’air. On fait par les expériences de M. de Réaumur , rapportées dans les mémoires de l’académie , que le papier eft infuffifant pour cet effet, & qu’il laifse fouventéchapper l’air qui n’a pas d’autre obfkcle , au lieu que le parchemin s’y oppofe invinciblement.
- Les apothicaires & les diftillateurs en ont befoin pour arrêter l’évaporation des liqueurs volatiles.
- Enfin lesadesauthentiques, dont on a intérêt d’afsurer la durée, s’écrivent fur du parchemin.
- Les rognures même de parchemin font une chofe utile dans fes arts : les papetiers qui aiment la perfedion de leur art, n’emploient que de la colle de brochette ,-c’eft-à-dire , celle qui refte attachée fur la herfe avec les ficelles & les brochettes. Quand on a coupé la peau , on fait bouillir ces rognures pendant plufieurs heures légèrement & à petit feu î on pafse le bouillon de colle au travers de l’arquet \ on y ajoute de l’eau, de l’alun & quelquefois du vitriol, & on trempe le papier dans cette colle. Voyez Pari de faire le papier.
- Pour que lacolle de brochette foitbelle & recherchée, il faut que le mégif-fîer ait eu foin d’en ôter la queue, les oreilles, les pattes & la ebarnure , c’eft-à-dire , la chair qu’on enleve en écharnant j tout cela augmente te poids de la colle en pure perte , & diminue la qualité de la véritable colle de brochette.
- La colle de parchemin s’emploie aufii dans la fculpture, la dorure , foit pour coller les parties délicates, fait pour faire tenir la dorure, les couleurs & les vernis fur différens ouvrages.
- Les bougraniers s’en fervent pour coller cette toile grofiiere qui fert à fou-tenir certaines parties de nos habits , & qu’on appelle bougrcm.
- Les ratures du parchemin , loffqu’elles font un peu longues, fervent à faire des lombards j ce font les petites bandes qui fe mettent à la tète de certaines pièces de drap pour les marquer. Les ratures communes fervent à faire la plus belle colle qu’il y ait dans tous les arts délicats, except&peut-être la colle depoiffon. On appelle ces ratures de la cofse : c’eft la partie la plus fine que le fer à raturer enleve de defsus lafurface de la peauj cette colle eft prefque également belle, quoique les peaux foient tachées : la peau noire elle-'même fait de la cofse blanche.
- Du parchemin coloré.
- 66. Il ferait certainement très-aiféde donner au parchemin toutes les couleurs imaginables i mais dans l’ufage a&uel des arts 3 nous ne voyons guere que
- p.358 - vue 360/631
-
-
-
- ART DU P A R C H E M I N I E R:
- 3Ï9
- îe parchemin verd dont il fe fafseune certaine confommation (20). On en teint auffi en jaune ; mais cela eft beaucoup plus rare, fi ce n’eft en Hollande.
- Les parcheminiers cachent avec foin , & même entr’eux, le fecret de leur couleur. Chacun fe flatte en particulier d’en avoir une plus belle & plus folide que celle des autres j mais dans le fait, la différence nous a paru fort légère.
- Il y aurait plufieurs moyens de peindre le parchemin en verd , & d’une maniéré folide j le meilleur eft celui-ci. On fera bouillir un gros de crème de tartre dans une demi-livre d’eau bouillante j on y jetera une once de verd-de-gris bien pulvérifé ,* on peut y ajouter encore une cuillerée d’eau-forte , pour* rendre la couleur plus pénétrante, & on appliquera cette couleur tiede avec un pinceau fur le parchemin un peu hurnedé.
- Cette préparation, quoique fi myftérieufement confervée, ne coûte pas bien cher y les parcheminiers de Paris pour fo fols mettent en verd une botte toute entière de io à 12 livres.
- M. Duhamel m’a communiqué un autre procédé, par lequel il a fait fouvent une belle couleur de verd-d'eau , très-propre à enluminer le parchemin: la voici : Prenez une pinte d’eau de pluie, une demi-livre de verd-de-gris, un quarteron de tartre de Montpellier , du bel indigo la grofseur d’une noix: pulvérifez le tout ,.faites-le bouillir dans, un pot neuf vernifsé, fans le remuer i quand la liqueur eft réduite à moitié, on la pafse dans un linge fin > & elle fe conferve enfuite dans des bouteilles bien bouchées.
- On peindrait auüt le parchemin en jaune avec de la. graine d’Avignom,’ bouillie dans l’eau , où l’on aurait mêlé un peu d’alun pour rendre la couleur plus adhérente, ou bien avec de la gaude bouillie dans.une lefiive légère de cendres ordinaires.
- Le rouge n’exigerait que dü carmin délayé'à froid dans de l’eau un peu gommée ,* mais l’humidité attaque facilement cette couleur.
- Le parchemin ayant été mis en couleur, doit a-ufli être luftré avec des blancs d’œufs ou quelqu’autre enduit gommeux ou réfineux qui lui donne duluftre; mais ces détails appartiennent plus à l’art des enlumineurs, qu’à celui dont pous faifons la description.
- Æanufa&ures, commerce & valeur du parchemin en France,
- 67. On ne-prépare point à Paris les peaux qui font deftinées à faire du parchemin. Les parcheminiers de Paris ne font que patenrs ou raturiers, fui-vant le langage des mégiffièrs : ils tirent leurs peaux de Bourges & d’Ifsoudun en Berry; deTroycs en Champagne, de Senlis,de Pont^Sainte-Maixence en
- ( 20) On fait en Allemagne dès par ch e- en parchemin font hors de mode , la con-mins de toute couleur ; le'rouge en parti- fommation des parchemins rouges ou colo« culiçr. eft fort beau. Depuis que les reliures rés eft beaucoup moindre.
- p.359 - vue 361/631
-
-
-
- 3<5o ART DU P A R C H E M I N 1ER.
- Picardie, deCrefiî en Brie, de Chartres & d’Etampes en Beance.*Le Poitou, leGévaudan, le Languedoc, la Flandre , l’Alface ont aufii des parchertiine-riesi mais leurs ouvrages ne viennent point à Paris , fi ce n’eft le vélin de Strasbourg, qui eft recherché à Paris par les peintres.
- Il Te fabrique dans le royaume plus de cent mille bottes de parchemin : la feule ville de Troyes fournit plus de ifoo bottes par année. Un ouvrier feul peut faire l’un portant l’autre 24 peaux par jour, & pourrait en fournir par conféquent environ fix mille dans une année , ou’au moins 150 bottes, en fup-pofant qu’il travaillât fans relâche & toujours avec fuccès ; mais les circonf-tances & les tems ne font pas également favorables : on travaille peu pendant l’hiver, & l’on manque beaucoup de peaux.
- Lorsqu’il y a des mortalités dans les bêtes à laine, on a la facilité d’en faire bien davantage, &pour lors une province peut en fournir à pluiieurs autres.
- 68. Pour donner une idée au moins approchée de la valeur des chofes dont nous avons parlé, nous allons rapporter à peu près le prix des différentes peaux qu’emploient les parcheminiers dans la province de Champagne.
- Cuirs de moutons chez le boucher, par abonnement l’un portant l’autre , avec leur laine , à 100 ou 120 livres le cent, chacun revient à 1 livre.
- Il faut obferver qu’il y a fouvent une ou deux livres de laine, quelquefois beaucoup plus fur une peau , ce qui fuffit pour indemnifer le mégiffier & au-delà , enforte qü’on doit regarder la façon du parchemin comme en faifant feule tout le prix.
- Le- parchemin qui pefe quatre livres la botte, vaut, fans être raturé, îorf-
- qu’il ne s’y trouve pas du verry ou autres défe&uofités conli-
- dérables.....................................................41. 10 fols.
- Celui de fix livres, à raifon de vingt-trois fols la livre. . . 6 18
- Celui de huit livres, à vingt-trois fols...................... 9 4
- Celui de dix livres, à vingt fols........................... 10
- Celui de quinze livres, à dix-huit fols......................13 10
- Celui de vingt-deux livres , à feize fols....................17 12
- Tous ces prix fuppofent un parchemin pris au hafard fans être raturé ni choifi. . *
- Une belle bôtte de vingt-deux livrés , bien triée , raturée,
- & choifie....................................................36
- Une belle botte de dix livres, bien choifie & raturée. . . 16
- Pour enluminer, ou mettre en verd une botte de parchemin de dix livres, & lui donner le luftre.............. 2 10
- Les petites peaux de veauxdeftitiéesà faire le vélin, s’achètent quelquefois chez les bouchers de campagne par abonnement, à vingt fols la piece ; mais il y a des veaux de tout prix 5
- on
- p.360 - vue 362/631
-
-
-
- ART DU F ARCHE MI NIER,
- %4t
- *onen vend quelquefois à fept fols la livre, qui pefent jufqu’à
- fix livres ,& qui par conféquent valent .....................2 1. 2 fols*
- Maïs celles-là ne s’emploient guere au vélin j elles fe travaillent chez les tanneurs.
- Les peaux de veaux pafsées en parchemin, ou le vélin ordinaire de la première main , vaut depuis trente livres la botte , jufqu’à foixante livres ; mais lesparcheminiers de Paris le revendent une ou deux fois davantage.
- Les peaux de porcs dégraifsées pour couvrir des coffres , une livre.
- A l’égard des ingrédiens nécefsaires aux parcheminiers , il n’y a guere que la chaux dont le prix foit de quelque confidération.
- Le prix de la chaux à Paris eft de cinquante-deux livres le muid , rendue furie port; chaque muid de chaux eft de quarante-huit pieds cubes, qu’on appelle quarante-huit minots. La chaux de Melun eft la plus eftimée. Celle de Senlis ne coûte que quarante-cinq livres ; mais elle durcit moins, elle fermente avec moins de force. Un muid de chaux faifant la charge d’une voiture à trois chevaux, doit pefer environ trois milliers; mais ce que nous avons appelle boifseau de chaux, dans Y art. 24 , eft une mefure ufitée à Troyes pour la mefure des grains ; elle contient le poids de trente-fîx livres de froment ; ainfi elle eft de la contenue de deux milles trois cents pouces cubes environ, car un pied cube de froment pefe ordinairement vingt-fix livres.
- Efiimation du bénéfice d'un parcbeminier.
- 69. En faifant le réfumé des prix de main-d’œuvre, & de ceux de la vente, détaillés dans les articles 9 , 14^ 32, 39, 68, on voit qu’il eft difficile d’évaluer précifément les profits d’un parcheminier ; mais il parait qu’un homme laborieux & feul, pouvant faire cent cinquante bottes de parchemin , dont le prix eft de quinze cents livres , peut gagner au moins mille livres chaque année pour fa main-d’œuvre. Mais s’il tient des ouvriers avec lui , il peut gagner encore huit cents livres fur chacun , parce que la promptitude des opérations augmente beaucoup plus à proportion, que le nombre des ouvriers.
- Des droits de P université de Paris fur le parchemin.
- 70. T0UT le parchemin qui arrive à Paris , doit être porté à la halle du re&eur, pour y être vifité. Il y eft reiïorifé, c’eft-à-dire, reçoit la marque du redeur, comme preuve de bonne qualité. Pour ce droit de marque, chaque botte de trente-fix peaux doit au redeur vingt deniers tournois, c’eft-à-dire, vingt deniers de notre monnoie aduelle. Ce droit fe percevait autrefois par les officiers même de l’univerfité : depuis environ deux cents ans il eft donné à ferme, & cette ferme eft le feul revenu fixe de la charge de redeur de l’univerfité.
- L’origine de ce droit eft fi ancienne, qu’elle fe perd dans l’obfcurité des Tome III. Z z
- p.361 - vue 363/631
-
-
-
- A HT DU F A R C H E M I N I E R.
- 3&2
- tems. En général tout ce qui dans les arts & dans le commerce avait quelque lapport à la littérature, a été regardé autrefois comme devant être fous la dépendance de l’univerfité. Auffi les parcheminiers r papetiers, libraires , imprimeurs 3 relieurs, enlumineurs » écrivains, font cliens ou fuppôts de l’univer-fité, fournis à fa jurifdiétion.
- On appellail autrefois la halle des Mathurins, un lieu couvert, appartenant à ces religieux, & bâti- dans leur cour , qu’ils prêtèrent à funiverfité en 1291,, pour dépofer le parchemin que l’on apportait à Paris, & en faire la vente. Depuis long-tems ce dépôt eft au college de juftice dans la rue de la Harpe , en une falle appellée, comme nous venons de le dire ,, la halle dur eBeur..
- De tems immémorial, ceux qui:amenaient du parchemin à Paris & aux envi^ ions ,.étaient tenus de le portera la halle des Mathurins, à peine de confifca-tion & d’amende arbitraire, pour y être vifité par les parcheminiers de l’univerfité au nom duredfeur. En même tems on en fixait le prix > on le marquait*. & le redeur de l’univerfité recevait fon droit de marque : cela s’appellait rec~* ttOrier. Il y a eu plusieurs arrêts rendus pour la confervation de ce droit,. & nous, rapporterons ci-après une déclaration de Henri II à ce fujet.
- En vertu de cette prérogative, le procureur-fifcal de l’univerfité fetranfpor-tait au Landi pour y vifiter le parchemin ; & en 1291, l’univerfité afsemblée défendit aux pareheminiers d’acheter du parchemin le premier jour du Landi & de la foire S. Ladre *, avant fes rigens & écoliers , les marchands du roi & de l’évêque. L’abbé de S. Denis prétendit en 1454, que l’univerfité ne pouvait acheter du parefiemin au Landi que le premier jour de la foire ; mais 01* s’oppofa fortement à cette prétention.
- 71. Les droits efe l’univerfité fur le parchemin étaient fi bien reconnus * qu’en 1549 elle faifit le parchemin qui arrivait aux greffes du parlement,, de la chambre des comptes, & des autres fieges de jurifdidion , fans égard pour la pèrmiffion que le roi Henri II avait donnée au prévôt de le faire venir , avec, exemption de toutes fortes de droits; mais le parlement ayant pris connaif-fance de cette conteftation , ordonna qu’à l’avenir le parchemin du par le roi aux greffiers des cours fouveraines , fe déchargerait au palais. Dans des tems plus reculés , l’univerfité employait l’excommunication contre ceux qui entreprenaient de la fruftrer de fes droits ; mais les contrevenans s’en référaient, à la Sorbonne fur la validité de pareilles excommunications, & l’univerfité fut obligée d’en venir aux peines temporelles d’amende & de confifcation» ( Voyez l hijloire de Vuniverfité , par M. Crevier, 1761 ; hijloire & recherches des
- * Deux foires anciennes & célèbres ; celle lie depuis l'a fin du dernier fiecle; elle & du Landi fè tieftt à S. Denis , entre la S. Bar- tenait entre le 5 & le 11 novembre, autre-nabé & la S. Jean. Lafoire S. Ladre eft abo- fois vers S. Lazare, enfuite vers S. Euftache,
- p.362 - vue 364/631
-
-
-
- Si RT DÛ P A R C HEM J.JV I P R.
- $6$
- Antiquités de Paris ,par M€ Henri Sauvai > avocat au parlement, 1733 , tome I > page 6^7» • !
- Déclaration du roi Henri II, donnée en 1 f 47, qui confirme les droits fur le parchemin, accordés au relieur de hiniverfité.
- Henri , par la grâce de Dieu , roi de France: A tous préfeas & avenir, Salut. Comme notre très-chere & très-amée fille premiere-née, l’univerfité de Paris, eut dans les derniers jours de lévrier 1543, préfenté requête au feu roi, notre très-honoré feigneur & pere, contenant qu’entr’autres droits & privilèges o&royés par les freres rois nos prédécefseurs, elle avait droit de vifiter & eftimer tout le parchemin amené à notre ville & banlieue de Paris, & à cette fin était porté & conduit, par les marchands forains & autres perfon* lies qui l’amenaient ,aux halles des Mathurins & non ailleurs, efquelles halles avait été de tout tems fait ladite vilitation , prifée & eftimation par les quatre parcheminiers jurés de ladite univerfité , & où s’il était trouvé aucuns vendans parchemin en ladite ville & banlieue, ou qui le cachaient , il était confifquéau profit du redteur de notredite univerfité; pour laquelle vifitation, appréciation & eftimation , ledit reéteur prenait pour chacune botte de parchemin 16 deniers parifis , & contre ceux qui avaient voulu faire le contraire, s’en étaient enfuivis plufieurs fentences, jugemens & arrêts au profit d’icelle univerfité; & parce que ceux qui ont eu le manimentdefdits privilèges, avaient adhiré la charte dudit droit, notredite univerfité aurait requis commiflion pour informer fur la jouifsance d’icelui droit qui leur fut o&royé par notredit feu feigneur & pere, en vertu de laquelle notredite fille avait fait informer par l’un des examinateurs de notre châtelet de Paris , notre procureur en la prévôté dudit lieu , duement appellé ; & ladite information faite & rapportée pardevers notredit feu feigneur & pere en fon confeil privé , aurait été ordonné être communiquée à l’on procureur général, lequel aurait requis ladite requête , information, fentences, arrêts, & autres procès par notredite univerfité, produits pour la vérification de Ton droit, être communiquées aux officiers de notredit feu feigneur & pere , au bailliage & confervation des privilèges de notredite univerfité au châtelet dudit Paris , pour donner leur avis ; ce qui aurait, notredite fille préfente , été fait par iceux officiers, &T renvoyé leurfditsavis à notredit feu feigneur & pere* Et depuis, nous aurait notredite fille, préfenté autre requête, à ce que vu lefdites requêtes, information & autres procédures faites fur la vérification de leurfdits droits & privilèges, il nous plût ratifier , approuver & confirmer iceux droits & privilèges : Savoir faifons que, vu par nous en notre privé confeil lefdites requêtes * information &avis de nofdits officiers ci attachés fous le contrefcel de notre chancellerie ; & oui notre procureur-général en notredit confeil privé, avons*
- Zz ij
- p.363 - vue 365/631
-
-
-
- art d&^parcheminier.
- S64
- par avis & délibération d’icelui, & de notre certaine fcience, pleine puifsancë & autorité royale, continué & confirmé à icelle notredite univerfité , lef-dits droits & privilèges de.vifiter , prifer & eftimer tout le parchemin qui fera amené en ladite ville & banlieue de Paris , & de prendre , par ledit re&eur , pour ladite vérification , appréciation & eftimation , 16 derniers parifis pour chacune botte de parchemin, fuivant lefdits droits & privilèges. Voulons , ordonnons & nous plaît qu’elle en jouifse, comme elle a ci-devant anciennement fait, &que pour faire ladite vérification, appréciation & eftimation, tout le parchemin foit mené & conduit auxdites halles des Mathurins ; & où aucun parchemin fera trouvé caché ou entre les mains d’aucuns marchands ou autres icelui vendans, fera pris , fai fi & mis en notre main , pour ladite faifie faite , pourfuivre la confifcation d’icelui parchemin, pardevant notre prévôt de Paris , confervateur des privilèges de notre univerfité, ou fon lieutenant ;& où aucune confifcation y écherra,fera & appartiendra audit recteur. En outre les délinquans, contrevenans & receleurs, feront condamnés envers nous en amendes arbitraires , félon le mérite des cas. Si donnons en mandement par ces mêmes préfentes , à nos amés & féaux les gens, &c. Donné à Fontainebleau au mois de feptembre , l’an de grâce 154.7 , & de notre régné le premier. Regiftré au parlement le 17 avril 1548» pojl pafeha , coté D, 19 B, dans lesarchiv.es de l’univerfité du college de Navarre. Rapporté dans l’hiftoire de Paris ,par Sauvai, tom. III, page 228.
- Des Jlatuts, ordonnances éf? régie mens pour les maîtres & marchands parcheminiers de la ville de Paris.
- f 72. Au mois de mars 1728 , la communauté des maîtres parcheminiers de Paris ayant fupplié le roi de lui accorder l’établifsement d’une jurande avec des ftatuts & réglemens pour la police de leur communauté, obtint des lettres-patentes j elles furent regiftrées en parlement le 26 juillet 1731 , & contiennent 22 articles. Dans les 4 premiers on leur accorde la permiffion d’être unis, fous le titre de confrères de S. Jean-rÉvangélifte, & d’en, faire l’office, comme cela s’était toujours pratiqué , & comme ils y avaient été au-torifés par différentes lettres-patentes des 1 juin 1401 , juin 1467,15 juillet 1549 , février 1582 ,'oélobre 1.614, décembre 1654. Le r°i leur permet auffi d’élire un maître de confrairie , avec deux jurés de communauté, à la pluralité des voix , pour faire, conjointement avec les jurés de l’univerfité, & non autrement , les vifites des marchandifes de parchemin amenées à Paris , faifir les parchemins mal façonnés qui ne feraient propres ni bons pour écrire.
- Dans l’article V , il eft dit que , fuivant les motifs inférés dans les lettres-patentes du mois de décembre 1654 , regiftrées en parlement le 27 février X65 5 , & par rapport amdéfaut d’expérience & de capacité pour le bon apprêt d’une marchandife où la moindre défeéluofité peut donner lieu à des faififi-
- p.364 - vue 366/631
-
-
-
- ART DU PARC HE MINI ER.
- 3$f
- cations, foit de contrats, lettres de provifion & de chancellerie, arrêts ou autres adtes importans qui fe font fur du parchemin , ce qui eft préjudiciable à l’état & au public, il fera fait défenfes à toutes fortes de perfonnes , autres que les maîtres parcheminiers de cette ville, de faire fabriquer ou vendre aucune marchandée de parchemin , à peine de confifcation.
- Les art. VI, VII, VIII & IX, portent que tous marchands qui amèneront des parchemins , vélins , fonds de tambours , rognures de parchemin , colle de brochettes, ratures provenant des parchemins, feront tenus de les faire conduire à la halle du fieur re&eur de l’univerfité de Paris , ainfi qu’il eft d’u-fage fondé furies réglemens , pour lefdites marchandées être vues & vifitées en la maniéré ordinaire par les jurés de Puniverfité ( où les jurés de la-com-munauté allifteront, fi bon leur femble) , & être enfuite vendus aux.maîtres parcheminiers , & non à d’autres ; le tout à peine d’amende & de confifcation. Les maîtres parcheminiers lotiront entr’eux ces marchandées , pour en payer chacun fa part aux marchands , ainfi qu’ils conviendront du prix : & dans Le cas où ils ne pourraient convenir du prix , le marchand forain fera tenu de les enlever dans la huitaine, fans les pouvoir vendre ailleurs , ni en faire aucun dépôt dans la banlieue & vicomté de Paris. Et en cas, que le marchand ne les fît pas enlever , il fera permis aux jurés de les faire enlever aux dépens du forain & de les faire conduire hors de la ville & banlieue de Paris, conformément aux réglemens , à l’arrêt du parlement, du 30 août 171 f , & à Par-ïêt du confeil du 12 décembre 17-16 ( 20 ).
- Les quatre articles fuivans concernent les réceptions dans la communauté. L’apprentifsage eft de cinq années, & le compagnonage de trois ans. Celui qui fe préfente , eft tenu de faire ïe chef-d’œuvre chez un des jurés ou des maîtres ; il ne peut être reçu avant dix-huit- ans. Il eft permis par l’art. XIII aux maîtres parcheminiers d’acheter les peaux nécefsaires à la fabrication , Si d’en revendre les laines & poils.
- L’art. XIV leur défend de contre-porter, ni brinbaler dans la ville deParis3 aucuns parchemins ou autres marchandées appartenant à cet art.
- Par les articles fuivans , les fils de maîtres font exempts dé chef-d’œuvre-!: les veuves de mauvaife vie font déchues du droit de tenir boutique : les compagnons qui fe feront engagés à travailler un lot de parchemin , ne pourront quitter avant le terme de l’ouvrage-, & travailleront depuis cinq heures du matin jufqu’à huit heures du foir. Les maîtres ne pourront prêter leur nora;
- (20) Ces réglemens, comme pkfieurs autres que l’on lit à la fin de chaque art, font directement contraires aux principes d’une bonne police , puifqu’ils tendent ma-nifeftenîent à introduire le monopole dans.
- le commerce des parchemin-s. On.eft bien étonné de- voir preique tous les arts mécaniques tjrarnifés en France par ces principes deftruéteurs»
- p.365 - vue 367/631
-
-
-
- ART î) U PARCREMÏÏÏÎE R,
- 4d’autres, pour faire le détail des parchemins. Les délibérations des afsem-fojées vaudront, pourvu qu’elles fuient arrêtées par dix maîtres.
- L’ARTïOle XX concerne la fourniture des parchemins timbrés pour la ferme générale.,, qui doit fe faire par égale portion entre tous les maîtres de la communauté , fuivant une tranfadion du 26 odobre 1695- » homologuée par feiateuco du 9' décembre. fuivant. 1
- Il avait été dit par cette tranfadion pafsée chez Bouriier, notaire , que les maîtres, parcheminiers ne pourraient faire entrer leurs enfans dans la fourniture du bureau des fermes, à moins qu’ils ne fufsent établis en boutique} & que li quelques maîtres faifaient des fournitures cachées & clandeftines pour le bureau des-fermes ou pour les contrats de ville , ils paieraient trois cents livres d’amende, applicables moitié à i’hôtel-Dieu , & moitié à la confrairie» Ce llatut confirme la tranfadion.
- 73. A l’égard d;es titres énoncés dans les ftatuts * ce font, i0* des lettres-patentes de Louis XI, données à Chartres au mois de juin 1467 , obtenues par les maîtres parcheminiers, libraires , relieurs, hiftoriens & enlumineurs de ce tems-là j par lefquelles le roi leur permit, pour l’entretien de leur confrairie , de lever fur chaque confrère demeurant à Paris, quatre fols parifis : 2°. d’autres lettres-patentes de Henri IIÏ, données àParis au mois de février 1582 * par lefqueHes i l confirma les précédentes : 30. l’arrêt d’enregiftrement du 12 janvier 158? : 40. des lettres-patentes du mois de décembre 16^4 , obtenues par les quatre maîtres jurés parcheminiers de l’univerlité , par lefquelles Louis XIV ordonna qu’à l’avenir les édits de créations & lettres de maîtrifes, octroyées par lesrois, à l’occafion de quelques événemens,ne pourraient jamais avoir lieu pour les parcheminiers, regirtrées le 27 février 5 : 50. un arrêt du;20 août 171 ç , par lequel il avait été ordonné à un parcheminer d’Ifsou-dun, d’enlever dans huitaine fes marchandées de la halle du redeur, attendu que les maîtres parcheminiers ne voulaient point les acheter ; linon permis à ceux-ci de les faire enlever, & fuivre jufques hors la banlieue de Paris. Mais quoique les parcheminiers formafsent une efpece de corps, ils n’avaient encore ni forme ni ftatuts avant ceux de l’année 1728 , dont nous venons de parler.
- 74. L’université forma oppolition à l’enregiftrement de ces ftatuts, & foutint qu’on ne pouvait établir d’autres jurés que les quatre jurés de l’uni-verlité, lefquels devaient être feuls maintenus dans le droit de vifiter, prifer» êftimer & redorifer tout le parchemin qui était amené à Paris ; & que toute confifcation de parchemin devait appartenir au redeur, fuivant l’édit de fep-tembre If4f, regiftré en la cour le 17 avril IÇ48. Par Un arrêt contradictoire du 16 mars 1731, il fut ordonné que l’enregiftrement des ftatuts ne pourrait préjudicier aux droits du redeur , ni aux fondions des quatre jurés de l’uni-verfité j que les confifcations appartiendraient au redeur comme autrefois ,
- p.366 - vue 368/631
-
-
-
- ART DU PAR CHEMINIE R.
- 3$7
- dans les cas où elle aurait lieu , faute d’avoir porté les marchandées à la halle du recteur » de lui avoir payé le droit de vifite & re&orifation, & pour raifon des défeétuofitésî'enfin, que les jurés de l’univerfité pourraient faire leurs vifîtes, ou feuls, ou conjointement avec ceux de la communauté. Et pour le fur-plus , les ftatuts dont nous venons de faire l’extrait, furent enregiftrés le 2 6 juillet 1731 ; ils furent imprimés avec l’arrêt d’enregiftrement par les foins des fleurs Louis-François Pelet, Jean Bichot, & Pierre Fourgault, anciens de ladite communauté, & font partie delà collection des ftatuts de communautés qui fe trouvent rafsemblés à la bibliothèque du roi, & au bureau de M. le lieutenant-général de police.
- Les ftatuts des mégifliers de Paris furent donnés par François I, Charles IX» Henri IV, Louis XIV, regiftrés en parlement le 13 avril 1696. Mais ils ne font aucune mention du parchemin, parce que l’on a toujours fabriqué le parchemin dans les provinces ; les mégifliers de Paris travaillent les peaux de moutons en blanc , ce qu’on appelle cuirs & denrées de mégie; & fl l’on fabriquait du parchemin à Paris, il n’y aurait que les parcheminiers qui en auraient le droit,
- Du parchemin timbré,
- 7%. L’usage du parchemin timbré fut prefcrit par un édit du mois de mars î : l’objet était d’abord d’afsurer la date & l’authenticité des a<ftes par une marque publique; mais enfuite la marque du papier & du parchemin timbrés» eft devenue un objet de finance & de ferme publique , & une portion des revenus de l’état.
- On arrêta au confeil le 22 avril 1673 , le tarif des droits qui feraient payés fur le parchemin timbré , & le bail en fut fait le 6 mai fuivant à Me Michel de Praly, Ces droits furent enfuite compris dans le bail générai des aides du $t juin 1674.
- L’ordonnance du mois de juin 1680, au titre des droits fur le papier & parchemin timbrés, fixa les droits du roi à vingt fols fur chaque peau de parchemin , & cinq fols pour toute forte de petit rôle oy portion de parchemin qui porterait la marque.
- Par la déclaration du 18 avril 1690, & l’arrêt du confeil du 17 juin I698 a ces droits furent augmentés d’un tiers. Voyez la conférence de l’ordonnance de Louis XIV fur le fait des aides, avec celle des rois prédécefseurs de S. M, par Jacques Jaquin intérelfé dans les fermes du roi, édition 1703, page 378 ». ou de 17^1 , page 398.
- On appelle en général formule > ces parchemins ou papiers timbrés : les droits fur la formule ont fouffert, & éprouveront encore des variations arbitraires a il ferait donc inutile d’entrer à ce fujet dans un plus grand détail, Qn peut voir
- p.367 - vue 369/631
-
-
-
- ART DU F ARCHEMIN 1ER
- lufquftci les inftrtuftions fur les droits des fermes données pour différentes gé-néralités, &les confédérations furies finances de France, par M. de Forbon» nais. Mais nous croyons que ces détails feraient trop étrangers à l’objet de l’académie , & trop longs pour trouver place ici.
- H ------------ 'iJ ------5^5:----:........... ..............— »
- EXPLICATION des figures de tort du purchoninicr. (ai)
- Tiaut de la planche.
- A, YdtureüŸi ouvrier qui efileve la furface du parchemin avec un fer à raturer.
- B, ouvrier qui ponce le parchemin , ou qui lui donne le poli avec la pierre-pon>ce.
- G, ouvrier qui équarrit le parchemin-, le coupe par feuilles & formules de difi» férens échantillons.
- D, pierre de grais pour nettoyer la pierre-ponce.
- Bas de la planche.
- Fig. A9 peau brochée & tendue fur la herfe , pour être écharnée. a eft ta partie fupérieure de la peau , ou la tête, c’eft le col de l’animal. b b font les collets ou les épaules. c c font les pattes des collets.
- âd, brifets, partie de la peau qui eft fous les aïfselles. ee> boudinés, parties génitales , ou extrémités de la peau qui répondent au-defsous du ventre.
- //, tétines , ou mamelles.
- g g, pattes de la culée* ou pattes de derrière.
- h, culée, partie poftérieure où eft attachée la queue.
- B , brochette pafsée dans le bord d’une peau & retenue par une ficelle.
- C, couteau à talon qui n’a qu’un côté légèrement tranchant.
- D , couteau de riviere à deux tranchans.
- E, F, lames des fers à raturer.
- G, couteaux qu’on emploie à couper les extrémités du parchemin ou les parties défeôlueufes.
- O O J’ai encore ufé ici de la liberté que vera dans cette planche tout ce qui peut 3e me fuis donnée de retrancher les figures fervir à expliquer l’art du parchèminier. H inutiles qui fe trouvent en grand nombre y a même telle figure que j’ai confervée, & «fans l’édition de Paris. Je crois qu’on trou- dont on pourrait à la rigueur fe palier. i
- H,
- p.368 - vue 370/631
-
-
-
- ART DU PARCE E MINIER.
- 3^9
- R , couteau avec lequel on équarrit le parchemin.
- I, cœur, pierre à aiguifer, qui fert quelquefois à peler les cuirs. j K, fer à écharner.
- L - mordant, piece dehois qui fert à tenir une peau fur la herfe.
- M , prefse duparcheminier, avec les feuilles de parchemin qui font ettprefse* N N, pièces qui retiennent la partie inférieure des vis par-defsous la prefse.
- O, tablette inférieure de la prefse.
- P P, vis de la prefse.
- Q_, tablette fupérieure & mobile de la prefse.
- RR, écrous de la prefse.
- S, chevalet du parcheminier.
- T, fer à raturer.
- tt, manches du fer à raturer.
- V, pierre fur laquelle on aiguife le fer à raturer.
- X, autre figure de fer à écharner.
- Y, forces à couper la laine.
- Z, fer à écharner , que l’on a démanché pour l’aiguifer.
- ..... !*-**-£&jfi —...... —
- REMARQ.UE GÉNÉRALE.
- \ L Me i'ejl rien trouvé dam les manufcrits de C académie royale des fciences, qui con-cernât Part que nous venons de décrire, fi ce n’ejl la flanche II, qui n’était pas même tout-àfait achevée.
- M. Ludot & M. lepréfident Gonthier , membres de la fociété littéraire de Troyes, ont procuré pour cette defcription toutes les facilités imaginables} & ces deux académiciens ont fav.orifé le travail de Phijioire des arts, autant qu’on devait l’efpérer du zele le plus éclairé & le plus académique.
- Nous devons rendre jujlice aujji à l’empreffement de MM. Dumay, fabricant parcheminiers de Troyes , pour notre entreprife, de même qu’à la perftBion & à la qualité fupérieure des parchemins & des vélins qui fe fabriquent chez eux.
- A a a
- Tome III
- p.369 - vue 371/631
-
-
-
- 070
- ART DU PAR CHEMIN J ER.
- TABLE DES MATIERES,
- Qtti côntietiï aujji /’explication des termes employés dans l'art du Parcheminier.
- •G:
- >
- Accélérer le travail du
- parchemin,
- j6.
- Affiloir. Efpece de pince avec laquelle un parcheminier tient fon fer pour l’aiguifer , 38.
- Amputée. Peau amputée (22) eft celle qui a été attendrie, altérée» parla fermentation ,11.
- Antiquités judaïques de Jofephe j on y voit l’ufage ancien du parche-
- min , 1.
- Attalus. ou Eümenés , roi de Per-game , inventeur du parchemin, 1.
- Aubriet, peintre du roi, auteur de plufieurs belles miniatures repréfen-tant les animaux & les plantes, 60.
- B
- -Barbe, Pouflèr de la barbe (23 )* fe couvrir de moifilïure, py.
- Basseporte ( mademoifelle ), auteur de plufieurs belles peintures d’hif-tôire miturelie fur vélin, 60.
- Bege , nom que Bon donne à la laine noire dans le Berry, 17.
- Bénéfice du parcheminier, eftimé en gros, 69.
- Blanc de Troyes s’emploie fur le
- parchemin , 3$ , yg.
- Bonamy (M.), de l’académie royale des infcriptions & belles-lettres , a relevé une erreur de Scaliger , à l’oc-cafion du parchemin , 1.
- Botte de parchemin (24) , <58-
- Bouchers. Leur négligence en déshabillant les moutons , produit des défauts confidérables dans le parche-chemin, yi.
- Boudinés (2y) , prépuce du mouton ; cette partie de la peau eft plus épaiffe, 28.
- Bouloir ou Poussou (26). Inf-trument qu’on emploie à remuer la chaux, 20.
- Bourre , poil de veau j fes ufages, 19,
- Brisets ( 27 ), font la partie de la peau qui eft fous les aiffelles du mouton , 28-
- Brocher les peaux ( 28), les tendre fur la herfe pour les écharner, 28.
- Brochettes (29), chevilles de bois qu’on paife tout autour d’une peau pour la tendre, 30.
- C
- Caisses. Voyez Tambour.
- ( 22 ) En allemand, eine abgdôjiç Haut. (23) Schimlicht werden.
- ( 24 ) Gebund.
- (25) Vor haut.
- (26) En allemand , RührhoîzX (27 ) Bilnne Aohfdhaut.
- (28) Die Haut anjj>iejjeru
- (29) Spiefilein.
- p.370 - vue 372/631
-
-
-
- A R T D U F A R CB EM I N T'EU
- Canepin. Pellicule très--fine dont 'du couvre les mouches, 43.
- Cendres ,peuvent fervir à la place de chaux, 62.
- Cercles fur lefqueîs on tend une peau pour la faire fécher, 29.
- Chaux. Son ufage pour préparer le parchemin, 10.
- Chaux crue ( 50 ), défaut du parchemin , 11.
- Chaux du plein ( 31 ) , 20.
- Mettre en chaux ( 32 ), 10.
- Qualité de la chaux , 20.
- Prix de la chaux , 6g.
- Chaux qu’on emploie pour le mortier , différente de celle des mé-gilîiers, 20 4 6g,
- Il en faut un boiffeau pour deux cents peaux, 27.
- Effets de la chaux fur le parchemin ,27.
- Ses inconvéniens, f2.
- Chevalet ( 33 ), planche arrondie & inclinée , fur laquelle on travaille les peaux pour les laver, & leur donner la foupleffe,9.
- Clavelée ( 34)„maladie des moutons, qui produit un défaut dans le parchemin , 49.
- Colle de brochette ( gf ), rognures de parchemin, 35.
- Collets d’une peau ( 36 ), la partie qui répond aux épaules, 28.
- Commerce du parchemin, 67.
- Il influe dans la perfediotl de l’art,ff.
- ( 30 ) En alL Vom Kalk aufgefchwoüen.
- (31) Die Kcdkgrube.
- ( 32 ) In Kalk legen.
- (33) Schabebock.
- (34.) Pocken.
- (35) Spiejïleim.
- (36) Halstheil.
- (37) Gegenhaut,
- m
- Contre - Sommier ( 37). Seconde peau tendue fur laherfe, 3g.
- Cosse. Voyez Ratures,
- Couleurs qu’on peut donner au parchemin, 66.
- Couteau de riviere C ?8 ) » ou couteau à revers, eft un couteau concave & à deux tranchansj la partie convexe eft la plus tranchante9.
- Couteau à talon.Q9), couteau concave qui ne coupe point, & ne fert qu’à fouler & dégorger les peaux \ on l’appelle aufti/er h recaffcr, 9.
- Coutelure (40),, défaut du parchemin , 49.
- Cribles (41 ) , fe font avec des peaux de porcs, d’ânes , de geniffes de moutons , 62.
- Culée (42). Partie de là peau à laquelle eft attachée la queue, 28.
- D
- Débourrer C 4? ) » peler les peaux .de veaux, ig.
- Défauts du parchemin, tant par .rapport à la matière , que par rapport à la fabrication , 49,61.
- Dépecer le parchemin.(44), le couper par quarrés , f 7.
- Dessins des grands maîtres, faits fur du vélin, f9.
- Dos et Chair ,,ou Fleur et Chair (4f ) , font les deux côtés du parchemin, 3.
- ( 38 ) En allem. FluJSmeJJer,
- (39) SchabemeJJer.
- ( 4© ) Mejferfchnidt.
- ( 41 ) Pergamentjîebe.
- ( 42 ) Schwanztheil.
- ( 43 ) Die Kalbfeüe abhaaren.
- ( 44 ) Zerfchneiden.
- (45 ) Flcifch- und Rückenfeitc.
- Aaa ij
- p.371 - vue 373/631
-
-
-
- ART DU P AR C H E M P N I ER.
- Le dos fert à peindre en paftel, 6t.
- Droits de l’univerfité fur le parchemin, 70.
- Droits du roi, yy-,
- E
- Eaux que l’on emploie pour le parchemin , f4.
- Echarner le parchemin (46) ,en enlevet les chairs pour le rendre fec.& mince, 17.
- On ne devrait point écharner le vélin, fuivant certains mégiffiers.
- Difficulté de bien écharner, y%.
- Echauffer (47). Les peaux s’échauffent lorfqu’on les iaiffe trop long-tems les unes fur les autres, 12.
- Ecouler ( 48 ), recouîer le parchemin , en exprimer l’eau, 32,.
- Edosser(”49 ) ,dofloyer, exprimer l'eau du côté de la-fleur , 52.
- Effleuroir (fo),peau d’agneau avec laquelle omeffuie le blanc qu’on avait répandu fur le parchemin ,
- Encre à la chine fur du vélin,, par Klinshtet, y$.
- Equarrrir ( f 1 ) le parchemin, le drefler & le couper à la planche ,.77.
- Eumenes , roi de Pergame ; fon zele pour la formation d’une bibliothèque, donne lieu à l’ufage du parchemin , 1.
- F
- Fer à écharner ( f2 ) , 3 1.
- Fer à raturer ( y 3 ), 98.
- (46) En allemand , ausfidfchtru
- ( 47 ) Erhitzen.
- ( 48 ) T)as ÏFaJJer ausdrücken.
- ( 49 ) Das Waffetauf der Rücken-oder Mlumenfeite ausdrücken.
- ( 5 o.) Abwifcher.
- (51) Pergamentbogen mâchera.
- Fer àrecafler,9. "
- Fixer un deffin fur du vélin ; M?. Loriot y-eft parvenu, f g.
- Fleur (f4) ,côté de la peau où fe trouvait la laine ou le poil , excepté parmi les marchands deParis,qui appellent fleur le côté de la chair , comme étant le plus fin & le plus beau , 3.
- Forces ( yy ). Grands cifeaux d’une feule piece & à reffort, dont on fe fert pour furtondre les peaux ,14.
- Formule. Grandeur des quarrés de parchemin qu’011 emploie au palais, Ï7-
- Frisquette des imprimeurs, fe fait avec du parchemin ; c’eft un chaffis qu’on étend fur les marges du.papier, 64.
- G
- Gargouches de canon, fe font avec du parchemin,64.
- Gelée, nuit à plufîeurs travaux du parcheminier, 16, 3 4.
- Gland. Voyez Mordant.
- Goder (p6). On empêche le vélin de goder, en le collant fur un.fond plus foîide, p g.
- Gomme , graifle feche qui gâte le parchemin, ya.
- Goupillon ( y7) ,. ou Guenillon, Affemblage de deux ou trois mauvaifes peaux mifes au bout d’un bâton, & dont on fe fert pour étendre la chaux , 1©.
- Graisse du parchemin;, la maniéré d’y remédier, 36,
- (çz) En allemand, Fleifcheifen,-
- ( ç 3 ) Schabeifen.
- (94) IVoll- odcr Rückenfdtc.
- ( 5 ç ) WoUfcheere.
- ( s 6 ) Runzeln machen<
- (57) Kalkflrdcher,
- p.372 - vue 374/631
-
-
-
- ART D U P A R C H E MI N 1ER. 37*
- £ Gras. Défaut du parchemin, yo.
- ' Grason. Efpece de craie blanche qu’on emploie dans le Berry, 30,
- H
- Halle du re&eur9 Halle des Mathu-rins, lieu où fe dépofoitle.parchemin, 70.
- Herse ( fg ),chaflis de bois fur lequel on tend les peaux, 50.
- Herse du ratureur ( y9 ), plus.pe-fante que la première , 58.
- J
- Jambette (<?©), pièce de bois qui fert de pieds au chevalet, & qui le tient incliné, 9.
- Jaunir. Le vélin ne jaunit que lorf-qu’il eft expofé à la pouiîiere & à la fumée^ y8.
- L
- La înes. Ses différentes qualités, fon prix, fou choix ,17.
- Laver de fuen (61 ), laver les peaux en laine, g.
- Cela ne fe pratique pas dans le Berry., 13.
- Laver après la chaux ( 62 ) ,14.
- Laver après le plein , 29.
- Liais. Pierre de liais ; pierre pleine 5c dure, qui fert à nettoyer la ponce, 40.
- Lombards;. Petites bandes très-minces de parchemin , que les raçureurs
- ( ç8 ) En' allemand , hohtrnc Rahm, (59) Reiberahm.
- (60.) Fuffftçck.
- ( 61 ) Fett o.uswafchen.4 (62) JD en Kalk auswajc/ien,^
- fournhfent aux drapiers, pour marquer, chaque piece de drap , 6y.
- Lustrer le parchemin (63 ) quand ij a été mis qn couleur ^66.
- M,
- Macération peut rétablir le parchemin racorni par-le feu , 2.
- Mégissier , ouvrier qui prépare les peaux blanches, & qui dans les provinces fait auffi le parchemin, 3.
- Leurs ftatuts dans Paris né font pas mention du parchemin, 74.
- Miniature fe fait fur de l’ivoire,, ou fur vélin , y8.
- Modèles (64) , planchettes de bois de noyer, qui fervent à régler les dimem-fions de la formule , yj.
- Morand (M), célébré anatomifte de l’académie royale des fciençes, explique la texture du parchemin , 2.
- Mordant ou Gland ( 6y). Efpece de mâchoire de bois, revêtue de peau , & qui fert à haper une peau fur la herfe, 19-
- Mûrie. Peau de Marie ( 66 ) , celle des animaux qu’on jette à la voirie, yo»
- Mort-de-sang (67). Défaut dii parchemin, yo.
- Mouches. Ce font de petites pièces, de parchemin que l’on eolle fur les trous d’une peau, 42.
- O
- Ouvrier peut laver & rccafTer deux
- (65) Enallem. das PergamentgVàtten* (64) Mujier.
- (60 Zminge,
- (66) Sterbefeîle.
- (67) Vom Elut erJHckt.
- p.373 - vue 375/631
-
-
-
- A'-R T 79 V' -F A R C H Ë M 1 N ï È Èr
- $:4
- centf p'eâûX cbtas un jour, '9.
- Brocher & éeharner 48 peaux de moutons, 46.
- Raturer deux ou trois bottes moyennes, 59.
- Poncer quatre bottes de dix à douze livres ,40.
- P
- Parchemin. Peau de mouton paffée si la chaux , 1.
- Son origine , Ton ufage chez les anciens, 1.
- Sa texture ou Ton tiffu , 1.
- Parchemin vierge, f.
- Durée du travail du parchemin. Voyez Eclmrner , Raturer , Foncer.
- Son ufage dans les arts, f8.
- Réglement fur le commerce du parchemin, 72.
- Parchemin des fermes, 72.
- Parciîkminier. Nom des marchands qui revendent le parchemin à Paris, & quelquefois auiïi des tnégif-Rers qui font le parchemin dans les provinces, 3,
- Pastel. Peinture ën paftei réufîit mieux fur le vélin, fuivaittM. Boucher & M. Liotard ,61.
- Pastels. Crayons dont on fe fert dans la peinture ; peuvent être attaqués par la chaux du vélin , 61,
- Peaux de différens animaux, agneaux ânes , cerfs, chevres, loups, porcs, fe préparent en parchemin , 4 & fui»-vantes.
- Noms des différentes parties de la peau, 2g*
- ( 68 ) En allemand, die Haute fchaberi. (69) Haarfchabcr,
- ( 70) StahL
- Peintres en miniature emploient le vélin, 5-9.
- Peintures fanieufes fur du vélin, S9-
- Peler les peaux ( 68 ) * if.
- Peloir G 69) , 14.
- Pergame. Ville d’Afie, où le parchemin fut principalement perfectionné, 1.
- Pièces. X^oÿez Mouches.
- Pietrir. Se ramollir ,2^
- Pistolet (70), outil d’acier avec lequel on retourne le fil d’un fer à raturer, 38-
- Plein (71 )jfoffe ou tonne remplie d’eau de chaux , où féjournent les peaux, 20.
- Ses inconvéniens, fi.
- Plis. Laine qui s’enleve d’une peaü -par le moyen de la chaux , 14.
- Plumer ( 72 ). Oter la laine de def-fus une peau * 15.
- Poids des différens parchemins ; infidélités qui fe commettent fur le poids,
- ^Ponce ( 75 ). Fierre-ponce fert fur le parchemin mol, 33.
- Poncer le parchemin, 42.
- Portraits des rois de France fur du vélin , f<).
- Presse des parcheminiers, f7-
- Prideaux. Son hiftoire des juifs * citée à l’occalion du parchemin, 1.
- Prix des peaux de moutons, 68*
- Des peaux de veaux, 48.
- Prix du parchemin ,6g.
- Prix de la chaux, 68.
- (71) En allemand, Kalkgrubè, ( 72 ) Abwoller.
- (73 ) Binifenjïein.
- p.374 - vue 376/631
-
-
-
- ART DW PARCHEMINIER,
- R
- Rafraîchir (74), empêcher que des cuirs ne fe corrompent, en les mettant dans une eau de chaux légère,
- 24.
- Raturer ( 7f ) le parchemin, g 7.
- On ne rature que le côté du dos, 39.
- Un homme peut raturer en un jour deux ou trois bottes de g à 9 livres, 59-
- Ratures du parchemin (76) ap-pellées aufîî la cojje , font une très-belle colle, 6f.
- Recteur de l’univerfité i fes droits fur le parchemin , 70.
- Rectoriser ou Re&orier, marquer le parchemin , 70.
- Régaler, Etendre la chaux fur une peau , 11.
- Rétrécissement fingulier d’un parchemin retiré de l’incendie de la chambre des comptes , 2.
- Rognures (77) de parchemin font une très-belle colle ,
- S
- Saisons propres à travailler au parchemin , 12. au vélin, 46.
- Sécher. Maniéré de faire fécher le parchemin , 34.
- Pourrait fécher en deux heures, f6.
- Selle à poncer (78)5 table rembourrée, fur laquelle on étend une peau, 40.
- ( 74 ) En allem. Erfrijchen.
- (7O Schaben.
- ( 76 ) Pergamentfchabfel.
- ( 77 ) PergamentabfdinitzeK
- 178 ) Rcibctafd.
- $71
- Souris attaquent le parchemin,
- Sommier (79). Peau de veau tendue fur la herfe , 3g.
- Statuts des maîtres parcheminiers de Paris, 72.
- Suen, Surge( 80) , grailfe naturelle de la laine de mouton, g.
- Surtondre les peaux ( 81 ), c’eft ôter les parties groffieres ou défeétueu-fès de la laine, 14.
- Surtqnte. Derniere qualité de jaj«» 11e, 14.
- T
- Tambours. Se font avec des peaux de veaux, quelquefois des peaux de loups, 6.
- Avec des peaux d’ânes, de chèvres , 62.
- Taches dans le parchemin ont plusieurs caufes, 49.
- Tétines ( 82) de la peau, ou mamelles, 28.
- Timbales fe font avec des peaux d’ânes, 6.
- Timbré. Parchemin timbré établi en i6ff. Voyez Formule.
- Timpan des imprimeurs fefaitavec du parchemin j c’eft une grande feuille de parchemin propre à foutenir le pa-s pier que l’on imprime , 64.
- Y
- Veaux. Leurs peaux fervent au vé«> lin, & aux tambours, 6.
- (79) En allem. Unterlagc„
- ( 80 ) Schweifi.
- (81) Obcnhin fcheereth
- (8?) Eutertheil,
- p.375 - vue 377/631
-
-
-
- 3?Æ ART DU PARERE Ml N 1ER.
- Vélin. Peau de veau paffée à la chaux, 6.
- Il n’exige pas plus de plein , & même moins que le parchemin,
- Il eft plus blanc, plus clair, 44.
- Son prix, 48.
- Sohufage pour le deffîn, f8-
- Velot (8?)- Veau qui n’eftpas à terme, & dont la peau fait le plus beau vélin, 47.
- Verd. Maniéré de colorer le parchemin avec le verd-de-gris , 4f.
- Ville-Loup. Village près deTroyes, d’où l’on tire la craie la plus fine, 33.
- ( 8 î ) En allem. Umeitiges Kalb.
- Vitré ou Verri ( 84) » parchemin défectueux, à raifon de fa tranfparence,
- ^ Voiler ou goder. $e courber par la féchereife & l’humidité j il eft plus difficile d’éviter cet inconvénient dans l’ivoire que dans le vélin,
- U
- Université de Paris. Ses droits fur le parchemin , 70.
- Maintenus par l’arrêt d’enregif-trement des ftatuts de la communauté des parcheminiers, 74.
- C 84 ) Glajigtes Pergament*
- Fin de Part du Farcheminier.
- p.376 - vue 378/631
-
-
-
- ART
- DE L’HONGROYEVR.
- Par M. de la Lande.
- p.377 - vue 379/631
-
-
-
- p.378 - vue 380/631
-
-
-
- >tü«ot@tOi@«oeoe@9Ote«èc€3«@ïO!G«@^eo9@K$«@toe0toae9GeG«C9S0K»c
- *æK*x*ætææKWiGieieœxxoK:
- ART
- DE L’HONGROYEUR.
- On appelle hongroyeurs, quelquefois ongrieurs *, ceux qui préparent les cuirs avec l’alun & le fuif. Cette méthode qui eft venue de Hongrie, il y a plus de 200 ans , eft très-utile pour les arts, & nous la décrirons avec foin **.
- i. Le cuir de Hongrie eft un cuir fort, qui a trempé dans l’alun & le fel, & qui a été imbibé de luif. L’alun & le fel fervent à pafser le cuir, c’éft-à-dire » à lui ôter la graifse & la gomme naturelle qui le rendrait trop fujct à fe ra* mollir par l’humidité» à fe durcir par l’exficcation * à fe corrompre par la chaleur. Le fuif qu’on y met enfuite» lui donne une omftuoftté & une fouplefse qui le rend propre aux ouvrages des felliers & des bourreliers.
- On prétend que la méthode du cuir de Hongrie fut apportée primitivement du Sénégal (en Afrique), vers le milieu du feizieme fiscle, il y a environ 200 ans, par un nommé Boucher, fils d’un tanneur de Paris. On y travailla dans le même tems en Hongrie, & les cuirs de ce pays-là eurent le plus de réputation. En 1^84, deux ouvriers allemands ou lorrains » nommés Lafmagne & Amande vinrent travailler à Neufchâteau en Lorraine , à S* Dizier en Champagne , & enfin à Paris, où ils firent le meilleur cuir ; ce furent eux qui apportèrent l’ufage des faux, pour rafer les cuirs. M. Colbert envoya dans la fuite
- * Le diétionn. du commercé écrit Bon- donner M. Barrois , direéteur & intérefféde grieurs} mais je m’en tiens à l’orthographe la manufacture de S. Hlppolyte à Paris , & du dictionnaire de l’académie franqaife, par les confeils de M. de Rubigny de Ber-édition dé 1^62 , où on lit Hongroyeurs. teval, maître tanneur - hongroyeür , rué
- Cenfier, l’un des plus occupés & des plus
- ** J’ai été guidé , dans la defcrlptioh de habiles , qui m’a communiqué tput ce qu’il èetart, par les mémoires qu’a bien voulu me y a de plus intérefiant dans fon art.
- Tome J IL B b b ij
- p.379 - vue 381/631
-
-
-
- '38o
- ART DE D H 0 N G R 0 Y E U R:
- en Hongrie même , un nommé La Rofe, homme habile dans la connaifsance des cuirs , pour mjeuy connaître ce qui faifait . la réputation ou la qualité des cuirs faits en Hongriei
- En 1698 , il fe forma une.manufadure de cuir de Hongrie, à S. Cloud, près de Paris ; les cuirs fe rafaient dans des bateaux , & fe rinçaient dans la riviere : ce fut alors que cette forte de cuir acquit le plus de réputation. En 1703*. la manufacture fe tranfporta à la Roquette, fauxbourg S. Antoine; mais bientôt les jardiniers du fauxbourg prétendirent que les eaux qui en venaient faifaienfc tort à leurs légumes. O11 représenta auiil à la maîtrife des eaux & forêts , que l’on devait écarter de la Seine cette forte de fabrication : les entrepreneurs furent obligés de fe tranfporter à S. Denis près Paris.
- LE- cuir de Hongrie parut mériter d’être favorifé. En conféquenee , le roi qui, par un édit du mois de janvier 1705 , avait créé des offices de jurés hon-groyeurs, pour faire feuls, à l’exclufion de tous autres, le.cuir façon de Hongrie, donna le 17 mars, des lettres-patentes qui unirentces offices à la manufacture de S. Denis ; enforte qu’elle fe trouva feule autorifée à faire cette préparation. Tous fes cuirs étaient marqués en travers avec une roue tranchante qui imprimait fur tout le cuir les mots de -mamtfa&ure royale de cuir de Hongrie de S. Denis, Cette manufacture de S. Denis fubfifta jufqu’en 1716 ^ après quoi l’on rétablit la libre fabrication des cuirs de Hongrie.
- 3. On. peut hongroyer toutes fortes de cuirs ; mais on préféré les grands cuirs de boeufs; les vaches pafsées en blanc n’ont pas afisez deconfiftance ; les bourreliers.ne s’en fervent que pour faire la couture , c’eft-à-dire , pour afsem-bler les pièces , pour faire des fouets , & autres ouvrages qui exigent peu de force & d’épaifseur.
- Les bœufs du Li mou fin font réputés fournir les meilleurs cuirs de laFranee; ils font plus nerveux & plus égaux dans leurs differentes parties. On ne. met aucune différence entre les fleurs noires ou blanches quant à la qualité, c’eft-à-dire , que les cuirs des bœufs noirs ou blancs s’emploient indifféremment^; mais on préféré les bœufs aux vaches & aux,taureaux * : le cuir de. taureau eft
- * J'avais dit dans Y'art dit tanneur , qve les cuirs de taureaux étaient eftimés, & qu’ils avaient delà force. Un tanneur, que j’ai appris être M. Jean Auffray , le jeune , qui demeure fur le Pont-aux-biches, afflue, dans le Journal économique de 176; , que les peaux de taureaux font de la plus mau-vaife qualité dans tous lesapp'êts. J’obfer-verai cependant, au fujet des grands cuirs du Bréfil, qui fpnt. très-eftimés, que dans les
- campagnes voifines de Buenos-Aires d’où l’on transporte chaque année trente-mille cuirs , on ne prend que les peaux de taureaux. ( Relation des nùjjions du Paraguai-, traduite de Vitalitn de M. Muratori, à Paris, chez la veuveBordelet., 17; 7, pag. 5 48 )- Al Auflray fe plaint encore de ce que je n’ai point donné les ftatuts des tanneurs enregiftrésen 1741 ; mais ces réglemens ne concernent point la fabrication des cuirs 1
- p.380 - vue 382/631
-
-
-
- ART DE D H 0 N G R 0 Y E IFR.
- 381
- ipongieux, il eft gourmand , c’eft-à-dire, qu’il prend beaucoup d’apprêt.
- On pafse auiïi beaucoup^de cuirs de chevaux 3 mais il s’en trouve rarement qui foient forts 3 il eft même défendu aux bourreliers de s’en fervir pour les foupentes. Le cuir de cheval eft creux , fpongieux , s’alonge à la pluie, & fe rétrécit enfuite, parce qu’il prend peu de fuif : nous en parlerons féparément [62].
- 4. Il n’y a pas de. cuir plutôt fait que le cuir de Hongrie. Dans certaines provinces, on le fait en été, dans Pefpace de huit jours 3 mais c’eft précipiter les,opérations 3 on doit y mettre au moins quinze jours : fou vent il faut deux mois pour l’amener à fa perfe&ion 5 & fi Ton y en mettait davantage, on ne ferait que mieux.
- Malgré la promptitude de l’opération , ce.cuir a des avantages confidéra-bjes fur le cuir fort tanné , à qui la fermentation ou la chaux ôtent toujours un peu de fa qualité, & dont la fleur n’eft jamais fi entière, parce qu’on la fait attendrir pour débourrer les cuirs: au contraire, daqs le cuir deHongrie tout contribue à raffermir la fleur, & à lui donner du moelleux fans en altérer le tifsu.
- On préféré le printems & l’automne pour faire ce travail : le froid em-, pêche que le fuif ne pénétré, & le fait refter fur la furface du cuir. En été le fuif eft trop coulant , & ne s’affermit pas afsez dans le cuir, fur-tout quand les nuits font trop chaudes : ainf^ les mois de mai & de feprembrçfont les plus favorables à ce travail 3 cependant on peut.le faire en tout tems.
- A mefure que les cuirs frais arrivent chez l’hongroyeur, 01-1 les pafse : c’eft un des avantages des cuirs hongroyés, que celui d’être travaillés tout frais s ils n’attendent point 3 ils n’ont pas le tems de fermenter & de s’échauffer3 la fleur en eft faine & entière, & les cuirs confervent toute leur force. Pour cette raifon , les hongroyeurs de Paris ont de l’avantage fur ceux de la province, en ce qu’ils ont toujours promptement des cuirs frais en abondancej ils ne font pas obligés de les attendre & de les recevoir l’un après l’autre.^
- Travail de vivier e. ( 1 ) .
- 6: Aussi-tÔT que les cuirs frais font arrivés de la*boucherie chez Thon.»,
- ils ne contiennent que des détails d’admî-miftration , qu’on pouvait regarder comme peu intérefians pour le public. J’aurais voulu pouvoir fatisfaire ici à un plus grand nombre d’objeétions : mais tout le rtfte de la lettre dont il s’agit, n’eft qu’une déclamation vague, dont je n’ai pu tirer aucune lumière. M-' Auffray n’a point compris le fens de ce pafiage.de,Quintilien : Fclices cjjent artes , Jl de illis foli artifices judiçarcnt ou du moins il en a fait, ce me.femble.
- une bien mauvaife application. Il ne peut rien arriver de plus favorable, aux arts , que d’être examinés & Æ^profondis par les per-fcnnes qui favent réfléchir, comparer , ana-lyfer & décrire 3 & certainement ce ne font pas les ouvriers. Quintilien voulait dire, qu’il ferait avantageux a‘ux arts que les gens , riches, qui en font les protecteurs & les ju?-ges , fufient un peu artiftes., '
- ( 1 ) En- allemand, \aafd\ei\K:
- p.381 - vue 383/631
-
-
-
- groyeur, on-les écorne, on les fend en deux ,* s’ils font crottés, on les décrotte avec un couteau rond, ou avec une faux , en les mettant fur le chevalet; on les écharne enfuite légèrement;, pour ôter feulement lesgraifses & les plus grofses chairs.
- Lorsque le cuir eft écharne , on le rince dans la riviere en deux ou trois coups de main, pour en ôter le fang & le gravier qui pourraient s’y trouver ; puis on le rafe, on le débourre. Ce travail de riviere fe voit en A dans le lointain , fur la planche de l’hongroyeur.
- 7. Il y a des cuirs que l’on débourre après avoir déraciné le poil par le moyen de la chaux & du plein ( voyez l’art du tanneur, page Mais cette méthode affaiblit les cuirs ; c’eft pourquoi l’ufage le plus ordinaire eft de les rafer avec une faux qui coupe bien, & qu’on prend foin de ne point forcer. Il y a des cuirs très-difficiles à rafer, fur-tout en hiver : on doit apporter un grand foin à cette opération > faire une couche fur le chevalet avec d’autres cuirs doubles, ou pliés en deux , & prendre garde qu’il n’y ait fous la chair aucune inégalité qui puifse faire des plis ou des bofses, que le couteau enlèverait : on a foin d’abattre le poil avec le dos de la faux , & on la promené à rebroufse-poil. On ne peut rafer que \% à iç cuirs dans un jour , lors même qu’ils fe rafent facilement. Cette opération d’écharner & de rafer produit une odeur forte & défagréable.
- 8. Quand les cuirs ont été rafés , on les met tremper dans la riviere pendant vingt-quatre heures pour les bien defsaigner: à cet effet, on les attache aune corde par les trous des j^eux, ou par ceux des cornes. La riviere des Gobelins eft fi fort infedtée par les immondices , que l’on évite de s’en fervir. On les met à defsaigner dans des baquets pleins d’eau ; on les y laifse trois jours, en changeant d’eau une fois le jour, fi c’eft en hiver, & deux fois le jour, fi «’eft dans les chaleurs, de peur que l’eâu itifetftée par les matières animales, ne corrompe les cuirs. Le defsaignement dans les baquets eft beaucoup plus long que dans la riviere, où le coûtant nettoie & entraîne les immondices; on pourrait, fans inconvénient, les laifser defsaigner un ou deux jours de plus ; ils en feraient plus doux au travail.
- Après avoir été trempés & defsaignés, les cuirs fe mettènt en égout pendant l’efpace de deux ou trois heures fur des perches ou fur un chevalet, & ils font prêts à être mis en alun.
- Dé Palm.
- 9. L’Alun fert à donner de la force aux cuirs, à lès préfervêr de la corruption : la quantité d’alun qu’on emploie, eft d’environ 6 livres pour un cuir de 90 livres en raie, c’eft-à-dire, marqué 90 livres lorfqu’il était frais & vert; mais il ne faut que 5 livres pour un cuir de 70.
- p.382 - vue 384/631
-
-
-
- ART 2> E r H 0 N G R 0 Y E UR
- m
- 10. L’alun eft un fel dtfnt lés cryftanx ont huit faces » à peu près comme des pyramides triangulaires dont on couperait les angles.
- Il eft aftringent, il fe fond au feu, il fe difsout dans l’eau chaude, à la quantité de quatorze fois le poids de l’aluni il eft compofé d’un acide fulfureux ou vitriôlique, & d’une terre argilleufe, fuivanfc M. Pott dans fa lithogéognojie » & métallique, fuivant M. Baron. Mémoires de l'académie de 1760*
- On trouve de l’alun tout formé dans le charbon-de-terre, dans des ardoifes, dans des pyrites; mais il eft prefque toujours impur & mêlé de matières étrangères (2). ( On peut voir de plus grands détails à cefujet dans la minéralogie de M. de Bomare , tom. I, pag. 292. ) On en trouve en Angleterre, en Suede, en France proche Valenciennes » en Efpagne , & fur-tout en Italie. L’alun que préfèrent les hongroyeurs , & qui s’appelle alun de Rome, parce qu’on en fait principalement commerce dans les états du pape , fe tire des environs deCi-vita-Vecchia , &en partie de la Solfatare près de Naples »& de Pouzzol. Celui de la Solfatare eft une terre blanche afsez femblableà de la marne pour la confiftance & pour la couleur. On en remplit jufqu’aux trois quarts des chaudières de plomb. Par le moyen de là chaleur ,.la partie faline fe dégage de la partie terreufe, & s’élève à la fuperfieie ; on la recueille en gros cryftaux. L’alun, en cet état, n’eft pas encore afsez pur i on le fait difsoudre avec de l’eau chaude, & il fe fait une nouvelle cryftallifation. Voy. M. Nollet, r-ww, de l'académie pour 17 fa, pag. lof. Voy. aufti un mém. de M. de Fougeroux , fur les ahmieres, qui a paru dans les mémoires de 1755.
- 11. CEt alun de Rome coûte à Paris environ de 10 à 14 fols la livre, Quoiqu’il foit plus rouge , & probablement moins pur que celui dont nous allons parler , on le préféré pour le cuir de Hongrie; peut-être que la partie terreufe1 Sé colorante de cette efpeçe d’alun eft nécefsaire pour tempérét la grande ftiptieité de cet alun.
- L’alûN blane ou l’alun de roche, dont fe fervent les teinturiers pour rendre
- ( 2) Il y a de Valun vierg>, en allem» gediegen Alaun, qui eft en mafTes de figure indéterminée. On trouve aufli en divers en-droics Valun de plume, en allem. Fcder-Alaun , qui eft par gros paquets filamineux dans les mines d’alurt commun. La terre alumineufe noire, brune , & blanche , eft encore une efpece de ce foffile, en allem. Alaun-Erde. Vardoife alumineufe , Alaun-Schiefer, eft'fujetteàs’enflammer. Lzpitrre calcaire alumineufe, eri alleni: Alaitn-Kalk-fîeinyefï rougeâtre. C'eft d’une pierre de ççtte efpeçe qu’on tire Valun rouge, appellé
- alun de Rome. Les charbons de terre alumi-. neux, en allem. Steinhohlen, les bois bitumineux & alumineux, les pyrites alumi-neufes, & les calamines de zinc alumineu-fes, font encore d’autres cfpeces. On tiré ces pierres d’atun de la terre , on les brife, on les calcine, on les éteint avec de i’eau * on porte cette matière devenue molle, dans des chaudières , où elle fe cuit & forme l’alun. L’alun de Rome eft rougeâtre; les autres font blancs, & quelquefois tranfparcns comme du crÿftal. Voyez Bertrand, -Dû#. des fojfilçi, au mot Alun^
- p.383 - vue 385/631
-
-
-
- leurs teintures claires, vives & folides, iie coûte qtfè 9 fols la livre j il eft plus fec, plus âcre, plus ftiptique > il rend le cuir trop roide. On peut en voir là préparation dans la minéralogie de M. de Bomare, tom, I, pag. 299. On en prépare en France près des Pyrénées ; il y en â une veine abondante qui court fur terre dans la viguerie de Rouliillon ; elle a depuis une toife jufqu’à quatre de largeur, fur une longueur de près de quatre lieues.
- Il y a un alun deSmyrne plus rouge que celui de Rome , & d’une qualité inférieure : il coûte un tiers de moins ; mais il en faut un tiers de plus. On vend auiïi. un alun de Liege tirés-blanc , très-tendre, qui produit à peu près l’effet de l’alun de glace.
- On doit laver avec foin les baquets où l’on met l’éau d’alun : fur-tout il ne faut pas qu’il y refte détail ou d’écorce, qui tacheroit les cuirs de Hongrie.
- 12. A 6 livres d’alun on ajoute 3 livres & demie defet ordinaire pour un cuir de 90-, ou-2 livres & trois quarts pour un cuir de 70. On emploie à Paris du fel de morue que les fermiers délivrent aux tanneurs -hongroyeurs le premier mardi de chaque mois, fuivant la convention que j’ai rapportée dans Part du tanneur, pag. 14 9art. 10. Il ne coûte actuellement que 20 livres 4 fols le minot * , c’eft-à-dire-, environ 5 fols la livre, tandis que le fel de gabelle coûte 59 livres , c’eft-à-dire , environ 11 fols & demi : c’eft; un avantage bien confidérable pour les hongroyeurs de Paris. Dans les provinces on eft obligé de fe fervir du fel de cuifîne , & l’on n’y en met qu’une demi-livre (3)5 ony ajoute , quand on le peut, de lafaumure de hareng , & même du fel de verre, quoiqu’il foit défendu.
- 13 .Le Jel de verre, ou fiel de verre, eft une écume ou une efpecé de fcoric qui fe ramafse fur les creufets où l’on fond le verre j c’eft un fel marin mêlé de parties terreufes, & d’un peu d’alkali. Ce fel marin fe dégage de la foude ou des alkalisdont onfe fert pour fondre le verre ; & montant à la furface des matières fondues, il s’y ramafse en afsez grande quantité pour qu’on en fafse commerce. On le jette dans l’eau & l’on en forme des pains : il coûte beaucoup moins que le fel commun ; voilà pourquoi les hongfoyeurs en font quelquefois ufage j il rend les cuirs plus pefans que ne fait le fel marin. On peut voir au fujet du fel de verre, un excellent mémoire de M. Pott dans le volume dé l’acad. de Berlin pour 1748 , pag. 16.
- 14. Le fel adoucit l’âpreté ou la ftipticité de l’alun, en attirant un peu l’humidité de Pair : il conferve au cuir un certain degré de mollefse j mais on ne doit pas employer trop de fel dans oette opération > le cuir ferait trop mou,
- * Le minot de fel eft une mefure de ( 3 ) C’eft ainfi que les opérations de 25 3 5 pouces cubes, ou environ 13 pouces finance, comme on les appelle, nuifent à & trois quarts en toutfens ; il pefe 100 ou la perfection des arts. Faute d’avoir affez 104-livres poids de marc. de fel, le cuir eft trop roide.
- p.384 - vue 386/631
-
-
-
- ART DE L’HONGROTEU R. jg*
- (
- & aurait trop de peine à fe fécher : aufli, quand on a peur que les cuirs ne foient cafques, c’eft-à dire * durs & corneux, on augmente la dofe du fel ; & fi Ton n’emploie pas afsez de fel, on aura un cuir trop roide , qui s’ouvrira trop difficilement dans le travail de grenier.
- Aluner les cuirs. (4)
- 15. Les hongroyeurs appellent mie fonte la quantité de cuirs que Ton peut aluner enfemble, & conduire tout-à-la-fois. On alurte des fontes de f, 6 , 9, 12, quelquefois même de 15 cuirs ; mais ordinairement, pour opérer avec une vîtefse fuffifante , & travailler plus sûrement, on fait les fontes de neuf cuirs. O11 a une chaudière emmurée , telle qu’on la voit en B dans le haut de la planche. Elle peut avoir 22 pouces de diamètre fur if pouces de profondeur dans le milieu; elle eft faite en timbale, ou arrondie par le bas, fuivant l’ufage. On met dans cette chaudière un feau d’eau claire pour chaque cuir, comme nous l’avons déjà dit ; on fait chauffer cette eau de maniéré que l’on ait peine à y tenir la main ou les pieds ; on y met l’alun , & l’on a foin de le remuer, de peur qu’en fondant il ne fe mette en mafse.
- 16. Quand le fel & l’alun font fondus, on met les cuirs qu’on veut pafser dans deux grandes baignoires ou cuves ovales , telles que W dans le bas de la planche, qui ont cinq pieds de long, trois pieds de large, deux pieds & demi de haut. Pour pafser neuf cuirs, on fait trois encuvages, c’eft-à-dire, trois opérations féparées en les mettant en alun ; chaque encuvage eft de trois cuirs ou fix bandes ; on met trois bandes dans une des cuves & trois dans l’autre. Si les neuf cuirs étaient très-forts , on pourrait faire quatre encuvages ; on cuverait les fix meilleurs deux à deux , pour leur faire prendre la plus grande force de la fonte , & l’on réferverait les trois derniers qu’on jugerait d’une moindre nature, quoique peut-être d’égale force.
- Les deux cuves étant placées l’une à côté de l’autre, on y arrange les bandes pliées , la fleur en dehors, l’une fur l’autre, la tête de l’une fur la culée de l’autre.
- Lorsque l’eau de la chaudière n’eft encore que tiede, on en prend deux ou trois féaux que l’on verfe furies cuirs d’une des cuves. Si cette première eau était trop chaude , elle brûlerait, elle griperait les cuirs ; il faut que la chaleur des eaux aille par gradation , pour que les cuirs ne foient jamais furpris.
- 17. Un homme entre dans la cuve nuds pieds , en chemife, quelquefois1 même avec un fimple linge vers le milieu du corps, & foule les cuirs dans cette eau d’alun , à grands coups de talon. On leur donne trois tours , c’eft-à-dire, qu’on les fait aller trois fois d’une extrémité de la cuve à l’autre. Les bandes
- ( 4 ) En allemand, mit Alaun bdtzcn.%
- Tome IIL
- C c c
- p.385 - vue 387/631
-
-
-
- art DE L' H 0 N G R 0 r E U R,
- étant plifsées à la tête de la baignoire du côté de la chaudière, on foule plis par plis toutes les parties de chaque bande, & on les fait-defcendre fuccefti-yement à l’autre extrémité de la baignoire j lorsqu’elles y font , on les fait remonter de même en foulant toujours plis par plis avec force ; enfin on les fait redefcendre de la même maniéré que la première fois : c’eft là ce qu’on appelle les trois tours, qui fe font tout de fuite & fans interruption. Lorfqu’on a donné le premier tour, celui qui foule frappe fur les bandes à grands coups de talon , deux fois fur les dos qui doivent être tous du même côté, & une fois fur les ventres. Il donne enfuite le fécond tour, après quoi il foule encore les cuirs l’un fur l’autre , & de même après le troifieme tour : ces trois tours s’appellent la première eau : il faut quatre eaux à chaque encuvage. Cette opération n’eft pas repréfentée dans la planche j mais on y fupplée aifément.
- i8- Tandis qu’un ouvrier foule dans une des deux baignoires, un autre met de l’eau chaude dans la baignoire qui eft à côté , & avec fes mains il place les cuirs à la tête de la baignoire du côté de la chaudière , pour que celui qui foule commence toujours par la tête les trois tours qu’il donnera aux trois autres bandes.
- Après avoir fait ainfi trois tours avec cette première eau, l’on donne la fécondé : pour cela on jette l’eau de la baignoire dans la chaudière, & l’on en remet de la chaudière dans la baignoire , pour qu’elle foit plus chaude & plus for-te. On fait ainfi quatre eaux pour chaque encuvage de trois cuirs.
- 19. La quantité d’eau qu’on ôte & qu’on remet chaque fois dans chacune des deux baignoires , eft toujours de 2 ou 3 féaux. Après la quatrième eau , les cuirs étant afsez foulés, celui qui donne les eaux plie dans la baignoire chaque bande en huit, renverfant d’abord la tète fur la culée & pliant le tout encore deux fois, puis il les couche dans un baquet.
- Ce foulage eft très-nécefsaire au cuir de Hongrie pour faire prendre & pénétrer le fel & l’alun. Il ne faut pas que l’ouvrier fe ménage ou fe néglige ; car les cuirs en fouffrent: il faut avoir les pieds bien fainsjcar la moindre bief-fure ferait irritée par la violence du foulage, & le fel y occafionnerait une extrême douleur.
- On ne peut faire que douze encuvages par jour de trois cuirs chacun, chaque encuvage de quatre eaux, chaque eau de trois tours , comme nous l’avons dit. Nous parlerons ci-après du repafsage , qui eft encore une femblable opération [22],
- 20. Il y a des cas où l’on 11e peut pas mettre le fel dans la chaudière en même tems que l’alun ,à caufe de la difficulté d’avoir le fel , & de l’impofli-bilité de conferver les cuirs : alors on y fupplée en faifant féjourner enfuite les cuirs dans l’eau falée, après qu’ils ont été pafsés en alun.
- 2 ï. Les cuirs, après avoir été foulés dans les cuves, fe plient & fe couchent
- p.386 - vue 388/631
-
-
-
- ART DE VHONGROYEÜ R.
- 387
- dans des baquets, pour y tremper quelques jours. Ces baquets ont communément , à Paris , 2 pieds de hauteur & 2 & demi de diamètre j on met dans chacun ce qui peut y entrer de/ cuirs. Quand la fonte eft finie, c’eft-à-dire , que tous les Guirs font alunés de leurs quatre eaux , on partage les eaux dans ces différens baquets, de façon que les cuirs en foient couverts.
- Lts cuirs trempent dans ces baquets pendant huit jours ; ce tems eft fuffi-faiït. Les hongroyeurs penfent communémUit que les cuirs ne prennent guere plus de nourriture en y reftant plus long-tems ; mais du moins ils n'y courent aucun rifque ; & il y a d’autres hongroyeurs qui penfent que le cuir n’en eft que meilleur en y teftant plus long-tems i cela les entretient du moins jufqu’à ce qu’on ait le tems de les repafser. On peut en hiver, les laifser trois ou quatre mois avant de les repafser, & ils n’en font que meilleurs ; mais s’il fait chaud, il faut avoir foin de les culbuter dès le lendemain, ou peu de jours après, c’eft-à-dire, de les mettre dans un autre baquet, fans les déplier , & de maniéré feulement que les cuirs qui étaient defsus fe trouvent defsous. L’on rejette les mêmes eaux par-defsus. Il eft fur-tout efsentiel de les culbuter promptement, c’eft-à-dire, de les changer de baquet quand on craint le tonnerre ; fans cela les cuirs courraient rifque de devenir bleus , de fe ramollir, de fermenter i la fleur fe féparerait de la chair, & ils perdraient de leur force.
- Repctffer les cuirs.
- 22. Au bout de huit jours en été, ou fi l’on veut, de deux ou trois mois en hiver, les cuirs qui ont été alunés doivent être' repafsés , c’eft-à dire, foulés pour la fécondé fois , &cela fe fait comme dans le premier encuvage [17] j on les fecoue feulement pour les déplifser i on fe fert des mêmes eaux que l’on fait chauffer dans la chaudière i on commence-par donner une eau tiede , & l’on augmente la chateur peu à peu jufqu’à la quatrième eau. On s’y prend de la même maniéré que pour aluner ; & quand on a donné les quatre eaux, on recouche les cuirs dans des baquets, comme la première fois, pour les y laifser feulement jufqu’au lendemain.
- Plus on pafse de cuirs dans un attelier d’hongroyeur , plus ils font bons, parce que l'étoffe eft plus forte, c’eft-à-dire, que les eaux font plus alunées „ en fuppofant que les dofes d’alun & de fel, aufli bien que la quantité du foulage, foient toujours les mêmes.
- 23. Dans les provinces où l’on pafse de petits cuirs fans beaucoup de précautions, on fe contente de brafser & de fouler chaque cuir dans de l’eau d’alun chaude, & de les brafser (pendant quatre ou cinq minutes à chaque fois. On les met enfuite pendant quinze jours en alun, pendant lequel tems on les leve deux ou trois fois pour les fouler avec la bigorne j on les roule fous les pieds, on les tire à la pomelle, qui eft une plaque de bois fillonnée, & en-
- p.387 - vue 389/631
-
-
-
- ART DE L'HONGROYEU R.
- 388
- faite au liege, comme font les corroyeurs. Mais les hongroyeurs de Paris ne fe fervent ni de bigorne, ni de potnelle. Voyez Vart du corroyeur ( î )•
- 24. Les cuirs qui ont été alunés & repafsés, après avoir été un jour dans les baquets, fe mettent pour égoutter pendant une heure ou environ , fur des planches placées en travers des baignoires , pour que les eaux qui en découlent ne foieut pas perdues, Jfc puifsent fervir une autre fois > car elles valent'mieux que les eaux crues & nouvelles qu’on pourrait y employer.
- iLnefautpas les laifser égoutter plus d’une heure ou environ ; ils pourraient diminuer d’épaifseur & de poids; les cuirs de de fs 0 us feraient trop comprimés , & perdraient leur humeur.
- Faire fée ber (6) les cuirs & les redrejfer. (7)
- 2f. On porte au grenier ou au féehoir les cuirs qui font fuffilamment égouttés ; on les enfile avec un échalas pafsé au travers de la culée. On fait pour cela quatre trous à la culée de chaque bande, deux à la patte, un à la nache, c’eft-à-dire , entre la queue & la patte , & un à la queue ; on pafse un bâton au travers de ces quatre trous , & l’on pend ainfi chaque bande en fai-fant porter les extrémités du bâton fur deux chevrons. On s’apperqoit alora s’ils ont été bien foulés, file cuir eft doux, maniable , s’il 11’y relie point de fang extravafé.
- 26. Avant que les cuirs foient fecs, il faut les redrefser^On.les étend par terre , on retire les échalas ; ‘l’ouvrier prend une baguette de deux pieds de long fur neuf lignes environ de diamètre , telle qu’on la voit en Y. Il fe met à genoux fur la bande qu’il plie en deux , la tète & la culée vers lui, la fleur en dedans; il met la baguette en dedans de la bande , & la poufse devant lui en appuyant fur chair avec les deux mains: par-là il redrefsela bande , & il forme-les plis des pattes & du brechet, c’eft-à-dire, de la partie qui eft entre la patte de devant & le ventre. On commence à redrefser par le milieu du dos , en allant vers la culée; puis on pafse le ventre & les trois plis entre la patte & la na-ehe ; on reprend en fuite la bande du milieu du dos allant le long de la gorge jufqu’à la tête , & l’on finit par les plis de la patte de devant & par le brechet.
- 27. A mefure que les bandes fe redrefsent, elles fe trouvent empilées ; car on les redrefse les unes fur les autres , & on les laifse quelques heures en cet état, pour que les plis fe fafsent mieux & ne fe défaftent point dans les opérations fuivantes. Il y en a qui les laifsent repofer ainfi douze heures , les autres une heure ou deux feulement, par la crainte que la chair ne fe décharge fur la fleur, & ne s’y attache trop.
- Au bout de cetems on repafse l’éehalas dans les quatre trous de la culée de.
- ( S ) Page açi de ce Iïïe vol. ( 6 ) En allemand, trocknm, & ( 7 ) richten>
- p.388 - vue 390/631
-
-
-
- ART D E P H O N G R Of E U R.
- 389
- chaque bande , on les reprend comme la première fois, & on tes laifse fécheiî parfaitement, ou à peu près.
- 28. Quand il fait froid, on ne laifse point fécherles cuirs atugrenier., parce que le froid empêche lesfels de pénétrer j il les fait-même fonir de la.peau en forme de grains, ou comme un verglas qu’on apperqoit fur chair & fur fleur» On eft donc obligé de les porter dans l’étuve quand ils font à moitié"fecs ; on les étend fur des perches 5 011 allume fur la grille une corbeille de charbon [42} ou environ le tiers d’une voie de charbon j on ferme la porte de l’étuve pen-dant une demi-heure i au bout de ce tems-là , on ôte les bandes de defsus les perches \ on les range l’une fur l’autre, fur la table ; on les couvre exa&ement, on les laifse en cet état l’efpace de deux ou trois heures > après quoi on les re-drefse avec la baguette avant qu’ils foient parfaitement fecs &' refroidis. Afin qu’ils ne foient pas furpris & durcis par le froid, on ne les fort que Pun après l’autre, & à mefure qu’on veut les redrefser. Pour les cuirs-d’été qui n’ont pas eu d’étuve , le redrefsage fe fait comme nous l’avons dit.
- 29. Les cuirs ainfî alunés & fecs fe confervent tant qu’on veut, fans qu’on craigne de putréfadionj on doit feulement les préfer-ver du grand haie,-c’eft-à-dire, d’un vent fec & fort, parce que les extrémités feraient tropfeches & trop difficiles à travailler rc’eft pourquoi on les empile , & l’on enveloppe la pile aVec des toiles , en attendant qu’on veuille les finir, c’eft-à-dire » les tra-vailler de grenier & les mettre en fuif [ 36].
- Travailler de grenier. (8)
- 301 Le travail de grenier confifte à rouler les cuirs pour les ouvrir &,les difpofer à recevoir le fuif : il y a le travail de première & le travail de dermere. Pour travailler de première, il faut que les cuirs foient fecs : s’ilsme Jefont pas, on les expofe au foleil, en les accrochant par la tète. Ils pourraient.suffi fe trouverafsez fecs pour être travaillés de première, & n’avoir befoin d’être expofés au foleil qu’après ce premier travail. Le foleil les blanchit, ouvre leurs pores & les difpofe , auffi bien que le travail de grenier, à recevoir le.fuif., ,
- Pour travailler de grenier, l’ouvrier plie fon cuir en deux.fur un faux plyn* cher de 12 à if pieds en quarré, incliné en talus, dont les planches font.po* fées fur des lambourdes diftantes les unes des autres d’un pied feulement!,.pour donner plus de force aux coups de pied de l’ouvrier. Ce faux plancher fç nomme lui-même travail de grenier * quoiqu’improprement. , ‘
- 3 r. Le cuir étant plié en deux , la fleur en dedans, la tête en defsous, & la culée en defsus, toutes deux tournées vers le haut du plancher;, on prend une-baguette de'2 pieds de long fur 9 lignes de diamètre,.bien tournée ,(fans?aucune inégalité , & arrondie par les extrémités (elle eft repréfentée en Y dans
- ( 8 ) En allemand , walzcn, ou walkcn. ‘
- p.389 - vue 391/631
-
-
-
- le bas delà planche)} & on la pafse dans le cuir. L’ouvrier met de gros fouliers faits de plufieurs femelles épaifses, comme ceux dont fe fervent les corroyeursj & montant fur le milieu de la bande, il la poufse en arriéré avec les pieds, en faifant rouler le cuir fur la baguette jufqu’à ce que le bout de la nache foit arrivé fur la baguette. On voit cette adion en C fur la planche de l’hongroyeur. L’ouvrier eft appuyé des deux mains fur une perche tendue à hauteur d’appui, pour forcer davantage fur le cuir en le chafsant en arriéré. Quand la baguette eft arrivée à l’extrémité , l’ouvrier reîeve la culée fur la tête , comme auparavant } il remet la baguette dans le cuir, non plus au milieu, mais vers le côté du dos, & roule encore une fois jufqu’au bout de la culée , en frappant avec force fur le cuir , pour le chafser en arriéré.
- 32. Lorsqu’il eft arrivé à la culée, il y fait un pli de 2 pieds de long , en la rejetant fur le brechetj il pafse fa baguette en dedans, & roule encore jusqu'au bout de la queue > il plie enfuite la patte de derrière, qu’il fait revenir fur le dos} &pafsant fa baguette, il roule cette partie jufqu’à l’extrémité delà nache.
- Il rejette la culée fur la tète, & la fait rouler le long du dos jufqu’à un pied de la culée} il rejette la culée fur la tête & la roule jufqu’au bout de la patte} il renverfe la patte fur le dos, en faifant un pli qui prend de la nache au nombril , & roule jufqu’au bout de la patte} il jette la culée fur la tète du cuir, pafse la baguette le long du ventre, & la roule jufqu’à un pied de la patte. On recommence ce travail autant de fois qu’il eft nécefsaire pour bien ouvrir le cuir. Si lecuir eft cafque (9), G^eft-à-dire, dur , mal foulé, il demande plus d’attention pour l’ouvrir. Après ces opérations , dans lefquelles la tête du cuir était toujours à terre, on retourne le cuir de maniéré que la culée porte fur le travail de grenier, c’eft-à-dire, fur le plancher, & que la moitié antérieure, ou celle de la tête , foit au - defsus, pour être roulée à fon tour fur] la baguette.
- 33. L’OUVfilER pafse la baguette , comme auparavant, dans le milieu du cuir, & la roule avec fes pieds jufqu’au bout de la tète ,• il renverfe la tête vers là culée pour la mettre fur Ja baguette , feulement depuis la gorge, pafse la baguette du côté du dos, & roule jufqu’au bout de la tête} il la replie encore , pafse la baguette du côtéàde la gorge, & la roule jufqu’au bout de la tête, afin quelles deux bords de la bande, dos & gorge, foient également travaillés ; il ramene la tête fur la culée, pafse la baguette du côté du dos, & la roule jufqu’à ia gorge j il ramene la tête fur la culée, pafse la baguette du côté du brechet, & la roulé jufqu’à la faignée ( qui eft au-defsous de la gorge ).
- * 34. On retourne le cuir pour mettre la fleur en dehors, & l’on recommence
- < 9 ) En allemand, hart, fjjwde.
- p.390 - vue 392/631
-
-
-
- ART DE D H 0 N G R 0 T E U R.
- 3$ï
- de la même maniéré que quand la baguette était fur fleur. On continue ces opérations jufqu’à ce qu’on voie le cuir afsez fouple & ramolli. Il y a des ouvriers qui font fixés à 24 coups de baguette, c’eft-à-dire, à ramener 24 fois une moitié fur l’autre} mais ce nombre ne doit être réglé que fur l’état du cuir, fur fa force, fur le tems qu’il fait : un cuir bien fec en demande plus que celui qui conferve un peu d’humeur.
- On ne peutguere travaillerainfi que 72 bandes dans un jour, c’eft-à-dire, S6 cuirs forts.
- Le travail de première étant ainfi achevé, l’on peut garder les cuirs fix; mois, & même davantage j ils gagnent même à être gardés quelque tems en pile.
- 3 S' On travaille un cuir de fécondé , quand on veut le finir, c’eft-à-dire, le mettre en fuif : alors on l’expofe au foleil pendant une heure, s’il n’eft pas afsez fec, ou à défaut du foleil, on le met dans l’étuve fur des perches, & on lui donne une petite pointe de feu en allumant du charbon fur la grille: cela ouvre & adoucit le cuir.
- Le travail de fécondé eft une répétition de celui que nous venons de décrire.. Il fe donne fur chair & fur fleur, & autant de tems que le travail de première, plus ou moins , fuivant l’état où le cuir fe trouve. Alors on profite de ce travail de fécondé, qui a ouvert & adouci le cuir, pour mettre en fuif avant qu’il ait eu le tems de fe raffermir.
- On lit dans le dïBionnaire du commerce, que quand les cuirs ont été pafsés à la baguette ', on leur donne,avec une brofse,une légère couche de noir d’encre , du côté de la fleur, pour le rendre grifâtre, ce qui s’appelle la couleur de Hongrie, mais on n’ufe point aujourd’hui de ce petit déguifement, qui. fcrvait autrefois à imiter la mal-propreté des cuirs venus de l’étranger, mais qui avaient de la réputation [76].
- Mettre en fuif. (10)
- 36. Le suif eft la partie efsentielle du cuir de Hongrie > parce queîa fou-, plefse qu’il donne au cuir, eft fa qualité principale. Quand les cuirs font bien alunés , repafsés & travaillés de grenier, de première & de fécondé , il s’agit de les pafser en fuif, ou mettre en fuif} car on dit l’un & l’autre.
- On peut voir dans Yart du chandelier, publié par M. Duhamel en ^tfi^tout ce qui concerne le fuif, fes qualités & fes préparations. Parmi les graifses d’animaux, celle de cheval eft extrêmement molle -, celle de bœuf prend plus de confiftance ; mais elle eft encore très-grafse 5 celles de mouton & de bouc étant fort feches & fort cafsantes., fervent à corriger par leur mélange la fluidité de la graifse de bœuf.
- (*o) En allemand, mit Talk tranken^fchmierem ''
- p.391 - vue 393/631
-
-
-
- •La graifse defséchée, qu’on appelle du fuif en branche, étant coupée en petite morceauxfondue , pafsée & refroidie, forme le fuif déplacé, que les bouchers vendent aux chandeliers en forme de pains hémifphériques de f livres & demie environ. Tout ce qui eft retenu par la bannate clans laquelle on pafse ce fuif, eh: mis eu prefse , & donne du crêton. On ramafse auffi le fédiment quife précipite encore du fuif déjà fondu , & qu’on appelle la boidée. Enfin on recueille le petit fuif ou fuif de tripes , qui eft la graifse qui fe fige fur le bouillon où l’on a fait cuire les tripes.
- 37. Tous ces fuifs qui ne font point propres à former de bonne chandelle, & qui font prefque en aulîi grande quantité que le fuif de place , fe vendent aux crètonniers qui le font cuire , le purifient, & le vendent aux corroyeurs & hongroyeurs 25 à 3P livres le cent, c’eft-à-dire, 5 à 6 fols la livre. Après que ce fuif a été retiré, l’on a encore un marc ou réfidu appelle pain de crêton, qui fert à nourrir les chiens ou les porcs, que les amidonniers de Paris engraif-fent en quantité, en y joignant le fon qui ne peut pas fervir à l’amidon.
- 38. L’étuve dans laquelle 011 met en fuif, eh: une chambre de fix pieds de haut fur if pieds en quarré , exa&ement fermée pour pouvoir conferver la chaleur. Dans un des coins, eh: une chaudière de cuivre , d’environ deux pieds de diamètre fur 18 à 20 pouces de profondeur , arrondie par le fond , capable de contenir environ 160 livres de fuif. Elle eh: placée fur un fourneau qui s’allume par dehors , pour plus grande commodité. Elle eh: repréfentée en B.
- Au milieu de l’étuve, eft une âtre ou bafe quarrée de pierre F, fur laquelle on met une grille de fer de 3 pieds en tout fens, qu’on couvre de charbons. Des deux côtés de l’étuve, font de grandes tables qui en occupent toute la longueur, & fur lefquel 1 es on étend les cuirs pour les mettre en fuif: on en a repréfenté une dans la planche. Au plancher font les perches G, où fe mettent les cuirs pour s’échauffer. La porce de l’étuve eh; garnie de façon à empêcher i’air d’entrer. Les deux ouvriers qui mettent en fuif y font renfermés comme dans une cuve pleine d’une épaifse fumée de fuif & de charbon qui brûle & qui fuffoque. Ils font prefque nuds, n’ayant qu’un linge vers le milieu du corps : quelques-uns mettent fur le vifage un bouche-né : c’eft un morceau de cuir percé de deux ou trois trous , couvert d’un gros tampon de filafse, au travers duquel fe filtre l’air,qu’ils refpirent, pour intercepter la vapeur épaifse dont cet air eft chargé : on attache le bouche-né avec deux ficelles autour de la tête. On le voit en Z au bas de la planche.
- 39. On n’entre dans l’étuve que trois ou quatre heures après avoir mangé. Sans cela, on courrait rifque d’y vomir; on y eft, en peu de tems, couvert d’une fuèùr qui coule de toutes parts; le moindre bruit étourdit & incommode ; on ne peut même entendre parler; dès que les oreilles commencent à tinter , c’eft une preuve que l’on eft pris d’étuve, & il faut fe hâter d’en fortir.
- Les
- p.392 - vue 394/631
-
-
-
- A RT DE L H G N G R DT E U R.
- rU 3
- Les petits hongroyeurs de province ne fe fervent pas d’étuve , & mettent en fuif à plein airj mais le cuir n’eft point également nourri & pénétré de fui F.
- 40. La vapeur incommode que caufe cette opération , fut caufe que les
- maire &échevins de S. Denis Formèrent oppofition en 1725" aux lettres-patentes qu’avaient obtenues les nouveaux acquéreurs de la manufacture de S. Denis 3 ils demandèrent que» par l’arrêt d’enregiftrement, les intérefsés en cette manufa&ure fufsent tenus de mettre en fuif hors de la ville : mais l’exemple de Paris fait voir que le danger de cette opération eft tout au plus pour ceux qui font dans l’étuve* Les hongroyeurs du fauxbourg S, Marcel, ceux du faux-bourg S. Antoine & du fauxbourg S, Martin , n’ont point été expulfés parla police , comme.des ouvriers dangereux à leurs voitlns. - . ?
- 41. On met dans la chaudière la quantité de fuif nécefsaire à 12 ou 15
- cuirs que l’on pafse à la fois. Le fuif qui refte eft fujetà fe noircir en repafsant par une fécondé cuifson : d’ailleurs il diminue, & l’on n’a aucun intérêt à en mettre plus qu’il ne faut. , '
- La chaudière , que i’on voit en B dans le haut de la planche, étafft remplie de fuif jufqu’nux trois quarts , on le laifse chauffer jufqu’à ce qu’en crachant dedans, il commence à pétiller un peu* On tient aufti en réferve du fuif en pains, non fondu, pour y jeter , en cas que la chaudière fût trop chaude 5 car il eft dangereux que le fuif ne monte & ne s’échappe de la chaudière.
- 42. Tandis que le fuif eft en fonte, on met fur la grille de l’étuve une corbeille.de charbons qu’on aHume , comme il paraît en F dans la planche de l’hongroyeur. Ces corbeilles ont environ 20 pouces de diamètre, & autant de hauteur.
- Quand le charbon eft allumé , on met en G fur les perches de l’étuve , trente bandes de cuirs ordinaires , qui forment une venue : on fe contente de vingt-quatre quand elles font très-fortes.
- On place fur les perches de derrière , & vers les coins de l’étuve , les plus fortes bandes i on met les plus faibles fur le devant ou le plus près de la table , pour être prifes les premières. Le feu de charbon eft moins vif au commencement, que quand il eft entièrement allumé: ainfi les bandes les plus faibles étant mifes en fuif avant les autres, n’éprouvent pas la grande chaleur du charbon , non plus que celle du fuif; les plus fortes y retient plus long-tems. L’étuve eft plus chaude & le fuif plus pénétrant quand elles viennent à être pafsées à leur tour.
- 43. On juge qu’une bande eft fuffifamment échauffée, quand on y voit une petite pointe de blanc qui s’étend fur le cuir en commençant par les pattes î lorfqu’on voit les pattes blanchir, on ôte les bandes de defsus les perches , en commençant par les plus faibles , qui font placées de maniéré à devoir être en-
- Tome IIL D d d
- p.393 - vue 395/631
-
-
-
- ïn
- ART B E D H 0 N G R 0 Y E U R.
- levées avant qu’on puifse prendre les fortes bandes.Si les bandes faibles avaient été mifes les premières dans l’étuve , & qu’elles fe trouvafsent fur les perches de derrière, on ne pourrait les retirer qu’après que les plus fortes auraient été pafsées , & elles fe trouveraient defséchées& racornies par le feu devenu - plus,ardent pendant le cours de cette venue.
- 44. Les bandes de cuirs fe plient en quatre fur les perches de l’étuve; on commence à plier la tète fur la culée ; mais en jetant fur perche la bande ainfi doublée , elle fe plie encore en deux. On obferve de mettre toujours la tête & les pattes du côté du feu: parce moyen , la tête cache le dos qui eft plié, & le garantit de la trop grande chaleur.
- Lorsqjje les bandes font ainfi difpofées fur les perches, & le feu bien allumé , on ferme exactement l’étuve ; les cuirs jettent alors en forme de vapeur le relie de leur humidité. Au bout d’un quart d’heure, on ouvre la porte de l’étuve pour laifser fortir cette fumée i. quand elle ell un peu appaifée, on referme la porte , & on l’ouvre de nouveau un quart d’heure après, s’il y a encore des vapeurs aqueufes dans l’étuve : quelquefois même on ell obligé d’ouvrir encore une troifteme fois, parce qu’il y a des cuirs qui pleurent beaucoup , c’eft-à-dire, qui jettent à leur furface beaucoup d’humidité furabondante. Cela vient fur-tout de la déliquefcenee du fel, quand on l’a misavec l’alun en trop grande quantité [ 9 ].
- 4f. Quand les cuirs font en état d’être mis en fuif, les deux ouvriers pre£-que nuds entrent dans l’étuve avec une lumière j ils examinent toutes les bandes,* ils jettent fur la table, du côté de la chaudière, les bandes faibles qui font fur les perches de devant , la chair en l’air ; ils cherchent fuccefiivement les plus feches , & ils les jettent fur la table.
- On place ainfi toutes les bandes de cuirs fur la table qui ell auprès de la chaudière, la fleur en defsous , la culée vers le bord de la chaudière , parce que cette partie qui eft plus large & plus forte, demande plus de fuif. Les deux ouvriers ont chacun à la main un gipon tel qu?on le voit en P : c’eft un paquet de grofse laine péfant environ une livre, fait avec les penes ou extrémités des grofses couvertures de laine, coupées d’environ un pied de long , liées en-femble, & traverfées par une poignée de bois d’environ fix pouces.
- 45. L’oüvrier qui eft près de la chaudière , prend la bande par le milieu-, & en la pliant, ramene la tête vers lui, c’eft-à-dire, vers la culée qui eft près de la chaudière , & il la redouble encore çn arriéré.-Il prend du fuif dans la chaudière avec fon gipon ; il porte ce fuif fur la tête du cuir, du côté de la chair , autant de fois que le cuir paraît en avoir befoin : alors les deux ouvriers ettfemble, avec leurs gipons, étendent ce fuif fur la partie de la tête, le plus ‘promptement qu’il eft poflible , en relevant la partie antérieure du cuir, pour que le fuif n’en découle pas jufqu’à terre*
- p.394 - vue 396/631
-
-
-
- 39S
- ART DE L'H ONGROTE U tR.\
- 47. La partie de la tête ayant afsez de fuif, l’ouvrier qui eft au bas de la table , remet la bande dans toute fa longueur j celui qui eft vers la chaudière, prend du fuif avec fon gipon, pour en frotter la culée & le corps du cuir ; l’autre ouvrier continue à étendre auffi le fuif du côté de la chair avec fon gipon.
- Lorsque la bande a reçu aftez de fuif fur chair, un des ouvriers prend la tête, & l’autre la culée j ils retournent la bande fur la table, la fleur en haut ils frottent cette fleur avec les mêmes gipons qui retiennent encore un peu de fuif, fans en reprendre dans la chaudière, parce que cela brûlerait la fleur.
- 48. La bande étant ainfi graifsée fur chair & fur fleur, les deux ouvriers la portent fur la table qui eft à l’autre côté de l’étuve , & l’étendent fur cette table, la chair en l’air, en continuant de même jufqu’à la derniere bande, elles arrivent toutes ainftfur la fécondé table j on les place de maniéré qu’il y ait un dos du côté du feu, & l’autre du côté de la muraille alternativement.
- Il faut environ une heure pour graifser ainfi ces trente bandes, c’eft-à-dire, pour faire une venue. Les ouvriers fortent alors pour prendre l’air, & pour boire, fuivant l’ufage , après avoir mis fur la grille une corbeille de charbons pour le flambage , qui fera la derniere opération.
- On fait quelquefois deux venues dans un même jour, mais feulement quand on eft fort prefsé.
- 49. Chaque bande doit confommer environ trois livres de fuif. En prenant les cuirs avant qu’ils foientbien fecs, on peut gagner une livre ou deux fur le poids de chaque cuir; mais alors ils prennent moins de fuif que s’ils étaient fecs, & ils font moins bons. Les hongroyeurs qui vendent leurs cuirs aufli-tôt qu’ils font faits, les travaillent en humeur, pour gagner du poids ; mais ce cuir devient mou dans la fuite ; il diminue de poids lorfqu’il eft gardé; il s’étend confidérablement par le défaut de nourriture & de fuif.
- Les cuirs travaillés dans leur humidité a ne boiraientt que 4 à f livres de fuif, fouvent encore moins; maison compte communément à Paris , 5 à 6 livres par cuir , l’un portant l’autre. Dans certaines provinces, où l’on ne cherche qu’à augmenter le poids du cuir, on y fait entrer jufqu’à 8 ou 1© livres de fuif, fans s’embarrafser s’il en refte un tiers à la furface, qui foiten pure perte pour la bonté du cuir , & pour l’ufage de l’acheteur.
- Flamber les cuirs. ( 11 )
- 50. Les trente bandes étant graifsées & empilées fur la fécondé table , on les laifse pendant une demi-heure pour boire leur fuif. Il y en a qui mettent une toile defsus, pour les garantir de la.chaleur ; mais cela n’eft pas né-
- ( 1 i ) En allemand , fiamireru
- Ddd ij
- p.395 - vue 397/631
-
-
-
- cefsaire,. le charbon n’étant pas alors fort ardent. On a. foin de fermer exactement l’étuve pendant qu’il s’allume.
- 51. Au bout d’üne demi-heure tout au plus >. on ouvré la porte pour laifser fortir la première vapeur du charbon , qui eft nuifible à la fan té. Quand il eft bien allumé, les deux ouvriers entrent dans l’étuve ,. ils prennent la bande la plus faible qui fe trouve pour lors for la pile ; 8c la. tenant l’un par la tête, l’autre parla queue, ils la pafsent for la flamme du charbon, comme on le: voit en F» pendant environ une minute , la chair du côté du feu , & la fleur en haut. On les prend de même l’un après l’autre : cette chaleur ouvre les pores, & la prépare à l’intromiffion du fuif.
- 52. Quand les cuirs font flambés, on les tranfporte for la table qui eft du côté de la chaudière, la chair en l’air ; on continue ainfi à les flamber iufqu’à la derniere bande ; les plus fortes fe flambent les dernieres, & reçoivent la plus grande chaleur du charbon , qui pour lors eft devenu plus ardent qu’au commencement de l’Opération.
- Tous les cuirs étant entièrement étendus for la table , on met une toile def-fos pour cacher les dos des bandes qui font vis-à-vis le feu : on les laifse en cet état une demi-heure en été trois quarts d’heure en hiver ; pendant cetems » le foif achevé de pénétrer entièrement dans, toutes les parties du cuir.
- 53,. Quand les cuirs fortent de l’étuve, on les met en refroid, c’eft-à-dire , qu’on les place for des perches, à l’air libre, la tête pendante d’un côté, & la culée de l’autre,,1a chair en l’air. C’eft là que les cuirs reprennent leur fermeté, & que le foif en fe refroidifsant, reprend fa confiftance. La fraîcheur de la nuit eft fort nécefsaîre en été, pour les1 cuirs qui font en refroidi c’eft pourquoi l’omchoifit l’après-midi pour graifser les cuirs , afin qu’étant mis fur le foir en refroid, ils aient la; nuit pour fe raffermir, au lieu que la chaleur du. jour ferait couler le foif.
- Cette précaution n’eft pas nécefsaire en hiver : l’heure eft alors indifférente.. Mais on évite de mettre en foif quand il gele i & fi l’on y eft abfolument contraint, on charge, moins de fuiffpour qu’il me fe fige pas, au fortir deTétuve, furlafurface du cuir.
- Suite du travail des cuirs de Hongrie..t
- 54. Le lendemain on ôte les bandes de defsus les perches, & on les met en. pile pour deux ou trois jours; après quoi on les pefe, & l’on marque fur la culée, en chiffre romain , le poids de chaque bande. U11 cuir de Hongrie pefe ordinairement ia moitié de ce qu’il pefait en verd, quelquefois un peu plus.. I! y a des cuirs de ï 3.0 livres, qui, après la fabrication , en pefent72; mais ordinairement un cuir de 100 livres produit deux bandes de 26 à 27 livres chacune : il y en a qui étant fort crottés, fur-tout en hiver, ou chargés de bourre,.
- p.396 - vue 398/631
-
-
-
- ART DE D H 0 N G R 0 T E U R.
- 39 7
- ne donnent que 40 livres par cent. Le poids des bandes qui fe font ordinairement à Paris, varie depuis 12 jufqu’à 28 livres : celles de 28 livres ont 9 pieds de long depuis la babine jufqu’à lanache , c’elt-à-dire , de tête en queue, & 3 pieds dans l’endroit le plus large , depuis le dos jufqu’au nombril.
- fî. Les cuirs , après avoir été pefés, fe remettent en pile pour être gardés, jufqu’à ce qu’on en fafse ufage, dans un endroit qui ne foit ni trop fec ni trop liumide. On peut les y laifser cinq à fix mois, fans qu’ils perdent rien de leur qualité. M. de Rubigni ayant un cuir de 90 , mis en fuif depuis huit à neuf mois , qui avait mangé fon fuif, qui paraifsait fec & roide , voulut le remettre en fuif ; mais à peine le cuir fentit la chaleur de l’étuve, que le fuif en fortifc & coula par-defsus. Quand on l’eut remis en fuif, il ne pefait qu’une livre de plus qu’auparavant j ce qui prouve qu’en huit mois il 11’avait rien perdu. Mais au bout d’un long tems ,les cuirs pourraient devenir plus fecs & moins lians * peut-être diminuer de poids. Si l’on avait à les garder plufieurs années , il vaudrait mieux les garder en croûte au fortir de l’alun , & ne les mettre en fuif que quand on en aurait befoin.
- >6. La. fabrication du cuir de Hongrie , telle que lions l’avons détaillée ,. fe fait ordinairement en été, dans l’efpace de 15 jours. Il faut trois femaines en hiver , & même un mois ou deux, quand il y a des brouillards qui empêchent le cuir de fécher. Nous avons déjà obfervé qu’il ferait meilleur d’y employer pluS; de tems. [ 64 ].
- Dêpenfès £f? produits du cuir de Hongrie..
- 57. Pour un cuir de 90 en raie, il faut 6 à7 livres d’alun de Rome à 10 fols la livre. ........... 3 h. G f.
- Trois livres & demie de fel àqT. la livre.. 14
- Six livres de fuif à 6 f. la livre..... 1. 16
- Charbon pour l’étuve , bois pour les chaudières. ... JO
- Main-d’œuvre ou falaire de l’ouvrier. ...... I o
- Vin des ouvriers, qui elt d’ufage , à raifon de douze pintes
- par cent de cuirs................ *....... 3
- Port du cuir & frais pafsé. . . . . .... . . 6
- Total des frais. ............ 7 8
- Marque & contrôle pour le cuir hongroyé , qui doit pefer 46 livres, à raifon de 2 f. par livre, fuivant l’édit que nous avons rapporté dans fart, du tanneur. „ . . ..................4 12
- 12
- o
- p.397 - vue 399/631
-
-
-
- $98 ART D E i: H 0 N G R O T E U R.
- N.
- Prix de l’achat, année commune, à 6 fols la livre. . . 27 1. O f.
- Prix de la vente à 18 fols la livre. ........................41 8(12)
- f 8. Quoique le prix ordinaire du cuir de Hongrie foit de 1 f à 16 fols la livre,il va fouvent à 18, quelquefois même à 20 quand il eft très-fort, comme le 28 ou le 30, c’eft-à-dire , les bandes de 28 ou 30 livres.
- Il y a bien des provinces où un particulier peut faire hongroyer un cuir frais qui lui appartient, en donnant f livres pour la façon.
- Un attelier de cinq à fix ouvriers peut fournir 1 yoo cuirs par année.
- Ce produit de 48 fols par cuir eft petit en apparence j mais comme il peut fr répéter fouvent, il ne laifse pas d’être afsez confidérable à la fin.
- Des cuirs de vaches & de veaux.
- 59. On pafse en blanc des cuirs de vaches, en fuivant les mêmes procédés; mais on les pele par le moyen des pleins & de la chaux, où ils féjournent environ un mois. C’eftà peu près comme pour les vaches à œuvre. ( Voy-, Ÿ art dri tanneur (13)-
- Les cuirs qui ont été dans le plein étant plus creux , plus fpongieux, prennent les étoffes , c’eft-à-dire , l’alun & lè fel, avec plus d’avidité que les cuirs qu’on a ràfés. Les eaux qui ont fervi à alunèr des cuirs à la chaux , ne doivent point fervir à ceux qui n’ont pas été dans les pleins j on les réferve pour des cuirs de même qualité.
- On alune & on repafse les vaches de la même façon que lés bœufs [îÿ].
- Pour les mettre enfuif, on obferve de ne les laifser que peu de temsfur
- les perches.
- 60. Une vache ordinaire de 40 livres coûte, année commune. g 1. 0 f.
- Trois livres d’àlun à iof. la livre ........ 1 10
- Deuxdivrés de fel à 4 f. la livre ........ g
- Trois livres de fuifà 6 f. la liver............. 18
- Charbon & bois. ................................ 8
- Main-d’œuvre. ............. 1 2
- Marque, à raifonde2f. par livre. 12 6
- Pour une vache qui pefe 20 livres. . 2 o
- Total de la dépenfe. . ........................... 14 6
- Produit, à raifon de 16 fols la livre............. 16 o
- (12) Ainfi le cuir vendu à 18 fols , prix moyen, produit .... 41 liv. 8 f.
- Il a coûté d’achat 27 liv.
- De main-d’œuvre 7 8f-
- De droits . . 4. 12
- Par conféquent, les droits du roi vont pref-que au double du gain de l’ouvrier. Ajoutez à cela les menus droits de confrairie , &t\ & vous verrez fi les arts & métiers font affez ou trop chargés en France.
- Refte pour l’ouvrier . .
- 39
- %
- 8
- ( 1 j ) Page 9} de ce Ille vol.
- p.398 - vue 400/631
-
-
-
- ART DE LHONGROYEUK
- 3 99
- Ainsi le profit n’eft que de 34 fols, quelquefois encore moins (14). Quoique les vaches pefent ordinairement 10 livres la bande , il y en a quelquefois de 6 livres : elles ne fervent guere qu’à faire certaines pièces de peu d’importance ; des fouets pour les cochers & les portillons , des garnitures, &c.
- 61. On pafse rarement des veaux en blanc ; ils pefent f livres tout pafsés 3 il ne leur faut qu’environ une livre d’alun , une demi-livre de fel, & une livrq de fuif. Les bourreliers-bâtiers s’en fervent pour la couture.
- Des cuirs de chevaux hongroyês.
- 62. Les cuirs de chevaux hongroyês s’appellent afs.e? communément cuirs d'Allemagne. On les acheté des écarrifseurs , qui après avoir écorché les chevaux , vendent les cuirs frais environ 6 livres. C’eft le prix d’un cuir ordinaire moyen, qui doit pefer 30 livres quand il eft hongroyé ; mais il y en q depuis 3 jufqu’à 9 livres. Le prix fe réglé fur la grandeur & la qualité 3 on ne les acheté point au poids, parce que les écarrifseurs. n’étant pas dans l’ufags de dépouiller proprement, laifsentbeaucoup de chair furie cuir; on veut même qu’il y en ait, pour former une épaifseur fur les parties faibles du cuir ; car la crinière & la culée étant plus épaifses du double que les autres parties du cuir , on ne peut lui donner un peu d’égalité qu’en écharnant entre deux chairs, c’eft-à-dire , en réfervant un peu de la partie charnue ou membraneufg dans les endroits les plus minces.
- 63. Lorsqjje les cuirs de chevaux font arrivés , on les fend en deux; on les met enfuitq dans l’eau pour les défaigner, pendant l’efpace de douze heures ; on les retire de l’eau , & 011 les écharne avec une faux. Qn peut en é.charner deux ou trois par heure, s’ils ne font pas extrêmement charnus.,
- 64. Les cuirs écharnés le mettent dans le premier plein qui eft un plein mort, pendant un jour ; on les releye & on les met en pile pour deux jours ; qnfuite dans le fécond plein , pendant deux ou trois jours ; on les met en retraite pendant cinq à fix jnurs ; on les met dans le troifieme plein , ou dans l.e même plein/, s’il eft ençore afsez fort > pour, deux ou trois jours..
- Au fortir du plein , on pele les cuirs avec le couteau rond,
- 6f. Il y en a qui mettent les cuirs déjà pelés dans un bon plein , qui ne fort pas cependant trop frais ^pour fept à huit heures : cela fert à les blanchir, ou, comme on dit, à leur donner de la couleur. Cette opération, eft,inutile,,fuivant d’autres hongroyeurs.
- 66. Pour, purger de leur chaux les cuirsqui ont été dans les pleins, on les met dans la riviere , en été pendant douze heures , en hiver pendant vingt-quatre ; on les remue de deux heures qn deux heures. Quand ils font nettoyés,, ©n les queurfe avec la pierre marquée R dans la planche ; on. leur donne ^
- (44) Et la ferme en a 40,
- p.399 - vue 401/631
-
-
-
- avec le couteau rond , une façon bien ferrée , fur la fleur feulement, ce qui s’appelle recouler. On les roule de tête en queue , & on les met égoutter lur unftreteau pendant environ fix heures.
- 67. Après ce travail de riviere , on les alune dans des baignoires, de la même façon que les cuirs de bœufs 5 mais on fe contente de trois eaux, au lieu de quatre que demandent les cuirs de bœufs. On n’emploie fouvent, pour chaque cuir , que 3 livres d’alun, & une livre & demie de fel j mais quand ils font forts, 011 va jufqu’à 5 livres d’alun & 2 & demie de fel. On a foin de fouler plus long-tems , & avec plus de force , les crinières & les culées , qui font les parties les plus épaifses.
- 6%-. Quand ils ont été alunés , on les couche dans les baquets [ 21 ]. A11 bout de deux jours, fi l’on veut, ou du moins au bout d’une femaine , on les repafse avec les mêmes eaux [ 22 ].
- On comprend afsez que les eaux qui ont fervi aux cuirs de bœufs, peuvent bien fervir aux cuirs de chevaux, vaches & ânes ; mais l’étoffe de ces derniers ne doit point fervir à des cuirs de bœufs , que l’on rafe fans le fecours de la chaux [7]. D’ailleurs, les cuirs de chevaux épuifent, plus que tout autre , la force des eaux alunées.
- 69. Les cuirs de chevaux étant, relevés des baquets , fe mettent égoutter furies baignoires ou fur d’autres cuves , jufqu’à ce qu’ils ne jettent plus d’eau. Enfuite on les met à Pefsui ou au féchoir j on les étend avec la main, parce que les chairs fe erifpent & font retirer le cuir. On les redrefse quand ils font à moitié fecs, & qu’ils peuvent être plifsés. Puis on les repend jufqu’à ce qu’ils foient afsez fecs pour fouflrir le premier travail de grenier.
- 70. LE travail de grenier fe fait pour les chevaux comme pour les bœufs [30]. On les pafseà l’étuve avant de les mettre en fuif i s’ils font déjà fecs , on ne les laifse qu’un quart d’heure dans l’étuve , parce qu’ils rifquent d’y être def-féchés & apauvris par! la chaleur j mais s’ils ne font pas bien fecs, il leur faut une demi-heure d’étuve. Les cuirs de chevaux jettent beaucoup plus d’humeur que les cuirs de bœufs, 8c cette vapeur eft défagréable & fatigante pour les ouvriers.
- 71. On les met en fuif comme d’autres cuirs ; mais ils ne prennent que la moitiédu fuif que demande un cuir de bœuf: ils font trop minces pour en boire beaucoup , & l’on ne fait prefque que les dorer.
- Les cuirs de chevaux pefent ordinairement 30 livres quand ils font hon-groyés j mais il s’en trouve de différens poids , depuis 14 jufqu’à 60 livres.
- Dépenfes
- p.400 - vue 402/631
-
-
-
- 40i
- ART DE D H 0 N G R 0 Y E U R* Dépenfes & produit.
- J'I. Prix du cuir frais..............* 1 : I 61. of.
- Trois livres d’alun à io f. la livre ......... I io
- Une livre & demie de fel à 4 f. la livre 6
- Trois livres de fuif à 6 fols la livre . 13
- Prix de la chaux pour les pleins. . I
- Main-d’œuvre des ouvriers......................... I o
- Vin des ouvriers , bois & charbon............ . 12
- Droit de marque à 1 f. par livre ( 15 ).* . 1 to
- Total des frais............................. 11 17
- Prix du cuir de 30 livres , à 9 f. la livre.......13 10
- On le vend auffi quelquefois io f. la livre.
- On pafse environ 4000 chevaux en blanc , année commune, à Paris. Plusieurs ne fe mettent point en chaux pour être débourrés ; car cela les rend plus creux , plus fpongieux ; mais on les rafe comme ceux de bœufs : alors ils approchent davantage de ceux-ci , & fouvent on les mêle avec ceux de bœufs, quoiqu’il foit défendu aux bourreliers-carroffiers de les mêler dans leurs fou-pentes avec le cuir de bœuf ; ils font trop fujets à s’étendre & àfe racornir.
- 73. Les cuirs d’ânes fepafsent aufli en blanc j mais ce font les plus mauvais de tous les cuirs j ils font toujours calfans, durs, corneux, difficiles à employer.
- On acheté 18 à 20 fols un cuir d’âne , quand il efl: frais ; on le parte entier fans le couper en deux bandes comme les autres j il prend moitié moins d’é-toife que le cuir de cheval j il pefe 6 à 7 livres quand il eft parte ,* il fe vend 7 à 8 fols la livre.
- Des defauts du cuir de Hongrie.
- 74. Les défauts du cuir de Hongrie peuvent venir de la nature de la peau & de chacune des opérations de l’hongroyeur. Quant aux vices de la matière , on peut voir l’art du tanneur (16) , où j’en ai parlé afsezau long : il ne me relie à parier que des défauts de fabrication.
- 75. Si l’on a laifséle cuir fermenter & s’échauffer ,1a fleur s’endommage; elle s’enleve même avec la faux.
- Si en foulant les aluns, l’ouvrierfe néglige & fe ménage [18] » s’il ne donne que deux ou trois eaux , le epir étant moins ouvert, plus dur, réflftera à la
- ( 1 ç ) Le bénéfice monte à 33 fols , & les l’ouvrier, droits à 30 fols. La ferme partage ici avec ( 16) Page 97 &fuiv. de ce llï® vol.
- Tome IIL
- Eee
- p.401 - vue 403/631
-
-
-
- 403 ' ART DE D H 0 N G R 0 Y EU R.
- baguette j il ne prendra pas tant de fuif, & il n’aura ni la force ni la fouplefse dont le cuir de'Hongrie eft fufceptible ; on y verra encore les échimofes ou taches du fang extravafé fous In peau , & des endroits durs qu’on appelle des cornes ; il fera- faible & de moindre qualité.
- Si dans le travail de grenier [30] -, foit travail de première , foit travail de derniere, on n’ouvre pas. afsez le cuir , il 11e recevra pas le fuif qui eftnécef-faire pour lui donner de la fouplefse.
- 76. Si dans l’étuve le feu vient à faiur la.fleur [42] , le cuir fera caftant.
- Si l’on met le cuir fur table [ 25 ] avant qu’il foit afsez ouvert, le, fuif ne
- pénétrera pas,
- Si le fuif eft trop froid il n’entre pas afsez ; s’il eft trop chaud , il brûle la fleur: c’eft ici l’opération la plus délicate de l’hongroyeur.
- Quand le cuir n’a pas été mis en fuif, comme il convient, dès la première fois, c’eft inutilement qu’on voudrait y revenir ; le fuif prendrait mal, comme on en peut juger par l’expérience que j’ai rapportée [55] , & le cuir fe noir-, cirait. Il y a des pays, comme laFlandre, la Lorraine, l’Allemagne, où l’on aime à avoir le cuir de Hongrie un peu noir. L’ancien ufage était même de le-noircir un peu [35:.] : fans doute qu’on voulait imiter par-là ceux du pays» qui avaient plus de réputation , & qui étaient cependant nourris avec du fuif noir & mal purifié, ou travaillés mal-proprement.,Aujourd’hui l’on préféré du cuir de Hongrie qui eft blanc , parce qu’il eft cenfé fait avec plus d’attention & d’habileté, ou avec des matières plus épurées > &. naturellement il doit être, meilleur.
- Des ufages du cuir de Hongrie
- 77. Le principal ufage du cuir de Hongrie eft celui qu’en font îesbour-reliers pour les foupentes & les harnois. Pour faire des foupentes, on prend du, I#. On met cinq , fix , ou fept bandes l’imefur l’autre j quand elles font bâties & coufues avec du fil à dix doubles , ciré, on les bredit , c’eft-à-dire , qu’on, les couvre avec une vache corroyée ; mais, tout cela appartient à l’art dm bourrelier.
- On prend le plus fort, c’eft-à-dire sdu 30, du 33 , pour les licols, pour les, dofîieres, efpeces de boucles qui reçoivent les limons d’une charrette, pour les avaloires qui environnent le cheval par derrière , & pour tout ce qui exige-beaucoup de force & de fouplefse.
- 78. Le cuir de Hongrie fe travaille tout frais. Il n’eft point corrompu ni; attendri par la fermentation, comme les cuirs tannés i fa fleur n’eft point brûlée par la chaux , ni affaiblie par le gonflement qui précédé le tannage. II y: a des felliers en Flandrebailleurs qui necannaifsent pas le cuir deHpngries,
- p.402 - vue 404/631
-
-
-
- ART D E D H O N G R O TE U R 405
- gi*ie( 17); mais il n’en font pas mieux; ils y fubftituent des cuirs tannés & corroyés qui ont pafsé par la chaux, qui n’ont point la même flexibilité ,qui cafsent,& durent beaucoup moins. Souvent le cuir de Hongrie, après avoir fervi cinq à fix ans en foupente, conferve encore prefque toute fa force dans les endroits où le fer ne l’a pas rongé ; ce qui prouve le grand avantage de cette préparation, & fa fupériorité fur toutes les autres maniérés de préparer le cuir. Il faut convenir cependant que, pour avoir toute fûreté dans des équipages, U faudrait en changer les foupentes tous les deux ou trois ans , parce que le cuir qui fe tiraille & fe defseche , perd enfin fa flexibilité & fa douceur.
- 79* On a voulu y fubftituer les foupentes de nerf. Il y en a qui pefent 30 livres la paire : on les paie 36 à 40 fols la livre. Il y a encore le pafsage en. huile , qui eft nécefsaire pour les nourrir, & qui coûte dix fols par livre. On donne enfin fix livres pour les pofer, & malgré cela elles n’équivalent pas aux foupentes de cuir de Hongrie. Ces nerfs ou plutôt ces tendons battus , peignés & filés, font des cordes qui 11’ont, ce me femble, ni l’élafticité, ni la îouplefse, ni la force d’un cuir naturel & entier.
- 80. L’article. XXIV des ftatuts des felliers-lorrniers de Paris, donnés en I Ï769prefcrivait déjà l’ufage du cuir de Hongrie î Les harnois des coches, charriât s ou carr ofs es, feront de bon cuir fort, bien doublé de cuir de Hongrie ; & feront par les anneaux coufus de bon cuir de veau ,* 0*? qui fer a le contraire, l’œuvre fera arfe (r8). L’arcicle 27 prefcrit également l’ufage du cuir de Hongrie.
- 81. L’usage du fuif, pour donner de lafouplefseau cuir,fe borne en France au cuir de Hongrie ; mais j’ai appris en 176), dans les tanneries de Naples qui font fur le port, vers le tor'mie del carminé, que l’on emploie le fuif, même pour le cuir fort propre àfaire les lemelles ; cela l’adoucit, empêche qu’il ne fe feche trop aifément, & cela eft utile dans un pays où le pavé eft toujours brûlant en été ; fur-tout dans les endroits expofés au foleil. Ils en mettent beaucoup plus que nous. En eifet, on a vu ci-defsus [57] qu’il fuffit de 4 livres de fuif pour un cuir de 41 livres ; mais à Naples, pour un cuir qui pefe 72 livres,on en met 18 de fuif. Le fuif revient cependant à Naples à 7 fols la livre; c’eft un fol de plus qu’à Paris,
- ( 17 ) Il y en a auflî en Allemagne. Plu-fieurs tanneurs de ce pays-là prétendent travailler les cuirs à la façon de Hongrie ; mais ils ne fuivent pas la méthode que l’on prefcrit ici. Ils travaillent à la chaux, & peu ou point à l’alun.
- ( 18 ) Voilà des réglemens utiles, parce
- qu’ils tendent à la perfedion de l’art Sc ait bien public. On en trouve beaucoup de ce genre, qui datent du tems où Sully & Colbert travaillaient, on fait avec quel fuccès , à rendre la France auifi floriflante qu’elle peut l’être.
- E e e ij
- p.403 - vue 405/631
-
-
-
- Du commerce• des cuirs de Hongrie.
- 82. Les cuirs des hongroyeurs de Paris font recherchés de l’étranger: il en pafse en Suifse ( 19.', en Flandre & ailleurs. Ceux des provinces font moins eftimés, parce qu’il s’y trouve quelquefois du plâtre ou du fuif furabondant, qui n’a point pénétré le cuir, & qui ne fertqu’à augmenter fon poids..
- Tous les tanneurs de Paris font hongroyeurs, c’eft-à-dire, qu’ils ont droit de pafser du cuir en blanc, façon de Hongrie j mais il n’y en a que dix ou douze qui s’occupent de cette partie. Ils font, année commune, huit mille cuirs de bœufs , deux mille cinq cents de chevaux, & un petit nombre de vaches.
- 83. Les bourreliers de Paris ontauffile droit de fabriquer & apprêter les cuirs de Hongrie pour leur ufage propre. Par l’article 31 de leurs ftatuts en-regiftrés en 1666, il eft dit qu’ils pourront habiller les cuirs de Hongrie à leur ufage , & pour fervir en leur métier, comme ils ont accoutumé : ce qui prouve que , même auparavant, ils étaient en pofseffion de fabriquer & apprêter ces fortes de cuirs. En effet, on en voit déjà quelque chofe dans les ftatuts de 1578. Un arrêt du confeil du 3 juin 1684 > rendu au rapport de M. le Pelletier, contrôleur-général des finances , leur en confirme le droit & la pofseffion. Cet arrêt fut rendu conformément à l’avis de M. de la Reynie , qui y eft inféré 3 & dans lequel on voit les motifs de la déci-fion.
- 84. L’édit du mois de janvier 1705, occafîonné par les befoins de l’état & la néceffité d’une guerre longue & malheureufe, fufpendit le droit des bourreliers, pour établir des offices de jurés hongroyeurs qui avaient feuls les privilèges des cuirs de Hongrie. Ces offices furent acquis par les propriétaires de la manufa&urc de Saint-Denis , au prix de cinquante mille écus. Ce ne fut qu’en 1715 que les tanneurs & les bourreliers préfenterent requête au confeil, pour expofor qu’il était tems de remettre les chofes dans leur premier état. Les tanneurs offraient de donner, à 12 fols la livre , le cuir que les privilégiés vendaient 16 fols. Us expofaient que les traitans avaient perçu 390000 liv. jufqu’à l’année 1714 inclufivement, pour le produit de leur privilège, & qu’ainfi on ne leur devait aucune indemnité. On fe plaignait auffi que le privilège de 170*) avait donné le moyen aux privilégiés de débiter des cuirs de maüvaife qualité ( 2q ). De là, différens aceidens arrivés aux équipages ; de là , le peu de durée des foupentes Si des harnois. Enfin les bourreliers expofaient que plusieurs fois ils avaient manqué de cuirs, foitpar la négligence des'privilégiés , foit par le defscin peut-être formé d’en caufer l’augmentation par, la rareté. Us s’en étaient plaints pluffeurs fois, & ils avaient été même
- ( 19 ). On en prépare auffi en Suifle. vileges & des entraves mifes à rindufftie.-
- (20) Tel fera toujours le fruit des pri- & à l’émulation des artiftes,.
- p.404 - vue 406/631
-
-
-
- ART DE D H O N G RO T E WR.
- 4<H
- obligés de faire affigner à ce fujet les fermiers pardevant M. d’Argenfon’, lieutenant de police.
- Ce privilège odieux fut en effet fupprimé. Les tanneurs font aujourd’hui librement le cuir de Hongrie, & les bourreliers peuvent le faire 5 mais 011 ne voit pas à Paris qu’ils ufent de leur droit.
- 85. RENOUVELLEMENT de fiatuts * & réglemcns pour la communauté des maîtres marchands tanneurs hongroyeurs de la ville & fauxbourgs de Paris., agréés, ratifiés & homologués par lettres-patentes du mois, de décembre 1734 , pour être fiuivis & exécutés par tous les maîtres de la. communauté ; enregifirés en parlement le 23 janvier 1741.
- Article premier. Perfonne ne pourra être reçu maître tanneur hon-groyeur de la ville & banlieue de Paris, qu’il n’ait fait apprentifsage, au moins cinq années , chez un des maîtres.de la communauté (21) , & qu’il n’aitfervi depuis chez les maîtres en qualité de compagnon , au moinsdeux années, & ‘n’aitfait chef-d’œuvre en préfence des jurés & des quatre anciens.
- II. Aucuîî maître tanneur hongroyeur ne pourra avoir plus d’un appren-tif, qui s’obligera par acte pafsé pardevant notaire, en préfence des jurés ; lequel adte fera regiftré fur le livre de ia communauté dans la quinzaine , & paiera ledit apprentif la fomme de 5.0 livres à la communauté, non compris les droits, de l’hôpital & autres, conformément à la. déclaration du roi du 1,2 novembre 1692.
- III. Si pendant le tems dudit apprentifsage le maître vient à mourir, il fera permis à la veuve, au cas qu’elle continue le commerce, de retenir l’ap-prentif chez elle, pour lui faire achever, fon tems ; & Ci le maître n’était que garçon ou veuf, & qu’il vînt à décéder, les jurés auront foin de placer l’ap-prentif chez un autre maître, pour achever fon tems d’appremifsage j fauf à l’apprentif fon recours contre la fucceflïon de fon premier maître, au cas qu’il l’eût payé en entier, & eu égard au terns. qui. défaudrait pour fon apprentifsage.
- IV. Lorsque l’apprentif aura fait fon tems, & qu’il aura fervi les maîtres en qualité de compagnon pendant deux années., il ne ferareçu maître qu’ën faifant chef d’œuvre , ainfi qu’il eh dit en l’article Ier, & en. payant à la compagnie la fomme.de 6oq livres, non compris.les frais de réception , lettres de maîtrife , & autres droits accoutumés ^conformément à la fufditedéclaratiqn.
- ? .j,.*..
- Nous plaçons ici ces fiatuts , en confé- ( 2-1 ) En gênant ainfi les apprentifTages, quence de la note qui eft à la troifieme on s’expofe à avoir de mauvais apprentifs , liage de cet art 4 de plus mauvais maîtres.
- p.405 - vue 407/631
-
-
-
- 4QS 4 R T D £:<£ HONG R O T É Ü R.
- V. Les fils de maîtres, dont les.peres auront pafsé les charges, feront frequs en payant à la communauté fo liv. Ceux dont les peres n’auront point pafsé les charges, paieront 2oo livres, non compris les autres droits , le tout conformément à la déclaration de 1692.
- VL La communauté continuera d’élire tous les ans, à la pluralité des voix, & en préfence de M. le procureur du roi, en la maniéré accoutumée , un juré au lieu & place de celui qui fortira ; enforte qu’il y ait toujours deux jurés en place.
- VII. Toutes les marchandifes tannées, tant bœufs que vaches, veaux, bafanes & autres, feront portées à la halle aux cuirs, pour y être vues & vilitées, marquées & vendues au plus offrant & dernier enchérifseur,, à tous marchands qui fe préfenterout, tant de la ville que de la campagne ; & à cet effet feront tenus les jurés de fe trouver à la halle pour vifiter & marquer tant lefdites marchandifes que celles qui feront apportées du dehors , fans prendre aucun droit; auront cependant les bourreliers, les corroyeurs & les cordonniers de Paris, le droit de préférence & de retenue fur toutes les marchandifes , en payant le même prix que celui porté par la déclaration de l’acheteur & du vendeur,
- VIII. Comme le cuir de Hongrie, dont l’ufage eft devenu fi nécefs3ire & fi utile au public ,eft d’un apprêt différent des cuirs tannés, & de nature à ne pouvoir être tranfporté à la halle fans l’expofer à perdre fa fleur & qualité, îefdits jurés fe transporteront chez lefdits maîtres, au moins une fois le mois, pour faire leur vifite , & examiner s’ils emploient les matières convenables à la fabrique dudit cuir de Hongrie, comme bon alun , bon fuif, bon fel, tel qu’on le diftribue à la gabelle tous les mois ; & en cas de contravention , lefdites marchandifes & matières feront failles & ccnfifquées au profit de la communauté.
- IX. Il fera permis aux bourreliers, fuivant l’article XXXI de leurs ftatuts, de faire & fabriquer du cuir de Hongrie pour leur ufage feulement, fans qu’ils puifsent en vendre à qui que ce foit, ni en faire aucun commerce, à peine de cortfifcation ; & feront'!efdits jurés tanneurs autorifés à faire la vifite chez lefdits bourreliers’, en prenant toutefois l’ordonnance du lieutenant général de police.
- X. Lf.s marchands forains ne pourront vendre pareillement les cuirs de Hongrie qu’ils amèneront à Paris, que préalablement lefdits cuirs n’aient été vus & vifités par lefdits jurés, à peine de confifeation, au profit de la communauté, & de ïoo livres d’amende.
- XI. Il eft exprefsément défendu à toutes perfonnes fans exception dans la ville de Paris, fauxbourgs & banlieue, privilégiés ou prétendus tels, autres que les maîtres tanneurs hongroyeurs, de fabriquer ou faire fabriquer aucune
- p.406 - vue 408/631
-
-
-
- ART DE D H 0 N G R 0 T E U R.
- 407
- forte de cuirs, foit tannés, foit hongroyés ? & défenfes font faites auxdits maîtres tanneurs hongroyeurs , ou veuves, de prêter leur nom dire&ement ou indirectement à qui que ce foit, pour faire ledit commerce : le tout à peine, contre les contrevenans, de confifcation, & de ICO livres d’amende. '
- XII. Il eft exprefsément défendu à tous maîtres de la communauté de débaucher les compagnons les uns des autres ; & nul n’en pourra prendre fans un congé ou confentement par écrit du maître de chez qui le compagnon fera forti, à moins qu’il n’eut été abfent de chez ledit maître depuis fix mois , à peine de ioo livres de dommages & intérêts, au profit du premier maître , 50livres d’amende envers le roi, & de 20 livres d’aumône au profit de l’hôpital général : le tout payable parle fécond maître , & le compagnon folidai-rement,
- XIII. Défenses font faites auxdits maîtres tanneurs hongroyeurs de faire-enlever aucuns cuirs provenans des abattis des bouchers , s’ils ne font bons, loyaux & marchands, fans queues,' mufies , pattes , ni os dans les têtes, con-formément aux anciens réglemens,-& en cas de conteftation , les jurés feront tenus d’intervenir & prendre le fait & caufe de la communauté pour faire oh-. ferver lefdits régiemens.
- -XIV. Pareilles défenfes font faites à tous tanneurs, tant de cette ville de Paris que forains & étrangers, d’acheter aucuns cuirs provenans de l’abattis d’un boucher qui les aurait vendus à un autre par marché ferme, pour fix mois ou un an , & dont il y aurait marché par écrit, bien & duement notifié, à peine d’être refponfables, folidairement avec le boucher, de toutes pertes dommages & intérêts ", & fera permis audit cas , au tanneur qui fera fondé en marchés , de faifir & revendiquer lefdits cuirs par-tout où il les trouvera.
- XV. Il fera à l’avenir établi & loué, aux frais de la communauté, un bureau dans lequel tous les maîtres feront tenus de s’afsembler félon le mandement du juré comptable , pour délibérer & donner leur avis fur les affaires; qui feront propofées , concernant leur communauté , à peine de 30 fols d’amende contre lesabfens, s’ils ne font empêchés par maladie, ou ne juffifient d’autres excufes légitimes.,
- XVI. Il y aura dans ledit bureau un coffre ou armoire fermant à deux clefs * dont une fera remife ès mains du juré comptable, & l’autre es mains du doyen de la communauté j dans lequel coffre ou armoire feront renfermés toutes les pièces & titres concernant la communauté, & dont le juré comptable fe chargera au bas d’un bref inventaire, pour le remettre, après fon année de jurande , à celui qui fera comptable après lui.
- XVII. Lesdits maîtres tanneurs hongroyeurs feront au furplus confervés-; & maintenus dans tous leurs droits», privilèges & exemptions , conformément aux anciens édits , déclarations, arrêts & lettres-patentes qui leur on t été aç-.. cordées par les tcffs prédéçefseurs de fa majeft%
- p.407 - vue 409/631
-
-
-
- ë R T~'D E"' Lh H 0 N: G\R'~0:':Y EUR,
- •m
- Le 17 mars 1734 , les tanneurs déclarèrent pardevant notaire qu’ils fe fou-mettoient à l’exécution defditi ftatuts, & à faire taire pareille foumilfton par ,-ceux qui pourraient être admis par la fuite à la maîtrife.
- Par des lettres-patentes-données à Veriailles au mois de décembre 1734, Le roi approuva, confirma &autoriia lefdits ftatuts & réglemens. Ces lettres-patentes furent enregiftrées en parlement le 23 janvier 1741, comme nous le dirons ci-aprcs.
- Les ftatuts que l’on vient de voir ici, quoique obtenus au mois de mars ,1734, n’ont été enregiftrés que le 23 janvier 1741 , àcaufe des conteftations qu’ils occasionnèrent. Lorfque les tanneurs eurent préfenté requête au par-îement pour en demander l’enregiftrement, les jurés de la communauté des bourreliers - bâtiers - hongroyeurs de Paris s’y oppoferent, aulli bien que les corroyeurs. Les bourreliers fe plaignaient des défenfes générales portées dans l’article XI à toutes perfonnes défaire des cuirs hongroyés. Les tanneurs, par leur requête du 21 avril 173^ , déclarèrent qu’ils n’entendaient pas fe fervic des défenfes générales contre les bourreliers , qui eu feraient pour leur ufage feulement. Le 29 décembre 1739, les bourreliers demandèrent i°. à être maintenus dans la pofselilon défaire la vifite des cuirs à leur ufage , apportés par les marchands forains » fuivant l’article II de leurs ftatuts , c’eft-à-dire, des cuirs de Hongrie. 2°. Que la difpofition de l’article VIII des nouveaux ftatuts des tanneurs , portant qu’il leur fera permis de vifiter les cuirs de Hongrie apportés par les marchands forains , fût fupprimée. 30. Que la difpo-fttion de l’article IX des nouveaux ftatuts , portant que les jurés tanneurs feront autorifés à faire la vifite chez les bourreliers , en prenant l’ordonnance du lieutenant de police , ferait & demeurerait fupprimée , comme étant con-traire aux droits qui n’appartiennent qu’aux jurés bourreliers d’aller en vifite chez les maîtres de ladite communauté des bourreliers. Le 27 février 1740, ils fe plaignirent encore de l’article VII, en ce que par cet article les marchan-difes tannées font dites devoir être vues & vifitées par lefdits maîtres tanneurs, & que les corroyeurs & cordonniers y ont le droit de préférence & de retenue fur lefdites marchand!fes, en payant le même prix que celui porté par la déclaration du vendeur & acheteurs & ils demandèrent qu’il fut ajouté à l’article VII que la vifite des marchandifes tannées ferait faite par les jurés bourreliers, lefquels auraient, avec les corroyeurs & cordonniers , le droit de préférence & retenue.
- Les corroyeurs fe plaignirent également des défenfes générales portées dans l’article XI j mais les tanneurs déclarèrent par leur requête du 21 avril 1735 » qu’ils n’entendaient s’en fervir contre les corroyeurs.
- Enfin les cordonniers, par une requête du 14 janvier 1740, fe plaignirent de l’article VII, où il eft dit que tous les jurés feront tenus de fe trouver à la
- halle
- p.408 - vue 410/631
-
-
-
- ART DE U HONGRQYEU R.
- 409
- halle pour vifiter & marquer les cuirs qui y feraient apportés, tant ceux de la ville de Paris , que ceux de dehors, fans prendre aucun droit. Ils demandèrent que lefdics ftatuts ne fufsent enregistrés qu’à la charge que les droits attribués aux jurés cordonniers par l'article XXXIII des (latuts de leur communauté pour la marque des cuirs, continueraient de leur être payés. Ils fe plaignirent aufii de l’article VIII, où il eft dit que les cuirs de Hongrie ne feront apportés à la halle , & que les jurés fe tranfporteront une fois le mois au moins, chez les tanneurs , pour vifiter & examiner lefdits cuirs. Iis demandèrent que les tanneurs fufsent tenus de tranfporter à la halle les cuirs de Hongrie , & tous autres cuirs , pour y être vifités & marqués en la maniéré accoutumée, fans que les jurés cordonniers foient tenus de fe tranfporter chez eux. Sur quoi intervint arrêt le 9 mai 1740 , par lequel la cour, fans s’arrêter aux oppofitions formées par les bourreliers, corroyeurs & cordonniers , ni à leurs demandes dont ils font déboutés, ordonne qu’il fera pafsé outre, fi faire fe doit, à l’enregiftrement defdites lettres-patentes , à la charge que les défenfes générales exprimées par l’article XI ne pourront regarder les maîtres & veuves de ladite communauté des bourreliers , lefquels , conformément à la liberté qui leur eft accordée perfonnellement par l’article IX, pourront faire & fabriquer du cuir de Hongrie, pour leur ufage feulement, & employer conformément à l’article XXXI de leurs ftatuts, tous cuirs de bœuf, vache, veau, pourceau , & tous autres cuirs , tant renvoi que marqué à faux fer, cuir de cheval tanné, que Hongrie ; fans cependant que , pour la fabrication du cuir de Hongrie, ils puifsent prêter leur nom directement ni indirectement, ni en faire aucun commerce , & en vendre à.qui que ce foit ; & aulïi fans que, fous prétexte dudit article XI l’on puifse empêcher les corroyeurs de travailler des cuirs tannés : fur le furplns des autres demandes , fins & conclurions, met les parties hors de cour, condamne lefdits jurés & communautés defdits bourreliers , corroyeurs & cordonniers, chacun à leur égard, en tous les dépens envers lefdits jurés & communauté des tanneurs hongroyeurs.
- Le 23 janvier 1741, lefdits ftatuts furent enregiftrés avec les modifications de l’arrêt du 9 mai 1740.
- Par un édit du mois de mars 1691 ,1e roi avoit créé & érigé en titre d’offices héréditaires les gardes des corps des marchands, & les maîtres jurés des arts & métiers. Les maîtres tanneurs, pour être affranchis de la fervitude que ces nouvelles charges allaient leurimpofer, firent offrir au roi de payer au tréfor de fes revenus cafuels , la fomme de 8000 livres, s’il lui plaifait unir à leur communauté ces offices de jurés, pour être exercés par ceux qu’ils pré-fenteraient au roi. En conféquence il y eut une déclaration du 12 novembre 1692 , par laquelle fa majefté unit & incorpora à la communauté des maîtres tanneurs , les offices de jurés, créés pour la même communauté. On trouve Tome III. F f £
- p.409 - vue 411/631
-
-
-
- 4-iû
- ART DE D H 0 N G R 0 T F U R.
- suffi dans la même déclaration, les dépolirionsfuivantes, qui nous ont paru mériter d’être rappellées ici.
- Voulons qu’à l’avenir , conformément aux ftatuts de ladite communauté , les brevets d’apprentifsage ne puifsent être faits pour moindre tems que de cinq années ; qu’ils foient enregiftrés par les jurés, & que le tems dudit apprentif-fage ne commence à courir que du jour dudit enregistrement , pour lequel il fera payé cinquante livres ; ce que le maître qui oblige l’apprentif fera tenu de faire dans la quinzaine du jour & date du brevet d’apprentifsage , à peine de nullité , & des dépens , dommages & intérêts de l’apprentif. Voulons que pour la réception d’un maître de chef-d’œuvre , après le chef-d’œuvre fait, il foit payé 6oo livres; pour celle d’un fils de maître, après l’expérience faite, 200 livres; pour celle d’un fils de maître qui fera ou qui aura été juré, livres; & que les fils de maîtres nés avant la maîtrife de leur pere ne puifsent être reçus qu’en payant 6oo 1. comme les apprentifs, & après avoir été obligés, pendant cinq ans eu qualité d’apprentifs. Voulons aufîi que tous les deniers provenans defdits droits foient employés au paiement des dettes de la communauté, dont les jurés feront tenus de rendre compte tous les ans , fuivant notre édit du mois de mars 1691 , & en la maniéré accoutumée , & que tous, les maîtres qui travaillent dudit métier , même ceux qui travaillent dans les. lieux privilégiés , foient tenus de contribuer , comme les autres , au paiement defdites dettes; & qu’au furplus les ftatuts de la communauté, arrêts &; réglemens de police foient exécutés félon leur forme & teneur.
- p.410 - vue 412/631
-
-
-
- ART DÉ EHÜNGROTEU R.
- *ia» . . i . ....-Sjfa».- -----
- EXPLI C AT I ON des figures de V Hongroyeur.
- Haut de la planche.
- A , adion de celui qui travaille de riviere, & qui rafe les cuirs [<$].
- B, chaudière dans laquelle fond le fuif.
- C s a dion de celui qui roule à la baguette [30].
- D , adion de celui qui prend le fuif dans la chaudière [46].
- E, adion de celui qui achevé de mettre en fuif. Le gipon qu’il tient à la main, eft celui dont on fe fervait autrefois; mais celui qu’on emploie aujourd’hui, eft repréfenté en P au bas de la planche, & on le pafse fur le cuir fortement & avec vîtefse.
- F , feu de charbons, fur lequel on flambe le cuir [y 1].
- G, cuirs étendus pour fécher.
- Bas de la planche«
- H, chaudière qui fert à fondre le fuif, ou à chauffer l’alun ; car la forme de ces chaudières eft à peu près la même.
- I, fourneau fur lequel fe place la chaudière, avec fa cheminée.
- K, perches du travail de grenier, qui fervent à foutenir l’ouvrier.
- L , grille fur laquelle fe mettent les charbons [4a].
- M , âtre de la grille, formée de plulieurs dalles de pierre, fur laquelle on met la grille.
- N sfeau pour aluner ou encüver.
- O, baquet dont on fe fert pour travailler de riviere, ou pour faire tremper les cuirs en alun [ai].
- F ff ij
- p.411 - vue 413/631
-
-
-
- ART DE V H 0 N G R 0 T E U R.
- 412
- P, gipon dont on fe fert pour étendre le fuif[46].
- Qj couteau rond pour le travail de riviere.
- R. quiofse ou queurfe, pierre qui fert à repafser la faux de celui qui raie les cuirs.
- S ,fufil dont on fe fert, dans certains endroits, pour repafser la faux.
- T, table fur laquelle on met en fuif [45] : il faut fuppofer, de l’autre côté de l’étuve, une pareille table.
- V , chevalet fur lequel on travaille de riviere [7].
- W, cuve ou baignoire pour aluner [17].
- X> forme & afsemblage des cercles de certaines baignoires.
- Y, baguette pour rouler dans les cuirs [31].
- Z, bouche-né pour garantir de la vapeur [38].
- p.412 - vue 414/631
-
-
-
- ART DE D H 0 N G R 0 Y E U R.
- TABLE DES MATIERES,
- & explication des termes employés dans l'art de VHongroyeur.
- .R‘ ... .. .. ..».
- A
- Alun , art. 9 çf? fuiv. blanc ,11. deLiege, 11.
- de plume, 10, note. En allemand, feder Alaun. de roche, 11.
- de Rome, 10 j Ton prix, 11. rouge, jo, note, de Smyrne ,11.
- vierge, 10, note. En allem.gedie-gen Alaun.
- ALUNER, mit Alaun heitzen, if. Amand , ouvrier allemand, 2.
- Ane. Voyez Cuirs d'ânes.
- Ardoise alumineufe, en allem. Alaun-Schieffer , 10 , note.
- Atre de l’étuve, 38 , pl F. Avaloirs, courroies de cuir de Hongrie qui environnent le cheval par derrière, 77.
- B
- Baguette à redrefser , 26, pl. Y. Baron , mèm.fur l'alun , cité 10. Bertrand , di&. desfojjil. cité 10, not. Bigorne ,pour fouler les cuirs, 23. Boeuf du Limoufin, 3.
- Boire le fuif, 70.
- Bois bitumineux^alumineux, 10,note. Bomare , minéralogie , cité 10,11. Bouche-né , morceau de cuir couvert
- d’un tampon de filafse, pour intercepter la mauvaife odeur , 38 , planche Z.
- Boucher, qui apporta d’Afrique la méthode des cuirs de Hongrie , 2.
- BoulÉE , fédimentdu fuif fondu , 36.
- Bourreliers de Paris ont le droit de préparer des cuirs de Hongrie pour leur ufage, 83.
- Brasser les cuirs dans l’eau d’alun,23.
- Brechet , partie de la peau qui eft entre la patte de devant & le ventre, 26.
- C
- Calamine de pierre alumineufe, 10, note.
- Casques, cuirs durs & corneux, 14.
- Charbons de terre alumineux. Alaun Steinkohle , 10 , note.
- Chaudière de l’hongroyeur, if, haut de la pl. B , bas I.
- Chaux , affaiblit les cuirs de Hongrie,
- 7-
- Chevaux donnent des cuirs faibles, 3.
- Commerce des cuirs de Hongrie , 82.
- Cornes, endroits durs dans les cuirs mai foulés, jf.
- Couleur de Hongrie , 35".
- Crêton , craffe de fuif, 36.
- Grêtonniers, marchands de crêton, 37*
- p.413 - vue 415/631
-
-
-
- ART DE L'HONGROTÊÜ R,
- 4X4
- CuiRcalfant, qui a été furpris par le feu, 76.
- Cuirs d’Allemagne, 62. d’ânes, 72. de chevaux, 62.
- de Hongrie : quelles peaux font propres à ètreainfi préparées, 3. Combien de tems exige cette fabrication, 4. Quelle faifon ,y, de vaches , f9-de veaux, yp.
- Culbuter les cuirs, les changer d’eau, 21.
- Cuves , 16, pi. W.
- D
- Débourrer , 6. En z\\em. fchlernmen. Décrotter, 6.
- Défauts du cuir de Hongrie, 74. Dépenses d’un cuir de cheval, 72.
- d’un cuir de Hongrie, y 7. Dessaigner, 8.
- Dictionnaire de commerce, cité ?y. Dossieres, boucles de cuir qui portent les timons, 77.
- Droits fur les cuirs de cheval en France, 72.
- furies cuirs de Hongrie, allant en France au double du gain de l’ouvrier, f7 , note, furies cuirs de vaches en France , 6g.
- E
- Eau d’alun , 16.
- Ecarrisseurs vendent les cuirs de chevaux, 62.
- Echarner , 6,
- Ecorner , 6.
- Egoutter , mettre en égout ,8 ., 24* Encuvage, 16.
- Etoffe. On dit que l'étoffe efi forte, pour dire que les eaux font plus char-
- gées d’alun & de fel, 22.
- Etuve, 38,/>/. B.
- F
- Faux, pour rafer les cuirs, introduites en France , 2. En allem. Schabeijen.
- Fiel de verre. Voyez Sel cle verre.
- Flamber les cuirs, fiant men, yo,planche F.
- Fonte, c’eft la quantité des cuirs qu’on peutaluner enfemble, 1 y.
- Fougeroux, (M. de) fur les alunieres, cité 10.
- Fouler les cuirs dans l’eau d’alun, 16.
- Froid , empêche les fels de pénétrer, 28.
- G
- Gipon, paquet de groife laine pour mettre en fuif, 45", pi. P.
- Graisse de cheval, trop molle, q6. de mouton , feche & calfante , q6.
- Grenier , travailler de grenier , en allem. wal/ïen. Rouler les cuirs poulies difpofer à recevoir le fuif, 50, pl. C. ^
- Grille à étuver, 58 , pl. L.
- H
- Hale , vent fec & fort, qui fait trop fé-cherles extrémités des cuirs, 29.
- Hongroyeur, 1.
- J
- Jurés hongroyeurs établis en uoy, abolis en 1716, 2.
- La Rose, hongroyeur, 2.’ Lasmagne, hongroyeur,2.
- p.414 - vue 416/631
-
-
-
- ART DE D H 0 N G R 0 Y E V R. 41*
- Liege , tirer au liege, die Leâer auf âen Kork bringen, 23.
- M
- •
- Manufacture des cuirs de Hongrie, à S. Cloud & ailleurs , 2.
- Mettre en refroid. Voyez Refroid.
- Mettre en fuif.Voyez Suif
- Minot, mefure de fel, 12, note.
- N
- Nache , partie de la peau entre la patte de derrière & la culée , 26.
- Nollet , fur Yalun. Mém. de l’acad. des fciences, l'jfo, 10.
- O
- Ongrieur. Voyez Hongroyetir.
- P
- Pain decrèton, employé à nourrir les porcs, 37.'
- Passer en fuif. Voyez Suif.
- Pierre calcaire alumineufe, en allem. Alaun-Kalkji, 10 , note.
- Pleurer : on dit que les cuirs pleurent lorfqu’ils jettent de l’humidité dans l’étuve, 44.
- Poids d’un cuir de Hongrie, 74..
- Pomelle ( tirer à la ). Krifpelholz, 2?.
- Pott, lithogéognofie , cité 10.
- Privilège ruineux accordé pour la fabrication du cuir de Hongrie , 84.
- Prix moyen du cuir de cheval, 72.
- du cuir de Hongrie, y8. du cuir de vache , 60.
- Produit d’un cuir de cheval, 72.
- d’un cuir de Hongrie , 57.
- Produit d’un cuir de vache, 5o. Pyrites alumineufes, io‘, note.
- o_
- Queurser les cuirs de chevaux, 55,
- pl. R.
- R
- Raser , en allem.fchaben, 6,7. Redresser les cuirs, richten, 25. Refroid , mettre en refroid, y}. Reglement pour les harnois & fou-pentes, 80.
- Repasser les cuirs, les fouler pour la fécondé fois, 22.
- Rincer les cuirs, 5,
- S
- Sécher les cuirs, 2y.
- Sel. Son ufage pour la préparation des cuirs de Hongrie, 14.
- Sel de morue, 12. de verre , 13.
- Soleil blanchit les cuirs alunés & les difpofe à recevoir le fu if, 30.
- Soupentes de carrolfes fe font avec le cuir de Hongrie, 77, de nerf, manquent d’éla&icité, de fouplelfe & de force, 79. Statuts de la communauté des maîtres marchands tanneurs hon-groyeurs, 9f.
- Suif, alfouplit les cuirs, 95. On en met davantage à Naples & dans les pays chauds ,81. de place , 55. de tripes, 35. en branche, 55.
- mettre en fuif. Mis Talk fchmie-ren, 25.
- p.415 - vue 417/631
-
-
-
- 4*6
- ART DE l'HONGRQYEU R.
- T
- Taureaux, leur cuir peu propre à la tannerie, 3.
- Terre aluraineufe, 10, note. Tonnerre, cru nuilibleaux cuirs de ' Hongrie lorfqu’ils font dans l’alun, 21.
- Travail de grenier, faux plancher fur lequel on travaille de grenier, 90. Voyez Grenier.
- Travail de riviere, en allera. Wa<*
- fchen, 6.
- Tremper les cuirs dans l’eau d’aluu,
- 21.
- V
- Vache. Voyez Cuir de vache.
- Veaux. Voyez Cuir de veau.
- Venue ; on nomme ainfi trente bande# de cuir qu’on paife en l uif d’une fois, 42.
- Usage du cuir de Hongrie, 77.
- Fin de l'art de ÏHongroyeur.
- p.416 - vue 418/631
-
-
-
- ART
- DU MAROQUINIER
- Par M. de la Lande,
- p.417 - vue 419/631
-
-
-
- p.418 - vue 420/631
-
-
-
- \2AU,
- y& .,£r"5L g^f Jzfc ®&®
- o >„,
- 0^
- IM
- 1WÎ 0T0
- ïgg
- W"
- J R- T
- DU MAROQUINIER.
- •8 ..—*fr~ ••^ ~ P*
- L E maroquin eft une peau de chevre ou de bouc ( r ), pafsée à la chaux, coudrée, mife en couleur, & tirée à la pomelle i la defcription fuivante éclaircira cette définition. Le nom de maroquin fignifie fans doute cuir de Maroc, parce qu’autrefois on en fabriquait beaucoup à Maroc î on le fait encore en plufieurs endroits dè l’Afrique.
- r. Le travail du maroquin approche beaucoup de celui des veaux deftinés pour la tannerie [voyez V art du tanneur] (2-), fi ce n’eft qu’on donne au maroquin plus de façon de riviere, & que le coudrement du maroquin fe Fait avec la noix de galle. Je décrirai fa préparation telle qu’on l’exécute à la manufacture de S, fiippolyte , chez M. Barrois, dont le fuccès prouve l’intelligence & la capacité. Cette manufacture établie en 1749 pour le maroquin, a obtenü en 1765 des lettres-patentes enregiftréesen parlement, par lefquelles elle jouit des privilèges de manufacture royale. Mais comme les maroquins du Levant, & en particulier ceux de Nicofie dans l’isle de Chypre ,* & de Diar-békir en Afie, font fort eftimés, je penfe ne laifser rien à defirer pour cette préparation , en rapportant la defcription que M. 'Oranger en envoya à l’académie au mois d’août 1735 , dans un mémoire daté de Lemica en Chypre, d’après l’étude qu’il en avait faite fur les lieux. J’y joindrai aufli ceux deDiar-békir en Méfopotamie , qu’il envoya encore quelques années après.
- ( i ) Le Dift. de commerce fait mention menon n’eft autre cho'fe qu’une efpece de d’un animal fort commun dans le Levant i chevre.
- qu’on nomme menon , dont la peau eft fin- ( 2 ) Voyez cet art, pag. 1 & fuiv. de ce guliérement propre à faire le maroquin. Le IIIe volume.
- Tome III,
- 6g g ij
- p.419 - vue 421/631
-
-
-
- 4 20
- A R T D U AI A R 0 Q ü 1 N I E R.
- 2, M. Granger était un chirurgien très-inteüigent & très-adif, que M, le comte de Maurepas, alors miniftre de la marine , fit voyager aux dépens du roi, au Levant , en Egypte, en M'éfopotamie & en Perle. Il avait acquis chez les orientaux beaucoup de confiance, par la maniéré dont il vivait avec eux. Il voyageait pieds nuds avec une (impie camifolle , à la façon des artifans arabes , & s’inftruifait parmi eux fans faire ombrage à perfonne. Il acquit enfuite une fort grande confidération par l’exercice de la médecine, fur-tout après avoir guéri, par le moyen du vinaigre , un homme qui avait été empoifonné avec de l’opium. Il procura au jardin du roi plufieurs plantes fort curieufes, & diverfes productions d’hiffcoire naturelle ; il rapporta la maniéré de faire le fel ammoniac, & il elt cité avec éloge dans plufieurs volumes de nos mémoires. Voyez hifi. acaà. 173^ , page 7. Mém. acad. i73^ , page 109 j 1735, page 483 i 1737 , page 479 ; 174^ , page 77. M. de Réaumur, en rapportant les obfervations qu’il avait faites fur le thermomètre à Bagdad au mois de janvier 1737, nous apprend qu’il mourut la même année; & j’ai oui dire que ce fut à Schiras, capitale de la province de Fars en Perfe. On a publié à Paris, depuis fa mort, fou voyage en Egypte.
- Ce que je viens de dire au fujet de M. Granger, doit faire juger de fes corr-naifsances & de la bonté de fes obfervations : ainii je ne doute pas que nous n'ayons d’après lui une notion exaéte de la préparation des maroquins de Ni-cofie, fans avoir befoin de pénétrer le mylîere de ceux qui y attachent, en France, une (1 grande importance , & le tiennent dans un fi profond fe-cret [ 39i]-
- 3. Les peaux que l’on choifit pour faire le maroquin, font celles de boucs, de cbevres, de bouquetins, quand on en a. Les plus belles fe tirent d’Auvergne, duLimoufin, de la Touraine, de la Bourgogne , & fur-tout du Bourbonnais. On en fait venir auffi. de la Suifse (3) , de Cork en Irlande , même de la Barbarie & du nord.
- Au Levant on préféré les peaux des mâles; elles font plus fortes : mais en France on n’emploie guere que les jeunes boucs ; les autres font trop fortes & coûtent trop. Les ceinturiers préfèrent le maroquin de bouc, parce qu’il eftplus fort, & n’a pas befoin d’être doublé ; les tapihiers le prennent auifi pour des ouvrages qui exigent de grandes peaux, comme des doiïiers de fauteuils & des defsus de fecretaires : en conféquence on mélange ordinairement de plufieurs qualités le travail d’une partie ou d’une forte de 8 à 10 douzaines de maroquin. Les peaux de chevres que l’on pafse en maroquin coûtent depuis dix
- ( 3 ) On fabrique auffi en plufieurs en- bouquetins , & qu’on ne les expofat qu’adroits des maroquins de très-bonne qualité, près les avoir travaillées. N’eft-ce pas dans Il ferait à fouhaiter que l’on y travaillât tou- un pays libre, que les arts devraient fleu-tes les peaux de chevres, de boucs & de rir ?
- p.420 - vue 422/631
-
-
-
- 421
- A R T B ü AI A R 0 Q U I N I E R.
- ans , année commune , environ 28 à 30 livres la douzaine en poils, & pefent environ 28 à 30 livres, ce qui revient à 20 fols la livre ; mais depuis 17 elles font renchérics. On emploie des peaux feches , & non pas des peaux en merlut, c’eft-à-dire , celles qui ont été déjà en chaux, pelées & fechées , parce que la fleur en ferait trop bafse & n’aurait qu’un vilain grain. Or , après la vivacité de la couleur , le grain fait la feule beauté du maroquin. D’ailleurs les peaux en merlut ayant été féebées deux fois , elles ont trop perdu de leur fouplefse : c’eft pour les chamois qu’on lesréferve, parce que l’huile & le moulin en rétabüfseut la douceur. Voyez l’art du chamoijeitr ( 4 ).
- Mettre les peaux dans la chaux. ( 5 )
- 4. Les peaux deftinées à faire le maroquin arrivant feches en poils, fe mettent d’abord dans des trempis d’eau croupie j on les y laifse trois à quatre jours pour s’amollir ; on les rétale enfuitefur le chevalet, puis on les remet dans le même trempis pendant 24 heures. Au bout de ce terns on les rétale une fécondé fois ; on les met enfuite dans les pleins. On choifit pour cela un plein déjà ufé ou éteint , qui a fervi à des veaux 5 on s’en fert deux fois: les peaux font deux jours dans le plein , & un en retraite ; elles fe conduifent fur les pleins^ comme des peaux de veaux ; on en met dix douzaines à la fois j elles relient fur les différens pleins environ un mois avant d’être pelées, mais on a foin de les lever foir & matin pour les mettre en retraite.
- On les rabat deux fois-après être pelées , une fois dans le fécond plein frais, ou elles font trois jours en chaux , & cinq jours en retraite, & deux fois dans vn plein frais* ou plein neuf, qui ait été fait au moins depuis quatre jours , pour qu’il ait eu le tems de fe refroidir & de s’éteindre. En été le plamage dure un peu moins, parce que la chaleur poufse beaucoup , c’eft-à-dire , avance le plamage.
- 5. Il faut moins de plein pour le maroquin que pour le chamois , parce que l’on veut conferver plus de force au maroquin : cependant les boues & les chevres font un peu plus durs à plamer que le veau j mais cela n’empêche pas qu’il ne faille près de quinze jours de moins au maroquin qu’au chamois.
- 6. A Nicofie, on met les peaux qu-’on deftine au maroquin dans de la chaux réduite en poudre , & cela pendant vingt jours en été , & vingt-cinq à trente jours en hiver : 011 les lave enfuite dans de l’eau fraîche , on les pele , on les écharne , enfuite 011 les poudre légèrement avec de la chaux ; on les met tremper dans des réfervoirs pleins d’eau pendantune heure , on les y lave fortement j après quoi on les tranfporte dans d’autres réfervoirs faits exprès pour
- (4) Page 150 & fuiv. de ce Ille vsl.
- ( 5 ) En allemand , mit Kalk àfehern.
- p.421 - vue 423/631
-
-
-
- 42ï ART DU M A R 0 QU I N I E 11
- les laver & relaver, & les fouler avec les pieds pendant une heure ou deux. On a grand foin de changer d’eau de tems à autre : cela fe fait par le moyen de deux robinets, dont l’un amene l’eau, tandis que l’autre la laifse écouler quand elle eft laie. Lorfque ces peaux font bien nettoyées & bien blanches, on les étend fur des perches pour les faire égoutter.
- 7. A Diarbékir ou Diarbéquier, ville de la Turquie d’Alie dans le Diarbeck autrefois la Méfopotamie, on met en chaux à peu près comme font chez nous les mégifliers. Quelques perfonnes avaient cru que l’eau du Tigre était importante à ce maroquin ; mais elle n’y entre pour rien, non plus que dans la tein* ture : car on ne fe fert que de l’eau des puits ou de celle d’un petit ruifseau qui a fa fource à trois lieues de Diarbékir, & qu’011 y a amené par un aqueduc creufé en partie dans la terre, & en partie dans le roc. Les corroyeurs font tremper les peaux de chevres ou de boucs pendant vingt-quatre heures dans de l’eau,ils les ratifsent pour en ôter la graifse ; lorfqu’elles font bien nettoyées, ils enduifent chaque peau du côté de chair, d’une bouillie de chaux liquide; ils les plient en deux , & les mettant en pile , ils les laifsentainfi pendant trois jours; ils les expofent enfuite à l’air libre , en les étendant à l’ombre pendant l’été , & en hiver à un foleil modéré. On a foin’de les retourner de tems en tems pour les faire mieux féeher. Quand les peaux ont été féchées , on en ôte la chair & le poil, on les met dans un plein fait comme les nôtres î elles y relient pendant deux ou trois jours en étc , & jufqu’à quinze jours en hiver. Après cela les corroyeurs le retirent, pour renouveller l’eau de chaux, dans laquelle ils les trempent & les lavent cinq à lix fois ; puis ils les font tremper & macérer pour la fécondé fois dans la même eau pendant fix jours. Ils réitèrent cinq fois ces macérations ou ces pleins, qui fans doute font afsez faibles, & ils ont foin de laver les peaux cinq ou fix fois à chaque changement d’eau. Après tous ces pleins , on laifse égoutter les peaux , & on les travaille du côté de fleur avec un fer non tranchant, jufqu’à ce que les peaux foient bien nettes & bien unies. Alors on les fait encore tremper & macérer cinq à fixjours dans de l’eau de chaux, ayant foin de les remuer tous les jours, en les fou levant l’une après l’autre.
- 8. Après ces fix derniers jours de plein , on retire les peaux, on les lave plufieurs fois dans de l’eau fraîche , jufqu’à ce qu’elles foient bien nettes ; ce qu’on continue pendant trois jours de fuite , & on les étend pour féeher à moitié , & pafser enfuite dans la matière fécale ou excrément de chien.
- 9. Chez nous, les peaux * après avoir été en chaux, fe pelent & fe travaillent de riviere, comme nous l’avons dit dans Vart du parchemimer (ô) & dans celui du tanneur. Mais il eft encore plus important pour le maroquin d’être
- (6) Page 328 de ce Ille vol.
- p.422 - vue 424/631
-
-
-
- bien travaillé de riviere : car s’il y reftait de la chaux , elle gâterait la couleur qu’on donne enfuite au maroquin j on y verrait les taches de chaux l’emporter fur la couleur, & la changer en un violet fale.
- 1 o. Après le dernier plein , les peaux fe mettent en riviere pendant trois ou quatre heures j on les remue de quart d’heure en quart d’heure, pour faire partir le plus gros de la chaux i enfuite on les écharne, puis on les met dans des baquets, où elles font foulées avec des pilons de bois une demi-heure ; puis on les met fur le chevalet pour les queurfer de fleur, & tout de fuite on leur donne avec le couteau une façon fur fleur & fur chair. Cette opération fe répété cinq à fix fois.j.après cela on les foule avec des pilons, comme il eft expliqué dans: Yart du tanneur. On met trois hommes fur deux douzaines de peaux pour les. fouler. Il y en a qui les jettent enfuite dans un baquet particulier, dont le fond; eft percé de plufieurs trous, où on les foule encore pendant une heure, en Jetant de tems en tems de l’eau fraîche par-defsus.
- 11. On les foulera ainfi à chaque façon du travail de riviere , & ces façons font en grand nombre : l’écharnage, le contre-écharnage, qui eft un fécond écharnage femblable au premier, la façon de chair, le’confitde chien, le queuix fage, & une façon de fleur & de chair j apfès le confit de chien, une autre façon de chair, la queurfe , les trois façons de fleur & de chair, façon de.fleur, & 1© ïecoulé qui eft une façon de fleur & de chair.
- 12. Dans la manufadlure de S, Hippolyte , on fuit l’ordre que nous allons détailler pour travailler de riviere, c’eft-à-dire, pour donner toutes les façons que nous venons d’indiquer. Au fortir des pleins, gouvernés comme il eft dit ci-devant, on met les peaux tremper dans une cuve d’eau pour les rincer 5 enfuite on les écharne : c’eft la première façon. On les met tremper cinq à fix heures dans une autEe cuve d’eau ; on les contre - écharne : c’eft un fécond; écharnage, qui forme la fécondé façon,
- 13. On les foule pour la première fois -, on les met tremper dans une autr© cuve d’eau,claire j on les foule pour la fécondé fois, on leur donne une façon de chair : c’eft latroifieme façon. On les foule pour la troifieme ; on les met tremper dans la cuve d’eau.. On les foule pour la quatrième j on les queurfe avec une efpece d’ardoife emmanchée dans du bois : c’eft la quatrième façon* On leur donne en même tems une façon de fleur avec le couteau rond : c’eft la cinquième & derniere façon du travail de riviere. Nous parlerons ci -.après, des autres façons [32].
- Confit de chien. (7)
- Après le travail de riviere , les peaux pafsent dans le confit de chien ; or* met dans l’eau deux petits féaux de crotte de chien , de quatorze à quinze.
- ( 7 ) En. allemand,,. Beitze mit BundcmiJK.
- p.423 - vue 425/631
-
-
-
- 424
- ART DU MAROQUINIER.
- pintes chacun,pour huit douzaines de peaux,& l’on en fait une efpece de bouillie que l’on délaye avecles mains. Ônyjette les peaux, qu’on brafse& qu’on remue dans ce confit pendant quelques minutesj on les tourne & on les laifser repofer.
- i s. Les peaux relient environ douze heures dans le confit de chien. Il fert à abattre la peau , comme le confit de fon, dont nous avons parlé dans Y art du. chamoijeur & fur - tout dans celui du mégijjier j c’eft-à-dire , qu’il lui ôte fa crudité , & ladifpofe au relâchement, au gonflement, à la fermentation. De plus, la crotte de chien nettoie les peaux , à caufe des parties alkalines qu’elle contient, & leur ôte une graifse qui empêcherait la'Couleur de prendre. .Nous parlerons encore ci après du confit de fon [30J.
- 16. ANicofie , on étend le confit de chien comme une bouillie épaifse fur la peau ,à la hauteur d’environ deux lignes. On y regarde cette matière comme efsentielle à la préparation des maroquins. Aufïi dans tous les endroits où l’on en fait , on ramafse les matières fécales des chiens avec autant de foin que les Provençaux ramafs-ent celles des mulets & des autres animaux pour leurs jardins.
- 17. Au mois de juillet 1735 , la pefte faifant beaucoup de ravage dans l’isle de Chypre , un particulier repréfenta au gouverneur de Nicofie que les chiens contribuaient à communiquer cette maladie ; celui-ci ordonna facilement qu’on tuât tous les chiens par-tout où on les recontrerait. Les corroveurs & les marchands ayant eu connaifsance de cet ordre , vinrent en corps chez te gouverneur , pour lui repréfenter que le commerce des maroquins était d’une très-grande importance pour la ville, & qu’il ferait ruiné pour long-tems fl l’on faifait tuer les chiens , parce que leurs excrémens étaient abfolument nécefsaires pour la préparation des maroquins. Cette remontrance parut fort jufte , & le gouverneur révoqua l’ordre qu’il avait donné de tuer les chiens de la ville.
- On emploie auffi les matières fécales pour préparer le coton à recevoir lè beau rouge d’dndrinople, fuivant le mémoire publié en i76A,par ordre du miniftere , à l’imprimerie royale. On délaye vingt-cinq livres de crotin de mouton dans cinq cents livres de leffive de foude,& douze livres & demie d’huile d’olive ; on en imbibe cent livres de coton déjà décrufé dans une forte leifive mêlée avec de l’eau de chaux : on recommence trois fois cette opération appellée le fikiou. Quand le coton a été engallé , aluné , teint avec le fangf & la garance de Smyrne , & avivé avec les cendres & le favon , on le trempe encore dans le fikiou, & cette matière fécale rend le rouge plus vif encore que le plus bel incarnat d’Andrinople.
- 18- Comme on nourrit beaucoup de chiens à Paris pour le combat du taureau au fauxbourg Saint-Germain , vers la barrière de Seve i c’eft là que l’on
- va
- p.424 - vue 426/631
-
-
-
- A RT DU MAROQUINIE& 42*
- T£Tchercher les matières nécefsairespour le confit de chien , & elles fe vendent vingc-quatre lois.le feau.
- Je crois devoir avertir ici d’un autre ufage qu’on a fait de ces mêmes matières , par une prévarication indigne, dont il importe que le pulvicfoit inftruit. Piufieuts épiciers qui voulaient vendre comme poivre blanc la partie !a plus noire delà graine de poivre, & en augmenter le poids à bon marché, y mettaient de l’ocre , de la craie,&de la crotte de chien. Un nommé Ouiry,épicier , qui avait mal fait fes affaires & quitté le commerce, inventa cet indigne fecret vers 1730, & l’on m’a afsuré que piufieurs autres s’en étaient ferviavec un fuccès qui prouvait la fimplicité des acheteurs & la mauvaifefoi des vendeurs. On afsure qu’aujourd’hui même a dans ta maifon du combat, on en vend encore beaucoup à certains épiciers.
- 19. A Diarbékir , on pratique autrement le confit de chien. Pendant que les peauxfechent, ou remplit de grands creux faits dans la terre , comme nos pleins à chaux, de matières fécales de chiens , qu’on délaye à la confiftance du miel ou d’une bouillie claire, dans laquelle on fait tremper & macérer les peaux pendant huit jours fi c’eft en hiver, & pendant trois jours fi c’eft en été, & on les foule chaque jour avec les pieds. On retire les peaux de cette matière focale pour les bien laver avec de l’eau fraîche, & l’on fait enfuite un autre confit avec du fon délayé dans de l’eau. On y fait tremper les peaux pendant ilx jours en hiver, & trois jours en été , ayant foin de les bien fouler & refouler chaque jour avec les pieds, comme dans leconfit de chienjon les retire du confit, on les lave dans Peau fraîche, & 011 les fait fécher en attendant la peinture [66\
- Coudrement de fumac.
- 20. Après le confit de chien , les corroyeurs de l’isle de Chypre mettent les peaux dans une autre efpece de bouillefaite avec les feuilles de fumac réduites en poudre. L’arbrifseau qui donne ces feuilles eftappellé auffir/j«j ou rhoé : rhus folio ulmi Cafpari Bauhini in F in ace, p. 414 \ & Tournefortii Injlitu.-îionum, pag. 6 II. Rhusfoliis pinnoiis obtujhifculèferratis, ovalibusj'ubtus vithfis, Linn&i Specierum, ire édit. pag. 26^. Il a de petites fleurs en rofè , qui font de gros bouquets blancsi fon fruit eft une capfule ronde remplie d’une feule graine fphérique, plate, ronde, velue, appelléê rubeurn ou rhus objoniorum, parce que les cuifiniers en font ufage jfes feuilles font longues & crenelées. Cet arbrifseau vient en abondance dans les endroits pierreux de l’isle de Chypre, en Efpagne, & même en Languedoc & en Provence. Il eft rafraîchit fant, deiîicatif & aftringent j c’eft comme aftringent qu’il fertau maroquin.
- 2 r. Les feuilles du fumac étant réduites en poudre, on en fait une bouillie plus folide que fluide i on y trempe les peaux les unes après les autres j on les Tome IIL H h h
- p.425 - vue 427/631
-
-
-
- 4-26
- ART DU M A R 0 Q ü T N I E R,
- met enfuite dans des réfervoirs quairrés, où on les laifse macérer pendant trente heures ; alors on les foule pendant deux heures avec les pieds & les mains; après quoi on les envoie laver & nettoyer.
- 22. Ce coudrement de fumac , pratiqué à Nicofie, efl remplacé par celui de noix de galle qui fe pratique en France , dont nous parlerons [ <>9 ] s après la mife en rouge. A Nicofie, on n’emploie le coudrement de noix de galle avant la couleur, que pour les peaux que l’on veut mettre en jaune [6 f ].
- Le dictionnaire du commerce, en décrivant la maniéré de donner le fumac pour les maroquins noirs, donne le procédé fuivant. On fait chauffer cent livres de fumac dans un muid d’eau ; & lorfque cette mixtion efl prête à bouillir , on en remplit les peaux qu’on a eu foin de coudre tout autour, après le travail de riviere , à l’exception d’une petite ouverture qu’on laifse à une patte de derrière pour y placer un entonnoir; & quand la peau efl prefque pleine , on lie cette patte de derrière pour empêcher qu’elle ne fe vuide : dans cet état, on en met trois ou quatre douzaines dans une grande cuve , où deux hommes les remuent à force de bras pendant quatre heures fans difeontinuer ; c’efl ce qu’ou appelle peaux ebippées ( 8 )• Nous avons déjà parlé dans Vart du tan-neur (9 ) de cette préparation du chippage.
- 24. Apres avoir été tournées, les peaux s’entafsent fur un côté de la cuve, où on les étend les unes fur les autres ; & pour empêcher qu’elles ne s’éboulent, on place une barre dans le milieu. Quelque tems après , on les rechange en les mettant de l’autre côté de la cuve ; on les étend pour empêcher les plis, & on les laifse repofer pour que le fumac puifse les pénétrer; elles s’égouttent ainfi pendant deux heures.
- 25. Pendant qu’elles s’égouttent, on fait chauffer dans la chaudière de l’eau tirée de la cuve , qu’on y remet lorfqu’elle efl fùflfifamment chaude , ob-fervant de la verfer du côté où il n’y a point de peaux: alors deux hommes délient les peaux, & les remplifsent de cette eau; & après les avoir bien reliées, les remuent de nouveau à force de bras pendant deux heures, fans aucun relâche ; après quoi ils les mettent en pile , & les font égoutter comme la première fois.
- 25. On leur donne encore après cela un fécond apprêt ; mais on les remue feulement environ un quart-d’heure , & on les laifse encuvées jufqu’au lendemain matin qu’on les retire de-la cuve pour les remettre fur un chafîis de bois qui efl placé au-defsus : là elles s’égouttent ; après quoi on les délie & on les découd pour en ôter le fumac. On les lave pour l’en détacher totalement ; on les plie en deux de la tête à la queue , la Heur en dehors, & on les entafse fur
- ( 8 ) En allemand, Schaddeder. teur les appelle peauxJippées & la prépa-
- (9) Pag- l0~ de ce Ilh vol. oùl’au* ration fe nommeJïppage,
- p.426 - vue 428/631
-
-
-
- 427
- ART DU MAROQUINIER.
- le chevalet pour achever de les égoutter ; de là on les met Wefsui, c’eft-à-dire, qu’on les étend pour les faire fécher. On a coutume de les pendre alors par les jambes de derrière.
- 27. Lorsqu’elles font feches, on les foule aux pieds deux à deux 5 puis <011 les étend fur une table de bois , pour les nettoyer avec un couteau , & en ôter encore la chair & le fumac qui peuvent y être demeurés. Enfin , on les frotte fuperficiellement d’huile du coté de la fleur; on y jette enfuite de l’eau ; 011 les roule ; on les tord ; on les étire, & elles font en état de recevoir le noir. Tel eft le coudrement du fumac, & la préparation du maroquin expliquée dans le di&minaire dit commerce.
- 2g. Pour tanner ou coudrer le maroquin ,011 emploie en Provence les feuilles de roudon ( rhusmyrtifolia C. B. p. 471) , dont nous avons parlé à l’oc-cafion du cuir fort, dans Vart du tanneur, art. 64. (10), ou bien celles du JuntaCi ou enfin celles du rafienele. Les feuilles de ces trois arbuftes s’emploient différemment: le maroquin y eft tanné en peu de tems , & prend une couleur brune. Le raftenele eft la même chofe que le lentifque ordinaire de la plupart des botaniftes : il eft appelle dans Lmnœus,pjiacia foliis abrupte pinnatis, foîiolis îanceolatis ( 11 ) , Spec. pag. 1026, ire édit. A Paris , on préféré la galle [ ]
- au fumac, quoiqu’elle coûte davantage , parce qu’elle a plus de force, & que d’ailleurs la chair des peaux en eft plus blanche.
- Confit de fon.
- 2$. Après l’opération du fumac, on fait une différence dans l’isîe de Chypre entre les peaux qu’on deftine à differentes couleurs : celles qu’on veut mettre en jaune, vont dans la noix de galle [^9] ; mais celles qu’on veut mettre en rouge , ont befoin du fon, des figues & du fel.
- 30. Le premier confit eft une pâte qu’on fait avec du fon ,oû l’on entalse les peaux pendant deux jours les unes fur les autres; au bout des deux jours on les en retire , on les nettoie avec l’inftrument qui fertà les peler, & qui eft à peu près comme le couteau ou boutoir des corroyeurs ; on les lave bien dans l’eau fraîche , & on les fait égoutter, en les étendant fur des perches. A Diarbékir, c’eft aufli une efpece de bouillie faite avec le fon , dans laquelle on met tremper les peaux pendant trois jours en été, & fix en hiver.
- Confit de figues.
- 3 r. Pendant que les peaux s’égouttent, on prépare à Nicofie le confit des figues. On prend trente livres de figues feches , qu’on fait bouillir dans trente pintes d’eau, jufqu’à ce qu’elles foientbien cuites & réduites comme en bouil-
- (10) Page } 2 de ce ille volume, c ( n ) En allemand, Mafiixbaum.
- Hhh ij
- p.427 - vue 429/631
-
-
-
- 428
- ART DU MAR-0-QUINTE R.
- lie. On y met les quarante peaux poury macérer pendant vingt-quatre heures. Cela les ramollit, les dilate , les enfle, y établit une efpece de fermentation qui eft nécelfaire pour que la teinture rouge puifse les pénétrer enfuite facilement.
- Âpres le confit de figues , on lave les peaux dans Peau fraîche, pour les bien nettoyer. Lorfqu’elles font bien nettes & bien égouttées, on prend quinze à feize livres de fel réduit en poudre très-fine ; on en faupoudre les quarante peaux , & on les entafse les unes fur les autres. Elles retient ainfi pendant quinze jours:un plus long efpace de tems pourrait les faire gâter. Il fe fait alors une nouvelle fermentation femblable à celle dont nous avons parlé pour le cuir à la juTée , que les tanneurs filent également. Après les quinze jours expirés , on les trempe & on les lave fept à huit fois dans l’eau fraîche ; on les pend & on les laifse égoutter , après quoi on procédé à la teinture [ 40]. C’eft la préparation de Pis le de Chypre..
- Suite Au travail de riviere * à Paris.
- 52. A Paris ,Jorfque les peaux font forties du confit de chien [15] , on les rince, &on leur donne encore une façon de chair avec le couteau rond , comme nous Pavons déjà obfervé : c’eft la fixieme façon. Enfuite on les foule pour la cinquième fois ,, & on les met tremper dans une cuve d’eau pendant cinq ou fix heures, comme dans les autres façons; on les reprend & on les queurfe; avec Pardoife , comme avant le confit [ 13 ] : c’eft la feptieme façon : & tout de fuite, fans les quitter, on leur donne une façon de fleur & de chair , qui eft lajiuitieme. On les foule une fixieme fois , & on les met tremper de nouveau! On les retire , & on leur donne une neuvième façon de fleur & de chair : après; cela , on les foule pour la feptieme fois , & on les met tremper dans une cuve d’eau ; on leur donne alors une dixième façon de fleur feulement ; on les foule' pour la huitième fois ; on les met tremper dans une cuve d’eau. On les reprend pour leur donner le recoulage ,qui eft la onzième & derniere façon. Le recou-îage fe donne de fleur & de chair.
- t r' 33. On voitpar ces onze façons, dont plufieurs font doubles, combien eft-pénible le travail du maroquin. La peau de chevre ne {aurait fe pafser de ce long travail!, parce qu’elle a naturellement peu de fouplefse. Les peaux étant rincées & égouttées pendant deux heures , elles font prêtes à mettre en? couleur.
- Aiuner les peaux.
- 34> Avant de parler de la teinture r nous devons parler de l’alun , dont ott fe.fert en France ,avant de mettre les peaux en couleur. Quand elles ont étt lavées & tordues avec la bille , & qu’il s’agit de les mettre en couleur, on conv mence par les aiuner. On prend douze livres ,d’alun de!1 Rome pour huit dou-
- p.428 - vue 430/631
-
-
-
- !A R T DU MAROQUINIER. 429
- zaines de peaux , & on les fait difsoudre dans deux féaux d’eau d’une quinzaine de pintes chacun : dès que l’eau eft chaude , l’alun y fond aifcment.
- L’alun de Rome, que les maroquiniers préfèrent à tout autre, eft rougeâtre, & fe cafse net. L’alun d’Angleterre noircit les peaux, & ne les alune pas bien. L’alun de Smyrne eft plus poudreux, plus mat, & n’a pas une ft belle couleur. Voyez au fujet de l’alun, ce que nous avons dit dans l'art de Phon-groyeur.
- 3 f. Four aluner les peaux après les avoir bien tordues avec la bille, on les plie en deux , chair contre chair , afin qu’il n’y ait que la fleur qui s’alune ; le côté de la chaij mangerait de l’alun en pure perte. On en prend une, on la trempe ainfi pliée dans un baquet d’alun encore tiede , on l’y remue en la fai-fant barboter pendant l’efpace d’une demi-minute ; 011 la retire auffi-tôt, & on la pofe fur un chevalet qui a quatre pieds de haut, placé dans l’attelier, à peu près comme on le voit en B dans le haut de la planche.
- 36. On laifse enfuite égoutter l’eau d’alun, puis l’on tord les peaux avec une bille de bois repréfentée en P. Le fer doit s’éviter ; on les pafse fur une tra-verfe de boisyc’eft-à-dire, unetorfe qui eft dans l’encoignure de l’attelier, pour les faire encore égoutter, en mettant fous les peaux le baquet d’alun pour ne pas perdre cette eau alumineufe qui s’en exprime. On en tord deux à la fois ; & après les avoir tordues , on les étire fur le grand chevalet pour en ôter les faux plis , & on les plie chair contre chair.
- Le baquet dans lequel on alune , eft repréfenté en T. Il eft un peu plus plat & plus large que celui dans lequel on met en couleur, & qui fera décrit ci-après [ f 2 ]. Il faut environ une heure & demie pour aluner les huit douzaines de peaux.
- 37. Lorsque l’on a des eaux alunées, 011 les conferve, & on les fait fervir en ajoutant de l’eau & de l’alun pour réparer ce qui s’en perd j & il ne faut en-fuite que neuf à dix livres d’alun, au lieu de douze qu’on avait employées à la première fois.
- 38. Les peaux 11e reftent point en alun ; on les retire aufti-tôt, comme nous l’avons dit, pour les étirer fur le grand chevalet II n’en eft pas comme dès cuirs-de Hongrie , qui ont befoin de boire long-tems l’alun, à caufe de' leur grande épaifseur.
- Teinture du maroquin rouge dans Visle de Chypre..
- 39. Après l’alun , il ne s’agit que de donner la couleur. Cet article devrait appartenir à l’art du teinturier (12) 5 cependant les maroquiniers étant en pof-
- ( 12 ) Il eft vrai que le mot de teinture maroquinier. Si on avait adopté ici le fyf-appartient à l’art du teinturier ; mais la tême fuivi en France pour divers arts qui teinture du maroquin doit appartenir au s’occupent du travail des peaux-, de défendre
- p.429 - vue 431/631
-
-
-
- 43°
- ART DU MAROQUINIER.
- feflion de teindre leur maroquin, nous allons les fuivre dans cette opération.
- Le maroquin rouge étant ieplus recherché & le plus important, c’eft celui par lequel nous devons commencer. La matière de la couleur pafse pour un très-grand fecret en France, on elle eft, dit-on , compofée par le mélange d’un grand nombre de drogues. M. Geoffroy le cadet dit dans un manufcrit , qu’il a appris qu’on y employait la lacque en bâtons, réduite en poudre avec de la noix de galle, de l’alun & un peu de cochenille. En Chypre 3 on n’emploie que le kermès.
- 40. Le kermès ou chermès, en latin caccus bapbica, cocctis infe&orius, [caria* tum, écarlate de Venife , graine d’écarlate, eft un gallinfeéte qui habite & fe trouve communément fur l’arbrifseau appellé ilex aculeata cocciglandifera. En Languedoc, on l’appelle vermillon. Il y a des auteurs qui l’appellent aufïï cochenille } mais il faut bien les diftinguer : la cochenille eft un infe&e qui vit fur l’opuntia [ 4^ ], & dont on fait une plus belle teinture qui eft la véritable écarlate : nous en parlerons ci-après. Le kermès eft de la grofseur d’une lentille; 011 le recueille en Languedoc , en Provence , en Efpagne. Voyez M. de Réaumur, qui en a donné une très-bonne defcription dans les mémoires pour fervir à l’hiftoire des infe&es. Voyez aufli Marfigli, hijl. pbyf. de la mer, le dictionnaire de médecine, le dictionnaire du commerce , M. Hellot, mémoire acad« 1741, page fO; M. de Bomare , di&ionn. d'hijïoirenaturelle,
- 4.1. Pour quarante peaux, on prend vingt-cinq onces du plus beau kermès que l’on puifse trouver. On le paie à Paris depuis quatre livres jufqu’à cent dix fols de France , la livre de feize onces, lorfqu’il eft defséché. On le réduit en poudre ; on fait bouillir d’abord le kermès dans huit pintes d’eau * ; & lorfqu’il fait un bouillon , on y jette la cinquième partie de l’alun. On continue ainii par demi-quart d’heure, & à cinq ou ftxreprifes , jufqu’à ce qu’on ait mis tout l’alun : alors on laifse bouillir la liqueur jufqu’à ce qu’elle ait baifsé de quatre à cinq doigts, & la teinture eft faite. On la rend plus foncée quand on le veut, en y ajoutant de l’alun, & plus vive en diminuant la quantité de ce feî.
- 42. Quand la couleur eft faite, on en prend environ une livre & demie ©u trois quarts d’une pinte : on la verfe encore tiede dans un vafe ; on y trempe du coton , & l’on frotte avec ce coton le defsus des peaux qu’on veut teindre, c’eft-à-dire, la fleur. On tord la peau quand on y a pafsé la teinture, tout de même qu’011 tordrait un linge mouillé pour en exprimer l’eau. Lorfque les
- au maroquinier d’achever foa ouvrage , on aurait augmenté le prix de la main-d’œuvre, fans perfectionner la fabrication. Il eft vrai qu’on aurait pu établir une maitrife, des jurés, & autres charges & privilèges
- lucratifs pour le prince.
- * La pinte de Paris, à laquelle j’ai réduit les mefures du Levant, contient quarante-huit pouces cubes , & pefe environ deux livres poids de marc.
- p.430 - vue 432/631
-
-
-
- 43i
- ART DU MAROQUINIER.
- quarante peaux font ainfi teintes & tordues, on recommence par la premier© que l’on teint une fécondé fois avec le coton trempé dans la couleur , &011 la tord encore, comme la première fois : toutes les peaux font ainfi teintes & tordues pour la fécondé fois; enfuite une troifieme, une quatrième & une cinquième fois.
- - 43. On met enfuite quinze livres & demie de noix de galle réduites en poudre fine dans dix pintes d’eau froide ; on y trempe les quarante peaux les unes après les autres. Au fortir de cette noix de galle , on les lave dix à douze fois dans de l’eau bien nette , & on les jette par tas les unes fur les autres négligemment & fans les étendre. On les foule avec les pieds & les mains, pour en faire fortir l’eau ; & lorfque l’eau en a été bien exprimée, on les tranfporte dans k magafin , où on les étend par terre.
- 44. Ces peaux étant étendues, on trempe la main dans de l’huile de féfame, on en frotte chaque peau du côté de la fteur , que l’on veut luftrer, pour l’adoucir , & l’empêcher de fe crifper ,* enfuite on les laifse fécher à l’ombre ou au foleil. Tel eft le procédé de Nicofie pour mettre le maroquin en rouge.
- Maniéré de donner la couleur, à Paris.
- , 4?. A Paris, où la teinture du maroquin eft différente, elle s’emploie aufli
- différemment. On a une chaudière de cuivre bien étamée; car le cuivre à nud gâterait la couleur, & l’on eft obligé de faire étamer fouvenc cette chaudière. Elle a vingt-huit pouces de creux fur vingt-fept pouces de diamètre. Elle eft repréfentée enE. Dans cette cuve, on met les drogues deftinées à la teinture. Suivant M. Geoffroy, c’eft de la lacque en bâtons [5 6], qu’on a réduite en pou-dre, avec de la noix de galle [59], de l’alun, & un peu de cochenille. M. Barois m’afsure que M. Geoffroi fe trompe totalement; mais cela nous importe peu , puifqu’avec du kermès on peut faire cette teinture dans la plus grande perfedioru
- La cochenille eft un petit infe&e qui habite fur une plante grafse appellée „raquette, cardajje , nopal,figuierd?Inde, opuntia. On lacultiveau Mexique avec un très-grand foin , & on fait defsécher ces infectes pour nous les envoyer. La livre de cochenille coûte environ vingt-quatre livres de France, à Paris. C’eft , cette drogue qui fert à faire la plus belle teinture d’écarlate. Voyez M. de Réaumur , mémoires pour fervir à Ihifloire des infe&es, tom. IV; M. Hellot , teinture des laines.
- 46. On étend fur la chaudière un tamis de toile, fur lequel on verfe de l’eau claire. Ce tamis, que nous avons repréfenté en O , ne fert uniquement qu’à empêcher le pafsage des corps étrangers. Pendant l’ébullition , on remue le mélange de tems à autres avec un rateau. Ce rateau, qui eft repréfenté en I, ne fert qu’à relever les drogues qui fe précipitent au fond de la chaudière ,& qui s’.y attacheraient, fi on ne les remuait continuellement; & l’on ajoute de
- p.431 - vue 433/631
-
-
-
- 43*
- ji il i u u m ji k u u u i iv i & K.
- l’eau chaude à mefure qu’elle diminue. Pour cela on a un petit cbauderon place fur un fourneau , & dans lequel il y a toujours de l’eau chaude. La chaudière eft fupportée dans un fourneau de maçonnerie par de gros clous qui la traver-fent, enforte qu’il y ait un vuide entre la cuve & la maçonnerie, par lequel la chaleur puifse environner la cuve de toutes parts. Le tuyau de la fumée du fourneau elt dévoyé , rampant ou incliné, pour aller dans un tuyau de cheminée qui ne réponde point au-defsus de la cuve : cette attention eft nécefsaire pour une plus grande propreté. On tranfvafe le defsus de la eîîaudiere avec un baquet à main ,. repréfenté en M , dans une chaudière moindre, quia dix-huit pouces de creux fur dix-huit à vingt pouces de large ; on la voit en G. Elle doit être recouverte encore d’un tamis: on l’entretient dans une chaleur modérée , de maniéré à y tenir la main. La chaleur eft nécefsaire pour faire mordre la couleur ; mais fi elle était trop chaude, elle crifperait la peau, la rendrait comme du parchemin, & elle aurait de la peine à revenir. La couleur fe clarifie encore dans cette chaudière» en dépofant le marc. On verfe avec une chopine d’étain , une livre & demie, c’eft-à-dire, trois demi-feptiers de cette couleur, dans des baignoires inclinées comme on le voitenH.
- 47. Pour teindre les peaux dans cette couleur, on en prend une pliée, comme nous l’avons dit, ventre contre ventre., c’eft-à-dire. dans fa longueur , chair contre chair, ou la fleur en dehors. L’ouvjrier prend cette peau à deux mains , & la palse dans fa baignoire du haut en bas, en ramenant vers lui cinq àfix fois; il retourne enfuite fa peau toujours pliée chair contre chair , en prenant la tête de la main droite , pour que la moitié qui était en haut foifc trempée à fon tour. Il continue à pafser cette peau dans la baignoire, jufqu’à ce que la liqueur qu’on y a verfée foit prefqu’embue ; il jette le relie, & prend une autre peau pour la tremper de même. On obferve de tremper la culée la première, parce qu’elle a plus befoin de couleur, & l’on file peu à peu pour faire venir la tête à fon tour dans le milieu de la baignoire : on doit faire en-forte que la couleur prenne bien par-tout , en la ramenant avec le dos de la peau.
- 48. A mefure que la peau eft trempée, on la met fur le chevalet ; on les place toutes l’une fur l’autre uniment & fans plis, jufqu’à huit douzaines, dont quarante-huit fur un bout du chevalet, & les quarante-huit autres fur l’autre bout. Quand les quatre-vingt-feize font pafsées , on retourne le premier tas, en mettant defsous les peaux qui étaient defsus, pour recommencer par la première. On les voit en B fur le chevalet.
- 49. Lorsque toutes les peaux ont été pafsées trois fois (quelquefois quatre)
- clans la couleur , 011 les pafse dans un baquet d’eau claire, en les ouvrant, c’eft-à-dire, en les dépliant, pour les bien laver; après quoi on les jette fur un chevalet, où les peaux s’étendent les unes fur les autres, fleur contre fleur & chair contre chair» ç<j.
- p.432 - vue 434/631
-
-
-
- 433
- À I Y b Ü M A H'O QU I N 1 E R.
- ' fo. On regarde comme un fait certain , que ces chaudières de couleur craignent le tonnerre, c’eft-à-dire, que l’orage peut les faire tourner ; ainfi il eft peut-être bon de ne les pas faire quand le tems eft douteux.Voyez à ce fujet ! 'art du mêgijjieri art. 4 6 ( 13), où j’ai parlé de la caufe qui fait tourner les confits. ;,i Sr- Lorsque les peaux font trempées pour la troifieme fois , ©n les rince* on les déplie, on les prend par les deux pattes, on les trempe dans un baquet les unes après les autres , & on les étend fur le milieu du chevalet, fleur contre fleur & chair contre chair, pour que la couleur ait le tems de les pénétrer mieux. Les extrémités doivent être repliées fur les peaux , afin qu’elles ne perT dent pas leur couleur; on leur laifse pafser ainfi la nuit, ou du moins on les laifse égoutter cinq à fix heures : après quoi elles font prêtes à être jetées dans le coudrement de galle [ 62 ].< ?
- 52. La. baignoire ou auge'dans laquelle on trempe le maroquin, eft: repré-fentée féparément en T. Le fonda trente pouces fur treize5 mais comme elle eft: évafée , efea fur les bords quarante pouces fur vingt-cinq , & environ un pied de creux. Elle doit être de fapin , car le chêne eft dangereux; il brunit la couleur & tache la peau : on pourrait aulli, pour plus grande fureté, la dou-» bler de plomb ou d’étain, , ;
- " 53, Les trois ouvriers que l’on voit repréfentés dans la planche près des baignoires, font dans trois a&ions différentes : l’un verfe la -couleur, Pautro trempe les peaux, le troifieme les tranfporte fur le chevalet. Ces trois ouvriers mettent environ douze ou quinze heures à pafser en couleur les huit douzaines de peaux; chacun en fait la valeur de trente-deux dansfes douze heures.
- 54. Les eaux ne font pas indifférentes pour la couleur du maroquin /non. plus que pour les autres fortes de teintures. Les eaux de pluie font trop dures : il y a aufli des circonftances délicates dont on n’eft pas maître ; car.avec les mêmes drogues & les mêmes eaux, on fait une plus belle couleur dans un' tems que dans l’autre.
- 5 5. Suivant l’auteur du diBionnaire du commerce, édit, de 1748 ,tom. III, page 316, les peaux que l’on deftine à faire du maroquin rouge , après avoir été douze heures dans le confit de chien [ T f ] , font rincées, travaillées fur le chevalet, de fleur & de chair, pilonnées jufqu’à trois fois’, en mettant toujours de nouvelle eau , tordues avec une bille de bois & alunées. Lorfqu’elles ont été alunées, on les met égoutter fur la torfe, c’eft-à-dire , une traverfe de bois deftinée à les tordre. Le lendemain on les tord avec la bille; on les détire fur le chevalet, & on les pafse dans un rouge préparé avec de la lacque en bâtons mêlée de quelques ingrédiens qui ne font bien connus, dit-il, quedesfeuls maroquiniers. ' ' '
- •* * i
- ( 13 ) Page 209 de ce 111® volume.
- Tome III.
- Iii
- p.433 - vue 435/631
-
-
-
- 434
- ART D ü M À R ô ô V ï N T E R.
- f 6. La laque ou lacque eft une efpece de cire ou de réfine rougeâtre que l’on recueille aux Indes fur des branches d'arbres , où des mouches la dépo-fent : cette réfine bouillie dans Peau avec quelques acides , fait une teinture d’un très-beau rouge. La laque nous vient directement en bâtons des royaumes de Bengale, de Pégu & de Siam. La compagnie des Indes en fait chez nous le commerce : elle coûte environ fix francs la livre , à Paris. La laque en graine eft celle qu’on a détachée des bâtons en la faifant pafser entre deux meules : c’eft cette laque en graine qui fert à faire la cire à cacheter. M. Hellot, mém. acad. 1741, page 64, donne la maniéré d’en extraire la couleur par le moyen de la racine de grande confoude.
- 57. C’est cette teinture que l’auteur du dictionnaire du commerce dit être employée au Levant pour teindre les maroquins. Nous avons remarqué ci-devanc que c’eft le kermès dont on fe fert à Nicoue ; mais à Diarbékir , 011 emploie la laque ou la cochenille, & M. Geoffroy croyait qu’il en était de même à Paris.
- 58. Les Lapons, pour rougir leurs cuirs , les humectent avec leur falive, après quoi ils mâchent la racine de tormentille, & frottent les cuirs avec ce marc qui donne une couleur rouge pafsablement belle: c’eft vraifemblable-ment le fel urineux de la falive, qui exalte le teint de cette racine. Ce fel volatil urineux qui eft commun à toutes les liqueurs animales , produit le même effet fur Vorfeille, efpece de moufse que les teinturiers emploient avec la chaux & l’urine.
- - . Coudrement (14) des maroquins rouges.
- 59. Les maroquins rouges ont encore befoin du coudrement. À Paris, dès le lendemain que les peaux ont été mifes en couleur, qn procédé à ce coudrement , qui fe fait avec la noix de galle. On verra ci-après » que pour le maroquin jaune, le coudrement de noix de galle doit précéder la teinture[ 76]. La noix de galle eft une forte d’excroifsance que l’on trouve furie chêne. Les meilleures noix de galle viennent du Levant, de Smyrne, d’Alep, de Tripoli. Celle d’Alep eft la plus eftimée : la galle de France, qu’on trouve en Gafcogne & en Provence, leur eft beaucoup inférieure, étant ordinairement rougeâtre, légère & lifse; au lieu que celle du Levant eft pefante & épineufe : c’eft peut-être ce qui lui a fait donner le nom de galle à Vépine, à moins que ce ne foit plutôt galle alépine, c’eft-à-dire, qui vient d’Alep. Les galles du Levant font de trois fortes : les noires , les vertes, & celles qui font moitié blanches. Les teinturiers s’en fervent félon leur qualité : les noires & les vertes fervent à teindre en noir , & les blanches pour teindre les toiles. Les galles légères qu’on trouve en France, & qu'on appelle cajjenolles , s’emploient chez les teinturiers en foie, pour faire le noir écru. L’encre fe fait
- (14) E11 allemand, in der Kufe hdtzm.
- p.434 - vue 436/631
-
-
-
- ;â R T f D U -M'A'R OrQ U I N7I E R.
- 43?
- aufïi avec des galles noires & vertes : ce font encore ces fortes de galles qui entrent dans la compofition du noir des chapeliers avec le bois d’Inde, le verd-de-gris & lacouperofe ou vitriol de mars. Voyez Y art du chapelier. C’eft ce noir des chapeliers que les corroyeurs emploient après eux, quand il afervi à la teinture des chapeaux. ; ’
- 60. Les noix de galle font une drogue commune aux teinturiers du grand & du petit teint, les derniers en font fur-tout un grand ufage à caufe de l’achevement des noirs. En médecine, elle eft aftringente & fébrifuge (mém. acad. 1711 ), très-abforbante ( mém. 1732, page 39), propre à faire de l’encre (anciens mém. acad. tom. II, page 236 ).
- 61. La galle en forte coûtait 72 livres le cent avant la guerre j elle allait en 1763 , jufqu’à 160 livres 5 mais cette galle en forte eft mêlée de noir &’ de blanc, & l’on ne doit employer que la blanche pour le maroquin : la noire fe vend aux chapeliers pour leur teinture. Il faut environ 96 livres de galle blanche pour quatre-vingt-feize peaux, qui font la quantité que quatre hommes-peuvent tourner à la fois dans le eoudrement.
- 62. On jette d’abord dans l’eau fraîche cinquante livres, c’eft-à-dire, plus 'de la moitié de cette galle pulvérifée& pafsée au tamis : on la remue un peu , & l’on y jette les peaux pendant qu’un homme eft occupé à tourner le coudre-‘ment. Au bout d’une heure, on remet encore vingt livres de galle, &une heure après le refte, tandis que quatre hommes tournent ces peaux avec des pelles repréfentées en K, continuellement & pendant douze heures de fuite 'fans interruption.
- £'3. La cuve dans laquelle on tourne ces quatre-vingt-feize peaux doit être defapin , jamais de chêne: elle a quatre pieds & demi de diamètre fur trois pieds de hauteur. Ceux qui tournent le eoudrement, ramènent de tëms en tems les peaux du milieu aux bords de la cuve , pour que la galle fe diftribue
- les pénétré toutes. Lorfque l’on va dîner, on fe fait relever par d’autres ouvriers, pour qu’il n’y ait point de djfcontinuation.
- 64. On laifse les peaux pafser la nuit dans le eoudrement, ce qui achevé de les tanner : on met en travers fur la cuve une planche pour les relever & les îaifser égoutter un moment. Pour lés déplifser, on lès releve fur une planche j on remue de nouveau le eoudrement, & l’on y rabat les peaux aulîi-tôt: cela fe fait deux fois dans l’efpace de quinze 'heures. On a foin , en laifsani repofer les peaux dans le eoudrement, d’étaler les dernieres, la chair en haut, pour garantir les autres, & on les laifse pafser la nuit dans ce eoudrement, quelquefois même vingt-quatre heures fi le tems l’exige ; mais cela eft rare. Il eft bien dangereux qu’il y ait du fer dans ce eoudrement j en général dans toute l’opération des peaux , & fur-tout des maroquins , on doit l’éviter avec foin, r 65. Le eoudrement de noix de galle s’emploie à Nicolle avant la couleur,
- Iii ij
- p.435 - vue 437/631
-
-
-
- 43«
- ART BU MAROQUINIER.
- pour les peaux que l’on veut mettre en jaune feulement ; car les maroquins rouges n’ont befoin , avant la teinture , que du fumac [20] , du confit [30] & du fe! [31]. Pour quarante peaux deftinées à mettre en jaune , on fait infufer à froid , pendant fix à fept heures , dix-huit à vingt livres de noix de galle dans huit à neuf pintes d’eau bien claire ; on y fait tremper ces quarante peaux pendant vingt-quatre heures, en obfervant qu’il n’ÿaitquela liqueur fuffï-faute pour humeéter les peaux fans les furnager. Au bout des vingt-quatre heures, on les retire de la noix de galle pour les bien laver dans l’eau fraîche: on les fait fécher tant à l’ombre qu’au foleil j après quoi on les lave encore une fécondé fois pour les faire fécher de nouveau. C’eft la préparation des maroquins qu’on veut mettre en jaune.
- Suite du travail des maroquins rouges, au Levant.
- - • €6. Les maroquins rouges, àNicofie, après avoir été teints [41], remettent dans une décodion de noix de galle [43] jainfi la noix de galle fert à Nicolle & à Paris, pour toute forte de maroquins, & même à Diarbékir „ comme nous allons l’expliquer.
- A Diarbékir , le maroquin rouge ne fe prépare qu’avec les matières fécales & le fon [19,30] ; on y emploie enfui te le moût de raifin ou le miel, le fel, la gomme lacque ou la cochenille, l’alun , & enfuite la noix de galle ,qui forme la derniere opération. On prend cinquante peaux de celles qui n’ont été préparées qu’avec les matières fécales & le fon, & non avec la décodion de galle. On prend un battement (1 $) ou dix-huit livres trois quarts de pecque-mefc qui eft du moût de raifin , ou à défaut de moût, autant de miel liquide, qu’on fait chauffer de maniéré à pouvoir y tenir la main : on y trempé les peaux l’une après l’autre -, on les entafse, on les couvre d’une ferpilliere, & pn les laifse ainfi pendant trois jours ; après quoi on les lave deux ou trois fois dans de l’eau où l’on a difsout trois ocques de fel commun ( c’eft neuf livres fix onces) ; puis on les fait fécher à demi.
- 67, Pendant que les peaux fechent, on prend un battement tfeucque , c’eft-à-dire , de gomme laque dans dix battemens d’eau, & à fon défaut, une ocque & cinquante dragmes de cochenille en poudre [45] dans huit battemens d’eau. On la délaye , & on la fait bouillir pendant trois heures , avec environ quarante dragmes d’alun aufli en poudre. Quand elle eft un peu refroidie de maniéré à pouvoir y tenir la main, on en frotte les cinquante peaux les unes après les autres : ce qu’on réitéré jufqu’à quatre fois, ayant toujours foin de les entafser & de les étendre à chaque fois les unes fur les autres. On les trempe enfuite l’une après l’autre dans de l’eau fraîche où l’on a difsout cinquante dragmes d’alun. On les fait fécher à moitié j après quoi on les trempe
- OO Poids du Levant, qui varie fui- tîngue le battement fort & le battement vant les relations des voyageurs. On dif- faible.
- p.436 - vue 438/631
-
-
-
- 437
- ART DU MAROQUINIER.
- & on les foule dans la décoction de noix de galle préparée comme nous le dirons à l’occafion du maroquin noir ou jaune (84) i enfuite on les lave dans de l’eau fraîche; on les fait lécher à l’ombre ou à un foleil tempéré. Quand elles font feches, on les lifse & on les luftre avec de l’huile de lin , comme les maroquins noirs [86], Cette teinture du maroquin rouge & celle du maroquin jaune [85] doivent fe faire dans un endroit chaud.
- Suite du maroquin rouge , à Paris.
- 68. Revenons aux maroquins de Paris qui ont été teints en rouge &mis en coudre mer. t [64]. Au fortir du coudrementde la noix de galle, les maroquins doivent être lavés dans une eau claire qui emporte le fuperflu de la galle, comme on a fait au fortir de la teinture. Quand ils font lavés, deux hommes les tordent à la main , en prenant deux peaux à la fois , comme ci-devant; on les fecoue & on les étend de leur long fur une table pour recevoir Phuile les unes après les autres , la chair fur la table & la fleur en haut.
- 69. On a de l’huile dans une febile de bois , avec une éponge grofse comme un œuf, ou un gipon de laine; on le trempe dans l’huile , & on le pafse fur la fleur pour l’adoucir, & empêcher que l’air ne la furprenne & ne la dur-cifse. On pend ces peaux à des, crochets par les pattes, la tète en bas, fleur contre fleur, à une petite diftanceles unes des autres, & on les difpofe de maniéré que le courant d’air les enfile de côté dans les intervalles ; car s’il frappait la furface de la fleur, il mangerait la couleur. Il ne faut pas deux livres d’huile pour les huit douzaines de peaux : il faut une demi-journée à deux hommes pour les (ecouer, les mettre en huile & les accrocher.
- A Nicofie, on emploie l huile de féfame ou de jugeoline, qui eft l’huile la plus ufitée au Levant. f
- "'-70. Les maroquins font au féchoir un ou deux jours, fuivant les tems. Quelquefois 011 peut les décrocher le même jour : en hiver il faut quelquefois une femaine. Au refte , on les retire le plus promptement qu’il eft poffible.
- 71. Les maroquins étant tout-à-fait fecs, ont befoin d’être corroyés & ïifsés. D’abord on les plie deux à deux en petits bouchons, fleur contre fleur ,* on les foule aux pieds fur un plancher net, deux à la fois , avec des efcarpins de corroyeurs , mais qui font réfervés pour le maroquin. Un homme peut en fouler quatre à cinq douzaines dans fa journée. On corrompt enfuite les maroquins avec la pomelle de bois ( vpyez Vart du convoyeur') , pour en brifer le grain. Un homme peut en corrompre quatre douzaines dans fa journée.
- 72. Il faut parer à la lunette les maroquins du côté de chair, en les frottant avec du blanc , pour que la lunette n’entre pas tant dans la fubftance de la peau.
- 73. Le maroquin noir fe lifse avec une efpece de pomme ou d’oignon de
- p.437 - vue 439/631
-
-
-
- verre repréfenté en Y ; il doit être étendu fur une table un peu inclinée. On peut en lifser trois ou quatre douzaines dans la journée.
- Le maroquin rouge fe lifse , comme on le voit en D , avec un rouleau de bois X que l’on tient à deux mains : la peau eft étendue fur un chevalet de bois de chêne , fur lequel il y a une languette de poirier qui a quelques lignes de faillie. On fufpend au côté de la peau un poids avec un hameçon fort délié , qui la tire en bas, tandis que le lifseur la retient & la gouverne avec fa cuifse en la laifsant couler autant qu’il convient, à mefure qu’il avance dans fon lifsage. On voit en D l’a&ion du lifseur, & en V le maroquin placé fur le chevalet à lifser.
- 74. On lifse deux fois chaque peau, c’eft - à - dire , qu’après avoir parcouru la furface entière de la peau avec la lifse, on retourne, pour que les intervalles & les raies qui auraient pu s’y faire, foient effacées par le retour de la lifse j d’ailleurs cela rend la fleur plus brillante. Un ouvrier peut lifser deux douzaines de maroquins rouges dans un jour ; on lui donne vingt-quatre fols par douzaine. Cette opération eft cependant délicate j elle exige de l’habitude & de l’adrefse pour lifser bien également & uniformément. On pafse un peu d’eau fur la fleur avec une éponge, afin que la lifse glifse plus aifément ; mais cela n’ett-pas nécefsaire à la fécondé fois.
- 7f. L’opération delà lifse abat le grain du maroquin. Cependant, comme le grain eft une beauté du maroquin, on le fait revenir au moyen d’une po-melle de liege ( c’eft une plaque de bois garnie de filions, voyez Y art du cor-royeur) , avec laquelle on le tire doucement, fans en ôterleluftre: & c’eft la derniere façon du maroquin rouge, à Paris.
- Suite du maroquin jaune, à Paris. *
- 76. Les maroquins que l*on veut mettre en jaune, exigent moins de précautions que les rouges. On ne teint en jaune qu’après le coudrement [ 64] , & il en eft de même de toutes les autres couleurs. O11 laifse même repofer & fécher les peaux qui ont été coudrées, qu!on appelle peaux en croûte,• & quand 011 veut les teindre, on les remouille, on les foule à l’eau , on les tord, on les laifse fécher à moitié, on les alune [ 35 ] , & enfuite on les teint.
- 77. La graine d’Avignon eft le feul ingrédient qu’on emploie pour le maroquin jaune. C’eft la graine de l’arbre appelle rhamnus catbarticus minor Caf-pari Bauhini, in P in ace, page 478 i & dans Linnms , rhamnus fpicis terminale bus, jloribus quadrifidis dioicis. Spec. page 193. Hortus Cliffortianus 70. Flora fuecica 193 ( 16). On l’appelle aufïi grainette, graine jaune. Cette efpece de
- ( 16 ) L’arbrrfleau qui porte cette graine efpece qui en approche de fort près. M. Du-jaune, n’eft pas tout-à-fait le rhamnus ca- harnel en a donné la figure dans fon Traité tharticus de C. B. & de Linnæus, C’eft une des arbres arbuftes, tom. II, p. ç 1 ; &
- p.438 - vue 440/631
-
-
-
- 439
- ART D U M A R 0 QU I N I ER.
- nerprun, ou cet arbrifseau épineux qui donne la graine d’Avignon , fe trouve en Provence, en Dauphiné & en Languedoc, d’où fe tire la graine qu’emploient nos teinturiers. On y fabrique aufli le ftil-de-grain & le verd-de-veflie dont fe fervent nos peintres, & qui eft extrait de la graine d’Avignon.
- * 78. Une livre & demie de graine d’Avignon dans un feau d’eau teindra quatre douzaines de peaux. Cette couleur teint aifément ; & quoique faite après le coudrement, elle eft aufli folide que le rouge qui fe donne en tripe, c’eft-à-dire, avant le coudrement [ 59].
- A Nicofie , les ouvriers emploient aufli la graine d’Avignon , qu’ils appellent hctlagex. On la tire de Caramanie, d’où elle fe tranfpcrte tant en Egypte que dans les isles de l’Archipel, où le rhamnus catharticus ne fe trouve pas , & où l’on teint cependant les maroquins en jaune , avec la même graine.
- Plus on veut avoir un jaune foncé, plus il faut le forcer en graine : on peut ainfi le poufser jufqu’à l’oranger.Voye2 fur les teintures jaunes, M. Hel-lot, dans les mém. de l’académie pour 1741, page 70.
- , 79. On fait à Marfeille du maroquin bleu & du maroquin verd. Je n’entrerai point dans ces détails de teinture ; il n’eft pas difficile de donner le bleu avec le tournefol & l’indigo , & le verd, avec le verd-de-gris mêlé d’un peu de tartre, ou avec un mélange de jaune~& de bleu.
- Maroquin jaune du Levant.
- 80. A Nicofie, pour faire la teinture jaune, ils prennent environ cinq livres * d’halagex ou graine d’Avignon, avec une livre & demie d’alun de roche qu’ils pilent enfemble pour les réduire en poudre très-fine qu’ils font in-fufer dans fix pintes d’eau déjà tiede & placée fur un très - petit feu pendant une heure ou deux , obfervant que la liqueur 11e bouille pas.
- On met les quarante peaux, que l’on veut teindre en jaune , dans uneef. pece d’étuve ; on les étend parterre les unes fur les autres : alors deux hommes prenant chacun les extrémités d’une peau, l’un d’eux trempe la main dans la liqueur jaune, fans autre inftrument, la pafse & repafse fur la fleur de la peau. Lorfqu’elle eft bien teinte, ils {la plient en deux fuivantfa longueur* enfuite ils teignent fuccefîivement les autres, & les mettent;en pile. Quand
- M. Gérard Ta décrite dans fa Flora gaüo- différence obfervée ne vient point unique-provinciali, pag. 462, n°. 2. Ce dernier dé- ment de la diverfité des climats. 11 ferait finit ainfi l’arbriffeau de graine d’Avignon : utile de planter cet arbriffeau fi utile dans Rhamnus ftinis terminalibus ,floribus qua- la teinture , fur la pente méridionale de drifidis dioicis, coroüarum laciniis longi- f quelques montagnes pierreufes , pour, efi. tudine tubi. Et le nerprun ordinaire: Rharii- fayer s’il n’y réuflirait pas. nus Jpinis terminalibus, fioribus quadrifi- , * J’ai réduit les ocques du Levant, en
- dis, dioicis', coroüarum laciniis tubo Ion-'' poids de Paris, à raifon de trois livres deux gioribus. Au refte , il n’eft pas décidé fi da onces pour une ocque.
- p.439 - vue 441/631
-
-
-
- 440
- ART DU M A R O Q US NIER.
- elles font toutes pafsées, on les retourne cinq à fix fois en les changeant de place , & les remettant toujours les unes fur les autres, afin que la teinture les pénétré mieux.
- On teint encore les peaux en jaune une fécondé fois, delà même façon que je l’ai dit pour la première fois. On les tourne & retourne environ quarante fois ; après quoi on les trempe fept à huit fois dans l’eau fraîche , bien nette ; enfuite on les fait fécher à l’ombre. On les pare du côté de chair, pour enlever ce qu’il y a de fale , & on luftre la fleur avec un bâton.
- Maroquin noir, à Nicojie.
- 8r. A Nicofie, pour le maroquin noir, on prend les peaux lorfqu’eües ont pafsé le fumac [21 J ; car elles n’ont pas befoin du fon ni des figues, comme les maroquins rouges [30] , ni de la noix de galle , comme les maroquins jaunes [6$]. On prend fix livres d’une terre vitriolique aftringente, qu’on trouve dans l’isle de Chypre , & que les gens du pays appellent maurite ou maurizj, & une poignée de noix de galle pilée, que l’on fait infufer enfemble , à froid , pendant deux ou trois heures , dans quarante cinq ou quarante-huit pintes d’eau: cette liqueur eft noire ; on en frotte chaque peau une fois feulement ; & fi-tôt qu’on on a teint une il faut fur-le-champ la bien laver dans l’eau fraîche; car la teinture brûlerait les peaux fans cette précaution; enfuite on les étend pour les faire fécher à l’ombre. On rend cette teinture plus ou moins noire , en y mettant plus ou moins de maurite. On met aufîi un peu d’huile fur la furfacedes maroquins noirs , lorfqu’ils font prefque fecs [ 69].
- 82. En France, c’eft auili au fortir du fumac, ou plutôt de la galle [69 ] , qu’on met le maroquin en noir, après l’avoir crépi à la pomelle, & efparé (voyez Ym'J. du corroyeur). On fait le noir avec de la bierre fure , dans laquelle on a jeté de la vieille ferraille, comme nous l’avons dit dans Vart du cor-royèur. O11 fe fert d’un paquet de crin tortillé, ou d’une brofse rude, qu’011 trempe dans la teinture , & dont on frotte deux fois le côté de la fleur, quelquefois trois à quatre, en laifsant fécher les peaux à chaque noir. On les laifse enfuite fécher à moitié , en les pendant par les jambes de derrière.
- Les peaux à demi feches & étendues fur la table , on les tire à la pomelle, pour en faire fortir le grain; on y jette un peu d’eau: après le dernier noir, on les défonce à la bierre, &on les frotte avec le jonc, comme pour efparer. Lorfqu’eües font efparées, elles reviennent encore fur la table, où on les tire à la pomelle des quatre quartiers & de travers pour relever le grain; on y jette encore de l’eau, & on les Hfse de nouveau ; enfin on les tire à la pomelle de bois, pour la troifieme fois.
- 83* On leur donne enfuite fur la fleur avec un petit morceau d’étoffe , une couche de luftre qui eft fait avec du jus d’épine - vinette, d’ail, de citron,
- d’orange,
- p.440 - vue 442/631
-
-
-
- 441
- ART du maroquinier.
- d’orange , ou de bierre fure ; on les frotte fortement avec quelque bonnet ou gipon de lainei on les déborde fur le chevalet, on les pare à la lunette , & on les tire au iiege, pour leur donner le grain : c’eft la derniere façon. Ce travail eft à peu*près le même que celui de la chevre grafse , que nous décrirons dans Vart du convoyeur. On pourrait employer de l’eau de coudrement avec la couperofe pour donner le noir ; mais la couperofe feche & brûle la peau , & l’on préféré la bierre, qui nourrit, pour-ainfî-dire, la peau, & lui donne de la douceur, loin de la defsécher & de la brûler. Le noir de bierre eft meilleur quand il eft vieux ; l’on ne peut guere l’employer avant trois ou quatre mois, au lieu que le noir de couperofe peut fe faire d’un moment à l’autre.
- Suite des maroquins noirs ou jaunes, à Diarbékir.
- 84. A Diarbékir, les peaux qu’on veut mettre en noir ou en jaune pafsent dans la noix de galle ; mais pour les rouges , 011 emploie le moût de raifin ou de miel: pour cinquante peaux deftinées à faire, du maroquin jaune ou noir, on prend deux battemens, ou douzeocques de noix’degalle en poudre, qu’on délaye à froid, en maniéré de bouillie liquide , dans trois ocques d’eau: une ocque pefe quatre cents dragmes ou trois livres deux onces de France. (*). Auflîtôt quelagaliey eft cuite & précipitée, ony trempe les peaux, en les foulant avec les pieds les unes après les autres, ce qu’on répété trois fois pendant deux heures} puis on les laifse tremper dans la décodion de galle jufqu’au lendemain. Quand la bouillie de galle eft trop épaifse, on y ajoute de l’eau.
- Le lendemain on retire les peaux} on les travaille fur chair* ; on les lave , on les foule quatre fois les unes après les autres * & quand elles font bien nettoyées, on les remet dans une nouvelle décodion ou bouillie de noix de galle, comme la première fois } on les lave bien dans l’eau fraîche , puis on les fait fécher.
- Lorsque les peaux font féches, & qu’on veut les teindre en jaune, on prend pour cinquante peaux deux ocques de graine de jara , ou graine d’Avignon } c’eft la graine d’une efpece de lycium de Caramanie, rhamnus cathar-ticus [77]. On y ajoute cinquante dragmes d’alun en poudre , qu’on délaye en maniéré de bouillie claire, dans une fuffifante quantité d’eau chaude} & lorf-que cette teinture eft faite, on en frotte les peaux les unes après les autres. Éll^doivent être humides pour bien prendre la teinture; & cette opération doit être faite dans un lieu chaud.
- Quand une peau eft teinte, on la plie en deux ; enfuite on les entafse
- * Suivant M. Monthenault , conful à vres & demie : mais nous nous fervirons de Alep, le battement eft une mefure.du pays, l’évaluation de M. Granger. de douze ocques ; & l’ocque pefe deux li-
- Tome III. \
- Kkk
- p.441 - vue 443/631
-
-
-
- 442
- ART DU MAROQUINIER.
- toutes les unes fur les autres, & on les laifse empilées jufqu’au lendemain. On les lave enfuite légèrement dans de l’eau fraîche où l’on a difsout environ quarante dragmes d’alun , pour affermir un peu la teinture & la peau ; puis on les fait fécher , & on les lifse fans employer aucune huile pour les luftrer.
- %6. A Diarbékir, pour le maroquin noir, on emploie d’abord, auflibien que pour le jaune , la noix de galle en poudre [84] , jufqu’à deux fois ; on les lave , & on les fait fécher ; on prend enfuite deux livres d’une terre vitrioli-que fcrrugineufe qu’ils nomment caraboya, & qu’ils difsolvent dans unefufïi-fante quantité d’eau. Lorfque l’eau en elt bien chargée, ils en frottent les peaux, jufqu’à ce qu’elles paraifsent d’un beau noir; on les lave bien dans de l’eau fraîche j on les fait fécher à l’ombre; on les lifse; enfin on les luftre avec de l’huile de bezerianne, qui eft l’huile de lin.
- Du commerce des maroquins.
- 87. Le maroquin rouge fe vend foixante à quatre-vingt livres la douzaine: fon poids eft de onze à quatorze livres la douzaine , quand il eft entièrement fini. Le maroquin jaune ,b!eu , ou verd, fe vend entre quarante-huit & foi-Xante livres la douzaine ;& le maroquin noir, de cinquante à cinquante-cinq ou foixante livres. M. des Billettes dit qu’il avait vu préparer à Paris des ma-roquinsfen 166 j. M. Garon avait établi , il y a plus de trente ans, au faux-bourg S. Antoine, une manufacture de maroquins rouges & noirs ; on en fait actuellement à la manufacture de S. Hippolyte. Cependant Paris tire de Mar-feille & d’Avignon beaucoup de maroquins rouges, bleus & verdsjon tire aufli de Rouen des maroquins noirs.
- 88* Les tapifîiers, cordonniers, ceinturiers, felliers ,gaîniers ,bahutiers, c’eft-à-dire , coffretiers, font ufage du maroquin , comme tout le monde le fait; & de tous les cuirs qu’ils emploient, c’eft le plus eftimé, le plus cher & le plus beau. Les fouliers de maroquin noir ont l’avantage de fe nettoyer très-facilement avec une éponge & du vinaigre, qui leur rend toute leur propreté.
- 89. Les maroquins d’Efpagne font les plus e(limés pour la bonté ; cependant ceux de France font fouvent plus beaux : mais quant à la qualité & à la vivacité des couleurs , ceux du Levant, de Conftantinople, de Chypre , d’Alep & de Smyrne font les plus recherchés (17).
- ( 17 ) 11 y avait à Halle en Saxe une ma- le cédait en rien à celui de Turquie , pour îiufaéture de maroquin très-renommée. M. la beauté & la bonté du cuir , & la folidité Ludovici en parle avec éloge dans fon die- des couleurs. Cette manufacture eft tombée îiannairt du commerce en allemand. Cet à la mort de l’artifte qui la dirigeait, auteur aiTure que le maroquin de Halle ne
- p.442 - vue 444/631
-
-
-
- 443
- AR T D U MAROQUINIER.
- 90. Les relieurs ne prennent que les maroquins les plus petits, les plus fins, les plus parés, & fou vent ils les parent encore chez eux du côté de chair, pour les rendre plus minces. Ils les paient de foixante à foixante-fix livres la douzaine.
- 91. On fabrique à Limoges des bafannes rouges, qui font des peaux de moutons teintes en rouge avec moins de précaution que le maroquin ; on en fait auffi à Paris quelque confommation.
- 92. Le maroquin blanc fe fait à peu près comme les peaux de mégie, dont nous avons donné la defcription dans Y art du mégijjier. On emploie cependant pour le fabriquer & lui faire conferver fon blanc , quelques drogues dont le mégifiier 11e fait pas ufage , & dont nous n’avons pas eu connaifsance. Pour le travail de riviere , il fautobferver dans le maroquin blanc tout ce quia été dit du maroquin rouge [33] , parce que la chevre eft une peau très-ingrate & difficile à travailler. Après toutes ces façons, c’eft-à-dire, après le recoulage , on lui donne le confit de fon ; il y refie quatre à cinq jours en été, & huit jours en hiver. Quand le confit a levé plufieurs fois., & qu’il fe rabat de lui-mème , ou qu’il ne releve plus, on donne la blancheur au maroquin , au moyen d’une pâte faite avec des œufs & du lait, comme dans la mégie. On prétend encore que, pour empêcher qu’il ne fe tache & fe falifse trop aifément, il faut, pour le maroquin blanc, ajouter à cette pâte un autre ingrédient fe» cret quiraffermifse la fleur. Il paraît que cela fe réduit à quelque aftringent. On donne enfuite au maroquin blanc le grain qui en fait la marque diftinc-tive, par le moyen de la pomeîle du corroyeurj il faut même une pomelle rude j on le lufire en le frottant Amplement avec un linge blanc & fec.
- 93. Les maroquins blancs font moins ufités en France que dans l’Italie , qui en tire de Smyrne des quantités confidérables. On en fait des fouliers de femmes* & il a, fur les peaux de moutons pafsées en mégie, que nous avons'dé-crites dans Vart du mégijjier , l’avantage de fe nettoyer aifément lorfqu’ila été fali: il fuffit de le laver }& quand il eft fec ,de le frotter avec un linge : il reprend toute fa qualité & fon éclat.
- 94. Les cordouans font des cuirs fort refsemblans aux maroquins, mais apprêtés avec le tan : en quoi ils different de ceux que nous avons décrits, & qui 11e font tannés qu’avec le fumac& la noix de galle. Probablement cette dénomination eft: venue de la ville de Cordoue dans l’Andaloufie , comme la Ruf-fie, la Hongrie & le royaume de Maroc ont donné leurs noms à d’autres fortes de cuirs. Ménage croit que c’eil des cordouans qu’eft venu le nom de cordonnier.
- Kkk ij
- p.443 - vue 445/631
-
-
-
- 444
- ART DU MAROQUINIER.
- .................
- EX P LIC ATI ON de la planche du Maroquinier.
- •C
- Haut de la planche.
- X^es premières opérations refsembient à celles du tanneur, du corroyeur* du mégiffier j nous ne plaçons ici que celles qui fon particulières au maroquinier.
- A,aélion de celui qui trempe les peaux dans la baignoire pour les teindre [47]. On y voit trois baignoires : il faut fuppofer un ouvrier à chacune.
- B , adion de celui qui met les peaux fur le chevalet, à mefùre qu’elles fortent de l’alun.
- C, a<ftion de celui qui les lave pour ôter le fuperflu de la couleur.
- D, aétion de celui qui lifse le maroquin rouge [73].
- E, chaudière de cuivre dans laquelle on fait bouillir la teinture [45].
- F & G , chaudières plus petites, où l’on tranfvafe la teinture [46].
- On voit entre deux un chauderon placé fur un fourneau, où l’on tient de l’eau chaude.
- H, baignoire dans laquelle on teint les peaux.
- Bas de la planche.
- I, rateau pour la teinture [46],
- K, pelles pour remuer le coudreraent [62].
- L, trépied fur lequel on place une marmite qui fe voit entre les deux [chaudières.
- M , baquet à main .pour tranfvafer la' teinture.
- N, baquet rond dans lequel on alune [3f]. v
- O, tamis de toile pour couvrir la chaudière.
- P, bille avec laquelle on tord les peaux pour les égoutter.
- Q, autre tamis pour clarifier la couleur.
- R, cerceau de fer qui eft fixé dans la muraille entre les deux chaudières, pour porter le tamis.
- S, chopine pour verfer le rouge dans les baignoires.
- T, baignoire.
- V, maroquin tendu fur le chevalet à lifser.
- X, rouleau de bois pour lifser le maroquin rouge [73].
- Y, oignon de verre pour lifser le maroquin noir [73].
- p.444 - vue 446/631
-
-
-
- 44 ï
- ART DU M A R 0 QÜ / iV 1ER.
- TABLE DES MATIERES,
- & explication des termes contenus dans Part du Maroquinier.
- »g=. - .lsursrr *»
- A
- C
- i\ccROCHER les peaux} art. 6.
- Alun d’Angleterre , moins propre à aluner les maroquins, de Rome , fa dofe, 34,37,67. de Smyrne , fes inconvéniens, 34-
- Aluner les peaux , 34.
- Ardoise propre à queurfer les maroquins, 12.
- B
- Baquet à aluner, 56.
- Basannes rouges de Limoges, affez femblablesau maroquin ,91.
- Battement , poids ufité dans le Levant , 66.
- Bauhin ( C.) , cité 77.
- Bierre fure : on s’en fert pour faire le noir, 82.
- Bille du maroquinier, 36,/^. P.
- Bleu'.manière de donner cette cou-ieurau maroquin, 79.
- Bomare (dé) , di&ionnaire d'hijïoire naturelle, cité 40.
- Bouc, fa peau propre à faire le maroquin , 3} plus forte que celle des chevres 3.
- Bouquetin, fa peau propre à faire le maroquin, 3.
- Caroboya , terre vitriolique du Levant , 86.
- Chaudière du maroquinier, 4
- E.
- Chaux. Son ufage pourle maroquin ,
- Chevalet du maroquinier , gf, fig.
- B.
- Chevre , fa peau propre à faire le maroquin ,8. 1
- Chevres ( peaux de ), fon prix, 3* Cbippage , 23.
- Coccus baphica. Voyez Kermès.
- infeétorum. Voyez Kermès. Cochenille , 39,67.
- Confit de chien ,11, 14.
- de figues. Voyez Figues. de fon. Voyez Son. Contrécharner, en allemand, mder-holt entfleijchen, 11.
- Cordouan , 94.
- Cork. On en exporte des peaux, pour les manufactures de maroquin en France, 3.
- Corrompre le maroquin, 71. Coudrement de noix de galle. Voyez Noix de galle. de fumac. Voyez Sumac. Couperose. Son ufage ,83.
- p.445 - vue 447/631
-
-
-
- 44*
- ART DU M A RO QU I.N I E R.
- Couteau rond, en allemand, rundes Schabeifen, propre a donner une façon de fleur, i ç.
- Crépir à la pomelle, 82. “
- Crotin de mouton. Son ufage pour ia teinture, 17.
- Crotte de chien, employée par quelques épiciers pour falfifier lepoivre, ï8.
- Cuves du maroquinier, doivent être defapin , & non de chêne , 65.
- D
- Déborder les maroquins, 8?.
- Défoncer les maroquins noirs, 82.J
- Déplisser les peaux, 54.
- Diarbékir , ville de la Turquie d’Afie. Maniéré d’y fabriquer le maroquin,
- 7- ' ,
- Dictionnaire de commerce,cite40.
- de médecine, cité 40/
- E
- EcHARNERles peaux, 10, en allemand, abjîeifcken.
- Egoutter les peaux, 54.
- Esparer , 82.
- Eucque, gomme lacque, 67.
- F
- Façon de chair ,11.
- Fer gâte les coudremens, 64.
- Figues, 31.
- Fouler les peaux, en allemand, vtaL ken, 10, j6.
- G
- Graine d’Avignon, pour teindre en jaune, 77.
- Granger (M. ) a contribué à la per-
- fection des arts, 2.
- Gomme lacque , fon ufage dans 1a teinture, 55.
- f \ 7- -
- H
- Halagex, graine d’Avignon, 78.
- Hellot, mémoires de l'académie royale des fciences de Paris , cité 40, 78.
- HirPOLYTE ( manufacture de S. ) > 1.
- Histoire de l'academie royale des fciences, citée 2.
- Huile , fon ufage dans le travail des maroquins, 58. de féfame. Voyez Séfame. de lin , propre à luftrer les maroquins , 67.
- J
- Jaune , maniéré de donner cette couleur au maroquin, 55, 76,83.
- I
- Ilex , accnleata cocci glandifera , ar-briifeau qui porte le kermès, 40.
- K
- Kermès, 40. Sadofe, 4i. Son prix, ibid.
- L
- Lacque en bâtons. Son ufage , 39.
- Lavage des peaux, 8, 58.
- Lentisque , arbufte, 28.
- Linnæus ,flora fuecica , cité 77.
- Lisser les maroquins, 57,71.
- Lustre pour les maroquins noirs,
- 83.
- Lustrer les maroquins, 57.
- p.446 - vue 448/631
-
-
-
- 447
- ART DU MAROQUINIER.
- M P
- Males. On préféré leurs peaux dans le Levant, 3,
- Maroquin. Sa définition, 1. Son prix,
- §7.
- blanc, 92.
- d’Allemagne, 89, note. d’Efpagne, 89. du Levant, 89.
- Marsigli , hijloire phyfique de la mer, cité 40.
- Maurepas (M. le comte de ) a contrit bué à la perfe&ion des arts, 2.
- Maurite , forte de terre aftringente de l’isle de Chypre , 8r.
- Mémoires de l'académie royale des fciences, cités 2.
- Merlut : les peaux en merlut font celles qui ont été déjà en chaux, pelées & féchées, q.
- Miel. Son ufage dans la teinture des maroquins ,66.
- N
- Nerprun,arbriffeau qui porte la graine d’Avignon, 77.
- Nicosie , maniéré de fabriquer le maroquin, f.
- Maniéré d’y faire le confit ,
- if.
- Noir, maniéré de fabriquer le maroquin noir, 81, 84.
- Noix de galle, 22,39 > 67-
- O
- Ocque, poids du Lévant évalué à trois livres deux onces poids de marc, 81.
- Parer à la lunette ,71.
- Peaux en croûte, font des peaux qui ont été coudrées, 76.
- Pecquemesc , moût de raifin, 66. Peler les peaux, 4.
- Pistaci A foliis abrupte pinnatis, foliolis lanceolatis, 28.
- Pleins , leur ufage , 4.
- Pomelle de liege, propre à faire le grain du maroquin, 75%
- Q.
- Queurser les peaux, en allemand, fchaben, 10 , 52.
- R
- Rabattre les peaux ,' 4.
- Rastenele, plante, 28.
- Réaumur ( M. de ) , cité 40. Recouler , en allemand , zurück-flreichen, 11.
- Rétaler les peaux, 4.
- Rhamnus catharticus minor, C. B. 77.
- fpicis terminalibus, floribus quadrijidis dioicis, 77.
- Rhoé , 20.
- Rhus , 20.
- foliis pinnatis obtujîufcule fer-ratis, ovalibus fubtus villo-fis, 20. folio ulni, 2o. myrtifolia ,28. obfoniorum, 20.
- Rondon, plante, 28.
- Rouge, teinture, 59.
- Rubeum , 20.
- p.447 - vue 449/631
-
-
-
- 448
- ART DU MAROQUINIER. S T
- Scarlatum. Voyez Kermès.
- Secouer les peaux, 68.
- Sel. Son ufage, 31,66.
- Sesame. Son ufage pour teindre le maroquin , 4f.
- Sikion , leflive decrotin de mouton , 17.
- SlPPAGE. Voyez Chippage.
- Son ( confît de), 28-
- Suisse. On en tire des peaux feches pour le maroquin, 3. On y fabrique des maroquins, 3 , note.
- Sumac , plante, 20,
- Tirer à la pomelle, 82.
- Tordre les peaux, 36, 68.
- Travail de riviere néceflaire au maroquin ,8,9, 10. Ordre qu’on fuit dans la manufacture de S. Hippo-lyte, 12.
- Trempis, 4.
- V
- Verd; maniéré de donner eette couleur au maroquin, 79.
- Vermillon , 40.
- Fin de Part du Maroquinier.
- p.448 - vue 450/631
-
-
-
- ART
- D E TRAVAIL 1ER
- LES CUIRS DORÉS
- O F JL JR. & XL N T JÉ S9
- Far M. Fougeroüx de Bondarot.
- p.449 - vue 451/631
-
-
-
- p.450 - vue 452/631
-
-
-
- Uu
- •& f f t %- %- # é é f f f f f 4 f & f f f # # •&
- 4
- 4
- ^ \k£
- 4>- 4” v^ ^ -ag»
- «i-Mi-ttfill * .
- f3?S:
- :’ A -R T. -. v.' :\ ; ; ,;
- DE TRAVAILLER
- * * i .. - .
- , £ E S CUIRS'- D-j‘Q R$ S *<\
- ; OU .A R GENtÉS. (O ; ’ Ç^.:- C.-..-
- ' « --—- i, ''. .. ». -'
- JL A Flandre, la Hollande & l’Angleterre pafsent pour avoir fourni les premières tentures de cuir doré ou argenté que l’on aie vues à Paris. Quelques-uns en attribuaient la première invention aux Efpagnols i mais on ne fait fur quel fondement, puifqu’aujourd’hui on ne voit point en France de ces fortes de tapifseries qui foient foraes de leurs manufactures, & qu’elles font peu connues chez eux.
- Les tentures de cuir doré qui nous viennent de Flandre , fe fabriquent prefque toutes à Lille, à Bruxelles , à Anvers & à Malines. Celles de cetç&ucr-
- * L’académie m’a remis des obfervations & des détails de M. de Réaumur fur l’art que je donne aujourd’hui : ils étaient defti-nés à fervir de matériaux à ce laborieux phy-beien , pour exécuter, le même (travail que je mefuis propofë de remplir. _
- Je me fui s" fervi d’une planche gravée en 1708, à laquelle j’ai été obligé de faire
- quelques changemens & des additions. J’ai ajouté une fécondé planche pour faciliter l’intelligence du manuel de cet art.
- O ) La defcriptiûn de eet art fut publiée par l’académie en 1762 }i & traduite enallemand l’année fuivante,,avec des notes de M. dejufti , que j’aurai foin é’inférer^dânSi les miennes.
- Tome III.
- LU ij
- p.451 - vue 453/631
-
-
-
- ART DE TR AF AILLER
- 4*2->
- siiere ville font les plus recherchées de toutes. On en travaille à Venife dê très-belles que nous cherchons à imiter. Quelques manufactures s’étaient auffi établies à Lyon , & avaient eu du fuceès.
- Ce n’eft que depuis.environ deux fiecles,que ce commerce s’eft répandu, dans Paris. Nous le devons à quelques ouvriers fortis de Flandre, qui vinrent travailler dans^ cette capitale , & s’y formèrent des fuccefseurs. Mais , foit préjugé & goût de la natiou pour tout ce quivientde loin, on préférait toujours les tentures forties de Hollande ou de Flandre , quoique celles de nos manufactures fufsent auffi bonnes.
- Quoique les nôtres pufsent aller de pair-avec celles de Hollande & de Flandre, elles ne pouvaient être vendues, à moins qu’on ne les fit pafser comme ayant été faites dans l’une de ces deux provinces, & elles étaient fou-vent livrées fous ce nom par nos manufacturiers. Il faut avouer cependant , que nos tentures n’ont jamais pu égaler en perfection certains cuirs dorés venus d’Angleterre , ainfi que ceux de Venife. Nous fommes forcés d’aecordêr la préférence à ces deux, derniers,qui l’emportent fur les nôtres parl’éclat,, la beauté des deffins & leur durée. Peut-être ne manquait-il à nos ouvriers , pour les imiter parfaitement , que de nous connaître--plus conftans dans nos goûts, de voir détruits cet amour & cette préférence pour tout ce qui vient de l’etranger, enfin d’être plus favorifés dans leur commerce.
- Les tentures dé cuir doré étaient autrefois très-recherchéës. La commodité de ne point être endommagées autant que celles d’étoffes ou de laine, par l’humidité * & les infeCtesj de,perdre très-peu-dedeur éclat avec le temsj.de ne point prendre de pouffiere , ou de laifser la liberté de. l’ôter aifément en les lavant avec une éponge 5 enfin , .de,fe moins prêtera la multiplication des punaifes qui défolent l’été cette capitale , & qui trouvent dans les autres tapif-feries des retraites & des nids commodes pour ^fcdépofer leurs œufs : tous ces avantages formaient autant de raifons pour engager à les rechercher, & leur donnaient place dans les appartemens des grands-, dont ces tapifseries faifaient-fouvent l’ornement. Mais aujourd’hui un autre go.ut, & la mode qui commande & l’emporte même fur les avantages & les commodités de la vie, les ont fait' prefque oublier, & les ont reléguées dans les anti-chambres de quelques mai-, fous de campagne * où l’on en trouve quelquefois des premières faites, ,qui,
- * Entre plufieurs faits dé cette nature, nous choifirons celui-ci, que nous donnerons pour preuve de ce que nous avançons. Une tenture de cuir doré , en place depuis 60 ans , ayant été expofée pendant du tems au château d’Arifat, à une humidité aflfez
- grande pour endommager & pourrir tous les autres meubles, eft reftée, ainfi qu’un tapis de Turquie , aulTi belle que fi elle fortoit des mains de l’ouvrier. Cette tenture eft encore aujourd’hui chez M. l’ancien lieutenant-général de Cadres.
- p.452 - vue 454/631
-
-
-
- 4ffc
- LES C U 1R S D 0 R E' S.
- font encore prefqu’auflî belles qu’elles étaient dans le temsquel\>n coïïk-mençait à Paris de les fabriquer. *
- C’est aujourd’hui, que cet art eft moins en vogue, que nous croyons à propos d’en donner au public la defeription (2). C’eft répondre aux intentions de l’académie, de ne rien laifser perdre de ce qui peut être utile aux arts*, ou le devenir par la fuite. Savons-nous fî nous ne fommes pas prêts à rap-peller les anciennes modes, n’en pouvant plus changer? Cet art pourrait êtrc-du nombre de ceux qui reprendront faveur. Au moins jugera-t-on avec nous1 que quelques procédés employés dans celui-ci , méritaient d’être décrits, & pourraient avoir leur application: dans quelques autres.arts, ou fervir à les perfectionner..
- Les tentures de cuirs font faites de plufieurs peaux de veaux, dè chevres oit dè moutons , quifemblent dorées , qui font argentées, relevées en bofses & eoufues enfemble. Celles^que l’on deftine à ces fortes d’ouvrages, ont reçu le premier apprêt des tanneurs ou des peauffiers; les peintres-doreurs en cuir les' achètent d’eux. Nous ne parlerons pas de cette première préparation des cuirs elle tient à un art particulier, que l’académie fe propofe de, donner avec le:
- On connaît plufieurs tentures dè cuirs dorés de 100 à. 130 ans, qui font, encore, très-fraîches & très-belles..
- ( 2 ) 11 eft naturel de demander ici pourquoi cette forte de tapifferie ; plus belle & plus durable que toutes les autres, plus fa* cile à nettoyer , plus exempte de ces infec-tes dégoûtans qui fe multiplient dans les autres tentures , eft devenue hors d’ufage.. G’eft ne rien dire du tout que de citer la mode, dont l’empire tyrannique gouverne tous les peuples amis du luxe. La mode des tapifleries ne varie pas autant que.celle des coëffures. De toutes les differentes fortes de tentures , aucune n’eft tombée comme les cuirs dorés. La mode aurait pu exercer fon capricieux empire fur la façon , les deflins , là difpofition de ces tapifferies ; mais la matière n’était pas de fon reffort. Il- faut donc qu’il ÿ ait une autre caufe, & voici la conjecture très-vraifemblable de M, de Jufti ;; c’eft là grande folidité des cuirs dorés , q,uî lès a fait rejeter par- les partifans du luxes- On aime.le changement, on eft bientôt ennuyé devoir toujours le.même.objet, d’admirer
- encore dans la Yieilleffè, ce qu’on trouvait beau .dans l’enfance. On ne veut rien d’uni meuble fi opipiatrément bon & beau , qurJ ne s’üfe jamais. D’ailleurs la vanité fe fait: une forte de gloire de changer d’àmeuble--mens ; on fé pique d’être en état de-fou tenir une pareille dépenfe. Dès là un meublev qui conferve. fa beauté, pendant.des fiecles-entiers , ne faurait convenir; la dépenfe fe. réduit à très-peu de chofe , à caufe du bon ; ufage. Cette façon de penfer eft tellement générale que , ft l’on veut examiner ce quL fe paffe journellement , ôn trouvera un-grand' nombre de chofes dont on ne fe.J fert plus, uniquement parce qu’elles font, trop durables. Quelque ridicule que foit en * effet une pareille manie , il faut convenir-qu’elle eft favorable aux arts & aux métiers.. Si tous les artifens s’appliquaient à ne faire-que des ouvrages d’une grande folidité, iîl faudrait que le nombre de ceux qui vivent» de leur travail diminuât de moitié. Les modes en elles-mêmes font bien peu fenfées % : mais cette folie eft précifement ce qui fait-fleurir les arts ; & par cet endroit-là , elle» mérite toute l'attention d’une bonne police.. .
- p.453 - vue 455/631
-
-
-
- ART DE TRAVAILLER
- 4H
- tems (3),Nousdironsfeulementque ees peauxont été pafsées en bafanei qu’elles ont féjaurné dans le tan ,• mais que celles-ci qui doivent être travaillées en cuir doré , exigeraient delà part des tanneurs des foins qu’ils leur refufent depuis long-tems ; de forte que les peintres attachés à faire de beaux ouvrages, fe plaignent fouventdes peaux qu’ils achètent, & rejettent fur le peu d’attention des tanneurs les défauts que l’on voit dans les tapifseries, auxquels ils ne font pas maîtres de remédier, & dont il faudrait uniquement rendre les tanneurs refpQufables.
- Le prix des peaux eft fort fujet à varier. Autrefois la douzaine de peaux ne valait que quatre livres. Elle a coûté depuis f , 6,8 > & jufqu’à 18livres ; mais le prix commun qui eft de ïo, 12 à 15 livres , en établit déjà unafsez confi-dérable à ce qui forme le fond de ces fortes de tapifseries.
- O11 n’emploie communément à Paris que les peaux de moutons. Celles de veaux & de chevres feraient cependant meilleures. Nous prouverons par la fuite que les tapifseries que l’on en formerait, feraient plus belles & plus durables; mais comme elles feraient plus clîeres , c’eft une raifon d’exclufion pour l’ouvrier qui 11e travaille qu’à tirer le plus de profit, qu’il lui elt poflible : ce dont nous ne pouvons pas lui faire de reproche, puifque nous ne voudrions pas lui payer le furplus de cette dépenfe. *
- On verra par la defcription de cet art, que nous allons donner , que pour fabriquer ces efpeces de* tentures, .les ouvriers emploient des cuirs qui en font le prix, & plufieurs autres matières coûteufes; que leur fabrique exige des outils & uftenfiles ; enfin , qu’elles occupent plufieurs ouvriers qui y emploient un tems afsez confidérabie. Ces frais d’une manufacture doivent être payés par la vente des tapifseries qui s’y fabriquent; mais aujourd’hui que l’on ne fe réglé plus fur la durée d’une marchandife pour en faire cas, & que l’on préféré celle qui peut être livrée à un prix modique ,1’on a donné , comme nous l’avons dit, l’exclufion à ces tapifseries , quoique fouvent fort belles & de longue durée , pour s’attachera des étoffes qui n’ont pas les mêmes avantages ;& maintenanton ne connaît plus à Paris que deux ou trois maîtres qui s’occupent au travail de ces fortes de tapifseries.
- Nous pouvons citer au nombre de ceux-ci le fleur Delfofso, peintre , qui eft célébré dans ce genre, chez qui nous avons vu travailler, & qui nous a paru defirer fe prêter à tous les moyens qui pourraient tendre à perfectionner fou art : mais malheureufement ce qui conduit à la perfection d’un ouvrage, entraîne prefque toujours beaucoup de tems & de dépenfe ;,&quand on ne veut payer ni la beauté ni la durée , il faut ne s’attacher qu’à rendre le travail
- (î ) L’art du tanneur eft fuffilàmnienfc dé- parce qu’on les réferve pour les pafler en ont dans It premier mémoire de ce Ille vol. chamois elles approchent le plus de la
- * Les peaux de chevres font plus cheres, qualité des peaux de cet animal
- p.454 - vue 456/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 R E1 S.
- 45 5
- plus expéditif, fans chercher ce qui conduirait l’art à fa perfection.
- Nous avons dit que les ouvriers employés à ces fortes d’ouvrages , étaient àe la communauté des peintres (4). On aurait pu croire qu’ils étaient du refsortdes maîtres tapiflîers. Ce qui paraît plus fingulier , c’eft que ce font aufft les peintres qui travaillent ces fortes de tapifseries que l’on fabrique avec des tontines de drap ou d’étoffe. auxquelles on fait prendre* différens deftins, que l’on vend à un prix modique, qui leur a donné la vogue , & qui ont fait tomber en partie les tapifseries de cuir dont nous parlons. ^4
- Il faut aux peintres qui font travailler-à ces fortes de tentures, des outils que nous ferons connaître à mefureque nous en aurons befoin , en donnant la defeription de ce travail. Il convient encore qu’ils aient un logement couvert afsez fpacicux , & un jardin ou une cour afsez grande pour mettre fécher les tapifseries ou les peaux qui doivent fervir à les former, à mefure qu’elles ont reçu une nouvelle préparation.
- §. I. Travail des cuirs dorés ou argentés.
- Les peaux font feches lorfque l’ouvrier les acheté. Elles ne font pas alors aufti flexibles, aufîi maniables qu’il eft nécefsaire. Avant de les mettre en œuvre on commence par les ramollir. On les jette dans un tonneau ou dans une cuve pleine d’eau : on les y laifse tremper quelques heures, & on les y remue plu-fieurs fois & à différens tems avec un bâton.
- On les retire enfuite ; & pour les rendre encore plus douces , on les corroie, pour ainfi dire, mais d’une façon fort grofliere. Un ouvrier-prend une peau par un coin : il la frappe fyr une pierre plufiéurs fois , & répété cette même manœuvre, en prenant fuccefiivement la peau par chacun de fes quatre coins. Il en fait autant à toutes celles qui ont trempé dans la cuve. Cette préparation qui s’exécute très-promptement & très-facilement, s’appelle-battre les peaux. Quand elle eft achevée , l’ouvrier détire fes peaux. Détirer les cuirs, c’eft rendre les furfaces des peaux les plus unies qu’il eft poftibïe. Pour cela il y a dans l’endroit où l’ouvrier détire , une grande pierre placée fur une table.
- ( 4 ) On verra par la defeription de ce travail, que la peinture y entre pour beaucoup. je penfe même que dans les tapiffe-ries en laine, il ferait bon que l’entrepreneur , fans être attaché à la communauté des peintres , entendît le defïin à fond. L’effentiel des tapifferies, c’eft l’invention de deffins de bon goût. Un, peintre habile *& intelligent aura bientôt appris les détails de la fabrication, autanjt que cela eft nécef-
- faire pour diriger une manufaéture. 11 n’en eft pas de même du deffin ; on ne l’apprend pas fi promptement,lorfqu’on s’eft appliqué dans fa jeuneffe à toute autre chofe. C’eft ainfi , dit M. de Jufti, que M, Dietrich, qui eft un très-habile peintre , a relevé en peu de tems avec des moyens bornés , & fans aucuns fecours étrangers , la manufacture de tapifferies de Potzdam , qui était abfolument tombée.
- p.455 - vue 457/631
-
-
-
- ART B E TRAVAILLER
- 4T6
- Il étend une peau fur cette pierre \ & pour effacer tous fes plis, toutes fes rides, il fe fert d’un outil auquel on ne donne d’autre nom que celui àefer à délirer.C’eft uneefpece de couperet formé d’une lamedefer , large de cinq àfix pouces , &'haute de trois ou quatre. Cette lame entre dans un morceau de bois cquarri & arrondi fur fa furface fupérieure qui lui fert de manche. La lame eÜ: recenue dans le manche par plufieurs clous qui le traverfent: elle ell un peu convexe dans fa partie inférieure. L’ouvrier tient de fes deux mains le fer à détirer ; il le prefse & l’appuie fur le cuir en tenant la lame dans une pofition inclinée. On ne cherche pas à rendre la lame tranchante ; l’ouvrier ne fe pro-pofe pas de couper la peau avec cet outil, il ne veut que l'étendre.
- C’est le profit du maître, & il a grand foin que l’ouvrier y réponde, d’étendre beaucoup la peau, ou de la bien détirer. Le cuir ainfi détiré acquerra plus de furface , & par conféquent fera un plus grand morceau de tapifset ie. A me-fure qu’une peau eft arrangée , on la pofe fur celles qui le font déjà. On en met ainfi plufieurs, dont on forme de petits tas , jufqua ce que l’on veuille achever de les préparer.
- Quand on regarde une tenture de cuir doré ou argenté en place, on s'aperçoit , fans y prêter beaucoup d’attention, qu’elle eft compolée de plufieurs morceaux de grandeur égale, de figure quarrée, ou plutôt un peu oblongue. Chacun des carreaux * eft fait d’une peau large ordinairement de 23 pouces Fur 16. Ces dimehfions ne font cependant pas toujours les mêmes. Les carreaux ont quelquefois 28 à 30 pouces fur 24. On en .fabrique qui onti’auuev mais ils font formés de plufieurs peaux collées.
- .Pour donner une forme régulière aux peaux, il eft queftion de couper en ligue droite les côtés des peaux détirées, & l’on Fe fert pour cela d’une réglé eu d’une équerre ; ou on applique fur la peau une planche ou un chaffis delà même grandeurde la planche à graver, dont nous verrons l’ufage; ou enfin on place le carreau fur une table fur laquelle les dimenfions de la planche gravée font marquées. On a des planches gravées qui portent différentes dimenfions} & autant qu’on le peut, la peau que l’on choifit, n’eft pas plus grande que la planche : fouveiit même il fe trouve des échancrures qui rentrent en dedans des dimenfions requifes. Si, en drefsant les bords de la peau , 011 en retranchait tout ce qui les empêche de former des lignes droites, on la diminuerait trop. On fe contente feulement de la tailler, autant qu’il eft poffible, de la grandeur de la planche gravée.
- Il ne s’agit plus enluite que de garnir avec des pièces les endroits qui ne fc rencontrent pas dans l’alignement. La peau fe trouve aufii quelquefois défec-
- ¥ Les ouvriers nomment toujours ainfi la peau ou le cuir deftiné à être argenté & travaillé en tenture.
- tueufci
- p.456 - vue 458/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 RE' S.
- 457
- tueufe ; en d’autres endroits elle eft trouée & exige des pièces. Pour réparer ces défauts, avant d’appliquer ces pièces , on diminue la moitié de l’épaifseur de la peau, ou l’on taille en bifeau le contour des endroits fur lefquels les pièces doivent être pofées. En termes d’ouvrier, on efcarne la peau on efcarne aufti. le bord des pièces. Ces opérations n’exigent pas une grande adrefse de la part de l’ouvrier. Il eft debout devant une table, fur laquelle il y a une pierre dont la furface fupérieure eft quarrée & unie. Sur cette pierre, il met la peau qu’il efcarne j & pour la diminuer d’épaifseur , il fe fert d’un vrai couteau fort tranchant, appellé couteau à efcarner. Ce couteau eft formé d’une lame longue de neuf pouces, & qui a quatre pouces dans fa partie la plus large. Cette lame eft emmanchée dans un rouleau de bois qui rend le couteau aifé à manier. La lame eft un peu convexe vers la pointe. L’ouvrier efcarne la peau du côté où elle portait fur la chair de l’animal : au contraire ildiminue l’épaif-feur des bords de la piece du côté de la fleur, e’cft-à-dire, du côté où le poil était attaché, parce que la piece doit être placée en defsous de la peau du côté qui ne fera pas apparent. On fe propofe, comme on le fent bien, en taillant les bords en bifeau, foit des pièces, foit des endroits fur lefquels elles doivent être appliquées, de faire enforte que la partie raccommodée foit auffi mince que les autres , & que l’on ne voie point d’éminence qui la fafse diftinguer.
- Pour efcarner les pièces, on fefert ordinairement d’un couteau un peu plus,grand que celui dont nous venons de donner les dimenfions>& on le nomme couteau aux pièces. Sa lame a dix pouces de long, & deux pouces .dans fa partie la plus large.
- On ne collait autrefois les pièces que lorfque la peau était prefque feche ; & cela, parce qu’on fe fervait de colle de farine qui n’aurait pas pris fur la peau humide. A préfent on les colle fur-le-champ : aufti emploie-t-on une colle fur laquelle l’humidité a moins de prife. Elle eft compoféede bonne colle de parchemin. On la fait bouillir jufqu’à ce qu’elle air pris afsez de confiftance, & que les rognures de parchemin qu’on emploie foient difsoutes. On juge qu’elle eft parvenue à ce degré, en en retirant une goutte qu’on laifse figer. Quand la la colle eft bien préparée, on s’en fert pour coller les pièces.
- - La façon de les retenir à l’aide de la colle, eft tropaifée à imaginer pour exiger un plus ample détail : il nous fuflflra de dire qu’on fait fon poffible pour les coller proprement, & pour que le lieu où on les met foit uni, & ne forme point de rides.
- Les pièces étant collées, il s’agit enfuitc d’argenter les peaux. Car foit qu’on les deftine à former des tentures de cuir argenté ou de cuir doré , il faut toujours commencer par les argenter.
- * 11 ne faut pas entendre par ce terme mais plutôt abattre. la carne. Voyez Yex~ enlever la chair} il s’écrirait différemment : plication des termes.
- Tome III.
- M m m
- p.457 - vue 459/631
-
-
-
- 4î3
- ART DE TRAVAILLER
- La préparation des cuirs dorés ne différé des autres qu’en ce qu’on leur met un vernis qui donne à l’argent une couleur approchante de celle de l’or. Nous décrirons ce vernis & la façon de l’appliquer, quand nous aurons donné les préparations communes aux tapifseries argentées ou dorées.
- §. 11. Comment on argente les carreaux.
- Pour retenir les Feuilles d’argent qui doivent argenter les carreaux, l’ouvrier enduit le cuir d’une colle; & cette préparation fe nomme encollage. La colle équivaut au mordant des doreurs : celle dont onfe fertpour encoller les peaux , eft celle dont nous avons donné la préparation en parlant des moyens employés pour mettre des pièces aux peaux percées. Elle eft feulement plus épaifse, & on lui donne ici la confiftance d’une gelée , en la laifsant plus de tems fur le feu.
- Pour encollerune peau ou un carreau, il faut un morceau de colle de la grofseur d’une noix. L’ouvrier ne l’étend pas tout à la fois 5’ il le coupe en deux. Avec une partie de cette colle, il frotte toute la peau fort grofliérement ; enfuite il applique la paume de la main fur la furface de la peau fur laquelle il a étendu la colle,- & en la frottant, il oblige cette colle à fe répandre fur la peau plus également & plus uniment. L’ouvrier prétend que la chaleur de la main contribue , autant que le mouvement qu’il lui donne, à faire fondre la colle & à la rendre prefque liquide. Quelque tems après il étend fur la même furface du carreau & d’une femblabie maniéré l’autre partie de la colle. On regarde comme nécefsaire de laifserun intervalle de tems entre la première & la fécondé mife décollé , pour que la première couche ait le tems de durcir, de prendre de la confiftance , avant d’appliquer la fécondé. Quand l’ouvrage eft en train, l’intervalle qui refte entre le tems où l’on applique la fécondé couche, & celui où l’on a employé la première, eft deftiné à encoller un fécond carreau : ainfi le carreau qui eft encollé en partie, refte pendant le tems qu’on achevé d’en encoller un autre ; après quoi on encolle le premier entièrement. Si on mettait touce la colle à la fois , quoique cette couche foit afsez mince , elle ferait encore trop épaifse pour fécher promptement : elle fe dif-foudrait, &, pour parler en terme d’ouvrier , la feuille d’argent que l’on doit appliquer defsus s’y noyerait ou s’enfoncerait trop. Une partie de la colle s’élèverait aufli fur la furface de l’argent, en pafsanc par les intervalles qui font entre les feuilles; ce qui n’eft plus à craindre lorfque la moitié de la colle a pris de la confiftance.
- On choifu toujours le côté de la peau où était le poil, ou le côté de la fleur, pour appliquer defsus la colle & les feuilles d’argent ; c’eft le côté qui doit devenir apparent. Ce n’eft pas fans raifon qu’on lui donne la préférence. La peau eft fur cette furface, beaucoup plus unie & d’un tifsu plus ferré que fur l’autre.
- p.458 - vue 460/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 R E' S.
- 4f9
- Ce carreau étant encollé pour la fécondé fois , il ne refteplus qu’à y poferles feuilles d’argent. L’ouvrier qui argente, eft devant une grande table, fur la, quelle il étend deux peaux. Il les prend dans le tems qu’elles font encore humides. Sur la même table,à la droite de l’ouvrier , eft un grand livre de papier gris, rempli de feuilles d’argent*. L’ouvrier met le livre fur une planche qui porte à une de fes extrémités une cheville afsez longue pour qu’étant appuyée fur cette cheville, elle prenne la pente qu’offrent ordinairement les pupitres. Ils nomment cette planche Yagiau. Le livre étant placé fur cette efpece de pupitre, il en tire les feuilles d’argent qu’il contient, pour les appliquerfur la peau comme nous allons le décrire. 1
- Il prend une à une les feuilles d’argent renfermées dans le livre, avec une pince formée par deux petites tringles de bois retenues enfemble par une de leurs extrémités, & collées fur une petite piece de bois taillée en triangle, deftinée feulement à éloigner l’une de l’autre les deux autres extrémités des deux tringles , & leur faire fervir de refsorten appuyant defsus avec les doigts pour leur faire faifir la feuille d’argent. Cette pince , ainfi que les moyens de s’en fervir & de manier les feuilles d’argent, font employés par les batteurs d’or, comme on le pourra voir dans la defcription de cet art. De ce côté de la réunion des tringles qui forment la pince, elle porte une efpece de houppe ou de pinceau de figure afsez irrégulière , faite de poil de fouine ou de renard, ou de tout autre poil fin. L’ouvrier fe fert de cette pince pour faifir la feuille d’argent. Chaque feuillet du livre contient fix feuilles. Il en prend'une dans le livre, & la pofe fur un morceau de carton plus grand que la feuille d’argent-, & défiguré à peu près quarrée, à laquelle on n’a donné d’autre façon que d’avoir abattu deux angles d’un de fes côtés, de celui qui doit fe placer dans la main de l’ouvrier. Cette feuille de carton fe nomme palette. Il prend la palette de la main gauche j & quand la feuille d’argent eft une fois placée fur la palette, l’ouvrier la fait tomber fur la peau, en l’étendant le plus qu’il peut, & faifant enforte de mettre fes côtés parallèlement à ceux du carreau. S’il arrive cependant qu’une partie de la feuille fe chiffonne ou s’étende mal, il la re-drefse , la leve quelquefois avec fa pince, la remet en place , & la frotte légèrement avec l’efpece de pinceau qui eft au bout de la pince. Mais pour l’ordinaire, l’ouvrier fait feulement tomber la feuille toute étendue fur la furface de la peau, fans la toucher ou la prefser, fi ce n’eft dans le tems où nous en
- * Le livre rempli de feuilles d’argent s’achète chez les batteurs d’or. Les ouvriers en cuir leur commandent des livrets qui contiennent <;oo feuilles. Elles coûtent io à 12 liv. le millier. Chaque feuillp porte J pouces ç lignes en quarré. Ces ouvriers
- achètent fou vent l’argent au gros, & ils préfèrent les feuilles les plus minces. Le gros coûte environ vingt-cinq fols. Il faut ordinairement depuis quarante jufqu’à cinquante feuilles pour produire ce poids.
- Mm m i]
- p.459 - vue 461/631
-
-
-
- 4*o ART DE TRAVAILLER
- allons parler. Auprès de cette feuille, il en couche une nouvelle dans le même rang. Ce rang étant rempli, il en met un nouveau, & continue ainfi d’en ajouter jufqu’à ce que la furFace du carreau foit entièrement cachée par les feuilles. Cet ouvrage fe fait très-aifément & afsez promptement, parce que l’on applique les feuilles coupées quarrémentfur une furface plane qui eft auffi redangle.
- Pour faire cet ouvrage , celui qui argente doit fe mettre dans un endroit à l’abri d’un vent pafsant ; car il ne faut qu’un fouffle pour enlever les feuilles minces d’argent, les chiffonner & les gâter au point d’exiger beaucoup de tems pour les redrefser , ou de les perdre entièrement. L’ouvrier a une certaine adrefse pour les rétablir quand une partie de la feuille fe releve, 'ou quand ellefe chiffonne. Il fouffle un peu fur la feuille chiffonnée, ou bien il abaifse la main, & contraint la feuille, par le vent qu’elle occafionne , à reprendre la forme plane, & à s’appliquer comme auparavant fur le feuillet du livre.
- Le carreau ou la peau étant donc couverte de feuilles d’argent, l’ouvrier prend une queue de renard,dont il fait un tampon , & fe fert de ce tampon pour étoupper les feuilles : ce qu’il fait en les prefsant, & leur donnant plufieurs petits coups. Il les oblige ainfi à prendre fur la colle, & à s’appliquer exactement fur les efpaees qu’elles recouvrent.
- Il frotte enfuite légèrement, avec la même queue de renard , le carreau de tous côtés, fans le frapper. Ce frottement fe fait à defsein d’enlever l’argent qui n’eft pas collé , & qui eft de trop. Il en refte toujours de petites parties au bord des feuilles qui fe trouvent dans ce cas. Une feuille recouvre fouvent fa voifine ; & tout ce qui croife fur d’autres feuilles , 11e trouvant point de colle qui l’arrête , eft enlevé par le frottement de la queue de renard. Ces parties ainfi détachées , ne deviennent pas abfolumentinutilcs : plufieurs fervent à remplir les vuides qui fe trouvent entre d’autres feuilles. Cette efpece de pinceau , en pafsant fur tout le carreau , porte les feuilles qui fe détachent fur d’autres endroits où la colle les retient. Le furplus qui ne fervirait à rien, eft poufsé par l’ouvrier vers un des bouts de la table, où l’on a ajufté une efpece de poche ou de fac de toile , dont l’ouverture eft tournée vers le defsus de la table , ou feulement fur un linge qui eft deftiné à les recevoir.
- Dans une des chambres où l’on travaille , il y a plufieurs cordes attachées aux deux murs oppofés ; on met les carreaux fécher fur ces cordes après qu’ijs ont été argentés. La furface argentée eft placée en-defsus de la corde, afin que celle-là foit plus expofée à l’air. Les cordes font afsez élevées pour que les peaux n’embarrafsent pas les ouvriers qui pafsent defsous. Pour les placer fur les cordes , on fe fert d’un uftenfile qu’ils appellent croix ; il eft compofé d’un long bâton, à l’un des bouts duquel eft engagée une traverfe horizontale plus longue que ne l’eft une peau. La peau argentée fe met fur la traverfe. On l’éleve facilement fur la corde, & on l’y met pour fécher. On y
- p.460 - vue 462/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 R E' S.
- 461
- laifse les carreaux plus ou moins de tems, félon que l’air eft plus ou moins fec & plus ou moins chaud. En été , il fuffit qu’ils y reftent quatre à cinq heures : ceux qui ont été argentés le foir, y pafsent la nuit; & ceux qui ont été argentés le matin, en font retirés après midi. En hiver, ils y demeurent plus long-tems.
- On n’attend'pas néanmoins à les en ôter qu’ils foient entièrement fecs: pour achever de les faire fécher, on les porte dans quelques jardins , où on les expofeau grand air & à la chaleur dufoleil ; mais auparavant on attache chaque carreau fur une ou deux planches jointes enfemble, & on l’y retient bien étendue avec plufieurs clous. Cette précaution fertà les empêcher de revenir fur elles-mêmes , ou , en termes d’ouvrier, de fe racornir en féchant. Leur furface qui eft argentée , eft en defsous ; c’eft celle qui eft appliquée fur la planche. La feule raifon qui engagea mettre la furface argentée en defsous, eft pour empêcher les ordures qui pourraient tomber fur la colle qui n’eft pas encore feche, de s’y arrêter & de nuire à l’opération de les brunir, dont nous allons parler. C’eft encore de la chaleur & de la fécherefse de l’air, que dépend le tems qu’on doit lailser ces peaux clouées. L’habitude apprend à choifir un certain degré où les peaux confervent une mollefse fans être humides. En été, ce terme arrive au bout de quelques heures . Les peaux font alors en état d’être brunies.
- - Il eft ici queftion, comme chez tous les doreurs, de donner un œil plus brillant à l’argent, de le polir. Le brunifsoir dont fe fervent les ouvriers, eft un caillou dont la figure varie, & qui eft monté différemment fuivani (a forme. Tout caillou fera propre à cet ufage, pourvu qu’il fe trouve avoir une furface unie. Souvent fa forme eft cylindrique , un de fes bouts eft terminé par une furface unie & circulaire d’un pouce & demi de diametre^ôu environ. Cette furface circulaire eft employée à brunir : aufli doit-elle être extrêmement polie. Les ouvriers appellent le brunifsoir un brunis : nous lui conferverons cepen-dantlenomde bruni Jsoir.
- Ce caillou eft enchâfsé au milieu d’un morceau de bois d’un pied de long ; l’une & l’autre partie de ce morceau de bois fert de manche au brunifsoir. L’ouvrier (jig. 8) prend de l’une & l’autre main le brunifsoir par chacune de fes extrémités qui font un peu arrondies ; car , comme nous l’avons fait entendre, on a laifsé feulement au morceau de bois plus d’épaifseur vers fon milieu qu’ailleurs, afin de pouvoir y percer le trou un peu profond , dans lequel le caillou doit être enchâfsé d’une maniéré ftable.
- Tout l’art que demande la façon de brunir l’argent, fe réduit à frotter fortement le caillou fur les feuilles qu’on a collées ; & c’eft afin d’avoir plus de force , que l’ouvrier tient le brunifsoir de fes deux mains. Son intention doit eonfifter à appuyer davantage & plus long-teins fur les endroits qui femblent ternes, & généralement à les brunir tous.
- p.461 - vue 463/631
-
-
-
- A RT DE TRAVAILLER
- 462
- L’ouvrier , pour travailler commodément, a ici, comme quand il efcarne, une pierre placée fur une table de hauteur ordinaire. Il ôte la peau argentée de defsus la planche où nous avons dit qu’il l’avait clouée pour l’y laifser fécher & l’empêcher de fe racornir. Il la met fur la pierre , l’étend defsus ;& fe tenant debout devant la table, il pafse avec force & plufieurs fois le brutiifsoir fur chaque partie de la peau, & lui donne ce brillant que l’-on recherche.
- Il nous a paru que les brunifseurs s’épargneraient beaucoup de peine , & qu’ils travailleraient avec plus de fuccès, s’ils voulaient faire ufage d’un ref. fort tel que l’emploient ceux qui polifsent les glaces , ou ceux qui fabriquent les cartes & qui les lifsent. Ce refsort 11e confiée , comme on fait, qu’en un bâton courbe & fort, dont une extrémité eft attachée au plancher, & dont l’autre porte le brunifsoir. L’ouvrier ferait appuyer le brunifsoir avec force fur la peau , & la prefserait plus vivement que ne le peut faire celui qui brunit les feuilles d’argent, en ne fe fervantque des moyens que nous venons de décrire, & qui le fatiguent beaucoup. Il ne lui relierait d’autre peine, en employant la nouvelle façon?que nous indiquons , que celle de faire glifser le brunifsoir: le bâton qui forme un refsort, le déchargerait de celle de l’appuyer fur la peau.
- Nous avons fait part de cette idée à un artifte entendu , qui n’a pas paru la rejeter entièrement. Mais il nous a repréfenté qu’il était nécefsaire d’appuyer plus en des endroits qu’en d’autres , & que la main , fans aucun fecours, parai (sait plus propre àfatisfaire les vues & l’intention de l’ouvrier.
- Il prétend encore qu’il n’y a point de peaux où il ne fe trouve quelque petit gravier entre la feuille d’argent & la peau : ce qui eft afsez ai Lé à concevoir ; car le mordant, qui la eft colle dont nous avons parlé , avant de prendre un certain degré de confiftance, telle précaution qu’on ait pu prendre pour l’en garantir , retient pendant ce tems toutes les ordures qui volent & tombent delfus. L’ouvrier qui brunit , n’appuyant pas de toute fa force , fent ces petits graviers , & les retire avant qu’ils aient rayé l’ouvrage. Si l’on fe fervait du relfort, l’ouvrier, fuivant l’artifte à qui nous communiquions ce petit changement, ne s’appercevrait pas aufli bien de ces graviers; il ne les verrait que par le tort qu’ils auraient fait, c’eft-à-dire, lorfque la piece ferait gâtée fans remede. Nous laifsons aux maîtres , & aux efsais qu’ils en pourraient faire , à juger fi, en faifant changer de place au carreau fous cette efpece de refsort, il ne ferait pas aifé de répondre à tout ce qu’on exige du brunifsoir ordinaire , & fi ce dernier moyen 11’épargnerait pas beaucoup de peine & de fatigue aux ouvriers.
- On croit que dans quelques manufactures étrangères , 011 fait pafser les peaux argentées entre deux cylindres ; & il y a tout lieu de penfer que cette opération fait prendre aux feuilles d’argent un brillant plus recherché.
- p.462 - vue 464/631
-
-
-
- LES CUIR S£D 0 R E' S.
- 4^3
- Plus la iurface de la peau eft unie , ferme & ferrée , plus l’argent devient brillant après avoir été bruni. C’eft une des raifons qyi font préférer, pour former ces efpeces de tentures , les peaux de veaux & de chevres , à celles de moutons que l’on emploie communément à Paris.
- Les ouvriers ne pourraient-ils pas fe fervir , comme les doreurs fur bois, ceux qui font les cadres , les bordures, &c, d’une composition équivalente à cette efpece de peinture ou d'ajjîette, que ces derniers mettent fur le bois avant de le dorer , pour donner de l’épaifseur aux reliefs, & foutenir l’or & l’argent qu’ils appliquent defsus ? Les ouvriers en cuir ne l’ont pas efsayé. Sans doute il faudrait en chercher une différente de celle qu’emploient les doreurs fur bois ; mais je crois qu’un fimple enduit ou un mordant plus épais, tel que celui que je propofe , pourrait contribuer à la perfection de cet art, & que ce ferait une chofe à tenter. Il faudrait qu’il fût afsez flexible ( 5 ) pour qu’en imprimant la peau , comme nous le dirons dans la fuite , il 11e fe rompît pas en différens endroits. La peau ainfi chargée d’une nouvelle épaif-feur , prendrait mieux la forme que l’on voudrait lui donner. Il ne ferait peut-être pas impofiîble de trouver quelque compofition qui fervirait encore à augmenter le brillant de l’argent.
- On pourrait auffi rendre ces efpeces de tapifseries plus belles & plus durables , en fe fervantde feuilles d’argent plus épaifses que celles que l’on a coutume d’employer (6).Ces feuilles deviendraient plus aifées à bien brunir : mais au contraire , les maîtres ne les trouvent jamais afsez minces pour leur profit.
- Pour avoir des tentures de cuir argenté, il ne s’agit plus que d’imprimer les carreaux après qu’ils ont été brunis j c’eft-à-dire, qu’il faut les pofer fur une planche de bois gravée en creux & en relief, & en faifant pafser le tout fous une prefse , communiquer au cuir le defîin exécuté fur cette planche. Mais fi l’on veut faire des tapifseries de cuir doré , il faut leur donner encore auparavant une façon qui eft une des plus jolies de cet art. Elle doit prêter à l’argent une couleur afsez femblable à celle de l’or pour s’y méprendre. C’eft atifli ce que les ouvriers appellent dorer.
- Comme on imprime prefque delà même maniéré les cuirs argentés & les cuirs dorés , nous déférerons à parler de l’imprefîion que l’on donne aux uns & aux autres, jufqu’à ce que nous ayons vu comment on dore.
- ( ç ) C’eft précisément cette flexibilité qu’il ferait difficile d’obtenir. Tous les in-grédiens , dont fe fervent les doreurs en bois , font trop caffans pour qu’on puiffie s’en fervir ; la moindre inclinaifon du cuir ferait fendre Yajjîette , qui s’écaillerait & tomberait en pièces, Une colle fort épaiffie ne vaudrait guere mieux ; elle eft fujette à
- fe gercer lorfqu’on la plie , 6c le cuir doit être fouple & pliant. Il eft fort apparent que les artiftes ont fait des eftais qui ne leur ont pas réufli.
- ( 6 ~) Mais cela augmenterait de beaucoup le prix } déjà trop eonfidérable , de cette efpece de tapifferies.
- p.463 - vue 465/631
-
-
-
- 4 H
- ART DE TRAVAILLER
- Nous avons déjà averti que c’eftavec une efpece de vernis , que l’on donne à l’argent une couleur approchante de celle de l’or. On pourrait fans doute , pour faire des cuirs dorés, fe fervir de feuilles d’or au lieu de celles d’argent, auxquelles on donne une couleur; mais pour lors ces tentures feraient d’un prix trop confidérable *. D’ailleurs , celles qui font faites avec des feuilles d’argent colorées , refsemblent fi parfaitement à l’or , qu’il faut une attention particulière pour reconnoitre qu’elles n’eu ont que la couleur* Une grande partie des maîtres font un fecret de cette efpece de vernis deftiné à colorer les feuilles d’argent, & chacun prétend avoir un vernis particulier. La compo-fition en e(i néanmoins afsez fimple ; & s’il y a des difficultés à le former, elles ne peuvent i’e rencontrer que dans la cuifson.
- Nous allons décrire les moyens de le préparer, & les drogues dont il eft compofé. **
- §. III. Compofition du vernis avec lequel les ouvriers dorent les feuilles d'argent appliquées fur les peaux.
- “Prenez quatre livres & demie d’arcanfon ou colophane,u ne pareille quantité „ de réfine ordinaire , deux livres & demie de fandaraque & deux livres d’aloès: „ mêlez ces quatre drogues enfemble , après avoir concafsé celles qui font en 3,gros morceaux, & mettez-les dans un pot de terre fur un bon feu de charbon
- Il eft plus à propos que ce feu foie de charbon , parce qu’alors il fait peu de flamme, & qu’il eft dangereux qu’elle n’entre dans le vaifseau : elle allumerait aifément ies drogues qu’il contient ,qui font très-combuftibles. Pour prévenir «et accident & quelques autres dont nous parlerons dans la fuite , le vaifseau doitëtre choifi afsezgrand pour que toutes ces drogues & celles que nous dirons tout à l’heure qu’il y faut ajouter, n’en remplifsent pas plus de la moitié. Il eft bon encore qu’il foit évafé par fon ouverture, ou qu’il ait un rebord qui jette la flamme en dehors. Ce font de légères précautions qu’il eft toujours bon de prendre.Piufieurscependantlesnégligent,&font leurvernisfur du feu de bois. Il faut encore redoubler pour lors d’attention pour que le feu n’y prenne pas.
- “ Faites fondre toutes les drogues dans cette efpece de marmite, & remuez-„ les avec une fpatule , afin qu’elles fe mêlent & qu’elles ne s’attachent point
- * Chaque feuille d’or fin a deux pouces & demi ou trois pouces quatre lignes en quarré. Un miilier de feuilles d’or minces comme celles d’argent, coûterait go à ioo livres , & on n’en pourrait dorer.tout au plus que huit carreaux. On voit que ces efpeces de tapifferies deviendraient d’un prix trop confidérable.
- ** J’ai trouvé cette recette dans les papiers de M. de fléau mur : elle m’a été d’autant plus utile , qu’il ne me reliait qu’à la voir confirmée par l’aveu des maîtres qui ne pouvaient plus m’en faire myftere. On peut y ajouter d’autant plus de confiance, que l’ayant pratiquée, j’en ai obtenu un très-beau vernis, comme on le verra par la fuite.
- »
- au
- p.464 - vue 466/631
-
-
-
- L E S~C U I R S D 0 R E' S.
- ,j au fond. Lorfqu’elles feront bieni fondues, verfe2 fept pintes d’huile de lin „ dans le même vaifseau , & avec la fpatule mêlez-la avec les drogues. Faites „ cuire le tout en remuant de tems en tems , pour empêcher, autant qu’on le „ peut , une efpece de marc qui fe forme , & qui ne fe mêle point avec l’huile, „ de s’attacher au fond du vaifseau. Quand votre vernis eft cuit, pafsez-le à „ travers un linge ou une chaufse. „
- Une pareille quantité de vernis refte , fuivant les ouvriers , pour l’ordinaire fept à huit heures fur le feu avant d’être cuite: mais ce tems ne faurait être regardé comme une réglé précife > la cuifson eft plutôt finie lorfqu’on fait un grand feu. Une réglé plus fûre dont fe fervent les ouvriers employés à faire le vernis, eft d-e prendre quelques gouttes de cette liqueur avec la fpatule, & de les pofer fur une feuille d’argent étendue fur du cuir ; ou bien ils prennent de ce vernis avec une cuiller d’argent , & appliquant le bout du doigt fur cette liqueur ,l’ouvrier examine fi elle eft cuite, comme on s’afsure de lacuiffon d’un firop. Si elle file en fe refroidifsant, ou fi en retirant doucement fou doigt, elle poifse & le retient un peu , c’eft une marque qu’elle eft à fon degré, qui eft afsez celui où elle parvient à la confiftance d’un firop un peu épais.
- Le vernis prend pour lors une couleur brune ; & , ce qui eft fingulier ,c’eft qu’étendu fur l’argent, il devient tranfparent & offre un œil d’or. Si la couleur 11e parait pas afsez foncée , 011 y remédie en mêlant de nouveau un peu d’aloès qui fournit au vernis cette couleur} maisilfautprendregardeden’enpas mettre ungrosmorceau à la fois dans le vaifseau. Il pourrait faire élever la liqueur au-defsus de fes bords. Lorfque l’on en ajoute , il eft bon de le jeter avec précaution , comme nous allons l’expliquer pour mettre les dernieres drogues. Si la couleur du vernis paraifsait au contraire trop foncée, on l’éclaircirait en y mêlant du fandaraque qui n’eft deftiné qu’à donner ce qu’on appelle du cor fs à la couleur.
- En une heure & demie de cuifson, j’ai fait d’aufli beau vernis que celui que nous venons de décrire , en ne prenant qu’un demi-feptier d’huile , dans lequel j’ai fait fondre de la belle réfine & de l’aloès , les dofes diminuées dans la même proportion que l’huile.
- Mon vernis était très-beau , & il ne s’eft prefque point formé de marc au fond du vafe, parce que j’ai employé feulement ünetïès-beUeréJine en larmes» qui m’était venue du Canada, & que l’aloès avait été choifi avec la même attention.
- Le vernis étant prefque cuit, pour l’amener à fa perfeéfion , il faut encore y ajouter du deflicatif, c’eft-à-dire, quelques drogues qui ,fans altérer fa couleur, le rendent plus prompt à fécher. Celui qu’on emploie ordinairement , confifte à y mêler pour fept pintes d’huile, une demi-onee de la plus belle litharge, & autant de minium ou plomb rouge. On les mêle grofliérement Tome III Nnn
- p.465 - vue 467/631
-
-
-
- 4 66
- ART DE T R A F AILLER
- enfemble. Il faut encore ne les jeter dans le vaifseau que par petite quantité j & pour cela on fe fert d’une cuiller pour un inftant, afin de laifser faire aux drogues une petite ébullition. Si on ne les y mettait pas avec cette précaution, on courrait rifque de faire élever le vernis au-defsus des bords du vafe , & d’y mettre le feu. Malgré tous les foins & les attentions que nous indiquons ici, quelquefois ( plus fouvent quaud on les néglige ) cet accident arrive. Pour lors il faut jeter promptement des torchons mouillés fur le vaifseau pour éteindre la flamme. On remue pendant du tems toutes les drogues avec la fpatule ;& lorfque les trois dernieres paraifsent incorporées avec le vernis , on les retire de defsus le feu.
- Il ne refte plus, pour finir entièrement le vernis, qu’à le pafser au travers d’un gros linge ou par une chaufse, pour le féparer d’une efpece de marc dont nous avons parlé, qui refte en partie attaché au fond & au bord du vafe, & dont le refte nage en divers morceaux parmi le vernis.
- On pafse le vernis au fortir de defsus le fourneau. Je n’aurais pas befoin de recommander d’agir avec précaution pour ne fe point brûler, fi je ne favais par expérience qu’il ne faut qu’un accident, comme une ouverture au linge , pour n’en pas être à l’abri. Ceux qui fe fervent de chaufse, doivent en avoir plufieurs à côté d’eux , pour en fubftituer un autre à celle qui viendrait à manquer ; & l’on doit faire grande attention qu’il n’en tombe pas fur les mains , fur le vifage & fur les jambes ; ces parties fenfibles en feraient vivement endommagées. Le vernis ainfi préparé , fe garde aufli long-tems que l’on veut fans s’altérer.
- Avant de donner l’ufage que l’on fait de ce vernis, & la façon de l’appliquer fur les feuilles d’argent qui recouvrent les peaux que l’on veut dorer, on me permettra encore quelques réflexions fur cette efpece de couleur , & fur les différentes parties qui entrent dans fa compofition.
- On a fans doute déjà remarqué que la fingularité de ce procédé conlifte en ce que l’on fe fert d'une fimple liqueur brune, pour produire avec le fecours des feuilles d’argent brunies fur lefquelîes on l’applique , une couleur fera-blabîe à celle de l’or ; & que le problème confifte à dorer, fans employer aucune partie de ce métal précieux que l’on cherche a imiter.
- Les feuilles d’argent, ou quelques autres matières polies & luifantes, font donc aufli nécefsaires pour dorer les cuirs, que le vernis même que l’on applique defsus : car la couleur feule dont nous venons de donner la préparation 5 étendue fur la peau ou fur du bois, les colorerait, mais ne leur donnerait pas la couleur propre à l’or. Il faut donc que la blancheur & le brillant des feuilles d’argent polies percent à travers la couleur du vernis ; que par leur réunion elles produifent une troifieme couleur éclatante, & qu’enfin cette derniere emp unte celle de l’or.
- p.466 - vue 468/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 RE'S.
- 4«7
- Comme le vernis, & le métal poli fur lequel on l’applique , concourent à produire cette belle couleur que l’on remarque fur les cuirs dorés , il doit fe rencontrer des circonftanccs plus ou moins Favorables à la réullîte de ce que l’on attend de la réunion de ces deux matières. Un vernis plus ou moins parfait, plus ou moins tranf’pareut, plus ou moins coloré , une couche de ce vernis mife fur les cuirs à une trop grande ou trop petite épaifseur , des feuilles plus ou moins blanches, bien ou mal brunies , doivent aufti donner une couleur plus ou moins belle.
- Ces remarques Faites par les ouvriers , doivent fans doute les conduire k mettre de la perfection dans leurs ouvrages. Ce font les feuls guides que nous puiffions leur donner. Des réglés feraient inutiles ici, puifque divcrfes cir-conftances pourraient les faire varier. On devine aifément, par exemple, que Tépaifseur de la couche du vernis que l’on met fur les feuilles d’argent, doit changer , fuivant le plus ou moins de confiftance qu’on lui a donné dans lacuifsonj mais que l’attention de l’ouvrier doit toujours confifter à ne pas intercepter le brillant que doivent donner les feuilles d’argent.
- Passons maintenant à l’examen des difféientes drogues qui compofent le vernis qu’emploient les ouvriers.
- D’après le procédé que j’ai fuivi pour former mon vernis , on peut être convaincu de la facilité qu’il y aurait à Amplifier la première recette que nous avons donnée.
- i°. On pourrait ne point mettre , ou mettre beaucoup moins de refîne commune; & l’or n’en ferait que plus beau , fi on le remplaçait par du fan-daraque , en y ajoutant l’aloès qui feul produit la couleur dorée : mais la réfine ordinaire eft de toutes ces drogues celle qui coûte le moins; & lorsqu'elle eft choifie bien claire & bien tranfparente, elle ne gâte rien , & augmente beaucoup le volume du vernis.
- Les maîtres, pour augmenter encore la quantité, & d’une façon qui ne fait, à ce qu’ils croient, que rendre la couleur plus belle, ramafsent les couleurs qui relient dans leurs godets, foit de blanc ou de rouge , & dont nous verrons dans un moment l’ufage, & ils les jettent dans le vaifseau du vernis. Le rouge dont ils fe fervent, eft quelquefois de la gomme-laque.
- Les ouvriers prétendent qu’on pourrait faire entrer diverfes autres drogues beaucoup plus cheres, & qui donneraient aufti plus d’éclat & de tranfparence au vernis d’or ; que la laque ordinaire, le carmin & plufieurs autres beaux rouges pourraient y être mis avec fuccès(7). De belles gommes y font un
- (7) Il n’eft pas douteux qu’on ne pût font un vernis beaucoup plus beau,que l’on faire le vernis de bien des maniérés diffé- pourrait employer fur les cuirs. Le carmin rentes. Les fculpteurs & d’autres artifans , en petite quantité y ferait très-bien. Il ne qui appliquent l’or & l’argent fur du bois, s’agit que de donner au vernis une belle
- Nnn ij
- p.467 - vue 469/631
-
-
-
- ART DE T R A V AILLER
- 4*8
- bon effet : elles le rendent plus propre à fécher promptement, fans être ex-pofé à l’air ni au foleil. Auffi, lorfqu’on veut peindre fur des tapifseries qui reftent en argent, des branchages d’or ou quelques autres figures, comme cela fe fait fou vent dans la chambre , on mêle de la gomme & de la gomme-gutte avec le vernis d'or. Le vernis en devient, fuivant les ouvriers, plus beau , & feche plus vite. On met chauffer fur un réchaud environ un demi-feptier de vernis d'or $ & quand ce vernis commence à bouillir, on verfe dedans une once de gomme-gutte détrempée avec l’huile de térébenthine , & on retire le tout de defsus le feu , un inftant après avoir mêlé la gomme avec la couleur d’or.
- 2\ J’ai efsayé de fubftituer de la gomme-gutte à l’aloès. Cette derniere m’a paru fe difsoudre moins bien dans l’huile , & fe mêler moins parfaitement avec la réfine. Le vernis que j’en ai obtenu , n’était pas fi tranfparent ni fi beau j il était jaune fans être doré. Mais peut-être la réuflite de cette expérience dépendait-elle de quelques attentions qui ne fe feraient préfentées qu’en la réitérant plufieurs fois. D’ailleurs , fi , en fubftituant la gomme-gutte à l’aloès, l’ouvrage ne gagne pas en beauté , il eft inutile de travailler à employer la première gomme, parce que le prix de la gomme-gutte eft plus confidérable que celui de l’aloès.
- Le fuccin ( 8 )» auquel on donne le nom à'ambre, mêlé avec le même vernis , y fait encore très-bien , lorfqu’on veut y mettre toute la perfection que les maîtres cherchent rarement. En général, les réfines les plus belles ne peuvent que faire de très-beau vernis î mais je croirais qu’on nuit à fa qualité, en y ajoutant des couleurs ou d’autres drogues qui ne fe fondraient pas dans l’huile, & par conféquent, ou formeraient des grumeaux , ou deviendraient inutiles en reftant avec le marc du vernis.
- Il y a des maîtres qui font leur vernis en très-grande quantité. Ils croient qu’il en devient plus beau , & qu’ils font moins fujets à le manquer. Pour lors ils fe fervent d’une grande marmite de cuivre qui peut contenir cent ou cerrt cinquante livres de matière ; & elle relie un jour & demi ou deux jours fur • le feu. Ils font obligés de conduire leur opération avec la plus grande attention.
- couleur d’or, en lui confervant toute fa tranfparence, afin que le brillant des feuilles d’argent perce au travers.
- ( 8 ) Lefuccin, ou ambre jaune , en allemand Bcmjicin , elt un bitume folide comme la pierre , mais plus léger, friable & caftant, il fe forme dans le fein de la terre par une coagulation ; il eft enfuite entraîné
- dans la nier, où les morceaux s’arrondiffent. Le fuccin eft opaque ou trarïfparent. Celui-ci doit être préféré pour l’opération dont il s’agit ici. Il y a une efpece de fuccin tranfparent , nommé par les anciens chryfclec-trum , d’un beau jaune d’or. On obtiendra par fon moyen le plus beau vernis. Voyez Bertrand, cïicï. des fojjiles , & les auteurs qu’il cite au mot Succin.
- p.468 - vue 470/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 R E' S.
- 4 $9
- yf
- Suivant eux , un bâton qui donnerait de la fumée, & que l’on mettrait proche de la marmite de l’autre côté du feu , allumerait les vapeurs qui s’élèveraient de defsus le vernis , & les enflammerait. Quand cet accident arrive , ils prennent un couvercle de bois, dont ils couvrent la marmite , & ils mettent par defsus des torchons mouillés qui étouffent le feu.
- Plusieurs maîtres ont encore une attention dont nous n’avons point parlé, & qui ne peut que concourir à la perfection du vernis. Tandis que les matières, réfines, &c , fondent, d’un autre côté l’on eft occupé à dégrnijer l’huile dont on doit fe fervir pour faire le vernis. Cette opération fe réduit à jeter dans l’huile des morceanx de pain , des oignons , de l’ail , & à lui faire faire un bouillon. Ils retirent enfuite le pain & l’oignon, quand ils ont pris une couleur noire i & ils fe fervent de cette huile pour jeter dans les différentes matières fondues qui doivent former leur vernis. Us prétendent que le vernis fait avec cette huile, feche plus promptement, & qu’il devient plus beau. Cette précaution eft aufîi employée avec fuccès par la plupart des doreurs, pour dégraifser les huiles dont ils fe fervent pour former leur mordant.
- Le vernis que l’on a laifsé trop de tems fur le feu , & qui y eft devenu trop .épais , ne peut redevenir liquide qu’avec le fecours de l’efsence de térébenthine j & nous avons averti que c’était lin mauvais moyen , parce que ce dernier vernis s’écaillait aifément.
- Nous cherchons prefque toujours dans la fabrique des arts , à rendre ce que nous voyons s’exécuter naturellement fous nos yeux. Imitateurs de la nature, nous la copions quand nous fommesafsez heureux pour avoir fai Ci fes moyens. Ici c’eft le procédé fuivi dans Part’des cuirs dorés , qui a conduit à reconnaître ceux de la nature. M. de Réaumurqui l’étudiait avec profit, étant inftruit de la compofîtion du vernis des cuirs dorés , a employé fes connaifsances à expliquer, par une application ingénieufe , d’où dépendait la couleur dorée qui fe voit fur la dépouille de quelques chryfalides, & celle que l’on remarque fur l’écaille de certains poifsons , &c. Ces animaux doivent, fuivant M. de Réaumur ,1a richefse ou plutôt la beauté de leurs habillemens à une couleur analogue -aux vernis de nos cuirs , & aune fécondé matière luifnntequi équivaut aux feuilles d’argent des cuirs. Il faut, fans doute , que ces deux matières foient juftement compenfées fur les écailles de certains poifsons , & principalement de ceux connus depuis quelque tems fous le nom de poijjbns dorés de la'Chine , qui offrent les plus belles couleurs & la dorure la plus éclatante. Il ferait à fouhaitser que nos ouvriers , dans la fabrique des cuirs dorés , pufsent approcher de la beauté de ce vernis.
- Maintenant que l’on eft inftruit de ce qui colore û bien les cuirs dorés , d’après ce que dit M. de Réaumur, & fes ohfervations fur la belle couleur d’orque prennent certaines chryfalides, ne pourrait-on pas croire qu’il ferait
- p.469 - vue 471/631
-
-
-
- 470
- ART DE TRAVAILLER
- r
- poffibte de trouver une matière ou même une liqueur qui équivalut à ce que pro-duifent les feuilles d’argent dans l’opération de dorer les cuirs ? Un amalgame de mercure , des vernis ou de (impies gommes ne pourraient-elles pas remplacer cette première matière coîiteufe ? Nous ne diffimulons pas que, pour que la matière que l’on y fuppléerait fût auiîi bonne que les feuitles d’argent don^ on fe fert, il faudrait des conditions difficiles à efpérer (9). L’expérience, feule guide dans les arts, pourrait indiquer fi ces changemens feraient avantageux ; & comme nous croyons que dans la defcription que nous en donnons, nous 11e pouvons être tropréfervés à les indiquer , à moins que nous n’ayons des preuves réitérées & confiantes d’une perfection nouvelle , ou d’une épargne fur la matière & fur le tems à l’employer ; comme d’ailleurs le public ne jouirait jamais de la defcription d’un art, s’il exigeait de nous de ne la donner qu’avec les perfections qu’il pourrait acquérir, nous iaifsons à d’autres perfonnes, & fur-tout aux ouvriers,à fuivre des tentatives que nous ne faifons qu’indiquer : c’efl à eux à juger fi , en fubflituant une autre matière aux feuilles d’argent, leurs cuirs eu feraient aufiî beaux, auiîi bons , & s’ils pourraient les donner à meilleur compte.
- Voyons les moyens qu’emploient les ouvriers pour appliquer fur les cuirs le vernis dont nous venons de donner la compofition.
- §. IV. Comment on dore les cuirs.
- Les ouvriers appellent or le vernis ou la couleur dont nous venons de parler ÿ & la façon de l’étendre fur les feuilles d’argent, pofer P or ou dorer.
- Pour pofer l’or fur les cuirs, on choifit des jours fereins,où il y a apparence qu’on jouira d’un beau foleil ; on ne dore guere l’hiver, ni par un tems couvert. On porte les carreaux brunis dans un jardin que les ouvriers appellent Yattelier du dorage. C’efl dans ce même jardin , où l’on a fait fécher les peaux avant de les brunir.C’efl auffi fur ces mêmes tables ou planches où elles étaient attachées , qu’on les cloue ; avec cette feule différence que, dans cette opération , la furface argentée eft mife en defsus. Dix-huit ou vingt peaux différentes étant ainfi attachées fur des tables , deux ou trois ordinairement fur chaque table , on pofe toutes ces tables fur des tréteaux arrangés parallèlement entr’eux , de façon que toutes les tables ou toutes les peaux foient placées les unes au bout des autres.
- Tout étant ainfi difpofé, Pouvrier qui a la direction de ce travail, avant d’appliquer le vernis, pafse defsus le carreau un blanc d’œuf, & l’y laifse
- ( 9 ) Il faudrait appliquer l’amalgame perdit rien de fon éclat : deux conditions avec tant de folidité qu’il ne s’écaillât ja- qu’il eft probablement impoffible de rérç-mali, & il faudrait en même tems qu’il ne nir.
- p.470 - vue 472/631
-
-
-
- LES CUIRS D G R E! S.
- 471
- fécher. Quelques ouvriers fe difpenfent de cette opération , & croient qu’elle nuit à la folidité de l’ouvrage : d’autres la regardent comme utile. Selon ces derniers , le blanc d'œuf recouvre les trous qui fe trouvent fouvent aux feuilles d’argent : il bouche les pores de la peau , & empêche le vernis de s’imbiber. Il s’écaillerait, fi l’on mettait une couche trop épaifse.
- Quand on emploie des feuilles d’argent un peu épaifses, on n’a point à craindre que le vernis s’imbibe dans le cuir ; mais celles dont on fe fert communément font fouvent fi minces , qu’elles font percées d’une infinité d’ouvertures.
- Le blanc d’œuf étant bien fec , l’ouvrier qui dore met devant lui fur la table Je pot à l’or ou le pot au vernis. Cet or a à peu près la confiftance d’un firop un peu épais. Il trempe les quatre doigts d’une main dans la liqueur , & s’en fert comme d’un pinceau pour appliquer le vernis fur la peau. Il les tient un peu écartés les uns des autres , & appuie leur extrémité près d’un des bords de la peau.. Il fait décrire à chaque doigt une efpece d’S qui relfe peinte par l’or. Il trempe enfuite de nouveau fes doigts dans le vernis , & décrit encore quatre autres lignes. Il continue cette manœuvre jufqu’à ce que le carreau foit rempli de lignes placées à peu près à égale diftance les unes des autres.
- Si, pour appliquer l’or, l’ouvrier préféré fes doigts à tout autre uftenfile , c’elt qu’outre l’avantage d’avoir fon pinceau toujours ayec lui, il trouve que par ce moyen il pofe l’or plus uniformément * . Il faut que les peaux fuient également dorées ; celles qui le feraient davantage, feraient un mauvais effet. Employées en tentures , elles effaceraient l’éclat de celles qui le feraient moins *, & le dellin offrirait différentes nuances défagréabies.
- Après que l’or a été ainfi appliqué fur plufieurs peaux , le même ouvrier ou plufieurs autres qui travaillent avec lui, l’étendent fur ces peaux. C’eft ce qu’ils nomment emplâtrcr. Ils ne fe fervent encore que de leurs mains, pour emplâtrer. Chacun de ces ouvriers tient fa main étendue fur le defsus d’un carreau 5 & la promenant fur toute fit furface, il étend également le vernis, qui formait auparavant différentes lignes courbes.
- Le vernis ayant été dilhibué auffi également qu’il eft poffible fur la fur-face de plufieurs peaux, des ouvriers s’occupent à battre celles qui ont été emplâtrées les premières. Ainfi on îaifse environ un demi-quart d’heure d’intervalle entre l’une & l’autre de ces deux opérations. Dans la première, l’ouvrier ne frottait qu’avec une main la furface du carreau ; dans cette derniere*, il frappe avec les deux mains afsez fortement, en leur donnant de petits coups redoubles.
- * Le pinceau réuffirait fans "doute auffi préférer les doigts ; la chaleur du foleil fuf-
- bien ; la commodité ou l’habitude leur font fit pour faire fondre le vernis.
- p.471 - vue 473/631
-
-
-
- 473
- ART DE TRAVAILLER
- Les ouvriers Fe propofent d’obliger par-là le vernis à s’étendre plus également fur toute la furface du carreau , & de lui faire prendre , pour ainfi dire, corps avec les feuilles d’argent. Comme il était fluide lorfqu’oti a emplâtre , il a coulé dans les endroits les plus creux en plus grande quantité qu’ailleurs. L’inégalité des tables , celle des peaux, ont formé quantité d’endroits plus profonds, & qui fe font par conféquent remplis de plus de liqueur que les autres. Les coups qu’on leur a donnés , ont obligé le vernis de les abandonner. L’ouvrier a donc dû avoir attention de frapper fur-tout dans les endroits où la liqueur s’eft trouvée en plus grande quantité. Il a frappé auffî fur les autres endroits. Enfin fes yeux ont dû fervir de guide à fes mains.
- Aussi-tôt que les peaux ont été battues avec foin , on les arrange pour les faire fécher. Si l’on n’avait pas befoin de tréteaux pour dorer de nouvelles feuilles, on pourrait les laifser ainfi arrangées jufqu’à ce qu’elles fufsent feches : mais pour ne pas perdre de tems, en les retire de defsus les tréteaux, & on appuie chacune de ces planches où les peaux font clouées , le long d’un mur , expofées au foleil. Tandis que le vernis de celles-ci feche, on remet des tables fur les tréteaux garnis de nouveaux carreaux , & les mêmes ouvriers s’occupent à les dorer de la même faqon qu’on a agi fur les précédens.
- Selon que la chaleur du folèil eft plus ou moins forte , & que le vernis eft bien fait, les peaux fechentplus ou moins promptement. Dans les beaux jours, elles font feches au bout de quelques heures. Les ouvriers croient que le vernis prend un œil plus brillant, quand il feche promptement. Ilsreconnaifsent aifémentee point, en appliquant le doigt fur le vernis. Il eft fec fi le vernis ne colle point, & s’il ne colore point le doigt qui le touche : fi le contraire arrive, il faut encore laifser le vernis quelque tems expofé au foleil pour fécher.
- CETTEcouche de vernis étant feche , on remet les mêmes carreaux comme c;-devant furies tréteaux, pour leur donner une fécondé couche précifément de la même maniéré qu’on a appliqué la première. Lorfqu’on a mis cette fécondé couche , on l’expofe encore au foleil pour la faire fécher. Il faut pour lors avoir attention d’examiner quelles font les peaux les moins colorées, pour leur donner une couche de vernis plus épaifse qu’aux autres , ainfi qu’aux endroits de certaines peaux qui font moins dorés, & qui font reftés prefque blancs.
- Malgré les foins qu'on a pris de battre également une peau , il fe trouve fouvent des endroits qui offrent des pareils défauts. Ils font plus communs aux peaux qui font grafses, & qui n’ont pas été bien préparées par les tanneurs. La raiion en fera aifée à concevoir, quand on fe rappellera qu’il entre de l’huile dans le vernis, qu’elle fe fépare des autres drogues qui fervent à le former, & qu’elle s’infinue alors plus aifément dans les peaux, fur-tout dans les endroits où la peau a été moins dégraifsée. Pour peu qu’elle trouve de pat
- fage
- p.472 - vue 474/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 R Er S.
- 473
- fage entre les différentes feuilles d’argent, elle pénétré l’intérieur de la peau , & les feuilles d’argent relient pour lors prefque blanches ou très-peu colorées.
- Cet inconvénient arriverait moins fréquemment, fi, comme nous l’avons dit , les maîtres fe donnaient la peine de faire cuire davantage leur vernis , & s’ils lui donnaient plus de confillance qu’ils ne le font. Etant plus épais , il fécherait plus vite , & ne trouverait pas autant de facilité à pénétrer dans] la peau.
- On conçoit à préfent pourquoi les cuirs qui fechent promptement, ont plus d’éclat & font plus parfaits que d’autres à qui il faut plus de tems pour fécher. L’huile ne peut pas s’introduire dans la peau, quand le vernis fe lèche tout-à-coup.
- C’est ici le lieu de parler d’une efpece de teinture en cuir doré, qui eff le fruit d’un autre travail que les ouvriers nomment cavée. Ce travail regarde les cuirs fur. lefquels on doit voir, dans certains endroits, l’or produit parle vernis , & où dans d’autres l’argent doit relier apparent. Pour former ces ef-peces de tentures , on fait pafser les peaux argentées fous laprefse*, & l’on choifit, pour leur donner l’impreffion , des planches dont le deflin eft gravé peu profondément. On les imprime comme nous le décrirons dans un moment, ou bien l’on fe contente décalquer ou ejhmiper defsus un deflin. On enduit le tout de vernis ; mais aufli-tôt qu’il ell appliqué, que la peau eft em-plâtrée , l’ouvrier regarde les endroits qui doivent relier en argent, & foule-van t la partie où l’argent doit paraître , il pafse fon couteau defsus pour enlever le plus qu’il peut du vernis. Il donne enfuite fon carreau à un autre ouvrier qui s’occupe encore à enlever avec un linge dans ces mêmes endroits, ce qui pourrait être relié de vernis. Il en demeure cependant toujours afsez pour donner une couleur jaune à l’argent, qui le ternit un peu ; mais ce vernis qui lui relie, fert beaucoup à le conferver, & 11e lui fait aucun tort pourlecoup-d’œil.
- Pour les tentures' ordinaires, l’or ou la couleur dont nous parlons, bien préparée & étendue fur les feuilles d’argent avec les précautions que nous venons de détailler , fuffit & paraît d’une grande beauté, pourvu que les drogues aient été choifies avec foin, & qu’il foit appliqué fur un argent bien bruni j car plus l’argent eft bruni, & plus le vernis a un éclat approchant de l’or. C’ell ce qui nous a fait dire qu’il ferait à fouhaiter que les ouvriers em-ployafsent des feuilles d’argent plus épaifses que celles dont ils fe fervent communément : leurs ouvrages en feraient beaucoup plus beaux. Les cuirs de
- * II faut fe rappeller que les differens le cuir fous une prefle. Nous en décrirons deffins que l’on voit fur les cuirs dorés ou le procédé dans la fuite, en parlant de l’ira-argentés, y ont été appliqués par une plan- preflion des carreaux, che de bois gravée que l’on fait palfer avec
- Tome IHi
- O 0 o
- p.473 - vue 475/631
-
-
-
- 474
- ART DE TRAVAILLER
- Vcnife pafsent pour mériter la préférence fur les nôtres par la beauté de leur or.
- Ce n’eft pas fur l’argent feu! qu’on peut employer ce vernis : oir pourrait fe fervir encore de feuilles d’étain bien battues : dans la nouveauté ces tapifse-ries font un afsez bel effet. On a voulu fubftituer , il y a quelques années , ces feuilles à celles d’argent : ces tentures de cuirs ainfi recouverts d’étain font moins belles ; elles durent moins , & font plus difficiles à travailler *.
- Les ouvriers tromperaient encore , en couvrant leurs peaux avec du cuivre battu en feuilles ; & il y aurait pour eux plus de profit.
- On a fait à Paris des tapifseries avec le cuivre battu ; elles étaient au moins auffi belles que les auires. L’or ou le vernis prend beaucoup d’éclat fur ces feuilles, lorfqu’elles ont été bien brunies ; la couleur du cuivre approchant plus de celle de for , il n’eft pas nécefsaire d’y mettre une auffi grande quantité de vernis que fur l’argent. Il eft fâcheux que cette beauté nefoitpas d’une longue durée. Ces tapifseries noircifsent très-vite , ou fe chargent de verd-de-gris . & verdifsenten très-peu de tems dans les endroits humides ; de forte qu’au bout de deux ou trois années , fouvent plus tôt , elles font entièrement pafsées. L’appât du gain engageait autrefois les ouvriers à fe fervir de ces feuilles , fur-tout dans les carreaux ou bandes qui font deftinéesà border les tapifseries, foit par en-haut, foit par en-bas. Aujourd’hui les ouvriers ne s’en fervent plus , ou ils ne font pas de fi bonne foi, ils ne l’avouent plus **.
- On m’a dit que quelques ouvriers avaient cherché un alliage avec le cuivre, qui fût moins fujet à fe charger de verd-de-gris , pour en couvrir leurs cuirs. On fait que le fimilor & le tombac verdifsent moins promptement: mais je ne crois pas que ces métaux puifsent fe réduire en feuilles minces auffi aifément que le cuivre non allié.
- Il y a quelques provinces où l’on fabrique des cuirs garnis de feuilles de cuivre; mais leur ufage n’eft point deftiné à former des tentures. Ces peaux fervent à faire des couvertures de meubles, des houfses ou ornemens d’attelage de mulets : on les vend comme faites avec le cuivre , & on les donne à meilleur compte.
- Comme c’eft l’humidité qui altéré la couleur du cuivre , ne pourrait-on pas l’en défendre en partie,en couchant quelque vernis particulier fur la peau
- * Les feuilles d’étain coûtent 536 liv, le; millier.
- ** Les feuilles de cuivre , que l’on nomme d’or faux ou or d’Allemagne, valent 2 liv. ro fols, ou 2 liv, ç fols le millier. L’étain & le cuivre battus s’achètent chez les batteurs d’or & chez les marchands de couleurs. Us les tirent d’Allemagne,La main-
- d’œuvre àParis deviendrait trop chere, pour engager ces ouvriers à y réduire en feuilles ces métaux.
- On ne connaît qu’un batteur d’or à Paris, qui réduife en feuilles le fimilor : il en fabrique de pâle & de rouge, qu’il vend 10 liv. le millier.
- p.474 - vue 476/631
-
-
-
- LES C ü I R S D 0 R E' S.
- 47 T
- en defsous ? Le vernis à couleur d’or les défend déjà d’un côté. On fait que les feuilles de cuivre étant toujours expofées à l’humidité du côté qui touche le cuir, elle le pénétré, & arrive facilement aux feuilles de cuivre. Le vernis leger que nous propofons de mettre fur l’envers des peaux , peut-être remédierait à cet inconvénient î & ce moyen ne ferait pas cher, fi , pour vernis., on n’employait qu’une colle femblable à celle qu’on étend furies cuirs qui demeurent argentés.
- Quoique fufage du cuivre ne foit pas bon, nous devons pourtant dire que, lorfqu’on s’en fert au lieu d’argent pour couvrir les peaux, elles doivent être feches avant d’appliquer la colle qui doit retenir les feuilles jfans quoi le cuivre deviendrait bientôt noir.
- Pour continuer à expliquer les procédés de cet art, nous allons dire maintenant comment on donne aux peaux toutes les figures de relief qui paraif-fent fur les cuirs dorés, ou, ce qui revient au même , comment on imprime les carreaux. On ne fait ce dernier, travail, que quand la couleur d’or eft un peu feche ; il faut qu’en la touchant, elle ne prenne plus aux doigts. Elle eft ordinairement en cet état le lendemain qu’elle a été pofée ; mais en hiver , cela va fouvent à plufieurs jours. Nous avons déjà dit qu’on mettait les cuirs fous une prefse , en appliquant le carreau fur une planche déjà gravée j mais nous allons décrire la prefse , & les moyens de s’en fervir.
- §. V. De la preffe & des planches à imprimer les carreaux.
- La prefse dont fe fervent les ouvriers en cuirs dorés , eft la même qu’emploient plufieurs autres ouvriers , & particuliérement ceux qui impriment en taille-douce * ;& nous renverrions aujourd’hui, pour en prendre une connaifsance parfaite , à la defcription de cet art, fi cette prefse n’était pas gravée fur la planche que nous a remis l’académie , & dont nous avons voulu profiter. C’eft ce qui nous engage adiré deux mots de fa conftru&ion, avant d’en faire connaître l’ufage.
- Un chafiis de bois fait la bafe ou le pied de la prefse. Il a environ quatre pieds & demi de longueur, & trois pieds & demi de largeur. Les quatre pièces a, b,c, d> qui lecompofent, ont quatre à cinq pouces d’équarrifsage. Elles pofent à plat fur le terrein. Deux montans ou jumelles g h , font emmor-taifés dans chacune des longues pièces du chafiis. La hauteur de ces montans eft d’environ fix pieds : ils ont cinq pouces d’équarrifsage. Les deux montans qui font afsemblés dans la même piece , ne font éloignés l’un de l’autre que de feptà huit pouces. Les extrémités fupérieures de ces quatre montans font terminées par des tenons qui entrent dans les mortaifes d’unet piece de bois qui fait le defsus de la prefse ih.
- * Voyez la maniéré de graver à l’eau-forte, par Abraham Boiïe.
- O o o ij
- p.475 - vue 477/631
-
-
-
- 476
- ART DE TRAVAILLER
- K Cette prefse a deux traverfes courtes & fortes u, t, afsemblées dans les deux montans qui font d’un même côté. Au defsous de la fécondé traverfes , on en voit une autre m qui porte entre les deux jumelles d’un côté , & contre les deux autres jumelles de l’autre côté de la prefse. Cette traverfe eft pofée fuivant la largeur de la prefse , & eft deftinée à prefser fur le rouleau fupé-rieur que nous allons décrire. Elle ferre ce rouleau par le moyen d’une vis qui pafse dans un écrou r placé entre les traverfes t & u: la vis appuie fuivant qu’on la tourne plus ou moins fur la traverfe mobile m. Aujourd’hui l’on a fupprimé tout cet attirail ; & nous verrons dans un moment ce qu’on y a fubftitué.
- Un rouleau de bois n eft placé horizontalement fur la traverfe qui eft la plus bafse, & entre par fes deux extrémités dans une autre traverfe qui réunit en cet endroit les deux jumelles g h , kg : au-defsous du plancher pp, il y a> encore un autre rouleau o. C’eft pour porter ces rouleaux, qu’eft conftruite toute la charpente que nous avons décrite. Iis ont environ fix pouces de diamètre. Le fécond rouleau o dont nous parlons, eft donc pofé fous le précédent: il lui eft égal en longueur ; mais il eft ordinairement plus gros. Ces deux rouleaux ne fe touchent pas : ils font féparés l’un de l’autre par une efpece de defsus de table, ou un afsemblage de planches afsez minces pp.
- Cette table ou ce plancher eft aufti iarge, mais plus long que le chaflis qui fert de bafe ou de pied à la prefse. Il pofe immédiatement fur le rouleau inférieur o. Quand la prefse n’agit point, pour le foutenir on fe fert d’un bâton, dont un des bouts eft fiché en terre , & l’autre foutieut ce plancher. C’eft une efpece de pied que l’on retire quand on veut.
- Cette planche ou ce plancher eft donc porté par le rouleau inférieur. Sur ce plancher, on pofe une petite piece de bois Y, longue & large environ de fept à huit pouces. Son épaifseur eft de trois à quatre pouces ; ils la nomment galoche. Cette derniere piece fe met à l’extrémité du plancher , & eft deftinée à l’arrêter quand il a’pafsé prefqu’entiérement fur les rouleaux, afin qu’il n’en forte pas tout-à-fait, & qu’on n’ait pas autant de peine qu’on en a eu la première fois à arranger la machine. Il eft nécefsaire que le premier rouleau prefse le rouleau inférieur : ce qui peut s’exécuter de trois maniérés différentes.
- Anciennement on fe fervait de coins que l’on faifait entrer entre les deux traverfes /, m. Depuis on a employé une vis q-, que l’on faifait porter plus ©u moins fur la traverfe mobile m. On avait difpofé au milieu du fommier un écrou r, taillé dans fon épaifseur. La vis qui traveiTait cet écrou , venait rencontrer ie milieu de la traverfe t», & l’obligeait ainil à monter ou à def-cendre, & à appuyer plus ou moins fur le rouleau fupérieur. C’eft ainfi qu’étaient conftruites, vers le commencement de ce fiecle , lesprefses dontfe fervaient les ouvriers en cuirs dorés. Un coup-d’œil fur la planche que nous
- p.476 - vue 478/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 R Ef S,
- 477
- a remis l’académie, & dont nous avons faitufage, aidera à faire concevoir ee que nous décrivons ici. Nous avons fuppléé aux changemens que la prefse a‘ éprouvés depuis ce tems , par quelques détails que nous avons ajoutés.
- Aujourd’hui, au lieu de coins ou de cette vis, on fe fert de feuilles de carton , qui mifes en plus ou moins grande quantité, prefsent fur les rouleaux, & les obligent de ferrer davantage ce qui doit pafser entr’eux. Voici comment cette prefse eft devenue moins compofée.
- Au lieu des deux jumelles dont nous avons parlé , placées de chaque côté de la prefse ; dans les nouvelles ,il n’y en a qu’une de chaque côté de la prefse. Chaque jumelle eft formée par une planche épaifse, arrêtée par des tenons chevillés dans le bâti ou pied de la prefse.
- Chacune de ces planches eft ouverte un demi-pied au-defsous de l’endroit où porte & doit être arrêté le rouleau inférieur, & un demi-pied au-defsus du rouleau fupérieur. Cet efpace doit contenir des feuilles de carton, un couftî-net, & le premier rouleau, dont les tenons portent fous le couftinet dont nous parlons, qui appuie defsus. Il doit refter afsez d’efpace pour placer le plancher, & ce qui doit pafser entre les rouleaux. Enfuite on pofe les tenons du rouleau inférieur , d’autres feuilles de carton que l’on place encore en defsous , & le fécond couftinet du rouleau inférieur.
- Les feuilles de carton rendent la preflion plus douce, plus moelleufe, en terme d’ouvrier, & les prefses font beaucoup plus aifées à conduire depuis ce changement.
- Pour faciliter l’entrée du plancher & de la planche fous le rouleau , l’on ajoute encore une galoche figurée en coin.
- Imaginons donc le rouleau fupérieur contre l’inférieur, & que le plancher de la prefse avance beaucoup plus d’un côté que de l’autre. Voici comment on fait ufage delà prefse. On prend une planche de bois de la grandeur des car-reauxque l’on veut imprimer & graver avec le defîin qu’il a plu au maître d’y repréfenter. On la place fur le plancher de la prefse, de façon qu’un de fes bords touche la piece de bois figurée en coin, que nous avons nommée galoche. La furface gravée de la planche eft en defsus. On étend fur la planche une couverture de laine pliée en trois ou quatre doubles, & on la fait pafser encore entre le rouleau fupérieur & la galoche qui eft pofée fous le rouleau. Ce n’eft qu’après que l’on a atnfi accommodé la couverture la première fois qu’on arrange la prefse, que l’on fait defeendre le rouleau fupérieur, foit avec des coins , foit avec une vis, foit, comme a&uellement on le fait plus communément, avec les feuilles de carton dont nous venons de parler.
- Tout étant ainfi difpofé, on releve la couverture fur le rouleau fupérieur, afin de pouvoir découvrir tout le defsus de la planche gravée. On prend pour lors une peau dorée (nous parlerons après désargentées) ; on la mouille
- p.477 - vue 479/631
-
-
-
- 473
- A R.T DE TRAVAILLER
- légèrement fur fon envers avec une éponge. On recommence cette opération une fécondé fois, quand la première ne l’a pas afsez attendrie. Il eft queftion ici, en hume&ant la peau, de la rendre flexible. On ne mouille point l’autre furface, parce qu’on a attention de n’imprimer la peau que quand le vernis eft fec , & lorfqu’il ne colle plus.
- Lorsqu’on a étendu la peau, & appuyé le côté doré fur la planche gravée, on rejette fur elle la couverture de laine que l’on avait repliée fur le rouleau. Quatre hommes faiilfsent pour lors les extrémités des leviers de deux moulinets S, S , S, S, qui fontaux deux extrémités du rouleau fupérieur. Deux hommes montent fur l’un & fur l’autre levier de ces deux moulinets, pour agir avec toute la pefanteur de leur corps , tandis que deux autres hommes placés encore fur chacun des deux moulinets, & de l’autre côté, en relevent les bras pour agir de concert tous les quatre , & faire tourner le rouleau. Comme le tout eft extrêmement prefsé fous le rouleau, en tournant il fait avancer la couverture ; la couverture entraîne la galoche, & avec la galoche fuit nécefsairement le plancher qui porte la planche gravée, & par conféquent le cuir qui a été appliqué defsus: ce qui s’exécute d’autant plus aifément, que le rouleau inférieur étant mobile , a la liberté de tourner auffi fur lui-même. Lorfque la planche gravée parait prefqu’entiérement palsée , on glifse avec la main la fécondé galoche quarrée , que l’on a toujours portée, afin qu’elle arrête le plancher, & qu’on n’ait pas encore la peine de l’arranger, comme nous l’avons dit ci-deisus.
- La planche étant fortie d’entre les rouleaux, on releve la couverture , & l’on voit le carreau qui commence à être imprimé : il ne l’eft pourtant encore que fort imparfaitement ; il n’a pas encore été afsez prefsé fur les endroits creux de la planche pour s’y être enfoncé autant qu’il eft nécefsaire. Pour rendre l’impreffion plus parfaite , il faut encore prendre du fable fec & fin , & l’étendre de l’épaifscur d’environ un doigt fur toute là furface de la peau. On a l’attention d’en mettre un peu davantage aux endroits qui doivent devenir les plus creux. Plus on en mettra , & mieux la peau fera imprimée ; mais aufti les ouvriers auront plus de peine à la faire pafser entre les rouleaux. Les maîtres doivent fe trouver à l’impreffion des cuirs, dans la crainte que les ouvriers, pour s’épargner de la peine, ne mettent pas tout le fable nécefsaire ( io ).
- On recouvre comme auparavant le carreau avec la couverture; & en tour-
- ( to') 11 y aurait, ce femble , bien des chofes à corriger dans tous ces procédés , fi un homme habile voulait s’en occuper. Le fable ne parait point être la matière la plus propre au but que l’on fe propole d’obtenir. 11 faut qu’il ait une extrême hneife,
- pour ne pas percer les feuilles d’argent ; & cette finefle eft difficile à trouver. Il n’eft pas aife de l’étendre également fur la furface du cuir. Toute autre matière fouple & pliante ferait plus propre que le fable, pourvu qu’elle n’enlevât pas la couleur.
- p.478 - vue 480/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 R F S.
- 479
- nant, comme nous l’avons décrit, les leviers des moulinets, on l’oblige à grande force de pafser fous les rouleaux.
- Pour l’ordinaire , la peau eft alorsafsezbien imprimée, fi on a mis la quantité'de fable qui convient: ce qu’on reconnaît en frappant fur les endroits profonds , par le fon que rend le coup : s’ils réforment creux, c’efl une preuve que la peau , fuivant leur expreffion, n’a pas encore été imprimée à fond. Or remet pour lors de nouveau fable , & en plus grande quantité, & on fait paf-fer le carreau une troifieme fois fous la prelse, comme on l’a fait les deux premières.
- On ne doit pas cependant négliger de les faire pafser plutôt trois fois que deux : les carreaux en feraient mieux gravés ; les reliefs en deviendraient plus apparens ; & tous les ornemens taillés au fond des creux de la gravure, qui contribuent à la beauté du deffin , fe trouveraient pour lors fur les peaux.
- Il ne refie plus qu’à continuer d’imprimer toutes les peaux de la même maniéré , en les mouillant, comme nous l’avons décrit, à l’envers avec une éponge , & en les faifant pafser fous la prefse, comme nous venons de le voir.
- L’ouvrier doit bien examiner , avant de retirer fon carreau de defsus la planche gravée , s’il a bien pris tous les traits fins du deffin ; car une fois retiré de defsus la planche, s’il s’apperçoit que fon carreau n’a pas été afsez imprimé , il lui ferait impoffible de le remettre fous la prefse dans la meme pofition où il était auparavant, & la peau relierait mal imprimée ou perdue.
- Pour répandre ce fable fur le cuir, il faut employer beaucoup de tenis. Un feul ouvrier peut fe charger de cet ouvrage; & pour lors les trois autres occupés à la prefse, relient oififs ; & le gain de prefque tous les artifles con-fiftant fouvent à ménager la main - d’œuvre & à épargner le tems, il fe trouve ici bien diminué.
- Autrefois l’on conduifait ce travail en bien moins de tems. Au lieu de répandre du fable fur les carreaux la fécondé fois qu’on les met en prefse, on avait des efpeces d e contre-moule s, ou des contr’ejlampes, fur lefquelles on voyait en creux les reliefs qu’offrait le deffin de la planche gravée. On plaçait cette eontr’eflampe en defsus du cuir : elle le contraignait à s’appliquer immédiatement fur la planche, & réuffifsait mieux que le fable qu’on applique ordinairement defsus. On fe fervait, pour former les contr’ellampes, d’une efpece de mallic compofé de colle & de papier prefque réduit en bouillie. On appliquait de cette pâte fur la planche gravée , & on lui faifait prendre en creux la forme du deffin qui y était repréfenté; mais il fallait avoir autant de contre-eftampes que de planches gravées. D’ailleurs, les contr’eftampes ne duraient pas Iong-tems; elles fe rompaient, & il fallait toujours recommencer.
- On m’a afsuré cependant qu’à Avignon , où l’on fabrique beaucoup de emrs dorés, on fe fervait, pour les imprimer, de contr’ellampes ou contre-
- p.479 - vue 481/631
-
-
-
- ART DE TRAVAILLER
- 4E0
- moules ainfi formés; qu’ils ne laifsaient pas de durer , & qu’on n’y emploie point, comme à Paris, le fable : peut-être ne fe fait on pas une affaire, comme ici, de former de nouveaux contre-moules, quand il s’en trouve de cafsés.
- Un artifte induftrieux & attaché à perfectionner fon ouvrage , fentant l’utilité de ces contre-moules , avait cherché un maftic nouveau qui pût mieux réuOir, Il en avait formé de maftic, de cire, de poix réfine, &c , qui ont tous eu les mêmes défauts que les premiers» Jamais le maftic, de telle matière qu’il l’eût compofé , n’a pu réfifter à la deuxieme ou à la troifieme prefse fansfe cafser. Aujourd’hui que le débit de ces tentures n’eft pas confidérable , on a abandonné les contre-moules, qui auraient pu devenir d’autant meilleurs, qu’avec leur fecours les ouvriers ne pouvaient pas faire l’ouvrage à demi ; & à Paris on s’en tient, comme nous l’avons dit, au fable qui exige un long-tems & beaucoup d’attention , fi l’on veut faire un ouvrage parfait.
- Si ces efpeces de tentures reprenaient de la vogue , il ne ferait cependant pas , je crois , imposable de trouver un meilleur maftic que celui qu’on a tenté pour en former des contr’eflampes, ou de travailler eu bois un fécond moule qui offrirait en creux le même delfin qui ferait eu relief fur la planche gravée; mais l’on ne s’avifera d’exécuter ce que nous pVopofons ici, que quand on aura un débit prompt & afsuré de ces fortes de tapifseries. Ce fécond moule ferait coûteux par la difficulté qui fe rencontre toujours de rendre en creux un defîin conforme à un autre en relief, quand on voudrait graver cette contre-eltampe, & la former en bois. Mais ne pourrait-on pas les faire de fonte ou de métal coulé ? ( 11 )
- Ce ferait encore ici le lieu de parler de la conftrudtion des planches gravées : les peintres qui travaillent les cuirs dorés, conftruifant ordinairement eux-mêmes leurs planches, & les gravant fur differens deffins qu’ils ont imaginés. Mais ceci demanderait des détails qui tiennent plutôt à l’art du graveur en bois, & qui mériteraient;une defeription particulière. Nous dirons feulement qu’il s’agit, pour graver ces planches, d’enlever certaines parties du bois pour former des reliefs au defîin. Les creux du bois font deftinés à recevoir le cuir qui, retourné , deviendra en relief; & on exprime ainfi fur ce cuir du côté où il doit être invifible, le même defîin que l’on voit gravé en creux fur la planche de bois. Les parties de la planche auxquelles on ne touche point, forment les fonds.
- (ii) Ces contr’eflampes de métal feraient très-coûteufes : il faudrait d’abord qu'elles fulfent d’une certaine force, car tout métal jeté en fonte eft fujet à fe cafler. Le fer ne vaudrait rien pour cela ; il n’eft pas
- aftez fin pour donner des.figures bien frappées. L’artifte qui fondrait ces pièces, devrait avoir une finguliere habileté , pour exprimer les plus petits traits. En un mot, ce projet paraît très-peu praticable.
- Nous
- p.480 - vue 482/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 R E1 S.
- 48i
- Nous devons cependant dire que la perfection des cuirs dorés dépend en grande partie de l’attention & des foins qu’on apporte à graver la planche, & du choix du deffin. Les Anglais , à en juger par les diliérens cuirs fortis de leurs manufactures , que nous avons examinés, excellent dans cette partie.
- Nous verrons que les cuirs , foit dorés, foit argentés , dont nous avons donné la fabrique , font-couverts fouvent en grande partie par des couleurs différentes. Il conviendrait que les parties de ces cuirs deftinées à être colorées, fufsent très-faillantes, & par coniequent que les fonds qui relieraient en or ou en argent , fufsent peu éminens , quoique travaillés. Au contraire les cuirs deltinés à relier Amplement en or & en argent, qu’on appelle cavês, & fur lefquels on n’ajoute aucune couleur, ne doivent pas être imprimés profondément ; il ne faut pas que le dejlin de ia planche foit rendu en bofse fort apparente : aulîi ces efpeces de planches font-elles les plus difficiles à former, parce qu’elles exigent fur toute l’étendue de la planche un travail plus fini & plus délicat. Les Anglais, par la gravure de leurs planches, imitent les galons en or & en argent. Ils y ajoutent des deffins en écailles , qui offrent des nuances différentes. Nous pouvons dire que la perfe&ion de leurs planches fait en-général le principal mérite de leurs cuirs, & avouer qu’il s’en faut de beaucoup que nous l’atteignions.
- Pour graver ces planches, on choifit des parties de poirier cpu de cormier, fur lefquelles il ne fe rencontre , autant que faire fe peut, ni défauts, ni nœuds. On a encore l’attention de n’employer le bois que quand il a faitfon effet, afin qu’il ne fe fende pas. On afsemble ces différentes parties de bois à queue d'aronde. On les rabotte , on les unit, & on les réduit toutes à un pouce ou un pouce & demi d’épaifseur.
- Ensuite le peintre trace ou calque fou deffin fur la planche de bois ; & il ne s’agit plus pour lors que d’enlever dans certaines parties du bois les endroits qui doivent former les reliefs fur le cuir. Il fe fert pour cela de différens outils , comme cifeaux, petites gouges, becs-d’ânes, burins, canifs, &c , en proportionnant la force & la grandeur de fes outils à l’épaifseur du bois qu’il veut enlever.
- Comme dans ces endroits où l’on veut faire paraître davantage le deffin fur le cuir, on eft obligé défaire à la.planche des excavations plus profondes, & que pour lors ces creux ont quelquefois jufqu’à quatre à cinq lignes , il eft à appréhender que la vive-arête qui les termine , & qui forme le bord de ces excavations , ne coupe le cuir : conféquemment l’ouvrier doit faire enforte qu’elle ne fe termine pas par des angles trop aigus j & l’art confifte à adoucir ces creux , de façon que l’on n’ôte rien à la netteté 6c à la précifion du deffin.
- Un maître bien fourni doit avoir une grande quantité dje çes planches avec diiférens deffins, pour contenter les goûts. Il les met, pour les conferver, dans Tome III. Ppp
- p.481 - vue 483/631
-
-
-
- 48*
- ART DE TRAVAILLER
- un lieu humide, afin que la fécherefse ne les fafse point fendre. Malgré cette attention, fouvent une planche rompt, & pour lors il faut la rejoindre le plus promptement & avec le plus de foin qu’il eft poffible.
- La prefse eft un des outils qui coûtent le plus aux maîtres peintres en cuir doré , quoiqu’elle ne paraifse pas très - cornpofée. Le bâti s les montans, jumelles & rouleaux qui entrent dans fa conftru&ion , font afsez difficiles à former. Les rouleaux fe fendent & fe cafsent très-fouvent. Ils font ordinairement faits de poirier ou de cormier, & tournés. Quand il arrive qu’un rouleau fe fend , pour continuer à s’en fervir, on l’entortille d’une corde. Il n’en devient que meilleur. Il frotte même avec plus de force fur la couverture & fur la-planche qu’il'doit entraîner. On établit, autant qu’il eft poffible , la prefse dans un lieu fouterrein : les bois y font moins fujets à fe fendre , & la prefse graifsée s’y conduit mieux.
- Un des grands avantages des peaux de veaux fur celles de moutons , c’eft qu’elles confervent beaucoup mieux les figures de relief qu’elles ont reçues fur la gravure de la planche , la peau étant plus épaifse & plus forte. C’eft auffi la feule raifon qui pouvait faire donner la préférence aux tapifseries de Hollande & de Flandre j car on les y fait la plupart de veau. Mais il aurait été aifé d’engager nos ouvriers à compofer celles de France des mêmes peaux.
- Jusqu’ici nous n’avons parlé que de la maniéré dont on imprime les cuirs dorés , parce que dans i’efsentiel, les cuirs argentés s’impriment de la même façon j mais ces derniers demandent quelques attentions particulières > & quelques préparations que nous avons promis d’indiquer.
- §. VI. Des cuirs argentés.
- Les peaux ayant été garnies de feuilles d’argent, comme nous l’avons détaillé , & bien brunies , au lieu de les couvrir de la couleur d’or dont on fe fert pour les cuirs deftinés à former des tapifseries de cuirs dorés , on enduit fimplement les feuilles d’argent d’une colle de parchemin. C’eft la même colle dont nous avons déjà parlé. L’ouvrier la fait fondre, & trempe dedans une éponge qu’il pafse légèrement fur la peau. Elle tient.ici lieu d’un pinceau. On mouille légèrement l’envers de la peau argentée, & on la fait pafser fous la prefse, comme nous l’avons indiqué pour les cuirs dorés.
- Au lieu de mettre cet enduit de colle avant de faire pafser les peaux argentées fous la prefse, on pourrait réferver cette opération à exécuter, quand les c-uirs feraient imprimés j & pour lors il ferait facile de lui fubftituer un vrai vernis , qui réuffirait certainement très-bien , fi l’on avait eu l’attention de le choifir beau. Un vernis de la Chine ou de Martin donnerait beaucoup d’éclat à ces tapifseries ; mats auffi ferait- il plus cher que la colle, qui ne réuffit pas mal. Elle empêche l’argent de fe noircir, & prévient en partie l’hu-
- p.482 - vue 484/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 R E1 S.
- 483
- inidité & la pou/Iiere qui s’y attacheraient. Le vernis donnerait toujours une couleur à l’argent, mais qui ne le gâterait pas.
- Plusieurs maîtres , au lieu de la colle de parchemin dont nous parlons , r& ne voulant pas employer un vernis qui augmenterait trop le prix de le’urs tapifseries, pafsent fur les cuirs dorés & fur les cuirs argentés, quand ils ont été imprimés, une couche peu épaifse de belle colle de poifson ou d’un blanc d’œuf. Le brillant dure plus long-tems quand on a employé de bonne colle de poifson.
- Les tapilseries de cuir argenté font moins d’ufage que celles de cuir doré. Cependant on voit que les dernieres exigent plus d’apprêts. On a donné la préférence aux tapifseries de cuir doré, parce que (égalité de foins dans leur fabrique) celles de cuir doré font de] plus de durée que les cuirs argentés, Ces dernieres tentures noircifsent à l’odeur, ou quelquefois rougifsent, & fouvent fe pafsent plus promptement.
- Il y a des tapifseries , ou plus fréquemment des bordures de tapifseries, que l’on n’imprime point fur la planche de bois. Au lieu des ornemens en relief que les autres reçoivent avec la prefse, on donne auffi à celles-ci des ornemens en relief en les cifelant. Le travail en eft beaucoup plus long, mais n’en eft pas plus difficile. Des ouvriers fe fervent de divers poinçons ou cife-lets qu’ils appellent fimplement/er/. Ce font, comme tous lescifelets, des morceaux de fer. Ceux-ci ont fept à huit pouces de long , & font degrofseur arbitraire. Sur une de le leurs extrémités font gravées diverfes figures telles qu’il a plu au maître de les faire repréfenter. Ce font des fleurs, rofettes ou autres ornemens. La maniéré de fe fervir de ces outils, ne demande des ouvriers ni un grand art ni une grande application. Il ne faut que pofier l’extrémité gravée du fer fur la peau , & donner un coup de maillet fur fon autre extrémité , pour graver la figure qui eft au bout-du fer. On répété cette manœuvre en différentes parties du cuir, en fe fervant du même fer , ou de diffé-rens,pour former des deffins variés. On emploie encore les fers pour ajouter quelque deffin à une partie du fond, qui fans cela paraîtrait trop nud ; mais l’on ferait trop de tems à cifeler ainfi de grandes pièces de tapifseries. Ceci ne doit pas nous retenir plus long-tems, d’autant que l’on ne cifeleguere que certaines tentures qui doivent relier en argent, & que leur ufage eft peu commun auiourd’hui.
- Enfin , les cuirs, foit dorés, foit argentés, ayant été cifelés ou gravés, il ne relie plus qu’à les peindre. Avant d’appliquer la peinture, on pafse un linge fec & blanc fur chaque peau pour enlever la crafse ou la graifse qui pourraient y être demeurées i après quoi on met d’ahord la couleur qui doit être la dominante, ou celle qui fait le fond de la tapifserie ; c’eft-à-dire, qu’on peint de cette couleur tous les endroits qui font reliés creux après l’impreffion.
- ppp ij
- p.483 - vue 485/631
-
-
-
- 434
- A R T D E T R A V A I L L E R
- Tantôt ces fonds font blancs, tantôt bruns, d’autres fois verds, ou bleus. Enfin on les diverfifie autant qu’on peut, pour fatisfaire les diffërens goûts. Le fond étant peint, il refte encore à mettre bien des couleurs différentes. On colore de verd les endroits où l’on veut faire paraître des feuilles; de rouge , de bleu, ceux où l’on veut faire voir des fleurs ou des fruits ; en un mot, on applique des couleurs différentes dans les endroits où l’on croit qu’elles feront un bon effet. La maniéré de les placer dépend & du goût & de l’adrefse des ouvriers ; mais l’on ne s’étudie pas fouvent à en former de beaux tableaux ou des miniatures.
- J’ai cependant vu des tentures de cuirs dorés, où l’on avait ménagé des eartouches qui étaient peints avec la plus grande corredlion & la plus grande beauté. Généralement les grands deflins réuftïfsent mieux en tentures : les petits papillottent, & n’offrent rien d’agréable. Mais comme dans ces efpeces de tapifseries on tend fouvent plutôt à l’effet par la vivaciré des couleurs que parla vérité du deilin &fa compofition , les maîtres, pour l’ordinaire , n’emploient pas à cet ouvrage des peintres fort habiles ; & ce travail fe réduit pref-que toujours à une efpece d'enluminure.
- Les différentes couleurs dont on orne , comme nous le voyons , les cuirs dorés ou argentés , cachent plus de la moitié de l’argent qu’on a collé fur les peauxcet argent paraît devenir tout-à-fait inutile, puifqu’il eft caché dans les creux ou les reliefs, fuivant que le peintre colore les uns ou les autres. Cependant c’elf une matière qui femble au premier coup-d’œi! mériter d’être ménagée. C’eft auffi ce qui peut faire penfer qu’il eft déjà^venu dans l’idée de ceux qui travaillent ces fortes de tapifseries, de n’employer que la quantité de feuilles qui ferait abfolument néeefsaire, & d’épargner celle qui pourrait être recouverte parla couleur.
- _ Le premier moyen , & celui qui paraît le plusaifé à exécuter , pour ne point mettre de feuilles d’argent aux endroits qui feront couverts par la couleur, ferait de frotter de craie ou de quelque liqueur colorée tout ce qui fe trouve en relief fur la planche, & d’étendre fur cette planche la peau qu’on veut imprimer dans la fuite, en appliquant fur la peau avec force la furface de la planche qu’on a colorée. Elle y marquerait légèrement les endroits fur lesquels on ne doit pas appliquer de feuilles.
- Cette nouvelle opération demanderait du teras. J’ai de la peine,cependant à croire que les ouvriers n’en gagnafsent point à l’exécuter. Ils auraient bien moins de place fur la peau à remplir & à garnir de feuilles d’argent-, par con-féquent moins de tems employé pour Youvrier argentenr. Mais ce que j’imagine aifément, c’eft qu’en ménageant la partie d’argent qui fera recouverte de couleur, les tapifseries ainfi travaillées ne feront plus ni fi belles, ni d’aulfi longue durée.
- p.484 - vue 486/631
-
-
-
- 48>
- LES CUIR S D O R E' S.
- . Il eft certain que la feuille d’argent bien brunie , relevej’éclat & la vivacité des couleurs que l’on applique défsus. Il n’eft pas douteux en outre , que ces tapifseries , dont une partie ferait recouverte de feuilles d’argent, &! l’autre Amplement enduite d’une couleur', ne feraient pas d’aufti longue durée que celles qui feraient entièrement couvertes de feuilles de métal, qui donnent du foutien à la tapifserie, & confervent le cuir. Ce font fans doute ces avantages & le peu de tcms qu’on épargnerait, qui ont empêché'les ouvriers de laifir un petit gain que leur offrirait une moindre confommation de feuilles d’argent. ,
- Lorsque les carreaux font peints , & que les yôuleurs font feches, la dernière façon qu’il leur faut donner, eft, comme nousl’avons ditde les coudre les uns avec les autres avec de bon fil ? ce qui mérite,peu d’ètre expliqué ici en détail. ,J;, . I; , .i '< ,'v
- Avant de les coudre enfemblé , ou fouvent avant de les peindre, on retranche tout autour de la peau ce qui déborde^ le contour marqué par la planche qui a fervi à les imprimer, Sç qui eft aifé à appercevoir. Qn coupe le fur-,plus du cuir ayec un cifeau : ce que l’on retranche n’eft pas perdu ; on le vend aux faifeurs de foufflets, ou à d’autres ouvriers , qui en ornent leurs‘ouvrages. ü Lorsqu’on regarde unertenture de.cuirdorq, on reconnaît aifément tous les carreaux qui ont fervi à la former. Les ouvriers qui les coufent, né pourraient-ils pas prendre plus de précautions pour joindre ces différentes peaux? Il eft certain qu’il feraitjûfé de les coudre plus proprement, & d’abattre cette couture de façon qu’elles fûtfrnoins apparente. Mais ne férait-if pas poffible encore de trouver quelqu’autre expédient qui pût équivaloir à cette couture, & réunir enfemble tous les carreaux? Ne pourrait^on pas, par exemple, en coller plufieurs enfemble ? Ce font des perfections que l’on pourrait tenter de donner encore aux tapifseries dont nous décrivons ici la fabrique.
- Avant de terminer ce qui concerne cet art, il nous refte à dire quelque ehofe fur la préparation des principales couleurs dont fe fervent les peintres. Elle font broyées à l’huile, & fouvent on les détrempe avec l’huile ou i’elsence de térébenthine, pour les rendre plus liquides , avant de les mettre dans de petits godets , dans |e defîin de.s’en fervir* Les ouvriers prétende^ quel’efsence de térébenthine les rend plus brillantes, mais qu’alors elles font moins durables que délayées fimplement à l’huile. Les premières fechent plus promptement* mais elles confervent de fodeur plus de tems, & font Sujettes à s’écailler, m . ;
- . ^iPouR qued’huil-e feçhe plus, promptement, on a eu la précaution de la faire cuire avec ce qu’on appe'le des 4ejfîcattfs. On emploie ordinairement la terre d'ombre, & le minium. On met ce delîjcatif dans un petit faCj qu’on fufpend dans le vafe où cuit L’huile, afin d’épargner la peine de la pafser lorfqu’elie
- p.485 - vue 487/631
-
-
-
- 486
- ART DE TRAVAILLER
- fera cuite. On la retire enfuite , & on fg fert de cette huile pour broyer les couleurs dont nous allons dire un mot.
- , En parlant de la compofition du vernis, nous avons déjà cité un premier moyen dont fe fervent les ouvriers pour rendre leur huile plus prompte à fécher; ce qu’ils appellent dégf aijjer l'huile. \
- Pour peindre les tapifseries qui relient en argent quelquefois on forme une autre couleur qui n’elt compofée que d’huilé mêlée avec un peu'de blanc de céfiife > ce qui lui donne un‘e' couleur de gris-de-perlè/'On nommé pour cela cette efpece de vernis , vernis au blanc. On fe fert de ce même vernis pour délayer les autres couleurs dont on peint ces cùirfr. ; ‘
- Nous ne ferons pas ici l’énumération de toutes les couleurs qu’emploient lés ouvriers eu cuits dorés i elle ferait 'totalement inutile. Le peintre doit former ici uneefpece:de tableau, & il emploie les mêmes couleurs dont fe fervent ordinairement ces artilles. '
- Pour le verd , on broie du verd-de gris avec de l’huile cuite. Si c’eft pour colorer l’argent, on fe fert, .'pour délayer la couleur, de vernis au blanc.
- Pour le rouge , on emploié'de la laque.' Souvent les peintres fe fervent, pour peindre les cuirs dorés , de craie teinte avec des tontes d’écarlate i on la broie avec l’huile cuite j &cpour les cuirs argentés , on fe fert toujours de vernis au blanc, & on emploie de la même maniéré toutes les autres couleurs.
- Lorsqu’il fe trouve des défauts fur lestapifserieè de cuir argenté , parce qu’une partie d’une feuille s’eft enlevée1, on répare ces défauts, en mettant dans ces endroits avec un pinceau de Vargent en coquille. Si ces défauts fe rencontrent fur une tapifserie de cuir doré , on y met de même de l’argent en coquille, qu’on laifse fécher, & l’on pafse par-defsus une couche de vernis d’or que l’on a mêlé auparavant avec un peu de gomme-gutte & de l’efsence de térébenthine.
- Dans une des chambres où l’on travaille , ou dans une autre qui fert de magafin , on expofe le long des murs les échantillons des différens deffins que pofsede le maître-ouvrier , afin que le particulier puifse choifir fuivant ion goût, & commander la tenture avec les deffins & les couleurs qui conviennent à fes autres emmcublemens ou à fa fantaifie.
- Nous devons dire que l’ufage des cuirs dorés & argentés n’efl pas borné aux tentures. On les emploie encore pour en former des écrans, des paravens , tapis, canapés, fauteuils, devants-d’autels , bannières, guidons de confrairies', &c. On eft ordinairement plus difficile fur le choix & la beauté de ces cuirs, quand ils font deftinés à ces derniers emplois.
- Je crois n’avoir rien omis d’intérefsant fur la fabrique des cuirs dorés ou argentés. Nous avons dit que ces tentures fe confervent mieux dans des
- p.486 - vue 488/631
-
-
-
- LES CUIRS'DORE’S,
- 487
- appartenons un peu humides, que dans ceux qui font trop fecs, & qui feraient expofés à un foleil vif, parce qu’elles s’y écaillent moins. Quand ces tapifseries au bout de quelque tems fe font noircies , & ont été gâtées par la poufliere , le moyen le plus fimple pour les en débarrafser, eft de faire pafser defsus, fans les détendre, une éponge mouillée, qui enleve tout ce qui les ternifsait, & qui donne au cuir une certaine moliefse nécefsaire pour fa conservation.
- Il eft encore pollible de redonner un air neuf aux vieilles tentures, en leur mettant de nouvelles couleurs. Souvent il fuffit, pour réparer l’éclat qu’elles ont perdu , de les enduire de colle , ou de pafser defsus une coufche d’efsence de térébenthine: ou, fi l’on craint l’odeur de cette huile, on peut fe fervir de gomme-arabique fondue dans l’eau , qui produit le même œil brillant ; ou enfin employer le blanc-d’œuf, comme nous l’avons déjà indiqué. Mais ces derniers moyens feraient inutiles pour raccommoder une tapifserie dont la peinture fe ferait enlevée par écailles. Il faudrait peindre celle-là de nouveau. Cet accident arrive plus îouvent aux tapifseries qui font expofées à une grande chaleur & au foleil. On le préviendrait, fi ceux à qui elles appartiennent , voulaient prendre le foin de les faire laver de tems à autre avec une éponge trempée dans l’eau ou l’huile. L’huile ou l’eau fimple leur donne une moliefse qui contribue beaucoup , comme nous l’avons dit, à leur confervation.
- Pendant l’impreflton de cet art, j’ai appris qu’à Avignon on fe fert de eontre-moules pour imprimer les cuirs : ils font formés avec un carton épais, fur lequel eft difpofé en relief & en creux le defiin repréfenté fur la planche gravée. Voyez ce que nous avons dit ci-defsus, des contre-moules.
- Pour former ce defiin fur le carton , on étend defsus une pâte compofée de rognures de peaux de gants, que l’on a amollies en leslaifsânt tremper quelque tems dans l’eau. Qn en met une épaifseur fuffifante fur la feuille de carton , pour que tous les reliefs s’y trouvent formés. On applique defsus cette pâte une feuille de papier qui s’y colle d’elle-même ; & on fait pafser le carton ainfi préparé & difpofé, fur la planche gravée, entre les rouleaux de la prefse. Le carton en fort avec Ja contr’eftampe du defiin repréfenté fur la planche gravée : la pâte en fe féchant fe retire , & laifse un efpace pour le cuir, que l’on mettra par la fuite entre le moule & le contre-moule, quand on voudra l’imprimer.
- p.487 - vue 489/631
-
-
-
- 488
- ART DE TRAVAILLER
- EXPLICATION DES FIGURES.
- PLANCHE I. Vignette I.
- T
- jUA figure première repréfente un ouvrier qui amollit les peaux : il les retourne & les remue dans un baquet ou cuve remplie d’eau, où il les laifse tremper pendant quelque tems,
- Fig. 2, ouvrier qui corroie les peaux : il les frappe fur une pierre en tenant la peau fucceflivement par chacun de fes côtés.
- A, tas de peaux qui ont été battues , & que l’on approche de l’ouvrier (fig. 3.)
- Fig. 3 , ouvrier occupé à détirer les peaux & à les étendre, pour leur donner
- le plus de furface qu’il eft poilibie.
- Fig. 4. La peau ayant été détirée, on la taille en fe réglant fur un chaflis de la grandeur de la planche qui doit fervir à l’imprimer.
- Fig. ouvrier occupé à étendre les peaux qui ont été encollées , & garnies * de feuilles d’argent. On étend ces peaux fur des cordes pour les faire fécher.
- Vignette IL
- La fécondé vignette repréfente l’attelier du dorage.
- Fig. 10 , ouvrier qui vernit : il recouvre les feuilles d’argent de vernis appelle or par les ouvriers. Ce vernis leur donne une couleur qui imite afsez parfaitement celle de l’or.
- Fig. a , ouvrier qui étend le vernis que celui de la figure 10 a appliqué fur le cuir, en traçant avec fa main plufieurs lignes courbes à quelques dif-tances les unes des autres.
- Fig. 12 , ouvrier qui frappe à petits coups fur le vernis , pour qu’il s’imbibe mieux avec les feuilles d’argent.
- Fig. 13* Quand on veut faire des tapifseries moitié dorées, moitié argentées , lorfque la piece argentée a été imprimée peu profondément, on l’enduit totalement enluite de vernis: après quoi ou enleve ce vernis dans les parties qui doivent refter en argent. L’ouvrier (fig. 13) eft occupé à cette opération , pour laquelle il fe fert d’un petit couteau.
- Fig. 14^ ouvrier qui nettoie avec un linge les endroits d’où il a enlevé le vernis, afin que l’argent paraifse fans altération.
- B, planches fur lefquelles font cloués des cuirs vernifsés, & que l’on expofe au foleil, afin qu’ils fechcnt plus promptement.
- Bas
- p.488 - vue 490/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 R Ef S.
- 489
- Bas de la planche.
- Fig. I. Comme on a perfectionné la prefse à imprimer les cuirs, on a fubfti- . tué à la place des deux jumelles qui forment les côtés de la prefse que l’on voit dens la vignette de la planche II, le montant qui eft ici repréfenté.
- Fig. 2,3,4. Dans l’ouverture que l’on apperçoit dans la partie moyenne du montant 1 , on met les deux couffinets 3,4, & on y ajoute plufleurs feuilles de carton 2, pour rendre la preifion plus mcrëlleufe. Voyez l’explication que nous avons donnée de cette prefse, & des changemens qu’elle a éprouvés.
- Fig. Y, Z , deux efpeces de galoches nécefsaires pour le fervice de la prefse.
- Fig. f , <5, 7, 7, 6y 5 , cifelets ou fers de différentes figures , fervant à imprimer des deffins fur les parties des cuirs qu’on ne juge pas être afsez garnies.
- Fig. 12, mailloche pour frapper fur les fers que l’on emploie pour imprimer ledelîin qui eft gravé fur la partie la plus large des cifelets.
- Fig. 8,9, 10, 11, font voir la partie la plus large des fers ou cifelets. Cette partie eft ici repréfentée en grand , pour donner une idée des deffins qui y font gravés.
- PLANCHE II, VIGNETTE.
- Fig. 6, ouvrier occupé à efcarner les peaux à l’endroit où il doit placer une piece.1
- Fig. 7 , ouvrier argenteur, qui place les feuilles d’argent fur un cuir encollé. On voit à fa droite le livre qui renferme les feuilles d’argent, placé fur le pupitre qu’on nomme Vagiau. Le même ouvrier tient de fa main gauche une palette de carton, dont il fe fert pour tranfporter les feuilles d’argent, & les pofer fur le cuir.
- Fig. 8 , ouvrier occupé à brunir le cuir argenté ; il tient avec fes deux mains lebrunifsoir que l’on nomme brunis.
- Fig. 9 , ouvrier occupé à peindre quelques parties de ces cuirs, foit feuilles , fruits , oifeaux , &c.
- Fig. IÇ, prefse fervant à imprimer les cuirs : on l’a repréfentée telle qu’elle était conftruite autrefois : les changemens que l’on y a faits depuis, font indiqués dans le difeours, & l’on en peut voir le détail dans les figures gravées au bas de la planche I.
- Bas de la planche II.
- A, couteau à efcarner les pièces que l’on applique aux cuirs.
- B, pierre fur laquelle on efearne les cuirs.
- C, couteau à efcarner les peaux aux endroits où l’on doit placer des pièces, lorfqu’elles fe trouvent percées ou défeétueufes.
- Tome III. dq q
- p.489 - vue 491/631
-
-
-
- 45©
- ART DE TRAVAILLER
- D, livre ou livret rempli de feuilles d’argent.
- E , pince de bois dont on fe fert pour faifir les feuilles d’argent, & pour les faire appliquer & prendre fur la colle dont les cuirs font enduits, en pafsant pardefsus l’extrémité E de cette pince, à laquelle eft attachée une houppe de poil.
- F, palette de carton, fur laquelle l’ouvrier-argenteur pofe chaque feuille d’argent, qu’il fait couler enfuite de defsus cette palette , lorfqu’il veut l’appliquer furies cuirs.
- G, queue de renard ou de fouine , fervant à étouper les cuirs après qu’ils ont été argentés , & à enlever les parties des feuilles d’argent qui, lorfqu’elles fe recouvrent, ne peuvent être arrêtées par la colle.
- H , la même queue roulée en forme de tampon.
- IK, brunifsoir que les ouvriers nomment brunis.
- K K, piece de bois vue en-defsus & en-defsous : elle fert de monture au caillou I, qui eft [arrondi & poli, & que l’on emploie pour brunir les cuirs argentés.
- L, agiau ou pupitre fur lequel l’ouvrier argenteur pofe le livre qui renferme les feuilles d’argent.
- M , croix, infiniment fervant à porter les cuirs & à les étendre fur les cordes pour les y faire fécher,
- N, N, godets qui contiennent différentes couleurs.
- O, pinceau pour étendre & placer les couleurs.
- P, molette pour broyer les couleurs.
- Q_, pincelier ou boîte aux pinceaux.
- R, pierre à broyer les couleurs : on fe fert aufïï d’une pareille pierre pour brunir les cuirs argentés avant de les dorer.
- S , pot à la colle.
- T, T, vafes où l’on tient l’efsence de térébenthine.
- V, pot au vernis ou à l’or.
- X, couteau fervant à détirer & à étendre les peaux pour leur donner le plus de fuperneie qu’il eft pofiîble.
- Y, compas.
- Z-Z > refsortfembiable à celui dont on fe fert pour'polir les glaces, pour
- lifser les cartes à jouer, & que nous croyons plus avantageux à employer que le brunifsoir 1K.
- I, i, planche de bois gravée , qui fert à imprimer les defïins fur les cuirs.
- 2,2, chaftîs de la grandeur de la planche gravée i, i. Il fert à couper les cuirs de grandeur, avant de les. argenter.
- 3 , cifeaux pour couper les cuirs.
- p.490 - vue 492/631
-
-
-
- 49ï
- LES CUIRS B 0 R E' S.
- EXPLICATION des termes propres à fart de travailler les cuirs
- dorés ou argentés.
- >g=r-r-T— =LTTrr—^-;-r~-:—!)
- A
- wTa.Gl.4U. Efpece de pupitre fur lequel l’ouvrier argenteur place le livre qui contient les feuilles d’argent.
- AloÈs. C’eft le fuc épaifti d’une plante portant le même nom, qui croit'en Egypte. On le diftingue en deux efpeces , aloès hépatique & aloè's ca-balin. Le premier effc le plus net; il a la couleur du foie : c’eft celui-là que l’on emploie pour donner la couleur d’or au vernis des cuirs : on doit choifir le plus brun, comme le meil-
- - leur. L’aloès cabalin eft ainfi appelle, parce que les maréchaux en font ufage dans leurs remedes : il eft mêlé d’impuretés.
- Ambre. Les peintres en cuirs dorés nomment ainfi le fuccin ou karabé, en allemand, Bernjîein. C’eft un bitume dilfoluble dans l’huile , & qui ne peut que bien faire dans la com-pofition de leur vernis en or.
- Arcanson ou coldphoue. Réfine formée du réfidu de la diftillation de la térébenthine ; on l’emploie dans la compofition du vernis en or.
- Argent battu. Lames d’argent qui ont été réduites en feuilles très-minces par les batteurs d'or.
- Argent faux. Etain réduit en feuilles aufti minces que celles d’argent : les batteurs d’or ont plus de peine à réduire l’étain en feuilles minces que l’argent.
- Argent en coquille, en allemand ? Mufchelfilber. Cet argent eft formé
- avec des rognures de feuilles d’argent, ou avec des feuilles d’argent réduites en poudre fine, & broyées fur un marbre. On met une petite quantité de cette'poudre dans le fond d’une coquille , où on la fixe avec du miel; lorfqu’on veutj’employer, on la délaie avec un peu d’eau gommée. Les ouvriers n'emploient cet argent fur les cuirs que pour garnir certaines parties où l’argent en feuilles n’aurait pas pris.
- Assiette. On appelle ainfi la couleur en détrempe que les doreurs fur bois emploient avant d’appliquer ou af-feoir l’or : cette aiïiette eft compofée ordinairement de bol d’Arménie, de fanguine, de mine de plomb, & d’un peu de fuif. Quelques-uns y mettent du favon & de l’huile d’olive ; d’autres du biftre , de l’antimoine, du beurre, &c. On broie ces drogues enfemble ; on les détrempe enfuite dans de la colle chaude de parchemin , pour appliquer cette efpece de couleur,i°. fur unecouche de blanc, 2°. fur une autre de jaune , qu’il faut mettre fur les bois avant de les dorer. On pofe jufqu’à trois couches de cette alfiette, & on fe fert d’une brode douce pour coucher cette a fillette : quand elle eft lèche, on fe fert d’une autre brofte plus rude pour frotter l’ouvrage, & enlever les petits grains qui formeraient des afpé-rités, & pour faciliter par-là le bru-
- Q.qq îj
- p.491 - vue 493/631
-
-
-
- 492
- ART DE TRAVAILLER
- nis que l’on doit donner à l’or. Nous n’emrerons pas dans un plus grand détail fur la compofition de l’amette, qui appartient à l’art du doreur fur bois. Si on jugeait à propos d’ajouter une affiette pour faire valoir les reliefs des cuirs dorés , il ferait nécef-faire d’en trouver une toute différente; car elles ne pourraient fe ref-fembler que par l’objet auquel on la deftinerait, & qui doit être le même dans l’une & l’autre opération de ces deux arts.
- Asseoir l’or, en allemand ,golàgrmiâ : terme qui fignifie pofer l'or fur une première matière qui lui fert de fou-tien, & qui contribue à lui donner de l’éclat.
- Attelier du dorage. C’eft une cour ou jardin que les peintres deftinent pour cette opération, & où ils établirent les tables fur lefquelles doivent être étendus les cuirs argentés qu’ils veulent dorer.
- Autour. Ecorce qui entre dans la compofition du carmin : elle nous vient du Levant.
- B
- Basane. Peau de mouton à laquelle les tanneurs donnent une préparation particulière, & que l’on emploie à faire des tapifléries de cuir doré.
- Battre les peaux. Action de les frapper fur une pierre pour les amollir, les adoucir, & en quelque façon les corroyer.
- Bistre. Suie de cheminée recuite , pulvérifée & paffée au tamis : on en fait de petits pains que l’on délaie avec de l’eau gommée, lorfqu’on veut s’en fervir en peinture.
- Bol d’Arménie. Efpece de terre ou bol qui vient d’Arménie. Sa couleur
- tire fur le rouge pâle : il eft deflica-tif ; qualité propre à tous les bols.
- Brunir: c’eft donnera l’orà l’argent, &c. une couleur, un poli plus brillant que ces métaux ne l’ont naturellement.
- Brunis ou brunijfoir. Inftrument dont fe fervent les ouvriers pour brunir les feuilles d’argent appliquées fur les cuirs. Brunis s’entend auflî de cette couleur brillante que prend l’or ou l’argent lorfqu’ils ont été parfaitement polis.
- Brunissoir. Voyez Brunis.
- C
- Calquer. Âétion d’appliquer un def-finque l’on veut copier avec exactitude. On enduit l’envers du deffim que l’on veut copier avec une pouf-fiere colorante, & l’on paffe fur chacun des traits du dellin une pointe arrondie qui les tranfporte fur la toile ou la planche ou le cuir auquel il eft appliqué. Quand on veutcon-ferver le deftin original, on place deffous une feuille mobile chargée de pouftiere colorante ou de crayon.
- Carmin. Couleur qui donne un beau rouge : les préparations de cette couleur & les matières qui entrent dans fa compofition, la rendent d’un prix confidérable : c’eft la fécule d’un mélange de cochenille , de chouan & d’autour. Qn y ajoute fouvent le rocou. Il faut que le carmin foit bien puîvérifé.
- Carne : c’eft l’angle formé par la rencontre de,deux furfaces : les bords d’un cube forment ce qu’on appelle une carne.
- Carreau. Les ouvriers donnent ce nom à un cuir coupé de la grandeur
- p.492 - vue 494/631
-
-
-
- LES CUIRS D O Ii E' S.
- 495
- de la planche de bois gravée qui doit fervir à y imprimer un dellin.
- Caver: c’eft imprimer un cuir ou certaines parties d’un cuir avec des ci-felets ou fers.
- Chamois. Efpece de chevre fauvage des Pyrénées & des Alpes, dont on palfe la peau pour en faire divers ouvrages d’uPage. On a donné le nom de l’animal meme à une préparation particulière que l’on donne à fa peau. On emploie maintenant beaucoup de peaux de chèvres communes pour les palTer en chamois.
- Chausse. Piece d’étamine redoublée & taillée en cône , qui fert à palPer & à filtrer certaines matières qui l’exigent.
- Chouan. Petit grain du Levant d’un verd jaunâtre, qui entre dans la com-polition du carmin.
- Chrysalide. Seconde métamorphofe de la chenille : la chryfalide devient enfuite papillon.
- Ciselets. Fers qui portent fur une de leurs extrémités différentes figures gravées fervant à imprimer aux cuirs certains ornemens pour remplir les vuides lorfqu’il s’en trouve.
- Cochenille. Infeéte, ou plutôtgalle-infe&e des Indes occidentales , qui s’attache à certains arbres dont il tire fa nourriture : on le ramaife avec
- - foin, & on l’envoie en Europe, où on le fait entrer dans le carmin.
- Colle. Colle de poilfon : cette colle qui eft très-forte fc fait avec les parties de certains poilfons : elle vient de Hollande. Cette colle eft plus claire, plus nette que toute autre colle forte.
- Colophone ou Colophane. Voyez Arcanfon.
- Contr’esxampe.Voy ez Contre-moule.
- Contre-moule, ou contr'ejlampe. On appelle ainli un fécond moule gravé en creux fur les mêmes delfins gravés en relief fur la première planche de bois qui fert à imprimer les carreaux ou cuirs. Les ouvriers de Paris n’en font plus ufage, à caufe de la difficulté qu’ils éprouvaient de faire rencontrer jufte ces deux planches.
- Corps.Donner du corps à une couleur, c’eft ajouter certaines fubftances qui fervent à lui donner dé la réfiftance, à la rendre plus épaifse, fans altérer cette couleur.
- Corroyer. C’eft attendrir, adoucir les cuirs, & les rendre plus foupies & plus maniables.
- Coucher l’or. Voyez AJfeoir l'or.
- CoüPERET.Efpeee de couteau en ufage dans les cuifines pour hacher les viandes.
- Couteau a escarner , c’eft à-dire, à diminuer de l’épaiffeur de la peau aux endroits où Ton veut mettre des pièces.
- Couteau aux pièces. Il fert à diminuer de l’épaiffeur des pièces que Poil applique aux défauts des cuirs.
- Croix, Uftenlile dont on fe fert pour p-ofer les peaux fur des cordes où elles doivent fécher.
- Cuivre ou orfauoi, Feuilles de cuivre très-minces, travaillées paries batteurs d’or.
- D
- Dégraisser l’huile. Par cette opération, on enleve à l’huile les parties trop graffes ou étrangères qui l’empêchent de fécher promptement.
- Dessicatie. Les peintres nomment ainli toutes matières qui fc mêlent avec leurs couleurs pour produire
- p.493 - vue 495/631
-
-
-
- 494
- ART DE TRAVAILLER
- une prompte déification : toute matière qui peut attirer & imbiber les liqueurs, peut être employée à cet ufage.
- Détirer les peaux : c’eft alonger leur furface, les étendre.
- Dominant. Couleur dominante eft celle qui eft employée principalement dans un tableau , quidonne le ton aux autres couleurs.
- Dorer. Pour dorer les cuirs, on les recouvre de feuilles d’argent bruni,
- 1 fur lefquelles on pâlie un vernis qui leur donne une couleur très-approchante de celle de l’or.
- E
- EMPLATRER.Terme qui exprime la maniéré d’étendre le vernis fur les peaux pour leur faire prendre la couleur de l’or.
- Encollage. Adtion d’étendre la colle fur les peaux avant de les argenter.
- Encoller, en allemand, leimen : c’eft une ou deux couches de colle de parchemin fur les peaux, avant d’y appliquer les feuilles d’argent.
- Enluminure. Efpece de peinture qui confilte à placer des couleurs lur différentes parties d’un defiîn déjà far, & dont les traits doivent toujours relier appareils.
- Escarner : c’eft ôter une partie de l’é-pailfeur d’une peau aux endroits où l’on veut placer une piece, que l’on efearne pareillement, afin qu’il ne relie point d’épailfeur apparente dans les endroits réparés.
- Estamper:c’efttranfporterun deifin, en le piquant, & palfaut par-delfus line poudre qui indique la polition de fes différens traits.
- Etain battu , ou argent faux. C’eft
- de l’étain réduit en feuilles"très-min-ces par les batteurs d’or , & que les doreurs emploient comme les feuilles d’argent.
- Etendre une peau : c’eft l’alfujettir dans toute fou étendue, & l’attacher fur des planches, afin d’empêcher qu’elle le retire en féchant, ou, comme difent les ouvriers , qu’elle fe ra-cornijfe.
- Etouper : c’eft ôter avec la queue de fouine, les bords des feuilles d’ar-gent-qui ne font pas retenus par l’encollage : l’ouvrier appuie en même tems fur foute l’étendue des feuilles, pour les faire prendre fur la colle.
- F
- Fer a détirer. Efpece de couperet qui ne fert aux ouvriers en cuirs do-
- ' rés , qu’à étendre leurs peaux, & les détirer pour leur donner plus de fur-facc.
- Fers. Voyez Cifelets.
- Fleur. Les tanneurs & les ouvriers en. cuirs dorés appellent/ewr, le côté du cuir où était attaché le poil. Comme le grain de la peau eft plus fin fur cette furface, c’eft celle-là qu’on laiffe apparente.
- G
- Galoches. Efpece de coins qui font partie de la preife à imprimer les cuirs.
- Godets. Petits vafes dans lefquels on met les couleurs dont on fe fertpour peindre les cuirs.
- Gomme. Subftance végétale qui fe difi. fout dans l’eau; c’eft le caractère propre aux gommes.
- Gomme-gutte. Suc épailfi qui découle d’une plante commune dans la Co-
- p.494 - vue 496/631
-
-
-
- LES CUIRS D 0 R E' S.
- 49)
- chinchine, & qui fe fond dans Peau. Gomme-laque. Gomme ou efpece de réfine que certaines fourmis dépo-fent, elle vient des Indes. Grumeaux. Parties étrangères, ou qui ne fontpas fondues dans une liqueur deftinée à être répandue uniment fur une furface.
- H
- Huile de lin. Cette huile fe tire par expreflion de la graine de lin.
- Huile ou ejfence de térébenthine. C’eft l’huile elfentielle que l’on obtient ; par la diftillation de la térébenthine-ré fine.
- I
- 'Imprimer à fond : c’eft faire pafler le cuir alfez de fois fous une planche gravée, pour qu’il en ait faifi les plus ; petits détails.
- L
- Laque. Voyez Gomme-laque. * Laque-des-peintres. Cette laque eft ordinairement compofée d’os pulvé-rifés & de craie colorée , avec de la cochenille ou avec une leftive faite de tontures d’écarlate que l’on jette par - delfus des fubftances abfor-bantes.
- Litharge. Efpece de chaux de plomb , produite par la calcination ; elle tire fur le rouge : on l’emploie dans les teintures ou dans les couleurs , comme defficative: c’eft un poifon très-violent.
- M
- Mine-de-plomb. Pierre minérale qui contient du plomb; c’eft avec cette pierre qu’on fait les crayons dontfe fervent les deiimateurs,
- Minium. Chaux de plomb qui devient par la calcination d’un très-beau rouge ; elle ne prend cette couleur qu’en y employant certaines précautions & à un très-grand feu.
- Moelleux. On dit qu’une peau eft moëlleufe, quand elle eft douce & qu’elle le manie bien. On dit encore dans un fens différent, que la prelfe eft moëlleufe , quand elle n’agit point par reflaut, & qu’elle prelfe par-tout également.
- N
- Noyer. Lorfque l’ouvrier chargé de l’encollage , a mis allez de colle fur un cuir pour qu’elle déborde les feuilles d’argent qu’on y a appliquées , & qu’elle recouvre ces feuilles , on dit qu'elles s'y noyent.
- O
- Or. On appelle ainfi le vernis dont on fe fert pour donner aux feuilles d’argent appliquées fur les cuirs , une couleur approchante de celle de l’or.
- Or battu : c’eft de l’or réduit en feuilles très-minces parles batteurs d’or.
- Or faux. Cuivre réduit en feuilles par les batteurs d’or. Voyez Cuivre.
- P
- Palette. Piece de carton dont l’ouvrier argenteur fe fert pour tranfpor-ter les feuilles d’argent fur les cuirs, à l’endroit où il veut les placer.
- Papillotter. On dit qu’un deflin pa-pillotte, quand il n’oifre que de petites parties fans goût.
- Pincellier. Boite aux pinceaux.
- Peintres en cuirs dorés. On nomme
- p.495 - vue 497/631
-
-
-
- 496 AR T DE TRAVAILLER LES CUIRS DORE'S.
- ainfi les peintres qui ne s’adonnent qu'à cette fabrique.
- Planche à graver, à imprimer : c’eft une planche en bois gravée & defti-née à donner aux cuirs des reliefs, & à former fur leur furface différens deflins.
- Plancher. Piece de la preffe à imprimer. Voyez Iexplication desfgures.
- Plomb rouge. Voyez Minium.
- Presse à imprimer. Preii'e dont on fe fert pour imprimer fur les cuirs les deiiins gravés fur des planches de bois.
- a
- Queue d’aronde: c’eft un afîcmblage de menuiierie.
- R
- Racornir. Lorfque la peau fe retire fur elle-même , qu’elle s’épaiifit en fe féchant, on dit qu’elle eft racornie.
- Ramollir. On ramollit les peaux en les mouillant, pour les rendre plus douces & plus maniables.
- Résine. Subftance végétale qui s’enflamme aifément ; elle eft dilfoluble dans l’efprit - de - vin & dans les huiles.
- Résine en larmes. C’eft la reflue qui coule naturellement de l’arbre ou de la plante qui la produit ; elle eft pure & fans aucun mélange.
- Rocou. Graine d’un arbre qui porte
- . le même nom. Elle nous vient des isles Antilles j on l’emploie eivpein-ture, parce qu’elle fournit un beau rouge.
- S
- Sandaraque. Réfine provenant d’une efpece de genévrier^
- Sandragon. Gomme qui découle de différens arbres qui croiflent aux isles Canaries.
- Succin. Voyez Ambre.
- T
- Tanneurs. Ouvriers qui paffent les cuirs & qui leur donnent différentes préparations-
- Tan. Ecorce de chêne qui, après avoir été réduite en poudre , eft employée pour tanner les cuirs.
- Terre d’ombre. Efpece de bol qui vient d’Egypte. Ce bol, lorfqu’on le fait brûler, prend une couleur rougeâtre ; il contient beaucoup de parties fulfureufes.
- Tontisses. Ce font les tontes de draps ou d’autres étoffes, auxquelles on donne telle couleur que l’on veut. On les applique fur des toiles, où elles font retenues avec une efpece de colle dans certaines parties qui
- • forment des deiiins. On en forme des tapilfcries qui portent le nom de tontines,
- V
- Vernis ou or. Couleur dontfefervent les ouvriers pour donner aux feuilles d’argent celle qui approche de l’or: c’eft un vrai vernis.
- Vernis au blanc. Ce vernis eft com-pofé d’huile, dans laquelle on fait délayer du blanc de cérufe. Les ouvriers l’emploient pour donner de l’éclat aux feuilles d’argent, & il n’en affaiblit pas la blancheur.
- Vive - arête. Angle aigu formé par deuxfurfaces;chaque fuperficie d’un cube eft terminé par autant de vives-arêtes qu’il a de côtés.,
- Fin de l’art des cuirs dorés.
- p.496 - vue 498/631
-
-
-
- ART
- DU CORDONNIER.
- Par M. de Gaksault.
- p.497 - vue 499/631
-
-
-
- p.498 - vue 500/631
-
-
-
- ART
- DU CORDONNIE R,(O
- CONTENANT le cordonnier pour homme, le cordonnier pour femme & le cordonnier-bottier,
- AVANT-TROT OS.
- T
- JLes chaufsures deftinées à garantir le pied du choc ou de la prelîion des corps durs qui peuvent l’ofFenfer , ne font parvenues au point de perfedion où elles font préfentement, que par degrés & à mefure qu’on a efsayé plusieurs matières & préparations qui ont été trouvées fucceffivement meilleures & plus convenables que celles qui avaient précédé. L’attention la plus efsen-tielle confiftait à placer fous la plante du pied un corps folide & réfiftant j ceux qui réuffirent le mieux, étaient l’écorce de bois, le cuir, & même la corde : on en formait la femelle, qu’on ajuftait enfuivant le contour de la plante du pied , qui pofait immédiatement defsus.
- Comme le premier homme , fes defcendans & les plus anciens peuples de la terre commencèrent par habiter les pays chauds & vivaient dans des contrées fableufes & feches, ils fe trouvèrent, contens de garantir fur-tout la plante du pied. Plulieurs auteurs , dont les écrits font parvenus jufqu’à
- ( i ) L’art du cordonnier fut publié par Schreber, dont je faurai profiter pour la l’académie en 1767 , & traduit deux ans perfection de l’art.
- -après en allemand, avec des notes de M.
- Tome IIL
- Rrr ij
- p.499 - vue 501/631
-
-
-
- nous , nous ont donné quelques connaifsances de la cllaufsure de ces divers fes nations , fur-tout des Perfes , Egyptiens , Grecs , Romains , Efpagnolsj ils nous en ont décrit les variétés fous les diiférens noms qu’on leur donnait, & les ont accompagnés de quelques figures. On en trouvera ici une dëfcrip-tion fuccinte dans le premier chapitre général, & leurs* figures gravées dans la première planche.
- La plus grande partie de ces formes ne fubfifte plus, & on ne les rencontre? que dans les médailles, les ftatues & les anciens tableaux. Quelques-unes fe réalifent encore dans nos fpe&acles , lorfqu’on y repréfente des hiftoires de l’antiquitéi & nous avons vu plufieurs ordres religieux des pays, chauds.,, venir dans le nôtre avec ces chaufsures légères , où le pied eft prefque à découvert , être obligés de les abandonner enfuite, à caufe du froid &. de l’humidité qui régnent dans nos climats tempérés.
- A l’égard des matières, on doit regarder le cuir & le bois comme fondamentales. La corde de fpart eft encore d’un grand ufage , fur-tout en Efpagne chez les montagnards ou miquelets, & parmi les bergers j ils en font les femelles de leurs fpargattes ou fpardilles. C’eft ainfi qu’ils nomment cette efpece de fouliers, dont ils fe fervent très-utilementpour avoir le pied ferme fur les rochers dont leurs montagnes font remplies.
- Tous les peuples connus qui fe chaufsent,.. emploient principalement le bois & le cuir, & à peu près de la même façon ; c’eft-à-dire , qu’ils s’en enver loppent entièrement le pied. Les chaufsures totalement de bois creufé, qu’on nomme fabots, fervent aux payfans & au bas peuple, à caufe de leur bon marché. Il eft vrai que le pied y eft à l’abri du froid & de l’humidité 5 mais en même tems il fe trouve dans une efpece de prilon qui gêne beaucoup fes mouvemens , au lieu que le cuir obéit à toutes fes inflexions.. Cet inconvénient a donné l’origine aux galoches, dans lefquelles on profite des avantages réciproques du bois & du cuir : la femelle eft de bois > & clouant autour un morceau de cuir , on lui fait prendre le contour du defsus du pied.
- En fuppofant que l’immobilité du fabot a donné l’idée de la galoche, celle-ci ne réufiifsait encore qu’en partie, attendu que le defsus était féal fufceptible de fe prêter aux mouvemens du pied, pendant que la,femelle
- p.500 - vue 502/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- SOI
- reliait inflexible. On fongea donc à faire la femelle de la même matière que le defsus ; ce qui fut exécuté, & réuflit parfaitement ; & le foulier tel qu’il eft à préfent,.eft la plus parfaite de toutes les chaufsures , il fuit exa&ement le contour du pied , & la flexibilité du cuir fe prête à tous fes mouvemens. Cependant il n’eft pas fans inconvénient } car il ne réiifte pas à l’humidité comme le fabot, & par conféquent ne tient pas le pied fi chaudement.
- Charles IX, en if73 , mit les cordonniers en corps de communauté, fous le titre de maîtres cordonniers fneurs , & leur donna des ftatuts qui furent enfuite confirmés par Henri IV, puis en 1614 par Louis XIII, 8c enfin par Louis XIV en 1699. Le terme fneurs lignifie qu’ils ont droit de ipettre leuts cuirs au fuifi Dans leurs, ftatuts fous Louis XIII, il eft dit qu’ils pourront, faire collets de tous cuirs loyaux & marchands , qui feront coufus deux chefs, & les enrichir de telle étoffe qu’il plaira à ceux qui les leur corn-,
- mandent*,
- Le nom de foulier paraît venir de ce que cette chaufsure approche davan-, tage le pied du fol de la terre que les précédentes.
- A l’égard de l’étymologie du nom de cordonnier, nous 11e hafarderons pas, de donner férieufement la nôtre ; les étymologies en général font fouvent fi forcées& d’ailleurs.fi peu intérefsantes, qu’on peut en faire grâce au public. Âinfi, que ce nom foit dérivé , félon Ménage, de ce que les premiers, faifeurs de:fouliers fe fervirent de cuirs: préparés à Cordoue, ou, félon d’aijtr.es--,. de ce qu’ils faifaient des foujiers de cordes , ou qu’ils y attachaient des cordons ; tout cela eft auflî incertain qu’indifférent.. Il n’en eft pas de même , quand des fouliers trop juftes ou mal tournés font venir des cors douloureux aux diftérens endroits du pied qu’ils gênent. Les premiers ouvriers en ce genre en donnaient fans doute fréquemment, faute d’expérien7 ce : d’où vient qu’il eft très-naturel qu’on les ait appeliés alors des cordonniers, 8c que le nom fubfifte encore, puifque le mal ne cefse pas. Cette étymologie, prife dans la choie même, paraîtra fans doute préférable à toutes les autres. (2),
- * La communauté des cordonniers qui; ( 2 ) Cette étymologie, qui rappelle un préparaient une efpece de maroquin, qu’on défaut eflentiel de l’art des cordonniers, ne nommait cordeucin , après que le cuir avait doit pas leur être agréable ; & il faut avouer été tanné, eft réunie à celle des corroyeurs., qu’elle n’eft rien moins que démontrée.
- p.501 - vue 503/631
-
-
-
- ART .D U CORDONNIER.
- f02
- Quoique l’art dû cordonnier erabrafse généralement toute eTpece de chaufsure de cuir, & que chaque maître foit en droit de l’exercer en entier, cependant il fe rencontre dans le détail, des différences & des incompatibilités j telles que le même homme , le trouvant fréquemment obligé de changer de méthodes , de matières , & de procédés , ne pourrait que très-difficilement fe perfectionner dans chacune des branches de fon art. Par exemple , lesfouliers d’hommes exigent des matières grafses, réfineufes, des encres,&c. dont on ne peut s’empêcher d’avoir les mains falies : ceux de femmes, au contraire , demandent une grande propreté , étant garnis d’étoffes de foie , de velours, de cuir blanc, &c. Les bottes enfin , doivent non feulement être conftruites avec le cuir le plus fort & le plus rude à travailler j mais demandent encore des procédés tout dilférens des deux premiers , fans compter la chaleur du feu» & les matières noires, grafses & falifsantes, dont l’ouvrier eft obligé de faire un ufage fréquent. Tout ceci confidéré , a déterminé le corps des cordonniers à prendre , chacun fuivant fon attrait, la partie du métier qui lui convenait : de là font émanées trois branches de la même pro-feffion i les cordonniers pour hommes, ceux pour femmes , & les cordonniers-bottiers. On ne dira rien ici de quelques-uns qui ne font que les fou-liers d’enfans * , puifqu’ils fuiront en petit la même manœuvre des fou-liers d’hommes.
- On va commencer par l’explication fommaire des chaufsures antiques , enfuite le cordonnier pour hommes , le cordonnier pour femmes , & le cordonnier-bottier.
- * Les foaliers d’enfans du premier âge ,r/e font de tripe blanche, autrement velours de -laine.
- p.502 - vue 504/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER,
- 503
- CHAPITRE PREMIER.
- Cbauffures antiques.
- I,Pk vant d’entrer dans le détail des fouliers qui s’exécutent maintenant, il a paru afsez curieux de commencer cet art par une notion fuccinte des matières & des formes que les anciens employaient dans leurs chaufsures ; on. y a joint des deffins pris dans les monumens antiques , au moyen defquels. on fera fuffifamment inftruit.
- 2. (3) Chaussure des Indes. Il a été un tems où les anciens Indiens fe couvraient tout le tour du pied d’un morceau d’écorce d’arbre qu’ils attachaient fur le cou-de-pied , calceus de cortice.
- 3. Chaussure des Grecs ,qui pafsa enfuite che2 les Romains , d’abord aux. femmes, enfuite aux hommes ; la femelle était de cuir ou de bois; elle fut. très-variée & ornée ; on la nommait Jolea.
- 4. Espece de pantouffle qui n’enveloppait que le bout du pied ; dans cet endroit on faifait quelques entailles ; c’était une chaufsure de chambre; oti; l’ornait, &mème de diamans, à chaque découpure : 011 la nommaitfandalium% crepida. Les capucins ont auffi appeilé leurs galoches ( en latin gallica ) , des fandales, à caufe qu’ils portaient l’efpece de folea % *, dont la femelle était de:, bois, qu’on appellait auffifandaliwn.
- ?. On verra dans l’art du tailleur, que cetteefpece de chaufsure de chambre a été renouvellée du tems de François I ». avec la différence que tout le’ defsus du pied était couvert.
- 6. ‘ Patins. Semelles de fer, dont les Belges, ou habitans des Pays-Bas, fe-fervaient pour glifser fur la glace ; l’ufage des patins fublifte encore-dans* ces^ contrées : on les nommait cdopodm.
- 7. Ancienne chaufsure des Grecs & des Egyptiens, qui pafsa chez .les Romains parmi le peuple & les payfans , & même dans les armées. Elle était: conftruite de gros cuirs, fe relevait en pointe par le bout,du.pied,& montait à mi-jambe. Les femmes Romaines les adoptèrent, & les rendirent magnifiques ; elle fe nommait pero. Cette forme de chaufsure pointue & relevée par le bout, fubffile encore dans le Levant, aux Indes, à la Chine, &c. ou em
- (3) Ces deferiptions de cbauffures an- tion. 11 ferait aifé de donner unenotipe plus-s siennes , auffi bien que celle des outils & exafte & plus détaillée des chaüffures an-inftrumens du cordonnier, fuppofent qu’on ciennes ; mais je penfe que cela importe fcn a:la figure fous les yeux. Le leéteur doit peu ou point aux progrès de.l’artdonblûm «Gûfùltcr ici'ks planches & leur explica- donne ici la defeription.
- p.503 - vue 505/631
-
-
-
- fo4 ARf'BÜ CdRDONNÎÈR.
- bottinès , ou en fini pies' pantouffles, qu’on nomme pabovches on babouches.
- 8- Ancienne chaufsure très-mince, qui montait jufqu’à nn-jnmbe , que mettaient les comédiens , farceurs & bateleurs, pendant leurs exercices: le nom était foccus , en français brodequin.
- 9. Chaussure des acteurs tragiques, lorfqu’ils repréfentaient les allions des grands hommes j les femelles étaient de bois , & s’attachaient fur le cou-de-pied avec un large ruban. Il s’en faifait en bois plein , & d’autres en arcades » comme on le voit dans la figure. Ils prenaient la chofe à la lettre ; car ceux qui faifaient les rôles de héros, chaufsaient le cothurne , en latin eothurnus, pour paraître fur la fcene plus grands que les autres hommes.
- 10. Chaussure des foldats Romains, qui tient beaucoup du folea ,n°. 2. Leurs femelles étaient lardées de clous de fer , & la vanité des Romains les a quelquefois garnies de clous d’argent, & même d’or. Cette chaufsure fe nommait caliga.
- it. Chaussure ancienne des rois & des empereurs : on doit préfumer ^ue le rézeau qui leur entourait le pied & le bas de la jambe, était des étoffes les plus précieufes & fouvent parfemées de diamans. Cette chaufsure fe nommait campaga.
- 12. Ancienne chaufsure des pâtres & des montagnards d’Efpagne, qui s’eft toujoursconfervéedans ce royaume , & y fubfifte encore. Onia nomme calceiis [partais, & en français[pargatte ou [pardille (4). La femelle en eft entièrement de corde faite d’un gramen ou chiendent tout-à-fait femblable au jonc. Cette herbe eft originaire de Syrie , d’où tranfportée en Efpagne (f ) , elle s’y èft multipliée confidérablement. On la trouve en abondance dans les
- ( 4 ) Cette herbe eft le Jiipa t.enacijjîma Linn. Spec. plant, p. 116. Clufius, fameux botanifte , en a le premier donné la deferip-tion , & tout récemment M. Lôfling , def-criptiones epifolarcs, p. 116. M. de Gar-fault parle ici d’après Dodonaâus ,firpium hiforia pemptades Jex , p. 764, qui a lui-même copié Clufius. Voici le paffage original que notre auteur avait fous les yeux : ALterum Spartum, herbu, ut inquit Plinius, Jponte nafeens. Tenuia ac juncea hac e radice cmittitfolia , cubitalisfubinde lon-gitudinis , lenta quoque £«? obfequiofa, qua atate duriora redduntur. Culmi inter hac ajfurgunt altiores ( Clufius dit : ipf.s foliispaulo longiores, paniculam ( vere afate, ajoute encore Clufius )ferc arundi-
- naceam pro ferentes, nonnuÜorum grami. num ajjimilern, in quibus oblongum nafci» tur fenien. Radices fibrofœ Jiint ac perpétua , qua facile luxuriantes atque inter fe implicita latum confituunt cefpitem duo--' rum quandoque pedum fpatium occupan-tem. Le deftin de cette plante , donné par Clufius, qui fe trouve auiïi en bois, dans l’ouvrage intitulé : Lôbelii icônes, tom. I, p. 88 , eft beaucoup mieux que celui qu’on a copié ici, & qui eft au (fi. mal que la vue des Pyrénées, laquelle j’ai jugé à propos de retrancher dans cette édition , comme abfo» lument étrangère à l’art du cordonnier.
- ( O II eft plus probable que cette plante fut tranfportée en Efpagne par les Maures.
- fables
- p.504 - vue 506/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- fables & fur les collines, au royaume de Grenade, à Carthagene. La plus belle eft au royaume deValence.Elle vient d’elle-mème, fans être cultivée; elle s’élève de trois pieds: fes feuilles qui font alternes le long des tiges à fleurs, font étroites , ont une coudée de long , & font rondes comme celles du petit jonc , & creufes (6). Elle fleurit l’été ; fes fleurs, femblablesà celles du chiendent, forment une tète ou pannicule alongée , comme celle des rofeaux ; il leur iuccede des graines longues, comme au chiendent; elle eft vivace, & forme des toutfes jufqu’à deux pieds d’épais. On la traite comme le lin , c’eft-à-dire 9 qu’on la fait rouir dans l’eau ; on la laifse fécher , on la bat , & on en fait de la corde , avec laquelle on conftruit la femelle des fpardilles (7 ), dont on vient de parler.
- C H A P I T R E SECOND.
- Le cordonnier pour homme.
- AVERTISSEMENT.
- 13.A.PRÈS avoir parlé, dans le premier chapitre, des chaufsures anciennes, il s’agit maintenant de décrire l’art du cordonnier , c’eft-à-dire , celles qui fe fabriquent actuellement, & de commencer par celui du cordonnier d’homme, comme étant le plus compliqué.
- 14. On va di.vifer ce traité en articles généraux & en articles particuliers : les articles généraux font nommés ainli , parce que ce qui y eft contenu eft commun à toutes les branches de cordonniers qui vont fuivre ; & les particuliers regardent principalement le cordonnier d'homme.
- PREMIER ARTICLE GÉNÉRAL.
- Des instrumens et outils.
- Infirumens & leurs tifages.
- if. Un tablier (fl )qui defcend jufqu’à mi-jambe , monte fur la poitrine,
- & s’attache fur les reins ( 9).
- (6) Elles ne font pas proprement creu-fes, mais pliées comme une feuille de papier. Clufius a très-bien exprimé cette cir-conftance.
- (7) On en fait un grand commerce en Efpagne. On en exporte fur-tout une quan-
- Tome III.
- tité confidérable dans les Indes, où ce genre de chauflure eft très-commode pour marcher* dans des chemins couverts de pierres & de fable.
- ( 8 ) En allem. Briiftleder, Brufffleck.
- ( 9 ) En Allemagne & en Suilfe, les cor-
- S s s
- p.505 - vue 507/631
-
-
-
- ART BU CORDONNIER.
- 506
- 16. Un écoffret ( 10). Le cordonnier nomme ainfr toute planche ou table fur laquelle il taille les pièces nécefsaires au foulier , fuivant les modèles, en papier, qui lui fervent de patrons.
- 17. Un tire-pied ( 11 ). C’eft une laniere de cuir de Hongrie (12 )*, dont les deux bouts font coufus l’un à l’autre , ou bien fe joignent par une boucle. Le cordonnier pafse , quand il en a befoin , cette laniere ou courroie fous le pied gauche en guife d’étrier, la fait monter au-defsus du genou pour y arrêter & maintenir les formes ou les cuirs fur lefquels il travaille.
- 18- Une manicle (13), morceau de cuir de veau pris à la tête , large d’environ deux pouces & demi, & afsez long pour entourer la paume & le defsüs de la main gauche , laifsant les doigts libres. On coud enfemble les deux bouts fur fa largeur , & 011 fait un trou pour pafser le pouce. Cette manicle fe met pour garantir la main gauche , lorfqu’011 ferre avec force les points de couture ( 14 ).
- 19. Une buifse ( iy)creufe; c’eft un morceau quarré long, debois-de chêne , dans lequel on ereufe en cuiller un ou plufieurs ovales de différentes grandeurs , fuivant l’ufage qu’011 en veut faire. C’eft fur ce creux que le cordonnier pofe fa femelle pour l’enfoncer dans fon milieu : ce qu’il fait à coups du manche de fon marteau , aBn qu’elle fe releve tout autour en forme de gondole.
- 20. Soies de fangl ier ( r 6). Les cordonniers s’en fervent au lieu d’aiguilles*, pour faire leurs coutures lacées.
- 21. Forme brifée ( 17) pour élargir les fouliers trop étroits.
- 22. La clef ( ig ) de la forme brifée , vue des deux fens.
- 23. Le chaufse-pied ( 19 ) ; il fert à amener le quartier du foulier fur le talon quand 011 le chaufse ; il eft de cuir de veau pafsé en poil.
- 24. Le compas ( 20 ) pour prendre la raefure de la longueur du pied ; on le fait de buis.
- 25". Forme de bois de hêtre pour homme (21 ),
- dormiers ont fur la poitrine une efpece de plaftron de peau de cerf ou de buffle , auquel on ajoute une peau de mouton , qui pend jufqu’aux genoux. On fait le plaftron d’un cuir fort & épais, afin que , fi le tran-chet s’écartait un peu en coupant , l’ouvrier n’en fût pas blelH. Quelques-uns qui n’ont pas de plaftron, mettent une petite planche devant leur poitrine , lorsqu’ils veulent fe fervir du tranchet.
- (10) En allemand, das Bret.
- ( 11 ) Ber Knierictn.
- ( 12 ) Le cuir de Hongrie eft trop roid& (i?) En allemand , das Handlcder.
- ( rq ) On met aufti au pouce de la main droite une efpece de bourrelet fait d’un cuir fort , & deltiné à garantir cette partie, lorfqn’on ferre les points de couture,
- ( ) $ ) En allemand , Lochholz.
- (16) Schweimhorjïen.
- (17 ^ Ri dit lai fl.
- ( 18 ) BoUen.
- (19) Attf'.ug - Riemen.
- (20) Maaslade. (21) MannslaiJL
- p.506 - vue 508/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- f°7
- %C. Idem pour femme ( 22 ).
- 27. C’est fur la forme que le foulier fe conftruit.
- 28. Un caillebotm (23 ) ; c’eft une efpece de panier fait en étrécifsant par èn-haut ; il s’en fait de deux façons*! Tune eft d’arrondir une planche fur laquelle on cloue la forme d’un vieux chapeau , au haut de laquelle on fait lin trou en rond ; l’autre eft fait avec de ta natte de paille. Le caillebotin fert à mettre dedans les pelotons de fil-gros ou autre , de peur qu’ils 11e roulent fur la place quand on en tire des aiguillées.
- 29. Un baquet ovale de cinq pouces de haut j on y fait tremper les femelles, afin de les rendre fouples pour les travailler.
- 30. Un billot de bois ou de grès pour battre le cuir des femelles , afin de le raffermir & corroyer.
- Outils et leurs usages.
- Outils de fer.
- 3ï. Une paire de gros cifeaux, ayant une lame large par le bout, on la tient toujours en defsus lorfqu’on coupe.
- 32. Un marteau de cordonnier.
- 33. Une pince à mâchoires dentées (24) , dont on fe fert pour tirer, nlonger le cuir , Sic.
- 34. Une paire de tenailles, dont une des jambes fe termine par un bouton.
- 35. Un carrelet de cordonnier (25), efpece d’aiguille en fer de lance, avec laquelle on fait les coutures à fiirjet. (26)
- 36. Une alêne à joindre (27). C’eft la plus petite: on s’en fert pour faire les coutures des quatiers.
- 37. Une alêne à femelle (28). Elle fert à faire les coutures des femelles.
- 38- Une alêne à talons (29). Elle fert aux coutures des talons.
- 39. Un tranchet à bûcher (30) , c’eft-à-dire , à tailler les talons de bois pour homme : il doit avoir, étant neuf, vers 17 à 18 pouces de long, afin que le manche appuyant fous le coude, afsure la main de l’ouvrier; Son profil fait voir fa courbure.
- 40. Un tranchet à bûcher les talons de femmes 3 celui-ci eft plus étroit (31).
- ( 22 ) En allemand , Fraucrdaifts (23) Dratkorb, Knauelkorb.
- ( 24 ) Aufzwick - Z ange.
- ( 2 ç ) Stàmmnadcl.
- (26) L’auteur a omis une efpece de dé à coudre, ouvert par en-haut, dont les cordonniers français fe fervent aufli pour faire
- leurs coutures. Cet outil s’appelle en aile-maud Stànmiring,
- ( 27 ) En allemand , klciner Orth.
- (28) GrqJJerer Orth.
- (29) AbJ'atzorth.
- (30) Iineif.
- (31) Ce tranchet doit être plus courbe
- S s s ij
- p.507 - vue 509/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER:
- fog
- 4T. Un tranchetà drefser les bords des femelles fur leurs épaifseurs.
- 42. Une gouge (32) à creufer les talons de bois. C’eft une efpece detran-diet courbe par le haut ; fon profil fait voir fa courbure.
- 43. Une broche à cheviller les talons^le bois, c’eft-à-dire ,à faire les trous, dans lefquels on met les chevilles.
- 44. Une broche à cheviller les talons de cuir.
- 4f. Un releve-gravure (33), C’eft une efpece de couteau très-court, dont >a lame eft arrondie en haut & émoufsée , afin qu’elle ne coupe point.
- 4 6. Une gravure (34), en terme de cordonnier, eft un trait ou entaille qu’on forme en enfonçant de biais la pointe du tranchet effleurant le cuir, pour diriger les coutures qu’on fera enfuite, foit à la femelle , aux talons » &c. Or , comme le fond de ce trait de biais* fe trouve recouvert par le cuir extérieur , on le découvre en coulant à plomb tout le long de cette gravure la lame du releve-gravure , afin de placer la couture fur ce fond.
- 47. La lame à décrafser (3 O. C’eft une lame de couteau pointue en feuille de lange , émoufsée & ne coupant point ; on la pafse entre chaque point des coutures blanches, pour en enlever le fuperflu de la cire qui eft refté dans les intervalles.
- 48. Le fufil. C’eft une petite barre d’acier qu’on pafse fur les outils de fer après qu’ils ont été aiguifés, pour leur donner le fil & les faire couper doux. En Angleterre , les cordonniers fe fervent, au lieu de fufil, d’un morceau de la racine du lierre qui monte aux arbres : Utile efi futoribus ad cultellos Uvi-ganàos, cam ad eorum acuendo afperiores fa&i funt. Ray, Synopfis.
- 49. Clous à monter (36), c’eft-à-dire, avec lefquels on attache les empeignes & les quartiers à la forme, & qu’on ôte à mefure que les coutures fe font.
- îo. Clous à brocher (37) , c’eft-à-dire, à attacher les femelles à la forme. Ceux-ci font à double tête , pour pouvoir plus aifément les faifir avec la pince, à mefure qu’on les ôte.
- fi. Clou à talon (38). C’eft un afsez grand clou à triple tête ,deftiné à pafser à travers un trou qui eft percé au milieu de tout talon de bois pour homme , afin que ce clou qu’on cogne enfuite dans la forme, retienne le talon dans la place où il doit refter.
- efue celui qui fert pour les talons d’hommes. On obferve au refte qu’un ouvrier allemand a bien de la peine de fe fcrvir des outils d’un ouvrier français.
- ( 32 ) En allemand , HülzermeJJer.
- (33) AufJlreichmcJJcr.
- (34) Der Rifi. Les cordonniers aile-
- mans fe fervent, pour marquer ce trait, du-fufil fur lequel ils aiguifent leurs couteaux.
- (33) En allemand , Schabeblech.
- (36) Zwecke.
- (37) Sohlenzweckel
- (38) Abfatzzwccke,
- p.508 - vue 510/631
-
-
-
- ART DU C 0 R D 0 N N TE R.
- TO
- ^2. Une haufse de fer » efpece d’anneau , dont le vuideeft en proportion du clou à talon ; on enfile ce clou dans fa haufse avant de le cogner -, elle l’em-pèche d’entrer trop avant.
- 53. Une râpe (39) moyenne.
- 54. Une lime moyenne.
- Outils de bois.
- 55- Un machinoir (40). C’eft un outil de buis-, fon ufage efl d’unir les coutures qu’on fait avec le fil-gros.
- Un poufse-cambrure (41), outil de buis qui fert à faire plier le cuir des femelles au fond de la cambrure. ?»
- 57. La bifaigue à bouts (42), polit les bouts du talon.' <
- 5§. La bifaigue à côtes , polit les bords des femelles. ' ' ; J
- 59- La bifague à efcarpins, polit de même les bords des femelles des efcarpins.
- 60. L’astic (43)* On er> fait de bois,- mais les meilleurs font d’os de mulet : c’eft un polifsoir pour la furfaee des femelles. ^
- Cl. La guinche , outil de boisblanc qui ne fert qu’aux fouîiers de femmes. Son ufage eftr d’unir & de polir le cuir qui couvre les talons. • ’
- 62. La planche (44) à redrefser ; elle eft de bots blanc ; elle fert, îorfqu’on redrefse les femelles , à l’oppofer à la pointe du trancher, de peur qu’en paf-fant il n’entame l’empeignei, ' ‘ ! ‘ f »
- ôj. Le coin de bois (45) qu’on met fous les hauffes au cou-de-pied.,
- - , î * . .
- SECOND ARTICLE GÉNÉRAL.
- Des MATIERES EMPLOYÉES PAR LES CORDONNIERS.,
- Cuirs & leurs ufage s.
- 64. Le cuir efl en général la matière dont on fe fert pour faire les fouîiers,. bottes , bottines, &c. Quand on en emploie d’autres, c’eft de purefantaifié ou pour des raifons particulières! Ce fera donc l’énumération de toutes les
- 1 . * * i . . , , * / .U
- ( 39 ) Pour les fouîiers d’hommes ,1a râpe d’un manche de marteau. - •
- doit être plus large ; pour ceux de femmes, ( 42 ) En allemand, Glàtthùlz.
- elle doit être arrondie dans fa partie anté- ( 4Î ) Glàttfchiene.
- rieure , & plus large par derrière. (44) AblaJShalz. Au lieu de cet inftru-
- ( 40 ) En allemand , Aiifreibcholz. On ment., on emploie quelquefois un morceau en 'a aufh d’os. de corne» comme celle qu'au met dans les,
- ( 41. ) JZwinge- On fe fert quelquefois, ?-lanternes, d: ,
- aii lieu de cet outil, de. l’alUc., ou même ( 4Ç ) Tüppgen.
- p.509 - vue 511/631
-
-
-
- ftfpèces de cuirs qui font à l’ufage des cordonniers , qui fera le premier objet de cet article.
- 6f. Le cuir de veau, le maroquin noir , rouge , jaune , le cuir de chevre, le cuir noir de veau de Suifse , le daim , le caftor, s’emploient pour les empeignes & quartiers : le maroquin rouge s’emploie aulfi à couvrir les talons de bois , ainfique le veau noir : le veau retourné imite le maroquin ; mais il n’eft ni fi beau , ni li bon : le meilleur veau noir eft celui de Paris (46) : quant au maroquin , on le tiré de Rouen & de Marfeillej le meilleur vient du Levant.
- 66. Le cuir blanc de mouton ou bafane blanche fert à taire les empeignes & quartiers desfouliers de femmes, c’eft-à-dire , la doublure des étoiles qu’on applique par-defsus.
- 67. La bafane noire fert uniquement aux pièces des fouliers d’hommes (47). On la tire de Picardie.
- 68* Le chagrin rouge fert , quand on veut, à couvrir les talons de bois î mais il eft d’un mauvais ufé , parce qu’étant une matière trop feche, il te coupe le long des coutures blanches, dont les points font toujours coufus près à près. Le meilleur nous vient de Turquie. . >
- - 69. Le cuir de vache fert à faire les premières femelles des fouliers & efcarpins ; il fait auiïi les;fécondés femelles des fouliers de femmes. Celui de Nemours eftle meilleur.
- 70* Le cuir de bœuf en blanc, c’eft-à-dire , pafsé Simplement à l’huile , fert à faire les tiges, les genouillères , &c. des bottes fortes.
- 71. Le cuir fort, qui eft le cuir de bœuf préparé à la chaux & à l’orge, fert à faire les fécondés femelles des fouliers d’hommes. On le tire de Saint-Ger-main-en-Laye;, de Sedan, deNamur, de Liege. Le meilleur vient d’Irlande*
- . {.................. Fils*
- 72. Les cordonniers emploient trois fortes de fils ; favoir :
- 73. Le fil-gros : ce fil doit être fait avec le meilleur chanvre peu retord ; la maniéré de le,filer demande de l’habitude ; c’eft pourquoi il y a des femmes qui 11e s’occupent qu’à filer pour les cordonniers. Il s’emploie en plufîeurs doubles à faire les grofses coutures des fouliers , qu’on appelle les coutures noires.
- 74. Le fil de Bretagne brun ou noir s’emploie pour faire les fimples coutures à furjet. .
- 7f. Le fil de Cologne (48 ) blanc , eft celui avec lequel fe font les coutures
- ( 46 ) L’auteur lie veut parler ici qüe du ( 47 ) Elle ne dure pas , à moins qu’elle Veau de France. En général, le veau d’An- ne foit préparée à la danoife. gleterre eft préférable , & fur-tout celui de
- Southwark , qu’il faut diftinguer de celui ( 48 ) En Allemagne, on fe fert des fils de Brijlol. de Siléfie ou de Luface.
- p.510 - vue 512/631
-
-
-
- ' ART DÛ CORDONNIER. fi*.
- Manches ; il s’emploie en plyfieurs doubles : il fe fabrique à Morlaix en Bafle-Bretagne.
- Cires & encre.
- Le cordonnier fe fert de plusieurs efpeces de cires.
- 77. La cire qui fert à poifser le fil-gros fe fait ainû : on prend de la réfine qu’on fait fondre pour y ajouter fur une livre gros comme une noix de fuif ; quand le tout eft mêlé & refroidi, on en forme une pelotte folide, on la coule tout le long de l’aiguillée de fii-gros pour la poifser.
- 78. Obfervez qu’il faut faire refondre cette compofition , pour y ajouter du fuif fuivant la faifon ; car l’hiver elle ferait trop îeche.
- 79. La cire blanche, avec laquelle on cire le fil blanc de Cologne pour les coutures blanches, fe compofe ainfi (49 ) : fur deux onces de cire blanche iL faut une demi-once de blanc de cérufe ; coupez la cire par petits morceaux fur un morceau de cuir blanc ; la cérufe ayant été mife en poudre , faupoudrez-la fur la cire., enfermez le tout dans le morceau de cuir , & frappez fur ce nouer avec le marteau ; au bout de trois ou quatre minutes vous aurez une pâte blanche , dont vous ferez une pelotte qui fervira à cirer le fil blanc.
- go. La cire jaune , autrement cire vierge , fert fans aucune préparation à •plonger de tems en tems les alênes dedans pour les rendre plus glifsante§ quand on perce le cuir ( 50 ).
- 8î. La cire de bottier fe fait avec arcançon deux livres , cire jaune une -livre , noir de fumée à volonté, faire fondre le tout enfemble. Cette cire fert aux bottiers pour pénétrer les cuirs des bottes fortes, & les rendre dures comme du bois. On inftruira au chapitre du bottier ci-après , comment il pro-, cede à cette opération.
- 82. Le cordonnier-fe fert suffi de cette cire , dont en la faifant il retranche l’arcançon pour certains gros fouliers dont le bas peuple & les payfans font ufage.
- 83.. L’encre qui fert à noircir les talons de cuir, les bouts de talons , les côtés des femelles, &c. eft compofé d’empois bleu & de noir de fumée , qu’on bat bien «nfemble pour mêler le noir de fumée, après quoi on ajoute^ l’encre ordinaire.
- ( 49 ^ En Allemagne , on fait fondre de la cire blanche; & lorfqu’elle eft prefque froide , on y mêle du foufre puî vérifé-( ço ) On fe fert pour cela d’un morceau de fuif ou de graille fondue. Si l’on coud
- du cuir de fanglier, dont on fait de bonnes femelles, il faudra employer du favon. Cette efpece de femelles eft fort durable.; mais elles deviennent gliffantes dans l’eau , parce que le cuir n’en eft jamais pénétré^
- p.511 - vue 513/631
-
-
-
- Via ;i k T -D ü' V O R D o n*n'i E R,
- TROISIEME ARTICLE GÉNÉRAL.
- . Des coutures.
- 84. Il fe fait de trois fortes de coutures, fuivânt que la conftruction du foulier'le'requiert*
- 8 T* Les coutures noires ou coutures lacées avec fil-gros poifsé & foies de fangîier ; les coutures blanches lacées comme les premières , mais dont les points font: près à près ; elles fe font avec foies de fanglier & fil de Cologne ciré : les coutures (impies qui fe font à furjet avec fil de Bretagne enfilé dans le carrelet.
- ’ %6. Outrë ces trois fortes de coutures, on fe fert encore d’un point particulier , nommé le point à l'anglaife ,* mais comme il ne s’emploie que dans une feule occalion aux talons des fouliers de femmes, c’elt à ce chapitre qu’on en fera la defeription.
- 11 . Préparation des aiguillées pour les coutures lacées»
- 87. Les coutures noires lacées fe font avec fil-gros & foies de fangîier , &c. Les foies de cochon ne font pas li bonnes , «tant trop molles. Ces coutures font les plus efseiitielles , attendu qu’elles conftituent la folidité du foulier. Les aiguillées pour les faire , fe préparent comme il fuit*
- 8$. Prenez au peloton de fihgros autant de longueur de fil qu’il vous en faut félon la couture que vous allez faire : redoublez afsêzde brins pour former une aiguillée de la grofseur dont vous avez befoin ; mais avant chaque redou-blementil s’agit de rompre le fit, afin quetous lesbrinsfe trouvent féparés l’un de l’autre. Pour cet effet * afin de faire un autre brin , commencez par détordre lefilfur votre genou avec la paume de la main, puis tirez & attachez , il fe fera des effilochures. Continuez toujours ainfi à chaque bout de l’aiguillée: toutes ces effilochures des bouts fe trouveront naturellement inégales, les unes plus longues, les autres plus courtes ; ce qui formera une pointe alongée, & Votre aiguillée fera terminée par deux pointes de fil, une à chaque bout. Tordez alors toutes ces pointes en travers fur votre genou , poufsant en avant le plat de la main , & tout de fuite poifsez avec la réfine: vous aurez une pointe alongée &fine , compofée d’effilochures.
- 89. Prenez enfuite une foie de fangîier a , féparez-la en deux brins bb par fon bout mince jufques un peu au-delà du milieu de fa longueur; puis avançant la pointe de votre aiguillée entre les deux fufdites féparations , & meme un peu au-delà de l’endroit où elles finifsent, repliez ce furplus d fur le haut des deux brins, où ils fe réunifsent ; tordez le bout de l’aiguillée avec le brin c de la foie, & tout de fuite l’autre brin , obfervant d’engager préfentement la pointe d de l’aiguillée dans celui-ci, obfervant encore de ne le pas tordre
- jufqu’au
- p.512 - vue 514/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- ?*3
- jufqu’au bout, à un travers de doigt près f. Cela étant fait, prenez l’alène à joindre, avec laquelle vous percerez un trou au travers de l’aiguillée eng, au-defsous & tout auprès du bout de foie/ refté en Pair; retirez l’alêne , & prenant l’autre extrémité de la foie qui en eft le gros bout, vous l’abaifserez pour l’amener au trou g, que l’alêne vient de faire j vous le ferez pafser au travers 9 & le tirerez en haut jufqu’à ce que vous l’ayez ramené tout droit comme il était auparavant: on recommence, quand on veut, cette derniere opération une fécondé fois, faifant un fécond trou avec l’alêne au-defsous du premier; la jondtion en eft plus folide : on fait la meme chofe à l’autre bout de la même aiguillée ; car chaque bout doit être terminé par une foie 1).
- 90. La figure 0(52) cotée des lettres qu’on vient d’expliquer , montre quatre tems fucceflifs pour attacher la foie à l’aiguillée.
- 91. Le premier fait voir l’aiguillée c entre les deux féparations bb de la foie.
- 92. Le fécond eft une des féparations tordue & le boutpointu^ de l’aiguillée recourbé fur l’autre réparation.
- 93. Le troifieme eft la fécondéféparation tordue à l’aiguillée , excepté le bout/ refté en l’air.
- 94. Le quatrième fait voir le trou fait en g par l’alène.Le bout de la foie qu’on vient de faire pafser au travers, eft prêt à être tiré en haut pour ferrer l’anneau qu’il a formé en pafsant.
- 99. On vient de voir que les deux bouts de l’aiguillée ont été tordus fur le genou, puis poifsés & enfuite attachés aux foies ; il s’agit maintenant de donner à tout le refte de l’aiguillée un tors un peu lâche, car il faut éviter de la tordre trop ; on en vient à bout par le moyen fuivant ,/g. D.
- Prenez l’aiguillée vers l’un des bouts; recourbez ce bout; formez-enunç boucle A, que vous ferrerez entre le pouce & l’index de la main gauche , laif-fant pendre le furplus B avec fa foie; prenez l’aiguillée de la main droite, il s’agit de la tourner autour du pouce de la main gauche jufqu’£ fon autre bout: ce qui 11e fe fait pas fans réglé , fur-tout au commencement; car d’abord , & pour le premier tour , vous conduirez votre fil pafsant fous le pouce par derrière la boucle A , de là par-defsus le bout de l’index, puis fur le pouce]; de là allant toujours, pafsez encore fous le pouce , remontez par derrière la boucle ; mais ne prenez plus l’index, revenez fur le pouce , continuez le troifieme tour , & tous les autres de la même façon; mais après celui-ci dégagez l’index de la petite boucle dans laquelle le premier de tous les tours l’avoit enfermé.. Continuez donc à entourer le pouce & à l’emmaillotter, pour ainfi dire, jufqu’à ce que vous foyez arrivé vers l’autre bout de l’aiguillée ; alors défaites la boucle A en la tirant en avant, le bout B fuivra. Continuez de tirer : tous les tours
- ( çi ) Les ouvriers allemands font cette (52) Voyez Vexplication des planches. opération d’une maniéré toute différente.
- Tome III.
- Tu
- p.513 - vue 515/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER,,
- fe dérouleront ; & afin qu’ils ne'viennent pas tousenfemble , on appuie un peu le pouce emraaillotté contre l’index. On recommence cette manœuvre trois fois de fuite, après quoi l’aiguillée fe trouve torfeau degré convenable (53).
- 96. Plusieurs ont maintenant l’habitude de tordre les aiguillées fur le genou , en poufsant le plat de la main en avant à plufîeurs reprifes fur l’aiguillée.
- 97. Les aiguillées blanches fe préparent exa&ement en tout comme les noires dont on vient de parler, excepté qu’on ne les tord pas fur le pouce comme les précédentes, mais fimplement fur le genou.
- 98. Les coutures fimples ou àfurjet ne fe préparent autrement , qu’en enfilant dans le carrelet du fil de Bretagne.
- Lacer (^4) & faire le nœud, fîg. R
- 99. Le cordonnier en général lace la plus grande partie de fes coutures : elles fe font lorfqu’il doit attacher ou accoller deux morceaux de cuir bord à bord, & les joindre folidement enfenible , ou bien en perçant tout-à-fait les deux cuirs , ou , comme ils difent, en effleurant le cuir , c’efi-à-dire, en entrant dans fon épaifseur fans le percer d’outre en outre. Ces coutures s’exécutent de la maniéré qu’on va décrire.
- 100. Pour commencer , approchez l’un de l’autre les deux cuirs que vous
- voulez coudre enfemble , percez les d’un feul coup d’alêne ( ) 1 , 1 j reti-
- rez l’alêne , pafsez au travers de fon trou la foie d’un des bouts de l’aiguillée que vous tirerez jufqu’à la moitié ; & pour vous en afsurer , vous éleverez en l’air les deux moitiés, & vous approcherez les deux foies l’une de l’autre. Il y~a des cas où, nouant tout de fuite les deux moitiés ainfi égalifées par un nœud fimpîe, on fait defcendre ce nœud jufqu’aux cuirs. Dans d’autres ce nœud nefe fait point ; mais foit qu’il fe fafse ou non , reprenez votre alêne * & à deux, ou trois, ou quatre , &c. lignes du premier trou , félon que vous voulez vos points plus ou moins longs, percez un fécond trou 2,2; pafsez dedans la foie 4,4, que vous tenez de la main gauche, elle fortira à droite : pafsez en même tems celle que vous tenez de la main droite 3,3, dans ce même trou , elle fortira à gauche : prenez avec la main droite la foie qui fort à droite , & avec la main gauche celle qui fort à gauche ; tirez-les toutes deux en étendant les bras horizontalement, & faites que la foie & le fil que vous tirez à droite, pafsent au travers de l’anneau $ qui fe forme à droite , & qui y fera le point quand il fera ferré. Quant à l’autre foie & fil que
- (<;$) Cette defcriptkm eft obfcure. ( Ç4) Cette efpece de couture fe nomme L’habitude inlïruira l’ouvrier mieux que en allemand, Bejicchnaht. toute autre chofe. (55 ) Voyez V explication des planches..
- p.514 - vue 516/631
-
-
-
- ART D Ü CORDONNIER.
- vous tirez avec la main gauche , il n’y a aucune précaution à prendre , finoti que lorfque le point eft prêt à fe ferrer , vous tirez avec plus de force le fil que la main gauche mene , que celui de la main droite. Voilà pourquoi la manicle fe met toujours à la main gauche, pour la garantir d’être coupée par le fiL dans les efforts continuels qu’on fait pour ferrer chaque point. Continuez comme il vient d’être dit, jufqu’au bout de la couture , que vous'terminerez par un nœud qui fe fait toujours à gauche.
- 101. Pour faire ce nœud , quand vous êtes arrivé au point de terminer la couture, faites pafser la foie gauche 6, d’abord par-defsous l’anneau en 7, enfuite par-defsus en 8 ) puis encore par-defTous en 9. Tirez j & quand tout eft ferré , le nœud eft fait 8c la couture folidement terminée.
- QUATRIEME ARTICLE GÉNÉRAL.
- Comment on prend la mesure du pied.
- 102. PouR'avoir la mefure du pied, il faut commencer par en prendre la longueur au moyen du compas de cordonnier : enfuite pour avoir la hauteur du cou-de-pied, & la largeur du gros du pied, ou plutôt le tour de ces deux parties, on nefefert que de bandes de papier ou de cuir , auxquelles on fait des marques.
- 103. Le compas ( de cordonnier 19 & 20 , eft d’une ftrudlure particulière i il eft de buis , & compofé de quatre réglés en coulifses l’une dans l’autre , formant un quarré long. Ces réglés font difpofées de façon que la fupérieure & l’inférieure peuvent alonger le compas en glifsant fur les deux autres au moyen d’un petit manche II, qu’on tire à foi. De ces réglés coulantes , il n’y en a qu’une qui ait des divifions. Ce compas eft terminé à un bout par une branche III, immobile , d’équerre à la réglé qui a été divifée & numérotée par de petits clous de cuivre. Vis-à-vis cette branche immobile en eft une mobile IV, qu’on peut faire couler d’un bout à l’autre du compas fur la face numérotée : cette face ou réglé eft marquée de 26 traits ou divifions de 3 en 3 lignes, lorfqu’on la tire tant qu’elle peut l’être, amenant en même tems à foi la branche mobile : le compas a alors toute fa longueur, qui eft de Il pouces & demi entre les deux branches , & il eft dans l’état où il doit être pour prendre la mefure de quelque pied que ce foit. Dans cet état, en comptant à commencer par le bout où eft la branche immobile III, jufqu’à la 12e divifion *, on arrive à celle que les cordonniers nomment la petite pointure. Cette exprefîion fignifie que la longueur du pied des enfans, jufqu’à onze
- ( ç6 ) En allemand, die Maaslade. Cet réglé d’ivoire. Les Anglais ont des compas infiniment peut auffi être fait avec du pru- de léton. nier ; & les divifions font marquées fur une
- Ttt ij
- p.515 - vue 517/631
-
-
-
- art du cordonnier.
- lis
- ou douze ans , ne pafsê que très-rarement cette divifion : quand le pied eft plus long, il entre dans la grande pointure qui va jufqu’au bout.
- 104. Maintenant, pour prendre Ja mefure , commencez par alonger votre compas ; puis mettant un genou en terre , pafsez-le fous le milieu de la plante du pied ; appuyez la branche immobile derrière le talon; puis faifant avancer la branche mobile jufqu’au bout du pied , remarquez la divifion fur laquelle elle s’arrête.
- iOf.Si vous devez faire un foulier ordinaire, reculez de trois divifions que vous ajouterez à la mefure. Si c’eft un efcarpin, n’en ajoutez que deux, & une feulement fi 011 veut un foulier très-jufte.
- 106. A l’égard de la hauteur du cou-de-pied & delà largeur du gros du pied, prenez-en la mefure avec une bande de papier, avec laquelle vous entourerez le pied à ces deux endroits, faifant avec vos cifeaux de petites entailles pour marquer la mefure de chacune de ces parties. Il ne vous refte plus alors que de commander au fbrmier une forme fuivant votre mefure.
- CINQUIEME ARTICLE GÉNÉRAL.
- Les chauffures.
- 107. Le foulier en général eft compofé , i°. de deux quartiers, qui joints ehfemble entourent le talon , & fe terminent par deux oreilles qui fe nouent ou fe bouclent fur le cou-de-pied ; 2°. d’une empeigne qui enveloppe tout le defsus & les côtés du pied ; 3°. de deux femelles appliquées l’une contre l’autre, fur lefquelles pofe la plante du pied ; 4°. .d’un talon de bois ou de cuir, plus ou moins élevé. La conftrudion & l’afsemblage de toutes ces parties eft à peu près la même pour homme, femme & enfant.
- 108. Lorsque les femelles font d’une épaifseur convenable, & que tout le refte du foulier eft folidement étoffé , il eft ce qui s’appelle un foulier ordinaire } mais fi l’étoffe en général eft mince & légère, particuliérement celle des femelles , il change de nom, 8c fe nomme un efcarpin. Si on fait l’efcarpin à l’envers, & qu’on le retourne enfuite du bon côté, il s’appelle un efcarpin retourné.
- 109. On a imaginé depuis quelque tems une efpece d’efcarpin encore plus léger, qui n’a qu’une femelle ; on le chaufseavant de mettre les bottes fortes, afin que quand on les ôte, le pied ne fe trouve pas à nud avec des bas feulement ; on le nomme pour cette raifon , efcarpin de bottes (57).
- 110. Le foulier ordinaire eft une chaufsure folide, qui empêche que le pied foit affedé des corps durs fur lefquels on marche. L’efcarpin rendant le pied
- { 57 ) En allemand, Stiefeljdiuhe,
- p.516 - vue 518/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- V7
- moins appefanti, convient mieux pour courir, danfer, ou faire quelqu’autre exercice vif & prompt.
- ni. On a encore imaginé une efpece de chaufsure pour conferver les fou-liers dans les faifons humides & froides , & qui en même tems tient le pied plus chaudement. Cette chaufsure eft proprement un double foulier imparfait, qui n’a ni quartiers ni oreilles 5 on met fon foulier dans celui-ci, auquel on a donné le nom de claques (58): il s’en fait pour hommes & pour femmes,
- 112. Les mules ou pantoufles qui fervent de chaufsure dans la maifon & en déshabillé, n’ont que lesTemelles, l’empeigne & le talon j elles manquent ab-folument de quartiers, d’oreilles & ét pièces. Si on ajoute des quartiers , elles perdent leur nom de pantoufles , & doivent être appel 1 ées des Jabots (59).
- 113. On fait encore d’autres efpeces de fouliers : gros fouliers cirés, avec clous ou fans clous ; galoches à femelles de bois* chaufsons pour la paume, pour tirer des armes, &c.
- 114. Toutes les efpeces de fouliers dont on vient de parler, fervent à couvrir le pied & donnent la facilité de marcher plus furement jmais quand il s’agit de monter à cheval, ou bien de pafser dans des bois ou dans l’eau, il eft encore nécefsaire d’avoir les jambes & quelquefois les genoux à l’abri des accidens extérieurs : c’eft pourquoi on a conftruit des bottes de plus d’une efpece , bottes fortes , bottes molles, bottines & guêtres de cuir.
- Iif.Par le terme de bottes, on entend une boîte de cuir,contiguë à un foulier, qui renferme le pied &la jambe, & au haut de laquelle on joint, fuivant l’occurrence , un rond de cuir qui garantit le genou ; & par celui de bottines, une chafsure de cuir qui n’a point de foulier, & n’eft faite que pour entourer la jambe.
- PREMIER ARTICLE PARTICULIER.
- Le travail du cordonnier pour homme.
- Le foulier ordinaire.
- 116. Après s’être mis au fait des inftru&ions générales contenues dans les articles précédons, il s’agit maintenant d’en venir à la pratique ; pour cet effet on va commencer le travail du cordonnier pour la conftruclion du foulier ordinaire d'homme ; d’abord à talon de bois , enfuire à talon de cuir,
- I 17. Quand vous aurez pris la mefure du pied que vous devez chaufser , & ayant requ la forme que vous avez commandée, mettez votre tablier & vous afseyez 5 car à ce métier on ne faurait travailler qu’étant aftis. Prenez l’écof-
- ( 58 ) En aliem, Pantoffeln mit Hackenledern. (59,) Pantoffeln mit Quartier en.
- p.517 - vue 519/631
-
-
-
- art du cordonnier.
- f 18
- fret 2 fur vos genoux. Vous vous ferez muni, comme tout cordonnier doit l’ètre, de patrons de papier , taillés en Forme d’empeignes & de quartiers : po-fez-les fur l’écoffret; prenez enfuite les morceaux de veau noir que vous avez deftinés à fervir d’empeignes & de quartiers : pofez-les à l’envers fur votre écoffret, c’eft-à-dire , que la fleur ( c’eft ainfique s’appelle le côté du cuir d’où, fortait le poil de l’animal, & que le tanneur a noirci ) que la fleur, dis-je, foit en defsous & la chair en defsus. Appliquez vos patrons de papier fur cet envers , &fuivez-les en coupant le cuir , foit de l’empeigne AA, foit des quartiers CC , & des oreilles BB , avec la pointe du tranchet, ou bien avec un couteau à main , pareil à celui dontfe fervent les bourreliers. Cet inftrument eft marqué a dans la vignette.
- i ig. On doit couper un peu plus large cette première Fois, parce que tout de fuite on tire les cuirs avec la pince pour leur procurer toute leur extenfion. La pince ayant Fait fon office , remettez les patrons de papier, que vous fui-vrez exactement cette fécondé fois , en coupant le cuir fuperflu de l’empeigne & de tous les retours des quartiers, excepté de leur côté circulaire CC, où vous laifserez du cuir au-delà du modèle, pour rafraîchir les oreilles BB lorf-qu’il en fera queftion par la fuite.
- 119. Cela étant fait ,préparez , c’eft-à-dire , taillez les differens morceaux de cuir qui entrent dans la composition du foulier, favoir , les paillettes DD , les ailettes FF , la trépointe EE , & le pafse-talon N,flg. 2, fi le talon doit être de bois s car aux talons de cuir il n’y a point de pafse-talon.
- 120. Les paillettes (60) font deux petits morceaux de cuir de veau coupés en ligne droite par un côté , arrondis & amincis du refte par le tranchant ; leur place eft fous l’empeigne, à la pointe des entailles a a de l’empeigne, pour les fortifier.
- 121. Les ailettes (61) font deux lanières de cuir de veau coupées en ligne droite par un côté , arrondies en lame de couteau & amincies de l’autre côté avec le tranchet : elles font deftinées à doubler & à fortifier le bas des côtés de l’empeigne.
- 122. La trépointe (62) eft une laniere de cuir de vache d’un demi-pouce de large, & afsez longue pour faire le tour du foulier , le long de la première femelle , & finir de chaque côté à l’endroit où le talon commence.
- 123. Le pafse-talon ,qui ne fert qu’aux talons de bois , eft un morceau de veau noir afsez long pour couvrir tout le talon de bois.
- 124. Pour revenir à la conftrudion , lorfque l’empeigne & les quartiers font taillés fur les patrons , comme il a été dit ci-defsus , rapportez un des quartiers .fur l’empeigne A A, pofez-le dans la fituation où vous le voyez dans
- fc (60) En allemand, Seitenfutter. (61) Ueberflàmme. (62) Die Rahmen.
- p.518 - vue 520/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- 5*9
- Feftampe ; fendez l’empeigne en fuivant le biais qui fait le bas de l’oreille jufqu’en a, coupez enfuite en ligne droite jufqu’au bout de la Fente : vous aurez une entaille d’environ un demi-pouce de profondeur, qui fe trouvera à un pouce & demi d’un des côtés de l’empeigne j ôtez le quartier, pliez l’empeigne en deux: le triangle coupé s’appliquera fur l’autre côté , & y fervira de modèle pour en couper un pareil. La portion du cuir de l’empeigne qui fe trouvera entre les deux triangles , deviendra l’extrémité du defsus du coude-pied b b , & ce fera à fon bord que fera coufue la piece G quand le foulier fera achevé. Maintenant l’écoffret ne vous fert plus de rien.
- 125 Faites une aiguillée de fil-gros de l’épaifseur d’une très-petite ficelle, chaufsez le tire-pied fous le pied gauche, & la manicle à la main gauche. Puis prenez la forme à joindre, flanche II, n°. 27 , au bout de laquelle eit piquée une pointe de fer .3 1 , qu’on nomme le petit clou j pofez cette forme fur le genou gauche, fon bout du pied tourné vers vous 5 fixez-la en cet endroit, en la ferrant avec le tire-pied que vous pafsez par-defsus. Il s’agita préfent de vous fervir du haut de cette forme, où e(t le petit clou, pour joindre enfemble par l’envers du cuir les deux quartiers avec une couture noire. Pour cet effet, approchez l’un contre l’autre les bords CC ,pL III, de chaque quartier , à droite & à gauche du haut de la forme en-deçà du petit clou. Pafsez le tire-pied par-defsus pour les contenir ; prenez l’alêne à joindre , percez les deux bords fufdits vers leurs extrémités proche du petit clou. L’alêne ôtée , pafsez dans fon trou la foie gauche de l’aiguillée que vous venez de faire ; tirez l’aiguillée jufqu’à la moitié , égalifez l’autre à celle-ci, comme il a été dit ci-defsus au titre Lacer & faire le nœud s nouez .-les enfemble, & faites defcendre ce nœud fous la pointe du petit clou en dehors : ce nœud cgalifera les cuirs. Continuez de coudre en laçant: cette couture fe trouvera derrière le talon de l’homme.Quelques-uns la fuppriment, en taillant les deux quartiers d’un feul morceau. Prenez enfuite l’empeigne L , pi. III, fi- 4> pour la coudre à l’envers aux quartiers. Quand vous ferez aux deux tiers du retour 3 du bas de l’oreille jufqu’à un demi-pouce près , finifsez votre couture lacée ; pafsez ce demi-pouce par-defsous l’empeigne , & vous l’y coulerez d’une fitnple couture à furjet avec le carrelet & du fil de Bretagne ciré , de façon que vos points forment un petit ovale apparent 3 , qu’on nomme la rofette.
- 12<j. Cela fait, prenez les deux paillettes D D, amincifsez-les par les bords , appliquez à l’envers du cuir leur côté qui eft en ligne droite courre la pointe de chaque échancrure a a de l’empeigne , coufez-lesen effleurant le cuir, c’eft-à-dire, fans le percer, d’une (impie couture avec le carrelet & le fil de Bretagne.
- 127. Prenez enfuite les ailettes F F , amincifsez-en le bord le plus droit
- p.519 - vue 521/631
-
-
-
- Î20
- ART OU CORDONNIER,.
- & le bout le plus large. Vous appliquerez ee bout F 2 jufqu’au-dalà de la couture du quartier, & le relie de l’ailette le long du bas de l’empeigne, qu’elle en fuive tout le contour o o jufqu’à un bon pouce près du bout ; coulez cette ailette en effleurant le cuir de l’empeigne, d’une lîniple couture avec le carrelet & fil de Bretagne , commençant par le bout large appliqué fur le quartier en K. Continuez le long du quartier aminci, qui eft celui d’en-haut: quand vous arrivez à la paillette, percez-la d’outre eu outre; coufez auffi tout le haut de l’ailette jufqu’au bout pointu. Le bord de l’ailette o o ne doit point être coufu , mais taillé de façon qu’il fuive le contour du bas de l’empeigne , fans y être attaché.
- 128. Retournez le tout :ia fleur qui eft le côté du poil & où le cuir eft noirci, fera en dehors, les paillettes & les ailettes en dedans. On peut mener jufqu’ici les deux fouliers enfemble.
- Le tout ainfi retourné , prenez la forme qui a été faite pour le pied que vous devez chaufser , & mettez defsus en place ce commencement de foulier ; puis tirez avec la pince le bas de l’empeigne tout autour , de pouce en pouce, afin de la bien tendre fur cette forme. Arrêtez chaque endroit que vous tirerez avec un clou à monter, pour couper enfuite avec les cifeaux le cuir quidépafsera le bas de la forme, afin de lui donner un contour égal. Retirez enfuite les clous , & ôtez de defsus la forme.
- La première femelle.
- 129. Il s’agit enfuite d’afficher la première femelle S i ; c’eft-à-dire"', de l’arrêter & la tailler fur la forme. Cette première femelle eft toujours de cuir de vache; on l’aura mis précédemment tremper dans le baquet, & on l’aura enfuite laifsé refsuyer au degré convenable pour qu’elle foitfouple & maniable quand on veut l’employer. Prenez-la donc en cet état ; & pour la corroyer, c’eft-àdire , la rendre plus ferme & plus ferrée fur elle-même, vous la battrez avec le marteau fur le billot ou fur un grès. Ces femelles fe vendent taillées groffiérement , & ordinairement plus longues & plus larges qu’il ne faut. Appliquez la forme, & l’y faites tenir par quatre clous à femelle, un vers le bout, l’autre au milieu, & deux au talon , l’un à droite , l’autre à gauche fur la même ligne (63). Enfoncez auffi une petite cheville déboisa tout au bout : alors taillez & unifsez avec le tranchet à redrefser le tour de tfette femelle , en fuivant le contour du bas de la forme , coupant le cuir qui dépafse , depuis le bout jufqu’à la cambrure , c’eft-à-dire jufqu’à l’endroit où le talon doit commencer. Les cordonniers nomment la cambrure, l’efpace
- (6$ ) En Allemagne, en Suifle & ailleurs, vache ordinaire, il ne la fait point palier le cordonnier coupe lui-même fa femelle fous le marteau, comme il la veut avoir. Si elle n’eft que de
- qui
- p.520 - vue 522/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- qui fe trouve depuis l’endroit où la femelle cefse de toucher à terre, jufqu'à celui où le talon commence. Quand vous ferez donc vis-à-vis de l’extrémité de la cambrure de chaque côté , vous entamerez dans la femelle une retraite £ b , de deux à trois lignes à angle droit, d’où vous continuerez à couper en arrondifsant d’une retraite à l’autre. Cette derniere coupe fera l’endroit où fera pofé le talon. Parez enfuite cette femelle en bifenu jufqu’au bois de la forme; terminez ce bifeau aux deux retraites ci-defsus ; laifsez le lieu du talon fans y toucher.
- 130. Posez les haufses à la forme; on nomme haujfes (64) plufieurs morceaux de veau noir , qu’on taille en forme de petites empeignes, de grandeurs inégales : on en couvre le milieu du defsus de la femelle, depuis le cou-de-pied jufques vers le bout. O11 n’en place ordinairement que deux, la plus petite la première, & la plus grande par-defsus. On cloue une pointe à leur milieu ; & pour les afsujettiren place, on les bride au moyen de plu-fieurs tours d’un fil fimple, dont on les entoure en forme de ligature à volonté. Ces haufses font faites pour donner ce qu’on appelle de l'entrée au fonder, c’eft-à-dire , afin qu’on puifse le chaufser plus facilement.
- 131. Remettez pour la fécondé foisTempeigne & les quartiers fur la Forme par-defsus les haufses , arrêtez les bords du bas de l’empeigne & le bas des quartiers , de diftance en diftance , avec des clous à monter , tirant à mefure avec la pince comme la première fois , excepté où ie talon commence à tourner ; enfoncez le coin ( 6$ ) entre les haufses & la forme fur le cou-de-pied , fi vous le jugez nécefsaire pour donner encore plus d’aifance à l’entrée du foulier ; croifez les oreilles fur l’empeigne , arrëtez-les avec une pointe. Bridez le bout de l’empeigne , c’eft-à-dire , prenez un bout d’aiguillée de fil-gros avec fa foie , faites-y un nœud ; piquez avec l’alène à joindre le bas de l’empeigne environ à trois pouces en-deqà du bout du foulier; pafsez le fil & le faites couler en allant au bout au-defsus des clous qui fervent à la tendre ; piquez près du bout ; pafsez le fil ; tournez-le le long du bout ; piquez de l’autre côté près du bout, &c. & finifsez ce bâtis vis-à-vis d’où vous l’avez commencé ; faites-y un nœud , & coupez le refte de l'aiguillée*
- 132. Prenez la trépointe E E , parez-la, c’eft-à-dire, amincifsez avec le tranchet le côté que vous deftinez à couler le long de la femelle; faites une aiguillée de fil-gros & foie un peu moins grofse que de la ficelle à tabac. Commencez une couture lacée par une des retraites que vous avez précédemment faites à la femelle; faites vos points lacés longs de quatre lignes, prenant dans la couture les bords amincis de la femelle, ceux de l’empeigne & ceux de la trépointe amincis m, fig. 2. Cette couture tournera tout le foulier,
- (64. ) Voyez F explication des planches. ( 65 ) Voyez V explication des planches.
- Tome III. V v v
- p.521 - vue 523/631
-
-
-
- Ç22
- ART DU CORDONNIER.
- & doit fe terminer par un nœud à fa retraite de l’autre côté j ôtez à mefure les clous à monter qui retiennent l’empeigne.
- Le talon de bois.
- 133. Si le talon doit être de bois [ les talons d’homme fe font de bois de hêtre] (66), lorfque vous ferez arrivé à la retraite de l’autre côté , coufez tout de fuite le pafse-talon N , fig. 2 , à l’envers du cuir tout autour du bas des quartiers, le prenant par fon bord d’en-bas avec le bas des quartiers. Ce bord deviendra celui du haut du talon de bois, quand par la fuite le pafse-talon fera retourné : c’efl pourquoi, en le coufant, 011 le couche fur les quartiers s la fleur en-dedans.
- 134. Mettez de côté la forme avec tout ce que vous venez de faire , & prenant le talon de bois H , 2 , qui elt brut, c’eft-àdire taillé grofîiérement, & toujours plus ample qu’il ne faut, afin qu’on puifse en retrancher pour le réduire à la proportion & à la figure qu’il doit avoir pour être bien fait ; fongez donc à la lui donner , ce qui s’appelle bûcher le talon. Pour cet effet , prenez le tranchet à bûcher, avec lequel vous l’ébaucherez en coupant le fuperflu, l’arrondifsant par-derriere , & le réduifant à la grofseur & à la hauteur requifes. Puis prenant la gouge, vous l’évuiderez & enfoncerez en-defsus fur fon plat. Cet endroit fe nomme alors la boîte du talon 1,2, où il eft: vu de profil. Vous le creuferez aufti par-devant fur fon épaifseur, &un peu par-defsous.
- 13 f. Quand tout cela eft fait & que le talon a pris la forme que vous délirez, pofez-le en place $ & comme tous les talons pour homme fe vendent percés par le milieu d’un trou qui les traverfe I, fervez-vous de ce trou fait exprès , pour y faire entrer le clou à talon , que vous aurez précédemment enfilé dans fa petite haufse de fer. Cognez ce clou ,qui percera la première femelle & entrera dans la forme.
- 136. Comme il n’arrive prefque jamais que le defsus évuidé , autrement la boîte d’un talon de bois , foit bûché afsez jufte pour s’appliquer exactement fous le talon de la première femelle , & que d’ailleurs il eft bon de fortifier le pli de la cambrure, c’eft-à-dire , l’angle que fait le talon de bois avec le haut de la cambrure , prenez un morceau de cuir de vache N n , que vous taillerez un peu en pointe par un bout : amincifsez ce bout le long du bord, faites-le entrer par le pli de la cambrure entre la boîte du talon & la première femelle , jufqu’à ce que vous rencontriez le clou à talon qui l’arrêtera. Cecuirainfi placé fe nomme 1 0 cambrillon. Il débordera dans la cambrure. S’il fe trouvoit encore que le cambrillon n’eût pas rempli tout le
- ( 66 ) Les talons de bois ont paffe de mode. Quand on en fait par des raifons partieu. lieres, on emploie le tilleul.
- p.522 - vue 524/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- 523
- vuide , vous y poufseriez une ou deux petites éclifses de bois qui ne doivent pas déborder. Quelques coups de marteau donnés enfuitefur le clou à talon ferreront le tout.
- 137. Mouillez le tour extérieur du talon avec de l’empois b’anc (57), renverfez le pafse-talon par-defsus , il couvrira le bois ; & le noir , autrement la fleur du cuir, fe trouvera en dehors. Tirez avec la pince le bas du pafse-talon tout autour du bas du talon pour le bien tendre , & arrêtez fous le talon ce qui en dépalsera r ,jig. 3 , avec des clous à monter j coupez net avec letran-chet à redrefser le cuir du pafse-talon le long des côtés qui regardent la femelle, à une demi-ligne près du talon de boisipafsez enfuite le releve-gravure tout autour du haut du pafse-talon , à l’endroit où il ell coufu aux quartiers : ce qui y fait paraître une petite rainure ou enfoncement.
- La fécondé femelle.
- 138. Il s’agit maintenant d’afficher la fécondé femelle. Celles-ci font toujours de cuir fort pour lesfouliers d’homme j 011 les vend grofficrement taillées , & toujours coupées quarrément ou à peu près par l’un des bouts. Cette femelle mife en état d’être employée , c’eft-à-dire, ayant fuffifamment trempé dans le baquet pour avoir acquis de la fouplefse, commencez par la battre fur le billot, puis l’ayant pofée au-delsus de l’enfoncement de la buifse creufe , poufsez-la dans fa cavité à petits coups du manche du marteau, jufqu’à ce qu’elle ait prisa peu près la forme d’une gondole: ce fera dans cet état que vous l’appliquerez fur la première femelle , à laquelle vous la ferez tenir par trois clous à monter (<>8) > un vers le bout, & deux en travers le large du pied, & toujours la petite cheville de bois au bout. Cette femelle doit être afsez longue pour qu’après qu’on lui aura fait faire une bofse ou élévation au fond de la cambrure vis-à-vis du cambrillon, & qu’elle aura été pliée-le long du devant du talon , elle en dépafse encore la hauteur de près d’un pouce. Elle doit être en même tems afsez large pour en excéder les côtés de près de deux lignes. „
- 139. Quand vous aurez fait prendre à cette femelle le pli dont on vient de parler, maintenez-le en place avec deux pointes, côte à côte, que vous ferez entrer vers le mieu du devant du talon. A l’égard de la bofse ou élévation que vous lui avez fait faire au fond de la cambrure, il s’agit de l’appla-tir : pour cet effet, pafsez le tire-pied fur cette bofse, & à petits coups de la panne du marteau, renfoncez-la fur elle-même , jufqu’à ce qu’elle foit venue au niveau du relie de la femelle. Cette opération fe fait pour contraindre cette partie à s’enfoncer de plus en plus dans le pli de la cambrure, formé par le
- ( 67 ) Il faut auparavant paffer la râpe ( 68 ) Il faut la coller fur la pren.iere fe-fur le bois, afin que la colle prenne mieux, melle, avant de l’attacher avec des clous»
- V v v ij
- p.523 - vue 525/631
-
-
-
- 524
- ART DU CORDONNIER.
- talon. Termlnez-la en rapant & limant les petites cicatrices que la panne du marteau vient de faire, afin de les effacer.
- 140. Fendez par trois coupures égales jufqu’au talon le furplus ppr jtg. 3, du cuir de cette fécondé femelle, que vous avezlaifsé dépafser d’environ un pouce le devant du talon , comme il vient d’être dit: ces trois coupures-vous donneront quatre portions de cuir; pafsez un bout d’aiguillée de fil-gros au travers de la première, puis prenez tout de fuite , en forme de bâtis, tout le tour du bord fuperflu du pafse-talon en-dehors des clous à monter, que vous y avez ci-devantpofés, lorfque vous l’avez collé & tendu; vous finirez ce bâtis de l’autre côté, c’eft-à-dire , à la portion de cuir qui eft à l’extrémité op-pofée. Quant aux deux autres portions du milieu , entamez-les d’un petit trait en-defsus, vis-à-vis le bas du bois du talon, pour pouvoir , après avoir aminci leurs bouts , les plier & coucher fur le defsous du talon, & y fixer chacun à demeure avec un petit clou d’épingle.
- 141. Prenez le poufse-cambrure , pofez-le à l’endroit du pli de la cambrure , & frappant defsus , enfoncez ce pli tant que vous pourrez.
- 142. Voici le réfumé de toute cette operation. Vous avez d’abord fait faire line bofseà la femelle au fond de la cambrure , vous l’avez en même tems fait piier le long du devant du talon , & vous l’y avez arrêtée avec deux pointes 5 revenant enfuite à la bofse , vous l’avez applatie ; eet applatifsement a poufsé la femelle dans l’angle ou pli du fond de la cambrure ; & enfin , le poufse-cambrure a achevé de l’enfoncer dans ce pli autant qu’il a été poffible.
- Prenez le tranchet à redrelser , avec lequel vous taillerez tous les bords de la femelle jufqu’au talon ; coupez - les en bifeau vers l’empeigne , en fuivant exactement tout le tour du pied de la forme; enfuite avec la pointe du même tranchet que vous pencherez comme une plume à écrire , vous tracerez en effleurant le cuir & biaifant dans fon épaifseur ,une rainure uuu-it, qui fe' nomme me gravure fous la femelle, d’une demi-ligne de profondeur, diftante du bord de trois lignes : vous la terminerez au talon de chaque côté. Prenez tout de fuite le releve-gravure que vous coulerez, le tenant debout, tout le long du fond de cette gravure pour la faire ouvrir, afin d’y pincer au fond les points de la couture lacée que vous allez y faire. Pour eet effet, ayez une aiguillée de fil-gros, de la grofseur d’une ficelle à tabac: percez près du talon avec l’alêne à femelle, d’abord dans la gravure, puis dans la-trépointe. Coufez à grands points , & finifsez au côté oppofé.
- 143. Revenant au talon, rabattez & refserrez fur eux-mêmes, à petits coups de la panne du marteau , les deux extrémités du cuir de la femelle que vous avez précédemment laifsé excéder un peu le long des côtes du talon de bois ; unifsez-les avec le tranchet à redrefser, après quoi vous les parerez: en- ks lifsant avec la bifaigue à côte. Vous procéderez enfuite à la couture:
- p.524 - vue 526/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- blanche , qui coulera le long de chaque côté du talon. Cette couture blanche fe fait ainfi : faites une aiguillée, compofée de dix ou douze fils de Cologne, enfilée dans une foie à chaque bout: retordez , puis cirez cette aiguillée avec de la cire blanche ; puis coufez en laçant les points près à près ; vous commencerez à percer avec l’alêne le bord de la femelle près du pli de la cambrure & le bord de côté du pafse-talon ; continuez jufqu’aubas de chaque côté.
- 144. On garnit le defsous du talon de bois avec deux cuirs l’un fur l’autre, qu’011 nomme bouts de talons (69). Le premier, qui s’applique immédiatement fur le bois, eft de cuir de vache ; celui qui le recouvre eft de cuir fort à l’orge. Coupez d’abord ces cuirs à vue d’œil fur le contour du defsous du talon; ôtez le clou à talon & fa haufse; mettez les cuirs en place, percez-les en refrappant le clou à talon vis-à-vis de fon trou , & le renfoncez à coups de marteau ; alors arrêtez vos cuirs à demeure avec trois pointes, une de chaque côté, la troifieme vers la rondeur du talon ; puis avec le tranchet taillez une fécondé fois jufte furie contour du talon; raclez avec du verre le tour du dernier cuir en-defsous ; pafsez fur ce tour raclé la bifaigue à bouts, ce qui lui donnera un œil poli qui le diftinguera du refie ; faites de petites chevilles de bois de huit à neuf lignes de long, & larges d’environ deux lignes par le gros bout ; puis prenant la broche à talons de bois , enfoncez-la de deux en deux lignes au milieu du bord que vous venez de lifser , perçant les deux cuirs & entrant dans le bois du talon; mettez vos petites chevilles (70 )‘ dans tous ces trous, & les y enfoncez à petits coups; rafez avec le tranchet celles qui débordent.
- 14^. Redressez la femelle que vous avez ci-devant coupée en bifeauvers la forme pour faire la couture , ftg. 3 , uuuui c’eft-à-dire, coupez avec le tranchet à redrefser ce bifeau , pour rendre maintenant l’épnifseur de la femelle quafi d’équerre, en approchant & rafaut tout auprès la couture expliquée ci-devant, que vous avez précédemment faite pour joindre cette femelle à l’empeigne; & de peur d’entamer, en faifant cette operation, le cuir de l’empeigne avec la pointe du tranchet, oppofez-lui, à mefure que vous avancez, le bout plat de la planche à redrefser; encrez tout le tour que vous venez de couper , afin qu’il refte noir : l’encre étant feche, lilsez avec la bifaigue à côtes; cirez avec cire blanche ; frottez avec un morceau de feafane, & enfuite avec un chilfon d’étoffe ( 71}.
- (69) En allemand , Æfatzflecken:.
- (70) Il faut pafler ces petites chevilles dans la colle , autrement elles tombent fort aifément..
- (71) En Allemagne , après avoir coupé le bifeau, on le paffe au noir ; & avant qu’il fait fec, on le polit avec le liege. On le noir-
- cit enfuite avec Te noir de fumée ; après quoi on le polit de nouveau avec la dent de' loup. Enfin on le cire avec de la cire blanche , & on le frotte avec un morceau de bafane. Les Anglais lailTent à la femelle fa couleur naturelle mais ils la poiifTent éc la cirent avec foin,.
- p.525 - vue 527/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- szs
- 146. Retournez au talon. Vous commencerez par pafser la lame à dé-crafser entre les points de la couture blanche précédemment faite , qui borde les côtes du talon, afin d’en faire fortir le fuperflu de la cire blanche qui aurait pu y relier ; tirez enfuite le clou à talon, qui ne fert plus de rien.
- 147. Il eft tems maintenant de déformer, c’eft-à-dire, d’ôter le foulier de defsus fa forme; pour cet effet, tirez dehors le coin de defsus le cou-de-pied , que vous aviez engagé fous les haufses ; puis vous ferez entrer la lame du releve-gravure entre les quartiers & le talon de la forme: poufsez-le toujours en bas, jufqu’à ce que les quartiers foient entièrement dégagés. Alors en tirant le foulier par le bout, vous lui ferez quitter la forme.
- 148. Il faut toujours avoir parmi fes uftenfiles une vieille forme 30, pl. II, préparée comme il fuit: 011 cloue fur le côté gauche du gros du pied de cette forme vers fa partie inférieure, une plaque de fer, au milieu de laquelle s’élève une vis qui va en diminuant comme#un tire-fond : à deux ou trois pouces de cette vis , vers le milieu du pied , eft un clou ou une grofse pointe * qui excede le bols. Prenez cette forme ainfi ajuftée, que les cordonniers nomment le cabriolet; vifsez ce tire-fond ou vis dans le trou du talon, à la place où était le clou à talon , Payant précédemment pofée fur votre genou, où elle fe trouve renvcrfée , la pointe du pied en avant, & après avoir pafsé le tire-pied defsus & enfuite au-delà du clou vers vous, afin qu’il ne puifse pas glifser contre la vis. Dans cette fltuation préparez-vous à coudre ce qu’on appelle la boîte. La boîte eft coufue lorfqu’on a rapproché par une couture blanche le haut du pafse-talon & le bas des quartiers : cette couture fe fait avec du fil de Cologne & à points ferrés; on la commence en perçant d’abord la fécondé femelle au coin du pli de la cambrure, puis le cuir du pafse-talon & le bas du quartier, le traverfant en-dedans , afin qu’en ferrant les points , le pafse-talon fe joigne aux quartiers ; le fécond point ne percera plus que le cuir du haut du pafse-talon & le bas du quartier ; continuez toujours ainfi, vous finirez au pli de la cambrure de l’autre côté, avec un nœud ; puis avec la lame à déerafser nettoyez le fuperflu de la cire.
- 149. Rafraîchissez les oreilles & le haut de l’empeigne, c’eft-à-dire, égaillez avec les cifeaux les deux oreilles , en leur donnant le tour, & les rédui-fant à la largeur qu’elles doivent avoir; coupez aufli le haut de l’empeigne en allant de l’une à l’autre oreille.
- 150. Mouillez la lemelle jufqu’au talon avec empois blanc , & tout de fuite pafsez & coulez à plufieurs reprifes le côté de l’aftic fur toute fa furface , le tenant à deux mains. Cette façon ne fert qu’à luftrer le defsous de la femelle : coufez en effleurant le cuir avec le carrelet & fil de Bretagne , une paillette longue en-dedans des oreilles, aux endroits où la boucle doit percer; fiuif-fezpar coudre de la même maniéré à furjet la pièce G, pi. III, au haut de
- p.526 - vue 528/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- 5 2.7
- l’empeigne (72 ). Cette piece , dont la forme a varié, eft à préfent un quatre long de bafane noire de veau , qu’on double ordinairement de cuir blanc de mouton , en l’y collant avec de l’empois blanc j on la borde enfuite avec un ruban ou un galon noir.
- Le talon de cuir.
- if T. Si au lieu de talons de bois on les veut entièrement de cuir, le travail & la manœuvre en font très-différens : voici comment on y procédé.
- 152. Posez la première femelle comme aux précédens j mais îorfque vous la taillerez, pour qu’elle fuive le contour de la forme, les retraites ou entailles b b , fl. III, fig. 1 , que vous y ferez à l’endroit où doit commencer le talon de cuir, doivent être moins profondes, c’eft-à-dire, plus courtes que pour le talon de bois ci-devant, afin de rendre la femelle plus large à l’endroit du talon.
- 153. Avant de remettre l’empeigne & les quartiers fur la forme, fortifiez les bas des quartiers en-dedans par une petite piece de cuir mince, la coufant en cet endroit en effleurant le cuir avec le carrelet ; cette petite doublure fer-vira à rendre plus folide la couture ci-après de la trépointe de derrière.
- IÏ4. La trépointe de derrière eft une piece particulière aux talons de cuir ; c’eft une laniere de cuir noir , d’environ un pouce de large: vous^la coudrez tout autour du bas des quartiers par-dehors, le noir en-dehors, l’envers du côté des quartiers & couché defsus : cette couture fe lace à grands points avec foies & fil-gros ; coufez enfuite la vraie trépointe comme aux précédens, ren-verfez la trépointe de derrière a 9pl. IV, fig. 1 ; ce fera alors l’envers du cuir qui paraîtra au dehors •, tendez-la, a 2 , fur le talon de la première femelle par un bâtis d, d’un côté à l’autre avec un fimple fil-gros & le carrelet.
- IÇÇ. Posez votre fécondé femelle comme aux précédens, coufez-la de même ; mais comme elle ne fe vend jamais afsez longue pour aller jufqu’au bout du talon , on yfupplée en ajoutant premièrement le couche-point b 2, & enfuite plufieurs morceaux de cuir fort et, nommés alonges, pour remplir le défaut de cette femelle.
- 15 6. Il pourrait paraître fingu-lier qu’en taillant un cuir de bœuf on épargne l’étoffe fur la longueur des fécondés femelles ,* mais outre qu’en les faifant plus courtes on en tire une plus grande quantité , il eft indifférent que ce qui fera caché fous le talon foit d’une feule piece , ou de plufieurs.
- 157. Le couche-point (73) b2, eft un morceau de cuir de vache, que l’on taille en forme de bout de talon, mais plus étroit par les côtés : on l’amincit un peu vers fon extrémité quarrée , puis on le fend afsez avant pour
- ( 72 ) O11 coud ces pièces à l’aiguille, & ( 7} ) En allemand, Roder.
- non au carrelet.
- p.527 - vue 529/631
-
-
-
- S28
- ART DU CORDONNIER.
- pouvoir en écarter les côtés. Pofez-le de façon qu’il couvre le renverfement de'a trépointe de derrière, & que fou extrémité quarrée s’engage entre la première femelle & le bout de la fécondé fig. I ; ajoutez les alonges cc ; clouez-les à demeure avec des.pointes qui percent le couche-point, la première femelle, & entrent dans le bois de la forme} vous couferez enluite tout cetafsemblage, en perçant la trépointe de derrière près«du quartier , puis le couche-point, les alonges & la femelle dans tout le tour du talon jufqu’à la couture de la trépointe de devant de chaque côté.
- i$8. Faites enfuite un ou deux bouts de talons de cuir fort, battez-les fur le billot, percez-les par le milieu avec le clou à talon, que vous enfoncerez enfuite dans fon trou jufqu’à la tète , comme aux talons de bois} mais avant qu’il le foit tout-à-fait, prenez un morceau de cuir fort *, que vous aurez arrondi d’un côté & aminci du côté oppofé* Les cordonniers nomment ce cuir ainlî préparé le chiquet (74). Faites-le entrer par fon mince & par-derriere entre les alonges & vos bouts de talon } il rendra le talon un peu plus élevé par derrière, comme cela doit être: achevez d’enfoncer le clou.
- 159. Faites fur le dernier bout du talon une gravure plus éloignée des bords que celle que vous avez du faire à la femelle } relevez-la de même avec le releve - gravure, puis faites une couture lacée à points longs, perçant d’abord avec l’alêne à talons au-defsous de la trépointe de derrière , puis le couche-point, les alonges, le chiquet & les bouts de talon, & fortant dans ladite gravure.
- 160. Laites neuf ou dix chevilles à talon /, de neuf lignes de long, mais bien plus grofses que pour les talons de bois , & taillées en fer de lance; laites avec la broche à talons de cuir, des trous de demi-pouce en demi-pouce, entre le bord du talon & la gravure , comme auffi fur le devant ; enfoncez-y les chevilles à coups de marteau.
- iôi. Observez que l’on peut coudre jufqu’à trois bouts de talon; mais s’il en fallait un quatrième, on ferait obligé, après avoir coufu les trois premiers , d’ôter le clou à talon , le percer au milieu du quatrième , le renfoncer , & enfuite cheviller:: ainlî ce dernier ne tiendrait que par les chevilles.
- 162. On finit le talon en frappant à petits coups de la panne du marteau fur l’épaifseur de tous les cuirs qui le compofent, les raifant ferrer fur eux-mêmes, ce qui s’appelle coucher fur le point ; puis on ne fonge plus qu’à polir avec le verre, la lime, la râpe, encrer, parer, lifser avec les bifaigues ; & le foulier elt achevé.
- 163. On n’a rien dit ici du pâton , petit cuir dont on double l’pmpeigne en-dedans pour’la foulever au-defsus des doigts du pied, parce qu’il eftà
- (74 ) En allemand, Halbfeck.
- préfent
- p.528 - vue 530/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- 529
- préfent de peu d’ufage pour les fouliers ordinaires, attendu que fi on eft quelques jours fans mettre le foulier, le pâton fe feche, fe racornit, fe décolle , & ie bout du pied en eft oflenfé ; fon grand ufage eft pour les bottes , fur-tout les bottes fortes, qui ne fauraient s’en pafserj mais on n’y eft point fujet à l’inconvénient dont on vient de parler, parce qu’on y emploie un cuir bien plus fort & épais, qui ne faurait fléchir. Voyez le chapitre du cordonnier bottier , où on le trouvera expliqué.
- 164. On fait quelquefois des fouliers à talons de cuir, qu’on recouvre enfuite de cuir : on les appelle fouliers en cabriolet ,* on leur fait un pafse-talon comme pour le talon de bois ; on forme un talon de cuir à part. La faqon de faire ce talon eft expliquée au chapitre du bottier ci-après. On le pofe , & 011 le conduit enfuite comme fi c’était un talon de bois.
- 165. On fait encore de gros fouliers cirés pour le peuple 3 d’autres garnis de clous enfoncés dans les femelles ; des fouliers à femelles de bois, &c. Tout ceci fera en partie le fujet du quatrième chapitre.
- Remarques fur les formes de fouliers.
- 166. Dans les formes ordinaires, les renflemens & les rétrecifsemens du contour de la plante du pied font égaux à droite & à gauche , de faqon que le defsous de la femelle de bois repréfente une figure régulière. Cela n’eft cependant pas dans la nature , où le defsous du vrai pied eft inégal dans fa circonférence , 8c par conféquent doit pofer irrégulièrement fur terre 3 car le bord de la plante en-dehors va du petit doigt au talon quafi en ligne droite, c’eft-à-dire , un peu convexe 3 & le côté de dedans fait depuis l’orteil un renflement, puis un étranglement, qui va joindre le talon. Voyez pl. IV,fig. 7. On peut appeller ce côté le fondu pied, fur lequel on appuie davantage que fur l’autre côté.Cela étant, ce fort rejetee nécefsairement en-dehors la femelle régulière du foulier ordinaire 3 c’eft pourquoi on eft communément dans la néceflité , pour peu qu’on foit marcheur, de changer tous les jours fes fouliers de pied, afin de faire revenir en leurs places les femelles que le pied avait poufsées en-dehors la veille : moyennant quoi 011 leur rend perpétuellement leur régulairité. Ce mouvement journalier doit les corrompre & les ufer plus tôt 3 & le pied qui, pour ainfi dire , les remet toujours en forme , a un office qui, quand les fouliers font neufs, ne laifse pas de le gêner.
- 1^7. Ces confidérations ont déterminé une perfonne à mouler fes deux pieds, il a enfuite coulé du plâtre dans les moules, ainfi il en a eu la forme exadte, qu’il a fait copier en bois par unformier-talonnier : il a donné ces deux 'ormes à fon cordonnier, qui les fuit avec précifionfd’oùil réfulte que quoique cette perfonne foit grand chafseur,& qu’il marche fouvent depuis le Tome III. X x x
- p.529 - vue 531/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- Î30
- matin jufqu’au foir, il ne change point fes fouliers de pied (7?) * &le foulier neuf ne le gêne ni ne le blefse jamais. Il eft vrai que le defsous de fes femelles ne fatisfait pas la vue par leurs biaifemens. Voyez fig. 6. Mais l’empeigne & les quartiers prennent auffi bien le moule de fon pied que tout autre fou-lier , quelque bien fait qu’il puifse être.
- 168. Au relie une pratique à peu près femblable ell en ufage chez les cordonniers pour les pieds défedlueux. On fait enfoncer le pied dans de la glaife amollie ; il s’y moule, & fur ce modèle le formier travaille pour le cordonnier (7 6).
- DEUXIEME ARTICLE PARTICULIER.
- L’ESCARPIN RETOURNÉ ET NON RETOURNÉ ; L’ESCARPIN DE BOTTES; LA CLAQ.UE ü’ HO MME; LA PANTOUFLE OU MULE, LE SABOT.
- Dcfcarpin retourné.
- 169. Il fe fait à talons de bois ou de cuir.
- 170. Taillez l’empeigne & les quartiers comme à l’ordinaire.
- 171. L’escarpîn retourné ell un foulier très-léger; on le commence à l’envers ; & lorfqu’on l’a conduit à un certain point, on le retourne comme un gant, ce qui va être expliqué & détaillé.
- 172. Commencez par travailler la fécondé femelle fur la forme, attendu que c’ell elle qui pofera à terre; elle ell toujours de cuir de vache : faites tenir cette femelle à quatre pointes , comme pour le foulier ordinaire pi. IU, fig. I ; faites une raie avec le releve-gravure à deux lignes des bords autour de la femelle , puis à quatre lignes de cette raie une petite gravure avec le tranchet, qui fuive le même contour (77) ; percez avec l’alêne à femelle en effleurant le cuir de la raie dans la gravure fans coudre ; vous efpacerez les trous à deux lignes l’un de l’autre.
- 173. Montez & affichez fur la forme l’empeigne & les quartiers , comme à l’ordinaire; mais à l’envers, le noir en-dedans :coufez enfuite l’empeigne à la femelle , pafsant par les trous qui communiquent de la raie à la gravure dont on vient de parler.
- 174. Déformez , c’eft-à-dire, ôtez le foulier de defsus la forme ; coufez
- (7O Les fouliers que l’on ne change même fes formes pour le pied de fes pra-point de pied , doivent fe déformer & gau- tiques.
- chir. ( 77 ) Cette double raie peut nuire à la
- (76) Un cordonnier habile corrige lui- durée des femelles, fur-tout de la première.
- p.530 - vue 532/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- 531
- à points (impies, au bout de la femelle du côté du talon , un morceau de cuir appelle la tirette A (78) , jig- AA , qui aidera à remettre l’efcarpin fur la forme quand il aura été retourné.
- 177. Retournez l’efcarpin , en en faifant entrer le bout en-dedans, en même tems que vous contre-tirerez l’empeigne & la femelle par-defsus avec force.
- 176. L’escarpin retourné, remettez-îe fur la forme j & pour y rechaufser les quartiers, pafsez entre eux & le talon de la forme un cuir ou chaufse-pied très-court qui prend alors le nom de releve-quartiers B, parce qu’en le tirant en haut il amene les quartiers avec lui. Cela fait, vous travaillerez cette fécondé femelle , en la mouillant & la frottant avec la panne du marteau (79) : la battant enfuite avec le marteau ,puis la frottant avec Pallie, ôtez de defsus la forme.
- 177. Il s’agit maintenant d’afficher la première femelle en-dedans de l’ef-carpin ; pour cet effet 9 ayant, comme il vient d’être dit, ôté l’efcarpin de def-fus la forme , vous appliquerez cette première femelle toute feule fous la forme, & l’y ayant arrêtée à quatre clous comme à l’ordinaire, vous la parerez en la mouillant avec empois blanc. Pofez enfuite le cambriîlon en fon lieu ; & comme alors il ne tient à rien , arrêtez-le à deux clous vers fon bout large au talon.
- 178. Renformez votre efcarpin par-defsus cette première femelle, vous fervant, pour vous donner prife , de la tirette A , laquelle, comme il eft dit ci-defsus, vous avez attachée à la fécondé femelle , afin de l’amener fur cel’e-ei que vous venez d’arrêter à la forme : coufez enfuite à grands points lacés le talon de cette première femelle, au bord du bas des quartiers, ôtez la tirette, & couchez l’endroit où elle tenait, qui fait partie du talon de la fécondé femelle , fur la première femelle au talon-
- 179. Si le talon de l’efcarpin doitêtre de cuir, pofez les alonges, & procédez du relie comme aux talons de cuir du foulier ordinaire. A l’egard des talons de bois , fuivez de même la manœuvre des fouliers ordinaires fous la première femelle.
- 180. Quand on veut que les talons des efearpins foient à double couture blanche , il faut qu’ils foient de cuir. La double couture ne peut s’exécuter aux talons de bois : pour y parvenir s faites deux gravures fous le dernier bout de talon, l’une à deux lignes du bord, l’autre à deux lignes de la pre-
- ( 78 ) Cette tirette eft fuperftue ; on le qui va en diminuant. Comme celle du cor-remettra tout aufli facilement fur la forme donnier eft un peu tranchante , elle pour-fans elle qu’avec elle. rait gâter le cuir.
- C79) La panne eft la partie du marteau
- Xxx ij
- p.531 - vue 533/631
-
-
-
- miere. Coulez enfuite, pafsant l’alêne derrière les grands points de la première femelle fortant à la gravure du dedans. Puis pour fécondé couture, percez l’alêne au-defsous de la première couture fufdite , & fortez à la gravure du dehors, autrement la plus proche des bords. Cette fécondé couture tient la place des chevilles qu’on aurait mifes fi le talon n’était qu’à (impie couture j car elle ne prend que les cuirs du talon.
- L’efcarpin non retourné.
- 181• L’escarpin proprement dit , n’eft autre chofe qu’un foulier très-léger. Il fe travaille comme un foulier ordinaire , excepté qu’on n’y met point de trépointe, & qu’il eft à double couture à la femelle & au talon , fi, comme on vient de dire, il eft de cuir, & qu’on y defire une fécondé couture : on met aufli des talons de bois à cette efpece d’efcarpin.
- 182. Pour faire les deux coutures de la femelle, on trace deux gravures fur la fécondé femelle. La première couture percera la gravure d’en-dedans & au-defsus de la première femelle, comme à l’ordinaire ; mais la fécondé couture, qui ne peut fe faire qu’après avoir retiré la forme , s’exécutera comme il fuit. ( 8® )
- 183* Percez à la gravure la plus proche du bord de la femelle, puis en-dedans du foulier , en commençant cette couture vers la cambrure. Alors l’ouverture du foulier vous permettra de voir les trous que l’alêne fait au dedans du foulier, & d’y diriger vos foies ; mais à mefure que vous avancez, l’empeigne vous cache votre befogne , & vous ne pouvez plus appercevoir les trous d’alêne. Vous feriez par conféquent obligé d’abandonner votre couture, fans l’expédient fuivant.
- 184. Lorsqu’après avoir tiré la foie I, fig. B B , qui perce de dehors en dedans, vous ne pouvez plus appercevoir le trou de l’alêne pour le point fuivant, ni par conféquent y piquer votre foie II, pour la fairefortir dehors en III, continuez a tirer cette foie I afsez loin pour avoir une longueur de fil ; percez avec l’alêne un trou au travers de ce fil I ; pafsez dans le trou la foie I I ; pliez-la enfuite & la couchez le long du fil I ; faites rétrogarder la foie & fi) I, jufqu’à ce que cette foie 11, que le fil I amené avec lui, forte en III : aufti-tôt qu’elle'eft dehors , faififsez-la en la dégageant de fon trou , & cefsez de tirer le fil I; la foie I reftera en-dedans: allez la reprendre ; tirez les deux foies , & votre point fe fera en III. Continuez cette manœuvre de
- (80) L’une & l’autre couture ne peut melle avec quelques points, & enfuite on fe faire qu’après avoir retiré la forme. Il eft fait une feule couture. Les bottes anglaifee affez rare que l’on faffe des fouliers à deux fe font toutes à deux coutures, coutures. On fe contente d’attacher la fe-
- p.532 - vue 534/631
-
-
-
- A R T .D C 0 R D 0 N N I E R. S33
- point en point autour du foulier, jufqu’à ce que vous’ puiffiez 'revoir votre befogne de l’autre côté.
- 18 T- Pour tout le refte, vous procéderez comme au foulier ordinaire. Lefcarpin de bottes.
- i §6. Cet efcarpin a été imaginé pour accompagner les bottes fortes, on le ehaufse avant de les mettre. Il fert non feulement à tenir le pied plus chaudement j mais encore il eft d’une grande commodité, parce qu’on peut, en fe débottant, marcher tout de fuite avec cette ehaufsure , au lieu de fe trouver pieds nuds avec fes bas feulement.
- 187. Il fe travaille comme l’efcarpin retourné ; il n’a qu’une femelle de vache d’un bout à l’autre fans alonges, fans talon ; d’abord à l’envers, & enfuite retourné. On en fait avec des oreilles pour les boucler , d’autres s’attachent avec des cordons. On coud quand on veut, un petit morceau de cuir aux quartiers , pour foutenir le frottement de l’entrée dans la botte.
- Les claques pour homme.
- I§8* On appelle claques (gi)un double foulier imparfait ,dans lequel on fait entrer le vrai foulier. La claque le conferve & tient le pied chaudement.
- 189. Comme la claque doit être jufte au foulier, il vaut mieux la travailler fur le foulier même ( 82 ). C’eft pourquoi on commence par le remettre fur fa forme.
- 190. La claque fe conftruit entièrement de cuir j il ne faurait jamais y entrer de bois.
- 191. Le foulier ayant été renformé, faites tenir la première femelle delà claque à trois clous au travers de la fécondé femelle du foulier : fi le talon du foulier eft bas , coupez cette femelle tout net au fond de fa cambrure. S’il eft haut , relevez-la le long du devant du talon , après quoi vous afficherez l’empeigne par-defsus celle duioulier. Cette empeigne eft toute fimple , fans piece ni quartiers ; pofez & coufez la trépointe , renverfez-la & l’arrêtez par-defsous cette première femelle tout du long par un bâtis de fil fimple.
- 192. Posez la fécondé femelle à l’ordinaire; coupez-la net au fond de la cambrure comme la première , fi le talon eft bas; ou relevez-la, s’il eft haut.
- (81) Cette efpece de chauflfure a été (8s) Cette précaution eft indifpenfable : imitée de celle des Turcs. Son principal quand tout irait bien d’ailleurs, il ferait ufage eft de conferver le vrai foulier fec & toujours à craindre que le talon n’allât rien .propre ; afin que , en tirant fes claques dans qui vaille , fi la claque n’avait pas été faite une antichambre , on entre dans les appar- fur le foulierJ temens fans y porter la boue des rues.
- p.533 - vue 535/631
-
-
-
- 'ART DU CORDONNIER.
- m
- 193. Tournez autour du talon du foulier le pafse-talon de la claque#, fig. 4; ce pafse-talon plus ou moins haut, luivant le talon du loulier , doit etre d’un cuir de vache afsez fort; coufez-le à l’empeigne par-dehors avec une rofette c, de chaque côté vers la cambrure : le talon du foulier doit s’emboîter dans ce pafse-talon jufqu’au-defsous des quartiers.
- 194. Posez fous ce pafse-talon deux bouts de talon b, tailîez-les de façon qu’ils dépafsent un peu les femelles, foit coupées , foit relevées. Ces bouts de talon fe coufent d’abord au pafse-talon; la couture perçant dans une gravure que vous aurez faite fous le fécond bout de talon , puis dans les deux femelles le long de la cambrure , û elles font relevées : linon elle fe fera de dehors en dedans, au travers des deux femelles.
- T9f. Si le foulier eft à talon de bois, on releve chaque femelle de la claque le long de la cambrure du talon après les avoir amincis, puis on fait la couture fufdite.
- 196. Quand on veut chaufser les claques, on fait entrer dedans le pied chaufséde fon foulier ; & comme eiles doivent y être bien juftes , on frappe le bout de la claque contre quelque corps réflftant , jufqu’à ce qu’on fente que le talon du foulier foit entré dans le pafse-talon de la claque.
- Les mules ou fahots, & pantoufles.
- 197. Il fe conftruit des chaufsures de chambre de deux efpeces, l’une qu’on nomme mules ou Rabots, l’autre qui s’appelle pantoufles. La différence du fabot à la pantoufle eft, que le fabot a des quartiers, & que la pantoufle n’en a point. Les hommes ne fe fervent de ces chaufsures qu’en déshabillé ; ils les quittent quand ils veulent fortir, & prennent des fouliers.
- 198. La mule * ou fabot eft un foulier imparfait, qui n’a ni oreilles ni piece , & dont le bord de l’empeigne fe double ordinairement d’un petit galon , ou fe reborde fur lui-même.
- 199. Le fabot par conféquent, fe fabrique du refte comme le foulier; mais en étoffe plus légère , fouvent en maroquin rouge. ( 83 )
- 200. On taille les quartiers en pente julques vers le bas de l’empeigne #, Jtg. 3 , de chaque côté , où on les coud par une rofette b.
- 201. Ces fabotsfont faits pour que celui qui les porte en releve les quartiers fur fes talons ; il aura le pied plus ferme & le talon plus chaudement qu’avec les Amples pantoufles dont on va parler.
- 202. La pantoufle fert aux mêmes ufages que le fabot ; mais elle eft encpre
- * La mule du pape eft ordinairement un dée une croix d’or, fabot, couvert de velours , *u de quelque ( 8î ) On les fait fl légers , qu’ils durent belle étoffe , fur l’empeigne duquel eft bro- à peine un mois.
- p.534 - vue 536/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- 535
- moins compofée ; car elle n’a ni piece ni quartiers, de maniéré que le talon eft toujours à découvert ; elle fe fait d’ailleurs comme le foulier à talon de bois ou de cuir. Quand on met un talon de bois , après avoir travaillé le talon comme à l’ordinaire, vous en couvrirez le defsus que les cordonniers nomment /a planche , d’un morceau de cuir de veau, qu’ils appellent la rondeur b, fg. 2, parce qu’on la taille en fuivant le rond du talon, qui doit fe terminer en quarré un peu au-delà des bords de l’empeigne en-dedans a. Collez cette rondeur que vous appliquerez fur la planche, la fleur en-dehors : puis vous y couferez un palse-talon , que vous retournerez enfuite fur le talon de bois comme à l’ordinaire; enfuite , pour plus de folidité, vous ferez une grofse couture qui ira le long du pli de la cambrure , perçant les deux femelles & la rondeur vers fon extrémité quarrée , pour la contenir en fa place.
- 203. Quant au talon de cuir, après avoir affiché la première femelle comme à l’ordinaire , vous ôterez les clous qui tiennent le talon de cette femelle à la forme , afin de glifser entre-deux la rondeur que vous aurez taillée de façon qu’elle dépafse d’un pouce tout autour. Vous afficherez enfuite le faux-quartier i qui fe nomme ainfi , parce que dans la fuite il doit être coupé ; affichez la trépointe de derrière; coufez-la au faux-quartier, & prenez la rondeur dans cette couture ; coupez enfuite le faux-quartier & la rondeur à l’uni, renverfez la trépointe de derrière , & faites du refte comme aux talons de cuir des fouliers ci-devant. ( 84)
- CHAPITRE TROISIEME.
- Le cordonnier pour femme.
- 204. ]£ l fe trouve plufieurs différences efsentielles entre les fouliers de femmes & ceux d’hommes: i°. les femmes n’ont ni les empeignes ni les quartiers taillés comme ceux des hommes ; 2°. le cou-de-pied eft plus élevé; 3°. leur fécondé femelle eft toujours de cuir de vache ; 40. l’empeigne & les quartiers fe font de cuir blanc de mouton , fur lequel on colle une étoffe qui en fait le defsus ; 5°. leur talon qui eft toujours de bois d’aune, & jamais de cuir , eft fort haut, & d’une forme toute différente de celui des hommes.
- Le foulier de femme.
- 205'. Taillez l’empeigne F & les quartiers G, pi. IV , fur des patrons de papier comme à l’ordinaire, c’eft-à-dire , fur l’écoflfret. Bûchez le talon C , & le réduifez aux proportions ordinaires D.
- (84) Cette efpece de pantoufle à faux-quartiers n’eft pas généralement connue.
- p.535 - vue 537/631
-
-
-
- 536
- ART BU C 0 R D 0 N N I ER.
- 206. Prenez le morceau de cuir que vous deftinez à fervir de pafse-talon , enveloppez dedans votre talon de bois à volonté, excepté à fa cambrure, coupez à vue d’œil ce qui dépafsera trop : après quoi, fi vous étendez ce cuir à plat , vous verrez un morceau en triangle , dont le haut fera arrondi. Ce morceau eft le pafse-talon ébauché.
- 207. Les pafse-talons des femmes font prefque tous de peau blanche de mouton prifechezle mégiifier & enfuite colorée par le cordonnier (85)• Quelques-uns les préparent eux-mêmes ; mais comme cette manœuvre ne laifse pas d’ètre dangereufe , la plupart la laifsent volontiers exécuter à des particuliers qui s’y adonnent & les portent vendre chez les peauJTiers , où les cordonniers les achètent. La préparation confifte à racler d’abord tout le heru de la peau du côté de la chair, attendu que c’eft ce côté qui doit recevoir la couleur. On eompofe un cirage avec de la cire la plus blanche , en la faifant fondre & y ajoutant, quand elle eft en fufion , de la cérufe plus ou moins & les autres couleurs qu’011 veut, le tout broyé à l’eau ; fi c’eft du blanc , la cérufe eft toute feule. Pour le verd , c’eft du verd-de-gris ; le jaune , de i’orpin , &c. O11 mêle aufïi plufieurs couleurs enfemble pour faire diverfes nuances ; le noir fe fait avec la poudre du charbon de bois blanc : le tout fe mêle à chaud. Lorf-qu’enfuite il s’agit de peindre les pafse-talons , on en met fur la peau la quantité fuffifante , puis avec un fer à repafser chaud, on fond la compofition
- ( 8<5 ) En Allemagne, il y a des gens dont le métier eft de teindre les peaux. Ils ont le fecret de leur donner fur fleur & fur chair , à chaud & à froid , toute forte de couleurs. Le cuir teint à Bautzen dans la Luface, fai-fait une branche confidérable de commerce. Celui deFrancfort avait auiïi de la célébrité. M. Schreber , qui fait une collection relative aux fciences économiques, nous apprend les prix de ces peaux teintes. Une peau de veau blanche , ? 8 grofehen ; dite rofe & foncée, 22 gr. dite gris-cendrée , 20 gr. dite mort-dorée , 1 écu d’Empire, à 7^ fols de France; paille & jaune-citron, 22 gr. dite canelle , 22 gr. dite bleue de ciel, 1 écu d’Empire : dite violette, 20 gr. dite rouge tannée , 10,12 à 14 gr. Une peau de mouton rouge tannée , de 9 à 10 gr. verd, fur chair , 1 écu. On pourrait auffi teindre en verd fur fleur ; mais on a dit à M. Schreber , que cette teinture ferait trop chere , & que par cette raifon on n’en faifait que
- fur les demandes expreffes des curieux. On tire auiïi de Suede des peaux vertes liftées, qui imitent parfaitement le beau verd de Saxe. Une peau coûte à Stockholm , de 2 écus à 2 écus 12 grofehen. Cette efpece de cuir reçoit une préparation particulière : on l’emploie principalement à faire des re-dingottes pour le voyage. Voyez Schreber Cameralfchriften , tom. VII , p. 184- Les peaux teintes en diverfes couleurs , ont moins de débit que ci-devant. On fait la plupart des fouliers de femmes , d’étoffe ou de maroquin, & les payfannes emploient le veau tanné. On faifait auffi, il y a quelque tems , en Allemagne des cuirs fur lef-quels on peignait des feuillages , des fleurs, &c. Ces fortes de fouliers font hors de mode. On a fait des fouliers de femme , de peau de chien marin , brute en-dedans ; mais cette peau a paru trop roide. Aujourd’hui les femmes ne portent guere que des fouliers d’étoffe de foie.
- &
- p.536 - vue 538/631
-
-
-
- 537
- ART I)U C 0 R D 0 N N I E RK
- & on l’étend également par-tout. Le danger de cette manœuvre eft la vapeur de la cérufe & des autres poifons qu’on emploie, comme le verd-de-gris , l’orpin , &c. Quelques femmes veulent des pafse-talons de maroquin ; mais c’eft un mauvais ufc , ainfi que le chagrin.
- 208. Posez fur le dcfsus du talon de bois qu’on nomme la planche E , la
- partie de la première femelle que vous voulez former en talon , arrêtez-la avec un clou au milieu de ladite planche , & coupez-la avec le trancnct autour du rond du talon , afin qu’elle en fuive jufte le tour jufqu’à fa cam-r brure. Portez ce talon de la femelle ainfi affiché fous la formé en fon lieu -, arrètez-y toute la femelle avec quatre clous comme à l’ordinaire ; faites tenir fur le bout du pied de la forme un petit pâton H , l’arrêtant par quel-ques pointes. Plufieurs ne mettent plus de pâton , à caufe des inconvénient de cette piece , détaillés à la fin du premier article particulier.* * ;
- 209. Posez enfuite l’empeigne de peau de mouton fur la forme ; vous
- enduirez le petit pâton , s’il y en a un , d’empois blanc ; vous en ôterôZjles pointes qui le tiennent à la forme , en le couvrant du bout de l’empeigne 5 l’empeigne arrêtée, vous collerez pnr-defsus deux ailettes /, Une dç chaque côté, amincies parie haut. L’étoffe , quelle qu’elle foit, dont tout ceci doit faire la doublure, aura été précédemment taillée fur l’empeigne que vous allez enduire de colle, en pofant cette étoffe qui s’y collera. Clouez le tout enfuite fur la femelle comme aux fou!iers ordinaires; collez de même l’étoffe^fur chaque quartier G, & les afsemblez. La couture faite , pofez-Ja bien au milieu du talon "de la forme. Amenez les'quartiers le long de fes. côtés L , tes clouez à mefure par en-bas-; arrêtez leur retour K en-haut v.ets Iç'cpu-de-pied avec une pointe; bâtifsez une bride au bout du pied, comme aux fpuliers d’homme. * :
- 210. Cousez la trépointe blanche , la rendoublant à mefure d’pn tiers., &
- -perçant au travers du rendoublement. Coufez à grands points & à fleur de forme ; c’eft-à-dire;, que votre couture prenne moins en-defsous que.celle dp foulier d’homrne.* ' • M;o •• . '} ..1 -j/-
- 211. Reprenez le pafse-talon M , que vous,avez ci-devant taillé grpffié-
- .retnent & plus ample qu’il ne deit être , mouillez-le un peu .pour le rendre fouple, préfentez-le pour la fécondé fois autour du talon de bois, l’appliquez autour. -Etant mouillé, il s’y joindra- exactement aux extrémités qui dépafseront la cambrure , faites-lui'deux entailles ««*& une 0 derrière , vis-à-vis lé milieu du defsus du talon, cette derniere moins profonde. Ces fentes fe font pour avoir de la prife quand on viendra par la fuite-à mettre le talon de bois en fa place. - j il
- 212. Maintenant prenez le pafse-talon tout feul, coufez-le à l’envers du cuir à la femelle & aux quartiers , commençant votre coutpre au défaut
- Tome III. Y y y
- p.537 - vue 539/631
-
-
-
- 5 3S
- ART BU C^O R D 0 N N I E &
- de la trépointe. Lacez à points longs, jufqu’au tournant du talon s où-vous quitterez la façon ordinaire de coudre , pour vous fervir du point à Panglaife, tant que vous travaillerez fur le rond du talon. Ce point qui a fa manœuvre particulière, fe fait ici afin que lorfque le talon de bois fera en place, lepafse-talon retourné par-defsus puifse fuivre le rond du talon, fans faire aucun pli fur le bois.
- 213. Quelques cordonniers parviennent à obtenir le même effet fans changer le point ordinaire ; mais comme plufieurs autres mettent celui-ci en pratique, il eft bon de l’expliquer ici.
- 214. Etant donc arrivé au tournant du talon, & votre dernier point ordinaire étant fait, percez en avant avec l’alêne, mais à diftance un peu moindre, afin que tant que vous coudrez en rond , les points foient un peu plus courts ; percez, dis-je , le pafse-talon M m ,pl. III, fig. A , par l’envers en A , & diri-gez l’alêne de maniéré que, fans fortir du trou qu’elle vient de faire, elle fafse par fa pointe une marque B, vis-à-vis dudit trou. L’alêne ôtée, pafsez la foie &fil en entier par ce trou, vis-à-vis de la marque B en-dedans fur la femelle , à trois ou quatre lignes de ladite marque , le pafse-talon entre deux en a percez avec l’alêne en effleurant le cuir de la femelle, & qu’elle refsorts à la marque B ; pafsez les deux foies eroifées dans cette conduite , & le point prêt à ferrer , repiquez l’alêne dans le premier trou A fait au pafse-talon pour le rouvrir; puis vous y ferez pafser la foie D, & vous ferrerez’ tout-à-fait, obfervant de repoufser toujours avec l’alêne le point vers le rond du talon , pour l’empêcher de finir trop en-dedans. Continuez cette manœuvre de'point en point le long de la rondeur du talon, jufqu’à ce que vous puiffiez reprendre le point ordinaire pour finir la couture de l’autre côté, vis-à-vis d’où ous l’avez commencée..
- 21 S. Cette couture du pafse-talon terminée , retournez-îe; puis prenant de talon de bois, vous le frotterez avec empois blanc par-tout, excepté à la cambrure ; mouillez aufilfa planche. La planche d’un talon de bois eft,comme il eft dit ci-devant, le defsus qui doit porter fous la première femelle : enfoncez-le à force dans 1 e pafse-talon V M , pl. IV, ou le talon EK paraît comme enfermé dans le pafse-talon. Lors donc qu’il eft arrivé en fa place (86) » vous-tirerez avec' la pince les eôté& du pafse-talon pour le bien étendre par-tout : vous finirez par en couper tout le cuir qui dépafse le talon , aux côtés & à fa pointe.
- 216'. Le pafse-talon a in fi collé fur fon talon , frottez-le par-tout avec la guinche u-9pi. II, pour le polir & leluftrer. On fe fert aufli de la dent de loup Z , pl. II. La*guinche ne fert qu’aux talons des femmes r elle efface toutesîles rides qui fe feraient faites fur le pafse-talon , & le rend Iifse & brillant comme-
- ( gd) 11 faut auparavant que le talon ait été arrêté en glace par une cheviller.
- p.538 - vue 540/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- T39
- •s’il avait été vernis 5 & c’eft apparemment de cette derniere cérémonie qu’eft dérivé le di&um : cette femme ejl bien aguinchée ,- terme populaire, qui lignifie qu’elle eft proprement mif’e, & fur-tout bien chaufsée.
- 217. Vous briderez enlùite le talon avee une laniere de cuir N, pi. IV* Vous arrêterez cette laniere avec une pointe vers le bas de chaque quartier ; cette bride fous laquelle vous aurez eu la propreté de mettre du papier , fert à tenir le talon ferme en fa place pendant que la colle feche.
- 218. Posez la fécondé femelle (celle-ci eft toujours de cuir de vache) l’envers en-dehors ; vous fuivrez dans toutes fes circonftances le même procédé du foulrer d’homme, excepté que vous ne redrefserez ni ne noircirez le bifeau de fes bords.
- 219. Affichez les bouts de talon , que vous arrêterez avec des pointes.
- 220. Une s’agit plus que de faire la couture blanche, qui commence à l’endroit où finit le talon , fait tout le tour du foulier , prenant d’abord la
- trépointe & la fécondé femelle, puis le retour de ladite femelle avec le pafse-talon ,1e longdela cambrure , & en remontant de l’autre côté les mêmes cho-fes , & finit où elle a commencé ; enfin encrez les bouts de talon & les cuirs des femelles à la cambrure fous les coutures blanches. On ne noircit point les bords des femelles autour du pied , comme il vient d’être dit.
- 221. Otez la bride du talon; déformez ; coupez les oreilles au bout des quartiers y, fig. O; & terminez par border avec un ruban ou du galon le tour des quartiers , les oreilles & le haut de l’empeigne.
- 222. On fait des efcarpins retournés aux femmes comme aux hommes, & en fuivant les mêmes principes, des fabots , des mules, &c.
- La claque de femme.
- 223. Les claques de femmes font deftinées aux mêmes ufages que celles d’hommes ; il faut par conféquent qu’elles foient faites fur le foulier mêmes c’eft pourquoi on le remet en forme, & il devient la forme fur laquelle on conftruit la claque.
- 224. Commencez par couvrir l’empeigne du vrai foulier d’une haufse,
- mettez-en une autre un peu plus épaifse autour de fon talon, & une troifieme par-defsous à fa cambrure ; affichez la première femelle de la claque, la tenant plus étroite que la femelle du foulier ,* faites-lui fuivre le contour de la cambrure jufqu’au bout du talon •, amincifsez-la beaucoup au retour du talon ; arrêtez-la à trois clous, deux à la cambrure, un au bout du talon î montez l’empeigne & à l’ordinaire; pofez à l’envers le renfort c fur le bout du talon, où vous le coudrez à la femelle. Il doit être de cuir de vache, que vous aurez jmouillé pour le rendre plus fouple. Coufez de même la trépointe & les joues et à l’envers. ,
- Y y y ii
- p.539 - vue 541/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- r,o
- 22Prenez un morceau de liege fuffifant pour que , quand il fera taille, il puifse remplir tout le vuidede la cambrure jufqu’au niveau du talon dufou-lier & du gros du pied; pour rendre ce liege plus fouple & plus aifé à bûcher, il faut l’échauffer en le flambant avec un peu de paille ; vous le collerez avec de la poix à la première femelle, & vous le bûcherez en fuivant le contour évuidé qu’il doit avoir; renverfez les joues a, 8c la trépointe par-defsus la première femelle & le liege ; pafsez un fil fimple d’un côté à l’autre pour les arrêter en place.
- -, 226. Affichez la fécondé femelle à plat d’un bout à l’autre, commençant au bout du pied , finifsant au bout du talon ; puis vous poferez un bout de talon que vous coudrez, prenant dans la couture ce bout de talon , la fécondé femelle & le renfort c. Déformez, c’eft-à-dire , ôtez le vrai foulier, & finifsez par coudre la joue a fur le renfort en e.
- 227. Les claques s’attachent fur le cou-de-pied fuivant la volonté, ou avec des boucles , en y ajoutant des oreilles, ou avec des rubans.
- 228. Quelques femmes fe contentent de couvrir feulement le bout du pied avec une petite pantoufle , qu’elles nomment des chaufsons ; ces chaufsons fe mettent fort aifément, garantifsent l’étoffe de l’empeigne ,& tiennent le pied chaudement.
- CHAPITRE (1ÜATRIEME.
- Différentes efpeces de chauffures. La forme brifée & le chauffe - pied.
- 229. Ce n’eft que le peuple , fur-tout les gens de peine , qui fe fervent de gros fouliers cirés , de fouliers garnis de clous, foit cirés ou non, & de galoches à femelles 8c talons de bois. On va donner la conftrucftion de ces trois efpeces de fouliers, ainfi que des chauffons. C’eft ainfi qu’011 nomme une ef-pece de foulier , dont on verra la deftination.
- ' Gros fouliers cirés.
- 230. Les fouliers cirés, tant pour homme que pour femme , font toujours à talons de cuir.
- . 231.' L’empeigne 8c les quartiers font de vache ou d’une grofse 8c épaifse peau de veau, pafsée fîmplesn.ent en huile fans être noircie. Quand ils font taillés , on commence par cirer le côté de la chair qui fera en-dehors , c’eft-à-dire, à le noircir avec un cirage compofé de Juif de mouton, peu de cire , ^
- p.540 - vue 542/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- H*
- tw peu plus âe noir de fumée ; faites chauffer le tout, & l’étendez fur le cuir avec le gipon que vous aurez trempé dans le cirage chaud. Le gipon (87) n’eft autre chofe qu’une portion des bords d’un vieux chapeau , qu’on coupe en ligne droite pnfsant tout contre la forme : on le roule fur fa largeur, & 011 le lie par le milieu ; on le trempe du côté plat dans le cirage chaud, & on le pafse fur le cuir pour étendre le noir qu’il apporte avec lui.
- 232. Affichî z , coufez ( 88 ), &c. comme à un foulier ordinaire à talons de cuir : ainfi la feule différence eft , que l’on conftruit ceux-ci de cuir épais & groifier, & que c’eft l’envers qu’on noircit pour faire toute la garniture du deîsus.
- Souliers garnis de clous.
- 233. Les fouliers qu’on garnit de clous aux femelles font pour la plupart de gros fouliers cirés. Cette opération fe fait ainfi : on enfonce à coups de marteau plufieurs rangs de clous par-dehors au travers des femelles & autour du defsous du talon de cuir : ces clous ont la tête plate & large, & la pointe afsez courte ; mais comme il ne fe peut guere que plufieurs ne traverfent les femelles d’outre en outre , il s’agit de river leurs pointes en-dedans , de peur qu’elles n’offen'ent le pied. Pour y parvenir , on taille des platines de fer, de façon qu’en les enfonçant en-dedans du foulier , elles fe trouvent au-defsus des pointes dépafsantes. On remet enfuite la forme, & on frappe les clous, dont les pointes 11e pouvant percer la platine appuyée par la forme, font contraintes de s’applatir & de fe river. (89)
- Galoches.
- 234. Les galoches font des chaufsures qui tiennent du fabot & du foulier : le peuple dans quelques provinces, s’en fert communément; les ouvriers qui s’adonnent à cette efpece de chaufsure , font des efpeces de fabotiers , qu’on nomme galochiers ; ils bûchent dans un même morceau de bois la iemelle & le talon; ils laifsent au pourtour un rebord, dans lequel ils font une rainure ou coulifse , dans laquelle ils font entrer le bas de l’empeigne & des quartiers; iis mettent par-defsus une laniere de cuir, & ils attachent le tout avec des pointes.
- Chauffons.
- 23C Ce que les maîtres d’armes & les maîtres paumiers nomment deschauf-
- ( 87 ) En allemand , Biifcheî. leure. II vaut mieux planter les clous avant
- ( 88 ) Paffez auparavant le cirage fur le que de monter les fouliers, afin qu’on puifie feu , afin que la cire pénètre mieux. les river l’un après l’autre.
- ( 89 ) Cette méthode n’eft pas la meil-
- p.541 - vue 543/631
-
-
-
- 542
- ART DU CORDONNIER.
- fans, font des fouliers faits entièrement, femelle.y tout, d’étoffes moëlleu-fes, qui fe prêtent à tous les mouvemens du pied fans aucune réfiftance , comme buffle , veau, chamois , &c. On n’y met point de talons j & pour les empêcher de g'iifser dans ces exercices violens , 011 fait au milieu de la femelle une grofse couture apparente, tournée en fer à cheval , & une autre toute droite au milieu de celle-là. On a parlé de ces chaufsotis dans l’art du pau-mier, & on y a joint dans une des planches la difpofition des coutures dont on vient de parler.
- La forme brifèe & le chauffe - pied.
- |y236. Les formes brifées (90) imitent les formes entières : on en fait pour hommes & pour femmes ; elles font toutes de bois de hêtre , & com-pofées de trois pièces, fa voir, deux côtés féparés , & une clef. Ces deux côtés rapprochés l’un de l’autre & accollés, repréfentent une forme ordinaire qu’on aurait fciéeen deux parle milieu de fa longueur. Voyez pi II, fig. 24 & 25. Dans le milieu du côté plat de chaque moitié, 011 a creufé une cou-lifse a a d’un bouta l’autre. La clef 2f , 2f , eft plus longue de trois pouces ou environ, que les deux demi-formes, & taillée en fer de lance, ayant quatre arêtes , dont deux b évafées , & deux aiguës c.
- 237. Les formes brifées ont été imaginées pour élargir un foulier trop étroit : pour cet effet on en joint & accolle les deux moitiés, on les poufse dans cette firuation jufqu’au fond du foulier; alors les deux coulifses a a fe rencontrant l’une vis-à-vis de l’autre, forment une conduite pour la clef, qu’on y fait entrer à coups de maillet, ou par fa plus grande largeur b, fi on veut donner de l’entrée, c’eft-à-dire , élargir le cou-de-pied; ou bien fi c’était le bout du pied, on la préfentera par fon côté étroit c. C’eft ce qu’on appelle mettre le foulier en forme. Quand on juge que la clef eft fuffifamment enfoncée pour faire fon effet, on la laifse dans le foulier plus ou moins de tems , & jufqu’à ce que l’on juge que le cuir de l’empeigne a pris l’extenlion néeefsaire.
- 238. Le chaufse-picd (91) n’eft en ufàge que pour les hommes ; les femmes ne s’en fervent point.
- 239. Parmi les hommes il s’en trouve quelques-uns qui ne fe trouvent bien chaufsés que lorfque leurs fouliers font fi juftes au pied , qu’ils n’y puif-fent entrer qu’à force ; de façon qu’il ne foie pas poflible au cordonnier , avec les deux mains feules , de chaufser les deux quartiers fur le talon: c’eft alors qu’il faut avoir recours au chaufse-pied.
- 240. Le chaufse-pied , pl. II, fig. 22, eft une laniere de cuir de veau pafsé en poil, d’un pied au plus de long ; elle eft taillée en élargifsant, depuis un
- (90) En allemand , Richtlaifieru ( 91 ) Anzug,
- p.542 - vue 544/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- 543
- pouce jufqu’à deux pouces & demi, où elle eft coupée quarrément.
- 241. Pour fe fervir du chaufse-pied , on le met en place avant de chaufser le foulier, c’eft-à-dire ,que Ton couche fon bout large à plat, le poil en-dehors fur la planche du talon , depuis l’endroit où commence l’empeigne jusqu'aux quartiers j on ploie les quartiers par-defsus, & on le couche enfuite fur les quartiers en-dehors : alors on chaufse le foulier, quand le cordonnier l’a fait entrer autant qu’il a pu , en frappant avec le côté de fa main fur le fond de la cambrure i il ne s’agit plus que de relever les quartiers fur le talon, C’eft alors que le propriétaire de cette prifon ambulante , que le peuple appelle laprijon defaiut Crépin , étant dans une fituation plus ferme, que fon cordonnier faifit des deux mains la partie du chaufse-pied reliée en-dehors, & la tire avec force jufqu’à ce que ce geôlier fe déployant, oblige les quartiers à le fuivre & les araene en leur place.
- CHAPITRE CINQUIEME,
- Le cordonnier bottier,
- 242. Hm e cordonnier bottier fe charge non-feulement de garantir les pieds des accidens du dehors, mais encore les jambes & les genoux. Son métier eft pénible & fort i car il travaille furie cuir le plus épais i & quoique les 'outils dont il fe fert foient les mêmes que ceux des autres cordonniers, ils font ici augmentés en proportion ; les alênes font plus grofses , les aiguillées plus épaifses , &c. On ne recommencera donc point la lifte qui eft au commencement de cet ouvrage, ni le détail contenu dans les quatre premiers articles généraux.
- 243. On peut divifer les bottes en deux efpeces generales, hottes fortes & hottes molles. Toute botte eft compofée d’un foulier, ou plutôt d’une pantoufle , à laquelle on ajoute une tige deftinée à renfermer la jambe, & fou-vent d’une genouillère ou d’un, bonnet’, dans lefquels le genou eft caché. Les bottes fortes ont toujours l’une ou l’autre : on fupprime quelquefois la: genouillère aux bottes molles , comme on verra à l’endroit de leur defcrip-tion i la tige de la hotte forte eft durefolida, & 11e plie jamais ; celle de la> botte molle eft foupîe & pliante,
- 244. De toutes les bottes & bottines, celles qui exigent plus de façons & demandent un plus grand travail, ce font la botte forte & la bottine à tringle,
- La botte forte. (9z)
- 245. La mefure fe prend pour la longueur du pied avec le compas de £$2 ) En allemand, fetfe ou gebrannte Stiefeln..
- p.543 - vue 545/631
-
-
-
- 544
- ART DU CORDONNIER.
- cordonnier, comme pour tout autre foulier. Voyez le quatrième article général. A l’égard des autres dimeniions du pied & de la jambe, on fe fert de bandes de papier ou de parchemin , avec lefqnelles on prend le gros du pied , le cou-de-pied , du bout du talon fur le cou-de-pied ; pour la jambe, leçon-tour du mollet, la longueur de la jambe au-defsous du genou , & la hauteur pour placer les tirans de la botte.
- F&246. Etant muni de votre mefure , prenez un morceau de cuir de bœuf tanné, fans autre apprêt, ce qu’on nomme blanc, que vous aurez taillé dans l’épais du cuir d’une feule pieee fur un patron de carton , fur lequel eft évuidée l’échancrure, à laquelle fera coufue par la fuite l’avant-pied a , pl.V, jig. 1. C’efi: ainfi que le bottier nomme ce que les autres cordonniers appellent l'empeigne : ce fera de ce morceau que la tige fera conftruite, le grain en-dedans, la chair en-dehors. Vous formerez cette tige b en joignant les "deux côtés par une couture lacée noire , qui fera le milieu du devant c$ vous ferez enfuite à l’oppofé de ce ! le- ci une couture pareille , mais en effleurant le cuir, laquelle marquera le milieu d du derrière de la tige; celle-ci fe nomme la couture de parade ; coufez auflî en-dedans & au bas en effleurant le cuir , un petit contre-fort de cuir de bœuf, pris dans le mince de la peau ; la ligne pointue e , marque i’efpace qu’il doit occuper depuis le talon de chaque côté.
- 247. ON appelle contre-fort en général, un fécond cuir appliqué 8c coufu au premier, foit par-dehors ou en-dedans de la botte ; celui-ci doit prendre le tour du talon de ia tige, finir à l’avant-pied de chaque côté , & monter plus ou moins au-defsus de la hauteur du porte-éperon h, c’eft-à-dire , de fix à huit pouces.
- 24g. Cela fait, prenez l’avant-pied , que vous aurez fuiffe à chaud avec du luif fondu : vous en coudrez le haut a l’échancrure de la tige, la chair lui {fée en-dehors.
- 249. La forme des fouliers de bottes fortes différé de celle du foulier ordinaire , premièrement, en ce que le cou-de-pied eft plus bas & arrondi par-’defsus, afin que l’ouvrier ait plus d’ariance pour la tirer dehors quand fon foulier fera achevé ; mais on fupplée à cet applatifsement par des haufses de cuir de gros veau , jufqu’à cinq ou fix plus ou moins; ces haufses font graduées , les plus longues defsous : fecondement, le bout du pied de la forme eft afsez épais ; on le taille actuellement en qüarrc, mais les quarres arrondies ; autrefois il était tout-à-fait quarré.
- 250. Faites entrer la forme, garnie de fes haufses, par-defsous l’avant-pied , fon talon contre le talon de la tige , auquel vous l’arrêterez au moyen d’un ou deux clous qui perceront de dehors en dedans; ces clous fervirontà maintenir la forme en place & d’équerre avec la tige -.alors pointez les côtés
- de
- p.544 - vue 546/631
-
-
-
- ART BU CORDONNIER,
- U)
- del’avant-pied au bas de la forme jufques vers le milieu de l’efpace ; retournez le bout de l’avant-pied pour pofer le pâton.
- 251. Le pâton eft un morceau de cuir de veau aux fouliers ordinaires ; mais ici c’eft du cuir de vache , qu’on a bien trempé pour le rendre très-fouoic. On l’amincit aux extrémités; & en l’étendant fur le bout du pied de la forme, on lui en fait prendre le contour : lorfqu’il eit pofé& arrêté, on l’enduit extérieurement de pâte : c’eft ainfi que les cordonniers nomment une colle pareille à celle des vitriers, faite de farine & d’eau , mais bien plus épaifse.
- 252. Rabattez l’avant-pied par-defsus le pâton , & continuez aie pointer tout autour ; taillez le porte-éperon h, qui eft compofé de deux bandes de cuir de bœuf, d’environ un pouce de large, fur quatre à cinq pouces de long : vous l’amincirez par un bout.
- 2^3. Continuez à travailler le foulier comme un foulier ordinaire ; & quand vous ferez à la trépointe de derrière, vous engagerez le bout aminci du porte-éperon entre elle & la femelle , & vous le coudrez en montant le long du talon de la botte jufqu’à un pouce près de l’autre bout, afin que ce bout puifse fe renverfer en-dehors pour foutenir la molette de l’éperon qui s’appuiera defsus.
- 254. Les talons des bottes fortes font toujours de cuir , & hauts :on peut cependant les faire de bois ; mais il eft très-rare qu’on s’en avife. Ces talons de cuir fe conftruifentà part avec des bouts de toutes fortes de cuir , de bafane, &c. que l’on colle l’un fur l’autre avec de la pâte, & qu’on taille enfuite, quand 011 veut s’en fervir , avec le tranchet, leur donnant la forme d’un talon.
- 255. On prend donc ce talon tout prêt, on le fait tenir fous le talon de la forme avec le clou à talon , où on le travaille du refte comme le talon de cuir ordinaire; on y ajoute les deux bouts de talon , que l’on fait tenir avec de grofses chevilles de bois.
- 25 6. Quand le foulier eft achevé, il s’agit d’ôter la forme, qui ne peut plus fortir qu’en pafsant par-dedans la tige ; pour en venir à bout, on va d’abord chercher avec la main le coin , s’il y en a un $<enfuite on faifit les haufses avec la pince ; la bride de fil qui les entoure fe cafse aifément,& on les amene les unes après les autres ; ajors la forme ayant du jeu, on a un crochet enfilé dans une corde redoublée; on conduit ce crochet avec la main, pour le pafser dans le trou ‘qui eft au côté de toutes les formes ; on ren-verfe à moitié la botte qu’on tient en l’air, on met fon pied dans la corde, & en tirant la botte en haut , le crochet amene la forme dehors.
- 257. La botte étant dans l’état qu’on vient de dire, on fonge à y faire entrer l’embouchoir ; mais précédemment, pour cafser&applatirei'udedans les bouts des chevilles qui pourraient dépafser au talon*;, on fe fert d’un inftru-Tome IIL * Zzz
- p.545 - vue 547/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- U*
- ment de fer, qu’on appelle un boulon *, dont on frappe fur le talon en-dedans par fon bout évafé , jufqu’à ce qu’on fente que tout eft à l’uni.
- L’EMBOUCHOlR AA. ,jïg. 2 , eft une efpece déformé brifée , de deux pieds & demi de long , deftinée à roidir contre la tige , afin de lui donner la rondeur qu’elle doit avoir ; le devant eft rond en-dehors , & un peu cambré en avant par le bas ; le derrière eft rond de même , mais tout droit. La clef B B, qui eft la piece du milieu , eft plate avec deux languettes , une de chaque côté , qui coulent dans deux rainures creufées le long des côtés intérieurs des deux pièces qu’on vient de décrire, qui font plates en-dedans. Pour placer l’embouchoir , on commence par faire entrer le devant & le derrière jufqu’nu talon j puis ayant pofé la clef entre deux , on achevé delà faire entrer à grands coups de marteau: c’eft pourquoi elle eft. ferrée au bout fur lequel on frappe; L’embouchoir doit être afsez long pour dépafser la tige d’un bon pied ou plus.: en en verra la rnifon ci-après. C, eft un anneau formé d’une laniere de cuir , qu’on glifse le long de l’embouchoir pour le tenir enfemble lorfqu’on ne s’en fert pas.
- 258- Ayant une paire de bottes fur la même mefure & dans le même état, c’eft-à-dire, chacune avec fon embouchoir , & les tiges ci-devant mouillées étant feches, on prend une grofse râpe à bois que l’on pafse fur toute la tigg pour ôter le bourru du cuir qui fe leve du côté de la chair ; après quoi on procédé au cirage.
- 2^9. Le lieu du cirage doit être une chambre à cheminée , pavée ou carrelée. Vers le haut de la cheminée en-dehors, fera attachée une chaîne de fer qui pendra jufqu’à dix pouces de terre ou environ.
- 26o. Pour vous préparer à cirer , mettez fur une table à gauche à côté de vous, un réchaud ou fourneau allumé , fur lequel vouspoferez la marmite qui contient la matière dont voici la recette:
- 26r. Une livre de cire jaune , deux livres d’arcançon , qui eft la réfine du pin, &du noir de fumée à volonté.
- 262. Vous vous munirez auffid’un gipon, c’eft le nom d’un gros tapon, formé par un afsemblage de chiffons de toile liés enfemble , & vous aurez à droite à côté de vous par terre , de la paille déliée. Attachez entre la tige & lefoulierde la botte, un morceau de cuir , que vous ferez tenir avec quelques pointes, de peur que la cire que vous allez mettre n’olfenfe l’avant-pied qui ne doit point être ciré comme la tige, mais qu’on noircira enfuite par un autre procédé qui fera expliqué ei-après. Vous cacherez aufiî avec un petit morceau de cuir le haut du porte-éperon , à l’endroit où il n’eft point coufu à la tige.
- 263. Après toutes ces précautions, prenez la broche à cirer , qui eft une broche de fer de trois pouces de long, à manche rond de bois. Vous la pafserez d'abord dans un anneau rond qui termine la chaîne, puis dans le
- p.546 - vue 548/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- ?47
- trou du talon de la botte , jufqu’à ce qu’elle y tienne fermement; puis tous afseyant à l’autre bout , vous prendrez l’embouchoir à deux mains , & vous le tiendrez horizontalement.
- 264. Commencez votre opération par allumer un peu de paille, que vous porterez fous la tige pour la flamber , c’eft-à-dire , pour brûler le refte du heru du cuir que la râpe n’a pu ci-devant enlever ,• trempez enfuite le gipon dans le cirage bouillant , dont vous enduirez toute la tige ; puis tournant & retournant perpétuellement l’embouchoir dans vos mains fur le feu de paille continuel, afin que cette chaleur fafsepénétrer le cirage, vous en mettrez fucceflivement fix couches pendant uneheure entière, prenant bien garde que faute d’arrofer à tems, la tige nefe brûle. Ainfi il faut employer deux heures de tems pour cirer une paire de bottes. La tige cirée , on la laifse refroidir.
- < Le contre -fort.
- 26?. On nomme contre-fort, une fécondé tige qu’on ajoute par-defsus la-première , qu’elle doit entourer depuis le haut de Pavant-pied jufqu’à environ deux pouces près du haut de la première. On ne met guère ce contre-fort qu’aux bottes de couriers ou de poftillons, à cauie des dangers qu’ils courent , montant le plus fou vent des chevaux fatigués, ou avec de mauvaifes jambes.
- 266. La tige étant encore en blanc , l’embouchoir dedans & prêt à cirer, elle fert de patron pour prendre l’étendue du contre-fort , dont vous aurez précédemment mouillé le cuir jufqu’à ce qu’il foitbien hume&é & maniable. Le contre-fort 11e s’ajoute qu’a près que la botte pour laquelle il eft fait, a eu un demi-cirage. Quand elle fera refroidie, vous poferez votre contre-fort I, fig. 3 , que vous attacherez à la tige par quatre coutures traverfantes , une devant, une derrière ,& une de chaque côté3’; remettez au cirage, qui pénétrant le contre-fort, achevé de cirer le tout, & forme un corps contigu & très-folidc.
- La genouillère : le bonnet.
- ' 267. On attache au haut de la tige de toute botte forte, une genouillère (93 ) /, fig. i, ou un bonnet (94) H , fig. 3. La différence de la genouillère au bonnet eft , que la genouillère cache le jarret, 8c que le bonnet le laifse à découvert , s’abaifsant par les côtés & coulant le long du haut de la tige par-derriere.
- 268. Les genouillères des bottes de chafse font les plus amples & celles qui exigent le plus de façon. Elles fe font de bœuf noirci par le tanneur , fe cirent légèrement à chaud, & fe pofent le noir en-dehors. Le cirage de ces genouillères eft de la cire blanche ou jaune , mêlée avec du noir de fumée.
- (93 ) En allemand , Stulpe. ( 94) Halbe Stulpe.
- Zzz ij
- p.547 - vue 549/631
-
-
-
- 543
- ART DU CORDONNIER.
- Cette genouillère Te taille en deux pièces fur des patrons ; le morceau y eft le plus étroit j le morceau x, qui doit en Faire le dehors eft large & ample. On entaille le bas de celui-ci de quatre échancrures a , en pointe & près l’une de l’autre : on n’en fait qu’une b à l’autre morceau.
- 269. Percez avec une forte alêne un rang de trous tout autour de la tige, à un demi-pouce près du haut. Le refte peut s’exécuter de deux maniérés : la première eft de commencer par fermer entièrement la genouillère, en afsem-blant par des coutures les deux pièces : elle refsemble alors au haut d'un entonnoir. Vous en humecterez enfuite le bas , afin de taire prêter le cuir fit toutes les entailles * pour pouvoir les rapprocher & les prendre dans la couture de jonction que vous ferez , pafisant par les trous que vous avez précédemment faits à la tige , comme il vient d’être dit. On coud les deux tirans chemin faifant; après quoi vous poufserez toute la genouillère en-bas-, afin de lui faire déborder la tige tout autour en-dehors -, puis prefsant fort avec le point fermé dans ce repli , à l’endroit des entailles qui doivent fe trouver en-dehors du jarret, vous l’évaferez davantage que par-tout ailleurs ; enfuite refserrant tout autour par-dehors avec les tenailles , vous applatirez le tout comme il convient, lui donnant la forme qu’on voit en¥, fig. i. L’autre maniéré , qui fe nomme à la michè, eft de faire une des deux coutures qui joignent les deux pièces de la genouillère , de la coudre à l’envers à la tige , de la retourner enfuite, & de la fermer par la fécondé couture.
- 270. Les bottes qu’on nomme demi-chajje , refsemblent aux précédentes , excepté que le côté de la genouillère en-dedans de la cuifse eft échancré, &par confisquent plus basque le côté extérieur.
- 271. Le bonnet H ifig. 3 , fe taille tout d’une piece , fuivant fon patron î on n’y fait point d’entailles j ainfi le redoublement tourne également par-tout autour de la tige. *
- La garniture.
- 272. La garniture (95) de toute botte forte eft un morceau de cuir de bœuf pris dans le mince du cuir j on le coupe,ou quarrémeutP , ou en lui donnant quelques contours CLpour la rendre plus agréable à la vue. Sa place eft fur le cou-depied, elle doit y pofer en partie fur la tige & en partie fur l’avant-pied j elle foutient de chaque côté les branches de l’éperon qui va s’appuyer fur le porte-éperon. On orne toute garniture de coutures en effleurant le cuir, les unes qui fuivent fes contours , d’autres traverfantes en ondes , en feftons , ou autres deffins. Pour cet effet, on fe fertde la hitifse O , qui eft un morceau de bois arrondi par-defsus , plat en-defsous. On met le plat le long de la cuifse jufqu’au genou j on l’y tient par le moyen du tire-pied, qu’on pafse par-defsus.
- (95) E11 allemand, Spohrlcder.
- p.548 - vue 550/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- H9
- Le bombement que fait le cuir de la garniture, pofé fur cette buifse , donne de l’aifance pour lacer les coutures.
- 273. Quand la tige de la botte a été cirée & eft bien, refroidie, elle eft pleine d’élévations, cauféespa-r la cire bouillante, dont elle a été enduite & pénétrée. Pour les ôter, vous prendrez un vieux tranchet, & avec fa lame qui vous fervira de grattoir, vous affacerez toutes ces hauteurs ; enfuitevous la frotterez avec un morceau de cire à froid , que vous étendrez bien égale avec une brofse rude, une bifaigue , &c. & vous achèverez de polir & de luftrer avec le creux de la main.
- 274. Jufqu’à préfent l’avant-pied eft encore de fa couleur primitive , c’eft-à-dire , roufsâtre ; il doit être noir & poli comme la tige ; pour cet effet, commencez par étendre defsus , du fuif que vous flamberez tout de fuite avec un peu de paille allumée , ce qui fera fur-le-champ pénétrer le fuif ;& tout chaudement vous le frotterez de votre encre, & il fera noirci.
- 27S- Quant à la genouillère, on la cire légèrement au feu; puis on la polit comme la tige avec cire &noir de fumée , qu’on étend d’abord avec une bifaigue , &c.
- Coujjinet : forme brifée : étoile & bâton.
- 276. On ajoute après coup, communément aux bottes fortes en-dedans de la genouillère, un couffin (96) g, de peau de mouton blanche , rembourré de crin à l’épaifseur d’un pouce; on l’arrête en effleurant le cuir de quelques points en-haut feulement, & on le place vis-à-vis du côté intérieur du genou, pour le tenir plus mollement.
- 277. Quand le foulier de la botte n’eft pas afsez large, ou qu’il s’eft rétréci faute d’avoir eu foin de le remplir de foin , ou d’autre chofe qui l’empêche defe rétrécir en féchant après avoir été mouillé ; quand, dis-je, cesincon-véniens arrivent, on fe fert d’une forme brifée faite exprès; on commence par placer avec la main les deux côtés de la forme dans le foulier: fa clef*», eft taillée au bout d’une efpece de bâton courbé naturellement, comme la clef d’une forme brifée ordinaire l’eft du côté deftiné à élargir les côtés de l’empeigne. On fait entrer cette clef ; & quand on fent qu’elle eft à fa place , on frappe à coups de maillet fur fa queue qui dépafse la botte , tant qu’on juge que c’eft afsez.
- 278- La grâce d’unegenouillere débottés de chafse, eft d’être bien arrondie & renflée par le côté extérieur ; c’eft pourquoi, & de peur qu’elle ne s’appjatifse, les perfonnes curieufes de leurs bottes ont ce qui s’appelle une étoile :ce font deux tringles de bois en croix , attachées^ centre par un clou qui jes traverfe ; chaque extrémité de cette étoile eft armée d’une petite pointe àp
- (96) En allemand, Stulpcnkijfen.
- p.549 - vue 551/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- fer , on la porte horizontalement vers le milieu de la genouillère : les pointes la maintiennent en place , & on ne l’ôte que lorfqu’on veut mettre fes bottes.
- 379. On maintient encore le foulier de la botte, de crainte que l’empeigne lie s’affaifse, par un bout de bâton rond , qui, portant en-dedans au bout du foulier, s’appuie à l’autre bout fur le derrière de la tige.
- 380. Il s’eft fait une efpece de bottes nommées demi-fortes, légères , à baleine ; mais il y a du teins qu’on ne s’en fèrt plus : cette botte avait l’air d’ètre forte, & cependant elle était molle ; & deux baleines ou même deux tringles de bois , placées l’une à droite , l’autre à gauche , le long de la tige dans deux fourreaux de cuir qu’on y coufait, empêchaient le cuir de fe plifser : cette tige était de vache noire. Les brigadiers des gardes du corps s’en fervaient » parce qu’elle était bien plus légère que la vraie botte forte, & en fauvait l’apparence. M. Soudé , maître bottier privilégié , rue de la Barillerie, vis-à-vis du palais, qui m’a beaucoup aidé dans fou art, m’en a montré une paire qu’il a dans fa boutique depuis trente ans.
- La bottine forte à tringle ou à boucles.
- 38i- Toute bottine ell: une tige de cuir fans foulier, qui enveloppe la jambe ; il s’en confirait de fortes & de molles : on place celle-ci à la fuite de la botte forte, attendu que la tige en efl dure & folide , qu’on y ajoute une genouillère, qu’elle a fon embouchoir particulier , & qu’on la cire au feu. Elle fe fait de cuir de bœuf, pris dans le faible de la peau.
- 382. On la taille d’un feul morceau fur un patron échancré , comme à la botte forte, pour recevoir un avant-pied , qui n’eft ici autre chofe qu’un morceau de cuir qui ne fait que remplir le vuide de cette échancrure, & ne va pas au-delà.
- 383* On mouille fort cette tige , afin de la rendre molle 8c obéifsante , & c’eft alors qu’on y coud l’avant-pied III, fig. 4,
- 384* La tige ninfi préparée, accoliez le derrière & le devant de l’embou-choir IV, IV, fans y mettre la clef f. Les différences de cet embouchoir avec celui de la botte forte font , que celui-ci n’efl ni fi gros ni fi long; qu’à la piece de derrière, le mollet , le rétrecifsement du bas de la jambe, & le talon font marqués, & qu’il dépafse le devant de cinq à fix pouces.
- 38f. Emmaillottez , pour ainfi dire , cet embouchoir avec la tigeV,” fig. 4, la chair en-dehors ; vous en redoublerez un bord fur l’autre. BâtiiFez ce redoublement du haut en bas, avec quatre ou cinq points fimples , d’une grofse & forte aiguillée ; ferrez fort les points avec la pince , après quoi vous ferez entrer la clef à force, le tout pour que le cuir mouillé prenne bien le moule de l’embouchoir ; clouez enfuite le redoublement à l’embouchoir avec des pointes de trois en trois pouces ; arrachez le bâtis, Si la tige eft prête
- p.550 - vue 552/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- fï*
- à être cirée au feu quand elle ferafeche, comme celle d’une botte forte, mais moins à proportion de fon épaifseur. :
- 286. Cette tige n’a de couture que celle de fon avant pied, & celle qui la joint à fa genouillère. Le redoublement de la piece de devant, qui doit fe trouver toujours le long du côté extérieur de la jambe , s’entoure du haut en bas d’une bande de cuir de veau noir VIII, qu’on arrête dehors & dedans par une couture traverfante. On fait entrer dans cette efpece de coulifse une petite tringle de fer plate , terminée en pointe émoufsée. Cette pointe doit dépafser & fortir au bas de fa coulifse d’un pouce. Pour recevoir cette pointe, on fait entrer au bas de la piece de derrière une petite plaque de fer percée de deux trous , que les bottiers nomment un piton ( 97 ) VI. Cette petite plaque relie en-dehors , où elle eft faillante & d’équerre avec la bottine ; elle aune queue terminée par un rond de fer plat, placé comme une tête de clou. On fait entrer la queue par une fente qu’on fait exprès, & on recouvre en-dedans le rond de fer par une petite paillette de cuir, l’ous laquelle on l’enferme *, 011 cache la couture de l’avant-pied par une petite garniture que l’on y coud ; on met un éperon au talon & une boucle au haut de la tige : la genouillère fe taille comme la tige, c’eft-à-dire, d’une feule piece. On fait, avant de la coudre à la tige , la même manœuvre qu’à la botte de chafse , c’eft-à-dire , qu’on perce des trous avec l’alêne tout autour du haut , pour recevoir la couture. On la coud à l’envers , le côté de la genouillère qu’on laifse ouvert vis-à-vis de celui de la tige , puis on la retourne j on y fait trois boutonnières ou fentes. On y coud trois tirans IX, qui pafsent l’un dans l’autre, & au-defsus un bouton de cuir roulé.
- 287. On fait auftt, mais très-rarement , de ces bottines fans tringle, au lieu de laquelle on coud cinq boucles qui ferment la tige du haut en bas. ($8)
- 288- On polit le tout comme la botte forte. Voyez ci-devant.
- 289. Pour mettre cette bottine , on l’ouvre en deux du haut en bas ; pour la placer fur la jambe, on fait entrer la pointe de la petite tringle dans fon piton à l’un ou à l’autre des deux trous , fuivant qu’on la veut plus ou moins ferrée d’en-bas. On boucle le haut delà tige,& on ferme la genouillère en pafsant les tirans , dont le plus haut fe boutonne au bouton de cuir.
- la botte jjjoÎIco
- 290. Il s’en faut bien que la botte molle foitaufli fûre pour la confervation de la jambe que la botte forte. Cependant elle eft d’un ufage bien plus commun, parce qu’elle eft beaucoup plus légère & moins gênante. C’eft pourquoi elle convient au voyageur, à fes journées ; au tireur , aux troupes légères qui combattent à pied & à cheval, comme moufquetaires, dragons,
- ( 97 ) E11 allemand, Ochr. ( 98 ) Ces fortes de bottines ont paffé de mode.
- p.551 - vue 553/631
-
-
-
- ART DU CORDON N 1ER.
- hufsards > aux voituries , aux pécheurs, aux académiftes , &c. par la Facilité qu’elle donne de marcher fans le fatiguer.
- 291. ;La tige qui elt de veau noir, fe taille fur des patrons d’un feule pièce. On la ferme par derrière d’un bout à l’autre ,’d’uue couture lacée, fig. f. On donne différens contours , pour la grâce , à l’échancrure du devant, qui doit recevoir l’avant-pied , attendu que cet endroit relie à découvert ; car on n’v met point de garniture. Voyez q tfig- 7* On fortifie le talon de la tige par un petit contre-fort en-dedans en effleurant le cuir. On coud l’avjnt-pied & 011 fabrique le -fo.ulier à l’ordinaire. Voyez botte forte. On met le porte-éperon s, fig. 5 , qui n’elf que d’un feui cuir. O11 attache à la tige en-dehors, au-defsus du porte-éperon , un petit cuir taillé en lofimge, qu’on nomme la doublure S, fig. 6 i afin que le frottement du fer de l’éperon ne l’endommage pas.
- 292. On ôte la «orme aifément avec la main , attendu que la tige elt ployante : la genouillère fe marque quand on veut ; car elle n’elf autre chofe que le haut de la tige , à laquelle, en la defeendant par-dehors au-delsous du bas des tirans , on fait faire le bourrelet ou redoublement. Quand on la laifse toute étendue , fig. 5 , elle embrafse le bas de la cuifse.
- 293. On coud en-dedans , en effleurant le cuir , deux tirans de ruban de fil ou de cuir , un de chaque côté, à la hauteur du defsous de la jarretière (99). Ils fervent à amener la botte fur la jambe ; & fi on veut mettre une jarretière fur le genou pour que la botte relie tendue , on ajoute un troifieme tirant devant ou derrière , & on la pafse dans les trois tirans. On ne met, à toutes ces bottes molles qu’une fimple courroie r ,fig. 5 j au lieu de garniture pour tenir l’éperon en fa place.
- 294. Il fe fait de deux fortes de bottes molles, dont la différence ne con-fille que dans la pofition du cuir ; on les dillingue en bottes molles à la fran-qaife,& bottes molles à l’anglaife: aux premières , qui font les ordinaires , le cuir fe travaille la fleur en-dehors ;aux fécondés ou à l’anglaife, la fleur en-dedans , & la chajr en-dehors (100),' mais la fleur efl en blanc, c’eft-à-dire, fans être noircie, & ie bottier cire & noircit le dehors :'on commence pour cet effet par fuifler a chaud le côté de la chair, 011 le flambe tout de fuite à petit feu , puis on l’encre, & on finit par le cirer avec fuif & noir de fumée , qu’on polit & luftre à l’ordinaire.
- 295. Les bottes à la hiifsarde, fig. 7, n’ont point de genouillère , c’eft-à-
- ( 99 ) Ou plus bas. les de France. On choifit, pour les faire, le
- (100) En Angleterre , comme en Aile- meilleur cuir de veau. La tige fe fait avec la magne, en Suifle & ailleurs, chacun fe fait partie la plus forte de la peau , qui devient faire des bottes comme il veut. Les bottes fouple & unie par la préparation qu’on fait anglaifcs font infmimentfupérieures à cel- lui donner.
- dire,
- p.552 - vue 554/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- ff3
- dire, qu’elles ne couvrent que le devant du genou, d’où elles font échan-crées de divers deffins & contours en delcendant au mol let,& rebordées de cuir.
- 296. Quelques perfonnes curieufes de maintenir leurs botres molles bien tendues dans le tems qu’ils 11e s’en fervent pas , leur font faire un embou-choir à charnière. Voyez pi V, fig. 8- Le devant a un pied de bois a, à charnière lâche b. Quand on place l’embouchoir & que ce pied rencontre le dedans du fouiier, il fe redrefse , coule jufqu’au bout', & lui ferc de forme.
- La bottine molle, ou guêtre de cuir,
- 297. La bottine molle, qu’on nomme au guêtre de cuir, à caufe de fa refsemblance avec la guêtre ordinaire de toile , eft la plus légère de toutes les chaulsures de cuir qui entourent la jambe ; le mérite de celle-ci eft d’en fuivre la forme, comme ferait un bas de foie.
- 298. Elle fe fait de veau noir, la fleur ou grain en-dehors : on pourrait h conftruire de deux pièces; mais il eft plus ordinaire de la compofer de trois. On la taille fur des patrons : le côté de dedans a a, fig. 9 , fait une piece, le retour du mollet en-dehors b b la fécondé , & le devant cc la troi-ileme. C’eft au morceau b, qui fait le retour du mollet , que l’on coud le long de fon bord antérieur neuf ou dix tirans , l’un au-defsus de l’autre ; on couvre les coutures de ces tirans par-dedans d’un ruban de fil du haut en bas: on fait au bord du morceau de devant c, autant de fentes ff qu’il y a de tirans à l’autre piece, & l’on coud au haut un bouton d. Ce morceau ou piece de devant s’échancre en-bas pour recevoir un avant-pied de bottine : le refte n’eft plus que deux coutures pour afsembler les trois pièces; on ajoute l’étrier g, qui pafse fous la cambrure du fouiier.
- ADDITION à Part du cordonnier.
- Traduite de l’allemand.
- C5n pourrait ajouter bien des chofesaux diverfes fortes de chaufsuresindi-quées ou décrites dans la difsertation précédente. Nous indiquerons les fui van tes :
- 299. Des foidiers & bottes de feutre, en allemand , Filz-fchuhe unA Stiefcln. Les chapeliers les fabriquent, & les cordonniers y ajoutent des femelles. Us étaient ci-devant bien plus à la mode qu’ils ne font aujourd’hui. Dans certains endroits en Allemagne, il était permis de paraître à la cour avec cette forte de chaufsure. On en avait fans teinture ; d’autres étaient en noir.** On fait auffi des bottes avec ce groftier drap d’Angleterre qui réfifte à la pluie* Tome III. A a a a
- p.553 - vue 555/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- m
- water-proof. Cette étoffe aune préparation particulières on la pénétré avec de la colle, ou de la gomme.
- 300. Des fouliers & des pantoufles de poil de veau. Cette efpece eft connue en Allemagne fous le nom de Barlatfchen. On tord ces poils autour d’une ficelle, enforte qu’elle en foit entièrement couverte, après quoi on en fait un tifsu. Bien des gens les portent en hiver, non feulement dans la maifon , mais aufti dehors en voyage, par-defsus les fouliers , ou fans fouliers, avec & fans femelles.
- 301. Gros fouliers de lame, en allemand, Trottel-fchuhe, tifsus avec les rognures que retranchent les drapiers. On s’en fert comme des précédens, & ils ne font pas le pied fi gros.
- 302. Bottes d'hiver avec le poil en-dedans. On conferve à la peau de veau fon poil que l’on tourne en-dedans de la botte,- en-dehors on la cire. En préparant les peaux, on les gâte fouvent dans les tanneries : ce qui fait que la plupart de ceux qui ont porté de pareilles bottes fe font plaint que le cuir n’était ni ferme , ni fouple j enforte qu’il dure beaucoup moins, & qu’il ne conferve pas la chaleur.
- 303. Greffes bottes d'hiver de peau de renne avec le poil en-dedans & en-dehors. Sorte de batte molle fort en ufage dans les pays du nord, où les rennes font indigènes. On en a beaucoup à Pétersbourg, où on les nomme lappen. On y met une femelle , & on les double avec une peau d’agneau de Tartarie, dont on afsure que l’humidité ne leur fait aucun mal.
- 304. Une forte de bottes à peu près pareilles , ce font celles que l’on fait dapeau dedehien marin. La paire coûte un ducat à Coppenhague. Les peaux font brutes en-dedâns & en-dehors, la femelle tout comme le refte ; parce qu’on les porte dans la maifon & fur la glace. Le côté du poil, que l’on rend très-fouple en îe corroyant, fe tourne en-dehors ; & le dedans eft doublé de peaux d’agneaux. Les tiges , ouvertes depuis le pied jufqu’aux genoux , ne fe ferment qu’avec des boutons & des boutonnières. On les fait joindre de maniéré qu’on diftingue à peine qu’elles ont été boutonnées.
- 30Ç. Bottes fouples d'hiver de peau de veau, cirées en-dehors & doublées de molleton. Pour prévenir l’huraidicé, on y met une femelle de liege. Peu de cordonniers favent faire: cette forte de femelles. Le liege eft d’abord imbibé de cire , après quoi on le met fous la prefse. On le prépare auffi de cette autre maniéré , on le coupe delà grandeur convenable, on le plonge dans de la poix fondue, que l’on a foin de ratifser quand elle eft refroidie. On pourrait y,ajouter une doublure de peau d’agneau, & glifser dans le foulier ,. entre la doublure & la peau de veau, une piece de veiîie de porc, pour intercepter L’humidité.
- * 30(5. Bottes de chaife de vache de roufli, dont on tourne le côté rouge
- p.554 - vue 556/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- ïïf
- en-dehors. On fait à Vienne des bottes de cette efpece f elles vont jufqu’à mi-jambe i la pointe du foulier eft recouverte de deux doubles de cuir de roufii, afin d’empêcher l’eau de pénétrer par-là.
- 307. L’art a inventé ditférens moyens de fe garantir de l’iiumidité. Le cuir de Suede a une grande fupériorité fur tous les autres. Non feulement on en fait des redingottes, mais auffi des bottes & des fouliers. On a auffi des cuirs naturellement compactes, qui ne prennent point l’eau , & qui font par-là même plus propres à en faire des bottes '.telle eft la peau de loutre, qui n’eft 'cependant connue & employée que par les pêcheurs des pays du nord. La peau de chien marin doit auffi avoir cette propriété. Une de ces peaux tannées coûte à Londres quatre fchellins.
- 308. Bottes cirées. Sorte de bottes fortes avec 8c fans genouillères. On tourne le côté de chair en-dehors , & on les pafse avec le vernis dont voici la recette:
- Prenez Maftic en poudre une demi-once.
- Ivoire brûlé noir, une once.
- Huile de pavot blanc , une once.
- — Spic , une once.
- Afphalt & cire blanche , de chacun une demi.once."
- Faites fondre le tout, & mêlez bien les huiles.
- 309. Bottes tricotées , Jouliers fd’hommes & de femmes tricotés. C’eft une invention attribuée à un maître cordonnier de Leipfig, Jean-Charles Gar-thof, qui ne fait que cette forte d’ouvrage. On les travaille avec un petit fer en forme de crochet , d’un fil de laine teint en noir. Il ferait plus exact de les nommer des bottes & fouliers trefsés. Toute forte de laine n’eft pas propre à cet ouvrage; 8c celle qu’on emploie a befoin d’une préparation particulière , qui donne aux fouliers un coup-d’œif brillant à mefure qu’on les porte davantage. Ils font très-chauds, fouples & durables : on les double communément de flanelle ou de molleton. Ceux qui font accoutumés à cette efpece de fouliers , les font doubler de toile pour l’été. En-dedans on met un cordon qui unit le defsus avec la doublure. Il n’eft pas nécefsaire de les border, parce que le tifsu extérieur eft fait avec un rebord. Si l’on a foin d’éviter les boues , on peut porter trois ans dans la maifon & dehors une paire de ces fouliers. On a tenté depuis quelque terris de contrefaire en divers endroits les fouliers de la fabrique de Leipfig : c’eft ce qui a engagé l’inventeur de marquer de fon nom ceux qui viennent de lui, & qui font d’ailleurs très-reconnaifsables. Une paire de fouliers pour homme coûte à Leipfig 2 écus 12 grofehen ; 8c pour femme, r écu 20gr. Il y en a toujours de fabriqués. Pour les bottes , il faut les commander & envoyer la mefure :1e prix varie de 6 à 7 écus, fuivant la longueur.
- A a a a ij
- p.555 - vue 557/631
-
-
-
- art du cordonnier.
- 5Ï*
- 310. Souliers pantoufles tifsées de drap , ou de iifieres. On coupe le drap en bandes plus ou moins larges, fuivant lafinefse, & on en fait un tifsu d’une forme particulière ; on les double de ratine, on les borde, & on y ajoute une femelle.
- 31 r. Les Jouliers fans coutures ne méritent pas une place parmi ceux qui peuvent être de quelqu’utiiité.
- 312. Les payfans de Lithuanie, de Livonie & de Prufse, font eux-mêmes leurs fouliers; en été , d’écorce d’arbres * en hiver, de peau de bœuf ou de cheval en croûtes. Tout leur art confiée à couper des pièces quarrées d’une grandeur raifonnable , & à attacher les quatre coins autour du pied & de la jambe , le poil en-dehors. Les enfans même font accoutumés à faire leurs propres fouliers de cette maniéré.
- 313. Si l’on déliré de voir quelque chofe de plus détaillé fur les chauf-fures des anciens, dont l’auteur a fait mention dans fon ouvrage, on peut confulter, Balduini calceus antiquus & myjlicus, ed. Fr. Rylant. NU gronius, de caliga veterum ,• & Gryn&us , de calceis Hebrœorum.
- 314. M. de Garfault n’a rien ajouté fur la police de cet art, comme l’ont fait fort au long ceux qui ont donné les descriptions que j’ai réunies dans ce IIIe volume. Il y a dans Paris plus de 1.5.00 maîtres cordonniers , qui ont depuis trois jufqu’à douze compagnons dans leurs boutiques. On tire de cette grande ville , qui ell comme le centre des modes , une grande quantité de fouliers & mules pour femmes, qui font fort eftimés à caufe de leur propreté. Les fouliers paient d’entrée en France 20 fols la douzaine, & de fortie 8 fols.
- 315. Les trois cîafses de cordonniers que M. de Garfault a diftinguées dans fa difsertation, font réunies dans une même communauté , fous le nom de maîtres cordonniers fueurs de la ville & fauxbourgs de Paris. On peut voir ce qu’il dit fur ce fujetdans/W* du corroyeur, page 295 &fuiv. de ce IIIe volume. On peut auffi confulter le dictionnaire de commerce, au mot cordonnier.
- 316. On obfervera avec étonnement de combien de charges eft accablé un métier d-e première néceiîité. Il n’y a point de communauté à Paris qui ait autant d’officiers ou de maîtres en charge, que celle des cordonniers. Outre le fyndic, le doyen & deux maîtres des maîtres , elle eft gouvernée par deux jurés du cuir tanné, qu’on nomme auffi jurés du marteau j deux jurés de la chambre, quatre jurés de la vifitation royale, & douze petits jurés. Il y a encore trois lotifseurs, trois gardes de la halle , & un clerc.
- 317^ Il eft à fouhaiter que les vrais principes de l’économie civile foient enfin connus & adoptés dans un royaume fait pour l’aifance & le bien-être, mais où il y a tant de choies à réparer. Les célébrés auteurs des Ephémerides,
- p.556 - vue 558/631
-
-
-
- Ï57
- ART DU CORDONNIER.
- qui viennent de reprendre un travail utile & propre à répandre les bon-' nés connaifsances , ont commencé à donner dans leurs deux premiers cahiers , l’ouvrage de feu M. le président Bigot de Sainte-Croix, intitulé: Efai fur les privilèges exclnfifs, & fur la liberté du commerce de Pindujirie. On y développe l’origine & l’état nétueï'des corps de marchands & communautés d’arts & métiers ; on y expofe les inconvéniens & l’inutilité de tant de réglemens relatifs à l’apprentifsage, au compagnonnage, à la maîtrife, &c. On y prouve que la feule liberté & la concurrence fulfifent pour établir une bonne police dans les arts & dans les1 métiers; on y démontre fenfible-ment les avantages qui doivent réfulter de la fuppreftîon totale, dés jurandes. L ; i r . n ; ; * "A ''
- EXPLICATION DES PLANCHES ET VIGNETTES.
- P L A N C H E I. : -. - r
- X*A vignette repréfente les trois branches du cordonnier. ' ’
- A j eft un cordonnier pour homme , faifant une couture lacée ; a eft la figure d’un couteau à main. ( .
- B, repréfente un cordonnier pour femme : il regarde un talon qu’il vient de lifser avec la guinche qu’il tient à la main.
- C, eft un cordonnier bottier qui cire au feu une tige débotté forte.
- *9 , compas de cordonnier vu par le côté & fermé. '
- 20 , compas de cordonnier vu par-defsus & ouvert. V . . . ;
- 1 , chaufsure des anciens Indiens , d’écorce d’arbre.
- 2 2 22, chaufsure des anciens , nommée folea.
- 3, anciennes chaufsures des pays du nord, que nous nommons patins?
- codopodia. " , ; ,
- 4, chaufsure de théâtre, nommée cothurni. i: , î (
- 5 , ancienne chaufsure des Egyptiens , Grecs, & c. pero. . . .
- 6, brodequins des anciens fan eurs , foccus. . • .. . J. , |
- 7", anciennes chaufsures, fandalum. '/
- 8, anciennes chaufsures des foldats romains, caliga.
- 9 , anciennes chaufsures des rois & empereurs, compaga. io, anciennes chaufsures des Efpagnols , calceus fparteus.
- PLANCHE II.
- A, efpece de jonc nommé fpart, avec lequel on fait en Efpagne les fouliers de corde que nous nommons fpardilles.
- p.557 - vue 559/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- f f8
- a y grand tranchet à bûcher pour homme, vu fur Ton plat, & vu de profil, pour en mieux diftinguer la courbure. b , tranchet à bûcher pour femmes, même courbure.
- c, tranchet à redrefser, même courbure.
- d, gouge à creufer les talons de bois, vue fur fon plat & vue de profil.
- f, brôehe à cheviller les talons de bois.
- g, broche à cheviller les talons de cuir. m, releve-gravure.
- n , lame à décrafser les coutures blanches. io, marteau (de cordonnier.
- h , haufse de fer qu’on met fous la tète du clou à talon. i, clou à talon. ki clou à brocher.
- /, clou à monter.
- 13 , tenailles.
- 12, pinces.
- Ig, alêne à talons.
- 16, alêne à joindre. < .
- 17, alêne à femelle.
- if , carrelet de cordonnier, vu de deux côtes.
- U y tire-pied. .
- f , manicle.
- 9, cifeaux.
- 0 , l’aftic , d'os de mulet, vu de deux côtés. ,
- /, bifaigue à côtés. t, bifaigue à bouts , vue de deux côtés. y y bifaigue à efearpins, vue de deux côtés.
- Z, dent de loup. ü, guinche vue de deux côtés. y, coin.
- poufse-cambrure, vu de deux côtés. p , machinoir.
- x , planche à redrefser , vue de deux côtés.
- 4,buifse creufe.
- 6, caillebotin.
- 29, forme vue de face, garnie de fes haufses & de fon coin.
- 27 , forme d’hommes ; 31 , le petit clou.
- 28 > forme de femmes.
- 24, 24, formes brifées , vues de differentes façons ; 2$ , ff , leurs clefs idem.
- p.558 - vue 560/631
-
-
-
- f59
- ART DU CORDONNIER.
- 22, chaufse-pied.
- 30, forme en cabriolet.
- 1
- PLANCHE III & IV réunies.
- Fig. 1 , foulier à talon de cuir.
- /, cheville de bois pour les talons de cuir.
- 11, repréfentent les pièces du talon de cuir, favoir , a , a 2, la trépointe de derrière ; b, b 2 , le couche-point 5 c c , lesalonges de la fécondé femelle ; e, le chiquet.
- Fig. A A , A , la tirette de l’efcarpin retourné. c
- B , le releve-quartier de l’efcarpin retourné.
- Fig. B B , I, II, III, le point caché de l’efcarpin non retourné.
- C , talon de bois de femme brut.
- D, talon de femme bûché ; E , le même vu de profil.
- F , empeigne de femme.
- G , quartier de femme.
- L, empeigne & quartier de femme fur la forme.
- M, pafse-talon de femme ébauché.
- N , bride de cuir du talon de femme.
- O , foulier de femme achevé.
- P , claque de femme.
- Q, piece pour foulier d’homme.
- H , talon d’homme brut vu par-defsus. H 2 , vu par le côté.
- I, talon bûché vu par-defsus. I 2 , vu par le côté.
- Fig. 2 3 le foulier mis fur la forme.
- Fig. I , la première femelle affichée au foulier.
- Fig. 4, le cuir de l’empeigne & des quartiers afsemblés.
- Fig. 3 , le foulier avec le talon de bois.
- Fig. B, les ditférens points des coutures lacées.
- Fig. C, aaa a, les différens tems pour joindre l’aiguillée de fil gros à la foie de fanglier.
- Fig. D , une main fur le pouce de laquelle eft une aiguillée pour la retordre.
- Fig. 4, claque d’homme.’
- Fig. 3 , fabot d’homme.
- Fig. 2 j pantoufle d’homme.
- PLANCHE V.
- ï'ig. 2., AA , embouchoir débotté forte; B, fa clef.
- IV, IV , embouchoir de bottine à tringle ou à cinq boucles; f a fa clef.
- p.559 - vue 561/631
-
-
-
- m , clef de forme brifée de botte forte.
- Fig. 8 j embouchoir brifé de bottes molles.
- Q_, garniture de botte forte.
- P, autre façon de garniture de botte forte.
- O , buifse fur laquelle fe travaillent les coutures des garnitures.
- Fig. i, botte forte de chafse à genouillère.
- Fig. 3 , botte forte à contre-fort & à bonnet.
- * boulon pour cafser les pointes des chevilles du talon dans la botte*
- g , couffin de genouillère.
- xy , les deux pièces de la genouillère de chafse.
- Fig. 4, la bottine forte fur fon embouchoir, & la même achevée.
- ? , botte molle. . 1
- Fig. 6 , la même abaifsée formant une genouillère. ,
- Fig. 7 , botte molle à la hufsarde.
- Fig. 9 , bottine molle , autrement guêtre de cuir.
- TABLE DES MATIERES,
- & explication des termes de Part du cordonnier.
- A
- Abus des privilèges dans les arts & métiers, art. 517.
- Additions à,l’art du cordonnier, 2 99 & fuiv
- Aiguillées du cordonnier, 87 & fuiv.
- Ailettes, deux lanières de cuir de veau, deftinées à doubler le bas des côtés de l’empeigne , 121.
- Alêne à joindre, 36. à femelles , 57. à talons, 58.
- Alonges , morceaux de cuir fort, ajoutés aux fécondés femelles du côté du talon, 1 y 6.
- Astic , 60.
- Avant-pied : c’eft l’empeigne d’une botte forte / 24
- B
- Babouches , 7.
- Barlatschen , 300.
- Basane blanche, fon ufage, 66.
- noire, fon ufage , 67. Bisaigue à bouts, 77.
- à côtes , 78. à efcaipins , 79.
- Bois de hêtre , propre à faire les talons d’hommes, 155. de tilleul, 15?, note.
- Boîte. Voyez Coudre la boîte. Botte forte, 247 & fuiv.
- Botte molle , 290 & fuiv. à l’anglaife, 294.
- Bottes, 11 y-
- de chaife, de vache de rouffi, 30 6.
- Bottes
- p.560 - vue 562/631
-
-
-
- ART DU C 0 RD OZN NIER.
- Bottes cirées, 308.
- de feutre, 299. fortes , 114. molles, 114.
- d’hiver avec le poil en-dedans , 302. à la hulfarde, 29p. de peau de chien marin, 504. de peau de renne, 50g. fouples d’hiver , de peau de veau, 50p. tricotées , 509.
- Bottines , np.
- molles, 297.
- Boulon , inftrument propre à appla-tir en dedans les bouts des chevilles, qui pourraient dépalfer au talon d’une botte forte, 2p7.
- Bouts de talons, 144.
- Broche à cheviller les talons de bois , 45 ; de cuir , 44.
- Brodequin, 8.
- Bûcher les talons , donner au talon de bois la proportion & la figure qu’il doit avoir , j 54.
- Buisse , 19.
- C
- Cabwolet , efpece de forme du cordonnier, 14g.
- Caillebotin, efpece de panier, 28.
- Calceus sparteus , chaulfure des montagnards d’Efpagne , 12.
- Calceus decortice, 2.
- Caliga , chaulfure des foldats romains, 10.
- Calopodia, 6.
- Cambrillon , piece de cuir de vache, placée entre la boîte du talon de bois & la première femelle , 156.
- Cambrure , efpace entre l’endroit où la femelle celTe de toucher à terre , jufqu’à celui où le talon commence , 129.
- Tome III.
- SC 1
- Carrelet, efpece d’aiguille , gp. Castor , 6p.
- Chagrin rouge, fou ufage , 68. Chausse-pied , 2g, 298.
- Chaussons pour Pefcrime & le jeu de paume, 2gp. petite pantoufle de femme 228.
- pour la parure, 11g. à tirer des armes, 1 ig. Chaussures , 107.
- antiques , 1. des Grecs , g. des Indes , 2. Chevilles à talons, 144. Chiendent, plante, 12.
- Chiquet, morceau de cuir fort, placé entre les aîonges & les bouts de talons , ip9.
- Cire à poilferle fil gros, 77. à l’allemande, 79 , note, blanche, 79. de bottier, 81. jaune, 81.
- Cirer la femelle, 14p.
- Cires du cordonnier, 76 & fuiv. Ciseaux du cordonnier, gi. Claques, 14.
- pour femme , 2gg &fuiv. pour homme, 188 & fuiv. Clef de la forme brifée , 22.
- Cloux à brocher , po. à monter , 49. à talons, pi.
- Coin de bois qu’011 met fous les hauf-fes au cou-de-pied , 6g.
- Compaga , chaulfure ancienne des rois, 11.
- Compas de cordonnier, 24, 10g. Cordonnier bottier, 242. Cothurne , chaulfure des a&eurs tragiques , 9.
- Couche point , 1P7.
- Coucher fur le point, 162.
- Bbbb
- p.561 - vue 563/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- 56z
- Coudre la boite, rapprocher par une couture blanche le haut du pafle-talon & le bas des quartiers , 148. Contre-fort , 247.
- Couture à l’anglaiie, 86.
- blanches lacées, 8f. du cordonnier, 44 & fuiv. lacées, 8f. noires, 8y. fimples, 8f.
- Crepida , 4.
- Cuir blanc de mouton ;fon ufage, 66. de bœuf, 70. de chevre, 6f. fort ,71.
- de Suede fupérieur à tous les autres pour le garantir de l’humidité, 507. de vache, 69. de veau, 68.
- Cuirs & leurs ufages, 64 & fuiv.
- D
- Daim ( cuir de ) employé à faire des fouiiers , 6f.
- Déformer, ôter le foulier de defsus la forme , 147.
- E
- Ecoffret, planche fur laquelle on taille le cuir, 16.
- Embouchoir , forme brifée pour les bottes fortes , zyj. à charnières , 296.
- Empeigne , portion du foulier qui enveloppe tout, le delfus & les côtés du pied, 107.
- Encre à noircir les talons, 85.
- Encrer la femelle, 14p.
- Entrée (donner f) au foulier, 150. Escarpin, 108.
- débottés, 109 & fuiv.
- Escarpin retourné, 108, 169 & fuiv.
- non retourné, 181 & fuiv.
- E
- Faux-quartiers, 203.
- Fil-gros , 75.
- de Bretagne, 74. de Cologne, y y.
- Fils dont le fervent les cordonniers , 72 & fuiv.
- Forme brifée, 21,256 & fuiv.
- de cordonnier , 2? , 24. Formes, remarques fur les formes , 166 & fuiv.
- Fort du pied , 166.
- Fusil , 48.
- G
- Gallica, 4.
- Galoches, 4, 294.
- à femelles de bois, 11 Gipon, pour palfer en cire , 251. Gouge, 42.
- Gravures, trait qu’011 forme en effleurant le cuir, pour diriger les coutures , 46.
- Gravures fous la femelle, 142. Guêtre de cuir, 297-Guêtres de cuir, 114.
- Guinche, 61.
- H
- Hausse de fer, yi.
- Hausses, morceaux de veau noir, dont on couvre le milieu du deflus de la femelle , depuis le cou-de-pied jufques vers le bout, 130.
- J
- Jurandes , inutilité & inconvéniens de ces corps de métiers ,317.
- p.562 - vue 564/631
-
-
-
- ART D ü CORDONNIER.
- L
- Lacer, en allemand, hejlechen, 99. Lame à décralfer , 47.
- Liege. Son ufage pour les claques de femme , 22f.
- Lime , outil du cordonnier, f4* Lisser la femelle, i^y.
- M
- Machinoir, outil pour unir les coutures de la trépointe , y y.
- Manicle , 18.
- Maroquin noir & rouge ; leur ufage dans l’art du cordonnier, 6y. Marteau de cordonnier, 32. Mesures , maniéré de prendre la me-fure du pied , 102 & fuiv.
- Mules ,112, 198.
- N
- Noeud du cordonnier , maniéré dont ilfefait, 100 & fuiv.
- P
- Pabouches. Voyez Babouches. Paillettes, 120, ipo. Pantoufles, 112, 202.
- de poil de veau, 300. Passe-talon , morceau de veau noir allez long pour couvrir tout le talon de bois , 12? , i?7* de claques , 195. de femmes , 206, 211.
- Patins, 6.
- Paton , petit cuir dont on double l’empeigne en - dedans , par-delïus les doigts du pied, 163.
- Peau de chien de mer, 507.
- 563
- Peau de loutre 11e prend pas l’eau , 207.
- Peaux colorées, 207 , note.
- Pero , chauifure des Grecs & des Romains, 7.
- Pince à mâchoires dentées pour étirer le cuir, 5;.
- Piton de la botte , 286.
- Planche ( la ) , c’eft le deiîus d’un talon de bois pour femme , 208. Planche à redreifer, 62.
- Point à l’anglaife, 86, 212.
- Pousse - cambrure , outil qui fert à faire plier le cuir des femelles au fond de la cambrure , y6.
- <L
- Quartiers , les deux morceaux de cuir qui entourent le talon, 107.
- R
- Raeraîchir les oreilles, les égalifer avec les cifeaux , 149.
- Râpe, outil du cordonnier, $-3, Redresser la femelle, 14y. Releve-gravure , 47. Releve-quartiers, 176.
- S
- Sabots, 112.
- Sandalium, 4.
- Semelle, portion du fouiier, fur laquelle pofe la plante du pied, 107. première, 129. fécondé, 158.
- Soccus, 8.
- Soies de cochon , trop molles, 87.
- defanglier, 20, 87.
- Solea, 3.
- Souliers ordinaires, ce que c’eft, 108. Maniéré de travailler un foulier
- p.563 - vue 565/631
-
-
-
- ART DU CORDONNIER.
- ordinaire, ii<5.
- Souliers cirés ( gros ) avec clous & fans clous, 113. de femme, 2oy. de feutre, 299-des payfans de Livonie, &c. 312.
- de poil de veau , 300. en cabriolet, dont le talon eft de cuir, mais recouvert d’un pafle - talon, comme les talons de bois, 164.
- garnis de clous ,133.
- ( gros ) cirés , 230.
- (gros) de laine, 301. fans couture , 312. tifsés, 310. tricotés, 309.
- Spardilles, 12.
- Spargatte, 12.
- Statuts & réglemens de la communauté des cordonniers, 314.
- Stipa tenacijjïma, Linn. 12, note.
- T
- Tablier du cordonnier , iy, avec & fans plaftron, ibid. note.
- Talon, portion plus élevée de la femelle fur le derrière du pied, 107. Talon de bois ,133. de cuir, iyi.
- Tenailles du cordonnier, 34. Tirepied , 17.
- Tirette, 174.
- Tordre l’aiguillée, 9p.
- Tranchet à bûcher , 39,40. à dreder ,41.
- Trepointe , laniere de cuir de vache', faifant le tour du fou-lier jufqu’à l’endroit où le talon commence, 122, 132, 210. de derrière, 1/4.. Trqttel schuhe , 301.
- V
- Veau noir. Son ufage pour les cordonniers, 6f.
- Veau retourné. Son ufage, 6f.
- \V;
- Water-proof , groiïîer drap d’Angleterre, employé pour faire des bottes 3 299.
- Fin de l’art du Cordonnier.
- p.564 - vue 566/631
-
-
-
- ART
- DU PAUMIER-RAQUETIER,
- ET DE LA PAUME.
- Par M. DE G a R S A U L T.
- p.565 - vue 567/631
-
-
-
- p.566 - vue 568/631
-
-
-
- i2AU.
- ^ 'H'H.....
- ..
- ±!m®x®%.üm.~.
- *w»:»»
- <*>
- » . ,_ _r . _______________________.
- s
- #
- yT\ jKÎ>Vy^\yc>v/^jiv>v/T\yîX/^\ ‘
- xmmxmx®±
- ‘iimMmmx*
- •*r<T'
- TV^
- ART
- DU PAUMIER-RAQUETIER,
- JET 3^ JO K JL^l JP-^LTTJMLJEL* (1)
- <==- —.. =*£&=-rr^r~=, -:.. 3-
- AVANT- PROPO S.
- I. La paume efl: le feul jeu qui puifse prendre rang dans le détail des arts & métiers, dont la defcription a été entreprife par l’académie royale des fciences , attendu qu’étant lui-même un art, il s’exécute par le fecours d’un autre art qui a fes inftrumens & fa manufacture particulière. Celui-ci eft la fabrique des raquettes & des balles. Il fut érigé en corps de maî-trife en 1610 ( 2), fous le titre de Fa communauté des maîtrespommiers-raque-tiers, faifeurs d'éteufs , pelotes & balles *. Ces maîtres ont feuls le droit de tenir un jeu de paume, & de conftruire les raquettes & balles qui fer-
- ( i ) Cet art fut publié par l’académie en 1767 , & traduit en allemand l’année durante dans le VHe vol. de la traduction allemande. Je l’înfere ici, pour donner à mon llle vol. l’étendue des préeédens.
- ( 2) Dès que les maitrifes furent devenues un objet de finance , <S: cet objet fatal au commerce & à l’induftrie a commencé fous le régné de Henri III, vers la fin du fei-zieme fiecle , il n'eft rien qu’on n’ait érigé en maitrife.. Au refie , il eût été bien à fou-
- haîter que les privilèges euffent été bornés à des arts frivoles, ou à des profeffions dont on a abufé pour favori-fer la corruption des mœurs,
- * Les cteufs fe pouffent avec la main \ ils font faits de bourre recouverte de peau de mouton. Les pelotes font les balles toutes ficelées , non encore recouvertes. Les balles font la pelote recouverte de drap blanœ
- p.567 - vue 569/631
-
-
-
- 5*8
- ART BU F A UM IER - R AQ U ET IER.
- vent à ce jeu, ou au jeu du volant. Après avoir indiqué le lieu du jeu, & décrit la fabrique de la raquette & celle de la balle , qui conflituent tout l’art du maître paumier, il paraîtrait que l’objet de l’académie eft entièrement rempli : auffi l’efl-il à i’égard du mécanifme , dont le but eft de fervir à l’art du jeu même.
- 2. Tous les exercices du corps affujettis à des réglés confiantes , ont acquis à jufle titre le nom d'arts par excellence j l’ame n’a befoin, pour les exécuter, que des feuls refsorts du corps, aidés de quelques inftru-mens. Tels font l’art de monter à cheval, de tirer des armes , &c. Ainfi ne regardons plus la paume relativement à fon nom de jeu , ni comme un fimple pafse-tems fans aucune utilité , mais comme un art qui , aidé de peu d’inllrumens, devient un exercice très-falutaire , au moyen duquel la jeunefse peut acquérir une fauté robufle & une agilité fi nécef-faire dans le cours de la vie. Autîi cet exercice efl-il en telle confidé-ration , qu’il te bâtit des édifices exprès, comme il s’en conflruit d’autres pour apprendre l’art de monter à cheval. Le roi a un jeu de paume dans chacune de fes raaifons royales, à Verfailles , à Fontainebleau, à S. Germain , à Compiegne. M. le duc d’Orléans en a un à Villers-cot-terets * & M. le prince de Condé, un à Chantilly. ( 3 )
- 3. On peut comparer l’art de la paume pour l’infanterie, à celui du cheval pour la cavalerie ; & l’officier ou foldat qui l’aurait pratiqué, retrouverait bien fupérieur à celui qui ne fait que fon exercice ordinaire , & même celui des armes : car le premier ne débourre que les bras , & le fécond ne dirige le corps que dans un fensj au lieu que les inflexions , les élans &
- (O Les Grecs & les Romains faifaient un cas tout particulier du jeu de paume, comme on peut le voir entr’autres ouvrages dans celui de Mercurialis de artc gym-najlica. O11 trouve dans les écrits de Gallien une diPTertation fur l’utilité de ce jeu par rapport à lafanté. Malgré cela, il faut convenir que cet art eft un de ceux dont on peut très-aifément fe paifer. Rien de plus aifé que de conferver fa fanté & de pren-dre un exercice néceflaire , fans jeu de
- paume. On en avait autrefois dans les différentes cours d’Allemagne , auffi bien que dans les univerfités ; mais les frais confidé-rables & les abus énormes auxquels ces établiffemens étaient fujets , les ont fait tomber peu à peu. Il n’cft pas à fouhaiter que cette defeription contribue à les faire rétablir, à moins qu’on ne trouvât le moyen de parer à l’un & à l’autre de ces deux in-convéniens.
- les
- p.568 - vue 570/631
-
-
-
- ART DU P AU M 1ER, RAQUET1ER. ^
- ies courfes qu’on eft obligé de faire à ce jeu , le rendent également fouple, & le rompent, pour ainfi dire, de toutes les façons.
- 4. On croit avoir fuffifamment démontré, i°. que la pâume eft un art, quoiqu’il porte le nom de jeu, c'eft pourquoi nous allons embrafser tout ce qui le conftitue, en donnant d’abord le plan & des meilleures proportions des bâtimens conftruits exprès, enfuite l’art du paumier-raque-tier, & enfin l’art de la paume : 2°. que cet exercice, par la fouplefse qu’il procure, met l’homme en état de fe fervir avec avantage de tous les reports de fou corps. Ôn verra fà la fin de cet écrit un acte authentique , qui démontre dë quelle utilité il eft à lafanté.
- Du batiment nommé Jeu de paume.
- %. ÏLfeconftruit deux fortes de jeux de paume: l’un, qu’on nomme le quarré l’autre , à dedans. Leurs proportions ont quelques différences : on va donner celles du quarté, tant des gros murs que des conftrucftions -intérieures ; enfuite celles du jeu à dedans, ou plutôt les différences qui s’y ob-fervent.
- Le quarré.
- 6. Tout jeu de paume eft un quarré long, fermé par quatretmurailles : deux murs pleins en forment les côtés fur fa longueur, & un pignon à chaque bout la largeur. Le terrein que cette cage doit enfermer, aura 96 pieds en long & 36 pieds en largeur, afin que lorfque toutes les conftrutftions intérieures feront faites, l’aire du jeu fe trouve avoir 90 pieds de long & 30 pieds de large. Les deux murs des côtés auront 14 à 15 pieds d’élévation j mais à leur extrémité qui joint les pignoris, on les fera" de 4 à 5 pieds plus hauts dans' la longueur de 6 ou"7 pieds,, après lefquels on les terminera en pente fur leur épaifseur ; ces quatre fubhaufsemens fe nomment les joues d'en-batit (4)* Sur ces murs de côté on pofera 7 poteaux de charpente, qu’on efpacera à égale diftance l’un de l’autre, &c. Ces poteaux auront 14 pieds de haut, & foutiendront le grand toit: c’eft par les intervalles qui fe trouvent entre ces poteaux, que le jour fe répand dans le jeu} c’eft pourquoi cet édifice doit être afsez éloigné des maifons ou des grands arbres, pour1 n’en être point offufqué
- (4) Voyez P explication des planches.
- Tome III. Cccc
- p.569 - vue 571/631
-
-
-
- 570 ART DU P A UM IER - R A QUETIER.
- & avoir une clarté fuffifantc. Voilà ce qu’on peutfappeller la carcajfe de l’édifice. Pafsons maintenant aux conftrucftions intérieures.
- 7. À 5 pieds en-dedans d’un des deux murs de côté, on confiant parallèlement à ce mur d’un bout à l’autre, un petit mur qu’on éleve à différentes hauteurs ; c’eft à-dire, que par les deux bouts il y aura 7 pieds de haut : à gauche, fur la longueur de 18 pieds , & à droite fur celle de 13 pieds , le refis du mur aura 3 pieds 4 pouces de haut. Or , comme les deux bouts de ce mur élevés à fept pieds, doivent recevoir une filiere qui régné à cette hauteur d’un bout à l’autre, on afseoit fur le mur bas , pour la fupporter , fept poteaux de bois légers, ronds, taillés en petites colonnes, avec bave & chapiteau; favoir , deux à 10 pieds de chaque bout de mur de 7 pieds de haut, deux autres à 10 pieds de ceux-ci , au bord d.e deux ouvertures de 2. pieds,& demi, pour entrer dans le jeu; un autre poteau à l’autre bord de chacune de ces ouvertures , & enfin un feul qui fe trouve à 10 pieds de ces derniers regarder précifémçnt le milieu de l’aire du jeu : les deux murs de chaque bout fe nomment les joues.
- 8. Sur'la filiere , dont nous venons de parler, eft pofé le bas d’un appentis incliné de 45 degrés, dont le haut s’appuie fur le mur de côté ; le tout forme un corridor long qu’on nomme la galerie. En retour d’équerre du corridor nommé galerie , qu’011 vient de décrire, & à cinq pieds du pignon à gauche en-dedans, il fe conftruit un autre petit mur plein de 7 pieds de haut, qui fe termine par une ouverture quarrée , dont le mur de clôture fait un des côtés; elle eft élevée de terre de 3 pieds 4 pouces , fa largeur eft de 2 pieds 9 pouces. Ce petit mur foutient un appentis pareil au premier (5), & ils fe joignent tous deux par leur angle. Cette jpnôtion eft marquée par une ligne pondluée.
- , 9. Au pignon de l’autre bout du jeu > vis à-vis l’ouverture dont on vient de parler , eft: à raze-terre une autre ouverture quarrée, nommée le trou , de 16, pouces en tout fens , pratiquée dans Pépaifseur du mur & au même pignon. A l’endroit où fe termine la galerie, eft attachée debout une planche (/’flix) d’un pied de large & de fix pieds/le haut, derrière laquelle eft pratiqué un vuide qui fait que, ne touchant point au mar, elle fait entendre , quand, elle eft frappée, un fou différent de celui de la muraille,
- 10. Tout Paire du jeu fera carrelé quarrément de carreaux de pierre de Caen , d’un pied en quarré , ce qui fera 90 rangées de carreaux ; & le plafond au niveau du haut des grands poteaux, dont 011 a parié d’abord, fera d e planches de fa pin.
- î 1. Le poteau du milieu de la galerie , dont nous avons parlé ci-defsus ,
- { O La.grille.
- p.570 - vue 572/631
-
-
-
- ART D U J AU MI ER - RAQ U ET 1ER, f7i
- fera percé à f pieds de terre, d’un trou, dans lequel doit pafser une corde moyenne, de laquelle pendra jufqu’à terre un filet. Gette corde traverfe toute la largeur du jeu , le fépare en deux parties égales , & eft arrêtée à même hauteur de cinq pieds , à un crampon fceîlé dans le gros mur 5 & afin de pouvoir la tendre plus ou moins, 011 attache un cric au petit mur, au-deisous du poteau , & on y fait tenir le bout de la corde ; on recouvre cette corde , pour plus de propreté , d’un tifsu de ficelle : cette corde & fon filet baifsent petit à petit dans le trajet par leur pefanteur, de façon qu’elle 11’a guère que deux pieds & demi d’élévation au milieu de la place j mais le cric l’éleve plus ou moins , fuivant l’idée des joueurs.
- . Le dedans.
- 12. Le jeu à dedans’doit être dans toutes fes proportions intérieures égal au jeu quarré décrit ci-defsus ; mais il fera borné à l’autre pignon par un troilieme appentis, fait fur les mêmes proportions des deux autres: c’eft cet appentis de plus qui fait la différence efsentielle de ce jeu au jeu quarré; d’ailleurs il n’a ni trou , ni planche5 il a un tambour. Tout ceci va être expliqué.
- 13. Comme rien ne doit être pris ni enjambé fur l’intérieur du jeu, & que ce troifieme appentis doit avoir autant de profondeur que les deux autres , il eft nécefsaire que le mur de ce pignon foit reculé de cinq pieds: ainfi la cage du jeu à dedans fera plus alungée que celle du quarré; d’ailleurs cet appentis n’eft foutenu qu’aux deux portions de mur plein de fept pieds de haut. Celui qui joint la joue de la galerie aura >4 pieds & demi de long; & celui de l’autre bout 3 pieds & demi: l’intervalle entre ces deux bouts eft fermé par un mur d’appui de 3 pieds 4 pouces de haut, ce qui donne un vuide de 22 pieds de long fur 3 pieds 8 pouces en hauteur. Ce corridor tient la place du trou & de la planche , dont on; a parlé dans la conftrudtion du jeu quarré , & fe nomme les dedans.
- 14, Lorsqjje l’on bâtit un jeu de paume defttné à être à-dedans, ott donne au gros mur du côté de la grille , 16 pouces d’épaifseur de plus qu’il n’en doit avoir par la fuite > on continue cette épaifseur du haut en bas depuis le pignon jufqu’à 18 pieds en avant; 011 la termine en-dedans par un pan coupé qui doit avoir 26pouces de furface ; on continue enfuite le refte du mur fuivant fon épaifseur générale : c’eft ce pan coupé que les joueurs appellent le tambour.
- Termes du jeu appliqués aux pièces .que Von vient de décrire.
- 1$. On appelle tout l’efpace à gauche depuis la corde jufqu’à l’appentis de retour , devers le jm ; & depuis la corde à droite, le fond du jeu.
- Cccc ij
- p.571 - vue 573/631
-
-
-
- f7*‘ ART DU F âUMIER-RAQUETIER.
- i6. La première piece dans laquelle on fe trouve en entrant dans un jeu de paume , & que j’ai dit être un corridor , fe nomme la galerie ; les intervalles entre les poteaux de la galerie fe nomment /w ouverts, & chacun a fonnom particulier. Les noms font les mêmes à droite & à gauche de- la corde : le plus près de la cordé fe nomme le premier , celui d’enfuite le fécond, puis la porte, & enfin le dernier. On ne diftingue la gauche ou la droite qu’en difant, par exemple, le dernier devers le jeu, le fécond au fond du jeu, &e. L’appentis qui couvre la galerie fe nomme le toit> & les deux bouts de mur de la galerie , les joues ; Pappentis en retour d’équerre fe nomme le toit de la grille, parce que l’ouverture qui eft à l’extrémité fe nomme la grille. Le trou qui eft vis-à-vis de la grille au fond du jeu , fe nomme le petit trou , & la planche de i’autre côté fe nomme fais.
- '17. Aux jeux à dedans, les murs pleins qui foutiennent le troifième toit , ayant des longueurs différentes , celui qui eft marqué A s’appelle le* mur du petit dedans, parce qu’ayant un pied de plus que l’autre, le vuide ' n’eft pas fi étendu de ce côté que de l’autre , qui par cette raifon fe nomme. le mur du grand dedans, D. Tout le vuide B fe nomme les dedans. i,8. On a dit à l’article précédent ce que c’eft que le tambour..
- De la difiribution des filets & rideaux;, de la couleur noire des jeux dé. paume, & des raies noires tracées fur le plancher.
- 19. Ce que l’on va dire en commençant cet article, dépend encore de la conftruétion du jeu de paume ; c’eft les corridors extérieurs, conftruits* totalement en bois, qui régnent à hauteur,d’appui du haut des murs des côtés : on les fait de trois pieds de large ; de leur appui extérieur s’élèvent de légers poteaux, efpacés de façon qu’ils fe trouvent vis-à-vis les grands poteaux de clôture , & fous la couverture prolongée. Ces cor-, ridors fe nomment les auges ou les galeries des filets, parce qu’on bouche, toute leur étendue avec des filets qui du toit vont s’arrêter à leur appui extérieur ; leur deftination eft d’arrêter les balles qui donnent dedans, de peur qu’elles ne fe perdent : on attache aufli de poteau en poteau des rideaux de toile , qu’on tire quand il fait foleil, pour en empêcher la réverbération dans le jeu.
- 20. On a parlé du filet attaché à la corde qui partage le jeu en deux. Les autres filets font ceux qui bouchent toute la galerie & les dedans : ceux-ci font de nouvelle création , ce n’eft que depuis quelques années qu’on s’en eft avifé, pour mettre en pleine fureté les fpedateurs, qui précédemment n’ofaient s’arrêter dans la galerie , de peur de recevoir des c-oups de balles , dont quelques-uns ont été dangereufement blefsés ; au
- p.572 - vue 574/631
-
-
-
- ART DU TA B MI ER-RA QU ET IER. 573
- lieu que maintenant dans les jeux à dedans on voit jouer à fon aife, & les dames peuvent s’y placer fans courir aucun rifque.
- 21. Un autre filet eft celui qu’on nomme le rabat : on ne place celui-ci qu’au-defsus des toits des pignons, tels que celui de la grille & celui des dédales : pour afseoir ce filet, on fcelîe quelques tringles de fer à 10 ou 11 pieds au-defsus du toit, de diftatice en diftance dans le pignon : ces tringles onc trois ou quatre pieds de faillie ; on y étend & arrête le filet ; il a deux ufages : l’un , de rabattre dans le jeu la balle, qui bondifsant fur le toit, va frapper defsous j l’autre eft de retenir celle qui, jouée trop haut, va tomber defsus. On garnit ordinairement de nattes tout le pignon au-defsus du rabat, pour amortir le coup de la balle , afin qu’elle ne retombe pas dans le jeu.
- 22. Tout l'intérieur de quelque jeu de paume que ce foit, eft peint en noir. Les maîtres paumiers compofent eux-mêmes ce noir. En voici la recette pour un jeu de paume ordinaire:
- 23. Prenez un demi-muid de fang de bœuf, 14 boifseaux de noir de fumée , 10 fiels de bœufs pour délayer le noir de fumée , & un feau d’urine pour donner le luftre à la compofition ; mêlez le tout à froid.
- 24. Quand le jeu eft bien fréquenté, on renouvelle le noir deux fois l’an. On laifse le plancher & le plafond dans leur couleur naturelle. On fent bien que ce noir eft mis afin que les joueurs puifsent diftinguer la balle qui eft blanche , & la fuivre de l’œil.
- 2f. On enduit auffi de noir les murs extérieurs de la maifon autour de la porte d’entrée. Cette couleur fert d’enfeigne au jeu.
- 26. En Efpagne , les jeux de paume font blancs , & les balles noires.
- 27. Outre ce noir général qui enduit toutes les murailles, poteaux, &c., pn en emploie encore pour tirer fur le plancher plusieurs raies tant en long qu’en large : toutes ont deux pouces de large ; les raies en long ne font qu’au, nombre de deux j favoir, une qui partage l’aire du jeu en deux dans fa longueur d’un bout à l’autre, & une de treize pieds, ou environ, devers la grille , diftante de fept pieds du mur de côté. Toutes les autres fe tirent en, large, & ne fervent qu’à connaître les chafses. O11 ne peut expliquer ceci qu§ lorfqu’on fera la defcription du jeu, à.laquelle 011 renvoie.
- De l'art du paumier - raquetier;
- 2g. Les raquettes & les balles font les véritables inftrumens du jeu. Ou a d’abord joué avec la paume de la main , d’où eft venu le nom de paume, qu’011 donne encore à cet exercice} on fe renvoyait ainfi les pelotes. .* En
- * Recherches de Pafquier..
- p.573 - vue 575/631
-
-
-
- ART PU PAUMIER-RAQUET 1ER.
- 1427 arriva à Paris une jeune femme de Haynaut, âgée de 28 ans-nommée Margot, qui jouait fupérieurement à cette paume, furpafsant les pltfodoabiles. plie avait choifi un tripot, rue Grenier S. Lazare, qu’on nommait le petit Temple , & là elle tenait tète aux plus forts joueurs. On allait la voir par cu-rioficé , qo.mme chofe extrêmement rare. On jouait alors à main découverte: quelquesTims , pour fe faire moins de mal, mettaient de gros gants ; ceux-ci imagineront d’ajufter à ces gants des cordes & des tendons, qui par leur élafticité renvoyaient la pelote bien plus haut & plus loin. C’était un acheminement à l’invention de la raquette, qui enfin a été trouvée & a prévalu. Etïe&ivement, elle eft fi efsentielle à ce jeu, qu’il n’arrive que rarement, ou parfontaifie, qu’on fe ferve des injirtimens : c’eft ainfi qu’on nomme en général ces palettes de bois , ou plus largep, ou plus étroites, dont on va donner les noms & les dinienfions. Les pàumiers ne prennent pas la peine de faire ces inftrumens ; ils les achètent des gens de campagne, qui les leur apportent.
- Proportions des raquettes & des injlrumens.
- 29. Les pàumiers fabriquent de deux ou trois fortes de raquettes ; la raquette ordinaire pour la paume, la demi-paume, la raquette en battoir.
- 30. La raquette ordinaire a la tête de 8 pouces de long , de 5 pouces de large vers ion milieu ; le manche, y compris fon étaneon , 15 pouces de long ; le bois de toute la raquette a un demi-pouce d’épais fur un pouce.
- 31. La demi-paume n’eft autre chofe qu’une raquette, dont le bois eft moins épais , ce qui la rend plus légère.
- 32. La raquette en battoir eft une raquette toute droite, imitant le battoir, & plus étroite que la raquette ordinaire.
- 33. Les inftrumens font entièrement de bois de foule, collés, nervés, recouverts de parchemin. Ils font au nombre de quatre : le battoir, le demi-battoir , le triquet, le demi-triquet.
- 54. Le battoir eft compofé de trois pièces qui forment fa tète : celle du milieu prolongée fait le manche -, la tête a 8 pouces de long, ÿ pouces de forge ; le manche a un pied de long.
- 3f. Le demi-battoir eft de trois pièces arrangées comme au battoir; la tète a 9 pouces de long , 4 pouces de large ; le manche a 13 pouces & demi de long.
- 36. Le triquet n’eft que d’une piece ; il a g pouces & demi de tête , laquelle a 2 pouces trois quarts de large; le manche a 14pouces de long.
- 37. Le demi-triquet n’eftJ aufii que d’une piece ; fa tète n’a que 2 pouces & demi de large , le refte des proportions comme au triquet.
- 38. Les meilleurs de tous ces inftrumens de bois fe font à Liancourt, près de Clermont ^n Bafligny.
- p.574 - vue 576/631
-
-
-
- ART DU F AUMI ER- RA QUE Tl ER. m
- De la raquette & de fa confirufîion.
- 39. Les matériaux qui entrent dans la conftru&ion de la raquettefont les fuivans :
- Le bois de frêne.
- Le bois de tilleul , ou autres bois blancs.
- La corde ou ficelle de boyau.
- Les nerfs de la jambe de derrière du bœuf* réduits en filafse.
- Le parchemin.
- La col le * forte.
- La bafane blanche.
- La fciure de bois de chêne tamifée.
- 40. Injlrumens & outils. (6)
- Le chevalet. (7)
- La chaudière. (S)
- Le chevalet à étançon. ( 9 ) Le moule à raquettes. (10) La poitriniere de liege.
- Le billot. ( 10
- L’enclume & cifeau. (12)
- La prefse. ( 13 )
- Le banc à percer. (1:4)
- La poitriniere de buis. ( if )
- Les cabiilets de fer & de bois. ( 16) La chevrette , & fes coins. ( 17 )
- ( 6 ) Voyez Y explication des planches.
- ( 7 ) 11 reiTemble beaucoup à celui des tonneliers.
- ( 8 ) Elle eft de cuivre , de cinq pieds de long, pour y faire bouillir les échalas. On a foin de les charger d’une pierre, afin qu’ils ne furnagent pas.
- ( 9 ) C’eft un chevalet deftiné à travailler l’étanqon avec la plane & la râpe , pour lui donner fa forme.
- (10) Outil deftiné à ployer l’échalas tout chaud , en fortant de la chaudière.
- ( 1 r ) Ëfpece de tréteau garni de bouts dè fer, dS marteau & de crampons. Il fert à donner la forme à la raquette , tandis qu’elle eft encore chaude.
- (12) Billot rond , fur lequel eft debout Une broche de fer, & à côté une courte* lame de métal. Lapremiere fert à courber les clous de l’étancon ; la fécondé, à en couper le bout, quand iis font trop longs.
- ( 1? ) Deftinée à reflerrer les jambes de la raquette.
- ( >4 ) Deftiné à percer tous les trous dé la tête de la raquette avec le vilebrequin.
- ( iç ) C’eft un morceau de buis attaché fur la poitrine, contre lequel fouvriet appuie le vilebrequin.
- ( 16) Deux lames ou réglés courtes , l’une de fer , l’autre de bois, qu’on place l’une au-delfus de l’autre, pour roidir contre les jambes de la raquette, de peur qu’el-les ne rentrent.
- ( 17 ) Efpece de crochet de fer évafé par-' un bout, de onze pouces de long ; le boub évafé fert à embraffer le collet de la raquette ; le crochet de l’autre bout dépafle la raquette de quelques pouces. DaiTs cèt' intervalle on chaffe à coups de marteau1 deux coins qui, forçant contre le haut delà tête de la raquette, la contraignent 3-s’applatir.
- p.575 - vue 577/631
-
-
-
- 176 art du faumier.raquetier.
- Les trois compas. ( ig)
- Le vilebrequin avec l’égravoir. (19) Le vilebrequin avec la meche. ( 20 ) La gouge. (21 )
- Les clous à raquette.
- Le poinçon Ample & double.
- Les grattoirs. ( 22 )
- Les brides de fil de fer. (23)
- Les billards. (24)
- La lifsette. ( 25 )
- Un gros étau de bois à mâchoire ferrée , pareil à celui des ébéniftes. Le four à colorer.
- Les râpes à bois»
- Le trufsequin.
- La peau de chien.
- Le travail de la raq_uette.
- Former la raquette,-
- 41. Le frêne, en latin fraxinus excelfior, eft le feul bois avec lequel 011 puifse faire de bonnes raquettes. Les billes du tronc de cet arbre qu’on y deftine , doivent être les premières coupes fur la racine de frênes âgés de dix ans, & avoir 5 pieds de long. Celles d’au-defsus de cette première coupe n’y valent rien j elles font caftantes. On les refend en échalas, qu’on met en bottes pour les vendre ; mais parmi les maîtres, ceux qui s’adonnent aux raquettes, font toujours mieux de choiilr la bille entière & bien faine , de la refendre eux-mêmes avec le coutre de bûcheron , de bûcher les échalas avec la hachette , pour enfuite les planer fur leur chevalet. C’eft à cette dernière façon que commence le métier.
- 42. Lé bois de tilleul, ou autre bois blanc, ne fertque pour l’étançon, dont 011 parlera bientôt.
- ( 18 ) Avec lefquels on pointe autour de la tête de la raquette , la place des trous qu’on doit y faire pour palier la corde à boyau.
- (19) On s’en fert pour fraifer l’endroit où doit être perdue la tête des clous qui percent l’étançon & le manche.
- (20) Sert à percer d’outre en outre la place des clous qui joignent le manche à l’étançon. On l’emploie auffi à percer les trous pour corder la raquette.
- (21) Efpece de tranchet courbe & court, dont on fe fert pour enlever du bois à l’étançon de chaque côté , pour le nerver en-fuite & coller le parchemin. On fe fert d’une gouge ordinaire pour faire les rainures d’un trou à l’autre.
- ( 22 ) Ce font des morceaux de lame d’épée emmanchés par les deux bouts, dont on fe fert pour commencer à polir la raquette.
- ( 2 j ) Dans lefqueîles on enfonce la raquette jufqu’à la moitié de fa tête , pour maintenir les jambes.
- ( 24 ) C’eft une tringle de fer à vis & à écrou , qu’on fait entrer avec force dans la tête de la raquette cordée , pour la main, tenir dans fa longueur.
- (2ç) Petit inftrument plat, d’os, qui fert à faire prendre le nerf fur la colle à l’étançon , en le paflant & appuyant deflus, afin de l’unir, comme auffi fur le parchemin lorfqu’on le colle fur le nerf.
- 4-3.
- p.576 - vue 578/631
-
-
-
- ART DU P A U Al I ER - RA Q Ü ET I ER.
- 577
- 43- Quand I’échalas eft taillé grofîiérement, comme il vient d’ètre dit, il s’agit de le rendre égal d’un bouc à l’autre. Pour cet effet, le paumicr s’afseoit lur le banc du chevalet, & poufsant en avant avec fon pied la piece mobile, il en amene la tète contre la planchette. Cette tête garnie en-def-fous de quelques pointes , ferre I’échalas , & l’empêche de glifser. Alors il le plane fucceüivement & quarrément d’un bout à l’autre , a l’épaifseur d’un pouce fur un demi-pouce.
- 44. Les échalas étant planés , on prend le milieu de chacun, que Fon marque d’un trait de crayon rouge. On prend enfuite le milieu de chaque moitié qu’on marque de même. Ces traits divifent I’échalas en quatre parties égales. On porte ces échalas ainfî marqués à la chaudière qu’on remplit d’eau.
- 4?. La chaudière eft de cuivre rouge , de forme quarrée } elle a cinq pieds de long , neuf pouces de large & un pied de profondeur, pofée fur fes pieds dans une cheminée. On met une pierre par-defsus les échalas , de peur qu’ils ne fumagent , & on les laifse tremper ainli à froid pendant pluheurs jours.
- 46. Lorsqu’on veut commencer le travail de la raquette, on fait grand feu fous la chaudière, pour faire bouillir les échalas pendant une bonne heure ; & lorfqu’on les juge fuffifamment pénétrés & amollis, on les prend l’un après l’autre pour les façonner.
- 47. On porte d’abord I’échalas tout chaud fur le moule à raquettes. Le moule à raquettes eft un monceau de planche de chêne, épais d’un pouce & demi, taillé en tète de raquette afsez grofîiérement, pofé fur un établi, auquel il eft fermement attaché par une groise vis de fer à tête plate & quarrée, qui 3e traverfe ainfî que l’établi , & fe ferre en-defsous avec un écrou. Ce moule eft accompagné de trois grofses chevilles de bois rondes, qu’on fait entrer & fortir le bas, comme Ci c’était des bouchons, dans autant de trous faits à l’établi. La première entre environ à un demi-pouce du haut du moule > les deux autres font placées à un bon pouce du bas du moule. Vis-à-vis de l’intervalle qui eft entre ces deux dernieres chevilles, à trois ou quatre pouces en avant, eft une cheville de fer debout.
- 48. On commence par lever la première cheville : on applique le milieu de i’échalas marqué de crayon rouge fur fon côté large , contre le milieu du haut de la tête du moule > on renfonce tout de fuite la cheville , qui le ferrant contre le moule , l’empêche de fe déranger. Alors on le ploie le long des côtés du moule , & on examine fi les deux autres traces de crayon rouge fe rencontrent au bas du moule , vis-à-vis l’une de l’autre. Cela étant, on leve les deux autres chevilles , l’une après l’autre j & quand chaque côté a été amené en-dedans, on les renfonce j ce qui contraint les parties bafses de I’échalas de s’appuyer contre la cheville de fer. Les chevilles remifes en leur place , ferrent & rapprochent l’une de l’autre les deux portions qui
- Tome III. Dddd
- p.577 - vue 579/631
-
-
-
- 578 ART DU P A UM 1ER-R A QU ET 1ER.
- doivent devenir par la fuite le manche de la raquette. On entoure cet étranglement entre les chevilles & le bas du moule , aveG plusieurs tours de ficelle que l’on ferre bien. Alors la raquette eft moulée. Le haut fe nomme' la tête', les deux côtés, lesjambes; le bas à l’endroit ficelé, le collet ,* & les bouts reftans, le manche.
- 49. Une des pièces les plus nécefsaires aux raquetiers lorfqu’ils travaillent la raquette , eft ce qu’ils nomment la poitriniere delliege, parce que , foit. qu’ils foient debout ou affis, ils ont très-fouvent quelque partie de la raquette appuyée contre l’eftomac. Cette poitriniere eft une petite planche d’environ fix pouces en quarré , fur laquelle eft collé un morceau de liege de ta même étendue. On y attache des corroies qui fe bouclent fur les reins.
- 50. Aussi-tot donc que la ligature eft faite , l’échalas étant encore chaud ». on l’enleve de defsus le moule , & 011 porte fans tarder cette raquette ébauchée au banc à drefser ; & là à force de pefiées , & en 1a contraignant de différentes maniérés entre les fers , le marteau , les crochets & crampons , dont le banc eft garni, on. la drefse , c’eft-à-dire , on parvient à lui donner le biais qu’il faut que 1a tête ait pour être bien à main. On conçoit bien qu’il eft; impoffible de décrire tous les mouvemens & les coups de levier que l’ouvrier exécute dans cette occafion ; c’eft une affaire de pratique.
- 51. Après que la raquette eft à fon point, & de peur qu’en refroidif-fant les jambes ne fe rapprochent, fur-tout vers le collet, 011 les maintient' dans leur écartement par le moyen de deux réglés, l’une de fer, l’autre de^ bois, qu’on fait entrer- vers le bas des jambes : on, les nomme des cabiüets.. On pofe d’abord celui de fer, & au-defsus celui de bois, qui eft un. peu; plus long : on laifse en cet état la raquette fe refroidir;
- 52; Tout manche de raquette eft garni de fon étançon. Ce qu’on appelle' étançon eft une tringle plate de bois de tilleul, ou de quelque autre bois blanc. On 1a plane d’un pouce fur un fens, & d’un demi-pouce de l’autre; mais comme un des bouts doit être évafé en éventail, l’ouvrier fe fert d’une efpece de chevalet fait exprès , au moyen duquel en pofant & ferrant fa tringle dans les.entailles & tafsaux , il la travaille fur tout fens pour la figurer comme il vient d’être dit. Cet étançon fe pofe entre les deux bouts de la raquette deftinés à en faire le manche , & il en remplit le Gollet. On lui donne ordinairement quinze pouces de long;
- 53* Pour continuer le travail de ta raquette qu’on a laifsé refroidir,.on; ta reprend dans l’état où on l’a quittée , c’eft-à-dire, ficelée au collet & appuyée en-dedans par les deux cabiüets. On la porte au billot, vis-à-vis duquel on s’afseoit; Le billot eft une efpece d’établi quarré , bas & maffif», dont la table a fix pouce» d’épais ; les quatre pieds à l’avenant font folide* ment arrêtés au plancher avec des pattes mêmeX 1a muraille quand oi3i
- p.578 - vue 580/631
-
-
-
- 579
- ART DU PA UMIER - RA QUE TI ER.
- le peut. Il eft garni fur fa table de plufieurs crochets & crampons ; & fur fou épaifseur, de plufieurs enfoncemens en rond & en long : le tout pour afseoir folidement la raquette en la travaillant. Le crampon le plus proche du bord fert à retenir ce qui fe nomme la cheville. Elle eft de bois : le raquetier fait lui-même fes chevilles de différentes formes, fuivant qu’elles lui conviennent; elles fervent à appuyer la raquette; tout cet appareil fert à en planer le contour. L’ouvrier étant donc afiis vis-à-vis du billot & armé de fa poi-triniere, appuie fa raquette contre l’entaille de la cheville., tantôt par la tète, puis par le manche, &c. & la plane en l’air , abattant & adoucifsant les vives arêtes extérieures dans tout le pourtour. Il en redrefse aufli les portions qui auraient pris un peu de cambre en refroidifsant. Les crochets & crampons lui aident à forcer un peu à droite ou à gauche. Enfin , il la tourmente jufqu’à ce qu’elle foit devenue également à plat d’un bout à l’autre. Le contour de la tête en-dedans ne fe plane pas ; on fe fert d’un gros étau de bois à mâchoires ferrées , femblable à celui des ébéniftes , dans le*= quel on arrête la raquette , & on l’arrondit avec une râpe à bois.
- f4. Tout cela étant fait , l’ouvrier met î’étanqon en place, c’eft-à-dire, qu’il le fait entrer entre les deux côtes du manche , & l’ajufte avec la râpe, de maniéré qu’il joigne par-tout , & qu’il remplifse exactement le collet de la raquette: alors il s’arme de la poitriniere de buis. Cette fécondé poitri-niere eft compofée d’une petite planche quarrée avec fa ceinture , fembla-bie à celle de liege ci-defsus ; mais au lieu de liege, eft cloué un morceau de buis rond & élevé en forme de mamelle , au centre de laquelle eft un petit creux fait pour recevoir le bout d’un vilebriquin , à l’autre bout duquel il place d’abord Végravoir , outil de fer terminé par une pointe qui s’élève entre deux coupans, refsemblant en petit à un pareil inftrument dont les tonneliers fe fervent pour percer les tonneaux , qu’ils appellent un perçoir. Il remet & ferre la ficelle au collet ; puis appuyant la raquette contre le billot, il commence avec cet outil qu’il pointe au-defsous de la ficelle, un trou qui doit recevoir en cet endroit la tête d’un clou à raquette ; puis fubftituant une meche de fer à ce premier outil <, il achevé de percer d’outre en outre. Le clou qu’il enfonce enfuite , doit avoir un pouce & demi de long ; mais avant de l’enfoncer, il prend la gouge, avec laquelle il fait une rainure au-defsous * & qui communique au trou , par lequel la queue du clou doit fortir. Cettê rainure fert à la loger , de peur qu’elle ne dépafse. Le clou étant entré, & fa tète noyée dans le trou de l’égravoir, il porte la raquette fur l’enclume-. Cette enclume eft attachée debout au milieu d’un billot rond, & n’eft autre chofe qu’une pointe de fer afsez grofse & haute de trois à quatre pouces * à quelque diftance de laquelle eft une lame.de fer, aufli debout, large de deux pouces, haute de deux à trois pouces 3 de trois lignes d’épais, ter*
- Dddd ij
- p.579 - vue 581/631
-
-
-
- 58o AKJ DU F AU MIER-'li A QU ET 1ER.
- minée quarrément par un double bifeau, nommée le cifeau. Ce cifeau ne lui fert que pour cafser le bout de la queue du clou » quand il la juge trop longue. Il recourbe fur l’enclume cette queue, pour la faire entrer & la river dans fa rainure , de façon qu’elle y foie perdue. Enfuite il fait couler la ficelle le long du manche jufqu’au bas , où il la refserre } & il enfonce de la même maniéré de diftance en diftance le long du manche, deux autres clous en feus contraire du premier} ceux-ci ne doivent avoir qu’un pouce de long 3 il ôte la ficelle inutile , & le manche a fa derniere façon } il remet les cabillets en place , pour entretenir toujours l’évafement des jambes vers le collet.
- Sf. Une raquette, pour être bien faite, doit être applatie fur le haut de la tête & le long des jambes. Il s’agit maintenant de lui donner ce pli en repoufsant ces parties pour les redrefser. On en vient à bout en fe fervant de la chevrette avec fes coins & de la prefse.
- 56. La. chevrette effc un infiniment de fer, compofé à un de fes bouts d’une efpece de crampon large , fait de façon à pouvoir embrafser le collet de la raquette. Le refie eft une tringle de fer quarrée , terminée par un crochet. Tour l’inftrument a onze pouces de long. On le place d’abord au collet ; & fa tringle qui fe couche le long du milieu de la tète de la raquette, la dépafse d’environ trois pouces. C’eft dans cet intervalle qu’on chafse deux coins de bois à l’oppofite l’un de l’autre , & qu’on les ferre à coups de marteau , entre le crochet du bout de la chevrette & le defsus de la tête de la raquette, que cette preftion contraint à rentrer} mais comme cette force occafionne l’évafement des jambes , on y remédie en même teins par la prejjè, dans les entailles de laquelle on place la raquette horizontalement. Cet inftrument, au moyen de fa vis, ferre fortement fes jambes, & les redrefse. On laifse quelque tems en prefse la raquette ainfi ferrée de toutes parts } & lorf-qu’on l’en ôte, on défait la chevrette , & on maintient les jambes par une bride de fil de fer qu’on fait couler par le milieu.
- Percer la raquette.
- 57. Il s’agit maintenant de marquer les places des trous qu’il faudra {aire pour y lacer la corde à boyau, qui doit garnir comme un treillage le vuide de la tête de la raquette. Ces trous doivent former deux rangs fur tout fon pourtour extérieur, & y être efpacés de maniéré qu’ils ne fe trouvent jamais parallèles l’un à ftautre } mais que chaque trou d’une rangée réponde à l’intervalle entre deux trous de l’autre , & que, lorfqu’ils feront percés fuivanfc i’art, iis ne forment qu’une rangée , au milieu de la furface intérieure du tour de la raquette. Voici comme cette opération s’exécute : 011 commence
- p.580 - vue 582/631
-
-
-
- ART DU TAU MI ER - R A QUE TI ER, 5gi
- aligner de deux traits de trufsequin les deux rangées extérieures, un trait le long de chaque bord. On prend enfuite une laniere de cuir afsez longue pour qu’elle puifse faire par-dehors le tour de la raquette, obfervant quefes deux bouts fe rencontrent jufte vis-à-vis l’un de l’autre au commencement du manche. Alors on la ploie en deux, on fait avec le poinçon un trou à cette laniere, à l’endroit du pli , on la rapporte autour de la raquette. Le trou qu’on vient de faire , indiquera jufte le milieu du haut de la tête. On y fera une marque avec le poinçon. La laniere ôtée, on fe fervira des trois compas l’un après l’autre.
- 58. La forme de ces compas eft plate. Ce font de petites planchettes de bois percées en ovale dans leur milieu , pour pouvoir y paîser les doigts afin de les tenir. Ils ont trois à quatre lignes d’épais. Sur l’épaifseur d’un de leurs bords coupé en ligne droite , eft un rang de pointes de fer différemment diftribuées fur chacun : celui dont on fe fert le premier, a dix pointes lon= gués de trois lignes, diftantes de cinq lignes, excepté les deux premières pointes de l’un des bouts, dont l’intervalle n’eft que de deux lignes ; le fécond a dix-huit pointes de fix lignes de long, efpacées également à trois lignes l’une de l’autre ; le troifieme a neuf pointes , dont huit font efpacées comme celles du fécond , & la neuvième eft à un pouce de fon avant-der-niere. Elle a fix lignes de long, & chacune des autres va en diminuant de longueur petit-à-petit, de forte que la première n’a que cinq lignes de long.
- 59. On commence par appliquer la fécondé pointe du premier compas, qu’on vient de dire être à deux lignes de la première dans la marque précédemment faite au milieu de la tète ; & appuyant les autres pointes le long d’une des rainures tracées avec le trufsequin , elles marqueront des points aux endroits où doivent être les trous. On continue avec le fécond , puis avec le troifieme compas. On reporte le premier compas au milieu pour marquer l’autre côté. En fuivant la même méthode, on marque enfuite l’autre, trait de trufsequin de la même façon , obfervant cependant, comme il vient d’être dit, que ces marques fe rencontrent vis-à-vis des intervalles entre deux marques de la première rangée , faite de cette façon,
- 60. Les places de tous les trous étant indiquées , l’ouvrier s’afteoit, jambe-deçà jambe delà , fur le banc à percer, vis-à-vis un petit coffret quarré d’environ un pied de haut, qui y eft attaché , fur le defsus duquel, à deux pouces du bord qui regarde l’ouvrier, font plantés deux bouts de fer, enveloppés de peau liée autour. Us ont deux pouces & demi de haut, & font diftans, l’un de l’autre de trois à quatre pouces. Il prend fa raquette de la main gauche; puis armé de fa poitriniere de buis , & pofant, de marque en marque-des compas, la meche qu’il a mife au bout de fon vilebrequin, il fe met à percer. Il doit percer dix-huit trous à la tête, autant au bas des jambes &
- p.581 - vue 583/631
-
-
-
- 583 ART DU P AUM1ER-RAQUETIER.
- au collet, avec une meche de diamètre à faire un trou d’environ une ligne, & le lurplus avec une plus fine de la moitié j les quatre derniers gros trous du collet de chaque côté, doivent percer au-travers de l’étançon , fortir & fe trouver rangés fur le milieu de fon épaifseur en-dedans de la raquette. On gouge enfuite les deux rangs de tous les gros trous de la tête ; c’eft-à-dire, qu’on fait avec la gouge une rainure dans le bois d’un trou d’une rangée au trou de l’autre ; les fix trous qui font au tournant fur le côté élevé , fe gougent en zigzag. Tous les gros trous font pour les montans , & les petits pour les travers : ce qui fera expliqué ci-après. C’eft une elpece de ruban factice qui entoure la raquette , où tous les trous l’ont marqués. Quand la raquette eft percée & gougée , comme il vient d’être dit, on fe remet au billot pour la polir, d’abord avec le grattoir, qui commence à l’unir. Cet inf-trument fe fait avec des portions de lames d’épée , à chaque bout defqueiles on met des manches de bois. On achevé le poli avec la peau de chien , on lui remet la bride de fil de fer ; alors elle eft en état d’aller au four pour lui faire prendre la couleur de marron.
- Brunir la raquette,
- 6ï. Le four eft de maçonnerie, de trois pieds ou plus en quarré , de cinq à fix pieds de haut, ayant une ouverture à quatre pieds & demi de terre, qu’on ferme avec un volet. A. raze-terre eft une petite arcade qu’on ferme de même : on fcelle dedans , à quatre pieds ou environ de terre , plufieurs tringles de fer d’équerre avec le mur. On enfile les raquettes fur ces tringles, elles y pendent le manche en-bas ; on obferve qu’elles 11e fe touchent point : enferme le volet d’en-haut, & 011 fait entrer par l’ouverture d’en-bas de la fciure de bois de chêne tamifée avec foin , de peur qu’il ne s’y trouve quelque petit éclat de bois, dont la fumée gâterait l’opération. On allume cette fciure ,.on ferme le volet d’en-bas ; on a foin de remettre de la fciure à me-fure que la précédente fe confiante ; on 11e retire les raquettes du four qu’au bout de deux jours & deux nuits , & même un peu plus en tems humide. La fumée de cette fciure colore très-bien le bois. A mefure qu’on retire les raquettes du four, on refserre les clous du manche , & on 11e les reprend plus que pour nerver l’étançon, & enfuite les corder.
- 62. L’étançon , après avoir été pofé en fa place , a dû être râpé au niveau des deux côtés du manche ; il s’agit maintenant de le nerver par en-haut jufqu’au tiers de fa longueur , & de: coller enfuite du parchemin par-defsus la nervure, le tout afin de fortifier fon bois qui eft tendre. Cette opération qui lui donne de l’épaifseur , l’éleverait au-defsus de fon niveau 5 s’eft pourquoi il eft nécefsaire, avant de la faire, d’ôter du bois. Pour cet
- p.582 - vue 584/631
-
-
-
- ART DU TA ü MI ER - RA QU ET IER. 58S
- effet, on prend un court tranchet qu’on nomme gouge, avec lequel on coupera une bonne ligne d’épais du bois de l’étançon de chaque côté, depuis le haut jufqu’au tiers de fa longueur. On a du nerf pris entre le jarret & le pied de derrière du bœuf, & réduit en filafse (26); on l’étend à égale épaifseur, on l’enduit tout de fuite de colle-forte , & on pafse defsus le tout la lifsette, petit outil d’os mince, plat & arrondi par les bouts. On laifse fécher : quand le nerf eft fec, on prend , pour ainfi dire, la mefure de l’étançon, en taillant defsus du papier , pour enfuite fur ce papier couper le parchemin, au bout'large duquel on laifsera une longueur de demi-pouce de plus , qui fe rabattra fur l’épaifseur de l’étançon en-dedans delà raquette quand on collera. Il faut tailler ainfi deux pièces de parchemin pour un étançon, une de chaque côté. Ces pièces collées ne passeront pas la nervure.
- 63. Quan© 011 veut pofer le parchemin, on commence par étendre de la colle-forte , on applique tout de fuite le parchemin , que l’on unit bien par-tout avec la lifsette. Quand il eft bien collé, on découpe avec des eifeaux la longueur de demi-pouce qui dépafse, dont nous venons de parler , de la façon dont fe découpe le bout d’un ruban , pour l’empêcher de s’éfiler. On enduit de colle l’épaifseur du defsus de l’étançon , on y applique ce furplus découpé , qu’on unit de même avec la lifsette. On fait les mêmes opérations de l’autre côté : alors l’étançon a fa derniere façon ; il ne s’agit plus que de corder la raquette..
- Corder la raquette„
- €4. Corder une raquette , c’eft remplir de mailles quarrées tout le vuide de fa tête ; on n’y emploie que de la corde à boyau de deux grofseurs. différentes. Celle qu’on emploie pour les montans * ( on appelle ainfi les. rangs qui vont de haut en bas ), fera de la grofseur d’une ficelle ordinaire % 8c celle qui doit faire les travers (c’eft ainfi qu’on nomme les rangs qui croifent les montans) , doit être de la moitié moins grofse. Il faut, pour corder une raquette de paume ordinaire , quatre aunes & demie de grofse corde , & neuf aunes de petite. Tous les trous faits autour de la raquette, fervent à; pafser ces cordes , d’abord les montans, enfuite les travers * les, montans feront au nombre de 18, & les travers 32 ou 3 J.
- 65. Four fe préparer à corder , on commence par enfoncer en tournant: un poinçon rond & poli dans tous les trous , pour les adoucir & les rendre,-
- ( 2 6 ) Le meilleur fe tire de Poitiers. vre, lifez Y explication des figures., k b. fia,
- * Pour mieux comprendre ce qui va fui* de cet art,
- p.583 - vue 585/631
-
-
-
- m
- ART DU P AUMIER-RAQU ETIER. '
- plus coulans. Il faut fe fervir de deux poinqons, un plus gros pour les gros trous. Enfuite on prend la corde deftinée aux montans ; on la plie en deux ; on fait pafser le pli dans un crochet attaché à la muraille ; on la tire avec force pour l’alonger & l’égalifer ; on la frotte en même tems de favon , afin de la rendre plus coulante lorfqu’elle pafsera dans les trous ; enfin on commence à corder par les montans. Pour cet effet, on pafse de dehors en dedans les deux bouts de la corde dans les deux trous du milieu du haut de la tète , d’où on les conduit de dedans en dehors dans les deux trous du milieu de l’étançon qui Portent au bas du collet ; on les enfile enfuite dans les trous voifins tant en-bas qu’en-haut , tendant toujours le plus qu’on peut, jufqu’à ce que les dix-huit montans lbient paftés ; & pour les faire roidir davantage , on pafse aux feize trous d’en-bas , fous le montant extérieurement contre le bois, quand on le fait fortir d’un trou pour entrer dans l’autre, deux petits bouts de corde à boyau , qu’on place fous le montant même, au milieu de l’intervalle qu’il parcourt entre le trou dont il fort & celui où il entre. Quant aux trous d’en-haut , on loge la corde à mefure dans les rainures de communication d’un trou à l’autre, qu’on a précédemment faites avec la gouge , comme il a été dit ci-defsus. Quand tout eft pafsé , on fait un nœud pour arrêter; s’étant enfuite aiiis, on pofe le manche de la raquette dans quelque enfoncement à une muraille , ou ailleurs ; & appuyant la tète debout contre fou ventre, on tire d’une main par le milieu & en élevant, & le plus fort qu’on peut , le montant qui dans cette ffeuation fe trouve le plus bas, celui d’enfuite de l’autre main, & tous fuccellîvement l’un après l’autre. Cette force alonge & tend la corde de plus en plus. On recommence cette manœuvre à plufîeurs repri-fes, jufqu’à ce qu’on fente que tous les montans font tendus bien ferme; & comme cette forte tendon tire à elle le haut & le bas , elle fait écarter les côtés, & rend la raquette plus courte & plus large qu’elle ne doit être. On la met dans la prefse, dont l’effet eft de rapprocher les jambes ; & afin d’empêcher que la raquette étant hors de prefse ne reprenne le même pli, on fait entrer à force un ou deux billards , qui roidifsent fur fa longueur. Le billard eft une tringle de fer de n pouces de long , terminée en crochet par un bout, & par l’autre en une vis. L’écrou qui tourne defsus a deux branches , dont chacune fait l’effet d’un autre crochet, qu’on peut avancer ou reculer plus ou moins.
- 66. Le billard étant pofé, on ôte la raquette de la prefse , & on fe prépare à corder les travers. Pour cet effet, après avoir tiré & favonné la corde des travers, comme il a été fait à celle des montans, on en pafse un bout dans le premier petit trou du haut d’une des jambes ; on tire par-dedans la corde jufqu’à la moitié ; &pour la pafser de montans en montans, on lui
- p.584 - vue 586/631
-
-
-
- ART DU P A U 311E R - R A QU E T1E R. w
- faît faire un tour de defs-us en defsous autour du premier, du fécond & de tous les autres > on parvient ainfi jufqu’au premier petit trou de l’autre jambe , on pafse au travers., & on rentre au trou de defsous pour faire un fécond rang , &c. Cette moitié de corde doit faire huit travers -, en prend enfuite d’autre moitié qui eft reliée en-dehors , & on la defeend dans le neuvième trou ; elle doit faire fept autres rangs de travers, une autre corde en fera douze au-defsous des fept derniers. Voici déjà vingt-fept travers : fur quoi il eft à remarquer que tous les travers qu’on vient de faire, fe commencent par le haut & finifsent en-bas , & qu’au contraire on commence à les tirer pour les tendre par le bas, & on finit par le haut, où il refte encore un vuide fans travers. On va expliquer tout ceci. Tirer les tradersc’eft les tendre ; pour cet effet, on prend un poinçon qu’on pafse fous chaque maille, on la faifit entre le poinçon & le pouce; & tirant à loi , la corde ferre le montant & s’alonge. On tire ainfi par trois fois maille à maille tous les travers , commençant par le dernier rang , c’elf-à-dire , le plus pi oche de Pétan-çon., & finifsant ..en-haut au premier rang, par lequel on a commencé. Cette forte tendon alonge afsez les bouts de corde pour fournir -à faire les cinq ou fix travers qui doivent achever de remplir le haut de la raquette. Ces cinq travers pafsés , tirés & arrêtés par un nœud, complètent le nombre de trente-deux travers, qui doivent barrer toute la raquette. Il ne s’agit plus que d’égalifer les mailles quarrément, & de doubler enfuite dix ou douze montans de la tête à leur origine pour les-afsurer, en les empêchant de vaciller dans leurs trous. La première de ces deux opérations, qui.confi.fte à éga-lifet les mailles en rangeant les travers en lignes droites , de façon qu’avec les montans ils repréfentent des mailles régulières , s’exécute ainfi. On prend le poinçon double , c’eft-à-dire, qui fait la fourche ; avec cette fourche on embrafse un montant quelconque , & en poufsant en avant ou en arriéré le nœud du travers qu’on veut aligner , on le fait couler à l’endroit où il doit refter. A l’égard du doublement des dix ou douze montans , on fe fert de bouts de corde à travers. On commence par faire un nœud à une extrémité, dans lequel on enferme une petite portion de corde de montans, on pafse l’autre extrémité dans le trou du montant qu’on va doubler. Le nœud qui contient la portion de corde , forme une grofseur qui s’arrête dans le trou. Alors ayant la raquette du côté des nœuds , & prenant l’extrémité qu’on a pafsée , on la plonge de defsus en defsous, dans la première maille à droite du montant -, on la ramène de defsous en defsus par la première maille à gauche , on la replonge dans la fécondé maille du même côté, & on la ramène par la première maille à droite, dans laquelle on l’avait fait entrer en commençant. On tire à foi le bout. Tous ces tours fe ferrent, & font une efpece de nœud joignant celui du travers. On repart de ce nœud pour en faire un Tome III Eeee
- p.585 - vue 587/631
-
-
-
- ART DU PAUMIER-RAQUET IER. r
- pareil au travers du defsous, de là un autre, &c. jufqu’à ce qu’on en ait fait cinq ou fix au même montant ; après quoi on coupe le reliant du bout. C’efl ainfi qu'on double les dix ou douze montans le long de la tête, & la raquette ell entièrement cordée.
- 67. On finit par envelopper le manche aux deux tiers de fa longueur par plulieurs tours de peau de mouton blanche, qu’on arrête en-haut & en-bas avec des broquettes. On la remet un moment dans la prefse pour y pofer un billard ou deux, afin qu’elle fe maintienne dans fa forme. Puis ayant ôté les billards , on la lie du haut en-bas en bandoulière de gauche à droite avec une corde à boyau. Pour la même raifon on la laifse ainll bridée jufqu’à ce qu’on veuille s’en fervir.
- De la balle.
- 6%. Les matériaux qui fervent à la conflru&ion de la balle font, des chiffons ou recoupes d’étoffes de laine, comme drap , ferge, &c. de la ficelle faite exprès, très-peu torfe, que les cordiers nomment ficelle à balles ÿ du gros drap blanc neuf.
- 69. Les inflrumens qu’on emploie font, la boîte à balles , le bilboquet * le moule à balles.
- • Travail de la balle.
- 70. Les balles, de paume font les inflrumens de ce jeu les plus indifL penfables. Voici comme elles fe conllruifent :
- 71. Comme les lanières de chiffons qu’on a dû préparer en les taillant à un demi-pouce , ou à trois quarts de pouce de large , fe rencontrent de longueurs différentes , on commence par en afsembler côte à côte un demi-pouce d’épais fur une longueur d’environ fix pouces. On les tourne d’abord toutes enfemble par un bout entre les deux doigts , de la façon dont on commencerait une boucle de cheveux , pour la mettre en papillote. On diflribue enfuite le furplus dans fes mains en tous fens , de maniéré qu’on parvienne à en faire une petite boule bien ronde, grofse comme une noix. C’efl ce qu’on appelle le noyau. On continue en tournant autour de ce noyau d’autres lanières, une à une, de différens fens, jufqu’à ce qu’on foie arrivé à l’épaifseur de deux pouces plus ou moins. Je dis plus ou moins, parce qu’on doit faire les balles en proportion de là longueur du jeu de paume , plus petites fi le jeu efl plus court, & plus grofses (I le jeu efl plus long.
- 72. Lorsqu’on efl parvenu à la grofseur qu’on defire, on la porte fur la boîte à balles. Cet inflrument efl un morceau de bois arrondi au tour , de huit pouces de haut, renflé par les deux bouts , terminé d’un côté par une queue du même morceau deftinée à être enfoncée dans un trou fait fur le def.
- p.586 - vue 588/631
-
-
-
- 587
- ART DU F AU MI ER - R AO UE T 1ER.
- fus d’un banc, d’un établi ou ailleurs, afin que l’inftrument s’y trouve debout. La fuperficie du bout d’en-haut doit être concave , & c’eft fur ce creux que l’on tourne & retourne la balle de la main gauche s pendant qu’on la frappe légèrement avec une petite mafse de fer , afin de la condenfer fur elle-même , & en même teins de la rendre bien ronde. Four s’afsui er enfuite li elle a la grofseur qu’on lui demande , on prend un moule à balles.
- 73. Le moule à balles eft une planchette mince , terminée par un petit manche pour pouvoir la tenir quand on fait l’épreuve. Cette planchette eit percée d’un trou rond. On en a de ditférens diapafons. Il faut que la balle pafse bien jufte au travers du moule qu’on a choifi. Lorfque la grofseur eft trouvée , il s’agit de la maintenir en liant la balle de plufieurs tours de ficelle.
- 74. La ficelle qui doit fervir à cet ufage, fe nomme chez les cordiers ficelle à balles. Elle eft peu torfe , afin qu’elle s’applatifse aifément, & ne fafse point de bofses quand elle fera pofée. On la roule d’abord par portions féparées , une fur le milieu de la boîte à balles , une autre fur le bilboquet.
- 7f. Le bilboquet eft un petit morceau de bois réduit au tour à cinq pouces de long fur un demi-pouce de diamètre , terminé à chaque bout par un renflement en forme de bouton. On peut le comparer aux bobines fur lefquelles on dévide le fil d’or & d’argent.
- 76. Quand 011 veut ficeler , on commence par joindre avec le nœud de tifserand la ficelle de la boîte à balles avec celle du bilboquet. Puis prenant la balle de la main gauche , on la pofe fous ce nœud. Enfuite pafsant la main droite qui tient le bilboquet par-defsous la balle, Si ramenant à foi & par-defsus , 011 fait le premier tour de ficelle , on retourne la balle d’équerre pour le fécond tour ; le troifieme tour fe fait d’équerre fur le fécond. On le termine par un nœud , après lequel on dirige la ficelle en biais des premiers tours, faifant toujours chaque tour en équerre du précédent. On en fait fept cette fécondé fois , puis un nœud , enfuite fix fuivant la même méthode, & un dernier nœud , après lequel on coupe la ficelle. Alors la balle eft entourée & liée de feize tours de ficelle qui pafsent l’un fur l’autre, & doivent être arrangés comme on vient de le dire. L’habitude de ce ficelage eft Ci difficile à acquérir, que c’eft ordinairement le chef-d’œuvre de celui qui veut paf-fer maître.
- 77. La balle étant ficelée , on la reporte fur la boîte à balle, où on la bat pour la fécondé fois avec la mafse de fer, à petits coups , pour la durcir encore davantage , Si afin d’applatir le ficelage. Il ne refte plus qu’à la recouvrir de drap blanc neuf. C’eft ordinairement l’ouvrage des femmes : elles taillent le drap en coupons quarrés longs, de plus d’un pouce de large 5 elles entourent la balle , plaçant ces bandes en croix, & les coufant à furget l’une
- Eeee ij
- p.587 - vue 589/631
-
-
-
- 588 ART DU PA UMIER- RAQUETIER.
- à l’autre avec du El de Bretagne en trois v elles ajoutent & coulent de même les petites pièces ovales , lefquelles doivent remplir les intervalles qui fe trouvent nécefsairement aux côtés de la croix. Leur office eft auffi de recoudre les balles qui peuvent fervir encore, lorfque quelques coutures ont manque -y & pour diftinguer plus aifémeat celles qui ont befoin de réparation, & en même tems pour les reblanchir, on les fafse de tems en teins dans un fac , où on a mis de la craie en poudre. Cette craie leur redonne le blanc. On les voit de plus loin , & on s’apperçoit plus facilement des endroits oti les coutures ont lâché.
- ART DE LA P AU ME.
- 78. Il s’agit maintenant de mettre en œuvre tous les préparatifs dont on vient de faire l’énumération, d’afsembler les athlètes, & de leur donner l’habit de combat, vêtemens légers, aifés, & qui laifsent au corps toute fa liberté»
- 79. Les joueurs fe préfentent, ou pour peloter > autrement baîloter, e’eft-à-dire , pour fe renvoyer limplement la balle , fans Cuivre aucunes des réglés du jeu, ou bien pour jouer partie ^ en obfervant toutes les réglés, qui font afsez nombreufes.
- 80. La plupart commencent par fe dépouiller de quelque partie de leur habillement, quelquefois entièrement. Alors le maître paumier leur fournit bonnets , cbemifes , caleçons , camifolles, bas & cbaufsons *. Ce que l’on nomme ici des- chiuijfom , font des fouliers fans talons ou à talons très-bas , faits entièrement de buffle ou de veau fans apprêt, qui fe bouclent ou fc nouent avec des cordons, & dont le defsous de la femelle a trois coutures apparentes , pour empêcher de glifser en jouant. On garnit la petite armoire ©u crédence , des rafraîchifsemens que les joueurs demandent, comme pain, vin, b terre , &c.
- 81. Le jeu fini, on monte dans une chambre, ou on trouve bon feu, devant lequel on fe fait frotter à nud & efsuyer par les garçons du jeu. Cela fait, on reprend fes habits. On ne donne plus de lits comme on fai-fait ci-devant, à caufe de plufieurs accidens funeftes qui font arrivés pour s’y être endormi après avoir été frotté & même bien foigné, principalement fi on s’était excédé ; le fommeil glaçait les fens dénués d’efprits , & plufieurs ne s’en font jamais relevés. La mention que l’on en fait ici, eft un avertit feraient qui doit faire exclure les lits pour toujours.
- * L’habillement complet fe paie' r ç fols ; donne auffi des robes de chambre ; le fagot mais par piece , chacune fe paie 4 fols , ex- 5 fois , &c, eepté le bonnet, qui rielt que de 3. fols ; on .
- p.588 - vue 590/631
-
-
-
- ART DU F AU MI ER - R A QU ET 1ER, 589
- 8'2- Si quelqu’un étant feul a envie de jouer, il demande un garçon d.u jeu pour jouer contre lui, foit qu’il veuille peloter ou jouer partie. Quel, quefois le maître s’offre lui-même,
- De la partie.
- 83« On vient de dire ce que e’eft que peloter. Ce n’eft pas, pour ainil dire , jouer férieufement, mais pafser le tems fans but & fans autre defsein que celui de Faire de l’exercice , au lieu que la partie eft le jeu même. On y eit aftremt à des réglés qui demandent de l’adrefse & du raifonnement, un coup-d’œil & beaucoup d’agilité. On exerce un art qui a fes difficultés, & dans lequel il faut du talent pour réuffir.
- 84. Il eft de réglé que ceux qui s’amufent à peloter, cedent leur place à ceux qui veulent jouer parïie , à moins qu’ils ne fe déterminent à la jouer eux-mêmes.
- 8<). Les parties fe font de deux , trois & quatre joueurs, jamais davantage j c’eft-à-dire , feul à feul, ou un contre deux , ou deux contre deux. Chaque partie eft de fix ou huit jeux , fuivant la convention; chaque jeu eft de foixante points, dont chaque coup vaut quinze points. On peut donc avoir un jeu en quatre coups décidés , en les gagnant tout de fuite. Cependant il eft très-rare qu’un côté gagne toujours fes jeux en quatre coups , à moins que l’autre ne fût 0 faible qu’il ne pût parvenir à gagner un feul coup dans la partie : ce qu’on peut dire n’arriver prefque jamais. Ces parties feraient bien faftidieufes pour le côté gagnant, quoiqu’elles fufsent bientôt terminées; mais on tâche de s’afsortir à peu près d’égale force. Alors on jouera bien plus de coups avant de gagner ou de perdre. Je fuppofe qu’un côté a gagné quinze au premier coup , l’autre gagne quinze au fécond coup , on dit quinze à un$ le premier côté encore quinze , qui fait trente ; l’autre , trente à un j le premier encore quinze , qui fait quarante-cinq : le coup d’après gagné par l’autre, fe dit à Jeux i le coup d’enfuite qui gagne, fe dit avantage > l’autre gagne h deux: avantage d’un côté, à deux de l’autre, augmente encore le nombre des coups , jufqu’à ce que le dernier qui a avantage , gagne tout de fuite le coup d’après ; alors il a jeu. Quelquefois le jeu n’eft pas encore gagné au bout de quinze coups 6c davantage ; faire des chafses , les tirer & les défendre , alonge le jeu. Encore cette derniere circonftance demande à être expliquée le plus clairement qu’il fera poffible, & par conféquent e’eft ici qu’il eft tems de parler des raies & demi-raies qu’on voit tracées de dif-tance en diftance fur le plancher des jeux de paume.
- 86. Lorsqu’on a fixé ci-devant l’étendue en long d’un jeu de paume k 90 pieds, on a dit qu’il devait être carrelé avec des carreaux qui enflent cha>~
- p.589 - vue 591/631
-
-
-
- >90
- ART nu p aumier-raouetier:
- cnn un pied en tout fens : donc tout le jeu carrelé donnera 90 rangées tranf-verfales ; & quand même les rangées ne feraient pas régulières , 011 les fup-pofe toujours égales, lorfqu’i! s’agit d’efpacer les raies noires.
- 87. Une des premières loix du jeu eft de reprendre la balle qui vous eft envoyée , ou de volée , c’eft-à-dire, en l’air , avant qu’elle ait touché le carreau , ou quand elle y a fait for. premier bond ; car ceux qu’elle peut faire fur les toits ou contre les murailles , ne font pas comptés. Il n’eftplus tems de la prendre à fou fécond bond , & l’endroit dans le jeu où elle touche terre pour la fécondé fois, eft fouvent le lieu de ce qu’on appelle une cbqffe. Je dis fouvent, car il y a dans le jeu des places qui ne font point fujettes aux chaises.
- 88* Les raies & demi-raies noires tracées tranfverfalement fur le plancher, ne fervent qu’à fixer l’œil pour connaître précifément l’endroit où la balle tombée du fécond bond a fait une chafse. Pour cet effet, voici comme elles font diftribuées par tout le jeu : commençant à compter de l’angle que fait le pignon au fond du jeu avec le plancher, on trace une demi-raie au bout de deux rangées de carreaux, une raie au bout de quatre , une demie au bout de fix. On fait ainfi fucccfîivement des raies & demi-raies de deux en deux rangées de carreaux jufqu’à la quatorzième rangée ; toutes font cotées fur le plan. Pafsé c;tt& derniere, 011 ne tire plus que des raies entières qui répondent aux milieux de tous les ouverts , qui font le dernier, le fécond , la porte , & le premier, tant au fond du jeu que devers le jeu. Toutes ces raies & demi-raies traverfent d’équerre la grande raie qui partage ' le jeu par le milieu dans toute fa longueur.
- 89. Une chafse eft donc faite à la rangée de carreaux fur l’un defquels la balle n’ayant pas été reprife à fon premier bond , a tombé pour faire fun fécond bond, foit dans tout le foui du jeu, foit devers le jeu, depuis la corde jufqu’à la raie du dernier, au-delu de laquelle, jufqu’au toit de la grille, il 11e s’en fait point. Voilà le feul efpace dans le jeu qui en foit exempt.
- 90. La chafse faite ne caufe ni perte, ni gain. Ce 11’eft que lorfqu’on la tire, qu’on peut la gagner , ou la perdre ; & on 11e peut la tirer que quand on eft pafsé, & même on ne pafse que pour tirer & défendre les chafses. Alors les joueurs qui étaient au fond du jeu , vont prendre la place de ceux qui étaient devers le jeu , & réciproquement.
- 91. Tirer une chafse eft efsayer de la gagner. On la gagne en ménageant fon coup de façon que le fécond bond de ta balle que l’on envoie, fé fafse , foit en allant, foit en revenant du mur, au-delà du lieu où la chafse a été faite. Ou la perd s’il fe fait en-deçà ; mais s’il tombe fur la ligne de la chafse, le coup eft à remettre , c’eû-à-dire, à recommencer.
- p.590 - vue 592/631
-
-
-
- ART DU F A ü MI ER - RJ QU E TI FR. 591
- 92. Défendre une chafse , c’eft reprendre avant fou fécond bond ia balle de celui qui la tire , quand on juge qu’il peut la gagner i car lorfqu’on prévoit que le fécond bond fe fera en-deçà de la chafse, foit en venant, foit eu revenant du mur , le joueur habile ne s’avife pas de la reprendre ; & U la chofe arrive comme il i’a prévu , la chafse eft perdue pour le tireur, & il gagne quinze fans jouer.
- 93. Il eft de réglé qu’auffi-tôt qu’il y a deux chafses de faites dans un jeu , 011 pafse , en cas qu’aucun des deux partis n’ait pas quarante-cinq ; mais que il l’un ou l’autre a quarante-cinq , on pafse à une chafse faite.
- • 94. Le fort de celui qui tire une chafse eft à plaindre ; car il perd dans tout le jeu de paume , depuis la rangée des carreaux fur l’un defquels la chafse s’eft faite jufqu’à lui, & il ne peut la gagner que depuis cette rangée de carreaux jufqu’au bout du jeu. Aufli les chafses qui lui font les plus avan-tageufes, iont les plus proches de la corde ; & fous la corde même , l’efpace en fa faveur eft plus grand. Au contraire il devient plus petit, à mefure qu’elles approchent du fond du jeu , ou devers le jeu ; & il ne peut gagner une chafse au pied, c’eft-à-dire , au pied du mur au fond du jeu, qu’eu plaçant fa balle aux jeux quarrés dans le petit trou , ou touchant fais, & aux jeux à dedans dans les dedans , de volée, ou de premier bond. Mal-heureufement encore pour lui, les chafses font bien plus fréquentes au fond du jeu. C’eft par cette raifon qu’on y multiplie les raies noires ; & devers le jeu les chafses ne commencent que depuis la raie du dernier jufqu’à la corde.
- 9f. Si en tirant une chafse qui aura été faite fur la ligne de quelque ouvert , comme la porte, le fécond , &c. on place la balle de volée , ou de premier bond , dans l’ouvert, le coup eft à remettre , c’eft-à-dire , à recommencer. Il en eft de même, ü elle tombe fur la ligne où elle a été faite, comme on a dit ci-defsus i mais li la chafse eft faite en-deçà ou en-delà de la ligue de l’ouvert, quel qu’il foit en-deçà, mettant dans l’ouvert il la gagne, en-delà il la perd. Voilà pourquoi le marqueur l’avertit en difant, par exemple , au dernier, &c. la perd , ou au dernier , &c. la gagne.
- 96. Comme les joueurs de part & d’autre fe placent aux deux bouts du jeu , que le gain ou la perte dépendent des endroits où tombe la balle, & qu’ils font occupés à attaquer , ou à fe défendre , ils auraient de la peine à les remarquer bien jufte, ce qui donnerait lieu à des difputcs fans fin ; on eft convenu de s’en rapporter à un garçon du jeu , qui fe nomme alors le marqueur. Ce marqueur fe place à la porte du côté du fond du jeu , il s’arme d’une raquette pour fe garantir lui-même des coups de balle , car il eft à découvert. Son office eft de prononcer à haute voix la perte ou le gain ; il doit lever avec fa raquette le milieu de la corde & de fou blet, pour donner
- p.591 - vue 593/631
-
-
-
- T92 ART DU P AU Ml ER-R A QU ET IER.
- pafsage aux joueurs toutes les fois qu’ils pafsent réciproquement d’un côté (la jeu à l’autre. C’eft aufti lui qui marque les parties & les jeux par des traits de craie qu’il fait fur le carreau à fes-pieds , comme on voit, devant l’ouverture où fe tient le marqueur. Les grands traits en travers font les parties; le grand trait qui les coupe par le milieu, diftingue les jeux gagnés de part & d’autre , qu’il marque à mefure par de petits traits qui coupent la ligne de ht partie. Comme on ne ramafse pas les balles à chaque coup , elles s’accumulent dans le jeu: le marqueur les ramafse de tems en tems dans un panier , d’où il les verfe dans la manne qui eft placée aux jeux quarrés fur l’appui du dernier, & aux jeux à dedans fur le milieu de l’appui des dedans, où celui qui donne le ferviee va les prendre. *
- Jouer.
- 97. Lorsque les joueurs font afsemblés dans le jeu, on commence par tirer le ferviee ; ce qui fe fait en jetant une raquette de façon que , tournant en l’air, elle retombe à terre au hafard fur un côté ou fur l’autre. Le côté des cordes qui eft plat, c’eft-à-dire , fur lequel il n’y a point de nœuds , fe nomme alors le droit; l’autre côté où les nœuds paraifsent, fe dit le nmd. Le joueur qui voit tomber la raquette, dit droit ou nmd. Si, quand elle elfc à terre, & qu’il a pris droit, par exemple , elle fe trouve du côté des nœuds , c’cft celui qui a jeté la raquette qui gagne le ferviee, c’eft-à-dire, qui fervira la balle à l’autre ; & au contraire. Alors le marqueur prend fa place, ainftque les joueurs, favoir, celui qui doit donner le ferviee, au fond du jeu , Si celui qui doit le recevoir , devers le jeu.
- 98. Lorsque l’on eft deux de chaque côté, les joueurs qui donnent & reçoivent le ferviee fe difent primer, les deux autres fe nomment les féconds.
- 99. Celui qui doitfervir prend dans la manne une balle de la main gauche , la jette en fair & la reprend avec fa raquette. Il faut qu’il la dirige •de façon qu’après avoir pafsé au-delà de la corde , elle roule fur le toit de la galerie , ou du moins frappe defsus avant de tomber dans le jeu. Les loix du ferviee font, qu’elle doit être ménagée de façon qu’elle tombe dans l’ef-pace quarré qui eft terminé d’une part par la raie du dernier , & de l’autre par la raie en long qui vient du toit de la grille, qu’on nomme la raie de la pajfe. Toute autre direction rend le ferviee nul, comme de refter en-deçà de la corde , de ne point toucher le toit devers le jeu, de ne point entrer,
- * Quand on pelote, on paie 12 fols par & de fix jeux , 20 fols ; dans les quarrés , heure. Les parties fe paient dans les jeux 5 fols de moins, a dedans, û elles font de huit jeux , 2 ç fols-;
- c’eft-
- p.592 - vue 594/631
-
-
-
- ART DU PAUJIiIER-RAQUETIE.IL *§>
- ç’eft-à-dire, fi la balle tombé en-deçà de' l’èfpacë «jiiarré dont on vient de p'àflëi*. Le fervice eft encore nul, fi la balle poufsée atféc forcé , pafse en roulant toui jours du toit de la galerie au toit de la grille , Ce qui s’appelle fervir fur les dètibc toits i 8c retombe dans le jeu au-delà' de la raie de la pafse : orf ne doit point reprendre ces fervices , & le marqueur dit, faute, il y à fautei & on perd quirize! quand on fait deux fautes de fuite; mais fi la balle pafse au-delà1 dé là rate dè la pafse , on ne perd rien quand on'réitéreraic plüfieurs fois : le fervice eft feulement nul, & le marqueur dit pajfe.i mais pour peu qu’elle tombe eii-deçâ, le marqueur fe hâte de dire borne ,bofm'è', 8c il faut là^jôuer:
- 100. Gomme chaque' côté de joueurs reçoit 8c fe renvoie' là1 balle réci-
- proquement, ce qui eft proprement jouer, aufîi chacun a-t-il dés dangers à‘ courir, dont il ne peut fe tirer qu’eu les prévoyant & les évitant par fon adrefse & fon agilité. Les joueurs dèvers le jeu ont deux ouvertures à défendre , le dernier 8c la grille ; car s’ils y laifsent entrer la balle qui leur eft envoyée de bond ou de volée, ils perdent quinze chaque fois. D’autre part, ceux qui occupent le fond du jeu , ont aufîi deux rifques à courre, le petit trou & fais aux jeux quarrés , 8c les dedans aux jeux à dedans, aux mêmes conditions. A l’égard du tambour , il ne fert qu’à embafrafser le joueur , pour juger, fuivant l’endroit de fon glacis que frappera la balle , où elle retournera dans le jeu ; ainfi, quand il peut le défendre , il n’en fait que mieux-. ’ ’
- 101. On pérd quinze de quelque côté que l’on foit » quand la bal lé ne paTse pas par-defsus la corde , & s’arrête dans fon filet, ce qui s’appelle tiiettre dejfous y quand elle' touche les poteaux d’en-haut, quand elle donne dans les filets d’en-haut 8c fur le rabat.
- ioZi Le marqueur homme à chaque coup la perte 8c le gain , c’eft-à-dire, quinze -, trente , quarante.cinq, quinze à un, &c. Il nomme aufîi l’endroit des chafses à mefure qu’il s’en fait, & indique le lieu des chafses en difan't, chajfe à quatre carreaux , à fix cartedax ; Ç$c. & aufîi' ce qui doit en réfulter , comme la perd au dernier de quatre carreaux , la gagne au fécond de deux carreaux, au premier à remettre>deiiers le' jeu ,- &c; Poür lés 'chafses , voyez ceqtii en eft dit art. 87 & fuiv.
- 103. Quand le marqueur s’apperçoit que la balle a été reprife fi près de faire fon fécond bond qu’on pourrait douter fi elle l’a été avant ou aprèsV il fe hâte de dire bànnè, afin qu’on ne'néglige pas de la renvoyer, la croyant chafse ou reprife trop tard.
- Termes du jeu S? les principaux coups.
- IÔ4. Le fond du jeu , nom qu’on donne à la moitié du jeu depuis là corde adroite. Dans cette moitié eft le petit trou & fais aux jeux quarrés, les Tome III, F fff
- p.593 - vue 595/631
-
-
-
- .'W4 ART DU PLUMIER-RA QUETI ER.
- dedans aux jeux à dedans. C’eft auffi du côté de l’ais que fe place celui qui donne le ferviçe, le fécond fe tient vers le petit trou aux jeux quarrés -, & aux jeux à dedans , celui qui fert fe met vers le petit dedans, du côté de la galerie, le fécond vers le grand dedans. Les raies noires de ce côté font de deux en deux rangées de carreaux jufqu’à quatorze carreaux. C’eft à la porte de ce côté que fe tient le marqueur.
- IOÇ, Devers le jeu, expreftion qui défigne la moitié du jeu depuis la corde à gauche. C’eft dans cette moitié qu’eft la grille & fon toit, & de plus aux jeux à dedans le tambour. C’eft la place de celui qui reçoit le fervice : il fe tient du côté de la galerie ; fon fécond eft vers la grille, tous deux dans un efpace exempt de çhafses jufqu’à la raie du dernier.
- 106. La raie de lapajfe eft une raie noire tracée en long fur le carreau vers la grille. On l’appelle ainfi, parce que , li la balle en fervant tombe au-delà , le fervice eft nui & à recommencer } alors le marqueur dit pajfe.
- 107. Servir fur les deux toits, exprellion qui lignifie que la balle fervie, après avoir roulé fur le toit de la galerie , continue fur celui de la grille avant de tomber.
- 108. Donner le fervice , ou fervir , c’eft commencer le coup.
- 10.9. Reprendre le fervice, c’eft renvoyer la balle qui a été fervie.
- 110. Tirer le fervice ,. c’eft tirer au fort à qui fervira-, ce qui fe fait avec une raquette jetée en l’air. Voyez ci-devant art. 97.
- 111. N'entrer point ,* on dit que la balle ri entre point, lorfqu’étant fervie, elle tombe en-deçà de la raie du dernier.
- 112. Faute, il y a faute j exprellion du marqueur, lorfque la balle fervie ne touche pas fur le toit de la galerie devers le jeu.
- 113. Frimer, fe dit de celui qui donne le fervice , & de celui qui le reçoit.
- 114. Seconds , font ceux qui de part & d’autre ne donnent ni ne reçoivent le fervice.
- 115. Mettre dejfous, lignifie jouer trop bas, de façon que la balle s’arrête dans le filet fous la corde.
- 116. Prendre de volée, ou fe porter à la volée, c’eft renvoyer la balle avant qu’elle ait touché le carreau.
- 117. Bonne , exprellion du marqueur, qui fignifie que la balle a été reprife avant fon fécond bond.
- 118* La balle porte , exprellion qui fignifie que la balle, après avoir touché le carreau , donne contre le mur.
- 119. Juger la balle, c’eft prévoir l’effet qu’elle doit faire.
- 120. Tirer une chajfe le dernier la grille, &c. c’eft tâcher d’y placer là balle de façon à gagner le coup.
- 121. Défendre une chajfe le dernier la grille 3 &c. c’eft tâcher d’empêcher le gain du coup.
- p.594 - vue 596/631
-
-
-
- ARTDÜ P A U MI ER - R A QU ET 1ER.
- 122. Tirer la breche, c’eft diriger fa balle afsezprès du bord des dedans, pour que celui qui les défend , foit embarrafsé à juger fi elle entrera ou non.
- X23. Le coup de bricole eft celui auquel la balle ayant touché le mur de côté, qui fe nomme alors le mur de la grande bricole , revient dans le jeu.
- 124. Le coup qui croife eft celui où la balle ayant donné contre le mur de la grande bricole , eft renvoyée vers le milieu du jeu.
- 125. Le coup de bojje eft celui où l’on dirige la bricole de façon qu’elle aille du mur dans le grand dedans. Ce nom de bojje ne fignifie pas qu’il y ait un renflement au mur contre lequel la balle donne d’abord ; mais en le conftrui-fant, on place à huit ou dix pieds du grand dedans une chaîne de pierre de taille , contre laquelle la balle frappant, eft renvoyée avec plus de rapidité que contre le refte du mur qui eft de moëlon , & conféquemment moins dur.
- 126. Le coup de batterie eft une bricole bafse qui porte contre le petit mur de la galerie , qu’on appelle alors la petite batterie.
- 127. Le coup de pied, ou fimplement le pied , eft de faire porter la balle précisément dans l’angle que fait le mur avec le carreau.
- 128. Le coup de plafond eft de faire donner la balle contre le plafond, & qu’elle retombe bonne dans le jeu , c’efl>à-dire , de l’autre côté de la corde.
- 129. Le coup coupé eft de prendre la balle de façon à lui donner deux mou-vemens , un en-defsous , & un fuivant fa direction ; car alors tournant du côté oppofé à celui qu’elle devrait prendre , elle fait peu d’effet lorfqu’elle tombe dans le jeu.
- 130. Le coup tourné fe fait quand on coupe la balle de façon qu’elle ne décrit pas une ligne droite.
- Des avantages.
- 131. La partie fe dit être but a but, quand les joueurs fe Tentant d’égale force, ne fe font aucun avantage; mais lorfque la partie n’eft pas égale, c’eft-à-dire, qu'il s’en trouve de plus ou moins faibles, les plus habiles, pour égalifer la partie , leur accordent des avantages plus ou moins grands.
- 132. Le moindre eft demi-quinze ou demi-trente •> c’eft la liberté de prendre quinze ou trente une fois en deux jeux.
- 133. Donner quinze eft le pouvoir de prendre quinze à chaque jeu. Donner bifque, c’eft l’avantage de prendre à fon profit un coup que l’on perd , une fois dans la partie.
- 134. Quinze & bifque , eft quinze à chaque jeu , & tel autre coup que l’on jugera à propros de prendre pour foi dans la partie.
- J3f. Les autres avantages raifonnables font, pour le'plus fort, de ne jouer que d’un côté du jeu, c’eft-à-dire, que fa balle ne pafse point la raie noire qui le coupe en deux dans fa longueur , fous peine de perdre le coup,
- Ffff i)
- p.595 - vue 597/631
-
-
-
- ART BU PAUMIER-RAQÜETIER,
- i$6. Un autre eft de ne jamais toucher les murs.
- 137. La {partie de la petite corde eft encore un avantage : on tend une petite corde au-.defsMS'de !f! vraie corde , à la hauteur dp bas du toit. Celuiqui donne’ cet avantage ,\doip toujours faire pafser fa balle par-defsus.
- 13$. Enfin , de jouer avec quelqu’un des.inftrumens , comme du battoir,, du triquet, &c. pendant .que le plus faible joue avec la raquette...
- Du V O L A N T.
- 139. Il a été imaginé de fe fervir du volant au lieu de balle. Ce jeu a été-principalement en vogue dans le tems de monfeigneur le duc d’Orléans,, régent du royaume ; c’était fon jeu favori. Cependant on 11’en fait mention, ici , que parce qu’il ne s’exécute que dans un jeu de paume en place du véritable jeu. Il eft même fort rare qu’il fe trouve des joueurs qui le préfèrent à la paume j car il fatigue extrêmement, & eft de grande dépenfe.
- 140. Le volant n’a pas , à beaucoup près,, tant d’élafticité que la balle j fes bonds ne fe dirigent pas du même fens, & ne font pas fi hauts. D’ailleurs il faut au moins trois douzaines de volans pour jouer un tems raifonnabie. À 20 fols la pièce,, les trois douzaines font 36 livres. Ils fe gâtent bien vite, & ne peuvent plus refseryir.
- J41. On peut jouer jufqu’à huit perfonnes j mais le beau jeu eft de quatre, ou fix joueurs. On fe fert de raquettes légères, qu’on nomme demi-paumes & de gros volans , dont le cul a deux pouces de diamètre , & les plumes deux pouces & demi de haut. O11 tire le fervice avec la raquette comme à la paume. On tend du côté du fond du jeu.une fécondé corde avec fon filet, à trois pieds de la véritable, & qui lui eft parallèle. C’eft un garçon du jeu qui donne le fervice $ pour cet effet, il fe tient à la porte devers le jeu. Le fervice fe donne de deux maniérés : ou le garçon jette en l’air le volant avec fa main à celui q.ui donne le fervice , ou il fe fert de la manivelle.
- 142. La manivelle eft un bâtis de bois établi fur un chaflis quarré , qui lui- fert de piedduquel s’élèvent deux montans joints vers ie haut par une traverfe , au milieu de laquelle eft attaché pn morceau de liege. A fix ou fept: pouces aq-defsous,.de cette.traverfe eft une co,rde double , tendue comme la corde d’une frie par une tringle de bois , à l’autre bout de laquelle eft un. enfoncement en forme de cuilleron. On y pofe le volant, quand on l’a arrêtée horizontalement dans une hoche faite vers le haut d’une tringle mobile, enfilée dans un bâton rond , attaché au pied de la machine.
- 143. Le garçon qui doit feryir , place la manivelle dans la porte devers le jep -, il la.dirigelyers fe jopeur ; puis tirant à lui la tringle mobile, la corde-en fe déballant muenç fubitement la tringle du volant contre.le morceau, de;
- p.596 - vue 598/631
-
-
-
- ART DU PA U MI ER - R A OU ET IER. w
- \icge ; ce coup fec envoie fur-îe-champ le volant à celui qui donne le fer vice»
- 144. Les jeux & les parties fuirent les réglés de la paume, excepté qu’il n’y a point de chaises : ainfi on ne pafse point. On ne doit point toucher les murs avec le volant, ni refter entre les deux cordes.
- 14? • On croit ne pouvoir mieux terminer la defcription de cet exercice que par celle qui en fut faite dans une thefe (la cardinale') que foutint en X74f M. Bellon , alors bachelier dans la faculté de médecine de Paris , à laquelle préfidait M. Bourdelin , ancien doyen de ladite faculté , de l’académie royale des fciences , profefseur de chymie au jardin du roi. La même thefe a été foutenue pour la fécondé fois le 12 mars de l’année 176^.
- 146. L?ojbjet de cette thefe eft de prouver que la paume eft un excellent préfervatif eontre les rhumatifmes ; elle eft très-élégamment écrite en latin. On n’en a traduit ici que l’endroit où M. Bourdelin met les joueurs en aélion» & fa conclu fi on- ; le furplus regarde entièrement la médecine.
- 147-. Apres avoir donc foutenu que de tous les exercices du corps au cuir n’eft meilleur pour prévenir les rhumatifmes , il dit que ce jeu , à quelques différences près, était connu des anciens., 8c familier chez les Grecs & les Romains. Il pafse enfuite à la façon dont il s’exerce maintenant parmi nous. !
- 148. “On entre en lice, dit-il, un contre un, à moins qu’il 11e plaife à chacun de prendre un afsocié qui partagera le fort du combat; on fera alors deux contre deux. Les joueurs fe vêtifsent de toile , chemifes , carni-folles , bonnets , caleçons , bas de fil ou de coton , 8c de fouliers qui par leur mollefse fe prêtent à tous les mouvemens du pied. Enfin , ils fe font une large ceinture d’une ferviette qu’ils ferrent fuffifamment par deux nœud? fur les reins. Le combat fe livre fous cette légère armure, afin que le corps, puifse aifément répondre à toutes les inflexions qu’il eft obligé de faire. Aucun ne doit omettre la ceinture : cette ligature rend le corps plus ferme, afsure les vifceres , foutient le foie contre les fréquens élans & fecoufses des joueurs , & l’empêche de tirer par fon propre poids le diaphragme en arriéré , ce qui rendrait la refpiration pénible.
- Cet exercice demande que l’on jo-uifse de toutes fes forces. Ce n’eft cependant pas d’elles feules que dépend la vi&oire ; il faut y joindre encore beaucoup d’adrefse , un coup-d’œil jufte & un raifonnement prompt, pour juger fi vous renverrez la balle qui vous eft lancée avec rapidité , ou fi employant le corps , de peur qu’elle ne vous touche , vous la laifserez pafser pour la reprendre- à fon premier bond. Maintenant quelles variétés de mouvemens , quels efforts parmi les combattons ! Tantôt le bras levé, ils repoufsent la balle prête à pafser fur leurs têtes, fans, attendre fa chute tantôt ils la
- p.597 - vue 599/631
-
-
-
- *98 ART BU P AU MI ER - RAQUETIER,
- reprennent à rafe-terre, & doivent la relever par-defsus la corde. Un joueur lance la balle de toute fa force j l’autre l’attend de pied ferme , & ne fait que lui oppofer fa raquette comme un bouclier. Pendant que l’un rafsemble fes forces, l’autre, fans s’ébranler, va les rendre vaines & inutiles} cependant l’habileté ne confifte pas tant à poufser la balle avec vigueur, qu’à la diriger de façon à tromper la fagacité de l’ennemi. Le jeu de paume eft divifé en deux par une corde tendue , de laquelle pend un filet qui defcend juf-qu’à terre. On joue bien quand on fait pafser fa balle par-defsus, & mal fi elle donne dans le filet fous.la corde} mais celui-là joue encore mieux, quand il poufse fa balle enforte qu’elle rafe le defsus de la corde finis y toucher, & qu’il fait modérer fon coup de façon qu’au lieu de l’envoyer au mur de l’un ou l’autre bout, la balle roule bientôt & n’y parvienne qu’en mourant, afin que faifant fes rebonds près de terre , elle oblige l’adverfiure de fe ployer avec promptitude. Il eft très-difficile alors de la reprendre & de la renvoyer.
- Ce jeu eft rempli d’art & de finefses, comme de feindre du corps & des yeux que l’on a defsein de jouer d’un côté, & de changer tout-à-coup de dire&ion en jouant ailleurs. L’adverfaire trompé, qui s’était avancé avec promptitude où vous avez paru difpofé à porter votre coup, eft obligé de revenir précipitamment & à perte d’haleine d’où fon erreur l’avait conduit. Il vous rendra bientôt la pareille } bientôt fe refsouvenant de la fraude, il enverra la balle à la place que vous venez de quitter, & vous ferez contraint à votre tour de courir & vous efsouffler pour y revenir. Ce fingulier genre de combat ne fe donne pas fans plaifir , quoique l’homme y travaille quafî tout entier : fes yeux font perpétuellement occupés, fes bras dans un mouvement continuel, fes mains fe ferrent, fes poumons font agités par fa voix & fa refpiration fréquente ; fon corps & fes reins par la multiplicité d’inflexions qu’il eft obligé de faire, fes jambes & fes pieds par fa courfe & fes pas précipités } enfin , fon efprit eft tendu pour chercher les différentes rufes qu’il emploiera pour enlever la vi&oire à fou ennemi......
- Les joueurs, auffi-tôt le combat fini, montent dans une chambre préparée pour eux, fe placent auprès d’un bon feu , & fur-le-champ s’étant dépouillés de leurs vêterrtens empruntés , ils fe font frotter avec des linges chauds , de peur que l’air extérieur ne les faififse. Ces friétions ont encore cela de bon , que fi par le mouvement violent du fang quelque humeur s’eft arrêtée dans les vaifseaux de la peau , leur preffion réitérée la chafsera dehors , ouvrira les pores , & enlevera tous les obftacles qui auraient pu s’op-pofer à fa tranfpiration. ”
- Donc l'exercice de la paume ejî le rente de préfervatif contre les rhumatismes*
- p.598 - vue 600/631
-
-
-
- ART Dü PAUMIER-RAQ U ET IER.
- m
- — >
- EXPLICATION DES PLANCHES.
- PREMIERE VIGNETTE.
- Planche II.
- Cette vignette repréfente un jeu de paume à dedans, vu des dedans même , dans lefquels les fpe dateurs font aflis , & regardent jouer fans courir aucun danger, étant à l’abri des balles par un filet qui garnit tout« l’ouverture ; ils font en face du toit de la grille. On voit la grille & le tambour de fon côté. On diftingue aufli la corde & fon filet pendant à terre , qui partagent le jeu en deux parties égales dans fa largeur, & deux joueurs qui fe renvoient la balle,
- SECONDE VIGNETTE
- Planche III,
- Cette vignette repréfente un jeu de paume quarré , vu par le côté, comme on le voit du dedans de la galerie. On n’a repréfenté la galerie en hauteur que jufqu’à la filiere appuyée fur les poteaux d’en-bas , & on n’a pu exprimer fon toit qui pofe defsus, parce qu’il aurait caché le relie du jeu qu’on voit au-delà. Le toit de la grille paraît en perfpedive , ainfi que la grille. On voit au-defsus le filet nommé le rabat, deftiné à renvoyer dans le jeu la balle qui frappe defsous. On voit d'un bout à l’autre le gros mur de côté , en face de la galerie, avec fes joues d’en-haut, les grands poteaux qui foutiennent la couverture , derrière lefquels font les poteaux de la galerie extérieure de charpente où font les rideaux (dont quelques-uns font fermés ) & les grands filets, qu’on n’a pu exprimer dans l’eftampe, devenant imperceptibles à caufe de l’éloignement. On voit quelques maifons dans le lointain ; le marqueur dans fa place (quand on joue partie) à la porte du fond du jeu j le cric de la corde pour !a tendre plus ou moins , au-defsous du poteau de la corde en-dedans de la galerie. Ce poteau eft coupé pour pouvoir voir le defsus de la corde. En face on voit le petit trou au fond du jeu , vis-à-vis de la grille. On ne peut voir fais, la galerie le cache. On ne voit ici de la galerie que les deux premiers, les deux portes i les deux féconds, les derniers & les joues d’en-bas n’ont pu y être exprimés. Les raies en long & celles des chafses font marquées en pçrfpedive fur le plancher j deuç joueurs fe renvoient la balle,
- p.599 - vue 601/631
-
-
-
- <s®0 ART DU P AU MI ER- RA QUE T IER.
- TROISIEME VIGNETTE.
- Planche IV.
- Cette vignette représente trois ouvriers , dont deux travaillent à la ïaquette , le troilïeme à la balle. Le premier à gauche effc aflis vis-à-vis du billot, armé de fa poitriniere de liege & de fa plane j il plane fa raquette. Celui du milieu , aflis fur le banc à percer, muni de la poitriniere de buis, dans le creux de laquelle ayant pofé le bout de fon vilebrequin armé d’une meche, & tenant fa raquette de la main gauche , il l’appuie contre les deux broches de fer garnies de peau, pour y percer les trous dans lefquels doit pafser la corde à boyau quand on corde la raquette. Le troifieme tenant une balle de la main gauche , s’occupe à la ficeler , le moule à balles arrêté fur un établi * le bilboquet à fa main droite j il tourne & retourne fa balle à chaque tour qu’il fait. On voit aufli le four A, à colorer, & des raquettes fulpendues dedans.
- Planche I.
- Cette planche contient le plan des deux fortes de paume , le ieuqüarré & le jeu à dedans ; & comme ils fe refsemblent à quelques différences près j les lettres qui défignent les parties du quarré , ne font pas répétées au plan du jeu à dedans, étant les mêmes ; on n’a coté fur le plan du jeu à dedans que les endroits où il différé du quarré.
- Elle contient encore le deifln de la manivelle avec laquelle on fert le volant.
- Le quarré,
- Ma a a, les joues d’en-haut faifant partie des gros murs. bbb , &c. les poteaux d’en-haut, ou grands poteaux qui foutiennent la ^ouverture du bâtiment aflis fur les gros murs des côtés.
- C C C la galerie intérieure.
- R, la porte d’entrée par le milieu de la galerie.
- Ad, les joues d’en-bas aux deux bouts de la galerie.
- I, 2, 3,4, 7 j les poteaux de la galerie ; 4 eft celui de la corde.
- /, la corde.
- Les ouverts > favoir, x x, le dernier & fa raie ; yy, le fécond & fa raie 5 ZZ, la porte & fa raie ; VV, le premier Sc fa raie.
- * Le bout du jeu qu’on nomme devers le jeu.
- & Le bout du jeu qu’on nomme le fond du jeu. h, le toit de la grille 5 *, la grille.
- /, le petit trou j m, fais.
- p.600 - vue 602/631
-
-
-
- 6 GI
- ' ART DU P À U Al 1E R - R A 0U E T1E R.
- h 7i n, c. les auges, autrement les galeries d’en-haut en dehors.
- q q q , &c. les poteaux de ces galeries , où s'attachent les rideaux & les grands filets.
- s, la crédence pour les rafraîchifsemens.
- t, le conduit par lequel Purine coule dehors.
- Les raies & demi-raies cotées depuis deux jufqu’à quatorze, fe tirent de deux en deux rangées de carreaux au fond du jeu. On en place auili une entre la raie du dernier & celle du fécond. Quelques-uns en mettent encore une ou deux devers le jeu , en-deqà de la raie du dernier, le tout pour juger plus aifément où tombent les chafses.
- Les différences du jeu à dedans.
- Il eft de cinq pieds plus long que le précédent ; ces cinq pieds font occupés par une galerie avec fou toit que l’on nomme les dedans, ABD: A, le petit dedans : D , le grand dedans.
- Il n’y a ni petit trou, ni ais.
- E, le tambour.
- A A, la manivelle pour fervir ïe volant.
- î , I, le pied.
- II, 11, les montans.
- III, la corde tordue.
- I V , la cuillère.
- V, la bafcule.
- VI, la traverfe d’en-haut, au milieu de laquelle eft le morceau de liege.
- Planche IL
- A , le chevalet à planer l’échalas.
- B , la chaudière.
- C, le moule à raquette.
- D , la poitritiiere de liege avec fa ceinture.
- E, le banc à dtefser.
- F, le chevalet à étanqon.
- G, le billot, efpece d’établi bas , épais , arrêté folidement au plancher, garni de crochets , crampons , & d’enfoncemens dans le bois. C’eft fur ce billot, à l’aide de chevilles de bois^, que l’ouvrier plane l’échalas refroidi, 8c donne à toute la raquette le niveau qu’elle doit avoir fur elle-même,
- Tome III, G g g g
- p.601 - vue 603/631
-
-
-
- 6o% ART DU FAUMIER- RAOUETIER.
- H, la poitriniere de buis avec fa ceinture.
- I, l’enclume & cifeau.
- K, la prefse à raquette.
- L, le banc à percer.
- Planche III.
- A , la raquette dans fa perfection , bridée d’un fil de fer pour la maintenir dans fi forme , en attendant qu’on s’en ferve.
- B , le battoir.
- C, le demi-battoir.
- Les lignes ponctuées qu’on voit fur leurs tètes, n’y font que pour indiquer les trois pièces dont elles font compofées ; car étant nervés & recouverts de parchemin , ces inftrumens paraissent d’une feule piece.
- D , le triquet.
- E, le demi-triquet.
- F , un chaufson vu par la femelle, fur laquelle on apperçoit trois grofses coutures pour empêcher de glifser.
- O , l’étanqou prêt à être mis en place.
- G, le vilebrequin armé de Végravoir, dont l’effet eft de fraifer l’endroit où doit être perdue ta tête des clous qui percent l’étanqon & le manche.
- H, le vilebrequin avec fa meche pour percer d’outre en outre la place des clous qui joignent le manche à l’étanqon. Il fert aufli avec d’autres meches à percer les trous pour corder la raquette.
- I, z, les cabillets.
- L , la chevrette.
- N, N, N, les trois compas.
- P , le gratoir : on en a plufleurs.
- Q- > g°uge.
- R, r, poinqotis. R, poinçon double pour arranger les mailles de la raquette cordée, r , poinçon rond & poli, deftiné à adoucir les trous avant de corder.
- S, le billard : on en a plufieurs. C’eft une tringle de fer à vis & écrou, qu’on fait entrer avec force dans la tête de la raquette cordée pour la maintenir dans fa longueur. On en voit deux en place, pi. IV, fig.
- T , bride de fer.
- V, figure du volant.
- ac, la boite à balles, qu’on enfonce , quand on veut s’en fervir , dans quelque corps folide , comme un établi , un banc , &c. On la voit en place fur le banc à percer L , pl. IL On roule autour une partie de la ficelle à balles,
- p.602 - vue 604/631
-
-
-
- ART DU PAU MI ER - R A QU ET I ER. 603
- 8c on frappe la balle, fur le creux rond qui eft à fa tête-, avec une petite mafse pour l’arrondir.
- y, le bilboquet autour duquel eft roulée ^une autre partie de la ficelle à balles.
- Planche IV.
- t '• * ‘
- , ..Fig. 1. L’éehalas plié tout chaud fur le moule à raquette & ficelé au collet, Cy la tête, ai les jambes, bb, les deux bouts qui feront le man--che, ddÿ e, le cabillet de fer en place; /, le cabillet de bois au-defsus.
- Fig. 2. La raquette avec fon étant;on., deflinée dans la tournure qu’elle doit avoir. Elle eft refserrée par la bride de fil de fer g g, & la tète eft appla-tic par le moyen de la chevrette hh , & des coins i i.
- Fig, 3- La raquette cordée de fes dix-huit montans.
- lig. 4. La raquette tournée de façon à voir le côté extérieur , avec la difpofition des trous formant deux rangées m, & le côté intérieur qui n’a qu’une rangée de trous n. On voit auiïi la tète du clou du collet^ , & les queues rivées des deux autres clous qq.
- vî Fig. 5. Une raquette entièrement cordée, maintenue par deux billards '.RR, qui roidifsent contre la tête. ,
- P L A N C H E V.
- Fig. A, eft une raquette cordée entièrement de dix-huit montans & trente-trois travers , fon étançon nervé & recouvert de parchemin ; les deux tiers de fon manche recouverts d’une bande V V, de peau de mouton blanche.
- Fig. BB, c’eft une efpece de ruban qu’on a imaginé pour faire voir tous les trous extérieurs percés fur les côtés larges de la tête d’une raquette , tant gros que petits ; les gros deftinés à pafser les montans , les petits à pafser les travers. On voit les deux traits de trufsequin qui ont guidé la perce des trous, les coups de gouge qui vont d’un gros trou à l’autre fur le haut de la tête de la raquette, 8c leur arrangement.
- Fig. CC, la répétition des deux côtés du ruban B B, comme ils paraif-fent quand la raquette eft cordée, les petites portions de corde qu’on place en-bas fous les montans dans leur traverfée d’un trou à l'autre. On n’a pas répété le tour du defsus de la tête , parce que la corde des montans y eft noyée dans les rainures.
- Fig. D , la lifsette.
- Gggg ij
- p.603 - vue 605/631
-
-
-
- <To4 ART DU P AU M1 ER - R A QU ET IE R.
- I, difpofition des mailles de la raquette, vues du côté du droit, c’eft-à-dire , les nœuds en-defsous.
- II, difpofition des mailles vues du côté des nœuds. C’eft ainfi qu’on s’exprime, quoique ces prétendus nœuds ne foient qu’un tour du travers autour du montant.
- III, le nœud du doublement développé ; o, indique le lieu du trou dans le bois de la tête, par lequel pafse un montant, à côté duquel entrera, par le même trou , la portion de corde à travers qui fera le doublement. La raquette étant tournée du côté des nœuds , on fait entrer la corde dans la maille /, revenir par la maille /, rentrer dans la maille k , revenir par la maille / ,* alors on tire à foi, & il fe forme un nœud en h ,• on. continue en b, en c 3 & on fait ainfi cinq ou fix noeuds, puis on coupe la corde.
- a, eft une balle commencée à ficeler de trois tours de ficelle , & puis, un nœud.
- b , continuation du ficelage , fept tours , un fécond nœud.
- c, le ficelage terminé par fix tours & le dernier nœud , ce qui fait en tout feize tours de ficelle.
- d, la balle recouverte de drap blanc & coufue ; ee, petites pièces de drap taillées en ovale, deftinées à remplir les intervalles mm min* que laifsent les bandes de drap ; il en faut quatre.
- p.604 - vue 606/631
-
-
-
- ART D U -F A U-MI ER - RA QUE T 1ER. €o{
- —: ’=^-=!-—•. --------— - >
- TABLE DES MATIERES,
- & explication des termes de Part du paumier-raquetier.
- A
- jtVis (T), planche d’un pied de large & de iïx pieds de haut, attachée dans le jeu de paume à l’endroit où ‘‘ finit la galerie , art. 9.
- Arrondir le contour intérieur de la < tête de la raquette , y}.
- Avantages (les), terme du jeu de paume, 131.
- Auges, corridors ménagés autour du jeu de paume , 19,
- B
- Balle, maniéré de la faire, 6g & fuiv.
- Balloter. Voyez Peloter. ,
- Banc à percer, 40, 60. “t r. " Basane blanche. Son ufage polir faire les raquettes ,39. -
- Battre la balle, 77.
- Bilboquet, 69,7)-.
- Billard, tringle de fera vis &à écrou, qu’on fait entrer dans la tête de la raquette cordée , 40,6y.
- Billot du raquetier, 40, y 3.' Bisq_ue'.‘ Voyez Donner bïfque.
- BoiTE à balles , 69, 72.
- Bonne , exprelïion du marqueur pour dire que la balle a été reprife avant fon fécond bond, 117.
- Bouillir -les échalas, 4f,
- Bricole (coup de), 12;.
- Brides de fil de fer pour maintenir les jambes de la raquette , 40, y6. Brunir la raquette , 6r.
- But-a-but, terme du jeu de paume,
- 151. •
- C
- Cabillets , 40, yr.
- Cage du bâtiment d’un jeu de paume,
- f.
- Carcasse d’un jeu de paume, 6. Carreaux qui fervent de pavé au jeu de paume , 10, g5. r Chambre^d’un jeu de paume, gr. Chasse, 87,
- à quatre carreaux, 102. à lix carreaux, ibid. Chaudière à faire bouillir les échalas , 40 , 4f. .
- Chaussons, louliers de bufReà talons très-bas , dont le deiVous de da femelle a trois coutures, pour empêcher de gliffer, 80.
- Chevalet à étanqon, 40.
- du raquetier, 40,4?. Chevrette , efpece de crochet de fer, 40, y 6. ' ‘
- Chiffons, ou recoupes d'étoffe de laine, avec quoi fe fait la balle, 68. Ciseau du raquetier, 40, y4.
- Clous à raquette, 40.
- Colle-forte. Son ufage,-39.
- p.605 - vue 607/631
-
-
-
- 6o6
- ART DU FA U MIE R - R A QU E TIE R.
- Collet de la raquette , 48. Communauté des maîtres paumiers-raquetiers, faifeurs d’éteufs, pelotes & balles , r.
- Compas , 40, y8.
- Corde, partageant le jeu de paume dans toute fa largeur, 11. de boyau, 64. ou ficelle de boyau, 39. Corder la raquette, <54.
- les montans, 6f. les travers, 66.
- Coup coupé, 129.
- de batterie , 126. de boffe, i2r. de bricole. Voyez Bricole. de pied. Voyez Pied. de plafond, 128. qui croife, 124. tourné, 150.
- Couvrir la balle, 77.
- D
- Dedans , jeu de paume à dedans, fes dimenfions , 12.
- Défendre une chaffe , 92.
- une chalFe le dernier la grille, J2I.
- Demi-battoir, gy.
- Demi bisque, 133.
- Deml-paume, raquette plus légère, 51. Demi-quinze , terme du jeu de paume , 132.
- Demi trente , terme de jeu de paume , ibid.
- Demi-triquet , 37.
- Devers le jeu : c’eft l’efpace à gauche d’un jeu de paume, depuis la corde jufqu’à l’appentis du retour, if, ioy.
- Donner le service, iogk quinze , IJJ. Doublement, 66.
- Drap , gros, blanc, pour recouvrir la balle, 68-
- Dresser la raquette, yo.
- E
- Echalas , bâton de bois de frêne , propre à faire des raquettes, 41.
- Egravoir , 40, y4. _
- Enclume du raquetier, ibid.
- Entrer. On dit que la balle n’entre point , lorfqu’étant fervie , elle tombe en-deçà de la raie du ,der-nier, ni;
- Etancon , tringle plate de bois de tilleul , dont eft garni le manche de la raquette, ya.
- Etau de bois à mâchoires ferrées, 40.
- F
- Faute. Il y a faute , terme du jeu de paume , 99 , 112.
- Ficeler la balle', 76.
- Ficelle à balles, très-peu torfe, pour ficeler la balle, 68 , 74.
- Fond du jeu , eipace à droite d’un jeu de paume , depuis la corde au mur de côté , 1 y , 104.
- Four à colo’rer, 40,61.
- Frêne (bois de ) propre à faire des raquettes, 39,41.
- G
- Galerie , corridor dans lequel on fe trouve en entrant dans un jeiy de paume ,8,16. , ; , " /'
- Gallien cité 2 note. . . ;
- Gouge , 40, 62. F
- Gouger la raquette, 60.
- Grattoirs, 40, 60.
- Grille d’un jeu de paume,
- p.606 - vue 608/631
-
-
-
- ART DU PA U MI ER - RA 0 U ET IER. 607
- H-
- Habillement d’un Joueur de paume, 80.
- J
- Jambes de la raquette , 48.
- Jeu de paume. Art ellimé des Grecs & des Romains, 2 note.
- pafle de mode en Allemagne, ibid. bâtiment deftiné à cet exercice, fa defcrip-tion, y & fuiv.
- Jouer partie , 79,83 & fuiv.
- Joues d’en-haut, quatre furhauf-femens dans les deux murs de côté d’un jeu de paume, vers leur extrémité , 6.
- Juger la balle: c’eft prévoir l’efFet qu’elle doit faire , 119.
- L
- Lissette , petit inftrument d’os , fer-vant à polir, 40 , 62.
- Lits d’un jeu de paume, leur danger, 81.
- M-
- Manche de la raquette , 48.
- Manivelle , machine à jeter le volant, 142.
- Marquer les trous de la raquette,
- T9-
- Marqueur du jeu de paume. Ses fonctions , 96.
- Meche, 40.
- Mercurialis de arte gymnafricei, cité 2 note.
- Mettre dessous , terme du jeu de paume, 101 , 1 if.
- Montans : on appelle ainfi les rangs
- de mailles qui vont de bas en haut, dans une raquette, 64.
- Moule à balles, 69, 73.
- à raquettes , 40,47.
- Mouler la raquette, 47.
- N
- Nerfs delà jambe de derrière du bœuf, réduits en filaffe , 59.
- Leur ufage, 62.
- D’où on les tire , note ibid.
- Nerver l’étançon, 62.
- Noir des jeux de paume. Sa composition , fon ufage, 22 & fuiv.
- Noyau de la balle, petite boule de chiiFons , bien ronde, groife comme une noix , pour former la balle, 7i-
- O
- Ouverts (les) , intervalles entre les poteaux de la galerie d’un jeu de paume, 16.
- P
- Parchemin. Son ufage pour faire des raquettes , 39.
- Passer , terme du jeu de paume, 95-
- Paume ( jeu de ), étymologie de ce nom, 28.
- fon ulàge dans la médecine, i4f & fuiv.
- Paumes (demi-), 141.
- Peau de chien, fon ufage, 40. de mouton blanche, 67.
- Peloter , fe renvoyer la balle fans aucune des réglés du jeu , 79.
- Percer la raquette, 5-7,60.
- Pied , terme du jeu de paume, 127.
- Planer l’échalas, 43.
- le contour de la raquette , y^.
- p.607 - vue 609/631
-
-
-
- <?oS ART DU FAUMIER-RAQUET 1ER.
- Poinçon, *40,6p. r
- doublé, 66. ', fi
- Poitriniere de liege, 40,49. 7 '
- ’L de'buis , 40 , f‘4. PoRTER.'La balle porte , lorfqu’après avoir touché le carreau , elle donne contre le mur s 118-Poser le parchemin , 63.
- Prendre de volée , renvoyer la balle .avant qu’elle ait touché le carreau1, 116. ... ^ 7
- Presse, 40, p6.. y,', '
- Primer, fe' dit des joueurs qui donnent Sc reçoivent le _ fer vice, 98 ,
- Quarre (le), forte de jeu de paume, dont le bâtiment eft un quatre long, 6 & luiv.
- Quinze. Voyez Donner quinze.
- Quinze et bisque, 134.
- R
- FvABAt, filet placé au-defius des toits des pignons , 21.
- Raie de la paifc, 99, io<5.
- Raies noires des jeux de paume, 27 j 88-
- Râpes à bois, 40.
- Raquette ordinaire , 30.
- en battoir, 32.
- Reprendre la balle , 87-
- le fervicc ; c’eft renvoyer la balle qui a été fervie, J 09.
- S
- Sciure de bois de chènetamifée,39,6i. ^Seconds dans un-jeu-dé paume ,98, 114.
- Servir fur les deux toits, terme du jeu de paume , 99, 107,
- ' ? . fi; î "X- .
- Tambour , partie.d’un jeu de paume à . 'dedans, 14.,', >
- Tête de la raquette, 48.
- Tilleul (:bois de) propre à faire des raquettes, 39,42.
- Tirer la breche, 122.
- le fervice , 97 , 1 iOi les travers , 66. une chaire ; c’eft eifayer de la gagner, 91.
- une chaife le dernier la grille5 deft tâcher d’y placer fa balle de façon à gagner le coup , 120.
- Toit (le), c’eft l’appentis qui couvre la galerie d’un jeu de paume, 16. Travers y ce font les rangs de mailles qui croifent lesmontans, 64. Tremper les échalas, 4V Triquet , 3 6.
- Trou, ouverture quarrée àraze-terre, pratiquée dans un jeu de paume , 9^ Trussequin , 40.
- V
- Vilebrequin , 40.
- Volant, 139. , • , .
- Fin de Part du Paumier - Raquetier, & dit troïfieme Volume;
- p.608 - vue 610/631
-
-
-
- jTasieitr J°/.J ^ iz .
- ^------h
- 2£cAcH& jt-2 .fieds
- pl.1x1 - vue 611/631
-
-
-
- pl.1x3 - vue 612/631
-
-
-
- pl.2x1 - vue 613/631
-
-
-
- pl.2x2 - vue 614/631
-
-
-
- 8
- -Echellem jj .pieds*
- 7
- I
- pl.n.n. - vue 615/631
-
-
-
- pl.3x1 - vue 616/631
-
-
-
- pl.3x2 - vue 617/631
-
-
-
- pl.4x1 - vue 618/631
-
-
-
- HongrroijeiLr
- ^Tiedà
- a ;
- O N
- g â rj*
- 4 3
- =é
- j s
- Z=J>
- Bchelle de 3'Pzédàpouf* IctTalfe, U CftevaàtetLz B^üÿnoire .
- <d$ -J/7^
- pl.n.n. - vue 619/631
-
-
-
- pl.n.n. - vue 620/631
-
-
-
- pl.5x1 - vue 621/631
-
-
-
- -çtâ-àfïor?JPf£>
- J :
- 5*2,10(2 s'^m2
- mj:
- pl.4x2 - vue 622/631
-
-
-
- <<£><?ilL? idïuïLp. X7 7$ ,
- pl.6x1 - vue 623/631
-
-
-
- pl.5x2 - vue 624/631
-
-
-
- pl.2x3 - vue 625/631
-
-
-
- pl.1x5 - vue 626/631
-
-
-
- J3/.!.
- .Pau/nuer
- cJP t& /cxfo .27r'J
- pl.7x1 - vue 627/631
-
-
-
- pl.6x2 - vue 628/631
-
-
-
- pl.3x3 - vue 629/631
-
-
-
- pl.2x4 - vue 630/631
-
-
-
- pl.2x5 - vue 631/631
-
-