Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET MÉTIERS,
- FAITES OU APPROUVÉES FAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE ROYALE JDJZS SCJCJËWCJES JO JET J^^LMJCSo
- AV £ C F-ï G ü R E S EN TAILLE-DOUC E.
- NOUVELLE EDITION
- Publiée avec des obfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux forces matières, en Allemagne, en Angleterre, en Suiffe, en Italie.
- Far E. Bertr and, Profeffeur inSeïïes-Lettres à Neuchâtel, Membre de tAcadémie des Sciences de Munich*
- T O M E I V.
- <Contenant Van du Tuilier & du Briquetier ; Part de tirer des carrières la pierre ctardoife , de la fendre & de la tailler; tan du Couvreur ; tondu Chaufournier ; tare de faire le papier; tondu Canonnier; & tort du Cartier.
- A NEUCHATEL,
- De l’Imprimerie de la Société Typographie.
- ... . —' 1 • 1 !' .
- ’ BIBLIOTHÈQUE "
- DU CONSERVATOIRE NATIONAL des AilTS & ME1IE1AS
- N° du Catalogue.
- Prix ou Estimation—------
- M. D C C. L X X V I.
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- ART
- DU TUILIER
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- BRI&UETIER.
- Par MM. Duhamel, Fourcroy ê? Gallon*
- Tome IF.
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- ART
- DU TUILIER.
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- I N T R 0 D U C T I 0 N. Par M..D.
- I. CTet art eft d’autant plus intérefïant, que les bâtimens en bois étant dangereux pour les incendies , de peu de durée, & maintenant d’une grande dépenfe , à caufe de la rareté des bois de charpente , on eft réduit à bâtir en briques dans les cantons où la pierre manque, ou lorfqu’on eft obligé de la tirer de loin : quoique le prix de la brique foit augmenté proportionnellement à celui du bois , il y a bien des cas où il eft plus économique d’employer de la brique que de la charpente , ou de la pierre de taille.
- 2. D’ailleurs , la bâtifïe en briques eft faine , sûre contre le feu, & de longue durée, quand la brique eft de bonne qualité ; nous en pouvons tirer la preuve de bâtimens très-anciens conftruits en briques , qui fubfiftent encore aujourd’hui, quoiqu’on ait négligé de les entretenir. Ces veftiges de l’antiquité la plus reculée, prouvent la bonté de cette bâtiife ; l’hiftoire fainte & profane atteftent que l’art ;de faire des briques , eft prefque auflï ancien que le monde (i).
- ( i ) Si l’on en juge par les ruines , les compofées de terre grade , de paille ou de plus anciens bâtimens du monde étaient de rofeaux hachés , & cimentées avec du fabriques. C’eft ainfi que Nembrod bâtit la tume. Tavernier a décrit les ruines de ces-ville de Babylone. Les murs de cette ville, murs. Voyez Voyage du Levant, liv.^ II, que les Grecs mirent au rang des merveilles chap. 7. L’ufage des briques pafla.de l’Afie du monde, ne furent bâtis que de briques en Egypte. On fait que ce travail fut uti féchéesau foleil, ou au four. Elles étaient des moyens employés pour vexer leslfrae-
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- 3. Quand j’ai parlé de la longue durée des bâtimens faits en briques, j’ai ajouté qu’il fallait que la brique fût de bonne qualité y car on verra dans la fuite , que quantité d’ouvrages de fortifications , confirmes avec ces matériaux , ont péri prefque auffi-tôt qu’ils ont été faits , par la mauvaifè qualité des briques qu’on y avait employées.
- 4. La tuile eft d’un ufage encore plus général que la brique. Il n’y a que la couverture en ardoife , qui foit préférable à celle en tuile ; mais comme les carrières d’ardoife ne fe rencontrent qu’en certaines provinces, & comme fouvent elles font de mauvaifè qualité, 011 peut dire que prefque toutes les couvertures font faites en tuile : celles-ci ont même cet avantage , qu’elles ré-fiftenl mieux aux efforts du vent que-les ardoifès.
- 5". Quoique cet art foit des plus intérefîans, nous n’avons rien trouvé fur cette matière dans le dépôt de l’académie, nuis deffins ou planches gravées , nul mémoire.'Deux célébrés ingénieurs (*), frappés des réparations très-fréquentes qu’on était obligé de faire aux ouvrages de fortifications conftruits en briques, ont cru devoir s’appliquer à étudier avec attention les procédés du travail des.briquetiers, pour .parvenir à rendre les ouvrages en briques, aulîî folides que ceux que les anciens conftruifaient avec la même matière.
- 6. D’ailleurs, l’intérêt que ces meilleurs prennent à l’avancement du travail que l’académie des fciences a entrepris fur les arts, les a engagés à communiquer à la compagnie les mémoires qu’ils avaient faits furl’art du tuilier & du briquetier.
- 7. Mais comme ils n’ont parlé que des grands fours qu’on confirait aux environs des villes de guerre , où il fe fait une prodigieufe confommation de ces matériaux, nous nous fournies vus dans la néceiïité d’ajouter à leurs mémoires , les obfervations que nous avons été à portée de faire fur les petits fours, qui font en ufage dans les environs de Paris , fur les bords de la Seine
- lites. Les Grecs, qui tirèrent de l’orient leurs premières notions des arts 6c des fciences, imitèrent cette façon de bâtir. Yitruve dit qu’on voyait encore à Athènes, du tems d’Augufte , le fameux Aréopage, bâti de terre & couvert de chaume. Vers les derniers tems de la république , les Romains qui avaient d’abord bâti en pierre, revinrent à l’ufage de la brique. Le Panthéon & d’autres grands édifices en furent conftruits. Les orientaux faifaient fécher leurs briques au foleil, plus ardent dans ces contrées. Les Grecs les faifaient cuire au
- four; & la mefure déterminée des briques était de deux, quatre, ou cinq palmes. Les Romains fe fervirent d’abord de briques crues, féchées à l’air pendant quatre ou cinq ans.
- ( * ) AI. Fourcroy de Remecourt, lieutenant-colonel dans le génie, alfocié libre & correfpondant de l’accadémie royale des fciences & arts de Metz.
- M. Gallon, lieutenant - colonel dans lie génie, ingénieur en chef au Havre-de-Grace, 6c correfpondant de l’accadémie royale des fciences de Paris,
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- & fur le rein de la forêt d’Orléans (2) : ces petits fours font d’un ufage plus commun que les grands, qui ne peuvent fervir que dans les provinces où l’on fait une très-grande confommation de briques. Si nous n’avions cru ‘ces additions nécelfaires, nous nous ferions bornés à donner au public les mémoires de ces deux habiles officiers.
- 8- On fait en général que les carreaux, les tuiles & les briques font faits , foit avec de la terre glaife (3), foit avec de l’argille qu’on pénétré d’eau, qu’on pétritqu’on corroie avec beaucoup de foin, pour en faire une pâte
- (2) J’ai fait obferver dans mes notes tous les divers procédés de cet art, pratiqués en Suiffe. Les additions confidérables que l’on trouvera ici fur ce fujet, donneront lieu à des comparaifons utiles.
- (3) Selon quelques auteurs, & même dans l’ufage ordinaire , la terre glaife ( terra pin-guis , en allemand Leim , Leimichter Erde ) eft la même chofe que l’argille. Selon d’autres , c’eft en général toute terre grade liée, telles que font les marnes, les argilles , les bols. Enfin , quelques naturaliftes donnent le nom d’argille à la terre glaife , lorfqu’elle eft mêlée de fable, de gravier, d’ochre, &c. Plus pure , cette terre tenace conferve fon nom. 11 aurait fallu convenir de quelque chofe dans une diflertation telle que celle-ci ; & c’eft ce qu’on ne fait point dans toute la première fédion. Dans la fécondé fec-tion, M. Fourcroy définit ainfi la terre dont on fe fert pour faire les briques : ctJ’en-w tends par ïargille une terre vitrefcible 33 qui tient un milieu entre la glaife & le «3 fable •, c’eft-à-dire , comme je l’ai recon-33 nu , une terre compofée de l’un & de 33 l'autre. „ Les naturaliftes diftinguent la glaife d’avec l’argille , en ce qu’elle ne contient que peu ou point de fable. Elle n’eft point auffi grade & aufti favonneufe que le bol ; elle n’eft point friable 8c acide comme l’ochre ; elle ne, fait point d’effer.vefcence avec les acides, comme la marne. Les parties ‘ qui compofent la glaife font très-dudiles , parce qu’elles font fort liées & tenaces -, elles s’amollifent dans l’eau ; elles prennent corps & fie 'dorciffent dans le feu.
- (4) L’argille, en allemand Thon jen anglais Clays, eft une terre compade , glu-tineufe , gralfe. Toute argille pétille au feu avant d’entrer en fufion ; elle eft vitrifiable, mais elle demande un feu tres-violent & donne de mauvais verre ; elle ne fait aucune effervefcence avec les acides , à moins qu’il ne s’y trouve des particules calcaires , alcalines , marneufes , ou ferrugineufes. U argille blanche & grife , argilla alba & cinerea , weijfer Thon , grauer Thon , eft la plus pure de toutes : on en Fait de belle faïance -, elle ne peut être que très-difficilement vitrifiée. L’argille bleuâtre , argilla plajlica , blauer Thon, eft compofée de particules plus ou moins grolfieres. C’eft celle dont on fait les briques. Elle eft d’un bleu pâle étant humedée ; féchée, elle paraît grife ; calcinée , elle eft rougeâtre. Ordinairement elle eft mêlée avec un fable fin. Si elle eft groftiere, elle fe précipite plus facilement dans l’eau. Les ar-gilles jaunâtres, rougeâtres, noirâtres , tirent leurs couleurs des particules minérales qu’elles contiennent. M. de Buffon prétend que les argilles font formées par la décompofition des fables. Hijl. naturelle , tom. I , pag. 2ç9 & fuiv. Hill, Hijl. fojj. Vallerius , Mineralog. tom I, p. f 4. Bertrand, Dià. desfojjiles, au mot argille. Actes de l’académie roy. des füences de Suede , an 1738, vol. II , p ag. us & iç8. Voyez aulfi ci-après la defcription des tuileries de Suede par M. "Wnnblad, 8c les notes de M. Schrcber
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- ductile , à laquelle on donne, dans des moules, la forme de briques, de tuiles, ou d& carreaux ( f onrfait enfuite fécher cette terre moulée , foit,à Pair, doit fous des angars que.Pair traverfe dans tous les fens. Quand.ces ouvrages font bien fecs, on les fait cuire, ou avec dubois , ou avec du charbon de terre ; lorfque toutes ces opérations ont été exécutées avec foin, les tuiles & les briques doivent être dures, fonores & incapables de s’amollir dans Peau , ou de fe feuiller par la gelée.
- < 9. Ces bonnes qualités dépendent, i°. de la nature de la terre que l’on y emploie ; 2°. du travail qu’on fait pour la corroyer parfaitement 3 3°. du degré de cuiifon qu’011 donne aux ouvrages moulés & deiféchés. ; '
- 10. A l’égard de la nature de la terre, je crois pouvoir avancer d’après des eifais que j’ai faits en petit, qu’en générai l’argille pure prend au feu plus de dureté, que celle qui eft alliée avec des fubftances hétérogènes. Mais auffi cette argille pure fe retire beaucoup au feu ; elle fe tourmente & fe fend, fur-tout quand les ouvrages ont une certaine épailfeur,3 c’eft pqur cette raifon , qu’on emploie de la terre plus forte pour les ouvrages 'de poterie , que pour faire du carreau ; plus forte pour le carreau que pour la tuile , & plus forte pour la tuile que pour la brique.
- 11. Si la terre que l’on y deftine eft très-maigre, elle fe deifeche fans fè tourmenter ni fe gercer : mais auffi l’ouvrage en eft moins dur &f moins fonore. Les fubftances étrangères qui diminuent la force des glaifes , font tantôt une terre limonneufe & végétale, qui ne contribue en rien à la dureté des ouvrages (car l’on pétrit de la terre d’un bon potager, fi-on la fait cuire, elle acquerra peu de dureté) 3 tantôt un fable qui peut êtré' avantageux, quand il fe vitrifie difficilement, & quand il 11’eft pas trop abondant dans la glaife 3 mais qui gâte tout, quand fe trouvant mêlé avec la glaife ,,.il en réfulte un alliage trop fufible ou trop aifé à vitrifier. Un mélange de parties métalliques & pyriteufes en gros grains , produit un mauvais effet* parce que certaines parties fe brûlent, pendant que d’autres fe vitrifientj & il en réfulte des vuides qui altèrent le carreau & la tuile.
- 12. Ces mêmes fubftances font plus utiles que nuifibles, quand elles fe rencontrent en petites malfes & en médiocre quantité. A Montereau, on fait cas des tuiles fur lefquelles 011 voit des taches noires & métalliques. , .
- 13. Si cet alliage eft de la nature du fîlex &par gros grains , il éclate au feu, & gâte l’ouvrage.
- 14. S’il eft de la nature des pierres calcaires, il fe convertit en chaux
- ( ç ) Carreau eft une forte de pavé plat, gulaîre. Souvent on fe fert, pour paver , avec lequel on pave le dedans des maifons de fimples briques, auxquelles on donne ou des édifices, Dans certains pays on moins d’épaifteur & plus de champ, donne à ces carreaux une forme quadran-
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- lors de la cuilïon de la tuile ; & ces parties de chaux venant à fentir l’humidité , fe gonflent & font feuiller la tuile : ce qui effc un très-grand défaut. Néanmoins, une petite quantité de craie ou d’autre fubftance calcaire , réduite en parties fines , peut dans certains cas être utile j car alors les iiibf-tances calcaires fe vitrifient & fervent de fondant.
- rf. A l’égard des ouvrages , dont le prix peut indemnifer l’ouvrier des dépenfes qu’il eft obligé de faire pour les travailler, on parvient à corriger le défaut des terres, fi elles font trop fortes, en y mêlant du fable fin & doux qu’on fait être propre à augmenter la dureté des ouvrages, en même tems qu’il diminue fuffifamment la trop grande force de Pargille. Si les terres font trop maigres, courtes ou alliées de fable trop gros, ou de pyrites, ou de filex , ou de pierre calcaire , on délaie ces terres défeétueufes dans de l’eau : on les laifle repofer quelque-tems, pour que les corps; plus pefans que lqs parties fines de la glaife fe puiflent précipiter ; après quoi, en faifant écouler l’eau qui fumage par décantation (*), il fe précipite au fond de l’eau une glaife très-fine , pure, ou alliée d’un fable très-fin 5 quelquefois même on palfe cette eau chargée de glaife par des tamis, pour être plus certain d’en avoir retiré tous les corps étrangers,
- 16. On fent bien qu’on ne peut prendre de femblables précautions pour des ouvrages grofiiers, tels que la tuile & la brique qui fe vendent à bas prix ; aufli les tuiliers & les briquetiers fe contentent-ils de remédier à la trop grande maigreur de leur terre , en y mêlant de l’argille pure ; & quand leur terre eft trop grade , ils y joignent du fable ou une terre fort maigre. Quand par bonheur ces mélanges fe trouvent faits par la nature même, ils réufîiifent fouvent mieux que ceux qu’on eft obligé de faire aifez groffiérement par artifice : & alors cela épargne beaucoup de peine & de dépenfeaux ouvriers.
- 17. A Montereau, où la tuile eft de fort bonne qualité , on emploie la terre telle qu’cn la fouille : il en eft prefque de même au bord de la forêt d’Orléans, quant à celle que l’on y emploie pour la tuile: mais on eft obligé de mélanger cette terre pour la brique (6). Aux environs d’Etampes , la plupart des tuiliers font obligés de mêler du fable avec leur argille, pour faire leurs tuiles qui font très-bonnes.
- 18* Voila des principes qui font aifez généralement vrais , ils fouiffenfe
- ( * ) Décanter c’eft verfer, par inclinai- tance l’une de l’autre. Une de ces terres eft fon une liqueur qui recouvre un fédiment trop gratte , fi on l’emploie feule : l’autre , groffier. au contraire, eft trop maigre, L’expérience
- (6) Dans les tuileries de Grandfon , aappris aux ouvriers dans quelle proportion bailliage appartenant aux cantons de Berne ils doivent faire le mélange , & ils fabri-& de Fribourg , on fait un mélange de deux quent de très-bonne brique, fortes de terres qui fe trouvent à peu de dif- ., -
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- néanmoins de fréquentes exceptions , que les plus expérimentés ont peine à découvrir à la fimple infpeétion des terres ; car il y a des glaiiès quife retirent beaucoup plus que d’autres en fe defféchant, ce qui elt un grand défaut j d’autres fe fondent, fe vitrifient & fe déforment par-tout où le feu eft un peu vif, pendant qu’il y en a d’autres qui ne fe vitrifient pas affez, & n’ac-quierent point une dureté fuffi.fan.te ; car on peut regarder la cuiffon des terres comme un commencement de vitrification qui, portée à un certain point, donne à la tuile les qualités que l’on defire. Mais palfé ce terme, lorfque la vitrification eft complété, les ouvrages fondent, ils fe déforment, les pièces s’attachent les unes aux autres , & font ce qu’on nomme des roches. Pour ces raifons , certaines terres exigent beaucoup plus de feu que d’autres * pour être cuites à leur point : & ces terres dures à cuire, font communément; des ouvrages bien plus folides que les autres. La terre quon emploie enNor-, mandie pour faire ces pots de grais où l’on renferme le beurre, peut être: donnée pour exemple : mais dans ce cas, la bonté des ouvrages ne s’accorde1 pas avec les intérêts du tuilier.
- 19. Je penfe donc, ainft que MM. Fourcroy & Gallon , que le, plus siir eft d’éprouver les terres à différens degrés de cuiifon, fur-tout lorf-, qu’on eft obligé d’en faire des mélanges ; & qu’il ferait imprudent d’entreprendre beaucoup d’ouvrage , avec des terres qu’on 11e connaîtrait >pa§. parfaitement.
- 20. Quelqu’attention qu’on apportât dans le choix des terres, ou ne ferait que de mauvais ouvrage, fi on négligeait de les bien corroyer. C’eft dans cette opération, qui fera décrite dans la fuite, que les tuiliers attentifs ôtent le plus exactement qu’ils peuvent les pyrites, les cailloux , les pierres calcaires, en un mot, tous les corps étrangers quife rencontrent dans la terre qu’ils veulent employer. Plus la terre eft pétrie, & corroyée, plus les parties terreufes fe rapprochent, & plus l’ouvrage fera ferme & pe-fant. Il ne faut pas efpérer qu’on puilfe parvenir, par une feule opération, à bien préparer la terre : il faut y revenir à plufieurs fois , afin que l’eau puilfe s’infinuer d’elle-même dans les plus petites molécules terreufes. Pour certains ouvrages de faïance , on conferve les terres dans des fouterreins pendant plufieurs années : il faut, difent les ouvriers , qu’elles y pourrijfent.
- 21. Quand on fait un mélange de différentes terres , il faut faire enforte
- ( 7 ) On ne faurait connaître à la vue fourneau des environs , pour obferver les fimple la bonne argille à faire des briques : fuccès. En réitérant les expériences , en la méthode la plus prudente eft de fa- variant le mélange des terres , en donnant qonner foigneufement une certaine quan- différens degrés de cuiffon, on apprend à tité de cette terre encore mal connue , & peu de frais Je s défauts de l’argille , & les de faire cuire les briques dans quelque moyens d’y remédier.
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- qu’elles foient fi intimement mêlées les unes avec les autres, que la malfe faire un tout uniforme. Enfin, pour faire de bon ouvrage, il faut i°. employer plutôt de largille trop forte que trop maigre , fauf à la laiifer long-tems fécher fous un angar, & à ménager beaucoup le feu au commencement déjà cuilfon. 2Q. On peut épargner l’eau, mais nullement le travail des bras, fur-tout pour les ouvrages d’une certaine épailfeur. C’eft principalement par cette raifon, que les ouvrages des potiers font plus durs que ceux des tuiliers : car fouvent les uns & les autres emploient de la même terre. 3°. Comme les plus petites molécules de terre doivent être pénétrées par l’eau, il eft néceifaire de les corroyer à différentes reprifes, & de les tenir long-tems en tas.
- 22. Je ne m’étendrai pas davantage fur ces points qui feront amplement détaillés dans la fuite, ainfi que tout ce qui regarde le moulage &le delfé-chement, tant fur la place qu’en haie, ou à l’air libre, ou fous les angars. Mais comme la perfe&ion des tuiles & des briques dépend beaucoup de leur parfaite cuilfon, j’expliquerai en détail la conftru&ion des fours de différentes grandeurs > & pour éviter les répétitions, je vais donner pour premier exemple, la grande & belle tuilerie du Havre, dont nous devons la defcription à M. Gallon. Je parlerai des fours à cuire la tuile, que j’ai vus à Montereau, & fur le rein de la forêt d’Orléans ; ainfi que de ceux des environs d’Etampes, dont je dois la defcription à M. de Barville du Frefiie, qui a une terre à portée de cette ville. Je palferai légèrement fur la defcription des outils dont on fe fert, parce qu’on la trouvera au commencement de la fécondé partie : M. Fourcroy étant entré à ce fujet dans de grands détails.
- PREMIERE PARTIE.
- Des briqueteries tuileries, ou l'on fe fert de bois pour la cuijfo
- ]on*
- Defcription de la briqueterie & tuilerie du Havre Par M. Gallon.
- De lajerre.
- 23. ]La terre dont on fait la tuile & la brique près du Havre, eft gralfe, forte, noirâtre, ou jaunej elle fe trouve fous un lit de galet ou de fable,.* Tcm* 1F, B
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- d’un ou deux pieds d’épaiffeur : on tire l’argille à la laide de baffe mer. Dans d’autres endroits, cette argille fe rencontre fous un banc de pierre tendre, qui femble être la même terre pétrifiée : car cette pierre eft ordinairement d’une couleur femblable à l’argille qu’elle recouvre.
- 24. On tire l’argille pendant l’hiver (8), & on l’amoncele au bord d’une foffe maçonnée en briques avec ciment : cette foffe a douze pieds en quarré , fur cinq pieds de profondeur (9).
- 2f. On fait une fécondé foffe en-dedans de l’attelier, & tout près de la grande ; cette fécondé foffe a huit pieds de longueur, cinq pieds de largeur , & quatre pieds de profondeur j elle eft, ainfi que la grande, revêtue d’une bonne maçonnerie en brique & en mortier de ciment, afin que la terre y puilfe conferver fon humidité naturelle, & contenir l’eau qu’on y ajoute : cette foffe fe nomme le marcheux.
- Préparation de la terre.
- 26. On remplit la grande foffe avec la terre qu’011 a tranfportée auprès , & 011 commence à préparer celle qui eft la plus anciennement tirée ; c’eft toujours la meilleure : on en remplit la folle, de maniéré qu’elle excede d’environ fîx pouces fon revêtement; enduite on jette de l’eau par-deffus , jufqu’à ce que la terre foit parfaitement imbibée. Il faut, pour bien pénétrer la terre de cette grande foffe, environ dix à douze tonneaux d’eau; chaque tonneau contenant trois cents vingt pots, ou fix cents quarante pintes. O11 laide l’eau pénétrer d’elle-même dans la terre pendanftrois jours.
- 27. Alors un ouvrier qu’on nomme marcheux, du même nom que la petite foffe , piétine la terre, en marchant fur toute fon étendue : puis il la hache, & la retourne en la prenant avec une pelle ferrée ou une bêche, par parties fort minces , & de la profondeur de neuf à dix pouces : on appelle ces tranches , une coque de terre apprêtée. La couche qu’on enleve de la grande foffe fournit ce qu’il faut de terre pour remplir le marcheux ou la petite foffe-, dans laquelle l’ouvrier marcheux la piétine & la pétrit une fécondé fois.
- ( 8 ) On a obfervé que l’argille qui a été pendant l’hiver bien pénétrée de la gelée, & qui dégele au printems, fe travaille mieux. Les parties divifées par l’aétion de la gelée , font plus faciles à mêler, on a moins de peine à en former un tout homogène. Cependanc à Grandfon , petite ville jkuée à fu lieues ue celle qu j’écris, on pré-
- féré la terre qui n’a point été gelée. En couféquence on ne tire'les terres deftinées au travail, que lorfqu’on n’a plus rien à craindre des gelées.
- ( 9 ) La grandeur de la foffe doit être proportionnée à la quantité de briques que l’on cuit à la fois. Nous verrons qu’au Havre on cuit cent milliers dç briques à la fqlq=
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- 28- Il la retire enfuite du marcheux; il la retourne, & la jette fur le plancher de l’attelier même, où il la piétine pour la troifieme fois, & il. en forme une couche de lix à fept pouces d’épailfeur. On couvre i’argiile d’une couche de fable d’une ligne depaiifeurs le.même ouvrier la marche pour la quatrième fois, ne failànt agir que le pied droit, qui enleve à chaque fois une couche mince de terre : ce qui la corroie parfaitement bien.
- 29. Ainsi, le marcheux mene la terre par filons, tenant un bâton de chaque main, pour s’aider à retirer fon pied de la terre 5 il répand une fécondé fois la même quantité de fable que la première fois, enfuite il la piétine à contre-fens des filons : cette terre , ainf préparée , s’appelle voie de terre.
- 30. Le marcheux coupe lu terre avec une faucille par grolfes mottes , qu’on nomme vafons.
- 31. Il tranlporte ces mottes à l’autre bout de l’attelier, où il les ren-verfe fens-delfus-delfous; il les marche encore par filons, comme nous l’avons expliqué : c’elt ce qu’on appelle mettre a deux voies. Un autre ouvrier , qu’on nomme vangeur, coupe cette terre par petits vafons , & la porte fur une table fur laquelle il- a étendu deux ou trois poignées de fable avant de la pofer delfus. Il pétrit cette terre avec fes mains, comme 011 fait la pâte, en jetant de tems en tems un peu de fable : enfin, le vangeur en forme de petits vafons, qu’il porte enfuite fur l’établi du maître-ouvrier (10).
- 32. On 11e jette qu’une petite quantité de fable fur la terre qu’011 va piétiner, parce que l’intention n’eft pas de la maigrir, mais d’empêcher qu’elle ne s’attache trop aux pieds de l’ouvrier ; c’eft aufii pour empêcher qu’elle 11e s’attache à fes mains & à la table, qu’on en faupoudre le delfus. (11)
- 33. Si l’on ne trouve pas du fible fin à portée des tuileries (12), oiî ramalfe de la poulfiere dans les chemins, ou bien on fait brûler des gazons. Pour cela on leve des gazons > on en fait un fourneau qu’on remplit de
- \ bois, le tout forme une elpece de dôme ; on met le feu au bois, les gazons fe confirment ; & quand ils font refroidis, 011 a une terre en poudre qui tientlieu.de fable. Pour épargner cette dépende, on couvre le delfus des fours à briques avec des gazons ; & après qu’ils font confumés, on en ramalfe ibigneufement la cendre pour rouler la glaife qu’on corroie. Mais foit qu’on emploie de la poulfiere, ou de la cendre de gazons brûlés,
- (10) C’eft celui qui eft chargé de la mouler.
- (11) Dans les cayers des arts de Paris on a renvoyé au bas des pages, en forme de notes , diverfes obfervations relatives au fujet traité dans les articles précédens :
- j’ai jugé à propos de les faire fuivre dans le texte même.
- ( 12 ) En Suilfe , le mot de tuileries eft fynonyme à celuide briqueterie. Le même ouvrier fait par-tout de la tuile & de la brique dans les mêmes fours.
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- ou du fable, il faut avoir foin de tenir ces différentes matières dans des endroits à couvert de la pluie.
- 34. Nous rapporterons dans la fuite, des expériences deM. Gallon, qui prouvent, Ie?. qu’il eft bon de mettre quelqu’intervalle entre les différentes préparations qu’on donne à la terre ; 2Q. que la terre acquiert d’autant plus de denfité, qu’011 la corroie avec plus de foin.
- 3 f. Au relie, la pratique des briquetiers de Montereau, d’Etampes, & de la forêt d’Orléans, eft la même que celle des briquetiers du Havre (13).
- Difpofition de la table du mouleur.
- 36. La terre étant réduite, comme on l’a dit, en confiftance de pâte, 011 tranfporte plulieurs molles ou vafons fur la table du mouleur, qui eft établie fous la halle ou angar.
- 37. Cette table, affez épaiife, eft folidement pofée fur quatre forts pieds, liés les uns avec les autres par des traverfes. A la gauche de l’ouvrier, eft une auge,remplie de fable fin oudepouftiere de terre morte, ra-maffée le long des chemins : cette pouffiere doit être extrêmement fine ; elle fert à empêcher que la terre 11e s’attache, ni à la table, ni aux moules. Vers le milieu de cette table eft une fécondé petite auge, d’un pied quatre pouces de longueur, fur quatre de largeur, & autant de profondeur : celle-ci eft remplie d’eau, pour mouiller le moule h. la plane. Vis-à-vis l’ouvrier, eft pendu un morceau de bois, que l’ouvrier appelle cloquetier, auquel il accroche Farchet, dont la corde eft de fil-de-fer, & qui fert à couper la terre.
- 38. Entre la petite auge & le bord de la table qui regarde F ouvrier, fe pofe le moule: ce moule eft un chaftîs qui a, pour les tuiles de grand moule, onze pouces deux lignes de longueur, fix pouces neuf lignes de
- { 15 ) Dans les tuileries de Suiffe on prépare la terre différemment. A mefure qu’on l’am,ene du lieu où. elle a été tirée , on l’entaffe devant Fangar, & 011 a foin de la battre , afin de rendre le tas plus ferme. Lorfqu’il yen a une certaine quantité , on la coupe par tranches affez minces avec une houe , ou une pioche plus large que les pioches ordinaires, & les ouvriers rejettent foigneufement toutes les pierres ou les autres corps étrangers qui peuvent s’y rencontrer.Ces tranches tombent au pied du tas, dans une efpece de foffe garnie de planches, qui fe trouve fous le couvert de
- Fangar. Lorfque cette foffe eft remplie à la hauteur d’un pied & demi, on y jette de l’eau , mais peu à la fois, lui laiffant toujours le tems de s’imbiber infenfible-ment. C'eft alors le moment de la pétrir avec les pieds , jufqu’à ce qu’on n’y fente plus aucune dureté. Ou entaffe derechef cette terre , en la battant fortement, pour rendre le tas plus compacte On la coupe de nouveau en tranches auffi minces qu’il eft poffible , en ôtant tous les corps étran* gers s’il s’y en trouve. Ces tranches remifes en tas, font prêtes à être moulées.
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- largeur, & fix lignes d’épaiffeur : une des traverfes de ce chafiîs porte dans fon milieu une échancrure quarée.
- 39. Les dimenfions du moule varient fuivant les différentes provinces, & aufli fuivant la nature de la terre, parce qu’il y en a qui fe retire plus que d’autre. On fait des moules de différentes formes, pour les faîtieres , pour les tuiles gironnées, pour les tuiles creufes & celles des noues ; enfin, des moules doubles pour les carreaux.
- 40. La plane a deux pouces de largeur;falongeur excede un peu la largeur du moule; elle eft un peu arrondie en-deffous; elle fert à emporter la terre qui excede le moule.
- 41. A chaque établi de mouleur, il y a fix palettes d’un pied de long, non compris la poignée, & de fept pouces & demi de largeur;leur épaif. feur eft de iix lignes ; ces palettes fervent à porter les tuiles moulées fur l’aire de la tuilerie : leur grandeur varie fuivant la grandeur des tuiles.
- 42. Le banc fert à battre les tuiles, lorfqu’elles font à moitié feches, avec la batte. Cette batte eft plate en-deffous: elle a un pied de longueur, non compris le manche ; & fa largeur eft de deux pouces neuf lignes. On a aufli une efpece de rouable, qui fert à nettoyer & à égalifer le terrein fut lequel le porteur doit dépofer les tuiles.
- Différentes formes qu'on donne aux tuiles & aux briques.
- 43. Suivant les différentes provinces, on fait les tuiles plates ou creufes. Les tuiles plates ont la forme d’un quarré long; elles font un tantfoit peu courbes dans le fens de leur longueur, afin qu’étant mifes en place fur les bâtimens,le bout de chaque tuile joigne plus exadement fur la face fupérieure de celle qu’elle recouvre : elles ont au bout d’en-haut de leur furface de deifous un crochet pour les retenir à la latte. Autrefois, outre ce crochet, on faifait deux trous aux deux côtés du crochet, pour attacher les tuiles avec des clous ; elles en étaient plus affermies contre le vent; mais auffi dans le cas de réparations, ou de remaniment, on rompait beaucoup de tuiles en arrachant ces clous. Dans quelques provinces, on ne fait point de crochets, mais des trous, dans lefquels on paffe des chevilles de bois qui tiennent lieu de crochets. Comme ces chevilles font fujettes à pourrir, elle ne font prefque plus d’ufage. Onfe fert maintenant prefque par-tout de crochets faits avec la terre même.
- 44. La grandeur des tuiles varie, comme l’a dit M. Gallon, fuivant les différentes provinces, & même fouvent fuivant les différentes tuileries. A Paris , celles qu’on nomme de grand moule, ou grand khajidllon, ont douze pouces de longueur, fur huit à neuf de largeur; & celles de petit
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- ïnoul: , ont dix pouces de longueur , fur fix à fept de large.
- 47. Les tuiles creufes ou à canal, ont à peu près la figure des faîtieres qui fervent à couvrir farête ou le faite des bâtimens, excepté quelles font plus larges par un bout que par l’autre. Ces tuiles, dont on fait un grand ufage, principalement dans les provinces maritimes, font pofées fur des toits prefque plats, parce qu’elles n’y font retenues que par leur propre poids : il fuit de là que les charpentes exigent des bois moins longs ; mais aulîi ils doivent être plus forts, non feulement parce que ces tuiles font plus pefantes que les plates, mais encore parce que les bois ont d’autant plus de poids à fupporter, qu’ils approchent plus d’une pofition horifon-tale. Il eh vrai que les toits plats ayant moins de fuperficie, exigent, pour être couverts, une moindre furface de tuiles, que ceux qui fout plus relevés ; & ce qui augmente beaucoup cette économie, c'eft qu’on donne aux tuiles creufes moins dç,pureau qu’aux plates: à celles-ci, il n’y a que le tiers de leur longueur qui foit apparent ; au lieu qu’aux tuiles creufes il en parait plus de la moitié,
- 4s. Les toits plats préfentent moins d’opposition au vent que ceux qui font relevés ; mais aufïi, aux toits plats , le vent prend les tuiles par-deffous ; au lieu que fur les toits plus relevés, il appuie la tuile contre la latte; & comme les tuiles creufes ne réliftent au vent que par leur propre poids, on a coutume de charger les rivets avec des pierres. Il s’amalfe beaucoup de neige fur les toits plats , & dans les tuiles-creufes; & quand cette neige fond* l’eau pénétré entre les intervalles. Enfin, ces tuiles 11e font jamais une couverture aufïi propre que les plates; c’eft: pourquoi on emploie celles-ci dans tous les pays où les ouragans ne font point trop à craindre.
- 47. On fait aufïi des tuiles en S, qui fe recouvrent les unes les autres, par le moyen de la courbure. Les meilleures de toutes les tuiles font celles qui ont des rebords relevés ; mais comme elles ne peuvent pas fe joindre exactement, on recouvre les joints.avec de petites tuiles creufes, pour empêcher que l’eau n’y paffe. Quand ces tuiles font afïîfes avec un bon mortier fur une charpente très-folide, ou fur une voûte en arc de cloître, on n’en voit pas la fin. Nous en parlerons plus au long dans l’art du couvreur.
- 48. Dans quelques provinces on fait des tuiles recouvertes d’un vernis * comme la poterie ; & comme on en fait de différentes couleurs , les couvreurs en forment des compartimens qui font agréables à la vue.
- 49. Pour couvrir les colombiers & les tours rondes, on eft; obligé de faire des tuiles gironnées, qui font plus étroites par un bout que par l’autre.
- fo. Les briques forment toutes un parallélipipede dont la longueur eft: double de la largeur; mais elles font de différente grandeur. Celles qu’on nomme à Paris chantignolks, & qui fervent pour les tuyaux de cheminée *
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- ont huit pouces de longueur, quatre pouces de largeur, & douze, quinze ou dix-fept lignes d’épaiifeur: celles qu’on emploie pour le corps des bâti-mens, ont ordinairement huit pouces de longueur, quatre pouces de largeur, & deux pouces d’épaiifeur. On en fait d’autres pour les pleintes & les entablemens qui portent des moulures. On en emploie d’une forme particulière pour former le recouvrement d’un parapet de terraife en dos de bahu. J’en connais de pareilles qui fubfiftent en bon état depuis un fiecle.
- fi. Les anciens en faifaient quelquefois de fort grandes, qui avaient depuis deux jufqu’à cinq palmes : ils en faifaient auffi de la grandeur des nôtres 3 quelques-unes étaient en iozange , & fe pofiient obliquement3 enfin, ils employaient quelquefois des briques non cuites, qu’ils faifaient fimple-ment fécher au foleil pendant pîufieurs années.
- j2. Un commentateur de Vitruve voudrait qu’on donnât aux briques la forme d’un triangle équilatéral, dont chaque côté eût 12 pouces de long, & que leur épaiifeur fut d’un pouce & demi. 11 prétend que les briques de cette forme s’emploieraient plus commodément, qu’elles coûteraient moins, qu’elles feraient plus folides & d’une belle apparence, fur-tout aux angles fiillans & rentrans. Je n’ai point examiné la valeur de cette propofition.
- Travail du mouleur.
- 53. La terre étant préparée comme on l’a dit ci- devant, le mouleur jnouille le chaffis} enfuite il le faupoudre avec la pouffiere ou le fable fin qui eft dans l’auge 3 il répand de cette pouffiere fur la table à l’endroit où il veut pofer le moule3 enfuite avec l’archet, il coupe de la terre d’un tas ou vafon, qui eft à fes côtés fur la table 3 il en remplit avec force l’inté-» rieur du moule 3 il coupe ce qui excede les bords du moule avec le même archet qui lui a fervi à couper la terre, en conduifant le fil de fer le long des bords fupérieurs du moule 3 il recharge encore le moule, en entaffant la terre aux angles, à force de poignet 3 il recoupe une fécondé fois avec l’archet3 & comme le fil d’archal déchire un peu les côtés, il remet avec les pouces de la terre aux endroits défectueux : enfin, il pafle deffuslaplane ^ qu’il a mouillée , afin de rendre la tuile bien lilfe. Le porteur, qui' eft un jeune homme robufte, préfente une palette vers une petite entaille, qui met le delfus de la palette de niveau avec le delïus de la table où l’on a empli le moule: le mouleur coule le moule chargé de terre fur la palette3 & en enlevant le clvaffis ,1a terre moulée refte fur la palette.
- S4-- Avant d’enlever les palettes, le porteur forme le crochet, en relevant la partie de terre qui tient à la tuile , & qui a été moulée dans l’en-teille du çhaffis. Le porteur cirleye toujours deux palettes à la fois; & \\
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- arrange les tuiles fur f aire de la tuilerie, enfaifant, par une petite fecopiTej couler la tuile de deffus la palette.
- ff. Toutes les tuiles moulées relient ainli fur faire, jufqu’à ce qu’elles foient alfez feches pour être enlevées fans fe rompre ; alors on les drelfe fur-îe-champ, & on en appuie deux l’une contre l’autre en forme de toit, ou autrement, comme il fera dit ailleurs: elles relient en cet état environ deux jours. Quand la terre dont elles font fabriquées eil forte, & que le hâle ell grand, on les arrange par tas, afin qu’elles puilfent fécher lentement & fans fendre : quand elles font fuffi.fam.ment feches , un ouvrier fe place jambe de-çà, jambe de-là, fur le banc, pour les comprimer en les frappant avec la batte 5 il donne deux coups de cette batte fur chaque bout, c’ell-à-dire , fur le tranchant de la tuile, deux autres coups fur le tranchant des côtés, deux autres fur le plat de chaque côté de la tuile, & enfin deux; fous le crochet : ce qui fait en tout huit coups. A mefure que les tuiles font battues , 011 les met en haie fous des angars ou halles : les murs de ces halles font percés de quantité de trous, d’environ quatre pouces en quarré, pour que l’air les traverfe librement, fans que la pluie puilfe y tomber.
- 56. Quand il furvient une pluie un peu abondante , dans le tems que les tuiles encore molles viennent d’être mifes fur la place , tout ell perdu ; il faut les mouler de nouveau : mais quand elles font deiféchées, il fe fiit feulement quelques trous à leur furface ; elles font alors vérollées, comme difent les ouvriers ; ce qui en gâte le coup-d’œil, mais n’en altéré point la qualité. Quand onleve les tuiles de delfus la place pour les tranljporter fous l’angar, 011 arrange les poignées de maniéré que les crochets foient en dehors, que les faces portent l’une contre l’autre , & qu’elles foient moins expofées à fe rompre : on les met de la même façon en tas fous l’angar, pour qu’elles fe delfechent plus lentement ; enfuite on les bat, puis on les met en haie.
- y7* Pour former les haies, 011 pofe les tuiles de champ par poignées de quatre ; les crochets empêchent que les tuiles ne fe touchent; on obferve encore d’écarter chaque moitié de poignée, en mettant entre elles un petit morceau de tuile pour que l’humidité s’en dilîipe plus facilement. Quand on a formé le lit , on pofe par-deifus deux cours de baguettes, un fur le devant & l’autre fur le derrière ; puis 011 forme un fécond lit, puis un troifieme, &c. ce qui forme des lozanges. En établilfant ces différens lits, on ôte les petits morceaux de tuile. Il ell important que les tuiles en haie lèchent lentement, fur-tout quand elles font de terre forte 5 c’ell pour cela que quand il fait trop de hâle , on bouche avec de la paille les petites ouvertures de l’angar & même les portes.
- 58- Nous ne devons pas négliger de faire oblèrver que les tuiles &les briques en font meilleures, quand la terre dont on emplit les moules eltun
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- peu ferme. Les ouvriers font dans l’habitude de l’employer tres-molîe pour ménager leurs bras , mais c’eft aux dépens de la bonté de l’ouvrage 3 & fi les ouvrages des potiers font plus durs que ceux des briquetiers, c’eft en partie parce qu’ils emploient leur terre plus ferme. Comme la brique con-fomme beaucoup plus de terre que la tuile, on emploie des moyens plus expéditifs pour la préparer. Ces moyens feront amplement détaillés dans la fuite par MM. Fourcroy & Gallon, lorfqu’ils expliqueront la maniéré de cuire la brique avec le charbon de terre. Je renvoie, pour la préparation des terres à brique, à ce qu’ils en diront : je vais maintenant décrire les fours à cuire la tuile & la brique avec le charbon de bois (14).
- (14) Le travail du mouleur eft différent en Suiffe. La table fe place fous l’an, gar, près de l’endroit où l’on a préparé la terre ( voyez ci-deflùs, note 1 3 , pag. 12). Elle efl: affez grande pour qu’on puiffe y mettre une certaine quantité de terre , que l’ouvrier peut prendre commodément depuis fa place qui eft à l’autre bout. Il y a auffi devant lui une caillé remplie de fable , & à côté un baquet d’eau. La table ainfi difpofée, le mouleur commence par faupoudrer de fable l’endroit où il place le moule. Alors il prend au tas une quantité de terre fuffifante pour remplir le .moule , il la roule dans l’endroit couvert de fable , & il l’arrondit un peu par ce maniement, après quoi il la jette avec force dans le moule qui fe trouve rempli ; il rafe avec la main le moule , pour emporter le plus gros de la terre, qu’il rejette au tas 3 enfin il mouille avec la main le deffus de la brique, & il paffe la plane qui était dans le baquet à l’eau. A côté de lui , & à quelques pouces plus bas que la table, efl: un banc , fur lequel le porteur pofe un petit ais, un peu plutgvandque la brique, & faupoudré de fable. En tirant le moule de côté , la brique patte fur l’ais, & y refîe après qu’on a enlevé le moule. ft£n quittant la brique , le moule fait autour de la brique une efpece de bavure 3 pour la faire tomber , le mouleur appuie les bords du moule qu’il vient de retirer, fur ceux de la brique. Le porteur, après Tome IV.
- avoir préparé de nouveaux aïs, enleve l’ais & la. brique ; & paffant un morceau de bois un peu tranchant fur les bavures qui peuvent être reliées , il les enleve par cette derniere opération. Le mouleur, après avoir enfoncé fon moule dans le fable , le replace à côté de lui, & reprend une nouvelle portion de matière pour continuer fon travail. La maniéré de fécher les briques & les tuiles différé auffi à quelques égards. L’angar d’une tuilerie efl: conf-truit de maniéré à pouvoir y fécher une grande quantité. On en trouve la deferip-tion dans Y Encyclopédie d’Tverdon , au mot brique , tome VI , p. 382. C’eft un bâtiment, dont la longueur eft le double de la largeur.' Les colonnes de charpente font difpofées de maniéré qu’il refte au milieu une allée affez large pour y placer la table du mouleur. On établit avec des poteaux d’autres allées parallèles à celle-ci, qui n’ont que deux ou trois pieds de large. Ces poteaux font entaillés de maniéré à former des tablettes au moyen de fortes lattes de feiage , placées dans ces entailles à la diftance de fix pouces , fur la hauteur de fix à fept pieds. C’eft là - deffus que le porteur va ranger fes briques ; comme elles font toutes fur des ais, il en porte trois à la fois, une fur la tête, & une fur chaque main. Une feule allée fuffit pour remplir deux rangs de tablettes , un de chaque côté ; en-foite que l’on peut toujours adoffer l’un
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- Four à cuire les tuiles & les briques, avec le bois , tel qu'il ejl aux environs du Havre. Far M. Gallon.
- Ce four confîfte en un bâtiment IR, GH, IK * il eft fait de deux murs-parallèles LM, éloignés l’un de l’autre de quatre pieds : il faut que le mur intérieur NOPQ_i foit de briques cuites. L’entre-deux de ces deux murs eft: rempli de pierres ou de mauvaifes briques maçonnées avec de la terre grafle » pour que le tout ne fafle qu’un feul corps capable de réfifter à l’adlion du feu. L’intérieur du. fourneau , ou l’efpace renfermé par le mur intérieur, peut contenir cent milliers de briques (*).
- 60. Cet efpace intérieur NOPQ_, eft partagé dans le fond par douze files, d’arcades frites de briques , & folidement maçonnées avec du ciment. On ne peut apperceVoir les ceintres de ces arcades dans la figure première : on ne voit que l’arrafement du delfus RRR, &c. Au profil qui eft. la CQupe de la figure première par la ligne AB, on voit la coupe des arcades par la. clef RRR, &c. mais on voit les arcades SSS. au profil pris fur la ligne CD du plan. Entre chaque file d’arches SSS , il y a des maffifs ou banquettes de maçonnerie TT, qui s’étendent depuis le devant du four juf-qu’au fond : ces maffifs fe nomment des fommurs y ainfi, pour comprendre la conftrudlion de ces fours , il faut’imaginer qu’on bâtit depuis le devant du four jufqu’au fond des .Pommiers TT ; qu’on bande les arcades. RRR , qui n’ont d’épaifleur que la largeur d’une brique ; & que [ces arcades lailfent entre elles des elpaces égaux de la longueur d’une brique, comme on le voit en i 2 & 3 , &c. ( fig. 3 ). Enfuite , en arrafant avec de la brique le delfus de ces arcadçs & des Pommiers, on a les banquettes. RRR Çfig. i ) fur lefquelles on arrange la brique ou la tuile, comme nous le dirons dans. la fuite. Il eft bon de remarquer que la forme pyramidale des Pommiers, TT (Jig. 2 ) eft avantageufe , pour que la flamme puilfe traverfer entre les cloifons des arcades, & que la chaleur fe répande dans toute l’étendue du four.
- 61. Comme les files d’arcades n’ont que quatre pouces d’épaifleur, &
- à l’autre deux rangs de tablettes , ce qui les briques les plus féches, & en forment fait gagner beaucoup de place. On pra- des haies fous le couvert, à peu près comme, tique auiïi un étage fous le toit, dont les on l’a dit ci-deffus. allées font faites avec les planches qui
- peuvent fe relever pour donner paflage (* ) Pour les petits fours à cuire trente à l’air, quand on y a placé les briques. à quarante milliers de briques , comme font Les lucarnes pratiquées dans le toit for- ceux du'.bord de la forêt d’Orléans, on ne ment à volonté de nouveaux courans conftruit que Je mur intérieur & on ac-, d’air. Si l’on a encore befoin d’autres pla- cumule de la terre, par-dehors , juRu’aux. ces , les ouvriers ôtent de delfus les ais deux tiers de fa hauteur..
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- comme on laifle fix pouces de vuide entre chaque file d’arcades, on les arc-boute, c’eft-à*dire , on les lie les unes aux autres, avec des traverfes ou languettes, dont quelques-unes fontrepréfentées i, 2 & 3 (fig. 1). Ces traverfes font faites avec des briques pofées de champ , comme on le voit auprès de 1,2,3 &4O& 3 ) • on en voit la coupe 1,2 & 3 (fig. 2). Les files d’arcades SSS (fig- 2 ) , répondent toutes à trois bouches voûtées , marquées SSS fur le plan ( fig. 1 ).
- 62. Au profil (fig. 2 ), on voit de face les trois files d’arcades cotées SSS, qui font précédées chacune par une bouche 5 & au profil (fig. 3 ), on voit la corréfpondance de ces voûtes S , avec les arcades RRR, &c.
- 63. EFIK ( fig. 1 ) repréfentent les fondemens d’un angar, qui renferme les trois bouches SSS , & où fe fait la manœuvre pour la cuifton j car on réglé le degré de chaleur, 'en ouvrant ou en fermant une ou plufieurs des portes TTT ou bouches SSS (fig. 1 ).
- 64.. Les- deux portes VX qui font au corps du four , fervent à le charger ; favoir, la porte V, qui eft du côté du midi, à enfourner les tuiles ou les briques 5 & la porte X, qui eft au nord, à les retirer du four quand elles font cuites. De cette façon , les briques à cuire qu’on doit enfourner font du côté de V, & les briques cuites qu’011 a défournées font du côté de X.
- 6j. Quand l’enfournage eft achevé, & que le fourneau eft plein, avant de mettre le feu, on ferme les deux portes avec un mur de briques bou-iifies, qu’on crépit, & qu’on recouvre d’une couche de terre graffe d’un pouce d’épaiffeur.
- 66. A nos petits fours , il n’y a qu’une grande gueule voûtée en ogive, on la nomme la bombarde ; un fommier , & deux rangées d’arcades ou arches. Quelques-uns ont deux fommiers, & trois rangs d’arcades ; mais en ce cas les fommiers & les arcades font plus étroits : ce' qui 11’eft pas fi bien, parce que l’on n’a pas la facilité'de jeter le bois fous, les arches.
- 67. Au lieu de l’angard , la bombarde eft précédée d’une grande arcade , qu’011 nomme la chaufferie , au milieu de laquelle eft une couverture Y, par où la fumée s’échappe. Il n’y a point au corps du four les contre-forts qui font entre les bouches ; mais ces deux bouches font précédées par la grande arcade qui les embralfe; & pendant qu’on met le feu au four * un cuifeur fe couche fous la voûte , qu’011 nomme la chaufferie, pour être à portée, de veiller pendant la nuit à la cuite des briques. Ordinairement il n’y a à ces fours qu’une ouverture pour enfourner & défourner : les uns la ferment avec un mur de brique & de terre , avant de mettre le feu, comme l’a dit M. Gallon ; d’autres établirent dans l’épailfeur du mur du four deux par-pins de brique, & ils rempli/fent l’entre-deux avec du fable.
- 6$., Pour les petits fours à cuire 30 à 40 milliers, partie tuiles, partie
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- briques ou 'carreaux, comme font les fours du rein de la forêt d’Orléans , on n’y fûit que le mur intérieur, qu’on fortifie quelquefois par quelques contre-forts ; & on enfonce ces fours en terre , ou bien on y accumule de la terre par le dehors jufqu’aux deux tiers de la hauteur du four , & on en fortifie le haut par une ceinture de fortes moifes de bois : les fours enterrés font toujours humides, & cela retarde la 'cuiifon, fur-tout quand par les tems de pluie il entre de l’eau par les gueules.
- 69. On m’a affiné qu’il y a de petits fours qui , au lieu des arches , font voûtés par en-bas fuivant leur longueur, ce qui forme deux ou trois petites allées de toute la longueur du four. Nous en donnerons la conftru&ion dans un-mitant.
- 70. Les arches’de la plupart des fours que j’ai vus à Montereau &aux environs d’Etampes , font feulement liées les unes avec les autres , par des briques placées de diltance en diftançe. En carrelant le gril, on ménage beaucoup ’de lumière.
- 71. Quand on fait des fours pour quelqu’ouvrage .particulier, &qui 11e doivent ,pas fubfifter long-terns-, au lieu d’arches maçonnées, on confirait des voûtes avec des briques feches ; & comme on a l’attention que les briques ne fe joignent pas ’ exactement, la chaleur palfe par l’entre-deux de toutes les briques, & fe diftribue dans la totalité du fourl Mais les fours ainli difpofés, font fujets à de fréquentes réparations.
- 72. On reproche aux arches dont M. Gallon donne la defcription, & qui font d’un ufage très-ordinaire, d’être fujettes à de fréquentes réparations ; car il'eft bien difficile qu’une bâtiffe aufli mince réfifte à un feu qui eft néceflàirement très-violent.
- 73. Il y a , fur-tout en Provence & en Languedoc , des fours où l’on fait en même tems de la chaux avec de la tuile ou de la brique. Ces fours font conftruits comme ceux dont nous venons de parler, excepté"qtf011 éleve tout autour une banquette de brique de trois pieds de hauteur; & les voûtes intérieures, au lieu d etre de briques, font faites avec les pierres même dont on veut faire la chaux : fur les voûtes de pierre à chaux, on arrange quelques champs de briques , &fur ceux-là d’autres champs de tuiles..
- 74. La chaleur fe diftribue bien dans ces fortes de fours ; mais comme les pierres en fe cuifant en chaux diminuent beaucoup de volume, Sç comme les voûtes fe trouvent chargées du poids de la brique & delà tuile, elles s’aftaiffent ; ce qui occafionne prefque toujours un déchet très-confidérable.
- 7V- Dans prefque tous nos petits fours, on lie les arcades par des briques de champ; enfuite on carrele le gril du four-avec des briques po-fées de plat, ou avec de forts carreaux, ayant l’attention de ménager des
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- jours entre les arcades : ces jours fe nomment des lumières. Un four pour cuire 30 milliers de tuiles du grand moule, a 18 pieds en quarré dans œuvre ; il y a 70 lumières au gril.
- 76. On conftruit de plus petits fours qui n’ont que 15 & même 12 pieds en quarré.
- 77. Voici quelques avis dont on pourra profiter, pour rendre les fours plus folides & plus propres à conferver la chaleur du feu. Nous l’avons déjà dit, les fours qu’on enfonce en terre font fouvent refroidis par l’eau des pluies qui traverfe la 'chaufferie & la bombarde , & pénétré jufques fous les arches. Pour éviter cet inconvénient, s’il fe trouve à portée de la tuilerie une [butte de terre, on fera bien d’en profiter, en l’excavant fuflifamment pour y placer un four dont l’intérieur fera revêtu de murs en brique & en terre, de trois bons pieds d’épailfeur. Le bas de ce four doit être un peu plus élevé que le terrein de la-bafe de la butte, afin que l’eau des pluies s’écoulant facilement hors'du four, il puilfe être toujours très-fec.
- 78. Comme le four fera établi en terre, il fera folide, & il confervera ftrès-bien fa chaleur : la tranchée qu’on aura faite aux terres qui font au-devant de la bouche du four, fera revêtue de maçonnerie & voûtée pour y faire la chaufferie & la bombarde ; de forte que le deflus de cette voûte formera un pont très-commode pour charger & décharger le four. On aura fous, cette voûte un efpace de 10 à 12 pieds de largeur, & de 8 à 9 de hauteur, oû les chauffeurs pourront fe placer. Il y a des fours oûla chauf~ ferie manque; mais, il eft très-incommode de n’avoir que la bombarde.
- 79. A la plupart de nos fours à tuile, il n’y a qu’une feulé porte qui fert à enfourner & à défourner. Au four que M. Gallon a décrit, il y en a deux qui font bien plus commodes.
- 80. Quand les fours font découverts, on commence à enfourner par les ouvertures triangulaires; enfuite 011 enfourne par la porte; & quand le four eft prefque rempli, on achevé de le charger par le haut : mais quand le deffus des fours eft voûté, on ménage tout, au haut, une fenêtre, pour achever de les remplir.
- 8ï- A l’égard des arches ou voûtes du fond du four, qui-doivent porter l’ouvrage, on pourra les faire de trois pieds de largeur, voûtées fur des ceintres avec d’excellentes briques de fix pouces de longueur , trois pouces •de largeur & un pouce d’épailfeur; quand les contre-murs & les fommiçrs. feront élevés jufqu’à la nailfance des voûtes , on formera les gibles avec des briques pofées de champ, & éloignées de trois, pouces les. unes, des, autres ; fur ces briques on en pofera d’autres à plat , qui appuieront par leurs.bouts; fur le milieu de celles qu’on aura pofées au premier rang : en répétant cette conftru&ion , les voûtes fe trouveront percées d’un nombre de petites.
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- cheminées’, évents ou lumières, par lefqueltes la chaleur fe répandra dans l’intérieur du four -, & il y aura beaucoup de liaifon dans ces voûtes, qui feront par cette raifon plus folides que les arches ifolées qu’on fait dans les fours des environs du Havre , fuivant la defcription de M. Gallon.'Pour fe former une idée des fours où l’on cuit la tuile & le carreau aux envi-rons d’Etampes , fur le rein de la forêt d’Orléans, & fur les bords de la Seine , il faut fe repréfenter que le corps du four eft compofé de deux rangs d’arches , femblables à celles dont M. Gallon a parlé , & d’un fommier placé au milieu. Le corps de ces fours a autant de hauteur, depuis le gril jufqu’en haut, qu’il a de largeur dans œuvre.
- 82. Quelques-uns de ces fours font couverts au-delfus par une voûte de brique , à laquelle il y a de diftance en diftance des trous ou évents , pour lailfer échapper la fumée. A un four qui a 18 pieds dans œuvre s on ménage 2^ de ces ouvertures, & quelquefois chacune eft terminée par un tuyau qui s’élève d’un pied au-deifus de la voûte : en ouvrant quelques-uns de ces trous, & en en fermant d’autres , on peut diriger l’aétion du feu dans les différentes parties du four : on ferme ordinairement, en premier lieu, les évents du milieu , pour déterminer la chaleur à fe porter vers les côtés.
- 83 - Plusieurs fours qui ne font point couverts d’une voûte , font terminés par deux pointes de pignon qui fupportent un toit de voliche , qu’on lailfe fubfifter jufqu’à ce qu’on ait mis le feu au four : ce toit empêche la pluie de tomber fur l’ouvrage pendant qu’on charge le four ; & quand le four a été rempli, on couvre l’ouvrage avec de mauvaifes tuiles qu’on arrangea plat, & fur lefquelles on répand du ciment grofîiérement pilé, ou du gravier , à l’épailfeur d’un pied ; ou bien on y met des gazons, qui en fe confu-mant fournilfent une efpece de cendre qui fert , comme nous l’avons déjà dit, pour mouler, quand le fable fin manque. Lorfque la cuifTon eft complété , & qu’on ferme les gueules du four, on ferme aufli les évents des fours voûtés ; on couvre ceux qui n’ont point de voûte avec de la terre franche qu’on bat, & qui en ce cas tient lieu de voûte, & empêche que la chaleur ne fe diflïpe (i 5).
- ( iç ) En Suide on ne fait jamais de la brique feule , parce que la pierre à bâtir étant très-abondante & de bonne qualité, on la préféré pour bâtir. C’eft pour cette ràifon que les fours font plus petits, & n’ont pas cette grande gueule que l’on nomme bombarde. Les deux files d’arcades ont chacune leur bôuche féparée. On établit par-delfus le four , & les murs qui l’environnent , des colonnes deftinées à
- foutenir un toit. Elles doivent être aiTez élevées pour que le toit foit garanti du feu , car on ne l’ôte jamais, & toutes les tuileries en ont. Les bouches font renfermées dans un angar, où fe tiennent les ouvriers qui veillent à la cuiflon de la brique. Les fours ne font point carrelés, on n’y pratique point de lumières ; mais on arrange d’abord les briques fur l’arrafement des banquettes. Il n’y a qu’une feule ouverture
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- Comment on arrange les briques & les tuiles dans le fourneau. Far
- M. Gallon.
- 84. Le premier rang s’arrange comme l’on voit la brique Y (planche Ifi fig. 1 ) , & au-deifous de "W (fig. 3)> elles croifent les banquettes formées par les arcades Ri de forte qu’elles dépalfent l’épailfeur de ces arcades ou arches d’un demi-pouce de chaque côté, parce que les briques ont huit pouces de longueur, & que l’épailfeur du plein des arches, n’eft que de. fept pouces.
- SS- Le'fécond rang au-delfus de Z (fig. 1) & W (fig. 3), qui répond au vuide qui eft entre les arches, eft pofé fur l’extrémité des briques dont, nous venons de parler, qui forment une elpece d’encorbellement. Les briques Z ont un pouce & demi de portée par chaque extrémité, ce qui leur fait prendre la forme de petites voûtes qui coupent perpendiculairement celles des arches.
- 86. Cette pofition s’obferve dans toute l’étendue du four, de maniéré qu’il refte entre chacune de ces petites voûtes formées de trois briques, af fez d’elpace pour que la chaleur puilfe pénétrer dans l’intérieur du four.
- 87. Les briques du troilieme rang W (fig. 1 & 3 ) , couvrent celles du lecond: les briques ainfi rangées dans toute l’étendue du four , fe nomment un champ de briques. Les briques du quatrième rang croifent celles du troilieme & toujours de même jufqu’à ce que le four foit chargé ; excepté que quand on a difpofé dix champs de briques, on forme enfuite ce qu’on appelle un lacet, c’eft-à-d-ire, qu’on arrange des briques de champ en retraite entre parallèles, de forte qu’elles lailfent entr’elles des jours d’environ trois pouces. On prendra une idée de l’arrangement de ces briques , en jetant les yeux fur les carreaux de la planche I, fig. 23 , & planche III,fig. 9 & 10. Dans tout, le refte de la fournée, il n’y a que deux ou trois lignes de vuide entre les. briques.
- 88-. Cinquante champs de briques font une fournée complété -, la malfe de briques excede les murs du four de douze champs, comme on le voit: dans les profils de la planche Ifi fig.. 2 & 3. Qn obferve néanmoins de revêtir le pourtour de cette partie excédente , avec des briques cuites pofées en pannerefie : ainfi, ce revêtement a quatre pouces d’épailfeur ,. non compris un crépi d'ë terre gralfe, dont 011 le recouvre.
- F 89-. Le deifus du tas de briques eft couvert avec des tuiles pofées.de plat ,, & qui fe recouvrent par le bout d’environ un pouce : outre cela, quand le;
- pour les charger : elle eft au milieu, du ment des banquettes, & s’étend jufqu’âu; côté oppofé aux bouches ; elle commence haut du. four,
- à quatre ou cinq pieds aiudejïus de l’arrafe.-
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- feu fe porte trop vivement d’un côté, on a foin d’y répandre de la terre.
- 90. Le fourneau (7%. 1,2 & 3) qu’on vient de décrire, fert à cuire la tuile ainfi que la brique : mais ordinairement ceux que l’on deftine uniquement à cuire de la tuile font plus petits, & n’ont que deux bouches.
- 91. L’enfournage pour la tuile, commence par fept lits de briques qu’on pôle de champ, précifément comme fi toute la fournée devait être entièrement de briques : ces briques font crues & féchées au point qui leur convient pour être expofées au feu. Sur le dernier champ de briques , qui doit tenir toute l’étendue du fourneau, on pofe les tuiles de champ fur leur grand côté ; le fécond rang croife le premier : & ainfi de même, jufqu’à ce que la fournée foit complété ; excepté néanmoins que le cinquième champ ou tas eft coupé par un rang de carreaux ou de briques. La même chofe fe répété de cinq en cinq tas : le refte s’exécute précifément comme pour la brique.
- 92. C’est vers le centre du fourneau qu’011 place les faîtieres & les tuiles creufes pour les noues 3 le moule des faîtieres eft un chaiïis, qui a ordinairement un pied deux pouces de largeur, un pied un pouce lix lignes de long. Quand les faîtieres moulées à plat ont été fuftifamment féchées fur l’aire, on les applique fur une faîtiere cuite, fur laquelle on met une gouttière de bois faite en dos d’âne, pour leur faire prendre la courbure qu’elles doivent avoir: la faîtiere qu’on travaille, fe pofe fur la gouttière de bois, & on l’applique fur la faîtiere cuite 3 on la plie & on la lifte avec une palette mouillée. Quand ces faîtieres ont pris conliftance, on les place fous l’angar for un de leurs bouts. Pour en faire la cuifton, on les met fur le devant du four, derrière les briques qui ferment les triangles , qu’on place en ces endroits pour recevoir la première adion du feu. Comme les ouvrages des potiers de terre font communément plus folides, & faits avec plus de foin que ceux des briquetiers, on donne la préférence aux faîtieres & aux carreaux qui ont été faits par les potiers.
- 93. Il y a des briquetiers qui, en arrangeant leur ouvrage, ont l’attention de laifter un peu plus de diftance entre les pièces placées au pourtour qu’au milieu, afin que le feu fe porte plus vivement en ces endroits, où l’ouvrage eft ordinairement moins cuit qu’au centre du fourneau.
- 94. Les crochets des tuiles font qu’il y a toujours fuftifamment de jour entre les tuiles, pour que la chaleur puifte y pénétrer.
- 9y. Il faut, pour les tuiles comme pour les briques, que les différens champs fe croifent 3 l’ouvrage s’en arrange mieux , & les vuides pour lepaftage de la chaleur font mieux diftribués. Comme les ouvriers font obligés de marcher for l’ouvrage crud pour former les champs, foit de briques , foit de tuiles, leurs pieds en emportent toujours quelques fragmens qui, en fe réduifant en poufiiere, peuvent tomber entre les pièces de l’ouvrage , & fermer les paftages
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- au feu. Pour prévenir cet inconvénient, les tuiliers qui font attentifs à leur travail, étendent une groffe toile lur la couche qu’ils ont formée ; & fur cette toile, ils mettent quelques voliches, fur lefquelles ils peuvent marcher ; ils retirent ppu à peu cette toile & les planches , à mefure qu’ils forment un nouveau champ ; moyennant ce foin, ils empêchent le fable & les frag-mens de terre de tomber entre l’ouvrage qui a été arrangé.
- 96. On ne cuit jamais de tuiles ni de carreaux, qu’on n’ait mis fur la grille du four & au-devant des bouches vis-à-vis les ouvertures, quelques rangs des briques pour recevoir la grande aétion du feu; car c’eft une réglé générale, que quand on cuit dans un four différentes fortes d’ouvrages , il faut toujours mettre les faibles au-deffus de celles qui font plus fortes, ou qui font d’un plus gros volume.
- 97. Dans nos fours à tuile on arrange le premier champ de briques fur le gril, & ces briques font arrangées tout près les unes des autres : c’eft par-deifus ces champs de briques, qu’on arrange les tuiles. (16)
- De la façon de conduire le feu Far M. Gallon,
- 98- On commence par mettre fous l’arcade de chaque bouche, un petit feu compofé chacun de trois groifes bûches, & 011 y ajoute une quatrième bûche au bout de vingt-quatre heures. C’eft ce que les tuiliers appellent enfumer, & les potiers tremper; parce qu’eftedivement les tuiles qui paraif. faient feches deviennent fort humides. Il eft toujours prudent de continuer long-terns le petit feu; au bout de trente-fix ou quarante heures, & même beaucoup plus long-tems fi les terres font fortes, pour éviter que la tuile ne fe fende & ne fe déforme , on augmente peu à peu le petit feu, & enfuite on met le grand feu. Pour cet effet, on range un tas de bûches tout-à-fait au fond des bouches; on tire en avant la braife, &. ou met de nouveau bois
- (16) L’arrangement des briques dans les petits fours de Suiffe, différé peu de celui que nous venons de voir. On arrange d’abord le premier rang fur l’arrafement de la banquette; on met enfuite le fécond champ, enforte que les briques croifent celles du premier, celles du troifieme croifent celles du fécond, & ainfi de fuite: en obfervanc que les ouvertures que les bri-,ques laiffent entr’elles , répondent directement les unes aux autres dans toute la hauteur. Le nombre des champs de briques dépend de la quantité qu’on en veut cuire. Si Tome IV,
- l’on a beacoup de tuiles & peu de briques, on ne met qu’un champ. On fabrique dans nos tuileries une efpece de briques pour les canaux de cheminées, qui font plus étroites & plus épailfes que celles que l’on fait communément ; elles ont neuf pouces fix lignes de longueur , trois pouces deux lignes de large , & deux pouces d’épaiffeur. Si on les rangeait au fond du four, où la chaleur ell plus grande , elles ne manqueraient pas de fe fendre : c’eft pourquoi on les met au-deffus, & les tuiles dans le milieu.
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- par-tout; ce qui fait un grand feu qu’on continue pendant vingt-quatre heures : dans cet efpace de teins , on confomnie jufqu’à dix-huit cordes de bois.
- 99. Quand on apperqoit que les gueules font blanches , ou, comme di-fent les ouvriers, qu’elles font de la couleur delà flamme d’une chandelle, alors on rallentit le feu , pour empêcher que la brique ou la tuile ne fe fonde : quelque tems après, on ranime le feu jufqu’à ce que la couleur blanche foit rétablie. '
- 100. Si on apperqoit qu’il dégoutte de la terre fondue entre les arches, on les débouche en pouffant le bois vers le fond, &on ferme les portes du côté du vent qui anime le feu.
- 101. On couvre auiïi de terre le deflus du fourneau ^ du côté où le feu fe montre trop violent: & l’on fait des ouvertures aux côtés où l’aétion du feu parait trop lente.
- 102. On finit par fermer toutes les bouches & toutes les ouvertures • qui fe fontfaites, tant aux côtés qu’au-deifus du fourneau ; l’ouvrage continue à fe cuire, fans qu’on ajoute de nouveau bois: on laifle enfuite le fourneau fe refroidir, avant d’en retirer l’ouvrage (17).
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- Etat de la paie qu'on donne aux ouvriers. Par M. Gallon.
- 103. Aux environs du Havre , le maître briquetier fournit tous les outils ; il paie pour le tirage de la terre , la faqon des briques, la mife en haie,
- ( 17 ) Dans les tuileries de Suide , dont j’ai parlé ci-devant, on enfume d’abord le four, en faifànt un très-petit feu , avec de gros quartiers de bois de chêne , qui donne peu de flamme. Ce feu efl placé fous les voûtes : on l’augmente infenflblement jufqu’à ce que la fumée blanche fafle place à une fumée noire. Dans les fours qui contiennent de vingt-cinq à vingt-fix milliers tant tuiles que briques , il faut deux fois vingt-quatre heures pour diiïiper l’humidité. On commence alors à brûler du bois de de fapin un peu fec , qui produit un feu vif. On l’augmente par degrés jufqu’à un certain point , félon la connaiflance que les ouvriers doivent avoir de la nature de la terre, Lorfqu’on commence à allumer le feu de fipin , on éleve jufqu’au milieu de la bouche du four, un petit mur de briques , qui fert à foutenir le bout des bâ-
- ches. On pratique vers le bas.de ce mur un évent pour donner paffage à l’air , afin que les charbons qui tombent au fond , fecon. fument. On ne met jamais ni braifes ni bois fous les arches ; le courant d’air qui s’établit dans ces longues voûtes fuffitpour porter jufqu’au fond une chaleur plus grande que vers le côté oppofé. Pour que les tuiles rangées vers le haut foient aflez cuites , les ouvriers élevent les bûches de façon que le feu touche prefque le deflus. Il faut environ quatre fois vingt-quatre heures pour cuire une fournée de briques 8c de tuiles mêlées. Les ouvriers reconnaiffent que l’ouvrage efl cuit, lorfque les pièces qui font au-deffus du four ont acquis une couleur de cerifes d’un rouge clair. Du refte , leurs autres opérations font femblà-bles à celles que l’on vient de voir.
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- 2 livres 10 fols du millier j une livre pour l’enfournage ; un livre pour le tranf. port dans la ville ; xine livre pour l’achat des terres.
- 104. Les roches, bifcuits & autres déchets, font fur le compte du bri-quetierj total, 5 livres 10 fols pour un millier , & livres pour la fournée de cent milliers 5 ajoutons dix-huit cordes de bois à 20 livres la corde , 36*0 livres : ce qui donne au total 910 liv. ce qui fait 9_div. 2 fols par millier. Le maître briquetier les vend à l’entrepreneur 11 livres 10 fols, & l’entrepreneur les compte au roi 12 livres.
- 10p. A l’égard de la tuile, le marcheux gagne4 livres pour remplir Ja foife ; 4 livres pour apporter l’eau qui fert à détremper la terre dans la folie ; 12 lois par millier pour corroyer la terre. Le maître-ouvrier . ou mouleur , gagne 2 livres f fols par millier ; fur quoi il eft tenu de payer l’arrangeur & le petit porteur. Un bon ouvrier moule douze à quinze cents tuiles par jour.
- 106. La première fois qu’on met le feu fous une fournée, on a beaucoup de peine à l’allumer j l’humidité qui tranlpire de toutes parts empêche le feu de s-’animer. Il eft important de ne donner le grand feu que quand la chaleur a pénétré jufqu’à l’intérieur des ouvrages. C’eft pourquoi nos briquetiers con-duifentleur feu avec encore plus de ménagement que 11e le ditM. Gallon.
- . 107. D’abord, & pendant une couple de jours, ils font un petit feu de gros bois vis-à-vis lesfommiers; enfuite ils féparent le feu en deux, & ils mettent chaque moitié vis-à-vis les arches, & l’entretiennent avec de gros bois.
- 108- On y met une couple de petites bourrées avec quelques bûches bien feches. Quand la braife de ce bois eft en partie confumée, 011 y ajoute quelques autres bourrées & quelques bûches. On entretient ce feu modéré pendant trente-fix heures , en fourniifant toujours un peu de bois. On examine enfuite le delfus du four, pour connaître fi la fuméefort également dans toute fon étendue , ou par tous les foupiraux, fi on en a pratiqué. Le quatrième jour on augmente un peu le nombre des bourrées qu’on fait entrer fous les arches, & l’on continue à en augmenter peu à peu le nombre jufqu’au feptieme jour : alors , au lieu de ces bourrées , on emploie de bons fagots dont on augmente le nombre pendant deux jours, pour établir le grand feu. Si 011 n’apperqoit plus fortir par le haut du four une fumée très-noire & épaiife, mais feulement celle du bois , on juge que l’humidité des terres s’eft diifipée, & que l’ouvrage eft en cuilfon ; alors on augmente le feu de fagots pendant environ deux jours.
- 109. 11 y a des briquetiers qui mettent le petit feu au fond des arches,
- & qu’il attirent peu>à peu vers le devant : ils font durer ce petit feu quinze à feize jours, en l’augmentant toujours peu à peu5 de forte qu’ils confonv
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- ment cinq à fix cordes de bois avant de mettre le grand feu. Alors ils ferment avec des briques & de la terre la moitié de la hauteur de la porte, qui communique de la chaufferie à la bombarde. Le grand feu fe fait avec des fagots allumés dans la bombarde ou fournaife ; on les porte fous les arches avec des fourches de fer, qui ont douze à quatorze pieds de longueur : ce grand feu dure quatre ou cinq jours & autant de nuits , & confomme quatre à cinq milliers de fagots.
- ilo. Si le feu paraiffait s’animer plus d’un côté que d’un autre, on l’augmenterait dans les arches du côté où il eft moins vif, & on couvrirait de terre au-deffus du four, les endroits par où la chaleur s’échapperait en plus grande quantité; car la vivacité du feu fe porte toujours vers l’endroit ou le courant de la chaleur s’eft établi.
- m. Quand on ne voit plus fortir par le haut du fourneau qu’une fumée claire, on augmente vivement le feu ; & au bout de deux ou trois ioors, quand on voit le feu s’élever fort haut au-deffus du four, on maçonne entièrement la porte qui communique de la chaufferie à la bombarde: on ferme aulli les foupiraux ou lumières du deffus , fi cette partie eft voûtée ; ou bien, fi le four eft découvert, on couvre l’ouvrage d’un pied d’é-paiffeur de terre & de gazons. La chaleur étant ainfi retenue dans les fours bien bouchés, la terre continue à fe cuire. Il eft important de laiffer refroidir l’ouvrage peu à peu: un refroidiffement trop précipité ferait rompre les tuiles ; c’eft pour cela qu’il ne faut ouvrir & vuider le four que quand l’ouvrage a prefque entièrement perdu fa chaleur: ce qui n’arrive dans les grands fours qu’au bout de cinq à fix femaines.
- 112. Il eft très-important que toute l’humidité de la terre foit diflipée, & que la chaleur ait pénétré jufqu’au centre des briques, avant de donner le grand feu ; car j’ai vu des briques qui étaient vitrifiées à la fuperficie, & dont la terre n’avait pas encore perdu intérieurement fa couleur naturelle. Ces fortes de briques ne valent abfolument rien.
- 113. Pour faire une bonne cuiffon, il ne faut pas que le feufoit jamais interrompu, & il doit toujours augmenter d’activité, depuis le commencement de la cuiffon jufqu’à la fin.
- 114. Une tuile qui n’eft pas affez cuite, s’attendrit lorfqu’on la met tremper dans l’eau : celles qui font trop pouffées au feu fe fondent ; elles ie vitrifient, elles fe déforment, ou fe collent les unes aux autres; ce qui fait ce qu’on appelle des roches : l’ouvrage alors eft perdu. Le moyen de prévenir ces inconvéniens, eft de bien conduire le feu, & de ne pas fepropofer de précipiter la cuiffon, en faifant d’abord un feu extrêmement vif. Le point de cuiffon le plus convenable eft une demi-vitrification : la nature des terres influe beaucoup fur ce point.
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- ïif. Quelque attention que l’on ait à bien conduire la cuiffon, il arrive fouvent que l’ouvrage eft fondu & déformé en certains endroits du fourneau, pendant qu’il n’eft pas affez cuit en d’autres. JVI ai s ces accidens arrivent moins fréquemment aux bons cuifeurs qu’aux autres.
- 116. Quand , dans une partie du fourneau , les tuiles ou briques ne parafent pas aifez cuites, on en met tremper quelques-unes dans l’eau. Alors , fi elles s’y attendriifent , on les met à part, pour les remettre une fécondé fois au four. Ordinairement ces tuiles ainfi recuites font excellentes.
- 117. La bonne tuile doit être dure, fonore & comme glacée à la fuperfici-e, point poreufe , d’une couleur uniforme j enfin elle ne doit point s’attendrir dans l’eau.
- 118- Les tuiles qui ont une petite courbure dans le fens de leur longueur, font très-commodes pour couvrir en plein toit ; mais il eft très-difficile d’en former les égouts : les tuiles entièrement plates font préférées pour cet ufage.
- SECONDE PARTIE.
- Art defabiquer la brique , & de la faire cuire au charbon de terre. Par AI. Fourcroy. Avec des notes tirées la plupart des mémoires de Al. Gallon.
- 119. Ï-/ES obfervations dont je vais rendre compte, ont eu pour objet la con-naiflance de la terre avec laquelle on fait la brique rouge en Artois & en Flandres, le long de la Lys , de l’Efcaut & de la riviere d’Aa; les préparations que l’on donne à cette terrej & la façon de faire cuire la brique, avec de la houille ou charbon de terre 5 loifque la terre a reçu toutes les façons qui lui font néceffaires.
- 120. Les différens procédés que l’on emploie dans cette grcffiere manufacture , feraient une ample matière à faire des effais, ii l’on entreprenait de conftater leur plus ou leur moins d’utilité. On fait combien le préjugé & l’ufage dominent fur tous les arts méchaniques : & c’eft ici -comme dans tous les autres. Mais pour détruire les préventions , & reftreindre la pratique des ouvriers aufeul néceflaire ou au meilleur, il faudrait un travail conii-dérable, qu’il n’eft pas toujours permis d’entreprendre aux gens qui en' auraient la meilleure volonté. Je ne préfenterai donc dans ce mémoire, que peur de réflexions fur ce qui appartient à la théorie de l’art du briquetier,
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- ayant été obligé de borner mon travail au teins que mes devoirs m’ontpermis de donner à cette recherche.
- Du choix de la terre à briques.
- 121. La terre à briques en général eft de Pargille. J’entends par V argille une terre vitrefcible, qui tient un milieu entre la glaife & le fable, c’eft-à-dire , comme je i’ai reconnu, une terre compofée de l’une &de l’autre.
- 122. Lorsque Pargille approche plus de la qualité du fable que de celle de la glaife , elle n’eft point douce au toucher , point favonneufe , ni quand elle eft humide , ni quand elle eft feche : c’eft ce que je rends par le terme de maigre. Alors, li on la pétrit avec de Peau , elle a peu de du&iiité , fe gerce & caiie aifé nient, fe feche en peu de te ms. Dans l’état de iiccité, elle eft communément d’un jaune clair, très-friable fous les doigts, légère & fort poreufe.
- 123- Il palfe pour certain dans les briqueteries, que cette argille pure, fabriquée en briques, ne réuflit pas, &que les briques qui en font formées ne prennent point au feu le degré de conliftance qui en doit faire la bonne qualité. On en fait un mélange avec, la terre qui fe trouve ordinairement à la furface du terreiii d’où l’on tire Pargille ; cette fécondé terre relfemble à celle des jardins : c’eft la terre calcinable , celle qui produit les végétaux.
- ' 124. Lorsqu’on a reconnu dans une veine d’argille des cara&eres dif-férens de ceux que je viens, d’expo fer 5 lorfqu’elle fe rapproche davantage des glaifes, quelle eft favonneufe, douce & trop forte , les briques que l’on en fabriquerait fe tourmenteraient au feu, perdraient leur forme, & ne feraient plus propres aux paremens des maçonneries : le fable eft nécelfaire dans cette argille pour la maigrir.
- - 127. Mais les plus experts dans Part de la briqueterie ne reconnailfent àl’œiljguere mieux que les plus novices, la véritable argille à briques, & celle qui en approche. Leur méthode en ce point .m’a paru plus courte & plus sure que toutes les recherches d’une phylique épineufe , qui, le plus fouvent, n’apprennent qu’à douter. Si les entrepreneurs d’une briqueterie- n’ont point encore eifayé d’une veine d’argille , ils en font façonner foigneufement une toife cube , en font tramfporter les briques dans quelque fourneau voiftn, & en obfervent le fuccès. Ils apprennent à peu de frais, par cette expérience réitérée plufieurs fois, s’il faut maigrir par le fable , ou adoucir par la terre de jardin, Pargille qu’ils éprouvent.
- 12 6. Il parait que la nature nous oftre alfez généralement par-tout des veines d’argille très-propre à faireMa brique, quoique l’œil y remarque beaucoup de variétés. En quelques endroits on emploie de purs acoulms
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- ou attédffemens de rivières, qui fe font durcis après un nombre d’années; en d’autres, la terre des potiers ne différé fenfiblement en rien de celle des briqueteries. A Armentieres j’ai vu travailler en briques une veine de pure argille de quinze pieds d’épaiffeur fans terre noire. Enfin , dans beaucoup d’autres atteliers , j’ai vu employer en briques un terrein dont la furface' était une croûte de terre fort brune de douze à quinze pouces d’é-paiifeur, peu fertile; & le deffous était un lit d’argille maigre (§.123), tantôt de deux pieds, tantôt de quatre d’épaiffeur. Les ouvriers difent que l’on 11e doit pas y regarder de il près : &.je ferais effectivement tenté de croire , par les réfultats bizarres de plufieurs expériences que j’ai faites fur ces mélanges, que par-tout avec du foin il eft poffible de faire d’excellentes briques.
- 127. J’observerai enfin, que la terre dont fe fervent par-tout les potiers, eft del’argille, mais choifie, d’autant plus franche & plus £ne de grain, qu’ils en veulent faire des ouvrages plus aigres & plus minces. Le carreau pour les chambres ne me parait être que la pure argille des briqueteries , fans mélange de terre noire. La tuile étant plus mince que le carreau, il faut quelle ait le grain plus ferré , pour ne pas îaiffer pénétrer l’eau des pluies dans les greniers.> La- poterie la plus commune n’cft quelquefois pas fi fine que la tuile, & laiiferait tranffuder les liqueurs, fi ehe n’était enduite de fon vernis. Tous ces ouvrages font d’argille ou de glaife ; non - feulement il n’y faut point de terre de jardins, mais plus on veut avoir des pièces fines & caffantes qui approchent de la faïence, plus il faut que leur matière foit de glaife franche , & compoféê de parties douces au toucher. Il me paraît donc très-vraifemblable qu’en modifiant la terre des potiers avec du fable , on aurait une argille très-propre à faire la brique.
- 128. Suivant M. Gallon , la terre à briques eft communément de couleur jaune plus ou moins pâle ; elle eft graffe : pour peu qu’elle foit hu-medée, elle s’attache aifément à tout ce qu’elle touche, elle forme avec l’eau une pâte capable de devenir liffe & polie. Lorfqu’elle eft*nouvellement tirée à une certaine profondeur, elle contient affez d’humidité pour être pètriffable entre les doigts : quand elle eft defféchée au point d’ètre pulvérifée & réduite en confiftance de .terre légère, elle pefe,go ou 8S livres le pied’ cube; & cette même terre étant mouillée, battue, bien corroyée & réduite en état d’être moulée, pefe 133 ou 13^ livres le pied cube, foit à caufe de l’eau dont elle eft pénétrée, foit à caufe du rapprochement des partie’s terreufes.
- 129. Le pied cube.de terrq ainfi préparée, produit dix-huit briques & un quart. Chaque brique au fortir du moule a neuf pouces de longueur, quatre pouces rfix dignes de largeur, & deux pouces trois lignés d épaiffeur
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- 130. Il n’eft point eflentiel à la terre à briques detre jaune: on fait de très-bonnes briques avec de la terre de différente couleur ; le poids & la ténacité font des conditions plus importantes.
- 131. M. Gallon a fait mettre en dépôt pendant tout un hiver plufîeurs efpeces de terres à briques tirées le même jour. Il a faitfécher & triturer au même point parties égales de chacune de ces terres : la bonne pefait 83 livres & demie le pied cube, & la médiocre feulement 80 livres. On alfure cependant qûe certaines terres légères donnent de meilleures briques que d’autres beaucoup plus pelantes. C’eft, dit M. Gallon, ce que mes expériences 11e m’ont point encore fait appercevoir. Peut-être aufli entend-on dire par terres pefantes , des terres trop graffes, trop fortes , qui fe fondent & fe déforment à la cuilfon ; ou des terres trop fufibles, qui, en s’attachant aux cendres & au charbon, font ce qu’on appelle des roches. M. Gallon en parlera plus amplement dans la fuite. Ces terres trop argilieufes fe corrigent, en y mêlant une terre noire qui fe trouve ordinairement dans la fouille ; & il y a des terreins où ce mélange fe trouve fait tout naturellement : par exemple, près Maubeuge , à la Couture-Saint-Quentin , proche du Bois-des-Dames , c’eft avec cette terre qu’on a fait les briques qu’011 a employées à la conftruction du revêtement & des fortifications de cette place. Elle eft tombée dans un parfait oubli, fans doute parce que les briquetiers ont trouvé plus d’économie à faire ailleurs leurs établiffemens.
- 132. Il faut fur-tout éviter d’employer des terres trop alliées de fable, la brique 11e prenant jamais beaucoup de confiftance. Certains fables très-fufibles produifent beaucoup de roches.
- 133. M. Gallon termine fes intéreflantes remarques par dire, comme M. Fourcroy, qu’on 11e peut acquérir une parfaite connailfance fur la qualité des terres propres à faire de bonnes briques, qu’en les foumettant à l’a&ion du feu par diiférens procédés qu’on peut varier à l’infini, ainfi que les préparations dont les terres font fufceptibles, & par lefquelles elles doivent palier avant la cuilfon.
- Des préparations de la terre à briques.
- 134. On peut diftinguer en trois tems diiférens les préparations que reçoit la terre à briques avant fa cuilfon : i°. avant qu’elle entre dans le moule î 2°. le tems de la mouler ; 39. le tems de la faire fécher.
- 13 y. Il faut pour cela tirer la terre , la détremper & la battre.
- Maniéré de tirer la terre. • ’
- 136. Tirer la terre, c’eft fouiller & retourner le terrein qu’on a re-
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- connu avoir les qualités convenables. On détache & on enleve cette terre de fa place naturelle, & on la jette à quelques pieds de là, en la retournant de façon que la terre de la furface fe trouve confondue avec celle du fond de la veine.
- 137. Il eft probable que cette première opération fur la terre à briques, a pour objet d’établir le plus d’uniformité qu’il eft poiïible dans la matière, afin que toutes les briques qui en feront formées foient de même qualité : elle eft donc indilpenfable, lorfque la matière doit être un mélange de la furface du terrein, ou terre noire , avec Pargille inférieure. Pour parvenir à rendre ce mélange facile, 011 fait, en beaucoup d’endroits, tirer la terre à la fin de l’automne j & après en avoir déplacé un monceau fuffifant pour fabriquer la quantité de briques que l’on fe propofe de faire, on Iailfe ce monceau paifer l’hiver à fa nouvelle place. Si la matière totale deftinée pour la brique eft par elle-même homogène, «fe 11’a pas befoin de mélange ; comme il faudra au moins la bien pétrir, & en faire parvenir toute la maife à un degré de confiftance & d’humidité parfaitement égal, ce. travail fera toujours moins long & moins coûteux, en faifant tirer la terre avant l’hiver. Il n’eft pas douteux que les gelées & les dégels ne fondent & ne dif-folvent à un certain point les grumeaux fe les molécules de cette terre nouvellement remuée ; & que les pluies, en la pénétrant aifément, ne la difpofent au mélange & à l’uniformité que l’on y déliré. Cependant en certains cantons on eft dans l’ufage de tirer la terre , la travailler & l’employer tout de fuite.
- 138. Lorsque différentes expériences ont indiqué ( §. I2f ) l’efpece de terre dont on doit fe fervir pour une briqueterie , il faut veiller à ce que les ouvriers employés à la tirer, fuivent ‘exadement la veine ,& obfervent les dofes du mélange qu’on leur aura prefcrites.
- Attelier du mouleur.
- 139. La terre ainfi tirée ( §. 13 6 ) , on la livre au chef d’un attelier com-pofé de fix hommes, que l’on appelle fur toute notre frontière , au nord, une table de briques. Ce font ces fix hommes qui entreprennent de façonner toute la terre nécelfaire pour un fourneau, depuis qu’elle a été tirée, jufqu’à ce qu’elle foit mife en place pour fécher. Entre ces fix hommes , le mouleur eft le chef 5 deux autres font nommés batteurs ou dénié leurs; un le brouetteur ; un autre le metteur en haie ou enhayeur ; & le dernier le porteur.
- Préparations du terrein.
- 140. Le premier travail de ces fix hommes, eft de préparer le terrein de
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- la briqueterie. Un établilfement pour fabriquer cinq cents milliers de briques en un feul fourneau, doit, pour être commode , occuper un elpace d’environ treize cents toifes de furface. C’eft un parallélogramme reétangle de vingt-cinq toifes de large fur le double de longueur, dont le fol doit, li cela fe peut, avoir un ou deux pieds de pente vers un de fes côtés, pour que les eaux de pluie n’y féjournent pas. Dans cet elpace n’eft point compris remplacement d’où la terre a été tirée. Le monceau des terres tirées occupe encore environ dix toifes au bout de la briqueterie, fur toute fa largeur de vingt-cinq toifes. i
- 141. Le fol de la briqueterie doit d’abord être drelfé ; on en recomble tous les filions, on en abat toutes les inégalités. On divife fa furface en plu-lieurs elpaces alignés au cordeau, dont ceux deftinés à recevoir les haies de briques pour les fécher, peuvent avoir chacun huit pieds de large ; & leurs intervalles alternatifs, environ vingt pieds , pour y travailler la brique ou former les rues entre les haies : les ouvriers appellent places ces rues.
- 142. Chaque efpace deftiné pour une haie de briques , eft enceint d’une rigole de huit pouces de large, dont les terres fe relevent & s’étendent en-dedans : cette rigole reçoit les eaux de pluie, & tient à fec le pied de la haie.
- 143. Les intervalles ou'les places entre les haies , font exactement pelées avec des pelles de tôle , ou avec des houes à nettoyer, pour en ôter les herbes , bien ratifiées , & battues à la dame, s’il y a des terres fraîchement remuées. Quand les places font parfaitement unies & régalées, fuivant la pente naturelle du terrein (§. 140), 011 y feme du fable, que l’on y étend avec le poujfoir. Ce que le rateau emporte de ces places , fereleve encore fur l’enceinte des haies, pour en établir le pied quatre à cinq pouces plus haut que le terrein des places.
- 144. On bat de même à la dame , & on régale l’intérieur des haies , pour qu’il n’y ait rien de raboteux. On y étend une couche de pailles minces •& bien jointives, afin que les briques ne portent point fur la terre, & aient un peu d’air par-deifus.
- ' 14L A l’une des extrémités du terrein, les ouvriers établirent une baraque de vingt pieds de long, fur feize de largeur par le bas. L’un de fes pignons eft formé de briques & d’argille, & fupporte une cheminée : tout le refte eft de bois & de paillaJJ'ons 3 c’eft là qu’avec une table, quelques planches & bottes de paille pour leur fervir de lits , les fix hommes de l’at-telier, & une de leurs femmes, qui ordinairement les fuit pour faire leur ménage & les aider, palfent tout le tems du travail fans retourner à leur village.
- 146. Le pays de Liege fournit les ouvriers en ce genre à toute notre frontière, ainfi qu’à nos voifins : j’ai vu travailler à la brique, des Liégeois, hommes & femmes, jufques dans le duché de Hanovre.
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- 147* A Peu de diftance de la baraque ils en conftruifent une autre, avec de menus bois & des paillajfons de douze- pieds de long & huit de large, pour y conferver féchement la provilion de fable. Les voitures qui y tranf. portent le fable, le déchargent en tas auprès de cette baraque fur un ter-rein pelle & régalé d’avance. Là on l’étale au foleil avec des rateaux -, & lorfqu’ii eft bien fec, on le met à couvert fous la baraque au fable.
- 148- Tout le fable que l’on emploie dans les briqueteries, eft du fable de carrière très-fin, du grain de celui que l’on appelle à Paris fablon.
- 149. Lorsque le terrein eft ainfi préparé, il faut encore avoir de l’eau le long du monceau des terres tirées. On ne manque pas de profiter pour cela de celles qui pourraient s’ètre amalfées dans quelques mares ou folfés du voifinage 5 linon, on emploie les lix hommes de la table de briques à creufer un puits, avec une rigole, & plulieurs petits balïins fur fa longueur , où l’eau puilfe s’amalfer & être puifée avec les écopes. L’entrepreneur de la briqueterie fait adapter8à ce puits le treuil, les féaux & les planches nécelfaires. Lorfqu’ii fe propofe de faire fabriquer fucceflivement au même lieu plulieurs fourneaux confidérables , comme_.de cinq à lix cents milliers , il fait revêtir ce puits de maçonnerie, pour éviter l’entretien. Si le terrein eft trop élevé pour y réunir facilement l’eau , il faut l’y tranlpor-ter fur des voitures, & fubftituer des baquets à la rigole & aux baffins.
- I fo. Aussi-tôt que la table commence à mouler, le rouleur & le metteur en haie font chargés du foin de tirer l’eau du puits, & de la fournir à la rigole lorfque les batteurs leur font lignai de venir à ce travail.
- Travail des batteurs. Détremper là. terre.
- 151. Les batteurs, armés d’écopes , commencent par arrofer le profil des terres tirées ( §. 136) pour le bien imbiber ; puis avec des pellettes, ils coupent les terres alfez minces vers le pied du profil, les jettent & les en éloignent d’environ lix pieds. Le haut du profil des terres tombe bientôt , & on rejette pareillement ces terres fur les premières, pour en faire un nouveau tas.
- IDÈS que l’on a formé un tas de ces terres de lix à huit pouces d’é-pailfeur, fur une bafe à peu près circulaire de fept à huit pieds de diamètre, on l’arrofe de beaucoup d’eau. On continue d’arrofer le profil des terres, & d’en relever ce que l’on en fait tomber, en s’aidant quelquefois de la houe, & de fon talon, pour les émietter plus facilement, en arrofant toujours largement. Cette manœuvre fe répété jufqu’à ce que les batteurs en aient jufqu’aux genoux vers le milieu du nouveau tas.
- 153. Pour détremper cette terre bien également, & faire pénétrer l’eau
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- par-tout, les deux batteurs prennent chacun une houe , avec laquelle ils la tirent à eux péu à peu, en faifant ainfi changer de place à tout le monceau, qu’ils remanient de même deux fois de fuite, en l’arrofant fréquemment.
- i ï4- La terre a pris à peu près la confiftance d’un mortier un peu ferme, lorfqu’ils commencent à la battre. On l’arrofe & on la retourne avec des pellettes , la faifant encore changer de place. Enfin, on prend une houe, avec laquelle on la remuefde nouveau , la tirant à foi ; & chaque fois que le batteur l’a élevée devant lui d’environ dix-huit pouces, il Ja-bat à grands coups du talon de la houe., pendant que l’autre continue'à en retourner une autre portion avec la pellette. Us manient ainli tout le monceau, auquel ils donnent la derniere façon, qui coniifte à le relever, fur quatre à cinq pieds d’épailfeur, avec des peiles de bois, attendu que ce mortier devient un peu coulant. Ils uniifent la furface du nouveau tas, & le couvrent de paillajfons, pour empêcher l’ardeur du foleil de le delfécher. Cette façon de rendre égale & luifante la furface de cette terre molle , contribue à y entretenir la fraîcheur , & empêche que les brins de paille qui tombent des pail-laifons 11e fe mêlent avec la matière ; enforte qu’on les en retire plus facilement, lorfqii’ondênleve les paillalfons pour mouler la terre.
- 154. Chaque fois que cette terre change de place, on en releve les bords tout autour avec des pelles, pour ne point perdre les bavures que les pieds entraînent à chaque mouvement. Les batteurs ne doivent pas man-. quer non plus d’en rejeter toutes les pierres & graviers qu’ils y rencontrent : ce ferait autant de corps hétérogènes nuilîbles dans la malfe.
- 1^6. Les batteurs font continuellement dans la terre molle jufqu’aux genoux : auffi ne font-ils vêtus que d’une chemife , d’un calecon fort court, & d’un bonnet. Comme la terre s’attache à tous leurs outils , & les rend pefans à manier, ils ont chacun une petite r'dtiffette de bois, avec laquelle ils les né-toient de tems enteras : & quand ils changent d’outils , ils ont foin de les laver.
- 1^7. Dans les environs de Saint-Quentin & ailleurs, on démêle & on pétrit la terre en la piétinant on la corroie avec des rabots ou bouloirs.
- 158. On conçoit aifément que toutes ces préparations de là terre avant de la mouler , ont pour but, comme je l’ai dit ( §. 137 ) , d’en alfouplir également & d’en atténuer toutes les parties, tant pour la rendre propre , par la ductilité qu’elle acquiert , à la forme que l’on veut lui faire prendre, que pour donner à toute la malfe le plus d’homogénéité qu’il eft pofîible. Lés mortiers, les plâtres , les cimens doivent être pétris, pour infinuer l’eau dans toute leur malfe, pour bien amalgamer les différens ingrédiens qui les compofent, & pour les rendre propres à devenir un tout d’autant plus folide & plus dur , que leur matière aura été réduite en parties plus déliées-.
- 159. Il eft généralement vrai & reconnu en Flandres, que les briques.
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- ordinaires des marchands font d’une qualité fort inferieure à celles que l’on emploie dans les travaux du roi. L’une des raifons auxquelles il me femble que l’on peut attribuer cette différence , c’eft la petite économie que font les marchands, de ne compofer la table de briques ( §. 139 ) que de cinq hommes ,-aiilieu de (ix. *Un feul homme alors doit préparer toute la terre : elle ne reçoit en conféquence que la moitié des façons qui lui font vraifem-blablement indilpenfables.
- 160. Mais il faudrait avoir fuivi beaucoup d’épreuves , pour déterminer précifément à quel point il faut avoir corroyé telle ou telle efpece de terre pour fa perfection , & en quelle proportion l’eau doit y être adminiftrée. On a pr'eferit, avec raifon, des réglés certaines pour abreuver les mortiers» quoiqu’elles 11e feient guere fuivies : ici il faudra que prefque toute l’eau foit évaporée de la brique avant la cuilfon ; il doit donc être inutile , s’il n’eft pas nuifibîe, d’y en faire entrer trop. M. Gleize , de l’académie de Touloufe (18 ), dit avoir reconnu qu’il faut un demi-pied cube d’eau pour chaque pied cube de terre ; que cette quantité d’eau, loin d’en augmenter le volume , le diminue d’environ , & que la deniité de la terre pétrie & préparée fe trouve augmentée d’environ f. Je n’ai point lu le détail de fes expériences : ces objets pourraient mériter nos recherches, mais je n’ai pu y donner alfez de tems. Il palfepour certain entre les gens qui font fabriquer la brique avec quelque attention, que l’on doit furveiller de près les batteurs», que quand la terre eft difficile à corroyer, ils font fujets à la détremper beaucoup plus qu’il ne faut, pour épargner leurs bras & leur tems, & qu’il en arrive fouvent un déchet ôoiifidérable fur les fourneaux.
- j 61. La préparation d’un monceau de terre d’environ cinquante pieds cubes , telle que je viens de la décrire, eft l’affaire d’une heure & demie de travail.
- 162. Suivant M. Gallon, la terre dont on fe propofe de faire ufage étant, après plufieurs fondes , reconnue bonne , on la fouille, & on la tire depuis le premier novembre jufqu’à la fin de décembre. Pour cela, on fait une excavation par échelons ou banquettes, d’environ 15 pouces çn tout fens : ce déblai eft amoncelé, & il refte dans cet état tout l’hiver : on ne commence à le travailler qu’au mois de mai fuivant
- i<>3* Quand la terre du delfus & du fond ferait de même nature, elle aurait plus ou moins de confiftance, fuivant la profondeur où on la prendrait. Comme il faut qu’elle falfe un corps homogène, il eft bon, dans cette première opération, que ce qui a été peu expofé aux impreftions de la gelée, le foit par préférence ; & la difpofîtion des banquettes procure çet
- (18) Voyez Mercure de France, décembre 1749.
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- avantage, puifque les terres qu’on tire du fond de la tranchée fe trouvent au-deflus du tas, & que le mélange des terres noires avec les argilleufes eft commencé : les excavations font ordinairement de 4, f, ou 6 pieds de profondeur.
- 164.. Les terres qui féjournent en tas pendant plufieurs hivers, n’en font que meilleures , pourvu iur-tout qu’on les remue une fois chaque aimée. Quant à la quantité des terres qu’on tire , elle fe proportionne au nombre de tables dont le briquetier fe propofe de compofer fon attelier.
- lô’f. Les tables étant difpofées à portée de chaque dépôt de terre, les ouvriers affeétés à chaque table, en font des couches d’environ feptàhuit pieds de diamettre, & d’un pied d’épaifleur ; ils mouillent cette terre ÿ ils la lailfent prendre fon eau ; enfuite ils la pétrifient avec les pieds 5 ils la battent au hoyau , la retournent, la polilfent avec la pelle , & la corroient avec plus ou moins de précaution, fuivant que le maître briqueteur prête plus ou moins d’attention à fon ouvrage. Mais ces ouvriers font fouvent plutôt conduits par l’appât du gain , que par le defir de perfectionner leur travail. Au refte, ce point eft important ; car les terres mal corroyées font des briques remplies de nœuds & très-défeélueufes. La méthode de corroyer la terre avec les pieds, comme M. Fourcroy dit qu’011 le pratique à Saint-Quentin, me paraît meilleure que celle des endroits où l’on fe contente de la retourner avec la pelle & la houe. M. Gallon a fait à ce iuiet des expériences très-curieufes, dont on trouvera le détail à la fin de ces mémoires.
- Travail du mouleur , ou moiàage de la brique.
- 16é. Lorsque la terre eft préparée, le brouetteurla tranlporte au mouleur. Il en charge chaque fois fur fa brouette, de quoi former quatre-vingt à cent briques. Il a eu foin de fe préparer un chemin de planches , depuis le monceau des terres préparées , jufqu’à la table a mouler, tant pour avoir un roulage plus commode , que pour empêcher la roue de lîllonner la place qui a été régalée & fablée ( §. 143 ). E11 arrivant à la table à mouler, il renverfe fa charge auprès du mouleur. Il prend encore foin de couvrir de paillajfons cet approvifionnement, & ramafiè le long de fon chemin ce qui peut être tombé de la brouette en voiturant.
- 16j. Il a eu foin précédemment de ratifier avec le poujfoir tout le terrein où l’on va travailler ; d’y apporter du fable , tant pour l’étendre par-tout où l’on mettra des briques, que pour en fournir la minette : il a eu foin aulîi de faire remplir d’eau le baquet.
- 168- Le porteur eft ordinairement le plus jeune de tous ces ouvriers :
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- c’eft entre eux le moindre grade & l’apprentiflage. C’eft cet enfant, âgé quelquefois de douze à quatorze ans, qui a pofé la table, à mouler , au lieu où l’on va travailler ; il a nettoyé & lavé tous les outils du mouleur dans un feau d’eau, que le brouetteur lui a fourni fur le lieu même 5 il en a empli le baquet, & il a tendu un cordeau à l’extrémité de la place, pour guider & aligner droit la première rangée de briques qu’il y doit pofer.
- 196. C’est enfuite de tous ces préparatifs, que le mouleur commence fes fondions. Le coin de la table a mouler a été faupoudré d’un peu de>fable, ainli que l’un des deux moules, qui eft pofé fur ce coin. Le mouleur plonge lès bras dans le tas de terre ; il en coupe un morceau de quatorze à quinze livres pefant, le jette d’abord entier fur la café du moule la plus près de lui, rafe en même tems cette café à la main en y entalfant la matière, jette ce qu’il y a de trop fur la fécondé café, qui n’a pas été remplie du premier coup comme la première ; il rafe auiîî cette café à la main en entaifmt, & remplit les vuides qui s’y trouvent ; faififfant en même tems de la main droite la plane qui fe préfente par fon manche au bord du baquet où elle trempe dans l’eau, il la palfe fortement fur le moule, pour enlever tout ce qui déborde les vingt-huit à vingt-neuf lignes d’épailfeur que doivent avoir les deux briques , & donne un petit coup du plat de la plane, comme d’une truelle, fur le milieu du moule, pour féparer les deux briques l’une de l’autre : il dépofe le refte de la terre à côté de lui fur la table,
- 170. Dans l’inftant, le porteur tire à lui le moule par les oreilles, & le
- faifant glilfer au bord de la table, il l’enleve à deux mains, en le renver-fant & le drelfant adroitement fur fon champ , de façon que les deux briques , encore toutes molles, ne puiifent ni tomber, ni fe déformer. Il va porter ces deux briques le long de fon cordeau ( §. 168 ) ; là, il préfente le moule près de terre, comme s’il voulait le pofer fur fon champ; puis le renverfant fubitement à plat, il applique jufte le moule & les deux briques: à plat fur terre, & retire fon moule en-haut, prenant bien garde d’obfer-ver l’à-plomb dans ce dernier mouvement, qui défigurerait immanquablement les deux briques , pour peu qu’il eût d’obliquité. !
- 171. Aussi-tôt le porteur revient à la minette avec fon mouler il le jette, dans cette minette remplie de fable, l’en faupoudré légèrement, & l’en frotte tout autour avec la main.
- 174. Pendant fon voyage & fes mouvemens, qui n’ont pas duré plus de huit à dix fécondés, le mouleur a déjà deux autres briques, quele porteur enleve comme les premières. Ainiî, le mouleur reprend fur-le-champ dans la minette le fécond moule d’une main, & un peu de fable de l’autre, pour frotter fa table, & tous deux recommencent les mêmes manœuvres que l’on vient de décrira
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- 173. Ces manœuvres font amufantes à obferver, parce qu’elles fe font avec une grande promptitude, & une diligence que l’on ne rencontre pas à beaucoup près dans la plupart des autres atteliers. C’eft particuliérement à la vue de ce vif exercice, que naît la curiolité de favoir combien ce mouleur peut former de briques dans la journée. On apprend qu’un bon mouleur ordinaire en fait neuf à dix milliers, pourvu qu’il puilfe travailler douze à treize heures, comme il le fait, li le tems le permet.
- 174. On peut juger par-là du travail de tous les autres ouvriers de la table ; neuf à dix milliers de briques exigent entre quatre cents & quatre cents quarante pieds cubes de matière préparée, c’ell-à-dire, près de deux toifes cubes. Il faut que les deux batteurs ( §. ifi ) fournilfent dans leur journée à cette confommation , en la remplaçant au magalîn , pour que rien ne lan-guilfe; il faut que le routeur la tranfporte , & que la même quantité de neuf à dix milliers de briques palfe fucceilivement dans la même journée par les moins du porteur, & du metteur en haie, dont nous parlerons plus bas.
- 17?. Ce travail, de près de deux toifes cubes de terre maniées en détail par un feul homme, en douze ou treize heures de tems , m’avait d’abord paru prodigieux. Mais il n’en eft pas moins confiant, & je me fuis af-furé depuis , qu’à Armentieres il fe trouvait un mouleur d’une force extraordinaire , qui fabriquait, quand il voulait, entre deux foleils, plus de trois toifes & demie cubes de matière ; c’efl-à-dire, quinze à dix-huit milliers de briques , dans un moule qui 11’en recevait qu’une à la fois, & d’un échantillon un peu plus petit que celui de notre exemple. Cet ouvrier fourniflait à deux porteurs, & chargeait fa table de toute la terre qu’elle pouvait porter : s’il avait fallu qu’il fe baiffàt pour chaque brique, il n’en aurait pas fait la moitié. Un bon mouleur ordinaire , qui ne moule qu’une feule brique à la fois , ne forme pas plus de feptà huit milliers de briques dans fa journée.
- 176. On a remarqué dans les remuemens de terres, qu’un homme vigoureux fouille & charge fur une brouette en douze heures de travail, jufqu’à deux toifes cubes d’une terre douce qui fe coupe facilement au louchet (19); & qu’un autre également fort, peut en rouler jufqu’à quatre toifes cubes, à quinze toifes de diflance. Dans notre briqueterie, les deux batteurs 11e préparent pas tout-à-fait jufqu’à deux toifes cubes; mais on a vu qu’ils la manient au moins cinq fois , & qu’ils l’arrofent trois ou quatre* Le brouetteur, qui les voiture à vingt toifes réduites de diflance , eft encore chargé de beaucoup d’autres foins , ainfî que le metteur en haie : enforte qu’il eft vrai de dire qu’un pareil attelier exige des gens qui foient tous capables de rélifter à une grande fatigue.
- (19) Sorte de beche propre à tirer la terre,
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- 177* Il eft eflèntiel que le mouleur ait la main formée à fon exercice, afin que la matière foit d’une égale denfité dans toutes les briques, & qu’il ne s’y rencontre pas des vuides ou des inégalités de compreflion, qui fe feraient remarquer au fourneau. Les briques moins comprimées que d’au., très dans le moule, fe déforment en féchant & en cuifant ; elles ne con-fervent pas leur échantillon, & peuvent aulîi déranger les progrès du feu dans le fourneau. On doit prendre garde que le mouleur ne fe néglige pour fabriquer quelques cents de plus dans fa journée.
- 178. Il faut encore que le mouleur ait l’attention de réparer louvent fa plane; le frottement fréquent qu’elle éprouve fur les bords ferrés du moule , approfondit les entailles de cette plane, par conféquent elle entre plus avant dans le moule, & en enleve plus de terre qu’auparavant. Pour que fon effet foit toujours le même, le mouleur doit recouper le bord inférieur de cet outil, dès qu’il fent qu’il accroche les traverfes du moule.
- 179. Dans toutes les manœuvres précédentes, on emploie beaucoup de labié. J’ai vu des cantons où il en faut deux cents tombereaux, faifant trois mille deux cents pieds cubes, pour la fabrication de cinq cents milliers de briques} c’eft-à-dire, environ trente-un pieds cubes de fable par toife cube de matière : mais il y a des terres qui ne font fujettes, ni à fe gercer, ni à s’attacher. Il ne faut à Armentieres qu’une brouettée de fable par millier de briques : ce qui fait cinq pieds cubes de labié par toife cube de terre. Il s’y rencontre par-là une elpece de compenfàtion de la rareté du fable, que l’on eft obligé de tirer de Gand par l’Efcaut & la Lys. La briqueterie d’Armentieres fournit à Gand un bateau des meilleures briques pour deux bateaux de fable , tous trois égaux en dimenfions & chargés au même point, c’eft-à-dire, tirant même hauteur d’eau.
- 180. L’ATTELIER du mouleur, ou la table de briques, aurait fini la tâche de cinq cents milliers en deux mois, s’il ne furvenaitpas des chommages forcés par les pluies. Mais comme elles font alfez fréquentes en mai & en juin, faifon de fabriquer la brique, ce travail dure ordinairement trois mois.
- l8i* Lorsque le mouleur a travaillé tout le long de l’une des places, le porteur tranfporte la table dans la place luivante j & il les parcourt toutes ainli lucceftivement.
- Travail du metteur en haie , ou façon de fécber la brique.
- 182. Si le tems eft beau & qu’il fallè du foleil, il 11e faut pas plus de dix ou douze heures à ces briques rangées à plat fur le fable, pour fe re£ fuyer & prendre confiftance au point de pouvoir être maniées fans fe dé-» former.
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- - , 183. Si le tems eft couvert, & qu’il furvienne des coups de foleil vifs, ils peuvent précipiter trop la defficcation des briques à leur furface fupé-rieure, les faire gercer & cafler. Alors le metteur en haie doit les fàupoudrer de fable , pour ralentir l’évaporation de leur humidité j il doit même quelquefois les couvrir de pail-laflbns, fur-tout s’il furvient une groife pluie.
- 184. LoFvSQUE les doigts ne s’impriment plus dans la brique, & qu’elle a déjà acquis de la folidité , le metteur en haie, qui attend ce moment pour commencer fon travail, va d’abord parer les briques : de là il les. tranfporte & les arrange fur les haies.
- i8f. On conçoit qu’en retirant le moule chargé de delfus la table à mouler y la furface inférieure des briques peut recevoir quelques égratignures qui amalfentun peu de matière aux bords de cette furface, & qu’en appliquant contre terre cette pâte molle qui fort du moule, il peut s’amafler encore quelques ordures autour, & s’y faire quelques foufflures aux flancs ou côtés de la brique, dont les angles touchent la terre ; ce qui altéré un peu la figure parallélipipédale que la brique doit conferver. Pour leur rendre exactement leur forme, ce qui s’appelle les parer, le metteur en haie fe préfente fur le flanc des rangées, tenant à fa main un couteau ordinaire. Il palfe ce couteau le long du bout des briques qui font le plus près de lui, & coupe par ce mouvement les bavures de l’un des bouts ; puis il met de l’autre main chaque brique fur fon champ, fans lui faire perdre terre ; en même tems, il palfe légèrement le couteau fur le bout le plus éloigné, & fur le flanc qui fe préfente en - haut : ainfi les quatre côtés fe trouvent? parés. On voit que par le mouvement du moule , lorfqu’il abandonne la-brique fur terre, les bords du plan fupérieur de la brique fe trouvent parfaitement parés & arrangés : enforte que les quatre angles de ce plan fupérieur n’ont pas befo.in d’être rognés par le couteau, non plus que l’angle du plan inférieur qui fert de centre au mouvement de la brique, lorfque le metteur en haie la releve fur fon champ : les bavures de celui-ci, qui font feches & fort minces, fe caflènt & s’abattent d’elles - mêmes contre terre.
- 186. On ne prend pas la peine de parer les briques dans toutes les briqueteries. On fe contente pour l’ordinaire chez les marchands, de les relever fur leur champ. Mais j’ai dreifé ce mémoire fur le travail d’un attelier , où l’on fe donnait des foins pour fabriquer des briques, les plus belles & les meilleures, qu’il était pofiible, quoiqu’avec économie.
- 187 Le premier mouvement du couteau le long des briques (§. i8i) a rafé & paré autant de briques du premier rang pour un bout, que le bras de l’homme en peut rencontrer dans l’attitude où il fe met, c’eft-à-dire , douze ou quinze d’un feul coup. Alors, en relevant ce premier rang fur foi; champ, il en dérange deux qui! relferre un peu contre les autres, pour
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- pouvoir placer Ton pied dans leur intervalle, & paiTer au fécond rang : fuccef. ÎIveinent il met ainli tous les rangs fur leur champ (20).
- i88- Si le tems eft beau & ne menace pas de pluie, le metteur en haie continue ce travail , tant qu’il a des briques à relever. Mais li le tems eft douteux , il va les arranger fur les haies à mefure qu’il y en a quelques cents de parées.
- 189. Cette attention eft fondée fur ce que la brique crue qui reçoit la pluie fur fon champ, fe déforme très-facilement & fe réduit en morceaux ; au lieu que , mouillée par fes grandes furfaces, elle rélifte davantage & n’eft pas fi-tôt hors de fervice.
- 190. Les ouvriers employés au fervice de chaque table, font, dit M-Gallon, i°. le mouleur, qui eft payé à raifon de 10 fols le millier ; il peut mouler 3 foo à 4000 briques par jour: 2°. les batteurs de terre, à qui on donne 8 fols 9 deniers du millier : 30. le rouleur, qui aidait autrefois au batteur; & comme leur travail était en fociété , ils avaient enfemble 12 fols 6 deniers du millier : 4°. le releveur ou le remetteur en haie , f lois 6 deniers du millier : fq. le petit porteur, qui gagne 4 fols du millier. Voilà quel devrait être le nombre d’ouvriers par table : mais il n’y en a plus maintenant que quatre ; on a fupprimé le rouleur, aux dépens de la bonne façon qu’011 donnait autrefois aux terres.
- 191. Chaque table eft fournie de deux moules , d’une plane que le mouleur doit rétablir de tems en tems à mefure qu’elle s’ufe fur le fer qui revêt le bord du moule ; un baquet rempli d’eau , & dans laquelle trempe continuellement la plane ; un grand baquet qui contient le fable.
- 192. MM. Gallon & Fourcroy admirent la vivacité qui régnent dans une briqueterie bien montée, & l’adrelfe avec laquelle toutes les opérations s’exécutent. Il ferait inutile de les rapporter en détail ; elles ont été très-exaftement décrites par M. Fourcroy. Mais, pour accélérer l’ouvrage, & dans la vue de gagner davantage , il arrive fouvent qu’on mouille trop la terre : les briques en feraient certainement meilleures, li la pâte était plus ferme & mieux corroyée.
- 19 3- Quand les briques ont pris alfez de confiftance pouf être maniées fans qu’elles rompent, ce qui eft ordinairement au bout de 12 ou 15 heures, on les redrelfe & 011 les met en haie. Comme dans les grands atteliers on n’a point d’angar, la pluie eft fort à craindre ; c’eft pourquoi, lorfque le tems paraît menacer de pluie ou de quelque orage, tous les ouvriers quittent
- (20) On conçoit combien la méthode pofées à être endommagées par la pluie, de fécher la brique eft plus commode & parle haie, & par une foule d’accidens. plus expéditive en Suilfe. Les tuiles ar- Voyez note 14 , page 17, rangées fous un angar, ne font point ex.
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- leurs travaux, pour former les haies, qu’on couvre avec des paillalTons.
- 194. Le metteur en haie, lorfqu’il a paré les briques , les traniporte avec la brouette au pied des haies. Là, il les arrange toutes fur leur champ , & les pofe l’une fur l’autre, de façon qu’elles occupent le moins d’efpace qu’il ell pofiible. Il faut auffi que l’air les frappe de tous côtés, & que les briques aient entre elles le moins de contact que leur forme puilfe le permettre. La figure fera mieux entendre que ne feraient de longues defcriptions, comment toutes ces conditions fe rencontrent dans l’arrangement des haies.
- 19f. Les haies font des efpeces de murailles, auxquelles 011 ne donne que quatres briques d’épailfeur , lorfque l’on a tout l’efpace nécelfaire pour travailler. Pour qu’elles puilfent fe foutenir fans accident fur la hauteur de cinq pieds , on obferve d’en conhruire les extrémités un peu plus folidement que le refte , & de maintenir la haie bien à plomb fur toute fa longueur.
- 196. On peut remarquer que la haie fe trouve divifée en autant de feuilles qu’elle a de briques d’épailfeur. Lorfque l’efpace de l’attelier n’eh pas aufii vafte que le repréfente la figure , on augmente les même? haies jufqu’à huit ou neuf feuilles d’épailfeur ; mais il faut avoir l’attention de lailfer fécher les premières feuilles, avant d’y en ajouter de nouvelles. J’ai vu l’exemple d’une briqueterie , dans laquelle travaillaient deux tables à la fois ; les metteurs en haie placèrent en même tems jufqu’à neuf feuilles fur un même pied. Au bout de quatre mois ces briques n’étaient pas à moitié feches, ni par conféquent en état d’être enfournées. L’a&ion du foleil ne peut pénétrer une fi grande épailfeur , 8c l’air qui circule entre les joints ne fait que renvoyer l’humidité d’une brique à l’autre. C’eft pour éviter cet inconvénient, que le mouleur doit changer fa table de place fucceflivement, pour que le metteur en haie ne forme jamais fa haie de plus de quatre feuilles en la commençant : & quand celui-ci eh obligé de I’épaiflir , il ne doit y ajouter qu’une feuille à la fois, en changeant alternativement de côté.
- 197. Il faut avoir fuffifiimment de paillaffons , pour couvrir totalement les haies pendant la nuit, & chaque fois que l’on prévoit la pluie, qui ferait un grand défordre dans les briques. On eh donc obligé d’y entretenir un gardien lorfque le moulage eh achevé : cet homme y veille ordinairement pendant fix femaines.
- 198- Tout l’attelier dont je viens de décrire le travail, ou autrement une table de briques, fe paie a.u millier de briques mifes en haie : ainfi les gens qui le compofent font intérelfés à finir leur tâche le plus tôt qu’ils peuvent. Cet intérêt peut les engager à des mal-façons , dont on doit d’autant plus fè méfier, qu’elles ne deviennent évidentes qu’au fourneau, c’eh-à-dire, lorfque la table de briques a été payée & congédiée.
- 199. Suivant M. Gallon, les haies de briques font communément conT
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- truites de 20 briques d’épailfeur, fur 20 de champ pour la hauteur : quant à la longueur , elle eft proportionnée au nombre de briques qu’on a en pro-vilion. Pour former une haie par la tète qui ell compofée de lits alternatifs dé briques en pannerelfe & en boutiffe , on donne à cette tète une brique & demie d’épaifleur ; elle eft liée avec le corps de la haie parles briques de derrière. Elles font toutes pofées de biais j c’eft-à-dire, que le premier rang de briques qui font fur leur champ , porte le fécond ; de façon que la brique tranfverfalement placée, porte d’un côté fur un bout de la brique, & de l’autre fur l’extrémité de la brique qui lui eft parallèle.
- 200. Le troifieme rang au-deffus du fécond, fe place en recroilfant dans le même fens que le premier ; le quatrième dans la pofition du fécond, & ainfî de fuite dans toute l’étendue de la haie. Celui qui dirige ce travail, doit faire enforte qu’il y ait du jour entre toutes les briques. Elles relient en cet état jufqu a ce qu elles foient alfez feches pour être enfournées j dans des teins de pluie on les couvre avec des paillaffons.
- 201. Plus les briques font feches avant de former le four, mieux elles réufiîffent: ainlï, quand il fait beau tems, on les lailfe en haie 30 ou 40 jours avant de les expofer au feu.
- 202. Cette dilpofition des briques en haie eft un peu différente de celle que M. Fourcroy a donnée : mais dans ces petites opérations les pratiques des ouvriers varient dans prefque tous les atteliers.
- De la façon de faire cuire la brique au charbon de terre.
- 203. Les ouvriers qui enfournent & font cuire la brique, font ceux que l’on appelle proprement les briqueteurs, apparemment parce que tout le fùc-cès de l’entreprife dépend d’eux. Quand on parle d’un bon briqueteur dans toutes les provinces du nord de la France, où l’on fabrique une grande quantité de briques , 011 entend un bon condu&eur de fourneaux.
- 204. Un attelier de ces ouvriers, ou une main de briqueteurs , comme ils parlent entr’eux, confifte en une troupe de treize hommes, qui conftruifent en quinze à feize jours, fi le tems eft favorable , un fourneau de cinq cents milliers de briques. Les rangs entre eux font le cuifeur ou chauffeur, qui commande les autres & conduit le feu ; deux enfourneurs, qui arrangent les briques fur le fourneau j trois entre-deux, qui fervent les premiers dans leurs opérations fur le fourneau , & font paffer les briques & le charbon de main en main ; enfin, fept rechercheurs ou broùetteurs, qui voiturent au fourneau tout ce qui entre dans fa conftrudion. L’entrepreneur leur fournit un ou deux journaliers furnuméraires, pour écraferle charbon, s’il en eftbefoin.
- 205. Les différentes manœuvres de tous ces ouvriers font continuelle-
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- ment eiltre-mèlées, parce que tous contribuent également [à la conftruéUon du fourneau. Cependant, comme le travail des mfourmurs & celui du cmjeur demandent des attentions particulières , je confidérerai féparément leurs fondions , en indiquant la liaifon qui fe trouve entre celles du cuijèur&, des enfourneurs.
- 206. Les briqueteurs ayant reconnu que les briques font feches & prêtes à''être cuites, ce qu’ils apperçoivent en en caflant quelques-unes, & en jugeant à la couleur qu’il n’y a plus d’humidité, ils établillênt le pied de leur fourneau. Dans les grandes manufactures, telles que celles d’Armen-tieres, d’ou il fort neuf à dix millions de briques par an, deftinées pour Lille, Douay, Tournay, Gand, & toutes les villes qui font fur la Lys & l’Efcaut, les pieds des fours font faits d’une maçonnerie très-folide de briques & d’argille, qui fert à toutes les fournées. La carrière d’argille y eft très-abondante à pfed-d’œuvre, où s’embarquent aufli toutes les briques dont le débit eft alfuré. Pour les particuliers qui ne travaillent point tant en grand, on conftruit fans argille un pied de four exprès pour chaque fournée, qui s’établit tantôt dans un canton, tantôt dans un autre , félon que l’on peut rencontrer les veines d’argille.
- 207. On choilît, pour alfeoir le fourneau, un terrein uni près des haies de briques, avec la feule attention que les eaux ne puilfent y féjourner , ni y former de courant quand il pleut. Sans peller ce terrein, & fans aucune autre préparation, on y décrit au cordeau un quarré de trente-fix à trente-huit pieds de côté, dans notre exemple, pour la baie-du fourneau.
- 2o8- Lés briqueteurs précautionnés font aux quatre angles du fourneau, faillir de neuf à dix pouces les côtés du corps quarré, fur environ cinq pieds de longueur, en formant à chaque angle une efpece de contre-fort pour le rendre plus folide. Ils élevent ces contre-forts en talut, enforte qu’ils fe perdent & ftniffent dans le corps quarré du fourneau, à cinq ou fix pieds au-delfus de la bafe.
- 209. Sur ce tracé, on décrit encore au cordeau l’emplacement des foyers deftinés à recevoir le bois qui doit allumer le fourneau : ce font de petites voûtes de quatorze pouces de large, & environ dix-huit de hauteur, efpacées à trois pieds de milieu en milieu, dont la cavité régné d’un côté du fourneau jufqua l’autre, & dont les figures font affez connaître la conftrudion.
- 210. Aussi-tôt que les cordeaux font placés, lesenfourneurs commencent leur travail; on leur fournit pour le pied de four, des briques cuites & des meilleures; lî l’on y en employait de médiocrement cuites , le feu pourrait les fiire éclater, ou la charge pourrait les écrafer: le pied de four 11e ferait point folide. Ils bordent les cordeaux en arrangeant les premières briques avec foin, de façon qu’elles foient jointives & bien affifes fur leur plat le
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- long des foyers : enfuite ils remplirent les intervalles avec un peu moins de précaution. . i-
- 21 r. Toutes les briques du fourneau, depuis la première affife de ces briques cuites jufqu’au fommet, font placées fur leur champ , excepté celles que Ton voit dans la figure autrement pofées aux paremens des foyers, aux angles des contre-forts, & quelquefois aux paremens du corps quarré. Toutes celles de l’intérieur n’ont d’autre ordre entr’elles, que d’ètre toujours alternativement croifées à angles droits d’un lit à l’autre. La fig. 14,quieft exaéte, fait fuffifamment entendre le détail de cet arrangement (21).
- 212. On place ainfî les briques fur leur champ, afin que le feu puilfe embraser plus aifément chacune d’elles. Si elles étaient pofées à plat fur leur lit, il y aurait moitié moins de joints dans le fens vertical, Suivant lequel fe dirige principalement l’adion du feu : &la cuiffon des briques en ferait d’autant plus difficile.
- 213. Lorsque les foyers font élevés de douze à treize pouces, c’eft-à-dire, lorfque toute la bafe du fourneau a déjà acquis la hauteur de trois briques de champ pofées l’une fur l’autre, le cuifeur charge les foyers dans toute leur longueur , des matières nécelfaires pour allumer le fourneau. Il ne doit pas attendre plus tard ; car le nouveau tas que Venfourneur doit pofer fera la retombée de la petite’ voûte des foyers, qui fera totalement fermée par le cinquième.
- 214. Lorsque Venfourneur a recouvert le fourneau du fixieme tas, le cuifeur y répand le premier lit de charbon, dont je parlerai plus bas, fur lequel Venfourneur pofe encore une feptieme & derrière aflife de briques cuites , qui couronne & termine le pied du fourneau.
- 215’. Pendant l’enfournage, le cuifeur, dont la préfence n’y eft pas nécef-faire, va dans la carrière à argille en démêler quelques brouettées , & en forme un mortier alfez liquide. Chaque journée des enfourneurs fe termine par crépir tout le parement du fourneau, en appliquant ce mortier contre les. tas de la bordure qui ont été pofés depuis le matin. Le cuifeur a foin de choifir pour ce mortier Pargille la plus maigre, ou d’y mêler fuffifamment de fable. L’argille forte fe gerce aulli-tôt •qu’elle fent le feu ; elle fe détache, & lailfe les briques à découvert. J’aurai occafion de parler encore de ce placage.
- 216. L’établissement du pied de four eft ordinairement fini le lendemain de l’arrivée des briqueteurs. Comme les briques cuites deftinées à former le pied du four ont été mifes fort à portée des ouvriers, il fuffit de deux ou de trois entre-deux pour les fervir de main en main aux en fur~
- ( 21 ) Voyez l’explication des figures, planche III,.
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- murs. Les reckercheurs s’occupent, fous la conduite du cuifeur, à planter les fapins des gardes - vents, dont l’on voit la forme & la conftru&ion dans les figures. Ils oiit foin aufli de former le petit établilfement de la baraque, pour mettre toute la troupe à l’abri.
- 217. Le même foir on met le feu dans les foyers j & à l’exception de cette feule nuit, que quatre hommes veillent pour l’attifer & l’entretenir, perfonne ne travaille depuis fept heures du foir , jufqu’au lendemain une heure avant le jour.
- 218- Le cuifiur vient reconnaître avant le jour, l’état de fon fourneau; il y répand une fuffifante quantité de nouveau charbon, & tout le monde lé remet à l’enfournage. L’un des deux enfourneurs commence alors à former le premier tas des briques que l’on veut faire cuire. Il place d’abord celles de la brodure fur une certaine étendue, forme encore ordinairement la bordure du tas fuivant, puis remplit le derrière de la bordure du premier tas, jufqu’à ce qu’il ait couvert de briques pofées de champ, la moitié de la furface du fourneau.
- 219. Une partie du talent de Yenfourneur, eft de conftruire cette bordure avec foin. Un parement conftruit à-plomb fans aucune matière qui en lie les briques entre elles, & feulement enduit d’un léger placage, qui, comme je le dirai plus bas , ne les affermit prefque point, doit cependant contenir un édifice de vingt à vingt-deux pieds de hauteur, & fouffrir quelques efforts, linon par la pouffée de la charge, au moins par celle du feu. Ileit donc important que Yenfourneur y apporte plus d’attention qu’au relie de fon travail. Cette attention çonfifte principalement à faire la bordure bien ferrée, le parement bien à-plomb, & à en bien affeoir tontes les briques. Leur arrangement alternatif eft exa&ement repréfenté dans la figure, où les différentes affifes appliquées l’une fur l’autre, font voir comment les tas doivent fe croifer dans le corps quarré du fourneau, & comment les bordures font alternativement compofées.
- 220. On peut y remarquer que, fur le tas inférieur, la bordure eft formée de briques qui préfentent en - dehors un de leurs bouts au parement du fourneau, ce que l’on appelle briques boutijjesj au lieu que fur les tas fupérieurs , ainfi que dans tous les angles du fourneau, les briques préfentent au parement un de leurs longs panneaux , foit leur lit, foit un de leurs longs côtés, ce que l’on appelle briques panmrejjes.
- 221. Comme la brique panmrejje du parement ne peut avoir beaucoup d'aiiistte ou de foîidité, 11e portant que de deux pouces de large fur le fourneau , & qu’elle ferait facilement renverfée par les briques boutijjes qui doivent la rencontrer, Yenfourneur place d’abord les briques boutijjes de derrière, à deux pouces de diftance du parement, & dépofe fur leur champ la pan-
- nerejfet
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- nerejfe, avec laquelle il vient former le parement lorfqu’il a fini le relie de là tâche : il en ufe de même pour la bordure du tas coté E, laiifant quatre pouces de retraite au parement pour y affeoir deux pannereffes.
- 222. Sans examiner encore ici les effets du feu fur ce fourneau, il efl néceilaire d’obferver en paifimt, que les bordures ou paremens'ne cuifent pas au même point que le relie. Les briques de l’intérieur diminuent plus de volume par la cuilfon , perdent davantage furies dimenlions du moule, que celles de la bordure. D’ailleurs le charbon fe réduit totalement en cendres dans f intérieur du fourneau : au lieu que, près des bords , il n’eft pas toujours parfaitement confumé. Il arrive de là que le fourneau reçoit un affaiifement plus considérable dans fon corps qu’aux paremens , & qu’il prendrait à fa Surface fupérieure la forme d’un ballin quarré à bords en talut, 11 fenfourneur n’avait foin d’y pourvoir. Il en réfulterait un grand inconvénient. Les briques de bordure ne confervant plus leur parallélifme ni leur afiiette horifontale , puifqu’elles feraient forcées & inclinées par celles de derrière, bientôt les paremens fe détacheraient du corps quarré : l’édifice s’écroulerait.
- 223. Pour prévenir cet accident , dès que l’affaiffement commence à paraître, fenfourmur forme un des tas de la bordure un peu moins élevé qu’à l’ordimiaire, ce qu’il appelle faire un faux tas ; c’eft-à-dire , qu’au lieu d’y placer la brique boutifje verticale fur fon champ , il l’incline plus ou moins fur l’une des arêtes ; enforte qu’il abaille cette bordure de fix, douze, ou dix-huit lignes , fuivant que l’exige l’affaiffement du four-< neau. Si l’affablement allait à deux pouces , ce qui arrive rarement, fenfourneur formerait le tas de la bordure d’une brique mife à plat, au lieu d’une de champ. Toutes les fois qu’il abaiffe ainfi la bordure , il eft obligé d’incliner à proportion les premières rangées de briques qui la rencontrent fur le même tas. C’eft par ce moyen que fe rétablit & s’entretient le niveau de la furface fupérieure du fourneau.
- 224. Les briques du corps quarré, au-delà des dix-huit à vingt pouces de la. bordure , n’exigent pas tant de foin. Il fuiîit de remarquer que, comme de trois en trois tas on répand un lit général de charbon fur le fourneau, les briques du tas qui doit recevoir cette charbonnée doivent être à peu près jointives, & beaucoup plus ferrées les unes près des autres que celles des deux autres tas, afin que leurs joints ne laiffent pas tomber le charbon fur les tas inférieurs : les briques de ceux-ci peuvent être elpacées d un pouce entre elles fans inconvénient.
- 22^. C’est une manœuvre très-animée que celle de f enfournage, \fenfour~. neur eft celui dont le travail eft le plus fatigant. J’ai dit (§. 218) qu’il ne charge que la moitié de la furface du fourneau. Il entre ordinairement près Tome IV, G
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- de dix milliers de briques à chaque tas complet 5 & les cinq milliers de la tâche d’un des enfourneurs , lui font fournis deux à deux par les entre-deux en cinq quarts d’heure de tems. Il les met en place , tantôt quatre, tantôt moins à la fois, félon que l’elpace leluipermet; il fe baiife donc & fe releve treize à quatorze cents fois en cinq quarts heure, & cela fur un attelier où il fait chaud. Les entre-deux ont bien moins de peine : ils tiennent à leurs fondions tout le long du jour.
- 226. Au commencement de la conftrudion du fourneau , les rechercheurs font occupés tous fept à aller chercher les briques, & ils commencent par tranfporter les plus éloignées. La longueur du roulage diminuant donc à me-fure que le fourneau s’élève , & qu’il y faut élever des échafauds pour le tranfport de main en main ; ce que le roulage exige de moins des rechercheurs fe place en relais fur les échafauds, & ils gardent entre eux tous un ordre proportionné à la fatigue des différens polies qu’ils occupent.
- 227. Le feu qui monte continuellement dans le fourneau, s’éteint en même tems vers le bas ; enforte que celui des rechercheurs , qui eft placé au relais le plus élevé, en reifent toute l’incommodité. Il ne peut refter qu’en-viron une demi-heure à cette place ; & quand il a fervi fes deux milliers de briques , faifant quarante brouettées qu’il compte exactement, il retourne à la brouette. Le fuivant le releve; s’il y a plufieurs relais d’échafauds, chacun d’eux remonte d’un étage : au moyen de quoi toute la fatigue eft également partagée.
- 228- Le fourneau a deux femblabîes accès de rampes & d’échafauds fur fes côtés oppofés. Si-tôt que le demi-tas de Yenfourneur eft achevé, tout le monde fe préfente à l’autre bord, & la même manœuvre fe répété.
- 229. Le premier travail du cuifeur, eft de charger les foyers du pied de four. Il y couche obliquement quelques gros paremens de fagots, puis des fagots entiers d’environ trente-fix pouces de tour; & il charge [chaque fagot de trois ou quatre bûches de quartier, & y ajoute quelques morceaux de charbon.
- 230. Tout le refte du charbon qui entre dans le fourneau a été réduit en pouffîere , à peu près comme celui des forges. On le palfe à la claie , & l’on écrafe tous les morceaux avec un batte garnie de fer. On en fait un amas au pied du fourneau, d’où les rechercheurs le jettent dans des manelettes aux entre-deux, qui vont le porter au cuifeur. Celui-ci l’étend fur le lit de briques , en fecouant fa manelette fans fe bailfer , afin que le choc du charbon tombant de haut fur le fourneau, l’émiette & le répande également partout. Telle eft la manœuvre pour toutes les charbonnées qui fê font fur le fourneau , depuis celles fur le fixieme tas du pied de four, & fur le fep-tieme, jufqu’à fon entier achèvement: par où l’on voit que le travail du
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- cuifeur eft un des plus fimples ; mais fon art n’en eft pas plus facile.
- 231. Il eft très-elfentiel que le cuifeur ait une grande expérience de la; conduite du feu ; qu’il foit un excellent chauffeur : les moindres inattentions ou défauts de jugement de fa part, peuvent faire manquer l’opération & l’entreprife de la briqueterie en tout ou en grande partie. Ce chauffeur, en plein air, a bien d’autres obftacles à furmonter , que ceux d’un laboratoire commodément monté.
- 232. Il faut huit à dix heures d’un tems favorable, pour que le feu des foyers puilfe fe communiquer à la charbonnée du ftxieme tas. Cet elpace de tems nécelfaire eft ce qui détermine le plus fouvent les briqueteurs à mettra le feu dans les foyers vers le foir. D’ailleurs, l’air eft ordinairement plus calme pendant la nuit que de jour : la tranquillité de l’air favorife l’égalité de l’inflammation dans tous les foyers. Il n’y a donc que le mauvais tems qui les oblige quelquefois à différer au lendemain.
- 233. Les quatre hommes qui veillent cette première nuit, fournirent du bois de corde aux foyers, en y enfonçant de grolfes bûches avec de longues perches , aufti long-tems qu’il eft nécelfaire pour enflammer la charbonnée du îixieme tas. C’eft ce qu’ils appellent affurer le feu, c’eft-à-dire, lui donner partout une force égale , & capable de réfifter au mauvais tems qui pourrait arriver , & déranger beaucoup le pied de four.
- 234. S’il furvient dans les commencemens de l’édifice du fourneau une grofle pluie qui parailfe pouvoir être d’une durée un peu longue, en quoi Ton fait que les gens de la campagne fe trompent plus rarement que les habitons des villes , le cuifeur ne manque pas de faire croifer auffi-tôt fur fon fourneau plufîeurs longs fapins en forme de chevrons, & de les faire couvrir de paillaffons , pour le garantir une heure ou deux de la pluie, qui d’ordinaire ne dure pas fort long-tems quand elle eft forte : mais ce font de grandes peines, & qui 11e réufîiffent pas toujours. C’eft pour cela que les mois de juillet, août, feptembre & octobre, font les plus favorables à la cuiifon des briques.
- 23?. On juge bien que , quand le feu des foyers s’eft communiqué à la charbonnée du fixieme tas, & qu’il y a fubfifté pendant plusieurs heures , le feptieme tas qui recouvre cette charbonnée fe trouve fort échauffé le matin , ainfl que tous les matins celui de la furface fiipérieure du fourneau , lorfque l’attelier reprend fon travail. Auffi le cuifeur forme-t-il légèrement , & le plus vite qu’il peut, la première charbonnée de chaque matinée. Quant à [’enfourneur qui lui fuccede , comme il ne peut pas courir en pofant fes briques, il ne tient guere qu’un quart d’heure à cet exercice fuis être relevé par fon camarade, malgré fa chauffure de mauvais fouliers , & l’habitude qui rend ces gens durs à cette chaleur : quelquefois même après cinq ou ftx
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- minutes il eft obligé de fe retirer. Comme les entre-deux font toujours placés furies briques qui viennent d’ètre nouvellement pofées, ils ne font pas dans le même cas.
- 236. Les charbonnées générales fe font régulièrement de trois tas en trois tas fur toute la hauteur du fourneau, & d’environ un demi-pouce d’épailfeur fur toute fa furface, plus ou moins , fuivant la qualité du charbon. Il s’en fait d’autres petites à chaque tas, qui ne fe conduifent pas de même. La fumée qui| fort par tous les joints du lit fupérieur, indique par fou plus ou moins de denftté les endroits du fourneau où le feu a fait plus de progrès : comme il faut une continuelle attention à l’entretenir par-tout ifo-chrone (22), les petites charbonnées doivent être réglées fur ces indices.
- 237. On ferait peut-être tenté de croire que les points où le feu va plus vite, font ceux auxquels il faudrait fournir le moins de matières combuftibles à confumer : c’eft précifément le contraire. Leah/é«rfepromene fur le fourneau , La manelette dans les mains, & ne la vuide qu’aux endroits où il voit le feu plus près de gagner la furface. S’il apperçoit des briques qui commencent à blanchir ou à jaunir par l’exaltation des foufres ou bitumes du charbon inférieur, c’eft là où il répand le plus de nouveau charbon: il en jette moins fur les joints qui rendent une fumée moins épailfe , & point du tout aux endroits qui ne donnent encore aucun ligne d’inflammation.
- 238- Pour procurer au fourneau une chaleur égale dans toutes les parties de la furface , une chaleur qui puilfe opérer la cuilfon de toutes les briques le plus uniformément pofiible , il eft indilpenfable de retarder l’aétion du feu dans les parties de cette furface, où il dénote une exten-. lion trop précipitée. Le charbon qu’on ajoute de nouveau, opéré cet effet * en bouchant une partie des joints de briques qui 11e font pas fort ferrées.
- 239. Je conçois l’opération du feu de ce fourneau, comme l’effet d’un corps élaftique en tout fens , tendant toujours à fe développer & à s’échapper , principalement par la verticale; &je penfe que le talent du cuifeur, eft de 11e laifler débander ce reifort vers la furface fupérieure , qu’après avoir fait féjourner fuffifamment cette mafl'e de feu dans le fourneau, fous une forme peut - être continuellement parallélipipédale, c’eft - à - dire , femblable au corps quarré du fourneau fur une certaine épaiifeur. Nous verrons plus, bas comment le cuifeur parvient à contenir le feu fur les quatre parois ou; paremens du fourneau.
- ( 22 ) Ce mot grec lignifie ce qui eft continuelle pour que le feu fort par-tout pen-divifé en égales portions de teins , comme dant un égal efpace de tems dans le même les mouvemens d’un pendule bien réglé. degré de force. Pour cet effet on ajoute L’érudition eft bien déplacée dans un ou- plus ou moins de charbon , félon que le-vrage tel que celui-ci. ï! y a apparence que feu fait en certains endroits plus on moins.; fauteur a youln dire qu’il faut une attention de progrès.
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- 240. Ce qui m’a fait prendre cette idée, c’eft la remarque que j’ai toujours faite lorfque le tems était calme , que je pouvais tenir la main contre les paremens tout autour du fommet du fourneau , fur environ quatre pieds de hauteur; plus bas , fur environ quatre autres pieds, la main ne pouvait y refter : la chaleur était tempérée, & décroiffait toujours jufqu’au pied du fourneau. En tout, la chaleur n’était guere fenfible aux paremens que fur environ fept pieds de hauteur totale. C’eft donc cette zone de chaleur qui doit petit-à-petit parcourir en s’élevant toute la hauteur du corps quarré, pour en pouffer fucceifivement toutes les briques au point de cuiffon qui leur convient.
- 241. Cette maffe de feu monterait beaucoup trop vite, Ci 011 laiffait à l’air la liberté de circuler par les foyers du pied de four. Dès que le cuifeür y a pofé quelques tas de briques crues , il maçonne les embouchures des foyers avec des briques cuites & de l’argille ; & s’il a befoin, pendant la conftru&ion du fourneau, de pouffer un peu le feu vers quelques parties où il 11e fe porte pas affez, il rouvre plus ou moins l’une ou plufieurs de ces embouchures.
- 242. Quoique M. Fourcroy ait expliqué fort en détail la conftrudion du fourneau à briques ; comme la pratique des briquetiers eft affez différente , fur-tout fuivant la grandeur des fourneaux, il eft bon de rapporter ce queM. Gallon dit du fourneau pour cuire IOO ou 200 milliers de briques : en détaillant ainft la pratique des différens ouvriers , le fond de l’art en fera mieux connu.
- 243. Suivant M. Gallon, la bafe d’un petit fourneau deftiné à cuire 200 milliers de briques, doit être de 43 briques de longueur, de 41 de largeur, & fon épaiffeur de 32 champs de briques5 ce qui fait dix à onze pieds d’élévation. On fait qu’un champ de briques eft un lit de briques poféea de champ fur un de leurs longs côtés.
- 244. Pour un fourneau plus petit, qui ne devrait contenir que ioq milliers de briques , on met 22 briques en quarré, & on le monte à 22 ou 23 champs de hauteur.
- 24^. On fait à ces fours-ci quatre gueules ou bouches à là face du fourneau ; & pour les fourneaux qui contiennent 200 milliers de briques, on fait fix gueules. Il eft bon de remarquer qu’on choifit, polir faire le pied des fourneaux, les briques les plus anciennement moulées, ou les plus feches, ou même qu’on y emploie, comme l’a dit M. Fourcroy, dea briques cuites.
- 2A.6. Les trois premières couches font difpofées parallèlement les unes; aux autres, mais tant plein que vuide. : c’eft ce que. les ouvriers nomment clair-champ,
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- 247. L’emplacement du fourneau étant égalifé & applani, la divifion des bouches ou gueules fe trouve, favoir: le premier maffif 11’a que deux briques de largeur ; on laide enfuite un intervalle d’une brique ou une brique & demie : le fécond intervalle & les autres font de lix briques , excepté le dernier, qui eft, comme le premier, de deux briques : c’eft ce qu’on appelle la face du four, qui eft en total de 43 briques, en fuppoftmt que les fix bouches ont une brique & demie de largeur. v
- 248. Ces briques, comme on l’a déjà dit., font toutes1'pofées de champ. Les trois premiers malîifs repréfentent comment les briques font placées à la première couche : les deux malîifs fuivans:font voir la difpolition des briques à la fécondé couche, qui eftpofée fur la première : le lixieme maffif eft la troilîeme couche, qui fe pôle fur la fécondé : enfin, lefeptieme maffif eft la quatrième couche, où les briques font jointives. On en met enfuite trois autres qui font pofées dans le même fens.
- 249. Mais, pour faire comprendre d’une maniéré plus fenfible l’arrangement des trois premières couches qu’on nomme clair-champ, M. Gallon les a repréfentées dans la première figure fur une plus grande échelle. On voit que les intervalles qu’on lailfe entre les briques font égaux aux épaif-feurs des briques. La première étant pofée diredlement, on place la fécondé obliquement; de forte que les deux extrémités de fabrique fupérieure portent fur les bouts oppofés des briques inférieures, & de même de toutes les autres. Au troifieme tas, les briques croifant en équerre les briques du premier tas, elles coupent perpendiculairement celles du premier tas, & obliquement celles du fécond. Enfin, au quatrième tas, les briques qui font jointives forment l’aifemblage des trois premiers tas.
- 250. Avant d’établir ces quatre tas, on remplit les vuides des clairs-champs avec de gros morceaux de charbon de terre, d’un volume cependant à pouvoir entrer dans les jours, & defcendre jufqu’au fond du four.
- 2fi. En même tems qu’on diftribue ce charbon dans l’étendue de chaque maffif, on charge les galeries, &c. d’une certaine quantité de bois dans toute leur longueur, & par-delfus ce bois on met du petit charbon qu’011 appelle gayette. On conçoit que tout étant à jour au pied du fourneau, le feu doit fe communiquer par-tout.
- 2f2. On répand du charbon pilé, ou gayette, fur le quatrième tas; la quantité de charbon eft eftimée, fuivant fa bonne qualité : fi c’eft pour la première fois qu’on en fait ufage, fon épailfeur doit être d’un pouce au neuvième & dixième tas ; & comme on met le feu lorfqu’on a établi le feptieme tas, le briquetier eft à portée de connaître au neuvième, quelle eft la qualité du charbon qu’il emploie. Lorfque le charbon eft de la meilleure efpecs, on peut épargner trois tas fur vingt-huit; mais on met tou-
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- jours des bordures d’un pouce d’épailfeur, & de la largeur de deux briques. Ces bordures paraiffent à M. Gallon bien imaginées ; i°. pour augmenter la chaleur au pourtour du four, où l’ouvrage n’eft pas ordinairement alfez cuit 3 2°. parce que l’affaiffement étant plus grand où il y a plus de charbon, la furface du champ fe conferve plus régulière.
- 253. Il y a des briquetiers qui épargnent jufqua feize & dix-fept tas, en mettant alternativement des couches en plein & Amplement des bordures 3 mais par cette économie mal entendue, leur fournée eft fouvent manquée. Voici comme ils diftribuent ces lits & ces bordures.
- 2f4 Les quatrième, cinquième & fixieme lits, dit M. Gallon, font couverts chacun d’une couche de gayette d’un pouce d’épailfeur 5 au feptieme lit, on en met moins d’un pouce, & on diminue toujours l’épaiffeur de la couche de gayette jufqu’au quinzième lit, où la couche de charbon fe trouve réduite à un \pouce d’épailfeur : au feizieme lit, on ne met qu’une Ample bordure 3 le dix-huitieme eft couvert en plein * il n’y a qu’une bordure au dix-neuvieme 3 la couche eft en plein au vingtième 3 011 met feulement une bordure au vingt-unieme ; & ainli alternativement jufqu’au haut du fourneau , pour lequel on emploie cinquante muids de charbon, & deux cordes de bois : ceux qui n’emploient que quarante muids de charbon, font de mauvais ouvrage.
- » Pour lier & contenir d’une maniéré folide tout le maftif du four-
- neau , on fait des bordures en briques. Ces bordures commencent par deux briques de largeur : au feptieme tas , les rangs qui répondent aux bouches des fourneaux font du même fens 3 & le refte de la couche eft d’un fens oppofé, en retranchant aux bords une demi-brique , fur laquelle on forme , par d’autres briques inclinées /une bordure que les ouvriers nomment éperon, qui fert à foutenir le huitième tas qui doit couvrir cet éperon & arrêter le côté du four : cette huitième couche prend alors un arrangement différent 3 c’eft-à-dire , que la bordure fe fait de quatre briques, & elle 11e changera plus dans toutes les dafres. O11 voit que l’éperon fe tranfporte alternativement & en fens contraire, tantôt fur une face & tantôt iur l’autre 5 de maniéré que le refte de la couche eft toujours placé comme les briques des éperons. a ,
- 2<)6. Il faut aufli remarquer que chaque tas de briques fe croife toujours dans le milieu, avec celui fur lequel il eft établi3 mais non pas la bordure, qui cependant eft liée avec le maftif par la ‘demi-brique que recouvrent les éperons.
- 2S7- Il refte encore à expliquer comment on arrange les briques pour former les fourneaux : les pieds-droits font de deux briques & demie de hauteur, ce qui forme trois tas3 les briques du quatrième font en faillie'
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- de deux à trois pouces , & les briques du cinquième ferment tout-à-fait la voûte du fourneau , qui , comme on voit, eft par encorbellement ( 23 ) : cette difpolition régné dans toute retendue de la galerie.
- 2*)$. Le fourneau étant à toute fa hauteur, on le couvre dans toute fon étendue avec une couche de vieilles briques pofées à plat, qu’on arrange tout près les unes des autres , & fur iefqugiles 011 jette une certaine épaif-feur de terre.
- A mefure que le fourneau s’élève, on le crépit avec de la terre grafîe : quelques briquetiers, non contens de cet enduit, & pour être plus maîtres de conduire leur feu, & pour empêcher que l’air extérieur n’y pénétré, accumulent de la terre en talut tout autour du fourneau, de maniéré qu’elle s’élève quelquefois jufqu au tiers de fa hauteur.
- 260. L’Activité du feu de ce fourneau dépend en grande partie des qualités de la terre & du charbon qui le compofent. Il n’eit pas polhble d’éclaircir dans un mémoire ce point important. Les meilleurs ouvriers ne s’y connaiffent que par quelques expériences ordinairement coûteufes pour les entrepreneurs. On peut efiayer la terre à briques, comme je l’ai dit5 au lieu que, lî le marchand de charbon en fournit qui foit d’une autre veine que celui dont on s’eft fervi précédemment, il peut arriver que fa qualité foit très-différente. O11 fait qu’il y a du charbon de terre qui ne convient, ni pour les forges , ni pour les cuves des braffeurs, parce qu’il brûle fubi-tement tous les métaux5 il y en a de même qui vitrifie toutes les briques: il eft prefqu’inévitable d’y être trompé quelquefois.
- 261. MM. Gallon & Fourcroy difent qu’011 ne peut conftater avec pré-cilion la quantité de charbon néceflaire pour la cuiffon des briques -, qu’il faut pour cela l’avoir éprouvé ; que cependant 011 préféré celui qui eft net, brillant & argenté j que fes effets font proportionnels à la quantité de phlo-giftique qu’il contient. C’eft à caufe de cette incertitude , que les briquetiers ont coutume de mettre le feu à leur fourneau dès la feptieme couche de briques, pour ménager la diftribution de leur charbon , fui vaut les con-nailfances qu’ils acquièrent. Quand leur charbon leur paraît d’une affez bonne qualité , ils achèvent leur fournée avant d’y mettre le feu 5 mais il eft fort rare de voir des ouvriers qui prennent ce parti.
- 262. Quant à la quantité du charbon qui eft propre aux briqueteries, j’ai fuivi la conftrucftion de plusieurs fourneaux de cinq cents milliers chacun , dans lefquels j’ai vu qu’il était entré environ fix à fept pieds cubes de charbon par millier de briques à cuire. Ce charbon pefait foixante-fix
- (2; ) Encorbellement eft un ternie d’architedure , qui exprime les faillies de pierre des ponts & des entablemens.
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- livres le pied cube. Dans d’antres, il en entre jufqu’à huit & neuf pieds cubes par millier 5 & dans d’autres , peut-être moins de quatre pieds : tout ce charbon mefùré comme il vient des mines , plus en pvuffier qu’en morceaux.
- 26'3. Lorsque la qualité de la terre, ou celle du charbon , a été reconnue telle que le feu doive y faire rapidement fon effet, on eft obligé d’en charger les fourneaux à deux mains; c’eft-à-dire, que deux troupes de douze ouvriers chacune élevent en même tems un fourneau , fous un même conducteur ou cuifeur. Le fourneau s’élève en ce cas de dix & onze tas par jour, ce qui même quelquefois ne fuffit pas: le feu y gagne encore fi violemment la furface, que le cuifeur eft obligé de le ralentir à chaque tas.
- 264. Ce 11’eftplus alors avec du charbon, que l’aclion du feu doit être comprimée. La trop grande quantité de matière combuftible poufferait la cuiffon des briques jufqu’à la fufion, comme je le dirai plus bas. Le procédé pour ralentir le feu , quand il eft uniformément trop rapide, eft d’y répandre du fable : & c’eft l’ufage qui apprend au cuifeur la quantité qu’il y en doit mettre.
- 261). Cet effet du fable furie feu du charbon , fe remarque fur tous les fourneaux. Il eft tel, que le fable qui tombe des briques fur le fourneau auprès de l’échafaud par où elles arrivent, eft capable d’empêcher cette partie de cuire à fon vrai point. On a foin d’étendre fous les pieds du premier entre-deux, un morceau de groffe toile pour recevoir ce fable, que l’on rejette au pied du fourneau , lorfque le demi-tas eft pofé.
- 266 Si le cuifeur s’apperqoit que malgré le morceau de toile les briques de ce bord ne cuifent pas bien, il fait effacer un peu plus eutr’elles celles des tas fupérieurs ; quelquefois il en enleve une ou deux des tas inférieurs, pour donner au feu la facilité de s’étendre fur ce côté; enfin, il y fait mettre quelques aflifes de briques cuites, pour éviter le déchet qu’il y aurait certainement dans cette partie, & rétablir l’égalité de chaleur dans toute la malfe.
- 267. Les vents retardent toujours la marche du feu , ou la rendent inégale, dans l’étendue du fourneau. Le courant de l’air, arrêté par les abri-vents (§. 216'), ne peut frapper contre les paremens; mais fes remous plongent néceffairement fur la furface fupérieure , & principalement contre la partie la plus éloignée des paillaffons. Alors le feu repouffé fur lui-même par le vent, fe concentre plus bas, y acquiert plus de relfort, & fait des efforts confidé-rables pour s’échapper par quelque endroit des paremens. C’eft à cette caufe que j’attribue les foufflures que l’on remarque fouvent autour du corps quarré des fourneaux, où l’on voit des briques dérangées.
- 26%. Lorsque le cuifeur s’apperqoit qu’un parement fouffre des efforts du Tome IF, H
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- feu, il ne manque pas d’en faire tomber le placage ( §. 21 y ). Sans cette précaution, ilfe ferait bientôt une breche qui ruinerait tout l’édifice. Les joints du parement, ainfi que les embouchures des foyers, font autant de regiftres ..qu’il faut ouvrir promptement, pour donner une iffueàla matière du feu, dpntd’acftion totale s affaiblira fur-le-champ.
- 269. Les foins d’un bon cuifeur ne peuvent cependant pas toujours em-> pêcher qu’il ne fe falfe quelques lézardes (24) au fourneau: c’eft fur-tout aux angles qu’il doit veiller le plus. Si l’on continuait à furcharger un angle dont les briques font déplacées, fans y apporter quelqueremede, il en arriverait infailliblement de grands accidens.
- - > 270. Lors donc que quelque partie“menace ruine, & que le feu s’y eft ralenti ; c’eft-à-dire, lorlque l’exhauffement du fourneau a fait élever la zone du feu ( §. 240) au-deffus de la partie défe&ueufe du parement, le cuifeur y remet promptement un nouveau placage, dans lequel il a mêlé de la paille.
- 271. Nous avons vu que le placage ordinaire (§. 215 ) s’applique à la fin de chaque journée contre les nouveaux tas. Comme ce placage eft un mortier liquide, dont la terre eft fort divifée , & qu’il fe trouve peu de tems après expofé à un feu très-vif, il fe gerce beaucoup en féchanttrop prompte-*ment, il fe cuit'mème & s’attache peu aux briques du parement. Ce placage 11e -contribue donc pas à la folidité du fourneau ( §. 219 ). Il n’a d’autre ulage que de former les joints , & de s’oppofer , tant à la dilfipation du feu par les paremens ( §. 268), qu’à la trop grande vîtelfe qu’il acquerrait dans fa marche , Ci les regiftres inférieurs demeuraient ouverts.
- . 272. Le même effet n’a plus lieu , lorfque ce placage eft appliqué pendant le déclin de la chaleur des paremens ( §. 240). Il feche toujours de .plus en plus lentement, & forme un enduit affez ferme pour les préferver de .s’écrouler, fur-tout lorfqu’on y a mêlé delà paille, qui fait ici l’office des bourres & laines dans tous les luts, & autres enduits.
- , 273* Une main de briqueteurs emploie ordinairement deux heures 8c demie à placer une affife de briques fur le fourneau de notre exemple (§. 22f) , ou trois heures, y compris la charbonnée. L’expérience fait Voir que le feu ne monte pas Ci vite dans le commencement de fa conft. truélion : pendant les neuf & dix premiers jours , je n’ai vu élever les fourneaux que de trois tas en vingt - quatre heures. Mais comme le feu augmente d activité par fou féjour dans ce maffif, il faut lui fournir à proportion fa nourriture & fa tache : on forme donc quatre & cinq tas par jour quand cela ^devient née affaire. Si cependant on chargeait les nouvelles
- (24) Lézardes, c’eft le nom qu’on donne aux crevaffes qui fe forment dans les murs.
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- aftîfes à contre-tems, c’eft-à-dire, avant que le feu fe fit fentir (§.236') à la furface fupérieure, la quantité de matière, foit de charbon, foit de bri-ques , ralentirait trop la marche du feu , l’empêcherait de monter : les nouveaux tas ne cuiraient point. J’ai fouvent vu des fourneaux où ce défaut de conduite & ces accidens étaient remarquables. Le feu trop long-tems retenu dans une couche de quelques pieds d’épaiifeur, après en avoir vitrifié les briques, & setre ouvert des ilfues parles endroits faibles de la couche fupérieure, avait traverfé toute celle - ci trop promptement ,& les briques en étaient prefque crues.
- 274. Lorsque toutes les briques font enfournées, on couvre entièrement le fourneau du même placage que l’on applique aux paremens à la fin de chaque journée (§. 2lf ). Mais les briques des tas près de la furface fupérieure ne font jamais cuites à leur vrai point, non plus que celles des paremens, enforte qu’elles tombent en déchet fur la fournée : elles ne compofent que de mauvaifes conftru&ions, fi on les emploie dans les maçonneries. Le feu ne peut jamais acquérir, près les furfaces du fourneau, le même degré d’intenfité que dans le corps quarré, parce qu’il s’échappe de tous côtés, & que ces furfaces font continuellement expofées aux accidens de l’air extérieur ( §. 267 ).
- 275. J’ai fouvent remarqué quatre & cinq tas de briques très-mal cuites, & quelquefois beaucoup plus , qui couronnaient les fourneaux : ce qui donne communément plus de quarante milliers de briques défeétueufes au fommet d’un fourneau de cinq cents milliers. J’évalue encore à trente milliers au moins les briques mal cuites des paremens ( §. 223 ) : j’eftime donc qu’il fe trouve environ un fixieme de briques mal fabriquées dans les fourneaux qui réulîîlfent le mieux.
- 276. Je fuis perfuadé que l’on éviterait un déchet aufli considérable, fi l’on n’employait que des briques cuites aux paremens & au couronnement des fourneaux. Il eft vrai qu’il en faudrait payer la manutention aux briqueteurs, comme on le fait pour les briques du pied de four-, mais, calcul fait, il y aurait encore beaucoup à gagner.
- 277. J’ai dit que la trop grande quantité de charbon perdrait le fourneau. C’eft une expérience conftatée journellement dans les briqueteries où 011 l’emploie , que le feu, lorfqu’il eft pouifé à certains degrés de force, fait entrer la matière des briques en fufion , la bourfouffle d’abord , la fait champignoner (2 S ), réunit & foude plufieurs briques enfemble, change totalement leur forme, au point de n’v plus reconnaître les traces du moule 5 enfin, la fait couler quelquefois par les foyers comme des ruiifeaux, que
- (2O Les ouvriers difent qu’une brique champignone , lorfque l’ariion du feu y produit des excrefcences.
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- Ton m’a dit avoir vu s’étendre jufqu’à plaideurs toifes de diftance des four-, neaux, dont toute la maifie fe trouve enfuite prefque d’un feul morceau fans aucuns intervalles. J’en ai vu qu’il fallait briier à force de coins & de malles , par morceaux de trois & quatre pieds cubes.
- 273. Je penfe que la conversion de la brique en verre , eft le maximum des accidens de cette manufacture ; car il eft évident que toute brique qui a bouilli dans le fourneau, a acquis plus ou moins de vitrification. J’ai fou vent trouvé dans les fourneaux, des tubercules de verre tranfparent, fort reifemblant à celui du fond des pots de nos verreries.
- 279. L’idée générale que l’on fe forme ordinairement des caradteres delà meilleure brique , c’ell d’ètre très-dure & fonore fans être brûlée. On appelle^ brique bridk^ celle qui reffemble plus ou moins à du mâche-fer,, ou aux feories des métaux ; celle où la couleur noire & l’abondance des cavités fphériques indiquent qu’elles ont foulfert l’ébullition Les briques de cette efpece font toujours déformées , fouvent jointes inféparablement avec d’autres : elles font luifantes dans toutes leurs calfures, & donnent du feu fous les coups de briquet. Je ne prétends pas dire ici qu’elles foient moins bonnes dans les conliruétions , que celles qui font moins cuites : mais, elles ne font pas propres à être placées aux paremens des. édifices ; & il l’on voulait pouifer la pluralité des briques d’un fourneau jufqu’à ce degré de cuiifon, on tomberait fouvent dans un excès ruineux pour les entre-, preneurs.
- 280. On juge trop peu cuite, au contraire , la brique dont la matière ne s’elt point alfez durcie dans le feu, enforte qu’elle s’écrafe facilement fous le marteau, qu’elle rend un bruit fourd quand 011 la frappe, & paraît-.avoir encore retenu partie des caractères de i’argilîe crue.
- 2g 1. Je n’ai pu ralfemblér alfez d’obfervations fur les anciens édifices pour être parvenu à Lavoir à quel degré de cuiifon avaient été portées les. briques qui fe font le mieux liées avec les mortiers , pour reconnaître fi comme je le foupçonne, des briques peu cuites 11e s’y l'ont pas durcies, avec le teins, s’il n’y a pas quelque aCtion entre la concrétion des mortiers bien conditionnés, & les matières plus ou moins folides dont ils fe fai-, fi/fent. Au défaut de ces lumières, qu’il pourrait être important d’acquérir, le julte milieu ou le degré de cuiifon, que l’on juge communément ( §. 279 ) convenir le mieux à ces matériaux factices , c’ell celui que je crois réfulter de la plus grande chaleur que leur matière puiife foutenir fins ébullition > puifque les briques bien formées , très-dures. & fort fonores, ne manquent jamais de fe rencontrer dans les fourneaux , auprès de celles qui font empreintes de quelques marques d’ébullition.
- 283* Mais , quel que doive être le point de chaleur le plus propre à nous.
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- fournir les meilleures briques , il eft vraifemblable que P on peut avec justice attribuer à la négligence ou à l’impéritie du cuifeur, la plupart des défauts que l’on remarque dans les fourneaux lorfque l’on en enleve les briques.
- 283- Si, par exemple , le cuifeur s’abfente pendant Penfournage , & que le vent s’élève ou change de direction ; comme on n’aura pas allez tôt ajufté les paillaffons de l’abri-vent fur cette variation de l’air, le feu fe portera totalement fur l’uii des flancs du fourneau : la brique s’y brûlera, & celle du flanc oppofé ne cuira point.
- 284- En un mot, la fabrication de ces matériaux en plein air eft foumife à un grand nombre d’accidens, qui dépendent prefque tous de la mauvaife volonté des ouvriers , & du peu de vigilance des gens prépofés à les fur-veiller. Je crois qu’avec plus d’attention * il eft poflible de furmonter les obftacles qui peuvent venir de l’intempérie de l’air, &des différentes qualités du charbon , ou même de la matière des briques.
- Obfervations de M. Fourcroy.
- 28 T En recueillant les détails que l’on vient de voir, j’ai fait différentes expériences, dont les réfultats pourront avoir leur utilité i çe qui m’engage à les rapporter ici fommairement.
- 286. En Flandres, les briques font ordinairement moulées pour être de huit pouces de longueur fur quatre de largeur & deux d’épaiifeur, après qu’elles font cuites ; & comme il y a des terres qui perdent plus que d’autres, fur leurs dimenfions en féchant & en cuifant, on donne au moule depuis deux jufqu’à fix lignes de plus de longueur & de largeur, & deux ou trois; d’épaiifeur, fuivant ce que les expériences ont indiqué.
- 28?. J’ai pefé foigneufement grande quantité de briques fortant d’un moule, de huit pouces trois lignes fur quatre pouces trois lignes, & deux pouces deux lignes de dimenlions. Leur poids réduit était de f livres 14 onces. Toutes les briques du même moule bien féchées & prêtes à être enfournées pelaient, réduction faite, 4 livres 8 onces: elles avaient perdu 22 onces de leur poids par l’évaporation. Toutes celles qui étaient bien cuites pefaient, fortant du four, 4 livres 4 onces, poids moyen: ce qui fait 2 6 onces d’évaporation totale pour chaque brique (26). J’avais lu ces mots dans l’hiftoire de l’académie , tom. I >pag. 22 : Tout le mondefait que la brique;
- ( 26 ) H paraît qu’en comparant le poids & de la brique bien cuite, on pourrait. dePargille employée à la fabrication , avec parvenir à établir une réglé pour déterrjii.k ç.elui de la brique prête à être enfournée , ner le degré de cuilTon,.
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- ejlplus pefante après avoir été cuite. Ce n’eft point là la conféquence qui réfulte de mon obfervation, mais plutôt celle que j’ai trouvée depuis dans un ouvrage intitulé : Nouvelle théorie du mouvement, 1749 , page 75 , où 011 lit que Car-gille devient plus dure & plus légère , quand on la durcit au feu.
- 288- Suivant les dimenfions de ce moule } il ne faut pas plus de 22 § briques à 22 f fortant du moule, pour employer uilpied cube de matière: enforte que, pour fabriquer 500 milliers de briques, il faut environ 103 toifes cubes de terres tirées. Or , fl les 22 \ briques perdent chacune 26 onces de leur poids primitif par l’évaporation totale, le pied cube de la matière employée pour les former , aura perdu à peu près 36 livres ou un demi-pied cube d’humidité : c’eft peut-être par cette voie, que M. Gleize a connu ce qu’il faut employer d’eau pour chaque pied de matière.
- 289- J’ai encore obfervé que , fur les 22 onces d’évaporation d’une brique , depuis qu’elle fort du moule jufqu’à ce qu’elle entre au fourneau , une grande partie fe fait en un te ms fort court. Les briques moulées le matin, font des le foir du même jour ( §. 182) en état d’etre relevées, parées & mifes en haies. J’ai trouvé par plulieurs expériences, que chaque brique avait déjà perdu dans ce moment environ 9 onces de fon poids : il lui faut enfuite cinq ou fîx femaines pour en perdre 13 autres.
- 290. Il y a très-peu de différence de poids, entre les briques bien ou mal cuites du même échantillon. Entre celles dont je parle ici(§. 28 6), on peut évaluer celles qui font trop cuites à 45 quintaux le millier, les bien cuites à 4.6 quintaux, & les mal cuites à 47 quintaux. Le pied cube de ces briques, fuppofé plein, peferait environ 11 s livres : mais ce pied cube eli imaginaire, puifqu’il n’eft pas fans intervalles. Ayant donc arrangé grand nombre de briques des dimenfions 8 ? 4 & 2 pouces, le plus ferrées qu’il m’a été polfibîe , j’ai trouvé que l’on doit évaluer le poids de leur pied cube à 104 livres au plus, & qu’il faut 22 f ou 22 f briques au plus pour un pied cube.
- 291. Ce calcul donnerait environ quatre mille huit cents quarante briques à la toife cube. Cependant une toife cube de maçonnerie de ces briques n’en confomme que quatre mille trois à quatre cents apportées des fourneaux, à caufe des joints. Le compte ordinaire eft d’une bafe de 17 & 8 ? briques fur trente tas de hauteur , ce qui fait quatre mille trois cents trente-cinq briques à la toife cube , ou vingt briques par pied cube. Mais quand 011 conftruit les fourneaux, on compte fur cinq milliers par toife cube de maçonnerie, attendu le grand déchet dont j’ai parlé.
- 292. On eftime qu’un maçon habile doit conftruire dans fil journée de douze heures de travail, un quart de toife cube de maçonnerie de briques, c’eft-à-dire, employer mille à onze cents briques; & un ouvrier médiocre, huit à neuf cents : de là vient qu’en faifant travailler à la maçonnerie quarrée
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- d’une brique boutijje d’épaiffeur , on eftime à deux toifes quarrées la journée d’un ouvrier médiocre : la toife quarrée de cette maçonnerie contient environ cinq cents dix briques.
- 29 3. J’ai eu occafion de faire piler & tamifer des briques de différens degrés de cuiffon, du carreau de chambre, & du tuileau , cherchant s’il y aurait quelque différence à reconnaître entre les poudres de matières fi différentes entre elles, dans l’ufage que l’on en fait pour les mortiers. La poudre de toutes ces matières, entaiTée & preffée avec foin, pefe environ quatre-vingt-huit livres le pied cube : mais je n’ai rien trouvé qui put donner moyen de diftinguer fi elle provient de tuiles , de briques, ou de carreaux.
- 294. Tous ceux qui ont vu bâtir en briques, peuvent avoir remarqué combien le mortier le plus liquide fe deifeche promptement lorfqu’il eft appliqué fur les briques. L’une des caufes de ce defféchement fubit, eft la qualité que l’on reconnaît aifément à la brique , de s’imbiber de beaucoup d’eau. J’ai fait quantité d’expériences , qui m’ont appris qu’une brique neuve bien cuite boit communément au moins neuf onces d’eau , c’eft-à-dire , un huitième de fon poids, & rarement au-delà d’un feptiemej que, plongée dans l’eau, elle continue pendant vingt-quatre heures au moins à donner des indices d’imbibition, par les bulles d’air qui s’en échappent j qu’elle s’imbibe également vite, & qu’elle acquiert le même poids, foit qu’elle trempe entièrement dans l’eau, foit qu’elle n’y touche que par un de fes bouts, que l’eau foit chaude ou froide5 enfin, qu’en dreffant deux briques bout à bout l’une fur l’autre avec du fable dans le joint, l’eau dans laquelle on fait tremper le bout de la brique inférieure monte ordinairement, réduélion faite, jufqu’à cinq& fixpouces de hauteur dans les pores de la brique fupé-rieure. Y aurait-il quelque liaifon entre cette imbibition de neuf onces d’eau, & la première ou prompte évaporation d’environ neuf onces , qui fort ( §. 289 ) d’une brique récemment moulée ?
- 295. Qn remarque au bout de quelques années dans les paremens de briques des ouvrages de fortifications, des dégradations confidérables , occa-fionnées en partie par la naiffance d’une grande quantité d’herbes , d’ar-briifeaux & de plantes qui prennent racine entre les joints des briques. Tous ces paremens font conftruits en talut, communément d’un, fixieme de leur hauteur. Il eft évident que, pour former ce talut avec des briques de forme parallélipipédale, il faut ou incliner les briques fur leur affiette d’un fixieme de leur longueur ou largeur, ce qui eft regardé comme de mauvaife conftru&ion ; ou les affeoir de niveau les unes fur les autres, chacune en retraite d’un fixieme de fon épaiffeur, c’eft-à-dire, de quatre à- cinq lignes fur celle qui la fupporte. O11 recouvre ordinairement cette petite retraite de mortier bien reciré & réparé à la truelle : mais cm peu de
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- teins les pluies l’enlevant : les terres, la pouiTiere, & les graines "que le vent traufporte, en prennent la place, & les plantes y germent bientôt avec abondance. Pour prévenir cet inconvénient deftrucieur, les anciens avaient fabriqué des briques dont un des flancs, ou l’un des bouts, était moulé au talut d’un fixieme de leur épaiflèur. Nombre d’anciens ouvrages , aux places de l’Artois, ont leurs paremens formés de pareilles briques en talut, & ne font communément point tant dégradés par les plantes que les autres. J’ai vu imiter cette bonne pratique dans quelques briqueteries des entrepreneurs du roi : & il ferait à fouhaiter qu’elle fut générale. On comprend aifément que ces briques, uniquement deflinées aux paremens, doivent être façonnées dans des moules faits exprès, foigneufement/w'ée.y, N placées dans le centre des fourneaux : cela n’a befoin d’aucune explication.
- 296. On fait de tout tems que les maçonneries en briques font fujettes à fe dégrader, principalement celles des murailles en talut * telles que les revètemens des corps déplacé. C’eft cet objet 5 intéreifant à l’état, qui a engagé MM. Fourcroy & Gallon à étudier la fabrication des briques, & à chercher les moyens de les faire meilleures que par le pafle. On vient de voir quel eft fur ce point le fentiment de M. Fourcroy. M. Galion penfe' que plusieurs caufes concourent au dépériflement dont on fe plaint: i«. le défaut de qualité dans les briques & les mortiers qui les unifient : 29. la difpofition des taluts : 3°. Fexpofition de ces taluts.
- 2974 Plus il y aura de taluts, plus les eaux pluviales Ajourneront fur ces furfaces inclinées, fur-tout fi elles font oppoiées à un vent violent, & qui ait une direction conftante. L’eau retenue fur un pareil plan incliné, s’infinue dans les pores de la brique & dans les joints des mortiers ; s’il furvient enfuite des gelées , elles font fauter par éclats tout ce qui a été pénétré d’humidité.
- 297» On remarque que les anciennes briques étaient moins fujettes à cet inconvénient que celles qu’011 fabrique aujourd’hui. C’eft la compa-raifon que M. Gallon a faite des unes avec les autres , qui a excité fa curiofité fur un fait qui eft très-intéreflant pour le fervice du roi. En 17^9 , on fut obligé de rétablir à Maubeuge , le demi-front de la porte de Mons , c’eft-à-dire, une face de baftion, le flanc & la moitié de la courtine. Les briques s’employaient à fur & à mefure que les briquetiers les fourniflaient. On foupçonnait bien dès-lors ces briques de n etre pas auffi folides qu’elles le devaient être, mais on était prévenu que les terres des environs n’en pourraient pas fournir de meilleures : outre cela , il fallait exécuter l’ouvrage , & 011 11’en avait pas d’autres. A un automne pluvieux, fuccéderent des gelées, & l’hiver futdong; toutes les briques de parement de l’ouvrage neuf éclatèrent; & l’été fuivant, l’entrepreneur fut obligé de rétablir l’ouvrage à fes frais. 299
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- 299- Si les parties des anciens ouvrages avaient feuffert des dégradations , ce n’était pas par la mauvaile qualité des briques, qui étaient pleines, dures & fonores,mais jDar les mortiers qui avaient manqué les premiers. La différence coiffdérable que JVJ. Gallon remarquait entre les anciennes briques & les nouvelles, le détermina à étudier les briqueteries, pour parvenir à connaître la véritable caufe de cette différence.
- 300. Personne n’ignore que les maçonneries, fur-tout dans les ou* vrages qui font à l’abri des injures de l’air , acquièrent beaucoup de dureté par le tems. On était difpofé à conclure de là que la dureté des anciennes briques dépendait en partie de ce que leurs pores étaient remplis des vieux mortiers dont elles avaient été abreuvées. M. Gallon, peu fatisfait de cette idée , a penfé qu’011 pouvait faire maintenant d’aufli bonnes briques que les anciennes, & il ne s’ell pas trompé.
- 301. Il avait à combattre un préjugé établi depuis long-tems, fur la mauvaife qualité des terres dont on difait être forcé de faire ufage. M. Gallon, en garde contre ce préjugé, fe propofa d’examiner fi la mauvaife qualité des briques ne dépendait pas plutôt de ce que la terre était mal préparée, & pas allez cuite. Il eut donc recours aux expériences fuivantes, qui font de nature à 11e laiffer aucun doute, même à l’égard des brique-tiers , qu’il fallait convaincre par des faits.
- 302. M. Gallon pofe comme un principe généralement reçu , que la bonne brique doit être dure & fonnante ; que le fon vient du reffort des parties , & qu’il ell une preuve de l’union intime & du refferrement des molécules terreufes. Les pierres dont la contexture ell la plus ferrée, font les plus dures & les plus élaftiques : il faut, dit M. Gallon, que l’art cherche a imiter la nature, & tende à rapprocher les unes des autres les parties qui continuent la malle totale; & cela en employant les deux agens dont on fait ufage, l’eau & le feu; après cette théorie fimple, il entre ainfî en matière.
- 303. La terre à briques, que l’on tire vers le commencement de novembre, reliant expofée à l’air pendant l’hiver, s’humede & s’imbibe par les pluies; les gelées qui fuccedent, la divifent en petites molécules, & l’argiîle en ell difpofée à être corroyée. On a vu que, quand on veut former des briques avec de l’argiîle, on la mouille de nouveau, on laiffe le tems à l’eau de pénétrer dans la terre, & enfuite on la pétrit à plufieurs reprifes. C’ell par cette opération , ajoute M. Gallon , qu’on peut augmenter la denlité des briques. Voici comme il le prouve : perfonne n’ignore que de deux morceaux de matière homogène, de figure femblable, de volume égal, celui qui pefe le plus, contient plus de matière.
- 304. C’est en partant de ces principes fimples, que M. Gallon fit l’expé-
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- rience fuivante dans la briqueterie d’un nommé Mathieu Juman, fituée tout près de Muubeugs, fur le chemin de Bitche. Il fit mettre en dépôt fous un angar une certaine quantité de la même terre qu’on employait, & il prit cette terre dans l’état où elle eïl quand on en fait des briques: : il convient que cette terre îf’efb pas des meilleures qu’on puiife employer. Sept heures après, il la fit mouiller & battre pendant l’efpace de trente minutes : le lendemain on répéta la même manœuvre , & on battit encore la terre pendant trente minutes : l’après-midi, on battit encore cette terre pendant quinze minutes, après quoi on en fit des briques. Cette terre n’a été travaillée que pendant une heure de plus que fuivant l’ufage ordinaire s mais elle l’a été en trois terns diiférens.
- 30^. La terre ainli préparée, pefait 133 livres le pied cube 3 & cette quantité a produit 18 briques de l’échantillon ordinaire, & de plus un ref tant dont on en forma une dix-neuvieme de la même longueur & largeur que les autres , mais qui n’avait qu’un pouce fix lignes d’épaiifeur. Ces briques ont été rangées par couches, & féchées à l’air l’efpace de treize jours: chaque brique pefait dans cet état f livres 11 onces 3 au lieu que fabrique ordinaire qui avait été faite en même tems , dans le même moule, & par le même ouvrier, ne pefait que 5 livres 7 onces : ainfi les briques faites avec de la terre mieux corroyée pefaient quatre onces de plus que les autres. Les moules ont 9 pouces de longueur, 4 pouces 6 lignes- de largeur, & 2 pouces 3 lignes d’épaiifeur.
- 306. Les briques de l’expérience ont été enfournées le 19 juillet3 cuites & défournées le 31 du même mois. On les avait placées fur la même couche que les briques ordinaires, qui leur devaient être comparées, & cuites au même feu 3 car à cet égard M. Galion n’avait aifujetti l’ouvrier à aucune attention particulière. Les briques étant cuites , on 11’a point remarqué de différence dans la diminution de leur volume 3 mais celles dont la terre avait été bien corroyée, pefaient 5 livres 6 onces 3 & les briques ordinaires % livres 2 onces : il y a donc eu de part & d’autre 5 onces d’humidité qui fe font difiîpécs 3 mais les briques bien corroyées ont confervé le même avantage de poids après la cuilfon, qu’elles avaient au fordr du moule.
- 307 M. Gallon ne prétend pas que cette comparaifon fe pût trouver la même dans toutes les épreuves qu’on pourrait faire 3 mais l’avantage eft toujours refté aux briques bien corroyées. Pour s’alfurer de la réfiftance de ces briques d’épreuve avec les briques ordinaires, il tenta de foumettre les unes & les autres à des charges refpeétives.
- 308- Pour cela, il fit faire trois étriers de fer: deux de ces étriers appuyaient fur le extrémités de la brique pofée de plat 5 le troifieme fervait k la iufpeudre: la brique portant par fa face de deifous fur un couteau,
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- on la pofait en équilibre fur ce tranchant qui n’était pas alfez aigu pour l’entamer; enfuite on chargeait peu à peu de poids égaux les étriers , jufqu’à ce que la brique cédât à l’effort des poids.
- 309. Les briques d’épreuve rompirent après avoir été chargées à chaque bout de livres, ce qui faifait en tout 130 livres : les briques ordinaires , cuites à la même couche, ne purent fupporter que 3 f livres à chaque bout ; en tout 70 livres. Ces expériences répétées toutes fur un nombre de briques de l’une & de l’autre efpece, prouvent très-bien que, mieux la terre eft corroyée, plus il y a d’adhérence entre les parties qui les forment.
- 310. M. Gallon ne s’en tint pas là ; il mit tremper dans l’eau une brique d’épreuve, & une de celles qu’on avait faites à f’ôrdinaire, pour leur fervir de comparaifon. La brique d’épreuve pefait f livres quatre onces ; la brique ordinaire f livres une once ; toutes deux refterent tremper dans l’eau pendant vingt-quatre heures : celle d’épreuve a pefé 6 livres 3 onces ; & la brique ordinaire 5 livres 1 f onces : la brique d’épreuve s’eft donc déchargée d’une once d’eau de plus que la brique commune. Il eft bien lingulier qu’une brique qui contient dans un même efpace trois onces de plus de matière, & qui par conféquent eft plus denfe , admette néanmoins plus d’eau. M. Gallon en attribue la caufe aux nœuds auxquels les briques ordinaires font très-fujettes : ces nœuds, comme on fait, font de petites mottes de terre, qui n ayant point été corroyées, fe durciifent beaucoup à la cuilfon, & font dans les briques des corps étrangers qui font impénétrables à l’eau ; au lieu que les briques d’épreuve font des corps homogènes que M. Gallon croit plus propres à rélifter, que ne peuvent être les briques qui font de denlité aufli inégale. Cela peut être; mais il eft probable qu’en répétant cette même épîeuvefurun nombre un peu conlidérable, 011 trouverait que celles dont la terre a été bien corroyée n’imbibent pas plus d’eau que les autres, fur-tout Ci on laiffait les unes & les autres tremper douze ou quinze jours dans l’eau.
- 311. M. Gallon ajoute, qu’en rompant ces deux briques d’efpece différente , on appercevait que les briques communes étaient pleines d’alpérités & de parties d’inégale denlité ; au lieu que celles de fon épreuve préfentaient une texture uniforme.
- 312. S’il eft très-important de bien corroyer la terre dont 011 veut faire la brique , il n’eft pas moins elfentiel que cette brique foit bien cuite : le feu , dit M. Gallon, eft l’agent principal qui produit l’union des parties ; mais il faut en même tems pouvoir en régler l’aéUon, en l’augmentant ou en le diminuant fuivant le befoin; & c’eft ce qui n’eft point praticable dans la conftru&ion des fours ordinaires.
- 313. Il faut conlidérer le malîïf dont nous avons parlé plus haut, comme
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- une iphere de laquelle partent quantité de rayons de feu ou de chaleur, qui tendent à s’étendre au-dehors 5 mais l’enduit d’argille qui recouvre l’extérieur des briques, joint à la bordure de terre qu’on accumule au pied du four, tous ces obftacles retiennent beaucoup de ces rayons ignés qui font répercutés vers le centre : la chaleur trop vive en cet endroit, met les briques en fuflon j elles s’attachent les unes aux autres, & forment ce qu’on appelle des roches, du bifcuit, ou des vafes crues.
- 314. Ce qui prouve encore le grand effet du feu au centre de la fournée , c’eft, ajoute M. Gallon, l’aifaiffement dans cette partie, qui, pour l’ordinaire , eft de fept à huit pouces & quelquefois davantage : c’eft même de ce point que partent les briquetiers pour juger du fuccès de leur fournée. Il y a cependant un déchet qu’on regarde comme inévitable , & qu’on eftime communément d’un vingtième, c’eft-à-dire, de dix milliers fur deux cents, milliers. Pour diminuer confidérablement cette perte, M. Gallon penfe qu’il ne s’agirait que de modérer la chaleur, fur-tout lorfque la fournée eft entièrement achevée : c’eft alors , dit-il, que contenant plus de charbon, l’activité du feu eft la plus grande. Voici un moyen qu’il délirerait qu’on éprouvât fur une petite fournée de 10 à 12, milliers3 car, ajoute-t-il, on fait que ce qui parait, par le raifonnement, porter un caradere d’évidence, ne réuflit pas toujours dans l’exécution. Voici l’idée de M. Gallon.
- 31^. Il faudrait conftruire avec les briques même, au centre du fourneau, une cheminée d’un pied & demi ou de deux pieds en quarré, qui régnerait' dans toute la hauteur de la pile, & pratiquer de même au rez-de-chaulfée, ou plutôt au - deffus du fixieme tas , une communication ; en obfervant d’y faire un enduit d’argille, ainfî qu’au-dedans du tuyau de la cheminée. On remplirait de bois la galerie & la cheminée, 011 allumerait ce bois avant de mettre le grand feu dans la totalité de la pile : la partie fupérieure de la cheminée pourrait fe fermer à volonté, au moyen d’une plaque à laquelle on ménagerait plufïeurs regiftres.
- 316. En ménageant cette cheminée & la galerie de communication, il en réfulterait deux avantages : le premier ferait d’échauffer par degrés toute la pile, par le moyen du feu. mis au bois qu’elle contient, avant d’allumer les fix fourneaux ; le fécond avantage ferait de pouvoir conduire, convenablement le feu, foit en ouvrant, foit en fermant l’évent ou quelques-uns de fes: regiftres : mais, dit M. Gallon, je ne propofe ceci que comme une idée à laquelle il ne faut avoir une pleine confiance qu’après qu’on en-aura fait l’expérience.
- 317. Indépendamment de tout ce qui vient d’être dit fur la préparation de la terre & fa cuiffon, M. Gallon penfe que le choix de la terrej eft une partie bien effentielle pour faire de bonnes briques -, & à cette occa-
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- /ion il parle d’une efpece de terre qu’on tirait autrefois de la Couture-Saint-Quentin près Maubeuge , d’un terrein qui appartient aux pauvres, & dont l’adminiftration eit confiée aux magiftrats de la ville. Voici des expériences qui prouvent que cette terre eft d’une qualité fupérieure à celle qu’on a coutume d’employer.
- 318. M. Gallon a fait prendre une certaine quantité de cette terre : après une préparation très-commune , on en a moulé des briques qui ont été placées dans un fourneau ordinaire , & cuites avec le charbon de terre. Ces briques façonnées dans le même moule où on avait façonné les autres, après avoir été bien féchées , pefaient chacune 5 livres 12 ou 13 onces: après leur cuilfon, elles fe font trouvées réduites à 5 livres 6 onces : appliquées à la balance d’épreuve, elles ont porté 440 livres, c’eft-à-dire, 220 livres fur chacune de leurs extrémités. En fe rappellant pareille expérience rapportée plus haut, on trouvera cette force confidérable, en com-paraifon de celles de terre corroyée avec foin, qui ont rompu à la charge totale de 130 livres, ou 65 livres fur chaque extrémité. Ces briques-ci font dures, fonnantes , & d’un rouge-brun. Une brique bien faite , fabriquée à une nouvelle briqueterie établie à la porte de France, fur les terres de M. le vicomte de Rouvroy, n’ayant pu rompre, quoique chargée fur chaque bout de 241 livres, M. Gallon n a pu connaître exa&ement qu’elle pouvait être fa'force. Cette expérience fait appercevoir combien la nature des terres indue fur la qualité des briques, & combien il eft important d’éprouver les terres qu’011 deftine à faire des briques. Mais plulieurs raifons d’économie empêchent les ouvriers d’apporter à leurs ouvrages toutes les attentions nécedaires ; c’eft néanmoins ce qui fait que les anciens ouvrages en briques étaient bons & folides , pendant que ceux qu’011 fait aujourd’hui périlfent très-promptement.
- 319. Il eft bien prouvé que le choix d’une bonne terre, fa préparation & fa cuilfon parfaite, font des articles elfentiels pour faire de bonnes briques-, mais comme toutes les denrées ont augmenté de prix, il eft juife de préfenter à l’ouvrier un bénéfice proportionné , fans quoi il emploiera toute ïon induftrie à faire de mauvais ouvrages , afin de pouvoir vivre de fon travail : & il arrive de là, que le peu de durée des ouvrages ruine celui qui veut réduire à trop bas prix le travail des ouvriers. Pour mettre un prix équitable à une marchandife, il faut connaître les befoins de l’ouvrier, s’inftruire du prix des vivres, afin que fachant d’un autre côté la quantité d’ouvrage qu’il peut faire , le maître qui l’emploie puiife le mettre en état de fuhvenir à fes. dépenfes journalières j & ces détails doivent s’étendre depuis les principaux: ouvriers jufqu’aux manœuvres. 11 n’y a point d’ouvrier raifonnable , qui ne fe folimette aux réglés qu’on luiprefçrit, lorfqu’onlui fait appercevoir un pro,*-
- fit bonne te .Voici quelles, font ces réglés.
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- 320. Lorsque par des expériences on fe fera afluré que la terre eft'‘de bonne qualité, il faut i9. tirer la terre avant l’hiver, & l’étendre à une médiocre épaiftèur , pour qu’elle puifle recevoir les influences de la gelée.
- 321. Dans la faifon de mouler, après avoir étendu le volume de terre qu’011 veut préparer, on l’imbibera d’une fuffifante quantité d’eau pour que cette terre puifle en être pénétrée par-tout. O11 laiflera le tas en cet état pendant une demi-heure ; on la mettra en tas fuppofés de neuf pieds en quarré, fur un pied d’épaifleur, ce qui fait quatre-vingt-un pied cubes , qui, àraifon de dix-huit briques par pied cube, produira mille quatre cents cinquante-huit briques : il faut trois tas par table pour la journée d’un bon mduleur.
- 322. La demi-heure étant écoulée, le batteur de terre & le rouleur pétriront avec les pieds & pendant une heure chacun de ces tas 5 ils finiront par les retourner & les polir avec la pelle mouillée, &les laifleront couverts de paillaflons jufqu’à l’après-midi du même jour.
- ' 323. Au bout de fept à huit heures, ils remèleront chacun de ces tas fans y mettre d’eau, à moins qu’un grand hâle n’eût trop durci la fuper-ficie ; en ce cas, on en pourrait jeter un peu fur le deflus. On emploiera encore une heure à pétrir chaque tas , feulement avec le hoyau & la pelle , en obfervant de changer les tas de,place , lorfqu’on en retournera la terre: & à cette fois on donnera aux tas la forme d’un cône.
- 324. Le lendemain de grand matin, 011 remuera encore cette terre pendant un quart-d’heure : après quoi, elle fera en état d’être employée par le mouleur. •
- 32y. On fentbien que, pendant qu’on emploie la terre de ces trois premiers tas, on en prépare trois autres pour le lendemain; il doit donc toujours y avoir iix tas de terre en tram pour charger la table : mais cela ne fe peut faire qu’en employant un batteur & un rouleur à la préparation de la terre, comme cela fe faifait autrefois. Le retranchement qu’on a fait d’un ouvrier, ne fait qu’une épargne de 3 fols 3 deniers par millier, & ce retranchement influe beaucoup fur la qualité de la brique.
- 326. Quand il fait beaucoup de hâle, les briques moulées peuvent être enfournées au bout de quinze jours.
- 327. M. Gallon aflure qu’avec les précautions que nous venons de rapporter d’après lui, on fera d’aufîi bonnes briques que celles des anciens.
- 328- J’ajouterai qu’il eft eflentiel que la brique foit mouillée après être fortie du fourneau ; quand elle ne l’a pas été , elle alpire l’humidité du mortier, qui alors 11e prend point corps, & tombe en poufliere : c’eft une obfervationque nous avons eu occafion de faire plufieurs fois; & c’eft par cette raifon que, quand nous faifons employer de la brique & du carreau récemment fortis du four, nous les faifons tremper dans de l’eau, à moins
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- que des pluies abondantes ne les aient fuffifamment humedés,
- 329. M. Durand a écrit de Douay à M. Perronnet, i°. qu’il y a des brique-tiers qui font une galerie qui coupe à angle droit toutes les galeries ou fourneaux. Cette galerie s’étend d’une face du four, où il n’y a point de gueule, jufqu’à la face oppofée. En mettant le feu à cette galerie, il fe communique à toutesles autres.
- 33Q. 20. Il dit encore qu’il faut à peu près fept coupes de charbon de terre ou de houille, par millier de briques : la coupe pefe cinquante livres poids de marc.
- 331. 30. Que le'charbon de Mons eft réputé le meilleur pour cuire la brique.
- 332. 4Q. Qu’il faut à peu près vingt à vingt-cinq jours, pour cuire un four de quatre cents milliers de briques.
- 333. On penfe que la tourbe ne ferait pas un feu alfez vif pour cuire la brique, fuivant la méthode ulitée dans le Haynaut.
- 3 34. 6.0, Je fais qu’on fait en Hollande d’excellentes briques avec la tourbe, & que les fours fort grands font à peu près femblables à ceux qui font au bord de la Seine .; les arches font feulement plus grandes , & les mottes de tourbe qu’on y brûle font fort grolfes. On m’a promis des détails fur ces hriqueteries : s’ils me parviennent, je les donnerai par addition (27) ; mais en attendant, je puis aflurer que M. de Corbeil, qui a fa terre auprès de Montargis, y a cuit alfez oonfidérablement de briques avec de la tourbe, dans des fours femblables à ceux de Montereau ; & ces briques qui, font depuis plus de douze ans en œuvre , fe foutiennent très-bien. M. de Corbeil a feulement éprouvé l’inconvénient des rocliés ; ce qu’il attribue à ce que fa. terre était trop fulible. Peut-être ce défaut dépendait-il de ce que le feu n’était pas conduit avec alfez d’art. Mais il réfulte des opérations de M. de Corbeil, que la tourbe donne plus de chaleur qu’il n’en faut pour cuire de la brique : c’eft une remarque qui pourra être fort utile à ceux qui feraient dans des provinces où l’on trouve beaucoup de tourbe, & dans lefquelles.le bois & le charbon de terre font rares.
- ( 27 ) On trouvera cette addition à la qui me femblent, à bien des égards , plus fuite de ce mémoire , dont elle forme la fimples & plus expéditifs. Enfin la qua-troifieme partie. On y verra que la méthode trieme partie, ou le mémoire de M. le hollandaise différé de la francaife , comme capitaine Wijnblad , fera voir d’autres on a pu voir que celle de Suiffe & d’Âlle- pratiques connues en Suede, lemagne a auffi. des procédés particuliers
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- TROISIEME PARTIE.
- Art de fabriquer la brique & la tuile en Hollande, & de les faire cuire avec la tourbe. Par M. Jars, correspondant de l'académie.
- 33f. Messieurs Duhamel, Fourcroy & Gallon ont donné l’art du tuilier & du briquetier, avec des détails & des deffins li clairs & II exaéts , que nous n’aurons befoin que de les citer, pour faire entendre la plus grande partie de ce qui fe pratique en Hollande, & l’application que l’on a faite de la tourbe pour cuire la brique & la tuile (*).
- 336. La Hollande fait une très-grande confommation de tuiles, puifqué toutes les maifons en font couvertes. Cette confommation îfeft pourtant pas à comparer à celle des briques : car non-feulement les briques fervent à bâtir les maifons , mais encore plulieurs routes en font pavées, ainfi que tous les trottoirs des rues & des canaux des villes , bourgs. & villages.
- 337. La confommation des briques s’étend encore plus loin 5 car il s’en exporte une grande quantité. Nous avons vu , étant à Amfterdam, plulieurs vaiifeaux deftinés pour Surinam , qu’011 ltftait avec des briques à bâtir.
- 338- Les briques qui fervent à paver font beaucoup plus dures & plus compacités que celles avec lefqueîles on éleve des édifices , bâtit des maifons, murs , &c. Elles fervent auffi quelquefois à conftruire certains murs dans le pays où elles font fabriquées. Nous parlerons d’abord de celles-ci.
- Briques à paver : avec quelle terre elles fe font.
- 339« Joignant le village de Moor, fitué à une demi-lieue de la ville de Gouda, autrement dite Tergow, fur la route de Rotterdam, on fabrique la plus grande partie de cette efpece de briques. Les briqueteries font au bord delà riviere de VIffd, qui fournit la terre propre à les fabriquer. Cette terre n’eit autre chofe qu’un limon que cette riviere dépofe fur fes bords & dans
- (MTous les académiciens qui ont tra- & à la fin de l’art du briquetier , j’ai dit
- vaille à l’hiftoire des arts que publie l’a- que nous avions lieu d’efpérer qu’on nous
- cadémie royale des fciences , ont averti donnerait quelques mémoires fur la manie-
- qu’ils auraient une grande obligation aux re de fabriquer les briques en Hollande :
- perfonnes iuftruites qui voudraient bien c’eft M. Jars, correfpondant de l’académie,
- leur .faire part de ce qu’ils trouveraient qui nous met à portée de fatisfaire à cet
- d’omis dans les arts qu’ils auraient publiés ; engagement.
- fon
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- ion fond; plufieurs hommes font occupés à aller chercher ce limon, ce qui fe pratique de la maniéré fuivante.
- 340. Chacun d’eux prend un bateau, avec lequel il côtoie cette riviere. L’inftrument dont il fe fert eft une longue perche de bois, au bout de laquelle il y a un cercle de fer tranchant, & formé un peu en pointe du côté oppofé à celui où l’on a fixé la perche ; au-deffous du cercle pend un filet en forme de poche; c’eft avec ce filet, à l’aide du cercle, qu’il ramaffe au fond delà riviere &le long defes bords le limon qui s’y eft dépofé, & le met à mefure dans fon bateau. Lorfqu’il en eft fuffifaniment chargé , il l’amene & le décharge fur le rivage, où on le lailfe jufqu’à ce qu’il ait pris alfez de confifi. tance pour pouvoir être pétri. D’autres ouvriers font employés à aller également avec de grands bateaux le long des bords de la Meufe y ramalfer un fable fin & gris.
- 341. C’est avec un mélange de cette vafe ou limon, & de ce fable, que fe font les briques. On n’a pas fu nous dire la proportion que l’on mettait de l’un & de l’autre. On les pétrit bien enfemble avec les pieds, juC* qu’à ce que le mélange foit exacft ; on fait enluite difFérens tas de cette terre ainlï préparée, dans les endroits où l’on moule les briques.
- 342. On trouvera dans la fécondé partie de l’art du tuilier & du brique-tier, de l’académie royale des fciences , le travail du mouleur ou moulage de la brique , & la façon de la faire fécher , décrit d’une maniéré qui 11e lailfe rien à defirer, & tel qu’il eft pratiqué en Hollande ( 28 ).
- 343. Quant aux tuiles dont les maifons font couvertes, & aux briques dont elles font bâties, la plus grande quantité qui s’en confomme, fe fabrique dans les maifons de la ville d’Utrecht ; on y emploie de la terre ordinaire à briques, que l’on tire dans le voifinage. Ces briqueteries fontfituées le long des canaux pour la facilité du traniport.
- Maniéré de faire cuire la brique.
- 344. Les fourneaux dont on fait ufage pour cuire les briques, font de différentes grandeurs , mais à peu près tous femblables ; il en eft qui contiennent depuis trois cents jufqu’à onze & douze cents milliers.
- 345. Les dimenfions des briques qui fervent à paver font communément, étant cuites, d’environ cinq pouces \ de long , trois pouces f de large, & un pouce | d’épaiffeur. Quant à celles qui font deftinées pour la conftrudion des maifons, elles ont huit pouces \ de longueur, quatre pouces une ou deux lignes de largeur, & un pouce \ d’épaiffeur (29 ).
- (28 ) Voyez ci-deflus, page 33 &fuivantes.
- ( 29 ) Il eft extrêmement commode de pouvoir compter fur une mefure déterminée Tome IV. K
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- 346’. Nous joignons au préfent mémoire le defîîn d’un fourneau de cette elpece , où l’on en fait cuire 3^0 à 400 milliers à la fois.
- 347. Ce fourneau eft un quarré de 31 à 32 pieds de long fur 26 à 27 pieds de large, renfermé par quatre murs de briques qui ont au moins fix pieds d’épailfeur dans le bas, & vont un peu en talut extérieurement jufqu’â leur hauteur qui eft environ de dix-huit pieds ; il en eft auxquels on a ménagé auffi un talut intérieurement, mais dans le fens contraire. Nous avons exprimé dans la coupe A B, celui des murs de la largeur 5 quant aux autres , le talut paraît n’y prendre 11aiftkn.ce qu’à la moitié ou aux deux tiers de leur hauteur; d’ailleurs cela varie dans prefque tous les fourneaux; il eft évident qu^on a eu pour but de concentrer davantage la chaleur dans l’intérieur.
- 348. Les murs fur la longueur de ces fourneaux font percés au niveau du fol, d’une quantité de trous proportionnés à leur grandeur : nous en avons vu qui en avaient jufqu’à dix & douze : celui dont nous avons fait le deffin , n’eft percé que de lix, quoiqu’auffi grand que d’autres qui le font de huit. Nous imaginons que cette différence vient des dimenfions des briques & de la grandeur des canaux ou foyers , qu’il eft plus aifé de pratiquer plus larges & plus hauts avec des grandes qu’avec des petites, comme on peut le voir dans la coupe A B. Ces trous font placés de façon qu’ils fe correfpon-dent, ainli qu’on l’a exprimé dans le plan.
- 349. On a ménagé à l’un des murs fur la largeur du fourneau, une ouver-
- & uniforme des tuiles & des briques. On a fixé la mefure des tuiles dans les états de S. M. le roi de Prude. Par une ordonnance de l’année 1749 , toutes les tuileries & briqueteries doivent donner à leurs ouvrages les dimenfions fuivantes , réglées fur le pied de Rhin , qui eft à celui de Paris comme 1000 à iojç.
- Tuiles fortes , nommées en allemand f Longueur....................... pied 3 pouces
- Biberfchxvam , queues de caftor. ^ Largeur.................. 6 £
- ( Épaifieur....................... 1
- Tuiles communes , en allemand Priinn- C Longueur................1 2
- ziegel. Largeur................. 10
- Épaifieur.................... . 3
- 4.
- Faitieres , en allemand Forjtziegcl. f Longueur................. 1 6
- c Longueur, .... 1
- Briques................* . . . Largeur.......................... 6
- C Epaifieur, ...» 3
- En Alface & en Suifle, le grand moule pour la tuile a 14 pouces de longueur, fur 6 pouces 2 lignes de large : l’épaifieur ordinaire du petit mpule eft de <; lignes , & celle du grand moule de 7 à 8 lignes. On peut voir à la fin de cette partie quelques pièces relatives » cette obfervation.
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- ture ou porte ceintrée, marquée dans le plan par la lettre E, & dans le profil ou coupe par C. Cette porte nous a paru avoir fix pieds de largeur & douze pieds de hauteur; elle fert à introduire & à retirer les briques du fourneau. Il en eft qui ont des portes beaucoup moins hautes & bien moins larges , mais alors le mur oppofé eft de cinq à fix pieds moins élevé que les autres : dans ce cas , 011 accumule de la terre par-derriere jufqu’à la hauteur de la recoupe , ce qui donne une grande aifance pour achever de charger le fourneau , & pour en retirer les briques lorfqu’elles font cuites.
- 3 f o. L’intérieur de ces fourneaux eft entièrement pavé de briques arrangées de champ, de forte que le fol en eft fort uni ; les murs en font auffi bâtis , mais liftes avec un mortier de la même terre dont elles font faites, & avec lequel 011 a foin de les recrépir intérieurement, lorfqu’ils font dégradés par le feu ; malgré la force qu’ils ont, le grand effort de la chaleur leur oc-cafionne louvent des lézardes.
- 3fi. Tous les fourneaux en générai, dont on fe fert pour cuire les briques de toutes efpeces, n’ont point de couvertures. Il en eft cependant plufieurs de ceux à cuire celles à bâtir, qui ont des toits faits en planches 8c fans tuiles, pour les garantir du vent & de la pluie ; on pourvoit aux autres contre le vent avec des nattes de jonc que l’on change fuivantle côté d’où il vient, lefquelles font foutenues par une efpece de baluftrade de bois fort légère, qui régné tout autour dans la partie fupérieure du fourneau ; ces nattes fervent auffi à mettre les briques léchés à l’abri de la pluie pendant le tems qu’il faut pour charger le four ; alors elles font fupportées par des pièces de bois crueufées, qui en reçoivent les eaux pour les conduire hors du fourneau.
- 3f2. On a appuyé une efpece d’angar de chaque côté du four contre les murs fur fa longueur, à l’effet d’y renfermer les tourbes, mettre à couvert le chauffeur ou cuifeur, & garantir les foyers du grand vent.
- 353. Lorsqu’on veut mettre cuire des briques dans un pareil fourneau { nous prenons pour exemple celui dont le deffin eft joint au préfent mémoire ( 30 ), on fait fur le fol un rang de briques déjà cuites ( quelques briquetiers en mettent deux ), on les pofe de champ fur leur longueur, à trois quarts de pouce de diftance les u'nes des autres, & de façon qu’elles déclinent un peu de la parallèle des murs , afin qu elles puiffcnt fupporter plus folidement les rangs fupérieurs, qui fe placent toujours parallèlement aux murs. Ce rang eft recouvert de vieilles nattes de jonc, fur lefquelles on arrange les briques feches, qu’on pofe auffi de champ, mais fans laiffer aucun intervalle entre elles. On nous a djt que ces nattes fervaient à empêcher l’humidité du terrein de pénétrer aux briques pendant que l’on remplit
- K i)
- (,$o) Voyez la planche V.
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- le fourneau: ce qui dure trois femaines, & jufqu’à deux mois, fuivant fa; grandeur.
- 354. Ce rang de briques cuites eft placé de faqon qu’on laide un canal de communication entre les ouvertures correfpondantes des murs oppofés : voyez les lignes ponctuées du plan. On continue enfuite de la même maniéré lix rangs de briques , ce qui fait fept en tout depuis le fol ; alors pour le huitième, on fait déborder les briques de deux pouces dans les canaux; on en fait autant pour le neuvième ; & par le moyen du dixième rang, dont elles débordent de chaque côté de deux pouces J, on parvient à fermer totalement les canaux: on en peut voir la figure dans la coupe marquée par la lettre E.
- 3f f. Mais comme par l’arrangement des briques qui ferment par gradation les arches, il fe forme néceffairement des vuides , & qu’il ne ferait plus poffible, en fuivant l’ordre des premiers rangs qui doivent être perpendiculaires les uns aux autres, de les faire rencontrer, on y remédie en plaçant, foit en angle droit, foit diagonalement & toujours de champ, fur chacune de celles qui débordent, tout autant de briques qu’il en faut pour les égalifer : ce qui eft pratiqué également toutes les fois qu’il eft néceffaire de les redreffer pour les maintenir parallèles aux foyers, & perpendiculaires au fol du fourneau ; on les redrelfe aufïi avec des pailles de jonc, pour con-ferver chaque rang de niveau. Quant aux briques qui joignent les murs, on les y arrange de faqon qu elles fe croifent alternativement en angle droit. Nous obferverons que, lorfqu’on met les briques dans le fourneau, on étend une longue toile fur celles qui font déjà rangées, c’eft-à-dire, fous les pieds des ouvriers qui les placent : c’eft afin de retenir le fable qui fe détache des briques à mefure qu’ils les reqoivent, & l’empêcher de tomber entre les rangs inférieurs ; il en réfulterait un grand inconvénient, celui de boucher l’intervalle qui naturellement refte entre chaque brique ; d interrompre par-là le paffage de la flamme, & par conféquent donner une chaleur très-inégale dans les différentes parties du fourneau.
- 3^6. On achevé de le remplir de la même çianiere jufqu’à la ligne ponctuée FG de la coupe. Il y en a alors quarante-cinq rangs, en y comprenant deux de celles qui font déjà cuites , que l’on met par-deffus , dont un de champ comme les autres , & le fupérieur à plat fur leur lit : nous avons vu de ces fourneaux où l’on en mettait trois & quatre rangs.
- 3?7- On obferve aufli de ranger tout autour des briques cuites, dans la partie qui excede les murs que l’on crépit avec de la terre à briques , & contre laquelle on met du fable ; on bouche enfuite la porte du fourneau
- ( 11 ) Voyez planche V.
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- ^ I
- avec \m ou même deux rangs de ces briques pofées aufïï de champ fur toute la hauteur ; entre cette efpece de mur & les briques intérieures , on lailïe un intervalle de huit à dix pouces, que Ton remplit de fable ; il fert ici à concentrer la chaleur de façon qu’elle ne puilfe pas s’échapper par., leurs jointures. Lorfqu’il eft achevé jufqu’au ceintre de la porte, on met des plateaux droits contre fàtfurface extérieure , & unepie.ee de bois en arc-boutant , pour fervir d’étais. )
- 3ï8- Le fourneau étant rempli comme il vient d’ètre dit, on introduit dans les foyers une quantité-1 fîifhfante de tourbe i que l’on allume par les llx trous d’un des côtés du four , après avoir auparavant bouché les lix autres qui leur font oppofés, avec des portes maçonnées en briques, & jointes enfemble fur leur champ. •
- 3 f 9. On’ continue à chaulfer-par ces fix premiers trous pendant vingt-' quatre heures,-en obfervant dans les commencemens déménager la chaleur comme cela fe fait par-tout. Environ toutes les deux heures, on remet de nouvelles tourbes dans les foyers 5 l’habitude fait que le cuifeur les jette très-adroitement par ces petites embouchures, & aufîî avant qu’il le juge nécelfaire. Lorfqu’il a chaulfé d’un côté, il en bouche exactement les ouvertures, & ouvre celles qui leur font oppofées, pour en faire de même pendant vingt-quatre heures, tems nécelfaire pour cuire les grandes briques. Il y a pourtant de ces fourneaux où le feu, à ce que l’on allure , doit être entretenu pendant cinq ou lix femaines, ce qui dépend de leur grandeur & du tems.,qu’il fait. O11 nous a dit près de Moor, que quinze' ou vingt jours fuffifaient pour les petites briques.
- 360. Après qu’on a celfé do chauffer , il faut encore trois femaines pour les laiffer refroidir, avant que de les retirer du fourneau. Il arrive ordinairement que la malfe de briques s’alfailfe dans différens endroits : ce qui provient fans doute de la diminution de volume qu’elles éprouvent en cuifant, & de ce que quelques-unes ont fondu enfemble pour avoir fouffert trop de chaleur.
- 3<5i. La qualité des briques que l’on retire de ces fourneaux, différé en raifon du degré de cuilfon qu’elles ont acquis. Par exemple, celles qui occupent le tiers du milieu de leur hauteur , font les plus eftimées : elles font noires , très-fonores , compactes, & point déformées 5 elles préfentent dans leur caffure le coup-d’œil d’une matière vitrifiée. Les briques de cette efpece & des dimenfions citées ci-deffus font employées communément à confèruire les citernes & les caves; elles fe vendent vingt-deux à vingt-quatre florins le millier, ce qui fait environ 47 liv. 10 fols à 5a liv. de France, tandis qu’il y en a d’autres provenantes de la même cuite, qui ont des valeurs bien inférieures ; car le prix en diminue jufqu’à trois florins le millier.
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- Quant au prix de celles qui fe fabriquent près de Moor, le plus haut ell defept, &le plus bas de deux florins le millier.
- 362. Tous les ouvriers en général font à forfait, fuivant le genre de leur travail; de façon qu’ils peuvent gagner chacun vingt-deux fols de Hollande par jour, plus ou moins, faifant, argent de France, 47 à 48 fols. A l’égard des enfans qui y font employés, ils gagnent moins en proportion de leur âge.
- 3 63. Les tourbes dont ou fait ufage pour eette opération, fe tirent de la province de Frife ; elles font plus grandes & ipliis légères que celles de Hollande , moins compa&es, & paraiifent être moins terreufes. Elles font com-pofées de plantes & de racines plus groffes que les autres ; par cette raifort elles brûlent plus promptement & donnent de la flamme, au lieu que celles de Hollande! 11’en donnent prefque pas, fur-tout lorfqu’elles font agitées par l’air extérieur qui entre par les embouchures des foyers. Ces tourbes laiflent très-peu de cendres après elles ; de forte que, quoiqu’il n’y ait point do cendriers , elles ne gênent aucunement.
- Fabrique de tuiles çs? carreaux
- 364. Dans une des tuileries près la ville d’Utrecht, on fabrique trois efl. peces de tuiles ; des plates , des creufes , mais en plus grande qualité de celles formées en S, comme on peut le voir par la figure 10 de la planche III de l’art du tuilier & du briquêtier. Oh en fait aulli de ces dernieres , dans le milieu defquelles 011 laide une ouverture quarrée& ceintrée dans le haut, pour pouvoir y fixer un verre de vitre : celles-ci fervent à éclairer des bâ-timens qui ne prennent du jour que par le toit.
- 26f. On en fabrique de rouges , de grifes, & d’autres verniflees feulement d’un côté.
- 366. Quant aux carreaux dont les dimenfions font de huit pojuces en quarré fur un pouce d’épaifleur, & qui fervent à paver les citernes & les fours de boulanger, 011 en fait également des rouges & des gris; nous expliquerons d’où vient cette différence, ou plutôt comment on leur donne la couleur.
- 367. La terre deffcinée à fabriquer les tuiles & les carreaux, fe prépare avec beaucoup plus de précautions que celle que l’on emploie à former les briques.
- 368. On la broie dans un moulin quiconfifte en une elpece de tonneau immobile, dont le diamètre nous a paru de deux pieds \, & fa hauteur ou profondeur de quatre pieds; il y a un axe de fer placé verticalement dans fon milieu, duquel il parta diiférentes hauteurs des branches de bois, for-
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- .maiit des rayons qui vent répondre tous à des points différens delà circonférence du tonneau ; ces branches font armées chacune de fix couteaux, dont trois fixés de haut en bas & trois de bas en haut : ainfi ils font dans une pofition parallèle à Y axe; ceux qui font à l’extrémité des rayons ne laifient pas plus d’une ligne d’intervalle entre le couteau & les parois intérieures du tonneau; cet axe eft tourné par un bras de levier d’environ douze pieds de longueur, à l’extrémité duquel eft attelé un cheval qui, en marchant dans le manege, fait agir tous les couteaux dont il eft armé, & coupe ainfi , en différens feus la terre que l’on a miiè dans le moulin, déjà imbibée d’eau, & telle au’on l’apporte à la tuilerie; de cette façon tous les filamens, herbes & racines qui fe trouvent dans la terre s’attachent aux couteaux, que l’on a foin de nettoyer de tems en terns. Au bas du tonneau, 011 a lailfé une ouverture par où la terre tombe par fou propre poids ; fi 011 ne la juge pas affez broyée , 011 lui fait fubir de nouveau la même opération.
- 369. Cette terre, au fortir du moulin, eft mife à côté fous le même angar; elle eft alors d’une confiftance pareille à celle de la terre dont on fait la poterie.
- 370. Lorsqu’on veut fabriquer des tuiles, une femme prend un paquet de cette terre, le met fur une table faupoudrée de fable , & le pétrit en roulant , comme fi c’était de la pâte ; elle étend enfuite cette terre, fans chercher à la rendre unie , mais feulement à lui donner à peu prèsl’épaif-feur que doit avoir chaque tuile ; elle jette un peu de fable par-delfus, & la divife en quatre à fix pièces deftinées chacune à donner une tuile; elle entafie toutes ces pièces à côté d’elle, aufli-tôt un ouvrier en charge fa brouette & les porte aux mouleurs. Deux iuffifent pour cette manœuvre, & font placés avec leur table entre deux étageres : l’un d’eux a un chaflis de bois, dans lequel il met chacune des pièces ci-deffus, la prelfe dedans, pour qu’elle en remplifie tout le vuide, en coupe l’excédent, & avec de l’eau &la plane ilia rend fort unie ; ilia tranfporte enfuite fur un moule de bois qu’a le fécond ouvrier, dont la forme eft en S (32), telle que celle que doit prendre la tuile, & dans le haut duquel 011 a creufé une entaille pour former le crochet. L’ouvrier avec fon pouce y fait entrer la terre & remplace aufli-tôt avec un morceau de la nouvelle., le vuide qu’il y a fait; il prend alors un morceau de bois arrondi, qu’il place dans la concavité de la tuile, tourne fon moule par-delfus, & la porte ainfi de la
- (32) Les tuiles en S , dont on peut voir Suifï'e & ailleurs , on fabrique pour l’ufage la figure, planche fontappellées ordinaire, des tuiles plates & des faîtieres.
- tuiles de Flandres , fans doute parce quel- Si l’on en veut d’une autre forme , il faut les font plus communes dans ce pays-là. En les commander exprès.
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- main droite iiir une planche de l’étagere qui eft à côté de lui ; en même tems avec la gauche il prend une petite palette de bois , qu’il appuie deiïus, afin qu’elle puifle mieux fe féparer & conferver fa forme lorsqu’il retire le morceau de bois. Ils continuent l’un & l’autre de la même maniéré, & vont fort vite ; c’eft fur ces étageres que l’on fait fécher les tuiles à l’ombre, jufqu’à ce qu’elles aient pris une confiftance ferme & folide; on achevé de les faire fécher au foleil (33).
- 371. Les carreaux font faits avec la même terre. Lorfqu’ellea été paffée au moulin, des ouvriers la mettent dans un chaflis au moins d’un pouce plus grand que ne doivent l’ètre les carreaux, & un peu plus épais; ils les moulent de la même maniéré que les briques, & les rangent de champ fous un angar, pour commencer à les faire fécher. Dès qu’ils le font au point
- (35) Voyez ci-deffus, note 14, page 17 , le travail du mouleur pour les briques , comme il fait en Suiffe & en Alface. Je dois ajouter ici quelques différences lorfqu’il s’agit de fabriquer des tuiles. D’abord les mouies font de fer. Le pureau , ou le côté par où l’eau s’écoule , fe termine en pointe obtufe , formant un triangle dont la perpendiculaire n’a qu’un pouce & un quart de hauteur, 11 y a aû milieu , du côté oppofé au pureau , un crochet pour les retenir à la latte. Le mouleur voulant fe mettre au travail, on difpofe la table & on la charge comme pour faire des briques. Au lieu de placer le moule fur la table, on le met fur une efpece de pupitre de planche , fait en plan incliné, & un peu plus grand que le moule. On met par-dcffus une toile groffiere & forte , clouée fur le bord à la gauche du mouleur : le côté droit eft garni avec une baguette qui déborde la planche. L’ouvrier faupoudre la toile , fur laquelle il place fon moule, la pointe tournée vers le haut du pupitre , après l’avoir trempé dans l’eau & poudré de fable. Il prend de la terre autant qu’il lui en faut pour remplir le moule , & il l’étend avec force également par-tout; il ôte, enfuite avec la main une partie de l’excédent, après quoi il prend la plane, qu’il paffe de (fus pour unir la tuile. Il finit par faire le crochet ; pour cet effet, il ap-
- plique un peu de terre à l’endroit où il doit être, & il lui donne la figure convenable. Le crochet eft auffi folide que fi on l’eût relevé de la tuile même , comme cela fe fait en France. Pour enlever la tuile de deffus la toile, l’ouvrier pofe fur la tuile une planchette, de faqon que le crochet paffe dans l’entaille faite pour le recevoir. Puis appuyant cette planchette de la main gauche & prenant avec la droite la baguette qui eft au bord de la toile, il la fouleve doucement & renverfe ainfi la tuile fur la planchette : il met le tout fur le banc ; & faififiant le moule par le manche , il le détache de la tuile. C’eft au porteur à finir l’ouvrage 11 trempe pour cet effet fes mains dans l’eau , il les paffe fur la tuile pour l’unir , & il y fait avec le bout des doigts des raies qui vont fe réunir vers la pointe. Après en avoir fini trois ou quatre, il les porte toutes à la fois fur les étageres , comme je l’ai dit en parlant des briques. Cette méthode me paraît préférable : i°. parce que les tuiles ainfi travaillées font liffes par-dehors , & ne ramaffent point de gravier, comme celles qui font féchées à terre. 2°..Les raies que l’on fait le long de la tuile , facilitent l’écoulement des eaux. 3p. Les tuiles féchées à terre fe tourmentent & deviennent courbes , ce qui eft beaucoup plus rare quand on les feche fur les étageres.
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- que le doigt peut à peine y faire impreflion > on les porte à un ouvrier qui eft occupé à les'perfe&ionner : cela fe pratique comme il fuit. Il prend un de ces carreaux, & le met fur une table fort unie, fur laquelle il a auparavant répandu un peu de fable ; & avec une maife de bois plate & plus large que n’eft le carreau, il frappe delfus afin de le comprimer & d’en rendre les grandes furfaces égales ; deux ou trois coups fufïifent pour cela 3 il applique enfuite par-deifus un morceau de planche quarré, revêtu de fer autour de fon épaiffeur, & dont les dimenfions font les mêmes que celles que doivent avoir les carreaux ;onya aufli fixé à diftances égales quatre petites pointes faillantes qui fervent à le tenir folidement, de façon qu’il ne puifle pas varier ni d’un côté ni de l’autre. Cet ouvrier aufii-tôt, avec un tranchoir femblable à celui d’un cordonnier , coupe tout autour la terre qui excede 3 il a foin de tremper à chaque fois dans l’eau le morceau de planche que l’on peut ici nommer forme, pour qu’elle ne s’attache pas au carreau, & qu’elle en rende la furface plus unie.
- 372. La maniéré de faire fécher les carreaux eft la même que celle dont on fe fert pour les tuiles 3 on obferve de lailfer un intervalle entre eux, en les plaçant diagonalement de champ, & un peu inclinés.
- . De la façon de faire cuire les tuiles & les carreaux avec la tourbe.
- 373 . Le fourneau deftiné à faire cuire les tuiles & les carreaux eft renfermé dans un bâtiment3 il peut avoir intérieurement feize pieds de long, fur dix pieds de large, & autant de hauteur 3 ce font quatre murs de quatre pieds f à cinq pieds d’épailfeur, liés tout autour avec de groffes pièces de bois afTemblées pour en former un quadre. Ceux qui ont les plus grandes faces font percés chacun de quatre trous qui fe correfpondent entre eux comme dans les fours à briques : mais ils different beaucoup quant à l’intérieur, puifqu’on y a conftruit des arcades maçonnées en briques, lefquelles forment les canaux de communication qui fervent de foyers 5 ces arcades nous ont paru avoir deux pieds \ de largeur dans le bas fur quinze pouces de hauteur 3 lefquelles dimenfions diminuent infenfiblement dans î’épaiffeur des murs , & ne laiffent d’ouverture extérieure aux foyers que dix pouces fur huit à neuf de haut jufqu’au fommet de l’arc.
- 374. A l’égard du refte de l’intérieur du four, on le concevra aifément en confultant la planche I de l’art du tuilier & du briquetier 3 mais le gril ne doit point être carrelé. Ce four eft couvert au-deffus par une voûte de brique percée de trous de différentes grandeurs : cette partie fupérieure ref* femble beaucoup à celle des fours de la manufadure de terre d’Angleterre du Pont-aux-choux à Paris.
- 375'. Il réfulte de ce que nous venons de dire, que les fours de la Hollande Tome IV% L
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- ne different eflentiellement de ceux de France , que parles foyers. On en fen-tira de refte la conféquence, Ci l’on fait attention aux matières combufti-bles dont on fait ufage dans l’un & l’autre pays. La tourbe donne beaucoup moins de fumée & de flamme que le bois , par conféquent il vaut mieux multiplier les foyers 8c les faire moins élevés, la chaleur que donne la tourbe n’ayant de vivacité qu’autant qu’elle eft bien concentrée.
- 37 6. Au milieu d’un des murs de largeur du fourneau, on a pratiqué une porte du haut en bas , qui fert à y introduire & à en retirer les tuiles & les carreaux.
- 377. Dans le tems que nous avons vifité cette fabrique, le four était rempli de l’un & l’autre 5 les tuiles étaient placées verticalement dans le four , ne laif. fant entre elles d’autre intervalle que celui que forme le crochet 5 & les carreaux rangés par-deflus, diagonalement & de champ les uns fur les autres. Pour fermer le four, on bouche exactement la porte avec pluiieurs rangs de briques que l’on crépit en-dehors. O11 fait un grand feu de tourbes dans les quatre foyers , & on l’entretient, à ce que l’on nous a dit, fans difcontinua-tion pendant quarante heures, tems qu’il faut pour les cuire ; on le laifle enfuite refroidir, & 011 en retire les tuiles & carreaux trois jours après ; h. contenue eft de quinze à feize milliers : elles Portent alors du fourneau comme les tuiles ordinaires ; mais lorfqu’on veut leur donner une couleur d’un gris de fer, cela Ce fait par la fumigation, de la maniéré fuivante.
- 378- Quand on juge que les unes ou les autres font aflez cuites, & qu’elles font encore toutes rouges , on introduit dans chaque foyer une quantité de petits fagots de bois de verne verd (34) , & avec fes feuilles, & l’on en bouche très-exaélement les huit ouvertures avec des briques, de la terre , & des planches pour les foutenir. Quant à la partie fupérieure, c’eft-à-dire, la voûte du fourneau, on met un carreau fur chacun de les trous , & l’on en couvre toute la fur-face avec quatre à cinq pouces de fable, fur lequel on jette beaucoup d’eau, afin que la fumée renfermée dans le four ne puifle s’échapper par aucun endroit: c’eft à cette fumée qu’eft due la couleur grifè que prennent les tuiles &les carreaux, non-feulement à leur furfoce, mais encore dans leur intérieur.
- 379. On laifle ainft le fourneau fermé pendant huit jours : après ce tems on ôte tout le fable qui eft par-deflus, & l’on ouvre les foupiraux & la porte; on débouche auffî toutes les ouvertures des foyers, & l’on retire de deflous le bois des fagots que l’on y avait introduits, qui eft pour lors converti en très-bon charbon; ce n’eft encore qu’au bout de quarante - huit heures après, que le four eft aflez froid pour pouvoir en fortir les tuiles & les car-
- < 54 ) Verne, ou vergne , bois que l’on nomme plus communément aune*
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- ïeaux qu’il renfermait, & le charger de nouveau. A l’égard des tuiles vernif fées , cela fe pratique comme par-tout ailleurs. Fait à Utrecht, le % août 1766.
- ADDITION.
- Ordonnance de S. A. le duc de Brunfwick, portant réglement pour dê~ terminer la qualité & les dimenfions des tuiles & des briques. (35)
- 3 8o.ctC H A R L E S, par la grâce de Dieu, duc de Brunfwick, de Lune-J, bourg, &c. &c, &c. Sur les plaintes qui nous ont été faites au fujet des M tuiles & briques, difant qu’on les fabrique fur divers échantillons iné-33 gaux entre eux, & que d’ailleurs leur qualité fe trouve tellement infé-33 rieure, qu’elles font fouvent hors d’état de fervir, ce qui caufe un dom-,3 mage réel & confidérable à tous ceux qui font obligés de bâtir : en con-3, féquence, nous avons jugé nécelfaire de tenir la main à ce que ces maté* 33 riaux aient la qualité requife ; comme auffi d’établir dans tous les états a, de notre domination, une même forme & mefure de toutes, les tuiles & 33 briques qui y font fabriquées. A ces caufes , nous déterminons , ordon* „ nons & voulons :
- 3, i°. Qu’on n’emploie déformais, pour la fabrication de toute forte de „ tuiles, briques ou carreaux , qué de bonne terre glaife bien pétrie & 3, duement travaillée.
- 33 2°. Les briques (36) auront toutes un pied de long, trois pouces d’é* „ paifleur, & iix de largeur.
- « 30. Les tuiles auront un pied de long, un pouce d’épailfeur, & neuf 33 pouces de large^l
- 33 40. Enfin , les uhes & les autres , les briques cbmme les tuiles, feront 33 cuites avec toute l’attention convenable, & en tout tellement préparées 3 a, qu’elles aient toutes les marques ordinaires d’une bonne qualité, lèfquelles 33 confiftent principalement dans un fon clair lorfqu’on les frappe , & dans a, une légéreté proportionnée à leur groifeur.
- 33 Que s’il arrivait que quelqu’un n’obfervât pas lés mefures prefcrites, 3, ou que fes tuiles ou briques n’eulTent pas les marques d’une bonne 33 qualité ci-deffus énoncées, nous ordonnons qu’elles foient taxées par le J, magiftrat à un prix inférieur. Et au cas qü’un maître maqon, ou cou* 33 vreur employât des briques ou des tuiles préparées, moulées ou cuites
- (35) J’ai trouvé que cette ordonnance elle était connue. C’eft ce qui m’a engagé à rapportée dans la traduction allemande de la traduire.
- çette troifieme partie, pourrait être utile, fi ( 3 6 ) En ail, Barrn - und Leim-Stçine,
- L ij
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- „ d’une maniéré contraire à la préfente ordonnance, fans en avoir préa-„ lablement informé l’architeéte ou le particulier que cela peut intéreifer, ,j ordonnons que ledit maçon ou couvreur fera tenu de compenfer à fes „ frais le dommage qui en fera réfulté , & en outre qu’il fera fournis à une „ amende arbitraire-, fuivant l’exigence du cas.
- „ Commandons en conféquence à tous nos officiers fupérieurs, auxmagif-„ trats des villes, & à tous autres ayant charge d’adminiftrer la juftice , de fe „ conformer à la préfente ordonnance , laquelle fera publiée par la voie de „ l’impreffion, & affichée aux lieux ordinaires, pour la conduite d’un chacun. „ Donné fous notre propre fignature , & fous le fceau privé de notre chan-„ cellerie, dans notre ville de Brunwifck, le 14 feptembre 1764. S igné t „ Charles. Et plus bas, J. H. de Botticher
- Seconde ordonnance.
- 381. “ CHARLES , par la grâce de Dieu , duc de Brunfwick-LunebourgV j9 &c. &c. &c. Il nous a été très-humblement repréfenté qu’il ferait fort „ avantageux pour les entrepreneurs de bâtimens, fi la forme des briques M & des tuiles , déterminée par .notre fuprême ordonnance du 14 feptembre J, de l’année paffée, était réglée de plufieurs façons, dont le choix fût aban^ }j donné auxdits entrepreneurs ; ’& afin que chacun puiffe faire fes cal-jjculs, & difpoferfes plans & devis fur les formes & mefures prefcrites 3 „ il nous a été remontré qu’on pourrait aider les particuliers, en publiant j, des tabelles propres à faciliter ces calculs : Nous, approuvant gracieufe-5, ment lefdites repréfentations , déclarons , ordonnons , & voulons comme ,5 fuit :
- j, i°. Outre la forme ci-devant prefcrite pour les briques, qui doivent j, avoir 12 pouces de long fur 3 d’épaiffeur, on en fabriquera auffi de „ 10 , 10 11 , 11 \ pouces de long , fur 2, 2 5, % | pouces d’épaif.
- j, feur. Les briquetiers fe régleront à cet égard fur les commiflions qui leur j, feront données par les entrepreneurs de bâtimens : bien entendu que ,, ceux-ci ne pourront en commander aucunes que fur les mefures ci-defîus 5, prefcrites , entre lefquelles ils fe contenteront d’avoir le choix , & qui w donnent fortes de briques , dont ils prendront celles qui leur convien-5, dront le mieux. La largeur defdites briques fera, pour toutes les fortes, ,3 de fix pouces.
- ,j 2*. Il n’y aura que trois fortes de tuiles ; favoir, de 12 pouces de long s» fur 9 pouces de large, de 18 pouces de long fur 9 de large, & enfin de „ 18 pouces de long fur 10 de large. Lepaiffeur fera conftamment d’un » pouce pour les trois fortes.
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- „ 3*- Afin que chacun , à proportion de fiouvrage qu’ilfepropofe de faire, „ puifle eftimer par un devis exad la quantité de cette forte de matériaux „ qui lui eftnéceflaire , ou examiner les devis qui lui feront préfentés par d’au-jjtres, de maniéré à prévenir toute dépenfe iuperflue & à revoir plus foi-,/gneufement les comptes qui lui feront préfentés d’ouvrages déjà faits ; „ nous avons jugé à propos de faire compofer les tabelles jointes à notre „ préfente ordonnance, avec la maniéré de s’en fervir. C’efc pourquoi nous „ mandons aux officiers & magiftrats de chaque lieu , d’en donner con-„ nailfance à tous ceux qui auraient à bâtir, & de leur en fournir des copies ,, s’ils le demandent. Nofdits officiers & magiftrats auront foin auffi de ren-„ voyer à cefdites tabelles tous les entrepreneurs qui fe trouvent dans „ l’étendue de leur jurifdiélion , comme auffi tous les maçons & couvreurs, ,9 S’il arrivait que quelques entrepreneurs, maçons ou couvreurs, préfen-M talfent des devis trop enflés pour certains ouvrages à faire , ou des comptes „ furtaxés pour des ouvrages déjà faits, foit que cela ait lieu par ignorance „ ou par amour du gain, ordonnons que lefdits entrepreneurs & ouvriers „ foient févérement punis à proportion du tort qu’ils auraient pu faire aux 55 particuliers. Si même le dommage a eu lieu , ils feront tenus à le répa-J, rer fans délai. Enfin, fi nos officiers & magiftrats fe rendaient coupables „ à cet égard de quelque négligence, voulons qu’ils foient eux-mêmes ,5 refponfables de tous dommages & intérêts.
- „ 40. Et , comme par diverfes confidérations il nous parait impraticable V5 d’aifigner un prix fixe & confiant pour l’une ou l’autre forte, ftatuons à ,5 cet égard que le prix courant des briques de 12 pouces de long fur 3 «pouces d’épaiffeur, & des tuiles de 12 pouces de long fur 9 pouces,de „ large, fixera le prix marchand de toutes les autres fortes , à proportion du „ rapport géométrique marqué dans la tabelle D, & dans l’inflruélion pour „ ladite tabelle. En conféquence , ordonnons exprelfément à tous les „ dnfpeéteurs & adminiftrateurs des tuileries;, d’envoyer chaque mois ,5 au bureau d’adrelfe de cette ville, le prix courant de fes,briques & tuiles 55 de ladite forme. Sur quoi la commilfion prépofée de notre part audit « bureau d’avis, aura foin de faire inférer ce prix dans la plus prochaine „ feuille.
- 53 Et comme notre ordonnance du’ 14 feptembre dernier doit être exé-« cutée quant au refte dans toute fa forme & teneur, nous ordonnons à « tous nos officiers fupétieurs, aux magiftrats des villes , & à tous autres ,, ayant charge d’adminiftrer la juftice dans_toute l’étendue de nos états , ,5 comme auffi aux infpe&'eurs des tuileries, & à la commiffion chargée du 35 bureau d’avis, de s’y conformer exactement. Voulons enfin que notre pré-«fente ordonnance foit publiée par Ja_voie de l’imprelfion, & affichée par-.
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- Ta.bdU A. '
- r pieds. 3 al 4 4 a 5 5i i -1 i 6
- 3 1296 I f 12 1728 1944 2160 2376 2592
- 31 1512 17^4 2016 2268 2520 2772 3024:
- 4 ’ 1728 2016 2304 2592 2880 3*68 3456;
- 4f 1944 2268 2592 2916 3240 3 564 3888
- 5 2160 2520 2880 3240 3500 3960 i 4320
- ’ 5l 2376 2772 3168 3564 3960 4356 ! 4752 i
- 6 1 1 2592 3024 3456 3888 4320 47î2 1 f 184 1
- Tabelle C.
- r " 20 21 22 22| 23 23! 24 24| 25 25l 27 j 27è
- 1295 65 52 f 9 58 57 55 54 53 52 51 49 48 j 47
- 1712 76 72 69 68 55 54 53 52 51 l 59 58 56 | 1 ^
- 1728 87 83 79 77 76 74 72 70 : 70 57 55 54 53
- 1764 89 84 80 79 77 75 74 72 71 69 68 55 65
- 1944 98 93 89 87 85 83 8i 79 78 75 75 72 7i
- 2015 101 95 92 90 88 85 84 82 3i 78 77 75 74
- 2150 108 101 99 95 94 92 90 88 87 84 83 80 79
- 2258 | 1114 108 104 101 99 95 95 92 91 88 87 84 83
- 2304 115 no iof 103 101 98 95 94 93 9o j 88 86 84
- 237<5 119 114 109 105 104 101 99 95 95 92 91 88 87
- 2J20 125 120 nf 112 110 107 IOÇ 102 101 98 96 94 92
- 2592 130 124 118 115 113 no 108 i ÏOf 104 101 99 96 95
- 2772 139 132 125 124 121 118 115 112 ni iog 105 103 101
- 2880 144 138 I3î 128 125 122 120 117 116 112 IIO 107 105
- 2915 145 139 133 129 127 124 122 118 117 ”3 112 | 108 io5
- 3024 I f 2 144 138 135 132 128 125 123 121 117 115 | 112 IIO
- 3158 If9 ifi 144 I4I 138 135 132 128 127 123 121 118 I i 115
- 3240 152 iff 148 144 141 138 135 131 130 125 124 ! ! 120 ! 119
- 3456 173 I5f if8 M4 151 145 *44 140 i39 134 132 128 126
- 3554 1 179 170 152 159 155 151 149 144 i43 138 136 132 130
- 35oo l8o 172 154 i5o 157 153 150 145 144 140 138 ] i 134 131
- 3888 J95 i85 177 173 170 ï55 152 158 155 151 149 I 144 2142
- 3950 198 189 180 17 5 173 158 !5 5 i5g 159 M4 151 H7 i ! i44
- 4320 215 205 197 192 188 182 180 175 173 i57 I6f 160 | 158
- 4356 218 208 198 194 190 185 182 176 ] i75 159 155 152 \ M9
- 47f 2 238 227 2l5 2l2 207 202 198 19a 1 191 184 J82 176 ! 1-3
- f 184 L. 250 247 23 6 231 225 220 216 210 208 1 201 198 192 i 189
- Tome IV,
- Tabelle B.
- al
- Longueur.. "10 II ni 12
- Ep. 2 po. 20 21 22 23 ~ 24
- ai 2%\ 231 241 251 27
- 2t 25 - 26| 27 i 281 30
- ai 27 i 281 30 \ 3»i 33
- 3 u .. 30 315 33 34i 36
- 28| 28| 30 30? 3*1 | 315 33 34i 36 i
- 46 46 44 43 4i 4i 40 38 36
- 53 53 5i 50 48 48 46 44 42
- 61 60 58 58 ! 55 55 53 5i 48
- 62 62 j 59 59 56 56 54 52 49
- 68 68 * 65 65 1 62 62 59 57 i 54
- 7i 70 68 67 64 1 64 61 59, 56
- 76 75 72 72 69 I 69 66 63 , ‘ 60
- 79 79 : 76 75 72 1 72 69 66 I 1 63
- 8r 80 77 77 74 i 73 70 67 I 6 4
- 83 83 8° i 79 76 76 72 69 66
- 88 88 84 84 80 80 77 74 70
- 9i 90 87 86 83 82 7 9 7 6 72
- 97 96 93 92 88 88 84 80 77
- 101 100 96 96 91 91 88 84 80
- 102 101 98 97 93 93 89 85 81
- io5 i°5 101 100 96 96 92 88 84
- ni IIO 106 105 101 101 96 92 88
- 113 j 113 108 108 103 S 103 99 94 90
- 121 ] iao 116 nf IIO | IIO 105 101 96
- 124 î 124 119 118 114! 113 108 104 1 99
- 126 I i I2S 120 *T9 115 114 110 3 105 : 100
- 136 j 135 130 129 124 123 118 j 120 * U3 108
- 138 1 IU . 138 132 131 125 126 115 IIO
- HO 144 143 138 137 131 | 126 120
- 1^2 l 1511 146 144 139 138 132 s 127 j 121
- I 56 ; 165 159 158 ni 151 144 i 138 132 1
- 181 180 f i73 172 i 165 164 1581 n 1 144 II —
- os^KiiuiuvKPniiaiuiTiwtiii imnrriiikwn
- « z7^ 86.
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- ART DU TUILIER
- jj tout où befoin fera. Donné fous notre propre fignature & le fceau privé „ de notre chancellerie, dans notre ville de Brunfwick, le 6 mai 1765* jj Signé, Charles. Et plus bas, J. H. de Botticher
- Inftru&ion fur l'ufcige des tabelles A, B , G.
- 382. La tabelie A préfente la mefure quarrée des elpaces que l’on veut cou* Vrir de briques. On y fuppofe que toutes les briques doivent avoir 6 pouces de large.
- La tabelie B préfente la furface quarrée des briques, fuivant leurs différentes fortes.
- On trouve danslà tabelie C, combien il faut de chaque forte de briques pofées de champ , pour remplir un elpace quelconque de 3 k 6 pieds de haut.
- Exemple. O11 veut favoir combien il faudrait de briques de 2 f pouces depaiffeur & de 11 pouces de iong, pour garnir un elpace de 4 pieds de coté fur f \ pieds de haut. Trouvez dans la tabelie A, la café où viennent fe couper les nombres 4 & f vous y lirez le nombre 3168* Cherchez dans la tabelie B , la café où fe coupent les nombres 2 \ & 11 ; vous y trouverez 27 \ pouces. Enfin cherchez dans la tabelie C, la café où fe coupent les nombres 3168 & 27 \ : le nombre qu’elle porte vous indiquera qu’il faut in? briques de cette mefure pour remplir l’efpace propofé*
- Preuve. Une brique, fuivant la tabelie B, remplit un efpaCe de 27 \ pouces quarrés. Donc 1 imbriques occuperont 3190 pouces, c’eft-à-dire 22 pouces plus qu’il ne faut ; ce qui né fait pas tout-à-fait la valeur d’une brique.
- Si l’on demandait combien il faudrait des mêmes briques placées fur le côté pour remplir le même elpace , il faut multiplier la longueur des briques, ici 11 pouces > par 6 qui eft la largeur, Le produit 66 fera le nombre par lequel vous diviferez 3168 * qui fe trouve à la tabelie C, dans la café propofée. Le quotient 48 indiquera le nombre cherché*
- Preuve. La largeur de la brique eft conftamment de 6 pouces. Donc une brique de n pouces de long, occupe 66 pouces : par conféquent 48 briques couvrent 3168 pouces quarrés.
- Tabelie D.
- Epaiffeuï 10 io{ îi nf 12
- 2 poue. S— 9 7— 12 11— 18 23— 3<S 2— 2
- î— 8 2ï— 32 11— 16 23— 32 3— 4
- 25—3 6 3S— 48 ss— 72 115—144 5—
- s s—72 231—288 121—144 1I—288 il—12
- 3 S— 6 7— 8 11— 12 j 23— 24 1 — 1
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- ET DU BRI QUE T 1ER.
- Ufage de la tabelle D.
- 383. On prend pour bafe, le prix fuppofé d’un millier de briques de 12 pour ees de long fur 6 de large & 3 d’épaifleur. Si l’on demande quelle doit être à proportion le prix d’un millier de briques de 11 pouces de long fur 2 \ pouces d’épaifleur, on trouvera dans le quaré correfpondant les deux nombres f f - 72 qui indiquent cette proportion. Suppofez que le millier de la première grandeur coûte 13 écus , multipliez ce nombre par 13 , & divi-fez le produit par 73 > vous aurez pour le prix que vous cherchez, 9 écus 2,2 gros 4 deniers.
- Tabelle E..
- Pour couvrir un ejpace de 10 pieds quarrés, il faut
- I. de tuiles de 12 pouus df l;nS- î 22 puces
- 9 de large, 3
- II. de ailes dc 18 p0UC‘S d; l?ng- ? 16 pièces.
- 9 de Large. S
- III. de tuiles dc 18 df .*"»1 i2 puces.
- IO de large.
- Ufage de la tabelle E.
- En multipliant la longueur d’un toit par la largeur, on a la furface en pieds quarrés. Si, par exemple , le toit a 72 pieds de long fur 30 de large, la furface fera de 2160 pieds quarrés. Si l’on voulait couvrir ce toit de tuiles de la troifieme .grandeur, il faudrait multiplier la furface 2160 par 12 & divifer par 10, ou, ce qui eft plus court, retrancher le dernier chiffre du produit. Ainfi du produit 2 ï92a, retranchez le o , vous aurez 2592, qui indiquent le nombre demandé.
- Observations générales..
- 38T- Au moyen dç cçs tabellçs, chacun peut employer dans fes bâtimens la plus grande économie des matériaux dont il eft ici queftion : il fera auiïi en état d’examiner rigoureufement les comptes ou devis qui lui feront pré-fentés. Ainfi, fi quelqu’un voulant entreprendre un ouvrage où il eft indifférent d’employer des briques de deux ou de trois pouces d’épaifleur, il
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- ART DU TUILIER
- peut calculer la" différence par le moyen de la tabelle D. Après quoi les tabelles A, B, C lui montreront de combien ou l’a furfait dans le marché propôfé.
- 386. Lorsqu’on pratique, dans de grandes pièces de maçonnerie, des angles ou des rentrées, on peut calculer combien il faut de briques de moins.
- 387. S’il fe préfente d’autres cas dans les calculs , par exemple, fi l’on a un maffif de 4 ~ pieds de large fur f f de haut, il 11’y a qu’à réduire ces dimenfions en pouces, & à les multiplier Pune par l’autre : le produit donne la furface quarrée. Di'vifez cette fomme par les dimenfions des briques dont vous voulez faire ufage, le quotient vous indiquera le nombre de briques dont vous avez befoiu. Ici, par exemple , 98 briques de 3 pouces d’épaiffeur , fur 12 de longueur.
- 388- Le prix des différentes fortes de tuiles, en fuppofant la qualité égale, eft Comme leur mefure quarrée, puifqu’on fait que Fépaiffeur eft toujours la même. Ainfi le prix de la première forte eft à celui de la fécondé comme 1 à 1 |, & à celui de la troifieme 1 à f. C’eft tout le contrairë quand on emploie ces briques : fi, par exemple, le milieu de la première forte coûte 10 écus , &’par conféquent celui de la fe'conde 15 , & de la troifieme 161 ; les tuiles néceffaires pour couvrir un toit de 1000 pieds quarrés coûteraient plus ou moins, fuivant l’efpece que l’on voudrait choifir: celles de la première forte coûteraient 22 écus, de la fécondé 24 écus, & de la troifieme feulement 20. Au moyen de ces obfervations , chacun peut choifir l’efpece qui lui conviendra le mieux , avec la plus grande économie pofîible.
- •jfe=.............
- QUATRIEME PARTIE.
- Directions fur la maniéré de difpofer des tuileries, & de cuire les briques é? les tuiles avec la plus grande économie des bois ; publiées avec les figures néceffaires, par M. le capitaine Charles Wijnblad ; traduites de l'allemand d'après la fécondé édition fuédoife , par J. E. Bertrand , profeffeur à Neuchâtel ( 37 ).
- Extrait des regifires de L'academie royale des fciences de Suede.
- » ÎL’acadéiie- royale des fciences trouve tant de folidité dans le » traité des tuileries de M. le capitaine Wijnblad, fur-tout, elle obferve
- (17) J’ai annoncé cet ouvrage intéref- la traduction allemande inférée dans l’édi-fant, & je le donne ici en français, d’après tion des cayers des arts.
- » que
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- ET DU ERIQÜETI ER.
- „ que la dilpolition qu’il donne à fes fourneaux eft Ci propre à économifer „ le bois, qu’elle juge qu’il eft utile pour le bien de la patrie de publier „ cet écrit par la voie de l’impreffion. Stockholm le n mars 1761. Pierre „ Wargentin. „
- Avant-propos.
- 389. Le bon accueil qu’on a fait à la première édition de ce traité des tuileries, m’a encouragé à en procurer une fécondé édition, que j’ai tâché de rendre plus complété, & à laquelle j’ai joint de nouveaux deiïins. En particulier , j’ai abandonné l’ancienne maniéré de cuire la tuile, & j’y ai îubftitué une autre méthode plus avantageufe. J’ai pris la liberté de pré-fenter cette nouvelle méthode à la majefté , par les ordres de qui l’académie des fciences l’a examinée avec foin, & l’a enfuite approuvée.
- 390. Chaque citoyen doit prendre autant à cœur le bien de la patrie "que le ften propre ; il eft donc.injufte de taire des vérités qui peuvent être
- avantageufes à tout le pays. C’eft par cette raifon que j’ai cru être obligé de découvrir ici une méthode qui peut être comme dans les pays étrangers (37), mais qui eft abfolument inconnue en Suede. Il s’agit de cuire avec la moindre quantité de bois poflible , des tuiles & des briques de bonne qualité. Cette découverte procurera une grande économie des bois en fabriquai! une plus grande quantité de tuiles, 011 encouragera le particulier à bâtir en pierre dans les villes & dans les campagnes, & la plus grande confom-macion des briques multipliera dans le royaume le nombre des tuileries & briqueteries.
- 391. LA^difette des bois, qui fe fait fentir en divers lieux, a forcé d’employer pour la charpente des bois qui n’avaient que la moitié de leur crûe, & de couvrir les bâtimens avec des planches de même qualité. Il eft donc néceffaire de fonger férieufement à remédier à cet abus, puifque la. durée de pareils bâtimens n’entre point en comparaifon avec les travaux & les frais qu’ils exigent.
- (57) Les fourneaux conftruits de maniéré à économifer les bois, ne font pas aufli communs qu’il ferait à defirer. En Allemagne , on compte une toife de bois pour chaque millier de tuiles. En France , nous avons vu dans les parties précédentes que la confommation des bois eft confidé-rable dans cette manufacture. Ce n’eft pas que les Allemands manquent de lumières Tome IV.
- à cet égard. Tout le monde convient que la difette des bois eft prochaine; on a propofé divers moyens d’en confumer moins dans les tuileries & briqueteries. Il faut qu’ils aient été fujets dans la pratique à quelques inconvéniens que les auteurs n’avaient pas prévus. Au moins eft-il cer« tain qu’on n’en fait guere d’ufage,
- M
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- ART DU TUILIER
- 392. Il ferait aifé de démontrer que, dans le même tems & avec la même dépenfe , on pourrait conftruire en briques des bâtmiens couverts de tuiles, qui dureraient plus long-tems , contribueraient à l’ornement du pays, & procureraient de grands avantages aux habitans.
- 393. Mais tous les commencemens font difficiles, fur-tout quand il s’agit de détruire des traditions relpedées & des ufages anciens. Ceux qui ont le courage de donner l’exemple, méritent d’autant plus des encoura-gemens & des éloges , que c’eft là le plus fur moyen de convaincre, ceux qui en font les témoins , que la chofe propofée n’eft pas fi difficile, 11e fuppofe pas des connaiffances fi extraordinaires qu’on femblait l’imaginer.
- 394. L’essentiel eft de montrer au public les moyens de faire les nouveaux établiffemens avec le plus d’économie polfible. A cet égard, nous avons de quoi convaincre les plus prévenus, pourvu qu’on y apporte de la réflexion, des foins & de l’affiduité.
- 395:. Je 11’ai pu toucher qu’en paffant cette matière intéreflànte, pour ne pas m’écarter de l’objet principal de cette differtation. Mais dans un projet très-humblement préfenté aux états du royaume , j’ai montré qu’on pourrait conftruire plus folidement les maifons des payfans en pierre ; ou du moins en continuant à les bâtir en bois, qu’on pourrait épargner la moitié des matériaux qu’on y emploie.
- 396. Aujourd’hui je ne me propofe autre chofè, que d’indiquer tout ce qui peut contribuer à établir les tuileries d’une façon plus avantageufe. J’ai principalement en vue l’inftruction de ceux qui n’ont aucune connaif-fance de ces matières, & qui voudraient cependant tirer parti des commodités qu’ils ont de fabriquer ces matériaux.
- 397. Les tuileries dont je vais donner l’idée exigent bien moins de frais que les tuileries ordinaires, puifqu’011 y épargne des journées d’ouvriers:, des voitures & des bois. Il ne s’agit que de fuivre, en cuifant doucement les tuiles , la méthode propofée : elle eft d’autant plus facile à obferver* qu’elle eft fondée fur l’ordre naturel. Je puis démontrer la vérité de ce que j’avance, par les effais qu’011 a faits en grand, dans les environs de Stockholm, & qui ont réufîi au gré des propriétaires.
- 398- Il peut y avoir quelques perfonnes dans le royaume & au dehors , qui ont connu la méthode de cuire la tuile avec moins de feu ; mais le bien général n’eft point procuré , tant que cette pratique n’eft pas connue & fuivie dans la plupart des tuileries.
- 399* J’ai rompu la glace, en mettant cette découverte fous les yeux du public. J’ai tâche de profiter, félon mes lumières , des directions que j’ai pu obtenir ; & mes expériences m’ont convaincu que nos fours ordinaires, qui font découverts, pourraient,avec quelques légers changemens ,procurer la
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- ET D V BRIQUETIE R. 9x
- même économie de bois que s’ils étaient voûtés. Je ne facile pas queperfonne ait eu jufqu’à préfent cette idée. Les eflais qui relient à faire fur des fours de différentes hauteurs & largeurs, ne font pas l’ouvrage d’un feul obferva-teur. J’invite tous les propriétaires & entrepreneurs de tuileries , à faire ces obfervations & à les rendre publiques pour la perfe&ion de fart.
- 400. Ce n’eft pas mon affaire de fatiguer le le&eur par une longue énumération des avantages que cette invention procure. Le tems & l’expérience les montreront fufïifamment. Je ne veux que me rendre utile à ma patrie. Je me flatte d’obtenir l’approbation de tous mes compatriotes , puifque les états du royaume ont daigné ordonner l’examen de mon travail, enfuite duquel ils l’ont honoré de leur approbation. Ils ont ordonné qu’il ferait imprimé & diftribué dans tout le royaume, m’accordant en outre une ré-compenfe particulière. Ma reconnaiflance pour tant de faveurs , ne ceffera jamais. J’y puiferai de nouveaux motifs à chercher d’autres moyens de me rendre utile à ma partie & au public en général.
- Article I.
- Des matériaux nécejjaires pour la fabrication.
- 401. On peut établir avec avantage des briqueteries, par - tout où la terre à briques fe trouve abondamment, où le fable & le bois font à portée , foit qu’ils fe rencontrent fur le lieu même , foit qu’on puifle les tirer d’ailleurs à des prix modiques. Si l’onfe trouve placé dans le voifinage d’une ville, ou fi l’on a la commodité d’y tranlporter par eau les briques fabriquées , l’ouvrage peut être entrepris en grand * à proportion du débit qu’on peut s’en promettre. Dans le cas contraire , fi l’on établit un four à la campagne, & pour fon ufage particulier , ou tout au plus pour en fournir à quelques voifins, il faut proportionner la grandeur des frais à ces cir-conftances.
- 402. Toute forte d’argille peut fervir à faire des briques & des tuiles (3 8) ? niais elle n’eft cependant pas également propre. L’argille rouge, jaune,
- (58) fa terre employée dans cette manufacture n’eft appellée par les ouvriers que Amplement terre , ou terre à briques. Ils ne lui donnent point le nom d’argille. Cependant la plupart des terres à briques appartiennent à la clafle générale des ar-gilîes , que M. de Cronftedt a caraCVérifée dans fa Minéralogie, §. 90 , fous le nom d’argille commune, Gemeiner Thon. M. Ber-
- trand la définit de même avec foin dans fes Elémens eToryBologie, page 17 & fui vantes. Voici ce qu’en dit M. Schreber dans une note : On en a de rouge, de grife, de bleue , de blanche, de jaune , de brune, & prefque de toutes les nuances. Outre les parties fubftantielles d’une argille pure, favoir , la bafe de l’alun & d’une terre vitrefcible , on y trouve encore un me*
- M ij
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- ART DU TUILIER
- blanche & fur-tout bleue , mêlée avec du fable fin & groflier, pafle pour être la meilleure forte; elle neTe tourmente point en féchant ; &fi elle a été bien travaillée & cuite à propos , elle foutient fans fe fendre , l’ardeur du foleil & les intempéries des faifons. Avec dépareille terre , on peut fabriquer delà brique , non-feulement fous des angars, mais auflî en plein air , ii l’on a Heu d’elpérer le beau tems. On a par conféquent befoin de moins de bâti-
- lange de terre ferrugineufe , quelque chofe d’un acide vitriolique , & une fubftance inflammable. De là vient que cette argille devient plus ou moins rouge ou d’un brun rougeâtre, lorfqu’on la met au feu. Si l’on augmente le degré de chaleur, elle fe change en un verre d’un verd^ blanchâtre , verd , verd noir, ou abfolument noir , fui van t qu’elle renferme plus ou moins de feu & de matière inflammable. Si l’on met ces argilles fous un grand verre ardent , ou dans le foyer d’un miroir parabolique, elles font réduites en fuüon dans l’efpace de peu de fécondés , & elles donnent un verre d’une des couleurs indiquées ci-delfus, qui eft toujours entouré d’un cercle rouge plus ou moins foncé , & tirant même fur le brun, fui-vant la nature de Pargille. Si l’argille contient beaucoup d’acide vitriolique & de phlogiftique , on voit s’élever , lorfqu’on l’approche du foyer d’un verre ardent , une vapeur fulfureufe. Au refte , les argilles font plus ou moins maigres , probablement félon leur compofirion fondamentale . on les trouve toujours mêlées avec d’autres terres, fur-tout des fables fins ou grofliers , ou même des terres calcaires , qui les rendent inutiles aux travaux de la briqueterie.. C’eft de cette diverfe qualité de l’argille que dépend fa bonté dans les manufactures dont il eft ici queftion. La couleur rouge des tuiles & des briques eft un effet des parties fer-rugineufes ; mais on fait que ces parties de fer ne font pas abfolument nécelfaires pour faire de bonnes briques. On a en dif-férens endroits une forte de terre propre à faire de très-bonnes briques, quoiqu’elles
- ne foient que très-peu rouges quand on leur donne le dernier degré de cuiflon, Mais cette efpece d’argille eft ordinairement employée à de meilleurs ufages. On defire encore que la bonne argille ne foit pas trop grade. On a obfervé que les briques qu’on fait avec des terres trop graffes , s’éclatent lorfqu’elles font expofées aux injures de l’air , quand même elles ont été bien cuites.Elles fechent plus difficilement, elles fe gercent & fe tourmentent dans le fourneau. On peut employer pour les tuiles, de la terre plus graffe que pour la brique, parce qu’on eft accoutumé à la travailler davantage , & que d’ailleurs elles fechent plus promptement. Il eft aifé de réparer ce défaut, en y ajoutant du fable , qui prévient la trop forte cohé» fion des parties de l’argille , & qui après avoir paffé au four, contribue à augmenter la dureté. Le meilleur fable pour cette opé» ration , eft celui que l’on trouve fouvent en couches , parmi les veines d’argille , au milieu du fable de riviere bien pur. On. a quelquefois, à portée des fourneaux, de la terre glaife plus maigre, plus fablonneufe » qui fait un très-bon effet, mêlée avec l’argille plus forte. Il faut aufli que l’argille ne foit pas trop fuflble; ce défaut eft fouvent celui de la terre à tuiles, quand elle eft bien graffe. Une tuile ne doit éprouver dans le four qu’un faible commencement de vitrification ; fi la terre dont elle eft compofée eft trop vitrefcible , la tuile fe vitrifie, & ne vaut plus rien. La marne ne vaut rien pour les briqueteries, non plus que certaines terres argilleufes qui font mêlées de beaucoup de terre calcaire. La raifon en eft la même que nous venons de donner 5
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- ET DU BRIQÜETIE R.
- mens, ce qui diminue confidérablement les frais. D’ailleurs, cette efpece d’argille demande peu & quelquefois point de labié 5 ce que l’on peut aifé-ment vérifier par des épreuves. On la trouve dans les endroits élevés comme dans les endroits bas. Il eft avantageux de creufer très-profond pour tirer fargille , parce qu’on détruit un moindre efpace de terrein. Si l’on tire l’ar-gille fur la fin de l’été & en automne , pour l’expofer à la gelée de fhiver , comme cela fe fait dans un pays étranger, elle devient par-là plus fouple , plus facile à travailler , le fond des tas fait un bon mélange avec la partie fupérieure. En fuivant cette méthode , on n’eft pas incommodé par les eaux du printems , fi la veine eft à quelque profondeur.
- 403. On ne trouve pas par-tout les efpeces d’argille, dont je viens de parler. On fe fert dans la plupart des fourneaux, de l’argille grade, que les Allemands nomment Speck-thon. Elle eft bleue, ou d’un rouge jaunâtre ; on en trouve fouvent en creufant les fondemens des édifices 5 & on fia préféré à caufe de fa dudfilité, & de la facilité avec laquelle 011 la travaille. Au contraire, l’argille feuilletée (39), qui a des veines bleues, blanches & jaunes, & l’argille compadte (40), qui fe brife en forme de dez, & qui foulfre diverfes variations dans fa couleur, font très-difficiles à broyer, au moyen du tambour5 on a de la peine à la travailler & à la mêler avec le fable. Cette derniere forte fe trouve plus fréquemment dans les lieux élevés. Comme elle ne fe lailfe pas pètriç aifez facilement, les briques font remplies de morceaux de matière mal travaillée , qui fautent en féchant. On doit étendre cette argille dure, en former fur la fin de l’automne, des tas longs & étroits (41), afin que
- d’ailleurs les briques faites avec cette forte de terre , prennent bien plus d’humidité, & fe brifent aifément. Si l’on eft abfolument. forcé d’employer de pareille argille pour les tuileries, on ne peut remédiera ce défaut qu’au moyen d’un vernis. S’il fe trouve dans une brique de petits morceaux de pierre calcaire, les ouvriers négligens ne les ôtent point en pétrifiant, ils fe calcinent au four, & à la moindre humidité ils entrent en effervefcence & font fauter la brique.
- (39) En allemand Schiefer-Thon.
- (40) En allemand JVürfd-Thon.
- ( 41 ) 11 y a certaines efpeces d’argille , pour qui ce n’eft point allez d’avoir été expofées à l’aclion ‘de l’air pendant tout un hiver. Plus on les y îaifl'e long-tems , & meilleures elles deviennent. L’humidité qui fe concentre dans les tas. au commen-
- cement de l’hiver , fépare & divife les parties par l’effet fuccelhf de la gelée & du dégel *, ce qui contribue à diminuer la ténacité de l’argille. Il eft certain d’ailleurs, que l’argille fe charge pendant fhiver d’une grande quantité de fels; & il ne ferait pas inutile de chercher par l’expérience juf-qu’à quel point ces fels contribuent à la bonté de l’argille.. 11 faut voir fi , en ajoutant des matières fatlnes , par exemple du gros fel noir , ou des fubftances propres à attirer les particules fal'ées qui fe trouvent dans l’air , on pourrait contribuer à la préparation de l’argille. 11 eft fort incertain , fuivant M. Schreber, qu’il y ait de l’argille que l’on puiffe travailler comme il faut, immédiatement après qy’elle a été tirée :. cet auteur paraît douter qu’il foit avau* tageux de fuivre cette méthode.
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- pendant l’hiver, ils foient bien pénétrés par l’humidité & par la gelée , ce qui la rendra plus douce , enforte qu’elle fe biffera pétrir comme l’ar-gille tendre, & qu’on pourra la travailler comme il faut. Au moyen de cette préparation , on en fera de fort bonnes briques , propres à réfifter au froid & à l’humidité , quoique le mur ne fuit pas plâtré, comme on le voit avec admiration à d’anciennes tours.
- 404. Quand on ouvre une foffe d’argille, il faut bien obferver d’enlever foi-gneufement tout le terreau, & même toute l’argille mêlée qui fe trouve par-deffous , jufqu’à ce qu’011 ne rencontre plus que de l’argille pure (4s).
- 405". Si l’argille eft pleine de petites pierres , elle eit très-mauvaiiè j la brique s’éclate en féchant.
- 406'. L’argille trop molle , qui fe trouve au bord des haies , n’eft pas propre à faire de la brique.
- 407. Avant que de faire des frais pour établir une briqueterie , il eftab-folument néceffaire d’examiner par des épreuves faites avec foin , la nature de l’argille. Dans un endroit propre à cette opération, ou même dans une aire, on fait pétrir par des bœufs l’argille que l’on délirerait de connaître. On peut obferver en même tems la quantité de fable néceffaire. Plus l’argille eft graffe & fine, plus aulîi elle admet de fable, un tiers , un quart, un cinquième. On mélange l’un avec l’autre en diverfes proportions ; & de chaque mélange, on fait un certain nombre de briques, on les fait fécher çlans une grange , on les numérote, & on les fait cuire dans un four du voilînage. On a foin d’en placer quelques-unes au centre du fourneau, pour qu’elles éprouvent un même degré de chaleur : d’autres font placées fur les bords, dans un endroit où elles doivent être moins cuites. Celle qui donne la brique la plus ferme, fert de réglé pour la dire&ion de l’ouvrier. On éprouve la force & la durée des briques , en les imbibant d’eau , & en les expofant pendant tout un hiver en plein air, au froid & à la gelée. On peut compter fur la bonne qualité d’une brique qui foutient cette épreuve (43).
- ( 42 ) Dans, bien des endroits , on ne fe fait aucune peine d’y mettre de la terre commune quand elle tient de la terre graffe. On ne s’attache pas même à enlever les racines qui fe rencontrent quelquefois dans les foffes. Cependant ces racines font fur-tout très-dangereufes.
- (4.?) Cette maniéré d’éprouver la brique eftinconteftabîement la meilleure de toutes. Elle prend plus de tems ; mais on ne la trouvera point trop longue , fi l’on con-fidere quels dommages confidérables peu-
- vent réfulter de la mauvaife qualité des briques. On conftruit à grands frais des bâtimens , avec de mauvais matériaux ; au bout de quelques années on en fent les défauts , & il en coûte des fournies & de grandes incommodités pour remédier au mal, qu’un peu d’attention aurait prévenu. Cette épreuve rigoureufe eft fur-tout néceffaire pour les-tuiles, dont la plus grande partie eft expofée aux injures de l’air, tandis que fur les fix faces d’une brique , cinq font ordinairement couvertes.
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- 408- Pour faire une cuite d’épreuve, le meilleur parti eft de creufer fur le penchant d’une colline, une folfe proportionnée au nombre des briques. On garantit cette foiTe par-devant, au moyen d’un mur de grolfes briques feches , bien fourni de plâtre. Il doit être plus large par en-bas , & garni, fuivant l’ufage, de plusieurs bouches voûtées. A mefure qu’on l’éleve, on le rétrécit, jufqu’àce qu’il n’ait plus que l’épailTeur d’une brique. De part & d’autre, on conftruit auftî un petit mur qui fuit le penchant de la colline, & qui va fe réunir au mur de front. De cette maniéré la folfe prend la forme d’un four ouvert, que l’on peut couvrir d’un toit de planches , feulement tandis qu’on enfourne. On y met le feu fuivant la méthode ordinaire; mais il ne faut pas le faire celfer avant que les briques foient fuffifamment dures, & bien cuites, & qu’elles aient pris la couleur convenable. La meilleure argille donne de mauvaifes briques , lorfqu’elles font trop pâles, & mal cuites.
- 409. Le fable qu’on prend pour faire des briques, doit être un peu gros & fans aucun mélange de terre. O11 en fait l’épreuve , en le mêlant avec de l’eau ; Ci l’eau ne devient pas trouble , le fable eft de la meilleure qualité. On préféré celui que l’on tire furies montagnes; il eft ordinairement moins pur dans les vallons & au bord des lacs & des rivières. Cependant du fable de riviere ou de lac, bien pur, ne doit pas être rejeté; S’il eft mêlé de pierres , il faut le faire palfer à la claie.
- 410. Au befoin, on fe fert de fable mêlé de terre, après l’avoir fait laver dans de l’eau. Il eft plus avantageux d’en trouver dans quelqu’en-droit à portée de la briqueterie ; cependant on fait comme l’on peut ; on le tranfporte for le dos des hommes ; ou Ci la diftanee eft trop grande onfe fert de l’eau, quand 011 le peut, ou en hiver , des animaux (44).
- Voici ce qu’on trouve à ce fujet dans la collection économique de Breslau. SchïeJifdie Samnlung, part. 1 , page 47 ç.
- “ Le fon clair des briques n’eft pas sa toujours une preuve de leur bonté. Cet M effet peut être produit par une grande » quantité de fable vitrefcible, qui produit „ des briques trop maigres , lefquelles ,5. font bientôt bnfées. La couleur exté-33 rieure, en particulier ce brun foncé qu’on 3, préféré, n’eft pas plus propre à les 33 diftinguer. J’y ai été trompé il n’y a que 3, peu de tems. Dès la première année, 3, apres' que l’enduit de chaux a été en-» levé , il a fallu changer des briques qui-« m’avaient paru d’une très-belle couleur ,
- „ d’un rouge foncé, & en mettre d’autres ,3 du côté de l’eau. L’épreuve de l’éau n’eft „ pas même fuffifante. J’ai pris des bri-,y ques rouges , bien cuites ; je les ai mifes „ dans l’eau courante pendant huit jours 33 & plus, & je les en ai tirées aufflen* 33 tieres que je les y avais mifes. Cepen» 3, dant ces mêmes briques, placées en „ plein air, par un tems pluvieux & hu-„ mide, fe font dégradées, & font fcom» M bées en pièces , comme du bois pourri».
- (44) Il en eft de même de l’argille ftne propre à faire des tuiles. Si l’on n’en a pa& à fa portée 6c fur fon propre terreîn , l?u vaut la peine d’en aller chercher au.loin» fuivant les circonftânces.
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- Plans pour l'emplacement d'une briqueterie, fur lefquels on peut fe régler pour difpofer fon terreinSuivant les circonfiances.
- 41 x. La planche VI, fig. 1, repréfente une briqueterie placée de façon que fon puiffe tranfporter les briques par eau.
- 412. A, le fourneau avec fon angar (44) : on fa conftruit fur le penchant d’une colline , le plus près de feau qu’il a été poffible , afin de tranfporter la brique fur des brouettes jufques fur le bateau. Il faut biffer au bord du lac , de part & d’autre de l’angar , affez de place pour y mettre des tas de bois. A côté du four, 011 conftruit un ou deux autres angars , où fon met fécher la brique , jufqu’à ce qu’on la biffe arranger dans le fourneau par tous les ouvriers réunis. ^On choilit pour cette opération un tems de pluie , dans lequel on 11e peut pas fabriquer. On peut aulli la faire faire peu à peu par des ouvriers exprès, qui font chargés en même tems de conduire la brique de f angar où elle eft fabriquée, dans celui où elle feche, & qui doivent outre cela aider le cuifeur dans la direélion du feu.
- 413. D , deux angars à fabriquer la brique. Leur grandeur doit être proportionnée à la quantité d’ouvrage qu’on fe propofe de faire. Le fol doit être égal, pas trop en pente, un peu élevé, expofé aux vents qui foufflent le plus communément en été, & enfin pas trop éloigné de l’endroit où l’on tire la terre.
- 414. E, deux tambours au-devant de chaque angar, de manière que le rechercheur (46) foit également à portée de tranfporter la terre dans les deux angars. Si fon eft affez près de l’eau pour pouvoir l’y conduire par des canaux, c’eft un avantage; linon, il faut fe contenter de f y tranfporter fur une charrette.
- 41 f. Près des tambours, il doit y avoir des tas de fable, qu’on y a raffemblé d’avance pendant l’hiver. Si cette place eft plus élevée que l’angar, on y fait deux étages , & fon pratique une efpece de pont volant depuis le tambour jufqu’à l’étage fupérieur. Si fon ne peut pas placer le tambour devant l’angar, on le met à côté & fous le même toit, fur-tout fi l’angar n’a pas au-delà de cent pieds tout au plus. Si le terrein était tellement difpofé, que fon ne pût placer qu’un angar à côté du fourneau, 011 le fera le double plus long, ou on le bâtira à angle droit, comme le montre la ligne ponétuée G. Cette aile peut aufli être placée au milieu de f angar , enforte que la diftance foit égale du centre aux trois extrémités du bâtiment. S’il y avait un ruilfeau, fur lequel on put pratiquer une digue avec une éclufe, pour mettre le tambour en mouvement, 011 épargnerait
- (4O Le tradudeur allemand a rendu ce mot par celui de Schcune.
- (45 ) En allemand Aufführer,
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- par ce moyen les bêtes de fomme. On pourrait alors établir l’angar comme je viens de le dire, ou comme le montre la figure fuivante.
- 416". La. figure 2 repréfente un fourneau AB, placé au bord d’un lac. On y a pratiqué un môle bâti fur des pilotis, & revêtu de madriers. On le prolongera jufqu’à ce qu’un bateau chargé puilfe aborder à fon extrên mité. On placera l’angar à fecher en L ou en M, comme cela conviendra mieux. Si cela ne fe pouvait pas , on conftruirait deux féchoirs N, N, aux deux extrémités de la briqueterie, ou même abfolument dégagés, entre la briqueterie & le fourneau, mais toujours de maniéré que l’air y ait un libre cours , pour faciliter le deflechement.
- 417. 1,1, deux angars placés près l’un de l’autre. K, trois foifes (47) oétangulaires , où l’on jette l’argille pour la faire pétrir par des bœufs. Elles doivent être éloignées de 8 à 9 aunes (48)- Leur profondeur eft de trois quarts d’aune. Le fond doit être garni de fortes poutres; les côtés même, en feront revêtus. Au coin de la folle, on plante des piquets avec uné' ouverture quarrée, qui fe ferme d’une barrière, afin que les bœufs qui doivent pétrir la terre, ne puilfent pas en fortir. Il faut toujours établir trois folfes, foit qu’on ait deux mouleurs, ou feulement un. Cinq ou fept bœufs, fuivant la nature de la terre, peuvent pètrfr avant midi ce qu’on peut mouler dans l’après - midi ; & pendant ce dernier elpace de tems , on pétrit dans une autre folfe ce qU’il en faut pour la matinée du lendemain. Dès que la première folfe eft vuide, on la fait remplir par deux manœuvres, ou , comme on les appelle en France ^entre-deux (49 ). Ceux-ci, au moyen d’un tombereau attelé d’un cheval, apportent dans l’ef-pace d’une demi-journée ce qu’il faut de terre pour faire 1100 briques; ils font auüi chargés d’étendre cette terre dans la folfe ; enfin ils pompent l’eau qui eft nécelfaire pour détremper le tout. Quand tout cela eft préparé, un valet conduit les bœufs dans la folfe, où on les fait marcher en tout fens jufqu’à ce que la terre foit fuffilamment pétrie & bien mêlée. On y jette peu à peu de l’eau, autant que cela eft nécelfaire, jufqu’à ce que la terre foit alfouplie au point de pouvoir facilement être travaillée ( fo).
- ( 47 ) En allemand Sümpfer.
- ( 48 ) L’aune de Stockholm a 22 pouces de France : par conféquent 8 aunes font 14 pieds 8 pouces.
- (49) En allemand Füllknechte.
- ( <;o) On a pu voir dans les parties précédentes , qu’en Suiflfe & en Allemagne ce font des. hommes qui pétrifient la terre avec les pieds. Ce travail eft pénible & mal-fain, & il eft impoffible que des ou-Tome IV,
- vriers le faflent aufti bien que le bétail. C’eft pour cela qu’on fe fert de bœufs en Suede. Un bœuf ne coûte pas autant que les journées d’un ouvrier : il fait plus de befogne ; & quand on n’en a plus befoin, on peut l’engraifler & le vendre. Le défaut de cet animal, c’eft qu’il aime à remettre le pied dans les mêmes trous , ce qui empêche que la terre ne foit par-tout également travaillée. Il faut quelqu’un qui remplifle
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- 418- Si l’on ne fait travailler qu’un feul mouleur, trois bœufs peuvent pétrir la terre pour 1100 briques, ce qui fuffitpourun jour. Pendant qu’on la travaille , on en pétrit la même quantité dans une fécondé folle , & Ventre-deux remplit la troilieme.
- 419. Dès que le travail eft fini, on conduit les bœufs à l’eau, & 011 les lave avec loin , pour enlever l’argille qui s’attache à leur poil. Ce travail eft fort pénible, enforte que ces animaux ne peuvent guere le foutenir au - delà d’un été 1 après ce terme, on les engraifle & on les vend:
- 420. Les chevaux ne font pas propres à ce travail, il eft trop difficile pour eux ; ils font bientôt hors de fervice. J’ai cependant vu dans une briqueterie à Blekingen , deux chevaux pétrir une folfe. L’un était monté par un valet, & l’autre conduit par la bride. Ces deux animaux eurent préparé la terre dans l’efpace de quelques heures ; mais c’était une argille bleuâtre , fort douce & flexible , qui avait été tirée une année à l’avance, & jetée dans un terrein creux : elle ne demandait qu’une petite quantité de gros fable. On y trouvait fort peu de pierres, quoique les briques fuiTent moulées en plein air à l’ardeur du foleil. On avait foin de torcher les pieds des chevaux avec des bouchons de paille, & ils duraient plusieurs années. Quand on a de pareille argille, on n’a befoin que de deux foflespour un mouleur.
- 421. Les fofles doivent être couvertes d’un toit, non-feulement à caufe des pluies, mais fur-tout afin que le bétail puifle être à l’abri du foleil, pendant qu’il exécute un travail très-pénible. Sans cette précaution, il fe formerait fur l’argille une croûte dure.
- 422. Aujourd’hui il eft rare qu’on emploie les bœufs pour pétrir l’argille ; on préféré le tambour, & le bétail eft conlidérablement foulage. Pour éviter les frais, on peut fe contenter de conftruire un feul tambour entre les angars en K, pourvu qu’ils ne foient pas trop éloignés les uns des autres.
- 423. L’auteur fuédois donne aufli le plan d une briqueterie plus con-fidérable, avec deux angars plus petits de part & d’autre, & un autre dans le fond , ifolé & diftind des deux premiers, dont il eft le double 5 dans les angles, aux deux extrémités du grand angar, font placés deux tambours. Au milieu des trois angars font pratiquées de grandes portes , pour lailfer
- les pas du bœuf, & qui rama (Te les ordu- cliine particulière, qu’il décrit dans une dif-re's ; ou il faut remédier à cet inconvénient fertation inférée dans le quatrième volume par une invention que l’auteur va dé- des Mémoires de l’académie royale des crire§. 428. M.Triewald, rebuté par la dif- fciences de Stockholm. Elle différé du tam-ficulté d’employer des hommes, ou du bé- bour, ou Lobrù'kor, mais il ne parait pas tail à pétrir la terre , a inventé une ma' qu’elle ait été imitée en Suede.
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- entrer & fortir les voitures qui conduifent les briques dans les deux féchoir^ conftruits aux deux côtés du fourneau, qui eft bâti fur le devant du côté de l’eau, en face du grand angar, & occupant le quatrième côté dune cour dont les deux petits angars forment les ailes.
- 424. On peut fe palier, félon les cas, des deux petits angars, pourvu que le grand ait une grandeur fuffifante. Les tambours peuvent être placés derrière le fourneau, fi la place le permet.
- 42 f. Le môle conftruit fur le lac, devant le fourneau, a dans fa partie antérieure , un mur parallèle au rivage, qui coupe par conféquent celui du môle à angle droit. Les bateaux s’y retirent dans les grands vents.
- 426. Dans ces divers plans , 011 a donné aux angars & aux fourneaux une forme régulière; mais il faut le régler fur la nature du tcrrein, qui change du tout au tout la difpofition d’une briqueterie. Il s’agit moins de la régularité que de la commodité dans la pofition réciproque des divers bâtimens , afin que les briques puilfent être promptement tranfportées dans les féchoirs, & de là au fourneau. Sans ces petites attentions, le travail devient plus pénible , la main-d’œuvre augmente , & les profits diminuent d’autant.
- 427. Il faut aufîi qu’il y ait dans le voifinage de chaque tuilerie ou briqueterie ( 51 ) de bons pâturages pour le bétail. On doit aulli y faire tranf. porter quelques fourrages.
- Description des tambours (f2).
- 423. 4. Plan d’un tambourmis en mouvement par des chevaux ou des
- bœufs.
- Fig. f. Profil fur la ligne AB.
- Fig. 6. Autre profil fur la ligne CD.
- Les trois figures repréfentent un tambour, comme il eft placé a* milieu d’un angar. C eft la caiffe dont on voit le plan, fig. 7 , A & B, & la coupe en C & D. Cette caiife eft faite de poteaux de lapin (53), de 3 pouces d’épaiffeur, qui font joints aux côtés avec des bandes de fer attachées aux deux bouts avec de bons doux. Deux planches des côtés ontfix quarts d’aune ( ^4) , & les deux autres côtés fept quarts d’aune ( )
- O O Ces deux mots lignifient, dans tout arbre eft allez commun. Je confeillerais ce traité, une manufacture de tuiles & de aufii de s’cn fervir pour les planches des briques. côtés.
- ( 52 ) En fuédois Lcr broker. ( Ç4) Ou 33 pouces de France.
- < 53 ) Je crois qu’il vaudrait mieux faire (55 ) Ou 38 pouces & demi,
- ces poteaux de chêne ) par-tout où cet
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- de large, fur quatre aunes de long , pour tous les quatre. On creufe dans la terre une folie de 2 f aunes (j6) de profondeur, dans laquelle on aifu-jettit cette cailfe. Pour former le fond, on pofe fur un terrein folide, trois pièces de bois , fur lefquelles on cloue un alfemblage de fortes planches d’une aune & demie en quarré. Dans lapiece du milieu , on pofe deux montans de bois dur, FF; leur longueur, non compris le tenon, doit être égale à celle des quatre poteaux des angles. C’eft dans ces montans qu’on alfemble les couteaux. Sur ce fond & fur la poutre du milieu , on met une plaque de fer fondu, portant un trou rond, dans lequel tourne , par fon extrémité intérieure, le grand arbre G, aulli de fer. Cet arbre a de 3 | à 4pouces ( S7) quarrés d’épailfeur. On y a pratiqué douze trous de 1 \ pouces de large, pour y introduire les couteaux, lix de chaque côté, à fix pouces de diftance î’un de l’autre. Le trou inférieur doit être à quatre pouces de terre, ou à trois pouces du fond ; car la pointe arrondie de l’arbre entre dans la platine, de la profondeur d’un pouce. En tout comptant, même la profondeur des trous, la hauteur de l’arbre , depuis le fond ju(qu’au couteau fupérieur inclulive-ment, eft jufte de trois aunes & demie ( 58 )• Dans la derniere aune reliante, pour que l’arbre foit à la hauteur de la cailfe, il ell quarré. Plus haut, la partie qui entre dans l’anneau du tourillon, eft ronde dans la longueur de huit pouces. L’extrémité fupérieure qui entre dans le tourillon, ell battue à plat, de 2 \ pouces d’épailfeur, 4 pouces de largeur, & 10 pouces de longueur; enforte que toute la longueur de l’arbre de fer eft de 4 faunes ( ?9). Les couteaux ont une aune &neuf pouces de long. On les fait entrer de force dans l’arbre, où 011 les arrête avec des coins, de mgniere qu’ils paffent de 14 | à if pouces de chaque côté. J’ai vu un arbre oétangulaire, un peu plus épais que celui que je viens de décrire, qui portait des ouvertures fur les côtés, dans lefquelles les couteaux étaient arrangés en fpi-rale ; mais il faut un ouvrier habile pour forger une pareille piece : auiii l’on emploie par-tout un arbre quadrangulaire , qui fert au même ufage.
- 429. E , eft le même arbre delîiné fur une'échelle quatre fois plus grande ; enforte qu’une aune prife fur l’échelle, ne doit être comptée que pour un quart. Les couteaux ne font qu’au nombre de huit, diftans l’un de l’autre de huit pouces. Toute la longueur eft de 4\ aunes, & la hauteur de la cailfe porte 3 | aunes. 11 y a d’un côté 10 couteaux , & g de l’autre côté. On prétend que l’argille eft mieux broyée , lorfque le tranchant du couteau quarré fe préfente en-dehors. C’eft pour cela qu’on les fait plats d’un côté de
- (ç6) Ou çc pouces. C s8) 77 pouces , ou 6 pieds ç pouces
- ( <;7 ) On entend que les pouces dont de France, il s’agit ici font des pouces de Suede , dont ( S9 ) J 04 pouces , ou 8 pieds g pouces un ell la douzième partie de l’aune. & demi.
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- l’arbre, afin qu’ils coupent l’argille avec le tranchant, & qu’ils la remuent & la broient avec le côté quarré. Le poids d’un arbre de cette efpece , avec fes couteaux & tout fon attirail, eft de deux fchippond ( 60 ). Il y entre de 2 à 3 tyfpond (di ) de fer. Il coûte actuellement au-delà de 400 écus, monnaie de cuivre ( 62 \
- 430. On a des arbres , dont les couteaux n’ont que 1 \ aune de longueur en-dehors : ils font arrêtés de l’autre côté par une g roupille. On en met trois de chaque côté , & on les difpofe en fpirale tout autour de l’arbre. Cette forte coûte moins. Si l’on trouve un maréchal qui puiife percer l’arbre, 011 fe contente de faire forger l’arbre brut, & on le fait percer par l’ouvrier qui eft à portée. J’en ai fait l’eifai dans quelques briqueteries. L’argille fe broie aufti fin, pourvu qu’elle foit de bonne qualité, & qu’elle ait été tirée une année à l’avance.
- 431. Dans certains endroits , l’arbre qui porte les couteaux eft de bois. Il peut palfer,!! le travail eft peu confidérable , comme quand un particulier fait fabriquer de la brique pour fon ufage. O11 les fait de chêne, de huit pouces d’épailfeur : le bas eft garni d’une plaque & d’un tourillon de fer, & le haut de deux anneaux du même métal, dans lefquels on a percé un trou quarré pour recevoir le levier.
- 432. Après avoir préparé les deux parois de la cailfe, fur les mefures indiquées ci-delfus, on y place des couteaux, de maniéré que ceux que porte l’arbre paflent toujours entre deux couteaux des parois 5 mais un peu plus près de celui d’en-haut, parce que la platine s’ufe peu à peu, ce qui fait tomber l’arbre. On perce dans les poteaux, des trous quarrés , pro-protionnés à la grandeur des couteaux , qu’on a foin d’aiguifer & de drelfer avant de les mettre en place. Quand tout eft en ordre, 011 place trois des parois dans la folfe perpendiculairement fur le fond. On les arrête avec des bandes de fer folidement clouées ; on garnit les angles avec des coins. Enfin la cailfe eft revêtue de trois côtés en maçonnerie, avec des briques choifies ; enforte que ces côtés foient enfoncés de deux aunes dans la terre. En - dedans on place aux quatre angles, des pièces de bois coupées en triangle , qui donnent à la cailfe la figure d’un odogone. On peut aufti la lailfer quarrée , fans y mettre ces pièces. On place alors dans la caillé l’arbre avec fes couteaux. Au-delfus , & fur les pièces latérales P, 011 fait entrer une barre de fix pouces d’épailfeur fur huit de large , arrêtée avec une forte cheville de fer, dans laquelle eft un trou pour un anneau de fer avec des aubes, au travers duquel paife la piece ronde de l’arbre. L’extrémité plate
- ( 60 ) Le fchippond eft de ; 20 liv. marcs pour un écu , font environ 320 liv.
- ( 61 ) Le lyfpond eft de 20 liv. de France.
- ( 62 ) 400 écus j monnaie de cuivre , à 4
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- & fiipérieure traverfe l’arbre H , qui doit être fortement garni de fer par en-haut & par en-bas, & où l’on a pratiqué des trous pour l’arbre. Cette derniere piece, qui peut avoir huit aunes de long, porte à fon extrémité une forte boucle de fer, ou un crochet, où l’on accroche le brancard pour atteler le cheval. La longueur de l’arbre depuis le crochet ou l’anneau jui-qu’à l’arbre, elt de 8 | aunes.
- 433. 1(63) elt une folle de deux aunes de large, fur quatre de long, revêtue de briques fur les côtés , & dont le fond garni de pilotis, va un peu en pente. Sur le derrière en R, font deux marches. En IC, elt placé le quatrième côté, folidement arrêté avec des coins aux deux parois qu’il touche, au moyen de deux traverfes ou barres de fer, munies de fortes plaques de fer avec des anfes. Au bas on a pratiqué une ouverture de huit pouces de large fur douze ponces de haut. Elle elt fermée par une porte qui donne ilfue à l’argille fuffifamment préparée. On n’arrête pas à demeure la paroi antérieure, afin qu’au cas qu’il y eût quelque dérangement dans la machine , 011 pût lever cette paroi, fortir l’argille, & faire les réparations néceifaires. O11 emploie auiïi des cuves rondes , reliées en cercles de fer, portant d’un côté une porte bien épailfe & garnie de crampons '& de bandes de fer , au moyen de laquelle 011 peut les ouvrir & les nettoyer. On conçoit qu’il y a autour du tonnneau , des ouvertures pratiquées pour y palfer les couteaux qui font placés dans les autres tambours, dans les parois latérales.
- 434. L, foife avec un fond & un revêtement : c’eft là que l’entre-deux décharge4e char avec lequel il conduit l’argille. On y mêle de l’eau, & on la foule avec les pieds, avant de la jeter avec la pelle dans la cailfe du tambour. Ici le manœuvre doit avoir un foin extrême d’enlever toutes les pierres.
- 43 M, place du fable ; c’eft un quarré revêtu de planches.
- 43d* N, tonneau enfoncé dans la terre, avec des cercles de fer, dans lequel 011 pompe de l’eau. Toute cette partie eft recouverte d’un toit, pour empêcher les bois de pourrir, & pour garantir les ouvriers de la pluie & du foleil. Dans les angles en O, on peut pratiquer en flmples planches quatre cabinets triangulaires, pour ferrer les différais outils. P, deux ponts volans , qui conduifent fur le terrein ( 64).
- 437. Tout étant difpofé, pour commencer la fabrication dans les premiers jours de mai, on attele des bœufs ou un cheval à l’arbre du levier, & on les fait conduire par un valet en tournant à droite, jufqu’à ce qu’ils fe
- ( 63 ) Planche VI , fig. 4. beaucoup moins compofée , qui eft con-
- (64) On a pu voir ci-dejjus la defcription. nue en Hollande , & dont on trouve les d’une machine pareille à celle-ci , mais détails J. 368.
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- foient accoutumés à cet exercice, & qu’ils obéifîent à la voix.
- 438- On emplit le tambour peu à peu : le manœuvre y jette d’abord deux, trois ou quatre peHes de terre grade & de fable, plus ou moins, fuivant la nature de la terre ; on y verfe aufii de l’eau félon le befoin, & on continue de même jufqu’à ce que la caille foit pleine, & que la terrre ait acquis une telle confiftance, qu’elle puilfe être moulée avec facilité. Alors on ouvre la porte du tambour, on tire la terre ; & fi elle n’eft pas fuflfifam-ment broyée, on la rejette fur les couteaux, jufqu’à ce qu’elle ait reçu toute la préparation convenable ; enforte qu’on puiffe la charger dans des brouettes pour la conduire fur la table à mouler. Si l’on ne travaille qu’à une forme , le bétail foutient toute la journée, parce qu’il fe repofe tandis que le manœuvre charrie fa terre, ou qu’il fait d’autres fondions. Si l’ar-gille eft fouple, molle, ou bien adoucie par la gelée, la calife peut être plus petite, & un fort cheval fera feul toute la befogne.
- 439- Quand on travaille à deux formes, le bétail doit être changé à midi. Il faut auiîi le double de bras ; deux manœuvres pour charrier la terre, ou tout au moins un homme & un petit garçon, pour fervir la machine. On comprend qu’il faut deux routeurs 8c deux mouleurs. Ainfi une forme occupe quatre ouvriers, & deux formes en demandent huit.
- 440. En fini fiant le travail, fur la fin de l’automne , on nettoie foigneufe-ment le tambour & les couteaux, afin qu’ils fe trouvent en état pour l’année fuivante.
- Machine à préparer la terre qui eft mife en mouvement par le moyen de Veau.
- 441. Fig. 8. Plan d’un tambour mis en mouvement par l’eau , fur une échelle double.
- Fig. 9. Profil pris fur la ligne FG.
- R, roue à l’eau , ayant au moins 6 aunes de diamettre.
- S, l’arbre de bon bois de fapin flexible ( ).
- 442. T, la caifle de deux aunes de large fur quatre de long, ou d’une dimenfion proportionnée à la grandeur de l’ouvrage. Cette caifle eft ouverte par en-haut, arrondie par en-bas comme une huche ; elle eft faite de poteaux de fapin, avec fix montans courts, entaillés dans les traverfes qui portent le fond, & attachés par en-haut avec des crampons de fer.
- 443. V, réfervoir particulier pour l’argille avant de la faire pafler aux couteaux. L’arbre eft garni de quatre à fix rangs de couteaux , rangés en fpi-
- (..65 ) G es fortes de pièces fe font en chêne.
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- raie; ils ont deux pouces de large fur un pouce d’épailfeur; ils font pointus , & un peu entaillés du côté où ils entrent dans l’arbre. Leur furface plane eft tellement difpofée, qu’elle pouife l’argille en avant, vers une piece en demi-cercle , garnie de fer, qui la conduit dehors par une ouverture garnie d’une couliilè que l’on peut voir, jig. Dans cette machine, qui ne porte point de couteaux de parois, on a coutume de mettre des lames quarrées entre les plates, parce qu’elles pouffent mieux l’argille vers l’ouverture. Mais les couteaux de parois font beaucoup meilleurs, l’argille eft mieux travaillée, comme nous le verrons plus bas, à l’occafionde la tuile.
- 444. X, le réfervoir du fable. Y, cuve remplie d’eau , à laquelle 011 peut fubftituer un grand tonneau placé dans un coin près de la foife : on le remplit au moyen d’une pompe qui puife l’eau du lac ou de la riviere.
- 445. Au-dessus de ce tambour , 011 bâtit une maifon avec un toit ; immédiatement au-delfus du réfervoir , eft une ouverture avec une porte, par laquelle on décharge les tombereaux remplis d’argille. Si ce réfervoir eft bien profond, & qu’il y ait beaucoup à monter pour conduire l’argille à la hauteur de cette ouverture, on décharge les voitures dans des machines , que l’on tire en-haut au moyen d’une corde attachée à l’arbre du tambour.
- Machine à broyer Vargille, allant à Peau , remplijfant les formes
- placées fous la caiffe.
- 446. Imaginez une roue à eau, qui peut être avec ou fans augets. L’arbre & la caiffe font comme dans la machine précédente. Sur le devant eft une place enfoncée pour l’ouvrier qui met la forme dans la couliife. A côté de celui-ci, eft un autre ouvrier qui prend la forme remplie , & qui va la vuider fur des planches capables de contenir dix briques, qui font enfuite emportées par deux manœuvres pour être rangées fur les étageres de l’angar. Près de là, fur la droite, eft une cuve remplie d’eau, pour tremper les formes avant de les placer dans la couliife. L’arbre qui repofe fur le bord de la caiffe du côté de la roue, porte à fon autre extrémité une cheville de fer, qui entre dans une plaque d’acier arrêtée fur la paroi oppofée. Près de la roue & dans une diredion parallèle, eft un levier qui pofe fur l’arbre, & qui eft foulevé par une groffe piece attachée à un des côtés de la roue. Un autre levier, formant avec le premier un angle droit, eft emboité dans l’arbre, qui doit être garni en cet endroit de cercles de fer. A l’autre extrémité de ce fécond levier, eft lié par une cheville de fer, un autre bras mobile. Devant la place du premier ouvrier, eft pratiquée une couliife pour les formes; elle a 7 ^ pouces de large. Au - deifous de la caiffe eft une ouverture, fous laquelle les formes paifent l’une après l’autre; le bout
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- de l’arbre porte mie piece en demi-cercle, qui preffe l’argille dans la forme.
- 447. Quand l’argille eft fuffifamment travaillée, 011 laide tomber le levier qui porte fur l’arbre, & qui jufques-là était relié en l’air. Un nouveau tour de roue amene la piece qui releve le levier j celui-ci tire le levier fuivant, & enfin la piece qui lui eft adhérente. Ce mouvement amene la forme fous la caiffe. Le premier venant à retomber fur l’arbre, repoulfe le fécond levier, & la piece qui le fuit fe retire, fur quoi l’on met incontinent une nouvelle forme dans la coulilfe. La longueur de la troifieme piece doit être telle que iôrfqu’elle a pouffé trois formes dans la caiffe, celle du milieu fe trouve toujours précifément fous l’ouverture du fond.
- 448. Les formes fe font de chêne ou de fapin , elles ont dans le vuide 13 pouces de longueur fur 6 \ de large, & 3 | de profondeur : les planches ont \ pouce d’épaiffeur dans le côté long & 11 pouce dans le côté court, auquel on attache une poignée.
- 449. Au moyen de cette machine, 011 peut fabriquer dans un jour une quantité très-confidérable de tuiles, pourvu "que l’argille ait été tirée à l’avance, qu’elle ait fouffertla gelée,& qu’elle foit d’ailleurs d’une bonne qualité, enforte que le travail puiffe fe continuer fans interruption. Après que la terre a paffé au travers de tous les couteaux, elle eft propre à être moulée , fur-tout fi la caiffe a de 4 à f aunes de long } ce qui dépend de la quantité d’eau. Pour fabriquer 4400 bonnes briques par jour, il faut quatre rouleurs , deux manœuvres pour jeter la terre & le fable dans la caiffe , un pour gliffer les formes dans la couliffe, un autre pour les en tirer, un pour vuider les formes, & quatre à fix ouvriers pour porter les briques au féchoirren tout, de treize à quinze ouvriers. 111 eft clair que cette machine diminue confidérablement la main - d’œuvre i on peut même fe paffer du mouleur (66).
- (66) Toutes ces machines à pétrir la terre trouveront peut-être peu d’imitateurs. Ce n’eft pas que la terre foit plus fouple dans la plupart des endroits , & qu’elle ait moins befoin d’être travaillée. On trouvera en général que dans la plupart des tuileries & briqueteries on néglige cette première préparation, qui eft cependant très - effentielle. Tel eft le jugement que porte M* Schreber de toutes les tuileries d’Allemagne *, & l’on a pu voir , par ce que j’ai dit ci-deffus , que ce défaut eft commun dans nos briqueteries de SuiiTe Le hoyau , ou la beche, dont on fc ferü pour broyer
- Tome IV.
- la terre , eft un excellent inftrument, mais on ne s'en fert pas toujours avec affez de foin. Le tambour de M. ijnblad , eft une machine trop coûteufe ; elle exige un grand nombre d’ouvriers , & elle prend une place très-conftdérable. On peut faire contre cette machine, la même objection que l’on a faite contre la méthode de faire pétrir la terre par des bœufs. La terre eft remplie de mottes, qu’il faut féparer de la maffe. La machine ne faurait trier ces mottes , non plus que les bœufs ; au lieu que le marcheur, qui les fent fous fes pieds , ne manque pas de les jeter
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- Des an gars.
- 4^0. On peut donner aux angars (67), différentes formes qu’il ferait trop long de décrire. Je m’en tiendrai aux principales.
- 451. Autrefois, on fabriquait dans l’angar, fur le fol même, qu’on avait foin d’applanir. On te fait encore a&uellement par-tout où il 11’y a pas de planches. Mais ces angars exigent plus dé placé; les toits qui font fort étendus exigent des réparations ; c’eft pour cela qu’011 préféré d y conftruire un plancher , & l’on a trouvé le moyen d’y faire entrer le double de briques. Pour cet effet, on a pratiqué fous le même toit trois ou quatre étages, qui peuvent contenir, dans un terrein beaucoup moins vafte, une immen-fité de tuiles.
- 452. Si l’on a befoin, pour commencer, de conftruire promptement un bâtiment qui 11’exige pas beaucoup de frais, on place fur de groffes pierres enfoncées en terre, des poutres de treize aunes de long, liées par en-haut avec leurs traverfes. Ges poutres font à f ou 6pieds de diftance les unes des autres ; & on les recouvre d’un toit de paille. Il relie au bas, entre le plancher & la ramure du toit, un efpace de 1 | aune , que l’on couvre , pendant la fabrication, de branches de fapin ou de genievre. Dès que le travail eft fini, on enleve ces branches pour laiffer un libre cours à l’air extérieur. On creufe de petits foffés fous les gouttières, pour que l’eau n’endommage pas les poutres ni les tuiles. Mais cette maniéré de bâtir eft fort peu folide , les poutres pourriffent aifément parle bout, quoiqu’on ait foin de les revêtir de planches, par-tout où elles font hors de terre. Voici comment j’ai cherché à la corriger.
- 453. On voit, planche VI, fig. 3 , la coupe de profil d’un angar. UU,
- hors de la foffe. 11 eft vrai que les cou-teaux les coupent, mais' il fe forme de plus petites mottes qui. ne font pas moins dangereufes. 11 faudrait beaucoup d’expériences, pour décider, jufqu’à quel point une machine de ce genre ferait utile dans nos tuileries.
- La houe ou pioche dont on fe fert en Allemagne , a une forme particulière : le manche eft d’une longueur moyenne ; l’inftrument confifte dans une plaque de fer , courbée en demi-cylindre , avec des bords parallèles : le manche eft attaché perpendiculairement au milieu du demi-cercle du bord oppofé au tranchant. On
- faifit ce manche avec les deux mains, & l’on fait gibier légèrement la houe fur la furface del’argille, enforte qu’on n’enleve qu’une petite couche de matière à la fois : ce qu’on continue jufqu’à ce qu’on ait travaillé toute la maffe. La figure de cet inftrument fe voit en S, planche VI ,Jig. 10. On l’appelle en allemand Schrothaue. La pioche de Suilfe , dont j’ai fait mention ci. deiïus , note 1 ) , page 12 , fert 'au même ulàge, & me femble plus propre à expédier l’ouvrage.
- ( 67 ) Lcféchoir eft un angar deftiné à fécher les briques ou les tuiles.
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- deux rangs de colonnes, éloignées lune de l’autre de io à 12 aunes fur la largeur, de 5 à 6 aunes fur la longueur. Elles font enfoncées dans la terre & garnies en maçonnerie. On y a pratiqué de chaque côté une cliantignole. Sur les colonnes font arrêtés les entraits X ; & fur les poutres , font des bois de 8 à 9 aunes de long, avec leurs traverfes Y. Telle eft la charpente des angars ordinaires , où l’on feche les briques fur des étageres. Il faut obfer-ver encore, que fur le côté intérieur des colonnes, on cloue deux à trois fortes lattes,pour fupporter les étageres.
- 474. On fait avili des angars qui n’ont qu’un faîte lîmple, qui commence à trois aunes du plancher. Les colonnes font placées à 15 ou 16 aunes de diftance * le toit eh couvert de paillaifons , ou de paquets de rofeaux, ou même de branches de genievre & de lapin, qui doivent être arrangées de façon qu’on puilfe les ôter pour donner un libre palfage à l’air extérieur.
- 45"f. Si l’angar eft bâti dans un lieu élevé, & expofé à tous les vents , on peut, dans de petits ouvrages , fe contenter d’un limple toit, qui coûte très-peu. Pour cet effet on met fur les côtés, des chevrons courts Z , dont l’extrémité fupérieure vient aboutir à latraverfe Y, & fe pofe en droite ligne avec les chevrons fupérieurs. Onbrife ainli le chevron en deux parties , a fin. de pouvoir remplacer fans beaucoup de dérangement, l’extrémité inférieure qui eft fujette à fe pourrir.
- 4<j6. Planche VI ,/g. 11, plan d’un angar, avec des planches non clouées * & un étage dans la charpente.
- Fig. 12, élévation du même angar, vu dans le côté le plus long.
- Fig. 13 , profil dans le petit côté.
- 4^7. A, rangée extérieure de piliers, diftans en travers de feize aunei l’une de l’autre. La longueur doit être proportionnée à celle des briques : elle eft ici fuppofé de huit aunes ; par conféquent les piliers font à quatre aunes l’un de l’autre , en comptant depuis le milieu. Au milieu de l’angar font des piliers plus courts B C, entre lefquels on laiffe une allée de quatre aunes de large. D, blochets entaillés dans les piliers extérieurs à cinq aunes du fol. E„ fupports liés à la colonne du milieu, de maniéré que la partie fupérieure eft à 3 J aunes du fol. F, bras entaillés dans les piliers extérieurs , à la même-hauteur que les précédens, fur lefquels repofent les traverfes C , qui portent le plancher fupérieur : fur ceux-ci font pofés les empanons qui font liés par le côté avec les chevrons, comme 011 peut le voir dans le profil. Il refte ainli fous le plancher fupérieur , une ouverture de J d’aunes , pour laiffer un libre paffage.à l’air. Entre les colonnes, on fulpend avec des pommelles, des planches étroites. La partie inférieure eft aufli garnie d’1111 côté, de planches de 2 | aunes de large : le relie eft fermé de planches. Dans le bas de l’angar on cloue aux piliers AB & AC, trois rangées de fortes lattes à la dil-
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- tance. de trois quarts d’aune, & l’on pofe deflus*des planches de huit aunes»
- 458- Lorsqu’on veut fabriquer des briques, on commence par pofer fur le fol 4 ou 5 briques en largeur: on prend fur les étageres des plan* chettes vuides , & on les étend fur trois lattes , quatre à la fois en largeur} on les faupoudre de fin fable , & on y range des briques à mefure qu’on les moule. On continue ainfi.jufqu’à ce qu’on ait rempli les deux étageres de part & d’autre de la grande allée. Après .quoi on enleve la table T, pour-la tranlporter ailleurs. Depuis le tambour , fur l’étage fupérieur , on pratique un pont volant, pour conduire la terre dans une brouette. Si ce pont eft un peu roide , on y cloue des petits morceaux de lattes, fur lefquels le rouleur peut marcher, en laifiant au milieu un elpace pour la roue.
- Contenance et un pareil angar, & calcul des planches nccejjaires pour le
- confiruire.
- 459. Dans un elpace de \6 aunes, qui eft la largeur de l’angar inférieur, on peut placer 53 briques : &en comptant trois rangs de briques pour une longueur de deux aunes , il refte encore allez de place pour la table du mouleur. Ainfi un angar capable de contenir 15000 briques, doit avoir 188 aunes de long. C’eft le moins qu’on puilfe compter pour une forme , même dans la meilleure fàifon, Ci l’on 11e le fert que de l’étage inférieur. Que fi l’on y met par-deifus, comme le'montre le profil., un étage de 14 aunes de large, on y placera par conféquent 47 briques ; & pbur en ranger 15000, il faudra une longueur de 212 aunes. Additionnant 188 & 212, & prenant un nombre moyen, on trouvera 200 aunes pour la longueur d’un angar, contenant dans les deux étages 30000 briques : ce qui peut fuffire pour deux formes 5 &Ia moitié, 100 aunes, fuffirait à la rigueur pour une leule forme.
- 460. Sur le plancher inférieur del’angar, on peut placer 216 briques 3 & en failant fix rangées , cela fait 1296". Sur une longueur de IOO' aunes , on arrangera douze tablettes & demie , qui porteront 15552 briques, ce qui eft beaucoup au-delà de ce que peuvent porter les deux étages.
- 461. On conçoit l’avantage de la difpofition que je viens d’indiquer. Au lieu d’un angar de 188 aunes de long, il ne faut que 50 aunes pour 15006 briques, ou IOO aunes pour 3000. Il y a donc beaucoup d’économie pour l’entretien du toit, & labâtilfe même demande infiniment moins de planches.
- 462. Chaque étagere del’angar exige une douzaine de planches de 8 aunes par conféquent une longueur de 100 aunes en demande 75 douzaines.
- 463. L’ÉTAGE fupérieur prendra 3 6 douzaines de doubles planches de huit aimes. Il faudra auffi 2300 doux de quatre à cinq pouces, pour les arrêter*
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- 464. On a l’incommodité de né pouvoir pas dreffer avec la main les briques qui font fur le milieu des tablettes i il faut fe fervir d’une efpece de croife avec un manche. Il eft aufîi néceffaire d’empêcher qu’.on ne vole les planches qui ne font point clouées ; pour cet effet les ouvriers fe logent en été le plus près de l’angar qu’il eft poliîble j en hiver on a foin de le tenir fermé.
- 465. Si l’on voulait couvrir l’angar d’un toit de planches, il faudrait y mettre , outre les poutres ordinaires, 11 douzaines de petits chevrons de 8 aunes, fur lefquels on cloue les planches. Si l’on veut un iimple toit, en comptant trois largeurs de planche pour une aune , il faudra 100 douzaines de planches de 6 à 7 aunes & 72O0 doux de quatre pouces. Si les planches doivent être doubles , il en faudrait 160 douzaines & 11500 doux. Ces fortes de toits coûtent beaucoup de façon ; il faut beaucoup de goudron pour les enduire, & cette opération doit être fréquemment répétée : malgré cela, fi les planches ne font pas d’une qualité fupérieure, un toit dure à peine 30 ans. Au contraire, une couverture de paille fublifte le double de ce tems ; mais rien n’eft mieux qu’une couverture de roféaux, qui peut durer au-delà d’un fiecle. Cette forte de toit mérite d’être recommandée, non-feulement pour des briqueteries , mais aufii pour les divers bâtimens champêtres.
- 466. Les toits couverts de tuiles font toujours les plus furs & les plus durables! Si l’on fabrique les tuiles dans la manufacture, il en coûte moins d’argent. Il faut 15 milliers de tuiles, 52 douzaines de lattes de 8
- 'aunes de long, & 3200 doux à lattes j mais comme le faîtage doit être plus fort., il demande le double de chevrons.
- 467. Cinquante planches fortes1 de 4 aunes fur 2f aunes de large, exigent 40 douzaines de lambris fimples de 8 aunes : 4 planchers fortes pour le pignon exigent 3 douzaines de lambris fimples de fix aunes, 3 milliers de doux de 4pouces, 4 paires de crochets & d’anneaux , enfin 54 paires de pentures avec leurs loquets.
- 4^8- Pour 2g planches étroites de 8 aunes de long, & de trois largeurs de la planche, il faut 7 douzaines de lambris & 500 doux, 28 paires de crochets avec leurs anneaux, & autant de pentures avec leurs crochets. *
- 469. On fait une fécondé forte d’angar, dont voici le plan & les dimen-.' fions. Les piliers extérieurs font placés à 4 ou 5 aunes l’un de l’autre. Les blochets, dans lelquels font entaillés les piliers, fe trouvent à 3 \ aunes du fol : au-deffus font les traverfes ou fablieres , dans lefquelles font entaillés par en-bas les chevrons qui entrent dans la traverfe lupérieure. ïîs font garnis au bout avec des bandes croifées : les pièces qui fupportent les «ablettes, ont 4 aunes\ de long: on y a entaillé 3 montans, à 1 faune de diftance l’un de l’autre. Les piliers du milieu ont ~ aune de large &„£ pouces d’épaiffeur 5 ils portent de. chaque côté 5 entailles de 3 pouces de profon-
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- .no .H A R T ' mu TUILIERS
- deur & d’une demi aune de hauteur de l’une à l’autre. Les piliers de côté ont 6 pouces d’épaiifeur, mais feulement 9 pouces de large, avec des entailles de trois pouces feulement d’un côté , qui doivent avoir la même hauteur que celles dont on vient de parler. Pour donner quelque folidité à ces piliers, 011 p.ofe fur les fablieres flx rangs de folives , de maniéré que chacune vienne aboutir à un des rangs de piliers, auxquels elles font entaillées & attachées avec des doux. Les étageres font faites de planches renforcées, de fept aunes , lefquelles doivent être clouées enfemble fur trois liftes , dont chacune eft vis-à-vis d’une colonne. Les cinq rangs d’étageres repofent fur les,entailles faites dans les montans. Leur largeur eft de J d’aune entre les étageres : il refte des allées de § d’aune de large. On a aufli des montans qui portent fix rangs d’étageres, & dont les entailles ne font qu’à dix pouces les unes des autres.
- 470. Lorsque l’on veut fabriquer dans un angar ainfi dilpofé, on empile les planchettes fur les étageres du milieu. On place la table du mouleur -T. dans l’allée principale , vis-à-vis de l’allée detraverfe. Cette table à 3 | aunes de long, 2 de large, & 1 aune 3 pouces de haut : elle doit être faite de fortes planches j & le pied, de piliers bien folides, avec croifée & traverfe. Sur l’un des cotés , 011 fait déborder deux montans > de maniéré à pouvoir y arrêter un vafe à tenir- de l’eau, qui doit être long & un peu plus grand que la forme. De part & d’autre font clouées de courtes planches avec des liftes de tous côtés, entre lefquelles fe pofe la forme pour mouler : après quoi l’ouvrier la pouffe en avant, par-deifus le baquet pofé fous la table, pour recevoir tous les’ égouts, afin de garantir le plancher.
- 471. Pour que le chercheur amené l’argiile jufques fur la table, on a difpofé une planche alfez forte & alfez large, qui repofe par le milieu fur un morçeau de bois d’une hauteur convenable, & qui va depuis le tambour jufques fur çette table.
- 472. On place d’abord une rangée de briques fous les étageres, lur le plancher:» on abailfe enduite fur les entailles la première étagere, en commençant par le bas j on la fiupoudre de fable, & 011 la garnit de briques ; 011 continue de même fur la fécondé, troifieme, quatrième & cinquième étageres ; on remplit de même les allées de traverfe ; enfin on garnit aufli la grande allée. Pour pouvoir commodément placer les briques fur les étageres du haut, il faut avoir une efcabelle fur laquelle le rechercheur monte lorfqu’il veut vuider la forme.
- 473. Un ouvrier peut fabriquer dans un jour 1000 briques ( 6# ) & 100 pat-delfus’, pour le déchet de celles qui fe cafteront au féchoir ou dans le
- 1 ( 68 ) ^Comparez ce travail d’un mou- français, tel que l’indique M. Fourcroy , leur fuédois, avec celui d’un .mouleur page 40 , §. 173 & fuiv.
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- ET D U :B R I QU E TI E R. lit
- fourneau. Dans les tuileries où Ton travaille à une feule forme, le cuifeur elt obligé de livrer 1000 briques bien cuites pour chaque journée du mouleur, li eft toujours plus avantageux d’accorder ainfi avec le cuifeur, à raifoiv d’une fomme fixe pour chaque millier de briques recevablesfur quoi il, eft chargé de payer tous les autres ouvriers. De cette maniéré , cet ouvrier eft obligé d’avoir une infpeétion exa&e fur toutes les manipulations depuis le commencement de la cuite. . (
- 474. Aussi-tôt que cela peutfe faire, on dreffe fur le côté les briques qui font fur le plancher & les étageres , & incontinent on a foin d’ouvrir toutes les lucarnes : dès que la brique a été dreffée, elle ne fe calfe plus. La principale caufe qui fait éclater les briques , c’eft que ,1a furface fupérieure îeche plus promptement que l’inférieure. Pour prévenir ce dommage, on • faupoudre les planches de .fable, qui attire l’humidité & hâte le delféche-' ment de ce côté-là. Quand les briques font à moitié feches, on les entaffe 8c 6n les pare avec le couteau. On forme dans les allées des piles de dix briques (69). On les conduit alors dans le magafîn, s’il elt à portée, dans des brouettes 5 s’il eft plus éloigné, dans des tombereaux attelés d’un cheval (70).-. Il faut par conféquent qu’il refte dans la grande allée aife2 de place pour qu’on puilfe y palier librement. Les briques qui font fur les tablettes , n’ont, pas befoin d’être parées : on les conduit droit au magafin, où l’on en forme des haies de 13 briques de hauteur, en obfervant de placer toujours les plus feches par en-bas. Celles qui font entièrement fedhes font arrangées auprès du fourneau. Un ouvrier doit chaque jour faire de la place pour deux formes, ou voiturer 2200 briques. Celles qui font brifées & tourmentées fe jettent en tas près du tambour, où elles fe dégradent pendant l’hiver, enforte qu’au printems on peut remettre cette terre dans la foffe. Une femme , ou un enfant peut parer & arranger icoo briques par jour.
- De la quantité de briques contenues dans ces angars, & des bois nL cejfaires pour leur conjlruiïion.
- 47S- Sur chaque étagere de la longueur & largeur déterminées ci-deiïus,
- (69) G’eft ce qu’on nomme en France des France des haies. poignées, qui ne font que de quatre tuiles.. ( 70 ) En Allemagne & en SuiiTe , on n’a
- En Allemagne on les appelle Bocker. Ces point de magafin particulier pour refferrèr paquets ne font d’abord que de fix briques, les briques feches. Pour épargner le terrcin,
- & on les augmente fucceffivement jufqu’à les frais de bâtiffe & de réparations, & douze. Après que les briques ont été de le falaire d’un grand nombre ,d’ouvriers né-cette maniéré jufques à leur parfaite def- ceffaires pour porter & rapporter les bri-fication , on les range en tas de ; à 400 ques , tout fe fait dans le même angar. briques, que l’on appelle Stocke, & en
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- ou place fo briques, par conféquent 2fo fur cinq étageres, & foo pour la double rangée. L’angar fuppofé de iooaunes, peut contenir 18 doubles rangées d’étageres, de s deux côtés de la grande allée, en donnant cinq quarts d’aune à chaque allée de traverfe. On placera donc 18000 briques dans tout l’angar, ce qui eft le double de ce qu’on pourrait arranger fur l’aire, Ainiî cette dilpolition procure les mêmes avantages que la première j mais elle exige beaucoup plus de travail & de frais, les piliers occupent beaucoup plus de place j mais le porteur a bien moins de peine , parce qu’il eft plus aile d’abailfer les étageres que de porter d’un endroit à l’autre des planchettes détachées.
- 47^ Pour conftruire ces étageres & leur fupport, il faut 108 pièces plus courtes pour les traverfes d’en-bas, 108 piliers larges, 216 plus étroits, f4folives de 12 aunes, 324 doux de 8 pouces,
- 477. Les 3do étageres confirmeront 120 douzaines de planches de 7 aunes » 1008 liftes, & 84do doux de 4 pouces.
- 478. Cinquante auvens de quatre aunes fur 3 f de large, emploieront ar douzaines de lambris de 8 aunes ; & quatre auvens de daunes, au faite , 3 5 douzaines ; outre f 4 paires de crochets & d’anneaux, 2 foo doux de 4 pouces, & f4 paires de gonds & de pommelles. Pour doubler le faîte , il faut encore f dôïizaines de planches de 8 aunes , & 500 doux de 4 pouces.
- 479. M. Wijnblad donne encore le plan d’un autre angar, qui ne différé du premier qu’il a décrit, qu’en ce qu’on y met de chaque coté une rangée de piliers de plus. Pour épargner la place, on a placé ces piliers dans leur longueur, à trois aunes de diftance les uns des autres , parce qu’on eft obligé de n’y mettre que des étageres limples. Pour cet effet, on cloue à chaque pilier cinq fortes lattes , à demi-aune de diftance les unes des autres, on coupe ces lattes de trois aunes de long, enforte que les bouts paffent de part & d’autre du pilier, de la valeur de trois quarts d’aune. C’eft fur ces lattes que l’on place les étageres : elles ont trois aunes & demie de long, & font compofées de deux planches affemblées par des liftes. On peut placer fur chacune , dix briques que deux manœuvres y tranfportent depuis l’angar. Pour épargner les lattes, les étageres de devant repofent par un bout fur celles de derrière. Les allées & le plancher d’en-haut font auili jiicceflîvement couverts de briques qu’on y tranlporte fur des brouettes. .On voit un angar de cette forme dans la tuilerie d’Ulfwa, qui appartient à l’uni verlité d’Upfal * mais les allées de traverfe font plus étroites.
- 480. Un angar tel que celui que je viens de décrire ne contient pas autai& de briques fur les étageres , que le précédent. C’eft ce qui m’a fait imaginer une autre dilpolition, qui revient à la fécondé elpece d’angar que j’ai décrit §. 469 & fuiv. Les piliers font placés à cinq aunes de diftance. Les lattes
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- ont quatre aunes & demie de long; elles font appuyées par un bout fur des piliers étroits de cinq à fix pouces en quaçré , fur lefquels ces lattes font arrêtées avec des doux. C’eft là-delfus que l’on peut pofer deux étageres ; ou lî l’on fabrique dans l’angar même, on fe contente d’y pofer des bouts de planches de fix aunes de long, fur fept pouces & demi de large. On les met d’abord tous les cinq l’un fur l’autre, auprès des colonnes où ils doivent être placés, après quoi on commence à remplir celle d’en-bas. Chaque planche porte une brique de largeur & neuf de longueur , ce qui fait quarante-cinq briques furies cinq étageres. Si pour la commodité, on prend des planches de fix aunes & demie de long , il y a de la place pour cinquante briques fur les cinq étageres. Cette forte d’angar eft plus commode que les précédens, parce qu’on peut mieux ranger & relever les briques. Les planches font plus faciles à mefure qu’on avance dans la fabrication. Les étageres ont communément le défaut de fe courber par l’humidité ; celles-ci , qu’on peut mettre à l’air , ne font pas fujettes à cet inconvénient.
- Devis de la quantité de briques qui fe logent dans cet angar, & du nombre des planches nécef aires pour le bâtir.
- 481. Chaque étagere porte dix briques, partant cinq étageres cinquante briques, & deux cents briques fur les étageres des deux côtés des trois piliers. Sur une longueur de cent aunes, on peut élever vingt-huit rangs d’étageres de part & d’autre de la grande allée, fi les rangées des piliers font à la dif. tance de trois aunes les unes des autres. Donc toutes les étageres porteront 11200 briques.
- 482. Pour faire 1120 étageres de trois aunes & demie de long fur deux planches de large, il faut 9 f douzaines & demie de planches de fept aunes, 2240 courtes liftes , 840 lattes de deux aunes , 1680 doux de fix pouces, & 9000 de quatre pouces. Il y a dans la fécondé difpofition dix-huit doubles rangées d’étageres, de chaque côté de la grande allée, qui contiennent dix étageres, portant 4^ briques : ce qui fait 4^0 pour la rangée, en tout 16200 briques. Si l’on a des étageres de fix aunes & demie , elles porteront fo briques, en tout 18000 briques, comme je l’ai dit ci-devant.
- 483. Pour toutes ces étageres, il faut 150 douzaines de planches de fix à fept aunes , 5^40 lattes de quatre aunes & demie , 108 pièces de bois de charpente de neuf aunes, pour en faire 216 petits foutiens, & enfin 1620 doux de fix pouces.
- 484. La longueur des lambris pour doublage doit être proportionnée à la diftance des piliers ; il faut donc ici des lambris de fix aunes. Il en eft de même des auvents, qui, pour plus de commodité, doivent être arrangés'de
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- maniéré que chaque ouverture foit fermée par deux venteaux, dont Fuîi s’abaiife par en - bas , & l’autre sféleve & foit accroché avec une boucle. Les petites lucarnes fupérieures , placées immédiatement fous le toit, s’ouvrent aufli en-bas. De cette maniéré, en faifant par-tout des portes & des auvents , l’angar peut être exactement' fermé 5 mais les frais font coniidérablesà caufé de la quantité de planches. >
- De Futilité des fourneaux bien dirigés pour économifer le bois*
- 48 L Quand on coüfidere combien il faut de charbon & de bois à brûler pour l’exploitation dés mines & l’entretien des hauts-fourneaux ; combien ôn confomme de bois dé charpente, planches, lattes & matériaux à bâtir; combien on en emploie annuellement pour les haies, les perches , le bois à brûler, pour l’affocagte des villes & des campagnes ; on ne conçoit pas comment nos forêts peuvent fournir à tant d’objets, fur-tout en conlidérant qu’elles font abandonnées à la limplenature. Cette négligence a fait, & peut faire encore dans la fuite * que des diftriCls confidérablès , où croiifaient autrefois les plus beaux bois , ne font plus que des déferts ; enforte que les ha-bitans des contrées voilines font réduits à aller chercher fort loin le bois qui eft leur néceffaire.
- 486. C’est pour remédier à cette difette, que l’on a conftruit dans
- $lufieurs endroits les ponts & les haies en briques , & qu’on a encouragé les habitans à bâtir leurs maifons de la même maniéré. r .
- 487. Mais', pour cuire la brique fuivant la méthode ordinaire, il a fallu jufqu’à préfent une grande quantité de bois ; enforte que dans les lieux où le bois commence à manquer, on ne pourra pas continuer à fabriquer, beaucoup moins encore établir de nouvelles briqueteries. O11 ne pourra donc pas encourager la méthode de bâtir en briques, à moins qu’on ne trouve le moyen d’économifer le bois dans cette fabrication.
- 488- La plupart de nos fourneaux à briques font ouverts par-devant. Ils confument plus de bois , àmefure que la chaleur fe diflipe plus promptement , fans avoir produit tout l’effet qu’telle pouvait produire. Il eft vrai qu’on a la précaution d’enduire le delfus du fourneau avec de l’argille (71) ; mais on n’eft pas en état de maîtrifer le feu. Les briques fe cuifent inégalement, quoique la chaleur foit un peu plus concentrée.
- 489- Les fours voûtés confument un peu moins de bois ; mais 011 rencontre toujours le même inconvénient ; une partie des briques 11’acheve pas de fè
- (70 En Allemagne, on enduit les four, ment couverte; mais cela ne fert que juf-îieaux ouverts avec du fable ou de la terre , qu’à ce que le feu foit tout-à-fait allumé, enforte que la partie fupérieure eft entière-
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- «uire. On n’a pas fu, em ouvrant & fermant à propos le$ canaux des voûtes, gouverner le feu de maniéré que toutes les briques reçoivent depuis le commencement de la cuite jufqifa la fin, une chaleur uniforme. Il eft cependant aifé de concevoir que les briques qui ont été d’abord pénétrées de la chaleur, doivent être mieux 'cuites que celles qui ont rougi plus tard, & qui ont éprouvé dans la fuite une chaleur inégale.-Malgré l’évidence de ces obfervations, on a procédé dans cette opération avec une extrême négligence ; on s’eft conduit d’après la routine & fur des à-peu-près, au lieu de confulter le raifonnement, qui aurait montré fans beaucoup d’efforts la maniéré de cuire les briques également & bien , dans quelque endroit du fourneau qu’elles fe trouvent placées. Ilne faut pas s’étonner fi laconfom-mation dubois eft fi confidérable ; on entretient dans difcontinuer un feu très-violent dans de grandes bouches ouvertes, depuis le moment où la vapeur de l’eau commence à s’élever en fumée , jufqu’à ce que la cuite foit achevée: ce qui fait l’e{pace • de huit à dix fois vingt-quatre heures &plus, félon lanature.de l’argille & la largeur du fourneau. . ; ,
- 490. On compte communément,une corde (72) de bois en bûches, ou uite demi pile (73) pour chaque millier-de briques. Si l’on en emploie un peu moins dans les fourneaux voûtés , il'en faut d’autant plus dans ceux qui font jpuverts, enforte que le tout va bien au-delà d’une corde par millier. Il eft incroyable combien de bois il fe bride annuellement dans tout le royaume, pour l’entretien des tuileries. On en jugerait mieux, fi l’on pouvait fe procurer une fpécification''exa&é.'Si donc l’on peut en épargner la moitié , comme la chofe eft à coup fùr pôffible, cette quantité de bois fait un objet très-confidérable, auquel il faut fonger férieufement.
- 491. Quelques propriétaires de tuileries ont imité certaines pratiques étrangères qui économifent beaucoup de bois, & ces mefures ont déjà 'diminué la difette dont on commençait à fe plaindre. Mais le nombre des perfonnes qui réfléchiffent eft bien petit ; enforte que le public n’a point encore reiTenti les bons effets de leurs foins. J’ai cru qu’il était de mon ..devoir de publier ce que j’ai appris de l’expérience à cet égard5 j’ai tâché de donner une inftruction aufll complété qu’il ma étépoflible, fur les moyens de faire dans nos tuileries une économie aufli confidérable. J’efpere que d’autres fe laifferont déterminer par cet exemple à entreprendre le même travail dans les diverfes provinces du royaume : ce qui répandra de plus en plus l’ufage de bâtir en briques , fur-tout dans les lieux où l’on peut fe pro-
- (72) 11 faudrait fa voir le rapport de cette & je n’ai pu me procurer cette connaiflance. jnefure avec celles de Frances & de Suiffe, ( 7} ) En fuédois Stafrum.
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- curer de la chaux. Le moyen le plus fimple de rendre générale cette maniéré de bâtir, ce ferait de réunir un certain nombre de particuliers , o u de communautés voifin.es, pour établir de petites briqueteries, qu’ils pourraient exploiter en commun, en employant pour cela leur bétail & leurs domef-tiques. Pour épargner les frais & le travail, on commencerait par de petits fourneaux ouverts & avec des murs fort minces ; mais on peut très-aifément les dilpofer de façon qu’ils rendront le même ferviçe que s’ils étaient voûtés. Dans certains endroits , les payfans fabriquent ce qu’il leur faut de briques, dans leurs granges, & ils les cuiifent dans des foifes ; ou dans de petits fours. Ces gens-là connailfent les principales manipulations de ce travail, il ne s’agirait que de construire dans chaque village un ou plulieurs petits tambours, dont deux ou trois voilins pourraient fe fervir. Cela exigerait peu de frais ; un fourneau à deux bouches fuffirait pour un aifez grand nombre de gens (74).
- ( 74 ) En plufieurs endroits, & pour „ éviter les frais, on conftruit les fourneaux „ avec des briques féchées au foleil , & l’on „ s’en trouve très-bien. La voûte même peut „ être faite de ces briques; elle ne laide pas » d’être aufTi bonne & aufli durable que fi les „ briques avaient été cuices. M. Schreber en „ appelle à fa propre expérience , & au té- „ moignage d’un économe très-entendu , qui ,, lui a donné les détails fuivans fur la conf- „ truétion d’une autre forte de fourneaux.
- cc On peut fe procurer à bon marché , „
- 33 & fans briques, un four à cuire la tuile » 3, très-bon & folide.On le conftruit de terre „ ,3 grade mêlée avec de la paille bien ha- „ ,3 chée , en égale portion. On pétrit bien „ 33 le tout enfemble, comme pour faire des ,3
- 33 murs de torchis ; mais il ne faut pas „
- s, l’employer fi mouillée. On la laide pen. „ 33 dint une demi journée au moins au „
- 35- grand air & au foleil, avant de l’em- „
- 33 ployer. On la leve alors en gros mor- „ 33 ceaux, tant qu’un homme en peut manier „ 3, à la fois, & on pade ces mafies en croix „ 33 l’une fur l’autre , obfervant de bien n 33 égalifer les parois de part & d’autre. Ces „ 33 parois doivent avoir pour la première „ 3, couche cinq quarts d’aune de haut, fur ,3 33 deux aunes de large dans les fondemens. „ 3, On laide repofer cette couche pendant „
- 8 àro jours, après quoi on fait delaméme maniéré une fecopde couche d’une aune ou cinq quarts d’aune en hauteur. On éleve cet ouvrage en talut dans la partie extérieure, enforte que cette fécondé couche n’a plus qu’une aune & demie d’épailfeur. On rend l’intérieur bien égal & perpendiculaire , & on le laide fé-cher pendant huit jours. On continue de la même façon une troifieme & quatrième couche , jufqu’à ce que le fourneau ait atteint la hauteur ordinaire de cinq à fix aunes ; les parois auront encore par le haut deux à trois quarts d’aune d’épaideur, Ce fourneau doit avoir un toit comme tous les autres. Il eft aifé de le faire mobile ; enforte qu’au moyen des rouleaux fur lefquels il ferait pofé , on pourrait le mettre en place & le reculer quand il ferait inutile. Far ce moyen on eft difpenfé de l’élever autant, & il eft à l’abri de tout danger de feu , parce qu’on ne le remet fur le fourneau qu’après que le feu eft éteint. Une expérience de plufieurs années m’a con-vaincu que cette forte de fourneau eft plus durable & meilleure que les fourneaux bâtis de briques & de pierres. Les briques fe confirment bientôt, & le fourneau a befoin de fréquentes réparations.,
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- 492. On fait qu’il ne faut pas, à beaucoup près, autant d’art pour élever un mur de briques que pour conftruire une paroi de charpente. Il n’eft donc point impoiiible d’accoutumer en très-peu de tems nos payfans à ce travail, comme ils ont acquis l’habitude de faire l’autre. Il ne s’agirait que de recevoir dans chaque paroiife un maître maçon qui travaillerait avec les pay fans, moyennant une rétribution modique , & qui pourrait inf-truire ceux qui auraient envie d’apprendre ce métier. Le point effentiel eft de ne pas fe lailfer décourager, &de fournir au payfan l’occafïon d’avoir des matériaux à bon compte. Il faut très-peu de chaux pour des maifons bafles comme celles de la campagne, fur-tout Ci l’oil maçonne avec de bonne argille mêlée de labié. Les briques étant bien cuites, il ne s’agit que d’enduire les joints de chaux, & il n’y a befoin d’aucun autre plâtre.
- 493. Le premier & principal point, c’eft de bâtir de bons fours. Pour cet effet, ils demandent une conftru&ion un peu différente, fur-tout pour les bouches & les galeries. Je vais en donner les détails.
- Explication des figures relatives aux fourneaux à briques
- Planche. VIII, fig. I. Plan d’un four à deux bouches. Il a dans l’œuvre 10 aunes de long, 5 de large, 8 de haut par-deffous les voûtes. Il eft conf-truit de quartiers de pierre , & revêtu intérieurement de trois côtés , d’un mur de briques d’une demi aune d’épaiffeur.
- Fig. 2. Coupe du fourneau & de l’angar pris fur la longueur. On; voit auffi le développement de hangar & de la charpente.
- Fig. 3. Coupe du même fourneau prife fur la largeur. Elle montre l’intérieur du comble, les deux murs de parois , avec les deux bouches, les galeries , les voûtes & la charpente.
- Fig. 4. Plan de la voûte vue par en-haut. On y a marqué tout les évents, au nombre de vingt-cinq, avec les piliers qui portent la chapente.
- Fig. 5. Vue des bouches par dehors. Pour plus de netteté 011 les a deffi-nées fur une échelle quatre fois plus grande.
- Fig. 6. Profil d’un four rempli de briques. On y peut remarquer auffi l’intérieur des bouches, & les évents par-deffous la voûte. Cette figure eft fur la grande échelle.
- „ ce qui n’arrive pas félon ma méthode. „ le fourneau eft bien fec , on en tire le 3, Les bouches & les arches dans lefquelles „ centre ; la voûte tient auffi bien que fi „ on fait le feu, n’ont pas befoin d’être „ l’on y avait employé la plus belle archi-„ voûtées en briques. On applique fur un „ tedture, & elle n’a befoin d’aucune répa-
- ceintre en demi-cercle le même mélange „ ration. Voyez Schlcjifche occon. Sarnm-x de terre graffe & de paille; & dès que „ lung. Part. I, pag, 489 5 49°-
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- Fig. 7. Portion du plan du même fourneau, où l’on peut voir comment on difpofe tout à l’entour une couronne de briques qui fe croifent.
- 494. A , les bouches (75) de '19 pouces de large & 1 { aune de hauteur.
- 49B, le mur de réparation entre les deux bouches, d’une aune & demie, ou d’une aune trois quarts de large.
- 496. C, les bancs, ou parois latérales des galeries, hauts en-dedans d’un quart d’aune, mais un peu plus étroits que le mur de réparation ; enforte que les galeries intérieures D aient 21 pouces entre les bancs.
- 497. E, rangée de briques adhérente au mur. Suivant la nouvelle méthode , elle ne doit pas avoir plus de douze à treize pouces ; on 11’y mettra qu’un fîmple rang de briques, afin que le feu monte plus aifément & en ligne perpendiculaire jufqu’aux évents , & que les briques fe cuifent avec plus d’égalité. Et comme dans ce cas le fourneau n’aurait que quatre aunes •& demie de large, on a domié à ces rangées de parois de 19 à 19 pouces & demi, en les formant d’une brique de longueur avec une couronne tout autour.
- 49 8* F» le mur de front, de trois aunes d’épaifleur. Il 11e faut pas le faire plus mince, fi l’on veut que les briques qui font placées fur le devant, fe cuifent comme il faut. A mefure quhl s’élève , il devient plus étroit, & il n’a plus que 2 aunes & demie, comme les murs ordinaires. Les piliers du bas font faits de briques bien cuites, & élevés parallèlement avec la voûte. Par-deifus efl un nnir de pierre revêtu d’un mur de briques de trois quarts d’aune d’épaiilêur. Cette précaution êifc nécefTaire , à caufe des évents qui doivent être pratiqués dans ce mur de front : la première ligne doit être à deux aunes par - deflus -les bouches, & la fécondé de deux aunes plus haut. Elles font nécefîaires pour attirer le feu de ce côté, afin que les briques qui y font ' placées fe cuifent. On n’obfervait pas cela dans les anciennes briqueteries. Les autres murs font aufîi de quartiers de pierres, avec un revêtement de briques d’une demi-aune, ou même de trois quarts d’aune d’épaiilêur.
- (7O En allemand SchürlÔcher. Dans les tuileries d’Allemagne, ce mot a une double lignification. Il défigne d’abord les ouvertures par lefquelles on entre dans le fourneau par en-bas, pour y allumer le feu , qui fe fait d’abord tout près de l’embouchure. Ce mot marque auiïi les allées longues & étroites auxquelles ces bouches conduifent. C’eft ce que nous avons nommé les galeries. Elles favorifent l’inflammation ; & lorfque le feu elt bien allumé , on l’entretient en y jetant avec force des bûches. Il
- faut remarquer dans ces galeries les parais & la voûte , qui font construites de briques feches placées horifontalement, Les Allemands appellent ces parois Banke , des bancs, quoique l’on donne auffi ce nomA cette couche murée au fond du fourneau , fur laquelle on arrange les briques à cuire. La voûtefenomme en allemand, dasSchlofs. Elle n’eft pas également élevée dans tous les fours. Les bancs font formés de 7 & 9 ; ou , comme dans les fourneaux hollandais, de 7 & 4 briques.
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- 499- G, Importe fer vaut à l’enfournage. Elle a fept quarts d’aune de large , irois aunes un quart au-delfus des banquettes * ce qui doit cependant fe mefurer fur l’élévation de la colline fur laquelle le four eft conftruit. Cette porte a ici quatre aunes de hauteur, pour épargner une plus petite qu’il faudrait conftruire par-delfus celle-ci, afin que le fourneau fût plus facile à décharger. Avec cette dilpofition, il peut fervir à cuire des tuiles. Après l’avoir garni de briques bien feches , à la hauteur de quatre aunes, ce qui demande environ ioooo briques, on peut remplir la partie fupérieure avec des tuiles. Mais il ne faut pas oublier la couronne, dont j’ai parlé plus haut. On unit le tout fuivant les réglés que je donnerai plus bas. Cette cuite demandera moins de tems, parce que les rangées font moins élevées, &.que les tuiles étant plus minces, exigent moins de chaleur.
- 500. H , angar de huit aunes, de large. C’eft une charpente murée en briques, ou revêtue de planches. Les lignes ponèluées marquent la moitié de la faîture qui porte fur deux colonnes & un appui de traverfe ; ce qui n’ôte point la place pour y entalfer du bois. Ce toit & celui qui couvre le fourneau, eft couvert de planches, ou mieux encore de tuiles. Celui de l’an-gar eft paifé en chaux. Si l’on veut épargner cette dépenfe, il faut recouvrir le faîte avec un petit toit de bois, ou avec des faîtieres.
- foi. I, place pour les ouvriers.
- f 02. K, efcalier qui monte fur la voûte. On prend foin de le rendre fïir & commode.
- ^03. On voit clairement dans les profils, comment les évents font conduits au travers de la voûte. Le plan, fig. 4, indique leur diftribution ; elle eft divifée en quatre parties égales par les lignes BD, CE ; enforte qu’il fe trouve fix évents dans chaque quarré. Il faut faire bien attention à cet article dans le travail de la cuilfon.
- 504. Les contre-forts de part & d’autre de la voûte fe font avec de mauvaifes briques, enforte qu’on peut par-delïus faire une couche de bonnes tuiles , fur la quelle on répand enfuite de pur fable.Les évents font revêtus de briques de dix pouces en quarré ; ils peuvent être ouverts & fermés au moyen d’une longue perche. La figure f montre en RR, deux évents ouverts, & en SS deux autres fermés. On y voit aufii qu’on les conduit perpendiculairement en-haut depuis la voûte, & que durefte on fuit rinclinaifon des pierres.
- fof. On peut en général admettre comme une réglé fine, qu’un éloignement de deux aunes entre les évents n’eft pas trop fort pour entretenir un courant d’air médiocre.
- foé. Le revêtement L, eft d’une demi-aune d’épailfeur fur une aune de; hauteur.
- <^07. On voit dans la -figure f , la difpofition des bouches félon la"110u-.f velle méthode.
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- fo8- M, eft une bouche ouverte, de dix-neuf pouces de large & Cix quarts d’aune de haut: le delfus eft voûté à double ceintre, pour que le mur de pierre qu’il porte Toit plus folide. Par-deiious eft un foupirail qui fert à animer le feu.
- 509. N , plaque de fer fondu, d’un pouce d’épailfeur, fur une aune de large & trois quarts d’aune de haut : par-deifous eft un foupirail, qui peut avoir fix pouces en quarré. De part & d’autre font deux crochets enfoncés dans le mur, au travers defquels paife une barre quarrée O , pour tenir la plaque, qui peut aulïi être murée.
- fio. P, porte de fer, haute de 21 pouces, large de vingt-trois, garnie de traverfes & de bancs. Le deilin montre une de ces portes ouverte , & l’autre fermée.
- fil. Quant à ce qui regarde ces plaques & ces portes de fer, j’ai fuivi la méthode établie depuis plulieurs années dans la tuilerie deKaikud, près de Gripsholm, parce qu’elle m’a paru plus commode & plus durable. Cette tuilerie a un fourneau d’une grandeur extraordinaire, puiïqu’on y compte quatorze bouches. Il a environ 3f aunes de long fur douze de large & autant de haut jufqu’à la voûte. On peut, dit-on, y cuire 200 milliers de briques à la fois. Il faut fans contredit beaucoup d’habileté & d’expérience pour donner aux briques dans un aulïi grand fourneau, un égal degré de cuifTon. Cependant on alfure que l’on y économife beaucoup de bois, & qu’on y a introduit une méthode très - avantageufe, dont je n’ai pu juft qu’ici me procurer aucun détail.
- fi2. On voit en Q,, comment 011 peut, au défaut des plaques de fer\ murer les bouches jufqu’à la moitié de leur hauteur, avec des briques, lorfque le plus haut degré de feu eft palfé : 011 emploie pour cela de.l’ar-gille mêlée avec du fable. Dans ce cas les bouches 11e doivent pas avoir plus de cinq quarts d’aune. La partie fupérieure fe ferme avec une porte de fer battu, au haut de laquelle était un trou , par le moyen duquel on peut attacher le fond à un crochet de fer, qui eft planté à cet elfet dans la voûte. Au milieu de cette porte eft clouée une poignée de fer, ou un manche pour y mettre une poigné de bois.
- fi3- On connaît par-tout où il y a des manufacftures de ce genre * quelle eft ta maniéré de ranger les briques dans le fourneau. Pour ne lailfer rien à defirer à ceux qui n’ont que peu de connaiiïance de ces chofes , je crois néceifairede rappeller que la diftance entre deux bouches, à compter depuis leur milieu, doit être de deux aunes & douze à treize poucesj enforte que cinq briques de douze pouces de long , & quelque chofe au-delà, y trouvent place. Si la nature de l’argille eft telle qu’elle fe retire davantage au feu, la forme doit être difpofée en conféquence.
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- fi4- Lorsqu’on veut commencer à enfourner , il faut avoir une forte planche* ou madrier , garni de liftes de part & d’autre. On la pofe fur la porte jiifqu’au fond du fourneau , & un ouvrier gliffe par-deffus les briques deux à la fois. Un entre-deux les prend au bas de cette planche , & les tend au cuifeur & à fon garçon , qui garniffent chacun une des deux bouches. On place d’abord les banquettes perpendiculairement en droite ligne, quatre briques de hauteur. On commence enfuite par le mur de front à voûter les ouvertures. Pour cet effet, on place les briques de maniéré qu’elles avancent de part & d’autre de trois pouces & demi : enforte qu’à la troi-fieme couche, elles touchent le mur, & la bouche eft fermée par en-haut. Ori remplit‘fur-le-chàmp chaque couche par-derriere, pour tenir en réglé les briques qui ferment l’ouverture 5 & s’il eft néceffaire, 011 met par-deft fous fur le devant une mince couche d’argille, pour que les briques inférieures ne tombent pas dans l’ouverture de la bouche. Tout de fuite 011 met par-deffus trois ou quatre couches , jufqu’à ce que tout le fourneau fe trouvé ,det niveau avec le feuil de la porte à enfourner, comme on petit le voir dans le grand profil, planche VU, fig. 6. Ici, il faut bien prendre garde qu’il ne tombe point de morceaux d’argille entre les briques. Pour prévenir cela , on étend une natte de jonc ou une piece de toile d’emballage fous l’extrémité du madrier , afin d’y arrêter ces petites brifes d’argille ou de fable. Quoique les briques foient arrangées fort près l’une de l’autre, il faut cependant .que .les joints foient ouverts, afin que le feu puiffe avoir unilibre paflage., Quand on eft à cette hauteur, on met des bouts de planche fur les briques déjà rangées, pour que les entre - deux amènent les briques fur des brouettes, & les rangent tout de fuite en piles de treize de hauteur, & toujours deux à deux. Il faut obferver cependant que, par - deffus les couches qui ferment l’ouverture , il faut placer tout autour des quatre murailles une couche en travers. Comme la porte d’enfournage eft ici placée dans le faite, les piles doivent être placées en travers de la couche qui ferme l’ouverture. Dans les grands fourneaux, où la porte eft fur le côté , toutes les Briques font rangées dans le même fens.
- ~ frf. Lorsque tout le fourneau eft rempli de cette maniéré, on ferme -d unjnur de briques les portes d’enfournage , en-dedans & en-dehors 5 on remplit de décombres l’efpace intermédiaire, & l’on enduit exa&ement les .joints. <
- f iôi.! Les briques doivent être bien féchées , avant d’être placées dans le fourneau. S’il y en avait qui le fuffent moins que les autres, on les mettrait dans la couche lupérieure. On peut, au moyen d’un feu plus doux, achever de fé-cher les briques dans le fourneau même, mais c’eft perdre du tems & du bois j il neLfaut en venir là qu’à la derniere extrémité.
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- f 17. On met dans un fourneau de cette mefure 18 milliers de briques : & comme il contient 664 briques par couche, on peut, en l’élevant de trois pieds, y en mettre jufqu’à vingt milliers.
- Devis des pierres & des briques néceJJàires pour un pareil fourneau..
- fi 8- Je remarquerai d’abord ici, que la charge de quartiers de pierre eft comptée pour une aune cubique, dont vingt-fept font une corde cubique de mur. Aujourd’hui les maçons reçoivent un écu, 16 ocres (76) monnaie de cuivre , pour une aune cubique. En ajoutant les briques néceflaires, il eft aife de calculer les frais de bâtifle.
- f 19. Huit cents dix aunes cubiques de pierres , font 30 cordes cubiques de murs, c’eft-à-dire les fondemens du fourneau de trois côtés,, à la hauteur de trois aunes, & deux aunes & demie d’épaifleur. Les murs fupérieurs de quatre côtés, ont feulement deux aunes d’épaifleur. Comme les bouches doivent être conftruites en briques, afin qu’on puifle bâtir par-deflus le mur de front, & le lier avec les autres , je vais d’abord indiquer le nombre des briques néceflaires à chaque mur,
- 3000 briques pour les montans & la voûte de la porte,
- 3f00 —— pour les piliers du toit & les revêtemens,
- i 6ooo-------pour les revêtemens intérieurs, fi on les Hit d’une demi
- aune 5 mais fi on les veut de trois quarts d’aune, il faut pour cela 8000 briques.
- 4foo -------- pour voûter l’ouverture du four.
- L f oo ------ pour les banquettes.
- I f foo ----- pour tout le fourneau ; & 1 f 00 tuiles pour le toit.
- 1 Si l’on eft obligé de conftruire tout l’édifice en briques, & de faire des murs de deux aunes d’épaifleur , il faut, pour cela, trente-cinq milliers de briques, & 216 cordes cubiques de quartiers de pierre, pour un mur de revêtement qu’il faut élever à la hauteur de trois aunes pour fervir de contre-fort.
- f20. M, Vijnblad donne encore le plan d’un fourneau ouvert, fur les mêmes mefures que le précédent. Les murs ont fèpt aunes de hauteur, à compter depuis le fondement. Le fourneau eft enfoncé de trois, aunes fur le penchant d’une colline, contre lequel on a élevé un mur de quartiers de pierre de deux aunes d’épaifleur, garni tout à l’entour de décombres & revêtu
- * 76 ) Environ 16 bat?, de notre monnaie, ou 46 fols de France.
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- intérieurement d’un fort revêtement de briques. Par-deflus ce mur, font établis des murs de briques de lix quarts d’aune, & par-devant il y a un mur de front de deux aupés & demie, avec des contre-forts. Pour diriger le feu de ce côté-là, on y a pratiqué trois foupiraux qui rentrent obliquement dans le fourneau par-delfous le fond muré, & qui répondent aux évents antérieurs. On monte fur le Fourneau-, au moyen d’un petit efcalier qui conduit aufli fous le toit de l’angar j c’eft par-là que les évents peuvent être ouverts & fermés, au moyen d’une crofle de Fer, portant un long manche.
- 521. Ce fourneau contient lê milliers de briques, à briques de hauteur. Si l’on augmente la hauteur de cinq briques, on y en placera vingt milliers. Les murs auront, dans ce cas, huit aunes de hauteur comptée depuis fur les banquettes ; enforte qu’ils s’élèvent d’une aune par-delfus les briques à cuire. Cet elpace eft nécelfaire pour faire la couverture. Ces fourneaux font propres à de petites briqueteries : ils conviendraient fur-tout à des gens de la campagne qui voudraient avoir un fourneau en commun.
- f 22. Ce fourneau exige 206 charges (77) de quartiers de pierre, qui font huit cordes cubiques. On y emploie aulïï 1800 briques} & l’on peut diminuer conlidêrablement ce nombre, Il l’on éleve davantage les murs en pierre. On devrait fur-tout le faire par-derriere, où ils doivent être plus forts, à caufe du poids des terres. On obfervera qu’il faut lailfer par-ci par-là des trous dans le mur de pierre, pour lier les briques du revêtement. On fe fertpour murer, d’argille mêlée de fable, fans aucune chaux : les joints entre les briques relient ouverts par-dehors, & on les enduit de bonne chaux. S’il fe manifeftait dans la folfe quelque humidité , il faudrait des canaux murés & couverts, pour conduire l’eau par-delfous l’angar.
- 523. On voit auflî dans l’original fuédois, le profil d’un petit fourneau ouvert, avec une feule bouche j il a trois aunes de large, huit de long; intérieurement fa hauteur eft de cinq aunes & demie ; il eft enfoncé en terre de quatre aunes au pied d’une colline. Quand le fol eft de l’argille, ou un gravier folide, on peut faire les murs de pierre, en leur donnant lix quarts d’aune d’épaifleur \ & le revêtement intérieur fera de briques, & d’une demi-aune de large. La muraille hors de terre fera de briques, de lix quarts d’aune d’épailïèur, & d’une aune de hauteur. On placeradeux éventsdans les angles du mur de front. La bouche peut avoir vingt pouces de large & cinq quarts de haut j en-dedans elle doit être de pierres brutes , large d’une aune & haute dune aune & demie. Chaque banquette prendra une demi aune , & la* demi aune reliante fera pour des retraits en efcalier, de quatre pouces de large, & d’pji quart de haut.
- Q. ij
- ( 77 ) Je traduis ainfi le mot Laft.
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- ^24. Ce fourneau ne contient que fix milliers, à vingt briques de hauteur 5 àvingt-fix, il en entrera huit milliers.
- 52f. Les murs confommeront 190 tas de pierres,, ce qui fait fept cordes, cubes, outre neuf milliers de briques,.
- 5:26. Si l’on cherche l’économie, on ne doit pas fe fervir de ces petits fourneaux , 'à moins de quelque cas. de néceffité. Il faut compter qu’on con-fumera plus de bois à proportion * en employant un fourneau à une feule bouche; parce que les murs donnent beaucoup de froid de trois côtés* avant d’être pénétrés par la chaleur. La plus grande a&ion du feu fe con-centre dans le milieu. Les briques placées fur les côtés font plus pâles , quoiqu’on ait cherché à donner un libre cours à la matière du feu, en plaçant obliquement une couche d'e briques dans tout le tour du fourneau. Cependant la nouvelle méthode diftribue aulîi plus uniformément la chaleur dans un petit fourneau tel que celui-ci; & l’expérience le démontre fuffifamment,.
- Maniéré de difpofer un fourneau ouvert, pour mieux diriger le feu^ fiiivant la nouvelle méthode.. .
- ?27- Le fourneau eft rempli de briques. On difpofe la derniere couche plus large, afin qu’elle attire la chaleur par fes interftices. Par-deffus 011 fait une couche fervant de couverture, avec des évents régulièrement placés, à la diftance d’une aune en longueur & de cinq à"fix aunes en largeur. On forme-enfuite une double couche de briques cuites ou feches, bien liées avec de l’argille mêlée de fable. Il faudra bien obferver ici que les briques de la fécondé couche repofent fur les joints de la première, & que les évents de fix pouces, en quarré reftent ouverts. Quand la fumée humide eft évaporée, on bouche; exactement les joints, on feme du fable fin für toute la furface , on arrange des pierres quarrées fur les évents, ou, en cas de befoin, on ferme chaque, ouverture avec deux briques cuites. C’eft ainfi que l’on forme fur tout le four^ neau une couverture bien épaiffe, par le moyen de laquelle on peut forcer le feu de circuler régulièrement fuivant les ouvertures des évents , comme on le voit fe recourber dans un poêle bien voûté. Il eft vrai que cela coûte quelques Journées d’ouvriers ; mais il en faudrait aufîi beaucoup pour cou--per & voiturer le bois , qu’on économife.
- ?28- Ici eft encore le plan d’un fourneau à trois bouches, large dans: œuvre de fept aunes , long de dix-neuf, & haut de neuf jufqu’à la voûte,. Les mefures des bouches & des piliers font les mêmes que j’ai indiquées, pour le fourneau précédent. L’angar a la même largeur & la même difpofition : les murs font de quartiers de pierre, ils ont deux aunes & demie d’épaif-feur dans le bas, & deux & un quart vers le comble. On y ajoute un revête-
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- ment intérieur de trois, quarts d’aune. Si lès murs font bâtis bien folide, ment de bons quartiers de pierre, une épailfeur de trois aunes eft fuffifante \ lé revêtement compris.
- 529. Dans le profil de ce même fourneau, on remarque deux portes d’enfournage l’une fur l’autre. Si l’on veut employer ce fourneau, dont la grandeur eft très-propre pour cela, à cuire des tuiles ,j ünè feiile'porte plus élevée vaut mieux. Dans ce cas , on place d’abord des briques jufqu’à la hauteur de cinq aunes j les quatre aunes reliantes font occupées par les tuiles. Il peut contenir treize milliers de tuiles, & dix-fept milliers de briqués. Si l’on voulait faire fécher les briques à un feu doux, avant|d’enfourner les tuiles, cela ferait mieux, parce que la vapeur humide des briques amollit les tuiles au point q'u elles fe gercent & fe tourmentent aifément,or ~ <
- Ï30. Il y a dans ce fourneau, 33 évents, huit dans chaque quartier. On peut y cuire- 30 milliers de briques : par çonféquent il 'èft alfez grand pour une petite briqueterie où l’on ne travaille qu’à une feule forme, pour fabriquer annuellement 100 milliers de briques, en comptant cent jours ouvrables, depuis le commencement de mai jufqu’à la mi-feptembre.
- Devis des pierres & des briques niceffaires pour ce fourneau.
- ' ï31. Onze c'eût foixante-unlafts de pierres, pour 43 cordes cubes’de mur , qui doit avoirtrois aunès d’épailfeur & de hauteur par en-bas , & qui Va en rétrécilfant à mefure qu’il s eleve, comme il a été dit ci-delfus,
- 3000 briques pour les bouches.
- 4800------» pour les piliers du toit & le revêtement,
- ” 9600 — —- pour le revêtement intérieur. v. UiO
- 7000 ----- pour les voûtes & la couverture. >u ” ;
- 600 -----pour les banquettes, 1
- S^ooo —— pour tout le fourneau.
- 20Q0 tuiles pour le toit. * .
- -?32. Si l’on donne aux murs de briques, deux aunes & demie,1 & une demie pour le faite, il faudra pour' cela 48 milliers de briques, & 318 aunes cubes de mur de pierre épais de'deux aunes & demie, & haut de trois aunes1» du côté de la colline.
- 533. Un fourneau à quatre bouches a, depuis le mur de front au mur de derrière, dix aunes de long fur neuf & un cinquième de large. Les deux murs, de devant & de derrière, qui fupportent la voûte, ont trois aunes & demie d’épailfeur y les deux autres côtés ont trois aunes d’épailfeur, compris, le revêtement de briques de trois, quarts d’aune. - ^ '
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- ?34- Le plan de la voûte vue par-defïus, montre les fupports du toit, & les évents au nombre de dix dans chaque quartier. Deux ancres de fer qui traverfent la voûte, font deftinés à lier les murs avec des barres du même métal. Ce bâtiment confommera 40 milliers de briques.
- Devis des pierres des briques ne'cejjaires pour ce fourneau.
- {3?. Treize cents cinquante lafts de pierre feront cinquante cordes cubes de mur.
- 4000 briques, pour les bouches.
- f 300 —— pour les piliers du toit & leur revêtement.
- 9800---------- pour le revêtement intérieur.
- 8000---------- pour la voûte & le recouvrements
- 900 —— pour les banquettes.
- 28000 ------- pour tout le bâtiment. Ajoutez 2300 tuiles pour le toit du
- fourneau, & 120o pour celui de l’angar.
- 536. Si ce fourneau était en briques, il faudrait 2097 lafts de quartiers de pierre,, & 67 milliers de briques.
- f 37. Un fourneau de cinq bouches a dix aunes de large & cinq de long. La hauteur peut aller de 9 à 10 aunes. Le toiteft prolongé tout de fuite par-deifus l’angar. Les deux lignes fupérieures d’évents ont des rentrées murées , dont le deifus eft plat comme des degrés, afin que les pierres quarrées en cou-vrent d’autant mieux la furface j on bouche exactement les joints avec du fable fin. On n’avait pas cette précaution dans nos anciens fourneaux; on (è contentait de fermer chaque ouverture avec deux briques ordinaires , qui ne pouvaient pas joindre exactement fur une voûte en demi-cercle.
- f38- Le mur de front offre cinq bouches, & quatre lignes d’évents en croix, à égale diftance les uns des autres. La première ligne eft à deux aunes au-delfus des bouches. Elle s’élève obliquement, en fuivant la rondeur de la voûte, jufqu a ce qu’elles ne forment plus qu’une ligne avec la fécondé rangée. On n’a pas coutume de commencer ces évents fi bas dans le mur de front : on les diftribue pour l’ordinaire également de part & d’autre ; enforte que la derniere ligne monte perpendiculairement le long du mur. Quand le fourneau eft élevé, le feu doit faire une plus grande courbure, avant d’arriver aux évents. Dans un fourneau plus large, il eft plus difficile de faire monter le feu perpendiculairement le long du mur de front ; il faut donc que le canal des évents defcende plus bas pour l’attirer lorfque toutes les ouvertures font fermées[fur le derrière. Sans cela, il ferait impoffible que les briques du devant fuifent cuites comme il faut. La diftance entre les
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- évents, eft, comme je l’ai dit, de deux aunes. Au milieu de la voûte, il relie un dpace vuidë d’environ trois aunes & plus, quand le fourneau eft plus élevé ; mais cela n’empêche pas la cuiflon dans cette partie, parce que le feu prend deux fois cette route , en le croifont dans l’efpace de 24 heures. S’il reliait à cet égard quelque doute , il forait facile de s’en convaincre par des expériences, en ajoutant au milieu de la voûte une ligne d events, que l’on peut laiflèr ouverts dans une cuite, & les fermer dans un autre. On tient que trop d’évents font auffi contraires aux progrès de la cuiffon, que trop peu. Ce grand nombre d’ouvertures eft caulè que nos anciens fourneaux con-fument trop de bois. La chaleur fe diflipe trop promptement, & la voûte ne fort pas à grand’cholè. On met auffi dans ce fourneau comme pour le précédent , deux ancres de fer dans la voûte. On peut s’en palier, fi les murs font bien folides, & fur-tout fi le mur de front a quatre aunes d epaiffeur. Si cependant tous les murs hors de terre font de briques, on peut les foire moins forts.
- f39. Il y a quarante-huit évents, douze dans chaque quartier. On peut y cuire jo milliers de briques. S’il a dix aunes de haut, on y en mettra f $ milliers & demi lÿjji
- 540. Un fourneau à cinq bouches convient à une briqueterie où l’on travaille fons interruption à deux formes ; enforte qu’on y fabrique chaque année 200 milliers de briques, que l’on peut cuire en quatre fournées.
- Devis des quartiers de pierre & des briques nécejfaires à la conflru&im de ce fourneau*
- Ï41- Il fout d’abord 148? aunes cubes de quartiers de pierre, foifont f f cordes de mur.
- 5000 briques pour la voûte des bouches, iofoo —— pour le revêtement intérieur.
- ffoo ------ pour les fopports du toit, &c*
- 11000 —------ pour les voûtes.
- 1000 — » pour les banquettes.
- 33000 --------- pour tout le fourneau. Ajoutez 2800 tuiles pour le toit du
- fourneau, & 1400 pour celui de l’angar.
- 542. Pour donner aux murs la même force qu’à ceux du fourneau précédent , il faudrait 77 milliers de briques, & 32f aunes cubes de pierre , qui font douze cordes cubes de mur, haut fur le derrière de trois aunes & de la même épaifleur, mais plus mince d’un tiers fous le mur du faite.
- 543. Pour un fourneau à fîx bouches, on donne aux murs de briques
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- trois aunes d’épailfeur ; près du faîte ils n’ont plus que deux aunes , ou quelque chofe au-delà,: Leurjlargeur eft de dix .aunes , & leur,longeur de qua-;.torzè aunes &-demie*. On a pratiqué deux portes, dans le faite,, l’un pour .enfourner, & l’autre;pour décharger^ ;'t îcj , Viu: i -.r. • ,.[ ;<n:.r "},r ,
- ^44. Le nombre des évents elt de f f , treize & quatorze dans chaque •quartier. Un ou deux évents plus ou moins ne font pas un objet, fi, pour faire une diftribution égale , on les porte davantage vers les murs de front : on peut ouvrir moins les couvertures , afin que l’air foit également attiré.
- ,f4f. On cuira dans un fourneau de cette ^ipece , haut de neuf aunes , 60 milliers de briques,..Pour élever les murs, il faut 3^1 lafts ' de pierre que -donneront treize cordes de mur de même hauteur,& de, même force que pour le fourneau précédent : ajoutez 871 milliers fde ,briques. . , 1 .
- S4.6. Outre les obfervations précédentes , je donnerai encore quelques idées qui conviennent également à ces diverfes 'efpeces de fourneaux. 11 faut d’abord que le terrein où l’on veut placer une briqueterie foit; bien Tolide , ; afin que les murs ne çedent pas & ne. fie- fendent point. ÎJP rj > ;>5'47t:r On doit préférer pour les murs ? des quartiers.de'pierre , fuf--tout au-deifus de terre. Dans les fondemen%, fous le mur de frontdans lés ogives , & dans les murailles faites pour foutenir les terres , on peut y mettre des pierres ramaifées * dans les champs , pourvu qu’elles aient .des angles, j Ï48- Pour plus de fureté, on lie les pierres de l’angle avec de petits crampons de fer; cela coûte plus de frais & de travail, mais donne beaucoup plus de force.-iCette)’préparation,’eft fur-tout nécelfaire par - tout où .l’on aurait lieu de craindre quelque enfoncement.
- $49. On munit aufli ces murs de quartiers avec de longues barres de fer,
- ( qui fe croifent doublement & qui font garnies de fortes traverfes de fer quarré.
- ffo. Si l’on fait tous les murs hors de terre en briques, il fuffit quecès barres de fer foient fimples, pour fortifier la partie fiipéneure.
- 5 51. Les portes font garnies de verroux & deTerrures , pour qu’on puilfe les fermer tandis que le fourneau eft chargé. _ ‘ T '
- - Les toits font revêtus tout autour de canaux de bois .ou de fer-
- blanc , pour hâter l’écoulement des eaux qui filtrent quelquefois, au'travers des murs , & font des ravages dans l’intérieur de l’ouvrage. Par cette même raifon tous les murs doivent être enduits par en -r bas de terre gralfe bien battue, v-arrangée en talut & recouverte de gazon. Tont autour on préparera un petit'canal pour raffembler & pcouler les eaux. . .
- v 5 S 3. M. le baron Brauners, cônfeiller intime , qui a eu pendant plufieurs années des briqueteries à diriger , m’a fourni ces obfervations fondées fur fon expérience. Quand les fourneaux font enfoncés à une certaine profondeur
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- 'deur dans quelque colline un peu élevée, les murs font refroidis par la terre environnante, au point qu’il eft impoflible de les pénétrer de chaleur. Les briques placées autour des murs ne fe cuifent pas entièrement ; on y brûle plus de bois que fi le fourneau était entièrement dégagé. Le parti le plus avantageux eft de n’enfoncer le fourneau que de 2 \ à 3 aunes au plus, & cela au pied d’une colline bien feche , où l’on n’ait pas à craindre une humidité .acide.
- 554. On a des fourneaux plus grands encore que ceux j’ai décrits, qui ont jufqu’à fept & neuf bouches, & au-delà ; mais ils font fort incommodes, & en même tems très-dilpendieux. Il faut, pour les bâtir, une grande quantité de briques, qu’on ne peut pas elpérer de fe procurer tout d’un coup dans le commencement d’un établiflement. Il vaut mieux, quand on a quelque grande entreprife, établir deux fourneaux de grandeur médiocre , qui exigent moins de frais ; car on cuit dans une fofle les briques nécelfaires à la conftruction du fourneau. On fe fert d’abord du fourneau ouvert ; on le couvre d’une voûte dans une fécondé cuite. Si au bout de quelques années la manufa&ure trouve des débouchés , on conftruit un fécond four avec les briques de rebut, qu’011 raflemble peu à peu. On fuit la même méthode pour les angars, on les conftruit d’abord plus petits * ce n’eft que peu à peut qu’on les agrandit, qu’on y ajoute un étage , qu’on y conftruit un plus grand nombre de tablettes , fuivant que les rentrées de l’argent font plus ou moins conlidérables. C’eft ainfi qu’une entreprife formée en petit, 'peut s’augmenter fans trop de dépenfe. Il vaut mieux aller ainfi modérément;, que d’y jeter de groifes fommes, qu’on 11e retirera peut-être jamais.
- Manière de cuire la brique fuivant les nouveaux procédés.
- ÏSS’ Pour lailfer évaporer la fumée , on commence, fuivant la méthode ordinaire, par un feu modéré , qu’on allume d’abord à l’entrée de là bouche,, Peu à peu on le poulfe plus avant dans les voûtes, enforte que les briques font infenfiblement réchauffées. On entretient ce degré de feu pendant trois à quatre jours , plus ou moins , félon que le fourneau eft élevé, & les briques plus feches. On prend bien garde d’enfourner des briques qui n’aient pas été entièrement féchées à l’air. On n’emploie point de feu pour les fécher : ce ferait confumer mal-à-propos beaucoup de bois, & employer fix ou huit jours de plus à la cuite, ce qui augmente les frais.
- f f 6. Tant que ce premier feu dure, tous les évents font ouverts, jufquês à ce que les briques aient fué , & que toute la vapeur fe foit difîipée. On commence par fermer l’un après l’autre ceux où l’humidité eft paifée la première , afin que le feu fe porte dans les endroits où il y a encore quelque Tome IF, R
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- humidité. Lorfqu’il ne fort plus de fumée aqueufe, & que toute la fournée eft entièrement feche & échauffée, on met dans toutes les bouches , des briques qui forment les canaux, & Ton entaife le bois par-deifus. Sur quoi il faut obferver qu’on commence par de petits tas , & qu’on pouffe le feu in-fenfiblement, jufqu’à ce que les briques commencent à devenir rouges. Alors on achevé de remplir les bouches ; & quand cette portion de bois eft entièrement brûlée , on jette quelques bûches auffi loin qu’on peut atteindre ; on remplit enfuite de nouveau les bouches , & l’on continue ainfi alternativement jufqu’à ce que le feu fe montre par en-haut fur les voûtes. Il faut cependant bien prendre garde de ne pas mettre trop de bois, enforte que les briques autour des bouches foient mifes en fufion.
- 557. Voila comment on procédé avec dubois d’une aune trois quarts à deux aunes de long. Si l’on fe fervait de bûches de trois à trois aunes & demie, on fait les tas plus petits , & l’on en pouffe quelques bûches auffi loin qu’011 peut fous les voûtes. Quelques perfonnes préfèrent cette derniere méthode , fur-tout fi le fourneau eft très-large, de onze à douze aunes dans œuvre. Dans ce cas, il faut néceffairement avoir de long bois ; l’expérience le confirmera affez. Il eft fur-tout important que le bois foit bien fec , & pas trop gros : s’il eft trop gros, on le refend , pour qu’011 puiffe plus aifément le jeter dans les portes de fer. Ilne doit pas avoir de branches, pour ne pas endommager le fourneau.
- Quand le feu eft à ce degré de force, le principal eft de lavoir le gouverner de maniéré qu’il donne une chaleur égale, & qu’il fe répande par tout le fourneau. C’eft le premier point pour faire une bonne cuite'; & tous les cuifeurs ne favent pas l’obtenir. Le plus fûr moyen d’y réuffir, c’eft >, dès que le feu va acquérir fonplus haut degré de violence , de fermer la moi-, tié des évents dans la partie antérieure, du côté du mur de front, & de> laifîer ouverte l’autre moitié, vers Le mur de derrière. Au bout de trois heures > on fait tout le contraire, on ferme les évents de derrière, & l’on ouvre ceux de devant, en continuant à ouvrir & à fermer alternativement de trois en trois heures, jufqu’à ce que les briques placées fous le toit foient rouges. De cette maniéré le feu avance par degrés , & peu à peu ; la chaleur fe répand autant d’un côté que de l’autre. Mais au cas qu’il fe manifeftât trop rapidement d’un côté, on le tiendrait fermé plus long-tems, & on ouvrirait l’autre , ce qui l’attirerait du côté oppole.
- Lorsque les briques font bien pénétrées par-tout de la chaleur, & ardentes , il n’eft plus befoin d’une fi grande chaleur; il faut feulement tenir les ouvertures par en-haut & par en-bas plus fermées ; enforte que la chaleur fe concentre dans le fourneau. Pour cet effet, on ôte les briques qu’on avait arrangées dans les bouches, & l’on y fubftitue des.pîaques de fer, qued’on
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- ferme avec des barres , & qu’on y laide jufqu’à la fin de la cuite.
- S 60. On met enfin les portes de fer, on jette quelques bûches dans chaque bouche, & l’on ferme à l’inftant les portes, comme les trois quarts des évents. On en laiffe ouvert un quart pendant trois heures ; on ouvre enfuite le fécond quart pendant le même efpace de tems , & ainll de fuite jufqu’à ce qu’on ait achevé le tour.
- 561. Comme le feu fuit tout naturellement le courant d’air formé par les évents, on voit qu’il fait ainfi le tour du fourneau une fois en douze heures , ou deux fois dans l’efpace d’un jour & d’une nuit. Par-là toutes les briques éprouvent le même degré de chaleur, elles fe cuifent également bien par-tout * il 11’y a pas un petit recoin, où le feu ne pénétré , fi du moins les évents font diftribués comme il a été dit. On doit bien obferver que le feu doit toujours avoir un tel degré de force , que les briques placées dans les bouches de-meurent*toujours rouges. C’eft là-delfus qu’il faut proportionner la quantité de bois & le degré du feu.
- S 62. On peut elfayer d’ouvrir & de fermer alternativement les évents d’heure en heure, afin que le feu falfe plus fouvent le tour du fourneau, Mais cela eft un peu plus pénible.
- ^63. Pour renfermer d’autant mieux la chaleur, & pour ne pas la laiffer évaporer en vain s avant qu’elle ait fait l’effet defiré » tant par le feu modéré que par le feu violent, on peut couvrir plus ou moins les évents avec des pierres quarrées , fuivant qu’on obferve que le feu a befoin d’air. Il 11e faut pas lui laiffer de plus grandes ouvertures qu’il n’eft néceffaire. Le principal roule fur le cuifeur, qui doit avoir l’œil fur fes ouvriers , afin qu’ils entretiennent un feu toujours uniforme. Pour plus d’exactitude, il faut qu’il y ait près de là une horloge qui frappe, ou tout au moins une horloge de fable, réglée fur trois heures.
- ^64. Quand on a continué le feu modéré, pendant cinq, fix ou fept jours , plus ou moins , fuivant la hauteur du fourneau , la nature de l’argille &c. ce qui ne peut être réglé que fur l’expérience, on ferme les foupiraux par en-bas, on enduit les portes de fer avec de la terre graffe , on couvre de briques ou de pierres tous les évents de la voûte : & le fourneau refte ainfi fermé , jufqu’à ce qu’il foitrefroidi. Il faut attendre un certain tems, avant de pouvoir tirer les briques i & ceci eft une circonftance effentielle 5 cette chaleur, dans laquelle on laiffe les briques aufii long-tems que cela eft pofi. fible après qu’elles font cuites , fait un effet admirable. La couleur & le Ion, annoncent également qu’elles font d’une qualité parfaite. Si l’on compare cette méthode fondée fur l’ordre & la réflexion, avec la maniéré exceflive de pouf* fer le feu qui eft généralement fuivie, on fentira fans peine qu’on doit con-fumer beaucoup moins de bois. Je ne crains pas d’affirmer, qu’une demi
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- corde de bois eft fuffifante pour chaque millier de briques, pourvu que le fourneau ait une hauteur proportionnée, & que l’on obferve exactement tous les procédés ci-deffus. Si l’on compte l’avantage qu’il y a d’avoir des briques, également bien cuites , on fendra encore mieux le mérite de cette méthode. Il ne faut pas pour cela un li grand art. Tout homme fera en état, d’après ce que je dis ici, d’inftruire un ouvrier attentif & appliqué, enforte qu’on pourra, le difpenfer de payer le falaire du çuifeur, qui eft toujours très-cher, & l’on diminuera d’autant les frais.
- 56<). On peut aufïi cuire la brique avec la tourbe &le charbon de pierre,, comme cela fe pratique en Hollande & en Angleterre. O11 le fait aufïi dans la Scanie , & ailleurs ; mais 011 n’y connaît point notre méthode, qui pourrait économifer beaucoup de tourbe.
- 566. Comme nous avons des terres de plufieurs qualités, très-différentes entre elles , certaines elpeces demandent un feu beaucoup plîfl violent, que d’autres. On 11e peut donc pas déterminer la durée d’une cuite cela dépend des obfervations de chaque entrepreneur.
- 567. Les groffes briques dont on fe fert. en Suede, fur-tout celles qui ont trois pouces d’épaiffeur, demandent beaucoup de chaleur. Au contraire,, celles qui fe fabriquent dans l’étranger , qui font pour la plupart plus petites.; & plus minces , font plutôt cuites & coûtent moins de bois. Nous gagnons; quelque chofe, il eft vrai ,Jur le falaire du maçon & fur la chaux> mais nous, confumons plus de bois.
- f éff Je fais par des expériences exactes, que l’on peut pouffer encore plus; loin l’économie du bois. Après que la fumée humide eft diftipée , après qu’on a fait rougir toutes les.briques du fourneau avec un feu de bûches, on peut ^ avec quelques bûches plus petites, continuer la cuiffon avec des fagots & des brouffailles, qui font une flamme plus vive, jufqu’à ce que toutes les briques foient bien pénétrées, par le feu. Cependant il faut prendre garde* que les bouches n’entrent pas en fufion. Ce dernier moyen peut épargner une grande partie du bois qu’on emploie dans le grand feu. On peut encore faire des expériences, pour déterminer combien 011 pourrait gagner de tems & de bois, en fiifant les fourneaux plus larges ou plus étroits , plus hauts ou plus bas. Il n’eft pas douteux qu’à ces divers égards , 011 ne puiffe encore perfectionner cet art.
- Autre méthode économique de cuire la brique, ufitêe depuis quelque* y tems a Gejie.
- S&9- On choilît, pour y placer le fourneau , une place bien égale, fur ui> terrein foîide, que l’on couvre de briques à niveau de terre. On bâtit
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- auffi en briques les murs du faite, &les deux murs de côté , de deux aunes d’épaiifeur, & à lix aunes de diftance l’un de l’autre. On pratique de part & d’autre les bouches voûtées, qui ont trois quarts d’aune de large fur cinq quarts de haut, avec des piliers de cinq quarts entre deux. On conf-truit par-delfus une voûte, avec les évents ordinaires , enforte que le fourneau ait intérieurement fix aunes de hauteur depuis le fol jufqu’à la voûte. Pour diminuer les frais , & pour pouvoir plus commodément charger & décharger le fourneau , on fait une porte dans le mur du faite.
- 570. On a établi en bois une allée couverte, qui fert de communication entre les deux angars : Ceux-ci n’ont que cinq à lix aunes de large ; mais le fourneau peut être auffi long qu’on voudra. Plus il aura de longueur, & plus on pourra économifer de bois , à proportion de la quantité de briques. Pour commencer, on peut fe contenter de trois bouches 5 enforte que le fourneau aura intérieurement lîx aunes en quarré. On y ajoutera chaque année deux bouches de pierres réfractaires, en poulfant plus loin les appentis , & en agrandilîant les angars dans la même mefure que les fourneaux. Le toit eft pofé fur des piliers 5 on pratique aü bas du fourneau une banquette d’une aune, & les bouches ont encore une aune de large.
- f7i. On arrange les briques feches fur les premières banquettes ; après quoi l’on remplit entièrement la bouche depuis un des murs de flanc , jufqu’à l’autre, avec des bûches refendues & bien feches 5 011 recouvre le tout en rond avec du même bois , jufqu’à la hauteur d’une aune & un quart ; par-, delfustout cela on ferme le canal à l’ordinaire. On remplit de la même maniéré la fécondé bouche ; 011 la recouvre ; on palfe à la troifieme , & ainli de fuite. Enfin on remplit le relie du fourneau jufques fous la voûte. On ferme auffi le faite j & tant que le fourneau eft quarré , on l’enduit de terre grade comme il a été dit ; mais lorfqu’il a été prolongé , on fe difpenfe de cette derniere opération. Les briques qui forment le faîte doivent' être pofées en croix, pour qu’ellespuiffent fe tenir d’elles-mêmes. Il faut faire mettre devant toutes les ouvertures des plaques de fer fondu avec un anneau rond au milieu pour'y paffer une barre de fer, quand on aura befoin de remuer la plaque. Si l’on n’a pas de plaques,. on leur fubftitue de limples briques.
- £72.-»Tout étant prêt , 011 met le feu à l’entrée de la première bouche. On commence, fuivant l’ufage, par un feu très-doux ; & dès. qu’il eft bien allumé, on ferme exactement la plaque , pour qu’il ne fafle pas une flamme claire. On ouvre peu, à,peu cette bouche, pour que. les charbons puiffent s’éteindre j on les charge de nouveaux bois, & l’on attend que le bois d;e la bouche voi-fjne s’allume de lui-même, obfervant de le laiffer brûler & s’abattre^comme le précédent. On continue à pouffer le feu dans la première bouchejufqu’à. ce que les briques foient entièrement rouges jufques fous la yoûte, enforte
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- qu’on les diftingue dans l’obfcurité en-haut comme en-bas. Alors on ferme les évents & l’on bouche les ouvertures inférieures avec de la terre graife. Si le feu fe montre par en-haut d’un côté plutôt que d’un autre, ou lî les briques parailfent plus rouges , on ne ferme que d’un côté, & l’on continue le feu de l’autre , jufqu a ce que les briques foient par-tout d’une couleur uniforme : alors on ferme aufîi par en-haut & par en-bas. On a des évents ouverts des deux côtés, afin que les briques foient également pénétrées par le feu. On fuit les mêmes réglés pour allumer le feu dans la troifieme & la quatrième bouche. Il faut obferver que la fécondé & la troifieme bouche prennent moins de bois que la première ; la quatrième & la cinquième n’en ont guere avec le menu bois qu’on met pour remplir; dans les autres, il ne faut que du bois de fagots, quelle, que foit la longueur du fourneau. On conçoit qu’il eft plus avantageux d’avoir des fourneaux longs. Cette méthode a encore ceci d’utile, c’eft qu’on n’a befoin que de la première bouche pour fécher toute la fournée & difliper l’humidité , ce qui confume beaucoup de bois fùivant la méthode ordinaire. L’effentiel eft d’avoir du bois bien fec ; autrement l’humidité qu’il renferme fe communique à la brique.
- 573. C’est ainfî , à ce qu’on affure , qu’on cuit la brique en Angleterre avec du charbon de pierre, & en Hollande avec de la tourbe. Il faudrait eftayer de le faire aufîi en Suede, dans les endroits où il y a de la tourbe. On aurait aftez gagné, fî l’on pouvait épargner une fi grande quantité de bois, comme la chofe eft probable, & comme me l’a affirmé une perfonne digne de foi, de qui je tiens cette defcription. Comme je ne fuis point à même de faire des eftais à cet égard, je fuis obligé de les abandonner à d’autres. 11 leur fera plus commode de fe fervir pour cela des fourneaux fans fond, dont j’ai donné plus bas la defcription. Au lieu du comble ouvert & fans enduit de terre graffe , on peut faire la porte plus grande, & on ne la fermera qu’avec des briques. On pourrait aufîi laiifer dans le comble, de petites ouvertures pour attirer le feu, que l’on fermerait aufîi avec des briques.
- f 74. Les briques étant cuites , on les aftortit en quatre claftes, de qualité & de prix dilférens. Celles qui font d’un rouge foncé font les mieux cuites , elles rendent un fon clair quand on les frappe. Les rouges font bonnes aufîi, mais elles ont déjà un fon plus grave ; celles qui font d’un rouge pâle font les plus mauvaifes, & rendent le fon le plus fourd. Les briques vitrifiées qui font près des bouches, font à la vérité les plus durables ; mais comme elles font caftantes, courbes & difficiles à tailler,'on les regarde comme les1 plus mauvaifes (78).' Toutes les pièces fêlées, qui n’ont aucun fon, font’
- (78) 0n fait qu’elles font execellentes joints avec du gips , ou on les bouche avec pour être employées dans l’eau. Comme de la moufle, elles ne prennent pas la chaux, on garnit les
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- aufli de la plus mauvaife forte, quelque couleur qu’elles aient. Les briques d’un rouge foncé font les meilleures t pour des cheminées, dans la partie qui eft par-delfus le toit, comme aufli pour tous les murs qui font expofés au grand air ; les rouges font pour les murs ordinaires, les pâles font mieux placées dans les lieux où le feu, l’eau & la gelée ne peuvent pas fe faire fentir.
- Ï7f. Ces détails montrent que toutes les briques ne font pas également bien cuites dans cette .forte de fourneau , ce qui arrive dans les autres. Il faut encore examiner par des effais, laquelle des deux méthodes eonfomme le moins de bois, ce dont on ne peut juger faiiiement que fur des épreuves, réitérées.
- Outils & injirumens nêçeffaïres pour une briqueterie.
- •f7 6. Un tombereau à voiturer l’argille. Il eft .traîné par un cheval, & mobile fur fon axe , avec une planche mobile fur le derrière pour décharger.
- f77> Une autre voiture pour la brique, avec un fond de planches, d’une aune de large fur deux de longueur. On y range les briques fur le côté à deux de hauteur.
- Ï78. Une voiture pour l’eau, avec une tonne en cercles de fer, lî on en a befoîn.
- 579. Une brouette à une roue,. avec deux pieds de même hauteur au bout des poignées. Il en faut quatre autres plus petites.
- ^80.. CiNq_ bretelles, qu’on palfe fur les épaules, & qui s’accrochent aux poignées des brouettes.
- 581- Un tombereau pour le fable.
- 582. Un crible de fort fil de fer, cloué à unquadre de bois , d’unè aune & un quart de large, fur une aune & demie de long. Ce fil de fer traverfe une bande de fer alfez mince , dans laquelle 011 a pratiqué 72 trous, à demi pouce de diftance les uns des autres.
- f83- Il faut aufîi avoir près du tambour * deux pelles de bois,, une de fer, un feau & une cuvette , une pioche & une heche.
- f 84. La table du mouleur avec tout ion attirail, a. été décrite plus haut.
- 5:8 T- La forme eft faite de bois de chêne , d’un tiers de pouce d’épaiifeur: elle a 13 pouces de longueur , fur fix & demi de large, & trois & un quart de profondeur ; elle eft revêtue par en-haut & par en-bas de fer-blanc. Comme les différentes fortes d’argille fe retirent plus ou moins au feu, il faut proportionner à cela la grandeur de la forme, pour que les briques cuites aient la grandeur de l’ordonnance, onze pouces & cinq huit de long, cinq & cinq huit de large, & trois d’épaiifeur. Plus les briques fout cuites, plus elles
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- fe reflerrent. Si elles font faites avec de la terre plus molle, elles fe retirent davantage au féchoir. Il eft prefque impoffible de faire toutes les briques égales. .0, (
- - Des tuileriesla maniéré de cuire la tuile. (79)
- Ï86- Le premier & le plus eflentiel de tous les foins, eft de bien examiner'la nature de l’argille i* avant de faire aucuns frais confidérables.
- f87- Pour cet effet, on'fait pétrir &bien travailler l’argille qu’on croit bonne , en y mêlant du fable en différente quantité ; de maniéré qu’on puiffe les cuire chaqüeiéchantillônà part pour effai. On en fabrique des tuiles, on les numérote , on les fait fécher à l’ombre, & on les fait cuire avec foin par quelque potier de terre. On peut auffi les mettre au haut d’un fourneau à briqqes. On 11e manque pas de leur faire foutenir pendant tout un hiver l’épreuve que j’ai indiquée ci-deffus pour les briques. C’eft par ce moyen fur-tout, que l’on pourra découvrir fi l’argille eft bonne, & quelle quantité de fable elle demande.
- 588- Les tuiles doivent avoir après la cuite, uiie couleur rouge bien égale, & un bon fon. Lorfqu’elles ont été trempées dans l’eau', elles doivent refter fermes , enforte qu’aucune pluie ne puiffe les pénétrer. Elles doivent être bien cuites , afin que lés plus grands froids de l’hiver ne puiffent pas leur nuire.
- 589- L’argille deMontagnes (80), qui eft1quelquefois d’im!jaune rougeâtre, & quelquefois bleue , eft ëftimée la meilleure pour faire des tuiles', fur-tout fi elle contient un fable fin. Il faut la tirer en automne, enforte qu’elle éprouve une forte gelée. Il eft plus aifé de la pétrir & de la bien mêler avec le fable. On peutfe convaincre de ce fait par l’expérience. On peut affirmer avec certitude, d’àprès lès expériences faites dans plufieurs briqueteries, qu’une efpece particulière d’ar-gille bleue & fablorinepfe qui fe trouve dans des lieux bas, dûhne!de’très-bonnés'tuiles.C’eft ce que prouve ,'ëntr’autres , la tuilerie â? Ekenberg, en Sudernianie, où l’on a travaillé pendant plufieurs années de cette’forte d argille,avecun!tel fuccès que l’on éftimait les briques qu’011 y préparait , les meilleures de tous les environs de Stokholm. O11 tire cette argille en automne , & l’on en forme des tas oblongs , fur les lieux jnême. Cette opération mêle les deux'couches l’une avec l’autre s & quoiqu’il fe trouve dans la couôheinférieure une ochre jeaunâtre, cela ne nuit point à la qualité.
- 590. Le fable doit être trèsifin,J comme du fablon. Dans la tuilerie dont
- (79) Jxâi'déjà averti ci-deffus, qu’en que cet ufage eft préférable à bien des Allemagne & en Suiffe on ne fépare point égards.
- les tuileries & les briqueteries ; & il femble ( 80 ) En fuédois Back-lera.
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- je viens de parler, il eft mêlé avec de la poufliere d’un blanc jaunâtre. Pendant l’hiver, on le conduit auprès du tambour, on le feche vers le nouvel an; & fi la faifon eft pluvieufe, on le met à couvert fous langar ; enfin on le fait paifer dans un crible de fil de fer pour le bien nettoyer.
- 591. On emploie, pour faire la cuite, des bûches de fapin , fendues de trois aunes de long, dont on forme des tas auprès de la tuilerie, pour les faire fécher.
- 592. Planche VIII, fig. r, plan. Figure 2, profil de la foffe à broyer l’argille. Ce bâtiment a douze aunes en quarré ; il elt bâti en bois. Le toit n’eft d’abord couvert que de paille, qu’on peut dans fuite remplacer avec des tuiles tarées. A , porte d’entrée. B, plancher conftruit de madriers fort épais, portés fur des poutres. C, arbre rond, planté en terre & arrêté par en-haut dans la traverfe D. E, arbre tournant, de trois aunes & demie de long, portant onze trous , à une demi.aune de diftance les uns des autres : le premier de ces trous eft à trois quarts d’aune de l’extrémité de l’arbre, afin que le dernier bœuf ne puilfe pas s’écarter hors de la rotite. A l’autre bout font trois harnais de groife corde, paifés dans les trous : on les arrête à un crochet de fer, planté dans l’arbre perpendiculaire, qui tourne fur fon axe.
- 593. On conduit fur la place cinq à fix charretées d’argille, que l’on étend autour de l’arbre G ; fur le foir on arrofe, autant que befoin eft, l’argille , ayec de l’eau contenue dans le tonneau F. Le lendemain matin, on attele trois bœufs à l’arbre tournant, 011 leur bouche les yeux, & 011 les fait marcher en rond dans l’argille qu’ils doivent piler, en prenant foin de la ranrafler avec une pelle, & de la rejeter fous les pieds des bœufs. Quand elle a été ainfi foulée pendant une bonne heure par des bœufs , on amené la quantité de fable nécelfaire, fui vaut la qualité de l’argille ; 011 le répand fur la couche, & onia fait pétrir de nouveau , en prenant foin à chaque tour de la faire ralfembler & retourner avec la pelle. Il faut qu’il y ait un ouvrier qui ramalfe à l’inftantles excrémens des bœufs ; l’urine de ces animaux 11e doit pas relier dans l’argille. Le même manœuvre eft chargé de remplir les pas de l’animal , & de changer les cordes de place au crochet , afin que les bœufs décrivent des cercles plus ou moins grands. On continue ainfi pendant cinq à fix heures, jufqu’à ce que l’argille foit dévenue bien flexible. Elle doit être ferme au point qu’on puilfe marcher delfus à pieds nuds fans enfoncer. On conduit enfuite les bœufs à l’eau pour les laver.
- 594. Le marcheur coupe l’argille avec un fer recourbé & tranchant; il en forme de groifes pièces, avec chacune defquelles on peut former fix à fept tuiles. Ces malfes de terre font entalfées en H (8 0- L’argille pétrie doit
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- (80 Voyez planche VIII ,/£. 1 , G.
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- donner ioo pièces de cette force, qui feront 660 tuiles ce qui eft l’ouvrage d’une journée du mouleur. Ce travail doit être achevé ’à midi; après quoi le manœuvre recommence à conduire de l’argille au fouloir; il l’arrofe d’eau avec le creux de la main ; enfin il crible le fable dont il aura befoin le jour fuivant.
- f9f. Cependant le marcheur commence fon travail : il met un morceau? d’argille fur le plancher, devant fon établi Y (82), & il la pétrit en long & en large avec les pieds. Il la pofe enfuite fur le banc qu’il a faupoudré de fable fin, & il en forme avec les mains des rouleaux de trois aunes de long. Enfin il monte fur le banc , il la marche encore dans toute la longueur, & il la coupe en longues bandes d’une demi aune de long. On les conduit en-fuite dans des brouettes à l’établi du mouleur,
- ^96. Planche VIII, fig. 3 , plan d’une machine à eau, pour pétrir Par-gille dont on fe fert dans la tuilerie de Gefle. Fig. 4 , profil de la cailfe. K , roue à augets, de lix aunes de diamètre. P , arbre de bois de fapin. M, la cailfe de 2 aunes de large, fur 3 § de long, ouverte par en-haut, ronde dans, le fond, & garnie de cercles de fer. N, douze couteaux de paroi, larges de deux pouces & épais d’un : ils font enfoncés dans une piece faifant partie d’un des, côtés de la cailfe , à la même diftance que les couteaux de l’arbre, & arrangés: de façon que ceux-ci palfent entre les premiers. L’arbre eft divifé en douze parties, égalifé dans toute la longueur de la cailfe : on y enchâlfe onze cercles: à 7 l pouces l’un de l’autre ; chacun de ces cercles porte trois couteaux de 2 J pouces de large, & d’un pouce d’épailfeur. On les place de maniéré , auflî bien que ceux que porte la paroi de côté, qu’ils poulfent l’argille en avant en P, où elle fort par une ouverture pratiquée fous l’arbre & fermée d’une: foupape, On met l’argille & le fable dans la proportion convenable, on les humeéle avec de l’eau, on met la machine en mouvement, & on travaille le tout jufqu’à ce qu’il foit au point néceifaire. On tire alors la. terre , & on la porte fur la table du pëtriffeur. La bonté de la terré ainfi préparée eft égale à celle qu’on fait pétrir par des bœufs : ce qui eft fuffifamment démontré par la qualité des tuiles qu’on vient vendre à Stokholm. O11 peut auflî fe fervir de cette machine pour préparer la terre à briques.
- 597. Il ne paraît pas impoiïible de faire aller la même machine par le moyen d’un cheval. Il faudra feulement que les couteaux foient plus ferrés que ceux qu’on vient de décrire; ce qu’on peut faire .fans aucun danger, puifqu’il ne doit point y avoir de pierres dans l’argille, La machine doit marcher jufqu’à ce que la terre ait acquis la confiftance néceifaire. Le point elTentiel c’eft de bien épierrer l’argille & la bien mêler avec le fable avant de
- (8s) Planche VIII ,fig, 1.
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- îa mettre dans la machine à broyer. Le meilleur moyen pour cela , c’eft de faire ce mélange dans une caiife bien fermée, auprès du tambour. C’eft là qu’on peut aufli mettre l’eau dans l’argille : l’expérience en indiquera la quantité.
- Ï98- Tout ce qu’on peut dire là-deifus avec certitude , c’eft que l’argille deftinée à faire des tuiles plates ordinaires, peut être préparée dans le tambour dont j’ai donné la defcription. Elles fe fabriquent avec la même terre que les briques. On n’a befoin pour ce travail, que de trois ouvriers ; comme on emploie les deux tiers moins de terre, deux hommes fufïifent pour charrier la terre, pour la préparer & la livrer au mouleur. Celui-ci, s’il travaille afliduement, peut achever de n à 1200 tuiles. Il lui faut pour cela huit à neuf tombereaux de terre,
- 599. Fig. y , plan, & fig. 6 , profil d’un angar de tuilerie. Il a r f aunes de large, & il repofe fur des colonnes qui portent la charpente du toit.
- 600. Fig. j , Q_, Q_, Q_, Q_, quatre rangées d’étageres (83) de 5 , 61 à 8 aunes, qui portent fur les briques ordinaires , pofées de pointe, enforte qu’entre chaque rang d’étageres il y ait un elpace d’un quart d’aune. De part & d’autre font deux rangs fimples d’étageres de deux planches pour une tuile : les deux étageres du milieu font de quatre planches, & font féparées par l’allée RR, qui a de 2 \ à 3 aunes de large.
- 601. S, table du mouleur, avec une forte croifée pour le pied ; elle a 3 \ aunes de long, fur une aune de large, &une aune trois pouces de haut. Le mouleur fe place au bout de la table en S, à fa droite eft un baquet à mettre le fable , portant fur des pieds 5 de l’autre côté eft un vafe rempli d’eau, dans lequel trempe la plam.
- 602. V , banc porté fur quatre pieds * fur lequel on pofe les malfes de terre. Le chaffis , fig. 11 , a dix-huit pouces de long fur douze de large , & un demi pouce d’épailfeur ; deux des angles font coupés par une traverfe : il eft fait de bois de chêne, & garni par en-haut de fer-blanc. Il eft arrêté au bout de la table par deux bouts de liftes , de maniéré qu’il ne puilfe ni avancer ni reculer. Après avoir faupoudré la table, le mouleur comprime fortement la terre dans le moule , & quand il eft plein, il y .palfe la plane mouillée. S’il apperçoit quelque défeéluofité, il remplit le vuide avec un morceau d’argille * & il palfe de nouveau là plane fur toute la tuile , pour qu’elle foit bien polie» Il enleve le chailîs , &le plonge dans le fable. Cependant le porteur enleve avec les mains lapiece qu’on vient de finir, & il la pofe fur le moule faupoudré de fable. Le meilleur bois pour le moule, eft le tremble, parce qu’il eft léger, On voit ce moule, fig* 12, repréfenté par-deifous. Il a de part & d’autre:
- (8 j) En Allemagne, les tuiles fontmifes fur des planchettes, & pofées fur des lattes.
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- deux petits fupports, & une poignée vers le milieu : le côté fupérieur ,fig. 13 eft creufé, comme on peut le voir au profil,fig. 14 : à l’un des bouts eft-un trou d’un pouce en quarré fur autant de profondeur, pour y former le crochet. Le moule eftpofé fur deux petits bois cloués dans la table, & l’ouvrier fe place en X. Il plie la tuile félon la courbure du moule ÿ il preffe le crochet avec le pouce , & fitr-le-champ il remplit le trou avec un petit morceau d’ar-gille. Plongeant enfuite fes deux mains dans le vafe Y, il en' frotte doucement-la tuile, afin de la polir. Il faifit de la main gauche la poignée, & il glilfe la tuile fur une planchette ronde, qui a un manche ( fig. 15 ). Il porte ainfi la tuile fur fétagerev
- 603. La tuile eft pofée fur l’étagere de maniéré que le' crochet fe trouve en-haut, & qu’une tuile touche l’autre. Le porteur doit y faire attention, & ranger la tuile avant de retirer la palette, qu’il pofe fur la table en Z. Il nettoie le trou du crochet, il palfe la forme dans le fable, il la repôfe fin fes fupports , y jette du fable, & recommence fon- travail
- 664.. Deux ouvriers peuvent fabriquer en un- jour 600 tuiles courbes, & 60 pour le déchet. Pour prévenir autant qu’il eft poffible- le d-éehet, il faut que l’angar foit garanti d’un côté par des planches ou des nattes. On fè fert à Ekensberg,de nattes de jonc, que P011 pend en-dedans entre l'es-piîiers.
- 60 j. On emploie ainfi à chaque forme quatre ouvriers, qui demeurent conftamment au même travail 5 car chacune dé œs opérations a fes coups de main particuliers , qui s’apprennent par Un long ufage. Pour fervir deux formes , il faut le double de gens, comme aufli deux fouloirs & deux angars. Le cuifeur, comme maître-ouvrier, a l’infpetftion fur tout l’ouvrage : c’eft lui qui met les tuiles dans le four , & qui a fes valets qui l’aident à diriger le feu1. Pour tranfporter les tuiles & la terre, on peut avoir des manœuvres. Si l’on compte cent jours ouvrables depuis le 9 mai au 10 feptembre, on peut fabriquer à deux formes au-delà de 130 milliers de tuiles courbes : ce qui fe cuit en dix fournées
- 606. Outre ces tuiles creufès, on en fait auffi qui n’ont point de crochet, & qui tiennent lieu de faitieres; on fait aufii des crenaux. Leur forme eft un peu plus large par un bout que par l’autre , afin qu’elles s’emboitent plus exactement. On les cloue fur les lattes du toit, & pour cet effet on fait un trou à la tuile du côté le plus large.
- 607. Les tuiles plattes (84) ne font guere d’ufage, parce qu’elles chargent trop les toits, lorfqu’on veut les couvrir comme il faut. Pour faire un bon ouvrage, il faut- qu’elles foient mi-fés à triple rang*,- enforte que fi là-tuile a 15. pouces, les lattes doivent être à cinq pouces de d-iftance : ce qui
- (84) On les nomme en Allemagne Biberfchwamet Ce font les plus communes en SuifiTe.
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- fait qu’on emploie au-delà du double plus de lattes, de doux & de tuiles. Dans le pays où ces tuiles font èn ufage, ôn les met iimples ; mais on les garnit par-delfous de petits bois minces (80-
- 6o%. Voici la maniéré de fabriquer ces tuiles platfes. La formé (/g. 16) eftde fer, de 15 pouces de long, fur 8 de large & | dé pouée dé profondeur; elle eft attachée fur une planche à mouler, mobile au moyen d’une paire de charnières. Le crochet fe forme dans un trou pratiqué dans fa planche, & garni de cuir, afin que la tuile fe détache plus aifémerit. On paflè la terre dans cette forme, on Fégalife avec la plane, & oii repafie lès deux bords avec le doigt. Si la tuile rie doit point avoir de crochet, on y fait ùri trou pour le clou ou la cheville : on retourne la forme au moyen des charnières de la planche, liir laquelle elle eft fixée, & l’ori reçoit la tuile fur une planchette. On la porte ainli fur les lattes , où on la laiffe fècher.
- De la quantité des Unies qui peuvent être rangées fur le's éfagetes, des planches néeejjaîres pour former eês établis
- 609. Douze tuiles creufes occupent fur l’étagere un efpace de cinq aunes. Si l’on compte trois pouces au milieu & trois à chaque bout, pour les briques qui portent les planches onne périt mettre que 13 tuiles fur une planche de fix aunes. Plus longues, elles devraient être exceffivenientfortes pour foutenir ce poids. Ainfi onze tablettes de fix aunes porteront 143 tuiles j & fi elles ont huit aunes , il y en aura 198.
- 610. L’angar a deux rangs de tablettes fimples, & autant de tablettes doubles , féparées par trois allées. Pour qu’une forme puiffe travailler fans interruption, il faut que chaque allée puilfe contenir l’ouvrage qu’on peut faire en fix jours : à 660 tuiles par jour, cela ferait 3960 , & en dix-huit jours 11880, qui devront le fabriquer en dix-huit jours & remplir tout l’angar.
- 6i 1. Suivant ces calculs, chaque rangée d’étageres confumera 14 planches de 6 aunes , 12 de 7 aunes , & 10 de 8 aunes. Donc il faudra, pour toutes lesétageres de l’angar, 154-doüzainés de planches de faunes-, 132 douzaines de 7 aunes , & 1 iq douzaines de 8 aunes.
- 612. Les étageres prennent dans la longueur un efpace de 84 aiines.il faut qu’il y ait à l’une des extrémités près du four, affez de place pour y ranger toutes les tuiles feches qu’on peut ôter de delfus deux rangs d’étagéfes'fimples , afin que le travail ne foit point interrompu. De l’autre côté , vers lé fouloir, il doit aufii y avoir de laplace pour lécher par un tems' pluvieux. Par conféquent l’angar pour une forme doit avoir au moins ico aunes de
- (85) Je ne fuivrai pcîrit notre auteur T art du couvreur, qui fera partie de ce dans tous ces détails. Ils appartiennent à quatrième volume.
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- Jolij» S’il eflfà deux étages, oupèutdoubler le nombre des ouvriers , ou fairè l’angar plus petit de moitié» On obfervera de diltribuer les piliers de maniéré qu’ils fe trouvent placés entre deux rangées d’étageres , fi la place le permet. Il faut que l’endroit où l’on pétrit l’argille , foit un peu plus élevé que l’angar, pour pouvoir y entrer plus commodément.
- 613. Planche VIII, fig. 7, plan d’un fourneau à tuiles , long de douze aunes & demie dans œuvre * large de fept aunes, & haut de quatre aunes , depuis le fond. Fig. 8, profil fur la ligne GH. Fig. 9, profil pris dans la longueur , fur la ligne I K. A , fig. 8 5 mur de front, de deux aunes trois quarts d’épailfeur. B, fig. 7, fix bouches voûtées, d’un quart d’aune de large, fur fept quarts de haut. G, piliers entre les bouches de cinq quarts de large. D, petits piliers dans l’intérieur du fourneau, d’une aune de long, fur demi aune de large. Il y en a neuf à dix de file* entre les deux murs de front. Ces piliers portent la voûte des bouches intérieures * qui ont une aune de large, fur cinq quarts de haut. F * partie fupérieure des ceintres* Il relie entre ces ceintres, tout le long du fourneau , des ouvertures d’un quart d’aunej ou, s’il y a dix rangées de piliers, de cinq pieds de large. G, le delfus de la voûte, couvert de fortes briques, d’un quart d’aune d’épailfeur, placées de côté. Elles font liées & dilpofées comme le montre la figure 15, faite fur une échelle quatre fois plus grande. On voit qu’il relie par-delfus les ouvertures, dans toute la longueur du fourneau, entre les ceintres de la voûte , des trous de cinq à fix pouces de long , fur quatre de large ; en-forte qu’il ne peut y avoir qu’une brique de trois pouces , mife de côté entre deux. On peut encore remarquer qu’il y a dans les deux murs de front des pierres d’attente de trois pouces de profondeur fur un quart d’aune de hauteur , fur lefquelles repofent les pierres du fond , qui touchent le mur. Cette précaution ell nécelfoire, parce que ce fond n’ell muré que lorfque le fourneau effc achevé. Afin que le feu pénétrant trop fort dans ces ouvertures * ne fonde pas les tuiles du bas s on y met par-delfus une rangée de briques. Tout autour des murs, on fait une couronne de briques rangées de travers l’une fur l’autre, à fix de hauteur, comme on le voit en II bfig. 16. KK,fig.9, les murs de comble, de fept quarts d’aune d’épailfeur. L, porte à charger le four, large de fept quart d’aune, haute de trois aunes. Le fond de cette ouverture ell de niveau avec les briques qu’011 range de champ ail fond du fourneau. M, voûte du four, d’uile demi aune d’épailfeur , avec des contre-forts contre le mur de front. La hauteur, depuis la brique du fond, ell de près de 3 \ aunes ; & depuis le fond des bouches au comble de la voûte, fix aunes. N, N , N, quatre rangs de foupiraux , qui traverfent la voûte, fix à fept de fi e , au nombre de quarante , connue le montre le plan, fig. 10. Il faut prendre garde à la dillribution en deux parties, fur fix compartimens defignés par
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- les lignes ponctuées, O, crampons de fer, qui traverfent la voûte, deux par en-haut entre les foupiraux, & deux au travers des murs du faîte. P , piliers fous la charpente du toit. Comme ce fourneau eft plus bas que les .fours à briques , la chaleur qui s’élève par les évents, eft plus forte : c’eft pourquoi il faut élever davantage les piliers par-delfous la voûte, afin que la charpente ne s’allume pas, Q_Qj> deux angars , un de chaque côté, dont les toits font contigus à celui du four. Ordinairement on fait ces toits des angars plus bas & à la hauteur des murs. RR, quatre portes, s’ilfe peut, vis-à-vis l’une de l’autre, pour voiturer plus commodément le bois. On en place quatre cordes (86) entaffées dans chaque angar, pour y fécher. SS, fig. 7, allée couverte entre les deux angars, A côté des murs de front, 011 ménage par en-haut, entre les piliers du toit, une petite ouverture pour placer un efcaiier qui conduife fur les voûtes. On le voit en T , fig• 8- V, ouvert tures entre les piliers fous le toit, avec une planche. Pendant la cuite, on. ferme celle qui eft expofée au vent.
- 614, Après que les tuiles ont été bien féchées, on les conduit fur des brouettes, quarante à la fois , auprès du fourneau. On commence l’enfournage (87) au fond , vis-à-vis de la porte : on place une tuile tout près de l’autre, en droite ligne , & entravers du fourneau, le crochet en-haut. Lafeptieme tuile doit avoir le crochet en-bas , afin que les tuiles fe trouvent droites, On range ainfi cinq couches de hauteur. Par la même raifon, & afin que le toutfoit mieux lié, on met dans les trois couches inférieures , quatre ram gées de bandes , alternativement l’une fur l’autre, dans la longueur du four-, neau ; à la quatrième couche, 011 ne met que trois rangées de ces bandes j & à la cinquième couche, il ny en a point du tout. Deffous la voûte, les tuiles fontmifes de plat, enforte que les crochets foient tournés par en-haut. On continue de cette maniéré , & on arrange par degrés trois couches à la fois, avec leurs liaifons 5 mais on doit bien prendre garde que les tuiles ne foient pas brifées, ou courbées. Le four étant tout-à-fait rempli, on fourre parla porte autant de tuiles qu’il y en peut entrer, enforte qu’il n’y refte point de vuide. On la bouche enfin avec des briques, on remplit l’intervalle aveç des décombres, & l’on garnit les joints avec de la terre graffe,
- 615", On allume d’abord un feu doux , dans toutes les bouches de part 8ç d’autre, jufqu’à ce que la fumée humide foit évaporée : ce qui eft fait au bout de vingt-quatre heures,. Alors on augmente infenfiblement le. feu, & l’on jette quelques bûches au fond des bouches. Dès qu’elles font remplies de bois , on met de fortes plaques de fer devant toutes les ouvertures, pour empêcher les çourans d’air *& pour çonçentrer la chaleur. On peut mettre
- (9<5) En fuédois Stafrum. Cette mefure ' fur y de long, & autant de haut, pour le bois à brûler, a 4 aunes de large , (87.) En aliemand Eiufct'zcn* . . . :
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- des portes de fer, arrêtées au mur; mais elles doivent avoir par en-bas de petites ouvertures pour attirer i’air. On continue ainlî avec un feu plein & égal, pendant deux fois vingt-quatre heures. Par-tout où le feu fe montre au-deffus de la voûte, on ferme les évents. Alors on ouvre ceux qui avaient été fermés, afin que toutes les tuiles foient également bien cuites. Comme les différentes fortes de terres demandent un degré de feu different, il faut confulter l’expérience, pour favoir combien de jours la cuite doit durer. Dans la tuilerie d’Eckenberg, on ne continue le feu que pendant trois jours. A Gefle, il faut cinq jours & cinq nuits. Le ligne Le plus fùr, c’eft fans contredit, quand les tuiles paraifTent tout en feu, en les regardantpar les évents. Alors on ferme toutes les ouvertures ; je fourneau relie dans cet état cinq jours & cinq nuits; après quoi on l’ouvre, & l’on en tire les tuiles.
- 616. Telle ellla méthode ordinaire de cuire les tuiles en Suede. Il faut pour une cuite, dix à douze cordes de bois, ayant la groifeur déterminée ci-deifus ; & c’eft beaucoup , eu égard au tems que dure le feu, & à la petite quantité de tuiles contenues dans le fourneau. Cela vient de ce qu’il faut entretenir le feu des deux côtés à la fois, ce qui eft néceflaire dans un fourneau li bas, pour que les tuiles s’y cuifent également Jbien. Il paraît cependant qu’on pourrait eflayer ici la nouvelle maniéré de cuire. Il faudrait plus de terre, mais on épargnerait finement beaucoup de bois. Dans un fourneau de fept à huit aunes de hauteur, dans lequel 011 met par-deifous les tuiles, des couches de briques à la hauteur de trois à quatre aunes , le feu fe répand plus également dans tout le fourneau; & c’eft par-là, autant que j’en puis juger par mon expérience, que l’on économife le plus de bois. On fe fert, en bien des endroits, de charbon de pierre, ou de tourbe, qui donne fuffifamment de chaleur. Mais fur la fin de la cuite , on préféré d’employer du bois , fi l’on peut en avoir.
- 617. Dans le fourneau que je viens de décrire, on peut placer 13^00 tuiles , dont 1100 font pour l’ordinaire bien cuites. Les autres qui étaient placées fous la voûte &;le long des murs font un peu plus pâles ; le propriétaire peut les employer pour fon propre ufàge, avec quelques autres pièces moins tarées. On pile celles qui font tout-à-fait caffées, pour mêler cette poudre avec de la chaux dont on fe fert pour boucher les joints.
- 618- J’aurais pu faire mention ici d’une autre forte de fourneau établi à Gefle, dans lequel le feu joue non-feulement fous le fond, mais encore au travers des murs de front. On n’y fait du feu que d’un côté ; du refte il eft femblable aux fours de potiers. Je penfe que celui dont j’ai donné la defeription, & qui eft le plus en ufage, peut fufiîre.
- ô’ip. L’établissement d’une tuilerie exige des avances confidérables, fi l’on veut l’achever tout d’un coup. Je vais indiquer le moyen de l’établir
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- peu à peu & avec toute 1 économie poffible. Si l’on a déjà une briqueterie, il eft facile d’en tirer les briques nécelfaires pour ce nouveau fourneau. Si cela n’eft pas, après s etre alluré par des elfais, de la bonne qualité de la terre, on conftruit d’abord un angar, de la longueur que l’on veut, & l’on y fabrique trente - deux milliers de briques, que l’on fait cuire dans un four creufé dans la terre. C’eft avec ces briques que l’on bâtit le fourneau à tuiles, avec fes bouches. On lui donne de part & d’autrelix aunes de hauteur, jufques aux barres de fer O (88) > laiÜant de part & d’autre un redent fur lequel on fera porter la voûte. Le four eft enfoncé de deux aunes fur le penchant d’une colline, pour pouvoir plus commodément arranger les tuiles. On ferme les bouches d’un côté avec un mur perdu, & l’on y cuit dix milliers de briques nécelfaires pour les murs fupérieurs & les piliers du comble. Sur ces piliers on pofe la charpente, qui n’eft d’abord couverte que de fimples planches. On place les crampons dans les murs du faitej mais au milieu du fourneau, oli fe contente dun crochet plus court, avec des trous & des anfes, dans lefquelles on affermit les barres qui foutiennent la voûte. On peut lailfer le fourneau ouvert pendant quelque tems, jufqu’à ce qu’on ait regagné les frais du bâtiment, en y cui-fant de la brique. Cependant on conftruit le fouloir, & l’on prépare des planches pour les étageres. Alors il faut conftruire la grande voûte, qui confumera cinq milliers de briques. Le fond du fourneau eft difficile à bâtir j on peut le lailfer pour la fin, en mettant à la place un banc d’une aune de large, fait de briques feches & non liées. Si ce fond s’enfonce par la grande chaleur, il fera aile de le réparer. On gagne à cette conftruélion, én ce que le four eft propre à faire de la brique comme de la tuile. Les planches dont le toit était couvert, fervent à conftruire les étageres, quand on a fabriqué alfez de tuiles pour cette première couverture.
- Des tuiles verniffêes.
- 620. Je n’ai pas eu occafion de voir verniffer des tuiles dans une manu*, faélure i mais j’ai cherché à m’inftruire là - delfus par les difcours d’un homme très-verfé dans cette partie. J’ai trouvé aulîi bien des idées utiles dans l’ouvrage de Kunckel. Je vais rapporter ici la plus importante.
- 621. Le principal des vernis ordinaires c’eft la cendre de plomb & le caillou blanc, auxquels on ajoute un autre minéral pour donner au vernis la couleur qu’on defire.
- 622. La cendre de plomb fe fait avec du plomb fondu, que l’on remue
- (88) Planc/ieVlll t jt£. 8*
- Tome IF,
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- avec une fpatule de fer jufques à ce qu’il foit réduit en cendres, quipefènfc plus que le plomb qu’on a mis pour les faire. Il ne faut pas ceffer de remuer tant qu’on apperçoit une goutte de plomb liquide. Cette cendre eft palfée au tamis : la partie la plus grofîiere eft broyée fur une pierre, & tamifée de nouveau. Les cailloux blancs font calcinés dans le fourneau où l’on cuit les tuiles. Cette préparation les amollit , enforte qu’on peut, les piler dans un grand mortier de fer ; après quoi on les tamife.
- 623. Là magnéfie, ou manganefe f 89 ) » eft un minéral qui donne une couleur d’un brun foncé; le mâchefer, ou la limaille de fer, font la couleur noire : cette derniere n’entre dans la compofition que lorfqu’elle a été fondue. Les fcories & les cendres de cuivre font proprement la couleur verte; mais on peut aufli s’en fervir pour mêler dans les autres couleurs dont je viens de parler. Le zafre eft fait avec le cobolt calciné, mêlé avec le caillou en poudre; on en fait la couleur bleue. Tous ces ingrédiens doivent être pilés , tamifés, & mélangés dans la dofe prefcrite.
- 624. Voici deux comportions tirées de l’ouvrage de Kunckel. Prenez, cendres de plomb 14 parties, cailloux pulvérifés 14 parties, magnéfie 2 parties. Cela Vous donnera un vernis brun que vous pouvez rendre plus foncé avec un peu de mâche-fer. Prenez , cendres de plomb 8 parties , limaille de fer 3 parties, fcories de cuivre 3 parties , zafre 3 parties ; vous aurez un vernis d’un brun foncé. Plus on met de zafre, & plus la couleur devient foncée. Il eft fingulier que la derniere recette ne contienne aucun caillou blanc. C’eft à l’expérience à décider fi la volatilité des cendres de. plomb eft alfez fixée par ces ingrédiens.
- 62f. On tient communément que, pour tous les vernis qui ont à fou-tenir un feu violent, il faut toujours plus de caillou que de mine de plomb. On peut, par cette raifon, effayer la compofition fuivante. Prenez, cendres de plomb 10 parties , caillou pulvérifé 10 parties, magnéfie une partie, fcories de cuivre & de fer de chacun une partie. On peut ainfi faire des effais , pour voir quel vernis furpaffe les autres par la folidité, la couleur, l’éclat, fans gerfures. Un bon vernis doit foutenir, fans fe gercer, les plus fortes gelées , & 11e doit pas être trop cher.
- 626. On applique le vernis fec , ou mouillé. Dans le premier cas, les ingrédiens doivent être tamifés très-fin & bien mêlés. On arrofe extérieur rement les tuiles avec de l’eau, & l’on étend immédiatement là - deffus la mixture du vernis-, au moyend’un tamis fait exprès. Si l’on avait à vernir des vafes creux, où l’on 11e pourrait pas procéder ainfi , on mêle le vernis
- f8çf) En allemand Braunjlein. C’eft, félon furie violet; quelquefois elle eft ftriée ou Walkrim , une mine de fer pauvre , diver- feuilletée, fement nuancée de gris & de noir en tirant
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- ET DU BR I Q U E T I E R.
- avec un peu de fon de feigle, & on en fépand avec la main fur le vafe mouillé, autant qu’il en pourra prendre. Eh appliquant ce vernis , on tient la tuile parle crochet, fins toucher la furface qu’on veut vernir. Le rhieüx eh de faire l’opération à la porte du four, & d’y placer tout d’un tems la tuile au-deifus du fourneau.
- 627. Le vernis mouillé donne une couleur plus égale : c’eft pour celà que Kunekel le préféré. Le fin vernis blanc doit toujours être appliqué mouillé. Voici la maniéré d’y procéder. La mixture grofliérement paftee au tamis, eft d’abord brûlée dans le four à tuiles. Oh fe fert pour cela d’un vafe quarré, fait d’argille, qui va au feu, & enduit de l’épailfeur de deux doigts de poudre de caillou mouillée.
- 628- La cuite achevée, on gratte le fable qui s’eft attaché à la malfe fon* due, on la pile, on l’humeéte, & on la broie fur une pierre de roc bien dure. On fépare les morceaux qui fe mettent de côté, & on continue le travail jufqu a ce que le vernis foit comme une bouillie claire. Cette préparation eft difficile. Dans les grandes fabriques on fe fert, pour broyer ou plutôt pour moudre ce vernis , d’un moulin qui tourne par le moyen d’un cheval. On remue fans difcontinuer le vernis j'puis tenant la tuile fur le baquet, on applique le vernis avec une truelle, & on la met incontinent dans le four. En été on fe met au foleil, qui deifeche un peu la tuile j enforte que l’affaire réuflit mieux.
- 629/ En Hollande, on vernit les tuiles après qu’elles font cuites. On applique le vernis, & on remet la tuile dans le four d’un potier ,< jufqu’à ce qu’on voie couler la compofition. De quelque façon qn’on s’y prenne,'ce vernis eft cher, à caufe de la cendre de plomb. Les tuiles verniffées coûtent le double des autres.
- 630. On a une autre maniéré de rendre les tuiles plus durables. On les enduit en-dehors avec du goudron. On peut leur donner une fécondé' couche avec du goudron mêlé de noir de fumée. Quand cette couche eft à moitié feche , on la repaffe encore avec du plomb de mer tamifé. Le toit femble vernifle, & coûte moins. Voyez Mémoires de l'académie royale des fciences de Stokholm, tomel, page 360.
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- ART DU TU IL IER
- <*H>=
- EXPLICATI
- DES PLANCHES.
- Planche I.
- \_j et te planche a été gravée d’après les’definis de M. Gallon. Elle repréfente le grand four confirait près le Havre-de-Grace , où l’on fait cuire la brique & la tuile avec du bois.
- Figure i , plan du four. AB, CD, lignes ponctuées ,fuivant lefquelles ont été faites les figures 2 & 3. NQPO, mur de briques qui forme le corps du four. FGHI, contre-mur bâti plus à la légère, & fortifié par des contre-forts. L’efpace ffi qui eft entre le mur NQPO & le contre-mur FGHI , eft rempli par une maçonnerie enterre. SSS , gueules du four, par lefquelics on met le feu fous les arches. EFIK, appentis qui embraffe les trois gueules SSS. Les chauffeurs couchent fous cet appentis, & l’on ouvre ou l’on ferme les portes TTT, fuivant qu’on veut exciter ou ralentir le feu. VX, portes pour charger & vuider le four : on les maçonne pendant la cuiiïbn. TT, dans l’intérieur du four, marquent les fommiers vus par-deffus. RR , le delfus des arches qui forment des banquettes. 1,2 & 3 , briques pofées en travers, pour donner de la folidité aux arches. WZ , champs de briques pofées dans le four.
- Figure 2, profil du même four, pris fur la ligne CD du plan. PQ_, murs du four. VX, portes pour charger & décharger le four. SSS, arches fous lefquelles on met le feu.TT , fommiers. RR, arrafementdu delfus des arches , qui forme le gril. 1,2 & 3 , briques de champ, qui lient les arches les unes avec les autres.
- Figure 3 , profil du même four, pris fur la ligne AB du plan. OP , murs qui forment le corps du four. HS , contre-murs. RR RR, coupe d’une file d’arches parleur clef. S , une des bouches qui répondent à la file d’arches. 1 , 2 & 3 , briques de champ, qui arcboutent les arches les unes contre les autres. M , briques qui forment le gril. ILK, l’appentis qui renferme les trois bouches.
- Planche IL
- Cette planche eft entièrement faite fur les définis de M. D.
- Figure j , plan des fours de Montereau, des environs d’Etampes , & du rein de la forêt d’Orléans. NOPQ_, eft le corps du four j on y voit le delïùs des arches. SS, entrée des arches. T, le fommier. V,îa bombarde où l’on établit le grand feu. Cette partie eft difpofée de façon, que la voûte s’élève plus du côté de S que du côté de la porte Y. X, chaufferie fous laquelle
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- ET DU BRIQÜET1E R.
- reftent les chauffeurs, pendant tout le tems que le feu eft au fourneau. Au-delfous de Y , projection du trou par lequel s’échappe la fumée qui pourrait incommoder les chauffeurs ; & au-deffus de Y, eft la porte qui communique de la chaufferie dans la bombarde : c’eft cette porte qu’on maçonne jufqu’à moitié de fa hauteur avant de mettre le grand feu: on la ferme entièrement quand l’ouvrage eft cuit.
- La figure % repréfente le corps du four, coupé au-delfus de l’arrafement des arches. NOPQ_, corps du four. SS , l’entrée des arches. T, le fommier. AS, l’arrafement du deifus des arches. BS, pareil arrafement fait avec les briques qu’on met de champ pour lier les arches les unes aux autres, & leur donner de la folidité.
- Figure 3 , NOPQ_, le corps du four coupé au-deffus du gril ou guille ( les briquetiers difent l’un & l’autre). SS, l’entrée des arches. T, le fommier. O11 voit ici comment eft carrelé le bas de quelques fours , pour former les lumières par lefquelles la chaleur fe communique du deffous des arches dans le corps du four. .1
- Figure 4, NOPQ_, le corps du four chargé de tuiles : il'faut qu’à tous les champs, les tuiles fe croifent ; mais les uns mettent les tuiles d’un même feus à chaque champ dans toute l’étendue du four, & d’autres les arrangent par bandes , comme 011 le voit repréfenté dans cette figure.
- La figure 5 fait voir comment on arrange les premiers lits de briques fur le gril, ou lorfqu’on veut faire des lacets, foit avec des briques, foit avec dqs carreaux.
- Figure 6, élévation du four vu de face. HNQ_, le bas du four jufqu’au-delfus du gril. On voit au travers de la coupe de la bombarde les arches SS, le fommier T , & deux ouvertures triangulaires I K, par lefquelles la chaleur fe communique dans le four. On met devant Les ouvertures plu-fieurs rangs de briques, pour recevoir la grande imprefîion du feu. EFGH, le corps du four, dans lequel on arrange l’ouvrage. On voit çà & là des ëlpeces de boflages ; ce font des grais qu’on ,y met, quand on en a, pour lier plus exactement le corps du four , parce qu’ils font parpains : au-deffus de Y, ,eft la porte par laquelle on charge le four.
- Figure 7, le même four vu en perfpective. X , chaufferie. V, bombarde.' G, porte par laquelle on enfourne. PDQC , arrachement. C’eft Pendroit où l’on place au befoin des contre-forts. Les fours dont il eft ici queftion,ne font point couverts :,ily en a d’autres. qui Font voûtés par-deffus.
- La figure % .repréfente-comment on difpofe les tuiles dans le fourneau. Elles' doivent fe toucher, fàufi’épaiffeur du crochet; ‘
- r La figure19 fait voir -en grand1, comment on arrange les briques ou les carreaux pour former des lacets. On voit dans la figure 10, ces mêmes lacets difpofés dans un autre fens.
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- ART nu TUILIER"
- Planchie III.
- ip
- Les figures de cette planche, qui repréfentent le travail du metteur en haie, avec le plan & le profil du fourneau, font gravées d’après les définis de M. Fourcroy.
- Figure i, M, les haies. N, place vuide entre chaque haie. O, brouette avec la quelle l’enhayeur approche les briques des haies. X , ouvrier qui met les briques en haie. P, ouvrier qui couvre les haies avec des paillaiTons. la tète d’une haie.
- Figure 2, moule pour les tuiles, repréfenté en grand. Au-deffous de /, eft l’entaille où fe forme le crochet.
- Figure 3 , moule pour deux briques, vu dans différentes pofitions : fes bords font garnis de fer-blanc , pour qu’il ne s’ufe point.
- Figure 4, arrangement des tuiles en haie fous la halle, a a, premier lit 5 b b, fécond lit y c c, troifieme lit.
- Figure f , une poignée de tuiles , comme on les arrange pour les mettre en tas. Les crochets font en-dehors, & le plat des tuiles fe touche.
- Figure 6 , une poignée de tuiles, comme on les arrange pour les mettre en haie, foit fous l’angar, foit dans le four. Les crochets empêchent que les tuiles ne fe touchent par le plat.
- Figure 7 , table du mouleur ; a a, terre préparée pour être mife dans le moule y b, caiffe où. l’on met le fable fec; c , vaïe rempli d’eau pour mouiller le moule & la plane -, ee , palettes pour porter les tuiles ; /, le moule 5 g, la plane.1
- Figure 8 , tuile creufe moulée & cuite -, au-deffous, on en voit deux autres pofées dans l’état où. on les met en place dans les bâtimens.
- Figure 9tuile bordée : on voit au-deffous la maniéré dont elles font pofées fur les bâtimens.
- Figure io'j tuile en S : 011 voit au-deffous de quelle maniéré elles font pofées*
- Figure 11, moule pour les tuiles creufes. Celui pourries tuiles gironnées eft à peu près femblable. •
- Figure 12 , maniéré de mouler les faîtieres. a, faîtiere cuite , qui fert à courber les autres ; b b , piece de bois arrondie qu’on pofe fur la faîtiere cuite, pour courber celle qui a été moulée & féchée ; ce, tuile que l’on courbe ; bb, poignées par le moyen defquelles on enleve la faîtiere courbée, & on la met fécher fur un des bouts -, abc, la'même tuile courbée , vue par un des bouts. « Figure 13, grandes briques pour couvrir un parapet en dos d’âne.-
- Figure 14, plan & élévation du-1 quart d’un fourneau de cinq cents milliers de1 briques. On y voit l’arrangement , foit des1 briques cuites qui forment le pied du. fourneau jufqu’au-deffus du foyer , foit de toutes les autres briques
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- ET DU B RI Qü E T I E R. 151
- que l’on veut cuire. A, contre-forts conftruits aux quatre angles du fourneau. B, mafîif, ou corps quarré du fourneau. CDE, differens champs de briques, ou l’on voit leur pofition à chaque champ » qui fe répété alternativement à mefure que le fourneau s’élève ; car la totalité du fourneau fè conftruit de la même façon , en faifant fuccéder ces trois affifes l’une à l’autre > dans l’ordre CDE , depuis le troifieme tas jufqu’au fommet du four. F > bordure en faux tas. G,foyers.-
- Il faut cinquante-huit milliers de bonnes briques cuites pour conftruire le pied du fourneau , & trois autres milliers pour le pignon &la cheminée de la baraque. Plus , deux cents bottes de paille, chacune d’environ douze livres pefant, pour l’étendre fous le pied des haies ; & en outre, cinquante bottes pour coucher les ouvriers, fans compter celles qu’il faut pour les. paillaffons, où il entre deux bottes & demie dans chacun (90).
- Il faut encore que le cuifèur foit approvisionné de trois cordes de gros, bois fec, & de cent cinquante fagots. Il lui faut aufîi trois perches garnies, par le bout d’une fourche de fer, jufqu’au tiers de leur longueur.
- Planche IV.
- Cette planche repréfente le travail de l’enfournage & la diftribution dü charbon. Elle a été entièrement gravée fur les deffins deM. Fourcroy.
- Fig. 1, travail de l’enfournage, où eft repréfentée la moitié d’ün fourneau de cinq cents milliers de briques , que l’on charge, avec une partie de fon entourage d’abri-vents, & l’un de fes accès d’échafauds.
- A, mfourneur arrangeant les briques fur le fourneau. B B, entre - deux qui font paifer fur le fourneau les briques, qu’ils fe jettent deux à deux, de main en main. C, rechercheur tranfportant la brique au fourneau: un ou plufieurs de ces ouvriers fe placent en relais fur l’un des échafauds E. D, rampe pour monter au-deifus du pied du fourneau. E, échafaud où fe placent en relais les rechercheurs pour le fervice des briques de main en main. K, fapins qui foutiennent les garde - vents & les échafauds. G, les foyers dont quelques-uns ont été fermés de maçonnerie. O, fig. 1, cabane des ouvriers. H, morceau de toile pofé fous les pieds du premier entre-deux, pour recevoir le fable qui tombe des briques quand il les reçoit dans fes mains des autres ouvriers. I, cuifeur appliquant le placage contre le parement des affifes de briques qui ont été pofées dans la journée. L, grande échelle plantée debout le long d’un des lapins, des échafauds > pour pouvoir monter fur le fourneau > & en defçendre fans: endommager le parement-
- (90) Dans les tuileries ou «Forr feche des angars, la plus grande partie de cette toutes, les briques, & toutes les tuiles dans paille devient inutile.
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- ART DU TUILIER
- i%z
- _ Lps échafauds font établis fur deux fapins plantés de deux ou trois piecfs en terre, à trois ou quatre pieds du parement du fourneau j ils font entretenus par des barres de fer qui pénètrent dans le corps quarré du fourneau, auxquelles font liés les fapins avec des cordes : c’elt fur ces barres de fer que font couchées les planches des échafauds.
- Les abri-vents, ou garde-vents, qui entourent les quatre côtés du fourneau, font conllruits de fapins plantés en terre, maintenus par d’autres pofés en liens buttans, & alfujétis par deux rangs de traverfes auxquelles on attache les paillaifons.
- Il faut, pour établir les abri-vents & les échafauds, environ foixante-dix fapins de trente à trente-cinq pieds de longueur pour les échafauds , garde-vents , liens & traverfes ; il en faut encore une vingtaine pour fer-vir de chevrons à couvrir la baraque des ouvriers ; douze gîtes ou petites pièces de bois pour les montans de cette baraque j huit barres de fer, d’environ vingt-cinq livres pefant chacune, pour deux échafauds fur chaque accès du fourneau i dix pièces de cordes groifes & menues, pour attacher aux fapins leurs traverfes, & les liens buttans pour attacher les paillaifons.
- Fig. 2, travail du cuifeur. B , entre-deux portant des mannelettes à charbon au cuifeur I, qui le répand où il convient. C , le rechercheur. Quand le charbon a été conduit à la brouette au pied du four, un rechercheur en emplit les mannelettes, que d’autres fe jettent de main en main , pour les faire parvenir aux entre-deux B. Un journalier écrafe le charbon avec une batte, & un rechercheur conduit ce charbon au pied du four.
- On voit en i ( fig. 2. ) un cuifeur qui ramalfe dans une mannelette les 'morceaux de charbon qui ne font pas écrafés. S, parement où il self fait une foufflure qui en a dérangé les briques, & dont le cuifeur a fait tomber le placage. Ou voit en K la conftru&ion du garde-vent, & celle des échafauds.
- Planche V.
- DeJJtn d'un fourneau à cuire les briques par le moyen de la tourbe.
- A, B, C, D , plan duvfourneau , un peu au-deifus du fol, lequel eft pavé de briques placées de champ.
- E, porte du four par où l’on introduit les briques, & par où on les en retire lorfqu’elles font cuites.
- F,
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- ET D U B RI QU ET I ER.
- iï3
- T, douze ouvertures ménagées dans l’épaifleur des murs, pour fermer les iix canaux qui fervent de foyer.
- Coupe fur la ligne AB.
- AB, fol du fourneau pavé de brique, &c.
- C , porte du four.
- D , fîx ouvertures faites dans l’épaifleur des murs, qui fervent de portes aux foyers. ••’’’*
- E, Maniéré d’arranger les briques fur les canaux H du plan, pour y former les 'foyers.
- F, G, ligne ponduée pour défigner que l’on remplit le fourneau jufqua cette hauteur, & même quelquefois au-deiTus.
- H, 'recoupe faite dans l’intérieur des murs.
- I, trois marches d’efcalier pour monter dans le fourneau, lorfqu’on eft parvenu en K à 1 aide d’une échelle.,
- L’explication des planches VT, VII, & VIII, fe trouvera dans le texte même de la quatrième partie de cet art.
- Tome IK
- V
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- IÎ4
- ART D U TU I L 1 ER
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- X JL 33 JL 3£ JD XI S ^LJRTXCXXS
- Contenus dans ce Traité de l’art du Tuilerier & du Briquetier.
- XNT RO DU CT ION............. page >3
- PREMIERE PARTIE. . . < ......... . 9
- Des briquâmes & tuileries * où l'on fe fert de bois pour la cuiffon. ibid.
- De la terre....................................... ibid.
- Préparation de la terre. .............. 10
- Difpojidon de la table du mouleur................ . . 12
- Differentes formes qu'on donne aux tuiles & aux briques. ... 13
- Travail du mouleur.. ......................If
- Four à cuire les tuiles & les briques avec le bois tel qu'il ejl aux environs du
- Havre* ..............................................18
- Comment on arrange les briques & les tuiles dans le fourneau. . . 23
- De la façon de conduire le feu............ 2f
- Etat de la paie qu'on donner aux ouvriers.......................2 6
- SECONDE PARTIE.................................. 29
- Art de fabriquer la brique > & de la faire cuire au charbon de terre. . ibid.
- Du choix de la terre à briques..................................3 O
- Des préparations de la terre à briques..........32
- Maniéré de tirer la terre........................ . . ibid.
- Attelier du mouleur. . . . ................. . . . . 33
- Préparations du terrein........................... ibid.
- Travail des batteurs. Détremper la terre.... 3 f
- Travail du mouleur. . . . ................. . . , . 38
- Travail du metteur en haie. ...........................41
- Façon de faire cuire la brique au charbon de terre..............4f
- Obfervations de M. Fourcroy. . . . . ..........................6 i
- TROISIEME PARTIE. ..........................................72
- , Art de fabriquer la brique & la tuile en Hollande , & de les faire cuire avec la
- tourbe ,par M. Jars , correfpondant de l'académie....72
- De la terre à fabriquer la brique à paver.......................ibid.
- Maniéré de faire cuire les briques.....................73
- Fabrique de tuiles & de carreaux.......................7g
- De la façon de faire cuire la tuile & les carreaux avec la tourbe. . g 1
- ADDITION....................................................83
- Ordonnance de S. A. S. le duc de Brunfvick , portant réglement pour déterminer la quantité & les dimenfons des briques & des tuiles . . . ibid.
- Seconde ordonnince. ...................................gf
- Tabelle A* B. C. publiées par ordre du mime prince, . ...
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- Inflruclion fur fufage des tabtlles. -...........................86
- TabdU D. ....... ) . . . . . . . . . . . ibid.
- Ufage de la tabelle D. ........ ......................87
- TabdU E................................... .ibid,
- Ufage de la tabdle E. ....................................» . ibid*
- Obfervations générales. .......................................... ibid,
- QUATRIEME PARTIE . . . . . . . ..... 88
- Directions fur la maniéré de difpofer Us briqueteries & Us tuileries f & ck cuire Us tuiles & Us briques avec la plus grande, économie des Sois , publiées en fuédois avec Us figures néceffdires y par M. le capitaine Charles Wijn-
- blad , traduites de S allemand. .................... ibid.
- Extrait des regifires de Vacadémie de Suede....................... ibid.
- Avant-propos......................................................... 89
- Des matériaux néceffaires pour la fabrication..........................91
- Plan pour Cemplacement dune briqueterie. ..............................96
- Defcription du tambour à broyer l'argille. . . . . . . . , 99
- Machine à préparer la terre , qui efi un fer en mouvement par le moy en de
- Ceau. ............................................................ 103
- Machine à broyer Sargille} allant à eau & rempliffant Us formes placées
- fous la caijjfè.....................................................104
- Des angars............................................................106
- Cotitenance dunangar, & calcul des planches néceffaires pour le confiruire. 108 Qiiantité des briques contenues dans ces angars 9 & des bois néceffaires pour
- leur conflruclion. .................................................III
- Devis de la quantité de briques qui fe logent dans un angar , & du nombre
- - de planches néceffaires pour U bâtir...................... . . 113
- De rutilité des fourneaux bien dirigés pour économifer U bois. ( . . 114
- Explication des figures relatives aux fourneaux à briques. . . . ï 17
- Devis des pierres & des briques néceffaires pour un fourneau à deux bouches. 122 Maniéré de difpofer un fourneau ouvert , pour mieux diriger le feu 9 fuivant
- la nouvelle méthode............................................124
- Devis des pierres & des briques néceffaires pour unfourneau à trois bouches. 12^ • pour un fourneau d quatre bouches. 126
- à cinq bouches. ' 127
- Maniéré de cuire la brique fuivant les nouveaux procédés. . . . 129
- Autre méthode économique de cuire la brique , ufitée à Gefle. . . . 132
- Outils & inflrumens néceffaires à une briqueterie................13 f
- Des tuileries , & de la maniéré de cuire la tuile................136
- ' De la quantité de tuiles qui peuvent être rangées fur les étageres , & des planches
- néceffaires pour former ces établis. . . ......................141
- Des tuiles vernifées. ...........................................14Ï
- y ü
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- if<f A R T D ü T U I L Ï,E R
- tu----Lg-Jl ; , , ,r-r- ... ' -----»•
- TABLÉ DÈS MATIERES
- & explication des termes*de'Pârt'du Tuilier & du Briquetier.
- ..............:! *=r-ij gui. .. > -..jsi'jja :—»>
- A
- Âbrivents nécelfaires pour garantir les fourneaux, art. 267.
- Acide vitriolique qui entre dans la compofition de l’argille , note 38 » page 91. • ^ .
- Acoulins ,<atterriuemens de nvreres, employés à faire la brique , 126.
- Actes de racadémie royale de SueUe,. cités nbte 3 , p. y, 630.
- Aire de la tuilerie , lieu où l’on faic lécher les tuiles & les briques en France , 5-4.
- An GA R d’une' tuilerie comme oii les dilpofe en SuifFe * ils femblent plus commodes que ceux de France & de Suede , note 14, p. 17.
- Angar d’une briqueterie renfermant
- . le four, & où le fait la manœuvre pour la cuitfon, 63 , planche I ^fig. 1.
- Angar d’un four à hriques en Suide , note if, p. 22.
- Angar à ferrer les tourbes dans les briqueteries de Hollande , 3f2.
- Aiïgar- à fabriquer & fécher les briques en Suede, 4fo. Planche VI ,
- 1k* 3 < fis* 11 •
- Angar. Quantité de planches & autres matériaux nécelfaires pour construire cet angar, 4f9.
- Angar. Autre'angar à la fuédoife, 469.
- Angar' pour \m four à deux bouches à lajfuédoii'éyoo/j?/. VIII,1, H.
- Angar de tuilerie à la fuédoife, f99.
- Angar. Combien de tuiles on-peut y lécher , 510.
- Angar. Combien de planches il faut pour le faire , 611.
- Arcades d’un four à briques, 60, 66* Comment 011 lés lie , 7 y.
- Arches , files efarcades qui font la bafe des fours, & fous le!quelles 011 met le feu, 66. Ce mot lignifie la même choie que celui A arcade. Voyez arcade, 69,72.
- Arches du fond d’un four , leur largeur , 81.
- Archet, infirument dont la corde eft de fil de fer, & qui fert à couper la terre dans quelques briqueteries de France, 37.Cet outil eft alfez inutile.
- A r e o p a g e., était bâti en briques , note 1 , p. 2,
- àrgille, eft-elle cüffcrente.de la terre-glaife *noce 3., p. y. Ses. cara&eres , note4, p. y , i2i.
- Argille. AnalyTe chymique de l’argille, note 3.8 ,p. 91.
- Argille. "Quelle forte d’argille palfe pour la meilleure pour la briqueterie , 402.
- Argille. Préparer l’argille par l’humidité , la gelée & l’aéfion.del’air ,403 , note 41 ,.p. 93.
- Argille blanche, note 4, p. y j note 38 » p. 91..
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- ET BV BRIQUETIE R.
- < Argille bleuâtre , note 4, p. y ; note 38» P- 91.
- Argille à briques, note 3g , p. 91.
- Argille commune , note 38, p. 91.
- Argille compa&e, en allemand WürfeU Thon ,405.
- Argille feuilletée , en allemand S chie-fer- 7 hou ,403.
- Argille fine de grains, plus propre pour des ouvrages de potiers , 127.
- Argille forte , plus propre pour la brique, 21 , 124.
- Argille grade t en allemand Spec-k Thou , 405. Voyez argille forte.
- Argille grife, note 4, p. p ; note 3g , p. 91,
- Argille jaunâtre, note 4,p. y; note 38, P- 9f*
- Argille maigre , 122.
- Argille de montagne , propre à faire des tuiles, 45-9.
- Argille noirâtre , note 4, p. y.
- Argille pure, employée à faire des briques, 126.
- Argille , rougeâtre > note 4 , p. y j note 38, p. 91.
- Arranger les briques & les tuiles dans le fourneau , 84 & luiv.
- Arroser les terres tirées, dans les briqueteries de Flandres, 142.
- Assouplir les terres à brigues, en les corroyant, iy8.
- Assurer le feu, c’cft lui donner partout une force égale , en y jetant des bûches,233.
- ,Auge remplie de fable fin, placée fur la table du mouleur, 37.
- .Auge à tenir l’eau fur la table du mouleur, 37.
- r B
- Babylone. Ses murs étaient de brï-que?,note 1 ,p. ;
- ïf7
- Bak-lera. Voyez argille.
- Banc lervant à battre les tuiles à moitié feches, dans les tuileries de France, 42.
- Banc , ou paroi latérale des galeries dans un four à la luédoife , 496.
- Banquettes , malîîfs de maçonnerie qui s’étendent entre les arches, depuis le devant du four jufqu’au fond, 60.
- Baraque pour les ouvriers dans les briqueteries de Flandres, 14^.
- Baraque pour le fable , 147.
- Barnnstein, forte de briques connues dans le duché- de Brunfwick,note 3<5, p. 83.
- Batte , fervant à battre les tuiles à moitié feches, dans les tuileries de France, 32.
- Batteur, ouvrier qui corroie la terre,
- 139 »
- Batteur. Ouvrage qu’il doit faire en un jour dans les briqueteries de Flandres, 174.
- Batteur. Sa paie au Havre, 17^.
- Battre la terre, après qu’on l’a tirée, note 13, p. 12, ijf4.
- Battre les tuiles, yy.
- Beche,f83-
- Bertrand , Ditliommire des foffileï „ cité note 4 , p. y.
- Elémens doryBologie, cité note 38, p. 91.
- Bjberschwantz , forte de tuiles 3, leurs dimensions ,note 29 , p. 74.
- Biscuit, tuile trop cuite, 313..
- Bocker. Voyez poignées.
- Boeufs , employés à pétrir l’argîHe* »,
- 417, F93-
- Bois. Sa qualité, pour cuire Ta brique & la tuile. Voyez chêne, fapim
- Bois. Quantité de bois neceflàire pour un fourneau de xoq millierse& France ^104.
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- m À R T D U
- Bois. Prix d’une corde dé bois au Havre , 104.
- Bois. Il s’en confume dans les briqueteries une quantité prodigieufe, 3915 note 37 , p. 89.
- Bois. Quantité de bois qu’exige un millier de tuiles, note 37, p. 89-
- Bois. Obfervations fur l’économie des bois, 48f;
- Bois. Quantité de bois qu’exige un millier de briques en Suede, 490.
- Bois. Quantité de bois qu’exige un millier de briques, fuivant la nouvelle méthode fuédoife , y 64.
- Bombarde , grande gueule voûtée en ogive, qui précédé les arches & dans laquelle on met le feu , 66.
- Bombarde. On n’en fait point dans les fours de Suide, note if, p. 22.
- Bouches d’un fourneau , en allemand Schürlocher. Combien on en fait au Havre pour un fourneau de 100 ou 200 milliers de briques, 24f.
- Bouches. Difpofition des bouches, 247.
- Bouches. Dimenfions des bouches d’un four à la fiiédoife, 494, fo%.
- Bouches. Murer les bouches à la moitié de leur hauteur, f 12. PlancheVIII, fe- 7 > Qj
- Bretelles pour traîner les brouettes ,f8o-
- Briques. Ufage de la brique pour bâtir, 2. Antiquité de la brique, note 1. Utile pour les fortifications, y.
- Briques à bâtir , f c.
- Briques h moulures, fo.
- Briques en dos de bahu , fo.
- Briques triangulaires, f2.
- Briques grandes, des anciens, yi.
- Briques en lofange, yi.
- Briques féchées au foleil, yi.
- 'Briques pour les canaux de cheminée en Suide , note i 5 , p. 2y.
- Briques rouges de Flandres , 119.
- TUILIER
- Briques. Ses dimenfions au Sortir du moule, 129.
- Briques boutiifes. Ce font des briques qui préfentent en-dehors leur bout au parement, 220.
- Briques panneredes, briques qui préfentent au parement un de leur* longs côtés, 220.
- Briques. Comment on les arrange dans le fourneau , 2f7 & luiv.
- Briques mal cuites dans les fourneaux de France.O11 remédierait en grande partie à ce défaut, fi l’on imitait la méthode fuédoife, 27p.
- Briques brûlées, 279.
- Briques. Expériences fur leur poids, *87-
- Expériences fur leur qualité, $01.
- Briques. On en confomme beaucoup en Hollande, 336.
- à paver ,338.
- Briques. Leurs dimenfions, $4f, }go. Leur qualité, 361, 380-Leurs dimenfions dans les états de S. M. le roi de Prude, note 26, p. 74.
- Briques. Leur prix en Hollande, 361. ]
- Briques. Maniéré de les éprouver, 407.
- On en diftingue quatre fortes, félon leur qualité, en Suede , f 74.
- Briques vitrifiées, excellentes pour bâtir dans l’eau , note 78 » P* 134.
- Briques d’un rouge foncé, meilleures pour les cheminées , f 74.
- Briqueterie , lieu où l’on fabrique la brique. Ce mot eft fynonyme en Suide & en Allemagne à celui de tuilerie, note 12, p. 11.
- Briqueterie. Situation favorable à ce genre de manufactures, 401.
- Briqueterie. Plan d’une briqueterie placée au bord de l’eau ,412.
- Briqüeteur. On appelle ainfi dans
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- ET D U B R I OU ET I ER,
- tout le nord de la France l’ouvrier ’ qui conduit les fourneaux , 2,05. , Voyez cutfeur.
- Üriqueteurs : ieur paie dans les briqueteries de Hollande, 362. Brouette, machine à tranfporterles terres, 162,
- ©roüetteur, ouvrier qui tranfporte, la terre & les hriques dans une brouette, 139. Sa fondlion en Flandres, 192.
- Bûches. Leur longueur pour un fourneau à la fuédoife, yy7.
- Buffon (de) hijloire naturelle, cité note 4, p. y.
- C
- Caillou blanc entre dans le vernis des tuiles, 621.
- Carreaux. Ce quec’eft, note y, p. 6. Carreaux. Leurs dimenfions en Hollande, 966.
- Carreaux. Maniéré de les fabriquer en Hollande, 571.
- Carreaux. Premier champ dans les tuileries , eh de briques ,97.
- Cendre de plomb entre dans le vernis qu’011 applique fur les tuiles,
- 621,622.
- Champ de briques, ou de tuiles, c’eft un lit arrangé dans toute l’étendue < du fourneau, 37,243,; Chantignolles , forte de briques qui fervent pour les tuyaux de che-. minée, yo.
- Charbon de pierre : on s’en fert dans quelques briqueteries de Suède, y6y.
- Charbon de terre:maniéré de l’arran-,ger dans.un fourneau pourçuire la brique, 214,218 » 2T° & fuiv,
- Charbon : il faut le réduire enpouf-fiere pour en former des couches , 25°.
- Charbon en gros morceaux : où il doit être placé, 2yo.
- Charbon : qualité de celui qui eft pro-. pre à cuire la brique ,261.
- Charbon: quantité de charbon, 261. Charbon de terre * combien on en emploie par millier de briques, 350. Charbon : celui de Mons ell d’une qualité fupérieure, 331.
- Charbonnêe , couche de charbon, dans un fourneau à briques, 224. Charbonnées générales , 236.' Charbonnées ( petites), 236’.
- Charger les foyers , y mettre le bois nécdfaire pour commencer la cuiL fon avec de l’argille ,213.
- Châssis à mouler la tuile, 602. Planche VII, fe. 2.
- Chaufferie, endroit voûté qui précédé la bombarde, & fous lequel couchent les ouvriers pendant que le feu eft au four, 67.
- Chauffeur , voyez cuifeur,
- Chaux , on la cuit dans quelques endroits avec la brique, 73.
- Cheminée à pratiquer dans les four-* neaux à briques, 316..
- Chêne ( bois de ) plus propre pour le premier feu, n. 17, p, 26.
- Chevaux employés à pétrir l’argille,
- .. 42-0.
- Clays. Voyez argille.
- Cloquetier , morceau de bois auquel le mouleur attache l’archet dans les briqueteries de France, 37. Colline très-avantageufe pour remplacement d’un four, 77'.
- Coque de terre, tranche de terre fort' mince, & de la profondeur, de neuf à dix pouces,.qu’on enleve avec une
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- ART DU TUILIER
- 169
- pelle pour retourner la terre dans la foiTe , 27.
- Contre-forts , ménagés aux quatre angles du fourneau, 20g.
- Corde , mefure des bois à brûler de quatre pieds de haut 9 fur huit de furface. Prix d’une corde de bois pour les tuileries, 104.
- Cordeaux pour aligner la première rangée de briques , dans les manufactures de Flandres* 168.
- Corroyer la terre. Cette préparation eft néceiîaire, 20, 21, ij-9. Voyez pétrir.
- Corroyer la terre : expériences qui démontrent combien cette préparation indue fur la qualité des briques, 502 & fuiv.
- Corroyer la terre : méthode pour faire cette préparation aŸec plus de foin , 321.
- Corroyer la terre avec des bœufs , 417. 11. fo,p. 97.
- Couches en clair-champ, 246.
- Couleur , n’eff pas un moyen fûr de connaître les qualités de la brique, n-4? >page9f. ,
- Couper la terre tiree avec des pellettes pour la corroyer 1 f 1.
- Couteaux , dans les moulins à broyer la terre, 368.
- Couvrir l’ouvrage , lorfque le feu effc fini, iii.
- Couvrir la terre, lorfqu’elle eft fuffi-famment travaillée , 15*4.
- Craie,en petite quantité, peut-être utile à faire de bonnes briques , 14.
- Crépir avec de l’argilJe le parement d’un fourneau , à mefure qu’il s’élève , 2lf.
- CRiBLEtfë fil-de &r, fgiv ! J
- Crochet 1er vaut à retenir la tuile à la latte , 43. Former le crochet, y 4.
- Cko u s T 2,i>^ri!iuéï(ilog, cit é n. 38,0. 91.
- Cuire la tuile, 98 & fuîv.
- Cuire. Teins néceflaire pour achever une cuite de 26 milliers, tant tuiles que briques, n. 17, p. 26.
- Cuire la brique : expériences qui prouvent combien la cuilfoii influe fur la qualité de la brique ,313.
- Cuire la tuile avec de la tourbe , 373.
- Cuire la brique à la Suédoife , 6yy.
- Cuire la tuile à la Suédoife, 6 iy.
- Cuiseur,ouvrier qui dirige le feu d’un fourneau, 202. Ses foiuftions en Flandres , 230.
- Cuifeur : comment il doit contenir le feu dans le fourneau , 239.
- Cuifeur : paie dans les briqueteries de Suede, 473.
- Cuifeur dans les tuileries de Suede,<5bf.
- Cuisson : le point de la cuilfon le plus convenable, 114.
- Cuvette,yi3.
- D.
- Dêmèleur , ouvrier qui corroie la rerre , 139. Voyez batteur.
- Densité de la terre à briques ; elle augmente à mefure qu’on corroie,
- Detremper la terre , iyi ,15-5.
- Dimensions des tuiles & des briques, déterminées par un réglement de fon alteflé le duc de Brunfwick , 380. ;
- Dresser lesbriques, 474.
- Drejfer le . fol d’une briqueterie en Flandres’, 141.
- Drejfer les miles ,c’eft les mettre fur lev champ., appuyées deux l’une contre l’autre en forme de toit, yy.
- »: •, E’ , -
- Eau ; quantité d’eau nécelfaire pour préparer la terre dontôii fe fert au Havre pour faire la brique , 26.
- Eau
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- ET DU B R I Q U E T I E R. T6t
- Eau. Expériences fur la quantité d’eau , 160.
- Eau dangereufedansleterrein où Ton place un four, 77.
- 'Eau néceifaire dans une briqueterie, 149.
- Fm^Ouvrier chargé delà fournir,ifo.
- Lan: çlie détruit les maçonneries en briques , 297.
- Eau : il faut la lailfer imbiber pendant un certain tems dans la terre, avant delà pétrir, 521.
- Eau : l’épreuve de l’eau n’efl: pas toujours un moyen infaillible de connaître la qualité des briques, not. 45 , p. 96.
- Eckemberg,tuilerie près de Stokholm, î89-
- Ecopes , forte de pelles creufes à rebords , fervant à puifer de l’eau, 189.
- Encyclopédie d’ Tverdon, citée note
- i4> P- 17-
- Enfourner , en allemand einfetzen , maniéré d’enfourner dans les fours découverts, 80.
- Enfourner la tuile» 91,
- Enfourner la tuile en Suede , 614.
- Enfourner: maniéré d’enfourner en Suille , note 16, p. 2f.
- Enfourner : maniéré d’enfourner la brique en Flandres, 2r<5 & fuiv.
- Enfourner : tems néceifaire pour cette opération dans ' les grands fourneaux, 275.
- Enfourner la brique dans les briqueteries de Hollande , où l’on cuit avec la tourbe , 375.
- Enfourner les tuiles dans les fours à la holiandaife , 577.
- Enfourner les briques dans les fours à la luédoife , fi4» planche VII ,
- Enfourneur , ouvrierqui arrange les briques dans le fourneau, 204.
- Tome IV*
- Enfourneur : fon travail ell fort pénible dans les briqueteries de Flandres , 22f.
- Enfourneur : il eft expofé à une chaleur fort vive, 2}j\
- Enfumer, faire un petit feu pendant les deux premiers jours, dans un fourneau à cuire la tuile , 98.
- Enhayeur. Voyez metteur en haie.
- Entre deux , ouvriers qui fervent les enfourneurs , 204.
- Epierrer les terres qu’on prépare,iyy.
- Epierrer l’argille » 797.
- Epreuve des terres , néceifaire avant de les employer, 19: Maniéré d’éprouver la terre, note 7» p. 8» I2f, 407 » rB7- _ ,
- Escalier pour monter fur la voûte dans les fours à la fuédoife, yo2, planche VIII, fg. 1 , K.
- Etampes ; la terre dont on fe fert pour y faire des tuiles, doit être melée de fable ,17.
- Etageres , dans les tuileries de Hollande , 270.
- Etageres d’unangar à la fuédoife, 480»
- Etageres : quantité de planches, de lif. tes, de doux,néceifaires pour les conftruire, 48?-
- Etageres: calcul des briques qu’elles portent ,48?.
- Etageres dans les tuileries de Suede, 600.
- Etageres : quantité de tuiles qu’on peut ' y placer, 609.
- Evenïs , ouvertures pratiquées fur la voûte d’un four, pour lailfer échap.. per la fumée, 82.
- Events pratiqués dans les murs de front d’un fourneau à la fuédoife , 498.
- Events :\e ur diftribution dans un four à deux bouches, fo4, pl.Vlll,fig. 4.
- Events : à quelle diftance futi de l’autre, yo;,
- X
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- ART BU T t HIER
- lêt
- Events , dans un four à la fuédoife , reftent ouverts pour évaporer l’humidité , ff6.
- Events : régi es pour ouvrir & fermer les
- évents danslesfours à lafuédoife,pf8-
- Events j couvrir les évents avec des briques quarrées, f6$.
- F
- Faïtieres , en allemand Forjl-zkgel * leur place dans le fourneau , 92.
- Faïtieres : leurs dimenfions dans les états de S. M. le roi de Prude note 29, p. 74.
- Fagots propres à cuire la tuile, iog.
- Feu : maniéré de conduire le feu dans les tuileries où l’on cuit avec du bois, 98 & fuiv. En Suide, note-17 r P- 26.
- premier feu, ou petit feu , dans un fourneau à tuiles , fa durée , 98,108.
- Dans un four à la fuédoife , f ff.
- Feiii grand feu , dans un fourneau à tuiles, fa durée,98* io8, ira.
- Dans un four à briques à la fuédoife, ff6.
- Feu : précautions à prendre pour le bien conduire, 106 & fuiv.
- Fen : réprimer fon adion quand elle ell trop forte, 264.
- Feu : augmenter l’adivité du feu, 266,
- Feu: obfervations fut la violence du feu dans un fourneau à briques de Flandres, 314.
- Feu : maniéré de le diriger dans un fourneau ouvert à la fuédoife, 727..
- Feu: maniéré de le diriger dans un four voûté à la fuédoife, fpp.
- Feu : maniéré de le diriger dans les fours de Gefle en Suède, yj2.
- Feu : maniéré de le diriger en Angle-
- terre avec du charbon de pierre, f 7?.
- Feu : maniéré de le dirriger pour cuire l'a tuile en S.uede, 61 f.
- Feuille , rangée de briques mifes en haie, 196.
- Forme à briques, en Suede, fgf.
- Fosse à pétrir l’argille, fes dimenfions-.
- dans la briqueterie du Havre , 24. Fojfek cuire les briques, 408.
- Fojje à pétrir l’argille , en aïï.Sümpfe} lès dimenfions quand on fe fert de bœufs , 417, f9i.
- Fqurckoy de Remecourt, lieutenant-colonel dans le génie, l’un des auteurs des mémoires fur l’art du tuilier-briquetier , f.
- Fours à cuire la brique avec du bois » comme on les fait au Havre, 5-9.
- Fours plus petits, comme on les fait dans la forêt d’Orléans, 59, note 68»
- Fours enfoncés dans In terre font humides , ce qui retarde la cuilfon , 68*
- Fours à chaux & à briques , 75.
- Fours à cuire 50 milliers de tuiles au grand moule, 7 f.
- Fours à briques des environs d’Etam-pes , 8t.
- Fours découverts , 84.
- Fours, comme on les fait en Suide note t f, page 22.
- Fours à cuire la tuile en Hollande, 57?.
- Fours ouverts , confondent beaucoup plus de bois , 488*
- Fours de briques feches, note 74,116*
- Fours de terre gralfe, note 74, 116.
- Fours 1 plan, d’un four à deux bouches à la fuédoife ,493.
- Founs à quatorze bouches, fîi*.
- Fours à d_eux bouches à la fuédoife $ quantité de briques nécelfaires pour un pareil four, fi8&fuiv.
- Fours à deux bouches à la fuédoife frais de bâtilfe d’un pareil fourneau * £i8. &.fuiv.
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- ET DU BR.
- Fours ouverts à deux bouches , f2o.
- Fours ouverts à une feule bouche,
- Fours. Les petits fours à une bouche confument plus de bois à proportion, 6.
- Fours à trois bouches à la fuédoife, Ï2&
- Fours à trois bouches j pierres & briques néceifaires pour la conftrudion de ces fours , 73 i.
- Fours à quatre bouches à la fuédoife ,
- H}.
- Fours à quatre bouches, à la fuédoife, pierres & briques néceifaires pour ces fours, 73 f.
- Fours à cinq bouches,à la fuédoife,f 57.
- Pierres & briques néceifaires pour ces fours , /41.
- Fours à iix bouches, à la fuédoife,
- Fours à fept & neuf bouches , ff4.
- Fours : leurs dimenfions influent fur la quantité de bois quife confume, î68-
- Fours à briques , de Gefle en Suede,
- *69:
- Fours à cuire la tuile en Suede, 613. Planche VIII ,fig. 7,8*9'
- Fours. Voyez fourneaux.
- Fourches de fer, de quatorze pieds de long, avec lefquelles on porte le feu fous les arches, 109.
- Fourneau. Voyez four.
- Fourneau ; terrein propre à aifeoir Un fourneau, 207.
- Fourneau à cuire 100 à 200 milliers de briques, 24?.
- Fourneaux à briques, leurs défauts , comme on les faits en Flandres, 314.
- Fourneaux, moyens d’y remédier, 3 if.
- : La méthode fuédoife parait propre à corriger ce défaut.
- Fourneaux à cuire la brique avec la tourbe , 34}.
- Fumée blanche , dans un fourneau
- QU ET I ER. iti
- en cuiifon, marque que la première humidité des briques s’évapore , note 17 p. 26.
- Fumée noire, marque que l’humidité eft dilîipée. C’eft alors qu’il faut pouffer le feu , note 17, page 26.
- Fumée claire, marque que l’ouvrage eft en cuiflon, 1 x 1.
- G.
- Galeries , en allemand Schürlôoher : allées longues & étroites, pratiquées dans certains fourneaux,& qui aboutirent aux bouches, 329, note7f, p.118.
- Gallon ( M. ) lieutenant-colonel dans le génie, l’un des auteurs des mémoires fur l’art du tuilier & du briquetier.
- Gasons brûlés tiennent lieu de fable dans'certaines tuileries , 33.
- Gayette , petit charbon de terre j fon ufage ,2f 1.
- Gefle , briqueterie en Suede', f69.
- Gelée,utile pour préparer l’argille, note 8, p. 10. 137.
- Gelée, détruit la maçonnerie en b ri-ques, 298-
- Gibles , maniéré d’arranger les briques pour pratiquer des ouvertures & laiifer pénétrer la chaleur dans l’intérieur , 81»
- Grandson, petite ville de Suiffe. Les tuileries de cet endroit emploient un mélange de deux terres, l’une graffe & l’autre maigre, note 6, p. 7*
- Grecs : leur maniéré de cuire la brique , note 1, p. 2.
- Gril! ou Grille , plancher du four» établi fur les arches, & percé de trous , pour que la chaleur fe communique dans l’ouvrage , 70. Comment on le carrele , 7 y.
- - Xij
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- ART DU TUILIER
- i £4
- H
- Haie » efpace dans lequel on arrange les briques pour les faire fécher, 142,144, 1i note 69, pag. ni.
- jHaie : mettre en haie, c’eft arranger l’ouvrage de façon que toutes les pièces reçoivent un peu d’air pour qu’elles fe delfechent lentement, n » 19? » 199 » 200.
- Haie , en allemand Stocke: ce font les briques rangées eii haies, note69, page ni.
- Hangar. Voyez angar.
- Havre : description de la briqueterie & tuilerie du Havre, 23.
- Hill, hijtoria fojjilium, cité note 4 , page f.
- Houe, inftrument à corroyer les terres. Voyez pioche.
- Horloge , néceifaire dans une briqueterie, f6?.
- Jars (M. ) correfpondant de l’acadé-. mie , auteur d’un mémoire fur Part de faire la brique & la tuile en Hollande , 33y.
- Kalkud,briqueterie près deGrisholm en Suede, yi 1.
- Kunckel, cité 62o, 624.
- L.
- Lacets : maniéré d’arranger la brique, g?.,.planche 1,fig. 27 5 pL III, jïg. 9 & 10.
- Leime, leimichter Erde. Voyez terre glaife. i „
- Lerbrôkor, machine à pétrir l’argille. Vvoyez tambour.
- Lézardés : moyens de les prévenir ,
- 26g & fuiv.
- Liege ( pays de ) : les briquetiers fe répandent de là dans toutes les ma-nufaétures de Flandres ,145. .
- Limaille de fer, donne au vernis des tuiles une couleur noire, 623.
- Limon de la riviere d’Ilfel, employé à faire des briques, 339.
- Limon : maniéré de le tirer, 550.
- Louchet, lorte de beche propre à tirer la terre , 176.
- Lumières, ouvertures pratiquées entre les arches , en carrelant le gril , pour que la chaleur pénétré dahs le four, 7 f.
- Lumière. En Suide, les fours n’en ont point, n. if , p. 22.
- Lyspond , poids de20 livres, note <5i, p. 101.
- M.
- Mache-eer. Voyez limaille de fer.
- Magnésie ou Manganèse, en allemand Braimjiein, donne au vernis une couleur brune, 623.
- Maigre. Voyez terre.
- Maigrir l’argille en y mêlant du fable, 124.
- Main de briqueteurs : c’eft une troupe de treize hommes, qui conduifenc un fourneau de cinq cent milliers de briques , 204.
- Mannelette, petite corbeille d’ofier, dans laquelle le cuifeur metlapouf-fiere du charbon pour la répandre fur le fourneau , 237.
- Marcheux / petite folfe dans laquelle
- : on corroie la terre , 2f.
- Marcheux, ouvrier qui corroie la terre dans la folfe en marchant dedans, 27.
- Marcheux'. ce qu’il gagne par millier de tuiles, iof.
- Marcheux, fa fonction dans les tui-
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- ET DU B R I QU ET I E R.
- îeries de Suede , f9f.
- Marne ne vaut rien dans les briqueteries, n. 38 > P, 91.
- Mémoires de l’académie royale des fciences de Stockholm, cités 63o. Voyez a&es. '
- Metteur en haie, ouvrier qui arrange les briques dans le lieu où elles doivent fécher, 139.
- Metteur en haie, fes fondions , 182. Metteur en haie, fa paie au Havre, 190. Mettre en haie. Voyez haie. Minette, baquet à mettre le fable, placé fur la table du mouleur, 167. Montereau , petite ville du Gatinois, à quatorze lieues de Paris; il y a dans ce lieu des tuileries confidérables , dans lefquelles on emploie la terre telle qu’on la fouille , 17.
- Moor, village près de Rotterdam, où l’on fait des briques à paver , 3 39. Mortiers : leur qualité influe fur la durée des maçonneries en briques,
- 298. „ '
- Mottes.Voyez vafons, 36. Mouiller la brique avant ,'de remployer à bâtir, 328»
- Moule , chalîis de bois qu’on emplit de terre, pour former la tuile, la brique & le carreau , 3 8 » 169,191, Moule double, pour les carreaux ,.39. . Moule des faitieres, 92.
- Moule de fer , pour les tuiles, dans les tuileries de .SuilTe;, note 33, p. 8o, Moule pour les tuiles en Suede, 602» planche. VIII ifg. 12.
- Moule de fer pour les tuiles plates en r ;Suede , 608.
- Mouler la brique en France, 5-3 ; en L Suilfe, n. 14, pag. 17 j en Flandres, 166.
- Mouler les tuiles plates en Suède, 6©8. Mouleur , ouvrier qui donne la forme à la terre, 139,
- Mouleur: fes fondions dans les tuileries de Suifle, où le travail femble plus prompt, n. 14 , p. 17.
- Mouleur, ce qu’il gagne par millier dg tuiles, iof.
- Mouleur, quantité de tuiles qu’il peut faire en un jour, ioy.
- Mouleur, fes fondions dans les briqueteries de Flandres ,'169.
- Mouleur > quantité de briques qu’il peut faire en un jour , 173, 174., Comparez ce qui eft dit ici, avec l’article 190.
- Mouleur d’une forcé extraordinaire , i7f-
- Mouleur : attentions qu’il doit avoir en travaillant, 177.
- Mouleur : fa paie au Havre, 190,
- Mouleur : travail du mouleur dans les
- . tuileries de Hollande , 370.
- Mouleur : travail du mouleur dans les tuileries deSuifle, n. 33, pag. go.
- Mouleur : travail du mouleur dans les. briqueteries & tuileries de Suede * 473,602,604.
- Moulin à broyer la terre à tuiles, 3<5g.i
- Mur de front d’un four à la fuédoife, 498 , planche VIII!,_/?£. 1.
- Mur intérieur d’un four à briques , fp,,
- N.
- Nattes de jonc, fervant de para-
- . -vents dans les briqueteries de Hollande, 3fi.
- Mottes étendues fous les pieds dei ouvriers qui enfournent, fi^.
- O.
- Orientaux,leur maniéré de faire la. brique, note 1, p. 2.
- Orléans ( forêt d’) lieu où il y a beaucoup de tuileries, dont la terre fe
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-
- 166 ART D U
- travaille telle qu’on la fouille, 17.
- P.
- Paie des ouvriers dans les tuileries du Havre, pour la brique, 103, Pour la tuile, iof.
- Paillassons, i4f, i66.
- PaillaJJons fervent à couvrir la terre royée,if4.
- PaillaJJons fervent à couvrir les briques moulées, 18?*
- PaillaJJons fervent à couvrir les haies,
- 197-
- PaillaJJons fervent à couvrir les fourneaux à briques dans les grandes pluies, 234.
- Paille hachée & mêlée dans le placage , 272.
- Palettes, petites planches minces, qui fervent à porter les tuiles moulées fur faire ou la place ou elles doivent fécher, 41.
- Panthéon temple de Rome, bâti en
- £ briques, note 1, p. 2.
- Parement d’un fourneau à briques : précautions à prendre en le formant , 219.
- Parer les briques, pafler un couteau le long des briques, pour enlever
- les bavures, i8f»474*
- Pelle ferrée,instrument avec lequel on enleve de petites couches de terre, pour la retourner dans lafolTe, 27.
- Pelles de bois, 785. de fer, f8?-
- Pelettes , inftrumens à couper la terre pour la corroyer , ifi, 1^4.
- Pétrir l’argille , méthode fuédoife, avec le tombour,4}7.
- Pied de fourneau, maçonnerie très-folide de briques & d’argille , qui fert à toutes les fournées dans les grandes briqueteries de Flandres ,
- TUILIER
- 2o6,2lO,24f.
- Pierre calcaire, fait feuiller la tuile, 14. En petite quantité, elle fert de fondant, 14.
- Piétiner la terre, c’eft la corroyer dans la foife , en y marchant avec les
- pieds, 27,28 5
- Piliers d’un angar à fécher la brique en Suede, 480.
- Pioche à pétrir l’argille,en allemand Schrothaue : comme on s’en fert en Allemagne , note 66» p. 106 »pl. VI, fig- 10.
- Pioche plus large que les pioches ordinaires,dont les ouvriers fe fervent en Suilfe pour couper la terre par tranches en la corroyant, note 12, p. 11.
- Placage , mortier liquide, fait avec de la terre gralfe ,271.
- Places, rues,ou efpaces ménagés entre les haies d’une briqueterie en Flandres , 141,143.
- Plane , inftrumentqui fert à emporter ce qu’il y a de trop de terre dans le moule, 40, 169,191.
- Plaque de fer fondu, placée devant les bouches dans les fours à la fué-doife , y09, planche VIII, fig. 7 ,N.
- Poids de la terre à briques » expériences à ce fujet ,151.
- Poignées , paquets de quatre tuiles, arrangées de façon que les crochets font en-dehors, & les faces l’une contre l’autre, pour les arranger au
- , féchoir, f6.
- Poignées de briques , en allemand Stacker , n. 69 , p. iii.
- Portes d’un grand four à briques en
- . France , 64, planche I, Jig. 1.
- Portes : leur nombre dans les fours à tuiles en France, 79.
- Portes qn Suifle : il n’y en a qu’une, n.'if , pag. 22.
- Porte fervaut à l’enfournage dans un
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- ET BU BR.
- four à la fuédoife, 499, planche VIII, fg. 1, G.
- Porte de ter placée devant les bouches dans les fours à la fuédoife, yio, pl VIII ,fg. 7 , P.
- Porte de fer, quand il faut la fermer»
- f6o.
- Porteur, fes fondions dans les briqueteries de Flandres, 168 ,17°*
- Porteur, ouvrage qu’il doit faire en un jour dans les briqueteries de Flandres, 174.
- Porteur, fa paie au Havre ,197.
- Porteur, ouvrier qui tranfporte la tuile ou la brique depuis la table du mouleur à l’endroit où elle doit fé-cher, , 339. Ses fondions dans les tuileries de S-uifle, n. 14, page 17,
- Porteur , fes fondions dans les tuileries de Sued-e , 602*
- Pourrir : on dit q,ue la terre pourrit lorfqu’on l’a gardée dans des fouter-reins pendant plufieurs années,en la pétrifiant fréquemment. Cette préparation eft nàceflaire pour certains ouvrages de faïance, 20.
- Poussière qui fe trouve furies grands chemins, tient quelquefois lieu de fable dans les tuileries, 33.
- Poussoir , inltrument à ratifier la terre ,167.
- Préparation de kfterre à briques,
- Préparation de l’argille à tuilesen Suede, 793.
- Préparer le terrein d’une briqueterie dans les provinces feptentrionales de France, 40.
- Prix d’un millier de briques enFrance, 304.
- Pi^unnziegel, forte de tuiles, n. 2$ s V'74~ , ^
- Puits , neceflake dans une briqueterie ,.149*.
- QU ET 1 EK le?
- Pureau terminé en pointe, dans les tuiles de Suifle,n. 33 , page 80.
- Q,
- Qualités des briques Si des tuiles,déterminées par un réglement de fort altefie le duc de Brunfwick, 380.
- R.
- RABOTS,infl;riimens à corroyer la terre aux environs de Saint-Quentin » 1 f7*
- Ranger- les briques au fechoir fuivant la méthode fuédoife, 472.
- Ratissette, petitinftrument de bois, avec lequel les batteurs nettoient leurs outils, 1 f6.
- Rechercheurs , owriers qui voi-turent au fourneau tout ce qui entre dans fa sonftruétion, 204, 226.
- Refroidir , tems nécefiaire pour laif-fer refroidir les fourneaux dans les briqueteries de Hollande, 360.
- Refroidir les fourneaux à la fuédoife, 5-64.
- Relever les briques, les mettre de champ, pour fécher, 187.
- Retourner les terres, enforte que les couches inférieures fe trouvent par-defius, 363-
- Roches- : défaut des tuiles qui, étant expofées à un feu trop vif, fe vitrifient , fe déforment, ou fe collent les-unes aux autres, 114,. 131,313.
- Romains, fe fervaient de briques fe-ches , note 1 , page 2-
- Rouble, inftrument quifer^tà égali-' fer le terrein dans les tuileries de-France, 42.
- Rouleur, ouvrier qui conduit la terre préparée, 174.
- Rouleur » ouvrage qu’il doit faire en-un
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- ART DU
- jour dans les briqueteries de Flandres, 174.
- Routeur ; cet ouvrier eft néceflaire pour bien corroyer la terre, 52p.
- S. \
- Sable qui entre dans la préparation de la terre au Havre , 28 s ?2.
- Sable : on s’en fert aulïïpour empêcher que la terre ne s’attache aux mains & à la table , 32.
- Sable trop fufibie nuit à la qualité des briques, 152.
- Sable : observations fur la quantité de labié néceliaire dans quelques briqueteries , 179, 407.
- Sable, propre à réprimer l’adion du t’eu, 2^4.
- Sable tin de la Meufe, dont on fait la brique, 540.
- Scéle à faire des briques : fa qualité , 409.
- Sable : maniéré de l’eprouver, 409.
- Sablon , fable très-fin , 148.
- Shippond , poids de 520 livres, note 60 , p. IOJ.
- Schlesische Sammlung , collection économique de Breslau, cité 11. 43 , P- 9f-
- Scherber (M. le dodeur) cité note 4, pag. fi note 38, page 91.
- ScHURLôCHER. Voyez bouches.
- Scories de cuivre font un vernis de couleur verte, 62?.
- Seau à contenir de l’eau, yg?.
- Sécher la brique, maniéré de fécher la brique en France, ffjenSuillê, n. 14,p. 17 ; en Flandres , 182.
- Sécher la brique : la méthode fuiffe eft plus commode, note 20 , p. 43.
- Sécher la brique : tems necetfaire pour fécher la brique , 326.
- Sécher la brique : il importe qu’elle foit
- TUILIER
- bien feche avant de l’enfourtier,
- f\6.
- Sels contribuent à préparer l’argille, note 41 , p. 9}.
- Silex fait éclater lesbriquesau feu, 13.
- Sommiers , matlifs de maqonnerie, lur letqueis portent les retombées des arches , 60. Voyez banquettes.
- Son 5 le fon eft un des caractères dif-tindifs des bonnes briques , 502. Ce caradere eft équivoque, note 45 , P- 9f-
- 1\
- Table du mouleur , 37.
- Table du mouleur dans les tuileries de Suede , 601 ,planche VIII ,jig. y, S.
- Table de briques : on appelle ainü en Flandres lîx ouvriers qui fe chargent de façonner la terre néceliaire pour remplir un fourneau ,159.
- Table de briques, comment on la paie, 198-
- Tambour , en fuédois Lerbrùkor , machine à pétrir l’argille , 428 & fuiv. y93 , planche VIII, fig. 1 & 2.
- Tambour mis en mouvement par un courant d’eau, 441 , f9<5.
- Tambour a l’eau remplilfant les formes avec l’argille préparée, 446.
- Tambour, inconvéniens de cette machine, note <55, p. ioy.
- Tas: faire un faux tas, incliner plus ou moins la brique boutilfe , pour abailfer la bordure , 22?.
- Tavernier , voyage du Levant, cité note i.
- Ténacité , condition eflenfielle de la terre à briques, 130.
- Terra pinguis. Voyez terre-glaife.
- Terre-glaise , ce que c’eftjfi on la diftingue de l’argille , note 3 , p. y.
- Terres : les différentes qualités des terres demandent que le feu foit conduit
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- ET DU BRIQUETTE R.
- duit différemment, p<56.
- Terre à briques : la nature des terres
- contribue à la bonté des briques,} 18.
- Terre ferrugineufe qui entre dans la compoiition de Pargille , note 38 » P- 9\‘
- Terre à briques, qualité de celle de Grandfon, note 8, p. 10. Elle n’a pas befoin d’être atténuée par la gelée, ibid.
- Terre à briques , qualité de celle du Havre, 23.
- Terre à briques , 121 , note 3 8 » p. 91. Son poids, J28-
- Terre à tuiles : fa préparation , 367.
- Terre dure à cuire fait des ouvrages plusfolides, 18-
- Terre ferme , les avantages , p8*
- Terre graife , maniéré de la rendre propre à faire de la brique, 16.
- Terre jaune , 130.
- Terre maigre , maniéré de la corriger, 16.
- Terre molle, fes inconvéniens, p8.
- Terre pefante, 131.
- Terrein néceffaire à une briqueterie de poo milliers , en Flandres, 140.
- Thon. Voyez argille.
- Tirer la terre : tems propre pour cette opération,24, 136, 137 , 162, 320.
- Toile que les chargeurs étendent fous leurs pieds en chargeant le fourneau , 9p , i<5p, 3fp, p 14.
- Toit d’un four à briques & à tuiles en Suiffe , note 1 f , p. 22.
- Tourbe : on ne la croit pas propre à cuire la brique fuivant la méthode de Flandres ,333.
- Tourbe : on s’en fert beaucoup en Hollande , 336.
- Tourbe*’, quantité de celle dont on fe fert dans les briqueteries de Hollande , 363.
- Tourbe : marnera de diriger le feu de Tome 1F.
- 169
- tourbe dans les briqueteries de Hollande , 3pg & fuiv.
- Tourbe : on s’en fert dans quelques briqueteries de Suede , p6p.
- Tombereau à voiturer l’argille, yj6.
- Tombereau à charrier le fable, pg 1.
- Traverses faites avec des briques poféesde champ, par le moyen def-queiles on lie les fies d’arcades les unes aux autres , 61 ,/>/. 1, fig 1 & 2.
- Tremper, terme de potier de terre; c’eit la même choie qu’enfumer. Voyez ce mot.
- Trous , pour attacher la tuile à la latte, 43.
- Tuiles: leur ufage,6.
- Tuiles plates, en France, 43. En Hollande , 364.
- Tuiles de grand moule, 44.
- Tuiles de petit moule , 44.
- Tuiles creufes, ou à canal, 4p. Leurs inconvéniens, 46, En Hollande, 364.
- Tuiles en S, 47.
- En Hollande, 364.
- Tuiles verniffées , 43,36p, 620.
- Tuiles giron nées, 49.
- Tuiles véroliées , p6.
- Tuiles creufes , leur place dans le fourneau , 92.
- Tuiles recuites , 116.
- Tuiles courbées dans leur longueur, 117.
- Tuiles : on en coiffomme beaucoup en Hollande, 335.
- Tuiles: leurs dimenfions, en divers pays ,note 29 , p. 74.
- Tuiles à jour , 354.
- Tuiles rouges ,36p.
- Tuiles grifes, 36p.
- Manière de leur donner cette couleur, 378.
- Tuiles : maniéré de les fabriquer en Hollande, 370.
- Y
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- TUILIER
- 170 ART B U
- Tuiles de Flandres. Voyez tuile en S, ' note 23 , p. 79*
- Tuiles : maniéré de les éprouver , note 43 , page 94. Leurs qualités , f88*
- Tuiles plates , en allem. Biberfwanze , peu en ufage en Snede, 607.
- Tuiles très-communes en SuifTe , note 84» P- i4°-
- Tuiles enduites de goudron pour les conlerver , 630.
- Tuileries , lieux où l’on fabrique la tuile. Voyez briqueterie.
- Tuileries de Hollande , 564.
- Tuileries en Suede ,*y8<5«
- V.
- Ulfwa ^briqueterie appartenant à l’u-niveriité d’Upfal, 479.
- Utrecht, fabrique de briques, près de cette ville , 343.
- Vangeur, ouvrier qui pétrit la terre avec les mains, & en forme de petits valons ,31.
- Vases crues, briques mal cuites, 31}.
- Vasons , grolfes mottes de terre préparée, qu’011 coupe avec nne faucille, qo.
- Vents, rendent inégale la marche du feu , 267.
- Vernis pour les tuiles, de la compofi-tion de Kunckel, 624.
- Vernis. Maniéré d’appliquer le vernis,
- 626.
- Vernis fec, 626.
- Vernis mouillé , 627.
- Vjjnblad ( M. le capitaine ) , cité n. 4, p.f. ,
- Vitruve , cite note 1, p. i.
- Voie de terre, fillon de terre mêlé d’argille, 29.
- Voie de terre. Mettre à deux voies, renverfer fens-deifus-delfous , & les marcher par filions, $1.
- Voiture à charrier les briques, 5*77.
- Voiture pour l’eau , 578.
- Voûte d’un four, en allemand Scblofs, n. 7f, p. 118.
- Voûte en briques feches, 71.
- "Walllrius , mineralogia, cité n. 4,
- P- f-
- Z.
- Zafre fait un vernis blanc, 623.
- F I N de Part du Tuilier & du Briguetier.
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- ART
- E TIRER DES C A R R I E R 1
- LA PIERRE D’ARDOISE,
- DE LA FENDRE ET DE LA TAILLER,
- Par M. Fougeroux de Bondaroy.
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- ]Mu,
- AVER TISSEMEN T.
- Mo de Réaumur avait lu à l’académie, en 1711, un mémoire fur l’exploitation des carrières d’ardoife , que l’on a trouvé parmi les papiers de ce célébré académicien. Il était deftiné à faire partie de la defcription de$ arts * dont l’académie avait conçu le projet qu’elle remplit aujourd’hui
- Ayant été chargé de domier les détails ‘de cet art au public, & délirant faire ufage du travail de feu M. de Réaumur , j’ai vu par une note écrite de fa main, qu’il avait formé cette defcription fur des mémoires qui lui avaient été remis , & qu’il la regardait feulement comme le fimple canevas d’un ouvrage auquel il efpérait mettre la derniere main. Il avait joint une inf. trudion fur ce qui reliait encore de recherches à faire pour le conduire plus près de fa perfe&ion.
- Guidé par ce mémoire, autorifé par cet habile obfervateur à faire les changemens convenables à fon travail, je me fuis tranfporté à Angers, pour m’inftruire par moi-mème des chofes que j’avais à décrire, & me mettre en état de remplir, le mieux qu’il me ferait poilible, les vues de la compagnie.
- Outre les ardoifieres des environs d’Angers, j’en ai encore viflté d’autres dans l’Anjou & dans une partie de la Bretagne ; & j’ai remarqué que les pierres différemment inclinées dans ces dernieres carrières , exigeaient aufîi des différences remarquables dans l’exploitation.
- L’examen des travaux employés dans l’exploitation des carrières d’ar-doifes m’a procuré un grand nombre d’obfervations. La reconnaiffance m’engage à dire ici, que j’en dois une partie aux fecours qu’a bien voulu me procurer M. Sartre, entrepreneur d’ardoifieres à Angers j & je me fuis vu contraint de refondre le mémoire que m’avait remis l’académie.
- Des trois planches qu’avait fait graver M. de Réaumur , je n’ai pu faire ufage que de deux. Voici l’ordre que j’ai donné à ma defcription.
- Je parle en premier lieu de l’exploitation des carrières d’ardoife, & particuliérement de celles d’Angers.
- 3’, Je détaille les moyens employés pour tirer la pierre des carrières
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- 174
- AVERTISSEMENT.
- d’ardoife de la Champagne", d’une partie de l’Anjou & de la Bretagne , dans lefquelles les pierres affeélent, comme nous l’avons déjà dit, une politiou toute différente de celles que l’on remarque dans les ardoilieres d’Angers. ' 3°. J’ai diftingué les caraéleres les plus propres au fchifte , ou à Pelpece
- de pierre dont on fait communément de l’ardoife.
- 4Ç. Je fais connaître les défauts qui font les plus ordinaires à la pierre d’ardoife, & qui rendent fon travail plus difficile à exécuter & moins parfait.
- f °. Enfin , je donne des inftruétions qui peuvent fervir à reconnaître les mauvaifes qualités des ardoifes taillées & deftinées à être employées pour les couvertures des bâtimens.
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- . . A R T
- DE TIRER DES CARRIERES
- JL A. JP X JE JR. JR JR JD JR JD O XSJE ,
- DE LA FENDRE ET DE LA TAILLER.
- «—......... - »
- T. IL/ARDOISE , en latin lapis fijjilis, OU f-hijhfpecies araefia dicta (j), eft une efpece de pierre aflez connue dans ce royaume ; & perfonne n’ignore de quelle utilité elle eft pour couvrir les maifons. Quand on compterait pour rien fon poli naturel &la beauté de fa couleur, qualités qui la font rechercher pour les fuperbes édifices , fa légéreté feule la ferait préférer à la tuile : elle charge moins les charpentes , & par conféquent fatigue moins les murs fur lefquels les charpentes font appuyées.
- 2. Les anciens n’en ont pas fu faire ufage. Toutês les maifons de Rome, jufqu’au tems de la guerre de Pyrrhus , ne furent couvertes que de bardeau : Pline nous l’apprend , liv. XVI, c. io (*). Du tems de Vitruve, on les cou-
- ( i ) cc En particulier , ardejta merifalis & ardejia tegdlaris, en allemand Schièfer, en fuédois Skifwerftein. Les parties intégrantes de l’ardoife font afTez petites pour qu’on ne puifife pas les difcerner facilement. Elle paraiffent fouvent filamenteufes. On la trouve toujours par couches dans les carrières. Elle fe fépare en tables , en feuilles plus ou moins minces. Elle n’eft pas dure ; ôn l’égratigne aifément avec une pointe de fer. Frappée avec l’acier, elle ïie donne point d’étincelles. L’ardoife fe
- vitrifie: quand elle eft dure, elle entre afTez aifément en fufion ; mais le verre en eft toujous trouble. Elle ne fait point effer-vefcence avec les acides. „ Bertrand , Diéî. des fojjïles , au mot ardoije.
- (*) Scandulœ e robore aptijjîma, mox e gïandiferis aliis, fagoque : facillima ex omnibus qua rejinam ftrunt, fed minime durant, prceterquam e pino. Scandula contcxtam fuijje Romain ad Pyrrhi ufque bellum annis quadringentis LXXX, Cornélius Nepos autor eft.
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- 17* : D £ V EXPLOITATION
- vrait de roféaux, de feuilles, de terre & de paille , ou de paille pétrie avec de la terre : c’eft ce que remarqué Philander, dans fes commentaires fur Vi-truve, liv. IÎ, page ff. Il eft vrai que le même Philander prend foin d’avertir que quelques-uns des fomptueux édifices des Romains avaient des toits mieux décorés : il cite Paul Diacre, qui allure que le Panthéon était couvert de petites plaques d’airain ; & le jurifconfulte Jabolmus, qui fait entendre qu’on failait des couvertures de plomb.. Quoi qu’il enfoit, l’ardoife manquait à la fuperbe Rome ; & il cette pierre peut entrer dans la décoration des bâtimens, les toits de fes plus beaux édifices le cédaient de ce côté-là à ceux des granges qu’on voit aujourd’hui aux environs d’Angers.
- 3. Il n’eft pas aifé de favoir quand on a commencé d’employer l’ardoife dans le royaume 1 quantité de fragmens de cette pierre, dont fe font formés des amas prefque femblables au mont-teflacêe de Rome, & que l’on voit à Angers , prouvent que l’ufage en ell ancien; mais on ne fait pas positivement de quel te ms font ces amas.
- 4. Suivant des remarques intéreliantes que je dois à M. Sartre, entrepreneur d’ardoilîeres à Angers, & dont je ferai ufageen rédigeant le travail de M. de Réaumur , lorfqu’on ouvre de nouvelles carrières , on retrouve des fouillis qui parailfent fort anciennes. Ces fouilles dont 011 a tiré la pierre pour •en fabriquer l’ardoife, n’ont guere qu’environ vingt pieds de profondeur; •les outils que l’on y a trouvés, & que l’on conferve à Angers, où je les ai vus, Pont des monumens d’une ancienne fabrique; mais ces outils, ainfi que les travaux qui nous en relient, n’annoncent qu’une exploitation fuperficielle, dont on n’obtenait fans doute qu’une ardoife allez grolîiere, & conforme à la fimplicité des tems où ces premières fouilles ont été faites (2).
- f. Il paraît que l’ulage de l’ardoife en Anjou, eft aufli ancien que la ville d’Angers , dont les maifons 11’ont été couvertes qu’avec de l’ardoife du •pays. C’eft de l’ufage fréquent que l’on a fait de cette pierre pour bâtir les, .anciens édifices, les maifons delà ville , même les murailles & les fortifica-
- ( 2 ) Ce n’eft qu’au commencement du feizieme fiecle , qu’on a commencé à exploiter les. riches carrières d’ardoife qui fe trouvent en Suide , au canton de Glaris, .près du village de Matt, & dont les ha--bitans fcnt des tables., des tablettes à •écrire-, & d’autres ouvrages , qui font une •branche de commerce confidérable. On ne sien fert guere à couvrir les maifons. Le grain de cette ardoife eft fin , & fe polit très-bien; la pierre eft dure & bien noire.
- On y trouve des pétrifications de diverfes plantes, & de poifTons de la Méditerrannée; tandis que toutes les pétrifications des montagnes voifines femblent venir de la mer des Indes , comme on le voit dans le cabinet de plufieurs naturaliiles. On a découvert une fécondé carrière près du village de Bettjchioand. La nature de la pierre eft la même ; il eft probable que c’eft la même veine qui traverlela montagne.
- cations
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- DES CARRIERES DARD 01 S E. 177
- tions qui l’environnent , qu’elle a été furnommée la ville noire.
- 6. La plus belle ardoife, & celle qui pafle à Paris pour la meilleure, vient d’Angers. Outre la fupériorité, tant pour la beauté que pour la qualité, qu’ont les ardoifes tirées des environs de cette ville fur plufieurs autres du royaume , elles ont encore l’avantage d’être fituées près de la riviere de Mayenne, & à portée de la Loire qui, par fon embouchure dans la mer, facilite l’exportation de l’ardoife à Paris, dans les provinces voifines & maritimes , & jufques dans nos colonies.
- 7. C’est dans les ardoifieres qui font proche la ville d’Angers, & d’après une de ces carrières que l’on exploitait pendant mon féjour, qu’ont été pris les definis d’une ardoifiere ouverte & en œuvre, ainfi que ceux des outils & des machines néceffaires pour tirer la pierre d’ardoife , pour la fendre & pour la tailler. Je vais rendre ici les moyens que j’y ai vu employer pour fabriquer de l’ardoife propre à couvrir les maifons.
- 8. On trouve alfez communément "de l’ardoife dans tous les environs d’Angers, & même dans divers endroits de l’Anjou ; on n’ouvre pourtant de grandes carrières , ou , en termes du pays & des ouvriers, des perrieres (*), qu’aux environs de cette ville, toujours fuivant la direction du nord au fud (3). Les plus proches qu’011 y ait travaillées, en font éloignées d’environ un quart de lieue, vers le fauxbourg appel lé Saint-Michel. Ce qui a engagé à préférer ce terrein à d’autres , où l’on trouve aufli la même efpece de pierre, c’eft apparemment fon élévation > elle met plus long-tems à couvert des inondations les trous profonds qu’on eft obligé de creufer. On a cependant encore ouvert plufieurs carrières , en remontant la Loire du côté du Pont-de-Cé. Les plus éloignées d’Angers font dans la paroiife de Trélazé, à une lieue de la ville.
- 9. Un fimple coup-d’œil lur la pierre dont nous parlons, pouvait indiquer tous fes avantages & fon utilité. Outre que cette pierre eft très-propre à bâtir & fufceptible de liaifon avec le mortier, le premier coup de marteau a dû indiquer quelle a encore l’avantage de fè fendre aifément, & de pouvoir fervir de couverture aux bâtimens.
- Maniéré d'ouvrir & dexploiter la carrière.
- 10. Avant de commencer l’ouverture d’une carrière , fi elle eft fituée
- • i , t
- , ( * ) La;carriere d’ardoife fe nomme, en ouvriers qui travaillent à exploiter les car-,termes du pays , perriere , ou periere, ou rieres d’ardoife., On dit encore ardoifieres , ‘pierrieré. te premier eft adopté par l’ordon- pour fignifier les carrières d’ardoife. nance de Louis XIV. Ô'n entend au fil par1 , (3) "La carrière de Claris èàaufli inclinée perriers, ou perrayeurs , ou carriers j les du nord au fud.
- Tome JF. Z
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- 178
- DE LEXPLOITATION
- dans un terrein d’où l’on n’ait pas encore tiré de Pardoife, non plus que de fes environs, on doit examiner les pierres du pays. Quand elles ont plusieurs des caractères que nous indiquerons ci-après , comme propres au {chiite ou à Pardoife, & que l’on s’en fera bien alluré fur de petites roches féparées., on peut être prefque certain que cette contrée renferme auifi cette pierre en grande malfe ou en carrières.
- 11. Après ce premier examen, il convient de fonder, pour sulfurer Ci la carrière contient une pierre propre à être divifée en bonne ardoife ; fans quoi, toutes les dépenfes que demande une pareille entreprife, feraient fort aventurées. Cette précaution fe réduit à faire divers trous , comme des ef. peces de puits, dans l’endroit où l’on a.deflein de fairetravailler : on creufe ces puits jufqu a 15 ou 20 pieds de profondeur. Si la pierre qu’on en retire donne de belle ardoife, on hafarde l’entreprife ; mais l’entrepreneur commence avec beaucoup plus de confiance ,. quand il fait travailler proche un endroit où fe trouvent des décombres -, ouren termes d’ouvriers ,. vuidanges , qui prouvent qu’on en a déjà tiré de Pardoife. Nous verrons encore, que les anciennes fouilles font d’un grand avantage pour mettre les vuidanges de la nouvelle carrière qu’on veut faire ouvrir.
- 12. Il eft très-commun de rencontrer à Angers des veffciges de ces anciennes fouilles, qui ont été ou épuifées ou abandonnées qui ne forment aujourd’hui que des folfes remplies d’eau ou de vuidanges,, plus ou moins, profondes, fuivant. le lieu & fuivant les. tems où elles ont été travaillées car les premières fouilles , c’effc- à - dire ^ celles qui peuvent être regardées comme les plus anciennes, font, comme nous Pavons dit, peu profondes. Toutes ces folfes font encore aifées. à reconnoitre par l’amas de vuidanges dont elles font fouvent environnées.
- 13. Quelquefois on trouve de Pardoile fort près de la furface de la terre; on voit même près d’Angers quantité de roches de cette eipece de pierre, comme dans les autres pays, qn en voit de pierres communes. Ces.roches qui font à.la fuperficie de la terre., 11e peuvent le diviferpar feuillets;minces, & ce font principalement celles- là que Pon. emploie dans le pays .pour la conftruélion des murs.
- 14. Qn trouve encore dans PAnjou& dans une partie de la Bretagne, plu-fieurs autres efpeces de pierre, qui, comme l’ârdoifes, fe diviiènt par feuillets.,, mais, qui, font ordinairement trop faibles.& trop tendres pour qu’on puiife les employer à couvrir les.maiforis : les unes font rougeâtres, d’autres jaunâtres , d’autres" grifàtres. Toutes ces efpeces de' pierres feuilletées le trouvent dans la carrière,.plus ou moins inclinées à fhorifon & fur diiféreiis angles qui varient beaucoup , ephime nousiïe dirons p]âr la fuite;,f ‘ f.
- IC II arrive'fouvênt qu’on ne rencontre la bonne ardoife qu’après avoir
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- creufé jufqu’à une certaine profondeur. Quelquefois il faut enlever vingt ou vingt-cinq pieds de terre avant d’y parvenir } mais > cette efpece de pierre forme preîque toujours un banc confidérable.
- 16. Les carrières d’ardoifes fe rencontrent quelquefois dans les plaines, alfez proches de la fuperficie de la terre ; fouvent aufli elles fe trouvent fltuées intérieurement dans de très-hautes montagnes fort efcarpées & couvertes de bois & de rochers : telles font laplupart des carrières au-delfous de Charleville, au bord de la Meufe (4). Aux environs d’Angers, on ne s’écarte guere d’un côteau où fe trouve un banc de roches d’ardoifes ou de fchifte} & une grande partie des carrières que F611 travaille à préfent, ainfi.que celles que l’on a ceifé de travailler, étaient autrefois couvertes de terre qui produisit du bled.
- 17. Après s’être alfuré que l’endroit que l’on veut creufer contient de
- bonne ardoife , l’on ouvre laperriere} c’eft-à-dire-, qu’on commence à faire une<,tranchée plus ou moins grande , félon que le comporte le terrein & la fortune de ceux qui entreprennent ce travail. On fait fou ouverture à peu près quarrée ou re&angle. Les carrières ont environ i^o ou 200 pieds de largeur } les plus grandes en longueur , 120 ou 150 pieds. On en lait aufli de beaucoup plus petites. 1 -, , . ,
- ' 18- On choifit un terrein commode auprès de la carrière où l’ontranf.
- porte toutes les vuidanges. On comprend fous ce nom la terre qui couvrait le deffus de la perriere } la première pierre que l’on retire, qui fouvent n’eft pas propre à faire de l’ardoife} & tous les fragmens de la bonne ardoife, qui fe trouvent trop petits pour être mis en œuvre. Toutes ces vuidanges 11e peuvent être contenues que dans un terrein alfez ipacieux. Pour leur en faire occuper le moins qu’il eft poflible, on les accumule les unes fur les autres. Les hommes qui les tranfportent dans des hottes , montent fur les premières pour y jeter les dernieres. On gagne doublement, en les accumulant de la forte. On emploie moins de tems que ’fi ou les tranlportait plus loin, & on couvre une moindre fùrface de terrein, ou’, ce qui eft la même chofe, on perd moins de terre} car celle où l’on met les vuidanges , refte inutile pour du tems.
- 19. Un entrepreneur qui eft en état d’en foutenir la dépenfe, au lieu de faire porter les vuidanges par des hommes, les fait tranfporter dans des eipeces de chariots ,ou de petits tombereaux, à leur deftinationj la be--fogne en va plus vite} .& la première dépenfe faite, on épargne beaucoup fur la. dépenfe journalière. .1 • ?
- i j 20., L’amas des vuidanges forme près. de chaque carrière une petite
- -(4) Telles font aufli celles de Glaris. Le Blattmberg eft une montagne fort élevée.
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- montagne qui paraît toute d’ardoife, parce qu’elle n’eft compofée que de fragmens de cette pierre. C’eft un Ipeétacle aflez fîngulier pour ceux qui paifent la première fois près d’Angers, de voir une chaîne de ces monticules qui a une demi-lieue ou trois quarts de lieue d’étendue ; ces montagnes faites de main d’hommes * ne laiifent pas que d etre élevées. Nous avons déjà dit qu’on leur donne le moins de bafe qu’il eft poftible. Les trous qu’on fait pour ouvrir une carrière dont nous avons déterminé la largeur, ont quelquefois plus de 200 ou 270 pieds de profondeur ; ainfi ils fournirent une grande quantité de fragmens mutiles, qui n’étant plus appliqués auffi près les uns des autres qu’ils l’étaient dans la carrière , occupent feuls à peu près autant d’efpace qu’en occupait toute la pierre qu’011 a tirée.
- 21. Lorsqu’on ouvre une nouvelle carrière très-près d’une ancienne où l’on a ceifé de travailler, on a , comme nous l’avons dit, un endroit bien commode pour placer les vuidanges : on les jette dans la fode abandonnée, & elles n’occupent aucun nouveau terrein : les hotteurs ou les voitures qui les tranlportent, épargnent le tems qu’il faudrait employer pour monter les dernieres vuidanges fur les'premières.
- 22. Mais ce lieu propre à renfermer les vuidanges ne le trouvant pas toujours à portée d’une carrière que l’on exploite, il faut nécelfairement alors deftiner un terrein auprès de la perriere, pour fervir à les recevoir, & en former, comme on a dit, des amas ou des buttes les plus hautes qu’il eft poffible. Or, comme il s’élevait fou vent des conteftations entre les entrepreneurs des perrieres & les propriétaires des terreins cédés , à qui par conféquent appartenait le fonds des carrières, elles ont été terminées par un arrêt du confeil , du 29 feptembre 1747, qui rappelle l’exécution d’un autre arrêt donné pour le même objet le 2% odtobre 1740. Voici ce qui donnait lieu à ces conteftations.
- 25. Un' entrepreneur faifait l’acquffition d’un terrein ; il en achetait ou en louait le moins d’étendue qu’il pouvait, parce que n’étant pas lùr, & ne pouvant Fêtre, de là qualité de l’ardoife qu’il devait tirer qu’en ouvrant la carrière, il ne fe fouciait pas d avancer une groiTe fournie d’argent, en acquérant ou en louant un grand terrein qu’il pourrait être obligé d’abandonner & de remettre au propriétaire, s’il ne fe trouvait pas propre au but qu’il fe propofait. Mais auffi , la carrière une fois ouverte , li l’entrepreneur, content de l’ardoife qu’il y avait trouvée, voulait augmenter la carrière ou employer le terrein voiffii à y mettre des vuidanges, le propriétaire demandait pour lors un nouveau marché , & faifait acheter à l’entrepreneur le moindre efpace au prix qu’il lui plaifait de le taxer. C’eft pour réformer cette efpece de vexation, ou pour faciliter le commerce de l’ardoife ? qu’eft intervenu l’arrêt vdu 29 feptembre 1747, dont je crois devoir
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- donner ici le précis pour ce qui concerne l’exploitation & l’acquifition du terrein propre à augmenter les carrières & à loger les vuidanges.
- 24. L’arrêt dont il s’agit, “ fans avoir égard aux ades faits entre „ les propriétaires du terrein qui contient les carrières d’ardoife ouvertes „ & à ouvrir, aux environs de la ville d’Angers, & les entrepreneurs „ defdite carrières, ordonne qu’il fera payé une feule fois par lefdits entre-„ preneurs defdites carrières ouvertes & à ouvrir dans la fuite, aux pro-„ priétaires d’icelles , une fournie de mille quarante livres par arpent pour „ les terres cultivées, & de cinq cents vingt livres par arpent pour celles „ qui ne font pas fufceptibles de culture ; ou un loyer par an, à raifoii „ du denier 10 defdites fommes principales réglées par chaque arpent, „ pendant le tems feulement que durera l’exploitation de la carrière : fe „ tout au choix du propriétaire, auquel l’emplacement de ladite carrière „ retournera à la ceifation de ladite exploitation. Permet à toutes perfon-„ nés de faire de nouvelles entreprifes pour tirer de l’ardoife, en conve-5? nant de gré à gré avec les propriétaires du terrein , de leur dédommage-„ ment, foit par le paiement une fois fait des fommes ci-delfus, fait par
- „ un loyer annuel fur le pied du denier 10 defdites fommes............Permet
- „ pareillement aux entreprenneurs qui ont a&uellement, ou auraient à l’a-„ venir, des carrières à ardoife ouvertes, & qui n’auraient pas liiffifam-55 ment de terrein pour les vuidanges defdites carrières, de fe procurer, de 33 la part des propriétaires voifins, celui qui leur fera néceffaire, en leur 3, payant comptant le prix ci-devant marqué, ou le même loyer annuel, 33 auffi au choix defdits propriétaires
- 25. Depuis cet arrêt, les entrepreneurs font bien moins gênés dans l’exploitation de leurs perrieres, & ils ne manquent point d’acquérir ou de louer un plus grand elpace de terrein , quand ils font fûrs de la qualité de l’ardoife qu’il renferme, oulorfque l’exploitation de la carrière devenant plus confidérable, il faut auffi augmenter le lieu deftiné à y placer les vuidanges.
- 26. C’est depuis la facilité accordée aux entrepreneurs d’acquérir du terrein quand il leur en manque , qu’ils mettent leurs vuidanges l\ur un plus grand elpace, & qu’ils emploient des chariots pour les voiturer; au lieu qu’il leur aurait été impoffible de fe fervir de chevaux & de voitures pour ce travail, quand, dans la vue de ménager le terrein, ils étaient obligés d’en former des buttes fort élevées.
- 27. Revenons à notre objet. Le travail de creufer la carrière elï conduit aveç.un certain ordre > & l’exploitation de ces carrières varie luivant la pofi-tion de la pierre qu’elles renferment ; cependant le plus fouvent la méthode dont on fait ufage dans un pays , n’a d’autre fondement que l’habitude où
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- l’on eft depuis long-tems de l’employer. A Angers, on ouvre & on enlcve tout le deilus de la carrière, ce que l’on appelle travailler à ciel ouvert. Nous verrons que l’on fouille d’autres carrières dans la Champagne, en formant plufieurs puits à différais endroits de la carrière. Enfin, quelques-unes s’exploitent en pratiquant des galeries, ainfi qu’on a coutume de le faire plus ordinairement dans le travail des mines.
- 2%. Pour commencer le travail des carrières d’Angers , que nous traitons particuliérement ici, la terre qui couvrait le deffus de la perriere étant enlevée, on apperqoit la furface du banc d’ardoife , que les ouvriers nomment -coffe. On enleve d’abord dans l’étendue du trou un banc de pierre d’une certaine épaifleur ; celui-ci ôté, on en enleve un autre de même épaiiTeur, & .ainfi de fuite. C’eft ce que les ouvriers appellent faire des foncées ou foncières.
- 29. Les ouvriers donnent à chaque foncée neuf pieds de profondeur : il n’y a que la première à laquelle ils en donnent ordinairement douze> -peut-être parce qu’ils comptent qu’elle contiendra environ trois pieds de terre. Si l’on faifait les foncées plus profondes, on ne pourrait pas en détacher la pierre fi commodément; & fi. on les creufait moins, le travail en ferait plus long-
- 30. Pour mieux comprendre comment l’on commence & l’on continue le travail de chaque foncée, il eft bon de connaître l’arrangement de l’ar-doife dans les entrailles de la terre.
- Fofition de Par doife dans la carrière.
- 31. La pofition del’ardoife dans la carrière eft digne d’être remarquée. La carrière eft compofée d’une malle de pierre confidérable , qui forme différais blocs par des délits qui fe rencontrent dans la maffe totale de la carrière. Ce ferait perdre de vue notre objet principal , que de nous arrêter à examiner fi ces délits ont été formés par une filtration d’eau qui s’eft établie entre les blocs, ou au contraire par un manque d’eau dans le tems de la première formation de la carrière ( f ), ou enfin s’ils ont été formés en
- ( ç ) Toutes les pierres peuvent être di-vifées en deux grandes clalfes , les anciennes & les nouvelles. Toutes les montagnes font auftl anciennes ou nouvelles ; ce font d’anciens rochers , ou des alluvions formées peu à peu par fucceiïion de tems. Toutes les pierres nouvelles, les pierres graveleufes, les ardoifes , & d’autres , fe
- trouvent dans les montagnes d’alluvions : elles font toutes rangées par couches ou par lits qu’il eft facile dediftinguer.il ne faut pas expliquer la formation de ces couches par l’abondance ou la diTette d’eau, mais par la maniéré dont ces alluvions fe forment. Les débordemens , les inondations , n’ont pas produit tout d’un coup ces élévations.
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- même tems que les blocs qui n’auraient pu fe réunir, quoi qu’appliqué s immédiatement les uns fur les autres. C’eft ce que d’ailleurs nous n’oferions décider. Ce qui eft certain, c’eft que ces blocs fe touchent, qu’ils ont différentes épaiffeurs, & que les ouvriers les diiiinguent aifément par des filons qui font allez appareils, & qu’ils cherchent à reconnaître avant que d’abattre les blocs.
- 32.. Chacun de ces blocs eft compofé d’une quantité de feuilles pofées parallèlement les unes à côté des autres. A Angers,le bloc eft prefque perpendiculaire à fhorifon i je dis.prefque perpendiculaire , parce que la carrière eft un peu inclinée. La plupart des carrières d’Angers font orientées du nord au fud, & l’in-clinaifon de la malfe dans la partie la plus enfoncée rentre au nord j de façon qu’un banc , fur neuf pieds’perpendiculaires , a environ vingt pouces de retraite. Ainfi l’on peut concevoir la difpolîtion qu’ont les feuilles de chaque bloc d’ardoife, en imaginant celle des feuillets de plusieurs livres placés à la maniéré ordinaire fur une tablette, mais un peu inclinés fur cette tablette. Cette pofition que la nature a donnée à l’ardoife eft très-heureufe ; car c’eft une des plus commodes pour la détacher aifément. Si l’ardoife eût été dans une pofition contraire, je veux dire, fi ces feuilles 'étaient horifontaîes, ou beaucoup inclinées à l’horifon., comme le font celles de quelques autres carrières de pierres communes , elles euffent donné incomparablement plus de peine à les tirer. C’eft cependant ce qui arrive dans quelques autres carrières d’ardoife j car cette pofition commune à l’ardoife d’Anjou, n’cft pas générale à toutes les ardoifieres. Prefque toutes les carrières de Rimogne en Champagne , dont nous donnerons une courte defeription , renferment une ar-doife beaucoup plus inclinée à l’horifon. Quelques-unes de la Bretagne, comme celles de Moifdon , à dix lieues de Nantes, que j’ai examinées, offrent une ardoife placée prefque horifontalement. Cette différence dans la pofition de cette pierre, fait que le travail des dernieres carrières différé un peu du travail de celles que nous décrivons ici 5 & ces différences m’ont paru mériter d’être rapportées.
- 33. Il y a tout lieu de croire que, dans les pays de fehiftes ou d’ardoi-fes (6), comme à Amgers , à Chaumont & aux environs de Mézieres, tout
- Les flots ou les vagues ont amené & dépofé peu à peu les couches de terre dont la moppagne eft compofée. Chaque couche àihii dépofée, ' fait un de ces lits que l’on difungue. aifément de ceux qui-Ie touchent immédiatementqparce que les terres & le limon ont.eq le tems de fefféç.her_avant qu’une autre'inondation ait amené une
- nouvelle couche. Les particules falines, qui ont pu fe trouver au - deflus de chaque couche , ont auiïi contribué à la féparer de celle qui s’eft formée enfuite.
- ( 6 ) A proprement parler , l’ardoife eft une efpece de Tchifte. Linnæus donne le nom général dtjehifte à toutes les pierres fiililes ; Schijhts conjiatfragmentisfj/îhbus,
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- le fond du terrein n’eft,pour ainfi dire, qu’un feul bloc d’ardoife, que l’on trouve plus près de la fuperficie de la terre à certains endroits qu’en d’autres. On choifit, pour en former des carrières propres à être travaillées, celles où l’ardoife fe trouve plus près du niveau du terrein, parce qu’il eii coûte moins pour la tirer.
- 34. Quelques naturaliftes ont conjecturé que le banc de fchiftequife trouve en Anjou , a des branches fi étendues, qu’il va palferfousla Manche, & qu’il fe retrouve en Angleterre, dans la province de Northampton, où cette efpece de pierre eft très-commune > mais on ne peut avoir fur cela que des probabilités.
- 3f. Quoiqu’il en foit, on peut dire qu’en Anjou une carrière entière, qui eft fouvent confidérable, n’eft occupée, pour ainfi dire, que par une feule pierre. La même malfe remplit tout l’eipace où l’on creufe, & s’étend peut-être beaucoup au-delà. Cettemaife fe divife enfuite fuivant les délits qui la féparent en blocs de figures & de grandeurs irrégulières qui fe touchaient, & ne formaientprefque qu’un corps dans la carrière. Ainfi toute la perriere eft remplie de feuilles de pierre, qui ont leur dire&ion un peu inclinée à la furface de la terre, & qui, outre cela, font parallèles les unes aux autres.
- 36. Pour revenir au travail de l’ardoife : la terre ayant été enlevée, aufli-tôt que l’on rencontre la pierre, on commence à ouvrir une tranchée comme une elpece de folfe, à laquelle 011 ne donne qu’autant de largeur qu’il en faut pour qu’un homme puiife y travailler commodément, & dont la longueur va en ligne droite, depuis le milieu d’un des bouts de la perriere jufqu’au milieu de l’autre bout. La longueur de ce foifé eft ce que nous nommerons la longueur de la perriere : elle doit être parallèle au plan des feuilles d’ardoife.
- 37. Ce premier travail eft long; il faut fe faire jour en frappant fur des feuilles de pierre qui font pofées comme la tranche d’un livre. On fe fert pour ce travail, d’un outil appellé pointe: fa tête relfemble à celle d’un marteau, & fe termine par une pointe. Sa longueur eft de huit ou neuf pouces ; l’épailTeur de fon gros bout en a deux. Cet outil a une ouverture telle que l’œil *d’un marteau, à deux pouces de fon gros bout; dans ce trou , entre un
- Il le range fous quatre efpeces : 1. Schijius cinereus rudis } fijjilis radis ; en fuédois , grà (iifwerjien. 2 Schijius nigricansfriabi-lis i enfuédois, lôsftifwcr.5. Schijius niger duriujculus Lapis fijjilis -, en fuédois , Tafle fiifiuer. 4. Schijius niger , durits, clangofus 3 ardcjia tegularis ,• enfuédois ,
- TakJiifwer. M. Bertarnd obferve que cette claffification n’eft pas exaête , puifqu?il y a beaucoup d’autres pierres qui fe fendent, & que d’autres propriétés obligent de mettre dans d’autres ordres de foffiles. Voyez Ditf. orycîologique , au mot fchijie.* 1 '
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- manche fait d’un morceau de bois mince, long ordinairement de trois pieds, & gros feulement comme le doigt. La pointe de l’outil doit faire un angle obtus avec fon manche ; c’eft pour cela que l’on fait entrer un petit coin dans le trou où il eft logé, & ce coin fe nomme à Angers Vengrois. Cette pointe elb prefque toujours acérée, & formée d’acier de Piémontj elle pefe cinq à ftx livres. On ne donne à cet outil un manche aufli faible & aufîi flexible que celui dont nous venons de parler, que pour ménager fa pointe. Malgré cette précaution, elle n’a pas fervi une heure fans être émoulfée j de façon qu’on eft obligé de la porter à la forge pour la réparer. C’eft principalement pour acérer ces fortes d’outils qui fervent journellement, & pour la réparation des machines à épuifement, dont nous parlerons dans la fuite», qu’on conftruit une ou deux forges près de chaque perriere.
- 38- Deux ou trois forgerons font occupés à ce travail. Ils fe fervent, pour l’entretien de la forge, de charbon de terre tiré des mines de la province & des environs. Pour le fervice d’une carrière, il faut encore un petit réduit pour un ou deux ouvriers deftinés à conftruire ou à réparer les, féaux, baquets, bafcicots, la charpente des machines d’épuifement > ou engins, 8c généralement tous les outils ou ufteufiles en bois, fervant aux ouvriers qui exploitent la carrière, & que nous décrirons bientôt. L’on deftiue à cet emploi les ouvriers les plus induftrieux, & leur attelier fe nomme la vétille.
- 39. Il faut un grand nombre d’ouvriers & un long travail, pour ouvrir avec les pointes la première tranchée 5 c’eft un travail ingrat, qui ne produit rien directement ; toutes les pierres qu’on en détache , n’étant que de petites parcelles , on les jette avec la main hors de la foncée, d’où 011 les enleve avec une pelle. Tous ces petits fragmens font partie des vuidanges.
- 4.0. Pour commencer une foncée , l’ouvrier forme une rigole de la hauteur d’une foncée ordinaire j il 11e lui donne d’abord qu’un pied de large, ou feulement les dimenfions nécelfaires pour qu’il puifle s’y retourner. Cet ouvrage lui eft payé ordinairement par l’entrepreneur, à la tâche, & à raifon de 7 fols 6 deniers le pied quarré de fonçage.
- 41. Pour former cette première rigole , il coupe en-deflous la pierre d’ar-doife fuivant le côté'de fon inclinaifon, c’eft-à-dire , fui vaut celui où la partie fupérieure du bloc fort intérieurement de la foncée i & la partie inférieure rentre en - dedans. Il coupe par le bas, fous le bloc , les parties de la pierre qu’il veut enlever ; & de l’autre côté delà rigole, il jette chaque partie delà pierre qu’il détache , dans la coulifle à laquelle 011 vient de le voir travailler.
- 42. La foncée parvenue à fa grandeur qui réglé, comme 011 l’a dit ci-defliis, la largeur de la perriere , l’ouvrier s’occupe à creufer à une de fes extrémités, le long du principal chef(f) de la carrière', un trou , ou une efpece
- (*) On appelle chefs d’une carrière, les deux côtés qui en forment les murs, & Tome IE A a
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- de cuve quarrée , où doivent fe rendre les eaux de toute la foncée, à laquelle il a foin de conferver une pente jufqu’à cette cuve, pour que les eaux viennent s’y dépofer.
- 43. La première tranchée étant ouverte, le relie de l’ouvrage va beaucoup plus vite ; on peut alors détacher de gros blocs de pierre. Il n’eft plus quef-tion, pour élargir la foncée & exploiter les bancs, que de continuer à agrandir l’elpece de folfe qu’on a commencée, en abattant des blocs d’ardoife jufqu’à ce que le foifé devienne prefqu’auffi. large que l’ouverture fupérieure de la carrière.
- 44. Les pointes font encore les premiers outils dont on fait ufage pour féparer les blocs d’ardoife du relie de la malfe ; 011 s’en fert pour creufer de petits trous de quelques pouces.de profondeur y & l’on fait tous ces petits trous à peu près fur une même ligne parallèle au bord fupérieur de la tranchée » à la dillance de deux à trois pieds. L’ouvrier fe conduit, pour placer ces' trous, fuivant l’examen qu’il fait des délits appareils fur la furface de la foncée. Ces trous doivent fervir à placer les coins dont nous allons parler > on les. éloigne fun de l’autre d’un pied, ou d’un pied & demi; on commence par mettre dans chaque trou un coin de fer long de huit à dix pou* ces, qu’011 nomme fer; on l’introduit dans le fens perpendiculaire. Cette opération ell appellée par les ouvriers faire le chemin ou enferrer. On donne quelques coups de maillet fur les coins.; & quand ils ont formé leur ouverture , on leur fubllitue d’autres coins plus forts, qui fe nomment quillesy & que l’on met aux mêmes endroits que les premiers. Ces.quilles ont deux pieds & demi de longueur. Lorfqu’on a planté de cette maniéré , fur une même ligne, neuf ou. dix coins ou quilles , plus, ou moins , félon que l’on veut détacher une plus grande piece d’ardoife, un nombre d’ouvriers égal au nombre des coins, armés de gros marteaux de fer , & placés fur le banc qu’ils veulent couper, frappent tous enfembîe , chacun fur un coin. Lis agiiient comme feraient neuf ou dix fendeurs.de bois qui feraient tous occupés à fendre enfembîe une même piece. Leurs coups redoublés, qui tombent en même tems,. obligent les coins à s’enfoncer dans l’urdoife. Quand une quille eft entrée jufqu’à une certaine dillance, ils en mettent une autre derrière celle-ci, & quelquefois ainli quatre ou cinq fùccedivementjufqu’à ce que le bloc qui fe trouve entre la foncée ou le banc que l’on veut enlever à faide des quilles dont nous parlons, fe fépare du relie de la malle, ce qui n’arriv.e fouvent qu’après un travail aifidu & pénible de cinq à Ex heures.
- 4L Les marteaux dont les ouvriers fe fervent pour frapper les quilles, fe
- qui- font perpendiculaires au fens fuivant couper dans cette partie , comme nousl’ex-lequel fe fend Tardoife ; par conféquent , pliquerons parla fuite, pour tirer les blocs, on eft oblige de lès
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- nomment-La tête de ce marteau pefe environ trente livres.Un defes côtés fe termine en pointe, & ion auttre extrémité eft arrondie.
- 4.6. Les ouvriers emploient diiferens moyens pour abattre les blocs, fui-vant le côté de la carrière où ils travaillent. On fent qu’il ferait inutile de chercher des expédiens pour faire tomber le bloc du côté de la carrière où fon inclinaifon fait fortir la furface fupérieure du bloc en-dedans de la foncée , tandis que le pied du bloc rentre dans la carrière. Auffi-tôtque les coins ou quilles dont 011 s’eft fervi ont détaché le bloc, comme il n’eft pas d’à-plomb , fa pefanteur l’entraine , & il tombe dans la foncée , fouventdans le moment qu’on s’y attend le moins. Mais de l’autre côté de la foncée , où la furface fupérieure du bloc , fuivant 1 inclinaifon que nous lui avons connue, eft moins avancée dans la foncée que fa bafe, la difficulté pour détacher le bloc , ainfi que pour l’abattre, eft un peu plus grande. Les ouvriers , pour travailler plus commodément à enfoncer les quilles, forment de ce côté de petits échafauds avec des parties d’échelles , ou des madriers , qu’ils arrangent, & qu’ils font porte* le long du banc fur lequel ils travaillent, pour pouvoir fe mettre d’un côté & de l’autre de la foncée, & avoir la liberté d’enfoncer plus à leur aife les coins ou quilles.
- 47. Il fe fait d’abord une fente à la fuperficie du banc , & fur toute l’étendue de la ligne tracée par les coins. Si, après ce premier effort, le bloc offre trop de réfiftance, 011 augmente le nombre des quilles. Le bloc détaché, on cherche de nouveaux uftenfiles pour l’abattre ; les ouvriers fe fervent de diifé-rens leviers de fer. Ils emploient, i°. un cifeau applati d’un de fes côtés , qui lui fert de lame : ils prennent enfuite des barres de fer , plus ou moins longues, qu’ils nomment verdillons ou levres. La barre la plus forte & la plus longue , qu’ils appellent levre, ayant été introduite dans les ouvertures formées par les quilles, ils attachent à l’autre extrémité de ce levier, une corde fur laquelle tirent plufieurs hommes ; la fente s’augmente, le rocher s’ouvre, fe fépare , & tombe au pied du banc, divifé naturellement en bloc, oü rompu par l’effort en éclats de différentes grandeurs. C’eft ainfî que les ouvriers parviennent à détacher le bloc, & à le jeter dans la foncée.
- 48. Le bloc en tombant fe partage en plufieurs parties -, & pour les retirer les unes de deffus les autres , ils emploient de longs crochets de fer, emmanchés au bout d’un bâton. On fe fert encore, pour le même ufage, d’un double crochet, auffi emmanché, qu’on nomme tranche.
- 49. Il ne faut pas croire que cette maffe d’ardoife qu’on détache par le moyen des coins, foit régulière, ni qu’elle forme un bloc bien équarri Nous le répétons, la pierre qui conftitue la carrière d’ardoife, ne forme qu’une maffe : elle n’eft pas point par lits (7) , comme le marbre ou les autres pierres t ( 7 ) 11 femble qu’il y ait ici une contradi&itfn \ l’auteur parait nier qu’il y ait des lits
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- communes le font dans leurs carrières : mais l’ardoife fe réduit en éclats ; & les morceaux qu’on abat, ne portent prefque jamais les neuf pieds que doit avoir la foncée, à caufe des délits , & fouvent par Paccident de corps étrangers qui fe rencontrent dans l’ardoife.
- 50. Le bloc 11’étant pas coupé en-delfous au-bas delà foncée, la pierre fe rompt au hafard aux endroits où un délit disjoint le bloc qu’on fépare ; il faut alors occuper plufieurs ouvriers à reprendre ces parties du banc qui font reliées, & à les détacher à peu près de la même maniéré qu’on l’a vu pour les premiers morceaux. On appelle cette fécondé opération ranger les écots, & drcjfer le. banc. Elle fe pratique en mettant dans les trous qu’011 a faits avec les pointes, de petits coins appellés alignoirs, ou les quilles, dont nous avons parlé, fur lefqueiles on frappe avec les pics , pour jeter l’éclat à bas. Autant que l’on peut, on ménage ces éclats, quand ils font de grandeur à pouvoir former de l’ardoife.
- 51. Si la pierre d’ardoife détachée , comme nous venons de l’expliquer , eft trop pelante pour être maniée commodément, on la divife en plusieurs morceaux, en employant pour cet effet un fort cifeau de fer, avec lequel on fait une entaille au bloc dans la partie qu’on juge convenable; le même ouvrier donne enfuite avec ce cifeau un coup fur le plat du bloc, en fuivant la direction de l’entaille 5 il le romptainfi, fuivant là largeur, en deux parties plus commodes à manier & à tranlporter.
- f 2. Si les blocs à divifer font épais , on engage dans ces blocs des coins de fer plus ou moins forts : les coins employés à cet ulàge, font les mêmes que ceux deftinés à abattre les parties de blocs qui relient aux bancs. Ils portent dilférens noms, fuivant leur force & leur grandeur : les premiers font nommés grands fers ; ceux qui font moins grands ,/ers moyens ; & les plus petits , alignoirs. La figure des uns & des autres eft pourtant affez la même : leur pointe eft fouvent échancrée , quelquefois en arc de cercle, quelquefois en angte ; & cela fans doute afin qu’elle trouve moins de réfiftance à entrer dans l’ardoife-Eupréfentant d’abord une moindre furface, il y a moins de frot-temens à vaincre. Les grands fers ont environ huit à neuf pouces de longueur ; leur bafe ou leur tête a deux ou trois pouces de large: les alignoirs 11’ont que quatre à cinq pouces de longueur, & leur bafe eft beaucoup plus petite
- dans les carrières d’ardoife, cependant rien ou plus bas. CelaVrive fréquemment dans n’elt plus certain. Les lits ou couches d’ar- lesmines,de cuivre, àpûfbtrouvent dans de doife ne font pas fé'parés l’un de l’autre; Fardoifé, où l’on rencontre fouvent plu-ils font adhérens, mais l’interpofition de fleurs couches d’ardoife ordinaire avant de matières étrangères fait qu’on lesappercoit rencontrer celle qui contient la veine tné* fort diflinétement. Qjelquefois ces couches tallique. C’èffc ce qu’obferve M. de Jufti , font fi fortement liées les unes aux autres, dans une note de la traduction allemande que les grands blocs fe fépare it plus haut de cet art.
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- que celle des fers. Les maillets .ou les marteaux avec lefquels on frappe fur ces différens coins, font auiïi de différentes grandeurs : les uns & les autres portent, parmi les ouvriers , le nom de pics. Nous avons dit que la tête des plus grands pics avait environ un pied & demi de long. On fe fert aulîï » pour dreffer les bancs, d’un fécond marteau appelle pic moyen ^ qui reffembie à ces premiers ; le fer ou la tête eft feulement moins longue & moins pelante que celle des grands pics. Nous obferverons en paffant, que le manche des outils , ainiî que les bâtons des échelles, font fouvent faits de bois de houx, qui eft très-commun dans le pays.
- f3. On continue d’enlever, comme nous venons de le dire, de groffes maffes de pierres jufqu’à ce qu’on ait retiré par pièces le bloc qui occupait une foncée. Il faut remarquer qu’avant de tirer le bloc qui termine la foiK cée le long des deux côtés qui doivent former les murs, ou ce qu’on appelle les chefs de la carrière, il faut néceffairement détacher les blocs le long de ces deux chefs. Les ouvriers, pour cet effet, font une coupe avec les pics le long des parties de la carrière qui doivent fervir à former les murs ; & pour leur donner plus de force, ils ont l’attention de leur laiffer une certaine pente, afin qu’ils puiffent fe foutenir. Cet ouvrage eft encore long & tout-à-fait infructueux : ce bloc féparé du chef fe détache de la foncée s comme nous l’avons dit pour tous les autres blocs du même banc. On voit que parce moyen le fond de chaque foncée n’eft pas précifément aulfi large que l’ouverture fupérieure de la carrière, puifqu’on laiffe un peu de talut au mur naturel qui en forme les quatre faces, de crainte qu’il n’arrive quelque éboulement confidérable.
- 54. Il y a pourtant une ou deux faces delà carrière que l’on taille plus à-plomb : nous en dirons la raifon dans la fuite. O11 a donné particulière^, ment le nom de chefs à ces deux côtés de la carrière placés dans le feus on l’on eft obligé de couper la pierre, & perpendiculaire à celui fuivant lequel elle fe fend. Ces deux coupes ou chefs forment les deux principaux côtés de la perriere.
- f Il y a un des; bouts ou un des côtés de la carrière où l’on ceffe de la travailler, lorfqu’il ne refte plus de largeur à la foncée jufqu’à la foncée fupérieure, qu'autant qu’il faut pour qu’on puiffe y placer une échelle qui ferve à monter fur ce qu’on a pareillement laiffé au banc précédents enforte que depuis le haut de la perriere jufqu’au fond , on laiffe d’un, côté, pendant un certain tems, des redans qui forment une elpece d’efcalier dont les marches , à la vérité, font un peu hautes ; car pour aller d’une marche à l’autre* il faut une échelle au moins de 11 à 12 pieds de hauteur, puifque chaque foncée a neuf pieds de profondeur. Ces efpeces de marches font voir du pre-r mier coup-d’œil à combien de foncées la carrière eft pouffée. On voit,
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- par exemple, dans la planche première dont on a ôté jufqu’au neuvième redan 4 que les ouvriers travaillent actuellement à la treizième foncée. Des échelles difpofées de foncée en foncée , donnent la facilité de monter jufqu’au haut de la perriere. A mefure qu’on avance , le fond de la perriere devient plus étroit, & beintôt le deviendrait beaucoup trop : auiii ces redans ou ces elpeces démarchés ne font pas faits à demeure j 011 les détruit après quelque tems de travail j fouvent même, dès que la foncée de dellbus eh parvenue au redan de delius , on ôte ce dernier. Car fi, dans une carrière dont le fond aurait 100 pieds de largeur, on laiffait feulement d’un côté un banc ou gradin de 4 pieds de fuperficie,à la dixième foncée la carrière fe trouverait diminuée & rétrécie de 40 pieds, & à la vingtième elle n’aurait plus que 20 pieds de largeur. Pour ne point tomber dans cet inconvénient, & pouvoir defcendre dans la carrière, quand on l’a creulëe jufqu’à un certain point, on pratique dans un de fes angles le plus folide, des retraites en forme de confolles , & fouvent des banquettes, pour communiquer de l’une à l’autre. On place ordinairement de 30 à 40 pieds des échelles de même dimenfion, qui conduifent d’une banquette à l’autre ; elles fervent pour monter & defcendre les ouvriers qui travaillent au fond de la carrière.
- S6. Il eft rare, comme on l’a dit, que la première foncée donne de bonne ardoife. On n’en retire ordinairement qu’une pierre qui, quoique feuilletée, n’elt pas propre à être divifée en feuillets minces. Ce n’elt pas que cette pierre foit d’une efpece différente de celle de l’ardoife que l’on doit trouver plus bas 5 mais elle ne pourrait jamais en acquérir la perfection, ni devenir d’une bonne qualité. Le défaut d’humidité qui fans doute lui manque, a facilité la réunion de fes parties, & elle 11e forme plus qu’une maife qui ne peut être féparée par la fucceffion du tems. Cette première pierre n’elt pourtant pas inutile ; elle eft propre, comme nous l’avons dit, pour bâtir des murs ; & on en a befoin pour faire ceux de divers bâtimens que l’on ne peut fe difp enfer de conftruire près de la perriere.
- f7. Cependant on aimerait fouvent mieux trouver feulement de la terre, que beaucoup de cette efpece de pierre, qui eft plus difficile à détacher. Après cette pierre, 011 en trouve une autre qui n’elt pas encore de belle ardoife. On ne laiifè pas néanmoins de l’employer pour les couvertures des granges , pour celle des maifons de payfans des environs d’Angers , & pour d’autres bâtimens. de peu d’importance.
- 58- Comme elle ne peut pas fe divifer en feuillets fort minces, les ar-doifes qui en font faites, font pefantes ; auffi lie les tranfporte -1 - on point, dans les pays éloignés. O11 la nomme de l’ardoife poil roux, nom qui exprime fort bien en quoi elle différé de la belle ardoife , dont la couleur eft par-tout d’un noir grifatre , au lieu que celle-ci eft d’une couleur plus brune,
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- 8c marquée en plusieurs endroits par des taches roufles plus ou moins grandes. La couleur de la rouille de fer reflemble aifez à celle de taches qui défigurent l’ardoife dont nous parlons.
- 59. Pour ne point interrompre'la fuite du travail des carrières d’ardoife , nous réfervons pour la fin de ce traité les remarques que nous avons été à portée de faire fur cette première couche d’ardoife moins parfaite que les autres , fur la reflêmblance que nous avons cru lui trouver avec la première couche qui recouvre les filons des mines de charbon de terre.
- 60. Plus l’on creufe, & moins l’on trouve de ces taches roufles fur l’ardoife : ce ne font guere que les premiers pieds qui fe trouvent de cette mauvaife qualité. On parvient bientôt à une pierre qui fe laide aifément divifer en feuillets minces , & d’une belle couleur; mais 011 ne peut & on ne doit pas aller chercher la belle pierre qui eft dans les foncées inférieures , que l’on n’ait enlevé à peu près ce que l’on doit retirer des foncées fupérieures.
- 61. Nous avons dit que la belle ardoife fe trouve plus tôt dans certaines perrieres,& plus tard dans d’autres L’ordonnance de la ville de Paris fur la moifon (g) des ardoifes ,. chapitre 29 , art. 4 (*) , veut que l’ardoife qui fera deftinée pour fervir aux bâtimens de la ville de Paris & des environs, foit faite & fabriquée de pierres tirées de la troifieme foncée de chaque per-rierre , qui fe trouvera au moins à 27 pieds de profondeur ; & que l’ardoife qui fera tirée des deux premières foncées , demeure dans la province, pour fervir de couverture aux bâtimens de la ville d’Angers & de fes environs.
- 62. C’est là une réglé fort incertaine fur la bonne qualité de l’ardoife, puifque la fécondé foncée d’une perriere donnera quelquefois de meilleure ardoife que la quatrième ou cinquième foncée d’une autre carrière, & que fouvent 011 en trouve de très-belle dès la fécondé foncée.
- 63. Quelquefois les ouvriers, en travaillant une foncée de belle ardoife, ce qu’ils appellent être en bonne^ chambrée, rencontrent une veine où l’ardoife eft tendre & non liée , ou marquée de raies qui la rendent défeélueufe : cette mauvaife qualité de l’ardoife fe nomme fini,lletis. Il fe trouve auffi des blocs qui, au contraire de ceux-ci, font aifez durs pour ne pouvoir pas être féparés ; l’ardoife n’y forme qu’une maiTe très-compa&e : ce défaut eft le plus fouvent dû à un mélange étranger de la nature du quart£ qui fe trouve enclavé dans le fchijle, & à qui les ouvriers ont donné le nom de chats. On voit donc que dans toutes les foncées il peut fe trouver des ardoifes qui aient ces defauts, 8c principalement les deux derniers, qui font auffi com-
- ( 8 ) Moifon eft un vieux mot qui figni- nance de Louis XiV, & Traité delà police, fiait rnefure. delà Marre.
- ( Furetiere , au mot ardoife , ordôn-
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- imms dans les foncées les plus profondes que dans les premières.
- 64. Il y a encore une autre efpece d’ardoife qui fe trouve dans toutes les foncées, & qu’il eft défendu d’employer en poil gros noir , comme étant moins parfaite. Nous avons dit que la carrière ne formait qu’une mafle de pierre, mais que cette malfe était divifée par diÜerens blocs qui fe réparaient avec un peu d’aide. Ces différens blocs fe disjoignent probablement, parce que quelques parties, -à la vérité très-fines , fie font interpolées entre celles d’un bloc & celles du bloc voifin. Il parait, comme nous le ferons voir dans la fuite , qu’à Angers cette défunion a été produite par une eau chargée de oarties ferrugineufies , qui s’ell deiféchée, & dont il ne relie plus aujourd’hui qu’une couche de fer qui gâte l’ardoife, & la tache. Cette première couche des blocs ne peut fervir qu’à former une ardoifiïpoil taché > qui 11e donnerait pas un coup-d’œil fi agréable, & qui doit encore fe confommer dans le pays. Cette efpece d’ardoife, comme l’on voit, fe trouve dans toutes les foncées.
- Il relie outre cela, entre les différentes feuilles d’ardoife qui compo-fentunbloc , une certaine humidité qui fert à les tenir féparées. Celle à poil roux-, qui lé trouve la première en ouvrant une carrière , manque d’une partie de cette eau qui devait tenir défunis tous les feuillets minces dont la bonne ardoife ell compofée: c’elt pourquoi, fi on laide fécher jufqu’à un certain point la meilleure efpece de pierre, celle qui doit former la bonne ardoife qui ell le poil noir, elle devient plus difficile à fendre. Cette même humidité ne contribuerait-elle point à fa couleur noire ? Peut-être difiout-elie & détache-t-elle cette matière qui fait les taches roulfes de l’ardoife à poil roux. J’ai obfervé ( ce qui parait s’accorder avec ce que je viens de dire) que dans les anciens amas de vuidanges, on a de la peine à diltinguer les frag-mens de la plus belle ardoife de ceux de l’ardoife à poil roux, fur-tout à la furface des fragrnens, qui efl la plus expofée aux imprefiions de Pair : ils ont tous pris à peu près la même couleur.
- 66. Il eft confiant que l’ardoife inférieure efl beaucoup plus humectée que l’ardoife fupérieure : la raifon en eft aifée à appercevoir. Tous les feuillets d’ardoife étant parallèles les uns aux autres, & prefque perpendiculaires à l’horifon, chaque petite goutte d’eau peut agir de tout fou poids pour s’ouvrir des chemins, ou pour agrandir ceux qui font déjà ouverts : elle peut pénétrer jufques dans les endroits où la chaleur du foleil ne peut arriver j au lieu que cette chaleur fait évaporer l’eau qui fe trouve dans l’ardoife fupérieure, & qui 11’a pas encore eu le tems de defeendre. Au refie l’eau 11e paflè que trop facilement au travers des blocs d’ardoife ; & nous ferons voir dans la fuite, que ceux qui font travailler aux carrières, en font alfiirés par des expériences qui leur coûtent cher.
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- 67. Les blocs d’ardoife ayant été détachés, font donc divifés en morceaux dé grandeur convenable pour être montés au haut de la perriere. Cette pre« miere divifion qui eft faite au fond de la carrière, s’appelle réduire les blocs en crenons : ces parties divifées fe chargent dans des hottes 5 des homnips les portent près du chef de la carrière, pour être à portée des engins qui doivent les tranfporter au haut de la fouille.
- 68- Le- travail le plus ordinaire de ces hotteurs, dont il y a toujours un grand nombre occupés dans une perriere, eft de porter les vuidanges: il s’en alfemblerait beaucoup au fohd de la foncée , & les ouvriers en feraient embarralfés. Les petits fragmens d’ardoife qui font inutiles, fe nomment, comme nous l’avons dit, vuidanges. Les grolfes pierres fe jettent à la mains les petites s’enlevent du bas de la foncée avec une pelle.
- 69. Les hottes dont on fe fert pour porter les vuidanges, font un peu différentes de celles dont onfe fert pour porter les pièces d’ardoife. Les premières ont leur'panier plus grand, &les fécondés ont leur doftier plus haut. On nomme ces dernieres bottes à quartiers, pour les diftinguer de celles à vuidanges : auflî pofe-t-on les pièces d’ardoife fer les bords du panier, & on les couche fur ie doftîer de la hotte. Le doftier des unes & des autres eft rembourré de paille du côté qui touche le dos du hotteurj c’eft une elpece de petit couffin qui empêche la hotte de faire une trop rude impreftion fur fon dos.
- 70. A Angers, les ouvriers hotteurs ne font que porter les blocs réduits en crenons & les viudanges proche le chef de la carrière, où font établis les machines & engins. Toutes ces pierres d’ardoife & les parties inutiles fe montent au haut de la carrière à l’aide des machines dont nous parlerons dans un moment. On en charge des caiifes ou bajjicots, de la façon que nous l’expliquerons auflî , quand nous aurons décrit les machines tqui fervent à répuifement de l’eau que fourniffent en grande quantité les carrières d’ardoife , & à l'élévation des blocs & vuidanges. „ .
- 71. Les ouvriers qui travaillent au fond de la perriere à creufer la carrière à en détacher les blocs, enfin à former, les foncées , les cuves, & généralement toutes les coupes horifontales &-perpendiculaires, commer:aufli à tailler : la pierre en tous fens ,.à drefler lés bancs & à en retirer la pierre d’ardoife, enfin à l’approcher des engins, & à en charger des.baquets,& baffi-eots,fe nomment ouvriers dé en-bas. On le.sdiftribue par bandes de dixom douze, qui ont leur tâche:particulière. On emploie jufqu’à cinquante ouvriers dans une grande carrière. Ils travaillent ordinairement à l’entreprife, & font payés au prix courant & a la toife. Leur métier n’:a rieii de difficile ( 9 ) 5 il eft nécefo
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- (9) Les ouvriers qui travaillent dans les de force. Ils font d’ailleurs expofes a de, «arriérés d’ardoife, ont befoin de beaucoup grands dangers. Il arrite. fouvent que les, Tome IV. B b
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- faire feulement qu’ils prennent des connaiflances juftes fur la direction des blocs d’ardoife-, qui s’acquierent promptement par l’expérience. Nous ne faurions trop-répéter que, pour bien conduire ie travail d’une carrière, & avec économie, il faut diftribuer les ouvriers de faqon que tous aient à travailler, & que leur ouvrage ne fouflfre point d’interruption.
- 72. Des qu’on a ouvert une foncée, & que l’on s’apperqoit que l’eau fuinte des parois des blocs, les ouvriers pratiquent, ainli qu’on l’a ob-fervé, un trou ou une cuve à une extrémité de la foncée, dans la partie la plus balfe , afin que l’eau puiife s’y amalfer en fuivant différentes rigoles. On forme ain.fi plufieurs cuves où doit fe rendre toute l’eau d’une carrière , & on les conferve principalement au banc où l’on voit qu’il fourcille le plus d’eau, & aux endroits des foncées les plus près des chefs qui répondent aux machines d’épuifement, qu’on nomme à Angers engins, 8c qu’011 a établies fur ces chefs.
- 73. Quand on a formé- une foncée ,\ pour creufer la cuve & vuider
- l’eau qu’elle contient en l'a travaillant, la première machine qu’on met en ùfage eft la b afin le ou le trait. ’ ,
- 74. Un ou1 deux hommes font employés à la faire' agir. S’il y en a
- deux1, l’un eft au fond de la foncée ; il aide au feau à puifer l’eau qui s’amaife dans la petite- cuve pratiquée daus la partie la plus baffe de la foncée, tandis que l’autre l’éleve au haut de la foncée par le moyen de la machine ou bafcule, que nous allons décrire. ; r
- 7f. Cette machine eft bien fimple j fon pied eft compofé de deux
- pièces de--bois poféeS'verticalement l’une fur l’autre j elles- ont:cinq à fix pieds de long. La piece inférieure , qui fert de fupport', a un pied ferré & pointu, lequel, dans certaines carrières, eft enfoncé dans l’ardoife, & dafts9d%uti*es porte des traverfes. Ce pied eft retenu fur les bords :de la foncée-fans entrer dans la pierre : la‘machine pour lors, eft .mobile, & fe place en différens endroits. Cette pieee de bois; eft percée , au, milieu de fbii extrémité füpérieure, par un trou-dans lequel'entre un pivot ou .tourillon-qui eft au bout de fautre piece : de là il eft clair que la piece fupé-rieufè-pèüfc tourner fur l’inférieure. La première a une entaille ,- dans - laquelle! eft placé un long levier plus gros à une extrémité qu’à l’autre : le
- même levier a‘un trou qui tràverfe fon épailfeur ; ce trou eft beaucoup
- plus'prèk'dm gros bout que du petit e un boulon de fer,. qui.traverfe rentable- de fa'piece fupérieure, paife-par de trou du levier,.. & jle-retient par y ',:î' ^ ‘ ' -- J!" - < m - * ' . . .
- cabremens entraînent hôtranésy- fenrt: quelquefois ides/'inondations fubiteÇÿ chevaux'.éç.enylns an. fqnd de la perriere , qu’il eft très-difficile de prévoir, & encore <&.y aêqablqntj.e^'m'affieur'eùàfpiivriefs d’en- plus’d’éviter dah5:de’spu'itsî:fivpifofondsPl bas. Les vôié&-'& ' lés Sources "iTèaus ycâtff J d'y'50-' * -J!,r ‘
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- conféquent dans l’entaille : il ferait inutile d’ajouter que ce levier eft mobile à l’aide de ce boulon. A l’extrémité de la plus petite partie du levier, ou, ce qui eft la même chofe, à fon extrémité la plus éloignée du point d’appui, eft attachée une corde ou verne, au bout de laquelle' -eft fufpendu un feau. A Angers, au lieu d’une corde, c’eft une perche qui eft retenue par une de fes extrémités à celle du levier avec une corde, & dont l’autre partie porte un crochet, dans lequel on palTe l’anfe d’un feau "qu’on retient avec une cheville de fer qui entre dans les deux parties du crochet par-delfus l’anfe du feau. Comme la piece fupérieure qui porte le levier peut tourner fur elle-même , on imagine alfez qu’il eft aifé de faire defcendre le feau précifément à l’endroit de la foncée que l’on veut; on l’y remplit d’eau * ou quelquefois de vuidanges ou de pièces d’ardoife. Le même homme qui l’a chargé, fouleve un peu le feau, pendant qu’un autre homme tire en - bas le gros bout du levier. Le feau étant parvenu au-delfus de la foncée, il ne refte qu’à faire tourner horifontalement ce levier : on le fait fans peine , en poulfimt Ion gros bout dans ce fens , puifquela piece qui le foutient eft mobile fur elle-même. Il ne s’agit plus que de renverfer l’eau que contient le feau, dans une rigole qui la conduit jufqu’à un puits ou cuve fupérieure à celle qu’on vuide : l’eau s’y ranralfe , & en ’eft puifée par le moyen des machines à épuifement, dont nous allons parler.
- 7 6. Ce qui oblige à' conftrüire ces machines, c’eft donb principalement la néceftité où Ton eft d’épuifer l’eau du fond de la carriéte : foUveiit oir île l’a pas pouifée à quelques foncées-, que l’on voit Team s’échapper par' différens' endroits ; 'elle fe ralfemble dans le fond de la foncée, d’où elle chaiferaife bientôt les travailleurs , fi l’on n’avait foin continuellement de l’épuifer. Nous avons dit que l’on formait à plufieurs foncées, des efpeces de cuves ou de puits, où-fe rendait l’eau par des rigoles , comme dans des réfervoirs communs. Les deux principaux engins qui font en ufage dans les carrières d’Angers, pour puifer l’eau dé ces puits, font ceux que nous allons décrire ici.
- Machines A épuifement & engins.
- 77. Une de ces machines , & celle‘dont on fe fertle plus ordinairement , eft à découvert, & compofée- de diverfes pièces de charpente. Nous avons'dit qu’il y avait un côté de la carrière que l’on nommait le chef^que ce côté était perpendiculaire au fens dans lequel fe fend l’ardoife, & que c’était par conféquent le côté où il fallait couper le bloc pour le détacher, quand on était parvenu à l’extrémité de chaque foncée.
- 78- C’est fur un de ces côtés delà carrière,'ou fur les deux côtésvfila
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- carrière exige la conftruftion d’un grand nombre de machines, qu’on les établit ; mais, autant qu’il eftpoffible, on n’en met à Angers que d’un feul côté de la carrière , parce que dans la plupart de ces perrieres les blocs d’ar-doife • ont une pente & une dire&ion vers le nord ; de forte que les couches qui fe trouvent du côté oppofé , rentrent dans la carrière, & par conféquent la pierre offrirait dans cette partie un fond moins folide & beaucoup plus incertain, pour y placer des machines dont Péboulement pourrait occalionner de grands dommages & de grandes dépenfes.
- 79. Au contraire, la pierre d’ardoife fur le côté de la carrière, que l’on regarde comme fon principal chef, fe trouve toujours appuyée fur fon lit de carrière ; & comme il eft plus folide, c’eft celui que l’on choifit par préférence pour y conftruire les engins dont nous parlons.
- 80. Pour établir ces machines fur une matière folide, &pour empêcher i’éboulement de ce côté de la carrière que l’on nomme le chef, fur lequel on doit les appuyer ; après avoir ôté la terre, & détaché de ce côté la quantité d’ardoife que l’on a jugé néceffaire, 011 bâtit un mur, auquel on ne donne qu’autant de talut qu’il faut pour le rendre folide. On le fait plus ou moins haut} c’eft-à-dire , qu’on commence à le bâtir plus ou moins près du fond de la carrière , félon le befoiii}. mais il doit toujours aller jufqu’à fon bord fupérieur.
- - 8i- La face de la perriere, ou le chef fur lequel on bâtit les engins, doit donc être revêtu en partie d’ardoife, & en partie d’un mur, ou plutôt d une maffe formée le plus fouvent avec des blocs d’ardoife taillés & liés avec du mortier. O11 emploie des pierres de rebut, & l’on donne à ce nouveau mur environ vingt pieds d’épaiffeur, & quelquefois plus de quarante pieds de haut} car on comprend que fa hauteur doit varier fuivant qu’il a été néceffaire d’enlever plus ou moins de terre & de pierre pour parvenir à un fond folide.
- 82. On doit élever ce mur de quelques pieds au-deffus du terrein", afin de pouvoir établir les machines fur un endroit affez élevé, & faciliter par-là l’écoulement des eaux.
- 83- Pour retenir les pierres qui forment la maçonnerie, on emploie plu-iieurs pièces de bois que l’on place de diftance en diftance}on les affujettit par des tirans-de fer, ou clefs, qui paffent dans l’épaiffeur du mur, & donnent plus de liaifon aux pierres qui ont fervi à le former.
- 84- C’est près de l’extrémité fupérieure de ce mur, que l’on fcelle plufieurs poutrelles A , A (10) parallèles les unes aux autres , ainfi qu’à l’horifon, & qui ont plufieurs pieds de faillie vers le dedans de la carrière. Pour une petite
- r ^(.ioL’ÿoyez l’explication des planches9 •
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- machine à découvert, telle qu’eft celle que nous décrivons, deux poutrelles fuffifenti de bons arcboutans de bois B, B (n), dont une des extrémités eft Icellée dans le mur, & dont l’autre extrémité eft emmortaifée dans ces poutrelles , ne contribuent pas peu à les rendre ftables : aufli ont-elles à foutenir / une lourde charge. Près d’un de leurs bouts , elles portent l’une & l’autre un' montant E , E, avec lequel elles font alfemblées à tenons & à mortaifes, & foutiennent chacune, immédiatement à fleur du mur, un autre montant G, G, avec lequel elles font alfemblées de la même maniéré. Ainfi les poutrelles horifontales font la bafe de la machine s & les quatre montans font les piliers qui portent tout le refte. A l’extrémité fupérieure des deux montans qui font fur la même poutrelle, eft attachée une longue piece ou chevron HL, HL (12). L’autre extrémité de chacun de ces chevrons eft foutenue à plulieurs pieds de là par deux montans ML, ML, de même hauteur que les précédens E, G, mais plus forts, & par une traverfe LL (13) appuyée horifontalement fur ces deux montans. La diftance de l’un à l’autre doit être telle, qu’un cheval attaché à un arbre puilfe tourner entre ces deux derniers montans ; car il y a un arbre OQ_, pofé verticalement entre l’un & l’autre, qui a un pivot à fon extrémité fupérieure Qj & ce pivot entre dans la traverfe qu’011 vient d’indiquer (14). On donne ordinairement à l’aire que doit parçourif le cheval, environ vingt-quatre pieds de diamètre,
- Cet arbre vertical porte un tambour RS , autour duquel font en-tortillés deux cables S, S, dans un fens différent. Le cable fupérieur eft arrêté près de l’extrémité fupérieure du tambour , & le cable inférieur près de fon extrémité inférieure. De là ,^il eft clair que , quand l’arbre tourne , un des cables fe détortille, tandis que l’autre vient s’y rouler. Les deux cables ont chacun leurs poulies particulières P, P , & les poulies ont chacune leur eflieu 1,1, qui font foutenus par deux traverfes K, K, aifemblées dans les montans que porte une même poutrelle. Entre les deux poutrelles qui foutiennent les quatre montans , il refte un efpace vuide. Cet elpace eft immédiatement au-defliis du puits ou de la cuve creufée au fond de la carrière : d’où il fuit que, s’il y a un feau à l’extrémité de chaque cable, lorfque ce cable eft fuflflfamment développé7 de deffus fon tambour, le feau qui y eft fulpendu plonge dans le puits ; & qu’au contraire, le fceau fuft
- (11) Ces arcboutans s’appçllentVùrèa. perpendiculaires.
- diers. (14) L’extrémité inférieure de l’arbre
- (12) Ce font les filières. porte fur une crapaudine , ou couette de
- ( H ) La piece LL , fur laquelle l’extrê- fer , emboîtée dans une piece de bois.
- mité des ftlieres eft foutenue, s’appelle le La piece à laquelle le cheval eft attaché , chapeau du bâti I\I M L L , qui rieft autre fe nomme queue i elle çft emmortaifée dans Ghofe qu’un çhevalet à deux pièces de bois l’arbre.
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- pendu à l’autre cable , fe trouve alors précifément au haut de la carrière, parce que les deux cables font égaux.
- 86. Les féaux qu’on fufpend au bout de chaque cable font très-grands ; car on fe lert ordinairement d’une pipe d’Anjou ; ils contiennent par confé-quent près de deux muids d’eau. Pour qu’ils loient plus folides , on les garnit de plusieurs frettes de fer. Il y a diverfes chofes dans leur conftru&ion, qui, quoique allez limples, méritent pourtant d’ètre remarquées, parce qu’elles produifent un eifet commode , qui eft que le feau fe vuide de lui-même lorf-' qu’il e£t arrivé au haut de la carrière.
- 87..Dans la frette 4, 4, qui eft la plus proche du milieu du feau , il y a deux tourillons 3 dans deux endroits diamétralement oppofés : ces deux tourillons entrent dans deux anneaux qui font aux extrémités de l’anfe du feau 12, & cette anfe peut tourner librement autour des tourillons 5 mais afin qu’elle n’en puilfe point fortir, chaque tourillon eft percé par un trou près de fon extrémité, dans lequel on fait entrer un boulon de fer 3. Le bord fupérieur du feau eft encore entouré par une frette , au-delfus de laquelle eft un anneau de fer 7, foutenu à quelques pouces de diftance 8 du bord du feau par quatre barres de fer 8 ? 8 5 9, 9> clouées contre fes parois extérieures; & a lin qu’elles fatiguent moins le feau , il y a des étriers de fer , qui, après avoir paJÏé fur ces barres par le dedans du feau, viennent par-deffus le bord.
- • Ces étriers font cloués contre la furface extérieure des parois 6,6,6,6 (15). f- ; 88- C’est de la façon dont le feau eft fufpendu par fon anfe, & de l’anneau de fer foutenu à quelques pouces de fon bord, que dépend la maniéré fîmple dont il fe vuide. Les deux poutrelles qui portent la charpente de la machine, foutiennent près de leurs extrémités une auge de bois C, C. Au bord de cette auge , le plus proche du mur, font attachés deux crochets de fer alfez longs: ï,2, & aufli éloignés l’un de l’autre qu’il eft néceifaire pour l’ufage de chaque feau féparément. Quand le cable a fait monter un des féaux jufqu’au-pres du bord fupérieur de l’auge, un des crochets s’engage dans l’anneau foutenu au-deffus du bord du feau : fi l’arbre alors continue à tourner, il tire le feau en-haut; mais l’anneau fupérieur étant arrêté dans un crochet qui ne faurait beaucoup s’élever , il eft clair que le bord fupérieur du feau celfe de monter, pendant que fon milieu s’élève encore; ou, ce qui eft la même chofe , le feaufe renverfe & jette fon eau dans l’auge (16).
- 89- Atissi-tôt le tourneur M ( c’eft aiiifi qu’on nomme l’homme chargé de
- (iO LL font des pièces qu’on appelle ferait pas comme il faut. Il y a toujours brides. Elles foutiennent le fond , qui eft dans la carrière une perfonne chargée de ordinairement double. conduire la coupe : c’eft ce qu’on appelle
- O 6) Si la coupe du rocher n’était pas couper en chef, ou mener le foutien des aulfi perpendiculaire qu’il eft poffible , on machines. conçoit que le fervice des machines ne fe
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- faire marcher le cheval qui fait mouvoir l’arbre) le fait retourner fur fes pas, & l’oblige de marcher en un fens contraire : le même cable qui s’était entortillé fur l’arbre, fe développe ; le feau vuide defcend, tandis que le fécond feau monte au haut de la carrière , où il fe vuide à fon tour, comme le premier ; l’eau s’échappe de l’auge par l’ouverture X, fuit une gouttière formée par plufieurs rigoles de bois appellées enchainots, & va fe perdre dans les terres.
- 90. Il y a des chevaux li exercés à tourner autour de l’arbre , tantôt dans un fens & tantôt dans un autre, qu’il 11’eft pas nécelfaire que leuf conducteur les avertiffe quand il faut changer de route ; le bruit feul de l’eau qui tombe dans l’auge, les détermine à retourner fur leurs pas.
- 91. On fe fert communément à Angers,1 comme nous l’avons dit, de pipes pour en former les féaux de ces machines i ce qui fait qu’on ne peut pas leur donner toutes les perfections qu’il ferait facile de leur accorder, fi l’on en conftruifait exprès pour cet ufage. Nous avons cru devoir faire graver un feau L, M, planche III, qui nous a paru plus commode, & dont on fefert ordinairement poiir puifér l’eau dans les grands puits dont un cheval'fait tourner l’arbre : l’anneau M nous a paru particuliérement mieux entendu. La pente principale qu’a l’anneau M, oblige le crochet de defcendre jufqu’à ce qu’il foit parvenu à cette partie la plus baffe , & le feau fe renverfe pour lors avec plus de facilité.
- 92. On a coutume encore, dans les puits dont nous parlons, où l’on occupe un cheval à tirer l’eau, de fufpendre au-delfus de là! chaîne L, qui foutientle feau, uhbâti V, V, N, N, qui eft retenu en V, V, par deux boulons atta-chés à deux pièces de bois , &'qui lui lailfent un mouvement d’ofcillation. La chaîne de fer, dont les deux parties s’écartent l’une de l’autre, paffe entre les deux traverfes N , N ; ce qui oblige le feau, quand il fe préfente de côté, à fe retourner pour palfer entre les deux traverfes : & le crochet le faifit ; le feaufait la bafcule fur fa fufpenfion, & l’eau qu’il contient fe renverfe? comme nous l’avons détaillé plus haut.
- 93. Il y a deux fortes de machines employées au mêmé ulage : celle dont il1 s’agit'à-préfent, & une autre qui différé peu de la première. Cette fécondé èft à l’abri des injures de l’air : elle eft logée quelquefois, dans'une elpece de grande chambre, bâtie exprès fur le chef delaperriere 5 elle eft d’ailleurs alfez fimple , & c’eftiàprincipale-raifon qui engage à s’en fervir. Ce grand engin , pour nous fervir du ternie employé par les ouvriers , eft compofé d’un gros arbre pofé verticalement au milieu de là chambré. L’arbre tourne" fur deux pivots, dontie fupérieur eft engagé dans Une' poutre foiitenue par deux murs diamétralement oppofés, environ a fept pieds de hauteur ; lé même arbre porte un rouet, ou , en terme plus connu , une roue armée balluchons, oy. de dents perpendiculaires au plan delà roue , qui eft horifontal tou'fce qifi
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- revient au même , dont les alluchons font parallèles à l’arbre,
- 94. La même poutre, dans laquelle le pivot fupérieurde l’arbre vertical efb engagé, foutient l’un des bouts d’un arbre couché horifontalement. L’autre bout du même arbre eft pofé fur une traverfe portée par deux montans qui font vis-à-vis du fond de la carrière ; & ces deux montans font affemblés fur deux de ces groifes pièces horifontales, qui ont une faillie de plufieurs pieds vers le dedans de cette carrière.
- 95'. Ce dernier arbre horifontal eft l’eftieu d’une lanterne , entre les fufeaux de laquelle entrent les alluchons de la roue : d’où l’on voit que, quand l’arbre vertical tourne , il fait tourner le rouet ; & les dents de ce rouet s’engrenant dans la lanterne, elles font tourner fon ejfieu, ou l’arbre horifontal. Une partie de celui-ci eft vis-à-vis de la carrière, & cette partie eft entourée d’un tambour. A l’autre bout du même tambour » eft attaché un autre cable dans unfens oppofé. Par cette difpofition des arbres, on voit de quelle maniéré les féaux attachés à ces cables vont puifer l’eau ; les féaux arrivés au haut de la carrière, fe vuident de même que ceux des engins précédens. L’auge dans laquelle ils doivent verfer l’eau a de pareils crochets pour les arrêter ; l’eau tombée dans l’auge trouve une gouttière qui la conduit hors de l’endroit où eft logée la machine, dans de petites rigoles de bois appellées mchainots, qui la portent loin de la perriere.
- 96. Ces machines ont des défauts dont ileftaifé de s’appercevoir. ïe. Les
- féaux s’accrochent foûvent en montant s & une partie de l’eau qu’ils contiennent, retombe dans la carrière. 2°. Le choc feul de l’eau en tombant dans l’auge, en rejette une partie qui retombe aufli dans la perriere. Le premier de ces deux défauts pourrait être corrigé , en éloignant davantage les deux poulies fur lefquelles roulent les cordes : on remédierait au fécond, en laiffant toujours une certaine quantité d’eau dans l’auge, pour amortir fon chocs il ne faudrait pour cela , que la conftruireplus profonde, & ne pas mettre la gouttière X , planche II, au fond de la caiffe, comme elle eft repréfentée ici, mais l’élever de quatre à cinq pouces. Au lieu d’un feul levier où eft attaché unpalo-, nier, & auquel on attele un cheval pour faire mouvoir la machine, on en ajoute fouvent deux , afin d’employer deux chevaux au lieu d’un. On y gagne, en ce que les chevaux qu’on deftine à cet emploi, peuvent alors être plus faibles, par conféquent de moins de valeur, & travailler plus long-tems fans fe fatiguer. ~
- 97. Une partie de ces machines eft deftinée à puifer l’eau qui fe trouvé dans la carrière j mais plufieurs fervent à tranlporter l’ardoife au haut de la perriere. Lorfque l’on veut conduire quelques blocs extrêmement gros fui* le bord de la foncée qui n’eft pas encore élargi, & Yaligner , oiv fait à ce bloc un troiij dans lequel on fait entrer un crampon de fer appellé havee, qui
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- <ïui eft attaché à un des bouts du cable, de la mêmë maniéré que le feau. Mais jamais on ne monte ainfi en-haut les grands blocs, quand une fois l’ouverture eft faite , & quand le travail de la carrière eft en train. Outre le danger qu’il y aurait que la portion du bloc où l’on a pratiqué le trou, & où le crampon eft placé, ne vint à fe brifer, on ferait obligé d’avoir fur les échafauds des ouvriers £en-bas, pour répartir les blocs en morceaux qui puffent être chargés & tranfportés aux atteliers des fendeurs & des tailleurs ; on aime mieux les monter au haut de la carrière, après les avoir réduits en petites parties qui fe nomment crenons. On les charge , ainfi que les vuidanges, dans une efpece d'auge de bois ou de coffre appellé bafficot; ce coffre eft attaché à l’extrémité du cable par deux anfes de fer , & les machines deftinées àcetufage le font monter & defcendre. Ce bafficot forme une caiffc re&angleyy 5uu > planche II, peu profonde j deux cordes attachées par les deux bouts aux planches qui ferment les côtés du bafficot, lui fervent danfes; ou fouvent, comme nous venons de le dire, il a deux anfes de fer que les ouvriers nomment bertos : on paffe ces anfes dans le crampon appellé havet, attaché à l’un des bouts des cables.
- 98. Une planche d’un des côtés du bafficot peut s’enlever en ôtant deut clavettes qui la retiennent : ce côté du bafficot fe nomme lucet ; étant ôté, il eft plus aifé de nettoyer le bafficot. Les planches qui forment les autres côtés du bafficot , ne font point affemblées à tenons ni à mortaifès ; elles font jointes par de fortes équerres de fer, qui les garantiffent d’être endommagées iorfqu’il vient à frapper contre le chef de-la carrière.
- 99. On attache ainfi le bafficot ( , 2 S ) à chaque extrémité de la corde.
- Cinq hommes font occupés à le fervir ; deux font chargés de le conduire alternativement 5 &les trois autres reçoivent le bafficot chargé , Iorfqu’il eft parvenu au haut de la carrière. Quand ils l’attirent à eux, le toucheur parle à fon cheval pour le faire détourner. On affied le bafficot fur un chaffis de bois A,B,C, D. Le- conduifettr pouffe fous la caiffe la partie B ou C, qui fe nomme décharge, & qui eft mobile au moyen d’une cheville de fer qui la retient d’un bout, & fur laquelle elle fe meut comme fur un pivot. A l’autre extrémité de la traverfe fur laquelle coule la décharge, eft une cheville D placée à l’endroit où elle doit s’arrêter. Le bafficot étant pofé lur la décharge & un peu incliné, un homme ouvre le lucet pour le vuider, tandis que deux autres ouvriers en retirent les blocs avec un crochet, & l’un d’eux remet le lucet en place. Le toucheur fait élever enfuite un peu le bafficot, tandis que l’homme chargé de le conduire, le préfente à l’ouverture de la carrière; après quoi le toueheur parle au cheval pour le faire retourner, & le bafficot defeend, tandis qu’il en monte un autre que deux hommes en-bas étaient occupés pendant ce tems à charger de nouvelles pierres ou vuidanges.
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- ïoo. C’est de cette façon que dans les carrières bien conduites on enleve les blocs d’ardoife, les fragmens, enfin tout ce qu’on doit monter du fond de la carrière ; & l’on fe fert le moins qu’on peut de hotteurs pour tranf-porter l’ardoife au haut delà carrière. Ainfi feize hommes font occupés à fer-vir un engin; favoir, le toucheur, deux hommes qui chargent le bafficot au fond la carrière , & qui emploient à cet ufage des crochets de fer emmanchés au bout d’un bâton de cinq pieds de longueur, pour remuer & attirer la pierre & le bafficot, ainfi que des pelles ferrées pour charger les vuidanges’; cinq autres ouvriers placés fur les échafauds au haut de là carrière pour décharger les bafficots, & qui peuvent charger huit hommes des pierres apportées par l’engin. Ces derniers, appellés hcttiers, tranfportent dans des hottes, à une certaine diftance de la carrière, les uns les vuidanges , les autres la pierre ou bloc d’ardoife , fur les hottes plates ou hottes à quartiers, que nous avons décrites : ils les portent aux atteliers des ouvriers d’en-haut, aux fen-deurs & aux tailleurs, dont il nous refte à parler.
- iqi. Quand le terrein eft uni, au lieu des hotteurs ou hottiers , on emploie des chariots ou d’autres voitures pour tranfporter les blocs aux ouvriers d’en-haut, ou pour fe débarraifer des vuidanges.
- 102. Les ouvriers ne détachent les bafficots que quand ils veulent y fubfti-.tuer des féaux pour employer les machines ou engins à enlever l’eau, au lieu des blocs d’ardoife. Si la quantité d’eau que fournit la carrière, occupait beaucoup de ces niachines à épuifer, alors on en ferait conftruire dix ou douze, ou plus , félon le befoin, & on les établirait furies deux chefs de la carrière.
- 103. Lorsque la perriere n’eft pas encore bien profonde, ces machines
- enlevent une grande quantité d’eau par jour : mais malheureufement, à me-fure qu’on là fouillel’eau devenant plus.abondante , le tranfport en devient plus lent. J’ai obfervé qu’une pareille machine ne faifait monter dans uil quart d’heure que trois féaux qui puiferaient l’eau à cent pieds de profondeur. Or, fi la carrière était fouillée à deux cents pieds, la même machine ne pourrait donc donner qu’un feau & demi, c’eft-à-dire , moins d’un muiu & demi, par quart d’heure ; & la perriere fournirait au moins une fois plus d’eau qu’elle n’en fourniifiit. Auffi ne fç contente-t-on pas d’une feule machine; & on en établit quelquefois, comme nous venons de le dire, fix , huit, ou douze., félon que feau vient abondamment, & fuivant.la largeur de la perriere.Mais quelques machines qu’011 emploie, on eft obligé d’abandonner la perriere, lorfqu’on y a fait jufqu’à 20, 28 ou 30 foncées,, c’eft-à-dire lorfqu’elle
- a environ 270 pieds de profondeur ; & ce qu’il y a de fâcheux, c’eft le cas où l’ardoife fe trouve ordinairement la plus belle. Cet inconvénient n’eft cependant pas en générai dans toutes les carrières ; il y en a que l’on ne celfe de creufer, que parce que les feuls frais d’élever les blocs devenant trop
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- confidérables , on eft contraint de les abandonner , ou par quelques accidens qu’on ne peut prévoir , tels que la chûte & l’éboulement de quelques parties de la carrière, &c.
- 104. Il eft vrai que dans les carrières inondées par l’eau, 011 pourrait multiplier alfez le nombre des engins pour venir à bout de l’épuifer : mais on augmenterait trop les dépenfes relativement au produit de Pardoife ; chaque engin coûte beaucoup à conftruire , & encore plus à entretenir. Quoiqu’il y ait au plus deux chevaux employés à en faire mouvoir un, cela engage à en nourrir plufieurs, parce que ces machines doivent toujours être en mouvement, & que le travail eft Ci rude , que Ci l’on veut conferver fes chevaux , des vingt-quatre heures du jour, on ne peut guere faire travailler les mêmes que deux ou trois heures de fuite. Ceux qu’on emploie , doivent être forts. Comme on leur bouche les yeux dans le tems qu’ils font tourner l’arbre, on pourrait dire que leurs yeux leur font inutiles ; aufli 011 emploie préférablement des chevaux borgnes ou aveugles, les derniers n’étant pas ordinairement d’un grand prix.
- iof. Un particulier d’Angers avait imaginé allez ingénieufement d’employer des moulins à vent, en place des précédentes machines. Il prétendait en retirer deux grands avantages : i°. il eût épargné la nourriture des chevaux : 29. il pouvait dans le même tems enlever des malles d’eau beaucoup plus confidérables.
- 106. Pour remédier à Pobftacle qu’apportait la dilpofition des carrières, qui font ordinairement entourées d’amas de vuidanges alfez hauts pour mettre le moulin à l’abri du vent, cette même perfonne avait eu l’attention de donner un pied élevé à fon moulin ; mais ne s’étant pas trouvé en état d’achever fon entreprife , on ignore quel en eût été le fuccès. On peut conjecturer cependant que ce moulin eût été fujetà plufieurs inconvéniens : le vent aurait pu manquer dans le tems où fon aurait eu le plus de befoin de fon fecours pour enlever l’eau qui pendant le calme aurait rempli la carrière. On aurait pu, à la vérité, fuppléer au vent, en appliquant à ce moulin des chevaux de louage ; mais la machine alors ferait devenue trop dilpendieufe &plus fujette à réparation , étant plus compliquée que celles dont on fe fert communément, & qui parailfent être jufqu’ici les plus commodes qu’on ait trouvées.
- 107, Dans quelques carrières on emploie, pour épuifer l’eau , les pompes
- ordinaires & les chapelets ; mais ces dernieres machines ont auffi leurs inconvéniens : les pompes coûtent beaucoup de première conftruélion, & font fujettes à un fréquent entretien : d’ailleurs , quand le nombre des foncées augmente, & quand il faut aller chercher l’eau beaucoup plus bas, l’ufage des pompes devient plus difficile 5 au lieu qu’avec les engins que nous venons de décrire, il fuffit d’alonger les cordes. >. .
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- 108. Lorsque la carrière eft creufée & que les parois commencent à avoir âe l’élévation, s’il fe trouve des coupes à refaire, ou s’il faut retoucher à un travail qui aurait été négligé, 011 defcend & 011 remonte un ouvrier dans upe efpece de cage de bois appellée chaife, dans laquelle il a la liberté de travailler, O11 fefert pour cela d’un cable & d’une chevre placée à côté de l’engin, &l’qn defcend l’ouvrier muni des outils nécelfaires pour le travail qu’il doit faire.
- 109. Quelquefois on eft obligé d’abandonner certaines perrieres fans en être chalfé par l’eau, & avant de l’avoir pouifée à une grande profondeur, lorfqu’après avoir creufé, on rencontre une veine de terre fous la veine d’ar-doife qu’on a enlevée. C’eft un malheur pour l’entrepreneur de la perriere. Si lorfqu’après avoir fondé cette veine de terre, il juge qu’elle a trop d’épaif-feur, il doit prudemment abandonner l’ouvrage, plutôt que de faire une grande dépenfè pour enlever cette terre inutile. Au refte, cet accident eft un de ceux qu’il 11’eft pas poflible de prévoir , & il eft rare dans les carrières d’Angers. On ne fait pas encore dans celles-ci, jufqu’où il faudrait creufer pour trouver le fond d’une carrière 5 mais la qualité de 1 ardoife qui quelquefois dégénéré, l’éboulement d’une partie de la perriere, l’eau qu’elle produit en trop grande abondance, & la dépenfe qui augmente à une certaine profondeur , obligent fouvent de les abandonner.
- 110. Les ouvriers font quelquefois en partie caufe de l’éboulement de quelqu’un des côtés de la perriere: ils s’y expofentlorfqu’ils ne donnent pas affez de talut à ces flancs ( 17), ou lorfque les engins 11’ont pas été conftruits fur un chef alfez folide & fur un mur bien bâti. Ils tombent alors eux-mêmes dans la pôrriere avec un fracas épouvantable, & leur chûte entraîne des mafles de pierre confidérables. Ces accidens, qui ne font que trop fréquens, occafionnent la ruine des entrepreneurs, & quelquefois la perte de quelques ouvriers.
- Travail des ouvriers dy en-haut, appelles fendeurs.
- ni. Nous avons vu comment 011 détache les blocs d’ardoife, & comment
- (y) La coupe d’une carrière entièrement exploitée a la figure d’une triangle ifofcele tronqué & renverfé , dont les angles fur la fcafe font chacune de 70 degrés.Cette incli-naifon neparait pas fuffifante du côté du nord. k On propofe dans l’Encyclopédie de donner #fce côté une inclinaifon de 4ç degrés. Pour cet effet, ilfaudrait faire la première foncée, non au milieu de la largeur du terrein def-tiné à la carrière, mais aux, deux tiers , &
- donner aux bancs du côté du nord une largeur double de celle qu’on donnerait à ceux du midi. Cette méthode, outre l’avantage de rendre le côté du nord moins fujet aux écroulemens, aurait encore celui-ci , qu’à profondeur égale , l’exploitation embrafferait une plus grande étendue folide. Voyez Encyclopédie d’Yverdon, au mot ardoifd' ;
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- on les tramlporte au haut de la carrière, foit par le moyen des hottes, foit avec le iècours des engins 3 il nous relie à expliquer ccn nient, de ces blocs d’ardoife , on tire des feuillets de pierre, propres à couvrir les toits des mai-fons. Ceci eft l’ouvrage des ouvriers d\n-kcut, air.h rom mes par oppolition aux ouvriers qui travaillent dans la carrière, & qui font appelles ouvriers d'en-bas.
- 112. Aussi-tôt que les morceaux de pierre font parvenus au haut de la perriere , on les porte, ainli qu’011 l’a déjà dit, à des ouvriers placés en diffé-rens endroits autour de l’ouverture de la perriere. Ceux-ci, nommés fendeurs, fendent ou divifent en effet l’ardoife en lames minces.
- 113. Le nombre de ces ouvriers n’eft point déterminé 3 & l’on comprend bien qu’il, doit varier fuivant le plus ou le moins d’étendue de la carrière qu’011 exploite, fuivant leur afliduité, & la promptitude avec laquelle ils travaillent, ou fuivant la nature de la pierre. Si l’ardoife eft aiféeà travailler, il faut moins d’ouvriers d’en-haut, toute proportion gardée dans la quantité de blocs à fendre ; au contraire , elle en exige davantage, Il la carrière n’eft: pas profonde, &lil’ardoife fe trouve dure & ingrate. Comme la difficulté de ce travail varie , les ouvriers l’entreprennent ordinairement à leur tâche & au millier, dont le prix change fuivant les marchés qu’ils font avec l’entrepreneur ou avec celui qui eft à la tète du travail. Les ouvriers d’en-haut font les feuls qui fe fournilfent d’outils.
- 114. Une carrière en valeur & d’une étendue un peu confidérable, peut entretenir environ cent ouvriers d’en-haut de tout âge 5 car les enfans dès fept, huit& neuf ans, fendent l’ardoife. Le pere retient dès le bas âge fes enfans autour de lui, & ils lui rendent de petitsfervices3 il les emploie d’abord à retirer les parties féparées du côté des fendeurs, & à les donner aux tailleurs ; il leur apprend aufii, le plus tôt qu’il peut, à fendre l’ardoife & à la tailler 3 enforte que dés l’âge de dix ou douze ans , ils font affez inftruits pour pouvoir travailler pour leur compte.
- iif. Il eft à propos de multiplier le nombre des fendeurs & des tailleurs, car on fe rappellera que nous avons dit que la pierre doit conferver une certaine humidité entre toutes les parties qui la compofent, pour permettre fa divifion en autant de feuilles qu’il eft nécelfaire 3 & ft ces travaux étaient différés trop îong-tems , il ne ferait plus poftible de la féparer. Les ouvriers d’en-haut ont établi entr’eux certaines loix qui ne tendent pas toujours à la promptitude de l’ouvrage & à l’avantage de l’entrepreneur 3 on peut même les regarder comme de vrais abus qu’il ferait difficile de corriger. Chaque ouvrier d’en-haut s’arroge un rang fuivant fon ancienneté 3 & en ccnféquence de ce rang, il commence par exiger plufieurs hottées de pierres 3 il prétend enfuite qu’il lui appartient autant de hottées de pierres qu’il ad’enfans mâles, même
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- berceau. Cette prétention & cette efpece de loi, qu’il n’eft pas poffible à l’entrepreneur d’abolir ( autrement les ouvriers abondonneraient l’ouvrage), donne aux ouvriers fendeurs plus de travail qu’ils n’en peuvent faire. La pierre alors fedelfeche, & ils l’abandonnent, ou font de mauvais ouvrage, l’ardoife reliant plus épailfe qu’elle n’aurait du l’ètre fi elle avait été fendue dans le tems convenable.
- 116. Les fendeurs portent à leurs pieds des fabots; ils ont leurs bas couverts d’une forte de guêtres faites de mauvais haillons coufus les uns fur les autres , & en li grand nombre , que ces guêtres ont deux ou trois pouces d’épailTeur. On verra que cet ajuftement, tout grolîier qu’il ell, convient très-bien à leur efpece de travail.
- il 7. Pour fendre le bloc d’ardoife que l’on a tiré de la carrière, voici comment s’y prend le fendeur. Des ouvriers ou des voitures apportent les blocs de pierre à fon attelier (18).
- 118* Le premier ouvrier fendeur (fg. 2) appuie le bloc, tel qu’il arrive de la carrière, contre fa cuiife gauche : ce bloc n’a jamais, comme nous l’avons dit, une forme régulière ; le fendeur tient de la main gauche un cifeau, & frappe avec un maillet de fa main droite, pour débiter ce bloc, & le divifer en plufieurs parties plus aifées à manier.
- 119. Un fécond ouvrier (fig. 3), ou le même, quand ils ne font pas plufieurs à travailler enfemble, partage le bloc fuivant fa longueur. Quand il porte plus de longueur que n’en doit avoir une ardoife de grand échantillon, il le partage en faifant une petite échancrure au bloc, & frappant avec le cifeau fur le plat du bloc. Cela s’appelle faire les repartons.
- 120. Le même ouvrier a encore le foin d’abattre le bifeau qui fe trouve ordinairement fur l’épailfeur du bloc , pour en faciliter la divilion au fendeur chargé de ce travail, afin qu’il puilfe aifément placer fon cifeau. Cette opération fe nomme faire La prife.
- 121. Il s’agit enfuite de réduire les repartons à l’épailfeur d’une ardoife. Les ouvriers qu’on y emploie , mettent les repartons entre leurs jambes (fig. 4) & les retiennent fermes entre leurs guêtres & leurs fabots ; ils prennent un cifeau , & commencent à divifer le bloc à la moitié de fon épailfeur.
- 122. Ils divifent après cela chaque moitié , fe fervant d’un maillet pour faire entrer leurs cifeaux, & changeant de ces derniers outils à melure qu’ils divifent des parties de pierre plus minces : mais les dernieres divifions fe font à la main , fans le fecours du maillet j l’ouvrier promene fon cifeau entre les
- (18) On fe fert, pour tranfporter les blocs eft plus élevé, pour pouvoir y arranger les de pierre, de hottes à quartiers, plus petites blocs & partager la charge, que les hottes à vuidanges, dont le deffus
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- deux feuilles qu’il veutféparer , & finit de les partager quand il voit fon ar-doife réduite à l’épailfeur convenable.
- 123. La première divifion que Ton fait fur le bloc, quand il a été réduit en repartons, s’appelle contrefindis ; la fécondé & derniere divifion fe nomme fendis. Quand le bloc qu’il faut divifer eft épais , on tire fouvent trois ou quatre contrefendis & autant de fendis, fuivant l’épailfeur du bloc & la facilité qu’offre la pierre à être partagée.
- 124. Les cifeaux dont fe fervent ces ouvriers fendeurs, n’ont rien de bien particulier ; ce font des efpeces de coins de fer longs, étroits & plus ou moins minces : l’extrémité eft tranchante ; & depuis ce tranchant jufqu’à la partie qui lui fert de tête, le cifeau augmente d’épaiffeur. Le fendeur a près de lui quatre ou cinq cifeaux de différente épaiffeur : le plus gros a un pied & demi de long, une ligne & demie d’épaiffeur un peu au-deffus de fon tranchant; celui d’après n’a qu’une ligne d’épaiffeur dans le même endroit ; fa longueur eft de deux pieds & quelques pouces; ce font les deux dont on fe fert pour faire la prife & les repartons : le troifieme au-deffous a deux pieds , & demi-ligne d’épaiffeur ; les autres un peu moins encore dans l’endroit où nous avons marqué celle des précédens.
- 125. Nous avons dit que chaque fendeur n’avait qu’un même maillet pour frapper fur ces cifeaux plus ou moins épais, parce que la paume de fa main lui en fert pour les dernieres divifions. Le maillet a un manche qui eft feulement allez long pour que l’ouvrier puiffe le tenir.
- 126. Comme le travail du fendeur eft pénible, parce que fon attitude eft d’être debout, le corps courbé, il quitte fouvent cette occupation pour prendre celle du tailleur, qui le remplace , & qui fend lui-même à fon tour.
- 127. D’ailleurs ce font fouvent de jeunes gens , même des enfans, qui font les premières divifions; & comme i’adreffe que l’ouvrier acquiert par l’habitude du travail leur manquerait pour faire le fendis, ils paffent la pierre à divifer à un autre plus habile, qui fe charge de la former.
- 12&. L’ardoise fe divife de la forte en feuilles minces, parcê qu’elle eft compofée d’une infinité de feuilles élémentaires (19) extrêmement minces, & que c’eft de la juxtaposition ou adhéfion de ces feuilles, qu’un bloc eft formé.
- (19) Cette expreffion manque d’exadi- idées inexactes des élctfiens des corps.ll me tude. On ne peut pas nommer élémentaires femblc qu’on ne peut les accufer que de des feuilles bien diftindes d’une matière manquer de cètte exaditude rigoureufe groffiere & terreftre. Cela eft trop éloigné qu’il faudrait fuivre dans un ouvrage tel que de l’idée que la faine phyfique nous donne 1 celui-ci Bien loin de nuire à la clarté nécefi des particules élémentaires des corps. M. faire à ceux qui ne font pas faits à la mé-Schreber reproche aux divers auteurs de thode feientifique , la précifion dans le dit plufieurs deferiptions des arts, d’avoir des cour leur facilite le travail.
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- 129. Ces feuilles longues & larges font dans l’ardoife, ce que font les fibres longues dans un morceau de bois ; & c’eft pour cela, fans doute, que l’ardoife ne faurait être fendue que parallèlement à ces feuilles.
- 130. Comme il fe trouve quelquefois des nœuds dans le bois, il s’en rencontre aulfi, quoique moins fréquemment, dans l’ardoife : ceux-ci arrêtent le cifeau du fendeur, comme les autres arrêtent les coins dont on fe fert pour fendre le bois. Quelques caufes extraordinaires ont donné un différent arrangement aux parties élémentaires de l’ardoife : elles fe font trouvé gênées & plus comprimées dans ces endroits ; il s’y en eft amalfé davantage ; car ces nœuds, fi on peut les nommer de la forte, font plus durs que le refie de l’ardoife, & forment des raies qu’011 diftingue aifé-ment. Ce n’efl pas le feul obftacle qui fe préfente au cifeau du fendeur; quelquefois l’ouvrier a de la peine à le conduire, parce qu’il rencontre dans l’ardoife, des veines jaunâtres qui dérangent l’efpece d’organifation de cette pierre ; ces veines font formées par une matière minérale & pyri-teufe, qui fe trouve ou étendue, ou cryllaîlifée, fuivant la forme qu’afïêéte feipece de pyrite qui fe rencontre dans l’ardoife dont nous parlons. Enfin il y a des veines d’ardoife où la difpofition des fibres qui la compo-fent ne fe reconnaît plus, & que le cifeau 11e peut partager : on en trouve, ou de petites parties dans les blocs d’ardoife, ou de groffes maffes dans les carrières ; ce font des veines de pierre fort dure , allez femblable au marbre, ou plutôt une forte de quart{. Les ouvriers appellent ces parties étrangères, qui fe rencontrent dans l’ardoife, des chats.
- 131. Quoique l’ardoife fe fende aifément, les deux morceaux dans lesquels elle a été divifée , n’ont que rarement la même longueur & la même largeur. Elle fe partage alfez fouvent en deux parties fort inégales, comme il arrive à un morceau de bois qu’on fend ; & quand les morceaux n’ont plus qu’une certaine grandeur, fi l’on continuait à les fendre , Un de ceux qui viendraient d’une autre divifion, ferait trop petit pour être employé enardoife propre à couvrir les bâtimens. On lailfe donc les morceaux plus épais pour en faire de l’ardoife plus épailfe ; & les autres, on les rend les plus minces que l’on peut, comme nous l’avons expliqué plus haut,
- Des ouvriers deiubaut, appelles tailleurs.
- 132. Quand le bloc eft partagé en parties aufli épailfes que l’ardoife qu’on en doit former, il ne relie plus qu’à les tailler; & c’efl la. derniere façon, qu’on ne tarde guere à leur donner. Auprès d’un fendeur il y a un tailleur : le premier donne au fécond une feuille d’ardoife à mefure qu’il l’a divifée. Le tailleur d’ardoife ( planche IV, fig, 5 ) eft afiis à terre,
- ayant
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- ayant les jambes étendues. Pour fe mettre à l’abri des injures de l’air, il eft fous un petit appentis, ou une elpeçe de toit, qu’il nomme tue-vent, & qu’il change de1 place à fon gré. Co toit eft formé d’une claie haute de fix à fept pieds, & large environ de trois, faite comme les claies ordinaires , à cela près qu’elle eft compofée de branches de genêt, arbrilfeau fort commun dans le pays; un des bouts de la claie eft appuyé fur la terre, de façon que la îurface de cette claie forme avec elle un angle aigu : deux bâtons, dont une des extrémités fe termine en pointe, & l’autre par une petite fourche, retiennent la claie dans une certaine inclinaifon, La pointe des bâtons eft un peu enfoncée en terre , ,& les fourches de ces bâtons portent le bâton horifontal, qui termine le bout fupérieur de la claie. L’ouvrier fe place fous cette claie lorfqu’il eft incommodé du vent ; il a grand foin de la tourner de façon qu’elle l’en mette à couvert. Elle fert aufli à le défendre de la pluie & des grandes ardeurs du foleil; c’eft même là fon principal objet. Elle doit empêcher la pierre de fe delfécher trop promptement : c’eft ce qui engage les fendeurs à fe mettre aufli le plus qu’âls peuvent fous des abris conftruits de la même façon.
- 133. Chaque tailleur a entre fes jambes un billot de bois , haut d’un pied & demi ou environ, dont la bafe eft de douze ou treize pouces de diamètre , &ila une pareille grolfeur jufqu’à peu près les trois quarts de fa hauteur ; le refte de ce billot n’eft qu’une portion de cylindre, ou de rouleau, dont on a coupé une partie par un plan parallèle à fon axe ; de façon qu’aux trois quarts de fa hauteur la coupe formerait une furface plane ; & celle fupérieure , une portion de cercle plus grande qu’un demi-cercle. On nomme ce billot un ch&put, & voici quel eft fon ufage. L’ouvrier prend de la main gauche le morceau d’ardoife qu’il veut tailler, il le pofe horifontalement fur le chaput , de telle forte que la partie qu’il en veut retrancher déborde par-delà l’endroit de ce chaput qui eft coupé en ligne droite ; alors il abat avec un outil de fer tout ce qui déborde le bord du chaput. Ce dernier outil eft nommé doleau : c’eft un morceau de fer de quinze pouces de longueur, & qui en,a deux 8ç demi de lar-t geur; fon épailfeur eft d’environ trois lignes dans, toute fa longueur ; il eft tranchant d’un côté, & ce tranchant eft fait en bifeau Ample , je veux; dire qu’il n’y a qu’une des faces du doleau fur laquelle il y ait un bifeau., Sur le côté de cet outil oppofé à fon tranchant , environ au tiers de fa longueur, il y a une petite partie perpendiculaire à ce côté, qui a à peu près trois pouces de lailie.; dans cette partie il y a un trou,, & c’eft dans ce trou qu’on fait entrer le manche de l’outil: d’où il eft ælair que fon manche eft parallèle à fon tranchant; il eft tourné vers le bout du doleau le plus proche de la partie qui le foutient.
- Tome IV* D d
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- sfo ’ 1) K L’ E'X P L O î T A T ï O N
- 134. Le tailleur tient avec la main droite le'manche de cet outil ,ril en donne deux a'trois coups fur la partie de l’ardoife qui furpaffe le bord du billot qui eftrén ligne droite : chaque fois que le doleau tombe fur l’ar-doife, il détache net la partie qu’il frappe ; de forte qu’en deux ou trois coups, fouvent même du premier, quand l’ouvrier eft habile, un côté de ce morceau d’ardoife eft coupé & taillé : c’eft ce que l’ouvrier appelle rondir.
- 13 f. Comme la figure que les tailleurs donnent à l’ardoife eft circonfcrite par des lignes droites , il n’eft queftion que de la couper ainfi fur tous fes différens côtés ; & c’eft ordinairement de cinq ou de quatre côtés qu’ils la taillent. Toute l’ardoife, excepté la quarrèe, que nous ferons connaître, fè coupe à cinq côtés > on fait deux de fes côtés égaux, parallèles & perpendiculaires à un troifieme qui leur eft à peu près égal 5 cette partie fe nomme 1 e pied de, l'ardoife , & les couvreurs la nomment pureau. Les deux autres côtés qui fe rencontrent en formant un angle aigu, font plus petits que les précédens ; ils fe nomment la tête de llardoife. Les autres elpeces, d’ardoifes fe taillent quarrées ou redangles. ^
- Des efpeces d’ardoifes qui entrent dans de commerce.
- I3<£ On diftingue les ardoifes par différens noms qui marquent leur épaiffeur & leur grandeur. La plus mince de toutes eft nommée quarrèe-finer on n’en fait prefque point à Angers de cette première dimenfion. Celle qui eft mi peu plus épaiffe que la précédente, à laquelle on donne la même-figure & la même grandeur, fe nomme quarrèe forte ? ou feulement quarrèe. La troifieme efpece fe nomme poil-,gros-noir ; & la quatrième, poil-tache. Ce font principalement les elpeces d’ardoifes appellées quarrèe -forte, & poil-gros-noir , qu’on tranlporte d’Angers dans les pays éloignés-
- 137. L’ardoisepoil-taché,. dont nous avons déjà parlé en indiquant ce qui la conftitue, refte pour la confommation des environs d’Angers ; elle eft moins belle , mais quelquefois prefque aufîi bonne. Nous avons dit que eette ardoife eft celle que l’on tire de. la fuperficie d’un Bloc, & qui eft formée par les délits qui les féparent dans la carrière 5 ainfi elle n’eft fou-vent tachée que d’un côté, & fe trouve dans les foncées même les plu» profondes. Ce défaut ne nuit qu’à fa beauté, non à fa qualité. On donne auftile nom de tachée à l’ardoife lur laquelle fe trouvent des parties métalliques ou minérales. Les métaux qui peuvent fe décompofer à l’air, entraînent la deftru&ion & la perte de l’ardoife : auflf cette efpece doit-elle fe vendre à bien meilleur compte. On donne encore quelquefois improprement le nom de poil-taché à l’ardoife qui, quoique de grande dimenfion*
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- n’a pu fe réduire à l’épaiffeur qu’elle devrait avoir, c’eft-à-dire, à celle qui n’eft pas affez mince pour fa grandeur.
- 138- L’ardoise poil-roux ne fort pas non plus du pays: elle eft moins belle, plus pefante, & coûterait davantage à transporter : d’ailleurs elle chargerait trop les bâtimens.
- 139- Nous avons déjà dit que l’ardoiÇq poil-roux était formée des premières foncées , qui fouvent donnaient des blocs difficiles à féparer. L’ar-doife qu’elles fourniflent eft groffiere ; fon grain eft mêlé, raboteux, peu fonore, & cette ardoife fe trouve tachée fur fes deux futfaces : celle-ci fe vend à vil prix aux gens de la campagne ; & il arrive affez fréquemment qu’elle fe décompofe à l’air, outre qu’elle charge beaucoup les charpentes fur lef-quelles on l’attache.
- 140. Le tailleur voit aifément fi une ardoife eft propre à faire une ardoife quarrée ou une ardoife poil-gros-noir ; ou fi, comme défeétueufe, elle doit être mife au nombre du poil-taché. A mefure qu’il en taille de l’une ou l’autre de ces efpeces, il les entaffe féparément.
- 141. L’ardoise quarrée-forte ne différé du poil-gros-noir que par les dimenfions, qui font moindres dans l’une que dans l’autre. Le tailleur les prend fouvent dans le même bloc ; mais lorfqu’il fe rencontre dans la pierre quelque défaut qui l’empëche de lui laiffer les dimenfions de la quarrée-forte , il la taille toujours fuiyant celle de la feuille, fans s’affujettir à lui donner une forme régulière. Souvent c’eft uii quarré oblong , plus ou moins long, qui fe termine en pointe par le haut, & alors il le met dans le rang du gros-noir; ainfî les dimenfions de cette ardoife varient.
- 142. Comme ce gros-noir fait moins de toifes de couverture par millier que la quarrée-forte, il fe vend aufii moins cher.
- 143. On fabrique encore à Angers des ardoifes qui portent d’autres
- noms ; mais ces dernieres font prefque toutes de moindre qualité , ou font •fi peu en ufage qu’à peine font-elles comiues. Quelques-uns de ces noms font attribués aux dimenfions de l’ardoife, d’autres à fa formé > d’autres indiquent plutôt fa couleur '& fes défauts que fes dimenfions.’ * -
- 144. Dans ce nombre font la quartelette, dont il eft encore quelquefois
- fait mention : elle a moins-de dimenfion que la quarrée ; elle ne couvre que deux toifes & demie par millier. Ji
- I4f’.c! Vhéridelle, qui eft ’alongëe , & porte peu de largeur. JElle pourrait fervir pour la couverture des‘'clochers, des tourelles & des dômes. Elle-fe fait, comme les fuivantes^du déchet des ardoifes quarrée-forte & gros-noir; elle couvre'environ deux toifes par millier. Elle fort peudèla vifte d’Angers & des environs ; où on l’emploie à former les noues , les rèvers, & les" autres parties des ^couvertures que l’on-eft ;à Paris dans l’ufageJde
- Ddij
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- conftruire en plomb; Quand on les fait en ardoifes, il s’en trouve,toujours allez de brifées dans les voitures, pour être deftiuées à cet emploi.
- 146. La cofim eft une ardoife convexe , qui fert aux couvertures des dômes. Il eft alfez difficile de trouver dans les blocs, des formes propres à fabriquer cette elpece d’ardoife : auffi eft-elle plus chere que la quarrée.
- 147. Les dimenfions de deux efpeces d’ardoifes ont été déterminées par rordonnance fur la moifon des ardoifes, & confirmées par un arrêt du parlement, du f août 1669. Par cette ordonnance , il eft arrêté que l’on 11e fabriquera des ardoifes pour la confommation de la ville de Paris, & l’entretien des maifons du roi, que de deux qualités : l’une appellée quarrée-forte, qui aura dix à onze pouces de longueur fur Ex à fept de largeur , & deux lignes d’épailfeur ; l’autre nommée quarrée-fine, qui aura douze à treize pouces de longueur fur fept à huit pouces de largeur, & une ligne d’épailfeur , de quartier fort, fin & formant. Ces deux lortes d’ardoifes font taxées parce même arrêt, la quarrée-forte à vingt-deux livres, la quarrée-fine à vingt-une livres ; & il elt ordonné qu’elles feront féparées dans le bateau & dans le magafin..
- 148. Les entrepreneurs des perrieres repréfentereut dans le tems, que ce réglement ferait un tort confidérable à leur commerce : i°. en fixant feulement à deux fortes les elpeces d’ardoifes qu’ils pourraient fabriquer & envoyer. 2% Qu’outre la quarrée-forte & la quarrée-fine, on ferait obligé' d’en admettre une troilîeme elpece qu’on appellerait quartelette, comme étant plus convenable, par fa forme moins régulière, à couvrir les dômes , les clochers & les tourelles. 3°. Que l’épailfeur attribuée à la quarrée - forte convenait plutôt à la quarrée-fine, & celle de cette berniere à la quarrée-forte ; parce que plus une ardoife eft grande, plus elle demande d’épait feur pour qu’elle ne fe caife pas. Ils ajoutaient que la quarrée-forte, avec les .dimenfions preferites par l’arrêt, 11’eft, pour ainfi dire, pas praticable ; qu’elle ferait trop épaiife à deux lignes , & qu’une ligne lui fuffiftiit. 40. Qu’avant ce réglement, cette ardoife avait un pouce & demi de plus de largeur & de longueur , ce qui fallait qu’elle couvrait une toife & demie de plus par millier; & que depuis l’arrêt, il y-.avait une perte, évidente pour le public , qui était content des. premières dimenfions. f°. Que le prix îeul de la voiture de la quarrée-forte de deux lignes d’épailfeur monterait .à 30 ,livres, tandis que l’arrêt n’en taxaiple prix du millier qu’à 22 liv. 6°. Enfin., qu’il 11 y avait aucune proportion de 11’avoir taxé la quarréè-forte qu’à- vingt, fols plus cher que îa:fine,:puifqu’elle;eft une fois plus épaiife, plus pelante , qu’elle coûte .plus de. façon, &. .beaucoup plus de voiture. Ces repréfentations ne firent point changer jle réglement : au contraire, il fut confirmé par une .nouvelle ordonnance rédigée en 1672. Depuis, .on
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- n’a point changé l’ordonnance; mais comme on a vu l’impoflïbilité delà fuivre dans tous fes points, on a été contraint de ne pas tenir la main à fon entière exécution.
- 149. L’ouvrier, en taillant la quarrée-forte, lui donne bien les dimenfions en longueur & en largeur preicrites par l’ordonnance ; mais il lui eft im-poffible de la réduire à deux lignes d’épaiffeur, comme il eft prefcrit. Certaines pierres d’ardoife permettraient bien de lui en donner encore une moindre; mais le. plus grand nombre, moins aifées à féparer, ne s y prêteraient pas.
- 1 fo. La quarrée-forte qui porte les dimenfions fixées par l’ordonnance garnit quatre tolfes de couverture par millier , en lui donnant trois pouces-& demi de pureau. On l’attache à Paris avec deux doux; elle dure fort long-tems fans qu’on foit obligé delà réparer, à moins que des ouragans; ou quelques autres accidens imprévus n’en précipitent la ruine. Chaque-ardoife quarrée-forte , l’une dans l’autre, pefe environ une livre.
- ifi. Toutes les ardoifes qui ont été taillées par divers ouvriers, s’arrangent en divers tas. Un ouvrier qui a la confiance de l’entrepreneur r eft chargé de faire des tas particuliers de chaque efpece d’ardoife appartenant à chaque ouvrier, ou à plufieurs, quand ils travaillent par bandes t on l’appelle le compteur. Chaque tas ne contient que del’ardoifè d’une même efpece* l’un ne fera fait que de quarrée-fine , l’autre de quarrée-forte. Dans ees tas , chaque ardoife eft placée prefque perpendiculairement à la furface de la terre, la plupart lur leur longueur; mais de centaine en centainey il y a une de ces ardoifes que l’on tire un peu des rangs y & fur la rangée fupérieure ou fur la derniere (car on en arrange ainfi plufieurs rangées les unes fur les autres ) on en met une debout, ou 011 la pofe fur un de fes petits côtés. Cette difpofition donne la facilité de compter dans un instant ce que contient chaque tas. Le compteur met encore fur une de ces ardoifes le nom de l’buvrier qui les a livrées , pour qu’ils fe rendent compte entr’eux. Il ne refte plus qu’à compter ces tas, & les payer à l’ouvrier. L’entrepreneur les fait enfuite tranfporter à leur deftination.
- 15:2. A Angers, les entrepreneurs ont la commodité des rivières de Mayenne & de Loire, qui leur font d’un grand fecours pour le commerce de leurs ardoifes, jufques dans les provinces fort éloignées. Ils les font conduire au port-dans des voitures attelées de quatre ou fix bœufs ; ces voitures contiennent trois milliers ou trois milliers & demi d’ardoifes. Sinon ils les chargent à dos de cheval ; chaque cheval porte de chaque côté de fon bât une efpece de; chalfis. de bois, qu’ils nomment panier à ardoifes ou à pierre à bâtir, fuivant qu’il eft deftiné au traniport de l’une ou l’autre de ces matières. Quand il porte des ardoifès, on met un fond à ce panier ; un cheval peut porter ainfi trois à quatre cents d’ardoifes^
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- Tf g. Outre les formes dont nous avons parlé, l’on en donne encore d’autres aux ardoifes : nous n’en ferons point mention ici, parce qu’elles les tiennent du couvreur. On arrondit quelquefois une des extrémités, & l’on nomme cette taille en écailles, parce qu’elle relfemble aux écailles de poif-fon. Ces fortes d’ardoifes fervent à couvrir les dômes.
- 154. Enfin on fait avec la pierre d’ardoife différens ouvrages, comme l’on en fait avec de plus belles pierres. Elle prend un beau poli, & alors elle eil propre à faire des tombes, des tables, des carreaux d’appartemens. On en peut voir communément en forme de tableaux , dans les cabinets des géomètres, qui s’en fervent pour tracer deffus, avec de la pierre blanche, des figures de mathématiques dont 011 détruit facilement les traits en les effuyant avec un linge 5 quand on veut y enfubfiituer de nouvelles.
- iff. Les ardoifes de Gènes font réputées les plus dures & les meilleures pour former les tables dont nous parlons (20). J’en ai vu travailler de fort belles à Angers ; & quoiqu’il 11e foit pas abfolument commun de détacher, dans certaines carrières, des blocs dont onpuilfe tirer des tables de quatre, flx, & jufqu’à neuf & douze pieds de dimenfion, cependant il s’y trouve des carrières d’où l’on en pourrait tirer encore déplus grandes.
- 1 $6, J’ai promis d’ajouter ici la defcription des carrières de la Champagne, pour indiquer quelques différences elfentielles qüi fe trouvent entre le travail de celles-ci & celui des carrières d’Angers, dont on vient de lire la defcrip-tiondifférences dues feulement à la -pofition de pes pierres dans les carrières de ces différentes provinces.
- Defcription de quelques carrières de la Champagne & de la Bretagne.
- if7. Les ardoifes n’offrent pas dans toutes les carrières un arrangement qui fuive une dire&ion confiante. Nous avons vu que les pierres d’ardoife à Angers font prefque perpendiculaires à l’horifon ; on peut revoir ce que nous en avons dit en traitant de leur pofition. Il n’en eft pas de même, comme nous en avons averti pour lors, de beaucoup d’autres carrières, dont plufieurs ont leurs feuillets beaucoup moins inclinés, ou même prefque horifontaux. Celles des environs de Mézieres en Champagne font inclinées fuivant un angle d’environ trente degrés ; en conféquence, pour féparer les blocs, an lieu de placer les coins perpendiculairement, comme à celles d’Angers , il faut les pofer fuivant la dire&ion de l’ardoife, & les placer de côté, fous l’angle que nous venons de citer : autrement on briferait les blocs , & l’on ne pourrait les enlever fuivant leurs délits , ni les conferver d’échantillon à donner de belles ardoifes.
- (so) Les ardoifes de SuifTe ont un mérite bien reconnu pour ce genre d’ouvrage.
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- 15 8- Toutes les ardoifieres de Mézieres, & meme les pierres communes de ce canton & des environs, confervent à peu près cette même inclinaifon : prefque toutes les carrières d’ardoife font dirigées du nord au fud& la partie la plus élevée de la carrière regarde le nord.
- 1^9. Les ouvriers , pour faire comprendre la diredlion & l’inclinaifoit des ardoilieres, difent que le haut eft tourné à onze heures & demie : ils entendent par-là que la carrière ne regarde pas directement le midimais qu’elle eft dirigée un peu obliquement du- midi à l’orient (21).
- 160. Les bancs d’une carrière ainfi inclinés, s’étendent jufqu’à une aftezr grande profondeur en terre. En 1760, dans une des carrières de Rimogne ^ que nous prendrons ici pour exemple , comme une des plus remarquables de cette contrée, on eft parvenu à creufer jufqu’à quatre-vingt toifes au-delfous du niveau du terrein : les ouvriers du pays eftiment cette profondeur de douze à quinze cents pieds (22).
- 161. On defcend dans cette carrière par des échelles de vingt à trente pieds de hauteur chacune t à l’extrémité de chaque échelle fe trouve un repos, fou-vent même des galeries alfez étendues, formées par le Vuide des pierres qu’on a retirées, & par les- bancs que l’on a laides. Ces galeries communiquent encore’ à d’autres où l’on defcend aveG des échelles ; & c’eft ainfi qu’au moyen de trente-quatre ou trente-cinq échelles, L’on parvient de l’une à l’autre jufqu’au fond de la carrière que l’on fouille actuellement.
- 162. Nous avons dit que les carrières dont la maife était confidérable, lorfqu’elle s’étendait fort loin en terre, & à une grande profondeur, étaient réputées fournirfardoife de meilleure qualité que celle d’une carrière qui fe perdrait prefqu’aufii-tôt qu’elle ferait ouverte y c’eft par cette raifon, & parcs qu’il en coûte beaucoup peur former la première ouverture d’une carrière y qu’on eft engagé à fuivre le plus long-tems qu’on petit celle qui eft déjà ën travail. On prétend qu’aux environs de Charleville (23) , on tire de ll’ardoife à trois, cents-pieds plus bas que la Meufequi en eft éloignée de trois.ou quatre lieues.
- 163. L’ardoise a toujours acquis delà beauté à nielure qu’on a creufé la
- (.21) On verra bientôt que les carrières recftion de leur filon , eft marqué au compas de Champagne fe travaillent'en galeries. Ce par onze heures & demie, font de véritables mines, Les ouvriers fe (22) Il y a ici une faute d’impreflion , ou fervent du compas, ou de la bouffole, pour une contradiction manifefte. Quatre-vingt découvrir la trace de chaque banc. C’eft toifes ne font que 480 pieds. On ne com ce qu’il fallait confidérer pour entendre & naît en Europe aucune mine qui foit à douze pour employer à propos cette expreffion ou quinze cents pieds de profondeur. ZVT. des ouvriers , qui difënt que leur carrière Schreber excepte celle de Schemnitz en eft tournée à onze heures & demie. Cela Hongrie,
- fignifie que le haut de leur banc , ou la di. (^3). C’eft la carrière de Rimogne.-
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- carrière de Rimogne, dont nous parlons; mais les ouvriers croient 'qu’au-' deflous du banc qu’ils travaillent, il fe trouve une mauvaife couche, ou une veine de terre jaune, ougrife, entre les bancs, d’ardoifes; & ils conje&urent que cette terre, qu’ils nomment craffe, s’y trouvera en aflez grande quantité pour les contraindre d’abandonner la carrière; d’autant que les frais, outre ceux qu’il faudrait employer pour déblayer cette terre, font déjà très-confi-dérables , feulement pour enlever l’ardoife depuis que la carrière 'eft devenue fi profonde.
- 164.. Une partie du travail de cette carrière eft le même que celui des carrières d’Angers. On n’a point conftruit, à celle de Rimogne , de machines d’épuifement ; parce que, quoique celle-ci. foit parvenue à cette grande profondeur où l’eau oblige prefque toujours d’abandonner les carrières, il ne s y trouve cependant qu’un petit filet d’eau. Une fimple pompe à bras, mue par des hommes pendant quatre à cinq heures par jour , fu.ffit pour fon épuifement. Cette pompe, de vingt à vingt-cinq pieds de hauteur, apporte Peau aune fécondé ; cette fécondé la conduit à une troifieme, & ainfi jufqu’à ce que l’eau foit parvenue à la fuperfieie du terrein., d’où elle s’écoule & va fe perdre dans les terres.
- ié'f. Voici en quoi l’inclinaifon des carrières de Rimogne fait que leur travail différé de celui des carrières d’Angers.
- 166. Dans celles de Rimogne., les ouvriers font obligés de pratiquer toujours une nouvelle tranchée, pour tirer de nouveaux blocs du banc d’ardoife, & ils mettent leurs coins d’un côté du bloc , ou de la planche, d’ardoife^ qu’ils veulent enlever, fuivant la dire&ion de l’ardoifiere; au lieu que dans celles d’Angers, les ouvriers placent leurs coins perpendiculairement, & rejettent toujours les blocs, tant qu’fis travaillent une foncée, dans la première tranchée que l’on a faite pour retirer la première ardoife. Dans les carrières de Rimogne, les ouvriers frappent leurs coins avec une maffe, & fe fervent d’une pioche pour pratiquer leurs tranchées.
- 167. La carrière de Rimogne n’eftpas entièrement découverte, comme la plupart de celles d’Angers ^ dans cette première, les ouvriers travaillent en partie fous terre. Pour s’éclairer dans ces fouterreins, ils fe fervent d’une e£ pece de flambeau compoféfouvent d’écorc-e de boisféchée &enduite de réfine.: ils le nommentperluau.
- ï£>8- Comme dans celle de Rimogne on n’a conftruit aucune machine,, les blocs d’ardoife fe tranfportent fur les épaules jufqu’au haut de la carrière ; ce font les jeunes ouvriers que l’on emploie à cetranfport, comme plus en état de foutenir ce rude travail. Quelquefois 011 voit une file de douze ouvriers portant chacun fur une épaule un ou deux blocs qu’ils alfurent d’une main, tandis que de l’autre ils fe retiennent aux bâtons de l’échelle fur laquelle
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- ils montent : ils fe relaient de galerie en galerie jufqu’au haut de la carrière.
- 169. Voici une autre maniéré de creufer les carrières de ce même pays. Les ouvriers carriers commencent par pratiquer un puits très-profond ; ils le creufent jufqu’à la derniere foncée de la perriere dont ils comptent pouvoir travailler l’ardoife. To ut ce qu’ils retirent de ce puits, eft regardé comme inutile , & eft mis au nombre de ce qu’011 appelle vuidanges s ils connailPent par la fouille de ce puits la nature des différentes couches d’ardoifes qui compo-fent la perriere. Pour retirer les blocs de cette ardoifiere , ils commencent à travailler le fond du puits } ils font une excavation pour pénétrer dans la carrière, & la fouillent, enfaifant tomber à leurs pieds les blocs qu’ils détachent au-deffus de leur tète. Ces blocs font montés par une machine ou engin que l’on conftruit au-deffus du puits, & font portés aux fendeurs & aux tailleurs. On eft fouvent obligé de pratiquer plufieurs de ces ouvertures ou puits, fur-tout quand la carrière fournit affez d’eau pour exiger des épui-femens.
- 170. Cette maniéré de tirer Pardoife procure, comme 011 voit, la première ardoife de meilleure qualité que la deniere, puifque l’on commence à travailler celle qui fe trouve au fond de la carrière} mais cette méthode eft fujètte à bien des inconvéniens.
- 171. Les carriers rifquent fouvent d’être écrafés par la chute de quelques blocs qui fe détachent : cet accident arrive quand iis 11’ont pas la précaution de foutenir ,par des piliers qu’ils doivent laiffer de diftance en aiftance, chaque banc de la carrière. Outre cela, des blocs qu’on enleve parle fecours des machines , peuvent s’échapper, & , en tombant, écrafer les ouvriers qui font fouvent obligés de refter au fond du puits pour le fervice de la perriere. Enfin, comme les frais de la fouille des puits font confidérables , 011 fait moins d’ufage de cette pratique que de celles dont nous avons déjà donné Jes détails.
- 172. Les ardoifieres des environs de Mézieres fe trouvent fouvent gâtées par une efpece de pyrites qui y font affez communes ; les ouvriers les appellent des dés, parce que leur forme eft cubique : elles fe trouvent le plus fouvent près de la terre dans les premières couches d’ardoife. Quand elles fe rencontrent au milieu d’un bon lit, ce qui arrive plus rarement, elles empêchent la divifion de l’ardoife. Cette pyrite eft de forme cubique affez régulière, très-brillante, & d’un beau poli. Elle eft fort dure , & donne des étincelles lorfqu’elle eft frappée avec l’acier. Elle brûle, & rend fur le feu une odeur fulfureufe. Elle colore l’eau, contient du foufre, de l’arfenic, & quelque portion de cuivre.
- 173. Les fendeurs à Rimogiie 11e fe fervent pas, comme à Angers , du même cifeau pour divifer les blocs & en tirer des feuilles minces , de PépaiG' feur qu’ils veulent donner à leurs ardoifes. Ils emploient un inftrument de fer
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- emmanché par un bout, dont la lame eft mince, coupante d’un côté feulement , ayant un dos peu épais de l’autre, & le nomment auffi cifeau. L’ouvrier étant debout, tient, comme à Angers , entre fes jambes le bloc qu’il veut divi fer ; il place fon cifeau à l’endroit qu’il veut partager, & l’infinuant dans la pierre d’ardoife, il appuie fur fes deux extrémités , & le conduit jufqu’au bas du bloc qu’il fépare ainli en feuilles auffi minces qu’il le veut.
- 174. Le tailleur de Rimogne différé auffi un peu dans fon travail, de celui d’Angers : au lieu de fe fervir, pour tailler l’ardoife , du billot'de bois échancré qui s’y nomme chaput, il fe fert d’une enclume de fer qu’il pofe devant lui, & taille à peu près la feuille d’ardoife, qu’il pofe deffus, comme les couvreurs la taillent fur les toits , en fe fervant, comme en Anjou, du même outil à tailler , appellé doleau.
- 175. Le tailleur, ici comme à Angers , juge, au (impie coup-d’œil, des di-menfions qu’il doit donnera fon ardoife, & ménage, autant qu’il eft pofli-ble , fa feuille pour en faire des ardoifes de grand échantillon. On dit qu’u,11 bon ouvrier taille dans fa journée depuis feize jufqu’à dix-huit cents ardoifes.
- 176. Nous 11’avons pas pu fpécifier combien un ouvrier pouvoit en tailler à Angers, parce que, comme nous l’avons dit, les ouvriers y répartiffent l’ouvrage entr’eux , enforte qu’alternativement ils fendent & taillent 5 mais on eftime que le plus habile n’en pourrait faire que cinq à fix cents.
- 177. L’échantillon des ardoifes de Rimogne eft de fix à fept pouces de largeur, & de dix pouces ou un pied de longueur.
- 178- Le propriétaire, ou l’entrepreneur de la carrière, paie aux ouvriers le millier depuis 3 liv.^iofols jufqu’à 4 liv. 10 fols pour le tirage des blocs, & les frais de les monter, de les fendre & de les tailler ; ilfe charge feulement de l’entretien des échelles & des frais de l’épuifement. O11 vend fur le lieu les ardoifes 8 à 10 liv. le millier ; ce qui fait, comme on voit, un profit con-fidérable pour le maître d’une carrière, lorfqu’il a du débit.
- 179. A Angers , la dépenfe de l’exploitation eft plus confidérable, en ce que le propriétaire fe charge, non feulement des frais de l’épuifement, mais encore de la fourniture des ufteiffiles , & fait monter à fes frais les déblais, les vuidanges , & même les blocs à former l’ardoife.
- 180. On tire auffi de l’ardoife , comme nous l’avons dit, dans différens endroits de l’Anjou & dans plufieurs contrées de la Bretagne; mais les travaux de prefque toutes ces carrières font peu confidérables. Elles procureraient fans doute une ardoife de meilleure qualité , & peut-être auffi bonne que celle d’Angers , Ci les ouvriers fouillaient davantage leurs perrieres , & s’ils ne s’arrêtaient pas, comme ils le font maintenant, à un travail prefque fuperficiel. Ils imaginent cependant qu’il leur ferait impoffible , tel foin qu’ils Y appqrtaffent, de réduire cette ardoife en feuilles allez minces , quoique !®
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- grain en Toit beau, & que la qualité de la pierre m’ait paru à peu près la même. Comme ces cantons ont moins de débouché, les ouvriers ne cherchent point à augmenter les frais de l’exploitation , dont ils ne feraient pas fûrs de retirer l’intérêt, tandis qu’ils font certains d’un gainaffuré , en fe défaifant de leurs ardoifes dans le pays, où ils la vendent à très-bon compte. Quoique le travail de ces carrières foit, comme nous l’avons dit, très-peu confidérable, nous avons cru devoir en donner une idée. Je prends pour exemple une carrière de Moifdon, petit canton htué à dix lieues de Nantes , où j’ai vu travailler l’ardoife, & où cette pierre eft tout autrement inclinée que celle d’Angers,
- i8i- Le fchifte , ou la pierre d’ardoife , eh fort commune dans cette partie de la Bretagne , & l’on y voit fouvent des roches de cette pierre à la fuperficie de la terre. Dans d’autres parties de cette province, après avoir enlevé quelques pouces de terre, cette efpece de pierre devient apparente.C’eft dans cet endroit de la Bretagne, que l’on voit quantité de fouilles peu profondes, d’où l’on a tiri de la pierre d’ardoife. Un fimpie coup-d’œil fufht pour faire reconnaître la diredion des différentes feuilles qui la compofent; elles font placées prefque horifontalement dans les carrières, de façon que les feuilles d’ardoife font inclinées à l’horifon, fous un angle de peu de degrés; la partie la plus haute regarde le nord, &la plus baffe eft tournée vers le fud.
- 182. On eft dans l’ufage, en Bretagne, d’enclorre les héritages; & dans la partie de cette province où l’ardoife eft commune, 011 y deftine de longues dalles de pierre d’ardoife, que l’on place à côté les unes des autres ; on les enterre de quelques pouces , & on les y pofe fur leur champ. La pierre d’ardoife que l’on expofe ainfi en chantier, y eft vendue à très-bon compte : une pierre de trois, quatre à cinq pieds de longueur , s’y vend un , deux à trois fols. La plus grande partie des carrières d’où l’on a tiré ces pierres, n’ont été creufées que de fix à huit pieds de profondeur.
- 183- Quelques autres carrières dont on veut tirer de la pierre propre à former-de l’ardoife, font cependant plus profondes: voici comment on s’y prend pour les travailler. On fait une ouverture quarrée, & large feulement de dix-huit à vingt pieds ; après avoir enlevé la terre qui recouvre le banc d’ardoife, on ôte quelques couches de pierre, dont les feuilles font .dirigées prefque horifontalement. Comme les premières foncées 11e font pas propres à fournir de bonnes ardoifes, on entame peu dans la carrière. Les ouvriers, pour retirer chaque bloc le long des parois ou murs de la per-riere, font obligés de couper le bloc le long de la carrière, en formant leurs tranchées. Ils rentrent peu dans la carrière pour tirer les premières pierres » parce que, comme elles ne font pas propres à fournir de bonnes feuilles d’ardoife, ils préfèrent de les abandoner dans la carrière ; mais à meftire qu’ils avancent l’ouvrage, ils coupent le bloc de façon que leurs tranchées
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- rentrent dans la carrière. Ils la taillent en voûte , de maniéré qu’elle devient plus large, quand les ouvriers parviennent à tirer une pierre de meilleure qualité, & qui peut être partagée en feuilles minces, propres à couvrir les maifons. Dans ces carrières, les ouvriers font obligés de confulter l’incli-naifon du bloc : comme la pierre eft prefque horifontale , ils font des trous fur le côté de cette pierre dans la partie la plus élevée, & c’eft ordinairement fur celle qui regarde le nord.
- 184. Ils placent à différentes diftances leurs coins dans les trous , ou ils y introduifent de grands leviers de fer, fur lefquels plufieurs hommes appuient en même tems : c’eft ainfi qu’ils parviennent à détacher les blocs fuivant les délits que les ouvriers ont cherché à reconnaître avant d’y placer leurs leviers.
- i8?- Les carrières n’ont fouvent pas été creufées de trente à quarante pieds, que l’eau fourcille des parois des blocs enaffez grande quantités alors les ouvriers ont foin de creufer un puits dans la partie la plus baffe de la carrière où i’eau va fe rendre. Comme ils ne fe propofent point de conduire les carrières jufqu’à une profondeur confidérable, ils n’y conftruifent pas de machines d’épuifement > ils ne fe fervent, pour élever l’eau , que de plufieurs bafcules ou traits, dont ils entourent l’ouverture de la carrière. Ces bafcules 11e different de celles d’Angers, dont nous avons donné la defcrip-tion, qu’en ce que leur levier eft beaucoup plus long : il y en a qui ont .jufqu’à trente pieds.
- 186- Les ouvriers creufent ces carrières fans y mettre beaucoup d’ordre; leurs ouvertures faites, ils ne s’occupent qu’à tirer la pierre d’une partie de la perrierej celle-là une fois tirée, ils la rempliffent avec des vuidanges ou fragmens inutiles ; ils travaillent enfuite un autre côté de la perriere, juf qu’à ce qu’ils foient parvenus à la même profondeur.
- 187- Les outils & le relie du travail de la carrière font à peu près les mêmes qu’à Angers. Les ouvriers enlevent fur leurs épaules les blocs , qu’ils nomment planches, & ils montent chargés ainft, par des échelles fouvent de trente pieds de longueur, avec une adreffe extraordinaire. Cette pierre eft portée , de même qu’à Angers , aux fendeurs & aux tailleurs qui font au haut de la carrière, & le plus près de fon ouverture qu’il leur eft poflîble.
- 188- Il ferait trop long de citer ici tous les pays où l’on trouve l’efpece de fehifte avec lequel on peut faire de l’ardoife. Si l’on veut connaître les endroits d’une partie de l’Europe, où l’on rencontre cette efpece de pierre, on peut confulter la carte qu’en a donnée AL Guettardf Mémoires de l’acad. année 1746).
- 189- Les environs d’Angers, tout le pays d’Anjou, 8c une grande partie de là Bretagne, en procurent beaucoup.
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- 190. On en voit du côté de Rédon & de Breft, dans une partie de la Bretagne 5 dans l’élection de Château - Gontier, à Charleville, à Murat, à Prunet en Auvergne, &c.
- 191. Celles d’Angers & des environs paffent à Paris pour être de meilleure qualité : ce font les feules qu’011 y apporte , fans doute parce que les autres endroits qui pourraient en fournir, manquent des mêmes débouchés. Celles de Mézieres ont à Paris la réputation de fe calfer & de s’éclater facilement.
- 192. Les ardoifes à Angers fe vendent au cent ou au millier, pour la quarrée-fine & la quarrée-forte ; toutes les autres qualités d’ardoifes inférieures à celles-ci fe vendent à la fourniture, qui eft de vingt-un milliers. On ajoute, pour la quarrée-fine & la quarrée-forte, les quatre-au cent pour les calfées : outre cela, pour celles qui font inférieures en qualité, 011 donne ordinairement fur vingt milliers un mille en fus ; mais ce dernier millier eft de convention avec le vendeur.
- 193. Il y a ordinairement à Angers fept ou huit carrières ouvertes ; mais rarement font-elles toutes en exploitation ; car il faut bien du travail & de 'la dépenfe avant d’en tirer du profit. Une carrière en valeur peut fournir par femaine environ cent milliers d’ardoifes d’efpeces différentes ; & fi elles étaient toutes à la fois en valeur, on pourrait y fabriquer par an environ vingt-cinq à trente millions d’ardoifes de différente qualité & de différens échantillons.
- Remarques particulières fur la pierre cPardoife, £5? les caraâeres qui lui font propres.
- 194. Nous avons promis de donner en particulier les cara&eres propres à l’ardoife; & fi nous n’en avons rien dit en traitant des moyens employés à la tirer, à la fendre & à la tailler, c’eft que'1 nous 11e voulions pas interrompre la defcription que nous donnions de ces procédés.
- 19C Les fentimens des naturaliftes font très-partagés fur la‘nature, la compofition & les propriétés de l’ardoife. La claffe dans laquelle elle doit être rangée, & le genre qui convient lé'-’mieux à cette pierre, îaident fur-tout beaucoup d’incertitude, due probablement aux changemens que l’ardoife éprouve quand elle fe trouve jointe avec plus ou.moins de différentes fubftances qui la dénaturent. , ; .
- 196. Doit-on, comme le fait Valîerius , mettre l’efpece de fchifte^qu’on nomme ardoife^àans la claffe des pierres vitrifiables ? Il eft vrai que prefque toutes éclatent & pétillent au feu; qu’elles fe caffent, fe bourfoufflent & fe fondent, expofées au fourneau de fufion, fans l’addition d’aucuns fondans;
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- mais il s’en trouve qui, expofées au feu le plus violent, y fouffrent fi peu de changement (22) , quelles femblent plutôt exiger d’être rangées parmi les pierres qu’on a coutume d’appeller rifraclaires ou de difficile fufion. On fe fert même de quelques-unes de cette derniere efpece pour en conftruire des fourneaux deftinés à réfifter au plus grand feu.
- 197. S’arrêterait - on , pour lui fixer un genre , au caradlere de ne point fermenter avec les acides 'i 11 eft aifez général aux ardoifes ; cependant depuis celle qui 11e fait aucun mouvement avec eux, il s’en trouve que les, acides attaquent vivement (23).
- 198. Les ardoifes fedivifent ordinairement par feuilles , &les meilleures font celles qui fe partagent le plus aifément : mais ce n’eft pas un caraétere qui foit propre aux ardoifes feules ; les talcs, les micas, &c, ont la même propriété, qui fe rencontre auffi dans d’autres pierres calcaires (24).
- 199. La dureté de l’ardoife n’eft pas non plus une marque certaine pour la reconnaître : elle varie fuivant les efpeces. Ordinairement l’ardoife eft caifante ; elle reçoit l’empreinte du trait qu’une pointe de fer lui imprime ; elle ne 11e fait point feu avec l’acier; & quoiqu’ordinairement aifez tendre, elle eft fonore : mais quelquefois elle fe réduit en poudre fous les doigts ; & alors cette efpece eft la moins propre à fervir de couverture aux bâtimens.
- 200. La couleur des ardoifes change auffi fuivant les lieux qui la pro-duifent: celles qui fout d’un gris tirant fur le bleu , font réputées ordinairement être de meilleure qualité : nous nous fervons de la dénomination de cette couleur , pour faire connaître celle de plufieurs autres corps. On fait cependant uiage d’autres ardoifes qui s’éloignent beaucoup de cette couleur,
- (22) 11 y a très-peu de pareilles ardoifes réfractaires. Celles qui ont cette qualité , la doivent à l’addition de quelque matière hétérogène. C’eft une exception qui ne doit point empêcher de déterminer la nature de ce genre de pierre. Il eft impollible que toutes les pierres qui appartiennent à une certaine clafte aient la même nature & les mêmes propriétés. Il fuffit que la plupart des ardoifes foient fufibles, au point qu’un feu de fufion allez médiocre les fait déborder en écume hors du creufet. C’en eft allez pour ranger les ardoifes dans la clafte des pierres vitrifiables , comme l’ont fait la plupart des naturaliftes.’Si l’on trouve quelquefois des ardoifes réfractaires , elles n’en font pas moins vitrifiables ; d’ailleurs il y èn aura très-peu qui ne laiflent apper-
- cevoir aucune trace de fuflbilité.S’il y en a, elles forment une exception.
- (2?) Les exemples en font très-rares; mais quand cela arrive, c’eft qu’il y a un mélange de terre calcaire. C’eft encore une exception qui n’empêche pas qu’on nepuifte avancer cette propofition générale , que les ardoifes ne font point attaquées par les acides.
- (24) Les feuilles du talc, du mica,& de certaines pierres calcaires font très-différentes de celles de l’ardoife. On ne rifque point de les confondre. Ce font plutôt des écailles que des feuilles. Toutes ces difficultés font bonnes à grofïïr le volume d’une diftertation académique; mais il eût été à fouhaiter qu’on les eût évitées dans un ouvrage tel que celui-ci.
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- qui peut être regardée comme la 'plus générale pour cette efpece de pierre. L’ardoife tirée d’un lieu profond eft toujours la plus noire : expofée à l’air, elle change un peu de couleur ; celle qu’elle avait au fortir de la carrière, s’éclaircit & devient moins foncée.
- 201. L’ardoise renferme fouvent des fubftances très-différentes ; & celles dans lefquelles il s’en trouve le plus, font les moins bonnes & les plus difficiles à travailler.
- 202. On y trouve fouvent des pyrites qui varient beaucoup dans leur cryftallifation. Les ardoifes d’Angers en contiennent de fort irrégulières. Il s’y rencontre auffi des figures qui ont la forme de poiffons, mais pas allez caraélérifées pour alfurer qu’elles doivent leur origine à quelques-uns de ces animaux. On y voit encore des herborifations dues à une eau ferrugineufe qui s’eft dépofée entre les feuilles de l’ardoife & s’y eft delféchée. Enfin, on y trouve une félénite formée en rayons, & difperfée fur l’ardoife en forme d’étoiles : mais 011 y obferve rarement des impreffions de plantes.
- 203. Quelques autres ardoifes contiennent des métaux, de l’or, de l’argent. Lehmann rapporte qu’il fe trouve quelquefois dans l’ardoife de l’argent en petites feuilles, ou en filets auffi fins que des cheveux ; que l’on trouve auffi fous cette forme, du cuivre natif dans les carrières de Botten-dorff. Le cuivre s’y rencontre fouvent fi divifé, que l’œil ne peut le diftinguer.
- 204. On retire beaucoup d’alun d’une ardoife bleuâtre fort commune en Angleterre. L’ardoife renferme quelquefois une efpece de terre qui contient beaucoup de celle qui eft analogue à la bafe de l’alun. En ajoutant à ces ef-peces d’ardoifes de l’acide vitriolique , je me fuis procuré de l’alun, dont la quantité variait fuivant que la bafe de ce fel neutre s’y trouvait en plus ou en moindre quantité : cette efpece faifait une très-légere effervefcence avec les acides, & était de difficile fufion.
- 20^. Généralement , les ardoifes qui contiennent le plus de ces fubf-tances étrangères, font les moins propres poup l’ufage auquel on les deftine. Ordinairement, celles qui contiennent du vitriol & du foufre fleuriffent à l’air, s’y décompofent: celles-ci font de la plus mauvaife qualité.
- 2 06.' On trouve encore des‘ardoifes qui contiennent des parties graffes & huileufes,. fouvent même affezdde pétrole & de bitume pour s’enflammer furies charbons. Quand ces fubftances s’y trouvent en allez grande quantité, on les emploie pourde chauffage(*) ; mais celles-là tiennent plus ides propriétés du charbon de terre que de-celles, du fchifte. -,
- 2: 207.: La premierre foncée d’urdnife. îfieft, comme nous l’avons dit, jamais d’auffi, bonne qualité que l’afdoife que l’on trouve au-deffous de celle*
- ’'(*) Le mot ardoife ne dèvrait-il pas Ton nom à la propriété que quelques efpeces de ces pierres ont de brûler aifément ,'a.b ardendo ?
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- là ; le grain en eft plus gros. Cette première couche eh chargée ordinairement de petites paillettes de micas , de parties fulfureufes , & eft allez fem-bîable pour l’ordinaire à une efpece de fchifte dont on ne fait aucun ufage, qui recouvre & entoure les filons de mines de charbon de terre. C’eft dans cette elpece de fchifte que l’on rencontre plus fréquemment des impreffions de fougères, de capillaires , de fcolopendre, &c, femblables à ces mêmes elpeces de plantes obfervées dans les isles chaudes d’Amérique ; des rubiacées^ des feuilles, des fruits & des graines d’autres plantes du même climat, que difterens auteurs ont fait connaître, & dont ils ont donné la figure dans leurs ouvrages. Voyez Y lier barium diluvianum, les tranfadions philofophi-ques, les mémoires de l’académie, années 17185 1747 5 &c.
- 2og. L’ardoise qui fe trouve à l’ouverture de la carrière, de même que celle qui recouvre les mines de charbon de terre, eft prefque toujours très-tendre, peu fonore, point caftante, moins liée; elle contient une partie inflammable en plus ou moins d’abondance ; elle devient blanche fur les charbons quand on la calcine à un feu nud, & elle conferve fa couleur noire quand on l’expofe au feu dans des vaiifeaux fermés ; elle ne fe vitrifie qu’à un feu violent.
- 209. Quelques auteurs prétendent avoir vu des arbres changés en ar-doifes : on dit qu’il eft très-commun de trouver des lits de charbon de terre fous les carrières d’ardoife d’Allemagne. Quelquefois dans les perrieres d’Anjou , on trouve des veines ou des filons qui tiennent le milieu entre l’ardoife & le charbon de terre.
- 210. Far la diftillation on retire des ardoifes, de même que du fuccin & du charbon de terre, un fei acide volatil & huileux.
- 211. Ces obfervations ne donneraient-elles pas quelques idées fur la for* nration des ardoifieres & des mines de charbon de terre, puifque nous voyons que certaines ardoifes approchent beaucoup de ce minéral, qu’elles donnent par l’examen chymique les mêmes produits, & que les mines de charbon de terre font recouvertes d’une couche d’une elpece de fchifte ? J’avoue qu’il faudrait plus d’obfervations. encore que je n’en ai faites, pour ofer former un fyftême fuivi fur la formationtde l’ardoife: ainli je me bornerai à expo fer les fentimens de quelques naturaliftes fur l’origiiieAe ce minéral, & je m’abftiendrai d’expo fer mon fendillent particulier liir ce fujet.
- 212f D’après les faits que nous venons de citer, Bootr a cru que.Par* doile pourrait avoir été formée par des étangs & marais poilfoiineux, comblés par une vafe durcie (25), dans laquelle on retrouve des plantes & les
- (2;) 'Il paraît aiïez probable que les5àï-<Ji doiileres que nous exploitons aujourd’hui ,;X furent autrefois des étangs & des marais.
- ‘C’eft ce qu’on peu h démontrer par les ém-preintes de poiftbns , de' grenouilles , de (plantes, que l’on trouve toujours plus ou
- poilfons
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- poiffons qui y ont péri ; fentiment qui fouffriroit des difficultés dans fon explication par l’arrangement des différentes fubftances qui forment les ar~ doifieres , lequel ne fe trouve pas conforme à leur nature & à leur pefim-teur ; à moins que, pour rendre ce fentiment probable, l’on n’y fupplée, en ayant égard aux changements qu’a dû éprouver ce1 dépôt par le mouvement des eaux qui l’ont amené.
- 213. Lang regarde auffi les carrières d’ardoiiè, comme formées par un dépôt de terre ou de pierre détruite.
- 214. Neumann croit que l’ardoife eft un compofé de terre végétale & d’argille durcie s Bromel & Linnæus la rangent dans la claffe des pierres calcaires; Cramer & Vallerius la croient vitrifiable; enfin M. Pott n’adhere à
- aucun de ces fentimens, parce que, les pierres, il a vu des ardoifes qui te connues pour appartenir à l’une ou à
- moins dans toutes les carrières , mais qui y font quelquefois en très-grande quantité , comme dans la carrière de Mansfeld. Ces empreintes font trop exaéles pour qu’on puilTe les envifager comme un jeu de la nature. On a bien des raifons de croire , dit M. de Julti , que le terrein où eft actuellement le comté de Mansfeld, juf-qu’à Bottendorff & Berge, dans la Thu-ringe , & peut-être plus loin encore, était, il y a quelques milliers d’années , un grand lac. On peut imaginer que les poiflTons qui peuplaient ce lac perdirent la vie par une grande chaleur produite par quelque caufe extraordinaire; car toutes les empreintes déposions qu’on y trouve font recourbées comme le font ces animaux dans de l’eau bouillante. S’ils étaient morts autrement, ils n’auraient pas prefque tous cette pofture. Ceux qui connaiffent la ftruéiure intérieure de notre terre, autant qu’il nous eft pof-fible d’y pénétrer , ont bien des raifons de croire que les plus anciens corps qui fe trouvent fur notre globe, tels que font les grandes malfes de rochers bien antérieures aux montagnes formées par allu--vion , ont fouffert, même avant le déluge, un incendie général. Peut-être que notre ierre'.ffit autrefois un foleil ; peut-être la création décrite par Moyfe, n’a eu lieu Tome 1K»
- dans les expériences qu’il a faites fur raient plus ou moins des propriétés re-l’autre de ces deux claffes (26).
- qu’après un changement total -de notre planete. D’après cette fuppofition, on peut concevoir comment les poiffons d’un grand lac de plufieurs milles d’étendue ont pu périr dans la chaleur.
- (26) Pour foutenir avec quelque avantage que les ardoifes ont des propriétés fi. oppofées qu’elles ne peuvent être rangées dans aucune des claffes générales,il faudrait avoir fait deux fortes de recherches importantes. 11 faudrait pouvoir démontrer qu’il n’y a aucune efpece primitive de terre qui entre dans la compofition de l’ardoife. S’il y en a une , comrhe on n’en faurait douter s il eft facile de voir que cette terre doit décider la queftion , & afllgner la claffe généf. raie dans laquelle il faudra ranger cette pierre. La démonftration n’en fera pas moins exaéte fi cette terre a perdu plus ou moins de fes propriétés par le mélange de quelque matière étrangère. Il faudrait, en fécond lieu,avoir raffemblé toutes les efpeces d’ardoifesde tous les pays connus, où la cor-refpondance d’unnaturaliftepeuts’étendre. Toutes ces efpeces devraient être foumifes à des expériences chymiques , qui mon-traffent clairement qu’il eft impoffible d’établir une réglé générale , en renvoyant à des exceptions les fingularités lesplus frnp-pantes.Mais qui a fongé à faire dépareilles
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- 21 f. Ne devrait-on pas cependant s’attacher aux cara&eres les plus communs , pour fixer un genre aux ardoifes, & féparer celles qui s’en éloigneraient , en leur affignant un autre nom ( 27 ) ?
- 216. Les caraéleres les plus communs du fchifte ou de l’ardoife , dont on fait ufage, étant, comme nous le difons, de fe féparer en feuilles minces, de peu ou point fermenter avec les acides , de pétiller fur le feu & de s’y vitrifier; le fchifte reffemble affez, par quelques-unes des propriétés que nous venons de citer, à l’argille, qui fe vitrifie ordinairement au feu, quoiqu’il s’eu trouve de réfra&aire. L’argille pétille le plus communément (28)9 &fe fend avant d’entrer en fufion. Elle ne fait que peu ou point d’eifervefcence avec les acides. L’ardoife ferait-elle une argille durcie? De nouvelles expériences pourraient fans doute jeter plus de lumières fur cette partie de la minéralogie.
- 217. Je ferais entré dans un plus grand détail fur la nature & les propriétés de la pierre d’ardoife,. examinée avec le lècours de la chymie, fi cela était néceiîàire pour completter l’art que nous donnons aujourd’hui; mais j’ai cru que ce que j’en difais luffifait pour faire connaître les cara&eres propres à l’efpece de fchifte dont il eft ici queftion.
- Remarques fur Pardoife, & fur quelques défauts qui lui font affez
- communs.
- 218. Nous avons parlé de pîufieurs’défauts communs à l’ardoife, & qui lui ont fait donner plufieurs noms, poilr-roux,poil-tachè, &c. En voici encore d’autres , dont peu d’auteurs me parai fient avoir fait mention, quoiqu’ils foient affez communs à quelques efpeces d’ardoife. /
- recherches ? Chaque auteur prononce d’après les ardoifes qu’il a fous les yeux dans le canton où il habite. Et c’eft peut-être le reproche qu’on peut faire aux expériences de ÎYL Pott, qui ne paraît pas avoir mis dans le creufet un afTez grand nombre d’ardoifes différentes , & qui cite très-rarement les lieux où il a pris celles qu’il a fou-mifes à fon examen.
- (27} Si ces ardoifes qui s’éloigneraient des cara&eres les plus communs , avaient cependant la propriété de fe féparer en feuilles , on aurait tort, ce me femble , de leur affigner un autre nom, qui ne ferait que brouiller les idées. On trouve dans toutes les claffes de pierres des exceptions aux ïegies générales. 11 fuffit de les indiquer.
- (28) L’expérience montre que l’argille ne pétille point dans le feu ; elle ne fe fend pas même, fi elle eft bien feche.Si l’on trou* vait quelque part de l’argille qui eût ces propriétés, ce ferait un phénomène fort rare. M. de Jufti croit que l’argille eft la terre dont l’ardoife eft effentiellement com. pofée; mais ce n’eft pas l’argille qui communique à l’ardoife la propriété de pétiller au feu. On fait que certaines pierres fpa-theufes ont cette propriété Qui empêche de dire qu’elles entrent dans la compofition de l’ardoife ? On expliquera par-là , & le pétillement , & la divifion de l’ardoife en feuilles; les variétés viendront du plus ou moins de mélange qu’on obfervera dans les dlver* fes carrières.
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- 219. Certaines ardoifes fe chargent beaucoup plus promptement que d’autres, d’une efpece de lichen ou de moufle. C’eft un fait que. le tems vérifie tous les jours, & qui dépend probablement d’un fécond défaut propre à l’ar-doife fur laquelle on rencontre le plus fou vent cette moufle 5 nous en parlerons dans un moment. La moufle , ou le lichen, conferve une humidité fur far doife j elle y amafle une pouiîiere & une terre qui contribuent à précipiter fa pourriture $ ce qui doit être confidéré comme une perte pour4e propriétaire , outre le défagrément du coup-d’œil qu’offre l’ardoife ainfi chargée de lichen.
- 220. Quelques ardoifes imbibent l’eau ; & l’humidité qu’elles reçoivent par les pluies & les neiges-, les pénètrent affez pour fe communiquer à la latte & àlayoliche fur lefquelles elles font attachées. Ces ardoifes pourriflent, & entraînent par4à la ruine de la charpente qu’elles auraient dû conferver.
- 221. Cette mauvaife qualité dans l’ardoife, & celle qui produit la moufle, dépendent, je crois , d’une même caufe; & les pierres qui auront ce défaut, feront probablement celles qui entretiendront plus d’humidité , & qui par4à donneront à la moufle l'aliment qui lui convient le mieux : ainfi les moyens de reconnaître l’un de ces défauts, ferviront pour fe précautionner contre l’autre.
- 222. Peu d’auteurs ont indiqué les moyens de reconnaître ces défauts propres à l’ardoife : voici en abrégé ceux que propofe Samuel Colleprefs, & qui le trouvent dans le quatrième volume des Tranfadions philofophiques , année , publiées par M. Oldenburg, n°. 50, art. 3 5 & dans la colled. acad. tome IV, page 10.
- 223. Les ardoifes reçoivent & gardent d’autant plus d’humidité, qu’elles font plus poreufes 5 ainfi celles qui feront les moins dures, les moins pe-fantes, feront plus fujettes à ce défaut que les autres : auffi M. Samuel Col-leprefs confeille-t-il de foumetrre les ardoifes à cette première épreuve, avau# d’en faire l’acquifition.
- 224. Il veut que l’on frappe fur l’ardoife, pour juger de là dureté parle fon qu’elle rend: celle qui étant frappée donne un fon clair & Tonore, dé* notera plus de folidité, & doit par conféquent être préférée.
- 225. Le fon moins net dans l’ardoife, indique quelques parties étrangères qui arrêtent le mouvement d’ondulation propre à celles de cette pierre : aulfi l’ardoife à poil-roux n’eft-elle prefque point fonore.
- 226. Celle qui fe raflera, dit M. Colleprefs, qui fe coupera net & faci-
- lement, fera encore la meilleure. Le toucher pourra même en partie faire connaître la qualité de l’ardoife : fi onia trouve douce, grafle 8c comme onc-tueufe, elle doit être d’un tiflu plus lâche que celle qui fera rude fous les doigts j & cette derniere mérite par conféquent la préférence. Mais voici encore d’autres épreuves auxquelles M. Colleprefs invite dç foumettre l’ardoife avant de l’acheter, F f ij
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- 227. Il veut que l’on pefe exa&ement une certaine quantité dardoifes feches 5 qu’on les mette tremper dans l’eau pendant quelque tems, & qu’a-près les avoir retirées & laide égoutter, an les pefe de nouveau. Si le poids de ces ardoifes eft beaucoup augmenté, c’eft une preuve qu’elles ne font pas bonnes, & qu’elles ne dureront pas long-tems fans faire pourrir les lattes & la voliche fur lefquelles elles feront attachées. Cette épreuve que l’auteur croit être décilîve, me paraît trop forte pour les ardoifes qui fervent communément de couverture. Car ici un feul côté de la pierre eft expofé à la pluie i au lieu que dans l’épreuve, on la met tremper totalement dans l’eau: je fuis perfuadé que la meilleure ardoife, fur-tout celle nouvellement tirée, recouverte ainfî d’eau pendant quelque tems, s’en chargerait allez confidé-rablementi ainlî je crois qu’on pourrait faire cetelfai autrement, mais d’une façon aufli limple.
- 228- Il n’y aurait qu’à creufer une feuille d’ardoife, jufqu’à ce que la partie de la pierre, qui ferait le fond de la cavité , reftât de l’épailfeur d’une ardoife ordinaire : 011 remplirait d’eau cette cavité qu’on aurait formée ; & fi l’eau traverfait l’ardoife, ce ferait une preuve de fa porolité,
- 229. Qn pourrait encore, fi l’on n’eftpas dans un lieu où l’on puilfe avoir une pierre d’ardoife plus épailfe qu’une ardoife ordinaire, pour faire la précédente épreuve, garnir une feuille d’ardoife d’un rebord de cire, de glaife, ou de toute autre matière que l’eau ne dilfoud pas aifément ; & après avoir mis cette feuille dans une fituation horifontale, couvrir d’eau fa furface fu-périeure: fi au *bout de quelques heures, ou d’une journée, l’eau n’avait pas traverfé la feuille, ce ferait la preuve d’une denfité quifuftirait,, je crois, pour garantir la latte fur laquelle on la poferait.
- 230. M. Colleprefs enfeigne d’autres moyens de s’alfurer de la porolité de l’ardoife: il confeille de la plonger perpendiculairement dans un vafe rempli d’eau , de façon qu’une partie de l’ardoife déborde, & qu’il n’y ait pas allez d’eau pour recouvrir entièrement cette ardoife : fi au bout de quelque tems l’on examine cette ardoife, & qu’on ne la trouve pas beaucoup mouillée au-deftùs de la furface de l’eau, la pierre fera jugée de bonne qualité ; au lieu qu’elle fera d’autant moins à préférer, que la furface au-delfus de l’eau fe trouvera imbibée , parce qu’alors elle fera d’un tilfu plus lâche & plus fpongieux.
- 231. M. Colleprefs ajoute encore des preuves de la qualité de l’ardoife, tirées de la couleur & defon poli. Il veut que les ardoifes d’un bleu clair foient moins-fujettes à s’imbiber d’eau, que celles qui font d’un bleu obfcur ou foncé, & que ces dernieres foient toujours moins folides & de moindre durée.
- 232. Le poli provenant de fa dureté peut fervir de cara&ere alfez jufte
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- polir juger de fa qualité : la couleur bleue obfcure ou mêlée, efl aufîi une marque affez confiante d’une mauvaife ardoife. Le bleu clair, dont parle M. Colleprefs, peut être aiTez général aux bonnes ardoifes d’Angleterre ; mais la couleur des nôtres varie beaucoup , quoiqu’elles foient également bonnes : les plus noires font cependant allez généralement les meilleures.
- 233. Entre les chofes qui relient encore à fouhaiter à ceux qui entreprennent le travail & le commerce de l’ardoife , il leur manque, à ce qu’il nous a paru, des indices certains pour connaître le terrein qu’ils doivent fouiller, & qui contient de bonne ardoife : il leur faudrait des moyens plus commodes pour l’exploitation ; ceux qu’ils emploient pour puifer l’eau , peuvent acquérir quelques perfe&ions. Ne pourrait-on pas encore trouver des moyens plus expéditifs pour fendre & pour tailler1 la pierre , & fe fervirde machines qui épargneraient des fommes confidérables en main-d’œuvre ? Ne devrait-on pas lailfer tremper dans des réfervoirs d’eau les blocs d’ar-doife, pour avoir autant & plus de facilité à les fendre, lorfqu’il y a long-tems qu’ils ont été tirés de la carrière ? Enfin les entrepreneurs délireraient qu’011 tînt la main à l’exécution, des réglemens donnés pour contenir les ouvriers d’en-haut, qui leur font fans cefle la loi. Ils ont en leur faveur Un arrêt du 2 janvier 1749, regiflré au parlement, qui n’eft pas fuivi. Ce font là à peu près les parties qui nous ont paru plus fufceptibles de perfeélion dans l’art de tirer, de fendre & de tailler l’ardoife, & les moyens qui peuvent, ce fernble, contribuer à favorifer cette eipece de commerce utile à la fociété. ‘
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- Planche I.
- a i a vignette repréfente line carrière d’ardoife ouverte 8c en oeuvre : on la fuppofe coupée pour que l’on puiife voir les ouvriers dans l’aétion de leur travail.
- 38j 385 38 s eftun des côtés de la carrière ou perriere. Le haut du def. fin repréfente le niveau du terrein ; 26, 27 & 28 » forment le fécond côté de la carrièrej 1, 9, 12, le troifieme côté; le quatrième n’a pas été re-préfenté fur le delîin, pour qu’on pût voir la carrière ouverte.
- 3T 5 36* 37j marquent le fond de la carrière où l’on travaille à retirer des blocs d’ardoife.
- 1, 2, 3, 4, 5 , &c, jufqu’à 13 , repréfente une quantité de blocs po. fés les uns fur les autres, & que l’on a déjà tirés de la carrière, ou, en termes de l’art, les foncées.
- On laiife ainfi pendant un tems des gradins à chaque foncée, pour qu’en appuyant une échelle de l’un fur l’autre, les ouvriers , par le moyen de plufieurs échelles ainfi diipofées, puilfent monter & defcendre facilement} mais comme les gradins, quand on a enlevé plufieurs foncées, diminueraient beaucoup le fond de la perriere, fouvent on les ôte. Quand la foncée in. férieure efi parvenue au gradin fupérieur, on enleve ce dernier. Dans le defiin, on a repréfenté les gradins ôtés depuis la première jufqu’à la lieu-vieme foncée, & on les laiife fubfifter depuis le dixième jufqu’au treizième.
- Sur un des côtés de cette perriere , on a ôté tous les gradins, & on a laiifé des confolles 8c des banquettes 26, 27, 28» pour parvenir avec de grandes échelles au haut de la carrière.
- 20, 21, tranchée que les ouvriers’forment pour commencer une foncée, 8c en détacher les blocs d’ardoife : c’eft en continuant ainfi le même travail, que les ouvriers parviennent à vuider la carrière, en enlevant de nouveaux blocs qui ont différentes hauteurs, mais qui ne peuvent pas avoir plus que les neuf pieds que l’on donne à la tranchée. Les ouvriers formeront dans cette carrière que l’on a deiTmée, la quatorzième foncée.
- 1S 1T » ouvriers qui enfoncent des coins ou quilles, 8c qui les mettent dans les disjoints ou délits qui féparentles blocs. Pour travailler à les abattre, les ouvriers cherchent à reconnaître ces disjoints. On nomme cette opération, faire le chemin ou enferrer.
- Les coins ou quilles étant ainfi enfoncés, les ouvriers 14, 14, 14, 14»
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- frappent deffus pour les faire entrer, & détacher les blocs d’ardoife. Quand le bloc, par fon disjoint, a de grandes dimenfions, & qu’on veut 1 abattre tout entier, on emploie un grand nombre de coins, & auffi un plus grand . nombre d’ouvriers pour les enfoncer. Chaque ouvrier a fon coin, & ils s’entendent pour frapper tous en même tems : leurs mouvemens doivent s’accorder, pour que tous ne faflent qu’un même coup.
- 16, 17. Quand les blocs font abattus, rarement tous ont-ils. la hauteur de ,1a foncée 5 il s’en trouve dont les disjoints ont produit leur réparation de la maffe, vers le milieu ou les trois quarts de la foncée. On diftribue pour lors des ouvriers qui vont, avec les pics & les pointes, abattre1 les Blocs qui font reliés, ce qu’on appelle ranger les écots. Quand les blocs portent d’affez grandes dimenfions pour en former de l’ardoife , on les abat avec des coins qu’on nomme alignoirs, ou avec les quilles ; finon on les rompt en petites parcelles avec les pointes, & ces fragmens font partie des vuidanges.
- 20, 21. Dès qu’une foncée eft établie, & qu’on a formé la tranchée qui doit la commencer, on pratique,.aux extrémités de cette tranchée , une cuve ou un réfervoir, où l’eau de toute la tranchée doit fe rendre.
- Pour former cette cuve, & puifer l’eau qui s’y ramalfe dans le tems qu’on la creufe, on fe fert d’une bafcule 18 , qui transporte l’eau dans le puits 32* d’où elle eft élevée par le moyen des machines 31, 31,31.
- 38s 38 5 38 s maçonnerie qui commence au niveau du terrein, &.même un peu plus haut, & fe termine à la carrière d’ardoife. Ces murs fervent à foutenirles machines dont on fe fert pour élever l’eau & pour enlever les blocs d’ardoife & les vuidanges au haut de la perriere. Nous verrons dans la planche II les détails de ces machines ou engins , ainfi que de la bafculei
- On voit, à différentes diftances de ce mur, des pièces de bois 3 8 , 3 8 » retenues par des tirans ou clefs de fer qui entrent dans le mur, & lui'donnent de la folidité.
- 32, puits où fe raffemble l’eau d’une partie de la carrière. On augmente le nombre de ces puits, & on emploie plus ou moins de machines d?épuife-ment, fuivant que la carrière fournit plus ou moins d’eau.
- 26. Quand les machines 31 ne fervent pas à Pépuifement, on les emploie, à tirer les blocs d’ardoife &les vuidanges ou parties inutiles, & à les élever au haut de la carrière.
- L’ouvrier 2f attire, à l’aide d’un crochet, la cailfe ou baflîcotle long du tas de pierres 23 , d’où l’ouvrier les prend pour en emplir ce bafiîcot
- 24, ouvrier-hottier qui porte les blocs ou les vuidanges à l’ouvrier 23 * qui doit en charger le bafîicot.
- 29,-caiffe ou coffre aux outils,'fermant à clef : les ouvriers y renferment tous les foirs leurs outils , pour qu’ils ne rifquentpas; d’être dérobés.
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- 22, ouvriers qui forment des tas des fragmeus ou vuidanges, pour en charger d’autres ouvriers qui doivent les approcher du chef de la carrière où font placés les engins, & où defcendra le bafficot (29).
- 30, Ancienne fouille que l’on trouve fouvent dans certains terreins des environs d’Angers. O11 peut regarder cesAarrieres comme les premières d’où l’on a tiré de l’ardoife; elles font peu profondes, & n’annoncent qu’un travail prefque fuperficiel & fort imparfait.
- 33, forge nécelfaire pour réparer les outils y 34, retraite pour les ou-vriers. On fe fert auffi de ce réduit pour y réparer les machines , bafficots, féaux, &c. & l’on nomme cet endroit la vaille,.
- Le bas de la planche rend quelques parties de la vignette plus en grand &plus détaillées.
- OM, MO , repréfente une foncée plus en grand : MO, fait voir les dé. lits des blocs où l’ouvrier place les coins ou quilles N, N, N, N.
- A, cuve pratiquée aux extrémités de la foncée.
- C, C, C, C, différentes rigoles par lefquelles l’eau vient fe rendre à la cuve A.
- IELH, partie d’une foncée repréfentée en hauteur & de profil pour faire appercevoir la pente de la carrière d’ardoife, & la direction des blocs, ainfi que des feuillets d’ardoife qui les compofent. Ces feuillets font prefque perpendiculaires à l’horifon ; leur inclinaifon n’eft que de vingt pouces fur neuf pieds ; ainfi fur chaque foncée de G en H, il y a vingt pouces , comme de F en E. On voit, 'par cette figure, que d’un côté de la foncée LH, le bloc qu’on abattra doit tendre à tomber dans la foncée ; au lieu que de l’autre, côté de la foncée, IE, la bafe du bloc eft dans la foncée, & la tête I s’é-j loignedela perpendiculaire. Tous ces blocs font formés deplufieurs feuillets parallèles les uns aux autres , & par conféquent prefque perpendiculaires à. l’horifon (30). j
- R, pic ou fécond marteau dont on fe fert pour frapper fur les coins de [fer appelles alignoirs, ou fur ceux qui étant plus grands font appellés quilles (31).
- (29) Ces ouvriers emploient pour cela üne pelle de bois creufée , & garnie vers les bords d’une plaque de tôle , ou d’un fer plat.Cette bordure doit être attachée au bois par des doux rivés.
- ($o) J’ai retranché dans la pretnierep/art-che la figure d’une échelle pour monter d’une foncée à l’autre , ou d’une confolle à la banquette fupérieure. Les échelles font faites de pièces de bois équarries , qui ont depuis douze pieds jufqu’à trente. On conçoit
- qu’elles doivent être fortes & folidement pofées. Les échelons doivent être propor. donnés à la charge qu’ils ont à porter.
- (91) Ces marteaux different des pointés , parce que celles-ci font plus petites. La pointe eft deftinée à former la tranchée qui commence une foncée ; fon manche eft très-faible , gros comme le doigt. La pointe du marteau fait avec le manche un angle obtus à l’aide d’un coin qu’on nomme à Angers l'angrain.
- Y,
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- Y, coin ou quille de fer qui fert à abattre les blocs : 011 en place ainfi plufieurs fuivant la ligne tracée & indiquée par les disjoints. Quand une quille eft- entrée fuffifamment, 011 en met une fécondé, & enfuite. une troi-fleme derrière, pour faire partir le bloc... 1:
- S. Quand le bloc eft du côté de la carrière où ion inclinaifon 11e le porte pas à tomber dans la foncée, 011 fe fert, pour l’abattre, d’un cifeau de fer grand de lame & de manche (32). !
- k, double crochet de fer, qu’on nomme à Angers tranche. On s’en fert pour tirer les blocs les uns de deifus les autres (3 3).
- V,T, Z, coins de fer, dont on fe fert de pour abattre les parties des blocs qui reftent à la foncée ; 011 fe fert de coins plus ou moins grands , fuivant les parties des blocs & la grandeur de ceux qu’il faut abattre : les plus grands Z fe nomment fers ; les fécond T , fers moyens ; les derniers V, alignoirs. |j
- a ,b ,c,d, décharge du baflicot, que l’on établit au haut de l’engin, à l’ouverture des machines qui fervent à l’épuifement.
- b, c, traverfes qui portent un bâti fait de planches alfemblées. Ce bâti fe meut fur une cheville. On appuie le baflicot fur l’un ou l’autre de ces bâtis, fuivant que l’ouvrier qui le doit déchargerA, eft de l’un ou de fautif côté de l’ouverture du puits qu’on nomme lumière.
- e} grande hotte deftinée à porter les vuidanges (34). -ai- / -
- Planche II.
- La première vignette repréfente une des machines deftinées à élever l’eau, les blocs & les vuidanges , du fond des ardoifieres.
- . Toute la machine eft foutenue;par. deux poutres qui font arrêtées par une de leurs extrémités dans le mur, ou un des chefs de la carrière ; l’autre extrémité eft faillante fur la carrière. Dans le deflin, on ne peut voir qu’une de ces poutres A X, où elle ëftrepréfentée dans toute fa longueur: ces poutres font retenues par des arcboutans B. . w
- i ' Sur ces poutres s’élèvent quatre montans E, E, G, G, alfemblés avec les chevrons HL, HL, qui répondent fur la traverfe LL; cette traverfe eft fou-
- (32) On fe fert encore d’une barrérde fer, defcriptions ont cru devoir rapporter Sidéen forme de levier , ou de pied-dé.chèvre ; crire jufqu’au moindrepetitoutil. ' *
- .on y attache une corde que plufieurs hom- (34) On en a aulfi une plus plus petite , mes tirent. Cet outil fe nomme levre parmi dont le doüier eft plus haut, Elle fert à por-les ouvriers. ter les blocs, & à les approcher des engins.
- 1 (3 3) Si lesblocs font gros-, d’ouvrier au- 11 femble* qu’on Te'fendrait avec bien de rait bien plus: d’avantage /de .les rouler, à l’avantage , de traînaux portés fur des rou-^prce devras. Je remarque qqejes Français Jettes fort baffes , comme j’en vois au fond multiplient ainfi fans néceflité les inftru- de nos carrieres. de Suiife. . mens. Peut-être aufli que les auteurs de ces -i. -ïd'.i •,
- Tome IV% G g
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- UE L'EXT L OI T A T I 0 N
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- tenue par deux potences LM, LM, bien arcboutées par en-bas.
- ACE^, auge dans laquelle fe vuident les féaux. On y voit les crochets I & 2, & la façon dont on les retient plus haut ou plus bas au moyen des dordes deftinées à relever le crochet ou à fabailfer , en l’empêchant de varier à droite ou à gauche.
- ... F, ouverture par où l’eau s’écoule.
- O Q_, arbre vertical & tournant, dont l’extrémité fupérieure |entrej_dans la traverfe LL, & l’autre porte far une crapaudine O.
- R, S , tambour furd lequel fe roulent les cordes PS, PR, dont l’une s’enveloppe fur le tambour tandis que l’autre fe déroule, fe P ,P, poulies fur lefquelles palfent les cordes.
- f Y, bafficot ou caiife que l’on remplit de blocs d’ardoife, ou de vuidanges. L’une des cordes PR, qui eft roulée fur le tambour, a élevé le bafficot dans lequel l’ouvrier Z, prend les blocs d’ardoife, & en charge un autre ouvrier, qui va les porter à l’endroit deftiné à les fendre & à les tailler (35).
- _ L’ouvrier qui doit décharger le bafficot, ne fait que l’attirer à lui, £ms le décrocher 5 il le frit palfer ihr un chaffis de bois qui ferme la lumière ou l’ouverture du puits: on le nomme décharge.; il eftrepréfenté,planche I, en abcd. Le bafficot étant monté, l’ouvrier, pouife au-deffous une de ces tra-verfes. Il ôte un des côtés du bafficot, le nettoie, & ne le détache de la corde, que lorfqu’il veut luifubftituer un feau propre à.monter de Peau, au lieu de blocs ou de fragmens d’ardoife.
- Quand en plvice d’un bdfficot, comme 011 l’a ici repréfenté, la machine doit élever de l’eau , 011 fubftitue un feau , comme nous venons de le dire; 'ce feau plein d’eau monte jufqu’aux crochets 1, 2 , où il s’arrête ; le crochet le retient par un rebord de fer circulaire, qui furmoiite fon ouverture. Le cheval marchant toujours , le feau eft obligé , après avoir fait la bafcule, de fevuider & defe renverfer dans l’auge CC; &de là Peau s’écoule par la conduite X pour s’aller perdre dans les terres (36).
- La fécondé vignette repréfente une carrière de Bretagne en œuvre. On creufe peu ces carrières.
- t 1 ^ouverture de la carrière, qu’on augmente en la fouillant, à mefure qu’on parvient à une pierre de meilleure qualité.
- .2, 3,4» différentes foncées; 5, ouvrier qui enleve les blocs : on y met les coins fuivant la dire dion de l’ardoife, qui eft prefque honfontale.
- “• 'QO Ces tranfports fe feraient d’une ma- cédente que par la pofitionfduJ tambour & niere bien moins coûteufe & avec moins de parce qu’elle'eft renfermée fous un toit. On bras, fi l’on fe fervait de tombereaux. donne particuliérement à celle-ci le, nom
- (36) On a une autre machine, deftinée d’engin.''' : ;i
- aux mêmes ufages, qui ne différé de la pré- ,1 : - i / j-
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- DES CARRIERES D'ARDOISE. ^
- ? » î » S » ouvriers qui fe fervent de pinces, ou de longues barres de fer, pour enlever les blocs,
- ii, 12, ouvriers qui enlevent les blocs ou les planches d’ardoifes fur leurs épaules.
- 7, ouvrier qui puife l’eau avec un feau j il le porte à un autre ouvrier 8, qui l’accroche, & l’arrête à une extrémité de la bafcule, ou du trait 14, qu’un autre homme ou deux 13, placés à l’ouverture de la carrière, enlèvent à l’aide de cette machine.
- 10, partie d’une carrière que l’on remplit de vuidanges ou de fragmens inutiles : 9, ouvrier qui porte ces vuidanges.
- Le bas de la planche repréfente certaines parties plus détaillées : A, le feau qui fertà élever l’eau, delîiné plus en grand; 44, ff, ferrure quifert à retenir les différentes pièces qui le compofent, & à empêcher qu’elles ne fe brifent en touchant les parois de la perriere.
- 20, anfe qui fufpend le feau aux trois quarts de fa hauteur, & qui tient à deux tourillons retenus chacun par une clavette de fer, comme on le voit en 3.
- L’anfe eft attachée & retenue à la corde par le moyen d’un crochet ap-pellé kavee, & d’une cheville de fer 20, qui traverfe ce crochet par-deflus l’anfe.
- b b b, cercle de fer qui entoure & furmonte l’ouverture du feau ; c’eft par ce cercle que le feau eft accroché & retenu par le crochet attaché à l’auge du puits, & qui doit lui faire faire la bafcule.
- c, eft le même cercle de fer qui furmonte le feau, que l’on voit ici féparé.
- def g, le même, garni des parties qui fervent à le fixer au feau : h & i, font ces parties encore plus détaillées.
- A, l’anfe du feau. A Angers l’on fe fert d’un vailfeau nommé pipe, qu’on garnit de frettes de fer. Nous avons cru devoir faire graver une autre forme de feau, comme plus convenable pour cet ufage.
- L M, feau propofé à la place de celui qu’on emploie communément à Angers.
- O, anneau de fer qui furmonte le feau. Celui-ci ne forme pas lin cercle régulier ; il eft élevé vers les côtés où font placés les deux tourillons qui le fufpendent. i
- M, partie la plus balfe de l’anneau. Ce feau ne fait la bafcule que lorfque le crochet parvient à cet endroit.
- NN, PP, brinqueballe nommée conducteur des féaux : les chaînes de ces féaux ont une direction convenable pour être failles par les crochets. Ce conducteur eft mobile fur les points NN, qui permettent aux féaux de fortir de la perpendiculaire, quand cela eft néceifaire. Ce conducteur fert aulîi à empêcher que les féaux ne remontent trop haut, fi par quelque accident ils n’étaient pas faifis à propos par les crochets.
- G g ij
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- *3<5. ^ D.E V E X P L O I T A T I O N
- 21, gros bloc d’ardoife,. dans lequel on a pratiqué une ouverture pour y palfer un crochet de fer attaché à la corde, pour l’elever au haut delà carrière, ce crochet fe nomme havet.
- yy, uu, ii, cailfe ou baflicot deftiné,à porter au haut de la carrière les blocs d’ardoife. Les planches en font affemblées & retenues par de fortes bandes de fer. Un des côtés du baflicot peut s’enlever, en ôtant les deux clavettes qui le retiennent î ce qui donne la liberté de le nettoyer. Les ouvriers'appellent ce côté lucet.
- yy, &,, l’anfe du baflicot formée de deux cordés dans lefquelles palfe le crochet, ou les deux tringles de fer courbes.
- P l anche III.
- La vignette repréfente un attelier d’ouvriers qui fendent & taillent far-, doife. Ces ouvriers s’établiffent ,1e plus près qu’ils peuvent de l’ouverture de là carrière. -,• ^; ,-:i [,:il »
- d, e , f, bâtimens nécelfaires pour le ferviGq.de la carrière j favoir', la forge, & un autre petit bâtiment qu’on nomme la vaille,, pour la réparation des .machines. >Cte ( dernier, fert de retraite aux ouvriers..^
- p l y conduite de Peau qu’élevent les machines d’épuiiement. b y b ,b, c, amas de vuidanges quiforment des elpeces de montagnes autour; de la carrière;. . , -
- 1, hottier, ouvrier chargé d’une hotte, qui apporte les blocs aux ouvriers-
- fendeurs. . .;> ;
- g, g, blocs qu’on approche des ouvriers-fendeurs.
- 2, premier ouvrier-fendeur, qui pofe le bloc le long de la cuifle gauche,
- & qui.tient de la main gauche fon cifeau, & frappe delfus avec le maillet qu’il: a. à .la main droite: :j • *
- 3 , le bloc ainfî fendu palfe à un ouvrier 3, qui le divile pour lui donner les dimenfions d’une ardoife degrand échantillon. O11 appelle cette opération faire, les. repartons. , > .y j . ,
- 4, ouvrier qui tient les blocs ou les: repartons entre fes jambes , & les divife en feuilles minces propres à former deTardoife.il en fait du contre-fendis & du fendis. ./
- R, S, différens cifeaux dont le fervent des .fendeurs.
- ... . fy les feuilles/font données aux taflleurs^f,^ le tailleur aflis, tient le chaput çntre les jambes étendues. -, '.i-fsDï, m jr- 1
- M, tailleurs;,qui font à l’abri , du vent & du fojeii pailla .claie n n qu’ils , ont derrière eux. , d.'j.ûr
- î1d ardoife fortantdes mains de fouvrier-fendeur. • 2.3{ . ,
- 6, ouvrier-compteur occupé , à prendre d’ardoife 4es mains ries tailleurs, & à les arranger en tas, 1 ;
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- DES C A R R I E R E S D'A R D O I S E. 237
- '*
- 8 5 8 î ouvriers-hottiers qui portent les vuidanges, & en font des amas qui entourent fouvent la carrière.
- Le bas' de la planche offre les mêmes parties rendues plus en détail.
- A, A, B, B, B, cuirs ou chiffons dont les fendeurs enveloppent leurs jambes pour retenir ferme les blocs d’ardoife qu’ils doivent féparer.
- B , B , B , cordons qui fervent à attacher ces efpeces de guêtres.
- CC, cifeaux pour faire les repartons & la prife.
- c c c, cifeaux propres à fendre l’ardoife : le plus mince de ces cifèaux fert a former les fendis.
- D, nœuds qui fe rencontrent dans les maffes de la pierre d’ardoife, & que l’on nomme chats.
- EF/, bloc que l’on doit partager: l’ouvrier le divife toujours fuivant la moitié de fon épaiffeur.
- La croûte ou les deux luperficies des blocs EF, «/, font ordinairement tachées, & ne peuvent fournir que de l’ardoife poil-taché.
- N, bloc quife trouve partagé dans la carrière par une veine ou par quelques corps étrangers qui interrompent fa divifion, & empêchent qu’on ne puiffe former un feuillet de toute la hauteur du bloc.
- ROPQj billot fur lequel on taille l’ardoife : on l’appelle à Angers le chaput.
- PP, entaille faite au billot fur lequel l’ouvrier place fon ardoife pour la tailler.
- TV 5 outil appellé doleau, avec lequel l’ouvrier-tailleur coupe fon ardoife,
- XY, le même outil féparé de fon manche Y.
- ZZ, feuillets d’ardoife non taillés.
- &&, feuilles d’ardoife taillées d’un côté.
- 1,2, différentes formes que l’on donne à l’ardoife en la taillant.
- 12, ardoife gros-noir; ardoife quatree.
- 18 î ardoifes arrondies par un de leurs côtés, 8c que l’on nomme ardoifes en écailles.
- 23 , 23 , ardoifes encadrées 8c. polies, dont on fe fert pour tracer deffus avec delà craie telle figure que l’on veut(37).
- 8,9, 10,10, ardoifes du nV 1,, taillées & arrangées par tas, pour être comptées par l’ouvrier-comptêur.
- 13, 14, 15, 16"vardoifes du n°. 2, arrangées par t'as, 8c où le même ouvrier-compteur a foin de marquer le. nom des ouvriers qui les ont travaillées.
- ri a, cifeau dont les fendeurs de Rimogne en Champagne, fe fervent pour divifer les blocs & les réduire à l’épaiffeur d’une ardoife.
- (•*7) Ce font des ardoifes àinfi encadrées, qui font le principal objet du commerce , dans le canton de Glaris.
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- 238 DE L'EXPLOITATION
- I ' ...I
- TABLE DES MATIERES
- & explication des termes propres à l'art de tailler ïardoife.
- L <"
- S*
- A
- j^SlCIDES ne caufent aucune fermentation dans les fchiftes , note 2$.
- Aligner une carrière (en allemand, einen Steinbruch richten ). C’eft la dreffer. Quand on fait l’ouverture d’une ardoiliere pour former fes murs & commencer les foncées , on enleve des blocs fuivant le fens & la dire&ion des feuilles d’ardoife qui les compofent. Cette manœvre Je nomme aligner la carrière, ou la drejfer ,§.97.
- Alignoirs , efpece de coins de fer : ce font les plus petits dont on fe fert pour ranger les écots, c’eft-à-dire , abattre les fragments, ou parties de blocs qui font reliés le long de la foncée qu’on travaille, fo. Voyez planche/, V. & les mots fer, écots.
- Alluchon s ( en allem. Zahne ), dents ou pointes attachées à une roue ou rouet, dont l’ufage eft d’engrener entre les fufeaux d’une lanterne, 95%
- Alluyions.L’ardoife & toutes les pierres graveleufes fe trouvent dans les montagnes formées paraliuvion, note y.
- Alun ( en ail. Alaun ), fel neutre , formé par la combinaifon de l’acide vitriolique, & d’une terre qui eft propre à l’alun , & qui lui fert de bafe. Cette terre fe rencontre dans certaines ardoifes 3 & en y ajoutant
- l’acide vitriolique, on fe procure de l’alun ,204.
- Anciens. Maniéré dont ils couvraient leurs édifices , 2.
- Angers : on y trouve beaucoup de bonnes carrières d’ardoife ,6,7,8*
- Ardesia , ardéfia tegularis, menfalis, note 1.
- Ardoise ( en allemand Schiefer, en fuédois Skifwerjlein ), pierre qui fe leve par feuilles ou par lames min-ces, & qui fert à couvrir les toits: c’eft une efpece de fchifte. Ses caractères généraux , note 1. Cara&eres
- * particuliers de celle du canton de Glaris, en SuiiTe , note 2. A quelle profondeur elle fe trouve , 12, ij\ Étymologie de ce mot, 206. Expé-riences à faire pour pouvoir décider à quelle claffe elle appartient, note 26. Elle ne pétille point au feu, note 28* Les différentes fortes d’ardoifes, fous les mots poil-noir , poil-taché, poil-roux, écailles, &c.
- Argent qui fe trouve dans les carrières d’ardoife, 205.
- B
- Banc de pierre ( en al!.Steinbank). La pierre commune , dans les carrières , eft ordinairement par lits 0% par étages.J
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- DES CARRIERES & ARDOISE. 239
- Baquet ; c’eft une caifîe quifert à enlever les blocs ou les vuidanges : on le nomme ordinairement bajjicot. Voyez ce mot.
- Bardeau. Les Romains en couvraient leurs maifons dans les premiers fie-clesde larépublique, 2.
- Bascule (en allemand Schwengel), ef-pece de levier dont on le iert pour puifer l’eau d’une foncée, quand on creufe une cuve , ou pour tirer l’eau de certaines carrières de laBre-tagiie, qui ne font jamais profondes , 7y. On l’appelleau&trait, 73. Voyez planche 1, vignette , 18.
- Bassicot (en ail. KaJlen^Kübel), efpece de cailfe deftinée à enlever les blocs du fond de la carrière , & les monter à la fuperficie du terrein , par le moyen des machines à épuifement , 97. Planche II, fécondé vignette , Y.
- Bertos , anfes du bafficot, faites de corde ou de fer, dans Ielquelles paife le crochet appellé havet 9 qui alfu-jettit cette caille à une des extrémités
- « de la corde que conduit la machine à épuifement,planche II, 20.
- Bertrand, di&ionn. desfojjiles, cité note 1 & note 6.
- Bettschwanden , village du canton de Glaris, en Suiife, où l’on a découvert une carrière d’ardoife, note 2.
- B I L LO T ( en allemand Klotz)t pièce de bois cylindrique , dont les tailleurs d’ardoife à Angers fe fervent pour couper leurs ardoifes, 8: les rondir. Planche III, RO PQ, A Angers ilfe nomme chaput.
- Bloc ( en allemand Block ). Ici, bloc s’entend d’üne pierre d’ardoife , telle qu’on la tire de la carrière, & qui ' 11’a pas encore été divifée ni réduite en feuilles minces ,51.
- Boussole ; ufage de cet infiniment
- dans les carrières d’ardoife, note 21.
- Bottendorff, dans laThuringe, endroit où il y a beaucoup d’ardoifes, note 2f.
- Bromel range l’ardoife dans la clalfe des pierres calcaires, 214.
- C
- Carreauxd’appartemens, d’ardoife, ry4.
- Carriers (en allemand Steinhrecher), ouvriers qui travaillent à une carrière d’ardoife. On ne donne ce nom qu’à ceux que l’entrepreneur emploie pour retirer les vuidanges d’une carrière d’ardoife , y faire les tranchées, &C. O11 les nomme aulfi journaliers , parce qu’ils loin iou-vent payés à la journée. Les auttes font appellés ouvriers d? en-haut, ou ouvriers d'en-bas, fuivant le pofte où on les occupe.
- Carte des endroits de l’Europe où fe trouve le fehifte, parM. Guettard , 188.
- Chaisf. (en allemand Tragfejfel)>cage ou chafïis de bois , dans lequel on defeend un ouvrier par le moyen d’une chevre, quand on a négligé quelque partie du fond de la carrière , & qu’on veut la reprendre ; maison n’emploie ce moyen quelorf-qu’il ne s’en préfente point d’autres* pour y parvenir commodément 9 iog.
- Chambrée, Les ouvriers difent qu’ils font en bonne chambrée, quand ils travaillent une bonne veine de pierre d’ardoife , 6
- Chapeau du bâti de l’engin ou machine à épuifement, 94, note 13.
- Chaput , billot de bois entaillé fùrfa furface fupérieure, fur laquelle les
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- D E D E :K P L 0 I T A T I 0 iV
- tailleurs pofent leurardoife, &l’é-quarrifent, ou, en ternie d’ouvriers, la rondijfent, 155. Pl. III, RQPQ.
- Charbon de terre employé dans lés forges des carrières établies à Angers, 57.
- Charbon de terre qui fe trouve dans les carrières d’ardoife, 209.
- Charleville, endroit où il y a des ar-doifieres fort profondes, 16, 162.
- Chariots utiles pour tranfporter les blocs d’ardoife , 201. )
- • Chats ( en allemand Katzen), matières étrangères , fou vent de la nature du quartz', qui fe rencontrent dans l’ardoife, & la rendent défedlueufe , parce qu’elles s’oppofent à la divi-
- : fion des feuillets , 6.3, 150. Planche
- III, D.
- Chaumont, petite ville de Champagne , où il y a des carrières d’ardoife , 33.
- Chef (en allemand Hauptmaur ) , côté de la carrière que l’on coupe prefque à pic , & fur lequel on éleve une maçonnerie , depuis la pierre folide de la carrière jufqu’un peu au-deffus du niveau du terrein : c’eft fur ce mur , qu’on conftruit les machines d’épuifement & les engins, 42, y3. Voyez/;/. /, &pl. H.
- Chemin ( en allemand Weg). Faire le chemin , c’eft examiner les disjoints
- . -des blocs pour y placer les coins ou quilles, 44. On nomme auffi cette opération , enferrer. Voyez pl. 1, vignette, 1 f , 1 f.
- Chevaux néceflaires au jeu des machines, îog.
- Chevre ( pied-de-), machine en ufage pour élever de gros fardeaux , n. 32.
- Ciel ouvert ( en allemand freyer Himmsl). On dit que l’on travaille les carrières d’ardoife à ciel ouvert s
- quand l’ouverture fupérieure eft aufli large que le fond de la carrière,27.
- Ciseau (en z\.Mei]Jen, Schroteifen)ou-tildontfe fervent les ouvriers pour féparer &divifer les blocs , 124. Les ciiéaux que l’on emploie pour travailler l’ardoife, ont différens noms, tels que cifeau à crener , cifeau à re, partons, & cifeau à fendre. Voyez P explication des figures. I
- Cofine ( en allemand Krummung), L’ardoife cofine eft celle qui eft con-vexe : cette forme la rend propre à couvrir les dômes, les tourelles, &c, 146.
- Coin (en allemand Kiel), piecedebois ou de fer, aiguë par une de fes extrè-mités , qui fert à fendre, preffer, ou élever d’autres corps. Les coins fer. vent ici à différens ufages qui leur ont fait donner divers noms : les plus grands fe nomment quilles} les moyens, fers} d’autres moindres, fers moyens j & enfin les plus petits, alignoirs. Planche III , CC, ccc, aa.
- Compteur (en allemandZahler). L’ouvrier.compteur eft celui qui a la confiance de l’entrepreneur , & qui eft chargé de recevoir les ardoi-festaillées des mains de l’ouvrier, de les ranger, de les compter, & de les mettre en état,d’ètre vendues, ip.
- Conduiseur ( en allemand Begleiter). C’eft celui qui fe tient toujours au haut de la carrière , près la machine d’épuifement, à l’endroit que l’on nomme la lumière. Quand cette machine eft en mouvement, il conduit le baffiçot pour empêcher qu’il ne fe heurte ; ou fi c’eft un feau , pour
- -le diriger de façon,qu’il fe; préfente
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- DES CARRIERES D A R D 0 I S E. 241
- au crochet qui doit lui faire faire la bafcule, 99.
- Consoles (en allemand Tragfteine), parties d’un rocher d’ardoife qu’on laide en faillie dans un des angles de la carrière, pour fervir a y établir des échelles. Voyez pl. I, vignette,
- 26,27,28.
- Contre-fendis (en allemand Gegenf-paltung ). C’ell une des divifions des blocs d’ardoife : ces blocs partagés d’abord dans le fond de la carrière en crenons , font portés au haut de la carrière , où l’on en fait des repartons : on divife ces repartons fuivant leur épailfeur, & l’on en forme des contre-fendisj ceux-ci font enfin partagés encore , & ce font des fendis, 123.
- Cosse [ en allemand Schaale ]. On nomme ainfi la fuperficie du rocher' de fchifte ou d’ardoife,dépouillée de
- . la terre qui le recouvrait, 28.
- Couleur des ardoifes , 199, 200. Elle lert à en connaître la qualité, 231.
- Coupes [ en allemand Abhauungen ], parties du rocher abattues : 011 refait fouvent une coupe fur une partie de la carrière qu’on avait négligée.
- Coupe d’une carrière exploitée, note
- ï7.
- Craffe. A Rimogne, les ouvriers nomment ainfi un banc de terre ou , de mauvaife pierre interpofée entre celle d’ardoife, qui nuit à l’exploitation de la carrière , & qui oblige fouventde l’abandonner, 163.
- Cramer cité ; il croit l’ardoife vitri-fiabie ,214.
- Crapaudine [ en allemand'Planne ) , ' pièce de fer ou de cuivre, dans laquelle tourne un pivot. On la nomme encoregouette ou grenouille.
- Crenons , nom que l’on donne à la Tome IV.
- première divifion des blocs d’ardoife, qui fe fait dans le fond de la carrière , & qui les rend plus aifés à transporter hors de la carrière, 67,97. Voyez contre-fendis.
- Crochets de fer emmanchés au bout d’un bâton, qu’on emploie pour retirer les blocs les uns dedelfus les autres, 48.
- Cuivre. Mines de cuivre qui fe trouvent dans quelques carrières d’ardoife, note 7.
- Cuve ( en allemand Kufe'). On nomme ainfi un trou ou toute autre ouverture quarrée ou redlangle , pratiquée dans le fond de chaque foncée, le long du principal chef de la carrière , fur celui qui porte lesma-c chines ou engins : c’ell là que l’eau
- i- fe ralfemble pour être vuidée par dés bafcules ou des engins, 72. Voyez pl. 7, vignette, 20, 21. Bas • de la planche, A.
- D
- Décharge , bâti en bois que poufie le condu&eur fous le baflicot, quand la machine l’a élevé au haut de la carrière : ce bâti fupporte alors le balïicot, & donne la facilité aux 1 ouvriers de détacher le lucet pour vuider le baflicot & le nettoyer , 99.
- Décomeres [ en allemand Schutt ]. C’ell principalement ce qu’on enleve du delfus dé la carrière avant de parvenir à la bonne pierre : on donne aufli ce nom aux fragmens de pierre inutiles. A Angers, on les appelle vuidanges ,11. Elles fervent à indiquer les lieux oùil y a eu àutre-. fois d’ariciennes carrières , 11.
- Défauts de l’ardoife : moyen de les connaître, 222.
- Hh
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- DE L'EXPLOITATION
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- Délits [en allemand Lagen], joints qui fe trouvent dans la malfe des pierres d’une carrière. Comment ils fe font formés, 31. On voit ces délits à lafurface des foncées ; c’eft dans ces joints, que l’on place les coins ou quilles. On nomme cette opération faire le chemin ou enferrer. Voyez pl. 7, M, O.
- Dez [ en allemand PFürfel], efpece de pyrite, commune dans lesardoi-fes deMézieres relie afte&e dans fa cryftallifation une forme cubique qui reifembleaux dez à jouer, 175. Voyez pyrite.
- Doleau ( en allemand das Abfch-lag ), outil dont fe fervent les tailleurs d’ardoife pour tailler & couper fardoife, & lui donner une forme convenable , 133. Voyez l'explication des figures. A Rimogne, le même outil fe nomme rebattoir , 174»
- Dresser les bancs ( en allemand die Biinck einrichten ) , c’eft la même chofe que ranger les écots. Voyez écots.-
- Dueeté de l’ardoife, 199,221*
- E
- Eaux. Elles arrêtent le travail d’une carrière lorfqu’elle eft parvenue à une certaine profondeur , 10?.
- Eboulemens dangereux dans les carrières d’ardoife ,110.
- Ecaille ( en allemand Schuppé). L’ar-doife en écaille eft celle qu’un couvreur arrondit-par une de fes extrémités , & à laquelle il donne une figure approchante de celle de l’écaiile d’un poilfon , iy3.
- Echantillon des ardoifes de Rimogne , 177. Voyez moifon.
- Ecots [ en allemand Üeitenfiücken'].
- Ce font des petits blocs qui reftent adhérensaux foncées. Comme il eft rare qu’en abattant les blocs ils fe rompent à la bafe de la foncée, & qu’ils portent les neuf pieds qu’elle doit avoir, il faut détacher les pierres qui reftent encore adhérentes; & l’on nomme cette opération ranger les écots ou drejfer les bancs , 70. Voyez pl. I, vignette, i£, 17.
- Enchenots [en allemand Holzerne Rinnen ] , rigoles de bois établies pour conduire l’eau du fond de la carrière jufqu’à un puifard d’où elle fe perd dans les terres, 89.
- Enclume de fer, dontfe fervent les tailleurs à Rimogne, 174.
- Enferrer [enailem. die Oefnungma-chen] , ou faire le chemin ,44. Voyez chemin & délit.
- Engin [ en allenand Win de ]. C’eft une machine d’épuifement : on l’emploie auffi à enlever des blocs. A Angers , l’on donne particuliérement ce nom à celle dont le tambour eft pofé horifontalement ; l’autre s’appelle proprement machine , 84, 93. Voyez pl. i/, vignette.
- Engrois ( en allemand kleiner Keil ), petit coin que l’on place entre le manche & la tète des pointes & des pics ^ pour leur donner uneincliriai-fon telle que le fer du marteau falfe un angle obtus avec fon manche, 74.
- Examiner les lieux ou l’on croit trouver une carrière d’ardoife, 11,109.
- F
- Faire le chemin ou enferrer (en allemand den weg, oder die Oefnung machen):c’eft chercher les délits des blocs pour y placer les quilles. Voyez cheminfik enferrer.
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- DES CARRIERES GARDOISE.
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- Fendeurs ( en allemand Schkferfpal-ter), ouvriers qui divifent les blocs apportés au haut de la carrière, & qui les réduifent en feuilles minces, deftinées à être enfui'te taillées en ardoifes. PL lll, vignette , 2,3. Fendis ( en allemand Spaltung) , dernière divifion d’un bloc fuivant fou épaiifeur. Voyez au mot contre fen-dis, 12^.
- Fers (en allemand Etfen). Les ouvriers appellent de ce nom certains coins qui fervent à détacher les blocs du rocher, 44; mais ceux qui portent particuliérement ce nom, font ceux qu’011 emploie pour abattre les éc&ts $ & ranger les bancs. Comme ces écots font plus ou moins grands, on le fert de coins plus ou moins forts pour les abattre/Les premiers fotftmam-més grands fers ,f2 î les autres, fers moyens, y2; les plus petits, alignoirs. Voyez alignoirs.
- Feuilletée ( en allemand- Bldtter-f iveifejiegend ). O11 dît qu’une pierre eh feuilletée, quand on peut la lever par feuillets minces : c’eft le caractère propre du fchifte, & particuliérement de l’efpece qu’on nomme ardoife.
- Feuilletis (en allemand Zartgehlüt-1 1er), défaut qui fe rencontre par
- veines dans les foncées, quelquefois les plus profondes , des carrières d’ardoife , 62. La pierre feuilletis eft tendre , parfemée -de>veines ; elle fe yeduit en petites feuilles entre les doigts , & n’a aucune confillance j il eft impoffible d’en faire de l’ar-dtrïfe; th.i-fh CîrftV)
- Feuilles de pierre (en-fallVite'M-^ 'blatHrJ; Ce font des ^divifions,de la pierre d’ardoife, quand il eft pof-lible de la-partager en ‘lamés minces.
- Feuillets d’ardoises (fchieferjlein blcitter), divifion des blocs en lames minces propres à couvrir les mai-fons, ^2. Elles different des feuilles du talc , du mica , &c. note 24. Filières, pièces attachées à l’extrémité lupérieure des montans d’une machine, ou engin, n. 12. §. 84. Filon de mines ( en allemand Ader. gang). On entend par filon , le chemin que fuit fous terre le métal d’une mine qui s’y partage en différentes branches, qu’on a foin de fuivre quand on exploite une mine , & que l’oit fait enforte de retrouver quand 011 l’a perdu. ^
- Flamme ( en allemand Flamme ). C’eft une efpece de eifeau dont on fe fert - dans quelques carrières, pour divi-fer les blocs d’ardoife , & les réduire en feuilles minces.
- Fonçage j travail de celui qui commence une foncée , 40.
- Foncée ( en allemand fichiefergraben, Gang. ) On appelle ainfi un nombre de blocs d’ardoife qu’on a détachés de lacarriere ,208. Pour les détacher on fait une tranchée de neuf pieds : ces blocs devraient avoir cette même hauteur ; mais comme il eft pref-que impoffible de les,détacher fans qu’il en refte une partie attachée au roc, ce qui en refte eft repris en-fuite : ce banc de neuf pieds de haut, enlevé fur toute la furface de la carrière , forme ce qu’on appelle une foncée, 19. Voyez planche!, vignette,
- 1,2,8,4 , &c. jufqu’à 15. Elle eft repréfentée plus en grand au bas de la -même planche,! OM , OM. On • évalue la profondeur d’une carrière par le nombre des foncées. On dit, de l’ardoife de j la fixieme , de la fep-tieme^ dé la huitième foncée, &c* H h ij
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- H* DE IJ EXPLOITATION
- FONCIERE (en]allemand Graben).^ eVc, la même chofe qu’une foncée. On dit travailler à la dixième , à la dou-z\eme foncière ou foncée i de l’ardoife delà cinquième foncière, &c.
- Forges, néceflaires pour acérer les pointes, & raccommoder les outils & les machines, 37. Voyezplanche /, vignette, 33,
- Formation des ardoifes ; hypothefe pour l’expliquer , note. f.
- Fouilles ( en allemand Aufgrabung), premières ouvertures que l’on a laites pour tirer de la pierre , de quelque nature qu’elle foit. Il y en a à Angers de fort anciennes, 4. Les anciennes fouilles fervent à y mettre les vuidanges , 11.
- Frettes C en allemand Bander), bandes de fer, ou cercles de tôle, qui af-furent l’aflemblage des pièces d’un feau : elles le garantifTenc auiîi des chocs qu’il pourrait efluyer le long
- , des parois ou du chef de la carriere:on les nomme plus fouvent bandes, 87.
- Fuseaux (en ail. Spindel). On appelle ainfi des bâtons arrondis,faifant partie des lanternes qui forment, avec le rouet, ce qu’on appelle J engrenage , 9 y.
- Fusibilité de l’ardoife, note 12.’
- A : . G
- GALERiEsfaites pour tirer l’ardoife,'.27.
- Glaris , canton Suiffe , où il y a des carrières d’ardoife , note %.
- Grand engin. Voyez engin.
- Grands fers. Voyez fers ou coins.
- Gros-noir. On appelle ainli-.l’ardoife de bonne qualité-, -qui .eftijnôins grande que la quarrée , & qüf a<éto réduite à cette dimenlîônV parce qu’il s’ert trouvé^ dans lé bloc quel-
- ques défauts qui ont empêché le tailleur d’en faire de l’ardoife quarrée , 64,6f , 136.
- Guêtres des fendeurs , 116. Plan. che III, AABBB.
- H
- Havet ,( en allem. Hachen ) , crochet de fer attaché à l’extrémité des cor. des des machines ou engins, pour recevoir le feau ou le bafficot, que l’on y aflure avec une cheville de fer, 97.
- Héridelle , efpece d’ardoife beau, coup plus longue que large, félon que le bloc permet de les tailler ,& . dont les dimensions ne font point .s déterminées, 14^.
- Hottes à quartiers, hottes à vuidanges ( en allemand Trag k&rbe ), hottes qui fervent à enlever les blocs d’ar. doife, ou les terres & les fragmens ^ de pierre de la carrière , 69 , ioo, Planche I,e.
- Ho tt e u R s (e 11 al 1 e m a 11 d Tragk0rbtra. - ger) ou bottiers, ouvriers employés à tranlporter les blocs ou les vuidan. , .;ges du principal chef de la carrière jufqu’aux machines qui doivent les .. enlever, 6g.
- HuMiüiTÉinéceifairedans les carrières ,. d’ardoife, 68• •
- r." V- 7 h
- Inclinaison dès carrières d’ardoifeà Angers, 8 » dans le canton de Glaris, note 5 ; à Mézieres en Champagne,
- uimi us'i; i‘îr 4L.‘-
- Inclinaifon des côtes d une carrière, - notei;L7-ny ) xsi’i irq gCÎ % -j.ir.;'-Journaliers-(‘en, aUernauà-^Tagmè--jopery.-Voye'z, çàvprierg^ 3rj9iq Juste;(?M\ de ) cité ,-n^: j;;
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- DES CARRIERES D'ARDOISE. 241
- Juxta-position , fignifie l’accroifle-ment ou l’alfemblage de plufieurs parties pofées les unes à côté des autres.
- L
- Lang cité : Ton opinion fur la formation de l’ardoiie, 213.
- Lanterne (en allemand Trilling).<La lanterne fait partie de ce qu’on appelle , dans les machines, Xengrenage. Elle eit ordinairement corn-pofée de deux rondelles de bois , qui portent plus ou moins de fufea-ux de fer ou de bois : les alluchons du rouettentrent entre ces fufeaux , & forment d’engrenage.
- Lapis fijjilis, ou f :ijjilis, 1. * ; ;
- Largeur des carrières en France, 17. Lehmann cité,203.
- Leviers de fer dont on fait ufage en Bretagne pour exploiter les carrières,^^
- LEVRE (en allemand Lippe) , barre de fer de cinq ou llx pieds , ou efpece de levier qui fert à abattre les blocs : un de fes bouts elt formé en bifeau ou pince , 47.
- Lichen ( en allemand Moofs ), efpece de champignon qui croit fur certaines ardoifes : 011 le prend fouvent pour de la moulfe ,219.
- •Linnæus cité, n. <5. Il range l’ardoife parmi les pierres calcaires, 214. Lits on» couches ,dans les carrières . d’ardoife , mote 7. « )»
- -LoiretÇettej-iyiere fert à tranfporter les ardoifes d’Angers, 6. ILoNGUEUR cles carrières en France, 17. LucET'(;éii‘.allemv D/e,/e Brett ) , plan--itche qui,forme un des côtés du baf-iîcot, & qui ent retenue par deux cla--isvettes que l’on détache! lorfque l’oh ,"( veut nettoyer le baificot?* *98. PL II,
- vignette, 1.
- Lumière ( en allemand Oefnung). On nomme ainfi l’ouverture d’un puics, ou celle des machines d’épuifement.
- M
- Machine ou engin (en allemand Win-Ae. Ces machines , qui font à-peu près femblables pour la conftruc-tion , fervent aux épuifemens, ou à enlever les pierres & vuidanges des carrières. Voyez engin.
- Maillet dont le fervent les fendeurs, I2f.
- Marcassite. Voyez pyrite.
- Matt , village du canton de Glatis ,
- - en Suifle, ou l’on»exploite une carrière d’ardoife, note 2.
- Mayence , riviere duMaine, qui fert au tranfport des ardoifes d’Angers , 6.
- Mémoires de l’académie royale des fciences cités, 188*
- Mezieres, petite ville de Champagne , où l’on trouve des carrières d’ardoife , 33 , 15-7. -:-;-
- Mica ( en allemand Glimmer) , efpece de talc, ordinairement coloré & par petites paillettes ou feuillets très-minces. On trouve des pierres uniquement formées de feuilles de mica: quelquefois le mica fe rencontre mêlé & répandu dans d’autres pierres : il fe mêle encore quelquefois avec le fchifte , 207.
- Moisdon , petit canton de Bretagne,
- - à dix lieues de Nantes, où il y a des carrières d’ardoife, 32,18°*
- Moison ( en allemand Mas fs ) , terme d’ordonnance, qui fpécifie les di-menfions de tout objet qui entre dans le commerce , pour qu’il foit
- r:f réputé vendable , 61. La moifon des
- • ardoifes, celle des draps, des écha-
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- DE D EXPLOITATION-
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- lats, &c. On entend donc par ce mot , les dimenfions de ces difï’é-rens objets de commerce, déterminées par l’ordonnance, 147, 14g. Voyez Ÿ ordonnance de Louis XIV. & le traité de la police de de Lamare.
- Montagnes : divifion générale des montagnes eu anciennes & nouvelles , note f.
- Mousse. Voyez Lichen.
- Mur bâti fur le chef de la carrière, fur lequel on établit les machines à épuifement,go& fuiv.Voyezpi. /, vignette, 58 > 38 » 58-
- N
- Neumann cité : fon fyftème fur la formation de l’ardoifë, 214.
- Northampton, province d’Angleterre où il y a beaucoup d’ardoife, 34-
- O
- Or qui fe trouve dans les carrières d’ardoife, 2oq.
- Ouvriers d’en-bas ( en allemand un-tereArbeiter). On appelle a in fi ceux qui travaillent dans la carrière , 71. Leur travail elt dangereux & pénible, note 9.
- Ouvriers d’en-haut ( en allemand obéré Arbeiter). Ce font ceux qui travaillent hors de la carrière , 111. Leur nombre ,114.
- Ouvriers employés dans une carrière, leur nombre , qui fournit les outils,
- 115. Leur paie à Rimogne , 16.
- P
- Panier ( en allemand Traghorb ). On donne ce nom à certains bâtis d’af-
- femblage qui s’attachent des deux côtés du bât d’un cheval ,& qui fervent à tranfporter les ardoifes ou les groffes pierres.
- Paul Diacre cité , %
- Panthéon , fameux temple de Ro. me , était couvert de plaques de cuivre ,2. 4
- Périere ( en allemand Steinbruch) ou pierriere. Voyez perriere. Perluaux, écorces léchés de bois, enduites de réfine, & dont on le fert pour éclairer les ouvriers dans les carrières que l’on fouille fous terre, & non à ciel ouvert, 167. Perriere ( en allemand Steingrube ), carrière d’où l’on peut tirer de l’ar-doife , 8. Quand on a enlevé la terre qui recouvrait une carrière, on dit en termes d’ouvriers, on ouvre la perriere, 1 o.
- Përreieurs ( en alîem. Steinbrecher ) ou perriers. On appelle en général de ce nom tous les ouvriers employés à exploiter une carrière d’ardoife , note g.
- Pétrifications quife trouvent dans les carrières d’ardoife du canton deGlaris, en Suiife, n. 2. Singularité oblërvée à ce fujet, ibidem. ViULhiïDERiCOMmentairesfur Vitmve, cité , 2. n
- Pics ( en allemand Sieinhauer ), marteaux qui fervent à abattre lesjblocs, 4f. Il y en a de piufieurs grandeurs: les grands fe nomment Amplement pics, f2i les autres ypics moyensiplkc. Voyez planche /, R. <- ,,v Pied de l’ardoise, ou pureau. C’eft le côté d’une ardoife taillée, fur.lequel les deux longs côtés font psr-- pendiculaires jV Pierres ,, divifion générale des pierres en anciennes & nouvelles, n. f.
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- DES CARRIERES D ARDOISE. 247
- PlERRîERE. Voyez perriere.
- Pierre a bâtir (en allemand Ban-Jlein). Ce font les pierres de la première foncée des carrières d’ardoife, qui ne pouvant le réduire en feuilles , font employées pour les bâti-mens.
- Pierre feuilletée , qui fe trouve en divers endroits , 14.
- Planche d’ardoise ( en allemand jchieferplatte). On appelle air, fi un bloc d’ardoife avant qu’il foie tendu , 16-5.
- Pline cité, 2.
- Poids de l’ardoifefert à en connaitre la qualité , 223-
- Poil-noir (enallemand fehiefer von
- ~ fclnvarzem frich), nom que l’on donne à une bonne efpece d’ardoife oblongue, & dont la tète fe termine en pointe : elle n’eft pas aulli grande que l’ardoife quarrée; mais elle eft aulfi mince, aulii légère &auilî ellimée , 64, 6f
- Po.lL-ROUX ( en allemand fehifer von rothem Jirich ), ardoife de mauvaife qualité, tirée des premières foncées » & tachée de points roux; elle ne peut fe divifer en feuillets auiïi minces que les autres, yg ? 6f , i 38.
- Poil-'taché (en allemand fehiefer von fieckigtem jirich ), ardoil'e qui a des taches qui la défigurent, ou des pyrites qui la gâtent. On met dans la même clafte les ardoifes qui ont de grandes dimenfions, mais qui n’ont pu être réduites à l’épaiffeur pref-erite , 64 , 137*
- Pointe (en allemand Spitzhamme), efpece de marteau, dont la tête eft moins pefante que celle des pics, & dont on fe fert pour abattre ou ranger les écots ,37,44.
- Pompes employées à l’épuifement des
- eaux dans les carrières d’ardoife , 107.
- Porosité des ardoifes, nuit à leur qualité , 223.
- Position de l’ardoife dans la carrière, 31, ?2.
- Fott ne fait dans quelle clalfe ranger les ardoifes, 214. Les expériences qu’il a faites fur l’ardoife font trop particulières , note 2f.
- Prise. On dit que l’ouvrier fait lapri-Jet quand , après que le bloc , ou ce qu’on appelle un crenon, a été réduit en repartons, il abat le bileau qui fe rencontre fouvent fur l’cpail-feiy de chaque reparton : cette opération facilite au tendeur la divifion qu’il en doit faire, parce que le tendeur pourra plus facilement placer fon cifeau pour faire du contre-fen-dis & du fendis, 120.
- Prix des ardoifes d’Angers, 19 5 de Ri-mogne, 178-
- Profondeur des carrières d’ardoife , note 22.
- Puits : quelquefois on exploite une carrière en creufant des puits, 27, 169. Avantages de cette maniered’ex-pîoitation, 170. Danger de cette méthode , 171.
- Pureau (en allemand Fliiche), c’eft la partie de l’ardoife qui n’eft pas recouverte par une fupérieure, & que le couvreur laifie apparente,
- nr-
- Pyrite oupirite ou marcaffitef en allemand Kies ), matière minérale qui contient fouvent beaucoup de fou-fre , d’arfenic, de vitriol : elle a pour bafe une petite portion de fer ou de cuivre. La pyrite qui fe trouve dans les ardoifes eft prefque toujours cui-vreufe. Cette matière minérale fe ctyftallife autrement dans certaine»
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- DE L'EXPLOITATION
- carrières que dans d’autres , 2©2. Voyez dez.
- a ' -
- Quarrée-fine (en allemand feines vierreck ) , ardoife peu connue , qui a moins de dimensions que la quar-rée-forte, qui elt4admife dans le commerce , 136.
- Quarree-forte (en allemandJlarcke vierreck ), ou Simplement quarrée : c’eft l’ardoife de meilleure qualité, qui porte les plus grandes dimen-lions : elle eft ordinairement prefque
- . quarrée & conforme à l'ordonnance, 136,141, iyo,
- Quartelett»e (en allemand kleines vierreck), bonne ardoife, quoique plus petite ,que la quarrée-forte , & que la quarrée-jine, 144.
- Quartiers-de-pierre ( en allemand quadratjleine), blocs tels qu’on les enleve de la carrière.
- Quartz (en allemand Quartz'), ef-pece de pierre qui fait feu , frappée avec l’acier, & qui ne donne point de prife aux acides : lorfqu’elle fe rencontre dans le milieu d’un bloc d’ardoife, elle en empêche la division , <52,120.
- Queue , piece à laquelle on attache le cheval qui fait mouvoir les machines à épuifement, 84 » note 14.
- Quilles ( en allemand Schifskiele) , grands coins dont 011 fe fert pour les blocs dans les foncées ; on en met quelquefois trois à quatre ,44,
- Ranger les écots. Voyez écots. REBATTOLR(en allemand abfchlage-ei-Jen)î outil de fer coupant, qui porte un manche. A Rimogue , les ou-
- vriers tailleurs s’en fervent pour équarrir,ou rondir leurs ardoifes. C’elf le même outil que l’on nomme doleau* Angers.
- Redans (en allemand Krane), crans ou bancs de pierre pofés les uns fur les autres, qui forment um tfpece d’elcalier, ff.
- Réfractaire ( en allemand fclmcr. fiüjJJg'). On appelle réfra&aire, une efpece de pierre, ou de terre, qui étant expolée au fourneau de fufion, s’y vitrifie très - difficilement fans addition de fondant, 196. 11 y a peu ou point d’ardoifes réfra&aires, note 22.
- Réglement touchant le prix du fonds des carrières , 23 & fuiv.
- Repartons,blocs ou prenons de pierre d’ardoife divifés fuivant leur épaif. feur & leur largeur , & réduits en. fuite à la hauteur que doit avoir l’ar-doife, 119.
- Rimogne , bourg de Champagne ,où il y a des carrières d’ardoife , 32.
- Rondir l’ardoise (en allemand den Schiefer runden ). On nomme ainfi le travail du tailleur qui l’équarrit, la drelfe , & lui donne la forme con-venable aux dimenlions qu’elle doit avoir , 134.
- Rouet (en allemand Kammrad), roue qui porte des alluchons ou dents, qui engrenent dans les fuleaux delà lanterne d’une machine.
- Rubiacèes. On nomme ainfi les plantes où fe rencontrent quelques-uns des cara&eres du rubia ou de la garance,
- S
- Sabots dont fe fervent les fendeurs, j 16.
- Sartre
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- DES CARRIERES D'ARDOISE 249
- Sartre ( M. ) , entrepreneur d’ardoi-fieres à Angers , a contribué à la rédaction de cet art, 4.
- Schiste (en allemand Schiefer), genre de pierre compacte & qui le leve ordinairement par Feuillets : Pardoife elt une elpece de ce genre, parce que P011 peut la féparer en Feuillets, & la tailler très-facilement, i.Sa divi-fion fuivant Linné , note 6.
- Schistus. Voyez fchijle, n. 6.
- Schijius chier eus rudis , n. 6.
- Schijïus nigricans friabilis, n. 9.
- Schijius niger, dur iufeu lus, n. 6.
- t Schijius niger, dur us, clangofus, n. 6.
- Selenite , trouvée dans une carrière d’ardoife, 202.
- Sonder une carrière (en allèmand eh n en Jleinbruch aufsuchen oderfchür-fen) , c’elt faire plufieurs trous ou puits de quinze ou vingt pieds de profondeur, pour pouvoir connaître , par la pierre qu’ôn ,en retire , quelle eft la qualité & la nature de l’ardoife que renferme la carrière avant de fe déterminer à l’exploiter.
- Son , il fert à faire connaître la qualité de l’ardoife , 224.
- Spath : lorfqu’il elt entré dans la com-pofition de Pardoife , elle pétille au feu, note 28.
- SüRBADiERS , areboutans delHnés à porter les machines , n. 11, §. 84*
- T
- Tables : on emploie Pardoife à faire des tables, 1 74.
- Taillette, efpece d’ardoife connue feulement dans certains pays; fes dimenfions ne font déterminées que par le volume des débris des blocs d’ardoife , qui fervent à la Former.
- Tailleur (en allem. fchiefer-Schnei-Tome IF.
- neider ), ouvrier qui donne la dernière façon à Pardoife après que d’autres Pont réduite à Pépaifleuc convenable, 132.
- Takstifvver, note 6.
- Talc [en allemand Talk ] , pierre tranlparente, quifedivife par Feuilles minces , quin’eft point attaquable par les acides minéraux , & qui fouftre un feu violent fans éprouver aucun changement.
- Tambour [ en ail. Welle ] , cylindre de bois que l’on emploie dans les machines pour enlever des fardeaux, & fur lequel s’enveloppent les cordes ,8f-'
- Tête de Pardoife [en allemand Kopf des Jehiefers ] , c’eft la partie de fa feuille d’ardoife , où le couvreur fait des trous avec la pointe de fon marteau , pour placer les clous qui doivent la fixer fur la latte ; la tète de Pardoife gros-noir eft faite en angle,
- 1 ?f.
- Tombereaux , utiles pour tranfporter les vuidanges, 19.
- Tombes. L’ardoife eft propre à faire des tombes, 1^4.
- To U R I L L O N [ en allemand Yunder Zapfen j , pivot arrondi, qui tourne foitfur une autre piece, foit dans le creux d’une autre piece deftinée à le recevoir, 87*
- ToucheüR [ en allem. P fer de /libre], ouvrier chargé de conduire le cheval que Pou emploie pour Faire mouvoir les machines ou engins, 891 99-
- Trait ou bafcule. Voyez bafcule.
- TRANCHE[en allemand doppelter Hacken ], double crochet emmanché d’un bâton de trois pieds & demi ou quatre pieds, dont on fe fert dans le fond d’une carrière pour retirer
- Ii
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- D'E V EX FLOITATION, &c.
- *‘âfO
- les blocs les uns de delfus les autres, 48i'
- Tranchée [ en allemand Laufgra-ben~\, efpece de folles qu’on forme avec les marteaux appelles pointes. Y oyez planche /, vignette , 20, 2r.
- Travailler à ciel ouvert. Voyez ciel.
- Travail du tailleur àRimogne, 174. Ouvrage qu’il fait eu un jour , 175".
- Transactions philosophiques citées,
- Transport des ardoifes par le moyen des rivières, if2.
- TrelazÉ , paroilfe à une lieue d’Angers , où il y a des carrières d’ardoi-fe, 8-
- Tue-vent [enallemand Wind-fchüt-zen ]. Les ouvriers appellent ainft une claie drellée fur deux perches, & qui les garantit du vent & du foleil, 132.
- V
- Vallerius , fon fyftème fur la nature de l’ardoife, jpy. Il la croit vitrifia-ble, 214.
- Verdillons [ en allemand Eiferner Jlangen], barres de fer dont les ouvriers fe fervent comme de leviers pour détacher les blocs d’ardoife , après que les quilles ont commencé aies féparer de la carrière , & pour les renverfer dans la foncée,47.
- Verne , partie de la bafcule, à laquelle eft attaché le feau qui fertà vuider l’eau des cuves des foncées , & la jeter dans les puits , d’où elle eft enfuite puifée par les féaux des machines à épuifement.
- Vetille [en allemand Werckftatt]s petit bâtiment ou appentis , où les ouvriers fe tiennent à couvert pour réparer les uftenciles & machines en bois qui fervents l’exploitation d’une carrière d’ardoife, 38. Voyez planche 1, vignette , 54.
- Vitriol [ en allemand Vitriol ], fel neutre formé par la combinaifon de l’acide vitriolique & d’une bafe ou terre minérale , ferrugineufe , oy cuivreufe , &c.
- Vitruve cité, 2.
- Voies d’eau qui fe forment tout-à-coup dans les carrières d’ardoife, note 9.
- VouCHEsf en allemand Schindlen]y planches minces de fapin , qu’on emploie au lieu de lattes , pour attacher les ardoifes fur le toit
- Vuidanges ( en allemand Schutt), On comprend fous ce nom, toutes les pierres qui ne peuvent être réparées en feuilles d’ardoife, ainlî que la terre qui recouvre une car-riere d’adoife s terrein où on les dé» pôle,18,11.
- F I N de Eexploitation des carrières d'ardoife.
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- ART
- DU COUVREUR.
- Par M. Duhamel du Monceau.
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- 3D U COUVREUR (0.
- »g 1 .. :fl.
- INTRODUCTION.
- ï.X^E touttems l’homme s’efi vu dans la piéceflité de chercher un ahri contre les injures de l’air. La vie errante que menèrent prefque toutes les familles des premiers fiecles , &le défaut d’outils, les réduifirent à n’avoir d’autres retraites que les antres & les cavernes. Les premiers logemens ont été proportionnés aux circonftances locales que préfentait chaque climat, & relatifs aux lumières & au génie des différais peuples. Les bois offraient tant de facilités à l’homme pour fe conftruire un logement, que l’on en aura profité d’abord dans cestems reculés. Les rofeaux, les herbes, les branches, les feuilles & les écorces des arbres ont été les premiers matériaux dont on a fait ufage. On a commencé par entrelacer grofîiérement les branches des arbres ; on les a foutenües avec quelques perches, & l’on a recouvert ces premières cabanes de feuilles ou de gazon. Leur forme était fans doute circulaire : un trou pratiqué à la peinte du toit, donnait iflue à la fumée du foyer, placé dans le milieu de la cabane. Ces bâtimens n’exigeaient ni grands apprêts ni grandes connaiffances.
- 2. On voit encore de nos jours , dans différentes contrées des deux Indes, quantité de cabanes confiruites aufli grofîiérement que dans les premiers tems du monde. On voit dans les pays les plusfeptentrionaux, & par corfé-quent les plus froids, des cabanes entièrement confinâtes avec des peaux & des os de chien de mer ou d’autres grands poiffons.
- (i) Cet art fut publié par l’académie vant y ajouta des notes dont j’enrichirai en 1766, & traduit en allemand l’année mon ouvrage, fuivante par M. le doéteur Schreber. Ce fa-
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- ART DU COUFRËU R.
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- 3. Dans le nord delà Suede, les toits des maifons font prefque à plat5 onfe contente d’étendre fur les folives du plancher fupérieur & qui tiennent lieu de chevrons, de l'écorce de bouleau, dont la fubftance eft prefque incorruptible 5 & l’on recouvre ces écorces d’une épailfeur de terre fuffifante pour y pouvoir femer du gazon»
- 4. Au Pérou, & fur-tout à Lima * où il ne pleut jamais * les maifons font terminées en terraffes, qui 11e confident que dans une claie très-ferrée» fur laquelle on répand à une certaine épailfeur du fable fin; & cela fuffit pour recevoir & abforber les rofées qui y font journalières & très-abondantes.
- L’architecture civile a fait de li grands progrès parmi nous, que la partie qui concerne la couverture des bâtimens eft maintenant regardée comme le moindre objet ». parce qu’il eft celui de la moindre dépenfe, relativement au refte.
- 6. Cependant l’art découvrir les toits exige plus d’attention qu’on ne penfe : il eft bien elfentiel, pour la confervation d’un bâtiment, que la couverture foit faite avec intelligence, & entretenue avec foin; un femblable travail entrepris •& exécuté par un ouvrier infidèle où mal habile, occasionnerait la ruine du bâtiment le plus folide, après l’avoir rendu inhabitable par fa négligence ou fa friponnerie, dont les premiers effets feraient la pour--riture des charpentes & la dégradation des murailles.
- 7. Pour qu’un toit foit exactement recouvert, on doit exiger du couvreur que l’eau n’y puiffe jamais pénétrer, foit par les noues, foit par les faîtières, ni qu’elle puiffe s’infinuer dans les murs par les égouts».
- 8- Quand on termine par une terraffe un bâtiment voûté » 011 la recouvre avec des chapes de ciment, ou avec du plomb, ou avec de larges tablettes de pierre dure, dont on réunit les joints avec des maftics de différente efpece.
- 9. On couvre certains grands édifices avec du plomb » ou des lames de cuivre, ou avec dé la tôle de fer( 2 ).
- 10. Comme ces fortes d’ouvrages ne font pas du rèffort des couvreurs; ordinaires, & que les terraffes & les couvertures où l’on emploie des métaux; s’exécutent par d’autres ouvriers, nous nous difpenferons d’en parler ici») 11e voulant maintenant nous occuper que de ce que nous appelions l'art dit couvreur.
- 1 r. En France, on fait les couvertures des bâtimens , 1®.. avec du chaume-ou du rofeau : 2*. avec du bardeau, qui eft fait de douves de vieilles futailles»
- (2) On couvre auffi dans certains pays fices , comme les fléchés & les dômes des avec de la tourbe.Voyez , fur cette maniéré tours & des clochers,font recouverts de fer* de couvrir , les mémoires de F academie des blanc. On peut conful-ter -une diifertaticm feiences (de Suede. Part. l,p. 177. On fait publiée dans les mémoires de Facadémie encore des toits de planches. Certains édi- de Suede. Part. Z7//, p. 225. “
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- du merrain: 30. avec de la tuile qui eft une terre cuite (3 ): 4". avec de l’ardoife, pierre feuilletée , que P on tire de quelques carrières particulières, & dont M. Fougeroux, de l’académie royale des fciences, adonné une def. cription très-détaillée , qui a été imprimée, & qui fait partie du recueil des arts décrits par la même académie : y°. avec certaines pierres plates que l’on appelle laves, & qui fe trouvent dans quelques cantons de la Bourgogne. M. le marquis de Cpurtivron, de notre académie, nous a mis en état de faire mention de cette efpece particulière de couverture, en nous communiquant un mémoire que l’on trouvera imprimé à la fuite de la defcription de Part que nous mettons au jour.
- chapitre 1.
- Des couvertures faites avec du chaume ou avec du rofeau.
- 12.IP0UR faire une couverture folide avec du chaume, on recommande au# moiflbnneurs de couper les fromens affez haut pour qu’il refte une plus grande longueur de paille fur terre (4): c’eft la partie du pied de cette paille qui eft la plus forte, & qu’on appelle le chaume ; c’eft celle qui a le plus de confift tance , & qui fait une bien plus folide couverture que 11e pourrait faire la paille ordinaire. Dans les années où les fourrages font forts & très-élevés, les chaumes donnent une meilleure couverture que lorfqu’ils font bas & menus.
- 13. On emploie de préférence le chaume de feiglepour couvrir les glacières , parce qu’il eft important que ces couvertures ne puilfent donner aucun paifage à l’air ; au défaut de chaume de feigle, la paille la plus menue eft la plus propre à employer pour cet ufage ).
- (O L’art du tuilier & du briquetier a été décrit par MM. Duhamel, Fourcroy & Gallon. M. Jars a donné un mémoire très-inftrudif fur la maniéré hollandaife de cuire la brique & la tuile avec de la tourbe. Ces mémoires font partie du recueil de l’académie. Je les ai publiés au commencement de ce quatrième volume, avec des no. tes relatives aux procédés & aux méthodes particulières à l’Allemagne & à la Suiffe. J’y ai joint la tradudion d’un mémoire publié par la fociété royale de Suede. On y trouvera en particulier une méthode des
- plus ingénieufe & fort utile de conftruire les fourneaux & de ménager les courana d’air par le moyen des évents,
- (4) Dans bien des endroits, on ne moik fonne pas différemment les fromens d’où l’on compte de tirer du chaume. On fe contente , après que les fromens ont été battus, de choifir la paille la plus forte, avec la* quelle on couvre les toits.
- (ç) En Allemagne,& particuliérement en Saxe , on ne connaît point la maniéré fran-caife de couvrir les toits de chaume. On emploie la paille dans toute fa longueur ;
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- 14. Les payfans qui font chargés de ramaifer le chaume , fe fervent quelquefois pour cela d’un fauchon, qui eft un inftrument compofé d’une courte
- voyez là - defius Eckart, économie expérimentale , page 632. La méthodea demande me paraît préférable ; on emploie moins de matériaux , le travail eft plutôt fait avec de la paille longue, l’ouvrage dure plus long-tems, il garantit mieux les maifons des injures de l’air , & il eft plus difficilement pénétré par la pluie & par la neige. Mais il faut convenir qu’en Allemagne comme en France & dans tous les pays où ces fortes de toits font en ufage , ils font également dangereux ; & l’art de les conftruire eft un art inutile , pour ne pas dire funefte, qu’il faudrait oublier. Je vois qu’en Allemagne les toits de chaume ont trouvé des défen-feurs. Eckart , que je viens de citer , fou-tient dans fon économie expérimentale, que cette forte de toit eft d’une nécelfité ab-folue. 11 veut que tous les bâtimens* d’une ferme,les granges,les écuries,les parcs,les étables foient couverts de chaume , & non de tuiles. Léopold a fait un chapitre exprès pour recommander les toits de chaume , dans fon introduction à l'économie champêtre. Tout ce qu’il avance en leur faveur fouffre bien des exceptions , comme M. Duhamel le montre fort bien à la fin de cet article. Mais quand ces toits feraient auffi réellement utiles qu’ils le font peu , la police aurait toujours de très-fortes raifons d’employer tous les moyens poffibles pour les faire abolir dans les villages comme dans les villes, à caufe des incendies. Ceux qui ont été dans le cas d’obferver ce qui arrive , quand le feu attaque un village couvert de chaume , favent que le plus fou-vent tous les fecours font inutiles, jufqu’à ce que les flammes aient confumé tous les bâtimens couverts de chaume. Des toits couverts de tuiles auraient empêché la ruine d’un grand nombre de particuliers. Un auteur Allemand , Gottefried Parais, compendium œconomiœ fripaititum , pag.
- 50 & fuivantes, calculait en 1719 les frais
- que coûte un toit de chaume dans l’efpace de 96 ans ; & il en réfulte une perte de 294 rixdalers , 8 gr. près de 1000 livres de France, qu’on aurait épargnés en fefauü d’entrée un toit de tuîles.Quoique ce calcul ne puiffe pas convenir à tous les tenls &à tous les pays, cependant il eft indubitable qu’on trouvera à peu près les mêmes réful. tats. On peut objeéter que la cherté des tuiles ne permet pas aux payfans de bâtir de cette façon. M. Duhamel femble le fup. pofer ; & ne trouvant point de remedeà ce mal, il abandonne aux rats, aux fouines, aux fouris , & aux hafards d’un incendie les humbles demeures des cultivateurs. Je dirai cependant, que par-tout où l’adminif. tration voudra porter fes vues fur cette clafle fi utile des citoyens , il lui fera facile de diminuer le prix de la tuile, & de le mettre à portée des gens de la campagne. Le gouvernement a propofé dans certains pays des gratifications aux payfans qui cou-vriraient leurs maifons de tuile; il a favorilé l’établifiement des tuileries , il a cherché à éclairer les entrepreneurs fur la maniéré la plus économique de travailler.,On trouvera fur ce dernier point des chofes utiles dans les mémoires que j’ai raflemblés dans ce volume. S’il n’y avait aucun moyen de fe procurer des tuiles , on devrait préférer une efpece de couverture pratiquée dans quelques endroits. Après avoir donné à la charpente l’épaifleur convenable , on cloue les lattes plus ferrées, & on les couvre extérieurement d’une efpece de torchis fait de terre gralfe & de paille hachée. On enduit de même l’intérieur du toit, & l’on eft très-bien garanti des injures de l’air. Mais par-tout où il y a de la terre grade., il 'eft facile d’en faire des tuiles, en fuivant les méthodes fiinplifiées que j’ai rapportées ci-deffus. Un économe intelligent peut fans beaucoup de frais, fe procurer cet avan-tage.
- dame
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- lame de faux d’environ un pied de longueur, emmanchée d’un bois de douze à quatorze pouces de long. Pour faire ce travail, ils fe mettent un genou •en terre, s’ils ne veulent pas fe tenir le corps très-courbé. Ils faillirent le chaume avec la main gauche, &de la droite ils coupent cette poignée avec le fauchon : s’il arrive que le chaume ait été foulé, ou qu’il foit mouillé » ils fe fervent alors, pour le ramalfer, d’un rateau à dents de fer, qu’on appelle faucha.
- 15. Dans quelques endroits, on coupe le chaume avec une petite faux,
- . qu’on nomme chaumette, dont la lame n’a que quinze à dix-huit pouces de longueur, & qui eft emmanchée de façon que la lame, quand le manche eft tenu verticalement, repofe prefque à plat fur le terrein. La figure 1 de la planche I fait voir, en B , un homme occupé à faucher le chaume au ras de terre ; pour cela, il le rapproche avec fa faux contre le fabot de fon pied gauche , qu’il doit toujours porter en avant, & il retient avec la lame de cette faux le chaume qu’il vient de couper, en l’appuyant contre fon fabot ; enfuite il avance un petit pas , & donne un fécond coup de faux : il rapproche ainfi de fon fabot une autre poignée de chaume , qui fe joint à celle qu’il avait ramalfée en premier lieu 3 & en répétant cinq ou fix fois cette manœuvre, il parvient à former une petite braffée de chaume, qui fe trouve ramalfée entre la faux & fon fabot. Il pofe cette bralfée à côté de lui s puis en recommençant de la même façon, il travaille à en former un autre, qu’il pofe auprès de la première : il en réunit ainfi jufqu a cinq C (fig. 1) j ce qui eft commode pour pouvoir les compter 3 car ce travail, ainfi que l’emploi du chaume pour la couverture d’un toit,- fe paie au millier de poignées femblables à celles que nous venons de décrire. On tranfporte enfuite le chaume auprès du lieu où l’on doit l’employer en couverture 3 là on l’amoncele en gros tas formés comme on le voit en D.
- i€. Comme le chaume fait une couverture légère, il eft par conféquent inutile de donner beaucoup de force à la charpente du toit 3 mais il faut aufîi que le toit ne foit ni trop plat, ni trop roide. S’il était trop plat, l’eau y coulerait trop lentement, & pourrait pénétrer plus aifément dans le chaume, ce qui le pourrirait en peu de tems. Si au contraire le toit était trop roide, plufieurs parties du chaume s’échapperaient peu à peu, & on appercevrait bientôt i’eau des pluies pénétrer dans le bâtiment. On obferve ordinairement de- donner au toit une pente de quarante-cinq degrés : cela regarde le charpentier'qui chevale ( 6) & brandit (7) les chevrons fur le faîte E (fig' 6 ) s ainfi que'fur les pannes ( 8 ) F, & qui les fait' déborder de dix-
- (6) Chevalerieschevrons, c’eft fans doute (7) Brandir les chevrons ^ les affermir, les étayer, en les faifant porter en croix l’un (8) Pannes, pièces de bois qui fervent à fur l’autre ,>par l’une de leurs extrémités. foutenir les chevrons d’une couverture.
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- .huit pouces la face extérieure du mur, afin que le-couvreur en chaume puifife former Fégout pendant G. ... \
- 17. On pofe ordinairement les chevrons à deux pieds de diflance les uns des autres, à compter du milieu d’un chevron au milieu d’un autre,-parce qu’il fuffit qu’il y ait trois chevrons fous chaque latte.
- 18- Le couvreur commence par latter le toit ; il cloue les cours de lattes H, à fix ou fept pouces de diftance fur les chevrons. Dans les endroits où le bois elt rare, par exemple , en Picardie, en Beauce ,q&c. on n’emploie point de lattes clo uées ; on y fubftitue de menues perches de fix à fept pieds de longueur, qu’on attache avec des harts (9) fur des chevrons de brin (10), qui ordinairement ne font pas équarris , & qui font arrêtés avec des chevilles de bois fur la panne & fur le faîtage; on les chevauche même inégalement fur les pannes , & on n’obferve point de les poferaubout les unes des autres. Cette partie de charpente grolTiere s’exécute par les mêmes ouvriers qui entreprennent la couverture de chaume.
- 19. La charpente étant établie , le couvreur javelle le chaume (pL I,fig- f): il fe fert pour cela d’une faucille qu’il tient de la main droite; il prend au meulon D, une petite braffée de chaume, qu’il fecoue à terre pour faire tomber peu à peu les brins, & les égaler; il donne toutes ces fecouifes dans un même fens , & arrange les brins de chaume à peu près parallèlement les uns aux autres : s’il arrive qu’il laide tomber quelque poignée un peu grolfe, qui ne s’arrange; pas bien, il la reprend & la divife avec la pointe de fa faucille , pour en mieux arranger les brins ; enfuite il reprend au tas de nouveau chaume; il l’arrange de la même façon ; & quand il a formé devant lui un tas d’environ trois ou quatre pieds de longueur fur un pied d’épaiiTeur & deux pieds de largeur, il fourre fes fabots fous la longueur du petit tas, & prend par petites parties le chaume qu’il vient d’arranger; il les appuie avec fes mains fur le devant de fes jambes, [K (fig. 2 } ; il les peigne groifié-rement avec fes doigts; il en.preffe les brins les uns. contre les autres; il arrache:avec fes mains les pailles qui débordent, & qui ne font pas bien engagées1 avec le relie; il frappe du plat de la main, fur la portion qu’il a arrangée, & il forme ainfi ce qu’on nomm e une javelle de chaume, c’eft-à-direy un petit tas dont les brins font fort rapprochés les uns, des autres , & qui forment un tout d’une confiftance fuffifuite ; enfixite il leve cette javelle, & il la pofe dans un lieu propre, fur un lien de paille.: après quoi, il forme une fécondé javelle, comme il a fait la première; & il lie ces deux javelles enfemble avec le même lien de.paille L (/g.,3 ) , afin de pouvoir les monter
- (9) Harts ( en allemand Weiden^ruthen, (10) Chevrons de brin. On appelle bois
- Wieden \ liens faits d’ofier, ou d’autre bois de brin, en termes de charpentier, le bois pliant, dont on lie les fagots» qui n’a point été fendu par la feie.
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- commodément fur le toit. Quand l’ouvrier a formé deux.,-trois, ou quatre cents- bottes de javelles M (fig. 4),-il cofnmeuce la,.couverture du toit en s’y prenant de la maniéré que je vais , expliquer.-J’obferve ici qu’il 11’eft pas poftible de bien javeler du chaume fec', parce qu’il eft trop roide, & qu’il fe rompt au lieu de s’arranger. On 11e peut pas non plus faire une bonne couverture avec des javelles trop feches; ce qui oblige de les mouiller auparavant v dans quoi cette paille fe romprait. Aiiili, quand il fut du haie, il faut arrofer le chaume avant de le javeler, & il faut encore mouiller les javelles avant de les mettre en place.;Cette opération5 augmente un peu les frais de l’ouvrage. w .
- 20. Le couvreur commence par former l’égout du toit ; & pour y parvenir, il choifit le chaume de meilleure qualité, & en forme des javelles d’énviron quatre pieds de longueur j il lie une de ces grandes javelles au quart de la longueur, par un enlacement d’ofier long a,.b (fig. 7)- il en, appointit le gros bout b, & il tortille le bout menu as & y fait une boucle: il pique-cet olier dans la javelle de a. en. b (fig. 8 )i il en entoure la portion a, b; il palfe enfuite l’ofier dans la boucle b, après quoi il ferre fortement la première portion a b de la javelle5 puis il pique l’olîer eue; il le pique 1 encore par le delfous en d\ enfin en le faifant revenir par le bord e7 il ferre fortement la portion e d,comme il l’a pratiqué à l’autre bord delà javelle ab. En faifant de même à l’autre bout de la javelle, elle fe trouve liée aux deux bouts, comme on le voit en / g-8c h A. Alors, avec unet faucille bien' tranchante, il la coupe en deux, fui vaut la ligne ponctuée i; ce qui lui donne deux javelles ou coujfin&ts d’égout ( fig. 9), qui fe trouvent enlacés d’ofier par le milieu de leur longueur.
- 21. Quand les bâtimens font bas, un manœuvre peut tendre avec une
- fourche les gerbes de chaume au couvreur qui eft monté fur te toit. Cette fourche eft de fer, & femblable à celles dont on fe fert lors de la moilfon pour charger les gerbes dur les voitures i mais quand les bâtimens-font trop élevés', le manœuvre (fig. 10) eft obligé décharger les javelles fur fa tête v &ode:Les monter fur le toit à l’aide d’une échelle N. ! .b -»
- '.22. ( Le couvreur fait legout en arrangeant les couftinets bien ferrés les uns auprès, dés autres , de forte même qu’ils fè recouvrent un peu les uns les< aijtres par le côté. On voit un rang de couftinets arrangés de cette façon en O P. (fig-, 6)tb & afin que l’égout fe; foutienne mieux, & même qu’iL foit un-peu rétro Liffé , on met ,fur, la, partie . pendante dés . chevrons , en! place de dattes , un coursée perches un. peu groffes, fur'lefquelles les bouts des-? couftinets ipuillent .s’appuyer,rf;|. , ro :om, un . -fi y'b m/d
- . , 23. . Quand f égout a été.jgarni de couftinets dans toute-la longueur du bâti nient, le couvreur forme furie pignon la bordure- PP (fig- 6), avec,* des
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- javelles garnies de leur lien de paille, ou, ce qui eft encore mieux, liées avec des harts ; car comme cette bordure eft plus expofée que le refte de la couverture à être emportée par le vent, le lien de paille ou la hart la mettent plus en état de réfifter j & c’eft par la même raifon que l’on a grand foin de lier avec des ofiers toutes les javelles des rives ou des bordures, foit aux chevrons , foit à la latte : outre cela, on les traverfe encore avec des chevilles de bois, qu’on a fait entrer à coups de maillet dans le garni delà muraille. On en voit deux ponctuées en Q_ (/g. 6 ). Enfin, comme il eft de la plus grande importance de fortifier cette partie contre l’effort du vent, il y en a qui mettent par-deifus le chaume, quand la couverture eft finie, deux chevrons RR, chevalés à leur tète, & liés par le bas à ceux de la charpente. Cette précaution eft très-bonne.
- 24. On fe rappellera que le couvreur a formé l’égout avec des demi-javelles , qui font l’office de couffinets pour relever l’égout. On voit ces couf-finets en place fur le toit en OP (fig> 6)-y & l’on apperçoit leur fituation en « (fig- 10), avec le lien d’ofîer b, qui les tient attachés aux chevrons. On recouvre ces couffinets d’un rang de javelles c d (fig. 10), dont l’extrémité excédé les couffinets, & on lie avec de l’ofier b ces javelles c d aux chevrons ©u à la latte.
- 2f. Il faut maintenant faire attention que les javelles font plus épaiffes au milieu que vers les bouts : or la partie la plus épaiffe doit répondre à la queue mince du couffinet j la partie mince de la javelle couvre entièrement le couffinet, & même le déborde un peu ; & la partie ef s’appuie fur la latte en e (fig. 10). Ainfi d (fig. 10) forme le pureau de cette javelle. On a encore attention que les javelles fe recouvrent toutes les unes les autres par les côtés.
- 26. Ce premier lit de javelles c d étant bien arrangé & fermement attaché fur les chevrons, on place le fécond rang efi( fig. 10 ) de façon que la partie mince de la javelle forme le pureau fi, & qu’elle recouvre plus de la moitié de la longueur de la première javelle cd, Ainfi la partie la plus épaiffe de la fécondé javelle répond à la partie mince des premières javelles c d (fig. 10 ). On lie les javelles du fécond rang fur les chevrons b'y on les met un peu en recouvrement par les côtés fur les javelles qu’elles touchent. Le couvreur S (fig. 6 ) les preffe fortement avec fon genou & fes mains ; & en continuant ainfi de rang en rang, il arrive qu’ait faîte, les deux rangs de javelles des deux côtés du toit recouvrent un peu la piece de charpente qui forme le faîte, mais non pas allez pour empêcher l’eau d’y pénétrer: ç’eft pourquoi on met dans toute la longueur du faîte de grandes javelles faîtieres- bk(fig. 10), dont la longueur croife le faîte à .angle droit : la partie épaiffe de la javelle faîtiere i k repofe fur le faîte
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- qu’elle croife > & les deux extrémités plus minces recouvrent d’un côté les javelles / , & de l’autre côté les javelles m (fig. io). Quoiqu’on lie ces javelles faîtieres au faîte même, le vent pourrait les emporter, fi l’on n’avait la précaution de les charger avec de la terre/z, un peu détrempée & battue avec une palette.
- 27. Le toit étant ainfi entièrement couvert de chaume, onlelailTe en cet état environ deux ou trois mois fans le finir, afin de donner aux brins de chaume le tems de s’affaiffer les uns fur les autres. Au bout de ce tems, le couvreur remonte fur la couverture pour en reconnaître l’état : s’il y trouve des endroits creux, qu’on nomme des gouttières, comme cela ne manque guere d’arriver, il fourbe là palette dans la partie du chaume qui eft la plus enfoncée, & en relevanfie manche de cet outil, il forme un vuide dans lequel il introduit des javelles plus ou moins épailfes , félon que l’enfoncement eft plus ou moins confidérable j puis avec fes mains, il unit groiîiérement la couverture, en retirant & jetant à bas le chaume fuperflu ; enfuite il bat la couverture avec le plat du peigne, pour comprimer le chaume, & détacher les brins qui ne tiennent pas fulïifamment. Il finit ce travail en polilfant fon ouvrage avec les dents du peigne {fig. 9).
- 28- Il ne lui refte plus que l’égout à égaler, ce qu’il fait en tirant avec la main les brins de chaume qui débordent les couftinets; & fi le couvreur s’apperçoit qu’il y ait quelque endroit qui ne foit pas alfez garni de chaume, il y en remet de nouveau, en l’introduifant avec la palette. Cet inftrument lui fert encore, en frappant de plat, à faire rentrer les brins de chaume qui ne débordent qu’un peu les couflinets. L’ouvrage étant ainfi ragréé , l’ouvrier finit par mettre , avec une truelle, du mortier de terre entre la maçonnerie du pignon & le bord des javelles qui le recouvrent, & il forme en-dedans les ravales avec de la maçonnerie.
- 29. On doit éviter , autant qu’il eft pofîible , de faire des noues ( 11 ) aux couvertures de chaume ; mais quand la nécefïité y oblige, il faut garnir avec de fortes javelles le fond de ces noues, en chargeant bien le noulet (12), afin que la noue, au lieu d’être creufe, forme un ados fort large,qui par ce moyen fe lie aifez bien avec les deux.toits.
- - 30. La même raifon qui doit faire éviter les noues, doit engager à fup-primer les lucarnes fur de pareils toits ; il convient mieux de pratiquer une fenêtre dans le pignon, comme en T (fig* 6), mais fi l’on était contraint d’en faire une dans la couverture, il faudrait du moins la tenir fort baife', chevater les chevrons fur un petit faite particulier, & les faire aboutir fur
- (11) Voyez l'explication des termes.
- (12) Noulet, c’eft renfoncement des deux toits qui fe joignent.
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- deux des chevrons de la grande charpente : alors, en garniflant de beaucoup de chaume les noues, on formera fur cette lucarne un arrondiflement en forme de dos de bahu. Si l’on veut élever davantage cette lucarne, il faut que les côtés foient de colombage, & la couvrir comme un toit ordinaire.
- 31. Pour faire un œil de bœuf dans les couvertures de chaume , on place entre les javelles la ferçhe d’une feille fans fond, on met aux côtés deux couflinets liés à la latte, & on couvre le relie avec des javelles. Mais il eft toujours mieux & plus folide de faire les toits de chaume pleins & fans aucune ouverture.
- 32. Ces fortes de couvertures font très-bonnes pour les maifons des payfans : elles garantiffent leurs logemens de l’air chaud ou froid ^ enforte qu’elles font fraîches en été , & chaudes en hiver. Ces couvertures ont encore l’avantage d’épargner beaucoup fur la dépenfe delà charpente. Mais elles ne conviennent point dans les fermes ; non-feulement parce qu’elles font expo-lëes à être incendiées , mais encore parce qu’elles font fujettes à être endommagées par les pigeons & les volailles. De plus , elles fervent de réduit aux fouines, aux fouris , aux rats, qui cherchent toujours les habitations où il y a du grain & des volailles. Quand les payfans ramalfent eux-mêmes le -chaume, il ne leur en coûte que la moitié du‘prix ordinaire pour le faire employer par les couvreurs : en conféquence , fi l’on paie à ceux-ci 14 livres par millier, il ne leur en coûte alors que 7 livres.
- Réparations des couvertures de chaume.
- 33. En fuppofant qu’il n’arrive aucun accident étranger aux couvertures de chaume, elles doivent durer douze ou quinze ans fans avoir befoin de réparations confîdérables. Quelquefois un coup de vent emporte quelques javelles ; en ce cas, on doit en fubftituer d’autres le plus promptement qu’il eft poiïible , & les lier aux chevrons , pour éviter qu’elles ne foient encore emportées. Lorfqu’après des pluies confîdérables, accompagnées de vent, on s’apperçoit qu’il s’eft formé des gouttières fur les couvertures,il faut y piquer, avec la palette , de petites javelles de chaume. Ces fortes d’accidens fe réparent fi aifément, que pour peu qu’un payfan (bit adroit, il peut exécuter lui-même ces petites réparations. Mais au bout de douze ou quinze ans, la luperficie du chaume des couvertures eft pourrie, 011 y voit croître de l’herbe & de la moufle : il faut alors , fi l’on veut prévenir la perte totale de la couverture, y faire une grande réparation , qu’on nomme un mantzau. Cette réparation confifte à mettre fur toute la luperficie de la couverture une couche de chaume neuf. O11 commence par ôter tout le chaume pourri & réduit en terreau, jufqu’à ce qu’on ait découvert le chaume fain 5 enfuite
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- en commençant par l’égout, on fourre avec la palette des javelles de chaume dans toute la longueur du bâtiment ; puis en remontant toujours par des orgues (13) horifontales, on garnit toute la couverture de javelles neuves, que l’on prefle entre les anciennes, en les appuyant avec le genou, & en les 'frappant avec la palette ou le plat du peigne : après quoi on retire avec les mains tout le chaume fuperfïu ; on peigne le manteau, comme on fait aux couvertures neuves; on remet fur le faite des javelles faîtieres neuves ; on les charge de terre ; on égalife l’égout ; 011 répare les rives ou bordures. Au moyen de cette réparation, ces couvertures durent encore douze ou quinze ans. Lespayfans fe contentent prefque toujours de faire remettre des manteaux fur leurs bâtimens, & ils ne les recouvrent à neuf que quand la charpente a befoin d’une réparation coniîdérable. En ce cas , ils font fervir , pour la nouvelle couverture, une partie de l’ancien chaume, qui fe trouve ordinairement fort bon; mais avant d’en faire des javelles, ils les délient pour en fecouer le chaume, qu’ils divifent le plus qu’ils peuvent. Les brins pourris, ainli que ceux qui fe trouvent brifés, tombent fous le bon. Ils mêlent ce qu’il y a de meilleur de ce chaume ancien avec du chaume neuf ? & javellent le tout comme nous l’avons déjà expliqué.
- De la couverture des murs en chaume.
- 34. Un des meilleurs ufages qu’on puilfe faire du chaume , eft d’en couvrir les murs des parcs , ceux des fermes , & généralement tous les murs qui 11’exigent pas une grande ^propreté. Une pareille couverture, lorfqu’elle eft bien faite , dure , fur un mur de clôture, vingt-cinq à trente ans ; au lieu que les chaperons qu’on fait en pierre, s’écroulent ou fe délitent très-promptement , à moins que l’on n’ait l’attention de les aifeoir fur un bon mortier de chaux & de labié , ou de ciment ; mais cette dépenfe eft confidérable.
- - 35. Pour faire ces fortes de couvertures, il faut que le fommet du mu» foit bien régalé, afin que les javelles puilfent s’y aifeoir folidement ; il eft bon même , pour cette raifon , que les murs aient dix-neuf à vingt-deux pouces d’épailfeur dans le haut; car le chaume employé fur un mur qui a peu d’épailfeur, eft fujet à ,tomber. < . *
- 36. On javelle le chaume comme pour couvrir les maifons. Un ouvrier monte fur le mur, &fon manœuvre lui fournit les javelles avec une fourche : le couvreur les délie , & il jette à bas le lien de paille ; puis il prend une javelle , qu’il pofe’en faitiere furie mur cib^fig. 11 ) , où il la preffe fortement fous fes genoux r& avec fes mains. Ii place enfuite une fécondé javelle , de maniéré
- - (13) Ce font des lignes de javelles placées l’une à côté de l’autre.
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- que fes bords recouvrent ceux de la javelle qui a été placée en premier lieu j il prelfe encore celle-ci de la meme maniéré que la première , & l’arrange avec fes mains. Quand il a placé ainfi fuccellivement quatre ou cinq javelles, il fe fait apporter dans un panier de la terre détrempée c ( fig. 11 ) , qu’il répand fur le milieu des javelles qui font déjà pofées. Il arrange ce mortier de terre, & le bat avec la palette > puis il continue de pofer d’autres javelles dans toute la longueur delà muraille. Il en faut cent pour couvrir une toife courante de muraille. Quelques-uns , pour empêcher que la pluie n’emporte la terre, chargent leur chaume avec des gazons , ou bien ils y plantent des fedum& des jourbarbes , & même de l’orpin. Les racines de ces plantes cou, tribuent à retenir la terre qui charge les faitieres. Quelques couvreurs, pour rendre leur ouvrage encore plus folide, enfoncent dans le garni,des chevilles à deux pieds de diftance les unes des autres , de la même maniéré qu’on en met aux rivets fur les pointes des pignons.
- 37. Quand les javelles font fufïifamment chargées de mortier, le cou. vreur defeend pour former l’égout, parce que le bout des javelles eft peu-dant, comme on le peut voir 0%. 11 ) du côté de a; & pour leur donner la forme qu’on voit du côté de b , il tire avec la main les brins qui pendent, & il les jette à bas > enfuite il frappe avec le plat de la palette. Si l’égout lui paraît trop mince en quelques endroits , il y fourre du chaume, à l’aide de la palette j puis il tire peu à peu les brins qui excédent trop, & renfonce avec la palette ceux qui débordent. Quand l’égout eft bien uni, il fe fou. I tient aflez ferme, puilque le chaume déborde le mur de quatre à cinq pouces de chaque côté, làns être autrement foutenu.
- 38. Toutes ces manœuvres paraiifent bien lîmpîes j néanmoins il y a une certaine adreife à bien aifeoir les javelles fur les murs, & à faire enforte que le milieu des javelles foit exactement fur le milieu du mur, ainlî que la charge du mortier de terre c (fig. 11 ). C’eft à quoi quelques ouvriers réuf-fîifent mieux que d’autres, & c’eft pour cette raifon que l’on voit quelques-unes des couvertures de cette eipece qui réflftent aux vents violens , pendant1 que d’autres en font renverfées.
- 39. Tout le chaume qu’on a jeté à bas en fmilTant les couvrtures, n« doit pas être perdu j on le ramaife, & l’on en forme des javelles.
- Des couvertures de rofeau.
- 40. On fait de fort bonnes couvertures avec les rofeaux qui croiflent dans les marais. Comme le terrein où ils viennent eft ordinairement rempli d’eau, on attend l’hiver, & 011 les coupe dans cette faifon pendant la gelée: ils ont alors lix pieds de hauteur. On les coupe par la moitié avec la faucille»
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- cille, & l’on en fait des bottes, que l’on lie avec de la paille : ces bottes tiennent lieu de javelles de chaume. Nous avons dit que, pour couvrir en chaume, on mettait les cours de lattes à fix pouces les uns des autres : pour couvrir avec le rofeau, ou les met feulement à trois pouces , parce que comme le rofeau eft fujet à couler, il faut le lier en plufieurs points. On commence par former l’égout avec des couffinets de chaume ordinaire, & de la maniéré que nous l’avons expliqué ci-deifus ; on fait auffi les rivets av£c des javelles de chaume, ainli que la couverture du faite.
- 41. Les couffinets étant placés, le manœuvre porte au couvreur une botte de rofeaux qu’il délie, & il la pofe de maniéré qu’elle puiife recouvrir entièrement le couffinet ; puis il l’étend un peu , mais de maniéré qu’il y refte une épaiifeur de rofeaux de huit à neuf pouces ; il l’arrête enfuite à la latte ou aux chevrons avec un lien ; puis il pofe auprès de cette première botte une fécondé, qu’il lie de la même façon; & quand il y en a établi un lit dans toute la longueur du bâtiment, il frappe avec la palette fur le bout des rofeaux pour les faire couler; de forte que le bout de la botte , qui d’abord était perpendiculaire , comme le repréfente la ligne ponétuée a b (fig. 21) , devient oblique comme en x, parce que tous les brins de rofeau doivent faire une petite retraite d’environ deux ou trois lignes, les uns fur les autres ; & comme les rofeaux de la partie fupérieure de la botte font plus renfoncés que ceux de l’extrémité oppofée, il en réfulte que le derrière delà botte perd de fon épaiifeur; & elle en perd d’autant plus que cette partie de la botte eft toujours la plus menue du rofeau. Enfuite on pofe les liens c 8c d (fîg. 17), en obfervant d’entrelacer tellement ces liens, qu’ils faifent joindre toutes les bottes du même lit les unes avec les autres. On met un fécond lit de bottes, repréfenté par la ligne ponéluéee; on les attache à la latte avec des liens f ; on fait couler les rofeaux du deifus des bottes en frappant avec la palette, & on pofe les liens g 8c h ; ce qui étant continué de toute la longueur du toit, le fécond rangfe trouve fait; il doit recouvrir les liens b, c,d 9 du premier rang. En continuant a in fi ce travail dans toute la hauteur du toit, on arrive au faîte, qu’on couvre avec de grandes javelles de chaume, comme nous l’avons déjà dit. Il faut obferver que le rofeau puiife recouvrir en partie le chaume des javelles des rivets.
- 42. Ces fortes de couvertures exigent plus d’adrelfe que celles de chaume : auffi coûtent-elles une fois plus de façon ; mais elles réliftent beaucoup plus au vent, 8c elles durent quarante ans & plus , fans- que l’on foit obligé d’y faire aucune réparation. On couvre auffi les murailles avec du rofeau ; & cette couverture ri exige d’autre attention que debécheveter le rofeau, afin que la couverture foit auffi épailfe d’un côté que de l’autre.
- 43. Dans quelques pays on fait encore des couvertures avec du glaïeuly
- Tomê IV* L 1
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- du typha, qu’on nomme la md-ffe, des foiicliets de grands joncs, & d’autres grandes herbes 5 mais nous n’en parlons point, parce que ces plantes font de mauvaifes couvertures , & que d’ailleurs on les^emploie à peu près delà même maniéré que le chaume.
- Comment on couvre de paille 'les meules ou gerbier s de froment, celles d'avoine , ou de différents fourrages.
- 44. Quand 011 a fait un gerbier à peu près femblable à celui de la figure 1, marqué D, on le recouvre avec de la paille, pour empêcher que l’eau ne le pénétré. On choilit pour cela de la paille longue de îèigle, on la mouille un peu ; on en prend une poignée ; & après en avoir replié le bout où font les épis, pour faire une elpece de tête, on lie cette partie avec un petit brin d’ofier refendu. Puis, quand on a préparé un grand nombre de pareilles poignées, fi l’on veut commencer la couverture à fîx pieds du terrein, ou fait avec la palette un trou dans le chaumier, on y fourre la tête de la poignée; & après avoir rabattu la paille qui déborde le gerbier, on étend, en forme d’éventail, le bout de la poignée. On continue de même dans tout le pourtour du gerbier ; puis 011 commence un fécond rang, dont la paille recouvre la moitié de la longueur de celle qui forme le premier rang. On fait de même la troifieme rangée, puis la quatrième, & ainfi jufqu’au fûte, où l’on met quelques bottes de paille longue, couchées fur leur lien, & on les retient avec quelques perches minces, qu’011 attache à la pointe de la meule, & dont 011 arrête les bouts à des piquets fort longs, enfoncés dans le gerbier. Pour peu que ces couvertures foient bien faites, elles font en état de fubfifter beaucoup plus long-tems qu’il 11e faut pour garantir le gerbier, jufqu’à ce qu’il foit vuide ( 14).
- CHAPITRE IL
- Des couvertures en tuile.
- 4 Æ E S tuiles font des carreaux de terre cuite, qui ont environ cinq lignes (fépailfeur, La bonté des tuiles dépend principalement de la nature de la terre dont 011 les fait ; car il y a des terres qui deviennent très-dures à la
- (14Ù S’il eft démontré que cette manière ufage par-tout où il eft établi. En Suîfle& dé conferver' les grains eft caufe d’une plus f en Allemagne on ferre les grains & les four-grande confommation & d’une perte con- rages dans des granges , où ils font bien âdérable \ on doit tacher de détruire cet mieux confcrvés»
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- cuiffon, & d’autres qui relient Ci tendres qu’elles rompent fous le poids du genou des couvreurs ( 15 ). Le degré de cuiiTon influe encore fur la bonté des -tuiles : celles qui 11e font pas allez cuites relient tendres * elles imbibent l’eau ; & quand il vient de la gelée, ^elles fe feuilletent. Ce défaut de s’exfolier arrive même à des tuiles fort dures, qui ont été failles par un feu trop vif; & alors la fuperficie fe trouve quelquefois trop cuite, pendant que. l’intérieur 11e l’efl pas aflez: ces fortes de tuiles font donc fujettes àfe lever par écailles. Pour qu’une tuile foit bien cuite, il faut que la chaleur ait pénétré dans l’intérieur, & que la grande adion du feu n’agilfe que quand l’humidité de l’intérieur eft entièrement diffipée. Quand le feu eft mal conduit, beaucoup de tuiles fe trouvent fondues , & elles fe fendent quand on les met au four avant qu’elles aient été fuffifamment deiféchées fous des angars. Ajoutons qu’une tuile qui a reçu un coup de feu trop violent, elt ordinairement en partie vitrifiée & voilée. Je me borne à ces généralités, parce qu’on trouve ces détails dans l’art du tuilier, qui a été publié. Il liiffit que le couvreur fâche qu’une bonne tuile doit avoir confervé fa forme plate ou creufe, fuivant fon efpece; qu’elle doit être fonore quand on frappe delfus avec le marteau : ce qui indique qu’elle n’eft point fêlée , & qu’elle eft bien cuite. Certains points brillans font encore connaître la bonne cuiffon j elle doit fe rompre difficilement, être auffi cuite dans l’intérieur qu’à la fuperficie , fans être vitrifiée. Il ne faut point s’arrêter à la couleur; car les terres en prennent de fort différentes à la cuiffon : les unes font prefque blanches, d’autres font fort rouges , d’autres fort brunes ; & toutes peuvent être bonnes. On ne doit pas non plus rebuter les tuiles dont la furface eft raboteufe ; car cela dépend fou vent du fable qu’on a employé pour les mouler, & qui eft gros : l’intérieur de la tuile 11’en eft point altéré. Au refte, l’ufage fait connaître fi elles fe chargent de moufle, fi elles fe pourriffent fur les toits, ou fi elles fe feuilletent ( 16). On préféré la bonne tuile de démolition à la neuve: je dis la bonne, c’eft ordinairement celle de Bourgogne; car celle qui étant neuve n’était pas de bonne qualité, ne vaudra absolument rie^i quand elle aura été déjà employée.
- Suivant les provinces, on couvre les toits, foit avec des tuiles plates , foit avec des tuiles creufes, ou avec des tuiles en S. Je dirai la maniéré d’employer ces différentes fortes de tuiles,.après que j’aurai parlé de l’emploi des tuiles plates dont on fait les plus belles couvertures.
- (10 Voyez fur tous ces détails relatifs à la pratique , déboutés les obfervations que la qualité des tuiles, ce qu’on en a dit fort j’ai raffemblées dans l’art du tuilier, fur la au long dans ce quatrième volume, page 1 , maniéré de connaître les bonnes tuiles, & & fuivantes. d’éprouver celles dont on veut faire u fage,
- (16) Le couvreur doit être influât par
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- Des tuiles plates.
- 47. Les tuiles plates font ordinairement de deux grandeurs : h grand échantillon qu’on nomme auffi le grand moule, a un pied de longueur, & en y comprenant le crochet, treize pouces fur huit à neuf pouces de largeur, h petit échantillon, ou le petit moule, porte dix pouces de long fur fix de large. Il eft à defirer que toutes les tuiles qu’on fait dans une même province foient d’un même échantillon (17)5 car pour,bien réparer une couverture, il faut y employer des tuiles d’une même grandeur ; & c’eft ce qui rend les moules bâtards fort incommodes, & prefque d’aucun ufàge : aufîi n’en fait-on point pour Paris.
- 48. Quand on eft néceifité de réparer avec des tuiles de différent moule, il faut découvrir une partie du toit pour réparer le refte, & couvrir à neuf avec le moule bâtard, & ne le point mêler avec les autres. On fait encore des tuiles gironées pour couvrir les tours, des tuiles hachées pour mettre dans les noues, des tuiles vernijjées, &c. Les couvreurs nomment tico-Jines, les tuiles fendues dans leur longueur ; & rigoteaux, les tuiles fendues en travers , & qu’on emploie aux folins. Nous parlerons dans la fuite de l’emploi de ces différentes tuiles.
- Attentions qui regardent le charpentier.
- 49. Il y a de l’inconvénient à faire les toits trop plats, parce que l’eau y coule plus lentement, & qu’elle pénétré par les plus petits trous. La neige s’y arrête, elle les charge ; & lorfque le dégel arrive, l’eau arrêtée s’écoule entre les tuiles. Enfin, lorfqu’il fait de grands vents, l’eau des pluies fe trouvant refoulée, paffe entre les tuiles, & tombe dans les greniers. Les toits fort roides 11e font point fujets à ces inconvéniens j mais auiïi les-tuiles 11e font pas fi fermement retentes fur les lattes, & elles coulent en-bas. Comme les tuiles de grand moule font ordinairement percées de deux trous, un de chaque côté du crochet, on y met un clou pour mieux tenir la tiÿle fur les lattes > mais alors les réparations deviennent très-embarraffarites à faire. Il faut donc, pour avoir une couverture folide, éviter les excès de pente: l’ufage ordinaire eft de donner en hauteur, aux combles couverts^en tuile, le tiers de leur largeur. Si le comble a trente pieds de largeur d’un entablement à l’autre, il doit avoir dix pieds de haut au fommet du faite, ou la longueur de l’aiguille doit être de dix pieds ; mais lorfqu’on fait des man-fardes, fouvent la partie d’en-bas eft trop roide, & celle qui eft au-deifus
- (17) J’ai rapporté, dans l’art du tuilier, S.M. leroi dePruiïe,pour obliger les tuiliers
- des ordonnances faites dans les états de à donner à leurs tuiles une mêmemefure.
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- de la panne de brifts eft trop plate. Ces attentions concernent les charpentiers : ils doivent encore avoir égard an poids de la tuile, qui eft beaucoup plus considérable, que celui du chaume, & que celui de l’ardoife; caron doit faire les charpentes d’autant plus fortes qu’elles ont un plus grand poids à Supporter.
- 50. Autrefois on ne mettait que trois chevrons fous chaque longueur de lattes ; c’eft-à-dire, que les lattes qui ont quatre pieds de longueur abou-tilfaient fur deux chevrons, & étaient foutenues par un chevron dans leur milieu : on mettait les chevrons à deux pieds de diftance les uns des autres, à compter du milieu d’un chevron au milieu d’un autre. O11 a depuis reconnu que la latte qui eft aujourd’hui fort mince, n’étant pas aifez foutenue, ployait dans l’intervalle des chevrons ; & pour y remédier, on foutient maintenant la latte avec quatre chevrons, qui, en ce cas, 11e font qu’à feize pouces l’un de l’autre, toujours en comptant du milieu d’un chevron au milieu d’un autre; de forte qu’il n’y a guere qu’un pied d’intervalle du bord d’un chevron au bord d’un autre.
- 51. Enfin les charpentiers doivent, en brandiffant les chevrons, avoir
- attention de les caler fur les pannes, de [façon qu’ils faifent tous enfemble un plan bien uni. Cela s’exécute facilement, quand! on n’emploie que des chevrons de fciage ; niais fi ce font des chevrons de brin, quoiqu’on mette leur courbure dans le fens du platroit, il arrive quelquefois qu’un de ces chevrons s’élève , & que le couvreur, en lattant, eft obligé de hacher avec fon alfette la partie du chevron qui s’élève trop; ou s’il fe trouve trop creux en quelque endroit, il faut qu’il le rengrailfe, & qu’il y attache une latte dans le fens de la longueur du chevron. *
- . r. Du lattis.
- * • ' • ' i !(
- f 2. "Pour les égouts pendans, teîssque font ceux des bâtimens des fermes, & tous ceux .qui n’exigent pas une grande propreté, les charpentiers laiifent les chevrons excéder le mur de quinze ou dix-huit pouces, & ils tirent fur tous avec un cordeau, un trait blanc ou noir, afin que cet égout ait une égale faillie dans toute la longueur du toit. Le couvreur attache enfuite fur ce trait un cours de chanlattes, dans toute la longueur du bâtiment. or- v. . "
- 53. Les chanlattes font des planches de fix!à fept pouces de largeur; elles font taillées en ! chanfrein, de forte qu’elles ont à un de leurs bords, deux pouces d’épaiffeur& à l’autre elles fe terminent en lame de couteau : ces chanlattes font tirées d’une membrure de ftx pouces de largeur, & de deux pouces & demi d’épaiifeur, que ,l’on fcie en deux par^une diagonale
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- W> &Q U VU E Jm
- .tfo
- tracée furie paralfélogramé !qui forme une de fes extrémités. : ; [#54. Quand on .pofe les chanlattes a (planche II, fig. 3), 011 met le bord r épais fur le brait du cordeau qui doit excéder le parement extérieur du mur de quinze à dix-huit pouces ; & quand elles ont été attachées, on cloue fur les chevrons , au-deifus du bord tranchant des chanlattes , un cours de lattes vers b ( fig. 3 ) ; enfuite 011 forme le bâti ; c’eft-à-dire, qu’on cloue fur toute l’é.
- - tendue du toit dés cours de lattes e, e, e, (pi. III, fig. 9 ) , diftans les uns des ' autres de dix pouces & demi, files tuiles n’ont que neuf pouces de longueur;
- & à huit pouces de diftance, files tuiles étaient d’un pied de long.
- Quelques couvreurs donnent d’autant plus de recouvrement aux tuiles, & diminuent d’autant plus le pureau, que les toits font plus plats: àinfi en fuppolànt qu’ils euifent à couvrir un toit fort plat, ils 11e mettraient, > pour-le petit échantillon, que cinq pouces & demi ou fix pouces entre les cours 'de lattes du bâti; mais cela ne s’obferve guere que pour l’ardoife. j •'j ^6.' Quand le bâti eft formé, on pofè les contre-lattes. Nous avons dit ci-deifus que les lattes ployaient quelquefois entre les chevrons fous le poids de la tuile , & que cela arrivait principalement quand on ne mettait que trois chevrons fous latte. En ce cas, on met entre les chevrons a (pi. III, fig. 9), deux cours de contre-lattes g, g, pofées parallèlement aux chevrons a, & qui coupent àfangle droit celles e du bâti, fous lefquelles elles font clouées. •Cet ufage eft abandonné pour les bâtimens neufs , parce qu’on met toujours -quatre chevrons à'la-latte; & on voit qu’il y aurait de l’économie à payer plus cher de la datte qui ferait plus forte. Quand nous avons eu à réparer -d’anciennes couvertures, où les chevrons étaient des trois à la latte, au lieu de mettre deux cours de contre-lattes, nous avons fait mettre entre les chevrons, comme en g, du bardeau de moulin. Ce font de fortes perches ou petites ridelles qu’011 'refend en deux dans les forêts ; elles ont environ un demi-pouce d’épaiflêur fur trois forts pouces de largeur. Ces bardeaux, fur lefquels les lattes font douées y valent prefque autant que'des ‘chevrons pour leferviee. Quand les lattes fe trouvent faibles , on met un cours de contre-lattes g, quoique les chevrons foient des quatre à la latte; & on ‘ choilit, pour contre-latter ainfi, les lattes les plus -fortes.' '" Te “
- - 57. ON cloue aifément la latte furies chevrons, parce qu’ils font allez forts pour- foutenir le coup de' marteau ; mais- ibn’en eft pas de même de la contre-latte : ce qui oblige les couvreurs d’employer un contre-lattoir pour pouvoir attacher la'latte fur la contre-latte. Ce'contre-lattoir eft mil outil de fer recourbé (pi. I, fig. 14), dontfôn palfe le bec a fous la contre-latte. La tra-1 vetiè b 'bi foutient! les'lattes du bâti; en appuyant en g, onprelfe la contre-latte fous la latte, & onfe procure un point d’appuftpbuf frapper le clou, •dont la pointe feire-brou-âfe r &Qe rive fur-le bec du contre-lattoir. Au idéfaut
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- d’un contre-lattoir, les couvreurs paflent la tête de leur ailette fous la contre-latte pourtenir le coup. - ‘ * ,. ' ' -
- 58* Les couvreurs attentifs taillent les bouts de leurs contre-lattes enbii feau , pour les mettre en recouvrement, afin qu’un même clou puiife traverfer les extrémités de deux contre-lattes avec la latte. ! 0 . r
- 5'9. Quand le toit eft bâti & contre-latté, il faut ajouter entre les' lattes du b.âtiun cours de lattes b b (pi. III, fig. 4) ; & c’eft ce qu’on appelle remplir.
- 60. J’ai dit que , quand on couvrait avec de la tuile du petit échantillon, 011 mettait les lattes du bâti à fix pouces,les unes des autres, en comptant du milieu d’une latte au milieu d’une autre : comme on met une latte entre deux, il 11e fe trouve que trois pouces du bord fupérieur d’une latte au bord fupérieur d’une autre. O11 verra dans la fuite, que ces trois pouces forment le pureau des tuiles de dix pouces. La diftance d’un cours de lattes à un autre cours, doit former le pureau , qui eft ordinairement d’un tiers de la hauteur de la tuile, prife au-delfous du crochet. Quand on emploie des tuiles de grand moule, il faut environ trente lattes par toife quar-rée de couverture, & trente-fix quand on emploie des tuiles de petit moule : ee qui demande, l’un portant l’autre, cent quatre-vingt-dix clous.
- 61. On choifit pour le bâti,les lattes les plus droites, & 011 les pôle fur
- un trait de cordeau: à l’égard des lattes de rempüfîage, on les place à vue. Une attention que n’ont pas tous les couvreurs , & qui eft néanmoins importante, eft de liaifonner les lattes ; c’eft-à-dire, qu’il ne faut pas qu’elles aboutirent toutes fur un même chevron : pour éviter cela, on commence parpoferune latte fur les quatre chevrons du'milieu du bâtiment, oh cloue la latte fupérieure fur un autre chevroii, & en*continuant toujours de la même façon, tous les chevrons fe trouvent liés par les latfcs,• & luit ne peut pas couler fans les autres. }
- * * • Monter la tuile. : A
- 62. Dans les villes & lorfque les bâtimens font fort élevés, les manœuvres
- montent la'tuile dans un hotte pmais dans les campagnes ; où lès. bâtimens n’ont pas ordinairement une grande hauteur , les couvreurs fêla jettent les uns aux autres. Un d’eux eft en-bas fil en jettejtrois, couchées; les unes fur les autres, à quinze, vingt, vingt-cinq ou trente pieds de hauteurfuivant la force de celui qui les jette : un fécond couvreur ,• monté fur un échelle,' le dos appuyé contre les échelons , les reçoit: celui-ci les, donne tout de fuite à umtroifieme couvreur plus eîevé que lin’de trois' ou quatre échelons, & celui-ci les remet au couvreur qui doit brocher la tuile fur le toit. Rarement les compagnon^qui*'ftfnt fur l’échelle jettent la tuile’à ceux qui- font aq-deifus d’eux fils 'fe la'donneM 'a la main; f;i -o • ;)f
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- 63. Pour brocher la tuile, le couvreur la pafTe de plat entre les lattes, comme on le voit en E (pl. III, fig. 9). En brochant, il remplit une orne, comme celle marquée B ( pL III, fig. 4 ) 3 il laixfe Tome C vuide ; puis il remplit l’orne D. S’il remplirait toutes les ornes, il fe trouverait trop de tuiles de montées 3 mais auflî, en fuivant ce que nous venons de dire, ü n’y en aurait pas affez, & on ferait obligé d’en monter pour achever la couverture j ce qui ne ferait pas un grand inconvénient : cependant on remplit ordinairement toutes les ornes feulement vers une extrémité du bâtiment 3 de forte que, fur un toit qui aurait quarante pieds de longueur, on laiife quinze ef-paces vuides. Au refte , il vaut mieux avoir à monter quelques tuiles pour finir le toit, que de fe mettre dans le cas d’en avoir de trop, qu’il faudrait defcendre.
- Former un égout pendant, & le plein-cotivert.
- 64. Quand la tuile eft montée', on doit former l’égout, en pofantfurla chanlatte a (pl. II, fig. 3 ) un rang de demi-tuile b, qu’011 nomme un fous-dou-b lis , qui doit déborder la chanlatte de quatre pouces. Sur ces demi-tuiles, on pofe le doublis, qui confille en un rang de tuiles c, qui s’accrochent au cours de lattes qui eft immédiatement au-delfus de la chanlatte, & dont le bord doit arrafer le fous-doubîis fans lailfer de pureau 3 mais le milieu des tuiles du doublis doit couvrir les joints des demi-tuiles du fous-doublis. Le fécond rang de tuiles d s’accroche au fécond cours de lattes 5 il recouvre les deux tiers de la longueur des tuiles du premier rang, dont il refte quatre pouces de découvert, fi c’eft un grand échantillon3 & trois pouces feulement,fl c’eft du petit moule. Cette partie découverte forme ce qu’on nomme le pureau. Au refte, il faut que le milieu de la largeur des tuiles du rang d, recouvre les joints du premier rang c. En continuant à accrocher ainfi en liaifon des rangs de tuiles fur tous les cours de lattes, le plein toit fe trouve couvert, 6ç. Pour les toits ordinaires , on met les tuiles touchantes 3 mais pour ceux des verreries, des brafferies, des brûleries, des fonderies & des an-gards à xlnire-yoie, on les couvre en laiiîant d’une tuile à l’autre la diftance du tiers de,la largeur de la tuile 3 fi l’on emploie, de la tuile du grand échantillon , c’eft deux pouces. Au furplus, on latte & 011 forme les pureaux comme pour les autres couvertures.
- Faire les égouts retrouffés.
- £6. Pour les égouts retrouffés, 011 fait aboutir les chevrons fur le milieu de l’épailfeuf du mur, comme dans lapL II,fig. 6. Ce mur doit être terminé
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- an entaVement de pierre de taille h, ou par quelques rangs de briques g. Suppoions que l’entablement g ou h ait deux pouces de faillie, on pofe en * mortier ou en plâtre un fous-doublis de tuiles a. qui doit faillir de quatre pouces fur l’entablement. Il faut que celles qui forment le fous-doublis aient un peu de pente vers le dehors ; 011 couvre le fous-doublis d’un doublis b, formé d’un rang de tuiles pofées avec plâtre ou mortier, fuivant Pufage du pays j ce doublis doit arrafer le fous-doublis , en couvrir les joints, & avoir un tant foit peu plus de pente. Quelques couvreurs mettent les demi-tuiles du fous-doublis en tiers-point, de forte qu’elles préfentent un de leurs angles en dehors a Qfig. 20 ), où l’égout eft repréfenté renverfé 3 on les recouvre avec des tuiles du doublis Æ, qu’on pofe quarrément. Comme la dilpofition de ces tuiles de l’égout fait une forme agréable, on rougit celles du doublis avec de l’ocre pour les rendre plus apparentes, ou on les noircit 5 & l’on blanchit celles du fous-doublis, en les trempant dans de la chaux & de l’urine. On pofe fur le doublis le premier rang de tuiles c (pl. III, fig. 2 ), qui s’accrot. che au premier cours de lattes, & qui arrafe le doublis 5 puis on pofe le lecond rang i qui doit faire retraite fur le premier de la largeur du pureau ; favoir, trois pouces pour le petit moule, quatre pour le grand. Les autres rangs i, f, fe pofent de même, en obfervant toujours la même retraite 3 mais comme pour donner plus de grâce à l’égout, il vaut mieux augmenter peu à peu la pente des tuiles, feulement jufqu’à la hauteur de trois pieds, on ne les accroche point à la latte ; on les affeoit feulement fur un bon mortier, ou fur une foie de plâtre. Ainfi, jufqu’à cette hauteur de trois pieds, la latte ne fert qu’à retenir le mortier ; & en relevant toujours de plus en plu à le derrière des tuilÆç on forme l’arrondiifement de l’égout 3 de maniéré que, fur les toits qui ne foritpas fort plats, ce n’eft que vers le douzième rang de tuiles qu’on parvient à la pente que le plein toit doit conferver dans toute fa hauteur.
- 67. Quand Pégout eft achevé, on fait quelquefois un folement de plâtre, de quatre pouces de large, à la tète de cet égout, pour recevoir des coyaux que le charpentier fournit, & qu’il taille iuivant la rondeur du comble. Plus le comble eft plat, plus il faut que les coyaux foient longs 3 & alors on def. tend les lattis jufqifau pied des coyaux : le premier pureau d’après l’égout s’accroche fur le premier cours de lattes, & continue jufqu’en haut. Nous expliquerons plus au long ce que c’eft que les coyaux , lorfque nous parlerons de la couverture en ardoife 5 en attendant, nous nous contenterons de dire ici que ce font des bouts de chevrons, qu’on attache avec des clous’ à l’extrémité d’en-bas des chevrons.
- Quelques notes relatives à la couverture en tuile.
- 6%. 1 Dans quantité de provinces, les tuiles plates portent à un de Tome IV. * Mm
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- leurs bouts une petite éminence de terre, qu’on nomme crochet ou nei; il fert à les accrocher à la latte. Il y a d’autres provinces, où, en place de ce crochet, on pratique deux trous, foit pour les clouer fur la latte, foit pour y pafler de petites chevilles de bois qui tiennent lieu du crochet. 11 ett défendu par les ftatuts des maîtres couvreurs de Paris, d’employer des chevilles de bois ; mais il leur eft permis d’y mettre des clous de bateau. On fait encore aux tuiles de grand moule,des trous à côté du crochet, pour fuppléer dans l’occafion au manque de crochets, dans le cas où iis fe feraient applatis avant la cuilfon, ou s’ils fe trouvaient caffés par accident.
- 69. 29. On fait dans quelques tuileries, dés tuiles toutes plates j dans d’autres, on leur donne une certaine courbure dans le fens de leur longueur : cette courbure fait que les bords de ces tuiles appuient plus exactement fur le pureau des tuiles inférieures ; mais les tuiles totalement plates font plus commodes pour former les égouts. Je parlerai ailleurs des tuiles en gouttières, le de celles faites en S.
- 70. 3ç. Dans quelques provinces , pour donner de la grâce aux tuiles * on arrondit leur pureau ; & lorfqu’elles font employées fur les toits, elles reffemblent aux écailles des poilfons.
- 71. 40. Dans les provinces où l’on vernit les tuiles en différentes couleurs % on en forme des compartimens qui font plus ou moins agréables, fuivant le goût du couvreur.
- 72. 5°. Les lattes font des efpeces de réglés que l’on fend dans les forêts : celles pour la tuile , & qu’on nomme lattes quarrées, n’ont fouveiit que treize à quatorze lignes de largeur, quatre lignes d’épailfeur, & quatre pieds ou quatre pieds un pouce de longueur. Bullet, d'ans fon architeCre pratique 3 exige avec raifon, qu’elles aient deux pouces de large, & quatre pieds de longueur* On y emploie plufieurs efpeces de bois ; mais les meilleures lattes doivent être de bois de chêne ; ce bois doit être de droit fil, fans nœuds & fans aubiers s ïes lattes doivent être fendues d’une égale épaiffeur dans toute leur longueur.. On plie les lattes comme la lame d’une épée, pour connaître s’il y a des endroits faibles ou éclatés ; on en rompt même quelques-unes, pour s’affûter fî elles ne font point de bois gras, ou fl elles font vermoulues,
- 73. Il y a cinquante-deux lattes à la botte : avec vingt-fept lattes on garnit une toife quarrée pour les tuiles de grand moule, non compris le contre-lattage; il en faut trente-fix pour les tuiles du petit moule. Ainfi, quand on emploie des tuiles du grand moule, la botte de lattes peut faire une toife trois; quarts d’ouvrage ; & quand c’eft du petit moule, la même botte ne peut faire; qu’une toife & un tiers.
- 74. La latte votige, qui fert pour l’ardoifè, eft de même longueur & épaiffeur que la latte quarrée ; mais elle a trois pouces, trois pouces & demi, &
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- même quatre pouces ou quatre pouces & demi de largeur. Chaque botte n’eft compofée que de vingt-cinq lattes.
- 7f • 6°. Il faut environ une livre de clous, pour attacher une hotte de lattes. Je dis environ, parce que cela varie un peu fuivant la force & Pefpece des clous. En général, il y a deux efpeces de clous à lattes ; l’un à tête ronde , & l’autre en aile de mouche. Mais l’article le plus important, eft que la tige de ce elou ne foit point trop groflè auprès delà tête , & qu’elle foit un peu applatie, afin de 11e pas fendre la latte.
- 76. Bulle T dit'que-chaque latte étant attachée avec quatre clous , on emploie , y compris le déchet, une demi-livre de clous pour chaque toife, & qu’il en faut un peu moins d’une livre pour chaque botte. Suivant le même auteur, cette eipece de clou doit être à tête plate : on le nomme clou à bouche , parce que les ouvriers le mettent dans la bouche, pour l’avoir plus à la main lorfqu’ils l’emploient. Il y en a de deux fortes ; les clous à ardoife, & les clous à lutte : les premiers font de.deux livres, deux livres & demie , ou même trois livres au millier ; les autres, de quatre livres, quatre livres & demie au millier s ce dernier eft plus long que les autres , parce que la latte eft plus épaiffe ; on l’achete à la fournie, qui eft de trente-fix livres pefant ; il ne coûte pas plus que la fomme de clous à ardoife, qui ne pefe que trente livres.
- 77. 70. Il faut deux cents quatre-vingt-dix tuiles du petit échantillon $ pour couvrir une toife quarrée. Avec un millier de tuiles du grand moule, on fait environ fept toifes de couverture.
- 78. Bullet dit que, pour faire une toife de couverture en plein comble, il faut cent trente-trois tuiles de grand moule, vingt-fept lattes, & une demi-livre de clous, ainfi le millier de ces tuiles peut faire lix toifes deux tiers i & que, pour une couverture à claire-voie, il faut cent huit tuiles par toife» ainfi le millier fait neuf toifes & un quart; & le millier de petit moule fera trois toifes & demie. Comme les moules des différentes tuileries ne font pas rigoureufement de même dimenfion, il faut tantôt un peu plus, & tantôt un peu moins de tuiles pour couvrir une même étendue de toit.
- Des œils-de-bœuf pratiqués fur les couvertures.
- 79. Pour éclairer les greniers & leur donner de l’air, on fait des lucarnes de plufieurs formes différentes ; mais comme cet article eft du reffort des architedes & des charpentiers , & que toute l’induftrie des couvreurs à cet égard fe réduit à faire des noues, il n’eft pas de mon objet de m’étendre fur cette matière; je me borne à parler de quelques ouvertures qu’on fait aux toits pour donner du jour dans les greniers, & que l’on appelle œils-de-bauf, ou vues de faîtieres.
- 80. Les plus fimples a (pl, II9f§, 5 ) fe font en mettant une faitiere renverfée,
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- qu’on engage fous la tuile de deflu's, où l’on a pratiqué une petite ouverture d’environ huit pouces, qu’on borde , li l’on veut, avec un peu de mortier ou de plâtre. Quoique cette faîtiere verfe fur les côtés l’eau de la pluie qui vient du haut du toit, il tombe toujours un peu d’eau par ces fortes d’ouvertures. Quelquefois on met un carreau de verre devant, alfemblé par-deifus les deux crolfettes qui foutiemient la faitiere; & par-delfous, ce verre eft attaché fur le rivet :'on ménage au-delfus du carreau de verre, un jour d’un pouce k demi, pour lailfer entrer l’air.
- gi. La fécondé forme d’œil-de-bœuf b fe fait en mettant dun chevron à l’autre , deux petites pièces de bois qui forment un petit faîte. Comme les noues des côtés font très-petites , on les fait avec deux tuiles i, 2, creufées en oreille de chat, &ony fait aboutir quelques rangs de tuiles; on couvre enfuite le faîte , & on borde les rives avec du mortier ou du plâtre.
- 82. Les vrais & les meilleurs œils-de-bœuf c, fe font avec une grande tuije ab(pl. I,fig. i f ), percée dans le milieu ; cette ouverture fe recouvre par une efpece de capuchon percé fur les côtés de deux trous, où l’on met quelquefois deux tuyaux de quatre à cinq pouces de longueur. On place l’évafement a b furda latte ;, il eft recouvert à la partie la plus élevée paries tuiles du toit, & la partie balfe recouvre les tuiles qui font au-delfous: ainfi cet évafement n’interrompt point l’ordre du toit; il fait feulement l’effet d’une grande tuile qui porte un grand pureau, fur lequel eft pofé le capuchon. On le voit en place en c (pl. II>fig. ï ).
- Des différentes maniérés de couvrir les arrêtiers.
- 83. Pour former la couverture aux arrêtiers, il eft fenfible que, il Ton eonduifait quarrément toutes les tuiles a, b, c, d, (pl. J, fig. 9 ) ,il relierait à placer près l’arrêtier une tuile triangulaire e, qui manquerait de crochet, & que par conféquent, on ne pourrait attacher à la latte. Pour éviter cet inconvénient , les couvreurs font ce qu’ils appellent une approche /, une contre-approche, g; & la tuile de l’arrêtier h» ayant une certaine largeur, peut conferver fon crochet. Quand on n’a pas de tuiles échancrées que l’on nomme tuiles dépecées, comme cela arrive fouvent, on échancre,par le haut la contre-approche g; on échancre encore l’approche/, qu’on place joignant la contre-approche, & il ne relie plus: qu’à échancrer la tuile de l’arrêtier h, pour qu’elle porte fur une des faces de l’arrêtier. Ainfi celle-ci peut s’accrocher à la latte, linon on la clouelur l’arrêtier. Ces tuiles, échancrées à Rapproche de l’arrêtier, forment par en-bas une ligne un peu courbe ; mais; quand cette ligne eft bien conduite , elle n’eft pas défagréable, parce qu’elle eft peufenlible àJavue.Du relie, on continue de même la couverture de bas en haut, en confervant -les pureaux comme au plein couvert. Comme
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- les tuiles ne fe joignent jamais aflez exadtement fur Parrètier pour empêcher la pluie d’y pénétrer, on garnit le delfus des arrètiers avec un filet de plâtre ou de mortier ; & ce filet qui entame fur les tuiles de Parrètier, forme de chaque côté une plate-bande de deux pouces de largeur.
- 84. Quand les toits font fort plats , au lieu d’un fimple rivet de mortier, on pofe des tuiles fur Parrètier, & on les noie dans le mortier, faifant en-forte que leur pureau réponde à celui du toit. »
- 8f. Dans quelques provinces, on fait encore mieux; car 011 couvre les arrètiers avec des tuiles creufes ou de petits enfaîteaux (pL. I,fig. 16 ), qu’on nomme à P oreille de chat, parce qu’ils font plus larges & plus évafés par un bout que par l’autre. On les pofe à mortier fur Parrètier, de façon qu’ils fe recouvrent les uns les autres; mais on leur donne plus de pureau qu’aux tuiles'du toit, parce que ces enfaîteaux ont dix-huit pouces de longueur, huit à neuf pouces de largeur par un bout, & fix par l’autre.
- Des noues.
- 86. Pour fe former l’idée d’une noue, il faut fe repréfenter un corps de bâtiment AB (pl. /, fig. 12), qui tombe, fi l’on veut, à angle droit fur le milieu d’ un autre bâtiment CD , & que Je toit du bâtiment AB , fe jette fur la couverture du bâtiment CD. Il y a des noues où un des bâtimerts fe trouve avoir un toit plus plat que l’autre ; d’ailleurs les bâtimens ne tombent pas toujours l’un fur l’autre à angle droit. De quelque façon qu’ils foient dif-pofés, on couvre les noues de différentes maniérés, que je vais détaillel*-
- 87.. La méthode la plus aifée à exécuter & la plus propre , fe fait en gar-nilfant le noulet qui eft la piece de charpente qui forme le fond de la noue f avec une doife ou madrier, fur lequel on cloue des ardoifes ; ou l’on y aifeoit avec du mortier ou du plâtre, des tuiles creufes (fig. 12), renverfées, pour faire une gouttière, qui fe trouve former le fond ée la noue. Enfiiite on fait aboutir les tuiles des deux toits fur cette efpece de gouttière, comme un tranchis.
- 88* On appelle tranchis, le rang de tuiles qui termine un toit en abou-tilfant fur un pignon CG (fig. 12), ou un arrètier. Or, on voit que les tuiles font alternativement entières, & que d’autres ne font que des demies ou des deux tiers de tuiles. Il n’y a pas un grand inconvénient à cela, quand ce font des toits qui aboutilfent fur les pignons , parce qu’on borde le tranchis avec un rivet de plâtre ou de mortier.‘Il n’en ferait pas de même' pour le tranchis' d’un toit fort roide; les demi-tuiles pourraient tomber ou fe renverfer dans .la noue. On peut éviter ces inconvéniens, en formant \ks tranchis comme les arrètiers, avec des tuiles rompues , dont;
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- on fait des approches & des contre-approches, en donnant au tranchis trois pouces de recouvrement fur le fond de la noue, qui doit avoir dix-huit pouces de largeur, afin qu’il relie un pied de diilance d’un tranchis à l’autre dans toute la longueur de la noue, ou de pied en tète.
- 89. Pour faire les noues entièrement de tuile, lorfqu’un toit, comme celui marqué AB (fig. 12) effc fort roide, en comparaifon du toit CD,'qui ell très-plat, on pofe trois chevrons dans la noue E, un de chaque côté du noulet, & un dans le milieu fur le noulet même. On latte deffus comme fur le plein toit, 011 couvre le toit plat EF comme s’il n’y avait point de noue, & l’on entame un peu fur le toit AB. Enfuite on couvre le toit roide AB, en le terminant du côté de la noue par un tranchis qui recouvre de trois ou quatre pouces le toit du bâtiment EF. Ces noues, qui peuvent avoir deux pieds & demi ou trois pieds par le bas ou au pied de la noué, fe trouvent réduites à deux pieds ou deux pieds &demi par le haut j &pour mieux alfujettir les tranchis & placer convenablement les tuiles, on les poiè fur un petit lit de mortier ou de plâtre. Alors c’ell le toit AB qui forme le fond de la noue.
- 90. Pour la troifieme maniéré de faire les noues qu’011 nomme en onglet, il n’y a point de fond de noue comme aux précédentes. Les deux toits fe joignent au moyen des tuiles pofées fur calle , qui forment alors un arron-dilfement à l’aide d’une dolfe î & c’ell la meilleure maniéré.
- 91. En commençant ces fortes de noues, on pofe vers le bas une tuile, comme lî l’on voulait faire un fond de noue\ mais on la calle obliquement, comme en a Çfig. 13). L’angle inférieur de cette tuile forme l’extrémité d’en-bas de la noue, ou fon pied. On pofe fur cette tuile du côté du toit A (fig. 12) les deux tuiles b, b, qui font couchées, & fe touchent fans recouvrement du côté du toit ED* La tuile c doit toucher exactement le bout des deux tuiles couchées b, b, & fans recouvrement. Ainli la tuile c fe trouve placée en long comme toutes les autres tuiles du toit CD. Enfuite on pofe fur la tuile b la plus élevée, deux tuiles couchées d9 d, qui forment recouvrement & pureau 5 après quoi l’on met uile tuile droite E , qui fait recouvrement fur c & fur dd, & on lailfe un pureau de trois pouces comme au refte du toit. Cette liaifon des tuiles couchées avec celles qui font droites & qui les recouvrent, forme ce qu’on appelle l'onglet ; & en continuant de la même maniéré ,.on forme un arrondilfement qui, quand il eft bien conduit, ne peut donner aucun palïage à l’eau. Mais il faut que toutes les tuiles qui ne s’accrochent point dans la latte foient bien alîifes fur des calles. Cette fujétion ne s’étend qu*à environ quatre tuiles de hauteur j car peu à peu on parvient à n’eti plus coucher, & aies accrocher toutes à la latte, en faifant un arrondilfement comme celui delà noue D (j%. 12) j de forte quede haut de cette noue fe couvre prefque comme le plein couvert. Néanmoins, pour arriver à ce
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- raccordement, il faut pofer des tuiles hachées/( pl. III,fig. 16), c’eft-à-dire, dont on ait retranché plus d’un tiers de leur largeur > ces tuiles fe nomment pointes ou tierces: finon on échancre quelques tuiles e (fig. 16) par la tète pour les gironner j mais on fait enforte de conferver les crochets. Ces fortes de noues ne font pas convenables pour des toits fort roides ; car comme les tuiles 11e font affifes que fur des calles, elles courent rifque de couler.
- Des ruellêes. ' -
- - 92. Quand un toit aboutit à un mur qui eft plus élevé, on fait, en approchant du mur, un tranchis j mais on a l’attention qu’il s’élève un peu en cette partie, & on recouvre le tranchis d’un filet de mortier ou de plâtre. C’eft ce qu’on appelle une niellée.
- 93. Dans les provinces où le plâtre ne manque pas, on en fait un parement pour donner le devers aux tuiles 5 & par-deffus la tuile, on fait un folin le long du mur fupérieur.
- Comment on couvre le faite avec des faîtieres ou des enfaîteaux.
- 94. Quand le toit & les arrêtiers font couverts, & qu’on a formé les noues, les tranchis & les ruellêes, il ne refte plus à couvrir que le faite. Les tuiles des deux côtés du toit, qui fe réunifient vers cette partie, ne fe joignent jamais affez exactement pour garantir le faîte & la tête des chevrons des eaux de la pluie. C’eft pour cette raifon qu’on couvre cette partie avec des tuiles creufes , qu’on nomme des faîtieres ou enfaîteaux a ( planche III, fig. 16). Elles ont-ordinairement quatorze pouces de longueur, & affez de largeur pour former un recouvrement de quatre pouces fur les tuiles. On pôle ces faîtieres à fec dans toute la longueur du bâtiment, de façon qu’elles fe touchent le plus exactement qu’il eft poffible, & qu’elles forment une file bien alignée. Pour y parvenir, on les change de bout, & même de place, afin de mettre à côté les/unes des autres celles qui s’accordent le mieux. En-fuite on les borde dans .toute la-longueur du bâtiment avec un filet de mortier ou'de plâtre, &c. On couvre auffide lamiême façon tous les joints.
- -195.* A il. haut des croupes, l'aiguille ou poinçon excede le toit de huit à neuf pouces ; & comme cette partie ne peut être couverte par les faîtieres, quelques-uns la couvrent avec un petit amortiflement de plomb s d’autres , avec des pots de terre qu’011 fait, pour cet ulàge. Mais le plus ordinairement on en recouvre les faces avec des ardoifes, & on attache au defius une ar-doifeojpii excede tout le-pourtour d’un bon pouce,
- >0 jfaùierfde couvrir ,les tours rondes & les colombiers,
- Jroi fijo . ~ \ .vi\r\.i-., 1 -j.-'-ia or .'* - •> " / ! * '
- „l$6, Qn,.latte, les, jtours rondes comme les toits .,plats, excepté que l’on
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- choifit dans les bottes de lattes celles qui font un peu eeintrées fur'le champ; & quand on n’eu trouve pas de cette formé, on fe fert de lattes quarrées, qui font aflez pliantes pour fe prêter au contour qu’on veut leur faire prendre : car , comme en roulant fur un cône une réglé un peu large, le bord inférieur enveloppe une plus grande circonférence que le bord fupé-rieur , les bouts de cette réglé doivent s’élever ;.& c’eft ce qu’il, fout éviter en ce cas-ci,.& faire enforte que toutes les lattes foient dans leur longueur parallèles à l’entablement. Mais, comme nous l’avons déjà dit, en forçant la latte, on l’oblige de prendre un contour convenable. On 11e peut fedifpenfer, pour ces fortes de couvertures, d’employer de la tuile gironnée e ( pi. III, fig. 16), c’eft-à-dire , des tuiles qui fout plus étroites par en-haut que par en, bas. Quand on s’apperçoit que vers la pointe du cône les tuiles ordinaires font trop larges par le haut, & que les joints deviennent obliques, on mêle quelques tuiles gironnée s. Mais il faut en employer en plus grande quantité, à mefure qu’on approche plus de la pointe du cône ; de forte que, quand on eft parvenu à trois ou quatre pieds au-delfous de la pointe, non-feulement 011 n’emploie plus que de la tuile gironnée, mais fouvent on eft obligé d’en diminuer encore la largeur de la tète. Enfin , 011 termine cet ouvrage de la même maniéré que les croupes, en couvrant l’aiguille avec un petit amortilfement de plomb ou de poterie, ou avec des ardoifes.
- Manière de couvrir les murailles avec des tuiles & des enfaîteaux.
- 97. Excepté les tablettes de pierre dé taillé, il n’y a point de meilleure 'Couverture pour les murailles, plus propre ni plus durable, que celle que l’on fait avec des tuiles & des enfaîteaux ou faîtieres. Ces couvertures fe font précifément comme les égouts retroulfés. On commence par alfeoir fur du mortier ou fur du plâtre un doublis-& un fous-doublis. Puisonpofe encore en mortier ou eu plâtre des tuiles à recouvrement, ce qui forme des pureaux de trois à quatre pouces; & ce petit toit eft recouvert par des faîtieres , qu’on joint & qu’on borde de la même maniéré que celles des faîtes des bâtimens. On met plus ou moins de rangs de tuiles, fuivant que la muraille eft plus ou moins épaiffe. - • -
- Des couvertures en tuiles creufes , en S, ou en muettes.
- 98- Dans plusieurs provinces, on fait les toits très-plats. Au s lieu de lattes, 011 cloue des planches fur les chevrons .qui doivent être, très-forts, & on arrange deifus des tuiles creufes en oreille de chat b (pi. I,fîg. i S ), qui font faites comme de petits .enfaîteaux, un peu plus larges vers le bout# qbe_du
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- bout oppofé A, afin qu’on puifle les arranger à recouvrement. Le travail de Cette couverture ne confifte qu’à arranger ces tuiles fur le toit, de maniéré que, les pofant depuis l’égout jufqu’au faîte, on en forme des files dont la convexité eft en en-bas, de forte que chaque tuile fupérieure fait recouvrement ilir la tuile inférieure, à laquelle on conferve fon pureau, ce qui forme autant de gouttières ; & pour que l’eau 11e palfe pas entre; ces premières files, on recouvre les tuiles par d’autres files de pareilles tuiles, dont la convexité eft tournée vers le haut. Ces tuiles, qui forment des elpeces de faîtieres , font pofées comme les premières à recouvrement, & elles ont également leur pureau. La planche I, figure 19 , repréfente en bb> un toit couvert de cette façon : a,a,a, font les tuiles de deflous.
- 99. Dans d’autres provinces, les tuiles c (pi. II, fig.16) ont la forme d’une S romaine: celles-ci s’ajuftent les unes dans les autres. La portion du toit ccc (.fig. 19j pl• /) eft couverte de cette façon. Les nouettes ( fig. 31), font des tuiles à peu près femblables, mais dont les côtés font plats, au lieu d’être arrondis : celles-ci ont ig pouces de longueur, & à peu près la même largeur ; elles font par conféquent quarrées, mais un peu plus larges par un bout que par l’autre, dont l’un eft relevé en deifus, & l’autre en deflous, ce qui fait un crochet en bordure, qui a environ un pouce & demi de faillie. On pofe ces fortes de tuiles comme les tuiles en S , de forte que le crochet du delfous d’une tuile entre dans le crochet du deifus d’une autre. O11 dit qu’on fait ufage de ces nouettes en Flandre ; cependant je n’y en ai point vu.
- 100. Le faîte de ces couvertures eft couvert par de grandes fiîtieres, que l’on alfujettit à l’ordinaire avec du mortier ou du plâtre.
- roi. On a propofé encore de faire des tuiles , comme celles marquées a (fig. 22) j de les arranger fur le toit avec leur pureau , & de couvrir les joints avec des tuiles creufes renverfées, telles que b, b. En général, on donne moins de recouvrement à toutes^les efpeces de tuiles creufes qu’aux tuiles plates. On 11e donne aux tuiles creufes qu’un tiers de recouvrement 5 ce qui fait que les deux tiers de leur longueur font appareils.
- . Des réparations des couvertures en tuile.
- 102. Ces réparations confident : i6. à "gratter la moulfe qui s’amalfe quelquefois fur les tuiles : onfe fert pour cela d’une truelle bretée, ou même d’une truelle ordinaire de fer. 3
- ro^ 2°. À remettre des tuiles où il en manque. Alors on fouleve les tuiles;fupérieures pour y introduire une tuile neuve ; ce quin’eftpas aifé à exécuter quand les tuiles* ont-été clouées fur les lattes. Dans les recherches des couvertures en tuiles, il eft d’ufage d’en fournir neuf neuves par toife quarrée. *
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- 104. 3e On répare les mortiers ou les plâtres fur les faites, les arrètiers' aux filets en ruels, & aux tranchis. Si , comme difent les couvreurs , le mortier ou le plâtre eft trop affamé, 011 le jette à bas pour y en remettre de nouveau. Les couvreurs de Paris voulant faire palfer cette réparation des plâtres comme refaite en entier, gâchent du plâtre un peu mou , & l’étendent avec le dos de leur truelle fur le vieux plâtre. Ce léger enduit,, qui a tout au plus deux lignes d’épailfeur , remplit les petites inégalités de l’ancien plâtre, & le fait paraître comme neuf; mais les gelées 11e tardent pas à détruire cette croûte.
- 10*). ON' appelle remanier à bout une couverture, quand on la découvre entièrement pour réparer la latte qui fe trouve être pourrie. Cette réparation exige autant de travail que les couvertures à neuf.
- Des mortiers ou plâtres.
- 106. La folidité des couvertures dépend beaucoup de la bonté des mortiers ou des plâtres que l’on y emploie : cette qualité dépend de la façon de les faire , & des matières dont on les compofe.
- 107. i°. Il ne faut point que le plâtre foit noyé : un plâtre qui a été gâché trop mou , ne durcit jamais parfaitement ; d’ailleurs , il y a certains plâtres qui font beaucoup meilleurs que d’autres.
- 108. 2°. Pour ce qui eft des mortiers de chaux, il faut, fi la chaux eft
- nouvellement éteinte, n’y point ajouter d’eau ; & fi la chaux était vieille éteinte & trop dure , on doit la mettre dans un baflin de fable ou de ciment, & la bien délayer avec un peu d’eau , avant d’y mêler le fable ; car c’eft une réglé générale que pour faire de bon mortier, fine faut jamais ajouter d’eau quand une fois on a mêlé le fable ou le ciment avec la chaux ; & fi le mortier parait trop, dur , il n’y a qu’à le bouler à force de bras avec le rabot; il deviendra.par cette opération affez mou pour être employé avec utilité, & il n’c-h fera que plus folide. . ,
- 109. 30. L’usage ordinaire, pour faire de bon mortier, eft de mêler deux parties de fable ou de ciment avec uné partie fie chaux 5 c’eft-à-dire , un tiers de chaux, & deux tiers de fable.-,
- 110. 4*. On fait ce mortier, foit avec du ciment, foit avec du labié. L’une ou l’autre de ces pratiques n’eft préférée qu’à raifon des lieux où l’une de.ces . deux matières fe trouve être la plus convenable à cet ufage (18)? car dans les endroits où le fable eft bien fec, & la tuile tendre , le fable eft préféré au
- (18) Le meilleur fable eft celui qui eft eft juftement préféré au fable de riviere. Le chargé de parties ferrugineufes, qui lient fable terreux ne vaut rien pourfaire le mor* fortement. On le tire du fein de la terre,& il tier parce que la terre s’amollit dans l’eau,
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- ciment. Ailleurs, où l’on ne trouve que du fable très-fin ou terreux, & où la tuile eft dure & bien cuite, c’eft le ciment qui mérite la préférence. En général, le défaut du mortier, bien fait avec de bon ciment, eft qu’il fe gerfe , & qu’il fe détache des enfaîteaux & de la tuile par copeaux très-durs : il faut en ce cas faire ce mortier] avec moitié fable & moitié ciment.
- Des outils dont fe fervent les couvreurs, & de la maniéré dont ils établirent leur échafaudage.
- ni. Comme les couvreurs font obligés de s’échafauder pour couvrir un toit, foit en tuile, foit en ardoife, je renvoie à parler de leurs échafaudages à la fin du préfent mémoire ; ainfi je ne parlerai ici que de quelques outils dont les couvreurs en ardoife ne fe fervent point. Tels font i°. le contre-lattoir ( pU I, fig. 14) qui , comme je l’ai dit, fert a tenir le coup qu’on frappe fous la latte quand on cloue les contre-lattes : 2°. l'auge qui fert à contenir le mortier ou le plâtre qu’un manœuvre traniporte fur fa tète pour le monter fur le toit : 3°. la truelle ^ celle dont on fe fert pour le plâtre eft de cuivre, & de fer pour le' mortier de chaux: 40. le bouloir ou rabot, avec lequel on braife le mortier : 50. enfin la truelle bretée qui fert à gratter le plâtre aux endroits où l’on juge qu’il eft trop épais, & encore à gratter les tuiles mouifeufes. Nous parlerons des autres outils à la fuite des couvertures en. ardoife.
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- CHAPITRE III.
- Couverture en ardoife.
- Il2. Si l’on excepte les couvertures en plomb & en cuivre, qui ne font point du reifort des couvreurs, les plus belles &les meilleures couvertures font, fans contredit, celles qui fe font en ardoife. Elles forment un plan bien uni : quand elles font bien exécutées, elles font impénétrables à la pluie, 8c elles durent long-tems. Elles ont encore l’avantage de 11e point charger les charpentes : leur fèul inconvénient eft que les grands vents les foulevent quelquefois ( 19 ) , & même qu’ils les emportent, fur-tout']quand 011 emploie de l’ardoife trop mince, ou de mauvaife qualité > car il y en a telle qui s’attendrit à la pluie s & qui pourrit fur les bâtimens.
- (19) Cet inconvénient eft fur tout redou- l’incendie. Cela a été la caufe qu’on a détable dans les incendies. L’ardoife s’éclate fendu , dans plufieurs villes d’Allemagne , fort aifément au feu-, & le vent portant cetteefpece de couverture, ne loin cés éclats enflammés, communique '
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- il3. Lorsqu’on eft dans le voifinage des carrières d’ardoife, comme alors le tranfport n’eft pas confidérable, 011 peut avoir à bon compte des ardoifes épaiffes qui, quand elles font bien employées, durent autant que les charpentes fur lefquelles elles font pofées : leur bon marché dans ce cas met les payfans en état d’en faire couvrir leurs habitations, Quand on eft à portée des rivières navigables, comme le tranlport des ardoifes coûte peu par cette voie, on trouve fouvent de l’économie à les employer pour les couvertures préférablement aux tuiles. Nous fuppofons qu’alors on n’emploie pas du plomb pour couvrir les faîtes. Il y a des couvreurs affez intel-ligens pour couvrir les faîtes feulement avec l’ardoife ; d’autres fubftituent au plomb, des faîteries de terre cuite, ou de tôle. Cependant les toits enfaîtés: en plomb, font préférables pour les couvertures où l’on 11e veut pas exercer cette économie. Je vais commencer par donner en abrégé des réglés pour le choix de l’ardoife. M. Fougeroux eft entré dans un grand détail fur ce, point , dans fon traité de la fouille de l’ardoife , & j’y renvoie le lecteur (2 q).
- Du choix de l’ardoife , & de fes différentes qualités.
- , Il4. La pierre ardoife eft un fchijle qui fe trouve en terre par grofles maf fes & par lits,: rarement peut-on parvenir, en fouillant très-bas, à arriver au dernier lit d’ardoife. Les épuifemens deviennent alors trop confidérables, & les frais excéderaient le profit qu’on en pourrait tirer. Quand on eft parvenu à ce point, oïl eft obligé d’abandonner la carrière, pour en ouvrir une autre, quoiqu’en général l’ardoife foi-t d’autant meilleure qu’elle eft tirée à une plus grande profondeur ; car les premiers lits & les premières foncées donnent toujours une ardoife de moindre qualité. La pierre de ces premiers lits eft d’une, couleur rouïfe ; elle fe pénétré d’eau , s’attendrit , & même fe-pourrit lorfqu’elle eft expo fée à l’eau. Il y en a de pyriteufes, qui fleuriffent & s’exfolient, au point qu’on peut les réduire en petites parcelles entre lea doigts*
- iif. A l’égard de ceux qui exploitent les carrières d’ardoife, il leur eft: très-avantageux que la pierre fe feuille mince : car, comme les ardoifes fe vendent au compte , leur profit en devient plus confidérable.
- 116. Ceux qui achètent l’ardoife pour l’employer aux couvertures, ne doivent pas toujours s’attacher à celles qui font les plus minces : car fi l’on met au rebut celles qui font trop épaiffes, dans la vue d’épargner les frais dn tranlport, on ne doit pas néanmoins, donner la préférence aux plus minces ,
- (20) Voyez l'art de tirer Vardoife , inféré dans ce quatrième volume , page 175,.
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- parce que celles-cfne réfiftent point au clou quand le vent les fouleve. D’ailleurs, elles & rompent, parce qu’elles n’ont pas'affez de confiftance pour rélifter au poids des échelles, ou des cordes nouées du couvreur.-Il eft vrai que ces mêmes accidens arrivent à des ardoifes fuffifamment épaifles , mais ce n’eft que dans le cas où leur qualité eft tendre , ou lorfqu’elles ont été attendries par l’eau} & comme les ardoifes roulfes font principalement fujet-tes à ces défauts, on doit préférablement choifirftes ardoifes' qui font d’un bleu foncé, tirant fur le noir ; il faut outre cela qu elles foient dures, fono-res, & à peu près,d’égale épailfeur par-tout ; unies, douces au toucher, & qu’elles fe coupent bien net fur l’enclume,( 21 ). __
- il7. Dans le commerce, oïi diftingueles ardoifes parleur couleur: celles qu’on nomme poil roux, & qu’on tire des premières foncées ; le poil-tachè quia des points roux , & d’autres noirs , eft meilleur que le poil-roux j mais le poil-noir eft l’ardoife la plus eftimée.
- 118- On diftingue encore les ardoifes par leur échantillon. Celle qu’on nomme quarrée-forte, dont les dimenfions font les plus régulières , a‘ dix à onze pouces de longueur fur iîx & fept de largeurs entre cet échantillon, il y en a encore de noire & de roulfe, La quarréeTfine eft plus mince, & fait de mauvais ouvrage quand on l’emploie dans* fa grandeur ; elle eft trop faible pour réfifter,quand elle a beaucoup d’étendue. , ;i /
- 119. Il faut environ cent foixante & quinze ardoifes quarrées-fortes pour faire une toife d’ouvrage : c’eft un peu plus de cinq toifes pour un millier. On eftime de même que le millier :de quarré.e-fine fait à peu près cinq toifes d’ouvrage, y compris le déchet,squi eft plus conftdérable qu’à la quarrée-forte. Le millier de la petite-fine, qui porte environ cinq pouces! & demi de largeur, ne fait guere que trois toifes d’ouvrage. Lq tout-enfemble, qu'on non\mt aufli le gros-noir, a la même force que»la-quarrée jr mais elle eft de différente forme & grandeur, ce qui la rendjxès-propre pour les réparations.
- 120. La quartelle , qu’on ( nomme aufli £ endette, ^ porte peu de.largeur relie
- fe tire du déchet des ardoifes quarrées ; & ifen faut à peu près, trois cents dix-huit pour/aire une toife ; par-conféquent il en faut un millier pour faire trois toifes & un quart d’ouvrage. Elle s’emploie par préférence pour couvrir les clochers & les tours rondes. On met aufli: à part , pour employer à _ces fortes de couvertures , les ardoifes qui font.coffinées * parce que, comme elles font creufes, elles font plus commodes pour fuivre' la rondeur d’un cône, fur-tout auprès de fon fommet. ',w:i j.. • rr- lao
- 121. Au refte, la quarrée-forte exceptée , on ne peut.pas.fixer exactement
- -i(2i) On peut voir, dans Part de tirer Tar- 5:lorfqae, mifé dans l’eau,'elle n’augmente doife , le caraétere auquel on reconnaît le - pas-de poids, 1 •3iJ
- plus fûrement une bonne ardoife ; ç’çft , j ff; c-j" ,.i :
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- la quantité d’ouvrage qu’un millier des autres eipeces peut faire, parce que leur longueur varie beaucoup , ainli que les noms qu’on leur donne ; mais le pureau de toutes les eipeces d’ardoifes doit être d’un tiers de leur longueur.
- Du lattis.
- ' 122. On fe lèrt quelquefois, pour des couvertures communes en ardoife, de la latte quarrée., femblable à celle qu’on emploie pour la tuile ; mais alors on donne à‘ cette latte trois pouces de largeur, ou bien on choifit les paremens des bottes, qui font toujours les plus belles & les plus droites 5 car quand on eft obligé de doler cette latte pour la redrefler , elle fe trouve fouvent réduite à deux pouces de largeur.
- 123. On latte comme pour la tuile, excepté qu’on elpace les lattes fui. vant l’échantillon de l’ardoife, afin qu’elle aitfon pureau. Il eft difficile de faire avec de la latte aufîl étroite des couvertures propres. C’ëtt pourquoi on 'en fend exprès pour l’ardoife : 011 la nomme late volijje ; elle a quatre pieds ou quatre pieds un policé de longueur, fur quatre à cinq de largeur. Il y en a vingt-fix à la botte. Il faut dix-huit de ces lattes pour garnir une toife quarrée , & quelque chofe' de plus quand on emploie de la quartelette. Ainfi la botte de vingt-fix lattes fait une toife & demie d’ouvrage quand elle a,'quatre pouces demüdé largeur, & quand c’eft pour employer delà quarrée-fbrte. ' ‘fie: -y - r .
- . 124. On pofeies lattes* à; un poucë>& demi de ffiftance du bord d’une
- latte au bord d’une autre , afin qu’on puiffe paffer entre deux les cordes qui fervent à attacher les chevalets, & auffi pour que les couvreurs y puiffentpâffer le bout de leurs pieds. " ' '
- ' .'124. On met , -comme à la tuile quatre chevrons fous latte a aa (pi. II yfig.ysi ), & fouvent 011 met encore entre chaque chevron une contre-latte de feiage, b bb, qui a quatre pouces de largeur, & huit à neuf lignes d’épaiffeur. Il faut quatre toifes & deriiie courantes de contre-lattes-pour faire une toife d’ouvrage. Cette contre-latte fe vend1 ordinairement âii -ceint de toifes, ou au grand cent qufeontient vingt-deux bottes formées chacune de dix contre-lattes’de fix pieds de longueur ; de forte qu’au lieu de'deux cents toifes, 011 ema deux cents dix. On remarquera'cependant, ainfi que nous l’avons dit , que ces' bottes; font toujours formées de dix contres-lattes;, niais que les unes ont fix pieds neuf pouces de longueur, & les autres douze pieds. C’eft à l’acquéreur àr s’arranger fur ces mefures. - - i liif
- 126. Le clou pour.attacherda'latte, eft le même,que celui qu’on emploie pour la tuile i mais 011 donne‘la, préférence au clou qu’on‘appelle aile dt mouche} parce que la tête eft très-plate, & ne fait pas tant d’épaiffeur que
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- Pautre. Le millier de clous à latte pefe ordinairement trois livres & demie, (21) il en faut, pour le lattis & lexontre-lattis, une livre par toife d’ouvrage.
- I2S- A l’égard du clou pouriattacher l’ardoife, le millier pefe trois livres y & fi l’on attache chaque ardoife avec trois clous, les cent foixante &. quinze ardoifes quarrées confomment cinq cents vingt-cinq clous, qu’on peut réduire à une livre douze onces, à caufe du déchet. Comme on ne met ordinairement que deux clous à chaque ardoife , 011 n’emploie alors qu’une livre trois ou quatre onces. .Pour la quartelette, il faut environ trois livres de clous, y compris le déchet. t.. ,, , '
- 12 6. Ce clou fe vend à la fomme, qui pefe trente livres; & la fomme de clous à latte pefe trente-fix livres : l’une & l’autre efpece reviennent par confé-quent au même prix, puifq.ue fi la fomme de clous vaut quinze livres, on aura trente livres de clous à ardoife, & trente-fix livres de clous à latte pour la même fomme d’argent. , . , . t
- 127. On latte encore avec des planches de fapin, qu’on nomme volijje qu fapinfrifé, qui porte fix lignes d’épaiffeur fur fept à huit pouces de largeur', & cinq à fix pieds de longueur. Il'eft bon que les voliffes aient affez de largeur pour être refendues en deux: elles en font moins fujettes à fe coffiner» On les attache avec trois clous fur chaque chevron à tiers-point, deux fur un bord, & un dans le milieu près de l’autre bord. La latte volifîe s’attache avec deux clous fur chaque chevron. Quand on latte avec des planches, on peut fe dilpenfer de contre-latter/
- Préparation de P ardoife avant deJa monter fur le bâtiment. /;
- 128- Quoique les ardoifes aient été taillées fur les chantiers des carrières, il faut cependant que le couvreur, avant de les monter fur un bâtiment, les repaffe toutes les unes après les autres, pour leur donner une forme plus régulière. Pour cette opération , il s’affourche fur un grand billot. Il pique devant lui la pointe de fon enclume. Cette enclume a peu d’épailfeur : il pofe l’ardoife qu’il veut tailler fur la furface de l’enclume, puis avec un marteau repréfenté par la figure. 20 , pl. III, dont le manche a a eftplat & tranchant, il taille promptement & affez régulièrement l’ardoife. Quand le couvreur fe trouve obligé, étant fur le toit, de retailler encore les ardoifes , il pique fon enclume dans un chevron, & il retaille l’ardoife, comme on le voit en e Cfis* 2). Enfuiteilla préfente à<la place qu’elle doit occuper , marque avec la pointe de fon marteau l’endroit où il doit percer l’ardoife. Il la repofe fur
- (21) Il ferait utile d’introduire un poids qu’il n’eft pas aufli facile de donner à Par. uniforme pour les clous, a latte, comme doife un mefure déterminée. >' pour les dimenfions des tuiles. On a vu ..
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- l’enclume, de maniéré que la partie où il doic percer les trous réponde à l’enclume j puis en donnant un coup fec avec la pointe du marteau , il perce Pardoife. La partie a de ce marteau fert à enfoncer les clous comme le fait l’ouvrier b de là figure %, ; i‘ ;
- Des égouts. -
- 131. Quand on couvre en ardoife un bâtiment de peu de conféquencej tel qu’une ferme, une maifon de payfan j ce qui eft commun dans le voifinage des carrières d’ardoifes, on fait les égouts comme ceux de tuile. Pour cela j on cloue {pï. Il, fig. 7 ) fur le bout des chevrons a., une chanlatte b ; & on forme delfus un doublis , &un fous-doublis c, comme nous l’avons ex* pliqué dans l’article du couvreur en tuile. Enfuite on conferve le pureau, en pofant les rangs d’ardoifes plus élevés, ce qui donne un égout pendant.
- 132. Comme en coupant l’ardoife, elle s’écaille toujours du côté qui porte fur l’enclume j c’elLà-dire, en-delfous j il faut, pour qu’au doublis & au fous-doublis les bords des ardoifes fe joignent mieux & faffent un meilleur égout, tourner le côté du fous-doublis qüi repofait fur l’enclume, du côté delà chanlatte, afin que le chanfrein fe trouve en-deffous, & on met en-deffusle chanfrein de l’ardoife qui forme le doublis ; de cette façon, les deux ardoifes étant pofées l’une fur l’autre, font une arête Paillante, comme on le voit dans la fig• 7. Il eft clair que, fi l’on plaçait différemment ces ardoifes, les deux chanfreins formeraient un angle rentrant, & que les bords de l’égout, en feraient moins affermis. Au refte , on choifit toujours les ardoifes les mieux faites & les plus propres , pour former les égouts , & même les rangs fupé-rieurs jufqu’à la hauteur des coyaux, dans les égouts dont nous allons parler.
- 133. Pour faire les égouts pendans à coyaux (fig. 8), on attache fur les chevrons des bouts de chevrons a, b> de deux pieds & demi, ou trois pieds de longueur. O11 les fait excéder plus ou moins le vif du mur, & ils font terminés par un larmier qu’on voit auprès de b. Chaque coyau eft attaché fur un chevron par trois forts clous a. On cloue fur le bout des coyaux la chanlatte c qui ne doit point les excéder. On cloue fur la chanlatte le doublis & le fous-doublis d{\ans pureau, & qui doivent faire faillie fur la chanlatte de trois ou quatre pouces. Enfuite on pofe les ardoifes e, fi, fuivant leur pureau, & elles font retenues chacune par deux ou trois clous. 1 - !
- 134. Pour faire les égouts retrouffés (fig. 6), on pofe fur l’entablement a, qui a deux pouces de faillie fur le vif du mur, ou davantage quand 011 forme une corniche, ainfi qu’il eft marqué (fig. 6), on pofe , dis-je, fur cet entablement, avec mortier ou plâtre, un rang de tuiles, auquel 011 donne trois pouces de faillie au-delà de l’entablement ou de la corniche 3 fur ce rang de tuiles c qui forme le fous-doublis, 011 pofe également avec mortier ou
- plâtre,
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- plâtre, un fécond rang de tuiles, auquel on donne trois ou quatre pouces de faillie au-delà du premier rang, ce qui forme le doublis. On pofe encore à mortier un rang d’ardoifes qui arrafe ces doublis ds Enfuite on cloue fur la latte qui eft portée par les petits coyaux/, ou fur un filet de plâtre allez épais pour gagner la pente du toit ou de la hauteur de l’arrondilfement de l’égout, on cloue, dis-je, les ardoifes e, g, h, auxquelles on donne leur pureau.
- 13$. Quand on ne fait pas l’entablement en pierre de taille ou en plâtre, par défaut de ces matières, 011 y fupplée avec des briques, ce qui vaut encore mieux que le plâtre, & on peut faire aboutir le premier rang d’ardoifes fur le bord du doublis.
- 136". Comme les tuiles que- l’on pofe à bouin de mortier, réfiftent mieux auvent que les ardoifes qui ne font'retenues que par des clous, ces égouts font les meilleurs. Mais il faut que les tuiles qu’on emploie pour faire le doublis & le fous-doublis, foient plates ; celles qui font courbées dans leur longueur, ne font pas fî propres à cela. Dans les lieux où il régné fréquemment de gros vents, on pofe quelquefois les cinq ou lix premiers rangs d’jar-doifes fur plâtre, ainlî qu’aux autres endroits où le vent fait le plus de dé-fordre, comme le long des rivets. J’ai vu fuivre cette méthode dans des ports de mer.
- Du couvert.
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- 137. Quand les égouts font formés , on pofe toutes les ardoifes du couvert , en conlervant bien régulièrement le même pureau ; & afin qu’elles fe joignent plus exactement, on met toujours en-deflus la face de l’ardoife où la coupe eft en chanfrein & égrignotée. On les attache à la latte avec deux ou trois clous, dont les têtes doivent être recouvertes par les ardoifes fupé-rieures j & pour que les files d’ardoifes foient régulièrement droites, on fait à chaque rang un -trait avec un cordeau pour marquer l’endroit où les ardoifes doivent aboutir. Quand il fait trop de vent, on trace avec une réglé un trait blanc, & on arrange les ardoifes comme on le voit ( pi. III, fg. 1 ).
- 138. Quand un toit eft plus large à un bout qu a l’autre , on forme des accoinçons qui fe terminent à l’égout, & enfuite on conduit tous les autres rangs parallèlement au faite.
- Des amtiers. ' * ‘
- 139. Après que le plein toit a été couvert, on travaille à couvrir les ar-rètiers & les contre-arrêtiers. Pour cela, on forme des approches & des contre-approches , comme nous l’avons déjà dit en parlant de la couverture en tuiles > Tome IK Q 0
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- mais comme on peut tailler aifément & promptement Pardoife, on les rogne par le bas pour que les files d’ardoifes puiflent tomber quarrément fur far-rètier j au lieu qu’à l’arrêtier en tuiles , on fait un petit arrondiffement. Outre cela » on fait enforte que les ardoifes des deux côtés de l’arrêtier fe touchent aflez exactement pour que Peau n’y puilfe pas pénétrer , & fans qu’on foit obligé d’y mettre du plomb ni du plâtre j & pour le rendre encore moins pénétrable à l’eau , le couvreur a foin que la file d’ardoifes qui borde l’arrêtier du côté où le vent fouffle le plus, foit un peu plus élevée que l’autre. Cependant il met prefque toujours au bas de l’arrêtier une petite bavette de plomb taillée en oreille de chat, à laquelle il donne un peu plus de faillie qu’à l’ardoilb, & il fait un ourlet au bord de cette bavette. Quoique cette petite opération regarde proprement le plombier , cependant dans les campagnes , ce font les couvreurs qui l’exécutent eux-mêmes, ainfi que d’autres petits ouvrages en plomb.
- Des fai tes.
- 140. On couvre ordinairement les ardoifes clouées fur le faite, avec des bandes de plomb de dix-huit pouces de largeur, qu’on retient avec des crochets qui faifiifent les bords, & qui font cloués fur le faîte : mais en plufieurs endroits., on couvre les faîtes tout-à-fait en ardoife, ou, comme l’on dit, en lignokt (jplanche II, fig. 4 ); a, repréfente le faite ; b , une ardoife des plus grandes & des plus plates x qu’on met du côté du fort vent. Cette ardoife eft clouée fur les chevrons & les contre-lattes j elle s’élève de deux ou trois pouces plus que les autres ardoifes. De l’autre côté du toit font clouées les ardoifes V, dont on fait porter le bord fupérieur bien exactement contre la face de l’ardoife qui fait faillie. Par ce moyen on épargne du plomb j mais aufîi ces toits n’ont pas autant de grâce que ceux dont les foîtieres font en plomb. Il eft bien difficile que toutes ces ardoifes foient alfez exactement jointes pour empêcher entièrement l’eau de pénétrer fur le faîte. Les clous qui attachent les lignolets font expofés à la pluie , n’étant point recouverts par d’autres ardoifes : d’ailleurs, quand il faut réparer ces couvertures, on 11e peut jeter la corde nouée fur le comble, & l’on eft obligé de mettre de fix en fix pieds de petits œils-de-bœuf de plomb pour donner paflage à la corde nouée. Cependant j’ai vu de grands châteaux qui n’étaient couverts que de cette façon j & toutes les petites habitations qui avoifinent les ardoifieres, font couvertes de cette même manière. » s
- 141. Quelques-uiis mettent, au lieu de plomb, des faîtieres de terre cuite, pareilles à celles qn’on emploie fur les couvertures en tuile j on les peint alors en noir à l’huile. Enfin j’ai vu fubftituer au plomb, des feuillets de tôle parlement peints j mais cette matière n’eft pas de longue durée,
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- 142. Iæs rats percent quelquefois le plomb i nous avons vu à l’académie des iciences un fcarabé qui le perçait auifi.
- 143. Malgré les crochets qu’on met pour retenir les tables, de plomb qui couvrent les faîtes, des vents très-violens les emportent quelquefois : j’en ai vu qui avaient été ainfi enlevées, & que le même coup de vent avait roulées tomme des cornets d’oublies.
- Des noms.
- 144. On exécute les noues d’ardoîfe comme celles de tuile : quelquefois on forme le fond de la noue avec une bande de plomb en façon de gouttière, ou bien on fait tout le fond de la noue avec de l’ardoife. Dans ces deux cas, les deux toits aboutiffent fur le fond de la noue par deux tranchis, qui Taillent de trois pouces furie fond de la noue, qui a dix-huit pouces de largeur: jou bien, mais cela n’eft pas auifi folide, on raccorde les deux couvertures par un feui tranchis, comme nous l’avons expliqué en parlant de la couverture en tuilej mais on ne fait point de noue en onglet \ & comme l’ardoife le taille beaucoup mieux que la tuile, les noues faites avec de l’ardoife font toujours beaucoup meilleures que celles qu’on fait avec la tuile.
- 145. Lorsque les noues font fort roides> par exemple, auprès des lucarnes ouvertes 'dans le toit, ou vers les manfardes, on fe contente de faire ce qu’on appelle des renvers ; c’eft-à-dire, qu’on 11e fait point de tranchis , mais on donne plus de largeur aux noues par le haut que par le bas.
- 146. On taille les ardoifes étroites j on fait joindre bien exactement 1e tranchant de toutes les ardoifes ; on fait enforte qu’elles forment un arroiï-diifement j &pour que ces ardoifes fe raccordent avec celles des deux toits, on leur taille le bas un peu en creux, ce qui forme une courbe, dont une extrémité aboutit aux files d’ardoifes d’un toit, & l’autre extrémité aux files d’ardoifes de l’autre toit, en faifant du côté du toit le plus roide un ar~ rondiifement qui tient lieu d’un fond de noue. Comme 011 emploie des ardoifes qui ont peu de largeur, & comme ces fortes de noues font roides & étroites , elles en font moins fujettes à être pénétrées par l’eau : il eft confiant qu’il 11e con viendrait pas de faire de pareilles noues pour le raccordement de deux grands couverts.
- 147. Quand les toits furlefquels on établit des lucarnes font fort plats, on fait le renvers à demi-rond ^ c’eft-à-dire, que ce renvers fe prend du côté du couvert, & que les ardoifes qui forment la joue de la lucarne font un tranchis qui n’a que deux pouces de recouvrement fur le! demi-rond ; & ati haut des noues , ce couvert forme: un tranchis iur la couverture de la lucarne.
- v O o ij
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- 148. Comme toutes les noues dont on fait le fond en plomb, font fort aifées à faire , & beaucoup plus folides que celles qui 11e font entièrement faites qu’en ardoife, on les préféré aux autres.
- Des réparations des couvertures d'ardoife.
- 149. Il y a, fur les anciennes couvertures d’ardoife, deux efpeces de réparations à faire : les unes s’appellent menues réparations ; & les autres , remaniement a bout.
- 150. On entend par menues réparations , les ardoifes qu’il faut fubftituer à celles qui ont été rompues , ou qui fe font détachées ; & on doit y remédier le plus promptement qu’il eft poffible, parce que le vent qui s’introduit entre les ardoifes voifines de celles qui manquent, y fait fouvent beaucoup de dommage.
- iyr. Quand le vent a emporté plufieurs ardoifes, fi la latte eft bonne , il fufïit de remettre celles qui manquent i mais ce qu’il y a de plus difficile , c’eft de clouer celles qui font les plus élevées. Si la latte fe trouve pourrie, il faut y en fubftituer d’autre plus faine ; & l’on fe contente pour cela de clouer des bouts de lattes fur les contre-lattes.
- 1^2. Pour faire fentir la difficulté qu’il y a à mettre en place les ardoifes qui font au-deffus de celles qui manquent & qu’il faut réparer, fuppo-fons qu’une ardoife foit rompue. Il faut en premier lieu arracher les clous qui la retenaient ; on fe fert pour cela du tire-clou (23). Cette opération eft affez aifée à faire ; mais quand on a ôté les fragmens de cette ardoife rompue, & qu’on en a taillé une autre pour mettre en fa place , comme il faut la fourrer fous le pureau du rang d’ardoife fupérieur, il 11’eft pas pofli-ble de la clouer fur la latte ; on eft donc obligé de déranger l’ardoife fupé-rieure pour attacher fous fon pureau celle qu’on fubftitue. Le feul moyen de pouvoir arrêter cette ardoife avec un clou , eft de pouffer de côté l’ardoife fupérieure, pour pouvoir clouer l’ardoife inférieure j mais comme la première avait été fixée par deux clous, il faut, pour la déranger, arracher un de ces clous qui la retenait ; & cela 11e fe fait pas fans rifque de caffer cette ardoife. Quand l’ardoife dérangée a été remife à fa place, elle n’eft plus retenue que par un clou , encore ce clou a-t-il été ébranlé en retournant l’ar-doife , le trou de l’ardoife a été élargi , & par conféquent cette ardoife qui ne fe trouve plus affujettie affez folidement, peut être détachée par le premier coup de vent. Si l’on n’arrêtait toutes les ardoifes qu’avec un feul clou, on pourrait les déranger bien plus aifément fur le côté, mais auflî elles ne feraient pas arrêtées affez folidement, & le vent les dérangerait 3 en les pouffant» furie côté. ‘
- ( 23 ) Voyez rexplication des planches.
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- TT3- Quelquefois les couvreurs, après avoir arraché les clous d’une ardoife rompue , & en avoir enlevé les fragmens, taillent une ardoife neuve, & la fourrent entre les autres ardoifes pour remplacer celle qui était rompue , fans-la clouer. Quand le toit eft fort plat, cette ardoife fublifte aifez long-tems en place ; mais quand le toit eft un peu roide, elle tombe au premier vent qui furvient.
- i Ï4* Dans le.voifinage des carrières d’ardoife , .où l’on emploie des ardoifes fort épailfes, on les retient avec trois clous, fans qu’il en réfulte d’inconvénient, parce ,que les couvertures ainli faites durent jufqu’à ce que les lattes ou les charpentes foient entiérementpourries. ;> Çî! ; ;
- 15 ï- On ferait-bien plus aifément les réparations lur les couvertures d’ardoifes , s’il n’y avait pas d’inconvénient à mettre des clous à (l’eau ou fur le pureau j & je crois que l’on pourrait empêcher que ces.clous ne lailfaifent palfer l’eau ,> fi l’on entortillait la tige du clou d’une ficelle enduite de goudron , qui ferait forcée par la tête du clou , ,ou bien fi l’on mettait fous le clou une petite virole de plomb mince. Je ne prétends pas confeiller aux couvreurs de fuivre aveuglément cette méthode, 4’autant que pour mettre le clou à l’eau, il faudrait fouvent percer deux ardoifes : mais je délirerais qu’ils voulurent en faire l’elfai ; parce que, fi l’on pouvait empêcher l’eau de palfer le long de la tige du clou , on pourrait fe dilpenfer, lors .des réparations, de déranger les ardoifes , & on pourrait les attacher, toutes à deux ou trois clous. .Pour-commencer cette épreuve je voudrais couvrir une couple de pieds'ïen quarré, „où j’emploierais une partie des ardoifes avec des clous à l’eau, mais dont la tige ferait garnie de ficelle poilfée, & dans une autre partie j’emploierais des viroles de plomb ; & puis j’examinerais dans les tems de pluie , fi l’eau pénétrerait plus eii ces endroits qu’ailleurs.
- I f 6. Quand il ne manque que quelques ardoifes à un égout, on évite ordinairement d’échafauder fur des chevalets , & on fe contente de fe fervir de longues échelles qui s’étendent jufques fous l’égout ; on a foin qu’elles ne portent point delfus les ardoifes de l’égout, qui fe rompraient fous le poids : il faut donc que le haut de l’échelle foit plus écarté de la muraille que l’égout ne fait de faillie, fans quoi le, couvreur ne pourrait avoir alfez de liberté pour travailler.; mais il fe procure cette facilité , en attachant au haut de l’échelle une chaife renverfée, dont les pieds portant fur la muraille au-deflous de l’égout „ écartent aifez le haut dePéchelle, ,pour que le couvreur puilfe travailler-, facilement. Et comme il faut éviter que d’échelle qui ne repofe que fur cettei chaife qui a peu>de largeur , ne fe r.enverfe,, .il palfe deux perches entre les échelons & les montans de l’échellepour empêcher dej tourner.
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- Des lucarnes.
- i ^7. Après cè que nous avons dit des noues , nous croyons avoir fatisfait à tout ce qui regardé le couvreur. Quant à ce qui concerne les lucarnes, il y en a de bien des.fortes ( 24). A, lucarne à demoifelle j B, à la manfarde, ou rampante ; C, à la capucine avec une crouppe en devant \ D , lucarne fia* mande avec un fronton j E, lucarne à foin ( p L II, fig. 10).
- rf 8. On fait encore plufieurs autres fortes de lucarnes *. mais leurs diffé-rentes forines font plus du reffort des charpentiers que des couvreurs.
- if 9. La lucarne à demoifelle A fe couvre en plein toit, excepté vers Pan* gle a, où il faut un petit bout de gouttière , ou une noue qui en tienne lieu. Aux toits en tuiles, on fait cette gouttière avec des tuiles creufes e» oreille de chat, qui verfent l’eau des deux côtés i communément aux cou* vertures en ardoife ,.ce bout de gouttière eft de plomb. Le plein toit, ainli que celui de là lucarne , aboutiifent dans la gouttière par un riyet qui fait faillie de deux pouces.
- 160. Le toit de la lucarne B fe couvre tout uniment aveG de petites ardoi* fes qui font un arrondhfemeiit i il eft terminé des deux côtés par deux égouts, & on couvre le raccordement des deux toits fur le faîte, avec une table de plomb : on en met auffi ordinairement une fur le devant. Les noues, fur les Côtés, fe font comme nous l’avons déjà expliqué. Comme on voit que les couvreurs exécutent les toits de toutes les efpeces de lucarnes au moyen d’é* goûts, de tranchis, & de noues, &c. il ferait fuperflu de s’étendre fur le? différences de chaque eipeee de lucarne.
- Des échafauds des couvreurs,
- 161. Les couvreurs fe fervent quelquefois des échafauds de maqon pour
- Former les égouts, mais communément ils s’échafaudent fur les chevalets ch pied ( 2f ) , qu’ils attachent avec des cordages aux pannes ou autres pièces de la charpente du toit. Ces chevalets forment une vraie confole, dont le côté perpendiculaire s’appuie contre le mur(pl.III, fig. 12). Le cordage paffe par une entaille faite aux pierres de l’entablement, & va répondre à la charpente, de forte que le delfus du chevalet fe trouve environ un pied au-dçîfous de l’égout. Ces chevalets fe mettent à dix ou douze pieds les uns des autres, & ils fou-tienuent une échelle qu’on couche fur la branche horifontale c de ces chevalets. On étend des planches fur les échelons des échelles, ce qui donne au couvreur la commodité de travailler, ou afîi's , ou à genoux, ou debout, félon l’attitude qui lui paraît la plus commode. : ^ : '
- (24) Voyez Pexplication des planches.
- (25) Voyez l'explication des planches.
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- j 62. Quand l’égout eft formé I Le couvreur monte fur la latte, qui lui tient lieu d’échelle, & il pofe lur la partie du toit qui eft déjà couverte, de petits chevalets ou troquets de couverture (/>/. III, fig. 1 ) , qu’il attache avec des cordes aux chevrons, de maniéré que le côté a a pofe fur le toit: on conçoit que , pour que le côté b b foit dans une fituation horifontale, il ne faut pas que les deux branches a & b forment un angle droit comme aux chevalets de la figure, 1%, mais qu’ils faflent une faufle équerre comme à la figure 1 ; & comme le côté a a doit être appuyé fur la partie du toit qui eft déjà couverte , pour ne point rompre les ardoifes , on ajoute de minces tra-verfes de bois ce {fig. 1)5 on couche des échelles & des planches fur ces traquets, comme on le voit {fig. 1), où a a reprefentent ces traquets; bb ^ les cordages qui les attachent aux chevrons .; cr, l’échelle couchée fur les traquets i dd , planche pofée fur les échelons de l’échelle ; *, couvreur qui taille une ardoile fur fon enclume ;couvreur aflis, qui cloue & attache une ardoilk
- 153. On ne monte les ardoifes lur le bâtiment qu’à mefure qu’on doit les employer ( fig. 2 ) j 8c on les pofe fur l’échafaud comme en g ( fig. 1 ) , ou bien on les met lur des bçuriqmts ou chats {fig. $) , qui s’accrochent aux lattes. Quand 01111e fait que des réparations, on met les ardoifes dans une petite caillé, qu’on fufpend à une longue corde pour avoir la facilité de la faire aller fur le toit fans courir rifque que les ardoifes tombent. O11 fe formera une idée de ces petites cailfes, en fe repréfentant qu’à la place de la planche III, fig. 5 , c’eft une petite calife dans laquelle on met les ardoifes.
- 164.. Pour les couvertures en tuiles, les couvreurs font une grande partie de la couverture en montant fur la latte ou fur des échelles garnies d’un rouleau de natte , ou de paille ( fig. 2 ), qu’ils attachent à la latte ; & quand le toit eft bordé de cheneaux de plomb, ils mettent le pied de l’échelle dans le chaîneau même,
- 165. Quand il s’agit de réparer une couverture, le couvreur fort par une lucarne B {fig. 3 ), avec une échelle légère} s’il y a un c'heneau, il lui fert à pofer le pied de cette échelle, qu’il couche fur le toit ; ftnon il fait un trou à la couverture vers A ( fig* 2 ) j il attache l’échelle à la latte avec une corde j il place cette échelle bien perpendiculairement, afin qu’elle ne coule ni à droite, ni à gauche ; il monte ainfi jufqu’au haut du toit, où il fait un fécond trou vers C pour y attacher !le haut de l’échelle : alors elle eft affermie dans fà" position ; & comme elle ne peut couler fur le toit, le couvreur e/V en état de fe mettre à califourchon fur le faite ,i&ala facilité de monter fur le toit des échelles plus 'longues , qu’iltire avec des cordes, ou d’en1 attacher deux enfèmbie , qu’il chevale par - deflus le faite , comme on le voit {fig. 4 ),
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- 166. Quand les toits font fort plats, il faut fe fervir d’échelles fort légères j garnies de rouleaux de paille’ou de natte en tête & en'queue, comme le repréfentent les figures 2 & 4 ; car le poids du couvreur pourrait rompre les ardoifes, il Pqii fe fervait de la corde nouée.
- 167. Quand au contraire les toits font roides, comme alors le poids du corps du couvreur repofe moins fur l’ardoife, il fe fert d’une corde nouée pour y travailler. Il commence par attacher à chacune de fes-jambes un étrier de cuir ( J%.i4),>compofé de deux jambters a; la partie b paife fous la plante de-fon pied; il les attache à fa jambe avec deux jarretières c, c, & ces jambiers fe réuniifent à un crochet: de fer d, qu’il accroche aux nœuds de la corde. Le couvreur, lorfqu’il s’eft accroché à la corde , courrait rifque de fe renverfer en arriéré, s’il ne la tenait pas fermement avec fes mains î mais comme il doit les avoir libres pour travailler, il y fupplée en accrochant à la,même corde une Pellette*(fig-iy) fur laquelle il peut -être affis.
- 168. On voit dans la figure 6 un couvreur qui monte à l’aide d une corde
- nouée. Il ne peut faire cette manœuvre!que bien lentement , parce qu’il faut qu’il décroche l’un après l’autre , les deux étriers attachés à fes jambes, puis la fellete, pour les remonter à un nœud iupérieur : ainfï il ne peut s’élever qu’à une petite hauteur à chaque fois. ^
- 169. Si les réparations qu’on doit-faire font à un comble, le couvreur
- jette une corde nouée par-deflus le faîte, & un ouvrier peut travailler d’un côté pendant qu’un autre travaille de l’autre ; ou fi la réparation ne fe doit faire feulement que d’un côté du toit, il place du côté oppofé une échelle à laquelle il attache la corde .nouée..Cette échelle lui fert alors de contrepoids j linon il lailfe pendre du même côté qui lui eft oppofé, un long bout de corde, auquel ’ eft attaché un poids fuffifant pour empêher la corde de couler du côté où il travaille. 1
- 170. Si la réparation qu’on veut faire eft fur une croupe, le couvreur
- attache la .corde nouée à l’aiguille, & il peut ainli travailler fur lès- trois faces de la croupe. p r< y- ^ a;..:-1
- 171. A l’égard des pavillons & des fléchés de clochers ( fig. 7 ) ,'-comme il s’y trouve ordinairement quelque petit œil-de-bœuf en plomb A, placé vers l’endroit le plus élev.é. de la charpente, on pafle par-là une corde nouée de moyenne groifeur. Le-couvreur monte fur cette corde jufqu’à l’œil-de-bœuf, comme on le voit en B,f p.uis tenant de la main droite C, une autre petite* corde nouée^que l’on homme U fouet > il la jette le plus .haut qu’il peut pour 1 embralfer la fléché.. En ..donnant à fo'n bras île mouvement indiqué-par Dv> il attrape le bout de la.cordeavec une latte E,. qu’il tient de lamiain gauche j il lie autour de la,fléché,les deux bouts du fouet, le plus!ferré qu’il -lui eft poilible, & fe fert de cette petite corde pour s’élever d’une petite quantité
- le
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- le long de la fléché. En répétant plufieurs fois cette manœuvre, il parvient à s’élever peu à peu jufqu’au haut de l’aiguille, où il attache la corde nouée E. Quand il a fait la réparation convenable, & qu’il veut enfuite defcendrè, & détacher la corde nouée du haut de la fléché, il attache la petite corde nouée au-deflous de l’amortiflement avec un virbouquet de ficelle AD (fîg. 7 ), Ce virbouquet eft formé d’une anfe de ficelle A, dans laquelle pafle une autre anfe déjà même ficelle, qui reçoit une cheville B faite d’un bois dur & bien graifle > au gros bout de cette cheville eft attachée une autre ficelle C, qui defcend jufqu’à l’œil-de-bœuf A. Ce virbouquet étant attaché au fouet en D, le couvreur peut defcendre en fureté fur le fouet jufqu’à l’œil - de-bœuf A. Alors il s’attache à la grolfe corde nouée qui pafle par cet œil - de-bœuf 5 & quand il s y eft établi, il tire à lui la petite corde C, qui tient à la cheville B du virbouquet ; & comme le fouet ne tient plus à rien, il tombe par fon propre poids. Il faut feulement, quand le couvreur defcend fur le fouet, qu’il prenne garde d’accrocher la ficelle C, attachée à la cheville B qui eft graiflee j car fi cette cheville venait à fortir de fa boucle, il tomberait infailliblement. Il faut encore, quand il eft établi fur la grofle corde nouée, & qu’il tire la cheville B du virbouquet, qu’il prenne garde que le fouet ne tombe fur lui ; le poids de cette corde pourrait le blefler.
- 172. Les couvreurs fe fervent quelquefois d’échelles faites comme celles des tapifîiers , mais qui font de bois blanc & fort légères, pour qu’elles puifi. fent fe manier plus aifément fur les toits. Il eft inutile qu’elles aient beaucoup de force, parce qu’étant foutenues par le toit dans toute leur longueur, elles ne fatiguent point. C’eft pour cette raifon que la plupart des échelles dès couvreurs font conftruites de deux tringles plates, fur lefquelles les échelons qui font plats auffi, font attachés avec des clous.
- 173. Les rouleaux dont on garnit les échelles pour qu’elles ne brifenfc point les ardoifes, font de paille longue, ou .de paille nattée.
- De Veflimation des ouvrages de couverture.
- 174. Il ferait fuperflu d’entrer ici dans de grands détails furletoifé des ouvrages de couverture : il y a de bons ouvrages qui en traitent exprelfément , & ce n’eft qu’une explication des réglés qu’on puife dans les traités de géométrie. Mais je ne crois pas hors' de propos de faire mention de certains ufages qui font fuivis par les experts.
- I7f. i\ Dans certaines provinces, on ne toife point les ouvrages de chaume, qui fe paient àu millier de fabottées; & quand les ouvriers n’ont qu’employé le chaume qti;Ôn leur a ramaffé , on ne leur donne pour leurs peines de l’emploi, que fePnioitié du prix qu’ils pourraient prétendre s’ils Tome IK P p
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- ART D ü COUVREUR.
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- avaient été changés de le ramaffer. Il y a des provinces où on les paie à h, travée ( 26 ) > ailleurs c’eft à la toife.
- 176. 2*. A l’égard des couvertures en tuile, comme la pofe des faîtieres ' en mortier ou- en plâtre exige plus de tems que le plein toit, on toife le faite, comme tout le refte, & on y ajoute un pied de plus.
- 177. 30. Pour ce qui eit des couvertures en ardoife, il eft aifé , après ce que nous avons dit, d’eftimer la valeur d’une toife courante, puifqu’il ne s’agit que de fa voir le prix courant des matériaux , & de détailler chaque toife d’ouvrage comme lî elle était en plein comble ou en plein couvert. Le principal bénéfice' du couvreur fera fur ce qu’on nomme les ufages : ainfi plus il y en aura , plus il gagnera.
- 178- Voici un exemple de la valeur d*une toife en plein couvert, enfup. pofant que le millier d’ardoifes vaille 40 liv. Les cent foixante & quinze qu’il
- faut pour couvrir une toife coûteront....................... 7 liv.
- Une livre & demie de clous à dix fols..................... 1$ f.
- Dix-huit lattes à ardoifes, à raifon de 20 fols la botte. * 14
- Quatre toifes & demie de contre-lattes , à 5 fols la toife. 1 2 6 (£
- Une livre de clous pour lattis & contre-lattis , à 8 fols
- 6 deniers la livre. ........................................1. 8 6
- Façon & main-d’œuvre , à 2 livres la toife. .... 2
- Total d’une toife en plein comble. ..... 12 liv. On fera, un pareil détail pour la quartelette.
- 179:. 40. Comme dans les remaniemens à bout on latte à neuf, & qu’on refait les faîtages, les ruellées, les folins, fouvent même les. égouts., & qu’on fournit à neuf les ardoifes en place de celles qui font rompues ; pour faire l’eftime du remanié à bout, on commen.ce par déduire le prix de la vieille ardoife , & l’on paie le refte comme pour les couvertures neuves.
- 180. 50. Les enfaîtemens des couvertures en ardoife ne fe comptent point, quand on doit les faire en plomb.
- 181 • 6°. Les recherches font des réparations légères : quand il ne manque des tuiles ou des ardoifes qu’en quelques endroits du toit, quand les plâtres ou mortiers font rompus par parties, quand il faut émo-ufler. & nettoyer les ardoifes ou les tuiles , tout cela fait partie des recherches.
- • i g2. 7°. Si les plâtres & mortiers 11e font refaits que dans les parties où ils manquent, alors ils ne font pas mis en compte j mais s’ils font entiére-
- (26) La travée fignifie dans les toifes- quarté-, ou de deux cents feize pieds de fur-un; certain efpace fut lequel on e(lime quel- face. Savary jdlft. de commerce au mot ques ouvrages de maçonnerie ou de pein- travée , ne fâtt^mention que des gros-ou*, tare. A Paris, la travée eh defix toifes en . y rages de peinture , quife mefurentainûii(,
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- •ment refaits ou rechargés, on les compte : c’eft pour cela que les couvreurs ont grand foin de reblanchir tous les plâtres. On ne compte point, dans les recherches , les ufages de lucarnes , celles des égouts, des laites, ni les pourtours des combles du bord d’un égout à l’autre i leur longueur fe prend entre deux folins ou entre deux niellées.
- 183- 8°- Comme il eft bien rare de ne pas trouver dans ces fortes d’ouvrages des parties neuves ou remaniées , cela engage des propriétaires à donner les couvertures à l’entretien par baux de neuf ans : en ce cas, il faut obliger le couvreur à faire tous les ans quelques toifes à neuf, pour éviter qu’il ne compte vaguement un pied de réparation dans un endroit, deux pieds ou plus dans d’autres.
- 184. Au relie, le couvreur doit , lors des recherches, fornir neuf ardoifes ou tuiles neuves par toife ; il les doit pofer en échiquier : moyennant quoi, & fuivant la qualité de l’ouvrage, on lui paie depuis dix-huit juf-qu’à vingt-deux fols par toife. Il fe fait cependant des recherches en ardoifes, qui font alfez confidérables pour être payées trente & trente-cinq fols la toile.
- 18 T- io°. Les égouts pendans, qui font formés par un doublis & un fous-(doublis , pofés fur une chanlatte, fe toifent avec le relie de là couverture , en ajoutant uii pied pour chaque égout, s’il eft firnple. Il faut remarquer qu’aux égouts la tuile de delfus eft toifée avec le comble > ainli 011 compte les tuiles pour lix pouces de faillie fur la longueur , à l’exception de celles de def-fus. .C’.eft pour cela que les égouts à trois tuiles font comptés pour un pied,; -ceux à quatre tuiles, pour un pied & demi ; & ceux à cinq tuiles, pour deux pieds & demi. Lorfqu’on fait les égouts avec de vieilles tuiles , on en doit faire la diftindiion, pour ne les compter que comme remaniés à bout.
- 186. n°. Quand les égouts font d’ardoife, ils ne font comptés que pour un demi-pied courant i & c’eft ce qu’on appelle redoublis d'ardoife, pour lequel on ajoute un demi-pied au pourtour.
- 187. 12°. Nous avons dit qu’on faifait aux combles en ardoifes , des
- égouts en tuiles, fur lefquels on appliquait une peinture noire à l’huile i en ce cas , on compte les redoublis d’ardoife avec les ouvrages d’ardoife : maisP les égouts en tuile, font comptés avec les ouvrages en tuile, &la peinture eft eftimée ià part. De même, aux Couvertures d’ardoife, dont renfaitement eft fait avec dès faîteries noircies , on doit en faire diftindtion pour les compter comme ouvrage en. tuile 5 & l’on eftime en fus la peinture que l’on y applique. 4.'. . ...................
- 188- 13°. Si, au lieu.de plomb, on fait au faite un embardellement de plâtre de la hauteur d’un pureau de chaque côté ,, on ajoute dans le compte tm pied en fus: du pourtour,
- P p ij
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- 189. 14’. Les épis ou poinçons armés d’ardoife font comptés pour neuf pieds, c’eft-à-dire, pour un quart de toife.
- 190. 15°. Si legout en tuile eft retrouffé, & s’il y a plufieurs rangs de tuiles pofées en plâtre ou en mortier ; après avoir toifé l’égout avec le relie, on ajoute deux pieds pour chaque égout.
- 191. 16°. Si le toit aboutiflant contre des murailles eft terminé par des ruellées , on ajoute deux pieds à la longueur du bâtiment , par chaque ruellée.
- 192. 17?. Pour les tranchis, ou rives pofées à mortier ou à plâtre, ou pour les folins fur les bords des pignons, & les filets qui forment le faite d’un appentis , on ajoute pareillement un pied à la longueur du bâtiment
- 193. 18°. Pour chaque arrêtier, on ajoute un pied à la longueur du bâti-ment pris à mi-comble.
- 194. 19“. Il y a un ufage bien ridicule par rapport aux plâtres, c’eft celui de compter ceux qu’on emploie fur une couverture d’ardoife neuve, le même prix que la couverture même j tandis que ces mêmes plâtres, pareils en tout, font payés cinqfixiemes de moins quand ils font pofés fin une couverture en tuile remaniée. Cette différence de prix engage les ouvriers à mettre quelques parties de tuile ou d’ardoife neuve le long des plâtres , où il ne ferait pas néceffaire d’en mettre, afin de pouvoir les porter eu compte comme ouvrage neuf, lorfqu’ils ne devraient l’être que comme remaniés à bout. Il ferait plus convenable que les plâtres fulfent toifés féparé-inent, & payés un même prix, foit qu’ils fuffent fur des ouvrages neufs, ou pour les remaniés à bout.
- 19f. On n’a point égard au rabais des vuides occafîonnés par l’excédent des mefures que donnent les longueurs & les pourtours , & l’on a tort : un particulier n’eft point tenu de payer l’ouvrage qui n’exifte pas , & où rien ne peut le remplacer. Par exemple, un comble qui aura entre deux pignons vingt-quatre pieds de clair ( ce terme fignifie , fans aucun ufagç ; d’autres difent dans œuvre), & trente-fix pieds de pourtour aufli de clair, aura de fuperficie vingt-quatre toifes. ‘
- 196. Si l’on ajoute à la longueur de vingt-quatre pieds, deux pieds pour les folins, elle fera alors de vingt-fîx pieds5 & fi au pourtour 011 ajoute cinq pieds pour les deux égouts & la plus-valeur du faîte, il fera de quarante & un pieds , & fa fuperficie vingt-neuf toifes deux pieds. Il faut dé-
- montrer qu’il y a dans ce calcul dix pieds de trop. •• j
- La fuperficie claire eft de...........................24 toifes
- Les deux égouts de chacun vingt-quatre piedsr de long rd : , .g .: fur un pied, enfemble quatre pieds*—;. . 2| 6 pied*
- Le faîte, vingt-quatre pieds fur un pied s - i . • i f
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- Ci-contre..................................... ' 27 toif. 12 pie..
- Les deux folins, trente - fix pieds de pourtour fur en-femble deux pieds, valent..................... .2
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- 197. Tous ces objets réunis font enfemble vingt-neuf toifes douze pieds qui eft le vrai toifé, & dont la différence avec celui ci-deffus eft de dix pieds.
- 198. 20®. On ne retranche rien pour les lucarnes, ni pour les œils-de-bœuf, quoiqu’on les toife à part, comme nous le dirons dans la fuite.
- 199. 2i°. A l’égard des manfardes, on ajoute au pourtour de la couverture un demi-pied pour le petit égout du brifis, comme pour un égout fimple.
- 200. 22°. Nous avons dit que, quand les égouts d’ardoife étaient pofés fur un doublis & un fous-doublis de tuile, 011 comptait à part ce qui eft en ardoife, & ce qui eft en tuile. Souvent, pour éviter ces détails, on ajoute un pied dans toute la longueur de l’égout.
- 201. 239. Pour les couvertures d’ardoife, nous avons dit qu’on ne comptait point les enfaîtemens quand ils font faits de plomb. Mais lorfqu’ils font formés comme les arrêtiers, on ajoute un pied au pourtour du toit.
- 202. 240. Pour les arrêtiers des couvertures d’ardoife, on ajoute un pied à la longueur de la couverture prife à mi-toit,
- 203. 25e. Pour les folins, on ajoute aufïi un pied à la longueur du bâtiment.
- 204. 26*. Les œils-de-bœuf ne font plus guere d’ufage, on y a fubftitué les vues de faîtieres. On n’en voit que fur les couvertures d’ardoife 5 mais on les fait en plomb, & ce font les plombiers qui les mettent en place. On tient compte au couvreur des accordemens ou tranchis, pour fix pieds d’ardoife fans rabattre de vuide s ou bien, pour plus d’exactitude, on pour-tourné l’œil-de-bœuf le long du tranchis. Ce pourtour compté fur iix pouces de; largeur, donnera ce qui doit appartenir au couvreur.
- 20f. 279. Aux lucarnes en plein comble, entourées de toutes parts, on ne rabat rien pour le vuide de la baie* pourvu qu’elle ne foit pas d’une grandeur extraordinaire. - ; :ur;<-
- 206. 28°* Quand les lucarnes fontpofées furie bord des combles^où l’égout pafle devant, on ne rabat rien pour leur vuide ; mais fi l’égout eft interrompu, on rabat remplacement qu’aurait occupé cette ouverture, depuis le devant de la lucarne jufqu’au devant du premier pureau d’égout, & l’on compte les ruèllées qui font aux côtés.
- 207. 29°. Dans les manfardes qui font garnies de lucarnes, au-devant & au-deflus defquelles les égouts paffent, on ne rabat rien pour leur vuide 5 fi l’égout eft interrompu, on déduit feulement la faillie de l’égout 5 fi rien ne
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- paflTe au-dedus ni par-devant, le.vuide. eft entièrement défalqué: mais ou compte les folins qui font aux côtés.
- 203. 30*. Si au-devant de.ces lucarnes, où il n’y a point de devanture, il fe trouve un chéneau avee pente, cette pente fera comprife dans le toifé; mais le vuide des lucarnes fera réduit après le développement des plâtres. , 209. 31°. Quand les joues des lucarnes font revêtues d’ardoifes, on toife leur fuperficie, en y comprenant les tranchis & dévirures, à raifon de lîx pouces pour ehacun.
- 210. 32°. Lorsqu’il y a un fronton au-dedus des lucarnes, quelque -grand ou petit qu’il foit, il eft compté pour une demi-toife en lus. S’ily aun chevalet, grand ou petit, il fera aulH compté pour une demi- toife en fus. .Si, au lieu d’un chevalet, il y a un chapeau de plomb, le lattis ou l’alfife 4e plâtre eft compté pour neuf pieds ou quart de toife.
- 211. 330. LoRSQUEles noues des couvertures en ardoife font en plomb, on 11e rabat rien au couvreur pour le fond de la noue ; mais, comme nous l’avons déjà dit , 011 ajoute fix pouces pour chaque tranchis dans toute la hauteur de la noue. Si ces noues font en ardoife, fins plomb ; après avoir toifé plein, on ajoute trois.pieds de large fur toute la hauteur de la noue, parce qu’il doit y avoir deux paremens & quatre tranchis.
- 212. 34*. Lorsqu’un couvreur pofe & fournit les gouttières, elles lui font comptées à la toife courante, y compris leur fellement & la pofe; mais on compte de plus les égouts & les battemens, c’eft-à-dire, le dernier rang de tuiles ou d’ardoifes doubles qui forment l’égout dans un chêneau ou une gouttière. Ainfi on augmente d’un pied la mefure du comble ; favoir, iix pouces pour la tuile de delfous, & lix pouces pour le parement qui eft au-deifus.
- 213. 350. Si la gouttière n’a pas été fournie par le couvreur, & qu’il n’ait fait fimplement que la pofer,on lui compte un pied courant pour h pofe en remanié à bout.
- 214. 36Q. Les gouttières du derrière des lucarnes en demoiièlles, font comptées à toifes & pieds çourans ; li elles font neuves, on ne compte ni la pofe, ni le battement, ni les paremens, parce que tous ces objets font compris dans l’évaluation d’une demi-toife, comme il a été dit plus haut
- 21 ?. 37*- Les dolferets au-devant des cheminées font de même genre; la gouttière s en paie au pied courant, fi elle eft neuve j & l’on ne la compté point, fi elle eft vieille,
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- CHAPITRE IV,
- r Des couvertures en bardeau & en lave,
- Article I.
- Couvertures en bardeau.
- 216. On appelle bardeau de petites planches refendues, comme le merrain, mais qui n’ont que douze à quatorze pouces de longueur; leur largeur varie. Quand ces petites planches ont été fendues dans les forêts, on les fait drefler & réduire à quatre ou cinq lignes d’épailTeur par des tonneliers, qui le fervent pour cela d’une doloire ; on fait auffi du bardeau avec des douves de vieilles futailles. Quand le bardeau a été ainfi travaillé, les couvreurs remploient; ils le clouent fur la latte comme l’ardoife. Mais pour tailler proprement le bardeau & le mettre de largeur, les couvreurs fe fervent d’une hachette, ils le percent avec une vrille pour y placer le clou, fans quoi le bardeau pourrait fe fendre. Ces petites planches s’emploient de la même maniéré que les ardoifes , & font une couverture très-propre. J’en ai vu employer fur des fléchés de clochers, & fur des moulins*Le bardeau rélifte mieux aux coups de vent que l’ardoife ; mais l’eau s’amaffe entre le recouvrement, & fait p ourrir le bardeau allez promptement ; à moins qu’il ne foit fait de cœur de chêne de la meilleure qualité ( 27). La légéreté de fan' poids eft un des principaux avantages de cette couverture*
- ( 27) En Allemagne & en SuiÏÏe, on ne -prodigue pas le bois de chêne pour de pareils ouvrages. On fait le bardeau avec du fapin, 11 n’a pas au-delà de deux lignes d’é-paiflfeur dans la plaine.Sur nos Alpes Suiffe» le bardeau eft plus épais T & groffiérement taillé. Comme le bois eft à portée, cette couverture coûte peu. Les toits font fort plats , pour donner moins de prffe aux vents ; & comme le bardeau eft léger , on charge les toits de greffes pierres,au;moyen desquelles ils ne font pas emportés par les violens coups de vents qu’ils éprouvent plus ou nioins , fuivant l’emplacement des tnaifons. Ces pierres tiennent auffi lieu de clous., doBton emploie fort peu pour cette
- efpece de couverture ; mais le bardeau fe' range fort ferré , & le recouvrement eft très-confidérable.
- En Allemagne , le bardeau a un crochet ou entaille qui fert à accrocher une pi'ece à> l’autre par en-bas, tandis que la partie fu-périeure eft arrêtée fur la latte au moyen* d’un petit clou.
- En Suifle on fe fert du bardeau mince „dont j’ai parlé ci-deffus , pour garnir tout le toit par-deffus la latte. On met lin bardeau* fous chaque joint de tuile. Cette couverture eft plus chaude & prévient l’humidité qui peut s’infinuer entre deux tuiles lorsqu’elles ne joignent pas exactement. Quelquefois on revêt tous les tdits dW bâtii-
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- ; Article II.
- Des couvertures en lave, par M. le marquis de Court ivron.
- 217. La couverture en pierre plate, qu’on nomme lave, eft en ufage dans plusieurs provinces de France: en Bourgogne, en Franche-Comté, en Champagne & en Lorraine. Il y a des diftri&s & des bailliages entiers de ces provinces, où cette matière eft commune, & où l’on voit les maifons des villes, les châteaux, & les églifes couvertes de cette pierre : le luxe feul y a introduit des couvertures plus diftinguées. Il eft difficile de rendre raifon de l’étymologie de ce mot lave. On fait que nous appelions lave, une matière produite par les volcans , qui la vomifîent à demi vitrifiée} elle fe porte par le torrent qu’elle produit,' à différentes diftances du foyer embrafé , & elle retient le nom de lave quand elle eft refroidie & figée. Dans les provinces qui emploient delà lave pour faire des couvertures, on entend par ce mot une pierre plate de différente épaiffeur, qui fe détache aifément, & qui fe tire à découvert des carrières dont elle forme la fuperficie. J’ai vu des carrières-où l’on trouve de la pierre épaiffe fous un banc de lave 5 d’autres fois la lave ne recouvre qu’un roc vif; d’autres fois encore, un gros fable applani, dont les affemblages paraiffent diverfemeut difpofés & inclinés. Les ouvriers difent que dans ces fortes de carrières l’eau court, ou qu’elle a couru ; & que c’eft pour cette raifon qu’on appelle lave ces pierres minces & plates, comme qui dirait pierre lavée.
- 218- Mais rien ne paraît moins fondé que cefentiment, puifqu’on trouve des carrières de lave dans des plaines , & fur des montagnes très-élevées, où l’eau ne peut courir ; & quoiqu’il y ait des carrières ouvertes depuis un grand nombre d’années, jamais on n’y a vu d’eau courante, mais feulement quelques eaux pluviales qui s’y raffemblent dans les lieux bas. Prefque toute la partie de la Bourgogne, qui eft connue fous le nom de bailliage de la Montagne ou de Chatillon, a des carrières de lave dans les lieux les plus, élevés. La plaine de Chanceru en eft toute couverte.
- 219. Quoiqu’on trouve des carrières de laves dans les lieux les plus élevés-, on 11e laiffe pas d’en rencontrer auffi à mi-côte, & quelquefois même jufqu’au pied des montagnes. Comme cette pierre 11e coûte que les frais de la tirer, les ouvriers que l’on emploie s’attachent à n’en prendre que dans les lieux qui leur font les plus commodes ,foitpour le tirage, foit pour le
- ment, par-deffous la latte, de minces lambris cédente les couvertures en chaume, à ou planches de fapin. Cela contribue à ren- caufe du danger des incendies, je dois en dre les maifons plus chaudes. dire autant des couvertures en’bardeau,
- Au refte, ü j’ai rejeté dans une note pré. qu’il eft encore plus difficile de garantir. *
- charroi î
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- charroi. Il 11’eft cependant pas indifférent de prendre cette pierre au hafard : nous en dirons les raifons en parlant de fon emploi.
- Bu tirage de la lave.
- 220. Les ouvriers qui tirent la lave font pour l’ordinaire de (impies manœuvres & journaliers ; quelquefois auffi ce font des couvreurs âgés, qui n’ont plus aifez de forces pour pouvoir travailler fur les toits. Cependant cette couverture en lave exige moins que toute autre, l’intrépidité & le fang-froid dont les couvreurs doivent être pourvus; le peu d’inclinaifon des toits permettrait prefque à ceux dont ce n’eft pas le métier, de s’y tenir avec affu-rance. Les tireurs de laves commencent par faire ce qu’il appellent un découvert; ils jettent fur les côtés la terre qui couvre le lieu où ils font affurés qu’ils trouveront cette pierre ; ils ôtent auffi la pierraille qui en couvre la fuperficie, & les laves pourries par les eaux pluviales. Après avoir enlevé cette fuperncie, & lorfqu’ils font parvenus à la bonne lave, ce qui n’excede jamais deux pieds de profondeur, ils travaillent à tirer cette pierre. Les outils qu’ils y emploient font des plus (impies ; un pic à pointe acérée AB {pi. II, fig. n ) & dont la tête B qui eft près du manche eft trempée ; une. petite pince CDE, longue au plus de trente pouces, dont le talon eft relevé „ comme on le voit en D ; un pic {fig. 12) dont la partie qui eft oppofée à la pointe, eft une efpeee de pioche, large-au plus de trois pouces. C’eft avee: ces outils que le tireur de laves détache ces pierres les unes des autres, en., introduirait la pointe du pic à tète, ou celle du pic en pioche entre les-joints de chaque pierre; ou, fi elle réfifte trop , il fe fert de la pince. Souvent il paraît une légère empreinte de-terre noire, rouge ou brune, entre) chaque lit. A mefure que le tireur a enlevé une table de lave, il l’arrange d.e: façon qu’il en forme-de petits tas arrondis, ou des efjieces de pyramides d’environ trois, quatre, ou fix pieds de diamètre, & de deux ouj trois pieds de hauteur. Ces pierres fe-trouvent rangées affez irrégulièrement; les premières le font comme lès cartes que les enfans difpofent pour commencer à fornier de petits jchâteaux ; enfùite ils pofent les autres , toujours inclinées àl’horifon , tSc non à plat. Dans cette fituation la lave fe feehe mieux, le foleil & l’air la faififfent plus aifémentÿ .& elle devient d’un tranlport moins difp en dieux viquamL après avoir étcexpofée quelques moisi â; Pairr libre , on veutda voit ti rer pour èmfaire'î i’empioLa Si le tireur de laves détache,des pièces trop larges, ou 'trop'ÎOilgues, il les caifeavec lé.pic dont la: tète, eft trempées aprèsD avoir pofée'fur une-pièce de bois. Comme-les laves font de dimenfions différentes, ondesœaife, pour les-ré du ire àf un pied, dix-huit pouces, ou deux pieds de ftongueur-, fur à’ peu près autant.de largeur. L.^ Tome IF. Q_ q
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- lave ne doit pas avoir aiî-deflus d’un ponce d’épaiffeur ; celle qui Peft le moins a quatre ou cinq lignes ; les autres épailfeurs font intermédiaires entre celles-là. On pofe la lave la plus épaiife fur les murs des égouts, ou fur ceux des pignons pour commencer les rangs, ainfi que nous l’expliquerons quand nous rendrons compte de la maniéré d’employer cette pierre: la plus mince fe réferve pour former les rangs de la couverture qui doivent porter directement fur les bois de la couverture. Avant de parler de l’emploi de cette lave, & des façons que l’ouvrier lui donne, je crois devoir dire un mot de la maniéré dont on conftruitles charpentes des toits que la lave doit couvrir.
- Maniéré de confiruîre la charpente qui doit porter la couverture
- en lave,
- ' 22i. Si un charpentier eft chargé de tailler une ferme pour couvrir un bâtiment en tuiles ou en laves ; dans le premier cas , il donne de hauteur à l’aiguille delà ferme, deux.tiers de la longueur du bâtiment; & feulement la moitié de la largeur, fi la charpente doit être couverte en laves. Ainfi , en fuppofant qu’un bâtiment ait trente pieds de largeur , l’aiguille de la ferme de fa charpente aura vingt pieds d’élévation pour la couverture en tuiles & quinze pieds feulement pour la couverture en laves. C’eft fur ces proportions que, dans toute la .Bourgogne, les charpentiers établilfent la taille de leur bois dans les différens cas où les particuliers veulent faire couvrir leurs, bâtimens, foit en laves , foiten tuiles. J’ai cependant vu des charpentiers augmenter un peu la hauteur de l’aiguille, pour donner un peu plus de roideur & de grâce aux toits ; & j’ai vu des couvreurs en lave réuifir très-bien à couvrir des charpentes ainfi taillées. Mais, pour nous en tenir à l’ufage le plus ordinaire, il faut s’arrêter aux dimenfions de la moitié de la largeur du bâtiment pour la hauteur de l’aiguille.
- 222. Les bois qu’on deftine aux charpentes en lave, doivent être bien choifis & d’un fort équarriffage. Ils confident ,r pour faire la communication, d’une ferme à une autre , ou d’un des pignons à une ferme, en une fabliere pofée fur la muraille, & des pannes dont le nombre eft plus ou moins grand, à proportion de la longueur de la pente ; mais leur diftance de l’une, à l’autre ne doit jamais être plus longue que de fix pieds , dans la largeur de trente pieds ;fuppofés à un bâtiment. Deux pannes de dix à onze pouces d’équarriifage• feront fuffifantes pour divifer le .toit en trois elpaces égaux, qui, à caufe de l’épailfeur des pannes, ne feront chacun que de fix pieds & quelques pouces. Le faite* eft la piece quLva d’une aiguille à l’autre de la ferme ou des pignons, dont les aiguilles font élevées & coupées comme les fermes même : la diftance: d’une ferme à une autre, ou..d’une ferme à un pignon, ne doit jamais être de plus de dix à douze pieds ; fans quoi les. pannes.
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- qui portent tout le poids de la couverture , fans autre fou tien , fe trouveraient trop fatiguées. La ferme étant montée; & les pannes mifes , on pôle* lés" chevrons , qui doivent s’étendre depuis le faîte jufques fur la fabliere , où ils font arrêtés par des pas. taillés dans cette piece. Nous avons dit que les pannes devaient être fortes : il faut aufîxque les chevrons aient une force proportionnée j la diltance entre ces chevrons doit être d’un pied à quinze, pouces au plus. Il y en a qui, par une mauvaife économie , les éloignent davantage; mais alors la latte en lave, dont nous allons parler, fe trouve trop chargée : elle plie, & le toit devient abfolument ondé. >
- 222. L’espece de latte qu’on emploie pour la couverture en lave, con-fifte en des brins de chêne de dix, douze, quatorze, ou quinze pouces de-circonférence par le pied, & de douze à dix-huit pieds de long. Le charpentier , après les avoir fuperficiellement écarrés de deux faces, les fend dans toute leur longueur ; le rond ainli divifé forme deux lattes ; il les attache en travers fur les chevrons avec des clous, ou plus ordinairement avec des chevilles de bois, & alors toute la charpente fe trouve lattée. La feule attention qu’il faut avoir, c’eft que le charpentier ne latte pas trop large, qu’il ne mette pas fes lattes à la diltance de plus de trois à trois pouces & demi l’une de l’autre, & qu’il ait attention que les bouts des-lattes portent toujours fur la muraille du pignon & fur les chevrons , fans laitier les bouts porter à vuide, ce qui tôt ou tard attirerait la ruine de là couverture. Les bois ainli difpofés, la charpente elt prête à recevoir la lave, & à permettre au couvreur en lave de s’y occuper.
- Préparation que le couvreur en lave donne à la lave avant de
- l'employer.
- - 223. La lave fort brute des mains de l’ouvrier qui la tire. C’eft une pierre plate & mince, déformé tout-à-fait irrégulière, terminée par des'lignes 'différemment inclinées entre elles. C’eft en cet état qu’on la charie au pied des charpentes & des maifons que la lave doit couvrir ; on la range au pied des bâtimens en monceaux , comme elle avait été rangée à la carrière. Si l’on mettait la lave à plat, elle ferait calfée en morceaux par le poids des laves -qu’on mettrait: fur les laves inférieures. Les couvreurs favent apprécier affez précifément la quantité de voitures qui leur eft nécefïaire par toife. Nous en dirons un mot ailleurs, en parlant du prix auquel peut revenir , fui-vant les différens lieux , la toife de cette efpece de couverture. Quand la lave eft arrivée au pied des murailles, le couvreur trie celle qui eft la plus épaifte.Jl la taille avec un outil-qu’il appelle hachotu. Cet outjl a d’un côté la forme d’une petite hache à main, quin’eft point tranchantèV& de l’autre, -.un marteau peu* lourd ,- dont le-poids eft cependant fuffifant? pour cafter les
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- bavures des laves & abattre les angles qui rendraient la lave trop inégalé* Il eft emmanché d’un morceau de bois d’environ dix-huit pouces.
- 224. Les laves que le couvreur taille à terre, font feulement celles qu’il doit employer dire&ement fur les murailles : il les appelle gouttières & doubles gouttières. On dira bientôt quelle eft la diftindion des unes & des autres , en parlant dé la façon dont l’ouvrier travaille. Quand il a taillé de ces laves épailfes ce qu’il lui en faut pour faire deux rangs chacun de la longueur du bâtiment qu’il a à couvrir pour chaque muraille, il fait monter la lave > & ce n’eft que fur la charpente du toit, qu’il taille , au moyen d’un ou de plulieurs coups de marteau ou de hachotte, les laves qu’il doit employer , lorfqu’il eft néceflaire de les redrefler, & à mefure qu’il doit les employer. Pour monter la lave, on drelfe contre la muraille une échelle inclinée au point de pouvoir être foutenue de deux ou trois étais ou bois debout ; alors dix, douze ou quinze perfonnes , plus ou moins, fuivant la hauteur du bâtiment, montent fur cette échelle , en fe tenant à la diftance néceflaire l’une de l’autre, pour que celle qui eft au-delfus puifle prendre les laves à mefure qu’on les livre , de la maniéré que nous allons le dire. Un couvreur fe tient au bas de l’échelle , & un autre couvreur fur le toit. Le premier choifit les laves qu’il veut faire monter ; & celui qui eft fur le toit les arrange comme il les reçoit, & fuivant l’intention du couvreur qui les livre à un manouvrier qui eft fur l’échelle : celui-ci met fur fa tète la lave qu’on vient de lui remettre ; un autre manœuvre qui eft le plus voifin, la prend & la tend de main en main, & ainfi de fuite jufqu’en haut : alors le couvreur qui eft fur le toit, pofe en premier lieu, les gouttières & doubles gouttières fur les murailles, & il remplit erifuité* l’entre-d’eux de chaque latte délavés , en les lardant pour ainfi dire entre deux. Quand la charpente eft fort haute , le couvreur eft obligé d’employer un ou deux ouvriers ou manœuvres couvreurs fur le toit, pour conduire la lave jufqu’au faîte, & la placer, ainfi que mous l’avons dit, entre deux lattes , de façon qu’elle y foit aflîijettie. Une attention néceffaire en montant la lave, c’eft de charger également chaque côté du toit ; fans cela , comme cette efpece de couverture eft fort lourde, il pourrait arriver qu’un des côtés de la charpente, après avoir été chargé, fît reculer le côté oppofé : aufli les couvreurs intelligens qui emploient la lave, après avoir chargé le toit de la charpente d’un côté , chargent le côté oppofé aux deux tiers j ils finirent alors de charger le premier côté, & rempliflènt enfuite tout-à-fait le fécond. Tout étant préparé , le couvreur eft prêt à s’employer & à couvrir le bâtiment. . ?
- Maniéré dont le couvreur emploie la lave pour former le toit.
- . Nous avons parlé des laves taillées, que le couvreur appelle gouttières,
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- doubles gouttières, & arriéré-gouttières. Voici l’ufage de la double gouttière; elle fert au couvreur à pouvoir avancer la lave qu’il appelle gouttière,. de quelques pouces de plus qu’il ne pourrait le faire , s’il ne mettait pas la double gouttière. Les murs bien faits ont toujours un certain talut infen-fible ; fi le couvreur en lave 11’avait pas foin, par l’ufage de l’arriere-gout-tiere, d’avancer la lave qu’il appelle gouttière le plus qu’il lui eft poftible, la pluie , l’eau de la neige tomberaient fur la muraille , & pourraient la dégrader. Il pofe donc d’abord fur la muraille la pierre qu’il appelle double gouuiere , ou arriéré-gouttière ; il la fait avancer de trois à quatre bons pouces ; & c’eft fur cette arriere-gouttiere qu’il pofe la gouttière, en l’avanqant le plus qu’iipeut; l’arriere-gouttiere fert de bras d’appui à la gouttière même. Le couvreur, pour aligner la double gouttière & la gouttière, fe fert de deux bâtons ou fiches de fer, dont chacun eft fixé au bord de la muraille , & il tend par leur moyen un cordeau parallèlement au mur, ayant foin de fiiivre cet alignement. Dès que le couvreur a pofé fes gouttières & employéfurla muraille les laves les plus épailfes & les plus lourdes, en formant fes rangs tout de fuite, & les couvrant chacun avec une petite retraite de deux ou trois pouces, il emploie, pour former les rangs fupérieurs jufqu’au faîte, les laves qui font entre les lattes , & dont il a chargé la charpente ; il les taille à mefure d’un petit coup de hachotte ou de marteau ; il fuit, pour l’alignement, chacun des rangs, dont le premier feul a été aligné au cordeau j il a foin feulement que le joint de deux laves tombe toujours à peu près fur le milieu de la lave inférieure 5 c’eft-à-dire , qu’il évite que le joint de deux laves du rang fupérieur correfponde au joint de deux laves du rang inférieur, & il continue fa couverture ainfi jufqu’au faîte. La lave eft mife à plat fur les lattes ; elle y tient par fon propre poids, rien ne l’arrête que la pefanteur des rangs fupérieurs, dont la fienne même eft chargée. Quand il eft queftion de finir la' couverture, quand on eft arrivé au faîte, le cou-* vreur met alors à plat fur la réunion des deux côtés du couvert deux rangs de laves. C’eft ainfi que fe fait le faîtage des maifons de payfans, des granges & des bâtimens de campagne j ruais les particuliers, qui font plus foi-giieux de la confervation de leurs bâtimens , emploient des faîteries dé tuile, comme aux couvertures en tuile : on les affujettit, en les pcfant fur un bon lit de mortier. J’ai vu encore qu’il m’a réufli de faire les faîtieres de pierres de taille larges de dix ou huit pouces, & grofliérement arrondies, fupérieuremertt pofées à mortier ou à GÎment aü-deifus de la réunion des deux parties du toit. Cette faqon eft peut-être la meilleure dans les lieux où la pierre de taille n’eft pas trop chere. Quand ôn s’en tient à ne terminer le faîte que par une flmple laves comme elle eft petite, & par confëquent peu lourde, les pigeons 3 les gros oifeaux , les vents impétueux peuvent
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- plus aifément dégrader le faîte : & c’eft alfez généralement par cet endroit qu’il fe forme des gouttières fur les bâtimens qui font couverts en laves. Une attention qu’on doit apporter quand on fait couvrir un bâtiment comme celui que nous avons donné pour exemple, compofé de deux murs de gouttières & de deux pignons , c’eft de faire obferver au couvreur de poulfer les laves qui couvrent le pignon, de quelques pouces au-delà du pignon. Cette précaution empêche le pignon d’être abreuvé, ce qui arrive quelquefois quand la couverture ne vient qu’à fleur & à rafe de la muraille du pignon. Quoique nous ayons donné pour exemple le bâtiment le plus fimple , il n’y en a aucun qui ne foit fufceptible d’être couvert en lave 5 les tours même d’églife rondes & quarrées, les clochers , les pavillons de toute ef. pece , pourvu qu’ils foient folidement bâtis, & que les charpentes foient conftruites de bois fain & d’un fort équarriffage, peuvent être couverts de cette façon, & le font avec beaucoup davantage, tant pour la lïireté des bati-mens que pour l’économie de la dépenfe.
- Avantages de la couverture en lave.
- , 226. La couverture en lave, quand elle eft bien faite & nouvelle, a l’appa-^ rence de celle en tuile rouge ou brune, fuivant la couleur de la lave employée. En vieilliflant, elle prend un ton de couleur plus ou moins rembruni ; & quant au coup-d’œil & à l’agrément, il n’y a qu’une différence médiocre entre cette couverture & celle en tuile ; mais la couverture en lave ne craint aucun des ac-cidens auxquels celle-ci eft fujette. La grêle, les ouragans , les vents n’ont que trop faitfentir aux propriétaires des bâtimens couverts en tuile, combien ils ont de dommages à réparer. Le poids de la couverture en lave garantit les toits de la prife des vents, & la réfiftance de cette pierre à la grêle la plus violente ne lailfe de ce côté aucune prife fur elle. Si nous confidérons la diminution de la dépenfe dans le prix de la couverture, nous y trouverons un avantage qui ne fera pas moins marqué. Dans beaucoup de lieux, le prix de la toife quarrée de la couverture en lave n’excede pas 2 liv. 10 fols à 3 liv. & encore la toife de Bourgogne eft-elle de fept pieds & demi, ce qui fait cinquante-fix pieds un quart : cela eft bien différent de la toife de Paris, qui ne comprend que trente-fîx pieds quarrés. On paie le couvreur en lave fur le pied de trente fols par toife ; & en beaucoup d’endroits il fournit encore la lave pour ce prix. On paie, pour faire monter la lave, un fol par heure aux femmes qui la montent, & qui font placées de diftance en diftance fur l’échelle. A l’égard du charroi, il varie fuivant le plus ou le moins de diftance, la difficulté des chemins, & la cherté des fourrages dans les lieux de palfagej mais en général, on peut aifurer que dans les lieux où la lave peut s’employer, la toife de couverture , le charroi compris, 11e revient jamais, au plus cher, qu’à fix
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- livres, & qu’elle eft même en un plus grand nombre d’endroits d’un prix moyen entre trois livres & fix livres. Les couvreurs comptent qu’il faut par chaque toife trois voitures de laves charriées par des chevaux de payfans de médiocre grofleur f ie charretier fait fon prix à la toife , qu’on ne lui paie quelquefois que vingt fols.
- 227. La couverture des murs de clôture fe paie fur le pied de la toife quarrée, & l’on compte ordinairement trois toifes courantes de mur pour une toife quarrée.
- 228- Ce que nous venons de dire de la médiocrité‘du prix de la couverture en lave pour les lieux où l’on peut l’employer, paraîtra encore bien plus frappant, fi l’on fait attention à la longue durée de cette efpece de couverture. Il eft ordinaire de voir des bâtimens couverts depuis foixante-qua-torze ans, & fur lefquels il n’y a nulle réparation à faire. J’en connais plu-fteurs que je fuis alfuré qui ont été couverts il y a près d’un fiecle, fans qu’on ait été obligé d’y toucher. La qualité de la lave contribue beaucoup à cela, dans les lieux où elle eft d’une excellente qualité , où elle 11e peut point être attaquée par la gelée, où on 11e l’a employée qu’après une entière déification. Au contraire, dans les lieux où la lave fë pourrit, ou que la gelée attaque, il faut renouveller cette couverture quelquefois au bout de trente ou trente-cinq ans 5 mais dans ce cas, & c’eft même le plus défavorable , on n’eft obligé de charrier & de rapporter qu’environ un tiers, au plus une moitié, de nouvelle lave. Ainli, en comptant tout, un particulier qui eft chargé de l’entretien de cent cinq toifes de couverture , ne fera obligé que d’en réparer trois toifes par an * en fuppofant toutefois qu’il n’arrivera pas d’accidens extraordinaires & imprévus 5 ç’eft-à-dire , qu’il lui en coûtera tout au plus, fuivant les lieux, depuis neufjufqu’à dix-huit livres par an. pour l’entretien de cent cinq toifës de couverture. Il faut convenir que les couvertures en lave exigent une charpenre plus forte, & des bois bien çhoifis j mais l’excédent de cette dépenfe ne peut entrer en compenfation avec l’économie & la fûreté des couvertures faites avec la lave (28).
- (28) Les bâtimens de Naples font couverts d’une façon particulière,nommée dans le pays lajirico, On fait que toutes les mai-fons ont des terrafles , auxquelles on a foin ‘de ménager une pente infenfible , mais fuffifante pour l’écoulement des eaux. Ces terrafles font couvertes d’un ciment fait de chaux & de ce fable nommé pozzolane, parce qu’on le trouve à Pouzzol, dans le royaume de Naples. C’eft un ciment natu-
- rel , formé de matières bitumîneufes, dont le fable eft imprégné. Pour l’employer avec fuccès, il faut le détremper , le broyer & le battre à différentes reprifes. Si ce travail n’eft pas bien fait, le ciment fe gerce , & il s’y forme des léfardes , ou des crevafles. Cette efpece de couverture eft infiniment fupérieure à celle en tuile, pour la durée & pour l’agrément,
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- EXPLICATION DES PLANCHES.
- Planche I.
- JE*IG. i. A, champ de chaume fur pied; B, ouvrier qui le coupe ; C, chaume coupé par petites bralfées; D, meulon de chaume. Il repréfente aulfi un meulon de froment ou d’avoine, qui eft couvert avec de la paille longue.
- Figure 2 i ouvrier qui ralfemble les brins de chaume pour en former des javelles.
- Figure 3, ouvrier qui lie les javelles avec un lien de paille longue.
- Figure 4, tas de javelles.
- Figure f, ouvrier qui fecoue le chaume pour arranger tous les brins fui-vant leur longueur.
- Figure 6, bâtiment qu’on couvre avec du chaume ; E, le faîte delà charpente ;F, les pannes ou filières i H, endroit latté ; S , ouvrier qui pofe les javelles ; d. ef, partie du toit qui eft couverte i O , l’égout ; b, javelles qui font pofées fur les couffinets qui forment l’égout ; PP , javelles qui couvrent le pignon ; RR, ridelle qu’on met fur les rives pour empêcher que le vent m’emporte les javelles; T, fenêtre ou gêrbiere qu’on pratique dans le pignon pour fe dilpenfer de faire des lucarnes fur le toit; Q_, chevilles ponduées qu’on enfonce dans le garni du pignon pour mieux retenir les javelles; N, échelle pour monter fur le toit.
- Figure 7, harts qui fervent à lier les javelles furies chevrons ou la latte; b, le gros bout qu’011 appointit; a, le bout menu où l’on fait une boucle. Ces harts fervent auiîi à faire les couffinets.
- Figure g , grandes javelles qu’on lie par des enlacemens d’ofier, comme on le voit en a , b, c, </, & qu’011 coupe en i pour faire deux couffinets.,
- Figure 9, fauchet, peigne qui fert à polir l’ouvrage.
- V, ouvrier qui monte des javelles fur le toit.
- XX, muraille vue de long, & couverte d’un chapiteau de chaume.
- Figure 10. La coupe d’un toit où l’on voit le faîte de la charpente & deux chevrons chevalés deifus ; a, le couffinet d’égout en place & lié par une hart b ; d,f, &c. les javelles qui fe recouvrent les unes les autres , & qui font liées par les harts b au chevron e; m, l, grande javelle faîtiere ; i,n,k, terre dont on charge les javelles faîtierés pour empêcher que le vent ne les emporte.
- Figure 11, muraille couverte d’un chapiteau de chaume ; a, b, grandes javelles qui font chargées de terre c.
- Figuré.
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- Figure 12 , deux bâtimens qui abouti fient l’un fur l’autre à aiigles droits, pour former une noue; AB, petit bâtiment qui touche le grand bâtiment CDEG.
- Figure 13 , difpofition des tuiles pour faire des noues à onglet; a , tuile mile de biais ; b b b , tuiles couchées ; e e, tuiles droites.
- Figure 14 , contre-lattoir , infiniment de fer qui fert à foutenir le coup fous les contre-lattes. La traverfe b b s’appuie fur les lattes, & le crochet ou le bi c a foutient la contre-latte.
- Figure 1 f , œil-de-bœuf en poterie.
- Figure 16 , Lie de tuiles creufes en oreille de chat, qu’on met quelquefois fur les arrètiers.
- Figure 17, couverture en rofeau ; a , le couflinet de chaume ; a , b, à 9 e , fert à faire concevoir comme on met les brins de rofeau en talut ; c , d,f,g3h, font les harts qui lient le rofeau.
- Figure ig , maniéré de faire les approches & les contre - approches auprès des arrètiers. Si l’on mettait les tuiles entières, comme ci b cd, la tuile e de l’arrêtier 11e pourrait pas être accrochée à la latte ; au lieu qu’au moyen des approches & des contre-approches g/, là tuile de l’arrêtier peut être accrochée à la latte , ou clouée lur l’arrêtier.
- Figure 19 , portion de toit, dont la partie ciaa. bbb eft couverte avec des tuiles creufes ; & la partie ecc dd3 avec des tuiles en S.
- Figure 20 , difpofition des tuiles pour former un égout, ciaa3 les tuiles du fous-doublis : bbb , les tuiles du doubiis.
- Figure 21 , difpofition des tuiles qu’011 nomme ncuettes.
- . Figure 22 , autre dilpofition des tuiles en nouettes.
- Figure 23 , faitieres a mifes en place, avec leur mortier b.
- Planche IL
- Figure ï , toit qu’011 couvre en ardoife; aaa, les chevrons; bbb, les tontre-iattes de feiage; c c c, les lattes volilfes; d d d, les ardoilès clouées fur les lattes.
- Figure '2, exemple d’une couverture qui eft d’inégale largeur dans fou étendue, pour faire voir comment 011 parvient à rendre les rangs d’ardoifes parallèles au faité.
- Figure 3 y égout pendanUen tuiles ; a; chanlattes avec le doubiis & le fous-doublis qui forment l’égout -,.b c d3 tuiles accrochées à la latte.
- Figure 4. Cette figure fert à faire comprendre comment on couvre un faîtage en ardoife fans tables de plomb; a, le faîte; b, ardoife qu’on met du côté du fort vent , & qui excede l’ardoife c.
- Figure 5. a , vue de faitiere faite avec une faîtiere renverfée ; b 3 vue de Tome JF. ' . II r
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- faitiere formée avec de petits, combles ; c, vue de faîtiere à œiî-de-bœuf.
- Figure 6, égout rétro uifé avec les coyaux; a, l’entablement; c} rangs, de' tuiles pofées à mortier; d, le doublis & le fous-doublis; e,g,h, ardoifés; /du toit ; f, le coyau. On met quelquefois au-deflus de a , un folin de plâtre-.
- Figure 7, égout pendant en ardoifés; æ, chevron ; b , chanlatte-; c, les; deux ardoifés de l’égo-ut, qui font le doublis & le fous-doublis:
- Figure 8 , égout pendant établi fur des coyaux;, b , le coyau-; c, la chan-latte; a, clous qui arrêtent les coyaux fur les chevrons ; d, les ardoifés dut doublis & du fous-doublis qui forment l’égo-ut ; e., f, les ardoifés du toit qui. forment leur pureau.
- Figure 9 , coupe d’ün toit ; E, tuile montée St piquée dans la latte-; h, tablette de pierre de taille , fur laquelle pofe le bout des chevrons ; g, le doublis; & le fous-doublis qui forment l’égout; b, & ,. i, f, d, tuiles qui font en recouvrement.
- Figure 10. Cette figure fert à faire voir la forme des différentes lucarnes ,, qui font le plus en ulage; A, lucarne à demoifelle ; B, lucarne à manfarde1-ou rampante ; Clucarne à la capucine ; D, lucarne flamande ; E, lucarne-à foin.
- Figure ri. AB , pic à pointe acérée, pour tirer la lave ; B, tète du pic qui-doit être trempée.
- Figure 12. FGH, pic ordinaire ; F', côté oppofé à la pointe , formant une elpece de pioche large de trois pouces.
- Figure 13. CDE , pince , ou petit levier long tout au, plus de'trente pouces..
- Planche, I I L
- Figure r. ÆÆ,deux traquets attachés par des; cordages aux chevrons en= b b ; c c, échelle couchée fur les traquets ; d d, planche pofée fur l’échelle; e, couvreur-qui taille une ardoife fur fon enclume ;/, couvreur qui cloue . une ardoife ; g, pile d’ardoifés.
- Figure 2. AC, échelle couchée iur le toit, & garnie de fes couflinets, pour lie pas rompre les ardoifés, avec un apprentif couvreur qui porte, des ar~ doifes fur fa tète-
- Figure 3, lucarne par laquelle eft forti le manœuvre qui efl; fur l’échelle.
- Figure 4, deux échelles chevalées fur un comble pour y faire des réparations.
- Figure 5", bouriquet pour foutenir les ardoifés à portée des couyteürs.
- Figure 6, couvreur qui monte à la corde nouée. X
- Figure 7. Comment les couvreurs montent jufqu’à la pointe des fléchés des clochers,; d’abord ils paflèntune grofle corde nouée par les lucarnes A,
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- qui font faites auflî haut que la charpente a pu le permettre, & le couvreur s’élève jufqu’à cette hauteur fans difficulté ; mais pour s’élever jufqu’à l’a-mortiffement qui eft à la pointe, il a une corde nouée légère & de bon chanvre B : la tenant de la main droite comme on le voit en C, & portant le bras droit en avant comme on le voit en D, il enveloppe la pointe de la fléché avec cette corde le plus haut qu’il peut, comme vers E; il attrape le bout de cette corde avec une latte, & il lie la partie C avec la partie E, le plus ferré qu’il lui eft poffible 5 il fe tranfporte enfuite fur cette petite corde , & il s’élève le plus haut qu’il peut ; il prend l’autre bout F de cette même corde, & la jetant plus haut, il gagne peu à peu l’amortiffement ; alors il attache fa greffe corde nouée avec une anfe de corde D , A (fig. 8 ) & une cheville de bois dur B, qu’il paffe dedans. Quand il a fait fa réparation , il defeend fur cette groffe corde jufqu’à la hauteur des lucarnes A {fig. 17) *, & quand il s’eft établi fur la corde nouée qui paffe par les lucarnes , il tire la ficelle C (fig. 18 ) > qui répond à la cheville B; & ayant dégagé cette cheville de lanfe de corde où il lavait paffée, la corde nouée tombe d’elle-même.
- Figure 9. ABCD, toit vu de face; aaaa , chevrons; g g, contre-lattes entre deux chevrons -,'d d dd, deux contre-lattes entre deux chevrons ; e e e , lattes du bâti ; b b b _, lattes du rempliffage.
- Figure 10, marteau du couvreur -, a a, partie tranchante pour tailler l’ar-cloife; b, pointe pour percer l’ardoife.
- Figure 11, marteau plus petit.
- Figure 12, chevalet de pied, pour porter les échafaudages.
- Figure 13, autre chevalet. Le craquet, ou chevalet de comble, fe voit en place à la figure 1 de cette troifieme planche.
- Figure 14, étrier que les couvreurs mettent à leurs jambes pour monter ù la corde nouée ; a a , jambier ; ce, jarretières qui enveloppent la jambe ; A, partie qui eft fous le pied.
- Figure 15, fellette fur laquelle sfiffeoit le couvreur qui monte à la corde nouée'.
- Figure 16. a, faitiere ; b, tuile creufe en oreille de chat ; c, tuile en S ; D, tuile entière; e , tuile gironnée tuile dépecée, ou échancrée feulement d’un côté.
- Figure 17, tire-clou, infiniment de fer mince, dont on fe fert pour arracher les clous, lorfqu’on veut réparer une couverture d’ardoife.
- Figure 1 % , enclume du couvreur. Il la faifit par b, pour faire entrer la pointe c dans un chevron : pofant enfuite l’ardoife fur la face ab} il la taille avec la partie tranchante du marteau.
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- ART DU COUVREUR. --------,^ggi==aii
- TABLE DES MATIERES
- & explication des termes propres à Part du couvreur„
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- A
- Àccoingons » 5. I?8.
- Aile-de mouche ., forts de clou a latte, 12 6.
- Aiguille d’un toit, 9j%
- Approches. Four bien couvrir les tranchis & les arrètiers, on diminue, la largeur des tuiles par en-haut, afin que la derniere tuile qu’on pofe fur le rivet ou fur l’arrètiér, ne foie pas triangulaire : c’ell ce qu’on nomme des approches (en allemand Gierenziegel ), §. Si > & des contre-approches. Planche I, figure ig.
- Ardoise ( en allemand S chie fer ) „ pierre qui fe divifs au fortir de la carrière par feuillets minces. Dangers d’un toit d’ardoife , note 19. Choix de l’ardoife, 114. On les dif-tingue fuivant leur qualité , en gros poil noir ( en allemand fclnvarzer Schiefer ) j en poil roux ( rùthlicher Schiefer ) y en qmrrée forte ( en allemand Jlarker Schiefer j ,- en qmrrée fine ( en allemand grojje feine ) , la petite fine, le tout enfemble , la qimr~ telle , la léridelle , 117 & fuiv.
- Arrètiers : c’eft un angle failîant, qui s’étend de l’aiguille à l’égout, & qui borde les coupes par deux arrêtes. Pour les biens couvrir, il faut échaticrer des tuiles pour faire des approches & des contre-approches * 8î î 139,
- Asseau ou ailette, forte de marteau dont la. tète courbée eu portion de-cercle porte d’un coté un tranchant pour couper les latces , de l’autre-une fur face plate pour frapper les. clous : cet iultrument fert pour lat-ter.
- Aüg.e ( en allemand der Kaflen ) efpece de caiife de bois qui fert à porter le mortier , & à gâcher le plâtre , 11 r.
- An T re s, premières habitations de l’homme fauvage, 1.
- B
- Bardeau, petites planches refendues,. 2i5. Ulâge & qualité du bardeau en Allemagne & en Suilfe, note 27.
- B ASTI. Voyez- lutter.
- Bordure pratiquée furie pignon d’un toit en chaume ,24. PL I ,fig. 6.
- Bouloir ou rabot ( en allemand Kalh~ kriïckef perche à l’extrémité de laquelle 011 met une tète de bois pour remuer ou bouler la chaux avec le ciment, 11 r.
- Bouriquets ou chats : ce font des efpeces de chevalets légers , fur lef-quels on met l’ardoife , pour que le couvreur l’ait fous la main , 1 <5?. PL IJl,fig. r.
- Brandir les chevrons, note 7.
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- Brocher la tuile: c’eft la paffer de ' fou épaiiieur entre les lattes, pour que le couvreur L’ait fous fa main *
- • ÿ;.'K i
- C * •" r
- Cabanes , bâtimens groflîers des peuples fauvages, i.
- Cabanes de peau de chiens de nier , comme on les fait dans les pays fep-tentrionaux , 2.
- Cavernes , premières habitations de l’homme fauvnge, i.
- Ch AN latte : c’eft un madrier refendit diagonalcment d’une arrête à l’au-tre j ce qui forme deux pièces en " couteau qu’on cloue fur l’extrémité i des. chevrons pour former les égouts
- • penians , f}. Pl. II, fg. 7. Maniéré de les pofer, 5*4.
- Chaperon : c’eft le petit toit qu’on 1 metfurun mur pour empêcher que l’eau ne le pénétré j on chaperonne ou l’on fait des chaperons avec des pierres poféés à mortier de chaux,
- • desî;tuiles & des faîtières 5' on en fait auiiî avec i’ardoife.
- Charpente , pour une couverture en laves, 22iv
- Chats. Voyez bouripietr.* -Chaume : c’eft le pied de la paille qui refte fur le champ quand on a coupé - le'grain-'dans le tems de la moidbn , 12. Dans bien des endroits , on ne rooiffônne pas différemment les fro-mens d’où l’on' compte* tirer du chaume, 1 y, note 4. FL /, fg. 1 , B. Çhtwrne de feigle, propre à couvrir les glacières, 13. Les toits de chaume tres-dangereux à'eaufe des incendies , note y. Ils coûtent beaucoup plus dans un efpace de tems donné. Voyez gar eus
- hj
- Chevaler les chevrohs, c’eft Tes ç roi fer y note 6: ’:i!KÎ
- Chevalets : ce font des efpeces'eîe cor'ifoles'faites avec des planches minces & légères, que les eohvreiïys attachént'avec des cordes aux-bbis' de la charpente, & fur lesquelles ils s’échafaudent. Il y a des chevalets de pied & des chevalets de comble,, qu’on norr.metroquets, 161. PL IIIr fg. ? & 4.
- Chevrons ; comment on les pofe , 17. Chevrons de brin'; note 10. Nonl-bre des chevrons néceffaire pour un toit couvert de tuiles, yo, Longueur des chevrons dans les bâtimens des fermes, y2*
- CiMENTpcur couvrir les trr.vèrfes, Claire-voie : on couvre'certains toits à claire-voie, en laiffant d’une tuile à l’autre la diftance du tiers de la largeur de la tuile , <5y.
- Clous à ardoife , 75, 127.
- Clous pour attacher les tuiles fur la latte, 6g. 1
- Clous à latte : combien il en faut pour attacher une botte de laites , 7 y. Clous à bouche , 7<5,
- Contre-approches. Voy. approches. Contre- lattes pour latuiiey ce font de belles lattes quarrées qu’on cloue fur la latte parallèlement aux chevrons. Les contre -dattes pour l’aiv f doife font des chevrons refendus eil deux à la feie , f6\- FL III} fg. 9 , gglJ .V- 1 1. -H ’
- Contf.e-tatTolr Cen;allemand Ge~ ginlatlér ') : c’eft un inftrument de fer qui fert à appuyer la'comre-latte ’ ' contre ia latte pourtenir coup, & aider à fenfoncer 4les clous , yja. Fl.Iyfg.-Ï4-< • ^ ^ -
- Corde nouce : c’eft-une groffe corde à laquelle on fait des noeuds qui
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- A R T ' DU COUVRE U R.
- 3x8
- t. arrêtent les crochets des étriers ou 1 "jambières & de la (eliette. Pour mon-ifter aux clochers , on a des cordes .'^légères nouées, qu’on nomme/ow/, V,ï 6%. PL III, fig. 6. i . Coussinet, javelle de chaume coupée P< eu deux. Voyez javel/e. PL 1,fig. 8.
- CouJJmet d’égout, 20. PL I,fig.9. Coyaux ( en allemand Aufschieblin-ge), ce font de petits bouts de chevrons qu’oti cloue fur les chevrons qui portent fur l’entablement pour porterie toit en dehors; quelquefois ou cloue fur ces coyaux d’autres petits coyaux , 67. PL II, fig. 6. Crochet (en allemand der Hacken, die Nafe), fynonyme de nez. Voyez nez. Cuivre ( lames de ) pour couvrir certains édifices publics , 9.
- D
- Doublis , rang de tuiles qui s’accrochent au cours de lattes immédiatement au-deifus delachanlntte, 64.
- E
- Echafauds des couvreurs, 161. Echelles des couvreurs, 166, 173t. E CK a rt, dansfon économie expérimentale \ recommande l’ufage des toits de chaume, note y.
- Egout ( en allemand Abfall), le bord inférieur du toit où fe rend tou-te l’eau qui découle du toit. On fait des égouts en chaume, en tuile & en ardoife. Ces.derniers font ou pen-dans ( en allemand vorfpringender Abfall) jou retrouffés ( en allemand kurzer Abfall ). PL II , 6, 7,8. Egout en chaume, 20. 22. Former l’é-’ goût pendant, 64, Egouts retrouffés, 66.
- Egouts pour les toits couverts d’ar-doife,i 31. Egouts pendans à coyaux^ 133. Egouts retroulfés, 134.
- Enclume du couvreur pour tailler les ardoifes. PL III, fig. 18.
- Enfaîteau , fynonyme de faîtiere , 8f. Voyez faîte.
- Etriers' ou'jambiers , dont les cou-, vreurs fe fervent pour monter à la corde nouée, .167. PL III, fig. 14.
- F
- Faîte ( en allemand F'orfl), c’efl: l’arrête où fe réunilfent en - haut ies deux toits : on couvre cette partie avec de grandes tuiles creufes qu’on 110mmèfaîtieres (en allemand Forjl-ziegel) ou avec des tables de plomb*; ou avec des javelles faîtieres, quand on couvre en chaume, 94. Pour Igs toits couverts d’ardoife , iqo.
- Fauchet, forte de rateau qui a des dents de fer allez efpacées les unes des autres , & qui s’étendent des deux côtés de la monture. Le fauchet fert à arracher le chaume, 14.
- „ fie• 9-
- Taucher le chaume , iy. Planche I,
- fig- 1*
- Fauchon, petite' lame de faux emmanchée d’un morceau de bois qui n’a qu’un pied de longueur : il fert à couper le chaume tout près de terre, 14.
- Fer-blanc employé à couvrir certains édifices publics, note 2.
- Fenêtre dans le pignon d’un toit de chaume pour tenir lieu de lucarne, 30. PL I, fig. 6.
- Fouet , corde nouée légère, 170.
- G
- Gerbier. Voyez meule.
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- MR T D ü CO
- Glaïeul, plante marécageufe employée à couvrir les toits , 43.
- Gouttière : c’eft un demi-canal de bois ou de plomb, dans lequel l’eau coule comme dans un ruillèau.
- Gouttière , forte de lave , 224.
- Gouttières fur un toit de chaume , creux en forme de ravines, caufés par l'écoulement des eaux. Maniéré de les. réparer s 27.
- H
- Hachotte , outil à tailler la lave, 223 .
- Hart ( en allemand Weiden-ruthen ) , jeune branche d’arbre encore verte qu’on tord fur elle-même, & quifert à faire des liens allez forts & de bonne durée quand le bois ell de bonne qualité , comme le charme, qui eft plus propre à cet ufage que le faule , le marfault&c. 1$. Pi. I,
- fis- 7.
- J
- Jamtiers. Voyez étriers.
- Javelle de chaume , eft une botte de chaume faite avec des brins qu’on arrange bien parallèlement les uns aux autres, & fermement ferrés les uns contre les autres. Les javelles faîtieres font plus grandes que les autres. Les égouts font faits avec de grandes'javelles que l’on coupe en deux î on les nomme coujjinets , I9„2f. PLI, fig. 8.
- Inclinaison d’un toit couvert de chaume, 16- D’un toit couvert de tuile, 49.
- <7
- L
- Lastrico :: forte de couverture con-
- ü F REV R. 3j<>
- nue à Naples, note 2g.
- Latter : c’eft clouer les lattes fur les chevrons 5 on commence par clouer les lattes à cinq pouces & demi ou fx pouces les unes des autres, ce qu’on appelle faire le bâti. Enfuite on cloue des cours de lattes entre celles du bâti pour faire ce qu’on ap. pelle le rempli, 18. Latter un toit d’ardoifes, 122. Latter un toit en lave, 222. 1
- Lattes (en allemand Latten'), ce font de petites planches minces fendues d'ans les forêts. Il y en a d’étroites qui fervent pour la tuile, on les nomme lattes quarrées, 72. D’autres plus larges fervent pour l’ar-doife , on les nomme lattes voliges, ou voliches (en allemand Schiefer-latten ) 74, 123. La latte blanche eft une latte quarrée d’aùbier j elle fort pour les- plafonds , parce qu’elle ne tache point le plâtre 5 mais elle ne vaut rien pour les couvertures.
- Laves, ce font des pierres plates & minces , dont on fe fort dans plu-fieurs provinces pour couvrir les bâtimens. Il ne faut pas confondre cette pierre avec la lave des volcans: ces deux fubftances qui portent le même nom , ne fe relfemblent pas 216. Tirage de la lave , 220. Tailler la lave y 223-.
- Léopold , dans fou introâuBion d l'économie champêtre, recommande les toits de chaume, note f.
- Liaisonner les lattes, c’eft les clouer de maniéré qu’elles h’aboutiffentpas toutes fur le même chevron, 62.
- Lignolet : faîtes en lignolet, 140-;
- Lucarnes : ce font des fenêtres qu’011 pratique à la partie rampante du toit; Il y en a de bien des formes différentes. PL II ,jjg. jo. Leurincon-
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- A-:R\T. D U ;C O U.X\R E U K
- N
- vénient fur des toits de chaume, 30.
- . ^ Lucanie à demoifelle, if?.
- M
- i )
- Manteau : faire un manteau à un toit de chaume , c’eft mettre fur toute la couverture une couche de chaume neuf, 33.
- Marteau de couvreur\ il ale manche plat & tranchant j la tète le termine d’un côté par une pointe pour per-
- L cer l’ardoife., & de l’autre par une furface plate qui fert à frapper les clous. PL III,fg. 18.
- .Masse , en latin typha, eft une plante roarécage-ufe qu’on emploie quel-quefois, au lieu de rofeaux, pour faire des couvertures $ mais elles ne fo.nt pas h bonnes ,43.
- Meule , m eu Ion , ou gerbiere , tas de foin^de fromentoud’avoine, auquel on donne une forme pyramidale ou conique , & qu’on couvre de paille longue pour conferver féchement ces grains ou fourrages , 19. Fl. I, D. Maniéré de couvrir une meule de froment ou d’avoine, 44. Inconvé-niens de cetufage, note 14.
- Monter la tuile, 62.
- Mo rtier ou plâtre pour les couvreurs, 108* , „
- Moule eft le chalhs de bois dans lequel on fait les tuiles j il y en a de
- ~ plus grands les uns que les autres ; c’eft pourquoi on diftingue les tuiles
- . en celles du grand ou petit moule.
- Mousse, elle gâte les toits , 102.
- Murailles : maniéré de les couvrir avec des tuiles., ou des enfaîteaux,
- , 97. .
- Murs : manie?q de les couvrir en chaume, 34.
- Nez (en allemand die Nafe), c’eft une petite éminence de terre cuite, qu’on ménage aux tuiles plates pour les accrocher à la latte.
- Noue ( en allemand Dachkehle ), c’eft l’angle formé par la rencontre de deux toits qui fe jettent l’un fur l’autre : ainfi une noue bien faite forme une gouttière fort inclinée dans la rencontre des deux toits , 8*5. Pii, f.g, 12. Noues dangereules fur un toit de chaume, 29. Noues en onglet , 90. Noues pour l’ardoife
- 144* t
- Nouette, tuile bordee d’une arrête qu'on emploie dans quelques pro--vinces.
- Noulet (en allemand Kehlfpan'e), pièce de charpente qui forme le fond de la noue,87.
- O
- Oeil-de-bocuf ( en allemand Ochfen.
- augen ) OU VUES DE FAITIERES (' eil allemand Dachlôcher ) : ce font des ouvertures qu’on pratique fur les toits pour éclairer les greniers où il n’y a ni.eroifées ni lucarnes. Il y en a de bien des fortes, 79. Fl. 1, fig. 1 y.iComment on les fait fur un toit de chaume ,31.
- Onglet ( en allemand Fafa). PA I, fig. 13. Noues en onglet.Voyez îictie.
- Orgnes, javelles.'de chaume.placées
- v horifontalcment l’une à côté de l’autre', îiote.13 , §, 33. 'iüj:
- ri
- f ' ' " *
- P
- Paille j on l’emploie de toute fa lon-gueur, lorfqu’on s’en ibrt à couvrir
- les
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- ART DU C 0 U F RE U R.
- ks toits en Allemagne & en Suide, noce y. Cette méthode eft préférable , ibid.
- Pannes , pièces de bois , qui foutien-nent les chevrons d’une couverture, note 8. FL 1, fig. 6.
- Pareus (Gottefried) a calculé que dans l’efpace de 96ans, on perd près de 1000 livres, en couvrant Tes toits en chaume, note y.
- Pente d’un toit. Voyez inclmaifon.
- Pic à tirer la lave, 220. PL 11, fig. 11.
- Pince à tirer la lave, 220. PL II ,fig. 11.
- Plâtre à employer fur les toits, 107.
- Poinçon d’un toit, 94.
- Pointes, tuiles hachées dont on a retranché plus du tiers de leur longueur, 91.
- Pureau (en allemand dasofnefeldder-ziegln ) : on appelle ainli la partie d’une javelle, d’une tuile, ou d’une ardoife, qui n’eft point recouverte par les fupérieures, & qui couvre les rangs de deflous : en un mot , c’eft la partie apparente d’une javelle, d’une tuile, d’une ardoife. PL J,
- Pureau arrondi, 70.
- R
- Remaniera bout ( en allemand Ein dach aufs neue1 decktn ), 'c’eft défaire entièrement une couverture pour refaire le lattis,réparer les chevrons, & la refaire a neuf.r
- Remanier à bout une couverture de tuiles, c’eft la découvrir entièrement pour réparer la lattequi fe trouve être, pourrie ,'iof. k
- Rempli. Voyez lutter. \
- Remplir , ajouter entre lès lattes du bâti un nouveau cours de lattes, 79.
- Renvers : maniéré de faire les faîtes., dans les couverts d’ardoife, i4y.
- Tome IV.
- Réparer un toit couvert de tuiles, 1021 un toit couvert d’ardoife, 149; un toit de chaume, 33.
- Rigoteaux , tuiles fendues en travers , qu’on emploie aux folins, 48.
- Rivets, c’eft le bord du toit qui fe termine à un pignon : ce mot dérive de rivet bord ; auiîi dit-on : en approchant des rives, il faut faire des approches , & des contre-approches, &c. 84*
- Rose au,plante marécageufe qu’on emploie , au lieu de chaume, pour faire des couvertures, & elles durent plus que celles de chaume, 40.
- Rouleaux , dont on garnit les échelles des couvreurs, 175.
- RuellÉe (en allemandmauerkehle) : quand un toit aboutit à un mur plus élevé , on fait, en approchant de ce mur, un tranchis qu’on recouvre d’un filet de plâtre i c’eft ce qu’on nomme une ruellêe, 92.
- S
- Sable , fa qualité pour faire de bon mortier à employer fur les toits ,
- 1 note 18- PL III, fig. iy.
- Solement ou Solin de plâtre ; c’eft une efpece de ravalement qu’on fait pour foutenir l’égeut ,67.
- Sous-doublis (en allemand dieuntcre lage zur doppelfchicht), c’eft un rang de tuiles qu’on pofe à plat à bouin ,
- < pour former un égout de mortier,
- - 64. PL II, fig. 6. Voyez doublis.
- - i> >
- > • T
- ! ) ! : ;
- Terrasses du Pérou , faites-de dates couvertes de fable fin, 4.
- Terre grasse employée à faire certaines couvertures économiques,not. y.
- S f
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- ART D ü COUFREU R.
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- TlRE-CLOU, fer mince qui porte fur Tes côtés ou dents , comme une crémaillère : il fert à arracher les clous d’eu-tre les ardoifes. PL III, fig. 17.
- Toisé des ouvrages de couvreurs, 96,
- Toits , dans le nord de la Suede, couverts d’écorce de bouleau & de ga-fon ,
- Tôle e»e fer. employée à couvrir certains grands édifices publics , §. 9. On s’en fert auffi pour les faîtes, 141.
- Tourbe, employée à couvrir les toits, note 2.
- Tours rondes, maniéré de les couvrir , 9 6.
- Trânchis ( en allemand Abfchnitt): on appelle ainlî le rang de tuiles qui termine un toit en aboutiflant fur un pignon ou fur un arrêtier, 88*
- Traquets, forte de chevalets , 162. PL III, foi.
- Travée, efpace defix toifesquarrées, note 26.
- Tricosines , tuiles fendues dans leur longueur, 48.
- Truelle ( en allemand Kelle) , efpece de palette qui a le manche recourbé. Les couvreurs fe fervent de trois différentes,efpeces de truelles : fa-voir, la truelle bretée ( en allemand kratz-Kelle-), 102. Elle eft trian-
- „ gulaire; le manche s’éleve> perpendiculairement aù milieu -, elle fert à gratter le plâtre aux endroits ou 011 en a trop mis. La truelle du plâtrier, de cuivre, & arrondie par le bout. La truelle peur le mortier, qui eft de fer , & qui fe termine en pointe.
- Tuile , carreau de terre cuite dont on fait les couvertures.il y en a de plates
- & de creufes. Entre les plates, les unes gironnées font pour couvrir les colombiers ; les autres dépecées ou hachées, pour faire des approches & des contre - approches. Entre les creufes, il y en a en faîtiere, en oreille de chat ( en allemand Preij-1 ziegel), en S , en nouette. Qualité des bonnes tuiles & maniéré de les diftinguer , 4f. Diverfes efpeces de tuiles :
- Tuiles plates, 47,69.
- Tuiles du grand petit échantillon ,
- 47. Quantité requife pour couvrir
- - une toife quarrée, 76>
- Tuiles gironnées, pour couvrir les tours, 48-
- Tuiles hachées, pour mettre dans les noues, 48.
- Tuiles courbées dans le fens de leur longueur , 69.
- Tuiles verniflees, 71.
- Tuiles dépecées ou échancrées , 85.
- Tuiles creufes ,8f, 98*
- Tuiles en S , 99.
- Typha , plante rharécageufe employée à couvrir les toits ,45.
- ' V
- Virbouquet, cheville qui fert à arrêter, la corde nouée à l’amortifle-ment d’une fléché de clocher ,171. PLUI.,fig. g.
- Volïsse, planche voliffe , ou fapin frifé. Ce|fbnt des , planches minces qu’on emploiè au lieu de lattes volif-fes. Quelques ouvriers difent volige ou voliche ; mais je crois qu’il eft mieux de dire volijfes.
- Vue DE FAÎTIÈRE. Voyez œil-de-bœuf.
- F I N de Part du couvreur.
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- ART
- Par M. F 0 U R C R 0 Y D E RAMECOURT, Colonel d’infanterie, Ingénieur ordinaire du Roi en chef à Calais , AfTocié libre de l’Académie royale des Sciences & Arts de Metz.
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- ART
- DU CHAWFOVRSIERW.
- — .....---------; ' - - «.
- I. ULu E chaufournier , proprement dit, borne fon art à convertir en chaux; la pierre qui en eft le plus naturellement fufceptible. Comme il faut que cette pierre ait été tirée de la carrière, tout homme qui par Ion métier de chaufournier , ou par l’entreprife de quelque grande conftru&ion, a befoin de fabriquer beaucoup de chaux , doit exploiter les carrières en même tems que les fours, à chaux j & même,, pour y trouver fon compte, il faut ordinairement qu’il fournilfe la pierre de taille & le moellon des bâti mens en même tems que la chaux. Quiconque dirige de grands travaux, doit avoir au moins des-notions, claires de l’un & l’autre attelier, & de plus avoir étudié la chaux de fon canton dans fes effets, &fàvoir la traiter convenablement à la durée des> édifices & à l’économie de leur établiifement.
- ....... . .. Nulla ars non alterius artïs
- Aut mater aut propinqua eji. Nicol. de la Grand. Ch. 6. ( 2 J.
- Mais cette intime liaifon de plufieurs arts entre eux, loin de nous obliger Jt les décrire enfemble , exige des détails particuliers fur chacun d’eux. Tous les travaux du carrier ne font pas néceffaires pour la pierre à chaux ; ainfi j’en rapporterai feulement par occafion quelques-uns qui n’ont guere d’autre objet que les chaufours-
- (i) Cet art fut donné par l’académie en de remarques importantes ; je ne manque-1766. Tl fait partie du feptieme volume de rai pas d’y puifer des lumières , dont je lui la traduction allemande, publiée en 1768 , rends ici publiquementhommage. par M,, le doCteur Schreber, profeffeur des
- fciences économiques à Léipfick. Ce favant (2) Il n’eft aucun art qui ne foit lepere a enrichi fa traduction d’un grand nombre ou le proche parent d’un autre art.
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- A R T D U CHAUFOURNIER,,
- 2. L’art du chaufournier , tel qu’il fe pratique, n’exige pas beaucoup d’induftrie. J’ai fuivi ou raifemblé les procédés que l’on y emploie fur nos frontières depuis le Rhin jufqu’à Calais, ainll que dans d’autres provinces du royaume, & je les ai trouvés peu variés. Cependant je ne compte pas donner ici tout ce qui concerne cet art ( 3 ). Je n’ai jamais vu fabriquer la chaux de cailloux , ni celle de coquilles (4), dont on fait ufage en Hollande, en Bretagne & ailleurs. Je n’ai point vu certains fours à chaux que j’indiquerai 5 mais M. Duhamel, qui veut bien fuivre l’édition de mes mémoires, joindra fans doute à mes recherches, de fes excellentes notes, par lefquel-les il fait compléter les écrits du genre de celui-ci , qu’il veut bien fe charger de préfenter à l’académie. Il me parait auffi que M. de Réaumur a travaillé à la defcription des différentes maniérés de fyire la chaux (f)*
- 3. J’ai été fecouru, pourcompofer ce mémoire, par plufieurs officiers du corps on je fers, & autres citoyens qui,ayant à cœur comme moi de voir étendre la connaiffance de tous les arts , popr l’économie des fonds du roi & des particuliers , ont bien voulu m’aider d’obfervations que je n’avais pas été à portée de faire par moi-mème. Je les citerai avec reconnailfance aux articles que chacun d’eux m’a fournis.
- Du choix de la pierre à chaux (*).
- 4. Le chaufournier ignore communément les diftinctions & les reftric-
- (?) M, Schreber obferve que les pierres ann. 1721 , page 269. dont on peut faire de la chaux , ne font (s) Mc'm. de ïacad. royale desfciences. point des cailloux. page 27o. r
- (4) Mc'm. de l’acad. royale des fciences, 1 .
- C) On n’a r'*en trouvé dans le dépôt de l’académie . qui eût rapport à la cuiffon de la chaux i ainfi toutes les planches ont été gravées fur les deiïins de M; Foürcroy, & on y'reconnaît, ainfi que dans le dilcours, l’exa&itude & la clarté qui fe trouvent dans tous les mémoires de cet auteur, & qu’on a déjà remarquées dans ceux qu’il a donnés à l’académie fur les'grands fours à cuire la brique. Ainll, malgré‘la permiffion que m’a donné AL Foürcroy , mes notes ne renfermeront que des chofes très-peu intéreffantes.
- On diftingue en général les pierres en deux dalles ; favoir, les pierres calcaires, & les pierres vitrifiables : les premières étant expofées à une violente calcination , fe réduifent en chaux , & les autres fe convertirent en verre.
- Les pierres calcaires font la craie , le marbre , le fpath , la marne , les coquilles fraîches ou foüiles, les madrépores , & plufieurs pierres à bâtir qui tiennent de quelques-unes de ces fubftances. .
- Les pierres vitrifiables font les filex ,les agates, les cailloux, les fables, quelques efpeces d’ardoifes , les granités , &c. 1 ’’’ ’
- Cependant il y a quelques pierres qui à l’infpeétion femblent des filex , & qui' néanmoins fe convertirent en chaux. ‘ . .
- On peut, fans avoir recours à la calcination , diftinguer aifément les pierres'calcaires
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- ART DU, CH AUTOUR NIER.
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- tions que les phyficiens ont admifes entre les pierres calcaires. La pierre blanche , ou prefque blanche, c’eft- à-dire, marneufe ou crétacée, qui, à proportion qu’elle eft plus tendre , fournit ordinairement la chaux de moindre qualité ; & la pierre dure, bleue, noire, veinée de plufieurs couleurs , ou de la nature des marbres : c’eft à peu près tout ce qu’il connaît pour fes fours. Si nous voulions fixer plus particuliérement, & relativement à Tar-
- des vitrifiables ; car les vitrifiables réfiftent à l’action des acides , qui diflolvent les pierres calcaires. Cependant l’albâtre & le gyps, qu’on peut regarder comme des pierres calcaires, ne font point attaquables par les acides , parce que dans ces pierres la partie calcaire eft chargée d’acide vitriolique.
- . Il ne faut quelquefois que de légères circonftanc es pour changer une pierre calcaire en une vitrifiable ; les fubftances vitrifiables leur donnent fouvent cette propriété : c’eft pourquoi, quand il fe trouve dans un four à chaux une pierre vitrifiable entre des pierres calcaires, il fe forme une greffe maffe à demi vitrifiée, qui fait bien du tort au chaufournier. Bien plus , ayant mêlé enfemble de l’efpece de l’ardoife qui ne fe vitrifie pas , & une pierre calcaire, ces deux fubftances, non vitrifiables lorfqu’elles font calcinées féparément, fe font vitrifiées étant mêlées enfemble. Au refte , quand je dis qu’il ne faut quelquefois que de légères circonftances pour changer une pierre calcaire en une vitrifiable , je dois faire obferver qu’il ne s’agit point des pierres expofées à des feux d’une violence extraordinaire , puifqu’on fait que le grand miroir ardent de l’académie fond des fubftances qui réfiftent conftamment aux feux de nos fourneaux.
- On peut dire en général, comme le remarque M. Fourcroy , que les pierres les plus dures font celles qui font la meilleure chaux. Duhamel (6).
- (6) On peut faire quelques obfervations fur ce que M. Duhamel avance dans la note que Ton vient de lire. Et d’abord , il paraît ranger toutes les pierres fous deux claffes générales. Tous ceux qui ont quel-que connaiffance de ces matières , fendront que cela n’eft point fuflfifant. M. Schreber préféré à toutes les claftifications des pierres , celle de M. Cronftdet, que Ton peut voir dans fa minéralogie. M. Duhamel dit que les pierres vitrifiables expofées à un feu violent, fe convertiffent en verre. A un degré de feu capable de réduire en fufion toute forte de terre & de pierre , le vrai caillou n’eft pas même attaqué. 11 ne s’agit point ici des rayons folaires concentrés fur un objet. Si le caillou mis dans un feu de forge, fe vitrifie à fa furface, cela vient, comme on fait, d’une caufe étrangère. Une terre calcaire, jointe à quelque alcali, détache une portion du caillou j & ce mélange
- fert , dans plufieurs verreries, à faire les bouteilles de verre verd. On ne nie donc pas que le caillou ne puifie être converti en verre , au moyen de diverfes additions. Ilne s’agit ici que du caillou expofé feul & fans mélange à Taétion du feu. Dans ce cas, on croit pouvoir dire tout le contraire de ce qui eft dit ici. Et mes obfervations font confirmées par M. Schreber, dans une note fur cet endroit.
- Pour diftinguer fans beaucoup de peine fi une pierre eft calcaire , il n’y a qu’à verfer deffus une goutte d’eau-forte, ou d’efprit-de Tel. Si c’eft une pierre calcaire , ou fi elle a quelques particules calcaires dans fa corn-pofition , il y aura à l’inftant effervefcence. J’ajoute exprès , s’il y a quelques particules calcaires : car la marne ,1a terre graffe & d’autres font effervefcence , parce qu’elles ont des particules calcaires.
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- chitedhire , le nom de pierre-a-chaux fur quelque efpece, comme l’ont fait à d’autres égards plufieurs lithologues, il femble que ce devrait être fur une pierre propre à donner la meilleure chaux, & qui ne fût bonne à aucun autre lîfage : nous en allons voir un exemple. On pourrait cependant dire en général, que plus une pierre approche d’ètre marbre, & meilleure eft la chaux qu’elle produit ( *), If celle dont je vais parler ne parailfait former une ex-eeption à ce principe.
- De la meilleure chaux connue.
- 5. La. meilleure chaux de notre frontière au nord, & peut-être auïïî la plus parfaite qui foit connue jufqu’à préfent, eft, je crois, celle quife fait dans les environs de Metz, Thionville, & Bitfche. Elle me paraît fupérieure à la chaux forte de Piémont & d’Italie, à celle des environs d’Alais (7), & à toutes les autres elpeces dont il eft parlé dans diiférens auteurs. Je n’ai pas demeuré long-tems à Metz, & j’y étais chargé d’un fervicequi ne m’a pas permis de faire fur cette chaux & fur la pierre qui la fournit, autant d’épreu-ves que je l’aurais fouhaité. Je ne doute pas que la fociété royale des fciences &arts de Metz , ne nous falfe connaître cette partie de l’hiftoire naturelle de la Lorraine, que les propriétés d’une telle chaux rendent intérelfante pour tout le monde. Mais j’y ai ralfemblé diiférens mémoires & obfervations , dont je ferai ufage pour parler de fes effets & de fa fabrication, fauf les erreurs que mes confrères dans cette fociété font à portée de redlifier,
- 6. On lit dans le livre, alfez lînguliérement intitulé la. fcience des ingénieurs , quoiqu’il contienne de bons détails , livre 3 , chapiere 3 , C£ qu’une „ quantité de cette chaux, fufée dans des trous bien couverts de fable, s’eft „ trouvée l’année fui vante auffi dure que la pierre ( 8) i qu’il a fallu la caf-„ fer avec des coins de fer, & l’employer comme du moëllon 5 qu’à Metz „ toutes les caves en font faites „ comme on le pratique à Rome avec la poz-
- (7) Menu de tacad. ann. 1746, 1749.
- C) J’ai fait de la chaux avec du marbre blanc. Elle était très - bonne & d’une blancheur à éblouir ; & étant éteinte , elle fe deflecha & prit corps , fans être mêlée avec aucun fable, au point qu’on ne pouvait plus en faire du mortier , & Je deffus était brillant comme la couverte de la porcelaine. Cette chaux de marbre aurait été excellente pour les peintures en impref-fion. Le marbre noir fait de la chaux très-blanche. Duhamel.
- ( 8 ) La fociété royale des fciences de Gottingue a propofé cette queftion importante : quelle eft la meilleure maniéré de préparer la chaux , pour qu’elle réfifte le plus long-tems poifible auxyents& à la pluie. On répondit que la chaux faite aveç des pierre à gips était la meilleure de toutes. Voyez là-deifus M» Schreber , Erjie Jamm-lung ôcononiifcher -fehriffua. Tome. III, page ni.
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- ZG’laiîe & la. chaux forte, mais “fans autre mélange que du gros gravier de „ riviere ; qu’il n’y entre ni pierres ni briques ; & que quand ce mortier a. „ fait corps, les pics les mieux acérés n’y peuvent mordre J’ai reconnu par moi-même qu’il y a dans le pays deux façons d’employer cette chaux.
- Première façon Remployer la chaux de Lorraine.
- 7. La première eft de Y étouffer en monceaux de quarante à quatre-vingt pieds cubes, fous une couche de moyen labié de riviere bien pur, de deux pouces d’épaiffeur , que l’on arrofe légèrement d’un peu d’eau par-deffus. Au bout de vingt-quatre heures la chaux fe trouve réduite en poufliere, à peu près comme fi elle avait été éteinte,par défaillance. On y ajoute alors encore Au fable , enforte qu’il y en ait en total au moins le double en cube de ce que l’on a mefuré de chaux vive , & de l’eau ce qu’il en faut pour pouvoir bien mêler & corroyer le tout enfemble; puis 011 l’emploie fur-le-champ. Si l’on veut la garder quelque tems éteinte , il 11e faut y mêler que la première portion de fable qui a fervi à l’étouffer; parce qu’en y mêlant deux tiers de fable contre un tiers de chaux, le mortier fe trouve pris au bout de quinze jours , & ne peut plus être employé.
- Seconde façon.
- & La fécondé façon d’employer cette chaux, eft celle qui fait principalement connaître fa force & fon âpreté. M. de Cormontaingne, mort en 1752, maréchal-de-camp, directeur des fortifications dans les Evêchés, & l’un des plus fa vans ingénieurs ordinaires que le roi ait jamais eus, dit dans un mémoire particulier fur les mines : “ Il n’y a pas de pays au monde qui ait de „ fi bonne chaux que Metz , où elle a la qualité de durcir encore plus vite „ dans l’eau qu a 1 air. On lait par mille expériences, qu’il fuffit de mêler cette J, chaux avec de gros gravier, au lieu'de fable ordinaire, fins y jeter d’eau, j, mais fe contentant de retourner plufiêurs fois la chaux & le gravier à fec -J, poiir les bien mêler enfemble 5 ce que l’on nomme'dans lè pays, de la chaux jj retournée. On la jette en cet état le plus doucement que l’onpeut dans l’eaü j, ( de la riviere ) derrière une haie de charpente, pour empêcher qu’elle ne J, foit to urmentée; & délavée par le flot ou le courant. Elle y durcit en moins „ d’un an^comme le'plus'fort fiocherVquoiqu’on n’y ait mêlé .ni (autres) jj pierres ni moellons. Mais cela fait des maçonneries très-coùteufes. Pour „Jes rendre un.peu moins cheres, on jette dans ces coffres alternativement jj xxné )dtç>u&ttQ de chaux0retournée & mie brouette de moëlloli „. Sans autre précaution , ce mélange prend de même, & réiiflît parfaitement à 'former Tome IV. T t
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- art du chaufournier.
- lé rocher. Cette chaux, que j’appellerai chaux âpre de Lorraine, mérite affu* rément bien d’ètre connue par des détails particuliers.
- Pierre qui produit la chaux de Lorraine.
- 9. Elle eft faite avec une pierre prefque noire, ou d’un bleu très-foncé -, plus pefante, quoique fenfiblement plus tendre au fortir de fa carrière, que toute autre efpece de pierres à chaux du pays, qui font de roche bleue, & ne produifent que de la chaux fort médiocre. J’ai trouvé que, nouvellement tirée , elle pefe environ cent quatre-vingt-quinze livres le pied cube} au lieu que toutes les autres pierres bleues des environs de Metz ne pefent que de cent foixante à cent quatre-vingt livres au plus. Cette pierre noire eft d’un grain très-fin, puifqu’elle prend un beau poli luifànt : 011 en fait des carreaux pour paver quelques églifes & des fàlles baffes. Elle diminue de poids à l’air, & y augmente de dureté : enforte que, pour pouvoir la tailler quelque tems après l’avoir tirée de fa carrière, il faut la conferver enterrée, & avec fon humidité naturelle ; fans quoi elle s’éclate, & eft très-difficile à traiter. Quand elle demeure plufieurs hivers à la gelée, elle s’exfolie & fe divife en beaucoup de lames toutes irrégulières dans leur épaiffeur. J’en ai vû qui en fept ou huit aimées , avait été réduite en pouffiere très-fine ; ce qui fait qu’elle ne doit jamais être mife en œuvre dans les maçonneries à l’air, ni par confé-quent dans la plupart des bâtimens civils : elle peut feulement être admife dans l’épailfeur des gros revètemens , & dans les fouterreins. Telle eft la pierre que je nommerai par préférence la pierre à chaux.
- Le houjin n'eft pas propre à faire la chaux.
- 10. On met à profit dans les carrières l’impreffion que la gelée fait fiir cette pierre pour la féparer d’un b pu fin, fauffe pierre, ou fpath fufible (9} très-dur, d’un ou deux pouces d%*iffeur, dont elle eft ordinairement enduite fur fes deux lits. Ce boulin, qui fe trouve auffi joint à la plupart des lits de toute efpece d’autres pierres ,n’eft propre nulle part, ni pour la chaux, ni pour le moellonnage ; il faut abfolument le rejeter. Les gelées ordinaires d’un feul hiver en dépouillent parfaitement les deux lits de la pierre à chaux âpre, & épargnent en cela de grands frais au chaufournier, quand il a de la pierre tirée d’avance.
- (9) Letradu&eur allemand fe plaint de boulin. On pourrait croire , d’après ce qui ce que l’on n’a pas affez clairement expliqué en efl: dit ici, que c’elt plutôt un fpath cak ce que c’eft que cette fauffe pierre nommée cairc.
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- ART D £T CHAUFOURNIER.
- Carrière de la pierre à chaux âpre*
- 11. Les carrières où elle fe trouve ont auflî quelques insularités qui ne fe rencontrent pas dans les autres. Dans les carrières ordinaires, la pierre eft communément toute contiguë, ou fans intervalles considérables entre les bancs ou lits, qui font auiîi diverfement inclinés à l’horifon. La pierre à chaux âpre eft difpofée par lits prefque toujours horifontaux ou de niveau,, depuis moins de deux pouces jufqu a douze ou treize pouces d’épailfeur: mais chaque banc eftféparé du banc inférieur par d’autres couches de terre &de tuf, qui ont enfemble depuis trois pouces jufqu’à vingt-quatre ou vingt-cinq pouces d’épailfeur j enforte que, fiir un reliant de la carrière de vingt pieds de hauteur , il ne fe rencontre quelquefois pas iix pieds d’épailfeur de cette bonne pierre : le plus fouvent on y en trouve environ huit pieds. C’eft pour cela qu’il eft de la prudence des entrepreneurs de ces fortes de carrières de ne point y entamer le travail, fans y avoir fait ouvrir des puits, dont le nombre, la profondeur & la dilpofition puilfent leur avoir appris pofitivement s’ils y trouveront toute la pierre dont ils ont befoin, quelle fera l’étendue de la carrière, & quels en feront les déblais. Ordinairement le premier lit de cette pierre n’eft pas à plus de quatre à cinq pieds au-delfous de la fuperficie des terres s quelquefois il fe montre à découvert.
- 12. La furface fupérieure de chaque banc relfemble alfez bien à un pavé de grands carreaux parallélogrammes, par bandes ou routes ; chaque carreau ayant depuis iix jufqu’à dix-huit pouces de largeur, fur deux ou trois fois autant de longueur , & étant féparé de fes jointifs par des intervalles tantôt fort étroits, comme une (Impie fêlure, tantôt d’un demi-pouce de large : en quelques endroits ilfemble manquer un carreau. Ces bancs font d’une grande étendue , comme de plufieurs arpens, à moins qu’ils ne fe trouvent interrompus par des cavités ou relTauts naturels dans le terrein de la carrière.
- Fojjiles qui fe rencontrent dam cette carrière.
- 13. On rencontre entre les bancs de cette pierre beaucoup de pyrites fulfureufes, & de coquilles entre lefquelles je me rappelle avoir remarqué le limaçon noir, le buccin noir, le nautile en très-grande quantité, & quelques autres. C’eft, je Crois, de ces carrières qu’011 a tiré des cornes-d’am-mon de plus de quinze pouces de diamètre, fi je m’en fouviens bien, que j’ai vu confervées à Metz dans le cabinet de M. l’abbé de Belfe, chanoine & grand-chantre de la cathédrale. Ces coquilles font remplies de terre ou de matière pétrifiée, fuivant le lit de la carrière dans lequel elles fe trouvent. Quand elles font dans la pierre, elles peuvent nuire à l’édifice du four à
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- ART D\ U CH AU F 0 U R NIEK
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- cîtaitx, parce que le feules fait éclater, comme fi elles contenaient quelque-portion d’air chargé de vapeurs , auquel le feu, donnât la force de brifer des enveloppes fort dures & tout ce qui fe rencontre dans la fphere de fon ex-plofion, fouvent avec autant de bruit qu’un coup de piftolet bien chargé. Quand ces coquilles font calcinées, elles fe trouvent réduites en une pouifiere très-fine & d’une extrême blancheur: on en ramaife exprès à Metz de celles, qui fe trouvent dans la terre, pour en faire de la chaux à blanchir les, murs..
- 14. Cette pierre, dont je ne fiche pas que l’on ait fait l’analyfe parait contenir, entr’autres principes, une plus grande quantité de foufre ,foit en fubifance, fait combiné, que toute autre pierre à chaux ordinaire: elle eu a la couleur quand elle eft calcinée j pendant qu’elle eft au four,, elle porte à plus d’une demi-lieue , fous le vent, une fumée noire & épaiiTe précifé-ment de la même odeur que celle de la poudre à canon : fa flamme enfuita fient le foufre pur, à ne pas s’y méprendre. Quoi qu’il en foit, la nature femble avoir réuni dans ce foftile, dans, un éminent degré , tous, les caracr teres qui conftituent elfentiellement la pierre à chaux. Si MM.. Duhamel, Malouin , Macquer , Pott, & autres fa vans, qui ont travaillé fur la chaux, avaient employé de cette pierre ; fi M. Geoiîroy c’en était fervi pour fou JUex artificiel, peut-être cette chaux dans leurs mains nous aurait-elle révélé: des-choies très-utiles, dans Fart, de bâtir & dans pluiieurs autres.
- Mkhaniqite de c.es> carrières-
- 1 >. Le plus grand travail pour tirer cette pierre de fa carrière , eonfifte dans 3e déblai des terres abondantes , tant de la furfiice que d’entre les bancs. Il eft bien important ici d’avoir choifi un efpaee fufïifant pour former le dépôt de toutes ces terres ( 10 ). La pierre , dont les lits font fi. minces ( §. 12 )> réfifte peu aux eflforts du carrier. Il s’arme d’un levier à bourrelets, proportionné par fa force an volume de la pierre, qu’il attaque.il engage,le plus, avant qu’il peut,. la pointe de ce levier fousda pierre puis à l’aide d’un bâton pour fe foutenir, il monte fur les bourrelets du levier,, où il place fes talons * & faifant agir par fécondes répétées le poids de tout fon corps- vers l’extrémité fupérieure de ce levier, il a bientôt ébranlé un bloc de pierre, que d’autres hommes déplacent enduite à la main, ou avec plusieurs pinces, pour que le premier puiife en déchattomier un- autre On brife ces pierres avec des mafles de fer quand elles font trop groifes, pour pouvoir- les tranfporter aifément aux fours, à chaux fur des. brouettes». .
- (xo) Voyez Ai t de. tirer tardoifc, dans ce quatrième volume, page i y
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- Vrix de cette pierre fur les lieux
- 16. Lorsque la carrière eft entamée , un attelier de cinq hommes en tire par jour d’été, une toife & demie cube de cette pierre, & en hiver une toife. Elle fe payait vers 17^, quarante fols la toife cube, & le déblai vingt fols ; & comme il fe rencontre, rédudion faite, environ une toife & demie de déblai par toife cube de pierre ,. elle revenait à quatre livres dix fols au plus la toife cube, y compris dix fols pour les frais d’outils ,& dix autres fols de loyer ou'd achat du terrein & de la découverte de la carrière.
- 17. J? Al cru devoir entrer dans ces détails fiir cette pierre à chaux , qui me paraît unique dansfon efpece , & au moyen de laquelle il s’eft fait des chefs-d’œuvres de bâtiife dont le récit paraîtrait incroyable-
- DES FOURS A CHAUX.
- Deux genres de fours à chaux*
- 18'. Jtai vu pratiquer alfe2 généralement deux méthodes également communes pour calciner la pierre , comme pour cuire la brique ; l’une, au moyen d’une grande & vive flamme que l’on place fous une niaffe de pierres ; ce qui comprend la plupart des fours à chaux où l’on brîile du bois, des bourrées de bruyères, genets , ou farinent,. de 3a paille, du chaume, &e. L’autre,. au moyen d’un feu beaucoup moins flambant, que l’on entre-mèlepar couches avec les: pierres , & qui fe fait, foit avec du bois, fort avec la houille,, ou toute autre efpece de charbon fofiile, le charbon de bois, la tourbe, &c. O11 croit cependant, aux fours à chaux de Metz , qu’il faut abfoluinentune flamme claire & fort élevée pour fabriquer la chaux âpre. Peut-être n’eft-ce: là que le préjugé d’un canton où les bois font encore aifez communs, & l’u-Lige de la houille moins connu qu’il îîe l’y deviendra par la fuite.
- De Remplacement des fours..
- 19. Pour établir les fours à chaux , fur-tout lorfqu’il s’agit d’une grande exploitation, & d’en conftruire plu fleurs erfemble, on doit choiftr, fi cela fe peut, quelque tertre ou coupe de terre fufhfamment élevé au-deffus d’une partie du terrein naturel, pour pouvoir y ereufer les fours, & avoir accès au pied & au fommet fans y dépenfer beaucoup en maçonneries &, terres rapportées : fi l’on peut faire enforte que le fommet de ce tertre fe trouve de niveau avec les carrières & à quinze ou vingt toifes de diftance, il y aura encore une grande épargnefur le tranfpôrt de la pierre. On verra.
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- pendant ici différeras exemples de fours à chaux élevés en rafe campagne.1
- 20. La difpofition intérieure de ces fours eft néceflairement differente fuivant que Ion veut faire ufage d’un feu plus ou moins flambant ( §. 18). Il faut des foyefs dans les fours à grande flamme, & un arrangement de là pierre, qui ne réuflirait pas dans les fours à petit feu.
- PREMIER GENRE BlES FOURS A CHAUX.
- Fours a grande flamme.
- DES F OURS ELLIP SOIDES.
- Fours pour la chaux âpre deh Lorraine.
- 21. J’ai vu des fours à grande flamme de deux diverfes formes. Les uns font intérieurement des ellipfoïdes alongés & tronqués , ou l’équivalent ; les autres de figure cubique ou parallélipipédale. Il s’en fait apparemment aufli de formes'encore differentes, & tels que l’on en voit dans les deflîns de FEncyclopédie, à l’article architecture; mais je n’en ai nulle çonnaiflance*
- Conftruiïion de ce four.
- 22. Les plus grands fours que l’on conftruife pour la chaux âpre en Lorraine , font creufés en terre d’abord cylindriquement fur environ quinze pieds de diamètre & trois à quatre pieds de profondeur. Dans ce cylindre’, on creufe un encuvement ou cône tronqué de treize pieds de diamètre par le haut, réduit à huit par le bas, fur fix pieds & demi de hauteur, en y lait fant un pan coupé T V (pi- I^fig 4) fur le côté où doit être l’entrée du fourneau. Cette partie bafle eft deftinée à recevoir le foyer A (Jïg. 3./', que les chaufourniers appellent le fourneau. On a foin que fon fond foit un peu plus élevé que le bas du terrein naturel, pour préferver le fourneau des eaux de pluies. Tout ceci luppolè le tertre dont j’ai parlé ( §. 19 )„
- 23. Sur les bords iiipérieurs de cet encuvement , on éleve de fix pieds en maqonnerie de moellons pofés& rejointoyés en mortier d’argille , une couronne L (fig. 3 ), au parement de laquelle on donne un talut renverfé, ou en fur-plomb ; enforte que, de treize pieds de diamètre par le bas, elle feré-Aluife à douze au fommet, ayant foin de bien battre & condenfer les terres
- que l’on rapporte derrière cette maqonnerie. On fait que l’argille & la terre franche font les ingrédiens propres aux mortiers des maqonneries quifouffrent immédiatement l’aétion du feu.
- 24. Le fommet de cette couronne de maqonnerie avec les terres -qui la
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- rencontrent, doit former autour du four une plate-forme de fix à fept pieds de large, que l’on tient aulii plus élevée que leterrein du haut de la berge, afin qu’aucunes eaux de pluies 11e puiffent s’écouler auprès du four. On fe fert pour cette maçonnerie, de la même pierre à chaux , choifie dans les morceaux de fix à huit pouces d’épailfeur & largeur, fur vingt à vingt-quatre pouces de queue : la brique ferait certainement beaucoup meilleure à cet ufage.
- 2f. En faifant l’excavation du four, on n’a pas manqué d’en éloigner le tracé fufififamment du bord de la berge , pour réferver fur ce côté une épaif. feur H (.fig. y) de fix pieds de bonne terre , à travers laquelle on confirait une petite galerie ou voûte à plein ceintre C, qui eft la gueule du four. Cette galerie a quatre pieds de hauteur, un pied & demi de largeur par le bas & fes pieds-droits en talut. Si le four fe trouve creufé dans une terre argilleufe & de bonne confiftance , on ne maçonne ni la voûte ni fes pieds droits fur la longueur de la gallerie : on fe contente d’en maçonner l’ouverture extérieure, après que le four eft chargé , pour la partager fur fa hauteur en deux autres, chacune de dix-huit pouces en quarré. L’inférieur fert à tirer la braife du fourneau avec un rolle ou efpece de fourgon de fer de feize pieds de longueur-, la fupérieure,pour y jeter le bois & attifer le feu avec une fourche de même longueur. Ces deux couvertures font réduites à la moindre grandeur poflible, tant afin que le fourneau tire mieux l’air de la galerie, que pour lui conferver fa chaleur en bouchant plus aifëment fa gfieule , au moyen de bouchons à anfes , comme ceux de nos fours de boulangers.
- 26. La gueule du four doit être fous un appentis, qui, s’il eft fermé totalement de planches bien jointives, n’en vaut que mieux, parce qu’il
- , préferve la gueule du four des coups de vent & de la pluie , qui nuifent beaucoup à la régularité du feu. Cet appentis conferve auffiféchement le bois défi tiné pour le four.
- 27. Si l’on conftruit cinq ou fix lemblables fours collatéraux, on les elpace à quatre ou cinq toifes l’un de l’autre. Alors , au lieu d’un fimple appentis iur le devant, on forme une galerie commune pour tous les fours; & l’on ménage autour de chaque four les accès & rampes néceflaires à toutes leurs manœuvres.
- Charge de ce four.
- 28. L’Égalité de la calcination dans toutes les pierres dont on charge ce four, dépend-prefqu’autant de l’arrangement qu’on leur donne, que delà conduite & du degré de chaleur de feu. Le fourneau A (_fig. 5 ), ou le vuide qui occupe le milieu de l’encuvement (§. 22 ) , eft une voûte paraboloïde de fix:
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- pieds & demi de diamètre à fa bafe , & d’environ autant de hauteur, dont la. calotte ou courbure n’ell point formée par des vouffoirs ou pendans, qui exigeraient trop de foin. On commence par arranger autour de la bafe, des éclats de pierres grands comme la main, dont on forme une bordure ou banquette de fix pouces de haut, ert les maçonnant avec l’argille :’comme ils fup-porteront un grand poids , il eft elfentiel qu’ils ne puiifent fe déranger. On pofe en même tems à feç le pied - droit de la voûte, aux pierres duquel on donne d’abord une faillie d’environ trois lignes des unes fur les autres. Toutes les pierres de cette voûte font choifies de deux à trois pouces d’épaif-feur, entre celles qui n’ont point de coquilles [ §. 13 ]. On les prend courtes pour le bas, & l’on augmente au parement leur faillie de quelques lignes d’af-lile en affife, jufqu’à leur en donner deux pouces & plus à la nailfance du bombage. O11 emploie en même tems des pierres de plus en plus longues, à mefure que les pieds-droits s’élèvent, réfervant celles de trente à quarante pouces pour former la voûte, en leur donnant jufqu’à trois & quatre pouces de faillie par affife. Enfin , on ferme cette voûte par de femblables pierres les plus longues que fou peut trouver ; ce qui compofe une bâtilfe fort ffinple & alfez folide. A Metz, on arrange toutes les pierres du fourneau jointives les unes aux autres par l’intérieur de la voûte : ailleurs, où l’on donne à peu près la même forme aux fours à chaux, on efpace toutes les pierres d’une même affife à quelques pouces les unes des autres.
- 29. A mefure que les pieds-droits du fourneau s’élèvent, on en garnit le pourtour par de grolfes pierres d’un demi-pied cubique, que l’on arrange fur la queue des premières pierres plates , fur-tout à l’endroit du rein de la voûte, puis de moindres morceaux derrière ces premiers, & enfin de menus éclats'contre les parois du four. On conduit tout ce travail par couches de niveau, & on l’arrafe de même lorfque la voûte elt fermée. On charge de la même façon le delfus de la voûte, ou le milieu du four, fuivant fon axe fur trois à quatre pieds de diamètre de toutes les plus grolfes pierres que l’on puilfe facilement tranfporter ; enfuite on les choffit plus petites, & toujours avec dégradation de volume vers la circonférence , où l’on jette des éclats fans arrangement , manœuvre qui fe répété jufqu’à l’orifice fupérieur du four, que l’on arrafe auffi de niveau.
- 30. Outre le vuide du fourneau pratiqué fur la bafe du four ( §. 28 ) , on y forme en même tems une autre portion de voûte femblable à B (fig. 4 & 5) qui s’appelle V entrée du fourneau. Cette nouvelle portion de paraboloïde appuie fa coupe verticale contre la paroi de l’encuvement en pan coupé T V, {fig' 4 & 5 )* où.fe trouve la gueule. Elle a huit à neuf pieds de hauteur fous clef, environ trois & demi de largeur par le bas, & forme une arrête pa-raboloïdimbre K par fa rencontre avec i’ouverture du fourneau , qui n’a
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- qui n’a qu’un pied & demi de large, fur environ cinq pieds de hauteur. Cette fécondé voûte s’exécute précifément comme le fourneau > & s’élève feulement de deux à trois pieds plus haut à fa clef, afin que lapoulfée de fon berceau fe falfe fur le rein du fourneau, & ne puiffe en déranger les pieds-droits. On entend bien que j’emploie dans ce mémoire les termes deparabolo'ide, fphL ro'ide, & autres femblables, pour aider ma defcription ; mais que tout le travail des fours à chaux s’exécute à l’œil, par gens qui ne connailfent ni réglés ni compas.
- 31. Lorsque le four eft rempli de pierres jufqu’à fon orifice fupérieur, on le termine en y ajoutant encore un demi-ellipfoïde de mêmes pierres KIK (fig. 3 ) 5 dont le fommet s’élève de fix pieds plus haut que l’orifice du four, en y rangeant toujours autour du l’axe fur quatre pieds de hauteur les plus grolfes pierres, mais qui ne doivent être ici que du volume des moyennes rangées au-dedans du four. Tout le relie delà folidité de ce comblement n’elt compole que d’éclats pofés à plat, par conféquent avec un peu plus de fu-jétion que dans le four.
- 3 2. On recouvre enfuite tout le dehors de cette calotte de greffes pierres, qu’ils appellent les tuileaux I {fig. 3 ) , d’un pied de long & de fix pouces d’épailfeur, que l’on arrange fur leur plat, &dont on ferme les joints avec un mortier d’argille mêlé de foin. On ne bouche cependant pas les joints inférieurs, ou du premier rang des tuileaux près l’orifice du four : on choifit même, pour ce premier rang, des pierres angulaires ou pointues par un de leurs bouts, afin que ces joints, nommés les créneaux du four, relient bien ouverts , & donnent un palîàge libre à la flamme & à la fumée.
- 33. On y ajoute encore ce qu’ils appellent la. cheminée, en pofant fur la maçonnerie de l’orifice du four , à trois pouces de créneaux , une bordure d’un pied de hauteur de pierres K (.fig. 3 ), qui ont fix pouces d’épaif-four, pofées debout, & que l’on rejointoie comme les tuileaux avec le même mortier. Ces pierres de cheminée rougilfent au feu, mais ne fe calcinent jamais } elles font dellinées uniquement à parer les coups de vents fur les créneaux.
- 34. Toutes les pierres qui entrent dans ce four ont été bien décralfées 8c nétoyées, fur-tout de leur boulin ( §. 10) , qui empêcherait leur calcination. Celles des voûtes ont été taillées & ajullées exprès par le bout qui doit fe préfenter au parement ; ce qui fournit des éclats pour la bordure à la circonférence du four.
- 3f. LEfourainfi totalement chargé, on entoure fon fommet d’une haie de planches F ( figure 3 ) de quatre pieds & demi de hauteur, pofées de champ entre des piquets à deux pieds & demi de la cheminée ; ce qui forme un abri-vent au couronnement. On y lailfe une porte pour pouvoir appro-Tome IK V v
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- cher le fommet du four, & réparer le mortier des tuileaux & cheminée » quand la chaleur le fait gercer & fe fendre. Au moyen de cet abri-vent, & de l’appentis du devant du four (§. 26) , il eft affez indifférent comment il eft orienté.
- Du feu de ce four.
- 36. Le meilleur bois pour fabriquer la chaux âpre, fuivant les chaufourniers de Metz , eft le tremble , comme flambant plus aifément que tout autre ; enfuite diverfes elpeces de bois blancs 5 & enfin le chêne : on y admet cependant de toute efpece de bois comme ilfe trouve (*). L’expérience leur a appris que plus le bois fait de flamme, moins le four en confomme ; en-forte que leur induftrie principale pour la conduite du feu , confifte à le faire le plus clair qu’il eft poflible. If faudrait peut-être en conclure à Metz, comme 011 le fait ailleurs , que tous menus végétaux bien fecs & moins chers que le bois , vaudraient encore mieux à cet ufage , & en faire des épreuves. Ici, outre le choix du bois , on cherche , par fa dilpofition dans le fourneau , à lui faire jeter une grande flamme. On le fend en menus morceaux de toute la longueur du bois de corde, pour qu’il devienne plus fec, & lui faire acquérir plus de furface.
- 37. On place d’abord dans le fourneau quelques fagots fur des copeaux, auxquels on met le feu j & l’on y ajoute un peu de bois fendu , pour échauffer le fourneau par degrés. Si les pierres étaient furprifes d’un feu trop vif, plu-lieurs fe briferaient & fe déplaceraient, la voûte pourrait s’écrouler : au lieu qu’un feu modéré les fait fuer doucement, & jeter toute leur humidité fans accident : on prend la même précaution dans tous les fours à chaux à grande flamme. Ce feu tempéré fait fuer auiîi les parois du terrein naturel de l’encuvement ( §. 22 ) & les mortiers de la maçonnerie ( §. 23), auxquels il fait prendre corps fans gerçures. On doit de même faire-fuer & reffuyer lentement les tuiles & briques que l’on fait cuire avec du bois ( 11 ). On fait recuire les fours à pain neufs ou qui n’ont point travaillé depuis quelques mois , & généralement tous les fours & fourneaux de maçonnerie qui doivent foutenir l’adion immédiate d’un grand feu. Et recuire, en cefens, veut dire faire fuer 8c defjècher.
- 38. On a remarqué que les pierres nouvellement tirées de la carrière , & celles du deffus des carrières, qui font les plus tendres, fe déchargent beau*
- (*) Les bois tendres , qu’on nomme bois moins chers que les bois durs. Le charme blancs, tremble , peuplier , faule , aulne , & le hêtre font aufli une belle flamme.
- &c. fe confument très-vite ; mais quand ils (11) Voy. l’art du tuilier-briquetier. Cet font bien fecs, ils font beaucoup de flamme art fait partie de ce quatrième volume, & un feu ardent. Ils ont l’avantage d’être depuis la page 1 jufqu’à la page 170.
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- coup plus tôt de leur humidité & font plus tôt calcinées que celles qui fe font durcies à l’air pendant quelque tems ( §. 9 ) , ou qui venant du fond des carrières , font naturellement plus compares & plus vives : que ces dernieres font la chaux la plus parfaite, & en produifent davantage : que les lits oü bancs de deux à trois pouces d’épaiffeur, qui fe rencontrent entre d’autres d’un pied d’épais, font d une pierre très - dure, fort longue , exempte de coquilles, & par conféquent la plus propre à la conilruétion du fourneau, comme à donner la meilleure chaux. Cette opinion, que la meilleure chaux vient delà pierre la plus vive & la plus difficile à calciner, m’a paru commune à tous les chaufourniers de bonne foi dans toutes les provinces. Mais la conféquence qu’ils en’tirent ordinairement, eft d’employer tant qu’ils peuvent dans leurs fours, des deifus de carrières & de mauvaifes pierres , parce qu’il leur en coûte moins pour les convertir en chaux.
- 39- Le premier feu , qui fe nomme I embrafement du four, noircit la pierre quand elle eft féchée, & l’on juge à cet indice qu’elle eft en état d’en fup-porter l’augmentation. Il eft vraifemblable que, pendant l’évaporation de l’humidité des pierres, la fumée du bois qui s’élève du fourneau ne.peut s’attacher à leur furface, parce qu’elle en elt continuellement repouffée par l’effort de leur fumée propre : au lieu que quand les pierres , devenues feches, ne font plus environnées de cette émanation, la fumée du bois fe condenfe à leur furface & les charge de fuie : peu après, lorfqu’un feu plus violent les a pénétrées, cette fuie qui les couvrait fe confume & fe diffipe ; les pierres deviennent blanches : c’eft à quoi Pon connaît qu’il eft tems de pouffer le feu àfon plus haut degré.
- 40. Il faut ordinairement vingt-quatre heures pour embrafer le four avec une corde de bois débitée, comme je l’ai dit ( §. 3 6 ). Lorfque la pierre eft fort vive & dure, on y met plus de temS; quelquefois deux jours entiers.
- 41. Pour faciliter & augmenter l’inflammation, on fe garde bien de jeter le bois à plat dans le fourneau ; on en croife en travers plufieurs morceaux dans l’efpace de l’entrée du fourneau ( §. 30 ) ; 011 en appuie d’autres en long contre les parois de cette entrée : en un mot, le chaufournier fait de fon mieux pour que le bois foit foutenu en Pair, & reçoive le courant de Pair par le deffous. Il pourrait être plus fimple qu’il y eût fur ce foyer un grillage arrangé de façon qu’on pût l’enlever aifémentpour décharger le four: ou plutôt, puifqu’il n’eft ici queftion que d’obtenir une grande flamme , ce four ferait plus parfait Ci le milieu de fon foyer était une lunette grillée qui tirât Pair du deffous par une galerie, comme on en voit à d’autres fours à chaux (pl. III).
- 42. Apres l’embrafement du four, on augmente le feu jufqu’à lui faire confumer fix cordes de bois le fécond jour 5 puis en diminuant, cinq cordes
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- le troifieme jour, quatre cordes le quatrième, enfin une corde le cinquième jour.
- 43. Chaque fois que le chaufournier remet du bois dans le fourneau , il en referme la gueule (§. 2f ) Pour que troP d’air ne le refroidiffe pas.
- 44. C’est en confidérant ce feu, que j’ai cherché à me rendre raifon de tout l’arrangement des pierres dans le four. La flamme eft un fluide qui dans Pair libre s’élève toujours en pyramide, & mieux encore qitand elle eft contenue, comme ici, par les côtés fous une forme circulaire ; mais elle fuit auffi, à raifon de fa grande légéreté, tous les mouvemens de l’air qui la frappe. La couverture du four, recrépie d’argille, empêche l’écoulement de l’air, qui fe ferait fuivant l’axe du four, & l’oblige à fe partager dans les créneaux du pourtour : ainft la flamme eft obligée de prendre cette direction, & de diverger du centre du fourneau vers les créneaux G (fig. 3). Elle doit donc prendre à peu près la'forme d un paraboloïde renverfé, dont le fommet eft au fourneau D, & la bafe à l’orifice fupérieur du four GG. De tous les points de ce folide de flamme, il part une infinité de rayons de feu qui s’élancent vers l’axe du four, où ils ne trouvent aucune réfiftance. La forme en furplomb des parois L de la moyenne région du four ( §. 23 ) doit replier la flamme & contribuer beaucoup à répercuter encore plus de ces rayons de feu vers le centre. C’eft donc autour de l’axe que doit fe trouver le plus violent degré de chaleur : rien n’eft plus à propos que d’y placer les plus gros maffifs de pierre, qui d’ailleurs laiffent entre eux d’affez grands intervalles, & favorifent par ce moyen la communication du feu avec le haut du four.
- 45. La flamme qui frappe immédiatement les pieds-droits du fourneau, en pénétré &r calcine néceflairement toutes les pierres mais comme le courant de l’air la porte rapidement du côté des. créneaux G, elle ne peut frapper ni échauffer que faiblement les parties latérales inférieures à fa ligne de direction , c’eft-à-dire , qui fe trouvent derrière les pieds-droits, du fourneau: on ne doit donc y mettre que de menus éclats faciles à échauffer, & qui puiffent fe calciner à la feule chaleur qui leur fera communiquée par les pierres rougies des- pieds-droits ; de plus gros morceaux dans cet emplacement réfifteraient trop, & ne feraient pas convertis en chaux. Par la même raifon, plus les pierres du four font éloignées de fon axe, moins elles fe refi. fentent du concours des rayons de feu qui s’y croifent : on doit donner moins de travail à un feu plus faible, & lui préfènter de moindres maffifs à calciner, à mefure qu’on les éloigne davantage de l’axe du four. Plus l’ellipfoïde s’élève au-deffus du four, plus il s’éloigne des points de convergence de la. chaleur centrale , qui s’affaiblit à mefure que fes rayons s’étendent davantage: ainll le fommet de cette figure ne demande non plus que des éclats *
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- il eft d’ailleurs plus voifîn de l’air extérieur,, dont l’imprefîion l’empêche de s’échauffer autant que le deffous.
- Défauts des fours pîus grands.
- 4.6. L’expérience parait favorable à ces conjectures. Quand on a voulu charger autrement ces fours, ouïes faire plus grands, on a toujours manqué les fournées en tout ou en. partie. Le même inconvénient fe rencontre lorfque les fours fe font agrandis à force de fervir : alors les pierres qui font à la circonférence ne fe calcinent plus totalement. Il faut, en les chargeant, y remédier, & obliger la flamme à s’y porter en plus gros volume, C’eft ce qu’operent quelques bûches E (fîg. 3 ) , que l’on dreffe debout les unes lur les autres entre les pierres à chaux des deux côtés de l’entrée du fourneau, depuis le deffus de la voûte, jufqu’aux créneaux. On n’en met pas vers le côté oppofé à la gueule , parce que le courant de l’air y porte toujours fufft-famment la flamme. Lorfque ces bûches font confumées , les pierres qui les entouraient relient en place, &il fe trouve entre elles, aù lieu de bûches, plufieurs canaux dans lefquels la flamme fe dirige & féjourne plus long-tems qu’elle n’aurait fait fur ce côté, fans la précaution de lui pratiquer ces foupiraux. Ce méchanifme revient à celui que nous voyons obferver dans les fourneaux à briques pour le même objet (12).
- Nécejfité de h continuité du feu.
- 47. On a remarqué dans tous les fours à chaux où l’on travaille par fournées , ainlï que dans les tuileries, qu’il eft indifpeiifable d’y pouffer le feu d’une fournée fans interruption. Les chaufourniers prétendent même que, fi l’on avait laiffé éteindre un four à chaux de ce premier genre au milieu de fon opération, il ne ferait plus poflible de le rallumer. Cette obfervation fuppofée jufte, & jointe à celle de la vivacité d’un feu qui monte dans toute fa force jufqu’aufommet d’un four à chaux ou d’un fourneau de briques, c’eft-à-dire, à plus de vingt pieds au-defliis des foyers où fe confume le bois, femblerait prouver que plufieurs caufes contribuent à la nourriture & à l’entretien de ce feu. Il eft bien certain quela flamme trouve dans l’arrangement des pierres de ce four quantité de tuyaux & de conduits femblables à cet entonnoir qui, placé fur la flamme d’une chandelle , l’oblige à s’alonger & à s’étendre vers le haut. Mais ne pourrait-on pas foupçonner qu’elle fait en même tems fortir de ces matériaux, des principes qui lui fervent d’aliment. continuel, & lui entretiennent fon degré-de chaleur propre à la calcination? Si on laiffait éteindre le four avant que le fommet fût échauffé à un point fufïifant, la flamme d’un nouveau feu pourrait bien s’étendre jufqu’au fommet,,
- (12) Voyez l'art du tuilier - briquetier^ qui fait partie de ce quatrième volume , page 1 & fuivantes.
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- mais n’y acquerrait vraifemblablement jamais le degré d’intenfité nécelfaire ^ n’étant plus alimentée de proche en proche par les matériaux d’en-bas, qui auraient été précédemment dépouillés de leur phlogiftique naturel.
- Signes de la calcination.
- 48. On reconnaît que la chaux eft faite, lorfqu’à travers les créneaux G, & les joints des tuileaux H ( fig. 3 ), on apperçoit les pierres d’un beau couleur de rofe, pénétrées de feu comme un charbon bien allumé, & que la flamme tant des créneaux que du fourneau eft devenue bien blanche. Dans tous les fours à chaux où l’on emploie la grande flamme , elle change plusieurs fois fenliblement de couleur. La première qui fort pendant que le four s’embrafe, eft très-brune , & prefque noire, parce qu’elle eft mêlée de beaucoup de fumée trop humide qui ne s’enflamme point. Elle devient fuc-ceflivement d’un rouge foncé, violette, bleue, jaune & blanche ; apparemment fuivant la décomposition qui fe fait fucceflivement entre les diiférens principes combuftibles de la pierre. J’ai parlé auflî ( §. 14) de l’odeur fucceflivement variée de la flamme des fours à chaux âpre.
- 49. Ces mêmes fours donnent encore un autre indice de la parfaite calcination des pierres qu’ils contiennent. L’expérience a appris aux chaufourniers que la demi-ellipfoïde du couronnement, formé fur fix pieds de hauteur , doit fe réduire à quatre; & que le fourneau conftruit de fix pieds & demi fous clef, doit s’abaifler à n’avoir plus que cinq pieds.
- Refroidiffement du four.
- fo. On retire alors la braife du fourneau ; & le lailfant ouvert, le bas fe refroidit alfez vite. Si l’on eftprelfé , on peut au bout de vingt-quatre heures commencer à en tirer la chaux par la gueule du four, en brifant la voûte, qui s’écroule fort aifément. Il faut bien douze heures de plus pour refroidir le fommet, quoique l’on ôte partie des tuileaux du comble; après quoi on décharge le four par en-haut & par en-bas, & rien n’empêche de le recharger fur-le-champ, s’il n’y a aucune dégradation.
- ? 1. Les manœuvres qui fe font par la gueule du four, rendent cette partie plus fujete à l’entretien que toutes les autres. Il faut à chaque fournée rétablir les pieds-droits de la galerie en terre grafle , s’ils ne font maçonnés. Les pierres de l’orifice fupérieur du four fe calcinent aufli fortibuvent, & tombent enpoufiiere; on les remplace à mefure qu’elles manquent : toutes menues réparations qui fe font par le chaufournier & à fes dépens. Mais ce qui v endommage le plus ces fortes de fours, c’eft la crépitation des coquilles, qui entame la terre des parois de l’encuvement, agrandit confidérablement fou diametré, & met enfin le four hors de fervice. Ce font des accidens qui 11’ar-
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- riveraient pas, fi ces fours étaient en total revêtus intérieurement de briques ; cette dépenfe le trouverait fans doute compenfëe lors d’une longue exploitation fur des carrières abondantes.
- Grandeurs convenables à ces fours.
- 52. Il n’y a pas d’inconvénient à faire ces fours plus petits que ceux ci-devant décrits (§. 22). On en conftruit de dix pieds de diamètre au fcm-met, réduits à fix pieds par le bas ; d’autres de neuf pieds, réduits à cinq & demi ; tous à peu près établis du refte fuivant les mêmes proportions que les grands.
- Déchet fur les fournées.
- 53. Les plus grands fours à chaux de Metz , dont j’ai rapporté les dimen-fions ( §. 22 ), contiennent fix toifes cubes, ou près de mille trois cents pieds cubes de pierres , qui rendent communément cinq cents quartes de chaux , faiiant mille deux cents cinquante pieds cubes, à raifon de deux pieds & demi cubes par quarte, lorsqu’il n’y a d’autre déchet fur les fournées que les tuileaux ( §. 32) , qui étant à l’air ne peuvent fe calciner. Mais il eft allez ordinaire qu’il s’y en trouve quelqu’autre , foit de la part des mauvais tems > foit par la négligence du chaufournier dans la conduite du feu. Lorique les vents chaflent violemment & long-tems d’un même côté , ainfi que la pluie, les pierres du fommet qui font le plus près du vent, ne fe calcinent pas, & relient en écrevijfes, ou colorées de rouge, malgré les abri-vents. Les grandes chaleurs, le tonnerre fur-tout, réduifent, à ce que l’on prétend, la chaux en poufliere, quoique bien faite : alors il en entre davantage dans la mefure, ce qui eft un déchet pour le chaufournier. Il s’en perd aufti à la décharge du four & au tranfport. On compte donc ordinairement qu’un moyen four de cinq tôifes cubes, ou de mille quatre-vingt pieds de pierres, rend, tout déchet déduit, quatre cents quartes ou mille pieds cubes de chaux.
- 54. On;prétend encore que ce déchet ferait plus confidérable, s’il ne fe trouvait en partie compenfé par le gonflement de la pierre, qui, difent les ouvriers, augmente de volume en fe calcinant. Plufieurs chaufourniers m’ont alluré que cette pierre rend en chaux un vingtième de plus que fon premier cube. Mais l’aflfaiflement de toute la fournée ( §. 49 ) prouve directement que ce n’eft pas par le renflement de la pierre. Il me parait que la plupart de ces pierres fe trouvant brifées pendant leur calcination, elles occupent en total plus de place dans les voitures qui les tranfportent enfortant du four, quoique le volume particulier de chaque pierre foit réellement diminué. Les chaufourniers font beaucoup mieux fondés fans doute à croire que fix toifes cubes de pierres mefurées comme elles font rangées aux carrières, 11’en
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- font plus que cinq toifes quand elles font dans le four, où l’intérêt de les bien arranger a pris la place de celui que les carriers avaient à les faire foifonner. Ce dernier article fe vérifie dans tous les fours à chaux de ce genre : mais on y penfe affez généralement que ces cinq toifes cubes de pierres du four rendent à la mefure fix toiles cubes de chaux.
- Pefauteur de la chaux.
- J’ai trouvé le pied cube de cette chaux fans vuides pefer, rédu&ion faite, cent deux livres : la pierre en fe calcinant perdrait donc un peu plus de fept onces ou cinq gros par livre de fon poids ( §. 9 ) i ce qui furpalferait la diminution qui s’eft rencontrée fur le marbre blanc dont M. Duhamel a rapporté les expériences ( 13 ). On compte en général que la chaux pefe moitié de la pierre dont elle eft fabriquée : cependant toutes les pierres dures dont j’ai fait l’épreuve en différentes provinces, m’ont paru perdre,unpeu moins'de moitié, mai? ““lus que ce marbre blanc,
- La chaux âpre n'eft point de garde.
- ^6, On fabrique rarement de la chaux pendant l’hiver, à caufe des contradictions que cette faifon apporte à la conduite du feu. Il s’y joint encore une autre raifon pour la chaux âpre : c’eft qu’elle ne fe garde pas étant éteinte, comme d’autre chaux ; qu’il faut l’employer fept ou huit jours au plus tard après qu’elle eft fabriquée ( §. 6) , & que les maçonneries conftruites en hiver avec cette chaux font encore plus mauvaifes que toutes celles auxquelles 011 emploie d’autres chaux. O11 m’a dit à Metz avoir éprouvé de faire former exprès un certain cube de maçonnerie en mortier de chaux âpre par la gelée, & que les pierres au bout d’un an ne tenaient pas mieux enfemble que fi elles eiiffent été pofées tout au plus dans un mortier d’argille (*4).
- Consommation du bois pour ce four.
- Ï7- La confommation du bois pour ce four à chaux varie félon que la fournée exige plus ou moins de tems pour fa calcination, qui quelquefois s’acheveen quatre jours , & d’autres fois en exige fix. La proportion réduite fur un grand nombre de fournées, donne quatorze cordes de chêne, ou douze cordes de bois blanc (§. 36) pour cinq toifes cubes de pierres , ou mille pieds cubes de chaux. Ces mefures de bois rendent, après qu’il a été fendu , favoir, le chêne dix-neuf cordes & demi ;& le bois bianc, qui eft généralement plus
- O?) Voyez fjift. de Pacademie royale fécher par la gelée. Au lieu de fe réunir & desfcicnces de Paris , ann. 1747 , p. 6$. de lier la maçonnerie , le froid la fépare&
- (14) Cela ne pouvait pas être autrement, la défunit.
- La meilleure chaux du monde ne fapraiù
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- droit que le chêne, feize cordes & demie ( *). Les bois fe tirent des environs de Pont-à-MouiTonà cinq lieues de Metz, & coûtaient en 17^8» hx livres
- (*) Note de M. Fourcroy. Il ne fera peut-être pas hors de propos de rapporter ici quelques obfervations qui ont été faites à l’occafion du cordage de ces bois ronds & fendus.
- Les dimenfions de la corde de Paris, de huit pieds de long & quatre de hauteur, fur 42 pouces de la longueur du bois , forment un folide de 112 pieds cubes , mais qu’il eft impoffible de remplir fans vuides avec des bois ronds , foit entiers , foit fendus, tels que font tous les bois à brûler. On n’admet d’ailleurs dans une corde de bois , fuivant les réglemens des eaux & forêts, que des bois d’une certaine grolfeur déterminée , pour les plus petits morceaux, attendu que ceux au-deifous doivent entrer dans les fagots pour en être les paremens. A Paris , tous les bois ronds qui ont 17 pouces de pourtour ou davantage, peuvent, fiiivant l’ordonnance de la ville , de 1672, être réfervés pour être vendus entre les Lois que l’on nomme de compte ou de moule, qui font plus chers que ceux de corde. Dans les provinces , on ne fait pas cette dernîere diftinétion : mais il en ré-fulte qu’il n’y eft pas facile, comme à Paris, de fe procurer de gros bois à brûler tous i-onds, parce que tous les marchands de bois favent pratiquement que les gros bois ronds font ceux qui rempliraient le Tmieux la corde, ou que le bois de quartier foifonne beaucoup plus à la mefure , & qu’en confé-quence !ils n’en réfervent aucuns à vendre ronds.
- Ces divers ufages s’accordent très - bien avec l’expérience de Metz ci-ddTus, dans laquelle' on voit que ; réduction faite, huit cordes de bois rond rendent onze cordes de bois fendu. ' j ÿ
- a On pourrait auffi démontrer/en fe fer-vant du principe de M. de Mairan fur les piles de bois ( dijjert . fur la glace, 1749 ,
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- page 14; ) , qu’avec tous bois précifément cylindriques de trois pouces & demi de diamètre, c’eft-à-dire , de la grofleur la plus favorable au rempliflage exacft de la corde , il ne ferait pas polfible d’y faire entrer jufqu’à 97 pieds cubes de bois. Si l’on joint à cette donnée le réfultat de l’expérience de Metz, il s’enfuit que c’eft tout au plus s’il peut entrer foixante & dix pieds cubes effectifs de bois dans une corde , le mieux mefurée qu’il eft pofltble , en bois fendus ; & que fur les 112 pieds du cube de la corde, il fe trouve néceflairement au moins 42 pieds de vuide. On fent allez combien la fraude ou mal-faqon dans le cordage , & la forme tortueufe des bois, peuvent augmenter ce vuide au grand préjudice de l’acheteur.
- 11 n’en faut pas davantage pour prouver les inconvéniens de cette méthode de jauger les bois à brûler , & qu’il n’y a peut-être aucune mefure, de toutes celles qui ont cours en France , qu’il fût plus convenable de réformer.
- Il eft établi dans la maîtrife des eaux & forêts du Boulonnais & du Calaifis , & pratiqué fort anciennement dans ce petit canton où les bois font fort chers, un ufage de beaucoup préférable au cordage. 11 ferait plus à defirer qu’il n’eft vraifemblable de le voir imiter dans tout le royaume, parce qu’il ne rend poffible au-marchand de vendre qu’à peu près le cube effeétif des bois à brûler, comme on le fait par-tout pour ceux de charpente.
- Les bois à brûler ont en Boulonnais 54 pouces de longueur entre'deux tailles. On les diftingue en bois dursr,qm font le hêtre 'T le charme, l’orme & le frêne ; & en bois tendres qui font le trembléiy le bouleau 4 l’aulne, le faule-, & toute autre efpece de bois blanc : & comme tout chêne eft deftiné pour la, charpente & les conllruétions de
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- la corde, pris dans les forêts & prefque tout chêne; quatre livres de tranf. port jufqu’à Metz en le faifant flotter fur laMofelle, & 2, liv. pour le voiturer
- navires , il ne s’en brûle que ce qui eft trop défectueux pour ces ufages : le chêne eft rangé par cette raifon dans la claffe des bois tendres, outre qu’il brûle auffi moins bien que ces bois nommés durs.
- Tous ces bois à brûler fe vendent à la marque & à la fomme. Une marque de bois durs eft une bûche ronde garnie de fon écorce, de 5 4 pouces au moins de longueur fur huit pouces de tour : elle contient donc au moins 27* pouces cubes de bois. 11 n’eft permis de mêler dans les bois de Jfomme aucun morceau plus petit que celui-là. Une ^marque -de bois tendres eft de même longueur fur neuf pouces de tour, & contient au moins $4.8 pouces cubes de bois. Une fomme eft de 61 marques : elle contient en bois durs au moins 1677»; pouces cubes de bois, & en bois tendres au moins 21228 pouces cubés.
- Il eft défendu aux marchands de fendre aucune bûche, à moins qu’elle ne foit de plus de 20 marques , c’eft-à-dire, à moins qu’elle n’ait plus de ?ç pouces 9 lignes de tour fi c’eft du bois dur , ou 40 pouces a lignes fi c’eft du bois tendre. Fendre, dans le pays, veut dire partager feulement en deux : tout bois partagé fur fa groffeur en plus de deux s’appelle bois ccartelé, & eft proferit totalement d’entre les bois à la fomme. (Comme un morceau d’orme de 20 marques peut peferide 1?o à i^o livres, on a jugé que des fardeaux plus lourds feraient trop difficiles à remuer , & brife-raient aifément les voitures ; c’eft pour cela qu’il eft permis de les fendre.. nTbus les bois à la fomme font jaugés par le développement du pourtour deleur:écorce. la jauge eft un ruban; de fil fabriqué comme ie padou j divife par des traits'd’encre'fui-vânt les1 racines qmrréesdés circonférences d’une fuite de cercles qui font entré eux drPpfôgrelïion arithmétique double,ou dont le premier terme exprime auffi la différence;
- & cela fur le principe que les cylindres de même longueur font entre eux comme les quarrés des circonférences de leurs bafes. La bûche ou le cylindre d’une marque ayant de pourtour huit pouces =^/ 64 , la bûche de 4 marques, qui doit être quadruple de celle d’une marque, doit avoir quatre fois 64 — 256 pour quarré de fon pourtour & par conféquent 16 pouces de pourtour =^2<>6.
- Une marque de bois tendres étant de neuf pouces de tour , on voit que la même divifion de la jauge ne convient pas aux deux qualités de bois : auffi faut-il divifer le ruban en marques pour les bois durs fur une de fes faces , & pour les bois tendres fur l’autre face.
- La divifion méchanique de cette jauge, quoique très-géométrique, eft extrêmement facile pour tout le monde. On trace fur un plancher une ligne ZY(pl. IU^fig. 9)de ç ou 6 pieds, à l’origine Z de laquelle on éleve une perpendiculaire XZ de huit pouces de hauteur fi c’eft pour les bois durs , ou de neuf pouces fi c’eft pour les bois tendres'. on porte les mêmes huit ou neuf pouces fur la ligne de fix pieds de Z vers Y, & l’on y trace le point 1 d’une marque de bois .* puis prenant la diftance direéte entre ce point 1 & l’extrémité Z de la perpendiculaire XZ , on porte cet intervalle fur la ligne de fix pieds de Z vers Y; ce qui donne le point 2 pour un morceau de;,bqis^de deux marques. On mefure de même l’intervalle 2 X entre le point dernier trouvé & l’extrêmïté fupérieure de la perpendiculaire ; laquelle, diftançe.portée de Z vers Y donne le point ? pour un, morceau ,de bois de trois marques : & ainfi de fuite pour au* tant de manques que l’on'veut en avoif fur le ruban ; c’eft-à-dire, jufqu’à? 6 ou? 7 mar-t ques , n’y ayant pas. de bois, plus gros dans le pays. On couche le long de cette ligne*
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- aux fours: eu forte que la corde revenait à 12 liv. rendue aux cîiau fours. li en goûtait encore 20 fols par corde pour le fendre ; & les quatorze cordes, mefure de Paris, coûtaient en total ig2 liv. • •*
- ainfidivifée , le ruban de fil , fur, lequel on tranfporte & numérote toutes ces marques. Pour vérifier ces divifions , on peut remarquer que les marques de la jauge doivent fuîvreies progreffions de longueur fuivan-tes :
- Pour les bois durs Pour les bois tendres.
- marq. a 4e long. po. marq. a de long. po.
- I . . . 8 i . . . 9
- 4 . . . 16 4 • . . . 18
- 9 • • • 24 9 . . . 27
- 16 • . . 32 16 . . . 36
- 2? • • . 40 - 2a . . . 4?
- 3<S . . . 48 y6 . . Ç4
- Il eft donc fort aifé de comparer eji tqut tems ces divifions principales , foit avec un pied de roi ou une toife bien divilée, foit avec l’étalon de la jaiige qui eft de bois, & de voir fi le ruban ne s’eft pas alongé ou raccourci.
- Toute bûche ronde fe mefurant par le ^développement du pourtour de fon écorce, pris au milieu de fa longueur avec le ruban, îe point du ruban où fon origine Z rencontre l’une de fes traces, exprime par fon n°. la quantité de marques que contient cette bûche. L’ufage du pays eft, que toute fraétion de marque appartienne à l’ache-, teur, & ne fe compte pas dans la valeur de chaque bûche. Si la bûche eft demi-ronde, elle n’eft de même jaugée que par le développement du demi-cercle de fon écorce. Mais cofnme le quarré formé fur la moitié d’une ligne n’eft que le quart du quarré formé fur toute la. ligne, cette mefure prife fur le développement de l’écorce d’une bûche demi-ronde, qui n’eft qu’une demi-circonférence , ne donne non plus fur la
- jauge que le quart des marques que contenait la bûche entière avant d’être fendiie. Il eft donc ordonné que toute bûche fen. due, ou plutôt toutemoitié de bûche ronde, fera comptée pour le double des marques indiquées fur la jauge par le de mi, rond de fon écorce , fans que jamais le marchand pqifjé en exiger davantage. Sur quoi il eft bon d’obferver que ce terme demi-rond prévient les abus fur les bûches qui feraient plus de moitié du cylindre total, comme l’exclufion des bois écartelés prévient ceux fur des bûches qui auraient des angles dans leur fente, ou feraient moindres que des moitiés de cylindre.
- La très-grande facilité que chacun trouve à fe procurer le ruban de jauge & à en faire ufage foi-meme, eft la raifon pour laquelle il n’y a pas de jurés jaugeurs de bois dans les villes du Boulonnais ni à Calais ; ils y feraient inutiles. Le marchand livre le bois tout marqué fur chaque piece par ceux qui le débitent dans ia forêt. Chaque bourgeois a fon ruban ; il ne tient qu’à lui de vérifier toutes les bûches, & de fe plaindre aux officiers des eaux & forêts, fi le bois fe trouve mal marqué : mais c’eft ce qu’on ne voit pas arriver. C’eft par ce moyen fi {impie , que j’ai pu fournir une eftimation qui m’avait été demandée du rapport de la jauge des bois‘à brûjer de Calais à la corde de Paris. J’ai trouvé que les feptfommes de bois durs à Calais valent environ 6% pieds cubes effe&ifs de bois, à quoi j’évalue la corde ordinaire à Paris , en bois fendu,
- Ce réglement m’a paru d’autant meilleur à faire connaître, qu’il pourrait être utile ailleurs , & qu’on ne remarque dans le Boulonnais aucun inconvénient à fon exécution.
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- Tems niceffaire pour une fournée, & dépenfe.
- jg. Pour entretenir fix de ces fours, & en avoir tous les deux jours un à vuider, il faut un chaufournier conducteur , huit journaliers qui chargent un four en deux jours , & quatre ou cinq manœuvres pour aller chercher la pierre à portée des fours : lorfqu’elle en eft éloignée de cinquante toifes, on fournit au chaufournier des manœuvres de plus pour le roulage. Trois des premiers journaliers gagnaient en 1758 chacun 30 fols par jour en travaillant jour &nuit, les cinq autres & les manœuvres 12 à 14 fols pour le jour feulement, & ceux-ci aidaient à charger les voitures pour le tranlport de la chaux fur les ouvrages. Le chaufournier entreprenait la charge & la calcination d’une fournée de cinq toifes cubes pour quarante livres lors d’une exploitation fuivie. On juge bien que, pour un petit four tout feul, toute-cette main-d’œuvre peut coûter davantage.
- 59. Les. mille pieds cubes de chaux dpre coûtaient donc au pied du four*
- {avoir:
- Le tirage de fix toifes cubes de pierres (§. 16).» . , . . 24 liv.
- Les quatorze cordes de bois. .......... 182
- La main-d’œuvre de la fournée. . , . ....40
- La conftruétion du four, & l’indemnité du terrein des fours
- carrières. ................ 11
- Total. ................. 25:7
- Elle revenait donc à $4 livres 18 fols la toife cube , ou à 5 fols 1 denier & demi le pied cube, qui le vendait communément 6 fols 6 deniers dans Metz-. La chaux commune coûtait à Paris 20 fols le pied cube en 1763 ( 15 ).
- Confommation de cette ehaux pour les ^maçonneries»
- 60. Par le grand ulage que l’on a fait de cette chaux aux ouvrages de la fortification de Metz, on a reconnu qu’il en fallait employer une toife cube pour huit toifes, & demie cubes de maçonnerie de moëllons durs, ou pour neuf toifes au plus ; au lieu que généralement de toute chaux qui fe coule on compte qu’une toife cube, mefurée vive, fournit à dix toiles cubes au moins de cette même maçonnerie, pour lefquelles on eftime qu’il faut trois toifes cubes de mortier : cependant dette proportion varie de ^ à ^ , fuivant la qualité de la chaux.
- 61. Cette première elpeee de fours à grande flammé eft en ulage fur toute $iç) Voyez Part du ehamoiféur, f. 65, tome III de celte defcription,, page 174.
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- notre frontière de Lorraine & de Champagne, en Provence , & en plufieurs autres provinces, avec quelques petites différences dans leur eonftruriiom
- Fours à chaux de Provence.
- 6%. La forme des fours à chaux de Toulon différé peu de celle qu’on a donnée ci-deffus : elle m’a été envoyée par M. le chevalier Vialis , ingénieux ordinaire du roi, avec diverfes obfervations qui s’accordent abfolument avec les miennes. Ceux-ci fe chauffent avec des fagots, & en font à peu près la même confommation que les fours à chaux de Champagne , dont je Ÿais parler.
- 63. Les fours de Provence ont leur pied enfoncé d’environ huit pieds & demi dans le terrein naturel, & ils s’élèvent d’environ fept pieds & demi au-deffus du terrein , quand ils font achevés, fur un diamètre total de dix-huit à dix-neuf pieds.
- 64.. En applaniffant le fol ou 1 atre du four, on y pratique un renfoncement d’un pied plus bas vers la bouche du four , pour y retirer les cendres avec un rable de fer, à mefore que le bois fe confume.
- 6$. Tout le devant & le pourtour extérieur du four ao-deffus dp terrein naturel, font maçonnés en pierres & argille fur environ un pied d’épaiffeur. Lorfque la charge du fourneau eft arrivée au niveau du terrein, on laiffe entre cette maçonnerie & la pierre à calciner, un intervalle de dix-huit pouces, qu’on remplit d’argille bien battue lit par lit. Sur le devant du four 011 prend quelquefois la précaution de placer deux étages de traverfes de bois, portées chacune fur deux crochets aufli de bois, qui font engagés-& retenus dans la maçonnerie , de peur que cette partie du four, qui préfente beaucoup plus de hauteur extérieure que tout le refte, nefoitfoufflée ou dérangée par l’adion du feu. On ne donne à la gueule que dix-huit pouces de hauteur & de largeur.
- 66. Un tel four contient huit toiles cubes de pierre à chaux, qui exigent pour leur calcination deux mille cinq cents fagots, du poids de foixante-dix à quatre-vingt livres chacune, poids de marc. Il rend ordinairement quatre-vingt muids de chaux vive, pelant mille fix cents livres le muid ; ou quatre-vingt muids de chaux éteinte, de trente-fix pieds cubes le muid. Le muid de chaux éteinte, qui pefe de quarante à quarante-deux quintaux , fe vend à Toulon fept livres. Depuis long-tems & fuivant les détails qu’on $n a fait à M. le chevalier Vialis, elle peut revenir aux chaufourniers à hx livres éteinte, au pied du four. On peut conclure de ces données , que le muid de chaux vive contient environ quinze pieds cubes de chaux fans vuides, en le fuppo-fànt de cent fix à cent fept livres le pied : que cette chaux rend en cube, quand elle eft éteinte, environ deux pieds & demi pour un : qu’il y a près d’un quart
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- de déchet fur la pierre qui entre dans l’intérieur de ce four: & que le pied cubs-de chaux vive mefurée en menus morceaux, ne revient à Toulon qu’à environ quatre fols. J’ai fouvent éprouvé ailleurs qu’un panier de deux pieds cubes de vuide , ne contient qu’eriviron un pied cube de chaux vive fans vuide.
- 67. Les chaufourniers de Provence ne font aucun établiflement permanent: ils tranfportent leur atteliers çà & là, à portée des bois dont ils peuvent faire ufage, attendu la rareté des bois dans cettefprovince. On a remarqué autres fois que cette tranfplantation des chaufourniers les rendait fujets à charger leur four de pierres qu’ils ramaflaient autour d’eux fur la fuperficie de la terre, pour s’épargner les frais d’ouvrir & de fouiller quelques carrières ( abus qui n’eft que trop commun par-tout ailleurs ) ; & que ces pierres qui font reftées long-tems à l’air & au foleil, donnent une chaux qui foifonne beaucoup moins que celles que font extraites d’une profonde carrière. On a fait des elfais de celle-ci.
- Après avoir conftaté la quantité de chaux bien éteinte que rend une quantité donnée de ces bonnes pierres bien calcinées , on a réglé que la chaux fe vendrait éteinte à raifon de trente-fix pieds cubes pour un muni Les chaufourniers la confervent dans des folfes dont il eft facile & d’ufage de toifer, le vuide, après que l’on en a tiré la chaux éteinte. Ce fage réglement de Provence peut1 fournir des réponfes à toutes les objedions qu’on pourrait faire contre les réflexions rapportées plus bas, fur la néceflité d’introduire le même ufage par-tout.
- Fours à chaux de Champagne.
- 69. M. Dumoulin, l’un des commandans à notre école royale du génie, m’a fourni des notes que je vais extraire, fur l’exploitation des fours à chaux de Mézieres & de Sedan. A ceg fours , le fourneau ( §. 22, 28 ) eft conftruit avec plus d’appareil qu’à ceux de Metz. cc Sur un grillage de groftiere char-„ pente, on forme un ceintre hémifphérique de fagots & de menus bois , „ fur lequel porte la voûte du fourneau, compofée de pendans ou vouifoirs „ aflez réguliers , que l’on pofe avec fujétion pour qu’ils puiiTent fe foutenir 5, aflez quand cette voûte eft déceintrée. Le maflîf du four eft lardé de plu-„ fleurs rondins, ou brins de bois d’environ trois pouces & demi de diame-„ tre , qui le traverfent depuis le deflus de la voûte jufqu’au fommet du four-„ neau, pour aider la flamme à pénétrer dans la mafle ( §. 46. ). Lé four ne 55 fe charge qu’à peu près jufqu’au niveau de fon orifice , que l’on recouvre „ de deux pouces de glaife mêlée de paille. Le feu fe fait avec des fagots ou „ bourrées : un four contenant environ trois cents pieds cubes de pierre exige „ quatre heures & demie pour le faire fuer, & enfuite un feu violent de vingt-
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- „ quatre à trente heures pour la calcination. Il rend, fuivant les chaufour-„ niers , environ quarante pièces de chaux de fept pieds cubes chacune, y » compris deux à trois pièces de rigaux ou pierres mal calcinées 5 enforte que 33 l’on peut eftimer fon produit à environ deux cents foixante-dix pieds cubes. ,3 II confomme en total quatre à cinq cents fagots, qui valent dans le pays M 10 livres le centlorfque là corde de gros bois, mefure de Paris , y coûte „ 12 livres 7 fols „. J’eftime par cette proportion du prix des fagots à celui du bois de cûrde, que les quatre cents cinquante fagots peuvent être équiva-lens à trente -fix cordes de bois 5 &que dans ces fours la confommation du bois & le déchet fur la pierre font à peu près les mêmes qu’aux fours à chaux de Metz. ct Cette chaux revenait au chaufournier deMézieres , en 1764, à 3, fix fols au plus le pied cube , & fe vendait communément de fept à huit 33 & demi „. ( 16) ’ .
- Four à chaux décrit dans l'Encyclopédie.
- 70. Le feul four à chaux fommairement décrit dans l’Encyclopédie, eft encore de la même elpece 5 àuffi poùrrait-011 croire par le difcours, que c’eft un four à chaux des Ardennes , ou du voifinage de là Champagne. Il eft fup-pofé conftruit en ràfe campagne, & élevé tout en niaqonnerie; par confé-quent c’eft un établiffement coûteux. Mais la petite galerie qui traverfe le deffous de fon foyer, la lunette qui lui fert de foufflet, & l’avantage de ne confommer par fon feu que des bruyères 3 chaumes, ou autres matières de bas prix, me paraiffent ( §. 41 ) autant de perfections qui manquent aux fours à chaux précédensrje n’ai point vu de fours de cette conftrucftion, ni n’ai pu découvrir où ils exiftent ; cependant, comme la conduite de leur feu eft nécefîaire à connaître relativement aux matières que l’on y brûle, je joins aux figures de ce mémoire le deffin extrait de l’Encyclopédie (pl. II, fig. 1, 2,
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- 71. Sur des fondemens folides, qui contiennent un efpace quarré de douze pie'ds en tout fens, on éleve la partie de l’édifice nommée proprement le four, ou la tourelleYQ ( pl. II ,fig. 3;). Al’extérieur la tourelle eft quarrée : fes murs doivent avoir une épaiffeur capable de réfifter à l’acftion du feu ; à l’intérieur, la tourelle a la figure d’un fphéroïde alongé HIKL (/g. 4 ), tronque par fes deux extrémités, de douze pieds de hauteur, quatre pieds & demi "de diamètre au fommet, neuf au milieu de fa hauteur, & fix au fond, ou
- (nî)rLa maçonnerie des^anciens fours de s’échauffe difficilement, eft fujette à de Champagne était entièrement de moellons ; fréquentes dégradations , & qu’il fallait lui mais la pierre ordinaire du pays étant de la préférer la brique. L’âtre du four eft pave •nature de l’ardoife, on a remarqué qu’elle de pierres dures.
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- fur Pâtre KL. On unit la maçonnerie intérieure de la tourelle avec celle des quatre pieds-droits extérieurs, en y faifant le rempliffage convenable. Au centre de l’âtre, oh pratique un trou M, d’un pied de diamètre, qui répond au milieu d’une petite voûte N, d’environ quatre pieds de hauteur furdeux de largeur, ouverte par fes deux bouts nord & fud DE (Jig. i) traverfant toute la malfe du bâtiment, & defcendant au-deffous du niveau du terreinde fix à fept pieds. On appelle cette voûte 1 ’ébmifoir. Pour avoir accès dans l’ébrai-foir, on déblaie des deux côtés à fon entrée fur une pente douce & de largeur convenable, toute la terre qui mafquerait cette entrée, & on l’éleve en un glacis O , (fîg. 3), qui fert à monter au fommet de la tourelle, c’eft-à-dire, fur la plate-forme G. A l’eft on pratique à la tourelle une petite porte, ou galerie ceintrée C, de cinq pieds de hauteur & deux pieds de large.
- 72. Sur l’âtre circulaire A de la tourelle, on forme une efpece de voûte fphérique P, (fig. 4), de fix pieds de hauteur, lailfant entre chaque pierre un intervalle de deux à trois pouces i enforte que l’intérieur de cette voûte repréfente grofîiérement les boulins ou pots d’un colombier. Autour de cet édifice on place d’autres pierres i obfervant de mettre toujours les plus grolfes & les plus dures le plus près du centre j les plus petites & les plus tendres fur d’autres circonférences plus éloignées, & ainfi de fuite ; {enforte que les pierres de moindre volume touchent la furface concave R de la tourelle. On achevé le comblement au haut de la tourelle avec des pierres de la groffeur du poing ou environ. O11 maçonne enfuite en-dehors grofliérement la porte de tourelle jufqu’à hauteur d’appui, enforte qu’il n’y refte plus que le paflage C d’ung botte de bruyères, qui a ordinairement dix-huit pouces en toutfens. On finit ce travail par élever autour d’une partie du débouchement, fur la plate-forme du fommet de la tourelle, une efpece de mur en pierres léchés du côté d’où vient le vent, pour en préferver l’orifice fupérieur du four.
- 73. Les chofes ainfi difpofées, on brûle un quarteron ou deux de bottes de bruyères pour reifuyer la pierre : cinq ou fix heures après, on chauffe en réglé. Pour cet effet, le chaufournier difpofe avec fa fourche Q_, fur l’âtre de la tourelle KL, une douzaine de bottes de bruyères : il y met le feu ; & lorf-qu’elles font bien enflammées, il en prend une treizième qu’il place à la gueule du four, & qui la remplit exa&ement. Le^feu, pouffé par l’aélion de l’air extérieur qui entre pârjles portes D de l’ébraifoir N, & qui fe porte dans la tourelle par la lunette M pratiquée au centre de l’âtre, faifit la bourrée C placée fur la gueule du four, coupe fon lien, & l’enflamme. Alors le chaufournier la pouffe dans l’âtre avec fa fourche, l’éparpille, & en met une autre, fans interruption de mouvement, à l’embouchure du four qu’elle ferme comme la précédente. Le feu l’atteint bientôt j & la même manœuvre fè répété & continue fans cefle de la part du chauffeur & de fon camarade qui le relaie,
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- pendant douze heures ou environ, jufqu’à ce qu’ils aient confommé douze a quinze cents bottes de bruyères.
- 74. On connaît que la chaux eft'faite, quand il s’élève au-delfus du dé-bouchement de la plate-forme HI, un cône de feu de dix à douze pieds de haut, vif, & fans prefqu’aucun mélange de fumée, & qu’en examinant les pierres, 011 leur remarque une blancheur éclatante.
- . 75. Alors 011 laiffe refroidir le four. Pour cet elfet, on monte fur la plateforme , 011 étend des gaules fur le débouchement, & on répand fur ces gaules quelques bourrées. Lorfque le four eft froid, 011 en tire la chaux, &c. ( Ce pallage me paraît obfcur,'faute d’expliquer en quoi, ces gaules & bourrées lur l’orifice fupérieur d’un four fi chaud, contribuent à le laijfer refroidir. ) y6. ieObf. Quand il fait un.peu de vent,que l’air eft un peu humide,la chaux fe fait mieux que par de grands vents & des pluies. Apparemment la chaleur fe conferve mieux alors, la flamme fe répand par-tout plus uniformément, ne s’élève point au débouchement avec tant de violence, ou peut-être même par quelqu’autre caufe plus fecrete.
- 2°. Les bourrées trop vertes nuifent à la cuilfon & à la qualité de la chaux.'
- 3’. Le chauffeur doit avoir la plus grande attention à élancer de la bouche du four fa bourrée enflammée au milieu de Pâtre-, & à l’éparpiller avec une fourche de fer de dix pieds de tige , portant un manche de bois de dix-huit pouces. Si plufienrs.bourrées s’arrêtaient d’un même côté , il pourrait arriver que toute une partie de la< fournée fe brûlerait'; qu’une autre partie ne ferait qu’à moitié cuite, & qu’il en réfulterait un grand dommage pour le maître.
- 40. Le feu que l’on entretient dans ce four eft très-violent. Le foin qu’on a de boucher la gueule du four avec une bourrée, le concentre & le porte en-haut: il blanchit le fer du fourgon en quatre à cinq fécondés. Il écarterait avec fracas les murs du* fourneau, s’ils étaient trop légers.
- 5*. Il faut que le feu foit pouffé fins intermifiion ( §. 47 ) ; fans quoi la fournée ferait perdue, du moins au témoignage de Paliffy. Cet aUteurlraconte que, paffant par les Ardennes, il trouva fur fon chemin un four à chaux dont l’ouvrier s’était endormi au milieu de la calcination ; & comme il travaillait à fon réveil à le rallumer, Paliffy lui dit qu’il brûlerait toute la forêt d’ilrdenne avant de remettre en, chaux la pierre à demi calcinée. (Je crois qu’il faut fous-entendre ici la fiippofition de conferver à cette pierre fon même arrangement, dans le four : je 11e connais aucune expérience qui prouve qu’une pierre calcaire puilfe cefîêr de l’être par une demi-calcination)
- 6°. La.chaux, fera bien cuite fi la pierre eft devenue d’un tiers plus légère .après la calcination qu’auparavant (§. j 5),fi elle eft fonore quand on là frappe, fi elle bouillonne immédiatement après avoir été arrofée.
- Tome IK Y y
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- 7*. Cette maniéré de faire la chaux n’eft pas la feule en ufage.
- Il faut creufer un puits aux environs du four pour le befoin des ouvriers , pour la maçonnerie de la tourelle, en cas d’incendie. Un grand vent peut rabattre le cône de feu (§. 74) fur les bourrées, & les enflammer.
- <?°. Les chaufourniers allument du feu avec la chaux alfez commodément: ils en trempent dans l’eau une pierre groffe comme le poing : quand elle commence à fumer, ils la couvrent légèrement de pouffier de bruyères , & fouf-flentfur la fumée- jufqu’à ce que le feu paraifle,
- DES FOURS A CHAUX CUBIQUES.
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- Fours a chaux d’Alsace.
- Leur conjlruttion.
- 77. Les fours à chaux en Alface font communément de forme cubique. Les grands ont intérieurement douze pieds en tout fens. Le fond ou fol du four eft maçonné d’un pied d’épaifleur fur bon terrein. Tout le vuide eft entouré d’une maçonnerie de fix pieds d’épais, à moins qu’il ne foit adolfé contre des terres vierges, ou tout entier creufé dans la terre, comme les précédens} auquel cas ilfuffit de revêtir le terrein s’il en a befoin, & fur une épaiflfeur proportionnée à fa ténacité plus ou moins forte.
- . 78- Un four de ces dimenfions doit avoir deux gueules ou galeries d’entrée voûtées, de quatre pieds de hauteur & de deux pieds & demi de large, féparées l’une de l’autre par un maflif de quatre pieds & demi d’épailfeur. Il eft eifehtiel de donner à ces petites galeries au moins ftx pieds de longueur , pour que l’air qui doit entretenir le feu ait de la chaife ou du courant.
- 79. Dans l’intérieur du four , on éleve fur toute l’étendue du fol, excepté fur le prolongement des deux galeries de gueules » une banquette d’un pied & demi de hauteur , parce que les pierres pofées fur le fol 11e fe calcineraient pas. Toutes ces maçonneries, tant de la banquette & du fol que des parois du four, font en mortier d’argille.
- 80. Sur cette banquette, on continue dans tout le travers du four les deux galeries de gueules, en arrangeant bien à plomb & jointives les pierres à chaux qui en forment les pieds-droits : on termine le fommet de ces pieds-droits plus haut de fix pouces vers le derrière du four qu’auprès des gueules, afin d’avoir des voûtes un peu rampantes, & que le feu fe porte aifément vers le côté oppofé à l’entrée. Les voûtes fe travaillent & fe ferment comme aux fours à chaux de Metz (§. 28 ) , en donnant de la faillie aux pierres que l’on pofe fur leur plat j on les fait du même ceintre que les galeries de gueules.
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- O11 arrange avec attention tout le remplage à côté des berceaux , & jufqu’à deux ou trois pieds au-deflus des voûtes 5 après quoi on y jette indifféremment toutes les pierres à la brouette jufqu’au fommet du four. Toutes ces pierres arrangées doivent être au plus d’un demi-pied cube , mais de moindre volume au-deflus ; & le couronnement, fur un pied & demi de hauteur, ne] doit être formé que d’éclats de la groffeur du poing.
- 81. Lorsque ce four cft rempli à quatre ou cinq pouces près de fon fommet, on l’arrafe avec des pierres plates bien jointives, enforte qu’il y relie le moins de jour polîible. On y étend alors légèrement un lit de paille ou de rofeaux, que l’on recouvre d’une couche de mortier d’argille d’un pouce d’épaifleur, que la paille empêche de s’infinüer entre les joints.
- 82. Comme il n’y a point ici de créneaux (§. 32), ni rien qui en falfe l’office, le feu ne s’allumerait pas dans ce four , fi le fommet en demeurait exactement fermé; mais cette couche d’argille fe gerce en féchant, & les crevalfes qui s’y forment, & que l’onne répare pas, fuffifent à l’évaporation de la fumée, & au tirage indilpenfable de l’air.
- Bu feu de ces fours.
- 83- Pour faire fuer ce four, on allume un feu de cinq ou fix bûches à chaque gueule, de façon que le bois fous les berceaux d’entrée ne foit pas à plus de trois pieds de l’extérieur du four. Lorfqu’elles font bien enflammées, c’eft-à-dire, au bout d’un quart d’heure, on y jette cinq ou fix autres bûches , un ou deux pieds plus avant fous les voûtes : un autre quart d’heure après, on fait encore de même, & pour lors le bois fe trouve fous la pierre à calciner. La même manœuvre fe continue de forte qu’en une heure on eonfomme trois quarts de corde de bois pour les deux gueules. En fix heures, le bois parvient vers le milieu des voûtes ; & en douze heures, tout au fond, avec pareille confommation de bois d’heure en heure.
- 84- On foutient ce même feu pendant quarante-deux heures en total pour la calcination fi le tems elf calme. Lorfque que le vent fouffie modérément fur les gueules du four, l’opération le fait en trente-fix heures : s’il s’y porte impétueufement, le derrière du four fera bien calciné, & fur le devant il y aura du déchet, qui va quelquefois jufqu’à une demi-toife cube & davantage. On doit donc chercher à orienter ces fours, qui n’ont pas d’abri-vents, de façon que leurs^gueules fe préfentent au côté de l’horifon d’où communément il vient dans le pays le moins de vents violens.
- Confommation du bois pour ce four.
- Si le feu dure trente-fix heures, on y eonfomme vingt-cinq à vingt-
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- 3-f* ART DU CHAUFOURNIER.
- fix cordes de bois : s’il dure quarante-deux heures, il en faut jufqu’à trente cordes. / ^
- g6. Lorsqu’aux lignes indiqués ci-devant (§. 48» 49)» on juge la cal* cination achevée, on ferme totalement les deux gueules du four avec des bâches bien arrangées. On les y laide fe eonfumer pendant quatre heures , après quoi on retire avec des rolles ou râbles de fer toute la braife du four, que l’on éteint, pour lailfer refroidir la chaux plus vite : douze heures après, on la défourne par les gueules.
- Tems nêçeffaire pour une fournée.
- 87. Pour manœuvrer un tel four, il faut un chaufournier aidé de quatre hommes : dans un travail conduit avec vigueur, ils chargent le four en vingt* quatre heures ; & en trente-fix ils le déchargent. Chaque fournée peut aifé* mentfe faire en une femaine de lix jours & deux nuits de travail ; 13 l’on était prelfé, il 11e faudrait que quatre jours & quatre nuits.
- Déchet fur ces fournées.
- 88- Un four cubique de douze pieds contient fix toi fes trois quarts cubes de pierres, ou mille quatre cents cinquante-huit pieds cubes, & rend ordinai* rement mille quatre cents pieds cubes de chaux, le déchet déduit, pour lefquels il s’emploie huit toiles cubes de moellons des carrières (-§. ^4). Il parait donc que la pierre à chaux d’Àlface rend un peu plus en chaux que celle de Lorraine : mais fa fabrication confomme beaucoup plus de bois, puifqu’il s’en emploie au moins quatre cordes & demie pour chaque toife cube de chaux d’Alface , au lieu de trois cordes pour celle de Lorraine (§. 57). J’attribuerais cette différence à la forme plus pyrotechnique des fours de la première elpece, qui, avec une égale quantité de bois fous une même mafle de pierres, doit procurer un degré de chaleur plus violent.
- Four à double ufage en Al face.
- 89- On fait cependant en Allace un ulàge de ces derniers fours, auquel1 ceux de la première elpece parailfent moins propres : on y fait cuire la brique & la tuile pour les bâtimens, en même tems que l’on y fait la chaux. Voici la copie prefqu’entiere d’un mémoire drelfé fur ces fours à double ulàge, par M. Artus, ingénieur ordinaire du roi ,1& qui m’a été envoyé par M, Lambert, maréchal de camp, direèleur des fortifications en Allace (*).
- U) H a été dit dans T art du tuilier, qu’on faifait fouvent delà tuile & de la brique en
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- AEl T DU CHAUFOURNIER,
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- 90. cc II eft eifentiel de choifir pour l’établiiTement du four un endroit un » peu élevé, hors de danger des inondations ( du Rhin ) , à portée de la pierre 53 qui y eft propre , des bois nécelfaires pour la calciner, & des lieux où l’on *3 trouve le débit de la marchandée. Le four à chaux ferait d’un revenu fort 35 modique ïi i’onfe bornait à y faire de la chaux : il n’en coûterait pas moins p de bois pour une fournée, & l’on-ne pourrait y faire que très-peu de « chaux de plus à la fois, parce que la pierre du fommet du four ferait en-53 core pierre lorfque celle près le'fourneau ferait déjà calcinée. Il eft donc s, à propos que l’établiiTement fefaife encore à portée d’une terre convenable ,3 à former de la brique ou de la tuile, que l’on peut également faire içuire à ,3 ce four,
- 91, „ On diftingue au Fort^Louis du Rhin & dans les environs, de la ,5 pierre de trois elpeces propres à faire de la chaux, La meilleure eft dure, » pefante & grilatre : elle tient de la nature de la pierre-à-fulil, & produit ,3 des étincelles par le choc. On la tire des "carrières de Marienthalj ellere-33 vient auprès du Fort-Louis à fo liv, la toifecube: celle des environs d’E-3, bersbourg ferait beaucoup plus chere, & celle de Piçkelberg eft fort infe-,3 rieure aux deux autres,
- Charge de ce four.
- 92. ,3 On forme dans le four avec ces pierres une maçonnerie feche, en ,3 obfervant que les plus gros maflîfs foient d’environ quatre pouces fer 33 chaque face. On conftruit, en les arrangeant, trois fourneaux femblableà ,3 entre, eux qui répondent aux trois gueules du four , chacun de quatre 33 pieds & demi de hauteur & deux pieds de large, & l’on ne met des pierres J, que fur dix-huit pouces de hauteur au-delfes dés fourneaux ; enforte que 33 dans ce four , il n’y en aque'iix pieds au-deflus du fol. Le dernier lit doit 33 être bien horifontal & bien uni, pour recevoir les briques que l’on y pofe J, fur leur champ & croifées les unes fer les autres. On laiife entre les briques 33 un efpace de fix lignes, pour donner au feu la facilité de monter jufqu’aU jj haut du four , dont on remplit toute la capacité.
- Du feu de ce four.
- 93.,, La réuflite de ce four dépend d’y donner le feu avec précaution, »-(§• 83) > il doitdurer feptjourseonfécutifs. Lefeülmaitre chaufournier,
- .même tems dans le même four où l’on cuit driiTant, elle s’écrafait fous le poids de la de la chaux ; mais que la. pierre à chaux di- tuile,qui fouvent était brifée ou prenait jninuant de volume en fe çuifant & s’ajtten- forme irrégulière, 'Fqurcroy.
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- avec un aide pour le relever, peut conduire ce feu, qui pendant les vingt-, quatre premières heures fe fait avec de vieux bois de chêne, qui produit beaucoup de fumée : enfuite on poulie doucement le feu à un degré plus vif. On l’entretient dans fa grande force cinq jours de fuite avec de jeune bois de chêne, & on finit par un feu clair de bois réfineux, pour donner à la marchandife fa derniere perfection.
- 94. „ Lorsqjje le four elt refroidi, ce qui arrive après treize ou quatorze jours du moment où l’on y a mis le feu, on en retire les matières pour les mettre en magafin. Les galeries ou retraites fervent à dépofer la brigue ou la tuile, ainfi que la voûte, que l’on a foin de murer exactement fur dix-huit pouces d’épailfeur lorfque les matiereâ font arrangées dans le four. L’efpace compris entre le four & la charpente qui foutient le toit, procure aux ouvriers la facilité de travailler à couvert. O11 conferve la chaux dans des trous faits exprès , ou dans d’autres magafins.
- 95". „ On travaille ordinairement à ces fours depuis le commencement de mars jufqu’a la fin d’oCtobre : un chaufournier entendu peut dans cet intervalle faire quatorze fournées. Pendant l’hiver, il fe procure les matières, & fait faire toute la brique & la tuile qu’il prévoit pouvoir débiter en un an. Plus ces matériaux font fecs quand on les met au four, & mieux ils cuifent.
- Dépende d’une fournée.
- 96. „ Un four des dimenfions de celui-ci contient fix toifes trois quarts „ cubes de pierres à chaux , qui, à fo liv. la toife en 1764,
- » ont coûté . . . . . . . 337 liv. lof.
- „ On y fait cuire trente milliers de briques, qui avant d’ètre cuites reviennent, au chaufournier à fix livres le
- „ millier . . . .........................180
- » Il faut pour une fournée quarante-deux cordes de bois ,
- „ qui, à 10 liv. au plus cher, coûtent . ... 420
- „ Cent vingt-deux journées de manœuvres pour la charge „ & décharge du four, à 12 fols ... . . 73 4
- L’établissement du four, fuivant le détail qu*en a fait M. Artus, coûte ^37^ liv. & il peut durer au moins vingt ans, moyennant quelques réparations annuelles. Si l’on ellime les intérêts de ce capital, avec le produit du terrein de l’at-telier, & l’entretien des bâtimens à environ 748 liv. par an pour le plus cher, c’eft pour chaque fournée une dépenfe de 5:3 6
- Enforte]qu’une fournée reviendrait au plus au chaufournier à 1064
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- K La fournée produit quatre cents cinq mefures de chaux, faifant mil trois 5, cents quatre-vingt-dix-huit pieds cubes, à raifon de foixante mefures par ,j toife cube. La mefure fe vend 22 fols au fortir du four, ce qui fait 6 fols un „ denier le pied cube. Les quatre cents cinq melures produifent donc au j, chaufournier .... . . 445 liv. 10 £
- „ Le millier de briques fe vend 30 liv. & les trente milliers . . . ... . 900
- 5, Total du produit d’une fournée \ . 134Ï K>
- Dépenfe . . . . . . 1064
- Profit du chaufournier par fournée. . . 281 10
- Et pour les quatorze fournées par an. • • 394i
- Difcujjion' des avantages de ce four.
- .97. Pour examiner les avantages de ce four à double ufage, fi l’on confi-dere que les cent milliers de briques du Havre font un cube de matière à peu près égal à 21 toifes cubes de pierres à chaux, & fe cuifent avec 18 cordes de bois, tandis que 21 toifes cubes de pierres ne peuvent fe calciner (§-88) avec moins de 63 cordes 5 il eft aifé de juger en général que la converfion de la pierre en chaux confomme beaucoup plus de bois que la fabrication de la brique, relativement à la malfe de ces diverfes matières. Nous voyons aufiï d’une part, jque dans le four à briques du Havre, dont l’intérieur eft un cube de 5415 pieds, il fe confirme peut-être jufqu’à 12 cordes de bois & plus en 24 heures, tandis que l’intérieur de celui du Fort-Louis pareillement cubique & de <;<;08 pieds ne confomme que 8 cordes de bois tout au plus en 24 heures lorfque le feu y eft dans toute fa vivacité. De là, il eft fort vraifem-blable que le feu des fours à briques du Havre eft plus violent pendant fa courte durée en une malfe un peu moindre, au lieu que le feu des fours a chaux du Fort-Louis dure plus long-tems. Nous avons encore d’autre part le cube des premiers fours à chaux d’Alface, contenant feulement 1728 pieds cubes, chauffe par 18 cordes de bois en 24 heures, ( §. 83 s 84)- Toi*t cela nous prouve fuffifamment que pour la calcination de la pierre il faut un feu de bois ou plus ardent ou plus long-tems entretenu que pour opérer la çuilfon de la brique. Il ne ferait donc pas étonnant que, par quelque méca-nifme bien entendu, une partie de la chaleur d’un four à chaux à grande flamme infuffifante à la calcination , fut mife à profit pour faire cuire des briques, comme M. Artus l’a penfé. Mais fi ce fécond effet du même feu n’était du
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- qu’à une augmentation de bois qui lui fûtproportionnéeje profit s’évanouirait.
- 98- La brique d’Alface, dont il s’agit ici, a pour dimenfions douze pouces de longueur, fix de largeur, & deux & demi d’épaifleur. Si nous la comparons avec celle en ulage dans l’intérieur du royaume, de huit, quatre, & deux pouces de dimenfions, nous trouvons que leurs maifes font entre elles : : igo : 64:: 2,8125': 1; enforte que, relativement à leur volume, lorfque la brique du Havre revient à 3 liv. 10fols le mille avant d’ètre cuite, celle d’Al-face pourrait coûter jufqu’à 9 liv. 17 fols ; au lieu que le millier 11e revient au chaufournier du Fort-Loüis qu’à 6 liv. parce que les prix de toute main-d’œuvre font beaucoup moindres en Alface, où les hommes ne font pas fi rares que fur nos côtes.
- 99. Pour la cuilfon de trente milliers de briques dans les fours du Havre, il.ne faut, comme nous PapprendM. Gallon, que cinquante-quatre cordes de bois. Si des quarante-deux cordes qui s’en brûlent (§. 96) en une fournée du Fort-Louis, on retranche les vingt-huit cordes Tuppofées néceifaires ( §. 88) à la calcination de fix toifes troiSï quarts cubes de pierres dans un four de cette forme, il refte encore quatorze cordes de bois employées à la cuilfon de la brique i & cette quantité de quatorze cordes fe trouve à peu près celle que l’on emploie au Havre pour une malfe égale de briques, puifque 1 : 5, 4 : : 2,, 8i2î: iï,i87ï.
- 100. Je 11e croirais donc pas qu’il y eût aucune économie à employer le fout à double ufage du Fort-Louis. Mais il paraît que, relativement aux prix: des bois, des journées d’ouvriers & du tranfport, le mille de briques d’Alface •pris au pied des fours du Fort-Louis ne pourrait être vendu moins de 23 livres lorfque le mille de celles de Normandie ne coûte, rendu au-Havre, que U livres 10 fols. J’en dis autant de Huningue & de Landau, où je fais qu’en. 1747 011 payait 27 & 30 livres le millier de briques,à peu près de même échantillon que celles du Fort-Louis du Rhin (17).
- , (17) On me permettra d’ajouter à tous calcaires très-communes dans nos monta,
- ces grands fours, la méthode beaucoup gnes. Le choix de l’emplacement pour conf-plus fimple que je vois fuivre autour de truire le four, eft d’une grande importance, moi pour faire la chaux. Elle eft connue Nos ouvriers prennent un endroit fur le dans la Franche - Comté , dans le Pays-de- penchant de quelque colline propre à ga-Vaud , dans le canton de Berne , dans le rantir le four des vents violens qui etn-comté de Neuchâtel, & ailleurs. On choi- pêcheraient le travail. On creufe au pied fit d’abord des cailloux, qui fe trouvent de la colline, une foffe fphérique prodans plufieurs rivières. Ils font d’un blanc portionnée à la quantité de chaux que foie & d’une couleur matte : Jes ouvriers l’on veut cuire. On entoure cette fofle de les connaiflent au premier coup-d’œil. Si quartiers de rocs propres à retenir la ter-f on craint de fe tromper, on peut en faire re, & on y arrange les cailloux de maniéré l’effai en petit. On prend aulfi des pierres qu’il reite par en-bas une bouche allez
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- A-R-T D U C B AUTOUR NI ER.
- 3 St
- 'S EC OND'GEN'R'Ê BES-FOURS-A CHAUX.
- ’ - i '- • r fv ) j,‘j - c : r c 'l .. '
- Fours a p e t i t f e u, : m. ' :
- 101. La calcination de la pierre s’opère'également au môyert d’un petit
- feu par couches répétées, Si alternativement entre-mèlées avec lès pierres i ce qui pourrait ne pas exiger l’appareil delà conftrudion d’un four* puifque nous,voyons cuirè des briques à petit feu ( i 8 ) en les arrangeant en plein air : aûih verrons-nous ailleurs que'l’on peut en ufer de même pour faire la chaux* Mais par quelques-uns dès fours ufités pour cette fécondé méthode, on eft parvenu à‘une économie'conndérable fur la dépenfè du feu dans les provinces où le bois eft cher, fur la pierre à calciner,, & même fur le tems néceifaire à fa calcination. * *i
- 102. Le fyftème le plus commun de l’intérieur de ces fours du fécond genre eft une pyramide renverfée , ou Péqùivàlent : la plupart de ceux dans lelquels; on ne,brûle que de la houille (19), font circulaires,-foit en cône tron-
- grkn-de pour alldmet lefeu aé -f?deffoüsTder'r'fècommàndê pour-cèt effet d’avoir du bois cette efpece de foffe. On foutient la terre: bien fec & en'iüffifante quantité. Les brouf* avec des-pieux plantés ;en .rond & »liés en* , failles dont nos baffes mon tagnes font cou-femble avec des branches pliantes de quel. vertes,^font fort propres à cet ufage. Il faut que^ar-briffeau. Qn a foin de^biën battre; lap, encore avoir l’attention de chûifir des pier-terré,tout "autour^ Sur la'bouche inférieure tes à dhâux à peu près de la'même grofc & dàtTS ééttè îéïpéêè de grand papier vl’on ’feur’i5 ^ d’une düretç égale1, afin 7que leur élevelèsiCailloux &• les pierres a'chaux, r* difpofition foit uniforme , & quelacuiffon en forme de pyramide, obfervant de laif- fe faffe par-tout au même degré en même fer entre les pierres affez d’efpàcepour que tems. Après la cuiffon , la chaux eft mife l’aétion du feu puiffe s’étendre & fe déve- dans des tonneaux , & vendue à des prix lopper dans toute lafburnée. Les cailloux différens , fùivant les lieux. Dans les villes, bien .rangés font recouv;efts_dfonei,bonne ^,ceux qui veulent bâtir achètent des chau« couche de terre., bien tapçée’, par -/tout où f fourniers la chaux dont ils comptent avoir, l’on.né;yeut pas laiffêr des é.yepts. (3n ap.. 'fiefoin. Dan^ les campagnes, chaque parti-' p'uie éoütfc tour de i.’édificejâvVc dë gran-' l jculier fait lui - même la chaux qui lui eft" dès'përéhës^ pour retenirja terré^,onLlui' u;nécéffaire. Il n’y apporte point tout cet donaduné forme pyramidale. ^ P appareil des grandes méthodes", qu’il* faut
- , Quelques ouvriers: .mettent’ lefteu' par rapporter, non pas pour les répandre, mais en-basj?(pendant^u’ppr travaille encore g pour les fimplifier, C’eft ce que n’ont pas à arranger le fopirpp^jde^ pyra|pi|le^ D’au-s:^ toujours fait les xçlebres auteurs de ces très préfèrentd'attendre que touïlè çhâü-'‘'J defcrip'tions, & j’âï tâché de' fuppléêr à leur foùff fpîii’atiié^é.iËà cdnduite^Ùd'îèq exige1 ' filence. r >
- de fftabifidé &dè l’éxpérienceÇ ptôuidon- VoyezTarï âù’ tïiilier&rïcfûttier.
- neEjd’ahoed iÿn:feu jÿif & clair £ "polir: le {19)1 En Angleterre, on sfait cuire la
- foutenir jufqu’à la fin de la cuite, pour le chaux avec du charbon de pierre, dans des diriger de façon qu’il pénétré également fours affez femblâbles à ceux-ci, dans toutes les parties du'fdtiriieàu?:On ' -iC*U0A • m
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- que, foit endemi-éllipfoïde alongée: on en fait auffi de pyramidaux quar-rés , où le feu fe fait avec du bois ou des tourbes ; & de cylindriques, où l’on emploie le charbon-de bois otl la houille. v.
- 103., La chaux du Boulonnais, qui fe fait principalement à Landrethun > près Marquife & Guin-es, entre Calais & Boulogne ; & la chaux de Tournay, qui fe fabrique au bord de.FEfcaut près Antoing, à la droite de notre champ de bataille de Fontenoy, font les meilleures efpeces de notre frontière au nord , après la chaux âpre de Lorraine. On les fabrique lune & l’autre au feu de houille, les mines de houille ne Te trouvant pas éloignées des carrières1 d’’Antoing 8c de Landrethun, où les bois font rares & de haut prix.
- FOURS EN CONE RENVERSÉ.
- Fmirs À chaux de Flandres.
- 104. Tous' les fours à chaux font femblables fur la baffe Meufe, FEfcaut, la Scarpe,, la Lys, dans- la Flandre maritime & le, Boulonnais : ils ne different que parleur grandeur & quelques aeceffoires, à ^exception de ceux de Tournay, dont je parlerai en particulier. On fait aux mêmes fours, dans toute cettè étendue de pays, de la chaux de pierres dures, emmarbrées, quand on peut fe. les procurer , & de la chaux de pierres blanches & tendres qui s’y trou veut prefque par-tout. Ce font encore les mêmes fours qui font en iifage. à Vichi, à Lyon .(2û), en Dauphiné, &en pluiieurs autres provinces de France.
- Dimensions. & conftruiïion de ces fours.
- . 10?. Le vuide ou.intérieur de ces fours eft un entonnoir: en Flandre on lui donne vingt à vingt-huit pouces de diamètre parie bas : le diamètre augmente db quatre à neuf pouces par pied dè'hauteur du four, jufqu’à ce que l’axe ait acquis une hauteur proportionnée à fexploitation qu’on fe pro-pofe : un petit; fo.ur s’éleva jufqufà feptrou;huitpiéds.de hauteur peut avoir au fommet einq: à.fixipieds de diamètre ; au lieu qu’un grand s’élève, jufqu’à; quinze & fèize pieds, & aura au fommet de huit à douze pieds de largeur d’orifice. Ailleurs 011 leur donne par le bas jufqu’à près de cinquante pouces de diamètre.. Op fait donc.de ces fours à chaux qui ne contienhënt qu’environ foixante-quinze pieds cubes dematiere àlafofs,.ponrdesr^rtieuiïers qui y eu-' lent bâtit, & d’autres qui ,en contiennent jufqn’a Tx cents pieds. .Qn joint auffi pluiieurs de ces derniers enfemble, pourole$ entreprifes de grande con-fommation. : ipoq.,'Sîyn ’
- • - . , si1 ' 1
- (20) Voyez mém. de F académie royale desfcience^dçrJPaiis, ahn. 1761,
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- io6. Les proportions de tous ces grands & petits fours ne paraiiTent déterminées que par le caprice & les idées particulières à chaque chaufournier, ou meme au maçon qui les conftruit. Le plus ou le moins de talut à donner au pourtour de l’entonnoir depuis deux jufqu’à quatre pouces & demi par pied de hauteur, dépend uniquement, dit le maçon, delafolidité plus ou moins grande du terrein fur lequel on établit le four. Il faut plus de talut li le fond n’eft pas ferme} li les côtés étaient moins inclinés que d’un fîxieme de leur hauteur, la malfe de pierre dont le four fera rempli tomberait trop promptement au fotid, &y formerait un poids capable d’ébranler l’édifice. Si le four, félon les chaufourniers, eft trop évafé, le feu ne peut en atteindre les bords. Il y a lieu de croire que ces diverfes précautions ne font pas fans fondement, & que l’opération du feu de ce four n’exigeant pas une grande précilion dans fon degré de chaleur, on peut eftecftivement admettre une certaine latitude dans le meilleur module de fes proportions, comme nous le verrons par les détails. Mais par-tout l’art du chaufournier m’a paru n’avoir été éclairé jufqu’à préfent d’autres lumières que de la tradition locale des gens grolîiers qui le pratiquent.
- 07. Le cône renverfé du four B C (pl. J II, fig. 1,2, 3 & 4 ) eft porté fur un foyer cylindrique G du meme diamètre de vingt à vingt-huit pouces, & de dix-huit de hauteur, qui fert tout à la fois de cendrier, de décharge & de fouf-fletpourle four. On pratique à ce foyer un, deux, trois, ou quatre gueules F, félon la grandeur du four, chacune de quinze à feize pouces de hauteur , & de douze ou treize de large , pour pouvoir y faire palfer aifément une pelle de fer de l’efpece de celles que l’on appelle efcoupes : chaque gueule eft ceintrée par fon fommet de 2 pouces fur une barre de fer de 25 lig. de largeur & 4 à ? lig. d’épailfeur (pl. III, fig. 6), qui enfupporte les claveaux ; & chacune eft encore traverfée à la nailfance de fon ceintre par une fécondé barre lèmblable & droite , le tout bien fcellé dans la maçonnerie. On fcelle auffi une autre barre plus forte à l’orifice inférieur de l’entonnoir, & à peu près fiiivant fon diamètre, fur laquelle, comme fur les barres horifbntales des gueules, le chaufournier fait porter les extrémités d’autres barreaux volans, pour y former un grillage quand il en eft befoin.
- 108. La manœuvre très-fréquente de charger ce four, exige à fon fommet une plate-forme tout autour de l’entonnoir, & plus grande à proportion que le four eft plus élevé. Il ne la faut pas moindre que de largeur égale au diamètre fupérieur du four j fi le four eft d’environ douze pieds de large, l’édifice total fe trouvera de trente-cinq pieds de diamètre fur quinze à feize pieds d’élévation, ce qui demande de la folidité dans la bâtiffe. Il y faut donc ou de bons revêtemens tout autour pour foutenir la pouffée des terres de la plate r-forme & de toute h pierre à chaux que l’on amafle, ou conftruire le
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- tout en maçonnerie pleine, ouchoifir, quand on le'‘peut,Ton emplacement contre un tertre, ou enfin enfoncer le four entier dans les terres, comme nous l’avons vu aux fours du premier genre. Dans tous ces cas, il faut pratiquer au bas des grands fours quelques galeries fuffifamment éclairées, tant pour arriver aux gueules du four, que pour y dépofer la chaux bien à couvert à mefure qu’on la défourne. Pour monter fur la plate-forme , il faut y former une rampe douce, par laquelle les journaliers puMent continuellement fouler les matières à la brouette. u... ' ! i u ..
- 109. Si le cône eft conftruit avec des briques, qui font certainement L’e£ pece de matériaux qui y convient le mieux , la maçonnerie eft fufïilante avec huit pouces d’épaifièur. Il y faut cependant plufieurs contre-forts , 'pour qu’il 11e fléchiife pas en cas que les terres rapportées falfent quelque mouvement. Du refte, ces fortes d’édifices n’ont rien de particulier, dont les deiîins ne pùifi fent faire entendre les détails.
- 110. Un petit four de cette eipece, creufé dans la terre & revêtu de briques,
- ne peut nulle part être cher à conftruire : mais un grand, élevé en rafe campagne , peut coûter dans la Flandre maritime jufqu’à 15* & 1600 livres * deux ou trois grands accollés iroient à iooaou 1200 livres chacun, leta^t à proportion du prix des journées d’ouvriers & de la brique, qui s’y vend jufqu’à douze livres le mille. ....
- Charge de ce four en pierres dures.,
- ni. Pour charger ce four, le chaufournier, après avoir formé à l’orifice inférieur de l’entonnoir le grillage de barreaux volans (§. 107 ), y defeend & y arrange trois ou quatre bradées de bois bien fee , qu’il recouvre d’un lit de trois ou quatre pouces de houille en morceaux gros comme le poing.
- 112. Si la houille deftinée pour ce four eft en poufliere, & que la pierre à calciner foit dure, toute la pierre doit avoir été réduite en morceaux de la grolfeur du poing tout au plus. On en a tranfporté fur la plate-forme un amas, fuffifant pour la charge complété du four, ainfi qu’une quantité' proportionnée de houille. Alors le chaufournier reçoit un panier rempli de ces pierres, que deux fervans lui defcendent au moyen d’une corde,. & jette les pierres fur.le lit de houille, puis un autre femblable panier: il range groftiérement ces pierres , le plus fouvent avec fon pied fans fe bailfer , en-» forte qu’elles recouvrent toute la houille^ Sur ce lit de pierres, qui s’appelle une charge, & qui peut avoir trois à quatre pouces au plus d’épaiifeur, il étend un lit de houille, ou une charbonnèe , en vuidant un panier qu’on lui defeend , comme ceux de pierres. Le pouflïer, par fon choc, en tombant s’iniî-1111e dans les joints des pierres, & les recouvre entièrement. Le chaufournier répété la même manœuvre des charges & charbonnées alternatives, jufqu’à:
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- . ce que le four fait totalement rempli. Il obferve feulement de faire les charges un peu plus épaiffes, à mefure qu’elles s’élèvent, & fur-tout vers l’axe du four, où le feu elfc fouvent le plus actif. Ces charges forment donc ordinairement. une efpece de calotte, & peuvent avoir vers le fommet du four fept à huit pouces d’épaiffeur autour de l’axe, au lieu de cinq à fix pouces près, les bords de l’entonnoir. Pour le fervir diligemment, il y a huit ou dix manœuvres munis de deux douzaines de mannes ou paniers, qu’ils rempliffent de pierres fur la plate-forme, & qu’ils vuident fuçcefïivement dans- celui que l’on de£ çend au fond du four, ainfi que la houille quand le chaufournier le demande. Il faut une heure pour arranger dans le four environ foixante-douze pieds cubes de cette menue pierre.
- 113. Les memes journaliers font occupés à brifer le moellon avec des marteaux, lorfqu’ils 11e fervent pas à la charge du four ou des voitures qui viennent chercher la chaux. Ce n’eft pas que de plus grolfes pierres ne fe calcinent également bien au feu de houille , comme 011 la pratique quelquefois à portée des carrières & des mines i mais l’éloignement de l’une & de l’autre, apporte nécelfairement des changemens dans la manipulation de e.et attelier ( c’eft ce que j’ai remarqué à dix lieues de Landrethun, d’où l’on tire la pierre & la houille à grands frais pour les fours à chaux de MM., Thiéry, entrepreneurs des ouvrages du roi, & négocians à Dunkerque, qui m’ont fourni plufieurs bonnes remarques affinées fur leur longue & intelligente pratique, & m’ont procuré toutes fortes de facilités à leurs fourspour mes épreuves). La houille doit être diftribuée dans le four, par couches d’une épailfeur proportionnée k fon degré de bonté & à la mafle des morceaux de pierre. Si les pierres ne font, pour la plupart à peu près égales , les plus groffes.ne feront pas encore pénétrées de feu, lorfque les moindres feront déjà calcinées 5 il faudrait donc obfer-ver dans, les çharbonnées de donner plus de houille à celles-là qu’à celles-ci : ce qui, outre la grande fujétion ,produirait fouvent de l’inégalité dans la calcination,beaucoup de noyauxque les chaufourniers appellent auflj rigaus & marrons dans les groifes pierres, & confommerait beaucoup de houille inutile autour des petites. Or,quand la pierre eft çhere, on 11e laiffe perdre ni les éclats des moellons ni les recoupes de la taille , & il fe rencontre néeeffairement beaucoup de menus morceaux dans la pierre à calciner. Pour qu’il y ait plus d’uniformité dans le total, il convient donc de brifer les moellons, & de n’admettre dans le four que des morceaux de pierres au-deffous de vingt pouces cubes.
- 114. D’ailleurs , la houille que l’on tire de loin n’eft pas toujours de la meilleure , fur-tout -fi elle vient de houillères qui n’aient pas un grand débit. Comme alors il s’y en trouve fouvent d’anciennement tirée de lamine» & par confequent éventée on fort affaiblie, les débitausne manquent guère à
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- la mêler avec la nouvelle, & l’envoient ainli détériorée à ceux qui ne font pas à portée d’y veiller. Il faut, en employant cette houille, faire les charges de pierres plus minces ; la menue pierraille y convient mieux. Quand on a la houille dans toute fa force, & mêlée de morceaux avec le pouftier, comme à Tournay, Valenciennes, &c. on peut épargner une partie des frais de la débiter frmenu. La grofle houille donne un feu plus vif, parce qu’elle s’évente moins à l’air, & eft plus qhere à poids égal. Mais on a remarqué par-tout, que les moellons angulaires & minces , au moins par un côté , fous la forme irrégulière d’un coin, en un mot, ce que l’on appelle des éclats, fe calcinent mieux que ceux de forme cubique ou arrondis, qui ne réunifient pas dans les fours.
- iif. On fait auflî plus minces les charges du fond du four, parce qu’il faut au commencement de l’opération plus de feu pour faire fuer & recuire le four, fur-tout s’il eft récemment conftruit; & malgré cette augmentation de feu , le pied du four fournit ordinairement quelques mannes de pierres mal calcinées.
- Du feu de ce four, & de fa conduite,
- 116. Il n’eft pas indifférent de mettre le feu au four lorfqu’iln’eff chargé qu’en partie, ou d’attendre qu’il le foit totalement. Si dans ce dernier cas le feu par quelqu accident ne prenait pas bien & s’éteignait, il faudrait décharger tout le four, & perdre un tenus confidérable de tous les journaliers ; ainfi la prudence exige de l’allumer lorfque le bois (§. 111 ) eft recouvert feulement de deux à trois pieds de hauteur par les charges, Pour l’allumer, on jette dans le cendrier une botte de paille que l’on y charge de quelques morceaux de bois fec : on obferve de choifîr celle des gueules fur laquelle le vent fouffle le plus directement. Si le vent était trop violent, on boucherait celles des autres gueules par lefquelles la flamme fortirait du cendrier. En quelques minutes, le bois qui eft fur le grillage fe trouve enflammé. Lorfqu’il l’eft fufïifamment, & que la fumée commence à fortirpar le fommet du four, on bouche toutes les gueules avec des pierres &de la terre ou des gazons, afin que le feu ne s’élève pas trop vite j & c’eft alors que l’on continue les charges jufqu’au fommet du four.
- 117. Il ferait fans comparaifon plus commode au chaufournier, que ces gueules fuflcnt garnies chacune d’une porte de tôle. Il eft fouvent néceffaire de les ouvrir ou fermer, pour bien conduire le feu & rendre la calcination égale dans toutes les parties du four : mais comme il faut du tems & quelques peines pour arranger & déplacer cet amas de pierres & de gazons, dont on fe fert ordinairement, les ouvriers conviennent qu’ils fe les épargnent quelquefois mal-à-rpropos 5 au lieu que dos portes de fer avec regiftres, comme à
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- nos poêles d’appartemens, leur donneraient le moyen de gouverner le feu avec la plus grande facilité. J’en ai fait faire de telles en faveur d’un vieux chaufournier praticien de quarante ans, qui m’en a remercié pendant plùfièurs mois, comme d’un grand préfent.
- il 8- Les gueules par lefquelles on tire toute la chaux du four, à mefure qu’elle eft faite, font fujettes à de fréquentes dégradations. Leur céintre qui n’eft porté que for une feule barre, fe brife à' force d’ètre heurté pa:r lé manche d’une pelle que l’on enfonce dans la chaux, comme un levier, pour 3a foire -tomber dans le cendrier : leurs pieds-droits s’écornent & fe détrüifent par les coups fréquens de la même pelle qui ramafle la chaux. Il faudrait, dans le cas d’une exploitation fuivie plufieurs années, que les gueules fulfent garnies d’un chaffis de fer, qui en les défendant fervirait de battée à la porte de tôle.
- 119. Il ne fuffitpas toujours, pour opérer l’égalité du feu dans tout le cercle du four, de bien ménagerie courant de l’air oü tirage par le cendrier. Il fe rencontre dans le maflif des pierres, fur-tout auprès des parois du four, des endroits où le feu ne pénétré pas comme ailleurs j ce qui vient eii partie de ce que la pierre, en tombant des mannes, fe trouve plus eiltaflee dans quelques points que dans d’autres, & moins garnie de houille dans fes joints. Ces en« droits font remarquables àlafurfoce du four, par la couleur dés pierres, qui" iie font pas imprégnées de fuie, comme celles fous lefqUelles le feu a fait plus de progrès. IIfaut y donner un peu de jour, pour que le feu s’y porte davantage ( §. 4<£ ). C’eft à quoi fert la lance (pi. III, fig. 5). Le chaufournier dre (Te la lance fur fa pointe, & en l’agitant la fait entrer & pénétrer à travers les pierres de toute fa longueur : il la retire & la replonge plufieurs fois de fuite dans le même trou , pour y former un petit canal, & en pratique plufieurs femblables dans le voifinage, s’il le juge néceffaire. Il n’en faut pas davantage pour déterminer le feu vers ces parties, & rétablir l’égalité (§. 46 )• Ces coups de lances font fort rarement néceffaires ailleurs qu auprès des parois de l’entoif-iioir, & m’ont fait juger que les foiirs moins évafés font plus favorables que ceux qui le font davantage ( §.; 106) ; dans ces premiers le feu devant atteint dre plus aifément toute la circonférence.
- 120. Lorsque le feu approche du haut du four, il fout en garantir l’orifice par des abri-vents de planches de quatre à cinq: pieds de hauteur pour les petits fours , & un peu plus élevés pour lés grands. On lés drefle entre quelques piquets $ on les change de place , félon que le vent tourne , & on les abat: chaque fois qu’il fout recharger le four. Il n’y a- pas dfouiie opération à foire.àce four, juiqu’à ce què le feufoit parvenu à Porifice fupérieur, & ait enflammé le dernier lit de houille fous la derniere charge de pierres , enforte que l’an en voie la flamme : ce qui arrivé le troifième ou quatrième jour -, fuivant la grandeur du four, & que le vent a été plus ou moins favorabic-pat fa médiocrité.
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- De Vextraction de la chaux, & des recharges du four±
- I2i. Le feu , à niefure qu’il s’élève, abandonne le bas du four, dont il a oonfumé toute la houille, & qui fe refroidit totalement. Alors le chaufournier jette une bonne charbonnée fur la furface de fon four, & commence enfuits à tirer par le cendrier la chaux qui eft faite.
- 12,2. Il y aurait de l’inconvénient à déranger le pied du four avant que le feu fût arrivé jufqu’au fommetj la chute ou l’affailfement des pierres ferait pénétrer & tomber entre leurs joints les charbonnées du fommet, qui ne feraient pas encore enflammées : ilfe trouverait par-là des efpaces de pierres dépourvus de houille, & d’autres qui en feraient furchargés. C’eft par cette raifon qu’il faut jeter une charbonnée avant de tirer la chaux faite : le feu, quoiqu’il fe montre autour de l’axe à la furface fupérieure du four, n’eft ordinairement pas encore fi élevé près la circonférence (§. 119)5 il faut y fournir de la houille pour remplacer celle qui tombera plus bas , pendant le mouvement que vont faire toutes les pierres dont le four eft chargé.
- 123. Pour tirer la chaux, le chaufournier arrache les barreaux volans du grillage ( §. 111 ) : la chaux tombe aufti-tôt dans le cendrier 5 ou fi elle refte fufpendue dans le four, il l’aide à tomber avec le manche de fa pelle ( §. 118 ) î il l’enleve à la pelle par toutes les gueules l’une après l’autre. Ces ouvriers prétendent que, s’ils tiraient la chaux par une feule gueule, il h’y aurait qu’un côté du four qui fe vuiderait de la chaux faite , & que les pierres du four ne s’aifaifleraient pas également 5 au lieu qu’en tirant par toutes les gueules , la maife entière defcend uniformément fans fe déranger. Ceci me parait vrai dans les fours de Tournay, qui font beaucoup plus grands qu ailleurs , & dont le pied eft autrement difpofé : mais j’ai fouvent obfervé comment fe fait .cet affailfement dans les fours coniques de la Flandre, pendant l’extracftion de la chaux. Comme l’entonnoir n’a qu’environ vingt-quatre pouces d’orifice par le bas , ce font toujours les pierres les plus voifines de fon axe qui tombent le plus vite, & fur un diamètre à peu près égal à cet orifice inférieur ,’par quel* que gueule que l’on décharge le four 5 enforte qu’il fe forme toujours à la fur-face fupérieure un encuvement de huit à dix pouces plus profond auprès de f axe que vers les bords , fur un aifaiifement total de dix-huit pouces réduits : en même tems toutes les autres pierres de la furface voifine des bords fe retournent, & font un mouvement comme pour rouler vers l’axe.' Cela eft arrivé de même & devait être, lorfque j’ai fait tirer îarchaux par une feule gueule..Leur multiplicité eft donc utile, par la facilité qu’elle donne .pour gouverner le feu félon les .vents, & fur-tout pour dépofer la chaux à couvert tout autour d’un grand four 5 mais une feule gueule fuffirait pour tirer la tliaux* . 1 j . ....
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- 124- Le chaufournier continue à tirer la chaux, jufqu’à ce qu’il la voie tomber mêlée de feu : c’eft à cet indice qu’il reconnaît ordinairement la quantité de chaux faite, qU’il peut enlever de fon four. Le feu ne pourrait par aucun moyen létrogardervers le bas ( §. 47), dont toute la houille eft coit-fumée ,& le phlogiftique diflîpé. La pierre d’en-bas eft donc ou totalement calcinée, ou hors d’état de l’être mieux à cette place , lorfquè le feu la abandonnée: on peut la retirer. Cependant, quand il a fait un grand vent &de -durée, le feu peut être monté trop rapidement & avoir abandonné le pied du four, fur une fi grande hauteur, qu’il y aurait de l’inconvénient à en retirer toute la chaux qui fe trouve refroidie. Alors la pierre qui eft encore enflammée , s’approchant fort près de l’orifice inférieur où le tirage de l’air froid fait fon impulfion la plus violente , ferait aufîi trop tôt abandonnée par lé feu î la houille qui l’accompagne ferait confumée trop vite : le feu continuant à monter rapidement, une. grande partie de la pierre ne ferait pas bien calcinée, comme il arrive aux premières que l’on tire de ce four ( §. 1 r 5 ). Le chaufournier , qui connaît le produit ordinaire de fon four & les accidens de l’air, n’en retire donc alors que ce qui leur eft proportionné, & a foin de mouiller la houille fi le feu va trop vite.
- 12$. Le vuide que tarife au fommet du four la chaux tirée par les gueules, fe remplit aufti-tôt par de nouvelles charges & charbonnées ; mais il faut en réparer auparavant la furface inégale. Il y jette d’abord une charbonnée; puis il enfonce la lance de quelques pieds le long des parois du four; & en la faififlànt par fon œil, il s’en fert comme d’un levier avec lequel il lait effort contre le bord du four pour foulever & retourner les pierres, qui par ce moyen fe rapprochent de l’axe & recomblent l’encuvément qui s’y était formé. Ces efforts de la lance exigent un point d’appui folide aux bords de l’entonnoir, qui doit avoir été, par cette raifon, couronné de bonnes & fortes pierres, pour n’ètre pas détruit en peu de jours. Il fait la même manœuvré tout autour, & rejette même vers l’axe avec une pelle les pierres de la bordure, pour reformer le bom&Rge au lieu d’encuvement; après quoi il répété la charbonnée & les charges de pierres alternatives jufqu’au fommet du four, comme le premier jour.
- - 126. Lorsque le teins eft calme & par-là très - favorable à l’égalité dé la calcination dans toutes les parties du four , le feu s’évafe davantage ,
- & fe déclare encore plus tôt aux>bords que vers l’axe’ du’four : alors au lieu de bombage , 011 charge les bords de quelques pouces plus haut que le milieu.
- 127. Depuis le moment où l’on dre la première chaux , ce font toujours' les mêmestmouvemens à recommencer, tant que le fbur reftè allumé, c’eft-à-diretant que dure la confommation de la chaux,, que l’on fous-tire jour-1 Tome IV. A a a
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- nellement, à mefure qu’elle fe fabrique , comme on le pratique aux fourneaux où l’on fépare les métaux de leur minéral : auffi les chaufourniers appellent-ils ces fours à chaux * fours coulans. On voit que l’opération a pour but ici, comme dans les fourneaux à briques que j’ai décrits ailleurs , de faire féjourner un certain degré de chaleur dans chaque partie du four pendant un tems fuffifant, & qu’il faut que le feu par fon intenlité, ou par fa durée, foit proportionné à la réfiftance de la pierre, qui fe calcine plus ou moins facilement , félon fon volume & fa dureté : que le chaufournier a fouvent à vaincre les obftacles des vents, de la pluie & même de la houille, qui tendent tous à déranger l’équilibre néceffaire dans fon four. C’eft à quoi font relatifs tous ces procédés, qui font les mêmes, ou à peu près, pour tous les fours que j’ai vus de ce genre, & dont je ne détaillerai pas les petites différences.
- Lu chommage de ces fours allumés.
- 128- Dans le cas dune exploitation ordinaire , on ne travaille à ces fours à chaux, ni la nuit, ni les dimanches & fêtes. On en tire tous les jours la chaux le matin & le foir ; & quand le four elt rechargé , il n’y a plus rien à y faire. Mais lorfque l’on doit paffer un jour entier fans en tirer , il faut dit pofer le four de façon à empêcher le feu de monter auffi vite qu’à l’ordinaire. Cette précaution conlifte à jeter au centre de fa furface une charbonnée de deux ou trois pouces d’épaiffeur & de deux pieds de diamètre, que le chaufournier entalfe en la piétinant, quelquefois en la mouillant, & qu’il recouvre d’un lit de même épaiffeur , formé des plus menus éclats de pierres : enfùite il ferme toutes les gueules du four. L’ancien chaufouruier, dont j’ai parlé, m’a dit à cette occalîon , qu’ayant été obligé quelquefois de fufpendre fon travail, foit pour attendre de la pierre à chaux ou de la houille , dont il manquait, foit par quelqu’autre raifon , il avait ralenti fon feu au point d’être douze jours entiers fans toucher au four , & fans autre accident que d’avoir tout au plus quelques pieds cubes de pierres mal calcinées. Il faut alors fermer de même les gueules du four, & faire fur le total de fa furface ce que l’on fait feulement autour de l’axe pour le chommage d’un feul jour, c’eft-à-dire, 11e laiifer fubfifter pour le feu , que le moins d’évaporation poffible, fans l’éteindre. !
- 129. Lorsque les barreaux volans du'grillage au pied du four ont été une fois enlevés ( §. 123 ) pour l’extradion de la chaux, il n’eftplus nécef-fèire de reformer ce grillage , que tous les huit ou quinze jours , pour nettoyer le cendrier : hors ce cas, la chaux porte fur le fond du cendrier fans aucun inconvénient. Quand il faut remettre ces barreaux en place , le chaufournier les chalfe à coups de maffe à travers la chaux par une des gueules,
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- jufqu’à ce qu’il les ait alTez enfoncés pour être fur qu’ils porteront fur la traverfe de l’orifice du four ( §. 107), ou jufqu’à ce qu’ils fortent par la gueule oppofée; & dès qu’il a nettoyé le cendrier, il arrache de nouveau ces bar* reaux. Cet ufage eft meilleur que celui de conftruire, comme à Valenciennes & ailleurs , un grillage' dormant, qui gêne fouvent la chute de la chaux , plie fous le fardeau des pierres, & occafionne des dégradations au four.
- ' De la cendrée.
- 130. Le cendrier s’engorge de tems en tems parles cendres de là houille qui s’y amalfent, fur-tout dans les intervalles entre les gueules, & empêchent la chûte de la chaux. Le chaufournier met foigneufement ces cendres à part : elles font mêlées de beaucoup de menus morceaux de chaux, qui avec les fels fixes de la houille les rendent propres à faire un excellent mortier fiiffifamment connu fous le nom de cendrée.' Gomme on ne veut point en perdre, 011 fe fert, aux grands fours, d’une pelle percée de trous àpaifer le bout du doigt pour tirer la chaux du four , & on en fait tomber toute la cendre fur un tas particulier avant de mettre la chaux dans les mannes pour la tranf-porter. Cette cendrée eft eftimée pour enduire les citernes , les caves, &c. même quoiqu’elle provienne de fours où la chaux faite de pierres blanches eft de peu de qualité ; au Heu que les, cendres des fours à chaux où l’on brûle du bois, ont été reconnues 11e rien valoir dans la bâtiife. Il fort des fours à la houille à peu près une mefure de cendrée contre deux mefures de chaux > & elle fe vend eii plufieurs provinces au moins moitié du prix de la chaux.
- .. t . Des déchets fur la chaux de ces fours.
- 131. Les chaufourniers domeftiques, qui ne travaillent pas pour vendre la chaux, ont encore foin de trier au fortir du four tous les morceaux qui contiennent de la pierre non calcinée; l’habitude la leur fait connaître à l’œil 9 &,jamais ils ne s’y méprennent au poids. Ils les amalfent auprès du fournies arrofent d’uii peu d’eau, & en retirent tous les noyaux pour les remettre au four. La plupart d’entre eux rejettent aufli comme déchet les roches du four, qu’ils appellent la chaux brûlée : je dirai ailleurs ce que c’eft. Dans la chaux qui fe vend, on lailfe toutes ces non-valeurs, ainfi que celles dont le fabriquant même aurait peine à fe garantir, qui font les veines de boulin, ou au-? très matières non calcinables qui font fouvent mêlées avec la pierre , & qu’il ferait quelquefois trop coûteux d’en vouloir féparer (*).
- ’ (*) Dans quelque provinces , ceux qui éteignent la chaux, mettent a part les marrons, qu’on déduit au chaufournier. Note de M. Fourcroy.
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- 132. P AK ce moyen, il n’y a pas de déchet pour les chaufourniers marchands , fur la pierre dure qu’ils convertirent en chaux : la toife de cette pierre leur rend au moins une toife de chaux en menus morceaux. Le déchet tombe en entier fur les gens qui l’achetent, & eft proportionné à la bonne foi du chaufournier, qui peut y avoir épargné plus ou moins la houille &fes foins. Quand on la fait faire fous fes yeux fur les carrières en ehoilîlfant toutes pierres vives & bien nettes , & avec une économie bien entendue, il n’y a non plus aucun déchet. Par-tout ailleurs, & en palfant par les mains de commis, on doit compter iur une diminution de la pierre, que j’eftime d’un vingtième à un quinzième fur toutes les efpeces de pierres dures que j’ai vu calciner.
- Du rendage ou produit de ce four en chaux.
- 133. Lorsqu’un tel four eft bien allumé, que la houille eft égale ou homogène & de bonne qualité, il peut par un tems favorable produire chaque jour en chaux de pierre dure jufqu’à la moitié de la piferre dont il eft chargé. Quelquefois fon produit ne va qu’au tiers j & li la houille eft de peu de force, il rend encore moins. Un four de fax cents pieds cubes peut donc fournir communément mille fix cents vingt pieds cubes de chaux par femaine de fix jours de travail, & expédie beaucoup plus qu’aucun de ceux à grande flamme (§• 53» 88}•
- 134. J’ai remarqué que les fours coniques du pays de Liege, dont l’enton-noir a ordinairement 40 à 4f pouces de diamètre par le bas, confomment plus de houille que ceux de la Flandre, & ne rendent par jour, réduction faite, qu’un cinquième de ce qu’ils contiennent. Cette obfervation, jointe à la nécefiité fréquente de gouverner le tirage ou courant d’air du four ( §. 117), me fait croire qu!ils font mieux conftruits lorfque cet orifice inférieur n’a qu’environ 24 pouces de diamètre.
- Des hommes nêceffahes à ces fours.
- I3i- Un feul chaufournier avec douze ou quinze hommes , peut conduire à la fois trois de ces plus grands fours, dont il ne^fait que les charbonnées, & commande tontes les autres manœuvres : mais il faut que la pierre ait été toute brilee, ou qu’il y occupe encore douze ou quinze enfans $. & il lui faut fiir chaque four au moins cent mannes toujours pleines de pierres, pour que rien ne languiife.Trois hommes fuffifent en tout pour un petit four bourgeois.
- Confommation de la houille pour ces fours.
- 136. La proportion réduite entre la pierre dure & la houille nécelfaire pour la convertir en chaux, me parait être de£o à 6\ pieds cubes de houille
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- par toife cube de pierres du toifé des carrières ( §. f4. ) Malgré l’obfcurité que tous les chaufourniers tâchent de répandre fur cette confommation, j’ai reconnu, que certaines pierres exigeaient, jufqu’au tiers de leur cube d’une même houille, dont d’autres pierres ne demandaient qu’un fixieme , quoique ces deux extrêmes m’aient paru rares. Dans les houillères du pays de Liege & du Hainault, on diftingue deux qualités de houille, dont la moindre fe nomme houille à chaux & à briques : mais, différentes épreuves me font pen-fer que la houille la plus a&ive n’eft pas dangereule au fuccès de la chaux , comme elle l’eft dans les fourneaux à briques. Les eflais de là qualité peuvent fe faire d’autant plus fûrement dans chaque province par les chaufourniers , qu’il me paraît n’y avoir rien à craindre dans ce four de la part dun excès de feu, comme on le verra plus bas.
- De la dépenfe pour fabriquer la chaux dans ces fours.
- 137. Les prix courons en iytff aux fours à chaux du Boulonnais, font : Pour une toife cube de pierre tirée de la carrière . . 4 livres i©fols
- Pour la brifer en éclats . . . . . . . . . 6
- Pour la brouetter au four . 1
- Pour 66 pieds cubes au plus de houille à 7 fols . . . .23 %
- Pour la main-d’œuvre de la calcination .................9
- Total pour une toife cube de pierres calcinées ... 43 12
- 138. En fuppofant qu’elle ne produisît que 200 pieds cubes de bonne chaux triée, elle reviendrait à 4 fols le pied cube.
- 139. Cette chaux fabriquée à Gravelines ^Dunkerque & Bergues, avec les mêmes matières, y coûte environ 10 fols le pied cube, fans y comprendre la conftruélion ou le loyer des fours > & comme les bois n’y font pas au-delfous de 35 livres la corde, mais fouvent plus chers, elle y reviendrait au moins à 20 fols le pied , li on la fabriquait à la grande flamme. ,
- •} 1 :
- Charge & conduite de tes fours en pierres tendres.
- 140. Si c’eft en pierres tendres que l’on charge ces fours, on peut en général les calciner en plus gros morceaux que la pierre dure, & faire les charges plus épaifles. Il fe rencontre des carrières dont la pierre, quoique tendre, rélifte beaucoup à la calcination lorfqu’elle eft reliée long-tems à l’air, & fur-tout au foleil(§. 38). Les chaufourniers, bien moins curieux de favoir li la chaux n’en ferait pas meilleure que d’y dépenfer moins de houille, ont foin de la mettre au four tout lè plus tôt qu’ils peuvent après fon extra&ioii de la
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- carrière j ou bien ils Tarrofent, ainfi que le charbon, s’ils ont été obligés de la iaiffer fécher. Ces .fours chargés en pierres tendres, débitent davantage, confomment moins de houille par rapport au volume de la pierre , & exi-gent moins de monde pour leur fervice.
- i ? >ï "
- Leur rendage.
- 141. Le moins que l’on en tire en vingt-quatre heures, va à la moitié de leur charge. J’en ai fuivi quelques-uns qui contenaient chacun cinq cents quarante pieds cubes , & qui rendaient régulièrement trois cents vingt pieds cubes de chaux vive par-jour de douze à treize heures de travail. On les pouffait , quand on le voulait, à en rendre quatre cents pieds par jour. Il fuffit pour cela, Ci le tems eft favorable, d’en tirer un peu plus par le pied du four à chaque fois qu’on le décharge ( §. 124. )!, ou de prolonger le travail à environ quinze heures ,afin de décharger le four trois fois par jour, au lieu de deux; & il n’en coûte pas plus de houille. Si le tems eft pluvieux, ou qu’il fafle beaucoup de vent, iî fuffit de faire les charbonnées un peu plus fortes ; car il fe confunie plus de houille à. tous les fours à chaux par le vent & quand il pleut, que par un.tems ferein & calme. On peut pouffer de même le rendage de ces fo urs en chaux de pierres dures , quand on eft preifé.
- Leur consommation en houille.
- 142. LA pièrre tendre de la Flandre maritime me paraît exiger quarante à quarante-cinq pieds cubes de la houille du Boulonnais, par toife cubé pour fa ealçinatio.n.. Les différens rapports que j’ai , eus du Hainauît f font monter cette proportion entre cinquante & cinquante-deux pieds cubes de houille des folfes ,de.Gondé, quoique celle-ci foit généralement reconnue1 beaucoup meilleure & de moindre confommation pour les forges que celle du Boulonnais. Mais il eft bon de remarquer que la.pierre tendre diminue dans le four beaucoup plus que la pierre dure : il s’en rencontre que l’on eftime perdre jufqu’à un cinquième, de fqn volume 5 enforte qu’il ne faut pas beaucoup moins de houille pour fabriquer une toife cube de chaux de pierres tendres, que pour une toife cube de chaux de pierres dures. On eftime même en quelques endroits,: qufil faut pour l’une & pour l’autre également un quart de houille, ou cinquante-quatre pieds par toife de chaux.
- , Leur nombre d'ouvriers. 1 / ; ! 1 0: i r
- , >'.[ d . . - . j ... 1 .j
- . 143., L’un des fours de cinq cents quarante pieds cubes que fai fuivis, était
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- exploité chaque année , pendant huit mois, par trois hommes, y compris le chaufournier, & ils coupaient toute la pierre avec des marteaux à tranche, en éclats de la largeur des deux mains au plus, tout le plus minces qu’ils pouvaient. La carrière fur laquelle était le four, était exploitée par quatre autres ouvriers, qui en tiraient au bourriquet, de plus de trente pieds de profondeur, toute la pierre néceffaire pour le four: ces mêmes quatre carriers-aidaient encore à charger toutes les voitures qui venaient enlever la chaux.
- 144. On fait quelquefois dans ces fours de la chaux de pierres dures & tendres mêlées enfemble, & on les fépare au fortir du four. Les chaufourniers difent que cela ne réuffit pas toujours : il eft aifé de juger qu’il en eft de ces différentes qualités de pierres, comme je l’ai remarqué de'celles d’une même eipece & de diiférens volumes (§. 113). \ ;
- FOURS A CHAUX EN DEMI-ELLIPSOÏDE RENVERSÉ.
- Fours à chaux de Tournai. '
- > 14^. M.! Durand, entrepreneur dès ouvrages du roi à Douaÿ$déjà cité dans L'art du briquetier, m’a fait faire à Tournay les -obfervations & deffins, dont-j’avais befoin pour bien connaître les fours à chaux de ce canton. J’en fupprime les détails , dont j’ai déjà-parlé. •' \ r
- 146. .Ces fours ont précifément par-dedans la formé d’un gobelet à pied, & moins de talut que les précédens à leurs parois intérieures. Ce défaut de talut, joint à la grande capacité des fours de cet exemple, rend raifon, & du mafîif de maçonnerie qui occupe le milieu du cendrier, &'des huit gueules que l’on pratique autour du cendrier. Le poids1 de toute la maffe contenue dans la chaudUre du four,'écraferaitune grande partie de la chaux, & rendrait fan extraction fort difficile', s’il n’était foutenu par‘ce dé de maçonnerie, w;quf d’ailleurs renvoie la chaux vers les gueules, à mefure qu’elle tombe,,. Un four de-vingt-deux pieds & demi de diamètre par fonfommet, & de plus de neuf & demi par le1 bas , fe vuiderait inégalement (‘§. 123 ) fî l’on 11e tirait;la i-chaux de tous les icôtés de^fon cendrier. Son'grand‘produit exige beaucoup de gueiiles'& d’efpace au pied pour toutes lés' maiioèüvres. r ; j i 1
- 147.,“ On place.le bois qui fert à’allumer le four à neuf piëd's & demi au-û îdeffus du feüil dés gueules : tout le deffous eft rempli dé piérres , fans mê-; „ lange de matières, combuftibles , & les huit gueules font alors mafquéès „ par de groffes pierres. Ceffiois; qui avec la paillé la-houille en mor--„ ceaux queToiLy ajoute , forme un foyer de cinq à fix-pieds d’épaiffeur M eft recouvert de trois charges-deipiérres & charbonnéesqui s’élèvent de*
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- „ trois pieds au-deflus du foyer, & à travers lefquelles on ménage deux ' communications, garnies de paille & de menus bois , pour porter le pre-^ mier feu dans le foyer. Lorfque le foyer eft enflammé, on recomble le „ vqide des communications avec des pierres & de la houille > mais il faut ^ que le chaufournier veille à ce que le feu ne fe perde pas par le haut ; il v faut qu’il le force à s’étendre également par-tout. Alors , à mefure & à proportion que le feu s’élève, on continue la charge de la chaudière, juf „ qu’au fommet, par lits de pierres d’environ un pied d’épaifleur, & char-^ bonuées mouillées, d’environ un demi-pouce. Il faut ordinairementqua-rante-hu.it heures de feu * avant que l’on puifle démafquer les gueules. v On en retire peu de pierres le premier jour; le lendemain davantage, & „ fucceflivement de plus en plus, jufqu’à ce que l’on ait tiré toute la pierre ^ qui n’eft pas calcinée , que l’on rejette fur le four.
- 148. Le plus grand de ces fours de Tournay, qui contient environ 74^0 pieds cubes de matière,C£ fournit ordinairement par jour quatre cents man-„ nés de chaux vive, & deux cents de cendrée , de deux pieds cubes cha-M que manne. Il confomme, fui vaut, le rapport des chaufourniers, envi-,, ron deux cents foixante pieds cubes de houille par jour : mais comme
- ces ouvriers ont intérêt à faire croire leurs frais plus confidérables. qu’ils „ ne le font réellement, il pourrait y avoir quelque chofe à rabattre fur j, cette confommation de houille,, què l’on tire des foifes de Gondé en 35 Hainault & de Valenciennes. Cette chaux fe vendait aux fours, en 1764,. „ 7 fols le pied cube ; la cendrée s’y vend f fols, & à proportion quand ces ,3 matières font mêlées, enfemble; „
- 149. Comme je n’ai point fuivi le travail de ces fours , je ne fais quelles bonnes raifons on peut.avoir d’y éleve.r fi fort le foyer au-deflus des gueules, & d’y porter le feu par des .communications plongeantes du haut vers le bas. On, remarque qu’il faut de l’adrelfe & des foins de la part du chaufournier , pour ne pas fe brûler les bras en allumant le feu,;pour le faire defcendre & l’empêcher de s’échapper: aufîila nature confeillert-elle de s’y prendre tout; autrement. Toute la. main-d’œuvre, pour L’arrangement des pierres-inférieures au foyer, fe trouve perdue, puifqu’ elles ne peuvent jamais parvenir à calcination. Le produit: de. ce four par vingt-quatre heures., ne; va pas à un neuvième; de ce qu’il contient ;, enforte que “tout ce- que l’on; jj. peut qn tirer quand on eft prefle , c’eft de lerenouveller en huit jours,,. Comme la. chaux de To.urnay eft fort bonne!, Mv Durand ne:fait “ fi le long j,. féjour de là pierre dans le feu , ne pourrait; pas contribuer à fournir à. j,. cette-chaux uns- partie de fes bonnes qualités „. Mais ce: qui peut jeter des foupqons fur la nécefîité de toutes ces pratiques, c’eft qu’en 1758 & *759 » on fabriqua. à Dunkerque.., pour lareconftruéUon des.grandes éclufes
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- ART DU CHAUFOURNIER,
- beaucoup de cette même chaux avec la jpierre de Tournay dans des fours coniques, qui font bien d’unvautre rendage, précifément de‘,1a façon que j’ai décrite pour la chaux du Boulonnais, & qu’elle fut jugée tout auffi bonne que la chaux faite à Tournay. J’en ai fait faire auffi des elfais mêlés avec la pierre de Landrethun : j’ai trouvé la pierre de Tournay parfaitement calcinée en deux jours qu’elle avait pâlies dans le four. Ces exemples me porteraient fort à penfer que la forme des fours à chaux de Tournay eft moins parfaite & moins commode, quoique plus compofée, & qu’on ne la conferve que par l’invincible préjugé de l’habitude , pernicieux à tous les arts. P ’
- i^o. Les morceaux de la chaux vive de Tournay, fortans du four, font exactement de la couleur du foufre par leur fuperficie, ainli que ceux de la chaux âpre ; au lieu que ceux de la chaux de Landrethun font d’un gris-cendré. Celle-ci m’a paru donner auffi beaucoup moins de chaleur en l’éteignant, & moins foifonner, ou fe renfler, que la chaux de Tournay ; mais je n’ai pu faire ces épreuves affez en grand, pour en rendre compte.Lameil-„ leure pierre à chaux de Tournay, ëll de couleur d’ardoife > celle qui eft „ fort noire , Te calcine difficilement, x
- FOURS A CHAUX EN PYRAMIDE QUARREE RENVERSEE.
- Fours à chaux à la tourbe. ' :1 ?
- J f i. Dans les environs de Montreuil-fur-mer en Picardie, les particuliers qui veulent faire bâtir, font faire leur chaux de pierres tendres, dans de petits fours en pyramide quarrée renverfée, d’environ cinq pieds de largeur nu fommet, & fix, pieds de hauteur verticale au-deflus du cendrier, dans le£ quels on brûle indifféremment des tourbes ou du bois. Ces fours font ordinairement ereufés en terré, revêtus de briques, & n’ont qu’une feule gueule. Il faut que la pierre foit brifée en menus éclats de Cinq à fix poucêS cubes : lesTharges s’en ifont par lits alternatifs, comme avec la houille Y fi c’éft avec des tourbes 9ïïchaque.lit de pierres & de tourbes eft de quatre à cinq pouces d’épaifleur s,fi c’eft avec du bois,la pierre s’arrange en lits & morceaux plus cpais , &.i]es lits de.pierres font féparés pardeux couches de bûches du Branchages, croifées l’une fur l’autre! <-v,r Y ;1 ’ ^ tnqnooo u'up
- .fl i 5£. F Ce Teffide.-tourbes bu de bois va fort vite, &tobHge 'leYchaufouihier à. faire d.ec nouvelles charges toutes les deux heutèiYf&tpielqÛbfoiS d’heure en heure , jour & nuit, tant que le four eft allumé. Ces petits fours fe renouvellent de matières, par ce moyen , au'moins toutes les'vingt-quatre-heures. Tome IV. B b b
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- ART DU C HA U F 0 U-RMI E R.
- & rendent qüarante à cinquante pieds cubes de chaux par jour. Il ne ferait pas poffible de marcher fur leur furface, comme ori lë fait aux fours à la houille & fur les fourneaux à briques : ainfi il eft néceifaire de leur donner' peu de largeur au fommet, afin de pouvoir atteindre des bords jufqu’au centre, pour y arranger les matières. On fait ces fours quarrés, pour pouvoir en couvrir toute la furface avec du bois , qui ne s’arrangerait pas de même dans un four circulaire ; mais les tourbes, qui font de la figure de nos briques, n’exigeraient pas que le four fût quarré.
- 153. Il ferait bien à fouhaiterpour quelques provinces qui manquent & de houille & de bois, que cet ufage des tourbes fût plus connu : peut-être les même fours qui fervent à convertir les tourbes en un charbon propre à P ufage des cuifines & fourneaux (21) , pourraient-ils fervir aufli à fabriquer de la chaux de pièrres dures avec ce même charbon, & procurer aux particuliers une double économie fur le bois ; fauf à examiner la qualité qu’aurait cette chaux, comme on le verra plus bas ( §. 179,183 ).
- FOURS A CHAUX CYLINDRIQUES*
- Fours à chaux au charbon de bais..
- 1On fabrique aufii la chaux de pierres dures avec du charbon de bois , & l’on pourrait certainement employer le charbon de bois comme les tourbes dans tous les fours coniques & pyramidaux. Cependant l’ulàge de quelques cantons , où l’on confomme deme charbon pour faire la chaux, eft de la fabriquer par fournées féparéea dans des fours cylindriques, conftruits exprès. On trouve une defcription aifez paflabîe de cette méthode dans la fep-tieme édition de la Maifon rufiique , Paris, 1755 , tome I. Mais M. Dumoulin ( §. ôÿJipeTa envoyée mieux détaillée, telle qu’elle fe pratique dans les environs de Mézieres & de Sedan.
- 15,f. “ Un four cylindrique de dix-huit pieds de hauteur & quatre pieds ,, & demi de diamètre intérieur, contient environ deux cents quatre-vingt-fix „ pieds cubes de vuide, qui fe remplit par cent quatre-vingt-neuf pieds cubes „ de pierres dures, & cent vingt pieds cubes de charbon de bois. Ce charbon » total, par la charge des pierres qu’il fupporte, s’entaffe&'diminue d’en-w viron vingt-quatre pieds de fon volume, ou dix-fept pouces de la hau-x teur qu’il occupait en le plaçant dans le four.
- 156. “ Pour charger ce four, on arrange d’abord fur fon fond & à fa » gueule un lit d’environ fept pouces de hauteur de pierres plates, nommées
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- « c.(2i) Ménu de racadémie royale desfdences, ann. 176s, pajegSç.
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- ART DU CHAUFOURNIER.
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- *» par les chaufourniers des goulettes, entre lefquelles on laide une commu-» nication quarrée de fept à huit pouces, recouverte de femblables pierres » le long de la gueule, & garnie en-dedans du four de longs charbons croifés, « pour que le poullier ne puilfe y tomber & l’engorger. Sur les goulettes, » on fait la première charbonnée de neuf pouces de hauteur, qui confomme „ douze pieds cubes de charbon.
- 157. „ Les pierres du premier lit 11e doivent pas être plus grofles que de „ médiocres pommes de reinette, fur un peu moins de dix pouces de hau-„ teur. On le recouvre immédiatement d’un fécond lit de pierres de huit à „ dix pouces cubes chacune, ou à peu près doubles des premières , & l’on » arrange leur furface le plus également que l’on peut, pour recevoir une „ nouvelle charbonnée. Cette charge totale de deux lits de pierres, eft d’en-M viron un pied d’épailfeur.
- 158* » Toutes les autres charbonnées fe font chacune de dix-huit pieds „ cubes de charbon : mais les charges de pierres fe font de plus en plus 33 épailfes à mefure qu’elles font plus élevées, excepté la derniere : la deu-M xieme eft d’environ feize pouces ; les fuivantes, de 20, 24, 26, 27 i& la j, feptieme feulement de quinze pouces.
- 1Ï9- » On obferve , à ces charges de pierres , de les arranger chacune en „ trois couches de deux groifeurs différentes ; favoir, une couche de menues „ pierres comme celles qui joignent la première charbonnée, entre deux „ autres couches de pierres plus fortes. On nomme ces plus fortes, les dref „ fées jtàïit parce qu’on les drelfe avec fujétion fur leur champ, & le plus „ grand flanc vers le charbon, que parce qu’on leur donne du côté du char-
- bon la furface la mieux dreifée que l’on peut : on a foin auffi qu’elles ne
- foient pas trop ferrées, afin que le feu fe communique aifément d’une char-„ bonnée à l’autre. Toutes ces dreifées n’ont gu ere qu’un pouce d’épailfeur, 33 trois à quatre pouces de longueur & de hauteur, pour les charges infé-„ rieures, & fix à fept pouces de long & de large vers le haut du four. On ,5 recouvre la derniere charge, par un peu de menues pierrailles, rangées „ en calotte, qui ne fervent qu’à retenir la chaleur.
- 160. „ A mefure que l’on charge le bas du four., 011 en maqonne la gueule „ fur deux pieds d’épailfeur, enforte qu’il n’y refte que la communication 3, qui donne du tirage au feu.
- 161. „ Il arrive alfez ordinairement à Sedan & Mézieres, que les chau-„ fourniers trouvent mieux leur compte à fabriquer la chaux avec du char-3, bon de bois, qu’avec un feu de fagots ; mais par les prix a&uels (§. 61)
- „ du bois & du charbon , qui coûte trente-deux fols le poinçon de fix pieds „ cubes, la chaux de cette derniere fournée leur coûterait environ trois ,3 livres dix fols plus cher qu’en la fabriquant à la grande flamme. Ils difent
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- 3ga ART DU CH A U F 0 U R N I E R.
- „ en ce cas., que lé charbon rend la'chaux plus aigre*''ce qui veut dire qu’elle ^ ne foifonne pas tant en l’éteignant, qu’elle n’eft pas-fi grade dans les mor-5j tiers & ne le mêle pas fi bien avec le fable. Ils ajoutent encore, que le 55 grand feu de bois décraffe la pierre'( des parties de fon boufin qui peuvent „ y être reftées) & que le feu dê charbon n’a pas cette vertu,,. Mais dans ce canton, où la houille n’eft pas rare , il me femble qu’il y aurait de très-bons motifs pour n’employer aux fours à chaux ni bois ni charbon de bois.
- - Fours à chaux du Hainault Autrichien.
- 162. On fe fert encore de ces fours cylindriques dans le Hainault Autrichien , aux carrières de Soignies , Felly & Arquenne, entre Mous & Bruxelles , où l’on calcine de très-bonnes pierres à chaux par fournées féparées au feu de houille. On y fait les charbonnées d’environ huit pouces d epailfeur, & les charges de pierres du double, en les jetant tout fimplement par paniers à la fois fur chaque charbonnée. Cette méthode n’eft pas économe, puif-qu’elle confomme en houille à peu près la moitié du cube de la pierre; mais on la fait dans un canton où l’une & l’autre matière coûtent fort peu de chofe.
- De ta fabrication de la chaux en plein air.
- 163. Enfin , j’avais oui dire que * fans conftruire de four , on fe contentait en quelques endroits du Hainault ^ de creufer un peu la terre , & qu’y ayant arrangé la pierre à peu près comme les bois à convertir en charbon, elle s’y. calcinait très-bien ( 22). Ondit auflî quelque chofe de femblabie dans les obfervations de l’Encyclopédie fur cette matière.
- Fours à chaux vers la Sambre.
- '164. M. Datjmont , directeur des fortifications des places vers la Sambre , a bien voulu me procurer de Maubeuge un mémoire détaillé de M. de Ju-zancourt le cadet f ingénieur ordinaire du roi, fur cette méthode, qui par fa fimplicité peut être bonne à connaître pour un particulier qui n’a befoin que d’une feule fournée de chaux, j’ai tiré de ce mémoire l’extrait fuivant:
- 16“ Après avoir tracé fur la furface de la terre un cercle d’environ 53 neuf pieds de rayon, on creufe au milieu de cet efpace, fur trente-fix 33 à quarante pouces de profondeur, un trou cylindrique de deux pieds de „ diamètre. Du fond de cette efpece de puits, on enleve les terres jufqu’à 3, la circonférence du grand cercle, en laiffant un peu de convexité au fond „ du terrem a b c ( pi. III, fig. 7 & g ), qui repréfente alors cpmme un cône
- (22) C’eft cette méthode qui épargne du haut , note 17' Mais en Suide & aux en* tems & des frais, que j’ai indiquée plus virons, on fe fert de bois.
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- ART D U CHAUFOURNIER.
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- „ tronqué- renverfé , fort évafé par fa bafe, & dont les côtés font courbes. „ Du bord a de forifice inférieur du cône, on creufe aufiî une rigole a d 55 (Z#-'7)» aboutiffant à la circonférence du grand cercle : on la conduit à ,3 peu près de niveau avec le fond de la première excavation : onia fait aflez s, large pour y pratiquer avec des pierres plates, un porte-feu d’un pied en 53 quarré vers le centre du four a , & d’environ dix-liuit pouces à l’autre ex-« trèmité d; en avant de laquelle rigole on creufe encore un efpace enquar-* „ ré e (y%. 7) , de deux à trois pieds de côté, pour avoir accès à cette rigole 53 qui fert de gueule à ce four ; & quand le feu eft bien allumé, on comble » l’orifice d du porte-feu.
- 160. „ Après avoir recouvert le porte-feu de pierres, on commence la „ charge du four en faifant fur toute fon étendue un lit de pierres de moyenne 53 grofleur, que l’on arrange leur pointe en-bas, afin de 1 ailler entre elles de 53 petits intervalles qui puilfent faciliter la circulation de l’air & l’embrafe-33 ment de la houille. O11 y jette enfuite quelques paniers de menues pierres 9 33 pour mafquer les joints des premières, & empêcher la houille en pouf-53 fier d’y tomber. Le milieu de ce lit de pierres fe couvre de houille en pe-53 tits morceaux, puis de houille en pouflier, le tout fur environ trois pouces 3, d’épailfeur & fix pieds de diamètre. On forme un autre lit du même dia-33 métré, de petites pierres jointives & bien ferrées , pofées fur leur champ , a? mais un peu inclinées & rangées comme par rayons du centre du four „ vers fa circonférence : on charge celui-ci de houille arrangée comme à la 33 première couche, dont celle-ci rejoint les bords, & 011 l’étend de trois „ pieds de plus tout autour. Après un nouveau lit de petites pierres placées « de même avec fujétion , on étend une troifieme couche de houille de 33 quinze à dix-huit lignes d’épaiffeur , qui couvre toute la furface du four, 33 & qui communique, comme on le voit en o, u , i (fig. 7 ), avec la pre-« miere & la fécondé couche : enfin on recouvre la houille d’un autre lit 33 de pierres fenïblablement rangées , qui s’étend aufli jufqu’à la circonfé-33 rence du four. O11 fait enforte que Je total de ces premières charges foit ,3 un peu moins élevé vers le centre qu’auprès des bords du four, afin de lui 33 cotiferver un peu d’encuvement, & de donner par-là un peu plus d’af-33 fiette au refte de l’édifice, que l’on compofe de même par couches de J, houille alternatives avec des lits de pierres ; mais comme l’adtion & la s, vivacité du feu font beaucoup plus grandes lorfque toute cette houille 5, d’en-bas eft enflammée, on 11e fait les fix ou fept premiers lits de pierres 33 que d’environ quatre pouces d’épaifleur chacun ; on augmente fuccefti-« vement les autres, à mefure que le four s’éieve, jufqu’à leur donner dix J, à douze pouces , fans augmenter l’épaifleur des coiïches de houille ; & fi J, les pierres n,e fe trouvent pas aflez groffes pour former les derniers lits 3
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- ART DU chaufournier:
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- „ ou y eu ajoute de plates qui eu achèvent l’épaifleur. On a foin auffi de „ donner aux pierres de chaque lit une petite inclinaÜbn fur leur champ, „ en fens oppofé à celles des pierres du lit inférieur, pour empêcher que „ rien ne fe dérange dans le four pendant la calcination.
- 167. „ Ce four, en s’élevant de dix-neuf à vingt lits de pierres en total, „ & jufqu’à quatorze pieds au moins au-delfus de terre , diminue infenfible-„ ment de contour, & fe termine en calotte ; enforte quq, quand il eftfini, „ la partie qui excede le terrein naturel fe trouve avoir acquis alfez exac-„ tement la forme d’un folide, réfultant de la révolution d’une demi-para-„ bole du premier genre fur fon axe.
- i68- „ Lorsque le four elt chargé, on l’enduit extérieurement d’une „ couche de deux pouces d’argille en pâte ( comme je l’ai dit des premiers „ fours à chaux de ce mémoire{ §. 32, 69, 80); on en contre-butte en-„ fuite tout le contour avec les plus grolfes pierres que l’on peut raffem-„ bler, fur quatre à cinq pieds de hauteur, pour empêcher les éboulemens „ que le feu pourrait y occafionner.
- 169. „ On a grand foin d’enceindre le tout d’une rigole r avec pente, „ pour en éloigner les eaux , & d’oppofer les paillalfons au côté d’où vient „ le vent pendant que le four eft allumé. On l’allume en introduifant quel-„ ques menus bois & fagots dans fon porte-feu a d.
- 170. M. de Juzancourt a remarqué qu’au bout de quarante-huit heures d’inflammation, je feu d’un de ces fours était parvenu à environ quatre pieds & demi au-delfus du fond du foyer; qu’il faut à peu près encore un jour, pour que le feu arrive au fommet, & que du moment où l’on y.met le feu, il faut cinq à fix jours pour que l’on puilfe en tirçr la chaux,
- 171. Que huit hommes en quatre jours ont conftruit ce four, dont toutes les pierres avaient été amaifées & préparées tout autour,
- 172. Que fon affailfement fur les dix-fept pieds de hauteur totale , était, après la calcination, d’environ trois pieds.
- 173* Que l’édifice total formant, avant d’y mettre le feu, un folide de mille fept cents trente-cinq pieds & demi cubes, on en avait retiré à la mefure onze cents foixante-trois pieds trois quarts cubes de chaux, & foixantedîx pieds & demi cubes de cendrée.
- 174.. Qu’on avait employé pour cette fournée de chaux trois cents feize pieds cubes de houille en pouflier.
- 17^. On voit, par ces détails , que fi cette elpece de four procure quelque économie fur fa conftruètion en le comparant aux fours en cônes renverfés (§. 10f, 110), cet avantage fe trouve détruit par un déchet confidérable fur la pierre dont ceux en cônes font exempts (§. 133). Le four à chaux que H- de Juzancourt a fuivi, était à Ferriere-le-grand, village à une demi-lieue
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- ART DU CHAUFOURNIER.
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- de Maubeuge 3 fur le chemin de Philippeville. La pierre que l’on y calcine, eft des plus dures & alfez femblable à celles de Tournay & de Landrethun ( * ).
- (*) J’ai vu dans le lit même du Rhône, de petits fours à chaux femblables à ceux qui font repréfentés dans les figures 7 & 8. Mais je me fuis rappelle que j’avais encore vu le long de ce fleuve, des fours à chaux plus grands ; & comme il me reliait plu-lieurs incertitudes fur la difpolitîon de ces fours , je me fuis adreffé , par le moyen de M. Perronnet, de l’académie des fciences , & premier ingénieur des ponts & chauffées du royaume, à M. Seillier , ingénieur des ponts & chauffées de la généralité de Lyon , quia bien voulu éclaircir tous mes doutes , & me fournir les notes dont j’avais befoin.
- Les fours dont nous allons parler ,font établis au bord du Rhône & dans quelques-unes de fes îsles. Us reffemblent beaucoup à ceux que M. Fourcroy a décrits ci-deffus. J’ai cru qu’on pouvait fe dïfpenfer d’y joindre ici une grande explication , d’autant que ces diffërens fours ne font point conf-truîts exactement fur les mêmes dimenflons.
- Il fuffit de dire que ces fours font conf-truits en Cmpte maçonnerie de moellon & de mortier ; on choili t Amplement les pierres les moins fufceptibles d’être calcinées par le feu : telles font des roches qui ont. un grain de grès. Quand ces pierres font rares, on fe contente d’en revêtir l’intérieur du fourneau , ou la partie la plus immédiatement expofëe à la violence du feu» Pour charger le four, on commence par boucher les trois ouvertures inférieures avec trois gros morceaux de bois à la hauteur du noyau , avec un peu de fagots , pour former une efpece de plancher , qu’on recouvre d’une couche de charbon de terre d’environ trois pouces d’épaifleur ; on place fur ce charbon un lit de pierres de cinq pouces de hauteur, & 011 forme fucceffwement des lits alternatifs de charbon & de pierres 'jufq.u’au haut du four , obfervant de faire les lits de pierres un peu plus épais en-haut qu’en-bas, Quand le four eft atnlî chargé ,
- on met le feu au bois qui eft en-bas, & il ne fe manifefte en-haut que 48 ou 60 heures après. Quand le feu paraît en-haut, on remue la pierre & le charbon avec une broche de fer. pour engager la pierre à def-cendre on en retire par le bas du four celle qui eft cuite, & on recharge le haut avec des pierres & du charbon.
- Les chaufourniers des bords du Rhône cuifent donc à petit feu & avec de la houille ou charbon de pierre , dont on tire une partie de Kivedegier, qui eft fitué fur la route de Lyon à S. Etienne. Ce charbon eft tranfporté à dos de mulet de cette carrière, jufqu’à Givors, ou on Rembarque fur le Rhône pour le conduire le plus près qu’il eft poflible des dïfférens fours à chaux.
- Chaque chaufournier fait la chaux avec les pierres qui fe trouvent plus à portée de fon four , quoiqu’elles ne foîent pas également propres à faire de bonne chaux ; mais les frais du tranfport empêchent de ehoifir les pierres quifont les plus propres à cet ufage : par exemple on donne unanimement à Lyon la préférence à Ta chaux faite avec une pierre remplie de fofliles qu’on tire de Saïnt-Germain-au-mont-d’or, fur la rive droite delà Saône, à deux ou trois lieues au-deffus de Lyon, & qu’on cuit au fauxbeurg de Vaife. Ce four établi au bord de la Saône , n’emploie que de la pierre de Saint-Germain , dont le tranfport eft facile fur la Saône. Cette chaux durcit promptement ; & étant mêlée avec le gravier du Rhône, elle forme une maffe très-dure, qu’on nomme le bc'ton.
- Quoique ces avantages foient reconnus vrais, les chaufourniers établis lur le Rhône emploient d’autres pierres. Dans le four de la GuilTotiere , on ne cuit que de la pierre du Bugey , à caufe de la facilité qu’on a de la recevoir parle Rhône. ’
- Quelques chaufourniers font leur chaux avec des cailloux ou galets qu’on amafle
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- SU
- ART DU CHAUFOURNIER.
- OBSERVA T10 NS fur les conjommatious du feu pour les fours
- à chaux £*? à briques.
- 175. J’ai voulu comparer la confommation de lanouille tirée d’une même mine & employée en Flandre à faire de la chaux & des briques, avec la
- dans le lit du Rhône & dans celui de la riviere d’Ain. Il ne faut pas prendre indif-féremment tous les cailloux qui fe trouvent dans le lit de ces rivières *, car il y en a qui font vitrifiables, & d’autres qui font calcaires : ceux - ci font même beaucoup plus rares que les autres , & les chaufourniers difent qu’entre ces cailloux il s’en trouve qui ne peuvent pas cuire jufqu’au cœur. Il ferait aifé de diftinguer les cailloux vitrifiables d’avec les calcaires , avec l’acide ni-treux qui n’attaque que les calcaires ; mais ce moyen n’eft pas praticable en grand. Quoique les bons & les mauvais cailloux foient fouvent d’une même couleur, d’un même poids, & qu’ils aient une forme fem-blable , les chaufourniers favent cependant les connaître à la vue ; une longue habitude les met en état de diftinguer promptement ceux qui font propres à faire de la chaux , entre un grand nombre d’autres qu’on ne peut employer à cet ufage, La chaux qui provient de ces cailloux, n’eft pas aulli eftimée que celle des autres pierres , au moins pour la bâtiffe ; mais on la préféré pour les enduits & pour blanchir les murailles , parce qu’elle eft d’une blancheur à éblouir.
- Unemefure d’un pied cube» remplie de ces cailloux , qui font communément de la gro.Teur d’un ou deux œufs, pefe 127 livres avant d’être mife au four ; la même mefure après lacuiflon ne pefe que 64 livres, quoique les pierres qui fe font brifées rempli f-fent mieux la mefure que celles qui étaient entières. La même quantité de pierres du Bugey ou de S. Germain , caflfée & réduite à peu près à la même groffeur , pefe io? livres avant la cuiffon, & au fortir du four
- 64. livres. Ces expériences ont été faites par M. Seillier.
- La chaux qui provient de ces différentes pierres, foifonne à peu près également.
- On débite ces différentes chaux à lame, fure qu’on nomme benne : elle contient comble un pied cube qui fe vend à Lyon 12 ou 14. fols ; à Pierre-Benite 10 fols, & à Givors 8 fols : la différence de ces prix dépend principalement du tranfport du charbon. La chaux de galets ou cailloux du Rhône eft toujours à un peu meilleur marché que celle de pierre , quoiqu’elle foie plus diffi. cile à cuire ; mais outre qu’elle palfe pour être d’une qualité inférieure, les chaufour. niers peuvent la tenir à plus bas prix, parce qu’ils font difpenfés de la tirer des earrie* res & de la brifer ; ils n’ont qu’à la ramaf-fer & en remplir les fourneaux.
- Ces fours font prefque toujours en feu; car, comme il a été dit, à mefure qu’on tire la chaux par le bas , on remplit le haut par des lits de pierre & de charbon, ü’eft ce que IYL Fourcroy a très-exadement expli. qué plus haut.
- Dans un four de huit pieds de diamètre par le haut, & cinq pieds de hauteur per-pendiculaire, on cuit ordinairement oin. quante pieds cubes de chaux par jour ; dans un de neuf pieds de diamètre fur fix de hauteur, on en cuit jufqu’àfoixante-douze pieds cubes ; enfin dans un de dix pieds de diamètre fur fept à huit de hauteur, on en cuit communément cent ou cent dix pieds cubes quand c’eft de la pierre ; car oh efti-me qu’il faut un tièrs(ou,un quart,plus de temspour cuire les galets : de forte^uele four de moyenne grandeur, qui fournit foixante-douze pieds cubes quand on cuit de confoinmatioil
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- confommation des bois employés dans d’autres provinces aux mêmes ufages : je n’y ai pas trouvé l’analogie que j’y cherchais. J’eftime qu’un cube de quatre raillefeptcents cinquante briques de Flandre équivaut, par fa maffe, à une toife cube de pierres dures , rangées dans un four à chaux à grande flamme 5 & que ce cube de briques confomme , réduction faite, pour fa cuiffon trente-deux pieds & demi cubes de houille ( 24). En conlidérant que cette toife cube de briques fe cuit dans un four du Havre - de - Grâce au moyen de d’une corde de bois, tandis que la toife cube de pierre en exige au moins trois cordes & deux tiers (§. 97), j’avais été tenté de croire que la toife cube de pierre, dans la même proportion de dix - huit à foixante & dix-fept, devait exiger par fa calcination beaucoup au-delà de foixante à foixante-cinq pieds cubes de houille ( §. 13 6). Mais l’expérience femble ici décider très - clairement que ces deux différentes opérations du feu , qui dépendent en partie de fon intenfité & de fa durée (§. 97), s’exécutent encore plus ou moins facilement félon la nature inconnue des élemens qui le compofent , foit qu’il les exhale & introduife dans les matières que l’on y plonge , foit qu’au contraire il les en faffe fortir en les décompofant, comme je l’ai fuppofé plus haut(§. 47); que la houille fait un feu beaucoup plus favorable à la calcination de la pierre, ainfi qu’à celle des métaux qu’elle brûle prefque tous , plutôt que de les fondre ; & le bois, un autre feu plus favorable à la cuiffon & l’endurciffement delà brique, comme on fait que le charbon de bois vaut mieux pour la fonte des métaux.
- 177. Cette différence dans la qualité du feu, que les phyficiens & chymiftes regardent comme digne de remarque (2 f),fe trouve telle en nos fours à chaux, qu’elle peut, en plufieurs provinces, faire un objet d’économie. Si l’on fup-pofait qu’à Metz la corde de bois valût 14 liv. & le pied cube de houille 7 fols 6 deniers, la dépenfe du feu pour fabriquer une toife cube de briques monterait , en bois comme en houille , à environ 12 livres ; au lieu que, pour une toife cube de-pierres à calciner, il en coûterait <jO liv. en bois , ou feulement
- la pierre , ne donne que quarante - huit à cinquante pieds cubes quand on le charge avec du caillou. ( 2 ? )
- On ne met point les cendres à part, elles font confondues avec la chaux, & tout fe vend pêle-mêle. Duhamel.
- ,(2j)Quand onrépete ici &: ailleurs que l’on tire des cailloux du Rhône pour enfaîrede la chaux, il ne faut pas croire que ce foient de vrais cailloux. Ils n’en ont que l’apparence. Ce font de véritables pierres calcaires fé-Tomc IV\
- parées par les torrens de quelques carrières éloignées*, & arrondies par le frottement. M. Schreber obferve avec beaucoup de rai-fon, que par-tout où il a trouvé des cailloux de cette efpece , il a pu affigner aux environs la montagne de pierres calcaires, d’où ils avaient été pris.
- (24.) Voyez l'art du tuilier-briquetier, §. 262 , page ç6 de ce quatrième volume.
- (2 O Voyez l'art du charbonnier, page 645 du fécond volume de cette defcription.
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- 24 livres en feu de houille ; le tout en fuppofant aufli les qualités de ces matières telles qu’on les trouve ailleurs.
- 178. Il pourrait donc y avoir une grande méprife à confommer, pour fabriquer la chaux, des bois & charbon de bois, toujours précieux & indifpen-fables à d’autres ufages , dans toutes les provinces où l’on peut fe procurer la houille à bon compte. Il y a grande apparence que la chaux âpre de Lorraine, & la chaux de Mézieres & Sedan, ne feraient pas moins bonnes, étant fabriquées au feu de houille, comme on le pratique à Givet & dans le pays de Liege. Et cet article me paraît important fur-tout ^auprès des villes , comme le penfaitM. de Réaumur, pour les environs de Paris (26).
- 179. M. Macquer, dans un excellent mémoire fur la chaux (27),nous apprend que la meilleure chaux cémentée dans la cendre de bois , perd tous les caractères qui la conftituent principalement, & que l’addition de matières falines eft capable d’empêcher la chaux de fe former. Ce- fait rend raifon de la mauvaife qualité , pour la bâtilïe , des cendres d’un four à chaux où l’on brûle du bois (§. 130). Perfonne ne peut douter non plus que la fumée du bois ne porte fur les pierres d’un four à chaux, des matières falines, qui ne fe trouvent vraifemblablement pas les mêmes dans la fumée de la houille: ainfi je regarderais les vapeurs falines des végétaux comme la véritable caufe de la réfiftance à calcination, que la pierre nous fait voir dans les fours à grande flamme. Mais fi nous Pavons par les travaux de ce grand chymifte, que différens acides & alkalis fixes ne font pas propres à perfectionner la chaux, le feu de houille ne paraît pas nous défendre de croire que certains efprits fulfureux puilfent faciliter fa fabrication. Lorfque d’habiles naturaliftes voudront encore s’occuper de cet objet, peut-être apprendrons-nous que toute pierre calcinable peut fe convertir en chaux, ou plus facilement ou meilleure, par l’addition de q.uelqu’intermede fulfureux, vil & commun (28).
- (26) Mémoires de Vacadémie royale des Sciences, ann. 1721 , page 269.
- (27) Ibid, ann, 1747 , page 68?.
- (28) Pour découvrir les caufes de cette variété dans la cuiflon de la chaux & des briques, fui vant les matières qu’on emploie, il faut faire attention au but qu’on fe pro-pofe d’obtenir, & aux moyens que l’on met en œuvre. Dans les fours à chaux , on veut féparer des pierrescalcaires par le moyen du feu.certaines parties étrangères , & rendre les parties eflentielles plus friables , plus éKviflbles, enforte qu’elles fe diflolvent plus facilement dans Teau. Pour les briques , ce a’elt pas la naême. chofe j, il s’agit de rendre
- la terre plus compaéte, de lui faire fubir un premier degré de vitrification. Pour la chaux , il s’agit moins de lui faire éprouver un feu violent que de foutenir le feu dans un certain degré pendant le tems néceflai-re. Pour la brique , au contraire , il faut un feavif & d’une grande activité.. Le feu de flamme eft plus prompt, plus aétif; celui du charbon de pierre eft plus lent. Voilà pourquoi il faut moins de charbon de pierre pour cuire la chaux. M. Schreber fiip-pofe ici un principe confirmé par l’expé* rience. Une même quantité de matières in* flammables produit un feu plus ou moins vif, félon qu’elle fe confume plus ou moins vîtes.
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- Sur la chaux brûlée au feu de houille.
- iBo. J’ai dit que les chaufourniers comptent les roches du four* qu’ils appellent auffi chaux brûlée, entre les déchets de leurs fours (§. 131). J’ai vu de ces ouvriers qui la réparaient pour la lailfer perdre : ils m’avaient dit qu’elle ne s’éteignait point à l’eau, qu’elle y furnageait en morceaux, &c. tous préjugés fort communs aux fours à chaux de Flandre, mais bien op-pofés à mes idées, & qui m’éloignaient de pouvoir deviner ce qu’ils voulaient nie dire par leur chaux brûlée. J’ordonnai donc que l’on m’en brûlât une manne à tout excès. Cela fe fit en accompagnant dans le four cette mefure de pierres du double & plus de ce' qu’on y met ordinairement de houille pour la bien calciner. Le fiirlendemain , je choifis au fortir du four, & j’examinai tout ce qui fut jugé le plus brûlé dans cette chaux. Je reconnus au premier coup-d’œil, que ces morceaux, dont le dehors était en partie fort noir, & l’intérieur brun ou jaune, fe trouvaient imprégnés de la vapeur furabondante de la houille, que le feu 11’avait pas eu le tems de confirmer. Ces morceaux étaient pour la plupart glacés à leur furface, d’un vernis relfemblant en quelques endroits à de la colophone , & que l’on aurait pu prendre pour un commencement de vitrification. Enbrifant ce maftic, je vis que c’était une portion d’huile de houille, que fon refroidilfement avait coagulé fur la chaux, de façon à en tenir plufieurs morceaux fort/e-ment.unis enfemble, comme les roches des briqueteries. Une partie de cette huile avait pénétré l’intérieur, de tous ees morceaux alfez avant, & la totalité -des plus petits:: quelques-uns étaient fendus & gercés, quoique tous bien fonnans, légers, très-durs & fort aigres, eommele verre fous le marteau. M. Bexon, ingénieur ordinaire du roi, qui fe trouvait préfent âmes épreuves , me dit à cette occafion, que chez le prince de Nalfaxv, à Saarbruck, on tirait de la houille une huile dont les payfans du canton fe fervent pour s’éclairer & graiifer leurs voitures. Ce fait m’a été confirmé depuis par M. le comte dePelliflari, gentilhomme attaché au prince de Nalfaw. Cet officier revenant d’Angleterre, m’a dit que l’on fépare cette huile de la houille f 29 ) à Saarbruck, pour rendre la houille propre à l’ufage des forges ; & que c’eft vraifemblablement par ce procédé , dont il ignorait le détail, que les Anglais font venus à bout de fubftituer la houille aux bois pour l’exploitation de leurs verreries.
- 181* Je plongeai plufieurs morceaux de ces roches dans de l’eau à grand
- (29) Voyez ce que j’aî dit de cette opé- de charbon de pierre, auffi parfait que ce-ration dans le fecoud volume de cette def- lui d’Angleterre ; mais il n’y a pas de houil- ' cription, P.M97 & fuiv. Au relie , il y a aux le. Notre auteur a été mal informé fur ce «nvirons de Saarbruck une grande quantité point, ou l’on a ici confondu les termes.
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- volume ; aucun ne furnagea, quoique la bourfouffiure du maftic eût pu facilement opérer cet effet. Ils en burent beaucoup, avidement, avec fiffiement, & émanation de quantité de bulles d’air : ils y relièrent tous quelque tems lans s’échauffer, parce que leur maftic les défendait ; mais au bout d’une heure , la plupart étaient gonflés, & tombèrent en chaux éteinte. Je changeai d’eau fraîche les plus réfraétaires à la fufion ; aucun ne réiîfta à deux ou trois heures au plus d’immerfion. Par ces faits , je fus afluré que cette chaux n’était pas plus brûlée que toute autre : je vis qu’il ne reliait d’entier dans mes vafes, que les plus épaifles portions de maftic ou d’huile de houille, que j’avais lailfées fur lafurface de ces roches. Les plus menues ne fe trouvèrent plus, & me parurent s’être fondues avec la chaux. J’avais remarqué dans d’autres expériences, que les huiles végétales communes détruifent les caractères delà chaux vive, fans en faire de la chaux éteinte ; mais ici tous les morceaux le mieux pénétrés de cette huile minérale furent parfaitement divifés, comme les autres, avec grande eftervefcence.
- 182. Pour éprouver aulîi l’extin&ion de cette chaux prétendue brûlée, tant avec peu d’eau qu’à l’humidité de l’air, j’arrofai légèrement nombre de ces morceaux bien enduits de leur vernis, & les laiflai au foleil : tous s’échanf-ferent violement & tombèrent en poufliere en moins d’une demi-heure. Oit fait que de même toute chaux bien vive eft plus tôt éteinte en y mettant l’eau peu à peu, qu’en lui en donnant à la fois plus qu’il ne lui en faut pour la dif-foudre. J’en mis d’autres femblables morceaux à l’ombre, fans eau , par m tems aftez fee : en cinq jours leur ddiquium fut complet.
- Sur la chaux bridée au feu de bois»
- 18 3- Je fuis relié perfuadé pat ces expériences, que la chaux ne court aucun rifque à être pouflee d’un feu de houille, beaucoup au-delà du néceflaire ( §. 136). Je n’ai point entendu parler de chaux brûlée aux fours à grande flamme que j’ai fuivis ( * ) ; & je n’avais pas alors l’idée d’examiner ce fait. Il faudrait entendre par ce terme des morceaux de pierres , qui ayant reçu trop : on trop long-tems le feu , auraient perdu les qualités calcaires , comme de s’éteindre à l’eau & à l’humidité de l’air , d’opérer la concrétion des mortiers, &c. Il faudrait,pour cela, que la pierre fût devenue' chaux à un certain degré de ce feu à grande flamme, puis eût changé de nature à un degré plus violent de ce leu, ou fbutenuplus long-tems 5 de même que les métaux fe fondent
- O J’ai vu retirer des fours à chaux à avait été pouffe trop vivement, mais de ce grande flamme , des mafles demi vitrifiées qu’il s’était trouvé des pierres-vitrifiables qui ne fufaient point dans l’eau. Cet ac-' mêlées avec les calcaires. DuiIAMEI» cident ne venait point de ce que le feu
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- d’abord & bouillent, puis fe calcinent, fe vitrifient, ou s’évaporent. Cette transformationAe la pierre calcaire 11e me parait pas impoffible. O11 voit dans les mémoires de Vacadémie, (30) que la chaux forte d’Italie peut fe détériorer en pouffant fa calcination : on trouve auffi quelque chofe de femblable dans une obfervation de l’Encyclopédie, que je rapporterai à la fuite de ce mémoire. Enfin, fi l’émanation de quelques vapeurs falines des végétaux mis en feu rend le point de calcination plus difficile à atteindre , une plus grande quantité de ces mêmes vapeurs pourrait opérer l’effet que l’on obtient par les mélanges de M. Pott (31). Si l’on remarque donc des exemples de chaux brûlée dans les fours où l’on brûle des végétaux, ils me paraiffent propres à confirmer ' les conféquences que je tire des expériences de M. Macquer ( §. 179 ), & nous indiquer encore que l’ufage de la houille eft plus analogue à cette fabrication.
- Sur la meilleure méthode connue de fabriquer la chaux.
- 184. PKUT-être exifte-t-il d’autres procédés de fours à chaux effentielle-ment différens de ceux décrits dans ce mémoire , & il faudrait fans doute les connaître pour décider convenablement quelle eft la meilleure méthode de fabriquer la chaux. Mais entre les deferiptions , & par les remarques précédentes, il me paraît certain que la méthode ufitée en Flandre ( §. 104) eft préférable de beaucoup à toutes les autres ici détaillées.
- Sur une autre efpece de chaux brûlée.
- i8.f* On appelle encore chaux brûlée , dans l’art de bâtir , la chaux qui a été éteinte avec moins d’eau qu’il ne lui en fallait pour la bien diffoudre. A parler exactement, ce procédé 11e produit rien autre chofe que de faire fufer précipitamment une partie de la chaux , de laquelle il fait toujours évaporer la vertu : au lieu que cette précieufe vapeur , quelle qu’elle puiffe être, fem-ble retenue & comme inféparablement amalgamée dans une pâte de chaux éteinte avec l’eau fuffifante. Je ne connais que la gelée qui puiffe altérer celle-ci.
- . igS’. C’est donc un abus entre les chaufourniers domeftiquesj, d’éteindre avec un peu d’eau les morceaux de chaux qui contiennent encore de la pierre ( §. 131 )ï toute la chaux en poudre provenant de cette manœuvre , non-feulement eft fans qualité pour les maçonneries , mais elle détériore une grande quantité d’autre chaux avec laquelle onia mêle en attendant qu’on l’éteigne.. C’eft pour cette raifon que toute chaux tranfportée loin des fours (32) arrive ordinairement aux bâtimens n’étant plus bonne à rien , & que
- * j 3 ''
- (3o)rAnn. T749 page 476. à-f ini fe fait par eau. Si l’on eft obligé de fe
- (? i) Lithogéognojie. Table de mélanges^ fervir de ce moyen , il faut avoir foin d’era-chapitfce premier, u' - baller la chaux çle façon qu’elle ne puiffe
- (32) Cela arrive fur-tout fl le tranfport pas être pénétrée par l’humidité.
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- tant d’édifices pendent en peu d’années. Je n’ai point vu de chaux fabriquée depuis trois jours, qui ne fut en partie pulvérifée ; & les chaufourniers , qui en conviennent tous , prétendent que cet accident arrive encore plutôt quand l’air eft chaud que quand il eft tempéré, & fur-tout en tems d’orage (*) ( §. 53 ). Il femblerait qu’alors la matière éleélrique, abondamment répandue dans l’air, attire fortement le feu fubtil qui conftitue toute la bonté de la chaux, & la lui fait abandonner. Il ferait donc très-néceflaire à la folidité des maçonneries & à l’économie publique, que toute la chaux qui s’y emploie eût été éteinte au pied des fours, & que cette fécondé préparation fit partie de la fabrication de la chaux, comme on le pratique en Provence. Il y along-tems que l’on a fait imprimer cette réflexion, dont peu de gens ont profité ( 33 ) : mais j’efpere que l’on m’en pardonnera la répétition dans ce mémoire , fi elle peut engager au moins ceux qui dirigent les édifices royaux & publics, à prendre cette précaution elfentielle. On fait que les anciens gardaient la chaux éteinte deux ou trois ans avant de l’employer. Je trouvai en 1763 à Dunkerque les relies d’un bafiîn de chaux de Landrethun, coulée depuis près de neuf ans, dans laquelle j’enfonçai aifément une canne à cinq ou fix pouces de profondeur j ellepouva.it encore fervir à des mortiers fans y remettre d’eau.
- Sur la terrajje de Hollande.
- 187. Dans les différentes expériences que les fours à chaux m’ont donné l’occafion de faire, je me fuis apperçu que je m’étais trompé en perdant que la terrajje. de Hollande était une chaux forte & des meilleures qui foient connues , parce que je la confondais avec une matière dont il eft parlé dans la Lithogéognofie ( Contin.p. 232). M. Pott y fait mention d’une pierre à ciment , qu’il range entre les tufs calcaires , & donne le nom de chaux à la préparation qu’elle reçoit en Hollande pour être employée aux ouvrages baignés parles eaux. J’avais cru que ce paifage caraélérifait ce que nous connaiflons fous le nom de terrajje de Hollande , que nous employons aux mêmes ufages. Par l’examen que j’en ai fait en Flandre, je ne lui ai trouvé aucuudes caractères de la chaux (34). Cette matière non-feulement ne s’éteint ni à l’air ni dans
- O Si la chaux vive fufe promptement l’académie, page zg ; Bélidor , & quantité dans) les tems d’orage, ce phénomène pour- d’ouvrages fur l’arehitçdure & les bâtirait dépendre de ce que , dans ces circonf- jf mens. ,
- tantes, l’air eft fou vent chargé de beaucoup (3 4) Peut-être que cette terre eft ferru-d'humidité ; ce qu’on reconnaît par les hy- gineufe. M..Schreber parle d’un ciment à grometres. ( !• tpeu près femblable, qui fe trouve aux en-
- CH) Voyez les anciens mémoires de l’a- virons de Schleiz. Neue Cornerai•Schrffi• cadémie, tom. I, pag, 47 ; hiftoire latine de ten\ vol. VII, page '2oiv:u : »: .< (.*</
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- Peau, mais même ne fait aucune effervefcence avec les acides» Je la foup-çonne un vrai ciment de terre ou pierre argilleufe cuite.
- Sur la confommation de la chaux pour les maqomteries.
- 188* On trouve dans tous les livres , mémoires, & devis anciens & mo-'dernes concernant les maçonneries, différentes dofes, tant de la même que de diverfes efpeces de chaux, prefcrites pour différentes circonftanees de la bâtiffe : je n’ai trouvé nulle part les motifs de ces ufages , que beaucoup de démolitions m’ont cependant indiqués comme bons à fuivre.Toutes mes épreuves & remarques m’ont appris que la feule réglé générale fur les dofes de la chaux doit être la confiftance néceffaire aux mortiers pour faire , au moment où on les emploie , le meilleur effet pofiible dans la place qu’ils doivent occuper.
- 189* Que toute portion de chaux vive quelconque fe trouve proportionnée parla nature à une certaine quantité d’eau néceffaire pour fa parfaite folution, & fi précife que cette chaux rejette d’elle-même , ou laiffe furnager tout ce qu’on lui en a mal-à-propos donné de trop»
- 190. Qu’elle fe divife dans la dofe propre d’eau en parties affez fines pour n’augmenter en aucune façon fenfible ce volume de l’eau qui lui convient, après qu’elle y a été fondue. Ce fait qui m’a furpris , m’a paru très-conftant. Six pouces cubes de chaux de Landrethun, bien calcinée, exigent dix-huit pouces cuhes d’eau, pour être bien étèints : & après la parfaite fufion de cette chaux , le total de la pâte qui en réfulte eft un cube de dix-huit pouces»
- 191. Que dans cet état de pâte,& du plus grand volume qu’elle puiffe occuper, elle peut recevoir, pour compofer un mortier traitable, plus ou moins de fable, de ciment, de pozzolane & autres fubftances qu’on veut y mêler, fuivant la nature de ces ingrédiens. La chaux reçoit moins des matières qui font plus poreufes & capables d’abforber plus d’humidité, comme 01-mens ,terraffe, briques pilées, &c. & elle reçoit plus de celles qui, comme les fables, les laitiers ,1e verre pilé, &c. ont leurs poresjmperméables à l’eau.
- 192. Qu’il faut abfolument à tous oes différens mélanges une confiftance fort foupïe, & par conféquent plus de chaux, îorfqu’il eft effentiel qu’il ne fe rencontre aucun vuide dans les joints des maçonneries, comme aux ouvrages de briques deftinés à réfifter aux efforts de l’eau : mais que, quand les matériaux font plus compares, comme la pierre dure ou le marbre, & ne s’imbibent pas autant que la brique ; quand les maçonneries doivent refter à fec, ou forment le derrière de revètemens fort épais , on doit dans: tous ces cas ménager la chaux , c’eft-à-dire, en mettre moins dans les mortiers , qui peuvent alors fans inconvénient être employés moins liquides»
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- 193. Enfin, que comme les qualités & \zfoifonmmmt de la chaux varient fuivant les pierres qui la fourniiTent, & fuivant qu’elle a été bien ou mal éteinte, coulée, étouffée, gardée , &c. les véritables dofes de chaque efpece de chaux pour tous les cas ne peuvent être connues nulle part que par des expériences locales, & relatives à la deftination de chaque elpece de mortier [ 3 5].
- 194. Ces dernieres obfervations font étrangères à l’art du chaufournier: mais j’ai cru qu’elles pouvaient conduire à quelques données propres à bien régler la confornmation de la chaux dans l’art de la maçonnerie, dont celui-ci peut être regardé comme un élément, & que vraisemblablement je n’entreprendrai pas de décrire ( * ).
- (î O Voyez fur la chaux un mémoire de M. Jean - Frédéric Meyer, publié à Hano-ver en 1764, fous ce titre : Expériences chymiques fur la chaux vive.
- (*) M. Fourcroy s’eft peu étendu fur ce qui concerne la bonté des mortiers , parce que, comme il le dit lui-même, il a regardé cet objet comme alfez étranger à l’art du chaufournier ; cependant j’ai cru qu’on ne me défapprouverait pas d’ajouter quelque chofe aux excellentes réflexions de M. Fourcroy.
- jo. La bonté des mortiers dépend de la bonne qualité de la chaux & des fubftances graveleufes qu’on y mêle-
- 2°. On a vu , 8c l’on peut dire , généralement parlant, que les pierres les plus dures font la meilleure chaux.
- 3Q. A l’égard des fables, les entrepreneurs aiment ceux qui font gras & un peu terreux , parce qu’ils exigent moins de chaux ; mais les fables les plus nets font des mortiers infiniment fupérieurs.
- 45. Les ciméns qu’on fait avec de la brique ou delà tuile mal cuite, font très-mauvais , fur-tout quand on les a confervés à l’air & à la pluie ; au contraire , les cimens faits avec de la tuile bien cuite & qu’on a confervés à couvert, font d’excellens mortiers. J’en ai fait de très-dur avec les pots à beurre pilés , & encore mieux avec le cUput mortuLim de la diftillation de l’eau-forte ; & je crois que cette fubftance différé peu de la terralfe de Hollande. On fait que la pozzolane qui a été calcinée par les
- volcans, fait d’excellens mortiers.
- 5q. Pour bien faire les mortiers , il faut bien battre le fable avec la chaux : fi la chaux était trop feche, on pourrait l’atten-drir en la boulant avec un peu d’eau ; mais il ne faut point ajouter d’eau en mettant le fable avec la chaux , ou quand on fait le mortier ; à force de le bouler, on lui fais prendre une mollefle convenable.
- 6°. Quelque bons que foient les mor. tiers, ils ne prennent aucune liaifon , fi on les emploie avec des matériaux qui afpirent leur humidité. Si on emploie un excellent mortier avec des briques qui fortent du four, au bout de deux ans ces mortiers n’ont aucun corps. Le même mortier ayant été employé pour joindre des briques qu’on avait fait tremper plufieurs jours dans de l’eau , s’eft trouvé très-bon & fort dur quelques années après. C’eft pourquoi l’onre-marque que dans une bâtifle faite pendaiit les chaleurs de l’été & continuée l’autom-ne , les mortiers fe font trouvés beaucoup plus durs dans cette partie que dans celle qui avait été faite plus tôt.
- 70. Toutes ces réflexions font néceflai-res pour qu’on n’attribue pas trop légèrement à la mauvaife qualité de la chaux le peu de dureté des mortiers.
- On pourrait dire encore beaucoup de chofes fur les mortiers ; mais elles feraient étrangères à l’art du chaufournier , que M. Fourcroy a traité avec toute la méthode , h clarté & l’exaditude polfibles. Duhamel.
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- "&>-•= -=g~-rr—-==?££—- e.. :_^=r=»g=r=^^. <2{*
- EXPLICATION DES PLANCHES.
- Planche I.
- JE* IG. i. A AA.» trois leviers à bourrelets de diverfes longueurs & forces. aaaa, les bourrelets : on en voit l’ufage dans la figure. 3.
- B , mafle de fer pour brifer les pierres trop grolfes.
- C, pic-à-roc , pour dégager les pierres du tuf.
- D, marteaux à tranches, pour tailler & préparer les pierres du fourneau.
- E, longue fourche de fer , emmanchée de bois, pour attifer le feu.
- F, rolle de fer emmanché de même pour tirer la braife quand la chaux eft faite (36).
- Figure 2. Coupe verticale d’une des carrières d’où fe tire la pierre noire propre à faire la chaux âpre de Lorraine ( §. <?).
- - A AA A, lits ou bancs de pierre.
- BBBB, lits de terre ou'detuf. , .
- C C C C, le deifus d’une portion de banc mife à découvert, pour montrer comment toutes les pierres forment une eipece de pavé de grands , carreaux. !
- DEF, travail du carrier fuffilamment expliqué §. 12. ,
- Figure 3. Coupe verticale d’un grand four à chaux âpre.
- A , gueule du four. .., h:
- B , ouverture par laquelle on jette le bois dans le four.
- C, ouverture par laquelle on retire la braife.
- D, intérieur du fourneau dont on voit le parement, ainfi que l’arrange-ment des pierres fur leur lit ( §. 24 ).
- E, bûches dreifées fur les flancs du four 5 pour obliger le feu à fe porter de ce côté-là.
- F, abri-vents. :VKh , :,.j] ....
- G, joints du pied de la calotte du four nommés les carreaux (§. 2g ).
- H, joints de la furface de la calotte .qui doivent être formés d’argille. ,
- I, tuileaux.
- K, pofition des pierres nommées la cheminée.
- L, maçonnerie qui revêt la partie fupérieure de l’encuvement du four, a Figures 4 & f . Plan particulier & coupe verticale .d’un four à peu près fem-
- blable aux préeédens:, pour faire voir Tarrangement que l’onûonne aujbqis,.
- (36) Si j’avais voulu charger vauplanche de détails inutiles , j’aurais ajouté la figure d’une pelle & d’un panier, pour remuer & transporter les pierres.’ Mais je répété ici Tome IFy
- que .je n’ai fait copier que les figures nécéiT-faires à l'intelligence du '"texte ; toutes les autres ont été tetrancfléqs.’ (
- ’ - -"'D tl d ’JùsLïU
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- ART BU CHAUFOURNIER,
- en croifant plufieurs longs morceaux fur d’autres plus courts, & inclinant ceux-ci de façon qu’ils ne foient pas abfolument couchés dans le fourneau,
- A , gueule du four.
- B , entrée du fourneau.
- C, galerie de la gueule du four.
- H , épailfeur des terres fur le devant du four.
- T, V j pan coupé dans les terres du côté delà gueule^du four, fur lequel s’appuie la voûte.
- Planche II. Fours à chaux de h Encyclopédie. Figure r. Deux coupes horifontales du four; l’une A,prife à hauteur de Pâtre, où l’on voit fa galerie de gueule C ; l’autre B , à l’orifice Supérieur ou débouchement du four.
- Figure 2 , élévation du four, ou vue de ce four du côté de fa gueule C. -Figure 3, vue du four par un de fes angles, dans laquelle on découvre l’entrée D de la galerie D E, qui traverfe le deifous de Pâtre.
- Figure 4, coupe verticale du four par le milieu de fa gueule. On y voit la forme intérieure du four, la diipôfition des pierres à chaux, & un ouvrier qui entretient le feu. * * '
- P l a n c h e III. Fours à chaux de la Flandre maritimes Figure Plan du four coupé au niveau du cendrier, pour faire; voir le tracé de fes. maçonneries/ r ^ >
- A, rampe pour monter fur la plate-forme.
- D D D , galeries voût$èè pour arriver aux gueules* -
- FFF, gueules du four. - ,
- ' G, le cendrier.
- R , revête mens du four.
- Figure 2 , profil ou coupe verticale de ce four paffant par une de fes gueules, avec fes galeries d’entrée.
- B, bords fupérieurs du cône renverfé du four.
- C, bords inférieurs de cet entonnoir. ! ; J '
- D, galerie Voûtée pour arriver aux gueules.
- F F, gueules du four.
- S , le cendrier. ‘ • v U.! •'
- R,, révêtemens.
- 'Figuré 3. S, petit 'fapin ou perché, que le maçon drelfe en terre au centre du- dbinH ; pour y attacher - une réglé tournante^ ;qüi4ul fert à régler le talut intérieur de l’entonnoir.
- "liÿ^fA^|le fixée^àr deûx'élouis fur deux autres.-'régies '> " c;.j 'y
- b b, qui portent chacune un collet de fer mince, “ * /
- c, pâlie dans le fapin, ’& s’y foutiennentà hauteur convenable, au moyen de deux anneaux/ou confoles d,.
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- ART D U CHAUFOURNIER.
- m
- Figure 4. Plan détaillé du pied de ce four, coupé au niveau des ceintres de fes trois gueules, pour faire voir la conftru&ion de fon grillage.
- E, barre de fer fcellée dans la maçonnerie.
- ce, autres barres pareillement fcellées , qui traverfent chacune des gueules. ffff) barreaux volans, avec lefquels le chaufournier forme à volonté le grillage.
- Figure A, lance du chaufournier, avec laquelle il plonge entre les pierres dont le four eft chargé. C’eft une barre de fer de fept à huit pieds de long, pointue par un bout, 8c tournée en anneau par l’autre bout qu’ils appellent Vœil de la. lance. Il convient que le chaufournier ait une autre de quatre à cinq pieds feulement de longueur, pour s’enfervir lorfqu’il 11e s’agit que de retourner les pierres de lalurface du four.
- Figure 6. Elévation de la gueule du four.
- c j barre qui traverfe la gueule.
- h 9 barre qui porte le ceintre de la gueule.
- i * gonds de la porte de tôle qui ferme les gueules.
- Figure 7. Plan d’un terrein préparé pour y arranger la pierre à chaux , dans un four comme on les fait aux environs de Maubeuge.
- Figure 8. Coupe verticale des pierres arrangées, & faifant voir" le profil du porte-feu, a d.
- Figure 9. Jauge pour la mefure des bois dans le Boulonnais , la] plus exàéle qu’on connaiiTe.
- __________:---•- ~ - .......................=»•
- TABLE DES MATIERES
- explication des termes propres à Part du chaufournier.
- A
- BRI-VENTS, dans les fours ellipfoï-des , §. 3f. Dans les fours de Flandres, 120.
- Académie royale des fciences de Gôt-tingue. Elle a propofé un prix fur la fabrication de la chaux, note 8.
- Academie royale des fciences de Paris. Ses mémoires cités, notes 4, y, 7 , 20,21.
- Affaissement d’un four après la calcination , 172.
- Agathe, pierre vitrifiable, note 4.
- Appentis pratiqué autour delà gueule
- d’un four ellipfoïde, 26.
- Ardoises , pierre vitrifiable, note 4.
- B
- Benne, mefure pour la chaux, 177, note.
- Bois, leur prix à Metz en 176g. Leur mefure en général très - incertaine prefque par-tout, 57 , note. Mefure des bois à brûler dans le Boulonnais la plus exaéle qu’on connaiiTe, 77 , note.
- Bois de moule y ou de'compte, à Paris, fj , note.
- Bois rond, plus favorable au particu» D d d ij
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- 396 ART BU C H A
- lier qui acheté à la corde, f 7 , note.
- Bois durs, ceux qui durent plus long-tems au four, f 7, note.
- Bois tendres , ceux qui fe confument plus aifément, yj , note.
- Bois fendus, bûches partagées en deux fur toute leur longueur, f 7, note.
- Bois écartelés, bûches partagées fur leur groffeur en plus de deux portions , f 7 , note.
- Bûusin , incru dation qui fe rencontre quelquefois fur les pierres, & principalement fur leurs lits. On l’appelle au{ûfaujfe pierre , parce que ordinairement cette matière paraît être ou d’une pierre qui n’a pas pris autant de confïftance & de maturité que celle à laquelle elle fe trouve attachée , ou d’une pierre d’une autre nature. Il n’eft pas propre à faire de la chaux, 10. Il faut l’enlever avant de mettre la pierre dans le four, 34.
- Brique, propre à la maçonnerie des fours à chaux, 24.
- C
- Cailloux, pierres vitrifiables, 4 , note. O11 ne faurait faire de la chaux avec des cailloux, 3 , note.
- Cailloux : les prétendus cailloux du Rhône & d’ailleurs , qu’on emploie à faire la chaux , font de véritables pierres calcaires.
- Calcination: lignes auxquels on peut la connaître dans les fours ellipfoï-des, 48.
- Carrier , ouvrier qui tire la pierre d’une maniéré quelconque. Cet art tient à celui du chaufournier, 1.
- Carrières de pierre à chaux en Lorraine, ir, i2. Leur exploitation, if.
- Cendrée , cendre des fours à chaux qui s’exploitent au feu de houille ,
- Cendrier dans les fours à chaux de Provence, 64.
- Charbonnée, terme propre aux fours
- U F O U R N I ER.
- à chaux & à briques, où le feu f» fait avec du charbon foit foffile foit fadice : c’elf le lit de charbon ren-fermé entre deux lits de pierres à chaux ou de briques, 112.
- Charbon de bois, employés faire la chaux, if4.
- Charge , lit de pierres entre deux charbonnées ,112.
- Chaudière des fours à chaux de Tour-nay, 146. c’eft La partie du four au. delfusdu cendrier.
- Chaufournier , ouvrier qui fait la chaux, doit en même tems être carrier , 1.
- Chaux de Metz, la meilleure qu’011 connaiffe, f. Sa pefanteur, ff.Con-fommation de cette chaux pour les maçonneries, 188.
- Chaux aigre. C’eft celle qui nefoifonne pas ( voyez foifonnement ), & qui n’eft pas grajfe. Voyez chauxgrajfe.
- Chaux âpre. C’eft la chaux faite avec la pierre noire & coquillere des environs de Metz , Thionville & Bitfche en Lorraine : c’eft la chaux qui fe durcit le plus vite & le plus fort de toutes les efpeces que je connaiffe, 8 & fuiv.
- Chaux brûlée. Lorfqu’il s’agit de chaux vive, 180. Lorfqu’il s’agit de chaux éteinte, igf.
- Chaux coulée : chaux que l’on a éteinte dans un bafïin de bois , & fait couler en lait dans une foffe, pour en féparer les parties non calcinées. Cette préparation de la chaux eft eftimée des architectes ; mais je ne fais fi l’abondance d’eau néceffaire pour faire couler la chaux en lait, & qui excede de beaucoup la portion que la nature lui a proportionnée, ne pourrait pas diffoudre une partie de fa v^-rtu , qui enfuite s’imbiberait dans les terres delà fofTe avec cette eau furabondante, & ferait autant
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- 357
- ART DU CH A
- d’enlevé à la folidité des mortiers. Cette queftion mériterait des expériences. Voyez ce qu'en penfe M. de la Lande, dans l'art de faire le par-
- . chemin.
- Chaux éteinte. C’eft celle qui a été ou fondue avec de l’eau, ou réduite en pouiîiere par l’humidité de l’air j dans ce dernier cas , on dit qu’elle a été éteinte par défaillance, ou qu’elle afufé. Voyez fufer. Maniéré de vendre la chaux fondue, en Provence , 6%.
- Chaux étouffée: chaux que l’on a éteinte avec de l’eau , après l’avoir couverte d’une couche de fable qui, en lailfant arriver l’eau fur la chaux,empêche la fumée de la chaux de s’évaporer pendant fon extindlion. Les architectes font grand cas de cette façon d’éteindre la chaux, 193.
- Chaux gardée. La chaux ne le garde point vive , parce qu’elle tombe toujours on pouiîiere en peu de tems à l’humidité de l’air, & qu’alors elle eft éteinte• Ain fi chaux gardée eft de la chaux que l’on a éteinte avep de l’eau, & que l’on a confervée en pâte dans des folfes bien recouvertes contre les gelées , 195.
- Ch aux grajje. On appelle ainfi la chaux en pâte, qui ne lailfe apperce-voir aucuns grains ou grumeaux , à qui relfemble à du beurre par fa fi-neffe. La chaux aigre elt celle qui contient dans fa pâte, foitdes graviers non calcinables, foit des grains de pierres qui n’ont pas été allez poulfés de feu, ou qui n’ont pas eu le tems de fufer en pâte. C’eft pour cela que la chaux coulée , de toutes les elpeces qui fe coulent, eft plus graffe que celle de même efpece qui ne l’a pas été.
- Chaux retournée : préparation particulière à la chaux âpre de Lorraine
- U F O U R N I E R.
- pour l’employer, 8-
- Chaux vive: c’eft celle qui peut s’échauffer en lui donnant de l’eau , ou tomber en pouiîiere en la lailfant à l’air.
- Cheminée des fours ellipfoïdes, 32,
- pl.I,fig.l.
- Coquillages fofliles font des pierres calcaires, 4, note.
- Corde , mefure des bois ; fes dimen-fions à Paris , f 7, note.
- Couleur , fert à connaître le degré de cuiffon de la pierre à chaux, 48.
- Couronne d’un four ellipfoïde, ag.
- Craie, appartient aux pierres calcaires, 4 , note.
- Créneaux. Terme propre aux fours à chaux âpre de Lorraine, 32.
- Cronstedt, minéralogie, cité note 6, D
- Défaillance. Deliquium. Voyez chaux éteinte.
- Dressées , couches de pierres dans les fours cylindriques , où l’on brûle du charbon de bois , 15*9.
- Duhamel dtj Monceaux,(M.)de l’académie des fciences de Paris, cité 2. Ë
- Eau-forte, propre à diftinguer les pierres calcaires , note 6.
- Ebraisoir, voûte pratiquée dans toute la largeur des fours à chaux, décrite dans l’Encyclopédie, 71.
- Ecrevisses , pierres calcinables qui ont pris au feu une couleur rouge
- . qu’elles confervent, mais qui, faute d’alfezde feu , ne fe font pas calcinées , y g.
- Embrasement du four /premier feu qui fait fuer le four à chaux, & toute fa charge , 59.
- Encyclopédie citée 2\.
- Entonnoir , dans les fours de Flandres , 106.
- Entrée du Fourneau, voûte pratiquée dansles fours ellipfoïdes, go.
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- 398 A R T D ü CHAUFOURNIER.
- Escoupe , pelle de fer, propre aux fours à chaux de Flandres , 107.
- Etouffer la chaux, préparation de la chaux âpre de Lorraine, 7.
- F
- Fabrication de la chaux en plein air, 162.
- Fausse pierre. Voyez boufih.
- Foisonnement : c’eft le renflement du volume de la chaux lorfqu’elte pafle de l’état de chaux vive à celui de chaux réduite en pâte, 193. La chaux de Landrethun rend, par ce changement, trois pour un j celle de Toulon ne rend que deux & demi pour un, & foifonne par conféquent moins que celle de Landrethun : elle eft donc moins économe, parce qu’il en faut plus de celle qui foifonne moins pour faire un mortier d’égale conlîftançe. On croit donc la meilleure celle qui foifonne le plus : mais cette qualité de la chaux n’eft relative qu’à l’économie de la bâtifle : quant à celle de là folidité des édifices , on doit remarquer que la chaux âpre foifonne moins que beaucoup d’autres inférieures en qualité.
- Fourneau. Voyez foyer,
- Fours couuans. On nomme ainfi en Flandres tous les fours à chaux dont le feu ne s’éteint point tant que dure la fabrication de la chaux, mais defquels on la tire par le pied du four à mefure qu’elle fe fabrique , en rechargeant d'autant le four par fon fommet , 127.
- Fours à chaux, leur diyifion, 18 ; leur emplacement, 19.
- Fours à grande flamme, 21 & fuiv.
- Fours eUipfoïdes, 21 & fuiv. planche I, jig. 4. Leur conllrudion , 22. Leur charge, 28. Arrangement du bois , 3 7. Leur grandeur, 46. Leur refroi-diflement, fo. Déchet fur les fournées , 73. Confommation du bois
- pour ce four, 77. Tems néceflaire pour une fournée, & dépenfe, 78, 79* ;
- Fours à chaux cubiques, 77 & fuiv.
- Fours à chaux décrits dans PEncyclo. pédie , 70, pi. II, fig. 1,2, 3,4. Conduite du feu dans ces fours, 73,
- Fours à chaux de Champagne , 69.
- Fourschaux de Frovence , 62. Leur contenance, 66.
- Fours à chaux d'Alface, leur conftruc-tion, 77 &fuiv. Feu de ces fours,1^ Confommation du bois, 87- Tems néceffaire pour une fournée, 87. Dé-chet fur ces fournées, 88*
- Fours à chaux & à briques, g , 9 & fuiv. Charge de ces fours, 92. Feu de ces fours , 93. Dépenfe d’une fournée, 96. Difcuffion des avantages de ces fours, 97.
- Fours à chaux de Suijfe, note 17.
- Fours à chaux en Angleterre, note 19,
- Fours à petit feu , fécond genre des fours à chaux , 101 & fuiv.
- fours à chaux de Flandres, 104. Di. menfion & conftrudon de ces fours, 107 ,/>/. ///, fig, 1,2,3 ,4. Charge de ces fours en pierres dures, ni. Feu de ces fours, 116, Extradion de la chaux , & recharges de ces fours, 121. Chommage de ces fours allumés, 128. Déchet fur la chaux de ces fours, 131. Hommes nécef-faires à ces fours, 137, Confomma-tion de houille, 136. Dépenfe, 137. Charge & conduite de ces fours en pierres tendres, 140. Rendage, 141. Confommation de houille , 142. Nombre d’ouvriers nécelfaires, 143.
- Fours à chaux en demi-ellipfoïde ren-ver fé , 147 & fuiv.
- Fours à chaux de Tournay, 147 & fuiv-
- Fours à chaux en pyramide quqrnt renverfée, 171.
- Fours à chaux à la tourbe, ifi.
- Fours à chaux cylindriques , 174.
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- 399
- ART BU CHAUFOURNIER,
- Fours a chaux du Hainault Autrichien ,
- ' 162.
- Fours à chaux vers la\Sambre, i6y, pl.III, fig. 7 &8.
- Fours à chaux fur le Rhône, 177 , note.
- Foyer , partie du four à chaux où s’allume le premier feu , 22.
- Fuser. On le dit de quelques fubftan-ces qui tombent en poufîiere. Le fel alcali du tartre fe fond par la feule humidité de l’air -, il devient en liqueur : c’eft ce qu’on appelle tomber en défaillance. Au contraire , le fel alcali de la fonde tombe en poufîiere quand on le tient dans un air fec 5 c’eft ce qu’on appelle/w/èr. La chaux calcinée fe réduit d’elle - même en poufîiere j ainfi elle fufe , mais c’eft par une autre raifon. C’eft l’humidité de l’air qui l’éteint en partie ; car une pierre de chaux qui afuféeft plus pelante qu’elle n’était au fouir du four,au lieu que le fel defoude eftplus léger quand il a fufé quelorf-qu’il était en cryftaux. Quoiqu’on dife que ces fubftances ont fufé, on ne peut pas dire qu’elles ont entré en fufion. Ce terme appartient aux métaux qui fe liquéfient par le feu.
- ' G
- Galerie d’un four ellipfoïde, 2f.
- Gonflement des pierres à chaux dans le four, 74..
- Gouléttes, pierres plates dont, on garnit le fond des fours à chaux où
- ..J’on brûle du charbon de bois, 1 $6.
- Granités,pierre vitrifiable ,4, note.
- GRiLLAGEi.Xîo/#;** , dans les fours de Flandres, 129.
- Grillage *dormant, dans les fours de «Valenciennes, 129, . >7
- Gueule , ouverture d’un four à chaux par laquelle on peut communiquer à fon pied. Gueules des fours de Flandres, 1 ig.
- Gueule d’un four ellipfoïde, 26,
- H
- Houille propre à cuire la chaux dans ' les fours du fécond genre, 105. Maniéré de la placer dans les fours, 11Houille éventée, 114.
- r J . ,
- Jauge , mefure des bois à brûler dans le boulonnais , la plus exade qu’on connaiffe , 5-7, note. Defcription de cette mefure, & maniéré de s’en fer-vir, ibidem.
- L
- Lance , outil des chaufourniers de Flandres, 119,//. 111 g. y.
- Levier à bourrelets, outil dont on fe fert dans les carrières de pierres à chaux de Lorraine, iy.
- Limaçon noir , coquillage qui fe trouve dans les carrières de pierres à chaux en Lorraine, 13.
- M
- Madrépores, pierres calcaires, 4, note.
- Mannes, paniers dont fe fervent les chaufourniers , pour mefurer la chaux , & tranfporter leurs matériaux, 112.
- Marbre, appartient aux pierres calcaires , 4, note. O11 en fait d’excellente eha ux, 4, ibidem.
- Marne , pierre calcaire , 4, note.
- Marons ; on appelle ainfi le centre oiî cœur d’une pierre fortantdu four à chaux fans avoir été calcinée , quoi-
- , que le pourtour de la pierre l’ait été ,
- 11
- Marque , mefure des bois à brûler dans le Boulonnais , fj , note.
- Mortier d’argille,' employé dans la conftrudion des fours, 2\.
- Mortiers. Obfervations fur les mortiers, 193, note..
- . N
- Nautile , pétrification qui fe trouve dans les carrières de pierre à chaus: en Lorraine, i£.
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- 400 ART 1) U CHAUFOURNIER.
- Noyaux , pierres mal calcinées, 115, Voyez marons.
- P
- Pierre a chaux des bords du Rhône, 91. De Flandres ,204. De Suiile, note 17. DeTournay,iyo.DuBu-gey , i4f , note.
- Pierre à chaux , 4.
- Pierre à chaux âpre de Lorraine , 9. Analyfe de cette pierre, 14. Son prix, 16.
- Pierre à gips, la meilleure pour faire de la chaux, note 8.
- Pierre blanche , marneufe , crétacée , fait de mauvaife chaux , 4.
- Pierre dure , fait de bonne chaux, 4.
- Pierres calcaires, ce que c’eft, 4, note. Maniéré de les reconnaître , 4, note. Vitrifîables, leurs efpeces ,4, note.
- Plate-forme des fours ellipfoïdes,24
- Plate-forme dans les fours de Flandres , 108.
- Porte de tôle, utile pour fermer la bouche des fours ,117.
- Porté feu, canal par lequel 011 enflamme le pied de quelques fours à chaux.
- Pyrites sulfureuses , fe trouvent dans les carrières de pierre à chaux de Lorraine, 15.
- R
- Rable, outil de la forme d’un rateau de fer fans dents, fervant à retirer la braife ou la cendre de quelques fours à chaux.
- Reaumur ( M. dej de l’académie royale des fciences de Paris , cité 2.
- Recuire la pierre , la faire fu-er & def-fécher avant de prefler le feu , 57.
- Rendage , c’eft le produit quotidien d’un four coulant.
- Rigaux. Voyez marons. * '
- Roche, mailîfplus ou moins gros de plufieurs pierres qui dans le feu fe font unies les unes avec les autres.
- Rolle , efpece de fourgon, au même ulage que le rable , 2p.
- S !
- Sables , pierre vitrifiabhé , 4, note. Leur qualité pour faire de bons mortiers , 193 , note.
- Schreber , profefleur à Leipfick , cité note 1.
- Science des ingénieurs, citée , 6.
- Silex, pierre vitrifiable ,4, note.
- Somme , mefùre des bois à brûler dans le Boulonnais, 77 , note.
- Spath , pierre calcaire , 4 , note.
- T
- Terrasses de Hollande, ciment de pierre ou de terre, i87-
- Tertre avantageux à la conftrudion des fours à chaux , 19.
- Tirage: on (e fert de ce terme pour exprimer l’opération de retirer d’un four coulant la chaux qui eft faite. On s’en fert auffi pour exprimer le courant d’air qui entretient un feu; enforte que d’un four ou fourneau dans lequel le feu eft toujours bien animé, on dit que ce four eft d’un bon tirage.
- Tisonnier, outil des fours à chaux de Tournay.
- Tourbe , employée à cuire la chaux, ij-i & fuiv.
- Tourelle, dans le four à chaux dé-critflans l’Encyclopédie , 71.
- Tremble , bois propre aux fours à grande flamme , 36.
- Tuileaux , groifes pierres dont on recouvre les fours ellipfoïdes’, 32, pl-Ufig. 37.
- .. . ' ART
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- A RT
- DE FAIRE
- LE PAPIER.
- Par M. de la Lande.
- Tome IVa
- £ € Cf
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- s ALU,
- AVER T I S S E AI E N T. (i)
- ï. Sur la fin du dernier fîecle, l’académie ayant formé le projet de l’hiftoire générale des arts, M. des Billettes donna la defcription de l’art du papier : on fit graver huit planches eu 1698 5 & la defcription fut lue à 1 académie :en 170 6 (2).
- 2. Nous avens confervé les planches de ce premier travail, en y faifant les changemens qui ont paru indiipenfables : ce font les planches 1,2, 4, ïo, 11, I2|, 13, 14(3); mais nous avons abandonné la defcription qui en savait été faite -, parce que, fur toutes les parties de -cette fabrication, nous avons voulu entrer dans les plus grands détails.
- 3. On trouvera dans notre defcription les pratiques différentes » avec les termes qu’on emploie en différentes provinces j les vues nouvelles qu’aoccâ-fionné à des perfonnes éclairées & à nous-mêmes l’état aétuel des papeteries ; les réglemens qu’ont di&é l’expérience des fabriquans, & la fageffe du minif. tere : enfin l’on y trouvera la nouvelle forme des moulins à cylindre, la plus ufitée en Hollande, qui nous a fourni encore, pour aiïifi dire, la defcription d’un nouvel art.
- 4. M. Duhamel, de l’académie royale des fciences, ayant voyagé en Angoumois par ordre du mmiftere , pour travailler à l’extirpation des papillons de bled qui défolaient cette province, a parcouru en connaiffeur les fabriques de papier, qui y font en grand nombre : il nous a communiqué fes obfervations, & nous en avons fait un ufagé fréquent, fur-tout lorfqu’il a été queftion des pratiques de l’Angoumois.
- 5. M. Le Cat , fecretaire de l’académie des fciènceS de Rouen, nous a donné fur la Normandie, les éclairciffemens qui ont été néceifaireSj & M. de Clévant, fecretaire de l’académie de Befanqon, fur les moulins de la Franche-Comté. M. de Mélié, qui avait été long-tems l’un des propriétaires
- ( 1 ) Cet art eft l’un des premiers qui ait ment hommage, été publié par l’académie, M. de Jufti l’a (2) Voyez hijl. de ïaead. ann, 1706. inféré dans le premier volume de la traduc- (3) De l’édition de Paris. On fe rappdi-tion allemande , avec des notes dont j’ai lera que j’ai fait à cet égard , dans mon édi-profité dont je lui rends ici publique- tion , des changemens néceflairës,'
- E e e ij
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- 404
- avertissement;
- de la manufacture de Montargis, & qui en avait fait la defcription, a bien voulu nous communiquer fes recherches. Enfin nous avons fuivi & examiné nous - nièmes cette manufacture, & plufieurs autres, aflfeZ long - tems & avec aflfez de foin pour pouvoir décrire exactement & avec toutes fes cir-conftances l’art de faire le papier.
- 6. Les cylindres hollandais, que nous avons décrits, fe trouvaient déjà dans des figures gravées à Amfterdam en 1734, mais avec de fimples notes écrites en hollandais, qui ne renferment aucune explication, & il a fallu y deviner la plupart des effets. D’ailleurs , nous ne devons pas difilmuler qu’on a accule, même en Hollande, les auteurs de ces recueils, d’avoir caché avec delïèin des chofes importantes dans les arts qu’ils femblaient vouloir rendre publics * d’avoir même altéré les proportions dfentielles de leurs machines , pour en rendre l’imitation infructueufe. Nous avons donc infifté davantage fur les machines exécutées à Montargis , & fur les procédés qu’on y emploie : iis ont été perfectionnés déjà par une expérience de vingt ans, & nous n’y avons point éprouvé cette baffe diflimulation, cette jaloufe crainte} ce zele intéreifé, qui refufent de faire connaître les arts, de contribuer à leur perfection, d’y porter le flambeau de la phyfique & l’eiprit de recherche : faiblefles qui ont été la feule caufe de la lenteur avec laquelle jufqu’ici les arts fe font perfectionnés.
- 7. En eflfet, prefque tous les artiftes ont pour maxime de cacher leurs procédés, & de fe réferver^ tant qu’ils peuvent, le fecret de leur art. Si leur intérêt perfonnel l’exige, je n’elpere rien d’euxj lailfons-les immoler à ce motif invincible, pour les âmes communes, la gloire du citoyen, la perfection des arts & le plaifir d’être utiles. Mais plufieurs croient de bonne, foi, qu’il eft de l’intérêt de l’état de ne point répandre dans le public la connaît fance des arts, pour ne point la partager avec l’étranger. Qu’il nous foit permis de répondre à ceux-ci, en juftifiant, pour ainfi dire, l’académie. Je demande donc lequel eft préférable pour un état, ou de partager avec tous les favans les faibles lumières que l’habitude de nos ouvriers nous ont acqui-fes pour les perfectionner enfuite, ou de refter éternellement dans l’état de médiocrité & de routine dont ils ne peuvent nous tirer. Les açts tien-
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- AVERTISSEMENT.
- lient tous aux fciences, attendent tout de celles-ci, & ne peuvent faire fans elles que des.pas lents & chaneelans. Cependant ceux qui cultivent les fciences , ne peuvent prefque jamais connaître les arts par eux-mêmes. S’ils l’entreprennent , mille obftacles les en détournent j ils trouvent dans les atte-liers un détail rebutant, un langage bizarre, une défiance choquante, une routine aveugle, des vues bornées, des pratiques fuperftitieufes, une ignorance profonde fur les forces de la nature & fur les principes de l’art. Celui qu’un goût plus décidé, des circonftances plus favorables, des artiftesplus intelligens auront mis à portée d’y pénétrer plus avant que les autres, aura rendu aux favans, aux artiftes & aux arts , le fervice le plus important, s’il parvient à leur faire connaître ce qu’il n’a appris qu’avec peine. Les autres pourront partir de là, abréger le travail, s’épargner des recherches inutiles ou des expériences déjà faites, faire fervirun art au progrès des arts qui fouvent en different le plus, enrichir la patrie, & fervir l’humanité.
- 6. Ce concours de travaux & de fuccès exige la publicité, la réciprocité, ïa confiance, l’ouverture avec laquelle on travaille dans les académies. Si vous tentez de fruftrer l’étranger de vos travaux, vous en fruftrerez nécef. fairement aufîi vos meilleurs citoyens j & la cupidité nationale, qui vous aura fait envier à vos voifins le fecours de vos arts , vous en dérobera à vous-même la perfection & le progrès ; enfin vous vous priverez de bien plus de connaiffances que vous n’en aurez dérobé aux étrangers. Laiffons donc profiter nos ennemis même des foins que nous aurons pris pour enrichir notre nation, plutôt que d’en perdre les avantages par une mauvaife réticence.
- 7. Dans les te ms de barbarie & de ténèbres , où, enveloppés de myfteres, les arts les plus utiles étaient à peine dans leur enfance, il fallait plufieurs fiecles pour parvenir à un procédé, à une découverte, qui, plus d’une fois, fe perdit en naiffant, & 11e profita qu’à un feul homme ou à un très - petit nombre. Le papier, dont l’ufage eft aujourd’hui fi général & fi commode, était connu depuis mille ans dans l’Afie , & depuis deux fiecles en Europe * lorfque l’ufage s’en répandit. Il 11’y a que trop d’obftacles au progrès des arts de la part de ceux qui les exercent i les favans ne fauraient affez en applanir le chemin. Tel fut l’objet que l’académie des fciences fe propofa dès fa pre-
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- miere inftitution : elle fentit que tous les pas qu’elle ferait dans cette cat« riere, ierviraient fur-tout à la France; que les lumières, l’émulation, les fecours qu’on en retirerait parmi nous , feraient plus que fuffifans pour nous conferver à cet égard un avantage considérable fur nos voifins ; & qü’enfin il y avait tout à gagner dans ce travail, non-feulement pour les hommes en général, à qui nous nous devons fans doute, mais même pour la patrie , à qui nous fommes voués par préférence. L’obfcurité des arts efl telle encore dans ce'fiecle de lumière, que non-feulement le public, mais les favanseux-mèmes ignorentfouvent en quoi confifte la difficulté de certains procédés, fi c’efl dans la matière ou dans la forme que rélide le fecret de l’art, fi le -fuccès tient à la nature , ou fi l’art peut feul y fuppléer.. Trois perfon-nes dans le royaume connaiffent le beau rouge du coton, découvert par un célébré chymifte de l’académie des fciences ; les autres ne fe doutent pas même de la difficulté qu’il y a dans cette partie. On fait que les couleurs de la foie font toutes ou ternes ou paflàgeres ; mais ceux qui ont remarqué cet inconvénient, n’en fachant pas la caule phyfique , n’ont pas été à portée d’en étudier le remede. Le fer-blanc, la dorure, l’émail, le minium , le borax, le camphre , &c. offrent une multitude de chofes utiles qui font encore entre les mains d’un petit nombre de perfonnes, la plupart chez l’étranger, & que nous ne pouvons efpérer de partager avec eux, à moins de ranimer le goût des arts en France, & de fixer fur eux les yeux des favans avec ceux des artiffes. Auffi le miniftere de France, éclairé fur nos véritables intérêts, a de tout tems formé, foutenu & ranimé cette entreprife : on commence à voir le réfultat des efforts qu’a fait Facadémie pour arracher le voile qui nous dérobait tant de chofes curieufes ; & peut-être touchons-nous par fon moyen à une révolution dans les arts, femblable à celle que le derffier fiecle vit s’opérer dans les fciences.
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- ART
- DE FAIRE I.F. PAPIER.
- §. iL<A nature nous offre une multitude de fubftances fur lefqu elles on peur écrire, & qui ont tenu lieu de papier dans différens tems & chez différens peu*-pies du; monde. Nous les voyons employer fucceffivement des feuilles de palmier , des tablettes de cire , d’ivoire & de plomb, des toiles de lin ou de coton (4)', les inteftins ou la peau de différens animaux ( 5), & l’ecorce intérieure des plantes ( 6); mais la perfection de l’art confiftait à trouver une matière très-abondante^ & dont la préparation fût très-facile. Tel eft affuré-ment le papier que l’on emploie aujourd’hui, & dont nous effayons de décrire la fabrication; Pouvait-on concevoir quelque fublfance plus commune que les débris de nos vêtemens , des linges ufés, incapables d’ailleurs defervir au moindre ufage-, & dont la quantité fe renouvelle tous les jours ? Pouvait-en imaginer un travail plus ftmple que quelques heures de trituration par le moyen des moulins ? On eft furpris, en obfervant que ce travail eft fi prompt* que cinq ouvriers dans un moulin pourraient aifément fournir tout le. papier néceffaire an travail continu, de. trois mille copiftes..
- (4) Voyez Maffei, hift. diplom. lib. II. Bïbl. Italique, tome II. Leonis Allati antiq. ttrufcæ. Hug. deferipturœ origine, Alexander ab Alaxarid.ro , lib. II, cap. jo. Bar-tcli dijfertatio de libris legendis, &c.
- (O La-peau de certains poifTons a suffi été employée, à cet ufage. On a écrit ou gravé fur. des écaillés de tortues. Voyez ftlabillon , dere diplomatica, lib. I, cap. §• Pabricii bibliotheca nat. cap; 21 , &c.
- ( 6 ) On peut ajouter fécorce de certains arbres, fur laquelle plulfur; peuples dé
- fantiquité ont écrit. Il y a même bien des nations modernes, qui écrivent de cette façon. M’. de Jufti poffede une lettre en langue malabare ; c’eft une lettre de voiture écrite par un négociant dé ces pays là. Les Siamois font de l’écorce d’un arbre nommé plick'klci , deux fortes de papier, l’un noir & l’autre blanc. Voyez F Encyclopédie, au mot papier. Les nations qui font au-delà du Gange , font leur papier de l’écorce dt plufieurs arbres.
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- Du papier des Romains.
- 9. Le papier qui a été le plus long-tems employé chez les Romains & les Grecs^, était formé avec l’écorce d’une plante aquatique d’Egypte. Suivant la defcription que Pline nous donne de cette plante, d’après Théophrafte, elle a neuf ou dix coudées de hauteur ; fa tige elt triangulaire, de grofleur à pouvoir être renfermée dans la main. Sa racine eft tortueufe ; ellefe termine par une chevelure ou panache compofé de pédicules longs & faibles. Elle a été obfervée en Egypte par Guilandin, auteur du feizieme iiecle, qui nous a donné un lavant commentaire fur les chapitres de Pline, où il eft parlé du papier. Cette plante elt aulîi décrite dans Profper Alpin & dans LobeL Voici les noms qu’elle porte dans les botaniftes modernes, que l’on pourrait conful-ter, fi l’on defirait de plus grands éclaircilfemens fur cet article :
- 10. Papyrus fyriaca & jîciliana. C. Bauhini, in Pinace, 12.
- Cyperus niloticus vd fyriacus maximus papyraceus. Morilfonii hiftoriæ* tit. 3 i 239*
- Cyperus modis nudus , culmis e vaginis brevibus prodeuntibus , fpids tenuiori-bus. Scheuch. gram. 387.
- Cyperus omnium maximus papyrus dictus } ( Mont. gram. 14. ) locujlis mini* mis. Mich. Gen. 44,^. 19.
- Cyperus culmo triquetro nudo , umbella Jimplici foliofa , pedunculis JimpliciJJî-mis dijiiche Jpicatis : Royen , Horce Leidenjis 50. Linnæi Specierum, p. 47 (7).
- ri. Les Egyptiens la nomment berd , & ils mangent la partie de cette plante qui elt proche des racines (g).
- 12. Il croît aulîi dans la Sicile une plante nommée papero, qui reflemble beaucoup au papyrus d’Egypte ( 9 ) ; elle elt décrite dans les Adverfaria de Lo-bel. Ray & plusieurs autres après lui ont cru que c’était la même efpece 5 cependant il ne paraît pas que les anciens aient fait aucun ufage de celle de Sicile ; & M. Bernard de Julîieu né croit pas qu’on doive les confondre > lur-
- (7) Papyrus nilotica. Gérard. 37, eman. 4°-
- (8) Guilandin a vu , il n’y a pas deux liecles., les habitans des bords du Nil, manger'* la partie inférieure du papyrus’, comme on le pratiquait anciennement ; ce qui prouve que la plante n’eft pas perdue , quoiqu’on ait ceffé d’en faire ufage & de s’en occupen
- (9) Quoiqu’il ne s’agiflfe pas ici de botanique, cependant il convient, ce fémble ,
- de donner une idée de la planté dont on vient de détailler les divers noms. Le papyrus , efpece de rofeau du Nil, jette une racine tortueufe, de la grolfeur du poignet ; fa tige triangulaire s’élève de fix à fept coudées au-deflus de l’eau ; elle va toujours en diminuant, & aboutit en pointe au foni-met de la plante qui eft une efpece de panache dont les feuilles fontobtufes, comme celles du.typha de marais.
- tout
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- tout en filant dans Strabonque le papyrus ne croiffait que dans l’Egypte ou dans les Indes ( 10). On peut voir à ce fujet ce qu’ont écrit Pline , liv. 13 , ch. 11 j Guilandin,dans un ouvrage imprimé à ce fujet en 1 ^76 ; le P. de Mont-faucon , dans le fixieme tome des mémoires de l’académie des infcriptions 8c belles-lettres ; les RR. PP. Bénédiélins, dans leur traité de diplomatique, & fur-tout M. le comte de Caylus , dans un mémoire très-détaillé & très-favant, qu’il a donné en 1758 à l’académie des infcriptions ( 11 ). C’eft de ce mémoire que nous allons extraire un abrégé de la maniéré dont le papier fe préparait à Rome (12).
- 13. L’écorce extérieure de la plante ne fervait point à former le papier : les lames intérieures étaient les plus recherchées ; de là vient qu’on diftin-guait, dans le papier de Rome , plusieurs qualités & plusieurs prix.
- 14. Le papier de Sais était compofé des rognures de rebut, que l’on portait dans cette ville.
- 1 S- Le papier lénéotique , ainfi nommé d’un lieu voifin, fe faifait avec les lames qui touchent de plus près l’écorce, & fe vendait au poids , n’ayant aucun degré de bonté.
- 16. Après ces lames qui fuivaient immédiatement l’écorce, on trouvait la matière propre du papier, qui s’employait de la maniéré fuivante.
- 17. On alfemblait fur une table des lames de toute la longueur qu’on pouvait conferver ,j& 011 les croifait par d’autres lames tranfverfales , qui s’y collaient par le moyen de l’eau & de la preffe : ainfi ce papier était tiffu de plu-
- Oo) Le papyrus de Sicile, nommé par II porte un panache compofé d’une touffe Cefalpin pipero , pouffe des tiges plus Ion- de pédicules très - minces , entre lefquels gués & plus groffes que le papyrus d’E- on n’appercoit aucune fleur. Les feuilles gvpte ; elles font garnies de feuilles courtes font difpofées en rayons autour du panache, qui naiffent de la racine : on n’en voit au- La tige eft haute de dix pieds & plus , fans cune fur la tige ; mais elle porte à fon fom» nœuds & fort liffe , de la groffeur d’un bâ-metun large panache compofé d’un grand ton qu’on peut entourer avec la main; nombre de pédicules triangulaires en forme elle va toujours en diminuant. On emploie de jonc , à l'extrémité defquels font placés l’écorce à faire des nattes. Les fauvages en entre trois petites feuilles , des épis de font auffi les voiles & les cordages de leurs fleurs de couleur rouffe. Les racines font li- bateaux , & des cordes pour leurs filets, gneufes ; elles jettent des branches fembla- (12) 11 eff plus vraifemblable que le blés à celles du fouchet, mais d’une couleur papier qui fe vendait à Rome , était prémoins brune.De leur furface inférieure for- paré fur les lieux où la plante croit Pline en tent plufieurs menues racines yde la fupé- décrit amplement la fabrication , liv. XIII, rieure, s’élèvent des tiges qui, tant qu’elles ' chap. .11 ;&ilobferve qu’on fcpare avec font tendres, contiennent un fuc doux. une aiguille la tige du papyrus en lames fort (11) M. Poivre a rapporté de Madagaf- minces , & auffi larges qu’il eft poffible, par un*e troifieme efpece de papyrus. Les dont on compofé les feuilles de papier, habitans du pays le nommentfanga-fanga.
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- fleurs lames ; il parait même que du tems de Claude on fit du papier de treis couches (13).
- ig. Pline nous apprend auffi que l’on fallait fécher au foleil les lames ou feuillets de papyrus ; on les diftribuait enfuite fuivant leurs différentes qualités propres à différentes efpeces de papier î on ne pouvait guere fépa* rer dans chaque tige plus de vingt lames.
- 19. Le papier des Romains n’avait jamais plus de treize doigts de largeur ; encore était-ce le plus beau , tel que celui de Fannius. Ce papier, pour être parfait, devait être mince, compaét, blanc & unis caraéteres qui font prefque les mêmes que nous exigeons dans notre papier de chiffons. On lifîait le papier avec une dent ou une coquille ; cela l’empêchait de boire l’encre, & lui donnait de l’éclat.
- 20. Le papier des Romains recevait une colle auffi bien que le nôtre, & cette colle fe préparait avec de la fleur de farine détrempée dans de l’eau bouillante, fur laquelle on jetait quelques gouttes de vinaigre y ou avec de la mie de pain levé, détrempée dans de l’eau bouillante & paffée par l’étamine. Enfuite 011 battait ce papier avec le marteau ; on y paffait une fécondé colle , on le remettait en preffe , & on l’étendait à coups de marteau. Ce récit de Pline eft confirmé par Caffiodore, qui, parlant des feuilles de papyrus employées de fon tems, dit qu’elles étaient blanches comme la neige, & compofées d’un grand nombre de petites pièces, fans qu’il y parût aucune jointure: ce qui femble fuppofernéceflairement l’ufage de la colle.
- 21. La defcription précédente de la fabrication du papier en Egypte & à Rome, n’eft qu’un extrait de ce que Pline en rapporte, livre XIII, chapitre 12 : extrait que j’ai cru ne devoir faire que d’après la tradu&ion & les notes favantes que M. le comte de Caylus a inférées dans fon mémoire.
- 22. Aurefte, \q papyrus d’Egypte était connu même du tems d’Homere mais ce ne fut, fuivant le témoignage de Varron, que vers le tems des conquêtes d’Alexandre , qu’on commença à le fabriquer avec les perfe&ions qui l’art ajoute toujours à la nature.
- Origine du papier de coton.
- 23. On fe fervit jufqu’au dixième fiecle environ ( 14) du papier ainfi fait
- (iO papier qui n’avait pas trois cou- avec plus de probabilité , que le papyrus èhes était trop fin, il ne foutenait pas la n’était déjà plus d’un ufage commun au plume, qui était un rofeau taillé exprès. cinquième fiecle.Plufieurs manufcrîts qu’on D’ailleurs, fa tranfparence fai fait que les croyait écrits fur du papier d’Egypte font, caraderes s’effacaient les uns les autres. fuivant cet auteur , fur du papier de coton* (14.) Le favant comte Alaffei fou tient,
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- avec l’écorce de la plante que nous venons de décrire; alors on imagina de le faire avec du coton pilé & réduit en bouillie. Cette méthode, qui devait être depuis plufieurs fiecles employée à la Chine, parut enfin dans l’empire d’orient, finis qu’on fâche précifément l’auteur* la date, ni le lieu de cette belle invention.
- 24. Dans un mémoire du R. P. D. Bernard de Montfaucon, qui fe trouve au fixieme volume des mémoires de l’académie royale des infcriptions & belles-lettres, page 6o<f & fuivantes,il eft prouvé que le papier de coton9 %x?r>iç fa/ugvxw;, commença à être en ufage dans l’empire d’orient au neuvième fiecle ou environ. Voici fes preuves. Il y a plufieurs manufcrits grecs, tant en parchemin ou velin , qu’en papier de coton, qui portent la date de l’année où ils ont été écrits ; mais la plupart font fans date. Sur les manufi crits datés on juge plus fiirement, par la comparaifon des écritures , de l’âge de ceux qui ne le font pas. Le plus ancien manuferit en papier de coton, avec la date, eft celui du roi, numéroté 2889? qui fut écrit en 10^0; un autre de la bibliothèque de l’empereur, qui porte auftî fa date, eft de l’année 109 f. Mais comme les manufcrits fans date font incomparablement plus nombreux que ceux qui font datés, le P. de Montfaucon s’eft aufli exercé fur ceux-là; & par la comparaifon des écritures, il en a découvert quelques-uns du dixième fiecle, entre autres un de la bibliothèque du roi, coté 2436. Si l’on faifait la même recherche dans toutes les bibliothèques , tant de l’orient que de l’occident, on en trouverait apparemment d’autres, ou du même tems, ou peut-être plus anciens. Cela fait juger que ce papier bombyein, ou de coton, peut avoir été inventé au neuvième fiecle, ou pour le plus tard au commencement du dixième.
- 2<f. A la fin du on2ieme & au commencement du douzième, l’ufage en était répandu dans tout l’empire d’orient, & même dans la Sicile. Roger, roi de Sicile, dit dans un diplôme écrit en 114^, rapporté par Rocchus *Pyrrhus, qu’il avait renouvellé fur du parchemin une carte qui avait été écrite fur du papier de coton , in charta cuttuma , l’an 1102 , & une autre qui était datée de l’an 1112. Environ le même tems, l’impératrice Irene , femme d’Alexis Comnene, dit dans fa réglé faite pour des religieufes qu’elle avait fondées à Conftantinople, qu’elle leur laiffe trois exemplaires de la réglé, deux en parchemin, & un en papier de coton {Analec. Gr. p. 278)- Depuis ce tems-là, le papier de coton fut encore plus en ufage dans tout l’empire de Conftantinople (15).
- (1 <;) Le^anciens fe fervaient auffi, pour corce & le bois de differens arbres, comme écrire.,-de l’écorce intérieure, ou de la pel- l’érable, le plane , le hêtre , & l’orme, mais licule blanche qui eft renfermée entre l’é» fur-tout le tilleul. Cette écorce , nommée
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- ART DE FAIRE
- Origine du papier de chiffons.
- 26. Quant à l’origine du papier dont nous nous fervons aujourd’hui, dit le P. de Montfaucon, nous n’en lavons rien de bien précis.
- 27. Thomas Demster , dans fes glofes fur les inftitutes de Juftinien, dit qu’il a été inventé avant l’âge d’Accurfe, qui vivait au commencement du treizième liecle : Bombycece chance paulo ante cztatem Accurjii excogitatœjunt. Quoiqu’il parle là du papier bombycin, je crois qu’il comprend auffi fous ce nom le papier de chiffons, qui eft allez femblable au papier de coton. 11 y a eu des pays où l’on fe fervait de l’un & de l’autre, comme la Sicile, l’état de Vernie, & peut-être d’autres. Plulieurs éditions d’Alde Manuce, faites à Venife, font fur du papier de coton ; le voifinage de la Grece y en aura fans doute porté l’ufage. Demfter femble donc parler de l’un & de l’autre (16). Mais nous avons fur le papier de chiffons unpaffage plus ancien & plus exprès dans Pierre Maurice, dit le Vénérable, contemporain de faint Bernard , qui mourut en 1153. Les livres que nous lifons tous les jours, dit-il dans fon traité contre les Juifs, font faits de peau de bélier, ou de bouc , ou de veau, ou de plantes orientales, c’eft-à-dire, du papyrus de l’Egypte ; ou enfin du chiffon, ex ra~ furis veterum pannorum. Ces derniers mots lignifient affurément le papier tel que nous l’employons aujourd’hui. Il y en avait donc déjà des livres au douzième liecle; & comme on a écrit des aétes & des diplômes fur du papier d’Egypte jufqu’au onzième , il y a apparence que c’eft environ ce même liecle
- en latin liber, a donné fon nom à nos livres. Us en levaient l’écorce ; après l’avoir battue & féchée, ils la rendaient propre à l’ufage auquel ils voulaient l’employer. Voyez Pline, hiji. nat lirai lib. XIII, c. i f. Montfaucon , palœog. grœc. lib I, c. 2. Mabillon, derc diplomat. lib, I, c. 8. Le comte Maffei foutient une opinion différente.
- (16) Je ne fais comment on pourrait entendre ce paffage , du papier de chiffon : Demfter dit expreffément , qu’il parle du papier de coton , & il faut croire qu’il avait une idée de ce qu’il difait. Mais la citation de Pierre le Vénérable prouve incontefta-blementque déjà dans le douzième fiecle l’on fabriquait en occident du papier de chiffons , quoique peut-être en moindre quantité. On conçoit comment cette invention a pu Le taire. C’était dans le tems des
- croifades. Le papier de coton était alors généralement en ufage chez les orientaux ; & les croifés purent en obferver la fabrication. De retour chez eux , quelqu’un imagina d’employer , au lieu de coton, les chiffons de toile de lin, On verra que le travail de l’un & de l’autre manufacture a beaucoup de rapport La fociété royale de Gottin-gue propofa , il y a quelques années, pour fon prix ordinaire, de déterminer le tems de l’invention du papier; & le réfultat de toutes les recherches montre qu’il faut rapporter ce fait au douzième fiecle , quoique ce ne foit que dans le fiecle fuivant que l’ufage du papier s’eft introduit par-tout. M. de Jufti rapporte que M. Hering a prouvé que le papier de chiffons était connu & employé dans la Poméranie vers la fin du treizième fiecle; ce qui revient allez à la date du P. Montfaucon.
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- LE PAPIER.
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- que le papier de chiffons a été inventé ; & il eft à croire que ce papier aura fait tomber le papier d’Egypte en occident, comme celui de coton l’avait fait tomber en orient. Pierre le Vénérable nous dit qu’il y avait déjà de fon tems des livres faits avec du papier de chiffons : mais il fallait que ces livres fulTent extrêmement rares; car, quelques recherches que j’aie pu faire, tant en Italie qu’en France, je n’ai jamais vu ni livre ni feuille de papier, tel que nous l’employons aujourd’hui, qui ne fût écrit depuis S. Louis ; c’efLà-dire, deppis 1270, Voilà, conclut le P, Montfaucon, tout ce que j’ai pu trouver de plus fur touchant un fujet fi intéreffant pour les gens de lettres. Après les recherches d’un li Pavant antiquaire, on ne doit pas efpérer de trouver une date précife à çette découverte , & nous allons palier à l’état aétuel de cet art,
- Matière du papier,
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- • 28- Le papier dont onffait ufage aujourd’hui dans toute l’Europe (*), n'eft formé que du vieux linge ufé qu’on a mis au rebut, & qui ne peut fer-, vir à rien. En Auvergne , 011 donne le nom de pattes à ces matières premières ; ailleurs on les appelle chiffons 3 vieux linges , vieux drapeaux, guenillons ; cil quelques endroits du Limoufin & du Poitou , leur nom eft lapeille. Les provinces où font établies les plus grandes manufadures de papier trouvent allez de chiffons dans les provinces voifines, & il en relie encpre beaucoup qui fe tranlportent dans l’étranger. ^
- 29. Par exemple , les marchands de Lyon font raffembler les chiffons dans le Lyonnais , le Dauphiné, la Brelfe, & fur-tout en Bourgogne, pour en fournir les manufadures d’Auvergne. Les pattieres, chiffonnières ou drapelieres , qui parcourent les villages , ramaffent une quantité de pattes ou de chiffons, quelquefois dans les ordures des rues , fouvent avec quelques aiguilles qu’elles donnent à des domeftiques ou à des pauvres qui ne fauraient que faire de ce chiffon. Une aune de dentelle de deux à trois fols , en paie quelquefois une quantité confidérable. O11 y fait plus d’attention dans les villes ; il 11e manque guere de s’y trouver des marchands qui rafemblent avec foin les vieux linges', à qui le peuple les vend, & qui les mettent en magafin 9 d’où ces pattes font tranfportées en Auvergne fur des mulets. Le triage des blan? elles & des fines fe vend jufqu’à huit livres le quintal (17).
- ^ Nous parlerons de celui de ,1a Chine à trouver.. Il fera fort utile d’examiner les à la fin de ce traité. . Vjt moyens de fuppléer à leur défaut. Outrp
- , (17) Depuis qué le nombre des imprime- les papiers naturels V dont je parlerai ail-ries s’eft multiplié dans bien des endroits,, leurs, on vient de faire une découverte ip-la confommation des papiers eft devenue téreflante, qui ^rendra le papier plus complus forte, &,les chiffons font plus difficiles mun, & débarrkfîera la librairie d’une foule
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- ART DE FAIRE
- 30. Les chiffons de Bourgogne font les pluseftimés chez lés fahriquans d’Auvergne, parce que, difent-ils-, on a foin en Bourgogne de les leffiver avant que de les vendre, & qu’ils pénfent que dès chiffons bien leffivés font du plus beau papier. Si c’eft là leur véritable raifôn, il ne tiendrait qu a eux de .èiire leffiver àüffi tous les vieux linges qui leur viennent d’ailleurs. Le bois n’y eft pas rare* puifque la plupart de leurs moulins font au pied des forêts : cependant ces leffives 11e font nfitées nulle part, & bien des perfonnes croient qu’elles font totalement inutiles ; la meilleure leffive, difent-ils, c’éft une forte & longue trituration,
- Leffive des chiffons,
- 31. D’autres , au contraire, qui ont une meilleure idée des effets de la leffive fur le chiffon, voudraient qu’on l’employât d’une maniéré plus efficace ; c’éft-à-dire, qu’on leffivât les chiffons même après qu’ils auraient déjà paffé dans le moulin, & qu’ils feraient réduits en une eipece de pâte. Dans cet état, ils feraient en effet plus fufceptibles des impreffions de la matière Jaline contenue dans les cendres. On laverait dè même cette pâte après la leffive, en la failant paffer encore par le moulin. C’eft alors que le foleil, l’eau & la rofée achèveraient de la blanchir parfaitement, & que de la toile, quoique roüffe^ colorée ou groffiere, deviendrait egalement propre à faire du papier fin. Quoiqu’il en foit du mérite de cette idée, nous n’avons pas connaiffancè qu’elle ait été mife en pratiqué.
- 32. On peut rapporter aux effets delà leffive l’expérience qui a été faite avec de la graiffe pour dégraiffer les chiffons. Ayant mêlé de la glaife dans les mortiers, on l’a foumife à f action des pilons, qui, avec le courant d’eau qu’on y ménage toujours, ont donné une pâte parfaitement dégraiffée, & qui pa-raiffait fort blanche ; cependant le papier qui en a été formé, avait un œil griiàtre , parce que la matière métallique & colorante qui fe trouve ordinairement dans la glaife, s’était unie avec le chiffon d’une maniéré fi intime que le lavage n’avait pu fuffire pour l’extirper (18).
- de mauvais livres. M. Claproth , profeffcur àGottingue, a trouvé le fecret de rendre blanc le papier imprimé, de maniéré qu’il n’y refte pas la moindre tracé des im-preffions précédentes. II a envoyé à l’académie royale de Berlin, des échantillons'de Pè papier réimprimé après avoir été reblan-eh i.Son fecret parait fmiple, facile , & peu 'coûteux. Il confifte à remettre au pilon le papier imprimé, à en féparer la couleur de l’impreffionpar le moyen de l’eau & delà
- terre à foulon, & à faire de nouveau papier avec la matière redevenue blanche. L’inventeur aflure qu’il n’a employé que la valeur de deux fols de cette terre pour reblanchir à la fois plufieürs rames de papier imprimé. Voyez nouveau Journal Helvétique , février 1779 , page 104.
- ( 18) Peut-être n’a-t-on pas bien choifi la terre glaife.il eft rare qu’elle foit métallique &’colorante. Celle qui aurait ces défauts, ne vaudrait rien du tout pour de pareilles
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- 33- La toile la plus blanche & la plus fine eft toujours la meilleure, parce que le fil le plus fin eft le plus aifé à blanchir ; 011 préféré celle de chanvre & de lin , fans rejeter cependant la toile de coton. La toile neuve ne réuffit pas fi bien ; elle eft trop long-tems à s’affiner. Les chiffons de laine ou de foie ne s’emploient que dans le papier gris, encore faut-il les mêler avec beaucoup de gros linge (*).
- 34, Le vieux papier pourrait auffi fervir au même ufage ; mais le déchet ferait trop confidérable : 011 aime mieux le réferver pour la fabrique du carton , où étant travaillé moins long-tems & avec moins de force, & avec la même eau, il perd auffi beaucoup moins. D’ailleurs, le papier qui a été collé, quoique paifé dans l’eau bouillante, donne encore à la pâte une vifcofité dont on doit fe garantir.
- 3f. Si les chiffons qui arrivent dans les fabriques fe trouvent être mouiU lés, 011 les fait fécher dans les étendoirs à papier, dont il fera parlé diaprés,, avant que de les donner aux déliifeufes.
- Du déïijjage, ou du choix des chiffons, *
- 36. Les chiffons étant bien .Léchés, paffent entre les mains des dêliffeufes ou guïlleres. Ce font des femmes employées à ratifier & à trier les différentes qualités de chiffons : ce qui s’appelle guiller en Auvergne, & en Angoumois déliffer. Elles font rangées dans une grande falle deftinée à ce travail, & pleine de ces vieux linges, affifes deux à deux fur des bancs. Elles ont de deux en deux une grande cailfe (19}, partagée en trois cajfots, pour y mettre les trois fortes de chiffons qu’elles doivent, diftinguer, les fins, \es moyens, & les grof-fars ou bulles. Les fins font réfervés pour le papier de la première qualité * comme les groffiers fervent à faire le papier bulle ou gros venant, qui eft la derniere forte de papier blanc qui fe fabrique dans nos manufadures. Enfin le dernier rebut fe nomme le trajfe.
- , ,37. Chacune de ces déliifeufes a un carton enveloppé d’une groffe toile, qui eft pendu à, fa ceinture & appuyé fur fes genoux (20), fur lequel, avec
- expériences : l’argille qu'il faut employer pour cela, eft'blanche ^alcaline. Il eft aifé de diftinguer la couleur. Quant à fa vertu alcaline, on la reconnaît! jôrfqu’elle fait çffervefcence^vec une goutte d’eau-forte qu’on verfedçflus, . ! .
- J (*)Nous parlerons ci-après 'de l’üfage qu’on pourrait faire de différentes matières pour le papier^ ' X-
- „ (19.) Chaque, caille a environ fis pieds
- de long, fur trois de large & deux & demi -de haut.
- ( 30 ) M. de Jufti reproche aux manu, factures d’Allemagne de négliger les opérations du-délifiage. On ne tire point les chiffons , on ne défait pas les coutures, on ne ratifie pas les ordures : on fe contente d’une efpece de triage fuperficieî , que les papetiers nomment dos aüfchuttdn*
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- un long couteau bien aiguifé, elle défait les couturés iorfqu’il y en a', & ratifié toutes les ordures. Tout ce qui peut s’employer après avoir été bien fècoué , fe diftribue dans les trois caffots, fuivant le degré de fineffe ; & la délifleufe jette le refle à Tes pieds.
- 38- Ceux qui. veulent mettre encore plus de foin dans le déliffage, font jufqu’à fix cafés, pour fix fortes de chiffons, le fuperfin , le fin, les coutures de fin * le moyen , les coutures de moyen, & le' bulle ; fans compter les parties extrêmement grolfes, qu’on rejette totalement.
- 39. Ce relie qui 11e s’emploie point à la fabrication du papier 9 fe nomme en Auvergne boulongeon. Ce font de mauvaifes coutures, ou du frizon, des raclures , des pattes roulfes très-groflieres, des morceaux de vieilles ferpil-lieres ^ de guêtres, de torchons ou de cordats ( c’eft la grolfe toile d’emballage) , des morceaux de laine ou de foie. Tous ces rebuts forment la derniere .force de chiifon, qui ne doit s’employer qu’à faire les maculatures & les papiers gris dont on enveloppe les rames de papier blanc , les pains de lucre, ou autres chofes femblables.
- 40. Lorsqu’on veut faire du papier gris ou bleu plus mince & plus délié, tel que. celui qui forme l’étrelfe des cartes à jouer, celui qui enveloppe les dentelles, &c. on n’y emploie que dés toiles groffieres , fans aucun mélange de drap lii de frizon.
- 41. En Normandie,les chiffonsfé dillinguent feulement entrois fortes, qu’on appelle le fin, le triage,, le gros, & qui fervent également aux trois fortes de papier dont nous avons parlé.
- 42. Au relie, l’emploi des déliffeufes exigeant de Ÿattention , du difcer-iiement & de l’exaétitude, on a foin de 11’y placer que des perfonnes d’un âge, mûr 5 on ne faurait le confier à des enfans.
- 43. IL y a des manufactures où l’on n’emploie que deux caffots, d’autres
- où l’on va jufqu’à quatre. On trouve en effet des fabriquans* qui prétendent que les précautions dans le déliifage ne font pas’d’une" grande importance; d’autres qui font perfuadés que le travail dés déliffeufes n’efl jamais affez exaét, qu’il faudrait féparer les ourlets & les coutures, avoir égard à la grolfeur de la toile, féparer celle qui efl faite d’étoupe de celle qui a été faite de brin, la toile de chanvre d’avec la toile de lin ; avoir enfin attention au degré d’ufure de la toile. mu 1 >
- ' 4L En effet, fi l’on mêle eiifemble du chiffonprefqüe neuf avec’du chiffon très-ufé , l’un ne fera pas encore réduit en pâté , que l’autre fera déjà atténué au point d’être emporté par l’eau, & de paffer au travers dû jcrin. De là mi déchet confidérable dans l’ouvrage, une perte yéeljë pourTe,fabriquant, & même pour la beauté du papier; car lps particules déjà emportées parle courant de l’eau font peut-être celles qui devaient donner au papier le velouté & la douceur qui lui manquent fouvent. 45.
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- 4?. Ce n’eft pas tout; les fécules dont la ténuité eft inégale, produifent des papiers nébuleux, où l’on voit par intervalles des,parties plus ou moins claires, plus ou moins faibles, des flocons qui fe font aiTemblés fur la forme, parce qu’ils n’étaient pas affez délayés pour s’unir avec des parties plus fluides (21).
- 4.6. Il faudrait donc piler à part les diiférentes qualités de toiles, les ourlets & les fils de couture, parce que le fil à coudre 11’eft. jamais autant ufé que celui de la toile ; il s’affine plus difficilement, & forme des filamens dans le papier. Quand on aurait pilé à part les chiffons inégalement difpofés à trituration , on pourrait alors , fans inconvénient, mêler enfemble ces différentes pâtes, qui fe trouveraient homogènes , chacune ayant été affinée pendant le tems qui était néceflaire à l’état du chiffon. Sans cette précaution , l’on perdra toujours les particules les plus fines, & l’on verra toujours les plus groffieres altérer la belle qualité du papier.
- 47. Cette grande précaution dans le déliflage coûterait beaucoup ; mais il ne faut pas douter qu’il ne produisît une différence totale dans la beauté du papier, fans nuire à fa bonté. L’on aurait l’avantage de mêler une pâte qui doit faire la force du papier, avec une autre qui doit en faire la douceur & l’éclat; & l’on réunirait ainfi des qualités qui jufqu’ici exiftentféparément. Le papier de France eft plus blanc, plus fort; celui de Serdam , plus homogène & plus agréable à la vue.
- 48. S’il y avait des marchands qui fiffent un très-grand commerce de chiffons , ils feraient à portée d’obferver ces précautions, & de vendre féparé-ment toutes ces différentes qualités de chiffons. Il en ferait de même des gros fabriquans qui auraient à cœur la perfe&ibn de l’ouvrage. A l’égard des autres , il ne leur eft guere poffible de faire un fi grand choix : ils mettent pour le fin beaucoup de chofes qui ne devraient entrer que dans le moyen ; & dans le moyen, ce qui devrait être réfervé pour le bulle.
- Du pourriffoir.
- 49. Lorsqu’on a environ trente milliers de drapeaux., qui peuvent for-. mer deux mille rames dans les grandeurs moyennes, on entreprend une partie de papier, & l’on porte le chiffon au pourriffoir. L’on n’attend pas fi long-tems^ dans les petites manufa&ures ; on peut commencer avec deux ou trois milliers de chiffons. -od
- 50. Le plancher de la chambre des déliffeufes ou des guilleres eft percé, aufli bien que l’apparteijiëiitrinférieur, jufques dans une efpeee de cave à
- .(2i) Il y aurait moins.de ces inégalités dans les papiers, . fi .la matière avait été plus foigneufement triturée.
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- moitié fouterrcine, où eft le pourriffoir. Cette couverture eft garnie de plan, chss qui forment comme un large tuyau ou une conduite par où l’on jette chaque forte de chiffon, pour en faire des tas féparés, fuivant les. différentes qualités du papier.
- 51. Dans certains endroits de l’Auvergne, le pourrifloir n’eft qu’une grande cuve de pierre de taille , deftinée à faire fermenter &, pour ainfi dire, pour, rir les chiffons ( 22,). Elle peut avoir feize pieds de long fur dix de large, & trois de profondeur. Elle eft cimentée par les côtés, & non par le fond ; & l’eau jetée fur les chiffons que cette cuve contient, peut s’égoutter d’elle-même.
- L’eau eft amenée fur les chiffons par le moyen d’une autre cuve de bois , de cinq pieds en quarré fur trois de profondeur, qui en eft tout proche? celle-ci la reçoit du bachat-long, où elle coule par les repofoirs dont il fera ci-après parlé. Ailleurs , le pourriffoir eft une chambre voûtée, dans laquelle on fait des tas de chiffons de fix pieds en tout fens, plus ou moins. Nous en parlerons plus bas.
- ‘ f3. Quand le pourriffoir eft plein de ces chiffons , on jette de l’eau par-deffus, jufqu’au haut, pendant dix jours, & huit ou dix fois par jour fans les remuer. Qn les faille enfuite repofer pendant dix autres jours plus ou moins, fans y verfer de l’eau ; on les retourne , & le centre vient à la fùrface> pour faciliter la fermentation. Après les avoir retournés, on les laiife encore quinze ou vingt jours en fermentation ? enforte que le pourrifîage peut durer cinq à fix femaines. Le terme n’en eft point fixe ? mais lorfque la chaleur eft devenue affez grande pour que la main ne puiffe être que quelques fécondés dans l’intérieur, on juge qu’il eft tems de l’arrêter. ...
- 54. Dans les moulins où l’on a peu de chiffons à employer, on les laiife pourrir plus loug-tems, parce que les amas étant plus petitss’échauffent moins, & plus difficilement : ainfi l’on ne peut rien fixer fur 1a durée du pourriffage. Il dépend aufîi de la qualité du chiffon : le linge le plus fin fe pourrit moins promptement que le grofîier ; &le linge ufé, plus difficilement que le linge neuf, parce que l’humidité interne qui difpofe les fibres à la fermentation, eft plus confidérable dans le linge neuf ou groiïier, que dans le linge fin ou ufé. Lorfqu’il croît des champignons fur le monceau des chif-
- (22) En Allemagne & en Suiffe, on fe fert eft inutile-de lesy laifler plus long-tems, d’une grande cuve^nomméefaulbüttc, pour puifqu’au bout de ce tems , on en dre une y faire pourrir les chiffons. Cette-opération pâte fuffifamment liée & affez égale. D’aiU fe.fait d’une maniéré beaucoup plus fimple. leurs, uite_ trop longue putréfaélion doit On ne laiffe les chiffons dans la cuve qu’en- nuire à la blancheur du papier, comme M, vîron huit à neuf jours , pendant lefquels de la Lande le dit lui-même dans la fuite, an les tourne une feule fois. On tient qu’il
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- fons, on eftime que c’eft la marque d’une bonne mouillée.
- îl y a auffi des pourriffoirs en Auvergne , qui ont dix ou douze pieds en quarré -, & que l’on conduit d’une maniéré un peu différente. On place le chiffon d’un côté feulement du pourriffoir; on le mouille pendant quatre à cinq jours, au moyen d’un réfervoir élevé au-deffus, & qui fe vuide vingt-quatre ou trente fois par jour ; on fufpend le mouillage pendant deux ou trois jours ; on recommence à mouiller une fécondé fois pendant quelques jours, & de même une troifieme fois * au bout de trois femaines ces chiffons étant affez mouillés, on fait un pareil tas dans l’autre partie du pourriffoir, que l’on mouille de même 5 enfuite l’on retourne les premiers chiffons fur ces derniers, & on les laiffè fermenter fans les mouiller davantage. Lorfqu’une troifieme partie de chiffons mis à la place de ces derniers a été arrofée de même pendant dix-huit ou vingt jours, on tranlporte de nouveau dans un endroit fec &féparé les premiers chiffons qui avaient été déjà placés fur les féconds , 8c c eft là où s’acheve le pourriffage.
- S6. On a dans certaines provinces une autre maniéré de dilpofer les chiffons dans le pourriffoir : après les avoir imbibés d’eau , on en fait un tas dans un coin de la falle voûtée qui eft deftinée à cet ufage ; on les arrofe de tems en tems ; quand ils font luffifamment échauffés , on les tranlporte dans un autre angle de la même falle, enforte que ce qui était au-deffus du premier tas fe trouve deffous dans le fécond 5 011 a foin d’y jeter de l’eau de tems en tems. Quand il s’eft échauffé de nouveau, on le tranfporte au troifteme coin du pourriffoir, où l’on attend une nouvelle fermentation pour le porter dans le quatrième angle , obfervant toujours de mettre fous le tas les drapeaux qui étaient deffus le précédent, & d’arrofer fouvent ; car il en limite une eau rouffe, dont il eft très-bon de délivrer les chiffons. A mefure qu’on vuide la mouillée qui était dans le premier coin, on en forme une autre dans ce même coin, qui parcourt à fou tour les quatre angles du pourriffoir. .
- Ufage de la chaux.
- SJ. Il y a des fabriquans qui, pour accélérer l’opération du pourriffoir, mettent de la chaux avec les chiffons. Peut-être qu’une très-petite quantité de .chaux pourrait y être utile ; mais fi l’on en met trop, le chiffon attendri & corrodé le réduira trop tôt en pâte, paflera par le couloir avec l’eau qui ne devrait en emporter que les ordures, & formera, un déchet confidérable. C’eft peut-être pour cela que les réglemens, qui doivent toujours prévenir les abus de la cupidité & veiller a l’intérêt même du particulier, parce que l’intérêt public en dépend, ont défendu totalement l’ufage de la chaux.
- . Avant que de mettre les 'drapeaux en tas pour la fermentation, on
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- a coutume., eu Angouinois, de les mettre au mouilloir, qui eft une efpece d’aube en pierre de taille, dont le fond eft incliné. On y établit un courant d’eau qui humede pénétré les chiffons, emporte une partie de la craiTe, & les difpofe à la fermentation ; mais on ne les laiffe pas pourrir dans ce mouilloir.
- Ï9. Le pourrifToir eft une des parties fondamentales d’une papeterie. On juge communément en Auvergne , en voyant le pourriffoir, du bon état de la manufacture. La chambre doit être voûtée, pour une plus grande propreté : d’ailleurs, plus elle eft à l’abri des variations de la température, moins le fabriquant eft expofé à fe tromper furie tems où la fermentation doit être fuffifante j & par ce moyen elle n’eft ni interrompue ni précipitée.
- Effets du pourriffoir.
- 60. La fermentation ou le pourriflage rend le papier uni, caillé, "doux, & lui donne du poids. Si elle eft arrêtée trop tôt, le papier en devient crud’, dur, léger, fort» mais exige plus de tems pour être travaillé -, la fécule voltige & fe dépofe moins facilement. C’eft une matière fauvage, fuivant le langage des ouvriers.
- 61. On a Cru obferver aufli, dans une expérience faite à Montargis fur du beau chiffon qüi n’avait point été pourri, que la fécule était comme engagée dans une fubftance vifqueufe, ce qui l’empêchait de fë précipiter uniformément fur la verjure ( 23 ) : cela prouverait que le pourriffoir aide encore à dégrailfer le chiffon. Si d’un autre -côté on laiffait le chiffon fermenter trop long- tems, il y aurait pour le fabriquant un déchet confidérûble ; il faudrait beaucoup plus de matière pour une même quantité de papier , parce que les parties atténuées par la fermention, feraient trop promptement emportées par le lavage. Si enfin on laiffait la mouillée s’échauffer encore plus long-tems, elle fe réduirait comme en poufîiere , ou s’en irait en fumée & en charbon.
- 62. Quoique l’atftion du pourriffoir foit propre à abréger le travail du papier & à faciliter l’opération du moulin, il y aurait plusieurs avantages à s’en paffer, s’il était pofîible de détruire la liaifon & le tiffu des toiles, & de les dégrailfer, fans en avoir auparavant corrompu la fubftance en les fai-fant pourrir ( 24 ). Si l’on entreprenait de réduire les chiffons en pâte fans employer la fermentation, le papier en ferait plus fort, moins caffant & plus
- (23^ Cependant on fabrique du papier au n’empêche pas les matières de fe précipi-Japon , en mêlant la colle avec la matière du ter uniformément fur la verjure. papier , avant de le faire paffer à la forme, (24) Cela pourrait fe faire en lesfaifant Ce fait prouve qu’une fubftance vifqueufe bouillir dans une leffive de fel alcali; mais il
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- blanc. Quelques fabriquans difent que le pourrilïbir donne, du moins à la furface de chaque chiffon, un œil jaunâtre que le moulin ne leur ôte qu’avec peine, & n’ôte pas entièrement fi le chiffon eft trop pourri,
- 63. Du moins dans l’état aduel, où l’on emploie généralement le pour.» riifoir, il ferait très-utile d’obferver les précautions que nous avons indL quées à foccafion du déliffage ( §. 44 & 45 ). Les chiffons qui font plus ou moins forts , plus ou moins ufés, réfîftent inégalement au pourriffage > les uns font déjà gâtés lorfque lés autres n’ont pas encore éprouvé la première fermentation ; il faudrait donc faire pourrir enfemble des chiffons affortis avec grand foin, fi l’on ne veut pas courirrifque d’altérer toute la mouillée parle mélange d’une portion de drapeaux trop différente de tout le refte,
- De h faux ou du dérompoir,
- 64. La mouillée , au fortir du pourriffoir, fe porte au dérompoir ou à la faux : c’eft une lame de fer tranchante , fixée verticalement fur un établi * ou dans une pierre, bordée ou environnée de planches en forme de caiffe, de lix pieds de long fur quatre de large & deux de profondeur. Le gouverneur { c’eft dans d’autres endroits un apprentif ), afîis devant cette faux, prend les drapeaux des deux mains , & les paffant derrière la faux ., les coupe p*;ar morceaux de deux pouces au plus de largeur j après les avoir ainfi coupés, il les met dans des gérions, ou petives cuves , ou tinettes de bois , liées de çer^ ceaux de fer. Ces gérions ont deux douves plus longues que les autres , oppor fées diamétralement & percées de deux grands trous qui fervent à les porter plus aifément dans le moulin,
- 65. L’opération du dérompoir ou du eoupoir eft néceffaire pour abréger & faciliter l’opération du moulin : des lambeaux qui auraient une certaine lonr gueur , ne pourraient être dépecés & déchirés qu’avec peine ; ils pourraient fe loger entre les clous des maillets ou dans les coins des piles , & échapper g l’aétion des pilons.
- 66. Pour parvenir à couper les chiffons plus vite & plus également, on a employé quelquefois des machines, par exemple, une roue dont quatre
- , rayons portaient des couteaux , & qui paffaient contre un autre couteau fixé parallèlement à la roue.
- 6y. M. de Genffane a propofé auffiune méthode dont nous parlerons à la fuite des cylindres de Hollande, qui hii en ont fourni l’idée. Mais nous
- y a apparence que cela augmenterait lesfraîs. befoin de les faire paffer au pilon, pour On fait au JaponjJu papier avec,des écorces avoir une pâte très-fine , propre à la faf rf d’arbres , que l’on amollit tellement en les cation, faifant cuire dans laleffive , qu’on n’a pas
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- A R T D E FAIRE
- devons avertir que la méthode de M. Genflane n’a point été exécutée, & que les couteaux de la machine précédente ont été fracaffés en peu de tems(^5).
- Du lavoir.
- 68- Le chiffon étant pourri, & dêrompu par le moyen de la faux, fe porte dans des bacs. Ce font de grandes auges de pierre ou de bois, dans lefquelles on établit un courant d’eau claire. Le gouverneur, aidé de l’apprentif, remue & agite les chiffons dans ces bacs pour les bien laver. Il ferait encore mieux de les dégorger en les mettant dans de grandes piles , où ils feraient frappés par de larges pilons de bois, qui ne feraient point armés de fer ; ces dégorgeoirs nétoieraient mieux le chiffon, que ne peuvent faire les ouvriers qui le re-' muent à force de bras. Au refte, l’opération du lavoir n’eft pas ufitée en Auvergne: ce qui prouve qu’on peut à la rigueur s’en paffer, & trouver ce lavage dans f aéfion même du moulin que nous allons décrire,.
- Du moulin.
- 69. Les chiffons déjà préparés par la fermentation, par la faux & le lavage, font en état d’être broyés, triturés, & réduits en une pâte claire, par le moyen des pilons, ou par le moyen des cylindres, fuivant l’ufage de chaque pays. En Auvergne 011 s’eft toujours fervi des marteaux ou pilons j en Hollande , on fe fert plus communément des cylindres. Cette derniere méthode eft plus prompte, mais peut-être plus compliquée & plus difpendieufe ; ce font là les feules raifons qui aient pu l’empêcher d’être généralement adoptée. Notre objet eft de détailler les deux procédés, chacun féparément, & comme s’il était feul, après avoir parlé de la diftribution des eaux dans l’intérieur d’un moulin.
- Diftribution de l'eau dans les moulins,
- 70. On peut tirer beaucoup de lumières fur la diftribution des eaux de la
- (2 s) H y a près de trente ans, qu’on in. un rouage à eau , fert à faifir les chiffons &
- venta en Allemagne une machine à couper à les ramener entre les couteaux : le fécond
- les chiffons , qui me femble très-commode, couteau , qui eft mobile , & dont la lame eft
- C’eft une grande caille inclinée à l’horifon , tournée en dehors, paffe exactement à côté
- & ayant àfa partie inférieure deux couteaux, du premier, & coupe en'paffant tous les dont l’un, qui eft immobile, eft attaché chiffons. Ces couteaux, qui font de fortes parallèlement au fond de la caiffe , le côté barres de fer, peuvent durer bien des an; tranchant en haut. Un cylindre de fer, gar- -nées. La machine fe nomme en allemand; ni de crochets, &mis en mouvement par Haderfchtieider. 1 1 ''
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- defcription d’une des plus belles fabriques qu’il y eût en Auvergne au tems où feu M. des Billettes travaillait à la defcription de cet art. Elle eft placée en un lieu nommé la Grande-rive, dans la plaine du Livradoir, arrofé de la Dore, petite riviere qui fe jette dans l’Ailier environ à huit lieues de Riom. Ses moulins font fi tués à la chûte d’une très-grande quantité d’eau, qui fort d’entre des montagnes fort ferrées, pour aller fe perdre dans la Dore. Nous ne changerons rien à cette ancienne defcription ; mais nous ferons obferver les chofes où il y aurait de l’avantage à pratiquer d’autres difpofitions. D’ailleurs , la fituation de chaque moulin demande prefque toujours des variétés dans les' parties (26). '
- 71. Les eaux font conduites à la papeterie par un canal fait exprès, de quinze toifes de long fur cinq pieds de large , garni de fortes planches, tant par les côtés que par le fond. On y fait entrer plus ou moins d’eau, au moyen d’une vanne au éclufe , qui eft à la première entrée du canaL
- 7S. La plus grande partie de l’eau eft deftinée pour le mouvement de la roue du moulin; le refte fe diftribue dans les autres parties de la papeterie où elle eft également nécelfaire. La première eau qui s’échappe du canal, environ fixàfept pas au-delfus des roues, paffe au travers d’un panier d’ofier 1 elle eft conduite par une rigole à deux repofoirs, formés avec des planches de chêne, de deux à trois pouces d’épailfeur, & fortifiés par des pièces de même bois mis debout dans les angles. Le plus grand de ces deux repofoirs a douze pieds de long, fur cinq de large & trois de profondeur ; l’autre repofoir n’a-fur la même profondeur que fix pieds en quarré. Le grand repofoir reçoit l’eau immédiatement du canal y par la rigole qui aboutit à une canonnière ou caiffe de bois quarrée, placée au-dedans du repofoir,, dont elle doit excéder de deux pouces la hauteur. Cette canonnière eft compofée de trois planches » dont deux font appliquées à l’une des planches du repofoir, & la troifieme en forme l’affemblage rie repofoir lui-même tient lieu de la quatrième. Celle des trois qui eft oppofée à la rigole , ne defcend qu’à fix pouces près du fond du repofoir ; une des deux autres touche à ce fond, & la troifieme n’en eft qu’à deux ou trois pouces. L’ufage de cette canonnière eft de retenir la force du courant d’eau, & de faire précipiter dans le fond du repofoir le fable fin qu’elle pourrait avoir charrié; comme le panier fertà arrêter les pierres, les herbes, ou autres immondices plus groflieres.
- 73* Quelquefois ompratique une fuite de repofoirs ou de grands timbres de pierre , dans lefquels l’eau coule de fiiperficie , & pâlie de l’un à l’autre-pour; avoir le tems de dépofer peu à peu dans chacun de ces timbres ce qui lui reftait d’immondices. »
- (26 ) Sur-tout il convien t de Amplifier les opérations, & de diminuer les dépenfes, Ees machines, & les bâtimens fuperflus-
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- art d:e faire
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- 74. Dans certaines fabriques on place auffi dans les dernieres iffues dç l’eau, des tas de chiffons de diftance en diftance, pour retenir mieux le fable fin, dont 011 ne faurait trop fe garantir, & filtrer, pour ainfi dire, comme dans autant de chauffes , toute l’eau qui doit fervir à la formation du papier.
- 75. L’eau qui coule dans le petit repofoir, y arrive auffi par une rigole, & débouche dans une autre canonnière, qui eft dans le petit repofoir. Il y a encore à l’extrémité du petit repofoir une grille de fer, de neuf pouces en quarré, dont les fils font très-déliés & très-ferrés, tout ainfi que la verjure des formes ( dont nous parlerons ci-après ). C’eft au travers de ce tamis de métal que coule toute l’eau du petit repofoir , le long d’une rigole qui la conduit à l’intérieur du moulin pour y arrofer les drapeaux, qui ne la reçoivent par con-féquent que dans la derniere pureté. Ce qui prouve bien lanéceffité de toutes les précautions dont nous avons parlé, c’eft qu’au bout d’un certain teins 011 trouve du limon & de la vafe en forme de fédiment au fond de tous les timbres, & de tous les vafes que l’eau a parcourus ( 26).
- 76. Pour parvenir à cette clarification parfaite , on a fait pratiquer , lors de l’établilfement de la manufacture de Montargis , un puifard , dans lequel l’eau ne parvient qu’après avoir traverfé plufieurs compartimens, dont l’un eft rempli de cailloux, l’autre de gros fable bien lavé, le troifieme d’un fable plus fin, encore bien lavé. Cette eau ainfi clarifiée y eft élevée par des pompes dans un réfervoir , d’où elle fe diftribue par-tout où il eft néceffaire. Peut-être ces compartimens de fable font-ils la caufe de ces graviers qu’on a reprochés quelquefois au papier de Montargis. D’ailleurs, une eau élevée par des pompes ou des godets, eft toujours trop agitée, trop battue, pour pouvoir affez fe clarifier. Il faudrait du moins que l’on eût un réfervoir affez grand pour que l’eau y féjournât long-tems , qu’elle pût s’y épurer, y dépoferfon gravier avant que de couler fur les chiffons. Il n’y a qu’un feul inconvénient dans cette pratique ; mais il n’empêche pas qu’elle ne foit la meilleure : 011 fait que ces fortes de réfervoirs fe troublent quelquefois en été, lorfque le tems
- (26) Toutes les papeteries d’Allemagne fie de Bohême , toutes celles que je connais en Suiffe , négligent ces précautions fi importantes de la clarification de l’eau. L’eau , telle qu’elle fort de la fource , la même qui fait mouvoir les rouages de la fabrique , fert auffi fous les pilons & dans les cuves. On fe contente de mettre à l’entrée des rigoles quelques chiffons de papiers retenus par un grillage, lefquels ne fauraient arrêter les immondices. 11 arrive foüvent que Ion éft obligé de fufpendre la fabrication du pa-
- pier blanc, pour travailler de la matière moins blanche , lorfqu’il furvient de gran. des pluies qui troublent l’eau. Mais on ne fait aucune difficulté d’empleyer de l’eau conftamment touche à la fabrication du plus beau papier. Je dois cependant convenir ici que les précautions rapportées dans le tex. te, me paraiffent pouffées trop loin. On peut à moins de frais obtenir le but qu’on fe pro« pofe : il s’agit de faire enforte que la qualité de l’eau contribue à la beauté du papier ; & l’on y réuffit en l’employant bien limpide.
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- eft difpofé à l’orage , fans autre caufe apparente. 'Dans ces circonftances l’eau même du baftin n’aurait pas la limpidité néceflaire pour faire du papier.
- De la qualité des eaux.
- 77. LëS eaux les plus claires font les meilleures à caufe de la propreté » & recommandée dans la fabrication du papier. Les eaux «pii diflblvent le mieux le favon, font encore les plus propres à ces travaux * dans iefquels il s’agit de dégraüferles chiffons, & de diffoudre parfaitement la colle» qui eft aulli une fubftance graifleufe. Les papetiers difent que les eaux les plus battues, & celles qui viennent de loin, font un papier plus caillé, c’eft-à-dire, plus ferme & plus fourni de matière. Si cela eft, c’eft probablement parce que ces eaux ont eu le tems de dépofer mieux le limon & les parties hétérogènes quipou-vaient s’y trouver, & que s’étant plus chargées d’air par le mouvement, elles dilfolvent mieux les graiifes & le favon.
- 78- On doit éviter les eaux qui font fujettes à fe troubler par les pluies & celles qui coulent fur un terrein fangeux. On doit éviter auffi de placer une papeterie au-deifous des manufactures, des ufines, ou des autres machines, qui faifant ufage de la même eau, auraient pu lui communiquer une qualité dé-feClueufe. Les eaux des pluies & des étangs dilfolvent très-bien le favon 5 ainfi on peut les employer pour le papier, li elles font bien épurées.
- 79. La plus grande partie de l’eau du canal, dont nous avons parlé ( §. 70 ), eft deftinée pour le mouvement de la roue qui leve les pilons. L’eau palîe d’abord à travers un râtelier de bois ; le canal eft continué par deux auges » qui placées bout à bout defcendent jufqu’à atteindre de fort près la circonférence de la roue. L’auge, qui eft la première fous le courant de l’eau , ou du côté du râtelier, fe nomme ordinairement première gorge ou gorgere. La fécondé» qui tombe plus perpendiculairement fur les aubes de la roue, fe nomme chank ètriere. Elle tient à la gorgere par de grands crochets appellés des encloues ou encloufes ; 8c elle eft mobile en-bas, comme une bafcule, pour laiffer échapper Peau quand on n’en a plus befoin, & la détourner de deifus les aubes de la roue. En coiiféquence cette chanée ne doit être foutenue que par un crochet, contre un pilier ou montant de bois élevé près du mur. O11 aurait pu employer'tout autre moyen pour faciliter le dégorgement lorfqu’on veut arrêter le moulin. r"'\
- 8a Cette eau, tant par ïà chute que par fon poids, fait tourner la roue ÿ dont l’arbre même , fitué hbrifontalement dans l’intérieur du moulin, éleve les pilons qui doivent réduire le drapeau en une pâte très-fine, pour former du papier.
- Tome IV.
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- Manufa&ure Jîtuée en plaine. ; • -
- gi. Apres avoir expofé la fituation d’une papeterie placée aux pieds des montagnes, nous allons en décrire une qui eft fituée dans la plaine, où l’art eft obligé de fuppléer à ce que faifait la nature feule dans le premier cas. Le meilleur modèle que l’on puilfe choifir eft. la manufa&ure de Langlée, près de Montàrgis , dont les différentes parties ont été difpofées avec tout le foin & toute la magnificence ( 27 ) qu’il était poffible d’y mettre. Elle eft fituée près du canal de Montàrgis, où elle prend toutes les eaux qui lui font néceflaires.
- 82. Dans le milieu du bâtiment eft un canal qui conduit l’eau dans un baflin de réferve, d’où elle fe diftribuepar deuxiflues placées aux deux extrémités , dans deux courfieres pour faire tourner les deux roues des moulins. La difpofition des lieux n’a pas permis d’avoir beaucoup de chiite, enforte que les roues ont moins de force qu’il n’en faudrait pour leur première deftination. On peut remarquer aufîi que l’eau, à fon arrivée dans la courfiere, & vers les empêlemens, aurait dû être un peu plus au large, afin de bailler moins après avoir pafte les empêlemens. Il faudrait enfin que les iifues fulfent plus dégagées ; le mouvement de Peau en ferait plus prompt, & la force plus grande.
- 83. Chacune de ces roues eft mue dans une courfiere parle moyen de l’eau qui coule dans l’intérieur de la fabrique, & fe décharge de l’autre côté. Indépendamment des cylindres que cette roue met en mouvement, elle porte une manivelle à l’extrémité de fon axe; cette manivelle donne le mouvement aux pompes, par le moyeu d’une tringle qui va jufqu’au bâtiment de pompe. L’eau 11e s’infinue dans le puifard, qu’après avoir été filtrée au travers deplufieurs lits de cailloux ( §. 76 ). C’eft là que deux pompes foulantes & afpirantes puifent fans celfe de l’eau pour remplir le rélervoir, qui eft dans la partie la plus élevée de l’attelier des moulins.
- 84-' Ce réfervoir n’eft foutenu que par une charpente, parce qu’il a été fait après coup ; il aurait pu être placé fur une voûte, & occuper unetrès-grande longueur. Quoi qu’il en foit, dans fon état a&uel il a trente-trois
- (27'' Je ne faurais m’empêcher de relever ce mot de magnificence. Dans toute manufacture, les premiers profits, & les plus adorés font ceux que l'économie pro. cure. La magnificence ne confifte donc que dans la réunion de toutes les facilités utiles à la fabrication , procurées avec la plus grande économie pofiibîe. La papeterie de
- Langlce près de Montàrgis ne préfente pas cette idée d’économie. Je ne vois donc pas la néccflité d’en donner le plan; mais j’en conferveraf ,1a defcription , pour ne pas m’écarter'de la’lofque je me fuis faite , de donner ‘en 'entier l’ouvrage de l’académie royale des fçiences. j
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- pieds 'de long, il eft doublé de plomb, & l’eau quiy féjourne y dépofe la plus grande partie de fon gravier ; s’il était encore plus étendu , l’eau y fé-journerait plus long-tems, & s’y clarifierait encore mieux. Il eût été meme plus avantageux de prendre l’eau à une lieue de là, dans une partie du canal de Montargis, plus élevée & plus voifine du point de partage; on aurait évité le travail des pompes, qui agite l’eau & qui la trouble ; on l’aurait amenée facilement par des conduites en poterie, qui, à quatre pouces de diamètre, ne coûteraient guere que vingt livres la toife.
- 8f- L’eau du réfervoir fe diftribue par de petits tuyaux de conduite qui régnent le long deamurs, non-feulement dans les cuves à cylindres, qui en font affez voifines , mais encore dans les cuves à ouvrer. La partie gauche de l’attelier a un pareil réfervoir; mais il eft plus petit, comme on le dira ci-après.
- 8<£. Le bâtiment eft diftribué de façon que la matière du papier, dans les différeïis états par lefquels elle doit paffer, fuive l’étendue du bâtiment, qui eft de plus de cent toifes, en commençant par l’aile gauche où les chiffons fe préparent, jufques à l’aile droite où le papier étant fini fe plie & fe met en magafin. Mous 11’avons repréfenté dans le plan des bâtimens , que les parties les plus néceffaires à l’intelligence de l’art qu’il s’agiffait de décrire. Dans l’aile gauche, on a placé dans l’entrefol la falle du délilfage ; dans la partie du milieu, le rez-de-chauffée renferme le pourrilfoir avec l’attelier des moulins & des cuves; dans l’aile droite, le rez-de-chauffée comprend les falles du pliage; on y voit les tables , dont il fera parlé plus bas, les preffes, le marteau qui fert à donner le premier apprêt, & les piliers qui fervent à foutenir les planchers.
- 87- Quant au refte du bâtiment, le rez-de-chauffée de l’aile gauche fert aux atteliers & aux magafins de charpente & de menuiferie. Le premier étage des deux ailes , qui eft en forme de manfarde, fert à étendre le papier feuille à feuille après la colle ; c’eft là le grand étendoir qui régné dans tout le bâtiment , & occupe le premier étage du grand corps de logis. Le fécond étage en manfarde du grand corps de bâtiment, fert à étendre en pages avant que le papier foit collé ; c’eft là le petit étendoir. L’entrefol dans l’aile droite, fert de magafin pour les papiers qui font abfolument finis & pliés en rames. A l’extrémité des deux ailes , le premier étage eft deftiné aux logemens des propriétaires, des intéreffés & des dire&eurs de la manufa&ure.
- 88- Hors de l’enceinte des bâtimens que nous venons de- décrire, il y a aufli deux corps de bâtimens pour les logemens d’ouvriers ; & dans une des extrémités de l’enceinte, il y a un pavillon deftiné feulement pour l’opération delà colle : if y a foixante-quatre pieds fur quinze dans œuvre. Une moitié 'du rez-de-chauffée fuifit à coller le papier, l’autre moitié fert à décoller les
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- papiers défectueux, que Ton eft obligé de refondre j & la manfarde de ce pavillon ell deftinée toute entière au magafin des rognures qui fervent à la colle.
- De la roue & des maillets.
- 89. La chanèe êtriere, dont nous avons parlé ( §• 79 ) > recevant toute l’eau du canal, la dégorge fur une grande roue deltinée à mouvoir les maillets. Cette roue peut être de différais bois & de différentes dimenlions, fui, vanü les circonftances & les lieux. ^
- 90. Celle qui eft repréfentée en AA ( pLI ,fig. 2 ), a fept pieds & demi de diamètre : elle eft faite en fapin, mais enarbrée par le centre lur une grande piece de bois de chêne HH, de vingt-huit pieds de long, arrondie, ou taillée à pans, ayant treize à quatorze pouces de diamètre , à la réfçrve d’une tète T, d’un pied & demi d’équarriffage, dans laquelle font affemblés à mortaifes les bras B de la roue, qui fe croifent l’un l’autre au milieu par des entailles. Sur l’extrémité de chaque bras eft fixé le milieu d’une jante ou courbe telle que E, d’environ un pied de large fur trois pouces d’épaiffeur, qu’on affujettit fortement fur ces bras par des coins F, ou clavettes de bois, qui chaflentla courbe vers le centre. Les quatre courbes enfemble font la circonférence interne de la roue, au-deffus de laquelle s’élèvent vingt palettes ou volets D, qu’on nomme alives , y compris les quatre qui font formées en M par les extrémités, même des bras. Toutes ces alives ont auffi un pied de large. Il y en a feize qui font penchées ou inclinées fur le rayon & fur les courbes > au lieu que les quatre alives M, reftent perpendiculaires, à caufe de la facilité qu’on a de les trouver toutes faites aux extrémités de chaque bras. Tout cela eft revêtu à droite & à gauche de chameaux ou jantilles, telles que C, C. Ce font des planches de fapin , qui fuivent la courbure de la roue, & qui étant attachées par des chevilles aux jantes de la roue, forment comme autant de petites auges omefpeces de godets, qui reçoivent l’eau du canal, & mettent la machine en mouvement. Il paraît qu’une roue plus grande que •celle-là , qui aurait un plus grand nombre d’aubes, & qui recevrait l’a&ionde l’eau par la partie fupérieure, aurait plus d’avantage ; mais ce font les circonftances locales qui déterminent ordinairement ces détails, & nous nous en fommes tenus à cet égard aux figures qui avaient été gravées autrefois.
- 91. L’arbre tournant qui traverfe la roue , fe nomme indifféremment le fgrœrid arbre ou Varbre des chevilles>,.parce qu’il porte les cames, ou mentonets.il eft représenté en S dans la fig. 1, & en H dans la fig.r2. Il eft terminé par des tourillons-, ou pivots cylindriques de fer, qui y font eneâftrés profondément , & garnis de bonnes frétés ou cercles de fer, qui les fortifient & les entretiennent. Ces pivots, de fer portent (dans des grenouilles de laiton., telles
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- qüe I ( j%- 2 ) 5 fuivant la réglé cfabons ouvriers, qyiiéft .de ne pas faire frotter le cuivre fur du cuivre , mais durcuivrei contre dp fa Les gretiavAM font portées chacune fur deux domiansj.e petit dormantI.étant pofé furie gros dormant K, qui lui-même eft pofé fur uii maiïif O de maçonnerie- Le long de l’arbre S, font pofés de diftanoe en diftance foixante-douze ment-onçts ou cames de'bois blanc, qui ont trois ou quatre pouces de faillie , telles que 1 & 2 (.fig. 1 ), & PP (Jig. 2 ), Ces mentonets font placés de façon qu’il y en ait toujours dans la circonférence quatre qufrépondent’à chaque maillet,.afin de l’élever quatre fois à chaque tour de la roue fade le lailfer tomber autant de fois dans le creux de piles,, où la pâte doit être triturée (28)- o.
- (28) Afin que la roue qui fait mouvoir l’arbre foit chargé le moins qu’il éft poflible,* il faut que les maillets lèvent les uns après les autres. Pour cet effet , fi l’arbre eft def-tiné à un moulin à fix piles, chaque pile* a trois maillet ; fi de plus .chaque maillet doit battre quatre fois à chaque révolution de la'rou.e , il faudra tracer fut Farbre dix - huit cercles qui répondent vis - à* vis des maillets, divifer la circonférence de l’un de ces eercles en dix*huit parties égales , tirer par les points-de divifion des lignes parallèles à l’axe. Les interr fedions 4e ces lignes .& des cerçlee feront jes points où il faut placer les mentonets. Ces points ne doivent passons être occupés; il s’agit de les diftinguer.' Une des lignes parallèles étant prife pour fondamentale, & ayant placé le premier mentonet à fon interfeétion rayée le/premier cercle , le mentonet du quatrième maillet, premier de la fécondé pile , devra être placé à l’in-terfedion de fôn cerclé & delà fécondé parallèle; le mentonet du feptieme maillet, premier de la tr-oiûemepjle5 à rinterfedion de Son cercle aveçlâ troifieme parallèle;.
- le mentonet du djxieme maillet à Finter-* fedion de fon cercle avec la quatrième parallèle ; le mentonet du treizième maillet, à l’interfedion de fon cercle avec la cin_ ! quieme parallèle ; le mentonet du feizieme /maillet, à l’interfedion de fon cercle avec ,la fixieme parallèle ; Ig-nientonet d.u fécond .maillet de la première pile , à l’interfedion de fon cercle avec la feptiemè parallèle ; & ainfi de tous lès féconds maillets des fix piles, dont'les mentonets feront placés à l’interfedion de leurs cercles avec les 'parallèles 8 v9i 10, 11 , 12.'Le. menton • npt du> rroifijçme maillet de,la troifieme pile , à l’interfedion de fpn cercle avec la treizième .parallèle ; & ainfi de tous les 'troifiemeS maillets des fix piles, dont les mentonets feront -placés à l’interfedion de leurs eercles avec les parallèles 14, iç, 16, 17, 18, fia.table fuivante fera mieux comprendre , .cette diftribution. La prpmjere rangée de chiffres indique les cercles qui répondent aux mailléts ; & la fécondé, les parallèles à l’axe, à compter depuis celle-qu’on aura regardée comme la première.
- Mailldf • *,*.!•
- Parallèles & prdre des ,r COUPS . . . • •
- .le pile. ze pii?. 3e pile. 4e pile. ç» pii e. 6e pile.
- 1 s- .3 i 4 *i 7M'i9 J'10 ri -i» | 1314 iç | 16 17 is
- l 7 12 | s, S u! 3.9 if |.4 ïï ;Ï7 | 6<.12 18
- : -v " .-( ; :”i • ..K'/’
- Et* puifque chaque maillet doit, frapper çlra, après avoir marqué le premier mento-quatre coup? dans un tour de rpue, il fau^ net ! divifer le cercle eu quatre parties,
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- 92. L’arbre des piles , qu’on appelle en Auvergne V arbre des b achats (29), eft une groffe piece'de bois de chêne d’environ vingt-trois pieds de long fur deux pieds d’équarriflage. C’eft dans l’épaifleur de cette piece de bois que font taillés dix creux de piles ^diftans par les bords de fept à huit pouces. Ces creux de piles, qu’on nomme en Auvergne bachats, font évafés par le haut, & ont une figure ovale de trois pieds fur un pied & demi ; leur profondeur eft d’un pied & demi, & ils vont en diminuant par une efpece de dégradation & de courbure , telle que le fond n’a plus qu’environ deux pieds fur fept à huit pouces de: large. Dans l’Angoumois*, les piles n’ont toutes qu’environ treize pouces de profondeur, & deux pieds ou-deux pieds & demi de largeur.
- 93. Le fond des creux de piles eft couvert d’une platine de fer d’un ou deux pouces d’épaiflêur, qui y eft fixée par quatre gros clous qu’on nomme agraffes t trois pouces & demi de long. Ces platines font* quelquefois de fonte, quelquefois de fer battu : l’Auvergne tire les fiennes des martinets (*) de Vienne ou de Ne vers. Cette platine de fer a quelquefois l’inconvénient de fe rouiller quand les piles font vuides , & d’occafionner des taches au- papier ; il ferait par conféquent très-utile d’employer une matière,plus dure & moins fujette à la rouille : telle ferait une forte femelle de cuivre & d’étain, compofition qui 11e fe rouille point, & dont on verra que fe font les platines. Au défaut de cette reflource , on a foin de commencer par faire du papier commun dans les piles qui fe font repofées quelque tems, & dont les femelles peuvent être rouillées, pour les nettoyer ainfi avant d’y travailler du papier fin.
- 94. La plupart des moulins font compofés de fix piles : trois qui éfilo-chent, deux qui affinent, & une qui affleure; mais il y a auffi des moulins de cinq & de quatre piles f3Ô). La forme varie auffi bien que le nombre; j’ai vu des moulins , dont les piles avaient trois pieds deux pouces, fur deux pieds &un pouce, fe réduifant en forme de talut d’un feul côté à un pied neuf pouces de long, fur neuf pouces de large dans le fond. Cette forme des auges n’eft point indiffé rentt e, la pâte devant y circuler & y être fans cefle retournée pour que la trituration foit régulière : la forme dont je viens de
- chacune de quatre-vingt-dix degrés. On piles (en allemand, St ampf,lâcher ) , & aura le nombre de mentonets demandé , • fouvent ils en ont davantage. Elles ne fer-qüi feront lever les maillets dans l’ordre le vent qu’à éfilocher, ou à faire la demi-plus favorable. matière, comme difent les ouvriers Alle-
- fa 9) En Allemagne cette piece s’appelle mands. Pour affiner , toutesles papeteries ont Lôcherbaum. ~'*Vdes cylindres de Hollande, où pafle tout ce
- O Les martinets font les marteaux des qui a ’pafTé au pilon. En Suide , les cylin-grandes forges de fer. dres ne font pas encore introduits par-tout :
- (jo) Les moulins d’Allemagne & de Bo- peut-être que la publication de cet art fera hême n’ont prefque jamais moins de fix fentir tout l’avantage de cette machine.
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- parler peut être préférable, en ce qu’elle facilite ce retournement continuel des chiffons. Dans un mémoire, envoyé à l’académie de Befançon , à l’occafion du prix qu’elle a propofé en 1759 fur cette matière, il eft/parlé d’uu moulhi où l’on a fait toutes les auges en pierre ( 31) , pour éviter les faletés ;que le bois fournit en s’altérant & fe détruifant par des frotte-nieus continuels. Mais il ferait bon de favoir fi l’expérience elt favorable à cette pratique. -\-l .
- 95. Les maillets, marteaux , ou pilons (planche, //, fig. 3 ) ,, font des pièces de bois de fept pieds quatre pouces de long-A A. La partie B , qui eft proprement le marteau, a environ trois pieds & demi fur fix pouces d’équar-riifage : elle eft emmanchée à onze pouces près de fon extrémité fupérieure par Une mortaife de fept à huit pouces de long,, fur environ un & demi de large ; & le manche qui la traverfe par cette mortaife , y eft ferré par-deflus avec un coin de bois X. Il y a trois fortes de maillets qui different par leur forme comme par leiqyufage, & qui agilfent dans trois ordres de piles ap-pellées en Auvergne , piles-drapeaux, piles-floran, pile de t ouvrier ; & en An-goumois , piles à éfilocher, a affiner, à affleurer. Les trois premières’ piles les plus proches de la roue, qui font leg piles-drapeaux, ont leurs fix maillets fortifiés par des liens ou des viroles de fer, & garnis de vingt clous de fer, qui ont cinq pouces de long, & environ un pouce fur fix lignes de bafe, pointus & tranchans, deftipés à hacher, les^drapeaux. Le,nombre de. ces clous va quelquefois jufqu’à quarante. Les douze maillets fuiyans, .qui agift fent dans les piles-floran , ont des clous à tète plate enfforme de;Çoins, fem-fiables, fi l’on veut, aux larmes ou gouttes de l’ordre dorique^ 'Ceux-ci ne peuvent que piler & broyer; ils fervent à la quatrième & à la cinquième piles deftinées à affiner. Les trois maillets de la dixième pile , appellée pile de Vouvrier ou pile à affleurer, n’ont aucune garniture de fer- ; leur tète eft fimplenient de bois , & ils 11e fervent qu’à'délayer Ja pâte., lorfqu’on veut l’employer. En Angoumois ,, les maillets à éfilocher font garnis d’environ quarante-huit clous, qui pefentenfemble douze livres ; les maillets à affiner ont un plus grand nombre'de .clo us que les maillets à éfilocher ; néanmoins on finit .quelquefois avec les maillets à éfilocher, qui ont été altérés parun long pilage, Quand les moulins tournent bien, chaque maillet frappe envi# rom quarantecoups par. minute, a -V .
- 9dmÈN r74^rM du P.onty.prppofà des pilons dont l arnlure était d’une, feulppiepe de.fer cannelée jJ',ép;reuveJen ajété faite depuis en 1749 9 à Etam-
- ifi D 'Sr ces auges, en pî’ér re• ne2#(fÀ?*pks upîlôrisï ; il s*ea détachera des, graviers , fi revêtues d’fin é platiné'de fer ^'lâ^piërre, foigneufement écartés par les papetiers qui pelque d-ureiqu’on la fuppofe,; fera'1 bien- entendent leur profefilon, ‘ ,
- tôt attaquée par l’aétion continuelle des
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- pes , ou, quoique les eaux ne foient pas propres au beau papier, elle féuflîfc très-bien > & l’on* vit que la durée de l’opération "en était fenfiblement diminuée. 1 * ' '
- 97. L-’extrémité p (planche, II) , qui paiTe au-delà de la tète du maillet , eft celle que lèvent les chevilles du grand arbre ; elle eft garnie d’un lien ou virole de fer a, & porte eh-delfus une petite platine p,- aiifli de fer, Ion* gue de huit à neuf pouces, fur deux de large, & deux lignés d’épailfeur, qu’on nommé éperon:: il eft repréfenté féparément en D: Cet éperon eft ferré Fortement à la tète du manche' par la virole a , au moyen de'deux coins 1 & 2, qui font chalfés l’un!à droite, & l’autre à gauche ; il fert àrrecevoir l’action des chevilles qui'font lever le maillet : fans l’éperon, la tète ferait bientôt ujee. L’autre extrémité ou la queue du maillet,; eft auflïgarnie d’un lien dé‘ fer a-,[ bridé par un coin de bois y marqué 3, pour empêcher que cette partie1 n’éclate * en tournant fur l’axe Y. Cette extrémité elt encore entaillée pour recêvoirles crochets qui doivent tenir les maillets élevés , lorfqu’oii rie veut pas qu’ils battent. Cette opération fe fait de la maniéré fuivantç. TroiscrochetsT qu’on appelle crochets dès grippes de devant, marqués chacun d’une étoile dans la figure 3 , font deftinés à accrocher les queues des marteaux ; une piece de bois E , nommée Vengin, qui fert de levier, porte vers fa tète une virole à jour e, qui embrajfe le levier, & peut embralfer encore l’extrémité' de la queue du marteau , à l’endroit où elle eft entaillée. L’ou-vrier faifit donc1 cette entaille A , avec la virole e ; & appuyant fur l’extrémité du levier <, il la ramene jufqu’au point d’y placer le crochet : alors le maillet fe trouve élevé hors de la portée des chevilles du grand arbre qui continue de tourner.
- 98» Chacun de ces maillets tourne en forme de bafcule autour d’un axe Ylfig. 1 & 3 ), & pour cet eifet il eft reçu dans une piece de bois appellée grippe de devant ( on fuppofe que l’arbre de la roue qui eft au fond, fait le1 derrière du moulin). Chacune de ces grippes de devant, qui reçoivent les queues des marteaux , eft une piece de bois comme E (fig. 1 & 2 ), & F ( fig. 3 ) , qui a trois pieds & demi de haut fur deux pieds &ürirpouce de large, & fix pouces d’épailfeur. Les grippes font efpacées à un pied dix pouces les unes des autres; elles ont chacune trois entailles en maniéré de crenaux, de la largeur' nécef-faire pour recevoir les queues des maillets, qui y font contenues comme en une efpece de charnierepar le moyen d’unè bonneYheville Z, qui eft uri gros boulon de bois de chêne, doux, & coupé depuis deux ans,: qui traverfe toute la largeur de la grippe & les queues, des trois maill^s.qui fervent à une même pile. Au milieu de. la hauteur de chaque grippe de.devant, font fulpendus par des anneaux les trois crochets c 9 r 9o ,„qui fervent à élever les maillets comme' 011 l’a vu ( §. 95 ). j i- -u,, u ,
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- 99. _LES.fix grippes de devant font implantées à tenons & à mortaifes dans une piece de charpente E E (fg. r & 2), couchée fur terre à trois pieds & demi de l’arbre des piles ; & pour empêcher que ces grippes ne déverfentpar le haut en s’écartant de l’arbre des piles, elles font fixées par des chevilles groifes comme le bras, marquées 1 & 2 (fg. 3 ), fur le tenon delà grippe F.
- 100. Comme les maillets font fort longs, & qu’ils pourraient fe détourner à droite ou à gauche, ou fe choquer mutuellement, ils font contenus près de leur tète par d’autres pièces de bois, appellées grippes de derrière , femblables à celles que nous venons de décrire, mais auxquelles il n’y a ni trous, ni crochets, parce que leur ufage ne confifte qu’à conferver la direction des maillets pendant leur élévation & leur chûte, & les obligera pré-fenter toujours la tête aux mentonets du grand arbre. Ces grippes de derrière font marquées e e (fig. 1,2 & 3 ) ; elles font portées & affemblées par une grande piece de bois, couchée entre le grand arbre & l’arbre des piles, femblable à celle qui porte les grippes de devant.
- iai. Les trois marteaux qui agilfent dans une même pile, font égaux pour la hauteur ; mais ils different un peu quant à l’épailfeur : le plus épais, ou le fort y a cinq ou fix lignes de plus que le faible, & il eft placé du côté où l’auge reçoit l’eau. Il commence à hacher le drapeau, & le renvoie au marteau oppofé, qui fe nomme le faible ; celui-ci le renvoie au marteau du milieu, qu’on appelle fimplement le milieu. Ce dernier hache la matière aufii bien que les autres ; mais il la comprime aufii pour forcer l’eau à s’égoutter au travers de la toile de crin dont nous parlerons ( §. ni.)
- 102. Les chevilles du grand arbre qui répondent aux maillets forts, ont quatre pouces; celles des moyens ont trois pouces & demi; & celles des faibles, trois pouces feulement : les levées de ces trois maillets font de trois pouces & demi, trois pouces, & deux pouces & demi ; ce qui augmente encore l’inégalité de leur force. C’eft cette inégalité qui fait pirouetter ou tourner le chilfon. dans les piles, afin qu’il foit mieux battu , foulevé & retourné^, au lieu d’être fimplement foulé contre le fond des piles. Quelques papetiers croient que c’eft là un fecret dont ils font en poflèflion ; mais cela eft connu par-tout où L’on fait travailler (32).
- 103. Le bachat-long ( 33 ) Hfï- (fg. T & 2) eft une longue piece de bois creufée en forme de gouttière , liifpendue au maflif du mur par des crochets)/, au-delîùs du grand arbre. Le bachat-long reçoit l’eau du petit repo-foir qui eft au-dehors du moulin, dont on a parlé ( §. 70), & la tranfmet
- (32) Dans les papeteries d’Allemagne, thode ne foit pas fort importante , car les on ne connaît pas ce prétendu fecret. Les papetiers Allemands travaillent fort bien trois pilons ont la même épaifleur, & leur leur matière.
- levée eft la même. 11 faut que cette me- (35) En allemand, die lange Rinne.
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- aux trois bachajjons par le moyen de trois petites gouttières marquées* 2, 2*
- 104. Les bachaffons (34) font trois petites auges d’un pied & huit pouces de long fur dix de large & fix de profondeur, qui font placées de niveau aux' creux de piles ; les planches de ces trois bachalfons ont un pouce d’épailfeur, & deux petites avances ou talons pour les appuyer contre les grippes. Chacun de ces bachalfons K (fig. 2 ) eft placé entre deux piles auxquelles il donne de l’eau par deux chanelettes ou tuyaux de bois , placés aux deux extrémités fu-périeures de chaque bachalfon , & marqués 3,3, qui avancent de deux pouces fur les creux de piles.
- 105". Sur chaque bachalfon, il y a encore un autre petit bâchât, nommé couloir ou civiere, formé de quatre planches , dont le fond n’eft qu’une étoffe claire de laine ; ce couloir fert à retenir les ordures que l’eau pourrait avoir charriées, & qui entreraient dans le bachalfon.
- 106. Si l’on fait la récapitulation de ce que nous avons dit dans les §§. 70 & 76 , on verra que l’eau n’arrive aux creux de piles , qu’après avoir palfé par un panier du canal, par une canonnière, un panier du grand repofoir, par une canonnière & une grille très, fine du petit repofoir, fouvent au travers de plu-fieurs tas de chiffons , & enfin par le couloir du bachalfon. Toutes ces précautions font utiles ; on ne peut jamais en employer trop, lorfqu’il s’agit de la propreté de l’eau qui doit arrofer les chiffons & entrer dans la formation du papier.
- 107. Nous avons dit que les bachalfons devaient être de niveau avec la furface fupérieure delà pièce où font creufées les piles : par-là ils fe dégorgent dès qu’ils font pleins, & les bachats ont une eau fuffifante, fans en recevoir au-delà. Le furplus y ferait préjudiciable : ce n’eft point par la furface & par les bords que l’eau doit fortir des creux de piles, elle entraînerait la matière du papier; mais c’eftpar une ilîue inférieure, dont nous parlerons §. m.
- io8- Toute la charpente de ce moulin , favoir, l’arbre des chevilles & fes dormans , l’arbre des bachats, les grippes & les maillets ; tout cela , dis-je , eft pofé fur plufieurs pièces de bois de chêne, enterrées au niveau du rez-de-chaulfée, & fe nomme le char du moulin. Le gouverneur eft chargé de diriger toute cette partie ; c’eft là le premier en titre des fix ouvriers qui s’emploient dans les bonnes papeteries d’Auvergne. Nous parlerons fuccelîi-vement des cinq autres, qui fe nomment ouvreur, coucheur, leveut, vireur, 8cfuleran. L’une des fondions du gouverneur eft de laver 8c rincer plufieurs fois tous les matins les piles, les maillets, les couloirs, & tous les ufteil-cjles dumoulin. Celafe fait avec une petite cuvette, toujours pleine d’eau très-nette, & qu’on nomme lerinçoir. 11 faut même rincer quelquefois dans la journée, quand il arrive que quelque partie de l’ouvrage rejaillit fur les maillets, ou fur les bords des piles. Il arrive aulîi quelquefois, foit par la
- (34 ) En allemand , ïFaJJerkaJîen.
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- quantité d’eau qui ne s’écoule pas allez, foit parce quexle moulin va trop lentement, que les bachats fè remplirent trop & que la pâte reflue par-delfus : alors le gouverneur la laide fur le bord des bachats jufqu’à ce qu’il faille remonter , & ne les rince qu’à mefure qu’il remonte. Quelquefois aulîi elle fe répand du bord des piles jufques fur le plancher du moulin, fans avoir palfé par les trous du fond de ces piles : c’eft un inconvénient qu’il faut éviter avec le plus grand foin; & c’eft là le devoir du gouverneur. Pour empêcher aulîi la perte des matières qui rejaillilfent des mortiers , on place fur l’arbre des piles & entre les grippes de derrière, des bouts de planches qui y font attachés, & qui en garnilfent les intervalles.
- 109. Le gouverneur doit prendre garde que le fer & le bois des maillets foient bons, & qu’il ne s’en détache ni efquiiles, ni rouille, ni éclats, qui puilfent gâter la pâte. On doit aulîi écarter les mouches avec foin : c’eft faute d’attention dans ce genre, qu’on voit li fouvent du papier où il fe trouve des corps étrangers. Pour une plus grande propreté , l’endroit d’une papeterie où fe trouve le moulin, ceux où font établies la cuve de l’ouvrier & celle de la colle, devraient toujours être voûtés.
- 1 10. Le gouverneur doit être attentif à la pluie , même pendant la nuit ; car s’il Parvient une pluie alfez forte pour troubler l’eau, 011 eft forcé de difcontinuer le travail : l’ouvrage ferait moins pur & moins beau. Alors le gouverneur eft obligé d’aller détourner les gorgeres du canal qui porte l’eau fur les alives de la roue , aulîi bien que celui qui en fournit au bachat-lojig. On ferait étonné en voyant ce gouverneur s’éveiller à point nommé dès qu’il pleut un peu fort, dans les montagnes d’Auvergnei mais tout ainîî qu’il eft accoutumé à s’endormir au bruit des maillets, qui eft toujours réglé & uniforme, de même il eft réveillé aulïi-tôt que la pluie venant à augmenter le torrent &' à précipiter le mouvement de la roue, les coups de maillets redoublent de fréquence.
- ïfr. Il eft néceîfaire, pour bien laveries chiffons, d’établir une efpece de”courant, dpnt la nouvelle eau prénne fans celfe la place,dansées creux de .piles-, de l’eau fale d^ps laquelle les chiffons viennent d’être broyés : pour cet,eiîet? on lui ménages une iiliie dans l’intérieur de chaque pile au-devant du bâchât, & au, travers d’une piece quife nomme le kas. C’eft une plaque de bois de chêne M' (planche II, fig. 3 ) d’un pied & demi de haut fur fept pouces de large &]deux pouces d’épaiîfeur. Dans le milieu de cette plaque on voit trois,xouyertures , chacune d’un pouce de largeur fur trois pouces de hauteur, diltan tes l’;une de fautre de deux lignes feulement. Ces ouvertures répondent à un 'trou qui eft}au fond de chaque creux de pile , par, le-' quel l’eau peut s’écouler, & elles 'font couvertes d’un tamis de; crin nommé; toilette , attaché au fcas par de petits clous,à tète plate , tels que N, pour que"
- I i i i. , - ,
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- l’eau ne pitiiïe point entraîner le chiffon qu’elle vient de ' délayer. Ce kas eft placé vers L, entre deux couliffes qui font dans-Pépaiffeur de la partie an-’térieure de l’arbre des piles ; & comme dans le contour de l’ovale que forme le bâchât il relie des vuides dans lefquels pourraient tomber les chiffons que les .marteaux font quelquefois rejaillir hors du bâchât » on bouche cet endroit avec la couverture du kas repréfentée en h, C’eft une piece de bois un peu longue & plate par-deffus, avec un retour en équerre, qu’on fait entrer dans ce vuide. Il y a au haut du kas un petit enfoncement marqué m, qui ne pénétré pas toute fon épaiffeur, & ne fèrt que pour le foulever de la main quand on veut l’ô ter;, c’eft ce qu’on appelle la pince du kas ,8c c’eft précifénient jufqu’à la hauteur de cette pince qu’on fait aller celle des cou-liffes. Souvent, faute d’avoir donné alfez d’eau à la pâte, l’ouvrage fe trouve trop fec ; alors les marteaux qui le pouffent contre le kas, rompent la toilette > 8- la pâte fe répand fur le plancher. Ces toilettes du kas demandent beaucoup: d’attention; elles crevent fouvent, & 11e doivent même fervir que douze ou quinze jours , parce que la graiffe de l’ouvrage les empâte & empêche la filtration de l’eau.
- 112. Quand le gouverneur porte les chiffons aux creux de piles * il em-
- ploie des gérions qui en contiennent environ le poids de vingt-cinq- à trente livres, & qui en déterminent ainli ce que les bachats en doivent contenir; par li les bachats. étaient plus remplis l’un que l’antre, les chiffons feraient plus ou moins battus, & le papier en ferait inégal. On obferve aufii de ne mettre les drapeaux dans les creux de piles qu’a plufieurs reprifes diffé-, rentes , & de quart d’heure’en quart d’heure : fi on les mettait tout d’uncoup, ils pourraient s’engorger & fe ber enlemble ; les maillets ne pourraient pas les hacher aufii facilement. “• ' '
- 113. Les chiffons font d’abord broyés dans les piles-drapeaux : ce font les
- deux premières piles du moulin, qu’on appelle aufiipiles à éfilvcher. Ils y relient jufqu’à ce qu’on n’apperçoive plus'aucune forme de toile ,1 & qu’ils: foient convertis'en filamens; ce qui dure fix, huit f dix,ou douze heures, füivant la vîteffe de l’eau & la force ou la dureté dti drapeau. La pâté n’étant pas encore fort divifée, on ne craint pas qu’elle'M’échappe par la toid létte, quoique fort claire , &l’on donne beaucoup b’çaq pour emporter toute lacraffe du chiffon. Quand les chiffons ont été fuffifamment broyés"°dims-. les piles-drageaux, le gouverneur les met dans les deux piles fuivantes yap-pellées pilçs-jloran ou piles à affiner ; & c’eft ce qu’il'nomme' remonter. Cette-opération fe fait avec une écuelle de bois 'd’envioif fix pouces1 de diamètre» qu’on appelle pour cela écuelle remomkdoirè. Quelquefois aufii la pâté', aufortif dès piles-drapeaux, fô porte dans iès caiffes de dépôt. '' ' Ji 1 ’ ‘ • ; i’
- ii.4. Les, matières font, travaillées, dans’les* piles à affiner pendant douze »
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- dix-huit, vingt-quatre heures , fuivant la force des eaux & celle du chiffon. On donne moins d’eau aux piles à affiner 3 la toilette y eft plus £ne, afin de laiffer moins échapper de la fbbftanee du chiffon. On juge que l’opération eft achevée, lorfqu’on n’apperqoit plus ni filamens ni flocons ; pour s’en af-furer mieux, on en prend la groflèur d’une petite noix, qu’on pétrit dans les doigts pour en exprimer l’eau : on en forme un petit cylindre ; on le rompt par le milieu avec une fecouife prompte, & l’on examine fur les calibres s’il n’y a point de filamens. On éprouve auffi cette pâte, en en délayant un peu dans de l’eau j on agite cette eau qui devient blanchâtre, & l’on regarde s’il n’y a point de flocons ou de filamens qui furnagent dans cette liqueur 3 elle doit être homogène comme du lait. Au lieu de vingt-quatre heures tout au plus, qu’on emploie en Auvergne, il faut vingt-huit ou trente heures en An-goumois pour affiner, parce que les eaux y font moins fortes , & les pilons plus légers. La pâte étant affinée fe verfe avec l’écuelle remontadoire dans une baffine de cuivre d’environ deux pieds de diamètre, garnie de deux anfes , qui fert à tranfporter l’ouvrage dans les caiffes de dépôt, fi l’on nefe propofe pas d’en faire ufage le même jour. Nous parlerons plus en détail de l’éfilochage , de raffinage , & de la pâte qui en' réfulte, lorfque nous aurons parlé' des cylindres, qui forment une autre efpece de moulins plus commodes. & plus parfaits’que ceux dont nous-venons de parler.
- : l'Des- moulins^ à eylMfe. ' :
- 11?. Après avoir décrit la forme des moulins à pilons ufités en Auvergne y nous paffons à celle des’moulins, a cylindre J(3A)> qui s’emploient communément eif Hollande 3 on en trouve déjà des figures gravées dans, deux recueils de machines publiés à Anifterdam en 1734 &' en 1736". Le premier, de cinquante-quatre planches:,'a pour titr^Groot volkômen moolenboek , &c. compofé par Natrus1, Polly & Vaurer, gravé par JeknFuht, en 2 vol. 'ut-fol. Le fécond, de1 cinquante-cinq planches ^intitulé', tfaearum 'piàchïnarum univerfule, eft de ZÿPgràvéëp'ar Lean Sthenk^ en 2’ kcfî/iv-fol. Mais',comme ces planches ne font accompagnées d’aupiffi détaift 'fùpf’üfage dés parties‘qu’elles, repréfentent, il étâithiéêëflaire^dié leèmpftrVicifdÏÏs’lesÿëuxdés leéleurs, pour l’intelligence des p‘fÔëédësrquë nouV avons à décrite. Au'refte y comme ces moulins à cylindre font.auffi. exécutés depuis l’aniiée''i74iià;,]a manufaclure de Langlée près Mônttttgis7avec"quelques différences; nous avons"également donné les plans &les élévations des machines qu’on y emploie , avec les procédés que: »qus y ayqns.VjUi&ivrèvÿ déjàconfirmés par une-expérience de vingt ans, après-avoir^éteiperfedlifinnéspar -plufiêurs tèntativésf L’invention des cylindres;
- ' 6* ui£’-' î Wj -m; -*0! : •'*> j '» :1
- (3 0 En Allemagne, cette maehine are- hoUandifche walze, ou (implement dm tenu le nom des Hollandais ; on l’appelle holiànder.
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- n’eftpas ancienne i mais nous ignoronsle lieu & le tems où elle a été faite: quelques perfonn.es alfurent que l’ufage des cylindres a été d’abord imaginé en France, il y a environ yo ou 60 ans , adopté & retenu enfuite par les Hollandais (36) , dans le plus grand nombre de leurs fabriques. Quoi qu’il en foit, ce n’eft que vers l’année 1740 qu’on a commencé à les établir à Montargis.
- 116. Une grande roue à_aubes, femblable à celle des moulins ordinaires, eft mue par un courant d’eau , dans une courliere revêtue de charpente , & qui ne laide que deux pouces de jeu à chaque côté de la roue. Cette roue a environ dix-huit pieds de diamètre ; fa circonférence porte vingt-quatre aubes inclinées vers le courant de l’eau ; cette grande roue eft entre deux équipages de cylindres, & chaque roue porte à l’extrémité de fon arbre un rouet dç quaraute-un aluchons, qui fait tourner une lanterne de trente-quatre fufeaux, dont le diamètre eft d’environ fix pieds, & dont l’axe eft vertical ; cette lanterne porte fur fon axe un rouet dont le diamètre eft de onze pieds , quia foixante-fept aluchons, & qui fait tourner trois cylindres, chacun par le moyen d’une lanterne à fèpt fufeaux, qui eft à l’extrémité de l’axe du cylindre.
- 117. Chaque roue tourne dans fa courliere, par le moyen d’un courant
- d’eau, entre un équipage de trois cuves. Lapla.mhe.VIU renferme plus diftinc-tement l’élévation 8ç le plan d’un de ces équipages > on a obfervé d’employer les mêmes lettres pour déligner les mêmes parties dans l’élévation & dans le plan, c’eft-à-dire, au haut & au bas de la planche. AA (planche III ) repréfente la partie delà courliere qui eft ouverte au-dedans de l’attelier du moulin 5 CC, la roue à aubes qui eft mue par le courant de l’eau i DD , eft l’arbre de la roue, quipalfant fous un pont deftinéau ferviçe du moulin, porte à chaque extrémité un rouet RR, de huit pieds de diamètre , garni de quarante-un alu-chôns efpacés de lix pouces -, le fouet RR, conduit une lanterne F, d’environ fix pieds de diamètre , dont l’arbre eft vertical, c’eft-à-dire , perpendiculaire à l’horifon, & qui porte trente-quatre fufeaux efpacés de fix pouces de milieu en milieu i la lanterne F, eft mue au moyen de fon axe",.GG? ,qui porte en même tems un grand rouet HH , de onze pieds de diamètre. Ce grand,rouet porte foixante-fept aluchons, 8ç palfe fur les trois lanternes( des cylindres I, chacune de fépt fufeaüx, dont les axes font dilpofésfhôrifontalement autour/ du rouet, qui doit les mettre'eniftôùvement,& font dirigés vers le centre de, ce rouet, comme on le voit dans le plan. M - i ; (
- n 8- Au moyen des nombres que nous ayons rapportés , il eft évident que
- sol
- (\6) Cette aîTertion enleve à la nation ^jqui auraient ferrvi ide;preuves^ou fi l’on Hollnndaifê une découverte qui ne lui eft - n’av£it;pas put léi.rairémbier.i-ii eût .peut-pas eonteftée par les autres peuples. Il au- être mieux valu la taire, rait donc fallu l’appuyer de quelques faits
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- les cylindres font un peu plus de onze tours & demi, pendant que la grande roue en fait un ; & comme la grande roue fait fouvent douze tours par minute , les cylindres feront environ cent trente-huit tours par minute ; mais cette quantité peut augmenter ou diminuer de beaucoup. Chacun de ces cylindres tourne dans une cuve dont il occupe un côté P, l’autre côté Q_de la cuve demeurant libre. On voit en K un cylindre à découvert & tournant dans fa cuve ; on voit en L ce même cylindre recouvert d’un chapiteau ( §. 13 6) & en M. une cuve dont on a enlevé le cylindre pour lailfer voir les deux plans inclinés mm, & la partie du milieu M, dont une portion eft arrondie en creux, & le refte occupé par la platine. Enfin l’on voit en n, les couliifes dans lefquelles fe placent deux chafîis, l’un de fil de laiton, l’autre de crin, pour empêcher la déperdition de matière que cauferait le grand mouvement du cylindre. O11 concevra également dans la partie gauche d, où la figure paraît brifée, un femblable équipage de trois cuves avec leurs cylindres.
- 119. Les cuves à cylindre font formées par des pièces de bois de chêne folidement affemblées ; elles font revêtues de plomb dans tout leur intérieur, & tous leurs angles font arrondis ; leur longueur intérieure eft de dix pieds quatre pouces, leur largueur de cinq pieds , comme on le peut voir pl. III. Ces cuves font divifées chacune dans le milieu par une cloifon verticale d’une forte piece de chêne NN, longue de fept pieds, & de trois pouces d’épailfeur, qui occupe toute la hauteur de la cuve, mais non pas toute fa longueur. La partie de la cuve qui eft du côté de Q_, eft abfolument libre 5 la partie P, eft au contraire occupée par les plans inclinés, par la platine & le cylindre.
- 120. La planche //^contient la coupe verticale fur fa longueur de la partie d’une cuve dans laquelle roule le cylindre. A (fig. 1 ) eft le plan incliné par lequel les chiffons arrivent au cylindre. C, eft une partie concavée cylindri-quement, que l’on réferve pour le cylindre & la platine. D , eft un autre plan beaucoup plus incliné , fur lequel les chiffons retombent après avoir été froiffés en B , entre le cylindre & la platine ( §. 129 ). EF {fig. 2 ) eft la vue extérieure d’une cuve à cylindre, recouverte de fon chapiteau G. On voit en H, la trace du cylindre i en I, les chaflîs qui paffent au travers du chapiteau , & qui empêchent le chiffon de s’échapper par la gouttière qui reçoit les eaux exprimées du chiffon. L, eft un tuyau de conduite qui fournit de l’eau dans la cuve pour laver le chiffon, comme on l’a vu ( §. 111 ). Plus bas eft une élévation de l’extérieur de la cuve, vue fur fa largeur. P (/g. 3 ) eft une trape qui fe leve pour faire couler la pâte dans un tuyau de plomb Q_, & la conduire aux caiffes de dépôt. Ce tuyau defcend prefque perpendiculairement, & rampe fous le pavé. R, eft le cric qui était repré-fenté en M, dans la figure précédente, planche III.
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- 121. Le total du cylindre, dont on voit la figure ( planche IV,fig. 4 ), eft compofé d’un arbre de fer ST, qui a huit pieds de long, tout compris,& environ trois pouces de diamètre. D’un côté il porte une lanterne X, de fept fufeaux ,dont on voit le plan en Y (fig. f ); de l’autre, une partie cylindrique , formée de bois de chêne. Les ouvriers prétendent qu’il eft utile que ce bois ait bouilli dans des cuves de falpêtre, pour qu’il foit moins fujet aux variations que l’humidité peut lui caufèr.
- 122. Cette maife cylindrique a vingt-trois pouces dç long YV (fig. 4) fur ying-fix pouces &demi de diamètre u u ; elle eft garnie fur fa longueur de vingt-huit barres de fer, chacune d’environ quinze lignes de largeur, éloignées par çonféquent l’une de l’autre d’environ vingt lignes , ce qui donne au cylindre la forme d’une colonne cannelée. Ces barres de fer font affemblées fur les deux bafes du cylindre , par une platine de fer Z Z (fig. 6 ). , percée de vingt-huit trous , dans lefquels entrent les extrémités de chaque barre, arrondies pour cet effet & rivées fortement en-dehors, On y ajoute trois; ou quatre chevilles de fer ébarbées, qui paffent au travers de chaque barre &> vont entrer profondément dans le bois , pour contenir mieux ces barres fur le maffif du cylindre. Nous verrons (§• ifi ) la conftruétion hollandaife, qui fenible avoir plus de force que celle que nous venons de décrire. O11 ne iaurait affurer trop bien cet affembluge des barres de fer fur les bafes ZZ. La vîteffe prodigieufe du cylindre produit un éclat terrible & très-dangereux lorfqu’une de ces barres vient à quitter; & comme la force du bois toujours expofé à une féchereife alternative, travaille fans ceffe à produire cette fêparation, elle arrive quelquefois. On en a vu des exemples.
- 123. On augmente encore la folidité de tout cet affembjage, eu refoulant le bois par un grandnombre de coins de fer, chaffés avec force dans la maife du bois, après que le cylindre eft monté. Tour arrondir les cyliiidïes, on eft obligé de les mettre, pour ainfi dire, fur le tour ; mais le poids énorme d’une pareille machine rend, L’opération fort difficile. On efïhya d’abord de les tourner en place, en les faifant pouvoir par la roue même-qui agit dans-le travail du papier; 011 reconnut bientôt que la vitelfe extrême du cylindre rendait l’opératiou & difficile, & dangereufe; voici donc la maniéré dont on s’y prend aujourd’hui. Lorfque le cylindre eft; enarbré, centré, & a peu près rond, on le place hotifontaiement, & L’on préfente tout contre une réglé bien droite fixée fur un établi; on fait paffer fiicceffivement chacune des barres du cylindre vis-à-vis de I4 réglé. Ôn voit alors s’il y en a quelques-unes qui ne foient pas parallèles à la réglé , & l’on eft à portée de les, limer & de> les: réduire ainfi à, une parfaite égalité,
- 124. Les barres de fer qui garniffent le cylindre , ont ençoreune canner lure fur leur longueur, au moyen de laquelle elles peuvent failli: mieux la
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- matière dans laquelle nagent ces mêmes barres, la couper & la déchirer.
- I2f. Un cylindre avec Ton arbre pefe environ trois milliers. On avait eifayé de faire des cylindres qui fuflent creux dans l’intérieur, pour les rendre plus légers ; on a renoncé à cette méthode, & l’on aime mieux, pour leur donner plus de force, les conferver pleins & folides.
- I26". Si les cylindres étaient plus petits & plus légers, ils 11’en recevraient que plus de vîtelfe} l’opération en ferait plus parfaite & plus prompte. Ô11 a fait des expériences avec des modèles qui n’avaient qu’un tiers du diamètre de ceux que nous avons décrits., &qui par conféquent pefaient vingt-fept fois moins, & elles réuffiflaient. Les cylindres de Hollande font affez généralement plus petits que les nôtres.
- 127. On vient de faire aufli exécuter un cylindre de fer fondu & coulé, d’une feule piece (37), dont onfe fèrt à la nouvelle manufacture de Vçujot, près de Dijon ; il a été exécuté dans une forge de Franche-Comté. L’ufage apprendra bientôt fi cette méthode eft préférable ; mais on doit elpérer beaucoup de ce nouvel établilfement, foutenu par la province de Bourgogne , dirigé par les lumières & les foins de M. de Beoft, fecretaire en chef des états de cette province, & correlpondant de l’académie , qui connaît, qui encourage , & qui chérit tous les arts.
- 128- L’un des pivots du cylindre T (fig. 4) étant beaucoup plus chargé que F autre, à caufe de la proximité de la partie la plus maflive, a befoin de beaucoup d’huile pour adoucir le frottement ; en conféquence on eft obligé, dégarnir cette partie d’une ou de deux rondelles de fer w, pour que l’huile ne puilfe pas gliifer le long de l’axe , & fe mêler avec la pâte, qui fouffrirait beaucoup de ce mélange. On pourrait peut-être fe paifer d’huile , & adoucir beaucoup le frottement, en faifant tourner les pivots fur une. forte femelle de plomb ou d’étain. Ces métaux font d’une fubftance douce, moëlleufe, &, pour ainfi dire , graiifeufe, qui tient lieu d’huile, & empêche même que le frottement n’excite de la chaleur ( 38). , , _
- , J De h platine.
- 129. Dans la partie de la cuve qui répond au cylindre, il y a une platine
- (?7) Je ne fais quel a été le fuccès de cette tentative mais il parait que le fer fondu ordinaire n’a pas allez de-force.
- 11 eft fort douteux, que cette expédient pût reuilir. Il-porte d’abord fur un •faux principe , c’eft l’analogie du plomb ou de.'l’étain ay.ee les fubftances grailfeufes. Parce que ces métaux font d’une fubftance Tome JF.
- douce & moëîleufe , on ne peut pas en conclure qu’ils font gras. Cette dudtilité même le rend peu propre à foutenir un poid* aulfi confidérable. Un poids de trois milliers pefant aurait ufé en un feul jour une femelle de plomb ou d’étain. On n’en doutera pas, fi l’on confidere combien il faut peu de force pour les réduire en plaques.
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- art de faire
- de métal marquée B (fig. I ), & qui eft repréfentée féparément en b b (fig. 7). Cette platine ell fillonnée , comme on le voit par fa coupe c , enforte que. les arêtes vives dont fa furface eft garnie puiifent couper le chiffon, qui' eft forcé par le mouvement du cylindre de paffer entre le cylindre & la platine.
- 130. Cette platine a deux pieds fix pouces de long, fur fept pouces de large. Onia fait ainfi d’une certaine largeur, afin qu’elle fait plus ferme par fa bafe, & plus fixe par fon poids ; mais comme, il n’y a qu’une petite partie de fa largeur qui réponde au cylindre , & qui ferve à broyer le chiffon, on ladivife en deux parties : l’ une a fes arêtes inclinées vers la droite , & l’autre les a inclinées vers la gauche. Quand la partie b eft ulee , on retourne la platine, & l’on fait lervir la partie b ; enforte qu’il n’y a jamais que la moitié qui ferve. La platine eft quelquefois de fer, quelquefois de cuivre rouge. Il •eft bon d’y faire entrer un peu d’étain , parce qu’il a la propriété de durcir le cuivre. On fait que le bronze ou le métal des canons, qui a environ un dixième d’étain , eft plus dur que le cuivre ( 39 ). D’un autre côté , il ferait dangereux d’y mettre trop d’étain ; par exemple , trois parties de cuivre avec une d’étain forment le métal des cloches , qui ferait trop caffant pour l’ufage dont il s’agit.
- 131. Pour mettre le cylindre à la diftance où il doit être de la platine, on fe fert d’un cric, & d’un coin de bois de fept à huit pouces de long, avec lequel il s’agit de fonder le cylindre, c’eft-à-dire, d’en régler la hauteur. Pour cet effet, l’un des pivots du cylindre eft porté fur un levier qui s’étend de / en h (fig. 1), & qui foutenant le cylindre en#, l’éloigne ou le rapproche de la platine, fuivant qu’on éleve ou-qu’on abaiffe le levier par le moyen du cric M. La quantité dont le levier doit être élevé, ouïe cylindre écarté de fa platine , eft réglée par le moyen d’un coin N, qui fe place fous l’extrémité de ce levier, & qui eft divifé fur fa longueur. Un ouvrier, toujours atten-tiffur la cuve à cylindre, eft chargé de fonder auffi bien que de fpatuhr de terns à autre , comme nous le dirons §. 157. La partie S (fig. 4) de l’axe du cylindre , qui eft du côté de la lanterne, peut auffi s’élever par le moyen d’un autre cric : mais on n’y touche point, à moins qu’il ne s’agiffe de rac-
- (19) M. de Jufti ne penfe pas que le «uivre foit plus dur , lorfqu’on y a mêlé de l’étain. Le métal, il eft vrai, fe laifte couper pùis aifément ; mais cela ne vient pas de ce qu’il eft plus dur; il eft feulement plus caftant. Il ne réfifte pas à la lime plus que sftl était pur. D’ailleurs , un métal caffant n’eft guere propre à l’ufage que l’on fe propofe , parce que le tranchant des arêtes #ft beaucoup plus tôt émoufie. Quand on
- ne mettrait qu’un dixième d’étain, ou moins encore , le métal fera toujours très-caffant. Un centième produirait le même effet. 11 n’en eft pas de même de l’étain; on peut y mettre un trentième, un quaran-tieme de cuivre , fans qu’il ceffe d’être malléable & propre à être travaillé. Ces faits font connus de tous les chymiftes , & fondés fur des expériences ingonteftables.
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- 'commoder la machine ; car dans le travail ordinaire du papier , on ne faurait élever ni abaiffer ce pivot , à caufe du rouet qui pafle immédiatement fur îa lanterne.
- 132. Les fabriquans voudraient que l’on pût élever à la fois les deux extrémités ou les deux pivots du cylindre, enforte que le cylindre fût toujours parallèle à la platine. C’eft en effet un inconvénient très-réel dans la conftruélion précédente, que d’élever une des extrémités du cylindre, tandis que l’autre eft fixe. Il eft aifé de voir, par les dimenfions du cylindre, que fi l’on éleve le pivot de dix-huit lignes, les barres de fer qui revètilfent le cylindre feront éloignées de la platine vers une extrémité de feize ligues, & vers l’autre de dix lignes feulement ; enforte que les chiffons pafferont beaucoup plus aifément à un endroit qu’a l’autre, & que les barres ou la platine s’uferont d’une maniéré fort inégale.
- 133. On remédierait à cet inconvénient par une autre forme de moulins, dont nous parlerons §. 174 ; mais dans la conftruélion adtuelle il y aurait plusieurs maniérés d’y pourvoir. Par exemple, on pourrait , au lieu de la lanterne des cylindres, y adapter une roue de champ, ou un autre rouet qui engrènerait dans les aluchons du grand rouet ; l’engrenage ne changerait pas fenfiblement, quand même on éleveraitle cylindre de deux pouces (40).
- 134. On pourrait donner au rouage entier de ce moulin une autre difi. pofition qui permettrait aufïi d’élever le chafîis entier fur lequel portent les deux extrémités du cylindre : pour cela , ilfuffirait de placer horifontalement l’axe qui porte la lanterne & le rouet, & qui dans la conftruélion aéluelle eft iltué verticalement i on placerait une lanterne fur l’axe de la roue à aubes i on defcendrait le cylindre jufqu’au niveau du rouet de l’arbre tournant ; dès-lors le cylindre ferait pris de côté par le grand rouet, & l’on aurait la liberté, fans changer l’engrenage, d’élever de quelques pouces les deux pivots du cylindre.
- 13 f. Cette conftruélion , aufîi fitnple & plus parfaite que celle dont on a fait ufage, nous parait mériter d’ètre employée ; elle exigera feulement que fur l’axe de la grande roue à aubes, il y ait un rouet ou une lanterne fort nombrée, fans quoi la VitefTe du cylindre 11e ferait pas aifez confidérable. Cette dilpofition ne fervirait, à la vérité, que pour un feul cylindre} mais ft fur l’axe qui porte la lanterne & le rouet, on plaçait deux autres rouets parallèles entre eux, à cinq pieds de diftance l’un de l’autre, on aurait de quoi faire mouvoir aifément trois cÿlindres, comme dans la conftruélion ordinaire,
- qui feraient pris chacun par un rouet, mais qui feraient tous parallèles entre
- J (40Ï îl ferait, ce femb.îe y plus aifé de la bailler. Alors onn’aurait pas befoirl.d# remédier à cet inconvénient, en difpofant changer les rouages, la platiné de maniéré qu’on pût la haulfer
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- eux. Cette difpofition donnerait même le moyen de faire mouvoir plus de trois cylindres par une même roue , fi les eaux étaient afTez abondantes pour donner aflez de force à cette roue.
- 136. L’eau qui coule fuis ceffe dans la cuve à cylindre pour arrofer les drapeaux, eft rejetée par le cylindre fur un chapiteau , ou efpece de caiife de fapin, qui le recouvre en entier ; elle fe filtre au travers d’un chafïis de ver-jure & d’un autre chafïis de crin , & tombe dans une. gouttière qu’on appelle le dalon, marquée Q^dans la planche IV. De là , elle coule dans un égout qui la conduit hors du moulin.
- 137. A mefure que la cuve reçoit ainfi de l’eau claire par un côté, elle rend de l’autre une eau bourbeufe 8c noirâtre, chargée des immondices qui fe font détachées du chiffon ; on voit enfuite les matières croître peu à peu en blancheur d’une maniéré fenfible. C’eft; de ce renouvellement continuel de l’eau des cuves, que dépendençla blancheur & la qualité brillante du papier. Nous en avons déjà parlé ci-deiîùs.
- Moulins de Hollande.
- 138. Après avoir donné la defeription du moulin, tel qu’il eft exécuté à Montargis, il ne fera pas inutile de mettre fous les yeux du ledeur la difpofition d’un moulin hollandais, qui tourne par le moyen du vent. Les figures en font tirées du livre de Schenky comme nous lavons dit, mais nous y ajouterons l’explication & les détails que l’auteur Hollandais a fupprimés.
- 139. La planche /^repréfente l’élévation du moulin. La cage, qui eft d’une forme exagone, eft formée principalement par fix poteaux corniers d’environ cinquante pieds de haut, dont quatre feulement parailfent dans la figure en A A A A. Plufieurs croix de S. André les affemblent, & les affujettiffent les uns avec les autres, comme on le voit en B B. Les pièces horifontales, placées de diftance en diftance, font emmortaifées dans les poteaux corniers ; & plufieurs liens h b , font embreuvés dans les pièces horifontales , pour empêcher mieux l’hiement de la charpente, c’eft-à-dire, le jeu que les pièces pourraient prendre les unes fur les autres, par l’ébranlement & la force du vent.
- 140. Au fommet de Ja cage on voit l’arbre tournant ou l’arbre des volans
- C D, fit'ué, non pas horifontalement, mais fous un angle de dix degrés, pour que les volans en prennent mieux le vent. Il tourne en D fur un ppaillier, où il eft appuyé contre un heurtoir d qui le foutient p.our réfîfter à l’impul-fion du vent. , , n, . ,
- I41* Les ailes du moulin font portées, comme à l’ordinaire, par deux volans ou verges de quarante pieds de long, qui fe-jeroifent à angles droits dans la tête de l’arbre C D. On voit un de ces volans en i e. C’eft à leur extrè-
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- mité'que fe placent les antes, les lattes & les; coterets, qui forment les ailes dumoulin. Nous îrentrerons pas dans le détail de ces différentes parties,, qui appartiennent à la charpenterie, & que Ton peut voir dans le traité de Mathurin Jouffe,revu par feu M. de la Hire, en attendant que l’académie ait publié la defcription de cet art.
- 142. L’arbre C D étant mis en mouvementée îouet^E de 61 aluchons fait tourner un autre rouet horifontal de 32, qui eft à l’extrémité F d’un arbre debout F G H, tournant verticalement dans une crapaudine qui reçoit fon tourillon inférieur ; au bas de cet arbre, eft un autre rouet II de ^7, qui engrene tout à la fois dans les lanternes ou dans les rouets, qui font aux extrémités des trois cylindres : on voit un de ces rouets de cylindre dans la figure, en I, qui ai 6 aluchons ; le fécond eft recouvert par le chapiteau K , & le troilîeme eft caché par la difpofition géométrale de .cette élévation. Le cylindre à affiner a un rouet de 14 aluchons, au lieu de 16. Le même arbre F G, par le moyen d’un autre rouet G de 3 y , fait tourner un arbre de renvoi LL , qui porte du côté de G un rouet de 26, & par l’autre extrémité un rouet de 30. Ce dernier engrene tdans un autre rouet M de 23, dont l’arbre defcend & porte encore un dernier rouet de 22, qui paffe fur deux cylindres , dont les lanternes ont 1 f fufeaux. On ne voit pas ces lanternes dans la figure, mais feulement le chapiteau qui recouvre un des cylindres.
- 143. Le même arbre F G, qui fait mouvoir tous ces cylindres par le
- moyen des rouets inférieurs, en porte,encore un vers fa partie moyenne O , de 27 aluchons. Ce rouet en fait mouvoir un autre P de 29 , qui porte fur fon axe une manivelle. De cette manivelle,defcend une tringle qui faifit en Q_ la bafcule ou brinbaîe R Q_S, mobile autour du point S. L’autre extrémité R de la brinbaîe fait mouvoir la tringle RR du pifton qui defcend dans la bufë S du corps de pompe , d’où l’eau fe dégorge dans la cuvetté T V. Plusieurs petits cheneaux V,u partent de la cuvette, & vont fe diftribuer dans les cuves à cylindre, pour y renouveller fans celfe l’eau qui doit affiner les chiffons. ^ ,
- 144. Lorsqu’il eft néceffaire, d’arrêter le mouvement de la pompe, 011 fait
- défengrener le rouet de la; pompe au moyen du levier P P., qui s’élève par une corde ppp. , ,,
- 14^.. La galerie XX, qui régné tout autour du moulin , eft deftinée au fer-vice de ceux qui doiventytker^au vent, c’eft-à-dire , diriger l’arbre tournant DC , du côtéjd’où vient le; vent ; la queue du moulin Y, eft fixée dans la charpente du comble en Z.,j3puç la.faire tourner fur la plate-forme WW. ^, l’extrémité inférieure de la^queue du moulin, partent deux pièces m éçhçrpeyy ?,çleftiï|éè§ à ParebfQUter , quLvont eni,brader le comble tournant, pçur lui- imprimer le mouvemenUivec plus d’aifance.
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- 147. La queue du moulin eft elle-même entraînée par le moyen de /’'engin
- à tirer au vent ; on en voit feulement le treuil, a a; la charpente de l’engin étant fuppofée comme à l’ordinaire , telle qu’on puilfe la tranfportet tout autour de la galerie XX. 1
- 148. Par le moyen des nombres qui ont été indiqués à chacun des rouets de la machine précédente, il eft aifé de juger de la vitelfe des cylindres en Hollande ; un rouet E , de foixante-un en fait tourner un de trente-deux en F ; & un rouet placé fur le même arbre en H, de cinquante-fept aluchons fait tourner un cylindre" affineur fur lequel eftün rouet de quatorze : multipliant donc la fraétion \\ parf£, on trouve 7 § ou un peu plus ; ce qui prouve que lorfque l’arbre des volans fait un tour , le cylindre en fait prefque huit.
- 149. -De même, pour avoir la vitelfe des cylindres émouifeurs , il faut multiplier les quatre fractions fuivantes || , §£, §°, || ; le produit eft 4§ ou un peu plus ; ainfi les moulfoirs font prefque cinq tours pendant une révolution des ailes du moulin, & ils n’ont que les § de la vitelfe des affineurs.
- 1 f o. Supposons actuellement qu’en Hollande , les ailes d’un moulin falfent dix tours par minute , comme nous l’obfervons à Paris lorfque le vent eft un peu fort : 011 trouvera que le cylindre affineur fait environ foixante - dix-huit tours, &le cylindre émoulfeur quarante-neuf tours par minute.
- if 1. La planche VI contient la coupe de deux fortes de cylindres hollandais , tournans dans leurs cuves , & recouverts de leurs chapiteaux. A A ( Jig. 1 ) eft un cylindre de bois , ou moulfoir de deux pieds de diamètre, qui ne lert qu’à délayer les matières au moment où on doit les employer. On ne Voit en BEPqu’une concavité de bois fans platine , contre laquelle eft jetée la pâte qu’il s’agit d’affleurer, au lieu d’y être coupée comme dans les autres. Nous parlerons de cette opération , §. 167. Le cylindre affineur C (Jig. 2), eft confirait à la maniéré des Hollandais ; il eft de bois plein, garni de vingt-huit lames de fer, dont chacune eft encore lîllonnée à vive arête pour failir mieux les chiffons, & les déchirer fur la platine D. Ces lames de fer font re-préfentées féoarément en E (/%• 3.) : on y voit deux entailles ce, dans lef-quelles palfentueux cercles de fer deftinés à les alfujeftir furies bafes du cylindre. Cette forme de cylindres paraît être plus folide & plus pàrfaite'que celle dont on a vu la defcription , §. 121. O11 peut auffi y remarquer que ce cylindre eft plus petit que ceux du §. 121 , & il ri’en va que mieux; on a vu même des cylindres de neuf pouces de diamètre qui féuffiffuient parfaitement. F (fig. 4)! repféfent:èle chalfis de verjufé'v &‘’G (Jig f ) la planchette de bois, qui fe placent 'en?/ &, ;en g ; 'àîternatiycfriént,YuivantJ qu’il s’agit de laver, ou'diiiterromprd'tbtaleménï le cours deft’êà'u; ÿ Ç/igJÿ'} -rèpréfente le dalon ou la gouttière 'ÿü; reçoit ’les' eâux ^ïêjètees par‘iëJ cylindrerLàdon-gueur de ce cylindre-eft de vingt-fept pouc'éè' jtfiefuré‘ de France , auiîî bien que fon diamètre , en y comprenant la faillie des barres de fer.
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- r i f 2. La cuve du mouffoir a huit pieds & demi de longueur, fur quatre pieds & demi de largeur & un pied & demi de hauteur ; celle du cylindre dd (fg. 2 ) a neuf pieds & demi de longueur, quatre pieds dix pouces de largeur, & vingt-un pouces de hauteur ; Tune & l’autre étant mesurées intérieurement.
- 1^3. La machine décrite ci-defjus & repréfentée dans la planche V, fait mouvoir immédiatement le grand rouet H , dans lequel engrenent les rouets qui font aux extrémités des axes de chaque cylindre. L’un des trois cylindres eft un cylindre., à éfilocher, & les deux autres", des cylindres affineurs , autant que l’on peut le conjeéturer,par les expreffions de halye bak & he.ele bak, qui lignifient proprement demi cuve, & cuve entière*. Un arbre de renvoi va communiquer le mouvement à deux cylindres émouffeurs, au moyen de trois rouets , dont l’un eft porté fur l’arbre de renvoi, & les deux autres fur un axe vertical, qui fert à changer la direction du mouvement.
- ./ 154. On voit aifément que les cylindres qui ne reçoivent le mouvement qu’au quatrième engrenage, ont beaucoup moins de force que les cylindres affineurs ; mais elle leur ,eft auffi moins nécelfaire, puifqu’ils ne fervent qu’à moulfer.
- De NjUochage, & de l'affinage. i
- L’opération des moulins à papier a déjà été décrite à l’article des .maillets ou pilons; nous verrons a&uellement la maniéré dont elle fepratique au moyen des cylindres dont on vient de lire la defeription. On dif-.tingue deux opérations des cylindres, celle d'éfilocher, & celle Raffiner: opérations qui, quoique fort femblables dans le fond, different par plufieurs circonftances.
- 1 f 6. Les drapeaux, au fôrtir du dèrGmpoir ou de la faux, doivent être mis fous les cylindriques éfilocheurs ou épluqueurs ; là ils font lavés d’abord, en-fuite déchirés & broyés pendant quatre, cinq, ou fix heures; delà 011 les rporte fous .les cylindres'affineurs, pour y être froiffés & atténués pendaiit fix ou fept heures : au refte, la durée de ce travail varié"confidérablemeni, & dépend beaucoup de la vîteffe de l’eau. On prétend qu’une machiné bien montée, lorfque toutes les parties font entières , que les eaux font bonnes, que le chiffon eft bien déliffé & bien pourri, :peut éfilocher en deux heures & affiner en trois heures ; cependant nous ne voudrions pas répondre d’une ffî grande célérité. f On juge que Ja matière eft . allez éfilochée , à peu près • comme nous.l’avons dit. en parlant 'des pilons,.d’Auvergne : 011 en prend une ipoignée, on en exprime L’eau, onda fépare par le milieu;.fi l’on y voit dans l’intérieur des filamens • courts , écrafés,-velus ; Semblables à des pieds de mouche ,’ & d’une contexture homogehe , 011 eftime que l’éfilochage eft fini.
- 157. Les cylindres éfilocheurs ne font pas auffi près de la platine que
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- les affineurs f §. 132)} il y faut un efpace fuffifant pour que des fubftances encore groffieres & filamenteufes puiifent palfer. A mefure que la pâte eft "plus délayée, on rapproche le* cylindre de la platine. Au commencement de l’opération, le cylindre en eft éloigné d’un travers de doigt, ou de fept à huit lignes, & cette diftance fe diminue en deux tems , ou à deux reprifes différentes, pendant la durée de l’opération, jufqu’à n’ètre pas d’une demi-ligne.
- I î8- Les cylindres affineurs font d’abord éloignés d’environ trois ou quatre lignes de la platine 5 mais une demi-heure après, 011 les abailfe de maniéré qu’il y ait à peine Pépaiffeùr' d’une petite piece de monnaie. A en juger même par le bruit que le fabriquant veut toujours entendre, difant que le cylindre doit ronfler, il paraît que le; cylindre effleure fans ceflè la platine.
- 159. Les cylindres éftlocheurs different encore des affineurs, en ce que
- les premiers n’ont point de gouttière ou rainure fur chacune des barres de fer, dont le cylindre eft garni. Cette rainure fert, dans les cylindres affineurs, à multiplier les inégalités de la furface, & par conféquentà faifir les chif. fons par un plus grand nombre de points. .1
- 160. Les chapiteaux different auffi dans ces deux fortes de cylindres.
- Pour éfilocher, on emploie un chaffis garni de fil de laiton ou de verjure; c’en eft affez pour empêcher le paffage d’une pâte encore grolliere : mais pour affiner, il faut de plus un chaffis de crin qui fe place derrière le chaffis de verjure , c’eft-à-dire, au-dehors, pour tenir lieu du kas, dont nous avons parlé ci-delfus. Alors le chaffis de verjure ne fert qu’à brifer l’effort de.la 'pâte qui frappe fans celfe contre lui (41 );:i& le chaffis de crin fert à filtrer l’eau, qui, fans cette précaution, emporterait avec elle la portion la plus raffinée de Ta fubftance qui fe travaille ( 43 ). .0 ;
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- (41) Enj Allemagne, les cylindres font portent des croifillons renforcés d’un demi placés., avec leur platine, au fond d’une pouce vers le collet.
- cuve. Ils fqnt entièrement couverts de pâté On voit’ ( pi. F, fig. 2 ) une portion qu’ils entretiennent dans un mouvement R'R'S S de la circonférence de cette tourte, perpétuel, fans qu’ifs’en perde la moindre dont la hauteur R R* eft de trois pouces, partie. m. Leslames qui forment le cylindre, &
- (42) Dans une addition placée.à la fin , dont on voit la coupe T T V V , font au
- de fon ouvrage , M. de la Lande décrit un nombre de 2ç ; elles ont deux pieds de nouveau cylindre exécuté pour la.manufac- longueur, 18 lignes d’épaifleur TV, trois ture de Montargis, par M. Deftriches, mai- pouces- de hauteur TT \ ' elles font terrni-tre ferrurier à Paris. Ce cylindre:'eft creux ; ’nées par un tourillon de fer , qui porte un il n’a point le noyau- de bois p'ddnt nous goujon épaulé, taraudé ifur une longueur avons parlé §. 121. Deux tourtes de fer , ri de. neuf lignes , qui patte au travers de h d’un pouce d’épailfeur .& de deux pieds de tourte & fe contient par un écrou -X à huit diamètre, telles que ZZ {pl. IV pans. ' .
- forment les bafes du cylindre. Les tourtes Au-deffous dé ce pbint fixe, à la diftance
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- 161. La cuve à affiner exige auffi beaucoup moins d’eau que la cuve à éfilocher ; le courant qu’on établit pour achever de laver & de dégraiffer le chiffon, n’eftpas li fort; on ne donne, pour ainli dire, qu’un filet d’eau. & quelquefois vers la fin on l’arrête totalement. Il faut alors fermer le cha». piteau avec une planche, qui retienne tout-à-fait l’écoulement de l’eau. Voilà pourquoi on a vu que le réfervoir qui eft dans la partie gauche de l’attelier, eft beaucoup moindre que celui qui eft dans la partie droite. Çelui-ci fert aux cylindres éfilocheurs, & le premier aux affineurs feulement.
- 162. La quantité de chiffons qui entrent dans les cuves à éfilocher, dont on a vu les dimenfions ( §. 119 ), eft d’environ cent vingt livres ; mais dans les cuves à affiner, il entre environ cent foixante livres de pâte éfilochée, parce que c’eft une matière ipécifiquement plus pelante que le chiffon ; d’ailleurs il faut moins d’eau pour l’affinage, que pour l’éfilochage : ainli il refte plus d’efpace pour la matière que l’on doit éfilocher.
- I&3- Pendant la durée du raffinage, il eft fort effentiel de fpatuler fou-vent, c’eft-à-dire, de remuer les drapeaux avec une longue perche, de les
- d’environ 1 ç lignes, une autre vis Y à tête quarrée, avec une ambafle circulaire tra-vexfant la tourte, entre d’un pouce dans la lame, & achevé de la contenir. Il faut concevoir cette tourte de fer fervant de feafe à toutes ces lames, & recevant leurs goujons,
- A l’égard des intervalles ZZ, que laif-fènt entr’elles les lames des cylindres , ils ont, a.uHi bien que ces lames, 18 lignes de largeur ; mais comme il s’agit d’empêcher que les matières n’entrent dans la concavité du cylindre, ces intervalles font remplis par des lames circulaires b b , qui, comme les lames tranchantes, ont deux pieds de longueur. Chacune de ces lames circulaires porte des deux côtés une languette fur toute fa longueur ; ces languettes font arrêtées dans les rainures d d , pratiquées le long des lames tranchantes TT. Ainli ces lames circulaires ont ig lignes de large d d, trois lignes d’épaifleur b b , & deux pieds de longueur.
- Pour affembler les pièces qui compofent ce cylindre, on place les 2Ç lames-tranchantes dans les 2? trous d’une des tourtes , avec chaque lame circulaire entre Tonte IF.
- deux. Vers le centre de la tourte, eft ajuk tée une boite de fer, compofée de quatre lames de deux pieds de long, alfiijetties de 8 en g pouces par des brides intérieures, & deftinées à embraffier mieux & à ferrer l’axe qui doit traverfer ce cylindre. Lorfc que toutes les lames de la circonférence & la boite du centre font placées fur la première tourte , on place la fécondé tourte fur les tourillons des lames & fur les épau-lemens de la boite ; une forte rondelle de fer, retenue par une clavette, afTujettit tout l’alfemblage, auffi bien que les 2? écrous & les 2 ç vis , dont nous avons parlé. Chacune des lames eft échancrée au burin fur toute fa longueur, comme on le voit en e -t l’échancrure a quatre lignes de profondeur & fept lignes de largeur ; elle fert à couper mieux le chiffon , en multipliant les angles ou arêtes tranchantes de la fur-face du cylindre.
- L’affemblage de ces lames avec leurs tourtes pefe environ 1 zoo ; l’arbre qui les traverfe avec fa lanterne, goo : enforte que le poids total de ce cylindre enarbré ne fera guere que de 2000.
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- ART DEFAIRE
- aller chercher dans les angles & de les ramener dans le courant qui doit les conduire fous le cylindre ; fans cela, il Le formera des flocons & des grumeaux d’une, matière qui ne fera point faite , quand le relie de la cuve fera fuffifamment affiné. La négligence & l’oubli des ouvriers à cet égard nuit beaucoup à la bonté & à l’égalité du papier.
- 164. La durée de l’affinage n’eft pas toujours la même ; il faut l’expérience d’un habile fabriquant, pour juger du tems où la pâte doit être retirée de la cuve. Les grandes fortes de papier demandent une matière moins affinée > la vîtejfe du courant d’eau , qui n’eft pas la même dans les différentes faifons de Tannée * ymetauffiune fort grande différence. D’ailleurs , la fermentation qui a préparé la mouillée, avant qu’elle palfât fous les cylindres, n’eft pas toujours la même ; elle eft plus forte, toutes chofes égales, en été > & l’attention des fabriquansà retirer les. chiffons du pourriifoir n’eft pas toujours. aflez exaéte pour arrêter le pourrilfage au même degré. O11 avait voulu fixer la-durée de l’affinage par le moyen d’une horloge> mais 011 a été forcé de renoncer à cette réglé, & d’abandonner la chofe au coup-d’œil & à l’expérience du fabriquant. Si Ton affine des coutures, du bulle, ou du drapeau un peu verd, il faut quelquefois une heure de plus que pour le drapeau ordinaire.
- i6"5. Pour favoir fi la pâte eft fuffifamment affinée , on en prend une poignée , on la noie dans un feau d’eau , on fouette cette eau , on la verfe lentement dans la cuve ; on regarde attentivement, en la verfant, fi elle eft bien homogène, bien fluide, enfin fi elle blanchit l’eau , fans lailfer appercevoir de molécules, ou de parties non broyées : c’eft l’état où cette matière doit être en Portant des cylindres affineurs.
- 166. Lorsqu’une machine eft bien conftruite , douze cylindres peuvent entretenir perpétuellement trente cuves d’ouvriers ; & telle était la defti-nation primitive de la manufacture de Montargis : mais dans l’état aéluel il eft rare qu’on puiife même employer fix cylindres à la fois ; il 11’y a pas cinq pieds de chiite vers les courlieres. Les eaux que fournit le canal de Montargis font peu abondantes, & fujettes à de grandes inégalités par les féche-refles ou par les pluies , & le jeu des pompes emploie une partie de la force des roues. Audi a-t-on propofé, depuis Tétabliftement de la manufacture, de faire conftruire encore quelques cylindres dans un autre lieu du canal, où il y a plus d’eau '& plus de chiite. Lorfqu’on eft preffé pour l’ouvrage , on éfi-lbche plus long-tems la durée de l’affinage eft abrégée ; mais alors on augmente le déchet. Il y a moins de perte à lailfer la pâte fous les cylindres affineurs, où il paffe moius d’eau, pourvu qu’elle n’y refte pas affez pour fe graiifer.
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- Des cylindres affleurans.
- 1S7. Outre les cylindres éfilocheurs-& les cylindres affineurs, on emploie encore en Hollande une troifieme préparation analogue à celle des piles de l’quvrier ou des maillets affleurans , dont nous avons parlé ci-deffus : c’eft celle des cylindres affleurans que l’on peut appeller du nom demoujjbir, ou émouffoir ; on en voit un en A (planche Fl, fig. 1 ). C’eft là qu’on porte la pâte déjà affinée, pour écrafer les Bros , & la délayer encore mieux, avant qu’elle aille aux cuves des ouvriers. L’on évite ainft l’inconvénieHt de laiffer trop long-tems la pâte fous les cylindres affineurs : ce qui la rend trop graife, trop courte , augmente le déchet, & rend le papier plus caifant.
- 168. Les cylindres affleurans, tels que AA, font totalement de bois ; comme ils ne font pas deftinés à de grands frottemens, ou à une forte trituration , ainfi que les cylindres affineurs , ils n’ont pas befoin d’être fortifiés & revêtus de ces barres tranchantes qu’011 voit dans les autres cylindres
- 169. On avait d’abord conftruit à Montargis, des mouffoirs que l’on a fupprimés dans la fuite; ils étaient élevés fur un beffroi, éloignés des cuves à ouvrer de cinquante à foixante pieds. La pâte, en coulant fur un fi long ef-pace, était expofée à fe falir & à fe perdre en partie : d’ailleurs ces mouffoirs chargeaint encore la roue qui était obligée de leur communiquer le mouvement à une affez grande diftance ; on a mieux aimé y renoncer , & s’affujet-tir à porter la pâte dans la cuve à ouvrer, prefque au fortir de l’affinage.
- De la graiffe du papier.
- 170. Malgré la précaution des deux chaffis , ou celle du kas, on com-, prend que l’eau doitdiffoudre & emporter avec elle une bien grande portion de la fubftance des drapeaux. On a eflàyé quelquefois de raffembler cette eau pour en faire du papier ; mais elle eft trop mucilagineufe , ou huileufe; elle ne peut s’étendre fur la forme , elle le colle , elle fe fige , elle file : qualités qui toutes s’oppofent à l’ufage qu’011 en aurait voulu faire.
- ; 171. Cette partie huileufe eft analogue à celle qu’on retire de la plupart des végétaux & même des animaux, par une longue trituration. Lorfque. les fels de la plante, féparés des parties fibreufes & terreufes, viennent à fe diffoudre dans l’eau , ils fe combinent avec les huiles & forment une matière favoiindiife, auffi diffoluble’dans l’eau. Telle eft l’étiologie (43) de l’opération chymique dont les fabriquans fe plaignent fouvent dans leurs moulins, & qu’ils font, néceffairement fans le fàvoir. Delà vient auffi qu’une pâte trop long-tems affinée le graiffe., comme difeht les fabriquans, parce que la partie
- (4?) L’auteur veut dire : telleeftla caufe^qui rend cette opération nécèflaire.
- Lll ij
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- art défaire
- 4SI
- huiléufe trop développée fe combine en trop grande abondance avec les fels. Alors elle eft favonneufe, & difficile à lier i le papier eft plus caflant, il prend la colle moins amoureufement, c’eft-à-dire, fe colle avec moins de perfection. En général, une extrême fubdivifion produit fouvent la qualité favonneufe, même dans les corps qui en paraiflaient les plus éloignés. On parvient à fub-divifer & à atténuer le verre de telle forte que , mêlé avec de Peau il a tout le favonneux & le graiffeux de Pargille (44). Quoi qu’il en foit de l’explication que nous e{Payons d’en donner, il palfe pour confiant qu’une pâte trop long-tems affinéefe graijfe, fuivant le langage ordinaire des fabriquans, & devient moins propre à faire du papier. C’eft fous les cylindres affineurs que l’on peut verfer la matière colorante, fi l’on elfaie , à la maniéré des Hollandais » de donner au papier un blanc de lait ou un blanc azuré, Comme nous le dirons ci-après.
- Comparaison des deux fortes de moulins.
- 172. L’opération des cylindres exige moins de temsque celle des pilons» & produit moins de déchet i elle broyé parfaitement en 8 à 10 heures, ce qui en exige 24 ou 30 fous les pilons > & une papeterie à deux cylindres peut donner par an 75 milliers de papier, tandis qu’une papeterie à pilons , où il n’y aura qu’une roue avec fix creux de piles, n’en pourra fabriquer que 25 milliers au plus, c’eft-à-dire , ne pourra occuper qu’une cuve d’ouvrier
- (§399)-
- 173. Il nous lbffirait, pour démontrer l’avantage des cylindres fur les maillets, d’avoir dit qu’il faut trois fois plus de tems avec les maillets, qu’il n’en faut avec les cylindres de Hollande, pour préparer la pâte. Mais ce n’eft pas encore tout j il doit être fort difficile de faire une pâte bien égale & un papier bien uni avec les maillets ; fi on les élevait jufqu’à ce qu’ils fulfent hors de la matière, iis l'écarteraient & la feraient rejaillir, en tombant, de maniéré à tout perdre. Si on ne les éleve que peu, & que la matière fumage, pour lors il arrive que les chiffons qui font fur la furface de l’eau ne font point battus, & qu’il n’y a que ceux du fond qui puilfent être atténués. Enfin, foit qu’011 éleve peu o.u beaucoup les maillets , il arrivera à tout moment que la matière qui avait befoin d’être battue, le fera trop peu, & que celle qui n’en avait pas befoin, recevra l’effort des maillets y s’il y a des parties à qui il faille une certaine force pour les déchirer & les atténuer , les maillets ne pourront point opérer ce déchirement, comme ides arêtes
- (44) Cela ne peut fe faire fans eau. On effet n’eft point produit par quelques fubf. aurait beau broyer le verre à fec, jamais tances étrangères, ou par l’eau qui s’eft on ne parviendrait à produire cette matière unie par le frottement aux particules de la graiffeufe. U s’agit donc de décider fi cet matière.
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- L E P A P I E R.
- 4f 3
- de fer. qui sveffleurent plus de cent fois par minute avec une violence capable de brifer la plus forte léfiftance j car comme la matière fufïifamment atténuée y palTe fans réfiflance , il n’y a que celle qui ne l’eft pas encore, qui foit tiraillée & froiffée par le cylindre ; ou, pour mieux dire, les diiférens chilfons allant toujours enfemble &paffant toujours par le même interftice, ils forment, au commencement comme à la fin, une matière toujours homogène, toujours égale: delà vient qu’en général le papier de Hollande nous paraît plus égal, plus homogène que le nôtre. Les cylindres font aufîi moins îiijets aux fréquentes réparations , que les moulins à pilons. Il y a des cylindres à Montargis, qui fervent depuis dix-huit à vingt ans, au lieu que les maillets ont befoin d’être réparés communément tous les cinq ans.
- Autre forme de moulins, qui a été propofée.
- 174. Le principal inconvénient de la machine que nous venons de décrire, a toujours confifté dans la maniéré d’éloigner le cylindre ou:.de le rapprocher de la platine. Il eft évident en effet, que comme l’une de fes extrémités eft terminée par un pignon fur lequel pafie le rouet deftiné à le mouvoir, 011 ne faurait élever cette partie ; on fe contente donc de fouléver le pivot qui -eft le plus près du cylindre : dès-lors le cylindre n’eft plus parallèle à la platine j./il en eft *mus près environ d’un tiers à l’une de fes extrémités qu’à l’autre. Nous avons indiqué (§. 152 ) un moyen affez fimple d’y obvier 5 mais M. deGenifane, actuellement concefïionnaire des mines: de Franche-Comté, & correfpondant de; l’académie, avait entrepris de le faire en donnant une tout autre forme à fes moulins : nous allons en donner une idée j cependant, comme elle n’à point été employée, on ne faurait garantir fes avantages \ ce ferait à l’expérience à les conftater.
- , ,175. Il y a,environ trente ans que M. J. B. de Mean, ingénieur, qui avait vu les ; moulins à papier de Serdarn, en fit conftruire plufieurs dans le même goût* ;c’eft-à-dire, avec des cylindres 5 à Arras, à Dinan dans le pays de Liege, à Huy & à Dalem. Ce fut lui qui en communiqua la méthode à M, de GenfFane ^ qui, ucm-feulement les fit cqnna^treen France, mais qui, d’après les premiers j^çumens^p^ailla^l^igef^flxqnner-Ii parvint en effet à leur donner Ja difpofition dont nous allons parler, & dont il préfenta le projet à l’acadé-i :mie lq figu^mç jiqûtf:i737*J;Lïauge j4e -M. de.Gepfranem’a aucune çloifon ,
- .jdefq,rte1q.uelemouvem;ênt des chif-, .raifon. d’un moindre obftaclè.
- t luxons .de Çïenffanje brifet ja^mat^re fur deux pians inclinés, pofés de
- 'chaque côté du c<^ne j & par cqpl|quefit chaque point de la circonférence du riçônpagit, depx; fois )à chaque tour ^ une fois fur chaque plan: ainfi,cette machine j p^rajd; fairele doubledu travail ^y^maçhine hollandaife, qui n’a qu’une feule
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- 4f4
- ART DE FAIRE
- platine. Le cône de M.'de Genflaiïe s'élève verticalement & parallèlement. Dès-lors la'furface du côneeft toujours parallèle aux plans des deux platinés, &agit uniformément ; au lieu que dans la machine à cylindre de la conftru&ion a&uelle, on n’élèvê" qu’une des extrémités du cylindre, qui dès - lors n’eft plus parallèle à la platine, fi ce n’eft dans une feule pofition. 1
- - i76. La cuve'eft femblable a celle dont nous avons parlé à l’occafion du
- * cylindre (§. nÿ) j-un cône , dont! l’axe eft vertical, également armé de fer,, eft poféhùrifontàlemehtau centré de là cuve ; deux platines de fer, de cuivre, -ou de métal plus dur, fillonnées "dans leur longueur , font placées à1 côté du
- cône. Ces deux platines font inclinées de façon qu’elles foient parallèles aux côtés du GÔne, foit qu’on éloigne ou qu’on approche le cône des platines.
- 177. Le pivot inférieur .eft placé dans une crapaudine pratiquée au fond de la cuve , 8c qui eft à l’extrémité d’1111 levier. Ce levier mobile autour d’un point, communique‘j par le moyen d’uiié charnière, à une autré barre de
- • fer, placée verticalement, & dont l’extrémitéfupérieure-eft hors'de la- cuve. -Un écrou placé à cette extrémité, fert à enfoncer dans la cuve 1? extrémité du -levier^ à faire monter la crapaudine, &par conféquentle cône.*-Dans cette pofition , l’efpace qu’il y a entre le cône & les platines eft beaucoup plus con-fidérable que dans l’autre cuve, où le cône touche prefque aux: platines de chaque côté, parce que l’extrémité du levier eft relevée, ce qui fait defcendre la crapaudine jufques fur le fond de la boite, & la circonférence du cône
- ~jufques fur la furface des platines.- ,,fi *’ "
- 178- Pour faire agir cette machine, il fuffit!de!pofer fur l’axe du cône une lanterne, dans laquelle engrene un rouet, qui’ partant' de la roue à-aubes, communiquera fou mouvement à toute là'machine. Le rouet pourrait être porté fur le même axe que la grande roue, pourvu qu’il fût fort grand & fort nombre * mais if vaut encore mieux , pour âugm’enter'da vïtëffe du Cylindre, qu’il y '1 ait un axe de renvoi, & que -le réüêtPdë la roue à aubes 3àgiiràntifiir ,un pignon adolfé à une roue , cette demrërè'fÔUe'falfe mouvoir là'lanterne, qui par<ce moyen ira beaucoup phis vfôè? m n-:P ru! -rLj ! :&• vuR.»
- 179. Lorsqu’au' moyen de l’écrou ^‘ôh-Ùüfâ3élevé le côm&-d?Wr:ôuIdeiîX pouces, l’engrenage delà lahterné^’ëh^ferâ^as^pl^fortvèlîé'fera Péülèinêkt
- • prife un peu plus bas par lëirouet." * ’^ixsq Srcof- /v.ujnoq; à
- « r?' i-8o. Sî^l’ôm défcMid-îè^côiie de%etfe^Lh(m^Tè%îabhiiiéf{]üf^û’à ëèqü’il -touche1 s pref<|üe 1 éà 'deux’ ^làtines f il p ertiSk? èrrivei3 'qiiiHà3 iU*atfér fe fëié rédùite -à’ perdre fai;èUiififtà'nèe;^>i&'1c?èftsüh;;dès'!défôiilÿ'dè^ fa-^fàîîpie faôîlàïtdâïfe, d’oùouait fhicôhvénientnd,avbir2uin^àpiè^^ïfi ib^èrtipètlfes-^qu’erP ?ê:'pîiè,
- * 6urqu’on'lë-fàtiguë^avec quelque.<^uo° or) sirpcifo " "i-rLfpbürràit'êtfe 'atilèffd'e-ne?pàsîâïffeÿ‘lâ:iftàttèije fëüS W v'vieàtdë'd^o'rfre^i.jufcîù a la fin'd^i’opéràtiehf-mais deIa:Mre pa^rïbus üh
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- LE F AF I E IL
- 45 5'
- cône garni de bandes de fer , qui feraient, piquées,de la même .'maniéré que les râpes à bois, avec des platines également piquées. Alors , dit M. de Genf-fane, ayant fixé la diftance entre le'cône &• les 'platinés au’ pftis' bas point poffible, fans que les deux fùrfaces fe touchent-, il arrivera- que la matière fera parfaitement déchirée , fans qu’elle foit coupée. Car les pointes delà fur-face du cône ayant accroché & entraîné les parties de chiffons, elles ne peuvent manquer d’ètre arrêtées, déchirées, & comme cardées par les pointes de la platine, qui en font tout proche.
- 182. La forme conique, fubftituéepar M. de Genffane à celle dés cylindres , entraîne .cependant un inconvénient : la vîteffe des parties inférieures du cône eft beaucoup moindre-que celle des'parties fupérieures; & le chiffon fe précipitant toujours en-bas par fon propre poids * peut s’y préfenter fouvent en plus grande quantité que dans les parties qui ont plus de vîteffe : ce qui rendra l’opération fort inégale.
- 183- Apres avoir parlé des cylindres, & de la maniéré dont M. de Genff fane a entrepris d’en corriger les inconvéniens, c’eftici le lieu de parler du moyen qu’il propofa aulil d’employer, à la place dt^dérompoir, pour couper le chiffon au fortir du pourriffàge avec plus d’aifance & plus d’égalité : c’eft la machine que nous avons annoncée ci-deffùs.
- 184- Nous fuppofons (planche. VI, fîg. 6} une cuve TT , de cinq ou fix
- pieds ,dans la forme de celles où agiifent les cylindres, capable de contenir de l’eau avec unequantité de'chiffons fortans du pourrilfoir. Elle eft divifée dans le milieu, ou à peu près , par-une planche VV,fdont lesŸxtrêmités laiffent entre elles & celles de la boite un efpace TV, auffi grand à peu près que T eft pace VY , qui eft entre la planche & les côtés de la boîte; l’un des côtés1 de la cuve eft occupé par un plan incliné VY, formé d’une feule piece de bois fo-lide , & reprélentée féparément en uy(fig. 7). Ce plan incliné eft garni de plufieurs tranchas a ,b , c-, d, femblables, pour ainfi dire , à ceux dont fe fervent les cordonniers. - ! ' •’ ‘
- 185. Au-dessus de ces tranchets, eft adapté un cylindre, dont le profil eft en ZZ (fig. 8 )5 la coupe en { {(fig. 9 )• Les arêtes de ce cylindre font interrompues & divifées tranfverfalement par des cannelures ou entailles profondes. ///, placées de maniéré que le cylindrë venant à tourner * les tranchets a, b, c, d, engrenent exactement dans ces entailles : on a*marqué par un cercle ponctué fur le plan la profondeur qu’elles doivent avoir. Le cylindre g g (fig. ro) porte , auiïi bien que les autres cylindres , une lanterne en m, par laquelle il reçoit le mouvement de la roùe à aubes , qui eft/mue par le courant de l’eau : ce cylindre doit avoir moins de vîteffe que les autres ; les chiffons ne font prefque qu’y paffer ; & dès la première fois ils font affez coupés pour pouvoir être portés fous les cylindres éfilocheurs.
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- 45* ART DE FAIRE
- Obfervations fur la manufacture de Vougeot en Bourgogne. (45)
- 18* Nous n’avous pu dire qu’un mot(§. 127 ) de l’établilfement fait en Bourgogne, n’ayant point reçu pour lors les inftructions fuffifàntes. .Depuis lors, M. Defventes pere, imprimeur-libraire à Dijon, propriétaire de cette manufacture , qu’il a établie à grands frais, & qui, en fe faifant aider des plus habiles gens, y a fu mettre toute la perfection poiîible, nous en a communiqué les plans. Voici quelques particularités remarquables , qui nous ont paru très-dignes d’être obfervées & imitées en pareille occafion.
- 187. Pour faire avec la plus petite quantité d’eau, le plus, grand effet poffible, on a conftruit une roue de onze pieds de diamètre, dont les rayons & la circonférence font de fer, ayant deux pouces de large feulement. Sur cette circonférence font fixées vingt-fept aubes de tôle,creufées en cueillerons de dix pouces de hauteur fur quinze de largeur ; ces aubes tournent dans un courfier qui ne laide aucun vuide , qui eft difpofé pirculairement comme la roue, & qui embraife les aubes non-feulement par les côtés, mais même par-deffus 5 ne laiflant que les-deux pouces qui font néceffaires pour les rayons de la roue.
- i88< Ces aubes ou plutôt ces godets ainfi noyés dans leur courfier, tkem> braffés de tous côtés, ne lailfent rien échapper de l’eau deftinée à les mou. voir, qui ne foit employée à les conduire, & cela fur une longueur de plus de fix,à fept pieds, parce que le courfier embraffe la roue fur une étendue de foixante degrés environ, ou de la fixieme partie de la circonférence.
- i89- Le cylindre, comme nous l’avons dit, §. 127 , a été coulé dunfeul jet dans un moule. Les lames tranchantes, les lames circulaires, les tourtes ou abouts, font une feule pie ce de métal, qu’on aenfuite enarbré & mis fur le tour pour égaler les lames, & donner à toute la circonférence une parfaite égalité. Il a vingt-deux lames, deux pieds de diamètre, & trente pouces de, longueur.
- 190. Le cylindre a un arbre fort court, ce qui le rend très-léger; car au lieu de tourner dans la partie P de la cuve (pi. III), il tourne dans la partie Qj, qui eft la plus voifine du rouet; & fon pivot V fe trouve placé fur la féparation N de la cuve.
- 191. Pour cet effet, 011 a donné à la cuve un peu plus de largeur , & dans le milieu on a placé un mafllf de pierre qui a fix pieds de long fur neuf pouces de large. Dans ce maflif eft logée une piece de bois de trois pieds dé long, qui porte le palier dans lequel tourne le pivot du cylindre.
- 192. On aménagé dans cette conftruéHon, l’avantage d’élever le cylindre parallèlement à la platine ; car le rouet n’ayant que deux cylindres à mou-
- (4-0 Ces obfervations font imprimées à la fin de l’art, dans la collection de l'aca demie. J’ai cru devoir les placer ici.
- voir
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- - ‘TZ E T AP 1ER.
- 4f?
- voir, les prend par le côté, comme nous l’avons déjàpropofé §. 13$, & n’empêche point que le pivot I ne puiffe s’élever de quelques pouces. A l’égard du pivot V, que nous avons dit être placé dur la pierre de réparation N, la piece de bois qui le fupporte, peut s’élever par le moyen d’une vis à tête quarrée, dans laquelle on paffe une clef pour la tourner fuivant qu’il eft plus ou moins néceffaire d’éloigner le cylindre de la platine. Ce cylindre fait environ cent cinquante tours par minute ; car la grande roue qui fait treize tours par minute, porte fur fon axe un hériifon de cinquante-neuf aluchons qui conduit les cylindres par des lanternes de fept ftffeaux.
- 193. Parmi les remarques utiles queM. Defventes a faites fur les différentes parties de fon établiffement, il a cru pouvoir rendre raifon de la jufte préférence que l’on donne dans toute la France aux chiffons de Bourgogne.
- 194. La Bourgogne eftprefque couverte de vignes & de bois, qui en font fouvent très-voifins. La même nature de terrein qui produit l’excellente qualité des vins de Bourgogne, produit anffi des bois dont les cendres font très-eftimées pour les leiïives; l’expérience femble l’avoir appris aux Bourguignons eux-mêmes, qui vont acheter des cendres , par préférence, dans certains cantons de leur province où les bois font réputés produire des cendres d’une meilleure qualité , en même tems que les vignes y font plus abondantes ( 4 6 ).
- 19 M. Des ventes obferve qu’en effet ce n’eff point dans la Bourgogne que croiffentles chanvres & les lins dont on fait la belle toile : on n’y recueille prefque que du chanvre groflîer, à l’ufage de la marine, des cordiers , & des habitans de la campagne. La Hollande, l’Allemagne, la Suiffe & différentes provinces de France fourniffent à la Bourgogne toutes les belles toiles qu’on y confomme, & la matière du beau chiffon qu’on y acheté ; il eft donc naturel de penfer que, fi le fol de la province influe dans la bonté du chiffon qui s’y recueille, ce n’eft point à raifon de la matière première, mais feulement à caufe des changement qu’elle y éprouve dans Biffage.
- ' 196. On 11e fera pas étonné que la différence foit très-confidérable, fi Bon compare le chiffon de Paris avec celui de Bourgogne : on fait que les blan-chiffeurs à Paris n’épargnent pas la chaux, lafoude, la potaflè ; matières
- (46) Cette feule circonftance bien fa Mie , aurait dû faire comprendre que ce n’eft pas le terrein qui inf)ue»fur la qualité des cendres, On acheté les meilleures cendres dans les cantons où il y a le plus de vignes. Or , tous les chymiftes connaiflent la qualité fupérieure des cendres de farmens.Elles renferment un fei alcali beaucoup plus ac-
- Tome IK.
- tif, plus propre à différens ufages dans les arts & les métiers. On fait encore, que lorf. qu’on taille la vigne , on en retranche une grande quantité de bois, qui fuffit quelquefois à l’aftbcage des propriétaires , ou qui fait du moins une. portion très-conlidé* rable de leur confommation.
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- A R T DE FAIRE
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- corrofives qui leur abrègent le travail, niais détruifentla fubftance du linge, & qui fuppléent au peu d’adivité des cendres de Paris. En effet, le bois flotté qui fe confume dans la plus grande partie de Paris , ayant féjourné long-tems dans l’eau & y étant détrempé, perd avec Ion écorce les matières falines qui forment l’efficacité des cendres lixivielies.
- ' 197. M. Desventes alfure que, fur un volume égal de cendres, il a trouvé celles des boulangers qui emploient des bois fans écorce, plus légères d’un leptieme que celles d’un foyer où l’on brûlait du bois neuf (47). Il a été témoin d’une expérience faite à Paris il y a quelques années, pour l’établiffement d’une manufacture de favon, qui prouve bien la mauvaife qualité des cendres de Paris. On avait fait choifir à Fontainebleau des cendres de bois neuf brillé en maifon bourgeoifei on prit pareille quantité de cendres choilies à Paris > on leffiva toutes deux à froid & à chaud avec les mêmes eaux j les leffives étant évaporées, on trouva eonfidérablement plus de fel alkali dans celles de Fontainebleau.
- 198- M. Desventes a trouvé la même différence dans le produit entre le chiffon de Bourgogne & celui qui venait de Paris. Ayant pris cinq cents livres de chacun , on les a mis en même tems au pourriffoir; on les a traités de la même façon j 011 les a fait battre dans deux piles voifines & égales, avec la même eau j pendant le même tems, on les a fait travailler tout de fuite par le même ouvrier de cuve, avec les mêmes formes ; enfin on a pefé le papier, & l’on a trouvé que les chiffons de Bourgogne avaient rendu près d'un lixieme de papier de plus que ceux de Paris.
- 199. M. Desventes croit enfin que le papier de Hollande doit fa fragilité à la même caufe. Les Hollandais n’ayant pas dans leur territoire, des forêts abondantes,ne peuvent avoir d’auffi bonnes cendres que les nôtres, & ont recours, comme à Paris, aux fels alkalirts que l’on tire de différens pays. D’ailleurs ils achètent en France une grande quantité de papiers, qu’ils font peut-être rebattre chez eux pour leur donner plus de fineffe, plus d’épaif-feur j & c’eft encore, fuivantM. Defventes, ce qui les rend fi faciles à déchirer.
- De la matière affinée.
- 2co. Lorsque par le travail du moulin, foit à pilons, foit à cylindres , on a réduit les chiffons en une pâte liquide , & qu’on la juge fuffilamment affinée , elle paflfe dans des caifles de dépôt, en attendant qu’on veuille en faire ufage. Pour n’avoir pas la peine de l’y tranfporter à bras, on a difpofé à
- (47) Cette obfervation parait encore plus avives. Mais il faut convenir que le aflfez peu fondée. Il faudrait en conclure bois flotté eft fort mauvais, que l’écorce feule donne les cendres les
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- LE PAPIER.
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- Montargis les cailfes de dépôt tout autour des cuves à cylindre ; de chacune de ces cuves on fait couler la pâte le long d’un tuyau de plomb qui rampe fous terre jufques dans la cailfe qui répond à cette cuve. Pour donner ilfue à la pâtç , les cuves ont une porte P (pi. IF, fig. 3 ) en forme de trape, qui s’élève entre deux coulilfes pour lailfer couler la pâte dans le tuyau Q_, deftiné à la conduire aux cailles de dépôt. On a vu ( §. 114 ) que dans les moulins à pilons on n’a point cette facilité, & qu’on eft obligé de tranfporter les matières à bras avec des baiîines de cuivre (48).
- 20r. Les cailles de dépôt font des auges de pierre , qui quelquefois font noyées dans l’épailfeur d’un mur, & recouvertes d’une voûte de pierres de taille ou de briques, pour qu’aucune ordure ne puilfe y pénétrer. As Montargis , les cailfes de dépôt font de marbre , couvertes en bois & enfoncées dans la terre. On croit que la pierre, dure ferait préférable au marbre ; la pâte ferait moins fujette à s’y attacher & à jaunir.
- 202. Il y a^, fous chaque cailfe de dépôt, quelques fenêtres garnies de ver-jure, pour faire égoutter la pâte dans une voie d’eau qui régné fous les cailfes. C’eft une efpece d’aqueduc de maçonnerie, dans lequel peut palier un homme pour aller de tems à autres viliter les cailfes de dépôt. Ceft aqueduc eft à deux pieds au-delfous de chaque cailfe, & va s’ouvrir dans les décharges de la roue du mouvement. Comme on 11e fait point ufage à Montargis des mouf-foirs ( §. 169), ni des maillets afReUrans, on 11e veut point que la pâte puilfe fe delfécher dans les cailfes de dépôt, lorfqu’elle a été affinée; & l’on eu ferme pour lors les ilfues, afin d’empêcher l’écoulement de l’eau.
- 203. Un moulin bien adminiftré eft ordinairement chargé de cobre( 49), c’eft-à-dire, de pâte qui a été feulement éfilochée, & que l’on garde pendant l’hiver dans les cailfes de dépôt ( fo). La gelée lui donne un certain degré de perfection ; on prétend même que les Hollandais étendent leur pâte éfilochée fur de grands draps , & l’expofent nuit & jour à la gelée. On croit auflï que l’humidité de cette pâte éfilochée que l’on conferve dans des cailfes de dépôt, oceafionneune efpece de fermentation qui achevé de l’attendrir, & atténue encore les nœuds ou les pâtons qui auraient pu échapper à la recherche des cylindres ou des pilons.
- 204. D’ailleurs on met à prôfit, par cette précaution , les fortes eaux de l’hiver & du printems ; 011 éfiloche & l’on prépare alors autant de matière
- ^48) J’ai lieu de croire que ^meilleure pratique. Lapâteycouleauflidanslescaif-méthode eft celle des papetiers qui joignent les de dépôt, au.moyeu d’un tuyau qui l’ufage des pilons a çelui du cylindre. Les pafle des suves dans ces cadres, premiers fervent à éfilocher, & le fécond (49) En allemand, Halbzeug.
- à affiner. Dans une grande papeterie près (50) En allemand Halbzeug-Fi/fcn.
- de Berlin, on a adopté avec fuccès cette
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- art de faire
- qu’il eftpoffible;& lorfque la féchereffe eft arrivée, on ne fait plus qu’ouvrer , ou tout au plus affiner, ce qui exige beaucoup moins d’eau. On eft ainfî en état de foutenir l’ouvrage néceifaire pour occuper toute l’année les ouvriers de cuve , & empêcher le chommage ruineux que beaucoup de fabriquans fup-portent par le défaut de précaution.
- 205. Dès que les chaleurs approchent, il faut avoir foin d’employer cette pâte ; car non-feulement elle jaunit, mais les vers s’y engendrent, & la putréfaction s’y établit,
- 206. Si la pâte a féjourné dans les caifles de dépôt, elle y eft égouttée , deft féchée & durcie; alors , pour pouvoir en faire ufage,il faut la délayer, ce qu’on appelle auffi quelquefois affleurer. Il y en a qui fe contentent de la bralfer ou de la remuer à force de bras : cette opération eft longue, & n’eft point allez parfaite ; au lieu qu’on la fait à merveille & en moins d’une heure par b moyen des maillets affleurans, ou du cylindre émouiîant ( §. 167 }.
- 207. En Auvergne, on retire la pâte de la caifte de dépôt avec une baffine de cuivre, pour la porter dans la pile de l’ouvrier , ou pile à affleurer, qui eft ordinairement la lixieme pile du moulin. Les trois maillets quiagilîent dans cette pile , ne font ni ferrés, ni cloués, mais formés à tète plate, pour délayer feulement la matière, dans le tems où l’on veut l’employer.
- 208- En Hollande, on pratique la même chofe au moyen des cylindres affleu-rans , qui font une efpece de mouifoir dont il a été parlé §. 167. On y fait couler de l’eau très-nette, que l’on n’a pas befoin de renouveller, & avec laquelle on détrempe la pâte, de maniéré à la réduire fous la forme d’un petit lait.
- 209. La pile de l’ouvrier n’affleure que pendant le tems où la cuve à ouvrer travaille, & on la charge auffi fouvent que l’on fait une porfe à la cuve ; c’eft-à - dire, qu’on ne met dans cette pile que la quantité de pâte nécelfaire à une porfe de papier ( f i ).
- 210. La matière ainfî affinée & affleurée , eft en état de former le papier* mais avant que de palfer à la cuve de l’ouvrier, nous devons parler des chofes qu’on y emploie, telles que les formes & les feutres.
- Des formes ou des montes.
- 211. La forme ou moule du papier eft un chaffis garni de fils de laiton t-rès-ferrés, avec lequel on puile dans la cuve une portion de cette pâte preL que liquide , qui en fe defleçhant, donne une feuille de papier.
- 212. La forme eft compofée de quatre tringles de bois formant le chaffis,
- 0 C.’cft b quantité de. feuilles de papier que l’on met en prefte à la fois ( §. 246 }.
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- le cadre, ou Laffût, aftemblées à angles droits ou en équerre ( 5 2). Ce chaf fis eft garni fur la longueur , de quantité de fils de laiton fort minces & fort ferrés , qu’on nomme la verjure; cette verjure eft traverfée & comme foutenue par d’autres fils qui forment \espomufeaux, fous lefquels font de petits bâtons de fapin nommés les fins, qui font perpendiculaires aux fils de la verjure. On en voit un en KK (/»/. VII ,fig. 1 ). Pour ce qui eft des dimenfions, nous ne pouvons en parler qu’en prenant pour exemple une forte de papier en particulier , puifqu’ily a autant de formes différentes qu’il y a d’efpeces de papier. Choifilfons donc le papier à la cloche, ainfi nommé à caufe de la marque qui lui eft aifeétée, & qui, en vertu des réglemens, doit décider da fa grandeur & de fonpoids; il a quatorze pouces fix lignes de large, fur dix pouces neuf lignes de hauteur. Le chaiiis ou la forme du papier à la cloche, eft compofé de deux tringles de bois, de quinze pouces dix lignes de long,& de deux autres qui n’ont que onze pouces neuf lignes. Ces tringles ont huit ou neuf lignes de largeur & environ quatre lignes d’épaiifeur : ce font ces quatre tringles qui compofent l’affût,
- 213. Sur les deux réglés les plus courtes font fixés de des fils laiton , minces, & parfaitement dreifés ( 53 ), auxquels on a donné un peu de recuit pour les rendre plus doux, qui font d’égale épaifleur, & bien tendus ; ces fils forment la verjure, & on les voit dans la figure, de droite à gauche. Les deux réglés plus longues, telles que A A (fig. 2 ), font traverfées par feize fûts DD , EE, diftans les uns des autres d’environ onze lignes : ce font des bâtons de fiipin de 3 lignes de largeur fur 5 & demie d’épaiifeur de haut en bas. Comme ils font placés fous les fils que nous avons nommés pontujeaux, on leur donne quelquefois -aufîi
- ( s'2 ) Le chaiiis eft fait de bois de chêne qu’on a laifle tremper long-tems dans l’eau , après avoir été débité & féché à plufieurs reprifes , pour lui faire perdre entièrement fa feve , & empêcher qu’il ne fe déjette. La grandeur de ce chaiiis , prife en-dedans, eft d’environ deux lignes plus grande fur toutes les faces que la grandeur du papier à la fabrication duquel on le deftine.
- (îD On lit dans l’Encyclopédie la maniéré de dreifer les fils de laiton. Le drej'~ foir eft un morceau de bois long de cinq à fix pouces. & large de deux ou trois. Le deiTous qui s’applique fur la table, doit être imperceptiblement convexe plutôt qüe concave , afin que le fil preifé entre cet infiniment & l’établi, foit fortement comprimé.
- L’ouvrier tenant le fil de laiton delà main gauche , la conduit le long de ce fil, en l’éloignant de la] droite. Celle-ci promene en long le dreffoir fur le fil, & fert au dref-foi’r comme de rouleau. De cette maniéré le fil reçoit un mouvement de rotation, qui tord & détord alternativement, & auquel la main gauche doit céder infenfiblement ; enforte que le dreffeur fent tourner le fil entre fes doigts, à mefure qu’ils s'éloignent de l’établi, au plan duquel le fil doit être tenu parallèle. On connaît que le fi! eft parfaitement redrefle , lorfqu’étant pofé librement fur un plan qu’il déborde d’un pouce, fi l’on fait tourner cette partie entre les doigts, le refte du fil qui pofe fur la table, tourne fur lui même fans déplacer,
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- le nom de pontufeaux. Leur partie inférieure eft arrondie ou comme cylindrique j leur partie (upérieure, qui porte la verjure , finit en forme de tranchant, comme on en peut juger par leur figure KK, II (fig. i & 3 )• Leurs deux extrémités font arrondies en forme de tourillons, & entrent de force dans les longues tringles de l’affût, qui les alfemblent. Le tranchant ou le fommet de l’angle qui termine l’épailfeur des pontufeaux, affleure de niveau le haut du c haflis, c’eft-à-dire, la furface fupérieure fur laquelle eft la verjure.
- Æ14. Les pontufeaux qui font aux deux extrémités de la forme Jailfent un intervalle plus grand vers chaque extrémité de la forme, à droite &à gauche , que fintervalle des autres pontufeaux 5 dans cet intervalle de chaque pontufeau & de la tringle qui termine le chalfis, 011 pâlie un fil de laiton comme M & N (fig. 3 ) , plus gros que celui de la verjure, & qu’011 nomme le tranf. fil. Il fert lui-même de pontufeau, & les enverjuresy font par fuies , c’eft-à-dire, coufues avec un autre fil de laiton beaucoup plus délié, qu’on nomme le manïcordium.
- 2i<). Près de la tête de chaque pontufeau, en prenant pour la tète le bout par lequel 011 commence à faire la verjure, il y a fur la largeur de la tringle des chevilles de bois, plantées dans fon épailfeur en A , A, & qui font repré-fentées féparément en II ( fig. 4 ). De chaque cheville pendentdes fils de laiton très-déliés , enveloppés par chaque bout fur de petits cylindres de bois G, G Çfg. 4 ), de même qu’on met le fil d’argent autour des fufeaux ou des bobines des patfementiers. Ainfi chaque fil de laiton a deux bobines, dont l’une pend au-delfous, ou, fi l’on veut, en dedans de la verjure, & l’autre au-delfus ou en dehors, qui font auffi du manïcordium, & fervent à parfiler la verjure fur les pontufeaux ( ^4).
- (94.) La fabrication de la forme me parait mieux expliquée dans l’Encyclopédie. Je vais mettre le leéteur à même d’en juger.
- Les longs côtés , un peu convexes dans leur milieu , font percés d’autant de trous qu’il y a de pontufeaux dans la forme , & deux de plus, Pour tilfer la forme , le for-maire prend un nombre de petites bobines chargées d’une quantité convenable de fils de laiton recuit, & ayant tordu enfembie les extrémités de ces fils, il fait entrer cette partie dans un des trous à l'extrémité des pontufeaux , où il arrête ce commencement de chaînette avec une cheville de bois. 11 en fait autant à l’extrémité de chaque pon-t.ufeau. Ainfi il faut quarante bobines pour les chaînettes qui régnent le long des vingt
- pontufeaux. Il en faut encore deux autres pour chaque transfil Le formaire place le chalfis dans une iituadon inclinée , & il le retient dans cet état par le moyen de deux vis, fourchettes, ou mains de fer. Les cho. fes en cet état, les transfiSs tendus, les fufeaux attachés le long du côté inférieur de la forme, & les fils de ces fufeaux écartés l’un de l'autre en forme d’V confonne, le formaire prend un des fils de la dreflee, & le couche de toute fa longueur dans les Y que forment les fils des fufeaux. En fuite, commençant par une des extrémités , il fait faire au premier fufeau un tour par-defl'ous le transfil, enforte que le fil de trame demeure lié au transfil. H prend enfuite de chaque main un des deux premiers fufeaux,
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- 216. Quand le for maire ( ff ) couche une enverjare fur la longueur du chaffis , il l’arrête auffi-tôt entre les deux brins de manicordium , en paflantun fulèau de dehors en dedans & l’autre de dedans en dehors ; & ainfi pour chaque fil de la verjure , de même que les vanniers arrêtent les verges de leurs claies d’ofier jufqu’à ce que le challis foit plein. Il y entre environ 300 fils, plus ou moins, fur la hauteur D D ; le transfil Mou N, ne s’attache à la verjure que par un autre fil de laiton très-fin , qu’on tourne Amplement autour du transfil.
- 217. Les bouts de chaque fil de verjure fe perdent fur l’épailTeur du chafi fis, où ils font recouverts d’une petite lame de cuivre, attachée au chaffis par de petits clous de laiton, au niveau des pontufeaux & du transfil. C’eft ce qui eft repréfènté féparément enL (fig. 5 ). (56)
- 2t8- Les fûts ou pontufeaux de bois KK, 11 {fig. 1 & 3 ) fontaufii percés de plufieurs petits trous de droite à gauche, & de trois en trois lignes, dans lefquelson palfeun autre fil de laiton très-fin, quirepaffant fur la verjure, fert à la tenir bien affujettie & bien fixe fur tous les pontufeaux.
- 219. Pour rendre l’affemblage de la forme plus invariable & plus folide, on le garnit en-delfous de petites équerres de cuivre PP {fig. 5 ), ou bien on fait la lame de cuivre qui couvre en L tous les bouts des enverjures, affez large pour être recoudée en équerre vers P, & clouée fur le retour des côtés du chaffis.
- 220. On comprend alfez que la grolfeur des fils de la verjure , auffi bien que leurs diftances mutuelles, varie fùivant la qualité du papier que l’on fabrique; car pour retenir & pour égoutter une pâte plus forte & plus épailfe, il faut des fils plus gros & des intervalles plus larges ; mais en général il y a autant de vuide que de plein.
- 221. La partie de la forme que l’ouvrier tient de la main droite, s’appelle
- & tord l’un fur l’autre par un demi tour les fils dont les fufeaux font chargés. 11 forme ainfi un nouvel V deftiné à recevoir un nouveau fil de trame. Il continue la même opération le long du fil de trame vis-à-vis de la vive arête de chaque pontufeau,&finit par faire au transfil qui eft à l’autre extrémité , la même opération qu’il a faite au premier. Alors il prend un nouveau fil de .dreffée , & l’étend dans les nouveaux V que forment les fils des fufeaux, & continue jufqu’à ce que la toile foit entièrement formée. Pour achever la forme, il ne refte plus qu’à tendre fortement les chaînettes
- le long des vives arêtes des pontufeaux, à fixer leurs extrémités par de petites chevilles de bois, & à coudre le tamis fur les pontufeaux par un fil de laiton très-délié, qui, paftant fur les chaînettes, repafle dans le trou dont chaque pontufeau eft percé.
- (55) Ouvrier qui fait les formes.
- (ç<5) Cette petite lame de cuivre fe nomme en allemand, der Sturz. On remarque auffi dans les formes allemandes une traverfe , pareille aux pontufeaux , qui peut avoir de 4 à 6 pouces de long. On la nomme jQiieerfleg,
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- les mains : le côté oppofé s’appelle Us pieds ; la mauvaife rive eft le côté qui eft contre l’eftomac de l’ouvrier ; le bord oppofé s’appelle la bonne rive, parce que le papier eft un peu plus fort de ce côté-là. C’eft par la bonne rive qu’on pince le papier, quand on enleve les feuilles ( f 7 ).
- 222. Sur cette forme ainfi préparée on applique un autre chaflis de même grandeur, formé Amplement de quatre tringles, tel qu’on le voit en HH
- c’eft ce qu’on nomme la couverture des formes, en Auvergne la couverte. Elle fait un rebord ou élévation qui régné tout à l’entour, pour retenir la pâte prefque liquide qu’on puife avec les formes , & qui coulerait très-vite parles bords, fi rien ne s’y oppofait dans les premiers inftans. Cette couverture s’engage par une feuillure fur l’aftut de la forme, enforte qu’elle ne vacille point, mais qu’elle puiife aifément s’enlever.
- 223. Une feule couverture fuffttpourles deux formes qu’on emploie dans le travail du papier; car comme on le verra §. 248 , l’une des deux for-mes eft toujours découverte au moment où l’autre fe plonge dans la cuve avec fa couverture.
- 224. Les formes & les couvertes fe font dans toutes les provinces où il y a des papeteries. En Auvergne, c’eft le métier propre d’un grand nombre de gens qu’on zppdleformaires ; il y en a fur-tout beaucoup à Ambert, petite ville fituée dans la plaine du Livradour , qui eft au milieu des montagnes.
- 22f. Les formes hollandaifes ont des couvertes plus épaiflès que les nôtres, comme on le dira §. 25'4-.
- 226. La couverte ou le chaflis qui recouvre une forme, doit avoir une rainure en delfous pour que le bordage joigne mieux à la forme. Le defliis de la couverte doit être bien arrondi. Par ce moyen 011 facilite l’écoulement de l’eau qui fe fépare de la matière pendant la formation d’une feuille.
- 227. Il faudrait aufli que la couverte, & le chaflis même.de la forme, fuiTent vernüfés ; l’eau s’écoulerait par-delfus plus aifément, & l’on éviterait peut-être mieux les gouttes d’eau qui, tombant fur le papier, y font autant de taches ineffaçables.
- 228- L’impression de la verjure , & fur-tout celle des pontufeaux, s’ap7 perçoivent toujours fur le papier lorfqu’on regarde au travers. La ^verjure y parait comme une multitude de lignes blanches qui fe touchent pour ainfi dire, & qui font dans toute la longueur du papier. Les pontufeaux-fe font remarquer de diftance en diftance , fur la largeur du papier, en forme de
- C $7 ) Toutes ces dénominations de la d’un coup de main. Lorfque la forme eft forme font inconnues en Allemagne. On remplie, l’ouvrier a foin de pencher la ne remarque pas qu’un bon ouvrier fade le forme de fon côté , & c’eft par-là que s’é-papier plus fort d’un côté que de l’autre , coule la plus grande quantité d’eau, fans doute parce qu’il corrige ce défaut
- lignes
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- . L E P A P I FR. '
- lignes plus blanches &.plus opaques (58)- Cela vient de ce que la pâte ou la matière du papier ne peut jamais demeurer auffi épailfe fur les endroits folides & relevés, tels que les pontufeaux & les fils de laiton, que dans les intervalles vuides & creux, où elle coule naturellement, C’eft pour cela qu’elle s’amaife en plus grande abondance aux deux côtés des fils (§. 2^4).
- 229. C’est par la même raifon, qu’011 apperçoit toujours fort aifément la marque du papier, & le nom du maître, qui doit toujours s’y trouver » parce que cette marque & ce nom y font brodés par l’entrelacement d’un petit fil de laiton, autour de la verjure (49).
- Des feutres.
- 230. Les feutres (60) qu’on appelle aufli flautres, Jloutres, revêches , ou lan~ ges, font les pièces de drap qui s’étendent fur chaque feuille de papier. Le firap ell fait exprès pour cet uîage, d’une laine blanche aifez douce, & longue. Les feutres doivent être fans pièces & fins coutures , autant qu’il eft poflible. Ceux de la manufaâure de Montargis fe fabriquent à Beauvais j ceux dont on fe fert en Auvergne font de laine du pays, & fe fabriquent autour de Saint - Léonard en Limoufin. Les feutres font bien refoulés , pour qu’ils ne falfent point d’impreflion fur le papier, comme ferait une étolfe croifée.
- 23 ï. Ils doivent être fabriqués avec de la laine de toifon la plus fine & la plus longue, la chaîne doit être filée plus grolfe & moins tordue que la trame, afin que la trame s’incorpore mieux dans la chaîne j 011 n’en doit tirer le poil avec le chardon que d’un côté. Le feutre fabriqué avec ces précautions, formera une corde imperceptible, ne donnera point de rugofités au papier, & en boira plus aifément l’humidité fuperflue. Cependant, dans la pratique ordinaire, on ne fait pas grande attention à la qualité des feutres ; les uns prennent du gros drap , d’autres une efpece de pluche, celle fur-tout dont les gaîniers doublent leurs ouvrages. Il y en a auifi qui les font tondre, pour qu’il 11’y ait pas de grands poils.
- C8) H femble que ees lignes font plus tranfparentcs ; ce qu’il eft aile de vérifier en préfentant contre le jour une Feuille de papier.
- (<; 9 ) Pour faire cette marque fur la forme, on prend du fil de laiton de la grofleur de celui des drefiees ; on le ploie de maniéré qu’il fuive exactement les contours du def-fin ou des caraèteres que l’on veut répré-fenter. On foude enfemble avec de la fou-dure d’argent & au chalumeau , les parties Tome IF,
- de ces contours qui fe touchent, ou on en fait la ligature avec un fil plus fin. On applique enfuite ces filigrammes fur la forme , enforte que les empreintes fe trouvent fur le milieu de chaque demi-feuille de papier , où elles parailfent en regardant le jour à travers. On attache toutes ces marques fur la toile de la forme, avec du crin de cheval , ou du fil de laiton très-délié.
- (éo) En allemand , Füze. ‘ '
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- qst
- 232. Pour attendrir ces feutjres, ou leur donner plus defouplefle , on les lave lorfqu’ils font neufs, avant que de les mettre en ufage ; on les coud auflï tout autour, pour empêcher qu’ils ne s’éfilent.
- 233. Les feutres doivent être entretenus dans une certaine propreté, & ne peuvent guere fervir qu’une femaine fans être nettoyés. Ainfi, quand ils ont été employés pendant fix jours, on les fait tremper quatre ou cinq heures dans une cuve de bois , où l’on a mis de la favonnade chaude, c’eft-à-dire, du favon fondu dans l’eau à raifon de quatre onces pour chaque porfe (61) de feutres ; quelques-uns y mettent aulîi une pinte d’huile de poilfon fur deux livres de favon. On fait écouler enfuite cette favonnade, & l’on jette furies feutres une nouvelle eau pure & bien chaude , puis on les bat -deux à deux avec des battoirs fur un banc de chêne , qui fe nomme en Auvergne le bata. doir; il a fept pieds de long, deux de large, & quatre pouces d’épailfeur. Quand on a trempé deux fois les feutres dans cette fécondé eau chaude, & qu’011 les a battus à deux reprifes différentes, 011 les porte dans une fécondé cuve, où Ion tient auffi de l’eau pure & chaude ; là on les rince en les tenant à deux mains , & par les deux bouts, un à un. En les tirant de cette fécondé eau pure, on les tord , & on les porte près du ruiffeau fur une planche ; on les pafîè à deux mains , & un à un, par les deux bouts dans l’eau courante; & les mettant en piles fur des planches , on les porte fous la preffe pour en faire dégorger l’eau , après quoi on les met dans les étendoirs jufqu’à ce que la plus groiliere humidité foit paffée. Il n’eft pas néceffaire qu’ils foient tout-à-fait fecs pour fervir à coucher les feuilles de papier; mais il eft effentiel qu’ils foient bien dégraiifés. Voyez, au fujet de cette graiffe, ce que nous avons dit ci-deifus.
- 234. Lorsque les ouvriers de cuve font chargés de laver les feutres, on diminue cinq porfes de leur tâche le jour où ils lavent; mais communément on aime mieux donner cet ouvrage à des laveufes.
- 23 f. Les feutres fervent ordinairement dix-huit mois. Lorfqu’ils montrent la corde,on les met au rebut. On ne veut pas cependant qu’il y ait trop de poil; car les uns les font tondre avant de s’en fervir , d’autres n’emploient les feutres neufs que pour faire du papier bulle, & après qu’ils ont été lavés deux ou trois fois , les font fervir au papier fin. Quand les feutres font neufs, on obferve de tenir la cuve moins chaude qu’à l’ordinaire, enforte qu’elle foit feulement un peu plus que tiede.
- 236. On prétend qu’il y aurait de l’économie à faire teindre ces langes
- (61) On fe fouviendra qu’une porfe eft la quantité de feutres que l’on metenpreflc d’une fois.
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- en petite teinture^ ), & qu’il n’y aurait rien à perdre dtf côté de leur ufage ; mais je ne les ai jamais vus qu’en laine blanche.
- 23 7. Nous avons dit qu’il fallait conferver dans les feutres un côté moins velu que l’autre ; c’eft fur le côté le moins velu que fe couche la feuille : elle eft trop tendre & trop facile à percer dans le moment qu’on la couche, & le frottement des poils de la laine pourrait la froilfer j au lieu que le feutre qu’on étend enfuite fur cette feuille , ne frotte pas avec la même force.
- Cuve de P ouvrier,
- 238* Le nom & ouvrier Ç*} femble avoir été donné par préférence au pion* geur, qui forme immédiatement la feuille de papier, comme étant chargé de la principale opération de l’art. C’eft celle que nous allons décrire.
- 239. Quand la pâte a reçu fa derniere façon, foit dans la pile de l’ouvrier , foit fous les cylindres affineurs ou fous les cylindres afReurans, elle n’eft plus que comme de la bouillie, fans aucune confiftance. Un des ouvriers, qu’on nomme leveur, & dont nous parlerons plus amplement §. 2^3 , la tire de cette pile avec une petite baffine de cuivre, & en remplit une auge de pierre qui eft à portée de la cuve où travaille l’ouvrier ( 63 ). C’eft ainft que cela fe pratique en certains endroits. En Auvergne, on fe fert d’une petite gerle de bois d’environ vingt-cinq pouces de long fur dix-huit de profondeur ,. qui fe mene ftir une brouette ; avec cette brouette qu’on appelle ailleurs Vambalard, le leveur tranfporte directement la pâte dans la cuve où fë puife le papier ; là» aidé de l'ouvrier, il décharge fa gerle dans cette cuve, ou bien fe fert d’une baekole ou calferole de cuivre pour l’y !verfer. L’ouvrier ajoute la quantité d’eau qu’il juge néceifaire, fuivant la force du papier qu’il eft queftion de faire ; car le papier qui doit être fort & grand , demande une pâte plus épailfe , & une moindre quantité d’eau ; un papier mince & léger, comme papier ferpente, papier fleuret, cornet de Bretagne, fuppoiè une pâte qui ait été moins pourrie, & l’on y met beaucoup plus d’eau. On remue cette pâte avec une fourche de bois, pour la bien mêler & délayer avec l’eau. Dans cet état, la pâte rie parait plus que comme du petit lait, ou de l’eau un peu trouble. Les ouvriers connaiflent à la couleur de cette eau combien devra pefer le papier qui en réfultera.
- 240. Le travail de l’ouvrier eft repréfenté dans la planche VIII. On y
- (62) Les feutres- peuvent être teints ; magne, cet ouvrier porte le nom de Bütt~ mais il faut leur donner la couleur la plus gefelle.
- folide : autrement elle tacherait le papier. (6 U Cette auge s’appelle en allemand
- (*) On dit quelquefois ouvreur ; mais il die Traufc. femble que c’eft par corruption. En Aile-
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- voit la cuve O, qui eft ordinairement de ?bois de lapin, cerclée de fer ; là partie fupérieure eft environnée d’une efpeée de table N, appellée le tour de cuve ( 6\ ) , dans laquelle eft une large échancrure, où le place l’ouvrier monté fur un gradin de maniéré à être placé commodément tout près de la cuve, & pouvoir aifémeift plonger ou retirer fes formes. Il eft jufques à la ceinture dans une efpece de niche qu’on appelle quelquefois la nageoire (65 ). Près delà nageoire eft un morceau de bois appelle rojjignol , fur lequel appuie une planchette qui traverfe la cuve.
- 241. Pour entretenir une chaleur douce dans la cuve de l’ouvrier , on fe fert d’une piece nommée lepijlolet ( 66 ), marquée P (fig. 2 ). C’eft un tuyau de cuivre, qui s’inlinue dans l’intérieur de la cuve par une ouverture R, à laquelle on a foin de luter exactement le piftoîet, afin que la matière n’ait pas d’écoulement : il eft partagé en deux parun grille horifontale, fur laquelle ©11 met des charbons allumés.Le piftoîet eft quelquefois cylindrique, quelquefois il a la forme d’une veille : on. voit dans la figure 2 en P & en B, la forme de l’un & de l’autre. En Augoumois , on échauffe un peu différemment la cuve de l’ouvrier. Cette cuve eft placée derrière un four affez fem-blable à ceux où l’on cuit du pain; la gueule de ce four eft établie au fond d’une cheminée qui eft de l’autre côté de là muraille : au fond de ce four eft ajufté cette efpece de tuyau aveugle de cuivre, de la forme d’une veffie, comme on le voit en B. La chaleur du four échauffe l’air contenu dans ce piftoîet; & le cuivre qui y participe, communique fa chaleur à Peau delà cuve, fans le fecours des charbons , dont on fe fert en Auvergne.
- 242. Lorsqu’on échauffe le piftoîet avec des charbons, comme nous l’avons dit ci-deffus, il faut que la cuve foit tournée de maniéré que le piftoîet s’ouvrant près d’une cheminée , la fumée puiffe en enfiler le tuyau, afin que fa vapeur n’altere pas le papier. Le piftoîet a communément vingt pouces de longueur, dix pouces d’ouverture à fon entrée, & quatorze pouces.de largeur dans le fond; il eft entouré d’un linge qu’on appelle le fourreau du piftoîet, afin que la craife du cuivre ne puiffe point tacher la pâte du papier.
- 243. On entretient ain-fi la cuve dans une chaleur à y pouvoir tenir la main pendant tout le tems qu’on y travaille; il me fèmble que c’eft afin que l’eau ait plus de difpofitioii à s’évaporer, 8c à quitter les particules folides, qui doivent s’unir & fe deffécher prefque en un moment. On a fait quelque*-
- (640 Le tour de la cuve eft un peu in- de large ; les côtés ont fix pontes : les plan. cliné vers lu cuve , pour y rejeter l’eau , ches qui- la forment defeendent jufqu’au & il eft bordé par des tringles de bois de rez-de-chauflee ; leur fommet fe trouve un deux pouces de haut , qui empêchent la peu plus haut que la ceinture de l’ouvrier;, pâte de fe répandre dehors. (66) Ei^allemand , die Pfanne..
- (6.5) La nageoire a environ vingt pouces
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- fois du papier dans l’eau froide : mais il fallait plus de tems ; le papier était plus lâche , & fes parties moins adhérentes entre elles : auflî les ouvriers îfp négligent point cette précaution *.& ils fe lèvent quelquefois pendant la nuit, pour aller préparer leur piftolet, afin de trouver le matin leur cuve fuffi-fàmment échauffée. Si la matière eft verte, mal pourrie & mal battue, il faut échauffer moins la cuve ; car la fécule fe fécherait trop tôt, étant moins dilfoute dans le fluide ( 67 ).
- 244. Il faut avoir foin de brader la cuve plufîeurs fois dans la journée, principalement autour du piftolet ; la pâte qui s’y dépofe & s’v accumule , pourrait nuire beaucoup à l’égalité du papier. Le bâton dont on fe fert pour brader & agiter cette pâte, eft en forme de fourche , dont les deux branches font jointes par une petite corde qui fert à ratifier le piftolet, pour en détacher la fécule qui s’y dépofe. En voyant la pâte délayée dans la cuve de l’ouvrier , on croirait que les fibres ligneufes font décompofées, éerafées, pourries ; néanmoins il leur refte encore une longueur, une confiftance nécelfaire pour s’entrelacer, & s’unir parle moyen de l’eau. Cette diipofition à s’unit fe perdrait par une plus longue trituration; car, comme nous l’avons dit, l’eau qui , après avoir lavé les chiffons , s’écoule de la cuve , emporte avec elle une partie de leur fubftance ; on l’apperqoit clairement: mais cette ptrtie trop divifée n’a jamais pu être employée ; on a beau la raflembler, la faire dé> pofer, elle ne reflemble qu’à une bouillie qui ne prend point de liaifon.
- Maniéré dont fe forment les feuilles.
- 245. L’OUVRIER, que l’on appelle aufïi ouvreur ou plongeur, & que l’on voit représenté en A (planche VII) monté dans fa nageoire, & dans l’échancrure de cette efpece de table qui borde le contour delà cuve, tient une forme à deux mains par les deux extrémités, avec le cadre ou la couverture appliquée exactement deffus la forme, comme fi c’était une feule piece ; alors l’inclinant un peu vers lui, il la plonge dans la cuve. Quand l’ouvreur commence fa porfe , il doit faire fa feuille en deux tems , c’eft-à-dire, plonger d’abord la mauvaife rive, retirer la forme, & plonger enfuite la bonne rive ;mais après les vingt-cinq premières feuilles, il les fait en un feul tems, & ne plonge plus que la mauvaife rive de fa forme, environ de moitié. Auili-tôt il releve horifonta-lement la forme chargée de cette pâte liquide , dont le fuperflu s’écoule à l’inf-tant de tous côtés , & dont la quantité fufïifante eft retenue par le contour de la couverture & par fou épaiffeur. L’ouvrier étend cette pâte fur la forme, en
- (67) En hiver , l’ouvrier ne pourrait pas fort incertain qu’il foit néceffaire d’échauffer travailler dans l’eau froide; d’ailleurs la l’eau dans les grandes chaleurs de l’été1, gelée gâterait tout le papier: mais il eft .
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- fecouant doucement de droite à gauche & de gauche à droite » comme s’il voulait la tamifer, jufqu’à ce qu’elle fe foit étendue également fur toute la fur-face de la forme : c’eft ce qui fe nomme promener. De même par un autre mouvement qui fe fait en avançant & reculant horifontalement la forme d’avant en arriéré & d’arriere en avant, comme pour tamifer, cette matière fe ferre, s’unit, fe perfedionne ; c’eft ce qu’ils appellent ferrer. Ces deux mouvemens font accompagnés d’une légère fecouflê qui fert à enverger la feuille, c’eft-à-dire , à la fixer & à l’arrêter > mais ils fe font très-vite en fept à huit coups de mains, & dans l’efpace de quatre à cinq .fécondés. Auiîi-tôt cette matière li fluide, qui ne parailfait que comme une eau trouble, fe lie ; fes petites parties s’accrochent, s’unilfent mutuellement, & fans ces deux mouvemens elles retomberaient en partie dans la cuve, au travers de la verjure. Ainfi la feuille fe précipite fur le grillage de laiton, tandis que l’eau palfe au travers des intervalles 5 & il refte fur la forme une vraie feuille de papier,
- 246. Le plongeur pofe auiîi-tôt fa forme fur le bord de cuve , & il en ôte la couverture, en même tems qu’il fait gliifer la forme le long de la planchette jufqu’au trapan de cuve. Cette planchette, marquée 5, n’a que deux doigts de large 5 & le trapan de cuve (68) n’eft autre chofe qu’une planche de fapin marquée 6 , qui traverfe la longueur de la cuve, & qui eft percée de plufieurs trous pour laiifer égoutter la forme dans la cuve.
- 247. Le plongeur, en ôtant la couverture de deffus cette première forme, la place tout de fuite furla fécondé forme, qu’on lui donne pour la plonger à fon tour.
- 248. Le coucheur (6<f) prend la forme Lur le trapan de cuve avec la main gauche 5 il la fouleve doucement, en l’inclinant fur le coin du bon carron, afin de le renforcer (§.251)5 enfuite il la redreflè, la forme & l’appuie contre un ou deux petits bâtons marqués 7 & 8, qui font implantés fur le trapan dans la bordure de la cuve. La mauvaife rive porte fur ie trapan, & la bonne rive appuie contre les chevilles de l’égouttoir 5 la forme refte dans cet état l’efpace de deux ou trois fécondés de tems pour s’égoutter dans la cuve, pendant que le coucheur étend un feutre. Auflf-tôt le coucheur prend fa forme , & la couche1 ou renverfe fur le feutre. On diftingue deux maniérés de coucher. Coucher à La fuiffe, ç’eft renverfer la forme & la pofer à la fois toute entière, enforte qu’au même moment elle porte & appuie par-tout : cette méthode expofe le coucheur à faire beaucoup de papier caifé. Coucher & La fran-
- (68) Cette planche Ce nomme auiïi le une entaille pour recevoir l'extrémité de drapeau de la cuve. Sans doute que c’eft la planchette, qui eft Contenue par un petit par corruption qu’on la nomme trapan dans chevalet, dans l’entaille fupérieure duquel quelques papeteries. Elle eft un peu con- elle entre de toute fon épaifleur. vexe fur le milieu de fa largeur ; elle a auffi (69) En allemand, der Kautfc/ier.
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- çaîfe, c’eft appuyer la forme fur le feutre d’abord fur la bonne rive, enfuite par gradation & lentement fur les autres parties, pour détacher fucceflive-ment toutes les portions de la feuille & les appliquer fur le feutre ; la feuille s’y attache en effet, à caufe de fon velu, & abandonne la forme qui eft un corps plus liffe. Le coucheur releve la forme , en commençant par la bonne rive; ilia rend au plongeur auiîi nette qu’avant qu’elle eût été plongée, & il trouve fur le trapan de cuve une fécondé feuille à coucher qui a été formée pendant qu’il couchait la première , & qu’il releve en paffant, avant que d’étendre le feutre. Ainfi l’on voit, qu’au moyen de deux formes qui font toujours en mouvement, il n’y a point de tems perdu : pendant qu’une forme fe plonge, l’autre fe couche. Quand le plongeur paffe une forme au coucheur, il en reçoit une autre qui eft vuide, fur laquelle il pofe la couverture qu’il retire de deffus la première, & il plonge de nouveau.
- - 249. Les opérations que nous venons de décrire font li promptes , qu’il fe forme fept à huit feuilles par minute dans les grandeurs moyennes de papier , telles que la couronne ; enforte qu’un ouvrier peut faire huit rames dans fa journée. Il ferait fûrement utile d’aller plus lentement : le papier en ferait mieux fait. On verra dans les réglemens, qu’on a été obligé de défendre aux ouvriers d’excéder la quantité d’ouvrage qui eft ufitée, ou de la faire toute pendant la feule matinée, de peur que l’abus ne devînt encore plus grand. On verra auftî, à la fuite du tarif, la quantité qu’un ouvrier doit faire dans un jour des différentes fortes de papier.
- 250. Les feutres ou langes dont nous avons parlé §. 230, & qui doivent féparer chaque feuille de papier, font placés fur la mule à côté du coucheur. Il étend d’abord un feutre fur le trapan pour coucher la première feuille, fur cette feuille un feutre, & ainfi alternativement. Comme il faut plus de tems à l’ouvrier pour faire une feuille, qu’il n’en faut au coucheur pour l’appliquer fur le feutre, celui-ci a le tems, dès qu’il a remis fa forme fur le trapan de cuve, & qu’il a redreffé la forme fuivante , de prendre un des feutres que le leveur ou fon apprentif lui fournit, en les plaçant fur la mule, & de l’étendre promptement far la feuille qu’il vient de coucher : après quoi il fe retourne, prend la fécondé forme qu’il avait redreffée & appuyée contre les bâtons de l’égouttoir, & il la couche à fon tour.
- Des fautes que les ouvriers des cuves peuvent commettre.
- - i.’ L’ouvreur doit avoir l’attention , en diftribuant la matière fur fa forme, de renforcer le bon carron, c’eft-à-dire, le coin de la feuille qui eft en-haut fur la droite entre la bonne rive & les mains , parce que c’eft toujours ce coin1 que l’on pince en levant les feuilles, ou en les étendant. Sans cette précaution, il s’en cafferait beaucoup. Si l’ouvreur enleve trop de matière avec fa forme, s’il ne l’étend pas également, s’il laiffe échapper l’eau
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- trop promptement, s’il frappe de fa forme contre l’égouttoir, dans tous ces. cas la matière s’accumule dans certains endroits de la forme: ce qui produit des andouilhs dans le papier.
- 2<>2. Lorsqu’il lailfe endormir la matière fur la forme, & qu’il ne la dif. tribuepas alfez tôt, il fe forme une feuille chdtaignée, c’eft-à-dire , femée de parties d’inégale épaiffeur. Quand la cuve eft trop chaude, on enverge toujours mal, & l’on ne peut guere éviter ces inégalités, parce que l’eau s’évapore trop vite de deifus la forme.
- Un ouvreur peut laiffer revercher la feuille, c’eft-à-dire, refluer trop la matière vers un des bords, en ne donnant pas à fes bras un mouvement régulier. Il peut ejjerner fa feuille, c’eft-à-dire, faire un papier tronqué, s’il n’étend pas alfez fa matière, fi la cuve eft trop chaude, fi la fécule eft trop crue, trop verte & peu coulante, s’il a les bras trop roides , s’il donne une mauvaife fecoulfe, ou fi la forme eft mal faite. Il fait une feuille dentelée, en ôtant mal la couverture : ce qui arrive aufii par le défaut des feutres, de leurs coutures, de leurs lifieres.
- 2^4. En examinant une feuille de papier au tranfparent, on voit que des deux côtés de chaque pontufeau, il y a une plus grande opacité que vers le milieu de l’intervalle. Cette épaiffeur vient de la matière qui n’a pu fe dif-tribuer par le mouvement de la forme, étant arrêtée par les pontufeaux ou le manicordium qui fert à les parfiler. On éviterait ce défaut, s’il était pof-fible de fe palfer de pontufeaux, & d’avoir des fils de verjure alfez tendus & alfez fixes pour n’avoir pas befoin d’être parfilés de diftance en diftance. Cela nous paraît impraticable ; mais il eft poflible de diminuer beaucoup l’inconvénient, en promenant la forme avec douceur, peut-être même en ne la promenant prefque point. Dans les papiers de Hollande, qui ont de l’épaif- ' feur, on apperçoit à peine cette inégalité, parce qu’on procédé beaucoup plus lentement dans les fabriques hollandaifes, & qu’on feçoue moins la forme pour enverger, ,
- 255. Le coucheur peut aufii, par inattention ou par défaut d’expérience,
- oççafionner plufieurs difformités dans la feuille, dont nous, elfaierons de donner une idée. ? ; ;
- 256. Pour éviter les gouttes cCeau qui tombent facilement furie papier,
- & y font des taches défagréables, il doit coucher fa forme lentement, & la relever promptement. Toutes les fois qu’il appuie la forme fur l’égouttoir, il doit fecouer fa main derrière lui : fans cette précaution, fes doigts qui font mouillés , dégoutteraient fur la feuille déjà couchée, en la couvrant du feutre, & y formeraient la goutte dé eau. . ,
- 25 7. Si l’on couche trop vite, l’air retenu & comprimé fous la feuille oc-cafionne des bourfoufflemens & des endroits plus clairs que les autres, qu’on appelle mu feues. 258,
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- 8* Lqrsqu’en appuyant de la main droite la bonne rive de la forme fur le feutre, le coucheur lailfe glilfer la forme fur le feutre 9. ou qu’il n’a pas la main fûre, il fait du lâche., du coulé, de Vécrafé; ce font les différentes nuances d’un même défaut qui eonfifte à avoir une feuille tiraillée d’un certain fens , jufqu’au déchirement Si elle n’eft pas déchirée, c’eft un papier tiré de flautre, labouré ou bourdonné, fuivant que les inégalités feront fortes, & en différens fens. Si le coucheur appuie trop, & que l’eau du feutre foit exprimée dans la feuille couchée, l’on dit qu’il a fait du gâté- d'eau. Il fait auffi des feuilles rebordées ou dentelées, foit en y appuyant les doigts, foit en étendant mal le feutre.
- Manière de preffer les porfes.
- 2S9' Les ouvriers de cuve appellent un quet l’affemblage de vingt-fix feuilles 5 la porfe (70) elt compofée d’un certain nombre de quets, qui varie fuivant la grandeur du papier. La porfe de couronne a dix quets , ou deux cents foixante feuilles, c’eft-à-dire , une demi-rame , & dix feuilles de plus pour indemnifer le fabriquant du caffé. La porfe n’eft quelquefois que de cent feuilles, lorfqu’on travaille dans de plus grandes fortes (§. 509).
- 260. Lorsqu’on a le nombre de feuilles & de feutres fuffifans pour former une porfe, il eft queftion de la prelfer. On l’appelle alors porfe de feutres, ou porfe-laine; on la recouvre d’un feutre, & enfuite d’une autre planche, qu’on nomme le couvercle du drapan. Le coucheur & le leveur portent fous la prelfe le drapan chargé de la porfe, au moyen des deux menillesff, ou poignées , dont il eft garni ; ou bien ils le traînent le long des poulins, qui font placés entre la preffe & la cuve, avec deux bâtons crochus, tels que g (ffig. 1 ), qu’on nomme beches. Us placent ainfi la porfe fur le foutrait de la prelfe ( les\ ouvriers difentfoutras > lans doute par corruption). Il s’agit alors de prelfer h.porfe-laine , ou porfe de feutres, qu’on appelle ailleurs la porfe en f autre, & chez les cartonniers la prejfée.
- ' 5{; De la preffe.
- 261. La prelfe eft une des parties elfentielles à la fabrication du papier, comme1 nous aurons occafion de le faire obferver j ainfi nous ne devons pas négliger-de la’faire connaître en détail.
- 262. La prelfe eft repréfentée dans h planche VIII, vis-à-vis du coucheur ; elle eft compofée de deux montatis, tels que H ,H (fig. 1 ), emmortaifés fur un gros fommier B j qui les traverfe par le bas, & enfourchés par en-haut aux -i*r .
- (70) En allemand, Stqfs Tome IV.
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- deux bouts d’un autre moindre fommier E, qui forme en même tems l’écrou. Dans cet écrou tourne la vis D , dont l’extrémité inférieure eft noyée dans le trou C d’une autre piece de bois qu’on nomme la /elle , ou mouton. Le pivot qui entre dans le mouton, a un collet ou étranglement, dans lequel s’engage une cheville qui traverfe le mouton, & fait que la vis ne peut s’élever en tournant , fans faire remonter la fille en même tems.
- 263. La piece d’en-bas qui eft immobile, & fur laquelle fe place la porfe de feutres , fe nomme, comme on l’a dit, \ç,foutrait de la preffe.
- 264. QpANi> la porfe eft placée fur le foutrait de la preffe, & qu’on y a mis le couvercle du drapan, on y place encore les mifis, qui font des pièces de bois quarrées de deux pieds de long, ayant quelquefois des menilles ou poignées pour les faifir. On en emploie trois ou quatre, félon que le demande la hauteur de la porfe ; elles font marquées 1,2 , 3 , dans la planche yIII, fig. 1. En-fuite avec un levier de dix à douze pieds, dont un bout entre dans la tète de la vis, quatre hommes mettent la porfe dans une violente compreflion pour en faire égoutter l’eau. Quand il eft befoin de s’arrêter pour changer le levier de trou, & continuer enfuite de preffer > on fe fert, pour contenir la vis, d’un morceau de bois nommé la poye s & que l’on voit fuipendu en R à l’un des montans de la preffe : ce n’eft proprement qu’un bâton que l’on en. gage dans le trou de la vis qui fe préfente le mieux.
- 265. Non feulement les quatre hommes dont nous avons parlé, preifent avec toute la force dont ils font capables fur un leyier de douze pieds > mais lorfqu’ils font au terme de leur a&ion , ils attachent à l’extrémité de ce même levier une groffe corde; l’autre bout de la corde paffe dans une efpece de tour ou de cabeftan qui a quatre barres ; les quatre hommes tournent de toute leur force ce cabeftan pour faire faire encore quelques pieds déplus au levier que les bras ne pouvaient plus émouvoir, & cette nouvelle manœuvre produit ' encore un demi-tour de vis.
- - 266. La porfe, de feutres ayant été preffée autant que les quatre hommes l’ont pu faire, aidés du cabeftan, on paffe tout autour de lapoxfe un racloir de bois pour exprimer du bord des feutres^ toute l’eair qui peut y être reftée; puis donnant un coup de bâton fur la poye, on la dégage du trou de la vis : la preffe fe lâche aulîi-tôt, & la vis retourne .. d’elle-même : alors le, coucheur & i’apprentif vire.ur de feutres retirent la porfe de deffus la preffe , &la remettent à un quatrième ouvrier nommé le leveur.de papier, ou fimpiement leveur.
- çry ~Dh-ieveitr;-ii---• * - •" -L- •••' -
- . 26% La fonction du leveur conlifte à détacher les feuilles de defîusles feutres qui y font appliqués par l’action de la preffe qu’elles viennent de foutenir. Il fe place, comme on le voit en K (pl. FUI,fig. 1), derrière une efpece de
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- banc fcmblable à celui des lavandières de certaines provinces : on l’appelle la felle du leveur. On y voit deux chaffis formés chacun de deux bâtons ou écha-las de bois , équarris , traverfés de deux autres qui les alfemblent par leurs extrémités comme deux échalons. L’un de ces chaffis, qui eft le plus long, eft incliné & appuyé fur le plus court qui lui iert de fupport à différentes incli-naifons, à peu près comme le chevalet des peintres , ou comme les échelles doubles que l’on promene dans les bibliothèques. Vers le bas du grand chaffis il y a deux chevilles l, m3 qui avancent aflez pour foutenir une planche n appuyée fur le banc , & inclinée d’environ cinquante degrés.
- 26"8. C’est fur cette planche que le leveur qui eft debout, applique toutes les feuilles après les avoir détachées des feutres. Le vireur commence par relever les feutres avec les deux mains par un côté, afin que le leveur puiife plus aifément détacher les feuilles que la preife y a comme collées ; & lorfi qu’il les a détachées, le vireur ôte le feutre, le jette à fa gauche , & forme un paquet de feutres qui font placés fur la mule^ pour que le coucheur puiife s’en fervir dans la porfe fuivante, qui fe travaille en même tems , comme on le voit dans la figure (71). ; Le vireur 11’eft ordinairement qu’un apprentif, & fa partie eft ailée î mais la manoeuvre du leveur demande de l’adreffe & de l’habitude, pour ne pas déchirer les feuilles en les levant de deifus les feutres y elle 11e convient qu’à des gens qu’on y a exercés dès leur jeuneife, & non pas à des payfans groffiers & fans habitude : auffi dans de petites fabriques écartées, où l’on ne peut choiiir les ouvriers, il fie trouve quelquefois un tiers rde papiers .défectueux * -& prefque toujours par le défaut de cette opération, ou de celle de l’étendoir. Il eft donc utile d’entrer dans le détail de cette manipulation, .& des foins qu’elle exige de la part du leveur. On verra que c’eft celui des trois ouvriers de cuve, qui doit avoir-le plus d’a-dreffe.
- 269. Le (leveur pince le coin .de fa feuille qui eft de fon côté, appellé bon çarrcnavec le pouce & l’indexide la main droite ; dès.que le coin de la feuille eft levé'de deifus Ile flautre d’environ un pouce, ,1e leveur le prend-de la main ;gauche, foulevefa feuille,en gliflant en même tems la main droite vers le milieu,de la feuille jufqu’à l’autre coin j -& lorfqu’elleeft levée au tiers, il l’enteve hardiment des 'deux mains, &. l’étend fur ià planche. Il place £1 feuille en deux tems, pour que l’air puiife s’échapper, & qu’il ne fe falTe point de mufettes , >de, rides „ ou.de gaines.
- - , 270. Il y U'des ouvriers'qui mettent un feutre fut ,lU;porfe;, dès quUfe'pnt deux ouitrqis pouces .d’épailfeurs île plus fouyenfsc’eft knrfque le feyeur (a
- (71) M. de Jufti obferve qde dans • les corde* fois. Ils font-pourfordinairê encore fabriques d’ïUlemagne,i on fait féoher au feu tiedes lorfqùon les'.met en œuvre ce lçs feutres avant * de des employer une fe- procédé paraît utile.
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- lève la moitié de fa porfe, qu’il la couvre avec deux feutres ; enfuite il appuie fes mains de toute fa force pour applatir la porfe depuis les mains de la feuille jufqu’aux pieds, & également fur les rives.-Cette demi-porfe blanche en devient plus plate, plus ferme, & eft moins fujette à glilfer. Si, malgré1 cette précaution, fa porfe menace encore de tomber, il prend le linge imbibé d’eau, & en fait couler entre la planche & la porfe blanche : cette eau empêche la porfe de glilfer.
- 271. Le leveur doit avoir l’attention de foulever de tems en tems les rives de la porfe en flautres, principalement celles des mains & du bon carron, afin de pouvoir pincer plus légèrement fes feuilles, lorfqu’il veut les lever.
- 272. Si le coucheur travaille trop vite, & que le leveur fe trouve preffé,
- il n’étend pas exactement fes feuilles Tune fur l’autre ; les carrons ne fe cor-relpondent pas exactement. Il arrive alors que les jeteufes après la colle, en pinçant le carron de la première feuille pour la lever, fatiguent le carron de la feuille qui eft deffous; celle-ci fe caffe quand on vient à la lever à fon tour, ce qui occasionne un pied-de-chevre qu’on ne répare quelquefois qu’en le foudant fur couture ; & alors la feuille 11’eft mife' qu’au chantonné lorfqu’on la retire à la falle ( §. 3 ? ? )• ' - • -
- 273. La porfe blanche, c’eft-à-dire, la planche couverte de toutes ces feuil-
- les avec leurs feutres, fe porte enfuite fous une petite preffe qui eft de l’autre côté , comme on le voit en L {planche VIII ,fig. 1 ) & qu’on appelle la pref~ fitte ; là on en exprime encore le peu d’eau qui pouvait y refter, mais avec modération, doucement, & à plufîeurs reprifes : autrement on rifqueraitde couper-le papier. j . ..
- 274. Cette prelfette donne du corps au'papier, & rend le grain plus uniforme, en effaçant les imprefîions de la verjure.
- 27L Quelquefois on attend, pour preffer en porfe blanche , qu’il y ait huit rames de faites en couronne, ou feize porfes , c’eft-à-dire, l’ouvrage de la journée j mais pour l’ordinaire on preffe en porfe blanche trois fois le jour,
- 276. Il faut braffer la cuve avec la fourche au moins à chaque porfe, avoir
- foin de1 rechercher' tout autour du piftoletj & dans les angles ou la matière fe dépôfe, pour fe préfenter enfuite fur la verjure en forme de pâtoiis.» Toutes les fois que l’on quitte l’ouvrage, il faut rincer le tour de cuve, & tout ce qui communique à la matière du papier. 1 t4 1
- 277. La cuve à ouvrer doit être vuidée & lavée à fond tous les quinze jours au: moins , en-dedans & en-dehors. Ce font les trois ouvriers de cuve qui font chargés de cet ouvrage, en confidération duquel on leur Tait grâce de deuxrporfes’j c’eft-à-dire, d’une ramqen couronne..
- 278. C’est le .leveur qui eft chargé feul de preffer. fa porfe blanche, d’apporter la pâte dans la cuve de l’ouvrier au moyen ;de la-bachole, & d’entre-
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- tenir le feu dans le piftolet; de le garnir tous les foirs pour le lendemain , & de braffer la cuve s’il y refte de la pâte ; d’en laver les bords , d’aller chercher le couvercle de la cuve conjointement avec le coucheur * & de porter les porfes blanches aux étendoirs,
- 279. La porfe blanche, ainfi formée d’environ huit cents feuilles, fe porte aux étendoirs ; là il s’agit de les féparer & de les étendre, non pas une à une, mais par paquets de fept à huit feuilles fi c’eft de la couronne, plus ou moins dans les autres grandeurs.
- Maniéré détendre en pages*
- 280. Lorsqu’on fait attention que les feuilles font très-minces, qu’elles font formées par une fécule qui eft encore chargée de beaucoup d’eau, & qui a peu de conllftance , on fent bien que la preffe les a tellement unies les unes aux autres , qu’il eft difficile de les féparer. En effet, on ne parviendrait pas aies tirer une à une, fans en déchirer un grand nombre; mais heureu-fement cette réparation feuille à feuille n’eft pas néceffaire, comme on le verra plus bas. On fe contente donc de lever lept à huit feuilles enfemble, ce qu’on appelle former des pages. Quelquefois auffi on en leve un moindre nombre, à mefure que le papier fe trouve plus grand, mais jamais moins de trois feuilles , excepté dans ces papiers de grandeur extraordinaire, tel que îe grand langlée qu’on a exécuté àMontargis, & qui s’étend feuille à feuille.
- 281.1-En. Auvergne & en Angoumois, c’eft le gouverneur du moulin qui étend le, papier preffé en porfe blanche ; dans d’autres provinces ce font des femmes, ou bien c’eft le leveur après la journée faite. Il ferait plus fur d’avoir un gouverneur des étendoirs, uniquement occupé des opérations qui s’y font; car il y a beaucoup à perdre, par la négligence de ceux qui étendent. Un éten-deur de porfes doit étendre la journée de trois cuves.
- 282. L’étendeur ayant reçu une porfe blanche encore mouillée, l’étend lui-même en pages dans le petit étendoir. Pour commencer par les plus hautes cordes de l’étendoir, on monte fur un banc de trois pieds de haut & de douze pieds de longueur : on le peut voir en E (pL VIII >fig. 2 ). Les deux porfes font placées fur une fellette à trois jambes , telle que F, de quatre pieds & demi de haut fur quinze pouces en quarré. Celui qui étend, tient de la main droite un petit ferlet, tel qu’on le voit en C dans la main d’une femme. Cet inftru-ment n’eft autre chofe qu’un bâton traverfé par un autre, en forme de T , gros eomme le petit doigt, & long de quinze à dix-huit pouces. Il fait fa page delà main gauche fur la porfe; c’eft-à-dire, il prend fix ou huit feuilles de papier, comme nous l’ayons dit; il foujffle fous cette page, pour féparer les feuilles les unes des autres : autrement il s’en déchirerait beaucoup. Il obferve
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- auffi de lever ces feuilles du même côté qu’on les a détachées de deftus les feutres en les mettant fur la felle, c’eft-à-dire, par le bon carron j il prend enfuite deux cordes de la même main gauche, & il y étend fa page avec le ferletqu’ila toujours tenu de la droite. Quand les porïes font de grand papier, il prend trois cordes à ia fois pour lés •étendre. Nous parlerons plus en détail de fiwidoir „ lorfqu’il s’agira d’y mettre le papier collé, qui demande plus d’attention , & exige auffi un plus grand étendoir.
- 283- Il importe, plus qu’on ne croirait d’abord, que les feuilles demeurent, pour ainfi dire, collées plufieurs enfemble. Si elles étaient feules & une à une, elles ne pourraient point rélifter au mouillage de la colle s & ce mouillage fera fuffifant pour en faciliter la féparation. Pour empêcher qu’elles ne fe féparent&ne s’efFeuilleüent dans l’étendoir en y féchant, on les place de maniéré que les pages reçoivent le vent dans la furface, & non point de côté & par les rives.
- 284- L’étendeur doit avoir attention de ne pas faire des chaperons, ou égratignures, en frottant fes feuilles contre les cordes, ou des marroquins, c’eft-à-dire, des rides, enfaifant fes pages trop fortes-: ce qui oblige les feuilles intérieures de fe froncer fur la corde,
- 28 T* Le papier ayant féché dans l’étendoir , le gouverneur va ramajjer les pages, c’eft-à-dire, les defoendre de deftus les cordes. Il obferve que les feuilles foient toujours tournées du même côté que lorfque le leveur les a détachées des feutres $ ce qui fe reconnaît par la marque des pouces, imprimée aux deux bouts de la feuille. Cette remarque eft importante, parce qu’ayant à étendre deux fois le papier encore mouillé, on tache moins les feuilles, & l’on n’en expofe pas un fi grand nombre à être gâtées,
- 286. Après avoir defçendu les pages, le leveur les met en moules£*), c’eft-à-dire en piles, couchées fur des planches, & appuyées contre les piliers de l’étendoir j puis il les frotte avec une lifte de bois, les manie, les fecoue, pour en faire tomber la poufliere, & détacher les pages les unes des autres. Il les met en piles dans le magafin 5 c’eft là où l’appreiltif vient les prendre pour le collage,
- De la colle.
- 287- Le papier qui a^été formé parles opérations précédentes,,ferait fuffifant pour écrire avec du crayon , ou des matières fecbes; mais l’encre dont nous nous fervons, & qui contient une efpece d’humidité, pénétrerait le papier, s’il n’était enduit d’une couche de matière plus difficile à diftoudre par l’humidité.
- (*) Ce terme vient.fans doute de moles, ainfi qu’on dit en ‘Certaines provinces des meules de foin.
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- 288- On doit avoir pour le collage, une chambre voûtée, afin de fe garantir des incendies, auiîî bien que des ordures qui pourraient gâter ou le papier ou la colle. Dans cette chambre repréfentée à la planche IX, fig. i, on voit deux grandes chaudières de cuivre G, H, enchâflees dans de la maçonnerie, & une autre moindre I, nommée le mouilloir, en Auvergne le mouilladoïr, qui eft Amplement placée fur un trépied, avec un réchaud de feu par-deflous. La première chaudière G a trois pieds & demi de diamètre fur deux & demi de profondeur, & c’eft là qu’on fait cuire la colle. La fécondé chaudière H eft prefque de la même grandeur -, elle fert à palfer la colle. Enfin c’eft dans le mouilloir I que fe fait l’opération du collage.
- 289- La colle fe fait avec des retailles que l’on prend chez les tanneurs, les ehamoifeurs, les mégiffiers ou blanchifleurs de peaux, & même chez les bouchers. Elle confifte en morceaux ou rognures de cuir, oreilles, collets, pieds, tripes, & autres menuifailles de toutes fortes de bêtes à quatre pieds , excepté du cochon.
- 290. Dans les bonnes fabriques on fe fèrt, par préférence, des retailles de ehamoifeurs , de mégiffiers & de blanchers, qui n’emploient que des cuirs de chevreaux, d’agneaux ou de moutons. : c’eft ce qu’on appelle la brochette. La colle en eft plus claire que lorfqu’on emploie les retailles de tanneurs, qui fournilfent des cuirs de vaches, de bœufs & de veaux. On doit avoir foin de les bien fouler & laver, pour en ôter la pouffiere de chaux qui en altéré la qualité , & qui ternit la colle.
- 291. Celle qui eft faite avec les rognures des cuirs de tanneurs, eft forte j mais elle diminue la blancheur du papier. Les rognures de peaux de moutons , que vendent les peauffiers & les ehamoifeurs, donnent une colle plus blanche que la précédente y mais elle n’eft pas fi forte. On emploie auffi les rognures de parchemin peur les belles qualités de papier.
- 292. Mais la meilleure ferait dans doute cette belle colle de poiffon, qu’on emploie pour clarifier le vin, pour blanchir la gaze &luftrer les ouvrages de foie. Les Hollandais vont la chercher à Archangel, & ils en font le commerce dans toute l’Europe. On affine que cette colle eft faite avec la peau, les nageoires & les parties mucikgineufes d’un poiffon appellé hufo , ou exojps, que les Mofcovites font bouillir à petit feu jufqu’à la confiftance d’une gelée ; ils l’étendent enfuite de PépaifFeur d’une feuille de papier, & en forment des pains ou des cordons,. tels que nous les recevons de Hollande ; mais comme cette colle eft chere, il faudrait alpirer à une bien grande perfection, pour entreprendre d’en, faite ufage dans la papeterie.
- 293. Il pourrait du moins y avoir quelque avantage à employer de la eolle ordinaire en pains, telle qu’eft la colle de Flandres ou la colle forte 5 elle
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- ferait plus épurée ( * ) i on fauràit plus précifément la quantité qui êft nécef-faire pour faire un bon collage, & l’on aurait une colle qui ferait toujours de même force ( 72 ).
- 294. Quelques papetiers mettent un peu de bîeu-d’inde dans leur colle, pour corriger la teinte jaunâtre qu’elle peut lailfer au papier. -
- Maniéré de faire cuire la colle*
- 29*). On remplit une grande chaudière G(,pl. IX,fig. 1), environ ju£ qu’aux deux tiers, d’eau nette j puis on y defeend, prefque jufqu’au fond, un panier de fer K qui fe nomme trépied, C’eft une forme de jatte à jour, compofée de diverfes bandes courbées en demi-cercle qui fe croifent mutuellement au fond, & aboutiifent vers le haut à un grand cerceau de fer qui fait tout le tour & comme le bord du panier ; il peut y avoir auffi d’autres cerceaux de fer entre celui-là & le fond, & ils peuvent être garnis tous enfemble de quelques fils de fer en treillis. Cës bandes de fer fe terminent en forme d’anneaux * & on y accroche des chaînes par le moyen defquelles on peut tenir ce trépied fulpendu dans la Cuve , l’y defeendre & l’en tirer à volonté. Une corde qui palTe fur une poulie L, & revient tourner en-bas fur une manivelle , fert à élever le trépied quand il en eft befoin. Le trépied eft deftiné à contenir les rognures dontfe forme la colle, & à les retirer toutes enfemble, fans lailfer des fragments au fond de la chaudière ; mais pour empêcher qu elles ne s’attachent aux parois internes de ce panier de fer, on met dans le fond quelques poignées de paille.
- 296. On place dans cette chaudière, garnie comme nous venons de le dire, & déjà prête à bouillir, pour fix milliers de papier, environ cinq cents livres de brochette ou de retailles propres à former la colle (§. 312)5 on les fait cuire à petit feu, fans lailfer bouillir l’eau 5 on a foin feulement de l’en-
- tretenir toujours frémilfante & prête à bouillir pendant quatre heures. Il faudrait plus de.tems,fi la quantité de rognures était moindre , & qu’on voulût d’une feule fois en exprimer tout ce qu’elles peuvent fournir de matière propre à la colle. On a foin de les remuer de tems à autres pour faire mieux pénétrer l’eau.
- 297. Quand on juge la colle alfez cuite, on y plonge une bafîîne de cuivre à deux mains, telle que celle qui eft entre les mains de l’ouvrier B, & l’on
- (*) La colle forte bien faite eft dégraiflee peut-être pour les papetiers, qu’ils fabri-avec Pefprit de vin. qualfent eux-mêmes la colle forte avec leufs
- (*72) Cette colle venant d’une manufac- retailles , & qu’ils en déterminaient enfuite ture étrangère, feraic à trop haut prix dans plus exactement la quantité , lorfqu’ils font les fabriques de papier. Il vaudrait mieux leur colle à papier.
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- tire de la chaudière tout ce qu’il y a de liquide. On obferve de plonger en même tems dans la chaudière, par-deflus les retailles & fous la badine de cuivre, un paillon, ou grand torchon de paille, qui les empêche de s’attacher à la badine.
- 298- On prefle fortement la badine fur ce paillon & fur ces retailles, & l’onpüife aind le bouillon qui entre par les bords de la badine, fans crafle, ni grumeaux de colle ; on porte ce bouillon de colle dans la chaudière voidne, où. on le verfe au travers d’un couloir.
- 299. \J arquet ( * ) eft un chadis de deux pieds dix pouces de long fur dix-huit pouces de large, fait de quatre tringles, & de cordes nouées qui les tra-verfent de part& d’autre en compartimens quarrés: on place cet arquet fur la fécondé chaudière H (Jïg. 1); 011 étend par - deifus l’arquet un drap de toile roufle médiocrement ferrée, qui forme le couloir, au travers duquel en palfe le bouillon de colle dans la fécondé chaudière pour ladfer dépofer la cendre du tanneur ou les autres ordures, qui prefque toujours ont demeuré attachées aux rognures dont on fe fert. Après avoir ainfi enlevé de la grande chaudière G le bouillon de colle, on recommence à la remplir d’eau, mais peu à peu. D’abord 011 y verfe cinq ou fix pleines bafîines pour la première fois, enfui'te une ou deux à chaque fois jufqu’àla fin, augmentant toujours le feu de tems en tems, mais fans que l’eau bouille. Au bout de quelques heures on puifè ce nouveau bouillon, & on le palfe dans la fécondé chaudière , comme à la première fois.
- 300. La grande chaudière fe remplit ainfi jufqu’à fix fois ou davantage, tant que la colle paraît avoir encore aflez de confiftance. On fe réglé à cet égard fur l’état des rognures j car quand elles n’ont plus de fuc, & qu’en les retirant elles vont tout à-coup au fond de la chaudière, on y met moins d’eau qu auparavant ; on fe contente de la remplir alors jufqu’aux deux tiers : ce qui fe fait encore quatre ou cinq fois. Pour s’alfurer mieux fi cette cuite peut produire une colle fuffifante, on trempe les doigts dans le bouillon j & quand on 11e fent plus la vifcofité que doit avoir la colle , les doigts ne s’attachant plus l’un à l’autre, c’eft une marque qu’il ne refte plus de fuc dans les rognures : 011 vuide alors la chaudière, & les reftes fervent encore de fumier pour la culture des fleurs. Toute cette cuite de colle dure environ trente-fix ou quarante-huit heures. Gomme la fécondé chaudière ne fuffit pas pour contenir toute la colle qui s’eft faite dans la première, à plufieurs reprifes, 041 en emploie encore d’autres plus petites, dans lefquelles on paflè de même au travers d’un couloir une partie de cette colle. Tous ces bouillons de colle fe verfent, à mefure qu’011 les emploie, dans le mouilloirou mouilladoirjQ'piQ-
- (*) Ce mot vient, par corruption, de raquette. •>.
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- fente en I (fig. i) que l’on couvre auffi avec Parquet & le drap pour former un couloir qui rende cette colle plus pure. -
- 3qi. Dans d’autres provinces, on fe contente de faire bouillir la brochette , d’un bouillon égal & léger , dans la même eau pendant quinze , feize quelquefois vingt-quatre heures, en y ajoutant de l’eau à mcfure qu’elle décroît ; & l’on emploie cette colle pendant les deux jours fuivans. C’eftainfi que cela fe pratique àMontargis.
- 302. On verfe dans le mouilloir une moitié d’eau pure & une moitié d’eau de colle, par exemple, cent pintes de chacune, pour coller quinze rames de papier couronne ; on y ajoute trois livres d’alun rouge, fondu & coulé plufieurs fois. Cinq cents livres de colle exigent en tout vingt-cinq livres d’alun, c’eft-à-dire, un vingtième. Ce fel ftyptique & aftringent fert à faire tenir la colle fur le papier , comme dans la teinture il rend les couleurs plus adhérentes à l’étoife. Le papier en eft plus ferme, &, comme difentles ouvriers, plus pétillant. Si l’on craint les grandes chaleurs, on augmente quelquefois la dofe de l’alun jufqu’à un quinzième du poids de la brochette. L’alun de Rome eft celui que l’on préféré, & l’alun de roche ne fert que pour les papiers communs.
- 303. Outre l’alun qu’on met dans la colle, lorfqu’elle eft clarifiée, certains fabriquans y ajoutent un peu de couperofe ou vitriol verd , d’autres du vitriol blanc, environ la dixième partie de l’alun. Cependant il y a des per-fonnes qui prétendent que ce mélange 11’eft point favorable pour l’écriture, & produit une elpece de boue en fe mêlant avec l’encre (73).
- i 304. Pour faire l’épreuve de la colle, on en met dans un vafe environ la valeur d’un demi-feptier. Quand elle eft figée , 011 examine fi elle eft forte, dure, tranfparente, claite, tirant fur le verd-d’eau} ce font les qualités que doit avoir la bonne colle. On ne s’en tient pas là 5 & lorfque le faleran a collé la première poignée , il en prend une feuille , la fait fécher dans l’endroit le plus frais de la chambre i il l’éprouve avec la langue , & il juge , par l’impreffion qu’elle y fait, & par la flexibilité qu’elle y acquiert, fi la colle eft bonne. Lorf. qu’elle fe trouve trop forte, on y ajoute de l’eau i fi elle eft trop faible , on y met une poignée de vitriol, ou bien on change de papier, & l’on en prend
- (73) Ce ferait peu de chofe quant à récriture ; mais le vitriol détruit la blancheur du papier. Toutes les folutions de ce fel minéral donnent au papier une couleur jaunâtre & tira! t lur le brun. Cette addition eft donc manifeftement contraire aux premières notions. Et voilà le fervice important que les favans pourront rendre aux arts} lorfque l’exemple de diverfes acadé-
- mies , & les encouragemens qu’elles accordent , auront engagé les gens de lettres à étudier les procédés-des arts, & à leur appliquer les connaiftances théorétiques qu’ils poftedent. Alors ils pourront corriger un grand nombre de.pratiques fondées fur des routines aveuglés* $ contraires aux vrais, principes & à la perfection des arts.
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- un ou la colle foit moins effentielle, tel que le papier d’impreflîon ( §. 317 ). Quand on craint l’orage, qui peut faire fluerla colle (§. 316 ) , on met encore dans le mouilloir un morceau d’alun en pierre.
- Travail du faleran qui colle le papier.
- 30f. Le faleran ou falaran (*) eft l’ouvrier qui doit coller le papier; 011 le voit en C (fig. 1 ), placé devant fon mouilloir. Ce mouilloir eft monté fur un trépied, & entretenu dans une douce chaleur par une cajfole qui eft deffous, c’eft- à-dire , un réchaud d’un pied de diamètre fur quatre pouces de haut. Il a huit petites ouvertures ou fenêtres de dix-huit lignes de hauteur fur douze de largeur. Il faut prendre garde que la colle ne foit pas trop chaude; elle racornirait le papier, s’écaillerait, & formerait un papier brûlé de colle, Le faleran reçoit des mains de l’apprentif les pages de papier rapportées de l’étendoir ; il les frotte avec la main, principalement par les bords ; il en fait des poignées : c’eft ainfi qu’on nomme la quantité de feuilles que le faleran peut coller. On les appelle en Normandie des empages. Ces poignées font environ huit à neuf mains du petit papier, ou quatre à cinq du grand raijin , ainfi des autres à proportion.
- 306. Le papier étant déployé de toute fa longeur, on le prend par les deux mains avec de petites palettes de carton ou de fapin fort mince '& fort uni, que l’on voit deux à deux en d ,d (fig. 1 ), avec lefquelles, fans crainte de dé-"chirer le papier , on embraffe toute la largeur de la poignée.
- 307. Le faleranjplonge fa main droite obliquement dans le mouilloir ; il fait entrer toute là poignée, la retire aufli-tôt, & elle eft déjàfuffifamment collée.
- 308. Il y à des faleraiis mouilleurs, qui, pour diftribuer mieux la colle
- dans toute l’épailfeur de la poignée , la roulent en la plongeant ,lou ne la tiennent ferrée’ entre les deux palettés que d’une main , & de l’autre la feuil-letent ou féparent les feuilles comme pour les détacher les unes des autres , & promènent dans la colle leur papier entr’ouvert j pour qu’elle puilfe s'y infi-nuer. D’autres changent encore de main, pour faire la même opération fur la partie qui était ferrée.‘entre les deux palettes. ' ,J' °!•
- 309. Il' nous parait qu’il 11’y a pas grande différence entre un papier collé
- avec ces. précautions , & celui qù’on, n’a fait que paffer rapidement dans le mouilloir : c’eft la preffe.quf diftribüé; la collé & la fait pénétrer également * en même tems qu’elle en dégorge le fùperflu. ‘ ’ : 1 i;r
- 310. LA^poignée étant fumfàmnieût collée, on la porte fous une preffe D , faite exprès pour le papier collé ; njaïs‘ôn ne la met enjeu -que-lorfqu’il y Ta à
- (*)En général, le faleran eft l’ouvrier qui ^travaille dans les falles ; mais fa principale fon&ion eft celle du collage.,,, ... i
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- peu près dix poignées ou rdmems, ou cinq ballons-, qui font environ cinq rames > on ne preffe què/fàiblëriient &-peu à peu , & cès cinq ballons ne doivent relier en preffe qu’un qua'rt-d’heure au plus 5 de deux en deux ramettes, le faleran met une paille fur le bon carron, pour.conftater fon ouvrage.
- 311. La preife que l’on voit'en D, ne différé de celle qui a été décrite §. 2,60,, que par le foutrait qui a une rigole tout autour, femblable à celle des preffoirs. La colle qui eft exprimée des ballons, coule par là, fe rend en E, & de là dans un gerlot F, qui eft placé fous la gouttière.
- 312. Les dèux-,cents pintes de çolle qui font dans le mouilloir, peuvent
- coller environ quinze à fçize rapies de la couronne ou des fortes de papier qui pefent environ treize à quatorze livres la'rame, & feulement ïïx rames du papier au grand raijîn, qui pefe trente-deux livres., A l’égard du poids de la brochette , on le réglé à la dixième partie de celui du papier qu’on veut coller, ou. un peu moins. Tout le collage d’une cuite peut fe faire, en quatre heures, après quoi l’on ne perd pas de tems pour le porter aux étendoirs ; car le papier fe gâterait, s’il n’était étendu aufti-tot après la colle, même, s’il eft pof îible, avant que d’être refroidi, & feuille à feuille, comme nous le dirons bientôt ; car s’il était furpris par le froid avant que la colle eût comment? à fécher, elle s’écaillerait, & l’on aurait un papier brûlé de colle , à peu près comme fi la colle eût été employée trop chaude ( §• 30 f ). ri.
- 3 r 3. Le bâtiment de la colle eft féparéà Montargis du refte des bâtimens, à caufe des dangers du feu ; le magafin régné fur le bâtiment, & au moyen d’unç trape on defeend la brochete dans les chambres à colle. Il y a deux chambres à côté l’une de l’autre i entre les deux 011 a creufé un puits dont l’eau tirée pat une pompe, s’élève dans une cuvette : de là elle eft conduite par deux tuyaux de plomb dans les chaudières qui font montées fur des fourneaux en maçonnerie. Dans chaque chambre il y a trois preffes, enforte que dix ouvriers peuvent y travailler à la fois , & coller fix cents rames par jour.
- 314. La journée d’un faleran mouilleur eft de coller l’ouvrage de douze cuves, ou quatre-vingt-feize rames en couronne ; mais il n’en livre à la fois que fix rames de collées , parce que l’on doit étendre à mefiire que l’on colle, Pour çet effet, les fix rames fe diftribuent à fix Jellesyp ne felle occupe deux femmes qui doivent étendre l’ouvrage de deux cuves i & de chacune des fix Telles on vient feize fois dans la journée à la chambre de colle. On a même foin, lorfqu’il fait froid, de couvrir les ramettes pour lés conferver douces & mouillées. .On appelle ramette dans les étendoirs ce qu’on appellait porfe à h cuve, & poignée à la colle ; c’eft une demi-rame ou deuxrc.ents cinquante feuilles, dans les grandeurs moyennes s telles que la couronne.
- 13-if• ApRÊS^avoir-collé un certain nombre de pages’, pair exemple, de fix en fix mouillées , on a foin devuider le fond du mouilloir dans le drap de
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- «olle étendu fur l’arquet, pour en ôter les immondices qui s’y dépofent communément, foit qu’elles viennent du papier qu’on y plonge, foit qu’elles aient échappé à la première filtration,
- Jnçonvéniens qui peuvent avoir lieu dans le collage.
- 316. Le collage du papier manque fouvent, & caufe alors une perte çon-, fidérable, Il faut, pour le bien faire , choifir un jour feç & tempéré j quand l’air eft humide, la colle fe lave & coule le long du papier dans l’étendoir. S’il fait trop chaud, elle feche trop vite ; s’il fait trop froid, elle jaunit, elle s’écaille, & dans les deux cas ne pénétré point ; enfin elle tourne,, s’aigrit, fe décompofe, & devient Huante, lorfque le tems eft difpofé à l’orage. Auffi, bien de petits fabriquans ne voulant point courir les rifques de ces pertes, font dans l’ufage de ne point coller leurs papiers ; ils les envoient coller ailleurs. Les Allemands fe difpenfent même totalement de coller les papiers qu’ils def-tinentà l’imprefîion.
- 317. Les réglemens ordonnent en France de ne mettre aucune différence entre la colle du papier à écrire & celle du papier d’impreflion. La, précaution eft fage, parce qu’autrement on courrait rifque d’avoir fouvent du papier d’écriture, qui n’aurait qu’une demi-colle. Quelques imprimeurs fe contentent à la vérité d’une colle moins forte ( 72 ) : ils difent que, fi le papier eft trop collé, on eft obligé de tremper davantage &par moindres poi, gnées, pour en ôter la colle ; ou bien que ce papier trop collé 11e fert qu’à fatiguer celui qui tire le barreau, & à ufer les caraderes : mais cette raifonne doit pas être d’un grand poids.
- 318. On ne peut coller les feuilles des grandes fortes de toute leur étendue , parce qu’étant mouillées elles fe déchireraient j cela oblige de les plier en deux, ou de les coller avec un bâton qui les foutient par le milieu. Les grandes fortes font auffi très-difficiles à étendre ; comme le poids en eft fort confidé-rable, la corde y fait une impreffion en forme de rides, qui ne s’efface jamais , & qu’on appelle la godée. Peut-être qu’en effayant de l’étendre à plat & fur un grand nombre de cordes, on aurait un papier qui 11e goderait point * chacune, dç ces cordes ne foutenantqu’une petite partie du poids total, ne ferait pas chargée de maniéré à pouvoir faire une défeôfcuofité fur le papier.
- 319. On pourrait auffi l’étendre à plat & fur des tringles de bois larges & arrondies ; l’ufage des tringles de bois ferait en général préférable à celui des cordes, parce que la courbure que prennent nécefîairement les cordages, donne au papier une tournure fauffe , & en fait un corps gauche qui eft irrér
- ( 72 ) .11 y a des papiers, tels que ceux douce, qui exigent abfolnment d’être moins dont on fe fert pour imprimer en taille- collés.
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- gulier dansfonplan : ce qui eft une autre efpece de godée, dont les defïîna* teurs fe plaignent beaucoup (73).
- De rétendoir.
- 320. L’ètendoir que l’on voit dans planche VIII, fig. 2fdefliné eiî Auvergne, fait partie d’une falle de 114 pieds de long fur 36 de large, formant trois corridors & comme trois étendoirs. Le plancher eft de fapin; quatre rangs de fablieres de demi-pied d’épaiffeur fur un pied de large, elpa-cées de quinze en quinze pieds, reçoivent dans des mortaifes les jambes G, G, qui foutiennent les fermes (*) fur lefquelles pofe le toit. Les jambes du milieu reçoivent trois rangées ou trois étages de chevrons, les premiers à huit pieds de hauteur au-deifus du plancher, les féconds à quinze pouces plus bas, & les troifiemes à pareille diftance des féconds. Ces chevrons ont quinze pieds de long, & un équarrilfage de cinq pouces fur trois j ils font percés dans toute leur longueur de plufieurs trous , à un pouce de diftance les uns des autres ; & dans ces trous 011 palfe les cordes qui fervent à étendre le papier j de forté que ce font trois rangées de cordes, dont celles du plus bas éten-doir font à la hauteur d’environ cinq pieds & demi, & les plus hautes à huit pieds.
- 321. Entre les chevrons il y a deux petites perches ou bâtons ronds qu’on nommeguimies , qui font reprélentés en C {fig, 3), & où font aufS paifées les corcbs. Elles font fixées dans les mortaifes ou trous des chevron* ou des jambes qui forment les piédroits & les trumeaux des fenêtres, & elles fervent à tenir les cordages tendus.
- 322. Quand on a levé les feuilles de papier de deflüsles cordes du plus bas étage, on roule ces cordes fur les guimées qu’on fufpend par deux bouts d’autres cordes aux chevrons de quinze pieds 5 & l’on a ainfi la facilité de pouvoir détacher les feuilles du fécond étage , puis 011 en fait autant pour celles qui font au troifieme.
- 323. Tout le contour de cet étendoir n’eft fermé que dais dé fapin qui forment les trumeaux & les appuis des fenêtres. Les fenêtres ont trois pieds & demi de haut fur deux pieds & demi de large. Les valets font en-dedans, portés dans des coulilfes, & mobiles à droite & à gauche : on ferme en les rapprochant, on ouvre en les écartant l’un de l’autre. L’appui des fenêtres a trois pieds & demi de hauteur.
- 324. Les étendoirs de Montargis font conftruits d’une maniéré un peu
- ( 7? ) L’ufage d’étendre fur des tringles (*) La ferme , en ternie de charpenterie, de bois eft établi depuis long-tems dans les eft raflemblage des pièces qui fervent de papeteries d’Allemagne. fupperü à un comble.
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- différente : on en jugera facilement par la courte defcription que nous allons en donner.
- 32^. On peut concevoir quatre poteaux à douze ou quinze pieds de dif tance les uns des autres, formant un quarré dans le milieu de 1 etendoir, & laiifant un palfage de chaque côté j ces poteaux ont huit à dix pouces d’é-quarrifTage, & huit à dix pieds de hauteur ; ils ont fur leur hauteur, des trous efpacés de dix-huit pouces , pour loger & foutenir les bouts des perches j les poteaux qui font d’un côté, portent des perches fixes à demeure, & qu’on ne déplace jamais îles poteaux qui font de l’autre côté, ont des perches que l’on enleve & qu’on replace à volonté. Ces perches font de bois blanc, travaillées en quarré dans leur longueur : elles en font plus folides, & ne vacillent point quand elles font emboîtées dans leurs trous > elles ont trois pouces d’équarriffage, & font percées, de quatre en quatre pouces , de plu-fieurs trous dans lefquels doit paffer une corde de trois lignes de diamètre.
- 326. La corde étant arrêtée dans le premier trou, par le moyen d’un nœud, à la perche la plus haute qui eft à deux pieds du plafond, on la fait paffer dans le premier trou de la perche oppofée ; de là 011 la ramene par le fécond trou de cette même perche au fécond trou de la première, & fucceffi-vement par tous les autres j d’où réfulte un chaffis de cordes. A dix-huit pouces au-deffous de ce chaffis, on en forme un femblable, & enfuite trois autres en defc'endantj de maniéré que le dernier chaffis n’eft plus qu’à trois pieds du pavé de l’étemdoir.
- 327. Lorsqu’il s’agit d’étendre le papier, on defeend toutes les perches d’un côté, on roule fur elles les cordes, & on les ramene au pied des poteaux qui font de l’autre côté : on étend alors librement fon papier fur le chaffis îe plus haut > après cela 011 replace le fécond, & fucceffivement juf-qu’au dernier. Les faleranes ont des bancs de différentes hauteurs pour étendre fur les différens étages de cordes, & font enfin à genou ou affifes à terre pour étendre fur les cordes les plus baffes.
- J28- Il eft nécelfaire qu’il y ait beaucoup de fenêtres aux étendoirs, pour que le papier puiffe fècher promptement, c’eft-à-dire, en deux ou trois jours j car il rouffit lorfqu’on le laifîe trop longrtems au grand air. On a foin cependant de fermer les volets pendant la nuit j on les ferme auffi dans le jour, s’il y a de la pluie ou un trop grand vent, parce que la grande humidité ramollit le~ papier, & que le vent le fait tomber. Il eft vrai qu’en Auvergne toute la charpente, qui eft ordinairement de fapin, ferme peu exactement & laiffe beaucoup de fentes & d’ouvertures dans les joints : auffi le vent trouve-t-il toujours affez d’iffues pour bien fécher le papier, lors même que les volets font fermés.
- 329. Dans les pays où le fapin n’eft pas fi commun qu en Auvergne, h
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- charpente étant meilleure & mieux afîemblée, le papier feche lentement quand les fenêtres font fermées. Il a fallu y remédier par la méthode fuivante, qui donne le moyen de n’admettre que le degré & la quantité de vent qui peut paraître néceflaire pour fécher le papier.
- Maniéré dé fermer les étendoirs.
- 33Q. On peut concevoir au devant de chaque fenêtre deux coulifles pa-ralleleslune à l’autre, qui occupent la largeur de chaque fenêtre, foit en haut, foit en bas. Chacune de ces coulifles porte un chaffis qui glifle de droite à gauche, & qui eft formé avec des réglés de deux pouces , elpaGées à deux pouces d’intervalle , telles qu’on le voit dans la planche IVbfig, 8. Au devant de ce chaffis glifle un autre chaffis de même elpece, dont les vuides font feulement un peu moindres que les pleins. Ce fécond chaffis gliflànt devant lepre-mier, peut le fermer entièrement s ou à moitié, ou ne le fermer point du tout, fuivant qu’on fait correfpondre plus ou moins les pleins avec les vuides, Par là on eft maître de diftribuer le courant d’air, de l’admettre, l’exclure ou le modérer à volonté. On voit dans la planche IV une croifée D, dont les chaffis font à moitié fermés ; & au-deflous de la croifée, on voit le plan des deux chaffis & de leurs coulifles en E.
- Du travail des étendoirs, & des attentions qu'on doit y apporter.
- 33T- L*une des deux femmes qui font chargées d’étendre le papier, va chercher, comme nous l’avons dit, l’ouvrage d’une felle à la chambre du collage , & le place entre elles deux lur une felle. La jeteufe détache une à une ces feuilles mouillées de deflus le ballon, avec une adrefle qui furprend ceux qui en font les témoins, quelquefois en foufflant, quelquefois avec une légère fecoufle, prenant toujours la feuille parle bon carron, c’eft-à-direpar le coin que le leveur a déjà marqué de fes doigts. Quand la jeteufe a détaché avec la main- une feuille jufqu’au milieu, l’étendeufe baifle & approche ion ferlet fur le milieu de la feuille, que la jeteufe renverle fur le ferlet; alors l’étendeufe relevant doucement le ferlet, pafle la feuille fur une corde qu’elle tenait de l’autre main.
- 332. Si la jeteufe glifle la main trop vite fous la feuille qu’elle fépare du ballon, elle y fait un trou fort aifément; ii elle jette la feuille fqr le ferlet, avant qu’il foit bien droit & rangé fur le milieu du ballon ou des ïamettes, elle calfeune des rives; li elle enleve deux feuilles à la fois , & qu’on les laiife fécher enfemble, elles fe collent de maniéré à ne pouvoir prefque plus fe. féparer : elles font communément perdues toutes deux.
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- 333. LORSQUE la jeteufe caffe fon carron , elle fonde fur couture ; c’eft-à-dire, qu’elle en rapproche les bords, les ferre entre fes deux doigts, & les applatit avec l’ongle du pouce. On les réunit à la'vérité ; mais les marques y relient toujours, & forment despieds-de-chevres.
- 334. L’étendeuse doitobferver de fon côté de bien ranger le ferlet, de ne le retirer que quand la feuille porte bien également fur la corde par fes deux rives, de ne pas égratigner la feuille en retirant le ferlet, de ne pas trop approcher une feuille de l’autre, ce qui double les rives & forme des chaperons.
- 33f. On ne doit jamais difcontinuer une ramette lorfqu’elle ell commencée j les feuilles deviendraient trop feches , & l’on en calferait beaucoup. Toutes les opérations de l’étendoir doivent fe faire de jour, autant qu’il ell poflible , parce qu’en y portant des lumières , les accidens du feu y feraient trop à craindre.
- 336. Lorsque les feuilles font feches, papier collé ou non collé (car,
- comme nous l’avons dit, il y a des papeteries où l’on ne colle point), les femmes vont le retirer de deffus les cordes, comme on le voit en D (pl. VIII, fiS- 3'); On prend les feuilles de la main droite une à une ) avec une petite fecoulfe de la main, on les amene l’une fur l’autre ; & lorfqu’on en tient cinq à lîx, on les rabat fur le bras gauche par un feul mouvement : c’ell ce qu’on appelle encore faire des poignées, Lorfque le bras ell chargé d’une poignée , on la dépofe debout , comme cela fe voit en B , & enfuite on porte tout dans la chambre du liifoir. > ;
- De la faite du liffoir.
- 337. Les poignées fe dépofent d’abord dans la chambre du liffoir; lefale-ran les déplie en les foulant du, coude & de la main pour les applatir & les préparer à être mifes en prêffe, après quoi il en fait des piles jufqu’au plancher de la falle , & le papier y. demeure en attendant qu’il foit mis en preffe.
- 338. Dans la chambre du liffoir, ou dans une chambre voifme , on a fept à huit grandes preffes , plus ou moins, fui vaut la grandeur des travaux d’une manufacture.; elles ne different point des preffes dont nous avons donné la defcription §. 260. Là, dix ou douze hommes mettent les poignées fous les premières preffesci & les' ayant,foulées très-fortement , ils les laiifent en cet état pendant douze heures. Après cela ils les retirent & les fecouent fur de grands bancs faits exprès ;; qui font proche des preffes, afin: de feparer les feuilles qui tiennent les unes aux autres j puis on les remet incefîàmment fous d’autres preffes, où on lestient encore preflées de la même façon pendant douze heures. C’efl alors'qd’dïfles reporte à la chambre du liffoir pour y recevoir la derniere p'çfeétion.;.-^-
- 339. Les ouvrières qui travaillent au liffoir ou au pliage, s’appellent, en
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- Ango.umois , les fakrantes ou fakrams ; eil Auvergne, lijjeufes & trkufes ; ail» leurs on les appelle épluchmfts ( pl. IX, fig. 2 ). On voit dans le lifloir deux tables aifez larges pour qu’on puide travailler à la fois des deux côtés , & çou, vertes de cuir. Une planche élevée de champ dans le milieu d’un bout àl’au» tre de la table , fépare les lilfeufes, & empêche tout à la fois la confufion de l’ouvrage & la diilipatioii des ouvrières : on y voit auffi un chandelier pour le travail de l’hiver.
- Différentes maniérés de Hffer le papier.
- 340. On lilfe à la main le papier qui pefe moins de dix-huit livres la rame, Les iifleufes debout, tiennent à la main une pierre qu’on nomme liffbir,<% qui pour l’ordinaire eft un caillou , c’eft-à-dire, une pierre à fulil (Jîkx)y ou une pierre noire , dure & vitrifiable comme le fikx , de trois ou fix pouces de long fur deux & demi de large & un pouce d’épaifleur. La bafe eft taillée en chanfrain ou bifeau, c’eft-à-dire, en forme de plan incliné , pour pouvoir gliifer plus aifément fur le papier fans l’écorcher j & le haut de la pierre, qui fë tient avec la main, eft arrondi en forme ovale,
- 341. Chaque feuille de papier le déploie de toute fa longueur fur une peau de chamois ou un cuir de mouton tanné, qui eft attaché fur le bord de la table, & qu’on peut rabattre en-devant lorfqu’oil ne s’en fert pas, La liifeufe palfe fortement fon liifoir fur toute la feuille, & cela des deux côtés, en le pouifantprefque toujours en avant. Une femme peut Mer ainfi par jour fix rames en couronne (74 ).
- 342. Suivant l’ancien ufage, ©n paffait le liffoir légèrement de tems à autre fur un morceau de fuif de mouton, placé dans quelque trou de la table, Les réglemens ont défendu cette pratique avec raifon : 011 fait que le fuif empêche l’encre de s’attacher au papier, & retarde l’écriture , en obligeant de revenir deux fois fur une même lettre. Nous en voyons fouvent la preuve lorfque nous écrivons fur des cartes à jouer, qui encore aduellementfont lilfées avec du favon ou de la grailfe. Cependant la défenfe n’a pu abolir l’u-fage de la graille dans les papeteries, parce qu’il eft difficile de faire gliifer la pierre fans ce moyen.
- 343. Pour ce qui eft du grand papier, on-ne l’a jamais lifle qu’au man
- (74) Il eft furprenant que, dans cette papier, & qu’ils le liffent mieux On a or, foule de réglemens utiles, faits pour les ma- donné , dans plufieurs états d’Allemagne , nu factures de papier, on ait laifle fubfifter que l’on ne polirait plus à la main. Une fede l’ufage de lifter à la pierre. Tout le monde de papetièrs, qui ont confervé le nom de convient que les marteaux à lifter, ou les poIiJJeurs^'GIàtter ), n’ont pas voulu Te cylindres, font infiniment préférables , foumettre à çette SÊge innovation, parce qu’ils préparent vingt fois plus de
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- teau. Une groiTe iuaffe de fer, de cinquante livres au moins, telle que B (pi. IX,jig, z) , de deux pieds de haut fur quatre pouces d’équarriflage, effc terminée par une bafe b de dix pouces en tout fens, qui forme comme la tète du marteau. Vers le haut de ce marteau , on voit en c un trou quarré, par où il eft emmanché dans une longue piece de bois C , qui traverfe en H le gros mur de la chambre. Ce marteau ne hauffe & ne b aide que par le mouvement d’une roue que fait tourner l’eau du moulin ; enforte qu’il frappe toujours exactement au même endroit, comme les martinets des grofles. forges. Au-dedous du marteau , il y a en D une platine ou efpece d’enclume * qui eft un gros tas de fer, de huit pouces fur cinq, encaftré dans une piece de bois de chêne, qui eft enfoncée dans la terre. La platine eft noyée dans ce billot à fleur ou d’arrafement, enforte que le bois & le fer ne font enfemble qu’une feule furface; elle eft couverte de trois à quatre feuilles de gros papier attaché fur le bois par de petits clous. Cette plate-forme eft ordinairement fituée au niveau même du plancher ou du pavé de la chambre ; & vis-à-vis on pratique un enfoncement dans lequel fe place l’ouvrier qui a foin de ce travail ftout de même que fe place leimonnoyeur ou celui qui met & retire les pièces de deflous le balancier des monnaies. Tout le travail de l’ouvrier que l’on voit en A jlcoiififte à tenir des deux mains trois à quatre cahiers de grand papier plié, chaque cahier de .cinq à fix feuilles, qu’il préfente & tient aflu-jetti fous le marteau jufqu’à çe que les coups aient parcouru toute la furface des feuilles. Alors on retire ce,cahier de deflous^ c’eft-à-dire, celui qui touchait à la,platine3 & l’on en met un nouveau au-deflus de ceux qui reftent, c’eft-à-dire , immédiatement fous le marteau. Par ce moyen, chacun des fix cahiers fie trouve fucceftîyemeat às chacune des .fix places. D’abord il reçoit directement faction du, marteau , puis il eft recouvert d’un, enfuite de deux, de trois cahiers} & quand il eft arrivé à la derniere place , on le retire. Si on liflait au marteau, tou tes les efpeçes de papier indifféremment, on épargnerait les,trois,quarts des lifleufes.ijcar un marteau à l’eau peut battre quatre-vingt rarnèsl par-jour., & n’exige;.que deux ou trois ia-leranes.
- 344. JTuoiqlÜEs l’apprêt ordinaire de nos fabriques fe donne avec un marteau de fer,s on doit^convenir que cette mécanique ne,produit qu’une opération imparfaite, fur-tout pour,les grands papiers. O11 ÿ voit les coups de marteau; uni coté eft trop.uiii, autre trop peu; tantôt le papier s’y affaiblit , s’ouvre, quelquefois même on dirait qu’il fe décolle.
- :.';t<345.. 'Un-desc mémoires préfèntés4'à.l’académie de Befanç.on, parle d’une machine conftruite.d’un autre goût, qui a beaucoup de rapport au bélier dont -on.fe fert pour. ffàttre les pilotis.'jElle confifte en deux grandes plaques bien dreifées & bien,pofies , dont lune;eft fixe, l’autre*• niobiLe entre des coulif-Tes., Ces, : plaques ^comprennent toute la grandeur du papier que l’on , veut
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- lilfer ; enforte qu’on n’apperçoit dans les parties de la feuille aucune irrégu. larité , aucune différence : on verra plus bas un laminoir qui nous parait-bien préférable à cette mécanique ( §. 349 ).
- 346. Il y a des manufactures où on lilfe le papier avec un (impie marteau à la main, à la façon des relieurs ; dans d’autres , on foulage la main au moyen d’un arc qui foutient le marteau, & évite à l’ouvrier la peine de le relever.
- 347. A Montargis on a fait construire un cylindre de bois, dont la circon-
- férence eft garnie de quelques leves, chevilles ou mentonets. Ce cylindre fe tourne à la main avec une manivelle ; & chaque leve rencontrant la queue du marteau, l’oblige de frapper fur le papier. Cette petite machine eft dans la falle du pliage; on la comprendra parfaitement fans le'feeours du dévelop. pernent ou des détails. •
- 348- Il y a des cas où l’on fe fert aufïi d’un rouleau ou cylindre de fer bien poli, emmanché à l’extrémité d’une longue tringle de bois qui appuie fortement contre le plafond, & que l’on promene des deux mains fur le papier. C’eft auffi la maniéré de lilfer le carton.
- 349. Nous avons lieu de Croire qu’en Hollande on lilfe le papier en le fai-
- fant palfer de force entre deux cylindres ,'én forme de laminoir ; car on trouve dans les recueils hollandais dont nous avons parlé §.115’, la figure d’un laminoir qui fe trouve en Bi(planche IV\ fig. 9 )-, vu de profil, & dont il ne paraît pas qu’on puilfe faire d’autre ufage. On voit le cylindre inférieur garni 'd’un rouet A, qui eft conduit par une des roues dumoulin. On évite, par cette induftrie , le travail de plufieurs hommes qu’il faudrait employer. A l’aide d’une manivelle", comme dans les'prélfes à'imprimer en taille-douce, le cylindre fupérieur'B‘peut s’élever plus ou moins , fuivantcle papier que l’on veut lilfer , & ifeft affujetti par des coins C GaJqufitraverfent les mon-tans de la prelfe. ; ' „ -• > i:-»:•
- 350. On ne lilfe point en France le papier deftiné aux imprimeries, parce
- que cçttQ façon l’engrailfe , c’eft-à-dirA, empêche l’encre démarquer; mais aufli on le prelfe beaucoup plus - fortement-‘que l’autre ,’f&1 cela lui tient lien du lilfoir. On s’apperçoit', il eft vrâi'vquè le-papier qui aétetrop ldlfé, quand même on n’y a employé que le mart'eau , né» prend pas l’encre .-alfez-facilement. L’encre a befo’in ,f 'pour' coulef de la1 plume , d une petite fecoulfe ou efpece de vibration légère que les alperités du papier lufdonnent àchaqueinf-tant, & fans laquelle l’encre demeure à la plume. On'éprouve tous les jours 'qu’il eft difficile d’écrire fur une -furface parfaitement lilfe,- comme eft Une •glace de miroir. V}; i!- ^ --up r d- • .rj/b.tUttïluoo fi-.'. . *•:
- , 351. ‘Cependant lapratique de cÿlindrer le papier-d’-ifiipreftion, s’emploie en Angleterre avec fuccès. M.: Baskerville, qui’s’eft ô'ccüpé à perfedlîon-ner l’imprimerie à Birmingham’, fait palfer tout le papier -qui doit fervir à
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- l’impreffion, & feuille à feuille, entre deux rouleaux d’acier qui font parfaitement polis (*). Ce travail donne au papier * de la force, de l’éclat, une épaiffeur égale & uniforme. M. Baskerville emploie des prelfes dont la platine & le tympan font exactement parallèles à la forme & au marbre qui roulent fur le train de la prefle , & les Manchets d’un drap très-fin & très-uni ; en-forte que les caraéteres appuient également par-tout, & que le moindre effort fuffife pour l’impreffion. Il emploie une encre très-fine , & qui prend aifé-ment, même fur le papier liffé. C’eft avec des précautions auffi fcrupuleu-fes , qu’il elt parvenu à donner au public des chef-d’œuvres d’imprimerie.
- Lu travail des trieufes, & du choix des papiers défectueux.
- 352. Quand le papier eft liffé , d’autres femmes qu’on nomme les trieufes , placées à l’extrémité de la même table , & le plus près du jour qu’il eft poffible, prennent chacune devant elle, environ une rame de ce papier liffé ; & faifant un grand pli, ou, comme elles difent, une oreille à chaque feuille pour l’ouvrir plus facilement, elles les préfentent au jour une à une, pour en découvrir les défauts, comme des ordures qui peuvent y être attachées, des aiguillettes , des bros, des boutons, des pâtons * elles les enlevent avec un petit couteau quifert à ratiffer ce qui peut s’emporter, & qu’on appelle épluchoir ou grattoir. Lorfque ces bros font un peu trop gros, ils écaillent & emportent la colle , & rendent le papier fluant. Auffi les plieufes font-elles chargées de faire le triage, & de mettre féparément le bon, le retrié , le chantonné , le court, & le cajfé.
- 3^3. Le bon eft celui dont les feuilles font entières & intaéles, c’eft-à-dire, où les trieufes n’ont rien trouvé à ôter qui ait pu laiffer des points fluans ou vuides de colle, qui n’a ni châtaignes, ni gouttes d’eau.
- 3 54. Le retrié eft celui qui eft châtaigne ou taché d’eau, ou dans lequel on aura gratté quelques bros ? ce qui.le rend fluant dans certains endroits. ,
- 3 5 5.. Le chantonné comprend les feuilles ridées, tachées de fer, ou tachées de colle, foudées, ou ayant des pieds-de-chevres, dentelées , affaiblies „ percéesf;par le grattoir ; le papier trop chargé de drapeau, c’eft-à-dire, dont les feuilles font nuageufes & bourrues, pour être provenu d’un chiffon mal dé-liffé ou mal pourri j le papier broqueux ou broqueteux, dans lequel il y a des bros de pâte oiijde gravier. ; j, , . t
- 3 56. Le court eft compofé des feuilles qui, ayant été reverchées, ou dentelées furies, rives, font plus.courtes que les autres^ ' ; ,
- (*) je tiens ce fait de M. de Ferner , de l’Europe , pour enrichir la Suede , fa correfpondant de l’académie, qui a voyagé patrie , de mille connaiflànces utiles dans en'Angleterre, & dans les autres parties les fciences & dans’les arts. , ?
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- 4^4 ART DE FAIRE
- 3V7- Le caifé eft la derniere portion du papier; il comprend les feuilles dont une partie confidérable eft percée, déchirée * ou hors d’ufage; eiifortè que la feuille ne puiffe pas fervir toute entière.
- 3f8- Une falerane trieufe, dans fa journée, peut nettoyer &féparerju£ qu’à dix rames de couronne, c’eft-à-dire * un peu plus que le travail dune cuve, qui n’eft que de huit rames.
- Des compteufes.
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- 3f9- Les faleranes compteufes font deftinées àaffëmbler le papiér & à le mettre en rames. Ce font toujours les faleranes les plus habiles que l’on def-tine à cet emploi, & celles qui ont la meilleure vue * afin qu’elles puiflent contrôler l’ouvrage des trieufes.
- 3 60. Les compteufes vont prendre lés journées des trieufes , & les apportent fur une table, en diftiilguant les cinq fortes de papier que les trieufes ont féparées ; & fi le papier fe trouve bien trié, elles l’aflemblent par mains de vingt-cinq feuilles. Pour cet effet, la corripteufe prend de la mâin droite les feuilles pliées, les examine, les dépofe fur le bras gauche. Lorfqu’il y en a vingt-cinq, elle les voye, e’eft-à-dire, lesfecoue, pour que rien d’étranger ne relie entre les feuilles, les range avec égalité ; elle donne un coup de pouce au milieu du bas delà main de papier, comme fi elle voulait la plier par le milieu dans fa largeur : cela lui fert à connaître plus aifément le deffus de la 'main.
- 361. Quand la main eft ainlî cornpofée à la trieufe la pofe devant elle* 8c continue enfuite d’y en ajouter d’autres , en dillinguant les trois tas,* du bon, du retrié, du chantonné* O11 met enfuite ces trois tas les uns fur les autres, pour les porter aii faleran ou maître de fidle. Le bon eft au-delfus du tas, le chantonné au-delfous* & le retrié dans le milieu.
- 362. Pour diftinguer les mains * on obferve de les oppofer de dos à barbe; enforte que, fi l’on arrange fix mains de bon, il y aura trois mains qui auront leur dos à droite, & les trois autres auront leur barbe du même côté.
- 363. Le retrié fe range de même , mais de deux en deux mains, pour le diftinguer du bon ; & le chantonné fe range de trois en trois. On met d’abord trois mains qui oiit leur dos à droite , & enfuite trois mains qui ont leur dos à g'auChe. Une bonne compteufe peut fournir dix-huit à vingt rames par jour, s’il n’y a pas beaucoup à refaire dans l’ouvrage des trieufes.
- pu papier court ou cajfe', £5? de celui quyon éfl oblige dé-refondre.
- 364. L'une des trieufes fe charge du tas des papiers courts & caffés que îe£ autres ont mis de côté ; elle nettoie le papieir -, l’épluche , .enleve les rives
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- LE PALIER.
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- altérées, & le met en rames comme l’autre papier, ou en réferve quelques feailles courtes pour mettre au-dedans des mains du papier entier.
- 3<Sf. Quant au cafTé, lorfqu’il n’y a qu’une demi-feuille de gâtée, on fé-pare les bonnes demi-feuilles i on en compofe les cahiers de papier à lettre, de fix feuilles, que l’on bat & qu’on met fous la ficelle. C’eftainfi qu’on évité la moitié du déchet des papiers caflfés.
- 3 66. Il arrive auflî quelquefois que l’on fauve une moitié des demi-feuilles ©ailées. Çes quarts de feuilles fe mettent par cahiers, & forment le papier à poulet.
- 3&7. Les quarts de feuilles, quoique défectueux, fe vendent encore aux épiciers vingt à vingt-cinq livres le quintal, pour faire de petits facs. Enfin on refond ce qui elt abfolument hors d’état de fervir.
- 368- Pour refondre du cafTé, on commence par le mettre tremper dans 3une cuve d’eau bouillante pour en emporter la colle, & on le fait repalfer fous les moulins , pour y être battu comme le chiffon, mais beaucoup moins long-tems. Si on le mêle avec de la pâte ordinaire , ce n’eft que vers la fin de l’affinage , & de maniéré qu’il n’y foit qu’une heure, plus ou moins cependant , fuivant fa qualité. Si l’on en a une grande quantité, on la met fous les maillets ou fous les cylindres éfiloçheurs, pendant la moitié cfu tgms qu’il faudrait à une matière vnouvelle.
- 369. Il eft prefque impoffible que la colle abandonne totalement le papier, malgré l’ébullition j auffi les feuilles qui en proviennent font fouvent chargées de bouteilles, c’eft-à-dirë, de petites taches en forme de véficules,qui proviennent de cette colle.
- 370. Le papier qui provient des matières refondues, defcend à fa qualité inférieure i car fi le calfé a été papier fin, étant refondu, il ne produira que du papier moyen: & fi c’eft du papier moyen qu’on ait refondu, on n’aura que du papier bulle.
- 371. On verra dans les règlement qui feront rapportés plus bas, que tous les papiers défectueux ou mal conditionnés, fujets à la confifcation, doivent Lctre remis dans le moulin, & employés comme matière.
- Formation des rames•
- 372. Le fideran, ou maître de faite , qui eft chargé de donner Iarmure ou .enveloppe au papier, &de le mettre fous la ficelle, le met d’abord enpreife pendant douze heures 5 il en faut vingt-quatre ou même quarante-huit, fi ce font les grandes fortes de papier. Si, lorfqu’on le retire de la preffe, il paraît trop dur au toucher, on l’y remet de nouveau.
- 373. Le falejan prend enfuite chaque main de papier, & avec de grands
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- cifeaux de dix-huit pouces de long, dont une des branches eft fixée dans la table, il rogne les trois rives de la main de papier. Il peut alors, fans inconvénient, mettre quelques feuilles de papier court pour le dedans de la main, parce qu’en l’ébarbillant, les feuilles extérieures fe trouvent de niveau avec les intérieures, quoique plus courtes d’environ l’épailfeur d’une main de papier. Un faleran peut ébarbiller dans la journée quarante rames en couronne.
- , 374. Dans la formation des rames, 011 fait entrer des mains de papier bon, de retrié & de chantonné. Une rame, pour être bien marchande, doit contenir huit mains du bon, huit de retrié, & quatre feulement de chantonné, pourvu qu’il ne foit pas défectueux & hors de fervice. De ces quatre mains on en met trois delfous & une delfus la rame, pour fupporter l’im-prelîion de la ficelle. Quand les rames font faites, on les met fous la prelfe pendant douze heures , ou plus encore, Ci on en a le tems. Le lendemain, on retire ces rames de delfous la ptelfe ; on les plie dans deux feuilles de ma-culature; 011 les ficelle en croix, & l’on marque fur l’enveloppe l’efpece du papier, comme grand raijin, petit cornet, &c. la qualité, fin, fin double, moyen, bulle ,ou vanant ; le nom du maître fabriquant, & quelquefois celui de la province ou de la généralité.
- 37f. Dans une manufacture où il y a beaucoup plus de papier retrié & chantonné que du bon, alors on compofe des rames qui ne font que de papier retriéj mais 011 fait un petit nœud au bout de la ficelle, afin de les faire diftinguer.
- 376. Pour le papier à la main, le petit à la main, & plusieurs qualités en bulle & au pot, on n’emploie qu’une feule maculature, on lailfe la haute & balte rive à découvert, & on lie la rame à un feul tour de ficelle , & non pas en croix. C’elt ainfi qu’on diftingue ces papiers d’aveç les fins & les moyens.
- 377. L’usage s’était introduit de ne donner que vingt-quatre feuilles à la première & à la derniere main de chaque rame, & de faire même ces deux mains de qualités défectueufes ; mais les réglemens y ont pourvu, comme on le verra ci-après.
- 3 78- Le papier en rame fe met encore fous la prelfe ; il ne peut que gagner à y revenir louvent & y demeurer comprimé. La prelfe eft le fard du papier; elle lui donne de la conliftance, le rend plus cartonneux & en même tems plus uni: aulîi a-t-on dû remarquer que la prelfe eft rinftriiment dont on fait le plus d’11 rage dans la fabrication du papier; il y revient-dix fois. Il ferait utile d’avoir dès prelfes de fer, qui donneraient plus de force, & feraient moins fujettes àl’uftire.
- 379. Après toutes ces manipulations, le papier eft enfin porté dans un magafin bien fec. Il peut y être gardé long-tems fans rien perdre de fa qualité ; il n’en devient même que meilleur pour Fufage. S’il avait été cependant mal
- Léché
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- féché & plie trop humide» il ferait expofé à fepiquer, c’eft-à-dire, fe tacher; mais ces taches n’attaquent pas lafublfance du papier, & elles n’ont pas lieu fi le papier a été plié après une exficcation fuffiiante. Dans ce cas il devient encore plus fec & plus fort avec le tems. Ancien papier, nouvelle encre , dit un proverbe ; & les proverbes font fouvent des maximes utiles, di&ées par la réflexion & par l’expérience.
- 3 80. En examinant la fuite des opérations qui donnent enfin du papier on voit qu’une feuille doit paifer plus de trente fois par les mains des ouvriers, & environ dix fois par les preifes. Cependant le papier eft une marchandife alfez commune, par la viteffe de chaque opération & le fecours des machines qu’on y emploie. C’eft ainfi qu’une épingle éprouve dix-huit opérations différentes avant d’entrer dans le commerce ; elle y coûte encore moins à proportion que le papier , &ne laiffe pas d’enrichir ceux qui en font le commerce.
- Du papier coloré.
- 38** L’usage qui s’eftintroduit d’employer du papier de couleur dans fe commerce, pour envelopper certaines marchandifes, fait qu’on eft oblige d’en fabriquer dans les manufadures , indépendamment de celui qui fe peint à la brolfe & qui dépend de l’art des enlumineurs. On choifit pour cet effet la pâte du papier bulle; & lorfqu’elle eft bien pilée dans les piles-florans ou cylindres affineurs , on Ferme l’iffue de la fontaine de la pile pour empêcher l’eau d’en fortir ; on détourne aufîi l’eau qui arrivait dans la pile, & l’on y met une teinture bien délayée de tournefol, de paftel, ou même un peu d’indigo, fi le papier eft d’une certaine fineffe. On fait en Auvergne du papier bleu qui fert à envelopper les dentelles en Flandres , & on mêle, pour le former, de la pâte d’ouvrage moyen avec de la pâte de bulle , parties égales. A l’égard du bleu grofiier, qui fert à envelopper du fucre, des cierges , &c. on emploie les pâtes rouffes ou brunes les plus groflieres.
- 382. La couleur que l’on emploie en Normandie, eft une diffolution de bois-d’inde, avec un peu d’indigo, que l’on jette encore chaude dans la cuve même de l’ouvrier.
- 383- Nous avons dit ( §. 292) que l’on mettait quelquefois un peu de bleu-d’inde dans la colle; mais il n’y en a pas affez pour faire du papier de couleur : ce n’eft qu’une légère teinte.
- 384. A l’égard delà couleur bleuâtre du papier de Hollande, voyez §. 401.’
- 38f - Les papiers de couleur ne fe fabriquent point pendant l’hiver, parce que la gelée altéré la teinture.
- Tome IV.
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- De Vinfluence des faifons.
- 386'. On travaille aü papier dans tous les terns de l’année. Le papier fin fè fait mieux en hiver, la gelée le blanchit, il eft cependant un peu plus ferme, lorfqu’il n’a pas éprouvé la gelée.
- 387. La faifon influe tant foit peu fur la grandeur du papier : en hiver, il s’étend un peu au-delà de la forme , au lieu qu’en été il fe reiferre. Aufli les régiemens ont-ils laide quelques lignes de remede au-delfus & au-delfous des grandeurs qui font fixées à chaque qualité de papier. M. de Réaumur trouva, par fes expériences (75), que le papier, lors même qu’il eft fini & plié , s’a-longe, fi on le mouille, d’une fixietne partie toute entière : ainfi il n’eft pas étonnant que le papier, tandis qu’on le fabrique , éprouve aufli l’influence de l’humidité & de la féchereife. S’il feche peu à peu & lentement, il fe raccourcira bien moins que s’il feche trop vite; car le vent qui faifit le papier, le racornit & le crifpe.
- 388- Si la matière eft fort courte, fort pourrie & fort battue, elle fe reC ferrera aufli dans la déification fenfiblement plus que fi elle eft encore fibreufe.
- 389. A l’égard de la colle, an a vu (§. 317) que la faifon n’eft point indifférente , & qu’il y a au contraire beaucoup de précautions, à obferver fur 1® tems.propre à cette opération.
- Obfervatîons fur îe papier de Hollande.
- 390. L’Europe entière tirait de France,il y a environ un fiecle, la plus grande & la plus belle partie de fo.n papier j mais foit que cet art ait été néglige parmi nous, foit que les Hollandais aient fait des efforts plus heureux que les nôtres, ils font venus à bout d’en faire le plus grand commerce ; cependant il n’y en avait prefque pas de fabriques chez eux au commencement du fiecle. Nous voyons qu’en 1723, ils s’approvisionnaient en France par les ports de Saint-Malo , de Nantes , de Bordeaux & de la Rochelle (*) ; & ils en tirent encore beaucoup de ce royaume, foit pour leur confommation particulière , foit comme faéteurs de prefque toute l’Europe.
- 391. La beauté des papiers fins de Hollande, & peut-être leur cherté ont fait toujours defirer aux Français de pouvoir les imiter. Les uns ont cru que les matières premières en faifaient toute la différence; d’autres au contraire, fachant que les Hollandais tiraient beaucoup de chiffons de la France pour l’employer à leur papier, ont jugé que la maniéré de le fabriquer fuffifait
- (7?) Voyez Mémoires de T academie, merce des Hollandais. Commerce d’Amftei* année 1714. dam, par Ricard.
- (*) Tréfor hiftorique & politique du coni-
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- feule pour lui donner toutes les qualités que nous lui connoiffons. Il nous paraît cependant très-clair qu’il faut le concours de l’un & de l’autre, favoir, la plus grande attention dans le déliifage, & la plus grande perfection dans le travail du moulin & de la cuve , pour produire le beau papier ; peut-être encore le laminoir dont nous avons parlé §. 349.
- 392. Si le papier fin de Hollande palfe pour être plus beau que celui de France, il n’eft aifurément pas aufii bon : il fe coupe lorfqu’on le plie ; ilfe déchire lorfqu’on le roule. Ilne peut foutenir l’impreffionj les caraCteres le percent, fur-tout quand ils font neufs & aigus. Il ne peut foutenir la reliure ; les opérations de la dent-de-loup fuffifent pour l’endommager.
- 393. Le papier de Hollande a un œil plus doux, plus fin , plus uni, plus tranfparentî cela vient de la matière qui le compofe, favoir, comme nous T'avons dit, des chiffons de belle toile de lin, mieux triés & fans mélange. La belle toile eft fi rare dans les provinces de France, que fur cent milliers de chiffons, il s’en trouve à peine quatre ou cinq de fuperfin.
- 394. Le papier des Hollandais eft plus épais, mieux fourni que le nôtre, parce que les chaflîs des formes font plus élevés, qu’ils mettent beaucoup plus d’eau dans leur pâte , & promènent moins. Cette épaiffeur leur eft né-cellaire , à caufo du peu de ténacité qui refte à leur pâte, lorfqu’elie a été exceflivement broyée 5 car les cylindres broient & atténuent bien plus que les maillets.
- 39On opéré en Hollande avec plus de lenteur, plus de foin, plus de précautions. L’opulence des fabriquans, la frugalité des habitans, la médiocrité de l’intérêt de l’argent, tout cela forme autant de raifons qui doivent rendre leurs manufactures plus parfaites que les nôtres.
- 396. Les Hollandais font extrêmement jaloux des moindres avantages de leurs manufactures ; ils défendent, fous peine de la vie, la fortie des formes qui fervent à faire le papier, & qui fe fabriquent chez eux.
- 397. Il n’eft pas difficile de juger, en voyant le papier de Hollande, que dans ce pays-là les cadres’ou couvertes des formes ont plus d’épaiffeur que chez nous : il y faut par conféquent plus de tems pour égoutter le papier * & peut-être qu’un ouvrier n’y fait que trois ou quatre rames de papier par jour, au lieu de huit que nous fàifons en France. Au refte, ce que nous avons dit en parlant des qualités du papier de Hollande , doit s’entendre feulement de ceux qu’ils donnent pour fuperfin s , tels que les papiers marqués grand cornet, pro-patria, armes-de-B magne , armes-de-Femfi ; Car il s’en fait en Hollande , de toute efpece : plufieurs font beaucoup au - deffous de nos papiers d’Auvergne en pâte fine, tels que la couronne fine double, l’écu fin double, latelliere, la romaine, le petit raifin,le griffon fin double, quifè font à Thiers , à Ambert, à Tance, à Annonai.
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- 39g. Il y a auffi, dans les beaux papiers de Hollande, un certain velouté agréable à la vue, qui vient de ce que les matières y font moins lavées, quoique broyées plus long-tems. Les Hollandais , n’afpirant pas à cette blancheur de neige que nous cherchons en France, n’ont pas befoin de laver, c’eft-à-dire, de renouveller l’eau en laiffant le chapiteau ouvert pendant un fî long tems 5 car c’eft là ee qui augmente la blancheur. Dès-lors ils perdent moins de cette matière fine, cotonneufe & veloutée , qui rend le papier moelleux, & que l’eau entraîne à mefure qu’elle feforme, fe détache & fe divife.
- 399. D’un autre côté, le papier de Hollande fe coupe, & ne peut fup-porter l’impreffion auffi bien que le nôtre. Cela vient peut-être aufli de la qualité des eaux faumâtres de Serdam, où font fituées les papeteries hollan-daifes.
- 400. Le fel donne une certaine dureté aux parties du chiffon, qui étant d’ailleurs beaucoup plus broyées que chez nous, & confervant moins de liaifon entr’elles , produifent cette facilité à fe déchirer.
- 401. C’est par la même raifon que le papier de Serdam ne pouvait pas conferver fa blancheur : il devenait jaune en peu de tems. Pour déguifer ce défaut, les Hollandais ont imaginé de mettre du bleu dans leurs matières, & l’on voit actuellement plus que jamais cet œil bleuâtre dans leurs papiers: ce n’eft pas feulement un blanc de lait comme autrefois, c’eft un blanc azuré, ou plutôt un bleu pâle.
- 402. C’est vers la fin de l’affinage qu’on peut verfer dans la cuve à cylindre cette matière colorante, après avoir fermé les iffues de l’eau ; mais l’opération de cette couleur eft fort délicate : il faut que la teinture ait été très-clarifiée, filtrée , repofée, & qu’il n’y refte abfolument aucune molécule qui puiffe s’appercevoir furie papier. Quelques expériences qu’on a faites en France fur cette maniéré de colorer le papier , ont fait voir qu’il n’était point aifé de diftribuer parfaitement & uniformément la liqueur colorée dans toute la fubftance du papier.
- 403. Les Hollandais ne trouvent peut-être pas chez eux la dixième partie du chiffon qui s’y travaille. Celui qu’ils tirent de France, leur revient à plu» de 38- liv. le quintal, monnaie de France, à moins qu’il ne paffe en contrebande ; & puifqu’il ne vaut en France que huit à neuf livres , il eft évident que la France pourrait avec avantage retirer à elle cette branche de commerce, fi l’émulation & la perfévérance des particuliers pouvait une fois concourir, avec les foins du gouvernement, pour la réforme de nos manufactures. C’eft pour y contribuer autant qu’il dépendait de nous, que nous nous fommes étendus fur les différences & fur les qualités des papiers de France & de Hollande.
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- Etat des produits d'une papeterie.
- 404, Quoique les détails purement pécuniaires 11e foient pas du reffort des phyfîciens qui confiderent les arts, cependant ils tiennent trop à la perfection de ces mêmes arts dans un royaume , pour qu’on doive les négliger j & nous avons cru qu’on verrait ici avec plaifir un état circonftancié de la dépenfe & des produits d’une papeterie, dans les provinces de France , avec les maillets ordinaires,
- 40^. Dépenfe. Il faut, pour entrenir l’ouvrage d’une papeterie (76) pendant l’année fans interruption, 600 quintaux de chiffons : mettons-les à 8 livres, quoiqu’on les ait fouvent à 6 liv. & même liv, à 4 üv. • . _ . . ^ . . , • 48QQ
- 406. Les 600 quintaux, après avoir été triés & pourris , fe réduiront aux deux tiers, ou 400 quintaux, qui fourniront 3000 rames de papier, grand format, c’eft-à-dire, 400 quintaux de papier,
- 407. La colle étant à raifon d’une livre par rame , 3000 livres à
- 7 liv, le quintal, 210
- 200 livres d’alun, à 20 liv. le quintal 40
- 75 aunes de drap, 340 fols l’aune, . , . . .
- 408- Le maître du moulin, faifant les fonctions de faleran, n’a be-foin que de quatre ouvriers , lavoir , un gouverneur & trois compagnons de cuves , à 120 liv, de gages , & 12 fols par jour de nourriture, . , . . , . . . , , . 13>6
- 409. Trois femmes pour laver & préparer les chiffons, avant de les
- pourrir, 4^ liv. de gages & 6 fols par jour, . • * 463
- Bois, charbon, . , 150
- Entretien de l’ufine, graiffe & favon , - • > . 100
- Total de la dépenfe, . . , . 72 69
- 410. Les matières propres pour la eolle fe trouvent également dans toutes les provinces ; mais l’Auvergne feule en épuife plufieurs. Les papeteries de la Franche-Comté & des autres provinces circonvoifines n’ont guere que le rebut, qu’ils paient jufqu’à 3 ou 4 liv, le quintal, même en eftimant très-peu le papier qui en provient, & que l’on prend en paiement.
- 411. Produit. On fuppofe 300 jours ouvrables dans l’année , puifqu’on ne chomme dans ces fortes de manufactures que les dimanches & fçtes princi-
- (76) Cela doit varier fuivant le nombre des cuves. Ici, il s’agit d’une papeterie à une feule cuve.
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- pales. Chaque jour on peut faire dix rames de papier, grand format, du poids de 12 à 14 livres ; c’ell-à-dire, pendant l’année 3000 rames.
- 200 quintaux de matière font 1419 rames du poids de 14 livres, pre- liv.
- miere qualité, à 5 liv. la rame, . .............................7145
- 133 quintaux font 1111 rames du poids de douze livres, fécondé qualité , à 4 liv. la rame ...............................................4444
- 67 quintaux font 1111 rames, petit format du poids de fix livres, à 30 fols la rame ..................................... 1666
- Total du produit de 400 quintaux de matière, . . 13255
- 412. Ainsi l’on voit qu’une cuve & un moulin peuvent rendre environ fix mille livres de revenu , en fiippofant qu’011 y travaille avec exactitude & avec fuccès. L’expérience prouve à la vérité qu’il fe fait plus d’un dixième de cajje ou de papier défectueux, même dans une bonne papeterie , beaucoup plus dans les mauvaifes ; mais il relie encore de quoi exciter fuffifamment l’émulation des fabriquans de papier.
- 413. Suivant le calcul fait dans d’autres établi/Ternens ,il paraît que 300 quintaux de chiffons, matière brute, donnent 250 quintaux de papier , & qu’une cuve n’emploie que 300 quintaux de chiffons ; d’où il fuit qu’elle ne doit fournir que 250 quintaux de papier, au lieu de 400 que donne le précédent état.
- 414. Le prix moyen du papier, pris dans les fabriques, le fort portant le faible, elt de 8 fols 4 deniers la livre {le papier bulle n’eft qu’à 5 fols & demi). Ainfi, fuivant ce calcul, une cuve 11e pourrait vendre chaque année, que pour 10400 liv. de papier.
- 415. Supposons donc qu’une cuve puiffe confommer par année trois cents quintaux de chiffons non délifïes : ce qu’un royaume, tel que la France, peut fournir de chiffons, fera capable d’entrenir environ mille cuves. Suivant un relevé fait dans les bureaux de la Franche-Comté, il en fort, année commune, 8000 quintoux , fans compter 8000 qui fe confomment dans les fabriques de cette province : or la Franche-Comté ne peut guere être eftimée que la vingtième partie de la France : ainfi il y a au moins 300 milliers de quintaux de chiffons à recueillir en France chaque année. D’où il paraît qu’il en doit paffer confidërablement chez l’étranger ; car il n’y a pas a&uellement 400 cuves où l’on travaille continuellement dans le royaume -, c’eft-à-dire, à peine fe moitié de ce qu’il pourrait y en avoir (77).
- (77) Le nombre des cuves a augmenté a fait abandonner un grand nombre de pa-en France depuis dix ans , jufqu’à l’époque peteries. de l’impôt mis fur les papiers blancs , qui
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- Remarques fur les papiers de différens pays.
- 416. L’art de la papeterie ayant été perfectionné en Hollande & en Italie, vers la fin du dernier fiecle, nos fabriques n’eurent plus la même con-fommation, la même exportation qu auparavant : dès-lors on vit les unes ceffer entièrement, les autres fe négliger. Il y avait anciennement 400 papeteries en Augoumois & en Périgord, où l’on n’en compte plus que cent aujourd’hui. La perfe&ion a déchu auflibien que la confommationj mais il eft toujours tems de faire des efforts pour y remédier : c’eft dans cette vue que nous allons faire quelques obfervations fiir les papiers qui fe fabriquent en diverfes provinces de France.
- 417. La province d’Auvergne eft, de toutes les provinces de France , celle dont le papier mérite la préférence, foit pour l’écriture, foit pour l’impref-fion. Les deux villes principales où abondent les manufactures de papier , font Thiers & Ambert, dillantes l’une de l’autre de fept lieues. La première l’emporte, dit-on, pour le papier d’écriture, la fécondé pour le papier d’im-preflion.
- 418* La différence que nous faifons ici entre ces deux fortes de papier, ne vient guere que de la colle, qui n’eft pas communément auffi parfaite à Ambert qu’à Thiers. De là vient que le papier d’Ambert s’emploie beaucoup à l’imprelfion, où il lTell pas effentiel d’avoir un papier parfaitement collé, tandis qu’011 préféré les fabriques de Thiers pour le beau papier à écrire, qui doit être le mieux collé.
- 419. Cette différence dans les qualités de la colle, qui produit celle du papier , vient elle-même- des eaux dont on eft obligé de fe fervir dans les fabriques. L’eau qu’on emploie à Ambert y tombe immédiatement des montagnes ; elle eft plus vive, plus nette : fouvent elle fait le papier plus blanc qu’à Thiers j mais elle cuit &diffout, ou forme la colle moins bien que l’eau de riviere qui s’emploie à Thiers, & contient plus d’air & de fels.
- 42a, Comme cette circonftance a tourné depuis long-tems les vues des fabriquais de Thiers vers le papier d’écriture , celui où l’on eft le plus difficile, ils emploient plus de foin dans leurs fabriques ; leurs matières font mieux choifies ; leur papier plus beau eft auffi plus cher d’environ §. Les fabriquais y font plus riches : c’eft ainfi que leur fupériorité s’eft accrue & fe foutient encore.
- ' 421. Les papiers de l’Angoumois font bons pour l’imprelfion, fupérieurs.
- même à ceux de Limoges ; mais une grande partie fe vend à Bourdeaux , d’où il eft exporté en Hollande.
- 422. Le Languedoc fournit auffi une quantité de papier pour les provinces méridionales de France, & pour le commerce maritime.
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- 423. Il y a plufieurs belles fabriques à Annonai, fur les confins duViya-rais & de l’Auvergne ; 011 y fabrique le plus beau papier d’écriture, très-blanc , très-mince, très-bien collé ; il fe vend plus cher d’environ un quart que celui d’Ambert.
- 424. Aux environs de Limoges &de S. Léonard qui en eft à quatre lieues, on trouve un grand nombre de papeteries qui fe font multipliées fur-tout depuis dix à douze ans. Elles appartiennent, pour la plupart, àdesparticu* liers qui n’y réfident point, & qui en confient l’adminiftration chacun à un maître-valet, qui rend compte au propriétaire de la fabrique. Auffi jufqu’à préfent leur commerce ne roule guere que fur le papier d’impreffion : il eft peu collé, moins blanc qu’en Auvergne, & d’une qualité inférieure. Le papier fin du Limoufin n’eft prefque que comme le moyen d’Auvergne, & le moyen de Limoges comme le bulle qui fe fait à Ambert : mais le bulle de Limoges ne vient pas à Paris 5 il fe confomme dans les provinces du Limoufin & de la Guienne.
- 425. Il y a en Normandie, aux environs de Rouen & de Caen, un affez grand nombre de moulins à papier ; on y fabrique du papier fin pour les be-foins de la province ; il s’en répand même un peu au-delà : mais à l’égard du papier bulle fervantaux enveloppes de marchandifes , la vallée de Rouen en fournit Paris prefque en entier, & de toutes les fortes, comme raifin bleui raijin rouge, dard bleu , jofeph bleu , jofeph fiuant , main brune, étrejje , papier à bougie, papier d demoifelle , papier à fac , bas à homme , bas à femme9 &c. Nous en parlerons à la fuite du réglement. On jugera de l’étendue de ce commerce par le nombre des moulins : dans la fimple étendue de trois lieues aux environs de Rouen, il y a trente-quatre moulins à papier, & vingt autres dans l’étendue d’environ quinze lieues ; mais les fabriquans y font peu riches pour la plupart, & c’eft un très-grand obftacle à la perfection de ces manufactures.
- 426. Un arrêt du confeil, donné au mois de février 1748, qui établif-fait fur le papier & fur les cartes des droits confidérables, fit tomber plu-fieurs de ces fabriques de Rouen : les fabriquais fe dégoûtèrent ; les ouvriers palferent chez 1 etranger : en vain on fupprima les droits peu de tems après * la défertion ne pouvait pas fe réparer.
- 427. Nous avons parlé fort au long, de la belle manufacture de M011-
- targisj elle fut établie il y a environ vingt ans, avec toute la magnificence & tous les foins imaginables. M. Micault d’Harveley fut le principal propriétaire , & M. Duponty le principal conducteur de l’entreprife. M. Camus, de l’académie royale des fciences, y donna tous fes foins : elle fut établie de maniéré à entretenir trente cuves ; mais les eaux du canal de Briare étant les feules qu’on ait pu avoir, il en naît deux obftacles, fans lefquels cette manufacture ferait peut-être une des plus belles de l’Europe, la difette d’eau & la qualité de l’eau. 428,
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- 428- Le canal de Montargis, pendant une partie de l’année, n’a pas allez d’eau pour la navigation ; la manufacture n’en peut tirer au-delà d’une certaine quantité quia été convenue, & la manufacture jouit à peine de cette petite quantité qui pourrait faire aller huit cylindres.
- 429. A l’égard de la qualité, l’eau y eft fouvent fangeufe, chargée de limon ; elle produit un papier broqueteux ou graveleux, qualité qui s’apperçoit à l’écriture , quelquefois même à l’impreffion ; car de petites pierres engagées dans la fubftance du papier, peuvent percer la feuille lorfqu’on vient à battre des livres dans l’attelier du relieur. Au refte, il y a des tems où cet inconvénient fe fait à peine remarquer; d’ailleurs le papier de Montargis efl: blanc, fin , bien collé; & il y a lieu d’elpérer qu’on parviendra à clarifier les eaux , de maniéré à ne lailfer abfolument rien à defirer pour la qualité fupérieure de ce papier (78). 1
- 430. On compte en Franche-Comté vingt-fept papeteries, & en tout environ trente cuves, la plupart fituées au pied des rochers, où elles reçoivent des eaux vives & claires, & pourraient devenir très-parfaites , par l’exécution plus rigoureufe des règlement
- 431. Il y a vingt-cinq ans que cette province fournilfait beaucoup de papiers à la Suiife , au Lyonnais., outre la confommation intérieure de la province ; mais depuis quelques années la perfection & le commerce y ont diminué, plufieursmoulins manquent d’ouvrage, & la Suiife 11’eft plus obligée de s’y approvilionner.
- 432. Le canton de Berne & la principauté de Neuchâtel ont élevé quelques papeteries qui réuffilfent alfez bien; elles ont fait même beaucoup de tort aux fabriquans de Pontarlier, qui voient leurs matières premières palier en fraude chez l’étranger, &font obligés de payer à leurs voifins ce qu’ils fabriquaient eux-mêmes précédemment &avecfùccès (79J. Le canton de Bâle a réuifide même à faire du papier alfez eftimé pour que les papeteries françaifes qui en font voilînes, travaillent fous la marque de Bâle, afin de donner plus de crédit à leurs papiers (80).
- (78) On ne peut nier que l’on prend ici toutes les précautions polfibles pour clarifier les eaux. Il ferait à fouhaiter qu’on fût les imiter dans plufieurs manufactures, où l’on néglige ces petites attentions, d’où dépend la perfection de l’art.
- (79) Les papeteries de Franche-Comté fournilfent encore des papiers à la Suifle & au Lyonnais ; mais les derniers droits mis fur les papiers dtimpreffion , ont fait un tort confidérable à cette branche de commerce. D’ailleurs , il faut convenir que le
- Tome IV.
- défaut de fonds néceffaires, empêche les fabriquans de donner à leurs papiers la fu. périorité qu’ils pourraient avoir.
- (80) Il y a dans le canton de Berne , & fur-tout dans la principauté de Neuchâtel, des papeteries qui font parvenues à un certain degré de perfection. Elles réuniront encore mieux , fi l’on y introduit quelques précautions néceffaires pour clarifier l’eau ; & particuliérement l’ufage de la machine hollandaife , pour affiner la matière. Les papeteries de Bâle fourniffent inconteftable-S S 6
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- 433. Les Efpagnols polfedent a&uellement plus de deux cents moulins à papier , qui en fourniffent de très-bon.
- 434. Autrefois ils vendaient leurs matières aux Génois, pour acheter
- d’eux enfuite les papiers qui fe confommaient en Efpagne. On remarqua en 1720, que cette dépenfe avait été à foo milles piaftres , c’eft-à-dire , environ un million & trois quarts de notre monnaie (*). Pour remédier à l’abus , on défendit la fortie des chiffons (**) ; 011 veilla à faire obferver la défenfe, & l’Efpagne eft parvenue à fecouer en partie le joug de l’induftrie étrangère. Cependant la compagnie de Montargis a encore vendu à Cadix du papier façon de Gênes, à très-haut prix. ,
- 43^. Les Anglais, auffi attentifs qu’aucun autre peuple de l’Europe à fe conferver les branches utiles de commerce, ont .chez eux grand nombre de papeteries. Nous ne connailions point le détail de leur exploitation ; mais une preuve de l’attention que le gouvernement y apporte, c’eft le réglement par lequel il eft défendu d’enfevelir les morts dans de la toile , comme cela fe pratique par-tout. L’Angleterre épargne, au moyen de ce réglement, au moins deux cents milliers de chiffons par année; car de huit millions d’habitans que renferment les isles Britanniques, il en meurt néceffairement toutes les années environ 200,000; & chaque fépulture emploierait un drap qui peferait * au moins une livre. . •
- Des règlemens qu'on a faits en France pour le commerce des vieux linges.
- 43 5. Par le tarif de 1664, le linge vieux, les vieux drapeaux, drilles & pattes furent impofés , à la fortie du royaume, à 6 liv. par quintal : ces droits furent doublés en T 587 > niais par des arrêts du confeil des 28 niai 1697 & 4 mars 1727 , il y eut défenfe abfolue de faire fortir hors du royaume aucurie de ces matières fervant à la fabrication du papier, fous peine de confifcation & d’amende. Cette défenfe a fubfifté long-tems ; cependant, par un arrêt du confeil du 8 mars 1733 , la liberté a été rétablie moyennant dix écus par quintal pour le droit de fortie. A ce prix là il n’y a rien à perdre pour la France à laiffer fortir les drapeaux; car le droit furpaffe trop confidérablement la valeur de la chofe, pour que l’exportation puiffe nuire à nos manufactures, fi ce n’eft à caufe de la fraude, qui eft toujours confîdérable.
- ment le plus beau papier que nous ayons en Suiffe; mais elles le tiennent à un prix très • haut, parce qu’elles ne peuvent pas fuffire aux commiflions qui leur viennent de toutes parts. Je ne connais aucun papier
- dé France , qui puiffe entrer en comparai, fon avec celui - là,
- ( * ) La piaftre de change à Cadix vaut 3 liv. is* f. monnaie de France.
- (7*) Théor. du commerce, ch. g S & fuir.
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- 437- C’est pour obvier à ces fraudes, que par un arrêt du confeil, du ig mars 175 f, il a été défendu de faire des magafins ou amas de vieux linges en aucuns lieux fitués fur les côtes des provinces maritimes, ou à quatre lieues des bureaux de fortie > car, à la faveur des acquits à caution qui fe prenaient pour porter de petites quantités de ces matières dans des villes frontières, on en faifait palfer de plus fortes parties en fraude chez l’étranger, ce qui privait les manufactures de leurs plus belles matières. En même tems il a été ordonné que, lorfqu’on en tranfporterait par mer, les patrons de barque en feraient une déclaration exacte , & enfuite rapporteraient dans le délai qui leur ferait prefcrit, au bureau du départ, u.11 certificat de débarquement pris dans le lieu de la deliination.
- 438» A l’égard du commerce intérieur de ces matières dans le royaume , il a été rendu parfaitement libre par un arrêt du confeil, du 10 feptembre 1756, qui permet à tous les fabriquans de papier de tirer in différemment de toutes nos provinces les matières propres à la fabrication de ces papiers , fauf les droits de fortie qui ont lieu pour les provinces du royaume réputées étrangères. Cette liberté intérieure dans un état, eft en général un des plus puiffans fecours que la lageffe du miniftere puiffe donner à l’induftrie, pour accroître le commerce & l’opulence, pour faire participer tous les fujets de l’état à l’équilibre & au bonheur général.
- v Rêglemens pour la fabrication du papier en France.
- 439. Nous avons négligé de rapporter fous chaque opération les chofes qui ont été jhgées affez néceffaires pour être prefcrites par les réglémens, fous différentes peines 5 parce qu’ayant expofé toute la perfection dont l’art eft fufceptible, il a fallu parler prefque toujours de précautions encore plus grandes que celles des rêglemens ; mais nous allons les rapporter ici dans leur entier, en y joignant quelques notes fur les articles qui en feront fufcep-tibles. Plufieurs articles pourront paraître inutiles à l’objet que nous nous fommes propofé ; mais en les féparant du total, nous aurions craint de défigurer un code qui, par fon caractère de loi, doit être reipedé & préfenté tel qu’il eft.
- Arrêt du confeil d'état du roi, portant réglement pour les différentes fortes de papiers qui fe fabriquent dans le royaume. Du 27 janvier .1739. Extrait des regiftres du confeil d'état.
- Le roi s’étant fait repréfenter, en fon confeil > les rêglemens ci-devant faits pour les différentes fortes de papiers qui fe fabriquent dans le royaume,
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- autorifés par arrêt du confeil du 2i juillet 1671, & autres réglemens & arrêts rendus depuis, concernant la fabrique defdits papiers (a) ; & Sa Majefté étant informée que les précautions prifes par ces réglemens & arrêts, ne font pas fuffifantes pour alfurer la bonne qualité des papiers, & qu’il eft néceifaire d’y ajouter de nouvelles difpolîtions, pour porter cette manufacture à un plus haut degré de perfection ; à quoi délirant pourvoir : oui le rapport du Heur Orry confeiller d’état, & ordinaire au confeil royal, contrôleur général des finances , le roi étant en fon confeil, a ordonné & ordonne ce qui fuit:
- Art. I. A l’avenir, & à commencer du jour de la publication du préfent arrêt, les drapeaux, chiffons, peilles ou drilles , deftinés à la fabrication des différentes fortes & qualités de papiers qui fe font dans le royaume, feront préparés de façon que lefdites matières foientparfaitement déchirées, éfilo-chées , brOyées & affinées, en fe fervant de piles ordinaires , ou en y employant d’autres machines propres à ces opérations, après néanmoins avoir obtenu la permillion du roi de faire ufage defdites machines : faifant Sa Majefté dé-fenfes de fe fervir d’aucunes machines tranchantes, pour autre ufage que pour préparer lefdites matières à être éfilochées ( b), broyées & affinées 5 le tout à peine de confifcation defdites machines, & de deux cents livres d’amende.
- IL Les piles & autres machines fervant à la fabrication de toutes fortes de papiers, même des papiers gris, traifes & cartons , & les pourrilfoirs dans les moulins où l’on fait pourrir les drapeaux, feront placés dans des lieux dos & couverts ( c) : faifant Sa Majefté très-exprelfes inhibitions & défenfes de fabriquer aucuns papiers & cartons dans des moulins dont les piles, ou autres machines , & les pourrilfoirs feraient à découvert, & expofés aux injures de l’air & à la pouffiere; à peine de trois mille livres d’amende contre les propriétaires des moulins, qui les auraient donnés à loyer dans cet état, & de mille liv. d’amende contre les maîtres fabriquans.
- III. Seront tenus les maîtres fabriquans de faire purifier l’eau dont ils fe ferviront, tant pour le lavage de la pâte deftinée à fabriquer le papier, que pour détremper la colle, en faifant palfer ladite eau dans quatre différens vaif-feaux ou réfervoirs, dont le dernier au moins fera fablé (V),pour la faire repofer dans les premiers, & filtrer à travers le fable du dernier ; à peine, en cas de contravention, de cinquante livres d’amende contre lefdites maîtres fabriquans.
- IV. L’eau , au fortir defdits vaiffeaux ou réfervoirs, fera introduite dans
- (a) Les principaux font ceux des 21 nov. 1688 , déc. 1727 , 23 déc. 1732 , 12 déc. 1730 : ce dernier avait été fait; pour la province du Limoufin feulement.
- (b) C’eft-à-dire, pour le dérompoir, §.72. ( c ) Voyez § 67.
- ( d ) Voyez, fur l’ufage du fable, ce que nous avons dit, §.76.
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- les piles ou autres machines fervant à broyer les drapeaux, à travers d’un linge appelle couloir, à peine de trois livres d’amende (<z).
- V. Défend SaMajefté de mêler avec les drapeaux ou chiffons, ou avec la pâte deftinée à la fabrication des différentes fortes de papiers, même des papiers gris, traffes & cartons , aucune forte de chaux, ou autres ingrédiens corrofifs; à peine, en cas de contravention, de confifcation defdits drapeaux ou chiffons & pâte, dans lefquels il en aurait été mêlé, & même des papiers qui auraient été fabriqués avec lefdites matières, & de trois cents livres d’amende contre les maîtres fabriquans ( b ).
- VI. Veut SaMajefté qu’à l’avenir, à commencer du jour de la publication du prefent arrêt, les maîtres fabriquans foient tenus de faire coller également les papiers de différentes fortes & qualités, deftinés pour l’imprime-merie & pour le tirage des eftampes, qui ne feraient pas aufli parfaitement collés que ceux pour l’écriture, & de cent livres d’amende ( c ).
- VIL Défend Sa Majefté auxdits maîtres fabriquans, de fe fervir d’aucune grailfe ou favon pour liifer les papiers j à peine, en cas de contravention, de confifcation defdits papiers, & de cent livres d’amende contre lefdits maîtres fabriquans , & de dix livres contre l’ouvrier, appellé fakran , qui en aurait employé ( d. ).
- VIII. Toutes les différentes fortes de papiers qui fe fabriquent dans le royaume, feront, à l’avenir, des largeurs, hauteurs & poids fixés par le tarif attaché fous le contre-fcel du préfent arrêt (e) : à l’effet de quoi ordonne Sa Majefté que dans le délai de fix mois , à compter du jour de la publication du préfent arrêt, toutes les formes deftinées à la fabrication des papiers feront réformées, & faites fur les largeurs & hauteurs mentionnées audit tarif j à peine.de confifcation, tant des formes qui,après ledit délai de fix mois expiré , feraient trouvées ou trop grandes ou trop petites, lefquelles feront brifées, que des papiers qui fe fabriqueraient dans lefdites formes, ou d’un poids différent de ceux fixés par ledit tarif, & de cent livres d’amende contre les maîtres fabriquans (f). Pourront néanmoins lefdits maîtres fabriquans faire des papiers
- (a) Sur la propreté de l’eau , voyez §§. 734 & ioç.
- (b) L’ufage de la chaux , quoique bon , eft fujet à un trop grand abus : c’eft pourquoi il a été profcrit. Voyez art. <57.
- (c) La précaution du réglement eft jufte ; mais l’ufage a cependant établi par-tout une différence pour le collage entre le papier d’écriture & le papier d’impreflîon, Voyez §§. 317 & 147.
- (d) L’ufage de la graiffe eft un inconvénient réel, mais dont on a peine encore a&uellement à s’abftenir dans les fabriques de papier ( §. 340 ).
- ( e ) Ce tarif a été réformé par l’arrêt du 18 feptembre 1741, qui en contient un nouveau : ainfi nous nous en tiendrons à ce dernier, que l’on trouvera ci-après.
- (/) L’arrêt de 1727 permettait d’augmenter la grandeur, pourvu que l’épaifr
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- de largeurs & hauteurs au-deflus de celles fixées par ledit tarif, pour le papier appelle grand-aigle j à la charge que le poids des rames defdits papiers fera augmenté à proportion de l’augmentation de la largeur & de la hauteur des feuilles ( a ).
- IX. N’entend néanmoins Sa Majefté que les maîtres fabriquans puiffent être pourfuivis dans les cas où les feuilles de leurs papiers fe trouveront de quelques lignes au-delfus ou au-deffous des dimenfions portées par ledit tarif, lorfqu il paraîtra que lefdites augmentations ou diminutions peuvent provenir de la faifon dans laquelle les papiers auront été fabriqués , & non du défaut des formes & de la mauvaife qualité de la matière , & ne caufent pas une différence de poids de chaque rame au-delà d’une quarantième partie de celui fixé par le tarif ( b ).
- X. Et afin que les maîtres fabriquans nepuiffent fefervir à l’avenir d’aucunes formes défe&ueufes , ordonne Sa Majefté que dans le délai de fix mois ci-deffus prefcrit, elles feront toutes repréfentées avec leurs cadres volans ap-pellés couvertes, par-devant les juges des manufactures , en préfence des gardes des maîtres fabriquans ; & que lorfqu’elles feront trouvées conformes aux dimenfions portées parle tarif, lefdites formes & leurs cadres ou couvertes feront marquées à feu ; & le poinçon qui aura fervi à appliquer ladite empreinte , fera dépofé dans le greffe de ladite jurifdiélion : faifant Sa Majefté défenfes à toutes perfonnes de contrefaire ladite marque, à peine d’être pourfuivies extraordinairement comme pour crime de faux ; & à tous maîtres fabriquans, de faire ufage d’aucunes formes qui ne foient ainfi marquées ; à peine de confif-cation des formes qui feront rompues & brifées, & de cent livres d’amende contre lefdits maîtres fabriquans, & de trois livres contre l’ouvrier qui s’en ferait fervL
- XL Les maîtres fabriquans feront tenus de mettre fur le milieu d’un des côtés de chaque feuille des différentes fortes de papiers qu’ils fabriqueront * la marque ordinaire pour défigner chaque forte de papier j & fur le milieu de l’autre côté de ladite feuille, en cara&ere de quatre à fix lignes de hauteur,
- feur & le poids augmentaient à proportion ; le poids était fixé , mais non pas les grandeurs.
- Ce fut en 1752 , qü’on ajouta Un tarif pour les longueurs & les largeurs, afin que chaque èfpece de papier ayant un prix con-nu , eut aufll une qualité confiante.
- (a) En conféquence de la permiffion donnée par le prêtent article, de faire des papiers d’une plus grande forte, M. Du-ponty en fit exécuter une forte appellée
- grand - langlée , du nom de la manufacture de l’Anglée près Montargis, qui avait cinq pieds de long fur deux pieds dix pouces de large. Cette grandeur extraordinaire ferait fort utile pour les plans ; mais elle réuffit difficilement, à caufe de la godée dont nous avons parlé , §. jig.
- (b) Voyez l’art. II de l’arrêt du 18 fep* tembre 1741, & ce que nous avons dit, §. 386.
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- la première lettre du nom & le fur nom en entier du maître fabriquant avee run de ces mots, aufli en entier ,fin, moyen , bulle , vanant, ou gros-bon , fuivant la qualité du papier, avec le nom de la province 5 & à l’égard du papier appellé cartier fin, le nom de la province , la première lettre du nom & le furnom en entier du maître fabriquant, feront mis à l’extrémité de chaque feuille j le tout à peine, en cas de contravention, de confifcation des papiers, & de trois cents livres d’amende .contre les maîtres fabriquans (a) : faifant Sa Majefté très-expreifes inhibitions & défenfes auxdits maîtres fabriquais, de marquer aucuns papiers de qualités inférieures, du nomfervantà défigner une qualité fupérieure , à peine de confifcation defdits papiers , & de mille livres d’amende, & d’ètre déchus pour toujours de la fabrication & du commerce des papiers.
- XII. Défenp Sa Majefté à tous maîtres fabriquans, de mettre les noms & furnoms d’un autre maître fabriquant, ou un nomfuppofé , au lieu du leur, fur les papiers qu’ils fabriqueront ou feront fabriquer ; comme auftî de faire fabriquer du papier marqué de leur nom, dans d’autres moulins que ceux qui leur appartiennent, ou qu’ils tiennent à loyer; à peine , en cas de contravention , de confifcation des papiers , de mille livres d’amende , & d’ètre déchus pour toujours de la fabrication 8c du commerce des papiers,
- XIII. Les veuves de maîtres fabriquans , qui, après le décès de leur mari, voudront continuer à faire fabriquer des papiers , feront tenues de mettre le mot veuve en entier , avant la première lettre du nom, & le furnom en entier de leur mari; & les fils de maîtres fabriquans , qui auront le même nom de baptême que leur pere actuellement vivant, & qui, après leur réception à la maîtrife , fabriqueront ou feront fabriquer des papiers pour leur compte particulier, ajouteront le mot pis en entier, après la première lettre du nom & le furnom. de leur pere : le tout à peine, en cas de contravention, de con-fifcation des papiers, & de cent livres d’amende. (Voyez, à l’occafion des veuves, l’art. XLIII.)
- XIV. Seront tenus les maîtres fabriquans de trier ou faire trier exactement les feuilles dont chaque main de papier doit être compofée; de mettre le fin avec le fin, le moyen avec le moyen , le bulle avec le bulle, le vanant ou gros-bon avec le vanant ou gros-bon, fans qu’il y ait aucun mélange de
- (a) Suiva»t l’arrêt du 18 feptembre 1741 , art. IV , dès qu’il aura été conftaté que lefdits maîtres fabriquans auront ajouté à leurs formes la marque 1742, ils pourront vendre & débiter librement leurs papiers , fans être obligés d’en faire aucune déclamation.
- Le réglement de 1688 exigeait aufli qu’on marquât fur la feuille l’année de la fabrication ; mais il était trop difficile de faire un changement dans les formes toutes les années ; & l’on a jugé devoir fe contenter d’une marque* perpétuelle & confiante.
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- papiers de différentes qualités dans une même main, ni dans une meme rame : leur faifant SaMajefté défenfes d’y employer des feuilles trop minces, trop courtes , trop étroites, & celles qui feront calTées , trouées, ridées, ou autrement défedueufes ; à peine , en cas de contravention, de confifcation des papiers , & de trois cents livres d’amende (a).
- XV. Veut Sa Majefté que toutes les feuilles de papier dont chaque main fera compofée , foient d’une égale largeur ; faifant défenfes auxdits maîtres fabriquans de rogner aucune defdites feuilles fur la largeur , à peine de confifcation defdjts papiers , & de cinquante livres d’amende fi.
- XVI. Permet Sa Majefté auxdits maîtres fabriquans de vendre en cahiers, de quelque grandeur que ce foit, les papiers fains , entiers & parfaits, qu’ils pourront retirer des feuilles des papiers caifés ou autrement défectueux, fans néanmoins qu’ils puilfent mêler dans lefdits cahiers, du papier fin avec du moyen, ou d’autre qualité inférieure, ni des papiers forts avec des papiers faibles ; à peine de confifcation defdits papiers ,& de cinquante livres d’amende: permet pareillement SaMajefté auxdits maîtres fabriquans de vendre dans le royaume , les papiers caftes, troués, ridés ou autrement défectueux, par demi-feuilles , en paquets & au poids , fans qu’ils puiftent en compofer des mains , des rames , ni même des cahiers , ni que lefdits papiers puiftent être envoyés dans les pays étrangers , fous quelque prétexte que ce foit : le tout, à peine de confifcation defdits papiers qui feraient trouvés en mains, en rames ou en cahiers, & de cent livres d’amende contre les contrevenans (c).
- XVII. Veut Sa Majefté que dans trois mois, à compter du jour de la publication du préfent arrêt, lefdits maîtres fabriquans & les marchands papetiers foient tenus de faire trier les papiers des différentes fortes & qualités qu’ils auront dans leurs moulins , boutiques & magafins, pour être, les feuilles caflees , trouées , ridées , ou autrement défedueufes, tirées des rames; à peine de confifcation defdites rames dans lefquelles , après l’expiration dudit délai, il ferait trouvé des feuilles de papier défedueufes, & de cent livres d’amende.
- ( a ) Les précautions dans le triage du papier , fi propres à accréditer chez l’étranger la bonne foi de nos fabriquans & la perfection de nos manufactures , ne fauraient être trop bien obfervées ; mais , par une contagion générale , on les néglige prefque par - tout : nous l’avons obfervé , §. J72, où il s’agiftait de l’ufage ; mais il s’agit ici du réglement.
- (b ) Cela n’était défendu eu 17jo, que
- pour le papier fervant à l’impreiïîon : aCtuel. Iementla défenfe eft générale ; mais voyez, quant à l’ufage aCtuel, le 372.
- ( c) L’arrêt de 174.1 , art. VI , permet d’en faire des rames percées de tiers en tiers dans l’étendue de la hauteur des feuilles avec un poinçon de fer de quatre lignes de diamètre, & de les envoyer même en pays étranger avec cette condition ; mais cela ne s’exécute point. ( Voyez §. J72 ).
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- * XVIII. La rame de toutes fortes de papiers fera compofée de vingt mains, chaque main de vingt-cinq feuilles, non compris les feuilles d’enveloppe , qui fe mettent delfus & delfous : & fera chaque rame outre lefdites feuilles d’enveloppe , recouverte de deux feuilles de gros papier, appellé maculature, fur l’une defquelles feront marqués, en caracfteres lifibles, la forte du papier dont la rame fera compofée , en diftinguant les qualités de fin, moyen, bulle , variant ou gros-bon ; le poids de ladite ramè , fans y comprendre les enveloppes ; le nom en entier de la province ou généralité dans laquelle les moulins font fitués, & les nom & furnom du maître fabriquant aufiî en entier : le tout à peine, en cas de contravention, de confifcation du papier, & de cent livres d’amende. (Voyez §. 589O
- XIX. Fait Sa Majefté défenfes auxdits maîtres fabriquans de fabriquer ni faire fabriquer, vendre ni débiter des papiers d’autres fortes & qualités, ni d’autres largeurs, hauteurs & poids, que celles fixées par le tarif attaché fous le contre-fcel du préfent arrêt, & que lefdits papiers ne foient conformes à ce qui y eft preferit * comme aufîi de vendre ni débiter, fous quelque prétexte que ce foit, les papiers caffés & de rebut, autrement qu’en la maniéré pref-crite par l’article XVI ci-deffus : le tout à peine, en cas de contravention, de confifcation defdits papiers , & de cent livres d’amende. (a)
- XX. "Défend pareillement Sa Majefté à tous marchands d’acheter, vendre ni débiter aucune des différentes fortes de papier, comprifes dans le tarif attaché fous le contre-fcel du préfent arrêt, qu’ils ne foient des largeurs, hauteurs & poids fixés par ledit tarif, & conformes à ce qui eft preferit par ledit arrêt j comme aufîi d’acheter , vendre ni débiter, fous quelque prétexte que ce fbit, les papiers caffés & de rebut, autrement qu’en la maniéré preferite par ledit article XVI ci-deffus , le tout fous les peines portées par l’article précédent.
- •‘XXL Et néanmoins, pour faciliter la vente & le débit des différentes fortes dé papiers qui fe trouveront dans les moulins & magafins defdits maîtres fabriquans , fix mois après la publication du préfent arrêt, fans y être conformes ,-permet Sa Majefté auxdits maîtres fabriquans de les vendre & débiter pendant une année, à compter du jour de l’expiration du délai de fixj mois accordé par l’article VIII ci-deifus : à la charge, par lefdits maîtres fabriquans, de faire , dans le premier mois de ladite année, leur déclaration de la quantité des différentes fortes defdits papiers qu’ils auront en leur poffefîîon, par-devant les juges des manufaélures, qui en drefferont des procès-verbaux, îefquels feront par eux directement envoyés au fieur intendant & commiffaire ( '
- (a) Sauf les exceptions contenues en l’article VIII ci-deflus , & ci-après en l’article XXIII.
- Tome IV.
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- départi dans la province ou généralité dans l’étendue de laquelle lefdits moulins ou magafins feront fitués : après lefquels délais, tous les papiers qui fe trouveront dans lefdits moulins & magafins , fans être conformes au préfent arrêt, feront confifqués , & les contrevenans condamnés en cent livres d’amende.
- XXII. Et afin que les marchands papetiers puiflent aufli fe défaire de tous les papiers mentionnés dans l’article précédent, qu’ils auraient achetés /lefdits maîtres fabriquans, veut Sa Majefté que lefdits marchands puiifentles vendre & débiter pendant une année , à compter du jour que le délai accordé auxdits maîtres fabriquans fera expiré i à la charge par lefdits marchands de faire , dans le premier mois de ladite année , leur déclaration des différentes fortes defdits papiers qu’ils auront en leur poffeflion, par-devant les juges des manufactures du lieu de leur domicile, qui en drelferont des procès-verbaux} après lefquels délais , tous les papiers qui fe trouveront dans les magafins des marchands papetiers, fans être conformes au préfent arrêt, feront confifqués; & les contrevenans condamnés en cent livres d’amende.
- XXIII. Permet Sa Majefté auxdits maîtres fabriquans, de faire des papiers des fortes, largeurs, hauteurs & poids qui leur feront demandés par les étrangers , en fe conformant au furplus à ce qui eftprefcrit par le préfent arrêt, & fous les peines y portées , & à la charge d’en obtenir la permiflion par écrit du fieur intendant & commiflTaire départi dans la province ou généralité dans l’étendue de laquelle leurs moulins feront fitués 3 dans laquelle permiflion il fera fait mention des qualités & quantités defdits papiers. N’entend néanmoins comprendre dans le préfent article, les papiers deftinés à être envoyés dans le Levant, par rapport auxquels Sa Majefté fe réferve de pourvoir par un autre arrêt particulier, (a)
- XXIV. Et pour aflurer la fortie des papiers qu’il aura été permis auxdits maîtres fabriquans de faire pour l’étranger, ordonne Sa Majefté que lors des envois defdits papiers, lefdits maîtres fabriquans feront tenus de déclarer au bureau des fermes du lieu de leur demeure , ou au bureau le plus prochain, le nombre des balles, la quantité des rames, & les fortes & qualités des papiers 3 d’y faire plomber lefdites balles 3 de déclarer le port par lequel ils. entendent les faire fortir, & de repréfenter au commis dudit bureau la permiflion qu’ils auront obtenue dudit fieur intendant & commiflaire départi, fur laquelle il leur lêra, par lefdits commis , expédié un acquit à caution , en la forme ordinaire, pour être déchargé par les commis du bureau des fermes établi dans le port où lefdits papiers feront embarqués, après néanmoins que les plombs appofés fur lefdites balles auront été reconnus fains & entiers.
- («) 11 y a été pourvu par un arrêt du 14 février 1739, dont nous parlerons ci-après.
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- Seront pareillement tenus lefd. maîtres fabriquans de rendre audit fleur intendant & commiffaire départi, la permiffion qui leur aura été par lui accordée, & de lui repréfenter ledit acquit à caution, déchargé, pour juftifier de la fortie defdits papiers : le tout à peine, en cas de contravention, de confifcation défi dits papiers, & de mille livres d’amende contre lefdits maîtres fabriquans.
- XXV. Défend Sa Majefté auxdits maîtres fabriquans de vendre , & à tous marchands d’acheter ni débiter dans le royaume, aucuns papiers dont la fabrication aura été permife pour être envoyés à l’etranger, pour quelque caufe & fous quelque prétexte que ce foit ; à peine, en cas de contravention, de confifcation defdits papiers, & de trois mille livres d’amende, tant contre les maîtres fabriquans qui les auraient vendus, que contre les marchands qui les auraient achetés ou expofés en vente.
- XXVI. Tous les cartons feront faits des largeurs, hauteurs & poids qui fèront demandés par les ouvriers à l’ufage defquels ils feront deftinés, & ne pourront être compofés que de-vieux papiers , ou des rognures des cartes & de celles des papiers : faifant Sa Majefté très-exprelfes inhibitions & défenfes à tous maîtres fabriquans d’employer à la fabrication defdits cartons, aucunes fortes de drapeaux, peilles & drilles ; à peine de confifcation des cartons qui en feraient fabriqués, & de cent livres d’amende contre les contrevenans. (a)
- XXVII. Seront réputés'maîtres fabriquans de papiers, tous ceux qui font actuellement fabriquer du papier en leur nom, dans des moulins à eux appartenais , ou qu’ils tiennent à loyer j fans qu’aucuns puilfent l’être à l’avenir , qu’après avoir fait apprentiflage, & fatisfait aux autres formalités prefi crites par le préfent arrêt, pour parvenir à la maîtrife.
- XXVIII. Ordonne S. M. que dans trois mois à compter du jour de la publication du préfent arrêt, il fera par chacun des fieurs intendans & commiffai-res,départis dans les provinces & généralités du royaume , fait des arrondiffe-mens des différentes villes & lieux defdites provinces & généralités, dans lesquels font (itiiés les moulins à papier, & que dans chaque chef-lieu de manufacture defd. arrondiifemens , il fera fait inceffamment & fans frais , Ci fait n’a été, un tableau qui contiendra les noms & furnoms des maîtres fabriquans établis dans les villes & lieux compris dans chacun defdits arrondiffemens, foit qu’ils foient propriétaires des moulins, ou qu’ils les tiennent à loyer ; lefquels tableaux feront (ignés, tant par le juge des manufactures & greffiers, que parles gardes en charge defdits maîtres fabriquans, dans chaque chef lieu ; & lorf-qu’ils’établira à l’avenir un nouveau maître fabriquant, il fera tenu de faire
- (a) Cette défenfe a été levée par Parti- gnures de papier , comme nous le dirons cle VIII de l’arrêt du confeil du ig fep- en faifant la defcription de Vart du carton-•témbre 1741 ; mais cela n’empêche pas nier, auquel cct article eft relatif, que les cartonniers ne s’en tiennent;aux ro-
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- ihfcrire fon nom & fou furnom fur le tableau du chef-lieu dont il dépendra, ce qui fera pareillement fait fans aucuns frais j & feront lefdits tableaux, dépofés au greffe de la jurifdiCtion des manufactures de chacun defdits chefs-lieux.
- XXIX. Veut Sa Majefté que tous les maîtres fabriquans , dont les moulins à papier font fitués dans les lieux qui fe trouveront compris dans les arrondilfemens qui auront été faits par lefdits fieurs intendans & commiflai-res départis, foient tenus , dans un mois au plus tard , à compter du jour que lefdits arrondiffemens auront été formés , de s’affembler dans chaque chef-lieu de la manufacture , fuivant lefdits arrondiffemens, au jour qui leur fera indiqué par lefdits fieurs intendans & commiffiires départis, par-devant les juges des manufactures de chacun defdits chefs-lieux, pour procéder, enla prélence defdits juges, à la pluralité des voix , à la-nomination de quatre ou de deux gardes, fuivant qu’il fera réglé par lefdits fieurs intendans & commif-faires départis, à proportion du nombre des maîtres fabriquans qui feront établis dans l’étendue de chaque arrondiffement; lefquels gardes prêteront ferment par-devant lefdits juges , de fe bien & fidèlement acquitter de leurs fondions, & les exerceront jufqu’au dernier décembre 1739. (a)
- XXX. Ordonne Sa Majefté qu’à l’avenir, & à commencer au mois de décembre 1739, il fera tous les ans , depuis le premier jufqu’au 10 dudit mois, procédé en la forme & maniéré prefcrite par l’article XXIX ci-deffus, à la nomination de deux nouveaux gardes , dans les villes & lieux où il en aura été élu quatre, pour remplacer les deux anciens qui fortiront de charge, & entrer en exercice au 2 janvier fuivant, avec les deux gardes de la précédente élection j ce qui fera obfervé d’année en année: enforte qu’il y ait toujours deux anciens & deux nouveaux gardes en exercice.
- XXXI Veut Sa Majefté que le même ordre foit obfervé dans les villes & lieux où il n’aura été nommé que deux gardes , & qu’il en foit élu un nouveau tous les ans , pour remplacer celui qui fortira d’exercice.
- XXXII. Lesdits gardes feront au moins quatre vifites générales par chacun an, & des vifites particulières toutes les fois qu’ils le jugeront à propos, tant dans les moulins & magafins à papier établis dans la campagne , que dans les magafins établis dans les villes qui feront dans l’étendue de leur diftricl; lors defquelles vifites , tous les maîtres fabriquans, les marchands papetiers, conimillionnaires, & autres , chez lefquels il y aurait des papiers dépofés, feront tenus de faire auxdits gardes ouverture de leurs moulins, maifons & magafins ; à peine, en cas de refus , de cinq cents livres d’amende : & où il fe trouverait des papiers qui ne feraient pas conformes à ce qui eft prel-
- (a) Cette nomination de gardes vifiteurs avait déjà été ordonnée par l’arrêt du 12 décembre 1730.
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- LE P A PIE R.
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- crit par le préfent arrêt, & au tarif attaché fous le contre-fcel d’icelui, lefdits gardes les feront faifir & enlever par un huiffier, & en pourfuivront la confif-cation avec les condamnations d’amendes portées par le préfent arrêt.
- XXXIII. Ordonne Sa Maiefté que les rames de papier dont la confifca-tion aura été ordonnée, feront percées d’un poinçon dans le milieu, & qu’elles feront remifes dans le moulin à papier , pour y être employées comme matière (a) -, & que du prix auquel elles feront eftimées comme matière, il en appartienne moitié aux gardes , l’autre moitié à l’hôpital le plus prochain du lieu où les jugemens auront été rendus.
- XXXIV. Nul ne pourra être admis à faire apprentiffage, qu’il n’ait au moins douze ans accomplis ; &ilferapafle brevet dudit apprentiffage, parde-vant notaires, entre le maître fabriquant & celui qui fe préfentera pour être apprentif; lequel brevet fera enrégiltré fur le regiftre qui fera tenu à cet effet par les gardes en exercice de chaque communauté, en payant, par ledit apprenftif, la fomme de trois livres pour ledit enrégiftrement.
- XXXV. Le tems de l’apprentiffage fera de quatre années confécutives, pendant lefquelles l’apprentif fera tenu de demeurer chez fon maître & de le fervir fidèlement j & ceux defdits apprentifs qui quitteront leur maître avant le terme defdites quatre années accomplies, n’acquerront aucun droit pour parvenir à la maîtrife, & leurs brevets feront & demeureront nuis & rayés du regiftre dans lequel ils auront été enrégiftrés.
- XXXVI. Dans le cas où le maître chez lequel l’apprentif aurait commencé fon apprentiffage, cefferait de fabriquer ou faire fabriquer du papier, avant le terme de l’apprentilfage accompli, les gardes en charge placeront ledit apprentif chez un maître, pour y finir le tems qui reftera à expirer de fon apprentiffage j ce qui fera pareillement obfervé par lefdits gardes , fi le maître vient à décéder, & que fa veuve ou fes enfans ne continuent pas à faire fabriquer du papier.
- XXXVII. Les quatre années d’apprentiifage expirées, l’apprentif fera tenu de fervir pendant quatre autres années chez les maîtres, en qualité de compagnon.
- XXXVIII. Les fils de maîtres qui auront demeuré jufqu’à l’âge de feize ans accomplis chez leur pere, ou leur mere veuve faifant fabriquer du papier , feront réputés avoir fait leur apprentiffagej & feront néanmoins tenus de fervir quatre années en qualité de compagnons chez leur pere, ou leur mere veuve, ou chez d’autres maîtres.
- XXXIX. L’aspirant à la maîtrife, qui fe préfentera pour être reçu, fera
- (a) Nous avons parlé fort au long du papier cafté , & de celui qu’on eft obligé de refondre, §. 564.
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- préalablement tenu de repréfenter aux gardes en charge, & aux anciens maîtres, qui feront nommés à cet effet par le corps des maîtres fabriquans, fon brevet d’apprentitfage , & le certificat en bonne forme , du fervice qu’il aura fait chez les maîtres, en qualité de compagnon : il fera enfuite admis à faire en préfence defdits gardes-& principaux maîtres fabriquans, fon chef-d’œuvre , qui conliftera dans les différentes opérations de la fabrique du papier , & interrogé fur la qualité des différentes fortes de papiers qui lui feront préfentés à cet effet; & fi, après cet examen, ledit afpirant eft trouvé capable par lefdits gardes en charge & principaux maîtres fabriquans, il fera par eux préfenté aux juges des manufactures , pour prêter ferment par-devant eux, & infcrit dans le tableau des maîtres fabriquans, en la forme prefcnte par l’article XXVTII ci-deffus, en payant la fomrne de fix livras pour les droits defdits juges ,*& pareille fournie pour la communauté.
- XL. Les fils de maîtres qui fe préfenteront pour être reçus à la maitrife, ne feront aucun chef-d’œuvre, mais feront feulement tenus de repréfenter les certificats du fervice qu’ils auront fait en qualité de compagnons, chez leur pere, ou leur tnere veuve, ou chez d’autres maîtres; & feront interrogés, tant fur les opérations de la fabrique du papier, que fur la qualité des différentes fortes de papiers : & fi, après cet examen, ils font trouvés capables, ils feront reçus en la forme prefcrite par l’article précédent, en payant la fournie de lix livres pour les droits des juges de manufactures, & pareille fomrne pour la communauté.
- XLI. Les fournies qui feront payées, tant pour l’enrégiftrenient des brevets d’apprentiffage, que pour les réceptions à la maîtrife, feront reçues par l’ancien garde en charge, qui en tiendra regiftre, & employées aux affaires de la communauté, dont il fera tenu de rendre compte à la fin de fon exercice , en préfence des autres gardes & des anciens maîtres fabriquans qui feront nommés à cet effet par la communauté affemblée : & fera tenu ledit ancien garde, de-remettre les deniers qui relieront entre fes mains, en celles de l’ancien gardé qui lui fuccédera,- ce qui fera exécuté d’année en année.
- XLÎL Défend Sa Majefté à tous gardes & maîtres fabriquans, de prendre ni recevoir', dés afpirans à la maîtrife, aucuns préfens, ni autres & plus grands droits que ceux fixés par le prélent arrêt, pour quelque caufe & fous quelque prétexte que ce puiffe être, à peine de rellitution , & de cent livres d’amende; comme aufiî auxdits alpirans de donner aucuns repas auxdits gardes , ou maîtres fabriquans , à peine de nullité de leur réception.
- XLTII. Les veuves des maîtres fabriquans jouiront des droits & privilèges de leur mari, & pourront continuer de faire fabriquer du papier, tant qu elles relieront en viduité , fans pouvoir néanmoins faire d’apprentifs ; & au cas qu’elles fe remarient avec quelqu’un qui ne foit pas maître fabriquant * elles feront déchues defdits droits & privilèges.
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- XLIV. Ordonne Sa Majeftc que les maîtres fabriquans de papier, leurs fils travaillais dans leurs fabriques,1 les colleurs ou falerans, les ouvriers qui mettent les matières fur les formes , ceux qui couchent les papiers, ceux qui les lèvent, &' ceux qui préparent les matières qui entrent dans la com-polition du papier , feront perfbnnelîement exempts de la collede des tailles, du logement de gens de guerre , & de la milice, & qu’ils feront cotifés d’office à la taille, par le (leur intendant & commifiaire départi dans la province où ils feront établis , fuivant les états qui lui en feront remis tous les ans par les gardes en charge , fins que les cotes d’office puifient être augmentées par les colle&eurs. (a) uv* .
- XLV. Veut Sa Majefté que l’ouvrier employé à faire & à réparer les formes fervant à la fabrication des papiers j appelle formaire, j ouille des mêmes privilèges & exemptions accordés par l’article XLIV ci-delfus , aux maîtres fabriquans & à leurs ouvriers ; à l’effet de quoi il fera compris dans les états ordonnés par le même article. f ;r’
- XLVI. Fait Sa Majefté défenfes aux gardés";de comprendre dans lefdits états j aucuns maîtres-fabriquans qui ne continueront1 pas à faire fabriquer du'papier, ou d’autres Ouvriers que ceux qui feront a&uellemeiit travaillans dans les moulins , à peine de trois cents livres d’amende. ; ‘
- XLVII. Les maîtres /fabriquans pourront employer ceux de leurs compagnons ou apprentifs qu’ils jugeront à propos , à celles des fondions du métier de papetierqu’ils trouveront leur être plus convenables, fans qu’aucuns defd. compagnons.puilfent s’y bppofer, pour quelque’caule & fous quelque prétexte que ce foit ; à peine de' trois livres d’amende payable par'corps , contre chacun defdits compagnons qui auraient formé'de pareilles oppofitions , & de plus grande peine,;$hl y échet. '..cl n1. . • 1 1 ;
- XLVIII. Fait -Sa Majefté défenfes aux compagnons & ouvriers, de quitter leurs maîtres pour aller chez d’autres’, qu'ils ne les aient avertis fix femaines auparavant P en 'préfence de- deux témoins, à-peine de cent livres d’amende payablepâr corps, contre les Compagnons &ûûvriers -, &Jde trois cents livres contre les maîtres fabriquans ^qui recevraient‘à leut fervice & engageraient aucuns "compagnons & ouvriers f qu’ils ne leur aient repréfenté le ‘cohgé par
- (<z) Les privilèges accordés à l’impor- royaume. Quoi de plus jufte que de foula-tance de cette prqfeffion , &= à fon ‘utilité gérrceux qui font véritablement utiles à la pour le bien de Pétât ,^fe trouvent déjà dans' fociété ? Qu’ils foient füpportés par la mul-le réglementée i’72^ yfait pour rlà pro- titüde oifive, oü occupée à fervir le luxe, vince d’Auvergne; mais dans celui'de 1*730,' & donplesoccupations font toujours d’an-
- fait pour la province duJLimôüfin , il-n’y tant .piüs'lucratives qu’elles font plus inu, avait que.le premier'ouvrier qui en jouit ; tiles.‘ - - 1
- ils ont été par cet article étendus à tout le
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- écrit, du dernier maître chez lequel ils auront travaillé, ou du juge des lieux.j en cas de refus mal fondé de la-part du maître : lefdites amendes applicables moitié au profit de SaMajefté,, & l’autre moitié au profit des maîtres que les compagnons & ouvriers auraient quittés fans congé. Seront auffi tenus les maîtres d’avertir lefdits compagnons & ouvriers, en préfence de deux témoins, fix femaines avant que de les renvoyer, à peine de leur payer leurs gages & nourriture pendant lefdites fix femaines. ( a)
- XLIX. Défend auffi SaMajefté auxdits maîtres fabriquans, de débaucher les compagnons &;ouvriers, les uns des autres, en leur promettant des gages plus forts que ceux qu’ils gagnaient chez les maîtres où ils travaillaient; fous les peines portées par l’article précédent, tant contre lefdits maîtres fabriquans , que contre lefdits compagnons & ouvriers.
- L. Ordonne Sa Majefté que, s’il arrivait qu’un compagnon ou ouvrier, pour forcer fon maître à le congédier avant.le tems , gâtât, par une mauvaife volonté, fon ouvrage , & qu’il en fût convaincu, tant par la comparaifon de fes ouvrages, qué^r la dépofition des autres compagnons & ouvriers travaillais dans le meme moulin, ledit^compagnon ou ouvrier fera condamné, outre le dédommagement , à la même peine que s’il.avait quitté fon maître; fans congé. f
- LI. Veut SaMajefté que les compagnons & ouvriers papetiers foient tenus de faire le travail de chaque journée, moitié avant midi, & l’autre moitié après midi, fans qu’ils puilfent forcer leur travail, fous quelque prétexte que ce foit (é), nf le quitter, pendant le courant de la journée, fans le congé de leur maître ; à peine, en cas dejContravention, de trois livres d’amende par corps, contre lefdits compagnons & ouvriers,. applicable au profit des.pauvres de l’hôpital le plus prochain du lieu où les jugemens feront, rendus. •< -.1
- LU. Défend Sa-Majeftéà tous compagnons & ouviers de commencer leur travail, tant èn hiver qu’en été, avant?trois heures du matin, & aux-maîtres fabriquans de les y admettre avant ladite heure,, iii d’exiger defditss compagnons 8t ouvriers , des tâches extraordinaires appetlées avantages ^k'^Qm.t de cinquante ^livres d’amende-, contre lefdits" maîtres; fabriquans , & dea trois,liv. contre lefdits compagnons & ouvriers, pour chaquercontraventioiuj lefdites amendes applicables comme ci-defius.
- ( a ) Cette précaution avait déjà été prife par le réglement de 1732. _
- (û ) 11 n’eft rien d.e fi aifé dans la fabri-. cation du papier, que de faire beaucoup^ d’ouvrage & de le faire pal: pour obvier â la diffipation & à l’impatience dés ouvriers , les maîtres ont fixé la tâche à huit rames
- de couronne, les au très, for tes à propoiv tion. Ce réglement les oblige à faire ce tra». vaii moitié.avant midi & moitié après; il' ferait à fouhaiter, qu’on pùtles obliger à le faire en quinze, heures , ,au .lieu de le faire-en fix ou fept heures de tems /comme cela arrive fouvent. Voyez §, jça.rV mu
- lui.
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- LÎII. Pourront les maîtres fabriquans prendre dans leurs moulins , td nombre d* apprentifs quils jugeront à propos, foit bis de compagnons ou autres ; somme auffi recevoir dans leurs moulins les compagnons qui viendraient leur demander du travail, en repréfentant par eux le congé du dernier maître qu’ils auront quitté, vifé fans frais par le juge du lieu du domicile dudit dernier maître ; le tout, fuis que les autres compagnons & ouvriers puiflent les inquiéter ou maltraiter, ni exiger d’eux aucune rétribution, pour quelque caufe & fous quelque prétexte que ce foit ; à peine, en cas de contravention , de vingt livres d’amende payable par corps, contre chacun defdits compagnons & ouvriers, & de plus grande peine s’il y échet.
- LIV. Défend Sa Majefté à tous compagnons, ouvriers & apprentifs, de vendre aucuns papiers, ni aucunes matières ou colles fervant à la fabrication defdits papiers, & à tous colporteurs & autres , d’en acheter, à peine de cinquante livres d’amende payable par corps, même d’être lefdits compagnons* ouvriers , apprentifs & colpoteurs, pourfuivis extraordinairement, fi le cas y échet.
- LV. Fait pareillement Sa Majefté défenfes à tous arti&fis d’acheter pour revendre, aucuns vieux linges , vieux drapeaux, peilles ou drilles, fervant à la fabrication du papier ; & à tous merciers & colporteurs , d’en acheter dans la diftance d’une demi-lieue de chaque moulin à papier, fous quelque prétexte que ce foit ; à peine de confifcation, & de pareille amende de cinquante livres contre les contrevenans, payable par corps, même de plus grande peine s’il y échet.
- ‘ LVT Fait aufîî SaMajefté défenfes à tous maîtres fabriquans, de vendre, Se à toutes perfonnes d’acheter, fous quelque prétexte que ce foit, aucunes matières réduites en pâte propre à fabriquer du papier; à peine de confifca-tion, & de mille livres d’amende, tant contre le vendeur que contre l’acheteur.
- LVII. Permet Sa Majefté auxdits maîtres fabriquans, de fabriquer, ou faire fabriquer dans leurs moulins, foit en laine, coton , poil ou autres matières , les étoffes deftinées à coucher leurs papiers au fortir de la forme , appel-lées jlautres ou feutres, fans néanmoins qu’ils puiffent fabriquer ou faire fabriquer aucunes autres fortes d’étoffes avec lefdites matières , fous quelque prétexte que ce puiffe être, même pour leur propre ufage, à peine de confifcation & de mille livres d’amende.
- LVTII. Les procès-verbaux qui feront dreffés des contraventions faites au préfent arrêt, feront mention des articles de l’arrêt, auxquels il aura été contrevenu; & les amendes qui feront prononcées pour raifon defdites contraventions, dont l’application n’eft pas ordonnée ci-deffus, feront appliquées, favoir, un tiers au profit de Sa Majefté, un tiers au profit des gardes qui auront fait Tome IV, V v v
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- les faifies -, & l’autre tiers au profit des pauvres de l’hôpital le plus prochain des lieux où les jugemens auront été rendus.
- LIX. Veut Sa Majefté que les regiftres qui feront tenus par les gardes des maîtres fabriquans, foient en papier commun & non timbré , & cotés & paraphés fans frais par les juges des lieux ; & que les procès-verbaux de nomination des gardes, & les expéditions qui pourront en être faites , foient aufli en papier commun & non timbré , fans pouvoir ètrealfujettis au contrôle, ni à aucunes fortes de droits, de quelque nature qu’ils puiifent être.
- . LX. Veut pareillement Sa Majefté que toutes les faifies qui feront faites pour raifon des contraventions qui feront commifes au préfent arrêt, & les conteftations qui pourront naître fur l’exécution d’icelui, foient portées à Paris par-devant le fieur lieutenant général de police, & dans les provinces par-devant les fieurs intendans & commiifaires départis , pour être par eux jugées , chacun en droit foi, définitivement, fauf l’appel au confeil; leur en attribuant à cet effet pendant cinq années confécutives, à compter du jour de la publication du préfent arrêt, toute cour, jurifdiétion & connailfance, que Sa Majefté interdit à toutes fes cours & autres juges.
- LXI. Déroge au furplus Sa Majefté à tous réglemens, arrêts & ftatuts particuliers contraires au préfent arrêt (a'), qui fera lu, publié & affiché partout où befoin fera. Fait au confeil d’état du roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfailles, le vingt-feptieme jour de janvier mil fept cent trente-neuf.
- Signé, Phelypeaux.
- Arrêt du confeil d'état du roi, en interprétation de l'arrêt du confeil du 27 janvier 1739 , portant réglement pour les différâtes fortes de papiers qui fe fabriquent dans le royaume. Du \ % feptembre 1741» Extrait s regiftres du confeil d'état.
- Le roi s’étant fait repréfenter, en fon confeil, l’arrêt rendu en icelui le 27 janvier 1739 , portant réglement pour les différentes fortes de papiers qui fe fabriquent dans le royaume , & le tarif du même jour, attaché fous le contre-fcel dudit arrêt, des largeur & hauteur des feuilles, & du poids des rames defdits papiers ; & Sa Majefté étant informée par les repréfentations qui lui ont été faites par les fabriquans, que non-feulement il ferait néceffaire de changer les difpofitions de quelques-uns des articles dudit arrêt, & d’y en
- (a) Quoique cet arrêt rappelle & pa- de faire marché pour tout le papier qui fe raiffe contenir tout ce qu’on a jugé à propos fabrique dans un moulin, ou pour une d’ordonner fur la police des papeteries, il quantité qui excéderait le quart de ce qui femble n’avoir point révoqué l’article X de fe fabrique dans le moulin, l’arrêt du iz décembre 1730, qui défend ^
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- ajouter de nouvelles, mais même que, pour procurer auxdits fabriquant plus de facilité de donner aux rames de leurs papiers les poids fixés par le tarif, il ferait à propos de leur accorder un remede fufiifantpour le poids de chaque rame, & de régler le poids defdites rames par un nouveau tarif ; à quoi délirant pourvoir : oui le rapport du fleur Orry, confeiller d’état, & ordinaire au confeil royal, contrôleur général des finances, le roi étant en fon confeil, a ordonné & ordonne ce qui fuit.
- Art. I. Toutes les différentes fortes de papiers qui fe fabriquent dans le royaume, feront à l’avenir des largeur, hauteur & poids réglés par le tarif attaché fous le contre-fcel du préfent arrêt, à peine de confifcation, tant des papiers qui n’auraient pas lefdites dimenlions, que des rames qui fe trouveraient de poids différens de ceux fixés par ledit tarif, (a)
- IL N’entend néanmoins Sa Majefté que les maîtres fabriquans puiffent être pourfuivis dans les cas où les feuilles de leurs papiers fe trouveront de quelques lignes .au-deffus ou au-delfous des dimenlions portées par le tarif, lorfqu’il paraîtra que lefdites augmentations ou diminutions peuvent provenir de la faifon dans laquelle les papiers auront été fabriqués, & non du défaut des formes & de la mauvaife qualité de la matière, & ne caufent pas une différence dans lefdites dimenlions, au-delà d’une quarantième partie de celleis - fixées par ledit tarif ( b )
- III. Veut Sa Majefté que les maîtres fabriquans , outre les marques qui, fuivant l’article XI de l’arrêt du confeil du 27 janvier 1739, doivent être mifes fur chaque feuille de papier, foient tenus, à commencer au premier janvier prochain, d’y ajouter en chiffres mil fept cent quarante-deux ; à peine de confifcation, tant des formes dans lefquelles ladite marque 11e fe trouverait pas, que des papiers qui auraient été fabriqués avec lefdites formes, & de trois cents livres d’amende contre lefdits maîtres fabriquans. ( c )
- IV. Et pour donner aux maîtres fabriquans encore plus de facilité pour
- la vente & le débit des différentes fortes de papiers qui fe trouveront dans leurs moulins & magalins au premier janvier prochain , lans avoir les dimem-fions ni les poids réglés par le tarif attaché fous le contre-fcel du préfent arrêt, ordonne Sa Majefté que, dès qu’il aura été conftaté que lefdits maîtres fabriquans auront ajouté à leurs formes la marque mil fept cent quarante-deux , ils puiffent vendre & débiter librement lefdits papiers, fans être obligés d’en faire aucune déclaration: voulant Sa Majefté que les maîtres fabriquans qui, i'.'l ' ~j *,b"y
- (a) Ainfi le tarif de I7}§<:étant revo- grandeur du papier, en fuppofant les For-qué, on s’en tient actuellement à celui de mes bien faites , & les précautions égales. 1741 , que l’on trouvera à la lin de l’arrêt. . ( c ) Cette marque , 1742 , fe trouve en-
- ( b ) C’ett là ce qu’on appelle le remede core actuellement fur tous les papiers qui fe de la loi, lorfqu’il s’agit des monnaies. On fabriquent, a vu ( §. 336) que les faifons influent fur la
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- art de faire
- après ledit jour premier janvier, fe fendraient de formes qui n’auraient pas ladite marque , non-feulement foient condamnés aux peines portées par l’article III ci-delfus, mais même que les papiers, quoique d’ancienne fabrique, qui feraient trouvés chez eux , foient faifis , pour en être la confifcation ordonnée , avec trois cents livres d’amende contre chacun des contrevenans.
- V. Permet Sa Majefté aux marchands papetiers » de vendre & débiter tous les papiers qui n’auront pas la marque mil fept cent quarante-deux, pref-crite par l’article III ci-delfus , quoiqu’ils n’aient ni les dimenfions ni les poids réglés par le tarif attaché fous le contre-fcel du prélènt arrêt, fans être tenus d'en faire aucune déclaration.
- VI. Permet pareillement Sa Majefté (a) aux martres fabriquans de com-pofer des mains & des rames des feuilles des papiers calTés, troués, ridés ou autrement défectueux, même de les envoyer dans les pays étrangers > à la charge que chaque rame defdits papiers fera percée de tiers en tiers dans l’étendue de la hauteur des feuilles, de deux trous faits avec un poinçon de fer de quatre lignes de diamètre , faifant un pouce de circonférence, & qu’il fera pâlie dans chaque trou, une ficelle dont les deux bouts feront noués en-femble j à l’aifet de quoi lefdites rames feront emballées féparément^ fans que, fous quelque prétexte que ce foit, il puiffe être mêlé dans une même balle aucunes rames defdits papiers, avec les rames de papier fain & parfait : le tout à peine, en cas de contravention, de confifcation defdits papiers, & de cent livres d’amende contre les contrevenans.
- VII. Fait Sa Majefté défenfes aux maîtres fabriquans de fabrique! ni de faire fabriquer , vendre ni débiter des papiers d’autres fortes & qualités , ni d’autres largeurs, hauteurs & poids, que celles fixées par le tarif attaché fous le contre-fcel du préfent arrêt, & que lefdits papiers ne foient conformes à ce qui y eft prefcrit ; & à tous marchands, d’açheter, vendre ni débiter aucunes des différentes fortes defdits papiers, qu’ils ne foient defdites largeurs hauteurs & poids, & conformes à ce qui eft porté par ledit arrêt : comme aufit auxdits maîtres fabriquans & marchands, de vendre, acheter, ni débiter, fous quelque prétexte que ce foit, les papiers calfés & de rebut, autrement qu’en la maniéré prefcrite par l’article VI ci-dedus : le tout à peine, eh cas de contravention , de confifcation defdits papiers , & de cent livres d’amende.
- VIII. Tous les cartons feront faits des largeur, hauteur & poids qui feront demandés par les ouvriers à l’ufage defquels ils feront deftinés ;.*& feront eompofés, foit de vieux papiers , ou de rognures de cartes & de celles des: papiers, foit de drapeaux , chiffons, peilles o u drillei* r(h)
- (a) Cette permiffion eft accordée en la fabrique du carton , ôtée par Farrêt de dérogation à l’art. XVI de l’arrêt du 27 jan- 17^9 , eft rendue par cet article VIII, qui ykr 17Î9. , déroge à l’art XXVI du précédent arrêt.
- ( ) La liberté d’employer les chiffons à
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- IX. Déroge Sa Majefté aux articles VIII. IX. XVI. XIX. XX. XXI. XXII & XXVI de l’arrêt du confeil du 27 janvier 1739 y en ce qui y eft de contraire au préfent arrêt; comme auffi au tarif attaché fous le coutre-fcel dudit arrêt du 27 janvier 1739, qui fera au furplus exécuté félon fa forme & teneur.
- X. Enjoint Sa Majefté aufieur lieutenant général de police de la ville de
- Paris, & aux fieurs intendans & commiffaires départis dans les provinces & généralités du royaume (a), de tenir la main à l’exécution du préfent arrêt, qui fera lu , publié & affiché par-tout où befoin fera. Fait au confeil d’etat du roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfailles le dix-h uitieme jour de feptembre mil fept centquarante-un. Signé, Phelypeaux.
- Tarif du poids que Sa Majefiê veut que pefent les rames des différentes fortes de papiers qui fe fabriquent dans le royaume, fur Je pied de la livre pefant feize onces poids de marc; comme auffi des largeurs £•? hauteurs que doivent avoir les feuilles de papier des différentes fortes ci-après fpéciffées. [Le poids fixé pour les rames des différentes fortes dp papiers comprifes dans le préfent tarif, fera le meme pour les papiers des différentes qualités dune même forte, Joit fin, moyen, bulle y vanant ou gros-bon.}
- 440. Le papier dénommé grand-aigle , aura trente-fix pouces fix lignes de largeur, fur vingt-quatre pouces neuf lignes de hauteur 3 la rame pefera cent trente-une livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de cent vingt-fix livres.
- 441. Le papier âénommélgrand-foleil, aura trente-fix pouces de largeur, fur vingt-quatre pouces dix lignes de hauteur ; la rame pefera cent douze livres,
- & ne pourra pefer plus de cent vingt, ni moins de cent cinq livres.
- 442. Le papier dénommé au foleil, aura vingt-neuf pouces fix lignes de largeur, fur vingt pouces quatre lignes de hauteur; la rame pefera quatre-vingt-fix livres & au delfus, & ne pourra pefer moins de quatre-vingt livres.
- 443. Le papier dénommé petit-foleil, aura vingt-cinq pouces de largeur, fur dix-fept pouces dix lignes de hauteur; la rame pefera foixante-cinq livres & au-deflus , & ne pourra pefer moins de cinquante-fix livres.
- 444. Le papier dénommé grande-fleur-de-ly s, aura trente-un pouces de largeur, fur1 Vingt-deux pouces de hauteur ; la rame pefera foixante-dix livres,
- & ne pourra pefer plus de foixante-quatorze , ni moins de foixante-fix livres.
- J 44y. Le papier dénommé grand-colombier ou impérial, aura trente-un pouces neuf lignes de largeur, fur vingt-un pouces trois lignes de hauteur; la
- (b) Cette attribution a été prolongée de cinq en cinq &ns par divers arrêts du confeil , jufqu’au 4 mai 1760. '
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- rame pefera quatre-vingt-huit livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de quatre-vingt-quatre livres.
- 446". Le papier dénommé à Véléphant, aura trente pouces de largeur , fur vingt-quatre pouces de hauteur; la rame pefera quatre-vingt-cinq livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de quatre-vingt livres.
- 447. Le papier dénommé chapelet, aura trente pouces de largeur, fur vingt-un pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera foixante-fix livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de foixante livres.
- 448. Le papier dénommé petit-chapelet, aura vingt-neuf pouces de largeur, fur vingt pouces trois lignes de hauteur; la rame pefera foixante livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de cinquante-cinq livres.
- 449. Le papier à.Q\\ommé grand-atlas, aura vingt-fept pouces fix lignes de largeur, fur vingt-quatre pouces lix lignes de hauteur ; la rame pefera foixan-te-dix livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de foixante-cinq livres.
- 450. Le papier dénommé petit-atlas , aura vingt-fix pouces quatre lignes de largeur, fur vingt-deux pouces neuf lignes de hauteur ; la rame pefera foixante-cinq livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de foixante livres.
- 4f I. Le papier dénommé grand-jêfus ou fuper-royal, aura vingt-lix pouces de largeur , fur dix-neuf pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera cinquante-trois livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de quarante-huit livres.
- 452. Le papier dénommé grand-royal-étranger } aura vingt-cinq pouces de largeur, fur dix-huit pouces de hauteur; la rame pefera cinquante livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de quarante-fept livres,
- 4Ï3- Le papier dénommé petite-fieur-de-lys, aura vingt-quatre pouces de largeur, fur dix-neuf pouces de hauteur ; la rame pefera trente-fix livres & au-delfus, & 11e pourra pefer moins de trente-trois liyres.
- 4S4. Le papier dénommé grand-lombard, aura vingt-quatre pouces fix lignes de largeur, fur vingt pouces de hauteur; la rame pefera trente-lîx livres, & ne pourra pefer plus de. quarante livres, ni moins de trente-deux livres.
- 4Î L Le papier dénommé grand-royal, aura vingt-deux pouces huit lignes de largeur, fur dix-fept pouces dix lignes de hauteur; la rame pefera trente-deux livres & au-delfus & 11e pourra pefer moins de vingt-neuf livres,
- 4 S6- Le papier dénommé royal, aura vingt-deux pouces de largeur, fur feize pouces de hauteur ; la rame pefera trente livres & au-delfus , & ne pourra pefer moins de vingt-huit livres. ‘
- 4Ï7- Le papier dénommé petit-royal, aura’vingt pouces de largeur, fur feize pouces de hauteur ; la rame pefera vingt-deux livres & au-delfus , & ne pourra pefer moins de vingt livres.
- 4ï8. Le papier dénommégrand-raifm^ aura vingt-deux pouces huit lignes
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- de largeur, fur dix-fept pouces de hauteur ; la rame pefera vingt-neuf livres .& au-delfus , &ne pourra pefer moins de vingt-cinq livres.
- 459. Le papier dénommé lombard ^ aura vingt-un pouces quatre lignes de largeur, fur dix-huit pouces de hauteur ; la rame pefera vingt-quatre livres & au-delfus , & ne pourra pefer moins de vingt-deux livres.
- 460. Le papier dénommé lombard-ordinaire augrand-carré, aura vingt pouces lix lignes de largeur , fur feize pouces fix lignes'de hauteur3 la rame pefera vingt-deux livres & au-delfus, & 11e pourra pefer moins de vingt livres.
- 461. Le papier dénommé cavalier, aura dix-neuf pouces fix lignes delar-geur , fur feize pouces deux lignes de hauteur 3 la rame pefera feize livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de quinze livres.
- 462. Le papier dénommé petit-cavalier, aura dix-fept pouces fix lignes de largeur, fur quinze pouces deux lignes de hauteur 5 la rame pefera quinze livres & au-delfus , & ne pourra pefer moins de quatorze livres.
- 463. Le papier dénommé double-cloche , aura vingt-un pouces fix lignes de largeur, fur quatorze pouces fix lignes de hauteur j la rame pefera dix-huit livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de feize livres.
- 464. Le papier dénomme grande-licorne a la cloche, aura dix-neuf pouces de largeur, fur douze pouces de hauteur 3 la rame pefera douze livres & au-delfus , & ne pourra pefer moins de onze livres.
- 465. Le papier dénommé à la cloche, aura quatorze pouces fix lignes de largeur , fur dix pouces neuf lignes de hauteur ; la rame pefera neuf livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de huit livres.
- 466. Le papier dénommé carré ou grand-compte, ou carré au raijïn, & celui dénommé au fabre ou fabre au lion , aura vingt pouces' de largeur, fur quinze pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera dix-huit livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de feize livres.
- 467. Le papier dénommé carré très-mince, aura les mêmes largeur & hauteur que le carré 3 & la rame ne pourra pefër que treize livres & au-delfous.
- 463 Le papier dénommé à Vécu , ou moyen- compte, ou compte, ou pomponne , aura dix-neuf pouces de largeur, fur quatorze pouces deux lignes de hauteur 3 la rame pefera vingt livres & au-delfus , & 11e pourra pefer moins de quinze livres.
- 469. Le papier dénommé à l'écu très-mince, aura les mêmes largeur & hauteur que le papier à l’écu 3 &la rame ne pourra pefer que onze livres & au-delfous.
- 470. Le papier dénommé au coutelas, aura dix-neuf pouces de largeur, fur quatorze pouces deux lignes de hauteur 3 la rame pefera dix-fept livres & au-deifus, & ne pourra pefer moins de feize livres.
- 471. Le papier dénommé grand-mejfel, aura dix-neuf pouces de largeur, fur quinze pouces de hauteur 5 la rame pefera quinze livres & au-deifus, &ne pourra pefer [moins de quatorze livres.
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- 472. Le papier dénommé fecond-meffel, aura dix-fept pouces fix lignes dè largeur, fur quatorze pouces de hauteur; la rame pefera douze livres & au-deiïus , & ne pourra pefer moins de onze livres.
- 473. Le papier dénommé à l'étoile, ou à l'éperon, ou longuet, aura dix-huit pouces fix lignes de largeur, fur treize pouces dix lignes de hauteur; la rame pefera quatorze livres & au-deifus, & ne pourra pefer moins de treize livres.
- 474. Le papier dénommé grand-cornet, aura dix-fept pouces neuf lignes de largeur, fur treize pouces fix lignes de hauteur; la rame pefera douze livres , & ne pourra pefer plus de quatorze ni moins de dix livres.
- 475. Lé papier dénommé grand-cornet très-mince , aura les mêmes largeur & hauteur que le grand-cornet; & la rame ne pourra pefer que huit livres & au-deiTous.
- 475. Le papier dénommé à la main, aura vingt pouces trois lignes de largeur, fur treize pouces fix lignes de hauteur; la rame pefera treize livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de douze livres.
- 477. Le papier dénommé couronne ou griffon, aura dix-fept pouces une ligne dejargeur, fur treize pouces de hauteur ; la rame pefera douze livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de dix livres.
- 478- Le papier dénommé couronne ou griffon tres-mince, aura les mêmes largeur & hauteur que la couronne ou griffon ; & la rame ne pourra pefer que fept livres & au-deffous.
- 479.. Le papier dénommé champy ou bâtard, aura feize pouces onze lignes de largeur, fur treize pouces deux lignes de hauteur; la rame pefera onze à douze livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de onze livres.
- 480. Le papier dénommé telliere, grand-format, aura dix-fept pouces quatre lignes de largeur, fur treize pouces deux lignes de hauteur; la rame pefera douze livres & au-delfus , & ne pourra pefer moins de dix livres.
- 481. Le papier dénommé cadran, aura quinze pouces trois lignes de largeur, fur douze pouces huit lignes de hauteur; la rame pefera douze livres & au-delfus, & ne pourra pefer moins de dix livres,
- 482. Le papier dénommé la telliere, aura feize pouces de largeur, fur douze pouces trois lignes de hauteur; la rame pefera douze livres & demie & au-delfus , & ne pourra pefer moins de onze livres & demie,
- 483* Lé papier àkx\Qmmhpaiualon, aura feize pouces de largeur, fur douze pouces fix lignes de hauteur; la rame pefera onze livres & au-delfus, 8c ne pourra pefer moins de dix livres.
- 484- Le papier dénommé petit raijin, ou bâton-royal, ou petit-cornet à la. grandeforte, aura feize pouces de largeur, fur douze pouces de hauteur; la rame pefera neuf livres & au-delfus, & ne pourra peler moins de huit livres.
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- 48 V Le papier dénommé les trois O, ou trois ronds, ou genes, aura feize pouces de largeur liir onze pouces fix lignes de hauteur; la rame pefera neuf livres & au-deflus, & ne pourra pefer moins de huit livres & demie.
- 486- Le papier dénommé petit-nom-de-jéfus, aura quinze pouces une ligne de largeur, fur onze pouces de hauteur; la rame pefera lèpt livres & demie & au-deflus, & 11e pourra pefer moins de fept livres.
- 487- Le papier dénommé aux armes d'Amflerdam > pro-patria, ou libertas , aura quinze pouces lix lignes de largeur, fur douze pouces une ligne de hauteur; la rame pefera douze à treize livres & au-deflus, & ne pourra pefer moins de onze livres.
- 488- Le papier dénommé cartier, gmnd-format-dauphiné , aura feize pouces de largeur, fur treize pouces fix lignes de hauteur; la rame pefera quatorze livres & au-deflus , & ne pourra pefer moins de douze livres.
- 489. Le papier dénommé cartier , grand-format, aura feize pouces de largeur., fur douze pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera treize livres & au-deflus, '& ne pourra pefer moins de douze livres.
- 490. Le papier dénommé cartier, aura quinze pouces une ligne de largeur, fur onze pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera onze livres & au'-deflus, & ne pourra pefer moins de dix livres.
- 491. Le papier dénommé au pot, ou cartier ordinaire, aura quatorze pouces fix lignes de largeur, fur onze pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera dix livres & au-deflus, & ne pourra pefer moins de neuf livres.
- 492. Le papier dénommé pigeonne du romaine , aura quinze pouces deux lignes de largeur, fur dix pouces quatre lignes de hauteur ; la rame pefera dix livres & au-deflus , & 11e pourra pefer moins de huit livres & demie.
- 493. Le papier dénommé ejpagnol, aura quatorze pouces fix lignes de largeur, fur onze pouces fix lignes de hauteur; la rame pefera neuf livres & au-deflus, & ne pourra peler moins de huit livres.
- 494. Le papier dénommé le lys , aura quatorze pouces une ligne de largeur , fur onze pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera neuf livres & au-deflus, & ne pourra pefer moins de huit livres.
- 495. Le papier petit-à-la-main ou main-fleurie, aura treize pouces
- huit lignes de largeur, fur dix pouces huit lignes de hauteur; la rame pefera huit livres & au-déflus / & ne pourra pefer moins de fept livres & demie.
- • 4'$6. Le papier appellépetit-jéfus, aura treize pouces trois lignes de largeur, fur neuf poucesflix lignes de hauteur; la rame pefera fix livres & au-deflus , & ne pourra pefer moins de cinq livres & demie.
- 497. Toutes les différentes fortes de papiers au-deflous de neuf pouces fix lignes de hauteur/feront des largeurs, hauteurs & poids qui feront demandés.
- 498- Le papier appeilé truffe, ou trefle, ou étrejjê, ou main-brune 3 le papier Tome IV. X x x
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- brouillard ou à. la demoifdle ,• & les papiers gris & de couleur,.feront des largeurs , hauteurs & poids qui feront demandés. ; •
- Paît & arrêté au confeil royal des finances, tenu àVerfailles le dix-huitieme jour de feptembre mil fept cent quarante-un. Signé, Orry.
- Des papiers deftinés pour le Levant.
- 499• Par un arrêt du confeil, du 13 juin 1724, il avait été pourvu aux différens objets qui intéreffent le commerce du papier dans le Levant. Le 14 février 1739 , il y a eu un fécond réglement qui a renouvellé ou changé les difpofitions du précédent : nous allons rapporter fommairement ce qu’il contient de remarquable. ,
- 500. Les différentes fortes de papier deftinées à être envoyées dans le Le-
- vant , doivent être fabriquées avec les précautions & l’exa&itude prefcrites par les deux arrêts précédens. , . .
- 501. Il y a trois fortes, de papier qui font en ulage dans le commerce du Levant, & dont les dimenfions ne font pas comprifes dans le tarif de 1741. Le papier appellé aux trois croijfans, façon de Venife, doit avoir 17 pouces fur 12 pouces & demi, & pefer au moins 16 livres , poids de marc , revenant à 20 livres, poids de table. Le papier dénommé aux trois croijfans ou trois lunes, aura feize pouces fur douze , & pefera au moins quatorze livres dix onces, poids de marc. Le papier appellé croifette,.aura quinze pouces cinq lignes de largeur, fur onze pouces fix lignes de hauteur 5 & la rame pefera au moins fept livres fix onces, poids de marc, revenant à neuf livres quatre onces,, poids de table.
- 502. Les papiers appellés couronne, cartier, a la cloche, deftinés pour le Levant , font un peu différens de ceux du précédent tarif. ,t.<
- 5©3- Tous ces papiers ne peuvent être commercés que par le port de Marfeille; ils doivent y être marqués, à défaut de quoi les confuls de la nation françaife feraient fondés à les renvoyer en France aux frais du négociant.
- De la quantité de papier qu'un ouvrier de cuve doit fournir fuivant jufage.
- 504. .Nous avons réfervé cet article pour être placé à la fin du tarif, quoiqu’il en ait été queftion au §. 248 , parce qu’il fuppofe quion connaiffe les noms,, les grandeurs & les poids des différentes fortes de>papier dont-nous avons à parler. Les.quantités de papier que les ouvriers de cuve doivent four-.nir, font fixées par un ufage affez général en France ; cependant, il leur eft fort aifé d’en faire davantage; leurs journées font prefque? toujours finies vers deux ou trois heures de l’après-midi : mais on craindrait de leur augmen-
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- ter l’ouvrage j ils voudraient toujours avoir fini de bonne heure, & le travail en ferait plus mauvais. Dans les petits moulins écartés, & dans les provinces où le propriétaire travaille lui-même pour fon compte , lesjournées font plus fortes, & les produits plus confidérables, comme on le peut voir, §.404.
- fOf. Les ouvriers de cuve ne fournirent qu une rame par jour du papier grand aigle, qui pefe environ 130 livres la rame ; lorfqu’ils font du grand foleil ,1 ils rendent une rame & dix mains :
- rames.
- Grand-colombier ou impérial, chapelet, grand atlas. ... 3
- Soleil, petit-foleil, grande-fleur-de-lys, petit-chapelet, à l’éléphant..............................................................%
- Grand-jéfus, ou fuper-royal. . . . . . . 3
- Grand-royal-étranger. ....... 3
- Grand-raifin fin double fou moyen double. ... . 4
- Petite - fleur - de lys , grand - lombard bulle ou trafle , ou gris collé, royal bulle, grand-royal bulle, grand-raifin ordinaire, fin moyen ou bulle. . . . . . . . y
- Petit-royal bulle, lombard ordinaire ou grand-carré , mauvais bulle, grand melfel. . . . . . . 6
- Grand-cartier ou grand-format-dauphiné, champy ou bâtard, telliere grand format, double-cloche bulle. .... 7
- Cavalier fin & moyen, carré ou grand-compte, fin, moyen & bulle, écu ou pomponne, au coutelas, à la main. . . 7
- Petit-cavalier fin & moyen, aux armes d’Amfterdam, à l’étoile ou l’éperon, ou longuet, telliere, couronne ou griffon, pantalon, cartier grand format. . . . . . 7
- Grande-licorne à la cloche bulle, cadran, cartier. . . 8
- Petit-raifin ou bâton-royal ou petite cornet à la grande forte. . . . . ... . . 9 rames ou 8
- A la cloche, moyen & bulle, ou pot au cartier ordinaire. 8
- Les trois O ou trois ronds . . . 9 ou 10 rames, ou 8
- Petit nom de jéfus fin & moyen, efpagnol, le lys , petit à la main, ou main fleurie, petit-jéfus qui pefefixlivres la rame. . 9
- mains.
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- Des papiers gris 8? autres, qui ne fervent ni à /’écriture ni à HmpreJJïon.
- ^06. La matière des papiers bruns , roux ou mufques qui fe fabriquent à Rouen, n’eft autre çhofe que les rets qu filets de pêcheurs, & les cordages de navires ufés ; la couleur, cjont ees matières premières font empreintes, fe conferve malgré le lavage & la: trituration des piles.
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- f 07. La demoifelle mince eft faite avec les filets les plus fins, dont les fils font plus minces & les mailles plus ferrées ; la pâte en eft plus battue : elle refte-plus long-tems fous les piles i elle y perd davantage de fa couleur primitive » c’eft pourquoi elle eft plus blonde, & comme d’une couleur fauve ou de cannelle.
- 508- La demoifelle forte, dont la couleur eft un peu plus rembrunie, refte moins de tems fous les piles.
- 509. Le jofeph-raijin & le quarré-mufc font faits du fécond triage , c’eft-à-dire , des filets & cordages d’une moindre fineffe \ ils font moins affinés, & ils ont auffi plus de couleur.
- 510. Ces deux fortes font principalement employées au ployage des toiles de Saint-Quentin , Beauvais , Troyes , parce que leur couleur rembrunie augmente l’éclat de la blancheur des toiles. On foupqonne les fabriquant d’employer un peu de fuie dans leurs mortiers, pour augmenter le brun de ces papiers.
- 511. Le papier à facs, qui eft fait de gros filets & de débris de cordageseft auffi très-brun i mais comme il fe vend au poids, on foupqonne quelquefois les fabriquant d’y détremper quelques parties terreufes, pour en augmenter le poids : fans cela, on ne comprendrait guere comment il peut être auffi caffant qu’il l’eft, malgré fa grande épaiffeur.
- Etat des différens papiers qui fe fabriquent aux environs de Rouen, leur nom dans le commerce, leur ufâge y leur grandeur, leur jpoids > enfin leur prix moyen en 1761.
- Demi - blancs colles pour enveloppes.
- Papier. Longueur. Largeur. Poids. Prix.
- Fleur-de-lys. . . 18 pouces. 24 pouces. 40342 livres. 10 liv.
- Bas à homme . . 16 . . 201. . . 3° à 38> • • 8 liv.
- Bas à femme. . . I4i * • 18 J. . • 24 à 2 6. . . 6 liv.
- Raifin collé. . . I6±. . . 201. . . 25 à 26. . . 6 liv.
- Longuet. . . . I5f. . . 23 • . • 25 à 26. . . 6 liv.
- Jofeph. . . . . 14 !• • . 18 f. . . 16 a 17. * . 4 liv.
- Blancs jluans.
- Raifin. . . . . i<q. . . 201• . . 20 à 22. . . 3 liv. 10 f
- [ 11 fert à faire le papier riiarbré. }
- Jofeph. . . • . if- • • 19 • * 14315. . . 2 liv. 10 £
- Carré. . . : • 13 f • • • 16 |. . . 15314. . . 2 liv.
- [Ces deux fortes fervent pour l’impreffion de l’almanach de Liege, J
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- Gris collés.
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- Papier. Longueur. Largeur. Poids.
- Raifin............r 16\. pouc. 20 pouc. 30 a 32 livres.
- [Il fert pour les enveloppes.]
- Prix. 6 liv.
- Main-brune. . . nf. . . 14 f. . . 5 à 10. . . 1 liv. 15 f.
- Etrefle...........n£. . . 14 f. . . 18 à 20. . . 3 liv. 10 f.
- [ Ces deux fortes ne fervent que pour faire famé ou le dedans des
- cartes à jouer. ]
- Papiers gris pour enveloppes.
- Fleur-de-lys. . . 18 . . • 241- • • 42à 45- • . 7 liv.
- Raifin, lombard. . 16 . • 20 J. . . 2% à 26. . . 3 liv. 10 f.
- Dart. ... • 17 i- • . 24 . . . 40 È42. . . 6 liy.
- Camelotier. . , 14 î- • . 18 . . . 17 à 18. , . 2 liv.
- Carré. . . . . I3|. • . 161 . . 17a 18. . . 2 liv.
- Gargouche. . 16 . • «O £. . . 12 à I8- .
- [ On s’en fert pour calfater, & pour faire des fufées j il varie beaucoup en force : on le vend au poids, 1j liv. le cent. ]
- Le papier appelle grande & petite échelle , 8c qui fert pour les cartons, n’a pas de grandeur fixe > il fe vend aufljjau poids, 15 liv. le cent.
- Papiers bruns.
- Demoifelle mince. 10 f. . . 13 . . . 3 à 3 £. . .26 à 30 fols.
- [Il fert aux coëffeurs pour faire des papillottes. ]
- Demoifelle forte. . 10 £. . . 13 . . . 9 à 10. . .38 à 40 fols.
- [Il fert à faire des calottes. ]
- Jofeph-mufc. . .14!. . . 18 f- • . 20 à 22. . . 50 à 60 fols.
- Raifin. .... 16. .2o\. . . 30 à 32. . . 31. iof.à4liv.
- Carré........... 221. . . 22 f. . . 40^42. . . 9 à 10 liv.
- [Ils fervent à faire des facs & des enveloppes : le jofeph & le raifin fe vendent] aufîi au poids, 7 à 8 liv. le cent.
- Papiers bleus.
- Raifin..........• . 20 \. . . 25 à 26. . , 6à7liv.
- Jofeph. . . . . 141. . . 18 f. • • 20à 22. . . 4a 5 liv.
- [Ils fe vendent au poids, 25 livres le cent.
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- m A RT B E FAIRE
- Des différentes matières qui pourraient fervir à faire du papier.
- ^ 12. Quoique la matière du chiffon foiü très-commune, nous verrons , par l’exemple des Orientaux (§. 556) , que1 le papier pourrait être encore à peu près auffi commun qu’il l’eft, quand même on le tirerait immédiatement des plantes ; ainfi ce ne fera point un détail inutile que celui où nous allons entrer des matières différentes, dont on pourrait faire du papier par la trituration.
- 513. Lorsque le chiffon propre à faire du papier blanc eft devenu rare, les ouvriers emploient celui qui dans d’autres tems fèrvirait pour le gros papier , & ils préparent ce chiffon en le faifant paffer par l’eau de chaux. Au moyen de cette préparation, ils détruifent les corps étrangers qui fe trouvent dans ces matières groffieres ; mais en.même tems ils décompofent les fibres ligneufes , ils les détruifent auffi en partie, & perdent beaucoup de la fubf tance effe&ive qui pouvait fervir à d’autres qualités de papier.
- f 14. C’est pour fub venir à ce de.chet, que M. Guetardfit autrefois à Etam-pes diverfes tentatives pour fuppléer aux chiffons,. en prenant des plantes qui n’auraient point palfé par l’état de toile & de drapeaux, dans lefquelles il fentit qu’on devait trouver le papier, quoique plus difficile à en extraire.
- f I Albert Seba, dans fon Tréfor d'hijloire naturelle., invite auffi les curieux à travailler à ce projet. cc II me femble, dit-il, que nos pays ne manquent pas „ d’arbres convenables pour faire du papier, fi l’on voulait s’en donner le foin „ & en faire la dépenfe: l'algue marine , qui eft compofée de filamens longs j „ forts & vifqueux, ne ferait-elle pas propre à ce deflein, de même que les „ mottes de Mofcovie, fi on voulait les préparer comme les Japonais préparent „ un de leurs arbres ? Les curieux pourront du moins l’effayer.
- 516. Le P. du Halde & les autres auteurs nous apprennent que le papier des Chinois fe fait indifféremment avec plufieurs efpeces de plantes , comme on le verra, §. ^6. Kæmpfer & Seba nous apprennent que le papier du Japon fe fait avec la fécondé écorce d’une efpece de mûrier. (V. ci-après, §.
- Al. de la Loubere dit que les Siamois le font avec de vieux linge de coton, ou avec l’écorce d’un arbre nommé dans le pays, toncoë. Flacourt décrit la façon dont les habitans deMadagafcar fabriquent le leur avec une efpece de mauve qu’ils appellent avo. Enfin tous les voyageurs , tant dans les Indes que dans l’Amérique, racontent avec emphafe les avantages que l’on retire des palmiers pour les étoffes ; fans doute il ferait auffi aifé d’en faire du papier.
- 517. La. facilité que les moulins à papier des environs d’Etampes fourniL fiaient à AL Guetard pour faire des expériences fur les plantes propres à faire du papier, lui en fît amalfer plufieurs. Après avoir furmonté toutes les diffi-^ cultes que l’on trouve toujours dans les ouvriers , lorfiqu’il s’agit de les enga-
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- L E F AP I ER.
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- ger à faire quelque chofe de nouveau dans la pratique de leur arf, il parvint à faire plufieurs expériences curieufes. Nous allons en rendre compte, après avoir rapporté fes réflexions lur diverfes plantes qui forment, pour ainfi dire, l’hiftoire botanique de la papeterie.
- fiS* Dans le grand nombre des plantes dont on s’eft fervi pour faire du papier , ou qu’on a foupqonné propres à cet ufage , le botanifte apperqoit un ordre régulier. Les hommes de diifërens pays ont été conduits par une elpecè d’analogie naturelles ils n’ont point été chercher des plantes qui fuflënttrop éloignées de celles qui étaient déjà en ufage: ils en ont bien pris dans diffé-rens genres , & même dans différentes claj/es , mais toujours dans certaines limites, probablement fans en faire l’obfervation. En effet ,1a plupart de ces plantes ne femblent compofées que de longues fibres longitudinales , plus ou moins ferrées, & recouvertes d’une fubftance qui en remplit les intervalles : telles font lespalmiferes , les graminées, les liliacées , lesJiaminées, les malvacécs.
- 519. La clafle des palmiferes eft une de celles qui ont le plus fervi aux Indiens, aux Afiatiques, aux Américains, pour leurs habillemens & pour les cordages, les voiles des navires , & autres uftenciles : prefque toutes les parties de ces arbres y ont été employées, quoique l’on n’ait pas pris indifféremment toutes les parties du même arbre. Ces peuples ont choifi dans le palmier qu’ils trouvaient chez eux, ce qu’il y avait de plus propre à leurs travaux. Dans les uns, on a choifi la fpathe qui enveloppe le régime des fruits, avant leur maturité , ou celle qui foutient les jeunes feuilles ; dans d’autres , on a employé la bourre qui entoure le fruit ; dans d’autres efpeces , on a choifi les feuilles jeunes & tendres i dans d’autres enfin , on a préféré l’écorce. Dans le cocotier, 011 a pris le fruit, la ipathe, les feuilles & l’écorce, fuivant le rapport des voyageurs. Rumphius, dans fon Hijioire des plantes d'Amboine, en dit autant du calapa. Lepinanga, le lontarus lauvage, le tecum, Yhakum, le wanga, autres elpeces de palmier, fourniflènt par leurs feuilles un fil plus ou moins fin, dont ces peuples font des étoffes } ils ont même préparé les feuilles de Yhakum ,& du foribi, pour s’en fervir au lieu de papier.
- t ^ 520. Si l’on en croit à 1 ' Hijioire des plantes, de Rai, tome II, pag. 13'5 S le cocotier renferme dans fa moëlle une main de papier de fo ou 60 feuilles , fur .lefquelles on peut écrire. Il en eft de ce livre du cocotier, comme de celui que .l’on trouve dans le milieu d’un fruit du Pérou , dont parle M. Frézier dans fon Koyage de la mer du Sud 5 cela veut dire probablement, que la moelle du • palmier, &;la/.pulpe de ce fruit peuvent aifément fe mettre en feuillets. C’eft r d’un Pureau, queyfe tirent ces belles fleurs artificielles que l’on nous apporte t de la Chine$;& foira vu des livres faits avec la racine d’une efpece de mauve, qui ne demande, pour tout travail, que d’être féchée avec art, & détachée , par feuillets.*
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- f 21. On a employé à peu près aux mêmes ufages le mufa ou bananier, appelle auffi figuierd'Adam,'à caufe delà grandeur prodigieufe de fes feuilles, qui fuffifent chacune pour envelopper un homme, & s’emploient en effet à la fépulture des morts.
- 522. La claffe desliliacées renferme les aloës & l’yucca, plantes très - fila-mentebfes & fibreufes, & propres à faire du papier ; on a tiré des aloës le fil de pitte, connu par la propriété qu’il a de ne point s’étendre , & par l’ufage qu’on en fait dans les expériences de phyfique. Le P. du Tertre, Hilf. nat. des Antilles, décrit la maniéré dont on tire ce fil delà plante. Hans-Sloane , dans - le Catalogue des plantes de la Jamaïque, parle auffi de ces aloës : la fécondé
- elpece eft cellê que Gafpard Bauhin, dans ion Pinax, p. 20, appelle onzième elpece de papier.
- 523. Clusius , dans fon Traité des plantes exotiques , page 6, parle d’une pelotte de fil fait d’une écorce d’arbre qui , félon Sloane, eft encore le même aloës.. Jean Bauhin1, Hiftoire des plantes, tome I, p. 384 , copie Clufius, & dit que ce fil eft très-fin & très-blanc.
- 524. La troifieme elpece d’aloës de Sloane, qui eft cependant une vraie elpece d’yucca, eft connue dans Laët, page 645 , fous le nom d’excellente efpece de chanvre ou de lin, qui approche beaucoup de la foie. Seba a donné, dans fon premier volume, la figure de deux feuilles d’une plante qu’il nomme jonc aquatique de Surinam, compofé de fils innombrables , & il obferve que ce jonc mérite d’être examiné par rapport à l’utilité qu’on en pourrait retirer.
- 525. C’est de la claffe des graminées, que l’on a tiré la matière du premier papier qui mérite ce nom, ainfi qu’on l’a vu au commencement de la defcrip-tion de cet art. Dodan a regardé la mafife d'eau comme une plante propre au papier, & l’a également appellée papyrus.
- 5 26. Le bambou, dont les Chinois fe fervent, eft auffi une plante de la même claffe : il eft appellé rofèau en arbre dans G. Bauhin, page 18.
- 527. Le bouleau, qui eft de la claffe desfleurs à chaton , a été un des premiers arbres dont l’écorce ait fervi à écrire : par le nom d’écorce , il faut toujours entendre, ce femble, la couche intérieure placée fous lagroffe écorce, & deftinéeà devenir ligneufe, qui'a toujours été appellée
- 528- Rumphius décrit deux arbres à chaton, qu’il appelle gnemon domefti-que, & gnemon champêtre. Selon lui, les habitans d’Amboine tirent un fil de l’écorce des rameaux qu’ils battent un peu :> ce fil leur fert à faire des rets, qu’ils font bouillir dans une certaine infufion pour les rendre meilleurs, & moins fujets à fe pourrir. Cette manipulation mériterait d’être examinée ; on en tirerait peut-être de quoi perfectionner les cordages des navires &~les filets de pêcheurs. ’ ' ' " *
- ^29. Le chanvre, le mûrier & l’ortie appartiennent aune même claffe de
- plantes ,
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- plantes, dont les fleurs font incomplètes : auffi ces plantes ont - elles été em-p loyées toutes à faire du papier.
- f3°* Kæmpfer, dans le Catalogue des plantes du Japon, parle d’une plante dont le nom peut être rendu par celui de chanvre blanc, & que cet auteur appelle grande ortie commune, qui porte de vraies fleurs, & qui donne des fils forts & propres à faire des toiles & autres ouvrages.
- Î3T. Kæmpfer & Seba appellent mûrier ou papyrus l’arbre dont le fait le papier au Japon , comme on le verra bientôt §. fgr. Et en effet, le fruit de cet arbre eft femblable à celui du mûrier. Le P. du Halde, tome II, p. 2IZ, dit que le même mûrier dont les Chinois emploient les feuilles à nourrir les vers à foie, fournit des branches dont l’écorce fert à faire du papier affez fort pour couvrir les parafols ordinaires.
- 532. On peut placer ici une plante que les Japonais emploient à faire du papier, & dont on ne voit pas exactement la clalfe dans le rapport de Kæmp-fier : il l’appelle papyrus qui fi couche fur terre , qui donne du lait, qui a fis feuilles en lame , & ! écorce bonne pour le papier
- f 3 3. M. Guetard place auiîî dans cette clafle un arbre dont parle Seba, tome • IL, tab. 16% , 169 , à feuilles larges, longues , tronquées , lijfes, luifantes s fim-blables à celles du laurier, dont Cécorce intérieure fi peut étendre en toile fineé comme delà mouff'eline : cet arbre fi nomme lagetto. Les peuples chez qui il croit, eu font des vêtemens.
- 5 34. Le chanvre, comme étant dans la même clafle, peut fervir aufli de la même maniéré à faire du papier, même fans avoir pafie par l’état de chiffon. Le pere du Halde rapporte qu’à Nangha on fait le papier avec du chanvre battu, & mêlé dans de l’eau de chaux, tome IV, page 373 ; & M. Guetard ne doute pas que les chénevottes , ou ce qui tombe fur la braie ou banfitle * lorf-qu’on prépare le chanvre & le lin, ne puflent fervir au même ufage. Dans les corderies & dans les arfenaux, où l’on fait de grandes confommations de? chanvre, on ne fait que faire des étaupes; on les jette, ou bien on s’en fert comme de fumier pour les couches des jardins : cependant cette fubftance elt de la même nature que celle de la toile, dont nous tirons enfuite le papier.
- 53f. M. Guetard a fait pourrir & battre de la filafle bien nétoyée de toute la moelle qui tombe fous les inftrumens, lorfqu’on prépare le chanvre 5 il en réfulta du papier très-fort. Il employa enfuite les chénevottes de chanvre comme une matière des plus communes ; après les avoir fait pourrir dans l’eau, il les fit battre : on y joignit par mégarde xin amas de mauves & d’orties qu’il avait fait pourrir à part : on en tira une pâte qui avait déjà quelque liailon ,
- & qui en aurait eu probablement davantage, fi ces différentes matières enflent été traitées féparément d’une maniéré convenable (*).
- (*) Journal économique, août 17,1 , p.U02,
- Tome IV. Y y,y
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- {3'6. Il eft parlé, dans le journal économique du mois d’avril 17Ç1, une jnanufa&ure de fil d’ortie qui s’établiflait à Leipfick. La plante appellee urtica urens maxima, affez,commune en France, étant cueillie encore verte, dans le tems néanmoins où fes tiges font à moitié flétries , on la fallait fécher , enfuite meurtrir de maniéré à pouvoir tirer le bois du milieu de l’écorce* Cette écorce eft une efpece d’étoupe verte qu’on peut préparer comme du lin , qui fe file , & qui donne un fil d’un brun verdâtre, très-uni, très-clair, & reflemblant à peu près à un fil de laine : ce fil étant bouilli, jette un fuc verdâtre ; mais il devient enfuite plus blanc, plus uni & plus‘ferme. Ces expériences, qui ont été faites en grand & avec fuccès pour parvenir à faire de la. toile , réuniraient fans doute également, s’il s’agiflait de faire du papier.
- j 37. La clalfe des malvactes fournit également des plantes à. papier : tous les mahot donnent une filaffe propre aux cordages. M. Sloane, dans fon Catalogue des plantes de la Jamaïque, parle de deux mauves qui ont cette propriété > l’une eft une mauve en arbre des bords de la mer, à feuilles arrondies, petites , aiguës, blanches en-dejfous , qui a lafleur jaune ^ & dont P écorce peut fe mettre en filaffe; pag. 97 : c’eft un mahot du P. du Tertre. L’autre e.ft une - mauve en arbres , à feuilles rondes , qui donne une grande fieur de couleur de carmin , femblable d celle du lys, dont Vécorce donne dufiLYjnim, le coton dont on a fait tant d’u-fage pour le papier, eft une plante malvacée. M. Guetard, avec du coton ordinaire fuffifamment battu, a fait un papier uni, blanc, fort, & qui promettait .tous les .avantages du nôtre. Cette expérience ne ferait pas indifférente dans, des pays où le chanvre eft aufîi rare que le coton y eft commun. Puifque la bourre qui entoure le: fruit du coton eft fi propre au papier, ne pourrait-on point faire ufage de celle des faules,.-fi leurs chatons, dont la terre eft quelquefois toute couverte, étaient ramaffés avec, foin ? Il ferait aifé d’en faire l’expérience.
- 538. Le linagrofiis, dont les prés maigres font quelquefois remplis , fournit encore un femblable duvet qu’il ferait bon de mettre en expérience, aufîi bien que les apocins, le bois de trompette, & une multitude d’autres, plantes. Le duvet de Vapocin, appellé ouette, apocynum majus fyriacum ereUum, a donné.aufti des feuilles d’un papier affez fort pour pouvoir être étendu fur des cordes, & y fécher, mais qui fe déchirait trop facilement.. Ce duvet d’apocin n’eft çompofé que de poils, d’aigrettes ou efpeces de plumes qui font fiches & peu flexibles* au lieu que le coton eft une bourre qui tranfpire de la femence par de petits points qu’on y apperqoit aifément à la loupe. Ce: duvet file d’abord ainfi que de la gomme fluide, enfuite il fe durcit à l’air. Il en eft de même de la bourre des chardons , tels que le chardon-benit des Parifiens * il fe filtre par des glandes placées dans l’intérieur des écailles dont leur tête eft formée. On verra ( §. 545 ) la maniéré dont on pourrait lier
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- ce duvet, auffi bien que les autres matières trop feches, & peut-être l’a-t-on déjà pratiqué j du moins Pline.& la plupart des botaniftes prétendent qu’on s’eft fervi delà bourre de certains chardons pour faire des étoffes, fur-tout de celle qui eft appellée carduus tomemtofus latifolius , ou acanthium. A %oev3-;ov Diofc. folia gerit J'pintz albce Jîmilia , in jiimmo ve.ro eminentias aculeatas araneofa lanugim obductas , e qua collecta textaque vejles bombycinis Jimiles fîe/t aiunt. Bauh. pin. 382.
- 53 9- Indépendamment des claifes de plantes dont on vient de parler, le lin, le tilleul, le charme, & même les chardons, quoique placés dans d’au-»-tres claifes, ont encore la propriété de former du papier ; car le chiffon de lin eft recherché dans nos manufactures, & le tilleul s’emploie à faire des cordes : ce qui indique alfez une flexibilité capable de former du papier.
- 540. Le même auteur, en parlant du luffa Arabum, qu’il regarde comme une efpece de concombre, dit que l’intérieur de Ion fruit, lorfqu’on a ôté les femences, n’eft qu’un réfeau que l’on dirait être du lin ; & il conjecture qu’on en pourrait tirer une filaffe, comme, fuivant Théophrafte ,-les Ethiopiens & les Indiens en tiraient de leurs pommes cotonacées, & comme les Arabes en tiraient de la courge, félon le témoignage de Pline. *
- 541. SebA. a foupqonné qu’on pouvait faire auffi du papier avec des
- plantes de mer-, telles que 1''algue marine. Il eft vrai qu’elle acquiert une grande blancheur, lorfqu’à force d’être lavée par les eaux de la mer, par les pluies & les rofées, elle vient à perdre cette glu dont toutes les plantes marines font couvertes. ; ;
- 542. Les fucus ou varecs qui couvrent, pour ainfi dire, le bord de la mer,
- •& dont on fe fert pour fumer les terres , y acquièrent auffi de la blancheur; & M. Guetard a même remarqué qu’ils confervaient encore leur confiftance & leur figure : qualité qui les rendrait propres au travail du papier. 3
- 543. La plante appellée conferva Plinii, qui fe trouve non-feulement fur le bord de la mer, mais dans tous nos étangs, fernble être filamenteufe & propre au même ufage ; & Loyfel, dans fon Catalogue des plantes dé jà Pruife, l’appelle moufle aquatique à fllamens foyeux & très-fins. On en a fait des épreuves.: une princeffe entreprit de la filer ; mais on a reconnu qu’en fe défi
- . féchant elle devenait trop caftante.
- 544. JVL Guetard a traité fans fuccès la plante appellée alga vitrariorum les
- coralloïdes confirma Pliniiq la pâte n’a(pu fe lier. Il fernble que les par-
- ties de .ces plante^foient parenchymateufes, liffes, véliculaires &,arrondies, au lieu d etre fibreufes, filamenteufes & hériffées , comme l’exige la formation du papierà îâ vue cependant on y ferait trompé. Ori'préfenta à 1?académie , il y a déjà bien des années, une matière cotonneufe, trouvée aux environs de Metz dans le fond d’un étang, dont les habitans efpéràient de grands'
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- avantages pour le commercemais il fe trouva que'ce n’était autre choie que le conferva. dont nous venons de parler, f >
- 545. M. Guetard propofe aufli -quelques vues avec leiquelles on pourrait •corriger les défauts de la ouette ou du conferva , pour les rendre propres au papier.
- 546. Si, par exemple , lorfque ces plantes fout aflez battues , on fubfti-tuait à l’eau ïimple une eau gommée ou mucilagineufe, une eau dans laquelle* on aurait fait bouillir des rognures de peaux , des racines de guimauve, de grande confoude, ou autres matières femblablçs , ôn enduirait par là les parties de la pâte d’un intermede capable de les lier ( 8 T )• Peut-être fuffirait-il que l’eau qu’on met dans la cuve de Vouvrier ( §. 23 8 ) > fût ainfi préparée.
- 547. Peut-être auffi qu’en formant les feuilles par compreffion, au îièu de* les former à la maniéré ordinaire par immerfion, on rendrait les parties de la pâte plus adhérentes les unes aux autresv
- 548. Les amas formés par la réunion de différens poids de' conferva y font déjà d’une certaine épaiffeur & difficiles à déchirer. Ainfi, en étendant lapâtes faite avec cette plante, on pourrait donner à chaque feuille l’épaiffeur que-* l’on voudrait , & la compreffion feraitr enfuite lé refte. Il pourrait arriver qu’il ne fût pas poffible de faire des feuilles auffi minces que celles du papier ordinaire s mais quand 011 ne parviendrait qu’à faire du carton, ce ferait encore un objet digne des recherches d’un physicien ou d’un fabriquant curieux.-
- 549. La ouette devrait fur-tout infpirer ce defir : le papier qui en pro-
- vient a un éclat & un brillant argenté, qui pourrait être bon dans certains cas fon duvet peut fe filer& fe tramer , du moins lorfqu’on le mêle avec d’autres fubftances. M. Rouvierre obtint, il y a plusieurs années ; un privilège pour faire fabriquer avec cette plante des étoffes qu’on appellait étoffes de chardon ; en conféquence on en fit des plantations à Arnouville, dans le bois de Boulogne , & ailleurs. Ce duvet ne coûtait déjà que 4 liv. la livre (82) , quoique la-plante fût encore rare en France, lorfque les travaux de cette manufaélure1 ont été interrompus par diverfes conteftations.,1; ! H 11
- 550. M. de Réaumur avait penfé que les bois qui fe pourrirent, pouvaient auffi être employés à former du papier. En effet, la décompofition qù’a fouffert le chanvre qui a été roui, filé , blanchi un grand nombre de fois f qui!a fermenté dans le pourriffoir, & qui a été pilé pendant plufieurs heures , n’a-t-elle point quelque rapport avec du bois qui fe decompofe en fe pourriffant ? Ce n’eft pas qu’il fallût attendre le dernier degré de pourriture ; on'a Befoin ,-pour
- 1 ! ' l
- _ (8t) On parvient par là à lier les par- En propofant toutes les plantes fauvages, ties ; mais le papier ferait fi catfant, qu’on il faut compter la culcure , qui deviendrait aurait de la peine à en faire ufage. nécelTaire , au cas que l’on fe déterminât
- ( 82 ) Ce ferait une matière bien chere. à les employer en grand.
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- rie papier, dun degré de décompofition qui n’ait pas encore ôté à la plante tout fon liant. Les guêpes faveut bien choifir les bois qui font à un degré capable de former leurs cartons : en effet, les dehors d’un guêpier femblent n’ètre que du papier ou du carton ; & e’eft avec du bois pourri apprêté à leur manière, qu’elles parviennent à le former (83). Mém.fur les infectes, tome VI.
- f 5 J. La nature même opéré , fans le fècours d’aucun art, un papier très-fin avec des plantes pourries au fond de l’eau. M. Guetarda obfèrvé dans des mares d’eau delà forêt de Dourdan, qui avaient été defféchéès, des maifes d’une matière totalement femblable à du papier; c’était un alfemblage de feuillets quhl était facile de féparer , & quife déchiraient comme le papier ( Obfer-vations fur les plantes des environs d’Êtampes, tom. I, pag. 5 & 6) ; & , quoiqu’il ne pût pas déterminer exactement fi ee papier n’était formé que de feuilles pourries, ou s’il était dû à une efpeee à^ byfus, il lui parut cependant que les feuilles & les plantes pourries y avaient la principale part.
- 5 52. ÀFRàs cela, ce ne ferait peut-être pas dire trop, que d’avancer que toutes les plantes peuvent fervir à faire du papier; mais du moins, pour le faire aifément & d’une bonne efpeee , il faut plufieurs qualités dans les plantes que fon choifir : 41 faut que lesfibresfoient fufèeptibles d’acquérir de la blancheur;, que ces fibres foienl fpongieufes, capables d’être pénétrées par les liquides qu’on emploie pour les réduire en papier : il faut que ces fibres puilfent fe féparer fans fedétruire ; quelles puiffent fe réduire en une bouillie prefque fans confiftance, dont les molécules foient douces, fines , cotonneufes. Il faut enfin qu’après la déification y elles reprennent une nouvelle confifiance ; que ces fibres qui étaient délayées dans de l’eau, s’entrelacent de nouveau , & qu’elles ccnfervent encore, après leur nouvelle réunion , la douceur, la porofité & la blancheur.
- Tant de qualités néceffaires à la formation du papier, doivent limiter -beaucoup le? nombre des plantes propres à cet ufage.
- 554. Les matières animales ont également fervi aux expériences de M. Guetard ; il-crut que les coques des chenilles communes qui, dans certaines années , dévaluent nos campagnes , feraient peut-être très-propres au même ufage. En effet ,Uprès les avoir nétoyées des feuilles, & les avoir fait battre, il en a formé un papier qui, quoique gris & imparfait, lui a donné lieu d’efpérer beaucoup des expériènees qui feraient faites avec plus de foin. N’ayant eu qu’une petite quantité de ces coques , il fut obligé de les battre à la main , dans un mortier ordinaire; & cette opération'eft bien moins parfaite que
- . KC 9Û l-SUS :
- (8?') Il ne paraît pas que .cette idée de pas propfe à Pufage propofé. Si les guêpes TW. de Réaumur puifte jamais être ptile. La en foht des nids bien liés, e’eft qu’elles y putréfaction détruit les petits filamens du emploient des fuies très-vifqueux. bois , enferte que cette matière ne parait
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- celle des moulins. Les pilons ou les cylindres ont un mouvement bien plus uniforme,, qu’un ouvrier qui pile dans un mortier : d’ailleurs les matières ne peuvent pas être nétoyées dans ce mortier par un courant d’eau femblable à celui d’un moulin à papier , qui lave & qui entraîne continuellement tout ce qui eft dilTout dans l’eau, la graiffe , l’huile, les matières fales & colorantes, 8ç qui caufe enfin toute la blancheur du papier (§.136“). Ainfi il n’eftpas étonnant que M. Guetard ait eu un papier qui manquait de blancheur ; celui des plus beaux chiffons ferait gris, s’il n’était pas lavé pendant plusieurs heuresrM. Guetard trouva même dans fon papier de chenille des points noirs provenus des excrémens de chenilles, qui étaient entrelacés dans les brins de foie : les parties de feuilles d’arbres qui étaient reliées auraient été emportées par le courant de l’eau ; enfin les fils eux-mèmes de la foie, ne peuvent-ils pas être enduits d’une matière plus terne & plus laie que l’intérieur, dont le lavage au' moulin les dépouillerait, auffi bien qu’il nétoie de la toile, puifqu’on a toujours du papier plus blanc que les chiffons qu’on a employés à le faire ?
- f f f. C’est ici probablement la caufe pour laquelle on ne voit point dans le papier de la Chine la blancheur de notre papier, quoiqu’il ait plus de fineflè &plus de force; mais cela eft-il étonnant, fi, comme il .paraît, par ce qu’on' nous en rapporte, on ne connaît pas à la Chine la maniéré d’établir ce cou-: rant d’eau qui s’écoule fans ceffe , & lave avec force pendant plufieurs heures notre chiffon, & que nous regardons avec raifon comme l’unique caufe de fa blancheur? (§.571.) , . •
- Du papier de la, Chine, s ? ... .m
- % 5 6. La fineffe, la douceur & la force du papier qui fe fait à la Chine, lui ont fait donner fouvent le nom de papier de foie. Bien des perfonnes, trompées par l’apparence & par le nom, ont cru qu’il était fait réellement avec de la foie; mais en l’examinant avec foin, en trouve communément que c’effune fubftance végétale.-La foie & toutes lesfubftances animales brûlent fans s’enflammer, fe crifpent, fe racorniffent, exhalent une vapeur oléagineufe.&une odeur défagréable : au contraire ,«le coton & les'fibres des plantes , fi on les préfente à la lumière d’une bougie, s’enflamment, & le fuc réfineux qu’ils contiennent, entretient la flamme jufqu’à ce que la fubftance foit confumée : c’eft ce qui arrive, au papier de la Chine, & ce qui prouve que ce n’eft point un papier de foie, mais une pâte tirée des végétaux * auffi bien que le papier de chiffon dont 011 fe fert eiyEurope. -, ;« • *oir?.-Kn nu
- 5Ï7- On trouve, chez quelques marchands, une forte de papier^ appellé auffi papier de foie, qui ne vient’point de la Chiné; M. défGenifane en a mis plufieurs fragmens en expérience, & il a~ rapporté à l’acaidéniie que tous avaient donné les apparences d’une fubftance purementJyégétale.I‘On aurait
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- pu croire peut-être que les fibres de la foie , écrafées par les moulins, avaient perdu leur lue oléagineux, & que la colle dont le papier eft toujours enduit, poùvait fervir de fubftance à la flamme * mais M. de Genffane a auifi éprouvé que de la foie battue avec foin, & réduite même en une pâte fans confiftance, ce qui eft fort difficile & fort long , trempée enfuite dans de la colle à papier , a toujours donné au feu les mêmes apparences & la même odeur qu’aupara-vant. D’un autre côté , M. Guetard nous allure qu’ayant lait fabriquer une fois du papier avec de la foie bien pilée, ce papier brûla à la maniéré du papier ordinaire, quoique les coques de vers à foie , dont il s’était fervi, aient coutume, dit-il, de fe recoqueviller en brûlant comme le parchemin (*). Quelle eft 'donc la caufe de ces différences ? M. Guetard croit qu’il en faut chercher l’explication dans le tiflfu, qui devient bien différent dans le papier, de ce qu’il était dans la coque. Les fils de la coque font longs,.dilpofés en différens fens : un feul fil tourne fouvent dans divers plans ; mais lorfque la coque eft réduite en papier, les fibres en font très-courtes ; li elles y font différemment arrangées & liées enfemble, ce lien n’eft pas fi ferré ; ce n’eft plus un même fil ou plufieurs fils d’une longueur confidérable. Il arrive donc que, lorfqu’on brûle des coques, leurs fils font tirés en différens fens > celles d’un plan tirent celles d’un autre plan, & elles doivent ainfi fe contourner, tantôt d’un côté , tantôt de l’a^utre. Les fibres du papier étant aufli courtes qu’elles le font, & n’étant liées enfemble que par juxta-pofition, elles ne doivent agir que peu ou point du tout les unes fur les autres, & par conféquent elles doivent brûler uniformément. Ce qui confirme cette explication, c’eft que les endroits du papier où la foie n’avait pas été bien battue, & était encore trop entrelacée, éprouvaient la même rétradion, & fe recoquevillaient en brûlant.
- 558- Le P. du Halde dit formellement que l’on ramaflfe à la Chine les coques de vers à foie, qui font au rebut dans les manufadures où fe devuide la foie, & qu’on fait du papier avec ces coques : ainfi il paraît qu’on emploie , ou du moins qu’on a employé quelquefois à la Chine des fubftances très-différentes les unes des autres à la.fabrication du papier; mais on verra ci-après, que la foie ne s’emploie à faire du papier que dans une très-petite partie de la Chine. \-
- s 559. Un traité chinois fur l’origine & la fabrication du chi, ou du papier, dont on trouve l’extrait dans l’Hiffi des; voyages, tome XXII, p. 281, nous apprend que les Chinois écrivaient autrefois fur de petites planches de bambou , paffées au feu & foigneufement polies, mais couvertes de leur écorce ou de leur peau:, c’eft ce qui paraît affez prouvé par les termes de kyen & de tfey
- (* ) Journal économique , 1751, août, page 133:.
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- dont on fe fervait alors, au lieu de chi, pour exprimer la matière fur laquelle on écrivait. On taillait les lettres avec un cifeau -, & de toutes ces petites planches prelfées l’une fur l’autre, on formait un volume : mais les livres de cette nature étaient d’un ufage fort difficile.
- j6o. Depuis la dynaftie de TJin ( avant la naiifance de J. C.} on écrivait fur des pièces de foie ou de toile, coupées de la grandeur dont on voulait faire un livre.. De là vient queladettre chieft. quelquefois compofée du caractère qui lignifie foie, & quelquefois du earadtere kin, qui lignifie de la toile.
- <j61. On lit dans un des recueils de lettres des millions étrangères, que: l’arbrilfeau appellé tongtfaa ou tongtomou, eft celui qui. fert à faire le papier à la Chine: c’eftauffi celui qui fert à faire les feuilles de ces fleurs qui nous viennent de la Chine, & dont on admire le coloris.
- 562. Aujourd’hui le papier ordinaire de la Chine eft formé de la fécondé écorce du bambou, délayée en une pâte liquide, par une longue trituration:! il eft collé auffi-bien que le nôtre, pour empêcher qu’il ne flue, & c’eft avec l’alun qu’on lui donne cette préparation; nous en parlerons ci-après. Ce fut vers la fin du premier liecle de l’ere chrétienne , que cette forte de papier fut inventée à la Chine par un grand mandarin du palais. Ce phyiicien trouva le fecret de réduire en pâte fine l’écorce de diiférens arbres & les vieilles étoffes de foie, en les faifant bouillir dans l’eau pour en compofer diverles fortes de papier.
- f 63. On lit dans un livre intitulé, Su-ikyen-chi-pu, qui traite de la nature du papier, que dans la province de Se-chuen le papier fe fait de chanvre ; que Kaot-fony, troifieme empereur de la grande dynaftie de Tang, fit faire de cette plante un excellent papier, fur lequel tous fes ordres fecrets étaient écrits; que dans la province de Fokyen le papier fe fait de bambou ; dans les provinces feptentrionales, d’écorce de mûrier, & dans celle de Che-kyang, de paille de riz ou de froment; enfin, dans la province de Kyang-nan, on fait1 un parchemin de fa petite peau qui fe trouve dans -les coques de vers à foie : il fe nomme Lo-wenchi ; il eft très-fin & très-doux. 0
- 564. Dans la province du Hu-quang, l’arbre chu, ou le ku-cku, fournit la; principale matière du papier.
- Le même auteur parle des différentes couleurs que les Chinois don-' nent quelquefois au papier; il traite du papier qui paraît comme argenté fans qu’on y emploie aucune parcelle d’argent ; invention qiî’on attribue à l’en*-’ pereur Kao-ti de la dynaftie des Tfi. ( Voyez §. f 78. ) Enfin il traite du papier des Coréens , qui fe fait avec tes coques des vers à foie, & il rapporte que depuis le feptieme fiecle, ces peuples paient à l’empereur leur tribut en papier.
- ï 66. Qn emploie quelquefois la fubftance toute entière du bambou & de
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- l’arbufte qui porte le coton ; on tire des plus grofles cannes de bambou les rejetons d’une année, qui font ordinairement de la grofleur de la jambe ; après les avoir dépouillés de leur première peau verte, on les fend en pièces droites de fix ou fept pieds de long, pour les faire rouir pendant une quinzaine de jours dans un étang bourbeux. On les lave dans l’eau claire ; on les étend dans un fofle fec; on les y couvre de chaux; peu de jours après on les lave une fécondé fois ; on les réduit en filafle ; on les fait blanchir & fécher au fo-leil; on les jette dans de grandes chaudières; & après qu’ils ont bouilli fortement , on les pile dans des mortiers jufqu’à ce qu’ils foient réduits en une pâte fluide,
- S67. Il y a auffi un papier dont on fait beaucoup d’ufage, qui eft com-pofé de la pellicule intérieure du chu-ku ou ku-chu, & c’eft même de cet arbre que ce papier eft appellé ku-chi. Lorfqu’on en cafle les branches, 1 ecoree fe pele facilement en longues courroies comme autant de rubans. Les feuilles de cet arbre reflemblent beaucoup à celles du mûrier iàuvage; mais le fruit a plus de reflemblance avec la figue : ce fruit fort des branches fans aucun pédioule ; s’il eft arraché avant fa parfaite maturité, la plaie donne un jus laiteux comme la figue. En un mot, cet arbre a tant de rapport avec le figuier & le mûrier, qu’il peut pafler pour une efpece de lycomore : cependant il re£ femble encore plus à Yadrachne, qui eft une forte d’arboifier de grandeur médiocre , dont l’écorce eft douce, blanche & iuifante, mats fe fend eu été, parce que l’humidité lui manque. Le ku-chu, comme l’arboifier, croît fur les montagnes & dans des terreins pierreux. ( Du Halde, pag. 866 & fuiv. )
- f 68* Il eft facile de voir par ce qui précédé, qu’une multitude de plantes peuvent s’employer & s’emploient en elfet à la Chine à faire du papier ; on préfere^cependant les arbres qui ont le plus de feve, tels que le mûrier, l’orme , le tfonc du cotonnier. On commence par lever légèrement la pellicule extérieure , en forme de longues courroies : on les fait blanchir dans l’eau & au foleil, & on les emploie comme nous l’avons dit du bambou, ;
- $69. On trouve à la Chine, fur les montagnes & dans*les lieux* déferts, une plante qui produit des feps longs & minces comme ceux de la vigne, & dont la peau eft extrêmement unie ; le nom de hautong, que les Chinois lui donnent, exprime cette qualité: on la nomme aufïi ko-tong, parce qu’elle produit de petits pois aigres, d’umverd blanchâtre, qui peuvent fe manger. Ses.branches y qui font à peu près de la>grolfeur des feps de vigne , rampent: fur la terre,>ou s’attachent aux arbres. Suivant le témoignage de l’auteur; Chinois, les branches du ko-tong ayant trempé quatre ou cinq jours dans-l’eau, il en fort un jus ôn&ueux, qu’on prendrait pour une elpece de glu 'ou de gomme. '' rr > • a ! * ; |J,i‘ :
- ^70. On mêle , cette gomme dans la pâte dont; fe fait le papier, ayant' Tome, IF. Z z z
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- beaucoup d attention fur lajufte quantité que l’on en doit employer : on bat ce mélange jufqu’à ce qu’il tourne en une eau graffe & épaiffe; on jette cette eau dans de grands réfervoirs compefés de quatre murs de trois ou quatre pieds , bien cimentés & maftiqués , pour empêcher la filtration ; & ce {ont là les cuves où les ouvriers puifent avec leurs formes les feuilles de papier , comme on l’a vu à l’occafion de notre papier ordinaire.
- 571. Pour coller le papier à écrire, le luftrer, lui donner du corps , & empêcher qu’il ne flue ou qu’il ne boive l’encre, les Chinois le font tremper dans une eau de colle & d’alun ; les voyageurs appellent cette opération fan-ner lepapier, parce qu’en chinois ,fan lignifie de l’alun : on hache fort menu iix onces de colle commune bien claire &bien nette , qu’on jette dans douze écuelles d’eau bouillante, en la remuant avec foin, pour empêcher qu’elle ne fe forme en grumeaux ; 011 y fait diffoudre enfuite douze onces d’alun blanc & calciné.jCe mélange fe met dans un grand bafîin, traverfé par une baguette ronde & liffe ; on prend la feuille au moyen d’un bâton qui eft fendu d’un bout à l’autre ; on la laiffe tomber doucement dans la liqueur pour y tremper ; on la retire en la faifant glilfer fur la baguette qui traverfe le bafîin j après quoi on la fufpend, en engageant dans un trou de muraille l’extrémité du bâton fur lequel efte eft placée. Tel eft à peu près le procédé des Chinois pour parvenir à faire ce papier qu’on admire pour la fineffe ,1a force & la grandeur ; il aurait peut-être la blancheur du nôtre, fi on donnait aux plantes qu’on y emploie, plufieurs heures dé lavage, après l’avoir paffé plufieurs fois à la lef-iive , à la rofée & au foleil ; mais: probablement on perdrait beaucoup de la force que nous remarquons au papier de la Chine, à proportion de fa fineffe. Au refte, on en voit quelquefois qui a véritablement la blancheur du papier d’Europe ; mais cela eft plus rare.
- 572. Les formes , c’eft-à-dire, les moules avec lefquels on puife dans la cuve pour former les feuilles de papier, fe font avec des fils de bambou tirés aufïi fin que les fils de laiton, au moyen d’une filiere d’acier ; on les fait bouib lîr dans l’huile jufqu’à ce qu’ils en foient bien imprégnés, afin qu’ils ne s'enfoncent pas plus qu’il n’eft befoin pour prendre la furface de la liqueur, & que l’humidité ne les étende pas.
- 57£. Les Chinois font du papier qui a quelquefois 60 pieds de long : il doit être fort difficile de former des cadres auffi longs, & d’avoir des cuves affez grandes pour les y tremper; il «ne ferait pas impoffiblede les faire en plufieurs pièces, & de les réunir avec art dans l’inftant même où l’on les couche ; mais il ne paraît pas que ce foit là le .procédé de la Chine.
- 574. Lorsqu’on veut faire des feuilles d’une grandeur extraordinaire, on foutient le cadre avec des cordons & une poulie 5 des ouvriers tout prêts à tirer chaque feuille, l’étendent dans l’intérieur d’un mur creux, dont les côtés
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- font bien blanchis, & dans lequel on Fait entrer .par un tuyau la chaleur d’un fourneau , dont la fumée fort à l’autre bout par un petit foupirail : cette elpece d’étuve fert à fécher les feuilles prefque aufli vite qu’elles fe font.
- 57f • Il n’ell pas étonnant que l’art du papier foit porté, parmi les Chinois, à une très-grande perfeélion ; la profeffion y eft honorée ; la découverte en eft ancienne ; la confommation en eftimmenfe. Sans parler des lettrés; qui en emploient une quantité prodigieufe , toutes les maifons particulières en font remplies ; les chambres n’ont d’un côté que des fenêtres ou des jaloufies , couvertes de papier ; les murs, quoique revêtus ordinairement de plâtre , font recouverts d’une couche de papier qui en conferve la blancheur & le poli ; les plafonds font ornés de compartimens faits en papier : en un mot, on ne voit prefque dans les maifons que du papier , & tout ce papier fe renouvelle chaque année.
- 576. On voit hors des fauxbourgs de Pékin , vis-à-vis les cimetières , un. long village, dont les habitans renouvellent le vieux papier, & tirent un profit alfez confidérable de ces rebuts. Ils favent le rétablir dans fa beauté , foit qu’il ait été employé à l’écriture , foit qu’il ait été collé fur des murailles , foit qu’il, ait été travaillé en carton, ou altéré par d’autres ufages.
- f 77. Ces ouvriers vont acheter à vil prix dans les provinces, tout ce mauvais papier; ils en font de gros amas dans leurs maifons, qui ont toutes un enclos de murs fort unis, & blanchis foigneufement pour cet ufage. La première, opération confifte à le laver fur un pavé incliné près d’un puits , en le frottant de toutes leurs forces avec les mains & avec les pieds, pour en faire fortir l’ordure ; ils font bouillir la malle qu’ils ont ainfi pétrie ; & l’ayant battue jufqu’à ce qu’elle ait repris la qualité de papier, ils la mettent dans un réfervoir ou une cuve, jufqu’à ce qu’il y en ait une grande quantité. Alors, dit le P. du Halde, ils féparent les feuilles avec la pointe d’une aiguille, & les attachent aux murs de leur enclos pour y fécher au foleil. Ce travail prenant peu de tems, ils les rejoignent enfemble avec la même propreté. On ne conçoit guere le maniéré dont le P. du Halde prétend que des feuilles qui ont été pé-^ tries & battues, peuvent le féparer encore avec la pointe d’une aiguille; je croirois plutôt que ces vieux papiers fe délaient entièrement, pour en faire de nouveau le papier à la maniéré ordinaire, ainfi que nous l’avons dit §. 122, àl’occafion des papiers que l’on a coutume chez nous de refondre , lorfqu’ils font défectueux.
- 578. Nous ne devons pas terminer l’article du papier de la Chine fans parler d’une préparation argentée qu’on lui donne fouvent.
- , f 79. Le papier argenté qui s’emploie à la Chine, le prépare fimplement avec du talc. Les Chinois nomment letdz yun-muache ^ qui lignifie pierre grojje de nuées, parce que chaque morceau calfé femble, pour ainfi dire, une nuée
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- tranfparente. Le talc que les Rulles apportent à la Chine, eft préféré à celui qui fe tire de la province de Se-ckuen. Après lavoir fait bouillir environ quatre heures , on le! laide dans Peau pendant un ou deux jours 3 on doit enfuite le laver foigneufement, & le battre avec un maillet dans un facde toile pour le mettre en pièces. A dix livres de talc on ajoute trois livres d’aluns on broie le tout enfemble dans un petit moulin à bras 3 enfuite ayant fade la poudre dans un tamis de foie, on la jette dans de Peau bouillante que l’on décante enfuite. La matière quife dépofe ayant été durcie au foleil, doit être aufli-tôt réduite en poudre impalpable dans un mortier. Cette-poudre, après avoir été fadee une fécondé fois, eh telle qu’il faut l’employer.
- 580. Pour préparer le papier à recevoir cette poufliere argentine, on prend fept fuens ou deux fcrupules de colle , eompofée de cuirs de vaches, & trois fuens d’alun blanc qu’on mêle dans une demi-pinte d’eau claire, & qu’on fait bouillir jufqu’à ficcité 5 alors étendant quelques feuilles de papier fur une table fort unie , on y pade un pinceau trempé dans la colle avec le plus d’égalité qu’il eft pofîible : on fecoue au travers d’un tamis la poudre de talc pour la diftribuer uniformément fur le papier, après quoi on fait fécher ce papier à l’ombre. Lorfqu’ii eft fec, on l’étend de nouveau fur une table 3 & en frottant légèrement avec du coton, on ôte le talc fuperdu , qui fert enfuite au même ufage : on a ainfi du papier argenté ; & avec la même poudre délayée dans l’eau & mêlée de colle & d’alun, on peut defliner toutes fortes de figures fur le papier.
- Papier du Japon.
- 581- Dans l’appendice ou fupplément de l’hiftoire du Japon par Engelbert Kæmpfer, traduite en français fur la verfion anglaife de Scheuchzer, 011 trouve une defcription abrégée de la maniéré dont on fait le papier au Japon , avec la plante appellée kaadji. Le nom botanique de cette plante dans Kæmpfer eft celui-ci, papyrus fructu mori celfce , Jive. morus fativa, foliis urticœ mortuœ , cortice papyrifera.
- 582. Chaque année, après la chute des feuilles, on coupe les jeunes rejetons qui font fort gros, de la longueur de trois pieds au moins, & l’on en fait des paquets pour les mettre bouillir dans l’eau avec des cendres 3 s’ils feehent avant qu’on ait le tems de les faire bouillir, on les met dans de l’eau commune pendant vingt-quatre heures, pour leur rendre de l’humidité.
- 383* Ces paquets ou fagots font liés fortement enfemble, & mis debout dans une grande & ample chaudière qui doit être bien couvertes on les fait bouilir long-tems, de maniéré que l’écorce , en fe retirant, laide voir à nu un demi-pouce du bois à l’extrémité de chaque piece : on les lailïe enfuite refroidir à l’air, on les fend pour en tirer l’écorce, & l’on fait tremper cette écorce dans l’eau pendant trois ou quatre heures.
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- 584* Lorsque l’écorce eft ainfi ramollie, on ratifie la peau noirâtre qui la couvre, & l’on fépare en même tems l’écorce forte qui eft d’une année de crû, de l’écorce mince qui a couvert les jeunes branches ; la première donne le papier le plus blanc & le meilleur, la derniere donne un papier noirâtre d’une bonté paftable : s’il y a de l’écorce de plus d’une année, mêlée avec le refte, on la trie de même, & on la met à part, parce qu’elle forme le papier le plus grofiier & le plus mauvais de tous : on fépare de même les parties noueufes , groffieres ou défeétueufes, pour en former le papier le plus grofTier.
- Après que l’écorce a été fuffifamment nétoyée, préparée & rangée félon fes diiférentes qualités, on la fait bouillir dans une leflïve claire. Pendant tout le tems qu’elle bout, on la remue avec un gros rofeau, & l’on y verfe de tems à autre de la lefiive claire pour abattre les bouillons, & réparer les pertes de l’évaporation. On laifte bouillir ces écorces jufqu’à ce qu’étant touchées légèrement avec les doigts , elles fe.diftolvent, & fe féparent en maniéré de bourre, ou comme un amas de fibres décompofées.
- 586- Pour faire la lelîive dont nous venons de parler, on met deux pièces de bois en croix fur une cuve 5 on les couvre de paille ; on met fur cette paille des cendres mouillées ; 011 y verfe de l’eau bouillante , qui à mefure qu’elle pafte au travers de la paille pour tomber dans la cuve, s’imbibe des particules falinesde la cendre, & forme ceti^ lelîive 911 l’on jette la matière du papier. L’écorce qui a bouilli dans cette lelîive doit être lavée ; mais ce lavage’eft une opération tres-délicate : fi l’écorce n’a pas été lavée, le papier fera fort, & aura du corps, mais il fera grolîier & de peu de valeur j fi elle a été lavée trop long-tems, elle donnera du papier plus blanc, mais fiuant, & peu propre à écrire. C’eft dans lariviere que felave la pâte , au moyen d’une elpece de van ou de crible au travers duquel l’eau coule , & on la remue continuellement à force de bras, jufqu’à ce qu’elle foit délayée à la confiftance d’une laine ou d’un duvet doux & délicat.
- 5 87. Pour faire le papier fin , on lave cette matière une fécondé fois ; mais c’eft dans un linge au lieu du crible, parce que plus on lave, plus l’écorce eft divifée*, enforte qu’elle pafterait enfin toute entière par le crible ; on a foin en même tems d’ôter les nœuds , la bourre , & autres parties hétérogènes , que l’on met à part pour les moindres efpeces de papier.
- 588- La matière bien lavée fe place fur une table de bois, fort épailfe & bien lifte, où deux à trois perfonnes la battent avec des bâtons d’un bois très-dur appellé kufnoki, jufqu’à ce qu’elle foit fi déliée qu’elle reftembleà du papier, qui à force de tremper dans l’eau , eft réduit comme en bouillie , & ifa prefque plus de confiftance.
- 585?* L’Écorce ainfi atténuée fe met dans une cuve avec l’infufion glai-reufê & gluante du riz, & celle de la racine creni (alcea radia vifeofa,flore
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- ephemero magno puniceo, Kæmpf. ) qui eft auffi fort gîaireufe & gluante. Orf agite ce mélange avec un roieau, jufqu’à ce que les trois matières foient bien mêlées’, & forment une fubftance liquide & égale. On fe fert pour cela d’une cuve étroite: mais on verfe enfuite cette pâte dans une cuve plus grande, à peu près femblable aux cuves d’ouvrier dont on a vuja defcription ,§. 240. On tire de cette cuve les feuilles une à une avec des moules qui font formés de jonc, au lieu de la verjure dont nous avons parlé §. 211 : on les appelle miis.
- f 90. Il ne relie plus alors qu’à faire fécher ces feuilles de papier : pour cet effet 011 met les feuilles en piles fur une table couverte d’une double natte, & l’on met une petite piece de rofeau, qu’on appelle kamakura, c’eft-à-dire, couffin, entre chaque feuille : cette piece qui déborde un peu, fert enfuite à foulever les feuilles & à les tirer une à une. Chaque pile eft couverte d’une planche ou d’un ais mince, de la grandeur & de la figure des feuilles de papier, fur laquelle on met des poids de plus, en plus forts par degrés, pour en exprimer l’eau. Le lendemain ou ôte les poids, on leve les feuilles une à une; avec le petit bâton, ou kamakura, & avec la paume de la main on les jette fur des planches longues & raboteufes, faites exprès ; ies feuilles s’y tiennent aifément, à caufe de l’humidité qui leur relie : on les expofe enfuite au foleil ; & lorfqu’elles.font parfaitement feches, on les met en monceaux, on les rogne tout autour, & on les garde pour s£.en fervir.
- 591. L’infusion de riz, dont il a été parlé , fert à donner au papier de la blancheur & de la confiftance; elle fe fait dans un pot de terre non vernilfé , ou les grains de riz font trempés dans l’eau. Le pot eft agité d’abord avec dou-, ceur , & enfuite plus fortement ; à la fin 011 y verfe de l’eau fraîche , & on pallè le tout au travers d’un linge. Ce qui eft demeuré dans le linge, fe remet dans le pot avec de l’eau fraîche ; & 011 répété la même opération, tant qu’il relie quelque vifcofité dans le riz. Celui du Japon eft excellent pour ce travail;. c’eft le plus blanc & le plus gras de l’Alîe.
- $92. L’infusion gluante de la racine oreni fe fait en mettant Amplement dans l’eau fraîche cette racine pilée ou coupée en petits morceaux ; l’eau devient, en une nuit, gîaireufe & propre à l’ufage qu’on en veut faire; il faut une quantité dé cette infufion, différente fuivant les faifons ; &‘tout l’art dépend, à ce qu’ils difent, de la jufte quantité d’oreni.
- Ï93- Le papier groffier, deftiné à fervir d’enveloppe, eft fait fuivant le même procédé , avec l’écorce de i’arbriffeau kadfe . kadfura, que Kæmpfer appelle papyrus procumbens, lactefcens, folio Longe, lanceato , cortice chartaceo.
- 594* Le Papier du Japon eft très-fort : 011 en fait des feuilles fi grandes , qu’elles fuffiraient à faire un habit; & il reffemble tellement à une étoffe, qu’on pourrait s’y méprendre.
- T9L Les nations Afiatiques deçà le Gange, excepté les noirs qui habitent
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- lé plus au midi , font leur papier de vieux haillons des étoffes de coton, & leur méthode ne différé en rien de la nôtre, excepté qu’elle n’eft pas fi embarraffée : leurs inftrumens font plus greffiers, mais iis s’en fervent avec plus d’adreffe.
- - 596. Ce papier des Orientaux', dont l’ufage eft bien plus ancien que celui
- de notre papier de chiffons., a fins doute donné l’idée de celui-ci: on ne doit s’étonner que de voir le nombre de fiecles qui fe font écoulés avant que le commerce d’Afie ait donné à l’empire d’Orient l’idée de faire du papier par la trituration.
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- EXPLICATION DES PLANCHES.
- Planche I.
- Moulin à papier, fitné à la Grand rive en Auvergne.
- IG. i. A , canal du ruiffeau qui fournit l’eau au moulin, & à tous les ouvrages intérieurs.
- B, panier d’olier par lequel l’eau paffe à la rigole C.
- C, rigole qui fournit l’eau au grand repofoir.
- D, canonnière qui arrête l’effort de l’eau & les impuretés qu’elle entraînait. E , grand repofoir où l’eau s’épure.
- F, panier au travers duquel l’eau paffe dans la rigole G.
- G, rigole qui fournit l’eau au petit repofoir.
- H, autre canonnière pour purifier l’eau.
- I, petit repofoir, où l’eau achevé de dépofer fon gravier.
- K , grille par où l’eau va dans le bachat-long.
- L , rigole qui mene l’eau au bachat-long.
- M, canonnière vue féparément, démontée & hors du réfervoir.
- N , ratelierlau travers duquel l’eau du ruiffeau arrive fur la roue.
- O , première gorgere, gorge au auge, qui conduit l’eau à la roue.
- P , chanée étriere, deuxieme gorge ou auge.
- Q_Q_, encloues ou encloufes, que l’on décroche pour détourner l’eau de deff fus la roue.
- RR, roue du moulin.
- S S , arbre des chevilles, qui éleve les maillets.
- 1,2, cames ou chevilles qui élevent les maillets.
- T, partie du bachat-long, qui fournit l’eau dans les piles.
- V V, grippes de devant & de derrière, qui contiennent les maillets.
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- ART DE FAIRE
- X, maillets qui hachent le chiffon dans les piles.
- Y, batadoir dans lequel on lave les feutres.
- Figure 2. A A, ceintre de la roue.
- B, bras de la roue , tant montés que démontés.
- C C, chanteaux qui recouvrent les alives par le côté.
- D, alives, aubes, palettes ou volets qui reçoivent la chute de l’eau , & donnent le mouvement à la roue.
- E, jante, courbe ou courbette qui porte les alives.
- F, coin qui ferre la jante fur le bras de la roue.
- G, clavette ou cheville qui traverfe les chanteaux , & les entretient enfem-ble fur les jantes & les alives.
- HH, arbre de la roue ou des chevilles.
- I, petit dormant, dans lequel eft porté le pivot ou tourillon de l*arbre.
- K, gros dormant qui fupporte le petit.
- MMMM, bras de la roue, qui Te terminent chacun par une aube.
- O, nvafïïf de maçonnerie , qui porte le gros dormant.
- P P, chevilles ou cames de l’arbre , qui lèvent les tètes des maillets.
- T T, tète quarrée de l’arbre, dans lequel paffent les bras de la roue.
- V, coin de bois pour ferrer les bras de la roue dans la tête de l’arbre.
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- Planche II
- Intérieur du moulin à pilons.
- Fig. i. Perlpedtive du moulin.
- A, la roue du moulin.
- B B, l’arbre des chevilles.
- C, chevilles qui élevent les maillets.
- D, maillets, pilons, marteaux qui pilent les chiffons.
- E, grippes de devant qui portent les queues des marteaux.
- e , grippes de derrière qui contiennent les têtes des marteaux.
- FF, arbre des bachats , ou arbre des piles, dans lequel font creufe^les bachats.
- G, bachats ou creux de piles.
- H H, bâchât long, ou gouttière qui conduit l’eau dans les piles, i, i, i, crochets qui fupportent le bâchât long contre le mur.
- 2,2,2, chanelettes ou gouttières qui donnent l’eau aux bachaffons.
- I, petit dormant.
- K, gros dormant.
- L, le^har du moulin qui porte tout l’affemblage.
- M,
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- M, gerle ou gerlon, dans lequel on verfe la pâte raffinée qui fort Je la pile de l’ouvrier.
- N, N, cuvettes ou caiffes qui reçoivent les chiffons au fortir des piles* âorans.
- Figure 2. Plan géométral du moulin.
- A, la roue.
- B, B, l’arbre des chevilles.
- C, chevilles ou mentonets.
- D , mail|éts ou pilons.
- E, grippes de devant. e, grippes de derrière.
- E, arbre des bachats.
- G, bachats ou creux de piles.
- HH, bachât-long. ï, rigole qui fournit le bachat-lortg.
- crochets qui le tiennent au mur.
- 2.2.2, chanelettes qui donnent l’eau aux bachaffons.
- K K K, bachaffons couverts de leurs couloirs.
- 3 , chanelettes qui donnent l’eau aux bachats.
- L , ponteau de bois fur lequel on paffe le foffé de l’eau qui mené la roue. M, cuvettes à mettre les chiffons.
- Figure 3. Détail des pièces qui compofent le moulin.
- AA , maillet} aa> liens des deux bouts du maillet.
- 1.2, 3 , coins à ferrer lés liens.
- B B, têtes du maillet, dont une à part rompue. b b, les dents ou clous qui hachent les chiffons.
- C, partie d’une grippe de devant, iupportant la queue du maillet.
- D tk/> * l'éperon qui garnit le defïous de la tête du maillet, & qui garantit le bois.
- E, l’engin qui fert à arrêter les maillets.
- «, virole ou étrier de l’engin.
- 19 au bas de la planche, grippe de derrière.
- F, grippe de devant.
- *c * o, crochets pour tenir les maillets élevés.
- 1,2, trous pour affujettir les grippes de devant à l’arbre des bachats.
- G, coupe d’un bâchât vu par moitié en - dedans à plomb jufqu’au fond.
- H, cuvette ou rinqoir pour laver les piles.
- * h, couverture du kas.
- I, coupe d'une pile, par la partie inférieure.
- K, femelle ou plaque de métal o-vale, qui couvre le fond des piles,
- Fouie IF* A a a a
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- ff4 A & T D % FAIRE
- K j piece de bois qui fer t à tirer le kas.
- L, place du kas au devant de la pile.
- M, kas ou chaffis de crin, qui laiffe fortir l’eau des piles, à mefure que le Jiiffon eft lavé.
- m, pince du kas, ou poignée qui fert à le tirer de fa place.
- N, clous à tète plate, qui fervent à attacher une toilette de crin fur le chaffis du kas.
- p , éperon qui garantit le bois des maillets.
- X, coin de bois qui alfujettit la tète du maillet.
- Y, boulon qui retient les maillets dans la tète des grippes de devant.
- Z, boulon de fer qui paffe au travers des queues des maillets , & leur fert de pivot.
- Planche III.
- Elévation & plan du moulin à papier, qui agit par le moyen des cylindres, exécuté à Montargis.
- A, couriîere dans laquelle tourne la grande roue.
- C C , grande roue à aubes, qui tourne par le moyen de l’eau.
- DD, arbre de la grande roue, qui porte le petit rouet & la manivelle. d9 extrémité du même arbre, qui fait mouvoir à gauche un femblable équipage.
- F , lanterne de trente-quatre fufeaux, qui eft conduite par le petit rouet. G G, axe de la lanterne, qui porte auffi le grand rouet.
- H H, grand rouet de foixante-fept affichons, qui paffe fur trois cylindres. III, lanternes des cylindres.
- K, cylindre découvert & tournant dans fa cuve.
- L , cylindre recouvert de fon chapiteau.
- M, place du cylindre dans fa cuve. m m , plans inclinés qui font de chaque côté du cylindre.
- N N, réparation ou cloifon qui partage la cuve fur une partie de fa longueur.
- n , place des chaffis qui empêchent la pâte d’ètre jetée au dehors de la cuve par le mouvement du cylindre.
- O , tuyau par lequel la pâte fort de la cuve, pour être conduite dans les caiffes de dépôt.
- P P , partie de la cuve occupée par le cylindre.
- Q_Q_j partie de la cuve occupée par le chiffon.
- R.R, petit rouet de quarante-un affichons, qui conduit la lanterne du grand rouet.
- V, tuyau pour conduire au dehors l’eau qui a lavé les chiffons.
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- LE PAPIER.
- Planche IV.
- W
- [N. B. On n’a pu mettre aucune échelle dans cette planche, à caufe de la trop grande diverfité des objets qui y font repréfentés. ]
- Figure i. A , plan incliné par lequel les chiffons arrivent fous le cylindre.
- B, platine de métal fur laquelle eft broyé le chiffon.
- C , concavité dans laquelle tourne le cylindre.
- D, plan incliné par lequel les chiffons fortent de deffous le cylindre , & retombent dans la cuve.
- Figure 2. E, F, vue extérieure d’une cuve à cylindre.
- fi h, pièce de bois, ou levier qui fupporte le pivot du cylindre.
- G , chapiteau qui recouvre le cylindre.
- gi centre du cylindre qui s’élève par le moyen du levier /, h,
- H , place du cylindre.
- I, chaflis qui retiennent les chiffons. h, extrémité du levier /, h.
- L, eau qui coule dans la cuve pour laver le chiffon.
- M, cric deftiné à élever le cylindre par le moyen du levier h, f
- N, coin de bois, par lequel on jauge & on fixe l’élévation du cylindre. Figure 3. P, porte qui fe leve pour laiffer couler la pâte lorfqu’elle eft faite. Q_, tuyau de plomb qui conduit la pâte aux caiffes de dépôt.
- R, cric pour élever le cylindre.
- Figure 4. S T, arbre du cylindre, de huit pieds de long.
- V, V, longueur du cylindre. u, u, diamètre du cylindre.
- «S rondelles de fer qui empêchent l’huile des pivots de s’étendre.
- X, lanterne de fept fufeaux, qui eft portée fur l’arbre du cylindre.
- Figure 5. Y, plan de la lanterne du cylindre.
- Figure 6. Z , tourte, about, ou cercle de fer croifé, quifertde baie à chaque côté du cylindre, & reçoit les lames de fer qui le compofent.
- Figure 7. b, b, plan de la platine vue en grand. c, coupe de la platine dans fa largeur.
- Figure g. D, D , chaftîs à doublecouliffe, vu de profil, pour modérer les iffues du vent dans l’étendoir.
- E, E, plan des chaffis qui gliffent l’un devant l’autre , à moitié fermés. roye{$. 330.
- Figure 9. A, rouet qui tourne par le moyen de l’eau, & qui fait mouvoir le cylindre du laminoir.
- A a a a ij
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- ART DÉ FAIRE
- B, cylindres de cuivre d’un pied de diamètre, & de 30 pouces de long, entre lefquels on fait paffer chaque feuille de papier.
- C, C, cokisde bois qui fervent à ferrer les cylindres l’un contre l’autre. ..
- Planche V.
- Figure 1. Elévation d’un moulin à papier , exécuté en Hollande.
- A, A, A, A, poteaux corniers qui forment la cage.
- a, a, tour ou treuil, qui fert à tirer au vent.
- B , B , B, croix de Saint-André, qui affujétiffent la charpente.
- b, b, liens ou pièces de bois qui arcboutent & qui foutiennent la charpente. C, D , arbre tournant, dirigé au vent.
- d, heurtoir qui foutient le pivot de l’arbre tournant contre l’effort du vent.
- E, rouet de 61 aluchons.
- e, e, volans fur lefquels portent les ailes du moulin.
- F, G, arbre debout, qui communique le mouvement aux cylindres.
- H, rouet de 5:7 aluchons , qui fait tourner trois cylindres.
- K, chapiteau qui recouvre un des cylindres.
- L, L, arbre de renvoi qui communique le mouvement à deux mouffoirs.
- M, rouet de 23 , qui porte à l’extrémité inférieure de fan arbre un autre rouet deftiné à faire tourner les mouffoirs.
- N, cuve d’un des mouffoirs ou cylindres aïfieurans.
- O, rouet qui fait aller la pompe.
- P, rouet qui porte la manivelle de la pompe.
- p, p, p, corde qui fert à élever le rouet P, lorfqu’on ne veut point d’eau.
- R, Qj S, brinbale de la pompe , qui eft mue par le point CL, & tourne autour du point S.
- R, R, S, tringle du pjfton, qui defcend dans la bufeS du corps de pompe. T , réfervoir ou cuvette, qui reçoit l’eau de la pompe fur la longueur.
- V, autre réfervoir où l’eau paffe en fortant du premier, vu fur fa largeur, V, V, u, tuyaux au chenaux, qui portent l’eau dans les cuves à cylindre.
- X, X, galerie qui régné autour de la charpente pour le fervice du moulin.
- Y, Z, queue du moulin, pour le tirer au vent.
- y ,y, pièces en écharpe , qui fortifient la queue dumoulin fur le comble tournant Z , £.
- W ,'W, plateforme fur laquelle tourne le comble du moulin avec le rouet, l’arbre, & tout ce qui en dépend.
- Figure 2. Portion de la coupe d’un cylindre creux exécuté par M. Deftriehes. R, R, S, S, affemblage de trois lames avec deux intervalles.
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- LE PAPIER.
- ÎS7
- T, V, épaiifeur des lames, qui eft de i g lignes.
- T, T, hauteur des lames, qui eft de trois pouces.
- X, écrou qui arrête for la bafe ou tourte de fer les goujons à vis qui terminent chaque lame.
- Y, vis à tête quarrée, qui entre dans la lame pour la mieux contenir fur la bafe.
- Z, Z, intervalles de 18 lignes qui font entre les lames.
- A, lames circulaires qui forment les intervalles des lames tranchantes.
- d^d, rainures pratiquées dans les lames tranchantes, où entrent des languettes pratiquées aux lames circulaires.
- e, échancrure de quatre lignes, qu’on pratique for chaque lame, pour mieux couper le chiffon.
- Planche VI.
- Cylindres faits à la maniéré de Hollande ; plan de la partie inférieure du moulin , dont P élévation formait la planche V.
- Figure i. A, A, coupe d’un cylindre affleurant ,ou moufloir, tout en bois, recouvert d’un chapiteau, & tournant dans une concavité fans platine.
- B, B, concavité de bois, fur laquelle eft agitée la pâte.
- Figure 2. C, coupe d’un cylindre conftruit à la façon des Hollandais.
- D, platine de métal, lituée fous le cyljndre.
- d, d} coupe verticale d’une cuve à cylindre.
- f, place du chaffis de verjure , reprefenté figure 5.
- g, fituation de la planche qui retient l’eau.
- k, dallon ou gouttière qui reçoit l’eau pour la porter hors du moulin, lorf-qu’elle a lavé le chiffon.
- Figure 3. Une des lames qui gamifTent le cylindre.
- ey e, rainures pratiquées à chaque lame, pour y faire entrer un cercle 4e fer.
- Figure 4. F, chaffis de verjure, qui fe place dans le chapiteau en /, pour îailfer paffer l’eau, & retenir la pâte.
- Figure G, pièce de bois, qui ferme le chapiteau en g, lorfqu’on veut retenir l’eau.
- Figures 6, 7, 8? io. Machine pour couper le chiffon à la place du dé-rompoir , propofée par M. de Genffane.
- T, T , cuve pour la machine qui peut lèrvir de dérompoir.
- V, V , féparation de la cuve.
- V, Y, plan incliné armé de tranchets, pour couper le cïiiifon.
- C, cylindre tournant, entaillé pour faire placemix tranchets.
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- ART DE FAIRE
- ff-8
- B, D, mouvement du chiffon dans la cuve.
- m , lanterne portée fur le cylindre tournant.
- coupe du cylindre qui fait circuler le chiffon.
- Z, Z, le même cylindre vu de profil.
- P, axe du cylindre, qui porte une lanterne.
- f, f, g, g, entailles du cylindre , qui font place aux tranchets.
- u,y, plan incliné, fur lequel les chiffons font amenés par le cylindre.
- a, b ,c, </, tranchets d’acier, ou lames tranchantes qui doivent couper le chiffon par morceaux de deux à trois pouces.
- Planche VIL
- Formes ou moules, avec lefquels on puife les feuilles de papier.
- A, A, chafîis de la forme du papier à la cloche, vu par-deffus.
- B , B, chafîis vu par-delfous.
- C, C, fufeaux garnis de fils de laiton, pour affembler & contenir les fils de la verjure, en paffant à chaque fois un des fufeaux de deffus en deffous , & l’autre de deffous en deffus.
- D , D, pontufeaux ou pointufeaux qui foutiennent la verjure, vus pat leur côté tranchant.
- E, E, pontufeaux vus par leur côté arrondi, qui eft le deffous de la forme.
- F, F, fufeaux garnis de fils de laiton.
- G, G, fufeaux au commencement du travail.
- H, H, tringle du chafîis, dans laquelle entrent les extrémités des pontufeaux. .
- G, G, H, H, au bas de la planche , cadre, couverture qu’on applique fur la forme.
- I, 1, pontufeau vu par-deffus, ou par fon côté aigu.
- ' K, K, pontufeau vu par-deffous, ou par fon côté arrondi.
- L, L, lame de cuivre qui recouvre les extrémités de la verjure-
- M, N, transfil, fil de laiton qui fert de premier & de dernier pontufeau , fur lequel les envergures font parfilées.
- P, P, équerres de cuivre, pour affembler les tringles du chafîis.
- Planche VIII.
- Figure i. A, ouvrier, plongeur, ououvreur, placé dans fànageoire jufqu’à la ceinture, qui tire de la cuve fa forme chargée d’une couche de pâte, qui doit former la feuille, pour la faire gliffer jufques vers le coucheur.
- B , cuve de l’ouvrier, où eft la pâte délayée & chaude.
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- LE PALIER.
- ÏÎ9
- b, ouverture du piftolet, qui échauffe l’intérieur de la cuve,
- C, couverture de la forme.
- D, D, formes ou moules vus dans les deux fens.
- F, coucheur, qui reçoit la forme chargée d’une feuille , & la renverfe fur le drap ou feutre.
- f > couvercle du trapan, qui fe met fur la porfe avant de la preffer.
- G, porfe déjà faite, ou affemblage de feuilles féparées chacune par un feutre.
- g, beche, bâton crochu pour tirer la porfe fous la preffe.
- H, H, preffe pour exprimer l’eau de la porfe.
- I, 2,3, niifes, ou pièces de bois, qui fervent à charger la porfe quand on la met fous la preffe.
- f , planchette fur laquelle on fait gîiffer la forme.
- 6, trapan de cuve , ou égouttoir, fur lequel le plongeur met fa forme.
- 7,8 s bâtons de l’égouttoir contre lefquels on releve la forme.
- I, apprentif, leveur de feutres, qui découvre chaque feuille, & rend le feutre au coucheur.
- K, leveur de papier, qui détache les feuilles de deffus le feutre , & les met fur fi felle qui eft inclinée, & fur laquelle il forme la porfe blanche.
- L, preffette où l’on preffe le papier en porfe blanche.
- M, baffine de cuivre pour mettre de la pâte dans la cuve.
- R, poye ou bâton qui fert à contenir la vis de la preffe1, quand on change le levier de trou.
- Figure, 2. A, partie d’un étendoir en perfpe&ive.
- B, ouvrier qui met le papier en pile avant de le porter au liffoir.
- C , ouvrière qui étend le papier avec fon ferlet.
- D , ouvrière qui retire le papier lorfqu’il eft fec.
- E , banc des étendeufes.
- F, felle qui porte les ballons de papier lorfqu’on les étend.
- G, G, piliers on jambes qui fupportent la ferme de l’étendoir.
- Figure 3. A, perches quarrées, dans lefquelles font des trous pour foutenir les guimées.
- C, guimées ou bâtons ronds, qui portent les cordes.
- Planche IX.
- Figure^ j. K, ouvrier qui enleve de la cuve le tripier ou panier qui renferme les rebuts de la colle.
- B, ouvrier qui la paffe par-le couloir fur Parquet, pour en féparer les ordures.
- C, faleran , qui colle les feuilles de papier en les trempant dans le mouil-loir ou mouilladoir.
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- art de faire
- D, prefle où le le faleran met le papier collé pour dégorger le fuperflu de la colle.
- d, d, petites planches de fapin, dont iè fert le colleur.
- E, foutrait de la preife , dans lequel il y a une gouttière.
- F, gerlon pour recevoir la colle fuperftue qui ffeule de deflous lapreflè.
- G, cuve où la colle fe cuit.
- H , cuve où l’on palfe la colle.
- I, mouilloir dans lequel on colle, & que l’on entretient dans une douce chaleur.
- K, tripier ou panier chargé de tripes avec lefquelles on fait la colle.
- L, poulie par le moyen de laquelle on retire le tripier de la cuve.
- Fig. %. A, ouvrier qui contient le papier fous le marteau, pour lifler les grandes fortes.
- B, marteau dont le manche traverfe le gros mur. b, papier qui eft fous le marteau.
- C, manche du marteau, qui eft mu par le moyen de l’eau.
- D, l’enclume fur quoi l’on met le papier.
- E, E, la même enclume à part, démontée.
- , billot ou bloc dans lequel on enchâlfe le pied de l’enclume.
- G, ballons, ou piles de papier qui ont été liffées.
- La planche IV, figure 9 3 contient une troifieme façon de lijfer le papier.
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- LE PAPIER.
- ====*&?===
- %6i
- =*•
- TABLE DES MATIERES
- & explication des termes propres à Vart du papetier.
- jcVbout, bafe des cylindres qui fervent à broyer le papier: c’eft ordinairement une platine de fer, croi-féee. Voyez tmrteau.
- Acanthium , nom d’une plante dont les anciens ont fait des vêtemens, §.
- Adrachne , efpece d’arboifier qui ref-femble au ku-chu, dont on fait le papier à la Chine , y6j.
- Affinage ou raffinage de la pâte qui forme le papier, 16?..
- Affleurer, c’eft-à-dire, délayer la pâte lorfqu’on veut l’employer, 167, 20 5.
- Affût , chaffis de bois dont on forme les moules, qui fervent à puiferles feuilles de papier , 212.
- Agraffes, clous de fer qui attachent les platines au fond des creux de piles, 95.
- Aigle , grand-aigle, nom d’une efpeee de papier. Voyez le tarif de 1741, page y2y.
- Alexander abAlexandrof cité note 4.
- Algue marine , nom d’une plante fur laquelle on a fait des effais pour l’employer à la fabrication du papier, f4T-
- Alives. Voyez aubes.
- àloes , autre plante qui pourrait fer-vir au môme ulage, f22.
- Alun : ion effet dans le collage dupa-pierffa dofe d’un vingtième du poids du papier, 407.
- .Ambalard, èfpëce déibrdiâette dont Tome IV.
- on fe fert pour tranfporter la pâte,
- 239.
- Amboine , isle des Indes orientales, où l’on fait des filets avec le gné-raon, y 19 ; & du papier avec diver-fes plantes , y28.
- Andouilles , défauts du papier qui viennent de la pâte accumulée dans certaines parties de la feuille,2p.
- Angin. Voyez engin.
- Angleterre, manufactures & régie-mens pour le papier, 43y.
- Angoumois, papier qui fe fabrique dans cette province. Voy. papeterie.
- Annonai, ville duVivarais où l’on fait du très-beau papier. Voy. papeterie.
- Apocin. Voyez oustte, plante dont le duvet pourraitfervir au papier, y^g.
- Apprentifs , leurs fondions dans le travail du papier. V .leveur de feutres.
- Arbre de bout,piecede bois fituéc verticalement, 142.
- Arbre ( grand ) , arbre des' chevilles (en allemand Kammbaum), ^r.
- Arbre des bachats ( en allemand Lô-cherbaum ). Voyez bâchât.
- Arbre des volans : c’eft celui qui porte les ailes d’un moulin à vent, 140.
- Armes d’Amfterdam, forte de papier,
- 397- r *
- Armes de Bretagne, forte de papier de Hollande, 597.
- Armes de Venife , forte de papier de Hollande, 397.
- Armure , couverture , 6u enveloppe groffiere dés rames de papier fin , qui eft formée de deux traffes ou Bbbb
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- 5 62 A RT DE
- feuilles.de gros papier bleu ou gris, 372.
- Arquet, chaflis de çorde fur lequel ou étend un drap pour paffer la colle avant de l’employer, 299.
- Atlas , nom d’une forte de papier. Voyez le tarif, page 727.
- Avantages, travail extraordinaire des ouvriers dans les papeteries. V. Varrêt du 27 janvier, art. ///,.§. 439-
- Aubes,auges, alives, palettes, godets, font les parties d’une grande roue qui reçoivent l’impulfion de l’eau , 90.
- Avo,efpece de mauve,dont on fait du papier à Madagafcar , 7 16.
- Auvergne , province de France où fe fabrique le meilleur papier de France. Voyez papeterie.
- ; B
- BachassoN (en ail. Wajfer-kqflen ) , petite auge ou cailfe de bois qui donne l’eau aux piles, 104.
- Bâchât , mortier, pile ; ce font des cavités formées dans une piece de bois , pour y piler les chiffons > leur contenue, leurs dimenfions, 92.
- Bachat-long (en allemand die lange Rinne), piece de bois creufée en
- “forme de gouttière, qui conduit l’eau dans l’intérieur du moulin ,103.
- Bacholle , cafferolie de cuivre dont on fe fert pour tranfvuider la pâte, H9-.
- Ballon , quantité de papier qui eft à peu près d’une rame : c’eft le nom qu’on lui donne aiLCollage ,310,
- Bambou, efpece de rofeau qui fert à faire du papier à la Chine, 725, 779.
- Bananier , arbre dont les feuilles font extrêmement, grandes, & peuvent fervirà faire du papier, 721.
- Barbe , bordées mains de papier.
- FAIRE
- Voyez dos & barbe.
- BartOLI dijfertatio de libris legendis,
- > cité note 4
- Bas à homme , bas à femme , fortes de papiers d’enveloppe, 711.
- Bascule ou brinbale de pompe, tringle de fer qui fait jouer le pifton,143.
- Baskerville , célébré imprimeur à Birmingham en Angleterre , 371. '
- Batadoir , banc fur lequel on lave les feutres ou langes,233.
- Batard , nom d’une forte de papier. Voyez le tarif, page 727.
- Bâton royal, nom d’une forte de papier. Voyez le tarif, page 727.
- Beche , bâton recourbé qui fert à tirer le trapan fous lapreffe, 260.
- Beost (M. de) fecretaireen chef des états de Bourgogne, & correfpon-dant de l’académie, a eu beaucoup de part au nouvel établiffement de Voujot, 127.
- Berd, nom que donnent les Egyptiens à la plante du papier ,11.
- Bibliothèque italique, citée note 4.
- Billettes (M. des) un des auteurs de l’art du papetier , 1.
- Blanchets ,en termes d’imprimerie, font des pièces de drap qu’on étend fur la forme, 371.
- Blancheur du papier, vient fur-tout du lavage ,137, 771.
- Bois pourrri/ pourrait s’employer à faire du papier, 770.
- Bon , papier bon , c’eft celui auquel les trieufes ne trouvent [aucun défaut, 373. '
- Boulongeon , amas de toiles rouffes & groifieres, de raclures & de coutures , qui ne peuvent s’employer dans le papier , 39.
- Bourdonné , papier bourdonné, ou ridé, 278/
- Bourgogne /province de France qui
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- LE PAPIER.
- ^3
- fournit les chiffons les plus cftimés» 19?* Caufes de cette prérogative, note 46.
- Bouteilles , defaut du papier, 369.
- Brasser la cuve , opération nécetfàire -pour la perfection du papier, 244.
- Brinbale. Voyez bafcule.
- Brochette, matière de la colle, ou rognures de peaux , 290.
- Brulé , papier brûlé de colle , 30p.
- Bulle, papier bulle, troifieme& dernière efpece du papier à écrire , 574.
- Buse , ou corps de pompe, cylindre creux où monte l’eau , 145.
- C
- Cabestan , machine qui fert à tourner fortement la vis des prelfes, 26f.
- Cadran force de papier. Voyez le tarif, page 727.
- Caillé, papier caillé, 77.
- Caisses de dépôt, cuves de pierre où féjourne la pâte, 201.
- Calapa , efpece de palmier , qui fert à faire des étoffes, y 19.
- Camelotier, nom d’un papier d’enveloppe qui fert aux fabriquans de camelots , y 11.
- Cames, mentonets , chevilles qui fervent à lever les marteaux ou pilons,
- . leurs dimenfions , 91. Difpofltion des mentonets pour faire mouvoir
- les pilons, note 28- r
- Camus ( M. le ) de l’académie royale
- . des fciences j part qu’il a eue dans l’établilfement de la manufacture de
- ♦ Monta rgis, 427.
- Canal de Briare, fur lequel eft fitué hnmanufacture de Montargis, 42g.
- Candnnier'e, petite cailfe dans laquelle pâlie l’eau pour fe purifier, 72.
- Garée y forte 'de papier. Voyez le tarif, page y2y.
- Çarron-, bon carron , un des angles de la feuille de papier, qu’011 a cou-
- tume de rendre plus fort, 2f r. Cartier , forte de papier qui s’emploie à faire les cartes à jouer.Voye:^ le tarif y page y2y.
- Cassé,papier calfé, dont les feuilles ne font pas entières , 364.
- Cassolle , réchaud dont,on fe fert pour échauffer la colle, 307. Cassots , lubdiviflons des caiffes, où les déliffeufes mettent les différentes efpeces de chiffons, 36.
- Cat(M. le), fecretaire perpétuel de l’académie royale des fciences & belles-lettres de Rouen; part qu’il a eue dans cet ouvrage , y.
- Cavalier , forte de papier; Voyez lè tarif y page y2y. >
- Cendres, leur qualité influe fur celle du chiffon, note 46. Cendres de bois flotté, moins propre à faire de bonnes leifives, 197.
- Chaleur de la cuve où l’on fait le papier; fon degré, fon utilité, fes in-convéniens, 2??,'241,272,
- Champi , forte de papier. Voyez le tarif y page 727. , .
- Chanée étriere, gouttière qui conduit l’eau fur la roue , 79, 89* Chanelette , petit tuyau de bois qui porte l’eau d’une auge à l’autre, 104. Chanteaux ou jantilles, planches de fapin qui bornent la roue & en forment les aubes ou godets , 9©. Chantonné!, nom du papier où il y a quelque légère défectuosité , 577. Chanvre, plante ufuelle dont on peut faire du papier fans qu’elle aitpaffé par l’état de chiffons, 7Î29. Chapelet, forte de papier. Voyez le tarif, page 727. ’ ‘
- Chaperons , défauts.du papier, 284 * ,334.
- Chapiteau, caiflebu tambour de bois r qui recouvre les cylindres pour em-Bbbb ij
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- ART.DE faire
- f<*4
- pêcher que la pâte ne Toit rejetée par le mouvement, 160.
- Char du moulin; c’eft i’alfemblageou la charpente des piles, des roues & des maillets, 108.
- Chardon , ufage de cette plante relatif au papier,
- Charme, ufage de cet arbre relatif au papier, y 39.
- Châssis. Voyez forme.
- ChaJJis du chapiteau , 120.
- Chajfîsà. double coulifle pour fermer les étendoirs, 330.
- Châtaignes , forte de défe&uofité dans le papier, 2y2.
- Chaudière à fondre la colle , 288»
- Chaudière à paffer la colle, 28£.
- Chaux , fon ufagé dans la fabrication dti papier, fj. pans le pourriffoir , $66. Voyez 1 e réglement, 439.
- NCéenilles,ufage de leurs coques pour faire du papier, yy4.
- Chi , nom du papier de la Chifle, yy9.
- Chiffon ( en allemand Lumpen), matière du papier, fon prix, 29» fa qualité , 28 ; fa confommation , note 17 ; quantité qu’on en recueille en France , 41 y. Voyez le réglement, 439.
- Chiffon de Bourgogne, 30,194, note 46,
- Chiffon, prix du chiffon en Hollande, 4°3-
- Chiffon, quantité de chiffon confumé annuellementpar une cuve , 4oy.
- Chiffon, moyen employé en Angleterre pour augmenter la quantité de chiffon, 43 y. Réglement fur le commerce du chiffon ,436.
- Chiffonieres , pattieres, drapelieres, femmes, qui vont dans les provinces ramaffer le chiffon , 29.
- Chin e , papier de la Chine, y 16, f y6 ; maniéré de le coller, y62 ; extrême longueur de ce papier, 5-75 ; caufe du défaut de blancheur, y66 ; grande
- confommation , ÿ7y.
- Chu-ku , ou ku-chu , efpece de fyco-more , dont on fait du papier à la Chine, 767.
- Civiere. Voyez arquet, bachaffon, 107.
- Claproth ( M. ) , profeffeur à Got-tingue, cité note 17.
- Clevant ( M. de ) fecretaire de l’académie des fciences de Befançon ; part qu’il a eue à cet ouvrage , y.
- Cloche, forte de papier. Voyez le tarif, pag. 100 & 101.
- Clusius , célébré auteur de botanique, y2?.
- Gobre ( en allemand halbzeug ) , pâte du papier déjà effilochée , 203. Il jaunit dans les grandes chaleurs , 2oy;
- Cocotier , forte de palmier dont on peut tirer du papier, y 19.
- Collage (chambre du) , 288 ; cuire la colle, 29y > quantité de colle , 302 » 312; faire l’épreuve de la colle, 304; quantité de. celle que confomme annuellement le travail d’une cuve,407
- Colle. Bâtiment deftiné à cette opération dans la fabrique de Lenglée , 88 ; à Montargis, 313.
- Colle (en allemand Leint) du papier, formée de rognures de peaux & d’alun , 289. Colle de poiifon , 292 ; in-convéniens de la colle, 316\ maniéré de 1’employer, 30p.
- Colombier , forte de papier. Voyez le tarif, page y2y.
- Compte , papier de compte. Voyez le tarif, page y2y.
- Çompteuses , ouvrières qui choifif-fent, comptent & affemblent les feuilles, 379.
- Consommation de chiffons en France , 404.
- Contraventions aux réglemens. Voyez réglement.
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- LE PAPIER.
- Cordages, leur inconvénient dans l’é-tendoir, 3 18 ; leur difpofition, 520.
- Cordât, ferpilliere, groife toile roufle d’emballage , 39.
- Cornet (grand), forte de papier de Hollande, 597.
- Cornet, forte de papier. Voyez le tarif i pageyaf.
- Coton , ancien papier de coton, 23 j ufage du cotonnier pour faire le papier, y66.
- Coucher le papier , l’appliquer fur le feutre , coucher à la françaife , à la fuiffe, 248.
- Coucheur ( en ail. der kauffcher ) , l’un des principaux ouvriers d’une papeterie, 248 i fes défauts, 2 y y.
- Coulé , papier coulé, dont la matière n’eft pas également diftribuée, 2yg.
- Couleur du papier, 3^1.
- Couloir. Voyez arquet.
- Couperose ou vitriol, fon ufage dans la colle, ^02.
- Coupoirou dérompoir ( en allemand haderfchneider ), lame de faux tranchante, ou cylindre armé, qui fertà couper les chiffons par morceaux de deux à trois pouces, avant de lés mettre au pourriffoir , 64* Coupoir de nouvelle invention, comme on les fait en Allemagne, note 2y.
- Couronne, forte de papier. Voyez le tarif, page f2f.
- Coursier ou Coursiere , conduite jd’eau en maçonnerie ou en charpente,dans laquelle tourne la grande roue, 8A.
- Coutelas , forte de papier. Voyez le , tarif, page y2f.
- Couture , fouder fur couture, c’eft recoller l’extrémité d’une feuille de papier lorfqu’elle fe déchire dans l’opération de l’étendoir, 33 3.
- Coutures des chiffons > doivent être mifes à part, 39.
- Couverte, couverture, cadre ou chaf-lis de bois qui fe place f ur la forme, 222.
- Creux de pile. Voyez bâchât.
- Croisette , forte de papier qu’on envoie fur-tout au Levant, yci.
- Croissant, papieraux trois eroiffans, forte qui s’envoie au Levant, yoi.
- Croix de Saint-André, piece de charpente qui entretient les parties principales, 139.
- Cuve à ouvrer, ou cuve de l’ouvrier \ fa conftrudion, 240 ,• doit être lavée fouvent, 277 j doit être chauffée , 243 ; peut fournir jufqu’à 400 quintaux de papier, 41g , 41 y.
- Cuves à cylindres , leurs dimenfions, leur contenue, 119.
- Cylindre à papier ; c’eft un folide d’environ deux pieds en tout fêns , de bois ou de fer, terminé par deux bafes circulaires & parallèles , revêtu de 22 ou 27 lames tranchantes , deftiné à broyer le chiffon : invention de ces cylindres, 1 iy. Cette invention appartient aux Hollandais, note 36. Cylindres creux, i2y, note 42; de fer fondu, 127. Cylindres effi-locheurs , iy7 jaffineurs, 177.Leur difpofition en Allemagne , note 4j. Dimenfions, i20jvîteffe, 1185 leur matière , 120 ; leur produit, 166 ; leurs avantages ,172; inconvénient de leur difpofition a&uelle, 13 3. Cylindres affleurans ou émonchans, l6l%
- Cylindre du dérompoir , propofé par M. deGenffane, 189.
- Cylindre pour liffer ou laminer le papier , 349. Les Anglais paffent au cylindre le papier d’impreffion, ^yo.
- D
- Dalon (en allemand Speygat)> goût-
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- 166
- ART DE
- FAIRE
- tiere-qui traverfe les cuves à cylindre & qui reçoit l’eau fale , 136.
- Dart , forte de papier d’enveloppe , fe fait en Normandie, fii.
- Défauts du papier provenans de différentes caufes, 2f 1,2f2,2f 3,2'58, 280,?of,?fa.
- Dégorger le chiffon, i68-
- Delissage, choix des chiffons, 36.
- Delisser ( en allemand aufchütteln ) , opération négligée dans les papeteries d’Allemagne, note 20. Importante pour faire de beau papier , 47,
- Delisseuses, ouvrières qui tirent le papier, 36.
- Demoiselle, forte de papier mince & fort, de couleur fauve , propre à fri-fer, f07. Voyez aufti le tarif, page f2f.
- Dempster (Thomas) , 27.
- Dentelé, papier dentelé, 2f5, 2f8.
- Dépense d’une papeterie, tant pour les matières que pour la main-d’œuvre, 4°f- _
- Dépôt, came de dépôt, grande cuve de pierre ou de marbre, où fe dépofè la pâte avant qu’on en faffe ufage , 200,
- Derompoir. Voyez coupoir.
- Destriches ( M. ) maître ferrurier à Paris , auteur d’un nouveau cylindre, note 42.
- Desventes (M.) imprimeur-libraire à Dijon, propriétaire d’une nouvelle manufadure, 186.
- Dos et barbe, ce font les deux bords d’une main de papier, 362,
- Drapan. Voyez trapan.
- Drapeaux. Voyez chiffon.
- Drapelieres ou pattieres. Voyez chiffonnières.
- Dressoir, machine à dreffer le fil de laiton , pour faire les formes, note
- Duhamel (M.) de l’académie royale des fciences; part qu’il a eue à cet
- ouvrage , 4.
- Duponty (M.) ancien avocat au con-feii, retiré à Angoulème ; fes travaux pour la perfedion du papier, .96,427.
- E
- Eau : diverfes précautions pour la clarifier, 7f ,& fui. Tro pné^ligées dans plufieurs papeteries deSuiffe & d’Allemagne , note 26. On la fait filtrer au travers des cailloux , 8?* Régle-mens fur les eaux employées dans les papeteries , 439 , art. III & fui-vans du réglement.
- Eau qui s’emploie dans le papier > fa qualité, 77 ; fa diftribution , 70 j fa pureté , 106 ; fa chaleur dans la cuve, 241. Celle de Hollande eft fau-mâtre, 599.
- Ecailles de tortue, employées à écrire, note f.
- Ecorce d’arbres, employée à écrire, note 6.
- Ecrasé , papier écrafé, 2f8-
- Ecu, forte de papier. Voyez le tarif, page f2f.
- Ecrou de la preffe ( en allemand Jchrauben-mutter ), 262.
- Ecuelle remoutadoire, vafe dont on fe fert pour tranfporter la pâte d’une pile à l’autre, 113, .1 u1»
- Effilocher (en allemand zerreijfeti), c’eft la première opération qui fe fait dans le moulin , iff.
- Eléphant, forte de papier. Voyez le tarif, page f2f,
- Embreuvé , terme de charpente qui indique l’adion d’une piece.-q.uL en foutient une autre par fou entaille 9> 1 ?9*
- Emplement -, c’eft l’endroit où l’eau arrive dans un moulin v&ooùd’on modéré fou cours par le moyen des pelles, 82. - -i
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- L F P A P I E IL
- ^7
- Encyclopédie, citée note <5.
- Encloues , encloufes , crochets de fer qui fupportent une gouttière, 79.
- Engin , levier de bois, qui fert à élever les cylindres, 97.
- Engin à tirer au vent , efpece de ca-beftan qui fert à faire tourner les moulins à vent, 147.
- Enveloppes, traiTes, maculatures dont on couvre les rames de papier, 5-G9.
- Enverger la feuille du papier, c’eftla bien étendre , 272.
- Enverjure ( en allemand Drathgit-ter) , fils de laiton qui compofent les formes ,214.
- Eperon, platine de fer qui garnit la tète des maillets , 97.
- Eperon (papier à T), 473.
- Epingle , comparaifon du grand nombre d’opérations qu’exige le travail d’une épingle avec celui d’une feuille de papier, ggo.
- Eplucheuses. Voyez lijfetifes. Ce font les femmes qui grattent & lilfent le papier, 239.
- Espagnol, nom d’une forte de papier. Voyez le tarif, page f2f.
- Espagnols,efforts qu’ils ont faits pour Pétabliflement des papeteries , 434.
- Etendeuses , ouvrières que l’on emploie à étendre le papier, 331.
- Etendoir , falle garnie de plufieurs étages de cordes pour étendre & faire fécher le papier, 87 , 320. A Mon-• targis,'g2f. En Allemagne, ils font garnis de perches, note 7?. Maniéré de fermer les étendoirs , 330.
- Etendre en pages, 280 ; étendre le papier collé, 331.
- Etoile , nom’d’une forte de papier. Voyez le tarif, page y2y.
- Etrangers , papiers deltinés pour les
- , pays étrangers. Voyez le réglement.
- Etresse , forte de papier commun, dont on fait l’intérieur des cartes.
- Voyez le tarif , page yiy.
- Etuve dont on fe fert à la Chine pour fécher le papier , 774.
- Exossis, hufo, poiflbn dont on fait la belle colle d’Archangel, 292.
- Exportation des chiffons chez l’étranger, 436. Papiers qui fe fabriquent chez l’étranger , 432,433.
- F
- Fabricii bibliotheca natnralis , citée note y.
- Fanner , fignifie coller le papier de la Chine , yôj.
- Faux. Voyez dérompoir.
- Ferlet. Voyezfrelet.
- Fermentation des chiffons,fon ufa-ge , 60.
- Ferme , terme de charpente; c’efl la piece qui foutient le comble, 320.
- Ferner ( M. de ) correspondant de l’académie royale des fciences en Suède ; fes remarques fur la pratique de cylindrer le papier, 3fo.
- Feuilles d’arbre étant pourries, donnent une fubftance papyracée, yyo.
- Veuilles de papier : maniéré de les former , de les étendre , de les coller, 248 3 280, 520. Doivent être marquées. Voyez le réglement.
- Feutres ( en allemand Filze ), flau-tres , floutres , langes , pièces d’étoffes de laine, refoulées , fur lesquelles on couche les feuilles de papier, 2^0.
- Figuier d’Adam , arbre dont les feuilles extrêmement grandes peuvent fervir à écrire, y2i.
- Filasse , celle qu’on tire du chanvre, peut fervir à faire le papier, 23 f.
- Filets des pêcheurs , fervent à faire le papier de demoifelle.
- Fleur-de-lys , nom d’une forte de papier. Voyez le tarif, page f 2f.
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- 16*
- ART DE FAIRE
- Floran, pile-floran, pile à affilier, c’eft la quatrième & la cinquième pile d’un moulin , dans lefquelles on raffine les matières qui ont été effilochées dans les premières , 9f.
- Fluant, papier fluant, papier brouillard, celui qui n’a point été collé,yof.
- Fondu, papier fondu ou refondu ; c’eft celui qui fe trouve défe&ueux, & que l’on remet dans le moulin comme matière, 368.
- Forces, grande forte de cifailles, dont les branches écartées par un reffort, fe rapprochent avec la main pour rogner ou ébarher le papier, comme pour tondre les brebis, 373.
- Formaire, ouvrier qui fabrique les formes, 216. Voyez auffi le réglement.
- Formes, moules, chaffis de veriure ou de fils de laiton, fur lefquels fe forment les feuilles, leur conftruc-tion , ai 1, note fa, note 74.
- Formes des Chinois, yja.
- Formule , forte de papier qui eft affectée au papier timbré ; grande formule, petite formule, l’une & l’autre fe fabrique en Auvergne, & fe timbre pour la généralité de Paris à l’hôtel de Bretonvilliers, dans l’isle Saint-Louis.
- Fournir le pourrilfoir, fournir la cuve ; c’eft y mettre la quantité de chiffons qui doit y entrer.
- Fourreau du piftolet, étui ou fac de toile dont on enveloppe le piftolet de la cuve, afin que la rouille du cuivre ne s’attache pas au papier, 24a.
- Franche-Comté ; papiers qui fe fabriquent dans cette province, 430 ; quantité de chiffons qu’on en retire, 41 y,
- Frelet ou ferlet, inftrument formé de deux réglés qui fe croifent à
- angles droits,, en forme de T. On s’en fert pour étendre le papier, 282, 331.
- Frison , rebuts des chiffons , que l’on emporte avec le couteau dans le dé-lilfage, 40.
- Froment , fon ufage pour le papier ,
- r6b ,
- Fucus, plante manne; tentatives pour l’employer à faire du papier , y 42.
- Fûts ( en allemand Stege) , petits bâtons de fapin, qui foutiennent les pontufeaux, 212,213.
- G
- Gaines , défauts du papier , 268.
- Gardes des communautés des fabriquais de papier. Voyez le réglement.
- Gargouche, papier à gargouche à l’u-fage des artificiers, f 11.
- Gelée,blanchit la pâte du papier,20$.
- Genes , papier de Gènes. Voyez le tarif. page f2f-
- Génois, leurs manufactures de papier, 4?4-
- GenssaneÇ M. de ) correfpondantde l’académie des fciences, conceffion-naire des mines de Franche-Comté; fes moulins à cône, 174 ; fa machine à dérompre, 18?.
- Gentilles, jantilles ou chanteaux, pièces de bois plates & circulaires qui garniffent les côtés de la grande roue, & forment les godets ,90.
- Gerlon ou gerlot, petite cuve ou tinette faite de bois léger, 239,311.
- Gnemon , plante exotique, propre à faire du papier , f28.
- Godée, forme défeCtueufe, gauche, ridée, que prend le grand papier lorf-qu’on l’étend fur les cordes , 31 gl
- Godets. Voyez aubes, alives.
- Gorge , gorgeres, conduites de bois qui amènent l’eau dans 4e moulin^ 79* 1 Goujon,
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- LE PAPIER. fc9
- GoüJONj extrémité cylindrique d’une lame de fer, qui la contient dans fa bafe , & qui reçoit un écrou pour l’y aflujettir, 591.
- Goutte d’eau , défaut qui eft très-ordinaire dans le papier ; c’eft la tache que forme fur une feuille une goutte d’eau qu’on y îaifle tomber , 2 y 6.
- Gouverneur j c’elf le premier des fix ouvriers employés communément' dans les manufactures d’Auvergne: fon travail au dérompoir , <54; au lavoir , 68 ; aux pilons , iogi àl-éten-doir, 281.
- Graisse du papier, càufe phyfique de cet inconvénient, 170.
- Graijfe de mouton , quoique défendue par le réglement, s’emploie pour lifter le papier, 542.
- Graminées, clafte de plantes, dans laquelle fe trouvent le papier des anciens , celui de la Chine, & plufieurs autres plantes propres au même ufa-. ge, fi8.
- Grande-rive , belle papeterie d’Auvergne , 70»
- Grandeur extraordinaire du papier appellê grand langlée , page y 10 ; du papier de la Chine, §. $73. Grandeurs prefcrites à nos papiers. Voyez le tarif.
- Grenouille , piece de métal, dans laquelle tourne le pivot d’une machi-
- r ne , 91.
- Griffon, forte de papier très-ufité pour l’écriture , 47 7 , 478-
- Grippes, pièces de bois debout taillées de créneaux , pour porter les queues des maillets & contenir leurs têtes ,97.
- Grippes de derrière, 100. ’
- Gris , papiers gris de différentes fortes, qui fe fabriquent en Normandie , 498.
- Gros , le gros 3 c’eft le nom qu’on Tome IF.
- donne en Normandie à la derniere qualité des chiffons , 36.
- Gu e N1 l lo N s. V oy. chiffons, drapeaux, peilles.
- Guepes, induftrie de ces infeélespour faire un véritable carton avec du bois pourri, yyo.
- Guetard ( M. ) de l’académie royale" des fciences ; fes expériences relativement au papier , y 14.
- Guiller. Voyez délijjer,
- Guilleres, nom que portent en Auvergne les femmes deftinées à fépa-rer les chiffons. Voyez délïjfeufes.
- GuimÉES, bâtons ronds auxquels tiennent les cordes dans les étendoirs ,
- Hakum , plante dont les feuilles'fer-vent de papier à Amboine, y 19.
- Halde ( le P. du ) , cité y 16.
- Halve-Bak, nom que les Hollandais donnent aux cuves à effilocher, iy}.
- Hautong ou kotong, plante gluti-neufe qu’on emploie dans le papier de la Chine,
- Heele-bak, nom que les Hollandais donnent aux cuves à affiner, iy^.
- Heurtoir , piece de métal, qui fou-tient le pivot de l’arbre d’un moulin à vent contre le recul & contre l’effort du vent, 140.
- Hiement , terme de charpente, qui lignifie le jeu & le vacillement des différentes parties qui la compo-fent, 139.
- Hire ( M. de la ), de l’académie royale des fciences , éditeur d’un traité de charpenterie, 14 r.
- Hollande : perfections & inconvé-niens du papier de Hollande, 591. Moulinfde Hollande, 158* Mouf-foirs de Hollande, 167.
- Hugo de fcripturœ origine, cité note 4.
- Kuso ou exoflis, poiifon dont 011 tire C c c c
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- *70 ART' DE
- une colle fort employée dans les arts,
- 292. %
- Jantes, pièces de bois courbées en forme decercle , qui forment la circonférence d’une roue, 90.
- Jantilles,Voyez gentilles, chanteaux.
- Japon , papier du Japon , la matière & les procédés\qu’on y emploie, y8i.
- Jésus , nom-de-jéfus, forte de papier. Voyez 1 e tarif.
- Jeteuse , l’une des deux femmes qui étendent le papier au fortir de la colle; c’eft celle qui jette chaque feuille fur le ferlet, 331.
- Impression, papier d’imprefïion ,'421.
- Ïntendans de juftice , police & finances, dans chaque généralité ; leur ju-rifdiââon en ce qui concerne le papier , page fiy.
- Invention du papier de chiffons en Europe faite avant l’année iipo,26.
- Joseph, forte de papier commun qui fefabrique en.Normandie, 1*09.
- Journée d’un ouvrier, quantité d’ouvrage qu’il a coutume de faire en un jour; d’un ouvrier de cuve, ^04; d’une Jiffeufe , 341 ; d’une trieufe , 3f8» d’une compteufe, 363 ; d’un ébarbilleur, 373. Voyez le réglement.
- Justi ( M. de) de la fociété royale des fciences de Gottingue, &e. part qu’il a eue à cet ouvrage, note 1.
- K
- Kaadse-kaadsura , plante du Japon , dont l’écorce fertà faire le papier le plus commun , $97. _
- ÊAADSi, efpèce de mûrier dont on fait le papier au Japon , p8 i*
- Kæmpfer , auteur célébré de l’hiftoire du Japon, 2 vol. in-folio, f 81.
- Kas , chalfis de bois couvert d’une toi-
- FAIRE
- lette de crin , au travers duquel doit couler l’eau qui a lavé les chiffons, f69.
- Kotong. Voyez hautong, plante ‘gom-meufe comme la mauve, y69.
- L
- Labouré ; le papier eft labouré, lorf-qu’il a été mal couché , 2f 8-
- Lâche , c’eft le papier qu’on a tiraillé en le couchant fur le feutre, 2f8-
- Laggetto , arbre exotique dont l’é*. corce fertà faire des vêtemens, f33.
- Laiton ( fil de ) ; maniéré de le drei-fer pour faire les formes, note y 3.
- Laminoir , affemblage de deux forts' cylindres de cuivre , entre lefquels on paffe chaque feuille de papier,349
- Langes. Voyez feutres.
- Langlée , papeterie près de Montar-gis, 81 • #
- Lavoir, lieu deftinéà laver les chiffons avant le pourriffage , 68-
- Leonis Allati antiquitates etrufcœ , cité note 4.
- Lessive , utilité des leflives pour préparer le chiffon ,31. Leffive pour le papier du Japon , ygy.
- Levant , papiers deftinés pour le Levant , 499 & fuiv.
- Leves , cames, mentonets, chevilles du grand arbre qui lèvent les maillets, 33,41.
- Leveur de papier , l’un des ouvriers qui leve le papier de la porfe-laine pour former la porfe-blanche , 239 , 267.
- Leveur de rentres ; c’eft un apprentif qui ôte les feutres de delfus chaque feuille pour les' rendre au coucheur,
- 2fO.
- LiBERTAS,nom & devife d’une forte de papier, appelle auffi aux armes d’Amfterdam , 487.
- Licorne , forte de papier.V. le tarif
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- LE PAPIER.
- Liens , pièces de charpente qui affem-blent & entretiennent les grandes parties, 138 & fuiv.
- Liliacées , plantes de [a clafïe du lys, dont plufieurs peuvent fervir à faire du papier, yi8.
- Limousin , province de France, où l’on fabrique du papier très-eftimé, 424-
- Lin , plante fort ufitée pour la toile , & qui pourrait fervir à faire du papier,
- r n9* . r
- Linagrostis , lin fauvage, plante qui croit dans nos prés. & qui porte un duvetdonton pourrait faire du papier, y 3 8-
- Lisser ( en allemand glatten ) , 540. Liifer au marteau , 54? ; au marteau à la main, 346 ; au cylindre 347 ; à la hollandaife, 349.
- Lisseuses , femmes deftinées à lifler avec un caillou les feuilles de papier, 339.
- Lissoir , chambre du liffoir, falle garnie de plufieurs tables fur lefquelles on lilfe le papier : on appelle aulîi lif-foir le caillou avec lequel on litfe , 40.
- Lobelii adverfaria, cite 12.
- Lombard, forte de papier. Voyez le tarif.
- Longuet, forte de papier. Voyez le tarif.
- Lontarusa efpecede palmier dont on fait des étoffes , 719.
- Loubere ( M. de la ) , voyage aux Indes ; fes remarques fur le papier , SK6’ r-
- Luffa Arabwn , plante exotique dont on peut faire dù'papier, f4ol
- Lyon , forte de papier. Voyez le tarif.
- Lys, forte de papier. Voyez le tarif.
- v •
- Mabillon , de re diplornatica , cité note y.
- Ï7*
- Maculatures , enveloppes groffie-res, 8-
- Madagascar , isle fur la côte orientale d’Afrique ; papier qu’on y fait,
- M a f F e 1 hijloria diplornatica , cité note f.
- Maillets à piler le chiffon ( en allemand hammer , flàtnpen ) , 9y. Ar-, mure d’un maillet de nouvelle invention , 96. Maillets affleurans , 206.
- Main , papier à la main. V. le tarif.
- Main brune , papier qui s’emploie à faire les cartesà jouer, 498.
- Main fleurie , forte de papier. Voyez le tarif
- Mains d’une forme i c’efl: ainfi qu’on appelle les deux côtés de la forme, 221.
- Mains de papier , affemblage de 2f feuilles, maniéré dont elles (ont affemblées, 560,37?.
- Malvacées , plantes qui font compri-fes dans la claffe des mauves i ufage dont elles pourraient être pour le papier, pg, y?7-
- Manicordium , fil de laiton très-mince, dont on fe fert pour parfiler les pontufeauxdans une forme, 214.
- Marroquins, rides qui fe font fur le papier quand on l’étend mal, 284-
- Marque > chaque forme doit être marquée; maniéré de faire la marque , note f9. Voyez le réglement.
- Marteau, dont on fe fert pour lifler le papier ; fes avantages , fes incon* véniens,
- Martinets , marteaux des grandes -forges, 93.
- Masse d’eau, plante aquatique ; expériences faites fur cette plante rela* tivement au papier, f2f.
- Math-ürin jousse , auteur d’un traité de charpenterie, 141.
- C c c c ij
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- ART DE FAIRE
- m
- Mattes de Mofcovie,préparation analogue à celle qui forme le papier, yiy.
- Maurice (Pierre) , ancien auteur, par lequel on juge de la date de l’invention du papier, 27.
- Me&n ( M. de), ingénieur , fait connaître en France les cylindres de Hollande, i7y.
- Melié ( M. de ) , l’un des propriétaires de la manufacture de Montargis ; part qu’il a eue dans cet ouvrage, y.
- Menilles , manches ou poignées de bois avec lefquelles on leve les mi-fes, 2f9.
- Messel, forte de papier. Voyez-le tarif.
- Mentonets. Voyez cames, chevilles , leves.
- Mus , moules ou formes dont les Japonais fe fervent pour faire leur papier, yçi.
- Mises ( en allemand Vrefsbretter ) , pièces de bois quarrées qui fe met-
- - tent fous la preffe , entre le foutrait & la porfe, 2,64.
- Montans de la preffe (en allemand Stiinder ) , 262.
- Montargis , manufacture fuperbe de papier , 81 > 427. Voyez ïavertijfe-ment.
- MontfAucon ( le P. de) ; fes remarques fur l’origine du papier de coton , 24. Palacographia gr&ca , cité note iy, Ses conjectures fur l’origine du papier de chiffons, 26.
- Mortier. Voyez pile.
- Mouillée j c’eft la quantité de chiffons que l’on met tout à la fois au pour-riffoir, yj.
- jVIouilloir, cuve dans laquelle on fait tremper les chiffons , y8.
- Mouilfair , mouilladoir, mouilladour, cuve de cuivre , dans laquelle on trempe le papier pour le coller , 288.
- Moule , mettre le papier en moule ou
- . en tas, dans la chambre du lifloir, 286.
- Moule ou forme de papier. Voyez forme.
- Moulins à papier, 69• Il y en a de plu-fîeurs fortes : moulins à pilons , g 3 ; à cylindres (en allemonti hollander), 11 y ; de Hollande, mus par le moyen du vent, 138 > moulins à pilons, leurs inconvéniens, 173 ; à cône, 70. Il y a environ go moulins en Franche-Comté , yoen Normandie, 100 dans la généralité de Limoges, beaucoup plus en Auvergne.
- Moussoir , cylindre de bois qui ne fert qu’à délayer la pâte , 169.
- Mouton de la preffe ( en allemand FaÜblock)-> piece de bois qui defcend avec la vis d’une preffe pour fe joindre au foutrait, 262.
- Mule , piece de bois fur laquelle 011 - place.les feutres, 268.
- Mûrier , efpeces de mûrier dont on fait du papier , ygi.
- Musa , figuier d’Adam, bananier , arbre dont les feuilles font exceffive-ment larges, y 21.
- Musettes , défauts du papier , qui viennent de l’air comprimé , 2y7.
- Musqué , papier mufque. Voyez de-moifeüe, papier d’enveloppe , yo6. N
- Nageoire*, efpece de niche de bois, placée devant la cuve, dans laquelle fe place l’ouvrier ou plongeur, 240.
- Nombre des moulins à papier. Voyez moulins à papier.
- Normandie, province de France, où l’on fabrique beaucoup de'papiers, mais fur-tout des papiers'd’envelop* pes, 42 y & fuiv.
- O
- O , les trois O , forte de papier. Voyez le tarif.
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- LE PAPIER.
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- Orage; le teras orageux fait Huer la coile , peut-être par la vivacité de la matière électrique qui eft alors en mouvement, fur-tout dans les fubf-tances animales, 504.
- Oreni, plante vifqueufe qu’on emploie pour le papier du Japon , yg9-
- Orme , arbre dont certaines efpeces peuvent fervir au papier, y<5g.
- Ortie, ufages des orties relatifs au papier, j-36.
- Ouvrage , on appelle ouvrage la matière fluide & prête à faire le papier.
- Ouvrier ( en allemand Büttgefelle) , ouvreur , plongeur ; c’eft celui qui puife le papier avec la forme , & fabrique la feuille , 238 > travail de l’ouvrier, 24y ; ouvrage qu’il fait en un jour, 249.
- P
- Pages , former des pages ; c’eft mettre une certaine quantité de feuilles pour fécher à la fois dans les étendoirs, 280.
- Paille de riz de froment, fou ufage relativement au papier, y6$.
- Paillon,groife poignée de paille qu’on met fur les rognures de la colle pour empêcher qu’elles ne s’attachent à la chaudière, 299.
- Palmier,fes feuilles ont été employées à écrire, 8-
- Palmiers 1 palmiferes , clafle de plantes parmi lefquelles plufieurs peuvent fervir au papier, yig.
- Pantalon, forte de papier. Voyez le tarif.,, rr
- Papero , nom que porte en Italie la plante dont les anciens tiraient le
- ? papier, 12. Defcription de cette plante , note 10. '
- Papeteries de Hollande, 415.
- Papeteries d’Auvergne, 417.
- Papeteries de Thiers ,41g.
- Papeteries d’Ambert, 417,
- Papeteries de l’Angoumois , 421.
- Papeteries du Languedoc, 422.
- Papeteries d’Annonai, 42g.
- Papeteries de Limoges , 424.
- Papeteries de Saint-Léonard, 424.
- Papeteries de Normandie , 42/.
- Papeteries de Montargis , 426.
- Papeteries de Franche-Comté, 450.
- Papeteries de Suifle , 431.
- Papeteries du canton de Berne , 452» note go.
- Papeteries de la principauté de Neuchâtel , note 80.
- Papeteries du canton de Bâle , note 80.
- Papeteries d’Efpagne, 433.
- Papeteries d’Angleterre, 45y.
- Papier de chiffon, fon origine , 26, note i6.Voyez cajfé, couleur, défaut, fondu, grandeur, impreJJJon, moulin, poids , prix, produit, quantité , réglement , tarif.
- Papier de coton , 28 & fuiv. Quand il a commencé à être en ufage, 24.
- Papier défectueux, }f2.
- Papier d’enveloppes; on en fabrique à Rouen de plufieurs fortes ; leur prix , leur poids, leurs dimenfions , leurs ufages, yoy.
- Papier fin , moyen ou bulle ; ce font les trois fortes de papier marchand à écrire ou imprimer, yoy.
- Papier gris. Voyez papier d'enveloppes.
- Papier des Indes. Voyez Amboine, Chinois , Japon , Madagafcar, Siamois.
- Papier léonitique, forte de papier chez les anciens, iy.
- Papier à lettre, 36 f.
- Papier à poulet, formé de demi-feuilles pliées en deux , 366.
- Papier de Saïs , forte de papier des anciens , 14.
- Papier de foie. Voyez foie , yy4 & fuiv.
- Papier venant ou vanant, celui qui'eft
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- 174
- ART DE
- FAIRE
- fait de la partie la plus groffiere & du rebut des chiffons, %6.
- Papier d’Egypte, fabrication de ce papier, que M. de la Lande appelle papier romain, fans doute parce que les Romains en faifaient ufage , 17 & fuiv. Il devait avoir au moins trois couches d’écorce, note 15 i tetns où il a celle d’être en ufage, 23 ,note 14.
- Papier imprimé, peut être travaillé de nouveau & redevenir blanc , note 17. Employé à faire du carton , 54.
- Papier coloré, 381»
- Papier de Hollande , 390.
- Papyrus, plante aquatique d’Egypte } fa defcription , 9, note 9. Ses diffé-rens noms par les botaniftes modernes, 10, note S Les Egyptiens mangent la partie inférieure de cette plante , note 8- Elle n’eft pas perdue , ibid.
- Papyrus de Madagafcar, note n.
- Parfiler, c’eft coudre la verjure d’une forme fur les bâtons qui la fuppor-tent. Voyez forme.
- Pâte, c’eft la matière du papier lorf-qu’elle a été broyée fous les pilons ou les cylindres. Voyez piles , cylindre , cuve, caijje de dépôt.
- Patria, papier dénommé pro-patria x 397 » 487*
- Pattes , chiffons, peilles, drapeaux ; ce font les vieux linges, 28.
- Pattieres , femmes qui roulent dans les campagnes pour raffembler les vieux chiffons,29.
- Pays , papiers de différens pays, 41S.
- Peaux de différens animaux , employées à écrire , note 4.
- Peilles. Voyez chiffons.
- Pétillant i le papier pétillant eft celui à qui une bonne fabrication donne du corps & de l’éclat, 302-
- Piastre , valeur de la piaftre d’Efpa-gne,4H»
- PlÉD-DE-CHEVRE, défaut du papier qui a été écorné ou légèrement déchiré, 272. .
- Pieds de la forme ; c’eft fa partie inférieure , 221.
- Pigeonne , nom d’une efpece de papier. Voyez le tarif.
- PlLE(enallemandStampflàcher), creux de pile, bâchât, mortier j c’eft la cavité dans laquelle fe pilent les chiffons: on comprend aufîi fous le nom de pile, l’aflêmblage des maillets & des bachats, 94. On a fait de ces piles en pierre, 94. Elles doivent être revêtues d’une plaque de fer, note 5 1.
- Pile à effilocher , 9y, 113.
- Pile à affiner, 9y, 113.
- Pile à affleurer, 9 y.
- Piles-drapeaux } ce font les deux ou trois premiers bachats où la matière commence d’être pilée, 97113.
- Piles-florans ou piles à affleurer : ce font les deux piles fuivantes où la matière eft affinée, 9y , 113.
- Pile de l’ouvrier ; c’eft la derniere pile, où la pâte eft délayée pour être employée, 9p, 207.
- Pilon. Voyez maillet, marteau.
- Pinanga, eÉpece de palmier dont on fait des vêtemens, y 19..
- Pince du kas, efpece de poignée ou d’entaille , avec laquelle on faifitla planche du kas , 111.
- Piqué , papier piqué efti celui qui ayant été plié trop tôt, fe tache avec le tems, 379.
- Pirouette j c’eft le retournement que doit éprouver le chiffon dans les piles, 102.
- Pistolet , tuyau de cuivre en forme de cylindre ou de veffie, dans lequel 011 met du charbon pour échauffer la cuve de l’ouvrier, 241.
- Planchette fur laquelle le plongeur
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- LE PAPIER.
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- faitglifferfa forme pour la donner au coucheur, 240,246.
- Platine ( en allemand Flatte), piece de cuivre placée fous les cylindres, fillonnée à vive arête, & fur laquelle fe déchire le drapeau , 129.
- Pline, hijloria naturalisa citée note 12.
- Plikkloi , arbre du royaume de Siam, dont on fait du papier , note 6.
- Plongeur. Voyez ouvrier.
- Pluie , avantages de l’eau de pluie, 77 ; mconvéniens de la pluie, 110.
- Poailler, piece de métal fur laquelle tourne le pivot d’un moulin à vent, 140.
- Poids des cylindres enarbrés •, il va à deux ou trois milliers, i2y.
- Poids du papier , fuivant fa qualité. V. le tarif. Il égale prefque le poids du chiffon qu’on a employé, 413.
- Poignées ; c’eft un certaine quantité de papier, qui varie fuivant la grandeur, & qui prend ce nom dansl’é-tendoir, ^oy.
- Pompes , leur inconvénient dans les papeteries, 84-
- Pontuseaux ou pointufeaux ( en ail. Nehdrathfils de laiton qui traver-fent la verjure & qui la foutiennentj on en voit l’imprefîion fur une feuille de papier du haut en bas de distance en diftance, 212.
- Porse (en ail. Stofs) , porfe-laine, por-fe-blanche , affemblage de plusieurs feuilles de papier lorfqu’on les met en preffe , immédiatement au fortir de la cuve , 2f9.
- Pot , papier au pot, c’eft une forte de papier qui ne fert que pour les cartes à jouer. Voyez le tarif.
- Poteaux corniers, pièces de charpente qui font la principalepartie de ' la cage d’un moulin.
- -Poulins , ce font deux pièces de bois placées à terre entre la preffe & la
- cuve, & fur lefquelles on fait les porfes , 2^9.
- Pourrissoir(en allemand Fanlbiitte) chambre voûtée , où les chiffons ayant été mouillés , fubiffent la fermentation , 49. Le pourriffage fe fait en Allemagne & en Suiffe beaucoup plus Amplement qu’en France, note 22.
- Pourriffoirs en Auvergne, yy. Effets du pourriffage , 60.
- Poye (en ail. Stampfock ), piece de bois, ou efpece de bâton avec lequel on arrête la vis de la preffe , quand on veut changer la place du levier, & reprendreun fécond tour ,264.
- Presse , defcription de la preffe des papetiers , 261 i fou utilité pour la perfedion du papier, 123 ; avantage qu’il y aurait à faire des preffes de fer, ibid.
- Preffe à coller, 511.
- Pressette , petite preffe qui ne fert qu’à exprimer doucement l’eau de la porfe-blanche, 273.
- Prix du papier, eft de 8 fols 4 deniers la livre, l’un portant l’autre, 414.
- Produit d’une papeterie, fuivant dif-férens états, 404.
- Promener, c’eft donner à la forme un léger mouvement, pour diftribuer uniformément la pâte lur la furhice de la forme , 24g.
- Puisard , réfervoir où l’eau entre au travers de plufieurs lits de gravier, pour y être reprife par les pompes,85
- Q_
- Qualité du papier de différens pays. V. pays. Qualité des eaux. V. eaux.
- Quantité de papier que l’on peut faire par jour, 8y i pat année , avec une cuve, 404.
- Quet , afiemblf.ge de 2<5 feuilles de papier, 2y9.
- Quintal, poids de ico livres.
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- 57*
- ART DE FAIRE
- R
- Rai , célébré auteur d’une hilloire générale des plantes, f2o.
- Raisin , nom d’une forte de papier qui eft fort employée. Voyez le tarif.
- Ramasser , defcendre les feuilles de déifias les cordages de i’étendoir, 28f.
- Rame , aifemblagede yoo feuilles de papier> maniéré dont on les forme, 3 72.
- Ramette , nom que l’on donne à une porfe lorfqu’elle eft aux étendoirs , 310.
- Rebordé , papier rebordé eft celui qui a été étendu trop près d’une autre feuille , & fe trouve replié fur lui-même , 2f8-
- Reglemens pour les papeteries de France , page y2f.
- Remontadoire. Voyez écuelleremon-tadoire.
- Remonter, c’eft tranfporter les chiffons d’une pile à la fuivante avec récuelle remontadoire ,113.
- Renforcer le bon carron , faire couler un peu plus de matière vers l’angle qui doit fouffrir le plus dans l’é-tendoir, zyi.
- Reposojr , efpece de réfervoir de bois, dans lequel l’eau fe purifie & dépofe fon gravier, 72.
- Retiré, papier retiré , c’eft celui auquel on a trouvé quelque défaut,
- . 3 >*4.
- Revêche. Voyez feutres.
- Reverché ; le papier eft reverché, lorfque la matière a reflué d’un côté,
- 2f3.
- Rides , défautdu papier, 269.
- Rincer; la cuve & le moulin doivent être rincés fouvent , ieg.
- Rinçoir , petite cuvette dans laquelle on met de l’eau pour rincer le moulin, 10g.
- Rives , bonne rive , mauvaife rive 3 ce lont les deux bords de la forme, 221.
- Riviere, avantage de l’eau deriviere, 77.
- Riz, paille de riz j fon ufage relativement au papier, y6j.
- Romaine , forte de papier. Voyez le tarif.
- Romains , quel était leur papier, 9.
- Rond , les trois ronds ou les trois O, forte de papier. Voyez le tarif.
- Roneler 5 le cylindre doit ronfler, c’eft-à-dire, effleurer fans celle la platine, iyg.
- Rossignol , piece de bois plantée fur la cuve pour appuyer la planchette, 24°.
- Roue qui fait mouvoir les maillets, 90. A eau fàifant le plus d’effet,pofîi-ble avec la moindre quantité d’eau,
- 187-
- Rouen , papier de Rouen, yn.
- Royal, forte de papier. Voyez le tarif.
- S
- Sabre, forte de papier. Voyez le tarif.
- Saisies , contraventions, confifca-tions. Voyez le réglement.
- Saisons , leur influence fur la qualité dupapier&fur fa grandeur, 386.
- Salaran (en allem. Saalgefelle) , fale-ran, maître de falle; c’eft un des ouvriers d’une papeterie, qui colle le papier, veille fur les lilfeufes , & a foin du magafin, 307 3 tâche d’une journée, 314.
- Saleranes , ou falaranes, ouvrières qui lilfent le papier ,339.
- Sanga-sanga plante de l’isle de Mada-gafcar, de l’efpece du papyrus d’Egypte, note 11.
- Seba ( Albert ) auteur d’une très-belle coliedion d’hiftoire naturelle , yiy.
- SÉCHER le papier. Voy étendoir, étuve.
- Sel alkali , pourrait fervir à dégraif-
- * fer les chiffons, note 24.
- Sel,
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- LE PAPIER.
- Sel ; il donne de la dureté au papier de Hollande, 400.
- Selle de la prelfe. Voyez mouton.
- «SW/<?du leveur, efpece de chevalet ou de banc incliné * fur lequel le leveur met les feuilles , à mefure qu’on les fépare des feutres, 267.
- Selle des étcndeufes , ouvrage d’une felle, 314,331. *
- Semelle , piece de m$al qui couvre le fond des creux de piles , 93.
- Serdam, ville de Hollande , où {ont les principales manufactures de papier, ^99.
- Serrer, promener la forme pour que la matière s’unilfe & falfe corps, 24y.
- Siamois, peuples de l’Jnde; leur maniéré de faire du papier, y 16.
- Sloane , auteur de l’hiftoire naturelle de la Jamaïque, y22.
- Soie , Ion ufage pour faire le papier, ou avantages qu’on en pourrait tirer, 5T4-
- Soleil , forte de papier.Voyez le tarif.
- Sommiers de la prelfe (en allemand Grund-balckeri) , 262.
- Sonder le cylindre ,1e jauger, en examiner la hauteur, 151.
- Soribi, plante exotique ; ufage dont elle pourrait être pour le papier, P 9- r
- Souder fur couture , 333.
- Soutrait de la prelfe ( en allemand das Untergejldle derprejje) fouftras, planche inférieure de la prelfe, fur laquelle porte ce qu’on veut prelfer, 260,261 , 263.
- Spatuler (en allemand Umrühten ) , remuer la pâte dans la cuve, 131.
- Staminées , plante d’une même clalfe, dont les fleurs font fans pétales: telles font les orties, &c. y 18*
- SuiFjfon ulàge pour lilfer le papier, proferit par les réglemens ,
- Tome. IV.
- T
- Tablettes decire, d’ivoire, de plomb, employées à écrire, 8.
- Talc, lorce pierre dont les particules brillantes donnent un œil argenté au papier, 5-78-
- Tarif arrêté en 1741 , qui comprend les poids que Sa Majefté veut que l’on donne aux rames des différentes fortes de papier qui fe fabriquent dans leroyaume, des largeurs & hauteurs de chaque feuille , 440.
- Tecum, efpece de palmier dont on fait des étoffes , yi9.
- Telliere , forte de papier dont on fait un fréquent ufage, quia feize pouces fur douze & un tiers , & pefe douze livres la rame. V. le tarif.
- Tertre ( le P. du ) ; hiltoire naturelle des Antilles , y37.
- Tilleul, arbre dont l’écorce fert à faire des cordes , & pourrait iervir au papier, ygç.
- Timpan, terme d’imprimerie ; c’eft un chaffis couvert de parchemin, que l’on renverfe fur la forme pour donner de la foupleffe à l’aCtion de la platine, ^yi.
- Tire ,papier tiré de flautre, celui quia été couché par une main mal affu-rée, 2y8.
- Toiles délia & de coton ^employées à écrire, 8- Toile neuve, moins propre à faire de bon'papier, 33.
- Toilette , tamis de crin pour laiffer écouler l’eau ,111.
- Toncoè , arbre dont l’écorce fert à Siam pour faire le papier, y 16.
- Tour-de-cuve , planche qui borde la cuve de l’ouvrier, & y forme comme une efpece de table , 240.
- Tourillons, pivots cylindriques de fer, 91.
- Tourner; la colle tourne , lorfque le tems eft difpcfé à l’orage ; il parait Dddd
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- 578 ART DE F A I R E L E PAPIER.
- que la'matiere électrique trop agitee, trop dévelopée, ôte la liaifon & l’onc-tuofité de cette liqueur animale, 3 16.
- Tourtes , tourteaux, abouts, embaf-fes i ce font deux platines de fer qui forment les deux bafes du cylindre,
- 189.
- Trasse, ou treffe, gros papier gris dont on enveloppe les rames de papier blanc , les pains de fucre , 498*
- Transfil (en allemand Spanndrath), fil de laiton plus gros que ceiüi de la verjure, quifert depontufeau aux deux côtés de la forme, 214.
- Tranchets , lames tranchantes dont eft garnie la machine à dérompre , 184.
- Trapan de cuve, ou drapeau de euvey piece de bois fur laquelle on couche les feuilles , 246 i c’eft auffi quelquefois le tour de cuve.
- Trépied, fupport de fer à trois pieds> qui porte une cuve , 29f.
- Tresse. Voyez trajfe.
- Triage, en Normandie i c’eft la partie moyenne du chiffon , deftinée à faire le papier moyen ,41.
- Trieüsês , ouvrières qui regardent au tranlparent chaque feuille de papier* & en ôtent les ordures , 352, 35 g.
- Tripier , ou trépier , pannier où fe mettent les tripe&qui forment la cof-
- Vanant ou Venant j tfeft le papier groflier qui fert aux enveloppes , 36.
- Varec. Voyez fucus.
- Vent , moulin à vent j tirer au veut, c’eft diriger l’arbre du moulin du côté du vent.
- Ve RJ u re s , verjeurea ( en allemand
- Drathgitter ), petits fils dé laiton difpofés en maniéré de chaftis qui compofent la forme du papier, 211.
- Veuves des fabriquans ; leurs privilèges. Voyez page 5*18-
- Vireur (en allemand Zichcn)-> ouvrier ou apprentif qui ôte les feutres , à mefure que le leveur détache les feuilles de papier , 268.
- Visiteurs. Vm/ez. gardes des maîtres fabriquans.
- Vitesse des maillets dans les moulins à papier, 95 i des cylindres , 118 i-I48*
- Vitriol , fubftanôe minérale aftrin-gente , qu’on emploie quelquefois dans la colle pour lui donner de la; force, 302. Il détruit la blancheur du papier, note 73.
- Vougeot, bourg à trois lieues de Dijon , célébré par d’excellens vins» & où l’on a établi en 1760 une manufacture de papier, 227. Obferva-tions fur cette manufacture ,186.
- Voûtes j il eft effentiel que lepourrif-foirfoit voûté,& il ferait très-bon que les autres parties d’une manufacture-le fuifent également, 109.
- Vgyer , fecouer les feuilles de papier *. pour que rien d’étranger ne s’y arrête ,360.
- Wang a r forte de palmier dont on peut faire des étoffes, fip,
- Y
- Yucca , genre de plantes qui croifTent en Amérique , dont une efpece a les feuilles extrêmement filamenteufes» propres à faire des étoffes , & peut-être du papier : Tucca foliis fmceala--tis acuminatis integerrimis margine fil ameuta fis, Gronovii Florœ Virginie# , f22.
- F 1 N de Part de faire le papier*.
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- D V CARTONNIER
- par M. de da Lande,
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- DU CAEIONSIKR.®
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- I.L. E TRAVAIL du papier, que nous avons donné avec toute l'étendue ne-ceffaire, différé peu de celui du carton , lorfqu’on n’envifage que la méthode générale d'un art; cependant les matières dont on fait uiàge dans le carton, les machines dont onfe fert, &l’ufage qu’on fait du carton lui-même, offrent un affez grand nombre de particularités pour mériter d’être décrites féparér ment : nous avons donc cru devoir en faire la matière d’un nouvel art,
- 2. L’usage le plus intéreffant du carton paraît être celui qu’en font les relieurs de livres, qui ne fauraient s’en paffer ; mais dans plufieurs autres arts, on en fait auffi un ufage fréquent. On voit jufqu’4 des plafonds dorés, & chargés des plus belles peintures, dont le fond n’eftque du carton. Les boîtes couvertes du vernis le plus précieux, fe font avec du carton. Les merciers , les. miroitiers, les fourreurs , les papetiers, les bourreliers, les chapeliers, les cordonniers en font aufli beaucoup d’ulage.
- . ,3. On diftingue deux elpeces générales de carton , carton de moulage (2), & carton de pur collage (g). Le premier fe forme par la trituration, à la maniéré du papier, & ç’eft celui par lequel nous allons commencer. Le carton de pur collage n’eft qu’un affemblage de plufieurs feuilles de papier collées enîemble; c’eft une partie de l’art du cartier. Nous en parlerons cependant autant .qu’il conviendra à l'objet que nous nous fommes propofé.
- ( 1 ) Cet art fut publié par l’académie au à la fuite de celui du papetier , pour ra^-. piois de juillet 1762. Il fait partie du troi- procher les arts qui ont enfemble quçlquç îieme volume de la traduction allemande conformité.
- par M. de Jufti, qui parut en 1764 avec (2) Eh allemand , geformtc Pappe*
- quelques notes dont j’ai fait ufage dans ( 3) En allemand , geleimtç ?app&
- cette édition. Je place l’art du cartonnier
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- 4. Les cartons de moulage, fe fubdivifent encore : on les appelle des feuilles, lorlqu’ils font faits d’une fimple couche de pâtej cartons redoublés (4) , lorf-qu’ils ont été faits à deux ou trois reprifes, & avec deux ou trois couches différentes ; cartons collés ( 5 ) , lorfqu’on a appliqué plufieurs feuilles les unes fur les autres , par le feul moyen de la colle.
- <). Il y a dans le travail du cartonnier huit articles principaux à détailler} le pourriffoir, l’auge à rompre , la pierre, la cuve , la preffe, l’éténdoir , le liffoir & le collage : un attelier de vingt-cinq pieds de long fur vingt pieds de largeur fuîfit pour le travail du cartonnier, à l’exception du pourriffoir & de l’éténdoir.
- 6. On prend, pour la matière du gros carton, toutes fortes de papiers, bons ou mauvais, mais principalement ceux qui ne peuvent lervir àautrechofe, toutes les rognures quife font fous le couteau des relieurs, des cartiers, des papetiers , des imagers, ou éventailliftes ; toutes fortes de paperaffes imprimées , écrites, blanches ou colorées, vieux cartons déchirés , enveloppes de fucre & autres drogues, étuis de chapeaux ou de fourrures, & autres chofes femblables.
- 7. Les cartonniers n’auraient que trop de matières, fi les libraires leur abandonnaient à juife prix tous les livres qui fe vendent à la rame j mais comme on en retire fix fois davantage des épiciers & des beurrieres , les cartonniers font réduits à ceux qui ne peuvent fervir d’enveloppe. Les rognures & autres mauvais papiers fe vendent 6 à 7 liv. le cent pefant. A l’égard des roi gnures de cartes, comme elles ont plus de corps , & qu’elles profitent davantage , on les vend jufqu’à 8 ou 9 livres le quintal.
- 8- Il n’y a que les livres pernicieux & profcrits, dont les cartonniers ont coutume de profiter, depuis qu’il a été fagement établi à la police qu’on ne les brûlerait plus. On les fait déchirer & tremper tout de fuite chez un cartonnier , a qui on les abandonne au prix des rognures : le prix fe diftribue aux pauvres. On en tirerait davantage en les vendant aux épiciers ; mais il ferait à craindre que la curiolité ne fit revivre des ouvrages que la prudence du ma-gifirat a dû profcrire. Il y aurait auffi une perte réelle à les brûler, dès-lors qu’on peut en faire ufage dans la fabrication du carton.
- 9. Les rognures que les cartonniers achètent chez les relieurs, valent à peu près la moitié d’un poids égal de carton fait & liffé. On donne cinquante livres de carton pour cent livres de rognures , ou bien on achètera 6 livres le quintal des rognures, & l’on vendra ri liv. le quintal du carton. Le carton-hier peut faire fès provilîons de matières en tout tems 3 il conferve dans un
- ( 4 ) En allemand , doppel Pappen.
- ( O En allemand , gdcimtt Pappen.
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- heu fec tout ce qu’il'n’a pas befoin d’employer ; & à mefure qu’il s’agit d’en faire ufage , on defcend ces rognures dans le lieu du pourriiToir.
- Du pourriffoir & du trempis.
- 10. Le pourriiToir eft communément une auge d’environ quatre à cinq pieds de longueur fur deux ou trois de profondeur, & autant de largeur. On y fait tremper les papiers, qui s’alfaiflent & s’échauffent enfuite peu à peu ; en-forte qu’ils deviennent plus aifés à broyer, ou à triturer. Les cartonniers ont quelquefois plulieurs de ces pourrilfoirs ; mais il eft plus commode de n’employer cette auge que pour le trempis , c’eft-à-dire, pour abreuver & détremper les matières qu’on deftine au carton. Alors le pourriiToir n’eft qu’un efpace libre , réfervé dans l’attelier du trempis, fur le pavé, où Ton entalfe toutes ces paperafles en les tirant du trempis , encore dégouttantes de l’eau dont elles font abreuvées.
- 11. Cette eau fe filtre en partie , & coule fur le pavé du pourîiiToir ; le refte féjourne dans le tas , en humeéte les parties , & y procure peu à peu la fermentation nécelfaire. L’eau furabondante s’écoule communément dans Tefpace de la journée, après quoi elle ceffe de couler, & la fermentation commence.
- 12. Il faut environ lix heures de tems â deux hommes , pour former un trempis de huit, pieds de long fur lix & demi de haut & cinq de large. Ce trempis de deux cents foixante-lix pieds cubes exige feptàhuit jours pour la fermentation. Il en faut un peu moins en été qu’en hiver ; mais les cartonniers n’ayant pas befoin d’une extrême précilion dans leurs travaux, ne conful-tent, à cet égard , que le plus ou moins de tems qu’il leur fautpour l’employer > & au bout de la femaine ils commencent à prendre le haut de leur trempis , pour le porter au moulin.
- 13. La couche extérieure qui forme la partie fupérieure du trempis, n’a pas communément éprouvé la même fermentation ; mais à lix pouces de profondeur, la chaleur eft très-fenlible ; & un peuples bas , 011 aurait peine à pouvoir tenir la main : tel eft l’état de chaleur où il faut que ces matières foient parvenues, pour pouvoir fe prêter à la trituration.
- 14. Dans Tefpace des huit jours que dure le pourrilfage, le mafïif diminue de hauteur, & fe réduit à cinq pieds environ. La partie la plus baffe eft la dernière qui éprouve l’effet de la fermentation j elle eft trop garantie du contacft de l’air par les partiers environnantes ; mais comme il faut fept à huit jours pour employer le trempis, & que par conféquent fa hauteur diminue de jour à autre , les parties inférieures ont plus de tems pour s’échauffer à leur tounr
- 15. On aiefin d’employor alternativement pour le trempis des rognures de
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- papier , & des rognures de cartes ; celles-ci ayant plus de Force , augmentent par leur mélange la force du carton: elles coûtent auffi davantage. On les vend , comme nous l’avons dit, jufqu’à 8 livres le cent.
- 16. Quoiqu’on lailfe pourrir à peu près auffi long-tèms en été qu’en hiver * cependant il arrive que lorfque l’air eft extrêmement froid, le trempis qui eft ordinairement dans un lieu ouvert, réfifte davantage à la fermentation , fur-tout pour la partie extérieure, Alors on en couvre la furface avec quelques lacs de rognures.
- 17. Les cartonniers diftinguent&fépareiit auffi quelquefois les rognures de différentes qualités. Réfervant les plus blanches & les plus nettes * comme celles des relieurs & des cartiers > ils en font une matière plus propre & plus délicate pour le carton blanc. Les papiers de couleur, ces gros papiers bleus dont on enveloppe le Lucre * les reftes de cartons, & autres déchirures grof. fieres font réfervées dans ce cas-là pour le carton bis. Le carton bis fert aux merciers, aux chapeliers, aux fourreurs, pour faire les étuis de leurs mar* chandifes. Au refte , la plupart des cartonniers négligent cette réparation , & font leur carton avec le mélange tel qu’il le trouve. S’ils ont une certaine quantité de rognures d’une moindre qualité, ils les répartiffent, & les dif. tribuent fur les autres, afin que la différence ne foit pas fenfible.
- 18- Ôn a ordinairement dans une cartonnerie deux trempis , dont l’un le fait pendant que l’autre s’emploie. Dès qu’on en finit un, l’autre fe trouve en état de fervir; & l’on en recommence un à la place de celui qui a été totalement employé;
- De l'auge A rompre
- 19. Les matières que l’on veut employer dans le moulin, fe tranfportenfc dans l’auge à rompre. Cette auge eft quelquefois comme celle du trempis , que nous avons décrite ; fou vent ce n’eft qu’un tonneau ordinaire , de la grandeur d’un muid, ou plus grand , à volonté. O11 peut avoir plufieurs auges de cette efpece, grandes & petites: mais ordinairement une feule fuffit pour entrete^ . nir le travail. O11 porte peu à peu dans cette auge toute la matière qu’011 tire du pourriffoir ou du trempis ; 011 la dépece, on la divife groffiérement avec les doigts, pour en ôter les parties étrangères & les rebuts , qui font des morceaux de filaffe ou de cordes, d’étoffes de foie ou de laine , de cuir, & généralement de tout ce qui n’a jamais été papier ; c’eft ce qu’on appelle ficouer La pille. Enfuite avec une pelle de bois, ou un racloir de fer, on hache cette matière du haut en bas * d’efpace en elpaee, en ramenant à foi ce qui n’a pas été haché ou rompu. A chaque coup qu’on donne de haut en bas j & le plus profondément qu’on peut, 011 a foin auffi de fouler avec le manche de la pelle, en l’inclinant, comme pour appuyer fortement fur la nvatiere. On remue ce
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- A R T D U CARTONNIEZ
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- manche de droite à gauche , en tournant en rond , pendant que le tranchant demeure en bas , comme centre du mouvement i c’elt-à-dire, qu’on décrit à peu près la figure d’un cône renvérfé.
- 20. Quand on a ainlî haché ou rompu quelque tems la matière , elle fe trouve réduite en forme de grumeaux mollalfes qui n’ont plus ni forme de papier j ni même l’apparence d’avoir fait corps enfemble : alors elle fe trouve en état d’être mife dans un autre vailfeau, c’eft-à-dire dans une cuve qu’ils appellent la pierre, quoique depuis long-tems l’ufage foit de la faire en bois. C’eft une efpece de tonneau qui a trois ou quatre pieds de diamètre, &cinq àfix de hauteur , relié de huit à dix cerceaux de bois, ou de quatre à cinq cercles de fer, enterré delà moitié de fa hauteur. La pierre qui ell repréfentée dans la planche, marquée du chilfre I, & que l’on voit féparément en Cau bas de la planche , a quarante pouces de diamètre fur trente pouces de hauteur. On fent alfez que ces dimenfions font arbitraires ; il fuffit qu’elles foient proportionnées aux autres pièces dont nous avons parlé, & dont nous parlerons ci-après.
- 21. Au fond de la pierre on attache avec des clous, ou, fi l’on veut, avec des vis en bois, une piece de boisq>late, qui porte une crapaudine de fer de •f à 6 pouces en quarré, le trou de cette crapaudine fait le centre du fond de la cuve, & reçoit le pivot d’un arbre que nous allons décrire : on appelle dans d’autres métiers grenouille ou coijle cette piece concave de métal que nous appelions crapaudine.
- 22. L'arbre eft.une piece de bois arrondie, de huit à neuf pieds de haut fur fixou huit pouces de diamètre, repréfentée en A ; fa partie inférieure porte un pivot de fer tenant à deux bandes de fer qui fe coupent àangles droits , & font coudées quarrément, enforte qu’elles embraifent exactement la partie inférieure de l’arbre. On peut alfujettir de toute autre maniéré ce pivot à l’extrémité de cet arbre, pourvu qu’il foit bien ferme, & ne puiffe pas fe déplacer par le mouvement continuel de l’arbre qui travaille.
- 23. La partie de l’arbre qui eft fituée dans la pierre, porte plufieurs pitons autour de fa circonférence: chaque piton a un trou, & l’on y accroche les couteaux ; ce font quatre pièces de fer plat & large , comme celui de-s bandes de carrolfe5 elles font coudées en haut & en bas, en forme de double équerre, ou comme les poignées d’une chaife à porteur 5 chaque extrémité fe termine par un tourillon ou mammelon qui entre dans le trou d’un piton, comme nous l’avons dit. Chacun de ces couteaux a environ vingt à vingt-deux pouces de diftance d’un coude à l’autre ; & les branches qui viennent rejoindre l’arbre, ont quinze à feize pouces: ce font ces branches qui entrent dans les pitons, & y fout portées comme le ferait une porte par des fiches à gonds ; avec cette différence, que ces couteaux 11e doivent avoir que très-peu de jeu dans
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- leurs pitons, afin detre forcés à tourner avec l’arbre A qui les porte.
- 24. Cet arbre garni de fes couteaux, paraît femblable à un guindre, ou un dévidoir. L’extrémité fupérieure de l’arbre fe termine par un pivot qui n’eft qu’unfimple tourillon ménagé dans la grolfeur du bois , & qui s’emboîte dans le trou de quelque folive ou autre piece de bois du plancher ou de la charpente , qui fert à aflujéttir cet arbre debout, exa&ement à plomb fur la crapau-dine qui le reçoit inférieurement. Au lieu des couteaux dont nous avons parlé, 011 fe contente fouvent de faire traverfer le bas de l’arbre qui plonge dans la piêrre , par des bandes de fer plates & couchées aufli fur le plat, ayant leur bout hors de l’arbre libre en l’air, & lituées les unes & les autres à di-verfes diftances en fe Croifant. Ces pièces de fer, aufti bien que les anfes que nous venons de décrire, qui 11e font toutes bien fouvent que des morceaux tout brutes de bandes de charrettes ou de carrofles, fe nomment les couteaux. Il eft vrai cependant qu’elles n’ont point de tranchant ; mais tournant avec l’arbre, elles rencontrent toujours la matière, comme par une lame , en lui préfentant leur épaiifeuri & par leur mouvement avec l’eau, elles achèvent de couper, de trancher, & de broyer la matière qu’on a tirée de l’auge à rompre j elles la réduifent en une maniéré de bouillie, où l’on 11e lent plus de grumeaux* à moins qu’il n’y refte quelques pièces de drap , ou autres corps étrangers , que nous avons dit être le rebut, & qui auraient échappé à la vue ou à la diligence de celui qui a rompu la matière. Tout cela revient en quelque façon à la préparation de la pâte du papier ; mais dans les papeteries on eft incomparablement plus délicat & plus propre que lorfqu’il s’agit du carton, comme on le peut voir dans la defcription que nous avons donnée de ïart de faire le papier.
- 25. La matière du carton n’étant point lavée par une eau courante, & retenant toutes les ordures dont le vieux papier eft ordinairement chargé, Il n’eft pas étonnant qu’il contienne beaucoup de gravier ; & les relieurs s’en apperçoivent affez , par la promptitude avec laquelle leurs couteaux s’ufent en coupant le carton : on dirait qu’ils ont palfé fur une meule à aiguifer.
- 26. Il n’eft pas befoin de remarquer ici, fur la différence des couteaux, qu’il y a beaucoup plus de propreté dans ceux qui font coudés & portés par des pitons, que dans de fimples bandes qui traverfent l’arbre tournant ( 6 ). Ces couteaux, en forme d’anfes, ont d’ailleurs la facilité de pouvoir fè retirer & remettre facilement, & de ne point altérer la folidité & la force de l’arbre par des mortaifes & des coins. Il y a des arbres où l’on emploie douze couteaux, dont quatre font fixes, & s’appellent les maîtres-couteaux.
- ( 6 ) Si les fimples bandes fervent mieux tîere, on conviendra que la propreté delà que les couteaux coudés, à divifer la ma,- machine eft abfolument étrangère au fujet.
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- 27. Pour donner le mouvement à cet arbre, on y adapte vers le haut dans une diftance convenable , & à la hauteur du cheval qui doit être placé defTous, une piece de bois B, d’environ fix pouces en quarré fur cinq à fix pieds de long, dont un bout traverie l’arbre A par une mortaife où on l’aifujettit; l’autre excede l’arbre de quatre à cinq pieds de long en maniéré de potence , & cela fe nomme l'aile ou la branche du moulin. De fon extrémité defcendent verticalement deux autres pièces de bois a a d’environ deux pieds & demi de long fur trois à quatre pouces d’équarriifage, éloignées entre elles de dix-huit pouces. Elles doivent être fermement emmortaifées avec l’aile, parce qu’elles portent toute la force du cheval qui doit les faire tourner.
- 28- Pour atteler le cheval, il ne faut qu’un lîmple collier, dans les arçons •duquel on fait entrer par un petit trou deux os de pieds de mouton e e, ou deux chevilles de bois dur ou de fer, qui pendent par un petit bout de corde à chaque bout des deux pièces que nous venons de décrire : de forte qu’ayant fait entrer ces os tout entiers par leur longueur, dans un trou quin’eîè guere plus gros qu’il ne faut pour leur palfage, & les remettant enfuite de plat fur les arçons, ils n’en peuvent plus fortir d’eux-mêmes, & l’on n’a pas befoin d’autre attelage. Dès que le cheval marche, il entraîne l’arbre avec lui par le moyen de ces os, & des deux petites cordes qui lui fervent de traits. C’eft-te cheval qui, en tournant continuellement pendant environ une heure & demie, plus ou moins, félon la quantité, la qualité ou la confiftance delà matière, la met en état d’être portée dans le vaiifeau, où 011 la puife pour la fabrique du carton.
- 29. Le nom à'atteloire comprend tout le petit équipage dont nous avons parlé, favoir, les deux pièces de bois pendantes qui fervent comme de limons , les deux os ou chevilles, & une piece de bois qui tient aulfi à l’arbre par up bout, & par l’autre au cheval, pour l’empêcher , en tournant, de fe rapprocher du centre de fon mouvement, c’eft-à*dire, pour le tenir toujours dans une certaine diftance de \?l pierre, de peur qu’il ne ,s’y jette de côté ou d’autre. Par ce moyen il tourne continuellement fur un cercle qui a environ vingt pieds]de circonférence ; car le poitrail eft à trois pieds & quelques pouces du centre du mouvement.
- 30. Quant à la matière préparée , on nomme une pilée tout ce que contient la pleine pierre, ce qui fait une tâche pour le cheval 5 & comme on le fait quelquefois travailler trois fois par jour, ce font trois fois la pleine pierre , ou trois pilées. On nomme tourner, cette préparation qui fe fait dans la pierre, comme 011 nomme rompre celle qui fe fait dans l’auge précédente ; & quelquefois , faute de cheval, on fait tourner l’arbre par des hommes, en y mettant des leviers qui le traverfent.
- 31. Lorsque le cheval a tourné pendant trois quarts d’heure dans un
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- fens , on retourne fon atteloire, & on le fait marcher en fens contraire pendant le même efpaee de tems. Cette différence le foulage un peu, & fert encore à mieux retourner & à mieux broyer les matières.
- 32. Un feul cheval que l’on fait travailler trois fois par jour, fuffit pour fournir deux cuves, & les entretenir dans un travail prefque continuel. Une eartonnerie peut, avec deux cuves, occuper lîx hommes ; deux qui fervent pour les cuves, & les quatre autres pour tremper, puifer, rompre, étendre, coller & Mer (7).
- 33. PouRfavoir fi la matière eft allez tournée , on en prend une certaine quantité, dont on fait une pelotte dans la main 5 on l’égoutte, & l’on voit s’il n’y paraît plus de taches blanches, ou de parties qui aient encore confervé l’apparence du papier : c’eft une preuve que la matière eft tournée, & qu’on peut l’employer.
- 34. Lorsqu’il s’agit d’ôter la matière de dedans la pierre, on enleve les couteaux qui font autour de l’arbre, excepté le grand couteau , qui eft ordinairement fixé j & avec des féaux ou de grandes pelles de bois, on enleve cette pâte pour la porter, ou dans la cuve, ou dans l’auge deftinée pour l’ouvrage d’avance. On appelle auge de l'ouvrage d'avance, une ou plufieurs auges fem-blables à la cuve dont nous parlerons ci-après, où fe verfe la matière en attendant qu’on en faffe ufage. Cette auge doit toujours être à côté de la cuve, afin que l’ouvrier puiffe renouveller fa cuve, lorfqu’il en eft befoin. O11 fubftitue aufîi à cette auge un ou plufieurs tonneaux, qui peuvent faire le même office. C’eft ce qui tient lieu des caiffes de dépôt, dont nous avons parlé dans l'art de faire le papier.
- 3f. Lorsqu’on a reconnu que la matière eft affez tournée, & qu’il s’agit de l’employer, 011 la porte dans cette efpece de caiffe qu’on nomme la cuve, à laquelle travaille le principal ouvrier. La cuve a jufqu’à cinq & fix pieds de long fur trois à quatre de large , & même plus, avec autant de profondeur. Elle doit être de bon bois de chêne , fort, & bien affemblé, enforte qu’elle retienne la pâte liquide, dont elle eft toujours remplie. Sur le bord de fon grand côté, oppofé à celui où fe met l’ouvrier, il y a une maniéré de grand baquet qui n’a qu’environ deux ou trois pouces de profondeur, & qui eft repréfenté en H, au bas de la planche \ il doit être bien foncé, pour retenir auiîî l’eau qui doit s’y égoutter. Il a par le haut cinq à fix traverfes de bois, dont les bouts portent fur les deux grands côtés delà cuve, où elles font affemblées bien uniment ou d’arrafement. Ce baquet fe nomme Végouttoir, parce qu’au moyen d’un trou qu’il a vers un de fes angles, on fait égoutter toute l’eau
- (7) Cette opération, fe fait aufii, dans les exige beaucoup moins de teir.s ; la matière endroits où l’on eft à portée , fous des pi- eft mieux broyée , & l’on épargne les frais Ions pareils à ceux des papeteries. Elle de main-d’œuvre & l’entretien du çheval.
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- qui tombe des chaflis ou formes dont nous allons bientôt parler. Cet égouttoir eft toujours plus long que la cuve, afin que le bout par où il s’égoutte puifle dégorger l’eau dans un tonneau, qui fans cela ne fe pourrait pas aifé-ment placer. L’égouttoir doit aufli avoir environ deux pieds & demi de large, pour y placer commodément les chaflis du grand carton. Nous venons de dire que par un côté il porte fur le bord de la cuve, & de l’autre on lui donne d’ordinaire deux pieds ou fupports de bois, c’eft-à-dire, un à chaque coin, comme on le voit au haut de laplanche dans l’atftion fécondé.
- Des formes ou moules du carton.
- 36. Les formes font des chaflis de différentes grandeurs, avec lefquels 011 puife la pâte qui doit former le carton. Ces chaflis font compofés de quatre tringles de bois de chêne d’environ trois pieds de long fur deux de large, & d’environ un pouce d’épaiffeur, bien affemblées quarrément par les quatre coins j & les deux grandes tringles font jointes encore par dix ou douze autres, quelquefois aufli par une feule: tout cela bien uni & bien de niveau. Sur une des furfaces de cette forme font couchées , d’un bout à l’autre de fa longueur, plusieurs fils de laiton d’environ une demi-ligne de groifeur, & à la diftance de près d’une ligne. C’eft à peu près comme les moules du papetier ; avec cette différence, que les formes du cartonnier ne demandent pas tant de façon & de délicatelfe, & que ces fils de laiton ne font point lacés avec grande précaution, mais feulement couchés fur les tringles de bois, commefon vient de le dire. Les bords font recouverts d’une lame fort mince de laiton, fur laquelle pofent les têtes des clous qui les attachent à ces tringles. On évite d’employer le fer dans la compofition de ces formes, parce qu’il fe rouille, s’écaille, fe détruit trop aifément; le cuivre réfifte beaucoup mieux : une forme pareille à celles que nous venons de décrire, toute grofliere qu’elle eft, revient à peu près à 40 livres. Ce font les épingliers qui les montent à Paris. On traverfe aufli par la largeur tous ces fils de laiton par quelques autres, d’efi pace en efpace, comme de deux à trois pouces, liés aufli à peu près à même diftance avec les grands, pour les entretenir dans leur état, enforte qu’ils ne s’écartent ni ne fe rapprochent les uns des autres.
- 37. Outre ce chaifis qu’on nomme la forme, il y en a un autre plus grand, qui porte par le delfous des quatre côtés une feuillure qui emboîte la forme 5 il n’eft compofé que de cinq tringles de bois d’environ un pouce en quarré : ces tringles ontfun peu plus dédongueur que celles delà forme, afin qu’elles puiffent l’emboîter par leur feuillure, qui n’a que deux à trois lignes de profondeur. Quatre 'dé' ces tringles font la longueur & la -largeur du chaflis ; la cinquième traverfe par le milieu , & eftaffemblée par fes deuxbouls furies deux plus longues..Ils nomment, quelquefois le chaflis '& la forme pris enfemble*
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- du nom feul de chaffis. Quand la forme eft emboîtée de fon chaflis , les bords de ce chaflis excédent par leur hauteur d’environ huit ou neuf lignes le plan de la forme, & font comme une efpece de caffette dont le fond n’eft qu’un treillis de fil de laiton.
- 38- On a ainfi plufieurs formes avec leurs chaflis de diverfes grandeurs & profondeurs , félon les dimenflons qu’on veut donner au carton. On nomme celui qui fe fait dans la plus grande forme, la bible-, enfuite vient la bible ordinaire, le catholicon qui eft ou double ou fimple ( nous en parlerons bientôt) , & les petits ais qu’ils nomment carton en parchemin , dont fe fervent les chapeliers, & autres artifans qui ont befoin d’en avoir de fort grands : ceux-ci exigent des formes particulières. Chaque ouvrier peut s’équiper, comme il l’entend, de toutes ces différentes formes , fuivant les befoins de fon commerce. Il y en a qui, pour ménager les chaflis, font fervir de grands chaflis à de petites formes, en les rétréciffant par d’autres tringles qu’ils couchent contre le dedans des quatre qui font la bordure du chaflis.
- Des langes.
- 39. Les langes font des pièces de drap prifes à volonté, que l’on place fous chaque feuille de carton, & dont onia couvre à mefure qu’elle eft faite: en-forte qu’il y a autant de langes, & un de plus , qu’il y a de cartons. On choi-fit pour les langes, un drap qui foit lâche & doux, quoiqu’il n’y ait d’ailleurs aucune néceflité ; on choifit même, le plus fouvent, celui qui eft à meilleur marché. Le drap le plus velu retient mieux la matière : fi le drap eft trop fort, la graiffè s’engage dans .la fubftance du drap , & il devient très-difficile de le nettoyer; c’eft pourquoi l’on veut une étoffe lâche & mince ( 8 )•
- 40. Les langes des cartonniers ne durent guere plus d’un an ; ils fe pour-rilfent par cette humidité continuelle, & fouffrent beaucoup par l’effort réitéré de la preffe. On eft obligé de les laver au bout de trois femaines, ou au plus tard tous les, mois, pour dégager les parties de la matière du carton, qui s’y attachent néceifairement.
- 4r. On n’emploie dans ce lavage ni favon ni leffive; on fe contente de palfer & repaffer les langes dans l’eau courante, de les frotter avec force , de les battre fortement avec une palette ou battoir de bois, & d’en exprimer l’eau ; chacun exige environ l’efpace de deux minutes.
- 42. Il eft fort ordinaire de trouver, même chez de bons cartonniers , une, économie finguliere à l’occafion des langes. L’étoffe mince-& commune dont ils fe fervent, eft prefque toujours trop étroite pour pouvoir couvrir la forme
- ( 8 ) Le molleton réunit ces deux qualités, & il mérite par là même la préférence.
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- dans fa plus grande dimenfion; ils y fuppléentavec des pièces qui font, pour l’ordinaire , des morceaux de vieilles tapiiferies, ou autres morceaux de laine très-diffêrens du lange qui couvre la plus grande partie du carton. L’ouvrier eft obligé de mettre la piece à chaque fois qu’il met un lange fur la feuille de carton qu’il vient de coucher. Cette piece, Ci elle eft trop large, fe remploie par-delfus le carton ; & il en réfulterait une difformité, Ci dans cet art on agirait à quelque délicateffe, & que l’on fût un peu difficile fur les détails.
- Du travail de la cuve.
- 43. Lorsque la matière eft dans la cuve, on a foin de la bien démêler avec un rateau de bois qui, pour cet effet, eft toujours à un bout de la cuve , & qui fert à remuer fortement cette matière, tant des dents que du dos de ce rateau, ce qu’on appelle battre la cuve ; 011 nomme ce rateau affez improprement le crochet. L’ouvrier ou l’homme de cuve tient toujours deux formes à la fois fur fon égouttoir, & feulement un chaffis qui fert alternativement aux deux formes. Il commence par emboîter une de ces formes, & la prenant à deux mains par les deux bouts, la plonge fous cette matière, & la ramene dehors toute chargée , en fecouant tant foit peu les chaffis de droite à gauche, ce qui fait d’abord affaiffer un peu la matière ; puis il gliffe le chaffis fur l’égouttoir, où la matière s’affaiffe encore davantage, à mefure que l’eau fe dégorge.
- 44. Pendant que la forme s’égoutte, l’ouvrier étend un lange fur une autre planche ou plate-forme, qui eft comme un baquet de bois fort, d’un peu plus de trois pieds de long fur plus de deux de large, où doivent être empilés tous les cartons l’un fur l’autre, chacun fur un lange. Quand il y en a autant qu’on en veut preffer (9 ), on tire la preffée par le moyen de deux anneaux ou boucles de fer attachés à une des tringles de cette plate-forme, comme ferait un tiroir ou une layette de cabinet. Cette plate-forme ou efpece d’égouttoir "a environ deux à trois pouces de profondeur, & au milieu de la tringle de devant eft un trou par où s’égoutte l’eau des cartons qui font deffus ; & on la reçoit dans quelque cuve fi l’on en a befoin, pour la faire reffervir, ou bien on la laifle feulement couler dans quelque ruiffeau qui la conduit dehors. Plus communément on a un -tonneau noyé dans la terre, où coule toute cette eau, & dans laquelle on puife avec un feau pour la remettre dans la cuve; & parce que cet égouttoir eft fort pefant quand il eft chargé , on le place fur un petit plancher de bois mouillé , afin de le pouvoir gliffer plus aifément fur celui de pierre , qui eft fort uni & de niveau, fous la
- ( 9 ) Ordinairement une preffée eft de cent vingt feuilles doubles, eu deux cents quarante feuilles ftmples»
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- preife. On Le fait glilfer avec la pince ; c’eft un Levier de fer, qui fert auffi à l’arranger exactement fous le fommier.
- 45". Le lange, comme nous l’avons dit, eft une piece de drap ou de reve-che, qui doit être un peu plus grande que les cartons. L’ouvrier en étend un fur la plate-forme ; il ôte le chaffis de deffus la première forme , pour le mettre à la fécondé ; il releve enfuite la première en la foulevant, comme s’il voulait regarder par delfous; il la porte prefque verticalement, & la plaçant fur le bord antérieur dû lange, de fou côté, il la couche alfez promptement, & la renverfe furie lange: il frappe de la main fur le treillis, ou fecoue trois à quatre fois fa forme fur le lange 5 il la releve enfuite : la forme quitte aifément toute la matière qu’elle portait, & le carton ou les deux cartons que portait la forme , relient fur le lange. Ces deux cartons font féparés par un petit intervalle moindre que la tringle qui l’avait formé, parce que cette matière s’applatit, & s’étend un peu dans les premiers momens, jufqu’à ce qu’elle foit bien dégorgée de fou eau ; de forte que, quand elle a reçu fa derniere façon par la preife, elle a perdu plus des trois quarts de l’épaiifeur qu’elle avait fur la forme , & l’intervalle des deux cartons difparait lî bien qu’ils femblent n’en faire qu’un tant qu’ils font fur le lange. Cette première forme étant relevée, l’ouvrier la remet fur l’égouttoir ; puis retirant le chaffis de delfus la fécondé, il l’ajufte de nouveau fur cette première, la replonge comme l’autre fois, & la remet, toute chargée de matière, fur l’égouttoir. Comme il faut deux à trois minutes à cette forme pour s’égoutter, l’ouvrier, pendant ce tems-là, étend un autre lange fur le premier carton qui vient d’être fait ; il y couche la fécondé forme, il ôte le chaffis de deifus la première pour la remettre fur celle-ci; enfuite il replonge la derniere, &la remet fur l’égouttoir : ce qui fe fait toujours ainfi alternativement, jufqu’à ce qu’on ait employé prefque toute la matière de la cuve.
- 46. La feuille qui vient d’être couchée a communément fept à huit lignes d’épailfeur; mais cette matière mollalfe eft aifément comprimée par l’aétion de la preife ; l’eau qui en fait d’abord l’épaiifeur fe dégorge bientôt, & la feuille eft réduite à une épailfeur trois à quatre fois moindre ; mais ce qu’il y a de Cm-gulier, c’eft que, malgré cette grande diminution d’épailfeur, le cartonne s’étend point en largeur: après la plus forte preffion, il a encore fenfible-ment les mêmes dimenlions.
- 47. L’ouvrier de cuve peut, avec la même pâte, faire des cartons de différentes conliftances, c’eft-à-dire, fins ou épais ; il ne s’agit que de plonger fa forme plus avant, de la retirer plus vite , de la promener moins : par-là on reçoit une matière moins fluide, on ne lui donne pas le tems de fe mêler avec l’eau , & on en retient davantage fur la forme.
- 48. A mefure qu’on travaille, il faut de tems en tems battre la cuve, c’eft-
- à-dire
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- à-dire, retourner la matière avec le rateau. En effet, la pâte tend toujours à fe précipiter au fond i Peau devient toujours d’autant plus claire qu’on puife fans ceife & à proportion beaucoup plus de matière que d eau , & qu’une grande partie de Peau retombe dans la cuve, avant que le chaflis foit remis fur l'égouttoir.
- 49- Quand on veut redoubler la force des cartons fans les coller, on ne met pas feulement le lange fur la feuille que l’on vient de coucher i mais on prend un carton nouvellement fait & déjà preifé, de la maniéré que nous le verrons ci-après, avec fon lange : c’eft fur ce carton déjà fait, mais encore mouillé, que l’on renverfe la forme pour donner à ce carton une nouvelle couche. Pour cet effet, le coucheur a près de lui les cartons déjà faits qu’il s’agit de redoubler, placés fur ce qu’il appelle une efcabelle.
- ïo. Le coucheur prend fes mefures, en renverfant la forme, de maniéré que le nouveau carton couvre affez exactement l’autre dans toutes fes dimensions ; puis il remet delfus le dernier un autre lange portant aufli fon carton , & fur celui - ci le nouveau carton de l’autre forme, & toujours ainfi jufqu’à ce qu’il les ait tous redoublés avant que de gliffer la plate-forme ou le moule fous la preffe : cette derniere opération fe fait avec un levier de fer qu’on appelle la pince. Hn’eftpaS inutile de remarquer que pour la célérité du travail, & pour plus grande facilité, quand l’ouvrier veut prendre les langes couverts de cartons pour les porter fur le moule, la coutume eft de renverfer les deux coins de devant, c’eft-à-dire, les plus proches de lui, en les repliant jufques vers le milieu ; & comme ce repli fe fait faiblement, & ne corrompt point le carton qui fe foutient élevé là-deffous , cela eft beaucoup plus ailé à tranfporter que fi on le tenait étendu tout à plat en l’air. On a foin , en remaniant ainfi le carton un à un , d’en retirer toutes les ordures les plus apparentes qui y font des inégalités confidérables i on ne fait que les arracher de l’ongle, on refoule enfuite la matière du bout du doigt à l’endroit où s’eft fait le petit enfoncement ; le carton qu’on y met enfuite s’égale aifez bien par la preife, & ces deux cartons 1e collent fi bien enfemble dans toute leur étendue , qu’on ne croirait jamais qu’ils culfent été faits à deux fois.
- f i. On n’a pas coutume de redoubler le carton plus d’une fois , quoiqu’il fût - aifé de le faire, autant de fois qu’01.1 voudrait, pour le mettre à toutes fortes d’épaiiieurs. Mais ce carton ainfi doublé fans colle, a toujours trop de mollelfe, & 11’a jamais la fermeté de celui dont les feuilles font toutes aifem-blées à la colle: aufli les bons relieurs ne veulent point ordinairement fe fervir du carton redoublé de la forte : ils fe font payer plus cher que les autres ; mais ils font aufli volontiers la dépenfe d’un carton meilleur & plus fort. On nomme feuille chaque carton fimpîe 5 une forme en fait deux à la fois, à moins que ce ne foit dans les grandeurs confidérables : nous en parlerons à la fin.
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- 52. On enfcaffe, comme nous l’avons dit , fur la plate-forme ou furie petit égouttoir, tous les cartons qu’on veut prelfer, ce qui va quelquefois, juîqu’à 120, & même jufqu’à 200 pour les cartons minces, fur une hauteur de trois, pieds & demi ou quatre pieds 5 alors on amene le moule ou la plate-forme, fous le fommier de la preife..
- f3. La quantité de cartons que l’on peut prelfer à la fois fe nomme une prejfie ; elle n’eft pas confiante, parce qu’elle dépend de la force & de l’épaif-feur du carton. Elle a environ quatre pieds de hauteur lorfqu’on commence à preifer ; c’eft cette, hauteur qui étant déterminée par celle de la preife, détermine la quantité de cartons qui doit former lapreffées c’eft environ 112 ou 115 feuilles dans les grandeurs les plus ordinaires.. IL faut trois ou quatre: heures à un homme de cuve pour faire une preffée. Une cuve à peu. près delà grandeur que nous avons détailléefait une demi-preffée de faint-auguftin avant qu’on foit obligé de la regarnir. Si la cuve eft un peu plus, grande, & qu’on ne falfe que du petit carton elle peut fournir à la preifée entière avant que d’être renouvellée..
- De la preffei.
- ^4. Cette preife eft la partie lapins conlidérabre de rattelier d’un car-tonnier, parce qu’il lui faut une très.grande force pour exprimer l’eau du carton, pour lui donner le corps & la denlité nécelfaire. Il n’en eft pas comme: de la preife du relieur ; celui-ci agit immédiatement fur la vis par le moyen d’un leviers au lieu que pour faire agir le levier même, il faut aux carton-niers une autre machine qu’ils appellent \e: moulinets
- Nous avons donné avec l'art de faire, le papier} la defcription des différentes parties qui compofent une preife : nous nous contenterons de rappeller ici les pièces les plus eifentielles, en nous fervant des termes ufités parmi les eartomiiers * car les chofes même s’emploient dans différens arts fans aucun, changement, y prennent pour l’ordinaire des dénominations différentes.
- 5 6. Deux jumelles de neuf à dix pieds de haut, repréfentées en a a dans le haut de la plancheforment le maftif de la preife. Elles font profondément arrêtées dans la terrepar leur partie inférieure, & alîèmblées en hautpar une-forte-traverfe qui fert aulïi d’écrou. La largeur de cette piece eft de trois pieds & demi ; elle eft placée horifontalement entre les deux jumelles, & les embraffe l’une à l’autre par fes. bouts qui font fourchus ou coupés en maniéré d’un double tenon, & fortement affemblés par un embrevement qui eft aux jumelles, enforte que cette piece ne peut varier de haut en bas ni de côté 5. & de peur aufli que les jumelles ne fe puilfent écarter l’une de l’autre, elles font traversées avec les bouts de cette piece par de gros boulons de fer de dix-huit à vingt pouces de long fur quinze à dix-huit lignes de grolfeur,, parce que cette piece
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- qu’on nomme fimplement V écrou, a jufqu’à quinze à feize, & quelquefois jufqu’à dix-liuit pouces d’équarriffage , fur cinq pieds de long.
- Dans cet écrou palfe la vis c> elle eft formée par une autre piece de bois-, dont le diamètre dans la partie filetée, c’eft-à-dire, taillée à vis , a jufqu’à huit à neuf pouces fur quatre ou cinq pieds de haut, & même davantage. Cet arhre, dans fa partie inférieure, & au-deifous des pas de la vis, eft taillé quar-rément fur environ un pied de large, & s’emboîte dans une lanterne compofée de deux tourtes ou pièces de bois rondes, d’environ quatre pouces cf’épaif feur fur un diamètre de vingt à vingt-deux pouces , bien frétées de bandes de fer tout autour, élevées l’une au - deifus de l’autre d’environ huit à dix pouces, & aflemblées aflez près de la circonférence par quatre ou cinq pièces de fer qu’on nomme fufeaux qui font revêtus de chaque côté, & garnis avec des pièces d’un bois fort dur. Ces quatre fufeaux ( 10 ) font à peu près le même effet que les lanternes ou pignons des moulins, où s’engrenent les dents des roues. C’eft entre ces fufeaux que fe met le bout du levier ou de la piece de bois qui fert à faire tourner l’arbre de la vis. L’extrémité inférieure de cet arbre eft échancrée au-deffous de la lanterne marquée d, en forme de collet, à peu près d’un pouce de largeur & de profondeur : dans ce collet paf-fent à droite & à gauche deux autres boulons de fer qui traverfent toute la largeur d’un gros plateau de bois de dix à onze pouces en quarré, fur environ trois ou quatre d’épailfeur, qu’on nomme la jelle ou la fellette ; de forte que le bout de l’arbre enfoncé dans un trou qui eft au milieu de cette fellette, eft retenu dans ce trou. Par le moyen de ces deux boulons qui paffent dans fou collet , il a la liberté de tourner, mais non pas celle d’en fortir ; & pour peu qu’il tourne, il fait monter ou defeendre lafelle avec lui, comme nous l’avons dit dans l’art du papier, en décrivant la prefle qui fert au papetier.
- 58* La felle eft appliquée invariablement fur une autre grande piece de bois plate, qu’on nomme X^ fommier^ épailfê d’environ quatre à cinq pouces , large de, deux pieds , & d’une longueur égale à la diftance qui eft entre les jumelles. Ce fommier porte à chaque extrémité une échancrure qui embraffe les jumelles par toute leur groffeur : ce qui fait qu’en montant & defeendant il s’entretient mieux dans un planhorifontal, que quand on le fait plus court que l’intervalle des jumelles. Au refte, qu’il foit de niveau, ou qu’il fait incliné, quand il eft bienfulpendu, il ne laifle pas de preifer dès qu’il a une fois commencé à pofèr fur les cartons. Le deifus de la platine eft garni de cuivre, & la partie de lavis qui prefle fur cette platine eft revêtue de fer, pour mieux réfifter au frottement. On a foin de les grailler, pour adoucir la dureté de ce frottement.
- (> i o ) Je crois que, fi la partie inférieure pour y pafler le bout du levier , la machine de la vis était maffive, & feulement percée ferait plus folide. à angles droits de deux trous aflez grands
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- ^9. Le formuler étant remonté par la vis auffi haut qu’il eft befoin , félon la hauteur de la pile , 011 charge les cartons d’un ais auffi grand que la forme, & l’on met par-déffus cet ais quelques billots fur lëfquels pofe immédiatement le fommier, afin que la vis ne foit pas obligée de defcendre trop bas ; ce qui pourrait forcer l’écrou : alors il n’eft plus queftion que de faire defcendre le fommier pour prelfer tout cela par le moyen de la vis; On engage l’extrémité du levier entre deux fufèaux de la lanterne ; mais comme cette lanterne fe trouverait trop haute pour, mener ce levier à la main , & qu’il faut auffi plus de force qu’un homme n’eu a avec un levier de cinq pieds , on fupplée à cette force par le moyen d’un autre arbre de huit à neuf pouces de diamètre, qui n’eft pas loin de la prelfe. Cet arbre eft comme un cabefian qui tourne fur les pivots qu’il a à chaque extrémité ; il eft traverfé d’un ou de deux petits leviers d’environ quatre à cinq pieds de long en tout f de forte que chaque bout excede l’arbre d’environ deux pieds. Ces petits leviers ont environ trois pouces dé large fur un pouce & demfid’épaiifeur ; tout cela fe nomme le moulinet. Autour de l’arbre du moulinet 011 enveloppe un gros cable de quinze à feize lignes de diamètre, qui eft attaché invariablement par une extèmité au haut de l’arbre-du moulinet. Après avoir fait cinq ou fix tours fur l’arbre, le cable fe termine à l’autre extrémité par une boucle, & c’eft cette boucle qu’on paffe fur le bout libre extérieur du levier, dont nous avons dit que l’autre bout eft engagé dans la lanterne. Par ce moyen, un homme tournant le moulinet fur lequel la corde s’enveloppe, tire aifément le levier, &‘fait tourner la lanterne qui prelfe le fommier & les cartons, & leur fait rendre beaucoup d’eau. C’eft ce qu’on voit repréfenté dans la troifieme aétion au haut de la planche. •
- 60. Lorsqu’un homme feul a fait tourner le moulinet autant que la forcera pu permettre, on en met un fécond, puis un troifime, & enfin un quatrième ; les quatre enfemble font encore faire un tour à la vis de la prelfe , & diminuent d’un pouce la hauteur de la prelfée.
- 61. Lorsque la force des quatre hommes aidés du moulinet 11e peut plus aller au-delà , on retourne le levier en fens contraire, & l’on fe fert du même moulinet pour remonter la vis ; enfin on retire la prelfée de déifias le moule.
- 62. La force de la prelfe non feulement réduit les cartons à leur jufte épai£. feur, mais elle augmente leur denlité, leur force , & en dégorge toute l’eau dont la pâte était abreuvée. Cette eau fe dégorgeant dans le moule, tombe enfuite par une gouttière dans une cuvette qui peut être noyée en terre » comme nous l’avons dit, à moins que, comme on le voit dans la figure ^ le moule ne foit élevé fur deux fortes pièces de charpente alfemblées avec le pied des jumelles : auquel cas 011 peut avoir un grand feau ou une cuvette en plein air fur le plancher, pour recevoir l’eau de l’égouttoir. Ces différences dépendent de L'emplacement & des facultés du maître > mais il eft encore plus commode d’avoir le moule au niveau du fol de l’attelier*
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- 63. Quand le levier eft venu fi près du moulinet que la corde ne peut plus le tirer, 011 tourne le.moulinet en fens contraire, pour faire développer la corde , & l’on change de fufeau, en plaçant un bout du levier dans la lanterne. On va boucler la corde à l’autre bout pour recommencer à tourner; ce qui fe continue ainfi jufqu’à ce qu’on ait preiTé autant qu’il eft befoin. Lorfque les cartons font preifés, on emploie une femme pour les lever de deifus les langes, & en faire des piles ou des réglées qui doivent être preifées de nouveau.
- 64. La planche fur laquelle 011 étend les cardons après qu’ils ont été pref-fés, s’appelle la levée. C’eftfur la levée que l’éplucheufe opéré; elle a foin d’arracher les corps étrangers qu’elle apperçoit fur chaque feuille , puis avec le pouce elle appuie fortement fur la partie bleifée ou entr’ouverte, pour la réunir & en réparer le défaut. Elle fait tout à la foisles fondions du leveur dans l’art de faire le papier, & celles des étendeufes qui foudent lur couture.
- Maniéré de régler le carton.
- 65. Dans le travail du papier, on appelle porfe blanche l’aifemblage des feuilles de papier lorfqu’elles ont été levées , & qu’on en a ôté les langes. Le cartonnier appelle une réglée les cartons dont on a ôté les langes, & que l’on remet fous la prelfe. Cette fécondé opération eft néceifaire pour achever d’en exprimer l’eau, pour réparer les défauts que l’éplucheufe y a laiifés en arrachant les corps étrangers, & pour régler les cartons, c’eft-à-dire, les équarrir, & les rendre tous à peu près de même grandeur, en ébarbillant les bords.
- 66. Les cartons mis enregle font environ la hauteur de trois pieds & demi. Un homme feul commence à ferrer la vis de deux tours avec le levier de cinq pieds , dont nous avons parlé plus haut; il deiferre lavis pour ajouter encore d’autres cartons, lorfque les premiers ont un peu diminué de hauteur par la preflion ; il recommence à ferrer avec le levier feul, d’environ un tour & demi; enfuite il attache fon levier à la corde du moulinet ; il ferre encore de deux tours ou quatre pouces environ, enforte que la réglée fe trouve avoir bailfé d’un pied par l’aeftion de la prelfe. Tandis qu’elle eft dans cet état de compreflion , on prend une ratiifoirede fer, qui n’eft autre chofe qu’une plaque triangulaire de fer , dont chaque côté a environ trois pouces ; elle eft emmanchée par un bâton de quatre pieds. Avec cette ratiifoire on enleve tout autour delà réglée les franges, les barbes, & même les bords du carton; enforte que la réglée foit terminée quarrément, &que les bords en foient auffi forts que le: milieu.
- 67. On prend enfuite un.petit ais de bois à la main, avec lequel on nettoie tout ce que la ratiifoire de fer a détaché ; on enleve la pâte fuperfine, & l’on rend les faces de cette pile droites, unies & quarrées,
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- 68. Tout le fuperflu de la pâte de ces cartons enlevé, foit par la ratif-foire , foie par le petit ais dont nous venons de parler, s’emploie de nouveau à faire le carton ; on a foin de le reporter dans la cuve.
- 69. Si les cartons que l’on veut régler avaient été faits de la veille, ou plus anciennement, on ferait obligé de les rafraîchir & de les humeéler; pour cela il fuffit de jeter de l’eau contre la réglée tout autour avec un feau ordinaire plein d’eau.
- 70. Une réglée pefe environ 200 livres en petit ais, 230 en catholicon, 250 en petite bible, 400 en fiint-auguftin. Un bon ouvrier de cuve peut faire par {emaine cinq réglées de faint-auguftiu , huit, neuf, âix> des autres qualités.
- Des différentes grandeurs du carton,
- 71. On comprend affez que les différentes grandeurs de carton font pour l’ouvrier une chofe fort arbitraire ; cependant les ufages du commerce ont fixé allez généralement les cartonniers à quatre fortes qu’ils appellent petit ais , catholicon , bible , faint-augujlin. Le petit ais a 13 pouces fur 19 OU 20 ; le catholicon a 14 fur 20 ou 21 i la bible, 16 ou 17 fur 22; le faint-auguftin , 18 ou 19 fur 24. Ces grandeurs varient fouvent d’un pouce & même davantage. On a remarqué que, fi les langes font gras , ou qu’ils foient ufés, le carton coule & s’étend fur le lange, ne trouvant pas de quoi s’accrocher ; alors la preiTe l’étend plus ou moins au-delà de la grandeur de la forme : on a vu d’ailleurs que la maniéré de le régler n’eft pas fufceptible d’une grande précifion.
- 72. Les elpeces dont nous venons de parler, excepté lefaint-auguftin, fe font fouvent d’une largeur double : on les appelle alors petit ais fans barre , catholicon fans barre , & bible fans barre , ou grande bible. En effet, pour former ces cartons de largeur double, on ne fait qu’ôter la barre qui fépare le chafiis en deux parties égales pour faire deux petits cartons à la fois ; alors ces deux cartons fe réunifient, & n’en font qu’un dont la largeur eft double. Ainfi le petit ais, qui avait treize pouces fur vingt, aura vingt-fix pouces fur vingt, & ce fera le petit ais fans barre.
- 73. On appellait autrefois du nom de conciles une elpece moyenne entre le petit ais & le catholicon ; mais il n’eft plus d’ufage aujourd’hui.
- 74. On a appellé aufli cartons en parchemin, comme il a été dit ci-deflus, ceux qui étaient beaucoup plus grands.
- 7Ï- Enfin il y a du carton enté, Ce terme, tiré du jardinage, s’applique en général à un arbre formé de deux ou de plusieurs, par le moyen d’une inci-fion ou d’une fente. lien eft à peu près de même du carton j 011 fend une feuille dans fon épaifieur lorfqu’elle eft encore mouillée j on y infère l’autre j
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- on les foumet l’une & l’autre à une forte preffion , & elles fe trouvent parfaitement alfemblées.
- 76. Les cartons de la grandeur du faint-auguftüi fervent à relier les livres in-8*, in-4°, & in-folio grand papier. Le Cours du Danube., de M. Marügli, qui eft un livre affez connu pour pouvoir fer vir d’exemple, exige un faint--auguftin de chaque côté.
- 77. La grandeur de bible fert pour les livres de la grandeur ordinaire la plus uCitée en France r in -folio , in-40 , in-8°.
- 78- La grandeur du catholicon fert pour les livres in-dou^e de la grandeur ordinaire * pour les in-folio en papier de Hollande qui eft plus-petit que le nôtre, & pour les livres in-8* petit papier.
- 79. Le petit ais fert aufli pour des livres in folio & in-dcu^e petit papier, & pour certains atlas de géographie qui s’étendent en longueur-
- 80. Les chapeliers & bourreliers emploient communément des feuilles de grande bible fans barre.
- 81. On diftingue aufli quelquefois en deux elpecés les cartons de même grandeur, fuivant qu’ils ont été collés ou qu’ils 11e l’ont pas été, en difant, hibl^ collé,, bible non: collé, &c.. Nous parlerons,ci-après de-Popération du collage.
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- 82. Les greniers les plus élevés & les plus ouverts fervent drétendoir aux eartonniers. Un ouvrier porte la prelfée fur fa tète à différentes reprifes ; & l’ayant mife par terre, il prend une poignée d’épingles, & enfile les cartons en les piquant deux à;deux ou trois à trois. Ces épingles font des bouts de fil de fer recourbés par chaque extrémité, & formant comme un double crochet. L’un de ces crochets fert à piquer les cartons , & l’autre à les accrocher : on en voit un en S au bas de la planche..
- 83. Les cartons redoublés une ou deux fois étant plus pefans que les feuilles, fouffriraient davantage d’être fufpendus deux à deux par un fil d’ar-chal, & pourraient fe déchirer on eft obligé de mettre une épingle à chacun, & de les fufpendre féparément.
- 84. On fe fert quelquefois de cordes tendues, & quelquefois des lattes qui foutiennent les tuiles; du couvert.
- 8f. Quelqueeois auffi les feuilles de carton qui font fort minces, & que l’on veut bientôt redoubler, s’étendent fur des- perches , à la maniéré du papier-, on fe fert, pour cet effet, d’un étendoir : c’eft une longue perche traverfée à fon extrèriffté d’un bâton , ou d’une petite planche en forme de T, avec lequel on place les feuilles fur les perches? mais, on n’attend pas , pour les, en retirer , qu’elles foient totalement feches-
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- 86. Lorsqu’on n’a pas aflez d’efpace pour fiifpendre ainfi tous les cartons,1 les ouvriers en mettent debout fur les planchers, les faifant tenir de champ, appuyés les uns contre les autres, de la même maniéré que les enfans font tenir leurs châteaux de cartes : ce qu’on appelle mettre, en quarré. Ainfi ils ont toujours l’air des deux côtés, & ils fechent, prefque aufli bien que ceux qui font fufpendus. On n’eft pas obligé d’étendre le carton dès qu’il fort de la prelfe ; on attend fouvent au lendemain, & même davantage, fans qu’il en réfulte aucun inconvénient.
- Du liffoir.
- 87. La lifte des cartonniers eft très-néceifaire pour rendre les cartons plus minces & plus compactes. On a befoin, pour Mer, d’une grande pierre, fur laquelle on étend le carton, & d’un rouleau ou cylindre de fer poli, enchâifé dans le delfous d’une piece de bois par le moyen de deux crampons qui font cloués fur chaque bout de la piece de bois. Ces crampons étant troués en forme de pitons, reçoivent les tourillons ou pivots qui font à chaque bout du cylindre. Cet inftrument, repréfenté en O » fe nomme la lijje. La piece de bois qui porte le rouleau, a environ trois pouces d’épaif-feurfurfix à fept de long, & porte à chaque bout une poignée, ou comme un tourillon de bois arrondi pour le tenir à la main , & le promener avec force fur le carton. Pour éviter au liifeür la peine d’appuyer fortement fur le carton, 011 emploie un bâton qui s’arcboute au plancher de l’attelier. La lilfe eft échancrée en delfus, en demi-rond, de toute fon épailfeur, partie d’un côté, partie de l’autre j enforte qu’il refte un entre-deux lolide dans le milieu, qui fait comme une efpece de tenon. Ce tenon s’emboîte dans l’extrémité du bâton de la lifte : ce bâton a quatre pieds de long ; il rélifte avec force, & difpenfe le lifteur d’appuyer fur le carton ; il n’a prefque qu’à conduire fa lifte ; d’ailleurs l’ufage auquel on deftine le carton de pâte , ne demande pas qu’il foit fort poli. Aulîî peut-on lifter aifément huit à dix feuilles par heure , de chaque côté. Les lifleurs, lorfqu’ils travaillent à leurs pièces, ont 24 fols du cent pefant.
- 88- Pour faire arcbouter le bâton de lalifte avec douceur , on attache au plafond une forte planche d’environ lix pieds de long lur fix pouces de large, que l’on fixe par le milieu avec une barre de fer : l’autre extrémité de la planche eft fififie par une grofte corde tordue avec force par un levier 5 enforte que l’extrémité de la planche fe plie , & eft ramenée en bas de quelques pouces par la force de cette corde. C’eft contre l’extrémité de la planche ainfi courbée par la tenfion de la corde, qu’011 appuie la partie fupérieure du bâton de lilfe, & on le fait même entrer dans une cavité pratiquée .pour cet effet dans
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- la planche de la lifte : par ce moyen, la corde qui a une certaine élafticité jointe à celle de la planche, redite & fe prête tout à la fois à l’aétion du lifteur » qui n’a d’autre peine que celle de promener horifontalement la boite de la lifte, tandis que la force de la corde fait appuyer le bâton de la lifte fur le carton ; 1*élafticité de la corde & de la planche fait toute la réfiftance. La lifte va & vient deux ou trois fois de chaque fens fur les différentes parties du carton, en long & en large fur le recio & fur le verjo. Il faut un demi-quart d’heure pour bien lifter une feuille de faint - auguftin.
- '89- Le lifteur a toujours à côté de lui un poinçon qui fert à enlever les corps étrangers qu’il apperçoit dans le carton ; car le peu de foin que l’on prend d’ordinaire à choiiïr & à trier les rognures dont le carton eft compofé, rend à tout moment cette opération néceflaire à ceux qui trempent, qui rompent, qui tournent, qui couchent, qui étendent, qui collent, ou qui liftent: ils trouvent tous des parties étrangères à enlever j ils les arrachent fans autre précaution j la prefle & la lifte réparent à mefure les vuides que cette maniéré d’éplucher y forme néceflairement.
- 90. Si le carton que l’on veut lifter a été long-tems étendu, & qu’ilfoit trop fec , on eft obligé de lui rendre une certaine humidité pour augmenter fa flexibilité, & aider le mouvement de la lifte *, pour cet effet on trempe dans l’eau un balai de jonc , avec lequel on arrofe légèrement le carton qu’il s’agit de lifter.
- 91. Cette lifte des cartonniers a du rapport avec celle des cartiers pour la difpofition générale & la maniéré d’agir : elle-s different en ce que le? cartiers fe fervent d’un caillou qu’ils paflent fur le fa von ; les cartonniers emploient un rouleau de fer, avec de l’eau pour humeéter le cartonr
- 92. Nous avons dit au commencement, que l’on faifait quelquefois du carton bis ; c’eft une économie pour ceux qui font des étuis, des porte-peignes, des eudolfemens de petites bordures d’eftampes. On y emploie de? matières encore plus groflieres & plus communes que pour le carton des relieurs, dont nous venons de parler. On fait aufli du carton fort grand, fur un côté duquel on colle une feuille de papier blanc, à l’ufage des fourreurs. Enfin on fait des cartons couverts, qui font collés & liffés avec foin, pour deftiner ou pour écrire j mais on 11e peut guere lifter ces cartons couverts, - fans y employer le làvon, de même que pour le papier & pour les cartes 5 car le papier ne prête pas, & n’a pas affez de fouplefte pour être lifte Amplement à la maniéré du carton.
- ; - De la colle.
- 93. Les cartonniers choififlent, pour faire leur colle, celles de toutes les matières poflibles qui coûtent le moins s car la farine folle, c’eft-à-dire, ce
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- que les boulangers ou les meuniers balaient dans leur blutoir, & qui ne peut Servir pour le pain , eft encore une matière précienfe pour les cartonniers & ils n’en emploient qu'environ une cinquième partie du total de leur colle-Cette farine folle coûte 8 fols le boilTeau (*).
- 94. La matière la plus commune eft tirée des atteliers des peaufliers ou des corroyeurs ; c’eft ce qu’on appelle parure,, poijfonure & percemure (\ i) : la percemureeft ce que les corroyeurs enleventde delfus leurs cuirs de bœufs *, la poifTonure eft la ratiflure des peaux de moutons > la parure eft laratiflure des peaux d’agneaux blanchies & palfées chez les mégilîiers, & qui fe travaille chez les peauffiers : celle-ci eft blanche , frifée,. légère, douce, donne-, une colle, très-fluide, & qui devient très-dure lorfqu’elle refroidit.
- 9Ç La parure coûte un fol la livre, quelquefois moins ; ce qui revient à peu près à cinq fols le boilTeau (**). On met dans une chaudière de cuivre trois féaux de parures fur cinq féaux d’eau. Lorfqu’au bout d’une demi-heure la chaudière commence à bouillir, il ne faut guere plus d’un quart-d’heure pour qu’elle foit faite ; on a foin de la remuer continuellement avec un trognon de balai de bouleau bien recoupé & ébarbé. Plus on la lailfe bouillir, plus elle devient fluide ; mais on ne cherche pas à la laifler bouillir plus qu’il: n’eft néceflaire : le bois que l’on confommerait, & le déchet qu’éprouverait la colle , feraient des frais en pure perte. Pendant la cuiflon, on ajoute encore deux ou trois féaux d’eau, à mefure que la colle diminue.
- 96. La colle que l’on fait avec la farine folle ne demande que deux féaux
- de farine fur trois féaux d?eau. Il lui faut à peu près le même tems pour fe* faire ornais elle eft fort, noire quand elle eft faite , au lieu que la colle de parure conferve fa blancheur. j
- 97. Lorsqu’on fait quatre chaudières de colle de parure avec une de colle de farine , c’eft l’ouvrage d’un jour pour un colleur qui a fix à fept réglées de carton à coller dans fa journée ,.la chaudière ayant vingt pouces de largeur fur treize de-hauteur. La colle de parure deviendrait très-dure au bout d/e quelques jours j maison l’emploie ordinairement le troifieme jour, avant qu’elle foit totalement figée. On y mêle d’ailleurs de la colle de farine qui lui
- (*) Les prix qui font fpécifiés ici, comme elle fe durcirait trop. Au contraire , la colle dans le relie de ce mémoire, font relatifs de farine conserverait trop d’humidité, fr aux tems & aux lieux, c’eft-à-dire , à l’an- elle fe trouvait feule. On a fans doute con-née 1761 , & à la ville de Paris : d’ailleurs fulté l’expérience pour déterminer le mê-on ne faurait être alluré à cet egard , de la lange-. C’eft ce que l’auteur infinue lui» ftncérité des parties intéreflees. même un peu plus bas ( §. 97 ).
- (11) Les cartonniers emploient la folle (**) Le boifl'eau de Paris a dix pouces farine , pour donner plus de confiftance à de diamètre, & huit pouces deux lignes &: leur carton. S’ils employaient uniquement demie de hauteur-île la.colle faite avec de la parure de. peaux
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- rend de l’humidité ; & fouvent encore on efl obligé d’y ajouter de l’eau, lorsqu’on a laide repofer la colle aflez long-tems pour fe durcir.
- Maniéré de coller,
- 98- Le colleur debout, ayant d’un côté le baquet à colle, & de l’autre les cartons qu’il s’agit de coller, étend un carton fur un ais foutenu à deux pieds de terre ; il tient une broife qui a dix pouces de long fur trois pouces de large, dont les foies ou les crins font longs & flexibles ; il la trempe largement dans le baquet, & la ramene chargée de colle; il étend fur toute la furface du carton cette colle qui y demeure fouvent par grumeaux, mais que la prefle diltribuera enfuite mieux que la brofle n’aurait pu faire. Par la même raifon 011 en met beaucoup plus qu’il ne ferait néceifaire, parce que l’on eft fur de retirer le fuperflu lorfque les cartons feront en prefle, enforte qu’il n’y a rien de perdii.
- 99. La colle étant diftribuée fur ce premier carton , le colleur en prend deux autres qu’il place fur le premier, & recommence à étendre la colle fur le troifieme carton, qu’il couvre bientôt de deux autres, & ainfi de fuite, enforte que les cartons , de deux en deux feulement, foient collés l’un à l’autre ; le premier avec le fécond, le troifieme avec le quatrième, & ainfi deTuite.
- 100. Lorsqu’on a collé la valeur d’une réglée, on la porte fous le fom-mier de la prefle ; & tant avec le levier dont nous avons parlé à Poccafion du travail de la cuve, qu’avec le moulinet, on defcend le fommier de la quantité d’un pied environ, ou de fix tours de vis. Alors on voit la colle couler de toute part fur les parois de la réglée; on prend un carton d’une main, & un petit ais de l’autre ; on ratifie tout autour cette colle que l’on met fur le carton pour la rendre au colleur.
- 101. Les cartons ainfi collés n’ont pas befoin de relier long-tems fous la prefle : dès que la réglée fuivante effc prefque achevée, on deflerre la vis; on les porte à l’étendoir, &là on les met en quarré pour fécher à loifir; car ils font troppefans & trop durs pour être piqués & étendus avec les épingles.
- 102. Souvent , au lieu de deux cartons, on en colle trois & davantage. Il y a quelquefois fept à huit feuilles dans les cartons qui couvrent les gros livres d’églife, les grandes polyglottes, ou ces grofles bibles, qu’on nommait bibles de le Jay, parce qu’elles furent imprimées , dans le dernier fiecle, parles foins & aux dépens du célébré M. le Jay , avocat au parlement de Paris.
- 103. Avant que de terminer ce qui concerne le carton de pâte, nous dirons un mot de l’ulage qu’on fait fouvent de la pâte de carton. On en forme des creux pour imiter des médailles, ou des bas reliefs ; pour faire des globes, & même des ouvrages de fculpture beaucoup plus confidérables. Il
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- n’y a pas, jufqu’aux poupées d’enfans, qui font, en matière de carton , l’objet d’un commerce confidérable.
- 104. Chacun peut imiter en petit le travail du cartonnier, & fe procurer une fubftance de même nature que celle du carton , belle & propre à diffé-rens ouvrages. Celui qui ne voudrait qu’une petite quantité de beau carton, bien blanc, pour faire des bas-reliefs , des figures empreintes dans des creux ou moules de plâtre, des médailles, &c. n’aurait qu’à faire tremper quelque tems des rognures de beau papier, les piler dans un mortier jufqu’à ce qu’elles foient comme de la bouillie, ou comme une crème très-fine. On applique une petite quantité de cette fubftance dans le moule un peu huilé, pour que le carton 11e s’y attache pas ; on laide fécher , ou au moins confoîider la pâte dans le moule, & l’on obtient un relief exad.
- iof. Les rognures des cartiers, & à leur défaut, celles des marchands d’efi-tampes, font les meilleures pour ces fortes d’ouvrages, parce qu’elles renferment déjà beaucoup de colle, & font par là plus difpofées à prendre corps.
- 106. On a vu exécuter ainil, avee une pâte de carton ou de papier, de très-beaux ouvrages, en dorure & en vernis , dans lefquels il était difficile de diftinguer, même en y regardant d’alfez près , la fimplicité du fond qui portait ces enduits précieux. Ôn en a fait des talfes qui imitaient la porcelaine de la Chine, fans en avoir la fragilité-Q11 verra, dans la defcription de plu-fieurs arts, des ufages fréquens du carton, & en particulier de celui qui a fait, le fujet de notre defcription-
- Bu carton de feuilles*
- 107. Nous n’avons décrit jufqu’ici que le carton de pâte, c’eft-à-dire, celui que l’on broie à la maniéré du papier, & qu’on puife avec des formes : il nous refte à dire un mot du carton de feuilles ( 12 ), foit celui que l’on forme en collant du papier fur un carton de pâte , foit celui qui eft de pur collage , & qui n’eft formé que de l’alfemblage de plufieurs feuilles de papier collées enfemjble. Ce travail appartient principalement à l’art du cartier 3 nous n’avons d’ailleurs que peu de chofe à en dire.
- 108. La colle ordinaire dont on [fe fert pour les cartes, ou cartons de pur collage, eft faite avec de la farine & de l’eau : ceux qui veulent faire de très-belles cartes , y emploient la colle d’amidon (13)3 mais cela eft rare..
- ( 12 ) Ou , comme l’auteur l’a appelle au don. Ceux qui le font fe propofent, outre commencement de cet art ( §. 5 ) , carton la blancheur & la propreté du papier, d'acte moulage & carton de collage. voir une colle qui ne feche pas trop promp-
- ( 1} ) 11 eft fort douteux que les cartiers tement, avant qu’ils aientie tems de met-21’emploient'jamais que delà colle d’ami- tre leur ouvrage en prefle- S’ils y mêlaient
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- 109. On fait bouillir cette colle jufqu’à ce qu’elle ait acquis la confiftapce néceÜairej le tems qu’il lui faut pour cela , dépend delà quantité d’eau qu’on y a rnife * & de la quantité de colle qu’on mit à la fois. Un cartier qui fait environ un muid & demi de colle à la fois , la fait bouillir cinq à fix heures. Cette colle fe paile par un tamis* s’étend avec une large broife furie papier. Les papiers collés deux à deux feulement, fe mettent en prelfe, comme les pr-piers &les cartons ordinaires 5 mais 011 11e leur fait éprouver que fucceifive-ment, & par degrés , la force de la prelfe : on les laide même un quart-d’heure avant de donner le dernier coup , pour que le papier, ayant eu le tems de fe raffermir en perdant un peu de l’humidité & de la colle fuperflue, ne foit pas expofé à. s’ouvrir, c’eft-à-dire, à le déchirer.
- 110. Le carton formé par l’alfemblage de deux feuilles de papier, s’étend & fe feche comme le carton de pâte ; fi l’on veut le rendre plus épais, on recommence le même travail: par exemple, pour les cartes à jouer qui font formées de quatre feuilles , deux feuilles de papier main-brune collées enfem-ble forment les étrejfes , ou Pâme du carton 5 011 colle enfuite chaque étrelfe entre une feuille de papier cartier, & une feuille de papier à pot, & l’on a le carton fur lequel on imprime enfuite les têtes & les points.
- 1 ri. Le carton de cette efpece fert à plufieurs ufages, & fur-tout dans le defiin: 011 l’appelle à Paris carte de Rouen, parce que c’eft en effet de Rouen qu’on en tire la plus grande partie..
- 112. Plus les cartons relient en prelfe, meilleurs ils font. Le tems ordinaire eft d’un quart-d’heure l mais, on va fouvent bien au - delà. Ceux qui lont jaloux de faire d’excellent cartons*leur donnent un moment de prelfe à chaque feuille qu’ils collent ; les autres attendent d’avoir une preifée entière 1 enfin il y en a qui remettent leurs cartons plufieurs fois en prelfe pendant le tems qu’ils fechent, & cela jufqu’à quatre ou cinq fois.
- 113. On fait fécher les cartons à l’ombre, fufpendus au plancher, chacun par deux petits crochets ; on les doit lailfer jufqu’à ce qu’ils foient réellement fecs. L’été eft par conféquent la faifon la plus favorable pour cette dcfiica-tion, quoiqu’on ne mette jamais les cartons aufoleil*fi ce n’eft dans une néeeflité urgente.
- 114. La lilfe eft à peu près femblable à celle dont nous avons parlé plus haut 5 ce font des cailloux qu’on y emploie. Cette machine fera décrite amplement dans^ l’art 'du cartier, que M. Duhamel fait aélüellement imprimer (14).
- 115. On diftingue dans le commerce de Rouen, autant de fortes de cartons
- un peu de colle de parure, leurs cartes fe de colle de parure.
- lifleraient mieux ,& elles auraient par là un (14) Cet art fait partie de ce quatrième mérite effentiel pour les joueurs. L’humi- volume , & il fuivra immédiatement celui dite de la colle d’amidon gâte le plus beau du çartonniet. poli. Il faudrait eflayer de mettre un quart
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- qu’il y a d’efpeces de papiers qui fervent à les faire. Les plus ordinaires enfin, font les cartons de papier au pot, de dart, de couronne., de raifln, les cartes bulles , le nom-de-jéfus , les impériales , le robert, le richard , les cartes-colas, la grande-échelle, la petite-échelle.
- ii 6. Les mêmes noms fe donnent auflî à des papiers communs \ à cela près, qu’entre deux feuilles de ces papiers communs, on ajoute, pour donner de la force , de petits cartons de pâte bife , ou de gros cartons bis, fi l’on veut avoir une grande épailfeur.
- 117. Ainsi les dimenfions des cartons de collage font les mêmes que celles des papiers dont on les fait, & dont les dimenfions fe trouveront dans notre art de faire le papier. Cependant on en fait auflî , en cas de befoin , d’une plus grande dimenfion, comme de cinq à fix pieds de hauteur > il fuffit alors de faire chevaucher les feuilles de papier les unes fur les autres , jufqu’à ce qu’on foit parvenu aux longueurs & largeurs demandées ; ainfi il n’y a rien à cet égard de fixe ni de déterminé.
- iTg. Les cartons de pur collage, c’eft-à-dire, faits uniquement de feuilles de papier collées enfemble, contiennent depuis cinq jufqu’à vingt feuilles , fuivant la force qu’on veut leur donner, & l’ufage arbitraire auquel on les deftine.
- 119. Les prix de chaque efpece de cartons font proportionnés à la force, à la grandeur, à la finelfe. On fait des cartes de papier au pot, compofées de trois feuilles, qui ne valent que 50 fols le cent, parce que la feuille du milieu effd’un carton de pâte bife. Les cartes dont on fait enfuite des jeux en les imprimant de différentes couleurs, valent 3 liv. le cent de feuilles, parce que la feuille du milieu eft un papier d'étrejfe, ou papier à bougie.
- 120. On en fait de quatre feuilles de papier, dont les deux du milieu font de main-brune, même qualité que le papier au pot, à la couleur près ; les feuilles de delfus font d’un papier plus ou moins beau , ce qui fait varier le prix de cette forte depuis 3 liv. jufqu’à 6 liv. le cent. Voici le prix des autres fortes dont nous avons parlé, en communs & en fins.
- EN COMMUNS. EN FINS.
- Le raifin.......................8 liv. Les cartes bulles. . . . 16 liv.
- Le dart........................12 Le grand-raifin. . . .18
- La petite-échelle. ... 20 Le nom-de-jéfus. . . .36
- Le colas...................26 Les impériales. ... 70
- La grande-échelle. . . 30 Le robert.iqo
- Le richard...................30 Le richard. ... 100
- 121. Au refte, 011 fent affez que les cartons ne {auraient avoir de prix
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- déterminé , dès-lors qu’on fait varier à volonté la beauté du papier & le nombre de feuilles dont il eft compofé.
- Des boites de carton.
- 122. Les boites ou tabatières de carton, les coffres, les étuis, & autres ouvrages, verniffés, qui, depuis quelques années, font fi fort à la mode, le font,aufîl bien que le carton de feuilles, avec des couches de papier collées Tune fur l’autre. Le rapport qu’il 7 a entre ces deux fortes d’ouvrages, nous a déterminés à ne les pas féparer. Mais nous ne parlerons des tabatières qu’à raifon du carton qui en eft la bafe ; le refte appartiendra aux arts- du tabletier & du vernilfeur.
- 123. Ces petits meubles fe failaient autrefois avec une pâte de carton, femblable à celle dont nous avons, parlé à foccafion de la fculpture, & que l’on moulait à volonté. Ce n’était même fouvent que du papier ordinaire , que l’on faifait macérer & comme pourrir dans l’eau, pour en former cette pâte.
- 124. Ce fut vers l’an 1740, que M. Martin l’ainé , habile vernilfeur, qui le premier a excellé dans ce genre, imagina de former ces tabatières d’une maniéré toute différente.
- 125.. Ce célébré artifte avait été déterminé par un hafard heureux, vers l’art où il s’eft diftingué par-delfus tous les autres. M. Lefevre, amateur de l’art des vernis , qui avait fait avec M. d’Ons-en-Bray diverfes expériences , était voifin du pere de M. Martin. La curiofité fit prendre à celui-ci quelques notions de ce travail; il les mit en pratique , il les perfeétionna , il forma des établilfemens, & il réufîit au point de donner fon nom à ce qui s’eft fait de plus beau dans ce genre. M. Giros a fuccédé, depuis la mort de M. Martin , à fa réputation & à fes fiiccès dans le travail du vernis : il a bien voulu nous procurer fur le carton les facilités néceffaires-.
- 126. Pour revenir aux boîtes de carton , que M. Martin imagina , & que l’on emploie généralement aujourd’hui, on en diftingué de pliifieurs grandeurs, qu’on défigne par les noms de petit-rien, çéro, numéro 1, n 2 , n 3 , &c. jufqu’au n° 8 » qui forme les tabatières d’homme les plus grandes & les plus ordinaires , qui ont trois pouces de diamètre. Nous prendrons la grandeur du numéro 8 pour exemple, dans le petit détail que nous avons à donner de cet ouvrage.
- 127. On a un grand nombre de moules de bois de la grandeur & de la forme qu’on fepropofe de donner à une tabatière. Une ouvrière peut en préparer deux cents dans un jour ; mais il faut un bien plus grand nombre de moules , parce que l’opération doit durer cinq jours. D’ailleurs, la cuvette d’une tabatière , c’eft-à-dire, la partie inférieure , exige , auffi bien que le deffus, nu moule féparé.
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- 128- Le travail du premier jour confifte à revêtir le moule d’une fimpîe bande de papier mouillé, en même tems qu’on y applique un fond de papier ; c’eft ce qu’on appelle la couche à Peau. L’humidité furfit pour donner à cette couche une adhérence médiocre, jufqu’à ce qu’on y veuille appliquer les bandes collées ; mais elle n’empêche pas qu’on ne puilîe enfuite retirer aifé-ment la tabatière de deffus le moule. Au contraire, la feuille à l’eau garantit le moule des petites portions de colle qui y attacheraient la tabatière, & en rendraient enfuite i’extra&ion prefque impoftible. Pour cet effet, la feuille à l’eau doit être beaucoup plus large que les autres , & revêtir exactement le moule tout entier ; de peur que, s’il y avait un intervalle vuide, il ne s’y logeât de la colle qui attacherait la boite fur le moule.
- 129. Le fécond jour, l’ouvriere met à côté d’elle, dans un grand panier, les deux cents moules recouverts le premier jour, & les reprend l’un après l’autre, pour y coller la première couche, & les met à mefure dans un autre panier. Pour former cette première couche, on commence par couper de petites bandes de papier, de la hauteur qu’on veut donner à la boite, dont chacune peut faire deux tours entiers fur le moule, & même un peu plus. On coupe auffi des quarrés de papier, dont la largeur foit un peu plus grande que le diamètre de la boite ; on en colle huit l’un fur l’autre , en les croifant, c’eft-à-dire, en plaçant les angles de l’un fur le milieu des côtés de l’autre; en-forte que les huit enfemble ont, pour ainfi dire , la forme d’une étoile à plu-ileurs rayons. C’eft cet affemblage qu’on appelle le quarrê, & qui doit faire le fond de la tabatière ; un autre quarré femblable en forme le deffus.
- 130. On étend fur la table une bande de papier, & avec les doigts on y paffe de la colle ; on en applique une fécondé fur cette première, & on l’encolle également. Ces deux bandes unies, & formant une double épaiffeur, fe plient autour du moule fur la feuille à l’eau, dont elles font le tour deux fois, & au-delà. On applique enfuite le quarré, dont 011 rabat les angles tout autour avec la main; on remet fur ces angles une nouvelle bandepourr les bien contenir; on fait enforte que cette bande déborde & recouvre l’angle ou l’arête qui régné tout autour d’une boite, pour le fortifier davantage. Ainfi la première couche contient un quarré formé de huit doubles de papier, & trois bandes qui font environ fix à fept tours, ou fix à fept épaiffeurs de papier fur le contour de la cuvette, & du deffus.
- 13T. Les moules ainfi chargés de leur première couche, fe mettent dans u;ne étuve ; c’eft une grande armoire de huit pieds de haut fur autant de largeur , & trois pieds de profondeur : la partie baffe eft revêtue de briques , & fon y met des charbons allumés, dont la vapeur n’a d’autre iffue que l’étendue de cette étuve; ce qui la rend quelquefois très - malfailànte. Au-deffus il y a plusieurs grilles de fil d’archal, fur lefquelles 011 jette les moules., & 011
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- les y laiife quelques heures, jufqu’à ce que la couche foit parfaitement feche ( 1 f ).
- 132. Le matin on garnit deux cents moules de cuvettes * & l’après-dîner les deffus des boîtes, qui fe font de la même maniéré, avec cette feule différence que les bandes font plus étroites.
- 133. Le lendemain on applique fur chaque moule une fécondé couche fem-blable à la première, avec une bande de plus ; c’eft-à-dire, qu’on met quatre bandes au lieu de trois, & ainfi de fuite de jour à autre, jufqu’à la cinquième couche qui n’eft que de trois bandes, aufïî-bien que la première, les couches intermédiaires étant de quatre bandes chacune.
- 134. Le fixieme jour on les déchauffe ; c’eft-à-dire , qu’on ôte les boites de deffus les moules. Souvent il fuffit de les tirer avec la main, fans effort : quelquefois cela eft un peu plus difficile j 011 eft obligé d’en déchirer les bords , & de donner plusieurs coups fur la boite. Lorfque la boîte a quitté le moule , on en détache aifément la feuille à l’eau, qui eft à peine collée dans l’intérieur de la boîte.
- I3f. Aussi-tôt qu’on a déchauffe les moules , on recommence à les garnir de la couche à l’eau. Les deux opérations peuvent fe faire le même jour , parce qu’elles ne font pas longues. 1
- 136. Le total des cinq couches forme donc cinq quarrés & dix-huit bandes 5 chaque quarré a huit épaiffeurs de papier j ainfi la tabatière dont nous venons de décrire la fabrication en carton, a quarante épaiffeurs fur le fond, & environ autant tout autour, parce que chacune des dix-huit bandes fait un peu plus de deux tours.
- 137. Les numéros moindres, ou grandeurs plus petites, en exigent un peu moins j mais cela va communément à quinze ou feize bandes.
- 138* A chaque fois qu’une couche eft féchée dans l’étuve, un homme eft chargé d’enlever les inégalités, & de râper les angles au moyen d’une râpe ou lime femblable à celle dont on fe fert pour unir le bois dans certains arts. Cette opération fe fait extrêmement vite j un feul ouvrier peut fuffire à râper
- C î ç ) On ne conçoit pas comment des feuilles de papier , légèrement collées l’une à l’autre , ont pu acquérir affez de folidité pour foutenir l’effort d’une lime. 11 femble que la chaleur de cette étuve devrait décoller les feuilles de papier , & les faire hauf-fer, enforte qu’elles feraient inégales & déformées. L’unique moyen de remédier à ces inconvéniens, c’efl de les mettre en greffe. Peut-être a-1-on jugé à propos de Tome IV,
- taire cet article à M. de la Lande , quoique ces boîtes aient prefqu’entiérement paffé de mode. On peut concevoir dans la platine inférieure de la preffe autant de creux qu’il y a de boites d’un numéro différent. La piece fupérieure ferait unie & appuierait fur les moules rangés à la même hauteur. Une vis d’une force proportionnée, avec un écrou & deux montans, ferait la machine toute entière.
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- A RT DU ÇA RT ON NIER,
- les boites de quatre colleufes ; & cela eft abfolument; nécelfaire pour qu une couche prenne fur la précédente ,' & puilfë s’y appliquer exactement.
- 139. Cette rapure de papier n’eft pas perdue ; les cartonniers s’en fervent pour faire de mauvais cartons, tels que les étuis de chapeaux & de manchons 5 & ils l’achetent trois liards la livre, c’eft-à-dire, la moitié du prix des rognures ordinaires , dont on fait le meilleur carton.
- 140. Le papier dont onfe fert dans le travail que nous venons de décrire ; doit être unpapierfin, c’eft-à-dire d’une belle pâte , qui ait de la force & de la blancheur. C’eft alfez communément le carré de Caen, dont fe fervent les ouvriers de Paris pour les belles tabatières, quelquefois auffi du champy.
- 141. La colle doit être faite avec de belle farine de froment, telle qu’on
- l’emploie pour faire du pain. Pour peu qu’elle fût inégale, groffiere, gru-meleufe , on ne pourrait parvenir à faire des boîtes liifes & folides , telles qu’on les exige pour le vernis5 on y verrait des trous, des veffies , des aspérités fans nombre. f.
- 142. Les boîtes, après avoir été ôtées de delfusle moule, fe livrent au:ç tourneurs , qui enlevent les bords ou les endroits défectueux, & qui ajufteni les delfus de maniéré à fermer exactement. Ce carton a toute la fermeté né-ceffaire pour fe couper auffi net que du bois, & fe former à la gouge & à Poutil. Les tabatières font faites en fortant de delfus le tour, de maniéré qu’elles pourraient fervir, même fans aucun vernis. Ainli notre objet eft rempli à l’égard des tabatières de carton, dont nous n’avons parlé qu’à rai-fon de la matière dont elles font formées ; le refte appartient aux, arts du vernilfeur, du tabletier & du tourneur.
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- ART DU CARTONNIEZ 6u
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- EXPLICATION DES PLANCHES.
- ï^iE haut de la planche, repréfente les trois adlions. principales de cet art, marquées des chiffres i , 2, & 3.
- La première eft celle du cheval qui tourne la matière ou la pâte du carton dans ce qu’on appelle la pierre.
- La fécondé adtion eft celle de l’ouvrier de cuve, qui puifeda pâte avec une forme ou chalîis, pour coucher enfuite fa feuille fur lê tas qu’on apper-çoit devant lui.
- La troilieme eft celle de l’ouvrier qui preffe les cartons : on n’en a repré-fenté qu’un, quoique fouvent il y ait trois ou quatre hommes furie tour.
- a: a, jumelles de la preffe.
- écrou qui fert de fommier, & qui affemble les jumelles par le haut.
- c, lavis de la preffe.
- la lanterne dans laquelle on paffe le levier.
- e, la felle fur laquelle porte la lanterne pour fouler les cartons.
- f, différentes pièces de bois, en long & en travers, qu’on place fur la planche qui couvre les cartons.
- g, cartons en preffe.
- h, planche ou égouttoir qui porte les cartons.
- i, fommier inférieur, avec une efpece de gouttière pour raffembler l’eau qu’on exprime des cartons, & la faire couler dans un vafe.
- k, petit tonneau qui reçoit l’eau de la gouttière.
- /, cable attaché au levier de la preffe.
- w, moulinet fur lequel s’enveloppe le cable, & qui fert à preffer avec plus de force.
- n\ levier qui traverfe l’arbre du moulinet : 011 en met quelquefois deux qui fe croifent à angles droits.
- A, arbre’qui tourne la matière du carton dans la pierre. Les couteaux
- font marqués dans leur place par 1, 2, 3,4. Les couteaux démontés ou détachés de leur arbre, font 5 & 6. Les pitons qui entrent dans l’arbre pour porter les couteaux, font marqués 7 & 8* . • . 1 .
- B, aile de l’âtteloire. Les-pièces de bois marquées a a, fervent de timons j & l’on voit en e e les os de moutons, qui.tiennent au collier du cheval.
- C, cuve de bois , qu’011 appelle improprement la phrre. 1 > . ;i;oi 4. • (
- c, crapaudine qui doit être attachée au fond de la pierre.
- D, pelle ou racloir qui fert à arracher ou rompre la matière.
- E, auge à rompre : l’auge du trempis eft fouvent toute pareille. r
- ’ Hhhff if ‘
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- 6iz ART D U C AR T 0 N N I E R.
- * F 5 forme ( ou moule ) compofée d’un treillis de fil de laiton.
- Gy rateau avec lequel on remue la pâte.
- H, égouttoir fur lequel on place les formes qui fortent de la cuve j on les y lailfe pendant quelques minutes.
- I, cuve de l’ouvrier, dans laquelle on délaie & l’on puife la matière du Carton.
- K, tonneau dans lequel retombe l’eau de l’égouttoir.
- L, chaudière ou chauderon dans lequel on fait bouillir la colle.
- M , trépied fur lequel on place la chaudière.
- N, brode qui 'fert à étendre la colle.
- O , la Me ou piece de bois garnie de deux poignées , & d’un rouleau de fer pour lilfer le carton ; elle eft renverfée pour lailfer voir le rouleau. o, cavité dans laquelle entre le bâton de la Me.
- P, cartons empilés.
- Q_, auge ou petit égouttoir, fur lequel on couche les cartons , & qu’011 amene deflous la prelfe.
- R, cuvette où l’on verfe la colle quand elle eft cuite, pour la mêler & la lailfer refroidir.
- S , épingle qui fert à fufpendre les cartons dans l’étendoir.
- •Ci... .....l .... — .... ^^====8.
- TABLE MS MATIERES
- & explication des termes propres à Part du cartonnier.
- A
- Aile. Voyez branche.
- Arbre de la pierre, §. 22.
- Atteloire , machine pour retenir le cheval qui fait tourner l’arbre de la pierre , 29.
- Auge a rompre, 19.
- Auge de l'ouvrage d'avancé, réfervoir où l’on verfe la matière tournée, en attendant qu’on en falfe ufage, 34.
- Augustin (faint-) forte de carton 3 fa grandeur, 713 fes ufages, 76.
- B
- Battre la cuve , remuer fortement la matière avec un rateau, 43,48.
- Bible ordinaire , forte de carton d’une plus petite forme, 38- Sa gram. deur, 71. Ses ufages, 7 7.
- Bible sans barre, carton de la plus grande forme, 38. Sa grandeur, 72. Ses ufages, 8o*
- Boites de carton, maniéré de les travailler, 122.
- Branche du moulin, limon pour atteler le cheval qui fait tourner l’arbre »
- 27.
- C
- Carte de Rouen, 111.
- Carton : fes ufages dans divers arts, 2»
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- ART DU CARTONNIEZ
- éï3
- Carton de moulage , ou carton de pâte ( en allemand geformtePappen ), 4 , 3 » 107.
- Carton en parchemin ( grand ) , carton fervant aux chapeliers, 38» 74. Enté? 7$' Bis, 92.
- Carton de collage, ou carton de feuilles ( en allemandgeleimte Pappen ). Redoublés ( en allemand doppel Pappen), 4. Collés , 4. Matière du carton , y. Carton bis, 18*
- Cartons , le collage, leur prix ,119.
- Cartons couverts, pour deffiner ou pour écrire , 92.
- Catholicon double & fimple, forte de carton de grandeur moyenne , 38 j fa grandeur, 71 * fans barre, 72 5 fes ufages, 78.
- Châssis, tringles de bois , dans lef. quels s’emboîte la forme, 37.
- Coiste. Voyez crapaudine.
- Colle des cartonniers , 93 > quantité d’eau nécelfaire à la colle, 96. „
- Coller , maniéré de donner cette façon , 98.
- Colleur , fon travail, 98*
- Conciles , forte de carton, 73.
- Cordes de l’étendoir ,84-
- Couche à Peau , première opération pour faire des boîtes, 128.
- Couteaux à rompre la matière du carton, 23. Couteaux coudés , 27. Mai* tres-couteaux, ibid.
- Crapaudine , placée au fond de la pierre ,21.
- Crochet , rateau pour remuer la matière dans la cuve, 43.
- Cuve, attelieroù travaille le principal ouvrier : fa defcription, 3 f. Travail de la cuve, 43,4f.
- E
- Egouttoir , baquet deffiné à faire écouler l’eau qui tombe des formes,
- 3 S*.
- Epaisseur d’une feuille de carton, 46.
- Epingle, crochet de hl de fer pour étendre le carton , 82.
- Escabelle , dont fè fert l’ouvrier de cuve, 49.
- Etendoir , falle à fécher le carton, 82. Machine à étendre , 8y.
- F
- Farine folle , fert à faire la colle des cartonniers, 93 ; donne delà conlif-tance au carton , 94.
- Fermentation , tems nécelfaire peur la produire dans un trempis, 12.
- Feuilles , forte de carton , 4.
- Formés, chaflisavec lefquelson puife la matière qui doit former le carton ,
- Gravier : le carton en contient beaucoup , 2f.
- Grenouille. Voyez crapaudine.
- L
- Langes, pièces de drap dont on fépare les feuilles de carton, 39. Laver les langes , 40.
- Lattes de l’étendoir, 82.~
- Levée , planche fur laquelle 011 étend les cartons, 64.
- Lisse ; fa defcription, 88-
- Lisseur, fonctions de cet ouvrier, 89.
- Lissoir du cartonnier , 87-
- Livres (mauvais) , fervent à faire du carton, 8«
- M
- Mettre en quarré, maniéré d’arranger les cartons que ^’on ne fau-rait étendre, 86; le carton collé, ior.
- Molleton, eft propre à faire des langes , note 8-
- Moulinet , partie de la prelfe, j-9.
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- ART DæU CAR T ON N I EK
- 614
- O
- Ouvrier de cuve, 4f.
- P -
- Papetier* cet art a quelque rapport avec celui du cartonnier, 1.
- Papier , fert à faire du carton, 6.
- Parure , ratiflurede peaux d’agneaux, fert à faire la colle des cartonniers , 94; fon prix, 97.
- Pâte de carton , fou ufage , 105.
- Percemure , ratiflure des peaux de bœufs, fert à faire la colle des cartonniers , 94.
- Petit aïs , forte de carton ; fa grandeur j 71. Les ufages , 79.
- Pierre , efpece de tonneau dans lequel on donne une fécondé préparation à la matière du carton, 20.
- Pilée , tout ce que contient la pleine pierre, 30. Voyez pierre.
- Pince , levier de fer pour placer la pref-fée fous la preife , 44.
- Poissonüre , ratiflure de peaux de moutons, fert à faire la colle des cartonniers , 94.
- Pourrissage, première opération de l’art du cartonnier, 14.
- Pourrissoir , lieu où l’on fait tremper les matières propres à faire le carton ,10.
- Presse du cartonnier , y4 ; defcrip-tion de cfctte preife, ry ; maniéré de s’en fervir, 79 ; effets de la preffe ,
- * 62.
- Pressée, cent vingt feuilles de carton
- F î N de, Vart
- allant enfemble fous la prefle, ilote
- . 9.§. ra.n. •
- Presser les cartons colles, 100.
- R
- Ratissoir , plaque triangulaire de fer, pour régler le carton , 66.
- Redoubler le carton, 494
- Réglée, cartons que l’on remet fous la prefle après avoir ôté les langes , 6f* poids d’une réglée, 70.
- Regler les cartons, les équarrir, & les rendre à peu près de la même grandeur , 6y. Effets de cette opération , 66-
- Rognures des relieurs & autres arts , fervent à faire le carton , 6 j leur prix, 7 j leur triage, 17.
- S
- Secouer la pilée , divifer grofîîére-ment avec les doigts la matière qu’on tire du trempis, 19.
- Sommier de la prefle, y S»
- T
- Trempis , première préparation que l’on donne aux matières propres à faire le carton, 10. Maniéré d’arranger les rognures dans le trempis, iy. On le couvre en hiver, 16.
- Tourner,fécondé préparation que l’on donne à la matière du carton , 50. Maniéré de la faire plus exactement & avec moins de frais, note 7.
- du canonnier. ,, . ;
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- ART
- DU CARTIER
- Par M. Duhamel du Monceau.
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- DU C A R T I E R. c*)
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- I NT R 0 D U C T I 0 N. (*)
- L Ï*es cartes à jouer font des feuillets de carton minces & lifles, fur un des côtés defquels on peint dès figures de rois, de reines & de valets, ou des points différemment figurés, auxquels on a donné lés nôms de cœur Sc de carreau qui font toujours rouges, ou de trejle & de pique qui font toujours noirs. Comme les figures portent auffi les empreintes du cœur, du carreau, du trefle & du pique, on peut divifer toutes lès cartes en.rouges & en noires. Les ouvriers les diftingueiït en têtes & en points : les têtes comprennent les rots, les dames & les valets j & les points, les cœurs, les carreaux , les tref.es
- ( i ) Cet art fut publié par I\î. Duhamel -en 1*762, & inféré par ZVl. de Jufti dans le vol. 111 de la traduction allemande , qui parut en 1764. Ce favant n’y a ajouté aucune note , foit qu’il n’ait rien trouvé à obferver fur la méthode françaife de faire des cartes, foit qu’il ait dédaigné de s’occuper férieufe-mènt d’un art aufîi peu important. Jê fui-vrai pour cet art frivole le plan que je me fuis prefcrit, & je ne penfe pas qu’il foit indifférent de s’occuper d’un objet qui fournit à la fubfiftance de beaucoup de gens, & à l’amufement d’une grande partie des habitons de l’Europe.
- ( * ) Je n’ai trouvé fur l’art du cartier, dans le dépôt de l’académie , que quatre Tome IF.
- planches auxquelles j’ai fait quelques chan» gemens, & j’y en ai ajouté une cinquième. Ces planches n’étaient accompagnées d’aucun mémoire , pas même d’explication des figures. Après que j’ai eu fait la defcriptioti de cet art, M. Raifin , célébré cartier , qui tient fa fabrique à Paris, rue Croix-des» petits - champs , a bien voulu me conduire dans tous fes atteliers : ce qui m’a mis en état de perfectionner mes mémoires que je lui ai enfuite communiqués. Il les a trouvé exaCts, & il m’a fourni des notes fur toutes les opérations de cet art : j’efpere qu’avec ces fecours, je ferai parvenu à en donner au public une defcription fuffifamment exacte.
- I i ii
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- fi8 ART Dü CARTIER.
- & les piques, depuis le n°. I qu’on nomme as, jufqu’au il8 10 qui eft la plus haute carte des points. L’affemblage des dix cartes de points avec un roi, une dame & un valet dans chaque elpece , cœur, carreau, trefle & pique, forme ce qu’on appelle un jeu entier, tout cela fuivant notre ufage le plus commun j car pour d’autres jeux, il y a bien des figures différentes. Je pourrais donner pour exemple les jeux des tarreaux. Comme il ne s’agit point de traiter ici des différens jeux, mais uniquement de la façon de faire les cartes à jouer, & d’expliquer comment la même méthode que nous employons pour faire les cartes ordinaires peut fervir à faire les autres elpeces de cartes, nous n’infifterons point fur les différentes marques & figures qu’on peut mettre fur les cartes : ce font des chofes arbitraires & de convention , qui pourraient être foumifes, préférablement à une infinité d’autres chofes, aux vicillitudes de la mode. ( 2 )
- 2. Quand les jeux de cartes ne feraient regardés que comme un paffe-tems, ou un limple amufement, on concevrait qu’il, s’en doit faire une grande confommation, parce que bien des gens font dans le cas d’avoir recours au jeu pour fe garantir de l’ennui. Mais comme les jeux deviennent prefque toujours un objet d’intérêt & fouvent d’un intérêt très-confidérable, les ouvriers font obligés de faire les cartes avec beaucoup de foin, afin que les joueurs courent les mêmes rifques. La plupart des joueurs ont la vue affez fine & la mémoire allez préfente , pour que la moindre tache qui fe trouverait fur le dos d’une carte, leur faffe connaître fa valeur ; & alors celui qui aurait une bonne vue, jouerait à coup fùr. Il faut donc que l’envers des cartes foit d’un blanc pur & exempt de toutes taches. Si les cartes étaient trop minces, elles feraient trop tranlparentes} & le joueur qui ferait placé à l’opposition du jour, pourrait connaître les cartes que fon adverfaire aurait dans la main, & en profiter. La tranlparence des cartes ferait donc un défaut.
- 3. Pour que les combinaifons des cartes varient, il eft néceffaire qu’on puiffe les battre aifément j pour cela il faut qu’elles nefoient point épaiffes, mais fermes , fonores , coulantes & exactement coupées d’une même grandeur.
- 4. Comme beaucoup de jeux, fur-tout ceux de hafard, exigent qu’011 reconnailfe promptement & finement les cartes , il eft indifpenfablement néceffaire que les couleurs foient bien tranchées , & qu’elles ne foient point mêlées les unes avec les autres, fur-tout dans les têtes.
- ( 2 ) Il eft furprenant que la nation fran. moins grotefque aux figures de fes cartes, çaife, fi élégante & fi ingénieufe dans fes Je crois que l’on aurait pu faire ce change-modes , n’ait pas fongé à donner une figure ment, fans nuire à la diligence du travail.
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- ART I) V CARTIER, 619
- ?. Toutes ces conditions exigent de la part du manufacturier beaucoup de foins & d’attentions fur fes ouvriers ; & il eft néanmoins eflèntiel pour fon intérêt, que l’ouvrage s’exécute promptement ; car comme le prix des cartes eft modique, il faut qu’il puifle trouver fon profit dans la célérité de l’exécution.
- 6. Les cartiers font parvenus à remplir ces différens objets 5 de forte qu’un ouvrier peut fabriquer foixante jeux de cartes de piquet par jour, pourvu que la quantité de cartons qu’il emploie pour la fabrication des foixante jeux , foient mêlés, collés & léchés avant de commencer fon travail. Cependant la façon d’un jeu de cartes exige cinquante ou foixante opérations différentes, que nous nous propofons de décrire le plus brièvement & le plus clairement qu’il nous fera polfible. (3)
- §. I. Des différens papiers qu'on emploie pour faire les cartes.
- 7. Quoiqu’on put faire les cartes avec plufieurs elpeces de papier, l’u-fage eft d’en employer trois efpeces pour faire les belles cartes ; Lavoir, le papier au pot , le papier de main-brune ou à étreffe, & le papier cartier.
- 8- Le papier au pot eft ainfi nommé, parce que pendant long-tems 011 employait un papier qui avait pour marque un pot de fleurs; & quoiqu’aujour-d’hui le papier qu’011 emploie n’ait point cette marque., les papetiers continuent à appeiler ainfi une forte de papier qui eft aifez blanc & peu collé. La feuille déployée a quatorze pouces de long fur onze pouces & demi de largeur : la rame de ce papier pefè de neuf à dix livres, & coûte 3 liv. 12 fols. C’eft ce papier qui reçoit l’impreffion des couleurs : ainfi il eft bon qu’il foit aflez blanc; mais il n’eft pas néceflaire qu’il ait toute la perfection qu’exige le papier qui,recouvre le derrière de la carte , parce que le côté de la peinture n’étant apperçu que par celui qui tient le jeu, il n’en peut pasréfulter le même inconvénient que fi les taches étaient apperçues par l’autre joueur.
- \ . - r
- ( 5 ) Il ne s’agit pas ici de recherches delà dépenfeque la peinture des cartes eût d’érudition : cependant j’imagine que l’on occafionnée. Le P. Meneftrier ajoute , que verra avec plailir l’origine des jeux de car- les Allemands, qui eurent les premiers des têsV & l’indication' des foiircés où l’on graveurs en bois, gravèrent auffi les pre-peut trouver des détails fur cette •matière. " rniers des moules de cartes. Ce qui pbur-' Le P. Meneftrier , dans fa bibliothèque eu- rait faire foupçonner que les cartes ont pris rieufe , pag. j 68 , obferve qu’on ne trouve naiflance en France , ce font les ifeurs-de-aûc'un veftige de cartes à jouer avant l’an- lys qu’on a toujours remarquées fur les ha-n'ée i j 92 , que Charles Vl tomba en phré- bits de toutes les figures. Voyez l’Encyclo* néfie. Elles n’ont pu être connues avant pédie, aux mois-jeu & cartes. l’invention de la gravure en bois , à caufc
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- 620
- A R T D ü CARTIER.
- 9. Depuis l’établilfement du droit "d’un denier par carte, c’eft le fermier qui fournit ce papier. Chaque feuille eft marquée fur la forme de la papeterie, de vingt fleurs-de-ïys difpofées de façon qu’il y en ait une fur chaque carte.
- 10. Dans quelques fabriques de cartes on emploie une fécondé efpece de papier au pot qui eft moins parfaite, qu’on n’eft point aftreint à prendre chez le fermier, & qu’011 emploie au dedans de la carte, entre une feuille demain-brune 8c celle de papier cartier , pour rendre les cartes encore plus blanches ; mais ordinairement l’intérieur des cartes eft fait avec une ou deux feuilles de main-brune,
- 11. Le papier dit de main-brune eft employé à former le corps & l’intérieur de la carte * parce que ce papier étant un peu gris, il rend la carte moins, tranfparente ; d’ailleurs il ferait inutile de mettre dans l’intérieur des cartes d’aufti beau papier qu’aux furfaces. La grandeur des feuilles de ce papier eft la meme que celle du papier au pot. Il y a deux efpeces de main-brune ; l’une flmple ou mince, dont la rame pefe neuf à dix livres ; l’autre double ou fort, qui pefe douze 8c treize livres. O11 fe fert de la main-brune double pour les cartes qui 11e font formées que par trois feuilles , comme font ordinairement celles des grands jeux ; favoir, les jeux entiers & ceux de comete, afin que ces jeux qui font compofés d’un grand nombre de cartes, ne foient point trop épais. La main-brune fimple ou fine fert à faire les cartes à quatre papiers pour les petits ou bas jeux, tels que les jeux de quadrille, de piquet & de brelan. Dans quelques fabriques on fait toutes les cartes à trois papiers ; & dans ce cas on emploie de la main~brune double , fur-tout pour les petits jeux: mais par les ftatuts des maîtres cartiers de Paris, il eft ordonné de mettre quatre feuilles dans les petits jeux , & effeélivement elles en font plus feches & plus Tonnantes (4).
- 12. Le papier cartier eft fort beau , très-blanc, bien collé 8c fabriqué‘ex-
- près pour les cartes ; car pour éviter tout ce qui pourrait faire quelques chan-gemens de couleur fur la furface blanche de la carte , on n’y met point la marque du papetier , & les feuilles ne font point pliées en deux ; elles font un peu plus grandes que le papier au pot. La rame doit être du poids de dix à onze livres; elle vaut 7livres 10fols. Cette feuille fe place furie dos de la carte, c’eft-à-dire , fur la face oppofée à la peinture : il eft important pour cette rai-fon, que ce papier nait pas la moindre tache (5). ^ . -
- (4) Le papier dont on fait les étrefles , reaux ,J fe font avec un papier plus fort, vaut en France de cinquante à foixante fous Elles ont une confiftance proportionnée à la rame. leurs dimenlîons.
- ( s ) Les grandes cartes, nommés tar«
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- A R T D U CARTIER.
- §. II. Rompre les feuilles, ^ trier les mains-brunes.
- 62,1
- T 3- On fait que dans les rames de papier les feuilles font pliées en deux ( 6 ) : il s’agit d’effacer le mieux qu’il eft poffible l’impreffion de ce pli. Pour cela on ouvre, c’eft-à-dire, on déploie les mains les unes après les autres \ on les faifit par le bas de la main gauche , & par le haut de la main droite, de forte que les pouces des deux mains foient dans le pli: alors renverfant les feuilles çn feus contraire de ce qu’elles étaient dans la rame, on fait couler les doigts fur le dos du pli, & on renverfe en arriéré le haut & le bas de la main de papier : c’eft ce qu’on nomme rompre , quoique par çette opération aucune feuille ne foit déchirée ni rompue. Quand l’impreffion du pli eft trop forte pour être en partie effacée par cette opération, on pofe la main de papier fur une table, le dos du pli en-haut, & on paffe deffus fortement quelque corps uni & dur, comme le manche d’un couteau. La colle, ainft que la preffe , achèvent de détruire entièrement la marque du pli, qui d’ailleurs eft recouvert par le papier cartier qui , comme je l’ai dit, fort des papeteries fans pli, parce qu’il eft important qu’il ne fe montre aucune marque fur le dos des cartes,
- 14, Comme toutes les feuilles ne font pas d’une même épaiffeur, fur-tout dans les mains-brunes , afin que les cartes foient d’une épaiffeur égale , 011 trie quelquefois les feuilles de ce papier, & l’on met à part les feuilles minces , & d’un autre côté les plus épaiffes. Celles-ci s’emploient quelquefois dans les cartes à trois feuilless ou bien on joint une feuille mince avec une épaiffe.
- §. III. Du mêlage,
- I Comme les cartes font formées par différentes efpeces de papiers, il faut entre-mêler les feuilles , de façon que chaque efpece de papier fe trouve à la place qu’elle doit occuper dans la carte finie , afin que le colleur trouve fous là main les feuilles qu’il doit réunir : c’eft ce qu’on appelle mêler,
- 16. Dans les bonnes fabriques on mêle à deux fois : l’une s’appelle mêler en gris, ou pour les étreffes ; l’autre fe nomme mêler en blanc , ou Iouvrage. Nous parlerons d’abord du mêlage pour les étreffes ; & nous expliquerons en-fuite l’opération de mêler en blanc , ou Vouvrage , qui ne fe fait qu’après le premier collage.- ;
- 17. On mêle différemment 3 quand on fait des cartes avec trois ou avec'
- quatre feuilles. j
- ( 6 1 Il ferait plus commode de ne point plier le papier deftiné aux manufa&ures de cartes, . - .
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- ART DU CARTIER.
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- 18. Il y a des cartiers qui collent à la fois les trois papiers’qui doivent faire leurs cartes: lavoir, 1“. le papier carder, 29. la main-brune,, 3*. Je pot. Ceux-là , lorfqu’ils veulent mêler, pofent fur une table une feuille de papier au pot y qu’ils couvrent d’une feuille de main-brune, & celle-ci de deux feuilles de papier carrier; enfuite une feuille de main-brune, puis deux feuilles de pot y enfuite une de main-brune, & deux feuilles de papier carder. En continuant ainli ce travail, ils font ce qu’ils appellent un tas compofé de trois rames : de cette façon deux feuilles au pot & deux de cartierfe trouvent pofées l’une fur l’autre-Celles-ci ne doivent point recevoir de colle > mais comme cette façon de 11e faire qu’un collage eft mauvaife, il faut expliquer comment les bons cartiers mêlent pour faire des cartes de trois feuilles. Ils pofent une feuille de main-brune, puis deux feuilles de carrier; enfuite deux de main-brune y & deux de carder: de cette forte, deux feuilles de papier carder fe trouvent l’une fur l’autre, ce qui eft néceffaire pour les conferver bien propres.
- 19. Quand on mêle pour les petits ou bas ieuxeompofés de quatre feuilles, il ne s’agit que de pofer l’une fur l’autre, & dos contre dos, les deux feuilles qui doivent faire l’intérieur des cartes : ce fera, fuivant l’ufage ordinaire, deux feuilles de main-brune ; ou bien dans les fabriques où l’on met une feuille au pot commune fous la feuille de carder, pour en augmenter la blancheur on adoffeune feuille de main-brune, & une au pot. Dans le premier cas, les tas font formés d’une rame, & dans le fécond de deux.
- 20. Un habile ouvrier peut mêler par jour dix-huit à vingt rames ; & comme on lui donne dix-huit deniers par rame, il peut gagner vingt fept à trente fols. (7)
- 21. Nous remarquerons, en finilfant-, que pour donner plus de facilité aux colleurs , lorfqu’ii leve les feuilles deux à deux, le mèleur a l’attention que les feuilles qu’il pôle rentrent un peu, par exemple, d’un travers de doigt, fur celles qu’il a pofées auparavant.
- 22. Quand on a féparé dans les mains-brunes les feuilles fortes d’avec les faibles, & quand on veut les employer enfemble dans les cartes, après avoir placé le tas de feuilles faibles à la droite, & le tas de feuilles fortes à la gauche, on prend une feuille au tas de la droite ; on la place devant foi 5 en-fuite 011 prend deux feuilles au tas de la gauche ; on retourne la première feuille fur la face de l’autre, & on les pôle toutes deux enfemble fur celle qu’on a précédemment pofée fur Ja table. Continuant de placer ainfi fur la table deux feuilles de la droite, puis deux feuilles de la gauche, jufqu’à ce qu’on en ait pris dix mains de chaque côté, on a un tas en état d’être t ollé.
- (7) Dans les manufactures confidérables, il y a des gens qui ne font que mêler.
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- §. IV. De la colle.
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- 23. L’ordre du travail exigerait que je parlafle du premier collage ; mais comme pour bien faire cette opération il faut avoir de bonne colle, il eft indifpenfable de favoir la façon de la faire , avant de parler de fon emploi; d’autant que cette colle fe fait dans un attelier particulier, pendant que les ouvriers travaillent chacun à l’opération qui lui eft particuliérement deftinée.
- 24. L’attelier où on fait la colle eft une faille baffe, dans laquelle eft, i\ une grande chaudière de cuivre, montée fur un fourneau; 2°. huit ou dix baquets {planche I, fig. 1 ) ; 30. un cuvier ou grand baquet rond, far lequel eft établi un tamis de deux pieds fîx à neuf pouces de diamètre , garni d’une forte toile de crin alfez claire ; 4’. un trognon de balai emmanché pour braffer la cuve; ^q. un balai de crin fait en rond pour faire paffer la colle par les mailles de la toile du tamis : on le nomme pinceau. Enfin 011 a quelques fpa-tules de bois, des féaux pour jeter l’eau dans la cuve, des boiifeaux pour mefurer la farine, & des balances pour pefer l’amidon.
- 21). Il y a plufieurs maniérés de faire la colle : je me contenterai de rapporter celle qui fe pratique chez M. Raifm, d’autant qu’elle me paraît très-bonne.
- 26. On met de l’eau dans la chaudière, à proportion de la quantité de colle qu’on veut faire. Pour foixante & dix féaux d’eau , il faut fix boiifeaux & demi de la meilleure fleur de farine, & deux boiifeaux & demi de bon amidon.
- 27. Pendant que l’eau chauffe dans la chaudière, on diftribue dans des baquets la farine, & dans d’autres l’amidon: on délaie bien avec les mains, & l’on bat les fubftances farineufes dans de l’eau tiede qu’011 a mife dans les baquets. Quand la farine d’un côté & l’amidon de l’autre font bien délayés dans l’eau , & quand celle qui eft dans la chaudière eft prête à bouilllir, on prend avec des féaux la farine & l’amidon délayés, & on les verfe dans la chaudière. Un ouvrier tourne continuellement avec un tronçon de balai qui eft au bout d’un manche fort long, afin que la farine & l’amidon fe mêlent bien enfemble , & qu’il ne s’attache rien au fond de la chaudière. O11 entretient la chaudière au petit bouillon pendant environ cinq heures & demie ( 8 )"> c’eft à peu près le tems qu’il faut pour que la colle foit bien cuite : cé qu’on reconnaît principalement'à l’odorat, car la colle doit avoir une odeur très-approchante de la bouillie bien faite : on en met aufîi entre les paumes des deux mains, & après les avoir frottées l’une contre l’autre, elles doivent éprouver quelque difficulté àfe féparer.
- (g") Il femble qu’il y a ici une faute, cuire au petit bouillon pendant cinq heures La colle de farine & d’amidon, ne doit pas & demie.
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- 2g. Quand on juge que la colle eft bien cuite , on la tire de la chaudière, onia verfe dans des baquets , qui font communément des demi-muids coupés en deux, & on les emplit environ aux deux tiers. Quand la colle eft entièrement tirée de la chaudière, on a foin d’heure en heure, pendant le refte du jour , de la remuer dans les baquets avec une ipatule de bois. Dans les grandes chaleurs, il faut la remuer plus fouvent & plusdong-tems.
- 29. En hiver, on peut garder la colle pendant trois femaines, pourvu qu’elle foit bien faite, & qu’elle foit à l’abri de la gelée ; mais en été, elle ne peut fe garder que huit à dix jours.
- 30. Le lendemain, quand la colle eft refroidie, on la prejfe, Pour cela on la met peu à peu dans le tamis ; <k en la remuant circulairement avec le gros pinceau ou balai de crin dont l’extrémité du manche entre en liberté dans un trou fait à une planche qui eft clouée aux folives du plancher , la colle traverfe peu à peu le tamis : elle en devient plus molle, & les faletés reftent fur le tamis. Alors la colle eft réputée faite, & en état d’être employée.
- §. V. Du collage en feuilles ou pour les étrejfes.
- 31. Le colleur étant debout devant une table , met à côté de lui, vers fa gauche, un tas de feuilles mêlées , comme nous l’avons dit : devant lui eft une planche de bois de chêne, qu’011 nomme un ais, épaiffe de deux pouces, large d’un pied, & longue d’un pied & demi : à fa droite eft un baquet ovale, rempli de colle {planche, I, figure 2) ; il tient de fa main droite une broife d’un pied de long fur trois pouces de largeur, montée de vingt-cinq mo lichettes de foie de fanglier, bien flexibles, & de cinq pouces au moins de longueur.
- 32. Tout étant atnfi difpofé, le colleur prend aveô fa main gauche une feuille au tas de papier, & la pofe en travers devant lui j de forte que le grand côté de la feuille foit parallèle au bord de la table. En même tems il plonge avec fa main droite la broffe dans la colle, & la plaçant à peu près vers le milieu de la feuille, il la pouffe vers l’angle qui eft en haut du côté de fa droite, d’où il la ramene à l’angle oppofé; il la conduit fucceffivement vers les deux autres angles > & comme il faut que tout le papier foit bien imbibé de colle, fans qu’il en refte plus dans certains endroits que dans d’autres , il promene fept à huit fois cette broffe fur la feuille. Il prend enfuite au tas deux feuilles qu’il place adroitement-fur celle qu’il vient d’encoller; il encolle la feuille de deffus , & la recouvre de deux autres feuilles ; de forte quhlya alternativement deux furfaces de feuilles''collées l’une à l’autre, & deux furfaces qui fe touchent fans qu’il y ait de colle entre elles. C’eft pourquoi, tant qu’il y a des feuilles au tas, il continue à en lever deux qu’il pofe
- fur
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- fur celle qu’il vient d’encoller, & il finit, comme il a commencé, par une feule feuille. r
- 33' Il faitainfi un nouveau tas de feuilles collées deux à deux; & cela forme ce qu’on nomme Vétrejfe, qui dans les cartes à quatre feuilles doit être au milieu de l’épaiffeur de la carte. ( 9 )
- 34. Quand on a fait le premier collage pour des cartes de trois feuilles, il faut faire enforte qu’une face du papier cartkr touche la face d’une autre feuille de papier cartkr: pour cet effet, on encolle alternativement une feuille de main-brune,, & une de papier cartkr.
- 35. Un bon ouvrier ne peut coller par jour, c’eft-à-dire, en treize heures de travail, que quatorze à quinze tas compofés chacun de vingt mains ; encore eft-il néceflaire qu’il foit fecouru par un compagnon qui aide à lapreffe , qui torche, qui pique, qui étende fur les cordes, &c.
- 36. Comme il elttrès-important pour le maître delà fabrique, que le collage foit bien fait, il paie ordinairement à la journée, & à raifon de trente à à quarante fols par jour, les ouvriers qu’il emploie à ce travail.
- f / . »
- . §. VI. Mettre les étreffes en preffe.
- 37. Quand on a collé deux cents cinquante cartons, ou feuilles collees, ou
- étreffes ( ces termes font fynonymes ) , on les porte à la preffe, pour que la colle s’imbibe bien dans le papier; car comme on ne charge de colle qu’une des deux feuilles de papier qu’on veut unir enfemble , il faut que la preffe faffe que la furface de la feuille qu’on n’a point encollée , prenne la colle de celle qui l’a été. On ne'met à la fois qu’une rame & demie fous la preffe, afin que la preiiion en foit plus forte, & qu'elle faffe fortir tout ce que l’encolleur a trop mis de colle. m
- < . 38* La preffe eft formée de deux jumelles , d’un écrou, d’un fommier ou arbre de deffus, qui doit être très-fort, & avoir affez de furface pour embraffer toute l’étendue, de la feuille de papier. L’arbre , ou le fommier de deffous, doit être tout3pareil : la vis, ou verrin, doit avoir les pas affez fins pour que la preflion en foit plus forte. Dans le quarré de la tête de la yis , entre un long levier de fer, qui porte au bout une boucle à laquelle eft attachée une corde qui répond à ui^ treuil vertical.
- 39. On porté le tàsde feuilles, collées furl’ais où on l’a formé, entre les. deux arbres : on pofe fur, le tas de feuilles collées un grand carton, par-% deffus. lequel on met un ais pu planche femblable à celle de deffous. On preffe,
- (9) Dans ce nou veauf tas lés feuilles ne fur les autres le plus'exactement qu’il eft fe débordent pas.i Comme elles doivent être poffible.‘Jlij4 anifes en preffe , on les applique les unes "Tome IV.
- Kkkk
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- ART D V C A'R T I :£XR,
- d’abord faiblement, en appliquant la force au levier, '&’o niai (Te ( pour parler comme les ouvriers ) la colle fe raffermir pendant une petite demi-héure. Si l’on preffait tout d’un coup fortement, le-papier s ecraferait, & l’ouvrage ferait perdu. Enfuite on, prelfe très-fortement avec le treuil ; alors ce qu’il peut y avoir de trop de colle, fuinte tout autour. On lüilfe le tas fous la prelfe, jufqu’à ce que le colleur ait préparé de quoi faire une nouvelle preiîèe , ce qui exige environ une< heure. Pendant ce tems ,> faide-colleur torche, pique, & étendopérations.,que, nous allons-expliquer. : '
- 40. Quand on veut déprefjer, c’eft-à-dire, retirer de la preffeles feuilles collées, on tourne avec le levier la vis à gauche : le contre-^plateau-de la prelfe qui tient au verrin remonte, ce qui donne la liberté d’enlever le tas de feuilles collées.
- §.~VII. Torcher., . ' i-
- • ii , ’ ' ' ''' • ' C
- 41. Comme le tas qui fort de la prelfe fe trouve barbouillé tout autour
- de la colle que la prelfe a faitfortir; il faut torcher,;c’eft-à-direY!ôter cet excédent de colle qui pourrait s’inlinuer entre les étrejfes, On fe fert, pour cela, d’un pinceau trempé dans de l’eau froide ; & en frottant tout le tour du tas, on emporte toute la colle que la prelfe a fait fuinter. La colle qu’on emporte ainfi , n’eft plus bonne à rien. Il faut que les poils du pinceau foient doux : une brofle trop rude ne vaudrait rien 5 elle pourrait ouvrir les feuilles doubles, & occalionner du décollage;' ' j “
- §. VIII. Piquer, percer'? ou épingler 1’ vlf: •’ \t‘!"
- 42. Quand un tas eft torché, on le perce avec urt poinçonou piquant,
- qui n’a qu’un pouce de Jongueur, pour ne percer que, dix ou douze éirej[es à la fois ; il eft emmanché dans un morceau de bois cylindrique, qui elf'plat au bout où eft la pointe. ,nJ ?? V f ' f
- 43. On'enfonce cette pointe de toute Ta longueur Jufqu’à'ce qué 'îe bout du manche porte fur le papier. II ne faut pas que le trou' entame trop dans rétrejje, pour qu’il ne fe trouve pas dans les cartes. Il ne faut pas non plus le faire trop au bord; le papier qui eft pénétré de colle encore molle, pourrait fe déchirer à l’étendoir. L’expérience a,appris qu’onJdoit placer le' trou à un travers de doigt du bord de Vétreffe. Quand lès.étreffes font’ piqiiêès, on énleve par'un angle'quatre ou cinq, & on pâlie dans le trou du poinçon ce qu’on nomme une épingle: c’eft un bout dé fil de laiton'requit, àuiLdes' bouts duquel ,on fait un petit crochet pour retenir un; petit morceau , foit de vieille carte , foi't de parchemin , ou de chamois , d enviromuri demi-pouce en quarré, pour fervir de tête à cette épingle. Comme cette tête eft
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- fort large, elle arrête les feuilles à'ètrejfes fans les déchirer. O11 pafle donc le bout de cette épingle dans le trou qu’on a fait aux ètrejfes, & on les enleve par mains dé quatre ou cinq, qu’on nomme un double, pour en former un nouveau tas lur un carton (/>/. I,fig- 3 ). Quand le tas eftaffez épais , le piqueur ( 10) le porte à l’étendoir (/>/. /, fig. 4).
- §. IX. De l'ètendage.
- ; : -U:'. ,ir!! '
- , 44. L’étendoir , pour être bon , doit être dans une chambre haute, bien plafonnée, & carrelée, percée de plufieurs fenêtres de part & d’autre dans toute. fa longueur: ces fenêtres doivent être garnies de bons volets. . 4f. Je dis que l’étendoir doit être au plus haut de la maifon, d’abord pour qu’il foie plus expoféàl’airj en fécond lieu, pour qu’il reçoive moins de pouiîîere.
- 46. Il faut que ce lieu foit percé de beaucoup de fenêtres , afin que l’air
- le traverfe. !
- 47. Les fenêtres doivent avoir de bons volets, pour qu’on puilfe les fermer dans les tems de brouillards, quand Pair eft humide, ou quand il fait beaucoup de vent qui pourrait jeter à bas les ètrejfes, ou y porter de la pouffiere qui les faliraiL'
- 48. Il faut encore que l’étendoir foit bien plafonné, pour qu’il ne tombe lii gravier ni pouffiére fur les ètrejfes. C’eft pour la même raifon que ce lieu doit être bien carrelé.
- 49. Comme on 11e doit pas balayer quand les ètrejfes font étendues, on a foin de profiter du tems où l’étendoir eft vuide, pour l’épouffeter & balayer, afin qu’il s’élève moins de pouffiere quand on y entre pour étendre.
- 50. Au haut du plancher de cette falle font tendues, à dix-huit pouces les unes des autres , des cordes auxquelles les étendeurs attachent les ètrejfes ( pl.-Ii fig. f ) par le crochet- qu’ils font au fil de laiton qui les traverfe. Comme il eft toujours avantageux que les ètrejfes ou cartons fechent promptement, on eft obligé , quand l’air eft humide, de chauffer la falle de l’étendoir avec des poêles ; mais les carriers qui font un gros commerce, & qui font en état de faire des avances , collent & fechent'pendant l’été la quantité de cartons & d’étreffes qu’ils doivent mettre en cartes pendant l’hiver. Quand le tems eft beau , 011 peut abattre ^ç’eft-à-dire, détendre ce qui a été tendu Vingt-quatre heures âu^raÿànt.fjÇii )
- :.(to) Le piqueur gagft’è environ tretttO -Eft hiver il faudrait un poêle, qui mange fous, par jour. .. .rri. ;;>>?}$ glf colle&fait gripper le- papier. Ceux qui
- (ji) On conçoit que l’été eft le tems le entendent leur intérêt, préparent en été plus favorable pour ces fortes' d’ouvragés. : les ouvrages pour fhi ver. - : •
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- ART D ü CA K T I ER.
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- , f i. L’opé RATION Rabattre le fait.très-proniptement: on faifit les étreffes^ à poignée , & on dépingle ; en tirant à foi les crochets, les épingles fe redref. fent : on en forme des tas. Toutes ces opérations s’exécutent fi promptement , qu’en une heure de tems un ouvrier peut abattre, dépingler, & mettre en tas tout l’ouvrage qu’un colleur aura pu faire dans une journée.
- f 2. Il faut bien fe garder d’abattre avant que l’ouvrage foit fuffifamment fee. Si les 'étreffes ne font pas feches & fonores quand on les abat, elies ne feront que des cartes mollaffes & mattes. *
- 53. Pour dépingler, on tire l’épingle de la main droite, pendant qu’on tient le double de la gauche. On jette l’épingle dans une boite, on renverfe le double de la main gauche , & on appuie le pouce fur le trou de l’épingle, pour redrelfer Vouvrage, qu’on arrange enfuite bien régulièrement, pour en former une pile.
- §. XI. Du fêparage.
- 5:4. Comme toutes les étrejjés qu’on a étendues à la fois font collées les unes aux autres par les bords, il eft nécelfaire de les féparer. Pour cet effet > un ouvrier aflis devant une table , prend les mains les unes après les autres 5 il en déchire un coin ; il paffe un couteau de bois qu’on nomme coupoir entre lesétreffes, & en le foifant-couler , il les fépare promptement, parce qu’elles ne tiennent les unes aux autres que par l’extrémité des bords. Cette opération eft un peu longue, parce qu’il faut féparer cinq à fix étreffes qui forment une main} néanmoins on eftime qu’un ouvrier pourrait féparer dans un jour 25 groffes $ étreffes. La grolfe eft de 12 mains, la main de 25 étreffes. La groffe fait 300 feuilles.
- 55. L’ouvrier fépareur doit avoir l’attention que la face du papier par où l’épingle a été pofée, foit toujours devant lui. On connaît cette face par un petit creux,. au lieu qu’à l’autre face il y a une petite élévation. Si on féparait par ce dernier côté, on courrait rifque de déchirerplulieurs feuilles y ce qu’il faut éviter. ,
- §. XII. Epluchage ou triage.
- 5^. Comme le moindre gravier, ou tout autre corps dur qui fe lerait attaché aux cartes, les ferait déchirer quand 011 les Me, il eft important de vifiter les étreffes ; c’eft ce qu’on nomme épiukher ou trier. Les étreffes ayant été féparées , font remifes à des femmes quf enlèvent avec de petits couteaux pointus tous les bros ( 12} & corps étrangers qu’elles apperçoivent fur les
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- (12) Les corps étrangers découverts dans les étreffes, s’appellent des bros.
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- deux furfaces des étrejfes. Il faut qu’elles évitent d’appuyer fur l’étr elfe enlevant les ordures ; il en réfulterait un défaut dans les cartes.
- * 57- Par les ftatutsdes marchands cartiers , ils font obligés de faire éplucher par les veuves, ou les filles de maîtres : c’elt une petitereflourcepour les familles qui n’ont pas bien réulîi dans leur commerce.
- 58- Une ouvrière qui travaille aiîîduement & avec axadlitude, ne peut trier que trois groiles1 par jour,
- §. XIII. Du ponçage.
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- 59- Autrefois les étrefles épluchées étaient miles lur une pierre les unes après les autres, & on palfait fur leurs deux faces fept ou huit fois une pierre-ponce qu’on avait auparavant ufée , pour former ces furfaces planes: 011 détruifait par cette opération toutes les inégalités du papier ; il fe formait un petit velu qu’on croyait propre à faire mieux prendre la colle. Mais les car-tiers 011 reconnu que cette précaution était füperflue, & aujourd’hui elle elfc totalement négligée. Quoi qu’il enfoit, un ouvrier peut poncer fept à huit grolfes d’étredes par jour.
- 60. Après cette opération, il faut imprimer fur du papier au pot les traits des figures ou tètes, ainli que nous allons l’expliquer.
- §. XIV. Du moulage.
- 61. Le premier collage, ouïe collage en feuilles étant fini, les étredes fe trouvent en état d’ètre recouvertes, d’un côté par une feuille de papier carrier, & de l’autre par une de papier au pot. Mais comme il faut, pour les figures, que les traits qui en expriment les contours aient été imprimés fur le papier au pot, avant de le coller fur les étrelfes, il faut expliquer comment on fait cette imprellion , ou, comme difent les cartiers, comment on moule le papier. —-
- 62. Les eftampes en général font de deux elpeces 5 les unes font tirées avec des planches gravées fur le cuivre ,& les autres avec des planches gravées en bois. A l’égard des planches en cuivre, les traits font gravés en creux j &*il faut que le papier mouillé & attendri aille chercher l’encre dans les tailles 'f par la grande preffion delà prelfe. Aux planches en bois , au contraire, ce font les éminences de la gravure en relief, qui doivent former les traits,, précifémenp. conîme aux cara&eres d’imprimerie. Il faut donc une beaucoup moindrenpreiîion pour tirer les épreuves de celles-ci; & c’eft dans ce cas que font les planches ou moules qui fervent pour les cartes, excepté qu’ils ne portent que les traits avec très-peu de hachures. Ce moule
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- porte auflî les noms-en toutes lettres de chaque figure ; lavoir, AUxandm pour le roi de trefle ; David, pour le roi de pique ; Cèfar, pour le roi .de-carreau; Charles, pour le roi de cœur j Argine, pour, la dame de trefle; Rachel A, pour la dame de carreau 5 P allas, pour la dame de pique ; Judith , pour la dame de cœur. Au bas de prefque toutes les tètes eft écrit le nom du manufacturier , Raifin , Rofe , &c. ;
- 63. Sur le valet de cœur eft écrit la Hire ; fur le valet de pique, Ogier; fur le valet de carreau, Hector. Le valet de trefle n’a point de nom particulier ; mais il porte le nom & l’enfeigne du carrier, 8c il a entre fes jambes le nom de la généralité où les cartes ont été faites ; par exemple , G D Paris : ce qui indique que les cartes ont été faites à Paris , chez RaiGn ou Rofe, &c. A l’égard des points cœur, carreau , pique, trefle, qui font au haut des cartes de figures ,ils ne font, point marqués fur le moule , étant Gmplement formés par les couleurs; mais les traits>qui encadrent ces figures,font marqués fur les moules.; .,n.7 ' . _ . ' _
- ^.j D^puiSjl’établiflrement de l’impôt furies cartescomme il eft défendu aux maîtres carriers d’avoir chez eux aucun.moule fervant à imprimer les traits des cartes à portraits; & comme il leur eft enjoint d’en venir faire les imprefi fions au bureau de la régie ;.on y a établi à cet effet des moules. Comme ces moules doivent feryir pour tous les maîtres carriers, le nom des différens manufacturiers , & quelques ornemens dans les éculfons, qu’011 varie quelquefois , font gravés fur des pièces de rapport qu’on nomme bluteau.
- Autrefois les moules étaient gravés fur du bois; mais comme ils s'ufaient affez promptement , ils font maintenant prefque tous en cuivre , gravés comme 011 grave les planches en bois ; c’eft-à-dire, que les traits font en relief, & que les blancs font creufés profondément dans le cuivre : ce qui rend ces moules ; fort chers,.it( 13) ,, .
- 63. On en a de différentes grandeurs , proportionnellement au nombre de figures qui font fur chaque moule ; car, fuivant l’ufage des différentes .provinces , les uns portent vingt figures , d’autres vingt-quatre j & d’autres trente ; mais comme, à Paris , ainfi qu’en Alface, les moules ne. pprtent que .vingt figures , nous ne parlerons ici que de ceux-là. /
- 67. Les figures font rangées iiirles moules à quatre de.hauteur fur cinq en
- (15) On conqofl que les moules pour les & le valet. (Outi;e ces points. & ces figures , fcàrreaux doivent être différens!'Ces cartes il y a encore vingt-deux’triomphesdont font le tiers plus'grandes’ que 'les comrau- chacun''a une dénomination'& une figure nés. Tous les jeux renferment foixante & ^particulières. Le 'trâvaifdè la*fabrication eft dix - huit car te9. Les. points >font bâton cependant Je même,^ùàhtàiix principales cpêe, coupe &jdenier. Les figures font dans eirconftancés.ri je n’ai pas deffcin de m’y dijique.point le rqiyla dame, le chevalier y.. . arrêter. 3ii,j 3fj3j-îüa
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- A U T DU C~A:R T JE R.
- largeu-1% OnTefért ordinairement de deux moules pourTimprefiion des douze figuresqui entrent dans les jeux qui font actuellement le plus 'en ufage ; favoir, îesinioûles des têtes., & ceux des valets rouges (j>î}îl , jtg. i & 4‘j). Le premier •contient deux rois & deux dames de cœur & dé’çarreau, ce qui fait huit figures ; en outre deux rois & deux dames de trefle «& de pique; enfin deux valets de trefle & de pique : ce qui fait douze figures qui, jointes aux huit autres, font les vingt cartes qui font gravées fur le moule qu’on nomme moule des têtes. L’autre moule'contient vingt valets; favoir /'dix de cœur & dix de carreau. On fait cette diftribution fiir deux, moules ,r parce qu’on enlumine de cinq couleurs les figures du premier moule; &.feùlement de quatre couleurs, celles des valets rouges qui font fur le fécond' moule : favoip, pour le moule des têtes, le bleu, le jaune, le rouge, le gris & le noir. Cette derniere couleur eft fupprimée pour les valets rouges qui font fur le fécond moùle.
- 6$. Moyennant la difpofition'des figures furies moules, on imprime cinq feuilles de rois,-dames &' valets hoirs, contre une feuille de valets rouges ; ce qui fait une fufiifante quantité jhe’têtes pour dix jeux de cartes de toute efpece^ no ; . 1 ’• i‘- • • - 0 ,'f1' ‘ \ ”
- 69. Les cartes prifes dans l’intérieur des traits qui forment leur cadre ont trois pouces de hauteur fur deux pouces de largeur. Il y a'en tout fens entre les cadres un champ d’une ligneJde largeur; c’eft dans le milieu de ce champ*'qu’on coupe îeSxartes , comme nous le diroiis dans la fuite: ce qui fait que chaque carte doit avoir à très-peu près trois pouces une ligne de longueur fur deux pouces une ligne de largeur, parce que les cartes excédent leur cadre d’une demi-ligne dans leur pourtour : dpoù il fuit qü un moule qui porte vingt figures , doit avoir exactement dans l’intérieur des traits qui forment le cadré général ,” douze pouces quatre lignes de hauteur , fur dix pouces cinq Hgnés'de largeur. La feuille de carton excede cette grandeur de fix àneuf lignes.
- -Ces grandeurs;dont ,' comme nous l’avons dit, conformés’à l’ufage de Paris; mai£ elles1 Varient fuivantfo-grandeur des jeux qu’on^eiuploie dans différentes
- provinces. t „ , „ . .
- uiy'à. Ces épreuves dës;fir4gers fur‘planches de bols, fe tirent avec la même encre qui fert à Pimpreffioivdes5caraéteres d’impfihiëfiê i elle eft faite avec du noir de fumée broyé’dafis idël’huile cuitef : 1
- n 71. Les-épreuves des‘eftampês en planches de bois, qu’on nomme en clair-ùbfeur -, pOüyl'efquelle^'bh xhargê Pline fur l’autre différéiites couleurs avec plufieurs* phmehes r, ‘vcesJ eftahfpè^Tont tirées avccJdes couleurs en-, détrempe. Il eh eft de hièmë^ourles- traits rdes; cartes dontléS moules font chargés* avec du-’hôif d’Allemagnè délayé dans delà colle." ( ^ ; . ,
- t-^2. On délaye dans là'mème* collé qui fert pour coller les'"cartes, du noir de fumées & on laiife ce mélange fermenter dans un baquet.; Comme cette fer-
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- mentation rend le noir plus coulant, il y en a qui y ajoutent du fiel de bœuf pour exciter la fermentation. On donne la préférence au noir qui eft ainfi préparé depuis deux & même cinq aiw, fur celui qui eft plus récent. Comme 011 ne tire point à la prefle les épreuves fur les cartes , on aifujettit le moule fur quatre petits pieds d’environ un pouce & demi de hauteur, qui entrent dans des trous pratiqués,fur la table où l’on moule. Les deux pieds qui font du côté de l’ouvrier doivent être un peu plus hauts que les deux autres, Celui qui tirelies épreuves , eft placé debout devant la table, en face du moule, ayant devant lui un pot rempli de,noir , & à fon côté une pierre fur laquelle il met (111 peu de ce noir avec,un pinceau; il prend de fa main droite une broife d’environ neuf pouces de longueur fur trois de largeur., garnie de poils de fanglier, longs d’un peu plus de quatre pouces ; il frotte cette broife fur la pierre au noir , & il la paiTe fur toute l’étendue du moule pour le charger de noir; après quoi il quitte fa broife, & étend fur ce moule une feuille de papier aupot, rendue moite pour qu’elle s’attache aifément au moule : enfuite il paife pluiieurs fois fur ce papier unfrotton, qui,eft fait avec des lifieres de drap , ou avec du crin. Alors l’empreinte eft tirée, ou, comme on dit, le papier eft moulé.
- 73. De tems en tems on humedle le frotton avec un, peu d’huile, pour
- qu’il coule plus facilement fur la feuille de papier fans la déchirer rnnais il faut employer peu d’huile,; car fi. la feuille s’en chargeai^ trop , elle .-prendrait mal la COlle. iO ;IM; '
- . ;• -, , a , - 'vu • n.
- §. XV. Maniéré de.mouiller ou moitir le papier, -^u-h vr
- t - • ^ •
- 74. Pour que le papier prenne mieux l’impreflion des traits, il faut,
- comme je l’ai dit ,tqu’il foit mouillé, ou, en terme de l’art, moiti, ainfi;que celui qu’oii emploie^pour l’impreflion, & pour les taiilesrdo.uces.jVoici^comment on lui donne cette opération, pour qu’il foitbien pénétré tf’eau ,| & qu’il n’en prenne pas trop. ' .zemivoïq
- 7f. L’ouvrier pofe y^fa droite ,, fur., une tablçj,, un-baquet plein çfpau nette; à fa gauche eft le pa’pier;qu?il veut moitié ^ii prend environ fix à-.fept feuilles qu’il paife dans l’eau , & qu’il pofe fur unqiplanche qui ell devant lui,-: enfuite il prend fix à fept feuilles feches qu’il pofpfurles feu^lles^ qui _font mouillées ; fur celle-ci il en pofe d’autres rpouillées., & pnfuite d’^ut^es- feches fc ce qu’il continue jurqu’a oe^ que" tout le,(papier^qu’il veut ainÇ
- manié. Enfuite il porte ce/yas à la preife^ pour exprimer une partie 4e-l’eau du papier qui a été mouillé, & en pénétrer celui ,qui n’a pas été.trempée On îafife ce papier en preife au moins fix jheures, pour qu’il foit bien moite, & bon à mouler. Ordinairement on mouille dès la veille la quantité de papier, que l’on doit mouler le lendemain. ‘ A 76.
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- ,76. Un fort mouleur peut imprimer ou mouler en treize heures de travail
- 00 feuilles.
- 77. Cette opération fe fait* comme nous Pavons dit, au bureau de la régie, où les maîtres cartiers font obligés d’envoyer leurs ouvriers pour mouler, & à qui la ferme fournit les moules, le noir & le papier (14).
- 78- Les cartiers emportent chez eux les feuilles moulées, & ils les étendent fur des cordes pour les faire fécher;
- 79. On l’a déjà dit, il ne faut pas que la colle qu’on emploie pour faire le noir foit trop nouvelle ni trop chargée de noir : il faut éviter d’en charger trop le moule ; car li les traits étaient très-noirs , ils pourraient contre-mar-quer quand on met à laprelfe, après avoir collé en blanc, ce que les ouvriers appellent baifer^k le noir pourrait couler fous le lijfoir. D’ailleurs, des traits trop noirs feraient défagréables à la vue; il vaut mieux que ce foiênt les autres couleurs qui dominent.
- §. XVI. Du frotton.
- 80. En examinant un frotton fait de crin, il m’a paru qu’il était com-pofé de crin fin filé, que l’on a attendri dans l’eau chaude. On fait avec ce fil de crin des demi-révolutions bien ferrées, liées les unes avec les autres par uii entrelacement de ficelle : cette pelotte peut avoir dix pouces d’é-pailfeur dans un fens, & quatre & demi à cinq pouces dans l’autre. On trempe la partie fupérieure, qui eft en dos d’àne, dans quelque maftic, pour mieux alfujettir encore les fils de crin ; & on recouvre ce maftic d’un cuir alfez mince, & alfujetti par des fils qui traverfent le frotton. Celui que l’on fait avec des lifieres de drap-, eft plus en ufage que celui de crin, parce qu’il eft plus léger & moins fujet à déchirer le papier.
- 81. Quand à la fin de la journée on celfe le travail, on lave les moules •dans de Peau ; comme le noir eft à la colle , il s’emporte aifément, fur-tout quand on n’a pas donné le tems à la colle de fe fécher.
- §. XVII. Du fécond collage qu'on nomme ouvrage.
- 82. Quand on eft fuffifamment pourvu de papiers moulés, il faut mêler & faire de nouveaux tas. Cette opération eft différente, fuivant qu’on doit faire des cartes de trois ou de quatre feuilles.
- 83. L’opération de mêler pour des cartes de trois feuilles eft bienfimple ;
- (14.) Quelle gêne! Comment effc-il pof- chargés d’impofitioils ,prennentquelqu’ac» fible que les arts entravés à ce point & fur- croiffement ?
- Tome IV.
- LUI
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- .'*34 J RT DU CARTIER.
- car, comme par le premier collage on a. réuni une feuille de main-brune avec une feuille de carder, il ne refte plus, pour finir le carton, qu’à y joindre la feuille dé papier au pot qui a été moulée par les têtes, ou tout blanc "pour les points.
- 84. L’ouvrier place à fa droite un tas de cartons compofés chacun d’une feuille de main-brune, & d’une feuille de carder \ il a foin que deux de ces cartons foient unis enfemble, de faqon que les deux feuilles de papier cerner fe touchent, & foient renfermées au milieu des deux cartons , afin que ces feuilles fe confervent proprement & fans ordures. ^
- 85- Le même ouvrier place à fa gauche un tas de papier au pot, rompu; & pour mêler, il pofe devant lui, en premier lieu , une feuille de papier au pot, par-deffus un carton double , ou deux cartons réunis enfemble, comme il a été dit; puis deux feuilles de papier au pot ^ enfuite un carton double, deux feuilles de papier au pot, &c. ce qu’il continue jufqu’à ce qu’il ait fait un tas d’environ quatre rames : il finit par une feuille de papier au pot.
- 86. Il faut, pour faire les jeux, une certaine quantité de têtes contre un certain nombre de points. Par exemple, s’il eft queftion de jeux entiers compofés de cinquante - deux cartes, il faut quarante cartes de points, & douze cartes de têtes ; mais comme il ne ferait pas pofîible d’interpofer régulièrement ces têtes entre les points, à caufe qu’il y a vingt cartes différentes fur un même moule, on met à part les têtes pour en faire un tas particulier, que l’on peint comme nous le dirons dans la fuite.
- 87. Pour coller ces tas blancs ou moulés, l’ouvrier pofe devant lui une feuille de papier au pot ; fi elle eft empreinte de têtes, il met les traits en deffous : il charge de colle cette feuille avec une broffe, comme nous l’avons dit plus haut; il pofe deffus un carton double, dont il encolle la furface, qui eft de main-brune , & pofe deffus deux feuilles de papier au pot; fi elles font des tètes, les traits doivent être en dedans, repofant les uns contre les autres : il encolle la feuille de deffus ; puis il pofe un carton double, dont il encolle la feuille fupérieure: & continuant de même, le fécond collage eft fini, & il le porte à la pr elfe, où ces cartons doivent relier pendant une heure: enfuite ondépreffe, on pique, on étend, on abat, comme il a été dit plus haut.
- 88- Quand on fait le fécond mêlagepourles cartes des petits jeux, qui doivent être formées de quatre feuilles de papier, il s’agit de placer une étreffe formée de deux feuilles de main-brune collées enfemble, entre une feuille de papier au pot & une autre de carder. L’ordre qu’on fuit pour ce mèlage, eft de commencer par mêler en blanc ; enfuite on mêle en êtrejje.
- 89. Pour mêler en blanc, on prend un paquet de papier carder qui doit faire le derrière de la carte; le paquet fait deux rames , c’eft-à-dire, à peu près mille feuilles. Je dis à peu près, parce que quand ce papier eft fort ,
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- il peut fe trouver quelques feuilles de moins. L’ouvrier' prend un pareil nombre de papier au pot ; il place le premier à fa droite , & l’autre à fa gauche. Quand il veut mêler, il prend une feuille de papier au pot qu’il pofe devant lui, puis deux feuilles de papier cartier, puis deux feuilles de papier au pot \ & il continue ainlî jufqu’à ce que le tas foit formé : fè conformant à ce qui a été dit en parlant du mèlage de main-brune, excepté qu’au lieu de faire une retraite ou marge au bas du tas , on la fait fur le côté. Il faut avoir grande attention d’étendre les froncées & les plis qui fe trouvent fur le papier. Quand l’ouvrier a fait le mèlage en blanc, il fait tout de fuite le mèlage en étrejfe. (15) Pour cet effet ,' il pofe à fa gauche le tas mêlé en blanc , & à fa droite un tas d'étrejfes.
- 90. Il place devant lui une feuille de papier au pot, puis une feuille dé étrejfe qu’il pofe en avant, comme il a été dit au mèlage de main-brune , pour faciliter le travail du colleur; fur cette étrejfe il pofe deux feuilles de cartier ^ enfuite une étrejfe, puis deux feuilles de papier au pot ; ce qu’il continue jufqu’à ce qu’il ait formé’un tas de dix mains.
- 91. On peut mêler en blanc 8c en étrejfe douze ou quatorze tas par jour.
- 92. Le collage en ouvrage fe fait comme celui en feuilles ; c’eft-à-dire, que l’ouvrier pofe devant lui une feuille de papier au pot, qu’il encolle; il la recouvre d’une étrejfe, dont il encolle la furface fupérieure; il place deffus deux feuilles de papier cartier ; il encolle la furface fupérieure delà fécondé feuille ; il pofe deffus une étrejfe qu’il encolle, enfuite deux feuilles de papier au pot, dont il encolle le deffus ; & plaçant fucceflîvement une étrejfe , deux feuilles de papier cartier^ puis une étrejje, puis deux feuilles de papier au pot, toujours dans le même ordre que le mèlage a été fait, tout le tas fe trouve collé pour la fécondé fois, ou collé en ouvrage.
- 93. Il faut enfuite porter ce tas à la prelfe , 1 y laiffer pendant une heure, &' prendre toutes les précautions que nous avons détaillées plus haut. On pique ces cartons de même que les autres, & on les épingle pour les porter à;l’é.tendoir, avec cette différence, qu’on les lève de deux en deux, qu’on nomme des doubles, de façon que le papier cartier fè trouve toujours au
- • (riO A-u lieu de cette feuille blanche qui couvre le derrière de la carte, les tar-reauX font couverts d’une feuille imprimée de petits carreaux étoilés, en forme de compartimens. C’eft ce qu’on nomme des cartes tarotees. Cette opération" fe fait au moyen d’une planche en bois, ou en cuivre, gravée'én relief, que l’on imprime fur les feuilles de papier, en noir ou en bleu clair.
- Quoique notre auteur ne parle point de cette forte de cartes, il paraît qu’elle n’eft pas abfolument inconnue en France. Dans les parties de quadrille , on donne un jeu de cartes blanches & un autre de cartes taro-tées, afin de pouvoir les diftinguer plus facilement. En Efpagne, les cartes font tarotees.
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- •milieu de deux cartons; doubles, afin quTil ne - reçoive point de poufliÔre»
- 94. Il y a neanmoins cette différence pour piquer Ypuvrage,, qu’au lieu de l’enlever entièrement , comme ôn fait les maïm-b runes,coWqçs pour les cartons de points & de figures, on pofe fur le tas qui fort de laprèffe, un demi cylindre fur lequel on renverfe la moitié des doubles que l’on vient de piquer > & quand il y a environ trente doubles de renverfés l’un fur l’autre, on les rabat pour les enlever tous enfemble, & les ppfer'fur, un fort carton' que l’ouvrier place fur la table, àfa gauche ; obfervant 'qu’on ne doit.pas piquer plus d’un double à;,la fois, à moins que çe né foit pour des cartons minces faits de, trois papiers, dont l’on peut mettre enfemble deux doubles. Cela fait, on les porte à l’étendoir. ' /
- • Quand ces doubles font bien léchés, ondes abat, & onles dépingle.
- , 96. Je pafle fuperficiellement fur toutes ces opérations, parce qu’elles font les mêmes.que celles qui ont été décrites plus haut. j.r, i v -ni!
- §. XVIII. De.la faqon ' de peindre les cartes. ; - • ./,
- 97. Quand les doubles font féparés , on a les cartons propres à faire les cartes i il s’agit de les redrefîér, afin de des difpofer à recevoir les couleurs 1 pour cela on les met pafler quelque tems à laprefle , d’où 011 les tire pour les peindre j ce qu’on appelle habillage, . [\ . „!
- -98. Les tètes ou figures de rois, dames, ou valets noirs, trefles & piques , doivent recevoir cinq couleurs ; favoir, le rouge, le jaune, le bleu, le gris & le noir. Les valets rouges , cœur & carreau, n’ont que quatre couleurs , parce qu’il n’y a point de noir dans leur draperie. • r':'
- 99. A L’égard des points, 011 fait que les cœurs s& les carreaux doivent
- être en rouge fies piques & les trefles en noir. . ••
- 100. On diflingue dans la peinture celle1 des>têtes & celle des points: les
- tètes fe ralfemblent par girofles , & les points par mains/Un ouvrier ne peut peindre par jour que douze mains de tètes j niais il peint jufqu’à foixartte mains de points, parce qu’il m’y a à celles-ci qu’une couleur à appliquera,• au lieu qu’aux têtes il en faut mettre quatre ou cinq fur un même carton : d’où il fuit que douze mains de tètes occasionnent autant de travail que foixante mains de points. Il faut maintenant expliquer la compofition des couleurs* 8c détailler la maniéré de faire les patrons. ' n • <
- §. XIX. De la compofition des couleursv ; : ‘ ; ; q‘ ;
- toi. Pour'faire le jaune, on pile deux livres" de graine d’Avignon5 on y mêle un quarteron d’alun en poudre avec fix pintes d’eauj quand ces fubf.
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- éW T ^ C $ÉlT I E K
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- taîi-ces ont niaoer&)'&rferfnenté i-MèlééS énfèmblé, bu. éii exprime iefuc àWa^ vers un linge , après quoi la couleur eft prête à être employée fans qu-étié-ftit befoin d’être crôlléê. Si ’fôfté-tait'pi'éïTé â&îfelïfrèêV&eûS qü’on A’eùt pas le tems de la lailfer fermenter, b#i lerâit febtfillirdagrailîè d’Àvigiioii & faillit dans dè l’éau. ' ‘ Jubitoq !:'• ^rroinii:-? «.uiq yi ‘ .i.r y '.) .1 ; 1 Jù2. 'Le-rouge'eft -fait avec du*Vermillon mu, cinâbrè délayé àveé un peu d’eau'f& dêîla même collé qui a ferVi'à faire lès’cartons. Oïl met plus ou moins de cinabre , fuivant qu’il eft plus'Ou moins rougeV afin que la couleur ne foit ni trop1 pâle-ni tropfoncéè : -onde règlef fut des'; eifais que l’on fait, avant que d’employer cette couleur fur les carteej^q^(^-'û zrA ; g
- 103. Le noir fe fait comme le rouge , excepté qu’on emploie du noir de fumée, au -lieu* de vermillon 3 mais il faut que>ce lîoit foit anciennement fait-On délaye ce noir de fumée avec de la colle dans un grand baquet 3 on lai/fe ce mèlatlge'pourrir cinqùfix mois avant que d’ên faire Ufâgè 3 on a foin de le mouvoir dé-terris en tentés. faits5 qüoiâl fêtait* füjéïàs’étéitdre y ou à traîner {ut la carte, ce qui oCGafîonnédes-pertë&au fabfi^U'ant-til^fkUt donc en avoir toujours de-vieux fait. On:mét1 ce noir, âiiifî'qüé lès autrès couleurs , dans un pots & rôii'y/ajoutè affez-d’éau;&.-de collépour que la peinture, nè foit point trop épaiiîè.ff i:o;>r;:;c[ gujvel-’h o.i
- ‘ 104. Le bleu fe ;fait avec <de l’indigo qu’on fait diifouclre dans de l’eau avec un peu "de colle- - ‘~ ' îri “ - ,;;5r'
- iof. Le gris fe fait aufti avec de l’indigo ,-mais la teinte en eft fort légère-
- 106. Ainsi pour faire le bleu., & ce qu’on appelle le gris qui eft un bleu fort clair, on pile l’indigol en pierre dans un mortier 3 enfùitè on le broyé fur le marbre avec de l’eau il faut un jour entier pour en broyer une livre-On conferve ce bleu ainfi broyé 3 & quand on veut s’en fervir, on en délaye Un peu avec de-la colle'&^de l’éau. fl faut très-peu de bleu pour faire le gris-
- ab îiojico t..; u»p '--Be < *.*o-§g;XX. Des patrons~ f • p
- j \ ;; - .. on;*- e.‘.:b <-.0 -J ’-:fp ‘ '
- 107. ’ Les cartes me s’enluminent point au pinceau, mais avec dés pièces, découpées ; qu’on nomme patrons, de même que,certains caradteres qu’on forme avec là broffe, & des morceaux de clinquant découpés 3 d'où il fuit qu’il faut avoir autant de- dilférens patrons qu’on emploie de couleurs; différentes.
- : io8*', Lés’ pièces f,qu’on découpe pour faire les patrons 3 fe nomment im— primures- h \ t '7 , .
- ;rî.'... ;;lÿ-uV.i'S-"XXL Dés imprimttr'es. ~... .. '
- ; .v.’. - H': :... . ;
- 109. Les imprimures ne font autre chofe qu’une feuüle de papier enduite;
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- en,deflu£ & en delfous ide.plufieprs coudra d'une impreflîonde peinture à l’huile, i ; / • qnjqme O. f J iq i j; i;
- i io. On dit que.çeltë imptefijQh eft faite avec de la poudre de coquilles
- d’huitres broyéejavep de J’hiilsj^ lin. £ 16).......... i;i - •
- iii. On palfe, le plus uniment qu’il eit poflible, fix couches de cette peinture fur chaque face du papierj & quand les dernieres couches font à peu près feches , on les faupoudre d’un peu de gros fon , pour que les imprimures ne fe collent pas les unes aux autres. , : %fi
- il 2. Les cartier^ de Paris ..les tirent de Rouen en cet état i mais ce font eux-mèmes qui les découpent. ,:nl ..i! . .
- ; » o : 5; : . ') lu':
- §. XXII. Maniéré de découper les imprimures pour les cartes de points,
- 113 . ApftÈs. ce que nous avons dit, on conçoit qu’il faut découper les imprimures aux endroits où. l’on veut que les couleurs s’impriment fur ies cartes. On fe fert d’cmporte-pieces pour les cartes .-de points j ces eraporte-pieçes font des poinçons d’acier tranchaiis parles bords vqui repréfententles figures de coeur, carreau » treâe & pique(/»/./,j%. 13:)). En plaçant, l’imprimure fur un billot de bois, & pofant les différens poinçons conformément aux places que les points doivent occuper fur les carteson emporte la piece d’un feul coup de maillet. Pour placer plus régulièrement les points lur les cartes, 011 fait ce qu’on appelle un : compajfage. ... . ^
- •di»- • r ' - : •')'. 1
- §. XXIII. Maniéré de faire les compafjages pour placer{régulièrement, :v: . Us pointsIf : u.j; / oh ' vjï f . : uil
- !0 Jii ' U0
- 114. Les cartiers font, leurs compafFageSjLur pn carton blanc ,-divifé en vingt cartes.
- 1 if.Ils prennent pour pela une feuille.de figures, afin 'que les cartes de points foient de la même grandeur que celles des figures, & qu’il y ait vingt cartes fur le compalfage comme fur.les moules j enfuite ils frappent ou.ydé-coupent les compaflàges. Pour cela 011 pofe la feuille comparée fur ùn gros billot de bois, & on prend l’emporte-piece qui forme pique ou trefle, cœur ou carreau j ce qui fait les quatre cartes du jeu : fi c’eft le pique, on commence
- ». • >T‘
- (16) Pour préparer les feuilles d’impri- &, liquide, dont on .enduit le papiers Six mure , faites calciner des écailles d’huitres couches de cette peinture rendent la feuille ou des coques d’œufs , broyez-les & les ré-. épaifle , à peu près comme une piece de duifez en poudre menue ; mêlez cette pou- virfgt-quatre fous. Voyez l’Encyclopédie, dre avec de l’huile de lin & de la gomme au mot carte, ( arabique. Cela fait une compofition pàteufe. -, î;;,5s.«u
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- par le coin gauche d’en haut du compalfage ; on frappe légèrement avec un maillet, & on fait dans le premier quarré de la feuille le 7 de pique ; dans le quarré fuivant, l’as ; enfuite le 9 , puis le 10, enfin le jg. Ces cinq cartes forment la première bande , qu’on nomme»»^ ou coupeau.
- Tl6. On frappe le 9 de pique fous le g ; le 7 fous le, 10; l’as fous le 9 $ le 8 fous l’as ; le 10 fous le 7"; & cela fait le fécond coupeau.
- 117. On frappe les trefles dans les deux bandes du bas de la feuille, fui-, vant le même ordre que les piques.
- > n8- On frappe d’autres compalfages pour les coeurs & pour les carreaux, en obfervant, fi l’on veut, le même ordre que nous venons d’indiquer.
- 119. Ceci ne fert que pour les piquets : pour les quadrilles, on frappe ce què l’on nomme bas -jeux, & il faut qu’il y ait fur chaque coupeau un 2, un 3 , un 4 , un ? & un 6. Une feuille eft remplie de cœurs & de#carreaux, & une autre de piques & de trefles : les.7 & as, rouges & noirs , font fur des feuilles particulières : de même que pour les jeux de brelan, on met fur une* -feuille les 8 &les 9 rouges ; & fur une autre les 8 & les 9 noirs. On fait encore des feuilles particulières pour les 10, rouges & noirs.
- , 120. Les feuilles pour le try font femblables à celles du quadrille, excepté qu’il n’y a point de carreaux , ni de 6 de cœur. On met dans le premier coupeau cinq 4 de cœur ; dans le fécond, cinq 25 dans le troifieme, cinq 3 ; dans le quatrième , cinq f. Les 7 & les as de cœur fe frappent au premier coupeau ; favoir, cinq 7 aux deux du milieu, fur chacun cinq as de cœur ; & fur le coupeau du bas de la feuille , comme à celui du haut, cinq 7, tous cœurs.
- 121. Les cartiers n’ayant tracé fur leur compalfage que la grandeur des cartes , ils placent aifez jufte, à la fimple vue , les dilférens points ; mais fi l’on voulait faire quelque chofe de plus précis, on pourrait employer la méthode que je vais expliquer.
- . 122. Suivant l’ufage de Paris & d’Alface , chaque patron doit porter vingt cartes ; & chaque carte doit avoir avoir trois pouces une ligne de hauteur, & deux pouces une ligne de largeur: d’où il fuit que le cardon fur lequel onN veut faire le compalfage , doit.avoir douze pouces quatre lignes de hauteur, fur dix pouces cinq lignes de largeur, parce qu’il doit contenir quatre cartes de hauteur, lur cinq de largeur. Le carton deftiné au compalfage, doit excéder cette dimenfion de quelques lignes, &être bien uni & bien drelfé.
- 123. On formejrafur ce carton un cadre ABC D {planche I,fig. 9 ) , qui aura précifément douze pouces quatre lignes de-hauteur A C;, ou B D , & dix pouces cinq lignes de largeur AB, ou CD. Obfervez que çfieftla ligne intérieure qui forme le cadre ; ce qui'l’excedetierà rogné.,x> >. I >1.. -
- 124. 'On divifera la.longueur,de la feuille en cinq parties égales par quatre traits 2,2;3,3;4,4;5,Sî qui doivent, être à deux pouces une ligne les uns des autres : ce qui établira la largeur des cartes. ; \<s:
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- ART DU C A RT I E II
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- i. ï2p On diviferà les lignes A C,&B D , en quatre, par les trois traits 7,7» 8 » 8 K 9 j 9- H doit f avoir trois pouces une ligne d’un trait à l’autre : ce. qui fixe la longueur de la carte.
- 126. On diviferà en deux les efpaces 1,232,33 3,4 5 4,^35,63 par les-lignes 10, 105.11,-115 12, 125 13, 13 ; 14, 14. C’eft fur ces lignes qu’on placera les as, les 2 , les 3 , le point du milieu'des 5 & des 9, les deux points'des 8 & dés ior, & le point d’en bas des 7.
- 127. On diviferà en deux les efpaces 1,757,8 5 8,9 > 9 » 1 î par les lignes ifpif; i6y.i6y 17’, 1.7j & 18, i8- C’eft fur le point d’interfedion des lignes horifoutales'par les verticales , qu’on placera les as, & le point du milieu des S & des 9 : ainfi a ell ce point.
- f 128- Il faut à cinq lignes de diftance des lignes 6, 9 , & 1,6, tirer les parallèles 19, 195 20,20. C’eft au point d’interfedion de ces lignes par celles qui divifent en deux.les cartes, favoir, en^, b, qu’on placera les points des 23 & fi l’on met au point a un as , on aura un 3.
- 129. Tirez à cinq lignes de diftance des lignes 2,23 3,3 3 les parallèles
- 21, 213 22, 22 3 & ce fera aux points c,c ,c,c, qu’on placera les 4. Si l’on met un as en a, on aura les 5 3 & pour avoir des 6 , on placera un point en d & où les lignes c, c, font coupées par les lignes 18 , 18* En divifant l’efpace cd en deux, & portant l’ouverture de compas fur la ligne du milieu de a en bas, ou aura le point *,où doit être placé celui du. 7, & en haut le point /qui ell celui du 8- j
- 130. Si après avoir placé les points c,c,c ,c, comme pour les 4, on divife les lignes c, c, en trois parties égales, on aura les points g, g, pour les 9 & les 10 : en ajoutant le point a , on aura donc le 9 3 & pour les 10 il faudra placer les points e,/’, comme pour les g- En fuivant cette petite méthode, on aura des compalfages plus régulièrement tracés qu’ils ne le font communément.
- - 131. Pour frapper les points, il faut pofer une imprimure fur un billot de bois, puis placer dellusfort exadement un compaflage, les affujettir enfem-ble avec des clous d’épingle, & au moyen d’un emporte-piece*& d’un maillet, emporter les points 3 & alors les patrons pour les points feront en état de fer-yir aux peintres. ...
- - ’ §. XXIV. Patrons pour-les têtes & valets.
- iop • \ .... j.e mi j
- 1*132. On prend une imprimure. 8c une feuille descarton où les figures foient moulées5 on ld choilît bien unie &ftàns plis 3 b nia pofefiir Yimprimure , & on 1 y alfujettit avec des clous d’épingle^ enfuite avec un petit couteau pointu & bien tranchant, ou avec une elpece de canif, on découpe toutes les parties qui doivent être en jaune, coupant à la fois & la carte & Y imprimure. C’eft ce qui forme le patron jaune, i* : . 133.
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- 133. On pofe le même carton moulé, qu’on nomme une faute, {ut une autre imprimure, pour découper tout ce qui doit être en rouge, & alors on a le patron rouge : on agit de même pour faire le patron bleu, le patron gris , & le patron noir.
- 134. Ceux qui ne font pas bien habitués à ce travail, prennent des cartons peints, pour ne fe point tromper dans les couleurs qui doivent faire chaque patron.
- 13 Il arrive quelquefois que le papier qui fertà marquer les traits qu’il faut découper, a des défauts, principalement quand les moules font neufs ; en çe cas on découpe en fuivant fon idée, afin que les cartes foient bien enluminées.
- 136. Nous avons dit plus haut qu’on enlumine les têtes, rois, dames & valets noirs , avec cinq couleurs : il faut donc pour ces cartes cinq patrons i & il n’en faut que quatre pour les valets rouges, parce qu’on n’y emploie point le noir.
- 137. Il faut en outre marquer avec l’emporte-piece fur chaque patron le point cœur, carreau, trefle ou pique, qui appartient à chaque figure : il eft fenfible qu’il faut emporter les points trefle & pique fur les patrons noirs, & les cœurs ainfi que les carreaux fur les patrons rouges.
- 138-On a pu remarquer que la plupart des carriers obfervent, pour les cartes de points, d’entre-mèier les cartes qui portent diftërens nombres de points : ils difent que c’eft afin que leur aflortiment ne foit point dérangé quand il arrive quelque accident à un carton.
- 139. Les cartons étant faits, & les couleurs préparées, je vais entrer dans le détail du travail-du peintre. ,
- §. XXV. Maniéré de peindre ou enluminer les cartons.
- 140. Pour peindre les cartes de points, le peintre {planche /, fig. 6 ) à côté duquel eft un tas de cartons doubles, en pofe un devant lui, qu’il recouvre d’un patron.
- 141. Il prend avec un petit goupillon, de la couleur qui eft dans un pot, & il la met à fa droite fur une planche qui fe nomme platine-, il tourne fur cette platine une grolfe brofle ou pinceau (planche I ,fig. 12), pour le charger de la couleur qu’il doit appliquer : il pafle cette broife à plusieurs reprifes 9 mais légèrement, fur le patron, pour que la couleur s’imprime dans tous les endroits ou él y a des ouvertures au patron qu’il leve enfuite doucement i il pofe le carton double qu’il a enluminé à fa gauche , afin que la couleur fe ieche avant qu’il en ait peint un autre : ainfi, quand il a fini de peindre tout un tas fur un côté, il le reprend pour le peindre de l’autre. •
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- 142. Comme il faut avoir une certaine quantité de chaque carte de points' pour faire l’affortiment des jeux, les cartiers fe font une habitude dépeindre-un nombre de’ cartes avec un même patron. A l’égard des tètes , on pofefuo eeflivement fur les traits que le moule-a tracés, les quatre ou cinq patrons, des différentes couleurs ; & les ouvertures des patrons qui laiffent apperce-voir les traits de la gravure, fervent à placer convenablement le patron fur les empreintes du moule ; de forte qu’il n’y ait point d’interruption entre les couleurs , ce qu’on appelle des fenêtres.
- 143. Un habile ouvrier peut peindre foixante-douze à quatre^-vingt mains de points par jour.
- §. XXVI., Séparer les cartons de figures & de points.
- 144. Quand les cartons font peints, ou, comme on dithabilles des deux côtés , on fépare les doubles. Un ouvrier peut féparer en un jour quatre cents, cinquante mains de cartons : cette opération s’exécute bien plus promptement que fur les étrefies , parce qu’il n’y a que deux cartons à féparer.
- 145. On prend un couteau de bois , qu’on appelle bâton: à Jeparer , comme pour les étrefies ; après avoir déchiré un petit coin du carton, on paffe le couteau entre les deux cartons, on fépare les doubles, & on les poie l’un fur l’autre, laiffant une petite retraite pour que le chauffeur puiffe les lever plus aifément.
- 146. Quand les cartons ont été féparés, ils font ternes, & les couleurs font peu brillantes. L’opération de les liffer leur tient lieu de vernis , & rend les cartes coulantes quand on les bat 5. il faut maintenant, expliquer comment on fait cette opération.,
- §. XXVII. Du^ chauffage & dît liffage..
- 147..LA liffe eft ce qui donne aux cartes le luifant qui; fait un de leurs principaux mérites ; & comme pour les liffer il faut que les cartons foient non foulement bien fecs pour que la peinture ne s’étende pas, mais encore qu’ils; foient fort chauds, il eft néceflaire de dire comment on les chauffe..
- 148'. Le chauffoir eft une caiffe de tôle carrée, fupportée fur dès pieds comme ceux d’une tâble f planche l, figure 14) ; on met de la cendre au fond de cette caiffe, & on allume deflus des; charbons ; on pofe fur les bords de cette caiffe une cage qui eft formée par quatre bandes de fer plat, dont les bouts forment de grandes agraffes ou crochets. On établit entre cette cage: & les agraffes quatre planches minces qui, étant affemblées par leurs bouts.,, forment une elpece de caiffe fans fond i. ces planches font mifes ainfi pour*
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- retenir dans l’intérieur de la cage la chaleur des charbons : on pofe dans les mêmes crochets, entre les planches & la cage , quatre cartons , la peinture tournée vers le feu : ils prennent en peu de tems allez de chaleur pour qu’on ne puilfe pas tenir le dos de la main appuyé delfus. Il faut prendre garde qu’ils ne roulîilfent. On en retire un qu’on pofe à plat fur le delfus de la cage, toujours la peinture tournée du côté du feu , & ou met un nouveau carton à la place de celui qu’on vient d’ôterj on ôte fur-le-champ un autre carton qu’on pofe horifontalement fur la cage, fous celui qu’on y a placé en premier lieu, & l’on remet un nouveau carton dans les agraffes, à la place de celui qu’on vient d’ôter. On fait la même chofe pour le troifieme & le quatrième carton -, & quand il y en a quatre fur le delfus de la cage, on les ôte, & on les pofe fur une chaife où l’on fait un tas de ces cartons chauffés. Quand par la répétition de cette opération qui s’exécute alîèz promptement, le tas a pris une certaine épaiifeur, on le porte au favonneur,
- §. XXVIII. Travail du favonneur.
- 149. Il eft nécelfaire, pour que la liife n’égratigne pas les cartons, de fa-vonner légèrement leur fuperficie avant de les lifter.
- ifo. Pour cet effet, le favonneur fe place vis-à-vis une pierre forte & bien unie, ou une table fblide ; & ayant à fa gauche un tas de cartons échauffés, & à fa droite un pain de favon , il pofe devant lui un carton, la peinture en haut, parce que c’efl cette furface qu’on fe propofe de lifîer. Il prend dans fa main droite un frotton ou favonnoïr, qui eft fait avec des pièces de vieux chapeaux bien dégraiifées , fermement coufues les unes fur les autres-, & en quantité affez fuffifante pour que le frotton ait près de trois pouces d’épaif. feur -, fa longueur eft de huit à neuf pouces.
- 151. Il paife çe frotton fur le pain de favon à fec j enfuite il va en frotter le côté du carton qui eft peint, & y laiftb une légère impreffion de favon, qui fufïit pour faire couler le liifoir.
- §. XXIX, Travail du liffenr.
- 152. Le liffoir (planche I, figure 7) eft compofé principalement de cinq
- pièces -, favoir, une table folide <z,fur laquelle eft un marbre noir poli b, qui doit être un peu plus grand que ne le font les cartons. C’efl fur ce marbre qu’on les pofe pour recevoir l’impreffion de la liife c, qui eft un caillou noir n (planche I, figure 15), de la nature du Jilex, ou de la pierre à fufil. On l’aiguife fur un grès fort dur, pour drelfer à peu près deux faces parallèles, & afin que le delfous o, qui doit appuyer fur le carton, forme un quart de rond exactement poli. Mm mm ij
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- 153. Ce caillou, qu’on garnit par en-haut d’un peu de linge, entre à force dans une mortaifep ( planche, I, figure 1 f ) ,. pratiquée dans un morceau de bois quarré de cinq pouces de hauteur, & de pareille .largeur, fur deux pouces & demi d’épaifleur : on le nomme la boîte, Ce) caillou y eft ajufté de maniéré qu’il excede la mortaife d’environ un demi-pouce ( voyez n, figure 16). Aux deux bouts de la piece de bois dont nous venons de parler,font deux poignées qu’on nomme manchereaux, & que le lifteur tient des deux mains pour faire agir la Me , comme on le voit dans la: figure 7. Au-deffus de cette piece de bois qui fert de chappe ou de boîte au caillou, il y a une entaille circulaire N ( figures 1 f & 16),au milieu de laquelle on a ménagé une languette qui entre dans une-autre entaille, ou enfourchement pratiqué à l’extrémité de la perche verticale M (figure 17). Cette perche eft arrondie au bout d’en-haut, comme une portion de fphere, & cette partie eft reçue dans une calotte de bois qui eft ajuftée au bout d’une planche qui, étant attachée aux folives par fon autre bout, fait reffortpour appuyer fortement le caillou contre le carton c,.qui eft couché'fur le marbre b. Par ce moyen le lilfeur n’a qu a pouffer & retirer à lui la liffe fur toute l’étendue du carton, qui prend alors ce brillant qui diftingue les bonnes cartes d’avec les-communes/Cette opération ne laiffe pas d’être fatigante.
- 1^4- Au bout de la planche, il y a une corde qui répond aux pieds qui fupportent la table ; elle fert à charger ou à décharger la liffe, fuivant que le carton a befoin d’être rabattu. ; - , • :u
- iff. Souvent* on lifte le côté peint, avant de dédoubler ou féparerles ’ cartons ; en ce cas on favonne & on lifte les deux faces des doubles.
- <> 156. La liffe fait ordinairement prendrerune courbure aux cartons; il les faut alors redreffer, ou, comme l’on dit, dreffer Ü ouvrage. Pour cela, le lilfeur prend quatorze ou quinze doubles, & les pliant en fens contraire , il les rend prefqüe droits. ' .. * . -
- i ï'S7, Quand les cartes ont été liffées du côté de la peinture, on les porte au chauffoir, pour être chauffées du côté qui n’eft point peint ; enfuite on les favonne & on les liffe de ce même côté ; & après ces opérations qui font les mêmes que celles que nous venons d’expliquer, les cartons font en état d’être portés aux coupeurs.
- 158* Nous remarquerons feulement qu’on chauffe plus vivement le derrière des cartes, que le côté des peintures : on les lifte aufti plus ferme, & avec un caillou plus arrondi que celui qui a fervi à lifter le côté des figures.
- 159. Un ouvrier habile peut liifer trente -fix à quarante mains par jour ( 17);
- 160. Les cartiers,liftent ordinairement leur ouvrage par boutées : une b ou-
- % ' ; U r. .
- (17) On lui donne trente fols par jour , pour faire un travail fort pénible. •
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- tée eft compofée de quarante fixains, & contient plus ou moins de cartons, fuivant Pefpece de-jeux auxquels on les deftine. . ' e', ’
- ï6i:-Le nombre de cartons ne varie'jamais pour les têtes & les valets, parce qu’il y en a toujours-la même quantité ’danè toutes les1 elpeces de jeux/ J 62. On fubdivife les boutées par patrons. On enténd par ce nom une quantité de chacune des efpeces de cartons qui fervent à former les boutées ; & cette quantité eft plus ou moins forte, fuivant le nombre & l’elpece de cartons qu’on veut réduire enjeu. Rendons ceci plus clair.
- ,163. On comprend dans les patrons de1 têtes, les valetsjrouges : les patrons de gros jeux font les dix , les neuf &!les; huit ; lés patrons de bas jeux font les fix; les cinq, les quatre, les trois & lés deux; enfin les fept & les as font peints enfemble fur un même patron. ? rr : -
- 164.. Une boutée de quarante fixains de jeuxrentiers eft compofée de cinq mains de tètes , d’une main de valets rouges , de huit mains de gros jeux1, de deux mains de fept & as i & de dix mains de bas jeux.
- 165. Get ëxemple’indique ce qui doit compofer les boutéesde quadrille, piquet & brelan , defquels il faut retrancher le gros & le bas jeu.
- 166. Ilf y a des maîtres càrtiers qui ne compofent léUrs 'boutées'que de vingt ou trente lixains, ce qui dépend de leur débit mais’dans ce cas; il 11’eft queftion que de proportionner le nombre de feuilles que chaque patron doit1 contenir, à la quantité de fixains qu’on veut fabriquer. - :
- 167. Plusieurs maîtres càrtiers ont foin d’avoir en mggafin beaucoup fde boutées de toutes'-elpeces, liftées par-devant, afin d’être en état de fatisfaire plus promptement aux demandes qu’on leur pourrait faire; &• ils ne liftent le derrière 'de leurs-cartons'qu’à mefiire qu’ils veulent lès réduire en- caftes , parce que l’air altéré toujours un peu lé luifant que là lifte donné aux cartes,
- & qu’ils ne peuvent conferver avec trop d’attention la beauté de leur ouvrage pour le derrière des cartes. k: - . . :’r! ; : ' -r'
- * 168. Un bon ouvrier peut lifter par jour, des deux côtés -, vingt bu vingt-cinqmains de cartons-, en donnant vingt-quatre coups délifte" à-chaque' côté du carton. Les ouvriers qui ne donnent que feize coups* de-lifte font un tiers plus 'd’ouvrage, mais’é[ui n’éft pas fi beauf ü :nj --'J J Y;* ;
- r O X'OT -.à i; '/ -.ay! 0.„> •;> .T: <:<, '
- §d’XXX.f Mener au cifeau,\-oü cmper Us'cartons. • ' L •.
- 169. Lorsqu’une boutée de cartons eft liftée par le côté des peintures & par le derrière^ il faut-là redüiré en cartes-, •&‘boulimies cartes’de -têtes'entre lés traits qui encadrent lès figurés & les eàftës-de peint'sU'é la mèmè grandeur;'’ h 176. Quand ''oiUfàdt^attention -à fégàlit^ :^uinfè trouve 'entre toutes les; cartes * qui -forment un-s jeu y oméft-pof té0à°èf biréf quê ÿ pnur les ‘couper^ il 3
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- fallu les réunir , & les ferrer dans une prelfe, comme fi elles ne faifaient qu’un feul corps > en un mot, à peu près comme les relieurs coupent la tranche d’un livre. Mais il en eft tout autrement : les cartes font toutes coupées fépa-rément avec des cifeaux $ & quoique le<cartier ne foit guidé par aucun trait pour les cartes de points, elles font précifément de la même grandeur, & aulîl régulièrement coupées que les figures i & ce qu’il y a encore de plus fingulier, c’eft que l’ouvrier coupeur peut atteindre aifément à cette préci-lion, fans y mettre beaucoup d’adreife. Son ouvrage fera prefque toujours bien exécuté, quand il aura exactement ajufté fon établi.
- 171. C’est prefqu’à ce feul point que fe réduit la fcience du coupeur.
- 172. Tout homme adroit & intelligent parviendra à couper aifez régulièrement une feuille de tête, mais il y emploiera bien du tems, & il faut que l’ouvrage s’expédie fort promptement & avec précifion j c’eft ce qui fait que les bons coupeurs font fort rares.
- 173. Avant de mettre aux cifeaux l’ouvrage liifé du côté de la peinture & par le derrière, il faut le redrefer. En liffant les feuilles par le derrière, l’ouvrage a pris une, courbure dont le côté blanc eft la face concave. Pour bien couper, il faut au contraire que la partie peinte foit concave : ainfi, comme nous l’avons dit, on rompt ou 011 dreffe l’ouvrage ( car on fe fert de l’un & l’autre terme ) > en un mot, on fait enforte que les feuilles faffent un peu la gouttière, dont la face peinte foit l’intérieur.
- 174. L’établi d’un coupeur confifte, i\ en une table bien folide a a (planche I, figure 8') > 2°. en un étau b (fig. 8 & 10) j 3°. en deux cifeaux, un grand & un petit.
- 17*. Le grand cifeau qui fert à rogner & à couper les cartons en quatre bandes qu’oh nomme coupeaux, a de longueur à la partie tranchante, depuis le clou jufqu’à l’extrémité de la lame, environ vingt pouces.
- 176. Les petits cifeaux, dont les lames ont dix à onze pouces de longueur,
- fervent à recouper les coupeaux en cinq parties , parce que chaque coupeau doit fournir cinq cartes. On voit le grand cifeau défaifemblé V, u (fig.l-i ) , & en pofition c (fig. 8 ). _ ;;
- 177. L’étau eft une planche épailfe de deux bons pouces, & qui a douze à treize pouces en quarré : elle eft repréfentée féparément en Z (fig. ro). On voit au bas deux forts tenons 4,,4, qui doivent entrer dans des mortaifes qui font au-delfous de la table, &y être fermement alfujettis dans une pofition verticale par des coins f f. On voit l’étau en place b. (fig. 8 ).
- 178. L’usage de. cette planche qui s’élève verticalement fur la table eft> qu’en appuyant fur la furface Z un} des bordes du carton, le cifeau coupe les cartes précifément dp la longueur & largeur qu’elles, doivent ayoir : ainfi il faut que les lames du grand cifeau foient placées bien parallèlement à la face Z
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- de rétau b, afin que les cartes ne foient pas plus larges à un bout qu a l’autre.. Il faut encore qu’il y ait précifément entre la ligne des tranchets du grand, cifeau, & la furface Z de l’étau, une diftance égale à la longueur que doivent avoir les cartes. Le petit cifeau doit être plus près de fon étau, parce qu’il coupe les cartes de largeur..
- 179. L’art du coupeur confifte donc principalement à bien aflujettir fur là table les étaux & les cifeaux , de façon que la ligne, du tranchant des cifeaux foit bien parallèle à la furface Z des étaux , & qu’elle en foit exa&ent éloignée de la longueur de la carte pour les grands cifeaux,. & de la largeur pour les petits. v
- 180. Outre cela,, pour fe donner encore plus de facilité, il pique fur la furface Z de fétau deux ou trois pointes, de fer 3,3,3 {fig- 10 ) fur une-ligne qui eft inclinée à la furface de la table, d’une même quantité que le tranchant des- cifeaux eft à l’égard de la même table, afin qu’èn faifant re- ; pofer les cartons fur les pointes 3 , 3,3, ils fe trouvent dans la poiîtion qui convient pour être coupés par les cifeaux, & qu’en appuyant le bord du carton contre la furface Z de l’étau , fuivant la ligne ponduée b r b (, fig. 10
- la carte foit exadement coupée ,-lans que ce travail exige beaucoup d’adrelfe de la part du coupeur. Mais il faut pour cela que les cifeaux foient folidement & invariablement attachés à la table.. Voici comme 011 fatisfait à cette importante condition.
- 181. L’extrémité 2 de la lame V (fig-ny , eft recourbée; & cette partie eft'arrondie pour pouvoir entrer dans un trou qui eft à la table a de la fig. 8- Elle y eft fermement alfujettie en cette fituation, ou avec une davètte qu’on frappe par-deflbus la table y ou avec un écrou, quand cette branche eft taraudée. Les deux branches des cifeaux V , u, doivent être réunies par un clou ; ce clou eft à vis, & il traverfe non feulement les queues Z Z du cb feau, mais encore la piece de fer en enfourchement x. Ainlï, après avoir fait entrer la partie x dans la table, & l’y avoir alfujettie par l’écrou .y , on place les deux lames V, du cifeau , dans l’enfourchement par le clou à. vis y ; & au moyen de l’écrou , le cifeau fe trouve folidement affujetti dans la pofition que le coupeur doit lui donner. Ce n’eft cependant pas encore tout.: comme les lames font fort longues, il convient d’empêcher qu’elles, ne plient. Pour cela, l’extrémité de la lame V eft reçue entre les deux platines de fer arrondies 1 & 2 (fig. ro ), qui font à Fextrêmité du clou à vis y, qui entre dans le trou C de l’étau, où on le fixe , au moyen de l’écrou b ; de lorte que la lame V eft retenue en troiss endroits ; d’abord par là branche.. 2 enluite à l’endroit du clou par la piece d’enfourchementX, & enfin à fon extrémité: X par les rondelles 1 & 2 , qui font au bout du clou à vis a.
- i&2. Au moyen de cette derniere piece * on parvient, en ferrant plus ou:
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- moins la vis qui traverfe l’étau, à rendre le tranchant des lames bien parallèle au plan de cet étau.
- 183. Le coupeur, après avoir bien dilpofé le grand & le petit cifeau avec leur étau, fe place devant la table , comme on le voit pi. I^fig. 8- Il prend de fa main gauche un carton au tas qui eh à côté de lui, & il rogne le carton> c’eft-à-dire, qu’il emporte avec les grands cifeauxtoutce qui excede au bout d’en haut le trait qui forme le cadre général, ou qui renferme toutes les figures , en coupant, comme difent les ouvriers, entre le champ de la barême & celui de la carte : je parle ici- des tètes. Il rogne de la même façon le côté droit : cette opération qu’on nomme rogner eft néceifaire pour drelier les bords du carton, afin qu’il puilfe dans la fuite s’appliquer exactement contre la furface de l’étau, & elle exige plus d’adreife que les autres , parce que le rogneur n’eft pas guidé par l’étau. Pour peu qu’on y falfe attention , on appercevra qu’il fuffit de rogner le haut de la carte pour trancher les coupeaux, c’eft-à-dire, pour divifer le carton en autant de parties qu’il contient de cartes en hauteur ; ce qui s’appelle traverfer. De même il fuffit d’avoir rogné le côté droit du carton, pour guider le coupeau, lorfque, avec le petit cifeau, il divifera les coupeaux en cinq parties , ce qu’on appelle trancher par cartes.
- 184- A l’égard des cartes de points , on eft guidé, pour rogner , par de petites marques triangulaires qui font défignées fur le patron des points rouges (pi. II) par les lettres abcd. Au refte , on peut rogner un peu plus loin, ou plus près , fuivant que le compaffage le demande.
- l8f. Le carton étant rogné, comme nous venons de l’expliquer , par le haut & par le côté droit, le coupeur ouvre les cifeaux ; il paife le carton entre les deux lames ; il en appuie le bord contre la face Z de l’étau (fig. 10 ) ; il laiife le carton repofer fur les pointes de fer 3 , 3 , 3 ; après quoi , en fermant le cifeau, il coupe une tranche qui porte cinq cartes, & qu’on nomme coupeau.
- 18*- Quand il a divifé les cartons par coupeaux, il lesjramaife, il les réunit, & les pofant verticalement, ou par le tranchant fur la table, il retire celles qui débordent, pour les repalfer au cifeau: c’eftlà ce qu’on nomme ajujler. f
- 187. Quand les cartons ont été divifés par coupeaux , & ajujUs , on les corrompt ; c’eft-à-dire, qu’en en prenant cinq ou dix entre les deux mains , 011 les plie un peu dans le fens de leur longueur, pour les rendre concaves du côté de la peinture. Cette forme eft plus commode pour les mener au petit cifeau ; c’eft-à-dire, pour divifer les cartes avec plus jde: facilité. Au refte , cette opération qu’on nomme trancher par cartes , s’exécute comme pour trancher par coupeaux; & en formant les coupeaux, ainfi qu’en divifantdes cartes, on rogne le côté gauche & le bas du carton qui ne i’apas été en premier lieu.
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- ï 88* Un habile coupeur peut, en un quart-cTheure,' mener au grand & au petit cifeau une boutée de 40 fixains de jeux entiers, & à proportion une plus grande quantité de petits jeux 5 ce qui fait environ 80 mains par j our
- §. XXXI. Du travail fur la table,
- i.
- 189* Il y a dans les atteliers des cartiers une grande table devant laquelle s’alfeyent plufïeurs ouvriers : on porte fur cette table les cartes coupées ; il refte à les affortir, à les trier 9 jeter 9 recouler , & envelopper par jeux 8c fixains* Expliquons en détail ces différentes petites opérations.
- §. XXXII. Affortir , trier, & recoûler,
- Ï90. Assortir , c’eft ranger les cartes de façon que toutes celles d’une même efpece fe trouvent enfèmble, par exemple, tous'-les rois, toutes les dames, tous les valets, as, dix , &c.
- 191. On prend un patron, qui effc, fiiivant les différentes fabriques, de cinq à fix mains & ouvrage j les fix mains forment trois cents cartes mêlées les unes avec les autres, fuivant l’ordre des moules ou des patrons.
- 19 Z. Si ce font des figures, on commence parla dame de pique qu’011 pofe fur la table, & à côté de cette dame, le.roi & le valet de pique1 j puis fur la même ligne , roi & dame de cœur, roi & dame de carreau, valet, roi & dame de trefle : ce qui fait dix cartes fur une même ligne, ou la moitié d’une feuille. On arrange les dix*autres de même, un peu au-deffus : s’il n’y a point eu de déchet ou de mêlage au petit cifeau, toutes les cartes de chaque forte doivent fe trouver à leur place.
- 193. On arrange de même les points rouges 8c noirs : à l’égard des valets
- rouges, ils s’affortiifent en deux tas feulement,au lieu que les têtes s’affor-ttifent en vingt tas, moitié fur une ligne, moitié fur une autre, & qu’011 réunit enfemble par fortes. . . •
- 194. En même terns on trie 8c on recoule. Le recoulage confifte à enlever avec
- un petit couteau pointu ou un canif, toutes les ordures ou les bros qui pourraient s’appercevoir fur les deux furfaces de la carte : le triage n’eft autre chofe que laféparation des cartes vicieufes, que l’on met dans une barrique pour les vendre à la livre. *. .u: .j <. ri; -o:j
- 195:. Le trieur prend une forte de cartes, rois, dames ou valets, n-importe : il Les fait couler de la main droite dans la main gauche-/pour voir s’il n’y a point de décollage, ou de cartes barbouillées. Lorfqu’il en trouve , il les met à part 5 il les fait encore repaffer du côté du blanc; ’& s’il s’apperçoit qu’il y ait quelque ordure, il l’emporte avec une pointe tranchante.,
- Tome IV. N 1111 n
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- A R T' JD U CARTIER.
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- ’ 196. On fépare auffi les cartes blanches d’avec les brunes, & celles qui font encore plus imparfaites ; ce qui fait trois qualités de cartes : les plus belles fe nomment la fleur ^ parce qu’elles font les plus blanches & les plus nettes ; la fécondé forte fe nomm q premières ou premier fond ; la troifieme forte, fécondés ou fcc end fond.
- 197. Quelques-uns font une quatrième forte, qu’ils nomment maîtrejfes ou triailks ; enfin les cartes tachées ou décollées font mifes au rebut, forment le déchet font vendues à laiivre. Il fe trouve ordinairement fur une boutée de quarante fixains, deux à trois fixains de cartes décollées & défetftueufes ; deux à trois fixains de maitrejfes ; deux à trois fixains.de premières & fécondés. Le relie eft réputé cartes de fleur ; & comme tous les jeux fe mêlent dans les fixains , & palîent à la vente , le déchet a peut-être été à fix ou fept pour cent.
- 198- Pour plus grande exa&itude , il faut recoukr les fortes déjà triées , pour examiner fi les nuances font égales ; car un jeu qui eft entièrement com-pofé de cartes un peu brunes , n’eft fujet à aucun inconvénient ; au lieu que des cartes brunes mêlées avec des cartes blanches, peuvent être connues. Ceft pour cette même raifon qu’on met les cartes grattées au dernier triage. A l’égard des trois premières fortes, on peut fans inconvénient les mêler dans, les fixains.
- 199. On repalfe auffi les cartes de triage, foit pour rebuter celles qui font trop mauvaifes, foit pour mettre au dernier fond celles qui font peu défec-tueufes.
- . 200. Les cartes étant triées & alforties, on les jette, on forme les couches, on fait la; boute, ces termes font fynonymes ; c’eft-à-dire , qu’on les raffemble par jeux que l’on arrange dans une boîte à laquelle il manque un côté (pl. /, fig. 8 5 c )• Cette boîte le nomme boute.
- 201. Il eft bon de fe rappeller ici qu’on diftingue les jeux en grands ou entiers, & en petits : ceux-ci font les jeux d’hombre , de piquet, &c.
- 202. Les-jeux entiers font compofés de cinquante-deux cartes; car dans chaque couleur il y a un roi, une dame, un valet, & une de chacun des points , depuis l’as jufqu’au dix inclufivenïent; ce qui fait treize cartes qui, multipliées par quatre, forment le nombre de cinquante-deux.
- 203 J! Les jeux d’hombre font de quarante cartes, parce que les 8 5 9 » & jq y manquent.b
- 204. Les jeux de piquet font de 32 cartes; as, rois, dames, valets, 1 fept, huit, neuf, & dix. . <1, -M si*:-.
- b 205., Le jeu deda comete eft de 4$ cartes; le try, de 30 cartes ; le.brelan, de28-' u- .( a. r «.
- 206. Pour faire les couches de la boutée, on prend l’as’de pique ou de trefle, & l’on commence par les plus belles cartes qu’on nomme la fleur. On pofe fix cartes au bout l’uue de l’autre fur une table, & en continuant jufqu’au
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- ART DU CA RT î È R.
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- bout, où l’on trouve des cartes retournées, qui font celles que ne doivent point entrer dans les jeux* '
- 207. Si les patrons font de fix mains d’ouvrage > on doit faire 44 fixains d& cartes fines, & 4 ou f fixains de cartes communes 5 ce qui fait 49 fixains corn-pofés de 294 cartes de chacune forte : il en doit refier fix qu’on pofe au bout de la table. S’il fe trouvait quelques cartes de moins, il faudrait examiner fi elles ne feraient point mêlées dans les autres jeux; mais fi elles étaient tombées dans les rognures , on les remplacerait alors par d’autres cartes de même forte.
- 208. Quand les jeuxfont complets, on les enveloppe dans des papiers qui portent le nom & l’enfeigne du fabriquant » & qui désignent l’efpece de jeu j piquet, quadrille, &c. ce qui s’appelle ployer en jeu ; & on a l’attention qu’au bout de chaque fixain il fe trouve un jeu de fleur, ce qu’on nomme faire la touche,
- 209. Un habile ouvrier peut par jour ajfortir , trier, recouler, jeter ou réduire, envelopper en jeux & fixains une boutée de 40 fixains de jeux entiers; mais comme cette boutée exige plus de travail que les autres efpeces de jeux » il y a très-peu d’ouvriers qui puiifent feuls remplir cette tâche.
- §. XXXIIL Maniéré de faire les marques.
- 210. Les papiers pour envelopper les jeux & les fixains, fe tirent fur un moule de bois ou de cuivre » précifément comme les têtes. Les noms des jeux: entiers» piquet» médiateur, comete, font gravés fur une piece amovible qu’on rapporte fur la planche» & qu’on nomme plateau * de la même faqoiî que le nom du cartier fe rapporte fur les cartes de figures.
- 211. Comme chaque jeu a une enveloppe particulière, & qu’on en fait encore des paquets par fixains » les cartiers ont deux moules qui ne different qu’en grandeur.
- ' §. XXXIV. Réflexions générales.
- 212. Suivant les ftatuts des maîttesxartiers de Paris » les ouvriers ne peuvent travailler aux cartes en été » que depuis quatre heures du matin, jufqu’q huit heures du foir ; & en hiver , depuis cinq heures du matin, jufqu’à neuf heures du foir. Comme il eft d’ufage d’accorder aux ouvriers trois heures pour leurs repas, le tems du travail effedif eft de treize heures » pendant toute Pannée.
- 213. Les cartes fe vendent par jeu » par fixain * & par groffk
- 214. Les cartes de Paris font fort eftimées. La perfection des cartes confifte à être très-blanches, fur-tout par-derriere, exemptes de toutes taches ; que les couleurs ne foient point traverfées, mais bien tranchées. Elles doivent de-
- Nnnn ij
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- ART DU CARTIER.
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- plus être fermes, fouores, bien lilfées, &; coulantes : cette propriété manque à celles des meilleures fabriques, quand on les a tenues dans un lieu humide ;
- ç’eft pourquoi on doit les faire fécher 2i Avant l’impôt quia été mi avaient fervi, pour en faire ce qu’eut eft défendu maintenant. (18)
- , (18) O.n ne doit pas. regretter que l’impôt tombe fur une denrée aufli peu utile, & dont la fureur du jeu a fait une branche très - importante de la ferme ; mais on ne peut s’empêcher de remarquer , par rapport à la France & aux autres états, où l’on a mis un impôt conftdérabie fur les cartes , i°. que la ferme ayant établi^une marque pour les cartes, ne permet point que l’on donne aux figures une forme plus agréable-, ce qui décrédite les manufactures. 2°. Les vifit.es des commis , les procès-verbaux & mille autres vexations ruinent les maîtres , & les forcent à s’établir dans les pays où les fouverains laiflent en liberté ce genre de fabrication, Il eft démontré par l’expé-
- ivant de s’en fervir. s fur les cartes , o.n rognait les jeux qui nommait des cartes refaites 5 mais cela
- rience, que pour retirer eet impôt, on perd les manufactures de cartier, & les familles des m aîtres & des ouvriers ; on ruine quan» tité de citoyens f on nuit au commerce en général ; & au lieu de retirer l’argent dé l’étranger , on en exporte pour acheter en contrebande de jolies cartes. Ainli l’impôt fur les cartes, comme celui de fa marque des cuirs, reffemble à l’économie d’un homme qui arracherait des vignes de bon rapport, pour gagner quelque argent en vendant du bois de chauffage. Efpérons que le tems eft venu où le commerce & les arts jouiront en Europe de la liberté, fans la.» quelle ils 11e fauraient fleurir.
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- EXPLICATION DES PLANCHES.
- Planche I.
- JFigure i. A, grande chaudière de cuivre, montée fur un fourneau, fervant à cuire la colle. ( 19 )
- B , bouche du fourneau, par laquelle on met le feu.
- C , ouvrier qui verfe de la fleur de farine ou de l’amidon délayé avec de Peau, dans la chaudière , pour cuire la colle.
- D, ouvrier qui remue, avec un trognon de balai, ce qui eft dans la chaudière , pour empêcher que la colle ne brute,
- Fig. 2, A, tas de feuilles mêlées.
- B, colleur tenant fa brofle à coller de la main droite,
- C , vailfeau dans lequel eft la colles
- Fig. 3 , piqueur qui épingle des feuilles collées.
- Fig. 4, ouvrier qui porte un tas de feuilles collées & épinglées à l’étendoir. Fig. f , feuilles au féchoir.
- Fig. 6 > peintre. A , tas de cartons à peindre.
- B, pot où eft la couleur.
- C, pierre fur laquelle on met la couleur.
- D , tas de cartes peintes.
- Fig. 7, lifleur en atftion de travailler, b , marbre fur lequel le carton eft pofé. c, perche du Moir,
- Fig. 8 5 ouvrier trancheur au travail. b, luteau.
- c , ouvrier menant les cifeaux. j rdç tas de cartes peintes1, prêtes à être coupées. e, boîte pour bouter & arranger les jeux.
- Fig. 9 , compaflage. Voyez §. 115 & fuivans.
- Fig. 10, étau du trancheur: 3 , pointes fur lefquelles on lailfe repofer les bords du carton fuivant l’inclinaifon indiquée par la ligne ponétuce 6,6: 4, 4 , tenons qui traverfent la table f^, coins qui entrent dans les mortaifes 4,4: a, boulon de fer qui entre dans le trou 6 de l’étau 5 ce boulon eft terminé par une vis : b, eft fon écrou#qui l’alfujettit fermement à la
- (19) On conçoit que la forme de cette le tour ; fans cela cette machine ferait très-chaudiere & de fon fourneau eft pratiquée incommode, exprès pour que l’ouvrier D puifle en faire
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- ART DU CARTIER.
- planche de l’étau: i, 2, rondelles entre lefquelles entre une des lames des cifeaux : X, pièce à enfourchement qui embralTe les deux lames des cifeaux auprès du clou à vis Y : y eft fon écrou : x, vis qui traverfe la table, & dans laquelle entre l’écrou Y. Nota que cet ajuftement n eft pas exactement le même dans toutes les fabriques.
- Fig. 11, les lames des cifeaux féparées : X, V , lame fixe , dont la partie 2 traverfe la table, & eft quelquefois taraudée & retenue par un écrou, 8c d’autres fois alfujettie par une clavette i : u, lame mobile : Z Z , trous dans lefquels entre le clou à vis y, qui aflujettit les deux lames des cifeaux.
- Fig. 12, brolfe à appliquer les couleurs.
- Fig. 13 , poinçons, ou emporte-pieces, fervant à faire les patrons de pointëî.
- Fig. 14, chauffoir. F , cage* ou braifiere de tôle , dans laquelle,,on met le feu : 2, 2, 3, 3 , bandes de fer plat qui fe terminent par les crochets 4,4, dans lefquelles 011 met les cartons pour les faire chauffer.
- Fig. 1 y, 16, 17, lifïbir : p mortaife pour recevoir le caillou : q q, mancherons ou coigneés par où l’on mene le liffoir. N,, languette qui entre dans l’échancrure M de la perche.
- n, caillou.
- o, la partie polie du caillou.
- Planche II.
- Moule de têtes.
- Patron jaune. ( 20 )
- Patron rouge, pour les têtes. (21)
- Moule de valets.
- Patron des points rouges.
- Patron des points noirs.
- Moule de valets rouges.
- (20) Les patrons gris, bleus & noirs, & bleus , pour les valets, ftnt faits comme font faits de la même maniéré. ceux des rois.
- (si) Les patrons, rouges, jaunes, gris
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- •C:
- ART DU CARTIER. 6^
- — ...... .-
- TABLE DES MATIERES
- & explication des termes propres à l'art du cartier.
- A
- Abattre l'ouvrage, c’eftôter des cordes les feuilles quand elles font fe-
- %çhes, §. fi.
- Ajuster les coupeaux ou les cartes , c’eft emporter une petite quantité du bord avec les cifeaux, lorfque les cartes font trop grandes, 186. Assortir, 189.
- B
- Baiser. On dit que des cartons fe font baifés, quand les traits fe font contre-marqués, 79.
- Bâton , l’un des quatre points des tar-reaux , note 13.
- Boutée. Voyez couche.
- Bros , corps étrangers dans les étrelfes, note 12.
- C
- Cartes i leur origine ne remonte pas au-delà de fan 1392, note 3.
- Cartier. Voyez papier.
- Chauffer , c’eft expofer au feu les cartons avant de les lilïer, 147._
- Chevalier , nom d’une quatrième figure dans les tarreaux, note 15.
- Colle de farine & d’amidon, à quel degré il faut la cuire, note 8*
- Compassage : divifions qu’on fait au compas fur une feuille de papier, pour bien placer les points, 114*
- Corrompre les coupeaux, c’eft les couper dans le fens de leur lon-
- gueur , pour qu’ils faifent une efpece de gouttière, dont la partie concave foit vers le côté de la peinture ,187.
- Couche j former les couches ou la boutée, c’eft ranger les cartes par jeux dans une boîte qu’on nomme bouts , 200.
- Coupe , l’un des quatre points des tarreaux, note 13.
- Coupon ou coupeau, tranche de carton peint, qui contient quatre cartes en hauteur, i8f.
- D
- Déchet j on appelle ainfi les cartes défedueufes, qu’on met au rebut lorfqu’on fait le triage’, 197.
- Denier, l’un des quatre points des tarreaux, note 13.
- Défingler , adion d’ôter les épingles qui ont fervi à mettre les étref-fes, Vouvrage, ou les cartons à l’é-tendoir,yi.
- Double ; on nomme ainfi deux cartons qui tiennent enfemblepar les bords, & qu’il faut féparer.
- E
- Encyclopédie, citée note 3.
- Epée, l’un des quatre points des tarreaux , note 13.
- Epingler , c’eft paifer au bord des étrejjes ou cartons, un bout de fil de laiton pour les étendte au l'échoir, 43.
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- ART D U
- CARTIER.
- Epluchage; on nomme ainlî l’opération qui fe fait pour enlever les ordures & les bros qui s’apperçoi-verit fur les feuilles collées & fé-chées, y6.
- Etau, planche qui s’élève verticalement fur la table du trancheur : cette planche fert à appuyer le bord du carton , de façon que l’on puilfe couper toutes les cartes de même grandeur, 177.
- EtendaGE , àdion d’étendre.
- Etendoïr, lieu où on étend» 43.
- Etendre, c’eft attacher par les épingles à l’étendoir les feuilles nouvellement collées, pour qu’elles fechent promptement.
- Etresses ; 011 nomme ainfi des feuilles de main-brune collées enfemble, 3 1.
- Figures des cartes devraient être moins ridicules, note 2.
- Fleur ; on nomme ainlî les cartes les plus blanches, 196.
- Fond , cartes du premier & du fécond fond : la blancheur de celles du premier fond eft inférieure à celles qu’on nomme la fleur. Le fécond fond eft compofé de cartes,dont la blancheur eft inférieure à celle du premier fond, 196.
- Froncées; on nomme ainfi des plis qui fe font au papier.
- Frotton , tampon de lifieres ou de crin quifert à appuyer le papier moiti fur le moule pour imprimer les traits, go. Ou fait aufli des frottons de pièces de chapeau , pour favonner les cartes, iro.
- H
- Habillage j on nomme ainfi l’opéra-
- tion de peindre ou enluminer lés figures, 144. ^
- Imprimure , feuille de papier imprimée avec de la peinture à l’huile, 109.
- L
- Lisser; on lilTe les cartons en les frottant avec un caillou bien poli, 147', IJ2.
- M
- Main-brune. Voyez papier.
- Maîtresse. Voyez triaille.
- Mêler , c’eft entre-mêler les feuilles dedifterens papiers ,011 les différens cartons, pour les mettre dans l’ordre convenable pour les coller. Mêler en gris, ou pour les étreffes, 165 mêler en ouvrage, 82; mêler en blanc, 89.
- Mener au ciseau. Voyez trancher.
- MenesTrïer ( le P. ), bibliothèque cu~ rieufe, cité note 5.
- Moitir ; moitir le papier, c’eft le pénétrer d’eau, pour qu’il s’applique mieux fur le moule , & qu’il prenne plus exactement les traits, 74.
- Moulage. Voyez mouler.
- Moule , planche de bois ou de cuivre qui fert à imprimer les traits des têtes ou des figures. Les moules des têtes portent les rois, dames & valets noirs, pique & trefle ; les moules des valets rouges portent l’empreinte des valets de cœur & de carreau , 64.
- Mouler, c’eft imprimeries traits des figures ou des têtes fur des feuilles de papier au pot, 61.
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- A R'T D 0 C À~RT.£FRs
- P
- Papier d’étreflèj Ton prix, note 4.
- Papier yoü- emploie poirf faire les cartes , trois fortes'de papier 5 favoir ,1a main-brune, au pot, & ccirticr, 7.
- Patrons î on nomme ainfi les impri-mures découpées pour chaque couleur : il y a des patrons rouges , des patrons jaunes , gris, blancs, noirs, 112.
- Peindre , c’eft enluminer les cartes avec différentes couleurs, 97 , 140.
- Piquerî on pique, c’eft - à-dire, on paffe une épingle dans les feuilles qui fortent de la preffe, pour les étendre au féchoir, 42.
- Piqueur , ouvrier, ce qu’il gagne par jour, note 10.
- Platine , planche de bois fur laquelle 011 met les couleurs, 141.
- Ployer j ployer un jeu, c’eft l’envelopper dans un papier, 208.
- Poele , ferait utile pour fécher en hiver ; mais il mange la colle & fait gripper le papier, note 11.
- Point , les cartes de point, tant en noir, pique & trefte , qu’en rouge, cœur & carreau, font depuis le premier point, ou as , jufqu’au 10,1.
- Ponçage , aâion de paffer une pierre-ponce fur les étrelfes pour les rendre plus unies, r<?.
- Pot. Voyez papier.
- R
- Recouler , c’eft vifiter une fécondé fois les cartes, pour voir s’il n’en eft pas paffé de brunes parmi les blanches , 194.
- Rogner , c’eft dreffer avec les cifeaux les bords du carton , 189.
- Tome IV.
- ^7
- Rompre le papier, c’eft ouvrir les mains de papier, & les plier en fens contraire de ce qu’elles étoient en rame, pour effacer le pli du milieu,
- M- :i :
- Rompre les cartons, c’eft les plier pour leur adonner la forme d’une gouttière ,17?.
- S
- Séparage , aétion de féparer les étrefi-fes & les cartons qui font fecs, & qui font adhérens par leurs bords,
- Tarreaux , fe font avec du papier plus fort, note y.
- Tarreauxy forte de cartes fort communes en Allemagne, en Suiffe, &c. note 15. Grandeur des cartes, ibid. Leur nombre, ibid.
- Tas ; les cartiers nomment ainfi les piles de feuilles de papier ou de carton mêlées ou non mêlées, 193.
- Tètes s les cartes de tètes ou figures, font les rois, dames, valets, tant rouges que noirs, 1.
- Torcher , c’eft nettoyer les tas qui fortent de la preffe, pour en ôter la colle qui en fort par expreflion , 41,
- Touche > faire la touche , c’eft arranger les fixains par fortes, finir, fécondés , &c. & enfuite les plier dans un papier, 208.
- Trancher , c’eft divifer les cartes avec des cifeaux. On tranche aux grands cifeaux pour faire les coupeaux,& aux petits cifeaux pour divifer les cartes, ce qu’on appelle trancher par cartes y 183.
- Traverser, c’eft féparer le carton par ceupeaux, ibid.
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- ART :Dfjr CARTIER.
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- Triage *en faifant le. triage, on ôte les feuilles, étrejjes, cartes ou cartons , qui fe trouvent défe&ueux : dans le triage , on examine encore les cartes pour les ranger fuivant leur blancheur, & mettre au rebut celles „ qui font mauvaifes , 199.
- Triaille ; on nomme ainfi les cartes les plus imparfaites, mais qui néanmoins peuvent entrer dans les jeux î quelques-uns leur donnent le nom de maîtrejfes, 197.
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- F I N (U Cart du carrier, <5* du quatrième volume.
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