Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET METIERS,
- FAITES OU APPROUVÉES PAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE ROYALE , JO MS SCZMWCMS .2DM JPMLMZSo
- AVEC FIGURES EN TAILLE-DOUCE.
- NOUVELLE EDITION
- Publiée avec des obfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur.ces matières, en Allemagne, en Angleterre, en Suifie, en Italie.
- Far J. E. Bertrand, Profejfeur en Belles-Lettres à Neuchâtel, Membre' de l'Académie des Sciences de Munich.
- T O M E V.
- Contenant les trois premières feulions du traite des pêches & Chifoire des poijfons.
- A NEUCHATEL,
- De L'Imprimerie de la Société T y pographiclue.
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- M. D C C. LXX VI,
- DU CONSERVATOIRE NATI0NA1 des ARTS &MÉTIERS
- N° du Catalogue.
- Prix ou Eslimation m'
- Entrdi-’ a..
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- AVANT-PR O F O
- J’e réunis dans ce cinquième volume les trois premières feclions du traité des pêches. Cet ouvrage ejl fans contredit du petit nombre de ceux qui font honneur a notre fiecle. La difficulté du ' travail, & les obfacles fans nombre , qu'il était aifé de prévoir, ri ont pas rébuté M. Duhamel. Il les a bravés avec courage, & il en a triomphé avec gloire. Toutes les pêches connues font rangées feus trois clafies générales : la pêche aux hamèqons > celle aux filets , & celles qui Je font par divers autres-moyens , moins ufités & moins utiles. Les feclions fitivantes , dont plufieurs ont déjà paru , décrivent L'hifioire naturelle des principales efpeces de poifjons, & les détails des grandes pêches , qui forment une branche de commerce très-confidérable pour les nations maritimes , qui feurniffent une occupation lucrative à tant de milliers d'hommes , une nourriture falubre & nécejfaire à la plupart des habit ans de l'Europe*
- En commentant le travail de l'illufire académicien, j'ai tâché, i°. de décrire quelques méthodes fur lefquelles il na point eu de mémoires ; 2*. de comparer tous les procédés de la pêche connus en France , avec ceux qui font pratiqués en Allemagne , dans le Nord, en Italie & en Suiffe ; 3*. de déterminer plus précifément la nomenclature des poiffons , encore fort incertaine, en rapportant les dénominations étrangères, comparées entr elles & avec celles de M. de Linné ; 4°. de rectifier quelques idées qui mont paru contraires à l'expérience , & oppofées à des découvertes bien conflatées , inconnues à notre auteur. Ce font des doutes plutôt que des décifîons ceux qui voudront s'occuper de ces objets, fauront les appliquer ou les corriger* 5°„ Enfin , la table raifonnée , dans laquelle fai réuni les matières traitées dans mes notes , avec celles du célébré académicien , montre plus en détail ta nature & l'étendue de mon travail. Outre les auteurs originaux , cités au bas des pages xfai eu fous les yeux les notes du f avant M. Schreber, éditeur de la traduction allemande des cahiers des arts , à qui je rends hommage d'une multitude de chofes qui feront très-utiles à tous ceux entre les mains de qui tombera cet ouvrage. C'efi ainji que1 AL Schreber atteindra le but de tous les vrais favans.
- Ils font affe^ récompenfés, s'ils ont pu faire du bien aux hommes farts difii notion de peuples , fans aucun préjugé dé intérêt ni de vaine gloire. Quels immenfes progrès ri auraient pas fait les connaiffances humaines ,Jî cette façon de penfer fi naturelle & fifimpleavait été, depuis la renaiffance des lettres , celle du plus grand nombre des littérateurs !
- AthenéE (*) citeplufieurs écrivains grecs qui ont décrit les pêches & t'hifioïre des poifjons ; mais leurs ouvrages font perdus , & leurs noms font tout ce qui nous fefie.. Oppien (f**) adonné en grec un poème en cinq chants fur la pêche.. Sozomene rapporte que Vempereur Severe donna à Cauteur une piece drorpour chaque vers. Parmi les modernes , M. Schreber rapporte les auteurs fuivans, qui ne font pas tous également: connus en France„
- (*) Deipnofeph. liv. I, pag. 13, ed. Ca- bdece poème , eil celle de Florence, SAUBON. v z>7-8°. On en a une autre de Paris, de tççf,
- La première”édition <£ue je conriaiiTe in-4°. & une troifieme d’Anvers, de 1597V
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- Un petit ouvrage, imprimé a Zurich au commencement du febj.eme Jiech, fous ce titre : wie man Fifch und Vôgel fangen foll, nebft Mangolds Fifch-bûche, &c.
- Janus DubraVIUS , de pifeinis , 1547. Cet ouvrage a été réimprimé avec une préfacé de CONRING.
- Conr. Heresbachii de venatione ,aucupio & pifeatione compendium, Colon, if73,8°-
- Freder. Bruckmanni tra&atus de venatione, pifeatione Sc auçupio,
- S pim, i^of.
- Waltjn and Cottons univerfal Angler, Lond. 1676.
- Andræas Leop. Stænzl von Cronfels, Teichordnung, Ollmtu1 , 1680 , g°.
- Nicol. Parthenii pifeatoria & nautica ,Neap. 168658°*
- The whole art of fifehing , Lond. 17,1 f , 8°. .
- L. D. B. traité des étangs , viviers ,folies , &c. Paris , 1717,8°.
- Fried. von Flemming, teutfeher Fifcher , Leipfig, 1724, in folio.
- The gentlemen Fifcher, or thewhole art of angling , London, 1727,8°* Joh. Ludewig Hegers Teich-und "Weilierluft, Franckfurt 1727, 8°-E. Frid. von Steinbock Kunftder edleuFifcherey, Nïcnberg, 1730,8°» Deslandes, recueil de diiferens traités de phyfique & d’hiftoire naturelle, &c. Paris 9 1736,8°* Lly eflparlé de la pêche du faumon.
- Andr. Celsii diifertatio de novo in fluviis Norlandorum pifeandi modo» Refp. And. Halland , Upfal, 1738,40/
- WlLLlAMSON’s britifeh Angler. London, 1740,8*.
- Frondii diifertatio de pifeatura harengorum in Roslagia, relp. Nie.” FIumle. Upfal, 174^,4°.
- Wohlbewahrte Fifchergeheimnilfe, &c. N'ùrnherg, 17^8) 8°* 4
- D. Gottl. Henr. Kannegiesser, de cura pifeium per Slefvici & HolfatEe ducatum ufitata,Kilon. 1750, 8°. VJ . \
- Gottfr. Jac. Wagners vollkommener Fifcher. Brefsl. 1762, 8** *
- Heinr. Wilh. Dobel, von der Fifcherey, dans C ouvrage intitulé ; der Jæger-pratick y pag. 62.
- Joh. Heinr. Escher von der Berg, Abhandlung von der Teichwirth-, fehaft ; dans les differtations de la fociétédephyfique de Zurich ,part. II, 1764 , 8°.
- Nie. Gisler,voii der Sickfifcherey in Nordland: dans les mémoires de V académie de Suede, part. XV, pag. 198* , , , •
- Zac. WESTSECKS^efchreibung der Skôtipieggsfifcherey, ibid.part. XFf pag. 26<;. ^ . y
- Réponfe à cette queftion : quelle eft la meilleure maniéré de former 8c d’entretenir des étangs 'l dans les mémoires de Suede , part. XXX, pag. ig2.,.
- Des grands avantages des étangs, & delà maniéré de les conftruire , de les peupler & de les entretenir : dans les nouvelles économiques de Leipjîc. part. Il, pag. 12.
- Nutzbahre Einrichtung und Beftellung der Teichffcherey. Schreber
- Buzovifche Sammlung Oecon, $chriiïten,/w/. //}pag. 323.
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- TRAITE
- DES PÊCHES,
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- HISTOIRE DES POISSONS.
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- TRAITÉ
- DES PÊCHES,
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- JEZXSZ'OXM.JE JBJ£S FOXSSONSj
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- DES ANIMAUX QJJI VIVENT DANS L’EAU.
- INTRODUCTION, (i)
- l. Xl ferait fnperflu de s’étendre beaucoup fur l’utilité du travail que nous entreprenons. Tout le monde lait que la pêche occupe & fait fubfifter un grand nombre d’hommes robuftes & utiles à l’état.
- 2. Ce métier pénible forme les bons matelots ; les pécheurs s’accoutument à fupporter les fatigues qu’offre fans celfe l’élément (lu* lequel ils paifent la plus grande partie de leur vie. Ils s’enhardilfent jufqu’à la témérité, & au point de braver les vents & les flots.
- 3. Un adulte peut en quelques campagnes devenir bon foldat: mais pour faire un vrai matelot, il faut qu’il ait fréquenté la mer dès fon enfance, pour former fon tempérament à un élément qui 11e lui eft pas naturel j il faut qu’il
- ( 1 ) Cette première feciion du traité allemande. M. le doéteur Schreber a joint des pêches parut à Paris en 1769. Elle fut à fon travail une foule de recherches utiles publiée en allemand en 1772 , & eile fait & d’obfervations importantes, dont je ferai partie du onzième volume de la traduction part à mes leéteurs.
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- INTRODUCTION.
- acquière une agilité qui dans certaines circonftances eft fupérieure à celle de ces gens qui gagnent leur vie à faire des tours de force : auiîi ne peut-il parvenir à favoir bien fon métier, que quand il l’a pratiqué la moitié de fa vie. L’émulation lui fait furmonter toutes ces difficultés.
- ^4. Le fils d’un pêcheur veut dès fon enfance fuivre fon pere ; il s’embarque dans de frêles bateaux, & fe familiarife peu à peu avec un élément qui doit lui fournir fa fubfiftance : à mefure que fon tempérament fe fortifie, il quitte des fondions peu pénibles, pour en prendre qui exigent plus de forces ; il les defire même par goût pour fon état. Après avoir bravé les dangers de la mer, les matelots ne font point effrayés par l’ennemi : de là vient qu’ils font prefquetous intrépides dans les combats. C’eft ainfi que les pêcheurs , après avoir fait leur premier apprentiffage fur des barques , paffent au fervice du commerce en qualité de matelots, & parviennent par degrés à fervir avec honneur fur les vaiffeaux du roi.
- f. Tout ce que nous venons de dire regarde les grandes pèches ; car ce ferait envifager le métier de pêcheur fous un point de vue qui lui ferait peu avantageux, que de ne prêter attention qu’à celles qui fe pratiquent dans les rivières & aux bords de la mer. Il faut pour les grandes pèches, telles que celles du hareng, de la morue, de la baleine, &c. faire de longues & pénibles navigations 5 & pour d’autres moins confidérables, s’éloigner plus ou moins des côtes , & tenir la mer la nuit comme le jour. C’eft ce qui met les pêcheurs en état de devenir d’excellens pilotes-côtiers. Entrons à ce fujet dans quelques détails.
- 6. Les bords delà mer préfententbien des objets différens. Ici, ce font des rochers fort élevés & efcarpés : là, les rochers ont moins d’élévation , & font quelquefois recouverts par l’eau des hautes marées : ailleurs, ce font des dunes ou grandes montagnes de fable : quelques côtes font formées par des terres plus ou moins dures, mêlées de pierres qui, tombant à la mer, s’ar-rondiffent par les frottemens qu’occafionne le mouvement de l’eau ; en cet état elles forment ce qu’on nomme l& gala (2). On trouve auffi des plages très-étendues, formées de fable, de vafe ou de galet, qui étant peu inclinées , font recouvertes à une grande difiance par l’eau de la marée. Çà & là fe trouvent, foit les embouchures des fleuves, foit des crics, des anfes, des ports qui fervent d’alyle aux pêcheurs quand ils font pris de gros tems. En s’écar-
- ( 2 ) M. Schreber affure que la côte près ten, tom. V , pag. 49t.. Butzow. La digue de Doberau , que l’on nomme dans le pays de corail, Corallendcmm, dans la Gothie, dcr heiligeDamm ( la fainte digue ) dans le province de Suede , n’eft compofée que de JVleckl en bourg , eft toute formée de pierres corails arrondis & polis. V. LiNN. Goth-de différentes efpeces, arrondies par le frot- landifche Reijc, pag. 207,2$ 1, & 302. tement. V. Samlung, œconomijcher Schrif*
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- s
- INTRODUCTION.
- tant des côtes, on trouve les mêmes variétés, des rochers, desislots qui, s’élevant au-délfus de la furface de la mer, forment comme des archipels, où les pêcheurs peuvent mettre pied à terre. D’autres, étant à une petite profondeur fous l’eau, occalionnent des brifans' qui annoncent des écueils très-dangereux.
- 7. Les fonds de la mer font de roche, de galet, de gravier, de fable, de fragmens de coquilles, d’argille, de vafe , de plantes marines, &c. Il elt très-eifentiel aux pêcheurs de connaître toutes ces variétés , ainlî que la profondeur de l’eau , pour favoir fi l’ancrage y eftbon , quels font les poiflons qui s’y trouvent le plus abondamment, quelle elpece de pêche on peut y pratiquer, & quelle route ils peuvent fuivre la nuit, foitpour faire leur pêche, foit pour gagner la côte.
- 8- Ce font ces connailfances , qu’ils doivent à une longue & continuelle pratique, qui les ont mis en état de former des elpeces de cartes qu’ils n’ont point tracées fur le papier , mais qu’ils ont dans la tête. Chaque endroit porte un nom connu de tous les pêcheurs d’une côte. Pour en donner ujie idée, je choifis les fonds & les ridains que les pêcheurs de Haute Normandie fréquentent entre les côtes de France & d’Angleterre par le travers de Dieppe ; ce feul exemple fuffira pour donner une idée de ce qui fe pratique entre les pêcheurs fur les autres côtes, tant de l’Océan que de la Méditerranée. Au moyen de ces cartes qu’ils ont toujours préfentes à la mémoire , les pêcheurs connailfent dans le plus grand détail les fonds de leur côte, & ils favent ceux qui font fréquentés par différentes elpeces de poilfons.
- 9. Le port de Dieppe à la côte de France dans la Haute Normandie, pays de Caux, eft établi S S E, eu égard à la petite ville d’Haftings de la côte méridionale d’Angleterre , dans le comté de Sulfex, qui lui refte au N N O. Partant de cet établiflement, voici les différens fonds que rencontrent les pêcheurs qui exercent leur métier par le travers des côtes de France à celles d’Angleterre.
- ro. Le premier fond qu’ils trouvent en traverfant le canal, fe nomme le blanc fond dlErangue : il commence à environ deux lieues de la côte ; il a demi-lieue de large, fond de fable, par douze bralfes d’eau. Le terrein qui fuit eft de roche, par dix-huit brades : il peut avoir un quart de lieue de large * les pêcheurs le nomment U Larron.
- il- On rencontre enfuite h heu de limon, fur quatorze bralfes, lequel a environ un quart de lieue de largeur: puis le fort fond dit P Etellande , fur' quinze bralfes ; celui-ci eft des plus rudes & des plus mauvais 5 il eft aulfi étroit que les autres.
- 12. Quand on Ta traverfé, on fe trouve par 13 à 14 bralfes fur le fond blanc d?Etellande, qui eft un des meilleurs & des plus fains qu’on puiife reri-
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- INTRODUCTION,
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- contrer aux côtes de France ; il a environ une demi-lieue de large. Tous ces fonds ne paffent guere au N O les roches d’Ailly ; mais ils s'étendent fort avant à.l’eft vers les côtes de Picardie.
- 13. Après le fond d’Eteîlande on trouve le roqua de Saint-Michel, fond de roche, par 18 braifes, mais fort doux; il n’a guere qu’un quart de lieue. En! dite eit le Bonival blanc, fond de fable fur 18 braifes, quia environ une demi-lieue de largeur.
- 1Le roquet S. Laurent commence environ à cinq lieues de terre ; il elt mêlé de roche , de blanc fond & de gravier, fur 20 à 22 braifes. Puis vient le blanc fond de Caddeville, qui eft un des meilleurs qui fc trouvent à la vue des côtes de France; ce banc a une lieue de large , fond de fable, fur 22 bradés.
- IL A trois lieues de diftatice de Caddeville, par 30 ou 32 braifes d’eau , on rencontre un fond dur & de roches , qui aune lieue de largeur; enfuite , fur la même profondeur d’eau, le fond qu’on nomme de parmi mer, qui elfe d’abord de fable, & devient enfuite de roche: il a environ deux lieues & demie de largeur. On y pêchait autrefois beaucoup de vives; elles y font maintenant fort rares.
- 1 S. Par 26 à 27 braifes fe trouve un fond de petites roches alfez douces qu’on nomme les roquets de Feulague ; & enfuite le petit Feulague, qui était autrefois très-abondant en vives.
- 17. En fuivant, 011 fe trouve fur les petits roquets par 30 braifes ; ce fond n’a qu’un quart de lieue de large , & eft contigu à un petit blanc fond d’une, demi-lieue de large fur 24 braifes, fond de fable.
- i8- Plus loin eft le roquet dïEleppe, par 28 jufqua 3f braifes d’eau , fond de roche alfez doux, qui peut avoir deux lieues de large.
- 19. Plus on s’approche enfuite des côtes d’Angleterre, plus le fond s’élève, jufqu’à 11’avoir plus que deux braifes d’eau.
- 20. Ce petit détail, que nous 11e donnons que d’après un mémoire de pêcheur , offre une idée des plans que les pêcheurs fe forment du fond de la mer. Ce n’eft cependant pas tout. Comme fur les fonds de fable & de coquillage, il fe forme des efpeces de butes que les pêcheurs nomment ridains, rideaux , quelquefois ridelles, & où les poilfons fe plaifent plus qu’ailleurs, on en tient compte. O11 fait, par exemple, qu’il y en a un fort grand fin* le fond de Caddeville; trois fur le roquet de S. Laurent, nommés poignant ou rideaux devers Peau\ fur le roquet de S. Michel, deux grands rideaux que les pêcheurs appellent bourbeaux ; fur le fond du Larron, un qu’011 nomme de S. Martin; fur le fond blanc d’Erangue, trois que les pêcheurs appellent les majfes ; &c.
- 21. Il eft évident que des pêcheurs qui connailfent dans imaufli grand
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- détail les parages qu’ils fréquentent, & qui de plus ont eu lieu d’étudier la force & la direction des courâns , font les meilleurs pilotes - côtiers. La fonde, dont le deifous frotté de fuifleur indique la profondeur & la nature du fond, leur fuffit pour connaître leur pofition: ils favent, par exemple,' que par tant de brades, fond de roche, de fable, de coquillage, de vaiè, &c. ils'font à tel endroit 5 & au moyen de la bouffole, ils connailfent encore pendant la nuit la route qu’ils doivent tenir pour gagner le port ou la côte, comme s’ils appërcevaient les balifes , les amers , ou les fgnaux qui les guident pendant le jour.
- 22. C’est pour ccs raifons qu’à Dunkerque, ainfi que dans les autres ports où les grandes pèches font établies, les chambres du commerce four-nilfent avec la plus grande confiance pour pilotes aux vaiflèaux du roi qui vont dans le nord , les doyens des pêcheurs ; la grande pratique qu’ils ont leur faifant connaître tous les bancs & les écueils: au lieu que les pécheurs qùi 11e font pas allez anciens pour avoir pâlie par les charges qu’on peut regarder comme des preuves de leur capacité , font obligés d’aller toujours en tâtonnant & la fonde à la main.
- 23. Il y a, dans les départemens, des hydrographes nommés & payés par le roi pour'enfeigner la théorie de la navigation aux élèves, qui, après uvoir fubi un examen, & fur l’atteftation de l’hydrographe, font reçus pilotes par les amirautés. Ces écoles font de la plus grande utilité, fur-tout pour former les pilotes-hauturiers' qu’on emploie dans les grandes navigations. Quelques principes de pilotage font même utiles aux pilotes-côtiers qu’on prend pour les atterrages : mais c’elt la pratique de la pêche, qui donne à ces derniers une connaiffance parfaite des fonds, des fondes & des courans.
- ~ 24. Ces confidérations , jointes à la grande utilité de la pêche, ont engagé 'à établir fur prefque toutes les côtes une ef]3ece de jurifdi&ion confulaire compoféè de*pêcheurs qui font choifis & élus par tous leurs camarades. Ces juges , qu’on a coutume de nommer prud'hommes, anciens, ou jurés-pêcheurs, font prefqüe5 toujours irréprochables dans leurs mœurs &leur conduite, & très-experts dansÙeurmétier. f
- J 2ÇfTL'aparunécefraire de confier la police des pêches à ces prud’hommes, parce que les- jtigemens fur le fait des pêches dépendent d’une infinité de com-biiiaifbnS* qui ne peuvent’être connues que par-ceux qui ont Iong-tems pratiqué ItoUtesdes différentes efpeces de pêches.-Ces raifons ont déterminé nos rois ‘-à conferver -les prud’hommes5des pêcheurs dans le droit de donner des régleméns dë police fur la pêché, ainfi que de-juger définitivement & fans appel toutes les conteftâtions qui s’éleveraientëntre les pêcheurs relativement à l’exercice de leur métier. C’efl ce qui eft expreffément porté dans les lettres-patentes qui leur ont été accordées. Leurs loix, ou , fi l’on veut, leurs cou-
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- INTRODUCTION
- tûmes, font relîgieufement obfervées, quoiqu’elles ne foient point rédigées par écrit i & leurs formes judiciaires font très-fimples. Pour en donner une idée , je vais rapporter celle qui s’obferve à Marfeille.
- 2,6. Quand quelque pécheur croit avoir droit de fe plaindre d’un autre, il donne deux fols à la boîte du luminaire de S. Pierre, & il déclare que c’eft pour appeller un tel en jugement. Le fommé e(t obligé de comparaître devant les prud’hommes. Chacun y expofe fes raifons. L’équipage des deux patrons efl; appelle & interrogé, & fur leur dépofition le jugement eft fur-le-champ prononcé & exécuté -, car fi le condamné refufe de fe foumettre à ce qui a été ordonné, on arrête fon bateau, & il ne peut aller à la pèche que quand il a fatisfait au jugement. Tous les frais fe réduifent aux deux fols qu’on à donnés pour le luminaire de S. Pierre.
- 27. Quand tout fe palfe en réglé, les prud’hommes n’étant choifis par les pécheurs que lorfqu’ils ont donné des preuves de leur intégrité, & que par une conduite irréprochable ils fe font attiré l’eftime des autres pêcheurs, ils méritent d’être protégés & fou tenus contre la mutinerie de quelques particuliers qui veulent s’écarter de la réglé. Il ferait même à fouhaiter qu’on elfayât de faire de plus en plus refpeéler cette jurifdidlion fubalterne , qui eft établie entre les pêcheurs conformément à la fimple nature, & qu’on les engageât à réprimer les abus qui tendent à la deftruétion du poiifon. En un mot, il parait ellentiel de conferver aux prud’hommes les petits droits qu’on leur a accordés, & qui font l’unique récompenfe honorable de leurs pénibles travaux. Je vais rapporter un fait qui fera connaître comment la jurifdi&ion des prud’hommes peut influer fur la confervation du poiifon.
- 28^ Comme les prud’hommes de Marfeille veillent également à ce qui peut rendre la pèche abondante & à la confervation du petit poiifon, ils jugèrent qu’il fallait empêcher que pour certaines pêches on fe îervit de trop petit? ains, afin q-u’en en employant de plus gros , les petits poilfons ne pulfent pas s’y prendre.
- 29. Dans cette vue ils rangèrent par clalfes , fous divers numéros, tous les ains ou hameçons de différentes grandeurs enforte que chaque numéro fpécifiait la force, la hauteur & l’ouverture des ains qui devaient fervir-ppur telle ou telle pêche, & ils s’étaient prohibé l’ufage de ceux qui étaient plus .petits, & qui pouvaient prendre des poiifon? trop jeunes pour être expofés en vente. Cette loi, quoique non écrite, fut exactement obfervée, jufqüa. ce que des.Catalans étant venus pêcher dans les mers de M.arfeiUe aveç de trqp petits ains, les prud’hommes s’appetçurent du tort que cette dérogation» à la réglé produifait fur l’abondance du poiifon. II? renouvellerent la défenfe, & ‘contraignirent tous les pêcheurs de fe mettre en réglé: çe qui fut exécuté;, .tant par les pêcheurs Provençaux, que par les étrangers.
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- INTRODUCTION.
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- 30. Nous avons prouvé que la pêche à la mer fournit à l’état de bons matelots & d’excellenspilotes-côtiers : mais la pêche, confidérée en général, préfente encore une utilité bien fenfible, quand on la regarde du côté des alimens qu’elle procure. Combien de bons poilfons s’élèvent dans les étangs &les rivières : les carpes (3) , les brochets (4) , les perches (y), les truites (6), les barbots (7) , les tanches (8) , les lottes (9), les anguilles (10) , &c î Plusieurs excellens poilfons fortent de l’eau falée, remontent dans les rivières, & fournilfent par-là à ceux qui habitent le continent, une partie des productions de la mer. Les efturgeons (11), les faumons (12) , les alofes (13), les plies (14), les éperlans (15), &c. remontent dans les fleuves, quelquefois très-loin de la mer, qui eft fans contredit le réfervoir le plus abondant d’une infinité d’efpeces différentes de poiffons. Ses productions en ce genre font fi variées , que perfonne ne peut efpérer de favoir les diftinguer toutes. Les pêcheurs les plus anciens & les plus laborieux en prennent de tems en tems qui leur font inconnus , & il y a tout lieu de foupçonner que la mer en nourrit beaucoup d’autres dont on n’a aucune idée.
- 31. On diltingue le produit des pêches en poiffons frais, qu’on mange tels qu’ils fortent de l’eau ; & en poiffons falés , marinés ou boucanés, qu’on peut conferverlong-tems fans qu’ils fe gâtent.
- 32. Entre les poiffons frais, les uns très-délicats ne peuvent être tranf-portés loin de la mer; il faut les confommer dans les provinces maritimes. D’autres, dont la chair eft moins fujette à fe corrompre, font diftribués par les chaflès-marée à des diftances allez confidérables dans les terres. La délicateffe & la rareté de quelques poiffons font qu’ils ne paraiffent que fur les tables des gens riches ; les pêcheurs les appellent la grande mark. D’autres , qui font de très-bon goût, mais plus abondans , font à portée des gens qui n’ont qu’une fortune médiocre ; & ceux-là forment ce qu’011 appelle la petite mark. D’où il fuit que, quand une efpece depoiffon fe montre en grande quantité fur une
- (3) Cyprinus carpio ) Linn. S. N. 525, notes, en allemand Karptn.
- ' (4) Esox Lucius. L. S. N. 516, 5. en ail. Hecht.
- (O Perça fluviatilis \ L. S.N. 481 , 1. en ail. Barfche.
- (6) Salmo Furio,• L. S. N. 509,4. en ail. Forellen,
- (7) Cyprinus Barbus ,• L. S.N. çs;, en ali. Rothbart.
- (8) Cyprinus Tinca ,• L. S. N. 526,4. en ail. Schleyen.
- (9) Gadus Lotai L. S. N. 440, 14. en
- Tome V.
- ail. Aalraupen.
- (10) Muræna Anguilla; L. S. N. 4.26, 4. en ail. Aale,
- ( 11 ) Accifpenser Sturio'; L. S. N. 40; , 1. en ail. Stôhr.
- (12) Salmo Salar\ L. S. N. 509,1. en ail. Lachs.
- (1? ) Clupea Alofa; L. S. N. 523,1. en ail. Elfe.
- (14") Pleuronectes Platejfa; L. S: N/ 4ç6 , 6. en ail. Plateifen.
- ' • (1 s VS al Mo Eperlanus i L. S. N. 511 ? 13, en ail. Stint. -
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- INTRODUCTION.
- côte, il peut, après avoir été compris dans la grande maree , être range dans la petite. Enfin, d’autres très-abondans & peu délicats, ne méritant pas d’ètre tranfportés, font confommés au bord de la mer par les gens peu aifés, & on ne les comprend point dans les marées.
- 33. Pour donner une idée fuperficielle (16) des poiïTons que la mer fournit, nous les diftinguerons , I9. enpoilfons ronds, dont les uns remontent dans les rivières 3 & de ce genre font, comme nous l’avons dit, le faumon fefturgeon, l’alofe, la lamproie, l’éperlan, &c : les autres remontent point dans les rivières ; tels font la dorée ( 17), la dorade ( 18) * la vive ( 19 ) , le merlan ( 20), le colin (21) , le rouget (22), le bar (23), l’égrefin ^ 24 ) , le célan ( 25 ) , le lieu (26) , les chiens de mer (27), les marfouins (28)5 l’anguille (29) , le mulet ( 30 ), la fardine (31)5 le maquereau ( 32 ), l’orphie (33), le furmulet (34), en Provence, la pélamide (3O, le
- (16) La diftinCtion que l’auteur donne ici n’eft ni fcientifique , ni exaCte. Il dit lui-même qu’il ne veut donner qu’une idée fuperficielle des poiffons. Les naturaliftes ont diftingué cette nombreufe claffe d’animaux, en poijfons proprement ainjî nommés, qui n’ont point de poumons , & qui refpirent par les ouies ; & lespoijjons improprement ainfî nommés, qui ont la forme extérieure de ces animaux, mais dont la ftruCture intérieure eft très - differente. Telle eft la baleine , dont l’organifation interne eft plus approchante de celle des quadrupèdes \ tels font encore les ferpens , &c. qui appartiennent à la claffe des infeCtes.
- (17) Zeus Faber i L. S. N. 454 , 1. en ail. Petersfifch.
- (18) Sparus aurata} L. S. N. 467 , 1. en ail. Goldforelle. AMarfeille , le poiffon qu’on appelle dorade eft le Scijena timbra s Brunnich , Icht. 60.
- (19) Traciiinus Dracoi L. S. N. 474, 1. qn ail. der Seedrache.
- (20) Gadus Jlerluccius} L. S. N. 459 , xi. en.ail. der Seehecht.
- (21) Il faut que ce foit une dénomination particulière à quelque province de France.
- ( 22 ) Trigla Lyra } L. S. N. 496. Brunnicii ,Ichth. note 71. MuLLüSànr-batus ,• en ail, Rothfeder.
- (2;) Autre dénomination provinciale, que je ne trouve point dans les dictionnaires.
- (24) Gadus Æglefinus ; L. S. N. 433 , 1. en ail. Schclfifdi.
- (25) Je ne trouve point ce nom dans les dictionnaires & autres ouvrages, que je fuis à portée de confulter.
- (26) Serait-ce une efpece de cabéliau P
- (27) Squalus Carcharias ; L. S. N. 400 , t2. en ail. Sechund.
- (28) Delphinus Dc/phit,• L. S. N. en ail. Delphin.
- ( 29 ) En allemand , der Seeaal.
- (30) Mugil Cap haïiis ; L. Ç20 , 1. en ail. Secbarbe.
- (31) Clupea Sprattus,• L. ç29,2. en ail. Sardeile.
- (32) Scomber Scombrus ; L, 492, x. en ail. Makrele.
- (33) Esox Belone,• L. 517 , 6. en ail. der Hornfifch.
- (34) Mulus Surnmîetus} L. 406. JW. Schreber , qui eft ici mon meilleur guide , neafait point de nom allemand qui diftingué ce poiffon. Il y en a un grand nombre qui n’ont point de nom franqais.
- (3 O Scomber Pclamis j L. 492, 2. en ail. Pelamide.
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- INTRODUCTION.
- thon (36), la bonite ( 37), &c. Plufieurs de ces poiflons ne font que de paflage.
- 34. La fécondé clafle eft celle des poiflons plats à arête, ou cartilagineux, ce qui comprend les raies (38) de différentes efpeces, la foie (39), le carrelet (40), la limande (41), la limandelle (42), la barbue (43), la poule de nier (44), le turbot (4f), &c ; & la plie, qui remonte dans les rivières.
- 35. Joignons à cela les cruftacées, les écreviifes dans les ruifleaux3 à la mer, les crabes (46) de bien des efpeces différentes, les homards (47), les lan-gouftes (48), les chevrettes (49), &c.
- 36. A. l’égard des teftacées , on ne tranfporte guere dans les grandes villes que les huîtres & les moules 3 mais on en trouve au bord de la mer une infinité d’autres , dont les pauvres gens font leur nourriture.
- 37. Ge tableau desprodu&ions de la mer, quoique repréfenté fort en raccourci , montre aux pêcheurs de quoi faire une ample moiffon : mais il faut qu’ils fâchent où ils doivent aller les chercher 3 car chaque efpece de poif fon choifit pour fon habitation le lieu qui lui convient le mieux : celui-ci (è retire dans les rochers , cet autre fe plaît & s’enfouit dans le fable, plufieurs cherchent les herbiers & les fonds de vafe. Si quelques-uns fe tiennent dans les endroits où l’eau eft peu agitée , d’autres fe plaifent dans les courans occa-fionnés par les rivières ou l’agitation de la marée. Quand il fait chaud, beaucoup de poiifons s’approchent de la côte, à des endroits où il y a peu d’eau , où ils trouvent leur nourriture en abondance. Lorfqu’aux approches de l’hiver le froid fe fait fentir, ils fe retirent dans la grande eau, où fe tenant à une grande profondeur, ils trouvent une eau plus tempérée.
- 38- Un phénomène bien fingulier eft celui des poiflons de paflage, qui, venant dans les faifons réglées , nous offrent des pèches tout autrement abon-
- (36) Scomber Thymus s L. 498, J. en alL Thunfifch.
- (3 7) Scomber Pelamis ; L. 49s. en ail. Bonite.
- (38) En allemand , Rochen.
- (39) Pleuronectes Solea} L, 457, 9. en ail. Sole.
- (40) Pleuronectes PlateJJa} L. 457 , 9. en ail. Scholle.
- (40 Pleuronectes Limanda} L. 457, 9. en ail. Limande.
- (42 ) Autre efpece de raies que Linné n’a pas définie.
- (53) Pleuronectes HippogloJJus; L. 456,4. en ali. die Merrhutte.
- (44) La poule de mer eft un oifeau. Je
- ne fais s’il y a un poiflon auquel on ait donné ce nom.
- (45) En allemand Buttfijch.
- (46) Cancer Manas\ L. en allemand Krahbe.
- (47) Cancer Gammarus; L. en aile-mand Hummer.
- (48) Locusta marina. On a confondu fous une même dénomination , la fauterelle de mer, le petit cheval de mer, & une efpece d’écrevijje ou cancre. Voyez BôMARRE, difl. d’hijl. nat. au mot langoujle. C’eft le Cancer Locujla Linn. en allemand, Seeheufchreckcn.
- (49) Cancer Crangon\ Linn. en ail. Garneelcn.
- B ij
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- 1 N T R O D U C f I 0 N.
- dantes que celles que peuvent fournir les poUfons qui reftent lin? nos côtes, & qu’on peut regarder en quelque façon comme domiciliés. Quelle richefî© ën effet que cellé que nous fourniffent dans certaines faifons les maquereaux, les harengs, les fardines, les morues, les faumons, les thons, &c ! Quoique ces poifï'onsfoient excellens à manger frais, ils font h abondans dans les lai-ions ou ils donnent à certaines côtes, que la plus grande partie ferait perdue, fi on ne fava.it pas les préparer de différentes façons pour les mettre en état d’être confervés & tranfportés fort loin. Ces poiffons falés, marines, defîéchés ou boucanés , mettent les pays les plus éloignés de la mer en état de profiter de fes richeffes, & forment des branches de commerce très-confidérables , qui font que ces pêches font d’une utilité fupérieure à celles des poilfons frais.
- 39. Il faut que les pêcheurs foient inftruits fort en détail de tout ce que nous venons d’indiquer , pour favoir dans quelle faifon & en quel lieu ils doivent aller chercher le poiffon , dans quelle circonftance ils peuvent l’attaquer avec avantage, & quelle façon de pêcher ils ont à choifir pour prendre telle ou telle efpece ; car il y a beaucoup de différentes pèches : & un point 'de notre ouvrage qui fera bien digne de l’attention des perfonnes qui fe plai-fent à réfléchir, eft l’expofé clair & détaillé de toutes les induftries que les hommes ont imaginées pour faifir leur proie , allant la chercher jufqu’au fond des eaux , dans un élément qui leur eft abfolument étranger : induftries bien au - delfus de celles de là chaffe , où les lacs , les piégés , les filets fe tendent à
- ' la main dans un élément qui nous convient effentiellement. En effet, il n’eft pas plus fingulier de voir des poiffons en pourfuivre & en prendre d’autres dans l’eau, que de voir un quadrupède vorace, ou un oifeau de proie, fuivre, chaffer & fe faifir des animaux dont ils font leur nourriture. Mais il le ferait beaucoup de voir des poiffons qui ne peuvent fortir de l’eau, parvenir à s’approprier des animaux qui habitent les forêts, ou ceux qui fe foutiennent dans l’air fans jamais fe repofer fur l’eau.
- 40. L’homme, qui peut tout au plus fiibfifter quelques inftans dans l’eau , a réuffi, par une infinité de moyens ingénieux, à devenir poffeifeur de pôif-fons qui habitent un élément fioppofé à la nature. Le gibier eflaie de fe déro-, ber à la vue du chaffeur qui le pourfuit, & fa principale reffource eft de fuir fon ennemi j mais il femble que les poiffons foient féparés du pêcheur par une barrière impénétrable, & que retirés au fond des eaux ils foient à l’abri de toute infulte : 011 verra que l’homme a cependant imaginé une infinité de moyens pour furmonter toutes les difficultés. C’eft le détail de ces différentes induftries , que nous nous propofons de décrire le plus clairement qu’il nous fera poffible.
- 41. Les arts 11e parviennent pas tout d’un coup à leur perfection j les
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- INTRODUCTION.
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- chofes les plus Amples fe préfentent d’abord à l’efprit', & elles conduifent aux plus compliquées, qui elles-mêmes préparent à de nouvelles découvertes. D’abord fans doute ceux qui habitent les bords de l’Océan , ont été ramafler fur le fable les poiflons qui y reliaient quand la mer était retirée. Les’voyageurs nous apprennent que dans des parages peu habités, où le poilfon efl fort abon-bant, 011 en prend -facilement à la main , ou prefque à la main. Nos côtes 11e font pas alfez poifîbnneufes pour faire ufage de cette façon de pêcher. On la pratique néanmoins dans certains bailtns entre des rochers, où il relie un peu d’eau à là marée baffe; car les poilfoiïs qui 11’ont pas fuivi le retour de l’eau , y font très-aifés à prendre , & on forme artificiellement de ces fortes de réfervoirs, en pratiquant des enceintes à claire-voie avec des filets , ou des claies , des pieux, &c. C’ell ce qu’011 nomme des parcs (50). E11 faifant ' ces pèches on s’apperçut que plufieurs efpeces de poiifons s’enfonçaient dans le fable comme pour le dérober à la vue des pêcheurs , & on n’aura pas tardé à trouver des moyens pour les y aller chercher. D’un autre côté, il a paru plus commode , au lieu de prendre les poiifons à la main , de les piquer avec des harpons 5 & ces premières tentatives ont conduit à faire de grandes pêches , qu’on nomme la fichure ou le harponage (51) : ou bien on a faifi les poiflons dans une petite poche de filet qu’on ajuftait entre les branches d’une fourche. On fe fert quelquefois de ces filets, qu’011 nomme trubles (52), pour prendre grande quantité de poiflons, Jorfque dans certaines faifonsils entrent, pour ainfi dire, en foule dans les rivières. C’ell encore avec la même facilité qu’on prend le poilfon des étangs lorfqu’on en a fait écouler l’eau.
- 42. Ceux qui habitent les bords de l’Océan, obfervantque dans le flux la mer couvre beaucoup de terrein qu’elle abandonne lors du reflux , & qu’il y avait beaucoup de poiflons qui montaient avec l’eau de la marée & fe retiraient avec elle, ils ont imaginé une infinité de moyens pour les arrêter à leur retour 5 des hameçons garnis d’appâts, des chauffes ou manches, des filets verticaux , des tramails, &c.
- 43. Peu à peu les pêcheurs fe font enhardis, & font devenus plus induf-trieux; ils ont abandonné les bords de la mer; s’étant mis dans des barques , ils fe font portés affez avant au large, & ont imaginé des moyens d’aller chercher le poifl’on à une grande profondeur fous l’eau, tantôt avec des dra-guesi(5§) qui labourent le fond de la mer , tantôt avec des filets d’une grandeur énorme pour arrêter les poiflons qui nagent entre deux eaux: ils ont encore"diftribué dans la mer une multitude immenfe d’hameçons, au moyen defquels on prend les poiflons, qui font naturellement voraces.
- (f o) En allemand , Fifchzaun. (ç ;) En allemand , TFtirfgarnen. On s’en
- (fi) En allemand, FifchJIechcn. fert aufli fur la JVIédirerranée. Voyez Do-
- (5 2) En allemand , Hamen. nati, hijioire de la mer Adriatique.
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- IRTRODUCTIO N.
- 44. Au relie, ce fyfième fur l’origine & les progrès des différentes manières de pécher, elt purement conjectural, & nous n’avons pas cru devoir le iuivre pour la divifion de notre ouvrage ( f4). Cette marche, commode pour donner une idée générale & fuperficielle, ne conviendrait pas à un traité complet des pèches. Nous avons jugé à propos de travailler fur un autre plan, que nous allons expofer.
- J 45. Le poiffcmeft naturellement très- voracej il ne vit prefque que de poifTons. Ces animaux font continuellement occupés à fe faire la chaffe les uns aux autres ; les gros mangent les petits, & font la proie d’autres plus gros (fO- Accoutumés à vivre de rapine, ils fe jettent avec avidité fur ce qu’on leur préfente ; & cette voracité a fourni aux pécheurs divers moyens d’en prendre beaucoup en les attirant par des appâts, foitdans des filets ou des naffes , foit en cachant dans l’appât un crochet fort pointu , qui tient à une'corde ou à un fil de métal j ce crochet bien engagé dans le gofier ou le palais du poiifon, permet de le tirer hors de l’eau & de fe l’approprier. Cette pèche, qu’on nomme à Vhamtçon ( ^6) , fe pratique de bien des façons différentes que nous détaillerons dans la fuite.
- 46. Les filets font des efpeces de filtres, au travers defquels l’eau paffe aifé-ment, & qui retiennent lepoiffon. On emploie quelquefois des appâts pour l’attirer ; mais le plus communément on fe contente de tendre des filets dans des couraiis d’eau , pour retenir les poiffons qui en fuiventle cours : ou bien en promenant le filet dans l’eau, 011 prend ceux qui fe rencontrent à fou palfage.
- 47. Il y a des filets de bien des efpeces & de bien des formes différentes j fuivant les lieux où l’on fe propofe dépêcher, & l’efpece de poiffon -que l’on chaffe. Nous elfaierons de les décrire tous, & de faire connaître les circonf-tances où il convient d’employer les uns plutôt que les autres.
- 48. Dans l’énumération des filets on doit comprendre les dragues qui fervent pour la pèche des coquillages , & les naffes qui, à proprement par, 1er, font des filets d’ofier ; ainfi que les bourdigues, qui font des efpeces
- (54.) Ce fyftême fur l’origine des différentes maniérés de pêcher, femble trop conjectural. On peut même obje&er diver-fes chofes aux principes fur lefquels on le fonde. Si l’Auteur de la nature a donné à l’homme l’empire fur les poiffons , il a dû lui donner l’entendement pour les prendre. Toutes les nations connues ont des méthodes de pêcher qui leur font propres. L’écriture - fainte parle des hameçons avant le
- fjecle de Moyfe. Job XL. 2T. Il eft fait-mention de la truble, Eccl. IX , 12. Voyez là-deffus les recherches de Richter , Ich-thyo-théologie, p. 349.
- (5 D'Il y a des poiffons qui fe nourriffent de la chair de certaines efpeces de poiffons ; mais il y en a auffi qui ne mangent que des herbes ; d’autres vivent dans la fange , & y cherchent leurs alimens.
- (ç6) En allemand, Angclru
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- INTRODUCTION.
- d entonnoirs qu’on fait avec des cannes, & qui conduifent ie poiffon dans des labyrinthes d’où il ne peut fortir que très-difficilement.
- 49. On prend encore des poiffons en les attirant avec le feu, ou en les perçant avec des gaffes , des harpons, des fouines, des tridents ; & par ces moyens * qu’on nomme la fichure. ou le harponage, 011 parvient à fe rendre maître des plus gros poiffons.
- f o. Cet expofé fommaire des différentes pèches préfente ce qui fera l’objet de la première partie de notre ouvrage: dans la fécondé, qui fera pour le moins auflï intéreffante , nous donnerons la defcription & l’hiftoire des poif. fons. Ainli les naturaliftes y trouveront une ichthyologie, que nous elfaierons de rendre la plus complété qu’il nous fera poffible, tant par l’exactitude des defcriptions, que par la correction des figures ; mais que nous bornerons aux efpeces de poiffons dont nous aurons pu avoir une parfaite connaiffance.
- 51. Ce tableau prélènte un travail bien étendu. Voici l’ordre que nous avons fuivi dans fon exécution.
- 52. Tout l’ouvrage eft divifé en deux parties. La première , comme nous venons de le dire , comprend l’hilloire des pêches ; la fécondé, celle des poiffons qui en font le fruit.
- 53. Nous avons diftingué les pêches en trois feCtions principales , qui feront divifées en plufieurs chapitres & articles.
- 54. La pêche aux hameçons forme la première feClion.
- S 5- Nous expofons dans la fécondé les pêches qu’on fait avec toutes fortes de filets.
- 56. On trouvera dans la troifieme différentes façons de pêcher, qui n’ont pas pu fe ranger avec celles des deux premières feCtions.
- 57. Il s’agira dans la fécondé partie, défaire connaître les poiffons qui font
- le produit de la pêche. Chaque genre de poiffon formera un chapitre, & chaque elpece un article. Nous aurons foin de rapporter, dans l’article où il s’agira d’une efpece de poiffon, la façon de le prendre, lorfqu’elle exigera des précautions que nous n’aurons pas fuffifamment détaillées dans la première partie. Ainfi, par exemple, comme nous nous ferons bornés dans la 1re partie à dire que la plupart des morues fe prennent avec des hameçons , & de repré-fenter ceux qu’on emploie pour cette pèche; nous ferons remarquer dans le chapitre particulier de la morue, qu’il y a plufieurs elpeces de ce genre, & différentes façons de les prendre. Nous indiquerons les parages, où l’on fait cette pêche: nous détaillerons auffila maniéré defaler ou fécher ces poiffons , pour les mettre en état d’être tranlportés dans des lieux fort éloignés fans fe corrompre. 1
- 58- Nous traiterons de même ce qui regarde le hareng, la fardine, le maquereau , le faumon, &c.
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- TRAITE' DES PECHES.
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- ^9. De ferablables détails, qui fout néceflairement très-variés , rempliront la fécondé partie ; ils ont en eux-mêmes allez d’agrément pour intérefier Les natnraliftes, & occuper les perfonnes curieufes. D’un autre côté, l’utilité qui en réfulte, eft une raifon de plus pour nous faire efpérer que notre ouvrage fera reçu favorablement du public.
- PREMIERE SECTION.
- De la pêche aux hameçons. Conjectures sur l'invention DE CETTE PÊCHE.
- 60. Il eft probable , comme nous l’avons déjà dit, que la voracité despoif-fous a fait imaginer cette façon de pêcher. Effectivement, li l’on jette à l’eau un morceau, foit de viande, foit de chair de poilfor-, dans un endroit un peu poilfonneux, on voit un grand nombre de ces animaux fe jeter deffus avec avidité, & fe difputer la proie qu’on leur préfente. Cette remarque a pu donner l’idée d’attacher l’appât au bout d’une corde ; & le poilfon l’ayant avalé goulûment avec une partie de la corde, on eft: parvenu , en la tirant à foi, à en amener quelques-uns à terre.
- 61. Au moins eft-il certain que fans aucun autre appareil on peut prendre ainfi quantité de grenouilles & d’écrevilfes.
- 62. On dit même que , dans des endroits où il y a beaucoup d’anguilles, on en prend avec une baguette de bois tendre , dont on fourre le bout apointi dans un gros ver; les anguilles s’y attachent fi opiniâtrément, qu’on peut lès tirer de l’eau fans qu’elles lâchent la baguette. (57)
- 63. J’AI lu quelque part, qu’à la côte de Valence en Efpagne, on pèche des anguilles depuis le mois de juin jufqu’en novembre, avec des ficelles au bout delquelles 011 met un petit morceau de nerf de bœuf; apparemment que les dents des anguilles s’engagent dans le nerf, qui a de la fermeté.
- ( Ç7 ) h ne paraît pas que la pêche dut cens. Le rofeau nage fur la furfacede l’eau, être excellente, li onia fait de cette ma- Le lendemain le pécheur tire la ficelle avec niere. On réuffira mieux avec des hame- précaution, pour que le poiflbn ne fe devons de nuit. On attache au bout d’une gage pas. Si la pêche eft bonne, vous ayez ficelle un paquet de rofeau ; à l’autre bout, autant d’anguilles que dèJhameçons. Ôn un hameçon, avec l'appât, un petit poif. en prend aulfi dans des na(Tes,où on les fon , un gros ver , &c. Vers le foir on jette pique avec des tridents : les Allemands ap-dans l’eau un grand nombre de ces hame. pellent cette forte de naffes, Strohmkôrbe.
- 64.
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- S E c t. I. De la pêche aux hameçons. 17
- 64. Sans doute que s'étant apperçu que fouvent le poiifon lâchait fa proie avant d’être à terre, on a imaginé de mettre dans l’appât un crochet fort pointu , qui entrant dans le palais ou le goiier du poiifon , empêchait qu’il ne l’a-bandonnât.
- Il eft probable que ces premiers crochets étaient des épines d’arbre; d’autant qu’on s’en fert encore à quelques-unes de nos côtes : & des voyageurs rapportent que les naturels duBrélil fe fervent d’épines quand ils n’ont point de crochets de métal.
- 66. On lit aufli dans Vkifloire naturelle d’IJlande, que les hameçons dont fe fervaient les Islandais, étaient anciennement faits avec des os. Dans la fuite nous parlerons plus en détail de toutes ces chofes : il fufïit d’avoir fait apper-cevoir comment il nous parait que la pèche aux hameçons s’eft perfectionnée peu à peu.
- « ........................ —------------------------------- »
- CHAPITRE PREMIER,
- Conjîdérations gmérales fur la pêche aux hameçons,
- «7. Il nous a paru convenable, avant que d’entrer dans les détails fur la pèche aux hameçons* de préfenter des idées générales qui ferviront en quelque forte d’introduClion à ce que nous avons à dire dans cette première feélion. Ce premier chapitre ne contiendra donc que des généralités, ou plutôt des connaiifances préliminaires , que nous difcuterons dans autant d’articles féparés.
- Article premier.
- Des avantages qui font particuliers à la pêche aux hameçons]
- 68» La pêche aux hameçons mérite d’autant pins d’être décrite avec foin, qu’on peut la faire fur toutes fortes de fonds, même au milieu des roches; Elle eft praticable dans toutes les faifons de l’année, & prefque par toute forte de tems ; car il faut que la mer foit bien grolfe pour être obligé de lufpeüdrc cette pèche.
- 6$- De plus, elle eft à portée des plus petits pêcheurs , quoiqu’elle puifle s’étentlre jufqu’à former une des grandes pêches qu’on faife à la mer.
- 70. Ajoutons qu’elle eft fans contredit celle qui contribue le moins à la deffruétion dupoifibn; elle ne bouleverfe&.negâtepas les fonds & les her-biers-où les poiifons dépofent leur frai, & où fe retirent les plus petits pour Tome F. C
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- TRAITE' DES PECHES.
- fe tenir à l’abri des courans, & à couvert des gros poilfons qui leur donnent la chalfe : ainfi cette pêche ne porte aucun préjudice aux endroits qui facilitent rempoiflonnement de la mer & des rivières.
- 71. Il eft certain que, fi l’on ne pratiquait que cette pêche , 011 aurait toujours du poilfon en abondance ; auffi eft-ce prefque la feule façon de pêcher ufitée au Mexique, où la mer eft toujours très-poilfonneufe : & à Cadix, c’eft celle qu’011 pratique principalement en été pour la pêche du poilfon frais.
- 72. Quantité d’autres façons de pêcher blelfent & meurtrilfent une infinité de poilfons, qui dans cet état ne peuvent être tranfportés aux lieux où l’on en fait la confommation. Ainfi il enréfülteune deftruction énorme, qui 11e tourne ni au profit des pêcheurs , ni à l’avantage du public.
- 73. Au contraire , quand on pèche avec les hameçons, lé poilfon qui mord aux appâts eft prefque toujours allez grand pour entrer dans la vente ; il eft très-frais & , pour ainfi dire, encore vivant, quand on le débarque , parce que fouvent les hameçons 11e relient que quelques heures à la mer; & la plupart des pêcheurs ne fe fervant que de petites barques, s’échouent fréquemment à la côte pour y décharger leur poilfon, & recommencer aulîi-tôt leur pèche. Les chafie-marées qui en font prévenus, s’y rendent ; ils chargent le poilfon, & peuvent le tranfporter fort loin dans l’intérieur du royaume.
- 74. Il n’en eft pas de même de celui qui a été meurtri & fatigué par les filets ; il eft fouvent mort & oyé quand on le retire de la mer; & s’il y a relié trop long-tems dans les filets, il teftprefque gâté avant qu’on puilfel’expofer en vente.
- 75. Les poilfons les mieux conditionnés font donc ceux que fournit la pêche aux hameçons; c’eft pourquoi les chalfe-marées les paient beaucoup plus cher que ceuxj^ui ont été pris aux filets.
- 76. S’il y a un reproche à faire à cette pèche aux hameçons, c’eft qu’elle confomme une grande quantité de poilfons pour les appâts. Quand on emploie à cet ufage de petits poilfons de toute elpecè , comme il en faut quelquefois jufqu’à fix pour un feul hameçon, c’eft un grand préjudice pour l’em-poilfonnement de la côte : & attendu qu’il arrive fouvent que les pêcheurs font obligés d’en acheter de gros , ce font des frais confidérables , dont quelquefois le produit de la pèche ne les dédommage pas.
- 77. Mais on peut dire à l’avantage de cette pêche, qu’on y prend de pref-que toutes les elpeces de poilfon. Dans les eaux douces, outre les goujons (58)5 res ablettes (59), les éperlans de riviere(6o), les loches, les gardons , on
- (çS) Cottus Gobio, Linv. S, N. note (<5o) Petit poilfon de mer, quj rémonte Ç42, 6. en allemand , Grundlingen. - dans les rivières. On ërf'prend beaucoup
- ($9) Cyprinus alburnuï, Linn. S. N. dans la Seine. Sa chair eft de très-bon goût ; 5îi34. en ail. Blickeri} en fuedois, Lcija. & onlui.trouve l’odeur delà violette. Il
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- S e c t. I. De la pèche aux hameçons.
- prend des brèmes, des barbeaux, des lottes , des anguilles, des perches , des tanches, des brochets, des carpes, des truites, des faumons, quelquefois des ellurgeons.
- 78* On prend auffiàla mer toutes fortes de poilfons plats, des foies , plies , barbues (61 J, limandes, carrelets, turbots , raies, &c. & de prefque toutes les efpeces de poiifons ronds , tels que merlans , maquereaux, vives, bars , mulets (62), morues, quelquefois des thons , des ellurgeons, des marfouins , & encore des crullacées de plufieurs genres. Ainfi 011 peut dire qu’on prend avec les hameçons des poilfons de tous les genres, & des efpeces les plus efti-niées.
- Articlesecond.
- Explication de quelques termes qui font particuliers à la pêche aux hameçons.
- 79. Comme nous ferons obligés d’employer différens termes qui font propres à la forte de pèche qui nous occupe prélèntement, êc qui font peu connus des ceux qui n’ont pas fait une étude des pêches , il eft nécelfaire, pour nous rendre intelligibles, de le.s définir , & d’entrer dans quelques détails qui forment, pour ainfi dire, les principes fondamentaux de la pêche aux hameçons. Ce que nous aurons à dire dans la fuite, en deviendra plus clair,
- 80. Il ell à propos de prévenir qu’on 11e doit pas être furpris de voir donner quantité de noms diiiérens aux mêmes objets, fur-tout quand ils appartiennent à la marine , puifqu’on parle différentes langues ou dilférens patois dans plufieurs des provinces de France qui bordent la mer. D’ailleurs il n’y a point de petit port où les pêcheurs n’aient adopté des expreffions qui leur font particulières , & qui fouvent ne font que celles des ports voifins défigurées. A notre égard nous avons employé les termes qui nous ont paru être d’un plus commun ufage, fans prétendre qu’ils foient meilleurs que les autres.
- gr. Il eft alfez ordinaire de dire différemment pêcher à la ligne, ou à l'hameçon: cependant ces termes ne font point lynonymes ; & pour prendre une jufte idée de leur fignification, il faut être prévenu que les marins appellent ligne une corde menue: c’eft dans ce fens qu’ils difentune ligne de pêche, une ligne de loc (6f) , une ligne de fonde , une ligne d'amarrage , & c. Ainfi, exadle-
- femble qu’il ne vaut pas la peine de pren- “ (65) Petite corde attachée à un morceau
- dre à l’hameçon de petits poilfons , tels que de bois de huit à neuf pouces de long , le goujon , 1 eperlan Se d’autres, qu’on charge d’un peu de plomb , afin qu’il
- (61) Pleukonectes HippogloJJus ; L.' demeure fur Peau dans l’endroit où on le
- 4ç6,4. En allemand Meerbuttcn. jette. Par le moyen de cette corde on
- (62) Mugil Ctphalus, Linn. En aile- eftime le chemin d’un vailfeau , en mefu-
- mand , See - oder Mecrbarbe. rant le bout de corde qu’on a dévidé
- C ij
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- ment parlant, la ligne eft la corde ou ficelle , à laquelle on attache le crochet qu’on a coutume cdappeller hameçon: & c’eft pour cela qu’on dit pêcher à la ligne, lorfqu’on pèche avec un hameçon ; prenant dans ce cas la ligne pour la partie principale de cette pèche. Mais pour que cette expreiîion fut exaéte , il ne faudrait l’employer que quand on tient à la main une corde fimple, au bout de laquelle eft un hameçon.
- 82. Si l’on tient à la main une perche à laquelle eft attachée une ligne garnie d’un hameçon, cette maniéré de pécher fe nomme à la canne, ou cannette, en Italie canna ou cannaccia, parce que l’on compare la perche aune canne , d’autant que cette perche eft fouvent faite avec un rofeau , qui s’appelle en latin canna.
- 83. Quelquefois , fans fe fervir de perche, on tient à la main une ligne garnie d’un hameçon:, c’eft ce qu’on peut appeller exd.ô.emQ\\tpêcher à la ligne. Les pêcheurs de rivière nomment bricclle cette même ligue, lorfqu’elle eft amarrée à un pieu dans une riviere.
- 84. Quand on attache plufieurs lignes à un corps pefant qu’on lailfe tomber au fond de l’eau, cette façon de pécher s’appell q pécher par fond (6f) , & elle prend différens noms fuivant qu’011 difpofe différemment les hameçons, ou au bord d’un panier qu’on appelle en Provence couffe (65} de palangre ; ou à une croix de fer que les Provençaux nomment fourquette; ou aune baguette recourbée & chargée d’un plomb , qu’on nomme ü archet; ou de plufieurs autres façons qui reviennent à peu près à la même, & dont nous parlerons dans la fuite.
- 85. Des lignes garnies d’hameçons, qui font attachées aune pierre au bord de la mer, s’appellent petites cahlieres , dans l’Océan j parce que les pierres dont 011 fe fert pour faire caler les cordes , fe nomment auifi cahlieres.
- 8 6. A l’égard de la pêche aux groffes cahlieres, elle confifte en une corde qui répond à deux groffes pierres, & qui dans fa longueur eft garnie de cordes menues , auxquelles font attachés les hameçons.
- 87. Quand ces cordes menues garnies d’hameçons fe trouvent diftribuées en nombre fur une corde principale , cette corde s’appelle dans l’Océan bauffe ou maîtrejfe corde, & dans la Méditerranée maijlre de palangre (66) , parce que ce qu’on nomme dans l’Océan pêcher aux cordes, s’appelle dans la Méditerranée palangrer: dans l’Océan on dit un pêcheur cordier, & dans la Méditerranée
- pendant un certain tems, ordinairement (6 ç) Couffe , mot provençal qui fignifîe
- une demi-minute , pendant lequel le vaif- corbeille.
- feau pouffe par le vent, s’eft écarté du (66) La palangre eft un bateau plat, de loke. grandeur médiocre , dont on fe fert pour
- (64) Les Allemands nomment cette forte pêcher dans la Méditerranée, de pèche, Nachtangcln.
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- tin pécheur palangrier. Les Génois appellentparamitte ce que les Provençaux nomment palangre.
- 88- Assez fouvent, au lieu de tendre les bauffes Jxir le fable avec des cablie-res aux bouts , on les attache fur des piquets j c’eft ce qu’on nomme tendre fur pâlots.
- 89. A l’égard des lignes fines qui partent de la maîtreffe corde , on les
- nomme dans l’Océan lignes ou lannes, quelquefois femelles. C’eft au bout de ces lignes latérales que font attachées celles qui portent les hameçons : & celles-ci fe nomment piles ou empiles dans l’Océan , & breffeaux dans la Méditerranée. Il eft affez ordinaire d’attacher les hameçons immédiatement aux lignes qui partent de la maîtreffe corde -, en ce cas elles tiennent lieu de piles, & en portent quelquefois le nom. '
- 90. Une piecede cordes , garnie d’empiles & d’hameçons, fe nomme fou-vent dans l’Océan unepiece déappelet : & un nombre de pièces d’appelets ajoutés bout à bout, forme ce qu’on nomme une tejfure. Cette dénomination conviendrait mieux aux filets j mais les pêcheurs-cordiers fe la font appropriée. C’eft par un femblable abus de dénomination, que les pêcheurs-cordiers difent qu’ils tendent leurs rets , lorfqu’ils mettent une tellure à la mer.
- 91. On varie encore de plufieurs autres maniérés là difpofition des cordes : d’où réfultent différentes façons de pêcher, auxquelles on donne des noms particuliers , comme quand on dit pêcher par fond ou à. corde flottante , qu’011 nomme la belle ou au libouret, &e.
- 92. Nous aurons fouvent occafion de parler de ces diverfes pèches j mais nous nous contenterons préfentement d’en donner une légère idée. Il faut donc favoir que certains poiffons ne quittent guere le fond de l’eau, & qu’on ne peut les prendre qu’avec une teffùre étendue fur le fond. Pour cela, on la charge de corps pefans; c’eft ce qu’ on nomme pêcher par fond.
- 93. D’autres poiffons fe tiennent entre deux eaux, & pour les prendre on met quelques caillou» fur la maîtreffe corde, que l’on empêche daller au fond, en la foutenant de âiftance en diftance par des lignes garnies de flottes de liege qui nagent fur l’eau. Il eft fenfible qu’en tenant les lignes plus ou moins longues , on fait enforte que la teffure foit plus ou moins éloignée de la fu-perficie. Quelquefois encore on met les flottes de liege fur la maîtreffe corde , & 011 charge les empiles de petits morceaux de plomb : c’eft ce qu’on pratique dans les chaleurs de l’été, quand les poiffons s’approchent de la furface de l’eau, y étant attirés par des infedes qui s’y trouvent quelquefois en grande quantité. Ces pèches fe nomment entre deux eaux (6y}, ou labllle.
- 94. Les crochets de métal qu’on attache au bout des lignes ou des piles,
- (67) En allemand , %u haïben grunde ffehetu
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- fe nomment communément des hameçons ; mais c’eft improprement: les pêcheurs de l’Océan les appellent des hains, & les Provençaux moufcleanx. Nos pêcheurs réfervent le terme d’hameçon pour un hain garni de fon appât. Dans ce fens on peut dire exactement pêcher à L'hameçon , puifque pour prendre du poiifon il faut que l’hain ait fon appât. Voilà les généralités : reprenons plus en détail ces diiférens objets.
- Article troisième.
- Des cordes , bouffes, lignes , empiles.
- 9f. On lait pour de petites pêches, comme à la canne, des lignes fines avec du crin ou de la foie ; mais pour les grandes pèches , les maîtrelfes cordes , de même que les lignes & les empiles , font laites avec de bon chanvre, premier brin, filé plus ou moins fin, fuivant la groifeur que doivent avoir les lignes. On commet ordinairement ces fils en aulliere (68), & rarement en grelin (69) : les auilieres font faites de deux ou trois fils , ou trois faifceaux de fils fimplement commis les uns avec les autres ; & les grelins font faits avec trois auilieres commifes enfemble (*). Au relie, on proportionne la groifeur des cordes & celle des lignes à l’efpece de poiifon qu’on fe propofe de prendre.
- 96. Lorsque les piles ou les empiles doivent être grolfes, on les travaille ordinairement comme la maîtreife corde , avec la feule différence qu’elles font plus menues , comme on le voit en GIH (fig. i,pl- //). Mais quand les hains font petits, on les attache immédiatement à la ligne qui eft faite d’un fil retors, formé de deux bons brins de fil à coudre, (pl. lF,fig. 3 ) ; alors la ligne fert d’empile : c’eft ce fil double qu’on appelle du bitord : nous dirons dans la fuite comment on le fait.
- 97. Quand onfe propofe de prendre des poiffons qui couperaient les empiles avec leurs dents, on fait les piles avec du crin (#/. IF, fig. 3 ). Quelques perfonnes trouvent plus avantageux de tordre les fils de crin pour en former un cordonnet, comme nous l’expliquerons dans la fuite en parlant delà pèche à la canne. Mais il vaut mieux frire ces empiles avec du fil de laiton (70) , tantôt (impie , tantôt double , ou encore roulé en forme de cordonnet (pl-1 ffg- 9 ). Quelquefois auffi, comme nous le dirons dans la fuite, on fait av-ec ce fil une efpeçe de chainette.
- (6g) En allemand, gezwirnt, & réimprimé en 1769 , avec des additions
- (69) En allemand, ungezwirnt. confidérables.
- ' ( * ) Voyez le traité de la fabrique des (70) En Allemagne , on ne fe fert pas de manævres des vaijfcaux, ou l’art de la cor- fil de laiton ; mais les pêcheurs font une dsrie perfeêîionnc , publié à Paris en 1747, efpece de petite chaîne.
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- 98- Sur la maitrelfe corde A B (/*/. //, fig. 1 ) font attachées par un nœud qu’on nomme une double, clef (70) , des cordes latérales femblables à CC, que nous avons dit qu’on nommait lannes, femelles , & en Provence brejfeaux. C’eft à l’extrémité de ces lannes que font attachées les piles ou empiles CH. On donne aufîi le nom de larme aux cordes qui attachent les cailloux à la maî-trelfe corde.
- 99. C’est aux piles GHI qui font attachés les ains K.
- 100. Il y a des piles ou empiles fimples, d’autres doubles, BD G; on les nomme piles ovales , & quelquefois eflroppes.
- 101. Nous avons repréfenté fur la pL //, fig. 1, un caillou E attaché à la maitrelfe corde AB par une lanne D , au moyen d’un nœud qu’on nomme demi-clef
- 102. Quelquefois le caillou eft amarré à la maitrelfe corde par une lanne double.
- 103. Quand la maitrelfe corde n’eft pas fort grolfe , les cailloux y fond fouvent attachés immédiatement, comme on le voit en aaa (planche Vy
- fig- *- )
- 104. La plupart des lignes ou cordes qui font faites de chanvre, fonttannées, quelquefois même gaudronnées: ce n’eft pas feulement pour les faire durer plus long-tems , mais encore pour que le poilfon trompé par la couleur, prenne la ligne pour du varec, & en foit moins, effarouché. C’eft pareillement dans cette vue qu’on les teint quelquefois en verd. Nous décrirons ces différentes préparations dans la fuite.
- 105. On prétend que les Groenlandais empilent leurs hains avec des lames fines & longues, prifes des barbes de baleine (71) , dont ils faventaufti faire des filets.
- 106'. Au Bréfil & dans plufieurs isles de l’Amérique, 011 fait de très-bonnes lignes avec du fil de pitte : 011 fait que ce font des filamens qu’on retire des. feuilles d’une efpece d’aloësou aloïdes. (73)
- 107. Les voyageurs difent qu’en Guinée à la Côte-d’or, on fait les cordes, pour la pêche avec des écorces d’arbres.
- 108- Suivant un mémoire du Canada, on fe fert indiftinélément pour la pêche, ou de cordes de chanvre tirées d’Europe , ou de celles qu’on fait dans le pays avec de l’écorce d’un bois blanc, qui étant bien préparées, font aufîi
- (?i) En allemand, Kreutzknoten, fon^ & cette expreflion eft beaucoup plus
- (72) Les barbes de la baleine ne font pas jufte. Voyez Zorgdragergrônlandifche Fi-propres à cetufage, à moins que l’auteur fcherey, pag. 130 ,'453. n’entende par là l’os de la mâchoire fupé- (73) Uaîoëspitte eft Yalocs aniericana rieure de ce grand poiffon. On trouvera major». plus bas le même objet appelle os de poif-
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- régulières que celles de chanvre. Ainli elles reviennent à peu près aux cordes qu’on fait en France avec l’écorce de tilleul ou celle de mûrier.
- 109. Sur la Méditerranée an fait quelquefois les maiftres de palangre avec une efpece de jonc qui vient du Levant, & qu’on nomme auffo , auffe ou Jparte. Cette plante croît abondamment en Elpagne & à Malthe, où on en fait diiferens ouvrages , comme paniers ou couft’es, nattes, cordages , filets (74). Il y en a de deux efpeces ; favoir :
- 110. i°. S partum lier b a PLinii, qui eft le fpartum primum Clujii, que M. Von-Linné ( Sp. Plant. 116) a nommé fipa tenacijjîma, feu fipa arijlis bajipilojis t panicula jpicata , foliis filiformibus.
- ni. 2°. Spartum alterum Clufii, que M. Von-Linné a nommé ( Sp. Plant. 78 ) tygeum, & fpartium proprement dit : celui-ci fe trouve en Efpagne , dans des champs argilleux.
- 112. En conféquence le numéro X. qui vient dans le fable, eft plus fin & plus propre a faire de bons ouvrages que le numéro'2. O11 trouve dans Clufius une énumération exaéte de toutes les propriétés du fparte.
- 113. Dans quelques endroits on fait de gros cordages pour la pêche avec des farmens de vigne * ou avec de jeunes branches pliantes de difterens arbres, comme le faule, le peuplier, l’olier, &c.
- Article q_uatriemï.
- De la façon de fabriquer les cordes, lignes & empiles pour la pêche.
- 114. Les principales cordes ou les empiles pour les gros hains font faites par les cordiers, qui choifilfent le meilleur chanvre, & le travaillent avec tout le foin dont ils font capables ; ainfi nous renvoyons pour ce point à l’art de la corderie, que nous avons déjà cité. Nous parlerons dans la fuite des petits métiers qui fervent à faire les lignes de foie & de crin j mais il nous a paru convenable de donner ici la connailfance d’un métier qu’on emploie fur les côtes de Picardie & de Normandie, pour faire les lignes & empiles fines de chanvre. Nous en fouîmes redevables à M. deFourcroy, ingénieur en chef à Calais, qui nous en a envoyé le defini que nous avons fait graver.
- 11 <). Lespeilles, piles ou peies , auxquelles pendent les hains des pêcheurs-cordiers, ne font autre chofe que des bouts de bitord. Rien 11e ferait plus aifé que de retordre & doubler ces bouts de fil à la main, pour en faire du bitord propre à empiler les ains, comme font les charretiers pour mettre des touches
- (74) On en fait aufli des fouliers. Voyez Defcriph des arts in - 40. Tome III ,'p. $04 , note 4*
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- Sec T. I. T)e la pêche aux hameçons* ' 2<f
- à leurs fouets. Mais à la quantité qu’il en faut aux pêcheurs-cordiers, cette opération ferait fort longue ; au lieu qu’elle devient très-courte au moyen d’une machine alfez fimple , dont fe fervent quelques femmes (75) qui vendent les peilles toutes faites aux pécheurs. Cette machine, qu’elles nomment un quarrépeut former dix-huit à vingt peilles à la fois en huit ou dix minutes.
- iï6. Le quarré (/>/.///) eft compofé d’une piece de bois AB CD, évi-dée dans le milieu de fa hauteur depuis B jufqu’en C, & foutenue plus ou moins haut 5/fuivant la longueur des peilles que l’on veut faire, par fes tenons A & D, au moyen des chevilles mobiles E , E , fur deux pendans évidés de même, qui font fixés à quelque foliveau du plancher. Dans le vuide B C eft un rang de plufieurs poulies de bois, faites en maniéré de bobines, & nommées en Picardie toulettes. Elles font fixées par de l’étoupe, chacune à leur broche verticale qui porte un crochet 1. 2. 3.4. f. &c. Ces broches peuvent tourner librement dans les trous haut & bas , qu’elles enfilent dans la piece de bois A B C D. En F & G font deux autres tculettes qui tournent librement autour de leurs axes fixés horifontaiement dans la même piece de bois, & qui font uniquement l’office de poulies de renvoi.
- 117. Si partant de H on palfe un fil fans fin fur la poulie F, faifant enfuite faire à ce fil une révolution autour de chaque toulctte, toujours d’un même fens , pour revenir par la poulie G en I & H, il eft évident qu’en tirant continuellement ce fil de GI vers H, toutes les toulettes 1. 2. 3. 4. 5. &c. tourneront continuellement fur leurs centres , d’un même fens; & avec elles, leurs axes ou broches à crochets. Elles feront ici l’office des molettes des rouets dont fe fervent les cordiers.
- 118- On donne à ce quarré plufieurs autres formes qui 11e changent rien à fon ufage. On obferve plufieurs attentions fur le choix du bois des toulettes , fur la façon de les faire porter pour qu’elles tournent librement, &c. Il faut remarquer que la première toulette vers B n’eft point non plus fixée fur fon axe ; c’eft fon axe qui eft fixé par de l’étoupe dans la piece de fup-port. Cette toulette ne fait que l’office de poulie pour maintenir le fil dans la diredion du milieu des autres qui ont des broches à crochets , & qui doivent être en nombre pair.
- 119. &c. font des poids de plomb, plus ou moins lourds
- fuivant la groifeur du fil à retordre, qui portent chacun une broche à crochet , & font rangés à terre fous les toulettes , en nombre qui foit moitié de celui des toulettes. . j
- 120. KL eft une réglé de bois léger, nommée/^ folette, fur l’épaiifeur
- t
- (7O En Allemagne , ce font les femmes des pêcheurs qui fabriquent & raccommodent; la plupart des filets de leurs maris.
- Tome V.
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- de laquelle on a ménagé des appendices rainure en demi-cylindre ,
- c’eft-à-dire, figurées comme des demi-poulies, & qui doiventètre efpacées entre elles proportionnément aux toulettes du carré, comme on le voit à la figure & à la coupe n.
- J2i. L’ouvriere ayant fa pelotte de fil ou de ficelle auprès du quarré, dans un petit baquet avec de l’eau, attache le bout de ce fil par un nœud au crochet I de la première toulette à broche ; de là le fait palfer dans le crochet a du premier plomb qui eft à terre, le ramene au crochet 2 de la féconde toulette , où elle le noue, & tout de fuite le palî’e au crochet fuivant 3 ; de là au crochet b du fécond plomb ; le ramene & le noue au crochet 4 ; puis le palfe au crochet c, &c. jufqu’au bout du quarré. Enfuite avec un couteau elle coupe le fil dans les intervalles des toulettes , de '2 à 3 , de 4 à f , de 6 à 7, de 8 à 9, &c. & alors, en termes de corderie, Les bitords font ourdis. Le crochet du plomb pendu au pli d’en-bas de chaque fil va fervir d'imerilLon ; & le poids en s’élevant de terre à mefure que le fil fe raccourcira , fervira de ce qu’on appelle le quarré dans les corderies. Mais afin que les deux parties de ce même fil qui doivent former chaque brin de bitord , comme 1 a 2 premier brin ,3^4 fécond brin, &c. ne fe réunilfent pas trop tôt, il faut mettre un toupin entre deux : c’efb à quoi fervira la folette.
- 122. L’ouvriere la prend par une de les oreilles K ouL; la préfente auprès des crochets des toulettes en /z, o , pour faire entrer aifément chaque appendice m , m, m9 dans l’un des intervalles entre les deux parties de chaque brin 1^2, 3^4,&c ; puis abailfe en même tems la folette jufqu’à quelques pouces des crochets des plombs en K L.
- 123. Tout étant ai n fi difpofé , elle tire le fil fans fin dans le lens de G I
- en-bas , pour faire tourner les toulettes. Alors les deux portions de chaque brin de fil, comme 1 a &2 a, ou 19 &&20 &, fe retordant fortement, & fe raccourcilfant à proportion, commencent à fe doubler au-delfous de la folette , en faifant tourner le plomb dès qu’il perd terre. Il arrive en même tems que chaque appendice m, m, zzz, de la folette fe trouve parla duplica-ture du fil plus comprimée dans le bas de fa rainure que dans le haut 5 ce qui fait gliifer la folette, & la repoulfe vers les toulettes fans que l’on y touche. Quand la folette parvient en remontant, à quelques pouces des toulettes, vers n o 9 l’ouvriere l’enleve d’entre les fils, ceife de tirer le fil I H, décroche les plombs, & les peilles font faites. Elle les décroche des toulettes, & recharge fon quarré de nouveau fil pour en faire d’autres. _
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- Sï ct. I. De la pèche aux hameçons. Article cinq_uieme. Des différentes maniérés d'empiler les hains.
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- 124. On attache de différentes façons les hains aux lignes ou aux piles i fuivant la différente groffeur de ces lignes ou piles.
- 12En général, ii la ligne eft fine & que l’hain foit terminé par un anneau (pl.I,fig. 1,2, 3, 4, 6,7, 10 & 11) , on paffe deux fois dans cet anneau l’extrémité de la ligne, & on l’arrête par un nœud : ou bien, fans faire ce nœud, on approche l’un de l’autre les deux bouts de la ligne , & on les joint enfemble par plufieurs révolutions d’un fil retors, dont la groffeur eft proportionnée à celle de la ligne & de l’hain.
- 126. Quand l’hain eft terminé par un applatiffement, on tourne autour de l’hain l’extrémité de la ligne pliée en deux, & on paftè les deux bouts dans la boucle que forme la duplicature. Plus on tire la ligne , plus le nœudfe ferre. Ce nœud fuffit pour affujettir les petits hains à des lignes fines. Mais quand les lignes font plus groffes & les hains plus forts , on affujettit encore le nœud par des révolutions d’un fil retors.
- 127. Quelquefois , pour la pêche de la morue, une ligne affez groffe eft fuffilamment arrêtée par un fimple nœud.
- 128. On a coutume d’attacher les hains un peu gros à des piles doubles , qu’on nomme aufli empilage ovale. Tels font les hains, pl.I^fig. 12» 13 & 14. Pour les faire, on plie en deux la corde qui doit former la pile ; on en détord les deux bouts, 011 les éfiloche pour qu’ils s’appliquent plus exactement fur le corps de l’hain, au-deffous de l’évàfement qui le termine , & on affujettit ces deux bouts fur le corps de l’hain par des révolutions d’un fil retors, ciré ou poiffé, qui doivent s’étendre non feulement fur le corps de l’hain depuis E jufqu’en D ( pl. II >fig-i & autres ), mais encore fur les branches de l’empile jufques vers H.
- 129. Les Anglais font leurs empiles en forme de cadenette: elles en font plus fouples, ce qui eft avantageux.
- 130. Comme la partie applatie de l’hain eft fouvent un peu tranchante, elle pourrait bleffer les pêcheurs lorfqu’ils fourrent leur main dans le gofier de certains gros poiffons pour en retirer l’hain j fur-tout quand on fait la pêche de la morue , où il faut opérer fort vite : 011 prévient cet accident en couvrant la partie tranchante avec une bande de cuir ou d’étoffe D ( ph /, fig. 12,13614), qu’on retient par les mêmes révolutions de fil qui arrêtent l’empilage. Cette petite bandelette fe nomme atiche.
- 131. On fait auffi un empilage avec une elpece d’écheveau de fil qui eft
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- lié de diftance en diftance par des fils de travers , comme un bout de tabac. Le mérite de cet empilage eft d’être fort fouple.
- 132. Nous avons déjà dit que , quand on pêche des poiflons qui ont de •fortes dents, on fait les empilages en crin. Quelquefois à l’extrémité de l’empilage de crin il y a un petit bout de fil de laiton, qui réfifte mieux que le crin aux dents des poiffons : cependant il vaut mieux faire tout l’empilage avec un feul fil de laiton, ou faire avec le même fil un empilage double /g h (fl. II, fig. 2). Dans Pun & l’autre cas , on attache le bout de l’empilage à l’hain avec des révolutions d’un fil de laiton fin & recuit.
- 133. Pour les poilfons moins gros, comme font les brochets, on roule l’un fur l’autre deux fils fins de laiton (pi I, fig. 9) d’un pied de longueur,, plus ou moins;, ou bien en joignant les uns aux autres plufieurs pareils cordonnets , 011 en forme une chaîne qui a l’avantage d’être plus fouple que l’empilage qui eft d’un feul morceau.
- 134. Les empiles de corde ou de métal font attachés aux lamies G (pL IIr fig. 1 ) par un nœud qui forme une demi-clef G : ou fur la même planche , à la lanne i (fig. 2) par le nœud h. Souvent l’empilage G eft fimple ; ce n’eft qu’une lanne attachée à la maitreffe corde.
- 13 f. Au refte ,on voit affez fenfiblement fur les planches les différentes maniérés d’attacher les hains aux empiles ou aux lannes , & les empiles aux cordes. Tous ces objets étant repréfentés dans, la groifeur qu’ils ont effeéii-vement, on a coupé les cordes & lignes qui étoient trop longues pour être repréfentées fur \qs planches. Les lignes ponctuées marquent les endroits; coupés, & on y a mis des chiffres qui indiquent combien on en a retranchée
- Article six i e m- e..
- Des hains dont on fit-fer-t pour prendre différentes efpeces de poiffons. (fi)‘
- 136. Il s’agit ici de crochets qu’on attache à l’extrémité des lignes, & qu’on a coutume d’appeller hameçons, quoique, comme nous en avons déjà, averti, ce terme foit impropre; car les pêcheurs /nomment hain ces fortes, de crochets , terme qui peut, venir de hamus ; & ils appellent hameçon un hain qui eft amorcé ou garni de fou appât.
- 137. Les pêcheurs de quelques côtes-, particuliérement depuis S..'Vallery en Somme jufqu’à Etaples, fe fervent affez communément d’hains de bois
- G) Gn dit hain, ain, ou. ein , ou inge. veaux: les Provençaux, moufcleau ou fer Les pêcheurs Normands & Picards difent à croc: du côté de l’Italie , hammo j &. eiv acq, acque ou eichc : les Bretons, da~ Allemagne, Angclhackai, Racken.
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- S e c t. I. De la pêche aux hameçons.
- qu’ils font avec des épines, auxquelles ils confervent un peu du bois de’a ^branche 3 ce qui a fait nommer la pêche qu’ils font avec ces hains, pêche à Vépinette.
- 138- Comme ces pêcheurs s’établilfent fur des fonds de vafe,ils prétendent que les hains de métal s’y enfonceraient au point de 11’être pasapper-eus par le poilfon 3 ce qui n’arrive point aux épines qui font plus légères que le volume d’eau qu’elles déplacent. Comme ces épines n’ont pas de barbillon, il doit s’échapper beaucoup de poilfon 3 ainfi il paraîtrait préférable de rendre les hains de métal fuffifàmment légers, au moyen d’un petit morceau de liege.. Mais les hains d’épine coûtent moins que ceux de métal 3 & c’eft chez les. pêcheurs une raifon décilive pour leur donner la préférence* ( 76 )
- 139. Nous avons déjà dit que les, Groënlandais fe fervaient anciennement d’hains faits avec des os de poilfons (77)3 mais ils n’en font plus d’ufage depuis que les Hollandais &les Danois leur en ont fourni de métaL
- 140. Les hains que nos pêcheurs emploient, font faits, comme nous, l’expliquerons ailleurs, d’un bout de fil de fer ou d’acier, plus ou moins-gros , qui a à Lune de fes extrémités un petit anneau (pl. /, fig. 1,2 & 3 ) 3 ou bien, comme on le pratique ordinairement, ce bout étant applati forme un évafement a (/g. § ), qui fert, ainfi que l’anneau , à attacher l’hain à la ligne ou à fon empile. Il n’y a guere que les petits hains qui aient des anneaux. Les autres ont le bout qui répond à la ligne, applati. Cependant l’hain (fig. 9 ) qui fert pour la pêche des gros brochets, a un anneau en a. A l’autre bouté, le fil de métal qui forme l’hain, efi aiguifé en pointe déliée3 & à une petite diPrance de cette pointe, on a détaché une languette c piquante, qu’on nomme barbillon ou. dardillon. Sa pointe doit avoir une direction oppofée à celle qui termine le bout de l’hain, afin que quand celle-ci b a piqué dans la chair , l’autre c s’oppofe à ce qu’elle en forte. Tout cela s’apperçoit fenfiblement en jetant les yeux fur les figures de la planche I.
- 141. La partie edb du fil de métal qui efi; du côté de la pointe, efi recourbée de forte que quand Phain pend à une ligne, comme dans hifig. 9 , le bout a qui tient à la ligne , & celui b où efi la pointe, foient en-haut : au contraire, la pointe c du barbillon efi tournée en-bas 3 mais l’extrémité b d de la branche pointue ne doit répondre qu’au tiers de la longueur de l’autre branche a e. La forme & l’ouverture de ce crochet varient beaucoup fuivant le caprice ou l’idée des ouvriers ou des pêcheurs , les uns voulant que les crochets foient fort ouverts, & d’autres peu. Pîufieurs donnent au pli qui fait
- (76) Une autre raiforr de rejeter cette ef- (7.7) Cette dénomination vaut mieux que pece d’hamecons, c’eft qu’ils laifTent échap- celle de barbe de baleine., dont l’auteur per un grand nombre de poiflons mortelle- s’dl ferviplus haut, ment blefles, qui périflent à pure perte. '
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- le crochet, une forme arrondie ( fig. 14 ou 13 ) : d’autres veulent que toute la courbure foit en-bas, & que l’extrémité où eft la pointe , fe releveparallé-' îement à la longue branche (fig. ^9 6*12).
- 142. Il convient pour certaines pêches , que les hains aient deux crochets , quelquefois tournés à peu près d’un même côté (pl. II, fig. 2, a a ) ; & d’autres fois dans des feus oppofés (pl. I, fig. 10 & 11 ) : ce qu’on peut faire foit en liant enfemble deux hains adolfés l’un à l’autre (y/. /, fig. 11), foit en ie fervant d’un même morceau de fil de fer appointi par les deux bouts, qui portent chacun un barbillon & tin crochet. En ployant ce fil de fer par le milieu, de façon que les deux crochets aient la difpofition qu’on defire , oit a un hain à double croc (pl. I ,fig. 10, ou pl. II, fig. 2 ).
- 143. Il eft fenfible qu’on doit proportionner la force des hains à la groffeur des poilfons qu’on fe propofe de prendre : c’eft pourquoi, comme on l’ap-perçoit à l’inipeélLon des planches, il y a des hains de bien des grandeurs différentes, depuis la groifeur d’une aiguille à coudre, & qui n’ont que huit à dix lignes de longueur, jufqu’à la groffeur d’une plume à écrire, ayant quelquefois huit pouces de longueur. C’eft pour donner une idée plus jüfte des hains, que nous les avons fait graver, ainfi que les. cordes, dans leur grandeur effective.
- 144. Nous allons indiquer à peu près quels font les untges qu’011 fait des diifirens hains que nous avons repréfentés ; nous réfervant. à en parler plus pofitivement quand nous traiterons en particulier des différentes façons dépêcher avec les hains, & encore plus lorfqu’il s’agira des pèches propres à chaque eipece de poiifon.
- 145. La planche / eft prefque toute occupée par les hains dont fe fervent les pêcheurs dans les eaux douces *, il y en a deux de chaque efpece, qui font repréfentés dans des points de vue différens.
- 146'. Les hains (fig. 1 & 2) fervent à prendre les plus petits poiffons ; ils ont des anneaux.
- 147. Ceux des fig. 3 & 4 font deftinés à la pêche des menues blanchailles, * ou poilfons blancs qui ne font pas fort gros. Ces hains font toujours à anneaux, parce qu’ils font faits avec du fil de fer trop fin pour être applati par le bout.
- 148. Les hains ? , £,.7 & 8 s fervent à prendre les gros poilfons blancs & des tanches : les uns font à anneaux, & les autres applatis par le bout.
- 149. L’hain (fig. 9) eft employé pour de gros brochets & de groffes anguilles ; l’empile A B eft faite de deux fils de laiton roulés l’un fur l’autre, parce que ces poilfons couperaient avec leurs dents les empiles de crin ou de chanvre.
- 150. La fig. 10 eft un hain double, fait d’unfeul fil de fer plié en deux & terminé à chaque bout par un croc.
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- Ifi. La fig. 11 rcpréfente un hain double, fait de deux hains adoifés, & dont les anneaux font appliqués l’un fur l'autre.
- 152. Les fig. 12, 13 & 14 repréfentent de gros hains , dont 011 fe fert fur le Grand-Banc pour la pèche de la morue.
- 153. On fait ulàge des plus forts hains fur le Grand-Banc, parce que c’eft en cet endroit qu’on prend les plus groffes morues.
- 154. Les empilages & les lignes de ces trois hains font, à fort peu de chofe près, femblables, & tous fuivant l’ufage le plus ordinaire des pêcheurs Français.
- iff. Nous avons déjà averti que la courbure des hains eft arbitraire , & que chaque pécheur en affe&e une qu’il croit la meilleure 5 cependant on prend auffi bien les morues avec les hains des fig. 13 & 14, qu’avec ceux de la fig. 12.
- 1)6. Tous les hains dont on fe fert fur le Grand-Banc, font de fer étamé ; parce que, comme il y a beaucoup de pierres au fond de la mer, ceux d’acier feraient fujets à fe rompre. A l’oueft de l’isle de Terre-Neuve, on fefert volontiers des hains (fig. 13 & 14) qui font d’acier ; parce que 11’y ayant point de roches , on ne craint pas qu’ils fe rompent.
- 157. Les lignes ont environ huit à neuf lignes de circonférence, & 90 à 9f brades de longueur. Les cordes de l’empilage ont fix à fept lignes de circon^ férence.
- 158- Quelques pêcheurs mettent entre l’empilage B, & la ligne C (pi /, fig. 12 , 13 & 14) une corde à peu près de la grolfeur de celle qui forme l’empile ; ils la nomment apec. Elle parait alfez inutile.
- 159. On voit fur la fil. Ifi fig. 1 , une grolfe corde AB garnie d’un fort hain K & d’un caillou E. La ligne C C, qui eft coupée en æ, doit avoir une bralfe de longueur, y compris celle de l’empile G H, qui eft coupée en b. On les diftribue de brades en braifes dans toute l’étendue de la corde A B, qui a environ 33 braffes de longueur, & 12 à 13 lignes de circonférence : & les cordes qui forment les empiles ont 6 à 7 lignes. Une telfure entière porte environ igo ou 1000 braffes de longueur. Comme ces appelets (78) fervent principalement à prendre des raies , il faut les établir au fond de l’eau : pour cela on met au bout une cabliere ou groife pierre quipefe40 à 50livres, &
- (78) Ce mot défigne toute la tifïire avec le fil de l’eau; fur les grands fleuves, on fes hameçons & tout fon attirail. Ces inftru- les met en travers. Chaque corde porte mens fervent auffi fur les rivières en Aile» deux cents hameçons.; l’appât fe fait avec magne ; mais on n’y a pas multiplié à l’in- de gros vers. Les réglemens portent qu’on fini les différens noms ; la corde & tout fon ne pourra pêcher de la forte que depuis attirail s’appelle fimplement Nochtangeln. pâques jufqu’à la Saint-Michel.
- Dans les petites rivières on les laide fuivre
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- on diftribue dans la longueur de la corde des cailloux E, qui font attachés à la maitrelfe corde par des lannes D.
- 16b. Les bâtimens qui vont à Terre-Neuve faire la pèche, embarquent ordinairement quelques hains femblables à celui qu’on voit dans la même planche, fig. 2, pour prendre des thons , quand ils en rencontrent dans leur traverfée ou auprès de l’isle. Cet hain e£t fait d’un feul morceau de fer plié en b, & recourbé en a a., de façon que les crochets foient tournés d’un même côté. O11 met entre les deux branches de cet hain un leurre de liege c (fig. 2 & 3 ) , qu’on couvre d’une peau de poiffon, ou d’une toile blanche fur laquelle 011 fait une raie bleue ou noire : d’autres mettent, au lieu de liege une chandelle, où l’on marque deux yeux avec de petits morceaux d’étoffe rouge. Il faut toujours que le leurre defcende de trois à quatre ponces plus bas que les crochets d’^s hains. Enfin 011 accompagne ce leurre de quelques plumes e e.
- X61. Cok^iE le thon a des dents affez fortes pour couper les empiles qui feraient débordé, on fait l’empilage fg h avec un double fil de laiton , qu’on attache à l’h\mi par un bout en b, & par l’autre à la ligne i, qui a environ (ix lignes de circonférence. Cette empile a environ 20 pouces de longueur.
- 162. Les hains pour la pèche des morues & des raies , different en grof. Leur de ceux qu’on emploie à une autre pêche.
- 163. On les empile à la françaife , ou à l’anglaife. Quand les morues font rares, & qu’elles fe tiennent enfoncées dans l’eau, les pêcheurs fe fervent de plus petits hains, parce qu’étant entièrement recouverts par l’appât,la pointe exceptée , les morues y mordent plus volontiers.
- 164. Pour pêcher des raies & d’autres gros poilfons, on fe fert d’une baülfe dont la maîtreffe corde a pour chaque piece environ 23 braffes de longueur, & 11 à 12 lignes de circonférence. Ces pièces portent ordinairement 12 hains, & f à 6 cailloux du poids de 6 à 7 livres. Les lignes latérales ou lannes ont 6 à 7 lignes de circonférence & une grande braffe de lon-‘ gueur. Les hains font attachés immédiatement fur la ligne par un nœud.
- 16^. Le nœud pour attacher un caillou fe voit en F (pl. //, fig. 1 ).
- 166. L’appelet(fig. 1 ) fert à prendre des raies, des congres & d’autres gros poilfons.
- 167. On voit encore des appelets dont la maitreffe corde a au plus quatre lignes de circonférence; & les lannes ou lignes latérales 11e font qu’un gros fil retors. Ces appelets qui font chargés de cailloux, ne different de ceux dont nous avons parlé, que parla groffeur des cordes, des lannes & des hains : ils fervent à prendre des foies, des limandes, des carrelets, & quantité d’autres poiifons.
- 168. On embarque dans les traverfées de l’Amérique, des hains avec une empile de laiton , pour prendre des bonites.
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- TÔ9. Pour prendre des congres , des- merlans , des limandes, vives, rougets & autres petits poidbns , on a des appelets plus petits. Chaque piece eft de (^ bradés ; la maitredé corde a fix lignes de circonférence; elle eft chargée de cinq à fix cailloux du poids d’environ une livre. Elle porte 70 hains qui tiennent à des lannes 'd’environ une bradé de longueur, efpacées fur lamaî-treife corde à environ une bradé les unes des autres. Les cailloux font pofer la.maitredé corde fur le fond, & les lannes s’en détachent à caufe des corce-rons de liege.
- 170. Cette pêche fe fait quelquefois avec 14 ou if hommes, qui four-niflént chacun dix pièces d’appelets de 30 bradés , qu’on met bouc à bout; ee qui forme une tedure d’une grande longueur,
- 171. L’appelet qui fert à prendre des maquereaux , des merlans & d’autres petits poiflons-, eft compofé d’uiie corde qui a au plus trois lignes de circonférence, & dont la longueur eft déterminée par la profondeur de l’eau ou l’on fe propofe de pêcher : on attache le long de cette corde des baguettes menues à environ deux bradés les unes des autres. Ces baguettes, qu’on nomme baluettes, font faites d’un bois léger, appelle en Normandie vergandier-, qui eft le rufcus myrtifolius acuhatus. Inft. (79) en français, le houx frelon.
- 172. Ces baluettes ont à peu près fix à fept pouces de longueur ; elles font toutes attachées à la corde, d’un même côté. Au bout e de ces baluettes font placées les lignes /, qui ont deux ou trois brades de longueur, & qui n’ont de grodéur que celle d’un fil retors adéz menu, mais très-bien travaillé. On attache à l’extrémité de ces lignes un hain g , qü’on tient un. peu plus gros quand on fe propofe de prendre le maquereau, que pour pêcher le merlan.
- 173. On met au bout de la maîtrède corde un boulet ou une balle de plomb, du poids de fept à huit livres. O11 appelle cette pèche traîner la balle, parce qu’elle fe fait en bateau fous voile : & l’appelet fe nomme balle. C’eft pourquoi 011 dit qu’on jette à la mer une balle bas-bord; une, ftribord. Cette pêche approche beaucoup de celle qu’on nomme toi libouret. Nous allons en parler.
- 174. Le libouret fert, comme la balle, à prendre des maquereaux, des merlans, mais plus communément des limandes, des carrelets , &c. Les hains font d’une bonne grandeur pour les maquereaux ; mais la grodéur des hains varie beaucoup fuivant les différêns ports.
- I7L Les hains font attachés aux empiles , lefquelles font jointes à la lanne; & celle-ci eft,amarrée au bout d’un morceau de bois, qu’on nomme avalette. Le bout de cette avalette eft percé d’un trou oùpade librement la
- (79) Tournefort Rufcus myrtifo- myrte fauvage. Rufcus acuhatus, le houx lius 1 c’eft le houx à feuilles de myrte , la frelon , ou épineux.
- Tome V.
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- TRAITE' DES FüE C H E S.
- maitrede corde. Cette corde a environ quarante brades de longueur , & trois à quatre lignes de circonférence,
- 1,76. L'AVALETTE qui a fept pouces de longueur , étant traverfée à fou extrémité par lamaîtrelfe corde, y eft retenue entre deux nœuds qui permettent à Pavalette de tourner, la corde lui fervant d’axe. A l’extrémité de la maitrelTe corde eft attaché un plomb du poids de deux à trois livres.
- 177. Il n’y a qu’une avalette au bas de la maitrelTe corde, environ quatre à cinq pouces au-delfus du plomb. Mais au lieu des trois hains on en met quelquefois huit ou neuf; ayant attention de les attacher à des empiles de différentes longueurs, pour qu’ils ne fe rencontrent point dans la mer vis-à-vis les uns des autres. Quelquefois même on fait la lanne fort longue , & Ton attache à environ trois pieds les unes des autres huit à neuf empiles, qui peuvent avoir trois pieds de longueur : elles font faites de gros fil retors , & chacune porte un hain.
- 178. On conçoit qu’au moyen de l’avalette les hains Te dirigent fuivant le cours de l’eau 5 qu’ainfi ils ne s’emmêlent point i & que comme ils font à une petite diftance du fond , les poilfons apperçoivent bien les appâts.
- 179. On a une autre efpece de libouret, qui fort à prendre les poilfons qui nagent entre deux eaux : on le nomme le grand couple fur la côte des Baf-ques. Voici en quoi il confifte. O11 prend un fil de fer de deux pieds & demi de longueur, & d’une ligne de circonférence; on attache au milieu, parplu-fieurs révolutions d’un El à voile , deux petites jumelles de bois, & l’on forme à cet endroit deux anfes de corde : une longue, au dehors de la courbe ; elle fert à attacher la corde ou ligne qui répond à la chaloupe : au deifus de celle-là , en dedans de la courbe, 011 forme une petite aille ronde , à laquelle on atr tache un plomb.
- 180. On applatit les deux bouts du El de fer comme on fait la queue des hains, &011 attache à l’un & l’autre bout de ce fil de fer une ligne ou lanne d’une brade de longueur, & qui eft de la grolfeur d’un El retors. O11 amarre à cette ligne une ou plufieurs empiles, garnies d’hains. Ces empiles font alfez déliées ; & quand on en met plufieurs , on a loin qu’elles foient de différentes longueurs.
- 181. Nous avons dit que ce couple était attaché par Panfe à une ligne menue qui répondait à la chaloupe de pèche. Comme 011 met à la mer un nombre de ces couples, il faut que les lignes qui les foutiennent foient les unes plus longues , les autres plus courtes ; non feulement pour que les empiles foient moins El jettes à s’entre-mêler , mais ëncore pour que les hains étant à différentes profondeurs, ils fe préfentent aux poidons, qui font les uns plus avant dans Peau , & les autres moins.
- 182. Cette pèche fe fait ordinairement à l’ancre, ou le bâtiment déri-.
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- vaut feulement au gré des courans. On verra que cet appelet qui fe développe connue un éventail, tient dans la mer une étendue confidérable en largeur. LesBalques en font un grand uiàge ; & elle eft aufli pratiquée dans la Manche pendant la nuit, lorfque le poiffon fe tient entre deux eaux.
- 18 3 • La pêche aux anguilles eft un peu différente. Comme elles couperaient avec leurs dents les empilages de chanvre, on les fait en crin : & même Ton met quelquefois au bout de l’empile un petit bout de fil de laiton.
- i84- L’extrémité de ces empilages eft attachée à une ligne qui a quarante ou quarante-cinq braffes de longueur. On met à l’extrémité du fil un petit plomb pour faire caler la ligne ; mais point d’avalette.
- 1-8 f. Les navigateurs qui font de grandes traverfées jettent à la mer, quand ils rencontrent un banc de poiffon, les hains pour prendre les pilotins ( 8o) & d’autres petits poiffons.
- 186- On embarque aufli des hains pour prendre des bonites & des tazars.
- 187- On fe fert, auprès de Caen, d’hains à peu près femblables à celui qui eft repréfenté par lafig. 3 , pl. 1, pour prendre des raies, des congres ( 81 ) > des rougets, &c.
- 188- Il y a des appelets qui n’ont point de corceron de liege fur les lignés. On peut s’en fervir à l’ancre fur les fonds de fable pour prendre des poiffons plats , & quelquefois fous voile pour pêcher toutes fortes de poiffons, prefque comme avec la balle j mais les hains font plus expofés à s’emmêler.
- 189- La fig. 3 , pl. I, repréfente unhain , avec fa ligne d’une braffe de-longueur. Au bout oppofé à l’hain eft amarré un caillou qu’on enfouit dans le fable au bord de la mer à la marée montante , afin , que quand la marée fe retire, le courant de l’eau n’emporte pas l’hain à la mer. Cette pèche s’appelle petite cabliere. On met quelquefois un petit corceron de liege auprès de l’hain, pour qu’il fe détache du fable, & qu’il foit mieuxapperçu par le poiffon.
- 190. Pour prendre une jufte idée des hains qui fervent à la pèche de la morue , on doit être prévenu qu’il arrive affez fouvent qu’étant rendu au lieu de la pêche, on manque d’appâts : en ce cas, ou lorfque la mome raffafiée refufe de mordre à ceux qu’on lui préfente, on fe fert des hains qui portent un leurre en guife d’appât. Ce leurre eft une efpece de poiffon figuré en plomb, ou en étain. Quelquefois l’hain eft formé de deux hains adoffés l’un à l’autre, & réunis par une maffe de plomb. On a foin de tenir ce leurre brillant 5 il en attire mieux le poiffon. Je crois pour'cetteraifon, qu’011 ferait bien d’étamer ceux de plomb; ce quin’occafionnerait qu’une légère dépenfe.
- (80) Gastekosteus duiïor Linn. En allemand , Pilotfifche ou Sangfjche,
- (80 Müræna Conger Linn.
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- TRAITE' DES PECHES.
- 191. On ne fait guère ufage de ces leurres que quand la morue donne en abondance, & lorfqu’elle fe trouve tout au plus à quinze ou vingt pieds fous l’eau.
- 192. Quand on peutfe fervir de leurre, le fervice eft bien plus prompt que quand on eft obligé d’amorcer.
- 193. Tous les hains.de métal que nous avons été à portée de voir, étaient d’acier ou de fer étamé 5 on nous a cependant affiné .qu’il y en. avait de cuivre.
- 194. Voila une idée générale de toutes les efpeces d’hains qu’on emploie pour les différentes pèches. Nous aurons beaucoup d’autres choies à dire fur cette matière, ou quand nous parlerons du détail des pèches , ou lorfque nous, traiterons des pêches particulières à chaque efpece de poiifons. Mais ce que-nous venons d’expofer , préfente des généralités qui préparent à.l’intelligence: de ce que nous dirons dans la fuite..
- Article sept i e m e.
- De. la fabrication des hains,.
- 19 Ç. Il n’eft pas douteux que ce que nous avons dit des hains faife defiren-de favoir comment on les fait ; & n’âyant fur cela que des notions imparfaites., que j’avais prifes dans de petits ports, où l’on fait fort mal les hains, j’ai eu? recours à M. Fourcroy de Ramcour, correipondant de l’académiebrigadier-dans le corps du génie, & ingénieur en chef à Calais, qui a bien voulu me0 faire part des mémoires, que je vais rapporter.
- 195. Les uftenfiles pour la fabrication des hains confiftent en un établi; pour chaque ouvrier j trois différens blocs, qui peuvent fuffire à plufieurs. ouvriers i chacune de ces pièces garnie de fes outils ; & d’autres uftenfiles. pour l’étamage.
- 197. Vétabli eft une table épailfe, baffe & fortfolide , arrangée de façon1 que l’on peut y travailler des deux côtés : la figure 1^,.pl.,I, en repréfente l’élévation. Près de l’un des bords eft le barbelet (82 ) A , &fon chevalet B. Le:, milieu de l’établi eft occupé par un quarré 'F, formé par quatre tringles de bois, qui font clouées fur la table; elles ont un pouce de hauteur. Près de l’autre bord eft ce qu’on appelle Ÿétau C (83)- Chaque côté de l’établi eft garni d’un tablier de cuir G, cloué contre le bord, & que l’ouvrier attache devant lui quand il travaille. Je vais repréfenter ces différentes pièces, pour les faire mieux connaître.
- (82) Fn allemand, Stockambos.
- (8 J) En allemand , Stcckholz.
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- S e c t. I. De ta pêche aux hameqonsi
- 19 &. Le. barbelet eft une pièce de fer ( planche 1 y fig. 16) , qui entre dans rétabli par fes deux pointes/?^ ,&y eft arrêtée ferme. Le deffus du barbelet eft à deux étages. La partie baffe a b , que j’appelle le plat > eft entaillée d’une petite rainure a b , qui aboutit en b , & fe prolonge par un trou de foret bc , qui entre de quelques lignes dans l’épaiffeur du fer. La partie fupérieure bd, ou la tète du barbelet,. fert de tas, fur lequel on redreffe au marteau les fils de fer qui eu ont befoin. Cette tète du barbelet, qui fert d’enclume, eft couverte d’une table d’acier.. Il faut que la rainure a £ & le trou Æcfoient proportionnés à la groffeur des hains qu’on fe propofe de faire. On a donc plufieurs barbelets de rechange.
- 199. Le chevalet (84)(pt t, fig. 16 ) que l’on nomme auffi le rencontre du barbelet, eft.une autre piece de fer B, fixée de même fur la table par fes deux pointes à quatre pouces à gauche du barbelet.
- 200. Le barbelet eft accompagné de plufieurs planes (8S)(ptt, fig.19).. La plane eft une efpece de couteau de 22 pouces de longueur totale, dont la lamé eft toute plate par le deffous, & taillée en bifeau par le deffus D du tranchant. Elle a huit à neuf lignes de largeur au tranchant, feulement quatre lignes dans, le refte de &. longueur m, & trois lignes d’épaiffeur : fon manche E a onze pouces de longueur, & eft rond.
- 201. UüTAiè, dont il s’agit ici,n’eft qu’un- morceau brut de bois dur, ou une bûche de hêtre , qui fert à fupporter les fils de fer que l’on travaille à la lime.. Il eft planté debout & bien affujetti contre la table , comme on le voit en C (fig. 15). Sa tète eft entaillée de plufieurs crans ou étages, dontlefupé-rfeut porte en /une pointe de fer fans tête, contre laquelle on appuie latéralement le fil de fer que l’on façonne. Il faut r outre cet étau ,une tenaille à boucle, ou pince à coulant, & plufieurs limes plates ordinaires, folidement. affujetties- dans; des manches de bois de treize pouces de longueur.
- 202.. Chez lesouvriers bien;fournis d’outils, le barbelet & l’étau ont un peu plus de façon que je n’en décris, ici5 mais la plupart n’y regardent pas de fi près. O11 fe fert auffi , pour les gros hains à morue , d’un médiocre étau de fer,, à mâchoires , femblable à celui des ferruriers : il eft fixé fur l’établi..
- 203. Il faut encore fur l’établi plufieurspleteux à main (pl. I,fig. 20 ) ou fourchettes (S6), Cet outil a une poignée ou manche de bois H, dans lequel ©nchaffe un morceau de ferl qui excede le manche d’environ un pouce , & refendu d’une profondeur & largeur convenables pour courber les petits & moyens hains. Pour les gros hains.on fe fert d’un autre pleteu tout de fer L 5. j’en parlerai dans la fuite.
- (84) En allemand , der Steg.
- (8 s) En allemand , Schnit2meJJer, :
- (S4) En allemand , Gabdn.
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- 204. Les trois diftérens blocs font, i°. celui à couper {planche /, fig. 17). C’eft un peloton , ou une louche d’arbre, monté fur trois ou quatre pieds , fur lafurface duquel font chaflës à force plulieurs affortimens a b, compofés chacun de deux pièces : l’une a, qui fe nomme La tranche, ou le coupeur (87), eft d’acier trempé & un peu coupant par le fommet ; cette tranche a deux pouces de largeur, un pouce & demi de hauteur, & trois lignes d’épailfeur par le pied auprès du bloc. L’autre piece b, qui fe nomme Le rencontre, eft de cinq à lix lignes d’épailfeur , deux pouces de largeur & autant de hauteur. Ces deux pièces font plus ou moins éloignées l’une de l’autre, fuivant la longueur des hains que l’on veut faire. Il faut en outre avoir une-petite malle ou marteau , dont la tète foit de fer doux fans acier. (88)
- 205'. L’autre bloc qu’on nomme à paLleter, eft de même une fouche d’arbre , qui porte un tas d’acier de trois pouces de hauteur au delfus du bloc, autant de large, & neuf lignes d’épailfeur. Ce bloc eft garni d’un tablier de cuir, & d’un marteau ordinaire, à tête acérée.
- 206. Le bloc aux gros hains 11’eft qu’une forte bûche de quartier couchée de plat, que l’ouvrier enfourche, & furie dos de laquelle il fixe folidementle grand barbelet B {fig. 16) , &le pleteu de fer L {fig. 20 ) , lorfqu’il fait de gros hains.
- 207. Les hains pour la mer font prefque tous de fil de fer. On ne le choifit qu’à fa netteté & clarté ; il doit être conforme, pour les grolfeurs, à des jauges que l’ouvrier porte avec lui chez le marchand (89). Il faut que ce fil foit ferme & élaftique , fans être aigre ou caftant : mais c’eft ce que l’on 11e peut reconnaître qu’en l’employant ; & ce défaut occafionne fou vent un grand déchet fur le fil, principalement quand il eft de gros échantillon. Le plus cher n’eft pas toujours de bonne qualité , comme je le dirai dans la fuite.
- 208. La fabrique des hains confifte en fix opérations fucceffives , lavoir, l\ couper ce fil de longueur; 2°. le barbillonner ; 3°. l’appointer ; 4°. le courber ; Ç. palleter les hains, ce qui n’a pas lieu pour les gros ; 6°. les étain er (90).
- 209. Le fil, tel que l’ouvrier l’achete, gros ou menu, ne reçoit de lui
- (87) Les ferruriers Allemands nomment cette piece Abfchrote , ou Nagcl/chrotc.*
- (88) L’épinglier coupe Ton fil avec les cifeaux ; ce qui eft beaucoup plus prompt & plus commode.
- (89) Les différentes efpeces de fil de fer ont des numéros qui en indiquent la grof-feur, & fuivant lefquels on les acheté.
- (90) Et enfin 7,°. les tremper. Les petits
- hameçons feraient trop flexibles , fi on ne leur faifait pas fubir cette opération. On les trempe précifément comme les aiguilles à coudre. Il paraît par ce que l’auteur dit ici, que l’on fe fert en France de petits hameçons très-mauvais; & que l’on croit fup-pléer par l’étamage à la trempe , qui eft généralement adoptée en Allemagne & en An-gleterre.
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- S e c t. L De la pêche aux hameçons.
- aucune préparation. Il ne faut ni le tirer , ni le recuire, ni le redreffer : c’eft fans doute pour épargner ces manoeuvres , que l’ouvrier en hains n’en coupe pas plufieurs enfemble au moule avec des cifiilles , comme les épingliers coupent leurs hanfes. Le faifeur d’hains tient le paquet de fil délié fur lui; il appuie le bout du fil contre le rencontre b ( fig. 17 ) , il le pofe fur le coupeur a; & d’un feul coup de la mafle, il tranche le fil à la longueur déterminée, par l’intervalle qui elf entre le coupeur & le rencontre.
- 210. Les gros hains étant d’un fil de près de huit lignes de circonférence , & douze pouces de longueur , ils fe coupent avec un cifeau à froid.
- , 2ii. Pourbarbillonner les hains aune diftance convenable de la pointe, l’ouvrier qui les a tous placés dans le quarré F de l’établi (fig. 15 ), en prend dans fa main gauche une poignée bien arrangée en faifeeau, & avec le pouce il en fait gliiTer un fur le plat du barbelet A, dans la rainure ab( fig. 16 ), à ce deftinée. Ce fil entre de quelques lignes au fond du trou de foret b c, & fe trouve par ce moyen très-bien aflujetti, ayant un tiers de fon épaiifeur au defliis du plat du barbelet. Alors i’ouvrier engage le bout de la plane dans le talon du chevalet, couche de plat le tranchant de la plane fur le fil à façonner; puis appuyant obliquement ce tranchant fur le fil, en conduifmt la plane de la main droite , il y fait une entaille dont le bifeau de la plane releve un peu l’ébarbure. C’eft là la feule opération de tout le métier qui demande de l’habitude &un tour de main pour être bien faite, fans gâter ni le fil ni la plane. Cette entaille & fon ébarbure font ce que l’on nomme le barbillon de Chain. L’ouvrier lailfe alors tomber fon fil dans fon tablier, & fur-îe-champ fon pouce en alfujettit un autre fur le barbelet; manœuvre qui va beaucoup plus vite qu’on 11e peut la décrire.
- 212. Lorsque les hains font plus gros que ceux qui fervent aux groflès raies , la plane n’a plus allez de force pour y lever le barbillon. Alors l’ouvrier enfourche le bloc aux gros hains ; il y plante devant lui le grand (91) barbelet ( fig. 16) , dans la rainure & le trou duquel il couche fon gros fil abc. Il prend un cifeau à froid f 9 qu’il pofe obliquement fur le fil, & frappe fur cet outil avec un marteau, jufqu’à ce qu’il ait fait lever en barbillon le tiers de l’épaifleur du fil ; & comme alors ce gros fil fe gauchit, il le redreife à coups de marteau fur la tète b d du barbelet, qui, comme nous l’avons dit, eft acérée & fert d’enclume.
- 213. Qu and les hains font barbillonnés & remis dans le quarré F de l’établi (fig. 15 ) , l’ouvrier pafl'e du côté de l’étau C, il prend ces fils Pun après l’autre dans fa pince à coulant (92), par le bout oppofé à celui du barbillon *
- ( 91 ) Il ne différé du petit barbelet , que parce qu’il eft plus fort.
- (92) En allemand > Schiebeklobcn.
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- il les couche fur le cran d’en-bas C de Ion étau ; il y applatit la pointe à la lime , tenant le barbillon en-haut ; puis fur le cran Supérieur de l’étau il l’ap-pointit, l’arrondit, & le diminue de groifeur depuis cette pointe jufqu’au barbillon , auquel il a grand foin de ne point toucher ; la plane le forme toujours alfez aigu. Il faut que la pointe de l’hain foit bien nette , làns qu’il y refte aucune bavure ou morfil. Les épingliers forment la pointe fur une meule ; mais de cette façon elle eft toujours courte : au lieu que pour les hains, ainfi que pour les aiguilles , elle doit être amenée de loin, ce qui fait qu’on les forme avec une lime.
- 214. Pour tenir ferme le long manche de la lime qui a treize pouces de longueur, l’ouvrier paffe dans fon bras une courroie un peu ferrée, dans laquelle il fait paffer ce manche , & l’aifujettit parallèle à l’avant-bras ; ce qui foulage la main du poids de la lime.
- 21 Si ce font de gros hains qu’il veut appointir, il les faifit dans un étau à mâchoires, Semblable à celui de Serruriers , & fait agir la lime à deux mains , tant pour la pointe que pour le barbillon, qui eft fort moulfe lorfqu’ii a été levé à coups de cifeau.
- 21(3. Il eft à propos de remarquer que quand on forme le barbillon , le coup de plane ouïes coups du cifeau à froid élevent allez considérablement ce barbillon au-deiTus de la furface du fil ; enforte que ce barbillon forme un arrêt qui s’oppofe à l’entrée del’appât jufqu’à la courbure de l’hain , & qui eft très-propre à le déchirer. Quelques pêcheurs prétendent que c’eft pour diminuer cet arrêt, que l’on jette toujours la pointe en arriéré, en la formant le plus en-dehors qu’il eft pollible.
- 217. Pour courber les petits hains & les moyens, l’ouvrier prend d’une main le pleteu à manche H (/>/. I, fig. 20) ; il palfe dans l’ouverture du fer I le fil qu’il tient de l’autre main dans fa pince à coulant, lailfant Sortir la pointe & le barbillon, & d’un demi-tour de main il lui donne fa courbure. Il lâche enfuite le coulant de la pince, & laiffe tomber l’hain dans fon tablier, pour en appointir un autre. Un Seul ouvrier peut en appointir & courber dans fa fournée deux mille des plus petits à limandes ou merlans , ou deux cents de ceux à greffes raies.
- 21 g. Les hains plus gros que ces derniers 11e peuvent fe courber avec le même pleteu. Alors on fe Sert de celui qui eft tout de fer L (pi. I, fig. 20), que l’ouvrier enfonce bien ferme dans le bloc aux gros hains * & palfant fon gros fil dans la fente de ce pleteu, il le Saint par la tige, & lui donne à plu-fleurs reprifès la courbure qu’il juge convenable.
- 2r<?. Nous avons déjà dit que cette courbure des hains, & fur-toutdes gros, varie Suivant les idées ou les préjugés de chaque pêcheur. Les uns les veulent fermés à deux doigts d’ouverture entre la pointe b & la tige/ d,
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- tu jtêcfà aux Mîfiefoni 41
- (pl. I, fig. 12 ), les autres à trois, d’autres à quatre doigts. Il fe trouve auffî des pêcheurs quL veulent les avoir tantôt .plus & tantôt moins fermés > 8c d’autres encore qui achètent de ces gros hains tout droits , c’eft-à-dire, appointis & barbillonnés, mais fans courbure ni étamage, pour les courber eux-mêmes à leur gré pendant la pèche. En ce cas, ils plantent dans un bloo plufieurs pointes de clous, décrivant entre elles la figuré qu’ils veulent donner à leurs hains i & en engageant la pointe de l’hain entre deux clous, ils le contraignent fort aifément à prendre la forme qu’ils ont donnée aux clous. Mais quelques pêcheurs, plus raifonnables qu’ils ne le font pour la plupart, conviennent que le contour de cette courbure fait très-peu de chofe au fuccès de leur travail, & que l’on caife la plus grande partie des hains que l’on veut courber ainfi foi-même.
- 220. Comme je 11e voyais pas ce qui pouvait faire cafler fi facilement ces gros hains entre les mains des pêcheurs, un fabriquantd’haihs mel’expliqua très-clairement. Il me fit voir que le gros fil de fer ayant été tiré à la tenaille, en eft mordu à tous les trois ou quatre pouces. V. l'art de la tréfileru, p. 14, 19, où l’auteur remarque que les mâchoires font capables d’endommager le fil fin } elles détériorent de même celui de gros échantillon. Les ferres ou mâchoires de cette tenaille, foit qu’elles entament le fil, foit qu’en le comprimant elles le rendent plus aigre , font vifiblement caufe qu’il fe caife beaucoup plus aifément en ces endroits qu’ailleurs. C’eft ce qui arrive infailliblement s’il fe trouve une de ces ma chiures de la tenaille à l’endroit c(pl. I ,fig. 12 ) du plus grand pli de la courbure. Le fabriquant doit donc avoir grand foin d’éviter autant qu’il le peut les mâchures à ce pli, à peine de perdre autant d’hains qu’il en veut courber. Mais quand quelques pêcheurs veulent avoir des hains tout droits pour les courber eux-mêmes, on a grand foin de leur fournir tous ceux qui ont été mis à part à caufe de ce défaut y 8c c’eft autant de calfés entre leurs mains. Malgré ces précautions du fabriquant, il eh caife auiîî lui-même j & ces ouvriers fouhaiteraient fort que le fil de fer fut toujours tiré autrement que par les fréquentes reprifes de la tenaille des tréfileurs.
- 221. On voit des hains dont la tête eft terminée en anneau, cé qui donne beaucoup de facilité à les empiler, c’eft-à-dife * à les attacher aux lignes. Mais cet ufage n’eft point reçu par les pêcheurs de Flandre, gens très-fermes dans leurs opinions, & qui lie fouffriraient pas tranquillement la moindrenbu-: Veauté. Tous les gros hains de cette côte ont la tète droite 8c ronde, comme eft le fil de fer. Les moyens & lés petits font applatis par la tèté.j c’eft ce que l’on appelle les palleier* Pour y faire cette pülle, pelle ou palette ; après qu’ils ont été barbillonnés, appointis & courbés j on les met fur le bloc (fig* n)5 où l’ouvrier les préfente d’une ligne de long l’un après l’autre, fur le tas d’acier L, tenant en-haut le côté delapointe&.dti barbillon : puis d’un feul
- Tome V. F
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- T R A I T EM- DES P EC H E S.
- coup de marteau, fi l’hain eft:petit, fitpalette eft faite j s’il eft plus gros , if y* faut trois-,'quatre, ou cinq coups. On les met alors dans; des têtes de chapeau-C’eft à cette épreuve que l’on reconnaît le mièux la qualité du fer. S’il eft bon la palette eft unie comme fi c7 était du plomb : mais le plus fouvent on: la voit toute fendue en fibres qui ne tiennent prefque plus enfembîe ,, & quelquefois au point de rendre l?hain hors de fervice. On. préviendrait cet accident „en donnant un peu de recuit feulement; à l’endroit qu’pu veut applatir, ce qui ne; ferait fuj et à aucun inconvénient. ... j
- 222. 'A la plupart des autres, côtÊsroù l’on fait des hains „tous font pailletés , même les plus gros. - •. . . -
- iJ1 X;3 Di' . . : J :
- De T étamage des hains-.. ,
- ,
- 223. Les hains feraient bientôt détruits par la.rouille , fi l’on ne prenait la précaution de les étamer. Ce n’eft pas quef’étamage puüfe lesemdéfendre abfolument, ni pendant long-tems : mais il prolonge leur durée fufiîfamment pour qu’il y aitune économie certaine à en faire ufage. C’eft pour cette, raifom que ceux qu’on fait pour la mer font é.tamés.
- 224. Il ferencontre quelquefois dans les ports de mer, des épingliers couv-
- reurs qui étament les hains par le'proc.édé dont on fe fert pourles épingles de" fer, & que Ton m’a dit être celui décrit dmsVart.de.fépinglier, p. 48 (93 );. Mais les. ouvriers en hains prétendent que cet étamage n’eft. point bolide à la: mer: ils m’ont dit l’avoir elfayé , & que les hains étamés à leur façon; durent beaucoup plus long-tems. V: ?
- 22f. On fait que l’étamage ne peut prendre que fur les métaux avivés ; comme les hains ont paifé nombre de fois par les mains fort fales des ouvriers.,, il faut commencer parf es décralfer. On les met donc dans un long fac de toiler forte & ferrée, avec du fable fin : deux hommes tiennent ce fac chacun par un bout, & faifent les. hains pendant dix à douze minutes y comme on le voif dans Vart1 dcd/ épinglier. .Le fable mord fuffifamment; par cette manœuvre fur lofer pour le bien décaper , & le rendre parfaitement clair., ^
- 226. On met pendant ce tems.fur le feu le pot à étamer. C’eft une marmite" de fer coulé, à anfe,, montée fur trois pieds, de douze pouces de diamètre intérieur, & d’environ huit pouces de profondeur, dans laquelle, on entretient toujours environ un pouce de hauteur, d’étain ieplus fin,-couvert d’environ cinq pouces de hauteur de fuif. Ce même pot ferttrès-long-tems à çetaifage, & de pere en fils: ainfi.lefuif qu’il contient, à force d’aller ftir le feu, efttota-lement noir , &en partie brûlé, comme celui dont parle M. deRéaumur dans, ’d f >j .'-i “v, !
- (93) De l’édition de Paris. Cetartn’apas encore été publié “dans notre édition Û2-4*;
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- Ton mémoire fur le ferblanc (94 )/, &. n’en; eft que meilleur pour faciliter rétamage. On entretient un feu de bois clair fous* ce pot pendant toutlê tênis dit travail de l’étamage, mais en évitant foigneufement que la-flamme neis’en: éîeve au point d’allumer le fuif, qui j ette b eau coup de fum éec 'Si cet accident arrive , faute d’attention de la' part des ouvriers j ihfuffit ordinairement ’d©[ fouffler fur le pot avec la bouche (9pour éteindre le feu, couvrir îe pot» & diminuer le feu. L’excès du feu fait auffi quelquefois monter la graiife comme du lait prêt à bouillir : à quoi il faut apporter le même remede* ou. retirer promptement le pot du feu. • 'àkqolb. <• ; ; xî;
- 227. Au bôut d’une heure d’un feu médiocre, fétairt du pofellbien fondu & le fuif alfez chaud. On 5’en allure au moyen de la fourcha à étamer. Comme cette fourche qui eft de fer, a les dents étamées à force de fervir ; lorf. qu’en la retirant du pot fes dents font luif antes, & ne confervent plus le noir de la grailfe, c eft preuve que l’étain eft bien chaud, & rend le fuif trop cou-* lant pour qu’il s’attache à la furface de l’étain.
- 228- Cette fourche eft de vingt-quatre pouces de longueur, développée s-elle a pour manche une garniture de ficelle : fes trois dents , qui ont deux pouces de longueur, font recourbées} elles font enfemble une largeur de trois pouces.
- 229. Quand la fourche fort brillante du fuif, on verfe doucement dans le pot une portion des hains à étamer, & un peu d’étain neuf. Pour ne point faire rejaillir le fuif > 011 met les hains fur une efpece de gouttière de tôle , d’où on les fait tomber doucement dans le fuif ; ce qu’on nomm e couler. On y tourne & retourne ces hains en tout fens avec la fourche ,-on les fait par ce moyeu paffer de l’étain dans le fuif,.& du fuif dans Pétain ; ce qui leur fait prendre lë degré de chaleùr le plus convenable pour fe charger de Pétain. Il faut environ quinze minutes aux plus petits hains pour être bien étamés : cependant Pouvrier fait à chaque potée, des elfais 3 il tire avec fa fourche trois ou quatrehains qu’il jette à terre > il les ramaffe, & en efluie la palette entre fes doigts. Comme cette partie a:été comprimée par le marteau ^c’eft l’endroit de l’hain où le fer eft le plus dur & le plus difficile à étamer. Quand il voit donc les palettes, en bon état *11 eft te ms âejeter les hains, c’eft-àcdire, de les tirer du pot,.'& de les étendre; promptement fur le plancher, pour que l’étain ne les foude pas. enfemble. -‘n?^ .
- I,; 230. L’étameur ramaffe alors dans le pot fur fa fourche autant d’ftains qu’elle en peut porter} illes égoutte un inftant fur le bord du pot 5 & tenant - j ' v.&kfyn- rffi? 'O . *
- y*(94) Mc'm. de ràcad.itÿzs 'i pag. 12}. j •
- Cefte maniéré:d’étainerrn'eft pas bonne; les hameçons doiventfe faufler ;en les faftant ,(<^;l'étam en émquiTèJjicpôinte. - - oi ^ ' ; ^ -*
- ...................... ^ ' Fij
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- TRAITE' DES PÉCHÉS.
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- de l’autre maimun bâton , il lance les hains contre le mur de la chambre , en happant: du. bâton le manche de fa fourche, afin que ce coup les fade heurter plusrudementie mur & fe féparer davantage fur le plancher. Ceux qui demeurent fondés enfemble malgré cette manœuvre, font ramàffés & remis dans le pot. Chez les ouvriers, bien outillés, & où l’on ne veut pas que les murailles $Je plan&h.er foient enduits de ce fuif noir & très-puant, on dreffe exprès une grande; table formée de planches bien jointes,’ avec des joues ou ailes aux deux bouts.;. & fonfeme fur le plancher entre ces deux ailes une couche de ion d’une ou deux lignes d’épailfeur. L’étameur jette fes hains contre ces planches ; & comme ils ne, peuvent rebondir en tombant fur le fon, un autre ouvrier fes tient? là tout prêt avec un bâton ; & dès que les hains arrivent à terre , il les diiperfe à droite & à gauche ,. en faifant aller & venir fon bâton de plat, & le plus vite qu’il peut, furie plancher : ce qui en effet les fépare prêt quê tons, les uns. des autres. Pendant ce tems l’étameur en prend une autre fourchée, & recommence la même opération tant ,que le pot lui fournit des hains: puis il recharge le pot d’une nouvelle quantité d’hains & d’un peu d’étain.
- 231. Pendant que ceux-ci. chauffent, on ramalfe les-hains jetés de la
- première potée ; on les balaie en tas avec le fon ; on palfe le tout dans un crible, ou cuvier de boisa fond percé, pour en féparer le plus gros fon. On étanie de fuite tous les hains faits ; & l’ouvrier a eu foin d’en préparer affez pour fournir à l’étamage pendant toute une matinée, afin de ne pas répéter trop fouvent les frais du feu. Quand la matière eft chaude , 18 à 20 minutes: fuffifent pour é ta mer une potée de trois mille à trois mille & demi des plus.; petits hains ; enforte qu’en quatre heures de tems on peut en étamer 28 à 30 mille en huit potées. Comme il n’y a qu’un pouce de hauteur d’étain dans le pot, plus les hains font gros, moins on peut y en étamer à la fois, parce qu’un plus grand nombre ne tremperait pas totalement dans l’étain: enforte que files hains font des plus gros, comme celui de la fig. 12,/>/. I, on ne peut en étamer enfemble que fixou fept. Du relie, il 11’y a aucune différence entre l’étamage des uns: & des autres. '
- 232. Lorsque les hains font étamés,. il faut les dégraiffer. Pour cela, on met au feu fur un trépied une marmite de fer,-qui contient du fon. Quand ce fon, que l’on retourne avec un bâton, eft parfaitement fec, au point de 11e plus s’attacher à la main en le maniant', on y jette les hains, en volume à peu près.égaLà celui du fon ; puis avec une plaque de tôle, on mêle & retourne le tout enfemble pendant quelques minutes. L’étameur qui fait cette opération eft affis bas, tout auprès de la marmite : un autre ouvrier lui préfente l’orifice ffulfac à fafferj alors il prend la marmite<par les deux oreilles,)& verfe dans le fac les hains & le fon tout chauds. De ùx ouvriers les faffënt peu-
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- S e c t. I. De la pêche aux hameçons.
- dant quelques minutes, & les paflènt au crible. L’étameur remèt d’autre fort dans la marmite ; on y rejette les mêmes hains,. que l’on chauffe, faffe & crible encore une fois : & alo-rs ils font finis. Il ne relie plus qu’à les compter, pour mettre les petits par paquets de cent, de cinquante, ou d’unej douzaine, pour les débiter aux pêcheurs.
- 233. On réferve ce fon gras pour femer fur le plancher quand on veut jeter les hains î après qu’il a feryi à cet ufage , il n’eft plus bon même à brûler à caufe de fa puanteur. On prétend cependant qu’il fournit le meilleur moyen de préferver le fer delà rouille, à laquelle ce métal eft fi fujetfur les bords de ht met. Les ferrures polies ou autres que l’on y met, fe confervent, dit-on , plufieurs années fans en être attaquées ; au lieu qu’en paquets dans les boutiques elles font bientôt rongées, quelqu’autreprécaution que l’on puiffey employer.
- 234. Plusieurs frabriquans d’hains m’ont dit avoir étamé des mords de brides précifément de la même façon que leurs hains que ce procédé leur avait parfaitement réuffij & que cet étamage était beaucoup plus folide que celui des éperonniers.
- 23 ç. Il arrive quelquefois que les hains qui font dans le pot, au lieu de s’ëtamer& de blanchir, deviennent noirs. Plufieurs de cesfabriquans m’ont dit qu’alors ils jetaient ces hains comme hors de fervice & impolfibles à éta-mer. Mais il y a grande apparence que cet accident doit venir de quelque paquet de fuie tombé par hafard de la cheminée dans le pot à étamer, fans que les ouvriers s’en apperçoivent. On voit dans le mémoire déjà cité de M. de Réaumur, que la fuie à une certaine dofe, en s’attachant fur le fer, eft capable d’empêcher l’étain de s’y appliquer 5 mais qu’en écumant le fuif, on peut en ôter ce trop de fuie qui nuit à l’étamage. J’ai trouvé un bon ouvrier en hains, qui m’a en effet avoué qu’en pareil cas il Jaiffait refroidir fon pot, fépa-rait le fuif de l’étain ; & faifant fondre le fuif feul, il le paflàit à travers un gros linge, & le rendait d’aufîi bon fervice qu’auparavant. A l’égard des hains: manqués à caufe de la fuie, il eft évident qu’en les faifant au fable, oii peut les: décaper de nouveau, & les remettre à l’étamage. Peut-être tous ces ouvriers le font-ils : mais ils font en général très-jaloux du prétendu fecret de leur étamage : ce n’a été que par de petites rufes, que j’ai pu réuffir à en connaître1 tous les détails.
- 236. Il n’y a guere de pêcheurs de morue à Dunkerque , qui n’embarquent une douzaine d’hains à leurres, ou faux appâts de plomb ou d’étain.. Rien n’eft plus facile que d’ajouter cette figure de poiifon aux hains, foit éta-més ou non ; cètte addition fie fait comme les potiers-d’étain coureurs coulent les cuillers &’fourchettes dans les villages. Le moule de fonte porte en creux fur chaque moitié la demi-épa-ifleur du poiifon quon veut figurer > Fou-
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- TRAITE' DES PECHES.
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- Trier y place la tige de l’hain. Chaque moitié du moulé eft emmanchée d’une poignée de bois, dont l’ouvrier fe fert pour appuyer entre fes genoux les deux moitiés l’une contre l’autre , enforte que fes deux mains loient libres. Il bouche d’une main le bas du moule avec de l’étoupe, pour empêcher qu’il ne s’écoule un peu d’étain ; il verfe de l’autre main dans le jet du moule l’étain, qu’on a fait fondre dans une cuiller, & en un inftant la figure eft moulée. Un autre ouvrier prend l’hain encore tout chaud , coupe les bavures formées par le jet & l’évent, & repare la figure avec un couteau. , à
- 237. Les prix courans font actuellement, à Calais & à Dunkerque, cinq fols le cent des plus petits; quarante à cinquante fols le cent pour ceux qui fervent à la pêche des raies ; fîx livres la douzaine de gros hains fans étain ni courbure ; neuflivres livres la douzaine des mêmes , étamés & courbés ; quatorze livres les mêmes avec le leurre d’étain.
- 238- Nous avons déjà dit qu’on fe fervait quelquefois d’hains d’acier : on les fait à peu près comme ceux de fer; mais on ne peut pas les étamer, parce qu’il faut les tremper. En ce cas on les fait revenir au bleu, & ils ont ce qu’on appelle la couUur d'eau.
- Article huitième.
- jDes diffèrens ufienfiles ' dont fe fervent les pêcheurs-cordiers.
- 239. Ce que nous avons dit jufqu’à préfent relativement à la pêche , fait appercevoir que les pêcheurs-cordiers doivent être approvisionnés de quantité d’hains qui foient de formes & de grandeurs differentes. Ils doivent auiïi avoir beaucoup de cordes de différentes grandeurs & de toutes les groffeurs, depuis douze à quatorze lignes de circonférence , jufqu’à celle d’un fil retors aifez fin. Tout cela eft fenfible par les détails où nous fournies entrés. Mais pour donner une idée plus jufte de cette façon’de pêcher, il nous a paru convenable de décrire quelques pièces d’appelets entiers, autant qu’il nous a été pofîible de le faire dans l’étendue de nos planches.
- 240. La figure 1 ,/?/. V ^ repréfente cette piece d’appelet qu’011 nomme greffe corde. On charge la maitreffe corde de cailloux a , qui y font attachés de dif-tance en diftance ; & on la garnit de longues lignes ou piles é, au bout def-quelles font des hains de différentes forces,fuivant la groffeur des poiffonsqu’011 fe propofe de prendre.Chaque piece d’appelet a ordinair'ejiientf32 ou 3 3 braifes de longueur; & quand toutes les pièces font mifesjbput àjboüt^il en ré fuite une teffure qui a mille braffes & plus de longueur :qui, nous a obligé , pour donner une idée de fa longueur, d’en lover les^ deux extrémités^ bas en e z, & le milieu fur le piquet d. On a coutume de mettre les lignes fur la
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- Se C T. I. De la pêche aux hameçons_ 47
- maîtrefle corde, à des diftances prefque égales à-la longueur des lignes, qui aifez fréquemment eft un peu plus d’une braffe.
- 241. La figure 2 reprélènte une corde un peu moins grofle, & qu’on ne voit qu’en partie. Les lignes latérales font plus-menues & moins longues > elles font plus près à près, & portent des hains moins forts : elles fervent à prendre des. poiflons plus petits que la cordefifig-n). v
- 242. La corde ( fig. 3 ) eft encore plus menue. Les lignes latérales font plus courtes , plus fines, plus près à près , & portent de très-petits hains. Quelquefois au lieu de cailloux onia garnit de flottes de liege ce fiAme partie de cette teflure eft lovée enff\ Ces fortes de cordes fervent communément pour pêcher à la bélée ou entre deux eaux..
- 243.. Comme plufieurs efpeces de poiffons ne quittent guere le fond de la mer, & qu’ihy en a d’autres qui nagent entre deux eaux, & qui, fiiivant que l’eau eft chaude ou froide , s’approchent plus ou moins delà furface; les pêcheurs font obligés de diipofer différemment leurs cordes pour aller chercher le poiffon à la profondeur où il fe tient. Et cette feule circonftance fait que certains pêcheurs font des pêches abondantes ,. pendant que d’autres ne prennent prefque rien.
- -244. Les articles précédens ayant donné lieu d’entrer dans des détails concernant les. cordes, leur groffeur , la longueur des pièces, la diftance qu’on met entre le-s lignes , leur longueur, le nombre de cailloux qu’on attache aux maîtreifes cordesî, la quantité de,pièces qu’on joint bout à bout pour former une teffure complété; je n’infifterai pas davantage fur ce qui regarde les cordes. Mais il faut que les pêcheurs - cordiers aient plufieurs autres uftenfiles , dont il,eft bon de dire quelque choie-
- 24^. Ils doivent avoir une ancre. Lesbras de celle qui eft repréfentée/g.4* fe terminent en pointe. Quelques pêcheurs s’en contentent, parce qu’elles leur coûtent moins ;. &.rqu’elles,.tiennent fufffamment quand les bateaux font petits. Mais les ancres qui ont des pattes font plus fûres , & les bons pêcheurs leur donnentda‘préférences ' ' .«.-un- ' ;
- v' 246- Ils doivent auiîi avoir- des cailloux, qu’on choifit de forme alongée » pour pouvoir, les attacher plus fermement à la maîtrefle corde.
- 247. hk figure 6 repréfente deux bouées: une en barril avec fon eordageV qu’on appelle drofme^vi'.onn; l’autre formée;de plaques de liege liées les unes aux autres avec du bitord. On en fait d’autres formes, dont nous parlerons quandl’occàfîbnfe prélentera. -- . ... x .
- j 248 La figure 7 eft une greffe pierre percée., avec.un anfe de corde , u qu’on:hbmme’^/m/è."Cette pierre, en ferme de pêcheur, eft unficabliere* ,, Auprès*ail}un plcmb ,-tel qu’on en met au bas du libouret, ou qui fert de fonde.
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- 249. Les pêcheurs à la corde fe fervent encore dans certaines circortftan-ces, de dilférens crocs & harpons {fig. 8 ), mais qui conviennent mieux à la
- rfichure, dont nous parlerons dans la fuite. Ordinairement ils n’embarquent que celui qui eft marqué A, lequel leur fert à tirer à bord un gros poiifort, dont la peîanteur pourrait rompre les lignes au fortir de l’eau. Le gajfeau B eft encore néceifaire, fur-tout aux atterrages. Celui marqué C fe nomme en quelques endroits halle-croc.
- 250. La figure 4 repréfente une fuite de grapins enfilés par un chaîne: cet inftrument s’appelle cateniere ou catordere, du latin cat&na. On l’attache au bord d’un cordage , & elle fert à retrouver une piece d’appelet qui eft reftée au fond de la mer lorfque la telfure a rompu à quelque endroit de fa longueur. 'En ce cas, les pêcheurs trament au fond de la mer la cateniere dans une direction perpendiculaire à la route qu’ils tenaient lorfque la telfure a rompu ; & quand la cateniere a faifi l’appelet, on le tire à bord.
- 2f 1. Assez fouvent les pêcheurs fe fervent, pour retrouver leurs appelets, d’un inftrument ( fig. 11 ) qu’ils nomment chat. C’eft une eipece de grapin qui peut avoir quatre à cinq branches } mais ordinairement il n’en a que trois.
- 252. La figure 12 repréfente un corceron de liege. On leur donne des formes différentes , quelquefois rondes , d’autres fois quarrées ; ce qui eft fort indifférent. Quelquefois encore onfubftitue au liege des morceaux de quelque bois léger & fort fec. . - -i- l
- 2^3. Ils ont aufti une manne, femblable à celles dont 011 fe fert pour*ranger ou lover les pièces d’appelet quand on va à la pêche. - '
- 2^4. hk figure 14 eft un croisant pareil à ceux dont fe fervent les jardiniers, & dont les pêcheurs d’eau douce font ufage pour couper les herbes au bord • des étangs.
- 255. Enfin la figure if repréfente unefirpe ou volin , qui fert à appointé les piquets, & à couper les branches d’arbres qui pourraient incommoder.
- 256. Voila une énumération ibmmaire des principaux inftrumens qui fervent à la pèche aux cordes. Sans doute qu’il y manque bien des uftènfiles : nous les rapporterons à mefure que l’occafion s’en préfentera.
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- Article neuvième. '• •
- Des appâts dont fe fervent les pêcheurs pour garnir leurs hains. (*) ,
- 357» Ce qui détermine le poiifon à fe prendre aux hains, eft le defir de
- O Les pêcheurs Bretons donnent aux glais, Celui de hait, d’où eft peut-être venu sppâts le nom de bouette ou boite ; les An- le ternie d'abaiter. On fe fert aufli du terme
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- dévorer les appâts qu’on leur préfente. Mais toutes fortes d’appâts ne leur iont pas indifférens ; il y en a qui leur plaifent beaucoup plus que d’autres, & certains appâts conviennent particuliérement à des efpeces particulières de poilïons. Nous ne nous propoferons de parler préfentement que des appâts confidérés en général ; nous réfervant de traiter de ceux qui font propres à quelques poiifons, dans les articles dont ces poilfons feront fpéciale-ment l’objet.
- 2^8- Les pêcheurs d’eau douce amorcent pendant l’été avec du fromage; quelques-uns donnent la préférence à celui qui eft le plus affiné ; fouvent ils font ufage de celui de Gruyere. Ils emploient auffi la chair de toutes fortes d’animaux , & piufieurs prétendent qu’on doit choifir celle de chat & de lapin , plutôt que toute autre , & que le foie eft préférable à la chair. Les vers de toute efpece font un des meilleurs appâts : on emploie entre autres , ceux qui deviennent fcarabées , & ceux qui fe forment dans la viande pourrie & dans les fruits. On eftime beaucoup les vers de terre qu’on nomme fpéciale-ment ackees , terme qui a du rapport avec celui à'aiche, que beaucoup de pêcheurs emploient au lieu ^appâts.
- 2^9. On trouve entre les fibres qui fortent des racines d’iris aquatique » de petites loges dans lefquelles font renfermés des vers blancs ou jaunes pâles, longuets , menus, à tète rouge, les jambes diftribuées le long du corps. Suivant Walton, c’eft un excellent appât pour plufieurs efpeces de truites, pour la tanche, la brème, la carpe, &c.
- 26*0. Quelque efpece de vers qu’on emploie pour pêcher, il vaut toujours mieux leur avoir lailfé le tems de fe vuider , que d’en faire ufage fans cela. Dans le cas où on n’en a point qui aient été fuffilàmment gardés, on peut faire qu’ils fe vuident promptement, en les laiflant dans l’eau pendant une nuit, fi ce font des vers de pré ou de terre de jardin, & les mettant enfuite avec du fenouil dans le lac qui fert à les trantyorter au lieu de la pêche.
- 261. Quant aux vers , foit de tannée (96), foit du delfous des tas de fumier , on doit ne les lailfer qu’une heure dans l’eau, puis les mettre dans le fac avec du fenouil, pour les erùployer tout de fuite.
- de boîte fur les côtes de Normandie : on y dit encore abait, & en conféquence abai-tcr \ foit par analogie avec l’expreffion an-glaife, foit par corruption d'abecqucr ou embecquer , terme dont fe fervent beaucoup de pêcheurs quand ils mettent à la pointe d’un hain quelque appât friand. Quelques-uns emploient le terme d'aiche ou eche, 8c difent échcr. Les Provençaux nomment l’ap-Tome V.
- pat ejca. Ailleurs on dit acque, d’où vient acquêt. On dit encore attrait, amorce. Toutes ces dénominations font ufitées dans différentes provinces. Nous emploierons par préférence les termes d'appât & amorce , fans nous interdire abfolument l’ufage de quelques autres.
- (96) En allemand, Pfützmadê.
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- 2,62. Si on a le tems & la volonté de garder davantage les vers s le meilleur moyen pour les conferver eft de les mettre dans un pot de terre garni de mouife , qu’il faudra renouveller tous les trois ou quatre jours en été , & toutes les fenraines en hiver; ou du moins il faudra à ces termes retirer la mouife, la bien laver, la prelferentre les mains jufqu’à ce qu’elle ait rendu fon eau, & la remettre fur les vers. Quand ils commencent à devenir malades & à maigrir, fur-tout ceux de l’efpece qui vient dans la tannée ou fous les tas de fumier, on peut les rétablir en verfmt chaque jour environ une cuillerée de lait ou de crème, goutte à goutte , fur la mouife parmi laquelle ils font ; & en ajoutant à la crème un œuf battu qu’on fera bouillir avec elle , on réuffira à les engraiifer & à les conferver long-tems. Lorfque le nœud qui fe rencontre environ à la moitié du ver de tannée , commence àfe renfler, c’eft ligne que le ver eft malade, & qu’il ne tardera pas à mourir, lî on ne le fecourt comme nous venons de dire.
- 263. La meilleure mouiTe pour cet ufage eft le lichen, qui repréfente exactement une corne de daina. On pourrait lui en préférer une autre efpece , blanche & mollette, qui vient dans quelques bruyères, mais qu’on trouve difficilement.
- 264. Un autre excellent moyen pour garder les vers , eft de bien laver un morceau de groife toile à facs, & l’ayant lailfé fécher, le tremper dans du bouillon où l’on a fait cuire du bœuf frais ; le bœuf filé ferait mourir les vers puis on tord cette toile fans la rendre abfolument feche : après quoi 011 y met les vers , & on les dépofe dans un vaiifeau de terre. Au bout de douze heures on les en retire, pour donner à la toile les mêmes préparations ; & de même les jours fuivans. On peut ainfi conferver des vers de terre en parfaite faute , pendant près d’un mois.
- 26j. Au refte, s’il arrive qu’on ait des vers malades , ou en quelque autre mauvais état, on peut eTayer ce que certaines perfonnes avancent, que du camphre mis dans le fac où l’on porte à la pèche la mouiTe & les vers, leur donne une odeur forte & li attrayante, que les poiifons deviennent avides des plus mauvais vers.
- 266. Quand on veutfe procurer des vers de terre , on les cherche fous les pots de jardin où il y a de l’humidité; ou bien onfe tranfporte dans un pré un peu frais, & ayant enfoncé un piquet en terre, on le remue de forte que l’on faTe décrire un cercle au bout qui eft en haut & qu’on tient dans la main ; la preflion qu’on occafionne à la terre, engage les vers à en fortir. Pour la même raifon, ils fortent quand on foule la terre avec les pieds , ou quand on la frappe avec une batte. On réuffit encore à faire fortir les vers aifez promptement, en répandant fur la terre , foit de l’eau filée , foit une forte décoétion de feuilles de noyer, principalement aux endroits où de petits trous indiquent que les vers ont coutume de fortir pendant la nuit.
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- 267. Pour fe procurer des vers de viande, on prend du foie de quelque quadrupède, & 011 le fufpend avec un bâton en croix, au-delfus d’un pot ou d’un barril à demi plein d’argille feche. A mefure que les vers groflilfent dans le foie, ils tombent fur la terre ; & il. s’en produit de la forte fucceiiivement pendant alfezlong-tems.
- 268. Pour avoir des vers toute l’année, il faut prendre un chat ou un oi-feau de proie qui foit mort, le laitier fe gâter étant expofé aux mouches ; & quand les vers y font bien vivans & en bonne quantité, on enfouit le tout dans de la terre humide, autant à l’abri de la gelée qu’il eft pcffble. On les en retire à mefure qu’on en a befoin. Comme ces vers fe métamorphofent en mouches au mois de mars, il faut alors avoir recours à d’autres animaux pareils (*).
- 269. On fait beaucoup de cas d’un appât qu’on nomme atfez fouvent chatouille , elpece de petite lamproie, grolfe feulement comme un tuyau de plume à écrire, & quife trouve dans la vafe.
- 270. Les moules de riviere, tirées de leurs écailles ; les limas , les faute-relles, différentes efpeces de fcarabées, les fourmis ailées , plusieurs mouches & papillons, les'grenouilles, les petits poilfons de toute efpece , qu’on nomme blanchaille, même les perchettes quand on leur a coupé l’aileron de deffus le dos , font de bons appâts. Les poilfons les plus eftimés en ce genre font la loche &le carpeau ; mais la tanche eft réputée un appât fort médiocre.
- 271. Les pêcheurs prennent eux-mêmes ces appâts ; & fouvent pendant que le pere pêche de gros poilfons , les enfans s’occupent à en prendre de pe<a tits pour faire des appâts.
- 272. On amorce aulii quelquefois avec de grolfes feves, qu’on nomme à Paris feves de marais (97) : nous dirons ailleurs comment 011 les prépare pour cet ufage.
- 273. On peut dire en général, que Yajfa-fœtida & les autres drogues dont l’odeur eft forte, rendent plus fur l’appât qu’on préfente aux brochets 8c autres poilfons d’eau douce. 1
- 274. Nous voyons dans un mémoire d’Alicante, qu’à cette côte, les pêcheurs à la canne amorcent leurs hains avec des boulettes de fon pour prendre des bblades (98).
- 275. Walton dit que, pour prendre le chabot (99), on fait une pâte compofée de fromage bien fort, que l’on pile dans un mortier, avec un peu
- (* ) Une grande partie de ce que nous (98) Sparus Melanurus ; Linn. BrüN-venons de dire fur les vers, eft tirée de NICiî, Ichth. p. 41.
- Walton, auteur anglais, qui a fait fur la (99) CottüS Gobio} LlNN, en aile-pêche à la canne un ouvrage très-eftimé. mand , Happe.
- (97j En allemandSaubohncn. '!
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- de beurre & de fafran , jufqu’à ce que le tout forme une malfe de couleur citronnée. Il ajoute que pour l’hiver quelques-uns préparent une pâte de fromage & de térébenthine.
- 276. Pour les grandes pêches à la mer, quoique les femmes & les enfans fe donnent bien de la peine pour prendre des appâts , les pêcheurs ne peuvent le difpenfer d’en acheter 5 & c’eft ordinairement pour eux un objet de dépenfe confidérable. Chaque fois que ceux de Calais & de Dunkerque fortent pour aller à la pêche des merlans & des raies, il leur en coûte 40 à 50 livres pour amorcer leurs hains ; & nous ferons voir ailleurs que pour d’autres pèches la dépenfe eft encore plus confidérable.
- 277. Les pêcheurs de Bade-Normandie prétendent que la chair de toutes fortes de poiiTons elt bonne pour amorcer les hains , & ils s’en fervent indif-tinélement, pourvu qu’elle foit fraîche. A l’égard des Bretons, fouvent ils coupent un petit morceau au bas du dos des poilfons qu’ils ont pris, & ils s’en fervent pour amorcer. Ces poilfons ainfi mutilés n’en font pas moins de vente dans les poilfonneries de la province; mais les chaife-marées qui vont dans les grandes villes , ne s’en chargent pas volontiers.
- 278. Les pêcheurs de Flandre, de Picardie & de Haute-Normandie font plus de choix dans leurs appâts ; ils prétendent qu’il en faut de différens , fui-, vant les faifons & l’efpece de poilfon qu’ils fe propofent de prendre.
- 279. Ils eftiment que l’appât qui mérite la préférence fur tous les autres , eft 1 & hareng frais, de toutes les elpeces ; & les. Provençauxpenfent auiîi avanta-geufement des Jardines.
- 280. Ils mettent après ces appâts les blanches, qu’on nomme aufîi .blanquettes , œillets , orillets , ou mêlis ; en Normandie, jaumonelle ; & en Provence, nonnat. Tous ces termes font fynonymes , & lignifient de petits poilfons du premier âge & de toute efpece, qui fe rencontrent au pied des parcs dans les manches , & au bas des filets quand la mer eft retirée..
- 281. Les poilfons qu’on emploie communément pour amorcer , font les
- harengs blaquets ; les fardines; leslanfons, lançons ou alançons (100); les éguilles ou aiguilles, qu’on nomme en Normandie quilles ,èquilies ou éqailettes (ioï) ; les crados ou grados , qu’on appelle prêtres en Normandie r§^pre~ tras ou éperlans bâtards en Bretagne (102) ; enfin toutes les efpeces de petits poilfons ronds. . -
- 282. Sur le Grand-Banc, les entrailles des morues qu’on a prifes fervent? au défaut de meilleurs appâts, pour en prendre d’autres. Nous traiteronsuet article fort en détail lorîqu’il s’agira exprelfément de la pêche'de la morue.
- (100) Amodytes Tobianus j Linn. en mmà , Hornfifche, Meernadeln. allemand , Sandalen, TobiasJifche. ,. .( 102 ) Uranofcopus , Richter Icht-
- ( ioï ) Esox Belone j Linn. en aile- thyot. p. 676 ; en ail. Mcerpfaffcn.
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- 2%3• Enfin les vers marins qu’on trouve dans le fable & les rochers à la laide de balle mer, les feches (103) , les pitcts (104) ou vers à coquilles, aulîl nommés polades , pélorides , ou grandes palourdes, les cornets ou calamars (105), divers petits cruftacés , la chair des poilfons fàlés , la viande de difFérens animaux , fraîche ou falée : voilà en gros toutes les fnbftanccs dont 011 fait des appâts, & qui fervent à amorcer les hains. Nous allons les reprendre plus en détail, pour mieux expliquer l’ufage qu’cn en doit faire.
- 284. Nous avons déjà dit que les harengs frais doivent être mis au nombre des meilleurs appâts. Quelquefois , en péchant les harengs à la fin d’avril & durant le mois de mai, 011 prend des celans, & des fardims qu’on nomme galices en Gafcogne. Ces poilfons font des appâts prefqu’aulfi bons que les harengs même.
- 285. Les pèchcurs-paîangriers de Provence efliment autant pour cet ufage lafardine , que les Ponentais eftiment le hareng.
- 286'. On 11e peut amorcer avec un hareng que quatre ou cinq hains pour I3, raie, huit à dix pour le merlan & les autres poilfons de même groifeur.
- 287- Quand on aura l’idée des grandes pèches aux cordes, on concevra quelle confommation elles doivent faire de harengs ; car il eft de fait que chacun des pécheurs de la côte de Dieppe a befoin, à chaque démarrage, de fept ou huit cents harengs pour garnir fa teifure 5 & tous ces pécheurs font plufieurs démarrages par femaine, lorfque le tems y eft propre.
- 288- Il faut fe rappeller ce que nous avons dit plus haut, de ce qu’il en coûte aux Calailîens &Dunkerquoispour leurs appâts.
- 289. Comme le hareng eft un bon poilfon, foit frais, foit filé , 011 aurait déliré d’empècher cette confommation : mais ayant eu de bonnes preuves qu’011 ne pouvait s’en palfer pour la pèche du poilfon frais , le gouvernement s’eft déterminé à ne point gêner fur cela les pécheurs.
- 290. Vers la fin de la pèche du hareng , ce poilfon n’étant plus bon ni à manger frais , ni à en faire des falaifons, la police a défendu d’en pêcher alors.
- 291. Cependant, vu l’avantage de fe procurer du poilfon frais pour Paris, on a permis aux pêcheurs de la côte de Normandie de mettre à la mer quelques bateaux pour prendre telle quantité de hareng qui ferait nécelfaire pour faire leur pèche. Il eft vrai qu’autorifés par ce prétexte , ils en pêchent plus qu’il ne leur en faut, & qu’ils en falent & en vendent aux chalfe-marées. Mais , comme le hareng eft un poilfon de palfage, qui commence à difparaître à la fin de mars, & qui ne fe trouve prefqueplus fur les côtes de France à la fin d’avril, il
- (103) Sepia offîtionalis ; Linn. en allemand , Kuttdfifche. 4
- (104) Pholas Datfylus ; Linn. en allemand , Mcerdatteln.
- (105) Sepia Loligo\ Linn, en allemand, Dlntenffche.
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- TRAITE’ DES PECHES:
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- faut toujours le pourvoir d’autres appâts qui fuppléent à fou défaut. D’ailleurs, la folle ne parait jamais bien friande de ce poiflon.
- 292. La petite blanche, ou blanquette , que nous avons dit être un amas de toute fortes de petits poiflons pris au fond des parcs & au bas des filets , dans les mois de mai, juin & juillet, eft un fort bon appât, pourvu qu’elle foit bien fraîche , & qu’on en garnifle fuftifamment les hains proportionnellement à leur grandeur j car il en faut quelquefois huit à dix pour un hain. On les broque par les yeux ou les ouies , & je foupçonne que c’eft pour cela qu’on les a nommés oeillets ou orillets ; & mêlis, parce que c’eft un mélange de toutes fortes de poiflons.
- 293. Il eft vrai que ces poiflons groffiflantà mefure que la faifon avance, deux ou trois peuvent alors furfire pour amorcer un hain s mais on conçoit quelle énorme confommation cette pêche fait de petits poiflons qui deviendraient gros (1 on les laiila.it habiliter 5 une douzaine eft facrifiée à la prife d’un poiflon qui n’eft quelquefois pas fort gros. Tant de poiflons qui devraient peupler les côtes , font fans doute une perte confidérable. Au refte, il faut avouer que cet appât eft très-bon, & bien capable de fuppléer au défaut du hareng.
- 294. Les vors marins fourniflent un très-bon appât, & en quelque façon le meilleur de tous pour les folles. Mais il y en a de plufieurs elpeces, & les uns font plus eftimés que les autres.
- 29 ÿ Les vers noirs, qu’on nomme francs, font très-eftimés fur la côte de Haute - Normandie & de Picardie. On allure que la folle en eft finguliére-ment friande. Il faut qu’un de ces vers foit gros, pour pouvoir amorcer deux hains. On les pèche dans le fable, quand la marée s’eft entièrement retirée. On connaît les endroits où font ces vers , à des traces qu’ils forment fur le fable.
- 295. Les vers rouges, qu’on nomme bâtards ou vérotis, fe tiennent dans
- de petits rochers qui, s’étendant le long du rivage, ne s’élèvent guere au-deflus du fable : 011 les y découvre en détachant avec un pic les pierres dontl’aflem-blage forme le rocher. Ces vers fe trouvent dans les délits , au milieu d’une vafe noire qui s’y rencontre ordinairement : ils parcourent ces délits,-& laif-fent après eux une trace rougeâtre : les pêcheurs la fuivent, & trouvent enfin lever. <
- 29 7. Le ver rouge ne différé pas du ver noir feulement par la couleur j fa forme eft aufti différente: le ver noir eft rond, & le rouge applati. Les pêcheurs de Grandville eftiment beaucoup ces vers rouges , prétendant qu’ils luifent davantage dans l’eau, & que pour cette raifon ils font mieux apper-çus par le poiflon.
- 298. Les vers blancs , qu’on nomme bourlottes en Bretagne , font les moins eftimés.
- 299. Les vers de terre fervent pour pêcher des anguilles.
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- 3»oo. C’est depuis pâques jufqu’à la S. Michel qu’on fait principalement ufage de ces fortes d’appâts, qui ne détruifent pas le poilTon comme fait la blanchaille. Malheureulèment les vers marins font chers & rares aux côtes va-feufes & de galet, où il n’y a ni fable, ni roches ; car, comme nous l’avons dit, les noirs fe trouvent dans le fable, & les rouges dans les roches.
- 301. Les pêcheurs de S. Valéry en fourniflent beaucoup auxpoîetais & aux pêcheurs du bourg d’Ault, parce que leurs grèves lableufes en font abondamment pourvues. Comme les folles ne mordent aux vers que quand ils font frais & même vivans , les enfans & les jeunes gens en apportent de S. Valéry à Dieppe dans des gamelles de bois avec de l’eau de mer, courant toujours dans le cheminj enforte qu’ils font, à ce qu’on prétend, deux lieues par heure. La longue habitude les rend d’exceîlens coureurs.
- 302. Quand les pêcheurs manquent de bons appâts, ils fe fervent de coquillages , comme de moules , de brelins ( bredins , bernicles, cuvettes , lam-pottes) qu’on appelle aufti yeux-de-bouc. On leur apporte ces coquillages vivans 3 ils en ôtent l’écaille , & fe fervent de la chair pour embecquer les bains qu’ils ont auparavant garnis de hareng falé. Mais ils ne prennent guère avec ces appâts que des merlans & des limandes. Quelquefois aufti les pêcheurs amorcent avec des brelins feuls : & alors il en faut trois ou quatre pour un hain ,, fuivant fa grolfeur. C’eft communément au mois de décembre qu’on ië fert de cet appât.
- 303. On amorce encore avec 1 e pitot, qui eft ordinairement alfez gros pour garnir un hain ; mais cet appât n’eft guère eftimé.
- 304. Les feches, qu’011 nomme marquettes en Bretagne , fepie en Gafcogne , feppie. à Naples, ainli que les cornets ou calamars (106) , fepia loligo magna, & les petites feches qu’on nomme coderons en Saintonge & A unis, font des appâts três-médiocres, dont néanmoins on fait ulage dans les chaleurs quand les autres manquent. O11 ne fe fert que du corps de ces poilfons , & quelquefois , mais rarement, des pieds des cornets.
- 305. On ne prend guere avec ces fortes d’appâts que des raies & un peu de merlan j de forte que ce n’eft que la difette des autres appâts qui engage à s’en fervir ; fur-tout de la feche, qui eft le moindre de tous ceux que nous venons de nommer.
- 306. Les cornets entiers font beaucoup meilleurs ; ils conviennent à toutes fortes de poilfons, excepté à ceux du genre des plats. On prétend que les morues en font très-friandes 5 de forte que, Ci l’on en avait beaucoup fur le Grand-Banc, on aurait bientôt fait une excellente pêche.
- 307. On amorce encore depuis le mois de mars jufqu’en feptembre avec
- (106) Ou plus communément calmar,
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- quelques cruftacées , comme font, i°. les groffes chevrettes, qu’on nomme falL cots en Haute-Normandie , barbeaux ou Janclés en Saintonge & Aunis , greffes creviches en Guyenne & Gafcogne ; 2 k la petite chevrette, appellée crevette & grenade à Dunkerque, fauterelle de mer en Picardie, petite creviche en Guyenne , efquine en Gafcogne, chevron, maniguette en Bretagne. On prend avec ces appâts , des maquereaux & des raies de toutes les elpeces.
- 30g. 3”. A l’égard des chevrettes de la plus petite efpece, qu’on nomme fauterelles ou caranates, cinq à lix fuffifent à peine pour unhain, & il ne s’y prend guere que des raies grifes.
- 309. 4°. On peut mettre encore au nombre des appâts que fournilTent les crufcacées, les crabes de toutes les elpeces , fur-tout lorfqu’ils font près de quitter leur robe (alors ou les nomme poltrons') ou quand l’ayant quittée, leur envelope eft encore tendre & membraneufe, état dans lequel on les nomme craquelbis ou craquelots. On coupe ou l’on déchire ces" crabes par morceaux pour en amorcer plulieurs hains. Le congre (107) eft le poilfon qu’011 prend le plus ordinairement avec ces appâts ; & les pécheurs au libouret prennent ainli des merlans & des limandes.
- 310. Les petits pécheurs de la côte amorcent auiïi, faute d’autre chofe , avec des loches de mer, quoique ce foit un très-mauvais appât.
- 311. Les voyageurs difent qu’à la côte de Guinée, les naturels garnilfent leurs hains avec des morceaux de canne afucre, pour prendre le poiifon qu’ils nomment korcofado.
- 312. On eft quelquefois réduit à fe fervir d’appâts falés, tels que les harengs & le foie de bœuf, ayant attention qu’il ne foient pas corrompus. E11 ce cas on embecque ou on garnit l’extrémité de l’haiiï avec un petit morceau d’un des meilleurs appâts qu’on peut fe procurer. Un peu de viande fraîche , bœuf, vache, cheval, âne, chien, &c. vaut encore mieux : mais il ne faut pas que ces chairs aient contracté de mauvaife odeur; & les foies , ainli que les poumons de ces animaux , font préférables à leur chair.
- 313. On 11e prend guere que des merlans avec ces appâts , dont l’ufage eft borné aux petites pèches qu’on fait à l’entrée des ports.
- 314. Au relie , outre les cas de difette , il y en a encore où la chair fa-lée devient, pour ainli dire , nécedaire. Ayant remarqué , par exemple , aux côtes de Flandre , que vers le carême le merlan eft dégoûté , enforte qu’il re-fufe de mordre à diftérens appâts qu’011 luipréfènte, on a réulfi à l’attirer en amorçant les hains avec du foie de cochon , même falé. Cet appât réuftit encore quand le froid fait retirer le poilfon au fond de l’eau. En conféquence le foie de cochon frais eft très-recherché par les pècheurs-cordiers de Dunkerque
- G 07) Murœna Conger ; Linn.
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- 8c des environs : ce qui fait qu’ils l’achetent communémént quarante fols la piece, & que les femmes vont en chercher jufqu’à fept & huit lieues dans les terres ; & les chafle-marées en apportent de vingt à vingt-cinq lieues. Outre cela, les pécheurs un peu aifés en font des falaifons vers la S. Michel, pour s’en fervir dans les circonftances que nous avons indiquées.
- 315'. Quand nous difons que les chairs dont on fait des appâts, doivent être exemptes de mauvaife" odeur, nous n’entendons parler que des pêchés dont il eft ici queftion ; car tous les poilfons 11e fuient pas ces odeurs qui nous déplacent. Indépendamment du goût que témoignent plufieurs poilfons d’eau douce pour les chairs qui ont quelque degré de corruption , les Rulfes nous alfurent que l’odeur de charogne eft un appât fort attrayant pour le bélouga, le cétera , quelques chiens marins;', & autres.
- 316. La réfure, dont nous parlerons dans peu , eft dans le même cas pour les fardines.
- 317. Il femble qu’en général les poilfons foient plus friands de ceux de leur efpece que de tout autre ; car les pêcheurs prétendent que, quand 011 amorce avec de la bîanque, où il y a des poilfons de toutes les efpeces, on trouve ordinairement prifes aux hains les mêmes efpeces de poilfons qui ont fervi d’appât; & il eft certain que les morues fe prennent à des hains amorcés avec les inteftins ou autres parties des morues : il en eft de même du bélouga, du loup marin ( 108 ) & d’autres'poilfons.
- 318. iL'pourrait cependant fe faire que cette réglé ne fût pas générale ; car dans les quadrupèdes il y a des animaux carnaciers qui ne mangent point la chair de leurs femblables , pendant que d’autres s’accommodent de tout : de même les oifeaux de proie ne fe dévorent point les uns les autres ; au lieu que les canards mangent très-bien la chair des autres canards.
- 319. Quand on amorce avec des poilfons un peu gros, il faut les couper' en biais, afin de ménager l’appât : car l’hain doit en être entièrement couvert, 'elcepté à fa pointe & à celle du barbillon ( 109 ) : fi ces pointes étaient entièrement couvertes, le poilfon rejeterait fou vent l’appât dès qu’il fentirait que la pointe de l’hain lui chatouillerait le gofier.
- 320. On doit encore mettre au nombre des appâts la rifure, rave, ou rogue, que les pêcheurs de fardines emploient pour bouetter, affaner ou affamer; c’eft-
- (108) On trouve trois fortes de poilfons (109) Cela peut être vrai pour les gran-qui portent le nom de loup marin, i». , des pêches de mer ; mais pour pêcher dans Phoca vitulina ; Linn. nommée par les les rivières, il faut que la pointe de l’hame-AUemands, Seehund. zQ. Anarrichas çon & celle du barbillon foient entièrement Lupus} Linn. ;°. Perça Labrax} Linn/ couvertes de l’appât : fans cela , le poilfon Je crois que c’eft de ce dernier dont l’au- n’y mordrait pas. teur fait mention.
- Tome //
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- àrdire, pour engager les fardines à s’élever du fond de la mer & à donner dans les fileta qui; dérivent à.fleur d’eau. Cette réfure eft faite d’oeufs de morues & de maquereaux qn;on laie*. ceux de morue le font fur le banc de Terre-Neuve, ou; ailleurs ,. & il en vient plusieurs cargaifons de Norwege. A l’égard de la yéfure des maquereaux;, elle vient fur-tout de l’isle de Bas ; & quand les maquereaux donnent abondamment à quelques côtes, des marchands en font faler. Les pécheurs Bretons font même quelquefois une elpece de réfure, en émiant de la chair de maquereau cuite.
- 32J- El eft défendudefe fervir, en guife de réfure, pour la pèche desiàrdi-nes.j de ces petites chevrettes qu’on nomme fauter elles de mer. Cette prohibition eft fondée fur ce qu’on détruit beaucoup de frai de poiffon en pêchant" les fauterelles avec des fàcs ; & de plus, parce qu’on prétend que les fardines qui ont mangé de ces chevrettes , ne.fontpas propres à être falées , & qu’elles"' fe corrompent très-promptement.
- 322. Ce qu’on nomme en Bretagne gueldre, guildille, giiildive, ou encore guildre, fe fait, avec des chevrettes, des cancres & de menu fretin de toutes fortes de poilfons, qu’on pile pour en former une pâte. Les obfervations de la fociété d’agriculture & de commerce de Bretagne ( année 17^7)attellent que cet appât corrompt les fardines en moins de trois heures, & qu’il les fait tellement fermenter qu’elles s’entr’ouvrent par le ventre. Cette fociété, fi zélée pour le bien public, infifte en outre fur le préjudice que fait au poiffon de toute efpece un appât dont la compofîtion eft fi deftruétrice. Elle obferve même que dans quelques endroits 011 prépare un appât femblable, nommé menue, où il n’entre que des poiffons affez jeunes pour avoir feulement la groffeur d’une lentille; quoique ce dernier appât coûte fort cher, on en confomme cependant affez pour que dans les feuls environs du Port-Louis on empliÏÏe tous les ans pour cette deftination plus de 400 barrils d’un fi petit frai de poiffon y d’où il réfulte une deftrudion énorme.
- - 3&3- Quelques navigateurs mettent à leurs hains un morceau de lard, qui attire par fa blancheur les requins ( 110) & d’autres gros poiffons.
- 324. Il nous refte à parler des leurres & appâts factices, dont on faitufage pour prendre différens poiffons.
- 32 On attire des crabes dans des naffes avec des pierres blanches taillées en forme de poiffons.
- 325. Nous avons déjà dit qu’on prend des morues avec des morceaux de plomb auxquels on donne la forme de poiffons. Nous les avons repréfentés pl. VL Nous parlerons ailleurs d’une femblable rufe pour la pêche des harengs.
- (110) Canis Carcharius} Linn. en allemand , Haye y ou Meerwolf. On emploie fa ï>eau à diffé*ens ouvrages.
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- 327. Les gros poiflons fe laiflent encore tromper par un morceau de liege taillé en forme de poiflon, qu’on couvre d’une peau de poiflon, ou d’une toile blanche, à laquelle on fait une raie bleue fur ie dos. Les Bafques y ajoutent quelques plumes , pour prendre des thons. Ce leurre eft repréfenté fur la pl. II. Nous avons dit qu’on fubftituait quelquefois une chandelle au morceau de liege.
- 328- Tout le monde fait qu’on prend des grenouilles avec un petit morceau de drap rouge. Ce morceau d’étoffe fournit un leurre excellent pour prendre des maquereaux pendant le jour. Lorfque les matelots de Calais & de Dunkerque traverfent la Manche durant lafaifon de ce poiifon , ils en prennent beaucoup avec des hains leurrés de cette maniéré. En jetant ces hains dans le remou du vailfeau qui fille, non feulement ils prennent aifez de maque*-reaux pour fe nourrir, mais encore fouvent pour en vendre de frais * & même en faler.
- 329. Les pêcheurs de Grandville fe fervent auffi d’un morceau de drap rouge pour prendre du maquereau 5 mais ce n’eft que faute d’autres appâts, car ils favent que la chair de poiifon a un effet encore plus fur.
- 330. Les voyageurs difent que, dans l’isle deTernate, les pêcheurs lient en paquet une moufle dont on fe fert pour calfater les coutures des bateaux ; & que mettant ce paquet au bout d’une corde aifez longue, ils le jettent le plus loin qu’ils peuvent à la mer. Lespoiifons faifiiTentce leurre, & leurs dents s’embarraifent dans la rnouife, de façon que les pêcheurs, qui font fort habiles à le retirer, ne leur laiifent pas le tems de s’en dégager. Ceux qui parlent de cette pêche , auraient dû dire quel poiflon l’on prend ainfi : & peut-être n’ont-ils pas rémarqué qu’on met dans la moufle quelque appât * car nous dirons dans la fuite-, qu’on prend des écrevifles avec un petit fagot de menues branches, ou un paquet defilaflê, dans lequel on a mis des entrailles de^quelques animaux.
- 331. Nous expliquerons ailleurs comment les Anglais font des infe&es fadices , avec îefquels ils prennent différens poiifons, particuliérement des truites.
- 332. Nous ne parlerons point des appâts dangereux qui enivrent ou tuent les poiflons, tels que la coque du Levant (111), la noix vomique, &c. Il ferait avantageux que ces moyens qui détruifent les poiflons , fuflènt ignorés : les ordonnances les défendent fous des peines rigoureufes. Heureufement lés Ponentais n’en font pas ufage; mais on s’en fert trop fréquemment dans les étangs , foit d’eau douce, foit d’eau falée.
- 333. Ce que nous venons de dire fuflit pour cet article , où [il ne s’agit
- (m) IVIexispermüm Coceulus ,• Linn> en allemand, Kokclkô'rner.
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- que de généralités. Nous aurons plusieurs chofes à y ajouter, lorfque nous parlerons des poiffons en particulier, quelques-uns exigeant des appâts qu’ils affectent plus que d’autres.
- Article dixième.
- Des faifons les plus favorables pour la pêche aux hains ; de celles qui font particulières à quelques efpeces de poiffons ; & des terns les plus propres pour faire une bonne pêche.
- 334. Toutes les faifons , tous les tems ne font pas également favorables à la pêche aux hains. Les pêcheurs des rivières l’abandonnent prefque entièrement pendant l’hiver , pour ne plus pêcher qu’aux filets : & quand les fraîcheurs de l’automne commencent à fe faire fentir , ils font obligés d’amorcer leurs hains avec des poiffons frais , ou même de vivans ; au lieu que durant l’été, les poiffons mordant plus volontiers , les pêcheurs fe contentent d’amorcer avec de la viande , ou même du fromage.
- 3 3 5. A la mer, ainfi que dans les rivières, la pèche eft rarement abondante quand le ciel eft clair & ferein.
- 336'. Lorsqu’il neige & qu’il fait un vent froid de nord ,les poiffons de , riviere fe retirent dans les crônes ( 112) ; & ceux de mer gagnent la grande eau , où la fraîcheur de l’air pénétré difficilement.
- 337. La pêche n’eft prefque jamais aufli bonne quand les eaux font claires & pures, que lorfqu’elles font troubles ; comme cela arrive quand le tems eft difpofé à l’orage par les vents de fud-eft, ou à la mer après une petite rnoture. Dans ces circonftances, les poiffons qui font agités, rencontrent les appâts , & ils fe jettent deffus. Pour ces mêmes raifons, les tems fombres & les petites pluies douces font très-avantageufes, fur-tout pour la pèche en mer. ,
- 338- Le froid engage d’abord les petits poiffons à quitter le rivage de la mer : bientôt les gros font obligés de fe porter au large pour y trouver leur fubfiftance. Ces remarques indiquent aux pêcheurs où ils doivent aller chercher leurs proies; de forte que, quand il fait froid, les petits pêcheurs font obligés de dérader,& de prendre des bateaux affez forts pour pouvoir tenir le large & pêcher dans les grands fonds.
- 339. On remarque encore que les poiffons mordent peu quand ils fraient; & dans cette circonftance leur chair étant molle & de mauvais goût, il ferait
- (us) Ce font des trous de quelque profondeur fur les bords des rivîeres. A mefure que les froids de Driver viennent, les poiffons de riviere cherchent les endroits profonds.
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- à propos de n’en prendre aucun. Mais après que les poilfons ont jeté leur frai, ils font affamés, ,& courent avec avidité aux appâts qu’on leur préfente.
- 340. Il eft naturel qu’il y ait des faifons affeôtées pour prendre les poilfons de palfage, puifqu’ils ne parailfent fur certaines côtes que dans des faifons déterminées > nous les indiquerons dans la fuite. Mais il y a anfii destems afteétés pour la pèche des poijj'ons domiciliés ; j’entends par ce nom ceux qui fe trouvent à peu près toute l’année fur les mêmes côtes. La vraie faifon, par exemple , pour prendre les vives avec les hains , eft en août, feptembre & oélobre , jufqu’à ce que le froid fe faifefentir à une certaine profondeur dans l’eau. On n’en prend plus alors avec les hains , & les pêcheurs croient qu’elles fe retirent dans la grande eau , & qu’elles s’y enfàblentpour tout l’hiver ; ce qui parait juftifié par ce qu’on ne prend les vives avec les hains que pendant l’été , au lieu que durant l’hiver on en pêche avec les filets qui draguent le fond de la mer.
- 341. On prend des merlans fur nos côtes durant toute l’année : cepen-
- dant la vraie faifon de cette pêche eft depuis le mois de feptembre jufqu’en février ; non-feulement eu égard à l’abondance de ce poiifon, mais encore à caufe de fa qualité : car , comme il commence à frayer à la fin de février , fa chair eft molle , fade & d’un goût défagréable. Le merlan devient un peu meilleur vers la fin de mars. Il prend plus de qualité dans les mois de mai & juin. Néanmoins il n’eft jamais aufiî bon que dans ceux de feptembre , odobre & novembre. Sa chair eft encore de bon goût en décembre & janvier : mais ce poiflon eft alors ordinairement fi rempli de foie & d’œufs, que fon ventre en devient extrêmement gros ; ce qui a fait croire que les merlans étaient hermaphrodites , prenant le foie pour de la laite. On fe défabufera aifément de ce préjugé, en obfervant que le foie du merlan, ainfi que celui des morues & des autres poilfons, rend de l’huile 3 au lieu que les laites font feches & fans onduofité nigrailfe: ce qui fait qu’on la rejette de tous les poilfons dont on retire l’huile. Cette remarque peut fervir à diftinguer dans tous les poiiTons le foie d’avec la laite, .m j. ,
- 342. -A, l’égard des morues, des linguets(ii3 ), des aigrefins, des mer-
- lus (114) * ainfi que des poilfons plats , comme plies, carrelets ( 115 ), & fur-tout des folles , on en pêche dans prefque toutes les faifons ; obfervant ce que nous avons dit du froid & de la faifon du frai. Ajoutons que la nuit eft plus favorable que le jour pour rendre leur pêche abondante, à moins que le ciel ne ‘foit couvert ou l’eau troublée par quelque moture. -
- f 343. Les pêcheurs travaillent avec plus de fuccès pendànt les .vives eaux
- (in) Pleuronectes Linguatula; Linn. en allemand, Zungeti,
- (114) G a dus Merluccius ; en allemand, Seehecht. ,
- Ci 1 s) Quadratuîus ; en allemand, Sdiarde. .
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- que lors des petites marées ; parce que les courans, alors plus rapides, font faire plus de chemin au poiifon , qui, rencontrant les appâts, y mord, & fe prend.
- 344. Les gros vents empêchent moins les pécheurs de tendre leur telfure que de la relever j & la circonftance la plus fàcheufe pour les grands pècheurs-cordiers, eft lorfque le vent change fubitement de diredion : par exemple, s’ils ont tendu d’un vent de fud, & qu’il faute tout d’un coup au nord, les pêcheurs courent rifque de perdre leurs appelets, parce qu’ils ne peuvent appareiller pour relever leur tellure.
- 34f. Les pêcheurs redoutent encore lespoiffons voraces, tels que les chiens de mer (116) , les feches (117) , &c. qui attaquent les poiflons pris aux hains, les fatiguent, lesbleflent, &, pour me fervir de l’expreflion des pêcheurs , les rendent hoyes : pour lors ces poiflons ne font plus de vente. C’eft donc un grand malheur pour les pêcheurs aux cordes, que de fe trouver dans un banc de poiflons voraces.
- 346. Comme il y a toujours pendant le cours de l’année quelque poiifon à prendre, les grands pêcheurs n’interrompent la pêche aux hains que pour faire celle du maquereau, & les pêcheurs Picards pour aller à celle du hareng.
- 347. A Dunkerque, où l’on s’occupe beaucoup de la pêche des merlans en décembre & janvier, les grands pêcheurs la quittent au commencement de février, pour aller à quarante lieues vers le nord prendre des cabilleaux & des raies, jufqu’au 1 y de mai. Quelques-uns même s’occupent delà pèche des raies pendant les mois de juin & juillet. La plupart fe tiennent à pêcher à l’entrée du port pendant le mois d’août. Quelques-uns vont au nord pour la pèche du hareng & de la morue, jufques vers le 6 de feptembre , que commence ordinairement la grande pèche du hareng. ( 118 )
- 348. Au Havre, fans exclure plufieurs autres pèches , on fait pendant toute l’année celle où i’011 le fert du libouret.
- - 349. Nous ne répéterons pas ici ce que nous difons ailleurs des pêches au libouret & au grand couple, qui occupent quelques-uns de nos pêcheurs de la Manche & ceux de Bayonne. La même raifon d’économie nous difpenfè de prévenir les détails où nous entrerons concernant la ^êche qui fe fait des différentes elpeces de morue en Amérique, une ou plufieurs fois chaque
- ( 116 ) Les chiens de mer n’appartien- terre & d’Ecofle ,1a pêche commence à la nent pas-à la ciafle des poiffons. Saint-Jean & dure jufqu’au mois de feptem-
- ( r 17) Sefia officinalis; LlNN. en alLe- bre. Quelquefois le hareng change fa route, mand , Kuttelfifch. fuivant qu’il trouve plus ou moins de ces
- ( 118 ) Celafe fait ainfi fur les côtes de petits poiffons & d:e ces vers , qu’il pour-Flandre & dans le canal qui fépare l’An- fuit, & dont il fait fa: nourriture, gleterre & la France. Sur les côtes d’Angle-
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- année, par les Dieppois , Grandvillois, Malouins, Olonnais & Bayonnais. On verra encore dans l’article des morues, les côtes où ces poilfons & d’autres de leur genre fe pèchent, foit toute l’année, foit feulement en certains tems. Ces faits, dont l’expofé pourrait moins intéreffer en cet endroit, plairont davantage au leéteur dans les articles particuliers à chaque poiflon, où nous nous propofons de les placer. A'infî nous allons palfer fuccintement en revue les côtes étrangères qui appartiennent à l’Océan ,8c enfuitenous donnerons un coup-d’œil fur la Méditerranée.
- 3^0. Dans le royaume de Valence, la pèche au palangrecommence en feptembre, & finit en mai. *
- 351. Les pécheurs - palangriers du royaume de Grenade font ce métier toute l’année.
- 3 fa. Suivant les voyageurs, on pêche aufli pendant toute l’année à Malaga avec les hains ; & l’on y prend de bon poilfon, particuliérement des bonites.
- 353: A’ Cette, la pêche au palangre fe fait depuis le mois d’avril jufqu’à la fin d’o&obre.
- 3f4. A la Ciotat, on pêche pendant toute l’année aux hains , lorfque le tems le permet, &l’on y prend de gros ou de petits poilTons, fui vaut les hains dofit 011 fe fert & les appâts dont on les amorce.
- 3 ïf. Les palangriers de S. Tropez & de Fréjus commencent leur pêche en octobre, &la finilfeilt en mars, travaillant de nuit & de jour.
- 356. En général on pèche en Provence dans les étangs avec de petits palan-gres durant tout l’hiver jufqu’au carçme , lorfque le tems eft beau.
- 357. Cette énumération, qu’il ne nous était guere polhble d’abréger davantage,ne comprend pas, à beaucoup près, tous les endroits où l’on pêche avec les hains. Ce que nous venons de dire ne regarde prefque que les grands pêcheurs; car il y en abeauccmp de petits qui font continuellement occupés de cette pêche.
- 3ï8* Voila une idée iommaire desiaifons où l’on pêche aux cordes dans les différens parages, ainfi que des tems les plus favorables à cette pêche , & des attentions qu?il faut avoir pour aller, fuivant lescirconftançes que ,nous avons indiquées, chercher les poilfons dans les endroits qu’ils fréquentent. Nous rendrons ailleurs ces idées plus préeifes.
- Article onzième.
- Des barques, bateaux , chaloupes , &c. qu on emploie pour la pêche aux cordes & aux hains ; & de ceux quon appelle palangriers fur la Méditerranée..
- 3f 9. Nous avons déjà fait appercevoir, & on le verra encore mieux par ce que nous dirons dans la fuite, qu’on fait au bord des eaux, avec des hains
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- & des lignes, des pêches qui n’exigent aucune eipece de bateau. Mais il y a des pèches aux hains qui fe font fur les rivières & à la mer, quelquefois alfez loin des côtes. En ce cas, on ne peut fe palfer de bateaux ou de chaloupes , en un mot, de quelque efpece de bâtiment qui puiife tenir la mer : & il en faut de plus ou moins grands, fuivant l’elpece de pèche qu’on fe propofe.
- Il nous a paru convenable , pour rendre plus complets les préliminaires dont nous nous occupons préfentement, d’en donner une idée. Je dis Amplement une idée ; car s’il s’agilfait d’en faire une hiltoire complété , nous ferions obligés de faire graver & de décrire prefque tous les bâtimens de mer, excepté les vailfeaux de guerre & les gros navires marchands ; puifque les heux , les gribannes, les pinques, les dogres , les caravelles ou crevelles, &c. fervent pour les grandes pèches. Je conviens qu’en parlant de ces pêches nous pourrons être obligés de dire quelque chofe dè ces diverfes efpeces de navires. Mais pour le préfent nous nous renfermerons à traiter des petits bâtimens qui font principalement deftinés aux pèches qu’on nomme dans l’Océan aux cordes , &dans la Méditerranée auxpalangres.
- 360. Ce 11’eft pas que quelques-uns de ceux dont nous allons parler ne foient employés pour certaines pèches aux filets. Mais quand nous aurons à traiter de ces fortes de pèches, nous renverrons aux defcriptions & aux gravures que nous aurons données à l’occafion des pêches aux cordes. Ainfi, quoiqu’on puiife dire en général que tous les bâtimens qui peuvent tenir la mer font propres pour la pêche, il ne s’agira ici que de ceux qui font particuliérement deltinés à la pèche aux cordes. Encore , pour ne point multiplier" les gravures , & dans la vue de nous reftreindre au pur néceffaire, nous nous abftiendrons d’infifter fur des différences peu confidérables qui fe rencontrent entre les bateaux conftruits dans les différens ports d’une même côte ; car il 11’y a point de port qui n’ait fes charpentiers ; & chaque charpentier adopte, pour les bâtimens qu’il conftruit, des formes qui lui font particulières , & qui ne font pas toujours aullî effentielles ou aullï avantageufes que ces ouvriers fe ^ l’imaginent.
- 361. Quoique notre intention ne foit point de faire des defcriptions très-détaillées des bâtimens de mer , telles qu’on les trouve dans 1 q traité d'architecture navale , que nous avons publié en 1758 > nous ne croyons pas pouvoir nous difpenfer d’indiquer les noms des principales pièces qui forment les barques dont nous nous propofons de parler, afin d’être entendus de ceux qui n’ont point été à portée de fréquenter les ports de mer: &xnous choifif-fons , pour indiquer les parties du bâtiment que nous voulons faire connoitre, un petit bateau pécheur dont on fe fert fur les côtes de Picardie (j>L V\ fîg. 16).
- $62. La. partie du bateau qui eit comprife depuis i jufqu’à 1, eftce qu’on appelle k corps, ou, en terme de pécheur., la cojje du bateau; les parties com-
- prifes
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- prifes depuis 4 jufqu’à 1 & 1, font prefque ferablables ou fymmétriques ; l’avant & l’arriere fe relfemblent en ces endroits. On peut appeller les coi:-pies de balancement ( 119 ) ceux qui répondent aux numéros I & 1 : & les façons, tant de l’avant que de l’arriere, commencent à ces couples. La quille (120) s’étend depuis le pied de l’étambot (1219 5 à l’arriere, jufqu’à la naif. lance de l’étrave (122) 6 à l’avant.
- 363. Lë tirant d'eau de ce bateau chargé eft défigné par l’extrémité des lignes 3, 3. Si l’on fuppofe donc une ligne tirée par l’extrémité de ces deux lignes , 011 aura ce qu’on appelle la Hgnt d'eau en charge. Ainfi la partie fub-mergée, qu’on nomme Y oeuvre vive ou la caréné (123), s’étend depuis cette ligne d’eau jufqu’au-deifous de la quille.
- 364. L’extrémité des lignes 11, 2,2 & 4, indique ce qu’on nomme le vibord ou leplat-bord(124) : c’eft véritablement le bord du bateau : & toute la partie comprife depuis la ligne d’eau en charge jufqu’au plat-bord, ou la partie qui eft hors de l’eau , fe nomme Yoeuvre morte (125).
- 36ç. L’œuvre vive & l’œuvre morte étant couvertes de planches qu’on appelle bordages, les pêcheurs nomment toute cette partie la bordée.
- 366. Entre la ligne d’eau en charge & le plat-bord, fur l’œuvre morte", on met ordinairement une virure ou une ceinture de bordages plus épais que les autres j c’eft ce qu’on appelle la préceinte (126) , & parmi les pécheurs la ceinte : elle eft indiquée par l’extrémité des lignes f, 6-, & elle forme une courbe parallèle à celle du plat-bord. L’extrémité de la ligne f indique encore le gouvernail, & Yétambot ( 127), fiir lequel il eft attaché.
- 3^7- La partie arrondie qu’on voit au bout de la ligne 6 , eft Yétrave.
- 36"8. Les portions de la caréné qui fe relevent, & qui forment avec la quille un angle curviligne, tant du côté de l’avant que du côté de l’arriere, fe nomment les fa.çons. Celles de l’avant s’étendent depuis 1 jufqu’à 6, ou jufqu’à l’étrave j & les façons de l’arriere s’étendent depuis 1 jufqu’à f , ou jufqu’à l’étambot.
- 369. On voit que l’étrave fe porte en avant par une portion arrondie; c’eft ce qu’on appelle fou élancement. L’étambot qui termine l’arriere eft droit, mais incliné à la quille ; c’eft ce qu’on nomme fa quête. Pour avoir la longueur totale du bateau, il faut ajouter à la longueur de la quille la quantité de la quètë & de l’élancement.
- (119) En allemand, Koppelhôker.
- (120) En allemand, der Kiel.
- ( 12 c ) En allemand, Hintcrflevem. (122) En allemand , V01derjievens.
- (12;) En allemand, der uùswendige Schifjboden.
- Tome V,
- (124) En allemand , das Dalbord.
- (j 2 s ) En allemand , das ObtrthtiL iiber dem WaJJer.
- (126) En allemand , Barkhoh.
- (127) En allemand , Steuerruder.
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- 370. On voit dans cetfce figure 'l’intérieur, du bateau qui n’eft pas ponté. Le pont s’établit à différentes hauteurs, fuivant l’efpece de pêche qu’on fe propofe de faire.
- 371. La plupart des bateaux deftinés pour la pèche aux cordes ne font pas entièrement pontés : mais prefque tous ont à l’avant & à l’arriere un coffre ou foutte , dont la longueur eft tout au plus le quart de celle du bateau.- Les pêcheurs nomment ces coffres tilles , comme qui diroit un petit tillac.
- 372. Le chiffre 7 indique le pied du grand mât quife prolonge dans l’intérieur du bâtiment jufques fur la quille. Ce mât eft quelquefois affez long pour porter, en 8, une petite voile; ou bien il eft furmonté d’un petit mât qu’on nomme de hum.
- 373. Souvent il y a encore vers l’avant un petit mât qui repréfente celui de mifaine. On ajoute aulTi quelquefois à l’avant un bout-dehors qui excede l’étrave, & qui étant prefque horifontal, repréfente le mât de beaupré. D’autres fois , mais rarement, on met à l’arriere une efpece de bâton de pavillon, quotient lieu d’un petit artimon.
- 374. Le chiffre 9 dénote la grande voile, qui eft quarrée : elle eft quelque-
- fois furmontée d’une petite, qu’on nomme la voile de hune. Des bateaux, même ceux qui n’ont point cette voile au-deffus de la grande , ont fouvent à l’avant une voile quarrée plus petite que la grande. * ‘
- 375". On verra dans la fuite, des bateaux qui portent des voiles d’étais ou des foques ; d’autres qui ont une efpece de civadiere que les pêcheurs nomment diablot. Nous ferons remarquer toutes ces fingularités , quand l’occalion s’en préfentera : c’eft pourquoi nous 11e nous étendrons pas ici fur ces détails > le peu que nous venons de dire, nous paroiffant fuffifant pour l’intelligence de ce que nous rapporterons au fujet des bâtimens pêcheurs.
- 376. On voit au-deffus du chiffre 10 un bateau qui amene fa vergue & là voile; & dans le lointain, au-deffus de 11, de femblables bateaux à la voile.
- 377. Les bateaux qu’on emploie dans les ports de l’Océan pour la pêche font, comme nous l’avons dit, de différentes conftrucftions, fuivant les diffé-rens ports où les pêcheurs font leur réfidence. Les plus grands bateaux cor-diers font les barques longues de Dunkerque, les grands Poletais, les gros cordiers de Dieppe, les clinquards de S. Valéry & du Boulonais ; & entre ceux-là il n’y en a point qui paffent pour mieux tenir la mer que les Dunkerquois & les Poletais. Ces pêcheurs font leur métier par toute forte ,de tems, & ils tiennent la mer quand les autres n’ofent quitter le bord. Si la foibleffe de leur équipage ne leur permet pas d’amener leur grand mât, ils amènent les vergues & le matreau; alors ils ne craignent rien, tant que leur ancre & leur.cable tiennent bon : ainli ils fupportent les gros tems fur leur ancre, comme les gros bâtimens le font à la cappe,
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- Des barques longues de Dunkerque.
- 378- Il y en a de différentes grandeurs. Je vais donner les dimenfîons d’une des plus grandes. Celles-là fervent à beaucoup d’autres ufages qu’à pécher, & on les emploie pour les plus grandes pêches. Autrefois elles étaient à culquarré; maintenant 011 les fait toutes à cul rond.
- 379. Elles ont 45 à fo pieds de quille. L’étambot a 3 pieds de quête, & l’étrave 4 pieds d’élancement : ainfi leur longueur totale eft de f 2 à 57 pieds.
- 380. Elles ont 16 à 18 pieds debau, 8 à 9 pieds de plate varangue , 11 à 12 pieds de bordée j l’élévation des façons à l’arriere eft de f à 6 pieds , & celle de l’avant eft de 2 pieds & demi à 3 pieds. La préceinte eft placée aux deux tiers du creux, qui eft de 7 à 8 pieds fous le maître bau.
- 381. Elles ont un demi-pont qui s’étend jufqu’au pied du grand mât. Quand on les deftine pour le commerce , elles font entièrement pontées j en ce cas on leur donne trois mâts : mais pour l’ordinaire elles n’ont point d’artimon. Leur mât de hune eft d’une même piece que le grand mât. Quand elles font appareillées en brigantin, leur voile eft beaucoup plus large par le bas que par le haut, où elles ont une corne de dix pieds de long , & par le bas une baume qui eft accrochée au grand mât, & dépalfe de deux pieds l’arcaffe du bâtiment.
- Des bateaux pêcheurs de Boulogne.
- 382. Les Boulonais pêchent avec des bateaux affez femblables à ceux du
- Tréport : ils font moins alongés & plus ronds que les crevelles des côtes de Haute-Normandie : ils font à cul rond fous la lilfe d’hourdy , & à cul quarré au-deffus. Ces bateaux 11e peuvent porter au plus que dix tonneaux. Ils 11’ont que 27 pieds de quille. Leur longueur totale eft de 32 pieds. Ils font mâtés comme les cordiers du Tréport& portent trois voiles, mais la mâture eft plus haute j le grand mât & le hunier font'd’une piece, au lieu qu’au Tréport le hunier eft enté fur le grand mât. ’ j L .
- Des bateaux des pêcheurs cordiers de la riviere de Somme.
- 383. Les pêcheurs cordiers delà Somme ont de fort petits bateaux j les uns de‘i-f , les autres de 18'pieds de longueur totale. Tous n’ont quun petit mât & une feule voile. Mais cds bateaux ne fortent guere de la riviere.
- in-} J jf?., ;•>; . ( ! r.l * f)‘Sr ' ! K ' _ 7 ' -, ’ _ / .....
- Des boiteux cordierï'dxAbbeville. ' .
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- 384. Ces bateaux font montés par huit hommes, au moyen de quoi.ils
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- fe rendent au lieu delà pèche en voguant quand le vent leur manque : & pour vendre leur poilTon plus frais , ils échouentà la côte , la mer montante. Quand ils ont renouvelle leurs appelets & déchargé leur poiffon , ils recommencent la pêche fans attendre que la marée foit alfez haute pour mettre leurs bateaux à flot : pour cela ils les pouffent à l’eau fur des rouleaux} ce qui fe pratique de même à d’autres côtes de l’Océan.
- Des bateaux pêcheurs de Cayeux.
- 385'. On fe fert à ce petit port, de bateaux qui font d’une fabrique fîngu-liere, ayant un grand plat de varangue. Ils font encore plus taillés de l’avant que les cordiers du Tréport, dont nous parlerons bientôt. Leur arriéré a quelque reffemblance avec les grandes quenouilles duPolet; cependant ils ne font à cul rond qu’au-deflous delà préceinte qui aboutit fur l’étamboti au-deflus de cettè préceinte, ils fe terminent quarrément à l’arriere.
- 386. Ils ont 32 pieds de quille, 3 pieds de creux fous le maître bau, & 2 pieds 5 pouces de vibord. Ils 11’ont qu’un pied fix pouces de quête , & autant d’élancement : l’étrave étant prefque droite, ils ont 4 pieds 10 pouces de plate varangue ; & les genoux de fond Ci tords, qu’une de leurs extrémités forme une partie des varangues , & l’autre une portion des alonges. Ils ont 9 pieds de bau & peu de rentrée, au contraire des cordiers du Tréport ; de forte qu’il y a, dans la partie la plus large, d’un plat-bord à l’autre 8 pieds 5 pouces. La préceinte eft placée entre la ligne d’eau en charge & le vibord.
- 387- La hauteur perpendiculaire de l’étrave & celle de l’étambot font de huit pieds ; la liffe d’hourdi a 4 pieds 11 pouces de longueur. La longueur totale de ces bateaux eft de 35 pieds i leur port, de huit tonneaux. Comme ces bateaux vont fréquemment à la rame, leur équipage eft de dix à onze hommes.
- 388- Ils ont deux mâts, & deux voiles quarréesj le 'grand mât a 3 5: ou 36 pieds de longueur ; le petit, 20 à 22. car.
- 389. On donne beaucoup de plate varangue à ces bateaux, non feulement pour qu’ils tirent moins d’eau, à caufe des bancs qui fe trouvent au débouche delà Sommei mais encore afin qu’ils échouent plus aifément, y étant fréquemment expofés.
- Des bateaux cordiers, dits grands clinquarts, de S. Valéry.
- 390. A. S. Valéry en Caux, on fe fert de bateaux cordiers, qu’on peut comparer aux quenouilles duTolet. On les nomme clinquarts.
- 391. Ces bateaux font à cul rond, au moins fous la préceinte 5 car quelques-uns ont le cul quarré au-deffus.
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- 392. Ils ont 27 pieds de quille, 7 à 8 pieds de bau hors les membres , & autant de creux. Comme ces bateaux font fort courts, ils ne peuvent porter que huit à dix tonneaux. Ils ont une petite tille à Pavant, & une à l’arriere. Leur longueur totale eft de 30 pieds ou environ.
- 393. Ils portent deux mâts : le grand a , du pied au chouquet, 33 pieds ; il eft furmonté d’un petit mât de hune, de 10 pieds, qui s’alfemble avec le grand au moyen de collets & de tenons de fer.
- 394. Le mâtereau a 24 pieds de longueur, & il porte un bourfet. Outre les trois voiles principales , on met quelquefois à l’arriere une voile triangulaire fort étroite, qu’on nomme coutelas, dont la pointe eft frappée fur le bout de la vergue, & le bas fur une elpece de bout-dehors. Ce bâtiment porte encore en avant une elpece de beaupré, fur lequel 011 établit une forte de civadiere, qu’ils nomment diablot.
- 395. Ces bateaux cordiers vont à la pêche du hareng quand il s’approche de la côte.
- 396'. Les gondoles de S. Valéry relfemblent alfez aux batelets du Polet.
- Des bateaux du Tréport & du bourg d’Ault,
- 397. On fe fert, dans ces petits ports, de bateaux cordiers alfez femblables aux petits Poletais : quelques-uns cependant ont une forme un peu différente 5 ils font à cul rond au-deffous de la préceinte, & à cul quarré au-deifus , & fort taillés de l’avant : ils ont 27 pieds de quille , 8 pieds 4 pouces de bau hors les membres ; Ç pieds f pouces de bordée, favoir, 2 pieds 11 pouces fous le maître bau, & 2 pieds 6 pouces de vibord j 4 pieds 2 pouces de plate varangue, beaucoup de rentrée : & ils font tellement ferrés par le haut, que leur plus grande largeur au plat-bord n’eft que de 4 pieds 10 pouces. Ils ont une tille à l’avant, & une à l’arriere.
- 398. L’étambot a 2 pieds de quête ,& l’étrave 2 pieds 6 pouces d’élancement. L’élévation des façons eft de 2 pieds 2 pouces à l’arriere, & la moitié à l’avant. La longueur de la liffe d’hourdi eft de 4 pieds 4 pouces. La longueur totale eft de 32 pieds. Ils portent deux mâts : le grand a 33 pieds de longueur, & eft furmonté d’un mât de hune de 10 pieds, qui s’alfemble avec le grand mât au moyen de collets & de tenons de fer. Le tirant d’eau chargé eft de trois pieds. Le port de ces bateaux eft de cinq à lix tonneaux. Us vont à la 'mer avec fix matelots & un moufle. - ;
- : ' ; Les dogres. (12%)
- ' 399L':-LE's-’dogres qui fervent pour les grandes pêches, & qu’il ne faut pas
- (jz8) En allemand , Dogerboots.
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- confondre avec les grands qui fervent pour le commerce, different des barques dont nous venons de parler, en ce qu’ils font fort plats par-deffous, ce qui les rend très-propres à remonter les rivières. On en conftruit de bien des grandeurs différentes. Ceux dont il s’agit, ont 7a 8 pieds de plate varangue , 30 à 35 pieds de quille, 14 à 16 pieds de bau, 10 à 11 pieds de bordée* la préceinte eft à deux pieds du vibord. Leur longueur totale elt de 3f à 40 pieds. Us font entièrement pontés * on établit même une chambre fur le pont, quand on va à la pèche de la morue. Quelques-uns portent une grande voile quarrée: d’autres font appareillés enbrigantin, avec des voiles latines. Il y en a qui portent jufqu’à cent tonneaux * le port des petits dont il s’agit, eft de vingt à vingt-cinq tonneaux.
- Des gondoles on grands drogueurs.
- 400. Ce font les plus grands bâtimens qui foient employés aux pêches de la morue au Nord, du hareng à Jermuth , & des maquereaux à l’isle de Bas & aux côtes d’Irlande.
- 401. Elles ont43 à 4.6pieds de quille, if à 16pieds de bau hors les membres , 7 à 8 pieds de plate varangue, 11 à 12 pieds de bordée ,50^52 pieds de longueur totale. La préceinte eft quelquefois placée plus bas que les deux tiers du creux. Elles ont vis-à-vis du maître bau 7 à 8 pieds de cale, & environ 4 pieds de vibord. Elles font entièrement pontées, & ont au pied du mât une petite cabane, où les matelots fe retirent quand ils font la pêche au Nord. Elles ont un grand mât qui porte une grande voile, & au-deffus une petite de hune : à l’avant eft un petit mât & une voile de mifaine * quelquefois à l’ar-riere, au-deffus du gouvernail, un bâton qui porte une petite voile d’artimon.
- 402. LE grand mât a à 60 pieds de long * le petit, 38 à 40 * & le bâton de l’arriere, 17 à 18. Leur port eft de 75: à 80 tonneaux.
- Des crevelles ou caravelles.
- 403. Ces bâtimens, qu’on peut véritablement regarder comme de vrais bateaux pêcheurs, font employés fur la côte de Haute-Normandie durant toute l’année, pour faire la pèche. Us ont 34 à 36pieds de quille, 12à 13 pieds de bau hors les membres, 6 à 7 pieds de plate varangue, 9 à 10pieds de bordée, f à 6 pieds de creux fous le maître bau. Leur longueur totale eft de 3f à 40 pieds. Ces crevelles font pontées fort bas* elles n’ont que deux mâts : le grand porte la grande voile quarrée & un hunier * fa hauteur eft de 50 à a pieds : le mât de l’avant a 30 ou 32 pieds de hauteur, & il porte la petite voile qu’on nomme borfet ou bourfit. Quelquefois 011 met à l’avant
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- ou à l’arriéré un bout-dehors, qui fert à amarrer les voiles d’étais. Leur port eft de à 30 tonneaux. Çes bateaux font les grandes pêches dans les faifons çonvenables. Il y,a de petites crevelles qui ont feulement un grand mât & un mât de mifaine ; & d’autres beaucoup plus grandes, qui fervent pour le commerce, & quelquefois pour les grandes pêches.
- Des bateaux pêcheurs du Polet, de Dieppe & des environs.
- 404. Nous infifterons particuliérement fur les bateaux Poletais, parce que les pêcheurs de ce port fe font occupés de la pêche aux cordes de tems immémorial. Ils n’ont celfé de la faire pendant toute l’année, que depuis que. quelques grands pêcheurs ont trouvé un avantage à la pêche du maquereau & du hareng, qu’ils font avec leurs bateauxcordiers, auxquels ils ajoutent ce qu’ils nomment un gibet ^ qui eft une eljDece de chandelier qu’on établit à pouppe pour recevoir leur mât quand ils l’abattent.
- 405. La defeription alfez exadte que nous allons faire des bateaux cor-diers du Polet, mettra en état de prendre une idée fufHfante de plufieurs autres bateaux que nous ne préfenterons que fort fommairement.
- 406. Ces pêcheurs ont principalement quatre efpeces de bateaux jfàvoir, les grands culs ronds, les grandes quenouilles, les petites quenouilles, & les batelets.
- Des grands bateaux pêcheurs du Polet, nommés culs ronds ou à queue
- d’oifon,
- 407. Les grands culs ronds, qui fervent pendant toute l’aimée à faire la pêche aux cordes, & dans la faifon à faire celle du hareng & du maquereau, forment des gondoles dont les façons de l’avant & de l’arriere fe reftemblent alfez 5 & leur forme fymmétrique ne change confidérablement qu’aux extrémités, où l’étrave prend fon arrondilfement, & l’étambot là quête.
- 408. Ces bateaux ont depuis 32jufqu’à 34 pieds de quille, 12 pieds de bau hors les membres, où eft la plus grande largeur ; 5 à 6 pieds de plate varangue , 8 à 9 pieds de bordée, 5 pieds de cale, étant pontés fort bas, pour avoir un grand coffre furie pont -T trois à trois pieds & demi de quête & d’é-lancement7 Leur longueur totale eft de 36 à 38 pieds. La préceinte eft placée -à quatre pieds du vibord. Leur port eft au plus de vingt à vingt-cinq tonneaux , parce qu’ils ont beaucoup de façons. Leur tirant d’eau lege eft de Gx à fix pieds & demi j & étant chargé, de huit à huit pieds & demi
- 409. Ils portent deux mâts & deux voiles quarréês : la grande eft fur-montée d’une petite voile de hune. Pour faire la grande, il faut 36 à 37 aunes de toile ,& huit pour la petite.
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- 410. Le grand mât a pieds de longueur ; favoir, 34 pour la chute de la grande voile , & 11 pieds pour la voile de hune.
- 411. La grande vergue a 21 pieds de longueur > celle du hunier, 13 pieds. Le petit mât de mifaine a 26 pieds de longueur, & la vergue 1 f pieds & demi. Ces bateaux vont à la pèche du hareng.
- 412. Il y a des culs ronds de differentes grandeurs. Ceux qu’ils nomment petits culs rondsn’ont que 22 à 24 pieds de quille, 34 ou 3f pieds de longueur totale : ils ne peuvent porter que douze à quatorze, tonneaux. A la grandeur près, ils reiîemblent aux grands culs ronds.
- Des grandes quenouilles ou bateaux bâtards du Polet.
- 413. La fécondé efpece de bateaux Poîetais, qui. tientle milieu entre les grands & les petits culs ronds, fe nomme bateau bâtard, ou grande quenouille. On s’en fert toute l’année pour faire la pèche aux cordes. Ces bateaux font à cul rond, & n’ont point de voûte.
- 414. Ils ont depuis 24 jufqu a 26 pieds de quille ,J2% à 30 pieds de longueur totale, neuf à neuf pieds & demi de largeur au maitre bau, 18 pouces de faqons àl’arriere, & neuf pouces à l’avant, quatre pieds de creux fous le maître bau. Les uns font entièrement pontés, & d’autres n’ont qu’une foute en forme de tille à l’arriere, & une petite à f avant. La préceinte eft au milieu, à trois pieds & demi du vibord. Le grand mât a 34 pieds de longueur pour la chute de la grande voile, & de plus huit pieds & demi pour la voile de hune. La grande vergue a dix-fept pieds de longueur, & la vergue de hune a dix pieds. Le petit mât a vingt pieds de hauteur au-deffus du pont ; fa vergue eft longue de onze pieds. Leur port eft de huit à dix tonneaux. Ils vont à la pèche avec fept à huit hommes.
- 415. Il y a de ces quenouilles plus petites ^ qui ont 2 6 pieds de longueur totale. Leur port eft de fept à huit tonneaux. Leur tirant d’eau en charge eft au plus de fix à fept pieds. A la grandeur près , elles reifemblent aux grandes quenouilles.
- 416. On donne encore le nom de petites quenouilles à des batelets qui font la troifîeme efpece de ceux du Polet. On les emploie à quantité d’ufages : on s’en fert dans les beaux tems, pour faire la pèche aux cordes, ainfi que celle .du libouret. Dans les grandes pèches , elles font le batelage ; alors elles font comme les chaloupes des grands bateaux. Elles leur portent à la mer des appe-letsj & quand la marée n’eft pas affez haute pour permettre aux grands bateaux d’entrer dans les ports, ces batelets prennent le poilfon, & le portent à la vente , pendant que les pécheurs continuent leur métier.
- 417. Ces batelets ont quinze à feize pieds de longueur totale, quatre à cinq
- pieds
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- pieds de largeur, autant de creux. La préceinte eft à un pied du vibord. Ils ne peuvent guere porter qu’un tonneau. Ils n’ont que deux petites voiles, quelquefois une feule. Ils ont quatre ou fix avirons, & quelquefois un àl’ar-riere pour tenir lieu de gouvernail. Quatre à cinq hommes fuififent à^esba-telets, qui ont cependant une petite tille à l’avant.
- Des warneteurs du petit Feulle.
- 418- Les bateaux qu’on nomme, au petit Veulle, fauxbourg de/Dieppe, warneteurs, font à cul quarré, & mâtés comme les grandes quenouilles du Polet. Ils fervent pour la pèche des grolfes cordes, à la côte d’Angleterre , & à prendre du hareng lorfque cepoiifon s’approche de nos côtes.
- Des yolles ou bifcayennes.
- 419. Ces petits bâtimens font proprement les chaloupes Iamaneuiès qui fervent dans les ports à faire entrer & fortir les vailfeaux. Elles font conftrui-tes en gondoles, fort légères de membres, fans pont , n’ayant que des bancs ou tires pour les rameurs. Elles ont dix-huit à vingt pieds de long, & cinq à fix pieds de large. On s’en fer t pour faire le batelage par les beaux tems, & auffi pour pêcher au libouret près de la côte. Ces chaloupes vont plus fréquemment à rames qu’à voiles : cependant on leur met quelquefois un petit mât & une petite voile.
- Des bateaux pêcheurs du Havre.
- 42a Au Havre <, ainfi que dans la plupart des ports que je viens de nommer* on fait durant l’été la pêche au libouret avec de très-petits bateaux, où fe mettent deux ou trois hommes : & en hiver fix à fept hommes font cette pèche avec des chaloupes lamaneufes, que les habitans du Havre, comme à Dieppe, nomment yolles, ou bifcayennes. On les emploie auffipour faire le batelage : mais leur vraie deftination eft d’aller au-devant des bâtimens pour les entrer dans les ports.
- Des bateaux pêcheurs de la Hougue. (129)
- 421. La plupart des bateaux pêcheurs de la Hogue font ronds par-derriere, & point pontés. Ils portent deux voiles quarrées , point de hunier. Leur port eft depuis quatre jufqu’à trente tonneaux, & au-dedùs. Les grands fout em-
- (129) Petit port de mer fur les côtes de Normandie.
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- ployés à la pèche du maquereau entre OuefFant & les Sorlingues , & à celle des. huîtres dans la baie de Cancale (130). Ceux au-delFous de trente tonneaux jufqu’à dix-huit font, outre les deux pèches dont nous venons de parler, celle du poifFon frais. Les. plus petits 11e fervent qu’à faire cette pèche à une petite diftance de la côte. L’équipage eft, fuivant la grandeur des bateaux, depuis quatre jufqu’à huit hommes.
- De la pêche à Dinan.
- 422. Les ouvriers qui manquent d’ouvrage, aidés de quelques invalides * fe mettent au nombre de quatre où cinq hommes dans des chaloupes de deux à trois tonneaux. Mais ils ne vont guere plus loin que S. Malo.
- De la pêche à Lanion.
- 423. La plupart des pécheurs ont chacun un petit bateau du port d’uiî-tonneau, dont ilsfe fervent pour pécher à la ligne avec leurs enfans.
- De la pêche fur la Garonne.
- 424. Il y a fur la Garonne des bateaux qu’on, nomme filadieres, couraux ou gabarets. Il y en a de différentes grandeurs : ceux qui portent vingt pieds de l’étrave à l’étambot, ont ordinairement quinze à feize pieds de quille, fix pieds de largeur au milieu, deux pieds & demi ou trois pieds de creux : ils n’ont que trois varangues, & fix bordagesplacés à clin, qui font le corps du bâtiment. L’étrave & l’étambot ont beaucoup d’élévation. Ainfl ces bâtimens font très-gondolés ; & comme ils font fort pincés de l’avant & de l’arriere , ils ont allez la forme d’une navette. Le grand mât eft placé un peu vers l’avant j & on le met au tiers, quand on veut ajouter en arriéré un mâtereau en forme d’artimon. Les principales voiles font quarrées. Ces bâtimens 11e fortent guere de la riviere. Quelquefois cependant par les beaux tems ils vont jufqu’à la tour de Cordouan : en ce cas il faut que les matelots foient toujours fur leurs gardes, pour ne point couler bas > & ils ôtent le gouvernail,, afin de décharger l’hrriere.
- 425. Les petits bateaux qui fervent pour la pêche dans lebafïin d’Arcai-fon, formé par les paroiffes du Médoc & de la Tète-de-Buch , fe nomment pinajfes , & reffemblent beaucoup aux filadieres ils ont la forme d’une gondole , mais font pointus par les deux bouts, ayant dix-huit pieds de long & quatre de large ,_un petit mât de quatorze pieds dé hauteur,. & une voile de
- (ijo) Petit havre près de S. Malo. / -;i/l .
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- douze pieds en quarré ; point de gouvernail. L’équipage de ces bateaux eft ordinairement de deux hommes, ainfi que pour les filadieres.
- Des bâtimens dont on fe fert fur ia Méditerranée,
- 426. Ces bâtimens different beaucoup de ceux de l’Océan par leur grément & leur forme. Nous nous bornerons à ce qui eft abfolument néceffaire pour en préfenter une jufte idée. Ainfi nous ne parlerons que des petits bateaux palangriers. La defcription des tartanes & des autres grands bâtimens fera réfèrvée pour les endroits où il s’agira de plus grandes pêches.
- 427. On fe fouviendra que les Provençaux appellent pêche aux palangres ce que lesPonentais nomment pêche aux cordes ; d’où il fuit que les bateaux quî font deftinés pour cette pèche s’appellent palangriers. Les pêcheurs prennent auffi le nom de palangriers , & appellent l’adion de pêcher palangrer.
- 428* Comme ils vont fouventà la rame, ces bateaux font longs & pinces de l’avant. On les tient auffi fort ras 5 & afin d’empêcher l’eau d’y entrer , on met au-deffus du plat-bord, des planches , lefquelles entrent à coulifle dans des rainures qui portent les extrémités de quelques membres qui s’élèvent plus haut que le plat-bord. On ôte ces planches pour ramer, lorfqu’il y a de la lame; & quand on va à la voile, on les met en place. Ces bateaux n’ont qu’un mât ou arbre, & une grande vergue ou antenne. Les voiles font triangulaires, de celles qu’on nomme latines.. A l’arriere du bateau qui eft fur le devant, on voit une tente pour mettre les matelots à couvert.
- 429. Les grandes barques qu’011 nomme Uyis , ont deux mâts, l’arbre de maître & la trinquette, deux antennes & deux voiles latines. Il y a des tartanes qui en ont trois. Nous aurons occafion de parler ailleurs plus en détail de ceS différens bâtimens.
- 430. Quand les Provençaux font pris de mauvais tems > ils carguent leurs voiles latines, amènent leurs antennes fur le bord, & parent fur i’arbre de maître une petite voile quartée ,pour fe foutenir contre la lame.
- 431. Dans les quartiers de S. Tropez & de Fréjus (131), les pêcheurs pa-îangtiers fe fervent de. petits bateaux qu’ils nommmtfrégatons, qui ont environ vin gte-quatre pieds de longueur, huit de largeur, une tille à l’avant & une à l’arriere. Trois ou quatre hommes pêchent ainfi nuit & jour.
- 432. A Narbonne les bateaux palangriers font les mêmes que ceux qui fervent pour une pêche au filet qu’on nomme gangui : ce qui a fait donner le même nom à ces petites barques, dont nous parlerons dans peu.
- 433. Les pêcheurs palangriers d’Agde font leur métier avec des bateaux
- Ci 31) Sur les cotes de Provence.
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- qu’ils nomment fardinayes, appelles ailleurs aiffaugues , qui ont 22 pieds (Je long fur fix de larges. Cinq à fix hommes y vont à rames ou à voiles , chercher les baffes propres à leur pêche, jufqu’à huit lieues au large. Enfin chacun fe fert, pour palangrer, indifféremment des bateaux qui lui appartiennent. Ainfi quelques-uns font cette pèche avec de petites barques , qu’ils nomment coralliens , parce qu’elles fervent aufïi à la pêche du corail.
- Différens petits bateaux qui fervent à la pêche.
- 434. On appelle tîllotte ou tillole une efpece de petit bateau pour la pêche , qui eft d’une conftru&ion finguliere. Il n’a ni quille, ni gouvernail, & cependant il eft fi folide qu’on s’en fert de chaloupe lamaneufe pour faire entrer les bâtimens dans le port de Bayonne. Il n’y a point de meilleures chaloupes pour naviguer dans l’Adour, où les eourans font fort rapides; & elles vont ainfi quelquefois affez avant en mer , quand elle n’eft pas très-groffe.
- 435. Il y en a de différentes grandeurs,;, mais voici les dimenfionsles plus ordinaires.
- 436". Longueur totale de quatorze à ïeize pieds.; au milieu, la largeur au plat-bord eft de quatre pieds ; fur le fond, cinq pieds; creux, deux pieds cinq pouces. La grande voile ne s’élevé qu’aux deux tiers du mât. Les grandes chaloupes tillotieres , outre la grande voile, en portent quelquefois une triangulaire à l’avant.
- 437. Il y a encore dans la riviere de l’Adour de petits bateaux qu’on nomme chalands., qui reifemblent affez aux pirogues de la Martinique ; ils n’ont que deux antennes, font fort gondolés & pointus par l’avant ; l’arriere eft un peu quarré. Il y en a de dix-neuf pieds de longueur fur un peu moins de trois pieds de largeur. Ces bateaux font montés de deûx hommes.
- 438. Les barges, de la Loire font de fort petits bateaux , du port de fix à huit barriques, dont le fond eft plat, & qui portent un mât & une voile.
- 439. Les Canadiens font des canots très-légers avec de l’écorce de bouleau* appliquée fur des lattes minces & courbes qui tiennent lieu de membres. On en met-quelques-unes de plates qui font aufïi minces, entre ces efpeces de membres & î’écorce , pour empêcher que les pieds ne crevent l’écorce. Ces canots fe terminent en pointe par les deux bouts ; & la partie la plus large eâ au milieu. Le franc-bord eft formé par deux perches de bois léger , qui fe réunifiant. par les bouts, ont la forme d’une navette. C’eft fur ce franc-bord que font coufues, les lattes qui forment les membres, & aufïi les morceaux d’é>-corce qui tiennent lieu de bordage. Il y a de diftance en diftance des morceaux de bois minces & légers, qui traverfènt le canot, & font coufus par les deux bouts aux perches dont eft formé le vibord. Ces efpeces de baus fervent à maintenir Couverture du canot dans la forme qu’il doit avoir.
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- 440. Quoiqu’on leve l’écorce fur une elpece de bouleau que nous culti* vous dans nos jardins , qui eft plus grand & plus gros que nos bouleaux de France, on ne trouve point de morceaux d’écorce qui foient aflez grands pour couvrir entièrement un canot j il en faut coudre plufieurs les uns avec les autres. Toutes ces coutures, qui font très-propres, font faites, à ce qu’on prétend, avec des racines £breufes du fapin ou de l’épicia, qu’on a dépouillées de leur écorce. Enfin, pour fermer entièrement le padage à l’eau , on calfate toutes les coutures avec de la réfine tirée des épicias ou fapins. Les Canadiens eonduifent ces canots en nageant avec des pagayes ^ petits avirons très-légers, qu’ils tiennent à deux mains, &’qu’ils manient comme on fait un balai, fans les appuyer fur les bords du canot. Deux hommes nagent, un de chaque bordj & un troifieme,qui eft à l’arriere, gouverne avec une pagaye plus grande que les autres. Quoique ces canots foient toujours prêts à chavirer , les fauvages , ainfi que les Canadiens, s’en fervent dans des endroits où il y a des courans, & même de la lame. Les fauvages réulfiftènt mieux que les Canadiens à faire ces canots * mais les Canadiens les eonduifent au moins auflî bien que les fauvages*
- 441. Les Groënlandais fe fervent pour difterens ufages , particuliérement pour leur pêche à la baleine, de canots qui font formés de membres très-légers , liés avec des barbes de baleine, & couverts de peaux de poiifons cou-fues avec des nerfs au lieu de fil> & les coutures font recouvertes de grailfe de poilfon , ou de marc d’huile, qui durcit & réfifte-bien à l’eau. II y en a de deux efpeces : les petits , qui ont la forme d une navette, ont vingt pieds fix pouces de longueur, un pied neuf pouces de largeur j le creux au milieu eft de. quinze pouces ; ils font couverts de peaux par-defîus comme par-delfous y il y a au milieu un trou dont le diamètre égale la largeur du canot, à un pouce ou deux près. Le Groënlandais paflànt fes jambes dans ce trou , s’aflied fur le fond , ferme l’ouverture avec une peau qu’il lie autour de fon corps : il nage avec une pagaye de quatre pieds fix pouces de longueur, qui a une pâlie à chaque bout.
- 442. Les Efquimaux fe fervent de canots à peu près femblables : ces canots 11e peuvent tenir qu’un homme.
- 443. Les Groënlandais en font dans lefquelsiis. embarquent leurs femmes & toute leur famille. Ils ont alfez la forme de nos bateaux de riviere y mais leurs membres font-pareillement des perches liées enfemble avec des barbes de baleine :^les peaux^depoilTons (132} courues, leur tiennent lieu de bordage ?
- (i?2) Ce font des peaux de chiens ma- ces bateaux Groënlandais. Ils ont des cari-ns. Voyez Atiderfon, defeript. de T If. nots pour hommes ,& des canots pour fem-Ivnde. Vous y trouverez une defeription mes. Ceux-là, beaucoup glus petits, ne fer» plus exaëte, & un deffin très-bien fait de vent qu’à une feule perfonne.. Ceux-ci pour-
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- mais ils ne font point pontés. Leur longueur eft de foixante pieds » leur largeur eft de cinq-pieds fix pouces , leur creux eft de trente pouces. Ils portent à l’avant un petit mât, & une voile faite de boyaux de baleine fendus & fé-chés, qui font coufus les uns avec les autres avec des nerfs -ou boyaux de daim : cette voile n’a que fix à huit pieds de largeur ; &‘comme ces canots n’ont point de Habilité, ils ne peuvent aller â la voile que vent arriéré. Ceci eft tiré de l’hijloire naturelle de Groë lande, d’Anderfon.
- 444- Des voyageurs rapportent qu’en Egypte on pêche dans les lacs avec des bateaux plats en-delfous, pointus par les deux bouts , & qui ont tout au plus vingt pieds dé long fur cinq de large. Ainfi ils reifemblent beaucoup aux bateaux pêcheurs de la riviere de Seine.
- 44Ï. En Angleterre, fur une rivierre qu’on appelle la JFye,on fe fert fré--quemment d’une petite corbeille à peu près figurée comme une coquille de noix, qui eft revêtue par-dehors de cuir de cheval. Il y a au milieu un banc, & cette corbeille ne peut tenir qu’une feule perfonne. Cette corbeille eft fi légère , que les payfans la fufpendent à leur tête, comme un chaperon, & ils voyagent ainfi, tenant à la main en guife de canne un petit aviron. Quand ils font au bord de la riviere , ils mettent leur corbeille à l’eau. Mais on ne s’y embarque pas fans difficulté ; car elle s’éloigne dès qu’on y touche avec le pied ; & lorfqu’on eft dedans, elle culbute fi on ne conferve pas bien l’équilibre. Il eft divertilfant de voir un homme adroit dans ces corbeilles , & fur-tout de remarquer les précautions qu’il prend pour jeter à l’eau une pierre qui lui fert d’encre ; & il n’en faut pas moins pour tirer à bord cette pierre , quand il faut changer de place. >
- 446* Il y a aulfi des endroits où l’on pèche avec de petits radeaux, quelquefois même fur une fimple piece de bois. Les différens articles de la pèche particulière à chaque efpece de poilfon, nous donneront occafion d’entrer dans quelques détails fur ces bateaux, & fur plufieurs autres qui leur font, pour ainfi dire, Ipécialement affectés. '
- Article douzième.
- Des conventions que les pêcheurs font entre eux lorfqiê ils pêchent en commun.
- 447. A l’égard des petites pèches qui fe font au bord de l’eau, il n’eft pas befoin d’alfodation ; les peres , les meres & les enfans ont leurs hains différaient contenir vingt perfonnes & plus, de graille de baleine. Ils font avec ces deux avec leurs tentes & leur bagage; & fi la fortes de canots, dix à douze milles par pêche eft bonae, une quantité confidérable jour.
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- rèmmeht âjuftés, & ils les tendent pour leur compte. La famille fait tout le travail, & elle recueille tout le profit qui en revient.
- 448. Si deux familles fe réunifient', elles partagent entre elles le fruit de leurs travaux. Mais il n’en eft pas de même pour les pêches qui exigent des bateaux , & qui ne peuvent être faites que par des gens exercés à la manœuvre & à la pèche.
- 449. Presque par-tout les matelots qui montent un bateau font à la part ; & voici ce qui s’y pratique le plus ordinairement, fuivantune coutume établie entre eux, qui' a force de loi fans avoir’befoin d’être écrite, ni revêtue des formalités judiciaires.
- 450. Tous les matelots qui pèchent à la part, fourniflent plufieurs pièces d’appelets. Si ce font de grandes pêches, chacun en fournit quatre , fix pièces > plus ou moins j & le maître, le double des autres j bien entendu que les hains font garnis de bons appâts.
- 451. Toutes les pièces d’appelets jointes bouta bout, font quelquefois une tellure de plufieurs mille brades , plus ou moins, fuivant la grandeur des bateaux & le nombre des matelots qui les montent ; de forte qu’il y a des tef. fures pour de grands bateaux , qui occupent près de deux lieues de longueur dans la mer. Les tefliires pour les petits bateaux font beaucoup moindres * trois ou quatre hommes ne pouvant pas fournir autant d’appelets que huit, dix, quinze.
- 452. Quand les matelots fourniflent de vieux appelets, ouïes jette à la mer ayant tous les autres. Si l’on faifait autrement, & qu’une de ces vieilles pièces vînt à rompre, toutes celles qui l’auraient devancée, courraient rifque d’être perdues. D’ailleurs , les cordes qui font près du bateau fatiguent toujours plus que les autres.
- 453. Lorsque les pêcheurs font arrivés lur le lieu où ils fepropofent de faire leur pèche, ils féparent jes vieux appelets, & tirent au fort le rumb des autres, c’eft-à-dire , l’ordre dans lequel ils doivent être jetés à la mer: attendu que c’eft un avantage d’avoir fes appelets près du bateau, fur-tout quand il furvient du gros tems ; car, quoiqu’il foit vrai que l’équipage paie en commun les pièces, d’appelets qui font perdues, celui à qui elles appartiennent eft toujours le plus léfé, ces pièces étant pour l’ordinaire eftimées au-defious de lëur valeur.
- 454. Quand un matelot eft propriétaire du bateau, qu’il le fournit en état avec tous les agrès & appareaux, & qu’il fait la vente du poiflbn, il retient un lot double.
- 45 f. Assez fouvent, les pêcheurs ne font pas fiiffifamment en fonds pour fe fournir de tout ce qui eft néceflaire pour leur pêche. En ce cas ils outre-cours à des bourgeois qu’ils nomment leurs hôtes, qui font toutes les avances»
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- Cet hôte, au retour, fait conjointement avec le maître la vente du poiflon* & il fe rembourfepeu à peu , en retirant le fol pour livre du produit de la pêche. De plus il a à ,chaque vente unpoilfon qu’il choifitle plus beau après celui qu’on nomme de la coutume. Cette redevance fera expliquée ailleurs.
- 4$ 6. Quand les pêcheurs font la pêche des folles, comme les pièces d’ap-pelets ne font pas alors fort longues, chaque matelot en fournit un plus grand nombre, tel que fept ou huit, quand ils peuvent s’approvifionner d’af-fez de vers pour amorcer .œtte quantité d’hains.
- 7. Si un pêcheur n’a pli fournir que quatre pièces d’appelets, pendant que les autres en auront fourni huit, il n’a, lors de la vente, qu’une demi-part,
- 458- Chaque pêcheur ne peut fé dilpenfer d’avoir trois garnitures d’appe-lets , parce qu a chaque démarrage, il faut laver les appelets qui viennent de fervir, les étendre pour les faire fécher, remettre des lignes & des hains où il en manque, & regarnir les hains de nouveaux appâts. Pendant que les pêcheurs fe fervent de la fécondé garniture, les femmes préparent la troifieme pour la remettre aux pêcheurs à leur arrivée , afin qu’ils puilfent pêcher fans interruption. De cette maniéré, quand le tems eft propre à la pèche , tandis que les hommes font à la mer, les femmes, qu’on nomme aquerejjes, travaillent jour & nuit, foitpour chercher des vers & des poilfons dans les fables & les rochers, comme nous l’expliquerons dans la fuite ; foit à nettoyer, faire fécher & raccommoder les appelets ; foit enfin à amorcer les hains : ce qui leur fournit un travail continuel, prefque aulîi pénible que celui des hommes.
- 459. On a vu, dans l’article où nous avons parlé des appâts, qu’on en emploie de filés, ou des viandes fraîches, ou des poilfons frais, que les cordiers achètent des autres pêcheurs. L’approvifionnement de ces dilférens appâts ne regarde point les femmes ; mais ce font elles qui pèchent les petites chevrettes, qui fouillent le fable pour en tirer des vers & dilférens infeétes ; en un mot, qui fournilfent de bons appâts : 8c quand nous parlerons de cette efpece de pêche, on verra qu’elle eft très-pénible.
- 46b. D’ailleurs , le foin de laver les appelets, de les étendre pour fecher, de les viliter pour remplacer les lignes & les hains qui leur manquent, & d’amorcer les hains, fait un travail qui donne beaucoup d’occupation aux aque-relfes , lorfque le tems permet uux hommes de faire leur pèche fuis interruption.
- 461. Chaque pêcheur devant fournir fes appelets bien amorcés, ceux qui ont une nombreufe famille, ont pour cela un grand avantage fur les autres.
- 462. Les pêcheurs portent aufîi chacun leurs vivres , ainli que les boilfons dont ils ont befoin; enforte que rien n’eft commun entre eux que certaines avances qui fe prélèvent fur le produit de la pèche.
- 463. Les conventions dont nous venons de parler, font, à quelques diffé-
- rences
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- rencesprès, adoptées par tous les pêcheurs. Cependant on conçoit bien qu’ils font les maîtres d’y faire les changemens qu’ils eftiment convenables : il y en a, par exemple, qui embarquent le pain à frais communs.
- Article treizième.
- Récapitulation de ce qui a lté traite dans ce premier chapitre.
- 464. Nous avons fait connaître dans ce chapitre les avantages qui font propres à la pèche aux hains, 8c, indiqué la vraie lignification de plufieurs termes qui appartiennent à cette façon de pêcher.
- 46^. Il nous a paru néceifaire d’infifter particuliérement fur les différentes efpeces de cordes & de lignes dont les pêcheurs cordiers, palangriers, & autres, font ufage j & encore plus fur le nombre confidérable d’efpeces d’hains qu’011 emploie pour prendre toutes fortes de poiffons 5 ainfi que fur leurs empilages de chanvre , de crin, de foie, ou de métal, fimples , ou doubles , &c. & nous avons expliqué la fabrique des lignes & des hains de toutes groffeurs.
- 466. En donnant l’énumération des différentes fortes d’appâts dont on garnit les hains, nous avons fait remarquer les avantages que les uns ont fur les autres.
- 467. Il ne nous a pas paru fuperflu de dire quelque chofe des circonftahces météoriques qui font avantageufes ou contraires aux pêches qu’on fait avec les hains, & de donnW une defcription fbmmaire des bâtimens qu’011 emploie pour ces fortes de pêches.
- 46g. Enfin -, nous avons parlé des conventions que les pêcheurs font entre eux pour partager équitablement le profit de leurs travaux.
- 469. Mais toutes ces chofes ont été traitées d’une façon bien générale. Ce ne font, qu’on me permette cette expreffion, que les prolégomènes de la pêche aux hains. Lès détails fe trouveront dans le chapitre fuivant.
- ................ „ *
- CHAPITRE SECOND.
- Détail des différentes efpeces de pêches qu'on fait avec les hains.
- 47°* 3L.es notions -générales que nous avons données dans le premier chapitre , ne peuvent fervir qu’à faciliter l’intelligence des différentes pèches qui fe font avec les hains, & dont nous allons traiter dans celui-ci. Telles font les pêches à la perche ou à la canne, celles à la ligne ou aux cordes.fimples;, Tome F, . L
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- celles aux cordes chargées de piles ; les unes fédentaires au fond de l’eau, & les autres flottantes entre deux eaux ou tout près de la furface, ainfi que les pèches au libouret, à la balle, au grand couple, &c. Nous allons fuivre ces différentes façons de pécher dans autant d’articles particuliers.
- Article premier.
- De la pêche à la perche ou à la canne. (133)
- 47r. La méthode la plus lumineufe dans la defcription de tous les arts, eft de commmencer par les chofes les plus fimples avant de paffer à celles qui font plus compofées. Ayant donc à décrire les différentes façons de pécher avec les hains, nous donnerons d’abord celle oi\ nommç à la canne ou à la perche ; non feulement parce qu’elle eft la plus (impie, mais encore parce qu’il eft commun de la voir pratiquer au bord des rivières , des folfés , des étangs, & même de la mer.
- 472. En général, cette pêche confifte à attacher au bout dune perche une ligne garnie d’un hain j & quand le poiffon a mordu à l’appât, on le tire promptement de l’eau en foulevant la perche.
- 473. On donne différens noms à cette façon de pêcher. Les uns la nomment à la perche, parce qu’ils attachent leurs lignes à l’extrémité d’une perché légère & pliante. D’autres la nomment à la. canne, parce qu’au lieu de perche » ils ajuftent des rofeaux les uns au bout des autres ; & ces rofeauxfe nomment canna en latin. Le terme canne peut venir encore de ce qu’on difpofe quelquefois les gaules ou perches de façon que, lorfqu’on ne pèche pas, elles forment des cannes pour la promenade. Je vais entrer à ce fujèt dans quelques détails.
- Des différentes maniérés de faire les perches pour cette pèche.
- 474* Les pêcheurs ont coutume de faire leurs perches avec un bois léger & élaftique. Pour cela ilschoifiifentune gaule de coudrier, de faule , de peuplier', ou de fapin. Le bois deceltis ou micocoulier qu’on tire de Perpignan ( où on l’appelle ladonier ) , pour en faire des baguettes de fuftl, des manches de.fouet & des bâtons pour,îa promenade, ferait très-propre,.à..cet ùfàge , parce qu’il eft léger & qu’il ploie beaucoup fansfe rompre.
- ' 47S* Il faut que ces perches {pL UKijig. 3, a b)' aient;quatre à cinq pouces
- (uù En allemand, Angehuthe ; & fila que nous appelions auflî le bâton; & la perche eft plus!forte, Angelfiàbe. La-perche fupérieure, qui eft une perche légère «communément deux parties j. l’inférieure, pliante. • ... ..
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- de circonférence au * bout a qu’on tient dans la main, & pas tout-à-fait un pouce à l’autre extrémité b. Leur longueur doit être de io à 12 pieds , plus ou moins , fuivant l’étendue de la nappe d’eau où l’on fe propofe de pêcher.
- 476. On a foin qu’il ne fe rencontre pas de nœuds , qui trancheraient le bois de la perche , & qu’elle foit bien droite. On a même l’attention, pour qu’elle ne fe courbe pas en fe delféchant, de la lier fur une forte réglé de bois bien dreffée à la varlope. On peut encore les rendre plus propres, en les colorant , comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- 477. Voici , fuivant Walton, les précautions qu’il faut prendre pour fe
- procurer de bonnes perches. On doit couper, entre la S. Michel & la Chandeleur , un beau brin de faule (134), de coudrier, ou de tremble , qui aitneuf pieds de longueur , & à peu près quatre pouces de circonférence 5 le coucher à plat dans un four chaud, & l’y lailfer jufqu’à ce qu’il foit refroidi y le tenir enfuite dans un lieu fec pendant un mois ; puis le lier bien ferme lur une forte piece de bois quarré. Après quoi, pour le percer dans toute fa longueur, on prend un gros fil de fer de chauderonnier, qu’on appointit par un bout; on fait chauffer ce bout dans un feu de charbon jufqu’à ce qu’il foit rougi au blanc , & on s’en fert pour percer la .gaule en l’enfonçant dans l’axe, le tenant toujours droit, perçant tantôt par un bout, & tantôt par l’autre, jufqu’à ce que les deux trous fe rencontrent. Pour augmenter ce trou on fe fert de broches de fer de plus en plus groffes , qu’on fait, ainfi que le fil de •métal, rougir jufqu’au blanc: mais il faut faire enforte que le diamètre du trou aille par degrés en diminuant, & qu’il foit plus étroit à l’extrémité menue de la perche qu’à fon gros bout. 1
- 478. Cette première canne étant ainfi préparée , mife de groffeür par le dehors, & travaillée proprement , on la fait tremper dans l’eau pendant deux jours -, puis on la tranfporte dans un lieu couvert, l’expofant à la fumée jufqu’à ce qu’elle foit parfaitement feche. Cette canne doit faire environ k moitié de la longueur de la perche 5 & le trou dont nous venons de parler, fert à recevoir deux baguettes , car la perche ehtiere eft formée de trois morceaux qui s’ajuftent les uns au bout des autres.
- 479. Pour faire la baguette qu’on doit ajouter au bout de la canne creufe, on cueille dans la même faifon que la canne un beau jet de coudrier, & on le fait fécher comme la canne ; enfuite 011 dreffe cette baguette ; on la réduit à une groffeür convenable pour qu elle entre dans le trou qu’on a fait à la canne ; & en l’introduifant du côté du gros bout, die doit entrer dans l’axe de k canne jufques vers la moitié de fa longueur.
- ç -
- (134) La faule n’eft pas bonne à faire pliante, c’eft le noifettier; & une forte des perches. Le meilleur bois poux la partie perche de fapin fait la partie inférieure.
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- 480» Pour compléter la perche,, on choilit des bourgeons ou nouvelles poulies , droites & déliées, d’épine noire, de pommier fauvage » de néflier ou de, geneyrier i on dépouille ces houflines de leur écorce ; 011 les fait fécher, en ayant raflemblé un nombre en faifceau , qu’on lie bien ferré avec une forte ficelle, & 011 diminue alfez de leurgroflèur pour qu’elles puilfent entrer dans le trou formé dans l’axe de la canne, du côté de fon bout qui eft le moins gros. On joint les unes au bout des autres ces trois pièces , au moyen d’écrous & de vis , de forte que les trois morceaux 11e falfent qu’une perche. De cette façon les deux alonges, quand on ne pêche pas, peuvent être renfermées dans la canne creufe, qui alors eft en état de fervir pour la promenade comme une canne ordinaire.
- 481. Ces perches font encore meilleures quand, au lieu de coudrier, on fe fert, pour faire la canne, de jet ou rofeau des Indes- > & 011 s’épargne bien de la peine lorfqu’on renonce à mettre les alonges dans la première canne: alors on 11e perce point la canne, on met les trois parties qui doivent compofer la perche, dans un fac, d’où on les tire quand 011 veut pêcher j & 011 les joint les unes, au bout des autres , fans employer de vis de métal, fe'contentant de faire entrer l’extrémité des unes dans un trou qu’on a fait au bout de celle à laquelle elles doivent s’ajufter : enfuite on les arrête avec des goupilles (135)» pour qu’elles ne fe féparent pas lorfqu’un gros poiflbn tire fortement la ligne*
- 482. On fait encore des perches très-propres & très-commodes , de trois quatre, ou fi-x morceaux, qui s’alfemblent les uns au bout des autres à mi-bois. Pour cela on taille en flûte les deux bouts qui- doivent fe joindre, & l’on ménage à l’une des perches une petite dent qui entre dans une coche qui eft à l’autre,* • il faut que ces deux parties taillées en flûte fe touchent exactement dans une longueur de quatre à cinq pouces. On frotte les faces qui doivent s’appliquer l’une fur l’autre , avec de la cire grade de cordonnier, & on les lie par des révolutions d’un bon fil retors ciré ou enduit de poix grade. Lorfqu’on veut que la perche foit propre, on fe fertau lieu de fil, d’un cordonnet de foie
- .v,erte., frotté d’un peu de cire blanche.
- 483. Dans la vue d’avoir des perches, très-propres, on peut faire lepra-r mier morceau qu’on tient dans la main, avec quelque bois des isles , n’étant pas important que'cette partie foit légère. Les autres peuvent être faites avec, du bambou, du cedre, du cyprès , du micocoulier , ou d’autres bois légers & plians, qu’on colore, fi l’on veut,-en les frottant avec de l’eau-forte faible , dans laquelle on a fait difloudre de la limaille de fer , & qu’on polit enfuite
- - (i*0 Ces perches ainfi ajuftées ne font Peau. En général, une perche en trois pie-.pas-allez fortes. La goupille faute fort aifé- ces-.eft peu folide. On peut avec deux pièces, jnent, au moment où le poiffon fort de atteindre aufli loin que l’on veut.
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- avec de la prêle. Il faut mettre plufieurs couches de cet acide, & polir à chaque fois.
- 484. Lorsqu’on fe propofe de pêcher avec des lignes amorcées d’infeétes vrais ou faétices , comme il faut que les perches foient très-légeres , on les fait avec des cannes ou rofeaux de Provence, qu’on termine par une baguette de baleine; ou , pour le mieux, avec des houiîines d’épine noire, de néflier, de coudrier , de genevrier, de cyprès, &c. qu’on fait féeher, comme nous l’avons dit plus haut, en les liant en faifceau, pour qu’elles foient toujours bien droites.
- 48?. Il eft évident qu’on doit proportionner la force des perches à la grof-feur des poiflons qu’on veut prendre ; mais quand on pèche avec des infe&es, il faut fur-tout que les perches foient très-légeres, afin de pouvoir faire fau-tiller l’hain à fleur d’eau, comme nous l’expliquerons lorfque nous parlerons des truites.
- 486. Pour bien alfujettir les unes avec les autres les pièces entaillées à mi-bois v au moyen d’un cordonnet de foie ou d’un fil retors ciré , & arrêter l’extrémité du fil ; il faut, quand il ne relie plus que cinq ou fix révolutions à faire , coucher le bout du fil fur Ja perche , mettre par-deifus le doigt étendu , & faire les fix dernieres révolutions en enveloppant le fil & le doigt. Ces révolutions étant faites, on retire le doigt, & on ferre le plus que l’on peut ces dernieres -révolutions les unes après les autres-. On finit par tirer le bout du fil qui -excede. De cette façon il eft très-bien arrêté, & on le coupe avec des cifeaux tout près des révolutions du fil.
- 487- Quelques-uns forment une anfe de huit à dix brins de crin , qu’ils alfujettilfent au bout le plus menu des perches par des révolutions de fil ciré, femblables à celles dont nous venons de parler. Mais cette pratique n’eft point généralement approuvée. Nous en parlerons dans la fuite.
- ' Des lignes.
- . 488- Après avoir fuffifaniment parlé des perches ou cannes, il faut dire
- quelque chofe des lignes qu’on attache au bout des perches, & qui portent à leur extrémité un hain. On peut ici d’abord fe rappeller ce que nous avons rapporté dans le premier chapitre, où nous avons traité des lignes & des • empiles , quoique nous ayons dit fort peu de chofe fur les lignes très-fines,
- 489- hEAUCOUP-de pêcheurs qui n’y prennent pas garde de fort près, font ces lignes avec un fil retors bien travaillé, formé de trois ou quatre bons fils à coudre. Quelques-uns , ,un peu plus attentifs, mettent au bout de cette ligne un empilage de crin. Mais les lignes font meilleures & plus propres , fi on les fait dans toute leur longueur avec un cordonnet de foie ou de cria.
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- 490. On a vu qu’il y a des pêcheurs qui font des empilages de crin en arrangeant les brins Amplement les uns à côté des autres en maniéré de faifi ceau, fans les commettre. Mais cela ne fe pratique guere que pour les pèches à la mer, fur-tout lorfqu’on fe propofe de prendre de gros poiifons.
- 49 r. Les pêcheurs de riviere font pour leur ufage des lignes avec des crins, qu’ils commettent ou tordent les uns avec les autres: pour cela , ils choifilfent les crins les plus longs delà queue d’un cheval. Ces crins doivent être ronds , clairs, exempts de lentes, galles, & autres femblablês maladies ; .car un féal crin bien choifi eft auiîi fort que le feraient trois qui auraient les défauts que nous venons d’indiquer. Les crins blancs font plus lujets que les noirs à avoir ces défauts. Cependant plusieurs leur donnent la préférence, prétendant qu’ils paraiifent moins dans l’eau. Il faut encore faire tout fon pofiible pour les alfortir d’égale grolfeur , afin qu’ils fe roulent plus régulièrement les uns fur les autres , & qu’ils réfiftent de concert : ce qui ne ferait pas , s’ils différaient fenfiblement de grolfeur.
- 492. Certains pêcheurs prétendent, comme nous venons de le dire, que les crins blancs paraiifent moins dans l’eau : d’autres foutiennent que les noirs n’y paraiifent pas plus que les blancs (136). Quoi qu’il en foit, cette raifon fait qu’on en teint quelquefois j & voici ce que Walton, dit à ce fujet.
- 493. Il faut prendre une chopine de bonne bierre, mefure de Paris, une demi-livre de fuie , une petite quantité de jus de feuilles de noyer, & un peu d’alun. O11 met le tout enfemble dans un pot de terre, & on le fait bouillir pendant une demi-heure ; enfuite on retire le pot du feu ; & quand il eft refroidi, on y met le crin, qu’011 laiife dans cette liqueur jufqu’à ce qu’il ait acquis une couleur verte. Plus il refte dans la teinture, plus il verdit: & il faut éviter qu’il ne devienne trop verd.
- 494. Quelques-uns cependant défirent que le crin foit fort verd, pour qu’il imite la couleur de l’herbe. En ce cas, il faut prendre une pinte, mefure de Paris, de petite bierre, & une demi-livre d’alun ; mettre l’un & l’autre avec les crins dans un pot de terre, qu’on fera bouillir doucement pendant une demi-heure > après quoi on retirera le crin pour le laiffer fécher.-On mettra enfuite deux poignées de fleurs de fouci dans deux pintes d’eau, on couvrira le pot, & on le fera bouillir doucement pendant une demi-heure : il s’y formera une écume jaune, & alors on ajoutera une demi-livre de coupe-rofe concaffée, avec le crin qu’on veut teindre 5 on entretiendra la liqueur bouillante doucement jufqu’à ce qu’elle foit réduite à moitié. Enfin on ôtera
- (r?6) On ne fe ferfc plus guere de lignes on les tend , pour les pafler au vernis ; & de crin. La foie bien vernifTee elt plus forte, on les laide dans cette iituation , jufqu’à cç Après avoir tordu les fils bien également 3 quele Yernis foit bien fec.
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- le pot du feu, & trois à quatre heures après on en retirera le crin, que l’on trouvera bien verd. Plus on met de couperofe , plus la teinture eft forte; mais le verd-pâle eft préférable.
- 49 S' Quelques-uns pouffent l’attention jufqu’à vouloir que le crin foit jaune , dans la làifon où les herbes des eaux douces fe fanent & fe deffechent. Pour lui donner cette couleur, on augmentera la dofe du fouci, 8c l’on dimi-nuera coniidérablement celle de la couperofe.
- 496. On apporte des isles de l’Amérique des filamens qu’on retire d un& efpece d’aloës ou aloïdes , rapportée par M. Von-Linné au genre qu’il nomme agave. On appelle ces filamens fils de pite.. Il y a de ces fils qui font longs 8c très-fins. Quand ceux-là font bien préparés, comme nous allons l’expliquer, ils font préférables aux crins, 8c on s’en fert principalement pour empiler les hains,
- 497. On choifit ces fils très-fins. Etant pliés par pièces, on les met dans un pot, 8c on veriè deffus de l’écume d’un pot où l’on a fait bouillir de la viande fraîche, & non pasfàîée : au bout de trois ou quatre heures, on tire les pièces de pite les unes après les autres, 8c on lespaffe entre le pouce & l’index pour ôter la graiffe qui pourrait y être reliée adhérente ; mais on ne les effuie point autrement. Enfuite on étend chaque piece de toute fa longueur ; & quand ces fils font fecs, on en forme de petits écheveaux. Par cette préparation, ils deviennent prefque auffi fins, aulîî ronds 8c plus forts que les crins les mieux choifis. Pour les conferver fouples, on les roule dans un morceau de velïie huilé; 8c avant d’en faire des lignes, il faut, ainfi que les crins , les mettre tremper dans de l’eau environ une demi-heure.
- 498. La groffeur des lignes doit être proportionnée à celle du poiffon que l’on pèche ; mais il eft toujours avantageux qu’elles foient fines, lur-tout au bout qui tient à l’hain. C’eft pourquoi ceux qui pèchent avec des infectes & des hains très-déliés, font l’empilage avec un feul crin. Mais en ce cas il faut être bien adroit pêcheur pour ne pas le rompre. Ainfi il eft mieux de faire de deux crins cette partie de la ligne : 8c Cotton , auteur anglais, dit que celui qui ne peut pas prendre avec deux crins une truite de vingt pouces de longueur dans une riviere. où il 11’y a ni bois ni herbes , ne mérite point le nom de pêcheur. Ainfi il y a beaucoup d’adreffe à ménager fa ligne , lorfqu’on a pris un pojffon d’une groffeur un peu confidérable.
- 499- Il eft fènfible qu’on ne peut pas trouver de crins affez longs pour faire une ligne qui doit quelquefois avoir cinq ou fix braffes de longueur. Il faut donc faire çfés pièces féparées, qu’on noue les unes au bout des autres , pour en former une ligne fuffifamment longue. Pour cela, 011 met deux de ces pièces de façon qu’elles entamènt un peu l’une fur l’autre, comme on le voit en d e (pl. IV, fig. 3 ). On les unit par un nœud /, eu faifant faire deux révolutions
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- aux bouts des crins. Quand on a ferré le nœud, les crins ne peuvent plus fe féparer: & l’on coupe alors avec des cifeaux ce qui excede le nœud. On en réunit ainfi un nombre fuflifant pour faire une ligne de la longueur qu’on defire.
- 500. Il y a des pécheurs qui prétendent que, pour la piece qui fait le bout de la ligne du côté de l’hain, il ne faut pas commettre les crins ; qu’il vaut mieux le contenter de les tendre à côté l’un de l’autre : difant qu’ai ors les crins parailfent moins dans l’eau , & qu’ils n’effarouchent pas les poilfons. Mais l’ufage le plus commun eft de les tordre l’un fur l’autre, comme nous l’expliquerons dans un inftant.
- foi. Les lignes doivent toujours diminuer de grolfeur depuis P extrémité de la perche jufqu’à l’hain; & pour certaines pèches, les dernieres pièces font feulement formées par un crin, ou un fil de pite très-délié, ou même un fimple fil de foie (137).
- 502. Pour les pèches ordinaires, il faut que les deux pièces les plus près de l’hain foient faites feulement de deux crins ; les trois pièces au-delfus, de trois crins : 011 en met quatre aux trois fui vantes, & ainfi cinq, fix , fept, & même huit, jufq-u’au bout de la ligne qui tient à la perche ; de forte que la ligne diminue uniformément de grolfeur depuis la perche jufqu’à l’hain.
- 503. Quand on veut alonger une ligne, il faut que ce foit par le gros bout qui tient à la perche. Cependant, lorfqu’on pêche avec des infetftes , on peut ajouter une ou deux pièces fines au-delfus de celle qui porte l’hain s car il eft important que la ligne foit fine auprès de l’hain, d’autant qu’un pêcheur adroit peut avec une ligne bien faite faire tomber l’hain jufte à l’endroit qu’il defire , fans former fur l’eau de petites vagues circulaires qui effaroucheraient le poilfon (138)*
- ^04. Les pêcheurs qui font des lignes pour leur ufage, choifilfent les brins de crin les plus longs, pour que leurs pièces aient plus d’étendue, & qu’il en faille moins pour faire la longueur entière de la ligne. Ils les mettent tremper quelques heures dans de l’eau ; puis en en tenant deux, quatre, ou fix raffemblés en faifceau, ils les lient d’un fimple nœud auprès d’un des bouts g (pL. IV, fig. 3 ). Puis les féparant un à un, deux à deux , ou trois à trois , ils placent une pointe entre ces fils, tout auprès du nœud. Enfuite tenant chaque deux ou chaque trois crins entre le pouce & le doigt index de chaque main, ils les tordent fur eux-mêmes. Ces crins ainfi tortillés étant rapprochés,
- (157) Dans certain endroits on veut que brochet, la truite , la carpe & d’autres ef-les lignes foient d’égale force, depuis un peces accourent vers l’endroit où ils voient bout jufqu’à l’autre. tomber quelque chofe dans l’eau. C’eft ce
- (1 ; 8) Les petites vagues circulaires n’ef- qu’il eft facile de connaître par l’expé-farouchent pas les poilfons. Au contraire, le rience, .> -> j
- ils
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- ils fe roulent les uns fur les autres, & forment une petite feueîle. On noue, bout à bout ces petites pièces jufqu’à ce qu’il y en ait aifez pour faire la Ion-, gueur de la ligne. Puis on met la ligne entière tremper pendant quelques heures dans de l’eau chaude, & onia tend en la tirant par les deux bouts, pour qu’elle ne faffe point de plis, & qu’elle refte droite quand elle fera feche.
- fof. Ceux qui font des lignes pour les vendre aux pêcheurs, fe fervent d’une machine dont nous allons donner la defcription {pl. Vl^fig. 23 ). Elle confifte en upe poulie horifontale A , & trois molettes traverfées par une broche de fer qui porte à un de fes bouts un crochet B. Cette br-oche, ou axe, eft reçue par deux platines de cuivre, écartées l’une de l’autre d’environ un demi pouce. Les crochets qui terminent les broches des molettes, excédent de quelque chofe la platine de deifous.
- 506. On fait tourner la grande poulie par une manivelle C , placée au-def. fus de ia platine fupérieure ; & cette poulie communique fon mouvement aux molettes, ou par un engrenage, ou au moyen dune courroie, comme dans les rouets des fileufes. x-
- ^07. Pour faire le cordonnet, on prend le nombre de crins qui doivent le former ; on les partage en deux ou en trois faifceaux ; on lie chaque faif. ceau à un bout de fil retors D, plié en deux, long d’environ fix pouces ; on paife les crochets dans la duplicature de ces fils j enfuite 011 réunit par en-bas , au moyen d’un nœud , les faifceaux de crin, & on les attache à un morceau de plomb E, qui pefe environ deux livres , & qui eft terminé par un crochet. On fait, avec un bouchon de liege, un petit toupin F, qui a autant de rainures qu’il doit y avoir de faifceaux, de façon que chaque faifceau entre dans une rainure du toupin. Quand on tourne la manivelle, les crochets tordent les faifceaux ; & ceux-ci faifant effort pour fe détordre, font tourner le plomb , & fe roulent les uns fur les autres au-deffous du liege. Lorfqu’on juge que le cordon eft fuffifamment tors, on remonte le toupin: lorfqu il eft arrivé auprès des crochets, la piece eft commife, & 011 la termine par un nœud. Il dépend de l’adreffe de l’ouvrier que tous les brins de crin foient également tendus , & que le cordonnet foit tors régulièrement dans toute fa longueur. Cette piece étant finie, on en fait une autre ; & 011 a foin de retrancher des brins à mefure qu’on veut qu’elles foient moins groffes.
- 50$. On voit que cette machine eft en petit celle que nous avons repré-fentée pl. III, pour faire les empiles de chanvre. Quand les, pièces ffont treffées , on leshmet tremper dans l’eau .& on les tend jufqu’à ce qu’elleis foient feches. Sans cette précaution , il y aurait des crins qui fe retireraient plus que( les autres, & la ligne en ferait affaiblie d’autant. . ...... c , . .
- : Ç09. Il eft fenfible, qu’on peut faire de pareils cordonnets avec de la foie & du fil ; mais on peutfe difpenfer de-prendre cette peine, parce qu’011 trouve T 01m F. M
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- diezles marchands des fils retors & de petits cordonnets de foie. •,
- fio. La ligne étant faite., il faut l’attacher au bout de là perche. Pour cela > quelques-uns font une entaille à l’extrémité de la perche, & ils y amarrent un bout.de ligne compofé de fix crins, qu’on double pour former une anfe qui s’attache au bout de la perche par des révolutions.de foie cirée. Cette anfe eft defti-née àrecevoir l’extrémité de la ligne.
- f il. Mais par cette entaille on affaiblit le bout de la perche, qui doit être menu. C’eft pourquoi nous penfons que ce n’eft pas à l’extrémité la plus menue b (pL IV, jig. 3 ) qu’il convient de l’attacher, mais quelque part vers I Enfuite en la roulant en hélice autour de la perche depuis i jufqu’à b , on lui fait ainfi gagner l’extrémité de la perche, où on l’arrête par un nœud coulant.
- <fi2. On trouve deux avantages à attacher ainfi la ligne : le premier eft» qu’on peut l’alonger ou la raccourcir à volonté , en lui faifant faire plus ou moins de révolutions autour de la perche : le fécond eft, que par cette difpofi-tion de la ligne non feulement le bout de la perche elt moins expofé à fe rompre, mais encoredes révolutions delà ligne fortifient la ‘partie menue de cette perche.
- 513. Il y a des pêcheurs qui veulent avoir des lignes fort longues ; d’autres prétendent qu’il ne faut pas qu’elles excédent la longueur de la perche», for-tout pour pécher avec des infectes; & enfin il y en a qui,fuivant différentes circonftances, tiennent les lignes tantôt plus longues , & tautôt plus: courtes (159).
- ^14. Quoi qu’il en foit, avant d’attacher la ligne à la perche, on la fait paffer dans un petit morceau de plomb. Les uns prennent toutiimplement une chevrotine fendue, dans laquelle ilspaffent la ligne, & refferrent la fente pour que le plomb refte à l’endroit où on l’a placé; d’autres paffent la ligne-dans une balle de plomb percée > & d’autres , au lieu d’une balle affezgroffe » en mettent plufieurs petites qui font arrêtées fur la ligne à un pouce les unes des autres. Tout cela eft affez indifférent ; mais il faut que le plomb foit attaché à la ligne à environ fix pouces au-deffus de l’hain> & il eft important que ce poids foit affez précifément ce qu’il faut pour que la ligne gagne le fond de l’eau, afin que la moindre force l’en détache : mais il doit être plus confidé-râble dans les eaux courantes que dans les dormantes, j 51 f Quelques pécheurs attachent à la ligne un tuyau de plume couvert de foie cirée, & bouché par les deux bouts j mais plus ordinairement on paffe
- (159) Le mieux eft de faire la ligne d’en- poifTon lorlqu’il a mordu. D’ailleurs, on viron fept à huit pouces plus courte que la voit mieux fi i’hamecon eft encore couvert perche. Oaa plus de force pour tirer le de l’appât.
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- la ligne dans un morceau de liege: quelques-uns fe fervent tout fimplemenfc d’un bouchon de bouteille l ÇpL //fig 3 ) : d’autres donnent à ce liege une figure conique ; & d’autres, ce qui eft un peu mieux, font ce liege lphérique. De quelque forme que foit le liege, on le perce pour recevoir la ligne j & comme il faut le fixer à la ligne plus près ou plus loin de l’hain, fuivant la profondeur de l’eau où l’on pêche, on fourre dans le même trou où paife la ligne, un petit morceau de bois appointi, ou encore mieux, un tuyau de plume, qu’on peut retirer aifément, & qui fait l’office d’un coin pour empêcher que la ligne ne coule dans le trou, afin que le liege refte à l’endroit qu’on juge convenable. Il importe que le liege n’ait que la groffeur néceffaire pour fe foutenir fur l’eau : car un morceau de liege trop gros effaroucherait le poiffon. Pour les pêches où l’on fait fautiller l’hain à la furface de l’eau, il ne faut ni plomb, ni liege. Quand on pêche certains poiffons, comme la carpe, l’hain doit traîner fur le fond : pour d’autres poiifons, il faut que l’hain îoit entre deux eaux i & généralement parlant, il convient qu’il foit plus près de la furface de l’eau durant les chaleurs que par le froid. On doit régler fur ces confidérations la diftance qu’il faut mettre entre le liege, le plomb & l’hain.
- fi6. Il ne refte plus qu’à attacher l’hain à l’extrémité de la ligne: ce qui pelït fe faire de différentes façons. Pour les fort petits hains qui font terminés par un anneau, on paffe deux fois le bout de la ligne dans l’anneau 5 011 le couche fur le corps de l’hain, auquel on le joint par plufieurs tours d’une foie cirée : enfuite on releve le bout de la ligne vers l’anneau, & ou Continue les révolutions du fil de foie. Pour en arrêter le bout, on fait quatre* ou cinq*révolutions de foie fur une aiguille un peü groffe , dans l’œil de laquelle 011 a enfilé la foie ; on retire cette aiguille vers le crochet de l’hain, & ainfî la foie fe trouve engagée dans les révolutions qu’on a faites en dernier lieu j on ferre l’une après l’autre ces révolutions ; & enfin on tire le bout de foie, qui Te trouve engagé entre l’hain & les révolutions qu’on a faites fur' l’aiguille. De cette façon l’extrémité de la foie eft arrêtée fort proprement folidement.
- 517. Quand les hains font terminés par un applatiffement, & qu’ils 11e-font pas très-fins, on peut les arrêter par le nœud n (pl. [V, fig. 3). Pour éviter les répétitions, nous renvoyons à ce que nous avons dit au chapitre pre-j mier fur les différentes façons d’empiler les hains.
- Différentes maniérés'tfamorcer lès hains pour pêcher à la ligne.
- ç 18. Quand on amorce avec de petits infeétes, il faut les traverfer jufi. qu’à ce qu’ils aient paifé le barbillon : quelquefois un feul, enfilé fuivant fa longueur, fuifit 5 car les hains que l’on emploie pour cette péche_ font fort'
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- déliés. Lorfque les infedt.es font bien petits,, on les pique par le travers* & on en mqt plusieurs enfemble.
- $ 19. Pour pécher durant la nuit, comme il faut que l’appât foit plus apparent, on pique prefque toujours deux vers de terre par le travers du corps : ils s’agitent alors beaucoup * & la moindre clarté fuifit pour les faire apper-cevoir par les poiffons.
- î 20. Il y aune infinité devers qui peuvent fervir d’appâts, principalement ceux qui fe trouvent dans les fumiers de vache & de cochon , ou dans la tanée. En général, on eftime pour la peche ceux qui vivent long-tems dans; l’eau. A l’égard des gros vers de fumier, on fait entrer la pointe de l’hain du côté de la queue, & on la fait fortir auprès de la tète.,
- 521. Pour expliquer les différentes façons d’amorcer quand on fe fertde petits poiffons , je fuppofe qu’un des poiffons, de h, planche IVy fig. 3 , doive fervir d’appât : on les a repréfenté plus grands qu’il 11e conviendrait relativement aux autres objets ,afin de rendre la démonitration plus fenfible.,
- 522. Si l’on pèche dans un endroit où il y ait de gros poiffons, & que pour cette raifbn on emploie de forts hains , il faut que le poiifon qui doit fervir d’appât, ait deux travers de doigt de largeur.
- 523. Lorsque l’hain a deux crochets A {planche IV y fig. 3 ), on fait paffer la tète de l’hain dans la bouche du poiifon, & on la fait fortir par-deffous une des onies : on lie enfuite la queue du poiifon fur la ligne , ayant foin que les deux crochets de l’hain foient tout près de la bouche du poiifon : enfin on, attache l’hain à la ligne..
- ^24. L’hain B à fimple crochet, s’amorce de même que l’autre , excepté qu’on peut y employer de petits poiffons ; & cela fe pratique quand on pèche dans des endroits où il n’y en a pas de gros : en ce cas on fait paffer l’hain par la bouche, & on le fait fortir par-deffous l’ouie ; ou bien , comme en C, on fait paffer la queue de l’hain par-deffous fouie, & on le fait fortir par la bouche ; ou bien on fe contente * comme en D, de faire entrer l’hain par la bouche , & le faire fortir par l’anus ; alors on efi difpenfé de lier le poiifon fur la. ligne : mais comme on le bleffe davantage, il ne vit que quatre ou cinq heures ; ce qui efl un grand inconvénient, car la plupart des poiffons ne mordent point aux appâts corrompus, & même ils ne fe jettent jamais avec autant d’avidité fur les poiffons morts que fur ceux qui font vivans.
- 525. Quand 011 a paffé l’hain par les ouies , comme le poiifon vit douze à. quinze heures, on en retire un grand, avantage * fur-tout pour pécher à la ligne dormante ; vu que quand les poiffons n’ont pas mordu le foir, il y a lieu, d’elpérer qu’ils, mordront Je lendemain matin.
- 526. Quelques pêcheurs font une petite ouverture entre la tète du poifo fou & le premier aileron du dos 5 au moyen de cette incision j ils palfeut un
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- fil de métal entre la peau & l’épine du dos du poilfon, & ils le font fortir un peu au-delfus de la queue ; puis ayant attaché l’hain à ce £1 de métal qui doit fervir d’aiguille, ils retirent le fil pour que la tige de l’hain fe trouve fous la peau ; & de crainte que la peau du poilfon ne fe déchire, ils alfurent l’hain par une couple de liens de foie ou de fil. De cette maniéré le poilfon vit long-tems.
- ^27. Walton, dans la même intention de conferver long-tems les poi£ fous en vie, confeille de mettre entre les deux crochets d’un hain double un fil de laiton qui porte un petit morceau de plomb de forme ovale. Il veut, qu’on mette ce plomb dans la bouche du poilfon qui doit fervir d’appât, & qu’on la coufe , pour qu’il 11e puilfe rejeter le plomb. Le poilfon qui 11’eft pas blelfé, vit ainfï long-tems, & il nage prefque comme s’il était libre, ce qui engage les autres poilfonsà mordre l’appât & l’hain.
- ^28- Pour faire que le poilfon frétillé davantage, cet auteur confeille encore de couper une nageoire tout près des ouies ; alors ne pouvant nager que d’un côté, ce poilfon ne fera que pirouetter,& ce mouvement attirera les poilfons.
- 5^29. Ce que nous venons de dire , prouve combien il eft important de fe ménager un réfervoir où l’on puifle conferver de petits poilfons en vie, pour en avoir fous la main quand on veut pécher.
- 530* Pour amorcer avec une grenouille, on peut piquer la grenouille au col, & conduire la tige de l’hain entre la peau & la chair le long de l’épine du dos. En mettant une bralfe de diftance entre la flotte de liege & l’hain, cette grenouille nagera librement, & elle vivra long-tems. Mais cette amorce ne convient que pour les gros poilfons voraces.
- 531. Quelques-uns prétendent qu’on engage les poilfons à mordre beaucoup mieux, li l’on met auprès des appâts un fort petit morceau d’écarlate qu’on ait frotté d’huile de pétrole.
- 5"32. D’autres alfurent que, quand on a mis les vers, ou autres appâts vivans , dans une boîte frottée de miel, les poilfons y mordent plus fûrement,
- 533- On veut encore que toute efpece d’appât qu’011 a frotté de moelle tirée de l’os de la cuilfe d’un héron, attire puilfamment les poilfons. Nous n’avons pas eu occafion d’éprouver l’effet de cette moelle, non plus que de ce que les pêcheurs, appellent Ÿhuile de héron : mais comme ils en font un cas fingulier pour attirer toutes fortes de poilfons, nous n’avons pas cru devoir nous difi p enfer de dire comment elle fe fait; quoiqu’il y ait lieu de foupçonner que, comme le héron en vie fait un grand dégât de poilfon, l’on aura imaginé que par repréfailles les poilfons cherchent à fe nourrir de fa chair, lorfqu’étant mort il ne peut plus leur faire de mal. Quoi qu’il en foit, voici comment on fait cette prétendue huile. On hache menu, on pile même dans un mortier, de la chair d’au héron mâle ; on entonne cette chair hachée dans une bouteille à
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- large col, que l’on bouche exactement, & qu’on tient pendant quiftze jours ou trois femaines dans un lieu chaud. La chair, en fe pounifiant, fe réduit en une fubftance qui approche, de l’huile, qu’on mêle avec un tourteau de che-nevi, ou de la mie de pain, du miel & un peu de mule. On prétend que la plupart des poiflons, & particuliérement les carpes, font très-friands de cet appât. 1
- ï 341 Nous nous garderons bien de rapporter ici toutes les fortes de pâtes qu’on dit être propres pour amorcer les hains ; nous nous bornerons à en décrire quelques-unes, dont Walton fait grand cas.
- 535. Il faut, dit-il, hacher menu de la chair de lapin ou de chat, la piler dans un mortienavec de la farine de feves, ou autre, y ajouter du fucre ou du miel, & en la pétrifiant bien dans tous les feus , y mêler un peu de laine blanche hachée, ce qu’il en faut pour former des boules afiez folides pour tenir aux hains.
- f 36. Walton confeille encore de mettre fur un plateau de bois du fang: de mouton, jufqu’à ce qu’il foit à demi defleché ; & quand il fera afiez durci,-lé couper par morceaux d’une grandeur proportionnée à celle de l’hain, où on l’attachera pour appât. Il ajoute qu’un peu de fel empêche le fang de fe; noircir, & fait que l’appât n’en eft que meilleur.
- ?37- Walton vante de plus l’appât fuivant, comme convenant à toutes fortes de poiflons. Il faut prendre une ou deux poignées du plus beau & du plus gros froment, le faire bouillir dans du lait, jufqu’à ce que ce grain foit-bien attendri : alors 011 le fricaflera à petit feu avec du miel & un pende làfrant délayé dans du lait. On fe fervira de ces grains pour amorcer de petits hains-:; & 011 peut en faire ufage pour les appâts de fond, dont nous parlerons bientôt.
- f 38. On peut aufli faire de bons appâts avec des œufs de. toutes fortes) de poiflons, pour pêcher en eau douce. On donne cependant la préférence à> ceux des làumons & des grofles truites. La façon de les préparer elt de les faire un peu durcir fur une tuile chaude : quand on veut s’en fervir, on enr coupe des morceaux d’une grofleur convenable.
- 5 39* Quelques-uns , au lieu de les faire durcir comme nous,venons de le; dire, en mettent gros comme une noifette à un petit hain: Cet appât peut refter huit jours à un hain: quand 011 veut s’en fervir plus long-tems, on le fufpend-pour qu’il fe defieche ; & on le trempe un peu dans l’eau: pour l’attendrir r lorfqu’011 veut en faire ufagef
- Ï40. Il y en a qui, pour conferver long-tems ces œufs, mettent un lit de laine au fond d’un pot, les œufs deflus, fàupoudrés d’un peu de fel, & continuent à mettre un lit de laine, une couche d’œufs & du fel, jufqu’à ce que le pot foit plein.
- • 541. Nous rapportons ces düférens appâts, d’après Walton, auteur anglais
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- dune grande célébrité pour la pêche à î’hamecon; & nous avertirons que nous ne parlons point d’après nos propres obfervations.
- Des infeâes naturels ou artificiels qu'on eînploie en Angleterre pour pêcher à la canne.
- ?42. Les Anglais prenant un fingulier plaifir à pêcher à la canne, le grand ufage qu’ils ont fait de cette pêche, les a mis à portée d’eifayer quels étaient les infedes qui pouvaient leur fournir les meilleurs appâts : & comme ces infedes ne parailfent qu’en certains mois de l’année , ils fe font attachés à imiter la forme & la couleur de ceux qu’ils ont reconnu être les plus propres à attirer le poilfon.
- 543. Ces infedes fadices, que nous avons tirés d’Angleterre, font exécutés avec une adrelfe admirable ; cependant nous ne voudrions pas répondre qu’ils imitaient parfaitement les naturels : & peut-être cette condition n’eft-elle pas néceiïàire, puifqu’on a déjà vu qu’il y a des poilfons qui mordent à des leurres qui font bien éloignés d’imiter, les poilfons qu’on croit propres à attirer les autres. On peut même fe rappeller qu’on prend quelques dpecesde poilfons avec un petit morceau de drap rouge. Quoiqu’il en foit, comme Walton &Cotton,qui palfent en Angleterre pour d’exceîlens pêcheurs à la canne , ont décrit fort en détail l’art d’imiter différentes efpeces d infedes 5 nous croyons devoir faire part à nos ledeurs, de leurs principaux procédés. Je dis des principaux; car il y a apparence qu’on nous faura gré d’abréger beaucoup les détails minutieux qui fe trouvent dans les ouvrages des auteurs que nous venons de nommer.
- 5.44. Les figures 24., 25 , 26, de la pl. VI repréfentent des hains garnis de leurs empilages & de leurs appâts fadices., tels qu’ils nous ont été envoyés d’Angleterre. Il parait qu’on a voulu imiter, parla figure 2f , des chenilles velues; & par la figure 24, des infedes ailés , mais que nous avons peine à rapporter à aucun des infedes que nous connailfons, quoiqu’ils foienttous induftrieufement travaillés.
- 545. "Walton dit que les infedes ailés , naturels ou fadices, -font très-avantageux pour la pèche des truites , de l’ombre ( 140 ) , des perches, des. faumons, &c. & que les plus petits font ordinairement préférables aux gros : il ajoute que , par les tems fombres , il eft à propos de faire ufage des infedes: qui font d’une couleur claire; & que par les tems fereins, lorfque le fol.eiï luit, il vaut mieux fe fervir de ceux qui font de couleur obfcure: d’on il conclut qu’il faut avoir des uns & des autres, pour s en fervir fuivant les circonftances que nous venons d’indiquer.
- <140) Saiaio Thymalhis$ Liïïn. S. N. En allemand, Jfchm.
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- Contre le fentiment de ce célébré pêcheur à la canne, d’autres qui fe plaifent à mettre de la complication dans tout ce qu’ils font, prétendent qu’il faut employer des infedes différens dans tous les mois de l’année : fans faire attention que, fuivantque les faifons font chaudes ou froides , les mêmes infedes naturels parailfent trois femaines ou un mois plus tôt dans des années que dans d’autres.
- f47. Walt on , qui évite de multiplier les difficultés, dit exprelfément que trois ou quatre infectes bien faits & d’une grolfeur moyenne, fuffifentpour pêcher pendant toute l’année dans la plupart des rivières ( 141 ), excepté pendant les grands froids de l’hiver. Cotton prétend qu’avec les infedes qu’il indique, on peut prendre de truites dans le mois de janvier, à plus forte rai-fon dans celui de février, lorfque la température de l’air eft douce. Au moyen de cette condition, il fe rapproche du fentiment de Walton; mais Cotton prétend qu’il faut une grande variété d’infedes , & il veut qu’on prenne beaucoup de précautions pour en faire d’artificiels. La grande réputation que les Anglais fe font faite à l’égard de la pêche à la canne, nous engage donc à ne pas priver ceux qui ont un goût particulier pour cette pêche, d’une partie des détails qu’on trouve dans les ouvrages anglais, tant fur le choix des infedes que fur la façon de les imiter. Mais nous croyons qu’on nous faura gré de nous borner aux objets principaux 5 la multiplicité des détails où font entrés les Anglais, nous ayant paru, ainfi qu a Walton, fort inutile.
- 548. Cotton confeille, à ce qui nous parait, très -judicieufement de choifir pour appâts les infedes qui fréquentent les rivières où l’on fe propofe de pêcher ; difirnt que les poiifons de ces rivières font toujours plus difpofés à s’en faifir, que de ceux qui leur font, pour ainfi dire , étrangers.
- 549. Il penfe en général, que certaines chenilles & les papillons qui en viennent, ainfi que les teignes aquatiques ( 142) & les infedes ailés qui font le terme de leur métamorphofe, font des appâts qui méritent la préférence fur beaucoup d’autres ; & que c’efi: ceux-là qu’il faut principalement imiter, pour s’en fervir dans les faifons où les infedes naturels ne fe trouvent pas. Comme il y a bien des endroits où l’on ne trouve point d’ouvriers qui s’adonnent à faire des infectes artificiels, nous avons cru que nos ledeurs nous fauraient gré de leur mettre fous les yeux une partie des inftrudions qu’011 trouve dans
- (141) Les vers de terre, qui fe trouvent tout l’été au bord des rivières , font les meilleurs appâts qu’on puiffe employer. On peut croire que le but que s’eft principalement propofé l’inventeur de ces infedes artificiels, c’eft d’épargner à un grand nombre d’animaux un genre de mort long &
- douloureux ; mais il y a bien peu d’endroits où l’on ne puiffe fe procurer'des appâts naturels, que les pêcheurs préféreront toujours.
- (142) Pîiryganea ; Linn. en allemand, JVaJJcrtnotten.
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- les ouvrages anglais , nous bornant à ce qui nous a paru de plus intéreffant.
- 550. Voici d’abord les différentes fubltances qu’emploient ceux qui prétendent qu’il faut beaucoup varier Informe & la couleur des infedes.
- Pour les empiles , de la foie, du crin ,du fil de pite, des boyaux de vers à foie (143) qu’011 tire de la Chine, & à leur défaut, des boyaux de chat. Onpeut, en outre, confulter ce que nous avons dit à l’article des empiles.
- 552. Pour le corps des infedes, du camelot, de la moire, & d’autres étoffes fines de différentes couleurs. Nous en difons autant de la laine filée & de la foie torfe ou plate, qu’on frotte affez fouvent de cire de différentes couleurs , enfin des fils d’or & d’argent.
- 553. Pour former le velu dont certains infedes font couverts, ou les antennes, 011 prend quelquefois de la laine qu’on tire des vieux tapis de Turquie , les poils pris à différens endroits fur différentes efpeces d’animaux, tels qu’écureuils, chiens, chats, renards , lievres, ours, veaux marins, même des cochons qui ont des poils fins fous la gorge, ou à une tache noire auprès des yeux, &c.
- 554. A l’égard des ailes, on en fait quelquefois avec des membranes minces, mais le plus fouvent avec des plumes étroites qui garniffent le col & le deffus de la tète des chapons & des coqs. Les canards, les faifans, les pluviers, les paons, & beaucoup d’autres oifeaux fourniffent aufîi des plumes propres à ces ufages : on leur donne avec des cifeaux la forme qu’elles doivent avoir. Cependant Walton qui, comme nous l’avons dit, réduit les infedes fadices à un fort petit nombre, dit qu’on peut faire de très-bons infedes pour la truite & d’autres poiffons , avec du poil d’ours mélangé de poils bruns pris fur différens animaux. Il avertit feulement que , pour bien juger de la couleur des poils ou d’une plume , il les faut placer entre l’œil & le foleil.
- 5 5 >. Le talent de ceux qui s’adonnent à ces fortes de petits ouvrages, con-fifte à choifir entre toutes les matières que nous venons d’indiquer, & beaucoup d’autres, celles qui font les plus propres par leur couleur, leur force & leur tiflu , à imiter les infedes naturels : mais "Walton remarque qu’il faut elfayer de mêler avec des poils fins ceux de veau marin, qu’011 peut teindre ; ceux d’ours, & certains poils qu’on trouve fous la gorge des cochons : parce que ces poils qui ont de la roideur, foutiennentles autres qui fe couchent & s’affaifleht fur eux-mêmes quand ils font mouillés.
- S 5 6. Walton remarque encore que, comme il faut proportionner la groff feur des infedes fadices à celle des naturels qu’on veut imiter, on peut fe
- (14?) Je ne penfe pas que les Chinois Chine, nommée par Linné Fucus Tendo , aient fait, des boyaux de vers à foie , une dont les Anglais fe fervent aufîi pour faire branche de commerce. 11 eft probable que des lignes à pêcher, l’auteur veut parier ici d’une plante de la Tomt F\
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- conformer à peu près à la figure , pour la groffeur des chenilles, velues; à la figure 13 , pour un éphémère ; à la figure 27 , pour les infedes qu’on ne dit pas expreifément devoir être gros ; & que quand on avertit qu’ils doivent être petits , on peut fe conformer à la figure 2g. On voit par-là , que Wallon juge que des à peu près fontfuffiians.
- Pour former un infede artificiel, on tient la tige de l’hain entre le pouce & le doigt index, la pointe de l’hain en-bas, Panneau en-dehors, & la courbure du côté de la paume de la main : puis, fi l’infede a le corps un peu gros, on le forme avec une petite bandelette d’une étoffe mince, qu’011 alfiu-jettit avec des révolutions d’un fil de foie. Lorfque le corps doit être menu, 011 le forme uniquement par des révolutions d’une foie torfe ou plate, qu’011 choifit d’une couleur convenable: & on y mêle un fil d’or ou d’argent, quand l’infede a la couleur & le brillant d’un de ces métaux.
- f 58. Si l’infede doit être velu , on fe fert de ces mêmes fils pour affujettir les poils ou le duvet, que l’on coupe enfuite avec des cifeaux ; ou on en brûle l’extrémité à la flamme d’une bougie, pour les réduire à une longueur convenable.
- 549. Si l’infede doit être ailé ,on forme ces parties avec des plumes qui foient fermes & étroites , qu’on taille avec des cifeaux, pour leur donner la grandeur & la forme des ailes de l’infede qu’on fe propofe d’imiter. Afin qu’elles foient affujetties fermement au corps, on fait auprès de l’articulation ou de l’attache des ailes au corps, plufieurs révolutions de foie. Pour leur faire prendre la pofition qu’elles doivent avoir, on eft fouvent obligé de faire plufieurs révolutious qui fe croifent. On continue enfuite à former la partie poftérieure, tantôt raîè, tantôt velue, ayant eu foin auparavant d’ajouter plufieurs grands poils s’il eft néceffaire, comme on le voit à la figure 26. Mais il faut avoir attention que le corps de l’infede ne garniffe pas toute la longueur de l’hain. Il convient même qu’il ne s’étende pas jufqu’au barbillon» ainfi qu’on le voit dans les figures.
- fSo- Nous avons déjà dit qu’il ne nous avait pas été poffble de connaître exadement à quels infedes naturels fe devaient rapporter les infedes fadices. que nous avions tirés d’Angleterre. Nous avons été à peu près dans le même embarras pour les infedes qui font defiinés dans les ouvrages de Wallon & de Cotton. Ce n’eft pas tout, il ne nous a pas été poffible de découvrir les noms français ou latins des infedes qui font nommés en anglais dans ces ouvrages; on y emploie des noms populaires, comme qui dirait V infecte à fétu( 144), le tournoyant, &c. qui n’ont aucun rapport avec ceux que les naturaliftes emploient, & qui n’indiquent aucune marque véritablement
- (144) Cet infede fe trouve entre les Tropiques.
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- caradériftique ; & les détails où ils entrent pour imiter artificiellement ces infectes, n’indiquent les formes que d’une façon vague, qui n’imprime à l’efprit rien de précis. Puis donc que ces infedes paraifient avoir des noms & des figures alfez arbitraires, ce ferait inutilement que nous nous attacherions à rapporter fort en détail ce qu’en difent les écrivains anglais. Il paraît que ceux qui s’occupent d’imiter plufieurs infedes naturels, fuivent chacun leur goût, & réunifient d’autant mieux qu’ils ont plus d’adrelfe & de patience: car nous avons fait venir d’Angleterre , de ces infedes fadices, qui font travaillés avec tant d’art & d’adrelfe, qu’on ne peut s’empêcher de les admirer; & on fera bien.de les examiner avec attention, pour efiayer de les imiter. C’eft ce qui nous a engagés à en faire graver quelques-uns ; j^pour donner à nos tedeurs la fatisfadion de prendre une idée des inftrudions qu’on trouve dans les livres anglais , nous en inférerons ici quelques-unes.
- {61. On voit repréfènté par la figure 28 , ce qu’ils nomment ant-fly, c’ett-à-direi/owmi ailée. Une telle fourmi, fuivant nos naturalises, devrait avoir deux antennes, une tète large, un col étroit, fix jambes & quatre ailes 5 ce quine refiemblé point à l’infede de la fig. 2g. Cependant Swammerdam dit comme Walton, qu’en général les fourmis ailées ont le ventre gr os & arrondi comme une bouteille. Walton prétend qu’au mois de juin le corps de ces infedes doit être formé par un camelot brun & rouge, avec des ailes gris-clair ; mais qu’il faut que ceux du mois d’août aient leurs ailes de coulenr obfcure s & le corps fait avec du poil d’une vache bien noire, nué d’un peu de rouge, fur-tout à l’extrémité du ventre. Il en fait beaucoup de cas pour la pèche.
- <)62. Nous ne connaifions point de fourmis dont le ventre ioit terminé par du rouge, mais il peut y en avoir en Angleterre : d’autant que Ray dit en avoir obfervé dans ce royaume deux petites efpeces , l’une d’un roux noir, & l’autre rougeâtre; & deux de grofîeur moyenne, qui brillaient, l’une pat du rouge, & l’autre par un beau noir.
- 563. On donne en anglais le nom de hawtkorn-jly, ce qui fignifie mouche a aubépine, à l’infede fig. 24, difant qu’on le rencontre fur tous les buiflbns d’aubépine après la poufie des feuilles. On fe contente d’ajouter qu’il eft fort petit, entièrement noir, & que plus il eft petit, meilleur il eft pour prendre des truites. Les inftrudions qu’on donne pour l’imiter , font aufîi peu circonftan-ciées ; elles fe bornent à dire qu’on y emploie de la plume noire, prife fur le col d’un coq, ou bien le poil roux d’un cochon.
- ^64. Il plaît aux Anglais d’appeller dun-cat, c’eft peut-être à dire, poil de couleur tannée & rogné, l’infede fig. 29. C’eft un de ceux qu’on dit pouvoir fervir dans toutes fortes d’eaux pour pêcher des truites. On le recommande principalement pendant le mois de mai. Les uns en forment le corps avec du poil d’ours, qui foit court & de couleur tannée, y mêlant un peu de lilas &
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- Suivant nos naturalises, l’infeéte fig. 13, devrait être un éphémère, comme étant le feul genre qu’on connaiife avoir l’extrémité poftérieure terminée par trois poils : les douze appendices ou nageoires , que l’infecte agite perpétuellement avec beaucoup de vivacité, & qui font vers le haut du ventre, font encore un canjâere de cet infecte. Nous ne lui connailfons pas d’étui formé à la maniéré ae ceux des teignes, aquatiques, comme le prétendent Cotton & quelques autres Anglais. Les vers ou Larves de nos éphémères fe logent dans des trous pratiqués à fleur d’eau.
- <j66. Comme l’infeéte fig. 26, eft jaune, nué de verd, plus ou moins apparent, les Anglais en établiflênt deux variétés, rune verte & l’autre grifèj ils les nomment green-drake & grey-drake. Ces deux variétés font également eftimées pour la pèche delà truite; aufïi eft-ce un des principaux infeétes que les pécheurs anglais décorent du nom demay-jly , ou mouche de mai.
- f 67. Ne pouvant les rapporter exactement à aucun des infeétes que nous eonnaiflbns, nous allons en donner la defcription.anglaife. Le corps elt d’un jaune, tantôt pâle, tantôt foncé,rayé de verd, alongé , menu , & fe termine en pointe vers la queue, à l’extrémité de laquelle font trois longues foies fines & prefque noires ; la queue fe releve fouvent en-haut. Cet infecte s’élève ordinairement dans l’air à une hauteur aifez confidérable. On le trouve principalement au bord de l’eau dans le mois de mai, fin tout quand le tems eft difpofé à la pluie; & il y eft quelquefois en fi grande quantité, qu’on en ferait effrayé , fi l’on ne favait pas qu’il n’elt point mal-faifant. Par un tems calme , lorfque les eaux font tranquilles , on les voit couvertes de petites vagues en forme de cercle , qui font produites par les poiflbns qui s’élèvent pour fe raffafier de ces infectes, & ils s’en gorgent quelquefois au point de les rendre par la bouche r ce qui arrive de même à nos. éphémères que les pécheurs nomment La marine despoifi'ons.
- f 6g- Cotton dit que cet infecte paraît vers la mi-mai, qu’il difparaît dans le courant du mois de juin, & que la vraie faifon pour s’en fervir utilement à la pêche, eft la fin de mai & le commencement de juin.
- 5:69. Il y a, comme nous l’avons, dit, une variété du même infeéte, qui eft d’un jaune livide tirant fur le verd, & rayé de noir dans toute la longueur de fon corps. Ses ailes font d’un noir vif, prefque aufïi délicates qu’une toilo d’araignée, & bien diaphanes ; ce qui fait que cet infeéte naturel ne peut fer-
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- vir à pécher avec la ligne à la fiirface de Peau. Mais on l’imite tien, & en cet état il eft fort utile, fur-tout lorfque les naturels ne parafent plus. Pour les imiter, on en forme le corps avec la racine des poils de cochon & du poil d’épagneul : puis on fait les raies avec de la foie noire, & les grands filets de la queue avec les poils de la barbe d’un chat noir. A l’égard des ailes, qui font d’un gris noir, elles font prifes dans des plumes de canard.
- 570. La variété du même infeéte, que les Anglais nomment green-drake, fèrt étant vivant, à faire de bonnes pêches. Pour cela , les pêcheurs en ramaifenù une provision , qu’ils mettent dans une boite dont le couvercle foit percé de, plufieurs trous ; avec cette précaution, ils peuvent fe conferver vivans toute une nuit. Quand on veut s’en fervir pour appât, on les tire en les prenant par les ailes ; & comme l’ufage eft d’en mettre deux fur un hain, on en pique un au-delfous de l’aile avec la pointe de l’hain, qui le traverfe à l’endroit le plus gros de fou corps ; on pique de même le fécond, obfervant de mettre la tête de celui-ci en fens contraire de celle du premier. Us vivent & battent des ailes pendant un bon quart-d’heure : mais il eft important d’avoir foin que leurs ailes foient bien feches ; enforte que non feulement on prévient qu’elles ne trempent dans l’eau, mais 011 a' de plus l’attention de 11’avoir pas les doigts humides quand on prend l’infeéte pour amorcer l’hain.
- 571. Les Anglais regardent cet infe&e comme propre à pêcher dans les eaux courantes ainlî que dans les dormantes, & à toute heure de la journée. Us l’imitent allez parfaitement pour s’en fervir , fur-tout lorfque par les mauvais tems ces infectes vivans ne fe montrent point fur l’eau, ni auprès de fes bords.
- 572. COMME nous avons promis de dire quelque chofe des manœuvres des Anglais pour imiter les infe&es naturels, nous croyons devoir encore rapporter ici que Walton veut qu’on falfe le corps avec de la laine filée, verdâtre, ou de couleur de faule, qu’on brunira en plufieurs endroits avec de la foie cirée ; ou bien on y formera des raies avec du crin noir, mêlé de quelques fils d’argent.
- 573. La pratique de Cotton eft plus compliquée. Il dit qu’il faut former le corps de l’infeéte fur un gros hain, avec du poil de chameau , du poillui-fant d’ours , & du duvet mollet qu’on aura levé fur les poils d’un cochon. O11 les mélangera fur du camelot jaune; puis on paifera fur toute la longueur du corps, de la foie jaune frottée de cire verte ; & on fera les longs poils de la queue avec ceux de martre ou de fouine; enfin, on formera les ailes avec des plumes de couleur gris-blanc, qu’on trouve fur les canards, lefquels on aura foin de teindre en jaune.
- 5"74. On voit que ceux qui palfent pour les plus habiles en ce genre, fui-vent des procédés très-différens : d’où l’on peut conclure qu’il ne s’agit que
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- de chercher à imiter à peu près les infeéles. Il importe peu par quel moyenoriy parvienne. Il eft vrai que les uns réufîiifent mieux que d’autres à cette imitation.
- 575. La figure 25 repréfente une chenille velue, que les Anglais nomment palmer ou great-hackle. Suivant Ray , c’ett une longue chenille de couleur fauve , très-velue, qui dévore les feuilles de la ronce commune, & qui paC-fant tout l’hiver dans l’état de chenille fans manger, fe fabrique au printems une coque, où elle fe transforme en nymphej puis au commencement de l’été, elle devient une grande phalene, dont la forme & les couleurs ne font pas bien confiantes ; mais elle tire fur un verd cendré & laie , qu’on ne peut guere définir. Les ailes extérieures dè la phalene font de cette même couleur par en-haut ; & en approchant du corps, elles deviennent d’un cendré rougeâtre, qui elt traverfé par deux lignes fort rouges , &c.
- 576. On fe fert de cette chenille pour pécher des truites dans le mois de février, quand il n’y a pas trop de glace ou de neige.
- 577. Nous omettons plulieurs autres infeéles que Cotton rapporte fous la dénomination générique de hackle : terme qui vient de ce que , pour les imiter, on emploie des plumes longues & étroites , qu’011 trouve fur la tête & le col des coqs & des chapons, & qui fe nomment hackle en anglais.
- 578- On trouve dans Cotton un infedle qu’il nomme harry-long.legs , qu’on pourrait traduire par henri-grandes-jambes. Il nous paraît être de ces efpeces de punaifes qui courent légèrement avec leurs longues jambes fur des eaux dormantes (145) , comme li c’était fur un corps folide : on les trouve même fouvent accouplées fur les eaux. M. Geoffroy en décrit deux qui font noires ou brunes, avec un faible mélange de blanc'; celle des Anglais eft de couleur tannée , légèrement nuée de bleu. On s’en fert particuliérement dans le mois d’août; & quelquefois on pêche avec fuccès en attachant feulement la tète de l’infedle au bout d’une longue ligne.
- 579. On peut voir dans M. de Réaumur (h46), des fourreaux d’infedles aquatiques, qui deviennent ailés. M. de Réaumur les nomme teignes. D’autres naturalifles les mettent dans le genre desphryganea ; & leur nom anglais ell cadews (147). Leurs fourreaux font intérieurement de foie, & recouverts à l’extérieur de différentes fubltances, telles que de petits morceaux de bois, ou de rofeau , des lentilles d’eau, des brhis de paille, des fragmens de coquilles, du gravier, du fable, &c. La plupart de ces matériaux très-légers donnent de la lolidité aux-tuyaux, fans rendre leur poids fupérieur au volume d’eau qu’ils déplacent; enforte quel’infeéle qui y ell renfermé, fe traîne facilement fur le fond , & grimpe aux herbes aquatiques.
- (t4<;)Cimex Lacufiris, & Cimex très-verfe dans ce genre de connailfances, Jîagnorwn ; Ltnn. les appelle FrüHngcjhcgcr. D’autres nacura-
- (146) Hiji. des infcfiles, tom. III, pl. iz. liftes leur donnent le nom à'dffterjchnict-
- (147) M. Schâefer, auteur allemand, terlinge.
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- 580. Il arrive quelquefois que la teigne attache à fon fourreau des coquil-, lages entiers, dans lefquels font des animaux vivans, qu’elle tfâî'jîporte avec elle. ^
- 581- Parmi les infedes de ce genre, on en trouve encore qui font feulement logés entre deux morceaux de bois ; d’autres , entre des feuilles roulées. Le plus fouvent, l’infede eft fans fon fourreau : car nous ne diiîimulons pas qu’il y en a de plufîeurs eipeces s mais dont il nous parait alfe2 inutile de parler ici en détail.
- 582. Ces teignes aquatiques, après s’être métamorphofées en chryfa-lides, deviennent des infedes vola.iys , que M. de Réaumur nomme mouches papillonnacées , parce qu'au premier coup-d’œil, cet infedereifemble à un papillon ; mais fes quatre ailes ne font point couvertes de poufliere comme celles des papillons , & elles font membraneufes comme celles des mouches.
- 583- Suivant nos auteurs anglais, on fe fert pour appât , non feulement de l’infede volant, mais encore de la teigne, fur-tout de celles qui font d’une groifeur un peu coiifidérable.
- 584* Nous avons dit comment on piquait avec l’hain l’infede volant pour en faire un appât. A l’égard de la teigne, nos auteurs recommandent de la tenir pendant quelques jours dans un lac de laine , au fond duquel il y ait du fable, d’humeder ce fac une fois par jour, & avant de garnir l’hain, arracher la tête de la teigne avec un boyau qui y refte attaché j puis enfiler le corps fui-vant la longueur dans un très-petit hain, en ménageant l’infede le. plus qu’il eft poifible. Une circonftance que nous ne devons pas omettre, eft qu’il faut attacher un petit’morceau de plomb fur la tige de l’hain, pour qu’il entraîne l’infede dans l’eau > car il eft important qu’il y entre avant la ligne.
- f8f* Il ne fera peut-être pas inutile, pour ceux qui voudraient conferver de ces infedes en vie, de les avertir, d’après M. deRéaumur, qu’ils périf. fent plus promptement dans de l’eau corrompue , que s’ils étaient dans l’air ; mais qu’ils vivent affez bien dans de l’eau claire &pure.
- 586* Cotton parle encore d’un infede delaclaife des fearabés, dont les ailes font recouvertes d’étuis écailleux, qu’on voit courir & tourner rapidement à la fur fa ce de l’eau, où il décrit des cercles. Cette propriété lui a fait donner par quelques naturaliftes le nom latin de gg'rinus, auquel répond la dénomination anglaife whirling-dun. M. Geoffroy en a rapporté un au genre des altifis ; & un autre aux gyrinus, qu’il nomme en français tourniquets (148).
- 587* Cotton dit qu’il y en a un fort petit qui parait en mars, & qui fert alors pour la pêche des truites. Un fécond, qu’il prétend être celui auquel ce
- (348) Gyrinus, Linn. C’eft le plus . aïiica, font des pucerons d’eau. Ciiryso-petit hanneton d’eau , qui a des pieds fort MELiE faltatoria, LlNN. courts. Les infectes que Geoffroy appelle
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- ,110m convient proprement , commence à paraître fur l’eau vers le 12 d’avril. - f oüS deux font bruns, & ont leurs étuis mélangés de gris. On en emploie de naturels & d’artificiels, parce qu’on en fait beaucoup de cas pour la pêche des truites depuis la mi-avril jufqu’à la fin de juin.
- 588- La troilîeme efpece eft plus groffe que les précédentes, auxquelles elle reflemble d’ailleurs; fes étuis font de couleur orangé-pale. On voit ce fca-rabe durant prefque tout l’été fortir d’entre le jonc, dans la plupart des rivières qui abondent eu truites , & cela prefque toujours le foir allez tard, rarement avant le coucher du foleil. On en fait principalement ufage depuis la mimai jufqu’à la fin de juillet.
- 589. De plus, les Anglais emploient dans les mois de juin & juillet plu-fieurs efpeces de cigales fadices.
- f9o. Ils ont aullî pour le même ufage, des tipules artificielles, que les Anglais appellent ainfi que les coufins gnats ; & ils font fur-tout ufage dans le mois de janvier , lorfqu’il fait un beau foleil & alfez chaud pour la faifon, d’une fort petite efpece qui eft de couleur tannée, mais brillante. D’autres tipules fervent d’appâts dans les mois de mars , mai & juin.
- 59 r. Les Anglais font encore ufage de beaucoup d’autres infedles; mais nous croyons devoir nous abftenir d’entrer dans de plus gands détails. La célébrité des ouvrages anglais qui ont été cités, nous a engagés dans une di-greilion qu’il efttems de terminer, pour paffer à d’autres objets qui font plus intéreifans.
- Choix du lieu pour la pêche.
- <Ç92. Voila les perches préparées &les hains amorcés: il s’agit maintenant de choifir un lieu propre pour cette pèche. Il eft bon qu’il y ait une profondeur d’eau.alfez confidérable 5 que le fond foit uni, fans pierres , bois, ni herbiers , & point vafeux ; non feulement pour que le poilfon puiffe apperce-voir l’appât, mais encore pour que fe fentant piqué il ne fe retire point dans des endroits d’où 011 aurait bien de la peine à le tirer.
- 593. Il eft encore nécelfaire que l’eau foit abordable , & les bords point trop efcarpés. Le mieux ferait que la terre & l’eau fulfent de même hauteur, ou en pente douce, comme ferait un abreuvoir; car, comme le poiffon rat-femble toutes fes forces & Fait les plus grands efforts pour s’échapper quand on le tire hors de l’eau, il faut être habile pêcheur pour ne pas perdre fa proie ; & les gros s’échapperaient toujours, fi 011 négligeait de prendre les précautions dont nous allons parler, fur-tout fi la berge était efcarpée & confidé-rablement élevée au-deflus de l’eau.
- 594. Comme il eft rare de trouver l’eau de niveau avec la terre, on peut y fuppîéer au moyen d’une grande table, qui eft encore utile dans plufieurs
- autres
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- mitres circonftances, On couvre la table de l’épaiffeur d’un pouce & demi ou deux pouces, de terre à potier ; on enfonce un bout de cette table dans l’eau, & on retient l’autre bout furie bord du terrein : ce qui forme un plan incliné, fur lequel on conduit le poiffonpour le tirer doucement hors de l’eau.
- f9f. Cette même table peutfervir encore dans les terpeins vafeux, pour fe procurer un endroit ou l’on puiffe pofer l’hameqon. Mais pour que le poif-fon ne s’eu effarouche pas , on la mettra en place quelques jours à l’avance , & on pofera deffus quelque appât qui attire le poilfon. En général, c’eft une très-bonne précaution que d’attirer le poiffon dans les endroits où l’onfeprô-pofe de pêcher, par des appâts qui le font venir , ainfi que nous allons l’expliquer.
- Des appâts de fond.
- ^96. Pour déterminer les poiffons à fréquenter les endroits ou l’on fe propofe de pêcher, on leur préfente des alimens dont ils font friands. Pour cela, on mêle quelquefois avec de la vafe différentes efpeces de grains, dont on remplit un panier ou un barril qui foit ouvert par les deux bouts, & on le coule au fond de l’eau. Différentes efpeces de poiffons , & particuliérement les carpes, fe plaifent à chercher les grains dans cette vafe.
- 597. Pour faire un autre appât de fond , qu’011 eftime très-bon , on met tremper pendant une nuit des feves greffes & moelleufes j enfuite on les fait cuire à demi dans de l’eau , où l’on fait que les légumes cuifent bien. Quand elles font à ce point de cuiffon , fi l’on a employé un quart de boiffeau de feves, 011 y met un quarteron de miel avec une couple de grains de mufe , & 'on retire le pot du feu avant que les feves foient entièrement cuites. Pour faire u rage de cet appât, on en met de petits tas fur la terre qui couvre la table , & on les appuie avec la main, afin que les feves s’y attachent 5 ou bien on en forme des mottes qu’on ferre entre les mains, & qu’011 jette fur le fond s’il n’eft pas vafeux. >
- 598- On peut conferver quelques-unes des plus groffes feves pour amorcer des hains.
- 599. La mie de pain mâchée fait un affez bon appât de fond. On peut encore fe fervir d’une pâte faite avec de la chair de chat & de lapin , dont nous avons parlé ci-deffus. Pour l’employer à cetufage , 011 la pétrit avec de la cire vierge & du miel, & on en fait des boules qu’on jette dans l’eau.
- 600. L’appat de fond le plus aifé à faire, eft une pâte faite avec de la mie de pain, du miel & un peu d'ajfa-fœtida (149).
- (149) Les pêcheurs eftiment que les vers dont on puiffe faire u fa ge. La courge eft d’eau hachés font le meilleur appât de fond pour les carpes un mets délicat.
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- £01. On attire encore le poiffon, fur-tout les carpes , à l’endroit où Ton veut pécher, en y jetant du fumier de vache, ou du fon mêlé avec du fang, de l’aveine germée, des entrailles d’animaux, &c.
- 602. On fait auifi un bon appât de fond avec un ou deux picotins d’orge germée & groffiéremen.t moulue; on lui fait jeter un ou deux bouillons dans une chaudière , & enfuite on le paffe par une chauffe. On peut donner .aux chevaux la liqueur qui paffe par la chauffe. Quand le marc qui eft dans la chauffe eft refroidi, on le porte au bord de l’eau fur les huit à neuf heures du foir; on le preffe entre les mains., 011 en forme des mottes qu’011 jette dans l’eau.. A moins que le'courant ne foit rapide , ces mottes tombent au fond, & y relient. On peut aller pécher le lendemain à la pointe du jour. Cet appât convient particuliérement pour les brèmes.
- 603. Quelques pécheurs encore plus attentifs lèvent dans l’eau des touffes de glayeul, & coiffent fur les feuilles, quantité de vers- de toutes les efpeees.. Les poiifons ne. manquent pas d’aller s’en repaître , & par-là ils font engagés à mordre à l’appât q.u’on leur prélente enfuite avec un hain.
- 604.. Quand on a mis à un endroit quelqu’un de ces appâts, on va examiner foir & matin s’il eft mangé. S’il l’elt effectivement, on eft certain qu’il’ y a du poiffon , & on peut elpérer de faire une bonne pèche. Mais.ll l’appât n’a. point été attaqué, 011 perdrait fon tems,à pécher en cet endroit.
- Précautions que les pêcheurs doivent prendre pour engager Tes poiffon s. à mordre aux bains, 8? pour les tirer à terre quand iis ont mordu.
- 60S- Comme prefque tous les poiifons- vivent de rapine , ils font naturellement curieux d’examiner les objets qui leur parailfent nouveaux cette inclination tourne à l’avantage des pécheurs, quand ils favent en profiter : caries poiifons fe portant d’eux-mèmes à examiner les appâts qu’on leur offre ,.ils, font ainfi engagés à s’en failir. Mais le bruit les-effraie, ainli que les mouve-mens quefe donnerait le pêcheur. C’eft pourquoi, quand on a jeté la ligne, il faut, relier immobile , comme le pêcheur E (pl. IV,.fig. 1 ), ayant toujours; l’œil fixé fur le liege ; car ce font les mouvemens de ce liege qui indiquent que le poiffon a mordu. Quand on s’en apperçoit, il ne faut pas fe prelfër de tirer-la ligne; 011 doit donner au poiffon le tems d’avaler l’appât. Mais quand on voit qu’il traîne le liege, on peut juger qu’il cherche à le retirer dans un erône, une fous-rive, ou quelques herbiers.: alors il faut donner une fecouffs à la ligne pour piquer le poiffon (150) , & faire entrer la pointe de, l’hain dans,
- (1 ço) En allemand , dcn Fifch anhaiten. pour ne pas retirer l’hameqon de la bouche: il faut obfer.ver de que] côté le poiffon pa- du poiffon. raît aller. 11 faut tirer ia perche en arriéré ,
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- Fon gofier. C’eft le moment où les gros poiffons fe tourmentent beaucoup: & bien loin de tirer la ligne, il faut la leur lâcher peu à peu , pour les laiffer fè promener de côté & d’autre, jufqu’à ce que, appercevant qu’ils font fatigués & que les forces leur manquent, on les tire doucement à bord.
- 606. Quand ce font de petits poiffons , la force de la ligne eft fuffifante pour réfilïer à leurs mouvemens. Mais il faut beaucoup de précautions & d’adrelfe , pour ne pas perdre les gros poiffons qui ont mordu aux appâts.
- 607. Quelques pêcheurs qui emploient de gros hains & des lignes très-fortes , laifiiîênt la ligne avec la main ; & tenant la tète du poiifon foulevée, ils lui font avaler de l’eau : il perd ainfi peu à peu fes forces. Mais, comme nous l’avons dit plus haut, les forts hains & les grolfes lignes effarouchent le poift fon ; il n’y a que ceux qui font très-affamés qui y mordent.
- 608. Afin de 11e point perdre fa proie en pêchant avec une ligne fine, lorfqu’on a pris de gros poiffons qui font de violens efforts quand ils iè foutent piqués , & encore plus lorlqu’on les tire de l’eau, il faut avoir une ligne de cinq à fix toifes de longueur, & la rouler pour la plus grande partie fur un petit morceau de bois léger O (pl. IV> fig. 3). O11 dévidé donc & 011 roule une partie de la ligne fur ce morceau de bois jufqu’à ce qu’il 11’en relie que la longueur qu’H faut pour pêcher commodément, & on arrête la ligne en l’enfonçant dans une fente qu’on a eu foin de faire au fond deTéchancrure qui termine ce morceau de bois. Cette ligne ne fe déroulera point, jufqu’à ce que le poiifon foit piqué : mais quand, fentant la pointe de l’hain, il fera effort pour s’enfuir, la ligne fe dégagera de l’entaille , elle fe déroulera de delfus le morceau de bois, & devenant fort longue, elle lailfera au poiifon la liberté de fo débattre & fe tourmenter ; il avalera de l’eau , qu’il 11e pourra pas rendre par les ouies ; il fe fatiguera, il s’affaiblira peu à peu : alors , en tirant la ligne avec ménagement, on l’amenera au bord de l’eau.
- 609. Un autre ajuftement qui revient au même, eft de mettre au bout menu b {pl. IV, fig. 3 ) de la canne un petit anneau de cuivre, dans lequel on paffera la ligne, qui viendra fe rouler en partie fur une bobine affujettieàla perche vers fon gros bout à peu près en t. Quand le poiifon fait effort, on permet à la bobine de tourner, & la ligne devient ainfi fort longue.
- 610. Comme il faut laiffer long-tems le poiifon s’agiter, on peut fe difpenfer de tenir continuellement la perche, foit en l’enfonçant dans une douille qu’on a fourrée en terre, foit en fichant dans le terrein une pointe de fer qui s’ajufte à vis au gros bout de la perche : par ce moyen on peut, quand le poiifon eft' fatigué , le faifir de fes deux mains pour le prendre.
- 611. Le poiifon étant amené au bord de l’eau , il y a d’habiles pêcheurs qui , couchés furie ventre, le faififfent par les yeux ou les ouïes; & même , il ce font des carpes,ils ont i’adreffe de leur fourrer le doigt index dans la
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- bouche, & de s’en rendre maîtres. Mais commeles poilfons. raffemblent toutes, leurs forces pour s’échapper lorfqu’ilsfe Tentent tirer de l’eau,,1e plus fur efir. d’avoir un. trubkau ^ petit filet en forme de poche , tendu comme fur la monture d’une raquette /? (fig. 3 ), & le faire.palfer deifous les poilfons.quand ils commencent à fortir de l’eau. ( i f.i )
- 612. Plusieurs poilfons s’écartent beaucoup quand-iis fe fentent piqués & quelquefois iis fe retirent dans des herbiers ,.dont on a bieade la peine à les débarraifer.. En ce cas* il faut le donner de garde de tirer la ligne *> il vaut mieux laiffer long-tems les poilfons fe mouvoir & s’affaiblir : alors en tirant la ligne fuivant différentes dire&ions , & toujours fort doucement, on parvient quelquefois à les dégager des herbiers ondes crônes. Mais fi la chofe ne paraît pas poffible, on peut palfer la,ligne dans un anneau de fer un peu pefant, & qui foit fermement attaché, à une forte ligne. Eu foulevant la ligne qui porte-l’hain, on fait couler l’anneau tout auprès de la tète du,poilfon qui a mordu l quelquefois même l’anneau failit fa tète : alors on tire fur la forte ligne qui! tient l’anneau , en différens fens ,.mais jamais dans la dire&ion de la ligne de pèche. Ce moyen réufiit allez ordinairement on parvient à dégager unpoif-fon qui fans cela aurait, été perdu. ( i )*
- 613. Dans certains cas , 011 peut fe porter avec un batelet fur les herbiers „ ou à l’embouchure des crônes. Nous aurons occafion d’en parler dans.la fuites
- Maniéré de pécher en fe promenant.
- 614. Les pèches que nous venons dé décrire , exigent beaucoup de patience ; il faut garder un filence profond ,.& relier immobile en attendant le-; poiîfon,qui efl quelquefois long-tems avant de fe jeter fur l’appât qu’on lub préfente. Nous allons, en faveur des perfonnes vives & impatientes, rapporter quelques façons de pécher qui permettent de fe promener. Il faut avoir une perche a b (pi. IF, fig. 3) légère, longue de 12 à 15 pieds , plus ommoins^ fuivant l’étendue de la nappe d’eau où l’on doit pêcher. Oïl y attache, comme nous l’avons fuffifamment expliqué , une ligne qui pend d’environ trois toi-fes, & au bout de laquelle ell ajuflé unhain garni d’un appât léger, comme’ peuvent être une fauterelle à quion a arraché une articulation de fes grandes, pattes, un limas noir dont on ouvre le ventre pour laiifer appercevoir la partie blanche dès inteftins qui attire le poilfon, différentes efpeces de vers ou de: mouches, des bourdons, des cerfs-volans, ou. autres fcarabés, à qui on a>
- ; ! P
- (1 ^ 1) Un gros poilfon eft allez fort pour long manche , avec lequel on faifit le poif î3Uter hors du trubleau. fon par les ouies , ou par quelque endroit:
- (152) Rien de mieux qu’un crochet à du corps.
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- Sec T; T. De la peehe aux hameçons*
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- coupe las cornes, les pattes & les ailes écailleufes, ,&ç. Tous ces appâts font fort bons. En automne, 011 peut amorcer avec une pâte jaune, compofée de fromage bien fort qu’on pile dans un mortier avec un peu de beurre & aifez de fafran pour la rendre de couleur de citron ; & on peut » durant Phiver, amorcer avec du fromage & un peu de térébenthine, mêlés enfemble en corn* laitance de pâte..
- 615. K y a de Padreife à placer l’hain dansT’eau d’une façon convenable;. Quand il fait chaud , on doit le tenir vers la furface ou à la moitié delà profondeur de l’eau -, mais durant le froid, il faut le tenir près du fond. Indépendamment de la température de Pair, il y a des efpeees de poilfons qui occupent toujours le fond de l’eau d’autres qui fe tiennent plus près delà furface. ' .
- , 616. Mais de plus il y a des pêcheurs qui manient la perche avec aifez d’adreife pour imprimer aux appâts morts des mouvcmens qui imitent ceux des poilfons vivans..
- 617. Lors, même qu’011 pèche avec de petits infectes ou des infectes factices > il y a certains poilfons qu’on attire en tenant l’hain à une petite diftance au-delfus de la furface de l’eau ; de forte que ces poilfons s’élancent hors de Peau pour failîr l’hain. Nous avons parlé delà façon de faire ces.infe&es factices , & nous expliquerons.en détailla maniéré de s’en fervir, dans le chapitre où il s’agira de la truite.. s
- 618- Quoi qu’il en foit, tout étant difpofé comme nous venons de l’expliquer, on prend la perche à deux mains, & fe promenant le long de Peau G Çpl. IV> fig- i)j on jette la ligne le plus loin qu’il eftpofîible , faifant faire une vive révolution à la perche. L’hameçon tombe dans Peau à certaine profondeur ; & prenant la perche d’une main, on lui donne de petites fecoulfes pour faire fautiller l’appât dans l’eau, de forte qu’il femble fuir le poilfon qui le-pourfuit: ce qui l’engage à s’élancer & à avaler l’appât & l’hain.,
- 619. Quand le poilfon a mordu, il ne faut pas , comme nous l’avons déjæ dit, tirer la ligne trop tôt} fl convient de donner au poilfon le tems d’avaler l’appât. Alors on donne une fecoulfe à la perche pour enfoncer la pointe de-l’hain dans.le golier durpoilfon; ce qu’on appelle le piquer. Si le poilfon cil; petit, on le fait fauter à terre ; mais s’il eft gros , on le tire au bord de Peau* avec plus ou moins de précaution , ainfi que nous Pavons expliqué plus haut. .- 620. Quoiqu’on puiifefaire nette pèche toute la journée , les heures les-plus favorables font deux heures après le foleil levé, & deux heures avant: fon coucher. ( 153 )•
- \ .. i r . t t ,
- (1Ç 5) Il refte certain qu’on gagnera p eu y ’ ’poifTonneux, où le. cours de Peau falTe un. ,ou rien , en pêchant à l’hameqon de cette coude,, maniéré. lLfaut: s’affeoir dans un. endroit
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- TRAITE* DES PECHES.
- no
- Maniéré de pêcher à la canne avec des lignes dormantes , tendues au bord
- de Veau,
- 621. On peut rendre la pèche à la perche plus intérelfante, fi on y emploie en nièrhe tems trois, quatre, ou un plus grand nombre de perches ( pL IV ^ fig. i, F ). Mais il faut quelles foient alfez proche les unes des autres, & alfez près du bord de l’eau, pour que le pécheur puiiTe, fans fortirdefa place, les appercevoir toutes.
- 622. Quand on veut pécher de cette Façon, on pique en terre le gros bout de chaque perche, non pas perpendiculairement, mais alfez incliné pour qu’il n’y ait que deux à trois pieds de diltance entre la furfaGe de l’eau & le bout menu de la perche. Quand on a tendu ainfi toutes les perches, on fe tient tranquille, & alfez éloigné de l’eau pour 11’ètre point apperçu du poilfon; mais de faqon cependant qu’on voie les lieges de toutès les cannes , afin de favoir quand il y a un poilfon de pris.
- 623. S’il fe prenait un gros poilfon, il pourrait, en fe débattant, entraîner à l’eau la ligue & la perche. Pour prévenir cet accident, on attache à la perche vers fon gros bout une petite fourchette de bois, qui eft enfoncée dans le terrein, & qui étant un peu inclinée forme relativement à la perche un petit arcboutant, lequel entre d’autant plus dans le terrein , que le poilfon tire la perche avec plus de force.
- Pêche à peu près femblable à la précédente, & qu'on pratique au bord - • des étangs falés.
- • 624. A Cette en Languedoc, 011 met au bout d’une canne une ligne avec un hain amorcé ; & à un pied & demi ou deux pieds del’hain, 011 attache à la ligne une pierre ou un plomb. On tend le foir ces cannes au bord des étangst falés, à un endroit où il n’y ait que deux pieds & demi ou trois pieds d?eau, à peu près comme on le voit pL IV, fig. 1, F. L^lendemain matin, on va les' relever. • : .0
- 621)’ On fait aufïi cette pècher dans les canaux qui communiquent des étangs à la mer, lorfque les loups & les dorades veulent retourner dans la grande eau ; & on y prend quelquefois jufqu’à 200 livres de poilfon en une-nuit. Mais aulfi les pêcheurs tendent des centaines! de ces lignes à côté les unes;des autres, . .
- I)e la pèche à la perche au bord de la mer.
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- 626. On pèche à la perche au bord de la mer entre les rochers, à peu près
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- S"e c t.. I. De Ta pêche aux hameçons.
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- tomme nous venons de l’expliquer, excepté que les perches & les lignes font plus longues & plus fortes. Pour cette raifon , les pécheurs les tiennent ordinairement comme nous l’avons reprefenté pl.IV^fig. 2. L’indication de cette planche peut nous difpenfer d’entrer ici dans de plus grands détails. Nous ferons feulement remarquer qu’on la pratique plus volontiers aux bords delà Méditerranée , où il n’y a pas de marée , que dans l’Océan..
- Pêche à la perche dans des bateaux.
- 6'2J.. Pour pêcher en mer avec la canne ou une petite perche, trois oiv quatre matelots fe mettent dans une fort petite yolle ; & quand ils rencontrent un banc de poiifons , ils font des pêches avantageuies. Leurs perches-font petites.. On prend ainfi dans la Manche beaucoup de merlans & de maquereaux.
- 62%. Dans les quartiers de S. Tropez 8c de Fréjus, on pêche des maque--reaux avec des lignes menues , mais faites d’excellent fil , qui ont ordinairement trois braifes de longueur. Ou ajufte au bout de ces lignes trois empiles de crin qui ont feulement un pied de long ; chacune de ces empiles porte un hain amorcé , & l’on met un petit morceau de plomb au nœud qui attache les. empiles avec la ligne, afin que les hainsdefeendent dans l’eau. L’autre extrémité de l'a ligne eft attachée à une perche légère, qui a environ quinze ou dix-huit pieds de longueur.. On jette les lignes à la mer, en tenant la canne dans: la main ; & prefque toujours aufii-tôt que l’hain eft entré dans la mer, il eft làifi par un maquereau. Le pêcheur s’en apperqoit par un petit mouvement que le poilfon fait faire à la canne. Alors il releve promptement la ligne par le moyen de la perche , & il prend les poiifons qui y reftent attachés.
- 62$.. Il y a des pêcheurs fi adroits que, tenant une perche de chaque main „ ils les retirent fouvent toutes les deux à la fois avec deux ou trois maquereaux: qui y font pris..
- 630. Cette pèche attire fréquemment vingt-cinq à trente bateaux de toutes eipeces au fond du golfe de Naples, dans la faifon des-maquereaux„ dont ils prennent abondamment..
- Pèche fur læ cote de Guinée:.
- • t f - ?
- 63 r. Les voyageurs difent qu’à la côte de Guinée on pèche desiardmes? avec une ligne longue ,'dont;fextrémité eft chargée d’un petit morceau de plomb pour pouvoir la lanq.éir'plus facilement. Au-dèftus du plomb cette ligne-eft garnie de plufieurs piles qui portent des hains. Quand les pêcheurs, quîi font dans, un petit bateau 5> apperqoivent du poiifon, iis jettent la. ligne à.la:
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- ii4 ' TRAITE' DES P E C H E S.
- mer , & les fardines mordent bientôt aux appâts ; car ces poiiTons font vota.» ces , & vont enfemble en grand nombre. Lorfque ces pécheurs vont chercher un banc de poiffons, ils tiennent leurs perches fur l’épaule, pour être toujours prêts à jeter leurs lignes lorfqu’ils en apperçoivent. (154)
- (tç4ô Tl y a encore une infinité d’autres pêches à la ligne , dans les différens pays. Je citerai celles-ci :
- Maniéré de pêcher la truite Vombre dans
- la rivicre de IFiJJênt, en Franco nie , dans les rivières de Suijfe.
- Pour bien entendre cette pêche , il faut obferver que la truite, Salmo Furio , L. S. N. en allemand , Forellen , & l’ombre , Salmo Thymailus Linn. en allemand , Afchen , fe nourriffent de certaines fortes de petits poiffons ; mais ils mangent auffi divers infeétes de l’efpece des éphémères , &PHEMERA Linn. & des phryganes, que l’on nomme dans le pays Schnacken, & en français mouchespapillonnacées. Le poiffon attrape ces infeétes en fautant quelquefois à plus de deux pieds au-deffus de la furfaCe de l’eau. Si on lui préfente un corps reffern-blant à l’infeéte par la forme & par la couleur , on lui voit faire le même manege. C’eft ce qui a fait imaginer la pêche dont il s’agit ici, qu’on appelle la pêche au bond, ou la pêche à la ligne volante , Sprungfi-feherey. L’hameçon eft entortillé de fils & garni de différens poils qui imitent la couleur de l’infeéte , à peu près comme les appâts à l’anglaife, dont on trouve la deferip-tioncî-deffus , §. <542 & fuiy. Si l’on attrape bien la reffemblance, enforte que le poiffon y foit trompé , on ell fur de faire une bonne pêche. Celui qui manque ce point principal , éprouve le fort de celui dont Pétrone dit quelque part ‘.fine Jpe prœdœ. moratur in fcopulo.
- On diftingue cette pêche en pêche au petit faut, & au grand faut.
- La pêche au petit faut dure toute l’année , excepté en hiver. Dès le commence-
- ment du printems , jufqu’en automne , on voit voler différentes fortes d’infeétes. Les éphémères portent les ailes hautes, & les phryganes les replient fur le dos. Ces animaux fervent de nourriture aux truites & aux ombres. Dans les mois d’avril & de mai, on voit paraître une efpece que Roefel appel lé VinfeSle aquatique avec quatorze pointes latérales. Voyez hfcélen- Belujli-gung , part. II; des infecîes aquatiques, ci. Il, p. 6r , tab. ij. M. Schaefer, célébré naturalifle , en fait auffi mention, Regens-burgifehe InfeBen, tab. 57 , fig. 2. Linné l’appelle mai - à - propos IIemerobiüs lutarius. Un autre infeéte fort reffemblant au premier, c’eft celui que M. Schaefer a repréfenté dans l’ouvrage que je viens de. citer, pl. 57 , fig. 4, p Linné le nomme Phryganea bicaudata , phrygane à double queue. Cet animal, dont la truite eft extrêmement friande ,* eft d’un brun foncé par tout le corps ; fes ailes noirâtres font repliées fur le dos. 11 y en a encore une efpece d’un rouge brun , & une autre dont l’extrémité des ailes eft brune ; ces deux fortes font prefque auffi bonnes que les précédentes. On tâche de les imiter.
- La pèche au grand Jaut ne dure que quelques femaines, dans les quinze premiers jours de juin. C’eft alors que l’on voit enfouie fur la furface de Peau deux efpe-des de grands infectes éphémères.
- La première efpece eft deffinée par M. Schaefer, dans fon ouvrage déjà cité , planche 17s, fig. 1, 2 , & par Roefel, Infeclen-Belufiigung, part. II. Infccî. aquat. part. II, p. s7 , tab. 1.2 , fig. 6. Ce petit animal a le corpsfd„e..couleur jaune, & les ailes d’un blanc grifàtre, avec des points & des veines noires ; il les porte élevées fur le dos. S’il lui arrive de les plonger par hafard dans
- Article
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- 'S e c t. I. De la pêche aux hameçons, 113
- \ Article second.
- /Des différentes pêches qu'on .fait avec des lignes Jimples fédentaires 9 tant dans les rivières & les étangs, qu à la mer,
- 632. Il faut fefouvenir qu’on ne doit.point confondre la pêche à la ligne •Ample, avec celle à la perche.
- l’eau , il ne peut plus fe relever, à moins qu’il ne rencontre quelque corps folide, fur lequel il puiffe s’aider de fes pieds. Si une truite le manque du premier faut, il lui fuffit de le renverfer dans l’eau, elle l’attrape à coup fur au fécond élan. La pluie le fait tomber dans l’eau , & c’eft alors que les poid'ons font la plus riche capture Si les infeétes peuvent réuffir à nager fans 'mauvaife rencontre , ils s’élèvent en l’air & vont aifez loin ; mais ils reviennent toujours fe pofer fur l’eau.
- La fécondé efpece eft auffi deffinée par M. Schaefer, pl. IX, fig. ç & 6. Linné l’appelle Ephemera vulgata. Elle reffemble beaucoup à la première pour la forme & 'pour la groflfeur ; le corps efod’un jaune un peu plus pâle ; & au lieu de veines noires fur les ailes , elles font rouges. Cet infecte ne nage pas de fuite , il voltige en s’élevant & en fe rapprochant de lafurface de l’eaUJ Le poiifon ne peut en faire fa proie , que lorfqu’il tombe fans pouvoir fe relever.
- La troifieme efpece , plus grande que les deux précédentes , fe voit auffi dans l’ouvrage de M. Schaefer, pl. IX , fig. 2 & 3. La groffeur de ces petits animaux varie beaucoup plus que celle des deux autres ef-peces dont je viens de faire mention. Il y en a de grands , & d’autres qui font plus petits de moitié. Leur corps n’eft pas auffi long , mais beaucoup épais ; la tête aüffi eft infiniment plus grade. Les ailes, de couleur rouge , font plus longues que le corps. Ils volent peu ; mais on les trouve par milliers au bord de l’eau , fur les buidons de faulèS. Avant que de jeter l’hameqon dans un en-Tome V,
- droit, il eft bon de battre les buidons, pour en déloger les infectes, qui fe jettent à l’eau , où ils font faifis par les truites. C’eft de toutes les efpeces , celle que le poiffon. aime le mieux.
- Des infirumens de-cettepèche.
- On fait cette pêche avec une perChe ordinaire. La ligne eft faite la moitié de fü & la moitié de crin. La partie inférieure a deux bouts, dont l’un eft plus court que l’autre.
- Pour la pêche au petit faut, on prend du •crin blanc , ou mieux encore gris ; on unit huit brins par un nœud , & on les tortille en deux petites cordes de quatre brins chacune. On fait de cette maniéré deux cordes que l’on joint enfemble , de maniéré que la partie inférieure ait deux bouts inégaux, comme je viens de le dire.
- C’eft à ces deux bouts qu’on attache les hameçons, qu’on entortille enfuite, jufques vers le milieu, de ritte blanche ou jaunâtre* Cela fert à lier plus fort les hameçons , & fur-tout à former le corps , ou le ventre de l’infeéte qu’on veut imiter.
- Comme il y a des infeétes qui ont a peu près la couleur jaunâtre de la ritte, celle-ci, quand elle eft bien choifie, fuffit pour les imiter : les jaunes & les brunes doivent être entortillées de foie alfortilfante, en laiftant paffer çà & là quelques brins de la ritte qui -elt par-deffous. On ajoute par-delfus le tout des plumes reffemblantes aux ailes du papillon.
- Pour la pêche au petit faut, on préféré
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- TRAITE' DES PECHES
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- 633. La ligne (impie 11e s’attache point an bout d’une perche, mais à des eorps fixes, ou. qui eu font P effet. Ou bien on tient la ligne immédiatement
- les plumes d’un coq rouge, prifes près de la crête & fur les deux cuifTès : on les ébarbe par en-bas autant qu’il eft nécelTaire, & on les attache fur l'hameçon. Les plumes de perdrix ont auffi une couleur femblable à celle de quelques efpeces d’éphémeres. On obferve d’attacher au long fil une plume rouge , & au court une plume de perdrix*
- La pêche au grand faut exige de plus grands hameçons , parce que les infeétes qu’on y emploie font plus grands. Les lignes ont quatre brins de plus, parce que l’on prend quelquefois de très-groffes truites.
- Pour imiter les i'nfeétes à long poil, qui fervent à cette pêche , on choifit parmi les plumes d’un canard fàuvage , ou à fon défaut, d’un canard domeftique , celles qui croiffent fous le ventre ; on les attache avec de laffoie.d’un jaune pâle. On y ajoute quelquefois une plume verte de pinçon.
- Pour les infectes rouges, que la truite pourfuit avec tant d’avidité , il n?y. a que les plumes de coucou, Quand on a de là foie d’un beau jaune paille, on s’en fert avec fuccès ; quand on n’en, a pas , on lui fubf-titue du beau lin. Les plumes de coucou font bonnes pour l’hameçon fupérieur, & celles de canard pour l’inférieur.
- La perche eft le plus fouvent de noifet-lier, ou de bouleau, dont on enleve l’écorce jufqu’à la.longueur d’un pied & demi; On a grand foin de conferver la pointe , quand elle n’aurait que l’épaiffeur d’une bûche de paille. C’eft par cette extrémité qu’on la; pend au foleil, afin de la rendre légère , pour qu’on puiffe la manier aiféi ment d’une main. Il eft bon qu’elle foit d’une certaine longueur, pour pouvoir atteindre le fil de l’eau dans les grandes rivières. On y fupplée en liant fortement: deux pièces l’une à l’autre.
- La partie inférieure de la ligne eft de-crin- : l’autre moitié , qu’on a foin de ne pas-faire trop greffe, peut être dë bon fil. Sa
- longueur totale eft déterminée par celle de la ligne. On entortille la perche dans le tiers de fa longueur avec la ligne., & on l’arrête fortement, afin que fi le bout delà ligne venait à fe rompre , le poiffonne fe perdit pas avec la ligne & l’hameçon.
- Pour pêcher au petit faut, on choifit les endroits où le courant eft le plus fort ; on préféré auffi les lieux où il y a de l’ombre , ceux où l’eau eft trouble, ceux où quelques petits brifans agitent la fur face de l’eau. On n’obfèrvé poinc toutes ces précautions pour pêcher au grand faut.
- L’heure eft indifférente pour cette forte de pêche mais pour celle au petit faut, il: faut préférer le-matin & le foir. Le pécheur placé fur le bord de l’eau , jette l’hameçon contre le courant, auffi légèrement qu’il peut ; & le laiffant defeendre fuivant le fil de l’eau , il a foin que l’amorce foit à moitié dans l’eau , comme le ferait l’infecte qu’ellè-repréfente;
- Si le poiffon mord’,, on ne doit pas être-furpris de le Sentir fe jeter avec impétuo-fité fur l’hameçon r comme fur fa proie. Ce fera*le moment de tirer ; mais il ne faudra-, pas tirer trop fort, fans quoi il arrive que le fer refte & fe perd avec le poiffon , ou-qu’il faute en l’air & retombe dans l’eau. Si: la truite eft greffe , il faut la fatiguer dansi l’eau , & l’entraîner enfuite. infenfiblement: vers le rivage.
- Si le poiffon a manqué l'hameçon , &que: le pêcheur ait été trompé par le mouvement: qui s’eft fa# dans l’eau., il faut tout de fuite-rejeter l’hameçon vers le même endroit-. Si le poiffon n’eft pas bleffé, il reviendra infailliblement ; mais s’il a reçu quelque bief-fure, comme cela arrive très-fou vent, alors
- Qui fernel eft Iccfus fallaci pijcis ub hama u Omnibus unca cibis ara fubcfe putat.
- G V I.OI US..
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- Sec t. L De la pêche aux hameçons. 11 f
- dans la main; & c’eft mal-à-propos que certains pêcheurs nomment canattes ou canettes, quelques-unes de ces façons de pêcher.
- 634. Il y en a qu’on nomme fldentaires ; 8c d’autres qu’011 appelle flottantes y parce que les hains font attachés à des corps flotta 11s. Nous nous propofons de parler des unes & des autres, & nous allons commencer par les pêches qu’on nommefédentaires.
- Des bricoles tendues au bord des rivières efl des étangs,
- 6%*). Les bricoles font de longues lignes terminées par un hainamorcéy ’& qui, au lieu d’être attachées à une perche, le font au bord de l’eau à une branche d’arbre,' ou à un pieu qu’on enfonce à portée des endroits où l’on juge que le poiflbn fréquente.
- 636. Quand on veut tendre des bricoles ( pl. lV,fig. 1, H), on évite de les placer trop près des forts herbiers, ainïi que des arbres dont les branches tombent dans l’eau; car le poiflbn qui fe fent piqué s’agite ; & tournant de -côté & d’autre , il pourrait s’y engager de telle forte qu’on romprait la corde
- l’hain plutôt que de l’en retirer. Ainfi on perdrait la ligne & le poiflbn , fur-tout fî c’était une anguille.
- 637. On amorce les hains pour cette pêche comme pour celle à la perche.
- 6*3 8* Lorsqu’on a reconnu l’endroit où l’on veut tendre , 011 attache un
- liege à la ligne H, à trois ou quatre pieds de l’hain , plus ou moins, fuivaiit la profondeur de l’eau ; & ayant ployé la ligne en entrelas q ( flg. 3 ) autour du pouce & du petit doigt, on la pofe ainfi ployée fur le plat de la main droite * & on met par-delfus le liege & l’hain garni de fon appât'; puis retenant avec la main gauche le bout de la ligne oppofé à l’hain, on jette de toute fa force l’hain & la ligne, pour que l’appât fe trouve à l’endroit qu’on juge être le plus favorable. Alors on attache le bout de la ligne, qu’011 avait retenu dans la main gauche , à quelque branche d’arbre , ou à un piquet qui fe rencontre au bord de l’eau.
- 639. J’ai déjà averti qu’on peut en beaucoup d’occafions fe fervir-, au lieu de liege,d’un morceau de bois bien fec, ou d’un petit fagot de rofeaux pliés en pluljeurs doubles (pl. IF^flg. 3 r); & des raifons d’économie engagent fouventles pêcheurs à fubftituer ces chofes communes à du liege , qui forme un objet de dépenfe quand on en fait un grand ufagè.
- <540. On tend quelquefois le long d’une riviere, ou au bord d’un étang, vingt ou trente bricoles femblables à celle dont nous venons de parler; & on tient lès lignes de différentes longueurs, pour que les hains ne fe raflemblent pas en un même endroit.
- 641, L’heure la plus convenable pour tendre les bricoles, varie fuivant les
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- T R A I T E.' DIE S, RECRE®
- différentes faifons. En étéc’ëffentre trois ou quatre heures après raidi durant l’hiver, entre deux ou trois heures. On les releve le lendemain matin-, furies huit à neuf heures. Plulieurs poiffons mordent auffi bien lé matin que le foir.
- 642. Ce que nous venons de dire convient pour tendre lesJbricoles dans les eaux dormantes, ou dans celles qui ont peu de courant mais dans les rivières un peu rapides, il faut d’autresprécautions, parce que le courant rapprochant les hains le long du bord, ilsfe trouveraient dans .un endroit où le poiffon ne fréquente guère , fur-tout quand il y a.peu d’eau. En ce cas on attache à la ligne , à fept ou huit pieds de l’hain, une pierre groffe comme un œuf de dinde, enforte que le liege foit entre l’hain &la pierre. Il eft fenfible que cette pierre qui tombe au. fond de l’eau-, empêche la ligne de s’approcher du bord ,..& que le liege qui s’élève, foutient l’hain entre deux eaux.
- 643. Au refte, on trouve un grand avantage à fe fervir d’un bateau-pour tendre les.bricoles dans-les . eaux courantes ; car il ferait difficile, en jetant la ligne, de placer convenablement l’appât', le liege &k pierre. On doit néanmoins compter que, .s’il y avait beaucoup d’éau auprès des bords d’ime riviere, on pourra très-bien placer des bricoles à portée des crônes & des herbiers : car plulieurs poiffons fréquentent ces endroits. ..En ce cas, on ne tient pas les lignes fort longues ornais pour que les poiffons puiffent s’éloigner des herbiers quand ils fe fentent piqués , il faut avoir autant de petites fourchettes de bois S (pl. IV, fig. .3 ) qu’on a de bricoles à tendre. Il fuffit que les branches de ces fourchettes aient quatre à cinq pouces de longueur la partie d’où elles partent, trois à quatre. On entrelace une grande partie de la ligne autour des branches de la fourchette : après la derniere révolution, on paffe la ligne dans une fente qui eft au .bout des branches j enfin on arrête cette fourchette à-quef-que pieu.. Quand un poiffon qui fe fent piqué veut s’enfuir, il fait effort fur la ligne , il la dégage de la fente , les entrelas de la ligne fe défont j.& le poiflcn pouvant faire bien du chemin, s’écarte ordinairement des crônes & des herbiers. Si cependant il s’y engageait de forte que l’on crût ne pouvoir pas le tirer à terre, il faudrait effayer de lever la ligne avec un batelet; Ik en fuivant au traversées herbiers la diredion de la ligne,.011 tâcherait de prendre lepoif-, fon avec une fouine , .ou avec un trubleau -p (pi. IR, .fig. 3 ).
- 644. Mais il faut avoir eu foin de bien attacher la ligne à la fourchette 5 & la fourchette au pieu, qu’on fuppofe au bord de l’eau : fans quoi, .on courrait rifque de perdre le poiffon & les bricoles.
- 64). Dans la Méditerranée , où il n’y. a point de marée , quelques pê~. cheurs pofent des bricoles au bord de la mer ; mais fur l’Océan , le flux & lep reflux mettent .en état d’employer d’autres moyens : nous en parlerons dans la fuite.
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- S'fct: I De la pèche aux hameçons. rvp
- Désignés Jîmples & dormantes, attachées à la circonférence d’un cerceau
- 646. On varie beaucoup la façon de tendre des hains & des lignes don-mantes,
- 647. Les pêcheurs dans les eaux douces attachent quelquefois autour d’um cerceau (pi. VI , fig. 6) un nombre de lignes ou de piles, qui portent des-hains amorcés5 ils mettent fur ces lignes, à une petite diftance des hains,. de petits morceaux de plomb pour les faire entrer dans l’eau ; & ils attachent: au cerceau des flottes de liege b, pour qu’il fe tienne fur l’eau. On place auffi à la circonférence de ce cercle trois cordesc, qui fe réunifient end, comme les: cordons qui Ibutiennent un plateau de balance. Il y a encore à ce point de: réunion une flotte de liege. Enfin on met quelque part à la. circonférence duk cerceau une corde e, qu’on attache au bord de l’eau à un piquet g", pour que: le cerceau refte à la place où on l’a pofé, à portée des herbiers ou des crânes ; en un mot, dans les endroits où l’on fait que le poiflon fréquente..
- 648. Les pêcheurs tendent leur cerceau le foir, & ils le vifitent le lendemain un peu après le foleil levé.. S’ils appèrçoivent du poiflon qui foit pris , ils. approchent le cerceau du bord, en tirant la corde e qui eft attachée au piquet gi & avec une gaffe/, ils.le fou lèvent par les cordes d, pour le porter-tout-à-fait à terre. Ils détachent enfuite le poiflon ; obfervant, félon fa grofi. feur, les précautions que nous avons rapportées en parlant de la pêche.à læ. perche. Enfin ils remplacent les appâts qui manquent., & ils remettentle cerceau à l’eau pour continuer.leur pèche..
- Des lignes dormantes, attachées à un plomba
- 64p. Ces lignes fédentaires, au lieu d’être attachées à un corps flottant",-, font amarrées à un corps pefant qui tombe au fond de l’eau.
- o. Les pêcheurs ont un plomb (/>/. VI, fig. 7 ) qui eft percé à fa pointe,.ou qui a en cet endroit un anneau, auquel 011 attache une ligne b qui porte au bout oppoféau plomb une flotte de liege c, ou un petit fagot de ro-feaux fecs; Ce lignai fert à trouver la corde, au moyen de laquelle on retire le-plomb. Autour de ce plomb font des lignes de crin ou des empiles e, qui portent des -hains- d ; & l’on ajufte à chaque ligne un petit morceau de liege, pour que les hains n’entrent .pas dans.îa vafe. Il eft bon que les lignes foient de différentes longueurs-•
- . 1. Le foir,. deux Heures avant le foleil couché , on cale le plomb au;
- fond de l’eau *..& on le retire le lendemain deux heures après le foleil levé.
- 652. On voit que le plomb fournit un point fixe qui réfifte au courant, & qui retient toutes les.lignes. , qu’il ne faut pas mettre en auffi grand nombre.;
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- TRAITE1 DES PECHES.
- îig
- qu’elles font repréfentées dans la figure 7, fur-tout quand on tend dans unse eau courante, afin que les hains ne s’emmêlentpoint les uns avec les autres.
- D'une pêche avec des lignes dormantes, qui fie pratique en Bretagne, de celle que les Provençaux appellent à la fourquette.
- 6<) 3. On fait à la merdes pêches afiez approchantes de celle dont nous venons de parler.
- 6<) 4. Sur les côtes de Bretagne, quelques pêcheurs attachent au bout d’une corde AB (pl. Vl^fig. r2) un morceau de plomb C, qui a une forme alongée & un trou à chaque bout. Un de ces trous fert à attacher le plomb à l’extrémité de la ligne AB , qui a vingt ou trente braifes de longueur , plus ou moins, fuivant la profondeur de l’eau. En D , environ une brade au-delfus du plomb 9 eft attachée quelquefois une.pile E, longue à peu près d’une brade ; & au trou qui eft à l’autre bout du plomb C , on amarre deux ou un plus grand nombre de piles F, qui font de différentes longueurs. On pêche avec ce plomb entre les roches; & les poiftons qu’on prend le plus communément, font des congres , des crabes , des homards (iff) , & d’autres poidons faxatiles.
- La ligne qu’on appelle dans la Méditerranée àfiourquette (pl. Vfifig. 9 ), eft une croix de fer ou de cuivre a, qu’on attache au bout d’une longue ligne ou corde b, à l’extrémité de laquelle eft une bouée c ; & aux bouts de chaque bras de la croix, font attachées nombre de piles d, garnies d’hains. On defcend cette croix au fond de la mer. La bouée c, qui eft au bout de la corde oppofé à celui qui tient à la croix , fert à reconnaître où elle eft, quand on veut la retirer de l’eau pour prendre les poidons qui ont mordu aux appâts. Ce font ordinairement dès poilfons plats.
- Pêche peu différente des précédentes, & que les Provençaux nommekt
- couffe de palangre.
- 6^6. Dans le fond de la Provence, du côté de Nice , il y a des pêcheurs qui ajuftent des hains & lignes d au bord d’un panier æ, qu’ils nomment coufifire ( pl. VI, fi g. g). Ils fufpendent ce panier comme un plateau de balance, par trois cordes b, qui fe réunifient à une feuler, laquelle a vingt-cinq ou trente brades de longueur, & qui eft terminée par une bouée. Ils rempliifent de pierres ce panier, & le defcendent à une grande profondeur en mer. Us le retirent de te ms en tems pour prendre le poifion, qui eft des mêmes elpeces que celles qu’on prend avec la fourquette.
- (155) Les crabes & les homards ne font pas des poifions.
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- S e g t. L De h pêche aux hameçons, i 19
- De la pêche avec l'archet,
- <5^7- On Elit entre les roches,, fur les côtes de Poitou, une pèche que Ton: nomme Varchet, &qui eft peu différente de celles dont nous venons de parler. Ces pêcheurs prennent (pl. VI, fig. 13 ) une balejne ou un rotin, qu’ils plient connue GIH. La ligne MN dépaffe la partie circulaire, & porte à fon extrémité un plomb I, qui pelé deux ou trois livres. A chaque bout GH de l’archet font frappées une ou deux piles KL , dont chacune porte un hain.
- 6$ 8- On attache au bout N de la [ligne, un lignai fait avec un fagot de ro~ féaux 3 qui fert à la trouver quand on veut tirer de l’eau l’archet.
- ’ De la pèche dite potera.
- 6^9. A la côte de Valence * depuis le mois de feptembre jufqu’en janvier* on pèche les 'calamars avec une ligne qui eff finguliérement ajuftée, & qu’on nommepotera. Deux ou trois hommes vont avec un bateau à demi-quart de lieue en mer, fe portant à un endroit où il y ait au moins fix ou fept braffes d’eau. Ils ont une ligne (pl. VI, fig. 10) d’environ vingt braffes de longueur,, au bout de laquelle eft une baguette longue de huit à dix pouces. Ces pêcheurs enfilent dans la baguette un petit poiffon qu’on nomme bogue , ou un leurre d’étain. Au-deffous eft un morceau de plomb pour faire caler la ligne y 8c ils attachent, à la baguette , au-deffiis du poiffon, des piles de différentes longueurs, où tiennent de petits hains fans appât. Les calamars qui viennent pour manger l’appât, s’embarraffent les jambes dans les hains ; & auffi-tôt que le pêcheur qui tient la ligne s’apperçoit qu’il y a quelque chofe de pris, il retire la ligne, détache le calamar , & remet la ligne à l’eau. Cette pêche fb fait la nuit.
- Article troisième.
- Des pêcïies quon fiait au lord de la mer fiur les grèves eu le fable , avec des
- Vignes fiédentaires,
- 660. Les pêches dont nous venons de parler, ne font guere dbiiage que3 dans les endroits où il n’y a point de marée. On ne les pratique fur les côtes de3 l’Océan qu’entreftes roches. Les pécheurs de ces côtes préfèrent de tendre des; lignes fur les fables & les grèves , dans les endroits où ils favent que la marée: montera. Ainfi , au* lieu de porter les lignes dans l’eau , on les tend à fec au: bord de fa mer ; & c’eft l’eau qui vient les chercher, & qui y amene le poiffon..
- 661. Avant d’entrer dans le détail des différentes façons de pêther fur les; grèves ou le fable, nous ferons remarquer qu’à certaines côtes v«feufes,lesj
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- TRAITE' DES PECHES.
- rso
- ‘pêcheurs fe fervent d’épines (i j6) au lieu d’hains de métal, prétendant que le poids du métal les ferait entrer dans la vafe , au lieu que la légéreté des épines lait que les appâts relient expofés à la vue du poilfon. Nous avons déjà fait remarquer qu’un petit corceron de liege rendrait les hains de métal alfez légers pour les foutenir au-delfus de la vafe. La vraie faifon de cueillir les épines eft l’automne, lorfqu’il a fait quelques petites gelées. Si on les prend plus tôt-, le bois n’étant pas mûr, elles font trop molles ; après-les grandes gelées, elles font feches & calfantes. Au refte, comme la pêche aux épines , qu’on appelle épinette, fe pratique de même que celle avec les hains de métal , j’entre en matière.
- De la pêche fur les fables & grèves-, nommée petite cabliere.
- 662. Nous commençons parla pèche qu’011 nomme êtente à lapetite cabliere, paree qu’elle ell des plus fimples.
- 663. Les femmes &les enfans, après s’être approvifionïiés d’appâts, ajuf-tentun hainaubout d’une ligne qui a environ une braife de longueur ; & quelquefois ils mettent, à lix pouces de cet hain , un petit corceron de liege. Ils ajoutent encore à l’autre extrémité de la ligne, un caillou gros comme un œuf de dinde-, ainfi qu’on le voit à la main de la figure 1 ,pl. VL Ils amorcent les hains avec des vers marins, ou des loches, ou des crabes poltrons, qu’ils déchirent en plufieurs morceaux pour en faire une moindre confommatiom Les peres , les meres & les enfans portent fur la greve ou le fable, un grand nombre de lignes ainfi dilpofées, qu’on nomme petites cablieres, parce que les pêcheurs appellent cablieres les pierres qu’ils emploient pour faire caler leurs cordes ou leurs filets.
- 664. A mefure qu’011 apporte les lignes au bord delà mer, les femmes âgées & faibles (fig. ï ) ,’ mettent des cailloux aux hains qui en manquent ; & les hommes (fig. 1 ), ainfi que les femmes robuftes, font avec des louchets ou des pellots de fer , de petits trous dans le fable pour recevoir les cailloux qu’on a mis à un des bouts des lignes. Celui qui tient le louchet, les recouvre de fable, qu’il alfermit avec fonpied, de forte que la ligne & l’appât relient couchés fur le fable.
- 66f. On en tend ainfi une grande quantité le plus près que l’on peut de la lailfe de balfe mer.
- 666. A mefure que la matée monte , l’eau couvre toute la greve ; quantité de
- J’ai déjà obfervé que les hains aifétnent, & fefauvent, portant dans le>:r -d’épine ne font guere propres à 1’ufage corps l’épine qui les fait périr, qu’on en attend. Les poiflons les brifent
- poilfons
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- S e c t. I. De la pêché aux 'hameçons. ' , ias
- poisons fuivent Ton courant, étant attirés par une grande quantité de petits poiffons & d’infe&es qui fe trouvent à ces endroits. Les poiffons qui rencontrent les appâts qu’on leur a préparés en abondance , fe jettent deffus, fe prennent aux hains ; & la mer étant retirée , on les trouvé fur le fable ^fig. 4 ).
- 667, Cette pèche fe fait toute l’année fur les grèves & les fables fort étendus : mais elle ne fe pratique point fur les vafes molles.
- 66%. Les demi-vives eaux font plus favorables pour les pêches qu’on fait fur les grèves, que les grandes vives eaux ; parce qu’aiors l’eau de la marée ayant un courant fort rapide ,‘le poilfon qui eft venu à la côte n’y peut tenir : au lien que quand les marées font plus faibles , le poilfon qui atterrit ( pour parler comme les pêcheurs ), ayant monté avec le flot, féjourne quelque-tems fur les grèves , & ne retourne à la grande eau qu’à la fin du jufaut 5 ce qui lui donne le tems de mordre aux appâts.
- Des cordes dormantes & fèdentaires, chargées de lignes ou de piles, & tendues fur le fable ou grève au bord de la mer.
- 669. Nous avons hélïté fi nous mettrions ici cette façon de pêcher, parce
- qu’étant faite avec une maîtreffe corde chargée de lignes , il fenible qu’il aurait été à propos de la renvoyer à l’endroit où nous parlerons des grandes pèches à la mer :' mais -comme cette pêche fe fait au bord de la mer fur les fables & fans bateaux, nous avons pris le parti d’en parler ici, d’autant qu’elle diffère très-peu de la petite cablierej car ce n’eft que pour multiplier les hains, & abréger le-tems de; les tendre far les fables & grèves, qu’on a imaginé d’attacher les lignes dediftance emdiftance, fur des cordes plus ou moins groifes & plus ou moins longues , fuivant l’elpece de poilfon qu’on fe propofe de prendre. ^ * c
- 670. La principale- corde AB (pl. FI, f g. 11 ) fe nomme dans l’Océan maîtreffe corde., & dans la Méditerranée le mefre de palangred Dans l’Océan, les cordes latérales CD, fej nomment lignes ou lanes quelquefois piles ou empiles , quand les hains y"font immédiatement attachés -, comme E : car les termes de piles ©iv empiles conviennent - parti c uliér em ent 'à la ligne qui attache Phain , & qui eft différente de la ligne qui tient à la maîtreflè corde. Mais les hains font fouvent immédiatement attachés aux lignes latérales, qui alors font folfice d’empilesy & en prennent fouvent le nom. Les empiles font doubles ou ovales , & quelquefois fimples. Les lignes latérales fe nomment Tuffeaux dafts la Méditerranée. Une maîtreffe corde, garnie de lignes latérales, le • nomme^èjy quelques endroits ’baujfe ; ailleurs, appela ; en Provence, langre.
- 671. Pour certaines-pêches, on charge la maîtreffe corde de cailloux E
- Tome F. CL
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- im.
- T R Al TE' DES TEC H E S,
- (lpl\ VI,fig. il ), qu’on met de diftance en diftance. Pour d’autres pèches,. 011 met fur cette corde des flottes de liege. Enfin, on attache quelquefois au bout deJa maîtreffe corde A B de groffes pierres percées H,qu’on nomnie ça-blieres. Nous rappelions ces diflerens noms que nous avons déjà définis ailleurs , pour que ces différentes dénominations ne caufent aucun embarras. Je vais maintenant en faire ufage.
- Des pêches qu’m fait fur lès grèves avec, des bauffes enfouies dans le fable.
- 672. La pèche dont nous parlons, différé peu dé celle quieft dite à la petite cablicre. Au heu d’amarrer au bout de chaque ligne un caillou qu’on enfonce dans le fable, les pêcheurs attachent à environ une braffe les unes des autres, des lignes ou des piles fiir une maîtreffe cordé, comme on le voit,/?/. VI, fg. 2. Ils portent au bord de la. mer ces bauffes avec les hains amorcés ; puis avec un louchet ou pellot de fer, iis. font dans- le fable ou la greve un fillon feulement de trois ou quatre pouces de profondeur*. dans lequel ils couchent & étendent la maîtreffe cordé,.en rempliffant. le fillon avec le fible qu’ils en ont tiré ; de forte qu’il n’y a que les 1 ignés.les hains amorcés qui relient couchés fur le fable.
- 673.. Pour cette-façon dé pêcher, il en Goûte aux pécheurs fa maîtreffe corde,., qui eft ordinairement mauvaife. Mais la tente des lignes fe fait plus promptement j;c’eft le feul avantage qu’elle ait for la petite cablierè.
- De la pèche à la bauffe fedentaire,. qu’’an tendm Bord de la mer avec de grojfes eablieres...
- 674;. Quelques pécheurs tendent encore plus promptement leurs cordes chargées d’empiles,.qu’en foivant-la méthode dont nous venons de parler dans les paragraphes 672,673. Pour cela,au lieu d’enfouir la maîtreffe corde dans le fable, ils. attachent à chaque bout de cette cordé une groffe pierre ou cabhere ,.&.ils étendent fur la greve cette corde chargée, de lignes. Les cablie-res fofïifent: pour empêcher que le courant de. la marée, n’entraîne, la corde , for-tout quand lagreve eft peu inclinée.-,
- Têche appellée arondèlle harouelle, aux environs de] SmnUErieuc
- 67^.. Gette pèche fe fait avec une corde pas tout-à-fait groffe comme le? petit doigt:, & d’environ vingt-quatre braflès de.longueur, à laquelle on atta* -che de deux en deux bradés un fil à voile ou gros fil retors, qui excédant: également la maîtreffe.corde des deux côtés ,.produit une elpeçe de croix, j
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- 'S e c t. î. De la pêche aux hameçons.
- dont les bras qui font formés par les lignes , ont à peu près une braife de longueur. À chaque extrémité de ces lignesfines , font attachés de petits hains.
- 676. Les pêcheurs tendent ces cordes fur le fable ; & au lieu de les arrêter par des cablieres ,-ils amarrent les deux bouts de la principale corde à deux piquets qu’ils enfoncent dansie fable.
- 677. Toutes ces façons de pêcher reviennent au même. Lorfque la mer eft retirée, on trouve fur le fable le poiiibn qui a mordu auxappâts (fig. 4).
- De la pkhê qu'on nomme tente fur pâlots ou piquets, qu'on fait ait bord de la, mer fur les fàbks & grèves„
- 67%. Pae. toutes les façons de pêcher dont nous avons parlé dans les paragraphes précédens, ainfi que par toutes celles où l’on alfujettit les hains au fond de la mer , on ne prend guère que des poiifons plats & des cruftacés, qui ne quittent pr efque pas le fond. Lorfque les pêcheurs veulent prendre lés poiifons ronds qui nagent’entre deux eaux, au lieu d’alfujettir leur corde au fond de l’eau, ils la tendent fiir des piquets ou pâlots. Pour cela ,'les pêcheurs portent au bord delà mer, e>u peu à peu fur leur dos, ou avec des chevaux, de longues cordes, garnies de piles & d’hains, avec des piquets de trois, quatre ou cinq pieds de longueur. A coups de maiilet, ou de malle:, ils enfoncent les piquets dans le fable; ou le tuf même, entre de petites roches , feulement à la profondeur nécelfaire pour qu’ils foient bien alfujettis i car ils doivent s’élever de dix-huit à vingt pouces fur le fable ? & quelquefois de trois à quatre pieds, fuivant l’épaiifeur de la nappe d’eau que la marée rapporte.
- 679. Lorsque le fond eft dur , on prépare les trous avec un barreau de fer pointu , que l’on appelle pince.. Quelquefois, pour mieux alfujettir les piquets , on enfonce à leur pied des chevilles , ou quand les fables font mouvans, 011 garnit la pointe des piquets avec de petites torches de paille ou d’herbe feche, qu’on entortille autour de la partie pointue , & qu’oii arrrête avec de la ficelle : alors il faut préparer le trou dans le fable avec un louchet; & lorf-qu’on a comprimé le fable au pied des pâlots, ils font fufEfàmment alfujettis.
- 680. Les piquets ou pâlots étant fermement alfujettis dans le terrein ,
- ks pêcheurs tendent leur corde en faifant une demi clef fur la tête des pâlots, de façon que les hains pendent ’fcn-bas \Jig. 11 ) , jufqu’à ce que la mer ait-alfez monté pour les faire flotter. ;
- 681. On fait donc cette , tente , de mer bafle ; & l’on détache le poilfon à
- Bielure que la mer fe retire. On fe met pour cela dans l’eau jufqu’au genou, afin de prévenir que les crabes, lés homards & autres poilïbns voraces ne dérobent le fruit de la pèche. Cette précaution eft fur-tout importante pour les pèches qu’onfait en étéparce qu’alors les cruftacés s’approchent beaucoup de la terre. Q. i j
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- TRAITE DES PECHES.
- 6%2. Dans les fonds de roche ou de tuf dur, ou fait ordinairement les piquets plus forts ; on les enfonce avec Une malfe, & on les affermit avec des chevilles,. Au moyen de ces précautions » le propriétaire jouit plufieurs années de fes pâlots , fi on ne les vole pas. Quand on tend les cordes fur des pâlots élevés, on craint moins 3a rapine des cruftacés. Aux côtes de Valence , les pécheurs font obligés de tendre leurs cordes fur des piquets aifez longs ; i°. parce qu’ils ne peuvent pas les tendre fur les vafes ; 2°. parce que les poiflbns qui relieraient fur les vafes, feraient bientôt dévorés par les crabes, les araignées, &c.
- 6B3. L’été eft la faifon la plus favorable pour faire les pèches au bord de la mer, attendu qu’en hiver, lorfque l’eau devient froide , les poilfons fe retirent daiis.la grande eau. Mais auffi c’eft pendant l’été que les pécheurs redoutent le plus, les poilfons voraces.
- Cardes qu'on nomme de pied, dans le Boulomïs.
- 684. C.E font des bauffes chargées de lignes fémblables à celles dont nous-avons parlé- On les tend fur le fable au pied des falaifes. Chaque pièce a cinq ou fix braifes de longueur, & les lignes latérales font àune bralfe les unes des autres. On enfouit la maîtreife corde dans, le fable à la profondeur de trois ou quatre pouces. Comme les piles portent un petit corceron de liege, l’eau de la marée îbuleve les piles & les fait voltiger de côté & d’autre. Quoiqu’il foit à préfumer que l’on prendrait à cette pèche plus de poilfon dans les tems de chaleur que par le froid, on nela pratique point durant l’été , parce que tout le poif-fon qu’on aurait pris, ferait dévoré par les crabes, les araignées , les bourbes , qui dans cette faifon fe portent en grande quantité à la côte. On voit que cette pèche différé très-peu de celle dont nous avons, parlé au paragraphe 669 & fuiv.
- Article q_ u a t r i e m e.
- Des pêches qu on fait avec des lignes Jîmples qui ne font pas fédentaires.
- 68 V Les pêches dont nous venons de parler dans l’article précédent, rte conviennent véritablement que fur les fables & les grèves ; & l’on ne peut.les pratiquer que dans les ports de l’Océan, où la marée monte. Il faut, dans la Méditerranée & dans les étangs qui communiquent avec elle, fe fervir de bateaux pour tendre les lignes dans- l’eau, C’eft de ces différentes façons de pécher que nous allons parler maintenant.
- 686. Les pèches, qu’011 nomme à la couffe de palangre yà Varchet, à la four* quette, la potera > &ç. dont nous avons • traité plus haut,. font à peu près du
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- Se c t. I. De la pêche aux hameçons» iz%
- genre de celles dont il s’agit ici. On pourra donc confuïter ce que nous en avons dit dans l’article fécond.
- De kt pêche qu'on appelle en quelques endroits au doigt, & quife fait avec une ligne fimple Ê? fans canne.
- 687* IL eft bon de remarquer que la principale différence qu’il y a-entre cette façon de pécher & celle qu’on fait avec des perches dans un petit bateau , confifte en ce que, quand la ligne eft attachée à une canne, elle ne peut avoir qu’une longueur médiocre j au lieu que la ligne qu’on tient à la main * peut avoir douze , quinze ou vingt braffes de longueur.
- 688* Il y a des ports de mer, & notamment à la côte de Valence, où l’on pèche avec une ligne fimple fans employer de canne. Pour cela, deux hommes s’embarquent dans un petit bateau la nuit au clair de la lune, tenant chacun à la main une ligne, au bout de laquelle font des hains amorcés. Us tirent la-ligne à bord, quand ils fentent qu’il y a quelque chofe de pris. Cette pêche fe fait depuis le mois d’avril jufqu’à celui de feptembre , lorfque la mer eft calme. Us y prennent particuliérement des oblades. Ces bateaux s’écartent peu de la côte.
- 689* On fait à la côte-de Guinée une pèche à peu près femblable. Sa principale différence confifte en ce qu’au lieu de tenir la ligne à la main, les pê«* eheurs en entourent leur front ; au moyen de quoi ils s’apperçoivent bientôt kmfqu’il y a du poiifonpris. Us ont les deux mains libres, pour s*en fervir à conduire leurs bateaux.
- Pêche nommée boîantin, à Ta cote de Faïence.
- 690. Trois ou quatre hommes fe mettent dans un petit bateau , & vont jufquà quatre lieues au large chercher quarante braffes d’eau, tenant chacun à la main une ligne de cinquante braffes de longueur, au bout de laquelle font attachés avec des empiles trois ou quatre hains amorcés de chevrettes, avec un plomb pour faire caler la ligne. Ils font cette pêche toute l’année, par toutes fortes de tems, pourvu qu’ils puiffent tenir la mer. Elle le fait de jour 5. & les poiffons qu’ils prennent le plus communément, font des pajets ( 15.7}* Cette pèche différé peu du libouretdont nous parlerons dans la fuite..
- ( t ç 7 ) Sparus Erythritms} LîNN. JT- pas dans les auteurs que fe fuis à portée cfe gnore le nom allemand, & je ne le trouve confuïter».
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- i3s TRAITE' D ES P E C H ES
- I
- De la pêche du germon (r 8) woec une ligne Jirnple.
- 691. On fait à l’Isle-Dieu la pêche du germon avec des lignes (impies de •vingt-^cinq à trente bralfes de longueur, & de (ix lignes de circonférence, faites de bon fil fin. Au bout de cette ligne, on attache avec une empile un hain de fer étame , prefque de la même grolfeur que la ligne. On va à cette .pèche dans des bateaux.
- Pêche de la morue avec des lignes fimples.
- 692. La. pèche de la morue eft une des plus grandes & des plus intéreflantes qui fe falfenf à la mer: c’elt pourquoi nous nouspropofons de la traiter fort en détail dans un article particulier. Mais comme elle fe fait avec des hains & des lignes (impies, nous avons cru 11e pouvoir pas nous difpenfer d’en dire lin'mot préfentement.
- 693. Quand un vaiffeau eft rendu au lieu où le capitaine fe propofe de s’établir pour la pèche de la morue deftinée à être fichée , on mouille l’ancre dans une anfe qui forme, autant qu’il eftpoflible, un bon abri. On établit à terre l’échafaud pour la préparation du poiflbn ; puis on arme des chaloupes , dont le nombre eft proportionné à la force de l’équipage. Toutes partent le
- ..matin pour leur pêche, qui fe fait avec une ligne (impie qu’on tient à la main. Cette ligne eft chargée d’un plomb, & elle porte au bout un hain amorcé.
- 694. Quelques chaloupes, armées aulli de quatre ou fix hommes, ne pèchent point: elles font deftinées à faire 1 ebatelage-, c’eft-à-dire , à prendre le poiifon des chaloupes pècheufes , pour le porter à l’échafaud, &à fournir des hains & des appâts aux pécheurs qui en manquent.
- 69$. La pèche de la morue qu’on nomme verte ( H9), fe fait auffi avec des lignes (impies, mais prefque toujours hors la vue de terre : & les pêcheurs font dans leur navire qu’ils ont dégréé, 11e confervant qu’un petit mât& une feule voile pour fe foutenir contre la lame. Nous avons déjà prévenu que nous parlerions ailleurs de toutes ces chofes fort en détail.
- UJe la pêche du thon à la ligne fimple.
- • 696. Les pécheurs de Biarritz & de Bidor, entre Bayonne & Andaye, vont
- jufqu’à dix lieues en mer , avec des hains de forme particulière & des empiles de métal. Au refte, leurs lignesfont (impies , & à peu près dilpofées comme celles qu’on emploie pour la pèche de la morue.
- (içg) Efpece de bonite, f (159) C’eft la plus grofle efpece de morue.
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- S e g t. I. De la 'pêche aux hameçons.. 127
- De la pêche à la ligne fimple, dans de fort petits batelets.
- 697. Sur les marais falés de Cette en Languedoc, tandis qu’un homme entre dans un petit "bateau qu’ils nomment barquette, fou compagnon, o\r Les compagnons, s’il y en a plufieurs, tiennent à la main une ligne garnie: de plufieurs hains 3 ils la retirent quand ils fentent que quelque poilfon a* mordu.
- 69 8- De même à la Guadeloupe, trois hommes fe mettent dans un petit-canot fort court 3 deux nagent 3 le troifieme gouverne, & tient en même tems uneligne qui a quarante ou cinquante brades de longueur, au bout de Iaquellej font plufieurs bains empilés avec du fil d’archal. Cette pêche fe fait depuis la pointe du jour jufqu’à dix heures du matin. Ils prennent communément des tazars, des bonites, &c.
- 699.- La même pêche fe fait encore dans la baie de Kola(i6o). Deux ou trois Rudes vont dans un petit bateau à la pêche du cabillaud, avec des lignes fimples de la grodeur d’un tuyau de plume à écrire, au bout de chacune defb quelles efi: un hain garni de fon appât.
- 700.. Comme cette façon de pêcher efi fort fimple, il ne faut pas être furpris dé. la voir pratiquée en beaucoup de* différons endroits..
- Pêche aux lignes fimples avec de petits radeaux:,
- 701. Les voyageurs rapportent qu’en Chypre les payfans voifins de la mer rademblent des brins de fenouil bienfecs, de cinqàfix pieds de longueur, qu’ils lient lès uns aux autres pour en former_des efpeces de petits radeau# quun homme feul conduit le long de la côte, ayant attaché des lignes autour.' de ce radeau 5 & qu’ils prennent ainfi quantité de petits poiflbns..
- Pèche dite au cati/naràn, avec des lignes fimples..
- 702. Nous liions- dans des livres de voyages, que depuis Mafulipatan ju£-qu’à Madras , les pêcheurs prennent des raies , des mulets & d’autres poiiîbns avec des lignes fimples qu’ils attachent à un catimaran , qui efi: une elpece de. radeau fait avec trois pièces de bois léger, qui font alfemblées en triangle.. Deux hommes nus les conduifent avec des pagayes-. Pôur peu que la mer fbit grolfe , ces pêcheurs font prefque toujours dans l’eau.
- 703;. Nos mers font trop agitées & l’air trop froid , pour qu’on puilfe s’ÿ lèrvir de pareils radeaux. On yiiippléepar de fort petits bateaux..
- (1 x5o) Dans la Laponie Ruffienne.-.
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- m TRAITE1 DES PECHES.
- Pêche fur des étangs avec des corps flottans.
- 704. Quand ou pèche dans un étang où il y a beaucoup de poiflon, & fur-tout du brochet, 011 peut, lorfqu’il fait du vent, attacher à une veffie remplie d’air, ou à un fagot derofeaux fecs, ou àuiie bouée deliege , une ligne garnie d’hain?' amorcés. On attache de plus une ficelle , 011 corde menue, à ces corps flottans ; on les met fur l’eau ; le vent, les porte au large avec les lignes qui y font attachées, & 011 file la corde. Quand on s’apperqoit que les poiflons font pris, ce qu’on recouvrait aux mouvemens de la vellie, ou des autres corps légers nommés ci-delfus, on tire la ficelle, & 011 amene les poiflons à terre.
- Pêche du même genre, qu'on fait pour fe divertir.
- 70?. On attache des hains amorcés aux pattes d’un canard ou d’une oie, qui nageant fur T étang, les préfente aux poiflons: & s’ilfe rencontre un gros brochet qui morde aux appâts, on voit un combat amufantentre l’oifeau& le poilTon. Mais , pour 11e pas perdre l’un & l’autre, il faut avoir paifé fous les ailes du canard une ficelle dont on conferve le bout à terre.
- CHAPITRE TROISIEME.
- Des grandes pêches aux cordes garnies de lignes & d'bains, qu'on fait dans les rivières, les étangs & à la ?ner.
- 706. ISious avons déjà parlé, dans le chapitre fécond, des bauflfes ou cordes garnies de lignes, à l’occalicm des pèches qu’011 fait au bord de la mer ' fur les fables & grèves.
- 707. Nos le&eurs fe -rappelleront que, pour tendre à la fois une grande quantité d’hains, on a imaginé d’attacher à une longue & principale corde un nombre de lignes qui portent chacune un hain. Mais jufqu’à préfent on n’a vu faire ufage de ces bauflfes que pour de petites pêches qu’on fait pref-que fans bateaux fur les fables au bord de la mer. Nous nous propofons maintenant d’expliquer comment on eft parvenu à fairè avec ces bauifes de» pèches plus confidérables, foit dans les eaux douces, foit en mer; & pour mettre en état de mieux comprendre les détails où nous allons entrer dans les articles fuivans, nous commencerons par prévenir qu’il y a en général trois
- faqons
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- S e c t. I. De la pèche aux hameçons.
- façons de tendre ces cordes; favoir, en les établiifant fur le fond de la mer, ce qu’on nomme tendre par fond ; en faifant enforte que les bauffes flottent entre deux eaux, plus ou moins près de la fuperficie de la mer ; enfin, en les établiifant de façon qu’elles décrivent une ligne oblique depuis le fond de la mer jufqu’à la furface.
- 708. Pour la première méthode , qu’on nomme pêcher par fond, on met à la corde une fuffifante quantité de pierres pour la faire caler. O11 prend à cette pèche particuliérement des poiflons plats, & différentes efpeces de crut tacés qui ne quittent guere le fond de l’eau.
- 709. Pour les poiflons ronds qui nagent entre deux eaux , on emploie la fécondé méthode, qu’on nomme dans quelques provinces la bélée. Afin de foutenir la corde entre deux eaux, 011 attache de diftance en diftance à la mat trefle corde, des flottes de liege ; & en ce cas les hains n’entrent dans l’eau que dépendamment de la longueur des lignes ou piles qui les portent. Si l’on veut que les piles enfoncent davantage, on attache les flottes à des lignes ou lanes, dont l’autre bout eft amarré à la maitrefle corde; & l’on tient ces îanes plus ou moins longues , fuivant qu’on veut que la corde entre plus ou moins dans Peau.
- 710. Quelquefois aufli, pour que les lanes foient tendues, on attache à la maitrefle corde quelques petits cailloux qui augmentent unpeufon poids, mais pas aflez pour faire entrer les flottes dans l’eau.
- 711. Les induftries dont nous parlons font importantes; car, comme
- nous Pavons déjà dit, non feulement il y a de£ efpeces de poiflons qui fe tiennent plus ou moins profondément dans Peau que d’autres, mais de plus, fui-vaut différentes circonftances, les mêmes poiflons fe trouvent tantôt plus près & tantôt plus éloignés de là furface. Par exemple, quand il fait froid, ils s’enfoncent dans l’eau, pour y chercher une température plus douce; & durant le chaud, ils font déterminés à s’approcher de la furface, pour y attraper des ipfectes & de petits poiflons qui font alors en grande abondance à fleur d'eau. • . ]•
- 712. Les, pécheurs les plus .expérimentés font fouvent embarrafles pour favoir à quelle profondeur ils- doivent aller chercher leur, proie. C’eft le cas où il convient de tendre la teflure obliquement, afin qu’elle fe prolonge depuis la furface de Peau jufqu’au fond'. De cette maniéré les appâts fe préfentent aux poiflons qui font diftribués dans cette grande épaifleur d’eau; & quand on eft aflez heureux pour rencontrer un banç de poiflons,011 fait une pèche très-abondante. C’eft un des principaux avantages de l’elpece de pêche qu’on nomme. traîner la balle.
- 713. Nous nous propofons d’expliquer fort, en détail dans les articles fui-vans , ces différentes façons de pêcher.
- Toqie V,
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- T R A I TE' DES TEC H E S,
- Article premier^
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- De la pêche aux cordes, qui fe fait dans les eaux douces & en mer 9 à une petite diflance de la côte.
- 714. Pour les pèches dont nous niions maintenant parler, 011 ne peut fe palfer de bateaux. Mais afin de 11e point interrompre l’ordre que nous avons fuivi jufqu’à préfent, il faut,après avoir parlé des pêches qu’on fait fur le fable, traiter de celles qui fe font dans les eaux douces & à la mer, allez près du rivage.
- Des cordes chargées de lignes, qtCon tend dans les rivières ou les étangs, & qiion nomme lignes dormantes.
- 715”. Sur une maîtreffe corde qu’on tient plus ou moins longue , fuivant l’étendue de la nappe d’eau où l’on fe propofe de pécher, on attache des lignes d’environ deux ou trois pieds de longueur, & qui font diftribuées dans toute l’étendue de la corde de trois en trois pieds. Ces lignes portent des hains qu’on amorce comme ceux des bricoles. Autant qu’on le peut, on emploie pour appâts , des vers de terre, & des chatouilles que nous avons dit ailleurs être des elpeces de petites lamproies.
- 716. On prend dans un petit bateau cette corde garnie de lignes & d’hains amorcés, & l’on va en attacher un bout à un pieu qu’on a enfoncé dans le fond, à un endroit où l’on juge que le poilfon fréquente, foit dans les rivières, foit dans les étangs.
- 717. On s’éloigne du pieu par degrés , en jetant fucceffivement à l’eau toute la longueur de la corde. Quand on eft au bout, on\y attache une pierre du poids de cinq à fix livres, & on la jette à l’eau.
- 718. On tend ces cordes le foir, deux heures avant le foleiî couché ; & 011 les releve le lendemain matin , deux heures après le foleil levé : mais il faut tendre ces lignes dormantes dans des endroits qui ne foient point embarraifés de pierres, d’arbres, ni de forts herbiers , pour qu’011 puiffe relever & prendre le poiifon avec plus de facilité.
- 719. On voit que cette façon de pêcher ne différé des bricoles, dont nous, avons parlé, qu’en ce qu’il y a un nombre d’empiles & d’hains dillribués le long de la corde; au lieu que les bricoles ne portent qu’un ou au plus deux hains à l’extrémité de la corde.
- 720. On prend à cette pèche, des barbeaux, des chevalines, des perches, &c. Si l’on tendait ces cordes dans un endroit où il y eût beaucoup d’anguilles, il faudrait faire les empilages avec du crin : & fi 011 fe propolait de prendre des
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- brochets, il conviendrait de les foire avec du laiton (pl. /, fig. S )•
- 721. Auprès de Ploufoc en Bretagne, on prend ainfi dans la riviere de Tréguier, des flans , des guilleaumes (161), &c. & dans d’autres endroits les différentes elpeces depoiifons qui s’y rencontrent.
- Des pêches par fond, que Von pratique à une petite dijlance des côtes,
- 722. On fait à une petite diftance des côtes, tant de la Méditerranée que de l’Océan , des pèches prefque femblables à celle dont nous venons de parler. Pour cela on prend une corde de vingt-cinq à trente brafles de longueur, plus ou moins , qui eft garnie de lignes longues de quatre à cinq pieds, & diftri» buées fur la maitrelfe corde à des intervalles à peu près pareils.
- 723. De diftance en diftance & dans toute fa longueur, 011 attache à cette maîtreife corde des cailloux, & à un de ces bouts une groffe cabliere.
- 724. Les pécheurs qui font dans un petit bateau, commencent par jeter la groife cabliere à la mer ; puis ils nagent doucement ; & à mefure qu’ils s’éloignent de la cabliere, ils jettent peu à peu la corde, jufqu’à ce qu’ils foient au bout : alors ils y amarrent une petite cabliere avec un orin , ou une corde qui eft plus ou moins longue, fuivant la profondeur de l’eau : cette corde aboutit à une bouée, qui fert de lignai pour trouver la bauffe quand on la veut retirer. Lorfque cette bauffe a refté quelques heures à la mer, on va chercher la bouées & failiflant la corde qui y aboutit, ou l’orin, on là tire à bord 5 puis fucceftivement toute la longueur de la bauffe, fîniflant par la groife cabliere. On détache les poiflons à mefure qu’ils fe préfentent, on remet des appâts où il en manque, & on recommence la pêche.
- 72 On prend à cette pèche différentes efpeces de poiffons, fuivant la grofo leur des hains , l’efpece d’appât qu’on a employé, & la nature du fond où l’on s’eft établi. Mais ce font plus communément des poiffons plats & des crufta-cés „ ce qui eft commun à toutes les pêches par fond. - - ( ’
- De la pêche aux cordes & par fond entre les rochers. ;!
- 726. Quand 011 pratique entre des roches la pèche dont nous venons de faire la defcription, les pêcheurs étant munis d’une bauffe femblable à celle dont nous venons de parler, & qui n’eft pas ordinairement fort longue, pour qu’elle s’ajuftehnieux aux replis que font les rochers, fe mettent dans de très-
- (161) Ce font là des dénominations lo- été plus naturel !de commencer par fhil-cales , qui ne fervent pas à faire connaître toire des poilfons-', & de décrire enfuiteles les poiffons hors du pays où l’on en fait différentes manières de les prendre, ufage. C’eff ce qui me perfuade qu’il aurait 0 -- - i •
- R ij
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- petits bateaux, & vont chercher une route entre les roches. Ils jettent à la mer une cabliere ; puis revenant par la même route qu’ils ont tenue en allant, ils jettent à l’eau leur baulfe, & finilfent par attacher à fon extrémité un menu cordage dont ils conièrvent le bout dans leur bateau : ils s’en fervent pour retirer la haufFe & le poiifon à bord.
- Diverses manières de pratiquer dans différons pays les pêches dont nous
- vêtions de parler,
- 727. A Lisbonne, les pêcheurs attachent à une maitrefle corde , fort près à près, quantité de petites lignes qui ont feulement un pied de longueur; de forte que, dans une étendue de feize à dix-huit braffes, il y ait cinquante à foixante lignes, & autant de petits hains. Une cabliere qu’ils mettent à un bout, & des cailloux qu’ils diftribuent dans la longueur , font que cette corde tombe au fond. Quand elle a refté quelque tems dans l’eau , on la retire garnie de beaucoup d’anguilles.
- 728- On pratique durant toute l’année , dans la riviere de Saint-Brieuc, autour de l’isle de Brehat (162) , la pêche dont nous venons de parler. Ceux de Brehat ne s’éloignent de la côte que d’une portée de fufil, & ils 11e prennent guere que des lieux & des vielles (163). Dans le quartier de Peinpol, outre les vielles & les lieux, on prend des congres, des mulets & d’autres poiifons.
- 729. A l’isle de Noirmoutier (164), 011 pèche avec des bauffes de trente braifes de longueur, chargées de cablieres & de cailloux , & garnies de lignes d’une braffe de longueur, qui font dillribuées de braife en bralfe dans toute la longueur de la maîtreife corde. O11 y prend des raies, des congres , &c. Pour cela, on tient les lignes plus greffes & les hains plus forts que quand on fe propofe de prendre de petits poiifons.
- 730. C’est encore avec des cordes garnies de lignes de fil de pite & d’hains, qu’on prend à la Guadeloupe des rouges (16j) , des capitaines (166), &c. Mais on y eft expofé à voir fou vent fa proie enlevée par de gros requins au moment qu’011 la tire dans la chaloupe.
- 731. Les Italiens, pour faire une pêche à peu près pareille, fe mettent
- (162) Sur les côtes de Bretagne.
- •r (16$) Ce nom eft donné à deux fortes de poiffons , que les Anglais nomment tous les deux Old-JVife. C’eft le Labrus 77-neat Lin N. & le B alisier Fetula ; Linn. Il y a de ces vielles qui p.efent jufqu’à deux cents livres. On en prend beaucoup fur les côtes de Guinée. Leur chair eft blanche , délicate & graffe.
- (164) Auffi fur la côte de Bretagne, vers le Poitou.
- ( 16ç) Lyea Trîgïa ; Linn. Suivant M. de Bomarre , ce poiffon s’appelle gallicrck Marfeill-S;:'-'
- (166) Poiffon d’Amérique, dontles écailles forment une efpece de hauffe-col, d’où vient ion nonu >
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- trois dans une petite pirogue, avec une baurîe ou palaiigre de cent à deux cents brades de longueur, garnie de deux à trois cents hains. Ils amarrent un bout de la palangre à un pieu ; & nageant doucement pour fe porter au large, ils mettent peu à peu leur corde à la mer. Us relevent de tems en tems leur corde pour prendre le poiffon qui a mordu , & fur-le-champ ils recommencent la même manœuvre.
- Article secon d.
- Des grandes pêches aux cordes ou palangres , qiùon fait au large.
- 732. Comme les pèches dont il s’agiffait dans l’article précédent n’exigent pas de grands frais , & qu’elles peuvent le faire avec peu de monde, 011 les pratique dans une infinité d’endroits, avec quelques différences fur la groifeur des cordes & des lignes, ou fur la force des hains. Celles dont nous allons parler, n’en different pas elfentiellement; 011 emploie feulement des cordes beaucoup plus étendues. Il faut, pour les pratiquer , des bateaux plus grands, des équipages plus nombreux ; ainli elles forment de très-grandes pêches dif-pendieufes, qui pour cette raifon ne peuvent être pratiquées que par certains ordres de pêcheurs.
- 733. Elles deviennent fur-tout nécelfaires en hiver , quand les eaux font froides , parce qu’alors les poiifons s^écartent des côtes pour chercher la grande eau. On pèche avec ces grandes cordes , ou par fond , ou entre deux eaux, comme on le verra par les détails où nous allons entrer..
- Des grandes pêches par fond.
- 734. Ceux qui pratiquent ces pèches ont leur maitreife corde de fix à neuf lignes de circonférence, & chaque piece porte environ foixante & dix braffes. de longueur. Elle eft garnie de cinq à fix cailloux du poids d’une livre, & de foixante & dix lignes qui font attachées de braffe en.braffe, & qui ont une braffe de longueur.
- 735. Pour porter à la mer ces pièces, on les roule ou love dans une manne ou panier.
- 736. En Provence , ce panier qu’ils nomment canejleau, eft bordé par en-haut d’un liftel de liege qu’ils appellent garlande, & dans lequel ils piquent la pointe des hains ou claveaux, qui tiennent aux lignes ou hreffeaux.
- 737. Les pêcheurs fe mettent fept à huit dans un bateau (/>/. Vil, fig. 1 X Chacun fournit deux ou un plus grand nombre de corbeilles ou pièces de corde , garnies d’appâts. Us fe rendent au lieu de la pèche, à voile ou à rame 5. &
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- à mefure qu’ils ont mis à la mer une piece, ils y en ajoutent une autre. Quand les quatorze ou feize pièces , &c. font ainii ajoutées bout à bout, la teifure eft complété.
- 73 g. Comme les cordes ne font pas toutes aufli neuves les unes que les-autres, on commence par mettre à. l’eau les plus ufées , non feulement parce que dans cette pofition elles ne fatiguent pas autant que les autres, mais encore parce que, fi elles venaient à rompre , on ne perdrait pas une .aufli grande portion de la tellure.
- 739. Il eft vrai que les pièces qui font perdues doivent être payées en commun par l’équipage j mais c’eft fuivant l’eftimation que les pêcheurs en font, & le propriétaire fouftre toujours une plus grande perte que les autres.
- 740. Pour tendre la tellure , on commence, comme nous l’avons dit en parlant des petites pêches qui fe font à peu de diftance des côtes , par attacher une cabliere ou baude ( c’eft le terme provençal j au bout de la piece qui doit être mife à l’eau la première.
- 74 r. On prend, dans l’Océan, le tems de la mer montante pour jeter la tellure à l’eau contre le vent, afin que le bateau Allant doucement à petite voile, ou à la rame, on puiife fournir aifément delà corde, & encore pour qu’il foit plus aifé de la relever. .
- 742. La corde étant chargée d’une greffe cabliere & de cailloux, tombe au fond de l’eau j & quand on a filé la première piece, 011 y attache une fécondé piece qui eft dans un autre panier. O11 la met à l’eau comme la première, puis on en ajoute une troiAeme, une quatrième, ce qu’on continue jufqu’à ce que toutes les pièces foient mifes à la mer : & on finit par attacher au bout de la derniere piece mie petite cabliere , & un orin qui porte une bouée, ordinairement furmontée d’un petit pavillon , pour qu’011 puiife l’appercevoir plus aifément. Quand nous avons dit qu’on jetait les feize pièces à la mer, c’eft parce que nous avons fuppofé qu’il y avait huit hommes dans le bateau, & que chacun fourniffait deux pièces. En fuppofant encore que chaque piece fut de foixante brades de longueur, celle de la tellure entière ferait de 960 braifes. Elle eft quelquefois plus confidérable, foit que les pièces aient plus de longueur , foit que les matelots en fournilfent trois ou quatre au lieu de deux, ou que l’équipage foit plus nombreux : d’où il réfulte que certaines tefiùres ont plus d’une lieue de longueur.
- 743. Le tems le plus favorable pour cette pêche eft un demi calme.
- 744. La plupart des pêcheurs de la Méditerranée mettent une. bouée fur chaque piece, pour retrouver ces pièces quand quelqu’une vient à fe rompre. C’eft une très-bonne précaution. Ceux qui ne la prennent pas , perdent quelquefois bien du tems à chercher leur tellure au fond de la mer avec une cate-niere, ou un grapin. Nous avons expliqué plus haut cette manœuvre.
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- Se c'T. I. De la pêche aux ha,, eqom*
- 74?- Ces pêcheurs à la greffe corde par fond vont quelquefois chercher le fond de la mer jufqu’à centbralfes de profondeur.
- 74<5. On conçoit bien qu’il faut des précautions pour mettre à la mer une aulii grande étendue de^cordes chargées de lignes & d’hains, de façon que rien ne fe mêle. Pour les comprendre , il faut fe rappeiler qu’une telfure eft formée par un nombre de pièces qui font ajoutées bout à bout. Les lignes (pi. VII> fig- 2 ) fe difperfent de côté & d’autre fur le fond B D , & l’on voit en F des poiifons qui font pris.
- 747. Quand toutes les pièces qui forment une teflure font mifes à l’eau , on attache au bout, comme nous l’avons déjà dit, une petite cabliere , & une corde ou orin , qu’on tient plus ou moins longue, fuivant que la mer a plus ou moins de profondeur. Au bout de ce cordage, eft attachée une bouée qui fert à indiquer où eft le bout de la telfure.
- 748- Il eft certain que tous les pêcheurs ne fui vent pas des réglés^ uniformes pour la grolfcur de leur maitreile corde, non plus que fur leur longueur te nombre de piles dont elles font chargées, &c. Mais pour donner une idée allez précife de cette façon de pêcher , nous dirons qu’aux environs du Havre les cordes font communément appelettées de 500 piles , qu’011 met à deux brait fes de diftance les unes des autres. On proportionne la grolfêur de la mai-treilê corde, ainll que celle des piles & des hains , à l’efpece de poiifon qu’on fe propofe de prendre ; enforte qu’il y a quelquefois des hains fort petits, & pour d’autres pèches ils font prefque aufti gros que pour la morue.
- 749. Essayons d’expliquer plus en détail que nous ne l’avons fait ci-devant , comment on s’y prend pour embarquer les pièces de corde , comment on les jette à la mer , & comment on les en tire fans qu’il fe falfe de confufion dans ces grandes cordes & dans le grand nombre de lignes dont elles font chargées. Nous infiftons volontiers fur ce point, au rifque de faire quelques répétitions , parce que les détails où nous allons entrer à l’occafion des grolfes cordes, auront leur application aux autres efpeces de telfures dont nous parlerons dans la fuite.
- 750. On a déjà vu que les aquereifes roulent ou lovent dans des paniers ou corbeilles chaque piece qu’elles ont préparée , de telle forte que la maî-treiîe corde décrive dans le panier des révolutions circulaires. Les empiles avec les hains & leurs appâts font arrangées à côté les unes des autres, de façon que la pointe des hains foit en-haut, & le dos appuyé contre les parois intérieures des corbeilles: enfin les piles font lovées dans le milieu. En Provence , la plupart des piles pendent en dehors, & les hains font piqués-dans lebourlet de liege qui borde l’ouverture de la corbeille.
- 751.^Chaque corbeille porte une marque qui indique à qui elle appar-
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- lient; & chaque matelot marque fes pièces par un certain nombre de nœuds : ce qui eft nécelîaire pour prévenir toute conteftation, fur-tout dans les cas d’avaries.
- On porte à la barque les pièces ainlî difpofées ; & quand elle eft rendue au lieu de la pèche , on attache au bout de la maitrelfe corde la grolfe ca-bliere dont nous avons parlé, qui pefe quarante à cinquante livres ; oay amarre aufli un orin lequel répond à une bouée qui porte ordinairement un petit pavillon.
- 7?3. Le maître de la barque a. (pl. VII ,fig. i ) fe place à l’arriéré , ayant auprès de lui un panier & un matelot b.
- 754. Ce maître ci jette à la mer la cabliere, Porin & la bouée , comme s’il voulait mouiller une ancre. Son fécond b tire de la corbeille avec précaution la maîtrelfe corde ainlî que les piles , & il préfente cette corde au maître , qui la coule doucement à la mer. Pendant tout ce tems l’équipage nage doucement. A mefure qu’011 met ainlî à la mer la première piece, on y attache de tems en tems quelques cailloux. Ayant apporté une autre corbeille , 011 lie le bout de la corde qu’elle contient au bout de celle qu’on vient de jeter à la mer ; on en ajoute de même une troilîeme, une quatrième, &c. jufqu’à ce que toute la tellure foit à Peau : & quand 011 eft à la fin de la derniere piece, 011 y attache une petite cabliere & un orin qui porte une bouée. Alors l’équipage fe repofe, reliant fur cette bouée une couple d’heures ; puis il travaille à relever la telfure , en halant d’abord fur Porin, puis fur la maîtrelfe corde. C’eft le maître qui eft chargé de ce foin ; fon fécond détache le poilfon (Scies cailloux à mefure qu’ils fe préfentent. Quelquefois un troilîeme matelot remet chaque piece dans la corbeille d’où on l’a tirée; & cette opération fe fait à peu près dans un ordre renverfé de celui qu’011 avait fuivi pour mettre la telfure à la mer; c’eft-à-dire, que l’équipage nage lentement, en fuivant à peu près la direction que la telfure a prife au fond de la mer.
- 75 5* Quand on a tiré à bord toute la telfure, on rentre dans le port avec le poilfon qu’on a pris. Ce font communément des raies , des grondins ( 167), des chiens, &c. Cependant, fi les grands pécheurs font fùivis par un bateiet, ils lui donnent les pièces qui ont fervi, pour les rendre aux aquerelfes, qui fur-le-champ les lavent, les étendent pour lesfécher, reftituent des lignes & des hains où il en'manque, & les garnilfent de nouveaux appâts.
- 756. Le bateiet remet aux pêcheurs une nouvelle telfure, pour qu’ils continuent leur travail lorfque le tems le permet. Enfin, ce bateiet prend le poilfon pour le porter à la vente, quand il aura regagné la côte ou le port.
- (167) Autre dénomination provinciale , pour laquelle nous aurions befoin de l’hif-toire des poilfons.
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- 777. Il fuit de ce que nous venons de dire, que pour bien faire cette pêche , il faut que chaque matelot ait trois aflbrtimens d’appelets ; afin que, tandis qu’il yen a un à la mer, le fécond foit prêt à être fourni aux pêcheurs , & que le troifieme foit entre les mains des aquereffes.
- 7^8* Dans certains parages , on ajufte aux lignes descorcerons de liege* pour que les hains fe détachent du fond de la mer ; & cetajuftement eft fur-tout néceflàire, quand 011 pèche fur des fonds un peu vafeux : alors, outre les poiffons plats , on prend quelques poiffons ronds.
- Pêche à peu près femblable, qu'on fait fur les, cotes de l’Etat ecclêfiaftique, £5? qui eft nommée piélago.
- 759. Dans la Méditerranée, & particuliérement fur les côtes d’Italie, on fait avec des tartanes une pèche considérable , peu différente de celle que nous venons de décrire: 011 l’y nomm e piélago.
- 760. La teffure eft formée par une longue corde appellée/wYzyf/M. C’eft une palangre ou corde chargée de piles & d’hains. On commence à la jeter quand on eft éloigné de la côte au moins de trente braffes ; elle s’étend jufqu’à vingt milles en mer, & elle porte dix à douze mille hains. On amarre une cabliere au bout delà corde qui doit être jeté le premier à la mer. O11 attache de diftance en diftance des fignaux de liege qui tiennent à des lignes affez longues pour 11e point empêcher la corde de gagner le fond.
- 761. Pendant qu’011 la tend , la tarr&ne dérive doucement au gré du vent ou des courans. O11 laiffe la parafina quelques heures à la mer, puis on la releve. La grande longueur de cette teffure fait qu’il faut au moins vingt-quatre heures pour la tendre & la relever.
- 762. Ils prennent avec la parafina quantité de raies, de chiens & d’autres poiffons, dont quelques-uns pefent plus de mille livres. Pour tirer ceüx-ci à bord, on les harponne avec un croc de fer qui- eft au bout d’une perche j & même on les affomme -à mefure qu’ils Portent de l’eau, comme on le verra repréfenté à la pêche de l’efturgeon.
- Article troisième.
- De la pêche aux cordes flottâmes , dérivantes adamarée , qu on nomme en quelques
- endroits bélée.
- 70*3. On ne prend guere avec les grofîès cordes tendues par fond, que des poiffons plats. On fe fert, pour prendre les^poiffons qui nagent entre deuxf eaux, ou qui s’approchent de la furface, de cordes flottantes. Ces cordes' Tome F. S
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- font moins grolfes que celles qui fervent à pécher par fond; & elles en different principalement en ce qu’au lieu de la cabiiere & des cailloux dont on chargé les grolfes cordes, on met'de deux en deuxforalfes for celles de la bélée ,’ des corcerons de liege qui la font flotter quelquefois entièrement à la forface de feau : & alors il n’y a que les lignes & les hains qui entrent dans feau. D’autres fois, quand les pécheurs foupçonnent que le poilfon eft à deux ou trois bralfes fous l’eau, ils établilfent la corde à cette profondeur. Pour cela, au lieu d’amarrer les flottes de liege immédiatement fur la maitrelfe corde, ils les attachent à des lignes qui répondent à cette corde , qu’ils tiennent plus ou moins longues, foivant qu’ils jugent à propos que les hains foient à une plus grande ou à une moindre profondeur dans l’eau. Quelquefois ils mettent çà & là de petits cailloux, afin que les lignes qui répondent aux flottes foient tendues; mais ces cailloux doivent être affêœ légers pour ne point faire entrer les flottes dans l’eau. Quoi qu’il enfoit, on met une groffe flotte aux deux bouts de chaque piece de bélée , & une bouée avec un fignal de rofeau fec aux deux extrémités de la teifure ; enfin on attache une corde à l’extrémité de la telfore , & on en retient le bout dans la barque où font les pécheurs.
- 764. Cette tellure, ainlj que celles qui font deftinées à pécher par fond , eft compofée d’un nombre de pièces qu’on met les unes au bout des autres $ & toutes enfemble font une longueur de cinq à lîx cents bralfes , & plus.
- y6‘). Pour mettre la telfore à la mer, les pêcheurs prennent un peu de voile, ou ils parent quelques avirons: mais quand ils ont tendu , ils carguent leurs voiles , &fe lailfent dériver, traînant lentement la teifure pendant une ou deux heures. Lorfqu’ils veulent relever, ils emploient quelques avirons pour maintenir le bateau contre l’effort que font les matelots en tirant la telfore à bord. Du refte , on manœuvre comme quand on pêche par fond.
- 766. On prend à cette pêche, des merlans, des maquereaux, & d’autres poiffons ronds ; rarement des poilfons plats.
- De la pêche qu'on fait entre les roches avec des cordes flottantes. ..
- 767. Cette façon de. pécher ne différé de celles que nous venons de
- décrire, que parce que les cordes font beaucoup plus courtes. Au refte , nous avons dit comment on parvient à tendre des cordes de fond entre les roches ; & l’on conçoit comment les pêcheurs tendent les cordes flottantes dans les mêmes fonds. On met quelquefois de petits plombs furies cordes pour faire-caler les lignes qui répondent aux hains. Après ce que nous avons dit delà bélée, il ferait inutile de nous étendre fur cette façon de pêcher, puifqu’elle n’en eft qu’un diminutif. ^ >
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- 767. On n’emploie pour cette pêche , ni cabliere, ni bouée ; les pêcheurs retiennent dans leur bateau une corde qui répond au bout de la tellure 3 & ils nagent mollement, pour faire que le poilïon coure à l’appât, & pour dégager les lignes d’entre les rochers fans rien rompre.
- De la pêche que les Napolitains appellent paranchufo.
- 768» Cette pêche approche'autant de la bélée que le piélago des pêches par fond.
- 769. Les Napolitains vont à cette pêche dans de petites felouques qu’ils mènent à la rame. Ils les nomment tartanelles. Elles font montées de ùx hommes.
- 770. La circonférence de la maîtrelfe corde eft d’environ un quart de pouce. Cette corde eft fort longue, garnie de quantité de lignes très-fines & d’un nombre fuftifant de corcerons de liege pour la faire flotter. Les pêcheurs lalaiffent dériver au gré des courans , & detems entems ils la releventpour prendre le poiifon qui a mordu aux appâts. Cette pêche différé donc peu de la bélée.
- Article q_uatrieme.
- J) es pêches ou les cordes s'étendent depuis la fuperficie de Peau jufqu au fond de la mer, en décrivant une diagonale dans le fuide.
- 771. On peut remarquer que, dans les pêches dont nous venons de parler, les cordes font fort longues pour multiplier le nombre des hains 3 car on ne jette à la fois qu’une corde à la mer. D’ailleurs, on met au moins autant d’intervalle entre les lignes qu’elles ont de longueur. Cette condition eft nécef. faire, afin que les hains ne s’embarraffent pas les uns avec les autres. Tour les pêches dont nous allons parler, lès lignes même 11e font point attachées-fur une maîtrelfe corde 3 elles font détachées les unes des autres, tantôt par de petites baguettes qu’on nomme balueites , tantôt par un morceau de bois qui s’appelle avalette; & quelquefois elles tiennent aux extrémités d’un bouc de fil de fer.
- 772. Un des avantages de quelques-unes de ces pêches, eft de diftribuer les hains dans toute l’épailfeur de l’eau, & de les mettre à portée d’être apper-cus'par les différentes fortes de poiffons, à quelque diftance qu’ils foient de la furface. Une de ces pêches fe nomme traîner la balle; une autre , le libouret ; 8c une troiiieme, le grand couple. Nous allons en parler dans les paragraphes fuivans.j
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- De la pêche qu'on nomme traîner la balle. "
- 773* Pour cette pèche, la maîtrelfe corde ne doit pas être tout-à-fait aufli longue que la profondeur de l’eau où l’on fepropofe dépêcher. On amarre à l’extrêmîté un boulet, ou quelque autre poids, qui doit être éloigné du fond d’environ une brade. On attache, à une brade les unes des autres fur toute la longueur de cette corde , de petites baguettes de houx-frelon, qu’on nomme en Normandie vergandur. Ces baguettes, appellées baluettes3 ont feulement quatre à cinq pouces de longueur j & c’eft à leur extrémité qu’on attache des lignes fort déliées , qui font longues d’environ deux brades. -
- 774. Il eft fenlibie que les lignes étant écartées de la corde par les baluettes, où elles font attachées , les hains font moins expofés à s’embarrafler les uns dans les autres.
- 775;. Un des avantages de cette façon de pêcher eft, qu’au lieu de faire les maitreifes cordes d’une grande longueur, on met à la mer plu fleurs de ces cordes, qui préfentent aux poilfons un aifez grand nombre d’hains, quoique chacune ne foit pas fort longue.
- 776'. On conçoit que le poids ou la balle qui eft au bout de la maîtrede corde, tend à la tenir dans une pofîtion verticale elle 1eft effectivement, quand la barque eft immobile, & qu’il 11’y a pas de courant. Mais elle prend une pofition oblique lorfque la barque avance ; & l’obliquité augmente proportionnellement à la viteflfe du filage. Au refte tous les hains flottent entre deux eaux fans confulion , comme on le voit dans la planche 3 . Il eft vrai
- que ces cordes ne portent pas une grande quantité d’hains ; mais 011 y fup-plée en mouillant trois cordes ordinairement d’un même bord. Cependant cette pêche n’eft jamais, aufli fatigante ni aufli difpendieufe que les pèches à la grofle corde ou à la bélée : pour cette raifon, elle n’exige pas autant de monde, & elle peut être pratiquée par des pêcheurs qui ne feroient pas en état de fournir aux dépenfes des grandes pèches. On ne laifle pas cependant que d’y prendre beaucoup de merlans , de maquereaux, & d’autres poilfons , tant de ceux qui ne s’écartent pas beaucoup du fond de la mer, que de ceux qui s’approchent de la furface de l’eau, parce qu’il fe préfente des hains à toutes ces profondeurs. Il eft évident, d’après ce que nous venons de dire, que quand le bateau eft en repos, les hains font diftribués depuis la furface de l’eau jufqu’au fond, & quand il fait route,1a corde décrit une diagonale qui , à la vérité, eft beaucoup moins confidérable que figure ne la repréfente, mais qui ne laifle pas de faire que les hains font diftribués dans toute l’épaif-feur de l’eau.
- 777. On pèche ordinairement-fous voile, quand' on fe fert de la balle & d’une corde garnie de baluettes. On a feulement l’attention de proportionner
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- Se ct.'I. De la pêche aiïx hameqom*
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- lî groflturcfu poids à'-la viteflë div bateau : on l’augmente quand iî vente bon frais1, & oiïlîe diminue quand le vent eft faible. C’eft pour cette raifon qu’ou nomme cette -pêche traîner la balle.
- ' 778- Pour' mettre dehors ou jeter à la mer les balles, trois pêcheurs font arrangés fur le bord de leur barque, chacun ayant à côté de lui un banc de la chaloupe; ils donnent à ce banc le nom de tire. Ils lovent fur ce banc par petites glanes la corde qui porte les baluettes. Le matelot qui eft le plus vers l’arriéré, jette le premier fa balle à l’eau le plus loin qu’il peut, & toujours vers l’arriere'de la barque. Il y en a d’alfez forts pour la jeter à cinq oulixbraifes d’eux. Il laiife aller au gré du courant la corde & les piles qui font garnies d’hains & d’appâts.
- 779* Le fécond pêcheur, placé vers le milieu de la barque, jette fa balle devant lui moins loin, & il ne file pas une auffi grande longueur de corde, pour que les hains ne fe mêlent pas avec ceux de la première balle.
- 780. Le troifieme pêcheur laiife aller fon plomb à pic, & il file encore moins de corde que le fécond.
- 781* Ce n’eftpas tout; on doit avoir attention que le poids du premier matelot foit moins lourd que celui du matelot qui eft au milieu , & que celui de l’avant foit le plus pelant de tous : toujours pour éviter que les hains ne le mêlent les uns avec les autres.
- 782. Quand on tient en main la maîtrefle corde, on fent, malgré le poids de la balle, les fecoulîês que les poiflonsfont fur les piles lorfqu’il y en a de pris. Chaque homme tire la corde à petites bralfes , il la love fur le banc qui'eft à fa portée ; & à meiure qu’il fe préfente des hains , il en détache le poilfon qu’il jette dans une corbeille. Quand la balle eft à bord, on remet des appâts où il en manque, & on recommence la pêche , comme nous l’avons, expliqué.
- De la pêche au vrai libouret.
- 783. La balle dont nous venons de parler, eft une efpece de libcniret r mais Yappelet qui porte particuliérement ce nom , confifte en une maitrelfe corde qui a quatre lignes &' demie ou cinq lignes de circonférence. On attache au bout de cette corde un plomb du poids d’environ deux livres. A quatre on cinq pouces au-delfus , on ajufte fur la corde un morceau de bois, long de fix à fept pouces , qu’011 nomme avaletu. Une de fes extrémités a un trou dans lequel pafle*librement la corde; & les deux nœuds tiennent l’avalette à une diftance convenable du plomb, lans cependant empêcher qu’il ne tourne autour de la corde, laquelle dans ce cas forme un axe. A l’autre bout de l’avalette, eft amarrée une ligne qui n’a qùé deux lignes de circonférence : elle a environ une braife de longueur, & elle porte les empiles, qui font fort fines.*
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- TRAITE' DES PECHES.
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- auxquelles font attachés les hains. L’ajuftement de ces empiles varie fuivanl ]e goût" des pécheurs ; car quelques-uns font la ligne allez longueipour y,attacher huit ou neuf empiles à trois pieds les unes des autres. De quelque faqon^ qu’on les ajufte, il faut que les hains ne foientpas à égales diftânces du bout de l’avalette.
- 784. A l’égard des hains, ils ne font jamais fort gros ; mais ils le font plus ou moins, fuivant l’efpece de poiflon qu’on fe propofe de prendre , comme merlans, carrelets, limandes, folles, petits .grondins. Ceux que nous avons cottés h dans la figure 3 , feraient de bonne groifeur pour les merlans ï& communément on en prend d’un peu plus forts pour la pèche du maquereau.
- 78 V On conçoit que quand la maitrelfe corde eft tendue par le plomb , l’avalette a la liberté de fe mouvoir librement autour de cette corde ; & les piles, où font attachés les hains, fe dirigent fans confufion fuivant le cours de l’eau. Il fe peut donc prendre autant de poilïpns qu’il y a d hains ; parce que les piles étant de différentes longueurs , les hains 11e fe rencontrent point les uns vis-à-vis. des autres.- k.
- 78A. A vec cette efpece de libouret, la pêche fe fait à l’ancre (pl. FII, fig. 3). E , ell la barque dégréée ; F, le cable de l’ancre;'G, la corde du libouret. Le poids doit porter fur le fond. Ainli c’eft une pèche fédentaire. Ce font les poiifons plats qui s’y prennent le plus ordinairement.
- 787. Pour mettre à la mer ce libouret, des trois pécheurs fe rangent fur un bord, comme nous l’avons dit en parlant de la balle. Une partie de la maitrelfe corde ell lovée auprès d’eux fur un banc, où elle eft enroulée fur une efpece de chalîis que les pécheurs nomment trailkt. t
- 788- Ils ne jettent point le plomb à la mer , comme font ceux qui pèchent à la balle ; ils mettent d’abord les piles à la mer, en les pofant doucement avec les mains : on met aulli tout doucement le plomb & l’avalette, & on fie la corde jufqu’à ce qu’on fente que le plomb repofe fur le fond.
- 789. Si l’on voulait faire cette pèche du bord d’umbateau qui fût fort élevé au-deffus de l’eau, on courrait rifque que la maitrelfe corde venant à fe'détordre, les lignes fe mèlaifent les unes avec les autres ; &on ne ferait qu’une mauvaife pêche.
- 790. EN,amorçant les hains du libouret, on a foin que les.appâts pendent aux hains, afin qu’ils frétillent dans l’eau : ce qui ell avantageux pour attirer le poiifon, fur-tout quand on fait une pèche fédentairefcommerl’eft.celle-ci.
- - 79iaPouR relever le libouret., chaque homme tire fa maitrelfe co.rde à petites brades ; quand l’avalette eft à fleur d’eau, le matelot qui eft auprès de lui, tire le plus promptement qu’il peut la ligne, les empiles.& le poiflon, tandis que l’autre continue à amener la maitrelfe corde. Quand on a mis dans
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- Sec t.: L De ta pêche aux hameçons-. J43
- uiièvcôrbeille'le poiflon qui eft pris,thaqiie^matelot^rèmet^dës appâts à'Toii avalette;& il tend de nouveau, avec les précautions que, nous avons rapportées. , ' y ' u , ' } > .
- . De la pêche au grand couple.
- 792. On fait encore une pêche qui approche du libouret, & que les Bail ques qui la pratiquent en grand, ont nommée le grand ccuple (pi. FII -fg. 3 ). Pour faire cet appelet, on attache au bout d’une ligne fine un morceau de fil d’archal, qui peut avoir une ligne de diamètre, & deux pieds ou deux pieds & demi de longueur. Ce fil eft un peu courbé en arc. Son milieu eft fortifié par deux petites jumelles de bois, qu’on y afîùjettit avec des révolutions d’un fil retors. Au milieu de l’intérieur de la courbe, on forme une petite anfe ronde , de corde , à laquelle s’attache un poids d’une demi livre : & au même point dans la partie convexe, on forme une autre anfe ovale, qui fert à attacher la ligne qui porte le couple.
- 793. Les deux bouts de ce fil d’archal font applatis comme l’extrémité du corps des hains , & on y attache plusieurs piles qui font de différentes longueurs y mais les plus courtes ont prefque une brafie-
- 794. Sur la côte de Normandie, les pêcheurs quife fervent de cet appelet, fe mettent dans une chaloupe. Mais les Bafques, qui font plus en grand la pèche dont nous parlons, fe mettent huit ou dix hommes dans une barque ÿ chacun jette fon couple à la mer, & le retire quand il juge qu’il y a quelque chofe de pris.
- 79>. Comme on tient les lignes qui répondent aux couples les unes plus longues que les autres, les hains occupent une grande étendue dans la mer, où ces lignes fe développent comme un éventail, de forte qu’il fe préfente toujours des hains aux poiffons qui font à différentes profondeurs dans l’eau (Pl. FII‘,fig.{ 3
- 796- Cette pèche fe fait tantôt à l’ancre, & tantôt en portant peu de Voile. - t; , Pi: : ,v . A -
- 797. Pour prendre des vives, quinze ou feize hommes fe réunifient dans un grand bateau j^&.ils.calent leur couple très-près du fond,
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- TRAITE' DES PECHES.
- •yt . ' ---*' ' '• 1 ' ‘77T^ ~ r.f»jT,'*; r H" L" "I jw-j -Ji tl i ^-—
- RECAPITULATION de ce qui a été dit dans cette première feïïion, dont l'objet eji la peche aux hameçons.
- 798- Après un court expofé de ce qui'doit faire l’objet du traité général des pèches, nous entrons en matière. Le chapitre premier eft deftiné à donner des connaiiîances générales fur la pêche aux hameçons, & des conjectures fur l’origine de cette pèche. ; 11 :i
- 799. On fait qu’elle confifte à préfentër aux poilfons un appât dans lequel eft caché un crochet de fer très-pointu qui tient à une corde. Le poilfon ayant faifi l’appât, la pointe du crochet entre dans fa bouche ; & le pecheur tirant à lui la corde, il fe rend maître du*poilfon.
- 800. Après avoir donné une idée générale de cette pèche, nous faifons voir dans l’article I, les avantages qui lui font propres (168)- Les principaux font que les poilfons qu’on prend de cette maniéré, 11e font pas fatigués ; ils font, en quelque façon tout vivans , & peuvent fe conferver très-long-tems : un autre avantage auiîi précieux, eft que cette pèche détruit beaucoup moins de poilfon que la plupart des autres. Tous ceux qu’on y prend , font propres pour la vente ; au lieu que par quantité d’autres pêches 011 bouleverfe les herbiers où eft le frai, & on prend une quantité prodigieufe de petits poilfons qui ne font bons à,rien, Les pêcheurs n’en tirent aucun profit , & il en réfulte une énorme deftruftion de poilfons qui peupleraient la mer.
- 801. Dans l’article II, nous donnons l’explication de quelques termes qui
- font propres à cette pêche ; & nous déterminons ce qu’on doit entendre par ligne, par hain & par hameçon. On verra que très-fouvent on abufe de ces termes. Nous commençons auiîi en cet endroit à donner une idée générale de plu-lieurs diipolitions qu’on donne aux lignes & aux hains pour faire différentes pèches* -• ^ J
- 802. Ensuite, reprenant ces mêmes chofes plqs en détail, nous parcourons
- • > . ' -1
- ( 168) Autant la pêché à l’hameçon, con qui les fait périr-. Bour les petits poi£ comme on la fait fur mer, eit préférable à fons, ils ne valent guere la peine d’être l’ufage des filets , autant y a-t-il d’inconvé- ainfi pêchés piece à piece ; d’ailleurs ces niens à pêcher à l’hameçon dans les eaux petits poilfons doivent un jour peupler la courantes. 11 ne doit pas être permis à tout riviere. On a cherché dans plufieurs en-le monde de pêcher par - tout à la ligne droits à réprimer ces abus. Il importe d’ob-cela détruit le poilfon. Lorfqu’on n’en a pas ferver que les divers réglemens à faire fur l’habitude, il eft rare que l’on réulfilfe à ce fujet doivent être conformes à la loi na-tirer les gros poilfons hors de l’eau ; ces turelle, à moins qu’on n’y ait exprelfémeat animaux fe dégagent, en emportant l’hame. dérogé d’une manière légitime.
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- S e c t. I. De la pêche aux hameqom. I4f
- dans l’article 1H , toutes les differentes elpeces de lignes, cordes & empiles : car il y en a de foie, de crin , de chanvre s d’autres d’écorce de bois, mèmç de métal. On fait ufage des unes ou des autres, fuivant que les circonftances l’exigent.
- 803. Dans Particle IV, nous expliquons comment on fait les cordes, lignes & empiles pour la pêche. Nous traitons expreffément, dans l’article V, des différentes maniérés d’empiler les hains.
- 804. Dans Particle VI, nous entrons dans de fort grands détails au fujet des hains. Il eft fenfible qu’il en faut de bien des elpeces différentes, fuivant les poiffons qu’on fe propofe de prendre , & qu’on doit les empiler de différentes façons.
- 8of. Dans Particle VII, nous traitons de la fabrication des hains, depuis les plus petits jufqu’aux plus gros, & de la façon de les étamer. Nous en iom-mes redevables à M. Fourcroi, ingénieur en chef à Calais.
- 806. Dans l’article VIII, nous donnons une idée des différens uftenfiles dont fe fervent les pêcheurs cordiers. Ils 11e font pas en grand nombre, fi l’on en excepte les lignes & les hains ; mais enfin il eft bon de les connaître.
- 807. Un objet très-important, font les appâts : c’eft ce dont il s’agit dans Particle IX. Ces appâts occasionnent de grands frais aux pêcheurs, & confomment beaucoup de poiffons : aufli eft-ce la feule chofe fur laquelle on puiffe faire un reproche légitime à la pêche aux cordes , car effectivement les pêcheurs emploient à cet ufage prefque la fixieme partie du poiffon qu’ils peuvent vendre. Ce n’elt cependant pas le plus grand inconvénient s il confifte en ce qu’ils font une énorme confommation de petits poiffons qui fe trouvent aux pieds des parcs , & que les pêcheurs au filet cherchent à prendre pour les vendre aux cordiers. Il y a des appâts bien meilleurs les uns que les autres , & nous avons eu foin d’en faire la diftinétion.
- 8o8- Il eft bon d’être prévenu que ce que nous difons dans l’article X, fur les laifons & les tems les plus favorables pour la pèche , ne doit être regardé, ainfi que tout ce qui eft rapporté dans tout le premier chapitre, que comme des idées générales , qui feront étendues, particularifées, & même quelquefois modifiées , dans les endroits où nous traiterons des pèches particulières aux différens poiffons.
- 809. Nous prévenons, dans l’article XI, quenous ne nous fommes pas pro-pofé de faire une énumération exaCte de tous les bâtimens qui fervent pour la pèche ; mais il nous a paru convenable d’en repréfenter un certain nombre , principalement de ceux qu’emploient plus communément les pêcheurs cordiers. Malgré les omiflions que nous avons faites à deffein, cet article eft confidérable.
- 810 Nous devons encore faire l’aveu que nous avons fouvent été obligés de Tome V. T
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- •14* TRAITE' DES F E CW F Si
- nous-en rapporter à des charpentiers , même à des pêcheurs, pour les dimen-lions des bâtimens, barques & bateaux qui fervent pour la pêche. Ainfi , quelques foins que nous ayons pris pour ne donner que des chofes exaftes, nous pourrions bien avoir commis quelques erreurs ; mais nous.pouvons alfurer qu’elles ne porteront point fur des chofes importantes.
- 8 ix. Il s’agit, dans l’article. XII, des conventions que les pêcheurs font em~ tr’eux. Ilfe fait de petites pêches où chacun travaille pour fon compte : mais quand il s’agit des grandes pêches, il faut que plufieurs pècheurs-fe réunifient, ,& que chacun fournilfe une partie des uftenfiles , ainfi que les bateaux. Prefque toujours ces pêcheurs font a la part ; c’eft-à-dire , qu’entrant dans les frais ils partagent le profit fiiivant certaines conventions. Nous avons rapporté dans cet article celles qui font les plus ordinaires..
- 812. VoiLA.ce que nous avions à dire dans le chapitre premier ,. où nous: nous étions propoie de donner une idée générale de la pêche aux hains : on a * déjà vu qu’elle fe pratique de bien des façons différentes. Notre intention a< été de les confidérer en détail dans .le chapitre fécond , page 8r.
- 813* L’ordre le plus naturel que nous pouvions fuivre dans ces détails, étoifc-de commencer par les-manieres dépêcher les,plus communes. C’eft pourquoi: nous avons traité, dans l’article I-, de la pêche à la ligne volante, qu’on appelle à la canneparce qu’on attache la ligne.au bout d’un bâton ou d’une perche qui fouvent eft faite d’un rofeau qu’on nomme en latin canna ; &,auffi parce' que quelquefois on ajufte cette.perche dé forte qu’on peut s’en fervir. comme.; de canne pour la promenade..
- 814. Nous ayons expliqué fort en détail comment cette pêche fe pratique dans les étangs ,ies rivières ,,au bord de la mer , & même en mer dans de petits' bateaux. Nous avons auffi expliqué comment on tend au bord de l’eau ces fortes » de cannes , en piquant en terre le bout de la perche * au .lieu de la .tenir, à la.;, main.
- 8i S-Nous expliquons fort en détailau §. 474, comment onfait lesperch.es >
- 1 & les cannes qui font deftinées pour cette pèche. Quoique nous ayons déjà dit" beaucoup de chofes fur les lignes dans le chapitre premier,on .trouvera dans le j §.' 488 î des-détails intéreifans fur les lignes qu’on fait pour la pêche à la . canne. Après ce que nous avons dit dans le chapitre premier fur les appâts &. la façon d’amorcer les hains , il femblerait que la matière ferait épuifée ; ce--pendant on trouvera,,dans le §.518 ,. beaucoup de chofes qui ont un rapport : 'direél à la pèche à la canne, entr’autres fur les infe&es factices, dont les Anglais •• font un grand ufage. ' ! - >
- 1 81 *'• Tout étant ainfi difpofé pour la pêche -, il faut’ choifir un lieu commode., o.u.fe le procurer 5 c’eft ce dont il s’agit dans le §. f 93. Il eft bon d’ei:—
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- ^ S e c T. I. De la pêche aux hameçons. 147
- gager par des appâts qu’on nomme appâts de fond, les poiiTons à fréquenter lès lieux où l’on fè propofe de pêcher. Nous en traitons dans le §. ^96".
- 817* Il s’agit, dans le §. 60f , d’indiquer les précautions que les pêcheurs peuvent prendre pour engager les poiiTons à mordre aux hains, & pour les tirer à terre quand ils ont mordu. Nous indiquons, dans le 614, comment on peut pêcher en fe promenant.
- 818- Dans le §. 621 &fuiv. nous indiquons la maniéré de pêcher à la canne avec des lignes dormantes, tendues au bord de l’eau. On pratique auili la pèche à la perche au bord de la mer, comme nous Tindiquons §. 626. Et dans le §. 627, il s’agit de la pêche à la canne dans des bateaux.
- 819. Nous avons indiqué dans l’article II les différentes façons dépêcher *ivec des lignes (impies , fédentaires, ou dormantes, tant dans les rivières & les étangs, qu’à la mer ; & cela a donné lieu à plufieurs paragraphes. Dans le §. 63 y, il s’agit des bricoles. Ce font des lignes (impies, plus ou moins longues, dont on attache un des bouts à un pieu , & l’autre porte un hain garni de fon appât.
- 820. Dans le §. 64.6, nous difons comment on attache un nombre de petites lignes à la circonférence d’un cerceau.
- 821. Dans le §. 649, ces lignes font attachées à un plomb qui relie fixe au fond de l’eau.
- 822. Dans le §. 65 3 -, ces lignes font attachées aux branches d’une croix de fêr qu’on defeend au fond de la mer. Les Provençaux nomment cette pêche la fourquette.
- 823. DANsle'§. 656, ces mêmes lignes font attachées au bord d’un panier jqu’on remplit de pierres, & qu’on defeend à une grande profondeur en mer.
- 824. Dans le §. 6^7-, nous avons décrit la pèche à l’archet; & dans le §. 659, une pèche hnguliere, qu’on nommepotera fur les côtes de Valence : elle fert à prendre des calamars avec des hains qui entourent un appât 5 les poiiTons qui veulent mordre à l’appât, fe prennent aux hains qui n’en ont point.
- 82f. On fait en Provence cette même pêche pour les feches, avec quelque différence. Le bas d’un cylindre de plomb eft entouré d’hains, fur un ou deux rangs ; & il y a une ligne au haut du cylindre. L’ayant rendu bien clair, on le frotte de quelque graiffe, & on le jette dans un endroit que l’on préfume être abondant en feches. Attirées par la graiffe , peut-être auffi par le leurre qui brille comme un poiffon, elles vont fucer l’appât; & comme les pêcheurs tirent la ligne continuellement en-haut & par fecouf. fes, les hains entrent dans les jambes ou dans le corps des feches, dont oii devient ainfi maître fans beaucoup de peine.
- 32 6. Suivant toutes ces façons de pêcher, qui ont beaucoup de reffeni-blance entr’elles, on fait caler les hains au moyen d’un poids , & on les établit fur le fond. La pêche dont il s’agit dans l’article III, page 119, a cela de diifé*
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- TRAITE1 DES VECUES.
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- relit, qu’on tend les bains à terre fur le fable, & Ton attend que l’eau'de la marée les recouvre, & y conduife les poiflbns.
- 827. Dans.le §. 662, on explique la maniéré de pêcher à la petite cabliere , qui confifte en une ligne fimple, dont un bout porte un hain amorcé, & à l’autre eft un caillou qu’on enfouit dans le fable.
- 828- Dans le §. 669 , il s’agit des cordes dormantes & fédentaires, chargées de lignes ou de piles , & tendues fur le fable ou la grève.
- 829. Dans le §. 672,1a maîtrelfe corde eft enfouie dans le fable à la balfe mer, & les lignes latérales font feules apparentes 5 ainfi cette façon de pêcher produit le même effet que la petite cabliere..
- 830. Dans le §. 674, on n’enfouit point la maîtrelfe corde dans le fable x mais on attache à fes deux bouts deux grolfespierres : c’eft pourquoi onia nomme pêche à la grojje cabliere.
- 831. Dans le §. 67^ , il s’agit d’une pêche qui ne différé de la précédente qu’en ce que la maîtrelfe corde eft arrêtée fur la greve par de petits piquets qui font le même effet que les grolfes cabîieres.
- 832. A toutes ces pèches, les hains font pofés fur le fond; & ce font principalement les poilfons plats que l’on y prend. Pour pêcher des poilfoiis ronds , qui s’élèvent davantage dans l’eau, on tend les co rdes fur des piquets., comme nous l’expliquons dans le §. 67g. Les pécheurs nomment cette façon de pêcher, la tente fur pâlots.
- 833. Nous parlons, dans le §. 684, d’une pèche ufitée dans le Boulonais» & qù’on nomme corde de pied ; elle différé peu des précédentes.
- 834. Jusques-la nous n’avons parlé que des lignes fédentaires qu’on pofè fur le rivage, ou qu’on tient fixes au fond de l’eau au moyen de plombs ou de cabîieres. Dans l’article IV » page 24, il s’agit des pèches qu’on fait avec des lignes qui font chargées d’un plomb pour les faire entrer dans l’eau , mais qui 11e relient point fixes en un endroit. Ces pèches peuvent fe pratiquer également dans la,Méditerranée & dans l’Océan.. Cet article eft. diviféen plu-Leurs paragraphes.
- 83 5. Dans le §. , il s’agit de la pêche qui fe fait avec une ligne fimple.,.
- qu’on tient immédiatement à la main * & que pour cette raifon l’on appelle en quelques endroits pêche au doigt.
- 836- Nous décrivons,. dans le §. 690, la pèche qu’on nomme bolantm, à. la côte de Valence. Elle différé peu de la précédente..
- 837- s’agit.» dans le §. 691., de la pèche du. germon ,près de l’Isîe-Dieu. Cette pèche différé peu de celle de la moruedont nous difons quelque, choie dans le §. 692.
- 838- Dans le §. 696, nous parlons d’une pêche àpeu près femblable, qu’oir
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- [Se ct. L De la pcehe aux'hameçons. * 149
- pratique en plufleurs endroits, & particuliérement auprès de Bayonne, pour prendre des th ons. v
- 83p. Nous rapportons dans le §. 697, des pêches peu différentes, qui font d’ufage à Cette en Languedoc, à la Guadeloupe, & en Ruffie.
- 840. L’objet du §. 701, eft une pêche que font les payfans voijfins de la
- mer, en Chypre, avec de, petits radeaux formés de tiges feches de fenouil, autour defquels ils attachent des lignes ümples & des hains. ,,
- 841. Nous donnons , dans le §. 702 , une pêche peu différente, qu’on pra-
- tique depuis Mafulipatan jufqu’à Madras,avec des efpeces de ratzqu’ony nomme catimarans. .
- 842- Il s’agit, dans le §. 704, de differentes petites pêches ufitées dans les étangs de Cette en Languedoc, avec des corps flottans que le vent ou le courant portent au large.
- 843. Dans les endroits où il y a beaucoup de brochets, certains pêcheurs-mettent un haiii à i’extrêmité d’une ligne 5 & à l’autre bout, ils attachent un morceau de bois qui flotte fur l’eau, & qu’ils nomment quille,, parce qu’il eft effectivement en cône comme une quille. O11 jette dans le lac de Joux, fi tué en Franche-Comté , au bord de la Suiffe, & qui eft très-fpacieux, quelquefois une cinquantaine de ces hains, que l’on laiffe flotter au gré du vent & du courant : après quoi l’on va avec un batelet chercher les quilles qui fervent alors de lignai ; & 011 tire à bord celles dont la fttuation , plus ou moins perpendiculaire , dénote qu’il y a un poiffonpris à l’appât ; au lieu que les autres quilles flottent horifontalement.
- 844. Enfin nous difons un mot, dans le §. 70^, d’une pèchequ’011 fait quelquefois pourfe divertir, en occalionnantune elpece de combat entre des canards & des brochets.
- 84y. Dans le chapitre III, page I2g5 il eft queftion des grandes pêches qu’on fait dans les rivières, les étangs, & à la mer , avec des cordes garnies de lignes & d’hains..
- 846. Nous commençons par y donner une idée de la différence dont ces pèches font fufceptibles relativement à la profondeur où l’on établit les hains 5» car il y en a qu’on deftine à prendre les poiffons qui parcourent le fond de la mer ; d’autres fe tiennent conftamment près delàfuperfciej cn£n beaucoup plus nagent à divers degrés de profondeur. C’eft une partie de notre art que de régler la pêche fuivant les .cireonftances que nous détaillons en cet endroit. Attendu que l’on s’y conforme, foit le long des côtes, foitau large , & dans* les eaux douces, comme à la mer ,11011^diftnbuons cette matière enplufiem s articles..
- 847. L’article premier, page 130, concerne la pèche aux cordes, tant dans les eaux douces qu’en mer, à une petite diftan.ee des côtes.. Nous le divr-
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- T R A I T E' D>E S F E V B E S
- foiis en qûàtrë'parties, dont la première-, page 130 , traite de cette pèche, telle qu’on la fait avec des lignes dormantes dans les étangs ou dans les àrivieres. ’ ’ >'{ '
- ;848- La fécondé & la troifieme parties regardent ces mêmes pèches par tapport à là nier ; foit à une pètite diftance des côtes, foit entre les rochers.
- * 849.'~ On voit , dans la quatrième partie, la maniéré dont ellefe pratique dans quelques parages particuliers.
- ' 8>ôï No,us considérons , dans l’article II, page 133 , les grandes pèches que l’on fait au large ‘avec des 'cordes tendues ou par fond ou entre deux eaux. C’eft pourquoi l’objet du §. 732 eft la pêche où les cordes font calées au fond de la' mer.'Outre les détails qui appartiennent à la diftribution des cablieres & des bouées , on y trouve la maniéré d’arranger les cordes dans des paniers pour les porter à la mer, &les attentions avec lefquellesles matelots tendent leurs cordes '& les relevent.
- 8fi. Dans le §. 759 , nous décrivons une grande pêche qu’on fait furies-côtes de l’Etat eccléfiaftique, & que l’on y nomme pillago. Elle différé peu. de la pèche qu’on appelle aux palangres en Provence , & pêche aux cordes dans l’Océan ; fur-tout de celle qu’011 appelle petite corde.
- 852. Dans toutes les pêches dont nous venons de parler, la maitrelfe corde eft chargée de cailloux pour la faire caler à fond. Mais quand on veut prendre les poilfons qui quittent le fond & qui s’approchent quelquefois de la furface de l’eau, on fait flotter les cordes , en y attachant, au lieu de cailloux & de cablieres, des corcerons de liege. Cette pèche fe nomme dans l’Océan» la belle. Nous l’avons décrite dans l’article III, page 137.
- 853- Attendu que, quand on pèche ainiî entre des roches, on doit le faire avec certaines précautions, nous en avons traité expreffément dans le :§. 766 & fuiv. ^
- ~!48H- L’objet du §. 76% & fuiv. eft une pêche napolitaine, nommée paranchufo, qui a du rapport à la bélée, à peu près comme le piélago en a aux pèches par fond. 1
- 85ï- L’articlè IV, page 139, concerne les pèches dans lefquelles on fe fertde cordes qui s’étendent comme en diagonale depuis la furface de la mer jùfqu’à fon fond. Les empiles, au lieu de tenir à la maîtreflè corde, 11’ont de liaifon avec elle que par le moyen , foit de morceaux de bois, foit de cercles de fil d’archal, auxquels elles font attachées. C’eft ce que nous détaillons dans trois parties. La première eft occupée par la pêche qu’on nomme traîner la'balle. On y voit des morceaux de bois appellés baluettes, diftribués à plusieurs diftances fur une maitrelfe corde, & à l’extrémité de chacun defquels èftmie empile, Tout au bas de la maitreffe corde eft un corps pefant, tel
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- S e g t, !.. Be la pêche aux iïameqon?*- ï-‘fr
- qu’un boulet, deftiné à la tenir toujours tendue. Cette pèche fe fait fous voile r e’eft pourquoi on la déligne par le terme de traîner la balle.
- Le libouret eft décrit dans la fécondé partie. Dans cette pêche, la corde eft terminée par un plomb qui porte fur le fond. Il n’y a qu’un morceau de bois qu’on nomme avalette , & qui eft placé quatre à cinq pouces au-delfus du plomb. On attache à fon extrémité plulîeurs empiles. Cette pêche fe fait à-f ancre.
- 8ï7- Dans la troilieme partie, nous parlons d’une pèche que les Bafques appellent le grand couple. Ils attachent à l’extrémité de leur corde un morceau de fil de fer courbé en arc, qui porte un plomb : & aux deux bouts de ce fil de fer ils mettent plufieurs lignes fines , où font attachés des hains. Comme on jette à là mer beaucoup de ces lignes qui font de différentes longueurs, il enréfulte, de même que quand on pêche avec la balle , qu’il fe préfente des appâts aux poiffons qui fe trouvent à différentes profondeurs dans l’eau.
- 8?8- Tel eft l’expofé fommaire de ce qui eft traité dans le chapitre premier , où nous nous étions propofé de rapporter ce qui regarde la pêche aux hains. On voudra bien fe rappeller que nous avons réfervé pour l’hiftoire particulière des poiffons, nombre de détails qui appartiennent aux diverfes maniérés dont on les pêche.
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- TRAITEf DES PECHES,
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- EXPLICATION DES PLANCHES
- DE LA PREMIERE SECTION DU TRAITÉ GÉNÉRAL DES PÊCHES.
- Planche I.
- Figures ï,2,3,4, f,6,7 & 8 > hains de différentes grandeurs , pour pêcher différentes efpeces de poiffons dans les rivières.
- Figure 9, hain pour prendre de gros brochets, avec un empilage de laiton. Figure 10, piece de fil de fer, qui étant pliée , forme deux hains.
- Figure 11, deux hains adoffés l’un à l’autre.
- Figure 12, gros hain dont 011 fe fert fur le Grand-Banc pour la pèche de la morue. On y a joint fon empilage & une portion de fa ligne.
- Figures 13 & 14, deux fortes de hains ufitées pour la pêche de la morue à l’isle de Terre-Neuve : les empilages font à la françaife.
- Figure 15, établi de l’ouvrier qui fabrique les hains.
- A, le barbelet.
- B, le chevalet, autrement nommé le rencontre du barbelet.
- C, étau.
- F, quarré formé par quatre tringles.
- G, tablier cloué au bord de la table.
- Figure 16, le barbelet vu plus en grand.
- Figure 17, bloc à couper.
- Figure 18, barbelet plus petit.
- Figure 19, plane.
- Figure 20, pléteux à main.
- Planche II.
- Figure 1, portion de bauffe, ou corde garnie d’un caillou qui la fait caler, pour la pèche des groffes raies.
- Figure 2, hain à deux crocs, avec un empilage de cuivre & un leurre, pour la pêche du thon, lorfqu’on en rencontre dans les traverfées , en allant à Terre-Neuve.
- Figure 3, morceau de bois pour former le letfrre.
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- Planché
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- S e c t. I. De la pêche aux hameçons. Planche III.
- Figure i. AAKL, petit métier nommé quarré, qui fert à commettre des lignes ou piles, pour empiler les petits hains.
- Planche IV.
- Figure i. E, pêcheur à la canne.
- F, pêcheur qui a tendu des cannes au bord de l’eau , & qui va vifiter s’il n’y a rien de pris.
- G , pêcheur qui lait fautiller fa ligne à la furface de l’eau.
- H, poiflon pris à des lignes fimples.
- Figure 2, pêcheurs à la perche entre les rochers, au bord de la mer.
- Figure ab, perche longue de dix à douze pieds, & de quatre à cinq pouces de circonférence au bout <z, & pas tout-à-fait un pouce à l’autre extrémité b.
- u x, canne, ou perche plus propre, faite de bois des Indes, pour l’ufage de la pêche.
- de^ deux pièces d’une ligne, qu’il s’agit de réunir en une.
- g h, pluiieurs brins de fil de foie ou ,de crin, qu’il faut réunir pour former la ligne.
- k k, morceau de plomb, flotte de liege.
- m /z, hains.
- o, morceau de bois, fur lequel on'peut deviderîa ligne, pour lui donner une longueur convenable.
- p-, trubleau, petit filet en forme de poche , pour faire pafler deflous les poilfons, quand ils commencent à fortir de l’eau.
- q, maniéré de ployer la ligne en entrelas, autour du pouce & du petit doigt, pour jeter l’hain lorfqu’on veut tendre des bricoles.
- r, petit paquet de rofeaux tenant lieu de liege.
- /, petites fourchettes de bois pour tendre des bricoles.
- A , poiflon fervant d’appât amorcé à un hain à deux crochets.
- B, poiflon amorcé par l’ouie , à un hain à fimple crochet.
- C , la queue de l’hain paflant par-deflous l’ouie , & fortant par la bouche.
- D , l’hain entrant par la bouche & fortant par l’anus.
- Planche V.
- Figures 1,2,3. Pièces de cordes , ou appelets de différentes grofleurs, garnies de lignes, hains, cailloux, empiles & corcerons de liege.
- Tome V\
- V
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- TRAITE' DES PECHES.
- M4
- Figure 4, une ancre, . ' -
- Figure 6, bouées de liege, faites en barriques, avec leurs cordes.
- Figure 7, cabliére & plomb de fonde.
- Figure g. A, B, C, D, E , différens crocs & harpons.
- Figure 9 , Cateniere que l’on traîne pour trouver au fond de l’eau un appelet qui y eft refté.
- Figure 11, grapin pour le même ufage.
- Figure 12 > flotte de liege.
- Figure 14, croiffant qui fert à couper les longues herbes qui pourraient incommoder.
- Figure 1 y , ferpe pour couper les branches d’arbre , le long des étangs & rivières.
- Figure 16, bateau picard, mis ici pour faire connaître le nom & les différentes parties de ces petits bâtimens.
- P L A N C H E V I.
- Figures 1,2,3,4, T » pêcheurs qui tendent, de baffe mer, fur le fable, des petites cablieres & des bauffes chargées d’hains.
- Figure 6, maniéré d’ajufter des hains à la circonférence d’un cercle.
- Figure 7 , hains ajuftés à un plomb.
- Figure g, hains ajuftés à un panier.
- Figure 9, hains ajuftés à une croix.
- Figure 10, hains ajuftés à un leurre.
- Figure 11,
- Figure 12,
- Figure 13 ,
- Figure 21, cylindre de plomb, fîmple leurre.
- Figure 22, quille de bois deftinée à flotter fur l’eau.
- Figure 23 , petit métier pour commettre les fils d’une ligne.
- Figures24,25,26, trois lignes avec des appâts fadices à l’angîaife.
- Figures 27,28 > 29,30, appâts fadices à l’angîaife.
- Peanche VIL
- .... ... ^ i:
- Figure 1, pêcheurs qui mettent à l’eau leurs appelets , cordes ou paîangres.
- Figure 2, pêcheurs qui retirent leurs appelets , & les rangent dans des paniers.
- Figure 3, pèche au grand couple. On voit dans l’épaiffeur de reaujcom-nient les appelets s’y diftribuent. '
- hains ajuftés à une corde.
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- Se CT. il. i)e la pêche aux filets.
- SECONDE SECTION.
- Des filets, et des diffèrentes façons de les
- EMPLOYER POUR PLU S1EU RS SORTES DE PECHES.
- »s—=—=-; vsss'S^i ' - -T s.
- INTRODUCTION*.
- 1. O n a pu appercevoir dans la fe&ion précédente, & on le fentira encore mieux par ce que nous rapporterons dans la fuite, que les pêcheurs fe livrent à des travaux très-pénibles , & qu’ils s’expofent à de grands dangers, pour fournir des alimens à ceux qui, occupés d’autres objets, fe nourrirent en partie des produits de la pêche, fans avoir prefqu’aucune idée des peines qu’il faut fe donner pour prendre les poiffons qu’on fert fur leurs tables. Mais d’un autre côté, ce font les confommateurs qui fubviennent, par l’achat du poiifon , à la fubfiftance des pêcheurs & aux grands frais de la pèche ; car celles qui fe font aux filets, exigent fur-tout des dépenfes confidérables. Le luxe des gens opulens tourne donc très-efficacement au profit des pêcheurs, puifque de beaux turbots , des poules de mer , des rougets, que l’on paie fort cher , fe prennent auffi aifément que des chiens de mer qui fe vendent un très-vil prix.
- 2. Nous avons fait voir, dans la première fedion, comment les pêcheurs ont fu profiter de la voracité des poiffons pour les engager par des appâts à faifir vin crochet de fer, dont ils ne pouvaient enfuite fe débarraffer. La forte de pêche dont nous allons parler, a eu probablement une autre origine.
- 3. Il eft alfez naturel de croire que ceux qui habitaient les bords des rivières & de la mer, appercevant un nombre de poiffons raffemblés en un endroit* ont effayé de les couvrir avec des paniers, pour les empêcher de fe difperfer j ou bien ils ont effayé de paffer ces paniers en-deffous , afin d’enlever les poif. fons hors de l’eau; ou encore ils ont tenté de les renfermer par des toiles, ou d’autres tiffus équivalens, pour les tirer à terre. Il paraît affez probable que ces induftries, fort groffieres dans leur origine, & qui fe préfentent affez naturellement à l’efprit, ont pu faire naître l’idée des différentes efpeces de filets qu’on emploie pour la pêche : car on fe fera bientôt apperçu que l’eau paffant difficilement par des tiffus ferrés, il fallait en avoir d’autres plus lâches, & dont les fils fuffent plus ou moins écartés. Cette idée a dû conduire à celle des filets. Une fois que les rets ont été imaginés, 011 en a fait de bien des formes diffé-
- V ij
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- TRAITE' DES PECHES."
- rentes. Les uns, en maniéré"de chauffe, font propres à arrêter les poiffons qui fuivent le cours de l’eau ; d’autres en nappe retiennent le poiffon , de ce genre font les faines ; d’autres auffi en nappe font formés de mailles tellement proportionnées à la groffeur des poiffons, qu’une fois engagés par la tête, ils ne peuvent s’échapper i tels font les manets (i): d’autres qu’on nomme tramaux, font formés de trois nappes, dont les mailles ont différentes ouvertures ; & ceux-ci prennent tous les poiffons qui fe préfentent, de quelque groffeur qu’ils foient. On a enfuite imaginé de former avec ces différentes efpeces de filets, de grandes enceintes, ïefquelles retiennent le poiffon qui y eft entré avec l’eau de la mer : c’eft ce qu’on appelle des parcs. Non content de pratiquer ces induftries au bord de Peau', on a imaginé des moyens d’aller chercher les poiffons avec des rets fort loin de la côte s & même à une grande profondeur.
- ( i ) 11 parait que l’auteur ne détermine pas affez la différence qu’il y a entre les faines & les manets. L’introduétion qui eft à la tête du chapitre IV de cette feétïon, fem-ble fuppofer que cette différence ne confîfte que dans la grandeur des mailles. Les faines ont des mailles d’une forme arbitraire, mais plus ferrées. Les manets ont des mailles proportionnées à la groffeur des poiffons que l’on peut attraper par ce moyen. Les uns & les autres appartiennent à la claffe des grands filets que l’on traîne. On s’en fert auffi fur les côtes , & ,dans les parcs, où ils font fixés.
- Dans le nord & fur les mers & les grands fleuves d’Allemagne, on connaît trois fortes de grands filets qui fe traînent ; i°. Garn, en français faines & manets. 2°. Wathen, en français fainettes. 3 °. Schleppfàckc, en français dragues.
- On appelle Garn , toutes les fortes de grands filets qui fe traînent dans l’eau , & qui font faits en formé‘de facs. Leur grandeur varie beaucoup. 11 y en a qui ont ço , 60,8° aunes de large , & au-delà Les faines, Fiicsgarncn , dont on fe fert fur le Rhin , font très grands. On y réunit fix à huit filets de ça aunes chacun, dont les mailles font fort larges.
- Les filets, Garn , portent à chaque extrémité une maffe, en allemand, Keule. C’eft une piece de bois, au milieu de la-
- r-
- quelle on a attaché une brique. Au moyen d’une corde, on traîne ce filet dans les courans les plus profonds des grands fleuves. Douze ou feize hommes , partagés en deux bateaux, le font avancer, & Ton y peut trouver à la fois au-delà 120 quintaux: de poiffon. Ordinairement ces filets n’ont pas de fac vers le milieu , parce que cette partie ferait bientôt déchirée, & que d’ailleurs elle épouvante le poiffon. Cependant on en voit qui ont cette figure. Quelle que foit cette différence entre les filets appelles en français feines 8c manets, il eft certain * fuivant M. Schreber, qule les Allemands n’ont que le mot de Garn pour les défi-gner.
- La fainette , Wathen , eft en Allemagne un petit filet de douze à quinze aunes de Drefde, •garni de perches par les deux bouts. Les pécheurs le traînent dans les petites rivières 8c dans les étangs, fans avoir befoin pour cela de bateaux
- Les dragues , Schleppfàckc, ont un long fac, qui fe termine en pointe. Deux hommes , placés de part & d’autre fur les bords du fleuve , les traînent au moyen d’une corde. Si la riviere eft trop large , on attache les cordes aux deux bouts d’un bateau , que l’on fait avancer obliquement On les emploie pour "pêcher dans les endroits profonds , & pour que le fac aille au fond , il porte une.pierre par en-bas. ' ... !
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- S e c t. IL De la pèche aux filets. i f 7
- 4. Nous n’infifterons pas davantage fur tontes les induftries, plus jugé-nieufes les unes que les autres , qui ont fucceHivernent été imaginées pour étendre la pèche avec les filets. Le peu que nous venons d’indiquer offre un vafte tableau & des objets très-intéreffans , qui doivent faire lefujet de cette fécondé fedtion, laquelle fera divifée en plufieurs chapitres.
- Dans le premier , nous traiterons de la fabrique des filets. Nous y détaillerons les différentes eipeces qui font en ufage, & les préparations qu’on leur donne pour en prolonger la durée.
- 6. On verra décrites dans le fécond toutes (2) les pêches quife font au bord des rivières, des étangs & de la mer , ou à une petite diftance du rivage.
- 7. Dans le troifieme (3), il s’agira des pèches en pleine mer, & à une grande profondeur dans l’eau.
- 8- Cette marche nous mettra en état de commencer par les pêches les plus fimples, qui ferviront en quelque forte d’introdu&ion aux pêches plus corn-pofées & plus confidérables.
- . ......------------------------. -» , gfr
- CHAPITRE PREMIER.
- Des filets, de leur fabrique, de leur entretien, & leurs différentes efpeces.
- 9. JL.es filets qu’on emploie dans nos mers font faits généralement avec de bon fil retors, du meilleur brin de chanvre ou de lin. Cependant on fait en
- ( 2 ) Le titre de ce fécond chapitre promet moins que ce que l’auteur dit, ici. 11 traite de plujieurs pêches au filet, qui Je font fur le rivage, ou dans un bateau, à une petite difiance du bord de l'eau.
- (3) L’auteur s’efi apperçu , dans la fuite de fou travail, qu’il ne devait pas s’afirein-dre à renfermer dans trois chapitres tout ce qu’il avait à dire fur les pêches au filet. 11 a donc changé l’ordre qu’il avait d’abord adopté. Le troifieme chapitre traite des pêches qu’on fait fur le rivage , ou à une petite difiance du rivage , avec des filets féden-taires , en forme démanché , qu’on nomme guideaux, verveux, &c.
- Chapitre IV. Des tentes, ou étentes, à la baffe eau fur piquets.
- Chapitre V. Pêcheries qu’on établit an bord de la mer, en formant des enceintes nommées parcs , au moyen defquels on retient le poifion qui, après s’être porté à la côte , veut retourner à la mer.
- Chapitre VI. Des pêches que l’on fait au bord de la mer, ou à une difiance plus ou moins grande du rivage , avec des filets flottés & leftés.
- Chapitre VJI. Des pêches qui fefont à la traîne , avec des filets à manche, 6c qu’on peut comprendre fous le terme générique de drague.
- Chapitre VIH. De quelques pêches qui fe pratiquent fur les bords de la Méditerranée , & qu’on peut regarder comme des. parcs pierres & flottés, tendus à la mer.
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- TRAITE1 DES PECHES.
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- Provence quelques gros filets avec de l’auffe (4), & les Groënlandais avec des barbes de baleine (y), ou des nerfs de daim. Lionel Wafer dit auiîi que les Indiens de Pifthme de l’Amérique pêchent avec de grands filets d’écorce do mahot, &c. Nous aurons occalion de parler ailleurs de ces cas particuliers. Il ne s’agit ici que de ce qui fe pratique le plus communément.
- 10. Quelques pêcheurs établis dans les villages, fenient un champ en che-nevis : ils font la récolte du chanvre ; ils le rouillent, le teillent, le férancent eux-mêmes, & fe difpenfent par-là d’en acheter. Mais ces travaux s’aifocient difficilement avec les occupations continuelles de la pèche, & ils font abfolu-ment impraticables pour les pêcheurs qui habitent les villes. Ainfi les pêcheurs fort occupés de leur métier achètent au marché la filalfe toute préparée ; & quand ils ont une nombreufe famille, les femmes & les filles s’occupent à la filer. Mais comme la fabrique des filets exige beaucoup de main-d’œuvre , & qu’on peut pour un écu de fil faire une étendue de filets qui coûterait 12 livres , les pêcheurs , pour peu que leur famille foit nombreufe , travaillent eux-mêmes leurs filets'i les femmes & les filles retordent le fil, & même aident aux hommes à lacer ou mailler les filets ,. étant au moins aulli habiles qu’eux à cette forte de travail.
- 11. Ceux qui n’ont point de famille font obligés d’acheter leurs filets, & c’eft pour eux une dépenfe confidérable. Ceux même qui la fupportent, ne font pas difpenfés de fa voir mailler, ne fut-ce que pour rétablir les filets qui ont fouifert quelques dommages j car ils feraient épuifés en frais, s’ils étaient perpétuellement obligés de payer ces fortes de r’habiliages , que les pêcheurs quifavent mailler font, ainfi que leurs femmes, dans les intervalles de tems qui ne font pas propres à la pêche.
- 12. Quoique nous ayons prouvé, dans Vart de la corderie (6), que les chanvres du nord bien choifis font des cordes plus fortes que la plupart de ceux du royaume , les pêcheurs préfèrent ceux de France (7), & je crois qu’ils ont raifon, parce que nos chanvres font durs & ligneux. Cette qualité, qui eft un défaut pour des cordes, fait- qu’en général ils pourriifent moins promptement que les chanvres doux du nord, qui font des cordes plus fortes.
- (4) Stipa tenacijjïma; Linn. Voyez ce que j’en ai dit dans le troifieme volume de cette édition , p. $04, art du cordonnier , note 4.
- (ç) Cette forte de filets vaut mieux que ceux de chanvre. On les fait avec de longues bandes de barbes de baleine, coupées
- fort étroites & fort minces. Voyez Ander-fon , mémoires fur V Islande.
- (6) lln’eft pas encore publié dans cette édition augmentée.
- (7) En Allemagne, les-pêcheurs préfèrent les chanvres du Rhin.
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- S e c t. II. De la pèche aux filets. Article premier.
- Idée générale des diverfes efpeces de filets.
- 13. Les pêcheurs ne font point les cordages qui leur font néceffaires j ils les achètent des cordiers, qui les leur vendent au poids.
- 14. La filaffe & le fil s’achètent aux marchés, à la livre, & à différens prix * fuivant la fineffe & la qualité de l’un & de l’autre. Il y a des pêcheurs âgés ou infirmes, qui s’occupent avec leur famille à faire des filets qu’ils vendent à l’.aune, & dont le prix varie fuivant la nature du fil, la grandeur des mailles, & la chiite du filet. Par exemple , les faines pour le hareng font les plus cheres, non feulement à caufe de leur hauteur, mais encore parce que les mailles font fort ferrées & en grand nombre (8) ; ce qui fait qu’un habile laceur ne peut en faire par jour que huit à neuf aunes. Au contraire, un bon ouvrier peut faire douze à quinze aunes de manets qui fervent pour la pêche du maquereau , dont cependant les pièces ont quarante-deux à quarante-quatre mailles de chûte.
- if. Les rets dont nous venons de parler, & plufieurs dont il feraquef. tion dans la fuite, font de fimples nappes (9) , mais qui différent affez conii-dérablement entr’elles. Les unes , ayant les mailles fort petites, retiennent le poiifon à peu près comme le ferait une toile claire -, d’autres , qui font defti-nées à prendre fpécialement une efpece de poiffon, doivent avoir leurs mailles tellement proportionnées à la groffeur ordinaire de cette efpece de poiffon, que la tète qui eft plus menue que le corps entre dans les mailles pendant que le corps n’y peut paffer : alors le poiffon qui a engagé fa tête dans une maille, 11e peut la franchir, à caufe de la groffeur de fon corps 5 & il ne lui eft pas poffble de fe dégager en reculant, parce que les fils du rets s’engagent dans fes ouies. Si les mailles de ces filets font trop petites, les poiffons rebrouffent chemin avant que d’avoir engagé leur tète jufqu’au-delà des ouies 5 & ii elles étaient trop larges , les poiffons les franchiraient & pafferaient au travers.
- 16". Il y a des filets plus compofés , qu’on nomme tremails ou tramaux (.pl• /yfig. 1 ), parce qu’ils font formés de trois nappes ou rets pofés les uns furies autres ; ce qui forme trois mailles qui fe recouvrent.
- 17. Les deux rets A (pl. /, fig. 3 ) , qui renferment le troifieme B, qu’on voit placé entre deux, font formés de gros fils très-forts , & les mailles en font grandes ; on les appelle volontiers hamaux ou anmés. Les mailles des
- (8) On les fait, pour la plupart, de grof. ( 9 ) En allemand , Wânde, parois. On fere foie de Perfe , parce qu’ils font plus les nommeninfi , parce qu’on les étend de-forts & qu’ils peuvent durer trois ans. An- vant ces poiffons qui marchent par troupee-derfon , mémoires fur l’Islande.
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- hamaux, de la drege, par exemple, ont de. grandeur neuf pouces en quar-réfro). Comme les hamaux qu’on emploie en mer n’ont fouvent que quatre mailles de chute, un bon laceur en peut faire 150 aunes par jour.
- ig. Le rets qu’on voit entre les deux hamaux (/?/./, fig. 1 ), le nomme la nappe ou la toile, ou encore X'àflue. Il eft fait avec du fil très-délié, ce qui n’eft fujet.à aucun inconvénient, parce que la due eft foutenue par les fils des hamaux qui, comme nous l’avons dit, font très-forts , ainfl qu’on le voit dans la planche /, figure I.
- 19. Les pièces de due ont les mailles beaucoup plus ferrées que les hamaux , puifqn’au lieu de quatre mailles de chute, elles en ont quarante-deux ; & pour cette raifon , le meilleur ouvrier'n’en peut faire que douze à quinze aunes par jour. Il eft vrai que la due doit avoir un peu plus d’étendue que les hamaux , pour qu’elle foit toujours flottante entre deux : on en appercevra la raifon , Il l’on fait attention que quand on fe fert de ce filet, les poiflbns ne s’y maillent point comme quand on emploie les manets ; ceux qui donnent dans la flue lui font faire une bourfe entre les grandes mailles de^ hamaux; en fe débattant ils tombent dans cette bourfe , ils s’enveloppent du filet, & ne peuvent s’échapper. L’avantage de ce filet eft, qu’il s’y prend des poiflbns de grof-feurs fort differentes, & qu’ils font également arrêtés, de quelque côté qu’ils donnent dans le filet.
- 20. Outre les deux efpeces de filets dont je viens de parler fqui font en nappe, il y en a qui forment un fac conique : on leur donne fur les rivières plufieurs noms, entr’autres , celui de verveux (11). Ceux qui fervent à la mer s’appellent fa.cs ou caches, queues , manches (12), &c. Je donne pour exemple un verveux : ces filets , à la forme près, font maillés comme les faines.
- 21. Il y a bien des fortes de filets dans les trois genres dontmous venons de donner une idée 5 & nous comptons en parler fort en détail, lorfque nous traiterons des pèches où l’on en fait ufage. Mais il fautpréfentement pafler à la fabrique des filets.
- Article second. *
- De la fabrication des filets.
- 22. Quoiqu'on fade certains filets avec des fils très-fins, on n’y emploie
- (io) Ces filets à trois nappes foritincon- foient étouffés, enforte qu’on les en retire nus en Saxe; mais fur le Rhin on en fait morts.
- ufage , & ils s’appellent Sahngarne, parce (11) En allemand , Garmâcke.
- qu’on s’en fert pour la pêche du faumon. (12) Les facs , en Allemagne, Sache ,
- Les nappes extérieures font appellées Le- n’ont pas toutes les dénominations que leur ' dermafchai. U eft affez ordinaire que les donnent les pêcheurs français, faumons, qui y font arrêtés par les ouies ,
- prefque
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- prefque jamais des filsfimples : pour que ces filets fe foutiennent & qu’ils durent , ils doivent être faits avec du fil retors. Il faut donc que les fileufes achètent de bonne filaife , bien fine,, bien épurée de chenevottes, qui foit forte, bien mûre, & point trop rouie : elles doivent la filer de différentes groff feurs , fuivant l’efpece de filet qu’on fe propofe de faire. Que la filaffe foit filée au fufeau , ou au rouet, il n’importe , pourvu que le fil foit bien uni, & fuf-fifamment tors , fans l’être trop ; car un fil trop tors n’a prefque pas de force. Ce font aufli les femmes qui retordent & doublent le fil qui doit être employé pour le corps du filet. Mais les pêcheurs ont befoin de lignes , ou petites cordes de huit pouces, ou d’un pied de longueur au plus, pour lefquelles le fil doit être retors en quatre. Ces petites ficelles , que fur plufieurs côtes les pêcheurs nomment ainards (13) , leur fervent à attacher la tète du filet fur une corde qui forme une bordure, ou, en terme de marine, une ralingue. (14). Les faines & les manets en ont fur-tout befoin.
- 23. Ce font ordinairement les hommes qui font ces ainards , avec une ef. pece de rouet, à peu près le même , mais plus grand que celui que nous avons décrit dans la première édition. Ce rouet (pl. I,fig. 2 ) eft formé par une roue A, qui ell fixée folidement &'horifontalement dans un mur par un fort étrier de fer bb. Une petite manivelle c , fert à faire tourner cette roue, dont la circonférence elt enveloppée de deux cordes : chacune fait tourner une molette y 011 attache au crochet de chaque molette un fil retors ; & les deux fils e s’uniffent à un crochet qui tient au plomb f. Amefure qu’on tord les fils e* ils fe roulent l’un fur l’autre , & le plomb/monte proportionnellement.
- 24. Il n’eft pas hors de propos de faire remarquer qu’il y a une grande différence entre les fils fimplement doublés & retors par les femmes , & ceux qui font commis par l’homme (pl. I, fig. 2 ). Les femmes roulent l’un fur l’autre les deux fils qu’elles ont foin de tenir mouillés, les deux pelottes étant dans un vafe rempli d’eau. Ces deux fils venant à fe deffécher dans cette polition, relient un peu adhérens entre eux, quoiqu’il n’y ait point de force expreffe qui les engage à fe rouler l’un fur l’autre.
- 25. Il n’en ell pas de même des fils que commet l’homme (fig. 2 ). Comme il imprime un tortillement à chaque fiU, ils font effort pour fe détordre : en conséquence ils fe roulent l’un fur l’autre ; & il faut une force plus conf dérable pour défunir ces fils commis, que ceux qui ont été fimplement retors.
- 26. Le quarré repréfenté fur la planche III de la première fe&ion, les rouets des cordiers, & ceux qu’emploient les^ouvrieres qui fontjides cordon-
- (13) En allemand fiSchnuren»
- (14) En allemand, Saumtau.
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- nets de foie, fourniffent des moyens bien plus expéditifs de commettre en-femble plufieurs fils, que la petite machine que je viens de décrire $ mais j’ai cru 11e devoir pas négliger d’en parler, d’autant que dans plusieurs ports elle eft d’un ufage alfez commun.
- 27. Les pêcheurs ont encore befoin de ganfe fine, qu’on nomme fur la côte de Normandie M'arrêtée, pour joindre enfemble plufieurs pièces de rets qui doivent former par leur réunion une piece complété de faine ou de manet. Mais ils n’ont pas coutume de les faire * ils les achètent des cordiers.
- 28- Il faut donc que ceux qui veulent faire des filets , foient pourvus de fil retors de différentes grolfeurs, ainfi que de plufieurs fortes de lignes ou ficelles : il leur faut de plus quelques outils ; nous en parlerons dans un inftant.
- De la meilleure maniéré de conjlater la grandeur des mailles.
- 29. Les filets ne doivent pas avoir tous une même grandeur de maille. Nos leéteurs en ont déjà apperçu quelques raifons dans le peu que nous avons dit des faines , des manets , & des tramaux. Mais on a jugé qu’il était important à la confier vation du poilfon qui peuple la mer, de fixer l’ouverture des mailles que devait avoir chaque efpece de filet. Iln’eftpas aifé demefurer exactement en pouces & lignes l’ouverture des mailles : auiii les pêcheurs ne fuivent-ils pas cette méthode. Ceux des ports du Ponant comptent combien il y a de nœuds au pied, ou à la brafle : & ceux de la Méditerranée difent qu’il y a tant d'ourdres au pan ou à la brade j ce qui revient au même. La différence eonfifte dans la diverfité des mefures & des expreftions. Dans les ports de l’Océan, le pied eft de douze pouces, & la brajj'e eft de cinq pieds. Dans les ports de la Méditerranée, le pan eft de neuf pouces , & la brajfe de fept pans & demi. Ainfi, par exemple (pl. I, fig.^'), un filet de huit ourdres au pan, eft celui dont huit nœuds font la longueur d’un pan , ou de neuf pouces»
- ff 30. Cette façon de mefurer la grandeur des mailles par le nombre des nœuds ou ourdres , eft commode : mais elle n’eft pas Lire ; car en fuppofant que la grandeur foit telle qu’on l’exige au fortir des mains de l’ouvrier, elle change conlîdérablement lorfquele filet a fervi, ou même quand il fort de la teinture: ou du tan : les fils fe détordent, ils fe crifpent 9 ils augmentent de groffeur j ce qui diminue confidérablement l’ouverture des mailles. Cette réflexion a fait propofer d’établir la grandeur des mailles fur le diamètre'des moules qui fervent à les travailler. On verra dans la fuite , que les moules pour les petites mailles font des morceaux de bois arrondis, & qu’il y en a de plats pour les grandes mailles.
- 31. L’ordonnance de 1681 a fixé la grandeur des mailles pour toutes les efpeces de filets , &ra ordonné qu’il ferait dépofé au greffe,”des amirautés, des échantillons de toutes ces efpeces, pour avoir fous les yeux un objet de corn-
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- paraifon. Mais cette ordonnance mettrait les juges en droit de faire brûler tous les filets ; car en fuppofant qu’un filet neuf aurait été conforme à l’ordonnance, il ne fe ferait plus trouvé tel après avoir fervi, pour les raifons qui ont été rapportées plus haut. Quelques-uns ont cru qu’il eût été mieux de fixer les dimenfions des moules , & d’en conlèrver aux greffes des amirautés, non-feulement des modèles exads, mais de plus des étalons , qui feraient des trous percés dans des plaques de cuivre, au moyen delquels on connaîtrait exactement & facilement fi les moules qu’emploient les mailleurs font conformes à l’ordonnance. Mais ce moyen ne mettrait en état d’exercer la police que chez les ouvriers mailleurs, puifque les mailles changent d’étendue par le fervice. Ce n’eft pas tout : la diminution des mailles devient encore plus ou moins confidérable, fuivant la groffeur du fil qu’on a employé pour les faire; d’où l’on peut conclure que , quelques précautions qu’on prenne pour fixer les dimenfions des moules , les pêcheurs mal intentionnés auront un moyen d’éluder la loi : car fi l’on veut mefurer les mailles d’un filet qui aura fervi, les pêcheurs crieront avec fondement à l’injulhce, aflùrant que leur filet neuf était conforme à l’ordonnance; & fi l’on fixe la grandeur des mailles parla grolfeur des moules,ils parviendront à rendre en peu detems les mailles plus ferrées, en employant du fil un peu plus gros. D’où il fuit que, fi l’on prenait le parti de fixer la grandeur des mailles par les moules, il faudrait en même tems Ipécifier de quel fil on fe fervirait : ce qui n’eft pas aifé à vérifier , cl’autant qu’il y a des fils qui fe gonflent plus à l’eau que d’autres.
- 32. On s’eft donc beaucoup attaché , dans les différens réglemens qu’on a faits relativement aux pèches , à fixer la grandeur des mailles des diverfes ef. peces de filets. Mais entre les inconvéniens dont nous venons de parler , je 11e fais pas fi l’on a fait attention que, quand 011 traîne le filet obliquement au courant, ou fur le fable, les fils fe rapprochent, les mailles s’alongent, & elles diminuent tellement, que celles fur-tout des chauffes fe ferment prefqu’en-tiérement : en ce cas, l’exade dimenfion des mailles ne ferait utile que pour les filets qui feraient bien tendus , & qu’on oppoferait perpendiculairement au courant ; & ces circonftances font affez rares. Quoi qu’il en foit, en détaillant les divers uftenfiles dont fe fervent les mailleurs , nous donnerons à peu près les dimenfions des moules qu’on emploie pour les différentes fortes de filets.
- Des différens petits inftrumens qui fervent à lacer ou mailler les filets.
- 33. Les filets font d un tiffu trop lâche pour que les fils puiffent fe maintenir dans la fituation réciproque qu’ils doivent avùir par leur feul entrelacement ; il a été néceffaire d’arrêter les fils les uns aux autres, en faifantdes nœuds dans tous les endroits où ils fe croifent; & il faut que toutes les mailles d’un
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- filet foient d’une grandeur déterminée. Voici les outils qui font nécelfaires pour ce travail.
- 34. Des cifeaux de moyenne grandeur. Ordinairement les pêcheurs les prennent ronds par l’extrémité des lames, afin de pouvoir les porter dans leurs poches fans étui, &fans courir rifque de fe bleffer.
- 3^. Des aiguilles de différentes grandeurs (pl. I ). Celle de la figure 3 a neuf pouces de long fur deux lignes d’épaiffeur. Quelques-unes font longues de treize à quatorzes pouces. Cette aiguille (figure 3 ) fert pour lacer. L’autre (fig. 4) , qui n’a que fix à fept pouces de longueur , fert pour réparer ou ramen-der les filets fins, & aufii pour travailler les filets qu’on fait avec du fil très-délié. On fait ordinairement les uns & les autres , d’un bois léger ; tel que le coudrier, le fufain, le faule, le peuplier. Elles fe terminent en pointe par un bout g, où elles forment un angle aigu : il faut que la pointe foit moufle, & que toutes les parties de l’aiguille foient arrondies, pour qu’il n’y ait point d’arêtes qui endommagent le fil. Ces aiguilles font évuidées à jour en ig, dans une longueur de deux pouces & demi ou trois pouces , fuivant la grandeur des aiguilles ; & l’on ménage au milieu de cette partie évuidée , une baguette cd, qui ne s’étend pas jufqu’au haut. Beaucoup de pêcheurs la nomment languette (15). Quelquefois on la forme avec une broche de fer.
- 36. L’extrémité b de l’aiguille, oppofée à la pointe, eft fourchue ou entaillée d’environ un quart de pouce : cette partie b s’appelle la coche ou le talon.
- 37. On charge, emplit ou couvre les aiguilles avec du fil: tous ces termes font fynonymes. Pour cela, on prend un peloton, ou, en terme de laceur , un Ufieau de fil g (fig. f ) : 011 met un bout F du fil fur l’aiguille (fig. 3 ) 5 on pofe le pouce deffus ; & tenant le refte du fil h avec la main droite , on le paffe par-deffus la pointe de la languette dans l’efpace C D, pour lui faire faire deux tours au pied de la languette ; puis on conduit le fil dans la coche B, 011 le remonte fur la partie antérieure de l’aiguille, 011 le fait paffer autour de la languette , de là dans l’entaille du talon 5 & 011 le remonte le long de la face pof-térieure de l’aiguille : ce que l’on continue jufqu’à ce que l’aiguille foit entièrement chargée , comme l’eft celle B E (fig. 5 ).
- 38- Pour faire paffer aifément le fil autour de la languette, on appuie avec le pouce fur cette languette, afin qu’elle déborde l’aiguille par-derriere ; enfuite on appuie avec le doigt index fur la même aiguille, pour la faire fortir
- (10 Les pêcheurs allemands la nomment le talon de l’aiguille s’appelle en allemand auffi Zunge. Elle eft faite du même mor- die Gabel. Charger l’aiguille , c’eft , en ter-ceau de bois que le refte de l’inftrument. mes de pêcheurs allemands , die Nadel Le meilleur bois eft le fufain, en allemand, auffadnen. Le liffeau s’appelle Knaul. Spillbâum , en lat. evonymus. La coche ou
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- du côté de la face antérieure ( 16 ) : & de cette façon, lorfqu’on en a contraélé l’habitude, on charge l’aiguille très-promptement & avec facilité.
- 39. Quelques-uns trouvent plus commode de tourner l’aiguille dans la main gauche, plutôt que de remonter le fil tantôt par-devant & tantôt par-derriere l’aiguille ( 17 L
- 40. La figure 6 eft une autre forte d’aiguille , qui fert ordinairement pour r’habiller ( 18). On introduit le fil entre les ferres a & b ; & ces aiguilles fervent comme les autres , qui cependant font préférables , parce que l’extrémité g (fig. 3 ) eft moins fujette à s’accrocher dans les fils, que les ferres a b de l’aiguille { fig. 6 ).
- 41. La figure 7 eft un morceau de bois qui porte à chacun de fes bouts a & b un crochet : on le nomme valet. Quelques mailleurs s’en fervent pour tenir le filet tendu. Pour cela, on palfe un des crochets dans une maille 5 & l’autre, ou dans quelqu’autre maille du filet, ou dans quçlque crochet ou corde qui fe trouve à portée de celui qui travaille.
- 42. Afin que les mailles foient d’une grandeur uniforme, on les travaille fur un morceau de bois rond ou plat, qu’on appelle moule ( 19 ).
- 43. Pour faire les mailles qui ont peu d’ouverture, on fe fert de moules cylindriques {fig. 8 ), ou d’une petite réglé de bois {fig. 9 ). Si les mailles (ont grandes, comme celles des hamaux , par exemple, les moules cylindriques feraient trop gros pour être tenus entre les doigts : c’eft pourquoi 011 les fait avec une petite planche {fig. 16 ou 17 ), qui a aux bouts a & b un ou deux petits talons pour empêcher le fil de couler furie bout de ces moules : car le fil qui doit faire la maille enveloppe ici le moule fuivant la longueur, ainti que l’indiquent les lignes ponctuées. Ces fortes de moules ne doivent avoir que trois à quatre lignes d’épaiifeur, 8c être faits d’un bois fort léger, parce qu’il faut les tenir entre le pouce & le doigt index de la main gauche.
- 44. Les moules les plus grands , fur les côtes de Normandie & de Picardie, font deftinés à faire les hamaux de la drege ; ils ont neuf pouces de longueur, non compris les talons. O11 verra dans la fuite , qu’il y en a de beaucoup plus grands. Les moules pour les foies ont fept pouces de longueur totale , & fix pouces un quart fans comprendre les talons. Si l’on a une idée de ces moules & de leur ufage, on concevra que le pourtour du moule donne l’ouverture de la maille de ces fortes de filets, qui eft égale à deux fois la longueur du moule.
- (16) Dans bien des provinces du nord , les à r’habiller, en allemand , Jktsbüfs-Na-
- les pêcheurs fe fervent du pouce , pourap* dcln, ne font que des morceaux de bois , puyer fur l’aiguille & la faire fortir du côté larges comme la main , avec une fente dans de la face antérieure. le milieu , pour y palfer le fil.
- (17) C’eft la méthode des Allemands. ( 19) En allemand, Strickefiock, ou Stri-
- (18) En allemand , ausbüjj'cn. Les aiguil. ckeholz.
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- . 4f. Le moule cylindrique (Jîg. S ) qui fert pour faire les mailles de la flue
- de la drege, a fept ou huit lignes de diamètre ; celui pour les mailles des manets hors la manche, dont le fil eft plus gros que dans la manche , a douze lignes de diamètre. Celui quifert pour les manets dans la manche , a onze lignes de diamètre. Celui qui fixe les mailles pour la drege de la vive , qui eh permife en Normandie pendant le carême, &dont le tiifu eh très-délié, a huit lignes deux tiers de diamètre. Celui qui fert à faire les mailles pour la pèche du hareng à Yermuth, & dont le £1 eft plus gros que pour la pèche dans la Manche, a huit lignes un tiers de diamètre. Celui qui fert pour faire les filets deftinés à la même pèche auprès des côtes , a huit lignes de diamètre : & celui qui fert pour faire de petites faines très-légeres, dont les mailles font fort petites , & qu’on nomme wamettes en Normandie, n’a que fept lignes ou fept lignes & demie de diamètre.
- 46. Les bouteuxfontdu nombre des rets les plus ferrés. Leurs mailles font faites fur un moule qui n’a que trois lignes de diamètre , plus ou moins ; car les bouteux n’ont pas exactement leurs mailles d’une même grandeur.
- 47. La circonférence des mailles d’un filet eft le tour de fon moule , dont le quart donne la grandeur d’un des côtés de la maille. Pour rendre la chofe plus fenfible, donnons un exemple. On fuppofe que la maille d’une faine doive être d’un pouce en qirarré; c’eft-à-dire , que chacun des quatre fils qui en forment le contour, a un pouce de longueur d’un nœud à un autre. Le moule ayant feize lignes de diamètre, fa circonférence eft de quarante - huit lignes , dont le quart eft douze , qui eft, fuivant notre fuppolition , la longueur que doit avoir chacun des côtés de la maille de la faine : bien entendu qu’il ne s’agit pas ici d’une précifion géométrique.
- 48. Pour fe difpenfer d’employer de gros moules qui font difficiles à manier, & cependant ne pas laiffer de faire de grandes mailles, on fait quelquefois deux tours de fil fur le moule pour chaque maille.
- Explication de quelques termes qiCemploient les mailleurs, £5? qui font peu connus de ceux qui ne font point de filets.
- 49. Comme nous ferons obligés d’employer quelques termes qui font propres à l’art qui nous occupe, il eft bon de commencer par les définir.
- fo. Quand un filet eft tendu verticalement, le bord d’en-hautfe nomme la tête ( 20 ) j & le bas s’appelle le pied. Souvent la tète du filet eft bordée d’une
- (20) La plupart de ces termes d’art font Férieurs de leurs filets. Le bord d’en-haut inconnus en Allemagne. Les pêcheurs di- s’appelle quelquefois das Haupt, & par fent, die obéré, und die untere Leine, oder corruption Hôt.
- Reif, en parlant des bords fypérieurs & in-
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- corde garnie de morceaux de liege qu’on nomme flottes (21); & le pied eft pareillement bordé d’une autre corde garnie de bagues de plomb : c’eft ce qu’on nomme la plombée ( 22 ).
- fi. L A levure d’un filet eft le premier rang de mailles ou de demi-mailles par lefquelles 011 le commence ( 23 ). Ain Ci, quand 011 dit, lever un filet, c’eft le commencer , ou former la levure. Et quand on dit, peurfuivre un filet, c’eft continuer à former les mailles.
- ï 2. On nomme accrues ( 24 ), des boucles qu’on fait fervir de mailles pour augmenter l’étendue d’un filet. Comme cet article eft important, nous en donnerons un détail particulier.
- Ï3. Les mailles doubles fe font en mettant fur l’aiguille deux fils au lieu d’un ; ce qui fournit le moyen de détacher un filet d’un autre , comme quand on veut faire un goulet dans un verveux. On verra dans la fuite, que cette pratique a de grands avantages.
- 54. Enlarmer un filet, c’eft le border d’une efpece delifiere formée de grandes mailles qu’on fait avec delà ficelle. Il y a de ces lifieres qui ont allez de largeur, & qui font faites de mailles une fois plus grandes que celles du filet : elles ne fervent que pour fortifier le filet. D’autres lifieres font étroites, & formées de très - grandes mailles ; elles fervent à recevoir une corde qui y étant palfée, tient lieu comme d’une tringle de rideau} & en ce cas les mailles fervent d’anneaux.
- 5 y En Provence, on appelle chappeune efpece de galon dont les mailles font d’un fil plus fort que celui de ce filet, & ont quinze lignes en quarré.
- 56. Border un filet ( 2f ), c’eft l’entourer d’une corde qu’on attache au filet, de trois en trois pouces, avec des révolutions d’un bon fil retors. Cette corde , qu’on peut appeîler en termes de marine, une ralingue , fert à fortifier le filet. Ceux qu’on traîne en ont fur-tout befoin. '
- 57. Coudre un filet, c’eft joindre plufieurs filets enfemble pour en faire un grand.
- 58- Nous expliquerons ailleurs comment cela fe fait.
- 59. Monter un filet, c’eft le garnir des cordes 8c apparaux qui le mettent en état de fervir.
- 60. Nous remarquerons en paifant, qu’on nomme corde en auflîere celle qui eft formée de plufieurs faifeeaux de fils commis les uns avec les autres ; & corde câblée ou en grelin , celle qui eft formée de plufieurs auftieres commifes enfemble.
- (21) En allemand , FlôJJen. ' (sD-En allemand, Anfangs-Mafchcn.
- (22 ) En allemand , Blcyreif. Cette corde (24) En allemand, Fliegende Mafchen9 eft de crin , qui dure plus long-tems que ou en termes d’art, Einhànge-Mafchen. le chanvre. (25) En allemand , EinfaJJ'eiu
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- 61. On appelle goulet (26) l’embouchure, en forme d’entonnoir, des filets en yerveuxs laquelle fait que le poiifon y entre aifément, & ne peut prefque jamais en fortir.
- 62. Il y a fans doute plufleurs termes qui ne font point expliqués ici, mais qui le feront, lorfque i’occalîon fe préfentera d’en faire ufage.
- De la différente forme des mailles.
- 63. On fait deux fortes de mailles: les unes font quarrées, les autres en en lofange (27) (pi. T, fg. 1). Quand les filets à mailles quarrées font tendus, tous les fils qui forment les mailles font parallèles entre eux, & encore parallèles à la tète du filet ; de forte que toutes repréfentent comme un damier. On peut faire les hamaux des tramaux en mailles quarrées. Il y a cependant des hanraux en lolange , comme on en voit à la figure 1.
- 64. A l’égard des filets qui font à mailles en lofange, lorfque les filets font tendus, les fils, quoique parallèles entre eux, forment des lignes obliques, eu égard à la tète du filet ; de forte que les angles aigus des mailles font haut & bas. Les mailles des Eues, des manets , des faines & de la plupart des filets, font en lofange.
- 6f. Ces deux fortes de filets fe travaillent bien différemment : ce qui nous obligera d’en traiter particuliérement ; mais il faut auparavant expliquer les différentes façons de faire les nœuds. C’effc un préliminaire nécelfaire pour l’intelligence de ce que nous avons à dire fur la façon de mailler.
- Article troisième.
- De la maniéré dont fe font les diffèrens nœuds qui joignent les fils les uns avec
- les autres.
- 66. Il y a deux façons d’exécuter les nœuds. L une fe nomme deffus le pouce; elle fert principalement pour les grandes mailles des hamaux, ainfl que pour les r’habillages ; & dans certaines circonftances , ce nœud eft fort commode.
- 67. L’autre forte de nœud fe nomme fous le petit doigt. Ce nœud eft d’ufage pour toutes les efpeces de filets. Il a l’avantage d’être expéditif, fort affûté, & de former des mailles bien régulières.
- 6g. Comme il faut varier la grandeur des mailles fuivant l’eipece de filet
- (26) En allemand , Einkehle.
- (27) E11 allemand , SpiegdlicJit.
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- qu’on fepropofe de faire, il eftnéceffaire de choisir un moule proportionné à la grandeur qu’on veut donner aux mailles, & avoir une aiguille chargée d’un fil plus ou moins gros, fuivant l’efpece de filet qu’on fc propofe de travailler. Ces préparatifs font nécelfaires , de quelque efpece de nœuds qu’on veuille faire ufage.
- Maniéré de faire le nœud fur le pouce.
- 69. Pour faire le nœud fur le pouce (pl. II, fig» 1 ), il faut palier dans un clou à crochet &, un bout de ficelle, qu’on noue pour en former une anfe Z. On paife dans cette anfe le fil avec lequel on veut faire le filet -, on forme avec ce fil un nœud iimple C, qu’on 11e ferre pas jufqu’auprès de la corde, mais ion s’arrête à une diftance proportionnée à la grandeur qu’011 veut donner aux demi-mailles par lefquelles doit commencer le filet.
- 70. Voici une des maniérés dont peut être fait le nœud fimple ( fig. 2 ). Je fuppofe ici que les fils A & B font ceux qui étant rapprochés formeroient l’anfe & de la fig. i.Onpofele moule ^rfous l’angle qui eft formé par la réunion de ces deux fils ; on ferre le bout du fil qu’on a paifé dans l’anfe entre le doigt index & le moule 3 on entoure le moule par la révolution k,l,m ; puis on le paife autour de la branche n, pour le conduire par-deffus elle en à & en m , par-delfous le fil en p. Tirant enfuite le bout p, le nœud fimple eft fait; mais il n’eftpas capable d’arrêter la maille i il faut, comme difentles laceurs , Vajfurer par un fécond nœud : & voici comme l’on fait celui qu’on nomme fur le pouce.
- 71. On faifit le nœud fimple entre le pouce & l’index de la main gauche, comme 011 le voit auprès de C (fig. 1 ) ; ôn prend de la main droite le refte du fil ou l’aiguille qui en eft chargée , & on le jette par-deifus le pouce de la main gauche, luifaifant décrire une révolutionDEF, qui paife par-deifus l’anfe de corde Z ; on le ramene enfuite vers C, à l’extrémité du pouce de la main gauche ; puis on paiîê l’aiguille par-deifous les deux branches C de la demi-maille, & on l’introduit dans l’anfe EBF, de forte que la partie B du fil qui forme cette anfe fe trouve fous l’aiguille. Alors tenant toujours le nœud bien ferme entre le pouce & le doigt index de la main gauche, ainfi que la portion D du fil qui y répond, & faifant enforte que l’anfe Z & les deux branches de la demi-maille C foient tendues, on finit le nœud en tirant l’aiguille vers foi. Pour que le nœud foit bien arrêté , il faut que ce nœud, dit fur le pouce, s’arrête fur le nœud fimple ; car s’il fe formait au-deffous, comme cela arrive quand 011 11e ferre pas fortement le nœud fimple avec le pouce, le nœud ne ferait pas arrêté & ne vaudrait rien.
- 72. On verra, dans l’article du raccommodage des filets , un autre procédé pour faire le nœud fimple.
- Tome V. *
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- 73. Souvent leslaceurs font les demi-mailles qui forment la tête du filet, comme nous venons de l’expliqxier, fans fe fervir de moule; & l’habitude qu’ils ont contractée par un long ufage, fait qu’ils leur'donnent une grandeur aifez uniforme. Mais le mieux elt de les faire fur un moule, que nous n’avons pas repréfenté , pour éviter de rendre la figure trop confufe , mais dont nous aurons foin de parler amplement dans la fuite. Il fuffira qu’on fâche préfente-ment qu’on forme le nœud fimple fur le moule (fig. 2 ) , & qu’on n’abandonne pas le moule en affurant ce nœud fimple par le nœud fur le pouce, que nous venons de décrire {fig. 1 ).
- 74. Essayons maintenant d’expliquer, le plus clairement qu’il nous fera poflible, la maniéré de faire le nœud qu’on nomme fous le petit doigt.
- Maniéré de faire le nœud fous le petit doigt.
- 7$. Apres ce que nous avons dit, on conçoit que le nœud fur le pouce prend en partie cette dénomination de la grande révolution D,E,B,F {fig. 1 ) 5 qui enveloppe le pouce.
- 76. Pour détailler l’art de faire le nœud fous le petit doigt, fuppofons {pi. II, fig. 3 ) qu’il y ait des demi-mailles A A B de faites. On tient le moule CD entre le pouce E, & le doigt index F ; de forte qu’un des bouts C du moule s’appuie contre le pli que le pouce fait en s’articulant avec la main , & que l’autre bout D du moule excede un peu le doigt index F.
- 77. Que le moule foit rond, ou qu’il foit applati, fa longueur doit être placée fort près des nœuds des demi-mailles ou des mailles qu’on a formées en premier lieu.
- 78- Supposant le moule faifi comme nous venons de le dire, & comme on le voit à la fig. 3 , on paffe d’abord le fil par-deffus le moule ; on le rabat fous Pextrêmité du pouce en G; enfuite, ayant détaché le quatrième doigt H des autres doigts, en le portant un peu en avant, on defcend le fil vers L pour le paffer par-defîous & derrière le quatrième doigt H : & continuant la révolution du fil, on le remonte derrière le moule , entre le moule & l’index; puis 011 le rabat fur le moule pour l’engager entre le moule & le pouce à l’endroit G. Après quoi l’on fait décrire à ce fil la ligne circulaire C K F, paffant par-deffus l’anfe de corde Z ou les demi-mailles A AB. Quand le fil eft arrivé en F, on le defcend derrière tous les doigts pour le paffer derrière & fous le petit doigt L.
- 79. La figure 4 eft deftinée à faire concevoir le refte de ce nœud. Nous avons cependant tracé fur la figure 3 , par une ligne ponéluée, la route que le fil doit tenir pour achever le nœud. Comme nous avons omis exprès de repré-fenter l’aiguille dans cettefigure 3 , on apperqoit mieux les diiférens contours
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- du fil ; & l’on voit que la ligne ponéluée, en remontant, pafle en M fous la branche du fil qui eft près de cette lettre, en N fur l’autre branche de ce fil, enfuite par-derriete l’index, & va traverfer la demi-maille B. Alors, en tirant le bout O du fil, & conduifant le nœud tout près du moule par le petit doigt L fans difcontinuer de tirer le bout O du fil, 011 dégage enfin le petit doigt\ on ferre fortement le nœud fur le bord fupérieur du moule ; & l’opération eft ainfi achevée.
- 80. Pour rendre encore plus clair ce que nous venons de dire , nous diftin-guons en trois opérations ce qui regarde le nœud fous le petit doigt.
- 81. A la première , qui eft repréfentée par la figure 3 , on palfe le fil entre le moule & l’extrémité du pouce , en G ; & pour le tourner autour du quatrième doigt H, on lui fait faire la révolution GNM : après l’avoir conduit derrière le moule , on le rabat vers G fous le pouœ, qui doit le tenir ferme ; de là 011 le mene entre le pouce & le moule, vers C i enfuite on lui fait décrire , par-delfus l’anfe de corde Z, ou les demi-mailles AA, la grande révolution CICF ; puis il defeend derrière le moule & tous les doigts, pour embralfer le petit doigt L, laiifant le quatrième doigt H engagé dans l’anfe MN. Mais quand le fil eft arrivé fous le petit doigt L, la première opération eft finie.
- 82. Pour la fécondé, qui eft délignée dans la même figure par une ligne ponctuée, & qu’on a marquée par des traits, ainfi que l’aiguille dans la figure 4; îuppofant le fil palfé fous le petit doigt L , on le remonte par-delfous le fil M pour le palfer fur l’autre branche N du même fil, ce qui eft très-fenlible dans la figure 3 j puis derrière l’index, & au travers de la demi-maille B , qui fe rencontre directement près la pointe de l’aiguille. On conçoit que l’aiguille qui eft repréfentée dans la figure 4, eft nécelfaire pour faire palier le fil par la route que nous venons d’indiquer, & qui eft défignée par les mêmes lettres dans les figures 3 & 4.
- 83- La. troifieme& derniere opération eft repréfentée par la figure qui fait appercevoir comment tous les doigts ayant été promptement dégagés de l’anfe M N (fig. 3,4) aufiî-tôt que l’aiguille a forti tout-à-fait hors de la demi-maille B, & le pouce 11e fervant plus qu’à contenir le moule & à pefer delfus pour bien tendre toute la partie fupérieure ; le petit doigt L, qui demeure feul entouré du fil, s’élève avec lui peu à’peu jufqu’au moule , & ne fe dégage de ce fil que quand 011 eft près de ferrer le nœud. Alors, fi l’on tire fortement le bout O du fil ( fig. 3 ), qu’on doit toujours fuppofer tenir l’aiguille, le nœud eft fini.
- 84. Il eft bon de remarquer, à l’occafion de la figure 5, qu’on a dégagé tous les doigts des révolutions du fil, excepté le petit doigt L. A l’égard du pouce & de l’index, ils ne fervent plus qu’à tenir le moule en état, & à tendre la demi-maille B j condition nécelïàire pour que le nœud fe forme bien. On
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- voit en F, le nœud qui commence à fe former furie bord fupérieur du moule par le rapprochement des parties de Panfe CKF ( fig. 4 ) 5 & en O (fig. O , le fil qui eft rabattu comme il convient pour ferrer le nœud 5 enfin en L (fig. 4& 5) le petit doigt qui eft prêt à fe dégager du fil.
- 8f. Nous ferons encore obferver, au fujet de la figure que pour donner la liberté de paffer l’aiguille dans les révolutions du fil, on tient Panfe P fort longue, comme la repréfente la ligne ponctuée Qj & elle ne joint le delfous du petit doigt, que quand l’aiguille eft entièrementpalfée , comme on le fuppofe dans la figure, y
- Article quatrième.
- Maniéré de travailler les filets.
- 86. Il ne fuffîtpas de favoir faire les nœuds : cette connailfance ferait inutile , fi l’on ignorait comment 011 forme les mailles. Nous avons déjà dit qu’il y en a de deux fortes ; celles qui forment des lofanges, & celles qui font quarrées. Nous allons expliquer féparément la maniéré de les faire.
- Maniéré de travailler les filets dont les mailles font en lo fange.
- 87. Il faut commencer par faire ce qu’on nomme la levure, qui eft compofée d’un nombre de demi-mailles qui forment la tête du filet. A cet égard, la pratique des mailleurs n’eft pas uniforme.
- 88- Les uns ayant fait une anfe de ficelle G (pl. I, fig. 10 ) , la paflent dans un crochet F , & y attachent par un nœud (impie le fil dont ils doivent faire le filet ; puis plaçant le moule fous le nœud qui eft au-bas de Panfe G, iis font la maille H; ils retirent le moule de cette maille , le pofent delfous, & font la maille I, dont les branches font d’inégale longueur, ainfî qne toutes les autres» jufqu’au bout de la levure ; ils tirent enfuite le moule de la maille I, pour le placer delfous, & faire la maille K. Ils font de même & fuccellivement les mailles LMNO , &c. Comme le mailleur doit tirer fortement fur les mailles qu’il a faites, elles font fermées & les fils font rapprochés tout près les uns des autres -, cependant nous les avons repréfentés un peu écartés, pour qu’011 pût fe former une idée delà forme que les mailles prennent : d’ailleurs, 011 ne fait» ufàge de cette levure, qu’en ouvrant les mailles, & palfantune ficelle dans celles qui font cottées HKMO ; ce qui eft repréfenté par la ligne ponduée P Q. Mais comme la levure qu’on vient de faire, fe raccourcit à peu près de moitié, lorfqu’on ouvre les mailles, il faut la faire une fois plus longue .que, ne doit être la tête du filet. Si cette tète doit avoir'quatre pieds de longueur ii fuit que la longueur de la levure foit de huit pieds,
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- 89. C’est furies maillesIL N, &c. qu’on attache les mailles qui doivent former le filet.
- 90. Il y a des mailleurs qui commencent leurs filets par certaines anfes qu’ils nomment des pigeons. Cette levure a, dans quelques circonftances , des avantages lur les autres.
- 91. Ces pigeons aaa, &c. ( pLl, fg. 11) font de grandes anfes, arrêtées en b par un nœud fur le pouce. On doit avoir l’attention d’écarter les nœuds b de la valeur d’une demi-maille c p ; parce que , comme 011 le voit dans la fgwe, les demi-mailles ee, &c. qu’on fera dans la fuite, s’attacheront en d au milieu des efpaces cb. On ne fe fert point de moule pour faire les pigeons, non plus que les demi-mailles 5 pour les tenir d’une longueur pareille , & que les intervalles c b fuient égaux entr’eux, on paifeles doigts de la main gauche entre les pigeons ; & appuyant defliis, on fait enforte que tous les nœuds foientàune même hauteur.
- 92. Les demi-mailles d étant faites, on continue à travailler le filet fur un moule, comme nous l’avons expliqué plus haut.
- 93. D’autres mailleurs font d’abord une anfe de corde A B (pl. /, fg. 12) qui eit formée de trois branches , dont deux fervent à arrêter cette anfe dans le crochet C ; & c’eit lur la troifieme branche D qu’ils font les demi-mailles E eu allez grand nombre pour en garnir toute la longueur de la tête du filet. Ainfi, fuppofant que la tète du filet doive avoir deux pieds , & que les mailles aient un pouce d’ouverture, il faudra mettre dans l’anfe de corde A B , vingte-quatre demi-mailles.
- 94. C’est ainfi que les mailleurs ont coutume de travailler. Mais pour rendre plus fenfible l’opération que nous avons à décrire, nous fuppofons qu’on forme toutes les demi - mailles qui doivent faire la levure, fur une corde A B (pl.I,fg. 13) qui eii tendue fur une réglé de bois C D, qu’on fufpend en équilibre par les cordes F G au crochet E, afin de pouvoir aifément tourner le filet à toutes les rangées ; ce que nous prouverons être nécelïàire.
- 9C Ayant fait la fauife maille H, dans laquelle paife une cheville, & qui fert à arrêter les demi-mailles qu’on fera dans la fuite fur toute la longueur de la corde A B , comme font celles numérotées 1,2,3, &c. 011 garnit ces demi-mailles depuis A jufqu’à B.
- 96. Ces demi-mailles, qui font faites fur un moule, parailfent arrondies: par en-bas ; mais on verra bientôt que quand on fera les mailles du premier rang , femblables à 13 ,;i4 , '15 ,!&c. qui s’attachent au milieu des demi-mailles 4, 5,6, ces demi-mailles qui étaient arrondies , comme celles 1, Z & 3, lèront devenues triangulaires , ainfi que toutes les fuivantes depuis: 4 jufqu’à 12. De même les mailles’13 , 14, l<f, qui font arrondies par en-bas, deviendront anguleufes* & formeront des lofanges femblables à 16,
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- 17, 18 s quand on aura fait le fécond rang de mailles , que nous 11e marquons ici que depuis 21 jufqu’à 25. Il eft clair qu’en continuant de travailler les autres rangs de mailles, comme nous venons de l’expliquer, on fera toute l’étendue du filet en mailles lofangées.
- 97. Mais il elt bon de faire remarquer qu’011 fait toujours les filets de mailles, de gauche à droite. Ainli, quand une rangée eft faite dans toute la largeur du filet, on doit le retourner pour revenir fur fes pas, & faire la fécondé rangée, toujours de gauche à droite, & les fuivantes de meme , jufqu’à ce que le filet foit achevé.
- 98* Pour exécuter le travail que nous venons d’expofer d’une façon générale , il faut, quand on a fait la levure ou le premier rang de demi mailles dans toute l’étendue que doit avoir la tète du filet depuis A jufqu’à B, ou depuis I jufqu’à 12 , il faut , dis-je , retourner le filet , de forte que A foit du côté de la main droite, & B du côté de la gauche , pour faire le premier rang de mailles ; commençant ce rang par le bout I, qui alors eft du côté de la main gauche, & le finiffant par le bout K, qui, lorfque le filet eft retourné, fe trouve du côté de la main droite. Quand cette rangée I K fera finie, on retournera le filet pour commencer la troifieme rangée par le bout L , qui alors fera du côté de la main gauche, & le finir par le bout M qui répondra à la fmain droite.
- 99. Les chiffres qu’on voit dans les mailles de la figure 13 indiquent l’ordre qu’on a fuivi pour les faire. Quand on a fait les mailles depuis le n° 1 juf-qu’à 12, on retourne le filet, & 011 fait les mailles depuis 20 jufqu’à l’extrémité du filet : on retourne encore le filet, & on fait les mailles depuis l’extrémité du côté gauche jufqu’à l’autre bout : ce que l’on continue jufqu’à ce que le filet foit achevé. Nous allons encore rendre ceci plus clair par les figures 14, lï , 16, 17.
- 100. A la figure 14, les demi-mailles qui forment la levure, font faites fui-vant l’ordre des chiffres 1,2,3,4. En a eft le bout du fil qui fervira à faire la fécondé rangée , repréfentée par la figure 1 f , où le filet ayant été retourné, le n° 4 eft du côté de la gauche. Avec ie fil a de la figure 14, on fait la maille f, qui a deux branches inégales > enfuite les mailles 6, 7 & 8* b indique le fil qui relie pour faire la rangée fuivante, & on apperçoit que les mailles 1,2, 3 & 4 , qui étaient rondes par en-bas , font devenues triangulaires.
- 101. La figure 16 repréfente le filet retourné pour faire la maille 9 , quia lès deux branches inégales, enfuite les mailles 10,11.& 12. c eft le fil qui refte pour faire la rangée fuivante, quand on aura retourné le filet ; & l’on peut remarquer que les mailles y, 6, 7 & 8., qui étaient arrondies par en-bas à la figure 1 , font anguleufes dans la figure 16, & qu’elles forment des lofanges régulières. Quand 011 a retourné le filet, comme on le voit dans la figure 17,
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- on fait la maille 13 , qui a les branches inégales, & enfuite les mailles 14, 1 y & 16 : le fil qui refte eft indiqué par d.
- 102. Nous ne pourfuivrons pas plus long-tems le filet: ce que nous venons de dire , fera comprendre où font les attaches des différentes mailles ; comment les mailles qui font arrondies au fortir du moule, deviennent lofan-ges ; & comment, à caufe des attaches , il y a au bord du filet des mailles longues, & des demi-mailles qui forment une eipece de bordure.
- 103. La plupart des laceurs arrêtent la première fauife maille H (fig. 13), par un nœud fur le pouce , & ils font toutes les autres avec le nœud fous le petit doigt. Cela ne doit point faire une réglé générale ; chacun eft maître d’employer un nœud, ou un autre; & comme nous avons expliqué très en détail la façon de faire ces deux fortes de nœuds, nous devons nous dilpenfcr d’infifter fur ce point.
- Comment on bride un filet à mailles en lof ange, pour qu'il ne puiffe s'alonger aux dépens de fa largeur.
- 104. Un inconvénient des filets à mailles en loftmge , eft qu’ils changent beaucoup de forme , fuivant qu’on les tire dans un fens ou dans un autre. Si l’on tire le filet ( pl. //, fig. 9 ) fuivant la direction O P , ou fuivant celle Q_R, les mailles s’étendront beaucoup dans cette direction ; elles deviendront fi étroites que les fils fe toucheront prefque , & les mailles perdront prefque toute leur ouverture. Ce ferait, en beaucoup de circonftances, un inconvénient confidérable.
- lof. On pourrait le prévenir & faire enforte que les mailles confervaifent leur forme régulière , en paifant une corde S T (fig. 9 ) dans toutes les mailles , & les aflùjettiffant fur cette corde avec un bon fil retors, aux endroits VVV. C’eft ce qu’on appelle border un filet. Mais les mailleurs produifent le même effet d’une façon plus expéditive, & qui leur coûte moins : pour cela, quand on a fait le dernier rang de mailles comme a, b, c, d, A, B, C, D (fig. 9), on pofe fous les dernieres mailles un moule EF qui doit être beaucoup plus menu que celui qui afervi à faire les mailles. O11 fait au milieu du bas de la maille A une petite maille E qui ne fert qu’à alfujettir le moule ; enfuite on palfe le fil par-devant le moule, & opérant à l’ordinaire pour mailler fous le petit doigt, on fe trouve obligé de faire une révolution alongée , afin de gagner le milieu de la maille B, où l’on fait un nœud; puis, fans changer la pofition du moule, & y confervant les nouvelles mailles, on fait les révolutions & les nœuds qu’on voit à la figure 9, depuis E jufqu’à F. Dans cette figwty on a trop écarté le moule des mailles, & l’on a Fait les révolutions du fil très-lâches, pour laiifer mieux appercevoir les détails de l’opération. Quand on a ôté le
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- moule, il doitrefter un fil tel que MLK, qui affujettit les demi-mailles dans l’ouverture qu’elles doivent avoir.
- 106. Si l’on employait un moule trop gros , ou fi en faifant les nœuds on tenait les mailles trop ouvertes, comme on l’a fait à delTein dans la partie E F de la figure 9 ; les fils M LK, au lieu de former une ligne droite d’un nœud à l’autre, feraient une courbe en dehors : ce ferait un défaut ; les mailles ne feraient pas bien alfujetties. Si le moule était trop menu, ou qu’en travaillant on tint les mailles trop près les unes des autres , les bords du filet feraient froncés, & le filet ferait bourfe. Pour que le filetfoit bien bridé , il faut, quand on a ôté le moule, que les fils M LK étant tendus aient la même longueur que la ligne ponctuée N. Lorfqu’on aura ainfi formé des mailles tout au pourtour du $let, il ne pourra plus changer de forme.
- Maniéré de joindre enfiemble deux filets, au moyen des mailles dont nous venons de. parler ci - de fins.
- 107. Il eft évident que, fi l’on met l’un fur l’autre deux filets de même grandeur & qui aient des mailles pareilles, 011 pourra, en fuivant exactement ce que nous venons de dire ci-delTus, réunir très - exactement ces deux filets, pourvu que l’on comprenne dans chaque nœud deux fils ,un de chaque filet.
- Article cinq_uieme.
- Ce que à eft qiienlarmer un filet.
- . 108. Nous avons dit plus haut, qu'enlarmerunfilet (2g) c’eft le border de grandes & fortes mailles faites avec de la ficelle, ou au moins avec un fil retors beaucoup plus fort que celui qui forme le filet. La principale utilité de cette lifiere eft de fortifier le filet, & d’empêcher qu’il 11e rompe quand on le traîne. *p
- 109- Quelquefois , mais cela arrive rarement, on paffe une corde dansi les mailles de l’enlarmure ; & cette corde tendue faifant l’office d’une tringle de rideau pendant que les mailles fervent d’anneaux, on peut plier le filet fur lui-même comme l’on fait un rideau : en ce cas , nous croirions préférable de garnir les bords du filet avec des anneaux de métal , ce qu’011 appelle des bouclettes. Mais, comme nous l’avons déjà dit, il eft bien rare qu’on faffe ufage de filets ainfi montés.
- no. Pour enlarmer un filet, il faut avoir du fil retors mu delà ficelle
- (28) fin allemand , ein Netz fàumen. ' u . . .
- fieux,
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- deux, trois, ou quatre fois grofle comme le fil qui a fervi à faire le filet ; on en charge une groife aiguille. Si la ficelle eft aflez fine , on peut s’en fervir pour faire deux rangs de mailles au bord du filet, la palfant dans toutes les mailles inférieures , & l’afliij étrillant dans chacune par un nœud. Mais communément , la ficelle quifert pour enlarmer eft grofle, & on fait les mailles fort grandes. Pour cela, on ne prend dans la ficelle les mailles que de deux en deux, i, 3, f, 7, 9, 11 ; aflez fouvent même on paife deux mailles, & en ce cas on n’attache la ficelle qu’aux mailles 1,4,7,10 , &c. A la grofleur près de la ficelle, ces mailles reflemblent aflez à celles qui font cotées K, L, M (fig. 18 )•
- 1 £ 1. On forme des anfes ou œillets aux anglés dü filet qui fervent à attacher les cordes pour le tendre ou le traîner.
- 112. Pour faire commodément les mailles de Peillarmure , ainfi que les bridesde la figure 18,011 pafle dans les mailles dii bôrdoppofé à celui oiv l’on va tràvailler, une corde qu’on attache à deux crochets , ou dont on réunit les bouts par un nœud, pour faire une}anfe qü’oiv pafle dans un crochet. Qiiand l’enlarmure eft faite , on retire cette corde. Si l’on voulait border le filet de ce côté-là, on lierait cette corde a toutes les "mailles a> b , c, d, avec yn fil, comme on a fait la corde S T dans la figure 1 8, en V ¥ ¥.
- ' A R T I C V E SIXIEME. ' 0i
- Des accrues; - i r ••
- 113. Les mailleurs font, enplufieurs circonftances, des boucles , faufles mailles , ou mailles volantes C (pl. /, fig. 19 ) qu’ils nomment accrues , parce qu’elles leur fervent à augmenter l’étendue de leur filet dans un feus ou dans un autre, à Volonté (29). Nous croyons'devoir expliquer ici la façon de les faire, parce que les accrues font abfbftimeiît néceflaires pout faire-les filets à-mailles quarrées , que nous avons promis de décrire.
- 114. Nous choiliifons’, pour expliquer comment on fait des accrues, un
- filet à mailles quarrées (pl. I, fig. 19), parce que la démonitration en feraplus-fenfible. Cependant on jette des accrues aux filets à mailles en lôfange, comme à ceux à mailles quarrées ; & nous avertiflons que la figure 19 eft uniquement deftinée à faire appercevoir comment Jon fait les accrues, & qu’elle n’a aucun rapport avec la façon de faire les filets.- " * —'-
- 11 y. Quand on a fait la levure & le premier rang de mailles, n° I, fig. 19^
- (29) Le terme des pêcheurs allemands, c’eft Zunehmerij & les mailles ainfi ajoutées s’app ell e n t Einh ange- Majcàen.
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- il l’on veut faire une acqrue A à la rangée n0 II, après avoir lait ie nœud B qui allure la maille C, on continue de mailler, mais en paffant encore le fil dans la maille B, pour former à l’angle de cette maille un fécond nœud. Lorf-qu’on aura bien ferré le nœud & retiré le moule, on aura l’anfe ponctuée A, qu’on nomme une accrue.
- * 116. Dans le tems qu’on fera la file de mailles nQ III,.les mailles fe termineraient en D, s’il n’y avait point d’accrue : mais attendu que l’on .pa/fera le fil dans l’accrue comme dans une maille, & qu’omfera le nœud en E,la rangée *.de mailles fera prolongée jufqu’ài E,l& la file n° III fera de huit mailles , au lieu que la file nç I n’était que de fiept.
- il 7. Si l’on, ménage une pajreille accrue en F, la file de mailles n° V fera de neuf, au lieu que celle n° I n’était que de fept ; & la largeur du filet fera augmentée de deux mailles.' y ; ,L;: f, ;t( > :
- 11 g. tQN peut maintenant concevoir comment, ;au. moyen- des accrues, on peut élargirnun ,filetKtant qu’on veut j tcar on peut former plusieurs accrues , comme.G, dansyune file de mailles, & augmenter le nombre des mailles proportionnellement à celui des accrues. Il elt évident que fi, en formant la file de nœuds f II .on.avait paiié l’aiguille dans l’accrue 4, & qu’on l’eut arrêtée par un nœud, la,file_demailles aurait eu neuf mailles au lieu de huit..
- 119. Il y a une autre faqon de faire des accrues , au moyen de laquelle on augmente le nombre des mailles, & par conféquent la largeur du filet, à la rangée même ou l’on forme l’accrue. Pour cela, on fait à l’ordinaire les mailles a k (pl. 1, fig. 20). Si l’on fuivait la marche commune, on irait faire un nœud en d. Au lieu de cela, & pour former l’accrue, on porte le fil qui part de b jufqU’au nœud d’une maille' du rang plus haut c ; on 11’y fait point de nœud, ôn palfe feulement le fil dans une des jambes de la maille e; on le defcend jufqu’en/3 oùi’pn fait un npçdd fur le pouce ; <Sqenfuite le même fil va s’attacher en d, fies autres mailles g h fe font à l’ordinaire,:On voit que la file de mailles A,B eft. augmentée d’unq piaille y?a.infi quetous les rangs qui fuivront.
- (! A R T I C:L.JE.0.iS E P T I E M E. . *
- Comment on diminuera largeur fies filets. (30}
- 'H:;,, . ot vw . . eue , jc -i.* . - =
- I20r .Il effc bien, plus aifé de diminuer^ laf( largeur des filets que de l’augmenter, puifque'le rëtrécilfement fe hitJ, fig.czo) en comprenant deux mailles dansrun même nœud ; par exemple , l’angle, M de la. maille,-avec l’angle N de la maille Buvante. La largeur du filet lera ainfi diminuée de la
- ($0) En allemand, Abnehmen.
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- quantité M N. Alors les fils de ces mailles feront doubles ; ce qui n’eft fujet à aucun inconvénient. Mais le nombre des mailles de la file où l’on aura réuni deux mailles , fera diminué d’un. Il eft clair qu’on parviendra ainfi à diminuer peu à peu la largeur d’un filet, fans faire de difformité fenfible ; car on peut réunir des mailles au milieu des rangées connue furies bords.
- Article huitième.
- Façon de travailler les filets a mailles quarrées.
- 121. Quoiqu’on falfe beaucoup plus de filets à mailles en lofanges qu’à mailles quarrées , ily a des ouvriers accoutumés à travailler les mailles quarrées, qui prétendent que ces filets coûtent moins, & qu’ils font plus aifés à travailler.
- 122. Ces filets 11e fe commencent pas comme ceux à mailles en lofange; on ne fait point une levure qui ait toute la largeur du filet, ainfi qu’on le voit dans \àplanche /, fig. 13. On commence les filets à mailles quarrées par un angle.
- 123. Ainsi, ayant une aiguille chargée de fil & un moule proportionné à la grandeur que doivent avoir les mailles, on tourne une ou deux fois le fil autour du moule ; 011 noue enfemble les deux bouts ; & ayant retiré le moulëj on a une anfe de fil, qui fervira fi l’on veut à faire la première maille A (pl. /, fig. 21,22,23 ), & qu’on paffera dans le clou à crochet &•, enfuite onpofera le moule fous cette maille pour en faire une autre B, qui fera la première maille du fécond rang : & fuis l’ôter du moule, on fera une accrue C, comme nous l’avons expliqué plus haut. Cette accrue tiendra lieu d’une fécondé maille au fécond rang, d (fig. 21) eft le fil qui fervira à faire les mailles du troifieme rang.
- 124. On tire le moule de ces deux mailles, & on retourne le filet pour faire le troifieme rang; 011 pofe le moule fous l’accrue C, & on forme une maille D qui a deux branches fort inégales {fig. 22) , attendu que, partant du nœud qui eft au-deffus de l’accrue, & ayant enveloppé le moule, le fil remonte & forme la branche courte qui va s’attacher par un nœud au-delfous de l’accrue C. Sans changer la pofition du moule, on procédé à une autre maille E, qui va s’attacher au bas de la maille B du fécond rang: & le moule reftant toujours dans la même pofition , on fait enfuite une accrue F. Au-delà on voit en e le bout du fil qui doit former les mailles fuivantes.
- I2f. Ayant retiré le moule de ces mailles , on retourne le filet; & pour •former les mailles du quatrième rang, on pofe le moule fous l’accrue F (fig- 23 ) yon y fait une maille G, à branches inégales ; plus une féconde H,
- Z ij
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- une troifieme I, & une accrue K. / eft le fil qui fervira pour faire les mailles fuivantes.
- 126. On continue- de faire les mailles dans le même ordre, terminant toutes les rangées par une accrue fur la droite ; ce qui augmente d’une maille la largeur du filet. Quand on eft parvenu à la moitié de toute la largeur que le filet doit avoir, au lieu d’augmenter la largeur du filet, il faut la diminuer ; ce qu’on fait en comprenant à la fin de chaque rangée deux mailles dans un même nœud. Lorfqu’on aura fait eti rétréciilant autant dérangées qu’on en avait fait en élargiifant, le filet fera réduit à une maille, qui fera à un angle oppofé à celui de la première maille par laquelle on avait commencé le filet, & qui eft accrochée dans le clou. •
- 127. Jüsqu’a préfent cette piece de filet, qui doit être quarrée , a une forme lofange ; &îes mailles qui doiyent être quarrées , ont aufti cette même forme. Mais quand on le tendra par fes angles, de forte qu’un des côtés foit hori-fontal, la piece entière, ainfi que fes mailles , auront la forme quarrée qu’on defire.
- 128- Pour rendre plus précifes & plus claires les idées générales que nous venons de préfenter, il faut fuivre pied-à-pied la façon de travailler ces fortes de filets.
- 129. On commence par entourer le moule d’une ou deux révolutions du fil dont 011 veut faire le filet; & ayant arrêté ce fil par un nœud , on aune anfe ou une maille A, qu’011 paife dans un cloua crochet. On pôle le moule fous cette maille A ; on palfe le fil fur le moule & dans la maille A, pour faire une maille B ; on paife encore le fil dans la même maille A pour faire à la droite une accrue G: elle eft un peu moins longue que la maille B.
- 130. On dégage le moule de ces deux mailles, qui forment le fécond rang, ainfi qu’on le voit dans la figure 21 , où d indique le fil qui refte pour faire une autre rangée quand on aura retourné le filet.
- 131. Pour faire le troifieme rang de mailles, on retourne le filet. Alors l’accrue C , qui était du côté droit, fe trouve du côté gauche(fig. 22 ) : on pofe le moule fous cette accrue C ; & avec le fil d, qui part du bas de la première maille A, on fait une maille D qui s’attache au bas de l’accrue C. Les branches de cette maille D font inégales , puifqu’elle;p.art du delfus de l’accrue C , & qu’elle va s’attacher au-delfous de cette même accrue. Tenant le moule dans la même pofition , on fait la maille E, qui part du deffous de l’accrue C , & va s’attacher au-delfous de la maille B. Enfin on fait l’accrue F. Le troifieme rang de mailles étant fini, on tire le moule des mailles. La lettre e indique le bout du fil qui doit fervir pour faire le quatrième raiig,.
- 132. Pour laire la quatrième rangée des mailles (fig. 23 ) , on retourne le filet, de forte, que l’accrue F, qui était à droite, fe trouve à gauche. On pofe
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- le moule fous cette accrue F ; & avec le £1 e on fait la maille G qui a deux branches inégales; puis, làns changer la pofition du moule, on fait la maille H, qui part de delfous l’accrue F , & va s’attacher au-deifous de la maille E ; tout de fuite on fait la maille I, qui part du bas de la maille E , & va s’attacher au bas de la maille D. Enfin on forme l’accrue K, & le fil /fervira pour faire la cinquième rangée de mailles. Il ferait inutile de fuivre dans un aulîî grand détail toutes les autres rangées; il en réfulterait des répétitions en-nuyeufes : il fliffit de dire que jufqu’à ce qu’on foit arrivé à la partie du filet la plus large, on commence toutes les rangées par une maille longue, & on les termine par une accrue.
- x33. Quand on eft parvenu au plus large, c’eft tout le contraire ; car pour achever la portion inférieure du filet, il faut le rétrécir : ainfi , au lieu de faire des accrues au bout de toutes les rangées de mailles, on comprend les deux dernieres mailles du rang fupérieur dans un même nœud. Par ce moyen , la longueur de chaque rangée eib diminuée d’une maille : & enfin le filet eft terminé par une maille, comme il avait été commencé par une maille.
- 134. En jetant lesyeux furles/gw^ 21,22,23 de \i\planchefi onapper-çoit des mailles ovales de figures fort irrégulières , & mal difpofées les unes à l’égard des autres. Les anfes ou mailles DG font très-longues , & formées de branches d’inégale longueur; d’autres, telles que EHI, ont leurs attaches au bas de deux mailles différentes, pendant que les deux branches des accrues CF K répondent au bas d’une maille où aboutit déjà une branche des autres mailles BEI. O11 aura peine à concevoir que d’un tas de mailles , de formes fi irrégulières & fi bi2arrement arrangées les unes à l’égard des autres, il puiife réfulter un filet compofé de mailles en lofange d’une forme régulière, & qui foient régulièrement arrangées.
- 135. A l’égard delà forme ovale des-mailles que nous avons repréfentées dans les figures 21,22,23 de la planche /, elle dépend de ce que ces mailles ont été deiîinées comme elles fe montrent au fortir de deftus le moule. Et de même que les mailles de la figure 13 , planche I, ne prennent la forme de lofange qu’elles doivent avoir, que quand on les a alfujetties par les mailles qu’on a faites au-deifous , celles des figures 21,22 , 23 , prendront aufti naturellement la forme qu’elles doivent avoir. Il ne nous a pas même été polTible de les repréfenter d’une façon plus avantageufe ; parce que tant qu’on travaille ce filet, on n’apperçoit aucune maille; tous les fils rapprochés les uns des autres n’oflfrent qu’un faifceau.Mais afin de donner une idée de la forme & de l’attache des mailles , nous les avons repréfentées dans les figures 21, 22,23 , un peu ouvertes & à peu près comme elles font lorfqu’elles fortent de deifus le moule.
- 136. A l’égard des mailles longues D G, ainfi que des accrues CF K, elles
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- ne paraiflent point dans le filet; elles relient fermées au bord du filet, où elles forment une bordure, ou une efpece d’enlarmure, qu’on apperçoil en A D (fig- 23 ). Les mailles que l’on réunit à un feul nœud pour diminuer la largeur du filet, font une bordure à peu près pareille , en A D & en B D*
- 137. Mais jufqu’à préfent les mailles paraiifent lofanges , & nous nous femmes propofé qu’elles fuifent quarrées. Elles le deviendront en efiet, quand on tendra le filet dans un fens diriérent.
- Comment on fait un filet à mailles quarrées, qui foit plus long que large.
- 138- On effc fou vent dans le cas de faire à mailles quarrées , des filets qui ont beaucoup plus de longueur que de largeur. Pour y parvenir, 011 prend d’abord avec une ficelle la mefure de la longueur & de la largeur qu’on fe pro-pofe de donner au hamau qu’on va travailler.
- 139. Il efl: clair que la partie A BD (/>/. I ,fig. 24) eft égale à la partie A C D , ou que la ligne AB ell égale à la largeur A C du filet; puifque, fi l’on plie le filet par la ligne AD , le point C fe portera fur B.
- 140. Il faut commencer par former la première maille en A , & continuer à former les mailles comme nous l’avons dit, jetant une accrue du côté de la droite à toutes les rangées , jufqu’à ce qu’on foit parvenu à la ligne BD : alors , pour faire la partie B ED F, on continuera à jeter des accrues à toutes les rangées , du côté de la droite; mais aufii à toutes ces mêmes rangées , on raifemblera dans un même nœud deux mailles du côté de la gauche ; c’eft-à-dire, qu’au bout de chaque rangée de mailles , du côté DF , 011 jetera une accrue , & à l’autre bout B E, on réunira deux mailles dans un même nœud.
- 141. On continuera ainfi jufqu’à ce qu’on foit parvenu àE F : alors, comme il faut terminer le filet en pointe , on ne jetera plus d’accrue, mais on continuera à prendre à toutes les rangées deux mailles dans un même nœud, jufqu’à ce que le filet foit réduit à 11’avoir plus qu’une maille en G, & cette maille le terminera comme il a été commencé par la maille A. Quand ce filet fera tendu , il fera quarré-long, & fes mailles quarrées.
- Article neuvième.
- Maniéré de faire un tremail, tramail (31) , ou filet contre-maille.
- 142. Nous avons déjà dit quelque chofe des filets contre-maillés, qu’on appelle trèmails ou tramails, & fouvent parmi les pêcheurs tramaux. Il nous relie à expofer la maniéré de les faire.
- (31) En allemand, dreymafehigtes Garn.
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- 143. Cette efpece de filet (/?/. /, fig. 1 ) eft formée de trois rets pofés les uns devant les [autres. Les deux rets extérieurs A, qui font à grandes mailles, fe nomment les aumées ou les homaux; & celui B , qui eft renfermé entre deux, s’appelle la nappe, la toile, ou lafiue.
- 144. On fait les aumées fort fouvent en mailles quarrées : cependant on peut, fuis inconvénient, les faire en mailles à lofanges ( figure 1 ) , & beaucoup de mailleurs fuivent cet ufage. Comme il faut que ces aumées foient fortes , on y emploie delà ficelle faite de quatre fils forts & bien travaillés. O11 doit choifir de la ficelle plus grofle pour les grands filets, que pour les petits : mais il eft toujours important qu’elle foit faite de bon fil bien fort. Les mailles des aumées font toujours grandes, & 011 en voit qui ont depuis fix pouces en quarré jufqu’à prefque un pied. Il faut qu’elles foient aflez grandes pour que les poif-fous qu’011 fe propofe de prendre, puiflent palier à travers 5 car ce ne font point les aumées qui doivent les arrêter, mais la flue , qui doit prêter à l’action du poilfon, & faire une bourfe dans laquelle le poiifon fe trouve embar-ralfé. Les aumées fervent à foutenir la flue : & elles le font mieux quand leurs mailles font moins ouvertes, que lorfqu’elles ont beaucoup d’ouverture.
- 14^. La toile ou la jlue fe fait toujours en mailles à lofanges, qui ont depuis -un pouce jufqu’à deux pouces & demi d’ouverture , avec du fil retors en deux, qu’on choilît plus ou moins fin, fuivant l’elpece de pêche qu’011 fe propofe de faire. *
- 146. Ce rets doit avoir deux fois ou deux fois & demie , l’étendue des aumées , afin qu’il foit toujours flottant entre elles , & qu’il puiffe aifément faire les bourfes où le poilfon s’engage.
- 147. Nous 11e dirons rien fur la façon de mailler ces deux fortes de rets, parce que nous 11’aurions rien à ajouter à ce que nous avons dit plus haut. Mais fuppofant ces trois rets maillés, il faut expliquer comment on doit les monter pour faire le filet qu’on nomme tramail.
- 148* On s’établit dans une grande place bien unie, & nette de feuilles , de brins de bois , de pierres & de grandes herbes. On étend une des aumées, & 011 l’attache bien tendue par les quatre coins, au moyen de piquets qu’011 pafle dans les boucles des angles. Enfuite on pafle dans le dernier rang de mailles de la flue, en fuivant tout fon pourtour, une ficelle bien travaillée & qui n’ait point de noeuds.
- 149. On attache cette ficelle , ainfi que les angles de la flue , aux mêmes piquets où l’on a attaché précédemment Paumée : les ficelles doivent être bien tendues 5 mais la flue 11e 1 eft pas , étant beaucoup plus grande que l’aumée. Ainfi, en conduifant la corde de la flue avec les bords de Paumée dans les mains, pour que cette corde & le bord fe fuivent exactement, on attache la corde aux mêmes piquets qu’011 a paiTés dans les anfes qui font au coin de Paumée,
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- ifo. Comme la flue eft beaucoup plus étendue en tous fens que laumée, il faut lui faire faire des plis fur fa corde ; de façon cependant qu’ils l'oient répartis le plus régulièrement qu’il elf poffible, afin qu’elle fronce & falfe poche aifez uniformément dans toute l’étendue du filet.
- if r. Tout étantainli difpofé, on met par-deifus la flue la fécondé aumée, & on la tend comme la première par les boucles des angles, qu’on palfe dans les mêmes piquets.
- if2. Les trois rets étant ainli placés bien régulièrement les uns fur les autres ; pour empêcher qu’ils ne le dérangent, on forme quelques révolutions d’un fil retors, qui comprend les bords des deux aumées & la corde de la flue, & on fiit un nœud à chaque endroit où l’on rencontre les mailles des aumées. Il faut encore, environ de trois en trois pieds dans toute l’étendue du filet, auprès des angles des aumées, lier les deux aumées l’une avec l’autre par un fil retors , afin de maintenir la flue en état, & empêcher que, quand on tendra verticalement le tramail', la flue ne fe porte toute d’un côté. Alors le tramail elf en état de fervir; il ne s’agit plus que de le fortifier, en le bordant avec une corde greffe comme le doigt, ainli que nous l’avons expliqué ci-delfus. Cependant il eft encore fréquemment nécelfaire de garnir de flottes de liege le tramail, & de le plomber ; ce que nous détaillerons dans la fuite.
- Article dixième.
- Comment on fait les filets ronds , foit cylindriques , foit coniques.
- If 3. Il s’agit ici des filets qui, étant tendus, ont une forme arrondie fur leur longueur. Dans les uns , cette forme répond à celle du corps d’un bluteau ou d’une barrique. Nous les nommons cylindriques. Ceux que nous appelions coniques ont plus de diamètre par un bout que par l’autre : de ce genre eft le verveux. La fuite de cette feétion offrira plulieurs efpeces de l’un & l’autre genre de filets ronds.
- 1 f 4. On fe rappellera qu’en faifant un filet en nappe, il faut à chaque rangée de mailles retourner le filet pour former une autre rangée en revenant fur les pas; tout cela a été clairement expliqué à l’occafion de la figure 13 , pl. I. Pour faire un filet rond, il faut joindre les mailles 12 & 1 de la figure 13 , par une maille intermédiaire , qui doit former la première du fécond rang. 11 eft évident que cela.ne pourrait pas s’exécuter, fi on avait fait la levure fur une corde tendue AB (fig. 13 ) : mais la réunion devient poffible, quand on a fait la levure en paquet dans une anfe de corde (fig. 12). C’eft auffi ce que font les mailieurs.
- 1 f f. Pour rendre cette opération plus fenfible, nous fuppofons qu’on ait
- fait
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- Sec t. II De la pèche aux filets. ï 8f
- fiiitlalevure fur la circonférence d’un1 cerceau (fig. 2^), & que la première maille foit b. Quand on aura parcouru toute la circonférence du cerceau, la derniere maille de cette rangée fera a. Il s’agira de joindre les deux mailles a 8c b y ce qu’on fera par une maille intermédiaire , laquelle doit commencer 1a. féconde rangée, qu’on pourfuivra en tournant toujours de la gauche vers la droite. Le fil, après avoir formé le nœud qui réunit par en-haut les mailles a b, defeend entr’elles pour continuer à l’ordinaire le moule placé fous la maille A, & y faire un nœud en i ; d’où réfulte une maille -alongée, qui, tenant à la maille b par le haut &par le nœud i, refte pendante en A, jufqu’au moment où la derniere maille du fécond rang, après s’être attachée au bas de la maille æ, lailfera le fil former fur le moule une nouvelle maille, laquelle aura fou attache en A , & ainfi rendra cet endroit anguleux. Après quoi le fil, defeen-dant du nœud A , & allant s’attacher en c, produira une autre maille qui commencera le troifieme rang. On continuera ainfi de c en /g, &c. au moyen du fil h. Cet embranchement d’une rangée à l’autre ne produit aucune difformité-.
- 156’. Il elt évident que les filets cylindriques peuvent être commencés in-différemment par un bout ou par un autre, puifque les deux bouts font fem-felables.
- 157. On eft maître aufiî de commencer les filets coniques par le bout qu’on veut ; car fi l’on commence par le-bout étroit, on élargit le filet au moyen des accrues ; & fi l’on commence par le bout le plus large , 011 étrécit le filet en joignant deux mailles dans un même nœud. Ordinairement on commence pat* le bout étroit -, & l’on jette des accrues.
- Article onzième.
- Maniéré de travailler un filet rond, qui ait une ou plujieurs entrées fetnblables à celle d'un verveux, & que quelques-uns Jiomment des goulets.
- I f 8. Je prends pour exemple le verveux (pl. IN, fig. 1 ), qui a dans foit intérieur une entrée ou goulet/g^. Nous ferons obferver que le goulet, qui commence en fig, pourrait ne commencer qu’en i h.
- 159. Il faut commencer le filet en rond , comme nous l’avons expliqué à l’article précédent, & le pourfuivre de même, jufqu’-à ce qu’on foit parvenu à l’endroit où l’on veut commencer le goulet. Alors , comme il faut faire deux filets diftinéls , un pour le corps du filet, l'autre pour le goulet ; ou plutôt, comme il faut, à l’endroit où doit commencer le goulet, détacher un filet dans l’intérieur de celui qui forme le corps du verveux : cela fe fait aifément & d’une façon très-ingénieufe, au moyen des mailles doubles, pareilles à celles que nous avons repréfentées au bas du filet ( fig. 2 ). On travaille donc le filet Tome V* A a
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- TRAITE' DES TECHÊ&
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- tout en rond & en mailles fimples, jufqufà ce qu’on f<?it parvenu à l’endroit: nm (pl. III, ftg. i ) , où doit commencer l’ouverture du goulet. Alors on charge une aiguille avec deux fils qu’on prend fur deux pelottons ÿ & l’on fait avec cette aiguille un rang de mailles qui le trouvent doubles, comme on le voit à la rangée AB ( fig. 2 ), où y pour mieux diflinguer ces deux maillçs , nous en avons reprélenté une pontfluée.. Lorfque cette rangée'lèra faite, on coupera les deux fils* & on recommencera à travailler avec une aiguille chargée d’un fil fimple : mais, à chaque maille il faudra avoir l’attention de ne prendre qu’un des,deux fils delà maille double ; par exemple, celui qui efl marqué-d’un trait plein * fi c’eft pour le corps du filet * réfervant pour le goulet le fil ou la maille qui efl marquée par des points ; c’eft-à-dire , qu’il faudra à chaque maille double ne prendre qu’un fil pour former le corps du filet r & rélerver l’autre pour la tète du goulet qu’on fera enfuite..
- 16b. Si l’on veut ménager dans l’intérieur du filet plufièurs gouletsles uns. au-deflus des autres , comme cela fe pratique quelquefois , il faudra faire. autant“de rangées de mailles doubles qu’il y aura de goulets (32).
- 161. Il y a des mailleurs qui travaillent différemment les verveux ; iis les: commencent par la pointe a du goulet* où ils font des pigeons qui ferviront à! attacher cette pointe au bout e du verveux * au moyen de plufièurs lignes, déliées., Quand ils ont fait les. pigeons & la levureils augmentent continuellement le diamètre du filet en jetant des accrues,. & ils donnent à la partie' qui doit faire le goulet la forme d’un entonnoir, qui doit 11e s’étendre que' jufqu’aux bords du goulet n bm : il faut que le refie aille un peu enrétrécif-fant, pour faire le corps du filet£ Imn. Quand on a pourfuivi ce travail juf-qu’à la longueur du corps du verveux //z, on replie en dedans la partie m n aT qe qui forme le goulet; & la partie {Lmn fait le corps du verveux, qu’on ferme par une pointe .- & on forme en e. une anfe de corde, laquelle tient tendues des lignes allez fines qui communiquent avec.la pointe a. Dans l’endroit du pli nm , on palfe entre les mailles une baguette menue & pliante,, doiit 011 fait un cerceau n m b qu’on nomme troudle (3 3). Elle fert à tenir le verveux ouvert. Quelquefois on en met une petite Ai, dans le goulet; & il y en a d’autres dcypq y /q, en diiférens endroits de la longueur du verveux..
- 162. Comme les endroits où font les trouelles fatiguent plus que le refie; du filet , on y fait deux rangs de mailles doubles , entre lesquelles on palfe les; -baguettes qui doivent former les trouelles..
- (32) Dans le nord', on ménage deux gou- filet de cette forme. Elles étaient mortes. Têts dont le fécond a des mailles plus étroi- avant qu’on les tirât de l’eau , ce qui prouve: tes; afin que, fi le poitTon échappe aux que ces animaux ne peuvent pas vivre long-premieres mailles fil foit arrêté par les fe- tems au fond de l’eau.. condes. M. Schreber alfure qu’en 1760 , un (> ;p) En allemand , Biegel. On les fkifc pêcheur faxon> prit deux loutres dans un d’épine blanche ou noireu.
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- Sec t. IL De h pêche aux filets.
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- 163. Voila le verveux fini. Cependant, pour engager le poiffon à entrer dans le goulet, on fait en grandes mailles, au-devant de ion embouchure , un évafement r st, qu’on nomme la coëfic, & que l’on foutient par une portion de cercle que les pécheurs appellent VarcheL Ses deux bouts s t font tenus écartés, pour faire une ouverture convenable, par une corde tendue de s en ^laquelle eft lacée dans les mailles du bord d’en-bas de la coefte, depuis le bord du verveux m, jufqu’à l’archet ja
- Article douzième.
- Raccommodage, des filets.
- 164. Bien des gens qui favent faire des filets, ignorent la maniéré de les raccommoder. Cependant, comme nous l’avons dit, il eft plus important aux pécheurs de raccommoder (34) , radouber ou ramender par eux-mêmes leurs filets , que de favoir en faire de neufs , puifque l’entretien des filets en prolonge la durée de plus de moitié. Un filet qui a quelques mailles rompues , aura bientôt un grand trou , fi on ne le raccommode pas au plus tôt. (34)
- 165. Pour expliquer, le plus clairement qu’il nous fera pofiible, comment on doit raccommoder un filet, nousiuppofons que le filet ( pL III ,fig. 3 ) •a un trou au milieu de l’efpace où les mailles font marquées par des points. Il faut commencer, comme difentles r’habilleurs-, par couper le filet ; c’eft-à-dire, qu’il faut augmenter le trou, non feulement en coupant ou retranchant tout ce qui eft endommagé, mais de plus en entamant fur ce qui nel’eft pas ; de façon que toute la circonférence du trou foit terminée par des angles de maille , à la pointe defquels on ménage le nœud qui retient la maille du vieux filet. Tout cela eft repréfenté dans la figure 1. Les endroits qu’011 doit couper font indiqués par de petites lignes tranfverfales , au-deifus defquelles on voit le nœud du vieux filet, qu’il eft important de ménager. On 7 conferve tant foit peu des branches qui en fortaient, pour former une autre maille : c’eft pourquoi la barre eft à quelque diftance du nœud.
- 166. Aux endroits marqués B CD E O M &c. les deux jambes des mailles font coupées , & l’on n’a coupé qu’une jambe en deux endroits marqués A K Q. La fuite du difeours fera voir laraifon de cette différence.
- 167. Il faut donc concevoir que, quand on a coupé le filet, toutes les
- O 4) En allemand, aufbüficn. L’art de filet neuf, dans un efpace à peu près de la raccommoder un filet eft le chef-d’œuvre grandeur de la main ; & on le remet au can. qu’on exige dans quelques provinces d’Al- didat, qui doit rétablir le tout, de maniéré lemagne de ceux qui veulent devenir mai- que l’on n’apperqoive pas l’endroit où il y très pêcheurs. On coupe les mailles d’un a eu du dommage.
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- mailles pon&uées-n’exiftent pas.; elles indiquent feulement lêsmrailies quiont été détruites , & qu’il faut remplacer par de neuves.
- idB. Il eft évident que cet endroit ne peut être bien rétabli, fuis que les mailles qu’on formera reflemblent,le plus parfaitement qu’il fera poilible, à celles qui font repréfentées, par les lignes ponctuées.
- 169. Pour comprendre l’ordre qu’il faut fuivre eu formant ces mailles , ii fuffit de jeter les yeux fur la .figure 4 ,pl. III.. Suppofbns que l’on commence.à droite,. 011 arrête d’abord le fl à l’endroit A, au-delfus du nœud de l’une des mailles qu’on a coupées. Enfuite on fait, la maille AB, puis la maille B C & la maille C D.
- 170. A tous les angles A B. C D il y a pour lors-deux nœuds, dont l’un eft celui qui formait la maille du vieux filet-; &par-defiùs, eft celui qu’011 a fût pour la nouvelle maille; Cela doit être de mème.à tous les.angles de celles-qui aboutirent à la circonférence du trou. Il 11’en fera pas.ainli pour les mailles qu’on formera au milieu ; celles-ci n’auront qu’un nœud , comme les mailles, ordinaires de.tous les filets.
- 171. Toutes les mailles qu’on-vient de faire A B,. B C, C D, font rondes dans, la figure 4. Mais après ce que nous avons- dit,, on doit concevoir que quand on aura fait au-delfous.un autre rang de mailles.,, ces premières deviendront anguleufes , comme l’indiquent les lignes ponctuées A H B , B GC , C F D. C’eft pourquoi,. en parlant du fécond rang de mailles,. nous ne les ferons pas aboutir en h g fi, qui font les-points où répondra le nœud mais en H G F , à caufe que les mailles prendront cette forme. Ayant prévenu de ceci, reprenons la fuite des mailles..
- 172. Nous fournies rcftés en D ; il faut defcendre en E, pour gagner le niveau du fécond rang de mailles.
- 173. Pour cela:, on fait la ïimple/û//z&? qui s’étend de D en E. Enfuite-, revenant fur fes pas, ou de la gauche à la droite, parce qu’on 11e peut pas retourner le filet,. 011 fait, la. maille E P F, puis la maille F N G , la maille G L H; enfin la jambe H I, comme on a fait à. gauche la jambe D E. Si le trou avait plus de largeur que celui qui eft repréfenté furies figures 3 &q, on ferait un troifieme rang de mailles, de droite à gauche , puis une jambe, un quatrième rang de mailles de la gauche à la droite, & ainli toujours alternativement jufqu’à ce que toûte l’étendue du trou fût remplie de mailles-. Dans l’un & l’autre cas,. il s’agit de fermer enfuite le trou par en-bas, & y joindre les nouvelles mailles qu’011 vient de faire ,. avec celles du vieux filet.. Pour cela on fait une jambe ! K en defcendant; puis uneautre K IJ, en montant, qui s’attache au milieu/ de la maille H LG, & on continue à joindre les nouvelles mailles aux anciennes, par des jambes femblables à LM,.M.N.„ N O , OP , P Q_, où fe termine lefiL
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- 174. Le trou qui était au filet ,.& que nous avons marqué par des lignes; ponctuées, fe trouve ain.fi fermé par des mailles régulières , comme l’indiquent les lignes poncluées.
- I7L Il eftfenfible que, s’il ne manquait à un filet qu’un brin R S (fig.^fi qui fût rompu , on le rétablirait en remplaçant le fil par une jambe qui s’étendrait de R en S. S’il y avait deux fils rompus , comme V T, V X, on rétablirait ce petit accident en faifant une jambe de T en V , & une autre de X en V. Ces exemples fuffifent pour faire appercevoir qu’il n’eft pas toujours néceflaire de couper le filet & d’augmenter le trou , comme nous l’avons dit plus haut. Quelques mailleurs, qui trouvent de la difficulté à bien couper d’abord le filet, commencent par former des mailles 5 & à mefure qu’ils fentent avoir beioin d’un nœud pour former les autres mailles, ils coupent du filet ce qui les embarrafle.
- 176. Comme on 11e fe fert point de moule pour r’habiller ,• on fait tous les-, nœuds fur le pouce; & afin que les mailles foient d’une égale grandeur, on pâlie deux doigts de la main gauche dans les mailles qui font faites-, & le doigt, du milieu dans celle qu’on fait a&uellement, appuyant avec les doigts dans l’intérieur des mailles. Celle qu’011 fait devient de la grandeur des autres,, quand les trois doigts forment une ligne droite & horifontale 5 & pour peu. qu’on foit habitué à ce travail , toutes les mailles font régulières.
- 177. Voila en gros la marche qu’on doitfuivre pour r’habiller les filets.. Mais ces idées générales 11e fuffifent pas; nous devons entrer dans quelques, détails fur la pratique ufitée dans l’art de faire les nœuds , tant pour les mailles, que pour les jambes : c’eft à quoi nous allons effayer de fatisfaire. On appelle jambe un fil qui , étant feul & dans une direction oblique, fuffit pour établir., la liaifon que doivent avoir réciproquement deux nœuds qui 11e font pas fur une même ligne , tel que E D & IK ( fig. 4 }..
- 178- Nous avons dit qu’il fallait commencer par arrêter le fil en A (fig. fi),-Quelques-uns y font un nœud fimple,.& enfuite celui qui forme la maille mais d’autres (fig. 3 } patient l’extrémité de la ficelle ou du fil entre les deux, branches c </,par-detius le nœud A du vieux filet. Cette extrémité de la ficelle; ou du fil fe voit en b. Qnfaifit entre le pouce & l’index les deux branches d c & le nœud A; puis on fait avec le fil e un nœud fur le pouce r comme nous, l’avons expliqué. L’extrémité du fil ou dé la ficelle ell alors arrêtée en A , ainfiL qu’on le voit dans les fig. 3 & 4. Pour former la maille A H B (fig. 4)., on. porte le fil e (fig. 3 ) au nœud B; on le paffepar-detibus le fil/, & par-detius; le fil g. Comme on n’emploie point de moule pour régler l’ouverture des. mailles j on patife les deux derniers doigts de la main gauche dans les anciennes, mailles, & le doigt du milieu dans Fanfe h; on l’appuie fuffif miment pour, donner à la maille une ouverture convenable. Alors, fans déplacer le doigt.
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- du milieu, on pince avec le pouce & l’index de la même main le nœud du vieux filet & l’extrémité des branches/g: on fait le nœud fur le pouce ; & afin qu’il fe place immédiatement au-deffus du nœud du vieux filet, il faut toujours tenir bien ferme le nœud & l’extrémité des deux branches f g jufqu’à ce que le nouveau nœud foit entièrement ferré. Les nœuds C & D Xfig. 3 ) fe font précifément de même.
- 179. Il s’agit enfuite de faire \ijambi D E, & c’eft le nœud E qui mérite quelqu’attention. Le fil qui doit faire cette jambe, part de D ; ilpaife fous la. branche h , puis fur la branche i, & contourne le nœud : on met l’index def. fous ce nœud, & le pouce deifus, pour ferrer entre eux le filD E , l’extrémité des branches h i, & le nœud du vieux filet ; 011 tient le tout bien ferme , jufqu’à ce que le nœud fur le pouce foit ferré. Mais, à caufe de la pofition de la maille, il faudra conduire de i en h par-delîous les deux branches i h% l’aiguille qui doit entrer dans la grande anfe qu’on aura projetée fur la main gauche.
- 180. On conçoit que, pour faire régulièrement la maille , il faut que la jambe D E ne foit ni trop longue ni trop courte : & cela s’exécute aifément, en portant d’abord le nœud E du vieux filet à la hauteur où il doit être pour répondre à l’angle F de la maille CFD.
- 181- On procédé enfuite au travail des mailles P , N, L. Cette rangée de mailles fe fait à l’ordinaire ; excepté que, quand il faut les travailler de droite à gauche, il eft néceflaire de changer la pofition de la main gauche. Pour le rang des mailles qu’on fait de gauche à droite , le deifus de la main doit être en-hautj les deux derniers doigts font paflés au côté gauche, dans deux anciennes mailles , & le doigt du milieu dans celle qu’on fait j ce qui réglé la grandeur de celle-ci, comme il a été dit plus haut. Au contraire, pour les mailles qu’011 fait de droite à gauche dans le fécond rang& dans les fui vans, le dehors delà main gauche étant tourné vers le bas, il faut paiferles doigts fous le filet, mettre les deux derniers doigts dans les mailles qui font faites , &le doigt du milieu dans celle qu’on fait actuellement, fermant un peu les doigts pour tendre les mailles & égaler la maille que l’on fait avec les autres. Alors on pince entre le pouce & l’index le nœud & les fils delà maille fupé-rieure, par le côté, de forte qu’il faut que le pouce & l’index foientpofés comme horifontalement; & on fait le nœud fur le pouce, précifément de même qu’on a fait pour le rang de mailles qui allait de gauche à droite * c’eft-à-dire , que la projection de l’anfe & la marche de l’aiguille pour former le nœud, fe portent toujours au côté gauche. L’habitude fait qu’on exécute fans aucune gène ces divers mouvemens, que l’on croirait volontiers occa-fionner de la contrainte.
- 182._ Nous,voiià_airivés au nœud H : il s’agit de faire la jambe H I, pour
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- cîelcendre an rang inférieur d’anciennes mailles. O11 paife d’abord le fil qui part du nœud H, fous le fil m & fur le fil n \ on introduit le doigt index ren-verfé,dans la maille, entre le fil m & le fil /z;on lepofe fous le nœud I, &le pouce en-deffus , afin de ferrer entre ces deux doigts le fil de la jambe HI, ces deux fils m 8c n , & le nœud du vieux filet. Pour finir le nœud qui doit arrêter cette jambe, on mene l’aiguille fous le fil H I, enfuite feulement fous le fil m 9 puis dans la grande anfe deftinée à former le nœud fur le pouce.
- 183- Pour faire la jambe IK, le fil qui part de I, paffie fous la branche O 5 enfuite 011 faifit entre le pouce & l’index le fil delà branche en K, obfervant de lui donner la longueur convenable pour former régulièrement la maille I K L : car, comme le nœud K nTeft fou tenu par rien , il faut le fupporter en l’air par le pouce & l’index en même tems que le fil ï K, pour que le nouveau nœud fe trouve dans une pofition relative à celle des branches qui forment les mailles voifines. Confervant donc cette attitude, au lieu de projeter la grande anfe fur le pouce , 011 la forme en devant de foi ; c’eft-à-dire , qu’eu la porte en - bas vers le dedans du bras gauche, comme on le voit en q : on remonte enfuite le fil vers s p 5 on contourne l’ancien nœud K & la branche o * & tenant l’aiguille dans un feus contraire à celui de la pofition où elle était pour les autres mailles, on Ja pafle fous le fil r, pour entrer dans l’anfe^, & fortir par-deffus le fil s. Alors tenant toujours le nœud élevé & bien ferré entre le pouce & l’index , 011 tire vers la droite le fil t, & le nœud eft fini.
- 184- Pour faire enfuite une jambe qui s’étende de K en L, ayant palfé le' fil dans la maille L, on pince entre le pouce & l’index l’angle de cette mailleT srinfi que le fil qui forme cette jambe ; & on fait le nœud fur le pouce.
- i8î* Nous avons déjà dit que la maniéré de former le bas de la reprife des mailles r confifte à joindre les mailles qu’on vient de faire avec celles du vieux-filet , au moyen des jambes KL , LM ,MN , NO, O P , P Q_. Or, les nœuds MO Q_fe font comme nous l’avons expliqué pour le nœud K5 & 1 cs: nœuds NP, comme le nœud L. Ainfinous pouvons nous difpenfèr de répéter ce que nous avons expliqué relativement à ces deux nœuds-
- Article treizième.
- Comment on garnit de lefil & de fiottes Us bords des filets*
- t86. Nous avons expliqué comment on borde & on enlarme les filets 5; mais dans quantité d’occafions, il faut faire enibrte que les filets fè tiennent verticalement dans l’eau. On produit cet effet en attachant des corps légers au bord du filet qu’on veut fixer en-haut, & des corps pefans au bord qui doit être en-bas. Les corps plus légers que le volume d’eau qu’ils déplacent, tirant
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- le Blet vers la furface de l’eau , tandis que les corps pefans ou le left les tirent vers le fond , on fe procure deux forces antagoniftes (3^) qui agiiient pour maintenir le pian du filet dans une poiition verticale.
- Comment on garnit de corps légers ou de flottes le bord du Jilet qui doit tendre vers la furface de l'eau.
- 187. Quand les filets font imbibés d’eau , ils tombent en paquet au fond.
- Pour qu’ils fe tiennent dans l’eau verticalement, il faut garnir le bord qui doit tendre vers la furface de l’eau , avec des corps fpécifiquement plus légers que ce fluide : c’eft ce qu’on appelle des flottes (3 6). y
- 188. Quand il s’agit de foutenir des filets très-pefans, on fe fort de barrils exactement fermés pour que l’eau n’y puiflé entrer. Quelquefois des raifons d’économie engagent les pécheurs à former leurs flottes avec de petits faif-ccaux de rofeaux bien fecs ; mais communément 011 les emploie pour former des bouées ou des fignaux.
- 189- Assez Pouvant les pêcheurs forment leurs flottes avec de petites planches de bois fort légers & très-fecs , du fapin , du tremble , du tilleul, &c.
- 190. Mais le mieux eft de former les flottes avec du liege. Cette fubftance a l’avantage d’ètre beaucoup plus légère que le volume d’eau qu’elle déplace ; fur-tout quand le liege eft de bonne qualité, fouple fous les doigts , & qu’il 11’a point de grands pores, comme font les mauvais lieges durs & ligneux (37).
- 191. Un autre avantage du liege eft de fe pénétrer bien plus difficilement d’eau que toutes fortes d’efpeces de bois , ce qui fait qu’il conferve très-long-tems fa légéreté étant fubmergé. Ces propriétés font qu’011 l’emploie préférablement à toute autre matière, pour former ce qu’on nomme les flottes.
- '192. On fuit différentes méthodes pour attacher les corps légers à là corde (y/. III, fig. ) , qui repréfente la corde qui borde le haut du filet. Quelquefois 011 perce les petites planches ou les tables de liege, tantôt comme en D, le plus fouvent comme en C; & réunifiant les deux bouts de la petite corde qui traverfe le liege , on la lie à la corde du filet; ou bien, ayant taillé les lieges en rond comme A, ou en quarré comme B, 011 les perce d’un trou dans lequel l’on fait pafler la corde; & on alfujettit ces flottes entre deux nœuds.
- 193. Mais le mieux eft d’embrafler la corde par deux morceaux de liege qui, étant réunis par un enlacement de bitord, forment comme des boutons en olive, ainfi qu’on le voit en E.
- (} O Contraires. magne on a trouvé que l’écorce des vieux
- (3<S) En allemand , Flqflen. peupliers fait précifément le même effet ,
- (37) Le liège eft fort bon fans doute; & elle ne coûte rien, mais il eft cher prefque par-tout. En Aile*
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- 194. De quelque façon qu’011 attache les flottes à la corde qui horde le haut du filet, il convient de proportionner le volume & le nombre des flottes à l’étendue & à la pefanteur du filet ; car il faut beaucoup plus de flottes pour foute-nir un grand filet à mailles ferrées & fait de ficelle, que celui qui ferait fait d’un fil fort délié, dont les mailles feraient grandes, & qui aurait peu de chute.
- Comment on garnit de left le bord inférieur d'un filet.
- < 195'. Il eft évident que, fi l’on ne chargeait pas de quelques corps pefans
- le bas d’un filet dont le haut ferait garni de flottes , les flottes entraîneraient tout le filet vers la furface de l’eau, & la moindre agitation du fluide empêcherait que le filet 11e fe tînt dans une pofition verticale (38)* Il faut donc, pour que le filet foit bien tendu , enlefter le bas, ou le charger de quelques poids qui tendent à l’entraîner vers le fond de l’eau. On forme quelquefois ce left (39) avec des cailloux, qu’on amarre comme nous l’avons fuflifamment expliqué dans la première feétion, en parlant des cordes. Mais communément le îeft qu’011 met au bas des filets fe fait avec du plomb : c’eft ce qu’on appelle la plombée. Les pêcheurs fuivent différentes méthodes pour former cette plombée.
- 195. Pour de petits filets légers, des balles de plomb percées comme des grains de chapelet font fuffifantes. Mais pour de grands filets , qu’il faut beaucoup charger de left, on a un moule formé de deux pierres qui s’ajuftent exactement l’une fur l’autre. Chacune de ces pierres eft creuféee d’une gouttière j & étant jointes l’une à l’autre , elles forment un cylindre, dans l’axe duquel on place une broche de fer qui eft un peu plus groffe d’un bout que de l’autre, pour qu’onpuiife la retirer plus aifément du cylindre de plomb qu’on aura fondu. On coule du plomb fondu dans ce moule ainfi ajufté ; & quand on a retiré la broche de plomb , on a un petit tuyau femblable à la figure 20, pl. III. En enfilant une corde dans ces tuyaux, on forme la plombée.
- 197. Plus communément on a de petites plaques de plomb (pl. III, fig. 7 ) qu’on creufe en gouttière b b dans le milieu, pour y loger la corde fur laquelle on roule le plomb à petits coups de marteau 5 & pour affujettir encore mieux les plaques de plomb, on rabat fur la corde les languettes a a. Enfin, on peut
- (38) On charge aulïi les filets , pour empêcher que les grands poiffons ne foulevent le filet pour s’échapper. Lespoiflbns d’étang , qui ont été fou vent dans le cas , fa-vent faire cette manœvre, & elle leur réuf-fit lorfque le filet n'eft pas» allez chargé pour pénétrer dans l’eau.
- Tome V.
- (39) te mot technique en allemand , c’eft dat Gejenke. Les pêcheurs des provinces feptentrionales d’Allemague , ne fe fervent jamais de cailloux , que l’on a beaucoup de peine à attacher folidement ; mais ils ont des anneaux de fer, qui font plus durables.
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- fe contenter '( fig. 8 ) d’envelopper la corde avec une bande de plomb, & l’affujettir à petits coups de marteau, comme on fait un ferret au bout d’un lacet.
- 198- Quelque méthode qu’on fuive pour attacher le plomb à la corde , il faut proportionner le poids du left à la grandeur du filet & à l’ufage qu’on en veut faire. Quelquefois, par exemple , il convient que le filet îè tienne entre deux eaux (40) : alors il ne faut que peu de lelt, & feulement ce qui convient pour tenir le filet tendu. Si l’on mettait trop de left, il entraînerait le filet au fond de l’eau, ou bien il faudrait augmenter beaucoup la flottée. Au contraire, fi l’on veut que le filet fe porte au fond de l’eau , il faut fortifier la plombée, & ne mettre de flottes que ce qu’il en faut pour foutenir verticalement le filet.
- 199. Nous aurions bien d’autres chofes à dire fur la proportion qu’il faut obferver, fuivant différentes circonftances , entre le left & les flottes. Mais il fera mieux de n’en parler que quand roccafion s’en préfentera, relativement aux différentes pèches.
- Article quatorzième,
- Du tannage. & de la confervation des filets.
- 200. Il eft probable que le tan m’agit pas fur les filamens des végétaux,
- oomme fur les fibres de toutes efpeces qui compofent la peau des animaux. Cependant c’eft une chofe reconnue, que les cordes, les filets & les toiles, qui font expofés à l’eau , durent plus long-tems quand ils ont été tannés, que ceux qui n’ont pas reçu cette préparation. Si l’expérience journalière des pêcheurs ne les en avait pas perfuadés, ils s’épargneraient une opération qui eft pénible & qui leur occafionne une dépenfe confidérable. Mais pour qu’elle produife le bon effet qu’on en attend, 11 faut la faire avec des foins & des attentions qui font indifpenfablement nécelfaires „ &;que nous nous propofons de détailler dans cet article. v, w . . '
- 201. Le tan eft fait avec des écorces de jeunes, branche d’arbres , defféchées & réduites en poudre. La bruyere, erica(q.j)-, le fuftet, cotinus coriaria (42}j les laumacs, rhus, de plufieurs efpeces ; l’aune, alnus. (4^) ; le noyer, nux5 le finie , Jahx (44) 3 font employés à cet ufage ; mais aucune écorçe n’eft autant eftimée que celle du jeune chêne. Pour faire le meilleur tan , on enleve durant
- ( 40 ) Dans les eaux courantes , le filet (42) En-allemand , Geberfirandi. doit aller: au fond. (4}) Eaiallemand^/f Erle.
- (41) En allemand , Heide. (44) En allemand ^dièWtide,
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- la faifon de la feve , vers la fin d’avril ou au commencement de mai, l’écorce claire & vive des jeunes chênes qui font vigoureux j caries écorces brunes , gerfées & chargées de lichen (45), ne fourniflent qu’un tan de médiocre qualité (*).
- 202. Quand ces arbres font en pleine feve, & que leur écorce fe détache aifément du bois , on fait avec une ferpe, au bas du tronc, & immédiatement fous les branches, une entaille circulaire qui coupe l’écorce , & qui s’étend jifi-qu’au bois. On joint enfuite les deux entailles par une autre coupe longitudinale qui s’étend depuis l’entaille du haut jufqu’à celle du bas ; & enintroduifant entre l’écorce & le bois un coin fait de quelque bois dur, ou d’un gros os, 011 enleve toute l’écorce, qui, à mefure qu’elle fe deifeche, fe roule fur elle-même , & reflemble aifez à des bâtons de cotterets. O11 abat fur-le-champ les arbres écorcés , pour en faire cette efpece de bois qu’on nommepelard. Et quand les écorces fe font deflechées à un certain point, on en forme des bottes , qu’on peut conferver long-tems à couvert de la pluie fuis crainte que le tan perde de fa qualité.
- 203. Pour difpofer ces écorces à être employées en tan, il faut les réduire en poudre allez fine. Quelques pêcheurs qui tannent eux-mêmes leurs filets, fe contentent de battre ces écorces avec des fléaux ; mais ils n’en tirent qu’un parti médiocre : ils perdent ainfi beaucoup de poufiiere fine qui s’évapore, & le refte eft; pulvérifé trop grofiiérement ; le mieux eft de les porter à des moulins. Il y en a de deux fortes. Les uns font de grofles meules verticales, comme celles dont on fe fert pour faire le cidre & pour broyer les .graines & amandes qui fournilfent de l’huile. Après avoir rompu grofiiérement les écorces fur une piece de bois qui forme comme un tranchant, on les met fous la meule qu’on fait tourner, & qui écrafe aifez bien l’écorce fans qu’il s’évapore beaucoup de poufiiere.
- 204. L’autre moulin,qui eft: le meilleur, quoiqu’il caufe un peu plus d’évaporation, eft; formé d’un nombre de pilons qui retombent dans une grande auge, où l’on met les écorces grofiiérement rompues. Quand les écorces ont été aifez bien pulvérifées, on les pafle par une efpece de crible, qui eft; fait avec du fil d’archal, & qu’on établit fur un grand cuvier. Ce qui pafle par
- (4s) Toutes les moufles qui croiflent fur des plantes parajïtes : il adopte la dénomi-récorce des arbres, ne font pas des lichen i nation de M. Guettard, qui les appelle on ne donne ce nom qu’à celles qui n’ont faujjcs parajïtes. Voyez Duhamel, phy-aucune feuille , ni rien qui en approche , Jlque des arbres, tome II, p. 218. mais une fubftance liée, qui reflemble un < (*) Les naturaliftes reconnaiflentpour
- peu à celle du cuir. M. Duhamel prouve lichen , ces plantes parafites qui fubfiftenc dans un aurre ouvrage, que. les lichen & la aux dépens de l’écorce , & q'ue l’on nomme plupart des moufles ne font pas proprement vulgairement moujjes, &c.
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- le crible eft mis dans des tonnes, & vendu aux tanneurs : ce qui eft refté fur le crible repaffe au moulin.
- 20f. Le tan des autres écorces dont nous avons parlé, imprime aux filets une couleur quelquefois plus fatisfaifante que celle du tan de chêne. Ces tans produifent en général un bon effet, mais jamais auffi avantageux que le tan du jeune chêne : au moins eft-ce le fentiment des pêcheurs. Cependant il conviendrait peut-être d’en faire des épreuves avec foin ; car j’ai vu des cuirs qui paraiifaient aifez bien préparés, quoiqu’on eût fubftitué de la bruyere réduite en poudre au tan de chêne (46). „
- 206. Nous avons dit qu’il y a des pêcheurs qui tannent eux-mêmes leurs filets ; mais comme aucuns n’ont de chaudières aifez grandes pour cette opération , ils en louent pour deux fois vingt-quatre heures , ou plus de tems, de ceux qui ont des tanneries en réglé, dont nous allons parler.
- 207. Les tanneries font ordinairement voûtées & établies au rez-de-chauffée, où font montées trois grandes chaudières fur des maffifs de maçonnerie qui excédent la hauteur des chaudières , de même que le font celles des bralfeurs. Les fourneaux font fous les chaudières , & ils s’allument par des bouches qui répondent à un caveau conftruit derrière & plus bas que les chaudières. Les tanneurs ont des chaudières de différentes grandeurs, pour fe fervir des unes ou des autres , fuivant la quantité de filets qu’ils ont à préparer.
- 208- Pour faire une bonne tannée, on met ordinairement deux parties & demie d’eau fur une de tan, ou cinq parties d’eau fur deux de tan; c’eft-à-dire, deux barrils & demi d’eau fur un de tan ; & les barrils de tan fe mefurent comble. Ainfi, dans une chaudière qui tient trente barrils d’eau , on met douze barrils de tan.
- 209. Quand 011 a jeté l’eau & le tan dans la chaudière , on allume le feu du fourneau qui eft deffous. Comme il faut beaucoup d’eau, on la tire avec une pompe , &on la conduit dans les chaudières par des dalles en gouttières.
- 210. Les chaudières font ordinairement cinq à fix heures, depuis que le feu eft allumé , fans commencer à bouillir, quoique l’on ait foin de les couvrir avec des planches pour augmenter la chaleur.
- 211. Quand le bouillon commence à fe former, le tan fe gonfle & s’élève avec tant de force, qu’un feul bouillon pourrait en faire perdre un ou deux barrils , qui contiennent chacun environ cent trente pintes , mefure de Paris. Pour prévenir cet accident, les tanneurs tirent avec des elpeces de cuillers;,
- (46) Voyez qe qui eft dit fur le tan , dans M. Gleditfch, vermifchte Abhandlungm, le tome 111 de cette defcription des arts , 'part. 1, pag. 1 & fuiv. On a auffi inféré cet art du tanneur, §. 6% & fuiv. Confultez ouvrage dans la collection de Hannovre, auffi mes notes fur cet endroit. La matière ann. 175?, page 1546; & ann. 1797, eft traitée à fond dans les mémoires de page 137.
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- une partie de la liqueur, qu’ils mettent dans des tonnes; & ils fou tiennent le bouillon pendant quatorze , feize ou dix-huit heures. A rnefure que la tannée diminue, ils remettent dans la chaudière celle qu’ils ont dépofée dans les tonnes.
- 212. Apres que l’eau a bien tiré la fubftance du tan, & que le tanneur juge que fa tannée eft bien faite, il retire avec un lanet tout le tan qui eft; dans la chaudière. L’ouvrier qui eft occupé à ce travail, met ce tan dans une manne. Quand elle eft pleine , il la tranfporte fur la tonne , pour ne pas perdre la liqueur, qui eft la partie précieufe. Pendant cette opération, l’on continue toujours le feu fous la chaudière, afin d’entretenir la tannée bouillante, juft-qu’à ce qu’on y plonge les filets : ce qu’on juge néceifaire pour qu’ils fe pénètrent bien de cette tannée.
- 213. On place dans le fond les filets neufs, & les autres par-dellus, jufqn’à enfaîter les filets les uns fur les autres. Mais le tanneur a foin de former fur le devant de la chaudière, une cloifon de planches , pour pouvoir puifer continuellement de la tannée , qu’il verfe fur les filets, ce qu’il continue jufqu’à ce que toute la tannée foit confommée.
- 214. On tanne différemment les cordages. Quand la tannée a bouilli quelques heures ,011 met avec une gaffe les pièces de cordage roulées, dans la chaudière , où on les tient une couple d’heures dans la tannée bouillante. O11 les tire enfuite avec la gaffe, pour en mettre d’autres à leur place; ce que l’on continue jufqu’à ce que la tannée foit épuifée. On paffe aufli les cordages dans le gaudron ; & cela peut fe faire de différentes maniérés : mais nous renvoyons pour cela, à ce que nous en avous dit dans le traite de la corderie, réimprimé en 1769.
- 215. On peut faire bouillir dans de nouvelle eau le tan qu’on a retiré de la chaudière, & qu’on a mis égoutter dans des mannes fur des futailles. Cette fécondé tannée peut fervir à donner une petite impreflion de tan aux filets & aux cordages neufs qu’on fe propofe de tanner, ce qu’on nomme débouillir. O11 fe fert encore de cette faible tannée pour redonner une impreflion de tan aux filets précédemment tannés , & qui ont blanchi par le fervice. Enfin ces faibles tannées, qu’on fortifie quelquefois avec du tan neuf, fervent à tanner de la toile pour les voiles.
- 216. On étend & l’on fait fécher les filets, les cordes & les toiles qui ont été tannés. Il eft important de les garantir de la pluie , jufqu’à ce qu’ils foient fecs ; & encore plus de la gelée, qui les endommagerait beaucoup. Mais heu-reufement on peut les conferver long-tems en tas, lorfqu’ils font imbibés de tan, fans craindre qu’ils s’échauffent & qu’ils fe corrompent. On affure même que des filets bien tannés ont refté des tems confidérables , comme fix mois, au fond de la mer , fans avoir été confidérabiement endommagés.
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- 217. Les inftrumens dont fe fervent les tanneurs, font des cuves de cuivre , des barrils pour contenir le tan en poudre, iefquels doivent contenir environ cent vingt-huit ou cent trente pintes , mefure de Paris ; des tonnes qu’ils nomment garnies, pour y mettre l’eau qu’on retire des chaudières ; les mannes (47) pour égoutter le tan qu’011 tire des chaudières ; des lunets, qui font des hiets de ficelle montés fur un cercle de fer, où eft foudéc une douille qui reçoit un manche de bois ; unpucheux ou puifeux (4g) , qui tient cinq à fix pintes d’eau ; une gaffe ou crochet, pour mettre dans la chaudière les pièces de cordages , 8c pour les en retirer; des fourgons de différentes formes, pour attifer le feu ou pour changer la fituation des filets dans la chaudière : ils font de fer , avec des manches de bois reçus dans des douilles.
- 218- Les pécheurs portent leurs filets à la tannerie, & ils aident aux tanneurs à les étendre pour les faire fécher. Les uns les portent à dos fur le fable, d’autres les chargent fur des brouettes , 8c on les étend fur le fable , ou bien 011 les tend fur des perches.
- 219. Les Catalans, pêcheurs de fardines, achètent leurs filets delà couleur du fil, qui eft de lin ; & ils les teignent d’une couleur tannée ourougeâtre, en les faifant bouillir dans de grandes chaudières avec de l’écorce de pin fauvage (pinus marïtima altéra, Matth. ). On 11e fe fert point de l’écorce du pin cultivé (pinus fativa, C. B. P.). On réduit donc en poudre 1 ecorce de pin fauvage : fur une partie d’écorce , on met fix parties d’eau , qu’on fait bouillir jufqu’à la réduction de moitié ; enfuite on ôte le marc, 8c on verfe la décoction dans une tonne. Quand elle eft refroidie au point de pouvoir y tenir la main, 011 met les filets dans cette teinture, en les faifant entrer par un bout, & les tirant par l’autre , comme font les teinturiers : on les arrange tout de fuite en rond dans une futaille qui eft percée de quelques trous. Au bout de quinze jours, ils font encore chauds ; & quoiqu’on les y lailfe îong-tems , ils n’y fouf-frent aucune altération ; de forte que quelquefois 01111e les en retire que lorf-qu’011 veut s’en fervir. Alors 011 les lave dans de l’eau douce, & on les fait fécher à l’air ou au foleil. On paffe tous les mois lesfardinales dans cette teinture ; & comme la couleur devient à chaque fois déplus en plus brune, à la fin ces filets femblentteints en noir. Moyennant ces attentions, ils durent plufieurs années.
- 220. Si l’on voulait teindre les filets en couleur cCec,u ^ on pourrait fuivre le procédé que nous avons indiqué dans la première fe&ion pour teindre les lignes ; mais 011 n’en fait point ufage pour les filets.
- (47) Efpece de corbeilles. manchée au bout d’un bâton aflez long , &
- (48 Sorte de grande cuiller de bois , d’une groffeur proportionnée, fortement cerclée de gros cercles, & em-
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- 221. Dans les pays où l’on ne peut pas fe procurer du tan de chêne, on prend de l’écorce verte & fraîche de racine de noyer ; on la coupe par morceaux qui peuvent avoir un pouce enqirarré; on les met dans une cuve; &.lùr deux boiflëaux de cette écorce , on verfe deux féaux d’eau , qu’on fait bouillir pendant une heure. On retire enfuite l’écorce, on met les filets au fond de la cuve, & on les recouvre avec l’écorce qu’on avait tirée de la cuve : les ayant laiffé tremper pendant vingt- quatre heures dans cette teinture, on les en retire , on les tord, & on les étend pour les faire fécher.
- 222. Comme les filets font un objet confidérable de dépenfe, les pêcheurs prennent une fingulierè attention à les conferver. Pour cela ils les lavent autant qu’ils peuvent dans de l’eau douce, toutes les fois qu’ils reviennent de la mer ; enfuite ils les étendent, ou fur la greve, ou fur des perches, pour les faire fécher ; & avant de s’en fervir, ils les vifitent pour rétablir les trous qui pourraient s’y trouver : article très-important, puifque, comme nous avons déjà eu occafion de le dire, quelques mailles rompues deviennent bientôt un grand trou , fi on néglige de les rétablir. Enfin, quand on s’apperçoit qu’un filet perd fa teinture, on le repafie dans la tannée. Avec de pareilles attentions, les pêcheurs font quelquefois durer très-long-tems leurs filets (49).
- RE' CAPITULATION,
- 223. Nous ne nous fommes pas propofé de décrire complètement fart du mailleur : mais ne connaiffant aucun ouvrage où cet art ait été bien décrit, nous avons effayé d’en donner les principes généraux. Ainfi, après avoir' expofé quels font les différentes efpeces de filets qui font d’ufage pour lia pèche, nous avons expliqué ,1eplus clairement qu’il nous était pcffible, la maniéré de faire les nœuds qui font en ufage pour mailler; nous aidant de figures , fans lefquelles les plus longs difcours feraient inintelligibles.
- 224. Ayant repréfenté & décrit avec foin les divers inftrumens dont fe fervent les mailleurs, nous avons expliqué affez en détail la façon de lever un filet, ou de faire les levures qui en forment la tète. Nous avons enfuite détaillé la maniéré de faire les filas dent les mailles font en lof anges ; la pratique de brider ces mailles pour qu’elles confcrvent leur ouverture, ainfi que de les border & les enlarmer. Après quoi nous avons montré comment on parvient à augmenter l’étendue* des filets, au moyen des accrues ; 81 les diminuer de largeur , en prenant plufieurs mailles dans un même nœud. Nous avons expli-
- (49) On ne connaît point en Saxe, ni ges, mérite l’attention de ceux qui s appli-dans le Nord , l’ufage de tanner les filets, quent à avancer le progrès des arts.
- Cette méthode, qui paraît avoir des avanta-
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- que la fabrique des filets à mailles quarrées ; la façon de monter les filets contre-maillés ; de travailler les filets cylindriques ou coniques , en chauffe , en ver-veux, &c. Nous avons pris un foin particulier pour traiter un article important aux pécheurs, & que beaucoup d’excellens mailleurs ignorent, la façon de réparer ou radouber les filets qui ont été endommagés.
- 22f. Enfin , comme les pêcheurs ont grand intérêt de prolonger la durée de leurs filets, nous leur indiquons toutes les précautions qu’ils peuvent prendre pour y parvenir -, la maniéré de les teindre & de les tanner ; combien il eit important de les laver & de les faire bien fécher. Nous efpérons que ce petit traité de la fabrique des filets, qui n’avait pas encore été donné avec 'exactitude, fera utile aux pêcheurs. Il était néceffaire de le mettre avant ce que nous avons à dire de la pèche aux filets, où nous aurons foin de bien repréfenter la forme & Pufage de tous les filets qu’on emploie pour les différentes efpeces de pèches.
- -...— »•
- CHAPITRE SECOND.
- De plufieurs pêches au filet, qui fie font fur le rivage, ou dans un bateau à une petite diftance du bord de Veau.
- 226. 1L,es meilleures idées ne fe préfentent pas tout d’un coup aux efprits même les plus inventifs : & les arts ne parviennent que par degrés à leur état de perfection ; femblables en cela à une étincelle qui peu à peu occasionne un grand incendie. L’idée groffiere d’un panier dont on couvrit d’abord le poiffon qu’on appercevait au fond de l’eau, a pu faire inventer l’épervier ; un panier qu’on paflait fous le poiffon qui nageait entre deux eaux, aura donné lieu d’imaginer le carrelet, &c. Voyant plufieurs efpeces de poiffons i uivre le cours de l’eau, on s’elt propofé de les arrêter avec des filets en nappe, qu’on nomme étentes & tramaux ; ou avec des filets qui fe terminent en pointe, & qu’on nomme verveux, chauffe, &c. Enfin , ayant trouvé du poiffon dans des mares où il relie de l’eau de baffe-mer, 011 a imaginé de former des enceintes à claire-voie, qui empêchent le poiffon de fuivre le cours de la marée : on a ainfi formé ce qu’on appelle les parcs. C’eft de ces différentes pêches que nous nous propofons de parler.
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- S e c t. II. De la pêche aux filets. Article premier.
- De /’épervier , nommé aujfi furet, rideau, &c.
- 227. L'èpervier ( ^o) eft un filet de forme conique , ou en entonnoir, ABC {pL IF, fig. 1 ). Il a donc une embouchure fort large A B , laquelle, dans les grands éperviers, porte jufqu’à onze ou douze brades de circonférence ; & diminuant peu à peu d’étendue, ce filet fe termine en pointe au fommet du cône C, où eft attachée une corde E, qu’on tient plus ou moins longue fuivant l’endroit où l’on fe propofe de pécher. Il a de chûte , ou de C en H, environ quatre à cinq brades : mais, comme je l’ai déjà dit, il y en a de très-grands , & d’autres fort petits.
- 228- Ce filet, qui eft d’un bon fil retors en trois (*) , eft bordé en AB d’une corde grode comme le doigt, qu’on garnit de bagues de plomb qui peuvent peler chacune une once. Elles font faites quelquefois avec des balles percées, qu’on enfile dans la corde comme des grains de chapelet, & qu’on adujettit par des nœuds faits entre deux balles (51). Le plus fou vent les bagues font de petites plaques de plomb qu’on roule fur la corde à petits coups de marteau, comme le ferret d’un lacet. Toute cette plombée pefe environ 40 ou 50 livres. Le bord du filet excede de 12 à 18 pouces la corde plombée: mais cette partie eft retroudee en-dedans du cône i & comme elle eft foutenue de diftance en diftance par des lignes D, cette portion du filet forme tout autour de l’embouchure de l’épervier des bourfes dans lefquelles le poiifon s’engage.
- 229. A B ( fig. 2) repréfente une coupe de ce filet. A eft un plomb , ou la coupe de la corde plombée. B eft la portion du filet relevée en-dedans, & qui étant retenue par les ficelles B D , qui font adez éloignées les unes des autres, comme 011 le voit en D {fig. 1 ) , forme des bourfes E, dans lefquelles le poif-fonqui voudrait s’échapper par-deifous le filet, s’engage de façon à être nécef-fairement en la podeilion du pêcheur.
- 230. Comme 011 augmenterait inutilement le travail, le prix, & le poids du filet, fi l’on faifait dans toute l’étendue d’un épervier les mailles aufli ferrées qu’elles le doivent être en-bas, on a coutume de donner auprès de la culafle deux pouces d’ouverture aux mailles , pendant que vers l’embouchure on peut quelquefois à peine y pader le doigt; à moins qu’on ne fe propofe de
- fi*o) En allemand , IVurfgarne , ou quel- nerfs de daim, quefois, ÏVurfhaube. (;i't On fe fert beaucoup des éperviers,
- (*) Suivant Anderfon , hifioire du Groën- fur le Rhin. Il y en a de grands & de petits. land, pag. 204, les naturels du pays font Ceux-ci ont jufqu’à çoo balles, & ceux-là des éperviers à petites mailles , avec des le double.
- Tome V. Ce
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- prendre feulement de gros poiffons. Au bord de la mer, les mailles ont aiTez communément onze lignes en quarré.
- 231. On travaille les éperviers en rond ; & pour faire la diminution des mailles, comme nous venons de le dire, quand on a fait dix rangs de mailles ou dix ourdres en defcendant, à compter de la culafle ou de la levure, on forme les mailles fuivantes fur un moule plus menu ; & l’on continue de dix en dix rangs de mailles à changer de moule pour en prendre de plus menus, jufqu’à ce qu’on foit arrivé au bas du filet. Quand 011 fe propofe de tenir les mailles d’en-bas moins ferrées, on ne change de moule que de quinze en quinze rangs de mailles.
- 232. Comme il faut que le filet s’élargiffe peu à peu à mefure qu’on approche de fembouchure, on fait alternativement un rang de mailles fans accrues, & un avec des accrues, formant une accrue de fix en lix mailles. Il eft fenfi-ble que quand on fera un rang de mailles au-delfous des accrues , le nombre des mailles de ce rang fera augmenté proportionnellement au nombre des accrues qu’on aura formées , & la circonférence du filet fera plus grande qu’elle n’était : en continuant à former ainfï des accrues jufqu’au bas du filet, on lui procure un évafement convenable.
- 233. Ensuite onretrouffe en-dedans les bords du filet, & on les attache de pied en pied, comme nous l’avons expliqué , pour former des bourfes au-bas & autour de l’épervier. Enfin on doit avoir attaché avec de bon fil retors la corde plombée à la partie du filet deftinée à former l’embouchure. C’eft ainfi que font faits la plupart des éperviers. Cependant il y en a de petits qu’on monte différemment ; c’eft ce. qui nous refte à expliquer.
- 234. Ces éperviers font ordinairement moins grands que les autres ; 8c n’ayant point de bourfes à l’embouchure , tout le rets fe termine à la corde plombée. De plus , au lieu de lier une corde à la pointe du crône par où le filet a été commencé , on arrête cette partie du filet fur un anneau de cuivre ou de corne, épais de fix à neuf lignes. Ainfi les douze premières mailles qui font la levure du filet, font fermement arrêtées fur cet anneau.
- 23 On lie de pied en pied de fortes ficelles à la corde plombée : elles doivent s’étendre de toute la hauteur du filet; l’extrémité de toutes les ficelles eft nouée en C à la corde qui paffe dans l’anneau.
- 236. Pour concevoir l’ufage de ces ficelles , imaginons le filet déployé en rond au fond de l’eau. Il eft fenfible qu’en tirant la corde fupérieure, toutes les cordes verticales tendront à fe rapprocher de l’axe du cône, & elles fermeront l’embouchure du filet à peu près comme une bouffe ; le filet fe froncera comme les rideaux qui fe relevent vers le^iel d’un lit ; & tous les poiffons quife trouveront fous le filet, feront pris, à moins qu’ils ne foient allez petits pour s’échapper au travers des mailles. On ne fait guere ufage de cet éper-vieri5 dont le fervice eft incommode.
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- 237. En général les éperviers font de différentes grandeurs, fuivant rétendue de la nappe d’eau où l’on fepropofe de pêcher.
- 238- Il y a deux façons de pêcher avec l’épervier : l’une en le traînant# l’autre en-le jetant. Je vais parler de l’une & de l’autre.
- Façon de traîner Vépervier, ufitèe dans de petites rivières!.
- 239. Pour pêcher avec l’épervier en le traînant, on attache deux cordes à celle qui entoure l’embouchure du filet, & qui porte les plombs j faifant en-forte que l’efpace renfermé entre deux cordes occupe à peu près la largeur de la riviere ou du courant d’eau où l’on pêche.
- 240. Deux hommes traînent le filet en halant fur les cordes K L (fig. 1 ), de maniéré que la portion du filet qui eft comprife entre les cordes, fe tienne prefque droite à la furface de l’eau (fig. 3 ). Le refte de l’embouchure du filet tombe au fond de l’eau, à caufe des plombs. Cette embouchure porte fur le fond, en décrivant une efpece d’ovale : la queue ou culaffe du filet flotte entre deux eaux. Un homme M (fig. 3 ) fuit les pêcheurs \ il tient la corde qui répond à la pointe du filet ; & quoiqu’il la laiffe lâche , il s’apperçoit cependant s’il y a des poiffons pris, par les fecouffes qu’ils impriment au filet & qui fe communiquent à la corde.
- 241. Deux pêcheurs K L ( fig. 3 ) fe placent donc des deux côtés du cours d’eau. Celui qui eft du côté K, jette au pêcheur L le bout d’une corde, & il attache l’autre bout de cette corde à la corde plombée qui borde l’embouchure du filet, comme en F. Le pêcheur K attache enfuite fa corde en G (fig* 3 ) ’> puis il jette le filet à l’eau, retenant feulement fa corde G. Alors les deux pêcheurs K & L, marchant fur la rive de l’eau chacun de leur côté, traînent le filet, & l’homme M les fuit en tenant la corde de la culaffe. Quand on manque de ce troifieme homme, le pêcheur K attache à un de fes bras la corde de la culaffe, & il la tient affez longue pour 11e pas gêner la pointe du filet.
- 242. Lorsqu’on s’apperçoit, aux fecouffes delà corde delà culaffe, qu’il y a du poiffon pris, il eft à propos de relever le filet. Pour cela, le pêcheur K cherche un endroit où la berge ne foit point trop élevée, où il n’y ait pas beaucoup d’herbes , en un mot, qui foit commode pour tirer le filet à terre. Alors les deux pêcheurs lâchent leur corde, pour que toute la circonférence du filet porte fur le fond ; le pêcheur K prend la corde de la culaffe, il la tire doucement à lui, non pas direélement, mais en fe portant d’une enjambée vers la droite, puis vers la gauche i ce qu’il répété à plufieurs fois, pour faire en-forte que les plombs, qui portent fur le fond, fe rapprochent les uns des autres, & ferment l’embouchure du filet.
- 243. Quand il tient la culaffe même du filet, il continue à tirer le filet en
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- fe balançant encore vers la droite & vers'la gauche, mais fans changer de place. Auiii-tôt qu’il apperçoit que tous les plombs font bien réunis & qu’ils quittent le fond , il tire de toutes fes forces pour mettre promptement le filet fur l’herbe. Alors faifilfant la corde qui porte les plombs, il la fuit tout autour du filet, vuidant les poches ou boudés , qui font ordinairement remplies de vafe, d’herbes, de coquilles , & de très-petits poilfons qu’il doit rejeter à l’eau. Mais à mefure qu’il s’en préfente qui méritent d’ètre confervés, il les met dans lin panier couvert, au fond duquel il y a dé l’herbe fraîche. Le filet ayant été viiîté dans toute fa circonférence, le pécheur L tire fa corde à lui > le pécheur K jette le filet à l’eau, & ils recommencent à traîner l’épervier comme nous l’avons expliqué.
- 244. Quand les rivières font bordées d’herbiers ou de crônes ou fous-rives ; en un mot, quand la partie F G du filet ne peut pas embralfer toute la largeur de la riviere, on prend des bouteurs : ce font des hommes armés de perches , qui marchent d’un côté & de l’autre du cours d’eau , immédiatement derrière ceux qui liaient le filet i & avec leurs perches , ils bâtent les herbiers , ils fourgonnent dans les crônes, pour engager le poilfon à donner dans le filet.
- 245. C’est une queftion qui partage les pécheurs, que de favoir lequel eft le plus à propos, de traîner l’épervier contre le courant, ou en fuivaat le cours de l’eau Dans l’un & l’autre cas, une partie du poilfon effarouché parles pécheurs , les bouleurs & le filet, nage devant pour l’éviter. Aulîi eft-ce pour arrêter ces fuyards, qu’on tend de diftance en diftance , comme de cent en cent toifes, un tremail N O Çfig. 3 ) , qui traverfe la riviere : & c’eft ordinairement aux approches de ce filet qu’on prend beaucoup de poilfon.
- 246. Quand la pêche eft finie, les pécheurs portent leur filet à un endroit où l’eau foit fort claire, pour le lçiver. Enfuite ils le pendent par la culalfe, & ils en étendent les côtés, comme dans la figure 1, pour le faire fécher. Sans ces attentions , il ferait bientôtpourri.
- 247. Quelquefois, pour fortifier les éperviers que l’on traîne., on met de diftance en diftance des ficelles N ( fîg, 1 ), qui s’étendent depuis la culalfe jufqu’à la corde plombée, & qui font enlacées entre les mailles.
- 248. Lorsque les bords des rivières ne font point praticables pour traîner le filet, deux pécheurs mettent par le travers de l’eau un petit bateau, à l’un des bords duquel ils attachent une partie de la corde plombée qui occupe la longueur du bateau: un pécheur étant à l’avant, l’autre à l’arriere , ils con-duifent avec des gaffes le bateau, en lefaifant aller toujours de travers au courant. Par ce moyen , on traîne le filet comme fi l’on était à terre. Mais attendu que le bateau & les perches des pécheurs effarouchent le poiifon , une partie fe retire dans les crônes , & communément on prend moins de poilfons que quand ceux qui traînent font fur les deux rives.
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- 249. On voit dans d’anciens titres , que des feigneurs ont droit de pêcher à la gourde : nous allons donner une idée de cette façon de pêcher. IL arrive allez fou vent que deux feigneuries font féparécs par une riviere, & que les deux feigneurs ont un droit pareil d’y pêcher 3 niais les pêcheurs doivent fe tenir chacun fur le bord qui lui appartient. Le pêcheur K (fg. 3) ne pouvant point palfer du côté deL, il attache Je bord fupérieur du blet F G fur une perche qui traverfe la riviere ; & pour faire flotter cette perche, afin de foutenir le bord du filet à fleur d’eau , il attache le long de la perche , des gourdes ou calebafles vuides 5 & à chaque bout de la perche , deux cordes , une longue & l’autre plus courte, avec lefquelles il traîne le filet le plus exactement qu’il peut au milieu de la riviere. Il n’eft guere poffible de l’embrafler entière* ment ; mais enfin on profite de ce moyen le mieux qu’il eft poffible.
- De la maniéré de jeter Pépervier.
- 2^0. On ne peut pêcher en traînant l’épervier, comme nous venons de l’expliquer , que dans des courans d’eau qui ont peu de largeur , où l’eau n’eft pas fort profonde, & fur les fonds où il ne fe trouve pas de roches ou même de pierres d’une grofleur un peu confidérable. La façon de pêcher, dont il s’agit préfentement , peut fe pratiquer dans les rivières , dans les étangs, entre les roches , même à quelque diftance du rivage, pourvu qu’il s’y trouve beaucoup de poiflon , & que la nappe d’eau ne foit pas fort épailfe.
- 2?i. Pour cette pêche , on 11e traîne point le filet ; mais on le jette aux endroits auxquels on voit ou au moins on juge qu’il y a du poilfon ralfemblé.
- 252. Quand on a jeté l’épervier , les plombs font entrer les bords du filet au fond de l’eau; & le corps de ce filet couvre le poiflon, de maniéré qu’il échappe bien difficilement quand on tire le filet hors de l’eau. Mais la façon de jeter convenablement ce filet, n’eft pas aifée , & elle ne peut être bien exécutée que par un homme grand & fort.
- 253. Celui qui veut jeter le filet, commence par lier à fon poignet gauche la corde qui répond à la culafle, & de la même main il empoigne tout l’épervier environ à deux pieds au-deflus de la corde plombée. Enfuite tenant cette portion du filet pendante , de forte néanmoins que les plombs portent un peu à terre , il prend environ le tiers delà circonférence de l’embouchure du filet; & renverfant le filet en entier, il jette cette partie fur fon épaule gauche , fe formant avec elle commme un manteau à l’efpagnole. Après quoi il en empoigne de fa main droite environ un autre tiers : le refte du filet pend devant lui.
- ^254. Ayant ainfi tout difpofé, & étant au bord de l’eau , il tourne fon corps vers la gauche pour prendre un élan 5 & le rappellant avec vivacité vers
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- la droite , il jette le plus fortement qu’il peut, tout le filet à l’eau , de façon qu’en fe déployant il forme une roue. La corde plombée tombe incontinent au fond de l’eau , & enferme les poilfons qui fe trouvent fous le corps du filet.
- 2) f. On releve l’épervier comme nous l’avons expliqué plus haut, fort lentement, & fe balançant de droite & de gauche pour raifembler les plombs? enfuite on tire tout le filet le plus vite qu’on peut * fur-tout lorfqu’il fort de l’eau.
- 2)6. Il eftfenfible qu’on doit jeter le filet à un endroit où le fond fôit uni, fans fortes herbes, fans grolfes pierres ni bois : faute de cette attention , l’on courrait rifque de déchirer le filet & de perdre beaucoup de poilfon qui s’échapperait par les endroits où la plombée ne porterait pas fur le fond.
- 2)7. Une autre attention bien importante, eft que celui qui jette n’ait ni boutons ni agraffes à fes habits j ils doivent être retenus par des lacets , des rubans ou des aiguillettes : car fi une maille du filet s’accrochait dans un bouton ou autre chofe femblable, le pécheur , qui a pris un élan vers l’avant, ièrait infailliblement entraîné dans l’eau*
- 2<j8- Comme on jette plufieurs fois de fuite l’épervier, les pécheurs font néceifairement expofés à recevoir une grande quantité d’eau qui fort du filet. Pour s’en garantir , au moins en partie, la plupart ont coutume de mettre par-delfus leurs habits , comme une chemile de femme , faite avec une toile très-ferrée i & en outre ils attachent fur leur épaule gauche une peau de chevre ou de mouton, le poil en-deifus.
- 259. Les éperviers que l’on jette, ne font ni aulïi grands ni aufli lourds que ceux qu’on traîne. Il y a même des façons de pêcher , pour lefquelles les éperviers doivent être petits & légers , comme on va le voir dans les paragraphes fui van s.
- Expofé de quelques autres façons de pécher avec tépervier.
- 260. En Ponant * on 11e pratique guere cette pêche qu’aux bords des rivières y le flux & le reflux des marées fourniifent des moyens moins pénibles de prendre quantité de poilfon à la mer.
- 26ï. Mais les pêcheurs de la Méditerranée font unufage alfez fréquent de petits éperviers qu’ils nomment riffeaiix > quand ils apperçoivent des poilfons attroupés entre les roches ou dans les étangs qui communiquent à la mer.
- 262. On prend quelquefois à Agde,dansla riviere,plus de trente aîofes d un feul coup de ce filet : ce qui fe répété plufieürs fois dans une journée. Nous aurons ailleurs occafion d’obferver qu’on fait cette même pèche dans la Loire, à la montée des alofes.
- 263. Dans les étangs falés, particuliérement auprès de Narbonne, on fait
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- une pèche particulière avec des éperviers qui n’ont point d’embourfemeut, & qui ne font pas fort chargés de plomb. Durant l’été , quand les poilfons remontent de la mer dans les étangs , quantité de gens portent ces petits éperviers fur l’épaule gauche & le bras droit. Ils entrent dans Peau jufqu’au genou; & quand ils appercoivent unpoilfon , ils le pourfuivent à la courfe , & jettent leur filet deffus : ce qu’ils exécutent fort adroitement.
- 264. A la côte de Saint-Tropez & de Fréjus, ainfi qu’à plufieurs autres endroits de la Provence, onfe fert d’éperviers ou rideaux qui ont environ deux bralfes de hauteur & dix bralfes de circonférence. Les pêcheurs s’en vont, étant chargés de leur filet comme nous l’avons expliqué, fe promener doucement le long du rivage : quand ils appercoivent quelque troupe de poilfons près de terre ,,ils jettent leur filet dedus , & prefque tous les poilfons qui fe trouvent dans l’enceinte de la plombée font pris.
- 26 Sur la Dordogne, deux ou trois pêcheurs (fig- 4) fe mettent avec un épervier dans de petits bateaux du port de deux à trois barriques, & prennent ainfi durant toute l’année, des carpes , des barbeaux , &c.
- 266. A Libourne, fur la riviere d’îsle, on prend de même des poilfons blancs, des carpes, des barbeaux, des brochets ; & dans les fififons convenables , des alofes & des furmuîets.
- 267. A Fécamp, dans la partie la plus étroite de la riviere de Paluet, on prend des truites avec l’épervier.
- 26%. Suivant quelques mémoires de la Guadeloupe , la pèche à l’épervier fait vivre beaucoup de pauvres familles & d’efclaves , qui, outre les poilfons blancs, prennent des mulets , des fardes, des fardines, & de petits poilfons très-délicats.
- 269. On peut dire en général que la pèche à l’épervier n’eft pas avantageufe pour prendre les poilfons qui s’enfoncent dans la vafe ou dans le fable : cependant ces poilfons effarouchés par les plombs , nagent quelquefois pour s’enfuir & fouvent alors donnant dans le filet, ils font pris.
- 270. Les pêcheurs qui s’adonnent particuliérement à cette pêche, mettent volontiers, aux endroits où ils fe propofent de pêcher , des appâts de fond dont nous avons parlé dans la première fedion , §. ^96. Comme il faut dans cette oceafion employer des appâts qui coûtent peu , ils les font alfez fouvent avec du fon, des feuilles de menthe fauvage, du millet & d’autres graines germées. Au refte, on prétend que cet appât n’attire point le faumon ni l’alofe.
- 271. Cette pèche n’eft pas deftrudive, fur-tout quand les pêcheurs ont l’attention de rejeter à l’eau les petits poilfons.
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- Article - second.
- De la pêche qu'on fait avec le carreau , le carrelet ou carré ( f 2 ) , lz calen ou venturony & Véchiquier ou hunier,
- 272. Le filet qui fert pour cette pêche , eft une nappe fimple & quarrée, laquelle a fix , fept ou huit pieds de côté. Elle eft toujours bordée d’une corde qui n’eft pas groffe, mais qui doit être forte & bien travaillée. On fait ordinairement les mailles du milieu plus ferrées que celles des bords , pour prendre des ables , ainfi que pour la menuife qui fert à amorcer les bains. On fait ces mailles du milieu très-ferrées , pour que les petits poilfons 11e paffent pas au travers. Mais quand on veut prendre des poilfons un peu gros, il convient de faire les mailles plus larges 5 car il eft imporrtant pour cette pèche, de pouvoir tirer promptement le filet hors de l’eau 5 & plus les mailles font larges & le filet délié , moins on éprouve de réliftance de la part de l’eau.
- 273. Autrefois on tenait la nappe prefque plate: mais comme on s’eft apperqu que les poilfons un peu gros qui fautaient fur cette nappe, en gagnaient aifez fréquemment le bord & retombaient à l’eau , on a fait les nappes, un peu en poche ; & l’on augmente la profondeur de cette poche , quand on prévoit qu’on 11e fera pas maître de tirer promptement le filet hors de l’eau.
- 274. On forme à chaque coin delà nappe , avec la corde qui la borde , un œillet pour recevoir le bout des perches courbes dont nous allons parler.
- 275". On a deux perches légeres.& pliantes ah (pi. IV, fig. ^ ) , plus longues que la diagonale du filet ; on les plie en portion de cercle, pour en palfer les bouts dans les œillets qu’on a formés aux angles de la nappe. On lie enfuite ces perches courbes à l’endroit c, où elles fe croifent, & la même corde fert aulïi à attacher le carrelet à l’extrémité d’une autre perche , qui eft faite d’un bois léger , & plus ou moins longue , fuivant la profondeur de l’eau où l’on veut pêcher, & la diftance qu’il y a depuis le bord où l’on s’établit, jufqu’à l’endroit où l’on fe propofe de tendre le filet.
- 276. Quelquefois encore, fuivant différentes circonftances, on attache le carrelet prefque immédiatement à la perche, comme dans la figure 6 \ ou bien 011 le fulpend à une corde plus ou moins longue (fig> S ).
- 277. Les poilfons fe raffemblent ordinairement dans une anfe où il y a peu de courant, où l’eau eft échauftée par le foleil,ou bien dans des endroits où quelques infedles nagent, foit fur l’eau, foit dans l’eau. Appercevant donc des poilfons ainfi raffemblés, on plonge le carrelet dans l’eau, de manière qu’il s’étende fur le fond. Si l’on voit des poilfons qui nagent au-deffus du filet, il
- (52) Cette forte de filets fe nomme en allemand, Senckcr.
- faut
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- faut le relever promptement: car quand les poiffons apperçoivent le mouvement des perches al?, ils veulent plonger dans le fond, & ils fe précipitent ainli fur le filet ; mais aufïi-tôt^que le £let quitte le fond , ils fautent, font des eiforts pour s’échapper, & ils s’échappent en effet, fî l’on ne releve pas promp/-tement le carrelet. C’ell pour cela qu’on fait ordinairement cette pèche dans les endroits où la nappe d’eau a peu d’épaiffeur. Le poiifon trouve d’autant plus de facilité à s’échapper, qu’il faut plus de tems pour faire fortir le filet de l’eau. C’eftauffî pour cette raifon que les pêcheurs ont différentes maniérés de tenir la perche du carrelet.
- 278. Comme ceux qui pèchent au bord de la mer font fréquemment obligés d’avoir la perche fort longue, ils en appuient le gros bout contre leur pied gauche, & faifilfant la perche avec les deux mains, ils ont ainfi beaucoup de force pour relever le carrelet, qui efl ordinairement plus grand que ceux dont 011 fe fert dans les rivières. On voit dans la figure , l’attitude de ces pêcheurs.
- ‘ 279. La plupart de ceux qui pèchent avec le carrelet au bord des rivières & des étangs , tiennent le gros bout de la perche dans la main gauche , & le pofent contre la cuiffe ; puis faifilfant la perche trois pieds plus loin avec la main droite, ils font en force pour relever le filet.
- 280. D’autres pofent la perche comme en balance fur le bras gauche ,.qui alors forme un point d’appui ; & ils emploient la main droite pour relever le filet, en appuyant cette main fur le gros bout de la perche pendant qu’ils élèvent le bras gauche.
- 281. Mais il paraît mieux, pour avoir plus de force, de mettre le gros bout de la perche entre les deux cuiffes, de l’appuyer fur une feffe , & de tenir la perche en cet état avec les deux mains. Lorfqu’on apperçoit des poiffons fur le filet qui efl étendu au fond de l’eau, pour le relever promptement, on porte les mains à deux pieds plus loin ; & pliant les cuiffes , en même tems qu’on fait agir les bras , on tire le carrelet très-vite de l’eau. Cette façon de pêcher fe voit à la figure 2.
- 282. On ne pratique guère cette pèche au bord de la mer que dans la
- Méditerranée , particuliérement à la côte de Gênes , pour prendre de petits poiffons. Mais dans l’Océan, quand la marée monte, les pêcheurs s’établiffent à l’entrée des gorges & des baffes, ou à l’embouchure des rivières : au lieu de coucher le filet à plat furie fond , ils l’oppofent au courant pour arrêter les poiffons qui le fuivent, fur-tout ceux du genre des plats qui s’empreffent dp monter avec le flot. ~
- - 283- Cette pêche étant plus avantageufe quand l’eau efl trouble que lorfqu’elle efl claire, les pêcheurs ne peuvent pas toujours appercevoir les Tome V* D d
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- poiffons qui donnent dans leur filet: alors ils relevent de tems en tems-le carrelet, pour en tirer le poilfon.
- 284- Comme on oppole pour cette pèche le filet au courant, on attache le carrelet à une cordée (fig. 5 ) plus longue que quand on pèche dans les eaux dormantes ; & attendu qu’il faut plus de force aux pécheurs pour relever le filet, ils faifilTent la perche avec les deux mains, comme on le voit dans la figure f. Aulîî-tôt qu’ils ont pris lespoilfons quife trouvent dans leur filet, ils le remettent à l’eau , & recommencent les mêmes manœuvres.
- De la pêche au carrelet, qu'on nomme calen ou venturon.
- 28A- Quelques pêcheurs font une pëcheàpeu près femblable , avec de petits bateaux, foit dans les étangs, foit à la mer à portée de la côte. Ils élevent à l’arriere du bateau un chandelier, ou un montant de bois, quife termine au bout d’en-haut par un enfourchement, ou qui porte une grolfe boucle ou un boulon de fer ; ce qui eft nécelfaire, afin d’avoir un point d’appui qui leur procure de la force pour tirer de l’eau un grand carrelet qu’on liomme calen. On met dans l’enfourchement, ou bien on palfe dans la boucle, un ejpar qui a quinze ou dix-huit pieds de long. Enfin on attache au bout de cet elpar les arcs qui portent le filet, & qui font ordinairement de fer. Ce filet a dix à onze pieds en quarré. Comme tout cela fait un poids confidérable, on charge avec un billot de bois ou des pierres le bout de l’efpar qui répond au dedans du bateau , afin de le mettre en équilibre avec le filet.
- 286- Le pêcheur fait plonger le filet dans l’eau, pendant que fes camarades rament mollement ; de tems à autre, il fait fortir le filet de l’eau : ce qui s’exécute facilement, à caufe du contre-poids j & quand il y a du poilibn pris , un des pêcheurs tire à lui le filet, au moyen d’une corde qui tient à la bordure, pour prendre plus aifément le poilfon.
- 287* Dans le port de Tvlarfeille, 011 pêche au calen autour desbâtimens qui y font amarrés.
- 288- Auprès de Fréjus, dans un étang qui communique à la mer par un canal, on pèche des muges & des anguilles'avec le calen, que l’on y nomme venturon.
- De la pêche à l'échiquier, dit hunier»
- 289. Nous venons d’expliquer comment on fait ufiige des carrelets au bord des eaux, ainli que l’établiifement de ce filet dans de petis batelets : maintenant il faut faire voir comment on fupprime quelquefois la perche pour pêcher dans des eaux plus profondes & avec de plus grands filets.
- 290. Pour cela {fig. y) on attache la croifée du fileta un cordage qui
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- pafle dans une poulie frappée à l’extrémité d’une corne ou demi-vergue; & quand on veut relever le carrelet, on haie fur le cordage : mais comme on ne peut pas tirer fort vite le filet hors de l’eau, afin que le poiffou ne s’échappe pas, on fait le filet grand & profond, enforte qu’il forme comme une efpece de fac. Dans la figure 8 , l’appareil eft autrement difpofé 5 mais la différence eft peu confidérable.
- 29 ï. Les maîtres des gribannes ( f 3 ) d’Abbeville, qui navigent dans la Somme depuis Abbeville jufqu’à Amiens , font la pèche au carreau, comme elle eft repréfentée (fig. 7), & ils la pratiquent dans les eaux falées & les eaux douces de la riviere. Les filets dont ils fe fervent ont une braffe & demie en quarré, & les mailles ont environ fix lignes d’ouverture.
- 292. On fait encore dans l’amirauté de Calais la pèche au carreau dans de petits batelets qu’ils nomment flambarts, du port d’un demi-tonneau au plus. Ils ne s’écartent guère de la citatelle. Ces bateaux {fig. 9) font à fond plat, & ont un petit mât ou plutôt une perche de 7 à 8 pieds de longueur, qui s’incline pour que le bout excede le bateau. Au bout de cette perche eft frappée une poulie qui reçoit un cordage menu qui porte le carreau. Quand 011 a hilie le carreau plus haut que le bord du bateau, le pêcheur l’amene à lui au moyen d’une petite ligne qui eft frappée au bord du carreau.
- 293. On ne prend guere à cette pèche que des flets ( 54) & des anguilles.
- 294. Cette pèche, qui commence à la fin d’avril, finit au commencement de feptembre.
- 29^. On pèche au carreau en plufieurs autres endroits ; mais ce que nous venons de rapporter fuffit pour donner une idée des différentes difpofitions qu’on donne à ce filet.
- Des cirçonfiances où ton emploie des appâts pour attirer le poiffon.
- 296. On voit, par ce que nous venons de dire, qu’il y a des carrelets qu’on tient fédentaires dans des eaux dormantes ; & que dans d’autres circonftances, le carrelet eft établi fur un bateau &en mouvement, ou dans un endroit où il y a du courant.
- 297. Dans le premier cas , il faut que les pêcheurs attendent qu’il s’arrête des poiffons fur le filet, pour les faifir en enlevant promptement le carrelet. Dans les rivières où les pêcheurs fe propofent de prendre, foit des ables, foit
- O?) Ce font des bâtimens de trente à ( ^4.) Pleuronectes Flejfus ; LlNN. foixante tonneaux , qu’on emploie fur les S. N. En allemand , Flutider $ en hollan-côtes de Normandie, à décharger de grands dais, Bot ,• en fuédois, Flundra, v ai (féaux.
- D d ij
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- de petits poiflons pour amorcer les haius , ils fe placent a des endroits où il y a peu de courant, & ils mettent dans le courant, au-deffus de l’endroit où ils plongent le filet, des tripailles & du fang caillé dans un panier. Les petits' poiflons , alléchés par cet appât, fe raflemblent au-deffus de la nappe du carrelet , & on en prend quelquefois un bon nombre. Mais pour attirer les gros poif-fons , on prend une bonne poignée de vers de terre , qu’on nomme acides ou hchcs ; après les avoir enfilés tous en travers & par le milieu du corps avec un bon fil retors , on noue l’un à l’autre les deux bouts de ce fil, & on attache ce paquet de vers à l’endroit c de la croifée (fig. 5 ), enforte que les vers foient un peu au-delfous des bords de l’échiquier. Ces vers s’agitent, & bientôt on voit un nombre de petits poilfons s’attrouper pour les manger : mais il ne faut pas encore relever le filet ; car peu de tems après il vient de gros poilfons qui chalfent les petits, & en relevant le carrelet on les prend.
- 298- Il y en a qui mettent l’appât de fang caillé, ou autre, au fond du carreau , où ils coufent un morceau de toile, qu’ils fendent pour introduire l’appât entre elle & le filet.
- 299. Ceux qui pêchent au carrelet dans les eaux courantes, ne fe fervent point d’appâts. Comme ils fe propofent de prendre les poilfons qui fuivent le cours de l’eau, ils les arrêtent au palfage : & dans ce cas , au heu de defcendre la nappe fur le fond , ils la foutiennent entre deux eaux, afin qu’étant entraînée par le courant, elle prenne une pofition à peu près verticale, & que l’eau courante traverfant le filet, les poiflons fe prennent dans le fond qui fait une poche. Mais on a trouvé plus avantageux de fe fervir, pour remplir cette intention, de filets autrement difpofés , dont nous parlerons dans la fuite.
- Article troisième.
- De plufeurs petites pêches qui fe font au bord des eaux avec dijfèrens inf rumens , tels que le truble ou lanet , le tamis , la caudrette , la buuraque.
- 300. Quoique prefque tous les poiflons loientdes animaux voraces, qui fe font continuellement la chafle pour fe nourrir de la chair de ceux qu’ils peuvent attraper, leur multiplication eft fi confidérable, que dans le voilî-nage des côtes peu ou point habitées, il s’en trouve une quantité prodigieufe * enforte que quelques voyageurs nous affinent qu’on y en prend à la main. Le poiflon n’eft pas afîez abondant & eft trop effarouché auprès de nos côtes , pour qu’on puiffe efpérer d’y faire ainfi une pèche avantageufe. Cependant le poiflon fe prend encore à la main , ou prefque à la main, dans de's marres ou petits baftins où il relie un peu d’eau de baffe mer : & c’ell le cas où les poiflons qui n’ont pas fuivi le cours de l’eau quand la mer s’eft
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- Se ct. II. De la pêche aux filets. 21 3
- retirée, peuvent être aifément pris avec divers inftrtimens, comme nous allons l’expliquer dans les paragraphes fuivans , où nous ferons remarquer qu’on emploie les mêmes moyens pour prendre le poiffon au fond des parcs qui n’alfechent point à la mer baffe , comme cela arrive fréquemment dans les mortes eaux. C’eft encore de cette façon qu’011 prend différentes efpeces de petits poiffons qui remontent quelquefois en grand nombre dans les rivières, ainfi que ceux qu’on force de fe raifembler auprès de la bonde des étangs que l’on pèche.
- . , Du truble (55).
- 301. Le terme de truble eft en quelque façon générique : il lignifie un filet en poche, dont l’embouchure eft attachée à un cercle de bois ou de fer qui porte un manche. Mais il y en a de différentes grandeurs, & leur forme varie plus ou moins ; ce qui peut avoir engagé à leur donner diiférens noms, comme maniolle. ^ lan&t, &c. Quoique ces noms foient, à proprement parler, fy-nonymes , je les emploierai pour faire mieux connaître les différentes'fortes de trubles.
- 302. En général c’eft , comme nous venons de le dire , un filet en poche , monté fur un cercle ou fur une ovale.
- 303. Les grands trubles (pl. IV^fig. 10) , que quelques-uns nomment ma-niolles , font formés d’un cercle de bois ææ. qui eft traverfé par une perche bc, laquelle en forme le manche.
- 304. On fait des trubles moins grands , dont le cercle eft de fer* en ce cas il y a à la circonférence du cercle une douille qui reçoit un manche de bois.
- 30f. La plupart des trubles font ronds. Cependant on en fait de quarrés qui font plus commodes pour prendre le poiffon qu’on a renfermé dans des huches, boutiques, bafcules , &c. parce qu’à caufe de leur forme quarrée ils s’appliquent mieux fur les planches qui forment le fond de ces fortes de réfervoirs.
- 306. A l’égard du filet , on fait la poche dd (pl. IV, fig. 10} plus ou moins grande, & les mailles de différentes ouvertures, fuivant l’ufage qu’on fe propofe d’en faire. Si c’eft pour prendre des crabes 8ç des homars dans les roches, les mailles peuvent être affez larges,; mais quand on fe propofe de prendre des chevrettes, il eft nécefîàire de tenir les mailles plus ferrées.
- (çç) En allemand , Hamen. Cette forte baffes, & que le poiflbn n’y foit fort abonde filets ne peut guere fer\ir dans les eaux dant. courantes , à moins qu’elles ne foient fort
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- 307. A Pisle de Ré , les femmes & les filles pèchent entre les roches & dans les herbiers , de groffes chevrettes avec une efpece de truble qu’elles nomment treuille ou trulot. Cet inftrument eft formé d’une longue perche , au bout de laquelle eftaffemblée à tenon une traverfe de bois, & à environ un pied de diftance une autre traverfe qui lui eft parallèle. On attache un bout de filet à ces traverfes , qui pour cela font percées de trous. Les mailles n’ont que deux ou trois lignes d’ouverture, & font faites avec de la ficelle. Les femmes pouffent cette efpece de truble devant elles , dans les roches & le gouémon lorfque la mer eft baffe.
- 308- Dans l’Adour, près Bayonne , deux pêcheurs fe mettent dans un petit bateau, l’un rame, & conduit le bateau fort près du bord ; i’autre plonge dans l’eau un grand truble \pl. IV> fig. 10), qu’ils nomment mamoil ^ ; il le pouffe devant lui, & le releve : de cette façon, il écume tous les petits poilîons qui fe font retirés au bord de l’eau.
- 309. Cette pèche réuffit quand lés eaux font troubles & blanches, parce qu’alors les poiffons s’approchent des bords , où le courant eft moins rapide qu’au milieu de la riviere, & ils font moins effarouchés par le truble. Mais il faudrait que les mailles de ce filet euffent au moins un pouce en quarré , pour 11e pas prendre les poiffons du premier âge.
- 310. Dans la baie & même dans le port de Breft, 011 pêche des prétrots ou éperlans bâtards, qui fe tiennent autour des vaiffeaux. Pour cette pèche, on fe met dans une chaloupe avec des efpeces de grands trubles, dont les uns, qu’on peut nommer manioLUs, l'ont emmanchés d’une perche ; & d’autres, qui n’ont1 point de manche , fe hiffent au moyen d’un cordage qui paffe dans une poulie frappée au mât de la chaloupe ; ils les nomment pour cette raifon huniers.
- 311. Il y a de petits trubles, qu’on nomme volontiers lanets aux fauterelles : au lieu d’avoir leur filet monté fur un cercle rond, ils l’ont fur un morceau de bois .contourné comme celui des raquettes à jouer à la paume. Les uns ont un manche affez long, & les autres feulement une poignée. L’ufage de ces lanets eft pour prendre des chevrettes & des fauterelles dans les algues.
- 312. Dans la Garonne, on pêche en bateau avec un filet qu’ils nomment coulette, efpece de lanet dont la monture eft comme celle d’une raquette de paume , & a environ trois braffes de diamètre. Le filet forme un fac qui peut avoir quatre ou cinq braffes de profondeur. Le poiffon qui y entre fe fait fentir par la fecouffe qu’il donne au filet 5 d’autant plus qu’il y a une corde attachée au fond du filet, 8c dont le pêcheur tient le bout. On prend avec ce filet de toutes fortes de poiifons, mais rarement des faunions & des truites, & jamais de créacs (5<V
- (S 6) Je ne trouve nulle part la notice de ce poiffon.
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- 313. Les Provençaux nomment falabre deux efpeces de filets , dont un relfembleau truble ( pl. IV, fig. 10 )j excepté que la perche bc ne traverfe point le cercle , mais y tient feulement par un endroit. Le cercle eft cependant de bois ; on le fortifie à l’endroit où s’attache le manche , avec deux petites courbes. Ce filet fert principalement à prendre de petits poiifons appelles me-lets (^7), qu’on fale pour la nourriture du peuple.
- 314. L’AUTRE efpece, qu’on nomme falabre defond, n’a point de manche ; fon cercle eft foutenu comme le plateau d’une balance, par trois cordes qui fe réunifient en une. C’eft donc une efpece de caudrette , dont nous traiterons dans la fuite.
- 31 Je reviens au falabre, dont nous avons parlé en premier lieu. Les pêcheurs appercevant du poiifon à une petite profondeur d’eau , paflent le falabre par-delfous, au moyen de fon long manche; lorfqu’ils reîevent le filet, le poiifon fe trouve pris dans la poche. Mais cette pêche ne réuflit qu’entre les rochers, dans les canaux & auprès des piles des ponts , après que la niera été agitée , ou lorfqu’on pèche au feu : ainfi nous aurons occafion d’en parler encore dans la fuite.
- 316'. On fe fert du falabre à Narbonne, pour tirer le poiifon des bour-digues.
- 317. Il y a des falabres armés de fer ; mais il eft à propos de remettre à en parler lorfqu’ii s’agira des dragues.
- 3 ï 8- Les divers trubles fervent utilement en bien des occafions. Nous avons dit dans la première fedion, qu’on les emploie pour s’approprier les gros poiifons qui ont été pris à l’hameçon & qui pourraient rompre les lignes. On fait encore ufage d’un petit truble qu’on nomme trubleau, ou troubleau y pour prendre des écrevilfes.
- 319. Les Voyageurs rapportent que les pêcheurs des Açores fe fervent d’un filet qu’ils nomment chanchalavar. Il fie contentent de dire que c’eftun petit filet en forme de poche , fait avec des fils fort déliés, monté fur un ou plu-fieurs cercles qui le tiennent ouvert. D’après cette courte defcription, nous fommes incertains lî le chanchalavar eft un falabre, un verveux, ou un bou-teux à fond de verveux.
- Du tamis.
- 320. En plufieurs endroits les femmes fe fervent de tamis de crin ajuftés au bout d’une perche qui fert de manche : ces tamis font l’office de trubles. Pour donner une idée de leurs ufages , nous allons décrire une petite pêche
- ($7) Autre terme du pays. M. ‘Vallnunt ce Ecmarre dit que c’eft une efpece de
- fardine.
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- qui fe fait à l’entrée de la riviere d’Orne & en d’autres endroits, pour prendre de fort petits poiifons qu’on nomme à Caen la montée. Vers la pleine lune de mars & jufqu’à fon déclin, la marée amene tous les ans dans la riviere d’Orne une multitude de petits poiffons longs de trois à quatre pouces & gros comme un tuyau de plume à écrire.
- 321. Leur pêche occupe pendant cette faifon beaucoup d’hommes , de femmes .& d’enfans, fur-tout dans un fauxbourg de Caen nommé le Vau-celle, où la riviere fe partage en deux bras. Il n’elt pas douteux qu’on pourrait la faire dans toute l’étendue de la riviere depuis Caen jufqu’à la mer : mais les pêcheurs & les matelots n'en font aucun cas 5 il n’y a que le peuple qui fe faite un plaifir de prendre ce petit poiifon.
- 322. La montée parait tous les ans alfez abondante, cependant en plus grand nombre dans certaines années que dans d’autres.
- 323. Ceux qui s’occupent de cette pèche , portent chacun au bord de la riviere un feilleau, une lanterne, & un tamis de crin, ajufté, comme nous l’avons dit, au bout d’une perche qui a huit ou dix pieds de longueur.
- 324. Etant établi au bord de l’eau, la nuit ou de grand matin , on plonge le tamis dans l’eau jufqu’au tiers de fon diamètre, comme fi 011 voulait écumer l’eau que la marée fait remonter dans la riviere ; & chaque fois qu’on releve le tamis , on rapporte beaucoup de petits poiifons, qu’011 verfe dans le feilleau qui eft à portée.
- 325. La quantité deperfonnes qui fe ralfemblent pour cette pêche, jointe à la lumière que répandent les lanternes, forme un fpe&acle allez agréable , fur-tout quand les nuits font obfcures.
- 326. Comme on ne prend ces petits poiifons qu’à la marée montante, on leur a donné à Caen le nom de montée. On trouvera, dans la fécondé partie du traité des pèches , leur defcription & l’ufage qu’on en fait j M. Viger, lieutenant-général de l’amirauté de Caen, nous ayant mis en état d’en faire delïiner d’après un nombre de ces poiifons qu’il nous a envoyés, & qui nous font parvenus bien conditionnés.
- De la chaudière ou caudrette (58)*
- 327* L’INSTRUMENT qu’on nomme chaudière ^ chaudrette, caudrette, caude-Lette, favonceau , &c. tous noms adoptés dans dilférens ports, eft , à proprement parler , un truble fans manche, qui eft fulpendü par des cordes & qui a peu de fond. Il fert principalement à prendre des crabes ,! des homars, des lan-gouftes, &c. On diftingue de petites chaudrettes & de grandes. > > uu
- ( S8 ) Cet infiniment reflemble afiez à des écrevifles , & que l’on appelle en aile-celui dont on fe fert en Saxe pour la pêche mand , Kôtjdiern.
- 328.
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- 328- Les petites chaudrettes, dont on Le fertà Saint-Valéry en Canx & en piufieurs autres endroits, font formées (pi IVs fig. n) d’un cercle de fer qui a douze ou quinze pouces de diamètre : les mailles du filet ont quatre lignes en quarré. On met au fond, pour appât, quelques crabes attachés au filet. On fufpend le filet comme le plateau d’une balance par trois cordons c qui fe réunifient à un end, environ dix-huit pouces au-defiiis du cercle. Au point de réunion ^eft attachée une ligne quin a que deux pieds de longueur. A fon extrémité eft une flotte de liege u , qui fert à foutenir les lignes c , & empêcher qu’elles ne retombent fur la caudrette. Au même point d, eft amarrée une baguette d’environ dix-huit pouces de longueur , à laquelle on attache une ligne e, qui eft terminée par une flottef. La ligne e doit être affez longue pour qu’elle gagne la furface de l’eau & qu’on apperçoive la flotte /, qui indique où eft la caudrette. Les pêcheurs jettent ces inftrumens à mer baffe entre les rochers ; & de tems en tems ils les retirent , en paffant une fourche fous la flotte de liege a , ou à la réunion des lignes c : ce qu’ils continuent tant que la balle eau le leur permet. On prend beaucoup de chevrettes à cette pèche, qui fe pratique depuis le printems jufqu’à l’automne.
- 329. Le cercle des grandes chaudières a jufqu’à deux pieds de diametre.il eft garni d’un filet délié , qui fait lac, & qui eft proportionné à la grandeur du cercle. O11 y ajufte auffi les cordes c, la petite ligne & la flotte a, la baguette b. Mais on couvre la caudrette avec plulieurs ficelles qui font tendues d’un bord du cercle à l’autre, formant comme un filet à larges mailles, auxquelles on attache des appâts de poiffons frais , comme orphies , crabes , &c. Deux ou trois hommes fe mettent dans un bateau avec fept ou huit caudrettes , qu’ils calent jufqu’à cinq ou llx brades de profondeur > & ils les relevent de tems en tems pour prendre les crabes, les araignées, les ho mars , les langouftes qui ont mordu aux appâts ; car on 11e prend guere à cette pèche que des cruftacés.
- 3 30. Quelquefois on s’établit, pour faire cette pèche, fur un rocher. Si les bords du rocher étaient inclinés de maniéré à 11e pouvoir pas faire entrer la caudrette dans l’eau, en ce cas on établit fur le hautrdu rocher une perche qui fe termine par une fourche. La corde qui foutient la caudrette, eft portée en dehors au moyeu de cette fourche : le pêcheur haie fur la corde pour tirer la caudrete hors de l’eau , & il l’approche de lui avec un crochet.
- 331. Po ur que la pèche à la caudrette foit avantageufe, il faut que les eaux foient chaudes, parce qu’alors les cruftacés s’approchent de la côte en plus grande abondance.
- 332. Ce qu’on nomme dans la Méditerranée falabre de fond, reffemble beaucoup à la caudrette que nous venons de décrire.
- 333. On fait au petit port de Saint-Palais , qui eft dans l’amirauté de Ma-rennes , un établiffement fingulier, & qui mérite d’être décrit, pour la pêche
- Tome V. E e
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- des falicots ou chevrettes. A portée de ce port, il y a beaucoup de rochers qui ne découvrent pas affez de baffe mer pour y faire la pèche des chevrettes à pied , telle que nous Pavons décrite plus haut. Cependant il le retire beaucoup de belles chevrettes entre ces roches. Pour les prendre, les pécheurs de ce petit lieu ont imaginé de faire un échafaudage fur ces rochers, d’où ils peuvent mettre à la mer des chuudrettes, dans lefquelles ils prennent beaucoup de chevrettes.
- 334. Pour faire cet échafaud, iis plantent fur les roches quatre petits fa-pins qui ont feulement vingt-deux à vingt-quatre pieds de hauteur. Ces fapins piqués dans le fond d’environ deux pieds , forment un quarré. Ils les rapprochent les uns des autres & les inclinent, afin que l’échafaudage ayant plus de pied , il en foit plus folide.
- 335. Environ à cinq pieds du haut des perches, un peu au-deffiis de Peau, ils attachent des traverses qui communiquent d’un montant à un autre, pour former une efpece de plancher, qu’011 couvre de clayonnages. Deux pieds & demi ou trois au - deffus de ce plancher, ils mettent encore des traverfes qui s’étendent d’une perche à l’autre pour former comme un garde-fou ou un parapet, qui empêche qu’on ne tombe à la mer.
- 336. On établit de file , quatre, cinq ou fix de ces cages ; & comme elles font éloignées de la côte d’environ dix brades à la pleine mer, les pécheurs forment, pour y arriver, une efpece de pont, ou, comme ils difent, une galerie, qui eft d’une conftruclion bien fimple. Ils plantent depuis le rivage jufqu’à une des cages , une file de fapins ou de perches, qu’ils enfoncent le mieux qu’ils peuvent dans le fond 5 ils attachent deux rangs de traverfes qui répondent du rivage jufqu’à une des cages } la file la plus baffe leur fert de marche-pied ; iis fe tiennent avec les mains à celle qui ell plus élevée, & ils parviennent ainfi de la côte aux cages. Pour éviter les frais, ils ne font qu’une communication j mais ils en pratiquent de moindres entre les cages, & ils communiquent ainfi des unes aux autres.
- 337. Ils defeendent du haut de ces cages, avec des cordes affez menues, juf-qu’au fond de la mer, des efpeces de caudrettes qu’ils nomment trouillottes, dont le filet a des mailles de quatre lignes en quarré. Communément ces trouillottes font faites d’une croix de bois, qui foutient le filet, & qu’011 charge de quelques pierres pour la faire caler. On met dans le filet des crabes déchirés par morceaux, pour fervir d’appât. Cette pèche ne fe fait que de haute mer, & feulement depuis les mois de mars & d’avril jufqu’à la fin de juillet. Il n’y a guère que les femmes & les filles qui s’en occupent. Chacune cale quatre ou cinq trouillottes , & elles les relevent de tems en tems , pour prendre les chevrettes qui ont été attirées par l’appât.
- 338- lL|aut du beau tems & du calme pour faire cette pêche avec fuccès»
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- L’echafaudage étant fait affez à la légère , il eft fujet à être endommagé ou détruit parles ouragans : & quoique les pècheufesne fe fervent point de bateaux, elles font quelquefois expofées à des accidens, lorfqu’elles vont relever leurs trouillottes ; foit qu’un coup de vent renverfe la cage où elles font, foit que les perches qui leur fervent de marche-pied viennent à rompre : & c’eft beaucoup, fi cet établiifement dure toute une faifon fans avoir befoin de réparations confidérables.
- De la bouraque.
- 339. L’instrument qu’on nomme en differens endroits bouraque, bou~ rache , bourague, panier, cage , claie, gafier, &c. peut être regardé comme une forte de nafie (59) qui 11e différé de la chaudrette, dont il a été queftion dans les paragraphes précédais, qu’en ce que la bouraque eft faite avec de l’ofier. Elle a communément la forme de ces paniers qu’011 nomme mues dans les balTes-cours , & fous lefquels on éleve la jeune volaille : avec cette différence, que la bouraque a un fond de claie, que n’ont point les mues, & au-deffus une entrée en goulet,fermée par des ofiers qui font un entonnoir dont la pointe eft en-dedans de la bouraque a (pl. IV, fig. 12 ). Les ofiers qui forment ce goulet, fe terminent en pointe. Ainfi on peut comparer les bouraques à certaines fou-ricieres de fil de fer ; & l’on voit que le goulet permet aux poiffons d’entrer facilement, mais qu’il s’oppofe à ce qu’ils en fortent.
- 340. Il y a des bouraques de différentes grandeurs. Les grandes ont un pied & demi de hauteur fur quatre pieds de diamètre : elles ont deux, & fou-vent trois anfes d’ofier b, où l’on attache des cordes c c qui fe réunifient à une d, laquelle eft plus, ou moins longue , fuivant la profondeur de l’eau où l’on pêche. Cette corde eft terminée par une flotte e qui indique où eft calée la bouraque lorfqu’on veut la tirer de l’eau 5 & l’on amene la corde à bord comme on fait les caudrettes , avec une fourche qu’on paffe fous la flotte de liege.
- 341. On attache au fond ou aux côtés des bouraques , quelques cailloux h {fig. 13), pour les faire aller au fond de l’eau ; & dans l’intérieur, quelques appâts, tels que de petits crabes ou des morceaux de viande & de poiflbn,ou même une pierre blanche qui ait une forme un peu alongée,telle quey( fig. 12).
- 342. Les grandes bouraques ont chacune leur ligne d, & on les cale une à une. Mais quand 011 fe fert des petites , 011 en attache plufieurs le long d’une corde qu’on tend en long, comme nous l’expliquerons en parlant des naffes.
- 343. On pèche aux bouraques , tantôt à pied, tantôt avec de très-petits bateaux, tels que ceux qu’on appelle lùr la côte de Normandie fespicoteux.
- O9) En allemand , FifchreuJJcn. Cette en Allemagne, & n’a par conféquent aucune ci'pece de nafle ou de panier eft inconnue dénomination particulière.
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- TRAITE' DES PECHES.
- 344. On ne fait ufage des bouraques q.u’entre les rochers. Comme il s’en, trouve fur les côtes de Normandie depuis Bayeux jufques. par le travers de la Hague , cette forte de pèche y eft ordinaire.
- 34<f. Pour péchera pied , on va de baife mer entre les rochers , dans les endroits où il refte peu ou point d’eau, placer les bouraques, & on va les relever à la marée fuivante.
- 346. Si on veut placer des bouraques fur des roches qui relient couvertes , à baife mer, de fix , huit, dix bralfes d’eau , deux ou trois hommes fe mettent dans un petit bateau avec un nombre de bouraques qu’iis calent jufques furie fond : chaque bande de pêcheurs a foin de marquer les bouraques qui lui appartiennent, pour ne s’approprier que le poiifon qui s’eft pris dans fes bouraques.
- 347. Quand les bouraques font placées, les pêcheurs vont à terre ; mais ils reviennent les vifiter à toutes les marées ,.pour prendre les. poiifons qui, étant attirés par les appâts,, font entrés dans les bouraques par le goulet 3 & on les en retire au moyen d’une porte qu’on a ménagée fur les côtés.
- 348. Cette pèche eft plus, avantageufe après les motures, & lorfque l’air eft chaud, que quand il eft frais & le ciel ferein. Communément 011 ne trouve dans les bouraques que des cruftacés ,tels que des homars , des langouües, des araignées , des crabes , quelquefois aufti des congres & des anguilles.
- 349. Au retour de la pêche , on a coutume de mettre les cruftacés dans des efpeces de réfervoirs formés de claies , où on les conferve envie dans l’eau de mer , jufqu’à ce que les pêcheurs trouvent à les vendre..
- 350. Il vient, quelquefois aux côtes de France ,des Anglais avec de petits heux du port de trois à quatre tonneaux au plus , & qui ont un réfervoir plein d’eau , au moyen duquel ils transportent chez eux. ces cruftacés en vie : ce qui rend quelquefois cette pèche avantageufe..
- 351. La bouraque, ainft que la caudrette, bien loin de faire tort à la multiplication du poiifon, diminue le nombre des cruftacés, qui font fort voraces , &qui mangent beaucoup de petits poiifons..
- 3 >2. Quelques pêcheurs fe contentent de faire en ofier la charpente & le goulet de leur bouraque, comme on le voit à la figure 12, & ils enveloppent cette charpente avec des morceaux de vieux filets, ce qui fait à peu près le même effet.
- 353. On ne prend point de chevrettes avec les bouraques , parce qu’il y a ailez d’efpace entre lesofiers& les mailles des filets , pour 1 aider échapper les plus groifes chevrettes.
- 3i4- A Saint-Malo, on nomme cajïer de s efpeces de bouraques longues qui fervent à prendre des congres & des anguilles. Nous, en parlerons lorf-qu’il s’agira des naifes.
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- S e c t. IL De la 'pèche aux filets.. Article quatrième-
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- Suite des pêches qui fe fient au bord de l'eau, ou à une petite dfiance du bord, avec des filets un peu plus grands que ceux dont il a été quefiien dans l'article précèdent ; tels fiont les bouteux (60) , &c„
- 3?f. Entre les petites pêches qui fe font au hord de la mer avec des filets, foit petits , foit de médiocre grandeur, il n’y en a point qui foient d’un ufage plus général & qui produifent une pêche plus avantageufe que celui qu’on nomme le bouteux. On verra dans la fuite, qu’il y en a de grandeurs & de formes affez differentes , & auxquels on donne différens noms.
- Bu bouteux-
- 3^6. Ce filet eft, à proprement parler, une forte de grand truble,pni£. qu’il eft formé d’un filet en poche, dont l’ouverture eft tenue ouverte par une monture de plufieurs morceaux de bois , & qu’il a un manche avec lequel on le manie.
- 3?7- La monture de ce filet eft donc formée par une perche a b ( pl.V, fis- 3)5 de fèpt à huit pieds de longueur, plus ou moins , fuivant la grandeur du bouteux. A. fon extrémité b eft fermement affemblée une traverfe c d, qui fo rme avec la perche a b comme un T. La piece c d eft taillée en champfrain , & fait une efpece de taillant pour mieux gratter le fable. Aux deux bouts cd de cette traverfe font attachées deux gaules menues & pliantes , qu’on nomme volets ; on les plie & lie l’une à l’autre, pour former parleur réunion une portion d’ellipfe c e d, qui eft attachée en e fur la perche a b. Les bords du filet, qui forme un fie fi, font arrêtés , tant à la piece xd, qu’aux volets ce, de\
- 3 58- Les mailles du fond de ce filet ont au plus quatre à cinq lignes en quarréi mais celles des bords font plus grandes. La profondeur de la poche fi
- (60) En allemand , Schauber. Ceux qui ont une perche, s’appellent Sctzhamcn. Au lieu de la traverfe , les bouteux ont, en Allemagne , une corde. Gn fefert différemment des bouteux à la perche. On les place fur le bord , dans les endroits qu’on croit propres à la pêche , & avec une autre perche , garnie par un bout de petites lanières de cuir, que l’on nomme Tramp , on va chaffer le poiflon dans les rocherspour
- qu’il aille fe jeter dans le piege. On connaît auffi en Allemagne une efpece de bouteux , nommé Kratzhamen, que l’on traîne, au lieu de le pouffer : mais ce filet eft défendu par les ordonnances, parce qu’il écrafe les petits poiffons & détruit le frai. Il femble que cet exemple ferait bon à fuivre fur les côtes de France & de Hollande, où cette, pêche eft tolérée.
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- eft "pins ou moins grande .; elfe eft fouvent de quatre ou cinq pieds : mais il faut tenir la perche a b d’autant plus longue, que la poche a plus de profondeur, afin que le pêcheur ne marche pas deflus. Les chaudes profondes ont l’avantage de mieux retenir le poiifon ; mais elles font fujettes à fe tordre dans l’eau , & alors elles font prefque dans le même cas que fi elles étaient fort courtes ,' & il eft difficile d’en tirer le poiifon. Quand elles ont peu de profondeur, on y prend le poiifon en y fourrant le bras ; mais lorfqu* elles font longues , il faut en jeter une partie fur le bras gauche, & prendre le poiifon avec la main droit#.
- 3^9. Le pëcheur^ayant fuipendu à fon côté une gline (61 ), ou unfac, pour mettre le poiifon qu’il prendra, il faifitl’extrémité de la perche a b avec des deux mains ; puis entrant dans l’eau jufqu’au-deifus de la ceinture, il pofe 3a traverfe c rfffiir le fond , & il court de toutes fes forces , pouflant devant lui le bouteux, précifémeut de même qu’un jardinier poulie fa ratiifoire fur une allée de jardin. Il fuit de là , que la pêche aux bouteüx ne peut fe faire que fur les fonds de fable unis, & lorfque la mer eft aifez retirée pour que les pêcheurs puifient marcher fur le fond.
- 360. On-conçoit qu’il eft^très-fatigant de courir étant dans l’eau jufqu’au-deifus de la ceinture, & pouifant devant foi un bouteux qui eft quelquefois aifez grand. Cependant cette pèche eft pratiquée par des femmes & même des enfans, comme par les hommes; mais chacun prend un bouteux de grandeur proportionnée à fa force , & ordinairement les femmes quittent leurs jupons pour mettre des efpeces de culottes à grands canons.
- 361. Nous avons comparé le bouteux à une ratiifoire, avec d’autant plus de raifon que la traverfe c d (fig. 3 ) laboure le fable. Elle en fait fortir les poiifons.qui s’y font fourrés ; mais auffi elle écrafele frai & beaucoup de petits poiifonsjde plus ,1e poiifon qui entre dans la chaude étant fouvent traîné aifez loin fur le fable, eft meurtri, & jamais auffi fain que celui qu’on prend a la ligne ou avec les filets fédentaires.
- 362. Cette pèche eft donc deftructive, quoique, pour diminuer le dommage qu’elle caufe, & ménager les petits poiifon s , l’ordonnance en interdife l’ufage depuis le mois de mars jufqu’à celui d’août. Cependant les chaleurs de l’été font très-favorables pour cette pêche.
- 363. Dans lesfiifons où il eft permis de pêcher avec le bouteux , auffi-tôt que la mer eft fuffilarnment retirée , chacun court chercher fon bouteux ; car il n’y a perfonne, même dans les plus nombreufes familles , qui n’ait le fi en , grand ou petit: & bientôt toute la plage fe trouve couverte d’hommes, de femmes & d’enfans qui pouffent leur bouteux le plus vite qu’il leur eft pofi fible : ce qui offre unîpedacle aifez fingulier.
- (61) Sorte de corbeille couverte , pour y ferrer le poiflon.
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- 36’4> Si les pêcheurs Tentent les TecoufTes d’un gros poilTon qui Toit entré dans la chaude, ils relèvent aufïi-tôt leur filet; mais quand ils ne Tentent point de TecoulTes , ils pondent leur bouteux quelquefois aifez loin fans Se relever; & après cette courfe, ils trouvent dans le filet, de petits poilfons mêlés tantôt avec du gouémon, & tantôt avec de la vafe , & pour l’ordinaire en allez mauvais état; de Torte que les plus petits , qu’on rejette comme inutiles , font trop endommagés pour Tubfifter , & Tont prefque toujours perdus.
- 36^. On prend à cette pèche , non feulement des poiiTonsronds qui nagent entre deux eaux , mais encore des plats , que la traverfe du bouteux oblige de quitter le Table où ils s’étaient enfouis à la mer baillante. On y prend aufii quelques grolTes chevrettes. Mais nous parlerons , dans un inffant, de bouteux qui foht prefque uniquement dehinés à cette pèche. Au refte la pêche au bouteux Te pratique la nuit comme le jou**.
- 366. On donne différentes formes aux bouteux. Quelques-uns , pour que la traverfe Toit alTujettie plus folidement au bout de la perche, la terminent par une petite fourche , & chaque branche de la fourche entre dans la traverfe.
- 367. Il y a des bouteux, dont la fourche a des bras alTez longs pour s’adembler aux extrémités delà traverfe, & les gaulettes ou volets s’attachent à l’origine des branches de la fourche. Le feul avantage qu’011 apperçoive à cet ajuftement, elf qu’au milieu de la traverfe , il n’y a point de morceau de bois qui puilfe arrêter lesherbes , lefquelles fermeraient en partie l’entrée du filet. A d’autres bouteux. il n’y a point de cercle formé par les gaulettes , & le filet eft monté fur les bras de la fourche. Ordinairement ces bouteux font moins grands que ceux dont nous avons parlé d’abord : leur filet forme un Tac allez profond, & ils fervent principalement à prendre des chevrettes.
- 36$. Le petit bouteux, qu’011 nomme volontiers bouquetout dans l’amirauté de Coutances , & buhotierdans celle de Baycux , fert aulîi pour prendre des chevrettes, à de jeunes gens qui n’auraient pas la force de manier les grands bouteux.
- 369. On en fait encore déplus petits, qu’en certains endroits on nomme buchots ; & quelques-uns , au lieu de chaude de filet, en ont de ferpillicre : ils fervent à prendre de petites chevrettes ou Tauterelles , & du poiifon au fond des parcs qui n’aifechent point dans les mortes eaux.
- 370. Nous avons dit que, quand la chaude des bouteux était fort longue , elle était fujette à Te replier ou à Te tordre fur elle-même : c’eft ce quia engagé quelques pêcheurs à mettre dans cette poche de petits cercles de bois, pour foutenir le filet & l’empêcher de s’afFaider fur lui-même. Ces bouteux qu’on appelle a queue, de verveux, donnent beaucoup de facilité au poidon pour entrer dans la chaude ; mais ils ne Tont guere propres à être traînés fur le fable , les parties du filet qui répondent aux cerceaux étant bientôt ufées parle
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- frottement. Ces fortes de bouteux ont ordinairement un cercle qui eft attache aux extrémités de la traverfe.
- 371. Dans l’amirauté de Vannes, on fe fert d’un bouteux qu’on y nomme petit avmau. Cet inlirument différé des bouteux de Normandie, en ce que le demi-cercle eft quelquefois de fer , & que le bout du manche eft attaché au milieu de la circonférence du demi-cercle; & pour le fortifier, il y a au bas du demi-cercle des deux côtés un morceau de bois long de dix-huit à vingt pouces , qui s’étend du cercle au manche. Les pécheurs s’en fervent comme ceux de Normandie, en les pouffant devant eux fur le fable lorfqu’il eft encore un peu couvert d’eau: ils prennent des chevrettes & d’autres petits poiffons.
- 372. Dans l’amirauté d’Oiffcrehan, on fait avec de petits bouteux qu’ils nomment boulets, la pèche de ce qu’ils nomment mignon , qui eft la meme chofe que le meslis ou le nonnat ( 62 J ; la chauffe a trois ou quatre pieds de longueur, & les mailles ont à peine deux lignes d’ouverture. Ceux qui s’en fervent à l’embouchure de l’Orne, le pouffent devant eux de marée montante, & ils écument à la fuperficie de l’eau tout le frai & la menuife que la marée y apporte en abondance dans les tems de chaleur.
- De la grenadiere,
- 373. La grenadiere (63) eft une efpece de bouteux, que les Flamands ont nommé ainfi , parce qu’il fert principalement à prendre des chevretces qu’on nomme en Flandre grenades. C’eft donc un bouteux peu différent de l’autre, que les Picards nomment buchot.
- 374. La grenadiere a, comme le bouteux, un manche & une traverfe que les pécheurs nomment le feuil, qui eft taillé en bifeau , & qui a jufqu’à fept ou huit pieds de longueur. Les pécheurs y attachent un filet à mailles très-ferrées. Ce filet forme une poche, dont les côtés font attachés à deux cordes qui fe tendent d’une extrémité du feuil à une petite traverfe de bois , laquelle n’a qu’un ou deux pieds de longueur, & eft attachée au manche parallèlement au feuil. Il n’y a point ici de cercle : & c’eft ce qui établit la principale différence de cet inftrument au bouteux. Les pécheurs fe mettent dans l’eau la mer baiffant ; ils pouffent devant eux la grenadiere comme le bouteux, & ils prennent les mêmes poiffons : aufli ce filet eft-il aufîi contraire à la multiplication du poiffon que le bouteux.
- 375. Dans l’amirauté de Boulogne, on fe fert, pour prendre des che-
- (62) C’eft la plus petite efpece de poif- (6j) Autre filet très-févérement défendu fons, nommés dans quelques provinces fur les grandes rivières a'AUemagne , parce d’Allemagne , BiJJenfifchgai, qu’il détruit la pêche.
- vrettes,
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- S e c t. II. De la pêche aux filets.
- vrettes , de petites grenadieres dont la perche n’a que fept à huit pieds de loin, gueur, & le fenil trois pieds & demi ; la petite traverfe eft attachée au manche, à deux pieds & demi ou trois pieds du bout.
- 376- Il y a une efpece de drague, & encore une feinette, qu’on nomme grenadieres : nous en parlerons ailleurs.
- De P efpece de honteux nommé favre.
- 377- On pèche encore avec une efpece de bouteux (pi. F, fig. 4) nommé fivre dans l’amirauté de Coutance. Il y en a de différentes grandeurs. Les uns ont fix ou fept pieds de diamètre. On les monte d’un coté fur une perche a a qui a auili (ix ou fept pieds de longueur. On attache folidement cette perche dur une autre b c, laquelle eif longue de douze à quatorze pieds , & fert de manche : mais la perche a a, n’eft pas attachée au bout de la perche bc; 011 l’aifujettit à huit ou dix pouces de fon extrémité. Pour fortifier la perche a a qui eit plus faible que la traverfe des bouteux, on attache à l’un de fes bouts a une ligne qui va faire un tour mort à l’extrémité c de la perche ; & 011 l’amarre fermement à l’autre extrémité de la traverfe a a ; enfin, au bout de la perche b c eft attachée une corne c.
- 378- Un des côtés du filet eft , comme on le voit (fig. 4), attaché à la traverfe a a; & le refte , comme aux bouteux , à une portion de cercle ada, qui par fon milieu eft fermement amarrée à la perche b e vers l’endroit d.
- 379. Pour pécher avec ce filet, les pécheurs fe mettent dans un batelet qu’ils conduifent aux bords de la riviere , où le poiifon fréquente plus qu’au milieu ; ils appuient la perche b c fur un morceau de bois qui porte une entaille à fon extrémité, & qu’on a établi pour cela à l’avant du batelet deftiné pour cette pèche.
- 380. Le pêcheur qui manie le favre , l’enfonce dans l’eau le plus avant qu’il lui eft poftible ; & au bout d’un court efpace de tems il le releve promptement & avec force , en pelant fur le bout b de la perche b c qui eft dans le batelet ; puis il tire à lui deux lignes qui font attachées au fond du filet : ce qui le plie en partie , & donne la facilité de retirer le poiifon qui s’y trouve.
- 381. Le favre ou favrean qu’on emploie pour pêcher les lançons (64) , eft femblable à celui que nous venons de décrire : mais 011 s’en fert différemment, comme nous allons l’expliquer.
- 382. Les mailles du bord du filet font ouvertes de douze à quinze lignes eu quarréjle relie de la poche où fe prennent les lanqons , eft quelquefois fait d’une toile claire , & le plus fou vent d’un filet délié, dont les mailles n’ont que trois
- (64) En allemand , Sandaaîe,
- Tome V.
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- ou quatre lignes d’ouverture. Le fil dont on le fait eft fi fin , que des poiffons plus forts que les lançons le romproient.
- 383- En confidérant la façon dont le filet eft attaché à la perch ça a, & l’excédent c de la perche b c , on conçoit que ce filet ne peut être pouffé fur le fable comme le bouteux. Cependant cette pêche fe fait à pied , & elle fe pratique avec fuccès aux embouchures des rivières qui ont un fond de fable. Les pêcheurs s’y mettent à l’eau jufqu’au-deffus de la ceinture, tenant leur favre bien plus droit que ceux qui pouffent le bouteux devant eux : la corne coule feulement fur la fuperficie du fable ; ce qui eit d’autant plus facile que là courbure l’empêche de s’y enfoncer.
- 384- Ceux qui pèchent, vont s’établir à val de la marée montante, & ils fe retirent à mefure qu’elle s’élève, foulant- & émouvant le fable avec leurs pieds pour faire faillir les lançons du fable où ils fe tiennent : alors les lançons entrent dans le filet, & font pris.
- 38C Cette pèche commence vers la S. Jean , & finit avec le mois de novembre, lorfque les fraîcheurs fe font fentir. Elle eft pratiquée par les hommes, les femmes & les filles.
- 386". On ne prend guère de lançons pendant le jour, l’éclat de la lumière les fait s’enfabler : on la fait donc ainli feulement de nuit, à moins que le tems ne foit couvert & fombre.
- Article cinquième.
- Suite des pêches qui fe font au bord de L'eau , ou a une petite difance du bord,
- avec des filets un peu différens de ceux dont U a été quefiion dans L'article
- précédent ; tels font le havenet, la bichette , le faveneau , le bout de quievre, &c.
- 387- Quoique les filets dont nous allons parler ne fervent encore que pour de petites pèches , ils font cependant plus confidérables que la plupart de ceux dont nous avons donné la defeription dans le quatrième article.
- Du grand haveneau ou havenet fédentaire (65).
- 388- Nous commençons par ce filet, parce qu’il eft plus grand que ceux dont nous aurons à parler, qui femblent dériver de celui-ci.
- 389- La pèche du grand haveneau , qui eft fur-tout en ufage fur les côtes de Haute-Normandie, ne fe pratique guere que fur les grèves plates : & pour
- (60 Ce filet, qui eft connu & employé dans plufieurs provinces d’Allemagne , s’appelle S treithwathe.
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- en tirer quelque avantage , il faut s’établir dans un courant formé par le retour de la marée, ainli qu’à l’embouchure d’une riviere où la marée entre ; tels font les Vais le long de la côte du Cotentin , ou la baie du mont Saint-Michel. Comme ces plages font plates , il s’y rencontre nombre de courans entre les embouchures de plulieurs petites rivières, qui augmentent la viteife des con-rans que produit le retour de la marée. Les pécheurs de ces plages, foit qu’elles foient de galet, ou fablonneufes, ou vafeufes, fe fervent des haveneaux iédentaites rcpréfentés planche V, figure 5 , dont l’etiét eft d’arrêter le poiifon. qui fuit le cours de l’eau.
- 390. Ce hleteft monté fur deux perches ab, qui ont douze à quinze pieds de longueur. Elles fe croifent Q\\d; à quatre ou cinq pieds du bout a, elles font jointes l’une à l’autre au point du contacft d, par un lien, ou , plus fréquemment & mieux, par un clou rivé, qui les traverfe & leur permet un mouvement femblable à celui des lames d’une paire de cifeaux. Un peu au-delius de cet endroit d, il y a en e e des entailles où s’emboîte une traverlè c qui, tenant les perches écartées l’une de l’autre d’une quantité convenable, fert auifi à conferver la même ouverture de Vanglebdb. Ordinairement les deux extrémités ££ des perches font éloignées l’une de l’autre de quinze pieds.
- 391. Le fond de ce filet forme une poche fi qui eft plus du côté de la traverfe c que vers l’extrémité b b des perches.
- 392. Le bord du filet qui eft du côté de la poche , s’attache donc à la traverfe c : les deux côtés s’amarrent aux parties eb des perches, & le refte à une corde qui borde le filet, «St qui s’étend de b en b. Ordinairement on met à cette corde un peu de plomb, mais au plus trois ou quatre onces par brades car un poids plus conlidérable empêcherait qu’on ne pût relever promptement le filet. Voilà le haveneau décrit : parlons de fes ufages.
- 393. PüURfe fervir du grand haveneau , qu’011 nomme havenet &havenat fédentaire, le pêcheur le préfènte au courant, pofant fur le fond les deux bouts b b des perches , ainfi que la corde qui s’étend de l’un à l’autre. Les deux extrémités poftérieures a a des perches paifent fous fes aiifelles ; «St l’angle qu’elles forment, s’appuie contre fou corps. Il tient ferme les deux perches, plaçant les mains au-deflus deee.
- 394. Le moindre poiifon qui fe préfente & qui donne dans le filet, fe fait fentir au pêcheur, lequel releve auffi-tôt le haveneau pour faire tomber le poiifon dans la poche fi(fig. 5), que nous avons dit être du côté de la traverfe c. L’avant tiré delà poche, il le met dans fa gline, qui eft un panier couvert qu’il porte attaché fur fon dos. Il replonge immédiatement après fon filet, & continue la même pêche jufqu’à ce que la marée trop haute l’oblige de fe retirer. Pour le faire aifément & très-promptement, parce que dans les endroits que nous venons d’indiquer comme les plus favorables à cette pêche , la marée
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- monte très - vite, il ôte la traverfe c {fig. 5 ); il rapproche les deux perches l’une de l’autre ; il les entoure du filet, & forme du tout un paquet qu’il met fur fon épaule pour gagner promptement le bord. Au relie, on faic cette pèche tant de flot que de jufan, oppofant toujours le filet au cours de l’eau 5 & l’on y prend de toute forte de poilfons, mais plus fréquemment des poifïons plats qui fe laiifent entraîner par le courant, que des ronds qui nagent entre deux eaux.
- 395'. Pour ne point faire tort à la multiplication du poiflbn en retenant le frai & les plus petits poilfons , il faudrait que l’ouverture des mailles fiit de quinze lignes en quarté: cependant, quand il s’agit de prendre des chevrettes, 011 eft obligé de fe fervir de filets dont les mailles foient beaucoup plus petites j & en conféquence le filet doit être petit, parce que s’il était grand, on aurait trop de peine à le relever, à caufe de la petiteflfe des mailles.
- Grande pêche au haveneau.
- 396". Les pêcheurs au haveneau ne peuvent pouffer leur filet devant eux ; les bâtons, qui entreraient dans le fable , les en empêchent : ainfi ils font obligés de fe placer dans un courant qui amené le poiflbn dans leur filet. Quelquefois , quand ils veulent embrader toute la largeur d’un courant qui a de l’étendue, ils fe placent douze, quinze , vingt, fur une même ligne, & aflez près les uns des autres pour que les filets fe touchent, ainfi qu’on le voit dans la planche F, fig. 1, oppofant toujours l’embouchure de leurs filets au courant : de forte qu’ils prennent, au retour de la marée, ce qui leur a échappé à la marée montante.
- 397. Quand il fe rencontre quelque route que les poilfons pourraient prendre pour éviter les filets , plufieurs aides {fig. 2 ) fe mettent dans l’eau , qu’ils frappent avec des perches pour déterminer le poiflbn à donner dans les haveneaux.
- Pêche au haveneau dans de petits bateaux.
- 398. On fe fert, dans la Garonne, de bateaux pour pêcher avec le haveneau 5 mais les pêcheurs fe difpofent différemment, quand ils ont intention de prendre des chevrettes, que lorfqu’ils veulent pêcher des poiifons.
- 399. Pour la pèche des chevrettes , qu’011 fait dans les mois de juillet, août & fèptembre , ils prennent des filets entièrement fembîables à celui qui eft repréfenté dans la planche V, fig. 5 , mais plus grands, les perches ou barres de leur haveneau ayant vingt pieds de longueur. Pour établir ces grands haveneaux fur de petits bateaux qu’ils nomment filadieres, & dont nous avons parlé dans la première fection, ils amarrent bas-bord & tribord de la
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- filadiere deux efpars qui foutiennent à l’arriere de la filadiere une traverfe de bois d’environ vingt pieds de longueur, qu’ils nomment bariofle : elle fert à fupporter les deux bras du haveneau. - 1
- 400. Les mailles de ce blet font allez larges du côté de b b (fig. ^ ) j niais elles fe rétrécifiênt beaucoup vers la poche.
- 40t. Comme le haveneau eftprefque en équilibre fur la bariofte, un feul homme peut faire cette pèche dans fa filadiere. Quand donc il elb rendu au heu ou il veut établir la pèche , il mouille à tribord un petit grapin dont le ca-bleau, qui eft amarré à la filadiere , peut avoir vingt ou vingt-cinq brades de longueur. A dix brades de la filadiere , il frappe fur le cableau un petit grelin qui a de même dix bralfes de longueur : & cette manœuvre , qu’ils nomment tmvcrfiere, eft à bas-bord de la filadiere. De cette façon, ce petit bateau eft comme enfourché fur fon ancre , l’étambot à la marée.
- 402. Le pécheur éleve le gros bout des barres a a (fig. <; ) , qui eft dans la filadiere, & plonge ainfi la partie b b dans l’eau, au plus de quatre pieds. Le courant fait entrer les chevrettes dans la poche ; elles y reftent, & ne cherchent point à en fortir : c’eft pourquoi le pécheur ne relevefon filet pour les prendre, que deux fois ou au plus trois pendant une marée, lors même qu’il pèche de dot & juftm.
- 403. Il eft fenüble que quand, après avoir pêché de flot, on veut pécher de jufan, il faut que la filadiere tourne fur fes amarres pour fe mettre au courant. Mais après cette évolution, elle eft afourchée par fon cableau & fa tra-verfiere , comme elle l’était dans fa première fituation.
- 404. Pour relever le filet & prendre les chevrettes , le pêcheur pefe fur la partie a a (fig. ^ ) des barres, qui eft dans la filadiere ; & afin de tenir fon filet élevé , il tourne autour des barres a a un petit cordage qui eft amarré au-dedans de la filadiere.
- 40^. Le filet étant ainfi foutenuhors de l’eau , le pêcheur raffemble toutes les chevrettes dans un coin de la poche , pour les ramaiîèr avec une febille, & les mettre dans fa gîine ou dans unfac.
- 406. A cette pèche, les pêcheurs fe mettent toujours plulieurs de front, à
- dix pieds ies uns des autres, pour fe prêter la main dans le befoin; de crainte fur-tout que quelqu’un ne s’endorme 5 car la moindre chofe peut faire chavirer ces petites filadieres. '
- 407. Quand les pêcheurs fe propofent de prendre des mulets ou muges, & d’autres poiifons de moyenne taille, ils emploient des filadieres plus fortes que pour la pêche des chevrettes ; & les mailles du filet étant plus grandes, il éprouve moins d’effort de la part du courant qui tend à faire plonger l’arriéré du bateau, non feulement en raifon du poids du filet, mais encore à caufe des amarres qui répondent au grapin.
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- 408* La pèche des mulets dans la Garonne, commence quand on finit celte des chevrettes, environ au mois de feptembre ; & on la continue jufqu’à pâ-ques, à moins qu’on ne l’interrompe pour faire la pèche des alofes avec de grands filets.
- 409. On fait la pèche des mulets, de jour & de nuit; & un vent frais y eft
- favorable , pourvu que la filadiere puiffe tenir la mer. ,
- 410. On 11e plonge le haveneau que d’un pied dans l’eau; & comme les mulets font efort pour s’échapper, il faut relever fréquemment le filet. Pour cela deux pécheurs ont toujours les mains fur les barres, afin de relever auffi-tôt qu’ils fentent qu’un poilfon a donné dans le filet.
- Pêche du haveneau dans P amirauté de la Rochelle.
- 411. On fe fert d’une chaloupe fans voile , qu’on afourche fur deux ancres, côté en travers à la marée. Le haveneau eft placé par le travers du mât , à tribord : le furplus de la manœuvre eft femblable à ce que nous venons de dire des pécheurs de la Garonne.
- 412. On pèche encore au haveneau dans cette amirauté, avec de petits bateaux à cul quarré , qu’on nomme acons. La grande largeur de l’arriere des acons eft très-propre à fournir un point d’appui au haveneau. Trois hommes fe mettent dans façon : l’un rame pour refouler la marée, & les deux autres gouvernent le filet.
- 413. On fait dans bien d’autres ports, des pèches avec des haveneaux de différentes grandeurs, & qui ont des mailles plus ou moins larges , fuivant les poiifons qu’011 fe propofe de prendre. Mais ce que nous venons de dire fuffit pour donner une idée aifez jufte de ces pèches , qui different peu entr’elles , & qu’il ferait aufîi inutile qu’ennuyeux de détailler.
- De la bichette , ou favenelle à deux arcs croifés.
- 414. La bichette eft un haveneau qui fert à plufieurs petites pêches au bord de la mer. Cet inftrument eft compofé de deux bâtons courbés en arc : iis fe croifent comme les perches des. haveneaux , & y font arrêtés par un clou rivé. Mais à caufe de leur courbure , les bouts qui terminent la bichette, fe rapprochent ; & ceux que les pêcheurs tiennent dans leurs mains, s’écartent. Il y a, comme aux haveneaux, une traverfe, & une corde qui borde le bout du filet ; 011 la charge d’un peu de plomb. Le fond du filet fait un fac proportionnellement plus profond que celui du haveneau.
- 41L On fe fert de la bichette pour prendre au fond des pêcheries les petits poiifons qui y reftent, ainfi que dans les marres qui n’affechent point au retour de la marée. Mais cet ufage lui eft commun avec plufieurs autres petits filets.
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- Se ct.'IL De la pèche aux filets. 231
- Savenelle , fiaveneau, fiavonceau, qu'oit mn:me encore colleret à main ; É? en provençal, faufayron.
- 416’. Cet inftmment eft encore un diminutif du haveneau ; excepté que le filet, qui eft une fimple nappe d’une brade & demie ou au plus deux brafles de longueur , eft monté fur deux perches ou quenouilles qui ne fe croifent pas. Le filet eft bordé d’une corde qui s’étend d’une quenouille à l’autre. La corde eft garnie d’un peu de plomb.
- 417. Quand les faveneaux font petits, les pêcheurs prennent une quenouille de chaque main, & préfentent à l’eau le filet tout ouvert. Lorfqu’ils fen-tent qu’un poilfon donne dedans , ils le plient en rapprochant précipitamment l’une de l’autre les deux quenouilles.
- 418- Quand les faveneaux font grands, les pêcheurs fe mettent deux, chacun tenant une des quenouilles: c’eft ce que font, par exemple, quelquefois les pêcheurs du bourg d’Ault.
- 419. Ce filet fert, ainfi que la bichette , à prendre le poilfon qui refte au fond des parcs. De plus , les femmes & les jeunes gens s’en fervent pour prendre des chevrettes.
- Du bout de quievre.
- 420. Le filet appelle bout de quievre, eft formé comme le grand haveneau {fië- 5)5 de deux perches ab; mais elles n’ont que fix à fept pieds de longueur , & elles ne s’ouvrent que de cinq à fix pieds. Cette ouverture étant fixée parla cùrde quiborde le filet, & qui s’étend de b enb, il n’y a point, comme au havenet & à la bichette , de traverfe de bois en d : ainfi le pêcheur eft obligé de tenir continuellement fon filet ouvert lorfqu’ille poulie devant lui; car cette pèche n’eft pas ordinairementfédentaire, comme celle du grand, haveneau : & c’eft pour cette raifon qu’on ajufte aux bouts bb, des cornes de chevre , qui les empêchent d’entrer dans le terrein &Jes font couler delfus. Ce font ces cornes qui ont fait appeller ce filet bout de quievre , par corruption de bout de chevre.
- 421. La façon de s’enfervir eft de le poulfer devant foi comme un bouteiflt, mais beaucoup plus lentement.
- 422. Ce filet n’ayant point de traverfe en b b , il ne laboure pas le fond , comme fait le bouteux. Ainfi il ne détruit pas de même les petits poilfons. Quand on le releve, 011 le plie en deux, en approchant les bâtons.
- 423. Ce filet eft fort en ufage du côté de Caen , & quelquefois les pêcheurs fe mettent de file , hommes & femmes , au nombre d’une douzaine & plus, iaifant leur pèche comme nous l’avons expliqué en parlant du grand haveneau.
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- 2 TRAITE' DES PECHES.
- D'une autre efpece de petit haveneau qu'on pouffe comme le bouteux.
- 424. Les pêcheurs du Vivier, dans l’amirauté de Saint-Malo , pèchent des poiifons plats avec des haveneaux un peu diÆerens de ceux que nous avons décrits. Us ont deux perches de douze pieds de longueur, comme les grands haveneaux ; mais ils les gliifent fur le fable, où elles ne peuvent enfoncer, parce que le bout de chaque perche elt garni d'un morceau de bois plat, dont le milieu elt large d’environ trois pouces , & qui fait le même eîfet que les cornes des bouts de quievre. Les perches font croifées à environ dix-huit pouces de leur gros bout, & la corde qui borde le blet par en-haut peut avoir treize ou quatorze pieds de longueur ; elle 11’eft point plombée.
- 42Ç. Ainsi qu’aux autres haveneaux, il y a une traverfe de bois placée au-deifus du croifement des perches, & qui en limite l’ouverture. Elle a à un de fes bouts un tenon qui entre dans une mortaife qui eft pratiquée à l’une des perches, & ce morceau de bois eft terminé à fon autre bout par un enfour-chement qui embralfe l’autre perche; on force ce morceau de bois entre les perches pour tendre la corde qui borde le blet. Cette traverfe eft environ à deux pieds & demi au-deifus du clou. Le blet eft amarré comme aujf autres haveneaux. Le pêcheur le pouife devant lui, comme font ceux qui pêchent avec le bout de quievre.
- Sac de toile en forme de poche.
- 426. Aux environs de Morlaix & ailleurs , il y a des hommes ( 66} & des femmes qui ont une manche de toile claire allez longue, dont l’embouchure eft montée fur un cercle. Deux pêcheurs fe mettent à l’eau ; & en remontant le courant, ils lui préfentent l’embouchure de leur chauife : ils prennent à cette pèche , qui eft très-deftruétive, beaucoup de poiifons du premier âge & de frai.
- De la pêche à la faux.
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- 427. Ce blet fait à peu près le même effet que le haveneau, quoiqu’il foit difpofé bien différemment: dans un petit port de l’amirauté de Breft, on le nomme guideau de pied, parce qu’il a une manche fort longue.
- 428. Ce blet forme donc un fac qui a fix ou huit pieds de profondeur ; fon embouchure eft montée fur plufieurs morceaux de cerceaux qu’on joint les uns aux autres pour former une portion de cercle très-furbaiiiëe. Une corde s’étend d’une extrémité de l’arc à l’autre; & l’ouverture du blet, qui eft de
- (66) Cette pêche ne convient qu’aux femmes & aux enfans.
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- S E c t. II. De-la pêche aux filets. 233
- dix à douze pieds, efl attachée en partie aux cerceaux & en partie à la corde» La fléché de cet arc au milieu efl de cinq pieds.
- 429. Pour fe fervir de cet infiniment, deux hommes prennent la faux chacun par un bout, la marée montante ou baillante; ils préfententl’ouverture du Blet au courant. Lorfqu’ils {entent qu’un poilfon a donné dans le filet, ils en élevent l’embouchure , pour faire tomber le poilfon dans la manche, & fur-le-champ ils le replongent pour attendre un autre poilfon. Les mouve-mens que les pêcheurs fe donnent pour entrer le filet dans l’eau & l’en retirer, ont paru approcher de ceux des faucheurs : ce qui a peut-être engagé à donner le nom de faux à cet infiniment /qui d’ailleurs -, en ne confidérant que fon arc, aalfez la courbure des faux. Les mailles de ce filet ont ordinairement un pouce en quatre; ainfî il 11e retient point les très-petits poiffons»
- •«==== é&a ..................
- CHAPITRE TROISIEME.
- Des pêches qu'on fait fur le rivage, ou à une petite diftance du rivage, avec des filets fè dentaires, en forme de manche, qu'on nomme guideaux 3 verveux, &c.
- 430» ïSf ous avons décrit, dans le chapitre précédent, plusieurs pèches qui fe font au bord de l’eau , ou près du rivage. Mais tous les filets dont nous avons parlé, tels que l’épervier, le carreau , le bouteux, le haveneau , &c. fe tiennent à la main. Ceux que nous nous propofons de décrire , fe tendent & s’arrêtent fixement dans un endroit où l’on va de tems en tems prendre le poilfon qui a donné dans les piégés qu’on lui a tendus.
- 43 r. On a eu lieu de remarquer que, pour faire ufage des filets dont nous avons parlé, il fallait être fort prompt aies tirer hors de l’eau , fans quoi on perdait une partie du poilfon qui avait donné dans les filets. Il efl vrai que, pour parer à cet inconvénient, on a effayé d’alonger le plus qu’on a pu la poche qui efl au bout, comme on le voit dans la figure f , pi. V. Mais plusieurs raifons ont empêché de faire ces poches fort longues ; par exemple, 011 marcherait alors fur celle d’un bouteux , à moins qu’on 11’étendit beaucoup la longueur delà perche qui fert de manche ; ce qui rendrait le filet très-difficile à relever. Ainli, en réfléchilfant fur ce que nous avons dit des pèches dont nous avons parlé dans les articles précédens, on appercevra l’impoffibilité qu’il y aurait à étendre beaucoup le fond ou la poche des filets, à moins que deux pêcheurs ne fe réunifient pour manier le filet, ainfi qu’on le fait pour la Tome V% G g
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- TRAITE' DES REÇUES.
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- manche de toile (§. 426), ou la faux (§. 427). Ces inconvéniens n’exiftent pins quand on tend les filets au bord de l’eau, ou dans l’eau, où ils reftent féden-taires. Alors on peut fe fervir de poches fort longues. C’eft de ces fortes de filets, & de la façon de s’en fervir, que nous allons nous occuper dans ce troi-fieme chapitre. On a varié leurs formes & leurs dimenfions ; ce qui a engagé à leur donner différens noms, tels que ceux de guideaux, manches ,facs, poches „ verveux 3 lajjins, varvoujles, bertoulens , &c. Pourjnettre de l’ordre & jeter de la clarté dans ce que nous avons à dire de ces différentes façons de pêcher, nous les diviferons en plufieurs clalfes. Nous parlerons d’abord des chauffes fimples , qui ne font qu’un fac de filet, qu’on nomme guideaux. Nous traiterons enfuite de ceux dans lefquels 011 met des diafragmes & des goulets ; ce qui nous conduira aux verveux. Les uns & les autres font, ou fimples, ou accompagnés d’ailes qui engagent le poiifon à y entrer ( 67 ). Ces féconds guideaux ou verveux, qu’on peut nommer compofés 3 feront conlidérés à part ; ce qui formera autant d’articles diftin&s.
- Article premier.
- Des guideaux Jîmples.
- 43 2. Le filet qu’on nomme guideau (6g), a la forme d’une chauffe (pl. Vr fig. 6 ) , qui fait un tuyau plus ou moins long. Il eft large à fon embouchure A , & va toujours en diminuant jufqu’à fon extrémité B, qui eft fermée de différentes façons. '
- 433. Comme ces chauffes ont quelquefois fix ou fept braffes 'de longueur, on ne pourrait pas les retourner pour en tirer le poiffon. On laiife donc ouverte l’extrémité delà chauffe > & 011 la lie enBavec une corde qu’on dénoue pour fecouer le poiffon fur le fable ; ou bien on ajufte au bout de la chauffe un panier d’ofier, dans lequel fe ramalfe le poiffon , d’où on le tire aifément en ouvrant une porte qui eft au bout.
- 434. Dans tous les guideaux, les mailles de l’embouchure font affez lar-
- ges; elles ont au moins deux pouces d’ouverture en quarré. Leur grandeur diminue à mefure qu’on approche du fond. Elles devraient avoir à cet endroit deux pouces , pourlaiffer au petit poiffon la liberté de s’échapper; mais fou-vent on les réduit à trois ou quatre lignes : ainfi elles retiennent le frai & les poiffons du premier âge, qui s’y accumulent avec la vafe , & font entièrement perdus. * r
- (67) Ou plutôt qui ferment le paflage au que dans” le filet. ‘ poiffon, & l’empêchent de pénétrer ailleurs (6g>En allemand, Garnfchlaucfh.
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- ' 43Les pêcheurs de Trouville, amirauté de Touque & de Dive , qui
- tendent leurs guideaux depuis noël jufqu’à pâques, tiennent les mailles très-ferrées pour prendre des grados & d’autre menuife : ainli ils retiennent tout ce qui fuit le cours de l’eau, & font un grand tort à la multiplication du poilfon.
- 436'. On verra dans la fuite, qu’011 tend toujours les guideaux de façon qu’ils préfentent leur bouche à un courant qui traverfe toute la longueur du filet. Or il eft fenfible que le poilfon qui entre par l’ouverture A (pl. 6), s’enfonce dans le filet jufqu’au fond B , qui étant fermé, l’ar-
- rête. Le courant continuant à le comprimer, ceux qui font petits & mois font prefque réduits en bouillie, & les gros meurent bientôt. Il eft rare qu’on tire du poilfon en vie des longs guideaux qui font tendus dans un courant rapide : les petits poilfons y font abfolument perdus ; & les gros étant fatigués, 011 ne peut pas les tranfporter fort loin. Voilà le défaut des grands guideaux. Ce n’eft cependant pas fans raifon qu’on les fait longs : fi le filet était large & court, le poilfon rencontrant les mailles , il pourrait rebroulfer chemin en refoulant le courant ; & il ferait perdu pour le pêcheur. C’eft pour obvier à cet inconvénient, qu’on fait ces chaulfes très-longues 5 & les pêcheurs, qui ne cherchent qu’à avoir beaucoup de poilfon fans s’embarralfer de la deftruc-tion de l’efpece , prétendent qu’au moyen de ces longues chaulfes , le poilfon oublie la route qu’il a fuivie en y entrant; qu’il nage au hafard , & retourne Couvent vers le fond qui eft fermé. Ils ajoutent que, quand le poilfon fe trouve renfermé dans un filet, il s’effraie, s’agite; & qu’après avoir fait des efforts pour vaincre l’obftacle, il tombe dans un état de langueur & d’épuifement qui le rend comme mort: ce que les pêcheurs prétendent exprimer en difant que le poilfon s'enivre dans les filets. Quoi qu’il en foit de ces idées , il eft certain que les poilfons qui font prelfés au fond d’une manche par un courant un peu violent, en fortent morts , ou prefque morts. C’eft pourquoi ceux qu’011 prend dans les guideaux font toujours meurtris, & d’une qualité bien inférieure à ceux qu’oii prend avec l’épervier , le carreau, le haveneau, &c. (69) Nous rapporterons dans la fuite , des pèches peu différentes des guideaux, au moyen defquelles les poilfons fe confervent en vie.
- Idées générales fur la tente des guideaux.
- 437- Si l’on tendait des guideaux dans une eau dormante, comme rien ne déterminerait le poilfon à entrer dans la manche , On 11’y prendrait rien : c’eft pourquoi l’on tend toujours ces'filets dans un courant auquel on oppofe la
- (69)'Par cette raifon , la pêche aux guideaux ne devrait pas être permife dans les rivières meme les plus poilïonneufes,
- G g ij
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- bouche du filet, afin d’arrêter au paiTa-ge le po-iffon qui fuit ou qui eft entraîné» par la force de L’eau. Il faut donc que la bouche du filet foit difpofée à rece-voir le courant ; & l’on fait ordinairement cette embouchure.fort évafée , pour qu’elle admette une plus grande mafïb d’eau. On conçoit qu’il eft nécefiàire que cette embouchure foit tenue ouverte. Pour cela, on la tend quelquefois fur un chaftis d’affemblage CDEF (pL K, fig- 6): d’autres fois on l’attache fur des piquets qu’on a enfoncés dans, le fable à la balfe mer , & auxquels ou ajufte une traverle haut & bas 5 ce qui forme un chaftis moins folide , mais qui fait à peu près le même effet que l’affemblage de charpente qui eft repré.fenté dans la figure première.
- 438- Dans l’amirauté de Marennes ,. les pécheurs tendent rembouchure de leurs guideaux fur des perches qui ont depuis quatre jufqu’à fix braifes de-hauteur 5 la manche eft. longue de quatre à cinq braifes, & elle a autant d’om verture :. ils divifent c.ette. ouverture en quatre,. & attachent à la corde qui la borde, quatre anneaux.de bois dans lefquels ils enfilent les.perches. Comme ils tendent quelquefois leurs guideaux dans des, endroits où il y a certaine épailfeur d’eau,. ils font defcendre jufques fur le terrein les deux anneaux d’em-bas au moyen d’une perche terminée par une petite fourche ; & ils amarrent les deux anneaux du haut aux perches, un pied & demi ou. deux pieds au.-deifus de la furface de l’eau.
- 439. On prend avec les guideaux tous les poilfons qui fui-vent le courant.
- 440. Une façon de les tendre qui eft très-ufitée , eft celle qu’on nomme à hauts 5 & à. bas etaliers.. Nous allons les décrire dans les paragraphes fuivans.
- La tente des guideaux, dite à hauts etaliers
- 441. Les guideaux dont nous allons parler, qu’on nomme en différent endroits, didaux, quidùats, tiriats, &c. font des chauffes qui ont trois braifes & demie ou quatre braifes de longueur. Ils s’évafent à leur embouchure jufqu’à avoir fept ou huit pieds-de diamètre ; & cette embouchure eft bordée d’une corde allez forte: les mailles auprès de l’embouchure ont un pouce ou dix-huit lignes en quarré; au tiers de la longueur,: elles ont feulement neuf lignes,; & on continue à les faire de plus en plus étroites, de forte que dans, la derniere demi-braife elles ont.fouvent moins de troft lignes. Pour tendre-les guideaux, on plante dans le terrein , vis-à-vis de quelque courant ou de l’embouchure d’une riviere , le plus près qu’il eft poflîble de la.laiife de baffe mer, des pieux ou forts piquets, qu’on 110mmechevres , & qui ont neuf à dix pieds de longueur. Ils font enfoncés de deux pieds dans le terrein , & ils doivent l’excéder au moins de fept à huit pieds, Qn met tous ces pieux.fur. une
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- S e c t. IL De la pèche aux filets;
- 'même fiî'e , au nombre quelquefois de vingt-cinq ou trente : e’efl ce que les pêcheurs appellent étaliers. Pour les affermir contre l’effort de la marée , chaque pieu eft retenu par une corde qui forme un étai, frappée* d’un bout à la tête des pieux , & de l’autre aux piquets qui font enfoncés dans le terrein à une petite diftance des pieux , du côté par où l’eau vient avec rapidité. Il n’y a point à craindre que les pieux fe couchent du côté de l’eau : outre que le cours de l’eau les en empêche, ils font trop bien retenus par le poids de tous les guideaux ; mais on affermit encore les deux pieux qui terminent les files de chevres , par un étai qui eft à, peu près dans l’alignement des pieux 5 & cette corde fe prolonge dans toute la longueur del’étalier, étant bien tendue & attachée par une boucle à la tête de chaque pieu. Cette manœuvre affermit les pieux, & elle en affujettit les tètes à des diftances proportionnées à la largeur de l’embouchure des guideaux. On tend à dix-huit pouces au-def-fus du terrein ,. un pareil cordage , qui affujettit les pieux par le bas.
- 442^ L’embouchure des guideaux eû bordée, d’une corde affez forte , à laquelle 011 pratique des œillets pour pouvoir les attacher bien tendus à des anneaux de fer qui font amarrés aux pieux. En tendant des guideaux au bord de la mer, les pêcheurs mettent toujours l’ouverture du côté de la terre, afin de recevoir l’eau lcrfmie la marée baiffe : on conçoit que ces étaliers doivent être folidement établis, pour réfiffer à.l’effort.que l’eau fait fur une rangée de filets qui s’oppofent à fon cours. ^ v .
- 443- L’embouchure des guideaux eft fort grande ; & comme ils fe joignent. tous les. uns aux autres , ils forment par leur réunion une file de manches toujours prêtes à recevoir les poiifons qui fuivent le courant, gros St petits : mais on les y trouve toujours morts, quand même on les tirerait du filet peu de tems après qu’ils font pris.
- 444- Les pêcheurs préparent leurs, guideaux, de baffe mer.. C’eft auffi de baffe mer qu’ils vont en retirer le poiffon. Pour cela, comme il 11’y a point de panier au bout des guideaux, ils délient une ligne qui ferme le bout du fac, & fecouent la manche fur le fable, pour en faire fortir le poiffon.
- 44V. La pêche des guideaux à hauts étaliers eft une des plus confidérableS' qu’on faffe à pied fur plusieurs côtes. Elle eft en ufage.vers le Havre, Caen,.
- & particuliérement furies côtes de Touque &Dive; de forte qu’en certains endroits toute la plage eft traverfée de chevres à guideaux.
- 446- Le fort de jcette pêche eft depuis le commencement d’octobre jufques vers la fin du mois de mars : on eft obligé de la difcontinuer quand les.chaleurs fe font fentir ,à caufe de la quantité d’ortiès de mer & de cruftacés voraces, qui fe portent à .la côte. Il conviendrait ^ pour ménagerie frai, de la finir en avril. Il faudrait auffi que les mailles du bout du filet euffent dix-huit lignes, ou deux p ouc.es. d’ouverture,,, , .!t, ...
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- TRAITE' DES PECHES.
- 447. Suivant l’ordonnance , les rchevres pour les grands étaliers doivent être établies à deux cents brades du paflage des vaifleaux & barques ; plusieurs ayant été endommagés par ces pieux,‘quifont alfez gros & folidement établis.
- f l '> De la* tente des guideaux à las étaliers.
- 448-' Les pêcheurs étaliers riverains du mont Saint-Michel, tendent des guideaux avec trois piquets , dont deux fervent à tenir l’embouchure ouverte , au moyen d’anneaux d’ofier qui font de chaque côté, & dans lefquels 011 paile les piquets ; la queue du guideau eft amarrée fur un troifieme piquet, & ils tiennent le guideau le plus tendu qu’il leur eft polfible. Par ce moyen , ils ferment les mailles qui font déjà fort étroites, On nomme ces guideaux à petits étaliers ; mais ce nom convient encore à d’autres, dont nous allons parler.
- 449. Ceux iqu’on appelle en Normandie bâches volantesou guideaux à petits étaliers j [ont ainfi nommés parce que les piquets fur lefquels ces filets font tendus, ne s’élèvent que de trois ou au plus quatre pieds au-deifus du terrein. On les appelle aufïi volans , parce que les pêcheurs les changent fou-vent de place & de difpofition, d’une marée à l’autre , fuivant l’état des bancs de fable , qui alfez fréquemment font mouvans.
- 450. Ces piquets ne font point retenus par des cordes, comme le font les pieux des grands étaliers. Les chauffes de ces guideaux n’ont que deux ou deux brades & demie de longueur ; aù lieu que celles des grands en ont quelquefois lix ou fept. Enfin les petits, étaliers fe placent fur les grèves fableufes & vafeufes , ainfi que dans toutes les plages où il fe forme des courans. Ou tient allez fouvent les queues des chauffes tendues & arrêtées par un piquet, au moyen dffine ligne.
- 451. On peut, avec ces guideaux, ainfi qu’avec Ceux à hauts étaliers, pêcher de flot & de jufan, en préfentant au courant l’embouchure des chaudes; mais pour l’ordinaire les pécheurs préfèrent de les diriger vers le retour de la marée.
- 452. L’ouverture des mailles ëft la même que celle des chaudes des hauts
- étaliers. Pour que cette pèche ne détruifit point le frai ,'il faudrait fe confor* mer à ce que nous avons marqué relativement aux guideaux à hauts étaliers. Les pêcheurs , qui font très-intérelfés à la confervation du poilfon, devraient s’y porter d’eux-mèmes : cependant les officiers des amirautés ont bien delà peine à les y contraindre. 1 ' .tu si .• ah ai .a . .
- Comment on a1 perfectionné les guideaux.“ .d ::
- " • - <•’ ‘ -- m.- -Jj.’C üh;/; »; .'ii.jfd - • •
- 4^3. Il eftfenfible que , fi l’on ne prenait pas des--précautions's pour, .tenir
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- Se c t. IL De la pêche aux filets. 239
- rentrée des guideaux ouverte,le filet s’affaifferait fur lui-même, & le poiffon ne pourrait y entrer. Pour faciliter l’entrée du poiffon, on fe contente , comme nous l’avons dit, de tendre l’embouchure du filet fur un chaflis femblable à A (pl.Vfig. 6 ) , ou fur des perches qui font le même effet.
- 4^4. Comme on s’eft apperçu que ces longues chauffes s’affaiffaient fur elles-mêmes, qu’elles fe roulaient ou fe repliaient, principalement dans les endroits où la régularité du courant était dérangée par le vent, par quelque roche , &c. dans la vue d’aifujettir ces manches de façon qu’elles fe pré-fentaffent mieux à l’entrée du poiffon , 011 s’eft d’abord contenté de tendre la chauffe en amarrant l’extrémité du filet à un piquet. Mais cette tenfion rétré-ciflant beaucoup le diamètre du filet, ce moyen n’a pas paru produire entièrement l’effet qu’on délirait; l’on a imaginé de mettre dans la chauffe à différentes diftances, de petits cerceaux de bois, d’abord en petit nombre , & qu’on a enfuite multipliés. Ces cerceaux produifaient un bon effet. Cependant le poiffon s’accumulait toujours au fond des grandes chauffes, où il était meurtri, comme nous l’avons dit. On a donc jugé que rien ne ferait plus propre à prévenir cet inconvénient, que de diminuer la longueur des chauffes, & d’en augmenter la largeur. Mais efi les tenant larges & courtes, les poiffons auraient pu s’échapper, comme nous l’avons déjà dit : c’eft ce qui a fait imaginer un moyen très-ingénieux d’empêcher les poiffons de fortir du filet, fans former aucun obftacle à leur entrée.On a rempli cette intention, en plaçant un goulet avec un cerceau qui tient ouverte l’embouchure du filet.
- 45 Ce goulet eft un filet a a h( pl. V, fig. 7 ) , figuré comme un entonnoir , dont l’ouverture du pavillon eft attachée au cerceau a a. La pointe de ce filet fe termine vers b, & eft foutenue dans L’axe'du filet principal, par quelques fils déliés: & pour que le poiffon entre aifément dans le filet aa ee. par des fentes qu’on pratique à la pointe b du goulet, ces fils font tendus mollement. Il eft fenfible que le poiffon entre fans effort dans le corps du filet par les fentes qui font en b. Alors il fe, trouve à l’aife dans l’intérieur du filet y & ne s’avife point de chercher à s’échapper par les fentes qui lui ont permis d’entrer.
- 456. On met quelquefois un petit goulet à l’entrée des guideaux proprement dits. Mais cela n’empêche pas que les herbes , la vafe & tout ce que l’eau charrie, 11e s’entaffent avec le poiffon au fond de ces longues manches. Ainfiils n’ont pas l’avantage des vrais verveux, dont nous allons parler.
- A R 't CLE SECOND.
- Des verveufi ou verriers ,! qu on nomme aufifi renards, &c.
- 457. Le verveux le plus (impie (/>/. fig.fi') eft un filet en forme de
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- cloche, & un peu conique, d’une ou deux bralfes de longueur, dont l’entrée a a porte trois ou quatre pieds de diamètre. Le corps de ce filet va un peu en fe rétréciifant depuis a jufqu’àe;& depuis e juLqu’à d, il prend une forme conique. A la pointe de ce cône on fait un oeillet qui fèrt à fixer le verveux dans l’endroit où 011 le tend.
- 4A8* Le corps du filet aaeeeYt foutenue par quatre , cinq , fix cerceaux menus & légers , qu’on met en-dedans, comme nous l’avons expliqué dans le premier chapitre de cette fedion.
- 459. Dans l’amirauté de Nantes, où l’on fait ufiige du verveux qu’ils nomment loup(70); pour joindre l’une à l’autre les gaulettes qui forment les cerceaux, ils en paiTentles bouts dans des tuyaux de fureau. Ailleurs 011 fait cet ajuftemeiit plus proprement avec des révolutions d’un fil retors.
- 460. Le cerceau de Y entrée a a eft plus grand que tous les autres, dont les diamètres vont toujours en diminuant jufqu’à celui qui eft en ee.
- 4.61. On ajoute prefque toujours devant le cerceau a a ce qu’on nomme la co'éjfc, Nous l’avons déjà repréfentée en r s t ( pl. III , fig. 6 ). Cette partie, qui s’évafe beaucoup , eft foutenue par une portion de cercle , dont les extrémités font affujetties par une confie ou une barre de bois qui s’étend de l’une à l’autre. Au moyen de cette traverfe, le côté de la coeife qui eft en-bas, ayant une forme plate, il s’applique plus exactement fur le terrein.
- 462. Le verveux, non compris la coélfe, eft attaché à toute la circon-
- férence du premier cerceau a a (fig. 7) ; & comme le corps de ce filet eft large , alfez court, & foutenu en plufieurs endroits par des cerceaux, le poilfon en fortirait aifément, fi l’on ne mettait pas en-dedans un goulet a a b, dans lequel on ajoute fouvent un petit cerceau /, pour que l’entrée en foit plus accelîible au poilfon. « • .
- 463. C’est ce goulet qui caradérife le verveux, & qui établit fa différence
- d’avec le guideau. Si quelques pécheurs mettent un petit goulet à l’embouchure des guideaux, comme nous l’avons dit, c’eft une perfedion qui eft empruntée des verveux. * . r ., ,
- 464. On conçoit que de poilfon qui s’engage dans le goulet, palfe fans difficulté dans le corps du verveux par les fentes qui font vers b ( fig. 7 ) , à la pointe du goulet ; il en écarte les fils, comme il fait les herbes qui fe pré-fentent à fon palfage. Une fois qu’il eft dans le verveux, il fie trouve à l’aife, &
- 1
- <, x *
- ( 70 ) Les verveux font connus en Aile- réte. On ne connaît point en Allemage cette magne fous le nom de Garnfàcke. Sur le partie qui eft nommée ici la coiijfemais Rhin , on a des loups, Wolf, qui n’ont que tous les verveux y font à deux entrées. Les quatre cerceaux. On fe contente de paffer ' ouvertures en font alfez larges, pour recelés verveux dans les mailles , où on 1er ar« voir les plus grands poilfons.
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- nage
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- Sect. II. De la pèche aux filets.
- nage de tous côtés fans jamais reprendre, pour en fortir ,1a route qu’il a lui-vie en y entrant. On le trouve immanquablement entre le corps du verveux & le goulet j & comme il n’eft pas gêné, on le retire fain & en vie : ce qui donne aux verveux un grand avantage fur les guideaux.
- 46<j. Le verveux que nous venons de décrire , eft le plus fimple de tou£» On en fait de fort longs qui ont un petit goulet à chaque cerceau. Je ne vois pas que cette multiplicité de goulets foit fort avantageufe 5 & il paraît que deux à la tète du filet feraient fuffifans.
- Des verveux à plujieurs entrées.
- 466. Comme les poilfons nagent en tout fens dans les eaux dormantes pour chercher leur nourriture, & que rien ne les détermine à fuivre plutôt une route qu’une autre, on fait des verveux qui ont plulîeurs entrées, quelquefois jufqu’à quatre, pour que le poiifon y entre plus facilement. Nous nous contenterons d’en repréfenter un ( pi. V, fig. g ), qui a deux entrées. Ce verveux, qui eft cylindrique, fe nomme louve ou verveux à tambour (71). Le corps du filet, qui eft d’une égale largeur dans toute fon étendue, eft monté fur trois ou un plus grand nombre de cerceaux AC, EM, BD. Ces cerceaux font fermement attachés aux quatre perches AB, FG,CD,HI. A chaque bout de ce tambour, il y a un goulet AKC, BLD j de forte que les poilfons ont une égale facilité à entrer dans le verveux par un bout ou par l’autre.
- 467. On en fait de cubiques qui ont cinq entrées, & qu’on nomme, pour cette raifon* quinqueportes.
- 468. Dans tous ces verveux , qui font montés fur un bâti de bois, il faut ménager une porte pour en retirer le poiifon»
- De la façon de tendre les verveux, dont nous venons de donner la
- defcription».
- 469. Dans les rivières & les étangs , on fe fert ordinairement de verveux femblables à celui de la planche V,fig. 7, mais garnis de la coëffe. On cherche à les placer auprès des crônes ou dans des herbiers. Dans ce dernier cas, les pécheurs coupent l’herbe dans l’endroit où ils fe propofent de placer le verveux ; & comme les poilfons quife retirent dans les herbiers aiment à trouver une place nette d’herbes, il eft avantageux d’y faire de petites routes qui aboutirent à l’endroit où l’on place le verveux.
- (71) En allemand , Trommeln, ou Kojfergarn.
- Tome. V. H h
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- TRAITE' DES PECHES.
- 470. Les pêcheurs ayant attaché une pierre au bout du verveux, & une à chaque extrémité de la coëffe, ils jettent le verveux à l’endroit qu’ils ont préparé 5 ils l’arrangent avec une perche j puis ils raffemblent deffus, les herbes qu’ils ont coupées. Elles flottent fur l’eau. Le poiffon y étant à {couvert, nage volontiers deffous, parce qu’il fe trouve en liberté. Les pêcheurs tendent ainli une trentaine de verveux i & fuivant différentes circonftances > ils vont les relever après les avoir lailfés à l’eau plus ou moins de tems.
- 471. Quand il fait frais, 011 peut les y laiffer une couple de nuits fans les relever. Mais s’il faifait chaud, if.faudrait ne les y laiffer qu’une nuit, fans quoi ils feraient bientôt pourris.
- 472. Lorsqu’on pêche dans une eau dormante , il eft affez indifférent de quel côté on tourne la bouche du verveux ; & c’eft le cas où il eft avantageux de tendre des verveux à plufieurs entrées. Mais les pêcheurs ne font point d’accord lequel eft préférable, d’oppofer la bouche du filet à un courant, ou de la placer en fens contraire. Cette derniere fituation femble être la meilleure quand le courant a peu de rapidité, parce que les poiffons refoulent ordinairement le courant quand ils font effrayés. Mais ilrn’en eft pas de même lorfque le courant eft rapide : car en ces cas il entraîne plufieurs efpeces de poiifons comme malgré eux.
- 473. Lorsqu’on tend des verveux au bord des rivières, l’ufage le plus commun eft de les placer dans les endroits où il y a peu de courant ; & la plupart des- pêcheurs oppofent au courant le fond du verveux. Mais au bord de la mer , fur les grèves , on préfente toujours la bouche du filet au courant. Quand 011 veut tendre ainfi les verveux, on attache une cabliere à la pointe du filet, & on amarre au demi-cercle qui foutient la coëffe du filet, une perche qui eft pointue par le bout. Après avoir jeté la pierre à l’eau , & avoir étendu le verveux fur le fond, on y fait entrer l’extrémité de'la perche : le filet eft alors tendu affez ferme pour réfifter au courant. Quelques-uns cependant attachent outre cela une pierre à chaque bout de la traverie.
- 474* Quand 011 oppofe le fond du filet au courant de l’eau, on met une pierre à chaque bout du demi-cercle qui foutient la coëffe ; & on paffe la perche dans l’œillet qui eft auibout du filet, pour enfoncer le bout pointu dans le fond. Comme le verveux va toujours en s’évafant, le courant contribue à porter la bouche du filet vers le bas de la riviere , ce qui aide à le tendre.
- Maniéré de tendre les verveux doubles.
- 47 V Pour tendre le verveux double & cylindrique ou en tambour , que quelques-uns nomment louve (pi. V, fig. g ) , on le porte auprès de l’endroit ou on veut le placer : c’eft ordinairement dans des herbiers, comme ce ux que
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- S e c t. IL De la pêche aux filets.
- Ton voit repréfentés dans X&figure c). On y coupe les herbes avec un croiflant, pour foire une route, une coulée, ou une paflee A A, précifément delà largeur du tambour : & cette pafl.ee fera d’autant meilleure qu’elle fera plus longue. Enfuite on attache des pierres le long d’un des bâtons du tambour; ce fera, fi l’on veut, celui C D (fig. 8 ), afin que le filet aille au fond de l’eau. On attache de plus une corde en E au milieu du bâton A B oppofé à celui C D , qui eft chargé de pierres. Si l’on place le tambour auprès du bord de l’eau , la corde doit être affez longue pour qu’on puiflè s’enfervirà relever le filet. Mais quand on tend le tambour avec un bateau, il fout mettre au bout de la corde une flotte de liege o, ou un fignal de rofeaux fecs, qui indique l’endroit où le tambour eft calé.
- 476'. Pour mettre le tambour à l’eau, on le prend avec les deux mains par les bouts , & 011 met fur fa tête le bâton A B, qui eft oppofé à celui C D, qu’on a chargé de pierres. Etant à portée de la paflee qu’on a faite entre les herbes» 011 jette le tambour à l’eau, en retenant le bout o de la corde ; puis, avec une perche fourchue, on place le tambour exactement au milieu de la paflee, de façon que s’il y a du courant, l’eau traverfe le tambour dans toute fon étendue.
- 477. On peut tendre ce filet le jour & la nuit 3 mais fi 011 l’a mis à l’eau deux heures avant le foleil couché , 011 va le relever deux heures après le foleil levé.
- 478- Quand la paflee eft large, on ajoute au tambour, des ailes ef, & des coéffes c d (fig. 9 ). Nous parlerons ailleurs de ces ailes.
- Des petits verveux nommés bertoulens en Languedoc.
- 479. A Cette en Languedoc , les pêcheurs font un grand ufage de petits verveux qui n’ont guère que vingt-huit ou trente pouces de longueur, qu’ils nomment bertoulens ou bertoulettes ; probablement parce que c’eft un diminutif de bertaule, nom qu’on donne aux verveux dans quelques provinces.
- 480. Ces pêcheurs forment de petites routes dans les herbes qui remplif. fent les étangs aux endroits où il y a peu d’eau ; & ils placent un bertouîen à l’entrée de ces routes ou canaux. Les poiflons trouvant un chemin libre dans ces canaux, ils le fuivent, & entrent dans le bertouîen. O11 tient le filet en état avec trois bouts de rofeau, que l’on piqué dans le fond, & dont l’un aflujettit la pointe, tandis que les deux autres maintiennent en état l’entrée du bertouîen. Un feul homme en tend cinquante ou foixante en diflférens endroits , & il peut feul fuffire à cette pêche , qu’on pratique toute l’année, & à laquelle on prend des muges, des dorades, des anguilles, &e.
- 481. Les officiers de l’amirauté défendent feulement de placer des bertou-lens à l’embouchure des graux & des rivières, pendant les mois de mars, avril & mai, parce que c’eft dans ce tems que les petits poiflons remontent
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- TRAITE' DES PECHES.
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- , delà mer dans les eaux douces & faumâtres. Mais on peut placer des&ertou-lens dans le refte des étangs durant toute l’année fans interruption. Les mailles des bertoulens font fort ferrées.
- Des verveux. qu-on tend fur les grèves au bord de la mer & entre les
- rochers„
- 482. Il y a deux façons d’arrêter les verveux au bord delà mer. Les uns font retenus par des pierres ; les autres , par des piquets..
- 483. - Pour pêcher avec le verveux au bord de la. mer, & entre les roches où il refte de D'eau de baffe mer , 011 fixe ces filets avec des pierres ; & en eon-féquence on les nomme verveux pierres. Pour cela on attache à la pointe du verveux une grolfe pierre i on met à tous les cercles, des lignes auxquelles 011 attache des pierres i & l’on amarre au milieu du demi-cercle qui foutient la coçffe, une corde, à l’extrémité de laquelle eft une groffe pierre qui tient cette corde tendue. Ces amarres fuffifent pour affujettir les verveux contre les eourans il n’y a que les ouragans qui les emportent quelquefois & les jettent à la côte.
- 484. Sur certaines côtes, ou les affermit encore mieux, au moyen de piquets qu’on, enfonce dans le fable. On en fourre un dans l’œillet qui eft à la pointe du verveux, deux vis-à-vis de chaque cerceau, un à la droite, l’autre à la gauche, & un troifieme à l’avant de la coéffe. On amarre avec une ligne chaque cerceau aux pieux qui font auprès; & avec une ligne plus longue ,1e haut du demi-cercle du goulet au piquet qui eft à l’avant. De cette façon il n’y aguere de tourmente qui puiffe emporter les verveux..
- 48?.. On ajoute quelquefois des ailes aux guideaux &aux verveux: nous allons en parler dans 1 article fuivant.
- Des appâts qu'on met dans les verveux Jîmples , pour engager les poiffons
- à y entrer..
- 486- Qu’OIQJj’on ait grande attention déplacer les verveux dans des endroits que lepoiffon fréquente, auprès des herbiers & des fous-rives, aux lieux où il y a peu de courant ; quand il fait froid , on choifit ceux qui font expofés au foleili & dans les grandes chaleurs , ceux où il y a de l’ombre. Malgré toutes ces attentions, il eft toujours utile, pour engager les poiffonsà entrer dans le filet, d’y mettre entre le corps du verveux & le goulet quelques poift. fous vivans, fur-tout de la même efpece que ceux qu’011 fo propofo de prendre , rien n’étant plus propre à engager les poiffons à y entrer. On attache auffi aux cerceaux dans l’intérieur du filet, quelques appâts, tels que des. os;
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- S e c t. IL 2)e la pêche aux filets.
- de porc fàlé, du tourteau de chenevi ; & l’on eftime que, pour fe procurer un excellent appât, il faut faire cuire à demi à la broche un lievre qui commence ,à fe gâter, & l’arrofer avec du miel : la chair de ce lievre , ainfi que des rôties imbibées du jus qui en eft tombé dans la lèchefrite, attirent beaucoup les. poilfons. Ces diftérens appâts conviennent à tous les filets dormans.
- 487- Quelques pêcheurs prétendent qu’il eft encore bon de mettre dans le verveux , des fleurs qui aient des couleurs vives. Mais ce que nous dilons de ees appâts, n’exclut point les vers de terre, & les autres dont nous avons parlé en différentes occaftons. (72)
- / Article troisième,
- Des guideaux & verveux , précédés d'ailes qui déterminent les poijfons à entrer
- dans les filets.
- 488- Quand on tend des verveux (impies, foit dans les étangs, foit dans les herbiers où il y a beaucoup de poiflons , 011 peut efpérer une pêche avanta-geufe au moyeu des appâts dont nous venons de parler. Mais lorfqu’il s’agit d’eaux courantes , il eft tout autrement utile d’augmenter la vitefîe du courant, & de déterminer le poiffon à entrer dans les manches , en pratiquant des efpeces de cloifons. en forme d’entonnoirs, qui y aboutiflent. Il eft évident que, Ci l’on tendait un guideau ou un verveux au milieu d’un courant fort large, on ne pourrait pas efpérer de faire une pèche avantageufe, parce que rien ne déterminerait le poiffon à entrer dans le filet : fa bouche ayant peu de largeur, tout le poiffon qui pafferaitjLdroite & à gauche , ferait perdu pour le pêcheur. C/eft ce qui a déterminé à) faire précéder le filet par des ailes (73) qui, formant une efpece d’entonnoir * raflemhlent les poiffons à l’embouchure des chauffes.
- 489. D’un autre côté, comme on a reconnu que pîuflenrs efpeces de poifi fons fe biffaient entraîner par la force du courant, 011 s’eftpropofé d’augmenter la viteffe de l’eau par des cloifons qui obligent une grande maffe d’eau à paffer par une ouverture affez étroite : c’eft ce qu’on nomme des gors. Nous allons détailler toutes ces induftries dans.les paragraphes fuivans.
- (72) Un coq , dans lequel ort met du fa- détruire prefqu’entîerement la pêche, dans fran , & que l’on laiffe corrompre entière- les rivières médiocrement poiffonneufes. ment, eft un des meilleurs appâts qu’on (73Ô Tous les verveux, en Saxe, ont des puifle faire. Mais en Saxé&'dâns plufietirs ailes d’une hauteur & d’une largeur proprovinces d’Allemagne, on a févérement portionnées à celles du filet. Chaque extrê* défendu l’ufage des appâts dans les ver- mité eft arrêtée par un piquet planté au ireux. Cela fuffirait, à çe qu’on croit, peur*' fond de l’eau.
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- 24* T R A I T Ef DES PECHES.
- Façon d'ajufter des ailes aux verveux doubles, qu'on nomme louves..4
- 490. Nous avons déjà dit qu’avant de tendre une louve dans les herbiers* il fallait couper l’herbe, pour faire, au travers une paflée ou coulée AA (/>/. fig. 9 ). En ce cas, les herbes qui bordent la paffée, forment en quelque forte des ailes pour conduire le poiifon dans la louve. Mais quand on veut placer le blet dans un endroit où il n’y a point d'herbes, & où la nappe d’eau eh large, ou ajallé aux deux extrémités du corps de la louve ci b (fig. 9) deux grandes coéflfes c d; & outre cela , des ailes qui font des bondes du filet ee,/’/, qu’on foutient verticalement par des piquets, & qui s’étendent depuis la codifie du filet jufqu’aux rives de l’eau.
- 491. Lorsque ce filet, ainfi ajufté,eft dans une riviere oiu la marée remonte, on prend le poiifon qui entre avec le flot, & celui qui veut retourner à la mer lors du jufan. C’eft pour cette raifon que quelques-uns ont donné le nom de rafle à cette efpece de filet, où fe trouvent arrêtés les poilfons qui montent contre le courant, comme ceux qui fuivent le fil de l’eau.
- Des verveux pierres & flottés, tendus dans des flaques d'eau & des mares.
- 492. Nous avons déjà dit qu’on fait au bord de la mer entre les rochers, principalement aux endroits où il relie de l’eau à mer balfe, une pèche avec des verveux qu’011 nomme/demis , parce qu’ils fontaffujettis avec des pierres. On voit, à la bouche de ce verveux , des ailes dont nous n’avons point parlé , & que l’on ajoute quand on tend ces filets , foitfur des grèves , foit dans des endroits où la nappe d’eau eft large. Suppofé qu’on établiife le verveux dans un endroit où il relie de l’eau de balfe mer, on n’arrête point ces ailes avec des pieuxj on fe contente de mettre à la ralingue qui borde le bas du filet, des pierres qui le falfent porter fur le fond, & au bout une grolfe cabliere ; puis on attache des flottes de liege à la corde qui borde le filet par en-haut. Ces ailes, qui retiennent à peu près droites, & qu’on a foin defuffifamment écarter l’une de l’autre, forment un entonnoir qui dirige le poiifon vers le verveux.
- 493. On tend auffi de ces verveux fur des fables à pied fec. En ce cas on
- arrête les ailes plus,régulièrement, ou avec des pieux, ou en les attachant à quelque roche, ou enfin enfles .amarrant à de ..greffes cablieres j dirigeant toujours la bouche du filet, 4e façon qu’.elî.e reqoi.yeffeau de quelque courant. On fait maintenanttpeu d’ufage de • cette*eipece de;fiiet>.:-.. . • : 7i >v
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- S e g t. IL De là pêche aux filets« 247
- Maniéré de tendre des guideaux ou des ver veux dans des fiaqttes d’eau où il y a peu de courant.
- 494. Da:ns les mares & les étangs ou il y a peu de courant, on emploie quelquefois des pieux & des filets pour former despaliffades en zig-zag (pl. V, fig. 10) , a ù, b e , c d,d e, qui couvrent toute l’étendue du terrein; & l’on place des guideaux ou des verveux aux angles faillans bd, quelquefois même aux angles rentrans c. Ces grandes ailes ou paliffades fervent à conduire le poiffon dans les filets. Il eftfenfible qu’on peut ajufter ces ailes en bien des façons différentes , pour les rendre convenables aux terreinsfur lefquels on les tend 5 & fouvent on a foin de diriger l’embouchure des guideaux ou des verveux en plufieurs feus, pour qu’ils reçoivent les poiffons qui nagent fui-vaut différentes directions.
- Des moyens qu'on emploie pour rendre la pêche aux guideaux & aux verveux plus abondante, en augmentant la vîtejje du courant.
- 495'. Nous avons déjà dit qu’il était avantageux de tendre les guideaux & les verveux dans des courans, & que cette pêche devenait plus utile à proportion que l’eau avait plus de rapidité. Il eft fenfible que c’eft pour arrêter au paffage les poiffons qui fuivent le courant, qu’on y place ces filets ;& on fait l’embouchure des filets fort large, pour qu’une plus grande nraffe d’eau en traverfe la manche.
- 496. Les meuniers qui ont plus d’eau qu’il ne leur en faut pour faire tourner leur moulin, parviennent à élargir l’embouchure de leurs filets, &à augmenter la vîteffe du courant, en plantant des files de pieux qui s’entretouchent. Ces files rétréciffent le cours de l’eau, & l’obligent de traverfer les manches que l’on a ajuftées à l’extrêmité des files. Le bout de la manche, eft fermé par un lien 5 d’autres fois il aboutit à un panier, dans lequel le raffemble le poiffon. Les meuniers font ai ff des ouvertures dans la chauffée qui conduit l’eau vers leur moulin, pour y ajufter un verveux. Par ces induff tries, qu’011 peut varier de plufieurs maniérés , toute l’eau d’une petite riviere traverfe les filets, où fe trouvent arrêtés tous les poiffons qui en fuivent le cours (74).
- 497. Il faudrait, pou* ne point altérer la qualité du poiffon, employer
- %i ' t (
- ( 74 ) On avait établi des pêches, de ce dations : ce qui a déterminé à les défendre,, genre fur plufieurs rivières d’Allemagne; D’ailleurs, il eft certain que la pêche mais on a trouvé que cela interceptait le détruite psr ces divers moyens, cours de l’eau , au point de caufer des inon- 1 '
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- TRAITE' DES PECHES.
- des verveux , ou foutenir l’intérieur des guideaux ouvert avec des cerceaux. Pour ne point faire de tort à la multiplication du poilfon , on devrait aufit donner deux pouces d’ouverture aux mailles', même au bout des manches; c eft ce que ne font pas'les meuniers.
- De la tente des guideaux & verveux dans les gors.
- 498- Il arrive alfez fouvent qu’il fe rencontre des isîes ou islots , dans les rivières navigables ; alors on lailfe le grand bras libre pour la navigation; & les pêcheurs font dans les petits bras ce qu’ils nomment des gors. Ce font de grands entonnoirs Faits avec des pieux jointifs, le bout évafé étant du côté du haut de la riviere ; & ils ajuftent au fommet de l’angle , des guideaux ou des verveux. Il eft fenlible qu’au moyen de ces gors, on prend tout le poilfon qui peut palier par le petit bras, & que le poilfon qui fe trouve engagé entre les files de pieux, eft déterminé à entrer dans les manches; qu’il y eft même , en quelque façon, forcé par la vîtelfe du courant, qui eft beaucoup augmentée par le rétrécilfement que forment les gors.
- 499. Il y a des gors à quelques lieues au-delfus de Rouen en allant vers Paris. Mais on 11e peut en placer plus bas, à caufe de la marée qui remonte dans la Seine ayec beaucoup de rapidité.
- Tente des verveux dans les haies.
- ÇOO. Les haies ou arrêts font des files de pieux qu’011 met fur les bords des rivières pour diminuer le courant de l’eau ; 011 a donné le nom de haie au remou même ou tournoiement d’eau qui eft occafionné 'par ces pieux. Les pêcheurs placent des Verveux enforte que l’embouchure regarde d’un peu loin l’endroit où fe rapprochent deux files de pieux, afin que les poilfons qui vont s’y ranger pour être à l’abri du courant, entrent dans le filet. Ainfi ces verveux le placent dans la haie des gors, au lieu que ceux dont nous avons parlé ci-devant fe tendent à la pointe & dans le fort du courant. C’eft pourquoi les verveux qu’on met dans les haies , 11e font aucun tort à la multiplication du poilfon; & les poilfons qui entrent dans ces filets, y relient long-tems en vie.
- 501. Quand on tend des verveux à l’embouchure des rivières où la marée monte, 011 place la bouche des verveux à mont ou aval, fuivant le cours de Peau.
- 502. La pointe des verveux eft retenue par des piquets; & P ouverture* par des cablieresqui font aux pointes des cerceaux de la coéfFe. Célafuffit quand 011 n’oppofe pas la bouche du filet au courant; mais quand on lespofe en fens contraire, il eft bon de mettre des piquets au lieu des cablieres.
- De*
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- S e c t. IL De la pêche aux filets, 249
- Des gors, verveux ou guideaux qu'on établit fur les grèves , au bord de
- la mer.
- f03. Ce que nous venons de dire des gors fert pour en établir au bord des rivières. Mais on en tend aufli au bord de la mer, fur les grèves que la mer recouvre. Leurs palilfades peuvent être formées depieux ou pâlots, ou avec des clayonnages, qu’on nomme en quelques endroits des braies; ou avec des filets foutenus par des piquets, & qu’on nomme volontiers tonnelles. Toutes ces chofes font affez indifférentes, pourvu que l’ouverture du filet foifc du côté de terre, & fa pointe du côté de la mer. Il faut aufli établir le gor dans un endroit d’où la marée fe retire avec vitelfe. C’eft pourquoi l’embouchure des petites rivières eft favorable ; & les grandes vives eaux font avantageufes pour cette pèche , ainfi que les chaleurs, parce qu’alors les poilfons donnent à la côte plus abondamment. Mais il arrive quelquefois des tourmentes, qui bouleverfent tous ces filets.
- ^04. Comme les verveux & leurs ailes ont peu de hauteur, la marée recouvre tout cet apareil; & lorfqu’elle fe retire, le poilfon qui 11’a pas paffé par-delfus les ailes , eft pris : ce qui arrive au plus grand nombre.
- fof. Les ailes des gors , qui font prefque réunies par un de leurs bouts , s’écartent de l’autre côté de vingt ou trente toifes.
- S06. Sur les côtes où il y a beaucoup de pierres plates, on forme les ailes des gors, ou avec des murs à pierres feches, ou avec des pierres longues & minces, qu’011 plante debout dans le fable: ces divers moyens reviennent au même pour l’effet.
- f 07. A l’égard des tonnelles formées avec des filets, il y a des jpêcheurs qui affermifTent le bas des ailes avec des pierres & un petit clayonnage. Cela eft défendu , parce que l’intérêt public exige qu’il refteun peu de jour au-deffous des ailes , pour laiffer échapper les petits poilfons ( 7^ ).
- fo8- Quand l’es bars & les mulets approchent des verveux , & que les ailes font alfez rapprochées l’une de l’autre, ces poilfons ont l’induftrie de fauter par-delfus^ Il y a des pêcheurs qui , pour empêcher qu’ils ne leur échappent, tendent d’une aile à l’autre en cet endroit un filet horifontal : c’eft ce qu’on appelle verveux avec jambe & chaffe couverte.
- Conclujion de cet article.
- ^09. Les verveux entrent dans la conftrucftion de plufieurs elpeces de parcs , qu’on nomme pour cette raifon parcs à fond de verveux. Quoique quel-
- (7O En Allemagne , la largeur des mailles eft déterminée^
- Tome V
- II
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- TRAITE' DES REÇUES.
- 2?®
- ques-ims. de ces parcs approchent beaucoup des gars, neannioins les differentes efpeces de parcs devant faire le fujet d’un article confidérable, nous remettons à traiter fpécialement de cet autre ufage des chauffes dans, l’article où il •s’agira des parcs.
- j io. Enfin les ehaufles entrent pour une partie confidérable dans l’enfenv-ble de divers filets qui fervent pour les plus grandes pèches, telles que la dreige * le gangui, la tartanne , &c.. Ces filets étant compofés de filets verticaux qu’on peut regarder comme des feines, & de chauffes qui peuvent être rapportées aux dragues , il nous a paru convenable de n’en traiter que quand nous aurons fait connaître les filets dont ils font compofés..
- fil. Attendu que les naffes ne different des verveux qu’en ce qu’elles font faites d’ofier, nous ne croyons pas devoir différer plus long-tems à en parler.
- Article q_ u a t r i e m e.
- Des naffes_
- <)I2. Les naffes font dès efpeces de paniers faits cfaufFe, de jonc, d’ofier y ou d’autre bois flexible, qui étant à claire-voie , laiffentpaffer l’eau fans beau<-coup de réfilfance ; mais les baguettes font affez ferrées pour retenir le poil-fon. C’eft pourquoi on les tient plus ou moins, près les unes des autres, fui-vaut l’efpece de poilfon qu’on fe propofe de prendre.
- ÿ 13. Les naffes ne font donc pas un ouvrage de mailleur, mais de vannier (76) i & elles 11e different effentiellement de plufieurs efpeces de filets dont nous avons parlé , que par la matière dont les uns & les autres font faits. Au refte, on leur donne diverfès formes ; & , fuivant les côtes où l’on en fait ufage Voit les connaît fous différensnoms, comme najfe, najjon y nanfe y lance, bire , bouteille y ruche y panier , boutterolle y &c.,
- 514. Presque toutes les naffes ont un ou plufieurs goulets, qui permettent aux poilfons d’entrer, mais qui s’oppofent à ce qu’ils fortent..
- 51 y. Ces goulets font faits avec des brins déliés &Toupies d auffe, de canne ou d’ofier,. très-fins & élaftiques, dont les bouts ne font point retenus par des traverfes ; ce qui les rend affez flexibles pour ne point former d’obffacle à l’entrée du. poilfon dans la naffe. Mais attendu que , par leur reifort, ils fe rapprochent les uns des autres auffi-tôt que le poilfon eft entré, & comme les
- extrémités de ces menues baguettes font taillées en pointe, le poilfon 11e peut
- %
- (76) En Allemagne , en SuifTe , les pê- Fifchr-euJJen-; en anglais, a bow-net, ou: cheurs fabriquent eux-mêmes leurs naffes. Wed} en italien , najja, fie nom allemand de cette forte de filets eft
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- S £ c t. IL De la pêche aux fileta. 2f ï
- fortir par où il eft entré. La conftruction de’ces goulets eft repréfentée un peu en grand dans la planche VI, fig. i , au-deffus de A, qui eft une coupe de la nalfe B {fig. 2). Les naifes n’étant point pliantes comme le font les filets, on eft obligé de ménager une ouverture pour en retirer le poilïon : c’eft quelquefois au bout oppofé au goulet, comme en a {fig. 3 ) ; & d’autres fois vers le milieu, comme en C {fig* 2). Ces ouvertures font fermées avec une petite trappe, tant que la nalfe eft à l’eau : on 11e l’ouvre que pour retirer le poiifon.
- f 16. On met prefque toujours dans ces naifes des leurres ou des appâts , pour détermnier les poilfons à y entrer (77). Nous avons déjà indiqué, à l’oc-cafion des bouraques & des verveux, quels font les diftérens appâts dont on fc fèrt fur les différentes côtes ; mais quand ce ne font pas des poilfons vivans, il eft bon de fufpendre les appâts au milieu des naffes, afin que les poilfons foient obligés d’entrer par le goulet pour les manger.
- f 17. On verra, par les détails où nous entrerons, qu’il y a bien des façons de tendre les naifes ; car, quoique leur plus grande utilité foit de pêcher entre 'les rochers à l’entrée des efpeces de cavernes où les poilfons faxatiles fe retirent , ainfi que dans les endroits où il fe forme de petits courans d’eau quj. déterminent les poilfons à y palfer plutôt qu’ailleurs ; quoique les naifes ioient, dis-je, particuliérement deftinées à ces fortes de pèches , 011 11e laiffe pas d’en tendre avec fuccès fur les grèves , & même en pleine mer, comme on le verra par la fuite. On fait des naifes de différentes grandeurs. Les plus grandes fervent à prendre de gros poilfons j les moyennes font pour des éperlans , & les petites pour des anguilles.
- Des bouraches ou najfes qu'on tend dans les rochers, & des nanfes des
- Provençaux..
- S18- Dans l’article III du chapitre fécond , à l’occafion de la caudrette , nous avons été engagés à parler de la bouraque. On n’aura pas de peine à concevoir que quand elle eft entièrement faite d’ofier y c’eft une vraie nalfe, relfemblante à certaines ratières de fil d’archal, qui ont, comme elle, un ou plufieurs goulets.
- 519. Les nanfes des Provençaux different très-peu de ce qu’on appelle bouraque dans les ports du Ponant. Elles font d’une forme ovale applatie. Alfez fouvent on 11e fait en ofier que la charpente qu’011 enveloppe avec un filet. Ces nanfes, qu’011 fait volontiers ovales, ont à chaque bout un goulet eu entonnoir, par où le poiffon entre dans la nanfe : au-deffus & au milieu , eft
- (77) Dans les rivières on défend très - exprelfément de mettre des appâts pour ces fortes de pêches.
- I i ij
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- un trou fermé par une porte, qu’on ouvre pour retirer le. poiflon qui eft entre: dans la nanfe.
- 520. On met dans la nanfe quelques appâts feniblables à ceux dont nous; avons parlé à l’occafion des bouraques; on y emploie particuliérement des, ourbiiÿ. Au-delfous de la nanfe, font amarrées quelques pierres pour la faire caler ; & fur les côtés * font des anfes. ou mains pour attacher des cordes qui fe réunilfent à une feule * au bout de laquelle, eft un lignai deftiné à faire retrouver la corde qui répond à la nanfe » & qui doit fervir à la retirer de l’eau.
- 521. On tendlesnanfes comme les bouraques entre les roches} & la pèche-eft plus avantageufe quand il fait chaud, que par le. froid.
- 522. Les nalfes qu’on tend dans l’Océan entre les rochers & fur les grèves , produifent davantage dans les grandes vives eaux que dans les mortes eaux.. Si c’eft fur les grèves , les pêcheurs ont le teins de tendre leurs nalfes tout près; de la balfe eau, le plus avant qu’il leur eft poffible, & ils les relevent au jufan qui fuit. Plus donc les eaux bailfent, plus les, pêcheurs, ont lieu d’efpérer une-pêche avantageufe.
- 523. Il en eft de même quand on tend les nalfes entre les roches : car les; pêcheurs peuvent placer leurs nalfes dans des fonds d’autant moins fréquentés, que la mer feretire davantage. D’ailleurs, lespoilfons terrilfent en plus, grand nombre dans les vives eaux , que par les mortes eaux.
- 524. Sur la côte de Grenade , onpèche avec des nalfes prefque fembîables à celles des Provençaux, que nous venons de décrire ; elles font ovales, ayant trente-fix pouces de longueur fur vingt-fept pouces de largeur. On les cala jufqu’à trente & quarante bralfes de profondeur, & on n’y met point d’appâts..
- Des paniers de bondei
- f2f. A l’occafion des guideaux, nous n’avons pas pu nous dilpenfer de parler d’un panier que les meuniers mettent à leur vanne de décharge, lorf-qu’ils la lèvent pour lailfer écouler l’eau qui pourrait endommager les chauffées. Us nommentpan'ur de bonde ( 7g) cette naife, qui eft un vrai guideau d’ofier. Il n’y a pas de goulet j mais le poilfon n’en fort point, à caulè de la vitelfe du courant.
- 526. On tend auftî , dans les courans d’eaux rapides, des nalfes qu’on tient longues, & dont l’embouchure eft évafée. On les fait longues, pour que le. -poiifon n’en forte pas ; l’embouchure eft évafée pour qu’elle embralfe une plus; grande portion du courants quelquefois on.y ajoute des ailes de clayonnage,.
- (?8) En allemand , Stromkorb. Ces nalTes ou paniers font défendus en Allemagne., parce qu’ils font périr beaucoup de poilfon..
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- S s c t. II. De la pêche aux jikts, 25 3
- & Ton en fait des gors. Nous parlerons plus précifément de ces naffesdans la fuite.
- Des naffes en forme de frnble, pour prendre des anguilles dans la mer.
- 527- On fait, pour prendre des anguilles à la mer, des naffes qui ne font qu’un panier profond au moins de deux pieds. Ces naffes ont à l’embouchure lin pied de diamètre, & elles fe rétrécirent de forte que leur diamètre n’eft que de huit à neuf pouces par le bas.. On met au fond de ce panier un allez grand morceau de foie de bœuf, pour qu’il en couvre toute l’étendue 3 on forme au-delfus du foie un grillage de coide qui le retient, mais dont les mailles font allez', larges pour que le foie . puiffe être apperçu par les anguilles. Ce panier, qui fait ici l’office de truble, étant lefté de pierres , on y attache une corde, & 011 le defcend dans l’eau à telle profondeur qu’on veut, pourvu toutefois que le pêcheur puilfe appercevoir les anguilles qui vont attaquer l’appât.
- 528. Les anguilles , attirées par fodeur du foie, qui n’en eft que meilleur quand il commence à fe corrompre, fe hâtent d’entrer dans le panier. Quand Je pêcheur les apperçoit attachées à l’appât, il tire doucement la corde qui répond au panier, & il tâche de ne point effaroucher les anguilles. Mais quand le panier elt arrivé à la lùrface de l’eau , il le tire précipitamment,pour que les; anguilles n’aient pas le tems de fe fauver. Quand il les a prifes, il replonge fur-le-champ le panier , pour recommencer fa pêche 3 & le même foie lui fert long-tems.
- <; 29. Des paniers à peu près femblables, mais plus petits, fervent quelquefois dans les rivières pour prendre des écreviffes.
- Autres najfes qiion emploie pour prendre des anguilles, principalement
- dans les rivières.
- ?30. Nous avons dit qu’on devait proportionner la difiance des ofiers> qui forment les naffes , à la groffeur des poiffons qu’011 fe propofe de pêcher,-Mais il faut que les oiiers foient bien près à près , fur-tout quand on a intention de prendre des anguilles 3 car ff-tôt qu’elles peuvent introduire entre les; barreaux leur queue ou leur tête, elles forcent tellement qu’elles font plier les oiiers , & elles ne manquent pas de s’échapper. Pour mieux retenir ce poiffon , 011 fait à l’embouchure des naffes un faux & un vrai goulet b c (fg- 3 )• On voit à cette nalfe quatre anfes 3 les deux d’en-bas fervent à attacher les pierres qui la font caler 3 & les deux d’en-haut, à attacher les cordes qui fervent à la relever.
- 53,1. Les appâts qu’on met dans lanaffe, font des limaçons, des moules
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- 2f4
- TRAITE' DES PECHES.
- ouvertes , des vers de terre , des grenouilles déchirées , du foie & de la chair de différens animaux. Comme l’anguille eft très-vorace , elle tourne autour de la nafle pour trouver par où atteindre l’appât qui eft fufpendu au milieu ; enfin elle entre dans les goulets, & alors elle eft prife. O11 tend un grand nombre de nafles, bien fou vent femblables à celles des figures i , 2,3,4, dans les herbiers, auprès des crônes & des fous-rives ; & 011 les releve tous les jours > ayant foin de renouveller les appâts.
- 532. Le tems le plus favorable pour cette pèche eft lorfqu’il fait chaud, & que le tems eft difpofé à l’orage.
- Des naffes pour les éperlans.
- f 33. On prend beaucoup d’éperlans avec des naffes. Malgré la petiteffe de ce poilfon, on n’a pas befoin que les ofiers foient aufli ferrés que quand on pèche des anguilles. O11 en attache un nombre, comme dix ou douze , par les anfes à une corde qui eft ordinairement faite avec de l’ofier. Chaque naffe eft chargée en-deifous de deux pierres , & attachée à la corde par deux petits cordages que les pêcheurs nomment cabl&aux, & qui font longs au plus de dix-huit pouces.
- 534. Pour les relever, 011 faifît avec une gaffe la corde aufli près qu’on le peut d’une des cablieres qui font aux bouts. Quand une fois on tient la corde, on releve les naffes les unes après les autres ; on en ouvre le fond, qui eft fermé par une petite porte, pour prendre les éperlans qui y font, & on les remet à l’eau parle travers de la riviere. Cette fuite de nalfes interrompant le cours de l’eau, les éperlans en approchent pour éviter le courant 5 ils nagent autour, & y entrent.
- 53^. Comme ces poiffons refoulent la marée pour remonter dans l’eau douce,011 met, autant qu’011 peut, le goulet tourné du côté du bas de la riviere. Les naffes ordinaires durent une couple d’années : mais celles des éperlans ne fervent qu’une faifon, parce qu’011 les fait avec des ofiers fins & verds. On prétend que ces poiffons fuient les vieilles nalfes.
- 536. On pratique cette pêche dans la Seine au-deffus de Rouen ; & 01111e le peut pas au-deffous, attendu que la marée, qui s’y fait fentir avec beaucoup de violence, entraînerait les nafles.
- Des grandes naffes.
- ?37- On fait de grandes nafles {fig. 3 ), qu’on tend avec un bateau le long des isles, aux endroits où i’eau eft dormante, & où il y a des herbes. O11 y prend, outre les éperlans , des barbeaux, des gardons , des brèmes, & quel-
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- quefois cîes carpes & des brochets. Ordinairement on met à ces grandes naflès un vrai & un faux goulet. Quand on pêche avec de fort grandes nalfes, on eft obligé de frapper une poulie au bout de la chaloupe, pour haler fur l’orin qui tient à la naife.
- Efpcce de najfe que les Provençaux appellent lance, gonibin & gembin.
- ^38- La lance eft un panier ou naife d’olîer de forme cylindrique (pl. VI, fig. 2 ). Sa longueur ordinaire eft de cinq pieds, & elle a deux pieds & demi de diamètre. Les ofters, fort artiftement entrelacés, forment des lofanges dont les côtés ont à peu près lix lignes de longueur. Les deux bouts de ces paniers font renfoncés, & terminés par un goulet d’auffe. Cette naife relfem-ble beaucoup au verveux double , dont nous avons parlé , & qu’on appelle communément louve.
- Ç39- On lefte cette lance de deux grolfes pierres pour la faire caler au fond de la mer, & on la retire au moyen d’une corde au bout de laquelle eft une bouée ou un autre lignai.
- 540. On fufpend dans la lance, des fardines coupées en deux, ou d’autres poilfons j & on la mouille près des rochers ou fur des bancs jufqu’à quarante ou cinquante bralfes de profondeur.
- 541. Le vrai teins de faire cette pêche, eft pendant les mois de février,: mars & avril.
- 542. On releve la lance tous les jours, & on en tire le poilfon par Pouver-ture qui eft enc.
- 543. A (fig. 1 ) , eft une coupe longitudinale de cette naife, pour montrer comment font faits les goulets-
- Najfe s avec lefquelles on prend des lamproies, auprès de Nantes.
- 5:44. Les nalfes, ou nanfes, dont fe fervent les pêcheurs Nantais pour prendre des lamproies , ont la forme d’un cône. A i’un des bouts eft un goulet qui fe relferre beaucoup. On les tend dans des endroits où il y a un courant; fort rapide, auquel on préfente le goulet.
- Des najfes dont on fait ufâge près d’Ancône, & que Ion y nomme nalfone..
- 545. Cette forte de naife (fig. 4) a à peu près la forme d’une botte. Le fond b eft comme un panier : on y met pour appâts de la chair de chien.. Enc eft un goulet. Les pêcheurs y prennent des cruftacés; entr’autres , des cancres dits peureux ou poltrons. On tend ces nalfes le foir le long des;, côtes, & 011 las leve le matin-
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- TRAITE' DES PECHES.
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- Najjes dont fe fervent les Catalans.
- En Catalogne, on fait des naifes avec une elpece de jonc appelle ea latin juncus acutus, capitulis forghi, C. B. P. On leur donne la forme d’un long entonnoir, qui a quatre ou cinq pieds de hauteur, & qui eft à peu près tel qu’on le voit ici dans figure Ayant fait, avec ce jonc, des cordonnets circulaires , on les attache avec du fil, pour en former comme un ret ; & on le foutientpar quatre bâtons, qu’on attache fur les côtés au bout le plus large, où eft un goulet que les Catalans appellent/^ de La nanfe. Au bout pointu, eft une autre ouverture qu’on ferme par un petit filet i c’eft par cet endroit qu’on retire le poiiTon qui eft entré dans la nanfe.
- f 47. On lefte la nanfe avec une pierre, & on y attache une corde ou orin, qui a quelquefois trois ou quatre cents braifes de longueur : puis au bout oppofé à la nanfe, 011 amarre une bouée ou lignai.
- 548. Quatre hommes fe mettent dans une chaloupe, ayant chacun quatre ou cinq nanfes. Quand ils font arrivés au lieu de la pêche , ils mouillent les nanfes; & pour engager les langouftes, les congres, les pagets, les mou-renes, &c. à entrer dans les nanfes, iis y mettent pour appâts des feches & des fardines, ou fraîches ou pourries, &c.
- 549. Quelquefois auifi ils mettent dans leurs nanfes, du houx-frelon ( rufcus aculeatus myrtifolius,Inft. R. H). Alors ils ne mouillent leurs nanfes qu’à deux ou trois braifes d’eau. Ils y prennent beaucoup de feches, & quelquefois des poiiTons qui entrent pour manger les feches.
- 5 50. On lailfe durant plusieurs jours les nanfes à la mer ; mais 011 va tous les jours en retirer le poiiTon, & chaque pêcheur prend celui qui fe trouve dans les nanfes qui lui appartiennent.
- Sorte de pêche à la najfe, que les Efpagnols nomment andana.
- Sept à huit hommes fe mettent dans un bateau, & vont à quatre lieues au large chercher foixante braifes d’eau : ils y jettent une corde, au bout de laquelle eft une cabliere pour la faire caler jufqu’aufond; & à l’autre bout de cette même corde , eft une bouée.
- A cinq braifes plus bas que la furface de l’eau, on attache à cette même corde une naife de jonc ou d’auffe. Les poiiTons vont badiner autour de cette naife pour fe mettre à l’ombre, ou parce qu’ils prennent la naife pour un reiuge où ils trouveront leur proie : & fouvent ils entrent dans la naife fans qu’il foit néceifaire de les y attirer par des appâts.
- 553. On prend avec cette naife, des pilotes ou pampoîs, des verderots, la
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- S e c t. IL De la ’pèche aux filets.
- lampuga ou hippurus (79)5 tous ces poiffons font fort eftimés à Alicante.
- f>*4. La naffe relie à la mer pendant toute la faifon de cette pêche,qui commence en août, & finit en octobre. Mais on les vilite tous les jours pour en retirer le poilfon.
- Le maître du bateau a le tiers de la pêche ; & les autres matelots partagent également les deux autres tiers.
- Autre pêche de la nafifiè , que les Efipagnols appellent nanças.
- Cette pèche 11e différé de la précédente qu’en ce qu’on met dans la naffe, des boulettes compofées de fardines pourries, & de farine. On mouille enfcmble une vingtaine de ces naffe s, qui font moins grandes que les précédentes. Cette pèche commence en juillet & finit en feptembre. On releve les naffes au point du jour, & à midi, pour prendre le poilfon qui s’y trouve : ce font des pagets, des bogues, des homars, des langouftes , des feches, &c.
- De la pêche nommée par les Efipagnols aux mornelles ou morneles.
- ff7- Deux hommes dans un batelet vont à demi lieue au large chercher dix bralfes d’eau. Ils amarrent au bout de la corde, à côté de la cabliere, une petite naffe, dans laquelle ils mettent de petits poiffons. Cette pèche commence avec le mois de novembre , & dure jufqu’en avril. On y prend principalement des congres, fur-tout quand le vent eft à l’eft.
- Pêche avec les nafifies dans la Garonne.
- ffg. Les naffes que les pécheurs des environs de Marmande appellent bergot, ont environ cinq pieds de longueur , & trois pieds & demi de circonférence , prife au milieu , qui eft la partie la plus renflée. Ils attachent de groffes pierres à ces naffes pour les faire caler, & une corde afin de les retirer commodément de l’eau. Ils mettent dans les naffes, pour appâts , du pain de noix , qu’ils nomment nogas.
- De la pêche du bélouga avec une efipece de cage ou naffe d'une grandeur
- prodigieufie.
- ^59. Nous trouvons dans un mémoire d’Aftracan, qu’avant la crue du Volga dans les endroits qui font prefque à fec , & cependant fréquentés par le bélouga, les habitans font des paliffades de gros pieux fur deux lignes qui iè rapprochent pour former à leur point de réunion un angle où l’on amarre
- (79) C’efl: la dorade. Cory-phana Hippurus. LlNN.
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- TRAITEf DES TEC H^E S.
- fous l’eau une cage de bois de neuf à dix pieds de longueur fur cinq pieds & demi de large & autant de profondeur. Ces cages peuvent être comparées à celles qu’on fait pour tranfporter des betes féroces. Aux quatre angles du dedans de la cage font attachés des appâts qui attirent le bélouga par leur odeur. Il y entre avec empreifement par une ouverture qui a environ trois pieds & demi de diamètre. Quand une fois les deux tiers de la longueur de fon corps y font entrés, il ne peut plus en fortir, parce qu’il n’a pas la liberté de s’y retourner, & que fes nageoires & fa queue s’embarraifent dans les barreaux de la cage. Cependant il fait beaucoup de bruit en fe débattant. Auffi-tôt les pécheurs hilfentla cage, aifomment le poiifon, & le tirent par un des côtés de la cage qui s’ouvre comme une porte.
- Pêche aux najfes, qui fe fait en différents endroits.
- 0o. Il y a peu d’endroits à portée des étangs, des rivières, ou de la mer, dans lefquels on ne falfe quelques pèches avec les naifes.
- 01. A Gènes, on en fabrique de jonc , qu’on nornmebertavelles. On met du fromage en dedans pour appâts , & on en tend beaucoup à l’embouchure des rivières.
- 02. En Chypre, on fait de petites naifes aifez femblables aux bouraques , qui fervent à prendre de petits poiifons.
- 03. A Gibraltar, les naifes qu’on nomme najjelles font faites d’un jonc qui croit dans les marais. On y met pour appât quelque morceau de poiifon. On les lefte de pierres , & on les cale jufqu’à trente ou quarante braifes de profondeur. On y prend des cruftacés ou d’autres petits poiifons.
- 564. A Marvella, fur la côte de Grenade , outre les naifes ovales, ou en fait en forme de dôme, aifez femblables aux bouraques, qui ont environ deux pieds de haut fur un pied & demi de diamètre. On les lefte & on les cale avec une corde de iparte jufqu’à quarante braifes. O11 les y laiife la nuit, & on les releve le matin : 011 ne met en-dedans aucun appât. (80}
- 0^. On attache quelquefois au bout des verveux & des guideaux, de petites naifes pour recevoir le poiifon.
- 06. De même que nous n’avons parlé que des manches, guideaux & verveux fédentaires, nous ne parlons ici que des naifes fédentaires ; & nous renvoyons aux dragues ce que nous avons à dire de ces inftrumens quand 011 les traîne.
- (80) En Allemagne & en Suiflfe , les naf- fon , eft fur le côté , & l’embouchure C fe fes reffemblent aifez généralement à celles trouve au milieu de la naife. On s’en fert de la figure ç , pl. VI ; à ceci près, c’eft fur-tout pour la pèche des écreviifes. que l’ouverture , par où l’on retire le poif-
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- Se ct. IL De la pèche aux filets. a 19
- Article cinq_uieme.
- Des bourdigues, ou bordigues. (31)
- Ï67. Nous croyons devoir placer les bourdigues à la fuite des nafles * parce qu’eifeétivement ce font des naifes d’une grandeur immenfe, puifqrfil y en a de cinquante à foixante toifes de longueur fur vingt-cinq à trente toiles de largeur.
- 568. On n’en voit point aux environs d’Agde , ni à la Ciotat, niàMar-feille ; mais il y en a à Cette en Languedoc, ainfi qu’au Martigue en Provence, où font de grands étangs remplis d’eau falée, qui communiquent avec la mer par des canaux. Or , dans certaines faifons de l’année, le poilfon s’emprelfe de palier de la mer dans les étangs, pour y jeter fon frai ; & quand les fraîcheurs commencent à fe faire fentir, ces mêmes poilfons fortent des étangs pour gagner la nier & la grande eau. On ne s’oppofe point au palfage des poilfons de la mer dans les étangs j & c’eft avec grande raifon, puifque le poilfon entre dans les étangs pour frayer & multiplier fon elpece. D’ailleurs on fait que le poilfon eft de mauvaife qualité dans la faifon du frai. Mais quand les poilfons veulent retourner à la mer, 011 fait avec des cannes, des nalfes qui occupent toute la largeur du canal, dans lequel on forme encore avec des cannes, de grands goulets qui arrêtent le poilfon à fon retour à la mer. Voilà une idée générale des bourdigues : nous allons détailler leur conftru&ion; nous parlerons enfuite de leurs ufages.
- De l'établiffement & de la confiruttion des bourdigues.
- ^69. Nous avons déjà dit qu’on établilfait les bourdigues dans les canaux: AB (pi. VI, fig. 7) qui communiquent d’un étang falé A , à la mer B. Oit commence par drelfer une partie de ce canal CDEFG&HI; mais on perfectionne fur-tout la partie CD EF, parce que c’eft de ce côté qu’on doit établir l’entrée L &les autres ouvrages qui forment les bourdigues.
- Ï70. On revêt ce côté fuivant les matériaux que fournit le pays , avec des pierres, des pieux & des planches, ou des fafcinages.
- 571. On creufe cette partie du canal, pour que l’eau ait huit à dix pieds de profondeur5 & ce qu’on en retire eft employé à régaler les bords C G, ainfi que l’autre côté HI. On les nomme en Provence cèdes ; & à caufe de l’ébou-lement des terres, & des recrémens qui font charriés par l’eau qui coule de la
- (80 On ne connaît point cette forte de naiTes en Allemagne, où elles n’ont point de nom.
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- T R A I T E' DES REC H E S.
- mer à l’étang, ou de l’étang à la nier, on eft obligé de les curer tous les ans : ce qui fait une dépenfe coniidérable.
- ^72. On conftruitprès de là , fur un endroit un peu élevé , le logement des pécheurs : il confifte en une petitemaifon ou cabane , une eipece de halle, qui eft faite avec des poteaux & des traverfes menues, fur lefquelles 011 couche de mauvaifes cannes ; ce qui eft fuffifànt pour mettre les ouvriers qui forment les claies de cannes , à l’abri du foleil qui eft fort ardent dans ces provinces méridionales.
- 573. Ceux qui vendent les cannes aux propriétaires des bourdigues, les livrent avec leurs feuilles : la première opération, qui fe fait par des femmes , confifte à ôter ces feuilles avec des couteaux , couper les petites branches , enfin les nétoyer. A mefure qu’elles les nétoient, elles les arrangent par faifceaux.Les belles cannes doivent avoir huit ou dix pieds de longueur, plus ou moins, ce qui dépend de la profondeur des canaux où on établit les bourdigues ; car il faut que les cannes entrent d’environ neuf pouces dans le fond , pour réfifter aux efforts de l’eau & du vent dans les tems de tourmente. Elles doivent excéder d’environ cinq pieds la fuperficie de l’eau , pour que les muges ne puiflent pas fauter par-deffus. Au refte, elles doivent être droites, fortes , & point filandreufes.
- 574. Il eft de l’économie d’en employer de plus courtes, qu’011 entre-mêle avec les grandes, ce que certains ouvriers font plus adroitement que d’autres. Mais le clayonnage eft toujours alors moins folide.
- 575. Pour monter les cannes & en former des nattes affez femblables aux paillalfons que les jardiniers font avec de la paille longue, les ouvriers tendent fous la halle trois cordes d’auffe affez grolfes de ( pL VI, jîg. 6 ), qui font fermement affujetties à des piquets ; de forte que les cordes foient affez élevées pour que les ouvriers , étant aftis par terre, puiffent paffer leurs jambes défi-fous ; quatre ou au plus cinq pouces fuffifent. Ils tendent de même entre les groffes cordes de des cordes menues g/z, qui font aufti d’auffe.
- 576'. Les cordes de ne fervent qu’à foutenir les cannes qu’on pofera deffus ; & c’eft fur les cordes g h qu’on liera les e-annes. L’ouvrier aftis par terre, fait avec les ficelles fines un nœud fur les cordes g A, fimplement pour en arrêter le bout: il pofe de travers une canne, comme lm ; il l’entoure avec la ficelle, & il l’arrête fur les. cordes g h par un nœud coulant. Celle-ci étant arrêtée fur les deux cordes , il pofe une autre canne , puis une troifteme, une quatrième &c. jufqu’à ce qu’il foit arrivé au bout de la halle oppofé à celui par lequel il a commencé. Il roule enfuite cette natte de cannes pour en faire une botte, & il en fait une quantité fuffifante pour garnir toutes fes bourdigues : ce fera, à l’égard de celle que nous donnons pour exemple, plus de deux cents toifes courantes.
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- S E C T. II.
- De la pcchc aux fdets. 2 61
- 5 77. Pendant que des ouvriers travaillent aux nattes, d’autres préparent & appointiifent environ trois cents piquets, plus ou moins , fuivant l’étendue de ia bourdiguè. Ces piquets doivent avoir douze ou quinze pieds de longueur, fur iix , fept ou huit pouces de circonférence au milieu. Ils font ordinairement de pin. On prépare auili environ deux cents toifes courantes de perches qui peuvent avoir trois pouces de circonférence.
- ?78* Il faut que les piquets l’oient plus longs que les cannes ; parce qu’à la partie qui excede les cannes, en attache en hiver des cordes qui font amarrées à de gros piquets qu’on enfonce dans le terrein qui borde le canal.
- S79- Ces approvifionnemens , & d’autres , comme des liens , qui font in-difpenlàbles, étant faits , il faut monter la bourdiguè : & pour avoir la direction des cloifons qu’on nomme murailles , on plante un fort pieu en M , un autre en N , & un en O. Il y a fouvent de M à N cinquante à foixante toifes , 8c cent toifes de M à O. L’ouverture de la pointe du triangle en ü a environ quatre pouces ; celles des pointes X, trois pouces ; & les autres, deux pouces & demi, & même moins dans la fàifon des anguilles. Alors on ajoute à la tour O une efpece de nalfe P en verveux, pour recevoir les anguilles, qui y entrent par une très-petite ouverture : on nomme cette nalfeperitenne, &c. Ces efpeces de jalons donnent l’alignement de la fie de piquets M O , N O : on en met un en Q_, où doit être la grande entrée 5 puis on en met en X. Ces premières difpofitions étant faites , on plante les piquets de lix en lix pieds , fuivant l’alignement des premiers jalons , de M en O, de M en Q_, de N en O, de N en Çb
- 5 go. Ces pieux étant plantés bien d’alignement, & enfoncés d’une couple de pieds dans le terrein, on pofe les perches N O (/»/. VI, fg. g), horizontalement à peu près vers le milieu de la partie des pieux qui parait aiudeifus de l’eau : enliiite, ayant porté une botte de cannes lùr le lieu , on la déploie , on pofe les pièces de cannes le long des perches; on en enfonce le bas, d’environ lix pouces dans le terrein ; & 011 affermit les cannes en les liant fur les perches. L’été, on peut laiiler deux doigts d'intervalle entre les rofeaux ; mais l’hiver on en ajoute , pour qu’ils foient ferrés au point de 11e pas laiücr palier les plus petits poiifons.
- 581. On fait enfuiteavec des pieux pareils, 8c des claies, les petites fépa-rations en goulets XXX, &c. (pl. VI, fig- 7). Enfin on forme encore avec des pieux & des claies fembîables, des rélervoirs circulaires, qu’on nomme des tours, O S TM N. Quelquefois, pour décharger la tour O, où il fe ralfemble plus de poilfon qu’ailleurs , 011 fait à côté un réfer voir A , qu’on nomme la jèrve, & dans laquelle le poilfon de la tour O peut entrer. Quelques-uns en font autant auprès des tours S T.
- 582. Il ne faut pas que les bourdigues interrompent une petite navigation
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- TRAITE' DES PECHES.
- qui fe fait de l’étang à la mer. Pour cela, on 11e met point de pieux ni de claies à l’endroit Z , mais un fort filet qu’on voit aufîi en r, dans la figure 8, qui empêche le poiffon de paffer à côté de la bourdigue : & quand il fe préfente un bateau pour entrer ou pour fortir, les gardiens des bourdigues, qui veillent nuit & jour dans leur cabane pour ce fervice, lailfent tomber le filet au fond de l’eau ; & auffi-tôt que le bateau eft palfé, ils relevent le filet avec le fecours du virevaux I, qui eft établi à terre pour cetufage. Je vais rapporter les noms provençaux qu’on donne aux différentes parties des bourdigues.
- 583- La tour O fe nomme tour de dehors ; la naffe qui y répond, lapentenne ; le réfervoiriY, la ferve ; le dernier goulet X, demi-auveau ; les clayonnages qui le forment, le coutelet; la chambre qui eft entre les coutelets X, le petit haladou ; les goulets qui font au-deifous fe nomment embourigues ; la chambre comprile entre les embourigues X & Q_s’appelle grand baladou ; les retours de côté pour gagner les tours M & N, fe nomment requinquette ; en Q_eft la grande entrée. Les goulets X qui font à cette partie , fe nomment bouques & contre-banques ; les tours M N font dites reculadou; & le paffage Z , qui eft formé d’un filet, fe nomme capouLiere. A L eft le canal du côté de l’étang. La largeur des capoulieres doit être plus confidérable que celle des plus grands bateaux qui peuvent y paffer.
- 584- Comme les bateaux qui paffent dans ce canal pourraient endommager les tours S O , on y met une garde &&&, qui eft faite avec de forts pieux & des perches fans claies. Les petits bateaux qui vont pour vifiter les bourdigues & prendre le poiffon qui eft dans les tours, fuivent la route MS O-Y TN.
- De l'adminiftration des bourdigues.
- ï8f- Nous avons déjà dit que durant l’été les poiffons entrent dans les étangs, & que qnand les eaux commencent à devenir froides, ils fortent des étangs pour gagner la grande eau. Si la police 11e s’en mêlait pas , l’avidité mal entendue de quelques propriétaires de bourdigues les engagerait aies lailfer tendues prefque toute l’année. Mais la police oblige les propriétaires de bourdigues en Languedoc, de les tenir ouvertes au premier mars. En Provence , en vertu d’une concefîion des comtes de cette province, on n’ouvre les bourdigues que le 15 de mars, & elles reftent ouvertes jufqu’au 24 juin. Pendant les trois mois qu'elles font ouvertes, les officiers des amirautés obligent les propriétaires de déclore, c’eft-à-dire, ôter les rofeaux pour lailfer aux poiffons la liberté de paffer de la mer dans l’étang.
- En jetant les yeux fur les figures, on voit que les poiffons qui font engagés entre les deux grandes murailles M Q_, N Q_, faifant des efforts pour gagner la mer, traverfent la grande paffée Q^, & fe trouvent dans les paffes Q_X,
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- dites grand baladou. Ceux qui veulent rebroulfer chemin après avoir franchi les bouques & contrebouques ou les goulets XXX, entrent dans les coute-lets, & de là dans la tour M , ou dans celle N, qu’on nommere.culad.ou. Ceux qui fuivent leur route, franchilfent les embourigues ou les goulets qui font en XX, & ils fe trouvent dans une capacité XXX, qu’on nomme petit baladou ; d’où ils paifent dans la tour de dehors O, & la ferve Y. Si ce font des anguilles, elles paifent dans le verveux ou pentenne, qui communique avec la tour du dehors.
- 587- Les pécheurs des bourdigues, qui font ordinairement aux gages du propriétaire, vont de tems en tems dans un petit bateau prendre avec une pèchette (82) , qu’ils nomment coupdllon, le poilfon qui eft entré dans les tours. Comme le poilfon ne fouffre point dans les réfervoirs , ils ne font point aftreints à aller faire cette vilîteà certaines heures.
- Maniguyeres ou meynadieres.
- ï88- Les étangs qui fe trouvent au bord de la Méditerranée, font quelquefois féparés de la mer par une digue naturelle, qui a peu de largeur, & à laquelle on ajoute quelquefois des ouvrages pour la fortifier, ou pour la rendre plus régulière. Ces digues font traverfées par une coupure, qu’011 nomme grau. Cette communication eft trop courte & trop étroite pour qu’on puilfe établir en dedans une vraie bourdigue, pareille à celle que nous venons de décrire. Cependant 011 en profite pour prendre le poilfon qui cherche à palfer de l’étang à la mer. Pour cela, on fait devant le grau, & du côté de l’étang, une enceinte qu’on coupe en différens endroits, pour y placer de petits goulets de bourdigues, femblables à celui qui eft repréfenté dans la figure 8 ,/>/. FL Ces petites bourdigues font faites avec des pieux, des cannes & des traverfes, conformément à la defeription que nous en avons donnée ci-delfus.
- <f89- Les parties qui forment l’enceinte de la maniguyere, font faites avec des fagots de tamarife, retenus par des pieux & des perches. On ne laifle de vuide à ces palilfades que ce qu’il faut pour y former les petites bourdigues. Les poilfons qui veulent fortir de l’étang pour retourner à la mer, côtoient les palilfades, puis s’engagent dans les petites bourdigues, qui les arrêtent & les empêchent de pénétrer dans la maniguyere.
- 590. On établit ces maniguyeres dans les parties des étangs où il n’y a pas une grande épailfeur d’eau. On ne ménage point d’ouverture aux palif fades dans la route ouïe viage que pratiquent les bateaux plats qui naviguent
- (82) C’eft une truble.
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- TRAITE' Z> £ S PECHES.
- dans les étangs. Comme les branches du tamarifc font pliantes , & qu’elles ne rompent point, les bateaux palfent par-delfus , à des endroits où l’on a foin de tenir les fafcines prefque à fleur d’eau. Quand, le bateau eftpaffé,les branches fe relevent par leur reflort, fans que la maniguyere en foit endommagée.
- 591. Il y a des maniguyeres où l’on ménage à quelqu’endroit de la palif fade une ouverture , comme celle Z de la bourdigue (fig. 7) , & qu’on ferme de même avec une corde &un filet. D’autres maniguyeres font uniquement deftinées à prendre des anguilles. Mais en général les poiflons qu’on prend dans les bourdigues & les maniguyeres, font des dorades , des loups , & fur-tout des muges, dont les œufs fervent à faire lapoutargue, ainii que nous l’expliquerons dans l’article qui eft particuliérement deftiné à ce poiflon. Quand on fe propofe de prendre des anguilles & des fardines, on reflèrre les clayonnages.
- Des croîtfilles.
- 592. L’espece de pêcherie qu’on nomme en Languedoc croujilh, eft une enceinte qui peut avoir cinquante ou cinquante-cinq bralfes d’étendue. Elle eft faite avec de gros pieux, fur lefquels 011 tend des filets qu’on nomme paradieres. Il y a une efpece de parc qu’on nommeparadiere: nous en parlerons ailleurs. Pour ce qui eft de l’enceinte dont il s’agit ici, 011 forme une efpece de labyrinthe aux coins ; & au fond 011 ajufte des guideaux ou verveux, qu’on nomme ouves ou louves. Les mailles de ces manches de filets font très-ferrées , & celles des paradieres ont quatorze ou quinze lignes d’ouverture en quarré. La hauteur des paradieres eft d’environ cinq pieds. O11 tend ces pêcheries au bord des étangs faîés.
- 593. On y prend des loups, des muges , des plies , & principalement des anguilles. On doit les détendre dans le même tems qu’011 dépique ou déclôt les bourdigues , pour Iaiffer aux poilfons la liberté de remonter dans les étangs. J
- Difcujjion hifiorique fur la faifon de déclore les bourdigues, les maniguyeres
- '& les croujilles.
- 594. Apres ce que nous avons dit;, on conçoit qu’il eft'de la plus grande importance aux propriétaires des bourdigues de lailfeE'l’entrée des étangs ouverte dans la faifon où les poiflons quittent la grande eau pour remonter dans les étangs. Et c’eft pour cette raifon que, par des’réglemens qui fubfiftent depuis plus de deux iîecles, il eft ordonné de tenir e:i Provence les bourdigues ouvertes depuis le 15 du mois de mars, jufqu’au 24 juin.
- 595. Un intérêt mal entendu de quelques propriétaires, pour jouir du
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- bénéfice des bourdigues pendant le carême, les engagea en 172 f à demander qu’on n’ouvrit les bourdigues que le jour de pâque, en quelque tems qu’il arrivât. Ils prétendaient que l’ancienne ordonnance entendait le 1 $ de la lune, au lieu du 15 du mois folaire, paque étant fixé au dimanche qui fuit le 14 de la lune de mars. En requérant ce changement, on s’autorifait encore d’une ancienne charte latine qui portait qu’011 ferait tous les ans le jour de pâque la publication de l’ordre du roi, qui enjoint de déclore toutes les bourdigues, fans délai, à peine de 200 liv. d’amende.
- $96. MAis,lur ce qu’on prétend avoir obfervé que vers la mi-mars les poilfons fe préfentent pour entrer dans les étangs, on n’a rien changé à la police établie: vu que, li l’on faifait un obftacle à l’entrée du poiffon, les pofTelfeurs des bourdigues feraient une perte confidérable fur leur pêche l’année fuivante. On trouvera dans l’article des parcs quelques pêcheries qui ont du rapport avec celles dont nous venons de parler ( 83 )•
- Bourdigues du Martigue en Provence.
- fS> 7. M. de la Croix , commiffaire aux claffes , dont le département eft au Martigue, & qui prend un lingulier intérêt à la perfection de notre traité des pèches, ma envoyé le plan de la bourdigue du Martigue, dite du roi, qui eft en Provence. Elle ne différé pas beaucoup de celle que nous avons re-*-préfentée fur \&planche VI,fig. 7 : & quoique nous nous foyons propofé de donner une idée générale des bourdigues, & non d’une en particulier , nous avons jugé qu’on ne ferait pas fâché de connaître les dimenfions de celle du roi. D’ailleurs, M. de la Croix a employé, pour la defeription de cette bour^
- (8î) On pourrait établir des bourdigues fur toutes les côtes ; mais la conftruétion en eft fi difficile & l’entretien fi confidérable, que l’on ne s’en foucie pas. Dans le Nord , elles font inconnues , & l’on ne laifiè pas de prendre beaucoup de poiflon dans tous les étangs qui communiquent à la mer. M;-Schreber cite dans une note un paffage de Linné, voyage dans Piste d'Oeland, fur les côtes de Gothie , en Suede, p. 2Ç 7 de l’édition allemande. <{ On appelle Sjuftrômar ,, l’embouchure par laquelle le lac de Bo-„ gewick’ fe décharge dans la mer, à demi „ quart de mille de Slite. Le terrein qui ,, eft entre le lac & la mer peut avoir une „ demi portée de fulil. Il y a proprement Tome V.
- „ quatre canaux creufés de main d’homme, „ qui ont une corde de profondeur , & pas j, tout-à-fait deux cordes de largeur. Lorb „ que je les ai vus, l’eau ne s’élevait pas à „ plus d’une aune & demie au-deffus du „ fond. L’eau du lac fe décharge quelque-,3 fois dans la mer ; d’autres fois c’eft la mer ,, qui remonte dans le lac : ce font les vents ,, qui en décident, comme à Stokholm. ,, Quand le poiffon de mer apperqoit l’eau „ douce, il effaie d’entrer dans le canal & j, dans le lac, dont la pêche ap partient aux ,, payfans. Ils la font le plus aifément du „ monde, par le moyen des naffes, qu’ils „ pofent lorfqu’ils voient que le poiffon a ,3 remonté jufques-là
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- digue, tous les termes provençaux : au lieu que nous avions effayé, dans notre6 defcription, d’y fubftituer autant qu’il nous avait été poffible, des termes, qui puffent être entendus de tout le monde ; regardant comme avantageux de mettre notre ouvrage en état d’être lu par tous ceux qui défirent connaître les différentes façons de pêcher. Ainfi, quoiqu’on emploie d’autres termes en Languedoc qu’en Provence , pour exprimer les mêmes objets, nous avons cru qu’il ferait utile de faire connaître les expreflions qui font en ufage au. Martigue, où font établies les plus belles bourdigues. Enfin M. de la Croix nous fournit des détails fur la conftruélion des bourdigues , que nous n’avions préfentés que d’une façon générale-; & nous fournies charmés d’en faire part au public.
- 598- Nous avons dit que les bourdigues font des efpeees- de grandes naffes. formées de cannes, qu’on range les unes à côté des autres; qu’elles font réunies en forme de paillaffons avec des cordes qui tiennent & affujettiffent les cannes en différens endroits de leur longueur. Outre les cannes n (pi. VI> fig. 8 ) 5 on emploie, pour les fbutenir, des piquets^} avec des perches h hori-. fontales , qu’on voit auprès de o : &tout cela eft lié avec des cordes.
- 599. Il faut fe rappeller que ces pêcheries ne peuvent s’établir que dans; les canaux qui communiquent des étangs A,. à la mer B ( pi. VI, fig. 7);les Provençaux les nomment roubin&s. L’endroit fur lequel on établit la cabane R des pêcheurs. ,.fe nomme fiedes, du latin federe-. nous. Pavions trouvé ailleurs écrit cède.
- 600. Comme les cannes qu’on emploie à faire les bourdigues doivent être longues & fermes * on les plante dans des terres fubllancieufes, humides, mais point trop aquatiques. La plupart fe tirent des environs de Fréjus & de Saint-Tropez.
- 601. Les moyennes,. qu’on nomme mejanos , ont douze à quinze pans de longueur : le pan eft de neuf pouces. Elles coûtent 13 liv. le mille. Les grandes qui ont depuis dix-huit jufqu’à vingt-dejux, pans de longueur, coûtent fe double. ‘
- 602. Nous avons dit que des femmes emportaient _avec un couteau les feuilles & les branches latérales. Cette opération fe nomme plumer, & coûtent 1 o fols le mille.. On en taille le gros bout en bec de plume , avec une efpece de ferpe qu’on nomme coutel.
- 603. Ces opérations étant faites, on affemble les cannes avec des cordes
- ce qu’on appelle, ourdir.. ,
- 604. Presque toutes les cercles qu’011 emploie aux bourdigues font d’auffe oxx fpart : 011 les tire d’Alicante & de Carthagene ; & on en emploie ordinairement de trois fortes : lavoirr0.' la. Vignette, qu’on appelle auffi le brumet.; 2Ç. le baudau ; 39. \efilet prin.
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- 6by. La Vignette eft faite de quatre cordons 5 & chaque cordon eft compofé de deux fils commis enfemble, ou de deux fils de bitord commis en grelin ou cables. Sa groffeur eft'd’environ un pouce.
- 606. Le baudau ne différé du filet prin que par la groffeur ; le baudau ayant trois quarts de pouce de groffeur, & l’autre à peu près un demi pouce. Mais l’un & l’autre font faits de deux cordons commis enfemble.
- 607. Ces differentes cordes s’achètent par balles. La balle eft compofée d’un tiers de chaque efpece; & elle fe divife en deux parties, qu’011 nomme faix. Le faix de lignette contient deux douzaines de pièces, qu’on nomme majfes ; & chacune de ces maifes a environ quatorze cannes ou toifes de longueur. Il en eft de même du faix de baudau ; à cela près , que la maffe a vingt-deux cannes de longueur. Le faix du fil prin eft de quatre douzaines & demie de maifes 5 & chaque maife a vingt-quatre cannes de longueur. La balle coûte 18,20, ou 21 livres.
- 6o8- Les pieux ou piquets qu’on fait entrer dans le fond du terrein, & qui doivent foutenir les pièces de cannes, fe nommentpilotins-. Ces perchjes de pin ont fix à huit pouces de gros, fur feize à dix-huit pans de longueur au moins : on les acheté depuis foixante jufqu’à cent livres le cent s fuivant leur beauté.
- 609. Les perches horifontales qui font vis-à-vis âeo(pl. FI P fig. 8 ) fe nomment temples. Elles font ordinairement de faule, & les plus longues coûtent y à 6 liv. la douzaine.
- 610. Pour monter une bourdigue, il fufïit d’avoir deux filets. L’urt," qu’011 nomme panteno, eft une efpece de verveux P fpV FI,fig. 7) , qu’011 place tout-à-fait à l’extrémité de la bourdigue : on 11’ajoute cè filet que durant l’hiver. L’autre Z (pV FI, fig. 7) , ou r (fig. 8 ) ,fert pendant toute lafaifon de la pèche; 011 le nomme capouliere ; il eft fait de baudau d’auffe ; fa maille eft de quatre au pan. Il a plus ou moins de hauteur verticale, fuivant la profondeur de l’eau à l’entrée de la bourdigue : on le tient auffi plus ou moins long, fuivant la largeur qu’on juge à propos de donner pour le palfage des bateaux. La corde fur laquelle la tête de ce filet eft montée eft ordinairement un liban d’auffe, de quatre à cinq pouces de groffeur ; l’un des bouts de cette corde eft attaché à un fort pieu , nommé le prioé, qui termine l’enceinte de la bourdigue, comme 011 le voit en r (pl. Fl, fig. §). L’autre extrémité eft roulée fur un treuil I {fig. 7 ) , qu’on nomme moulinet ; & au Martigue, mou-linot. Quand on lâche le moulinet, le filet fe précipite au fond de l’eau, au moyen d’une pierre ou baudau , du poids de quinze à vingt livres , qui eft attachée au bout de la capouliere bppofé au moulinet : & après que le£ bateaux font paffés, on releve le filet en tournant le moulinet.
- ,611. Le liban ou la corde qui borde le bas du filet * eft chargée debaudes
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- ou pierres qui pefeut huit à dix livres chacune. Elles retiennent le pied du filet au fond de l’eau, ce qui fuffit pendant l’été : mais en hiver, on prend la précaution de l’attacher au fond de l’eau par des pique'ts , qui doivent ne point empêcher le palfage des bateaux. Pour cela, on attache fermement la corde qui borde le pied du filet à un pied ou dix-huit pouces de l’extrémité pointue du pilotin , dit ci-devant prioé9 & de même une autre piece que l’on place vis-à-vis, & fous le moulinet. Puis , fuivant la largeur du paifage, on attache encore ce liban à quelques autres piquets. Au-delTus de ces amarres, on fait avec une ferpe une entaille qui affaiblit les pilotins en cet endroit. On enfonce dans le terrein ces pilotins; & enfuite, en tirant de côté leur tète, on les rompt à l’endroit où l’on a fait l’entaille. De cette faqon, qui eft ingénieufe , le pied du filet eft arrêté à des pieux affez courts pour ne point empêcher le paffage des barques : ce qui fe fait d’autant plus aifément que le bois de pin fe rompt fans peine lorfqu’il eft fec.
- 6ï2. En parlant de l’elpece de halle qu’on conftruit auprès du logement des bourdigues, & qu’on appelle Vourdidou , nous avons omis de dire qu’il a environ foixante-douze pans de long fur trente de large; que les piquets dont cette elpece de halle eft formée, font diftribués à dix ou douze pans les uns des autres ; & qu’ils excédent d’une pareille hauteur la fuperficie du terrein. On met par-deffus de vieilles cannes de démolition de bourdigues ; ce qui fait la couverture de cet endroit.
- 613. Le fol ou plancher de l’ourdidou eft battu, & le plus uni qu’il foit poflîble. A fes deux extrémités, on plante de petits piquets , qu’011 nomme chevilles, qui n’excedent le terrein que d’un pan : ils font écartés les uns des autres de deux pans, & forment des files qui ont feize à dix-huit pans fuivant la largeur, & cinquante-fix à foixante dans le feus de la longueur.
- 614. Dans l’entre-deux de ces chevilles, on met fur toute la longueur de l’ourdidou, des faifceaux de cannes d’environ fept à huit pouces de diamètre : on les nomme condortes. Comme ces chevilles font correlpondantes la première d’une des extrémités à la première de l’autre, & de même à l’égard des fui-vantes, on y tend alternativement une corde de l’elpece qu’on nomme Vignettes, &une de celles qu’on appelle handaux. C’eft fur ces cordes que doivent être liées les cannes avec des bouts de ficelle ou filet prin, qu’on nomme hranco, pour former ce qu’on appelle les orduns.
- 61 f. En plaçant les cannes fur les cordes & fur les condortes, 011 obferve de mettre d’un même côté tous les bouts appointis , & de faqon que la partie appointie excede la première cheville.
- 616. L’ourdisseur , muni d’une poignée de bouts de ficelle , dite branco , coupés de la longueur d’environ trois pans, s’affied à terre fur un couffin à lune des extrémités de l’ourdidou , proche la première cheville. Il attache
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- par un nœud à la première corde, qui eft toujours une Vignette, un de ces branco ; enfuite il empoigne de la main gauche la première canne , laiffant en dehors le bout appoint! en bec de plume ; & de la main droite, il pafle le branco par-deifus la canne, pour l’arrêter fur la corde qui eft délions, au moyen d’un nœud coulant: il fait de même pour les cannes fuivantes. Lorf-qu’il en a ourdi un nombre fuffifant pour pouvoir s’alfeoir deffus, il fe place plus commodément, travaillant entre fes jambes, qu’il peut étendre , & dont il fe fert même pour approcher les cannes les unes après les autres, jufqu’à ce qu’il foit arrivé à la derniere.
- 617. Le premier ordun étant fini, c’eft-à-dire , quand les cannes font arrêtées fur une corde, il recommence, pour arrêter les mêmes cannes iùr une autre corde, de la même maniéré ; & il fait ce qu’on nomme le fécond ordun, puis le troilieme & le quatrième.
- 618. Il forme ainfi l’efpecede natte ou depaillalfon , qu’on nomme auvel. Le nombre des orduns n’eft pas déterminé : il y a des auvels qui en ont quatre, cinq, & jufqu’à neuf, fuivant la longueur des cannes , la place où 011 les def. tille, & la profondeur de l’eau.
- 619. On diftingue trois fortes d''auvel; favoir , auvel defèguerié, auvel courant, & auvel de canadon. La fêguerié eft, comme l’on dit, plus fiche; c’eft-à-dire , plus ferrée. Chaque canne s’y touche ; & quand la profondeur de l’eau exige des cannes 'de dix-huit à vingt-deux pans, cet auvel doit avoir huit orduns pour les bourdigues d’été, & neuf pour celles d’hiver. L’auvel courant ne différé de la féguerié , qu’en ce qu’il a un ordun de moins. 11 eft pref. que aulîi ferré pour les bourdigues d’hiver, n’y ayant que deux ou trois lignes d’intervalle entre chaque canne. Pour les bourdigues d’été, cet intervalle eft d’un pouce.
- 620. Il eft bon de remarquer qu’en ourdiffant l’auvel courant pour l’été , l’ourdiffeur , après avoir attaché la première canne , fait un nœud avec fa branco à la diftance d’un pouce fur la corde de deffous : après ce nœud, il ourdit la fécondé canne, & ainfi de fuites interpolant un nœud entre chaque canne.
- 621. L’auvel de canadon eft le moins fiée, ouïe moins ferré ; il n’a guere que fix orduns s fes cannes font à deux ou trois pouces les unes des autres : on les ourdit comme celles de l’auvel courant.
- 622. Chaque forte d’auvel a fa deftination particulière, & fa place afli-gnée dans la conftru&ion de la bourdigue. On n’emploie pas toujours l’auvel en entier s on en fait de plus courts de moitié , d’un quart, & même au-deffous. A mefure que les auveaux font faits, on les roule & 011 les couche les uns près des autres, les arrangeant de maniéré qu’on puiffe les lever dans l’ordre où ils doivent être placés.
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- 623. Les pilotins qui foutiennent les auveaux dans toute la longueur des bourdigues, font diftribués de cinq en cinq pans, & ployés en dehors. Pendant l’été ils font doublés d’un pilotin en dedans , feulement de dix en dix : mais en hiver, tous les pilotins font doubles i c’eft-à-dire, que l’un eft en dedans de la boiirdigue , & l’autre en dehors.
- 624.. A l’égard des perches horifontales, dites temples, qui s’étendent dans toute la longueur de la bourdigue , celles qu’on met auprès de la furface de l’eau font, comme nous l’avons dit, de branches de faule. Si l’on juge à propos d’en mettre plus haut, on les fait avec des cannes.
- 621). Nous allons terminer ces additions par une explication plus détaillée que nous 11e l’avons fait, des différentes parties qui forment une bourdigue ; en employant les termes provençaux que nous a fournis M. de la Croix.
- 626. O (pl. VI, fig.j) ^ ell la tour de dehors. Son entréefe nomme bou-chelk. P, ell la pantene ou panteno, qu’on 11e met qu’en hiver. On lui donne quelquefois des formes différentes, fuivant le goût des bourdiguers. Y, la ferve ou la contre-tour, qu’on ne met auffi qu’en hiver.La tour communique avec la ferve par une bouchelle ou goulet. Depuis O jufqu’en M, & depuis'Y juf-qu’en N , 011 voit laparey ou muraille de cannes, qui forme l’enceinte de la bourdigue : elle eft garnie de pilotins en dehors pendant l’été ; & on y en ajoute en dedans pour l’hiver , comme nous l’avons expliqué.
- 627. L’espace qui eft entre les tours O S T, fe nomme entrebouque. Outre les deux parois ou pareys, il eft encore fermé par les deux traverfes qui vont de S & T vers XX. Onapperqoit, dans l’intérieur, des ouvertures X XX, qui font formées par deux lignes courbes. Ce font des efpeces de goulets , qu’on nomme coutelas. Par leur moyen , le ppiifon qui eft dans l’entrebouque, î nfqu’il ne fait pas fa route pour entrer dans la tour du dehors O, peut paffer par les coutelets & fc rendre dans les tours ST, qu’on nomme requinquas.
- 62%. LEsbouchelles ou entrées de ces tours font fermées d’un côté par la muraille de la bourdigue, & de l’autre par les traverfes , qu’011 nomme de bon-que. On voit leurs coutelets en XX.
- 629. On ajoute quelquefois, pendant l’hiver, des ferves à côté des tours de re-quinquets ST, qui communiquent avec la tour par des bouchelles ou entrées.
- 630. A la pointe, qui eft formée par les deux traverfes de bouque , il y a quelquefois entre X & X une ouverture d’environ hx pans de largeur. En ce cas, on conftruit au milieu une elpece de coutelet ifolé & renverfé, qu’on nomme emboutigue. Il diminue la largeur de la paifée formée par les traverfes, & laiffe de chaque côté, pour le poiffon, une paifée qui a au plus un pan d’ouverture.
- 031. L’espace entre Q_& les tours ST, s’appelle grand bouladou.
- 632. A la bourdigue dite du roi, il y a, entre l’entrebouque & le grand
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- bouladou, une troifieme chambre intermédiaire, femblable au grand boifa-dou, mais plus petite. Ses tours fe nomment déatrouba,.
- 633. Cette chambre n’eft pas repréfentée fur notre planche VI, fig. y y parce qu’elle ne fe voit qu’a la bourdigue qui appartient à M. le duc de Villars, & qu’on nomme bcurdïgue du rci.
- 63%. Les tours de l’entrée MN, s’appellent reculadou; probablement parce-qu elles reçoivent le poiflon qui veut revenir vers l’étang.
- <5*3 f. Il n’y a qu’une de ces tours à la bourdigue du roi ; elle eft du côté de M , lafituation du terrein n’ayant pas permis d’en établir une fécondé au côté oppofé. Ainli cette partie , dans laquelle il n’y a point de coutelet, forme un eul-de-fac qu’011 appelle eifecftivement cul de traverfe.
- 636. Pour garantir la tour M d’être endommagée parles bateaux, an a mis du côté de cette tour une contre-garde ou paliflade, qu’on voit en & fur h planche VI. Elle elt élevée d’environ trente-fix pouces au-deifus de Peau* & éloignée d’environ deux toiles de la paroi de la bourdigue, pour la garantir du choc des bateaux qui palfent de l’étang à la mer.
- 637. Au-delà des tours dites reculadou, fontà droite & à gauche deux bouts de paliflades qu’on fait plus ou moins longues , dont les cannes font beaucoup moins ferrées qu’au corps de la bourdigue r on les nomme concédons.
- 6'38- En L eft la grande entrée pour le poilfon : on la nomme grande ven-gude. Z, eft le filet dit capouliere , qu’on abat pour laiifer paifer les bateaux ou bâtimens qui entrent & Portent de l’étang, & qu’on releve avec le moulinet t quand ils ont franchi le palfage. On voit en R la fede où eft le logement des; boiirdiguers.
- 639. Quelquefois la capouliere Z s’étend depuis là terre ferme jufqu’au dernier pilotin de la paliiîade, qu’on nomme comédon, ainfi qu’on le voit en r ( pi. VI, fig. g ). Cela dépend du palPage qu’on juge néceflàire pour les. bateaux qui font plus ou moins grands.
- 64.Q. La bourdigue du roi a environ 120 toifes de longueur, depuis là tour de reculadou M jufqu’à celle de dehors O 5 ce qui fiuffit pour donner une idée de l’étendue de la'plus grande bourdigue du Martigue.
- 641. Nous croyons à propos de faire obferver qu’on dit indiftinctement une bourdigue, & un bourdigue.
- Sorte de bourdigue que font les Feteres..
- 64.2. Uuistoire générale des voj&ges, in-40, tome III, pages 42d & 427 r rapporte d’après Loyer, que les Veteres, nation nombreufè, qui habite une grande partie delà riviere d’Ifîini, ne font leur pêche que dans les rivières r n’ofant pas s’expofer à la mer, qui eft fort orageufe fur cette côte ; & que cett-e nation fait des réfervoirs ou de grands enclos avec des rofeaux fouteirus pan
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- des pieux, dans les endroits où la riviviere a peu de profondeur. Ils n’y forment qu’une ouverture , par laquelle le poilfon entre de lui-même * & il fem-ble le plaire dans ces enclos. On va l’y pécher avec de petits rets , qui font faits de fil d’écorce. Ces pêcheurs font ainlî maîtres de choifir les poiifons qu’ils veulent, comme nous lefaifons dans nos réfervoirsf
- 643. Cette nation fait un grand commerce de poilfon avec les negres de la montagne, qui leur fournilfent en échange , du pain de millet, du riz & d’autres provilîons.
- Autre efpece de bourdigue. Extrait de Walther Raleigh, dans la collection des grands voyages de Debry.
- 644. Il y eft dit que les naturels de la Virginie enfoncent des baguettes dans l’eau pour former un clayonnage alfez femblable à celui des bourdigues : deux ailes embralfent toute la largeur d’une riviere, & elles aboutilfentà une elpece de labyrinthe, d’où le poûfonne pourrait fortir que difficilement.
- 64^. Les pêcheurs vont dans de petites pirogues, prendre avec une truble le poiifon qui y eft entré : pour cela, ils fuivent les révolutions que forment les claies.
- Pêche chinoise, qui a quelque rapport avec celles dont nous venons déparier.
- 646. On lit dans le voyage autour du monde, de Gemelli .Câreri, édition de Paris, 1727, tome IV, page 66, que les Chinois forment avec des arbrif-feaux comme de petits bois au milieu d’une riviere. Le poilfon s’y ralfemble pour fe mettre à l’ombre ; & quand les pêcheurs jugent qu’il y en a une bonne quantité, ils entourent le bois avec des paliffades de cannes, & ils prennent en fuite aifément le poilfon qui y eft renfermé.
- 647- Dans une lettre du P. Sicard, il eft dit (Mercure de France, avril 173 T > fupplêment ) que dans les lacs d’Egypte les pêcheurs entourent d’une feine ou long filet, des enceintes de jonc qu’ils ont plantées dans les lacs pour engager le poilfon à s’y ralfembler. Ces enceintes fe nomment gabeç. Chaque pêcheur eft propriétaire d’un ou plufieurs de ces gabez.
- Article sixième.
- Defcription d'une pêcherie quon établit aux arches des ponts des grandes rivières, (g 3)
- m. •>
- 648. Nous aurions du parler de cette façon dépêcher, à l’article où nous
- (80 On ne permet pas cette forte de milerablementla pêche. Les piquets enfon-pêche dans les rivières d’Allemagne. Elles cés dans les rivières, pourraient arrêter les interceptent le cours de l’eau , & détruifent glaces , & caufer de grands malheurs.
- avons
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- S e c t. II. De la pèche aux filets.
- avons traite des guideaux ; car les filets qu’on tend fur les ponts de Saint-Cloud, dePoilfy,&e. & que les pécheurs de ces endroits nomment dïguiaux , font de grands guideaux, ou des manches telles que A (pl. PII, fig. I ) , qui repréfentent le filet relevé j & on le voit étendu dans l’eau depuis B jufqu’en C Sa longueur ordinaire eft de cinquante-cinq pieds ; & la circonférence de fou embouchure, en fuppofant que la largeur E D de l’arche eft de trente-huit pieds , doit être de quatre-vingt pieds.
- 649. Le filet a (fig. 3 ) eft fait de très-gros fil retors, ou de bonne ficelle. Toute fon embouchure eft bordée d’une forte corde b c.
- 6>o. Pour tenir l’embouchure du filet ouverte, 011 fcelle aumaflifdes arches , à côté des éperons , des matreaux F (fig. 1 ), qui s’élèvent jufqu’à la hauteur de la naifïànce du parapet
- 651, On voit à lafigure 2, qui eft deffinée plus en grand, comment la corde qui borde le filet eft tendue fur les matreaux fi, pour que l’embouchure foifc tenue ouverte. Ainfi la portion b, qui doit demeurer tendue au niveau de la furface de l’eau , comme on le voit en E D (fig. 1 ) , eft arrêtée à un collier de corde dd (fig. 2) , qui embrafle le mât fi: & la portion de la bordure c (fig. 2,3), laquelle doit être tendue fur le fond de la riviere, eft indiquée par la ligne pon&uée E D (fig. 1 ), & tenue en cette fituation par un ajuftement plus compofé que le fimple collier de corde dd(fig. 2 ). Nous l’avons repré-fenté dans la figure 3,
- 6)2. La coupe du matreau F (fig. 1 ), eft repréfentée par fi (fig. 3). G (fig. 2,3 ), eft un morceau de bois qu’on appelle la courbequi eft eeintré pour embraifer une partie de la circonférence du matreau /. Aux deux extrémités h de cette courbe font des crochets, auxquels on attache, au moyen d’une aille de corde i, qu’011 nomme harviau, la bordure c du filet j laiffant en e (fig. 2 ) une portion de la bordure du filet, plus ou moins grande félon la profondeur de la riviere, pour former l’ouverture b c de l’embouchure du filet ; car il faut;Conce voir que la portion b de l’embouchure eft à la furlace de l’eau. La portion c repofe fur le fond, & la portion e demeure aux deux bouts à peu près verticalement /ce qui tient l’embouchure du filet plus ou moins ouverte, fui-vant que l’eau a plus ou moins de profondeur. Le piquet O, qu’on enfonce dans le terrein au milieu de l’ouverture de l’arche , comme 011 le voit figure 1, &fur lequel font des crochets ou des clous plus ou moins éloignés, fert à tenir l’entrée du filet égalert^ent ouverte au milieu &.aux extrémités. Derrière la courbe g eft une bride de fer k, dans l’œil de laquelle paife une Gorde ou une. cheville'de fer qui tient à4un bout de,chevron //> & à l’autre.extrèmité de ce, chevron, eft une grolfe corde m qu’on nomme 'leviert5 & qui fe yoit en G (fig. 1 ). Ces cordes, qui tiennent aux treuils ou moulinets H ( fig. 1 ) , fer-• vent à relever la bouche du filet quand on le juge à propos.
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- 653. Pour tendre un filet, on déroule les cables qui font fur les moulinets H. Le poids du filet de la corde qui en borde l’embouchure, & celui des chevrons l, font glifïer les collets d & i, quiembraffent le mâtf; & les deux cordes b c tombent à l’eau. Mettant le pied fur les chevilles n, on fait enfoncer la courbe g & tout ce qui en dépend, jufqu’au fond de l’eau i puis avec un croc, on place le collier </, de façon que la corde ^foit à trois ou quatre pouces fous l’eau , afin que la paille , les herbes , les copeaux de bois, enfin tous les corps légers qui flottent fur l’eau, paffent par-deffus le filet & ne s’entonnent point dedans.
- 6<) 4. L’embouchure du filet étant ainfi difpofée, avant de mettre la pointe du filet à l’eau , on y a attaché en C la corde K (fig. 1); & cette corde eft roulée fur un moulinet L qui eft établi au-delfus de la clef de l’arche. On déroule peu à peu la corde K. Des pêcheurs , qui font dans un bateau , & qui ont embarqué la naffe 3 bire ou bure (fig. 4 ), reçoivent la pointe du filet » & fe biffant aller au courant, ils étendent le filet à l’eau dans toute fa longueur. Alors ils détachent du filet la corde K ; & retenant dans le bateau le bout du filet, qui a environ deux pieds & demi d’ouverture, & qui peut fe fermer avec des cordons comme une bourfe, ils paffent la partie m de la bure dans le filet ; ils tirent les cordons de la bourfe qui ferrent la bure à l’endroit n (fig. 4) j ils bouchent l’ouverture o avec le tampon q ; celle r, avec un des tampons s ou enfin ils embraffent le cornioti p (fig. 4) avç.c une corde affez menue, qu’ils attachent aux mailles du filet en P ( fig. 1 ), à environ trois braffes de la bure. On ajoute cette corde pour que le cornion fe tienne dans une pofition perpendiculaire au courant. Sans cette corde , le cornion étant frappé par le courant, il fe mettroit dans fa direction, & alors il 11e produiroit pas l’effet qu’on en attend. Tout étant ainfi difpofé, on jette la bure à l’eau 5 & prenant l’extrémité de la corde K , qu’on a réfervée dans le bateau , on va l’attacher quelque part vers D ; puis on vifite l’embouchure du filet pour s’af. furer flelle eft bien difpofée , comme nous l’avons dit. Le filet refte en cet état dans la riviere douze ou dix-huit heures , jamais plus de vingt-quatre, fur-tout durant l’été, parce qu’un plus long féjour'le fatiguerait beaucoup.
- ^5 f • Quand on veut relever le filet, on prend dans le bateau la corde K ; on fe tranfporte à l’endroit où eft la bure , on la faifît avec un croc , & on la met dans le bateau ; on ouvre l’extrémité du filet pour en dégager la bure, & l’on attaehe le bout C du filet à l’extrémité de la corde K; puis on fuit la petite corde qui répond du cornion au filet, & on la détache 5 alors on tire le poif-fon qui eft dans la bure ainfi que dans le cornion. Sur-le-champ, en tournant fe moulinet L, on haie fur la corde K, &’on releve la pointe C du filet, qu’on ramatfe dans le bateau. A mefiire que les pêcheurs l’embarquent, ils le fe-couentpour faire tomber les immondices dans la partie évafée'du filet. Lorfi
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- qu’ils font rendus auprès de l’arche , comme eft le bateau M, en tournant le moulinet L, on éleve la pointe du filet 5 & quand elle eft à peu près à la hauteur de l’arche, pour ôter du filet toutes les immondices quife font ralfem-blées à la partie évafée, on détache un des côtés, par exemple , celui qui eft marqué E. Le courant range alors le filet vers D. La bouche du filet étant lâche, les pêcheurs en tirent la plus grande partie des immondices, puis ils vont rattacher en E le filet comme il Fétoit. Enfuite fe portant au côté D, ils détachent le filet, qui va de lui-même fe ranger au côté Ej ils en tirent les immondices, & viennent le rattacher en D : enfin, au moyen du moulinet L, ils l’élevent jufqu’à ce que l’embouchure foit au-delfus de l’eau. Pour cela, la pointe du filet fe roule fur le moulinet comme la corde.
- 6^6. Quand on a amené l’embouchure du filet au-delfus du niveau de l’eau , ceux qui font au moulinet, en embarrent les leviers avec la commende ou eillere C (fig. ï ) ; & ayant palfé deux menus cordages, l’un à droite, l’autre à gauche, entre les mailles à environ un tiers de l’épaiflèur du filet, ils lient les cordes Q_(/g* 1 ) aux montans des potences du moulinet, comme en D {fig. 5 ). Le filet étant ainfi fulpendu par les cordes Q_{fig- 1 ), on déroule le moulinet, & on laiife pendre la pointe du filet, comme on le voit en R {fig. 1 ). Alors le filet eft étendu & en état de fe fécher.
- 6<j7. La nalfe qu’on appelle la bure, ailleurs la bire, eft faite d’ofier. Son embouchure m {fig. 4) , a deux pieds de diamètre: elle eft bordée d’un alfez gros bourrelet, & le rétrécit en approchant de la partie nn, qu’on nomme le grand corps. Le dedans de cette capacité eft terminé par un large goulet. Le grand corps nn fe rétrécit pour former comme le col d’une bouteille, vers o; & on ferme cet endroit par un tampon q. Sur le côté de ce grand corps qui a fix pieds de longueur, eft ajuftée une petite nalfe de quatre pieds & demi de long, qu’on appelle le cornion, comme nous l’avons dit j le grand corps conu munique avec le cornion par un goulet qui eft alfez étroit. L’ouverture r du cornion eft fermée par un tampon 5 ou t ; & pour prévenir qu’on ne vienne pendant la nuit en tirer le poilfon , le tampon eft traverfé par une cheville de fer u , qui porte un œil pour recevoir un cadenas.
- 65 8* On met le cornion fur le côté, & non pas au bout du grand corps j afin que les ordures qui s’entonnent dans la bure ne l’cmplilfent pas , & que les poilfons qui font dans la capacité du grand corps s’entonnent dans le cornion , où ils relient pris.
- 659. La figure 5 repréfente en grand un des moulinets H ou L {fig. 1 ). A A {fig. 5 ) repréfente»une portion du parapet. D B , D B , font des potences appuyées contre le parapet A A ; elles fervent à porter le rouleau du moulinet ou treuil hors de l’à-plomb du pont. E E font les bras ou leviers qui fervent à tourner le treuil. On voit en Cune commende que les bateliers nomment
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- eiltere-i elle. faifit, quand on veut, un des leviers , & fert à arrêter le treuil à volonté , pour foutenir le filet à la hauteur qu’on juge convenable.
- 660. Les, mailles du filet ont plus de quatre pouces d’ouverture èn quatre auprès de l’embouchure ; elles fe rétrécirent peu à peu, à mefure qu’on approche de la pointe.
- 661. Les pêcheurs tannent leurs filets, & les confervent avec foini' car chaque filet coûte quarante ou cinquante écus.
- Article septième.
- Des petites bourdigues que Ion tend dans la Camargue\
- 662. En traverfant autrefois la Camargue (8 5), j’avais fait peu d’attention aux bourdigues de ce canton fingulier. M. de Lamoignon de Malesherbes, premier préfident de la cour des aides de Paris,y ayant palfé depuis peu, quoique rapidement, co-nfervait une, alfez jufte idée de ces bourdigues , pour me faire fentir qu’elles différent de celles.de Provence & de Languedoc, dont nous avons parlé dans l’article V. Ce magiftrat,toujours.zélé pour venir au fecours de ceux qui s’occupent de travaux utiles, s’offrit obligeamment à procurer des notions plus circonftanciées, & nous mettre ainfi en état de faire connaître cette efpece de pêcherie..
- 663. M. de Malesherbes s’eft adrelfé pour cela à M. Pomme, célébré médecin, quia fait palfer en Camargue aux propriétaires des principales bourdigues , un mémoire de queftions (*). C’eft d’après les réponfes qu’on a bien youlu y faire, que nous allons décrire ces pêcheries.
- * 664. Quoique ces mémoires nous foient parvenus un peu tard, nous pouvons heureufement les placer avant le quatrième chapitre.
- 66 La Camargue eft un terrein renfermé, au levant &au couchant, entre deux bras du Rhône, & qui s’étend au midi jufqu’à la mer par une plage aifez étendue. Le refte de ce terrein eft en.tre-mèlé d’étangs. & de marais. Cette isle eft fort ancienne; mais il eft probable qu’elle a pris de l’étendue parles recré-mens du Rhône, & encore plus par ceux de la mer, d’autant que tout le fond de la Camargue eftfalé,à la réferve d’une couche de terre de la fuperficie., qui n’a guere que l’épailfeur d’un fer de beche :& la nature de cette coucho de terre varie fuivant les elpeces de dépôts qui ont dû y être apportés en dif-
- (80 Petit pays, renfermé entre les bras à Arles , & M. le marquis de Mejanes , fei-du Rhône, & fon embouchure, dans la gneur delà terre du Baron, où eft une bour-BalTe-lProvence. digue confidérable , ont bien voulu procu-
- (*) M. de Nicolai, aïïbcié honoraire de rer à M. de Malesherbes les éclairciffemens; îaeadémie des bellesdettres , qui demeure qu’il délirait.. ^
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- ferens'tems. Une remarque qui donne de la vraifemblance à cette conje&ure » eft que le milieu de l’isle eft plus bas que fes bords , & qu’il eft occupé par des étangs & des marais, dont quelques-unes s’étendent prefque jufqu’à ïa mer.
- 666. Ces étangs & marais produifent des herbes falées : & fans les travaux qu’on y a faits, ils ne contiendraient que de l’eau très-falée j parce que quand la mer fe gonfle, lorfqu’il régné des vents du large qui portent à la côte-, les flots couvrent la plage rafe qui eft du côté de la mer , d’où cette eau communique dans les lieux bas ,foit directement, foit par des communications qui s’étendent d’un marais ou d’un étang à un autre. Si les chofes étaient reliées dans cet état naturel, l’isle 11e pourrait pas nourrir debeftiaux, faute d’eau douce pour les abreuver. Comme l’eau très-falée détruit toutes les herbes propres à la nourriture du bétail, il n’y aurait point de pâturage, & les poiffons d’eau douce ne pourraient y fublifter. On a remédié à ces inconvéniens , en introduifant des eaux douces du Rhône dans les étangs & les marais, par de petits canaux qu’on nomme robines. Ces canaux', faits à bras d’hommes , s’étendent depuis le Rhône jufqu’au bas-fond, où l’on fe propofe de diminuer
- . la lalure de l’eau. Leur profondeur eft déterminée par le niveau des plus baffes eaux du Rhône, & on proportionne leur largeur à l’étendue des bas-fonds où on les fait aboutir, & à la pente qu’il eft poffible de fe procurer ; car 011 peut les tenir plus étroits quand l’eau y coule avec rapidité.
- 667. Les eaux des pluies diminuent fenllblement la falure des eaux qui s’amaffent dans les bas-fonds, ainfi que celle des terres qui ne font point fubmergées. Il femble même qu’elles forcent l’eau falée de defcendre : car pour peu qu’011 fouille la terre , on y trouve une eau très-falée.
- 668- On ne court aucun riique d’introduire beaucoup d’eau douce dans les étangs. En conféquence, on doit toujours tenir les robines bien nettes d’herbes & de vafe. Cependant, quand l’eau du Rhône eft fort élevée , celle quipafferait avec rapidité dans les robines, pourrait endommager les petites bourdigues qu’on y établit. C’eft pourquoi, à la naiffance des robines, du côté du Rhône , 011 bâtit des éclufes, qu’on ferme en'tout ou en partie quand on s’apperçoit que le courant devient trop rapide. . ,
- 669. Quoi qu’il en foit, pour péu qu’il tombe de pluie, & au moyen des robines bien tenues, on parvient à avoir de l’eau affez douce dans l’isle, pour abreuver les beftiaux, & pour faire croître de l’herbe. D’après les obfervations. très-curieufes que M. le président de/Malesherbes a faites aux fources falées de Sallies en Béarn (*), je foupçonne que les eaux douces des pluies, ainii que
- (*) Il y a à Saîlîes en Béarn , des fources quand il s’en eft amaffé une certaine quarr-d’eau, falée , dont on raflemble l’eau dans tité vpn l’évapore pour en retirer le fei, un grand rélervoir qui eft en plein air ; & Comme ce referyoir eft ù ciel .ouvert., il
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- celles qu’on'tite du Rhône, nagent fur l’eaufalée, qui eft "plus pefante : ce qui fait que l’eau douce de la fuperficie fert à abreuver les beftiaux, à nourrir lespoilfons d’eau douce , & à rendre les prairies fertiles : car il eft de fait, que l’eau de la mer pure & très-filée, fait périr toutes les herbes dans les endroits qu’elle inondes au lieu que l’eau Amplement faumâtre augmente leur fertilité.
- 670. Par le moyen des robines bien entretenues, & avec le fecours des eaux pluviales, ceux qui font propriétaires de grands terreins parviennent à former des haras, & à élever de grands troupeaux de bêtes à cornes, qui n étant point accoutumées avec les hommes, contrarient un caradere fau-vage, qu’on a quelquefois de la peine à leur faire perdre. Il s’élève encore dans ces étangs ainfi adoucis,une quantité énorme de poilfons d’eau douce ; principalement des carpes, des brochets, des tanches & des anguilles, qui paffent du Rhône dans les étangs, pour y dépofer leur frai.
- 671. Mais durant les chaleurs de l’été, comme il fe fait une grande évaporation d’eau douce, que fouvent il tombe peu d’eau du ciel, & que les eaux du Rhône étant balfes, les robines en fournilfent peu; les étangs deviennent falés, & les poilfons en fortent pour gagner l’eau douce qu’ils trouvent dans le Rhône.
- 672. C’est dans ces trajets, tant du Rhône aux étangs , que des étangs au Rhône, qu’on prend ime multitude immenfe de poilfons, en établilfant de petites bourdigues dans les robines. O11 les conllruit comme les grandes , avec des palilfades de cannes , qui forment deux entonnoirs A & B, dont les extrémités pointues G fe regardent; & les embouchures A & B , qui occupent toute la largeur des robines, laquelle eft de fix ou fept pieds, font oppofées ; l’une étant tournée du côté des étangs, & l’autre du côté du Rhône. Ainfi elles peuvent recevoir également les poilfons qui veulent palfer du Rhône aux étangs., & ceux qui prennent leur route des étangs vers le Rhône. Chaque
- reçoit l’eau de la pluie ; & on ferait porté à croire que la falure de l’eau dés fources en ferait affaiblie. Il eft cependant d’expérience qu’elle I’eft fort peu , & que l’eau douce flotte fur l’eau falée fans qu’il fe faffe prefque de mélange.
- Quand il a plu affez abondamment pour diftinguer la couche d’eau douce de l’eau falée des fources, on jette des œufs dans le balfin ; ils entrent dans l’eau douce jufqu’à ce qu’ils foierft parvenus à l’eau falée , fur laquelle ils flottent : alors on puife avec des féaux l’eau douce, on la jette ; & quand on
- i v •
- eft arrivé à l’eau falée , on la met foigneu. fanent à part, pour l’évaporer. M. le préfi-dent de Malesherbes a fait des expériences dans des vafes de cryftal , qui ont confirmé l’obfervation qu'il avait faite à Sallies , & qui prouvent que la différence de pefanteur fpécifique de, l’eau falée & de l’eau douce eft affezconfidérable pour que ces deux eaux ne fe mêlent enfemble que difficilement. Ce fait paraît avoir lieu dans la Camargue , où l’on obferve que les eaux de pluies & les eaux douces du Rhône flottent fur l’eau falée , qui imbibe tout le terrein.
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- . S e c t. IL De la pêche aux fiefs.
- entonnoir a une toife de longueur ; & de la pointe d’un entonnoir à celle de l’autre, il y a une toife de diftance: ce qui forme la chambre D de la bour-digue. Chaque bourdigue occupe donc trois toifes de longueur dans la robine où on l’établit.
- 673. On a foin que le haut des cannes s’élève de deux pieds & demi ou trois pieds au - delfus du niveau des plus grandes eaux ; fans cela, les carpes Muteraient par-delfus. Encore y ajoute-t-on prefque toujours une efpece d’auvent, qu’on forme avec des rames ou avec des baguettes difpofées en maniéré dé claie. On a foin que les cannes foient rangées près à près, enforte qu’elles puilfent retenir même des poiffons affez petits, mais jamais empêcher que les anguilles de grolfeur ordinaire ne s’échappent. Il eft donc fenfible qu’un des entonnoirs, comme A, eft deftiné à recevoir les poiifons qui veulent pafler du Rhône dans l’étang; & l’autre B, qui eft dans une pofition contraire , reçoit les poiifons qui veulent retourner de l’étang dans le Rhône. Quand les uns & les autres ont franchi le bout étroit C des entonnoirs, & qu’ils fe font rendus dans la chambre D , ils n’en peuvent fortir; non-feulement parce que ces palfages font étroits, mais encore parce qu’on met au devant une canne mobile , qui permet aux poiifons d’entrer dans la bourdigue , & qui s’oppofe à ce qu’ils en fortent. Comme il faut que cette ouverture étroite C foit d’une grandeur aifez précife , telle que d’environ trois pouces , on la rétrécit, fi elle eft trop ouverte , en rapprochant l’un de l’autre avec un lien de fil d’auffe les deux piquets qui font à l’entrée. Si au contraire elle était trop étroite, on l’élargirait en mettant entre les deux piquets une petite planche de bois , qui les forcerait de s’écarter. On doit encore avoir l’attention , en formant l’extrémité des entonnoirs, de prolonger un peu le bout étroit qui eft vers C; parce que les poiifons qui fe font une fois engagés dans ce paiîage étrqit ne pouvant s’y retourner, ils font obligés de continuer leur route, & d’entrer dans la chambre D de la bourdigue.
- - 674. Il eft for-tout important que la partie évafée AB, foit folidement établie , pour réfifter aux efforts que les poiifons , & particuliérement les carpes , font pour fortir de la bourdigue t car les carpes favent fe former une route dans la vafe, pour échapper, foit entre la bourdigue & les bords du canal, foit par-deifous les cannes.
- 675. J’en ai vu qui, pour s’échapper d un vivier affeç grand où je les avais mis, font parvenus à traverlèr une chauffée de cinq à fix toifes de largeur, en fe frayant une route dans la terre qui était vafeufe & hume&ée. On 11’eft parvenu à empêcher le» poiffon de s’échapper des bourdigues , qu’en revêtiffant exaélement avec des planches, oudes pierres , le fond & les côtés des robi-nes, dans l’étendue des trois toifes qui font occupées par ces pêcheries.
- 676. Les entonnoirs de ces petites bourdigues, ainfi que les parois de
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- TRAITE ' £ ÆS PECHES.
- celles du Martigue ,>font faits avec des cannes. Mais celles de la Camargue font moins longues, & grofles feulement comme le doigt. Du relie , elles font liées de même fur trois cordes d’auffe, & en outre fur deux rangs de penches : & le tout eft aifujetti dans les robines , par des pieux qu’on enfonce dans le terrein. Nous n’entrerons pas dans de plus grands détails fur la conftru&ion des bourdigues de la Camargue , qui, à la grandeur près , reffemblent à celles de Provence & de Languedoc. Seulement , comme les robines ont peu de largeur, on affermit quelquefois les cannes par des perches qui traverïènt les robines en s’étendant d’un bord à l’autre. Quelques-uns encore, pour rendre leurs bourdigues plus folides , les font en fer avec du petit carillon. Toutes ces précautions varient, & font fort arbitraires. Pourvu que l’établilfement des bourdigues foit folide, il eft alfez indifférent quel moyen on emploie pour y parvenir. Ilfuffit qu’on puiffe retenir le poiffon qui s’amaffe dans la chambre D, quelquefois en auffi grande abondance que le font ceux qu’on réferve dans les boutiques ou bafcules, en attendant la vente : car ces petites pêcheries produifent un revenu confidérable aux propriétaires, lorfqu’elles font tenues en bon état ; ce qui, à la vérité, exige des frais.
- , 677. On a vu, par ce que nous avons dit des grandes bourdigues de Provence & de Languedoc, qu’on n’y prend que des poiffons de mer : celles de la Camargue ne fourniffent que du poiffon d’eau douce.
- . 678. Dans les grandes bourdigues, on arrête le poiffon lorfqu’ilfort des étangs pour retourner .à la mer; &l’on oblige les propriétaires de tenir leurs bourdigues ouvertes, dans la faifon où les poilfons paffent delà mer dans les étangs :-au contraire, on arrête le poiflon dans les pêcheries de la Camargue , foit lorfqu’il pafle du.Rhône dans les étangs, foit quand il fort des étangs pour regagner le Rhône; & chacun eft maître de tenir fes bourdigues fermées tant qu’ilil.e juge’à propos. "Cependant b, comme il eft évident que fi l’on empêchait le poiffon de pafler dans les'étangs, il ne s’y multiplierait ^point, & qu’on, perdrait toifte ia'vpèche qu’on doit faire au retour,, if y,-a jdes. propriétaires qui laiflentîhmrs; bourdigues ouvertes dans les laitons ôù les (poiffons: vontemplus grande quantité fe rendre aux étangs,, ! b no -.mol '
- .,0679. On a foin d’avoir à l’embouchure, des bourdigues dans le Rhône, des bafcules où l’on dépofe le poiffon auiîi-tôt qu’il eft pris, pour le tranfporter par eau* à Beaucaire ,.à'<Avignon, & aux autres endroits où l’on juge qu’011 en trouvera le débit. • *, v .b ••• n . -{|.», ’,
- 680. On prend le, poiffon dans le^ bourdigues, avec des 'trahies femblables à celle qui eft repréfentée pl.IVioy&. allez ordinairement;la pèche fe fait par deux hommes, dont chacun a une-truble. , -, ,
- 681 . Outre les robines. dont nous avons parlé, on forme, dans les grandes herbes des marais , plusieurs routes., femblables à celle qui eft indiquée
- par
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- S e c t. IL De la pêche aux filets'. 2%t
- par les lettres A A, dans la planche 9 ; on y tend clés filets pour arrêter
- les poiffons, qui fe plaifent à fuivre ces routes nétoyées'd’herbes. On y prend fpécialement des brochets & des anguilles , qui ne peuvent être arrêtés par les cannes. Ces filets font l’office des pantennes qu’on met à l’extrémité des grandes bourdigues, comme on le voit en P (pl. VI, fig. 7).
- 6$2. Il y a à la Camargue des étangs Paies près de la mer » dans lefquels 011 introduit de l’eau douce par des canaux. Onîe procure ainfi facilement des anguilles & des muges, qui remontent dans les marais lorfqu’on peut les faire communiquer avec les étangs.
- Le Rhône.
- D
- B
- Détang.
- CHAPITRE (QUATRIEME.
- Des tentes 3 ou étentes, à la baffe eau fur piquets.
- 683- Ces pèches fe font fur les côtes où la mer découvre, en fe retirant, un plus ou moins grand efpace de terrein : & le but général qu’on fe propofe, eh de retenir au retour de la marée , le poiifon qui a fuivi le flot de la marée montante. On tend pour cela, de mer .bafle, fur la plage que la niera abandonnée , des filets qu’on dilpofe en bien des façons différentes : ce qui a donné lieu à plusieurs maniérés de pêcher, auxquelles on a attribué des noms particuliers ; tels que ravoir , grands & petits rieux, folles tendues fur piquets , &c.
- 684. Nous ne nous propofons de parler préfentement que des filets en nappe, fimples ou.trémaillés , tendus verticalement fur dés piquets ou perches qu’on enfonce dans le terrein, en ligne droite ou autre nient!;
- 685. Les pêcheurs Picards nomment palis, les étentes dont lâ direction
- eh bien -droite :• & ce .nom leur convient aifez, puifqu’elles forment çommé des paliflades.de jardin. Ce que nous ayons à ,dffie de ces tentes fimples*, nous conduira à parler, dans le cinquième chapitre, des. différentes efpeces de parcs, qui font prefque tous des étentes plus .compofées, & qui exigeront de grands détails. ,i( ' . ,5;- • ~!f)y/ ..
- Idée générale des1 filets dont Aïl fiera queftibrfdans les- chapitres fuivans.
- 6%6. Quoiqtje nous nôus^pfôpofions de détailler, avec foin la forme des Tome V. N n
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- T R A I T IV B E S P E C II E S
- filets, à mefure quebious parlerons de leurs ufages, nous avons cru devoir aux ledeurs qui n’en ont aucune coni^ailfance, de commencer par leur en donner une idée générale. '
- 687- Le plus fimple des filets tendus verticalement en napp'e, eft celui
- qu’on nomme feine, ou ferme-, grand filet, grand rets ( ), &c. Comme il
- doit arrêter tous les poilTons qui fe rencontrent à fou palfiage , on peut y employer indiftindement des mailles de toutes grandeurs, pourvu que les poilTons qu’on fe propofe de prendre, ne puilfent point palier au travers.
- 688- Les filets qu’on appelle manets fur beaucoup de nos côtes , font aulfi de (impies nappes , mais dont les mailles doivent être d’une ouverture proportionnée à 4a groiTeur des "poilTons que l’on veut prendre: car il faut que ces poilTons puilfent s’y mailler; c’eft-à-dire, que les mailles doivent être alfez larges pour, admettre la tète du poilfon, mais non pas leur corps qui eft plus gros 3 afin qu’ils foient arrêtés par les ouies , lorfqu’ils voudront fe retirer des mailles où ils étaient engagés.
- 6%$. On apperqoit aifément que plufieurs poilTons , tels que les raies & les turbots ,. ont une forme peu propre à s’emmailler. Les pêcheurs ont eu l’induftriê defurmonter cette difficulté : car ayant remarqué que ces poilTons , au lieu de changer de route, quand ils rencontrent un filet, s’agitent pour vaincre l’obftacle , ils ont imaginé de leur préfenter des filets très-fouples, faits de fil fin, & tendus mollement, afin qu’ils puflent s’y envelopper en s’agitant. Ainfi, plus ces filets, qu’on nomme folles, font déliés, enforte cependant que leur fil ne rompe pas5 plus encore les mailles font grandes, pourvu que'les poilTons 11e puilfent pas les franchir; enfin, plus le filet fait d’inflexions , pourvu qu’il ne fe couche*point furie tèrrein; plus ces rets font convenables pour prendre des poilTons plats.' ,ij
- 690. CÎETTE précilion, qui eft fur-tout néceflaire quand on veut prendre des poilTons d’un certain genre & d’une grofleür déterminée, n’a point fait abandonner ces fortes de filets ; mais elle a pu donner lieu d’en imaginer d’autres, qui ont la propriété d’arrêter toute forte de poilTons , fans diftindion de forme , ni de grolfeur, & qui lès arrêtent de quelque côté qu’ils donnent dans le filet. ' . yr T''’ a; '
- ^91. 'Ces ’rets , qu’on nommé trémàils ou tramaux, & dont'nous avons déjà parlé'dans le premiér chapitré'de cette fedion, font formes de trois nappes po fées immédiatement les unes furies autres. Deux de ces nappes, qu’on nomme hamaux , font faites de fil fort, & ont leurs mailles affez grandes pour recevoir des poilTons de différentes grolfeur s. Entre ces deux nappes eft. la troifieme, appellée fiue fur les côtes de.,l’Océan s laquelle eft d’un fil
- (g6) En allemand , ein G arm mit imbeJHmmten Mafcheru f aT.' :
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- Sect. II. De la pêche aux filets.
- fin, & dont les mailles font beaucoup plus étroites que celles des hamaux. Comme cette nappe doit flotter entre les deux autres, on la fait plus ample : ainfi , quand un poiflon donne dans la flue, elle prête j & étant reçue dans les grandes mailles des hamaux, elle forme une bourfe où les poiflons fe trouvent arrêtés.
- 692. Il y a bien des maniérés de tendre les divers filets qui ont rapport à ces quatre genres, & auxquels 011 a donné différentes dénominations. Chacune des pratiques que l’on y fuit, a des avantages qui lui font propres , & que nous effaierons de rendre fenfibles dans les chapitres fuivans.
- Article premier.
- Des ravoir s, ou des rets entre-Veau.
- 69%. Les ravoirs font de petites pêcheries qu’on établit aux embouchures des rivières, fur les écorces des bancs , & à la chûte des marées ; en un mot, dans les endroits où il fe forme des courans ou ravins, qu’on nomme fur quelques côtes, ravoirs, ainfi que les filets qu’on y tend.
- 694. Il y a beaucoup d’endroits propres à cette pêche, fur-tout auprès de l’embouchure des grandes rivières. Nous nous contenterons de citer la côte de Saint - Valéry , qui eft très-favorable, attendu la quantité de bancs dont l’embouchure de la Somme eft remplie.
- Des ravoirs Jimples.
- 69 5. Pour former les pêcheries nommées ravoirs, on plante furie fond, des piquets qui l’excedent d’environ trois pieds. Ces piquets font rangés en ligne droite , en forme de paliffade, comme on les voit au haut de la pl. VIH, fig. 1 ; & 011 les dirige toujours de fa-çon qu’ils foient perpendiculaires au courant, ou parallèles à la laifle de baffe mer. Affez fouvent on en forme plu-fieurs rangées parallèles, qu’011 place à une petite diftance les unes des autres , pour que le fécond filet puifle arrêter le poiflon qui aura échappé au premier, & qu’il en foit de même du troifieme, à l’égard du fécond.
- 696. Lorsque les pêcheurs plantent leurs piquets fur des fables mou-vans , ils en garniffent le bas avec des torches de paille ou d’herbes feches ; ce qui contribue à les mieux affermir. C’eft une remarque que nous avons déjà faite en parlant des cordes tendues fur pâlots j & elle a fo.11 application à toutes les tentes qu’on fait fur piquets.
- 697. Les filets qui garniffent les pêcheries dont nous parlons actuellement, font de fimples nappes, dont les mailles ont aflez fouvent deux pouces d’011-
- N n ij
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- TRAITE' DES REÇUES.
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- verture,- On. en arrête la bordure de la tête par un tour mort, à l’extrémité d’en-haut de tous les piquets3 & on n’arrête le pied du filet qu’au premier & au dernier piquets de chaque file : mais pour former au bas, & dans toute la longueur du filet, des efpeces de bourfes qui retiennent le poilfon , on retroulfe le pied du filet du côté d’amont, ou de l’endroit d’où vient le courant : ob-fervant qu’il s’en faille quelques pouces que le filet ne porte fur le terrein.
- 69S. Cette précaution eft nécelfaire pour que les herbes & autres immondices que le courant entraîne palfent fous le filet. Si ces fubftances étaient retenues par le filet, elles arrêteraient le cours de l’eau 3 & les piquets ne pouvant rélifter à cet effort, ils feraient arrachés , & le filet déchiré.
- 699. C’est pour cette raifon qu’on tient la diftance du filet au terrein, plus ou moins grande, fuivant que l’eau entraîne plus ou moins d’immondices 3 & il s’en faut dans certains cas un pied & demi que le filet 11e porte fur la terre.
- 700. Si l’on a pris une jufte idée de la difpofition de ce filet, on conçoit que quand la marée monte, le courant éleve le filet prefqu’à la furface de l’eau , & il 11e fe prend aucun poilfon. Mais quand la marée fe retire, le filet s’appuie contre les piquets 3 l’eau en s’entonnant dans la portion du filet qui eft retrouflee, ouvre les bourfes deftinées à la recevoir, & elles arrêtent le poift fon qui fuit le cours de l’eau. Ainfi plusieurs poilfons s’emmaillent, pendant que d’autres s’engagent dans les bourfes.
- 701. Si-tôt que l’eau eft alfez retirée pour qu’on apperçoive le haut des piquets , & avant que les pêcheurs puilfent aller prendre le poilfon, ils vont avec des bottines relever le bas du filet, qu’ils accrochent d’efpace en efpace à la tête des piquets 3 & ils ne retirent le poilfon que quand le filet eft entièrement hors de l’eau.
- 702. En repliant ainfi le filet, les pêcheurs préviennent que quelque poifi fon ne fe démaille, & qu’il n’en forte des bourfes qu’on a formées au bas du filet 3 enfin 011 évite que les cruftacés voraces n’aillent endommager le poifi fon qui eft arrêté par le filet.
- 703. On fait cette pèche durant toute l’année : 011 ne l’interrompt que dans lestems de gelée, &lorfqueles rivières charrient des glaçons.
- 704. Quelquefois on joint bout à bout un alfez grand nombre de pièces de filets, pour traverfer toute une riviere ou l’ouverture d’une baie 3 alors il faut que les piquets tiennent bon, & que les filets foient alfez forts pourréfif ter. On tient aufti les mailles plus grandes, afin que l’eau les traverfe plus aifément.
- 705. Lorsque les filets commencent à s’ufer , comme c’eft toujours le pied qui foulfre le plus, & que cependant il eft fur-tout important que cette .partie foit en bon état, les pêcheurs les mettent lë haut en bas 3 ou bien ils
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- S e c T. IL De la pèche aux filets.
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- emploient les vieux filets à des pêches où ils fatiguent moins. Comme les filets ne portent point fur le terrein, ils ne retiennent ni le frai ni la menuife, ce qui eft fort avantageux.
- Des ravoirs tramaillés.
- 706. Dans les mêmes circonftances que nous venons d’expofer en parlant des ravoirs fimples , & que nous avons ditfe rencontrer fréquemment à l’embouchure de la Somme , il y a des pêcheurs qui, au lieu de rets fimples , tendent des tramaux fur leurs piquets. C’eft ce qu’011 nomme des ravoirs tramai l-lés. Comme nous parlerons plus expreflement des tramaux dans la fuite, il nous fuffit de dire ici que les pièces de filet qu’on tend fur piquets, ont quatorze à quinze braifes de longueur, & environ trois pieds de chiite. Les mailles des hamaux doivent avoir fix à fept pouces enquarréj & celles de la flue ou nappe , dix-huit à vingt lignes.
- 707. On tend ces tramaux comme les rets fimples, ne les arrêtant aux piquets que par la tète : mais le bas n’eft pas retroufle; il porte contre le ter-rein., fans y être arrêté. C’eft pourquoi, à la marée montante , il fe reîeve prefqu’à fleur d’eau , comme je l’ai dit ci-devant. Lors du reflux, le filet le rabat contre les piquets j & les poiflons qui ont monté avec le flot, s’emmaillent au jufian. Quoique la propriété des tramaux foit de prendre les poilfons , de quelque, côté qu’ils donnent dans le filet, il 11e fe prend guere de poiflon dans ceux-ci à la marée montante. Mais à la marée defcendante, 011 y trouve emmaillés de toutes fortes de poilfons, & de toutes grolfeurs.
- 70g. Oïsi tend des ravoirs tramaillés fur les vafes du mont Saint-Michel. Les pêcheurs vont tendre ces filets, & prendre leur poiflon , avec de petits bateaux plats, quarrés par derrière , qui gliflent fur la vafe , & qu’on nomme acons : il en a déjà été parlé, «Sciions les repréfenterons encore dans la fuite. Ils fe fervent aufli de ces acons pour aller battre l’eau avec des perches lorfque la marée fe retire , afin d’engager le poiflon à donner dans le filet.
- 709. Les pêcheurs du Poitou & des fables d’Oionne pratiquent aufti cette pèche fur les vafes de la côte'. Leurs piquets ou pâlots ont cinq à fix pieds de longueur; ils les enfoncent de deux pieds & demi ou trois pieds dans la vafe. Leurs tramaux ont environ une brafle de chute ; mais il 11’y en a de tendu fur les piquets qu’environ un pied & demi ou deux pieds ; ce qui leur donne lieu de faire une vafte poche.
- 710. La grandeur des mailles varie fuivant les côtes. Quelquefois les mailles des hamaux ont fept ou huit pouces en quarré ; & celles de la flue , vingt-fept lignes.
- 711. Cette pêche fe fait depuis la S. Michel jufqu’à la fin de l’année. Les pêcheurs vont à chaque marée prendre leur poiflon, & toutes les femaiues
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- TRAITE' DES PECHES:
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- ils rapportent à terre leurs filets , pour les laver, les faire fécher & les tanner. Ces tannages réitérés les noircilfent ; ce qui fait qu’on les nomme quelquefois rets noircis , ou rets noirs. On les appelle encore rets de gros fonds , parce qu’on les tend comme les folles , de forte qu’ils font une grolfe poche. Ceci deviendra clair, quand nous aurons parlé des folles.
- 712. Les filets tendus comme nous venons de le dire, permettent aux herbes & autres immondices de palfer par-delfous.
- Des folles tendues en ravoir s, qu'on appelle quelquefois grands ravoirs. (87)
- 713. Les filets qu’on nomme folles, font des rets fimples, à larges mailles, qui, de quelque façon qu’on les tende, doivent faire un grand fac & diifé-rens replis, où s’embarralfent les gros poilfons.
- 714. Les filets nommés demi-folles, different des folles , uniquement en ce que leurs mailles font moins grandes; ce qui fait qu’on ne prend avec les folles que des raies, des tires , des turbots , & d’autres gros poilfons : au lieu qu’avec les demi-folles , outre ces poilfons , on en prend de plufieurs autres efpeces , pourvu qu’ils foient d’une certaine grolfeur.
- 715. Comme la dénomination de folles vient en partie de ce que les filets qu’on nomme ainfi , doivent par leur elfence faire des plis & poches dans lesquelles s’enveloppent les poilfons, on a quelquefois nommé folles tramaillèes, les ravoirs tramaihés dont nous avons parlé dans les paragraphes précédens, parce que, comme nous l’avons dit, on les tend de façon qu’ils falfent un grand fac, ou, comme difent les pécheurs, une foliée. Ces folles tramaillèes, ou non ,fe tendent de la même maniéré : & le feul avantage que procurent les tra-maillées , c’eft qu’on y prend encore plus qu’avec les demi-folles , des poilfons de différentes efpeces.
- 716. Il y a des occafions où l’on ne fe fert point de piquets pour pêcher avec ces diiférentes efpeces de filets. Nous remettons à parler ailleurs de ces façons de pêcher, qu’on nomme filets flottés & pierres : nous nous bornons ici à parler des pèches qu’011 fait avec des folles tendues fur piquets, à la façon des ravoirs,
- 717. Les folles ainfi tendues font établies en droite ligne , un bout à terre & l’autre à la mer, pour que les raies & les autres poilfons plats qui vont en troupe fuivant la cote, fe prennent de flot & de jufan. Les piquets ne font élevés au-delfus du terrein que de deux ou trois pieds au plus, parce que les poilfons plats ne s’éloignent guere du fond : & ces piquets font à deux ou trois
- (§7) Comme ces fortes de filets font in- quent point de nom dans la langue de ces connus en Allemagne , ils n’ont par confé- contrées.
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- Sec t. IL De la pêche aux filets.
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- braifesles uns des autres. La tète du filet eft arrêtée au haut des piquets par un firaple tour croifé. Les pêcheurs les tendent le plus ferme qu’il leur eft poffibîe. Les folles & les demi-folles ont environ deux b rafles de chute 5 & le pied eft arrêté aux piquets à un demi-pied du terrein : ainfi le filet fait un grand fac, qui fe replie en dehors ou en dedans, fuivant le cours de la marée. Les mailles des formes ont au moins cinq pouces d’ouverture en quarré.
- 718- Le tems le plus favorable pour faire la pêche avec les folles montées en ravoirs , eft durant le printems & l’automne, parce qu’alorsles raies bordent la côte par troupes. Elle ferait infrueftueufe pendant les chaleurs, à caufe de la quantité de bourbes , d’ordies de mer & de cruftacés, qui, fréquentant la côte durant l’été, en chaifent prefque tous les poiffons. Cette pêche ferait également défavantageufe en hiver, parce que les poiifons gagnent alors la grande eau , pour chercher une température plus douce.
- 719. Les folles flottées font une très-grande pêche, dont nous parlerons amplement dans la fuite.
- Des demi-folles tendues en ravoirs.
- 720. Cette pêche ne différé de celle aux folles, dont nous venons de parler , que par la^grandeur des mailles ; car celles des demi-folles n’ont que trois ou quatre pouces d’ouverture en quarré. Au refte, on tend les demi-folles comme les ravoirs, dans les endroits où la marée tombant avec rapidité, entraîne avec elle les poiifons plats , qui fe laiflant aller au cours de l’eau, donnent dans les poches que forme ce filet. Nous avons dit qu’il a beaucoup plus de chute que les piquets n’ont de hauteur au-delïùs du terrein ; & il forme pour cette raifon une grande poche ou foliée. On pratique aifez fréquemment cette pêche fur les bancs de fable mouvans, qui fe trouvent en divers endroits des côtes de Flandre , de Picardie & de Normandie. En ce cas, on entoure le pied des piquets avec de la paille. Si le terrein a plus de fermeté, on y établit les filets plus folidement, en enfonçant les piquets à la profondeur de quinze à dix-huit pouces, préparant même le trou avec une cheville dsfer : & alors on craint moins que les filets ne foient entraînés par la lame.
- 721. On prend avec les demi - folles, outre les raies & les turbots, des folles, des plies , des carrelets, &c. mais rarement des poiifons ronds.
- Des rieux.
- 722. Le filet qu’on nomme petit rieux, ou cibaudkre, fur quelques côtes , diifere très-peu des demi-folles , puifque c’eft un filet fimple, dont les mailles ont quatre pouces d’ouverture en quarré. Il a quatre pieds de chute , & on le tend fur des piquets , pour prendre des folles, de gros flets, &c.
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- TRAITE' DES PECHES.
- 723. Le grand rieux , qui relfetnble à la folle , fe tend quelquefois fur piquets : mais communément on n’y emploie point de piquets, comme nous l’expliquerons ailleurs.
- Des hauts palis.
- 724. Cette façon de pêcher différé de celles dont nous venons de parler, principalement par la nature du filet, & parce qu’on le tend fur des perches plus longues.
- 725. Comme on fe propofe d’y prendre des harengs & des maquereaux, dans la faifon où ces poilfons fe portent à la côte, on emploie des filets dont la grandeur des mailles foit proportionnée à la groffeur des poilfons qu’on veut qui s’y emmaillent. C’eft pourquoi ces filets font les mêmes que ceux qu’on, emploie pour prendre les harengs ou les maquereaux en pleine mer, comme nous le dirons dans la fuite ; à cela près, qu’on les tend fur piquets. O11 les nomme, fuivant les différentes côtes, manets marfaiques} harenguyeres , ha-rengades ; & fur les côtes de Picardie , ras à roblots, parce que les petits maquereaux ou les fanlonnets des côtes de Normandie s’y nomment roblots. Ces différens noms, & plufieurs autres qu’011. donne à la même façon de pêcher , fuivant la langue qui eft en ufage fur les différentes côtes, défignent des filets tendus fur des perches, & dont les mailles doivent être d’une grandeur proportionnée à la grolfeur des poilfons qui doivent s’y emmailler. Comme les perches s’élèvent de huit, dix ou douze pieds au-deffus de la fur-face du terrein, nous les appellerons hauts palis. Ces perches font plantées à deux brades les unes des autres , fur les fables , entre les roches , &c. & les files de piquets font toujours en droite ligne , un bout à terre , & l’autre à la mer, pour croifer la marée. C’eft pourquoi on change un peu cette dire&ion, fuivant celle que l’eau prend au jufan, afin d’arrêter les poilfons de palfage lorfqu’ils donnent à la côte.
- 7z6. Chaque piece de filet a huit ou dix bralfes de longueur, fur deux ou trois bralfes de chute : car la hauteur de ces filets varie beaucoup, fuivant l’intention des pêcheurs. A l’égard de la longueur des teifures, elle eft arbitraire.
- 727. On ne peut pas régler précifément la grandeur des mailles de ces filets, parce que les pêcheurs font obligés de les proportionner à la groffeur la plus commune des poilfons qu’ils fe propofent de prendre. U11 filet pour les gros maquereaux ne prendrait point de fanfonnets, & réciproquement. Mais on doit exiger que le pied des filets foit éloigné du fable,au moins de trois pouces : les pêcheurs , pour ménager leurs filets , devraient même en tenir le basa un pied au-deifùs du terrein. Mais afin d’arrêter des poiffons plats, ils font fouvent tentés de les enfabler.
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- Se ct. IL De la pêche aux filets. 2 g 9
- *72%. Il eft permis aux pêcheurs de tendre ces filets pendant les mois d’oc-tobre, novembre & décembre, pour prendre des harengs concurremment avec les pêcheurs parquiers; attendu que la pèche du hareng eft permifc dans cette faifon. Mais les pêcheurs font tentés de la continuer dans les mois de janvier , février , mars & avril, à caufe de la grande quantité de harengs-guais qui fe portent à la côte, & du débit qu’ils ont de leur poiifon pendant le carême. Ce font fur-tout les pêcheurs de Baffe-Normandie qui infiftent fur la prolongation de cette pêche , parce qu’on prétend qu’ils ne voient ces harengs à leur côte qu’au commencement de janvier. Ce n’eft probablement pas dans la vue de prévenir la deftru&ion du hareng, qu’on a défendu d’en faire la pêche après le mois de décembre : on verra , dans l’article deftiné particuliérement à ce poiifon, qu’il y en a dans le nord une fource prefque iné-puifable. Ce n’eft pas non plus pour favorifer la multiplication des poiifons de toutes efpeces , puifqu’on ne prend dans ces filets que des harengs, de petits maquereaux, des merlans , des carangues, & jamais des poiifons plats ni de menuife , quand le pied du filet ne porte point fur le terrein. Mais on a prétendu• que 5 paifé le mois de décembre,le hareng n’était plus de bonne qualité. Il paraît que ê’eft un prétexte , & que cette défenfe a été faite pour favorifer le commerce du hareng falé. Si cela eft, on interdit la vente du poifi fon frais, pour favorifer celle d’un poiifon falé, que nous fommes fréquemment obligés d’acheter de l’étranger. Quoi qu’il en foit, le befoin que les pécheurs cordiers ont de harengs pour amorcer leurs hains , a fait tolérer la pèche du hareng jufqu’au mois de mai $ faifant néanmoins défenfe aux pêcheurs de les vendre aux mareyeurs ; & à ceux-ci, d’en expofer dans les marchés. Pour contraindre même les pêcheurs de vendre leur hareng aux cordiers, il leur eft ordonné de mutiler les harengs dans les bateaux, en leur coupant la tête & la queue : ce qu’on appelle tronquer de tête & de queue. Ces précautions n’empêchent pas qu’il ne s’en tranfporte dans les villages, où ce poiifon fe vend à bon marché ; & il paraît que ces contraventions n’entraînent pas de grands inconvéniens.
- Sorte de cibaudiere fur piquets, qu'on nomme millier ou mulotier.
- 729. La cibaudiere, qu’on nomme en quelques endroits mulier ou mulotier ; eft une étente fur piquets, tendue comme les ravoirs, & qui ne différé des hauts palis que par la grandeur des mailles qui doivent arrêter des mulets. O11 tend ces filets fur les écorces des bancs & par le travers d’un courant, comme les ravoirs : mais, au lieu d’être tendus en droite ligne, on leur donne une forme un peu demi - circulaire. Cette circonftance m’a fait héfiter fi je ne remettrais pas à en parler à l’article où il s’agira des parcs ouverts. Cependant Tome F. O o
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- TRAITE’ DES PECHES.
- la grande conformité qu’il y a entre cette façon de pécher, & les autres dont nous avons parlé dans les paragraphes précédens, mva déterminé à en traiter ici.
- 730. Le fommet de la courbe A ou a(pl. VIII, fig. 2 ) doit être du côté de la mer j & les bas B ou b > du côté de la terre. Nous en avons repréfenté un que l’on tend, & un autre qui eft tendu la marée retirante.
- 731. Si en quelques endroits on appelle ces cibaudieres des muikrs ou mu--lotiers , c’eft parce qu’on prend avec ces filets beaucoup de mulets.
- 732. L’ouverture des mailles de ces filets, eft de dix - fept à dix-huit lignes en quarré, ou plutôt de telle grandeur que les mulets s’y emmaillent. Pour arrêter les poilfons plats , les pêcheurs ont coutume d’enfabler le pied de ces filets; prétendant qu’à caufe de la grandeur des mailles, le frai & la menuife ne font point arrêtés. Cela pourrait être, s’il ne s’amaifait pas des herbes & d’autres immondices au pied du filet ; mais il s’y en accumule quelquefois allez pour interrompre le palfage de l’eau , & rompre les filets.
- 733. On tend fouvent des muliers fans piquets , les ayant flottés & pierres. Nous en parlerons ailleurs, ainfi que de latente des muliers en forme dépares.
- UJ âges qu'on fait des été rite s, fur quelques cotes de P Océan.
- 734. Dans le quartier de Marennes, on tend fur des piquets enfoncés dans la vafe,à bafle mer, des filets, qui ont trois pieds de hauteur, & à peu près vingt bralfes de longueur. On prend à cette pêche, qu’on fait durant toute l’année, de toute forte de poilfons ,même des plats lorfqu’on enfablele pied des filets : mais alors on détruit beaucoup de frai & de menuife. D’autres tendent à balfe mer, à l’entrée des chenaux, des filets qui ont douze à quinze brafles de longueur fur deux brafles de chute : c’eft ce qu’ils nomment rets faillans. Ils 11’interrompent point cette pèche, & ils y prennent particuliérement des meuilles ou muges.
- 73 S- Les pêcheurs de Blaie fe fervent de filets à peu près femblables , & appellent cela tendre à Üefpere; c’eft-à-dire, dans l’attente des meuilles, des plies, petites folles , &c. qui fe portent fur le rivage. Malheureufement ils ont coutume d’enfabler le pied de leurs filets; ce qui détruit beaucoup de frai & de menuife.
- 736. Nous avons dit que,, fur les côtes de Picardie & de Haute-Normandie, on tendait des hauts palis, & d’autres plus bas en ravoir. Ces étentes ne feraient aucun tort à la multiplication du poidon, fi le pied des filets n’était point enfablé.
- 737. Sur les côtes de Bafle-Normandie , Caen , la Hougue, &c. les pêcheurs tendent, durant toute l’année, des filets affez femblables aux feines à mailles ferrées», lefquels ont trois pieds de haut, & quelquefois cent, brades de longueur : & pour prendre des poiflons plats, ils ne manquent
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- S e c t. IL De la pêche aux filets.
- guere d-’enfabler le pied de ces filets. Ils prennent dans ces pêcheries toutes fortes de poiifons , même des. efturgeons , des turgots, des barbues , des folles, des plies , des alofes, &c. Mais il s’y arrête une grande quantité de frai & de fretin ; ce qui dépeuple la côte. Ainfi il conviendrait d’alfujettir ces pêcheurs à tenir les mailles de leurs filets plus grandes, & de leur défendre d’enfabler le pied des filets , fur-tout en été & jufqu’à la S. Michel.
- 738- Les pêcheurs qui tendent fur les vais , ainfi que dans tous les endroits où il y a beaucoup de courant, font forcés détenir leurs mailles fort grandes; parce que fi elles étaient ferrées , conformément à l’ufage de la Hougue , les piquets feraient emportés par la rapidité de l’eau. Mais ils enfablent le pied de leurs filets pour prendre des poiffons plats , qui ont l’induftrie d’entrer un peu dans le fable pour paffer fous le filet. Vu la grandeur des mailles, ces pêcheurs détruiraient peu de menuife , fi pendant l’été, jufqu’à la S. Michel, ils tenaient leurs filets battant fur le fable.
- Article second.
- Des rets traverfans , & tendus fur piquets.
- 739. Cette dénomination femble indiquer la même chofe que les ravoirs, puifque'ces différens filets fe tendent par le travers d’une baie ou d’une rivière. Mais en quelques endroits, particuliérement dans l’amirauté de Nantes , on donne à ce qu’ils appellent rets traverfans , une difpofition toute différente des ravoirs & des autres pêcheries dont nous avons parlé dans l’article précédent.
- 740. Il eft vrai que, quand les rets traverfans font tendus, ils paraiffent peu différens des filets qu’on appelle fur les côtes de Picardie & de Normandie, étentes, étalles, palis , ravoirs , &c. Mais ils en different effentiellement en ce que les filets dont nous avons traité jufqu’ici dans ce chapitre , fe tendent à la laiffe de baffe mer : ainfi, fe trouvant tendus lorfque la mer monte , ils s’oppofenfe à ce que le poiffon fe porte à la côte jufqu’à ce que l’eau fe foit affez élevée pour franchir le filet; & au retour de la marée, les poiffons ronds peuvent paffer au-delfus du filet, tant que l’eau ne s’eft pas affez retirée pour en découvrir le haut.
- 741. Dans la pèche dont nous avons à parler préfentement, le filet eft abaiffé jufqu’à ce que la mer foit pleine : ainfi le poiffon a une entière liberté de fe porter à la côte. Au coup de la pleine mer, on leve & on tend le filet ; & comme il a fuffifamment de chute , il peut arrêter les poiffons ronds qui reviennent avec la marée pour regagner la pleine mer.
- 742. Nous allons décrire différentes façons de pêcher, qui font fondées fur le fyftême que nous venons d’expofer. La première , qui le pratique dans
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- l’amirauté de Nantes , s’y nomme rets traverfans. L’autre, ufitée fur les côtes; de Guyenne, y eft nommée pallet.
- Rets traverfans des pêcheurs Nantais..
- 743. Les pêcheurs viennent de baffe nier , planter leurs piquets, qui ont. huit, dix, ou douze pieds de haut, fui vant_ l’élévation que. prend la marée,-à l’endroit où ils s’étahliffent.
- 744.,Le s perches étant piquées où elles doivent être, un attache au^ bas. la corde qui borde le pied du blet, &une autre corde à la bordure du haut du filet vis-à-vis de chaque perche. On amarre l’autre bout de ces mêmes, çordes au haut des perches, & on plie le filet fur le fable * tout du long de la file de pieux5 on le charge même d’un peu de fable , pour qu’il 11e fe relevé pas,à la marée montante. Les filets relient ainfi pliés, comme on le voit dans la planche VIII, fig. 3 , jufqu’à la pleine mer. Mais auffi-tôt que-le jufan fe: faitfentir, & avant que les poiffons qui ont monté à la côte s’en retournent* les pêcheurs vont avec des bateaux, haler fur les cordes qu’bn a attachées au haut des piquets, pour relever le liant du. filet,. & l’étendre cpnime nous l’expliquerons plus en détail dans les paragraphes fui vans.
- 745. Quand 011 tend ces rets traverfans dans un ravin qui a pende largeur , on met quelques flottes, de liege fur la corde qui borde la tète du filet j; & l’on ajufte au haut des deux perches des extrémités A & B {pi VIII r fi g. 3 ) des poulies dans lefquelles paffe une manœuvre fur laquelle on peut haler de-terre : ce qui fuffi.t pour tendre le filet,, qui, dans ce cas , a peu. de longueur.. Mais communément on eft obligé de fe fervir de bateaux pour tendre ces fortes de rets. On pratique cette derniere pèche dans le Morbian * amirauté de Vannes.
- 746. On. eft obligé de proportionner la grandeur des mailles à la groffeur des poiffons qu’011 fe propofe de prendre, afin que les harengs , les maquereaux , &c, puiffent s’emmailler. C’eft pourquoi on en fait de différentes grandeurs, depuis douze jufqu’à dix-huit lignes. On attend la baiie mer,.pour: aller démailler & prendre les: poiffons qui ont été arrêtés par le. filet..
- Sorte de rets traverfans, qu'on nomme pallet, à la côte de Medoc..
- 747. Les pêcheurs Gafcons de la Tête-de-Buch fëmettent un certainnom-hre en fociétépour faire la pêche qu’ils nomment du pallet. Ils ehoififfent pour leur armateur un marchand poiffonnier,. qui fournit les petites pmaffes & les filets néc.effaires pour cette pêche. Tout le poifïbn que l’on prend fe,remet à l’armateur , qui en fait la vente & lorfqu’il arrête-Tes comptes avec les pèr cheurs-, il retient le tiers du produit pour fes avances. Le refte fe partage également, entre tous les pêcheurs , excepté une part qu’on donne encore à far-mateur, pour les foins que la vente lui occafionne..
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- Se g t. IL De ta pêche aux filets-» 293
- 748. Cette pêche fe fait depuis pâque jufqu’à la touflaint. Voici ce-qui décide fur le lieu où les pêcheurs, doivent s’établir.
- 749. Lorsqu’ils s’apperçoivent, par des traces que les poiffons laiffent fur le fable , qu’il y en a beaucoup qui fréquentent un endroit, ils y plantent à fix pas les uns des autres , des perches qui s’élèvent d’environ dix pieds au-deffns; du terrein : ils forment avec ces perches un palis un peu circulaire, d’environ cinq cents pas d’étendue, & qui traverfe l’endroit où ils ont remarqué que le poiifon fréquente. Sqr4e-champ , ils forment au pied des piquets un fillon de: fable. Ce fillon peut avoir deux pieds de largeur fur un pied de profondeur. Ils y arrêtent avec des crochets de deux pieds de longueur, le bas de leur filet au fond du fillon , de bralfe en braffe.
- 7<)0. lus attachent à la corde qui borde le haut du filet., autant de lignes qu’il y a de perches: & ces lignes doivent être un peu plus longues que les perches n’ont de hauteur.. Enfuite les. pêcheurs arrangent en plus petit volume qu’il leur eft poflîble, le filet dans le fillon qu’ils ont creufé. Ils amarrent au haut des perches les lignes qui tiennent à la tête du filet;, puis, afin d’empêcher que le filet ne foit enlevé par la marée, & auffî pour que le poiifon ne foit pas effarouché par le filet, ils le recouvrent avec le fable qu’ils ont tiré du fillon»
- 7?T. Tout étant ainfi difpofé , fis s’éloignent dé leur filet, & fe tiennent dans leurs tilloles jufqu’à ce que la mer commence à baiifer ; alors ils s’approchent, des perches, & baient fur les lignes qu’ils ont amarrées à la tête du filet. Ils dégagent donc le filet du fable ; ils l’élevent jufqu’à fleur d’eau, & en attachent la tète fur le haut des perches. Il eft ainfi tendu, & il retient le poiifon qui veut fuivre le cours de l’eau pour retourner k la mer..
- 7f2. On prend à cette pêche toutes fortes de pofifons; même quelquefois des marfouins, quand les mailles font larges 5 & des fardines » lorfque les mailles font ferrées.. '
- 7S3- Cette pèche eft fur-tout avantageufe dans les cas où la mer ayamfc-pafFé par un canal qui a peu de largeur,, elle fe répand dans une grande plage, & forme une nappe d’eau fort étendue.
- 754. Les pêcheurs n-’ayant qu’un certain nombre de tilloles, ils ne peuvent amarrer d’abord 1e. filet qu’à un nombre de. perches égal à la quantité, de tilloles. dont fis font en état de difpofer. Ils fe diftribuent donc dans-toute la longueur du filet, & hiflênt tous enfemble fur les lignes qui font devant eux: après quoi ils amarrent leur .filet à la perche qui eft à leur portée. Ils s’approehent enfiiite des autres perches, pour haler fur les lignes, qui y font attachées, & ils relevent ainfi le filet dans toute fa longueur.. ...
- 7) S- attendent que. la marée foit prefque entièrement retirée, pour
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- prendre le poidon qui a été arrêté par le filet. La figure g, pl. VIII, peut fervir à donner une idée de cette pèche.
- 756. Les parcs nous fourniront Poccafion de traiter d’une pêcherie qui eft aflez femblable à celle dont nous venons de parler.
- Article troisième.
- De petites pêches pour lefquelles on ne fait ufage que de quelques piquets.
- 7v7- Les filets dont nous allons parler, font moins folidement établis que ceux dont il a été queftion dans les articles précédens : ou bien ils ne font qu’en partie foutenus de pieuxj ou 011 les établit avec quelques perches mobiles, qu’on pique dans le moment où l’on veut tendre le filet, & qu’011 enleve audi-tôt après la pêche. Quelques - uns de ces filets font encore garnis de flottes de liege -, mais parce qu’on y fait un peu ufage de perches , nous n’avons pas cru devoir remettre à en parler dans le fixieme chapitre, où nous nouspropofons de traiter expredement des filetspierrés & flottés.
- De la pêche qu'on nomme au loup , dans l'amirauté d» Nantes.
- 7f8- Les pêcheurs Nantais fe fervent du filet que nous avons repréfenté pl. IX, fig. 1, pour pêcher dans leur rade au plus à une demi-lieue de terre.
- 7^9. Ils emploient, pour tendre ce filet KLM, trois grandes perches ABC. L’une A, qu’ils nomment perche de terre, ou fédentaire, a 12 ou 15 pieds de longueur. Elle doit toujours relier à la place où on l’a piquée : c’eft pour cette raifon qu’on la nomme fédentaire. Il n’en elt pas de même des deux autres , qu’011 dépique toutes les fois qu’on veut prendre le poiflon qui elt dans le filet. Ainlî la perche B, qu’on nomme perche de rade, fe plante & fe releve à tous les jufans ; & de même la troilieme perche C, dite perche du milieu.
- 760. Ce filet préfente à l’eau fon ouverture A B. Il a aux deux bouts qui répondent aux perches A & B, trois brades de chute. Mais au milieu, ou au fond , qui répond à la perche C, fa chute effc de huit brades : ce qui fait qu’il forme en L, une grande bourfe ou foliée. L’ouverture A B, eft de! T2 à 13 brades.
- 761. Pour tendre ce filet, on amarre à la perche de terre A, une aufliere D, fie 30 à 40 brades de longueur. -
- 762. Une manœuvre E^ s’étend de la perche A, à la perche B: fa.longueur eft de 13 à 14 brades, & ainfi elle eft un peu plus grande que l’embouchure du filet. On mouille en avant un petit grapin F, dont le cablot G
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- S e c t. II. De la pêche aux fiels.. 29 ?
- a 10 ou 12 brades de longueur : il fert à retenir cette petite pêcherie contre l’effort du courant.
- 763. Quand on a mouillé le grapin, on enfonce perpendiculairement dans la vafe k perche de rade B, & on y amarre la corde E, qui affermit les deux perches A & B.
- 764. Enfin on amarre à ces deux perches les auflieres D & H: celles H répondent à l’angle du pied du Blet ; & elles doivent être frappées à cinq pieds au-deffus du fond. Celles D, qui répondent à l’angle de la tète du filet, doivent être amarrées à cinq ou fix pieds au-deffous de l’extrémité fupé-rieure des perches.
- 7^5'. Le filet eft ainfi tendu de façon que la marée s’entonne dans fen fond: & pour qu’il faffe mieux le fac, on met au milieu la troificme perche C» qui n’a guere que 12 ou 13 pieds de hauteur. Elle s’enfonce aifément dans la vafe; & communément le filet ne porte pas fur le terrein.
- 766. Cette pèche fe fait affez ordinairement par un homme & deux femmes. Quand ils ont tendu le filet, ils fe tiennent dans leur petit bateau I* derrière la perche C.
- 767. Ce filet n’a pour l’ordinaire ni flottes ni left. On tend le filet une heure après que la marée a commencé.à fe retirer; & aux deux tiers du jufan, il en paraît trois pieds hors de l’eau. O11 le releve une heure avant que la marée foit entièrement retirée. C’eft dans cette pofition qu’il eft re-préfenté fur la planche IX.
- ' 768. Pour prendre le poiffon, on démonte la perche de rade B; on dépique celle du milieu C ; & on dégage les deux bras de la perche de terre A. On tire le filet dans le bateau, en le pliant en deux fuivant fa longueur, pour mieux retenir le poiffon.
- 769. On fait cette pèche de jour & de nuit, depuis la Saint-Michel juf. qu’à noel. Les tems calmes y font les plus favorables , ainfi que les grandes marées. On y prend de toutes fortes de poiffons ronds; & même de plats, quand le fond du filet eft près de la vafe.
- 770. Comme les mailles ont ordinairement 16 à 17 lignes en quarré, elles 11e fe ferrent point affez par la tenfion pour arrêter le frai : & les poif. fons que l’on prend, font d’une groffeur convenable pour la vente. D’ailleurs , le filet ne portant point fur le terrein, il n’empêche pas la menuife de s’échapper.
- Filets dits étalieres dans P amirauté de Coutances.
- 771. Ce que les pêcheurs de cette amirauté nomment étalieres, différé beaucoup des grands 8c petits étaliers dont nous avons parlé à l’oGcafiom
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- des guideaux. Ce font de petites pêcheries eu demi-cercle, dont les filets -ne font pas entièrement montés fur piquets. -r -,
- 772. Le pied du filet eft enfablé ; amfi il n’y a point de left : & le haut ou la tète eft garnie de flottes de liege & de bandiiigues. Nous avons âflez amplement parlé des flottes, pour être difpenfés de rien ajouter à ce que nous en avons dit. Mais il convient d’autant mieux d’expliquer ce que c’cft que les bandingues, que nous aurons dans la fuite' plu fleurs fois occafion d’en parler.
- 773. Les bandiiigues font des lignes qu’011 attache à la corde qui porte les lieges, & qui borde la tète du filet. Ces lignes font une fois auili longues que le filet a de chute ; & le bout oppofé au filet porte une pierre ou une torche de paille, qu’on enfouit dans le fable : de forte que, quand 3e filet eft debout, les bandiiigues font l’office d’étais ; & retenant la tète du filet, elles empêchent que la force du courant ne le couche fur le ter-rein. Ainfi elles agidfent de concert avec les flottes, pour tenir le filet à peu près perpendiculaire. Quand la mer monte, les bandingues 11’empè-chent point le filet de fe coucher fur la plage : mais lorfqu’elle defcend, tous ces petits étais F, s’oppofent à ce que le filet, obéiflant au courant, 11e s’abatte vers la mer.
- 774. Pour ces petites pêcheries, 011 ne met que trois ou quatre piquets, qui louvent n’ont pas la hauteur de la chûte du filet : & leur ufage eft d’en foutenir un peu le fond. Om. préféré de ne point mettre des piquets aux parties qui fe rapprochent de terre, mais feulement des flottes & des bandingues , pour que le filet prête & s’abaifle quand il fe préfente du varec, qui pafle par-dedus la tète. Le filet fe releve quand le varec a paflfé, à caufe des flottes & des bandingues. Comme les piquets font bas, les immondices légères peuvent pafler par-deflus.
- Filet approchant du loup, dont nous avons parlé ci-dejfus, mais qui eft moins grand, leftê & flotté, & qu'on tient à là main.
- 77V- Dans l’amirauté de Quimper, vers la côted’Aùdierne, quelques .riverains de la mer vont fur les fables, à la marée montante. Ils fe fervent d’un filet qui a au plus trois , ou quatre brades de longueur, & une brade & demie ou deux brades de chûte.
- 776'. Chaque bout de ce filet eft attaché à une perche qui a quinze ou vingt pieds de longueur ; deux hommes nus tenant chacun une de ces perches, entrent à la bafle eau le plus avant qu’ils peuvent dans la mer, ayant fou-vent de l’eau jufqu’au col.
- 777. Ils préfentent l’ouverture de leur filet à la marée montante : comme les
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- ïàrnes font alors prefque toujours afiez élevées pour les couvrir ; quand ils Voient arriver une grolfe lame, ces pécheurs s’élèventau-delfus par le moyen de la perche qu’ils tiennent, & dont le pied eh un peu enfoncé dans le labié : ce qu’ils exécutent avec afiez de facilité, parce que les homme?, comme l’on fait, perdent prefque tout leur poids dans l’eau.
- 778- Quand les pécheurs Tentent que des mulets ou d’autres poilfons ont donné dans le filet, ils rapprochent leurs perches l’une de l’autre pour envelopper lepoilfon ; & après l’avoir retiré du filet, ils recommencent la même manœuvre tant que la marée le leur permet, fe rapprochant vers la côte à mefure que la mer s’élève. Ils ne celfent de pécher que quand la hauteur de l’eau les oblige de s’en aller.
- 779- On pratique cette pèche depuis le mois de mai jufqu’au commencement de feptembre : l’on n’y prend que de gros poilfons , les mailles du filet ayant dix-huit à vingt lignes d’ouverture.
- 780. La pêche que nous venons de décrire a quelque rdfemblance éloignée avec le faveneau dont il a été parlé au §. 416 & fuiv.
- 781* On fait une pèche à peu près pareille , mais un peu plus confidérable , à Saint-Michel en l’Herme, avec un filet qu’on nomme vredelée. Il a environ quinze ou vingt brades de longueur, & une brade de chiite, qui augmente à mefure qu’on avance vers le milieu , où elle eh au moins de trois ou quatre bradés. En cet endroit les mailles font plus ferrées que celles des extrémités. Le filet îfieh point lefté par le bas ; mais le haut eh garni de hottes de liege.
- 782. Dix ou douze hommes fe réunifient ordinairement pour faire cette pèche : ils portent le filet à l’eau dans un feul acon. Deux pécheurs , un à cha-i que bout, fe metttent à l’eau pour le tendre; & ils tiennent des perches qui font au bout du filet, qui fait une courbure. L’ouverture eh du côté de terre, & le fond du côté de la mer, parce qu’on pèche à la marée defeendaute. Oïl le tend de marée montante, une heure au plus avant la pleine mer; car il faut commencer la pèche avant lé’julan, attendu que les poilfons qui ont monté à la côte avec le flot, fe retirent dans l’inhant où le redux fe fait fentir. Cinq à fix hommes fe mettent à l’eau jufqu’au col, & la battent avec des perches , allant depuis le bord de la côte jufqu’au filet pour chadér les mulets, qui font les feuls poilfons qu’on prenne ainfi fur cette côte.
- 783- Quand le trait eh fini, c’eh-à-dire, quand les boulets font arrivés au filet, les deux hommes qui tiennent les perches du bout du filet le plient, eu joignant enfemble le pied & la tête ; & ils en retirent le poilfon, qu’ils mettent dans leur acon: après quoi ils recommencent un nouveau trait, fi la marée le permet. J ‘ 1
- 784. Cette pèche dure depuis la mi-juin jufqu’à la fin de feptembre ; parce que , plus les eaux font chaudes, plus les muges ou mulets rangent les Tome P p
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- côtes. Les vents d’eft, & d’eft-fud-eft, font les plus favorables. On fait toujours cette pèche pendant le jour.
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- CHAPITRE CIN Q_U I E M E.
- Pêcheries qu'on établit au bord de la mer , en formant des enceintes nommées parcs (88) , au moyen defquels on retient le poiffon qui, après s’être porté à la cote, veut retourner à la mer.
- 785* Eh parlant des filets en forme de fac , qu’on nomme chauffes , manches , guideaux & verveux, nous avons dit que, pour augmenter leur embouchure, & leur faire embralfer une plus grande rnafle d’eau , on y ajoutait des ailes. Ces pêcheries, qu’on nomme aflez communément#*?/'-* au bord des rivières , nous conduifaient à parler des parcs, d’autant qu’il y en a qui ne paraît fentpas en différer elfentiellement. Cependant, comme les parcs font formés d’efpeces de paliifades ou parois verticales jointes à divers ajuftemens qui font l’effet de verveux, nous aurons foin d’expliquer ce qui regarde ces ajuftemens fimples, & la combinaifon qu’on en fait pour former les grandes pêcheries qu’on nomme parcs.
- 786. Pour fe former une idée générale des parcs, il faut fe repréfenter une grande enceinte, dans laquelle le poilfon entre à la marée montante, & où celui qui n’a point fuivi le premier flot de la marée baiflante , refte enfermé & en la poflelfion du pêcheur.
- 787- Il fe rencontre aflez fouvent au bord de la mer, fur-tout entre les rochers & derrière les bancs, des endroits où la marée monte dans les grandes vives eaux, & dans lefqueîs il refte de nier baffe des mares ou des réfer-voirs d’eau, où les pêcheurs vont prendre avec destrubles, & d’autres petits filets dont nous avons parlé dans le fécond chapitre, les poiflons qui y font reliés. Ce font là des parcs naturels , qui ont probablement fait naître l’idée d’en conftruire d’artificiels 5 les uns avec des pierres , & auxquels 011 donne volontiers le nom d’idufes ; d’-autres avec des palis ou pieux jointifs, ainli qu’avec des clayonnages , & qu’on appelle aflez fouvent bouchots. Enfin 011 fait aulli ces enceintes avec des filets 5 & alors on les nomme communément courtines, tournées, &c. Nous entrerons, au fujet des uns & des autres, dans les plus grands détails. Mais il y a des parcs qui relient ouverts du côté de la terre j & d’autres font fermés de toutes parts, à l’exception d’une entrée aflez
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- (88) En allemand , Fifchzaune.
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- S e c t. IL De la pèche aux filets. 299
- étroite. Nous nommerons les premiers , parcs ouverts ; & les autres , parcs fermés : ce qui nous fournira une divifion principale.
- 788* Parmi les uns & les autres, il y en a qui 11e s’élèvent au-deffus du terrein que de deux ou trois pieds , ou même moins ; on les nomme bas parcs. On appelle hauts parcs ceux dont l’enceinte s’élève de f , 10, \%, ou 18 pieds au-deffus du terrein.
- 789. La plupart des hauts parcs font formés avec des filets, tantôt fembla-blés par leurs mailles, ou aux Peines, ou aux manets, &c. tantôt difpofés comme les folles , ou autrement ; enfin avec des tramaux. Nous ferons fentir toutes ces différences.
- 790. Souvent on a l’attention d’établir les parcs fur une plage qui ayant une pente vers la mer , affeche à la mer baffe. Mais il y en a aulii où il relie de l’eau à la baffe mer: & en ce cas les pêcheurs fe mettent à l’eau pour prendre le poiffon avec de petits filets. Ils ne regardent pas cela comme un inconvénient , puifque quelques-uns font à deffein des foffes dans leurs parcs , pour que le poiffon s’y raffemble. Nous n’eftimerions point que cette indultrie fût une mauvaife pratique , fi la foffe était affez profonde pour qu’il y reliât de l’eau d’une marée à l’autre , enforte que le frai &la menuife y puffent vivre: car à la marée fuivante, cette menuife pourrait retourner dans la grande eau , ou au moins elle ferait rafraîchie par de l’eau nouvelle. Mais ordinairement les mares fe deffechent, & la menuife y périt ainfiquele frai. Souvent même les pêcheurs ont l’indifcrétion de prendre cette menuife, pour la vendre aux pêcheurs cordiers, ou pour en faire des ufages encore plus condamnables, comme d’en nourrir des cochons, ou en fumer les terres.
- Article premier.
- Des parcs naturels.
- 791. Nous avons déjà dit qu’il reliait quelquefois à la mer baffe des pièces d’eau entre les rochers & derrière les bancs. Quoique ces endroits foient fou-vent d’un accès difficile, les pêcheurs ne manquent pas d’aller avec des tru-bles ou d’autres petits filets y prendre les poilfons qui n’ont pas fuivi le retour de la marée. Ces réfervoirs , qui font fouvent formés par des bouleverlè-mens de rochers , fe nomment crevons aux fables d’Olonne ; & nous croyons pouvoir les regarder comme des parcs naturels. Quelquefois cependant l’art aide la nature : car -lorfqu’on rencontre entre les bancs ou les rochers quelques endroits par où l’eau pourrait s’échapper , on y forme un clayonnage, ou l’onyéleve une digue de pierres. Quelques-uns même profitent de ces en-droits par où l’eau s’échappe , pour y ajufter des guideaux,! des verveux', ou
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- TRAITE' DES PECHES:
- des nafles, qui taiffènt palfer u-ue partie de Peau, & retiennent le po-îiîb-n qui. voudrait en fuivre le cours.
- 792. Comme ces entre-deux des rochers font toujours battus de la mer, le jeune poiffon ne peut pas s’y élever , & les poiifons plats les évitent. Ainli on n’y trouve guere que des cruftacés, & des poiifons ronds alfez fores pour lutter contre la vague. Il fuit de là qu’il 11’y aurait aucune raifon d’interdire Fufage de ces pêcheries qu’offre la nature*
- Article s e c g n m
- Des parcs ouverts..
- 795. On fait des parcs qui 11e font fermés que du côté delà mer, & qui font entièrement ouverts du côté de terre. Ils diffèrent beaucoup- les uns des autres , tant par leur forme que par les matériaux qui fervent à leur conllruc-tion. C’e-ft ce que nous nous propofons de faire appercevoir dans les para.-graphes fuivans.
- Petits bas parcs de pierres , tres-Jimples*.
- 794. On fait quelquefois des bas parcs dont les murs conftruits de pierres: ièches, & quelquefois de pierres plates pofées debout* n’ont que deux pieds de hauteur.
- 795. Dans quelques-uns, les pierres arrangées les unes fur les autres ref-iemblcnt à la berge d’un folfé. Comme ces murs font fort bas, la mer pâlie-par-delfus, & elle fe retire fans qu’on foit obligé d’y pratiquer des ouvertures : aufl'i n’y trouve-t-on prefque que des poiifons plats, qui fe tiennent toujours Jùr le fond. Cette forte de parc détruirait néanmoins beaucoup de frai & de menuife, lî l’on négligeait de-faire abattre les pierres, & former des ouvertures, dans les.mois de mars , avril, mai & juin.
- 796. Une réglé générale pour tous les parcs ouverts qui ont une forme circulaire, eft que le dos ou le fond foit litué du côté de la mer.
- Parcs de pierres,. plus conjidérabies que lès précédent
- 797. Ces parcs, font encore d’une conftru&ion fort aifée. On fait fur la greve, des murailles à pierres, feches : & fuivant la fituation des lieux, l’état du terrein.& le goût des pêcheurs-,, on leur donne des formes différentes. Communément 011 les. appuie fur quelques rochers , pour s’épargner du travail, & augmenter la folidité de l’ouvrage. Quelquefois (pl. IX^fig. 2) on donne aux murailles a a * trois ou quatre pieds de. hauteur * & une épaiffeur
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- Soi
- S e c t. IL De h pêche aux filets-
- fiiffifante pour qu’elles réfiftent aux efforts de la lame. On pratique de diftance à autre des ouvertures, b b, que plufieurs pêcheurs nomment cumttes, & qu’ils ferment avec des portes de grillage.
- 798. Il faut concevoir qu’à la pleine mer, l’eau qui baigne toute la plage palïèpar-deffusla muraille, & qu’elle la recouvre entièrement. Quand la marée s’eft affez retirée pour qu’on apperçoive le haut de la muraille, il fe forme des ccurans par les cunettes b-r & comme le grillage qui les ferme eft affez ferré: pour ne pas permettre aux poiffons qui ont une certaine groffeur de palier entre les barreaux, les pécheurs entrant dans le parc à la mer baffeen deviennent néceffairement poffeffeurs.
- 799. Pour que ces pêcheries 11e faffent pas un tort énorme à la multiplication du poiffon , il faut multiplier les cunettes, & qu’il y ait un pouce & demi 011 deux pouces d’intervalle entre les barreaux: il faut avoir grand loin que les grillages ne faient pas fermés par des immondices : enfin 011 doit ouvrir entièrement les cunettes pendant les mois de mars , avril, mai & juin 5.parce que dans cette faifon. la plupart des poiffons. rangent la côte pour y dépo-fer leur frai y & les jeunes s’y retirent, n’ayant pas affez de force pour refter dans la grande eau , ou pour réfifter au courant de la marée qui les porte à la côte..
- Parcs de pierres couverts, ou éclufès, d'une confira ci ion plus recherchée
- que les précédais*
- 800. Les parcs font conftrurts à pierres feclies y mais avec plus de foin que ceux dont nous avons parlé jufqu’ici. Comme les murailles qui en forment l’enceinte font affez élevées , on pratique au bas , de diftance en diftance, des ouvertures ou cunettes ayant au moins deux pieds d’ouverture en quarré: on les ferme avec des grilles de bois, dont les mailles doivent avoir au moins, im pouce & demi en quarré, depuis la fin de mai jufqu’au commencement: d’oclobre, & deux pouces le-refte de l’année.. On doit même ôter entièrement ees grilles pendant les mois de mars, avril & mai.
- 801.. On établit,, de diftance en diftance, des efpeces de contre-forts, qui fervent non feulement à fortifier la principale muraille , mais encore à diriger une plus grande maffe d’eau vers les cunettes..
- 802.. < Comme, ces-parcs: ontribeadcoup d’étendue, on-.ménage en quelques endroits,. des! ouvertures y poufi .faciliter aux chaloupes l’entrée fur la plage.
- 1 803- Ces pècheriesy aiiifi qüe toutes celles du même genre ,..s’établïffent
- le plus près, qu’on peut dedlarlaiffe: de -baffe1 mer j & elles font quelquefois recouvertes de plufieurs brades d’eau. On ne peut guere y pêcher que pendant les vives eaux, parce que dans Les mortes eaux ces parcs reftent inondés. D’ail-
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- T RA I EU , J) E S P E U H E S.
- leurs c’eft dans les grandes marées que le poiifon abonde davantage à la côté. Mais les gros tems n’obligent point d’interrompre cette pêche : au contraire , ils la rendent plus avantageufe.
- 804. Ces parcs né font pas plus de tort à la multiplication du poilfon, que ceux que nous avons représentés dans les figures 2 & f : pourvu que les cunet-tes foient allez grandes & en nombre fuffifant ; qu’elles {'oient fermées de grillages dont les mailles aientalfez d’ouverture pour lailfer palfer les petits poif-fons ; qu’on les ouvre entièrement dans les mois de mars, avril & mai ; & fur-tout, qu’on n’y ajufte pas des guideaux, verveux, naifes , &c. qui retiennent tout le frai.
- 80 V- Les pierres dont 011 bâtitles éclufes àl’isle de Rhé, font tirées du rocher même où on les allied. O11 donne ordinairement à ces éclufes la forme d’un croiflant. La muraille du fond, qui eft du côté de la mer , a environ fix pieds de hauteur, & on la tient de plus en plus balfe, à mefure qu’elle s’approche de terre. La longueur circulaire de cette muraille eft de vingt-cinq à trente toifes. On forme au fond du parc plulieurs ouvertures qu’011 nomme canonnières. On les ferme avec des grillages de claie d’olîer , dont les mailles doivent avoir deux pouces d’ouverture..
- 806. On fait aux environs de la Rochelle, des éclufes avec des cailloux. Leurs murailles ont cinq pieds d’élévation du côté de la mer, & quatre pieds d’épaif-feur. Leur étendue circulaire eft de deux cents toifes.
- 807. Vers le milieu de chaque éclufe, font trois ouvertures à peu près femb labiés à b (pl. IX ^ fig. 2), pour lailfer écouler l’eau.
- , 8o8- Il y a dans le quartier de Granville, des parcs de pierres accompagnés d’ailes qui ont 150 ou 200 pieds de longueur. Dans l’article fuivant, nous parlerons des ailes qu’on ajufte aux parcs de clayonnages.
- Des parcs de pierres ouverts, formés en bouchots.
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- 809. Autour de l’isle d’Oleron, la plupart1 des parcs font formés par deux murailles droites, qui, du côté de terre, font éloignées l’une de l’autre de centbralfesj & elles fe rapprochent pour former auprès de la lailfe de balfe mer, un angle, où l’on pratique une ouverture pour y ajufter une grande nalle abc ( pl. IX, fig. 3 ). On la nomme bourgne.
- 810. Ce bourgne, eft un panier dont l’embouchure a, qui eft quarrée , a quatre ou cinq pieds de côté. Il fe rétrécit allez pour .n’avoiriplus qu’un pied de diamètre à fon autre bout b, où l’on ajufte akie nalîe c, longue de trois à quatre pieds : on la nomme bourgnon,;\ & quelquefois on y en ajoute une plus petite, qu’on nonime bourgmt. Tout cet ajuftemont eft folidement alfujetti par des pieux. On a.coutume.de foutenir ces naifes.furuii bout de clayonnage, ou fur des piquets dd (pi. IX, fig. 3 ).
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- S e c t. IL De la poche aux filets.
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- 811. Il eft fenlible que les bourgnes font très-préjudiciables à la multiplication du poiiTon. On ne gagne rien à fupprjmer le bourgnet pour laiifer l’extrémité du bourgne ouverte. Le bourgne n’étant pas établi allez bas pour laif-fer l’eau s’égoutter librement, il s’a malle des immondicesqui. ferment le paf-fage de l’extrémité du parc , ainfi que la capacité du bourgne oJk le fond du parc fe trouve rempli de frai & de menuife. Il faudrait donc fupprimer levé-renient tous les bourgnes, y fùbftituer des claies allez à claire-voie pour laiifer palier la menuile, & ôter foigneufement à toutes les marées, les immondices qui ferment les mailles de ces claies , qu’on devrait même ôter ablo-lument pendant les mois de mars, avril, mai, &c.
- 812. Quand on établit de ces parcs , que l’on peut regarder comme des bouchots , dans des endroits où il y a beaucoup de lame & des brifans, on tient les murs peu élevés , & plus épais : on arrange aulîi les pierres autour d’une file de pieux , ce qui augmente la folidité de la muraille.
- 813. On voit auprès du Havre , des parcs de pierres,«auxquels on donne une forme demi-circulaire. Comme ils font faits avec de gros galets roulans , on ne peut leur donner qu’environ trois pieds de hauteur ; mais on met entre ces galets, des gaulettes, fur lefquelles on attache des filets qui ont peu de chute. Ces parcs tiennent donc un milieu entre les parcs de pierres & ceux de filets , dont nous parlerons dans la fuite.
- Article troisième.
- Des parcs ouverts qui fiont confilruits en bois, & quon nomme afife£ ordinairemei.t
- bouchots.
- 814- Apres l’idée générale que nous avons donnée des parcs, au commencement de ce chapitre, on conçoit qu’on peut en faire l’enceinte de bien des façons différentes , qui font à peu près aufti bonnes les unes que les autres. Ce qui détermine fur le choix, eft la facilité qu’011 a de trouver à fa portée des matériaux qui font quelquefois très-rares ailleurs.
- 81L Certaines côtes étant remplies de pierres plates , on en profite pour-faire l’enceinte des parcs en pierres, ainfi que nous l’avons expliqué dans l’article premier. Mais quand on manque de pierres propres à cette efpece d’ouvrage, on fe fert de pieux ou pâlots, qu’011 emploie comme pour les gors dont nous avons parlé ci-devant. Ou bien', pour faire des parcs à claire-voie, on en forme l’enceinte avec des perches qu’on arrange les unes à côté des autres. C’eft d’eux que nous allons parler dans le§. 8*7 & fuiv.
- 816. Quoiqu’on puiife avec les pâlots, les perches,' & les clayonnages, donner difté rente s formes aux parcs , nous avons cru convenable d’en repré-
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- TRAITE’ DES PECHES.
- Tenter qui Te terminent en pointe 5 non feulement parce que cette forme eft allez ordinaire, mais encore pour donner une idée des parcs qu’on nomme particuliérement bouchots. Quoi qu’il en {bit, comme nous nous fommespro-pofé d’expliquer en même tems ce qui regarde la forme &*ce qui concerne i’empioi des diiférens matériaux dont on fait les parcs ; après avoir expofé ce, qui regarde les parcs de pierres , nous allons entrer dans des détails au fujet des parcs qu’on fait avec du bois.
- Parcs ou bouchots de bois, à claire-voie.
- 817. Ces parcs ont quelquefois huit à dix pieds d’élévation au-delfus du terrcin. Les perches qu’on y emploie fout appointies par un bout, pour qu’elles entrent plus aifément dans le terrein. Quand il efb de vafe ou de fable mouvant , on garnit de paille ou de foin le bas des perches : & attendu que , malgré cette précaution, elles auraient peine à fupporter l’effort de la lame ; quand 011 conftruit de ces bouchots en des endroits fort expofés à la fureur de la mer, on tient les perches plus courtes,comme de trois à quatre pieds feulement au-deft fus du terrein. Si le fond eft ferme, 011 prépare le trou avec une grande cheville de fer, & on y alfujettit les piquets avec des coins. Lorfque le fond de roches eft fi dur qu’011 11e peut faire entrer le bout des perches affez avant pour qu’elles y tiennent folidement, 011 les affermit par des banquettes de pierres, comme 011 le voit à la partie ab(pl. IX ,jîg. 4 ) ; & l’on pique çà & là des pieux plus forts, qui augmentent la folidité de l’ouvrage. Mais il faut que les perches foient bien droites, & alfez près à près pour arrêter ies poiifons de la groffeur de ceux qu’on expofe communément en vente.
- 818- S’il le trouve entre les perches des endroits par où les gros poiffo 11s
- puilfent s’évader , 011 y place des baguettes qu’on joint aux perches avec de l’ofier. Mais il eft bon de lailfer un pouce & demi ou deux pouces entre les perches : fans quoi ces pêcheries 11e feraient point à claire-voie ; & elles contribueraient, comme beaucoup d’autres, à la deftruétion du poiflon. Au refte, on affermit les perches verticales , en les liant avec des ofiers fur deux ou trois cours de perches-horifontales. • ^
- 819- L’extrémité du parc, du côté de la mer, qui fe réduit à une lar-
- geur de trois oujquatre pieds, doit être fermée par une claie dont les bâtons foient éloignés les uns des autres de deux à trois pouces , fuivant la fàifon. O11 doit ôter entièrement ces claies, lorfque le frai fe porte abondamment à la côte. ^ (
- 820. Au refte , on donne à ces parcs , comme aux autres, des figures différentes ; & quand on fe conforme à ce que nous venons de preferire , ces pêcheries font fort peu de tort à la multiplication dupoiifon, parce que le frai
- peut
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- S e c t. IL De la pêche aux filets. 30?
- peut s’échapper entre les perches, & encore plus parles claies qui font à l’ex-trèmité, & cela tres-librement, lorfqu’on ouvre le parc dans les faifons convenables»
- 821. Pour le parc qui eft repréfenté fur la planche, IX ,fig. 4, on a profité, en faifantun des côtés de, d’une roche qui s’eft trouvée former une muraille allez régulière ; & on s’eft contenté de clore avec des claies les efpaces e, où il y avait des enfoncemens dans la roche. On fait bien de tirer parti de ces fortes de circonftances avantageufes : mais ordinairement les côtés du parc font faits comme celui a c.
- 822. On dit qu’il y a à Surville, dans l’amirauté de Portbail, un parc formé des deux côtés en partie par des roches , & en partie par un clayonnage à claire-voie, qui lailfe des ouvertures d’un pouce & demi entre les perches. Le bout de ce parc eft rétréci par un clayonnage de fept à huit pieds de longueur, & qui n’a qu’un pied de haut.
- Des parcs ou bouchots de clayonnage.
- 823. Pour faire les clayonnages qui doivent former l’enceinte de ces parcs , on trace fur le terrein une efpece de fillon , afin de fixer la forme qu’011 veut donner au parc. Enfuite on enfonce des piquets , qu’on met à fix ou huit pouces les uns des autres : & on les faitalfez entrer dans le terrein pour qu’ils y tiennent folidement. Quand ces piquets y font alfujettis bien ferme, fui*, vaut la trace qu’011 a marquée, on enlace entr’eux de menues branches de faule , de peuplier, de bouleau , de coudrier, ou d’autres bois plians ; comme fi l’on voulait faire un panier. Afin d’avancer l’ouvrage, on ne met pas les brins un à un, comme font les vanniers ; mais 011 réunit plufieurs branches, pour les enlacer par une feule opération. Lorfqu’on en a mis deux ou trois rangées les unes fur les autres, on les entaife ou prelfe entre les pieux ou piquets , en frappant delfus avec le tranchant d’une maffe plate. Le travail du clayonnage eft toujours le même , quelque forme qu’on donne au parc. Mais il y a des parquiers qui, pour procurer une ilfue plus libre à l’eau, font leurs claies moins ferrées j & ceux-là font moins de tort à la multiplication du poilfon.
- Des parcs ou bouchots formés par des ailes droites, £5? terminés par une naffe qui on nomme bourgne, ou par un grillage.
- 824. Le parc repréfenté fur la planche IX, fig. 6, eft formé par deux ailes droites AB, AC, qui ont environ vingt-cinq à trente bradés de longueur. Les extrémités BC doivent s’étendre jufqu’à la laifîe de haute mer, & l’ex-
- Tome F. Q_q
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- TRAITE.' DES PECHES.
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- trèmité du bourgne doit être placée tout près de là laide de baffe mer.
- g2v Sur les vafes > telles que celles du mont Saint-Michel , au. lieu de faire les ailes en clayonnage, comme le font celles de la figure 3 , on plante de diftance en diftance de forts pieux qui entrent de quatre pieds dans la vafe , & l’on met entre ces pieux des piquets prefque jointifs, qui n’ont que trois pouces de circonférence-, dont le bas. eft enfoncé dans la vafe ,& le haut efi; fié fur des traverfes horifontales qui s’étendent d’un pieu à l’autre..
- g26. Les ailes, foit qu’elles foient de clayonnages ou de piquets , 11e s’élèvent guere au-defliis du terrein, du côté de la mer, que de .quatre pieds, j & elles diminuent de hauteur, à melùre qu’elles.s’en écartent. C’eft la lltuation du terrein qui décide de l’étendue qu’on donne aux ailes , ainfi que de l’ouverture de l’angle qu’elles forment. Elles ne doivent pas fe joindre au fommet de l’angle s. & ordinairement, on. laiife en cet endroit, quatre à cinq pieds d’ouverture.
- 827. On a vu fur quatre lieues de côtes, dans le Bas-Médoc, depuis Bey jufqu’au Verdon, plus de 150 pêcheries appellées.bouchots ou gors, dont les; ailes avaient quarante à cinquante brades de longueur, & qui étaient termi-néespar des bourgnes. Il s.’y prenait une fi grande quantité de menuife, qufon en jetait fur le rivage, où les oifeaux s’en .nourriflaient. Nous croyons qu’011 a fait quelques.réformes à cet énorme abus.
- 828- Il faudrait,.pour la confervation du poiifon , 1 ailler toujours, trois pouces de diftance entre le clayonnage des bouchots & la furface du terrein, comme lerepréfententHK, dans la figure 6 -, & fermer l’ouverture K, par un Blet ou un grillage dont les mailles eulfent un pouce & demi d’ouverture. On empêcherait par c.es attentions., que. ces parcs ne. fiifent une fi. grande deftrudion de frai & de menuife..
- 82$. Mais au lieu de c.ela, les pêcheurs font leur clayonnage très-fèrré , & veulent qu’il porte immédiatement fur le terrein : quelquefois même ils ramalfent du fable & des pierres au bas des claies., pour qu’il n’y refte aucune ouverture, & ils bouchent l’ouverture A (/y. 6 ) avec un bourgnon, dont nous avons donné la defeription. Ils font ainfi périr prodigieufement de frai & de menuife.
- 830. Quand ces pêcheries font établies fur de la vafe, les pêcheurs vont à toutes les marées vifiter leurs bourgnes, & en ôter le poilTon j fe fervant pour cela d’acons, qui font de petits bateaux plats par-delfous, quarrés à f arriéré , & fort légers. Iis mettent.un pied dans façon ; & Pautre pied qu’ils po-fentiur la vafe , leur fert à faire glilfer ce bateau. C’eft une façon très-commode pour traverfe-r des vafes molles, dans lefquelles on entrerait prefque jufqu’à la ceinture. On fait de plus grands bateaux de ce genre, dans lefquels un homme fe tient alfis., pendant que deux qui fontà. l’arriere, font glilfer. l’acon..
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- S é c T. IL Dë la pèche aux filets. Des bouchots de Poitou,
- g 31. Il y a de ces parcs qui forment, du côte de la mer, comme un polygone. En ce cas, on met un bonrgnon à tous les angles.
- 832. Mais fur les côtes de Poitou, on voit des pêcheries allez fembla* blés à celles que nous venons de décrire. Les pêcheurs en mettent plusieurs les unes au-defius des autres , entre la mer & la côte. Ils arrangent ainfî juf-qu’à trois parcs fbmblables, qui font les uns derrière les autres.
- 833. Ceux du rang de la. côte, ne peuvent fervir que dans les grandes vives eaux, tems où la mer monte beaucoup à la côte. Ceux du rang du milieu, qu’ils nomment de parmi, fe pêchent prefqifà toutes les marées. Enfin , ceux dits du rang de la mer, & qui font à la balfe eau , ne découvrent que dans les grandes marées, & relient des huit à dix jours fans paraître. Ces bouchots , qui font prefque toujours fous l’eau , font les meilleurs pour les moules , qui fe multiplient & s’élèvent dans les clayonnages.
- 834. Quelques pêcheurs n’établiiTent que deux rangs de bouchots, celui de la côte, & celui de la balfe mer: ils fuppriment le parmi. En ce cas, ils placent le rang du haut, un peu moins près de la côte 3 & celui de la mer, un peu plus loin de la lailfe de balfe mer.
- 83S- Enfin, fuivant la difpolition du lieu, & la pente de la plage, il y a des pêcheurs qui mettent la file de parmi, plus près ou plus éloignée de la file de la mer.
- 836. La pointe des bouchots eft tronquée , & préfente du côté de la nier une face quarrée, de 8 à 10 pieds de largeur, à laquelle ils ajuftent deux, trois , & quelquefois quatre bourgnes : ce qui fait une immenfe deltruétion de frai & de menuife. On devrait fermer la pointe des bouchots par un grillage à larges mailles , qu’on ôterait dans les faifons où le frai fe porte à la côte. Il doit y avoir, de la pointe d’un bouchot à celle d’un autre, au moins 200 bralfes de diftance; & les ailes ont depuis 60 jufqu’à ico bralfes de longueur, fuivant l’étendue de la plage. Les clayonnages ont environ cinq pieds de haut du côté de la mer, & guere plus de trois pieds à l’extrémité des ailes , vers la côte.
- Petits parcs de clayonnage, aufiïgarnis d'ailes, qu'on nomme benâtres, &c.
- 837. La pêcherie dont nous allons parler, conduit déjà un peu aux parcs fermés, dont nous traiterons amplement dans la fuite. Elle eft formée d’un petit parc rond , quia huit ou dix pieds de diamètre , & dont le clayonnage le termine par des crochets , lefquels font chacun le commencement d’une volute. L’ouverture qui eft entre-deux , a environ 3 ou 4pieds-de diamètre.
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- 3og TRAITE' DES PECHES.
- On ajoute deux grandes ailes, qui s’étendent le plus qu’il eft pofîible vers la côte.
- 838- La hauteur du clayonnage qui forme le corps, du parc» eft d’environ trois pieds. Les ailes ont cette même élévation : mais elles diminuent de hauteur à mefure qu’elles s’approchent de la côte ; enforte qu’elles font réduites à un pied à leur extrémité.
- 839* Il devrait y avoir au fond du corps, une ouverture à laquelle on mît un filet ou un treillage, dont les mailles auraient un ou deux pouces d’ouverture en quarré, & qu’on retirerait dans les faifons de l’abondance du frai : ou au moins on y fubftituerait un grillage à mailles fort ouvertes» enforte qu’il ne put retenir que les gros poiffons. Mais il s’en faut bien que les pêcheurs obfervent cette police ; puifque, pour retenir le frai & les plus petits poiifons » ils ajuftent au fond du parc, des bourgnes, des tonnelles , des guideaux, des verveux, qui ont les mailles fi ferrées que rien ne peut s’échapper : de forte qu’on trouve fouvent au fond de ces parcs » un pied d’épailfeur de frai & de menuife, étouffés dans les immondices que le courant y a portées.
- 840. On établit ces petits parcs ou benâtres » qu’on nomme en certains, endroits , des éclufes, des gorets ou gors de bois, fur des plages qui 11’ont que peu de largeur entre la côte & la laiffe de balfe mer. Mais le corps des parcs eft établi tout près de la lajife de baffe mer : & les ailes s’étendent jufqu’à la côte.
- 841. On lie les unes aux autres plufieurs de ces.pècheries » enforte qu’elles eouvrent toute une plage.
- 842. On eft obligé de les abandonner durant les grandes chaleurs, parce que les parcs fe trouvent remplis d’araignées de mer » & d’autres animaux voraces, qui éloignent de la côte prefque tout le poiffon , & qui fueent ou mangent ceux qui fe trouvent enfermés dans l’enceinte d’une pêcherie.
- 843. Dans ces tems de chaleur» il s’y amaffe auiïi beaucoup de varec , qui ferme les grillages, & occafionne une grande deftru&ion de poiifons. C’eft pourquoi il eft très - important d’obliger alors les pêcheurs à faire de grandes; ouvertures au fond de leurs parcs.
- Article quatrième.
- Des parcs ouverts , dont Venceinte ejl formée par des filets , & quon nomme ordinairement courtines, venets, tournées , &c.
- 844. On a vu dans le chapitre IV , la maniéré de tendre des filets fur des: piquets ou perches, pour former des ^paliifades, droites, dont les unes font
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- S e c t. II. De la pêche aux filets
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- placées parallèlement au courant, & d’autres dans une fituation qui lui effc perpendiculaire. Nous avons dit qu’on faifait ces étentes, ou avec des filets à peu près femblables à ceux des feines , ou avec des blets comme les manets, dans lefquels les poillons doivent s’emmailler ; ou encore avec des blets à grandes mailles, qu’on nomme folles ou demi-folles ; enfin , avec des tramaux. On emploie de ces différentes efpeces de filets pour former l’enceinte des parcs dont nous nous propofons de parler, & on les tend fur des piquets ou perches , comme pour les palis, ravoirs , & autres pêcheries de ce genre. La différence confifte en ce que, pour les- étentes dont il a été queftion dans le quatrième chapitre , on établit les filets fur une ligne droite : au lieu que, pour les parcs ouverts dont il s’agit préfentement, on les tend de façon qu’ils aient une grande ouverture du côté de la laiffe de haute mer, & qu’ils fe terminent à celle de baffe mer par un angle ou par une portion de cercle , comme les éclufes & les bouchots , dont il a été queftion dans les articles précédens-
- Des parcs de filets anguleux, quyon établit quelquefois en zig-zag fur
- plufieurs lignes..
- 84G On tend fur les grèves au bord de la mer, des filets qui forment ou-des angles ou des portions de cercle (pl.X,fig. i, 2). Comme -ils ne different point des gors dont nous avons parlé, nous nous contenterons de renvoyer àgce que nous en avons dit, chap. III, art. 3 ; & nous nous bornerons à faire remarquer d’abord que, dans l’amirauté de Marennes, on place de ces pêcheries fur des fables mouvans , ce qui oblige de les relever à toutes les marées ; & on fe fertde petits bateaux pour y porter les piquets , qu’on nomme paux. Cependant on les place à pied & à la main. Les pêcheurs forment, avec leurs piquets & des filets qu’ils tendent deffus, des angles plus ou moins ouverts, fuivant la fituation du terrein s expofant à volonté la pointe au flux ou reflux. Ils y ajuftent des guideaux qui ont au plus quatre bralfes de longueur, & dont la pointe eft amarrée à un piquet qu’on enfonce dans le terrein. Les ailes ont quatre ou au plus cinq pieds de hauteur au-déifias du terrein , & ordinairement cinquante ou foixante braffes de longueur.
- 846“. Quand le filet eft tendu,. & que la marée montante gagne , les pêcheurs remontent dans leurs bateaux, & attendent le retour de la marée. Lorfqu’elîe eft fuffifamment retirée, ils relevent les filets & arrachent les piquets , qu’ils; mettent dans leurs bateaux avec le poiffon qu’ils ont pris.
- 847*. On appelle ces efpeces de courtines , vagabondes ou variantes, parce qu’011 les change continuellement de place & de pofition. Gn 11e peut cm faire ufage pendant l’hiver , attendu que les tempêtes qui font fréquentas.
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- 3 i o TRAITE ' DES PECHE S.
- dans cette faifon, emporteroient les filets. Le tems le plus favorable pour cette pèche, eft quand il furvient une bifefraîche de la partie du nord , pendant les grandes chaleurs.
- 848- On tend encore une autre forte de petites courtines dites volantes. Les pécheurs embarquent dans un batelet le filet qu’ils doivent tendre, & des piquets qui ont au plus quatre pieds de longueur, y compris ce qui doit entrer dans le terrein. Ils les difpofent fur deux rangées qui s’écartent peu l’une de l’autre , & ils en inclinent la tète, de façon que toutes fe rapprochent , & que le haut du filet ne foit élevé au-delfus du terrein que d’un pied. La tète du filet eft donc arrêtée à la tète des piquets , qui font inclinés comme nous venons de le dire; & le pied du filet eft alfujetti par des crochets qu’on enfonce dans le terrein: de forte que les deux ailes étant inclinées l’une vers l’autre, elles font une efpece de berceau. Elles fe réunifient pour former au fond de la courtine comme un tuyau, au bout duquel on ajufte un guideau d’une bralfe & demie de longueur, & qui 11’a ni cerceaux ni goulet à fon embouchure , laquelle eft tenue ouverte par deux piquets enfoncés verticalement. Lorfque la marée eft retirée,les pêcheurs mettent dans leurs batelets les piquets, le filet, le guideau , & le poilfon. O11 pèche toute l’année avec ces petites courtines , à moins que la mer ne foit trop agitée. O11 11’y prend guere que des poilfons plats.
- 849- Les pécheurs couvrent quelquefois toute une plage avec des parcs angulaires, difpofés en zig-zag, comme on les voit fur la planche X ^fig. 1. O11 en met deux, quelquefois même trois rangées les unes au-deffus des autres. Quand les poilfons qui retournent à la mer, ont franchi le premier rang A, ils font arrêtés par le fécond B , ou par le troilieme C. Ainli, quand ces filets, qui ont ordinairement les mailles aifez ferrées , font enfàblés par le pied, rien ne peut s’échapper ; fur-tout li on met aux angles faillans , des guideaux ou verveux : & en ce cas, ils font une énorme deftruction de frai & de menu ife.
- 8fo. Il importe donc beaucoup à la confervation du poilfon , de faire à ces pêcheries les mêmes réformes que nous avons indiquées en parlant des éclufes & des bouchots: ne point enfabler le bas des filets qui forment les ailes; tronquer les angles faillans , pour y mettre des filets à larges mailles, qu’ on ôtera dans les faifons où le frai donne à la côte.
- Bas parcs de filets, ouverts & demi-circulaires, qu'on nomme fpccialement courtines ou venets ; lefquels different peu des milliers , dont nous avons parlé dans le quatrième chapitre, S? qui font repréjentés fur la] planche IX, figure 3. "
- 851. ÛN verra dans les paragraphes fuivans, des pêcheries qui tiennent
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- S e e t. H. De la pêche aux filets» 311
- •un milieu entre les étentes & les vrais parcs ; & l’on fendra commentll’in-duftri-e des pêcheurs eft parvenue par degrés à faire les grands parGS fermés.. Les bas pares dont il s’agit ici, font de petites pêcheries, que lesf riverains de la mer tendent à la baffe eau.
- 852. On donne à ces différentes petites pêches , des noms particuliers fur les côtes où on les pratique5 quoiqu’elles different peu entre elles, tant par leur conftruction , que parles effets qu’elles produifent.
- 853- Leur but étant toujours d’arrêter les poiffons qui ont fuivi le cours-de la marée montante, lorfqu’iîs fuivcnt la marée defcendante pour retourner à la mer j il eft fenfible que, pour fe placer avantageufement, il faut tendre les filets fur les banes de fable , au bas des côtes qui fout écores, ou dans, les endroits d’où l’eau fe retire avec rapidité.
- 8H- Les pêcheurs enfoncent des piquets dans le fable, fuivant une figurer demi - circulaire , qui imite allez celle d’un fer-à-cheval (pi. X7fig. 2 ); & attendu que ces pêcheries s’établiffent fbuvent fur des fable mouvans, on a l’attention, de garnir, comme nous l’avons déjà dit, le bas des piquets avec des torches de paille , pour que la marée ne les entraîne point..
- 855". Les mailles--des filets qu’on tend fur ces piquets, ont un , ou air. plus deux pouces en quarré. On doit tendre les filets le plus ferme qu’il effc poffible fur les piquets , tant par la tête que par le pied ; mais de faqon que le: bas du-filet ne touche point au fable, fur-tout durant les chaleursparce que; c’eft îafaifon où les poiffons du premier âge remontent en plus grande quantité à la côte, & qu’il convient de leur, laiffer la liberté de retourner en fuite à. la mer;
- 8^6- On prend , dans ces petites pêcheries , dés poiffons de tout genre T même des efturgeons : & on y arrêterait beaucoup de poiffons plats , fur-tout-durant l’été, fi l’on enfablait le pied dufilet. Mais comme il faut, pour la con-fèrvation du petit poiffon, l’en tenir écarté de quelques pouces, on n’en prend, que de gros : encore faut-il que le filet fade une poche. On met quelquefois, plufieùrs rangs de ces filets, les uns au - deffus, des autres, comme nous, l’avons dit de ceux en zig-zag ( pL X, fig. j '). On pratique, beaucoup à Calais, cette faqon de pêcher, pour prendre du poiffon frais..
- Ufage qiCon fait des courtines en différent ports:
- 8 5 7-A Saint-Michel en l’Herme, amirauté de Poitou, ainfi que fur les côtes; de Saintonge & d’Aunis , on fait‘des, courtines avec des filets fimples, qu’ils nomment rets noircis. Nous avons dit ce que c’eft,.dans le quatrième chapitres-article premier. Mais comme ces pêcheurs les établiffentfur les vafes, il faut pour chaque tente de courtine; quatre acons, afin de gliflêr fur les vafes..
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- Deux hommes, chacun dans un acoii, portent & plantent à une brade les uns des autres les pieux ou palets, qui doivent avoir quatre pieds de longueur f non compris ce qui entre dans la’vafe, Les deux autres acons prpmenenty comme ils difent,/e filet ; c’eft-à-dire, qu’ils l’arrêtent haut & bas fur les piquets par un tour mort. Les ailes ou bras de ces pêcheries ont au plus foixante brades de longueur. Chaque piece de filet porte huit ou neuf bralfes. Celles qui font deftinées pour le fond, ont une brade de chute ; & celles des ailes fe réduifent peu à peu à n’avoir qu’une demi-braffe. Chaque pêcheur fournit une ou deux pièces de filet.
- 8>8- On retire, à toutes les marées, le poilfonqui s’eft pris dans la courtine ; & 011 ne laide le filet en place, que pendant deux marées au plus. Quelques-uns laident leurs piquets fédentaires : d’autres les changent de place à toutes les marées. Cette pèche ne vaque que pendant les mois de novembre, décembre & janvier. La plupart des courtines de la Rochelle font garnies des filets nommés folles. Chaque filet, quand il eft monté, a foixante-dix brades de longueur & huit pieds de chute : on n’y met ni plomb ni liege. Les pieux fur lefquels on les tend, font à trois brades les uns des autres.
- 8ï9- A l’isle de Rhé, on fait de grandes pêcheries aux courtines , à peu près femblables à cédés qui font repréfentées dans la planche X9fig. r, 2. Quand les pêcheurs enfablent le bas de leurs filets , & qu’ils ajoutent une manche au fond de leurs courtines, il fe fait une grande deftrucftion de frai & de me* nuife.
- 860. A Oleron, l’on pèche aux courtines pendant toute l’année , excepté quand les tems font trop orageux. Ces filets ont ordinairement deux ou trois cents brades de longueur & une brade de chute. Souvent leurs mailles n’ont qu’un pouce d’ouverture en quarré. Les pêcheurs ajoutent adez fréquemment au fond delà courtine, une poche qu’ils nomment fioue ou fiolle. Quand la mer eft bade, fi la courtine n’adeche point, ils y prennent le poiflon avec une nade, qu’ils appellent couperas.
- 861. Les grandes marées , les vents qui portent à la côte , & les tems orageux, font favorables à cette pèche, pourvu que les filets puident reftet tendus.
- 862. On prend, dans ces pêcheries, des folles, des blies, des limandes, des turbots, des grondins, des maquereaux, des merlans, des lieux, des fecSies ; & quelquefois des fardines, lorfque les mailles font adez ferrées pour les retenir.
- 8S3. En quelques endroits voifins d’Oleron , comme Saint-Trojan, les courtines n’ont que trois pieds de haut & quatre-vingt brades de longueur. Elles font tendues depuis le mois de mars jufqu’en novembre : d’où il fuit qu’eues doivent détruire beaucoup de frai.
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- S e g t. II. De la pkhe aux filets.
- $64- A Marennes, la pèche aux courtines commence au premier de mars, & elle fe continue jufqu’à la fin d’oétobre. Les pêcheurs paient ou tendent leurs filets à la bafle eau, & ils les relevent le lendemain, quand la mer eft retirée. Us fe fervent néanmoins de petits bateaux pour les tendre ; & ils ajuftent les unes au bout des autres , aifez de pièces de filet pour faire une longueur de cent ou cent vingt braifes, lorfque le terrein le leur permet.
- 86<). Les pécheurs Bretons de Saint-Michel en Greve, du côté de Lanion ne fe fervent point de bateaux : ils tendent leurs courtines à pied fec.
- 866. A Saint-Brieuc, on npmme feine-à-pieux , des courtines circulaires qui font beaucoup plus fermées que ne le repréfente la figure 2 de la pl. X. Quelques-unes ont quatre pieds de hauteur; d’autres, feulement deux. Ces pêcheurs mettent un peu de plomb au pied de leurs filets; mais ils ne les en-fabîentpas, pour lailfer paifer le gouémon. Ainfi ils ne détruifent ni le frai ni la menuife.
- 8^7- Les pécheurs de Trouville, auprès de Quillebeuf, n’enfablent point non plus le pied de leurs venets ou courtines.
- 8^8* Sur la côte de l’amirauté de Caen, tant à la mer qu’aux trois rivières qui dépendent de cette côte, on prend dans les venets ou courtines, des furmulets, des barbues , des folles, des limandes, des carrelets, des eftur-geons , de petits turbots, des raitons ( mais point de grandes raies ), des mulets , des faumons , des maquereaux, des harengs, des fardines, &c.
- $69. Dans l’amirauté d’Abbevile, on tend en courtine des filets de l’ef-pece de ceux que nous nommons manets. Us ont vingt braifes de longueur fur cinq à fix pieds de chûte. Leurs piquets s’élèvent de lix pieds au-deffus du fable. Les pêcheurs n’enfablent le pied de ces filets, que quand ils fe pro-pofent de prendre des poilfons plats. Mais le but principal de cette pèche , eft de prendre de petits maquereaux, qui s’emmaillent.
- Petits parcs qui fe terminent par un crochet, & qu'on nomme parcs à
- l’anglaife.
- 870. Ces parcs font précilement comme les palis de Picardie, dont nous avons parlé. On les tend de même, un bout à la mer, l’autre à la côte. Mais ils different des palis en ce qu’ils fe terminent du côté de la mer par un crochet, dans lequel font conduits les poiffons qui ne fe font point emmaillés le long du filet, & ils y relient lorfque la mer fe retire.
- 871. Dans l’amirauté de Boulogne, on fait de pareilles pêcheries qu’on nomrn z folles montées fur piquets ou piochons. Le bout qui eft du côté de la mer, forme un crochet, dans lequel s’arrête la plus grande partie du poiffon. Les
- Tome V. R r
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- TRAITE' DES PECHES.
- pièces de ces filets ont dix à douze brades de longueur-, fur une brade de chute. Dans les grandes vives eaux, on y prend des foies, des plies, des fiais, & même des raies. Connue les mailles des folles font grandes , on ne prend dans ces pêcheries que des poifions adez gros pour être d’ufage. Cependant on ferait bien de défendre d’enfabler le pied de ces filets, durant les fai-fons où le frai & les poifions du premier âge font portés à la côte.
- Des hauts parcs à crochets..
- 872. On voit dans l’amirauté de Barfleur , & en drautres parages, des parcs en crochets (impies, qui font principalement deftinés à prendre des mulets. Ils font formés de perches hautes de quinze à vingt pieds , & difpo-fées de faqon qu’elles forment un crochet vers la mer, comme les parcs à l’anglaife. Le relie eft une elpece de chafife ou de palis, qui s’étend depuis la laifife de haute mer, jufqu’à la baffe eau, où eft formé le crochet, qui peut avoir fept à huit brades de pourtour. La partie qui forme la chafTe, a quatorze ou quinze brades de longueur, plus ou moins, fuivant que la mer fe retire.
- 873- Le filet a deux brades ou deux brades & demie de chiite. On ne l’enfable point. Ses mailles font plus ou moins ouvertes , fuivant la grodeur des poidons qu’on fe propofe de prendre : car fi dans certaines faifons les maquereaux , les fanfonnets, ou les harengs, donnent à la côte, il faut proportionner les mailles à la grodeur de ces poidons. Les mailles ont donc quelquefois onze lignes d’ouverture en quarréj d’autres fois,, dix-huit ou même vingt- quatre, afin que le poidon puiffe s’emmailler. Quelquefois ,pour prendre des poidons de différentes groffeurs , 011 garnit le crochet où fe raf-femble la plus grande partie du poidon , avec un filet en tramail.
- 874. Quand le pied de ces filets n’eft point enfablé, ces pêcheries ne font aucun tort à la multiplication du poidon..
- Des parcs à grande tournée..
- 87Ï- On voit que peu à peu l’induftrie des pêcheurs les a conduits â for-mer de grands parcs fermés. Ceux dont nous allons parler, en différeraient peu, fi l’on y ajoutait une chade.
- 876- Ces pêcheries , qu’on voit entr’autres fur les côtes de Picardie confinantes au comté d’Eu, reffemblent affez aux courtines ceintrées dont nous avons parlé au §. 8yi &fuiv. Elles en different en ce que les deux extrémités du filet font contournées en volute vers la côte.
- 877. Il y a eu de ces parcs qui avaient jufqu’à 120, même 1^0 brades de circuit. Comme ces grandes pêcheries occupaient toute la côte, les pêcheurs:
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- Se’ct. IL De la pêche aux filets. f 315
- riverains expofèrent qu’il ne leur reliait point de place pour faire leur métier 5 & ayant fait droit fur leurs repréfentations, 011 a fixé à cent bradés la Ion-gueur de ces filets. Pour ce qui efl de la chute, les pécheurs font les maîtres de la faire comme ils le jugent à propos. C’ell pourquoi quelques - uns ne leur donnent que quatre pieds ; & d’autres, jufqu’à dix-huit. On les tient toujours plus élevés au fond , qui ell du côté delà mer, que vers les volutes, qui fe prolongent far la côte.
- 878- On met les piquets à fept ou huit pieds les uns des autres, & ils doivent entrer de dix-huit pouces ou deux pieds dans le fable.
- 879. Quand les filets ont beaucoup de chute, on a coutume d’affermir les perches par des piquets plus courts, qui forment comme des arcs-bou*. tans; & les perches font un peu inclinées par le haut vers la mer, pour qu’elles réfiftent mieux à la lame qui précédé la marée montante. On amarre la tête des filets fur le haut des perches, & le pied fur les petits piquets, afin que le filet faffe la poche ou foliée.
- 880- Quand les harengs donnent abondamment à la côte , les pêcheurs n’ont pas quelquefois affez de tems d’une marée à l’autre, pour emporter tout leur poilfon , quoiqu’ils y emploient des chevaux & des charrettes.
- 881- On doit laiffer cinq à fix pouces d’intervalle entre les bas du filet & le terrein. Mais l’avidité des pêcheurs les engage à Penfabler. Pour cela, ils font un fillon autour de l’endroit où ils tendent, & y mettent le pied du filet, puis le chargent avec le fable qu’ils ont tiré du fillon. Alors leur filet tamife , pour ainfi dire , l’eau de la mer, & retient tout le poiffon qui voudrait fuivre le cours de la marée; d’autant que le filet étant tenu lâche pour qu’il forme une poche, fes mailles s’alongent, & elles deviennent fi ferrées que les poilfons du premier âge 11e peuvent paffer au travers. Aufiî trouve-t-011 fouvent durant l’été dans les parcs, un pied d’épaiifeur de frai & de me-nuife, qui efl entièrement perdu. Il efl fenfible qu’alors ces pêcheries font très-deflruclives : ce qui n’arriverait pas, fi les pêcheurs biffaient trois ou quatre pouces de diflance entre le filet & le terrein.
- Hauts & bas parcs à tournées, qu'on tend de haute mer, comme les palets dont nous avons parlé ci-devant.
- 882. Les pêcheurs de Saint-Valéry vont dans leurs gobelettes, à la fin du jufan, entre les bancs qui font à l’embouchure de la Somme, établir avec des piquets de trois à,quatre pieds de hauteur, une grande enceinte en forme de fer-à-cheval. Aux deux bouts qui répondent à la côte, font des retours, ou crochets, qui ont environ une bralfe & demie de diamètre. Entre ces crochets & le corps du parc, efl un paffage qui n’a que quinze
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- ou dix-huit pouces de largeur, par lequel le poilfon entre dans une efpece de tour ronde ou quarrée , formée, par les contours des crochets. Quand le poilfon y eft entré, il nage en tournant continuellement : & rarement fort-il par où il était entré. On garnit les crochets avec des filets pareils, à ceux des autres bas parcs. Il en faut pour chacun une longueur d’environ trente brades. Pour former le corps du parc, on plante dans le terrein des perches de quatorze ou quinze pieds de haut, qui s’étendent par intervalle d’un crochet à l’autre; y ayant alternativement de longues perches, & des piquets affez courts. On fait enforte que ces grandes perches s’inclinent un peu du côté de l’intérieur du parc , & l’on y tend des filets qui ont environ trois braifes de hauteur. Mais les pécheurs ne tendent pas les grands filets, de mer baife ; ils en arrêtent feulement le pied fur le bas des longues perches. Ainli ces filets font pliés en paquet au bas des perches, & 011 les couvre d’un peu de fable, comme nous l’avons dit en parlant des palets (Kpl. VIII,fig. 3 ), afin qu’à la marée montante, les poiffons plats en fuivent le cours fans rien trouver qui les arrête. La tète de ces filets eft garnie de flottes de liege , & l’on a amarré au haut de chaque perche une petite poulie, où eftpafleeune ligne frappée fur la corde qui porte les flottes.
- 883- Les pêcheurs forment donc ainli l’enceinte de leur parc, en mettant alternativement des rets de bas parcs, qu’ils tendent à demeure fur des piquets courts , & des jets de hauts parcs, qui reftent au pied des perches jufqu’à ce que la marée foit entièrement montée : obfervant que les deux bouts de la pêcherie qui font contournés, finiifent par des rets de bas parcs , montés fur leurs petits piquets. On a de plus l’attention de mettre les perches & les poulies des hauts parcs dans les baffures & les petits courans qui fe rencontrent entre les bancs.
- 884- Il eft bon de remarquer, pour concevoir l’avantage de ces pêcheries, que durant le tems où toutes les parties qui feront garnies de hauts filets font abaiflees, ces parties permettent aux poiffons plats de fuivre le cours de la marée, comme s’il n y avoitpoint de pêcherie ; & les parties où font les filets de bas parcs étant peu élevés, la marée les recouvre bientôt, enforte que les poiflons ronds peuvent palfer par-deflus.
- 88f. Les pêcheurs qui font dans leurs gobelettes halent, au coup de la pleine mer, fur les lignes qui répondent aux filets de hauts parcs ; ils les dégagent du peu de fable qui les recouvre , & ils foulevent la tète de ces filets ju£ qu’au niveau de l’eau de la pleine mer ; puis ils les amarrent à la tète des perches ; & avec le fecours des flottes de liege, les filets de hauts parcs fe trouvent tendus jufqu’à ce que la mer fie foit entièrement retirée.
- 886. Ces pêcheries font deftinées à arrêter le poilfon qui fuit le retour de la marée. C’eft ce qui eft fenlible, quand on fait attention à la dilpofîtion du
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- corps du parc , & à celle des crochets qui le terminent. S’il s’engage quelque poiffon dans les volutes , il en fort difficilement.
- 887- A mer baffe, 011 va prendre les poiffons , qui fe trouvent principalement dans les crochets. Ce font pour l’ordinaire des poifîons plats. On en trouve auffi quelques autres qui fe font emmaillés dans les filets de hauts parcs.
- 888- J’avoue qu’il paraîtrait mieux de garnir tout le fond avec des manets de hauts parcs , & de ne lailfer en bas parcs que les crochets, qu’il ferait difficile & prefque impoffible de tendre de haute mer.
- Petits parcs tournés, qu'on nomme palicots à la Tête-de-Buch.
- 889» Le terme de palicot nous paraît être ici un diminutif de pâlot ou piquet. Quand les pêcheurs apperçoivent fur le fable ou fur la vafe dans les chenaux , certaines traces que les poiffons laiffent dans les endroits qu’ils fréquentent , ils y tendent des filets fur des piquets, comme pour les bas parcs : & s’ils n’ont pas d’élévation ou de roche fur lefquelles ils puiffent appuyer les extrémités de leur filet, ils forment à chaque bout du filet une volute à peu près femblable à celles qu’on voit au bout du filet. Lepoiffon une fois engagé dans ce labyrinthe, y refte jufqu’à ce que la mer foit retirée. On prend ainfi des poiffons de toutes les efpeces.
- Pêcherie peu différente de la précédente , & qu’on appelle chila en Corfe.
- 890. Nous trouvons dans un mémoire de Corfe , qu’on fait avec des pieux plantés tout près les uns des autres , un labyrinthe en fpirale ; & que, pour prendre les poiffons qui s’y font engagés , ils fe fervent d’un harpon qu’ils nomment fofcina. On prend de toutes fortes de poiffons dans ces pêcheries, & particuliérement des foies.
- Petits hauts parcs pour prendre des maquereaux.
- 891. Dans l’amirauté de Quimper, & en plufieurs autres endroits, les pêcheurs tendent des perches entre les rochers en forme circulaire. Ils amarrent des tramauxfur la tète de ces perches, enforte qu’à la pleine mer le haut du filet foit à fleur d’eau. Mais il s’en faut beaucoup que le pied touche au terrein: & pour cette raifon, l’on 11e prend dans ces pêcheries que les poiffons ronds, qui s’emmaillent^ jamais ceux qui ne quittent point le fond. L’ouverture de ces parcs doit être du côté de la terre. On emploie à cette pêche, des tramaux qui ont leurs mailles de trois grandeurs différentes, fuivantl’efpece de poiilon qu’on fe propofe de prendre. Aux uns, les mailles des hamaux ont fept pouces lept
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- lignes d’ouverture en quarré ; d’autres ont fept pouces fix lignes 5 & les plus ferrées ontfept pouces quatre lignes. Les'mailles de la due font aufli de trois grandeurs différentes : les plus larges font de dix-neuf lignes en quarré ; les moyennes, de dix-huit lignes ; & les plus ferrées, de dix-fept. On emploie à volonté l’un ou l’autre de ces filets; & comme ce font des tramaux, la préci-fion de l’ouverture des mailles n’eft pas auffi importante que quand les filets font des nappes (impies.
- Article c i n q_ u i ' e m e.
- Des parcs fermés.
- 892. Nous croyons avoir fufïifamment expliqué la conftrudion des parcs ouverts, &expofé dans un aiTez grand détail l’ufage de ces différentes pêcheries , pour faire appercevoir que les unes & les autres peuvent être employées utilement fuivant la position des côtes , l’étendue plus ou moins grande des plages, l’élévation des marées, l’efpece de poiifon qu’on fe propofe de prendre: circonftances qui doivent déterminer fur le choix. Nous avons encore fait remarquer que l’induftrie des pêcheurs les a conduits par degrés à perfectionner leur art. Elle les a ainfi amenés à frire les grands parcs fermés, dont nous nous propofons de parler préfentement : quoique, à dire vrai, ils ne different pas effentiellement des parcs ouverts ; puifque, de quelque façon que l’on confidere ces fortes de pêcheries, 011 doit les regarder comme de grands gors , propres à arrêter les poiffons qui veulent regagner la grande eau au retour de la marée. Néanmoins la conftrudion des grands parcs fermés mérite "bien l’attention de ceux qui défirent connaître où peut aller l’induftrie des pêcheurs.
- 893. Comme on a beaucoup varié la forme &la conftrudion de ces parcs, l’examen détaillé que nous nous propofons d’en faire ici, fournira la matière de plufieurs paragraphes qui présenteront des chofes intérelfantes.
- Idée générale des parcs fermés.
- 894- IL faut confidérer dans les parcs fermés les plus (Impies , le corps du parc A (pl. X, fig. 3 ), qui n’a qu’une entrée D aifez étroite; & au fond, que les pêcheurs nomment laccuf une ouverture E , pour la décharge de l’eau de la mer qui eft entrée dans la capacité AB. On place cette partie du parc , le plus près qu’il eft poftible de la laiife de baffe mer. Cependant, comme il eft avantageux que le parc fe vuideàprefque toutes les marées, on ne doit pas prendre pour la laiffe de baffe mer, celle des grandes vives eaux : le parc ferait trop fréquemment noyé. 1
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- 89f. L’entrée D du parc étant alfez étroite, il y entrerait peu depoif-fon , fi l’on n’avait pas imaginé un moyen ingénieux pour le déterminer à prendre cette route.
- 896. Nous avons dit qu’on pratiquait fouvent aux parcs ouverts, des ailes fort étendues , qui conduifent le poilfon dans le corps de ces parcs. On ne fait pointillage de ces grands entonnoirs pour les parcs fermés : on fe contente d’établir vis-à-vis de l’embouchure une cloifon ou palis fimple C D (pl. X ,fig. 1 ). Le poilfon qui rencontre ce palis , le fuit, le côtoie , & entre dans le parc. C’eft cette efpece de cloifon que les pêcheurs parquiers nomment cache , par corruption de chajfe. On joint donc l’entrée du parc avec la côte par la chalfe CD. Tous les poilfons qui rangent la côte, foit qu’ils viennent du côté de H, ou du côté de I, rencontrent la chaife qui s’oppofe à leur palfage ; ils la côtoient, fe portant vers G, pour gagner la grande eau , & entrent dans le parc, qui ayant dix à douze toifes de diamètre , forme une nappe d’eau alfez étendue, où le poilfon fe trouvant à l’aife, ne cherche point à fortir par où il eft entré. Il nage donc de tous côtés ; & la partie D de l’entrée alléchant la première , le poilfon fe porte vers E, où il trouve encore de l’eau. Quand la mer eft tout-à-fait balfe, il demeure en la polfelfion du pêcheur.
- 897- L’enceinte des parcs & leur ehalfe font quelquefois uniquement formées par des filets qu’on tend fur des perches , comme on le voit à la planche X, fig. 3. A d’autres parcs, le pied eft compofé de clayonnage & de pierres feches j & le haut eft garni de filets qui ne font pas toujours de la même efpece. Ce font quelquefois des feines ; d’autres fois, des folles, ou des manets, ou des tramaux.
- 898- Il y a des parcs plus compofés les uns que les autres : on en fait qui n’ont qu’une tournée, tour , ou chambre ; comme ceux repréfentés par la planche X, fig. 3. D’autres en ont deux, trois , & quatre. Ce n’eftpas tout* tantôt les chalfes communiquent d’une tour à une autrej ou bien, chaque tour a une chalfe qui lui eft particulière, s’étendant depuis la côte jufqu’à cette tour.
- 899. Enfin , à beaucoup de parcs la décharge n’eft fermée que par une grille de fer ou de bois. On ajoute à quelques-uns un guideau ou un ver-veux -, ce qui leur fait donner le nom de parcs à fond de verveux.
- 900. Nous allons faire connaître l’ufage des chalfes , en décrivant une petite pêcherie qui ne fe pratique guere que dans des étangs allez poilfon-ngux.
- Verveux précédé d’une chajfe.
- 901. On tend des verveux dans des étangs , comme nous l’avons dit dans le troifieme chapitre* Nous avons fait remarquer qu’011 y ajoute fouvent
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- TRAITE' DES PECHES,
- des ailes , pour déterminer le poifion à entrer dans le filet : & quand ces ailes font fort longues, il en réfulte un gor. Mais il y a des pêcheurs qui fe contentent de mettre vis-à-vis de l’embouchure du verveux , une chalfe qui en partage l’embouchure en deux parties. De quelque côté que vienne le poilfon, ii-tôt qu’il rencontre la chalfe qui s’oppofe à fon palfage, il la fuit ; & continuant fon chemin, il entre dans le verveux. Voilà l’eifet que produifent les chaifes des plus grands parcs.
- Des petits parcs qu'on nomme clofets.
- 902. Nous avons déjà fait obferver qu’on 11’eft parvenu que peu à peu à faire les grands parcs fermés dont nous venons de donner une idée. D’abord on a formé au bout des filets , des crochets ou volutes, qui retenaient mieux le poilfon que les (impies palis. Mais en augmentant ce crochet au point de le fermer prefqu’entiérement, 011 a été conduit à faire de petits parcs qui ont donné l’idée des grands.
- 903. On voit dans l’amirauté de Saint-Brieuc, de hauts petits parcs, qu’ils nomment cahojfeets ou clofets. Ces parcs font formés d’un feul filet tendu fur des perches de fept à huit pieds de hauteur. La partie qui eft droite , forme une chalfe; & la partie fermée, une chambre ronde ou quarrée , par la difpofition du crochet ou de la tournée , qui eft le corps du parc. Une douzaine de perches fuffifent pour faire ces petites pêcheries, dans lefquelles on prend des bars, des mulets, des lieux , des colins, des vieilles, & divers autres poilfons, tant paflagers que faxatiles, lorfqu’on tend ces filets entre des roches. Le tems le plus favorable pour tirer parti de ces pêcheries , eft quand il régné un vent du fud.
- Des grands parcs fermés, garnis entièrement de filets comme le précédent,
- 904. Sur les belles plages où la lame n’a pas beaucoup de force, & dans les belles faifons, on fait de grands parcs (pl. X9fig. 3 ), qu’on garnit entièrement de filets qui font de la nature des feines, quand on fe propofe de prendre de toutes fortes de poilfons : alors on ne les tient pas fort élevés. Mais lorf que les poilfons de palfage donnent à la côte, on garnit ces parcs avec des manets, dont la grandeur des mailles eft proportionnée à la groifeur des poif fons qu’on veut prendre ; & on tient les perches alfez élevées. Nous fuppri-1110ns quantité de détails qui fe trouveront lorfque nous parlerons des parcs dont le pied eft de clayonnage.
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- Parcs
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- S e c t. IL De la pèche aux filets.
- Parcs garnis des filets qu'on nomme foliés.
- 90f. Cette pêcherie 11e différé de celle dont nous venons de parler, que par la difpofition du filet, & par le calibre des mailles du filet, qui font toujours très-grandes.
- 906. Ces parcs, plus que tous les autres, doivent être établis à des endroits d’où la mer fe retire avec beaucoup de rapidité. On fait donc au pied des bancs de fable une enceinte de perches, qui ont au moins cinq pieds de haut j & l’on place fur le banc quelques perches & un filet pour former la chaffe, qui aboutit au milieu de l’embouchure de l’enceinte. On la prolonge plus ou moins vers la côte, fuivant l’emplacement dont on peut difpofer.
- 907. Le filet étant une folle , il doit être tendu de façon qu’il faffe une poche. On ne prend dans ce s parcs que de gros poilions plats ; les ronds ne pouvant être arrêtés par ce filet, dont les mailles font très-grandes, & ont quelquefois plus de fix pouces en quarré. Pour cette raifon , il ferait inutile de faire ces parcs fort hauts , les poiffons plats ne quittant point le fond. On doit aufïi n’établir ces parcs que fur les fonds doux, de fable ou de vafe-; les poiffons plats ne tenant guere fur les fonds de roche. Enfin cette pèche eft principalement avantageufe dans les grandes marées. Quelques pêcheurs par-qüiers , pour prendre des poiffons ronds, ajoutent, comme nous le dirons •'dans ia fuite, des chauffer ou verveux, à la décharge de leurs parcs.
- Parcs garnis de filets nommés demi-folles.
- 908. Nous avons déjà dit que ces filets ne different des folles qu’en ce que leurs mailles n’ont que deux à trois pouces d’ouverture en quarré ; au lieu que celles des folles en ont cinq, fix & fept. Ces filets , que nous nommons demi - folles, font femblables à ceux que les pêcheurs Cauchois nomment Mfques ; les Picards & les Flamands , cibaudieres , mailles royales, enfin rieux , parce qu’ils-fervent à prendre des raies. Les Normands les appellent anfinnes, parce qu’ils les tendent dans des anfes : ce font ces mêmes filets qu’on nomme entours lorfqu’on les tend autour des roches. Au refte, pour les parcs dont il s’agit, on monte ces filets , comme ils font repréfentés pL X 3fig. 3, fur des perches de quatre à cinq pieds de longueur.
- Des parcs formés'de claies & de filets.
- ' 909. Pour faire ces parcs, que nous avons repréfentés planche X, 011 enfonce dans un terrein folideVdes pieux éloignés les uns des autres de quinze à dix-huit pouces, fe conformant au contour qu’on fe propofe de donner au Tome V. S s
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- TRAITE! DES PECHES,
- parc. On entrelace dans ces pieux*, des branches flexibles, pour former un clayonnage , qu’on voit représenté en C (,fig. 4 ) , auquel on donne trois pieds & demi, ou quatre pieds d’élévation. La.partiejmoins haute, qui s’étend depuis C jufqu’à G, eft pour la chaife 3 & depuis G jufqu’à E, c’eft le corps du parc.
- 910. Le diamètre AE , du corps du parc, eft quelquefois de cinq bralTes* d’autres fois, de fept. Son entrée G, a deux ou au plus trois pieds de largeur.
- 911. Il doit y avoir, comme nous l’avons dit, à l’accul ou au fond du parc qui regarde la mer, une ouverture E, qui fert à égoutter l’eau. Elle doit avoir quatre à cinq pieds de largeur, & être fermée par une grille de fer ou de bois , aflez à claire-voie pour laiffer échapper le frai & la menuife. Ce grillage ferait inutile, fi l’on n’avait pas l’attention de le nettoyer à toutes les marées , pour que le paflage refte libre.
- 912. Autour de cette enceinte de claies , qui eft repréfentée en A(pl-X3 fig. 4), font placées des perches en dehors, comme on le voit en B D. Elles doivent être enfoncées de dix-huit à vingt pouces dans le terrein, l’excéder de vingt à vingt-deux pieds, & être placées à environ une braife les unes des autres. Enfin il faut qu’elles foient menues & pliantes par en-haut 3 car, pour -attacher le filet à l’extrémité de ces perches , un pêcheur faifit avec un crochet de bois le haut d’une perche, il la fait plier , & un autre y attache le filet, au moyen d’un tour mort. Le bas du filet s’arrête auuclayonnage, au moyen d’une cheville.
- 913. La chaflfe CG, s’étend depuis l’entrée du parc, ou plutôt depuis b, jufqu’à la laiiie cle pleine mer.
- 914. Les clayonnages fubfiftent toujours en place, comme on le voit en E (pl. X, fig. 4 ). Il n’en eft pas de même du refte : les pêcheurs ôtent les filets & les perches, quand ils prévoient des gros tems 3 fans quoi, le tout fêtait rompu & emporté à la mer.
- 9 IL Quelques-uns , mais cela eft rare, garniflent le pied de leurs parcs avec des planches d’orme pofées de champ , & retenues par des piquets.
- 916. On voit de ces pêcheries en beaucoup d’endroits, mais particuliére-
- ment dans l’amirauté du Bourg-d’Ault, & depuis le Tréport jufqu’à l’embouchure de la Seine. On les y nomme quelquefoisperckiers ou peryuiers. Les fxlets dont on les garnit, font aflez fouvent du moule des feines. ;
- Des parcs à double rang de clayonnages.
- 917. Quand les parcs font fortexpofés à la lame^il faut faire les. clayonnages aflez forts pour qu’ils puiflent y réfifter. fOin île- pourrait en employant de forts piquets, & les enfonçant dans le terrein à grands coups de malle.
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- S e c t. II. De la pêche aux filets.
- Mais les pêcheurs ont coutume de faire le corps du parc avec un double rang de clayonnages, éloignés l’un de l’autre de dix-huit à vingt pouces ; & on remplit l’entre-deux avec de groffes pierres. On les met ainfi en état de rélilter aux flots. Quelques-uns fe contentent, avec raifon, de doubler ainfi le clayonnage à l’accul du parc, qui étant du côté de la mer, ell le'plus expofé aux efforts de la lame. Quand ces fortes de clayonnages font bien laits , ils durent deux ou trois ans, fans avoir befoin d’être réparés ; mais les perches ne peuvent durer qu’une année. A l’égard des chafles,leur clayonnage elt toujours (impie.
- 91g. Comme l’eau ne peut s’échapper au travers de ces clayonnages, ces pares détruifent beaucoup de frai& de menuife. C’eft pourquoi on doit obliger les pêcheurs parquiers détenir le clayonnage fort bas, comme feulement de quelques pouces au-deffus du terrein ; ce qui elt fuffifant pour attacher le pied des filets. Il faut encore exiger qu’ils aient une grande ouverture à l’accul de leur parc; qu’ils ne la ferment qu’avec des grilles qui foient à claire-voie ; & qu’ils les nettoient fréquemment.
- Des parcs àplujieurs tournées.
- 919. Quand la mer découvre beaucoup, & que l’on peut dilpofer d’une grande plage, on en profite pour y établir plufieurs tournées, quelquefois jufqu’à quatre, comme on le voit planche X, fig. 4.
- 920. Qu and les tournées font établies fur une même ligne qui tend de la côte à la mer, comme dans la planche X, fig. 4 ; pour que les corps des parcs 11e fe nuifent point mutuellement, il faut que les chafles D K L , &c. qui s’étendent d’une tournée à une autre , aient vingt à trente brades de longueur : ce qui établit la diftauce qu’il doit y avoir d’une tournée à une autre, ABMN. Mais on voit de ces chaffes qui 11’ont que deux ou trois brades de longueur.
- 921. On peut mettre les corps de parcs ou les tournées fur des lignes différentes ; mais pour lors ils doivent être éloignés les uns des autres, au moins ‘de quatre-vingt’ou cent brades : & chaque corps de parc a fa chaffe particulière , qui s’étend depuis le parc jufqu’à la lailfe de haute mer.
- 922. Il elt fenfible que quand les corps de parcs font fur une même ligne , les ehafles 11e s’étendent que d’une tournée à une autre. Celle qui eft marquée D, dans la figure 4, s’étend depuis la lailfe de haute mer, jufqu’au parc A. Celle du parc B ne s’étend que.depuis l’accul du parc A , jufqu’à l’entrée du •'parc B. La chaflê K ne s’étend que depuis l’accul du parc B , jufqu’à l’entrée • du parc M. Il en efl; de même pour la chaffe qui aboutit au parc N.
- 923. Chaque corps de parc a la décharge qui lui eft propre; & l’eau qui fort dune tournée , n’entre pas dans une autre.
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- TRAITE' D ES T E C ff'E S.
- 924. A l’égard des parcs qui ne font pas fur une même ligne,les chaffes qui appartiennent à chaque parc, s’étendent depuis la côte jufqu’au parc.
- 925. Il y a des pêcheurs parquiers qui, jouilfant de plufieurs parcs fur une même ligne, font autant de chaifes différentes qu’ils ont de tournées j afin de pouvoir, comme ils difent, chajfer feulement celle qu’il leur plaît, fuivant qu’ils trouvent le tems & la marée convenables : 11e chalfant que rarement toutes les tournées à la fois ; car les parcs, comme A B ( fig- 4 ), qui font les plus près de la côte, & que l’on nomme pour cette raifonparcs de terre, peuvent tendre à toutes les marées. Mais ceux qui font vers l’eau, comme MN, ne peuvent fervir que quand la marée retire beaucoup, comme dans les grandes vives eaux! : parce qu’ils relient noyés dans les mortes eaux. D’ailleurs , attendu qu’ils font les plus expofés à la fureur de la lame, on n’ofe pas les tendre , pour peu que la mer foit grolfe.
- Des petites pêcheries qu'on nomme parcs couverts, carrolfes perd-tems.
- 926. Il nous relie à dire un mot d’une petite pêcherie qu’on pratique rarement, & que quelques-uns ont nommée perd-tems , parce qu’elle n’ell pas ordinairement fort avantageufe. On lui donne les noms de parc couvert ou carrojfe, parce que le delfus & les côtés font couverts de filets.
- 927. C’est un diminutif des parcs de clayonnages & de filets. Ces parcs font donc formés en rond, comme la plupart des autres parcs. Leurs piquets 11e s’élèvent au-delfus du terrein , que de quatre pieds ; & le pourtour de leur enceinte n’ell que de fept à huit braifes. Le filet qui doit couvrir ces petits parcs étant lacé avec celui qui en garnit le tour, on ne peut tendre celui-ci qu’en tendant auffi celui de' delfus, qui forme alors comme la peau d’un tambour.
- 928- Ces parcs ont une chalfe comme les autres} mais elle ell peu élevée. On donne ordinairement aux mailles deux pouces d’ouverture en quarré. Ces pêcheries n’exigent pas de grands frais pour leur établiifement * & quoiqu’elles foient fort baifes , on ne craint pas que le poiifon s’échappe lorf qu’elles font entièrement recouvertes d’eau : c’ell à quoi fe réduit leur avantage. Au refie, il n’y a que les gros tems qui empêchent de les tendre.
- Tares à fond de verveux.
- 929. Il ell fenlible qu’on pourrait ajuller à la décharge de tous les parcs un verveux ou un guideau, au lieu du grillage qu’on a coutume d’y mettre. Mais il ferait à delirer qu’on n’y mit jamais de ces poches , dans lesquelles le poif fbn s’entalfe & s’étouffe pêle-mêle avec des immondices, de la menuife,&
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- S e c t, IL De la pêche aux filets.
- du frai. Néanmoins les pêcheurs parquiers , qui font ufage des folles & demi-folles, ne pouvant, à caufe de la grandeur des mailles, retenir que des poif. fous plats ; lorfqu’ils veulent prendre des poiifons ronds, ils fubftituent aux grillages de fer ou de bois qu’on met à la décharge des parcs, des manches de deux braifes ou deux braifes & demie de longueur, qui font tenues ouvertes par plufieurs cercles de bois. A cela près, ces parcs ne different point de ceux que nous avons repréfentés ^ planche X, fig. 3. Us ont de même une chaife , une tournée , &font formés de perches qui ont dix à douze pieds d’élévation au-delfus du terrein, au haut defquelles 011 amarre la tète du filet; & le pied eft retenu par des crochets de bois qu’on enfonce dans le terrein. Mais pour retenir le poiifon qui pourrait s’échapper au travers des grandes mailles des folles, les pêcheurs ajuftent un verveux à la décharge , & ils le tiennent en état, au moyen d’un piquet qu’ils enfoncent dans le fable.
- 930. Comme les mailles de ces verveux font ferrées, ils retiennent beaucoup de menuife & de frai. Ainfi il ferait beaucoup mieux que les pêcheurs parquiers employalfent, pour garnir leurs parcs, des tram aux, qui retiendraient les poilfons ronds, que d’avoir recours à des verveux, qui font une énorme deftrudion de frai.
- Article sixième.
- Sorte dépare qu'on établit en pleine eau en Provence, ainfi qu'en Languedoc.
- 931. Comme ilnya point deflux & de reflux fenfible & réglé danslaMé-diterranée , on ne peut pas établir fur fes bords les pêcheries à baffe eau, dont nous venons de parler. Mais les pêcheurs favent profiter de l’inclination de plufieurs poilfons qui, régulièrement dans certaines faifons , paflènt de la fner dans les étangs s & dans d’autres, quittent les étangs pour gagner la mer. Nous avons dit comment on en prend beaucoup à leur retour dans les grandes pêcheries nommées bourdigues dont nous avons donné la defeription.
- 932. Mais les lieux propres à établir ces pêcheries ne font pas communs : les pêcheurs de la Méditerranée ont eu l’induftrie d’y fuppléer;car ayant remarqué qu’il y a des faifons où les poilfons fe plaifent à ranger la côte & à fe ratfembler dans certaines anfes, ils ont imaginé de tendre dans ces endroits des efpeces de parcs qu’ils étabîilfent dans l’eau même.
- Des paradieres.
- 933. Comme nous n’avions que des connailfances vagues fur ces pêcheries, nous nous fommes adrelfés , pour acquérir celles qui nous manquaient,à
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- M. de la Croix, commiiTaire des clafles au Martigue , qui a bien voulu joindre aux éclaircirtemens que nous délirions fur cette façon de pécher, les plans & profils d’une des paradieres qu’on tend tous les ans dans l’étang de Berre , tels qu’on les voit fur la planche XI, fig. i. On trouvera, dans la def. cription que nous allons en donner, les dimenfions ordinaires des différentes parties qui forment une paradiere.
- 934. Pour prendre une idée générale de cette pêcherie, qui eft repréfentée d’une façon très-fenfible fur le plan qu’en a fait M. de la Croix , il faut fe re-préfenter une tour de parcGFH, dont l’embouchure N N eft précédée par une charte M A A , &c. qui la divife en deux s de forte que les poiiTons qui fuivent la chafle, peuvent entrer dans la tour par fes deux côtés N N.
- 93 y. Au fond de cette tour font plusieurs filets en forme de verveux C D, qui fe terminent par une manche E, dans laquelle les poilfons entrent, & où les pêcheurs les prennent.
- 93 6. Développons maintenant ces idées générales. AA, &c. eft la charte de la paradiere : les Provençaux la nomment la paroi * c’eft-à-dire , muraille. Elle eft formée par un filet de fil de chanvre retord en quatre , & fes mailles font de treize au pan.
- 937. Ce filet eft bordé haut & bas par une forte lignette dite haudeau, d’environ deux pouces de circonférence ; la plupart font d’auife. Le filet n’eft pas attaché au baudeau, maille par maille ; de trois en trois mailles, il y en a une qui n’y eft point attachée ; ce qui fait que le vent & les courans font faire bourfe an filet, ou d’un côté ou d’un autre, fuivant la direction de la force qui agit fur lui : & par cette bourfe, il ferme prefque toujours une des entrées N de la tour. Les pêcheurs prétendent que, quand le filet ne fait pas cette bourfe, il arrive aflez fouvent que le poirton qui s’eft introduit par une des entrées, fort par l’autre, qui n’en eft féparée que par un piquet.
- 938- Les piquets qui portent le filet, fe nommentpaux de mefure. Ils font éloignés les uns des autres, de deux brades : & il y en a ordinairement fix. Comme 011 enfonce ces piquets dans la vafe, ils font étayés chacun par deux autres, nommés</re/*«, qui font placés du côté où le fort vent pourrait rem verfer la paroi.
- 939. La tour, dont l’intérieur eft défigné par les lettres B MB , eft formée par les piquets GF H, qui ont chacun leur étai ou frere , & fur lefquels on tend un filet fembable à celui de la paroi. Les piquets GG, fe nomment portiers ; ceux F F , câlins ; & ceux H H, efpaliers.
- 940. Le filet du corps de la paradiere fe prolonge jufque vers C, au profil qu’on voit ici, & où il y a un cercle de bois pour le fou tenir. C’eft là que commence le filet qu’on nomme pantenne ou quioulette , dans lequel font ajoutés un ou deux goulets en forme d’entonnoirs. Ainfi la pantenne eft un
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- vrai verveux. Cette pantenne DD, eft faite d’un filet à mailles fort ferrées , puifqu’il y en a vingt au pan : il eft monté fur quatre cercles qui le tiennent ouvert, & divifentla pantenne en quatre parties. Les trois premières, qui fe nomment méjeans, ont chacune fix pans & demi de longueur ; & la derniere E, qu’on nomme queue, a dix pans de longueur. Dans chacune des trois parties, le filet entre d’un pan & demi au-dedans de celle qui fuit* & il y forme un goulet, que les Provençaux nomment goulume,
- 941. La queue de la pantenne, précédée d’un goulet que quelques - uns appellent bourfial, eft terminée en pointe , & refferrée par une corde qu’on lâche pour faire fortir le poifion. A cette extrémité eft une ganfe de trois pieds de longueur, qui forme une boucle dans laquelle paffe un piquet volant K, que l’on nomme courier ; & auprès eft un piquet L , appelle tejladou , auquel 011 attache le courier , afin de lui donner de la folidité.
- 942. Pour établir la paradiere, on choiftt fur le rivage & le plus près qu’on peut de terre, un fond de vafe ou d’argille, qui foit recouvert d’pau à l’épaift-feur de quatre ou cinq pans , & qui aille en baillant uniformément à mefure .qu’il s’éloigne du rivage. On enfonce dans la vafe le premier piquet ou pau. de la paroi, d’environ quatre pans, après y avoir attaché le filet, dont le pied doit entrer d’un pan dans la vafe. On enfonce un frere tout près de ffes arcboutans, & on les lie parle haut au pau qu’on a mis en place. Les autres paux s’établilfent de même.
- 943. Le filet de la garde ou paroi A M, eft gaudronné dans toute fa longueur , à la hauteur d’un pan qui entre dans la vafe ; & le filet de la pantenne C E, l’eft en entier. La tète du filet qui forme la tour ( ou , comme difent les Provençaux, h tour') doit être à Heur d’eau. La queue de la pantenne fe releve , de façon cependant qu’elle fe trouve enfoncée de trois ou quatre pans dans l’eau. A l’égard du filet de la paroi, il s’élève un peu au-deffus de la furface de l’eau -, mais fa tête eft tellement arrêtée fur les piquets, qu’elle peut être aifément abaiffée à un ou deux pans au-deffous de la furface de l’eau , pour faire gaffer par-deffus les algues & les autres immondices que la mer porte à fa furface. Mais aufîi-tôt qu’elles font paffées , on releve le filet.
- 944. Le filet du corps delà paradiere ne change jamais de pofition. On a feulement l’attention , pour que les filets ne fe dérangent point, de les joindre les uns aux autres avec des cordages qui font frappés à la tête, & qu’on voit ponétuésfur le plan : & chacun d’eux eftarcbouté par un frere.
- 94f. Il n’arrive guere qu’on cale une paradiere feule ; il y en a ordinairement deux ou trois de fuite. En ce cas ,1e premier pau de mefure de la fécondé paradiçre occupera place d’un des freres des efpaliers de droite ou de gauche. On. a'feulement l’attention que cette fécondé paroi foit à environ trois pans de la pantenne, le long de laquelle on la dreffe. Il en eft de même de la troifieme, ^des autres paradieres.
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- 946. Les paradieres fe tendent différemment dans les petits étangs. On y donne environ trois brades d’étendue à la paroi. On tient le corps ou le tour plus grand ; & à la place des calens, 011 ajoute des pantennes, qui font différentes'de celle qui eft repréfentée fur le plan, n’ayant que les deux cercles qui forment le premier méjean.
- 947. Les paradieres de Cette ont trois pantennes, telles qu’011 vient de les décrire en dernier lieu. Les mailles de la pantenne font allez petites pour retenir les anguilles.
- 948. On tend ces filets dans les mois d’odtobre , novembre & décembre. Les tems obfcurs font favorables à cette pèche , ainfi que quand le vent porte à la côte.1
- 949. On pratique cette même pêche dans l’étang de Leucatte auprès de Narbonne 5 mais le filet s’y nomme tantôt pantanne, tantôt paradiere. Sa tour eft partagée en deux chambres, depuis l’entrée jufqu’à la quioulette.'Trois ou quatre hommes s’affocient à la part, pour la faire avec un bateau de quatre ou cinq tonneaux.
- Aiguilliere de Provence.
- 9Ç0. Ce filet tire fon nom de ce qu’il eft principalement deftiné à prendre des aiguilles. O11 en fait en Provence, de deux elpeces : l’une eft flottante, & l’autre fédentaire & tendue fur des piquets. Il ne s’agira préfentement que de celle-ci, qui a quelqu’affinité avec les parcs ; nous parlerons de l’autre ailleurs.
- 9>i. L’aiguilliere fédentaire, fuivant les mémoires que nous a fournis M. de la Croix, eft un filet de fil de chanvre doublement retord, que les Provençaux nomment à la bonne, main ; ainfi il eft aifez gros. Les mailles font de treize à quatorze au pan. Chaque filet a environ foixante mailles de hauteur. La longueur des pièces eft indéterminée : il y en a qui n’ont que quinze braf-fes, & d’autres foixante.
- 9f2. Ce filet eft monté haut & bas fur une lignette d’un quart de pouce de circonférence. La lignette du pied porte à chaque demi-braffe une Bague de plomb, du poids d’une once; & la lignette du haut eft garnie de flottes de liege, fix par braffe, qui pefent toutes enfemble environ un quarteron.
- 9Ï3. La nappe 11’eft pas attachée.par toutes les mailles aux lignettes ; de quatre mailles, il n’y en a qu’une d’arrètée aux boucles ou pinpignons ^qui fervent à attacher le filet.
- 954. On amarre un bout du filet à un piquet qu’on nomme partegon, & qui eft placé à cinq ou fix brades de terre , plus ou moins , fuivant la profondeur de l’eau, qui doit être égale à la chute dû filet : & on forme ainfi une paroi A B, peu différente de celle de la paradiere, & qui cependant n’eft ordinairement formée que par quatre piquets, qu’on met en ligne droite à dix
- 'braffes
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- brades les uns des autres. Enfuite on fait faire au filet la forme d’un T, en plaçant à droite & à gauche du piquet B & à fèpt braifes de diftance, les'piquets ou partegons C D, fur lefquels le filet s’appuie & retourne d’équerre pour pouvoir, parallèlement à la paroi, être attaché aux piquets E F} qui font à peu près vis-à-vis du troifieme piquet.
- i 9f Ç.- Il eft rare que les aiguilles fe prennent à la paroi. On les trouve ordi-nairementau fond des bras C D E F. ^
- 9 S6. On ne tend pas pour l’ordinaire une aiguilliêre feule ; il y en' a prefque toujours plusieurs à la file, luivant que l’emplacement le permet & que la fai-fon dupàifagedes aiguilles eft abondante. Les autres aiguillierès qu’on établit enfuite , relièmblent à celle que nous venons de décrire : & elles font difj3ofées comme on le voit dans la figure, où la fécondé eft indiquée par les lettres CGHIKL.
- H K
- CE
- o ------O
- O------------O
- I . L
- O -------O
- D F
- Article septième,
- Servant de conclufion.
- 957. Quoique nous ayons eflayé de ne rien omettre de ce qui eft important pour la pêche aux parcs nous avons cru devoir terminer ce qui les regarde , par ,des idées générales qui auraient pu nous échapper, ou qu’il eft à propos de préfenter à part, afin qu’étant ifolées, elles en foient plus frappantes.
- De la. Jîtuation la plus avantageufe pour tendre des parcs, foit ouverts > Jbit fermes.
- 9f 8- L’objet qu’on fe propofe en tendant des parcs » eft d’arrêter le poit fon, qui s’étant porté à la côte, regagne la grande eau en fuivant le retour -de Tome, V. T t
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- la marée > ou de retenir celui qui fejraffemble en grand nombre 5 & qui fe plai-fant aux endroits où l’eau a peu d’épaiffeur, nage parallèlement à la côte. Ces différentes* circonftances doivent engager à tendre les filets, ou parallèlement à la côte, ou dans une fituation qui lui foit perpendiculaire, un bout étant à la côte, & le relie s’étendant vers la mer.
- 9 ^9., Toutes fortes de filets font propres à arrêter les poiffons qui s’écartent de la côté pour regagner la mer : & la fituation la plus favorable, elt l’embouchure,des rivières , le débouché des anfes & des gorges ; en un mot, les endroits où l’eau coule avec rapidité. .Il elt bon néanmoins de ne pas s’établir entièrement dans le lit de ces courans, lorfqu’ils entraînent beaucoup d’herbes , de vafe , ou de fable. Ces immondices combleraient bientôt les pêcheries qu’on y aurait établies ; & formant une digue qui arrêterait le cours de l’eau", il n’y aurait point de pieux ni de filets qui pulïent y réfifter. On a vu que, pour remédier à cet inconvénient, les uns calent leurs filets au-def-fous de la furface de l’eau, afin que les corps légersjpaffent par-deffus; & les autres tiennent le pied de leur filet écarté du fond, pour donner un libre paffage au fable & au galet ; ou bien, n’arrêtant pas le pied du filet, il a la liberté de s’élever quand le courant effc rapide. En général, dans les grands courans, on doit tenir les mailles fort larges, afin que l’eau faffe moins d’împrefiïon fur le filet..
- 960. Pour éviter les inconvéniens qui réfultent de la force du courant & des recrémens ,.il y a des pêcheurs qui ne placent point leurs pêcheries dans le fil de l’eau ; mais à côté des embouches des rivières , dans les endroits où l’eau fe répandant fur un grand efpace, le courant eft moins rapide, & cependant le poiffon tombe dans les filets , parce qu’il le plaît dans les endroits où la. force du.courant diminue.
- 961. Les pêcheries & parcs qui font'près de terre, & au voifinage dé l’ouverture des grandes valées , ou des rivières, fourniffent, pendant l’été, de petits poiffons & des vers pour les pêcheurs cordiers..Au contraire, les pêcheries qui font placées plus devers l’eau font les meilleures pendant l’hiver; fur-tout dans les faifons du hareng, du maquereau, du merlan, & des autres, poiffons de paffage.
- 962. Qand il s’agit de grands parcs, on ne peut y prendre les poiffons quii rangent la’ côte, à moins de les tendre à la fuite les uns des autres ; l’un portant à terre, & les autrès Vétendant toujours vers la mer ; ou bien en plaçant le premier fur la laiffe de. baffe mer des marées communes, & étendant leur chaffe jufqu’à la terre ; car de quelque côté que vienne le poiffon, fi-tôt qu’il eft. arrêté par îa chaffe, ou il s’y emmaille fi le filet eft un manet, ou il le côtoie: & entre dans, le parc.
- 953. Un. parc feul, qui a une grande chaffe laquelle s’étend jufqu’à la
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- Jaifle de haute mer, fournit toujours plus que chacun des parcs qu’on place, l’un derrière l’autre. Entre ceux qui font fitués fur une même ligne, celui qui eft vers l’eau produit le plus ; parce que le poilfon qui eft barré & effarouché par les parcs, ne fe porte pas fi volontiers à la côte, & il s’étonne dans les premiers parcs, les plus près de la mer.
- Accidens que les pêcheurs potrquiers ont ci redouter.
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- 964. Nous avons dit que les ouragans & les forts coups de vent rompent fouventles perches, & déchirent les filets. C’eft pourquoi, bien que les grandes vives eaux & les motures rendent la pêche plus abondante, les bons-pêcheurs ne tendent point, fur-tout les parcs qui font vers l’eau, quand on eft menacé de gros tems. Ils redoutent fur-tout la faifon de la pêche du maquereau , parce qu’alors il furvient des coups de vent impétueux, qui, s’ils ne rompent pas les filets, troublent les fonds , & remplirent les pêcheries d’immondices.
- 96^. Nous avons dit plus d’une fois le tort que les poiifons voraces faifaient aux pêcheurs. Mais les cormorons (89) & d’autres oifeaux pêcheurs fe jettent’allez fouvent en grande abondance dans les parcs , où ils favent qu’ils trouveront du poilfon en abondance. On eifaie de les éloigner, en tendant des épouvantails au haut des perches de la chalfe & du corps du parc $ & pour que les poiifons voraces falfent moins de tort, on va pêcher le poilfon dans les parcs avant que la merfoit entièrement retirée -, prenant des bottes & des.fabots, qui valent mieux que des fouliers pour aller dans l’eau.
- Des diffêrens ufienfiles dont les pêcheurs , à la baffe eau & aux parcs, doivent fe pourvoir.
- 966. Il fuit des détails où nous fouîmes entrés, que les pêcheurs à la baffe eau & les parquiers doivent avoir des filets de bien des fortes differentes ; non feulement eu égard à leur longueur & à leur chûte, mais encore par l’ouverture des mailles , comme du calibre des feines, ou des manets, ou des folles, ou des tramaux.
- 9<?7- Les pêcheurs aifés tannent leurs filets pour en prolonger la durée. Ceux qui n’ont pas befoin de foupîeffe, font encore préparés au gaudron & à l’huile : ce qui exige des établiffemens coûteux, comme nous l’avons dit au premiér chapitre de cette fécondé fe&ion.
- $68• Outre les grands filets, les manches & les verveux, les pêcheurs pâr-
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- quiers ne peuvent guere fe paffer de trubles, de havenets, de petites bottes, &c. pour pécher dans l’intérieur des parcs qui ne delFechent pas.
- 969. A mefure qu’onpèche, on a allez l’ufage de mettre lepoiffon dans des glines, ou paniers couverts, de/ différentes grandeurs;, dont les plus grandes fe nomment carcajjes, en quelques endroits.
- 970. Il faut.des pieux & piquets de différentes longueurs & groffeurs > des volars ou rames pliantes , pour faire les clayonnages j des perches longues de douze, quinze ou dix-huit pieds, affez groffes par en-bas , & menues par le haut, pour qu’on puiffe les plier lorfqu’on veut y attacher les filets j enfin des crochets de bois , pour abailfer le bout de ces perches.
- 971. Une cheville de fer à tète ronde, & pointue par l’autre extrémité, fert à préparer les trous où l’on doit placer les piquets , quand le terrein eft dur. O11 emploie une maffe de fer & une autre de bois, pour enfoncer les piquets, ou la cheville de fer; & un maillet plat, pour entaffer les rames lorfqu’on fait les clayonnages. Il y a de petits coins ,.de fept à huit pouces de longueur, que l’on frappe au pied des perches, afin de les affujettir plusSolidement. On a befoin d’une fcie, pour couper les pieux à une longueur convenable j & d’une ferpe, pour les appointir.
- 972. Il faut encore des chevilles & des crochets de bois , pour affujettir le bas du filet, ou fur le terrein, ou au clayonnage.
- 973. On ne peut fe paffer de pelles, de louchets, de pioches , pour dreffer le terrein -, & de brouettes ,pour le tranfport des matériaux. Enfin la plupart font obligés d’avoir de petits bateaux pour tranfporter les piquets, les perches & les filets. Ceux qui tendent fur les vafes, fe fervent des acons.
- ' ' --! . 'sais.-- !-- i
- CHAPITRE SIXIEME.
- Des pêches qu’on fait au bord de la mer, ou à une diflanceplus ou moins grande du rivage, avec des filets flottés.& lefies. '
- 974. JL.es pêches dont nous allons traiter, fe font avec les mêmes filets qui font d’ufage pour celles des chapitres IV &V; c’eft-à-dire, i*. avec des feines proprement dites, dont la grandeur des mailles n’eft point déterminée j 2*. avec des manets qui ont leurs mailles proportionnées à la groffeqr .des poilfons que Ton a intention de prendre ; 30. avec des filets à très-grandes maih les, qu’on nomme folles & demi-folles ; enfin affez foùvent avec des tranjapx. Mais ces différens filets, au lieu d’être tendus fur des pieux , des piquets, ou des perches, comme ceux des chapitres précédens, font tenus fous l’eau dans
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- une fituation à peu près verticale * par des flottes de liege ou de bois léger, dont on garnit leur tête, tandis que le pied eft chargé de left de pierres ou de plomb. Quelquefois encore fur les terreins de fable , onfupprime le left & l’on enfouit le pied du filet à quelques pouces de profondeur : ou bien, dans les terreins durs , on arrête le pied du filet avec des crochets qu’on fait entrer à force ; mais cela ne peut avoir lieu que quand on tend fur les terres qui découvrent. Lorfqu’il refte de l’eau, il faut néceffairement charger de left le pied du filet, pour le faire caler fur le fond ; ou faire enforte qu’il fe tienne dans une pofition à peu près verticale.
- 97?- Plusieurs de ces filets pierrés & flottés reftent fédentaires. On en lailfe d’autres dériver au gré des courans, & aflèz fouvent on les traîne. Nous nous propofons d’expliquer ces différentes manœuvres, en détaillant dans autant d’articles particuliers , ce qui regarde chaque efpece de filet. Nous en profiterons pour expliquer, plus particuliérement que nous ne l’avons fait, les propriétés de chacune. Mais puifque nous avons à parler des filets pierrés & flottés, il eft bon de faire à ce fujet quelques réflexions qui rendront ce que nous dirons dans la fuite plus aifé à comprendre.
- 976. Les flottes font faites , ou avec des morceaux de liege , ou avec des plateaux de quelque bois léger. On voit dans le chapitre premier ( pi. III, fig. 5 ) , que les lieges qu’011 attache à la corde qui borde la tête du filet, font ou quarrés, ou ronds comme un rouet de poulie , ou figurés en olive. A l’égard des flottes de bois , qui ne font pas fi bien repréfentées fur la planche III, elles font prefque toujours quarrées , & percées d’un trou dans lequel paflfe la corde qui borde la tête du filet, ou bien un bout de ligne qui fert à les attacher à cette corde.
- 977. Le liege eft plus cher que le bois , mais beaucoup meilleur ; non-feulement parce qu’il eft fpécifiquement plus léger, mais encore à raifon de ce qu’il s’imbibe d’eau bien plus difficilement.
- ...978. A l’égard du left , il eft ou de cailloux ou de plomb ( 90). Les cailloux ne coûtent que la peine de les ramafler : le plomb occafionne une dépenfe affez confidérable ; mais on manie bien plus aifément les filets qui en font garnis, que ceux qui font leftés avec des cailloux. Nous avons expliqué dans cette fection , chapitre fécond , les différentes maniérés de garnir de plomb le pied des filets : 011 des voit repréfentées fur la planche III.
- 979. Pour les filets fédentaires, ou qu’on tend par fond , on en amarre quelquefois les bouts à des ancres , ou à de groflès pierres qu’on nomme cablieres. Quant aux. différentes maniérés d’attacher les cailloux, 011 peut confulter ce que nous en avons dit dans la première fedion, à l’occafiou des pêches aux cordes'garnies l’bains.
- (90) Ou de fer , comme je l’ai remarqué ci-deiïus, note 39»
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- 980. Mais nous 11e devons pas nous difpenfer de faire remarquer que les pêcheurs doivent varier la proportion du left & des flottes, fuivant l’efpece de pèche qu’ils fe propofent de faire. Il elt fenlible qu’il faut plus de flottes & moins de left pour les grands filets, que pour ceux qui ont peu-de chute; & pour les filets qui font faits de gros fil, que pour ceux de fil délié : parce qu’étant plus pefans, il faut plus de liege pour les foutenir.
- 981. Ce n’eft pas tout: fi les pêcheurs fe propofant de prendre des poiflons plats, veulent que le pied de leur filet repofe immédiatement fur le fond, ils doivent mettre les bagues de plomb affez près à près pour que le pied du filet s’ajufte mieux aux inégalités du terrein. Ils doivent aufli donner à la plombée une pefanteur capable de faire que le filet s’applique exactement fur le fond ; & ne mettre des flottes fur la tête du filet, que ce qu’il en faut pour qu’il fe tienne verticalement dans l’eau fans quitter le fond.
- 982. - Si au contraire 011 veut établir le filet près de la furface de l’eau, on doit garnir de beaucoup de liege la tête du filet, & mettre peu de plomb au bas. Dans tous ces cas, il faut augmenter les flottes ou le left proportionnellement à la force du courant.
- 983- Lorsque l’intention des pêcheurs eft de tenir leurs filets à une distance déterminée entre le fond & la fuperficie de l’eau, ils doivent plomber & flotter leurs filets comme s’ils devaient fe porter fur le fond, & attacher de diftance en diftance fur la tête , des lignes qui portent de groifes flottes ; car en tenant ces lignes plus ou moins longues, on eft maître de placer le filet à la profondeur qu’on juge convenable. Il y a différentes maniérés d’ajufter ces lignes : nous en parlerons dans la fuite.
- 984- Il arrive des circonftances où il convient de faire porter le filet légèrement fur le fond, afin qu’il s’en détache pour lailfer pafler les immondices pefantes qui font entraînées par l’eau, ou lorfqu’on veut que le filet fuive le courant. Alors on ne plombe pas le pied du filet; on fe contente de le border d’une grofle corde , qui le charge affez pour remplir l’intention qu’on fe propofe. On met peu de flottes à la tète, afin de ne le pas entraîner à la fuperficie : quelquefois même, au lieu de la corde dont nous venons de parler, on fe contente d’attacher au pied du filet un bourrelet de vieux filets'; ou encore , pour tenir le pied du filet à une certaine diftance du fond, on met beaucoup de liege à la ralingue de la tète, & fort peu de plomb fur celle du pied; mais on .met fur cette corde, de diftance en diftance, des lignes qui portent un caillou ou du plomb, lefqueîs empêchent le filet de gagner la fuperficie de l’eau. En tenant ces lignes plus ou moins longues, on oblige de pied du filet à demeurer plus ou moins écarté du fond.
- 985- Quand on tend ces filets dormans dans un courant, il eft fenfible que,pour peu que le courant fût rapide, lalégéreté des flottes ne pourrait
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- pas y réfifter, & que le filet retenu par le pied fe coucherait fur le terrein. Pour remédier à cet inconvénient, on attache à la tète du filet, de diftance en diftance, des lignes qui ont de longueur, une fois & demie, ou deux fois, la chute du filet: & l’on amarre à l’extrémité de ces lignes une pierre qu’on enfouit dans le fable à une diftance alfez confidérable du filet pour qu’elles foient tendues quand il fe trouve dans une fituation verticale. Ainfi , lorfque le courant fait effort contre le filet, les lignes dont nous venons de-parler, qu’on nomme bandingues ou rabans, forment comme autant d’étais qui empêchent que le filet ne fe renverfe fur le terrein. Il fait feulement une poche ou foliée, qui eft avantageufe pour retenir le poiffon..
- 986. Comme les filets qui font l’objet de ce chapitre, fe tendent affez fouvent en pleine eau, & qu’il y a des cas où il eft important de les établir à différentes profondeurs, il eft à propos de détailler dans ces préliminaires, les expédiens qu’011 emploie pour y parvenir, au moyen du left & des flottes dont le pied & la tête des filets font garnis..
- 987- On a vu , par ce que nous avons dit, que quand le filet doit refter -fédentaire , il faut, que le poids du left furpalfe beaucoup la légéreté du liege ;
- mais quand on veut que le filet fe tienne entre deux eaux, il faut ou fuppri-mer entièrement le leftVou n’en mettre que ce qui fera néceflaire pour tenir le filet dans une pofition verticale , ayant foin que la légéreté des lieges fur— paffe toujours la pefanteur du left, afin que le filet ne porte pas fur le fond.
- 988- L’intention des pêcheurs eft, dans certaines circonftances, que le filet foit tout près du fond fans y être arrêté , afin que le courant puiffe l’emporter. D’autres fois, au contraire, ils veulent que leur filet fe tienne tout près de la furface de l’eau. Dans certains cas, il leur convient encore d’établir leur filet à différentes profondeurs dans l’eau,parce que les poilfonsv fuivant la température de l’air , fe tiennent plus ou moins près-de la furface,. Les pêcheurs parviennent à fatisfaire à toutes ces intentions par des moyens Bien Amples , que nous avons indiqués , mais que nous croyons devoir exp.'L quer plus en détail ; d’autant qu’ils- ont leur application à toutes les différentes efpeces de pêches qu’on fait avec des filets flottans,.
- 989. Il eft évident que, fi l’on defire que le filet foit établi bien près de la furface de l’eau , il faut garnir de grofles flottes la tète du filet , & ne mettre* au pied que ce qu’il faut de left pour que le filet fe tienne verticalement dans l’eau. En ce.cas, les lieges paraîtront fur l’eau, & le filet ne fera dans l’eau-que" de toute fa hauteur.
- 990. Si au contraire on veut que le pied du filet porte fut le fond, mais-allez légèrement pour permettre au courant de l’entraîner, on fe conforme à ce que nous avons dit, en mettant au pied du filet, au lieu de left de pierres ou de plomb, une groffe corde ou un bourrelet de vieux filets } & fur la tête
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- feulement ce qu’il faut de liege pour établir verticalement le filet, fans l’entraîner à la furface. Alors le pied du filet ne faifant qu’effleurer le fond , il peut fuivre le courant.
- 991. On peut produire le même effet par un moyen plus fur , en mettant fur la tète du filet, des lignes qui portent des lieges ; & ayant mis un peu de left au pied du,filet, on tient ces lignes plus ou moins longues, fuivantla profondeur de l’eau.
- 992. Quand il s’agit d’établir le filet dans l’eau à une profondeur déterminée , les. pêcheurs mettent au-deffus de la ralingue CD (pl. XI ,flg. 2 ) , qui borde la tète du filet, & qui porte de petites flottes , une fécondé ralingue AB, laquelle s’étend de toute la longueur du filet & même au-delà, pour qu’elle fe prolongue jufqu’à la barque G des pêcheurs. Cette fauife ralingue AB , eft jointe à la fauffe ralingue du filet par des lignes EE, qui le font quelquefois à la ralingue d’en-bas H I, & encore à celle CD qui borde la tète du filet. C’eftfurla fauffe ralingne AB, qu’011 amarre de diftance en diftance, des énards, ou lignes, auxquelles font attachés de gros lieges ou des barrils FFF (fig. 1 ): & 011 tient ces lignes plus ou moins longues, fuivant qu’omveut établir le filet plus ou moins avant dans l’eau.
- 993. Comme ces filets dérivent au gré des courans ; quand les pêcheurs ne relient pas fur leurs filets , ils mettent à leurs extrémités , des bouées avec de petits pavillons, afin de les retrouver plus aifément.
- 994. Les détails où nous entrerons dans la fuite, feront encore mieux fen-tir le grand parti que les pêcheurs tirent des moyens (impies , mais induftrieux, que nous venons d’indiquer.
- Article premier.
- Des marias pierres & flottes.
- 99 L Après ce que nous avons dit plus haut, particuliérement à l’occafion des étentes fur piquets , & des parcs , on peut fe rappeller qu’il y a des filets à (impie nappe, qui doivent avoir leurs mailles tellement proportionnées à la groffeur des poilfons qu’011 fe propofe de prendre , qu’ils puiffent y introduire la tete, & être arrêtés par leur corps, qui eft ordinairement plus gros qu’elle : de forte qu’ils reftent arrêtés par les ouies. On donne à ces filets différens noms , fuivant les efpeces de poiffons auxquels ils font deftinés , & encore fuivant l’endroit où on les tend.
- 995. A l’égard de l’efpece de poiffon, l’on nomme haranguier ou haran-guyae, le filet qui doit prendre des harengs ; fardinau ou fardinal (19) , celui
- (91) En allemand , Sayn, Voyez Anderfon , hifioire d'Islande, p. 78.
- qui
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- quiéff propre à prendre des fardines : f aiguilliere eft pour les aiguilles 5 la marl jaique, pour les maquereaux ; les milliers, pour prendre des mulets. On appelle rets à colins, ceux qui font propres à prendre de petites morues qu’on nomme colins{ur plusieurs de nos côtes , &c. Quant aux noms que prennent ces filets* fuivant leifendroits où on les tend s li c’eft dans des anfes , on les appelle an-Jîeres : lorfqu’on les tend fur les écores des bancs , ou dans les gorges qu’ils forment, on les nomme rets à bancs, ou rets traverjis. Se propofe-t-on d’envelopper un banc de poilfons , les filets font dits rets d'enceinte. Ces dénominations fouffrent encore des changemens , fuivant la langue qui eft enufage fur les différentes côtes. Il eft vrai que la différence principale qu’011 peut remarquer entre les filets qui portent tant de noms, fe réduit au calibre des mailles , qui doivent être proportionnées à lagroffeur des poilfons qu’on fe propofe de prendre, & à la grandeur des filets, qui varie félon l’étendue de la nappe d’eau où l’on tend. A l’égard de la chûteplus ou moins grande, elle dépend de la profondeur de l’eau où 011 s’établit. Pour ne point confondre le filet dont il s’agit avec la feine, comme on le fait fur plufieurs côtes , nous avertilfons que nous avons adopté pour dénomination générale le terme de manet, qui eft reçu fur plufieurs côtes, pour défigner tous les filets dont les mailles doivent être calibrées, ou avoir une grandeur préçife , relativement à chaque efpece de poiffon qu’011 veut prendre : ce qui n’empêchera pas que nous indiquions, autant qu’il nous fera poflible, les differens noms qu’on leur donne fur les côtes de l’Océan & de la Méditerranée.
- 997. Comme les manets fervent principalement à prendre les poilfons de paifage, on s’en fert dans les faifons où ces différentes efpeces de poilfons fe portent à la côte : ainfi, quoique l’arrivée des poilfons varie fuivant que les années font plus ou moins chaudes , & qu’elle ne {bit pas la même fur toutes les côtes, nous croyons qu’on peut dire en général que les colins, les mulets &les bars fe pêchent depuis le commencement de novembre jufqu’à la mi-janvier parce que ces poilfons terrifient pendant le froid j les harengs , depuis le mois d’oétobre jufqu’en février (92)3 les furmulets, depuis ja mi - mai, jufqu’à la fin de feptembre; les maquereaux, depuis le mois de juin jufqu’à la fin de feptembre 5 les fardines, à peu près dans la même faifon ; les brèmes, pendant les chaleurs. On doit prendre ceci comme des à peu près, & nous nous propofons d’entrer dans de plus grands détails & plus précis, lorfque nous traiterons des pèches particulières à chaque genre depoilfon. Maintenant nous allons expofer les différentes pèches qu’on fait avec les manets.
- (92) Ceci doit s’entendre des côtes de Flandres, où la pêche des harengs fe fait dans cette faifon,
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- Des manets qu’on tend entre les roches, & qu'on nomme pour cette raifon rets à roc * ou rets entre roches.
- 998. Ces pièces de filets font ordinairement de quarante à cinquante braf. fes. Leur chute , ainfï que la longueur de la teffure , varie fuivant la fituation du lien où on les tend, & la profondeur de l’eau. A l’égard de la largeur des mailles, nous avons déjà dit qu’elle doit être proportionnée à la groffeur des poiffons qu’011 veut pêcher. Les gros poiffons fe prennent dans les grandes mailles , au travers defquelles paffent les petits : & li les mailles font ferrées , il 11’y a que les petits poilfons qui s’y engagent.
- 999. Pour la pèche dont il s’agit ici, les pêcheurs choififfent une petite anfe terminée par des roches, auxquelles ils amarrent la corde qui borde la tête de leur filet, après l’avoir ajufté fur le terrein, comme on l’a repréfenté pl. XI, Jig, 3 , où l’on voit un homme <2, qui porte des filets pour étendre la teffure jufqu’à un rocher éloigné. Communément les pêcheurs font décrire à ces filets une courbe, dont la convexité eft du côté de la mer.
- 1000. Quand l’endroit où les pêcheurs s’établilfent affeche de baffe mer, ils tendent leur filet à pied, & vont prendre le poiffon après que la mer eft retirée.
- 1001. On voit fur la mèmz planche ^ fig. 4 , une autre maniéré de tendre les manets traverfàns entre les roches, qui s’eft quelquefois pratiquée auprès de l’isle de Bas , en Bretagne.
- 1002. Le ret que nous y avons repréfenté eft fort court, la grandeur de la planche ne nous ayant pas permis de lui donner plus d’étendue. Il eft attaché par la corde flottée de la tète, à des manoeuvres qui paffent dans des poulies qu’on a frappées au haut de quelque rocher efcarpé. La tête du filet eft garnie de flottes, & il y a au pied fort peu de left. Comme ces filets font deftinés à prendre des mulets & des bars, leurs mailles ont environ deux pouces d’ouverture en quarré. Si 011 fe propofait de prendre des harengs lorsqu’ils fe portent en abondance à la côte, il faudrait que les mailles fuffent plus étroiteî.
- 1003. Les deux manœuvres ee, attachées à lacorde flottée du filet, étant-paffées dans les poulies dd, qu’on a amarrées au haut des rochers efcarpés, 011 plie, de mer baffe, le filet fur le terrein, où il eft chargé d’un peu de fable. Au tiers du flot, les pêcheurs halent fur les cordes qui paffent dans les pou-" lies, & ils élevent le filet, qui demeure en cet état jufqu’à ce que la mer foit retirée. Alors ilslaiffent retomber le filet, & prennent les poiffons qui fe font emmaillés. On doit fuppofer dans la figure. 4, un homme à chaque bout du filet.'*
- Des manets à banc 'fiou ten dus en anjîere. ” 1
- 1004. On tend auffi quelquefois des manets dans des anfes ou entre les
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- bancs} & alors on les nomme rets à banc, ou anjieres. Les pêcheurs en enfablent le pied ; & la tète e£t garnie de lieges & de bandingues. Mais il faut avouer que ce ne font pas là les cas où ce filet convienne le mieux , parce qu’il eft avantageux que les manets aient beaucoup de chute. Ainfi, dans les circonftances que nous venons de rapporter, on préférera toujours de tendre des folles, ou des manets fur piquets & en palis.
- iool Quoi qu’il en foit, quand la marée commence à recouvrir les filets, les pécheurs vont à l’eau, & faillirent la tète de leur filet 5 ils la fouleventafin de la débarralfer s’il y avait quelque chofe qui s’oppofât à l’effort que font les lieges pour faire prendre au filet une lituation verticale. Il eft fenfible.qu’on 11e peut y prendre de poilfon qu’une fois à chaque marée. Outre les poiifons ronds qui s’emmaillent, le pied du filet qui eft enfablé, arrête les poiifons plats. Ainfi cette pèche détruit beaucoup de frai & de menuife, fur-tout quand les mailles des filets font petites.
- Des manets fêdentaires qiCon tend en plein eau, & en ligne droite.
- 100(5. La pLus confidérable pêche qu’011 falfe au cap de Gafcogne, eft celle du peugne. Elle ie fait en pleine mer, depuis le commencement de novembre jufqu’au mois de mars , par dix à doux chaloupes, dans chacune defquelles il y a douze hommes d’équipage. Us vont au large, chercher depuis dix jufqu’à quarante brades d’eau. Etant arrivés à l’endroit qu’ils jugent convenable Suivant les vents qui régnent, ils mouillent une ancre, & jettent à la mer leurs filets, qui y demeurent le refte du jour, & la nuit fuivante , pour être relevés le lendemain matin. Les pécheurs fie tiennent fur leurs filets ; mais après avoir relevé, ils retournent dans le baifm d’Arcanqon joindre de vieux pécheurs qui les attendent dans des pinatfes ou des tilloles , pour recevoir leur poilfon. Ênfuite ils font fécher leurs filets 5 & les ayant repris dans leurs chaloupes, ils retournent en mer.
- 1007. Quand la pêche eft abondante, 011 releve quelquefois prefqu’auffi-tôtque l’on a fini de tendre. En général, les pêcheurs relèvent leurs filets au commencement delà marée montante, en prenant d’abord le bout qui eft au large.
- fj;ioo8. Comme ces filets font du genre des manets, il faut en avoir de plufieurs fortes, fuivant les différentes efipeces de poiifons. Par exemple, dans les mois de novembre & décembre, làifon où l’on pèche à cette côte principalement des marlouins, des tires (93) , & d’autres raies , ils fe fervent des filets qu’ils nomment leugeons 9petuts, & filets de trois fils. Mais ceux dont
- (9 En allemand , Groj]e weijje Rochen.
- V v ij
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- ils font ufage en janvier, février & mars, font les efioueyres & les bigeareyres , pour prendre des foies, rouges, turbots, & autres bons poilfons qui donnent à la côte pendant cette faifon.
- 1009. Les mailles du leugeon, font de dix-huit lignes en quarré. Le filet a vingt brades de longueur, & trois pieds de chûte. Ceux qu’on nomm epetuts, & filets de trois fils, ont leurs mailles de vingt-quatre à vingt-fix lignes d’ouverture en quarré. Les pièces font longues de trente bralfes, fur environ quatre pieds ou quatre pieds & demi de chûte. Mais celui dit de trois fils , eft; effectivement fait avec trois fils fins , retors l’un fur l’autre.
- 1010. Le filet dit bigeareyre, a fes mailles de deux pouces d’ouverture en quarré. Les pièces de ce filet ont quarante brades de longueur, fur fix pieds de chûte.
- ion. Enfin les mailles du filet appellé efioueyre, ont dix-huit lignes d’ouverture. La longueur de ce filet eft de quarante brades ; & fa chûte, de quatre pieds & demi. Tous ces filets font d’un fil très-fin, retors dans la plupart. La ralingue du bas eft chargée de dix à quatorze livres de plomb, diftribuées en bagues qui pefent une once : & la ralingue de la tête porte quatre douzaines de Hottes, pefant enfemble environ quatre livres.
- 1012. Pour faire unetelfure, on réunit jufqu’à quarante pièces de filets. On les cale en droite ligne, de forte que le pied du filet repofe fur le fond. A chaque extrémité eft une pierre, du poids d’environ foixante livres: & dans la longueur, à des diftances égales, 011 en met deux autres de même poids. Chaque pièce de filet eft outre cela chargée d’une petite pierre, qui peut pefer quatre livres.
- 1013. On amarre à chaque grode pierre, un orin qui porte une bouée de liege , de figure conique , ayant deux pieds de hauteur, fur un pied & demi de diamètre à la bafe, & que les pêcheurs rfomment bigeyre. Les poilfons qui donnent dans le filet, s’emmaillent & fe prennent par la tète & les nageoires. Nous parlerons dans l’article des tramaux, d’une elpece de filet qui nous parait être un peugue tramaillé.
- Des manets tendus en forme d enceinte.
- 1014. Quoique la pèche dont il s’agit en cet endroit, reflemble beaucoup
- à quelques autres qu’on fait avec les filets nommés feines, nous avons cru devoir en parler ici, attendu que le filet doit avoir fes mailles calibrées de grandeur proportionnée à l’efpece de poidb.11 que l’on pêche. .
- 1015. Ce filet a ordinairement une brade ou une brade & demie de chûte. Si l’on fe propofe de prendre des mulets ou des bars , les mailles ont dix-fept à dix-huit lignes en quarré. Il eft dotté à la tète : on ne met au pied que fort
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- peu de left. De plus , on fait enforte qu’il ne porte pas fur le fond y l’intention étant de ne prendre que les poilfons ronds , qui s’emmaillent. Vu que les mulets, les colins 5 les bars, & d’autres poilfons qui vont de compagnie , fe ralfemblent volontiers dans les eaux dormantes & tranquilles > comme il s’en trouve allez fréquemment à l’entrée des rivières qui fe rendent à la mer par de larges embouchures , c’eft à ces endroits qu’on tend les filets dont il s’agit. Lors donc que les pêcheurs ont apperqu dans l’eau des tourbillons de poiffon, ce qu’ils connailfent aifément à la couleur de l’eau : après avoir amarré le bout du filet à un rocher, à une ancre, ou à une cabliere, étant avec leur filet dans le bateau, ils jettent le filet autour des places où les poifi fous nagent près de la fuperficie, & ils en enveloppent le plus qu’ils peuvent,, en décrivant une ligne circulaire. Les poilfons ainfi renfermés s’épouvantent, donnent dans le filet, & s’emmaillent en grande quantité.
- 1016. On nomme ce filet mulkr, dans l’amirauté de Coutances > cibaudiere flottée, dans celle de Saint-Valéry : & on lui donne d’autres noms ailleurs.
- Des mêmes filets tendus en pleine eau, & tenus fédent aires-
- 1017. Il y a des pêcheurs qui, au lieu de faire reticeinte dont nous venons-: de parler, fe contentent de tendre un manet par le travers de la route que tiennent les poilfons i & ayant amarré un bout de leur filet à une ancre ou à une grolfe cabliere, ils confervent l’autre bout dans leur bateau, qu’ils tiennent fixe avec un grapim
- I0iS- Les poilfons donnent dans le filet, en fuivant leur route ; une partie s’y etnmaille y d’autres côtoient le filet, & ne fe prennent point. C’eft pourquoi le filet tendu en enceinte , dont nous venons de parler, eft plus avantageux. Cependant, li l’on veut pratiquer cette façon de pêcher, qui peut quelquefois avoir des avantages qui lui font propres , il faut favoir éta^ blir les filets à différentes profondeurs dans l’eau. Pour cela, on peut coniul-ter les détails où nous fortunes entrés au commencement de ce chapitre..
- Des manets flottons & dérivons.
- IQ19. Quand les matelots font rendus au lieu de la pêche , ils amènent leur voile, leur vergue, & fouvent leur mât, comme on le voit planche XI y. fig. 2, ne confervant qu’un mâtreau à l’avant, qui porte une petite voile quand on en a befoin. ,
- 1020. Tout étant ainfi difpofé , ils jettent leur filet à. l’eau , & à mefure ils attachent fur la ralingue les manœuvres qui portent les groffes bouées ou les barrils dont nous avons parlé au commencement de ce chapitre, & qu’oit
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- voit repréfentes fur la même plancke. Les pêcheurs confervent dans leur bateau , un halin répondant au filet, qui fe place verticalement dans l’eau, à une plus grande ou une moindre profondeur, fuivant qu’on a établi les flottes plus ou moins près de la ralingue qui borde le haut du filet. Sur quoi on peut confulter ce que nous avons dit à la tête de ce chapitre.
- 1021. Le filet, ainfî que le bateau, flottent & dérivent au gré des courans. Quand le filet a refté à la mer fix , huit heures, ou au plus douze heures , fuivant la longueur des nuits, on le releve. Pour cela on tire à bord le halin, & enfuite le filet. A mefure qu’il fe préfente des bouées ou des barrils , on les détache.
- 1022. On conçoit que par cette façon de pêcher, on ne prend que des poiflons qui s’emmaillent. D’où il fuit, comme nous en avons prévenu au commencement de ce chapitre, qu’il faut que les mailles ne foient ni trop grandes ni trop petites, mais d’une ouverture proportionnée à la groffeur du poilfon qu’on fe propofe de prendre.
- De la pèche dite drouillette , drainette, drivonette; & plus exactement, peut-être, dérivette.
- 1023. On prend à cette pêche des orphis (94) , des harengs , des fardines,
- des fanfonets, & plufieurs autres poiflons ronds ; jamais de plats. Le filet eft un manet formé d’un fil très-délié, & point retors. La pêche des orphis, qu’on fait avec ce filet, dure depuis le mois de mars jufqu’à la fin de mai. Les pêcheurs s’éloignent très-peu de la côte , & s’établiflènt fur trois à quatre brades d’eau. On pèche de flot & de jufan, mais toujours la nuit. Quand les orphis fe font maillés par la tète, ces poiflons fe débattent & s’agitent tellement , qu’ils s’embarraflent dans le filet, au point que les pêcheurs ont fou-vent bien de la peine à les en retirer. • - -ur 2/
- 1024. Immédiatement après cette pèche, on fait celle du maquereau, qui commence dans le mois de mai, & fe continue jufqu’à la fin de juillet. Ce poiflon, ainfi que le hareng, s’emmaille ; mais il ne s’embarrafle pas dans le filet, comme les orphis.
- I02f. On choifit de même le tems convenable pour la pêche des autres poiflons. Les bateaux pour cette pèche, ne font armés que de quatre hommes ; & le filet, qui 11’a que quatre à cinq pieds de chute , ,eit :appareillé de façon qu’il fe tienne à la furface de l’eau. Les pièces font de quarante bradés de longueur; & la teflure a quelquefois plus dé trois cents bralfës.^ Les pêcheurs rentrent à toutes les marées. ‘ V
- UH .WL.[,1 ;• •- A.
- (94) En allemand , Hornfijchc.
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- 1026. Il ne faut pas confondre avec cette pêche, celle qu’on nomme douillette fur la côte de Haute-Normandie , près d’Ifigny. Ses filets ont fix pieds de chute. L’ouverture des mailles eft d’un pouce d’ouverture en quarré. Huit hommes dans une grande plate, vont à la voile établir leur perche à fix ou fept lieues au large , & ils prennent de toutes les efpeces de poiflons qui font de groifeur à s’emmailler. Nous allons rapporter l’ufage qu’on fait des ma-nets , pour prendre des fardines dans l’Océan.
- Sur la pêche de la far dîne avec les manets, telle qu'elle fe pratique aux environs du Port-Louis 8? de l'Orient. , *
- •
- 1027. Ce mémoire ayant palfé fous les yeux de M. Bourhis, commilfaire de la marine au Port-Louis, nous le donnons avec confiance.
- 1028- La pêche des fardines commence en ces quartiers au mois de mai; & elle fe continue jufqu’à la fin de feptembre. Alors la Jardine quitte ces parages, & fe porte vers Concarneau, où l’on en pèche beaucoup à la fin de l’automne.
- 1029. Au commencement delà faifon des fardines , ce poiifon eft fort petit. Il augmente fucceliivement de groifeur ; & pour qu’il s’emmaille, on change de filets, dont les mailles ibnt de plus en plus grandes : il y en a de iix moules différens.
- 1030. Celui qui a les mailles les plus ferrées, & qui fert à l’arrivée des fardines, eft nommé parmi les pêcheurs, carabine, ou plus exactement, du premier moule. Il a les mailles de fix lignes en quarré. Le filet du fécond moule a fes mailles de fept lignes. Celles du troïjleme moule {\ont de huit lignes. Le filet du quatrième moule a les Tiennes de huit lignes & demie. Au cinquième moule ,\es mailles Ont neuf lignes d’ouverture. Enfin celles du Jixieme moule font de neuf lignes & demie ou dix lignes.
- 1031. Une piece de ce filet a fimple nappe, qui eft plombé &: flotté, porte quinze braifes de longueur fur cinq de chute. On le met à l’eau par l’arriéré-
- de la chaloupe, enforte que le bout qu’on jette le dernier n’eft éloigné de la chaloupe que d’une ou deux braifes ; étant retenu à bord par un bout dé funm qu’on amarre à un tolet. .
- 1032. Au moyen de deux avirons , on tient la chaloupe de bout au vent, & elle fuit.la- direction du courant-ou de la marée. Le maître étant fur l’arriéré, jette en mer le plus 'loin qu’il peut, la rogue ou rave, mais en petite quantité : .nous avons dit deux mots de cet appât', dans ^première feCtion , §. 320. Si le maître apperqoit des làrdinès-à ftrihôrd dû‘ filet', il jettera-’rogue à bas bord ; & de même, fi la fardine fe montre à bas bord , il jette la rogue à ftribord. Le poiifon courant alors vers frappât, il fe maille par la tête.
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- 1033. Quand les lieges s’enfoncent dans l’eau, on juge qu’il y a beaucoup de fardines maillées j & F011 tire le filet à bord. Après avoir démaillé les poif. fons , on remet aufli-tôt le filet à l’eau. Il arrive quelquefois qu’un banc de fardines donnant dans le filet, il fait caler les lieges , fans pour cela qu’il y en ait beaucoup de prifes : c’eft ordinairement quand la grandeur des mailles n’eft pas proportionnée à la groffeur des fardines.
- 1034. Dans l’abondance de ces poilfons , les pêcheurs joignent quelquefois les unes au bout des autres, fix pièces de filet, & plus. Souvent ils prennent alors jufqu’à 40 milliers de fardines d’un feui coup.
- 1035. Il y a deux fortes de rogue; celle de ftockfish, & celle de maquereau « comme nous l’avons dit dans notre première fe&ion. La rogue de maquereau eft la plus eftimée jamais attendu qu’elle eft beaucoup plus chere, les pécheurs fè fervent plus communément de celle de ftockfish : d’autant que, quand il y a abondance de fardines, une feule chaloupe en confomme près d’une barrique dans un jour.
- 1035.. Quelquefois fur la fin de la pèche , il fe trouve de fort petites far-dines mêlées avec les grolfes : elles traverfent les mailles fans fe prendre, & mangent la rogue ; auquel cas les groffes n’apperçevant point d’appât , elles ne donnent point dans le filet : ainfi la pêche eft infrudtueufe.
- 1037. Voila des idées générales fur les pêches qui fe font avec lesmanets dans les ports de l’Océan. Nous les particulariferons dans les articles où nous traiterons des poilfons qu’on prend avec ces fortes de filets. Mais on fait dans la Méditerranée beaucoup de différentes pêches avec des filets du genre des manets ^c’eft-à-dire, dont les mailles font calibrées, & dans lefquelles les poif-fons s’emmaillent. Nous allons elfayer de les décrire : & nous le ferons fur-tout avec confiance pour les pêches qui fe pratiquent au Martigue, parce que nos mémoires ont été conlultés avec M. de la Croix, commiffaire aux clalTes de ce port, & qu’il a bien voulu nous faire appercevoir les points où cette pèche, telle qu’on l’y pratique, différé de celle de Marfeille, fur laquelle nous avions plus de connaiffance. •
- 1038* Avant d’entrer en matière, nous ferons remarquer, 1°. que tant en Provence que dans les ports du Ponant, prefque toutes les pèches qu’on fait ainfi avec une feule nappe , peuvent être faites avec des tramaux ou en-tremaux, dans lefquels les poilfons s’emmaillent encore plus furement que dans les manets. Que toutes ces fortes de pêches de la Méditerranée, qu’on nomme fardinaux, battudes, bouguieres , aiguillieres, alignolles , rit folles, focletieres, ne different prefque les unes des autres, que par l’étendu# des filets & la grandeur de leurs mailles.
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- Des far dînais ou /ordinaux,
- 1039. Le filet qu’on nomme à Marfeille /ordinal-, eft fait de fil de chanvre ?ou de lin retors & très-fin ; fes mailles font communément de dix-huit oudres au pan. Ce filet eft compofé de dix pièces qu’on nomme fpens ou ejpens, & qui ont chacune feize brades & demie de longueur fur fix braffes de large. Cinq fpens , mis bout à bout, font la longueur du filet, qui eft de quatre-vingt-deux braffes. Quand il y a une grande profondeur d’eau, on affemble deux rangs de fpens l’un au-deffus de l’autre , ce qui fait douze braffes de chûtè. Toute cette tellure eft bordée d’une efpece de lifiere de filet avec de la ficelle-, & quia fix mailles de largeur : ces mailles ont environ deux pouces d’ouverture en quarré. La lifiere d’en-haut & celle d’en-bas fe nomment fardons ; & celles des côtés, qui font faites de même, s’appellent aufjîeres. C’eft fur le fardon de la tète que s’attache la corde ou le bruime qui porte les lieges ou nattes. Ces nattes ont quatre pouces & demi en quarré-, & font placées à vingt-fept pouces les unes des autres.
- 1040. Au bruime qui borde le pied dü filet, & qui eft attaché au fardon d’en-bas-, on met des bagues de plomb, du poids d’environ deux onces, & qui font à neuf pouces les unes des autres. Ces filets, qui forment dans la mer comme une muraille-, ne devant point faire bourfe * la nappe du fardinal eft attachée maille par maille aux fardons & aux aufiieres.
- 1041-. On pèche avec le fardinal, ou par fond, ou entre deux eaux. La pèche par fond n’eft guere d’ufage 5 & le left de plomb, tel que nous l’avons dit -, étant fuffifant pour faire caler le filet jufqu’au fond de la mer , on peut S’en îervir pour cette pèche fans y rien changer. Mais quand 011 veut le fou* 'tenir entte deux eaux, on attache de diftance en diftance, comme de cinq en cinq braffes , furie bruime de la tète, plufieurs lignes qui portent à leur extrémité, des lieges, bouées ou figîîaux, lefquels, de concert avec les nattes qui font à la tète du filet, le foutiennent à la profondeur qu’on veut , fuivant qu’on tient les lignes plus ou moins longues.
- 1042. On tend ce filet deux fois par jour: favoir, Iefoir avant le Coucher du foleil, pour le relever au commencement de la nuit ; & le matin, avant que le jour paraiffe. Dans Ce dernier cas , on èft obligé de relever dès que le foleil fe montre, pour 11e point porter d’obftacle aux autres pêcheurs, particulié* renient à ceux qifi fe fervent de l’aiffiugue.
- 1043. Au Martigue, où l’on nomme communément ce filet fardinau^ on ëti fait les mailles de bien dès grandeurs différentes, depuis dix-huit oudres jufqu’à vingt-fept au pan. La hauteur ou chûte, eft toujours de 400 mailles, quelle que foitlèur grandéurl Ainfi il y a des fardiiiaux qui ont plus de chûte que les autres.
- Tome F* Xx
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- 1044. On nomme bande cinq fpens ajoutés les uns au bout des autres; & on joint depuis deux bandes jufqu’à douze, pour faire la longueur d’un far-dinau. On donne donc une grande longueur à ces filets , au Martigue. Mais comme on s’en fert dans des endroits où il n’y a qu’une médiocre profondeur d’eau, on ne double point, comme à Marfeille, leur hauteur. On conferve un bout du filetamarré au bateau. On le cale toujours en poupe du vent. Lorf-que le vent change & devient abfolument contraire, on eft obligé de quitter le bout du filet qui tenoit au bateau, pour prendre l’autre: & alors les pêcheurs mettent un lignai au bout du filet qu’ils abandonnent, & vont s’amarrer au bout oppofé.
- 104^. Toutes les trois heures, les pêcheurs du Martigue tirent leur filet dans le bateau pour prendre le poilfon. Quand la pêche eft abondante, ils en tirent feulement la moitié, qu’ils remettent tout de fuite à l’eau; & ils fe portent à l’autre bout, pour retirer le refte.
- 1046". Le fardinau 11e prend guere d’autre poilfon que la fardine, le melet, la melette ( 95 ) , l’anchois (96“) , & quelques autres poilfons de même taille. Cependant, comme les anchois font plus longs & plus menus que la fardine, il s’en emmaille peu dans les fardinaux neufs, lorfque les mailles ont cinq lignes d’ouverture. Les mailles diminuant par le fervice, on prend des anchois dans les vieux filets ; & cette raifon engage les pêcheurs qui veulent prendre des anchois ou d’autres plus petits poilfons 5 à tenir les mailles de leurs filets plus ferrées.
- 1047. Il eft vrai que par cet expédient on peut aulïi arrêter de la menuife de toute elpece ; mais ce filet reliant fédentaire, il ne peut pas faire un tort conli-dérable à la multiplication du poilfon, quand même 011 le tendrait par fond: ce qu’on évite pour ne point déchirer les mailles, qui font d’un fil très-délié.
- Des battudes & hantées.
- 1048. Les filets dont on fe fert pour faire la pêché qu’on nomme aux battu-* des & aux hautées , ont à Marfeille quatre-vingt bralfes de long. Les battudes ne doivent avoir que trois bralfes de tombée ou de chûte„ & les hautées en ont lix ; c’eft en quoi conlifte la différence de ces deux filets : ainli les hautées font de grandes battudes. L’un & l’autre filets ont leurs mailles d’un pouce d’ouverture en quarré. Il y en a à Saint-Tropez, dont les mailles ont quatorze lignes ; à la Ciotat, on en voit de dix & de douze lignes. Ainli la grandeur des
- (9 O fe melet & la melette font des efpe- p. $2$. En allemand, Mcergrundeî; en an-ces de fardines. glais , Anchoioy.
- (96) Clupea Encrajïcolus ; Linn. S. N.
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- mailles eft différente dans prefque tous les ports, fuivant l’efpece de poiflon qu’on fe propofe de prendre, comme maquereaux, bogues (97), blagues, &c.
- 1049. Le pied du filet eft chargé de bagues de plomb ; & la corde qui borde la tête, eft foutenue par des pièces de liege, de fix à fept pouces en quarré.
- 1050. Ces cordes qui bordent le filet, fe nomment bruîmes. Le liege ne contrebalance point la pefanteur du plomb ; enforte que le pied du filet touche toujours le fond de la mer.
- 105 T. On cale lesbattudes, ainfi que les liautées , dans des fonds remplis d’algue ou de vafej &l’on a foin, en jetant le filet, qu’il forme des zig-zags , ou qu’il ferpente : ce qui fait qu’une partie du poiffon s’emmaille, & que d’autres s’embarraffent dans les plis du filet. Ainfi les battudes font en quelque forte l’office des folles en même tems que des manets: on peut auffiles regarder comme des filets d’enceinte, à caufe des contours qu’on effaie de leur faire prendre.
- lof 2. A chaque bout de ces filets, eft une corde ou orin, avec une bouée qui fert de lignai pour les retrouver. On les cale à l’entrée de la nuit, & on va les lever le matin.
- iof 2. La grande battude, qu’011 nomme areignol au Martigue, eft un filet fait de fil de chanvre retors & affez fin. Lesjmailles font de neuf au pan, ou d’un pouce. Sa hauteur eft de deux cents mailles. La longueur des pièces eft de deux cents braffes 5 & les pêcheurs en joignent les unes auit autres, plus ou moins, à volonté, comme depuis deux jufqu’à dix.
- 10^3. Ce filet eft bordé de l’efpece de lifiere qu’on nommefardon, & dont nous avons parlé ci-deffus. La largeur de ce fardon eft de quatre mailles, des lept au pan.
- 10^4. Quand on tend ce filet à pofie, ou fédentaire, on le difpofe ainfi que le fardinau, en zig-zag ; & alors, de quinze en quinze braffes, aux angles que le filet doit former, on ajoute à la corde plombée qui forme le pied, & qui doit être chargée d’une livre de plomb par braffe, une baude ou cabliere pefant trois à quatre livres. La tête du filet eft garnie de flottes de liege, comme le fardinau, & il y a une bouée ou lignai à chaque bout.
- io^L Quand un bout de la battude eft attaché au bateau des pêcheurs, & qu’on la tend flottante , le pied du filet n’eft lefté que de deux onces de plomb par braffe. Au refte, la pèche s’exécute précifément comme celle du fardineau.
- I0561. On prend avec la grande battude, ou Pareignol, de beaucoup d’efi peces dé poiffons s entr’autres des maquereaux qu’on nomme orioux, & une .autre elpece qu’on appelle fuvereau ; quelques merlans , des rougets, & des
- (97) Sparus Boopf; Linn. S. N. 469. En allemand, Boopf.
- X x ij
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- B4S
- TR A I T E' DES PECHE S
- rafcaîfes (9%), des bogues,. des faupes,. &c. dont plufieurs s’embarraffent dans-îe filet, & beaucoup s’emmaillent quand: l’ouverture des mailles eft, propor-,. tionnée à la grolfeur du poifTon..
- 1057, Le blet qu’on nomme au Martigue ^i^ battudt, différé de celui, dont nous venons de parler, T°. par fa hauteur, qui n’efl que de cent mailles j, 2°. par l’armure, étant gréé comme l’aiguillièredont nous parlerons ci-, après. On le tend comme les grandes battudes, ou à pofle& fédentaire, ou; flottant.
- 10^8- Les battudes de Languedoc , qu’011 y nomme aufiî amairadesoit, armaillades, tiennent beaucoup des demi-folles, Il y en a de bien des grandeurs, différentes.. Les pièces font de quinze braffes , & quelquefois leur chiite n’efl que de trente-fix pouces. Les bagues de plomb , ainfi que les flottes ,.font distribuées de trois en trois pans. On tend ces filets à la mer ,.& dans les étangs, faîés. On les cale dans des endroits où il y a cinq àfix braffes d’eau ils y relient fédentaires. En certains cantons , les pêcheurs font le tour de leurs filets, en frappant fur le bord du bateau avec un gros bâton, pour effaroucher,le poiîfon, & le faire donner dans le filet.
- 10^9, Quand ce filet eft bien chargé de plomb, on y- prend de petites folles, des rougets, des muges*. &c. C’eft pourquoi nous avons dit qu’il approche beaucoup des folles-,
- 1060. On fait dans l’étang de Cette, une pèche à peu près femblable, mais.: dont les filets ont quelquefois jufqu’à cent foixante braffes de longueur.. Comme on les change fouvent de place, on met de petites cloches fur les, bouées ; ce qui aide à les retrouver. Quandie filet eft calé,,011 fe retire aune petite diflance ; & les pêcheurs nagent tout autour du filet, frappant fur le bateau avec les avirons, & faifant grand bruit. Alors ils nomment cette pèche* battude frappante': & quand ils fe retirent.fans faire de bruit, ils, l’appellent; hattude dormante. *
- \ „
- Des filets dits bouguyeres ou buguyeres, dans là Mediterranée.,
- 1061. Ce filet efl une fimple nappe à petites mailles.On s’en fert à Marfeille*, à la Ciotat, Cafîis, Antibes , & autres ports. C’eft,à peu prèjs, le même filet quela battude.il a afféz communément quatre-vingt braffes de longueur à; Marfeille, & trois ou fîx de chute. Mais la maille eft tantôt de douze oudres, & demi au pan, ce qui revient à environ huit lignes en quarré ; d’autres fois,, quinze oudres au. pan;, ce qui fait à peu près.fept lignes. On cale ces filets,
- ( 98) Scorpaena Porcus ; Linn. S. N, feille eft TUranoscopus Scaher ; Breu?. 4Ç2 , ou l’efpece qu'on nomme rafcqQb nigg , hijîoire des poiJJ'ons , p. 29. blanco , fur la côte de. Gênes, & à Mar?
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- ijux mêmes endroits & die lamême- maniéré que les battudes. Leurs mailles étant, moins., grandes , ils fervent à prendre de plus petits poiffons, tels que les bogues , les oblades, &c.
- io.62f. A Saint-Tropez, la pêche des, bouguyeres commence en février , & finit au plus tôt en avril.
- , io6'3>,ÀCaflisj cette pèche commence en décembre,.& finit en janvier. Elle fe fait la nuit.
- 1064.. A la Ciotat, le filet qu’ils nomment buguyere , a dix brafîes de chûte;, & fes mailles ont un peu moins d’un pouce & demi d’ouverture.
- io6g.,k Antibes ,, le filet auquel ils donnent le même nom, a cent foixante brafles de longueur fur quatre à cinq de chûte j.& fes mailles ont un peu moins, d’un pouce d’ouverture.,
- 1066. On voit que ces filets, qui portent d’autres noms que celui des battudesn’en different pas eifentiellement. On a pu remarquer ci-deflus , que; les_battudes fervent à prendre les mêmes poiffons auxquels les bouguyeres; font fpéçialement deftinées..
- Des aiguillieres ou égiùllîeres. (99)
- 1067. Ce filet eft encore peu différent des battudes & des bouguyeres. A
- Marfeille, la maille eft de quinze oudres au pan 3 c’eft-à-dire , qu’elles ont un peu moins d’un demi-pouce en quarré., Il y a des teffures de cent braffes fur fix de hauteur. Les bagues de plomb, qui font d’une demi-once , font diftri-buces de quatre, en quatre pans.; & les flottes 5rà trois quarts de pan les unes des autres*. ,
- , 1068. Outre qu’on cale ces filets comme les battudes, on s’en fert encore pour envelopper les aiguilles ,.lorfqu’on en apperçoit en nombre raflemblées dans un endroit. Alors le filet 11’étant pas calé jufque fur le fond ,, parce qu’il a moins, de plombée * on attache qà & là des énards, au bout defquels fout des flottes de liège : & tenant les. énards plus ou moins longs, on cale le filet à la profondeur qu’on juge à propos..
- 1069.. On amarre un bout du filet à une roche, ou à une cabliere qu’011
- nomme baude, quipefe au moins foixante livres , & en même tems un orin ou coulème:,7ivec fa bouée ou fignal; & le bateau décrivant une ligne circulaire,,on eflaie d’envelopper le plus d’aiguilles qu’il eft poflible. Puis le pêcheur rapproche le bout dü "filet qu’il tient dansfon bateau, de celui qu’il a rendu fixe. Les aiguilles qui fe trouvent ainfi enveloppées ,'s’eftarouchent & s’emmaillent en grand nombre. - • .'i! : - :
- 1070. L’aiguiliere du Martigue eft faite avec un bon fil retors : fes
- (99) En allemand , Aalgartii en efpagnol ,/arciCta.
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- 3S°
- TRAITE' DES PECHES.
- mailles font de treize on quatorze au pan ; & la chute du filet eft d’environ foixante mailles. Lès teifures font quelquefois de quinze bralfes j d’autres en ont foixante.
- 1071. L’armure ou le gréement de l’aiguilliere confifte en deux lignet-tes d’un quart de pouce de circonférence, qui bordent ce filet haut & bas. Celle du bas porte deux onces de plomb par brade, féparées en deux bagues > & celle du haut, environ un quarteron de liege , divifé en fix parties. Comme on veut que la nappe forme une bourfe ou panfe, on ne l’attache pas à la lignette de la tète, maille par maille ; on fait enforte que quand le filet eft tendu, il y ait un efpace de trois mailles & demie entre chaque anneau ou pim-pignon. On 11e prend avec ce filet, qui eft flottant, que des aiguilles, & rarement quelques muges.
- 1072. L’aiguilliere de Provence fe nomme farcieta à Alicante. Ce filet, qni occupe un quart de lieue de longueur, fe tend à une demi-lieue de la côte fur fix bralfes d’eau. On y prend, outre les aiguilles, des bogues & d’autres petits poilfons. Cette pêche commence en novembre, & finit en février. Elle fe fait ordinairement avec quatre hommes dans un petit bateau.
- L'alignolle.
- 1073. Ce filet dont on fait ufage à Fréjus , à Saint-Tropez, & ailleurs, eft une fimple nappe, qui n’a que vingt-cinq bralfes de longueur, fur trois de chute. Il eft fait d’un fil très-fin. On s’en fert depuis le mois de novembre jufqu’en avril, pour prendre de petits poilfons.
- 1074. 6’et qu’on nomme à Alicante reclam, en différé peu. Nous croyons qu’il eft fait avec du fil plus fort. Il a environ quarante bralfes de longueur. Deux hommes vont dans un petit bateau, à un quart de lieue en mer, par fix ou fept bralfes d’eau. Ils amarrent un bout de leur filet a une corde, à l’extrémité de laquelle eft une baude ou cabliere. Ils attachent enfuite une bouée à l’autre extrémité, & tiennent ce filet flottant près de la furface. On prend à cette pèche, qui ne fe fait que durant les nuits obfcures , depuis le commencement de novembre jufqu’en mai, des bonites, des thons , des ef-padons (100), &c.
- Lariffolle ou reiffolle. (
- 107?. La rilfolle de Marfeille ne dilfere des filets précédens, que parce que fes mailles font fort étroites. Ce filet étant deftiné à prendre des melettes , des anchois, de petites fardines, &c. fes mailles font de vingt-cinq oudres ou
- ( 100) Xiphias Gladius ; Linn. S. N. M. de Bomarrele range mal-à-propos dans page 432,- en allemand , Schvoerdtfifche. l’efpece des baleines.
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- Sec t. IL De la pêche aux filets. • 351
- nœuds au pan ; ainfî elles ont environ quatre lignes d’ouverture en quarré.
- 1 oj6. On place ordinairement ce filet à la pointe d’un rocher, enforte qu’on puilTe envelopper la compagnie de poiflons qu’on a apperçue; eniuite on jette des pierres , & l’on agite l’eau , afin que les poilfons, effrayés par le bruit, viennent s’emmailler.
- 1077. Cette pêche fe fait avec de petits bateaux qui ont vingt-un pans
- de long, dans lefquels fe mettent quatre hommes. ^
- 1078. Le filet qu’on appelle rijfolle au Martigue, reflemble à la focletiere, dont nous allons parler. Mais elle eft fort baffe, & peu étendue. On en fait ufage au bord des étangs, & fur les plages où il y a peu d’eau.
- La fiocletiere.
- 1079. Lès pêcheurs du Martigue nomment focletiere 9 un filet à nappe fimple, dont le fil, qui eft retors , eft très-fin, & de lin ou de chanvre. Sa maille eft de vingt-quatre à vingt-huit au pan. Ce filet n’a point de hauteur ni de longueur déterminées > elles dépendent de l’étendue & de la profondeur de la nappe d’eau. Il y a des focletieres dont la chute eft de cent mailles ; & d’autres, de deux cents. Celles de cent mailles font armées comme l’aiguil-liere; & celles de deux cents le font à tous égards comme les fardinaux. Les premières fe calent ou fédentaires ou flottantes, de même que l’aiguilliere : & pour caler les autres , foit à pofte ou fédentaires, foit amarrées à un bateau, on obfervetout ce qui fe pratique à l’égard du fardineau 5 avec la feule différence qu’on ne les cale point au large, mais près de terre & dans des calan-gues ou anfes. On ne prend avec ce filet que des foclets , de petites fàrdines dites fardinolles , & quelques autres poiflons de même taille.
- Article sec on d.
- Des folles ( 101 ) , & autres filets qui y ont rapport; tels que les demi-folles, tes
- rieujc , &c* ' N
- • ! f ' ( '
- 10.80. Les gros poiflons plats ne pouvant syemmaille,r, on a été obligé d’imaginer, pour les prendre j d’autres filets que les manets. Les filets particuliérement d’ufage à leur pèche , fe nomment folles.
- 1081. Nous avons dit, en parlant des étentes fur piquets & des parcs, que les filets appelles folles ont des mailles, fort grandes , & qu’il eft de l’eflence de ces filets de n’ètre pas tendus fermement vils doivent faire des facs ou poches, .dans lefquels le poiflbn s’embarraffe.* C’eft pour cette raifon qu’on donne , comme nous l’avons dit, beaucoup de chûte aux folles qu’on tend fur des
- (101) En allemand, wtitmafçhigtt Sackgarn*
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- TRAITE' DES PECHES.
- piquets aflez courts : cet ufage des folles eft avantageux pour prendre de gros poilfons plats. Néanmoins, ce n’eft pas là proprement la façon de tendre cette elpece de filet : celle qui lui convient le mieux, eft d’être pierre & flotté.
- Idées générales des Jolies pierrées & flottées.
- ïo82. Le filet qu’on nomme proprement folle., eft une nappe firnple; 3c lorfqu’on veut tendre fans piquets un filet de ce genre, la ralingue de la tète eft garnie de flottes, & celle du pied eft chargée de pierres ou de plomb*
- 1083. Ce filet eft fait d’un bon fil de chanvre alfez délié. Il a à peu près une brafle & demie de cliûte, & chaque piece a communément cinq ou lîx brafles de longueur; mais 011 en joint quelquefois un grand nombre les unes au bout des autres, comme nous le dirons dans la fuite. Les mailles ont cinq * huit, douze, dix-huit pouces d’ouverture en quarrés & quelquefois plus de dix-huit, lorfqu’on fe propofe de prendre des tires , des anges (102), ou d’autres.gros poilfons.
- 1084. La tête du filet eft bordée par une ralingue A (pi XI^flg. 1 ), qui eft un funin ou quarantenier , de douze à quinze fils, & qui palfe à travers des rondelles de Hege B , qu’on met environ à douze pieds les unes des autres.
- 108 v Le pied du filet eft bordé par deux pareils funins CC, entre lef. quels font amarrés avec des lignes fines, les cailloux D , qui forment le left : on les met à environ trois pieds les uns des autres. Mais pour que les deux cordes C C,, 11e fe roulent pas l’une fur l’autre quand on lès met à Teau , il faut avoir l’attention de mettre leurs tors en fens contraires 5 dé ïbrte que fi l’une eft commife de droite à gauche, l’autre le foit de gauche à droite. I
- 1086. Quand 011 a joint les unes au bout des autres un nombre iuffifant de pièces de folles pour former une telfure, on attache aux deux extrémités de la ralingue d’.en-bas une grofle pierre percée , ou cabliere L, garnie d’une anfe ou eftrope de corde K, qui fert aufti à attacher une corde ou orin V*, que plulieurs pêcheurs nomment dromc. , à l’autre bout de laquelle eft amarrée une bouée formée de douves de barriques, comme M,ou de morceaux de liege, comme N, au choix des pêcheurs. Q11 voit en O les fignaux que portent ces bouées. Ce font de petits pavillons qui fervent à faire appereevoir déplus loin les bouées qui flottent à la furface de l’eau. En P eft une petite cabliere : on en met quelquefois de diftance en diftance fur la ralingue d’en-bas , quand les telfures font fort longues. Q_, elLüri grapin avec fon cablot S.iCe'grapiîi fert à rechercher au fond de l’eau une partie defta teflure , quand par acch dent elle eft reftée à la mer. On voit eii R un autre petit grapiuqui eft quelque-
- - "r , . " :o7f .. 1
- (102) Squatina, efpece de raie ; en allemand 5 Meercngel. - - . ~,
- fois
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- S e c t. IL De la pêche aux filets. 3^3
- fois encapelé fur celui que nous avons coté 2. T, eft un gaffot pour harponner & tirer à bord de très-gros po’iffons.
- 1087. Après ce que nous avons dit de la grandeur des mailles des folles, 011 conçoit bien que ces filets ne font deftinés qu’à prendre de gros poiifons plats, qUi ne s’emmaillent point par les ouies , comme font les maquereaux , les harengs, &c. Mais attendu que l’inftimft des poiifons n’eft pas de reculer, ils font effort pour traverfer le filet, & franchir l’obftacle qu’ils rencontrent : par ces efforts , ils s’embarralfent de plus en plus dans le filet, qui à la fin les enveloppe de façon à ne pouvoir fe débarraffer. Pour cela, il faut que le filet foit foupîe, & tendu mollement : la grandeur des mailles & la fineffe du fil le rendent fouple ; & afin qu’il ne foit pas trop tendu , on ne met au bas que ce qu’il faut de cailloux pour que les lieges 11e le falfent point flotter. Il eft cependant néceffaire que les fils foient forts , quand on fe propofe de prendre de gros poiifons , fur-tout des chiens de mer.
- 1088- Le nom d c folle peut avoir été donné à ce filet, en partie parce que n’étant pas fort chargé de left, le moindre mouvement de la mer l’agite de forte qu’il eft prefque dans un mouvement continuel. Cependant les ancres ou les cablieres qu’on met aux extrémités, & quelquefois d’eipace en efpace dans fa longueur, empêchent que le filet ne s’écarte beaucoup du lieu où 011 l’a tendu. Et pour cette raifon , on doit le regarder comme fédentaire.
- 1089. Les folles font donc toujours tendues par fond, & on 11e les traîne point ; mais on les tend ou en pleine eau, ou au bord de la mer. Nous avons déjà donné la maniéré de les tendre fur piquets : ainfi il ne nous refte qu’à expliquer comment on les tend pierres & flottés au bord de la mer , &en pleine eau. C’eft ce qu’on verra dans les paragraphes fuivans.
- Des filets que ton tend au bord de la mer.
- 1090. Comme ces filets reftent fédentaires, 011 peut les tendre entre les rochers. On les tend aufli fur les fables au pied des bancs , ou dans les fonds quife trouvent entre les bancs , lors même qu’il y refte de l’eau après que la mer eft retirée.
- 1091. On tend ce filet un peu en demi-cercle. Quand on l’établit fur un terrein dur, ou quand il refte un peu d’eau à l’endroit où on le tend, on ajoute aux cailloux qui bordent le pied du filet quelques cablieres. Mais fi le terrein eft de fable , 011 y enfouit le pied du filet ; & le refte demeure libre , étant fou-tenu par les flottes & retenu contre le courant par des bandingues. Comme le filet, qui a prefque deux brafles de hauteur, fait toujours une poche ou foliée , les poiifons s’y engagent.
- 1092. Les grandes marées font fort avantageufesà cette pêche, ainfi qu’à
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- toutes les tentes à la baffe eau. Cependant il arrive que les tourmentes &les grands courans bouleverfent & emmêlent le filet, comme on le voit en G 5 ou ils le couchent fur le terrein ; & alors on prend peu de poiffon.
- 1093. Ces folles n’ont pas , à beaucoup près , autant d’étendue que celles dont, nous allons parler dans le paragraphe 1097 & fuiv. Mais elles ont l’avantage qu’Linfeul homme peut fans bateau tendre & relever fon filet. Comme les poiifons rangent volontiers la côte durant les chaleurs, c’eft la faifon où cette pêche eft la plus fru&ueufe.
- 1094. Dans les endroits où il relie de l’eau , il y a des pêcheurs qui tendent deux fois de fuite leur filet, avant de le faire fécher. Quand ils l’ont tiré à bord, ils le démêlent, le réparent, & fur-le-champ recommencent une fécondé pêche.
- 1095. Il arrive communément aux pêcheurs folliers, tant grands que petits , de lailfer leurs filets à l’eau, tandis qu’ils vont à terre vendre le poiffon qu’ils ont pris. Mais il ne faut jamais mettre plus de deux fois les filets à l’eau fans les faire fécher & fans les radouber , ou, comme ils difent, ramender. Ceux qui agiifent autrement, ont bientôt perdu leur teifure. Les pêcheurs attentifs à la confervation de leurs filets , ont de plus le foin de les tanner de tems en tems. Au contraire, il y a des pêcheurs pareffeux & négligens, qui les 1 aillent long-tems à la mer fans les relever : alors ils trouvent une partie de leurs meilleurs poiifons endommagés par les poiifons voraces ; ou bien ceux qui relient entiers font morts & meurtris, à force de s’ètre tourmentés dans le filet. C’eft une perte réelle, non-feulement pour les pêcheurs , mais encore pour le public : & elle eft d’autant plus fâcheufe, que les poiifons pris aux folles , quand on les releve fréquemment , font meilleurs que ceux qui ont été pris dans les guideaux, ou qu’on a pêchés à la traîne ; parce que l’opération de traîner ne peut guere manquer de fatiguer le poiffon.
- 1096. C’est pour ces raifons qu’il eft ordonné aux pêcheurs folliers de-relier fur leurs filets , & de les relever prefqu’à toutes les marées. Ceci regarde: principalement les pêcheurs qui tendent leurs folles à la mer (103).
- De la pèche avec les folles, à la mer & fur les grands fonds.
- 1097. Nous avons dit que les mailles des folles doivent avoir au moins cinq pouces d’ouverture en quarré, & que les pêcheurs les font fouvent beaucoup plus grandes, parce que fe propofant de ne prendre avec ce filet que de gros poiifons, il leur eft avantageux que les mailles foient fort ouvertes.
- (10;) Dans les fleuves & dans les étangs point fatigués ; & l’on a foin de les mettre on n’a aucun dommage à craindre. Quand promptement dans l’eau fraiche. Les petits mê ne on ferait une pêche de trente & qua- poiifons fe vendent immédiatement après-rante quintaux, les gros poiffo.is ne feront être fortis du filet.
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- Le filet coûte moins ; il eft plus léger ; & étant plus fouple, il enveloppe plus aifément les poilTons.
- 1098- Chaque piece de filet a dix, douze , quinze ou dix-huit brades de longueur ; & cinq , fix, ou huit pieds de chute. Comme enjoignant beaucoup de ces pièces les unes au bout des autres , on forme de très-grandes telfures , ces pêches fe font toujours par un nombre de matelots qui fe réunifient & fe mettent à la part : ils font quelquefois feize dans un bâtiment. Chacun d’eux fournit depuis dix jufqu’à vingt pièces de folles ; & le maître, ordinairement le double; de forte que fi chacun des feize matelots a fourni dix-huit pièces de filet, & le maître trente-fix, la tellure entière elt de trois cents vingt-quatre pièces , & elle a bien plus que trois mille brades de longueur. Quelquefois les flottes font entrelacées entre deux fortes lignes, à peu près comme les cailloux D, de la figure 1, pi. XII ; & ces lignes forment la ralingue de la tète du filet, que quelques pêcheurs nomment bouchet. Les flottes font petites, mais il y en a une au milieu de chaque maille. Les pierres qui garniflènt la ralingue du pied du filet font à deux pieds & demi ou trois pieds les unes des autres.
- 1099. Le propriétaire de la barque 11’a point de filet : cependant il retire -trois lots pour elle , & il eft tenu de l’entretenir bien gréée.
- 1100. Quand le maître pêcheur a fourni une fois plus de filets que chaque matelot, il a deux parts ; chaque matelot qui fournit des filets , en a une; & ceux qui n’ont point de filets, ont une demi-part, pour la récompenfe de leur travail.
- 1101. C’est ordinairement le propriétaire du bateau qui fait la vente des poilTons : il a pour cela le fol pour livre du produit.
- 1102. Lorsqu’on fait une chaudière commune, elle pafie en frais de pèche s comme avarie : mais chacun fe fournit de boifi’on & de petits rafraîchiflemens,
- 1103. Nous avons dit quela folle étant un filet fédentaire, on en tendait de petites entre les roches. Mais pour les grandes folles, on évite les fonds où il y a beaucoup de grofles roches ; de crainte que les filets ne s’y accrochent 5 & ne foient perdus ou confidérablement endommagés. Quand les filets relient engagés entre les roches, on elTaie de les débarraflèr avec des grapins R, Q_ (pl. XII,fig. 1 ) : mais il n’eft par rare que les grapins reftent avec le filet.
- 1104. Les meilleurs fonds pour cette pèche font ceux de rocaille , de galet,
- & où il croît des plantes marines ; car comme il eft difficile de pêcher à la traîne dans ces fonds , on y trouve ordinairement beaucoup de poiflen & de la meilleure qualité. Ajoutons qu’il s’y rencontre moins qu’ailleurs de poilTons voraces , qui endommagent beaucoup le fruit de la pêche.
- 1 iof. Comme les poilTons Te retirent dans la grande eau lorfqu’il fait froid, les pêcheurs vont les y chercher. Les gros tems font fort incommodes pour tendre & relever les filets : ainfi le calme & les mortes eaux font les circonftances
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- TRAITE • DES F E C H E S,
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- les plus favorables pour la pêche aux grandes folles en mer. Quand les pêcheurs font furpris de mauvais tems , ils laiifent leur tellure à la mer, jufqu’à ce que le calme foit revenu. Les filets en fouftrent, ainfi que le poifton qui eft pris : mais ce font des inconvéniens inévitables. *
- 1106. Les poiflons qu’on pêche ordinairement aux folles, font les raies, les anges, les turbots , quelques marfouins , de grands chiens, de gros crabes, & des homars. Les groiTes raies blanches, qu’on nomme tires, fe pèchent ainfi durant toute l’année. Il en eft de même des turbots. Mais la vraie faifon pour prendre les bonnes efpeces de raies, eft le printems & l’automne. Les pêcheurs redoublent d’aétivité pendant le carême ; non feulement parce que le débit du poifibneft alors plus certain, mais encore parce que la fraîcheur de l’air permet de le tranfporter fort loin.
- 1107. Voila ce qui doit déterminer les pêcheurs fur les faifons &les lieux les plus favorables pour leur pêche. Lorfqu’ils veulent partir, ils mettent dans le bateau leurs filets & tous les uftenfiles qui font repréfentés fur la planche XII, figure 1.
- 1108. Les pêcheurs feraient bien de mettre de diftance en diftance , dans toute la longueur de leur teffure, de petites bouées, pour en retrouver les morceaux lorfqu’elle a rompu : au lieu de les aller chercher avec des grapins, qui l’endommagent nécelfairement.
- 1109. Etant pourvus de tous ces uftenfiles, ils vont fe rendre au lieu de la pêche , où, comme ils difent, ils s1 habhfifmt fur leurs fignaux ; c’eft-à-dire , qu’ils prennent des amers fur la côte , pour reconnaître leur pofition, & retrouver leurs filets, quand ils ont été obligés de les abandonner.
- 1110. Si le vent eft fort, ils amènent le grand mât, & ne confervent qu’une petite voile à l’avant ; ne prenant de voilure que ce qu’il en faut pour filer la teiTure. Quand il fait très-peu de vent, on fait porter la grande voile pour fe haler de l’avant.
- 1111. Le tems le plus favorable pour tendre, eft quand la marée commence à porter au vent : on jette la tellure à la mer, fous le vent, afin qu’elle puiife croifer la marée , & qu’elle refte fur le fond pendant le tems qu’on juge nécef-laire pour laiifer le poiifon donner dans le filet : c’eft alfez fouvent trois nuits. Mais quand les pêcheurs craignent de perdre leurs filets, & lorfqu’ils ont tendu k)in de la côte , ils les relevent au bout de trente-fix heures.
- 1112. Les filets font ordinairement lovés ou roués dans la cale à l’arriere du grand mit : & quand on releve , on les love à la place où ils étaient.
- 1113. Pour faire ces manœuvres, qui font longues & pénibles à caufe de la grande étendue de la tellure, qui a quelquefois plus d’une grande lieue , tout l’équipage s’arrange le long d’un bord, à peu près comme quand on veut mouiller ou relever un cable.
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- 1114. On releve la tellure quand la marée commence à porter an vent, pour avoir fini avant que la marée rapporte. Mais fi l’on eft furpris par le retour de la marée, on attache aux pièces de folles qui relient à la mer,un bout de cordage amarré fur la tète de l’ancre 5 & les pêcheurs attendent, pour achever de relever, que la marée & le vent deviennent favorables.
- 1115. Quand la mer eft calme & les eaux mortes, on peut relever de flot & de jufan. Mais lorfque les tems 11e font pas favorables, les pêcheurs font quelquefois plufieurs marées fans relever entièrement leur tellure.
- iri6. Lorsque le tems ell bon , l’on tend & releve de jour & de nuit.
- 1117. Il eft toujours mieux que les pêcheurs aux folles relient fur leurs filets. En ce cas, afin de n’être point furpris par le gros tems, outre la grolfe cabliere qui pefe plufieurs quintaux , & qui eft amarrée au bout forain avec la bou ée , ils en mettent une autre vers le milieu de la tellure, qui pefe environ cent livres , & encore une à environ feize pièces du bout de la telfure : ils attachent celle-ci au cable de leur ancre.
- 1118* Pour relever le filet, les pêcheurs lèvent l’ancre, & l’amenent à bord. Aulïî-tôt qu’elle y eil, ils halentfur le cordage qui répond de l’ancre à la folle. Quand ils ont amené la première piece de filet, tout l’équipage s’affied for le franc-bord à bas-bord (fl. XII, fig. 1, B) 5 ayant la grande voile pliée fous eux, pour être plus à leur aife & moins gênés dans leur travail. La teffiire arrive dans le bateau par l’écubier de flribord , fur un rouleau qui y eft folidement affujetti.
- 1119. Un des plus forts matelots F, fe place à l’avant, & eft occupé à gaffer les gros poiifons qui fe préfentent, àmefore qu’011 haie la folle. Si par malheur la tellure vient à rompre , 011 recherche avec un grapin, comme nous l’avons dit, ce qui eft refié à la mer : & pour qu’il fe couche fur le fond , 011 attache une cabliere de vingt à vingt-cinq livres , à quelques bralfes du bout du cordage , où eft attaché le grapin. Quelquefois encore on frappe à une patte du grapin Q_ (pi. XII, fig. 1 ), un menu cordage de deux bralfes de longueur , qui porte un petit grapin R, qu’ils nomment chien. Quand les ralingues du filet ont échappé au grapin Q, elles font prefque toujours rencontrées par le petit grapin R. Comme c’eft une grande opération que de mettre la telfure à la mer, & encore plus de la relever, les pêcheurs obfervent entre eux un ordre qu’il eft bon de rapporter.
- 1120. Quand les pêcheurs mettent dehors (fi. XI /, fig. 2, A ) leur telfure , quatre d’entr’eux descendent dans la cale pour parer les filets. Deux hommes quife tiennent fur le pont, les reçoivent & les donnent à deux autres qui font appuyés fur le bord. Immédiatement derrière eux font deux forts matelots , qui fouvent font à califourchon fur lé bord du bateau , & qui jettent à la mer les pièces de filet à mefure qu’011 les leur préfente. Entre ces hommes, les ur.s
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- TRAITE' DES PECHES.
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- fe donnent de main en main le pied du filet chargé de cailloux ; les autres, la tète garnie de flottes ou corferons de liege, pour que la tellure fe diftribue à la mer dans la pofition verticale qu’elle doit avoir, & que le filet ne fe torde pas. Une partie de l’équipage fe repofe pour prendre la place de ceux qui travaillent, & les relever lorfqu’ils feront fatigués.
- i i2i. L’opération de rélever le filet eft tout autrement pénible. Tout l’équipage y elè employé (y/- XII, fig. 2, B ). Ils font affis le long du bord , le dos à la mer. Un fort matelot, qu’on nomme forcibkmmt, fe porte à l’avant, pour harponner avec une gaffe les gros poiffons , qui, au fortir de l’eau, font de grands efforts pour s’échapper. Quand on a relevé un quart de la teffure , ce qu’on nomme uwpilot, un autre matelot prend la place de celui-là.
- U22. On conçoit bien que le filet qui fort de l’eau, mouille prodigieufe-rnent les matelots. C’eft pourquoi ils mettent toujours, pour cette opération, des bottes de cuir, & un grand tablier auffî de cuir , qui pend depuis le col jufqu’à mi-jambes.
- 1123. On voit dans la planche XII, figure 2 À , les p êcheurs qui mettent leurs filets à l’eau ; D , des bateaux démités qui font fur leurs filets ; B , des matelots qui relevent leur teffure ; C, un bateau qui, ayant fait fa pêche, fe remite ; E , un bateau appareillé qurretourne au port.
- 1124. Les pêcheurs font traversés dans »e travail par beaucoup d’accidens. Nous avons déjà dit qu’ils perdaient quelquefois une partie de leur teffure : car quand il faut aller la chercher avec des grapins, on endommage une quantité confidérable de mailles.
- 1125. Les gros teras qui furviennent quand on releve , caufent de grandes pertes; & encore plus, lorfqu’en attendant que le tems foit favorable pour relever, les pécheurs font obligés delaiffer long-tems leur filet au fond de l’eau: il s’y pourrit, & une partie du poiffon qui a donné dans le filet eft perdue, ou prodigieufement endommagée.
- #>H2& liront plus à craindre les gros tems en hiver qu’en été ; mais le féjour des filets dans l’eau eft plus dommageable pendant les chaleurs. En ce cas , il ne faut quelquefois qu’une nuit pour que le poiffon foit corrompu : & fi le filet relie fur un fond marneux, les limaces, les fangfues , les coquillages & les cruftacés dévorent le poiffon qui eft dans le filet; d’autant que les gros poiffons l’affiiffent Sc le couchent fur le terrein, ce qui les met plus à portée d’ètre dévorés. Les poiffons qui ont été ainli fucés , font blancs , & fi difpofés a être entièrement corrompus, qu’il faut les confommer fur le lieu.
- 1127. Nous ne fa vous pas quelle confiance on doit avoir en la prétention des pêcheurs, qui affurent qu’il y a un poiffon , qu’ils comparent pour la forme au marfouin, qui fend le corps des raies pour eu tirer le foie. Divers pêcheurs affurent en avoir vu,prefqu’à la furface de l’eau, attaquer les raies
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- S e c t. IL De la pêche aux filets. 3 $9
- qui étaient prifes dans les folles. Mais ils n’ont jamais pris ce poiflon , qu’ils' difent être trop gros pour être arrêté par le filet.
- 1128- Ils ajoutent que ces poiifons attaquent les raies blanches, les anges , les tires, & autres qui ont la peau liffe; mais rarement les raies bouclées : apparemment que les os pointus qui recouvrent ces raies , écartent ces poift Ions voraces. Comme ils ne mangent que le foie, on tire quelquefois les poif. fons encore en vie : alors les marchands de marée recoufent la plaie ; mais en peu de tems , ces raies font hors de vente, & même corrompues.
- 1129. Il eft probable que le pqiffon dont nous venons de parler, qui n’a jamais été vu hors de l’eau par les pêcheurs , 11’eft ni l’empereur, ni le renard de mer, dont nous parlerons dans des articles particuliers.
- 1130. Qu’on penfe ce qu’011 voudra de ce poiffon imprenable : il eft toujours très-intéreffant pour les pêcheurs de ne point laiffer leurs filets à l’eau quarante-huit heures. Quand les mauvais tems les y obligent, ils ne méritent aucun blâme. Il n’en eft pas de même quand ils different de relever leurs filets , pour attendre les jours où la vente du poiffon peut être plus avantageufe. Allez fouvent l’efpérance d’un gain plus confidérable eft trompeufe ; & ils ne retirent que des poiffons meurtris, mutilés par les poiffons voraces , & prefque pourris , fur-tout en été.
- 1131. Comme on tend fur certains parages une grande quantité de folles , 011 prétend que les poiffons pourris éloignent les autres, au point que les pêcheurs cordiers ne prennent rien , quand les folles ont long-tems féjourné dans un endroit. Au refte , il faut convenir que les filets fédentaires & à très-grandes mailles, ne font jamais autant de tort à la multiplication du poiffon, que ceux que l’on traîne; & le poiffon des folles ferait de la meilleure qualité, fi, conformément à l’ordonnance, les pêcheurs reliaient fur leurs filets pour les relever fréquemment. Mais comme ce travail eft pénible, ils trouvent des prétextes pour ne relever qu’à leur volonté. Peut-être ferait-il plus avantageux aux pêcheurs folliers de mettre à la mer plufieurs petites teffures, qu’une fort grande : ils auraient plus de facilité à relever leurs filets , & courraient moins de rifque de les perdre.
- 1132. La pèche aux folles fe fait ordinairement entre la pêche du hareng & celle du maquereau ; & on fait bien de l’interrompre pendant ces pèches , non feulement parce qu’on doit préférer de prendre les poiffons de paffage plutôt que les domiciliés, mais encore parce qu’on recherche plus volontiers ces poiffons délicats que les raies: alors, fi les pêcheurs ne trouvent pas à les vendre , ils font obligés de les fécher & de les filer ; ce qui fait un très-mauvais manger, qu’on eft obligé de donner à bon marché dans les villages éloignés de la mer.
- 1133. Nous pourrions parler ici de la vente du poiffon qui provient des
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- folles î mais comme cette vente a beaucoup de rapport avec celle qui provient d’autres grandes pêches , nous remettons à en parler dans la fuite.
- De la pêche qui fe fait avec les demi-folles, qu'on nomme aujji grandes pentieres, ou brettelieres, &c.
- 1134. Les demi-folles ufitées pour pêcher à la mer, font femblablesaux folles, tant pour la maniéré de les tendre & de les établir fur le fond ,que pour celle de les relever.
- 113 Ces rets ne different que par l’étendue de la teffure, qui eft moindre pour les demi-folles, & par la grandeur & le calibre des mailles ; celles des folles devant être au moins de cinq pouces,au lieu que les mailles des demi-folles n’ont que deux pouces & demi, ou trois pouces en quarré.
- 1135. Ces filets fe nomment rieux en Picardie, parce qu’ils prennent des raies.
- 1137. Sur plufieurs côtes de Normandie, 011 les nomme brettelieres , parce qu’ils fervent à prendre des rouffettes ou petits chiens de mer, qu’on y nomme b retus ou bretelles. Audi appelle-t-on ces filets canieres en Baffe-Normandie. O11 leur a encore donné le nom de grandepentiere, parce qu’ils font foutenus à peu près verticalement par les flottes & le left, & qu’ils ont une grande longueur.
- 1138. Au refre, ces filets font fédentaires; ils font garnis de bouées & de cablieres , ainfi que les folles : mais comme ils font beaucoup moins grands que les folles, on peut les tendre en tout tems , même dans les vives eaux. La meilleure faifon eft depuis le commencement de février jufqu’au mois de mai.
- 1139. On prend des poiflbns plats & des ronds avec ces filets ; fur la côte de Haute-Normandie, beaucoup de chiens -, & en Baffe-Norraandie, des colins, qui y font affez communs.
- Sorte de demi-folles nommées jets fur les côtes de Picardie.
- 1140. Les jets de l’amirauté de Saint-Valéry en Somme, font des pièces de filet, longues de vingt à vingt-cinq brades, & ont trois brades de chute. La tète en eft garnie de flottes de liege : & quand le paffage n’eft pas fort large, on arrête les bouts des filets-à des pieux.
- 1141. Le bas eft plombé j il ne devrait y avoir qu’un quarteron de plomb par braffe, mais la force des courans oblige quelquefois à y en mettre davantage. O11 joint eufemble deux ou trois pièces boutàbout. Cette pèche fe fait à pied, &avec de petits bateaux, entre les barres de Somme, dans les baffes qui relient après le retour de la marée î & aulfi par les travers de Saint-Valéry:
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- î-ery : mais alors les filets n’ont que deux brades & demie de hauteur , fur une longueur de vingt ou vingt-cinq b rafles. Les pécheurs fe contentent de mettre deux pièces bout à bout ; & c’eft avec cette forte de rets qu’ils font la pèche du chantage, huage , ou du poififon canté (pour chanté'). Le fil en eft blanc & très-fin, pour que le poiifon ne s’effarouche pas. Ils ne prennent guere que des poiffons plats, principalement des plies de mer ou Aies.
- 1142. Dans l’amirauté d’Abbeville, à l’embouchure de la Somme, on frit
- aufli une pèche de jets, mais un peu différemment de celle quife pratiques Saint-Valéry. ^
- 1143. Les pêcheurs , au nombre de trois , quatre ou cinq, fe mettent dans de petits bateaux plats, avec des filets dont les pièces ont deux brades & demie ou trois brades de chute , & trente ou trente-cinq brades de longueur ; ce qui fait toute la longueur de la teffure, qui 11’eft compofée que d’une feule piece. Le pied eft garni de plaques de plomb, pour le faire caler3 & la tête eft garnie de fiottes de liege. Cette pêche ne fe fait que dans la riviere. Les pêcheurs frappent fur une petite ancre le bout de leur filet, qu’ils jettent du bateau au milieu de l’eau. Ils filent enfuite le ret jufqu’au bord , & amarrent à ce bout du filet une cabliere ; puis ils mettent cette partie du filet à l’eau , au plus à une bralfe du rivage.
- 1144. Comme fine refte pas ordinairement affez d’eau dans le lit de la Somme pour faire dotter le filet de toute fa hauteur, il fe plie dans le fens dè fa largeur , de forte qu’il fait une foliée ou une efpece de poche. On frappe une bouée fur la tète du filet, tant au-deffus de l’ancre qu’au-dedus de la cabliere, pour faire mieux appercevoir l’étendue du filet, qui eft placé de maniéré qu’il traverfe ou barre une partie de la riviere , & que la foliée foit cxpofée au courant.
- 1145'. Quand les jets font ainfi établis , trois ou quatre pêcheurs, hommes ou femmes, fe mettent dans le bateau ; ils nagent avec leurs avirons, en s’éloignant de quelques centaines de bradés au-deffus du filet, en chantant & faifant le plus de bruit qu’il leur eft poffible, criant, hurlant, & frappant fur le bord du bateau pour augmenter le bruit. Quelques pêcheurs fe mettent encore à l’eau, qu’ils agitent & battent avec leurs avirons ou des perches , pour faire faillir le poiffon hors du fond ; enforte que, fuivant le courant , il tombe dans la foliée du filet.
- 1146. De tems en tems, les pêcheurs relevent le filet pour prendre le poiffon. Pour cela, commençant par le bout qui répond à la cabliere, ils plient en deux le filet fuivant fa longueur, joignant enfemble la tète & le pied du filet.
- 1147. Quand ils ont pris le poiffon, ils remettent le filet à l’eau ; ce qu’ils continuent jufqu’à ce que la marée les oblige de fe retirer.
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- 1148. Plusieurs pêcheurs conviennent qu’ils pourraient faire cette pèche, fans tant de bruit & de fracas ; mais qu’il eftnécelfaire d’agiter le fond, pour faire dedabler les poilfons qui s’y retirent. Auffi y en a-t-il qui font ce métier fans aucun bruit.
- 1149. La grandeur des mailles n’eft pas confiante, même dans l’amirauté d’Abbeville. Les unes ont vingt-une lignes , & d’autres quatorze. On change de filet félon les faifons. Quand on tend dans un courant * on fait enforte que la tète du filet foit au-deifous de la furface de l’eau, pour que les immon-
- ' dices p- flentpar-delfus les jets.
- 1150. On traîne auffi ces efpeees de filets. Deux hommes tirent le filet d’un même bord, tandis qu’un troifieme qui efi de l’autre côté de la riviere* tient une corde qui efi amarrée au milieu du filet, par le moyen de laquelle il aide à ceux qui traînent, à le guider à peu près à l’endroit qu’il deJfire. Ce filet, dont l’ufage tient beaucoup de la feine, efi plombé & flotté.
- 1 if 1. On lit dans la collection des grands voyages , kifl. Antipodum, parte, urtïa ,p. 107, que les naturels du Bréfil fe réunifient plusieurs enlemble, apportant chacun un filet; & qu’entrant dans la mer à des endroits où elle n’eft pas profonde, ils en forment une elpece d’enceinte, où ils entrent & battent l’eau pour obliger les poilfons à donner dans leurs filets, en voulant gagner la haute mer..
- Sorte de rets ou demi-folles, nommés picots, fur l'a cote de Normandie.
- 1152 Les picots de Normandie reviennent alfez aux jets de Picardie; ils font fédentai res, flottés & plombés.. Les flottes , qui ont trois quarts de pouce d’épaifleur fur fept à huit pouces de circonférence, font efpacées de deux eu deux pieds fur la ralingue de la tête; & les bagues de plomb qui font lur la ralingue du pied, pefent une demi-once , & font aux mêmes diftances que les flottes.
- 1153, Les pêcheurs nomment ces filets picots, parce qu’ils piquent ou agitent & brouillent le fond aux environs des filets.
- 1154. Cette pêche eft commune dans l’amirauté de Honfleur ; onia: commence à la fin d’avril, & elle continue jufqu’au mois de novembre. Les pêcheurs vont en bateau établir leur filet par fond, de travers à la marée,, dans des endroits qui ont depuis cinq à fix pieds jufqu’à neuf ou dix brades d’eau. La longueur du filet eft de quarante à cinquante brades , fur deux ou-trois de chute. Les mailles font faites d’un fil fin,. retors en trois, &~ont environ deux pouces d’ouverture en quarré.
- iifï. Le bout forain, qui eft le premier qu’on met à l’eau, eft frappé fur une ancre, avec fou. orin & fa bouée. Ayant tendu le filet un peu en-.
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- demi-cercle, on attache à l’autre bout une groife pierre , qu’on nomme étalon ou cabliere, fur laquelle eft encore frappée une bouée. Quand le filet eft ainfi établi, les pêcheurs s’éloignent à une diftance de quarante à cinquante braifes du filet ; puis ils reviennent vers lui, louvoyant de droite & de gauche, en piquant & brouillant le fond avec une perche ferrée quand il y a peu d’eau: ou bien, lorfqu’il y a beaucoup d’eau, au lieu de piquer le fond avec des perches, ils prennent une groife cabliere qui pefe foixante à quatre-vingt livres ; ils l’amarrent à un cordage , & la lailîênt fe précipiter au fond de l’eau pour épouvanter les poiifons plats: d’autres parcourent lentement la longueur du filet, traînant furie fond une chaîne avec des anneaux, & autres morceaux de fer qu’ils font fauter pour faire du bruit. Le poilfon épouvanté prend la fuite, & étant en partie porté par la marée vers le filet, il va s’y arrêter. Lorf. qu’on eft parvenu vis-à-vis du bout forain, on s’en rapproche à la diftance d’environ quinze brades , & on revient parallèlement au filet, en pratiquant la même manœuvre avec la chaîne, jufqu’à ce qu’on foit revenu à la bouée de la cabliere. Par ces manoeuvres , les poiifons fortant du fable, fe jettent dans le filet 5 ce qui réuflit fur-tout quand les picots font tendus fur des fonds durs & déroché, qui font recouverts d’une couche de fable fuififante pour que les poiifons plats s’y enfouiifent.
- iif^. Quand les pêcheurs font arrivés, en brouillant le fond, tout près du filet, ils le relevent le plus promptement & le plus horifontalement qu’ils peuvent, en réunifiant les deux ralingues , 8c tirant avec plus de force celle du bas. Par ce moyen, le filet fe trouve plié en deux , & le poilfon refte engagé dans le milieu, qui forme une poche dans toute fa longueur. Les pêcheurs répètent cette même manœuvre tant que le reflux le leur permet.
- 11Ç7. Quand leur pèche n’a pas été heureufe, ils la reprennent de flot, en faifant la même manœuvre.
- 11 Cette pèche eft fur-tout avantageufe dans les tems de forte marée. On y prend principalement des poiifons plats, & fort peu de ronds , parce que ces derniers ne s’enfablent point comme les autres. Ainfi il en provient des turbots, des barbues, des folles, & fur-tout des flets, que pour cette raifon les pêcheurs nomment des picots francs ( *).
- Des thonaires (104) de la Méditerranée.
- Li i'i Ce filet, qui fert’én Provence à prendre des thons, eft ou fédentaire, "ce qui le^fait nommer par les Provençaux thonairz de pojle; ou -dérivant, &
- ( * ) Ceci a pafle fous les yeux de M. "Ri- qui a bien voulu y faire quelques additions, cher, çomraiflaire aux clafles, au Havre , (104) En allemand, Thunfifchgarne.
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- alors il s’appelle courantille, au moins dans quelques endroits de la Provence,
- 1160. La thonaire de polie eft compofée de trois pièces de filets qu’on joint les unes au bout des autres. Comme chacune a quatre-vingt brades* la telfure entière eft de deux cents quarante brades : la chute de ce filet eft de fix brades ; mais onia double enjoignant deux pièces l’une. 3u-dedus.de l’autre,
- 1161. On. fait ces rets avec de gros fil de chanvre, formé de trois brins commis enfemble. Le calibre des mailles eft de neuf pouces en quarré..
- 1162. Le bas du filet n’eft pas plombé ; mais on attache , de dix en dix brades à la corde qui le borde, des cablieres qui pefent chacune dix à douze livres. O11 laide quelquefois dix-neuf brades de diftance d’une .cabliere à celle qui la fuit.
- 1163. La tête du filet eft foutenue par cent loixante nattes ou flottes de liege, diftribuées à une braife & demie ou deux brades les unes des autres,
- 1164. On établit ce filet un bout à la côte, & l’autre au large, d’abord en ligne droite , & enfuite 011 lui fait décrire un crochet.
- Le bout de terre eft fixé par un grapin ou umpin, de fer, qui pefe; environ un quintal; le refte de la telfure flotte au gré du courant. Comme les, thons fuivent ordinairement les côtes, lorfqu’ils rencontrent le filet, ils le, côtoient dans fa longueur ; & quand ils font parvenus au contour de l’extrémité, ils s’effarouchent, s’agitent & s’embarraffent dans le filet, où fe prennent aufli d’autres gros poiffons,
- 1166. L’autre efpece de thonaire, qu’011 nomme courantille, eft aban-
- donnée à elle-même & dérive au gré des courans., Ce filet eft de la même nature & a les mêmes mailles que le précédent; mais il eft communément plus long, étant compofé de trois ou quatre pièces: fa chûte eft de fix ou fept brades. On met à fa tête quelques nattes de liege pour la foutenir, comme un quarteron de liege diftribué en fix pièces fur chaque brade ; mais,point de baudes ou cablieres au pied. Un feul liband d’auffe, long de trente brades, fait defcendre le filet dans la nier, enforte qu’il y en a une partie qui flotte tandis que fi autre eft à quelque diftance du fond., Comme-ce filet., doit faire une panfe ou bourfe, les mailles 11e font attachées à.la monture, que,de quatre en quatre. . . • > ab ? 'jo. ' ' *
- 1167. On jette la courantille en droite ligne, au gré des courans , en ob-fervant défaire enforte qu’ils puiffent la prendre de'plein & l’entraîner,
- s 116^8- Un bateau monté par quatre hommes s’attache à un bout du filet, & fe laide dériver & emporter par les courans; de. maniéré, qu’on.releye quelquefois à deux ou trois lieues de l’endroit^où l’on avaff calé, C’eff ordinaire,-ment de nuit que l’on cale , & on releve le matin.
- 1169. Dans le. golfe de Meffme, comme en Proyence , cette pèche n’eft permife que depuis environ la mi-j uin, jufqu’au commencémcni d’ayril.
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- 1170. On fait aufli la pêche de la eourantille à Leucatte près de Narbonne : le filet eft compofé de huit pièces , qui ont chacune trente à quarante braifes de longueur, Il y a toujours dans le bateau un pêcheur de veille , qui tient la corde qui répond au filet j & quand il s’apperçoit que des thons ont donné dans le filet, il éveille fes camarades 5 & faiftflànt la tête du filet, ils fe liaient deiîus 5 jufqu’à ce qu’ils fentent le poids & les efforts que les thons font pour fe dégager : alors ils fouleventle filet pour prendre le poiffon , & replongeant le filet, ils vont reprendre leur amarre , & continuent leur pêche,
- Pêches qui ont rapport aux folles & aux demi-folles, & auxquelles on donne des noms particuliers, dans différens ports,
- 1171. Les grands & petits rieux, qui font des demi-folles , fervent à pêcher à pied fur les grevés ou à la mer. Ils font pierrés & flottés. Leurs mailles doivent avoir au moins deux pouces d’ouverture en quarré.
- 1172. Ce que nous avons appellé folle, eft nommé à Dunkerque cibaudiere, Ses mailles ont depuis cinq jufqu’à huit pouces d’ouverture.
- 1173. Les cibaudiens ou demi fol les de l’amirauté de Calais, font compo-fées de plufieurs pièces, dont chacune a dix-huit ou vingt brades de longueur % fur une braffe de chute. L’ouverture de leurs mailles eft de deux pouces en quarré. Quand on tend ces filets à la baflè mer, leur pèche fe fait comme nous l’avons dit ci-deffus. Cette pêche dure depuis la S. Michel, jufqu’au commencement de mai,
- 1174. Les petites pentieres du Crotoy, font les petits rieux d’Ambleteufe.
- 117 f. A Boulogne, les pêcheurs appellent grands rieux , & folles , des rets d’un fil très-fin , & dont les mailles ont cinq pouces ou cinq pouces & demi d’ouverture. O11 les tend à la côte & à la mer. Les petits rieux ou demifolles que ces pêcheurs tendent à la côte, ont de plus petites mailles que celles des grands rieux; leur calibre ordinaire eft de deux pouces & demi. Pour pêcher à la côte, on enfable le bas du filet, qu’on place le plus près qu’on peut delà laiffe de baffe mer. Les pièces de petits rieux ont dix ou douze brades de longueur. Leur tête eft garnie de quelques bandingues. Ces petits rieux s’éta-bliffent comme les folles & cibaudieres flottées de Calais.
- ’ 1176. Du côté d’Abbeville, 011 nomme macle, peut-être par corruption de
- maille, ee qu’ailleurs on appelle rieux. Ces pêcheurs donnent aux demi-folles le nom de grands macles. Lorfque les raies abondent à la côte, ils tendent ces filets flottés & pierres-, un bout à-terre & l’autre à la mer.
- 1177. Dans l’amirauté d’Eu, les pêcheurs donnent le nom de lefques ou lifques, aux cibaudieres ou petits.rieux,
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- 1178. Les Dieppois pratiquent beaucoup la pèche aux folies pendant le carême, entre les faifons du hareng & du maquereau.
- 1179. Quelques pêcheurs de Saint-Valéry en Caux,tendent à la côte pour pêcher de même qu’on le fait en Flandre & en Picardie, avec les filets nommés cibaudieres , petits rieux, mailles royales, ou fix-doigts , dont nous avons parlé dans le chapitre où nous avons traité des étentes fur piquets. Mais ils tendent aullî ces filets flottés. Us vont avec des carvelles du port de vingt-cinq ou trente tonneaux, depuis les mois de février jufqu’en mai, dans l’intervalle de la pèche du hareng & de celle du maquereau ,pour pêcher des raies , des anges, des turbots, vers les côtes d’Angleterre , durant les mortes eaux. Pour tendre à la bafle mer, ils placent leur filet en demi-cercle , avec des bandingues de diftance en diftance.
- 1180. On fait cette pèche depuis la fin d’ocftobre jufqu’au commencement de mai. Comme on s’y fert de mailles dont les calibres font différens, on prend des poifTons plats & des ronds. Il y a de ces rets dont le fil eft très-fin, & qui ont leurs mailles de vingt-une lignes en quarré : d’autres, faites de fil blanc, qui eft aulfi d’une grande fineffe, ont vingt lignes d’ouverture : on en fait aufîi avec du fil très-fort, auxquelles 011 donne ce même calibre.
- 1181. Environ à deux lieues àl’eft de Fécamp, on fe fert de bateaux dont le port eft de trois ou quatre tonneaux, pour aller à la pèche des rouflettes, des folles, des rougets ( iof)> &c. depuis le mois de février jufqu’à celui de mai. Les pêcheurs joignent quarante ou quarante-deux pièces de bretellieres, qui ont chacune cinquante brades de longueur, & trois pieds de chute, & dont les mailles font d’environ dix-fept lignes en quarré. Ces rets font d’un fil fin & très-blanc. O11 fait cette pèche comme celle des folles à la mer. Plu-fieurs pêcheurs fe réunifient pour former une feule tellure. Quelquefois chacun prend le poiflon qui fe trouve dans la partie de filet qu’il a fournie, & il le vend à fon profit : d’autres fois les afiociés font à la part, & le poiflon eft vendu en commun. L’équipage de chaque bateau eft ordinairement de douze hommes, y compris le maître & un moufle. Les filets font garnis de bouées , de cablieres", & de flottes. Il y a des endroits où l’on dit bretelles, au lieu de bretellieres. Dans l’amirauté de Barfleur , on nomme houleviches les rets à chiens. Ces rets different des bretellieres en ce que celles-ci 11e prennent que de petits chiens ; au lieu que les houleviches en pêchent de gros , que l’on appelle houles, & qui font aflez eftimés fur cette côte, où on les feche & apprête comme la merluche. Ces rets fe tendent fur les fonds de roche , que fréquentent ces fortes de chiens : ils font pierres & flottés. O11 les tend aufîi au large depuis le mois
- (ïoQ Trigla Lyra} Linn. En allemand , Meerlyren.
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- d’août jufqu’à la fin de décembre, Leur fil eft comme celui des folles, & les mailles ont deux pouces iix ou fept lignes d’ouverture.
- ir82. Les pêcheurs de Honfleur vont à morte eau, le long de la côte , tendre des folles, pour prendre des barbues , turbots, raies, & quelquefois des efturgeons. En hiver, ils vont aufti de terns à autres tendre des folles qui ont fix pieds de chute, fur un banc de galet qui eft du côté du Havre.
- 1183. Les folles de Tronvilîe ont leurs mailles de huit pouces d’ouverture.. Les pêcheurs de Villerville fe réunifient quatre ou fix, pour porter à la mer leurs folles qui ont fix pieds de chûte, quarante brafles de longueur , de les mailles de fix pouces en quarré. Ils y prennent plus de poilfons plats que d’autres.
- 1184* Dans L'amirauté de Touques & Dives, 011 fait en mer la pèche aux folles avec des plates du port d’environ deux tonneaux , montées de iix hommes. Chaque piece de filet eft longue de cinquante brades : on en met enfem-ble trente , qui forment une teifure de quinze cents brades. Ces pêcheurs fe fervent aufti des fines & demi-folles, pour prendre des poilfons plats : elles fe tendent comme les folles. Chaque piece a douze brades de longueur, & deux brades de chiite- Le calibre des mailles eft de trois pouces & demi ou quatre pouces. Chaque bateau en porte jufqu’à vingt-quatre pièces, dont les pêcheurs forment quatre tedures, de vingt-une piece chacune: ce qui fait pour le tout une étendue de mille huit brades.
- 118L Les fichées de Morlaix font les cibaudieres des Flamands , ainfi que les bretellieres, dues & hauflieres ou anfieres des Normands & les trefifons ou trejfures des Bretons de la côte de l’efL Cette efpece de folles n’eft guère en ufage dans cette amirauté,. qu’à Rofcolf. On s’en fert aufti, fous le même nom, à l’isle de Bas.
- 11 A l’isle de Bouin , on nomme rets de gros fond, des folles dont les pièces ont trente-cinq ou quarante brafles de longueur ; les mailles, cinq pouces huit lignes r ou fix pouces d’ouverture, & qu’on tend rarement à plus de deux lieues au large.
- 1187. On prend des tortues à la Guadeloupe avec des filets femblables aux folles. On pêche aufti quelquefois dans ces filets le poilfon que les pêcheurs de cette isle. nomment diable: mais il eft fujetà emporter les filets quand ils ne font pas bien forts-
- II88- Ce que les Languedociens nomment Jtiâcloniere , fur les côtes de la Méditerranée > eft un filet que l’on peut rapporter aux folles. Il eft formé •d’une fimple nappe , dont les mailles ont deux pouces quatre lignes d’ouverture. On le tend à la mer, par quatre ou cinq brafles d’eau. Il perte environ: vingt-huit braifes de longueur. Sa chûte eft de quatre pans , ou trente-fix pouces. Les plombs & lieges dont on le garnit, font à trois pans les uns des
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- autres. Ce filet eft aflujetti au fond de l’eau avec des pierres qui tiennent par des lignes à la ralingue du pied , & fa tête elt foulevée au moyen de quelques gros lieges ou fignaux. On n’y prend guere que des poilfons plats*
- Article troisième.
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- Des pêches qu'on fait avec Us tremails ou tramaux lejlés & flottes.
- 1189. Nous avons amplement expofé dans le premier chapitre de cettë fécondé fection , la façon de faire & de monter l’efpece de filet qu’on nomme dans l’Océan tremail, traînait ou tramaux ; & aux bords de la Méditerranée 4 tramaillades : car ce filet a, comme tous les autres , plufieurs noms différens, fuivant les côtes où l’on s’en fert. Pour ce qui elt de fes avantages , nous en avons déjà parlé à l’occafion des étentes fur piquets, & de la garniture des parcs. Ainfi il nous fuffira de rappeller en général qu’il eft formé de trois nappes {pl. XII, fig. 3 &4) pofées immédiatement les unes fur les autres * & montées fur une ralingue qui eft commune à toutes , AB & CD (A#* 4)s qui borde le filet haut & bas*
- 1190. Les deux nappes EF, qui renferment entre elles une nappe intermédiaire G , s’appellent hamaux dans les ports de l’Océan, & entremaux fur la Méditerranée. Ces nappes font faites d’un fort fil retors. Leurs mailles ont depuis cinq pouces d’ouverture en quarré jufqu’à neuf & dix. Le filet G * qui eft renfermé entre les deux hamaux, fe nomme en Ponant Influe > la carte , ou la nappe : ce dernier nom eft celui qu’on lui donne aux bords de la Méditerranée. Cette nappe eft faite d’un fil plus ou moins délié * fuivant l’efpece de poilfon qu’on fe propofe de prendre. Ses mailles font aufii de différentes grandeurs ; car quoique les poilfons ne doivent pas s’y mailler, comme dans les manets, ce filet étant de nature à en arrêter de grolfeurs différentes \ il ne faut pas que les mailles foient aufii ferrées pour prendre de fort gros poilfons, que pour en arrêter de petits. Mais elles font toujours beaucoup moins ouvertes que celles des hamaux-.
- H91. Comme il faut que la flue flotte entre les hamaux, 011 la tient toujours plus grande qu’eux : s’ils ont fept pieds de chute & quatre-vingt bralfes de longueur, la flue doit avoir au moins huit à dix pieds de chûte,& une longueur de cent b rafles. Par ce moyen la flue * qui eft d’un fil délié, & qui flotte entre les hamaux, prête aux poilfons, qui faifant effort pour vaincre l’obftacle, obligent la flue à entrer dans les mailles des hamaux, pour y former des poches d’où les poilfons 11e peuvent fe dégager.
- 1192. L’avantage de ce filet eft d’arrêter les poilfons qui s’y préfentent*
- de
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- S e c t. IL De la pêche aux filets. 369-
- de quelque côte qu’ils le rencontrent, fans avoir befoin qu’ils s’emmaillent en s’arrêtant par les ouies, comme lorfqu’on fe fert de manets. Les entremail-lades de la Méditerranée font ordinairement bordées par la tète,dvune ef. pece de lifiere HH (fig. 3), qu’on nomme fardon. Il eft formé de trois à quatre rangées de grandes mailles , faites avec du fil encore plus fort que ce-lukdes hamauxj & c’eft fur le fardon que font attachées les flottes ou nattes de liege. Ces généralités fuffilent pour rappeller ce que nous avons dit ailleurs fur cette efpece de filet. A l’égard de la maniéré de s’en lervir, nous avons déjà expliqué comment on le tend fur des piquets à la façon-des ravoirs , ou pour en former des palis , ou encore pour en garnir les parcs. Il s’agit maintenant d’expliquer comment on les tend fans piquets , étant pierres & flottés.
- 1193. On tend les tremails comme les autres étentes pierrées & flottées, ou à la mer baife fur les grèves, ou dans l’eau à une petite diftance du rivage , ou dans les grands fonds. Affez fouvent on tient ce filet fédentaire ; d’autres fois on le laiife dériverai! gré des courans j quelquefois même on le traîne. Ainii on pourrait fubftituer avec avantage le tremail à prelque toutes les autres efpeces de filets : mais il eft beaucoup plus cher. Nous allons expliquer en détail fes différens ufages.
- De la pêche aux tremails ou tramaux (106) pierres & flottés, tendus - fédentaire s à la baffe eau fur les grèves.
- 1194. Les petits pêcheurs riverains des côtes tendent des tramaux à la balTe eau, comme on tend les folles. Pour cela , à toutes les grandes vives eaux, lorique les fables découvrent beaucoup , & depuis le mois de mars jufqu’à la fin d’oclobre, nombre de pêcheurs étendent fur le fable des pièces de tramaux, le pied tourné à la mer. La tète du filet, qui eft garnie de flottes de liege , eft couchée vers la côte : ils attachent aux deux bouts de la corde qui borde le pied du filet, une grolfe cabliere : ils mettent quelquefois des pierres fur cette corde j mais le plus fouvent ils fe contentent de l’enfouir dans le fable, & ils attachent à la tête du filet, des bandingnes terminées par des pierres qu’ils enfoui lient dans le fable.
- 119^. Nous avons déjà eu occafion de parler des bandingues. Ainfil’on conçoit que, quand la marée monte , elle tend à foulever la tête du filet, à caufe des flottes qui y font attachées ; mais le courant de la marée qui porte à la côte , couche le filet tout près du terrein 3 & alors il s’y prend bien peu de poiflbn. Il n’en eft pas de même au retour de la marée , parce que les ban-dingues empêchent que le filet 11e fe renverfe : l’eau s’entonne dans le filet
- (106) En allemand, dreymajehigte Game.
- Tome V.
- A a a
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- avec le poiflon qui quitte la côte au retour de la marée. Ce font fur-tout des poiflbns plats, folles, limandes, carrelets, raies; on y trouve encore des rouffettés & divers cruftacés, tels que homars, langoufles , crabes , &c. Les poiifons ronds qui donnent dans le filet, font également pris comme les poiffons plats.
- 1195. Les pêcheurs craignant que les poiffons voraces n’endommagent le fruit de leur pêche, ont coutume d’aller avec des bottes prendre leurs poiffons avant que la mer foit entièrement retirée. Ils redoutent les cruliacés, qui fe portent en abondance à la côte dans les chaleurs : mais ils craignent encore plus les étoiles de mer, qu’on nomme chaffoiles .en quelques endroits. O11 dit qu’elles dévorent même les crabes , lorfqu’ils font embarraifés dans les filets : c’eft ce que nous n’avons jamais eu occalion d’obferver.
- 1197. Comme on ne peut pas enfabler le pied du filet, quand 011 eft obligé de tendre fur des fonds durs, on le charge de beaucoup de pierres; 011 en met même aux deux extrémités de la tète du filet : ce qui 11’empêche pas qu’on 11e faffe ulage des bandingues, qu’011 termine par une groife pierre, ou qu’on arrête à des crochets que l’on fait entrer dans ces fonds.
- 1198- Ces pêcheurs ne peuvent tendre que par un beau tems. Les vents forcés emplilfent les filets de fable & de goémon ; & le courant de l’eau étant arrêté par ces immondices , il rompt ou emporte les filets. Mais quand les bandingues font bien difpofées, & que l’eau 11e charrie point d’immondices , le filet fait une groife poche à la marée defcendante ; &s’abaifiant vers la côte à mefure que l’eau fe retire, il couvre le poiifon qu’il a arrêté , & qui fe trouve ainfi pris entre le filet & le' fable.
- 1199. On donne diiférens noms à ce filet. Quelques-uns l’appellent rieux tramaillé, flotté & pierré ; d’autres , cibaudiere flottée ; & ailleurs , fille tra-maillèe.
- 1200. Comme il y a de grandes plages de fable dans l’amirauté du bourg d’Ault,on y pratique cette pèche, & le filet s’y nomme tramai fi ou tremillon s’il eft petit ; & les lieges qu’on met à la tète ^ flotterons.
- 1201. On voit que la tente de ces tramaux fur les grèves, différé peu de celle des folles, dans la même circonftance.
- De la tente des tramaux fêdent air es dans les rivières , dans les étangs, & à peu de diflance du bord de la mer.
- 1202. Nous avons dit, en parlant de la façon de pêchera l’épervier, que quand on traine ce filet dans un cours d’eau, l’on tend affez fouvent en travers un tramai! plombé & flotté , qu’on place à une certaine diflance en avant de l’épervier, pour prendre le poiffon qui fuit devant les pêcheurs , comme on
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- le voit en N, dans le lointain de la figure 3 , pl. IV. Voici d’autres ufages auxquels 011 emploie les tramaux.
- 1203. Quand il y a beaucoup de crônes & d’herbiers au bord des rivières & des étangs poilTonneux, les pêcheurs entourent ces endroits avec un tremail pierre & flotté. Lorfque le filet eft tendu, iis boulent, en fourrant des perches dans les crônes & les herbiers qui fe rencontrent entre la terre & le filet : ce qu’ils font à pied quand les bords font praticables5 linon, avec un petit bateau. Les poilfons eflarouchés fe jettent alors dans le filet, s’y embarraiïent, & font pris.
- 1204. Ce qu’il y a d’avantageux à cette pèche, c’eft qu’011 peut la pratiquer avec fuccès par les tems frais, quand, les poilfons fe retirent dans les crônes.
- 120^. Les mailles de la flue ont ordinairement huit à neuf lignes d’ouverture; & celles des hamaux, cinq pouces.
- 1206. On tend aulîi des tramaux par le travers des petites rivières dans lefquelles il y a beaucoup d’herbiers; & dans des étangs, par le travers des canaux qui conduiiênt aux décharges , ou dans des routes qu’011 forme en fauchant l’herbe des étangs , commet a (pi. V, fig. 9 ) ; & 011 boule au-dei-fous du filet, pour engager le poilfon à donner dedans.
- 1207. On traverfe encore avec des tramaux, les rivières où la marée remonte. O11 choifitpar préférence les tems des mortes eaux, & on tend le filet immédiatement avant que la mer commence à monter , pour le relever à l’in fiant du reflux. On peut aulfi y tendre de pleine mer lorfqu’elle eft étale, & relever avant qu’elle ïbit entièrement retirée.
- r208- Outre les plombs du pied du filet, 011 amarre de grolfes cablieres aux angles d’en-bas du filet.
- 1209. La tète du filet eft garnie de flottes, & l’on attache aux extrémités deux lignes qui portent chacune une bouée ou lignai, qui fervent à reconnaître où eft mouillé le filet, lorfqu’011 veut le relever.
- 1210. Un homme & un petit garçon dans un batelet, fuffifent pour faire cette petite pèche.
- 1211. Le filet 11e refte tendu qu’une heure & demie ou deux heures au plus ; parce que fi l’on a tendu la mer étant balfe, il faut relever avant que le reflux fe faife fentir : & fi l’on a tendu de pleinemer, il faut relever avant qu’elle foit entièrement retirée.
- 1212. Pour relever, l’homme, qui eft dans le batelet tire à bord fon filet par le bout qu’il avait mis le dernier à l’eau ; & le petit garçon rame, afin que le bateau réfifte à'l’efifort que fait l’homme pour amener le filet à bord.
- 1213. On voit de ces tramaux tendus en folles , en remontant la Seine au-
- deüus de Quillebeufi Ils y iont appeilés rets cl01mans. Le tramait eft d’un ufage y;,.. Aaa ij
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- TRAITE ' J? -S F F 0 H E S.
- fi commode, qu’on s’en fert en beaucoup d’endroits, entr’autres dans la rivière de l’Isle\ près de Libourne ; au-deffus de Bordeaux, vers Pouillac ; à l’entrée de la Loire , pour prendre plusieurs fortes de poiifons, particuliérement les alofes.
- 1214. A l’isle du Trmtemou, dans l’amirauté de Nantes , on pêche à la mer avec un tremail que ces pêcheurs nomment fipt-doigts. Il eit tendu en rets traverfant entre les roches. Les pêcheurs fe mettent dans leurs barques, entre la terre & le tremail, & battent l’eau avec leurs avirons pour faire lever le poiifon plat, & l’obliger à fuir dans le filet aulîi bien que le poilfon rond.. Ils relevent le rets aufîi-tôt qu’ils ont ceifé leur battue, & fouvent ils font trois battues en une heure. Ils pratiquent cette pèche en tout tems , fur-tout lorf-qu’ils 11e peuvent pêcher à l’embouchure delà riviere , à caufe des glaces, des lavalfes & des débordemens.
- I2IÏ- En Bretagne , dans l’amirauté de Quimper, & en Normandie, près de Port en Befiin , oit pratique une petite pêche que deux hommes peuvent faire fans bateau, & qu’011 nomme communément rets roulant, ou vas-tu-viens-tu. Le filet peut être de l’efpece des manets, ou des tramaux. Si c’en eft un du genre des manets, il faut que la grandeur des mailles foit proportionnée à la grolfeur du poiifon qu’on fe propofe de prendre ; & comme il peut fe préfen-ter des poiifons de différentes efpeces , il vaut mieux tendre un tremail, parce que ce filet n’exige pas autant de préciiion dans la grandeur des mailles. Mais quand certains poiifons, comme les maquereaux, les harengs ou les fardines, donnent abondamment à la côte, on doit tendre des manets , parce que ces filets coûtent moins que les tramaux.
- 1216. Quelques-uns mettent un peu de plomb au bas du filet; d’autres frappent quelques pierres fur la ralingue d’en-bas, feulement ce qu’il en faut pour que le filet foit tendu : car il ne doit pas traîner fur le fond.
- 1217. La. longueur du filet n’eft pas déterminée: elle dépend de l’efpace qu’on peut occuper. Sa chute dépend de l’élévation que prend la marée : fou-vent c’eft huit ou dix pieds. Les pêcheurs portent le plus loin qu’ils peuvent à la baifeeauuue poulie, qu’ils frappent fur une petite ancre, ou qu’ils amarrent à une roche, s’ils en trouvent à portée. Ils paffent dans la poulie„une corde qui revient à la côte. Elle eft donc double depuis la côte jufqu’à la poulie, & ils la tiennent toujours plus longue que cette diftance.On amarre le bout forain du filet à l’endroit delà corde. Lorfque ce point eft près de la corde, en ha-lant fur la corde, on oblige le point d’attache d’aller tout auprès de la poulie ; & l’on amarre à terre l’autre bout du filet, qui eft tendu , mais qui forme une courbe à caufe du courant qui le frappe. On attend que la mer foit fhontée d’une quantité égale à la chute du filet, pour tendre en halant fur la corde. Alors un pêcheur tient une manoeuvre qui répond à la ralingue flottés
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- <ski filet ; & quand il fent aux fecoufles de cette corde, & aux mouvemens des lieges , qu’il y a du poiffon qui eft engagé dans le filet, un pêcheur haie fur la corde , pour amener à la côte le bout forain du filet. Puis ce bout étant près de la côte, on tire à terre tout le filet par les deux bouts , & l’on prend ie poiflon , dont une partie eft maillée, & l’autre embarraflèe dans les plis. En-fuite en halant fur la corde, on tend de nouveau le filet répétant cette même manœuvre , on continue la pêche jufqu’à ce que la mer foit allez retirée pour que le filet ne puilïeplus flotter.
- I2i8- C’est pourquoi il y aurait de l’inconvénient à donner au filet autant de chute que la mer prend d’élévation 5 car en ce cas la pêche ne durerait pas long-tems. On prend à cette pèche toutes les efpeces de poiflons ronds qui donnent à la côte , fur-tout quand on tend un tremail.
- 1219. Cette petite pêche eft lur-tout avantageufe quand les marfouins rangent la côte ; car les poilfons qui veulent fuir pour les éviter, donnent dans le filet, & fe prennent.
- 1220. On commence cette pêche dans le mois de décembre, & on l’abandonne quand 011 peut aller à la grande pêche du hareng & du maquereau.
- De la pêche aux tram aux fiêdentaires en grande eau.
- 1221. Les pèches dont nous allons parler, font plus confidérables que celles dont il a été queftion jufqu’ici.
- 1222. Les Galbons pêchent avec le tremail, près de la côte , & aufîi en pleine mer. Ils donnent à cette derniere pèche le nom de peugue. C’eft la feule dont nous parlerons ici, celle qui fe fait à la côte étant à peu près femblable aux pêches dont nous avons traité dans les paragraphes précédens.
- 1223. Les pêcheurs du cap de Gafcognene vont à la grande mer avec des rets tramaiîlés que depuis le commencement de novembre, jufqu’au mois de mars. Ils appellent de divers noms leurs pêches, quoiqu’elles 11e foient différentes que par la grandeur des mailles , ou par l’étendue & la chûte des filets. Il nous a paru qu’ils donnent à ces filets le nom de peugue , ainfi qu’à des rets qui font du genre des manets, & dont nous avons parlé.
- 1224. Chaque piece a communément trente brades de longueur, & une brade ou une brade & demie de chûte. La tète eft garnie de flottes de liege j & le pied , de trois onces de plomb par brade.
- 1225. Quand les pêcheurs fe fervent de ce tremail dans le bafîin d’Ar-eançon, la tellure 11’eft compoiëe que de trois ou quatre pièces de filet: ils la nomment chajfe. Chaque bout porte une cabliere du poids de vingt livres , & une bouée.
- 1226. Pour la pèche à la grande mer, ils joignent les unes aux autres
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- trente ou quarante pièces de tremail, dont chacune a trente brades de Ion-, gueur ; ce qui forme une tellure de mille à douce cents brades.
- 1227. On met à chaque bout de ces grandes teliures, une cabliere du poids de quarante à cinquante livres. On en ajoute encore une, qui pefe vingt livres, au bout de chaque piece,pour que la tellure demeure fédentaire. Il y a alors trois bouées, une à chaque bout de la tellure, & une au milieu.
- 1228. Ces filets ne relient guere plus de dix ou douze heures à la mer: fouventon les tend vers le foleil couché, & on les reieve à minuit.
- 1229. Les pécheurs étant revenus à terre avec leur poillbn.ils étendent leurs filets pour les faire fécher, & recommencent enfuite la pèche.
- 1230. Les mois de novembre & décembre palïent pour être les plus avantageux à cette pèche, parce que les poillons quittent alors le ballin, pour gagner les grands fonds. Elle eft encore abondante dans le mois de mars , où les poillons quittant la grande eau, vont frayer à la côte, & dans le ballin d’Arcanqon.
- 1231. On cale les teliures depuis dixjufqu’à quarante brades. On mouille toujours une ancre au bout du filet, & elle relie à l’eau jufqu’à ce qu’on reieve.
- 1232. Durant le carême on pèche tousles'jours, & feulement trois fois par lemaine pendant le relie de l’année.
- r23 3. En plufieurs endroits , notamment dans l’amirauté de Marennes ,on appelle folles tramai liées ou rets à raies, des tramaux qui ont environ quatre-vingt brades de longueur: 011 les tend fédentaires fur les fonds, précifément comme les folles. Cette pèche, qui le fait depuis le commencement d’avril jufqu’à la fin de juillet, exige que plufieurs matelots s’alFocient. Chacun d’eux fournit quatre pièces de filets. Le propriétaire du bateau a un lot pour fa part ; & les matelots partagent le relie du profit, proportionnellement à la quantité de filets que chacun a fournie. Les mailles des hamaux ont dix pouces d’ouverture en quarré; & celles de la due, deux pouces dix lignes. On y prend des raies , des turbots, & d’autres poillons plats.
- 1234. Les folks tramaillèes de. la Rochelle ont les mailles des hamaux de quatorze pouces d’ouverture 5 & celles de la flue font de dix-huit lignes. La pêche de ces tramaux le lait précifément comme celle des folles , & on y prend de toutes fortes de gros poilfons, principalement des plats.
- 123Les pécheurs de Bref prennent des lieux, des merlans, des rougets, des plies, des folles , des turbots, des poules de mer, des grondins, avec un tremail qu’ils tendent de nuit, & qu’ils relevent durant le jour.
- 1236. Dans l’amirauté de Fécamp , 011 appelle tremats, tramillons, & folks tremailUes, des filets établis fedentaires à la mer, précifément comme les toiles. Ce filet, qui ell flotté & pierré , elt donc garni aux extrémités de groflès cablicres & de bouées. Sa chute eft ordinairement d’une bralfe. O11 l’établit
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- fuivant le vent &le cours de la marée, quelquefois un bout vers la terre & l’autre au large, d’autres fois parallèlement à la côte. Chaque piece a environ vingt-deux brades de longueur ; & l’on en ajoute affez les unes au bout des autres, pour former une teifure de cinq àfix cents brades.
- 1237. Les mailles des hamaux ont huit pouces d’ouverture en quarré; & celles de la due, qui efl d’un fil très-fin , en ont deux.
- 1238- Les pêcheurs fe tiennent dans leur bateau , & 11e s’éloignent guère de la côte que d’une lieue & demie.
- 1239. On fait cette pèche toute l’année; & les pêcheurs font plufieurs marées avant de rapporter leur filet à terre. Il s’y prend , fuivant les didc-rentes fàifons, des folles, des carrelets, des raies, des turbots, des aloies, & autres poidons , tant plats que ronds.
- f Pêche qu'on fait avec des tram aux qui ne font pas fedentaires.
- 1240. Les tramaux qu’on nomme dans l’amirauté de Marennes rets à meuilles ou à mulets , ou encore ms d? enceinte., ont les mailles, tant des hamaux que de la due, de différentes grandeurs ; & l’on fait ufage des uns ou des autres dans différentes faifons de l’année.
- 1241. Les tramaux dont nous parlons ne peuvent pas être regardés comme fedentaires , puifqu’on ne les fixe point en un endroit par des ancres ou des cablieres ; on ne peut pas auffi les regarder comme dérivans, puifqu’on ne les tend point dans des courans , mais dans des endroits où l’eau eft à peu près dormante. Il importe peu de quelle nature foit le fond. Quand les pécheurs jugent qu’il y a du poiffon rafiemblé dans un bas fond où il ne refte que cinq à fix pieds d’eati, ils font une enceinte avec trois à quatre pièces de tramaux , dont chacune porte cinquante braffes de longueur, & environ cinq pieds de chute. Les poifîons qui fe trouvent renfermés par le filet, fe prennent dans la fine.
- 1242. On pèche, depuis Touloufè jufqu’à Agen, des faunions dans la Garonne , avec des tramaux plombés & flottés, & deux bateaux, dans l’un défi, quels fe mettent deux hommes, & trois dans l’autre, qui portent le filet. Après avoir fait un certain chemin , ils fe réuniffent. Un fieul homme leve le filet par le milieu du bateau, & le jette à l’eau par l’arriere. Quand les pêcheurs fie rencontrent dans un lieu favorable , ils relevent tous les quarts d’heure. Nous parlerons plus amplement de cette pèche dans l’article du faumon:il nous, fuffit d’avoir fait appercevoir qu’elle reffemble en petit à l’enceinte dont nous avons parlé précédemment.
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- Des pèches qu'on fait fur différentes cotes de V Océan & à l'entrée de quelques rivières, avec des tramaux flottans dérivans.
- 1243. A Villerville, dans l’amirauté de Honfleur, on prend des folles, des limandes, & d’autres poiifons plats, depuis les mois de juin,ou juillet jufqu a celui d’odtobre, avec un tremail de vingt brades de longueur. On le lailie aller à la dérive, après en avoir amarré un bout à un petit bateau que ces pécheurs nomment plate.
- 1244. Les tramaux de Lomariaker, à l’entrée du Morbian, amirauté de Vannes, font prefque toujours flottans. Chaque piece a vingt-cinq brafles de longueur, & une braife & demie de chiite. Pour l’ordinaire , quatre pécheurs s’affocient, & chacun d’eux fournit une piece : au moyen de quoi la teifure entière eft de cent brafles.
- 124^. On frappe une bouée à chaque extrémité. Comme ce filet 11e porte pas fur le fond, les pécheurs 11’y prennent que fort rarement des poiifons plats. Il n’y a que les grands froids qui faflent interrompre cette pèche.
- 1246= On pèche les faunions fur la Dordogne avec un tremail qu’011 y nomme brege, & dont les mailles font fort larges. Cette pèche fe fait en novembre, & fe continue ordinairement jufqu’à la fin de mars. Quoique le filet foit garni de plomb par le bas, il ne 1 aille pas de flotter, parce que les lieges foulevent les plombs, qui 11e fervent qu’à tenir le filet tendu , y ayant feulement trois onces de plomb par braife.
- 1247. Deux pécheurs jettent à l’eau un bout du filet, où eft amarrée une bouée. Ils retiennent l’autre dans le bateau, & fe laiifent dériver avec le filet, foit que la marée monte, foit qu’elle fe retire. Après avoir parcouru environ deux cents toifes, ils relevent leur filet. Ils 11e prennent guere à cette pèche que des alofes, outre les faumons.
- 1248. Les tramaux de la Garonne, appellés breches, fe gouvernent de même. Ils ont quarante ou cinquante braifes de longueur.
- 1249. On pèche quantité d’éperlans , à l’entrée de la Seine, avec des filets nommés tramillons ou traînaillons. La flue eft faite de fil très-fin. Ses mailles ont quatre à cinq ligues d’ouverture ; & celles des ha maux, depuis trois juf-qu’à cinq pouces. Le pied du filet eft garni de plomb : la tète l’eft de flottes de liege. Dj plus , on ajoute une bouée au bout forain. Ces filets,ont fept ou huit pied? de chiite. Cornue011 les établit dans des endroits où l’eau a tantôt plus tantôt moins de profondeur , les pécheurs emploient des énards a. a (pl. XIII, figure 1 ) , pour prendre comme des ris, & augmenter ou diminuer à volonté la chute des tramillons proportionnellement à la profondeur de l’eau : ce qu’ils exécutent en bouclant ou débouclant les énards a a, a qui répondent à la tète du filet,
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- S e c t. II. De la pêche aux filets.
- I2f0. On fait cette pêche lorfque la matée monte, & quand elle fe retire. Si l’eau eft claire, on ne peut pêcher que de nuit : mais lorfqu’elle eft trouble, le jour & la nuit font également avantageux.
- I2fi. Un homme & un garçon de bord fuffifent prefque toujours pour pêcher ainfi. Le premier tend & releve le filet: l’autre rame, pour foutenir la dérive du filet, dont un bout tient à la barque.
- 1252. Le pêcheur eft ordinairement propriétaire de fa barque, ainfî que de fes filets, & il pêche pour fon compte. S’il a befoin d’aides, il les loue, foit à la journée, foit pour une faifon ; car on fait cette pèche en deux fàifons : favoir, depuis la fin de février jufqu’à la mi - avril, & du commencement de novembre à celui de janvier : auquel tems la plupart des éperlans fe retirent dans des endroits où l’on 11e peut aller que difficilement les chercher. Quelques-uns de ces filets reftent blancs ; d’autres font tannés.
- 1253. On tend à la Hougue, à Grand-Camp, & ailleurs, des tramaux d’une autre maniéré , fuivant laquelle ils dérivent à la marée; repofant légèrement fur le fond, qui doit être fain, comme font les fables de prefque toutes les côtes de Baffe-Normandie. En quelques endroits, on appelle ce filet petite drege.
- 12^4. La telfure (pl. XIII, fig. 1 ) eft compofée d’autant de deux pièces de tramaux, qu’il y a d’hommes dans l’équipage; & une de plus , qui eft fournie par le maître. Tous les pêcheurs s’affocient, & fe mettent dans un même bateau.
- 125Chaque piece de filet a quatorze ou quinze braffes de longueur, & quatre à cinq pieds de chûte. La tète eft garnie de flottes de liege ; & le pied, chargé d’environ une livre de plomb par braffe ; ce qui eft fuffifant pour faire caler le filet jufque fur le fond, qu’il doit toucher légèrement.
- 1256. Les pièces ne font pas immédiatement jointes les unes aux autres, mais féparées par un funin gros comme le pouce, & qui a environ huit braffes de longueur. On attache au milieu de chacun de ces funins, une ligne alfez fine, à laquelle on donne communément une longueur de douze braffes : & chaque ligne répond à un affez gros morceau de liege, ou à une petite bouée. Ainfi, outre les flottes de la tète, ces filets font encore foutenus par les bouées, ou des barrils vuides, &c. Les lignes doivent être d’une longueur égale, pour que tous les filets foient foutenus à une même profondeur dans Peau. Mais l’intention des pêcheurs étant que le pied des filets porte légèrement fur le fond, ils alongent ou racourciflent les lignes des bouées , fuivant qu’ils font près ou loin des vives eaux. Pour cela, les pêcheurs ne paifent pas une marée fans vifiter leurs filets. Ils favent par habitude combien à peu près a changé l’élévation de la marée : & pour l’ordinaire, à la fécondé marée, ils carguent de deux braffes leurs lignes de bouées; & de même fucceffivement à mefure Tenu V. B b b
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- qu’ils approchent de la morte eau, jufqu’à ce qu’enfui les lignes n’aient plus qu’environ iix brades de longueur.
- 12^7. C’est toujours quand la marée eft étale, qu’on releve le filet pour prendre les poiiîons, qui font le plus fouvent plats, tels que des barbues, folles, turbots, limandes, carrelets , petites raies 5 quelquefois auffi des rougets , des vives, &c.
- I2?8- Ces pêcheurs s’établilfent toujours de travers à la marée ; comme pour les autres filets qu’ils nomment cachans ,rpar corruption de chaJJ'ans.
- 1259. Il 11’y a que les gros vents qui les empêchent de faire leur métier. La meilleure faifon eft depuis le mois de juillet jufqu’à la fin d’ocftobre, & par les vives eaux ; quoiqu’on pêche auffi de morte eau.
- 1260. On porte dans chaque bateau feize ou dix-huit pièces de tramaux, difpofées comme nous l’avons expliqué.
- 1261. Quand les pêcheurs arrangent ainfi leurs filets, ils ne font pas beaucoup de tort à la multiplication du poiffon. Mais il n’en eft pas de même lorfqu’on charge le pied des filets avec beaucoup de plomb, & qu’au rifque de les endommager, on les îaiife beaucoup traîner fur le fond. Cependant ils font toujours moins de dommage en hiver que dans l’été, lors de l’abondance du frai.
- 1262. Il eft fenfible que quand on veut prendre beaucoup de poilfons plats,
- fins s’etnbarralfer de la deftru&ion du poiifon , l’on n’a qu’à tendre par fond, comme nous l’avons dit ci-devant, ou mettre alfez de plomb fur le pied!du filet pour qu’il remue le .fable, de forte néanmoins que le courant puilfe entraîner. la teffure. • i-.p - ' c 1
- 1263. Nous aurons occafion de parler encore des tramaux, lorfque nous
- en ferons à traiter en particulier de ce qui concerne la pêche des mulets, des faumons, des alofes, &q - « - <
- Des muillades, tremaillades, &c. de la Méditerranée.
- ' 12.64. Comme il n’y a point de flux.&.reflux régulier dans la Méditerranée , il eft évident qu’on ne peut» pas y > tendre à pied des tramaux à la baife mer, ainfi qu’on a vu , dans les^premiers paragraphes de cet article , qu’011 le fait dans l’Océan. Mais on y fait grand ufage de filets auxquels, les pêcheurs de ces côtes donnent les noms de maïUadzs, aitremaux , tremaillades , entremail-lad&s , & qu’ils tendent pierrés & flottés. Quoique leurs pêches ne different pas effentiellement de celles qu’on pratique aux bords de l’Océan, il nous a paru convenable de rapporter fous un titre féparé celles de ce genre qui font d’ufage* dans les ports de la Méditerranée : d’autant qu’elles nous mettront à portée de faire obferver quelques circonftances qui leur font particulières , &
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- d’indiquer diverfes dénominations i qu’on. leur donne dans les ports où ces pèches font ulitées.
- 126 ÿ Le terme de tijje Jîmple équivaut, en Provence, à celui de rets ou tef-fure, dont fe fervent les Ponantais. Mais ce que les Provençaux nomment tijje (Tentremaillade eft le tremail de l’Océan. Dans quelques endroits, les pécheurs fuppriment le iiirnom HTentremaïllade ; & alors le mot tis ou tijje , lignifie un tremail: c’eft allez l’ufage duMartigue. . .
- 1266. L’entremaillade (pL XII, fig, 3 ) a fes deux nappes extérieures formées de grandes mailles , dont le fil eifi gros : au lieu de nommer ces nappes hamaux, comme en Ponant, on les appelle entremaux dans les ports de la Méditerranée. Le filet du milieu , qui eft fait de fil fin , dont les mailles font aflez petites, & qui s’appelle fiue dans l’Océan , n’a pas d’autre nom fur les côtes de la Méditerranée , que celui de nappe.
- 1267. Dans les ports de ces deux mers , le pied du filet eft lefté de plombs ou de pierres, & la tète eft garnie de flottes ou nattes de liege , qu’on attache aux ralingues , nommées bruîmes en Provence.
- 1268. Quelques pêcheurs Provençaux ajoutent au haut de leur filet trois rangs de fort grandes mailles H PI (pl. XII, fig. 3 ), & dont le fil eft très-gros. Ils nomment cette efpece de lifiere gancette ou fardon.
- 1269. La longueur & la chute de ces tifles, de même que la grandeur de leurs mailles , varient beaucoup , iuivant l’efpece de pèche qu’on fe propofè de faire. Cependant les pièces d’entremaillades ont aflez fouvent trente à quarante brades de longueur quelquefois fix à fept pieds de hauteur, formée par dix mailles ; d’autres fois une bralfe & demie de chute. Selon l’intention qu’on a en fai Tant cette pèche , on joint bout à bout, tantôt quatre pièces de tifle, tantôt jufqu’à vingt-cinq. Elles font aflemblées par des attaches, que les pêcheurs nomment ejtaquets.
- 1270. Les mailles de la nappe ont aflez fouvent un pouce d’ouverture en quarré, ou, comme on dit en Provence , neuf oudres au pan. Celles d.es entremaux'ont quelquefois plus d’un pan d’ouverture.
- 1271. La longueur commune delà nappe eft de foixante à foixante-cinq brades. Mais on la réduit à la même longueur que les entremaux» c’eft-à-dire, de trente à quarante brades, par la maniéré dont elle eft montée : un fil nommé mntraille pafle dans chaque maille de cette nappe , '& eft attaché fur le bruime du haut & celui du bas , ainfi qu’aux.deux entremaux ou nappes extérieures, par le moyen de plufieurs anneaux du même fil, qu’on nomme pinpïgncns, & qui font diftribués de trois en trois mailles fur les entremaux, mais de fix en fix fur la nappe , pour former les bourfes.
- 1272. Quand on veut que ces filets foient fédentaires , on amarre à un de leurs bouts une pierre ou bande, & une bouée à l’autre extrémité qui eft au
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- large, & qu’on laifle flotter au gré du vent & des courans. Quelquefois auflî l’on attache des bouées aux deux bouts, afin de retrouver plus facilement les filets. On les cale en ligne droite , ou , comme difent ces pêcheurs, tous d'une, filière. Mais enfuite ils prennent toutes fortes de directions, par l’effet des courans & du vent, auxquels on les abandonne. Cette maniéré de tendre fe nomme à pojle : terme qui répond en partie à celui de fédentaire. Il y a d’autres circonftances où tout le filet s’en va à la dérive.
- 1273. On peut établir les entremaillades à pofte fur des fonds de roches, à différentes profondeurs, quelquefois jufqu’à cinquante ou foixante braflès, même jufqu’à quatre-vingt. Il y a des pêcheurs qui eflaient de le faire, autant qu’il leur eft pofïible, entre deux pointes ou avancemens de rochers, pour fermer l’entrée des petites anfes ou calangues qui font le long du rivage.
- 1274. nombre d’endroits de ces côtes, après avoir tendu le filet, on refaigue; c’eft-à-dire, qu’on jette des pierres, qu’on bat l’eau, & qu’on fait du bruit, afin que les poiflons effrayés viennent fe jeter dans le filet.
- 1275. Suivant les réglés,les pêcheurs devraient ne laifl’er leurs filets à l’eau qu’une feule nuit, ou les vifiter deux fois par jour ; mais ils font quelquefois plufieurs jours fans les relever. Les filets & le poilfon fouffrent de ce délai ; c’eft pourquoi les pêcheurs attentifs ne vont pas relever un filet fans en mouiller un autre, qu’ils ont porté dans leur bateau, afin de fécher & réparer celui qu’ils auront relevé.
- 1276“. Ce qu’on appelle au Martigue la tiffe, ou U tis, eflfemblable à Ventremail de ce port, le même que nous venons de décrire : à cela près', que les mailles du tis font des fept au pan.
- 1277. A ce filet, & à l’entremail, on laiffe un efpace de trois pinpignons entre chaque-natte de liege, qui pefe environ une demi-once. Chaque piece porte auffi quinze livres de plomb, partagées en bagues de quatorze à la livre. On fe fert de ces filets durant neuf mois de l’année, à compter du premier d’avril (*).
- 1278- Il eft évident que, fi l’on fe propofait d’arrêter feulement les poiflons qui viennent d’un côté , au lieu de vouloir les prendre des deux côtés , on pourrait y réuflir avec un filet qui n’eût que deux nappes ; favoir, un hamau ou entremaux, & une due ou nappe à mailles ferrées : pourvu que cette dernière nappe fût placée du côté par où le poiflon doit venir * car la flue étant alors reçue & embraafée par les grandes mailles , elle ferait bourfe. Mais nous ne Tommes pas bien certains que Ton falfe conftamment ufage de cette forte de
- (*) Ce que nous difons relativement au la marine , qui fe fait un plaifir de nous com-Martigue, dans ces paragraphes, eft d’après muniquer des éclairci demens fur ce qui fe M. de la Croix, coaimiilàire aux claifes de pratique dans fon part.
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- filet. Il y a cependant quelques feinches ainfi dilpofées, qui fervent à pêcher des muges dans les canaux des bourdigues.
- 1279. Les filets qu’on nomme entremavx à Saint-Tropez, & tramaillad.es ou tremaillades à la Ciotat, ne different prefque pas de la tiffe d’entremail-lade, décrite ci-devant. Et après tout, les différens filets de ce genre, dont on fe fert en Provence & en Languedoc, fe relfemblent beaucoup ; mais des chan-gemens fouvent peu considérables , ont donné lieu de diverfifier les noms.
- 1280. La pèche appellée à Narbonne tramaillade nefe fait ordinairement que dans le cours des mois de février , mars & avril. Les pêcheurs s’étabîif-fent fur des bancs de roche , tels que ceux qui bordent la côte de Leucate. On emploie des bateaux dont le port eft communément de quatre à cinq tonneaux , qui ont des faqons, & qui vont à voile & à rames. Quatre matelots &un garçon de bord fufhfent pour faire cette pêche.
- 1281. Ayant joint les unes au bout des autres dix à douze pièces de filet, ils en forment des enceintes autour des rochers j & on n’apperqoit que les flottes & les bouées , qui nagent fur l’eau.
- 1282. Les flottes de liege garniflent la tête des filets, & le pied eft lefté de plomb. Ces filets ont au plus quatre pieds de chûte. Les mailles des hamaux ou filets extérieurs, ont huit pouces d’ouverture en quarré; & celles de la nappe du milieu , trois pouces.
- 1283- On vifite le filet foir & matin, pour en changer la fituation, après avoir retiré le poiflon qui's’y trouve. Cette pèche fournitbeaucoup de cruftacés.
- 1284* Comme on s’eft apperqu que les mailles des entremaux ordinaires ne pouvaient pas arrêter les langouftes , les homars, & d’autres gros crufta-cés, on a imaginé de faire des tiffes d’entremaillades, dont les mailles de la nappe biffent de quatre oudres au pan. Les homars & les langouftes, paftant leurs pattes dans ces larges mailles, ils relient embarrafles dans le filet. On donne à cette entremaillade, félon les différentes côtes , les noms de langouf-tiere & croupatiere.
- I28î- On pratique cette pêche tant en Provence qu’en Languedoc, nommément à Cette & àAgde. Les pêcheurs d’Agde appellent le filet ar-maillade.
- 1286. Les pièces ont ordinairement trente brades de longueur, & une dehauteur. Chaque bateau ou bette porte cinquante ou cinquante - fix pièces * dont la plus grande partie eft fournie par le patron , & le reftepar l’équipage.
- 1287. On cale ces filets le foir, entre des roches, fur dix ou douze braffes-d’eau , & on les releve le lendemain de grand matin.
- 1288- Ce qu’on nomme failLole au Martigue,ne différé de la tiffe commune d’entremaillade , qu’en ce que premièrement fon fil eft plus fin, & fouvent de foie : fecondement, les mailles font plus ferrées : enfin, les pièces; ont moins de chûte.
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- 1289- Lorsqu’elles font de fil, la nappe du milieu a fes mailles de neuf au pan, à peu près comme dans la tille d’entremaillade. Mais quand cette nappe eft de foie, les mailles font de dix au pan.
- 1290. La figiticre ou fagcturz , eft encore très-reffemblante à la tiffe d’entremaillade. Chaque piece de ce filet a trente brades de longueur, & plus d’une brade de chute. Les mailles de la nappe font de cinq oudres & demi au pan: celles des entremaux ont un pouce & demi d’ouverture. Il faut fou vent trente pièces jointes enfemble pour former une fegetiere.
- 1291. Pour caler ces filets, on choiiit de grands fonds, où il y ait cinquante à foixante brades d’eau ; & par préférence , ceux de vafe , de fable, ou d’algue. On met à chaque extrémité du filet une bouée , où tient un orin qui a plus de longueur que l’eau n’eft profonde. Les plombs du pied, qui pefent chacun quatre onces , font dift ibués à un pied & demi les uns des autres. Les lieges qui bordent la tète font effacés de même.
- 1292. On prend avec ce filet les différentes efpeces de poiffons quife tiennent dans les fonds indiqués ci-delfus. Tels font les merlans , les folles, &c.
- 1293. Comme les endroits où l’on cale les fegetieres , font les mêmes que ceux où les pêcheurs tartaniers ( * ) traînent leur filet, & qu’ainli les uns pourraient refpeélivement faire tort aux autres ; on a réglé le tems &les places où ces pèches pourraient être pratiquées : ce qui doit varier fuivantles lieux.
- 1294. eddnie que la faifon la plus favorable à la pèche de la fegetiere, eft pendant les mois de janvier, février & mars. Au Martigue, on tend les fegetieres toute l’année, dans la grande mer : mais dans les étangs , on 11e le fait que depuis le milieu d’août juiqu’en avril. Il arrive fou vent que les fegetieres demeurent deux jours à la mer; car, comme 011 tend ces filets allez loin du rivage, on ne peut pas toujours les relever fréquemment. En allant relever, les pêcheurs portent un autre filet, pour le calera la place de celui qu’ils relevent & qu’ils emportent avec eux.
- 129 ). L’équipage eftaffez ordinairement compofé d’un patron, fix matelots, & un moulle. Ils s’expofent à fe perdre, étant obligés de relever leurs filets à une alfez grande diftauce & par toutes fortes de tems.
- 1295. Le filet qu’011 nomme refegiu ou rcjjaigue , tant à Marfeille que fur plusieurs autres côtes de Provence , & qui fert pour une pêche qui porte ce même nom, différé, de la fegetiere, en ce qu’il a communément les mailles moins ouvertes. Celles de fi nappe font de neuf au pan ; & celles des entremaux ont trois quarts de pan d’ouverture. Le filet a lix pans de hauteur. Les plombs dont il eft garni, font de huit à la livre, & diftribués à un pan les uns des autres.' Les lieges fout arrondis ,& larges d’un tiers de pan.
- ( * ) Nous parlerons dans la fuite , de la pêche à la tartane.
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- 1297. La refegue peut être tendue, foit près de terre, foit en pleine mer. On l’emploie depuis le commencement d’avril, jufqu’à la fin de décembre.
- 1298- La pêche du mmallas ou mm ail, d’Alicante , fe fait dans de petits bateaux montés defept hommes qui font à la part. Ils vont à deux lieues en mer, chercher vingt brailes d’eau , & y tendent leur filet, qui occupe environ une demi-lieue de longueur, & qui eft feutenu par des flottes de liege. On prend à cette pèche diverfes fortes de poiflor s, particuliérement des dauphin:; de toutes grandeurs. Le tems le plus favorable eft durant le mois de mars, lorfque la mer eft peu agitée.
- 1299. On 110mmejcltas , à Alicante, une pêche au tremail, pour laquelle quatre hommes dans un bateau tendent leur filet pendant les nuits obfcures à une petite diftance du rivage ; & ils effraient les poiflons en jetant des pierres dans l’eau. Ce font particuliérement des muges qu’011 prend ainfi. Cette pêche commence en feptembre, & finit en mai. I e mois de mars y eft le plus avantageux. Le maître du bateau a le tiers du profit, & les matelots partagent le refte.
- 1300. A Ceuta , fi tué à l’embouchure du détroit de la Méditerranée , fur la côte d’Afrique, 011 fe fert de bateaux pendant toute l’année, pour pêcher avec des filets que les Efpagnols nomment boniteras, parce qu’on 11’y prend que des bonites, & quelques autres gros poiflons eftimés. Ces filets font destra-maux , qui ont feulement trente à quarante brades de longueur, & qu’on cale par fix ou fept brades d’eau. Les bateaux 11e font armés que de trois ou quatre hommes qui font à la part.
- 1301. En parlant des battudes de Provence & des armaillades de Languedoc , nous avons dit qu’il y en avait de tremaiîîées. On les tend comme celles qui font à fimple nappe. Les battudes trcnraiilées de Catalogne ont deux ou trois cents brades de longueur, fur quatre brafles de chûte. Elles relient toute la nuit tendues en pleine mer.
- 1302. Lorsque nous avons traité des é-tentesfur piquets, nous avons dit qu’il y en avoit dont un bout du côté de terre était tendu en ligne droite pour former une forte de chafle 3 & que le bout qui était vers la grande eau , fe terminait par une efpece de fpirale. Nous avons encore obfervé, par rapport aux manets , qu’on eflayait d’imiter cette façon dépêcher, avec des filets pierrés & flottés. On fuit ces mêmes difpofitions avec des tramaux , qu’on tend en croc ou crochet3 mais le plus fouvent il n y a que la partie qui forme le crochet, qui foit tremaillée.
- 1303. Quand on tend ces filets à pied fur un fond déroché, on garnit le bas du filet avec des cailloux, auxquels on ajufte, de diftance en diftance, des cablieres ,pour affermir le filet dans la fituation qu’011 vèutlui faire prendre.
- 1304. Si le fond eft de fable, on y enfouit les [cailloux & les cablieres.
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- Malgré toutes ces attentions, la volute ouïe crochet n’a jamais une forme aulli régulière que quand on tend fur des piquets. Il 7 a encore bien moins d’exacftitude loriqu’on tend ces filets en pleine eau avec un bateau ; mais pourvu que le filet falfe des révolutions, le poilfon, conduit par la partie qui eft droite, s’engage ordinairement dans la partie tremaillée qui eft en crochet.
- 130^. On pratique quelquefois cette pèche à Port en JBeiiin, avec de fort longues teifures, dont la chute eft de fix pieds.
- D'une grande pêche , qu'on fait avec un tr email traîné par fond en pleine eau, & qu'on nomme dreige fur les côtes de l'Océan.
- 13q6. Nous avons parlé, dans les paragraphes précédens, des tramaux pîer-rés & flottés qu’011 tend fédentaires à la bafle mer fur les grèves, ou en pleine eau, ainfi que des pèches où le filet eft abandonné au cours de Peau , flottant entre deux eaux, plus ou moins loin de fafurface: nous terminerons ce qui regarde les tramaux, par une des plus grandes & des plus induftrieufes pèches qu’011 falfe à la mer.
- 1307. On la nomme dreige fur les côtes de Normandie & de Picardie, apparemment à caufe que le filet gratte ou drague le fond de la mer (107). Néanmoins il 11e faut pas la confondre avec les dragues, qui font des façons de pécher très-différentes, dont nous parlerons dans le chapitre fuivant.
- 1308. L’ordonnance de la marine écrit dreige ; quelques-uns écrivent droige ou drege: c’eft pourquoi on appelle ces pécheurs tantôt dregeurs} tantôt dreigeurs , & quelquefois drogeurs ou drogueurs.
- 1309. Cette pèche exige de forts équipages, & occafionne de grands fraisi aulfi forme-t-elle d’excellens matelots. Elle fe fait au large, avec des bateaux pontés, auxquels 011 donne divers noms, fuivant les différens ports où on la pratique. A la Rochelle, ce font des traverjiers ; en une partie de la Picardie, des dreigeurs. A Dieppe, on y emploie les crevettes, qui fervent à faire les grandes pèches du canal i & ce font les mêmes équipages. Dans l’amirauté de Boulogne, on fe fert de bateaux moins grands, qui n’ont que huit à dix hommes d’équipage, y compris le maître & un moufle: dans ce cas , les filets font proportionnellement plus petits ;& ces petits dreigeurs vont dans la fai-fonàlapèche du hareng. Il y a donc des dreiges beaucoup plus grandes les unes que les autres. Nous nous propofons de décrire la pèche d’une grande dreige ; ce qui nous dilpenfera de parler des petites , qui en font un diminutif.
- 1310. Pour prendre une idée générale de cette pêche, il faut imaginer un
- (io7) Apparemment du mot drayer, dont l’aétion d’enlever les chairs attachées à la ^on fe-fert dans les tanneries pour exprimer peau d’un bœuf qu’on vient d’écorcher.
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- très-grand tramail P Q.O (pi. XIII ,fig. 2), qui porte fur le fond de la mer, & qu’il faut traîner de façon que les deux extrémités P O, foient le plus ouvertes qu’il eft poflîble. On emploie pour cette opération un feul bâtiment A, qui emprunte le fecours d’un corps flottant K, auquel 011 donne le nom de bourfet ou borfit ( 108). Il eft évident que Ci les deux bras F & G étaient amarrés à proue & à poupe du bâtiment A, les deux bouts O & P du filet fe toucheraient» au lieu qu’ils font tenus fort écartés l’un de l’autre ,au moyen du bourfet K, qui eft bien éloigné du bâtiment A. Cette manœuvre fe montre déjà fort ingé-nieufe; mais elle paraîtra bien autrement admirable, quand nous aurons fuivi en détail toutes les opérations de cette belle pèche.
- 1311. On diftingue deux efpeces de pécheurs à la dreige : les uns, qui exercent leur métier toute l’année j les autres, qu’on réputé dreiger pour les vives, ne doivent chalfer que depuis le lundi gras jufqu’au famedi faint. Or les filets des pécheurs qui exercent leur métier toute l’année , doivent avoir les mailles des hamaux de neuf pouces d’ouverture en quarré j & celles de la flue, de vingt-une lignes.
- 1312. Mais les tramaux réputés pour les vives , peuvent avoir les mailles de leur flue de treize lignes en quarré , fans changer celles des hamaux.
- T 313. Il eft fenlible que ce tremail doit prendre plus de petit poifion que l’autre, qui aies mailles plus ouvertes. On n’en toléré l’ufàge, qu’en confidé-ration de l’approvifionnement du carême. D’ailleurs, la deftruétion du frai n’eft pas autant à craindre dans cette faifon que dans celles qui font plus avancées.
- 1314. La teffure P Q_0 des dreiges a fix pieds de chute, & depuis deux, cents cinquante jufqu’à deux cents quatre-vingt bralfes de longueur , fuivant la force des équipages. Elle eft compofée d’un nombre de pièces de tremail, qui ont depuis quinze jufqu’à dix-huit braifes de longueur , qu’on réunit les unes aux autres.
- ff 1315. Comme ce filet eft fort cher, il 11’appartientpas en entier à un pêcheur 5 chacun en fournit une ou deux pièces, & il a part au profit de la pêche proportionnellement à ce qu’il a fourni. L’étendue qu’on donne au filet 11e dépend pas uniquement de la force de l’équipage j car toutes les marées ne permettent point de traîner un fort grand filet : en ces cas défavorables, les pécheurs qui ont deux pièces de filet, n’en fournilfent qu’une.
- (iog) Bourfet, c’eft la voile la plus éle- nerce nom. Au relie, cette pèche n’eft point vée du grand mât ; ou , fur les mers de Bre- connue en Allemagne , & il n’y a point de tagne , la voile de mifaine. La reflemblance dénomination en cette langue , qui ferve à du corps flottant, dont il eft ici queltion , la défigner. avec les voiles d’un vaiffeau, lui a fait don-
- Tome V,
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- 1316'. Un filet ne dure ordinairement qu’une faifon , même en ayant foin de le radouber ou ramender à tous les démarrages.
- 1317. Nous avons dit qu’à tous les tramaux il fallait que la. due fût con-fidérablement plus étendue que les hamaux, dont les mailles doivent être fort grandes. A l’égard du filet de la dreige , il faudrait qu’une maille de hamaux contînt fêpt mailles de la dues cependant cela varie fuivant qu’on fait les mailles de la due plus ou moins ferrées , celles des hamaux reliant les mêmes.
- 1318- On traîne ce filet fur des fonds qui n’ont quelquefois que cinq à fîx brades d’eau , & d’autres fois dans des endroits où il y en a trente - cinq ou quarante.
- 1319. Pour que le filet puiife rélifter à l’elîort qu’on fait pour le traîner, on le borde tout autour avec une ralingue, ou, comme difent quelques pêcheurs , un bouchet, aux angles duquel on fait des anfes , pour y amarrer les cordages ou bras qui fervent à le traîner. Afin d’empêcher que le filet 11e fe couche fur le terrein, & faire enforte qu’il traîne fur le fond dans une fitua-tion à peu près perpendiculaire, on attache des lieges fur la ralingue d’en-haut, & fur celle d’en-bas , des bagues de plomb, dont douze à quatorze pefent ordinairement une livre. Suivant l’ordonnance, il eft défendu de mettre plus d’une livre & demie de plomb par bralfe de filet ; ainfi il faut vingt-quatre à ving-fix livres de plomb pour garnir une piece de filet de dix-huit braffes. Il eft évident qu’en chargeant le pied du filet de beaucoup de plomb, on le fatiguerait , ainfi que l’équipage, lorfqu’il faudrait amener à bord la teffure. Ce n’eft cependant pas dans la vue de ces ménagemens , foit de l’équipage , foit du filet, que le poids du left a été fixé par l’ordonnance ; mais afin de favorifer la multiplication du poilfon, & d’empêcher que les pêcheurs ne bouleverfent les fonds , comme ils le faifaient en joignant à beaucoup de plomb des barres de fer & des chaînes qui labouraient le fond prefque comme l’eût fait une charrue.
- 1320. Voila, au moyen du plomb,une force qui tire en-bas le pied du filet, pour qu’il fe place verticalement dans l’eau. Il faut appliquer à la tète du filet une force contraire, qui tende à le porter vers la furface. Pour cela, comme nous venons de le dire, on garnit la ralingue de la tête avec des morceaux de liege, qu’on nomme flottes, corferons , corches ; tous termes fyno-nymes. On choifit les lieges les plus épais, & on les diftribue fur la ralingue de la tète, à environ vingt pouces les uns des autres, plus ou moins, fuivant la bonté du liege : car le liege le moins ligneux a le double avantage d’être plus léger, & de s’imbiber plus difficilement d’eau, que celui qui eft dur & poreux.
- 1321. On prétend que pour la dreige des vives, il faut que le filet foit tendu plus verticalement que pour les autres pêches de dreige. Cette raifon doit
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- «ngager à y multiplier les flottes. Mais, d’un autre côté, comme le liege qui eft long-tems dans l’eau perd de la légéreté, il s’enfuit que les dreiges qui pèchent toute l’année, doivent être flottées davantage que les autres. Ainfi, il faut que la tète des dreiges foit bien garnie de flottes ; puifque iî, dans les dreiges ordinaires , elle venait à battre le fond , on ne prendrait rien.
- 1322. Avant de parler de l’armement des bàtimens dreigeurs,il eft bon de dire un mot des circonftances qui parailfent favorables à cette pèche; puifque c’eft ce qui peut déterminer à mettre dehors, ou à refter dans le port. Quoiqu’aucun pécheur, quelqu’expérimenté qu’il foit, ne puiife prévoir à l’avance s’il fera une bonne pèche, ou non, tous conviennent néanmoins, qu’il y a des circonftances qui font plus favorables que d’autres à cette pêche.
- 1323. Supposons, pour nous faire mieux entendre, que l’onfe propofe de pécher à la dreige dans la Manche, à un endroit où le canal commence à fe rétrécir au point de n’avoir que vingt à vingt-deux lieues de largeur. Les pécheurs, pour y faire plus avantageufement &plus atfément leur métier, ont, befoin d’un vent traverlier , que nous fuppofons être, dans cet endroit de la Manche , le nord-eft & le fud-oueft. Il faut encore que ce vent traverfe la marée ; car les vents qui feraient d’accord avec la marée , ne leur permettraient pas d’établir leur pèche. O11 en appercevra la raifon par ce que nous dirons dans la fuite.
- 1324. Les gros vents ne conviennent pas aux dreigeurs; parce que, comme ils relevent leur teflure à force de bras , cette manœuvre ferait très-pénible & même impoffible par un vent forcé.
- 132^. Les marées trop molles & trop fortes ne lont pas propres à- cette pèche. Celles de morte eau font les moins favorables. Ainfi les plus avanta-geufes font celles de demi vives eaux, fur-tout s’il y a un peu d’agitation à la mer, parce que les petites motures engagent le poilfon à quitter le fond. Quand la mer eft tranquille, les grandes vives eaux font très-bonnes. Cependant les grandes marées lèraient fort à craindre, fi le filet venait à s’accrocher : car 11e pouvant s’arrêter, & le bateau, ainfi que le bourfet, halant de même bord, ils rompraient infailliblement le filet, que nous avons dit être fort cher.
- 1326. Quand les eaux font chaudes, on peut s’approcher des côtes: mais lorfqu’elles font froides, il faut, aller chercher les poiflbns dans les grands fonds. De plus , les pêcheurs prétendent qu’ils font de bonnes pèches lorfqu’il y a eu de fortes gelées pendant l’hiver : parce* qu’aîors les poiifons, ayant quitté les baies & les bas fonds, fe font retirés dans la grande eau, où la dreige va les chercher. Quelle qu’en foit la caufe, on convient généralement qu’après les hivers doux., les pécheurs reviennent le plus fouvent à retour; c’eft-à-dire , que la dépenfe &les avaries excédent le produit de la pèche.
- , 1327. La pèche eft ordinairement bonne,, quand la nier eft devenue praticable après une tourmente. C c c ij
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- 1328- Il eft encore fenfibîe que le luccès delà pêche dépend du choix du terrein où l’on s’établit. O11 perdrait fon filet, & 011 ne prendrait rien, fur un fond de roche. Sur les fonds inégaux, beaucoup de poilfons s’échappent par-delfous le filet; mais entre les fonds doux & unis,il y en a qui méritent la préférence,non feulement à caufe de l’abondance du poilfon,mais encore à caufè de fa bonne qualité. On regarde comme excellens les fonds qui font de fragmens de coquilles , que les pêcheurs diftinguent par le nom dtpailleux. On eftime enfuite, les fonds de fable , pour les poilfons plats. Il en eft à peu près de meme des fonds vafeux ; mais la qualité du poilfon y eft inférieure.
- 1329. Nous aurons occafion de faire remarquer dans la fuite , que les poif-fous perdent allez promptement le goût de vafe , quand ils ont féjourné dans une eau vive. C’eft pour cela qu’à un cap qui s’étend à la mer , 011 prend quelquefois de bon poilfon d’un côté , & de très-médiocre de l’autre.
- 1330. Enfin les pécheurs qui ont une grande pratique d’une côte, connaif-fent des endroits qui font plus fréquentés que d’autres par certains poilfons. C’eft fur quoi l’on ne peut prefcrire aucune réglé.
- 1331. Maintenant que nous avons donné une idée de la pèche à'la dreige, des bâtimens qui y fervent, des filets qu’on y emploie , des tems & des parages qui y font favorables , il faut parler des apparaux néceflaires pour cette pèche.
- ï 3 32. Le bâtiment qui doit y fervir , fon grêlaient & fes apparaux, appartiennent prefque toujours à un bourgeois, quia part au profit de la pêche, comme nous le dirons dans la fuite. Il 11’y a que les filets , qui appartiennent aux pécheurs. Voici un détail des uftenfiles qui font nécelfaires pour cette pêche. *
- 1333. V. Des halins", chalfes ou grelins C (pl. XIII 9fig. 1 ) ; des barrils vuides M, dont on fe fert pour foutenir fur l’eau la vergue du bourfet. A eft une vergue peur la grande voile. Il faut en outre, des bouées, des cablieres , des grapins, des galfes, & autres uftenfiles1 qui font repréfentés fur la plan--ch& XII, figure 1. _
- 1334. Les chalfes , cablots , orins & halins , font des-‘cordages qui ont à
- peu près quatre pouces de circonférence ; & ordinairement la chaife foraine , qui répond au bourfet, eft plus menue que celle qui tient au bateau. L’une & l’autre chaifes ont ceiit ou cent vingt bradés de longueur.'Nous allons expliquer en détail le grément du bourfet. j : -
- 133Ÿ- Le corps flottant, qu’on nomme bourfet (pi. XIII> fig. 1 ) j'eft com-pofé d’une voile: c’eft proprement elle qui forme1 le bourfet. Elle a dix-fept aunes de chiite, fix à fept aunes de large 1 ou environ foixante-quatre pieds de hauteur, fur dix-huit de largeur par la tête ou à l’envergure, & vingt-fept par le pas ou le pied. Elle eft fortifiée tuut ftûtéur-yeomme toutes les autres voiles ,
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- par une ralingue : cette ralingue forme des annelets, dans lefquels paflê une autre manœuvre, qui fert pour recueillir la voile & lui faire prendre la courbure que les pêcheurs jugent convenable, afin que la marée & le courant s’y entonnent. Ceci s’éclaircira par la fuite.
- 1336. Cette voile eft tannée , & quelquefois gaudronnée , pour qu’elle réfifte mieux aux impreffions de l’eau , dans laquelle elle doit être perpétuellement plongée. Cependant fon milieu doit être d’une toile douce & molle, pour qu’elle fe prête à l’effort de l’eau : & la tête, a.infi que les bords le long des ralingues , font d’une toile plus forte. Le bourfet eft enc-apelé par la tète fur une vergue E, qui a dix-neuf à vingt pieds de longueur.
- 1337. Au bout de cette vergue font frappés lès bras d'eau HH , qui fe réu-nilfent & s’amarrent au halin , qu’on nomme du bourfet, ou forain. Au bas du bourfet, ou aux points de la voile , font frappées les écouttes d'eau, & les cablie-res, qui fervent de left pour faire entrer dans l’eau la voile du bourfet: elles pefent de huit à douze livres , plus ou moins, fuivant la force delà marée.
- 1338- Les deux écouttes fe réuniffent à une manœuvre menue, que l’on nomme 1 q petit four : elle n’a qu’une demi-braffe de longueur. O11 fait ce petit four avec un vieux cordage ragué & ufé,pour qu’il' n’ait pas beaucoup de force , & qu’il rompe quand la telfure s’eft accrochée au fond de la mer à une roche, ou à une carcaffe de navire : car la rupture du petit four évite celle du filet.
- 1339. Le petit four eft prolongé par une manœuvre plus longue , qu’on nomme le fort four , ou le grand four , & qui va s’attacher au halin du bourfet, qu’on nomme aulîi la chajfe foraine. Ce point d’attache eft environ à quatorze braffes du bout qui tient à la vergue E. Les cablieres H H, tiennent les angles ou points de la voile fous l’eau.
- 1340. Quoique la vergue E, qui eft de fapin, flotte fur l’eau , elle pourrait bien n’avoir pas affez de légéreté , pour foutenir la tête de la voile à fleur d’eau. .C’eft pourquoi on attache au milieu de cette vergue un barri! vuide K, qui eft fur fon roule. Cette futaille , enfoncée par les deux bouts , eft garnie de dix-huit cercles, cinq fur chaque bout , & huit fur le bouge. La plupart de ces futailles ou barrils ont à la douve du bondon une anfe ou poche, dans laquelle paffe une manœuvre qui fert pour l’amarrer à la vergue. D’autres entourent •Ja futaille d’une eftroppe qui fert pareillement à l’attacher à la vergue.
- 1341. On frappe encore fur le halin forain, à environ vingt-cinq braffes .de la vergue, un orin N , long de neuf braffes , qui répond à une bouée M. C’eft .affez fouvent un barril conique, lequel eft amarré par un de fes fonds , pour que l’autre , flottant fur l’eau , foit plus aifé à appercevoir. Cette bouée, que les pêcheurs nomment éprevier, fert à foutenir en partie le halin forain , & eft fort utile pour gouverner le bourfet. O11 attache un bout du filet à l’extrémité
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- du halin forain ou de la'chafle du bourfet> & l’on ajoute en cet endroit une cabliere plus ou moins grolfe, fuivant la force de la marée.
- 1342. Après avoir expofé en détaille grément du bourfet, il faut parler de celui du bateau. La grande voile, qu’on verra qu’il faut jeter à l’eau pour augmenter la dérive du bateau lorfqu’il eft démité , comme on le voit en A; cette voile D, & la vergue E , fur laquelle elle eft encapelée, font celles du bateau, & fervent quand le vent manque, ainli qu on le verra dans la fuite. Cette vergue E eft retenue au bateau par une manœuvre F , qu’011 nomme traverfine ; elle a environ trente-fix braifes de longueur, & eft un peu plus forte que le halin de la dreige. Les bras d’eau de la grande voile, font les mêmes qui fervaient au grément du bateau. A l’égard des écouttes, celles du bateau feraient trop courtes ; & ordinairement, on les fait avec de vieux halins.
- 1343. Tous ces agrès étant préparés à terre, les matelots les portent au bateau. Ils élevent le mit, ils parent la grande voile, & gréent le bâtiment pour fe porter au large : ils rangent la'tellure fur un bord, les cordages fur l’autre, & appareillent pour fe rendre à l’endroit où ils fe propofent d’établir leur pêche, comme nous allons l’expliquer.
- 1344. Les pêcheurs amènent fur le bord la vergue &la grande voile *Tans la plier ou ferler; fi elle l’était, elle ferait moins bien dilpofée pour être jetée à l’eau. Puis ils amènent leur mât fur un chandelier, comme on le voit en A. Quand le bateau eft démâté , on dérape , ou l’on détache les écouttes & écouets de la grande voile, pour frapper à leur place les écouttes d’eau. O11 frappe aulïi la traverfine au milieu de la vergue. A l’égard des bras , on fe contente de les alonger quand il en eft befoin. Enfin on amarre aux points ou angles de la grande voile, à la place des écouttes & des écouets, les écouttes d’eau„ qu’on fait ordinairement, comme nous l’avons dit, avec de vieux halins.
- 1345'. Tout étant ainfi difpofé, on pare ou arrange fur le bord le bourfet de dreige, qui a été précédemment gréé & armé de les cablieres.
- 1346'. Lorsque tout eft prêt, le maître commence à faire la manœuvre, foit à l’avant, foit à l’arriéré du bâtiment, fuivant l’établilfement du vent & là direction.
- 1347. On jette d’abord le bourfet à la mer, en le croifant par le travers du flot, pour que l’eau s’y entonne , & qu’elle enfle la voile: ce qui eft néceifaire pour qu’il tire bien fonhalin. Car, comme nous l’avons déjà dit, le bourfet tient lieu d’une chaloupe qui aurait une voile, à laquelle ferait attaché le halin forain, pour tirer un bout de la dreige , pendant que le bateau tirerait l’autre. Mais il faut remarquer que, fi l’on employait une chaloupe, ce ferait lèvent qui la ferait agir : au lieu que c’eft le courant de la marée qui fait chalfer le bourfet.
- 1348. Un des bouts O de la telfure a donc été amarré au halin F du bour-
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- fet, qu’on nomme halin forain. On amarre l’autre bout P, au halin G. du bateau qu’on nomme la nef ; aux amarrages qui joignent les bouts du blet aux halins, la ralingue de la tète du filet eft réunie avec celle du pied. Le halin embraffe toute la largeur du filet.
- 1349. On jette le filet à la mer par le travers du bateau, tribord au vent. Deux matelots font ce travail, & un troifieme foutient les flottes, pour que la ralingue flottée 11e s’engage pas avec celle qui eft plombée.
- 13^0. Afin de prévenir que les deux hommes qui mettent hors le filet , ne tombent à la mer, ils font contre-tenus par les jarrets avec un avirow , que deux matelots tiennent ferme dans une fituation convenable. A l’égard du matelot qui arrange les flottes , il 11’a rien à craindre , parce que fou ventre eft appuyé contre le bord du bateau.
- 130* Quand tout le filet eft à la mer, 011 file le plus promptement qu’on peut le halin du bateau, que les matelots appellent la chajfe de la nef Si on fait cette manœuvre de marée montante, on file jufqu’à la rencontre du cordage B , qui a environ dix-huit braffes de longueur, & que les matelots nomment la gaie. Cette guie fait à l’égard de ce halin le même effet que le four pour le halin du bourfet. On porte, foit la chaffe , foit la guie, à l’avant du bateau,pour le faire venir de bout à la marée , & attendre que le bourfet ait pris fa place pour faire route de concert, comme fait le bateau A, avec fon bourfet K.
- 1352. S’il arrive que le bateau 11e puiffe pas fuivre le bourfet, 011 lui donne fur l’avant une petite voile dite trinquette.
- 1253. Si, faute de vent, cela ne fuffit pas, c’eftle cas de mettre à l’eau la grande voile dont nous avons parlé. Voici comme fc fait cette manœuvre.
- 13^4. On tend toujours le bourfet à bas bord, & le plus fouvent la voile du bateau fe jette à ftribord : mais fi le vent change pendant la pèche; fi, par exemple , ayant tendu par un vent de nord-oueft, on s’apperçoit qu’il fe jette au fud, on fait en ce cas paffer à bas-bord la grande voile qui était à ftribord , & la marée s’acheve ainfi. Mais laiffons à part cette manœuvre accidentelle , pour continuer à expliquer la façon d’appareiller le bateau.
- 13 % 5. La voile étant armée & préparée comme nous l’avons expliqué , on la pofe fur le bord par le travers de ftribord; on jette à l’eau toute la toile , & enfuite la vergue , ainfi que fes écouttes. Puis , lorfquela marée eft entonnée dans la voile, on file en partie toutes les manœuvres. Enfuite on les largue ou on les haie, fuivant les ordres du maître, qui parvient à faire traîner le filet, partie par le bourfet, & partie par le bateau, lefquels doivent faire route de concert, & agir également furies halins. O11 emploie pour cela des manœuvres particulières, qu’il n’eft pas aifé de bien décrire. En voici cependant, quelques-unes, qui pourront donner une idée des autres.
- 13^6'. Quand la grande voile tire le bateau par le travers de la lame, la
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- traverfine eft amarrée au grand mât, &les deux écouttes le font à l’avant & à l’arriere, vers les couples de balancement. Les bras, qu’on laide ordinairement largues, font en ce cas Amplement roulés fur les écouttes. Par cette manœuvre , la voile à l’eau augmente la dérive du bateau.
- 13 S7- Quand on eft obligé de fefervir de la voile à l’eau , aux marées du vent, on l’établit à l’avant du bateau, qui eft ordinairement rafé de tous mâts: pour faire venir le bateau traversa la marée, 011 haie fur la chalfe de nef &la guie , 011 jette la voile à {tribord, & 011 amene à l’avant toutes les manœuvres d’eau. Pour cela , on amarre la traverfine à l’étrave , & les deux écouttes bas-bord & {tribord. O11 largue ou haie auiîi les bras , pour que la marée s’entonne bien dans la voile.
- 13 >8- Aux marées de jour, on apperçoit la manœuvre du bourfet ; ce qui indique celles qu’il faut faire dans le bateau. On n’a pas ce fecours la nuit* mais tant que la tellure eft à la mer, le maître a continuellement, de nuit & de jour, la fonde à la main : ce qui le met en état de connaître l’établilfement de la tellure au fond de la mer. Car fi le bourfet haie trop de l’avant, la fonde va de l’arriere : fi le bourfet fe porte trop au large , la fonde s’y porte aufli ; & fi les deux chalfes vont bien, la fonde refte à plomb.
- 13 5^9. Il peut arriver que pendant la marée la telfure s’accroche dans le fond à des roches, à des ancres perdues, ou à des carcalfes de navires. Alors, fi la marée porte au vent, on haïe aufli-tôt les chalfes. Mais fi la marée porte contre le vent, on attend la morte eau, pour éviter de rompre le filet; & on porte le lralin,de la nef, ainfi que fa guie, à l’avant du bateau, qui alors refte comme s’il étoit à l’ancre. A l’égard du bourfet, comme fon petit four rompt, alors fa voile flotte fur l’eau, & ne fait plus d’efifort pour haler fur fa chalfe.
- 1360. Si la dreige fe trouve arrêtée pendant la nuit pour quelque caufe que ce foit, les pêcheurs font obligés de faire des fignaux, afin de prévenir que les autres pêcheurs ne les abordent. Suivant l’ordonnance, ils doivent même 11e jamais mettre hors leurs filets pendant la nuit, fans avoir deux feux, un à l’avant, l’autre à l’arriere.
- 136'f. Voila tout ce qu’il nous eft poftible de dire pour donner quelque idée des manœuvres qu’on fait pour traîner régulièrement les filets. Nous allons parler de la façon de les relever, lorfque la marée eft finie.
- 1362. Cette manœuvre, qui apprend aux pêcheurs ce qu’ils peuvent-efpérer de leur travail, eft fans contredit la plus pénible.
- 1363. Pour fe difpofer à relever la telfure, tous les matelots s’alfeyent à bas-bord, fur le bord du bateau, le dos tourné à la mer; & pour fe donner plus de force, ils s’appuient par les genoux contre un mât qu’on a amarré exprès pour cela en-dedans du bateau.
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- 13^4- Le matelot qui doit tirer à bord le halin & la teflure, fe place à ftri-bord de l’étrave. A mefure qu’on amene à bord la chafle, on la roue fur le pont, à l’avant du grand mât, aux deux côtés de la grande écoutille j ayant l’attention de mettre le halin de la nef à (tribord, & celui du bourfet à bas-bord. On tire à bord la teifure, en halant fur les ralingues.
- 13^5'. Quand le teins eft favorable, il arrive fouvent que les dreigeurs chalfent quatre marées en vingt-quatre heures. Ils traînent pendant trois heures : ils relevent enfuite leur teifure, prennent le poilfon, & nettoient le filet» ce qui occupe encore trois heures j & (ur-le-champ ils remettent hors. Ils continuent ainfi toutes les marées, quand le tems eft favoroble.
- 1366. Cette pèche eft, fans contredit, la plus fatigante de toutes : les pécheurs y font toujours en aétion. Comme les dreiges, qui vont chercher les poiflons dans les grands fonds, vont à la mer dans les faifons humides & froides, les pécheurs font prefqu’entiérement habillés de cuir, pour f* garantir de l’eau le plus qu’il leur eft poftible. Il elt vrai que, pendant que le filet dérive, l’équipage n’ayant que quelques manœuvres à exécuter, il peut prendre un peu de repos : mais le maître fait un quart continuel, ayant toujours , comme nous l’avons dit, la fonde à la main. Le feul tems où il a quelque relâche, eft entre deux marées, pendant qu’on vuide & répare la tellure.
- 1357 Si la marée eft douteufe, & que l’eau n’enfle pas bien la voile , il y a pendant toute la pêche un autre matelot que le maître, pour veiller largrande voile , & faire exécuter les manœuvres qui en dépendent.
- 1368. Lorsque l’équipage eft de dix-fept hommes, il y en a deux qui mettent le filet à l’eau : au refte, tous peuvent faire cette opération. Si le tems eft beau, ils fe mettent à califourchon fur le bord, ou bien ils s’y afleyent les jambes en-dedans j & ils font, comme nous l’avons dit, contre-tenus par un aviron qu’ils nomment awa/, que deux matelots tiennent dans une pofi-tion convenable. Un cinquième pare les flottes pendant ce travail. Le refte de l’équipage a différentes occupations j comme de défagréer le bateau , d’appareiller la grande voile à l’eau, fi cela eft néceflaire.
- 1369. Quand on releve la teflure , qui alors eft très-chargée d’eau, tout l’équipage eft occupé à la haler; quoiqu’il n’y ait qu’un feul homme placé à l’avant à côté de l’étrave , les pieds dans la gatte, lequel haie la teflure à bord, & prend avec un petit gaffot les gros poiflons lorfqu’il s’en préfente. Les autres matelots reçoivent le filet, fe le donnent de main en main, & l’arrangent fur le pont.
- 1370. Lorsque le filet eft tiré à bord, tout Féquîpage travaille à en retirer le poiflon & les immondices, & à nettoyer la voile , pour la préparer à être naifeà l’eau lorfque la marée le permettra. Enfin, quand la pêche eft finie,
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- l’équipage remâte le bateau, & ils appareillent pour retourner dans le portavec 1 eurs apparaux & avec leur poiffon, qui confifte en turbots, barbues, folles, li mandelles, grands carrelets, raies , vives , rougets, merlans, effurgeons, faumons, &c. Il palfe pour confiant que les poiifons que nous venons de nommer font tellement effarouchés par la dreige, qu’ils fe retirent dans les fo nds de roche où la dreige ne peut aller les chercher 5 de forte que, quand on répété plufieurs fois cette pèche dans un même endroit, on n’y prend guere que des efpeces de petites morues, qui ne s’effarouchent point par ce filet. Mais le filet lui-même court de grands rifques, parce que ces poiffons ne s’écartent guere des fonds déroché.
- 1371. On prend aufli à la dreige une grande quantité de petites rouffettes ou petits chiens de mer; mais les pécheurs redoutent cette capture, non-feulement parce que ce poiffon eft peu eftimé , mais principalement parce qu’ils déchirent le filet lorfqu’011 rencontre un lit ou bouillon de ces poiffons, qui vont toujours en troupe. Il y a d’autres chiens plus grands, & qu’on nomme puans, lefquels paraiffent vers le mois de mars , quand les eaux commencent à s’échauffer: les pécheurs font obligés de laiffer mourir ceux-ci dans le filet, qu’ils déchireraient entièrement, fi l’on voulait les en tirer vivans. Nous donnerons dans la fuite une exacfte defcription de tous les poiffons que nous venons de nommer.
- 1372. Le poiffon pris à la dreige eft réputé affez bon. Effectivement, comme e’eft un tremail, il n’y eft pas autant fatigué que ceux qu’on prend à la grande feins, ou qu’on trouve dans les manches & guidaux. Mais il eft bien inférieur à celui qu’on prend avec les filets fédentaires & avec les hains. Un poiifon qui a été traîné pendant deux ou trois heures, eft toujours fatigué.
- 1373- Quand 011 examine avec attention la dreige que nous venons de décrire, on ne peut s’empêcher d’admirer où peur aller l’induftrie des pécheurs, qui parviennent à tenir au fond de la mer , à vingt-cinq ou trente braffes , un filet d’une grandeur immcnfe , dans une fituation verticale, & à le traîner toujours grattant le fond , dans un efpace de deux ou trois lieues , aufli exactement que s’ils le traînaient à bras , comme ils le pratiquent pour plufieurs pèches. N’eft-ce pas ime belle induftrie que d’avoir imaginé, quand le vent leur manque pour fe fou tenir dans la route qu’ils doivent tenir , d’avoir, dis-je, imaginé de mettre leur grande voile à l’eau , tendue fur fa vergue, & garnie de bras & d’écouttes, pour emprunter le fecours de la marée, qui enfle la voile comme aurait fait le vent : tandis que la chaffe de la nef & fa guie, qu’011 porte tantôt à l’avant & tantôt à l’arriere, aident à gouverner? En jetant les yeux fur la figure, on appercoit que, fi les deux chaffes avaient répondu l’une à l’avant & l’autre à l’arriere du bateau , le filet eût été prefqu’entiére-ment fermé. Q11 aurait pu, il eft vrai, comme cela fe pratique pour certaines
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- pèches, frapper chaque chaffe fur un bateau particulier : mais , quoique le bateau auquel aurait répondu la chaife foraine eût pu être plus petit & plus foible d’équipage que celui où répond la chaife de nef, da dépenfe aurait été augmentée. On a donc fort ingénieufement imaginé de fùbftituer à ce fécond bateau & à fon équipage , le bourfet, qui ne confiftant qu’en une voile, une vergue, une barrique vuide, des bras , & des écouttes , avec cette eipece de bouée qu’on nomme L'iprevicr, vogue tout feul à une diftance convenable du bateau , & tire la chaife foraine, comme le bateau fait lafienne.
- 1374. Cette pèche, toute belle & toute induftrieufe qu’elle eft, a le défaut de détruire beaucoup de poilfon; au point de rendre les autres pêches &la dreige même infruélueufes. Le pied du filet, qui gratte & rague le fond dans une grande largeur, & dans l’étendue deplufieurs lieues, détruit beaucoup de petit poilfon.
- 137^. Les dreigeurs rapportent fouvent fur la greve une multitude de raies 11 petites, qu’elles font à peine mangeables ; quoiqu’en vuidant leur filet à bord , ils en aient rejeté un grand nombre à la mer, qui ayant été fatiguées dans le filet, ne peuvent reprendre eau, & font perdues. D’ailleurs , comme nous l’avons déjà dit, les gros poilfons de cette pêche ne font jamais aulli fains que ceux qu’on prend avec les rets fédentaires.
- 1376. Enfin ce filet bouleverfe les fonds, & détruit les bancs d’algue , où s’élèvent les jeunes poilfons.
- 1377. On remédierait en partie à ces inconvéniens , Ci, au lieu de mettre les plombs fur la ralingue qui tient à la telfure, on mettait le left à l’extrémité de lignes qu’on attacherait à la ralingue du pied du filet ; lailfant cinq ou fix pouces de diftance entre cette ralingue & le fond de la mer , pour faciliter à la menuife le moyen de s’échapper. Alors on ne ferait que diminuer le mal, & prévenir l’entiere deftru&ion des folles , des carrelets , des barbues, des turbots, dont on trouve une immenfe quantité d’extrêmement petits dans le filet de la dreige. L’avidité des pêcheurs 11e s’accorde pas avec de telles précautions. On en a vu qui ajoutaient au bas de leur filet, des barres-4e fer» pour labourer encore mieux le fond ; & il en a réfulté une telle deftrucftion , que les dreigeurs ne prenant prefque plus rien, ont abandonné cette façon de pêcher, qui leur occafionnait de grands frais , dont ils n’étaient pas renibourfés. Le nombre des grands dreigeurs eft même beaucoup diminué.
- ^1378. Du tems de François premier, il n’y avait à Dieppe que deux dref-geurs, & qui n’avaient pas de fort grands filets. Les gouverneurs, qui en retiraient du profit, en ont porté le nombre à cinq, puis à huit, & peu à peu jufqu’à feize. Louis XIV ayant permis la pêche de la dreige à tout le monde, le nombre des dreigeurs a encore beaucoup augmenté, & l’on a vu toute la mer couverte de ces pêcheurs. Il eft vrai que leur nombre s’eft réduit^de lui-
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- même; mais c’eft, comme nous l’avons dit, à caufe de la difette du poi£ fon ( 109 ). ’
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- Des filets quon nomme proprement feines ou fennes.
- 1379. On comprend quelquefois fous la dénomination de feine, toutes les efpeces de filets en nappe : & ce cas , on les diftingue en feines tendues fur piquets, & feines flottées & pierrèes. De celles-ci, les unes font fédentaires , & les autres dérivantes aux courans. Les manets fe fontainfi trouvés confondus avec les feines. On a été même jufqu’à nommer les tramaux, des feines tra-maillées. Mais comme nous avons traité d’une partie de ces différentes pêches, fous les noms particuliers qu’on a coutume de leur donner, il ne nous refte à parler que des feines proprement dites ( 110 ) , qui font des filets fimples, plus ou moins grands, dont les mailles n’ont point de calibre déterminé pour aucune efpece de poiffon, & qui ont toujours beaucoup plus de longueur que de chute. Comme il faut que ces filets fe tiennent verticalement dans l’eau, la ralingue A ou 0(111), planche XIII, fig. 3 & 4, qui en borde la tête, eft garnie de flottes de liege ou de bois : & la ralingue B h ( 112) du pied eft chargée de left. Aux extrémités de la ralingue de la tête, /ont frappées des cordes plus ou moins longues , D ou d ^ qu’on nomme les bras.. On les dilpofe différemment, ainfi qu’011 le voit aux deux filets qui font repréfentés par les figures 3 & 4. Ces bras fervent à tendre ou à traîner le filet, comme on le verra dans les détails où nous allons entrer.
- 13 80. Toutes les pêches à la feine fe failant en traîne, 011 ne peut les pratiquer que fur des fonds unis ;. & elles détruifent beaucoup de frai& de me-nuife , parce que la ralingue du bas qui eft leftée , bouleverfe les fonds. Elle fait fur-tout une grande deftrudion de petits poiffons, lorfque la chaleur de l’eau les attire dans les endroits où il 11 y a qu’une épaiffeur d’eau peu confidé-rable. Il eft certain que cette pèche eft d’autant plus, nuifible, que les mailles des filets font plus ferrées. Au refte, en obligeant les pêcheurs de donner aux mailles une certaine grandeur , op. ne diminuerait pas beaucoup la deftru&ion du poiffon, non-feulement parce qu’en traînant le filet les mailles fe rétré-ciffent, mais encore parce qu’il s’amaffe dans la feine des immondices qui empêchent que le frai & la menuiffe ne traverfent les mailles. Le meilleur
- (109) Concluons donc que cette pêche Jiimmten Majchen. fi ingénieufe eft plus digne de blâme que de ( 111 ) En allemand , Floffcnreif louange. (iiî) En allemand, Bleyreifi
- ( 110 ) En allemand, Game mit unbe•
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- moyenj & quife pratique en quelques endroits, ferait qu’au Heu d’attacher le left fur la ralingue qui borde le pied du filet, on l’attachât à des lignes de quelques pouces de longueur, qu’on diftribuerait de diftance en diftance fur cette ralingue. Au moyen de quoi la ralingue ferait toujous éloignée du. fond de la mer, & le frai, ainfi que la menuife, s’échapperaient avec les immondices par-deifous le filet : ce qui n’empêcherait pas qu’une partie des poif-fons plats qui feraient effrayés ne fe jetaffent dans le filet, où ils feraient arrêtés , fur-tout quand le fond du filet ferait une poche. Mais l’avidité des pêcheurs les engage à faire leurs mailles fort ferrées, & à charger de beaucoup de left le pied de leurs filets.
- I38i- A l’égard de la grandeur des mailles, les pêcheurs la varient beaucoup. Quand ils fe propofent de prendre de gros poiffons, ils les tiennent affez larges ; & ils y trouvent le double avantage, de moins fatiguer le filet,. & d’avoir moins de peine à le traîner. Mais lorfqu’ils veulent pêcher de fort petits poiifons, ils tiennent néceffairement les mailles très-ferrées : & afin de pouvoir traîner leur filet, tantôt ils fe rafl'emblent un nombre confidérable , tantôt ils font leurs filets bien petits , ou encore ils donnent différentes grandeurs aux mailles d’une même feine : par exemple, ils emploient un fil très-fin pour les mailles qui font auprès de la ralingue , où font attachées les flottes; & en cet endroit, ils tiennent les mailles de treize à quatorze lignes d’ouverture en quarré : celles du milieu , qui font d’un fil plus fort, font moins grandes : enfin la partie du filet qui elt vers le pied , ou auprès de la ralingue chargée de left, eft faite d’un fil encore plus fort ; & à cet endroit les mailles n’ont que dix lignes en quarré. La longueur de ces filets varie depuis huit braffea jufqu’à foixante, même plus; & leur chiite eft de quatre, cinq, fix pieds , & au-délà.
- De la pêche avec la feine dans les petites rivières; & dans les cour ans d'eau entre les bancs, lorfqu'ils ont peu de largeur..
- 1382. Les filets dont il s’agit font plus ou moins longs, fuivant la largeur du courant qu’on effaie d’embralfer en entier. A l’egard de la hauteur ou chiite des feines , on la,proportionne à peu près à la profondeur de l’eau. Cependant, comme il eft avantageux que le filet fafle une poche, il vaut mieux lui donner plus de chiite que moins , & l’on tient les mailles plus ou moins grandes, fuivant la groffeur du poiffon qu’ion fe propofè de1 prendre; mais ce n’eft pas avec la précifion qu’exigent lesmanets. Sur quoi il eft bon de remarquer qu’il’ s’arrête bien par les ouies: quelques poiffons qui par hafard fe trouvent de groffeur à entrer dans les mailles de la feine ; mais l’ufage de ce filet ne confifte pas. à ce que le poiffon s’y emmaille :. il faut le regarder comme un crible »
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- qui lailfe palfer l’eau, & arrêts le poilfon qu’il rencontre.
- 1383. On verra qusla feine, par là polition, forme dans l’eau une courbe dans le feus de fa longueur ; & comme le poilfon ne s’emmaille pas, on ne peut relever le filet, qu’en joignant l’une à l’autre les deux ralingues, pour renfei*. mer le poilfon dans cette duplicature. Ces circonftances fervent à diftinguer la feine d’avec les tramaux, les manets, & les folles. Mais il y a bien des façons de fe fervir de ce filet, comme on l’appercevra dans les paragraphes fuivans.
- 1384. On peut pécher fans bateau dans les rivières ouïes courans qui ont peu de largeur. Pour cela,les pêcheurs s’étant partagés, moitié d’un côté, moitié de l’autre, ceuxquiontle filet de leuficôté, attachent une pierre au bout de l’un des bras, & ils la jettent aux pêcheurs-qui font de l’autre bord. Quand ceux-ci ont faifi le bras qu’011 leur a jeté, ils liaient fur ce bras , & tirent ainli le filet vers eux à mefure que ceux qui l’ont de leur côté le jetent à l’eau. Quand tout le filet effc établi dé la forte par-letravers du courant, les pêcheurs de l’un & de l’autre bord halent chacun fur un bras pour trainer le filet.
- 138 v Lorsqu’on a traîné dans une anfe qui n’a pas beaucoup de profondeur, les pêcheurs de l’un & l’autre bord fe réunifient au fond de l’anfe ; & prenant le filet par la ralingue du pied & celle de la tète, afin d’envelopper le poilfon, ils tirent la feine à terre.
- 1386. Dans le cas où l’on pèche dans une petite riviere, comme on ne peut pas en gagner le bout, de même qu’à une anfe, les pêcheurs d’un bord amarrent leurs bras à un piquet; ceux de l’autre bord lient une pierre au bout du bras fur lequel ils ont halé, & jettent la pierre à leurs camarades. Ceux-ci remontent la riviere ; & tirant le bras, ils font décrire une courbe au filet : puis ramenant ce bout à'celui qu’ils ont amarré au bord de l’eau, & ayant choifi une place convenable, ils tirent le filet à terre. Après quoi ils jettent encore la pierre aux pêcheurs qui font à l’autre bord, & recommencent leur pêche.
- 1387- Quand la riviere ouïe courant ont trop de largeur pour qu’on puilfe jeter un bras de l’autre côté , on met le filet dans un petit bateau, où s’embarquent trois hommes ; & trois autres > qui fe tiennent à terre, confervent un des bras. Deux de ceux qui font dans le bateau, rament pour traverfer le courant, & le troifieme jette à l’eau le filet, pli à pli. Quand le bateau eft arrivé à l’autre bord, les fixpécheurs, trois d’un bord & trois de l’autre, halent fur les bras, & traînent le filet. Lôrfqu’ils ont traîné durant un certain tems, ceux qui ont mis le filet à l’eau remontent dans le bateau ; & gardant le bras fur lequel ils ont halé, ils repafient l’eau en décrivant'- une ligne circulaire ; puis finilfent par rejoindre leurs camarades , pour tiretde-filet à terre, comme nous l’expliquerons plus amplement dans la fuite , àl’occafiôn d’autres pêches.
- 1388- La pèche qu’on frongiata à Ragufe , & qui fe fait en mer, 11e
- dilfere prefque, de celle que nous venons de décrire, que parce qu’ils attachent
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- au bras qui répond au bateau , des fagots d’herbe , pour engager le poiffion à donner dans le filet, au lieu de s’échapper en paffiantfous le bras.
- 1389- La pèche qu’on nomme eficave ou eficake ^ dans la Garonne, diffère peu des précédentes : feulement les mailles du filet font fort ferrées.
- 1390. A l’égard de celle que les pêcheurs delà Dordogne appellenttrejficn , elle fe fait avec des filets dont les mailles font plus petites. C’eft en cela que confifte la différence.
- 1391. Nous nous bornerons à dire ici que quelques pêcheurs préfèrent de traîner un tremail,au lieu d’une nappe fimple : & prefque tous ceux qui fe fervent d’une nappe fimple, tendent par le travers de la riviere un tremail dormant à l’endroit où ils fe propofent de terminer leur trait. Ils arrivent défi fus en traînant la feine ; & lepoiffon , qui eft effrayé tant par le filet que par les pêcheurs, fe prend dans le tremail.
- De la pêche au coller et, dans les étangs, au bord de la mer, & entre les
- * roches.
- 1392. Dams les endroits où il y a peu d’eau, on traîne à bras & à pied un filet fimple , plombé & flotté ; en un mot, une petite feine de huit à dix braffes de longueur, fur une braffe ou une braffe & demie de chûte. Quelques-uns de ces filets n’ont à leurs bouts a,que trois pieds de hauteur, comme on le voit au filet de la figure 3 , pi. XIII, pendant qu’ils ont trois à quatre braffes de chûte au milieu C , afin de former dans cet endroit une efpece de poche qui retienne le poiffon.
- 1393. La tête du filet A ( fig. 3 ) , eft garnie de flottes deliege ; & le pied B » de bagues de plomb. Quelquefois il n’y a qu’une corde au haut & une au bas du filet, qui fe rejoignent en D {fig. 3 ), à quelque diftance, & 11e font plus qu’une feule corde , au bout de laquelle ils forment comme une bandoulière pour traîner le filet.
- - 1394. La grandeur des mailles varie depuis douze lignes jufqu’à quinze, Suivant fefpece de poiffon qu’on fe propofe de prendre : enforte.qu’aflez fou-vent elles n’ont même que dix lignes en quarré. Prefque toujours les mailles, du fond C,font plus ferrées que celles des extrémités A.
- 1395. Les pêcheurs attachent aux deux bouts du filet un bâton, dont la longueur égale la largeur que le filet a à fies extrémités. On met le gros bout du bâton, qu’ils nomment .bourdon, en-bas, & on attache ce bâton au bout du’filet; où files bouts du-filet-font fort étroits, on l’ajufte comme on le voit' en-e"(fig. 4). "t.n, ^0 rmu un jru-d
- ’'~:i396‘.' On attache-aux'extrémités de ces bâtons, deux cordes qui fe réunifient à une petite diflance du klet d;& e’eft à ce point de réunion qu’on
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- amarre les bras, qui ont quelquefois foixante ou foixante-dix brafles de longueur. Enfin on ajufte au gros bout de ces bâtons, qui répond à la corde plombée, un morceau de plomb pelant cinq ou fix livres, pour qu’il contribue avec le left à faire prendre au filet une pofition verticale.
- 1397. Les pêcheurs ayant ainfi dilpofé leur filet au bord de l’eau , ils le portent le plus avant qu’ils peuvent dans l’eau, y entrant fouvent jufqu’aux aiflelles, & tenant ies bâtons des bouts aulîi élevés qu’ils peuvent au-deifus de la furface de l’eau. Souvent deux autres hommes leur aident, en foulevantlg milieu du filet ; & quand il s’agit de mettre le filet à l’eau , les deux aides le faillifent parla ralingue flottée, pour qu’il prenne une pofition verticale.
- 1398- Le filet étant à l’eau, les pêcheurs qui en tenaient les extrémités, fe forment une bandoulière avec les cordes qui font les bras 5 & entrant dans l’eau prefque jufqu’au col, ils traînent le filet dans une longueur d’environ cent brafles, à peu près parallèlement au bord de l’eau. Peu à peu les deux pêcheurs fe rapprochent l’un de l’autre, faifant décrire au filet une portion de cercle ; & étant réunis, ils tirent le filet fur le fable-, où ils prennent le poif-fon qui fe trouve renfermé dans la feine, & le mettent dans leur panier.
- 1399. Les pêcheurs nomment cette traînée de filet, un trait. Iis continuent à faire de nouveaux traits, tant que la marée le leur permet, car lorfqu’elle monte , elle les force de s’approcher de la côte * & les oblige enfin de fe retirer plus tôt ou plus tard, fuivaut les parages &la force des marées. Ordinairement on commence cette pèche deux heures avant que la marée foit tout-à-fait bafle, & elle finit deux heures après que la marée a commencé de monter.
- 1400. Souvent les compagnons qui ont aidé à mettre le filet à l’eau, prennent des perches pour battre l’eau, en marchant un peu à côté, mais toujours au-devant de ceux qui traînent, afin de déterminer le poiifon à donner dans le filet.
- 1401. Ce filet, qui eft fort en ufage fur quantité de côtes, & particuliérement auprès d’Oleron, fe nomme colleret, à caufe de la maniéré dont on le traîne. Mais on conçoit qu’il ne peut pas être fort grand, parce que les hommes qui font dans* l’eau jufqu’aux aiflelles, perdent prefque tout leur poids, & ainfi onttrès-peu‘de force pnur le traîner, deux fur chaque bras.
- 1402. A la côte du Bas-Médoc, on fait ufage d’une feine qu’on nomme
- traîne, quia trente ou quarante brafles de longueur : fa chute au milieu eft de trois brafles , & feulement d’une brafle & demie à fes extrémités , où eft attaché un bâton, comme au colleret. Les mailles des extrémités ont un bon pouce d’ouverture en quarré ; elles fe rétrécirent en approchant du milieu, où à peine 011 peut pafler le doigt. Le haut du filet eft garni de flottes j mais il n’y a point de plomb au bas. Un cordage d’un pouce de groflfeur tient lieu 4e left. .. .
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- 1403. Quatre on cinq hommes fuffifent pour cette pêche : deux fe mettent à l’eau pour traîner le filet ; ce qui devient praticable, parce que la côte efi plate : ils portent au large un des bouts du filet, pendant que les autres retiennent l’autre extrémité au bord de l’eau. Quand le filet elt déployé , les uns & les autres traînent le filet de concert, & le poiiTon fe raflemblq au milieu , où les mailles font fort petites. Ils terminent leur pèche par haler leur filet à terre.
- 1404. A l’embouchure des rivières d’Orne & de Dive, ainfi que fur les
- grèves d’entre ces deux rivières, ôn fait la pèche des êquilles , avec un filet que les pêcheurs appellent feinette , comme étant un diminutif de la feine ; mais la maniéré de s’en fervir elt particulière. Les mailles de ce filet font en lofange , & ont environ trois lignes d’ouverture , montées fur des lignes aflez déliées. Cette nappe elt limple 5 elle a au plus une bralfe de chiite, & fix bralfes de longueur : aux deux bouts font attachées des perches ou gaulettes , qui font longues de fept à huit pieds. Les hommes, femmes & enfans font cette pêche. Chaque perche elt tenue ferme par un pêcheur ; ils marchent contre le flot fur les bancs les plus élevés, en foulant le fable avec les pieds , & brouillant l’eau avec leurs jambes qui vont contre le flot, pendant que d’autres avec de longues gaules battent l’eau. Les êquilles effrayées fe jettent dans le filet j celles qui font enfouies dans le fable ,faillifTent & donnent aufii dans le filet: aufîi-tôt que les pêcheurs qui tiennent les perches fentent les fcccuiTes du poilfon , ils fbulevent le filet par le pied, fe rapprochent Lun de l’autre, & ren-verfent le poiffon dans des corbeilles ou glines qu’ils ont fur leurs épaules. Mais cette gline, à la moitié de fa profondeur, porte un filet qui forme comme un double fond, & les mailles de ce filet font exactement de grandeur à îaifier paflér les êquilles, qui le traverfent comme quand elles s’enfoncent dans le fable. S’il refte fur le filet du frai ou de petits poiifons,les pêcheurs les rejettent à l’eau ; ou plutôt ils s’y précipitent d’eux-mêmes, quand les pêcheurs fe baiflent pour continuer leur pêche : au lieu que les êquilles refient au fond de la gline. n? x
- 140^. Nous parlerons ailleurs de la nature de ce poiffon, & deplufieurs autres façons de le prendre. Comme il 11’eft queftion ici que des filets qui ont rapporta lafeine ,-ce n’eft point le lieu d’entrer dans ces détails.
- 1406: M. Viger, procureur du roi de l’amirauté de Caen , à laquelle celle d’Qyititehaiu, eft.; ^aujourd’hui xéunie ,Lnous a. fait: par^fc de cette pèche des êquilles. On a déjà vu dans notre ouvrage plufieurs autres chofès pont nous lui. fomme§pég.alepieiytjre^eyp]3leSr& less mémoires .qifiil a bien voulu nous adrefler,; ainfi que 3qeii$ ; qp’ilçiiotps fait Opérer., ne-, peuvent que contiîbuer à mettre-' qe l’exaditudê dans les détail^ infirudifs qui fontfl’objet de; notre travail ( • -r r ! ?/'
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- 1407. On fait de plus petits collerets pour prendre les poiffons qui font reliés entre des roches ou des islets, dans des endroits qui n’affechent point de baffe mer. Comme ils ne different pas de ceux dont nous venons de parler , il nous fuffira de dire que ces petits collerets tiennent lieu des grands havenaux, qui fervent aux mêmes ufàges, & dont nous avons parlé dans le troilieme chapitre de cette feélion.
- 1408- On fe fert encore de collerets femblabîes à ceux que nous avons décrits ci-deffus , pour prendre des équilles & des hamilles ou lançons. Seulement, comme ces poiffons font louvent fort petits, ôn fait les mailles de ces feines très-ferrées y & fachant que ces poiffons. s’enfablent, on charge de beaucoup de plomb, le pied du filet»
- 1409. On trouvera, aux articles de ces poiffons,le détail des grandes pèches qu’on pratique pour les prendre»
- Collerets tramés par des chevaux»
- 1410» Il eft fenfible qu’en fe procurant une force plus confidérahle, on peut augmenter l’étendue des collerets. C’eft auffi ce que font des pécheurs Flamands , en faifànt traîner leur filet par des chevaux y ce qui eft praticable fur leurs fables, qui font fort unis.
- 1411. Ils mettent ordinairement un cheval fur chaque bras 5 mais quelquefois ils y en mettent deux, ou même un plus grand nombre : & plus ils fe procurent de force , plus ils augmentent la grandeur de leur filet. Au refie, cette pèche fe- fait précifément comme celle du colleret à pied. Ils finiffent par tirer le filet furie fable ; & quand ils ont pris le poiffon, ils recommencent un nouveau trait, lorfque la marée le leur permet.
- 1412. Cette pèche fe fait ordinairement depuis le mois d’avril jufqu’à celui de feptembre ; mais elle n’eft praticable que parles beaux tems, & lorfque la mer eft calme. Inutilement voudrait-on la pratiquer lorfque les eaux font froides : alors les poiffons fe retirent dans la grande eau, & les pèches, qu’on fait fur le rivage font ihfrucftueufes.
- 1413. On y prend, de même qu’avec les autres collerets, toutes fortes de poiffons. Comme ils ne s’emmaillent pas , il eftaffez indifférent de quelle grandeur foient les mailles j mais il eft effentiel d’éviter de les faire trop ferrées : cette pêche, toujours deftruélive pour le frai & la menuife, le ferait alors encore plus.
- 1414. Comme le filet pour la pêche au colleret eft traîné par des hommes ou des chevaux qui fe mettent dans l’eau, il eft fenfible que ces pêches font impraticables aux endroits où l’eau eft profonde. Pour traîner le filet de def fus les bords, il faut que la nappe d’eau ait une médiocre largeur y fans celaa
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- le filet ne pourrait Pembraflèr. Ainfi, pour pécher à la feine dans les endroits où il y a une grande profondeur d’eau , fur-tout lorfque la nappe eft fort étendue, comme cela fe trouve prefque toujours à l’embouchure des grandes rivières & aux bords de la mer , dans ces circonftances on ne peut fe difpen-fer de fe fervir de bateaux : ce qui fe fait de différentes maniérés, que nous allons expliquer dans les paragraphes fuivans»
- De la pêche à la feine, avec des virevaux ou treuils,
- I4if. La pêche dont nous venons de parler, ne peut guere être pratiquée que par des gens qui ont des fermes auprès de la mer, le commun des pêcheurs n’ayant pas de chevaux j & entre ceux-là , il s’en trouve qui ayant de grandes feines, ne font pas en nombre fuffilantpour les haler. En ce cas, après avoir engagé un des bras dans un treuil qu’ils ont établi furie rivage , ils fe mettent tous dans un bateau pour tendre leur filet > puis ils amènent à terre le bras forain , & ils l’ajuftent fur un autre treuil qu’ils ont folidement établi fur le rivage, auprès du premier. Enfuite » tournant avec des leviers le cylindre du treuil, ils amènent peu à peu leur filet à terre. Cette opération eft longue > mais elle a l’avantage de pouvoir être exécutée avec peu de monde.
- Pêche avec une feine dont un bras eft amarré à terre»,
- 1416. D’autres pêcheurs font encore parvenus à pêcher avec peu de monde, par un moyen bien fimple. Ayant amarré un bras de leur feine à un pieu au bord du rivage, ils embarquent le filet dans un bateau, en le pliant fur une planche 5 puis ils attachent l’autre bras au bateau, & nagent au large pendant qu’un d’eux met peu à peu le filet à l’eau , à mefure que le bateau s’é* loigne de la côte. On eflaie de former comme un demi-cercle, & l’on décrit une ligne circulaire aufli grande que le filet & même fes bras peuvent le permettre. Les pêcheurs ramènent enfuite le bateau à l’endroit où eft amarré, au bord de l’eau, un des bouts du filet» Alors les pêcheurs du bateau mettent pied à terre ; & fe joignant avec ceux qui fe trouvent au bord de l’eau, ils tirent de concert le filet à terre, & prennent le poiifon. Vers l’embouchure de la Vilaine , & en remontant dans cette riviere, on voit un homme feul, ou aidé d’un petit garçon, faire la pêche dont nous venons de parler. Mais en ce cas les feines font très-petites»
- Pèche à la feine, où une partie de P équipage haie à terre un bout du filet, pendant que le refte haie l'autre bout avec un bateau.
- 1417. Cette pêche fe fait quand on_a plus de monde que pour laprécé-
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- dente : au refte, elle en différé peu. Au lieu d’attacher un des bras à un pieu au bord de l’eau, cinq ou fix hommes le tiennent: d’autres s’embarquent dans un bateau, & tendent le filet. Quand il eft mis à l’eau, ceux-ci attachent un bras du filet à l’arriere du bateau ; & formant une portion de cercle, ils nagent à peu près parallèlement au bord de Peau. Quand ils ont fait un certain chemin pour fe rendre par le travers de ceux qui font à terre, ceux de terre 8c ceux du bateau agiifent de concert, halant chacun fur un bras du filet : ils traînent ainfi une longueur de deux à trois cents brades. Puis le bateau fe rapprochant peu à peu du rivage, & de ceux qui font à terre, les deux bandes de pêcheurs fe réunifient à un endroit où les bords foientpeu efcarpés. Ceux du bateau fe débarquent, & tous tirent de concert le filet à terre, halant d’abord fur les bras, puis fur le filet. Pour cela, joignant la tête & le pied du filet, ils le doublent, & forment un fac dans lequel fe ramafTe le poiflon.
- 1418' Cette façon de relever le filet eft fans contredit la meilleure, & on la pratique autant qu’on le peut 5 fins quoi il s’échapperait beaucoup de poiifon au moment que le filet fort de Peau. Quelque précaution qu’on prenne, il y en a toujours qui fe fauvent. Pour les rattraper, aux grandes pèches, quand le filet eft prêt à fortir, deux pêcheurs fe mettent à Peau, & traînent un colleret derrière le fond de la grande feine : de plus , le bateau fe tient derrière le colleret, battant l’eau avec fes avirons. Par cette manœuvre , le poiifon qui s’eft échappé de la feine , tombe dans le colleret. On appelle cette pêche, à la grande feine, foutenue par un colleret. On la nomme auiîî en plufieurs endroits , pèche à la traîne. C’eft la tratta de Seniglaglia, & encore ce qu’on nomme xabegas fur les côtes d’Efpagne.
- 1419. Voici comment les pêcheurs de la baie d’Arcançon font pendant toute l’année la pèche à la traîne, au bord de l’Océan.
- 1420. Douze à quinze hommes s’aifocient pour faire leur métier à la part. Ils conftruifent eux-mêmes des cabanes du côté du bafîin ,& ils lesadoffent aux dunes de fable qui bordent la côte. Au moyen de ces cabanes, ils font toujours à portée de faire leur pêche avec des Peines, qui ont quelquefois plus de foixante-dix brafies de longueur , & feulement une ou deux brades de chiite au milieu, & au plus une brade aux deux bouts. Quand ils veulent pêcher dans le bafîin & les chenaux, ils fe fervent de petites Peines ou feinettes, qui n’ont quelquefois que quatre braifes de longueur. Le pied des grandes feines eft garni de plomb : mais les petites font leftées avec des pierres percées..
- 1421. Les mailles de leurs blets font de differentes grandeurs, fuivantl’ef pece de poiifon qu’ils fe propofènt de prendre ; car à la Tête-de-Buch, ils prennent des dorades , des loubines , des maigres , des folles , &c. & dans le badin, des barbeaux, des aiguilles , des feches, des congres, des fardines , des carrelets , des tires, &c..
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- 1422. Les conventions des pêcheurs font à peu près les mêmes que celles des pêcheurs aux cordes , qui font décrites dans notre première fedion, chapitre I, art. 12. Un marchand de poiiîon , qui fournit les pinaiîes & les filets , fe charge de la vente du poiffon ; moyennant quoi, il retient pour fes agrès le tiers du profit, & en outre une part de matelot pour le fois qu’il prend de faire la vente. Le rjpfte fe partage également entre les pêcheurs.
- 1423. Quànd la pinalfe & les filets font préparés, le chef des pêcheurs fe promene au bord de l’eau ; & lorfqu’il apperçoit des poiffons dans les brifans , il en avertit par un coup de fifflet. Alors les matelots qui font à la pinallê, viennent le joindre à force de rames 5 'ils amarentà terre un des bras de leur feine s puis fe portent au large , un matelot jetant à l’eau , pli par pli, le filet qui eft rangé fur une planche. Puis , en décrivant une ligne circulaire, iis gagnent le rivage , & fe jettent à terre pour tirer le filet de concert avec ceux qui font reftés à terre.
- 1424. A Arles ,les feines ont environ deux cents braifes de longueur, fur trois ou quatre de chûte 5 & les bras font longs de trois à quatre cents braifes. La pêche fe faitprécifément comme nous venons de l’expliquer. ; ,
- 1425. A Oleron, la plupart des feines n’ont que trente à trente-cinq braifes. de longueur.
- De la pêche à la feine ou à la traîne , en pleine eau,.
- 1426. Nous avons expliqué comment on traîne le filet à pied ,foit qu’011 le tende fans bateau, foit qu’on emploie un bateau pour cette opération. Il nous refte à expofer comment on traîne ce même filet en pleine eau.
- 1427. Les pêcheurs de la Rochelle, qui ont de forts bateaux pontés qu’011 nomme traverjiers, traînent à la voile des filets qui ont fix ou lept braflès en quarré , également fur les fonds de vafe & fur ceux de fable. Les bras de ces filets ont trois ou quatre pouces de circonférence, & cinquante à foixante braifes de longueur : ils font attachés l’un à pouppe & l’autre à proue , fur un des bords du bâtiment, qu’on fait dériver par le travers. Les maiiies du filet ont environ quatre pouces d’ouverture en quarré. Les pêcheurs eftiment que les vents de nord & de nord-eft leur font favorables. Pour relever le filet, on le tire à bord par le travers du bateau. On y prend ordinairement des poilfons plats.
- 1428. En plufieurs endroits , notamment aux environs de Caen, on traîne les feines en pleine rade, avec deux bateaux. Le fileta communément quar-rante braifes de longueur fur quatre bralfe'S'de chûte.
- 1429. Quand la mer eft forte, lix ou huit hommes fe mettent dans de bons bateaux, dont un a fur fon bord le filet, & l’autre en retient un bras. Celui qui
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- a le filet, le jette à Peau à mefure que les deux bateaux s’écartent ; ou bien les deux bateaux prennent chacun une partie du filet, & le mettent à l’eau à mefure qu’ils s’éloignent l’un de l’autre ; mais pour cela, il faut que la mer foit belle. Quand le filet eft à la mer , chaque bateau haie fur fon bras , & ils tirent le filet de concert. Quelquefois les deux bateaux atterrent pour tirer leur filet fur le fable j mais quand la côte n’eft pas favorable , ils relèvent à bord.
- 1430. Lorsque la mer eft parfaitement belle & calme, il y a des pêcheurs qui prennent de petits bateaux qu’ils nomment picouux , ou piloteux, qui n’ont que treize pieds de longueur. Deux hommes fe mettent dans chaque bateau, & pèchent avec des feines moins grandes. il eft vrai qu’ils courent rifque de périr quand il furvient du mauVais tems : mais comme cette pêche leur eft plus profitable, l’appât du gain les décide pour expofer leur vie.
- 1431. Quand on faitles grandes pêches à la feine en pleine eau, il eft important de relever le filet dans les bateaux; enforte que les pêcheurs halantfur les bras, l’un ne tire pas le filet plus que l’autre. Pour cela, il y a des pêcheurs qui prennent une fort bonne précaution : elle confifte à mettre des fignaux furies bras , de diftance en diftancc , comme de quatre en quatre braffes, afin que chacun retirant un pareil nombre.de fignaux, les deux pêcheurs foient affuqés d’amener à bord une pareille longueur de cordage. En ne prenant pas cette précaution, fi un pêcheur tirait beaucoup plus de corde que l’autre, il poufferait hors du filet une partie du poiffon qui devrait refter au milieu & au fond du filet ; & ce ferait autant de perdu.
- Expofé fommaire des pêches qu'on fait avec les feinès, fur les cotes de t Océan & de la Méditerranée.
- 1432. Noüs allons parcourir très-fommairement l’ufage qu’on fait du col-leret & des feines fur plufieurs côtes ; pour faire obferver quelques particularités qui font dignes d’attention. Il faut être prévenu qu’affez fouvent les pêcheurs nomment colleras les petites feines ou fdnetus, quoiqu’on ne les traîne pas entièrement * comme nous l’avons expliqué.
- 1433. La rivière de Seine fe trouvant fort entrecoupée d’islets par le travers du village d’Oyffel, on 11e peut y faire ufage que des fçinettes, qui n’ont que quinze à vingt braffes de longueur, & deux à trois de chute. L’ouverture de leurs mailles eft de fix lignes.
- 1434. Dans l’amirauté de Fécamp, aux endroits où la pêche à la côte eft très-difficile, 011 fefert de traîneaux, feinettes, ou petits collerets , à mailles étroites, & qui 11’ont que dix à douze braffes de longueur.
- 1435. Quelques pêcheurs côtiers des environs de Dieppe fe fervent de plufieurs fortes de collerets : les uns ont les mailles fort larges vers les deux
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- bouts , & plus ferrces au milieu : d’autres ont vers la tête du filet, des mailles de treize à quatorze lignes , faites d’un fil très-fin ; les mailles qui approchent du pied du filet, n’ont qu’environ neuf lignes. Comme cette partie du filet fe traîne fur un fond dur, le fil eft plus fort ; & au lieu de charger de plomb le pied du filet, comme le font les collerets de Flandre , on y fubffitue ce que les pêcheurs nomment de la fouillardiere, qui eft un rouleau de vieux filets.
- 1436“. A PIsJe-Grand, dans l’amirauté de Morlaix, où les côtes font dures & ferrées , on ne met point de plomb à la ralingue du pied ; mais on y attache des lignes menues, longues de quelques pouces, au bout defquelles font amarrées de petites pierres plates. Ainfi le pied du filet ne porte point fur le fond, qui en aurait bientôt détruit les mailles. Au refte , la manœuvre pour fe fervir de ce filet, eft la même que pour le grand colleret plombé. Mais comme le pied du filet ne porte pas fur le fond, on ne prend guere de poiL fons plats.
- 1437. Dans l’amirauté de Barfleur, on pèche avec une feine, dont le fond a environ quarante braffes de longueur. Toutes fes mailles font d’un même moule, excepté quatre ou cinq braffes de chaque bout, qui communiquent avec \e canon, bourdon, ou bâton, auquel font amarrées les ralingues. Les pêcheurs nomment ces dernieres braffes, hargneres. On tient de terre un des bâtons , tandis qu’un bateau porte le filet au large, & le tend en enceinte ; puis revenant à terre , y apporte l’autre canon. Quatre ou cinq hommes exécutent cette pêche de la même maniéré que nous l’avons décrite en parlant de la grande feine foutenue du colleret.
- 1438. Cette même pêche fe fait auprès de Cherbourg, avec des filets dont les mailles font ferrées. Le fond de la feine eft compofé de fix pièces, de trente-une braffes chacune. Les bras font formés chacun de quatre pièces, qui ont enfemble cent vingt braffes. Ce font ordinairement des femmes qui fe mettent à l’eau jufqu’aux aiffelles, pour -foutenir le fond avec un colleret.
- 1439. Dans l’amirauté de Caudebec, on pêche dans la riviere de Seine avec deux fortes de feines. L’une , qu’on nomme feine claire, fert à prendre fur-tout des alofes & des faumons ; fes mailles ont onze à douze pouces d’ouverture. Les autres feines , dites èpaiffes, ontfouvent leurs mailles de cirtq à fix lignes, tout au plus, d’ouverture. Elles fervent à prendre des éperlans, quoique communément ces poiffons fe prennent avec des manets. Ces fécondés feines font pierrées par le bas. Les pêcheurs augmentent à volonté la longueur & la chûte de leurs filets, enforte qu’ils ont quelquefois foixante brades, & d’autres fois jufqu’à deux cents de longueur; & tantôt une braffe & demie de chûte, d’autres fois trois braffes & plus, fuivant la profondeur de l’eau où ils établiffent leur pèche. Un bout du filet refte à terre; l’autre eft: porté au large par un bateau : le refte s’exécute comme nous l’avons expliqué plus haut.
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- - '1440, Les pêcheurs de l’amirauté de Touque & Dive notnraent:W«?; des feines plombées & flottées, qui ont dix-huit brades de long, une brade & demie de chute vers les extrémités , & trois brades au milieu. Quatre pécheurs Te mettent dans deux petits bateaux qui ne tirent que douze à quinze pouces d’eau. Ils embarquent le filet, moitié dans chaquebateau. Un homme de chaque bateau jette le filet à l’eau, tandis que l’autre nage mollement. Lorf-que le fileteltà l’eau, les deux bateaux le trament chacun par un bout. Après avoir fait cette manœuvre pendant un certain tems, les deux bateaux faifant une enceinte , le réunifient pour le tirer à terre ou à bord de leurs bateaux, comme nous l’avons expliqué plus haut, raflemblant toujours le pied & la tète du filet, pour retenir le poiflon. Quand on tire à terre,011 traîne derrière la feine 1111 dranet ou colleret, pour retenir le poiflon qui pourrait s’échapper.
- 1441. Il y a dans l’amirauté de Cherbourg, des pêcheurs qui vont tendre des feines dans quelques anfes, & qui les halent à terre au moyen de petits virevaux ambulans.
- 1442. La feine traînée par deux bateaux ett appellée tournée, dans l’amirauté de Saint-Brieuc. Le filet a environ trois brades de chute, & trente ou quarante brades de longueur. Il 11’y a point de plomb fur la ralingue du pied; 011 met feulement, de deux en deux brades, des pierres qui pefent une livre ou une livre & demie. Ordinairement les pêcheurs 11e halent point leur filet à la côte: après avoir fait une enceinte, ils le relevent où ils fe trouvent.
- 1443. Dans l’amirauté de Vannes, onfe fert aufii de feines dont le pied
- cil: garni de pierres peu pelantes, qui font à une brade & demie les unes des autres. Ain.fi ces filets endommagent peu les fonds. » y
- 1444. Quatre chaloupes s’aflocient pour en faire ufage. Celle qui porte
- le filet, a cinq hommes. Quand ils veulent tendre, quatre hommes de ce bateau nagent, enforte que le cinquième puifle placer la feine en derni-cercle dans l’eau. On amarre un des bouts à l’arriere du bateau. .>
- 144.V Pour:relever le filet, ce bateau.tournant fuivant l’établiflement'du filet, deux-pêcheurs le mettent à l’avantj & afin d’ernpècher que le poiflon,qui fe trouve dans l’qnceinte n’en forte, ou qu’il ne faute par-deifus les flottes de liege, qui font à fleur d’eau, deux autres bateaux entrent dans l’enceinte, & battent l’eau avec leurs avirons : Je quatrième bateau, qui fe tient en-dehors, fait la même manœuvre. :i , ,
- • 144 6. Chaque pièce de ces filets as trente brades,de Jqngueur, &r trois de chute. Cinq pêcheurs conviennent; ordinairement de -fournir chacun une tellure d’environ cinquaqte,brades ; mais comme,elle doit for mer ,un lac pour retenir le poiflon, elle n’a guère,que quatre-vingt brades quand elle elt tendue. Cette pèche fe fait à la mer, ou à l’embouchure des rivières; elle fe pratique toute l’année, hors lalaifon des lardines : encore y a-t-il des vieillards &
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- de jeunes gens qui la font alors, n’allant pas pécher des fardines avec les autres. On y prend des poiffons ronds & des plats, en un mot, tous ceux qui s’entonnent dans le fond du filet, qu’il faut relever en le pliant en deux fur fa longueur , pour que les poilfons 11e s’échappent pas.
- 1447. Ce qu’on appelle grande traîne, dans l’amirauté de Caen, a des mailles larges'de trois à quatre pouces, &peut plutôt être regardé comme une folle ou demi-folle dérivante, que comme une feine.
- 1448- Il n’y a point de côte où l’on 11e pratique quelques-unes des pêches dont nous venons de parler, à Marennes, aux environs de Royan, à Rondeur, à Villerville, à Breft, aux environs de Caen, dans prefque toutes les grandes rivières, les étangs, &c. Toute la différence conlifte en ce que les filets font plus ou moins grands, & qu’ils ont des mailles plus ou moins ferrées. L’étendue & la profondeur de l’eau, à l’endroit où l’on veut établir la pèche, décident fur la grandeur du filet ; & la largeur des mailles varie fuivant la groffeur du poiffon qu’on fe propofe de prendre : car, quoiqu’on 11’ait pas intention qu’ils s’emmaillent, il ferait fuperflu & embarralfant de faire de fort petites mailles pour prendre de gros poiifons. Il fuffit d’annoncer ces différences: des détails circonftanciés deviendraient ennuyeux , fans être plus inftru&ifs.
- 1449. Les pêcheurs redoublent d’aélivité pendant le carême; non-feulement parce que la vente du poiffon eft plus avantageufe, mais encore parce que les eaux commençant à s’échauffer, les poiffons s’approchent du rivage, où l’on pratique beaucoup la pêche aux petites feines. Lorlque les eaux deviennent froides, il faut aller chercher les poiffons dans la grande eau. En général, toutes ces pèches détruifent beaucoup de frai & de menuife, fur-tout quand le bas du filet eft fort chargé de left, & lorfque les mailles font ferrées : & le poiffon y eft toujours plus fatigué que quand on le prend avec des filets féden-taires. ,
- 14^0. Nous allons dire un mot des pêches de la Méditerranée, qui ont rapport aux feines. Comme il n’y a point de marées dans la Méditerranée, & que la mer y eft rarement aufli agitée que dans l’Océan , on y fait les filets beaucoup plus grands : tels font ceux qu’on nomme trahines ou boulieches , du côté de Narbonne. Il y a de ces filets qui ont jufqu’à cent quatre-vingt-quinze brades de longueur, fur neuf brades de chiite, & qui font chargés de cent quarante livres de plomb. Ces filets ont des mailles de différentes grandeurs: les plus larges ont quatre pouces d’ouverture en quarré; & les plus petites , deux pouces.
- J4?i. Les Italiens font fur les côtes du duché d’Urbin, une petito pêche qu’ils nomment rivale, & qu’on peut regarder comme un diminutif du colîe-ret. Ce filet n’a qu’environ foixante-quinze pieds de longueur ; fa chiite eft de neuf pieds au milieu, & de quatre aux deux bouts. Il eft tendu par deux Tome K. F ff
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- hommes, dont un tient à terre un des bras du filet, & l’autre entre dans l’eau jufqu’à dix ou douze brafTes du rivage. Celui-ci fait un demi-cercle, & vient joindre fon compagnon qui eft refté à terre. Alors ils tirent le filet de concert, & prennent le poiftbn qui s’y trouve : ce font ordinairement des muges, des anguilles & des loubines. On pratique cette pèche durant l’automne.
- 14^2. On fait en Provence des pèches avec des filets d’une énorme grandeur , que l’on traîne. Prefque tous ces filets ayant au milieu un fac ou une poche, nous remettons à en parler ailleurs.
- 14^3. Nous aurions encore plufieurs chofes à dire fur les Peines: mais comme elles ont rapport à la pèche de diiférens poiifons , nous n’en parlerons que dans les articles dont ces poiifons feront l’objet.
- De quelques pêches étrangères
- 14^4. On lit dans Vhifloire générale des voyages , tom. XITI, pag. 3 66> in-4% que les Indiens de la côte de Guayaquil, dans l’audience de Quito > font fort habiles pécheurs, fur-tout à la Peine. Ils s’aifocient plufieurs. pour faire cette pèche fmguliere. L’un jette à la mer une efpece de foîive, longue, de deux a trois toiles , & qui a un pied d’équarriflage , ce qui eft fufiifant pour porter une Peine qui eft pliée Pur un bout de la folive, & un Indien monté Pur l’autre bout. Il s’y tient droit Pur Pes pieds, voguant avec une elpece de pagaye nommée canulette, & s’éloigne à une demi-lieue de la plage : alors il jette la Peine à l’eau. U11 fécond Indien, qui vogue Pur une pareille folive, faifit le bout du filet que fon camarade a jeté à Peau , & tous deux tenant la Peine tendue , s’avancent vers le rivage , en failànt un quart de converfion. Us y trouvent de leurs compagnons , qui les attendent pour leur aider à tirer le filet fur le fable.
- 14^5.. Il elt bond’ètre prévenu que ces mers font fort tranquilles, & que les Indiens Pont d’excellens nageurs, qui Pavent remonter Plu* leurs folives quand ils ont tombé à l’eau.
- 14fd. D’autres voyageurs rapportent que certains Indiens vont quelquefois jufqu’à deux milles de la côte, étant enfourchés Pur un faifceau de rofeaux, lors même que la mer eft afTez grolfe. Ils portent avec eux leurs filets r & pèchent de jour & de nuit. Quand ils Pont retournés à terre, ils emportent fur leurs épaules la botte de rofeaux , qu’ils font Pécher pour s’en lèrvir une autre fois. Ils nomment ces faifceaux des balfes. Cette façon de pécher eft commune à Collao de Lima. Une gaule menue, ou baguette , leur fert d’avjron ils en ont une dans chaque main.
- 14^7. En Guinée, à la Côte-d’Or,les pêcheurs Pe fervent de filets faits; d’écorce d’arbre. Us chargent de grolfes pierres les extrémités, & mettent pour bouée un bâton. Le filet placé dans un courant, y refte la nuit,. &.le lende-
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- main 011 y trouve des efpeces de brochets, des requins, &c. 611 bien,ayant garni la tète du filet avec des bâtons qui tiennent lieu de flottes , ils traînent le filet dans les étangs , & l’atnenent avec le poilfon fur le rivage. Ce filet ayant autant de chute que l’eau elb haute, aucun poilfon 11e peut échapper.
- I4î8- Les Ru lies établis fur les bords de la Baltique 11e connaiffent guère d’autre pêche que la feine, & ils y prennent plus de petites morues que d’autres poiifons.
- 14^9. On lit dans Vhifloire générale des voyages , édition in-40, tome III» page 180, que les negres de la côte du Sénégal, qui veulent pêcher dans l’intérieur du pays, s’aifemblent jufqu’au nombre de trente ou quarante , pour en demander la permiffion au feigneur de la riviere. Après l’avoir obtenue, ils paflènt huit à dix jours fur l’une & l’autre rive, où ils prennent toutes leurs mefures pour affurer le fuccès de leur entreprife. Leur méthode ordinaire , eft de gagner avec de grands filets le milieu de la riviere, les uns à gué , quand la choie eft poffible, les autres à la nage. Enfuite , failant un demi-cercle qui embrafle une alfez grande étendue , ils fe rapprochent de la rive avec leurs filets , qu’ils tirent auffi-tôtà terre. Comme ils font fort adroits à cet exercice, ils ne manquent guere de faire une pèche abondante. Le droit du feigneur eft-un vingtième de leur prife.
- Article cinq_uieme.
- De quelques pèches qui ont beaucoup de rapport aux fieines.
- Pêche à la grande feine, dite grand filet, dans la Durance»
- 1460. On fait dans la.Durance,auprès deXaintes, une pèche très-confi-dérable qu’011 nomme au grand filet, & ce filet eft du genre dçs feines. Il em-bralfe toute la largeur de la riviere. Voici comment fe fait cette pêche. Neuf maîtres pêcheurs & fix garçons ont enfemble huit bateaux plats, dans lefi-quels ils portent des piquets 8c des filets jufqu’à l’endroit où ils veulent établir leur pèche. Quand ils s’y font rendus,ils enfoncent les piquets fuivant une ligne droite , qui traverse la riviere d’un bord à l’autre, & ils y tendent des pièces de filet. Enfuite ils fe remettent dans leurs bateaux, & remontent la riviere environ un demi-quart de lieue. Là ils jettent à l’eau un autre filet fem-bîable au premier, & qui embraife auftî toute la largeur de la riviere. Quatre hommes à pied fur chaque bord liaient fur les bras pour traîner le filet: les autres, qui font dans les bateaux, foutiennent le filet & le conduifent en fuivant le cours de l’eau , faifant toujours grand bruit, jufqu’à ce qu’ils aient joint l’autre filet, qui eft refté fixe & tendu firr les piquets. Lorfque les deux
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- filets font tout près l’an de l’autre, on détache des piquets le filet fixe, & tirant dans les bateaux les deux filets joints enfemble , on prend les poilfons qui font renfermés entre deux. Les chafle-marées portent ces poilfons en Poitou, à la Rochelle , à Rochefort, & ailleurs.
- 1461. Ces pêcheurs ont droit de faire leur pèche depuis le port du Lis, près Coignac, jufqu’à Saint-Savinien, trois lieues au-deifus de Xaintes. Ils ne pourraient pas pêcher plus bas, les marées y étant trop fortes. Leur pèche ne •réuffitque quand la riviere n’eftpas débordée.
- * 14^2. Nous voyons dans un mémoire de Bengale, que les pêcheurs de Pondichéry font trois ou quatre fois l’année une pèche, pour laquelle ils barrent la riviere haut & bas, dans toute fa largeur, avec des claies de bois de hêtre. Enfuite ils rapprochent peu à peu ces claies les unes des autres, & parviennent ainfi à raflembler le poiifon dans un endroit où il y ait peu d’eau * afin de le prendre aifément.
- Pêche à la grande feine dans îa Mofelle, où les pêcheurs de Metz la nomment ret, rets, ou raie ( fubfiantif féminin )..
- 14(53. Le filet qui porte ces difterens noms eft une nappe fimple , qui a dix ou douze pieds de chute , & quelquefois cent bralfes de longueur,-plus ou moins , Privant la largeur & la profondeur de la riviere à l’endroit où l’on s’établit.. On fait avec ce filet une enceinte en forme d’arc , dont le rivage eft la. corde.
- 1404. Quand les deux Bouts du filet touchent le rivage, alors 011 le tire à» terre , & le poiifon fe trouve renfermé dans une poche ou ventre , que forme le milieu du filet, & qui eft produite par quantité de mailles furnuméraires. La tète de ce filet eft garnie de flottes de bois j & le pied, de bagues de plomb* 145f. Les mailles doivent être au moins d’un pouce en quarré; mais 011 donne des permiflîons particulières en faveur des ables, qui exigent que les, mailles foient beaucoup plus ferrées.
- Article sixième..
- Des pêches qui fe font avec des filets traînans (113), qui ont rapport aux feints ou traînes , mais au milieu defquels ejl un fac , manche, ou poche, où le poiffon fe rajfemble.
- 1455. Si l’on s’en tenait exactement aux dénominations qu’adoptent les
- ( 113 ) Cette forte de filets n’eftpas connue en Allemagne.,On pourrait les nommer Beutelgarne.
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- pêcheurs , on aurait bien de la peine à donner une idée julle des différens blets , & des ufages qu’on en fait pour la pèche. Eife&ivement, la plupart des pêcheurs confondent les manets avec les feines ; pareille confufion fe trouve entre la feine proprement dite , & les filets entremail. Pour nous tirer de cet embarras, nous avons pris le parti de ranger tous les filets en nappe fous quatre claifes principales : la première comprend les filets dont les mailles font de différentes grandeurs , fuivant la grolfeur des poiifons qu’on fè propofe de prendre ; & nous les avons nommés manets, de quelque façon ‘qu’on les tende, par fond & fédentaires, dérivant au gré des courans , ou formant des enceintes.
- 1467. Nous avons nommé folles, les filets à grandes mailles , qu’on tend toujours par fond & fédentaires, dans lefquels les raies & quelques autres gros poiifons s’embarraifent.
- 1468- Ces filets compofés de trois nappes forment une troifieme claife, que nous nommons tremails ou tramaux ; foit qu’on les tende par fond & fédentaires , ibit qu’on les laiife dériver au gré des courans, ou qu’on les traîne.
- 1469. La quatrième claife comprend des filets qui, étant traînés dans l’eau, raifemblent les poiifons de toutes les efpeces, qui fe préfentent à leur paifage. Quoiqu’on ne fe propofe pas que les poiifons s’y emmaillent, & que pour cette raifon il foit indifférent de quelle grandeur foient leurs mailles 5 ne fût-ce que pour diminuer le prix du filet, & le rendre plus aifé à manier & à traîner, on tient les mailles plus grandes lorfqu’on fe propofe de prendre de gros poiifons, que quand on en pèche de petits. On peut regarder les filets dont nous allons parler , comme de vraies feines ; puifqu’il 11’eft point eifentiel que les poiifons s’ÿ emmaillent, & qu’on les traîne toujours fur le fond. Ainfi nous aurions pu les comprendre dans l’article 4. Mais ces filets ont tous au milieu de leur longueur , une manche , poche , queue , najfe, beurfe , ou fac, dans lequel le poiiTo.il fe raifemble : ce qui fait qu’on peut les regarder comme mixtes entre les feines proprement dites , dont nous avons parlé, & les dragues dont il fera queftion dans le chapitre fuivant.. Ces raifons nous ont déterminés à en former un cinquième article.
- 1470. Ces filets, qui 11e fervent que dans la Méditerranée, portent les noms de boulier, b regin, aiffaugue,ganguy , bœufs , tartanne. Quoique ces différentes pèches ne different entre elles que par la grandeur des filets, fou-verture de leurs mailles, & la façon de s’en fervir, nous avons cru devoir entrer à leur fujet dans de grands détails : ce que nous exécuterons dans autant de paragraphes particuliers.
- De.la grande aiffaugue..
- T4.7L II eft bon de commencer par prévenir que les uns écrivent eijfauguep
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- les autres, aijfaugue, ejfatigue, ou ijfiaugue. Ces incertitudes de 'dénominations font bien fréquentes entre les pêcheurs, même ceux d’une même côte.
- 1472. L’aissaugue eft formée d’un fac, bourfe, nalfe, ou manche A H (/?/. XIV,fig. 1 ), qui fait le fond du filet, & de deux longues bandes de filet, jambes, traits, ou ailes B B , qui en font les côtés , & à l’extrémité defquelles on joint de longues cordes ou halins C, pour le traîner.
- 1473. La longueur des ailes eft de quatre-vingt-quinze brades. Les quatre-vingt premières brades , de B B en N, ont leurs mailles d’un bon pied d’ouverture en quarré ; & la hauteur du filet en cette partie , eft au moins de cent foixante-dix pieds. Au refte, toutes les proportions que nous donnons ici, d’après de bons mémoires , font fujettes à variation.
- 1474. Les dix brades N D, qui fuivent les quatre-vingt dont on vient de parler, font nommées aureras; elles ont deux pouces & demi d’ouverture en quarré. La hauteur du filet en cet endroit, eft d’environ trente-fept pieds. Ces mailles, fur-tout celles des quatre-vingt premières brades, font trop grandes pour arrêter le poidon 5 elles ne fervent qu’à former comme une galerie , qui détermine le poidon à fe rendre dans la poche A. On tient néanmoins les autres mailles plus ferrées, à mefure qu’011 approche du fond ; parce que le poidon , qui s’apperçoit du piege qu’on lui tend , s’échapperait, fi des mailles plus ferrées 11e le retenaient.
- 147C Les cinq dernières brades D E, font appeîlées failles, & formées d’un filet qu’on nomme tnajour, dont les mailles n’ont que cinq ou fixlignes d’ouverture en quarré, & où les fardines commencent à s’emmailler. Cette partie du filet peut avoir trente-fix pieds de hauteur.
- 1476. Il faut obferver que les quinze dernieres brades des ailes font bordées haut & bas , d’une efpece de galon de filet F G, qu’011 nomme chappe, dont les mailles font d’un fil retors en quatre : celui du haut a quarante mailles de hauteur ; & celui du bas, foixante.
- 1477. Ces chappes ne fervent pas à prendre le poidon. Leur ufage eft de conferver le filet, qui eft fait d’un fil plus délié; & quand les pêcheurs tirent les ailes hors de l’eau , ils ont foin d’envelopper les aureras & les majours par la chappe, dans la vue de les conferver , comme le font les pêcheurs A A. de \à figure 3. C’eft pour cette raifon,que la partie inférieure de la manche eft formée de mailles de chappe, capables de réfifter au frottement que le filet éprouve contre le fond de la mer. Les termes d'aureras > de failles & de majours, font en ufàge au port de Marfeilie.
- 1478- A la Ciotat, & à Antibes, les ailes font formées de quatre pièces de filet. La première a quatre-vingt brades de longueur, & fes mailles ont vingt-un pouces d’ouverture : la fécondé eft longue de treize brades, & a les mailles ouvertes de deux pouces & un quart : là longueur de latroifieme eft
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- de cinq braffes, dont les mailles ont un pouce d’ouverture: la quatrième, qu’ils nomment margue, & qui forme l’embouchure du filet, a neuf bralfes ; & fes mailles , fix à huit lignes d’ouverture : ce qui n’eft pas fort différent de ce qu’on pratique à Marfeille. Ces petites variétés peuvent s’obferver dans les divers ports, & quelquefois dans le même , fuivant la fantailîe des pêcheurs.
- 1479. L’embouchure du filet s’appelle margue ou gorge. La poche ou manche A (fig. 1 )a neuf braffes de longueur, depuis l’entrée jufqu’au fond ou cul-de-fac. L’entrée a dix-huit ou vingt braffes de circonférence.
- 1480. Lorsque dans un grand fond elle eft tenue ouverte par les lieges & les plombs, fes mailles font en lofange de haut en bas ; & alors la manche a peu de profondeur , comme 011 le voit en A ( fig. 1 ). Elle reffemble , en quelque forte, à une voile enflée par le vent; mais elle s’alonge, à peu près comme, F indique la ligne pondtuée M , à mefur.e qu’elle s’emplit de poiffon, quand l’eau s’y entonne avec force, ou lorfqu’étant près du rivage les lieges s’approchent des plombs 5 & à proportion que la poche s’alonge , l’embouchure fe ferme par l’affaiffement des ailes; au moyen de quoi lepoiflon 11e peut s’échapper. Ainli la manche deff’aiffaugue fait deux fondions ; en pleine mer, celle d’un filet qui arrête le poiffon , comme les feines ordinaires ; & auprès du rivage, c’eft une poche dans laquelle le poiffon fe trouve enveloppé. Aux approches de terre , le poiffon effrayé s’enfonce dans la manche, & en eff plus finement pris. Quelques-uns, qui fe trouvent d’une groffeur proportionnée à l’ouverture des mailles, s’y arrêtent par les ouies; ce qui arrive pareillement aux feines: mais ce n’eft pas le grand nombre.
- 1481. On diftingue cinq parties dans la manche : favoir, i°. le cul-de-fàc H, qui a une braffe & demie de diamètre. A Marfeille, on le nomme cul de peivau, ou chauderon. Il eft fait d’un filet très-fort, & capable de foutenir le poids du poiffon lorfqu’on le tire de l’eau. Ses mailles , dites de pin, ont un peu moins de quatre lignes d’ouverture en quarré. Comme le fil retors en trois ou quatre fe gonfle à l’eau , les mailles ont au plus trois lignes d’ouverture , lorfque le filet a fervi.
- 1482. 2°. Dans la partie fupérieiire de la manche I, les deux braffes les plus proches du cul-de-fac, font d’une maille appellée clairets , qui a un peu plus de quatre lignes & demie d’ouverture en quarré. Les fept braffes fuivan-tes K, qui terminent l’entrée de la manche, font de mailles dites majours, qui ont fix lignes d’ouverture.
- 1483* 3°- La partie inférieure de la manche a pareillement deux fortes de mailles : les fept braffes les plus proches du cul-de-fac, font d’une maille appellée grand maj our, qui a fept lignes d’ouverture en quarré, & qui eft faite avec un fil plus fort que les majours ordinaires : les deux autres braffes , qui font à l’ouverture de la manche , font appellées tirajj'adour; elles font formées de mailles de chappe* qui ont quinze lignes en quarré.
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- 1484. 49* Les deux flancs de la manche L, qu’on appellepouches oupointes, ont une figure prefque triangulaire, & font formés démaillés qui tiennent le milieu entre les majours & les qlairets. Ces mailles ont environ cinq lignes d’ouverture en quarré.
- I48>. On ne peut pas, à caufe des fauflfes coupes, établir exaétementla mefure des différentes mailles à un nombre fixe de lignes: cependant on peut dire à peu près que les mailles de pin font de trois lignes d’ouverture, franc de nœuds * celles dites clairets , au moins de quatre lignes ; celles des pouches ou flancs , de cinq lignes ; & les mailles dites majours , de fix lignes.
- ‘ i486. Les pêcheurs à l’aiflaugue ont trois fortes de manches, qu’ils ajuf-•tent aux mêmes ailes ou brasrfavoir, i°. la potiniere ; 2°. la tierjîere; 3**. la claire. Ces trois manches ne different que par le filet appellé majour; elles font les mêmes , quant aux clairets 4 aux pouches L, & au cul-de-fac H.
- 1487. La mànclje potiniere a les majours de cinq lignes. Cette manche eft deftinée à prendre de petits poiffons, anchois , fardines , &c.
- 1488'. La manche tierfiere eft celle que nous avons décrite, dont les majours ont fix lignes d’ouverture : c’eft la plus commune.
- 1489. La manche claire a fes majours de fept lignes d’ouverture. Cette manche n’eft guere d’ufage ; les pêcheurs ne s’en fervent que lorfqu’ils s’apper-çoivent qu’il paffe des fardines d’une groffeur extraordinaire.
- 1490. Nous avons dit que, pour établir la fituatioa du filet à la mer, le pied eft chargé de plomb , & la tète eft garnie de liege. Or, chaque bande de grandes mailles a deux cents trente-fix bagues de plomb, d’environ trois onces fix gros chacune, qui toutes enfemble pefent à peu près cinquante-cinq livres, poids de marc. Il y a fur la ralingue de la tète , trente-deux nattes .ou flottes de liege, qui pefent une livre & demie chacune ; ce qui fait en tout quarante-huit à quarante-neuf livres, poids de marc.
- 1491. Autour de la manche, en y comprenant les majours & les aureras de chaque bande , il y a cent vingt-trois nattes ou flottes de liege, pefant chacune une livre ; & trois cents foixante bagues de plomb , qui pefent toutes enfemble quatre-vingt-dix livres, poids de table, lefquelles reviennent à environ foixante-huit livres poids de marc.
- 1492. On peut remarquer que ces filets étant appareillés comme nous venons de le dire, il y a beaucoup de liege, proportionnellement au left:ce qui eft très-avantageux; car il en réfulte que le plomb ne faifant prefqu’au-cune imprelîion fur le fond , le filet le drague peu , & ne l’endommage pas autant que nombre d’autres filets qui ont beaucoup de plomb & peu de liege. Ainfi l’on peut dire que, quoique tous les filets qu’on traîne détruifent quantité de poiffon, l’aiflaugue leftée & flottée comme nous l’avons dit, eft beaucoup moins préjudiciable que la plupart des autres filets que l’on traîne:
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- i°. parce que la quantité de flottes qu’on y met, contrebalance en quelque forte l’effort que font les pêcheurs en tirant le filet, & qui naturellement doit alongcr & fermer les mailles ; & celles de l’entonnoir de la chauffe reliant aifez ouvertes pour que quantité de petits poiffons puiffent s’échapper , il 11e s’accumule au fond de la chauffe , que ceux qui font entraînés par les herbes. Il effc vrai que ceux-là font perdus : mais dans la grande eau, la manche étant peu profonde & fort ouverte, le dommage n’eft pas confi-dérable.
- 1493. 2°. Ce filet cfl traîné lentement par un petit bateau, armé de fix à fept hommes : ce qui permet au poiifon de pafler entre les mailles, au lieu de s’entonner dans la chauffe.
- 1494. On choilit, pour tendre ce filet, des endroits éloignés de la côte de
- huit à neuf cents b rafles , où il y ait une plage unie, fond de fable & d’algue, exempte de roches , & où il fc trouve une profondeur d eau confidérable. On attache aux extrémités des ailes, des pièces de cordage qui font quelquefois de chanvre, prefque toujours d’auffe, qu’on nomme jartis. Chaque piece, qui eft allez fouvent appellée maille en Languedoc , doit avoir quarante brafles de longueur: on en ajoute jufqu’à vingt bout à bout, ou ce qu’il en faut pour gagner la côte; & fur chaque maille ou piece de cordage, on met un lignai de iiege, qui fert à foutenir le halin, & encore à indiquer latente des filets aux autres pêcheurs , & aux barques qui rangent la côte, afin qu’on ne les endommage point. >
- 149 v Les pêcheurs, au nombre de cinq à huit, fe mettent avec le filet & ces cordes ( que nous nommerons bras ou halins, pour éviter l’équivoque du terme de maille) dans un bateau qui eft un fardinal, & vont à environ trois quarts de lieue au large, plus ou moins , chercher un fond qu’ils lavent être fain, pour y tendre leur teflure, de maniéré qu’elle foit à peu près parallèle à la côte. Us reviennent avec leur bateau, ou leurs bateaux, portera terre le bout des bras, enforte qu’ils foient éloignés l’un de l’autre, au bord de la mer, de deux à trois cents brades. L’équipage fe partage en deux bandes, & chaque matelot prend une iangle qu’il met de travers fur fes épaules, en forme de bandoulière: l’extrémité des fangles fe réunit à un bout de corde, à l’extrémité de laquelle eft une petite rondelle de bois, que les matelots font tourner par une îècoufie fur la circonférence du bras qu’ils doivent haler, comme font les mariniers qui traverfent les rivières avec les bacs. Chaque bande de pêcheurs tire fon bras à terre ; puis fe rapprochant un peu les uns des autres, ils font ainfi décrire aux ailes du filet une portion de cercle de plus en plus petite ; & tirant le filet fur les grèves, ils emmenent tout le poiifon qui eft pris , gros & petits. Plufieurs de ceux qui fe trouvent de grolfeur proportionnée à l’ouverture des mailles des dijférens filets qui forment la chauffe, s’y em-Tome V. G g g
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- maillent ; les autres s’accumulent dans la chauffe, comme dans les manches des gors. On prend quelquefois des marfouins & des thons dans ce filet * mais cela n’eft pas commun.
- 1496. On voit que ce filet reffemble beaucoup à une grande feine qui aurait une manche au milieu de fa longueur. On peut faire cette pêche avec un bateau même affez petits mais il eft plus commode d’en avoir deux.
- 1497* Quand le filet eft rendu à terre, il faut, pour lehaler, dix-fept à dix-huit perfonnes, hommes ou femmes , plus ou moins, fuivantla grandeur du filet.
- 1498. Si le tems eft favorable , les pêcheurs peuvent caler leur filet jufqu’à quatre fois dans un jour. En Ponant, on dirait qu’on fait quatre traits.
- 1499. AlaCiotat & à Marfeille, on pêche à l’ailfiugue pendant toute l’année. A Caftis , cette pèche commence en août, & finit en décembre. Il ferait bon de l’interrompre par-tout pendant les mois de mars , avril & mai, parce que c’eft la faifon où les portions dépofent leur frai, fur-tout dans les provinces méridionales.
- 1 500. Les pêcheurs ont deftiné certaines heures aux différentes efpeces de pêches, afin que chacun puiffe gagner fa vie fans porter de préjudice aux autres. Ces conventions, qui d’abord étaient libres, ont pris force de loi, depuis que les prud’hommes, en vertu du pouvoir législatif qui leur a été donné fur les pêches, ont autorifé les conventions précédemment établies. Sur quoi il eft bon de remarquer que les pêcheurs qui fe fervent des filets de la plus ancienne invention, ayant la poffeffion pour eux, ont fait la loi à ceux qui ont voulu introduire de nouvelles façons de pêcher. Ainfi, lorfqu’on imagina l’aiffaugue, les pêcheurs aux fardinaux prétendirent que cette nouvelle pêche 11e pouvait être introduite au préjudice des filets plus anciens, & dont on était en pofTeflion. Pour éviter toute conteftation, il a été ordonné que l’aiffaugue ne pourrait caler que d’un foleil à l’autre : de forte que, fi le far-dinal ou d’autres filets fe trouvent avoir occupé un pofte, le pêcheur à l’ait iàugue 11e peut les obliger de relever leurs filets qu’après le foleil levé. Mais l’aiffaugue peut caler à toute heure, aux portes qui 11e font pas occupés par d’autres filets. Cependant ils ufent rarement de ce droit, parce que, comme ils tendent ordinairement dans le voifinage des roches , ils courraient rifque de perdre leurs filets, s’ils chaflaient durant la nuit. Seulement, quand un pofte eft vuide, les pêcheurs calent leur aiftaugue dès le point du jour, & continuent leur chaffe tant que le foleil luit. Ainfi l’aiffaugue doit abandonner les portes au fardinal, à la thonaire, à l’aiguilliere, &c. pendant les nuits j & ceux-ci, en revanche, doivent les abandonner à l’aiffaugue pendant le jour.
- 1 SOI. Le pofte qu’occupent les pêcheurs à l’aiffaugue fe nomme bol ou bau> & plufieurs pêcheurs peuvent pêcher en même tems au même pofte. Ils y
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- font même obligés, parce que les madragues leur ont retranché quantité de poires. Or, quand ils fontplulieurs à un même pofte , ils calent plus près ou plus loin de terre, fuivant qu’ils fe rendent plus tôt au lieu de la pèche : & pour éviter les contentions entre les pêcheurs, ils font obligés de fe foumettre à des régîemeus de police , qu’il ferait trop long de rapporter ici, d’autant qu’ils varient fuivant la pofition des lieux. Mais ils font connus 8c exécutés par les pécheurs, qui y font même contraints par les prud’hommes.
- i f 02. Le patron fait des conventions avec les pêcheurs qui lui aident. Ordinairement ils font à la parti & quand le filet, ainfi que le bateau , appartiennent au patron, il a fix parts, les matelots chacun une, & les moufles & garçons de bord une demi-part. On donne , en outre, quelques poiflons à ceux qui ont aidé à tirer le filet à terre.
- 1^03. On trouvera, dans les paragraphes fuivans,la maniéré de pêcher avec de femblables filets traînans, en laiflant un halin à terre, & allant en bateau porter au large le filet & l’autre halin.
- 1504. On fait même fans bateau, à Alicante & fur la côte de Valence, line pêche qu’on y nomme pecica. Deux ou trois hommes tendent près le rivage de la mer leur filet, au milieu duquel eft une poche ou manche; ils entrent dans l’eau jufqu’à la poitrine, pour tirer le filet chacun par un bout, jufqu’à ce qu’ils 1’amenent à terre. Ils y prennent toutes fortes de petits poifi. fous , & il s’en rencontre quelquefois qui font de bonne qualité.
- 150^. On voit que cette pèche 11e différé du colleret dont nous avons parlé 9 que parce qu’il y a une manche au milieu du filet.
- Du filet dit boulier, bouillicre , bouliche, bouliech.
- 1^06. Le filet qu’on nomme grand boulier 9z la côte de Narbonne, eft, comme l’aiflaugue, formé de deux bras qui aboutiflent à une manche. Le tout eft compofé de pluficurs pièces de filets qui ont leurs mailles de différentes grandeurs. Les bras font formés, 1?. de douze pièces dites alas, dont les mailles font de deux pouces d’ouverture en quarré : 2°. de quatorze pièces dites de deux doigts > dont les mailles ont un pouce & demi en quarré : 3\ dix pièces de potifal, poufaux ,pouceaux _, ou poufaoul, dont les mailles ont neuf lignes d’ouverture : le tout forme depuis cent vingt jufqu’à cent quatre-vingt brafles de longueur. Le corps delà manche ou bourfe 9 qu’ils nomment aufii le coup, eft compofé , i°. de iix pièces dites de quinte-vingt, dont les mailles ont fix lignes d’ouverture ; 2°. de huit pièces de brajfade, dont les mailles font d’environ quatre lignes.
- ''"1507. Suivant l’ordonnance de 1728 5 les plus petites mailles de ce filet devraient avoir au moins neuf lignes ; mais depuis 1733, on a toléré celles
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- de fix lignes, à compter du premier mai jufqu’à la fin de feptembre, pour que les pêcheurs puilfent profiter du padage des fardines.
- ifo8. La totalité de cette tellure forme en mer un étendue, tantôt de cent vingt, de deux cents trente brades, tantôt auffi de trois cents foixante; car les bouliers ne font pas tous de la même grandeur. Les bras, ou ailes, ont communément fept brades & demie ou huit brades de chute; cependant on la proportionne à la profondeur de l’eau : ainfi on la diminue pour pêcher dans les étangs. Chaque bague de plomb pefe une demi-livre, & elles font à dix-huit pouces les unes des autres : ce qui fait deux livres par toife, excepté à l’ouverture de la manche , où on les met de quatre en quatre pouces. Ce filet efl donc beaucoup plus chargé de plomb que l’aidaugue. La longueur de la bourfe ou fac n’efl pas aifée à mefurer, à caufe de l’alongement des mailles, comme nous l’avons auffi remarqué en parlant de l’aidaugue, à l’étendue de laquelle elle a beaucoup de rapport. Il y a des pêcheurs qui mettent à l’avant de là bourfe quatre plombs attachés tout près les uns des autres, & qui pefent tous enfemble trois livres : à une petite diflance, fur les ailes, ils mettent encore quatre plombs, qui font à quatre pouces & demi les uns des autres , & qui pefent tous enfemble deux livres & demie.
- 1509. Sur la ralingue d’en-haut, vis-à-vis de chaque plomb, efl une flotte de liege, à peu près de même grandeur que celles de l’aidaugue, c’eft-à-dire, environ de neuf pouces de largeur.
- 1 10. La pèche du grand boulier fe fait à la mer & dans les étangs, depuis pâque jufqu’à la fin d’oclobre.
- 1 f [ 1. Les bateaux pour cette pèche à la mer, font ordinairement de petites tartannes qui vont à la voile , & à la rame lorfque l’on eft pris de calme. Dans les étangs , on emploie de plus petits bateaux , fouvent de ceux qu’on nomme bettes: & quand on s’éloigne peu de la côte , on fe fert à la mer, de barques plates. E11 un mot, chacun, fait ufage des bateaux qu’il a à fa dilpo-fition, pourvu,qu’ils foient proportionnés à la grandeur du filet.
- 1512. Pour faire la pèche, on embarque avec le filet trois mille brades de corde, plus ou moins , fuivant qu’on s’écarte de la côte. Chaque piece de corde efl iongue de quarante ou foixante brades.
- 1513. Une partie de l’équipage tient à terre le bout d’un des halins, pendant que ceux qui font dans le bateau s’éloignent du rivage pour aller chercher fix à huit brades d’eau ; & chemin faifant, ils jettent à la mer la portion du halin qu’ils ont prife dans leur bateau; puis,-le filet, & enfuite le fécond halin , formant une enceinte d’environ mille toifes, pour revenir gagner la côte, où fe trouve une partie de l’équipage. Les deux bandes de pêcheurs tirant chacune leur halin uniformément, ils fe rapprochent les uns des autres, & amènent le filet à terre. Il faut douze , quatorze, vingt, & jufqu’à
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- trente ou trente-cinq perfonnes pour tirer le filet à terre ; niais on fie fert indiftin&ement d’hommes , de femmes , & de vieillards.
- 1^14. Sur la côte d’Aigue-morte, la bourfe ou le coup eft formé démaillés plus ferrées que celles qu’on emploie à Narbonne. O11 y 110mmq jambes ou traits, ce que d’autres appellent bras: les halins y font nommés mailles, de même qu’en quelques autres endroits.
- 1515. Aux environs de Cette, on pêche depuis le mois d’avril jufqu’en novembre , avec un filet qu’ils nomment boulier ou bouliche, qui reifemble beaucoup à l’ailfaugue deMarfeille. Chaque aile a cent vingt-cinq brades & plus de-longueur, furfept à huit de chute. La tète du filet eft garnie de flottes, & le pied l’eft de plombs. A l’extrémité des ailes , font des halins faits de cordes menues, ordinairement de chanvre , qui ont jufqu’à quinze cents braifes de longueur. Pour faire la pêche , on laide, comme à Narbonne, le bout d’un halin à terre entre les mains de quelques hommes , & le patron s’embarque avec des matelots dans un bateau; ils fe portent au large, & lâchent toujours du halin. Lorfqu’ils font au bout, ils jettent le filet à la mer par le travers de la côte. Enfuite ils ramènent à terre l’autre halin, & fe partagent furies deux cordages pour tirer le filet à terre , 8c prendre le poilfon.
- i^iô. Comme la pêche dont il s’agit fe fait-la nuit, on allume des feux fur le rivage pour guider ceux qui font dans la bette; quoiqu’il foit dangereux, à caufe de la navigation , de faire du feu à la côte. Ils mettent deux fois le filet à la mer dans une nuit, & font enforte que le fécond trait finiffe au point du jour, pour profiter des chaife-marées , qui fe trouvent à cette heure au bord de la mer. Ce que nous venons de dire, eft pour faire appercevoir que la bouliche de Cette reifemble beaucoup au boulier de plufieurs côtes, & à l’ailfaugue de Marfeille : ce qui nous difpenfe d’entrer dans de plus grands détails.
- 1^17. On défend de faire ufage de toutes les efpeces d’aiflaugue & de boulier à l’entrée des rivières , des étangs & des anfes, pendant les mois de mars, avril & mai, pourlailfer aux poilfons la liberté d’y aller dépofer leur frai. Il fuivrait de ces vues qui font bien raifonnables , qu’en partant de ces principes, on devrait interdire l’ufage de ces filets dans les étangs , au moins depuis le mois de mars jufqu’à celui de juillet: & alfurément, fi l’interdicfion était pour toute l’année, les étangs falés feraient des pépinières de poilfons, qui fe répandraient dans tout le voifinage. C’eft à quoi l’on n’a pas fait alfez d’attention, puifqu’011 toléré dans les étangs, des pêches qu’on défend à la mer : comme fi ces étangs étaient un trop petit objet pour mériter l’attention des législateurs. Mais il faut convenir que le produit de la plupart de ces étangs eft un droit feigneurial.
- 1518. Les Efpagnols font une très-grande pêche , qu’ils nomment arte real
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- de pefehera , ou quelquefois boullc de plage , pour laquelle ils emploient jufqu’à quatre-vingts hommes. Elle peut être regardée comme un fort grand boulier.
- 1^19. Sur les côtes de Rouiïîllon, & en Catalogne, la pêche d’un grand boulier, qu’on y nomme art ou œuvre, eft la même que celle de Narbonne, quant au filet & à la manœuvre. Seulement, l’équipage de chaque bateau n’eft que de quatre hommes , parce que les gens des lieux voifins leur aident à tirer le filet à terre. Hommes, femmes, filles & garçons , tous font admis à faire ce travail, & ont quelques poiifons pour récompenfe : à l’égard de l’équipage, il ell à la part.
- 1520. A Gibraltar, on pêche les fardines avec un filet de même genre, qui a deux bras de cent trente braffes chacun, lefquels aboutiflent à une manche d’environ dix brades de long, que les Efpagnols nomment couvo ; & tout le filet , havega ou reddes reales. Les mailles de cette manche font très-ferrées & celles des ailes, auprès de la manche jufqu’à la moitié de fa longueur, ont environ un pouce d’ouverture en quarré : elles vont en augmentant toujours d’ouverture, jufqu’à l’extrémité des filets qui forment les ailes.
- 1 <j2i. Au lieu de plomb , la relingue du pied du filet eft garnie de boules de terre cuite , groffes comme des œufs de dinde , enfilées comme des grains de chapelet. La tète du filet eft garnie de flottes de liege.
- 1 j 22. On fe fert ordinairement, fur les plages fablonneufes de toutes les côtes du royaume de Naples, de filets longs de mille pas ou environ, fuivant la fituation des endroits où 011 les tend. Ils font faits de fil de chanvre, & leurs mailles font d’une médiocre grandeur. Aux deux extrémités, font attachées de longues cordes, grolfes comme le doigt. O11 tend le fileta deux ou trois milles au large. De diftance en diftance , font attachées à la tète du filet des morceaux de liege, qui indiquent l’endroit où le filet eft établi j & le pied du filet eft lefté de plomb. Ces filets fe tendent en demi-cercle, les deux bouts vers la terre. Au milieu eft un grand fac, de huit à dix pieds de profondeur. Deux barquettes , armées chacune de cinq à fix hommes , liaient le filet vers le rivage, où elles fe rapprochent lune de l’autre , à une diftance de trente à quarante pas. Les hommes defeendent à terre pour y tirer le filet, & enfin le lac, où prefque tout le poiifon fe trouve raffemblé. Le poiflon fe partage entre l’équipage. Le propriétaire des barquettes, ainfi que celui du filet, ont une part beaucoup plus forte que les autres.
- 1^23. Après avoir parlé de quelques pêches étrangères qui ont rapport au boulier, je reviens à celles du roj'aume.
- 1524. Le filet qu’011 nomme à Narbonne petit boulier, eft, à la grandeur près, tout comme le grand s & la manœuvre de fa pêche eft la même. Quand on fe fert de bateaux, ils font plats, & fe nomment bettes: alors il y a huit hommes d’équipage, tous à la part, fourniflant une égale portion de filet. Il
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- rfy a que le garçon de bord, qui n’ayant point de filet, a moins de profit 152^. On diftingue cependant trois fortes de ces filets, dont onfaitufage dans des tems & des lieux différens. Le plus grand, dont on fe fert en mer près des côtes depuis le mois de mars jufqu’à la mi-août , a fes ailes composées de vingt pièces de deux dogits , de fix depoufal, & de deux de quinte-vingt, ayant en tout quatre-vingt brafTes de longueur, & cinq de chiite. La manche elf faite de deux pièces de quinte-vingt, & de deux pièces de braffade : elle fe termine en pointe : on la lie par le bout avec une petite ligne, qu’on dénoue quand on veut retirer le poiffon. On emploie, pour lefter ce filet, quatre-vingt livres de plomb, & on met cinquante livres de liegefiir la ralingue d’en-haut. Les halins font beaucoup moins longs que ceux des grands bouliers.
- 1^26. Depuis la mi-août jufqu’au commencement de novembre, on pêche dans les étangs avec de petits bateaux. Alors les ailes du filet font formées de vingt pièces de poufal, faifant quarante braffes de longueur fur quatre de hauteur. La manche eft pareille à celle qui fert au bord de la mer. Il ne faut, pour le garnir de left & de flottes, que quarante livres de plomb & vingt livres de liege. Les halins n’ont que vingt-cinq à trente braffes de longueur.
- 1527. Au commencement de novembre, on va pêcher en mer à l’ouverture des étangs , avec un filet dont les bras font formés de quatorze pièces de deux doigts , & fix de poufal, & ont ainfi foixante braffes de longueur, fur fix de chûte. La manche eft femblable aux précédentes : il faut en tout, pour le îef-ter & le flotter, foixante livres de plomb & vingt-cinq livres de liege. Les halins font formés d’une, deux ou trois mailles , ou pièces de cordage, pour tirer le filet à terre.
- 1S 28. Les pêcheurs fe fervent encore , dans les étangs, de plus petits filets, qui n’ont pour halins fur chaque bras qu’une demi-piece de cordage. Ils les traînent à pied ? & pour cela ils mettent des bottes, & entrent de plus de deux pieds dans l’eau.
- I $29. A la côte d’Aigue-morte, en Languedoc, on pêche au boulier depuis le mois d’avril jufqu’à celui d’août, pour prendre des maquereaux.
- 1530* A Caffis en Provence, on diftingue le boulier, de Pailfiaugue ; fe fervant de l’un & de l’autre. Cependant ce font mêmes bateaux, même équipage, même manœuvre s il y a feulement une petite différence dans la grandeur des mailles. Ils pêchent des fardines avec leur boulier, depuis le mois de juin iufqu’en feptembre ? au lieu que ce qu’ils nomment Yaijfaugue , 11e leur fert h en pêcher que depuis le mois d’août jufqu’en décembre, les fardines étant plus menues à leur arrivée qu’à la fin de leur faifon.
- 1 ^31 - On donne quelquefois le nom de traîne à ces différens filets? mais: comme il convient à quantité d’autres, nous avons évité de nous en fervir ici. Il y a des côtes du Languedoc , où l’on appelle gorge les ailes du boulier.
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- Du bregin.
- 1532. Le filet qui porte àMarfeille le nom de bregin, redemble beaucoup au petit boulier, & il le tend de même ; c’eft pourquoi nous nous bornerons à en donner une defcription fort abrégée. Les ailes des plus grands bre-gins ontfoixante-quinze brades de longueur ; fa voir, foixante brades de mailles dites dureras, qui forment dans le bregin les plus grandes mailles 5 enfuite dix brades de mailles qu’on nomme bouguyeres, qui ont neuf lignes d’ouverture en quarré. Ainfi les bouguyeres tiennent lieu, dans le bregin , des aureras de l’aidaugue. Les cinq dernieres bralfes font de ma]ours entièrement fem-blables à celles de l’aidaugue. Les bouguyeres & les majours de bregin font bordées d’un galon de chappe, comme les aureras & les majours le font dans l’aidaugue.
- 1^33. La. chaude du bregin eftla partie qui différé le plus edentiellement de l’aidaugue. i*. Cette manche n étant pas faite pour les grands fonds , on n’y met point de dancs ou pointes : ce qui fait que cette manche conferve dans l’eau plus de longueur que celle de l’aidaugue, & elle y a toujours Informe d’un fac. 29. O1111e doit diftinguer que deux pièces dans la manche du bregin, favoir, le cul-de-fac, & les majours. Le eul-de-fae eft plus long & plus étroit que celui de l’aidaugue. Le fac de l’aidaugue en pleine eau, n’a pas une brade de profondeur; celui du bregin en a cinq. Les mailles du cul-de-fac de l’aidaugue ont plus d’ouverture que celles du bregin , qu’on fait avec un fil plus gros, qui eft retors en trois : ce qui rend cette manche fi ferrée, qu’il n’y a point de petit poidon qui puide s’échapper: de forte que, quand on a tiré le filet hors de l’eau, & qu’on en a ôté le gros poidon, on en laide fur le rivage un tas qui devient la pâture des oifeaux. Pour que ce filet caufàt moins de défordre , il faudrait réduire le fac à une brade ou une brade & demie , faire les mailles au moins de cinq ligues d’ouverture en quarré, & que le filet fût d’un fil moins gros, comme ferait le même fil retors en deux. A l’égard du refte de la manche , qui eft compofé de majours, lefquels ont un peu moins de fix lignes d’ouverture, on ferait mieux de leur en donner fept, confervant à l’embouchure de cette manche quinze brades de circonférence.
- 1 >34. Ajoutons que le bregin eft plus chargé de plomb que l’aidaugue. Il entre en tout, pour le bregin , trois quintaux de plomb, & autant de liege ; pendant que l’aidaugue, qui eft un plus grand filet, n’eft chargé en tout que de deux cents livres de plomb. On emploie trois quintaux de liege pour le bregin, & ce 11’eftpas trop pour contrebalancer le grand poids du left, & tenir les mailles plus ouvertes.
- IJ3L Il eft fenfible que l’embouchure de la manche, que les pêcheurs nomment fouvçnt la gorge, ou la margue, augmente ou diminue, fuivant qu’011
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- écarte ou qu’on rapproche l’une de l’autre les ailes, en traînant le filet i i)36. Nous avons dit que les pécheurs à l’aiifaugue effayant d’établir leur filet lur des fonds unis , mais dans le voifinage des roches, courraient rifque de perdre leur filet s’ils tendaient la nuit. Il n’en eh pas de même du bregin: comme on cale le filet fur des plages unies, éloignées des roches, on s’en fert la nuit, avec d’autant plus de raifon que, comme les pécheurs fe propofent de prendre des bogues ( 114), ces poiifons naturellement fuyards ne donnent dans le filet que durant la nuit.
- if 37* Nous avons déjà prouvé que ce filet, tel qu’on l’établit, détruit beau-coupdemenuife.Ajoutonsquelespècheurs au bregin , pour prendre des maquereaux &des bogues, 11e font leur métier que pendantlesmois d’avril, mai, juin, juillet , faifoii la plus dangereufe pour la diltruclion du frai & de la menuife.
- I538- Cette pèche fe fait ordinairement avec un bateau plat, armé de quinze ou vingt hommes. La moitié de l’équipage relie à terre, & confèrve le bout d’un des halins ; le relie fe met dans le bateau avec la teifure. Le patron jette à la mer le halin, à mefure que le bateau s’éloigne du rivage; enfuite il met à la mer la moitié de la teifure 3 puis il fe rapproche un peu de terre, continuant à jeter à la mer d’abord le refte du filet, enfuite le fécond halin. Lorfque le bateau eft rendu à terre, l’équipage fait un feu pour avertir leurs camarades qui font reftés à terre, lefquels répondent par un autre feu. Alors chacun tire fur fou halin fort lentement. Ils fe rapprochent peu à peu les uns des autres , amenant à eux le filet jufqu’à ce qu’ils aient mis à terre la manche, où l’on trouve ordinairement des maquereaux, des fardines , des bogues, des mulets, des rougets, des pagets ( 11 f ) ; quelquefois , mais rarement, de petits thons. A Marfeille, les pêcheurs prennent des bols ou polies pour le bregin, comme pour l’aiifaugue*
- 1S 39- On pèche avec le bregin à la lumière ; mais nous nous réfervons à en parler lorfque nous traiterons de la pèche au feu.
- if40. Au Martigue, les noms de bourgin & boulier font fynonymes; c’efl le même filet ; car , quand on pêche dans les étangs, on dit faire le bourgin; & à la mer fur les plages , c’ell le boulier, qu’on pourrait nommer grand beurgin. Quelques-uns en diftinguent de trois efpeces; Lavoir, i°. le martégal; 2°. le grand bourgin ou boulier, & le petit bourgin; mais ces filets ne different abfolLiment, que par leur plus ou moins d’étendue en longueur & en hauteur, & par les mailles plus ou moins ouvertes.
- 1 f 41. Dans le royaume de Grenade , on fe fert beaucoup , pour la pèche des fardines, d’un filet à mailles ferrées, femblable au bregin. Sur les côtes
- (114) Èn allemand , Éoopf. ne trouve point le nom allemand de ce poif-
- (110 Sparüs Erythrinus\ LlUN.S.NJe fon. Artedi le met aulfi au rang des fpares,
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- de Malaga & de Marveilha , on le nomme xabega & boliche. Il y en a, comme par-tout ailleurs, de différentes grandeurs.
- if43, Depuis le premier de feptembre jufqu^à la fin de mai, on prend avec ce filet des fardines, des anchois, & d’autres petits poiffons. Pendant les trois mois fuivans, ce font des bonites, des thons, des alofes, &ç. Ils calent; ce filet jufqu’à trente braffes, & s’établiffent à fix cents braffes de terre. Le refte de la pêche fe fait comme celles que nous avons décrites,
- 1543. Nous voyons dans un mémoire de Rovigno, qu’en Dalmatie 011 prend le poilfon nommé guri^a, & d’autres, avec la traita, qui reffemble au bregin.
- 1 f 44. Les pêcheurs font fujets à corrompre tous les termes propres à leur art. Le bregin fe nomme brigin à la Ciotat ; bergin, à Antibes, Le bregin de Cette , eft un fardinal nommé boulejou. Dans plufieurs ports de Provence, on le nomme bourgin , burgin , petit bouliech, petite eijjaugue , traîne , &c.
- 1 f 45, Le filet que les pêcheurs du Martigue nomment foret, eft une efpece de petit bourgin. Ses alas. ont trente cannes ( 116} de longueur; & la margue, manche , ou poche, eft de trois cannes, tant en longueur qu’en largeur. Cha-. que alas eft çompofé de trois pièces : la première, qui eft au bout oppofé à la manche, & qui porte le çlava, a fes mailles de vingt-quatre au pan, dix cannes de longueur, & deux cents mailles de hauteur : la fécondé a fa maille de trente air pan, même longueur que la première , & trois cents mailles de hauteur ; enfin la traifieme pieçe, dont la maille eft de trente-fix au pan, a la même hauteur que la fécondé ; mais elle eft d’une canne & demie plus longue. La margue ou poche du foret, qui fe termine quarrément comme le fond d’un fac, a trois cannes en longueur & en largeur, favoir, une canne & demie, faifant partie de la troifîeme pièce d’alas, & une canne & demie d’autre filet, qui eft de même hauteur, & dont les mailles font de quarante au pan. Les deux guirons, qui fe trouvent placés immédiatement après la dixième canne de la troifieme pièce, n’ont que trois pans en longueur ; leurs mailles font de vingt-, cinq au pan. Ils commencent par trente mailles vers l’ouverture de la manche, & finiffent par vingt-cinq vers le fond du faç.
- 1 f 46. Le foret différé des autres filets traînans en ce qu’il eft monté, haut & bas, fur des fardons dans toute l’étendue des alas. Le Pardon du liege a trois quarts de pan de hauteur, & fa maille eft de vingt-cinq au pan, & d’un fil plus fort que la nappe. Le Pardon du plomb a un pan & demi de haut, avec fes mailles de quatorze au pan. On met ces fardons pour çonferver le filet, qui, a caufe de la petiteffe de fès mailles, eft fort cher.
- 1^47. Ce filet fert uniquement à prendre en automne, des mulets , & on en prend quelquefois plufieurs quintaux d’un feul coup de filet.
- (116") La canne de Provence , où eft fitué ris , ce qui fait une aune & deux tiers. Âinfi le Martigue , a fix pieds neuf lignes de Pa- trente cannes font cinquante aunes de Paris.
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- Delà pêche au gangui.
- ïf48« On prétend que cette pèche nous vient d’Efpagne, où on la nom-moit guanguil , d’où l’on a fait gangui. Quoi qu’il en foit, ce filet eft formé, comme l’aiflaugue , d’une chauffe accompagnée de deux ailes ou bandes de filets, auxquelles on donne plus ou moins d’étendue, fuivant l’aifance des pêcheurs. Il fuit, de ce que les pécheurs .augmentent ou diminuent à volonté l’étendue de leurs filets , comme ils le font pour l’aiflaugue & le boulier, qu’on ne peut pas en fixer les dimenfions. Un autre point plus important, qui diftingue la plupart des ganguis d’avec les autres filets de même genre dont nous avons parlé, eft que les mailles font communément plus ferrées j & que ce filet, quoique plus chargé de plomb , eft ordinairement traîné avec plus de vitelfe. On verra que quelques ganguis fe-rapprochent fort des dragues, dont nous parlerons dans le chapitre fuivant, fur-tout quand les pêcheurs mettent à l’avant de la manche une armure qui gratte & entame le fond.
- 1549. Pour éviter, autant qu’il nous eft poifible , la confufion, nous devons obferver qu’il y a des pêcheurs qui ne font pas difficulté de nommer bregin tous les filets à manche , & par conféquent ils donnent ce nom à celui dont nous nous occupons préfentement. Il y a effe&ivement de grands ganguis , qu’on tend au large comme les bregins : mais les petits ne s’éloignent pas de la côte, ou fie bornent à pêcher dans les étangs falés. : : ,
- 1 ï 50. Comme on eft prévenu , par ce que nous avons dit, qu’on ne peut pas donner des dimenfions précifes du gangui, nous allons néanmoins, pour fixer les idé£s, décrire les ganguis qui font le plus en ufage.
- 1 f f 1. On fait déjà que le filet du gangui eft formé d’une manche , naife ou fac A {pi. XIV, fig. 3 ), dont l’embouchure eft précédée par deux bandes de filets ou ailes B C, comme au boulier. Ces ailes ou jambes 11’ont que huit à dix pieds de hauteur, fur trente pieds de longueur. Comme cette pèche n’a jamais été véritablement permife, & que par conféquent l’ouverture des mailles n’a été fixée par aucune ordonnance, chaque pêcheur les fait comme il le juge à propos. Les deux bandes de filet font montées haut & bas, fur deux cordes jonquinnes, ou de fparte. La corde de la tête a un pouce de circonférence ; & celle du pied, deux pouces.- C’eft à cette ralingue qu’on attache neuf livres de plomb par braffe, quoiqu’il ibit défendu de mettre fur chaque bralfe des filets de ce genre ^plùs d’une livre & demie de plomb. On attache à la ralingue de la tête du filet, desjflôttes ou nattes de liege,àuii pied les unes des autres. < 0 .J •> ’
- ISS2- La bourfe, naife, chauffe, fac ou manche AD (fig, 2) , a trente pieds de longueur ; fouvent cependant beaucoup moins, pour la proportionner à la force des équipages. Ordinairement, on met à la margue ou gorge de
- Hhh ï)
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- la manche, en-dedans & en-dehors, un cercle de bois de trois pieds de dia-, métré , pour tenir cette partie ouverte. Quelques pécheurs en mettent en, core d’autres moins grands, dans la longueur de la chaude, qui diminuent un peu de diamètre, à mefure qu’ils approchent de l’extrémité de la chaude, ou qu’on s’éloigne de la gorge,
- 1^3. Sur quelques côtes, on ajufte au cerceau qu’on met à la gorge de la manche ,un goulet de filet, qui permet au poiffon d’entrer, niais quis’op-pofe à ce qu’il forte. La manche eft, en ce cas , un vrai verveux,-
- 1554. Quand ce filet eft deftiné à être traîné par un feufbatelef, comme les ailes fe rapprocheraient prefqu’au point de fe toucher, on attache à la ra, lingue de la tète une perche de trois braffes de longueur E(/g. 2), qui eft fermement liée par fes bouts, au haut de chacune des ailes, en traverfànt de l’une, à l’autre , comme on le voit en E, Cette perche, qu’on nomme partequey eft d’autant plus, néceifaire , que les halins des petits ganguis font fort courts, L’intention eft, que les ailes fe trouvant toujours éloignées l’une de l’autre,elles forment un entonnoir qui conduife le poilfon dans la manche. C’eft aux extrê, mités de cette perche qu’on.attache les halins de jonquinne, qui ont quelquefois fept hralfes de longueur ; & lorfque les ganguis font fort petits, la perche touche prefqu’au bateau. Mais les halins font toujours attachés au bateau, bas-bord <Sç ftribord : çe qui fait que le bateau peut filler à pleines voiles ; & le filet qui eft quelquefois chargé de quatre-vingt ou cent livres de plomb, drague le fond ; à moins que, rencontrant une roche, une ancre, ou une car-calfe de navire, la corde qui eft au bas des ailes, & qui entraîne tout ce qu’elle rencontre, ne rompe ; car un bateau ainfi garni de toutes fes voiles , a beau, coup de force. Voici la manœuvre que font les matelots. Ils s’élèvent au vent: puis ils lèvent leur gouvernail, Ils jettent le filet à la mer, d’abord par la manche j les ailes fuivent ; puis ils filent les halins , dont ils amarrent le bout dans l’intérieur du bateau. Alors ils prennent des bordées, & en peu de tenu ils labourent toute l’étendue d’une plage, ou d’un étang falé, r'ifl.fj. A la côte de Cette, la pèche du gangui fe fait avec les mêmes bateaux & les mêmes équipages qui fervent pour la pèche de la' fardine. Souvent, pour de petits ganguis, il n’y a que deux hommes ; & ils mettent au bout de la manche, un lignai de liege, qu’ils nomment gallet, qui leur fert à retirer le filet quand un halin vient à rompre 5 fans quoi ils courraient rifque de perdre leur tellure. Cette bouée fe nomme gayot, en Catalogne.
- » Sur la côte de Narbonne, on fe fert pbur,.cette pêche , de bateaux
- qui portent des voiles latines & des avirons. Leur port eft de quatre ou cinq tonneaux. Il y a trois ou quatre hommes d’équipage ,* avec un garçon de bord. Lorfqu’ils pèchent dans les étangs, ils. fe fervent de plus petits bateaux.
- 15$7. A la Ciotat,la plupart des bateaux iront point de voile: & quoi-
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- que la pêche du guangui ne s’y falTe pour l’ordinaire que par quatre hommes ils vont à rames. ;
- 1558- Il eft rare de voir les pêcheurs au gangui attacher leurs halins à pouppe & à proue , fe h;alant avec leur voile, le côté en travers. Comme les petits bàtimens ainfi armés vont lentement, il en réfulte un moindre dommage pour le poilïbn ; mais auiïi leur pèche eft peu abondante. C’eft pourquoi nous réfervpns cette façon de pêcher, pour celle qu’on nomme la tartanm, dont nous parlerons dans la fuite. Ainfi, quand leventn’eft pas fort, les pêcheurs , pour faire beaucoup de chemin en peu de tems, s’aifocient deux , afin que prenant chacun un haï in, & fie tenant l’un à l’égard de l’autre à une distance convenable, ils puiflent tirer de concert le gangui. En ce cas, les ailes étant plus écartées , elles embralfent une plus grande étendue du fond. Il y a une grande pèche qu’on fait de cette façon, avec de grands filets & des bateaux plus forts : on la nomme des bœufs ou du bœuf Nous en parlerons dans un inft tant 3 mais il faut auparavant dire quelque chofe delà pêche au moulinet.
- 1? T9- On fe rappellera que des pêcheurs à la feine, qui ont de grands filets & peu de monde, parviennent à faire leur pèche en s’aidant de treuils ou moulinets , qu’ils alfujettiiTent au bord de l’eau. Il en eft à peu près de même à l’égard du gangui. Pour faire cette pèche , on mouille l’ancre ou le grapin du bateau j & l’on attache à la bouée, ou plutôt à fon orin, un des halins du filet, qui a ordinairement les mailles fort ferrées. Enfuite 011 fait, à la voile ' ou à rames, une enceinte avec le bateau. A mefure qu’011 avance, on jette le filet à la mer, puis on rapporte le bout qui tient au bateau, à l’endroit où l’on avoit laifte l’ancre. On enveloppe ainfi tout le poiflon qui a pu fe rencontrer dans l’étendue qu’on a fait parcourir au filet. Quand les deux bouts du filet font réunis , on haie le filet dans le bateau au moyen d’un treuil, vi-revaux ou moulinet -, car comme cette pèche fe fait avec un petit bateau plat, & deux ou trois hommes, ils ont befoin de ce fecours pour tirer leur filet à bord.
- 1560. Quand les pêcheurs ont vuidé leur filet, ils le rejettent à la mer, filant leurs halins , & remettent à la voile, ou fe fervent de rames, pour recommencer leur chaife.
- ' 1561. Cette pêche fe pratique fréquemment dans les étangs de Cette. Elle eft deftructive, à caufe de la petitelle des mailles, qui ramaifent le frai 8c toute la menuife.
- - 1 j62. Le gangui, dit badail, ou gangui de la voile, tiènt encore plus de la drague que tous ceux dont nous avons parlé. Outre qu’il eft fort chargé de plomb , 011 met à l’entrée de la manche ou naife une armure de fer , qui confifte en un demi-cercle qui aboutit à une bande de fer plate, un peu ..tranchante, & ioutenue par une pieçe de bois de quatre pouces d’épaiiTeur. Ainfi c’eft une
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- vraie drague qu’on a nommée gangui: comme on appelle ganguis des huîtres » des ourlius, du carambot, &c. des engins grands deftru&eurs de poiifoni qui font de vraies dragues, & dont nous nous propofons de parler dans un autre endroit*
- 1^3* On a encore donné le nom de gangui, à des filets dormarts , lorC. qu’on a employé les filets du gangui, pour garnir des parcs, ou pour former des tonelles. Nous n’avons rien à ajouter à ce que nous en avons dit plus haut.
- if64. Mais il y a de très-petits ganguis , que queiqués-uns ont nommés bregins. Ils ne font guere d’ufage que dans les marais falés, qui s’étendent depuis Frontignan jufqu’à Aigue-morte * & ils ne different des petits ganguis dont nous avons déjà parlé, que parce que le filet eft encore plus petit, que fes mailles font extrêmement étroites , & qu’il eft fort chargé de plomb. Ainfi c’eft encore un diminutif du gangui, qui eft remorqué par un petit bateau plat, nommé bette fur cette côte. L’équipage n’eft que de trois hommes. Dans les étangs filés, où il y a peu d’eau , ils font en petit la même manœuvre que les pêcheurs au gangui font, foit à la mer, foit dans les étangs où il y a une grande profondeur d’eau.
- 1 y Ils ont néanmoins dans leur bette un virevaux $ non-feulement pour tirer à bord leur filet, comme nous l’avons expliqué, mais encore pour le traîner quand le vent leur manque. E11 ce cas, ils alongent de foixante braffes leurs halins ; puis s’étant éloignés du filet de cette quantité, ils s’amarrent fur leur grapin , & tirent à eux le filet, au moyen du virevaux. Ces petits ganguis à moulinet j nommés ganguids à Narbonne, fervent à prendre des anguilles > & ils font tolérés pendant le carême , quoiqu’ils labourent & endommagent beaucoup les fonds qu’ils parcourent. Cette' pèche fait d’autant plus de dommage, qu’elle fe pratique dans des endroits où il y a moins d’eau. La pèche qu’on nomme boLk^ en Catalogne, eft un très-petit gangui. ;
- De là pêche au gangui, dite du bœuf, des bœufs, ou aux bœufs.
- 1566. Nous avons déjà dit que deux petits pêcheurs s’affociaient pour faire enfemble leur pèche, prenant chacun un halin, & traînant de concert leur tellure, chacun par un bout. Ce peut être cette petite pèche qui ait fait naître l’idée d’une fort grande, qu’on nomme du bœuf ou aux bœufs;probablement parce qu’on a comparé les deux bateaux qui traînent de concert un même filet* à une paire de bœufs qui font attelés à une voiture. Quoi qu’il en foit de cette conjecture peu importante, la pèche dont nous nous propofons de parler, fe fait avec le filet nommé gangui, qui eft formé d’une manche , naflg ou. coupX car ces termes lignifient la même choie ), qui a quelquefois fix à fept
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- brades de longueur, de A en D (fig, 2 ) ; & de deux bandes de filets ou bras, qui ont chacun huit, dix, douze brades de longueur B C, Ainfi la teiTiire a en tout une longueur de vingt-huit à trente brades, plus ou moins, à la volonté des pécheurs , & huit brades de çhûte. Les mailles du coup ont cinq à fix lignes d’ouverture, Au refie, çe filet eftfemblable au grand gangui que nous avons décrit, excepté qu’il efi fait avec du fil un peu plus fort. La première corde qu’on attache aux bras du filet, efi ordinairement d'herbage ou aujfe. Mais, pour que la pefimteur des halins 11e retarde pas la marche du filet, on ajoute à chaque halin cinq pièces de corde de chanvre, de foixante brades chacune, qu’on nomme mailles. Ainfi chaque halin F GH, a au moins trois cents brades de longueur. O11 met, outre cela, des hottes fur les halins {pi. XIV, fig. 2).
- 1567, On emploie pour cette pèche deux bateaux , qui font quelquefois du port de huit à dix tonneaux, & montés chacun par cinq ou fix hommes
- ïf68. Chacun des deux bateaux qui font de concert la pêche du bœuf, prend un des halins 5 & s’écartant ordinairement l’un de l’autre, de cinquante à foixante brades, chemin faifant ils jettent à la mer les halins & le filet, qui, moyennant l’éloignement des bateaux , a à fon embouchure quatre , pinq ou fix brades d’ouverture. Le filet étant tendu, les deux bateaux courent à toutes voiles vent arriéré , & tirent le filet avec une rapidité qui équivaut à un fort courant qui s’entonnerait dans le filet. Ce courant porte dans la manche, non-feulement tout le poidon qui fe trouve fur fon chemin, mais encore ceux qui font à quelque diftance fur les côtés. S’il en échappe au filet, ils font tellement épouvantés qu’ils abandonnent la pôte»
- 1569. Il réfulte de Pexpofé que nous venons de faire, que la pèche au gangui , dite du bœuf, pft la plus préjudiciable de toutes celles qu’on fait à la traîne: d’abord, parce que fon filet a beaucoup d’étendue, que les mailles en font petites , & qu’il efi chargé de beaucoup de plomb, ainfi que de corda ges ; & en outre, parce que ce filet traîné avec force & vîtede, drague & bon-leverfe le fond , arrache les herbes , ne permet à aucun poiffon de s’échapper, & endommage beaucoup les bons poilfons qui s’entadent dans la manche ; enfin une troifieme raifon efi, que cette pêche fefait toute l’année, en tout tems, & à toutes les hauteurs.
- 1^70. Aussi s’apperçoit-on de la rareté du poidon dans les endroits on l’on pratique cette pêche. Mais comme elle peut fe faire avec peu de monde, les arrêts du confeil & déclarations du roi, qui l’ont interdite, n’ont pu juf-qu’à préfent empêcher de la pratiquer. Cependant nous croyons que les prud’hommes de Marfeille ne lafoufifrent point dans leur difirid.
- if 71. Il y a des pèches au gangui, où l’on 11e vient point à terre pour ïçlever ; on tire le filet à bord > mais pour lors, il faut de forts équipages.
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- De la pêche dite tartanne.
- if 72. On womxàQ tartanne uti bâtiment ponté & léger* très-commun fur ht Méditerranée. Il y en a de différentes grandeurs* & qu’on emploie à divers ufages , tant à Marfeillè qu’au Martigue * ainfi qu’aux environs & fur plu-ileurs côtes de Languedoc , & même d’Efpagne & d’Italie. Le port du Martigue a toujours paffé pour un de ceux de la Méditerranée où l’on en fait le mieux là conftrucUon. Ce bâtiment porte prefque toujours des voiles latines. Son mât ou arbre eft placé vers le milieu* & il porte urfle grande vergue ou antenne, à laquelle elt attachée une voile A * dite la meijlre ou grande voile. On joint à cette voile , quand il le faut, des foques * qu’on nomme aufli cou-teLas, ôii voiles d’étaies.
- if73; On a aulfi donné pendant long-terris le nom de tartanne 9 au filet dont 011 fe fervait datië la principale pèche où l’on emploie cette forte de bâti-tuent. Il eft encore d’ufage à Livourne , & en quelques autres endroits.
- if 74; Il y a des pêcheurs Languedociens qui appellent ce filet laüte : mais les Martegaux difent laveü. Nous croyons qu’il eft encore d’ufage, à Senigaglia* dénommer le filet tartena ; & la barque* pefcareccia. Cette barque eft du port .de fept à huit tonneaux* & quand elle peut aller à la voile , fept à huithommes s’y mettent avec deux mouifes* En général même, comme les filets ufité s dans l’état eccléfiaftiqiie relfemblent beaucoup à ceux du Martigue, les pêcheurs de ces côtes les nomment martegualn
- if7f. Les pêcheurs Provençaux ont changé les proportions du bâtiment & celles du filet, depuis environ vingt ans * & en conféquence, au lieu de tartanne , ils appellent aujourd’hui le filet trabacou & trabaüquê.
- if76. Notis expliquerons cela plus en détail dans la fuite, mais nous croyoïls devoir continuer à décrire ce qui concerne la pêche à la tartanne* Cette pèche fe fait jour & nuit, à quatre milles de terre : plus le vent eft fort* plus on y prend de poiiTon.
- if 77- Dans les étangs des côtes de la Méditerranée , on appelle affez fréquemment cétte pêche, ganguipar tartanne , ou gœngui par bateaux. Plufieurs encore lüi donnent le nom de grand gangui.
- if78. Cette pêché revient aiTez à celle qu’on pratique dans l’Océan, & qü’on y nomme dreige. C’eft un grand filet qui s’établit à vingt, trente, ou trente-cinq braffes fous l’eau, & qu’on traîne fur le fond de la mer,pour prendre le poiifon qui s’y eft réfugié. Fort rarement trouve-t-on à une moindre profondeur, les fonds convenables pour cette pèche * tels que ceux de fable Ou de vafê. Les pècheürs évitent foigneufement les fonds dérochés, ne pouvant ÿ rien prendre , & rifquant d’y déchirer leurs filets.
- 1 f 79. La tartanne différé de la dreige à plufieurs égards. Comme ce premier
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- Üle-t porte à fon fond line manche ou poche allez étendue, le poiiïbn s’y engage, & il aurait peine à en fortir, tant que le filet eft en traîne. C’eft pourquoi l’on s’eft contenté d’en faire un filet' fimipL : au lieu que la dreige, qui n’a point de poche, eft un tremail.
- 1580. Avec la tartanne, ainfi qu’avec la dreige, on pêche en dérivant. Mais les dreigeurs de l’Océan favent profiter adroitement du cours de la marée, pour augmenter la dérive de leur bateau, en mettant des voiles à l’eau, où elles font enflées parle courant: au lieu que dans la Méditerranée, où l’on 11a point de marée , on eft obligé de précipiter la dérive au moyen du vent & des voiles.
- Les bâtimens qu’on emploie pour cette pêche fur nos côtes font du port d’environ vingt-cinq tonneaux 9 & ils ont huit5 dix, ou douze hommes d’équipage.
- Défier iption du grêment, relative au defiïii de la planche XIV, figure 3.
- 1582. A, grande voile. B, tente : elle devrait être triangulaire. C, trinquette de proue. D , trinquette de pouppe. E, pau de proue. F, pau de pouppe. G, fards. H, double de fartis. I, alas. K, encleftres. L, margue ou manche. M, féga-ïié. N j culaignoru
- Défier iption du filet,
- 1^83* Le filet pour la pêche de ïa tartanne ou du grand gangui,eft une chaude, manche ou fac, dont l’ouverture eft précédée des deux côtés par une aile dite alas, çpui peut avoir fix ou huit brades de longueur, & depuis une brade & demie jufqu’à fix brades de hauteur perpendiculaire. Ces alas font une efpece d’entonnoir , à l’avant du lac. Leurs mailles ont environ huit lignes en quarré. Le fac ou la manche a fix brades de longueur. Les mailles des deux premières brades ont fept lignes en quarré : celles des deux brades fuivantes font de fix lignes : la cinquième brade, qu’on nomme la fiégarié, a fes mailles de cinq lignes en quarré 5 enfin, la derniere brade iippellée cul-de-fiac , culaignon> & curagnon , eft plus étroite que les autres, & formée de mailles encore plus ferrées. Comme elles font faites avec du fil auifi gros que des ficelles, leur calibre diminue de moitié quand le filet a été à la mer, parce que ces fils retors fe gonflent & fe retirent beaucoup.
- 1^84- Sur plufieurs côtes, les pêcheurs appellent marguè, la gorge ou l’ouverture de la chaude. A Narbonne, cette partie eft faite démaillés dites deux-doigts. Celles qui fuivent font de poufal ; 011 appelle fiégarié oufiéguériê, celles du corps : elles ont un quart de pouce d’ouverture.
- 158L Le filet qui forme cette chauffe n’eft pas travaillé en rond 3 comme Tome F, I i i
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- TRAITE ' DES F E C H E S.
- le font les verveux. Les cinq premières brades font faites de deux pièces de-filets , dont les mailles diminuent félon les proportions que nous venons d’in, diquer. Chacune de ces pièces a quatre-vingt mailles de largeur ; & comme ces mailles font plus petites à un bout qu’à l’autre , les pièces font de largeurs inégales en ces endroits. Une de ces pièces fait la droite de la manche, & l’autre la gauche : elles font réunies en-deflùs & en-delfous par deux bandes de mailles > faites d’un fil très-fort ; les pécheurs les nomment guirons ou guey-rons: & ce font comme deux forts galons, qui s’étendent depuis la bouche de la chauffe jufqu’àlaféguérié feulement, & fouvent jufqu’à la moitié ou les. deux tiers de la margue.
- Ces deux bandes font tendues, & foutiennent tout le poids delà chaude, parce que les pièces du filet qui font attachées deffus , font pliifées ou froncées. Ces pièces font donc lâches, & 11e fouifrent point de la tenfion. Cependant le gueyron du deifous de la chauife, qui doit fupporter la plus grande partie de l’efFort de la traîne, eft fait avec de fortes ficelles, & fes mailles n’ont que trois pouces d’ouverture. Le cul de la chauffe porte à fes côtés deux anneaux de corde , qui fervent à retirer la manche dans le bâtiment. Les matelots les. nomment fouvent des couets : les Martegaux les appellent coulllons..
- if87- L’entrée ou l’embouchure de la chauffe eft environnée dftme corde qui s’étend tout autour. La partie qui borde le bas , eft garnie de plomb quand on le juge néceffaire; celle du haut l’eft de flottes de liege , ou nattes, comme on dit en Provence, afin que cette embouchure bâille & fe tienne ouverte. Mais les pécheurs varient la quantité du plomb félon la nature du fond où ils fe propofent de pécher. Si c’eft un fond de fable , qui eft ordinairement fort, dur & uni, & fur lequel les poiffons plats s’appliquent pour fe repofer, on met alfez de plomb pour les obliger de quitter le fond & de nager. Il y a tels fonds pour lefquels on met trente livres de plomb, diftribuées de trois en trois pans par morceaux, dont chacun pefe neuf onces. Mais quand on doit palfer fur des fonds de vafe molle, non feulement les pécheurs ne mettent que très-peu de plomb à la gorge de leur filet, mais ils mettent en avant •ce qu’ils nomment des paiLlets ; ce font de petits fagots de cordage de neuf pouces de longueur, qui remuent le fond fans charger le filet. Mais aux endroits où ;a chauife fe joint aux ailes, & par en-bas , on attache deux morceaux de plomb avec des cordes ; ce qui fuffit pour que la chauffe fe porte fur le fond. -Ils tiennent lieu de ce qu’on appelle baude dans la Méditerranée, & cabliere dans l’Océan.
- 15"88- Il y a des côtes où le filet de la tartanne n’eft aucunement garni de plomb : on y attache , de brade en brade , des pierres qui pefent huit à dix livres. Le haut du filet eft garni-de quarante-à cinquantelivres.de liege. Ainfî
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- le filet nage entre deux eaux, ou au moins il porte peu fur le fond : ce qui eft trés-avantageux pour la confervation du poiffon. Les pêcheurs ont intérêt de ne pas épargner le liege, parce que la tartanne allant à voile déployée, il faut aifez de liege pour que le filet ne s’affaifle pas. On met, dans cette intention, au-deifus de la manche un paquet de liege qui pefie environ quinze livres; & les ailes font foutenues par huit ou dix nattes, dont Je poids eit de huit à neuf livres. Ces lieges 11e font pas aifez confidérables pour faire flotter le filet de la manche fur l’eau ; mais ils tiennent la manche ouverte.
- 1589* A l’égard des ailes qui précèdent la chaude & qui forment l’entonnoir de ce filet, où l’on 11e met pas de plomb, les cordes ou ralingues qui les bordent par en-haut, font garnies de liege 5 & celles d’en-bas le font de plomb.
- 1^90. Le filet tient au bâtiment par de longues cordes , qu’011 fait quelquefois de chanvre , mais prefque toujours en Provence avec une efpece de jonc qu’on appelle auffe ou Jparte. Ces cordages , qui ne valent pas ceux de chanvre, font à beaucoup meilleur marché. Voyez ce que nous avons dit de i’aulfe dans la première feélion , ch. I, art. III.
- 1^91. Ces manœuvres ou cableaux qui joignent le filet à la tartanne , fe nomment libans ou fards. Ce font d’ordinaire des cordages de quatre à cinq pouces de circonférence : 011 peut les appeller écouttes du filet, parce qu’elles font à peu près le même effet que les écouttes des voiles. Chaque piece de cordage eft de vingt-trois brades, & 011 en met douze au bout les unes des autres, pour former chaque liban , ce qui fait deux cents foixante-feize b rafles. Les deux cents vingt-cinq ou vingt-fix brades de l’extrémité des ailes ont des écouttes, libans , ou Partis , doubles ; & l’endroit où ils commencent, eft garni de pierres que nous avons dit être appellées baudes en Provence. Celle qui eft fur la corde qui répond à la proue , pefe trente-cinq livres ; & celle de la corde qui répond à la pouppe, en pefe vingt-cinq. La raifon de cette différence, eft que les pierres font deftinées à amortir les fecouffes que le filet pourrait recevoir du bâtiment; & que les fecouffes de la proue étant plus fortes que celles de la pouppe, la baude qui y répond doit être plus pefante.
- 1592. Ces pierres font encore que la tire du filet eft plus rapprochée de la ligne du fond, fans toutefois le draguer. C’eft aufii pour cette raifon que depuis les baudes jufqu’au filet, on met de vieilles cordes, afin qu’étant plus fouples, elles affleurent mieux le fond. Il ne faut cependant pas croire que les baudes y faflent une grande imprefîion : car comme elles reçoivent les premiers effets des fecouffes du bâtiment, ellesJont fouvent à une ou deux brades au-dedus du fond , fe levant ou s’abaiflànt continuellement, fuivant que le vent mollit ou qu’il devient plus fort, ou fuivant les élans du bâtiment.
- 1593. Quelques pêcheurs mettent de vingt en vingt brades, dans toute la longueur des écouttes du filet ou des libans , des morceaux de liege attachés
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- à des lignes fines affez longues : ils les appellent desjignaux , parce qu’ils pré'-, tendent que ces petites bouées qui flottent fur l’eau indiquent la pofition des. îibans, ou, ce qui revient au même, celle des. deux ailes du filet: obferva-tionutile pour conduire la manœuvre,, de façon que les ailes fe tenant écartées l’une de l’autre, la chauffe foit fuffifamment ouverte. Chaque aile tient au liban par un morceau de bois, long de trois pieds, nommé, le clava,. qui la termine en travers , & fur lequel on amarre les Iibans..
- 1594. Quoiqu’à cette pêche la tartanne dérive en travers, & qu’un des cordages que les pêcheurs Provençaux nomment Iibans foit attaché à l’avant & l’autre à l’arriéré du bâtiment, f entonnoir formé par les ailes du filet pourrait n’ètre pas allez ouvert. C’eft pour cette-raifon que les. patrons placent à l’avant & à l’arriere , à pouppe & à proue, deux vergues ou matreaux, que les. pêcheurs nomment paux , bout-hors ou ailes& qui ont de trente-huit à quarante-deux pieds de longueur 5 aujourd’hui même , au moins quarante-cinq pieds. C’eft à l’extrémité de ces paux ou bout-dehors qu’on amarre les Iibans ; & la tartanne, préfentant le travers au vent, traîne le filet à force de voiles fe halant cependant toujours un peu vers l’avant. Tout vent convient pour cette pèche , puifqu’il eft prefque toujours indifférent de quel côté 011 fafle route;. Mais on craint le calme , qui l’interrompt entièrement ; & la tourmente, qui déchire le filet. En général, beaucoup de vent eft avantageux pour la tartanne*
- 15.9 v Le bâtiment étant établi,. par exemple bas-bord au vent, & fillant en dérive,, le-filet parcourt le fond, & la manche fe charge de tout ce qu’elle rencontre , poiffon , coquillage, pierres , goémon limon, & c. Nous, avons; dit qu’011 évite les fonds de roche , parce qu’ils déchireroient le filet..
- 159b. On conçoit que le poiffon qui eft engagé dans l’entonnoir que forment les ailes, fe trouve forcé d’entrer dans la manche ou bourfe > & d’y refter pendant quinze ou vingt heures que dure cette pêche, plus ou moins > fuivant que le tems eft favorable, & félon d’autres circonftances : car il y a des côtes où on releve ordinairement le filet toutes les neuf à dix heures ; & ou nous a dit que c’eft toutes les trois, ou quatre heures à Senigaglia».
- 1^97. Pour mettre la tartanne en pèche , 011 amene la vergue ou antenne fur ie bâtiment, de maniéré que l’extrémité de la penne fe trouve entre deux bittes de l’arriere, & que le bout du quart foit entre les bittes de l’avant après quoi l’on hiffe une petite voile à la pouppe, pour faire dériver le bâtiment, pendant qu’on jette le filet à la mer, ayant levé la barre du gouvernail. Enduite on attache la fartis aux paux que l’on pouffe dehors, & on fait de la voile fuivant le vent. On commence par la grande voile, enduite la tente; après 011 pare des voiles de foque , dites auftî les trinquets ou trinqnettes., à. l’avant & à l’arriere ; les écouttes font bordées dans le bâtiment ; quand le.-vent.eft mol, on ajoute trois autres petites voiles3. deux, dites les mouv.aik-
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- Ions , fous chacun des paux ; & une troificme , dite le meyreau, placée comme îa grande voile, attachée d'un bout au bataleau , & de l’autre au quart de l’antenne. Ces voiles reviennent encore aux foques de l’Océan.
- I ïs>8- La tartanne lé trouve ainfi toute couverte de voiles , & elle pré-fente par le côté une voilure énorme en largeur, mais fort baffe. Lorique lèvent varie , le patron gouverne en halant ou en largant les libans de l’avant & de l’arriere.
- i 599. Nous ne devons pas oublier de parler d’un moyen que les patrons; emploient pour gouverner leur filet, fur-tout dans Pobfcuritc; car 011 fait cette pêche le jour & la nuit.
- 1600. Pour connaître fi le filet eft bien établi, le patron emploie la fonde ; il jjtte par le milieu du travers de la tartanne une ligne de dix à douze b rafles de longueur, à l’extrémité de laquelle eft un plomb pelant trente livres 5 & par la direction que prend cette ligpe, le patron juge de l’établiflcnient du filet: car quand la tartanne dérive bien , la ligne fe tient droite vis-à-vis le corps du bateau. Si la tartanne fe porte trop d’un côté ou d’un autre , la ligne l’indique par fa fi tuât ion : & dans le cas où la tartanne fe trouverait arrêtée, la ligne? viendrait à pic fe coller contre le bateau.
- ïôoi-J’ai dit qu’011 amarrait les libans à l’extrémité des bout-dehors , que les pêcheurs nomment faux. Ils font cette amarre au moyen d’un œillet qui eft formé au bout des.paux, dans lequel ils font paffer les libans ployés en deux puis introduifent dans l’anfe que forme cette duplicature, une cheville qu’ils nommentpacoLet. L’extrémité des libans ainfi arrêtée , rentre dans; le bâtiment.
- 1602. Il fuit de ce que nous venons de dire, que la tartanne porte fa voilure renverféê, c’eft-à-dire, la vergue en-bas , prolongée de l’avant à l’arriere * l’ecoute de la grande voile au haut du mât, & paffée aux itagues. Les deux autres voiles qu’elle-porte font prefqu’auftî grandes que la première : les deux de l’avant font failles aux deux bout-dehors ; les deux pennes font attachés, au haut du niât, & les deux écouttes amarrées aux bittes de l’avant & de l’arriéré. On ôte la barre du gouvernail, pour que le bâtiment aille au gré de la. mer. La maniéré d’orienter les voiles fait gagner de l’avant ou de l’arriere , quand on veut s’approcher ou s’éloigner de la côte en dérivant pendant la pèche;
- 1603. Les filets étant en mer , au lieu de la grande voile qu’ont ordinairement les tartannes , plufieurs pêcheurs mettent une autre voile au milieu du bâtiment ? & une à chaque bout, toutes les trois amarrées au mât. Le gouvernail eft inutile , & le bâtiment dérive car le travers. Outre les voiles dont nous venons de parler, on en ajoute quelquefois une fur le pau de la proue* quand le vent eft peu confidéraLJ.eu.
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- TRAITE1 DES PECHES.
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- iob].. Quand le patron veut finir fa pèche & lever fqn filet, il tire à lui une petite ligue qui répond à la tète de la cheville nommée pacolet ; & tout d’un coup les deux libaas, au lieu de répondre aux extrémités des bout-dehors ou paux, font dans le corps du bâtiment. Cecce manœuvre étant faite, 011 amene toutes les voiles ; on retire les paux en-dedans , on remet la barre du gouvernail, & on appareille pour faire route.
- i6ov Après avoir ramené, comme nous l’avons dit , les libans dans la tarcanne, on porte à la pouppe le liban qui était à proue , pour fermer d’autant mieux la manche. Les mouifes rouent les cordages à mefure que les matelots qui fiaient dedus les tirent à bord. On haie de même les ailes du filet.
- 1605. Comme il importe pour cette pèche, ainli que pour toutes les autres qui fe font avec des filets trainans, de tirer également des deux côtés , quand on releve , de maniéré que la poche refte toujours dans le milieu ; il y a un lignai de dix en dix bralfes fur chaque liban , pour fervir d’indication, le jour comme la nuit : c’eft un petit morceau de liban, de même groffeur que le fartis , paffé entre les cordons, & appellé arnaud. Le premier de l’équipage, du côté de l’avant ou de l’arriere, qui en tirant la fartis, attrape une de ces marques , crie arnaudpremier ; après quoi on tire plus lentement de fon côté, julqu’à ce que de l’autre côté 011 répété le même cri. Si le patron s’ap-perqoit qu’011 faife plus de force d’un côté que de l’autre, il paffe avec les moins forts. A chaque marque on crie de même , arnaud fécond, troiferne, &c.
- 1607. Si-tôt qu’011 apperçoit la chauffe , on l’embraffe avec un cordage qui en ferme l’entrée ; & au moyen d’un ou plaideurs palans , frappés par le travers du mât, on parvient à hüfer à bord la chauffe , qui eft prefque toujours très-pefante. Enfin on palfe des manœuvres dans les œillets que nous avons dit être vers le fond du culaignon, & l’on tire cettevpartie à proue.
- 1608- On ouvre enfuite la chaife, & on la vuide. Ce n’eft point le culaignon ou extrémité de la chauffe , que l’on ouvre , mais le deffus de la fégué-rié , qui a une ouverture d’environ fîxpans , que l’on tient fermée pendant que le filet eft à l’eau, au moyen d’une ficelle dite levadijfe, parce qu’011 Côte & la remet à volonté.
- 1609. Quelquefois 011 ne trouve dans la chauffe que de lavafe, des pierres, des coquillages, du goémon, &c. (*) Mais quand les pêcheurs ont traîné dans un bon endroit, ils rapportent plufieurs quintaux de poiffons de toute efpece.
- 1610. La faifon de l’hiver eft plus favorable pour cette pêche, parce qu’on trouve les poiffons retirés dans les fonds ; & le vent du nord-oueft, qui fouille fouvent alors , eft avantageux, pourvu qu’il 11e foit pas trop violent. On y prend quelquefois des lamies & des marfouins.
- O SM s’y rencontre des huîtres, elles gâtent le filet.
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- S e c t. IL De la pccfce aux fins.
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- l£il. Comme cette pêche doit fe faire à quarante ou cinquante milles au. large fur nos côtes, depuis vingt-cinq jufqu a foixantc brades d’eau, onia toléré durant toute l’année : au lieu que les pêches de même genre, qui fe font près des côtes , font interdites dans le tems du frai.
- i6î2. On ne pèche point avec la tartanne, à la Ciotat,parce que le fond de la mer y eft rempli de roches. Les pêcheurs du Martigue , qui font particuliérement en poifeflion de cette pêche, vont la faire en Languedoc, à Livourne & à Cadix.
- 1Ô13. Le poilfon étant à bord, les pêcheurs le lavent pour en ôter la vafe, & ils le mettent dans des paniers, en féparant les différentes efpeces.
- 1614. Si ce poilfon n’a pas demeuré alfe2 de tems fur le bord pour perdre fa fraîcheur, il eft encore très-fain, quelquefois même vivant, quand on fex-pofe en vente. Les folles, les merlans, & beaucoup d’autres poiifons encore plus délicats, font de ce nombre, quelque chaud qu’il falfe, fur-tout quand on pêche par les vents du levant, du midi ou de l’oueft, & lorfqu’on vient tirer Le bau , e’eft-à-dire , lever les filets , près du port. Quoique les filets de la tartanne, ainlî que les autres filets traînans, ramafi'ent beaucoup d’autres chofes que du poilfon, cependant le grand volume delà manche fait que durant toute la pêche le poilfon n’eft prefque jamais engage dans les faletés , quife précipitent au fond : il nage affez librement dans un volume d’eau prefqu’aufti étendu que le filet même , jufqu’au moment où on le force de quitter l’eau.
- 16if* Ceux qui font cette pèche , font ordinairement à la parti &tous les dimanches , ils comptent du produit de leur travail. Le patron fait plus ou moins de parts, fùivant le nombre d’hommes d’équipage qu’il peut avoir. Les propriétaires du bâtiment ont fept parts , fur lefquelles ils donnent une demi-part au patron , qui en outre a une part avec l’équipage ; de forte que s’il y a quatorze hommes à la part, le patron compris , deux novices à demi-part chacun , & deux moufles à un quart chacun , faifimt en tout quinze parts & demie, le profit de la femaine fe divife en vingt-deux parts & demie , dont fix & demie au bâtiment, une part & demie au patron, & le relie au furpîus de l’équipage. Telle eft la réglé générale qu’obfervent tous nos pêcheurs de tartanne fur les côtes de Provence, fur celles du Languedoc, & en Italie. Mais à Cadix, le corps du bâtiment a une part & demie de plus.
- 1616. On fait cette même pêche à Barcelone , avec de légères différences. Le poilfon y eft clivifé en dix-fept parts, dont fept pour le maître de la tartanne , des filets, du grément, &c. une pour chaque marinier, une demie pour le garçon de bord , & une pour la femme qui vend le poilfon.
- 1617. Il y a des gens qu’on nomme ordinairement 1 hcfes-marhs, qui font le commerce d’acheter le pcufon , & de le porter dans les lieux ciiconyoifins , ©ù ils favent en trouver le débit. Le poiffon du Martigue, qui eft le plus eftimé
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- TRAITEr DES PECHES.
- de la côte de la Méditerranée, à caufe qu’il fe prend d’ordinaire fur les embouchures du Rhône, eft diftribué dans toute la Provence, dans une partie du Languedoc, dans le Comtat Venaiftîn , le Dauphiné : on en porte même juf-qu’a Lyon dans les grands froids. Le poilfon de Cette fe vend dans tout le Languedoc.
- i£i8- En Corfe, où l’on pèche avec des gondoles , & un filet fembîable à celui de la tartanne, les pécheurs, après avoir fait la plupart de leur poilfon dans l’huile , le mettent dans des barrils avec du vinaigre , pour le tranlporter à Gènes , à Rome & à Naples.
- K319. Ayant fait palfer le mémoire ci-deftus au Martigue , pour profiter des remarques de M. de la Croix, ce commiifaire aux clalfes de la marine m’a averti que cette pèche avait foulfert plufieurs changemens depuis une vingtaine d’années, qui eft la date du tems où je l’avais vu pratiquer. Les notes fuivantes, qui font de M. de la Croix, feront appercevoir quels font ces changemens.
- 1620. Les pécheurs du Martigue voulant que leurs bâtimens puiffent leur fervir pour le commerce quand la pèche n’eft pas abondante , & aufti fe mettre en état d’employer pour leur pêche des tartannes qui ne feraient plus en état lèrvir pour le commerce, ils font préfentement dans l’ufage de faire leur pèche avec des tartannes de quarante à quarante-cinq tonneaux, excepté à Livourne, où l’on a voulu conferver l’ancienne tartanne. Le filet, proportionnellement plus grand prefque par-tout ailleurs , ne fe nomme plus tartanne , mais trabacou ou trabauque. Sa différence principale d’avec le filet qu’011 nommait tartanne , confifte dans fon étendue & fa capacité. Les équipages font de douze à quinze hommes.
- 1621. Les alas du trabauque ont trente -fix pans de long 11e font pas attachés immédiatement fur les libans qui les portent, mais fu [pendus (ainfi qu’une partie de l’encleftre jufqu’aux guirons ) avec des ficelles dites compas, parce qu’elles en ont la forme , étant doublées & diftribuées fur les libans,à la diftance d’un pan l’une de l’autre.
- 1622. La maille des alas eft de dix-huit lignes en quarré. Ils ont quatre-vingt mailles de largeur à la tète, & cent foixante proche de la partie qu’on nomme encleftrc, à laquelle les alas font attachés. L’encleftre a deux cents quatre-vingt mailles de largeur à l’extrémité où elle fe joint aux alas. Sa maille eft d’un pouce en quarré , & fa longueur eft de vingt-lix pans , y compris les huit pans qui fe trouvent en avant des guirons vers les alas. La largeur de l’en-cleftre vers la margue eft de deux cents mailles.
- 1623. La margue, à l’extrémité qui joint l’encleftre , a deux cents mailles
- de largeur, de fept à huit lignes d’ouverture en quarré. Sa longueur eft de trente pans jufqu’à la feguérié, avec laquelle elle fe joint, 11’ayant à ce bout que cent trente mailles de largeur. - 1624
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- S e c t. II. De la pêche aux filets.
- 1624. La féguérié, à l’extrémité qui joint la margue , a deux cents vingt-cinq mailles.de largeur. Sa maille elt de quatre à cinq lignes en quarré; & fa longueur, de neuf pans jufqu’au culaignon, auquel elle fe joint par une largeur de deux cents cinquante mailles.
- i62<). Le cu’aignon, à l’extrémité qui joint la féguérié , a deux cents cinquante mailles de largeur ; & il finit en fie, parle même nombre de mailles d’un pouce en quarré : fa longueur eft de fix pans.
- 1626. Les guirons font deux pièces de filet, qu’on place delfus & défions , pour joindre les côtés de l’enclefire & de la margue, & par là former l’ouverture du fac qui elt terminé par le culaignon.
- 1627. Le guiron du delfus, dit guiron du fiibre, ou du liege, commence par vingt-cinq mailles , qui forment la largeur du côté du culaignon, & il finit par cinquante mailles du côté de l’enclefire. La maille eft de quatre à cinq lignes en quarré. La longueur de ce guiron eft de trente-huit à quarante pans.
- i<528- Le guiron de délions ou du plomb, commence par neuf mailles de largeur du côté du culaignon, & finit par dix-fept mailles du côté de l’en-cleftre. Sa maille eft de quatre à cinq pouces en quarré, & fa longueur de trente-cinq pans: d’où il fuit que le guiron du haut avance fur celui du bas, de cinq à fix pans.
- 1629. En général, le trabacou ou trabauqué a quarante-quatre pans de longueur , de chaque côté des alas , depuis le clava jufqu’à fa gorge, foixante à foixante-trois pans de longueur, depuis la partie fupérieure du guiron portant le liege, jufqu’à l’extrémité du culaignon, & cinq à fix pans de moins fur la partie inférieure de la gorge.
- 1(530. La plombée & la flottée du trabacou eft, comme à latartanne , de vingt-cinq à trente livres de plomb & autant de liege; le plomb en bagues d’une livre, diftribuées de quatre en quatre pans fur les alas, & dix livres à l’embouchure de la chaulfe. Le liege eft diftribué par morceaux d’environ demi-livre , de deux pans en deux pans , fur les alas , & le relie à la bouche du lac. Il n’y a ni plomb ni liege fur les baudeaux du delfus & du dellous de la poche, qui fe trouvent à l’extrémité des guirons , 8c qui vont jufqu’au culaignon.
- 1(531. Les pêcheurs mettent ordinairement pour cette pèche , treize libans de vingt à vingt-deux brades de chaque côté ; ce qui fait près de trois cents bralfes : & de plus , quatre libans doubles , qui viennent prendre le clava, ou morceau de bois auquel le filet eft attaché. Les baudes pour aftàilfer le filet, fe placent vingt-cinq brades en avant des libans doubles, fur le fartis.
- Tome V.
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- TRAITE' DES PECHES.
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- CHAPITRE SEPTIEME.
- Des pèches qui fe font à la traîne avec des filets à manche, cfi qu'on peut comprendre fous le terme générique de drague (i 17).
- 1632. ^^uoique nous ayons parlé, dans le chapitre III de cette fécondé fection , des pèches qu’on fait avec des filets en chaude, qu’®n nomme man-ches , guideaux, verveux , &c. tendus fédentaires dans les courans , nous nous trouvons obligés de revenir à parler de ces fortes de filets , confidérés comme n’étant point établis fédentaires: tous ceuxjiontil va être queftion, traînent fur les fonds. Cette façon de pêcher eft d’autant mieux placée ici, qu’elle ref-femble beaucoup aux aiîfaugues , bouliers-,ganguis , &c. dont nous venons de parler : puifque fi i’on retranche les ailes de ces filets , & qu’on traîne au fond de la mer les poches ou manches qui font au milieu de ces mêmes filets, on aura les dragues dont nous nous propofons de traiter préfentement.
- 1633. La différence eifentielle qu’on pourra remarquer entre les pèches dont nous allons parler, & celles qui ont été détaillées dans les articles précédons, confifte donc en ce que les filets dont nous nous fommes occupés ont .des ailes plus ou moins longues, qui précèdent la chaude; au lieu qu’aux pèches que nous comprenons fous le nom de dragues, il n’y a point d’ailes , & les halins font immédiatement attachés à la chaulfe.
- 1634.. Quoique l’idée générale que nous venons de préfenter foit exacte, on varie néanmoins de différentes maniérés l’ajuftement de ce filet; ce qui a fait donner des noms particuliers aux pèches qu’on pratique avec la drague : à quoi il faut ajouter la variété des noms qui viennent du jargon des pécheurs, qui eft différent dans chaque port.
- 1634. Ces noms font, drague , chauffe , cauche , chalut ,fac de drague , bâche traînante, couvreaux , carte , corret, dranguelle ou drangdle. On fe fert encore d’autres termes dont nous éviterons de faireufage, parce qu’ils conviennent à des pêches très-ditférentes ; tels que traverjîers , picots-à-poche , grande [auterdle ou grenadiers à la mer, draige,&c. Comme toutes ces différentes dénominations dépendent du caprice des pêcheurs , & quelles n’ont aucun fondement, îious nenous en occuperons pas. Il nous parait plus important de bien faire connaître la mephanique des pêches, que de nous engager dans des difcuifons de nomenclature qui feraient ennuyeufes, & cauferaient de l’obfcurité fans lien apprendre d’intéreifant.
- ( 117.) Le terme allemand qui exprime cette forte de filet, eft Schleppfact
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- S e c t. IL De la pèche aux filets.
- En general, les différences qu’on peut remarquer dans les aiverfes Façons de pêcher à la drague, confîhent dans l’étendue & la forme des manches, ainll que dans celle des embouchures r, & dans les moyens qu’on emploie pour les tenir ouvertes , de forte qu’elles foient propres à gratter ou draguer plus ou moins le fond. Les unes font traînées à pied & à bras s d'autres le font par un ou deux bateaux. C’eft ce que nous allons expofer dans les paragraphes fuivans.
- De la pêche avec la chauffe (i ig), halée de terre fur les grèves.
- 1637. Cette chauffe eftaffez femblableà celle du gangui, mais beaucoup plus petite , étant proportionnée à la quantité d’hommes qui peuvent la traîner. Le bas de l’embouchure AB (pl. XV, fi g. r), eft garni d’un cordage allez gros, chargé de bagues de plomb pour le faire caler fur le fond. La tête eft amarrée fur un matreau CD , de bois léger, tel que du lapin, qu’on fubftituc aux flottes de liege, pour tenir l’embouchure du filet ouverte. O11 met ordinairement une cabliere aux deux extrémités de la corde plombée AB : puis 011 attache aux bouts CD du matreau, deux funins, qui vont fe réunir au point E. Aux extrémités AB de la corde plombée, on frappe encore deux bouts de funin AF, BH, qui vont s’attacher aux funins CE, DE, aux points FH. Il part du point E un petit cablot, qui fort à traîner la manche.
- 1638- Les pêcheurs, pour faire leur métier, embarquent dans un batelet leur chaude & leurs cordes ;& ils fe portent au large, à une diftance proportionnée à la longueur de leur cablot. Quand ils y ont calé la chauffe, ils reviennent à terre, le débarquent fur la grève, liaient fur le cablot, & tirent la chauffe fui vaut une direction à peu près parallèle à la laiffe de la mer. Peu à peu la chauffe gagne le rivage ; & quand elle y eft arrivée , ils la tirent entièrement à terre j ils dénouent la ligne qui tient fermée l’extrémité delà chauffe, & en
- (n8)'hes chauffes ^connues en Allemagne fous le nom de Schleppfàcke, ont environ dix aunes de large, mefure de Leip. fick , dont deux cents huit trois quarts font cent de Paris. On commence à tiffer par huit mailles ; vingt-trois mailles font la longueur jufqu’au commencement de la rondeur; huit cents mailles, environ d’un pouce & demi d’ouverture, font toute la largeur ; le relie de la longueur eft de neuf aunes. L’embouchure elt entonnée d’une corde de crin, nommée le cercle, der Reifen, garni par en-haut de vingt-une flottes & de feize anneaux
- de fer. Ce métal eft plus durable que le plomb, mais il réfonne lorfqu’il heurte contre les rochers , & cela épouvante le poif. fon ; c’eft pourquoi on préféré le plomb , pour faire caler le filet fur le fond. De part & d’autre de l’embouchure eft un morceau de bois deftiné à la tenir ouverte ; on y attache deux pierres , pefant chacune huit livres. L’extrémité du fac qui aboutit eu pointe, s’appelle der Zahlelle porte une pierre qui tient cette portion du filet au fond de l’eau.
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- TRAITE' DES REÇUES.
- retirent le poidon, ainfi que les immondices qui s’y font accumulées.
- 1639. On ne prend prefque à cette pèche que des poifions plats, que le frottement de la chaude a fait faillir de dedans le labié & la vafe. Suivant la prononciation normande, on dit cauche, au lieu de chauffe.
- La même pêche, à la voile.
- 1640. À l’isle de Rhé , on fait à la voile une pêche à peu près pareille. La chaude a environ quatre brades d’ouverture, fur llx de profondeur. Les pêcheurs chargent les angles du bas de leur filet avec des cablieres qui pefent vingt à vingt-cinq livres. Les plaques de plomb qui font fur la traverfe de grodecorde, pefent environ cinquante livres ; & pour tenir l’embouchure du fac ouverte, au lieu de mettre furie haut du filet le matreau ou efpar, ils en mettent un , long de cinq à lix brades , amarré fur les funins : cet efpar eft à quelques pieds de l’ouverture du fac , lequel il tient ouvert. Au milieu de l’ef-par, pour le rendre encore plus flottant, on frappe deux grodes pièces de liege, qui pefent chacune cinq à fix livres.
- 1641. Il y a de ces chaudes qui font les unes plus, les autres moins, chugées de left, & qui ont auiîi plus ou moins de flottes, enfin dont les mailles font plus ou moins grandes , fuivant l’idée des pêcheurs. On en verra dans la fuite quelques exemples..
- De la pêche dite chalut, telle qu'elle fe pratique dans l'amirauté de Ma-rennes, en plujieurs endroits de la Bretagne , &c.
- 1642.. Quoique toutes ces pêches s’exécutent à peu près de la même maniéré , & qu’elles confident à traîner une manche adez femblable à celle du gangui,il y a néanmoins des variétés , tant dans la grandeur & la forme de la chaude , que dans l’ajuftement qu’on met à l’embouchure pour la tenir ouverte.
- 1643. La drague, que les pêcheurs Saintongeoîs, Poitevins , & bretons, nomment chalut, eft de forme quarrée longue , ayant ordinairement huit brades d’ouverture , qui fe réduit au fond à cinq ou fix brades de largeur. Les mailles font de différentes ouvertures 5 mais elles fe rétrécilfent toujours, à mefure qu’elles font plus près du fond. L’ouverture du fac eft chargée par en-bas d’un cordage de deux pouces de grodeur , 8c de plus d’une livre de plomb par brade. Le haut de ce fac eft garni d’une ligne d’un quart de pouce de grofi feur, qui porte des flottes en adez grand nombre pour tenir le fac ouvert. On attache quelquefois la ligne chargée de plomb , fur une perche pliante , dont la corde peut avoir vingt ou vingt-cinq pieds de longueur : ce qui établit à cette quantité la largeur de l’embouchure de la drague.
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- 1644. La corde plombée & la ligne chargée de flottes font amarrées à deux petits échalons ou genouillets de bois ; (k on attache tant aux échalons qu’au cordage , une pierre ou cabliere pour appuyer la corde plombée furie fond.
- 164V C’est encore fur les échalons qu’on frappe de chaque coté un fur.in ou petite hauifiere, de deux pouces & demi ou trois pouces de grofiëur , & long de cent à cent vingt brafles. Pour mieux entretenir ouverte l’embouchure du filet, quelques pêcheurs ajoutent une perche, au milieu cîe laquelle, pour la faire mieux flotter, ils amarrent quelques pièces de liege. Sur cela les fenti-mens font partagés ; car il y en a qui prétendent que le filet ne doit point dra-guerle fond, mais feulement le battre, pour faire faillir le poifibn : d’autres font d’un avis contraire.
- 164.6. Quoique le mieux foit de ne caler le chalut qu’à huit ou dix brafles de profondeur, néanmoins les pêcheurs chalutiers font quelquefois leur métier fur trente ou quarante brafles. E11 ce cas, il leur eft important que les ha lins foien t fort longs, pour peu que l’embouchement delà chaufle ne s’élève pas.
- 1647. Quand le bateau eft rendu fur le lieu de la pêche, on met en panne pour jeter le filet à l’eau. Aufti-tôt qu’il y eft, 011 fait courir de l’avant, & en larguant les bras du filet, dont les bouts font frappés à ftribord au vent , à environ une brade de l’étrave & de i’étambot. Comme le bateau va en dérivant le côté en travers, 011 prend prefque toujours un peu de voile pour prefler la marche, à moins que le vent 11e foit très-fort; car en ce cas on le laide dériver à fec : de forte qu’il faut proportionner la voilure à la force du vent, pour que la marche de la chaufle furpafle celle du courant. C’eft pourquoi l’on 11e peut pas faire cette pèche par le calme; mais les vents médiocres font les plus favorables. O11 la fait également de jour & de nuit..
- 1648. Comme les poiflons fe retirent dans les grands fonds durant l’hiver r les pêcheurs font obligés de fe porter au large pour les y aller chercher. En été, ils rangent la côte.
- - 1649. Pour relever la drague, 011 amené les voiles ; on haie à bras les hauffieres , & on retire le filet à ftribord , pour le vuider dupoiflon & des immondices qui s’y font amaffées.
- 1650. Si les pêcheurs veulent continuer un nouveau land, c’eft-à-dire , faire un fécond trait, ils rejettent fur-Ie-champ la chaude à la mer , & continuent la manœuvre que nous venons d’expofer. Quand la pèche fe fait en hiver, un feul trait dure quelquefois quatre heures , d’autre fois huit, parce que la pêche fe fait au large & dans de grands fonds : mais l’été, quand on s’établit près de la côte, un trait ne dure qu’une ou deux heures ; d’autant qu’a-lors la manche eft bientôt remplie d’immondices & de bourbe, dont il faut la vuider. Pour éviter cet inconvénient, les pêcheurs paflênt de petites ficelles *
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- de deux en deux b rafles , afin de reflerrer l’ouverture de la manche ; ce qu’ils nomment brider la drague. Alors fon ouverture elt réduite à un pied & demi ou deux pieds.
- i6?i. Quelques pêcheurs mettent aux deux bouts du bateau, des bout-dehors , qui en augmentent la longueur: & c’elt à l’extrémité de ces bout-dehors qu’ils attachent les halins, dans la vue de tenir l’embouchure du filet plus ouverte. En ce cas, on peutfè diipenfer de mettre la perche courbe ainfi que la perche droite.
- 1652. Après l’expofé que nous venons de faire de cette pèche , 011 conçoit qu’on n’y prend prefque que des poiifons plats. En été ce font des folles, & des raies en hiver : outre ces mêmes poiifons , 011 prend des turbots, des barbues , des gournaux ( 119 ) , des grondins, des vives , &c.
- 16) S- Pour traîner la manche , on amarre deux manœuvres aux bouts de la perche droite , & une troifieme .'au milieu de la perche courbe : toutes trois fe réuniiïent à l’endroit où l’on attache le halin, qui répond au bateau.
- Chalut du Poitou, traîné fur les vafes.
- '16^4. En Poitou, on pêche avec des chaluts dont le fac a cinq bralfes de large à fon embouchure, Îîx bralfes de long, & au fond une brade & demie, fe terminant par une pointe fort obtufe. A cet endroit, le rets elt lacé , & fe ferme comme une bourfe : on l’ouvre pour retirer le poilfon. Ces pêcheurs ne fe fervent point de perches 5 le haut du filet elt garni de flottes de iiege, &fur la corde du bas font amarrées de chaque côté quatre vieilles favattes , l’ouverture pareil-haut, dans chacune defquelles 011 fourre une pierre. Il y a outre cela au bout de la ch au lie deux cablieres pour la faire caler. Par cet ajufle-ment, le filet 11e peut entrer dans la vafe : il coule deifus.
- 16^. Les halins font amarrés aux deux bouts du bateau, à l’avant & à barrière, à deux bout-dehors, de vingt-deux pieds de long, dont fix pieds au moins font dans le bateau 3 enforte que les bout-dehors font une faillie d’environ feiz.e pieds. Les halins de ce chalut fout à peu près difpofés comme ceux de la figure 1, pi. XV. Comme ce chalut n’entre point dans le fond de l’eau, il prend quelques poiifons ronds quife trouvent près du fond.
- 16<)6. Quand 011 veut relever le chalut, on amenda voile , 011 tire abord les hainfiercs, enfuite les flottes , puis la partie où font les favattes, enfuite tout le filet, finiflant par le fond du fac, qu’on délace pour le vuider. Un trait dure deux heures , plus ou moins, fuivant le lieu où l’on s’efl; établi.
- (119) On trouve dans Bomarre le mot de ncau eft le CallIOXYJüIüs Lyra; LlNtf. groncau & non celui de guurnau. Le gro. S. N.
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- Pêche de même genre , nommée carte à Dunkerque.
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- i6f7- La carte de Dunkerque eft un filet en chaude, large à l’embouchure, & qui va toujours en diminuant jufqu’au bout. Les mailles , qui font a fiez grandes à l’entrée , vont toujours en fe rétrécidânt jufqu’à l’extrémité, qui eifc fermée par une corde qu’on dénoue pour retirer plus aifément ce que la chauffe contient. Comme le fil en eft très-gros , & qu’il fe gonfle à l’eau , les plus petits poilfons qui y font entrés ne peuvent s’échapper. Cette chauffe a environ quatre braffes de longueur. Le bas de l’embouchure eft garni d’un gros cordage qui porte des bagues de plomb. Les côtés ont deux pieds ou deux pieds & demi de haut. La partie fupérieure de cette embouchure eft garnie de flottes , ou encapelée fur un petit lapin, pour que cette partie flotte , & que l’embouchure demeure ouverte. Les cordes qui répondent à cette chauffe,font difpofées comme on l’a dit ci-devant. Chaque bateau traîne la carte ou chauffe 5 car ils font prefque toujours deux bateaux, de confcrve, éloignés l’un de l’autre de quatre à cinq bradés , faifant leur pêche fui vaut rétabliifement du vent & le cours des marées. Les cableaux qui traînent la carte font amarrés aux bateaux vers le milieu, un bateau ayant fon cordage à bas-bord, & l’autre à ftribord. Les pêcheurs recommencent pluficurs traits file tems le leur permet.
- i6f8- Le but principal de cette pèche, eft de fe procurer des appâts pour amorcer les hains. Néanmoins on prend fou vent des poilfons qui font de vente, particuliérement de ceux qui font plats.
- De la pêche qu'on nomme dranguelle, à l'embouchure de la Seine'.
- 16Ç9. Les pêcheurs de la Seine nomment dranguelle, une chauffe qu’ils traînent fur le fond. Elle'reffemble aux chauffes de Flandre, & n’en.différé que par la grandeur de l’embouchure du filet3 car les manches dites dranguelks ont fept à dix brades d’ouverture, & une pareille profondeur, mais en forte qu’elles fe réduifent par degrés à cinq brades de largeur.
- 1660. La partie de la ralingue qui borde l’embouchure, & qui doit être en-bas, eft garnie, dans une longueur de cinq brades, de pierres rondes, plates, & percées, pour faire caler le filet fur le fond. Une pareille étendue de la raüngu'e eft garnie en-haut de flottes de liege, pour tenir cette partie élevée & l’embouchure du filet ouverte. Ordinairement fept morceaux de liege & fept pierres fuffifent, en ajoutant aux bouts de la corde pierrée, deuxcabîie-res du.poids de fept à huit livres, pour mieux affermir cette partie de l’embouchure fur le fond.
- 1661. Ordinairement quatre hommes fejnettent dans deux petits
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- bateaux pour faire cette pèche , en tirant la dranguelle de concert. C’eft pourquoi il y a deux halins, ahn que chaque bateau en prenne un.
- 1662.. En partant, on met le filet dans un des bateaux; & étant rendus au lieu de la pèche, les deux bateaux fe rapprochent pour mettre la dranguelle à la mer. Un homme de chaque bateau en prend la moitié ,pour qu’ils jettent enfemble tout le filet. On amarre l’extrémité des deux bras vers le milieu de chaque bateau ; enforte que l’un a fon bras à bas-bord, & l’autre à ftribord. Pour cette pèche, on fuit toujours le courant; mais il faut faire enforte,a l’aide des rames , que les bateaux aillent plus vite que le courant', afin que les halins tirent toujours la dranguelle. Pour cela , on ne met les halins à l’eau que peu à peu. Quand ils y font entièrement, les deux pêcheurs de chaque bateau rament avec vigueur, pour que la dranguelle aille vite. Si elle ne faifait que fuivre le courant, elle ne prendrait rien , ou fort peu de chofe.
- 1663. Quand on a traîné le filet environ deux cents pas , les deux bateaux fe rejoignent pour le relever. Alors un pécheur de chaque bateau ceffe de nager, & chacun haie à fon bord le halin qui répond à fon bateau : l’autre continue de ramer, pour faire toujours effort contre la dranguelle àmefure qu’on s’en approche. On augure avantageufement de la pêche, lorfquede filet réfiftç beaucoup. Pour le mettre à bord, les pécheurs des deux bateaux en faifilfeut l’embouchure, l’un par la partie pierrée, l’autre par celle qui eft flottée. Le filet étant ainfi foulevé, tout le poiffon tombe dans le fond. Enfin ils parviennent à le mettre en entier dans un des deux bateaux ; & quand ils en ont tiré le poiifon, ils continuent leur pèche , en faifanc la même manœuvre.
- 1664.. On diftingue deux efpeces de dranguelles. Il y en a une qu’on nomme c/aire, qui a les mailles d’un pouce d’ouverture en quarré , & dont onfefert toute l’année , pour prendre différentes fortes de poiifon. La dranguelle qu’on nomme épaiffe , a fes mailles au plus de dix lignes ; & elle ne fert que pendant les deux faifons des éperlans, avec lefquels 011 prend aufïî des ables.
- i66j. Au refte, ce métier eft plus fatigant que la feine , parce que les pêcheurs font obligés de relever leur filet en pleine eau, & qu’ils ne peuvent être aidés comme ceux qui relevent au bord de l’eau fur le terrein.
- Chalut monté avec un fut de bols formé en traîneau.
- 1666. Il y en a qui mettent au bas de leur chalut ( pl. XV, fig. 2 , AC), des genouillets ou genouillettes, formés d’un morceau de bois fourchu, ou qu’on ploie comme le collet d’une charrue ; & entre les branches de fini ou de l’autre morceau de bois, une ou plaideurs pierres , comme 011 le voit en CC, pour faire caler le chalut fur le fond.
- ï667. Les pêcheurs de S. Brieuc, amirauté de S. Malo, emploient des fûts
- mieux
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- mieux conftruits (_/%. 3); üs forment les genouillettes avec d'eux bouts de membrure, auxquels ils donnent une forme approchante d’une confole A. Les deux genouillettes font affemblées l’une avec l’autre par un morceau de bois rond B , dont les extrémités entrent dans les trous qui font à la partie évafée des genouillettes A; & la portion du morceau de bois qui lestraverfe, excede leur épaiifeur pour recevoir une pierre percée C, qui fert de left. Le tout eft arrêté par une clavette qui ferre & la pierre & la genouillette contre un petit épaulement qu’on a ménagé à la traverfe B. Il elt fuperflu de faire obferver qu’011 pourrait fubftituer une plaque de plomb à la pierre dont nous venons de parler. A la pointe D du genouillet, eft un trou qui fert à attacher l’extrémité des bras ou petits funins E , avec lefquels le bateau traîne le chalut.
- 166%. Le bas des genouillettes étant arrondi, il forme comme un traîneau , qui coule aifément fur le fond , & paife fur les petites roches & les inégalités du terrein , fans éprouver beaucoup de réfiftance. Ainfi l’on peut manœuvrer avec facilité ce chalut, fans courir rifque de déchirer fon filet.
- 1669. Comme le haut de l’embouchure du filet eft garni delieges, cette partie fe tient foulevée 5 & il fe prend dans le filet, despoiflbns plats & des ronds. Pour empêcher ceux-ci de s’échapper, 011 jette des deux côtés de la longueur du fie F , comme deux cloifons de filet, qui s’étendent depuis les genouillettes jufqu’aux trois quarts de la longueur de la chauffe : ce qui forme une efpece de goulet, bien capable d’arrêter les poiffons qui voudraient fortir de la chauffe ; car il refte entre elles une ouverture de cinq à fix pieds, par laquelle les poilfons peuvent paffer pour fe rendre au fond du fac ; & îorfqu’ils paffent derrière les cloifons, ils remontent jufqu’aux genouillettes ,& ne peuvent s’échapper. Ces manches fe terminent en quarté, comme le fond d’un fie ordinaire ; & 011 attache à chaque angle une petite cabliere G, pour en tenir l’extrémité affujettie fur le fond. O11 laiife à l’un des coins une ouverture d’environ une braffe, qui fe ferme comme une bourfe, & qu’on ouvre pour vuider la manche.
- Defcription du chalut dont on fait ufage aux environs du Havre,
- 1670. M. Cleron , hydrographe au Havre, m’ayant envoyé une defcription détaillée delà pèche du chalut, telle qu’on la fait à cette côte de Haute-Normandie, je crois devoir la rapporter, principalement parce que l’armure de l’embouchure eft partie en fer & partie en bois : car du refte ce chalut différé peu des filets de même nom dont on fe fert dans d’autres ports.
- 1671. Ce chalut eft fait de mailles ferrées. Il a la forme de ces manches dont on fe fert pour renouveller l’air dans les entre-ponts & la cale des vaif-feaux j ainfî c’eft un cône tronqué. La circonférence de fon embouchure eft dô
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- vingt-cinq bralfes : dix brades de cette circonférence font encapelées fur un bâton qui peut avoir quatre bralfes de longueur.
- 1672. A Y extrémité , les mailles font des plus étroites, & faites avec un fil renforcé. Au moyen d’une ganfe, cette partie fe ferme comme une bourfe : & à ce même endroit, eft attachée une bouée, qui tient à une ligne ou orin dont la longueur eft proportionnée à la profondeur de l’eau où l’an cale la. chaude, qui a huit ou dix pieds de longueur. A P égard de l’embouchure* nous avons dit qu’environ un tiers de fa circonférence était attaché par de petites ganfes à une perche : le refte de l’embouchure, eft bordé d’une ralingue alfez forte, qui eft garnie de bagues de plomb.
- 1673. Aux deux bouts du bâton il y a des anfes de fer, dont chacune porte une douille dans laquelle entrent les extrémités du bâton. C’eft encore à ces: anfes de fer, que font attachées les manœuvres qui fervent à traîner le chalut.
- 1674. Pour fe préparer à mettre le chalut à la nier , le bâton ou fût étant fur le bout de la barque , on y envergue la partie de la ralingue qui borde la chaude, & on attache aux anfes de fer la partie de la ralingue qui eft chargée de bagnes de plomb. L’extrémité étant fermée, comme on vient de le dire, par un lacet, on jette d’abord à la mer cette partie de la chauffe, avec Porm u: la bouée ; le filet fuit; 011 jette enfin le bâton avec les anfes de fer, fur lef- quelles fout frappées en pattes d’oies les manœuvres, dont deux font attachées aux anfes, & l’autre au milieu du bâton: toutes trois fe réunilfent au point où l’on attache un funin ou filin de vingt-fept fils.
- On donne au bateau un peu de voile , pour qu’il aille plus vite que le courant, & on file peu à peu le gros funin , dont on conferve le bout dans: le bateau , attaché à un banc ou tire du bateau. On ne-lâche que peu à peu le gros funin, pour que la chauffe s’établiffe bien furie fond dans toute la longueur, & qu’elle ne foit recouverte ni par le fut ni par le gros cordage: ce qui 11e manquerait point d’arriver, fi le bateau 11e fillait pas plus vite que le courant, ou fi l’on mettait trop promptement le cable à l’eau..
- 16~j6. On voit que, pour que le chalut foit bien placé ap. fond de l’eau , iî Faut que les deux fegmens de fer arrivent les premiers au fond , & qu’au moyen de la gaule ils fe placent fur une ligne droite. Ainfila gaule fe trouve élevée au-delfus du fable, de toute la hauteur des anfes ou fegmens de fer, & elle foutient à cette hauteur la partie du filet qui eft encapelée fur la gaule ..taudis: que l’autre, qui eft chargée de plomb , coule fur le fond. Par cette difpofition * le chalut qui eft traîné plus vite que le courant, préfente une embouchure' béante, dans laquelle entrent tous les poilfons qu’elle rencontre , de quelque-groifeur qu’ils foient, & ils s’accumulent au fond du fac.
- 1677. Apres une heure de traîne , ou amens le chalut à bord, pour prendre le poiifon &>uider les immondices qui le font amaiiées dans la chauffe».
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- Four cela on haie fur le funin ; & quand le chalut eft près de la furface de Peau, on s’aide en halant fur l’orm de la bouée, mais feulement pour foulager le filet.
- 1678- Quand le Blet eft à fleur d’eau, 011 le fdillt à pleine main, pour en tirer l’embouchure à bord, & fucceftivement tout le filet : enfuite on cherche î’extrêmité, dont 011 ôte le lacet pour tirer le poiflon, & les immondices qui fe font raflêmblées à cet endroit.
- 1679. On effaie de fe placer fur un fond fain 5 mais fi par accident le filet fe trouvait accroché , il faudrait, pour le débarraflér, aller chercher l’orin de la bouée , & tirer le chalut en reculant.
- Armure de la drague de cane aile.
- 1680. L’agitation de la mer dans une baie aufii vafte que celle de Can-calle, romprait ou emporterait tous les filets qu’on pourrait tendre à la [rafle eau, dans la vue de prendre des folles & d’autres poilfons plats. C’eft ce qui a engagé à y fiubftituer les dragues, qu’on toléré pourvu que la traverfe 11e foit pas de fer.
- 16"8 r. La drague ou chaufle dont on fait ufage à Cancalle pour prendre des folles , a pour armure une perche de bois qui traîne fur le fond, une corde à laquelle une partie de l’embouchure du filet eft attachée, un cercle de fer auquel eft attachée l’autre portion de l’embouchure : la corde pafic dans des pitons de fer, qui font aflùjettis dans la perche de bois; & le cercle de fer eft fou tenu par d’autres pitons. Les barres de fer font proprement l’armure de la drague : elles fe réunifient au point où il y a un organeau, auquel s’attache le cordage qui doittraîner-la drague. Voilà en abrégé la defeription de l’armure de cette drague : après ce qui a été dit plus haut, cette defeription fommaire fufiflt pour en prendre une idée allez exaéte.
- De la drague ou chauffe armée de fer.
- I68f- La drague anglaife ne différé prefque de celle du Havre, que par la forme de fes genouiîlettes , qui ne paraiflent pas préférables à celles de bois, dont nous avons donné ci-devant la defeription: ainfi nous 11e nous y arrêterons point davantage. Nous paflons aux dragues où l’armure eft entièrement en fer, & qui font de quelque ulàge en Bretagne.
- 16S3. Cette armure reflemble afiez à celle de la dragué aux huîtres, dont nous parlerons un peu plus bas : excepté qu’elle eft beaucoup plus grande , ayant quelquefois dix, douze , & jufqu’à quatorze pieds de longueur.
- A A (fig- 4 ) eft une lame ou efpece de couteau de fer plat, qui doit porter fur le terrein 5 & en l’inclinant plus ou moins, on fait qu’elle mord dans le
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- .terrein, fuivant le defir des pêcheurs : car pour draguer des huîtres, il faut qu’elle morde plus que lorfqu’on pèche des poidons plats.
- 1684. A B B B A, eft une tringle de fer courbée , rivée en A A, aux extrémités de la lame. A D, A D, C D, font trois tringles droites, dont deux font v rivées aux extrémités de la lame ; & la troifieme, C D, eft foudée au milieu de cette lame. Toutes les trois fe réunifient en D , où eft un organeau, quifertà attacher le halin E. Pour fortifier cet aflemblage, il y a des traverfes en crochet qui font fondées en F fur la lame, en B fur la barre contournée, & en G fur les barres droites A D, A D & C D. Le bas de l’embouchure de la manche eft attaché à la lame A A, & le refte de la circonférence de cette embouchure l’eftàla tringle contournée A B B B A. Ainfi l’ouverture de la manche eft comprife entre la lame & la barre contournée. Cette manche HI K 5 ), a cinq à fix brades de longueur. Les mailles de l’entrée font alfez larges 5 mais elles fe rétréciifent à mefure qu’elles approchent de l’extrémité , où elles font fort ferrées.
- i68>. Comme ce filet eft deftiné à être traîné fur des fonds qui alfez fréquemment pourraient l’endommager, 011 attache à la lame une peau de bœuf d’Irlande L L (/g. 4.) fous la manche, auprès de l’armure. Quelques-uns fe contentent de faire le delfous de la manche avec des lanières de cuir trel-fées, & le dellùs avec de fortes ficelles.
- . 16%6. Quand la drague eft montée, on frappe un petit cableau E, fur l’organeau: la longueur doit être proportionnée à la profondeur de Peau.
- 1687. La manœuvre de cette pèche eft la même que celles que nous avons décrites ci-delfus. Les pêcheurs s’établilfent à une petite diftance du rivage, comme un demi quart de lieue, fur au plus fept ou huit bralfes d’eau , & autant qu’il eft poiîible, de baffe mer: car il eft avantageux pour toutes les pèches qu’on fait à la traîne, que l’eau ne foit pas profonde. C’eft pourquoi ces pèches font plus avantageufes en été qu’en hiver i attendu que durant cette demiere faifoii, il faut aller chercher lés poilfons dans les grands fonds, où ils fe retirent pour trouver une eau moins froide. Au refte, 011 pêche indifféremment de jour & de nuit: cependant les pêcheurs aiment mieux le clair de lune que Pobfcurité.
- 1688- On pourrait faire cette pèche pendant toute l’année s mais les pêcheurs l’interrompent pour fe livrer à d’autres pèches, telles que celle du maquereau.
- 1689'. Lorsqu'on traîne la drague avec un bateau à la voile, on ajoute un petit halin à celui qui répond à la drague ; puis on en amarre un à bas-bord, & un autre à ftribord : au moyen de quoi la drague fuit le bateau.
- 1690. Quelquefois un meme bateau haie deux dragues, l’une amarrée à bas-bord, & l’autre à ftribord.
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- 1691. On 11e traîne pas au-delà d’un quart de lieue fans relever; 11e fùt-ee que pour vuider la chaude, qui le trouve toujours remplie de varec, de pierres, d’huîtres & d’autres immondices. Quand les pécheurs l’ont vuidée , & qu’ils en ont retiré le poilfon, ils remettent le fileta l’eau pour faire un nouveau trait.
- 1692. Comme cet infiniment pefe quelquefois deux cents livres, il laboure, bouleverfe les fonds, & détruit beaucoup de poilfon & de frai ; d’autant qu’on le traîne auprès des côtes, ou les poilfons dépofent leur frai. a
- De la drague pour les huîtres.
- 1693. Comme nous nous propofons de parler fort en détail de la pèche des huîtres, nous nous bornerons à dire ici un mot de la drague avec laquelle 011 les pèche. Cette drague ou chauffe eftune efpecede filet, qu’on fait en entrelaçant des lanières de cuir de bœuf, enforte que les mailles aient deux pouces en quarré d’ouverture. La chauffe a ordinairement quatre pieds de long, fur douze à quinze pouces de large. Sa hauteur eft d’environ trois pieds & demi. L’embouchure eft montée fur un chaflis de fer, lequel raclant le banc, en détache les huîtres qui tombent dans la manche. Quelquefois on emporte deux cents huîtres d’un feul coup de drague. Cette pêche fe fait par les beaux tems, depuis le mois d’odobre jufqu’à pâque.
- lèches à la drague, qui fe pratiquent en différens ports.
- 1694. Dans la baie de Boürneuf, & près des isles de Bouin & de Noir-moutier, les pécheurs vont avec des bateaux non pontés, du port de huit à dix tonneaux, à une lieue au large. L’équipage confifte en un maître, un matelot, & quelquefois un moulfe. La drague a cinq bralfes de longueur, fur quatre d’embouchure. Ses mailles ont un pouce & demi en quarré. O11 y prend des raies, des folles , des merlans, des turbots, &c.
- 1&9S- Le bourgeois a le tiers de la vente du poilfon ; le maître, l’autre tiers ; & les matelots , le troifieme. Ils font leur vivre à leurs dépens.
- 1696. À Saint-Malo , des vieillards qui 11e naviguent plus , ont de petits bateaux, depuis quatre jufqu’à dix tonneaux , pour aller autour des rochers, pécher des folles avec la drague.
- 1697. A la Hougue, on prend nombre de petits poilfons plats, & quelques
- grands , avec une drague de fer, qui laboure les fonds , détruit le frai, & gâte même la rade, où mouillent fouvent des barques & de petits navires quijfy relâchent. •
- 1698- A Olonne , les petits pêcheurs ont des dragues de deux bralfes de largeur fur quatre de longueur, dont les mailles ont un pouce & demi en
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- TRAITE' DES PÉCHÉS.
- quarré, avec lefquelles ils prennent des folles, des raies, des plies, des turbots, des merlans, des vives 4 congres, fardes, barauds, merlus, chiens de mer, &c. Cette pèche fe fait fouventàdeux ou trois lieues au large, hors des fonds de roches. Pour cette pèche , fept hommes , favoir le maître , cinq matelots & un moufle, s’embarquent dans une chaloupe de deux a trois tonneaux. Ils Portent pour cette pèche tous les jours, & rentrent les foirs.
- 1699. D’autres pécheurs plus conlidérables, fe fervent débarqués non pontées, du port.de quinze tonneaux. Leur drague a quatre brafles de largeur, & dix-huit de longueur. L’ouverture des mailles eft d’un pouce & demi en quarré. Ils rentrent tous lés foirs dans le port, & vendent leur poiflonà des chalfes-marées, qui les tranfportent dans les bourgs & villes où s’en fait la con-fommation. L’équipage eft à la part, comme nous l’avons dit.
- 1700. Les pécheurs d’Oîeron ayant des filets dont les mailles font très-ferrées, ils détruifent beaucoup de frai & de meauife, outre le tort qu’ils font aux fonds, en les labourant avec leur drague.
- 1701. Îl y a peu de ports où l’on 11e fâfle ufage des dragues , qui different un peu les unes des autres. Mais ce que nous venons de dire fuffit pour donner une itjée de ces différences , qui ne font pas conlidérables : d’autant qu’à l’oc-calion des pèches particulières, nous aurons plufieurs fois occalion de parler de là chauffe & de la drague.
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- CHAPITRE HUITIEME.
- De quelques pèches qui fe pratiquent fur les bords de la Méditerranée , & qu'on peut regarder comme des parcs pierres & flottés, tendus à la mer.
- 1702. ]Les pécheurs de l’Océan lavent profiter delà marée pour tendre * lorfque la mer eft baffe, quantité de filets qui arrêtent au retour de l’eau les poifl’ons qui ont 'monté avec le flot : & de ce genre font les parcs, dont nous avons fuffifamment parlé dans le chapitre V, qui a terminé la tente fur piquets. Les pécheurs de la Méditerranée 11’ayant point de femblables marées, ils ne peuvent faire aucun ufage de ces façons de pécher 3 mais ils parviennent à former dans la mer même, des enceintes de filets qu’011 peut regarder commodes parcs pierrés & flottés, dont il ne ferait guere polfible de faire ufage dans l’Océan. La mer y eft communément trop agitée pour que les filets tendus fur piquets puflènt rélifter aux efforts de l’eau , qui eft prefquc toujours très-confidérable dans cette grande mer, d’autant que les marées y occafionnent une agitation continuelle.
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- S e c t. IL De la pêche aux. filets,
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- 1703. C’est de ces parcs pierres & flottés, tendus en pleine eau, que nous nous propofons de parler dans ce chapitre. Et de même que nous avons terminé la tente fur piquets par les parcs où l’on emploie des piquets . nous terminerons la tente pierrée & flottée, par les parcs qui ne font retenus qu’au moyen du left dont on charge leur pied , & des lieges dont leur tête eft garnie,
- De la pêche qu'on appelle dans la flêditerranée feinche ou enceinte,
- 1704. Nous avons déjà parlé en quelques endroits , de divers filets qu’on tend, foitfurdes piquets, foit par fond ,foit déri van s, pour envelopper des troupes de poiifons qui vont en compagnie. Mais nous ne fournies pas pour cela difpenfés de faire mention d’une grande pèche qu’on pratique dans la même vue , & qu’011 appelle feinche fur les côtes de la Méditerranée ; d’autant qu’elle fefait en pleine eau avec des filets tendus à peu près comme ceux des madragues, qui font l’objet principal de ce chapitre.
- 170p. On fait, & nous avons déjà eu plus d’une fois occafion de le dire, qu’il y a des poiifons domiciliés qui relient attachés à une côte , comme certains oifeaux 11e quittent point le canton où ils ont été élevés» D’autres poifi-fous, grands voyageurs, iejournent quelques mois fur nos côtes, & vont paffer le relie de l’année dans des parages qui probablement leur conviennent, mieux: femblabîes aux hirondelles, aux cailles, & à quantité d’oifeaux qu’on nomme pour cette raifon, oifeaux depafiage.
- 1706. Ces poiifons, ainfi que les.oifeaux de palfage, vont ralfemblés par troupes, & forment, comme difent les marins, ùbs bancs, que les pêcheurs Provenc.aux elfaient d’envelopper avec des filets, dont ils proportionnent la force & la 'grandeur des mailles, à l’efpece de poiflbn qu’ils fie propofent de prendre. Si ce font, par exemple , des thons, les filets font plus forts & les mailles plus grandes que s’il s’agifiait d’arrêter des maquereaux.
- 1707. Un nombre de matelots pourvus de filets & de bateaux, s’alfocient, pour faire cette pêche, fous les ordres d’un, patron qu’ils nomment capitaine: de feuiche.
- 1708. Dans la faifon du palfage des poiifons, ils parcourent la mer, comme les chalfeurs battent la campagne ; & quand ils apperçoivent un banc de pouffons , plusieurs bateaux les mieux aimés gagnent la tête de ce banc, 8c ferment le palfage aux poiifons en tendant leurs filets devant eux, tandis que les. autres en tendent fur les côtés 8c vers l’arriere, clfayant d’entourer ainfi le plus; de poiifons ou’il leur efi pcii:b!c Quand l’enceinte eft achevée, les poiifons s’y trouvent renier mes comme dans les parcs dont nous avons parlé au chapitre V. L’induflrie des pêcheurs eft différente, l’effet eft le même,
- 1709. Sans doute que les poiflbns qui s’apperçoivent qu’ils font renfer-
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- T R A TT Er DES l T E C H ES.
- mes, particuliérement les thons, qui font le principal objet de cette pèche, nagent de tous côtés. S’ils trouvent une ouverture pour s’échapper, tous fe preifent d’en profiter pour recouvrer leur liberté 5 de forte qu’en peu de tems il n’en relierait plus dans l’enceinte. C’eft là fur-tout que l’habileté du capitaine de feinche fe fait connoitre. Il doit examiner s’il y a des iffues; & s’il en découvre, les fermer promptement par de nouveaux filets, afin de rendre Penceinte bien clofe par-tout: ce que les Provençaux nomment faire empe-rna. Si l’on a renfermé de petits poilfons , on les pèche dans la feinche avec différentes fortes de filets. Mais fi ce font des thons, on forme depuis la feinche jufqu’auprès de terre , avec des palitfades de bons filets, tendues parallèlement l’une à l’autre, un canal qui communique à un petit parc qu’on a fait auprès du rivage. Ce canal étant établi, on ouvre la paroi delà fëinche, vis-à-vis de la grande enceinte. Aufli-tôt les thons qui cherchent à fe lauver, fe jettent précipitamment dans le canal. On les y engage encore, en les effarouchant dans l’enceinte de la feinche; & quand ils y font tous, on en ferme l’entrée avec un filet. Les pêcheurs continuant à les épouvanter, pour les faire avancer vers le petit parc qui eft près de la côte , ils traverfent de tems en tems le canal avec des filets pour empêcher qu’aucun thon ne fe fauve. Quand ou les a ainfi conduits dans le petit parc, on en fortifie les parois en doublant les filets qui le forment, avec d’autres , & en les affermiffant par des manœuvres qui répondent aux ancres ou grapins de tous les bateaux qu’on mouille à deifein ; car il eft important que le parc 11e puiffe être dérangé , ni par les courans, ni par les efforts que les thons font pour fe fauver.
- 1710. On prend les thons qui font renfermés dans ce petit parc (que les Provençaux nomment faurrade'), ou avec de petits filets femblables aux bre-gins ou aux bouliers, ou en les harponnant. Mais comme le poiifon eft bien en fureté dans le réfervoir; afin d’éviter que l’abondance du thon n’en faffe diminuer le prix-, les pêcheurs ne les prennent dans leur faurrade que peu à peu ; 11e voulant les expofer en vente que lorfqu’ils font à un prix convenable.
- 1711. Cette pêche était autrefois très-avantageufe > mais on 11e la pratique plus guere, depuis que l’établiffement des madragues s’eft beaucoup multiplié , d’autant que ceux qui font l’entreprife des madragues ont droit d’éloigner de leurs pêcheries toute autre forte de filets.
- Autre efpece de feinche, dont mus croyons qui on ne fait ufage qu'au
- Martigue.
- 1712. Comme nous n’avions qu’une connaiffance affez imparfaite de cette
- pèche, nous étions déterminés à 11’en point parler. Mais M. de la Croix étant venu à notre fecours, nous fournies en état de donner une jufte-idée de cette façon finguliere de pêcher, 1713,
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- 1713. Le filet appelle feinche ou feincho au Martigue, doit enceindre un canal ou efpace d’eau, de façon que le poiifon qui fe trouve devant ce filet Toit forcé ou de fuivre la route qu’011 veut qu’il prenne , ou de fe prendre dans le filet, qui elt formé, tantôt de deux pièces ou filets diftincfts, tantôt d’une feule. La partie qu’on appelle Le tirant, en provençal Lou tirau, elt une nappe fimple : l’autre , dite la fautade ou foutado, eitun tremaiî.
- 1714. Il eit bon d’être prévenu que la pèche dite feinche ou feincho , ne fe fait au Martigue que pour prendre des loups ou des muges ; & que la bour-digue du roi eit la feule au Martigue , qui puifle faire ufage de ce filet dans fon canal : elle eit interdite à toutes les autres bourdigucs.
- 1715. Lorsque le patron de cette bourdigue s’apperçoit durant l’été, que les loups & les muges, qui quittent alors l’étang pour retourner à la mer, fe rafiemblent en quantité dans le canal de la bourdigue fans y entrer ; c’eit alors qu’il emploie la feincho pour les forcer ou à entrer dans la bourdigue, ou à fe prendre dans le filet. Comme ce font les plus empreifés de retourner à la mer, le patron difpofe fon filet pour les prendre, en réunifiant les deux filets ; favoir, le tirau & la foutado. Le tirau n’eft autre chofe qu’une fimple nappe, quia quatre-vingt mailles de chute , des neuf au pan, plus ou moins, fuivant la profondeur* du canal : cette partie, qui doit former comme une cîoifon dans l’eau, a le pied chargé de left, & la tète garnie de liege. Le liege que porte la ralingue, ou le bandeau du haut, eft diftribué en nattes des fix à la livre, efpacées l’une de l’autre d’un pan. Les deux bandeaux du bas ont, de deux en deux pans , une bague de plomb dans toute la longueur du filet, du poids d’un quarteron. 11 faut que l’étendue du filet en longueur, foit au moins égale à la largeur du canal. Enfin il y a aux deux bouts, des cordes dites mailles ; & pour cîava, une canne placée à chaque bout, laquelle contient étendue les deux extrémités du tirau.
- 1716. L’autre partie de la feinche, dite foutado, a la même longueur que le tirau. Sa largeur eft de huit pans vers le milieu, & fe réduit à fix & demi aux extrémités. Les hamauxde cetremail ont leurs mailles de fix pouces en quarré : celles de la flue ou nappe du milieu font de lieu F au pan. Cette entre-maillade eft montée comme les autres filets de même genre, excepté qu’étant deftinée à flotter fur l’eau , elle n’a pour garniture qu’un bandeau à la tête, garni de liege: l’autre côté, ou le pied,étant attaché au haut du tirau, eft foutenu â fleur d’eau parce filet. Ainfi il faut concevoir que, quand le filet eit à l’eau , le tirau eft perpendiculairement dans l’eau, & que la foutado flotte horifbntale-ment fur l’eau derrière lui. La ralingue du pied de la foutado eft attachée à la tète du tirau par des ficelles qui font dans toute la longueur, de deux en deux pans , pour que la foutado fe tienne mieux étendue fur l’eau. O11 lie, de deux en deux pans, deflus & deflous la foutado ,deux cannes, entre lefquellespafle le tremail.
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- 1717. Le filet étant difpofé comme nous venons de l’expliquer , on le met dans un bateau dit bats, marins, avec au moins quatre hommes d’équipage. Les pécheurs fe portent à quelque diftance de l’endroit où ils ont vu les poif-fons alfemblés. Un homme refte à terre, tenant la corde qui répond à une des extrémités du filet, & qui doit fervir de bras pour le traîner. A mefure que le bateau quitte le bord du canal en le traversant pour aller à l’autre, deux hommes ibnt occupés à jeter le filet: l’un met à l’eau dans une fituation verticale le tirau , qui doit être placé du côté de la bourdigue ; & l’autre, la fou-taao , qu’il établit horifontalement derrière. Enfuite les pécheurs fe féparant en deux bandes, traînent le filet en s’approchant de la bourdigue. Le poiflon effarouché par le filet, s’eiforce, en bondilfant, de fauter par-deflùs ; & en retombant , ilfe trouve engagé dans le tremail, qui eft horifontal. Quand il y a beaucoup de poilfons, il en réfulte un fpectacle fort amufant 3çar on en a fou vent pris en moins d’un quart d’heure plufieurs quintaux.
- 1718- Lorsque les pécheurs à la feincho s’apperçoivent qu’il y a d’autres poilfons nommés loups, avec des muges : après avoir jeté le filet qui vient' dVtrc décrit, ils en mettent encore un à l’eau par-derriere. C’eft bien une fécondé feinçhe, mais qui n’a que le tirau : & lorfqu’on fe propofe de 11e prendre que des loups , on n’emploie que cette nappe feule.
- 1719. On traîne donc ces deux filets l’un derrière l’autre, en s’approchant de l’entrée de la bourdigue. Quand les pécheurs font arrivés aux premières cannes, c’eft-à-dire, à l’entrée de la grande vsnguds , ils lèvent la première feincho pour conduire la fécondé jufque dans l’intérieur de la bourdigue, afin de forcer les loups d’y entrer. Pour cela, onfe fertde deux bateaux poftés de chaque côté en-dedans des cannes, & de deux perches ditespartsgons, fur lef-quelles on attache les extrémités du filet : à mefure que les traverfes de la grande vengude rétrécilfent l’efpace, les pécheurs roulent les bouts du filet fur les partegons, & le diminuent ainfi de longueur, jufqu’à l’entrée du grand baladou , qu’ils ferment alors avec un morceau de filet.
- 1720. Après avoir pratiqué cette manœuvre dans le grand & le petit baladou , comme ils l’ont fait dans la grande vengude, élargiffant ou rétréciffant le filet, à mefure qu’ils avancent vers les traverfes des tours dites atrouba, ou des Tsquinqnsts, ils s’arrêtent au paffage appellé embourigus\ qui communique du petit baladou à l’entre-bouque. S’ils s’apperçoivent que le poilfon en grande quantité pourrait gêner la tour dehors , ils en prennent le plus qu’ils peuvent dans l’enceinte qu’ils ont formée avec leur filet.
- 1721. Cette pèche, qui fe fait dans l’intérieur de la bourdigue, n’eftpas feulement pour les loups, mais encore pour les rougets, les melets, les fardi-nes. Dans ce dernier cas, elle change de nom, & prend celui de fauceiron. Le filet qu’on y emploie différé du tirau dont on vient de parler, par la grandeur
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- des mailles, qui font de trente-lix ou quarante au pan. Cette pèche fe pratique dans toutes les bourdigues indillmclement. Quand les bourdiguiers s’ap-perçoivent que les rougets ou les fardines donnent en grande quantité, ce qui arrive ordinairement lorfqu’il fument des froids vifs à la fin de l’été ou en automne , & que ces poiifons relient dans les chambres des bourdigues , fans entrer dans les tours: c’ell alors qu’ils font le fauceiron., ou pour les prendre, ou pour les faire entrer dans les tours.
- 1722. Il n’en ell pas de même delà pêche dite particuliérement^£Azc7zc?. Nous avons dit qu’il 11’y a que la bourdigue du roi où elle foit permife. Cette réferve ell apparemment faite pour obvier à la trop grande dépopulation du poitfon , ou pour faire une faveur particulière aux propriétaires de cette bourdigue ; car cette pèche ferait praticable ailleurs. Il ell vrai qu’elle ne détruit point le frai & la menuife : mais fi 011 autorifait à la pratiquer dans des étangs, elle détruirait plus de poilfon que beaucoup d’autres pêches ne pourraient faire ; & il ell avantageux que le produit de la pêche ne foit pas attribué à un feul propriétaire, mais qu’un plus grand nombre foit en état d'en jouir.
- 1723. On fait une pèche à Barcelone, en formant des enceintes de filets allez femblables à ceux de lafeincho : ils la nomment taranyïna. Celle qu’on nomme à Alicante pantafana, ell encore du même genre.
- Des madragues.
- 1724. La madrague ell encore plus exaélément un grand parc de filets tendus à la mer fans piquets ni perches. Les filets qui la forment font affujettis fur le fond par un poids énorme de lell de pierres , puifque pour les grandes madragues , il en faut jufqu’à quatre cents quintaux > & ils font tenus verticalement par beaucoup de nattes de liege » qui ont un pied en quarré. Il ell vrai que les parois de ce parc font affermies par un grand nombre de cordes V (pl. XVI, fig. 6) , longues de quarante à cinquante braffes, & frappées d’un bout fur la corde qui borde la tète des filets, & de l’autre à une ancre que l’on a mouillée au fond delà mer.
- 172^. Le but de cette pèche ell d’arrêter les thons qui font route à une petite ditlance de la côte*, ainfi que quelques autres poiffons , en engageant les uns & les autres à entrer dans la madrague , au moyen d’une grande chalfe de filet A B {fig. 6 ) , que les Provençaux nomment la queue de la madrague. Comme elle s’étend depuis la côte jufqu’à la madrague, elle a quelquefois mille braffes de longueur.
- 172^. On ne connaît peut-être point d’établiffement de pèche qui prouve mieux que la madrague , où peut aller l’induilrie des pêcheurs. Auffi tous les voyageurs qui vont en Provence font-ils très-curieux de voir une madrague $
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- & s’ils font allez heureux pour fe trouver dans la circonftance d une pèche abondante , c’eft un fpe&acle admirable que devoir quelquefois fept à huit cents poilfons, dont quelques-uns pefent cent cinquante livres, raflemblés dans un compartiment qu’on nomme k corpou^ou la mort,op TT ( fig. I ), dans lequel on en apperçoit qui font des efforts confidérables pour s’échapper, ou pour fe défendre contre ceux qui veulent les prendre. On voit encore à cette pèche nombre de pêcheurs qui fe jettent dans le même filet où font les poilfoîfë, pour les harponner, les affommer, ou les faifir à force de bras iorfqu’ils ne font pas fort gros, car il y en a qui ne pefent que vingt-cinq livres & même moins. Le combat qui fe fait entre les pêcheurs & les poilfons,les clameurs des fpe&ateurs, où fe mêleffouvent l’harmonie de plusieurs cors de chalfe, joint à la légéreté & l’a&ivité des pêcheurs Provençaux, font un fpeétacle très-amufant, & qui ne fort point, de la mémoire des voyageurs qui l’ont vu. Ils en parlent toujours avec une forte d’enthouliaffne ; mais toute leur attention s’eft portée à la chambre du corpou, ou de la mort: à peine ont-ils une légère idée du refte de la madrague, qui néanmoins eft tout autrement digne admiration. Oferait-on effectivement imaginer, h on ne l’avoit pas vu, qu’on puilfe tendre dans la mer une enceinte de filets qui, pour les plus petites madragues, a cent trente braifes de longueur fur vingt-huit à trente de largeur, & dont le pied , chargé de beaucoup de pierres , ell calé dans l’eau à la profondeur de vingt ou vingt-cinq braifes ; & la tête eft fou tenue à fleur d’eau par une grande quantité de nattes de liege. Joignons à cela nombre de compartimens formés par des filets d’auife, qui font bordés à la tète & au pied par de groTes cordes de même matière ; & en outre, une chalfe ou queue formée des mêmes filets, qui s’étendant de la madrague à la terre, a depuis deux cents jufqu’à mille braifes & plus de longueur. Il faut pourtant que ces grands établilfemens, affermis feulement par des cordes qui répondent à des ancres , foient établis avec alfez de folidité pour rélifter aux vents ,*aux courans, & aux efforts de ces gros poilfons. De plus, il faut que ce parc foit alfez exactement clos dans toute fon étendue, pour ne permettre à aucun poilfon de s’échapper, car en ce cas il feroit bientôt fuivi de tous : c’eft l’inftinCl de ces poilfons , de fe fuivre les uns les’autres.
- 1727. Voilà une idée générale de ces belles & grandes pêcheries. Les détails où nous allons entrer ne les rendront que plus dignes d’admiration.
- 172g- Il faut établir la madrague fur un fond d’algue , qui 11’ait pas plus de vingt à vingt-cinq braifes de profondeur : ce qui oblige de la placer, tantôt plus près & tantôt plus loin de la terre.
- 1729. J’ai vu la grande madrague de Bandol {fig. 6 ) ; & quoique je n’aie pas été à portée d’examiner celles de Toulon, qui font moins grandes,je me trouve en état d’en donner une defeription très-exaéle], que je tiens de
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- M. Broquier, fous-ingénieur conftru&eur des vaiffeaux du roi au département de Toulon.
- 1730. La madrague ( fig. 1 ), qu’a examinée M. Broquier, eft placée au nord de la montagne des Signaux, qui eft au midi de l’entrée de la rade de Toulon. Elle eft tendue à deux cents bradés ou environ de la côte. A in fi fa chaife ou queue doit avoir une pareille étendue. La longueur de cette madrague eft de centrvingt-deux brades ; lavoir, la chambre F, feize bradés ; celle P, vingt-ièpt bradés; celle O, vingt bradés; celle cotée Q_, vingt-huit bradés ; & la cinquième Y , trente-une bradés.
- 1731. Ces différons compartimens ont chacun leur nom particulier, très-différens de ceux que j’ai pris àBandoi, & que j’emploierai pour l’explication de la grande madrague ( fig. 6).
- 1732. La première chambre F, Le nomme à Toulon le bourdeunoro. La fécondé P, qui forme la grande entrée , s’appelle le farati. La troilieme O , le gardy. La quatrième Q_, le pichou. La cinquième Y, eft compoféc de trois parties , qui ont auiii leur nom particulier : la première g h i k , longue de dix-huit brades , s’appelle le gradou : la fécondé ikop , le gravichdi, ou gravichelli ; fa longueur eft de huit brades : enfin la troilieme op TT, qui a cinq bradés, fe nomme le corpou. La grande entrée ae, eft de toute la longueur du farati ; cette partie 11’eft point garnie de filets , & 11e fe ferme jamais. La largeur de la madrague en u t, en ad & en e f, eft de vingt-huit bradés. Elle en a vingt-cinq enbe, dix-huit en g h, qui eft l’entrée du gradou, & elle fe réduit à cinq bradés à l’extrémité du corpou TT.
- 1733. Quoique cette madrague ne foit établie qu a quinze bradés de profondeur, les filets qui en forment les murailles ont vingt-une bradés de hauteur, pour leur donner du jeu. O11 fait ordinairement ce jeu , du tiers de la hauteur du filet ; c’eft-à-dire, que pour un fond de feize bradés , le filet des murailles doit avoir vingt-trois à vingt-quatre bradés de hauteur. Les mailles de ce filet font de onze à la brade, qui eft de cinq pieds trois pouces.
- 1734. Les filets qui forment l’enceinte des madragues font de limples nappes , dont le pied eft adujetti au fond de la mer par des pierres, & la tête retenue à la furface de l’eau par des nattes de liege^ Ainfi il 11’y a point de filet tendu fur le fond de la mer, d’une muraille à l’autre.
- I73T Les libans ou ralingues qui bordent Je filet haut &bas , doivent être très-forts. Ceux des murailles ontfix pouces de grodéur.
- 173 5. Le bourdounoro F, & le gardy O , ne font fcparés de la chambre de la grande entrée P , que par une demi-cloifon aq, e m : de forte que la partie d q &celle//7z, font tout-à-fait ouvertes.
- 1737. L’ouverture b n du pichou Q_, eft fermée par un filet dont les mailles ont environ dix-huit pouces en quarré ; il doit être exactement tendu : on
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- ne le laide jamais tomber, les poiflons traverfant librement fes mailles.
- 1738. Enfin , la porte de la derniere chambre Y , eft fermée par un filet dont les mailles font d’environ dix à onze à la brafle. On le fait tomber quand on veut faire palfer le poiflon dans le corpou. Comme l’arrangement de cette porte eft affez ingénieux , il convient d’infifter un moment fur cet objet.
- 1739. A chaque coin h & g, on place une pièce de filet triangulaire R ( fig. 2 & 3 ) , qu’on nomme giron, & dont les trois côtés, qui font égaux, ont chacun dix-huit brades. Le côté GL , eft coufu perpendiculairement au filet de la muraille, à l’endroit où eft la porte ; enforte que la pointe L eft tout-à-fait au fond de la mer ; & le côté LS (fig* 2) eft coufu avec le côté vertical du filet de la porte ; de maniéré que lorfqu’on laiife tomber'celle-ci , les pointes S des girons l’accompagnent jufqu’au fond de la mer ; & lorfqu’on veut la fermer, en halant furies cordes X X {fig. 2 ), les girons fe remploient fur les côtés, & fervent à joindre exa&ement la porte avec la muraille : ce qui empêche que le poiflon ne puiife s’échapper entre deux. La porte Y (pL XVII9 fig. 7 ), eft fermée : & les girons pliés fur les côtés font marqués par M m, N n.
- 1740. Il refte à faire connaître dans la figure 1 de la pL XVfi la derniere chambre Y, qui eft celle de la mort du poiflon, & qui devient par là la plus intérelfante.
- 1741. Nous avons dit qu’elle eft compofée de trois parties, qui font for-
- mées de trois fortes de filets joints bout à bout les uns aux autres par deux nœuds qui en réunifient les mailles. 1
- 1742. Le premier de ces filets Y , qu’on nomme le gradou , a fes mailles de quinze à la brade. Il eft arrêté par un de fes côtés B {fig .4 ) au fond de la mer, au moyen d’une corde, à chaque bout de laquelle eft une pierre qui pefe deux quintaux LL {fig. 2). C’eft à cette corde qu’eft aufiî arrêtée parle bas la porte dont nous venons de parler. A cette même corde enfin eft coufu un troifieme filet d’environ quinze brafles de long, qui s’étend dans le fond de la chambre Q. dite dupichou, & qui eft deftiné à empêcher que le poiflon ne puiife paifer par-deflfous cette corde, dans le cas où elle viendrait à fe lâcher un peu.
- 1743. Ce gradou dans la moitié de fa longueur traîne au fond de la mer; & l’autre moitié s’élève par degrés en faifant la coquille.
- 1744. Le gravicheli Z, qui vient après, & dont les mailles plus ferrées font de dix-huit à la bralfe, s’élève toujours de plus en plus.
- 174L Enfin le corpou &, dont les mailles font prefqu’entiérement fermées , vient fe terminer obliquement à la furface de la mer, C {fig. 4 ).
- 1746. Ces trois filets forment enfemble un plan incliné , un peu concave. Il faut remarquer que dans cette derniere chambre, les filets des murailles doivent fuivre, quant à la grandeur des mailles, celle des filets du fond qui leur correfpondent 5 ou plutôt ce font les mêmes filets qui forment les mu-
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- railles & le fond. Le corpou eft quelquefois de chanvre , mais le plus foiivent d’auffe ( 120), comme tout le refte : à la différence près, que les cordons en font beaucoup plus forts.
- 1747, Pour pécher le corpou, on attend que le poiifon fe foit rendu dans le pichou C’eft dans cette feule chambre que l’on fait la chalfc. On fe ferfc pour cela d’un filet d’environ vingt-huit brades de largeur , iefté par un de Les côtes avec des bagues de plomb , & qu’011 place d’abord verticalement en eb tout près de la porte, de maniéré que les plombs affleurent le fond fans appuyer delfus. O11 le promene enfuite dans le pichou, en le faifant avancer , toujours bien tendu , de b vers A, & de e vers g, par le moyen de deux bateaux , qui en retiennent les angles fupérieurs. Le filet dont nous parlons s’appelle Iengarre , & la manœuvre s’appelle engarrer lepoijfon. Tant qu’on chaffe ou qu’011 engarre dans le pichou Q_-> 011 tient la porte du gradou abaiffée ou ouverte,
- I74B- Le rey ou chef, pendant cette manœuvre, eff en vedette fur un bateau A (fig. 1 ), pour obferver l’entrée du poiffon dans le gradou Y ; & l’on 11e releve le filet qui ferme la porte , que quand il en donne le lignai.
- 1749* Lorsque les bateaux qui chaffent font arrivés, l’un en//, l’autre en g, le bateau A commence à foulever le gradou 5 & pour celafept à huit hommes qui font tous placés fur le même bord, ayant l’effomac appuyé fur le plat-bord, faillirent le filet avec leurs mains, & liaient delfus (pl. XVI1, fig. 7).
- 1750. Avançant toujours dans cette lituation , ils rejettent à la mer la portiop du filet qu’ils ont amenée à la furface de l’eau , & le bateau pâlie par-deffus, Lorfque le bateau a traverfé le gravicheli Z (pl. XVI, fig. 1 ), & qu’il eff arrivé au corpou , on accroche le filet au plat-bord de ce bateau, comme il eft déjà accroché au bateau qui eft au bout du corpou & aux deux qui font fur les côtés : ce que l’on voit à la figure 7, Par cette manœuvre , tout le poif-lbn qu’011 a conduit dans le corpou fe trouve prefque à la furface de l’eau , où 011 le prend quelquefois en le harponnant, ou en l’alfommant, ou à bras ; car il y a des pêcheurs qui fe jettent dans le filet pêle-mêle avec le poiifon, pour le faifir à force de bras.
- 1751. Les bateaux qu’on met à la tête & aux deux côtés du corpou, font deftinés à prévenir que le poiffon ne s’élance lorfqu’il fe fent refîerré , & qu’il ne tombe à la mer : précaution néceffaire, puifqu’il arrive affez fouvent que des poiffons qui s’élancent pour franchir le filet, retombent dans les bateaux.
- 17^2. J’ai déjà prévenu que je n’avois pas examiné les madragues de Toulon, & que je n’en parlais que d’après les mémoires que m’avait acîreffés M. Broquier. Mais j’ai vu la belle madrague de Bande fi qui paffe pour la plus étendue de toutes celles qui font en Provence. J’ai effayé de prendre fur les lieux même le plus d’éclairciffemens qu’il m’a été poffible ; cependant je
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- n’o ferais aflurer qu’on ne nva pas trompé, particuliérement fur l’étendue des différentes parties qui compofsnt ce grand établiffement ; n’ayant pas pu les mefurer inoi-mème, comme M. Broquier l’a fait à l’égard de la petite madrague de Toulon. Aurefte, ces dimenlions font bien fujettes à varier, n y ayant pas deux madragues quifoient exactement d’une même grandeur.
- 1753. Je crois que la madrague qu’a décrite M. Broquier elt une des plus petites ; & celle de Bandol, une des plus grandes. Les détails où M. Broquier eft entré , me mettent en état de beaucoup abréger la delcription de celle de Bandol, dont il va être queftion.
- 1754. A B (fig. 6), elt la queue de la madrague , qui fait le même effet que ce que les pêcheurs parquiers nomment la chajfe. C’eif un filet d’auffe, iemblable à celui qui fait l’enceinte delà madrague. Il elt tenu verticalement par du le B: de pierres dont on garnit le pied, & des nattes de liege qui font attachées à la ralingue de la tète. Cette muraille dix filet, comme difent les pêcheurs Provençaux, doit s’étendre depuis la madrague B jufqu’à la côte A. Ou 111’a affùré que celle de Bandol avait près de mille ’toifes de longueur. Quand les thons qui rangent la côte par bandes rencontrent ce filet, ils le fuivent, & font par là déterminés à entrer dans la madrague, comme nous le dirons dans la fuite.
- I7ff. On prétend que cette grande madrague eft longue de mille toifes* & qu’elle a dans fa plus grande largeur le quart de cette étendue.
- 17^6. TTTT eft l’enceinte de cette madrague, qui eft formée par des filets d’auffe, lefquels font tenus verticalement, comme on l’a dit à l’occafion de la madrague de Toulon, par du left de pierres, des flottes ou nattes de liege , & affermie par des cordes V, amarrées d’un bout à la tète du filet, & de l’autre à des ancres qui font mouillées au fond de la mer.
- 17^7. Cette grande enceinte TTTT eft divifée par des cloifons de filets, en cinq compartimens qu’on nomme chambres.
- 17^8- La chambre G eft dite de La grande entrée. Elle n’a point de filet en a b; il n’y a qu’une corde, fou tenue par des lieges, laquelle fert à entretenir la liaifon de la muraille en cette partie. On peut regarder cette chambre comme un. veilibule ou une piece de diftribution , dans laquelle fie rendent les thons qui venant du côté de de , & étant arrêtés par la queue AB , la fuivent, & fe rendent dans cette chambre G. Les poiffons qui font dans cette chambre peuvent entrer dans la chambre F, qu’on nomme à Bandol La chambre du Levant, par un endroit P, où il 11’y a point de filet, mais feulement une corde garnie de liege.
- I7Ï9- D’autres thons, prenant une route contraire , paffent dans la chambre O , qu’on m’a nommée à Bandol La première chambre du couchant, par une ouverture qui eft en C , où il 11’y a point de filet, mais feulement une corde
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- garnie de lieges. Il y a ordinairement en cet endroit un bateau de garde.
- 1760. A la cloifon qui Réparé la chambre O , d’avec la chambre D , qu’on nomme fécondé chambre du couchant, il y a , vers E , un efpace qui n’eft foimé que par un filet à très-grandes mailles, au travers defquelles les thons paflent fans difficulté. A portée de là eft un bateau, d’où l’on peut obferver fi le poiffon fe rend dans la chambre D.
- 1761. Quand les thons y font entrés, il s’agit d’y faire paifer ceux qui font dans la chambre F, dite du levant. Pour cela on fe promene dans la chambre F avec le bateau s, faifant du bruit, & battant l’eau. Les poilfons effarouchés, Portent par l’ouverture Pi & .traverfant la chambre G, ils entrent par l’ouverture C, dans la chambre O, & enfuite dans celle D , traverfant un filet à grandes mailles.
- 1762. Il eft bon de faire remarquer que les croiféesg, qu’on apperqoit fur les chambres O D, IM, ainfi que la corde q, qui eft auprès de la grande entrée, font de (impies cordes qui ne portent point de filet, & qui font feulement garnies de nattes de liege. Elles 11e fervent qu’à donner de la fermeté aux filets qui forment les chambres, & à la queue : ce qui eft convenable, à caufe de leur grande étendue.
- 176%. Nous devons encore arrêter ici les yeux des leéleurs fur un agran-diffement qu’011 appelle la petite entrée, qui eft à la grande madrague de Bandol » & qu’on ne voit point aux madragues de Toulon, dont nous avons parlé en premier lieu.
- 1764. En ferappellant ce que nous avons dit, on conçoit que les thons qui fuivent la direction de, étant arrêtés par la queue ou chalîè AB, font déterminés à entrer dans la madrague par la grande entrée a b. Mais ceux qui fuivraient la route m n ne pourraient y entrer, à caufe de l’obftacle qu’y fait la queue A B, laquelle s’étend jufqu’à la côte. C’eft pour retenir ceux-ci, qu’on pratique la petite entrée H, par laquelle ils fe rendent dans la chambre I, & enfuite , par le pafiage L , dans la chambre M j puis dans celle D , par le paffage N.
- 176^. Quand il y a une alfez grande quantité de thons dans la chambre D , on les fait paifer dans la chambre de la mort Y, & on les raflèmble dans le cor-pou Z. Comme cette opération a été bien expliquée à l’occafion de la madrague de Toulon, nous devons, pour éviter les répétitions , y renvoyer le leéleur.
- 1766. Quoiqu’ordinairement on ne leve le filet de la chambre Y qu’une fois le matin au point du jour, & une autre fois le foir à la brune , on le releve néanmoins trois ou quatre fois dans une journée, quand il fe préfente du poiffon en abondance.
- 1767. Il y a des propriétaires de madragues qui font de ce corpou un réfer-voir de poilfons, où ils 11e prennent les thons qu’à mefure qu’ils favent en avoir un débit avantageux.
- Tome V.
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- 1768-La pèche du thon commence ordinairement en mars ou avrif, & elîer finie en octobre- C’eft dans les mois d’août & feptembre que la pêche eft la plus, abondante.
- 1769. Cette pêche, qui exige de grands frais, eft très-lucrative quand les thons donnent abondamment à la côte. Mais elle eft caiuelle, & dans certaines années on ne fe rembourfe pas de les frais-
- 1770. On peut fervir les petites madragues avec dix à douze hommes , y compris le chef qu’011 nomme rey, & l’écrivain. Il faut avoir quatre bateaux de vingt-cinq pieds de longueur , & un de trente ou trente-cinq pieds , qu’on met à la tète du corpou ; mais pour les grandes madragues, il faut plus de monde & de plus grands bateaux-
- 1771. En examinant la conftruction des madragues , on fera fans doute furpris de voir les poitfons fe laiifer prendre dans ces enceintes de filets, pendant qu’ils ont autant de facilité pour en for tir qu’ils, en ont eu pour y entrer* Mais il ne faut pas avoir long-tems fuivi cette pêche, & obfervé les rnouve-mens des poiffbns dans les madragues T pour être pleinement raffiné à cet égard..Eu effet ,1e poiffon qui tend à faire route parallèlement à la côte fni-vant la ligne & e. (fig 6 ) , étant arrêté par la queue A B , il la côtoie jufqu’en bT où ne trouvant plus d’obftacle fuivant fa première direétion , ü la reprend , entre par l’ouverture C dans la chambre O. Il peut bien s’en égarer plufieurs; dans ia, chambre F; mais appercevant qu’il y a des poilfons dans la chambre G„ ils traverfeut enfuite la grande entrée G, & s’y rendent. Quelques autres, pour iui vre la direction de leim première route , paffent dans la chambre D , entra* verlànt le filet a larges mailles. Comme toutes, les. ouvertures, des différentes; chambres font du côté de l’enceinte du fond , les poilfons la fuivent comme ils; ont fuivf la queue, & d’autant plus volontiers que cette muraille étant parallèle à la côte , elle eft dans la diredion de la route qu’ils veulent fuivre; & les; demi cloifons ne font point inutiles, puifqu’elles. obligent les poilfons de fe; porter auprès de la muraille du fond.
- , 1772. On n’imagine pas d’abord à quoi fert le filet à grandes mailles, qui eft entre la chambre O & la chambre D 5 car fi les thons ont franchi ce* filet pour entrer, ils peuvent de même letraverfer pour en fortir. Mais les pêcheurs; aflurent que cela n’arrive pas ,. & ils difènt que, quelque grandes que foient les; mailles du filet E , les thons 11e manquent guere de fe froiffer'en le traverfmt:; ce qui., difent les pêcheurs,les effarouche tellement, qu’ils s’en éloignent auffi-tôt & évitent de rencontrer ce filet. Auffi voit-on de petits thons qui effaient d’entrer dans la chambre Y au travers des mailles, plutôt que de revenir fur-leurs pas & de traverfer le filet à grandes mailles. C’eft en étudiant l’inftind: des poiffbns,. qu’011 eft parvenu à fimplifier les madragues & à retrancher des. filets qu’on tendait pour fermer les portes, lorfque le poiffon eft entré dans;
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- une chambre. Il n’y avait autrefois qu’un tiers de la cloifon qui fépare la chambre O de la chambre D , qui fût à grandes mailles.
- 1773. On a trouvé plus à propos d’élargir toutes les portes & de les laiffer ouvertes, pour qu’à toute heure de jour & de nuit les poiifons puiflent entrer dans la madrague.
- 1774. On prétend que quand les thons font effarouchés, ou par les pêcheurs ou par quelque requin, ils plongent jufqu’au fond, mettent leur tête dans Falgue, & 11e remuent plus. C’eft ce qui arriva, dit-on, lorfque M. le duc de Fenthievre fut voir les madragues , en paffant par Toulon. Le cortege était des plus nombreux ; la mer était couverte de canots ; mais de deux cents thons qu’on favait être dans la chambre D , il ne fut pas pofhble d’en faire monter un feul dans le corpou Y : la pèche fe rcduifit à quelques livres de petits poiffons. Ces mêmes thons fe montrèrent le lendemain comme d’eux-mêmes, & on fit une pêche abondante.
- R E'C A FI TU L A T ION, & réflexions générales fur les façons de pêcher, expofées dans la fécondé fe&iotu
- 177Lles détails où nous fournies entrés, nous croyons qu’on ne fera pas fâché devoir raffemblées fous un même point de vue, les différentes induftries dont les pêcheurs font ufage, & que nous avons expliquées dans les plus grands détails. C’eft ce tableau abrégé que nous nous propofons de tracer, & nous en profiterons pour expolêr les avantages & les inconvé-niens de ces différentes pratiques.
- 1776. Après avoir enfeigné dans le premier chapitre la maniéré de faire, de raccommoder & d’entretenir les filets, nous nous fournies propofé d’ex-pofer dans les chapitres fuivans la façon de s’en fervir. Nous commençons par parler de deux fortes de filets qui font d’un ufage bien familier dans les étangs, les rivières, & même au bord de la mer. Ce chapitre fécond contient cinq articles.
- 1777. Dans le premier article il s’agit de la pèche avec Vêpervier (121), quieft un filet en forme de cloche , & dont la bordure eft garnie de plomb. Il y a différentes maniérés de s’en fervir, que nous avons expofées dans des paragraphes particuliers.
- 1778. Il s’agit, §. 239 & fuivans, de la façon de le traîner, à la maniéré des feines. Ce n’eft pas le vrai ufage de ce filet : cependant cette pêche eft avanta-
- (121) En allemand , ÏVurfhaube.
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- geufe dans les petites rivières , & dans les gorges étroites où il y a du courant S’il eft rapide, on traîne le filet contre le courant : s’il ne l’eft pas, on fuit le courant. Mais pour arrêter le poiffon que le filet effarouche, on tend quelque-f ois de diftance en diitance un tremail dans lequel il fe maille.
- 1779. Il s’agit, dans le §. 250 & fùivans, du véritable ufage de l’éper-vier, qui confifte à le jeter de forte qu’il couvre les poilîons qu’on apperçoit raffemblés par troupes au fond de l’eau. Quelquefois le pêcheur s’établit au bord de l’eau, d’autres fois il fe met dans un bateau ; & nous avons expofé le plus clairement qu’il nous a été poflible, comment 011 doit s’y prendre pour jeter ce filet de façon qu’il s’étende bien fur le fond , & comment on doit le relever , pour que le poiilon ne s’échappe pas. Tout cela eft repréfenté fur la planche IF. Nous avons expofé, dans le §. 260 & fuivans, différentes circonftances où l’onfe fert avantageufemènt de l’épervier, même pour pour-fuivre le poiffon dans l’eau, & le couvrir avec de petits éperviers lorfqu’il fuit le pêcheur.
- 1780. Nous ne pouvons pas imaginer pourquoi on a regardé cette pêche comme deftruélive. Outre qu’elle n’eft jamais très-confidérable, les petits poiifons peuvent s’échapper au travers des mailles î & s’il en refte quelques-uns engagés dans les immondices que ramaffe le filet, ils font très-vivans , & les pêcheurs peuvent les remettre à l’eau. Enfin un avantage de la pèche à l’épervier » eft que le poiffon y eft toujours vivant, & nullement meurtri. Il eft cependant vrai que l’épervier qu’on traîne, étant un diminutif de la feine, il participe un peu des inconvéniens de ce filet. Nous les ferons appercevoir dans la fuite.
- 1781. Dans le fécond article nous avons parlé de la pèche au carreau ou échiquier ( 122). Cette pèche eft très-différente de celle de l’épervier 5 puifqu’au lieu de couvrir le poiffon, on étend une (impie nappe fur le fond , & on la releve promptement pour prendre le poiffon qui s’eft affemblé fur la nappe.
- 1782. Assez fouvent on détermine le poiffon à fe ralfembîer fur la pappe, dn lui préfentant quelques appâts (123). On pratique cette pêche, ou étant à terre, ou dans de petits bateaux, en relevant le filet avec une perche, au bout de laquelle eft un contre-poids qui aide à foulever le filet qui eft grand & pefant, ou bien le filet étant attaché au bout d’une manœuvre qui paffe dans une poulie. Dans ce dernier cas, 011 le releve en halant fur cette manœuvre. Tous ces ufages de l’échiquier ont été détaillés , & font repréfentés fur la planche IF.
- (122) En allemand, Senker. foigneufement, & que Ton jette. On peut
- (12?) Parmi les différens appâts dont il s’en fervir avec grand avantage pour pêcher a été parlé ci-devant,je n’ai pas fait men. à l'hameçon, don des vers à foie malades, que l’on trie
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- S e c t. IL De la pèche aux filets.
- 1783- Nous ignorons fi cette pèche a jamais été prohibée, & nous n’ap-percevons aucune raifon de la défendre. Cn n’y prend ordinairement que de petits poilfons , mais qui font toujours très-fains.
- 1784. Dans l’article troifieme, il s’agit de petites pêches qu’on fait avec un filet qui fait un peu la poche , & qui eft monté fur un cercle de bois ou de fer. Cet article contient quatre parties. Dans la première, il s’agit des diffé-rens trubles (124) , pour lefquels le filet, monté comme nous venons de le dire, eft ajutlé au bout d’une perche qui forme fon manche. Il fort pour faire de petites pêches dans les réfervoirs , les parcs, ou quand il remonte une grande quantité de poiffons dans les rivières. Le tamis, dont il s’agit dans la fécondé partie, eft un vrai truble formé avec une toile de crin tendue fur un cercle de bois : il fert aux mêmes ufages que les trubles de la première partie.
- 178L La chaudière ou caudrette (125), dont il eft queftion dans la 3e partie , §. 242, eft un vrai truble , mais auquel on ne met point de manche de bois. On ia fufpend comme le plateau d’une balance. Après avoir mis au-dedans quelques appâts , on la cale au fond de l’eau , & de tems en tcms on la releve. Elle fert à prendre des cruftacés, particuliérement des chevrettes à la mer , & des écreviifes dans les eaux douces.
- 1786". La bouraque (126), dont il s’agit 'dans la 4e partie, §. 243 , eft une naffe d’olier, qui eft formée précifément comme des fouricieres de fl ddar-chal. On y met des appâts comme dans les caudrettes, 011 la cale au fond de l’eau , & on y prend des cruftacés.
- 1787. Ces différentes petites pêches, qui fe bornent prefque toujours à prendre des cruftacés, n’ont jamais été prohibées > nous les avons repréfèntées fur la planche IV.
- 1788. Dans l’article quatrième, il s’agit des bcuteux (127). Ce font de grands trubles , qui fe terminent par un de leurs côtés à une traverfe toute droite, & alfemblée à l’extrémité de la perche qui ferme le manche. Ce côté droit fe préfente comme la traverfe d’un T. Aiîez feuvent les pêcheurs pouf, fent cet infiniment devant eux, la traverfe portant fur le fond, à peu près comme les jardiniers pouffent leur ratiffoire. Qi elquefois on ajuftele bouteux àunbateletqui côtoie les bords.efcarpés de la mer ou des rivières: on s’en fert alors pour fouiller dans les herbiers , ou on le préfente vis-à-vis des erônes, dans lefquels on boule pour en faire fortir le poifîcn. Il y en a donc de différentes efpeces. Nous les avons décrits dans pîufteurs paragraphes, & repréfentés fur la planche V. Plufieurs de ces bouteux , qui ont les mailles très-petites , fervent à prendre des chevrettes. Avec d’autres, dont les mailles font un peu plus
- (124) En allemand, Hamen. (iz6) En allemand, FifchreuJJe.
- (125) En allemand , Hamcn ohnt Stici. (127) En allemand , Sdiaubcrn.
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- larges, on prend des lançons ou hamilles, rarement de gros poiflons.. Il eft vrai .que les bouteux qui ont les mailles étroites, peuvent détruire du frai & delà menuife, & que tous labourent le fable où fe retirent des poiflons qui font «encore trop petits pour entrer dans le commerce. Mais le tort que ces pêches font au poilfon eft bien peu de chofe ( 128) ? en comparaifon de plulieurs grandes pèches dont nous parlerons dans la fuite. Cependant on pourrait en interdire l’ufage dans les faifons où le frai & la menuife fe portent en abondance à la côte.
- t789. Dans l’article cinquième, plulieurs paragraphes lont deftinés à expliquer la pèche avec le grand haveneau ou avenet (129), &c. Ce filet, avec lequel on fait des pèches approchantes de celles du bouteux, eft monté fur deux perches ou quenouilles qui fe cro-ifent; & étant traverfées en cet endroit par une cheville, les deux perches peuvent fe rapprocher l’une de l’autre comme les lames d’une paire de cifeaux. Mais ce qui établit la principale différence entre les haveneaux & les bouteux, c’eft qu’on promene ceux-ci dans l’eau le plus vite que l’on peut, au lieu que la plupart des haveneaux font tenus féden-taires ; les premiers vont chercher le poilfon, ceux-ci l’attendent, & pour cela les pécheurs fe placent dans un endroit où il y ait du courant, auquel ils pré-fentent leur filet.
- 1790. Souvent les pêcheurs au haveneau fe propolent principalement de prendre des chevrettes ; & alors leur filet a des mailles fort ferrées. Comme le filet reçoit tout ce qui fuit la marée , il s’y trouve du frai & de la menuife , qui font en bonne partie perdus. Ainfi 011 pourrait reftreindre fon ufage à certaines faifons, comme nous l’avons dit du bouteux. Nous obfervons feulement que, comme on 11e le traîne pas fur les fonds, il ne les endommage point.
- 1791. On fait encore la pèche au grand haveneau dans des bateaux , pour prendre des mulets , & d’autres poiflons de moyenne grofleur. En ce cas , les mailles des filets doivent être plus grandes. Si cela était bien obfervé, ils 11e détruiraient point le frai & la menuife, & les pécheurs auraient plus de facilité à les relever. Après avoir examiné ces diftèrentes efpeces de filets, nous terminons l’article par dire quelque chofe, dans le paragraphe 244 , des facs, ou manches de toile, dont on fe fert uniquement pour prendre du frai & de la menuife. Aflurément cette pêche doit être prohibée avec beaucoup de févénté, comme très-deftrucUve de l’elpece.
- 1792. Dans le paragraphe 24f & fuivans, nous parlons d’une pèche que nous n’avons jamais vu pratiquer, & qu’on nous a afluré être quelquefois
- (128) L’auteur a décrit la pêche aux bou- riviere. teux , comme très-deftruétive. Elle l’eft en (129) En allemand , dergrojfer Streich-cffet, & ne faurait être tolérée fur aucune watheiu
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- en xifage fur les côtes de Bretagne, où on lui a donné le nom de faux.
- I793- Toutes ces laçons de pécher n’alterent point la qualité du poiffon , & nous en avons repréfenté 'çAnfeuts, planche V. On voit auîli une petite pèche pour prendre de groifes chevrettes, qu’on nomme treuille ou trulot, & dont nous avons parlé.
- 1794. Dans le chapitre III il s’agit encore des pêches qu’on fait fur le rivage , ou à une petite diftance, avec des filets fédentaires , mais en forme de manche.
- 1795. Les filets dont il a été queftion dans le chapitre II, fe tenaient à la main : ceux dont nous allons parler, s’arrêtent &'fe fixent avec des piquets.
- 17 9(5’. Il y a dans ce chapitre, fix articles. Il s’agit dans le premier, de manches fort longues , très-larges à leur embouchure (130) , & qu’on pré fente à un courant qui eft d’autant plus avantageux qu’il a plus de rapidité. Oiï conçoit que le poiifon , le frai & la menuife s’entaffent dans ces longues manches qu’on nomme guideaux. Les petits poilfons y font écrafés 5 la plupart même des gros font étouffés, ou au moins meurtris. Outre ce défaut qui eft très-grand, il en réfui te une perte énorme de frai & de menuife. Ain fi cette pèche devrait être févérement interdite depuis le mois de février jufqu’à la fin d’août. Inutilement exigerait-on que les mailles fuffent plus ouvertes qu’elles n’ont coutume de l’être , puifque ces filets étant tendus, leurs mailles deviennent lofanges , & fe ferment 5 outre que les immondices qui entrent dans le filet, laiffent à peine le paffage a l’eau, & arrêtent les plus petits, poiffons qui iont entraînés par le cours de l’eau.
- 1797. On a perfectionné ces filets, en les fou tenant intérieurement par des cerceaux qui empêchent qu’ils ne s’affaiffent i & pour que les poiffons 11e s’é« ehappenü pas , 011 y a ajouté des goulets. Les filets en cet état changent de* nom : on les appelle verveux : nous en avons traité dans le fécond article.
- 1798. Quand, on a voulu déterminer une plus grande maffe d’eau à tra--verfer ces filets, on les a fait précéder par de longues ailes,-qui forment comme un grand entonnoir, à la pointe duquel font placés les guideaux ou les; verveux, comme nous l’avons expliqué dans le troifieme article. Ces guideaux ou verveux, précédés d’ailes formées avec des pâlots, des clayonnages, ou des; filets , s’appellent gors, au bord des rivières. Nous parlerons dans le chapitre* des parcs, de pêcheries à peu près femblables, que l’onconftruit au bord de* la mer , & qu’011 y nomme bouchots..
- 1799* La planche V a rapport à ce qui'eft traité dans les articles I, IS
- & III.
- 1800. Apres ce que nous avons dit plus haut * on conçoit que ces pêche-
- £130) En allemand , Schlaudis.
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- ries doivent faire une grande deftruftion de frai & de menuife : nous remettons à le prouver d’une façon plus fendble, dans l’article où nous traiterons des bouchots.
- 1801.Il s’agit, danslart. IV, d’efpeces de verveux qui font faits avec de l’ofier , & qu’on nomme najjes ( 131 ). Plusieurs paragraphes , & la planche. VIy font deftinés à expliquer en détail Pufage qu’on fait de cet infirmaient, quoique nous n’y comprenions pas les bourgnes & les bures, qui font de vraies uaffes, dont nous parlons ailleurs, parce qu’ils font partie de grandes pêcheries dont nous traitons en détail.
- 1802. Les nalfes employées feules, ne fervent guere qu’à prendre des cruf-tacés , ainli que des anguilles, & elles 11’ont rien de repréhenlible : mais quand elles font précédées d’ailes, elles forment des gors & des bouchots, dont nous ferons voir l’abus.
- 1803. Nous paffons tout de fuite de ces petites pêcheries à de très-grandes, qu’on nomme en Provence bourdigues & maniguieres. La bourdigue que nous avons décrite, eft celle du Martigue. Ce font de vraies nalfes, qui ont une grandeur énorme (planche VI). Nous en avons donné la defcription dans le cinquième article. Pourvu qu’on ait foin d’ouvrir ces pêcheries dans lafai-fon ou le poilfon palfe de la mer dans les étangs, elles 11e font point de tort à la multiplication du poilfon. On trouve plus bas, des additions qui ont rapport à cet article.
- 1804. L’art ic le'VI, ainli que la planche VII, font deftinés à décrire des pêcheries qu’on établit aux arches des ponts fur les grandes rivières. Ce font de grands filets en chauffes, qui embraffent toute une arche, & qui font terminés par une nalfe qu’on nomme bure, dans laquelle fe râlfemble le poilfon.
- TSof. L’article VII aurait dû précéder l’article VI, puifqu’il y eft quef-tion deqpetites bourdigues qu’on tend dans la Camargue pour prendre les poif-fons d’eau douce. Mais la defcription de ces pêcheries nous étant parvenue lorfque nous étions près de commencer l’imprelîion du quatrième chapitre, ilenaréfulté une tranlpofition qui, après tout, n’occafionnerapas de grands inconvéniens , puifque l’effentiel eft de faire connaître une pêche qui offre des fingularités dignes d’attention.
- i8oéT. Dans le chapitre IV, qui eft compofé de trois articles , nous avons traité des tentes ou étentes qu’on fait à la baffe eau. Ce font des nappes de filets, qui font tendues de baffe mer fur des piquets. Mais il y en a de bien des efpeces différentes : ce qui a fourni matière à beaucoup de paragraphes. Le but de cette façon de pêcher eft encore d’arrêter le poilfon qui fuit le cours de l’eau. Mais on ne fe fert point de guideaux, de verveux, de iraffes ; on 11e pré-
- (ï 31) En allemand, Fifchrciijjcn.
- fente
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- Sec't.' IL De h pêche aux filets.
- fente ail courant que des filets plats ou des nappes, qu’on tend fur des piquets plus ou moins élevés, pour former ce que les Picards appellent aifez à propos des palis, puifqu’ils forment des palilîades»
- 1807. On nomme ravoir, un filet dont les mailles ont dix-huit lignes ou deux pouces d’ouverture en quarréj& qu’on tend de façon que le courant tombe perpendiculairement fur lui. On retrouiïe le pied du filet, pour qu’il s’y forme des poches comme celles du bas des éperviers. Les pêcheurs tendent auffi des tramaux comme les rets fimples : ils n’attachent ces filets aux perches que parle haut, & ils ne les retroulfent point parle bas. C’eft ce qu’on appelle des ravoirs tramaillés. '
- 18o8- Les filets nommés folks, & demi-folles, font à très-grandes mailles. Pour les tendre en ravoir, 011 attache le haut du filet à la tête des pieux, & le bas du filet un demi-pied au-deifius du terrein. Comme ces filets ont beaucoup de chute par comparaifon à la longueur des pieux, ils font une efpece de panfe dans laquelle s’arrêtent les raies & d’autres poiiions plats. On les tend perpendiculairement à la direction du courant, un bout vers la côte, l’autre à Ja lailfe de baife mer. Quelquefois on garnit ces piquets avec des tramaux qui font pareillement la poche, ce qui les fait nommer folks tramaillées. Ces étentes font deftinées à prendre les poilfons qui rangent la côte.
- 1809. Pour prendre les poilfons depalfage, les maquereaux ^ les harengs, quelquefois même des merlans, on tend fur de longues perches , des tnanets, qui font des filets dont les mailles font proportionnées à la grolfeur des poifi. fions qu’011 fe propofe de prendre. C’eft ce qu’on appelle en Picardie , les hauts palis. Oit les tend un bout à terre, & l’autre bout à la mer, comme les folles. Il eft très-important à la confervation du poiifori, que le pied de ces filets 11e porte pas fur le terrein, afin qu’ils ne retiennent ni le frai ni le fretin : ce qui 11’empêche pas les pêcheurs de prendre les poilfons de palfage , qui ne fe tiennent guere au fond.
- 1810. Les filets qu’011 nomme chaudières fur piquets ( T 32), oü milliers 3 font de vrais ravoirs, qu’on tend de même perpendiculairement au courant. Leur dénomination vient de ce qu’ils font principalement deftinés à prendre des mulets. L’ouverture des mailles eft proportionnée à la grolfeur des poilfons.
- 18 H* Nous terminons cet article par une énumération de l’uiage qu’oii fait des étentes fur différentes côtes de l’Océan. Quoiqu’elle foit allez étendue , nous fommes perfuadés que cette énumération n’eftpas, à beaucoup près, complété.
- ï8i2. Nous devons encore prévenir que quand nous difons qu’on pratique telle pèche à tel endroit, nous ne prétendons pas qu’elle ne foit en ufage
- (152) En allemand, Seebarbcn-Netzc.
- Tome F*
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- qu’èn ce lieu exclusivement à tous autres-: notre intention eft de défigner un Endroit où nousTommes informés qu’on la pratique.
- 1813. Toutes les façons de pécher que nous venons d’expofer, font repré-lentées fur les planches FII & VIII.,
- 1814. Dans l’article II, nous expolons , planche VII, une maniéré de pécher fort ingénie uie-, qii’on appelle en quelques endroits rets traverfans ( 13 3 ) ; & en dhiutres r palet s. Pour comprendre en quoi cette façon de pécher différé des ravoirs , il faut fe rappeller que les ravoirs tendus à la baiïe eau s’oppofent à ce que tapoiffon fe porte à la côte lors de la marée montante, jufqu’à ce que l’eau fe fort élevée au-delfus des filets -, & pour cette raifon on les tient fort bas. A l’égard des pêches dont il s’agit dans ce fécond article * après avoir attaché le pied du filet au bas des perches, au lieu de le tendre * 011 le plie fur le fable , & même on en met-un peu delfus: alors les poi0bns; ont une entière liberté de remonter à la côte , ou de tenir, comme difent les. pêcheurs,. Mais quand, la mer eft pleine,, les. pêcheurs remontent leur filet tendu jufqu’au haut des perches , au moyen de manœuvres qu’ils ont frappées à la tête du filet, & qui leur fervent à l’attacher au haut des perches,. qu’ils font maîtres de tenir allez longues pour embraifer toute l’épailfenr de l’eau.
- 181 v- Toutes les façons de pécher dont nous venons de parler,ne feraient aucun tort à la multiplication du poilTon ,.fi l’on faifait enforte que le filet ne: portât pas fur le fond. Mais ies pécheurs, pour prendre des poiifons plats * font toujours tentés, d’enlabler le pied de leurs filets ils font de cette forte une énorme deftruclion de frai & de menuife. Nous indiquerons, à i’occafiom des parcs, un moyen de prévenir cet inconvénient, au moins en partie ^ fans; faire un tort confidérable aux pêcheurs.
- 1816. Dans l’article III ,. nous, rapportons: de petites pèches qu’on nomme Jloup , étaliers, &c. qui font repréfentées fur la planche IX.
- 1817- Dans le chapitre V, nous avons parlé des pêcheries qu’on établit au bord de la mer en formant des enceintes qu’011 nomme parcs (134), au moyen defquelles on retient le poilfon qui, après s’être porté, à la côte, veut fuivre le cours de l’eau pour retourner à la mer.
- 1818- Il y a des endroits entre les. rochers & les bancs où l’eau entre de: haute mer, mais qui n’aifechent point quand la mer eft retirée. Il y relie du poilfon ,.que les pêcheurs.prennent avec de petits filets. Nous regardons ces; ïéfervoirs ,-dont il s’agit dans l’article premier, comme desywcj naturels , qui: ont donné l’idée d’en faire d’artificiels.
- 1819* Il y a des parcs ouverts du côté de la terre.. Plufieurs font conftruits;
- (1 j 3) En allemand, Queergarne,
- C144.) En allemand , Fijchzàunci
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- "Sect. II De la pêche aux filets.
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- <en pierres qu’on arrange les unes fur les autres, comme pour bâtir une muraille à pierres léchés. Il eft très-important de pratiquer au fond de ces parcs , des ouvertures qu’on nomme cunettes ou canonnières , pour lai lier échapper l’eau. Lefeuii de ces cunettes doit être placé affez bas pour que l’eau s’égoutte entièrement, parce qu’il en relie rarement allez pour que ces parcs n’allèchent pas d’une marée à l’autre ; & en ce cas tout le frai & le poilfon périt. Ceci e11 commun à tous les parcs. De plus, il faut défendre, pour toutes fortes dépares , qu’on n’ajoute aux ouvertures du fond, des nalfes ou des poches de filets'qui retiennent le frai & la menuife. Ces ouvertures doivent être fermées par un grillage de fer ou de bois, ou encore par des filets bien tendus, dont les mailles aient au moins deux pouces d’ouverture en quarré : & pour le mieux, il conviendrait de les lailfer entièrement ouvertes pendant les mois de mars , avril, mai & juin, afin de ne point détruire le frai & la menuife. Cependant on voit des parcs formés comme les gors dont nous avons parlé chapitre III, art. 3 , & qui font terminés par des nalfes qu’on nomme bourgnes. Ces fortes de parcs, ap-pellés bouchots, font une énorme deftructionde frai & de menuife ; il faudrait les détruire, ou au moins forcer les pêcheurs à lailfer une large ouverture au bout de leurs bouchots, qui ne ferait fermée que par un grillage à larges mailles.
- 1820. Dans le troifieme article , qui contient cinq parties , il s’agit des parcs dont l’enceinte eft formée de bois. Prefque tous ont des ailes droites , & fe terminent en pointe, où l’on met un bourgne. Quelques-uns , qu’011 nom» me à claire-voie ( 13 5 ) font faits avec des perches rnifes près à près. Ces pêcheries font peu de tort quand elles font terminées par une large ouverture, qui n’eft formée que par un grillage, d’autant qu’il s’échappe un peu de menuife entre les perches. Il n’en eft pas de même quand on accumule des pierres au pied des perches. La deftruciion du poiifon elt énorme , lorfque les bouchots font formés avec un clayonnage très-ferré & portant fur terre, & qu’ils font terminés par une nalfe. Nous en dirons autant des petites pêcheries qu’011 nomme benâtres , qui devraient avoir au fond une grande décharge: au lieu que fouvent l’eau 11e peut s’échapper qu’au travers du clayonnage.
- 1821. Il s’agit, dans l’article IV, des parcs ouverts, dont l’enceinte eft formée par des filets tendus fur des perches. Ces pêcheries > qu’011 nomme cour* tines , ne diffèrent pas, elfentiellement de celles dont nous venons de parler. Ainfi il importe beaucoup à la multiplication du poilfon, que le pied du filet ne foitipoint en fablé, qu’on n’y accumule pas de pierres , & qü’on n’ajufte à leur fond ni, guideaux.ni nalfes. 011 tend ces filets de différentes maniérés, que nous avons rapportées.
- , 1822. On voit des plages toutes couvertes de ces étentes qui forment des
- (135) En allemand , Durchjîchtige.
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- TRAITE' DES PECHES.
- zigzags1, & dont on établit plufieurs rangs les uns derrière les autres. Il eft fenfible qu’elles doivent faire une grande deftrudtion de frai & de menuife, lorfqu’on ne fe conforme pas aux réglés que nous avons rapportées en parlant des bouchots.
- 1823. Toutes ces reflexions ont lieu pour les parcs qu’on nomme à grandes & à petites tournées. Quelques pêcheurs, pour ménager leurs filets, 1 aident un elpace entre le pied du filet & le terrein,par oùl’immondices’échappe. Mais la plupart, dans la vue de prendre des poilfons plats j enfablent le pied de leurs filets , ou les aifujettiflent avec des crochets de bois : fur quoi nous ferons, à la fin de ce mémoire, quelques réflexions qui ont leur application à ces elpeces d’étentes & de parcs. Les planches IX & X ont rapport à ce que nous venons de dire.
- 1824. Nous terminons le chapitre V par les articles 5,6,8c 7. Le cinquième, qui regarde les parcs fermés (13 6), eft divifé en onze parties , dans lefquel-les nous expliquons tout ce qui regarde les parcs à plufieurs tournées , dont l’enceinte eft formée, foit par des pierres, foit avec des clayonnages, foie Amplement avec des filets, qui font tantôt femblables aux fêines, d’autres fois comme les manets, ou comme les folles & demi-folles, ou en tra-maux. Toutes ces pêcheries font repréfentées fur les planches X & XI. Nous avons expliqué en cet endroit, le plus clairement qu’il nous a été poflible, ce que c’eftque les chajjes des parcs (137) 5 &nous devons avertir que tout ce que nous avons dit à l’égard des enceintes des parcs , pour la confervation du frai & de la menuife, a fon application aux claies ou filets dont on forme les chalfes.
- i82f. Dans l’article VI, nous décrivons des parcs qu’on tend en pleine eau dans la Méditerranée , qu’on nomme paradieres, & qui font repréfentés fur la planche XI. A l’égard de Vaiguilliere , la figure eft en fonte fur les pages imprimées.
- 1826. Dans l’article VII, nous expofons la fituation qu’on doit choifir par préférence pour affeoir les parcs. Enfuite nous rapportons les accidens que les pêcheurs parquiers ont à redouter: ce font les coups de vent, qui rompent les perches 5 les poiifons & les oifeaux voraces , qui dérobent le poif. fon aux pêcheurs. Enfin, nous détaillons les uftenfiles qui font néceifaires aux pêcheurs parquiers.
- 1827. Nous avons dit que toutes les pêcheries où l’on emploie des piquets
- doivent être éloignées de vingt-cinq à trente braffes au moins , de la route que tiennent les bâtimens 5 & les pêcheurs parquiers font aftreints à cette réglé, comme tous les autres. »
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- (136) En allemand , zugemachte Fifchzàune.
- (i}7) En allemand , die FLügd oder IFànds. '
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- i$28- On prend, dans les pêcheries dont nous avons parlé, des raies, des tires, des dorées, des tacaux (138), des merlans, des lieux, des congres, des loches , des muges , des plies, des folles, des limandes , des carrelets, des faumons, &c. &c,
- 1829. Ayant ainfi amplement parlé, dans le chapitre V, de toutes les
- façons de tendre les filets fur des piquets & des perches , nous nous fommes propofé d’expliquer dans le chapitré VI, les différentes maniérés d’établir les mêmes efpeces de filets, fans pieu:ç, perches, ni piquets. Suivant ces pratiques, on tient les filets dans une (ituationà peu près verticale, au moyen du leff dont 011 charge le pied, & des flottes deliege dont 011 garnit la tête. Ce chapitre qui eft ample, eft divifé en fix articles. .
- 1830. Dans le premier, il s’agit des manets, qui fout des filets dont la grandeur des mailles eft proportionnée à la grolfeur despoiifons qu’011 fepro-pofe de prendre, afin qu’ils s’emmaillent parla tête5 & nous traitons dans différens paragraphes , de ces filets tendus entre les roches, de ceux qu’on tend dans les anfes entre les bancs , ainfi que de ceux qu’on tend en pleine eau , fédentaires, tantôt droits , & tantôt en enceinte.
- 1831. Nous parlons enfuite des manets flottans, & dérivans au gré des courans, foit qu’ils foient établis auprès de la furface de l’eau, ou à différentes profondeurs : & à cette occafion, nous difons quelque chofe , mais fort fuper-ficiellement, de la pêche de différens poilfons , tels que les orphis , les harengs, les fardines, les maquereaux , &c. tant dans l’Océan que dans la Méditerranée: ce qui nous fournit l’occafion de parler des pèches qu’on nommé, foit en Provence, foit en Languedoc, fardinaux, battudes , hautées , bouguieres , aiguil-lïeres , alignolles, rijjoles , focletïeres : toutes pêches qu’il eft bon défaire connaître, quoiqu’elles nex different pas effentiellement les unes des autres. On 11’a jamais défendu ces pêches , qui ne portent aucun préjudice à la multiplication des poilfons. Nous les avons repréfentées fur la planche XJ.
- 1832. Dans le fécond article , nous avons parlé des filets qu’on nomme folles, demi-folles, rieux, &c. tendus fans piquets , étant pierrés & flottés. On fe fouviedra que les filets de ce genre font à larges mailles , & deitincs à prendre des poilfons plats , qui, exactement parlant, ne s’emmaillent pas , comme les poilfons ronds dans les manets : mais ils s’embarraffent dans le filet, qu’on tend pour cette raifon mollement.
- 183 3- Les filets de ce genre fe tendent toujours fédentaires, &par fond. Nous avons expliqué dans différens paragraphes comment on les tend à pied au bord de la mer, ou à la mer fur les grands fonds. Nous avons aufli parlé de la pêche aux demi-folles, qu’on nomme en quelques endroits bretellieres ,
- (i 3 8) En allemand, Petcrsffche.
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- ou grandes p entières ; jets, fur là côte de Picardie; picots, fur celles de Norman dié ;hhonnaires , dans la Mediterranée. Enfin nous avons rappelle ce qui a rapport aux: pèches qui reifemblent aux folles ainfi qu’aux demi-folles, & auxquelles on donne des noms particuliers dans ditférens ports. Toutes ces pèches font très-peu de tort à la multiplication du poilfon. On peut confulter la planche XII '
- 1834. 15 ans l’article IIÏ, il s’agitdes filets compofés de trois nappes (139), qu’ortiiomme tremails, tremaux, tremàillons, &c. qui ont l’avantage d’arrêter * le- poilfon V de quelque côté qu’il donne dans le filet. Nous détaillons -, dans différéns paragraphes, comment on les tend fedentairees & à piedMur les grèves, étant, pierrés & flottés ; de plus leur tente dans les rivières, les étangs^ & au bord de la mer, ainfi que dans la grande eau , fédentaires, ou dérivans au gré des ;courans. Après avoir parlé des pêches de l’Océan, nous nous' fommes occupés- de celles de la Méditerranée, qu’on y nomme tremaillades ou maillades, langoüjlieres, croupatïeres, paillotes , &c. toutes façons de pécher qui ne different pas beaucoup les unes des autres,'Nous'avons cru cependant devoir les détailler, d’autant qu’elles 11e font que très-peu de tort à la multiplication du poilfon. Il n’en elt pas de même dune grande pêche qu’on fait dans l’Océan, entraînant au fond de la mer avec un bateau & un bourfet un grand tremail. Gette façon de pêcher , qu’011 nomme la drege , eft très induf-trieufe : niais elle détruit beaucoup de frai, ainfi que de menuifè, & elîebou-4 îeverfe le fond; On devrait la profcrire ; d’autant que les poiflons qu’on prendf de cette nianiere , font ou morts, ou très-fatigués, quand on les tire du filet/' Ces différentes pêches font repréfentées fur les planches XII & XIII. ' x 8 3 T Dans le quatrième article, nous traitons des différentes pèches qu’on fait avec les feines. Elles détruifent beaucoup de frai & de menuife , & elles endommagent les fonds. On les pratique de bien des façons différentes : ce qui nous a engagés à rapporter dans quantité de paragraphes la maniéré de traîner la fcine a bras dans les petites rivières &les courans; celles qu’011 pratique au bord de la mer, & qu’on nomme colleret à pied , & avec des chevaux, fuivant qu’on traîne la feine, une corde palfée en bandoulière fur les épaules , ou avec des chevaux qu’on attele fur les bras de ce filer.
- 1836* Des pêcheurs qui font en petit nombre, attachent un des bras à un pieu à terre, & prenant l’autre dans un bateau, font décrire à la feine une portion de cercle dans l’eau, puis ramènent le bras qu’ils ont confervé dans le bateau, au pieu , pour'tirer la feine à terre. D’autres établilfentTur le rivage deux.treuils pour tirer à terre la feine qu’ils ont tendue avec un bateau. D’autres fe partagent‘en deux bandes, dont une haie de terre un dès bras, pendant
- (139) En allemand, drcymafchigte Game.
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- que les autres qui font dans un bateau traînent l’autre bras. D’autres encore ont deux bateaux, avec lefquels ils traînent les deux bras delà Peine*, & ils. finiffentpar la tirer à terre quand le rivage eft praticable ; ou bien ils relevent leur filet à la mer, en rapprochant l’un de l’autre les deux bateaux.
- *837- Comme en tirant à terre les grandes Peines il s’échappe toujours un peu de poillou, deux pécheurs Pe mettent à l’eau, traînent un colleret derrière le Pond de lafèine, pour reprendre le poiffon qui s’échappe. C^eft ce qu’on appelle pêcher à la grandefeine foutenue d'un colleret. Ces différentes pêches .Pont repréPentées Pur \û planche XIII.
- 1838- Nous avons traité, dans l’article V, de plulieurs pêches de la Méditerranée , qui 11e.different des Peines que parce qu’au milieu du filet il y aune poche ou une manche plus ou moins longue. Ces pêches Pont Yaifjaugue ,\q boulier., le bregin, le gangui. Elles Pe Pont, à peu de choPe près , comme .celles des. grandes Peines , le filet étant tiré à terre à bras d’hommes ; & toutes Pont au fil deftruclives que la Peine. Mais elles ne le font pas autant que la pêche nommée aux bœufs, où le filet, Port chargé de left, eft traîné bien rapidement par deux bateaux à la voile , qui liaient chacun Pur un des bras. Aucun poiffon 11e peut, s’échapper. Les Ponds Pont labourés , comme il la charrue yavaitpaffé: ainfi tout le Prai & les petits poiffons Pont détruits ; & en outre, les poiffons de vente que l’on prend ayant été traînés fort long-terns, entaffés dans la poche du filet, Pont prefque tous morts ou meurtris. Cette pêche eft donc deftruc-tive à tous égards : aufîi eft-elle défendue par toutes les ordonnances. Mais r quelqu’attention qu’y apportent les officiers de toutes les amirautés, on 11e peut réprimer l’avidité des pêcheurs. FaiPantleur métier la nuit, ils parviennent à Pe fouftraire à la vigilance des juges, quine peuvent travailler avec trop d’aftivité à l’abolition de cette façon de pêcher.
- 1839- Dans le §. 15720e fuivans,nous avons décrit fort en détail une* pèche de même genre , qui caufe auffi la deftruclion. du poiffon , mais pas à beaucoup près autant que celle aux bœufs, fur-tout quand on,ne charge pas; trop de left le pied du filet, quand on met à la tête fuffifamment de left, & quand 011 tient les mailles allez ouvertes. Car la tartanne traînant le filet plus, lentement parce qu’elle va à la dérive, quantité de petits poiffons peuvent s’échaper * & les fonds font moins endommagés que par la pèche aux bœufs. Pour prendre une idée de ces différentes pèches , on peut confulter lat -planche XIV.
- 1840. INous avons expofé dans l’article VI les pêches qu’on fait avec des; filets à manche , traînés Pur le fond de la mer Pans être garnis d’ailes. Cette circonftance établit une différence effentielle entre les pèches dont nous parlons , & celles dont il a été queftion dans l’article précédent, puifque tous les; filets étaient garnis de grandes ailes ou plutôt c’étaient de grandes nappes;,,
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- au milieu defquelles il y a line poche ou manche. Et la différence des dragues dont il s’agit, d’avec les guideaux , verveux, & les naifes, dont nous avons parlé dans le chapitre III, confifte en ce que ces filets fédentaires étaient tendus dans les courans, au lieu que ceux-ci font traînés fur le fond de la mer i quoiqu’en général tout fe réduife ici à traîner une manche fur le fond de la mer. On y emploie différens ajuftemens, ce qui la fait nommer dans diiférens endroits , drague, chauffe. , cauche , chalut, fac de drague, bâche traînante , cou-vreau , carte, corret, dranguelle ou drangelle, &c. Tous ces noms lignifient une manche qu’on traîne fur le fond de la mer, tantôt à bras d’hommes \ & d’autres fois avec un ou deux bateaux à rames ou à la voile. Il faut tenir l’embouchure de ce filet ouverte , & c’eft quelquefois feulement en garnilfant le pied avec du left, & le haut en liege : d’autres fois, c’eft en mettant à l’embouchure une armure de bois, quelquefois une partie en bois & une partie en fer , ou entièrement en fer ; & cela, fuivant qu’on fe propofe de pêcher des poilfons plats, où des coquillages, ou de petits poilfons pour amorcer des hains. Toutes ces chofes ont été détaillées ei-deifus>& repréfentéesfur la planche XV.
- 1841. Nous terminons cette fécondé fe&ion par quelques pèches qui fe pratiquent dans la Méditerranée , & qu’on peut regarder comme des parcs tendus à la mer, fans perches ni piquets -, les filets étant feulementpierrés & flottés. Nous ên décrivons trois dans le chapitre VII. Deux font nommées feinche ou enceinte * parce qu’après avoir enveloppé un banc de thons dans une enceinte de filets, on les conduit par une galerie aüifi de filets, dans un petit parc conftruit à la côte * où on les conferve jufqu’à ce~ que la vente des thons foit avantageufe. L’autre efpece de feiiiche fe pratique dans les canaux des bourdigues. La troifieme pêcherie, qü’on peut regarder comme un chef d’oéLivre d’indûftrie j eft une enceinte d’une étendue immehfe , dans laquelle 011 détermine le poilfon à entrer * au moyen d’une grande chafle; & peu à peu on conduit les thons à palier dans un compartiment où on les prend avec facilité. Cette belle & imrnenfe pêcherie* qu’on nomme madrague * eft repréfem tée fur les planches XVI & XVII.
- 1842. Maintenant qu’on connaît les différentes pêches aux filets, 011 Voit clairement que l’épervier qu’on jette fur le poilfon qu’on apperçoitau fond del’eàu , âinfi que le carreau avec lequel on le fouleve * fournilfent dels poilfons très-vivans & fains, -fans caufer aucun préjudice à la multiplication du poilfon. On en peut dire autant des trubleS, des caudrettes , des bouraques, dès naifes, & des verveux tendus' dans des eaux dormantes. De Ce genre font encore les bourdigues , tant de la Méditerranée que de la Camargue. On re± proche aux paradieres d’arrêter & d’accumuler les fables auprès des enceintes» Cela peut être ; mais fi ces fables n’étaient point arrêtés, ils iè répandraient
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- dans l’étang ; & je 11e fois pas lequel eft le plus à craindre. Aiiifi nous nous bornerons à dire quelles ne s’oppofent point à la multiplication du poiifon.
- 1843* A Tégard des bouteux , on leur reproche avec raifon de gratter les fonds ; & comme on s’en fert près du rivage , dans les endroits où il devrait y avoir beaucoup de frai & de petits poilîons , il ferait bon d’en interdire l’u-fage en certaines faifons. Les havenaux n’endommagent point les fonds ; mais comme 011 les préfente aux grands courans , & que leurs mailles font fort ferrées, ils arrêtent beaucoup de menuife. Il faudrait , pour cette raifon, ou obliger à en tenir les mailles d’un pouce & demi d’ouverture en quarré, ou en interdire l’ufage dans les fàifons ou les petits poilfons fe portent en grande quantité à la^ôte.
- 1844. Le?dommage de ces filets eft cependant peu confidérable, en com-paraifonde celui quiréfulte de l’ufage des guideaux, des gors , & de tous les autres filets ou nalfes qu’011 préfente aux courans. Non feulement ils arrêtent beaucoup de frai & de menuife, mais de plus , ces poilfons entalfés avec des immondices, & comprimés par le courant, font meurtris & morts avant qu’on les retire de ces manches : ce qui fait qu’ils ne peuvent être traniportés qu’à une petite diftance.
- I84S* Les filets en nappe font fujets aux mêmes inconvéniens, quand on en enfable le pied ; il s y accumule une immenftté de frai & de menuife, avec les immondices. Comme ces filets font fort étendus, il en réfulte un dommage confidérable, qui n’arrive pas quand on laide entre le pied du filet & le ter-rein, un efpace fuffifant pour que les immondices fuivent le cours de l’eau. Cela eft très-praticable pour les manets & les tram aux, mais alors on 11e prend point de poilfons plats. Le moyen de s’en procurer fans faire beaucoup de tort à la multiplication du poiifon , eft de tendre des nappes à très-grandes mailles , comme font les folles , ou au moins les demi-folles ; & on pourrait border le pied des manets avec une bande de ces filets à larges mailles, qui arrêteraient les gros poilfons plats, pendant que les poilîons ronds s’emmailleraient dans les manets. Comme cette bande de filets à larges mailles ferait faite avec de bon fil retors, elle fervirait encore à empêcher que le relie du filet ne fût endommagé.
- 1846. On peut faire les mêmes réflexions à l’égard des filets pierrés & flottés , qu’on tend à la balfe eau fur les grèves. Mais tous ceux qu’on tend en pleine eau, ou fédentaires, ou dérivans au gré des courans, ne peuvent endommager les fonds ni détruire le frai & la menuife. On ne peut trop engager les pêcheurs à en faire ufage , d’autant que la plupart des poilfons font tirés très-fains du filet.
- 1847- Il eft inconteftable que tous les parcs détruifent beaucoup de frai & de menuife. Néanmoins il n’oft guere pofîîble de les profcrire ; non feulement Tome V. P p p
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- parce qu’il y~ en a qui font partie des droits feigneuriaux & des revenus des terres limitrophes à la mer , mais encore parce qu’ils font néceflaires pour fournir du poiflon frais lorfque les gros tems empêchent de pêcher au large. Cependant il nous paraît qu’en confervant les parcs, on pourrait prévenir en grande partie le tort qu’ils font à la multiplication du poiifon. ^
- 1848. i°. Si l’intention des pêcheurs était de prendre des maquereaux, des harengs, des fardines & d’autres pouffons ronds, ils garniraient leurs parcs de manets. Comme ces poilfons nagent entre deux eaux à différentes profondeurs , les pêcheurs n’éprouveraient aucun tort, s’ils biffaient un efpace entre le pied de leur filet & le terrein.
- 1849. 2°. Si les pêcheurs veulent prendre des poilfons plats, on peut leur permettre d’enfabler le pied de leurs filets, lorfqu’ils fe fervent de folles ; parce que les grandes mailles qui retiennent les raies & les folles un peu groffes, permettent au frai & aux poilfons fort petits de retourner à la mer. Mais pour cela il faut que les pêcheurs aient foin d’ôter à toutes les marées le varec 8c les immondices qui ont été arrêtés par le filet.
- i8fo. 3°. S’ils voulaient tendre pour prendre en même tems des poilfons ronds & des plats , il ne tiendrait qu’à eux de "garnir de manets ou de tramaux leurs parcs jufqu’à dix-huit pouces ou deuxpieds'de terre ; & ils garniraient cette partie avec des filets à larges mailles , qui retiendraient les gros poilfons plats.
- 1851. A l’égard des parcs de pierres, il faudrait obliger ceux qui en confi truifent, de pratiquer à leur enceinte beaucoup de grandes cunettes ou canonnières, qui ne feraient fermées qu’avec des grillages à larges mailles, qu’on ôterait entièrement dans les faifons où le frai & la menuife donnent abondamment à la côte. J’en dis autant des parcs qui font formés par des pâlots ou des clayonnages. Il ferait feulement à propos de ne faire l’enceinte de clayonnage, que fort baffe, qui ne s’élevât que de quelques pouces au-delfus du terrein, feulement pour y attacher le bas des filets : ce qui 11’empêcherait pas de laiffer au fond une grande décharge fermée de treillage à larges mailles, comme nous l’avons dit; de ménager une pente confidérable au parc, pour qu’il fe deffeche à la baffe mer, & le nettoyer à toutes les marées : fans quoi les immondices arrêteraient la menuife & le frai dans l’intérieur du parc.
- 1852. 4e. Il ferait convenable de défendre expreflement qu’on terminât les parcs, bouchots, éclufes, courtines , avec des nafles ou des manches.
- 1853- On permettrait feulement l’ufage de ces inftrumens pour de petites pêcheries , afin de prendre des anguilles , des lamproies, des congres, &c.
- 1854- A l’égard des elpeces de parcs pierres & flottés, qu’on nomme dans la Méditerranée feinche & madrague, ces'pêcheries ne font aucun tort à la multiplication du poiifon.
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- 18 f f. Il n’en eft pas de même de toutes les pèches qu’on fait en traînant fur le fond. Telles font les feines de toute efpece, les ailfaugues, les ganguis, les bouliers, les bregins, la tartanne, les dragues, chaluts&e. Tous bouleverfent les fonds , détruifent le frai & la menuife ; & les poilfons qu’oit retire des filets, font morts pour la plupart & meurtris. Pour diminuer un peu ce grand dommage, il ne faudrait mettre que peu de leftaupied du filet, & beaucoup de liege à la tête. On pourrait, comme on fait en quelques endroits, attacher le left à des lignes , pour que la ralingue du bas ne portât pas fur le fond.
- I8f6- Toutes les réflexions que nous venons de faire, font fie la plus grande importance pour favorifer la multiplication du poiifon -, & il femblerait que les pêcheurs, qui y font particuliérement intérelfés, devraient fe porter d’eux-mèmes à obferver des réglés qu’on ne peut fe difpenfer de regarder comme importantes. Il en eft tout autrement : ils ont imaginé la dreige dans l’Océan, & la pêche aux bœufs dans la Méditerranée, qui font des pèches très-deftrudives. Ils elfaient de retenir les plus petits poilfons , même le frai & la menuife ; les uns, pour vendre des appâts aux pêcheurs cordiers ; les autres, pour en faire une efpece de réfure qu’ils emploient pour la pèche de la fardine. D’autres emploient des facs de toile pour prendre le frai & ce qu’ils nomment U métis, & les emploient à nourrir des cochons, ou à fumer les terres. D’autres enfin, pour éviter l’infeétion que le frai & les petits poif-fons morts produiraient dans les parcs lorfque les oifeaux s’en font raflafiés, jettent à la mer cette fource immenfe de poiifon qui ne peut leur être d’aucune utilité. Il femblerait que les pêcheurs aient pris à tâche de détruire la race des poilfons, qui font néanmoins tout leur revenu. Heureux fi je pouvois perfua-der aux pêcheurs qu’il leur eft de la plus grande importance de favorifer la multiplication du poiifon, qui devient tous les jours de plus en plus rare! Ils s’en apperçoivent, ils s’en plaignent, &ne fe corrigent point.
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- «» ...... -a»
- EXPLICATION DES PLANCHES
- h e la seconde Section*
- Planche I,
- JfiGüRE i , tramait, filet compofé de trois nappes, dont deux à larges mailles retiennent au milieu d’elles la troifieme , qui a des mailles beaucoup plus étroites.
- Figure 2, un homme qui retord le fil pour faire de petites ganfes. Il fe fert d’un rouet dont la conftruétion eft fimple & ingénieufe.
- Figures 3,4,6, aiguilles pour mailler.
- Figure f, aiguille couverte de fil en état de travailler, g, pelotton de fil. Figure 7, valet fervant à tenir le fil tendu pour travailler les filets.
- Figure g, moule cylindrique. Il y en a de différentes grofleurs.
- Figure 9, moule plat, en forme de réglé.
- Figure 10, maniera de travailler les mailles en lofange.
- Figure 11, monture du filet, faite par de grandes anfes qu’on nomme pigeons. Figure 12, maniéré de mailler, commode pour travailler les filets ronds. Figure 13 , autre méthode; pour mailler. Les chiffres 1,2,3,13,14,If, Si , 22, 23,26, montrent la forme primitive de chaque maille au fortir du moule. Les autres chiffres ont rapport à l’état des mailles quand elles font unies à d’autres par différens points.
- Figures 14,if, 16, 17, analyfe du travail des filets.
- Figure j g.maniéré d’empècher qu’un filet ne s’alonge au-delà de la proportion qu’on a jugé à propos de lui donner.
- Figures 19,20, repréfentation des accrues.
- Figures 21,22, 23 , maniéré dont on commence un filet à mailles quarrées, Figure 24, plan fur lequel on travaille un filet à mailles quarrées, auquel on veut donner plus de largeur que de longueur.
- Figure 2f, maniéré de travailler les filets ronds.
- Planche II.
- Figure 1, maniéré dont on fait le nœud dit fur le pouce.
- Figure 2, développement du nœud fur le pouce.
- Figures 3,4, 5 , opération du nœud dit fous le petit doigt, repréfenté en trois tems.
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- Planche III.
- Figure 1 j forte de verveux.
- Figure 2, maniéré dont on diminue la largeur du filet.
- Figure 3 , ordre fucceiîif du travail pour faire les nouvelles mailles.
- Figure 4 5 continuation de la réparation du filet, jufqu’à ce que l’ouverture foit entièrement fermée.
- Figure <;, manière dont on difpofe les corps légers , deftinés à être attachés AU haut du filet, & dont l’effet eftde tenir cette partie foulevée fur la furface de l’eau.
- Figure 6 9 forte d’anneau de fer ou de plomb qu’on attache au bas des filets.
- Figures 7,8, autres fortes d’anneaux pour lefter les filets.
- Planche I Vf
- Figure 1, filet nomme éperyier,
- Figure 2, coupe de ce filet.
- Figure 3 , épervier qu’011 traîne.
- 'Figure 4, pécheurs qui jettent Pépervierde dedans un bateau.
- Figure 5 , pêcheur tenant un échiquier ou carreau qu’il tire de l’eauf
- Figure <S3 autre pêcheur faifant la même opération dans une attitude difie? rente,
- Figures 7, 8 9 9 B pêches à l’échiquier, où l’on fe fert de poulies au lieu d’une perche.
- Figure 10, truble, trouble,
- Figure 11, caudrette , ou chaudière.
- Figures 12, 13 , boujraques, paniers, cafiers.
- Planche V.
- Figures 1,2, grande pêche au havenau. Les uns tiennent leur filet tendu ] tandis que les autres battent Peau pour faire fuir le poiflon de ce côté-là.
- Figure 3 , bouteux. •
- Figure 4, favre.
- Figure f , le grand havenau.
- Figure 6, guideau. A, entrée du guideau. CD EF, çhafiis fur lequel cette ouverture eft quelquefois tendue.
- Figure 7 , verveux ordinaire , le plus firnple de tous.
- Figure 8 , verveux à deux entrées.
- Figure 9 , verveux à deux entrées, établi dans l’eau, qu’011 a nettoyé d’herbes , pour former un paifage large de A en A.
- Figure 10, paliifades en zig-zag, dont les trois angles font garnis de guideaux ou de verveux.
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- TRAITE' DES PECHES.
- Planche VI.
- Figures 1,3, forte de naffe nommée en Provence lance, gombin, & gembirt, Sa coupe eft en A,/gwre i.
- Y igures 3,4, f , naffes de différentes formes.
- Figure6, difpofition des cordes dans l’attelier pour affembler & lier les cannes, enforte qu’elles forment des claies folides pour les bourdigues.
- $ Figure 7, étang falé , fur lequel on a établi des bourdigues.
- A B, canal qui communique à la mer.
- C D E F G, revëtilfement d’un de fes bords.
- HIK, rive oppofée.
- L, entrée par où le poiifon eft conduit dans la bourdigue. i M N O, trois tours ©ù les poifîons fe raifemblent.
- ,t P, efpece de verveux.
- ( ouverture par où les paillons qui ont fuivi les parois s’engagent dans
- la bourdigue.
- R, maifon du bourdiguier.
- S T, deux tours , comme celui de M N O.
- XXX, efpace étroit, où les poiffons fe trouvant relferrés, font forcés de paifer dans le réfervoir Y nommé ferve, ou dans la tour O , & enfuite dans le verveux dit païenne.
- Z, paifage pour les bateaux qui vont de l’étang à la mer. Ce pafîàge eft fermé par un filet qu’on abaiffe & qu’on releve au moyen du moulinet I. V, monceau de cannes deftinées à former les parois de la bourdigue. On y travaille dans l’attelier voifin.
- &, garde de forts pieux & de perches fans claie, pour empêcher que les bateaux n’endommagent la bourdigue.
- Figure 8, maniéré dont font conftruites les paliffades des bourdigues j r} eft le filet. ,
- Planche VII.
- Dideauxou guideaux ufités au pont de Saint-Cloud, près Paris, & à d’autres ponts.
- Figure 1. A, un des filets en entier.
- B C, filet étendu dans l’eau.
- E D, largeur de l’arche.
- F F, martreaux Icelles dans le mafllf de l’arche.
- GG, courbes de bois qui embraifent en partie les martreaux.
- HH, moulinets.
- K, corde qui communique par en-haut à un moulinet L, 8c par en-bas à !a queue du filet.
- M, bateau dont les pêcheurs relevent le filet.
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- S e c t. IL De la pêche aux filets. 4^7
- O, piquet enfoncé dans le terrein 5 & qui fert à tenir ouverte également rentrée du filet.
- Q_R, pofition de la queue du filet levé pour qu’il feche.
- Figure 2. f, portion d’un martreau.
- , d 5 d, collier de corde.
- h, bords de l’ouverture du filet ; l’autre bord efi; au fond de l’eau, o,piquet qui tient les bords écartés.
- «j largeur de leur diftance. g, courbe de bois’
- h-, crochets auxquels on attache l’aulfe de corde i. k, bride de fer, dont l’œil reçoit le chevron b, furmonté du bout de corde m , 8c le long duquel font les chevilles n.
- Y igure 3. a, filet bordé d’une forte corde bc.
- f, portion d’un martreau donné dans un fens différent. gg, courbe de bois.
- h , crochet auquel 011 attache l’anfe de corde i i.
- Y igure 4, bire ou bare , qu’on voit en C dans la figure 1. Elle doit être plus alongée du corps qu’elle ne l’efl; ici.
- m3 embouchure de la bure. nn, corps de la naffe. o, extrémité de la naffe.
- p , petite naffe, nommée cornion, adaptée au corps de la bure. q , tampon dont on bouche l’ouverture o.
- r, ouverture du cornion, qui fe bouche par l’un des deux tampons s t, u, cheville de fer, pour affurer les tampons , dans le trou de laquelle on met un cadenat.
- Y igure s , vue en grand d’un moulinet pareil à celui qu’on voit en H3au haut de \à figure 1.
- A A, portion du parapet.
- DB, DB , potences appuyées contre le parapet.
- C, corde dont on faifitun des leviers, quand on veut arrêter le treuil E E E E 3 leviers du treuil.
- Planche VIII.
- Y igure 1, ravoirs fimples, tendus en paliffade fur des filets.
- Y igure 2, filet pour prendre des poiffons nommés mulets.
- B A B, filet tendu.
- b a b , filet que l’on eft occupé à tendre.
- Yigure 3 , filets abattus au pied de leurs piquets, jufqu’à ce que le jufan commençant à fe faire fentir, on les releve avec des poulies & des manoeuvres AB , qu on voit à la tête de tous les piquets.
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- 488 TRAITE1 DES PECHES.
- Planche IX.
- Figure, i, petite pêche nommée le loup. C’eft une forte de parc qui n’eft pas-fixe.
- Figure 2, parcs ménagés d’une maniéré très-fimpte, au moyen cfes murailles a a qui font en pierres feches, & des grillages b b qui permettent à l’eau de s’écouler, mais s’oppofent à la fortie du poiifon que le flot y a porté par-deüus les murailles.
- Figure 3 * pat c de pierres , terminé par des nafles a b c i mifes bout à bout, & foutenues par des piquets dd.
- Fig.\, parcs conftruits en bois ab. Claires-voies enfoncées dans des ban» quettes de pierres qui en aifujettiflènt le pied.
- b e, ter rein folide qui peut foutenir les piquets qu’on y enfonce.
- Figure ^ , autre parc en bois.
- Figure 6, B A C, parc de clayonnage, formé par deux ailes droites 5 & tef-iiiiné par unebourgneD.
- Planche X.
- Figure i , piufïeurs parcs anguleux tendus à la fois*
- Figure 2 , parc de filets formant une portion de cercle.
- Figure 3 , parc fermé , compofé de filets tendus fur des pieux.
- Figure 4, parc ayant quatre tours qui ont une communication mutuelle par autant de chalfes.
- Planche XL
- Figure i ,paradiere, forte dépare qu’on eft dansl’ufage d’établir en pleine eau dans la Méditerranée.
- Figure 2,filet qu’on établit dans l’eau aune profondeur déterminée, au moyen de la faulfe ralingue A B, furmontée d’énards F F, & qui communique par des ligues EE à la vraie ralingue C D de la tète du filet.
- Figure 3 , pêcheurs tendant leurs filets dans une anfe entre des roches.
- Figuré 4, maniéré de tendre un filet d’une roche à l’autre*
- Planche XII.
- Figure 1, inlirumens qui fervent aux pêcheurs folliers.
- A A, corde où font enfilées des rondelles de liege B B*
- C C C C, deux autres cordes, entre lefquelles font âmarrés des cailloux DD.
- I, grolfe pierre garnie d’une anfe ou eftroppe K, qu’on attache aux deux extrémités des filets nommés folles.
- MN,
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- 48*
- S e c t. II. De la pêche aux filets.
- M N, bouée garnie d’un pavillon ou fignal O.
- P, petite pierre qu’on attache quelquefois de diftance en diftance à la ralingue du bas d’un filet qui a beaucoup de longueur.
- Q_R, deux grapins.
- T, gaflot. , figure 2, pêche des flottes.
- A , pêcheurs qui mettent leurs filets à l’eau.
- D , bateau démâté qui eft fur les filets.
- B, matelots qui relevent leur teffure.
- C, bateau qui fe rernâte après la pèche.
- E, bateau appareillé qui retourne au port. figure 3 , tremail bordé de quelques rangs de mailles d’un autre filet HH: ce qui fe pratique alfez ordinairement dans la Méditerranée. figure 4, tremail de l’Océan & des rivières.
- A B C D, ralingue qui le borde haut & bas.
- E F, deux nappes extérieures, dont les mailles font fort larges.
- G, nappe du milieu qui a les mailles plusiferrées.
- Planche XIII.
- figure i, tremaillons, dont la tête eft garnie de longues lignes terminées par des lieges 5 ces fortes de lignes font appellées énards. figure 2, pèche à la dreige.
- A, le bâtiment.
- B C, deux cordages amarrés aux deux côtés de la pouppe.
- D, grande voile à l’eau avec fa vergue.
- E, vergue de la grande voile à l’eau.
- HH, écouttes d’eau.
- F G, bras , dont l’un communique du filet O CLP, au bâtiment 5 & l’autre, au bourfet K.
- MN, bouée avec une ligne fur le bras F, pour indiquer l’endroit où eft le bourfet dans l’eau. figure 3 , filet nommé feine,
- C, fon fond.
- A A, fes deux extrémités.
- A A, la partie flottée.
- B B, la partie garnie de plomb.
- D, un des bras.
- figure 4, autre feine, qui eft fort large en c\ 8c qui s’étrécit beaucoup en a L e d, façon d’ajufter les bras pour le colleret.
- Tome V. Q_q q
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- Planche XIV.
- F igure i, filet nommé aiflaugue dans la Méditerranée. La longueur de Tes bras B B, qu’il convenait de rendre fenfible, nous a mis dans le cas de le divifer.
- C C , commencement des halins qui fervent à traîner ces bras.
- Les bras ou ailes font deux bandes de larges filets qui s’étendent depuis B jufqu’à unevafte poche A. De N enD leurs mailles ont moins d’ouverture. Elles font encore plus étroites de D en E.
- F G, efpece de galon de filet qui forme le haut & le bas des ailes , depuis N jufqu’à E.
- A K LH, capacité de la poche ou manche.
- K, ouverture delà poche.
- H, fond de la poche.
- L , ponche ou pointe.
- A meliire que la manche fe remplit de poiflon, ou quand l’eau s’y entonne avec force, elle s’alonge telle que le montrent les lignes ponctuées, qui fe terminent en M. figure 2, gangui.
- A, manche ou fac du filet.
- B C, deux ailes ou bandes précédant la manche E , perche qui tient les ailes dans un écartement toujours égal.
- C F, halins foutenus par des lieges , par le moyen defquels on tire le filet à terre.
- Figure 3 , tartanne actuellement en pèche.
- A, grande voile.
- B, autre voile nommée tente.
- CD , voiles dites coutelas ou trinquettes, elpeces de foques.
- E F, boutes-dehors ou paux, auxquels font amarrés les halins.
- G G , halins ou fartis. Ils font doubles en H.
- I, bandes ou ailes de filets qui précèdent le corps de la tartanne.
- K , partie (|e ces bandes , dite enclefire, dont la maille eft plus ferrée.
- L, margue , ou entrée du corps delà tartanne.
- AI, endroit où les mailles font différentes. C’eft le fégarié.
- N , culaignon, ou fond de ce filet.
- Planche .XV.
- Figure i, drague ou chaude.
- AB , les deux extrémités du bas deo l’entrée du filet. On y met ordinairement deux groiîës pierres.
- La partie fupérieure du filet eft amarrée fur un martreau C D, fait d’un bois léger.
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- S e c t. II. De h pêche aux filets '. 491
- Des extrémités C D , partent deux funins qui vont fe réunir en E à un petit cable , lequel fert à traîner la drague.
- Ihy a deux petits funins de A en F, & de B en H, qui communiquant ainfi aux deux grands, font que le bas eft traîné également comme le haut.
- La ligne ponctuée IK défigne un épar, qu’en quelques endroits on attache ainfi lur les funins, au lieu d’employer à la tête même du filet le mar-treau ou épar C D. . > '
- figure 2. AB, genouillettes de bois pliées pour recevoir une grofle pierre, comme on le voit plus fenfiblement en C.
- Figure 3 , autre conftruclion du chalut.
- F, corps ou fac , terminé quarrément en G, où font deux cablieres attachées aux angles. L’embouchure eft mouillée fur deux genouillettes de bois en confoles, comme celle qui eft cottée A.
- Figure 4, entrée d’une drague dont l’armure eft toute de fer.
- A L A L, peau de bœuf avec fon poil, laquelle frottant fur le fond de la mer, fert ainfi à garantir une partie du filet.
- Figure 5 , cette même drague vue de côté & entière.
- Planche XVI.
- La figure 1 préfente la madrague de Toulon, vue en-delfiis. Nous nous croyons dilpenfés d’en expliquer les détails :'il faudrait répéter prefque tout ce que nous avons dit dans le §. 1729 & fuiv. pour les rendre bien intelligibles. On y trouvera donc aufti ce qui concerne les figures 2 & 3 , dont l’une eft relative à l’autre, & qui font une façon finguliere de fermer l’entrée d’un des compartimens de la madrague.
- On voit dans la figure 4, la difpofition du deffous du filet à mailles étroites, qui forme dans la figure. 1, l’efpace h g T T.
- Là figure ï montre comment ce même filet eft relevé par degrés au moyen d’un bateau Z, qui flotte deflùs en avançant toujours vers &.
- Figure 6, grande madrague de Bandol, que nous avons décrite §. 17^2 & fui vans.
- Planche XVII.
- La figîire 7 eft deftinée à montrer en grand, i°. la maniéré dont s’exécute la progrefîion du bateau fur le filet pour raflembler tous les poiifons à fleur d’eau dans un petit efpace : 2°. rétabliflement d’une porte de filet, telle qu’on l’a vue dans les figures 2 & 3 de la planché précédente. Nous renvoyons encore au difcours pour les détails.
- Le bas de cettcplanche eft rempli par des pêcheurs en a&ion pour retirer de l’eau une feine.;
- Q_q q î]
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- 492 T R Al TE' DÈS PECHE S.
- TROISIEME SECTION,
- Ou ? on.traite de plufeur s façons de pécher qui n'ont pu être rapportées a celles dont nous avons parlé dans les deux précédentes ferions, avec quelques difcujjions qui, fans appartenir proprement aux péchés , y ont un rapport très-prochain.
- INTRODUCTION.
- 1. ISrous avons prévenu, au commencement de cet ouvrage, que nous réferverions pour une troifîeme fedtion le détail de plufieurs façons de pêcher, qui n’appartiennent, ni aux hains dont il s’agit dans la première fection, ni aux filets dont nous nous fommes occupés dans ia fécondé. Si dans les pèches dont nous allons parler, on fait quelquefois ulàge de quelque morceau de filet, ce n’eft qu’un acceifoire, & non pas la partie principale desinlrrumens qui fervent pour lès pèches dont nous expliquerons la manœuvre.
- 2. Les petites pêches dont nous allons nous occuper, fe font avec des rateaux, des herfes, des digons , des harpons , des fouannes , &c. Ces différentes pèches qui fe pratiquent de jour ou de nuit à la lumière, à pied ou en bateaux, feront détaillées dans des articles &des paragraphes particuliers, & formeront le premier chapitre.
- 3. Nous expliquerons dans le fécond tout ce qui regarde la vente & le tranfport du poiffon. Ces diiférens objets fourniront plufieurs articles, & différens paragraphes.
- 4. Nous formerons un troifieme chapitre de ce qui regarde les réfervoirs, les viviers & les étangs, tous objets très-intéreffans.
- .«.......:-.---- - - -_ 5.
- CHAPITRE PREMIER,
- De la pêche aux rateaux, aux herfes, aux digons, aux harpons, à la
- fQuaune, &c.
- <)• C-^OMME toutes ces pèches exigent beaucoup de différentes efpeces d’inftrumens , nous croyons devoir commencer par en donner une idée générale. Nous parlerons enfuite de leurs ufiges*
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- S e c t. III. De la pêche aux rateaux, &c*- 493
- ' fj. Ce que les pêcheurs à la halle eau fur lès fables nomment étiquette, effc un couteau, dont la lame a un pouce & demi ou deux pouces de largeur, & trois ou quatre de longueur. Son manche, qui eft de bois, a environ cinq pouces de longueur ; les pêcheurs à pied s’en fervent pour détacher les coquillages de delfus les rochers qui ont peu de hauteur, ou de delfus les gros galets, & aulîi pour enfoncer dans le fable & en retirer les poilfons qui s’y font cachés. Les pêcheurs font quelquefois eux-mêmes ces eipeces de couteaux, avec un morceau de fer plat, auquel ils ajulient un manche j car il ne faut pas qu’il foit tranchant.
- 7. Les pêcheurs ont aulîi une vieille faucille , femblable à celles dont le fervent les moilfonneurs, & qu’ils emploient aux mêmes ufiges que l’étiquette, foit pour détacher les coquillages, ou plus ordinairement en l’enfonçant dans le fable, pour en retirer quelques eipeces de poilfons ou des vers.
- 8- Un crochet emmanché au bout d’une longue perche, ou une elpece de gaffe, qui fert à détacher les coquillages qu’on apperçoit fur le haut des rochers efcarpés & élevés, ou encore à fouiller dans le fable.
- 9. Un croc double, avec lequel 011 laboure le fable pour en retirer des coquillages , des vers , ou des poilfons qui s’y retirent.
- 10. Un petit rateau femblable à ceux des jardiniers : ordinairement les dents font de fer, quelquefois elles font de bois. On s’en fert pour raliembler les coquillages qui font à la fuperficie du fable. Il y en a de femblables qui ont de longues dents, avec de fort longs manches plians, & qui fervent pour pêcher en bateau.
- R’11. Un grand rateau à dents de fer, dont 011 fe fert à pied pour entamer le fable. Il y a au manche un morceau de bois qui s’élève verticalement en appuyant delfus ; on le lailit avec une main pour faire entrer le rateau dans le fable , pendant qu’avec l’autre on le traîne.
- 12. Un pic, qui fert à entamer les rocquets , roches pourries, & tuf endurci, pour en tirer des pitauts & des vers plats qui s’y retirent.
- 13. Des herfes quarrées ou triangulaires, femblables à celles des laboureurs. On les traîne avec des chevaux ou des bœufs, pour faire faillir les vers, les coquillages, & quelques poilfons qui s’enfouiifent dans le labié.
- 14. Un rateau à grandes dents, garni d’un lac de filet à la tète pour pêcher des coquillages ; c’eft une efpece de drague.
- if. Des pelles, pâlots , beches, louchets,les uns de bois, les autres de fer; d’autres de bois, dont les bords font garnis de fer , pour aller chercher dans le fable plufieurs fortes de poilfons & de vers. O11 leur donne différentes formes, fuivant l’ufage des dilférens pays.
- 16. Un croc ou grapin pour fefailir des gros poilfons qui font reliés dans les bas fonds, ou qu’on a peur de lailfer échapper en les tirant de l’eau.;
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- 17* Un digon. (Impie, qui n’eft qu’uue pointe de fer ajuftée au bout d’une perche.
- 18- Un digon, dont le dird effc terminé comme la moitié d’un fer de lance j quelquefois le fer de lance eft entier.
- 19. Des fouannes, fougues, harpons, fourches, tridents, ou fichoires, à deux, trois ou quatre branches, terminées en fer de lance ; quelquefois les branches font plates & barbelées.
- 20. Une gamelle dans laquelle les pêcheurs vérotiers mettent les vers dans de l’eau de mer pour les conferver vivans.
- 21. Des paniers pour mettre les coquillages.
- 22. D’autres paniers : c’eft quelquefois un feau, dans lequel on les corn ferve en vie dans de l’eau.
- 23. Des paniers couverts, ou glines, pour mettre le poilfon.
- 24. Une cuiller de bois, dont fe fervent les pêcheurs vérotiers pour vuider l’eau qui remplit les trous qu’ils ont faits dans le tuf, ou les rocquets.
- 25. Une forte de drague quiferten Provence pour pêcher des coquillages.
- 2(5. Il y a encore d’autres uflenfiles, dont nous aurons occafion de parler
- dans le détail des pêches. Nous remarquerons feulement en général, que lorf que les côtes étaient plus fournies de poilfons qu’elles ne le font, les pêches à la fouaune , ou fichure, fe pratiquaient plus fréquemment ; alors les pêcheurs avaient des fouannes de plusieurs elpeces. Les plus grofles, qui avaient fept pointes barbelées, étaient pour prendre des dorées ( 1): elles ne font plus d’ufage, parce que ce poilfon 11e fe trouve plus guere fur les côtes de l’Océan.
- 27. Une autre fouanne moins grolfe formait une efpece de croix ; il y avait deux ou trois pointes fous chaque branche , & une dans le centre.
- 28- Ces fouannes étaient deftinées pour pêcher des vives qui font maintenant trop rares pour en prendre à la fouanne.
- 29. Les petites fouannes dont 011 fait encore ufage, 11’ont que deux ou trois branches. Lorfque nos pêcheurs défirent un plus grand nombre de dents, ils les montent fur une tète de bois, femblable à celle des rateaux.
- ( 1 ) On fe fert en Allemagne de cette forte de trident. Les pêcheurs l’appellent Spcer ; il a communément dix pointes. On s’.en fert pour pêcher les barbes ou mulets. Il n’y a que cette forte de poilTon qui s’attache au fond de l’eau pendant l’hiver,
- de maniéré qu’on puifle le harponner. On prend aufli avec des fouannes ou harpons, des anguilles , des lottes, & même des truites’, dans les rivières où il y en a beaucoup ; mais ces inftrumens font plus petits & feulement à deux ou trois pointes.
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- S e c t. III. De la pêche aux rat eaux, &c. 495
- Article premier.
- Différentes pêches qui fe font à la baffe eau, a pied, à la main, ow avec rat eaux ffdigons ,fomîmes, £rc. pour prendre des coquillages qui s'attachent aux rochers ou aux greffes pierres ou galets, ainji que plufieurs efpeces de crufface's qui fe retirent dans les roches ; & des poiff.ns qui s'enfablent, 011 qui rejîent dans des marres lorfqu'elles n'affechentpoint à la baffe mer.
- 30. Il y a des coquillages qui s’attachent aux rochers , aux greffes pierres & galets qui découvrent de balle mer 5 des cruftacés & quelques efpeces de poilfons qui fe retirent dans des trous qu’ils trouvent au pied des rochers. Quantité de coquillages & plufieurs efpeces de poilïons s’enfoncent dans le fond -, & fuivant qu’il elt plus ou moins dur, il faut employer diiférens moyens pour les en tirer. Enfin il y en a qui, lorfque la mer retire, échouent à fec, ou relient dans des bas fonds qui n’alfechent point. Nous nous propofnns d’expliquer dans des paragraphes particuliers, les pêches qu’on pratique dans ces différentes circonllances.
- De la façon de pêcher les coquillages qui s'attachent aux rochers.
- 31. Plusieurs coquillages, & particuliérement les moules, s’attachentaux rochers que la mer recouvre à toutes les marées. Les pêcheurs vont à la baffe eau les détacher avec un crochet qui efi: ajullé au bout d’une perche plus ou moins longue, fuivant l’élévation des rochers ; quand ils les ont fait tomber, les femmes les ramaffent dans des paniers, Lorfque les roches font balles & à portée de la main , les hommes , femmes & enfans les détachent avec une efpece de couteau qu’on nomme étiquette fur les côtes de Normandie.
- De la pêche au pic ou à la pioche.
- 32. Les pitauts ou folades , ainfi que quelques vers marins, fe retirent dans des tufs très-durs, qui forment une efpece de marne, ou dans les fonds de roches tendres délitées, qu’on nomme affez volontiers roches pourries. On va dégager de ces fonds durs , ces vers & coquillages, qui fervent à amorcer leshains. On fefertpour cela de pics ou de pioches. Comme prefque toujours le trou fe remplit d’eau-^ on le vuide en la puifant avec une cuiller. On met les vers dans des gamelles pleines d’eau de mer , pour les conferver en vie j &les pitauts , dans des feilleaux , ou des paniers plats à anfes , qui font ordinairement fupportés par trois ou quatre pieds.
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- 4JS TRAITE' DES FECHE S.
- De la pêche, des vers 9 quonfuit avec une cfpece de 'couteau nommé étiquette.
- 33. Lorsque les fonds font moins durs, les hommes & les femmes vont de baffe mer ranraffer des vers marins & des hamilles , pour amorcer les hains, & cela avec l’inftrument dit étiquette9 qui, comme nous l’avons dit,eftun couteau fans tranchant, mais dont les bords font fouvent barbelés.
- 34. Les vers s’annoncent par de petites mottes de terre, en forme dever-miifeaux qu’ils rejettent fur le fable ; & les hamilles (2), par des traces qu’ils font pour s’introduire dans le fable.
- 35. Lorsque la chaleur commence à fe faire fentir , la mer étant baife,les femmes tranchent le làble avec leurs étiquettes, auprès de la laiife -de baffe nier. Comme la lame de ce couteau eft barbelée & fans tranchant, elles tirent du fable les vers & les hamilles , qui s’agitent alors, comme font les anguilles j ce qui leur donne le tems de les ramalfer , & de les mettre dans leur panier.
- 36. Il y en a qui, au lieu d’étiquette, fe fervent, pour tirer les poiifons du fable , d’une vieille faucille, dont fe fervent les moilfonneurs.
- De la pêche des vers marins , des hamilles & des poiffons plats , avec le pâlot, la
- beche ou la fourche.
- 37. Quelquefois le fond, fans être endurci comme la marne, eft cependant trop ferme pour être aifément entamé avec l’étiquette ; ou les poiffons étant enfoncés dans le fable à près d’un pied de profondeur, ne pourraient être atteints par la lame de l’étiquette: dans ce cas , on fe fert d’une vieille beche qu’on nomme pâlot (pf) , ou d’une fourche qui a trois ou quatre larges dents j & en labourant le terrein, on en tire des vers, des coques ou vanets, des hamilles, & même de différentes efpeces de poiffons plats.
- 3 8- Ce métier eft très-fatigant, & cette pèche qui fe continue depuis février jufqu’à pâque, eft fouvent infru&ueufe. Néanmoins ceux qui la pratiquent fur les fables des Vays , en tirent une partie de leur fubfiftance.
- 39. Du côté d’Eftrehan, on fait la même pêche la nuit. Pour cela , on va de mer balfe fur les fables avec une lanterne , qui fert à faire appercevoir le poiffon qu’on a tiré du fable.
- Pêche des crufiacés, des congres, & des autres poijfons qui fe retirent dans les roches & fous les grojfes pierres.
- 40. Quantité de poiffons qu’on nomme faxatiles ( j ) , fe retirent dans
- (2) En allemand , Angelfifche. (3 ) En ali. Grabfcheiten. (4) En ail. Klippenfifche.
- les
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- S e c t. lil. De la pêche aux rat eaux, &c.-
- 497
- les trous quife trouvent dans les roches, ou fe fourrent fous de girofles pierres. Les pêcheurs en prennent bien quelquefois à la main} mais comme plu-fieurs pourraient les bleffer, ou qu’ils courraient rifque d’ètre fortement pinces par les gros crabes & les homards, pour les tirer de leur retraite ils s’arment d’un inftrument qu’on nomme dans l’amirauté de Marennes , qui eft une broche de fer barbelée, & ajuftée au bout d’une perche } ou de grands crocs femblables , mais plus forts que la lame d’une faucille, & qui ont un manche de trois ou quatre pieds de longueur : ou bien ils ont un grapin , ou un crochet emmanché au bout d’une perche, dont ils fe fervent pour vifiter les trous & en faire fortir les poiifons, qu’ils auraient peine à tirer fans ce fecours. Ils renverfent les pierres à bras , ou avec un levier fi elles font trop groifes, & prennent les poiifons qui font deifous , ou avec la main s’ils ne font point trop gros, ou avec un digon,un grapin, ou la grande faucille, avec laquelle ils les tuent, s’ils font trop dangereux. Dans ce cas, le crochet n’eft quelquefois qu’un gros hain à morue , attaché au bout d’une perche} ou ils forment des digons avec le même hain redrelfé.
- Pêche dite à l’efpadot.
- 41. En quelques endroits, particuliérement dans l’amirauté de Marennes, on nomme efpadot une broche de fer d’environ deux pieds & demi de long, dont le bout forme un crochet qu’on ajufte à une perche longue d’environ cinq pieds , qui augmente un peu de groifeur du côté qu’on tient à la main. Ainli cet inftrument fe rapproche beaucoup des crocs dont nous avons parlé dans le §. 40.
- 42. Les pêcheurs fe fervent de cet inftrument à pied & de baffe mer, pour prendre les poiifons quireftent au fond des éclufes , & dans les endroits qui ne fechent pas de baffe mer. Ils font Cette pêche de jour , mais plus fouvent de nuit : en ce cas, ils vont dans les endroits où il refte de l’eau , avec des brandons de rofeaux ou de paille ; & quand ils apperqoivent un poifîon, ils l’arrêtent avec le crochet de l’efpadot, & l’affomment avec le même inftrument.
- Pêche quon fait dans la même vue que la précédente , dans les endroits qui nefechent point, & quon nomme à la fougne , à Oleron & ailleurs.
- 43. L’instrument qu’on 110mm e fougne, eft une fourche à deux, quelquefois trois branches fort menues , barbelées, de huit ou dix pouces de long, & qui a un long manche. On s’en fert comme de l’efpadot pour tirer les gros poiifons qu’on apperqoit entre les rochers, dans les éclufes, & les autres endroits où il refte de l’eau de baffe mer. Elle fe fait de jour & de nuit, comme
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- nous l’avons dit de l’efpadot. On prend à cette pêche , de petites raies, des foies, des trembles ( f ) , des crabes , des langouftes, des homards, &c. Cette façon de pêcher différé peu de celles dont il fera queftion au paragraphe 59 & fuivans.
- Pêche étrangère 3 au croc.
- 44. Il eft dit dans Vhifioire generale des voyages, que fur la côte de Loango, la pêche la plus ordinaire fe fait avec des crocs de toutes fortes de longueurs, que les negres manient avec beaucoup d’adreffe. C’eft tout ce qui eft rapporté de cette pêche.
- Pêche des coquillages} vers de mer , lançons, & autres poijfons de baffe mer, fur les fables, avec un crochet quon traîne.
- 45". Dans les endroits où le fable peut s’entamer aifément, les jeunes gens prennent un crochet double, qui a une douille pour recevoir un manche de cinq ou fix pieds de longueur: ils le paffent entre leurs jambes pour appuyer deffus ce manche avec une de leurs cuiffes, comme les enfans qui montent à cheval fur un bâton ; & courant de toute leur force, ils entament & labourent le fable: des gens qui fui vent ramaffent les coquillages , les vers , & les poif-fons qui fe trouvent dans le fable qui a été renverfé. Cette pêche eft très-fatigante pour celui qui traîne le croc.
- Pêches quon fait de baffe mer fur les grèves & les fables avec des rateaux.
- 46. Le crochet dont nous avons parlé dans le §. 4^, n’ayant que deux dents , il n’entame qu’une petite largeur de terrein. Ainfi les rateaux dont nous allons parler, qui ont douze ou quinze dents, expédient beaucoup plus la belogne. On emploie pour la pèche deux elpeces de rateaux : l’un petit & tout-à-fait femblable à ceux dont les jardiniers fe fervent dans les potagers, eft employé à ramaffer entre les roches les coquillages qu’on a détachés avec l’étiquette ou les autres inftrumens dont nous avons parlé. Mais on emploie, pour pêcher les poiffons plats , les lançons & les vers qui s’enfouiffent dans le fable, de grands rateaux, dont la tête a trois ou quatre pieds de longueur, & eft garnie de douze à quinze dents de fer qui font fortes, & ont fept, huit, ou dix pouces de longueur : le manche a fept à huit pieds de long. Vers le milieu, un peu plus cependant du côté de la tête, eft ajufté un morceau de bois de
- (O Tremble , torpille , torpédo , en allemand , iirampf-ffcht, poUfon qui engourdit la main quand on le touche.
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- deux ou trois pieds de longueur, que le pêcheur faifit de la main gauche, pendant qu’il tient de la droite le bout du manche. Ce morceau de bois, qui s’élève verticalement, lui donne la facilité d’appuyer fur le rateau , pendant qu’il le tire de la main droite : car cette pêche ne confifte qu’à traîner le rateau fur le labié, pour en faire faillir le poilfon qui s’était enlàblé. C’eft pourquoi ces pêcheurs ne prennent que des vers, des coquillages, & des poilfons plats, rarement des équilles (6), qui pour l’ordinaire font trop avant dans le fable.
- 47- Le tems le plus favorable pour cette pêche eft par les chaleurs & les grandes marées qui découvrent beaucoup. On a reproché à cette pêche , qui çd exige aucune dépenfe, de détruire beaucoup de menuife.
- Pèche fur les fables & les grèves avec la herfe.
- 48- Ceux qui ont des herfes (7) & des bêtes de trait, expédient beaucoup plus leur pèche que ceux qui font obligés de fe fervir de rateaux ; & ils fatiguent infiniment moins.
- 49. Les herfes, les unes quarrées, les autres triangulaires , endentées tantôt de bois , & pour le mieux de fer, font les mêmes dont les laboureurs font ufage pour enterrer les grains qu’ils ont femés. Cette pêche fe fait dans le même tems que celle au rateau , & l’on y prend les mêmes poilfons.
- ?o. On y atteleun bœuf, ou un cheval, & onia traîne de balfe mer fur les fables. Quand ils font couverts de quelques pouces d’eau , la pêche ne s’en fait que mieux. Pendant qu’un homme conduit la herfe, quelques enfans ou des femmes qui la fuivent, prennent à la main le poilfon qui faillit du fable : ce font des foies, de petits turbots, des barbues, des plies, des limandes, des carrelets, des anguilles, des lanqons, &c. O11 reproche à cette pèche, à plus jufte titre qu’au rateau , de détruire la menuife : on ne la fait que dans les chaleurs, parce que c’eft alors que les poilfons terrilfei.it i «Scies grandes vives eaux y font les plus propres , non-feulement parce que le courant amene plus de poiifons à la côte, mais encore parce que la plage fe découvre davantage.
- Pèche dite tonilliere, pour prendre des coquillages.
- ï 1. A Aigues-mortes, on fait à pied au bord de la mer, dans des endroits où il refte peu d’eau , une pèche avec le rateau pour prendre les coquillages qu’on nomme tonilles ; on emploie un grand rateau de fer qui a une douzaine de dents longues de fix pouces. Aux extrémités delà tète de ce rateau l’ont attachés deux longs bâtons quife croifent: derrière le rateau eft ajufté un filet en,
- (6) En allemand , Jleernadeln. (7) En allemand, Egcln.
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- forme de fac, dont les mailles font ferrées : un feul homme traîne cetinftru-ment; le rateau détache les coquillages, & le filet les reçoit. C’eft ce qu’on appelle le tonillier.
- Pêche, que les Provençaux nomment falabre de fond.
- Ce falabre eft un fac de filet, de trois pieds de profondeur , qui eft monté fur une armure de fer de quinze à vingt pouces de diamètre : les extrémités courbes répondent à une traverfe droite qui elt dentée comme la roue d’une grolfe horloge ; la partie ceintrée porte une douille qui reçoit un manche de douze à quinze pieds de longueur. On garnit ordinairement cette armitre avec des paquets de vieux filets. Lorfque les pêcheurs veulent s’en fervir,ils lailfent aller leur filabre fur le fond, à quatre ou cinq bralfes de profondeur, quelquefois beaucoup plus. Ils le tiennent amarré par deux cordes , dont une eft attachée au bout du manche, l’autre l’eft environ au tiers de fa longueur du côté du cercle de fer. On le traîne lentement, & en roidiffant une des cordes , on fait que les dents entrent plus ou moins dans le terrein qu’elles grattent, & le fac fe remplit de coquillages & de fable. Cette pèche qui fe fait en mars, 11e fe pratique que fur les fonds de labié, &par les tems calmes.
- Pêche quon fait fur les fables & les vafes , à pied, & quon nomme plyetter , ou. pommeter, ou à la foule.
- 53. Pour faire cette pèche , qu’on pourrait nommer/v/rzW, les pêcheurs qui connaiifent les endroits où fréquentent les poilfons qui s’enlablent, vont pieds nus au bord de la mer, ou dans les rivières; ils marchent fur le fond, lorfque la mer étant retirée , il 11e refte qu’une petite épaiffeur d’eau. Quand ils fentent fous leurs pieds les poilfons qui fe font enfouis dans le fable, iis les faifilfent avec les mains, ou ils les percent avec le petit infiniment que nous avons appellé angon, ou une pointe de fer ajuftée au bout d’une canne. On prend de cette façon des plies dans la Loire ; & 011 la pratique dans l’amirauté de la Rochelle, à l’isle de Rhé, &c. On la fait de jour & de nuit, & en ce cas c’eft au feu.
- 54. La pèche que nous venons de décrire revient à ce que pratiquent les pêcheurs Picards pour prendre des flets. A l’embouchure des rivières fablon-neufes, lors même qu’il y a trois à quatre pieds d’eau, quand ils fentent le poiifon , ils le piquent avec un bâton, au bout duquel il y a deux pointes de clous de deux ou trois pouces de longueur. Cette pèche fe fait quand les flets commencent à monter clans les rivières , & elle huit lorfque les eaux deviennent très-froides. Cependant on prétend qu’elle eit infruclueufe vers la S. Jean,
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- quand on lave les moutons dans les rivières avant de les tondre » parce que leur fuint fait fuir les poiifons.
- Pèche des coques, ou vanons à la foule,
- V?. On connaît qu’il y a des coques à un endroit, par de petits trous que ces poiifons font avec ce qu’on appelle leur langue, & encore parce qu’on entend leurs coquilles , qui font à peine couvertes de fable , craquer fous les pieds. Quand les pêcheurs jugent qu’il y a des coques en un endroit, ils piétinent le fable qui s’amollit, & permet aux dents des rateaux d’y entrer pour en retirer le coquillage; ou bien ces coquillages fe portent d’eux-mêmes à la furface, où on les ramalfe avec des rateaux de bois.
- Pêche d'une efpece de coquillage qu'on nomme manche de couteau.
- Le coquillage qu’on nomme manche de couteau ou manchot, eft fort commun , & fe trouve fur-tout abondant fur la côte du Cotentin. Les riverains qui en font la pèche, fe fervent d’une petite broche ou aiguille à tricoter , qui a dix-huit à vingt pouces de long ; il y a au bout un petit bouton de fer, ref femblant à une olive de moyenne grolfeur qui ferait coupée par le milieu de fa longueur. Ceux qui pêchent ces coquillages avec cette broche, qu’ils nom-, ment aiguillée ou digot, ne les défdblent point, comme on fait ailleurs. Ils examinent à la baffe mer les trous que font ces coquillages fur le fable ; & comme les manchots font toujours placés perpendiculairement, les pêcheurs enfoncent leur digot tout droit, le bouton 11e manque guere d’entrer entre les deux valves qui ne fe joignent pas exactement. Le poiffon qui fe fent bleffé, coin, traéle un peu fes valves, & en retirant le digot on amené le coquillage.
- S7- Cette pèche fe fait aux côtes de Baffe-Normandie, depuis le mois de mai, jufqu’à la fin d’août. Dans le mois de mai, ce coquillage qui n’eft jamais fort bon, eft mangeable. Paffé ce tems, il devient très-dur & indigefte. Les pauvres gens viennent dans la faifon faire cette pêche, & en font une partie de leur nourriture.
- Pêche des anguilles , à pied fur les vafes
- ?8- Dans le Morbian , amirauté de Vannes, & fur plufieurs autres côtes vafeufes, les pêcheurs vont de baffe mer, étant prefque nus, avec un bâton à la rnain ; ils parcourent les vafes; & ayant apperqu des trous qui font évafés comme de petits entonnoirs , ce qui indique que les anguilles fe font enfoncées dans la vafe en ces endroits , ils émouvent le fond par l’ébranlement de leurs corps, ce qui fait fortir les anguilles. Ils les aifomment avec leur bâton ,
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- ou ils les retirent à la mâin, les étourdiflent, & même les tuent en les frappant fur leur bâton. Cette pèche ne faille pas d’être avantageufe, quand onia fait fardes vafes fort étendues.
- Pêche des poijjons plais , des congres , des anguilles , à pied fur des vafes avec le
- harpon„.
- f9. Les pêcheurs qui. vont faire cette pêche, ont à la main une fouanne qui n trois , cinq ou lîx branches , emmanchées au bout d’une perche longue de cinq à fix pieds ; & pour fe foutenir fur les vafes, ils ajuftent fous chacun de leurs pieds un chanteau du fond d’une barrique. Lorfque la marée eft en partie retirée, ils vont le long du rivage, & lancent de tems en tems au hafard. leur fouanne qui ramene les poilfons qu’ils ont piqués. C’eft ordinairement des poilfons plats, des congres, ou des anguilles.
- 60. La fouanne de la baie S. Cado , amirauté de Vannes, eft un trident: elle fert à prendre des poilfons plats & des ronds.
- 61. Dans le Morbian, les fouannes pour les anguilles ont fix ou fept brandies, longues de quinze à feize pouces, qui fe réuniifent à une douille qui reçoit une hampe de dix à douze pieds de long.
- 62. A Narbonne, 011 fefert d’une épée pour faire la pêche des anguilles, & autres poilfons qui s’envafent. Cette pèche qui fe fait dans la belle faifon,eft allez ufitée le long des étangs filés, à un pied & demi d’eau tout au plus ; on pique aux endroits où l’on voit remuer dans la vafe.
- Pêche fur les vafes , à pied, à la fouanne , & au feu<
- 63. La pèche à la fouanne, fouine, fougue , ou falins, fe fait aufii de balfe iner, 8c à pied , durant les nuits obfcures avec le feu. Les pêcheurs fe tranfpor-tent auprès des roches, dans les éclules, & aux endroits où il relie un peu d’eau de balfe mer, tenant de la main gauche un flambeau de paille , ou de quelque bois fec ; & quand ils apperçoivent un poilfon, ils le dardent fort adroitement avec une fouanne qui n’a quelquefois que deux dents. On pratique cette pèche en plufieurs endroits, & particuliérement fur les vafes dans l’amirauté de la Rochelle.
- ôèp Les Languedociens pourfuivent quelquefois à la courfe les poilfons qu’ils apperçoivent, & ils ont l’adrelfe de les percer avec une fouanne qu’ils tiennent à la main, & qu’ils nomment meurtrière oufichoire ; car les pèches dont nous parlons font nommées fichure fur plufieurs de nos côtes de la Méditerranée.
- (sjt Dans la belle faifon la pèche de la fichure eft alfez ufitée à Narbonne
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- le long des étangs falés. Les vieillards & ld$ jeunes gens portent à la main im petit fichoir à trois dents , lorfqu’ils fe promènent aux bords de ces étangs , & ils le dardent avec force contre tous les poiifons qu’ils apperqoivent.
- 66. A S, Tropez , la pèche qu’ils nommentfafquier fe fait au feu & avec un trident. Ils prennent des langoulles, des muges , des dorades , & d’autres poiifons quelquefois très-gros.
- Pêches de meme genre, que font les negres à la Côte-d'Or,
- 6$. Arthus (*) remarque que les negres de cette côte font très-adroits dans l’exercice de la pêche qu’ils pratiquent dès leur enfance ; & que , fuivant les circonftances & les làifons , ils y emploient différentes fortes d’inftrumens. Outre les pèches de jour, ils en ont une de nuit, à la lumière d’un flambeau fait d’éclats d’un bois léger qu’ils imbibent d’huile de palmier, & qui répand une lumière très-vive. Ils le portent d’une main, tandis que de l’autre ils tiennent une fouanne ou trident, dont ils percent le poiffon avec beaucoup d’habileté ; & quelques-uns , au lieu de percer les poiifons, les couvrent avec un panier femblable à une mue à élever de petits poul ets. Le poiffon attiré par la lumière, fe laiffe couvrir ; ils ouvrent la porte qui eh au-deffus du panier, pour en tirer le poiffon. Sur-le-champ ils paflènt un cordon dans lès yeux pour l§ pendre à leur col , & continuent leur pêche,
- .Article secon d.
- Des différentes pêches qui fe fait en bateau, avec les rateaux, les digons * les fouanne s, pour prendre les coquillages & lespoffons qui fe tiennent, eufur lefond, ou aune petite profondeur dans le fable ou îavafe.
- 68- Toutes les pêches dont nous avons parlé dans le premier article, fe font à pied } au lieu que celles dont il va être queftion, exigent qu’on fè ferve de bateaux. A cela près, la plupart ont beaucoup de rapport en.tr’elles.
- Pêche des coquillages dans un petit bateau, avec un rateau,
- 69. Les pêcheurs de l'embouchure de la Somme fe mettent au nombre de quatre ou cinq dans un petit bateau qu’ils nomment gobclette, 81 fe portent à quelque endroit où ils bavent qu’il y a un banc de coquillages, de moules, par
- C) Indid oriental pars YI, latinitate douai a ab Arthur, aimfig. de ]Bry. Francof.
- ï«®4,pag.7J,
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- TRAITE1 D E S P E C H ES:
- exemple ; & avec des rateaux fem%lables à ceux des jardiniers, qui ont de longues dents de fer avec des manches menus de trois à quatre brades de longueur, ils ajuhent à la tète un fie de blet dans lequel s’amalfent les coquillages à mefure que les dents des rateaux les détachent: ainli c’eh une efpece de drague.
- 70. On pratique cette pèche en plufîeurs endroits, particuliérement à Ifi-gny, le long de la côte, où l’on en fait ufage pour draguer des huitres.
- 71. Les pêcheurs de l’amirauté de Grand-Camp pêchent aufii des coquilla-ges & des moules en bateau avec des rateaux.
- Pêche des huîtres au rat eaufans fac.
- 72. Deux hommes fe mettent dans une petite chaloupe , avec chacun un rateau , dont la tête a environ deux pieds & demi de longueur ; elle eh garnie de douze dents de fer, longues de huit à dix pouces. Ces dents font larges, émouifées par le bout, & fort crochues ; à caufe de leur largeur, elles font allez près à près pour retenir les huîtres. De plus, il y a fur la tète du rateau le long du manche une petite planche large de quatre pouces , pour retenir les huîtres quand le pécheur redreife le rateau. La forme des dents & cette planche tiennent lieu du fac de filet. Le manche eh une.perche menue &.pliante, longue de dix-huit à vingt pieds : elle eh fouvent faite de deux morceaux j mais il faut qu’elle plie, pour que les dents du rateau raclent mieux le fond.
- Pêche avec un petit bateau fur les vafes.
- 73. Dans le Morbian, amirauté de Vannes, les pécheurs vont de baffe mer fur les vafes avec de petits bateaux qu’ils nomment tignolles 9 qui font figurés comme une navette, mais dont une extrémité fe termine quarrément. Ils font formés de trois planches,& fi légers qu’un feul homme les porte aifément fur fon dos. Deux hommes dans une tignolle ( & c’eh tout ce qu’elle peut contenir ) lancent dans la vafe leurs fouannes au hafardj les branches qui la terminent font au nombre de fix ou fept, & ont treize à quatorze pouces de longueur : elles partent toutes d’une même douillede fer, qui reçoit un manche de dix à douze pieds de longueur, & elles s’écartent les unes des autres vers leurs extrémités. Quand le flot fe fait fentir , les pêcheurs ceffent leur métier. O11 pratique cette pêche principalement depuis le mois de décembre jufqu’à la fin de février.
- Article troisième.
- Des pêches qui fe font avec la fouanne en pleine eau.
- 74* Par les pèches dont nous avons parlé jufqu’à préfent, on 11e prend
- que
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- que les poilfons qui fe retirent dans le fable ou la vafe,pour y attendre le retour de la marée, ou qui étant recouverts d’eau , fe tiennent fur le fond. Nous allons expliquer comment on prend ceux qui nagent en pleine eau. .
- Pêche des vives cc la fouanne avec un leurre.
- 75” • Lorsque les vives étaient communes, les pêcheurs mettaient à Par-riere d’un bateau à voile, une petite anguille d’étain, dont l’éclat attirait les vives qui venaient par bouillons, dans lefquels les pêcheurs lançaient leur fouanne, & fouvent ils en prenaient plulieurs d’un feul coup.
- Pêche des poijjons plats & (Vautres , à la fouanne & avec bateau.
- J6. Les pêcheurs fe fervent pour cette pèche, de fouannes en rateau ; c’eft-à-dire , que les dents font rangées fur une tète de bois, comme les dents d’un rateau ornais ces dents, au nombre de huit ou dix, au lieu d’avoir une direction perpendiculaire à celle du manche, font dans une lituation qui lui eft parallèle ; elles font terminées comme un fer de lance. On fe fert de cette fouanne dans les rivières ainli qu’au bord de la mer 5 & la façon de s’en fcrvir eft d’enfoncer les dents dans le fond, foit fable foit vafe. Comme la rangée des dents a une étendue alfez confidérable, elles peuvent d’autant mieux attraper les poilfons. (Quelques-uns trouvent plus commode de fe fervir de fouanne dont les broches font attachées autour d’une douille. On prend avec cette fouanne, des anguilles, des congres, desflets, & autres poilfons plats.
- 77. On pratique cette façon dépêcher dans l’amirauté d’Abbeville. On s’en fert aufti, tant à pied qu’en bateau , à Iligny, & dans les Vays.
- Pêche avec le trident, la fourche> &c.
- 78. À Agde, deux hommes fe mettent dans un petit bateau qu’ils nomment bette, avec un trident & une torche allumée ; car cette pêche ne fe fait que la nuit. Un des hommes vogue; l’autre tient le trident, avec lequel il perce les poilfons qu’il apperçoit à fa portée. Cette pèche fe pratique au bord de la mer , dans les étangs, & dans les rivières.
- Pêche au feu & à la fouanne.
- 79. Les pêcheurs de Vannes ne font la petite pêche des orphis ou aiguillettes dont nous allons parler, que pour .avoir de quoi amorcer les hains,
- Tome V. S s s
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- iàé TRAITE' PECHES,
- quand ils fe propofent de pêcher des tires ou poftaux (8) , & des congres, Au relie , la pèche des orphis dure tant que ce poilTon qui va par bande donne à la côte : c’eft ordinairement depuis le mois de mars jufqu’à celui de juin.
- 80. Quatre pêcheurs fe mettent la nuit dans un petit bateau ; l’un d’eux qui eft placé à l’avant, tient un brandon de paille allumé, qui par fon éclat attire les orphis. Les trois autres pêcheurs ont des fouannes en forme de rateau, qui ont au moins vingt dents barbelées, longues de fix pouces, & fort près les unes des autres, la tête du rateau n’ayant que treize à quatorze pouces de longueur. Au milieu eft une douille de fer qui reçoit un manche long de dix à douze pieds. Quand les pêcheurs voient les orphis ou anguilles attroupées, ils lancent leurs fouannes, & en prennent fouvent plufieurs d’unfeul coup.
- 81. Comme le bateau dérive lentement, la manœuvre n’effarouche point les orphis. Lorfqu’il ne fait point de vent, & que les nuits font fort obfcures, on en prend quelquefois mille , douze cents, quinze cents, dans une nuit.
- 82. On fait la même pèche en plufieurs endroits, particuliérement à Belle-. Isle. Alfez fouvent ils allument deux torches, & les poilfons fe portent du côté où eft la lumière. C’eft aufiî de ce côté là qu’on lance les fouannes, & ou en prend quelquefois jufqu’à dix d’unfeul coup.
- Pêche, des orphis au phariUon.
- 83- Cette pêche fe pratique dans l’amirauté de Poitou. Cinq hommes & un moulie fe mettent dans une chaloupe ; un de l’équipage eft chargé d’en-, tretenir le pharillon ou petit phare qui eft placé à l’avant. C’eft une efpece de réchaud qui a un manche de fer d’im pied de long, terminé par une douille dans laquelle entre un manche de quatre pieds de longueur. On fait le feu avec des éclats de douves de vieux barrils, qui ont fervi à contenir du bray ou du gaudron.
- 84. Deux hommes nagent mollement , & trois lancent leurs fouannes dans les lits ou bouillons d’orphis que la clarté du pharillon attire près de la furfiice de l’eau ; & ces poilfons s’attroupent quelquefois en fi grande quantité, qu’on en prend des cinq & fix d’un feul coup. Comme le bateau avance lente, ment, les poilfons ne font pas effarouchés , même par le lancement des fouan. nés. Lorfque le tems eft calme, & que les nuits font fort obfcures, on eii a quelquefois pris douze à quinze cents dans une nuit.
- Pêche à la fourche , en bateau & au feu,
- gf. A Toulon,les pêcheurs à la fourche ont de petits bateaux de dix-neuf
- (S) Suivant certains auteurs , la tire efl ViLLUGBY , Ichthyolog. page 17?. RaXj une forte de morue verte ; Afellus virefçens. Ichthyol. page 53. -
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- pieds de longueur, fur cinq & demi de largeur, dans lefquëls fe mettent deux hommes. Ils pêchent à la fouanne ou fichoire pendant toute l’année, à la lumière, & prennent des loubines, des mulets ou mujaux^des congres, des dorades , &c.
- D'une pêche au feu &àla fichure, dite phaftier ou phafquier.
- 86. Quand les bourdigues font rompues, comme on le fait tous les ans le ïf de mars, ainfi que nous l’ayons dit en parlant de cette grande pêche, on fait une pèche plus amufante qu’utile , avec les petits bateaux qu’on appelle bettes marines* On les arme de deux ou quatre rames fans gouvernail. On éleve à la pouppe un morceau de bois arrondi, d’environ quatre pouces de diamètre, & haut de quatre pieds. Au haut de ce morceau de bois, on établit une grille de fer , ou une efpèce de réchaud aifez creux pour contenir les morceaux de pin gras qu’on doit y brûler.
- 87. Aussi-tôt qu’il fait nuit, on fort pour faire cette pêche. On allume le petit phare, qu’on nomme phajlier. On a quelquefois le plaifir de fe faire fui-Vre par des troupes de poilfons qui font attirés par la lumière. Le pêcheur armé d’un harpon à plufieurs branches , & qui eft emmanché au bout d’une perche légère de huit pieds de long ,fe place à la pouppe fous le phajlier, tandis que les rameurs le promènent dans les canaux des étangs de Berre & de Caronte’j & en jetant les harpons au milieu de tous ces poilfons, 011 en prend prefquè toujours plufieurs à la fois. On ne prend guere à cette pêche que des aiguilles ; mais quand ce poilfon de palfage donne abondamment, un feul homme en prend quelquefois plufieurs quintaux. Cette pêche ne dure guere que quinze jours ,les aiguilles partant ailleurs. Ce font ordinairement les bourgeois qui s’exercent à cette pêche j mais il fe raflemble quelquefois plus de quarante bettes, qui ayant chacune leur feu, forment un fpectacle aifez agréable, qui attire la curiolité des étrangers. O11 allume dans le phaftier des éclats de cœur de pin gras , ou très-réfîneux.
- 88- Comme ceux qui forçt cette pêché à Antibes, fe rendent à voile fur le lieu de la pèche, ils amènent leur mât, & le couchent vers l’avant fur un chandelier. Les pêcheurs d’Antibes prennent, quelquefois avec la fouanne, fd’aifez gros poilfons qu’ils auraient peine à tirer abord : en ce cas ils s’aident du grapin.
- 89, Il faut toujours attacher au milieu de la hampe de la fouanne, une ligne de plufieurs brafles de longueur , pour pouvoir la rattraper fi elle échappait au pêcheur , ou s’il la lançait fur un gros poiflbn qu’il ne pourrait retenir.
- 90. On fait cette même pèche à S. Tropez. On commence à pêcher le foir avant la nuit ; & fe portant auprès des roches, on y harponne des crab*s & des
- S s s ij
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- TRAITE' DES PECHES.
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- homards : enfuite, quand la nuit eft venue, on allume le phaftier, & on prend des dorades, des loups ( 9 ), des muges, des foies , des rhombes ou turbots (10), des anguilles, des maurennes , des langouftes, des ombrines,forte de truite , &c. Le matin à l’aube du jour , on rec» mmence à harponner des cruf-tacés, comme le foir. On voit que ces pêches ne different pas beaucoup du pharillon dont nous avons parlé,
- Pêche,ditem Catalogne, enceza.
- 91. Cette pêchefe fait de jour ou au feu, avec le harpon ou lafichure, qu’on nomme fitora. On allume à la pouppe un feu de bois de pin * on va comme pour le phaftier, à la rame terre à terre , & deux hommes ont à la main une fitora, avec laquelle ils percent les poiffons qu’ils peuvent atteindre. Quand ils font gros, les pêcheurs s’aident d’un grapin ou croc, pour le s tirer abord; quelquefois ils emploient un lacs.
- 92. Les negres de la Côte-d’Or allument du feu dans leur canot, qui étant percé de trois ou quatre trous fur les côtés, donne paffage à la lumière, qui attire le poiffon que les pêcheurs dardent avec un trident à long manche.
- Pêche à la fofcina ou fufcina.
- 93. /A Ragufe, on fait la pèche avec un trident nommé fofcina ou fufcina, quia une longue hampe ou manche : elle fe fait le jour & la nuit. Il y a des pêcheurs fi habiles , que lorfqu’ils apperqoivent un poiffon , ils ne manquent pas de l’attraper avec la fofcina. Quand on pêche ainfi pendant la nuit, on allume à la pouppe un morceau de fapin.
- Pêche à peu près femblable, que les Efpagnols nomment fitora.
- 94. Le trident eft nommé en elpagnolfitora ; il a ordinairement cinq pointes. A Alicante, où cette pèche fe fait avec un feul homme dans un petit bateau, le manche de l’inftrument a quatre braffes de longueur. Chaque pointe eft terminée comme le fer d’une fléché. Le pêcheur eft fur la proue du bateau; il jette un peu d’huile furlafurface de la mer, ce qui lui fait mieux apperce-voir les poiffons qui font au fond, qu’il darde avec fa fitora. Cette pêche commence en mars, & finit en mai. Le moment le plus favorable eft le matin, par un tems calme. On la fait rarement de nuit à la lumière.
- Pêche de T Amérique feptentrionale> qu on nomme pêche à la riffolle ou au feu.
- 9 f. Elle ne différé de celles que nous venons de décrire, qu’en ce que celui
- (9) En allemand , Seewolfe. (10) En allemand , Buttfjlhe.
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- S e c t. III. De la pêche aux rateaux, &c. 509
- qui doit harponner tient d’une main un bâton , au bout duquel il y a un paquet d’écorce de bouleau, qui étant allumé, fait au moins autant de lumière que les flambeaux de poing, dont on faitufage en'France. L’autre pêcheur com duit le canotéî
- Pêche de la Guadeloupe, au feu G à la fouine.
- 96. On aflfûre que les pêcheurs de cette isle prennent ainiî les poiflbns
- nommés perroquets ( 11 ), les uns verds, les autres jaunes, des vieilles, des crabes , & de gros homards. <
- De la pêche au miroir,
- 97. Comme c’eft la lumière qui détermine les poiflbns à s’approcher du miroir, dont nous allons parler, il ne fera pas hors de propos d’en dire ici quelque chofe. Dans les nuits calmes & obfcures, on prend un morceau de bois taillé en bateau, on en garnit le delfous avec de petits morceaux de glace , femblablesà ceux qii’on emploie pour amufer les alouettes. Les feches apper-cevant la lumière de la lune réfléchie par ces glaces, s’approchent, & on les faifit ordinairement avec un truble, que les Provençaux nomment falahre.
- Pêche chinoife , qui approche de la précédente,
- 98- Les Chinois ont de longs bateaux, auxquels ils attachent des deux côtés une planche large de deux pieds , qui s’étend de l’avant à l’arriere. Cette planche elf couverte d’un vernis fort blanc & fort luifant; un des .côtés effcde niveau avec le bord du bateau , l’autre s’incline en pente douce, jufqu’à la furface de l’eau. Pendant la nuit , la lumière de la lune étant réfléchie par cette furface blanche, le poiflon qui s’ébat fur l’eau , prend probablement la couleur de la planche pour l’eau même j il faute fur cette planche , & gliflant deflfris , il tombe dans la barque. Ceci eft tiré de Vhijloire générale des voyages , in-q.f tome VI , pag. 231,2.
- Pêche des Indiens , au feu,
- 99. On lit dans Vhifloire générale des voyages, que quand les Indiens pêchent au feu, ils ont dans un canot des tifons ardens qui éclairent la fur! ace de l’eau. Les poiffons,attirés par cette lumière, s’approchent du bateau du .côté où 'elle parait5 & les pêcheurs étant à l’eau, nagent de l’autre côté , à l’ombre d;u bateau, ce qui leur donne beaucoup de facilité pour darder les poif.
- (u)En allemand, Meerpapagaym. C.oryphaena Pfttacus. Linn.
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- TRAITÉ' DES PÊCHÉS.
- ions mais il s’en rencontre de fort gros, qui attaquent eux-mêmes lesp|* eheurs, & quelquefois les dévorent.
- Pèche de nuit, quon pratique fur la côte du Sênégali
- ÎOO. Il eft dit dans Vhifoire générale des voyages , in-4°,tome II, pag. 179, que fur les côtes voifines du Sénégal il y à des pécheurs qui', durant les nuits obfcures, tiennent d’une main une longue pièce de bois très-combuftibLe, qui les éclaire ; & de l’autre un dard , dont ils ne manquent guère les poiflons qui s’approchent de la lumière. Lorfqu’ils en prennent de fort gros , ils les attachent à l’arriere du canot avec une ligne , &les remorquent à terre. Nous lie rapportons toutes les pèches étrangères dont nous venons de parler * que fur la foi des voyageurs.
- Pêche au harpon, dite fofeina , dont il à déjà été parlé §. 9^.
- iot. Sur la côte de l’état eccléfiaftique, on pêche de jour* &plus fouVênt à la lumière, avec un harpon.en forme de trident, qu’on nomme fofeina. On l’attache au bout d’une corde qui eft fort longue. On le darde tenant le manche à la main ; niais quand les poilfotis font gros , iis détachent le harpon du manche , & s’en vont avec lui, niais il n’eft pas perdu : on le retrouve , ainfi qué le poiflon * au moyen de la ligne qui eft attachée. On fait cette pêche Pété* autour des roches. r
- Article Q_üàtriemè.
- Des pèêbes qui fe font avec le harpon volant* ou qu'on jette aupoiffon> (§
- qu'on abandonne.
- 102. DAKs ies pêches à la fouamie, dont nous avons parlé jufqu’à préfent* Ôn n’abandonne prefque jamais la hampe ou la perche qui fert de manche à cet infiniment. On plonge la fouanne fur le poiffon 5 & en la retirant par le manche qu’on n’abandonne point, on retire avec elle le poiflon qui a été piqué. Pour les pêches dont nous allons parler'* & qu’on peut appeller le harponnage., on lance le harpon* on l’abandonne entièrement, & l’on ne retient qu’une ligne , dont un bout eft amarré au manche * ou au fer du harpon. O’eft ainfi qu’on pêche les plus gros poiflons * tels qüe la baleine * comme nous l’expliquerons fort eu détail dans l’article de Pichthyologie * où nous traiterons de ces poiflbns. Nous nous bornons préfentement à détailler quelques petites pèches qui ont rapport aux grandes* dont nous remettons le détail à lut autre lieu,
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- $ e c t. III. De la pêche mx rateaux, &çt
- Pêche du, marfouin avec U harpon,
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- 103. Nous ehoififfons, pour donner un exemple du harponnage, la pêche du marfouin , parce qu’elle fe pratique quelquefois fur nos côtes.
- 104. Outre les fourches, tridents , fouannes , dont nous avons parlé, 011 fe fert pour la pèche des gros poiifons, & particuliérement des marfouins, de harpons dont le fer qui fe dégage du manche, eft retenu par une ligne que l’on file à mefure que le poilfon piqué s’agite & s’éloigne. Il y a des harpons de beaucoup d’elpeces, dont nous nous propofons de parler lorfque les occa-fions fe présenteront, Nous nous bornerons pour le préfent, à en décrire trois, dont fe fervent quelquefois les pêcheurs du Polet.
- 105. Le harpon A (pL.Iffig. 3 ), a deux pieds de long, y compris la pointe A , la verge b , & la douille c, dans laquelle entre la pioche qui forme le manche , & qui a cinq à fix pieds de longueur. La tête de ce harpon a lg forme d’un fer de lance A , ou d’un demi-fer de lance a, & eft épaiffe de quatre à cinq lignes à fon échancrure c. Il n’Gft pas néceifaire que ce harpon foit bien affilé , parce qu’on ne s’en fert guere que quand le marfouin elt près du bord ,de la chaloupe ; & il entre d’autant plus facilement, que la peau, la graiife & la chair du marfouin font prefqu’auffi tendres qu’à la baleine..
- 10(5, Le poilfon emporte le harpon, dont le manche refie au pêcheur, ou plus fouvent tombe à la mer. Mais il y a à la verge ou tige du harpon , une ligne d9 que le pêcheur file jufqu’à ce que le poilfon foit affaibli. O11 voit ce harpon fur fon manche , en B & en C (pl. Il, fig. 3 ). Ainfi ces harpons B , qui fervent à la pèche du marfouin , font femblables aux dards dont pn fait ufagepour la pêche de la baleine; ils font feulement beaucoup plus petits, mais on les lance de même. Ils ont, comme le harpon A, une ligne d, frappée fur fa tige b ; on la file pour laiffer débattre le poilfon,, pendant qu’il perd fori fang, pour avoir moins de peine à le haler à bord.
- 107, Il faut que les lignes de tous les harpons foient faites de bon chanvre, bien travaillées , &peu torfes, pour qu’elles foient fortes & fouples. On voit en B ce harpon monté fur fon manche ou fa hampe.
- 108. Le harpon E, qui eft d’une conftruétion fort ingénieufe, a deux pieds de longueur, y compris la pointe a, la verge b, & la douille c, dans laquelle s’emmanche une perche de cinq à fix pieds de longueur ; la forme de la tête eft une efpece de couteau a «,'long d’environ huit pouces, & large vers e à peu près d’un pouce & demi; elle fe termine en pointe à fon autre extrémité a, & eft épaiffe par le dos. Cette lame eft’ percée au milieu de fa longueur en/ d’un trou; & l’extrémité de la tige b, qui a dix-huit à vingt-quatre pouces de longueur, fe termine en /par un œil ou entre un clou rivé s qui truverfe cet œil ainfi que le trou de la lame, ce qui permetà.la lame un mouvement de chamiçre,
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- TRAITE' DES PECHES,
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- 109. Pour fe fervi-r de ce harpon, on arrête à la tige le bas de la lame par tin anneau de corde g, qui glifle de long de la lame, lorfque le pêcheur a lancé le harpon dans le corps du poilTon ; car la réfiftance des chairs eft fuffi-fante pour poufler vers le bas de la tige cet anneau de corde g. Alors l’effort que fait le poilfon pour fe dégager, s’exerçant fur l’efpece de charnière/, la lame tourne fur le clou; & au lieu d’être placée comme on le voit en F, elle forme relativement à la tige comme un T, ainli qu’on le voit en G. Dans cette position, le harpon forme dans les chairs du poilfon une efpece de grapin dont le poilfon ne peut fe dégager. Au bas de la tige eft une douille c qui reçoit un manche?, lequel n’y eft point arrêté ; mais il y a une ligne dt dont un bout eft amarré en h à peu près au tiers de la longueur de la tige. Le pêcheur retient donc le harpon, s’il eft alfez près du poilfon pour le percer; ou s’il le lance, la hampe qui quitte le harpon flotte fur l’eau ; & pour 11e la pas perdre, 011 la retire à bord au moyen d’une ligne fine qu’on y a attachée. Le poilfon piqué s’en va avec le fer du harpon ; mais 011 file de la ligne d autant qu’il eft nécef* faire pour retrouver le poilfon quand il eft affaibli par le fang qu’il a perdu.
- Pêche cl la jleche & avec le fujil,
- i 10. Il eft dit dans Vhifloire générale des voyages, in-4’, tom. II, page f , que les mores du Cap-Blanc prennent des poilfons avec des fléchés, comme nous en tuons quelquefois à coups de fufil. J’ai vu un chalfeur qui en tirait à plus d’un pied fous l’eaü ( 12 ) ; mais il ne faut pas viferau poilfon, parce que le rayon de lumière & le plomb éprouvent une réfraétion enpaflant d’un milieu dans un autre, & la quantité de ces deux réfractions 11’eft pas aifée à déterminer»
- î 11. Nous lifons encore dans Vhijloire générale des voyages, in-/, tom VI, page 222 , que les Chinois prennent le poilfon avec des fléchés qui tiennent à l’arc au moyen d’un fil, autant pour empêcher qu’elles ne foient perdues , que pour attirer à eux le poilfon qui en eft percé.
- 112. Anderson rapporte dans Vhijloire naturelle d'Islande, que les Groentendais fe fervent pour la pèche , de fléchés & de dards qu’ils arment de fer, quand ils en ont 3 ou au défaut de métal, ils fe fervent de cailloux appointis , d’os , de dents de poilfons, &c. qu’ils attachent à l’extrémité de la fléché avec des lanières de cuir, ou des barbes de baleines; & pour ne point perdre leurs
- (12^ Ce que fauteur donne ici comme les le coupent quelquefois en morceaux ; une adrefle linguliere , n’eft pas rare en Al- ou fi l’animal eft frappé de façon que la vef-lemagné , en SuifTe & ailleurs. Malgré cela, fie du fiel ait été crevée, il contracte urt on né pêche guere avec le fufil ; la dragée goût qui le rend immangeable, bielle le poilfon, & le tue rarement ; les bal-
- fléchés
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- S e c t. IÎL De la 'pêche aux ratcaux, &c. fia
- Aeches ou leurs javelots , ils ont l'induftrie d’attacher au milieu de leur longueur une veflîe de chien de mer remplie d’air, qu’ils appellent avata, a£n que quand ils ont manqué le poilfon, ou quand le javelot s’en détache , lafcche ou le javelot flottent fur l’eau. L’extrémité poftérieure de leur fléché eft garnie de deux feuillets d’os qui tiennent lieu de plumes , pour qu’elles fe dirigent mieux. Ils proportionnent la grandeur, la force & le poids de leurs fléchés & javelots, à la grolfeur des poiflons; & quand ils fe propofent d’attaquer un gros poiflon, ils ajuftent au milieu du manche du javelot un os, fur lequel ils appuient le pouce. Ce point d’appui leur donne plus de force.
- 113. SUIVANT Vhifloire générale des voyages , in-40, tome III, page 427, les Veteres percent un poilfon avec leur dard à cinq ou fix pieds de diftance ; & ils prennent ainli des mulets qui font fort gros*, fort gras, & d’une bonté extraordinaire.
- 114. Il eft dit au même endroit, que les negres de la partie occidentale d’Afrique fe mettent deux dans un canot fait d’un corps d’arbre creufé, qu’ils s’écartent jufqu’à lîx milles en mer , & qu’ils prennent ie& gros poiflons avec un dard long d'une demi-pique , & armé de fer. Ce dard eft attaché au bout d’une corde quifert à le retirer ainli que le poilfon.
- iif. Nous voyons dans un mémoire de Lisbonne, que depuis les habitations du Maragnon jufqu’au bord de la mer, quand elle eft baife , il y a lix, fept & huit lieues qui découvrent, & forment une plage qui eft couverte d’eau à la haute mer. Lorfque la mer eft retirée, il y a une infinité de fofles , tant grandes que petites , dans lesquelles il refte beaucoup de toutes fortes de poiflons. Les efclaves y vont pêcher, ils prennent les petits poiflons avec des efpeces de nalfes ; & pour les grands, ils fe fervent de fléchés.
- 116. Il eft encore dit qu’à Meffine on s’approche de l’elpadon , pefee fpada (l 3 ), & qu’on le perce avec un dard armé d’un fer doux, qui eft au bout d’une hampe qui a plus de douze pieds de long. Ce dard eft attaché à une corde longue de cent vingt brafles , que le maître pêcheur file jufqu’à ce que le poif-fon foit affaibli par la perte de fon fang.
- Article ciKq_uieme.
- Des pêches qu'on fait au feu avec des filets.
- 117. Puisqu’a l’occafion des pêches qu’on nomme en général fichure, nous avons parlé du feu & de la lumière qu’on emploie pour attirer le poilfon, nous ne devons pas différer plus long-tems à détailler quelques pêches qu’on fait avec des filets, & pour îefquelles on emploie aufli la lumière.
- (i})En allemand, Schwcrdtjlfchc.
- Tome V.
- T 11
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- TRAITE1 DES PECHES
- fr4
- pêche ou après avoir attiré le poijfon par La lumière on Üenleve avec un filet, au lien de le percer avec la fouanne.
- il8- Quelques pêcheurs pratiquent tout ce que nous avons dit pour; attirer les poiiTons au moyen de la lumière ; mais au lieu de les percer, ils paflent dedoUs un filet femblable à la truble ou aux autres filets équivalens, & ils enlevent lépoiflon fur le filet. Outre que cette façon de pêcher eft fou-vent plus profitable que les fichures, elle a ce grand avantage , de 11e pas endommager le poilfon, comme le font les dents des digons, des.tridents, & des fouannes, qui quelquefois coupent en deux les poilfons ; & quand ceux qui font bielles retombent à la mer, ce qui arrive fouvent, la plupart meurent de leurs blelfures, & c’eft autant de perdu ( 14). On évite cet inconvénient, en fe fervant des filets; mais comme ils écument tous les poilfons, grands & petits, ils peuvent en détruire de petits : ce que ne font pas les fouau-nés, qui ordinairement 11e prennent point de menuife ( I O»
- Pêche appellèe a Alicante , encefa,
- 119. Le terme d’encefa fignifie lumière, & cette pêche fe fait ordinairement fans bateau. Deux hommes vont à pied le long du bord de la mer : l’un tient un morceau de bois de pin allumé ; l’autre, une efpece de petit épervier, à peu près femblable à celui dont il eft parlé dans la fécondé feétion, chapitre II. Le poilfon fixant la lumière, fe lailfe' prendre par le filet. On en pèche ainfi de toutes fortes. Cette pêche n’eft cependant pas confidérable, & ellane réufiit que quand la nuit eft fort obfcure, & encore par les tems calmes : conditions , au refte , qui font communes à toutes les pêches à la lumière ; mais dans ces circonftances, 011 peut faire cette pèche toute Tannée, Les deux pêcheurs partagent le profit,
- 120. En Catalogne & enEfpagne, ils pêchent à l’encela comme nous venons de l’expliquer, & aufli avec le harpon.; mais dans la faifon des maquereaux, comme des troupes de ces poiiTons fuivent le bateau qui porte Tencefa , ils les enveloppent avec un filet en pentiere, & prennent beaucoup de poiiTons,
- Pêche au bregin avec le feu,
- 121. Nous avons expliqué dans la fécondé fe&ion, ce que c’eft que la pêche
- (14) Voilà pourquoi les tridents, fouam (iO Pour empêcher qu’il ne fe prenne îles, digons , &c. font défendus fur la plu- beaucoup de menuife , il n’y a qu’à ordon-part des rivières On ne les fouffre que dans ner que les mailles foient affe? la-ges pour certains endroits où les eaux font baffes , & fulfer paffer tous les petits poilfons. pour prendre certaines efpeces de poilfons»
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- S ë c T. IÎI. De la pêche aux rateaux, -&c.. $*>
- qit’oil nomme en Provence bregin:On peut fe rappëller que c’eft un grand fac de filet, qui eft précédé par deux grandes ailes, à P extrémité defquelles font les cordes ou bras qui fervent à le traîner. On laiffe un bras à terre, & les pê-cheurs qui font dans un bateau, font faire à l’autre une grande enceinte, puis reviennent joindre ceux qui font reftés à terre. La pêche du bregin à la lumière fe fait précifément de la même maniéré, excepté que pour attirer le poiifon dans 1*enceinte que forme le bregin > un petit bateau porte à l’avant un feu de quelque bois réfineux» qui forme de la flamme. Ce bateau fe promené lentement dans l’efpace que le bregin doit envelopper ; & quand la tellure eft près de terre, le bateau éteint fon feu , & gagne le rivage pour aider aux autres à tirer le filet. Cette pëc-he au feu a été défendue en temsde guerre » parce qu’on a reconnu que ces feux guidaient les corfàires, pour faire les matelots prifonniers.
- 122. Les prud’hommes de Marfeille ne la permettent point dans leur difi triét : i”. parce que les feux peuvent tromper quelques navigateurs qui, les prenant pour un feu entretenu à la côte, fe perdraient ; 2°. parce que, fuivant eux, la pêche au feu n’eft abondante que pour les premières fois que l’on en fait ufage » & que les poiflbns effarouchés fuient les endroits où l’on a pêché au feu. 39. Comme on fait au moyen du feu des pêches fort abondantes les premières fois qu’on en fait ufage, & qu’enfuite on ne prend plus rien, on ne peut fuffire à apprêter & faler la grande quantité de poiflbns que l’on a pris , & une partie eft perdue î ce qui n’arrive pas quand, en prenant moins de poifloii à la fois s la pèche dure plus long-tems. 4’. Les prud’hommes penfent qu’il eft jufte que tout le monde gagne fa vie , & que, pour cette raifon, il faut interdire une pêche qui fait tort à ceux qui pratiquent d’autres façons de pêcher.
- Article sixième.
- De quelques pêches où P on prend les poiffons à la main.
- 123. Souvent les pêcheurs à la foule ne fe fervent d’aucun infiniment pour prendre le poiflon qu’ils fentent fous leurs pieds ; ils le laififlênt avec les mains. D’autres vont auffi aux bords des rivières & des étangs, fourrer les bras dans les crônes, & en rapportent les poiflbns qui s’y font retirés. A Toulon» on prend beaucoup de coquillages à la main* & comme la Méditerranée ne fe retire pas ainfi que l’Océan » parce qu’elle n’eft pas fujette au reflux, les pêcheurs plongent quelquefois pour aller les chercher au fond de la mer.
- 124. On lit dans Vhijloire générale des voyages , in-40, tome XIV, page 126, extrait de Wafer, que les Indiens de fifthme. de l’Amérique fe jettent à 1»
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- TRAITE' DES PECHES.
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- nage pour fuivre entre deux eaux les poiflons qu’ils apperçoivent, & qu’ils vont les prendre à la main dans les trous où ils fe font retirés. La nuit, ils attirent les poiifons avec des torches de bois de mahot, & ils ont une extrême adreifepour fliifir ceux qui s’approchent vers la lumière.
- I2f. Dans la même hijîoirc générale des voyages, in-40 , tome XIII, pages il & 12, il eft dit que les Indiens de Cumana s’aflemblent plufieurs bons nageurs pour pêcher à l’œil & à la main tant le poilfon que les perles, & que leur habilité pafle toute exprefîion. Ils forment une longue chaîne ;& en fit-flant & battant l’eau , ils entourent les poiflons, & les raflemblent peu à peu. vers la rive , en fi grande abondance, que le fpectacte en eft quelquefois effrayant. Cette pèche fe fait dans des tems réglés, & il y périt toujours quelques hommes, les uns noyés , les autres éventréspar de gros poiflons.
- 126'. Puisque les plongeurs font aflez hardis pour aller chercher les poif-fons au fond des eaux, je crois qu’il ne fera pas hors de propos de dire ici quelque chofe de 1 art de plonger ; mais pour qu’on ne perde point de vue mon principal objet, je le ferai le plus brièvement qu’il me fera poffible.
- 127. Les animaux qui de leur nature doivent vivre dans l’air, ne peuvent pas plus fubfifter dans l’eau , que les poiifons ne peuvent vivre dans l’air.
- 128- A l’égard des animaux qui vivent dans l’air , on remarque que le fimg qui arrive aux poumons par les veines, eft épais & d’un rouge très-foncé, pendant que celui qui fort des poumons eft très-fluide, écumeux, & d’un rouge éclatant : eft-ce par de l’air qui s’infinue dans le fang , ou par une trituration que la raréfaction de l’air y occafionne, qu’il contracte ce changement ? ( 16) C’eft une queftion qui 11’eft pas bien décidée , & que nous n’entreprendrons point d’édaircir. Il fuffit de faire appercevoir que, fans le fecours de la refpiration, le fang deviendrait en peu de tems épais, & incapable de pafler dans les vaifleaux capillaires, artériels, ou veineux. Ce n’eft pas là le plus grand inconvénient j fi l’homme était privé de la refpiration , le fang ne pouvant pas pafler librement dans les vaifleaux des poumons qui feraient af-faiifés , la circulation ferait arrêtée, & bientôt l’animal périrait. Cependant le fœtus qui eft dans le fein de fa mere, vit fans refpirer. Il eft vrai qu’au moyen du fang que le fœtus reçoit de fa mere -qui refpire, le fang de l’enfant peut conferver de la fluidité ; mais cela n’eft pas fuffifant pour le faire vivre, & il périrait, fi la nature n’avait pas fourni des routes abrégées au fang du fœtus, pour qu’il circule fans pafler parles poumons qui font toujours affaifles. J’éviterai d’entrer dans de grands détails anatomiques qui feraient déplacés ; mais pour faire comprendre ce quej’ai à dire fur les plongeurs, je vaispré-
- (16) Le dernier eft plus probable. Voyez Haller, elementa jphyJïologiA , tome III, page 356.
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- Se c t. III. De la pèche aux_ rat eaux, &c. 517
- feiiter quelques idées générales de la circulation du fan g dans l’adulte, & dans le fœtus. (17)
- 129. Dans l’adulte, le fang qui retourne des extrémités au cœur parles veines , pafle de la veine cave dans le ventricule droit du cœur , & de là dans l’artere pulmonaire , d’où les veines pulmonaires le reprennent & le portent dans le ventricule gauche du cœur, qui s’en décharge dans le tronc de l’aorte, puis dans les arteres qui fe diftribuerit à toutes les parties du corps. Les veines le reçoivent des arteres, & le rapportent au cœur, comme nous l’avons dit. Voilà une idée générale de la route que le fang tient dans 1’adulte.
- 130. A l’égard du fœtus , comme il ne refpire point, comme fes poumons reftent toujours affables, toute la malfe du fang ne peut pas palier dans le poumon, comme nous avons dit que cela fe fait dans l’adulte ; mais pour y fuppléer, il y a un canal de communication du tronc de l’artere pulmonaire au tronc de l’aorte -, & la cloilbn qui fépare les oreillettes du cœur, eft percée d’un trou ovale, qui établit une communication delà veine cave avec la veine pulmonaire, par l’entremife des oreillettes: On voit qu’au moyen du canal de communication, & de ce trou ovale , la nature a abrégé la route de la circulation dans le fœtus, & a fuppléé aux obftacles que le fang éprouve à paifer dans le poumon , lorfqu’il n’eft pas dilaté par l’inipiration.
- 131. Quand le fœtus, étant forti du fein de fa mere, jouit de la relpiration * le trou ovale fe ferme ( 18 ), le canal de communication fe delfeche, & devient ligamenteux. Alors la circulation s’établit comme dans l’adulte ; & exactement parlant, on peut dire que l’enfant qui a une fois refpiré , ne peut plus le paifer de cette fonction.
- 132. Cependant j’ai éprouvé que de petits chiens tout nouvellement fortis de la mere , lont difficiles à étrangler, & à noyer ; fans doute parce que le trou ovale & le canal de communication n’étant point oblitérés, la circulation pouvait s’opérer comme dans le fœtus ( 19). Il eft certain que cette
- (17) Par cette digreïïion phyfiologîque, l’auteur fe propofe d’expliquer comment les plongeurs peuvent vivre fort long-tems au fond de l’eau , jufqu’à trois quarts d’heure , comme il le dit. Je penfe avec M. Schre-ber , qu’il aurait pu s’épargner tous ces détails. 11 n’eft pas prouvé, ou plutôt il eft in-conteftablement faux qu’un plongeur ait jamais pu refter aufli long-tems au fond de l'eau. Le plus long-tems qu’il ait pu y tenir fans venir refpirer fous la cloche, c’eft deux minutes. Voyez Haller, clan. phyfiologiœ, tome VI, p. 2 68> L’expérience prouve en fécond lieu , que le trou ovale, foramen
- ovale, ne peut pas garantir, les animaux d’être étouffés au fond de l’eau. Idem, ibid. page 2 s 2.
- (18^ Celaarrive au bout d’une année ; & dans bien des iujets, elle n’a jamais lieu parfaitement.
- (19) M. de Haller donne une caufe toute différente de ce phénomène , clcm. phyHo-logïA, tomeII, pag. 43c, tome IH,p. 2<;2. Il l’attribue à la plus grande irritabilité du coeur dans les animaux encore jeunes ; ce qui fait durer plus long-terns la circulation du fang.
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- oblitération s’opère, tantôt plus tôt» & tantôt plus tard, puifque dans quelques cadavres d’adultes on a trouvé ces paüages encore ouverts} & il n’efl pas' hors de vraifemblance que, par une habitude contrariée dès la plus tendre jeuneffe,en s’efforçant de retenir long-tems fa refpiration , ces canaux ne puf-fentrefler long-tems ouverts. C’eft peut-être à cette caufe qu’on peut attribuer la facilité qu’ont eu certains plongeurs, de refier pendant trois quarts-d’heure fous l’eau : mais ees cas font fort rares.Les plongeurs dont on fait ufage dans la marine » parviennent bien à aller vifiter des voies d’eau qui font auprès de la quille , & même à y appliquer quelques remedes } mais il faut, après un tems alfez court * qu’ils s’élèvent au-delfus de l’eau pour refpirer. Il y a des animaux amphibies qui font d’excellens plongeurs} les grenouilles , les tortues, les couleuvres , prefque toutes les efpeces de canards, fe paifent long-tems de refpiren Comme les tortues ( 20 ) & les veaux marins ont particuliérement cet avantage, les anatomiftes fe font attachés à examiner, avec toute l’attention pollible , la route de la circulation du fang dans ces animaux} & ils ont reconnu qu’elle était la même qué dans le fœtus.
- 5 133. Cependant M. Portail, en diiféquant un veau marin , a fait voir à
- l’académie que le canal de communication était oblitéré, & qu’il n’y avait que le trou ovale qui était relié ouvert : ce qui 11’avait pas empêché cet animai de vivre.
- 134* Les avantages confidérables qu’on aurait à pouvoir relier long-tems fous l’eau , ont engagé à faire beaucoup de tentatives pour y parvenir i le moyen qui a eu le plus de fuccès , ell de fe mettre dans une grande cloche de bois , exactement calfatée, & lellée de boulets à les bords. Comme ondefcend cette cloche bien perpendiculairement, l’eau n’y entre pas} & l’homme qui y ell, fe trouve dans un air qu'il peut refpirer, pourvu qu’011 ne defcende pas la cloche à une grande profondeur: car alors la comprelîion de l’air gênerait la refpiration. Mais comme l’air qui a une fois fervi à la refpiration perd la propriété de procurer au farlg la réparation que lui procure l’air nouveau, l’homme périrait, s’il reliait trop long-tems fous la cloche dont nous venons de parler} & au moyen des expériences que le célébré M. Haies a faites à ce lujet, on peut connaître, à peu de chofe près, combien de tems, la capacité de la cloche étant déterminée, le plongeur pourra vivre delfous. Un autre Anglais a imaginé un moyen très-ingénieux, pour renouveller l’air de cette cloche. Il a fait ajufler au haut un robinet, par lequel le plongeur peut lailfer échapper l’air qu’il a infeélé par là refpiration } car'cet air fe porte toujours au plus haut de la cloche} & pour le remplacer, on defcend à côté de la grande cloche, de petites cloches remplies
- (20) Ces ariimatix ont le poumon-, Sc les figurés que les quadrupèdes. Voyez Haller, fàifleaüx qui s’y rapportent,autrement con- ctemcntaphyjïologU , tome III, pag. 271.
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- d’air frais , que le plongeur verfe dans fa grande. Au moyen de cette manœuvre, que je ne décris que fort fuperficiellement, on prétend que des plongeurs ont fubfifté un jour entier dans une cloche. Malheureufement étant entièrement occupés d’en renouveller l’air, ils ne pouvaient pas faire beaucoup d’ouvrage au fond de Peau. A'inlil’on fe borne à fe fervir de la cloche (Impie, que le plongeur fait remonter, quand fe fentant elfoufflé, il prévoit qu’il 11e pourrait pas y fubfifter long-tems.. L’homme eft affis fur une planche qui traverle la cloche ; & comme on ne la defcend pas jufqu’au fond de l’eau, il peut fordr de fa cloche, faire quelque ouvrage ; & quand il a befoin de refpirer, il rentre dans la cloche, où il trouve une provision d’air dont il profite. Ce que nous venons de dire fur les différentes façons de plonger, fuffit pour le préfentj nous aurons occaflon d’en parler plus amplement dans la fuite.
- Article septième,
- D'une pêche qiC on fait avec des 0 if eaux,
- 13 <)' Il y a beaucoup d’oifeaux qui font la chaffe aux poiffons. Les uns, munis de grandes jambes , de longs cols & de grands becs, font leurs pèches au bord des eaux 5 d’autres nagent, plongent, & pourfuivent les poiffons dans l’eau avec tant de viteffe, qu’ils parviennent à les prendre à la nage: mais comme tous ces animaux ne pêchent que pour leur compte, nous ne devons point en parler ; il convient de nous borner à ceux qui pèchent pour leurs maîtres. C’eft ce dont il fera queftion dans les paragraphes fuivans, qu’il convient de placer après ce que nous avons dit des pèches que font les plongeurs.
- Pêche avec le cormoranf
- 13 6. Le cormoran , corvus ou carbo aquaticus, phalacrocorax ( 21 ), Gefh. pi XIV, fig. i. Suivant M. Bnffon,fon caradere eft d’avoir quatre doigts toujours joints enfemblepar des membranes entières. Les jambes font avam cées vers le milieu du corps , & hors de l’abdomen relies font plus courtes
- (21) Pelecanus Carho; Lïnn. En aile- la figure dans Brisson , ornyth. tom. VI , snand , Sc/iarè , ou Feuchtarfch. En Suède, pi. XXXVII, .& la defcription à la page on fe fert pour la pêche , d’un autre oifeau 4 ï 6 du même ouvrage. On trouve auffi dans nommé dans la tradudion allemande , die les mêm. de Vacadémie de Suede, le nom Tauchergans, ou canard plongeur. C’eft d’un autre oifeau qui peut être employé à la proprement Poifeau très-commun en Aile- pêche. C’eft le Mergus , Meerganfen -, L. magne fous le nom de Eijente. An as Clan- en allemand , Wrakvogel. gufas Lin N. Saun. n. izz. On en peut voir
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- que le corps. Le bec eft droit, prefque cylindrique, & crochu feulement vers le bout. Dans les oifeaux de ce genre, l’ongle du doigt du milieu eft dentelé intérieurement comme une fcie. J’ajouterai que le doigt extérieur de chaque patte eft plus long que les autres. ^
- 137. Cet oifeau eft plus gros qu’un canard mufqué ; il a plus de deux pieds de longueur, depuis le bout du bec jufqu’à l’extrémité de la queue. Son bec a trois pouces & demi de longueur , fa queue environ flx pouces, fon pied deux pouces un quart : tous les doigts font très-gros. Il a quatre pieds un ou deux pouces de vol. Le delfus de la tète, & la partie du col qui en eft proche , eft d’un verd obfcur, tirant fur le noir, varié de petites lignes longitudinales, blanches , parc.e que les plumes font terminées par un petit onglet blanc : il a fou vent fur l’occiput une huppe étroite, & longue d’environ deux pouces e formée par des plumes plus longues & plus larges que les autres; celles-ci 11’ont point de blanc : la gorge eft blanche. Cette couleur remonte de chaque côté jufqu’aux yeux , & y forme une bande d’environ neuf lignes de largeur: tout le refte du plumage eft de la même couleur que la tète. On remarque feulement une tache blanche à la partie extérieure.des jambes.
- 138. L’aile eft compofée de trente-une plumes , à peu près de la même couleur que le corps ; & la queue, de quatorze-plumes toujours noirâtres; le bout de la queue eft arrondi ; 011 trouve fous les plumes du ventre , un duvet très-fin. La prunelle des yeux , qui font petits, eft bleuâtre ; leur iris tire fur le verd; les bords des paupières font marqués de petits points tirant fur le violet. L’efpace contenu de chaque côté, entre le bec & l’œil, n’a point de plumes, & lailfe voir une peau qui, entre le bec & l’œil, eft noirâtre ; au-def-fous de l’œil, jufqu’à l’angle du bec, elle eft orangée. D’un- angle du bec à l’autre, en palfant par-detfous la gorge, on apperqoit encore une peau nue, variée d’une couleur noirâtre & olivâtre* Cette peau qui fe prolonge jufques vers l’extrémité de la partie inférieure du bec, fe dilate beaucoup, lorfque l’oifeau avale quelque poilfon. Les pieds, les doigts, & les membranes qui les joignent, font d’un très-beau noir. On en connaît d’une autre efpece plus petite , qui différé peu de celui que nous venons de décrire ( 22).
- 139. Si l’on defire avoir une defcription plus détaillée du cormoran , on peut la chercher dans le tome VI de Yornythologie de M. Briffon, ou dans les mémoires de l’académie royale des fciences , depuis 1666 jufqu’à 1699, tome III, première partie, page 211.
- 140. Quand cçt oifeau eft d relié, on s’en fert pour la pèche , & voici comme nous l’avons vu pratiquer fur le canal de Fontainebleau. On leur ferrait le bas du col avec une efpece de jarretière, pour les empêcher d’avaler entièrement le
- (22) Felecanus GracculuïLinm. On prétend que c’eft la femelle du précédent.
- poilfon;
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- poiffoii 5 enfuite ou les lailFait aller à l’eau , pu ils chaifaientie -poiHon, nageant avec vîtefle, & plongeant jufqu’au fond. Ils avalaient tout le poilfon qu’ils prenaient ; mais à caufe de la jarretière qu’on leur avait mife, ils ne pouvaient pas le digérer ; ils en empliflaient feulement leur œfophage, qui eft fufceptible d’une grande dilatation. Quand ils en étaient gorgés, ils revenaient joindre leurs maîtres, qui leur faifaient dégorger le poilfon fur le fable. Ils en mettaient à part quelques-uns pour euxj 8c voici comme ils s’y prenaient pour donner le relie aux cormorans, après leur avoir ôté la jarretière qui les empêchait d’avaler entièrement le poilfon*
- iqu. Ayant une baguette à la main, ils les obligeaient de le ranger fur une ligne 5 puis ils leur jetaient un poilfon, que le cormoran faillirait en l’air , comme un chien faiiit un morceau de pain» S’ils le prenaient par la queue ou par le milieu du corps, ils avaient l’adrelfe de le jeter en l’air, & de le retenir par la tète pour l’avaler. Si un cormoran voulait s’avancer pour prendre le poilfon à la main, on lui donnait un coup de baguette 3 car Ci cet oifeau très-vorace, eu voulant prendre le poilfon * avait faili le doigt, il l’aurait beau* coup endommagé.
- Pêche à peu pris femblable, qui fe fait à la Chine.
- 142. ÔN dit dans Yhijloîre generale des voyages , in 4' , tome V, page 26o , que les Hollandais avaient eu le fpedacle d’une pèche iinguliere, qui fe fait avec un oifeau nommé louwa (23 ) , un peu moins gros qu’une oie, & peu différent du corbeau. Il a le col long, le bec approchant de celui de l’aigle* Cette defcription différé peu de celle que nous avons donnée du cormoran.
- 143. Les Chinois fe mettent dans un petit bateau de cannes de bambou, 8c placent l’oifeau fur le bord. Qpand il apperçoit un poilfon, il s’élance delfiis, le p ourfuit à la nage , même fous l’eau ; il rapporte fa proie au bateau , & la cedc aux pêcheurs, qui lui font recommencer la même chalfe. Mais, pour empêcher qu’il n’avale fi proie, ils lui palfentle col dans un anneau de fer. Les maîtres font quelquefois obligés d’aller aufecours de l’oifeau, quand il a pris un poif-fon trop gros. Lorfque l’oifeau eft fatigué , ou que les maîtres font contens de la pêche qu’il a faite, ils lui ôtent l’anneau , & le laiflent pêcher pour lui-même. Le droit de faire cette pèche s’achete de l’empereur, pour un an feulement.
- 144. Un oifeau bien dreflc eft fi eftimé, qu’on le vend cent cinquante florins de Hollande*
- (25) Ce poiflon s’appelle en chinois lao- Linné croit que c’eft le PelecaNüs pijca* .ju , quife prononce laufn. On ne fait pas ter. S. N. préçifément à quelle efpe.ce il .appartient,
- Tome V*
- Vvv
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- TRAITE' DES PECHES.
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- 145'. Dans le même ouvrage, au tome VI,page 22i,il eft encore dit, qu’il eft d’ufage dans plusieurs provinces, d’employer pour la pêche, une forte de cormoran aflez femblable au corbeau , qu’on mene avec foi, comme on fait un chien pour la chalfe du lievre. Au lever du foleil, on voit fur les rivières un grand nombre de bateaux, & plufieurs de ces oifeaux perchés fur l’avant ; au fignal qu’on leur donne , en frappant l’eau d’un aviron, ils fe jettent dans la riviere. Chacun plonge de fon côté > &failhfant un poiifon par le milieu du corps,ils retournent à la barque avec leur proie. Le pêcheur prend l’oifeau, lui baille la tête , pafle la main le long de fon col, & lui fait rendre le poiiTon qu’il a avalé tout entier lorfqu’il eft petit, & qui ferait entré dans fon jabot, fi on 11e lui avait pas palfé le col dans un anneau : enfuito 011 lui donne quelques poilfons pour récompenfe. Lorfque le poiifon eft trop gros , plufieurs oifeaux travaillent de concert à l’amener à bord,
- Article huitième,
- Pêches fous la glace, qui fe pratiquent en Rujfe, en Suede> & dans l'Amérique feptentrionale.
- 146. Quoique dans les pays froids, où les eaux font glacées pendant une grande partie de l’année, 011 puilfe conferver le poiifon gelé , tant que le froid dure, 011 en prend cependant beaucoup fous la glace, ainfi que nous allons l’expliquer d’après des mémoires que nous nous fommes procurés,
- Pêche fous la glace > telle quelle fe pratique dans V Amérique feptentrionale,
- 147. Les filets dont on fie fert, ont fouvent cinquante bralfes de longueur, fur un peu moins d’une bralfe de chute ; les meilleurs font faits de bon fil de chanvre qu’on tire d’Europe 5 ils font bordés d’un bon bitord qui fert de maître ; on les lefte avec des pierres qu’on attache au pied du filet avec un gros fil d’écorce de bois blanc.
- 148. Au lieu de liege, on fait les flottes avec des bâtons de bois de cedre, qui ont un pied & demi de longueur, & feulement un pouce de largeur, diminuant un peu vers les extrémités. O11 prépare le filet, & 011 ajufte le left & les flottes le long de quelque rocher. Enfuite 011 perce la glace jufqu’à l’eau, faifant une ouverture de deux ou trois pieds de diamètre. A environ quatre brafi fes de ce trou , 011 en fait un autre , puis un troifieme , un quatrième, &c. plus on moins, fuivant la longueur du filet qu’on fe propofe de tendre. Il s’agit alors, pour tendre le filet, de le pafler fous la glace. Pour cela on attache une ligue de moyenne grofleur, & qui a plus de longueur que le filet, au bout d’une perche légère, qui doit être un peu plus longue que la diftance qu’il y a d’un
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- trou à un autre. On pafle cette perche fous la glace par le premier trou, & on la poufle dans la direction du fécond ; quand onl’apperqoit, on lafaifitavec un crochet de bois , on la fait couler du fécond trou au troifieme, & répétant cette manœuvre autant de fois qu’il y a de trous, on pafle au moyen de lu perche, qui fait l’office d’une aiguille , la ligne depuis le premier trou jufqu’au dernier. Alors on amarre un bout du filet à un des bouts de cette cordes & pendant que des pêcheurs qui font au dernier trou tirent la corde à eux, ceux qui font reftés au premier mettent le filet à l’eau. Le filet fe trouve ainfi tendu dans toute fa longueur, & on en amarre les deux extrémités au milieu d’une perche qui traverfe le premier & le dernier trou , s’appuyant fur la glace. Au bout d’un certain tems , on retire le filet-pour prendre le poiifon qui s’y eft engagé, & qui ordinairement eft en grande quantité, & on le retend fur-le-champ. Mais pour s’épargner la peine de paffer la ligne fous la glace, ce qui elt l’opération la plus pénible de cette pêche , on attache un bout de cette ligne à l’extrémité du filet qui vient en dernier lieu , & ainfi la ligne fe trouve dans la place où elle doit être pour remettre le filet à l’eau.
- Pêche de Rujjie fous la glace.
- 149. CeTTE façon de pêcher différé peu de celle que nous venons de décrire s feulement le premier & le dernier trou ont huit à dix pieds d’ouverture, pendant que les autres n’en ont que deux , & on les difpofe un peu en portion de cercle. Mais comme les voyageurs & les voitures vont fur la glace, les pêcheurs font obligés de mettre autour des endroits où la glace eft ouverte, des efpeces de garde-fous. Ceci eft tiré d’un mémoire d’Aftracan.
- Pêche peu différente des précédentes , & qui fe fait en Suede , fous la glace,
- I <jO. Comme cette pèche eft confidérable, les habitans de plusieurs paroif-fes , fituées fur le bord du lac , s’alfocient, tant pour conftruire le filet, que fpour faire la pêche. Ces filets ont depuis cinquante jufqu’à cent brades de longueur: il y a au milieu une grande manche fort longue, qui peut tenir une vingtaine détonnes de poiifon 5 les mailles des ailes ont un pouce d’ouverture en quarré, celles de la manche font plus ferrées : le pied eft lefté de cailloux , la tête eft garnie de flottes de bois pourri. Les trous des extrémités font aifez grands pour qu’on puifle retirer le filet & la manche lorfqu’elle eft remplie de poiifon : les autres trous n’ont que deux pieds d’ouverture, & font, comme en Ruffie ,difpofés en portion de cercle. O11 amarre les bouts du filet, en l’attachant au milieu d’une perche qui traverfe le premier & le dernier trou. Ils prennent à cette pèche une grande quantité de toutes fortes de poiflons, comme brochets, perches, tanches, brèmes , &c. que les payfans partagent entr’eux. Ceci eft tiré d’un mémoire de Suede.
- V v v ij
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- TRAITE DES F E C H E S.
- ÏH
- Pêche qui fe fait dans le fleuve S, Laurent, au-dejfus de Quebec, pour prendre un
- petitpoiffon gros comme un èperlan , que les habitans nomment petite morue.
- i f i. Cette pèche fe fait dans le courant du mois de janvier. On fait à la glace une ouverture de fix ou huit pieds en quarré, & l’on y introduit un petit Blet de trois pieds en quarré, monté fur une fourche en forme d’haveneau. A peine ce filet eft-il plongé, qu’on le retire rempli de ce petit poiifon.
- Pêche à la. ligne fous la glace,
- i ^2, Les Canadiens prennent les mêmes poilfons dont il vient d’ètre parlé, en introduifant fous la glace, par le trou qu’ils y ont fait, des lignes de quatre à cinq pieds de longueur, & qui ont plufieurs branches, au bout defquelles ils ne mettent point d’hains, mais un morceau d’étoffe rouge , ou de viande , préférant le foie de cochon , à caufe de fa dureté. A peine ces lignes font-elles à l’eau, que les poilfons viennent mordre à l’appât, & ils ne les quittent point qu’ils ne foient fur la glace. On en prend ainfi des centaines en une heure de têtus.
- i q3. MM. les académiciens qui ont été au cercle polaire pour connaître la figure de la terre, m’ont affuré que les pécheurs fous la glace font des feux conlidérables tout autour des trous qu’ils y ont pratiqués.
- 154. On pèche aulfi fous la glace, en introduifant dans les trous qu’on y fait, de petits filets femblables aux haveneaux, qu’011 retire de tems en tems. (24)
- Article neuvième.
- Pêche qu'on pratique au haut de la Loire, près de Briare, Çf qu'on
- nomme des fonds.
- iç?. Les pécheurs du haut de la Loire choifiiTent un endroit où le fable foit bien uni ; ils y placent un affemblage de planches qui relfcmble à une table, & peut avoir dix à douze pieds de longueur fur huit à neuf de largeur;
- ( 24) On prend auffi le poiffon fous la glace, au moyen du harpon. Les Efquimaux, dans la terre de Labrador, pays plus froid que le Groenland , fe procurent ainfi du poiffon jufqu’au mois de juin. Pour attraper des chiens de mer, ils font des trous dans la glace ; & fe tenant à quelque diftance , ils attendent que le poiffon vienne refpirer de l’air frais, Ils lui lancent alors un har-
- pon auquel tient une corroie qu’ils retiens nent dans leur main. Le poiffon rentre fous l’eau ; & quand il eft affaibli par la perte de fon fang , ils le retirent & le tuent. Dans le fleuve nommé fur les cartes Annaktalik , & particuliérement dans un bras de ce fleuve où il y a une cataracte, les fauvages vont à }q chaffe des loutres avec des lances.
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- S e c t. III. De la pêche aux rateaux, &c.
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- çn la plaçant fur le fable, ils ajuftent des cordes qui ferviront à la lever. Ayant pofé cette table de forte que fa longueur foit dans la diredion du courant, ils élevent le bout qui eft du côté du bas de lariviere, d’environ lix ou huit pouces ; ils mettent deiTous quelques pierres pour la tenir fouleyée de ce côté, & ils chargent le delfus de la table d’autres pierres , pour qu’elle ne flotte point, & qu’elle ne foit pas emportée par le courant. Le poiflon qui, fuivant fon inf-tind naturel, remonte le courant, fe fourre fous cette efpece d’auvent, & y refte, étant tranquille & à l’abri du courant. Quand les pêcheurs jugent qu’il s’y en eft amafle , ils entourent la table avec une efpece de feine ; puis ils ôtent les pierres du delfus de la table ; &halant fur les cordes que nous avons dit être placées vers les angles, ils enlevent la table •: le poiflon,privé de fa retraite, veut s’enfuir ; mais il eft arrêté par le £let.
- 15 6”. Lorsque les pêcheurs fe font débarrafles delà table, & des pierres qu’on avait miles deffous pour en tenir un bout élevé au-deflus du fond , ils traînent le filet qui eft plombé & flotté, & ils conduifent le poiflon hors du lit de la rivière fur les bords, où ils le prennent à la main. On prend avec ce piege de toutes les fortes de poiffons qui font dans la Loire, excepté le brochet, qui fe plaifant dans la grande eau, & ne fe tenant pas fur le fond , ne fe fourre qug rarement fous la table.
- Article dixième.
- De la pêche du nonnat, de la gu il dre, memiife, ou femence de poiffon f
- 1^7. Malheureusement on s’occupe , en pluflcurs endroits de l’Océan & de la Méditerranée, de ces pêches, énormément deftrudives, par lefquelles .on prend une multitude immenfe de fort petits poiflons de toutes fortes d’efl-peces, qui ne font prefque propres qu’à faire de la réfure pour la pêche des fardines , à fumer les terres, ou à engraifler des cochons, quoique cet aliment rende leur chair aflez mauvaife. Nous avons cru devoir en dire quelque chofe, ne fùt-ce que pour mieux faire appercevoir combien elle eft préjudiciable à la multiplication du poiflon, & combien il eft important del’interplirG févérement. (25)
- Pêche de la memiife aux environs de Morlaix.
- Nous avons dit, au chapitre II delà fécondé fedion, qu’aux environs de Morlaix, .& ailleurs, les hommes & les femmes vont avec une
- {2 O En général, la pêche devrait être dé- l’efpece , que l’eft la chafle clans le t,en:s .de fendue partout clans le tems du frai. Cet la ponte. D’ailleurs, le poiflon qui fraie eft Abus elt auflî fundie à la multiplication de de mauvais goût.
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- TRAITE' DES PECHE 3.
- manche de toile claire, dont l’embouchure éffc montée]Tur un cercle-, qu’ils préfentent cette embouchure au courant de la riviere* & qu’ils arrêtent ainli beaucoup de poilfon du premier âge, & de frai;
- Pêche de la guildre avec un fac monte fur une efpece de rateau, dite au favre
- à rateau.
- 1^9. Les pêcheurs depluiieurs cantons de l’amirauté de Vannes, s’occupaient de la pèche de la menuife, pour faire une réfure qui s’eft quelquefois vendue 60 livres la barrique, pour la pèche de la fardine. Quoique cette pêche foit défendue* parce qu’elle fait une énorme deftruétion de poilfon, & qu’on ne la pratique que furtivement, nous ne devons pas nous difpenfer d’en dire quelque chofe. Cette pêche fe faifait avec une manche de groife toile claire, d’une bralfe & demie ou deux bralfes de longueur , dont l’embouchure était attachée à la circonférence d’une portion de cercle * dont les extrémités répondaient à une barre de fer droite , ou à un rateau qui devait traîner fur le fond} aux deux bouts de cette barre droite étaient attachées les extrémités des branches d’une grande fourche de bois * dont le manche fervait à traîner cette efpece de drague dans les endroits où il refte peu d’eau : la barre grattait le fond, & la menuife ainli que le frai fe ramalfaient dans le fac.
- Autre façon de pêcher la guildre 9 quon nomme bâche traînante.
- i 60. C’est encore un fac de groife toile , dont l’embouchure a deuxbraf les de largeur. Quand il eft monté fur deux morceaux de bois de trois pieds & demi de hauteur, qu’on nomme canons, on ajufte au milieu une traverfe de bois de deux brades de longueur, qui en tenant écartés les deux canons pofés verticalement, roidit le haut 8c le bas du fac * qui de cette façon eft tenu ouvert. du haut & au bas de chacun de ces canons, eft frappé un cordage de deux oü trois bralfes de longueur , que les pécheurs mettent à leurs épaules * comme les bretelles d’une hotte j & en halant fur ces cordages * ils traînent la bâche dans des endroits où il refte lix pouces ou un pied d’eau , même quelquefois deux pieds. Le but de cette pèche, qu’on peut regarder comme une drague, eft de ramalfer dans le fac du frai & de la menuife.
- Pêche de la boette } à la riviere de Ponlrieux , près Tréguier.
- IGi. Pour pêcher le fretin, qu’on nomme menue boette, 011 a un grand faC qui traverfe la riviere à l’endroit le plus étroit : il s’y ramalfe beaucoup de Irai & de fretin, qu’on donne aux cochons.
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- Pêche de la menuife du premier âge, quon nomme à Antibes > nonnat.
- 152. On pèche le nonnat fur le rivage de la Brague, petite riviere fituée à un bon quart de lieue de la ville, qui s’abouche à la rher. Le fond eft tout de galet, ou de cailloux plats , ce qui fe prolonge fort avant à la mer. Le filet dont on fe fert, elt une vraie feine , qui a les mailles très-ferrées, ou même qui eft de toile claire : il eft garni de flottes par le haut, & de pierres par le bas. Aux deux bouts font amarrées deux pièces de cordages, ou fartis , qui forment des bras ; & àlanaiflance de ces bras, font deuxbarrils vuides, pour foutenir le poids cies fartis. On tend le filet comme les feines, au moyen d’un bateau ; ou le traîne de même à terre. On ramalfe le nonnat, qu’on met dans une corbeille , pour le porter à la ville. On en fait des fritures , que quelques-uns trouvent aifez bonnes , d’autres fort mauvaifes j mais il en réfulte toujours une énorme deftraction de poiifon,
- CHAPITRE SECOND,
- Du déchargement 3 de la vente, ff? du tranjport du poiffon , tant de met que d'eau douce , mort ou en vie,
- 163. C^uand les pécheurs ont fini leur pêche, fi c eft fpr les grèves ou au bord de la mer, comme ce qu’ils rapportent eft de peu de conféquence, ils le vendent à la côte à des marchands qui s’y rendent pour les y attendre. Dans quelques amirautés, ils font feulement obligés delailfer une couple d’heures leur poiifon fur la greve, pour donner aux bourgeois du voifinage le te ms d’en faire l’acquifition. Comme on ne prête pas beaucoup d’attention à ces petites ventes, nous ne nous propofons d’expliquer en détail que ce qui fe pratique pour la vente & le tranfport du poiifon provenant des grandes pèches : encore nous ferait-il impoilible de rapporter ici les polices particulières qui s’obfervent dans les différons ports. Il nous paraît fufïifant d’expofer en détail celles de quelques ports où il fe fait de grandes pêches , pour donner une idée de ce qui fe pratique dans les autres : nous choifiifons les ports de Haute-Norv mandie, qui fourniflent Paris de poiifon frais.
- 164. On peut dire en général, que la plupart des poiifons,tant de mer que d’eau douce , font infiniment meilleurs au fortir de l’eau, que quand ils ont été gardés morts quelque tems. Onvoit dans Séneque-, combien les anciens étaient délicats fur ce point; caries poiifons n’étaient pas regardés comme fùffifamment frais, quand ies.conviyes 11e les voyaient pas viyans en fe met-
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- traite* des Péchés.
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- tant à table. Pour cela, on tenait dans les folles à manger, des vafes de verre; pleins d’eau, où les poilfons étaient en vie ; & on fe faiblit une grande gloire de recevoir fes amis avec ees poilfons vivans, qu’on tirait de l’eau en préfence des convives ,• & qu’on apprêtait fur-le-ehamp. Sans doute qu’on ne prenait pas cette précaution pour certains poilfons * tant de mer que d’eau douce, qui font plus délicats quand on les a confervés morts plus ou moins de terns* fuivant leur efpece & leur grolfeur : ees poilfons font une exception à la réglé générale. Mais 11 nous étions aulîi recherchés fur ce point que le rapporte Sé-neque, tous ceux qui font éloignés de la mer, feraient privés de l’ulàge de la marée; & les pêcheurs en foulfriraient, par le vil prix où l’abondance ferait tomber le poilfon au bord de la mer. Comme nous nous propofons d’expofer ce qui fe pratique, nous parlerons du débarquement du poilfon,des réglés de police qui s’obfervent avant qu’il foie permis de le vendre , de la vente du poilfon aux chaires-marées , des précautions qu’ils prennent pour le mettre en panier, de la maniéré de le chalfer ou de le voiturer-, foit à dos de cheval, foit par charroi. Nous terminerons lé premier article, par dire quelque chofe du tranfport du poilfon d’eau douce mort.
- 165. Dans le fécond article, il s’agira du tranfport du poilfon en vie: ce qui regarde particuliérement les poilfons d’eau douce. Nous 11e négligerons ëcpendant pas de rapporter les moyens qu’on a employés pour tranfporter en vie quelques poilfons de mer;
- Article premier.
- Déchargement, vente, & tranfport des poijfous morts.
- 166. La plupart des poilfons, fur-tout ceux de mer, meurent peu de téms après qu’ils fontfortis de l’eau: ainfi il fautfe prelfer de les vendre, pour les tranlporter promptement aux endroits où l’on doit en faire la confommation; & malgré toutes les précautions qu’on peut prendre, il y a des poilfons très-délicats qui fe corrompent fi promptement, qu’il faut les confommer dans lé voifinage des ports où ils ont été pêchés.
- Débarquement du poiffon, & tranfport au marchêi
- 167. Quand une barque de pêcheur arrive de la mer, on la lailfe s’échouer dans le port. Alors des hommes & des femmes viennent avec des hottes de quai, ou des mannes, ou des paniers, recevoir le poilfon que les pêcheurs tirent de leur bâtiment pour le porter fur la place du marché. Les raies, les tires, les anges fe portent dans des hottes: les petits poilfons, comme les merlans ;
- maquereaux ;
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- maquereaux, harengs, &c. fe portent de toutes fortes de faqons; mais les beaux poiflons iînguliérement eftimés, fe portent à la main, ou dans des mannes. Quand les poilfons de toutes efpeces font rendus au marché, les matelots les arrangent, comme nous l’expliquerons après avoir rapporté un ufage fin-gulier qui s’ett pratiqué & qui fè pratique peut-être encore aujourd’hui au port de Dieppe.
- 16R Quand on a pris un marfouin , les matelots font obligés de le porter à la vicomté de l’archevêque de Rouen. Ce poilfon y devant un hommage lim-ple , on le fait frapper trois fois à la porte avec fa queue. Lorfqu’il eft trop gros, on fe contente de frapper avec le marteau de la porte. Après cette cérémonie, il appartient aux pêcheurs ; mais s’ils négligeaient, de l’obferver. il y aurait lieu à la confifcation , & à une amende.
- 169. Il y a à Rome une autre pratique aufïi finguliere, mais qui tourne au profit du magiftrat. Une loi oblige de porter aux magiftrats, qu’011 nomme confervateurs , la tète des poilfons qui paifent une certaine grandeur. On prétend que cette loi, qui s’exécute à la rigueur, tire fou origine d’une coutume des anciens Romains.
- 170. Il y a dans une des falies du Capitole un efturgeon en marbre, qui défigne la grandeur des poilfons dont la tète doit être portée aux conferva-teurs ; & l’ufàge du poiffon de marbre eft indiqué par cette infeription : Capita pifeium marmoreo fehemate, Longitudine majorum ufque ad primas pinnas inclujîve , confervatoribus damo ; fraudem ne committito ; ignorantia exeufari ne credito.
- 171. Dans prefque tous les marchés, il eft défendu de vendre aux marchands , aubergiftes , & regrattiers, qu’après un tems fixé qu’011 accorde aux bourgeois , officiers , & privilégiés , pour leur provifion. Cfeft ordinairement une heure l’hiver, & une demi-heure l’été ; & fou vent le tems de la vente libre eft annoncé par une cloche. Il y a, par exemple, à Metz, un réglement de police qui défend aux revendeufes de poilfon, d’en vendre fur les marchés avant midi : durant la matinée, il 11’eft permis qu’aux maîtres pécheurs d’en vendre , & ce réglement eft établi pour gêner les reventes, qui augmentent toujours le prix des denrées.
- 172. Quand le poilfon eft tranfporté au marché , comme nous l’avons dit, les pêcheurs l’arrangent à terre fur des claies, efpece par elpece. Les poilfons plats, comme font les foies, s’arrangent deux à deux, pofées l’une fur l’autre s les raies, les morues, &c. fe mettent auffi fur les claies ; les vives, les rougets , fe mettent dans de petites mannes. Quand les carrelets, les barbues, les poules de mer & les turbotsffiontgros , 011 les vend à la piece.
- 173. Dans certaines villes , il y a des infpecfteurs de police qui vifitent le poilfon 1 s’il eft gâté , ils le font jeter 1 s’il eft avarié , l’infpe&eur permet de le vendre à part, & comme l’on dit, à tou rne-do s ; c’eft à dire , qu’011 le met fur
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- l’étal dans un fens contraire à celui qu’onlui donne ordinairement, pour indiquer à l’acquéreur la qualité de ce poiifon.. Ces ulages , ainfi que les règlement de police fur la vente, ne font point les mêmes dans tous les marchés.
- Livraifon des poijjons de coutume ou de redevance.
- 174. Quand le poiffon eft ainfi expofé, le bourgeois propriétaire du bateau,, que les pêcheurs appellent quelquefois leur hôte, fe rend avec le maître pêcheur, & le fermier du roi ou du feigneur , pour lever fon droit, & celui des pauvres.
- 175. LEsintéreifés à la vente étant ainfi aifemblés , le fermier prend à fon choix un poiifon qu’on nomme de coutume. Le propriétaire du bateau qui l’a fourni tout gréé, en outre du fol pour livre qu’il aura du produit de la vente , prend à chaque marée un poiifon qu’on nomme bourgeois, & qu’il choifit après celui de coutume. Ce même propriétaire du bateau prend encore trois autres poilfons qu’il partage avec le maître pêcheur ; & comme celui-ci a le choix d’un fur les trois, ils partagent ordinairement par moitié le produit de ces. trois poilfons. On fait la vente du refte, & le produit fe partage par lots, comme nous avons eu l’occafion de l’expliquer plus d’une fois. Le maître a. deux de ces lots; chaque matelot de l’équipage en a un: mais aufli le maître fournit une fois plus de filets qu’un fimple matelot. En outre , c’eft le maître qui doit payer le garçon de bord, quia quelquefois un demi-lot, fui vaut la. force, ou la bonne volonté du maître.
- 176'. Comme le poiifon de choix vaut quelquefois un ou deux lots, ce qui arrive même toujours lorfque les pèches ne font pas heureufes , il s’enfuit que le maître eft mieux traité que les fimples matelots ; mais aufiî il a, comme nous l’avons dit, plus de charge : il fournit le double de filets, la récompenfe du garçon de bord, & en outre il a beaucoup plus de peine & de fatigue.
- 177. Outre les redevances que nous avons dit appartenir au propriétaire-du bateau, il a encore quelque profit fur la vente des vives, proportionnellement à la quantité qu’on en prend; mais cette pèche eft maintenant bien peu-abondante.
- 178- Les turbots, les fumions, les efturgeons & les marfouins, font des, poilfons qu’011 nomme privilégiés, parce qu’ils 11e doivent pas être compris dans les poilfons de choix; & pour favoriferles pêcheurs, il eftfpécifié dans quelques ports, quelle fera l’elpece de poiifon qu’on pourra choifir , pour la. coutume , le poiifon bourgeois, & celui du maître ; ce fera, par exemple, une raie.
- 17 9‘ Quand on a pris des crabes, des homards, des langouftes,. des araignées de mer, en un mot, des cruftacés, ils appartiennent au matelot propriétaire du filet où ils ont été pris : ainfi ces cruftacés n’entrent pas dans la vente générale.
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- x 80. A chaque démarrage , le propriétaire du bateau compte avec les matelots , pour fe rembourfer peu à peu des avances qu’il a faites, & des avaries communes: ce qui finit quand les matelots fe font acquittés avec lui.
- igi- Dans d’autres ports , le partage fe fait différemment. Autranfport, par exemple, l’équipage commence par choifir les deux plus beaux poiflons ; enfuite le commis chargé de la recette pour le roi, ou les feigneurs, choifit le poiifon de coutume ; le propriétaire du bateau prend enfuite le poilfon bourgeois. Les deux beaux poilfons que l’équipage a choifis rentrent dans la mafle, pour être vendus au profit commun.
- 182. Les pêcheurs du bourg d’Ault, lorfqu’ils vont vendre leur poiflonà Dieppe, font regardés comme marchands forains, & paient au fermier des aides, un fol pour livre de droits : ce qui eft capable de détourner les pêcheurs voifins de Dieppe d’y apporter leur poiifon, quoique ce foit en ce port que les chaflês-marées font principalement leur acquifition pour Paris.
- Vente du poijfon.
- 18 3- Quand toutes les redevances font prélevées, le propriétaire du bateau avec le maître, & quelquefois leurs femmes, font la vente du poiifon. Les turbots, les efiurgeons, les gros faumons, & d’autres poiflons de prix, fe vendent à lapiece. Les petites raies , ainfi que plusieurs autres poiflons, fe vendent à la douzaine; ou bien on en forme des lots dans des paniers , des mannes, ou fur des claies, qu’on vend en bloc : c’eft le parti qu’on prend ordinairement quand 011 a lait la vente des poiflons eftimés. Si dans les comptes ou les lots il fe rencontre des poiflons bleflés, meurtris, tachés, on les rebute, à moins qu’on 11e foit convenu du contraire. Quand la vente eft faite , tout le poiifon eft porté chez les acquéreurs par les matelots, ou à leurs dépens.
- Emballage du poijfon par les chajjes-marèes.
- 184. Quand le poiifon eft rendu chez l’acquéreur, on le met dans de grands baquets, ou cuveaux , où on le lave à grande eau pour le rafraîchir & le bien nettoyer avant que de le mettre en paniers. On fait cette opération avec la main, fi ce font de petits poiflons qu’on puiflè manier fans crainte d’être bleflé. Mais fi ce font des poiflons épineux, tels que les vives & les raies bouclées , on fe fert de petits galfots pour les laver.
- 18 v Au fortir de l’eau, on les met dans des paniers pour les tranfporter. Ces paniers font de différentes grandeurs: les plus grands fe nomment deux au cheval, parce que deux fuffifent pour en faire la charge. Les moyens font dits trois au cheval, parce qu’il en faut trois pour faire la charge. Il y en a de
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- plus petits, qu’onaccolle deux à deux, & quatre font la charge d’un cheval. Dans ceux qui fe nomment cloyeres, on ftiet alfez fouvent un alfortiment de poilfons pour quelque provifion particulière. Enfin on emballe quelques beaux poiJfons dans de la paille longue, & cet emballage fe nomme torch&tte oi\tor~ quuti. Les emballeufes aifortilfent & arrangent avec foin les difFérens poif-fons dans les paniers qui leur conviennent: elles mettent ordinairement les turbots , les grandes barbues, & autres poilTons précieux, entre deux raies, pour que ces pondons fe confervent mieux. Il efl vrai que la fraîcheur des raies contribue à leur confervation ; mais quand les poilfons précieux fe gâtent,les raies, quoique fraîches & encore coriaces , contractent un très-mauvais goût. Les emballeufes béchevettent les poilfons longs & ronds , & elles mettent les uns fur les autres les poilfons plats : communément elles couvrent les paniers avec une ou deux raies, & elles rejettent foigneufement les poilfons tachés & meurtris qui pourraient fe gâter en route , & endommager ceux qui fe trouveraient dans leur voilinage. Ces poilfons ne font pas perdus ; des hommes les achètent à bon compte, pour les tranfporter à de petites diftances , dans des hottes & fur le dos.
- i8<j- On met depuis fix jufqu’à douze raies marchandes ou franches, dans un grand panier dit deux par cheval ; dans les paniers moyens, trois au cheval, on met trois raies blanches & deux grifes ; moins, fi elles font très-grolfes.
- 187- Les anges & les tires fuffifent quelquefois pour remplir un panier, & communément on choifit des paniers proportionnés à la grandeur d'un ou deux de ces poilfons. Au relie, on conçoit bien que le nombre des poilfons. qui tiennent dans un panier, dépend de l’elpece & de la grolfeur des poilfons qu’on y renferme.
- 188- Quand les paniers font remplis*, on les couvre de paille longue, qu’on nomme glu , & on forme ce qu’on appelle le chaperon, qu’on arrête avec de la ficelle , tels que font les paniers , ainfi que les cloyeres; & avec la même paille on forme les torehettes.
- 189- Les femmes qui font très-adroitement ce travail, n’ont pour outils , qu’un couteau & un épiifoir. L’é-pilfoir effc un poinçon de fer , figuré comme le bout cî’une corne, & il fert à écarter les ofiers, pour avoir la facilité de pafi fer les ficelles. Il fembîe qu’une aiguille d’emballeurs ferait plus commode.
- 190. Deux grands paniers , comme nous l’avons dit, font la charge d’un cheval ; on les attache des deux côtés du bât. Un cheval porte trois moyens paniers , deux qu’on attache aux côtés du bât, & un qu’on met par-delfus.
- 19T. A l’égard des petits paniers, 011 les accouple pour en mettre quatre aux côtés du bât, & un cinquième par-deifus ; ou bien 011 y met une cloyere avec quelques torquettes.
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- Tranfport du poipon par les chajfcs-marées.
- 192. Nous avons déjà dit qu’il y avait des hommes qui transportaient de la marée tfur le dos , à de petites diftances : mais la marée qu’on transporte au loin , fe chaife ou à dos de cheval, ou dans des fourgons. Quand les chevaux font chargés comme nous l’avons expliqué, les chafl'es-marées partent pour leur deftination. Us font ordinairement foixante lieues en trente-cinq ou quarante heures; & l’été, quand ils chalfent jour & nuit, ils font cette même route en vingt-quatre heures; mais alors ils ont des relais.
- I93‘ Quand il y a beaucoup de marée, fur-tout lorfqu’il fait frais, & que les chemins font praticables , 011 chaffe fur des fourgons , dont on proportionne les dimeniions à la grandeur des paniers , pour mettre fur une charrette trente gros paniers , qui feraient la charge de quinze chevaux, foixante à foixante-quatre moyens paniers, & des petits à proportion.
- 194. Je crois que les chaiiés-maréesfont obligés de fe rendre à leur deftination , pour y vendre le poiiion. Cependant, quand avant de partir ils ont payé le droit de confommation , il leur cft libre d’aller où ils veulent, & de vendre leur poiifon par-tout où il leur plaît ; de forte que, quand ils prévoient que la pèche pourra être bonne ,- & lorfque leur poiifon preife , ils font dif-pofés à le vendre fur la route: mais lorfqu’ils préfument qu’à caufe du mauvais tems 01111e pourra pas aller à la pêche , & que pour cette raifon ils n’auront point à craindre la concurrence , ils fe rendent aux grandes villes, où ils efperent vendre leur poiifon à un prix plus avantageux.
- Tranfport du poiffon d'eau douce , mort.
- 19C La plupart des poiifons cî’eau douce fe tranfportent en vie, comme nous l’expliquerons dans la fuite. Mais comme ce tranfport exige des frais, pour les éviter, lorfqu’011 n’a pas une grande quantité de poiifon , on préféré de les tranfporter morts : pour cela on les aifomme au fortir de l’eau, & on les arrange en les couchant tout de leur long dans des paniers, avec de la paille fraîche , ou des orties; quelques-uns les vuident, & mettent dans le corps une mie de pain trempée dans du vinaigre. Quand il ne fait pas chaud , les gros brochets peuvent être confervés quatre ou cinq jours, & les groifes carpes deux ou trois. Ces poiifons n’en font que plus délicats : mais les petits ne font jamais meilleurs que quand on les apprête au fortir de l’eau.
- 196. Le moyen de confcrverl$s poiifons long-tems pour les traniporter fort loin , eft de les faler , de les lécher , de les fumer , de les mariner. Nous rapporterons. tous ce s moyens de conlèrvation dans les articles de la morue, du hareng, du faumon, d.es anchois , du thon, &c.
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- 197. Dans le nord, 011 fait de grandes pêches lorfque les gelées commencent à être confiances, & le poiiTon'gelé fe conferve tant qu’on veut, fans s’altérer. A la Chine 011 charge des bateaux avec des poilfons & de la neige: on les couvre d’une épailfe couche de paille , & 011 les conferve dans les glacières fort long-tems, & quelquefois on les tranfporte à des diftances conlidérables.
- Article second.
- Tranfport des poiffons qu'on veut conferver en vie.
- 198. Comme ce font les poilfons d’eau douce qu’on tranfporte le plus ordinairement en vie, nous commencerons par ce qui les regarde.
- 199. Quand 011 pèche des étangs, la multitude de poilfon que l’on prend 11e pouvant être confommée fur le lieu, eft deftinée à etre tranfportée dans des réfervoirs, pour la provilion d’une communauté religieufe , ou pour celle de quelque groife maifon, qui veut qu’on foit à portée d’en trouver dans le befoin ; car les maifons où l’on fait la meilleure chere, 11e font pas toujours dans le voifinage des marchés bien fournis. Enfin , & c’eft le cas le plus ordinaire, on les porte chez des marchands, qui les confervent pour les revendre en détail.
- 200. Dans ces difterens cas, il faut tranfporter les poilfons en vie jufqu’au lieu où l’on veut les dépofer dans des réfervoirs. Ordinairement les réfervoirs des particuliers ne font pas très-éloignés des étangs , & le tranfport 11’eft pas confidérable : mais les marchands font fou vent dans le cas de tranfporter fort loin leur poilfon. Ainfil’on peut difiinguer deux efpeces de tranf-ports, l’un à une petite diftance , l’autre à de fort grandes.
- Tranfport du poijfon a de petites difiances.
- 201. Les carpes , fur-tout celles qui font grolfes , ont la vie alfez dure pour être tranfportées eu vie dans une hotte , hors de l’eau , pourvu que le tems foit frais, & qu’elles ne foient que deux heures hors de l’eau (26): mais fi le lieu était éloigné, il vaudrait mieux les alfommer pour les tranfporter mortes j car le poilfon qui meurt de lui-même, perd beaucoup de fon mérite.
- (26) Il faut obier ver de ne pas les entaf- brochets à la moitié. Ce ferait hafarder trop, fer, fins cela celles de deflous feraient écra- de prétendre tranfporter cette quantité de fees. Cette attention elt nécelfaire même en poilfon à la diftance de deux lieues, fans pefant le poilfon, Les carpes peuvent être qu’il en pérît beaucoup, pefées au cent ; 011 fera bien de réduire les
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- 202. Les tranlports à de petites diftarces, pour rendre le poiifon aux réfervoirs des particuliers , ou aux ports des grandes rivières, fe font par charrois. On met les poiifons dans des tonnes qui ont, au lieu de bonde, une ouverture de fix ou huit pouces en quarré. On remplit ces tonnes aqx trois quarts avec de l’eau claire, dans laquelle on met le poiifon qu’on veut tranlporterefpece par efpece : cependant on ne fait pas de difficulté de mettre des tanches avec les carpes, & des perches avec les brochets (27). Quand 011 a mis dans chaque tonne une quantité convenable de poiiTon, 011 achevé de les remplir d’eau , & 011 ferme l’ouverture de la bonde avec une [trappe qui joint allez exactement, ou avec une efpece de natte faite de joncs de marais , dont on forme comme un tampon (2g). On charge les tonnes fur des charrettes ; celles qu’on place entre les roues , font mifes de long; celles qui font à l’avant ou à i’arrierc , font de roule. Le poiiTon qu’on met dans celles-ci étant moins fatigué , 011 y dépofe les plus délicats, tels que les brochets & les perches ; & l’on met dans les tonnes du milieu , les poiifons qui fupportent mieux le tranfport, comme font les carpes, les tanches & les anguilles ( 29 ).
- 203. Il faut proportionner la quantité de poiifon qu’on met dans les tonnes ,i°. à la grandeur des tonnes , 2°. à l’efpece de poiifon qu’011 veut tranf porter, 30. à la grandeur des poiflens , 40. à la difance où l’on doit les. conduire.
- 204. Pour partir d’un point fixe , je fuppofe que les tonnes foient des; demi-queues (30) , jauge d’Orléans. Si ces futailles ont fervi à mettre du vin, il faut gratter la graveîle , laver les futailles, & les échauderle mieux qu’il eif poffible ; puis brûler de la paille dedans , tournant en différens feus, les pièces., pour que toutes les parties en reiTentent la chaleur ( 31 ).
- (27) 11 faut que les brochets foient feuis. On ne peut pas, fans rifquer beaucoup , les mettre avec les perches, qui ont des nageoires tranchantes. Mais on met quelquefois avec les perches,des tanches qui ne font pas aufti eftimées que le brochet. Si Ton emballe des perches feules , elles s’endommagent réciproquement. 31 eft bon qu’il faffe un peu froid pour tranfpotter des perches. On les met dans des barrils la tête en bas.
- (28) Il eft toutaufli bien de mettre fur le trou une poignée de paille contenue par un morceau de bois mis en travers. Les poif-fons renfermés ont alors fufrifamment d’air.
- (29) Il vaut beaucoup mieux que les tonnes foient placées de longueur fur les cha-
- riors. Lorfqu’on les met dans un fens contraire , les poiffons font poulies d’un fond à l’autre ; ils fe blelfent à la tête, ils s’écorchent , & ils 11e valent plus rien à être con-fervés.
- (30) Une queue d’Orléans contient un' muid & demi, ou 420 pintes de Paris 3 ainlï elle eft égale à la pipe d’Anjou. La queue1 contient cinq féaux (Eimcr~) mefure de-Leipfick ; le feau , Eimcr, eft d’environ huit feptiers ; donc la demi-queue fera de vingt feptiers , ou deux Eimcr & demi.
- (31) Les futailles qui ont fervi à mettre du vin ne valent rien pour tranfpor-ter du poiiTon. L’odeur du vin incommode ces animaux & les rend incapables d’être conservés*
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- 20f. Si le transport eft de quatre à cinq lieues , ce qui fait une diftance confidérable par charrois , lorfque les carpes ont un pied marchand de longueur, entre œil & batte, qu’on mefure depuis le bas de l’œil jufqu’à la fourchette de la queue, on met au plus trente de ces carpes dans une tonne de la jauge que' nous avons fixée ( 29 ). Si c’étaient de grodes carpes, on n’en mettrait que huit ou dix; mais li les carpes étaient petites , on en mettrait quarante & plus, proportionnellement à leur groffeur.
- 206. Tous les poiifons 11e s’accommodent pas également du tranfport: en général, les poiifons voraces font plus délicats que les autres ; c’eft pourquoi l’on 11e met dans chaque tonne que huit ou dix brochets de douze à quinze pouces entre œil & batte (30) ; & fi c’étaient de gros brochets carreaux, on n’en mettrait que deux ou trois au plus : & à caule de leur délicatefle, 011 les met dans les tonnes qui font chargées de roule, & préférablement dans celle qui eif immédiatement derrière le limonier. Le' flot eft moins grand dans ces tonnes que dans celles qui font de long; & la tonne qui eft derrière le limonier, éprouve moins defcahots que les autres. La perche eft encore plus délicate (31) que le brochet; mais l’anguille & la lamproie Apportent très-aifément le tranfport, quoique ce foient des poiffons voraces.
- 207. A l’égard du faumon, il faut renoncer à le tranfporter. O11 a eifayé d’en tranfporter douze dans une petite bafcule, à dix-huit ou vingt lieues de diftance , y apportant toutes les précautions poffibles , il n’en eft arrivé que trois ou quatre en vie.
- 208. O11 11’eft guère dans le cas de tranfporter par charrois des poiffons dans les chaleurs, parce que la pèche des étangs fe fait en automne ou en hiver; mais fi par accident on était pris de chaleur, ou d’un tems d’orage, il faudrait de tems en tems donner de l’air aux tonnes ( 32) , mettre de la paille mouillée deffus, <& avoir foin de tirrer quelquefois une partie de l’eau des tonnes, pour y en remettre de nouvelle. Cette précaution eft toujours utile , & elle devient nécelfaire quand le tranfport eft long.
- 209. Le froid 11’eft pas autant à craindre que le chaud, cependant quand
- (29!) Le tranfport rendit allez bien dans l’eau de riviere & pour les poiffons d’eau douce , lorfque l’on a déjà reffenti les premiers froids. En Allemagne on met dans un tonneau d’une queue , deux quintaux de poiffon ,& en hiver jufqu’à trois quintaux, pour le tranfporter fûrement dans les réfer-voirs.
- (30) 11 n’y aura pas affez de place dans un ii petit tonneau. Il faut de grandes pièces
- pour conferver le poiffon.
- (3 0 Les perches fe crevent réciproquement les yeux dans le tranfport.
- (3 2) Il ne faut jamais négliger la précaution de rafraîchir le poiffon en route. E11 été , quand il n’y aurait que quatre ou cinq heures de trajet, il faudrait changer l’air des tonnes. On doit auffi prendre foin de les laver dans deux eaux bien fraîches , avant de les porter fur la balance & dans la tonne.
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- il gelera, on fera bien de couvrir les tonnes avec de la paille , ou des herbes de marais. ( 3 6)
- 210. Avec les précautions que nous venons de rapporter, on peut tranf-porter les poiiTons aux réfervoirs qui leur font deftincs, ou aux ports des rivières navigables, pourvu que ce ne foit pas à de grandes dilfances. Mais quand on a une fois gagné les rivières navigables, on peut, au moyen des bateaux à vivier, qu’on nomme bafcules ou boutiques, les tranfporter jufqu’à cinquante, foixante,& quatre - vingt lieues de l’endroit où ils ont été pêchés. C 37)
- 211. Les pêcheurs de riviere, qui n’ont que peu de poiflon à tranfporter à de petites dilfances , le font à dos de cheval, dans des bachottes qui font attachées debout à côté du bât, le fond d’en-haut étant percé d’une grande ouverture qu’011 ferme avec une trappe ou un tampon de jonc de marais, comme nous l’avons dit à roccalîon des tonnes. Quand le tranlport eh éloigné , il eh bon d’avoir des relais.
- Tranfport du poijjon d'eau douce par bateaux.
- 212. Comme les bateaux n’ont aucune charge à porter, il fuffit, pour les tenir à flot, que les portions de l’avant & de l’arriere ne prennent point l’eau y le milieu, où l’on met le poiflon, eft percé de nombre de trous, qui ont ordinairement un pouce de diamètre, & qui font moins grands s’il y a des anguilles ou des lamproies. Cette capacité communiquant avec l’eau de la riviere, au moyen de ces ouvertures , le poiflon effc dans une eau perpétuellement renouvellée, & prefque comme dans la rivieremême. Aulli, quand on ne met pas trop de poiflon dans un de ces bateaux qu’011 nomme bafcules ou boiu tiques, il s’yqiorte bien 5 & il y vit très-long-tems, à moins qu’il 11e furvienne des circonhancesfàcheufes, comme des orages & du tonnerre, des eaux fort balles où il n’en reffe que quelques pouces dans la bafcule, de fortes gelées, de la neige, ou même des crues occafionnéespar des neiges fondues5 enfin des dé-bordemens qui rendent les eaux fort troubles.
- 213. Quand il fait fort chaud, on découvre les bafcules, 8c 011 étend def. fus des bannes mouillées. Lorfqu’il gele, on cafle la glace, & on jette les glaçons à l’eau ; s’il tombe de la neige , 011 balaye le delfus des bafcules -, Ci les eaux font fort baflfes, on eflaie d’échouer les bafcules dans des endroits où
- (36) Si la gelée était forte, il faudrait tranfporté des efturgeons de Ruffie, des car-prendre garde que les ouvertures ne fe ge- pes & des goujons d’Allemagne , pour ies laffent, ce qui priverait les poiflons d’air naturalifer en Suede ; ce qui a très-heureu-
- frais.
- fement réufli.
- ($7) M. de Linné nous apprend qu’on a Tome F.
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- l’eau foifc profonde : moyennant ces précautions, il meurt peu de poiffons,' lorfqu’on n’en a pas trop rempli les bafcules.
- 31 4. On a foin de divifer la capacité intérieure des bafcules- par fix ou huit compartimens, qui ne communiquent point les uns avec les autres, poiu mettre féparément les différentes efpeces- de poiffons : on les nomme étuis ; St, dans les étuis deftinés aux brochets, on met moins de poiffon que dans ceux où font les carpes. v
- 2i Nous avons dit quelles pêcheurs de la Camargue ont fur le Rhône des bateaux à peu près ièmblables à nos bafcules de la Seine, dans lefquels iis mettent les poiifons qu’ils viennent de prendre ; & avec, cette précaution , ils-ies tranfportent aifez loin fur le Rhône, aux endroits où ils lavent qu’ils les-vendront avantageufement.
- 216. Les pécheurs de Lyon, qui exercent leur métier fur le Rhône , ont de petits bateaux qui peuvent contenir quatre hommes. Au milieu eftuti caüb fon percé, où ils jettent leurs poiifons vivans , qui s’y confervent quinze jours & plus»
- Bâtiment de mer analogue aux bafcules , pour confrver le poiffon de mer en viù
- 217. On lit dans 1 Vùfoire de la Chine, de Semedo , part. I, page 7, qu’oit vient tous les ans pêcher dans la riviere de Nankin, pour la table de l’empereur , &: qu’il eft défendu fous des peines grievesà tous fortes fortes de per-donnes de prendre aucune piece de celles qui font mifes en réferve, jufqu’à ce que le nombre qu’011 demande foit complet. Il ajoute que, quoiqu’il y ait cinquante àfoixante journées de Nankin à la cour de l’empereur, les poiffons y font conduits frais, en les nourriffant avec de la viande qu’on leur donne de tems en tems.
- , 218- Nous avons dit dans la fécondé fe&ion, chapitre II, §. 3 ?ï , que les Anglais ont de petits beux, où il y a un réfervoir plein d’eau , avec lefquels ils tranfportent des côtes de France en Angleterre, des cruflacés, que les pêcheurs Français confervent envie dans de petits parcs de claie.
- 219. Les Hollandais , & à leur imitation, les Dunkerquois , ont fait conC truire desbâtimens propres à conferver à la mer les poiffons qu’on pêche vivans , pour les livrer plus frais à la côte.
- 220. M. Fourcroy de Ramecourt, ingénieur en chef à Calais, a bien voulu m’en envoyer un plan. La longueur de ce petit bâtiment, prife à la ligne de fiottaifon, en-dehors des membres , eft de quarante-un pieds. La largeur à la ligne de fiottaifon auprès du grand mât, au-dehors des membres, eft de quatorze pieds & demi.
- 221» L’endroit où fonconfervelepoiiTon dans l’eau, eft établi dans la
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- cale 3 & placé à l’arriére du grand mât 5 fon étendue vers l’arriéré eO: en-dedans .de fept pieds & demi : la largeur du vivier ell celle du bâtiment en cet endroit ; & à trois pieds & demi au-deffus de la quille, eft un faux pont, qui forme le deifus du vivier.
- 222. Pour donner de Pair au vivier, il y a un tuyau, qu’on nomme le foupirail, qui s’étend de toute la longueur du vivier ; mais il a feulement deux pieds de largeur, & s’élève jufqu’au-deffus du pont, où il y a une écoutille, qu’on ferme quand on le juge à propos. La capacité du vivier peut être regardée comme une foute formée par de forts bordages bien calfatés ; & cette foute ell diviiée par plusieurs cloifons, qui donnent la facilité de mettre à part les différentes efpeces depoiffons, & qui amortit le flot de l’eau dans les mouvemens de roulis & de tangage.
- 223. Toute la partie du bâtiment, depuis le vivier jufqu’à l’étambot, efl: occupée par des foutes ou parcs, pour mettre les tonnes & les autres uften--illes pour la pêche. Il y en a une auprès du grand mât, vers l’avant, qu’on nomme la fojje aux cables, dans laquelle on met les cables, les filets, les voi» les, &e. Toute la partie, depuis cette foute, en avant jufqu’au mât de mifaine, eft deftinée pour le logement de l’équipage.
- 224. Le poilfon frais de la pèche de Dunkerque, le prend en été fur le doggers-banck, & en hiver fur le petit nord , à foixante ou quatre-vingt lieues au large dans le nord de Dunkerque. C’eft donc de cette diftance qu’on le tranfporte à Dunkerque. Comme il courrait rifque d’ètre gâté dans cette tra-verfée, qui dure plus ou moins de tems, fuivant la direction des vents, fi on le tranfportait mort ; on a imaginé de le traiifporter vivant dans le bateau à vivier dont nous venons de parler.
- 22^. Lorsque la mer eft belle, on peut le conferver vivant pendant mt mois ; mais quand le bateau eft fort battu de la mer, le poiflon 11e peut y vivra-que cinq à fix jours. On penfe que dans l’un & l’autre cas, il fe conferverait plus long-tems dans des bateaux de quatre-vingt tonneaux, attendu que leurs viviers auraient plus de capacité.
- 226. Il n’y a pas de choix pour l’efpece de poufon qu’on fe propofe de tranf-porter dans le vivier j on met feulement dans des compartimens différens , les poilfons plats & lespoiffons ronds, & on a l’attention de n’y en pas mettre deblefles.
- 227. On nourrit le poilfon dans le vivier avec toutes fortes de menus poilfons , & les dépouilles de ceux qui ont été bleffés pendant la pèche : 011 en fait même provifion dans des tonnes pour nourrir les autres pendant le retour du bateau. Mais ilnelaiife pas d’en mourir toujours quelques-uns au transport, fur-tout parles mauvais tems.
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- Tranfport des vers marins.
- 228. Il y a des ports fond de roche , ou de galet, où l’on pratique ‘beaucoup la pèche aux hains, mais où Ton manque de vers marins noirs, qui fournifïent les meilleurs appâts pour les foies ; ce qui oblige quantité de pécheurs aux cordes de tirer ces vers d’autres ports où ils font abondans, lors même que ces plages abondantes en ces fortes de vers font fort éloignées de la demeure des pêcheurs qui en ont befoin.
- 229. Nous avons dit comment on fait la recherche de ces vers dans les fables. Les femmes , les filles , ainfi que quelques jeunes garçons vigoureux, fe chargent de les porter aux pêcheurs 5 & comme il faut qu’ils foient livrés vivans, les porteurs de vers les mettent dans des gamelles de bois, remplies d’eau de mer , pendues par une anfe à l’extrémité d’un bâton qu’ils mettent fur leur épaule, & ils courent avec tant de vîtelfe qu’ils 11e font quelquefois que deux heures à faire les fix lieues qu’011 compte du Crotoi, par exemple, au Tréport, traverfant les bancs de fables & les flaques d’eau qui fe trouvent fur leur route. Peu d’hommes formés font ce travail, auquel ils fuccombe-raient bientôt ; il n’y a que les jeunes gens qui puiffent le foutenir. Pour cela les garçons & les filles font habillés très-légérement l’hiver comme l’été; fou-vent ils n’ont que leur chemiiè pour tout vêtement»
- «BMiS-j;-H—' --1- .---!!!-- --r -----J--=sassis=»
- CHAPITRE TROISIEME.
- Confervation du poiffon dans les réfervoirs.
- 230» I^uelque bien fourni qu’011 fut d’étangs & de rivières poiffon-neufes, quelqu’avantageufement qu’on fût placé pour la pèche, à la mer, ou dans les étangs falés, on ferait fréquemment dans le cas de manquer de poiffon, pendant que d autres fois 011 en aurait beaucoup plus qu’on 11’en pourrait confommcr, fi, pour prévenir cet inconvénient, on n’avait pas l’attention de conferver dans des réfervoirs le produit des pêches abondantes, pour être à portée de le prendre lorfqu’on en aurait befoin.
- 231. On fait des réfervoirs pour conferver les poiffons d’eau douce ; d’autres font pour conferver les coquillages, les cruftacés & les poiffons de mer. Nous traiterons des uns & des autres dans des articles particuliers.
- Article premier.
- Des différentes maniérés de conferver en vie les poiffons de mer & les
- coquillages.
- 232. Il eft fouvent tres-avantageux aux pêcheurs de marée de pouvoir
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- ' S e c t. III. De la pêche aux rat eaux, Ëfc.
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- conferver quelque tems en vie le poilfon de leur pêche ; foit pour attendre les jours d’abftinence , foit pour profiter des circonfiances où la vente efi plus avantageufe, ee qui arrive lorfque pendant plufieurs jours le tems n’a pas été favorable à la pèche.
- 233. Si les pêcheurs qui ont des barques à vivier comme on en a confiant à Dunkerque , n’ont point éprouvé de gros tems en fe rendant à leur deftina-tion, leur poilfon étant en bon état, ils peuvent le conferver quelque tems dans leur barque , en lui donnant quelque nourriture.
- 234. Nous avons dit que les pêcheurs à la madrague confervent quelquefois les thons dans le corpou, ou encore mieux dans des enceintes ou parcs de filets qu’ils font près de la côte, & où ils conduifent les thons par des efpeces de canaux formés de filets. Ces enceintes peuvent être regardées comme des réfervoirs qui mettent les pêcheurs en état d’attendre des circonftances favorables à la vente.
- Indufrie des pêcheurs Picards pour conferver des raies en vie.
- 23C Quand les pêcheurs ont pris dans leurs parcs beaucoup de raies dans des circonfiances où la vente n’en eft pas avantageufe , pour les conferver en vie pendant quelques marées, ils fe placent dans le fond d’un parc qui 11e feche point 5 ils amarrent une ligne fine à un des pieux de ce parc 5 ils la palfent dans la gueule & dans un des trous des ouïes d’une raie 5 & la tenant fort lâche, ils en arrêtent l’autre extrémité à un pieu un peu éloigné du premier. Les raies étant ainfi en quelque façon à l’attache, & ayant néanmoins la liberté de s’en-fabler, vivent pendant plufieurs jours.
- Maniéré de conferver les poiffons de mer vivans dans ce quon appelle viviers (3 8}.
- 235. Il y a des pêcheurs qui confervent du poilfon en vie dans des paniers couverts , qu’ils nomment viviers j ils calent ces paniers entre des roches dans des enfoncemens où ils refte toujours de l’eau , ils le chargent avec de grolfes pierres, ou ils y attachent des cablieres pour qu’ils relient à l’endroit où ils les ont calés ; & afin qu’on ne leur dérobe pas leur poilfon , ils 11e les quittent que quand la marée efi montée. Ils confervent ainfi leur poilfon en vie plufieurs marées , jufqu’à ce qu’ils jugent à propos de le retirer pour le vendre.
- Mares qui fervent de réfervoirs au bord de la mer.
- 237. Il fe trouve naturellement, ou bien l’on fait à bras d’hommes au
- (38) En Suède on les confervç dans des parcs. "Voyez menu de l'acadcmie royale des fciences de Suide, parc XV , page 277»
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- bord de la'mèr, des enfoncemens où l’eau entre à toutes les marées, & qui ne lèchent point. Non feulement les riverains y dépofent des moules qui s’y grouppent, mais ils y jettent auffi des poiffons plats, turbotins, barbues, foies, limandes , &c. Ces poiifonsy prennent même un plus prompt accroiffe-ment qu’à la mer, trouvant dans ces mares quantité de vermiiîeaux & d’in-fedtes dont ils fe nourrilfent. Quoique quelques-uns bordent ces mares d’un clayonnage'du côté de la mer, on ne peut y conferver les poilfons ronds, qui quittant le fond , & nageant en pleine eau , s’échapperaient ; au lieu que les poilfons plats s’eiivafent ou s’ënfablent, & fe tiennent toujours fur le fond.
- 238- Ces mares étant toujours fuffifamment profondes pour qu’elles ne fâchent jamais de balle mer , ieffiai & la menuife s’y confervent jufqu’au retour de la marée, qui leur donne la facilité de regagner la grande eau.
- „ 239. On lit dans Ykijloiregénérale des voyages 1 in-40, tome XII, page 646, qu’il part des vaiffeaux de la Jamaïque pour pêcher des tortues fur la côte du Mexique & ailleurs , & que quand elles font rendues à la Jamaïque, on les con-ferve vivantes dans des réfervoirs conftruits à la mer.
- Art icle second.
- Des réfervoirs pour conferver en vie des poiffons d'eau douce.
- 240. Les poiffons d’eau douce ont communément la vie plus dure que ceux de mer : d’ailleurs, comme les poiffons de riviere & d’étang font abonaans dans l’intérieur des terres-, où l’on ne peut pas avoir la marée fraîche, chacun elt'engagé à établir chez lui des'réfervoirs, où l’on en trouve dans le befoin. Ces raifons font que les réfervoirs pour les poiffons d’eau douce font plus communs que ceux qui font deftinés à la confervation des poilfons de lu mer, qui ne peuvent être établis qu’à portée de l’eau falée, où i’011 ne peut les couler ver que peu de tems, à caufe de la délicateffe de ces poiffons.
- Petits réfervoirs quon a dans les appartémens par forme d'amnfmmt.
- 241. Outre ce que nous avons rapporté d’après Séneque, les hiftoriens difent que Lucullus avait pouffé la magnificence jufqu’à frire nourrir des poiffons dans des vafes de verre, qu’on.fufpendait dans les {ailes à manger * comme nous fàifons des cages où font de petits oifeaux, pour que les convives, étant à table, euffent la fatisfa&ion de voir envie les mêmes poiffons qu’ils mangeaient avec délices. J’ai auffi vu une efpece de poifîon qui venait de Hollande, qu’on appellait, autant que je puis me le rappcller , Worme-fifck(f 39), qui
- Q 9) C’efl très-probablement le poiflon II n’y en a point qui puilTe fe conferver auffi nommé par Linné Cobitis Taenia ,• S. N. long - tems dans des bouteilles remplies En allemand , StcinbeiJJer, ou IFetterfifçk, d’eau.
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- iubliftait long-tems dans des bouteilles de verre pleines-d’eau 5 & quelques-unes de ces bouteilles avaient en-dedans un globe de verre qui était ouvert; par-deifous, & dans lequel l’eau delà bouteille ne pouvait entrer: en ajufant ces bouteilles fur une cage où il y avait de petits oifeaux , comme des ferins, ils entraient dans ce globe intérieur, où l’on mettait de petits bâtons pour les percher, & en croyait les voir dans l’eau pêle-mêle avec les poilTons.
- 242. Tout le monde a pu voir de petits poilfons dorés de la Chine , qu’on, nourrit dans des vafes de porcelaine. Mais ce font là de purs amufemens : parlons de choies plus utiles.
- Des huches ou petits réfervoirs de bois , quon fait pour t'approvijîonnement a une ma if on , ou dont je fervent les marchands pour leur vente journalière,
- 243. Les bateaux qu’on nomme b afeules, dont nous avons parlé, éequi fervent pour apporter de grandes provisions de poilfons aux endroits ou fou en confomme beaucoup, peuvent être regardés comme des réfervoirs. pu if-qu’ils relient long-tems fur les ports en attendant les acquéreurs 5 & cVil pour cette raifon qu’on les nomme quelquefois boutiques à poijfon.
- 244. Mais les plus bmples de tous ces réfervoirs , font ceux que chacun peut avoir à portée de fa demeure lorfqu’il a une riviere, une fource, ou même une mare où il y ait une profondeur d’eau claire aifez conlidérable, Ces réfervoirs ne font autre chofe qu’une grande caiife faite de planches de chêne, clouées aux angles fur des chevrons de trois ou quatre pouces'd’équarrilfage , précifément comme une grande caiife d’oranger, excepté que ces cailfes doivent avoir un fond de bonnes planches: fans quoi les carpes, les tanches» &c. fe fraieraient bientôt un chemin par-deifous. O11 doit aufli les couvrir avec une trappe fermant à la clef, pour tenir le poiflon à l’abri des voleurs & des loutres , qui ne tarderaient pas à y faire un grand dégât. Ces cailfes font: percées de plusieurs trous, pour que l’eau y entre 8c en forte aifement. Elles doivent, être enfoncées dans l’eau de prefque toute leur hauteur, & être alfu-jetties par de forts pieux qui. entrent dans le terrein , ou par les chevrons des angles qu’on fait excéder le fond d’une couple de pieds , & qui fe terminent en pointe. On y pêche le poilfon avec un truble 5 & comme ces réfervoirs font établis à quatre ou cinq pieds du terrein, on y arrive au moyen d’une planche qu’on jette du rivage fur la caiife.
- 245. Les meuniers, qui ont ordinairement la pêche aux environs de leurs moulins , ont de ces réfervoirs qu’ils nomment huches, dans lefquels ils mettent les poilfons qu’ils ont pris durant la femaine , pour les vendre îorfque l’oceafion fe préfente. Il en eft de même dans les villes deprovinces pour des marchands & des aubergiftes qui achètent le poiflon des pêcheurs, pour le revendre en détail.
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- 246. Quelques feigneurs ont à portée de leurs châteaux, des huches d’une conftruétion plus recherchée, au moyen defquelles on a la facilité de choifir le poiflon à la main, comme s’il était fur une table de cuifine : pour cela, la caiife, dont nous venons de parler, a un double fond mobile , & percé de trous ; au milieu de ce fond mobile eft attaché un montant, comme la queue d’une bonde qui traverfe un chapeau de charpente. Au moyen de cette queue, quand on a ouvert les trappes qui ferment la huche, on éleve le fond mobile jufqu’àla furface de l’eau ; & comme le poiflon eft deflus, 011 peut choifir & prendre à la main celui qu’011 defire; enfuite 011 lailfe defcendre ce fécond fond, & le poiflon qu’011 n’a pas pris rentre dans l’eau fans avoir été fatigué, ce qui eft inévitable quand on pèche avec une truble celui dont a befoin. Ces huches font fort commodes, mais elles coûtent plus que les autres.
- Réfervoirs plus grands, quon fait ordinairement en maçonnerie.
- 247. Il y en a qui ayant un étang à portée de leur maifon, y font au bord dans un endroit où l’eau eft profonde, un retranchement avec des cannes, ou en clayonnage, dans lequel ils dépofentle beau poiflon qu’ils ont pris, foit dans l’étang, foit ailleurs & comme 011 le nourrit en cet endroit, le poiflon de l’étang s’y rendra de lui-même, G. à l’enceinte de ce petit parc on fait des ouvertures qui foient comme le goulet d’une nafle 5 mais l’étang en eft d’autant plus appauvri.
- 248. Quand on eft dans le cas de profiter de la décharge d’un étang, ou des fofles qui entourent un château, & qu’il y a une chiite d’eau un peu confi-dérable, on peut faire de grands réfervoirs, en mettant une petite pelle à la tète, & une autre au bout oppofé. On peut, en ouvrant celle-ci, vuider le réfer voir en un inftant, quand on veut le nettoyer ou prendre du poiflon , & le remplir de même dans le moment, en fermant la pelle de décharge & ouvrant celle de la tète, qui communique avec l’étang, ou les fofles du château. J’ai vu de ces réfervoirs en maçonnerie, où il y avait un compartiment féparé pour les brochets, avec encore un petit pour les anguilles, ainfi que pour les écrevifles , la grande partie étant pour les carpes , les tanches, les vandoifes (40), &c. Quand ces réfervoirs font remplis d’eau vive, les poiflons qui auraient été pris dans la vafe s’y dégorgent, & en peu detems ils deviennent très-bons (41 ).
- 249. Il ne faut pas elpérer que les poiflons augmentent dans ces réfervoirs;
- (40) La |vandoife ou dard eft le Cypri- dans line eau bourbeufe ,il faut les laver
- NUS Lcudfcus , LlNN. On tient que la dans de l’eau bien fraîche, où l’on a fait fon-chair en eft fort faine. dre du fel, & répéter cette opération juf*
- (41) Si l’on veut manger des carpes prifes qu’à ce que l’eau n’en forte plus trouble. «
- ils
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- S e c t. III. De la pêche aux rat eaux, •&€. ^4^
- ils y fublîftent feulement ; & pour qu’ils ne maigriifent point, il faut les nourrir, les carpes & les tanches avec ckf gros pain bis, ou avec du grain qu’on a fait cuire dans de l’eau, & qu’on a pétri avec de la terre gralfe. On, remplit un panfer ou un barril défoncé avec cette terre, & les carpes fucent la terre 8c le grain. De groJfes feves à demi cuites font aufïl fort bonnes à cet ufage. On leur donne encore des fruits qui fe gâtent, hachés menu. Les brochets fe nourriifent avec*cle la blanchaille qu’on prend en pêchant, des grenouilles qu’on leur jette après les avoir déchirées (42), des têtards qu’on peut prendre en grande quantité au bord de l’eau avec une truble, des cœurs de bœufs, &c. Les écreviifes fe nourriifent avec des tripailles de la cuiline. Il elf fur-tout important de nourrir les poilfons dans le tems du frai (43)5 mais on peut s’en dilpenfer l’hiver.
- Des viviers (44).
- 0 £50. Les* viviers font ordinairement de larges fofles , qui ont vingt ou vingt-cinq toifes de longueur, plus ou moins , fuivant la iituation où l’on fe trouve. Il 11e faut pas fe propofer d’y mettre du poilfon pour peupler ou pour y grofîir j c’eft un grand réfervoir où l’on en dépofe quand il eft parvenu à fa grolfeur, & dans lequel on pêche journellement pour la provifion de la maifon feulement. Les viviers ayant plus d’étendue que les réfervoirs dont nous avons parlé précédemment, le poilfon s’y porte mieux, fur - tout quand ils font entretenus par une fource, ou au moins un courant d’eau ; & il eft bon, tant pour y pêcher que pour le nettoyer, qu’on puilfe le vuider en ouvrant une petite vanne. Quand l’eau du vivier ne fe renouvelle pas, la carpe 8c la tanche y" prennent un goût de vafe : en ce cas il faut, avant de les employer à la cui-ïine, les faire dégorger dans une eau vive.
- 2^r. Si l’on mettait quelques carpes dans des folfes qui fe trouvent au milieu des pâtures , il eft d’expérience qu’elles y groffiraient promptement ; mais ce moyen n’eft guere praticable, parce qu’elles y feraient expofées à être volées. Il ne faut pas mettre dans un vivier trop de carpes, proportionnellement à fa grandeur ; elles y maigriraient, à moins qu’on n’eùt foin de les nourrir, ce qui exigerait une dépenfe d’autant plus conlidérable, que le vivier ferait plus rempli de poilfon. La perche, la tanche, le gardon, y proféreront mieux que la carpe , & le brochet y grofîira beaucoup, tant qu’il y aura du poilfon dans le vivier 5 mais ce fera aux dépens des autres poilfons. Si c’étaient
- (4.2) Le brochet ne mange guere les gre- mangent pas ; mais ils ont un appétit plus nouilles déchirées. Il faut qu’il les attrape vorace après que ce tems eft palTé. vivantes. (44) En allemand, Fifchgrâben.,
- (4$) Dans le tems du frai, les poilfons ne Tome
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- He
- t. r * t ' ..
- de petits brochets V ils ne pourraient manger que'les petits poinons j mais les
- brochets carreaux détruiront tout : je pxiis en parler d’après fnà propre expérience. J’avais mis une trentaine de jolies carpes dans un vivier’: on prit dans la riviere un beau brochet carreau, qu’on mitdans le même vivier : on le pêcha au bout de deux mois ; mais il était feul : il avait mangé toutes les carpes. Il eft vrai que c’était un manger excellent, mais qui me coûtait'cher. v - !
- 2'!)7r.~ Pendant ^que nous fommes occupés des viviers , je dois rapporter un accident'quim’elt arrivé, pour qu’on évite de fe trouver dans le même c'as. J’avais fait-’ouvrir un vivier parallèlement à une riviere, ayant ménagé entre la riviere & le vivier une allée de fept à huit toifes de largeur. Le delfus dé cette allée était de terre franche, & rapportée ; mais k delïous était la terredè marais qu’on y.avait lailfée. Je mis de belles carpes dans ce vivier, & l’on fe divertiifait à les voir fe difputerJe pain qu’on leur jetait; mais mes carpes, à force d’entamer dans la terre de marais , parvinrent à traverfer toute l’allée", & à gagner la riviere. On y en prit.quelques-unes, mais la plus grande partie fut perdue pour moi ; & ne fâchant pas où trouver les routes qu’elles s’étaient formées , j’ai été obligé de combler ce vivier. Cela ne ferait pas arrivé à lî la levée qui féparait mon vivier de la riviere, avait été dans toute fon épait feur, de terre franche bien battue & foulée à la dame.
- 253. Ce que je viens de dire des viviers, par rapport au progrès du poiifon, a fon application aux foiTés qui ento urent les châteaux. Le poiifon que j’avais dans les miens ayant beaucoup multiplié , mes folfés étaient pleins de fretin j pour le détruire, je dis qu’onÿ mît quelques brochets mâles. Apparemment que ceux que j’avais chargés de cette commiffiony ont mis aulli des femelles j car les brochets s’y font beaucoup multipliés, & ont détruit tous les autres poilfons.
- 254. Quand ou fait des viviers, des folfés mèmeautopr des châteaux, il
- faut leur donner une grande profondeur d’eau 5/ians quoi les fortes . gelées d’hiver feraient périr le poiifon. Nous en parlerons dans la fuite., . , . -
- De la cajiration des poijfons. ;
- Ce que nous venons de dire des réfervoirs où l’on nourrit les poit fons, nous engage à parler d’un moyen qu’on a propofé pour rendre leur chair plus délicate. Malheureufement nous ne pouvons pas parler ici d’après nos propres obfervations : les endroits où j’aurais pu elfayer les moyens qu’on a propofés, étant remplis de brochets, il ne nous a pas été poffible de tenter des expériences fur les poilfons dont on prétend avoir rendu la chair plus délicate, au moyen de la caftration. Je fuis donc obligé de me reftreindre à rapporter ce quia été fait à ce fujet»
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- 2?6. Voici ce qu’on lit dans Yhijloire de Vacadémie royale desfcîences, année 1742, page 31.
- 257. M. Sloane a écrit à l’académie , qu’un inconnu l’était venu voir pour lui communiquer le fecret qu’il avait trouvé de châtrer les poilfons, & les engraiiTer par ce moyen.
- 2f8. Cet homme qui n’était au commencement qu’un faifeur de filets, & qui.réfidait à cinq ou fix lieues de la maifon de campagne de M. Sloane, s’étant rendu habile à connaître & à nourrir les poilfons , était parvenu à en faire un commerce conlidérable. La fingulariré du fait excita la curiofité du lavant naturalifte, & le marchand de poilfons lui offrit d’en faire l’effai fous fes yeux : il fut chercher huit corniches > efpece de petites carpes qu’on avait apportées depuis peu de Hambourg en Angleterre : il les avait mifes , pour les tranfporter, dans de grandes veilles pleines d’eau , qu’il avait renouvcllce une ou deux fois en chemin : d’abord il difféqua une de ces carpes en préfence de M. Sloane, & lui montra l’ovaire avec fon conduit, qui s’ouvre dans la partie qu’011 appelle le cloaque. Il fit enfuite P opération de la caftration fur une fécondé carpe, en lui ouvrant l’ovaire , & en rempliffant la plaie avec un morceau de chapeau noir. La carpe châtrée ayant été remife avec les fix qui reliaient, parut nager avec un peu moins de facilité que les autres. On les jeta dans le baffin du jardin de M. Sloane , dont l’eau eft renouvcllée par une riviere.
- 2^9. Ce marchand de poilfons, nommé Samuel Tull, promit à M. Sloane de lui faire manger de ce poiffon au printems, qu’il affure être d’un goût excellent, & furpaffer les autres en délicateffe, autant qu’une poularde furpalfe un coq; ou un bœuf, un taureau,
- 260. Voila tout ce que M. Sloane nous a communiqué ;& j’avoue que, quoique j’aie regardé ce procédé comme digne d’ètre imité, je n’ai rien fait à ce fujet pour les raifons que j’ai rapportées. Mais je vais placer ici ce qu’a fait à.ce fujet M. le baron de la Tour-d’Aigues.
- 261. Ce zélé citoyen fait exécuter dans fes terres & fuivre avec beaucoup dé foin tout ce qu’il voit annoncer comme utile au bien public. Je vais copier fa lettre.
- 262. Il eft très-vrai que j’ai effayé la caftration des poilfons ; rien n’eft IL
- aifé, & cette opération n’eft pas plus difficile fur ces animaux, & peut-être moins dangereufe que fur tous autres : car je puis vous affurer que fur plus de • d.eux cen.ts.carpes que j’ai fait opérer, il 11’en eft pas mort quatre. Voici le détail de l’opération. 1 ' ‘
- 263. Il faut être mimi de deux biftouris, un, recourbé & coupant par la
- partie convexe , & un droit ; ce dernier doit être terminé par un bouton ré-fervé à la pointe , en outre , d’un.ftilet ou fil d’argent allez fort, terminé à un de fes bouts par un petit bouton ; & à cette extrémité, il doit former un. petit crochet, ij
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- 264.. Pour faire l’opération, on prend une carpe : plus elte eft groife, & plus l’opération eft aifée. On peut opérer fur les deux fexes j mais avec plus de facilité fur les carpes mâles que fur les femelles, parce que les vaiifeaux fpermatiques font plus en état de réfifter.
- 26 f. On prend donc une carpe d’une livre 11 l’on veut, 011 l’enveloppe d’un linge , on la couche fur le dos, & 011 la tient en cet état entre les genoux ; alors avec le biftouri courbe, 011 entame les écailles &la peau, précifément entre l’anus & tes nageoires du ventre, prenant garde d’entamer les entrailles , eiî entrant trop avant. Cette ouverture étant faite, & ayant ouvert la capacité du ventre, on prend le biftouri droit, qu’on y enfonce fans craindre de bleifer les vifceres , à caufe du bouton qui le termine , & l’on ouvre tout l’efpace compris entre l’anus & les nageoires ; alors avec le petit crochet d’argent qu’on plonge dans le ventre, on tire le conduit des urines , & en même teijis les vaiifeaux fpermatiques qui viennent aboutir à l’anus.
- 266. Dans les poilfons, les vaiifeaux fpermatiques partent de l'ovaire, & accompagnent l’uretre & le reélum,un d’un côté & l’autre de l’autre, & il faut avoir grande attention de ménager ces deux organes ; pour cela, il faut en féparer les deux vaiifeaux fpermatiques l’un après l’autre avec une tenette, & on en coupera trois à quatre lignes, pour empêcher qu’ils ne puiifent fe rejoindre ; enfuite avec une aiguille & du fil on rapproche les levres de la plaie par un point de future , & 011 remet le poiifon à l’eau. Dès que l’uretre & le. redum ne feront point oifenfés, tout ira bien. J’en ai gardé plufieurs dans des réfervoirs jufqu’à parfaite guérifon, ce qui va ordinairement à trois femai-nes, & il m’a paru que ces plaies fe guériifaient plus promptement aux poilfons qu’aux autres animaux.
- 267. C’est, autant que je puis m’en fouvenir, l’opération allemande que je viens de décrire. J’ai aufft eifayé l’opération anglaife , dont il eft parlé dans les mémoires de l’académie ( 45 ), & j’ai eu des fuccès. Elle fe fait en ouvrant le ventre du poiifon par le côté, mais on ne peut pas fi bien diftinguer les trois conduits : de plus, à celle-ci, il ferait difficile de recoudre la plaie ; c’eft pourquoi iis fe contentent d’introduire dans la plaie un morceau de feutre, pour empêcher l’eau d’entrer dans la capacité de l’abdomen. Voilà toute l’opération^ & pourvu qu’on parvienne à ne pas endommager le conduit de l’urine, on peut être aifuré que le poiifon guérira promptement : il faut rarement plus de trois femaines , pour que la plaie foit bien cicatrifée, ce que j’ai remarqué dans ceux que j’ai confervés ce temsdansle réfervoir.
- 268- A l’égard des grands avantages qui doivent réfuiter de cette opéra-
- (49) Voyez philqfophical tranfaHiom, ann. 1754. The britifch magazine, an». 3765 , janv. nQ< IV*
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- tîon, je ne puis rien vous en affurer de pofitif, parce que je les ai toutes mifes dans mon étang, qui n’eft jamais pèche à fond, & que je n’ai pu les diftin-, guer dans la grande quantité de poiiïon qui y eft ; mais vous pouvez être cet% tain qu’il eft plus aifé de châtrer un poiifon qu’un chapon.
- 269. C’est ce dont on eft redevable à M. de la Tour-d’Aigues : & ce point eft capital (46); car comme il eft très-probable qu’un animal qui n’çft point occupé de la multiplication de fon efpece , engrailie plus qu’un autre , avec les inftru étions que donne M. de la Tour, chacun pourra faire des effais qui probablement ne feront point înfrudueux ( 47 ).
- A R T î C L E T R O I S I E M E.
- j Des étangs,
- 270. Les étangs font’des pièces d’eau qui different des réfervoirs & des viviers, en ce que le poifïbn-y groffit, & s’y multiplie fans qu’on foit obligé de le nourrir; il doit y trouver fa fubliftance. On ne peut guere mettre au nombre des étangs , des trous ou des mares très-profondes , qui ne tarifent jamais. Cependant, fi l’on y jette dix à douze carpes couvées, avec trois ou quatre laitées, on pourra fe procurer plufîeurs milliers de feuille ou d’alvin, pourvu qu’il n’y ait ni brochets ni perches, & qu’011 n’y envoie pas les bef tiaux laver & boire ( 48 ). Ainfi l’on peut tirer un parti avantageux de ces mares : il eft vrai qu’il fera plus ou moins considérable,‘ fuivant leur étendue, la bonté de l’eau & celle du terrein ; car fans que nouspuiftions en dire la raifon , il eft certain que ces conditions importent beaucoup au fuccès du poiifon , puift qu’il eft d’expérience queles poilfons réuftllfent beaucoup mieux dans certains étangs que dans d’autres, quoiqu’on n’y apperçoive pas de différence fenfiblç,
- 271. Une condition qui eft encore importante pour tirer un parti avantageux des mares dont nous parlons , & fur laquelle on 11e peut rien établir de précis, c’eft la quantité de poiffon qu’il faut y mettre ; car fi l’on en met trpp
- (4<ff Ce point eft capital pour les friands,
- & voilà tout,
- (47) Des carpes bien nourries engraiflent aflez fans ce moyen cruel. Je trouve dans Perham , liv. I, chap. T , note ç . une maniéré d’engraifler les carpes, qui eft affez commune en Hollande & en Angleterre, 44 A y, la cave, ou dans quelqu’autre endroit 3, frais , on les fufpend dans de petits filets,
- >, enforte que la tête de l’animal forte hors >3 du filet. De cette maniéré on les garde
- ,3 Iong-tems en vie, en les nourriffimt de „ pain blanc trempé dans du lait, „ On peut fe pofler de toutes ces inventions. Les carpes nourries d’orge bouillie font d’auflt bon bouillon que le bœuf. La courge les engraifie aufli fort bien.
- ( 4g ' Les mares fe peuplent d’elles-mêmes. 11 ne fierait ras expédient de les peur pler de carres , fi les eaux bailTent en été , comme cela eft aflez ordinaire-
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- peu, relativement à leur étendue, les carpes y-groJjfîront, elles y engraineront & ne donneront que peu ou point de peuple. Si l’oq.en^met trop , elles-fourniront beaucoup de menuife, mais qui fera maigre & mal conditionnée j de forte qu’on perdrait fon tems à vouloir empoiflônner mi étang avec cet alvin : on n’en obtiendrait que du poiffon qui aurait une groile tète, un corps très-effilé, point de ventre, & le dos renflé. ,
- 272. A l’égard des vrais étangs, dont il s’agit dansent, article, ce font des
- pièces d’eau plus ou moins grandes , qui ne doivent jamais féclier, & qu’on doit être maître de vuider quand on le juge à propos.-r : bü
- Des étangs en général (49)* ,T >
- 273. Il y a des étangs de bien des efpeces différentes, fuivant leur fitua-tion, leur étendue , & la nature des eaux qui s’y rendent : nous effaierons d’éclaircir cet objet intéreffant dans des paragraphes particuliers ; mais on peut dire en général que comme on doit être maître de viiider un étang j lorfqu’on veut le pêcher, il eftnéceffaire qu’il foit affis fur.düii'terrein.en pente. A la partie qu’on nomme la tête de ü étang, on doit faire,une levée bien folide, qui retienne l’eau ,& l’oblige de s’accumuler pour, former la niaffe d’eau qui eft eifentielle à l’étang. Mais il faut que derrière cettç levée ou chauffée, le terrein foit en pente, pour que les eaux s’écoulent aifément, quand on vuide l’étang. Au milieu de cette chauffée, il doit y avoir une décharge qu’on puiffe ouvrir lorfqu’on veut vuider l’étang. Àinli unjcôté de la chaüflée'doit être à la partie la plus baffe de l’étang ; & le terrein qui eft de l’autre»côté1 de la» chauffée, doitf être encore plus bas pour l’écoulement'des eaux. » V.i .
- 274. Quand on veut faire un étang, il faut d’abord examiner fi l’on eft propriétaire de toute l’étendue du terrein qui fera couvert d’eàuy car fi dans des tems de grandes eaux, qui font ordinairement les plusbfavorables aux poiifons , l’eau s’étendait fur des terres qui n’appartiendraient point au propriétaire de l’étang, fuffent des pâturages, ce particulier pourrait forcer le propriétaire de l’étang d’ouvrir la bondeY pour tirer l’eau.de l’étang, jufqu’à ce qu’il n’en fat plus incommodé. Ce n’eftpas tout : il faut s’affurer fi, quand on vuidera l’étang pour le pêcher , on n’endommâgèrâL pas les terres!de quel-,,
- t < _ * 3 •
- (49^ Voyez fur les étangs, mémoires de les .étangs de carpes. Leopolds JBinleitung T académie deSuede, part. XXX, p. 182. indieLandwirthfchafft, pag. Ç27 & fuiv., On y trouve un extrait des diverfes pièces . OçconomiJche Nachriçhtcnpart. IIpp. is~ qu’on a données fur la queftion propofée par &f\xivrSchreberneuçiSammlung ôkoi\omxo l’académie : Quelle eft la meilleure maniéréSdiriftaj \ parti IL, p. zzi.i-Scfireber Lehr-., déformer & d'entretenir les étangs ? Voyez bcgrijf dcr CanmieralwiJJênfchafteapart.,. encore magazin danois norvégien, 1.1. Il , page 454. - j
- On y trouve une differtation allemande fur " .
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- ques pattiçuliers, qui auraient droit de demander des dédommagemens : d’où il réfulterait des procès q,ui abforberaient tout le profit de la pêche.
- 27 f. Ayant prêté une linguliere attention à ces points importans, il faut: de plusconfidérer fi la terre qui fera occupée par l’étang, ne ferait pas plus profitable en la labourant, pu la mettant en pré : car en ce cas la dépenfe qu’on ferait pour établir l’étang ferait employée à diminuer fon revenu ; & comme il y a des étangs dont rétablilfement coûte beaucoup plus que d’autres , il eft prudent d’arrêter-un projet, & de faire un devis eftimatif, pour être en état de prendre fagement fon parti. Toutes ces chofes font des prévoyances économiques que tout homme fenfé ne doit pas négliger : mais les points qui doivent plus particuliérement nous occuper, font ceux qui importent à la réulfite de l’entreprife,
- ; De Pajji&ttc des étangs„
- 276- D’après ce que nous avons déjà dit, on conçoit que les étangs doivent être placés dans un endrpitbas, large & fpaçieux, où l’eau fe rende de toutes parts. Il y en a qui font trayerfés par une petite riviere qui eft quelquefois allez abondante pour faire tourner un moulin à-la décharge. Les poilfons fe plaifent finguliérementbien dans ces étangs, & ils y font excellens, On peut en dire autant de ceux où il fe rend tnt petit ruilfeau qui eft trop peu confidé-rable pour faire tournerun moulin. Ces derniers étangs ont même cet avantage , qu’ordinairement l’ean de ces ruifleaux étant très-claire, 11e porte point de vafe dans l’étang ; au lieu que les rivières un peu fortes étant fujettes à déborder, entraînent prefque toujours beaucoup de vafe qui comble l’étang. Dans ce cas, il me paraîtrait à propos de détourner la riviere, pour la faire palier le Iqng de l’étang ; & comme fon lit en ferait féparé , on prendrait l’eau feulement quand on en aurait befoin, en ouvrant une vanne : ce qui ferait d’une grande utilité, fur-tout dans les étés fecs, où l’eau baillant, le poilfon fouffre dans beaucoup d’étangs qui n’ont pas la relfource d’un ruilfeau pu d’une riyie-re, pour y entretenir une quantité d’eau convenable. Il eft fuperflu d’avertir ,qu’il faudrait que la levée qui ferait entre la riviere & l’étang, fût allez haute pour que les plus grandes eaux ne pulfent palier par-delfus ; car en ce ças on perdrait tout fan poilfon.
- 277. Si Ton pouvait dilpofer d’un petit ruilfeau d’eau claire, on le Iaif-ferait traverfer l’étang; mais à fon entrée, on mettrait une grille pour arrêter le poilfon, qui ne manquerait pas de remonter dans le ruilfeau, au grand préjudice de l’étang.
- 278- Les cas que nous venons de rapporter font rares, & la plupart des étangs reçoivent leurs eaux de l’égout des terres , principalement de quelques forêts, ou de quelques montagnes voifines. En ce cas, il faut pratiquer des
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- folfés qui aillent de tous côtés ralfembler l’eau qui s’amalfe dans les terres,& les mares qui fe forment dans des endroits plus élevés' que l’etang; & fi l’on eft allez heureux pour rencontrer chemin failànt quelques fources, on ne manquera pas d’en profiter.
- 279. Autant qu’on le pourra 5 on fera enforte que toutes ces faignees fe raflemblent avant d’entrer dans l’étang , pour qu’on puiflèy mettrê une grille qui empêche le poilfon d’enfortir * même dans les plus grandes eaux.
- 280. Nous l’avons déjà dit, il faut qu’il y ait une pente régulière depuis le fond de l’étang jufqu’à la chauffée , oq doit être la plus grande profondeur d’eau : ainfi, s’il fè rencontrait quelqu’élévation dans l’emplacement de l’étang, il faudrait l’ôter, & emporter les déblais dans les endroits bas * ou, s’il n’y en avait pas, les conferver pour former la chauffée, comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- 281. Ce n’eft pas tout : comme il eft très-important, pour pêcher l’étang,* que toute l’eau s’écoule par ce qu’on appelle la bonde , on fera dans toute la longueur de l’étang un folle , avec des embranchemeris qui s’étendront fur les côtés à droite & à gauche * aboutilfant à celui du milieu , pour que toutes les eaux s’y rendent quand on vuidera l’étang, lorfqu’on voudra le pêcher. Mais il ne faut pas lailfer la terre qü’011 tirera des folfés fur les bords en forme de berge ; car , ou elle retomberait dans les folfés qu’elle comblerait, ou elle formerait une élévation qui empêcherait l’eau de fe rendre dans les folfés. Il faut donc enlever cette terre avec des tombereaux, & la dépofer dans les endroits bas , ou l’accumuler à la tète de l’étang, où l’on doit faire la chaulfée.
- 282. En faifant cës travaux, on reconnaîtra la nature duterrein. Si c’eft iine terre gralfe &argilleufe, ou un fable fort gras mêlé de glaife, 011 pourra être certain que l’eau 11e s’y perdra pas s mais fi c’était un fond de roche, ou de pierres remplies de délits (50) , ainfi qu’un tuf très-graveleux, il ne faudrait pas s’engager dans la dépenfe de la chaulfée , fans setre alluré que ce terrein tiendra l’eau : ce qu’on reconnaîtra en examinant fi l’eau qui s’amalfe dans les enfoncemens traverfe le terrein, ou ne fe dilfipe que par l’évaporation (si).
- 283* Il eft bien avantageux que le terrein foit relevé des deux côtés dans la partie où l’on doit établir la chaulfée, afin qu’on puilfe la faire plus folide-
- (ço) S’il y a des pierres ou de la terre cal- (çî) Lorfquê l’on créufe un étang, oh Caire au fond de l’étang, la qualité du poif* qu’on le nettoie , il faut.fur-tout faire atten-fon en fouffrira. La chair en devient rougeâ- \ tion au terrein du fond. Si c’eft un fond de tre ; les carpes perdent leurs écailles & con- fable , l’eau s’y perd, & l’étang eft bientôt à tractent un mauvais goût. Voyez Schreber , fec. Il faut fe garder de Creufer l’étang trop Hûllifchè Sammtung ôcotiomifkfier Schrif- profond. V. Wigands, Landwirthïfchafft, tèn, part. 1, pag. 91. pag. 319.
- ment,
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- ment, & à moins de frais. Pour fe former l’idée d’1111 lieu très-avantageux, imaginons donc celui qui ferait litué entre deux coteaux qui fe rapprocheraient l’un de l’autre à l’endroit où doit être la tête de l’étang : étant ainfi naturellement creufé , & la longueur de la chauffée ne devant pas être confidéra-ble, on ne s’engagerait pas dans une grande dépenfe.
- De la chauffée.
- 284- La chaufféeeftune élévation de terre, qu’on fait à la tète de l’étang pour y retenir l’eau 5 de forte qu’à cet endroit, qui doit être le plus profond de l’étang, il faut qu’il y ait dix ou douze pieds d’épaifleur d’eau (y2) ; car s’il n’y en avait que quatre à cinq pieds , Je poiffon foutfrirait lorfque l’eau diminue par les lecherefles de l’été, & aufîi en hiver s’il Parvenait de fortes gelées avant que l’eau fût revenue dans l’étang. Je dis que la chauifée doit être à l’endroit le plus profond de l’étang ; car on fe fouviendra qu’il ne faut pas qu’elle foit placée dans l’endroit le plus bas du terrein , puifqu’il doit y avoir derrière, un terrein bas, qu’011 nomme la foffe (53) , & qui eft néceftaire pour l’écoulement des eaux, lorfqu’on vuide l’étang. En un mot, le point le plus important pour un étang, eft d’avoir beaucoup d’eau, tant en profondeur qu’en étendue (A4). E11 profondeur, pour défendre le poilfon des chaleurs de l’été, des gelées de l’hiver, & de la rapine des animaux voraces , oifeaux ou quadrupèdes. Et il faut être perfuadé qu’un étang qui a cinquante arpens d’eau au printems quand il eft plein, n’en aura communément que vingt-cinq ou trente à la fin de l’été, à moins qu’il ne foit alimenté par un ruif-feau (ff). C’eft cependant durant les chaleurs que les poiiïbns profitent le plus, & qu’ils ontbefoin de plus de nourriture.
- 28T- A l’égard de l’étendue de l’étang, elle eft toujours avantageufe. Le poiflon y trouve plus de quoi fe nourrir ; il s’égaie en grande eau, & il y profi pere mieux de toute façon (^6).
- 286. Il eft certain qu’on ferait une excellente chauffée en élevant du côté de l’étang un bon mur de terralfe avec de la pierre dure & de bon mortier , qu’011 épaulerait par-derriere avec des terres graifies. Mais dans les endroits où il y a
- (S2) Cette quantité d’eau ne fuffirait pas pour de grands étangs.
- (5 O Cela n’eft pas abfolument néceftaire. Lorfqu’on n’a pas allez de pente pour l’écoulement de l’étang , on y fupplée au moyen d’un fofte creufé derrière la chauffée.
- (54.) Il faut confulter ici la nature du terrein ; mais l’art doit aider la nature.
- Tome F»
- (y s) Ou qu’il ne renferme quelques four-ces abondantes. Des étangs qui perdent une fi grande quantité d’eau , ne font pas d’un rapport fort confidérable. 11 faut régler là-deffus les avances que l’on y fait.
- (y 6) Cela eft vrai des étangs d’eau dormante ; mais il n’en eft pas ainfi de ceux où l’eau fe renouvelle.
- A a a a
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- beaucoup de glaife & de fable gras, on ne trouve pas ordinairement des pierres ; & quand on en trouverait, la dépenfe d’un mur bien conftruit ferait conüdérable. Il eft vrai que, comme au moyen du mur on eft diipenfé de faire la chauffée fort épaiffe, on épargnerait quelque chofe fur le tranfport des terres ; mais cette économie ne compenferait pas la dépenfe du mur. Au refte > de quelque façon qu’on faifc la chaulfée , il ne faut pas l’établir fur des rofeaux & des terres de marais ; il convient de chercher le fable, (57) ou la glaife , en un mot, un terrein ferme.
- 287. Pour faire une chauffée en terre, les curures d’étangs & les terres des. marais (58) ne valent rien, non plus que du fable pur, ou des terres remplies de pierres: la terre franche eft la meilleure. L’argille ou un fable fort gras» c’eft-à-dire du fable qui, étant allié de glaife, peut prendre du corps , font très-bons.
- 288- Dans les tems où les bois étaient à vil prix, on a fait de très-bonnes chauffées en arrangeant des morceaux de bois ronds les uns furies autres» comme 011 le fait dans les chantiers » & mettant entre chaque morceau de bois de la terre franche bien battue. Ces jetées étaient excellentes 5 on en connaît encore, qui ayant été conftruites de cette façon, fubftftent depuis long-tems, parce que le bois 11e fe pourrit point dans l’eau , & dans les terres très - humides. Mais maintenant les bois font trop rares & trop chers: pour qu’on s’avife d’adopter une conftruction qui en fait une confomniation énorme.
- 289. Il faut avoir foin que l’épaiffeur de la chauffée foit proportionnée à la hauteur. Quand elle 11e doit point fournir de chemin, 011 lui donne par en-haut ftx pieds de largeur ( neuf à dix feraient mieux ); & comme il faut qu’elle ait de chaque côté au moins, un pied de retraite par toile de hauteur » fi elle a douze pieds de hauteur & lix ou huit pieds de largeur en-haut, on lui donnera dix à douze pieds de largeur par le bas (59). Si au contraire elle eff deftinée à fervir de chemin, elle aura vingt-huit à trente pieds de largeur par en-haut, & davantage par en-bas » proportionnellement au fruit quelle doit avoir.
- 290. Pour la conftruire en terre auffi folidement qu’il eft poftible, on forme des elpeces de paremens de muraille avec des gazons épais, mettant l’herbe
- (S 7) Un fond de fable n’eft pas affez fa-Iide pour affurer la chauffée. On peut remédier à ce défaut en garniffant le pied de la chauffée de forts quartiers de roc , ou en la revêtant de part & d’autre de trois couches de gafon.
- (5 8; Voyez menu de /’academie royale
- des feiemes de Sucde, part. XXVI, p. 270» où l’on décrit une chauffée faite avec des tourbes.
- (99) La hauteur'& la largeur de la chauffée dort être déterminée par la grandeur de l’étang , par la profondeur & La preüion de l’eau.
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- en-dehors. Ceux où il y a du petit jonc font bons , cependant il ne faut pas les lever dans un endroit marécageux5 on les place de fuite & par lits, comme les pierres de paremens d’un mur 5 011 remplit l’entre-deux de ces pare-mens de gazons , dans toute la largeur de la chauffée, avec de la terre qui ne doit pas être détrempée comme du mortier, mais qui doit être alfez humide pour fe pétrir & faire corps quand 011 la pilonnera avec la dame ou la batte. Ainfi , à mefure que les ouvriers placeront bien d’alignement, & obfervantle fruit qu’on aprefcrit, les gazons tant du côté de l’étang que du côté oppofé, d’autres ouvriers rempliront l’entre-deux des paremens avec de la terre. Ils la drefferont; & quand ils auront mis un demi pied d’épaiifeur, ils la fouleront avec la batte. Si elle ne fe pêtrilfait pas, ils l’arroferaient un peu; & ils continueront'cette manœuvre jufqu’à ce que la chauffée loit alfez haute pour que l’étang étant plein , l’eau ne paife pas par-deffus. Gn choifira les meilleurs gazons pour mettre du côté de l’étang, & l’on aura foin que le deifus de la chaulfée aille un peu en pente, ou en dos de bahut, pour que les eaux de pluie 11e féjournent pas deifus. Si l’on fait cette chaulfée dans un endroit où il y ait des pierres , on fera bien d’en paver le deifus avec des pierres grolfes ou petites, & du fable : ce qui fera fuffifant, parce qu’il 11e faut pas permettre aux voitures de paifer deifus, le pavé 11’étant que pour empêcher les eaux de pluie de dégrader la chaulfée. Mais fi l’on eftalfervi à fournir un chemin public, la chaulfée fera couverte de bons pavés , comme celles des grands chemins. Quand on 11e pavera pas le deifus de la chaulfée, on y rapportera du gazon , ou l’on y femera de l’herbe. Il y en a qui confeillent de planter des arbres fur les chauffées, pour que leurs racines affermiffent les terres. Nous ne fournies point de cet avis : car fi l’on tient ces arbres en têtards , ils fe creuferont & fourniront des retraites aux loutres , aux rats d’eau , & à d’autres animaux voraces. Si 011 les éleve à haute tige , les vents les renverferont, les racines fouleveront la terre & endommageront la chaulfée (60). Je crois donc qu’il n’y faut mettre que des arbriifeaux (61), tels que le jonc marin. Voilà ce qui regarde la conitruétion de la chaulfée (62) ; mais il y a des attentions particulières , qu’il ne faut pas négliger pour avoir un bon étang. Nous allons en parler dans les paragraphes fuivans.
- (60) Les racines des arbres diminuent beaucoup la folidité d’une chauffée.
- (61) Les arbriifeaux ne valent rien pour affermir une chauffée. Rien de mieux que des herbes qui étendent leurs racines fous la terre.
- (62) Voyez fur la conftruétion des chauf-
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- fées , la diflertation couronnée de M. Hube, fur la meilleure maniéré de conftruire les chauffées.IDanzig, 1767. En allem. Schre-ber neue Caméra!fehr ift en, part. IX, pag. 112 , Hannovcrij'c/ie nützliche Sattunlun. gen, 17sS, pag. 1122.
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- TRAITE' B Jhf $ -E C H Æ &
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- 291. Il eft à propos, pour pêcher les y ait auprès de là bonde*
- où il doit y avoir le plus d’eau, un endroit encore plus profond'quelle reftç.* dans lequel, quand 011 pêche , tout le poiffon de i’étang |pit fe rendfe/à mê-1 fure que l’eau s’écoule. On creufe donc auprès de la. bonde une étendue de , terrein qui doit avoir deux ou trois pieds de profondeur de plus que le reftey & cet endroit qu’011 nomme lapoêle (63), doit avoir au moins autant de pieds, fur chaque face, que l’étang a d’arpens. Si l’é&mg'eilde cgjtarpens , la poêle aura cent pieds de longueur fur une pareille dafgeur/SÇ^mme cet endroit où l’eau eft profonde fournit une retraite au p oiffojiÿîopfqù’il gele, & par les grandes chaleurs , il eft bon de lui donner ;phtsf|ffét£nmie'' qu’il n’eft^né-ceiîàire pour la pèche de l’étang. D’ailleurs , la tèrjêr&lqfl'tixç, de cet endroit fert à former la chauffée ; & comme elle eft à porte^^Ie exige point les frais, de tranfport. Il eft bon qu’il y ait autour de l’étang^Mesendroits où le.terreur, au lieu d’être efcarpé, foit en pente douce , afin que le poiffon puiife dans certains tems s’égayer fur l’herbe. Cela eft fur-toütimporfant au£’étang;s qu’on fait pour avoir de l’alvin. y • '"-v •
- De la bonds.
- 292. En conftruifant la chauffée de l’étang pour retenir l’eau, il faut ménager au milieu un endroit qu’011 puiffe ouvrir pour laiffer écouler l’eau, lorfqu’on veut pêcher 1 étang. O11 pourrait y pratiquer une vanne, ou une pelle (64) , femblable à celles qu’011 met aux chauffées des moulins. Mais comme cet ajuftement perd toujours un peu d’eau , parce que les planches qui touchent à l’eau feulement d’un côté , fe déjettent & fe coffinent en diffé-rens feus, 011 préféré donc d’y mettre une bonde (pi III, fig. 2 ) , dont nous allons donner la defcription fort en détail, parce qu’il eft important qu’elle foit bien faite, & que les plus habiles charpentiers font fujets à commettre des. fuites qu’011 11e peut réparer qu’à grands frais.
- 293. La bonde (6 fi) eft formée d’une auge A (fig. 2), qui eft affujettie fur un patin de charpente B ; du pilon C, dont la queue traverlè l’entreroife D , & le chapeau E. Ces pieQes font alfemblées avec les jumelles F , qui répondent par le bout d’en-bas au patin , & par celui d’en-haut au chapeau E , & elles
- (6?) En allemand, der KcJJel. Sa gran» nés, de bon bois bien fec, on ne doit pas deur doit être proportionnée à celle de l’é- craindre qu’il fe déjette. Les bondes ont tang & à la quantité de poiffbn qu’on y peut l’avantage de ne pouvoir p.as être ouvertes mettre. auff facilement par les mal-intentionnés*
- (64) Sî l’on emploie , pour faire les,van- (65) En allemand, der Ablajs.
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- font fermement affijjetties au patin par les liens G. Une des figures repréfente la bonde , vue.du côté de l’étang; 6n y voit des planches H, clouées fur les liens j & percées de trous , pou.rp-lôrfqu’on laiffe échapper l’eau, retenir le poiifon -dans la poêle, & empêchef qu’il ne paife de l’autre côté de la chauffée. C’eft c'e qu’on nomme la cage (66
- 294. L’auge A , eft faite d’un gros corps d’arbre de chêne bien fain, franc .d’aubier, fans roulures., gelivures, ni cadranures au cœur; elle doit être creufée en gouttière , depuis a jiffqu a b ; & la tête ac, qui eft du même morceau , eft creufée...en-d.e,ffqiis jufqu’au-deià du trou d. Cette piece doit nécef-iàirément. être for-ij gfo^ë:,\pôiir que les joues qui bordent l’auge, aient au •mioins trois pouçe^d’.i|pffeur',. & qu’à la tête qui eft dans l’étang il refte quatre àoinq pouces dl^bofs afftpur du trou d, qui reçoit le pilon.
- 295//IL eft tres-ini^cbÿit.jbu’il n’y ait aucune roulure ni gelivure à la tête. 4A l’égard des fentesfelle'svfé rciferrent quand la piece eft dans l’eau; mais il rfien 'eft pas de même desvgelivures & des roulures ; & comme il eft bien dftficiie de trouver rifaintenant de grolfes pièces de bois exemptes de ces défauts., on mettra à ce bout, de la moufle feche, qu’on retiendra par une plaque de plomb laminé qu’on clouera fur la tète de l’auge ( 67).
- 296. Comme il faut que la partie a b traverfe toute l’épaiffeur de la chauffée à fa bafe., on eft prefque toujours obligé de faire cette gouttière de plu-ileurs morceaux (68 )• Le charpentier les affemblera le mieux qui lui fera poihble, <Sc 011 mettra fur les jointures par-dehors , de la mouffe qu’on retiendra par une bande de plomb laminé , qui fera affujettie avec des clous. Comme le pilon fait l’effort d’un coin en entrant dans le trou d de la bonde, il fera bon , pour empêcher que cette tète 11e fe fende, de fortifier cette partie par deux étriers de fer , un qu’on mettra en a, & l’autre en c. La partie de l’auge depuis a jufqu’à b, qui traverfe la chauffée, doit être recouverte, non pas par des planches de long, mais avec ce qu’on nomme des pelotons. Ce font des bouts de membrures de chêne très-fain , de trois pouces d’épaiffeur, & que l’on clouera fur les joues de l’auge, comme on le voit
- (66) Dans les grands étangs, les bondes ou pilons font moins convenables. SMI fur-vient des inondations qui pourraient entraîner les chauffées, l’ouverture du pilon eft trop petite pour donner un prompt écoulement ; une vanne eft alors bien plus utile. Il faut encore obferver fur les planches percées , que les trous fe bouchent fort aifé-ment ; il vaut mieux faire un grillage autour de la poêle. On fe fert pour cela de fortes
- lattes clouées près à près.
- (67) il n’eft pas encore fi difficile de fe procurer en Suiffe des pièces de chêne qui aient ces qualités ; ainfi l’on pourra prefque par-tout fe paffer de la plaque de plomb.
- (68) On pourra encore éviter de faire la gouttière de plufieurs morceaux. Nous ne manquons pas de grands chênes propres à cet ufage.
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- en e ( fig. 2 ). Il eft effentiel que ces pelotons n’aient point d’aubier , & ils doivent être joints bien exactement les uns aux autres à plat joint, fans rainures ni recouvrement. Cet article eft important ; caries rats d’eau , qui ne manquent pas de s’introduire dans ces auges , augmenteraient les ouvertures qui feraient entre les pelotons, fouilleraient la terre, & peu à peu formeraient des renards, par lefquels l’eau de l’étang s’échapperait.
- 297. Comme la force de l’eau dérange fouvent les pelotons qui font à l’extrémité de l’auge, parce qu’ils ne font pas aulli bien retenus que les autres par les terres, il eft bon, outre les clous qui retiennent tous les pelotons fur l’auge, d’aifujettir les deux ou trois derniers par des équerres de fer. Cependant à la partie de l’auge qui excede les terres , on lailTe toujours deux ou trois pieds qui ne font pas recouverts par des pelotons.
- 298- La tête/du pilon C, doit être faite de cœur de chêne de la meilleure qualité; & afin qu’elle foit moins fujette à fe fendre, on la fait avec du bois qui a palfé deux ou trois ans dans l’eau : mais comme cela 11e fuffit pas pour empêcher qu’il ne fe forme des fentes, 011 doit, aufîi-tôt qu’elle eft ajuftée , la tenir à couvert du foleil dans un endroit humide. La forme de ce pilon eft conique (69) : ainlî le trou d de l’auge, où il faut qu’il entre , doit être évafé. Le charpentier prêtera toute fou attention à bien ajufter la tète du pilon avec le trou qui doit la recevoir, afin qu’il 11e fe perde point d’eau quand le pilon fera en pface ; & cette tète 11e doit excéder en-dedans du trou d, que de trois pouces au plus.
- 299. Quand la tète du pilon eft bien ajuftée dans le trou, on y met une queue g de bois de chêne, qui y eft arrêtée avec des chevilles de fer. Cette queue traverfe l’entretoife D, & le chapeau E. On fait en-haut, des trous , dans lefquels on paife au-delfus du chapeau une cheville de fer, lorf-qu’on veut tenir la bonde ouverte ; & quand elle eft fermée , on paife la cheville dans un trou fous le chapeau, mettant un cadenas dans un œil qui eft au bout de la cheville de fer, pour empêcher qu’on ne leve le pilon, lorfqu’on veut que la bondeïefte fermée. Cependant, comme des gens mal intentionnés pourraient rompre le cadenas & lever la bonde, il eft mieux de mettre un boulon ou cheville de fer, qui, dans la partie du côté de l’étang , eft à vis , & entre dans un écrou; cet écrou eft encaftré dans le chapeau & retenu avec des clous. Le boulon du côté de la chauffée eft à quatre quarts ; on fe fert d’une forte clef pour l’ouvrir & le fermer. Cette clef eft faite comme celles dont on fe fert pour monter les foupentes d’un carroife. Cette façon eft préférable au cadenas & plus folide.
- (69) On peut aufïi le faire quarré. Quand que quelque poiffon 11e s’échappe par l’ou-on veut faire écouler l’étang , il ne faut pas verture. tirer la tête entièrement dehors, de peur
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- ’ 300. Les jumelles F , font deux pièces de bois quarré, qui s’élèvent ver-
- ticalement , & font aifemblées par en-bas dans le folin B B qui fait partie du patin, & par en-haut dans le chapeau Ê. De plus, elles font fermement alfujetties par les liens G , que quelques-uns appellent des jarretières , fur lefquelles on cloue du coté de l’étang des planches H, qui forment 3a cage. O11 les perce de trous pour que Beau s’écoule , & que le poiifon 11e paife pas dans la bonde : ainfi il faut que les trous foient affez petits pour que î’alvin ne puilfe pas les traverfer. On doit avoir l’attention de mettre les meilleures planches en-haut, parce que celles qui font toujours couvertes d'eau durent beaucoup plus îong-tems que celles qui font tantôt dans l’eau & tantôt à l’air. Il eh vrai que , quand les bondes font bien faites, il faudrait que l’eau fût fort baffe dans l’étang , pour que les planches les plus élevées découvriffent.
- 301. Cependant on eft obligé, prefque toutes les fois qu’011 pêche,de lever les planches de la cage pour donner de l’écoulement à l’eau, parce que les joncs , la vafe & les herbes s’amaffent fur ces planches , & que ces immondices étant foutenues par le refoulement de l’eau, ne peuvent s’enlever en totalité, ou même en majeure partie 5 mais avant que de lever ces planches , 011 enfonce avec un maillet , derrière la chauffée de l’étang, à quelques toiles par-delà le trou de la bonde, de petits pieux, entre lesquels 011 entrelace des oliers , pour empêcher le pbiffon qui pourrait paffer, d’aller plus loin (70). Ce clayonnage ou rouettis n’empêche pas que l’on ne mette encore devant la bonde , & en-dedans de l’étang, une truble pour retenir le poiffon qui voudrait s’échapper.
- Des attentions quit faut prendre pour bien mettre la bonde en place.
- 302. La bonde étant faite ainfi que nous venons de l’expliquer, il faut la mettre en place , à peu près au'milieu de la longueur de la chauffée, ou, ce qui eft prefque la même chofe, au milieu de la poêle , & l’établir de façon que le deffus de la tète de l’auge foit placé un pied plus bas que le fond de la poêle 5 & l’autre extrémité de l’auge qui excede la chauffée du côté de la folle, doit être de cinq à fix pouces plus bas, pour qu’au moyen de cette pente l’eau coule rapidement dans toute la longueur de l’auge ; & quand on ne l’a pas établie affcz bas , on eft obligé d’achever l’épuifement (71} en baquettant l’eau avec des écopes.
- (70) Cela eft trop long & trop pénible. (71) II n’eft pas toujours néceffaire cTé-Le clayonnage eft inutile , fi l’on a des filets couler l’eau jufqu’à la derniere goutte ; on que l’on arrange dans les endroits conve» peut pécher le poiffon avec une truble. nabîes.
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- - 303. Comme il eft important qu’il 11e s’échappe point d’eau par aucune partie de la bonde , il faut faire une bonne provision de la meilleure glaife qu’on pourra trouver, la plus pure, la moins graveleufe, & la faire bien corroyer par un potier de terre , ou au moins par un tuilier ( 72 ).
- 304. Avant de commencer à élever la chauffée , ayant creufé fuffifam-ment l’endroit où l’on doit établir la bonde, on y fera un lit de fix pouces d’épaiifeur de glaife bien corroyée. On placera deifus les pieqes B qui forment le patin , les enfonçant un peu dans cette glaife ; de forte que 'l’auge A qui doit être deifus , fe trouve par la tète, qui elt du côté de l’étang, d’un pied plus bas que le fond de la poêle. On mettra en place les jumelles F , l’en-tretoife D , le chapeau E, les liens G ; puis on remplira de glaife bien corroyée l’épaiifeur des pièces de bois qui forment le patin, qu’on couvrira de deux pouces de glaife ; & l’on placera fur cette couche de glaife bien battue l’auge A, lui donnant la pente de fix pouces, que nous avons dit être néceffaire. O11 mettra en place la queue C du pilon, & le pilon fi, pour s’alTù-rer s’il fe rencontre bien avec le trou d de la tète de l’auge. On conçoit que cet article elt très important; & pour que la fituation de l’auge 11e change pas , 011 mettra de chaque côté, entre les jumelles & l’auge , un bout de membrure qui la tienne bien affujettie, ayant foin que ces pièces n’excédent pas l’épaiifeur des jumelles. II. y en a qui élevent enfuite un mur avec du moilou de pierre dure piquée & bien échantillonnée , pofée à chaux & à ciment , dont le parement affleure le côté des jumelles qui regarde la chauffée ; 011 éleve ce mur jufqu’à la hauteur que doit avoir la chauffée, & 011 l’étend au-delà de la bonde de deux ou trois toifes de chaque côté. Ce mur elt pour empêcher que l’eau ne dégrade la glaife , & que les carpes qui fucent la glaife , les rats d’eau & les canards (37) n’entament le corroi. Mais quand on tiendrait ce mur fort épais , il 11e ferait jamais fuffifamment étanché. C’eft pourquoi on le garnit par-derriere avec du corroi qu’on bat bien , afin qu’il joigne exactement toute la longueur de l’auge & la partie du patin qui doit être noyée dans la chauffée. On voit à Une des figures 2, la partie de la bonde qui eft du côté de la chauffée. A l’égard de ce qu’on apperçoit à l’autre, & qui eft du côté de l’étang, cette partie ne doit être garnie de corroi que jufqu a l’é-paiffeur de la tête de l’auge , puifqu’elle doit refter à découvert, ainlî que la partie des liens qui excede cette hauteur.
- 30^. Dans les endroits où la pierre eft rare, on garnit de planches la place où doit être le corroi, comme nous l’avons expliqué en parlant du revêtement
- (72) Iln’eft pas néceffaire d’employer pré- fif de faire cette opération, cifément un potier de terre ou un tuilier , (73) Des économes entendus ne fouffrent
- pour corroyer la terre ; à moins que ces pro- aucun, canard dans leurs étangs, fellions n’eulfent obtenu le privilège exclu-
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- eil maçonnerie. Cette conftru&ion eft affez bonne, parce que les bois qui font dans l’eau, ainfi que dans la glaife humide, durent fort long-tems. On doit avoir l’attention de bien battre la glaife , & qu’elle joigne très-exa&ement la partie de l’auge qui doit être dans la chauflée, ainfi que tous les bois qui font de ce côté, & qu’il n’y ait aucun corps étranger mêlé avec la glaife. On éleve avec la même attention un contre-mur de corroi de toute la hauteur de la chauffée , & qui ait deux ou trois pieds d’épaiffeur, s’étendant des deux côtés de la bonde de deux ou trois toifes. A melùre qu’on garnit ainli la bonde, on éleve la chauffée, comme nous l’avons expliqué plus haut.
- 306. Il faut mettre le pilon/ dans le trou d de l’auge, l’affujettir au bout delà queue c avec un boulon de fer ; & quand on aura bien ajufté le pilon dans fon trou , on rompra le batardeau , fi l’on en a fait un pour placer la bonde , parce que l’auge & tous les autres bois fe conferveront bien mieux dans l’eau qu’à l’air.
- 307. D’ailleurs , étant à portée de voir fi l’eau s’échappe par quelque endroit, on pourra y remédier plus aifément que fi la chauffée était plus avancée. Mais fi, malgré toutes ces attentions 5. on appercevait quelque voie d’eau, on l’étancherait en y jetant du frafil,qui fe trouve dans les forêts aux endroits où l’on a cuit du charbon : c’elf pourquoi l’on a foin d’avoir fur les chauffées & auprès de la bonde une provifion de ce frafil, pour que les gardes puiffent en avoir fous la main lorfau’ils apperqoivent quelque écoulement d’eau.
- Du cul-de-lampe^
- 308* Il y a lieu de croire qu’en prenant les précautions que nous venons d’expofer, la bonde fera étanche. Mais fi par quelque accident imprévu , ou par la mauvaife qualité des matériaux, il s’échappait de l’eau parla bonde, comme dans bien des cas il eft de la plus grande importance de ne perdre aucune portion de l’eau de 1 étang, il 11’y aurait point d’autre remede que de faire autour de la foffe qui eft derrière la chauffée, un batardeau pour retenir celle qui s’échapperait : c’eft ce qu’on appelle un cul-de-lampe. Il eft fenlible que quand l’eau retenue parle cul-de-lampe fe fera mife de niveau avec celle de i’é-tang, il ne s’en échappera plus. Ce remede n’eft pas fans inconvénient ; mais enfin c’eft un des meilleurs qu’on puiffe employer, & peut-être le feul, quand l’étang eft plein & empoiffonné. Pour faciliter la conftru&ion de ce cul-de-lampe, il y en a qui ménagent aux deux côtés delà foffe deux levées en terre ferme, ou que l’on conftruit en même tems que la chauffée, & qui forment comme deux areboutans qui la foutiennènt. Quand on eft obligé de faire un cul-de-lampe , on joint ces deux areboutans avec un batardeau : ce qui facilite Tome. V, B b b b
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- la conftruélion du cul-de-lampe, qui fans cette précaution ferait très-difficile ( 74). ; 1.
- Des grillages & des décharges des étangs, pour prévenir les accidens qui rèfultent
- des débordemens*
- 309 . Il y a peu d’étangs qui ne foient expofés à avoir tron d’eau en certains teins, foit à caufe des débordemens des rivières qui y abouhflent, foit parla grande quantité d’eau que fourniiTent quelquefois les fources , foit par les eaux de pluie qui découlent trop abondamment des coteaux: ce qui pourrait gonfler tellement l’eau de l’étang, qu’elle fe répandrait par-deffus la chauffée, ou qu’elle fe déchargerait dans un endroit bas quife rencontrerait à quelque partie de la circonférence de l’étang.
- 3 ro. Ces déchargeons naturels font très-avantageux , lorfqu’ils nelaiffent échapper l’eau que quand l’étaiig efl-entièrement plein 5 mais pour que le poilfon ne forte pas de l’étang avec l’eau , il faut établir en ces endroits des grilles de bois ( 7^ ), ou encore mieux de fer, dont les barreaux foient alfez ferrés pour que le poiffon ne paffe pas au travers.
- 3ir. Comme il efl très-important, & pour retenir le poiffon & pour la confervation de la chauffée, que l’eau ne-paffe pas par-deffus ,-lorfqu’il ne fe trouve pas autour de l’étang de ces déchargeons naturels, il faut en faire avec de bonnes pierres dures bien taillées, & pofées à chaux & à ciment. Mais quand ces déchargeoirs font trop larges pour que la face qui regarde l’étang foit fermée par une feule pierre , il faut y mettre une piece de bois noyée dans la maçonnerie. Les joints des pierres ne peuvent pas réfiffer à l’écoulement rapide de l’eau. Au refie, il faut proportionner la largeur de ces déchargeoirs à la quantité d’eau furabondante qu’on prévoit pouvoir arriver dans l’étang lors des grandes eaux, & il faut établir le niveau des déchargeoirs pré-cifément à une hauteur convenable, pour que l’étang étant plein , l’eau ne paffe pas par-deffus la chauffée : car quand 011 fatisfait à cette condition , il 11e. peut jamais y avoir trop d’eau dans l’étang (76).
- 312. On efl fouvent obligé de placer les déchargeoirs dans les chauffées même , pour profiter de la foffe qui facilite l’écoulement de l’eau 5 mais quand
- (74)Onnefefertpoint deceremede par- ccfîîvement chers, tout où l’on a d’habiles charpentiers. C’eft à (76) Si l’étang efl fitué de maniéré à laif-eux à prendre leurs mefures pour que la fer craindre les inondations, on peut faire bonde foit bien faite , & capable de tenir tout autour un clayonnage de faules , ou l’eau. d’ofiers, qui prennent racines, que l’on
- .(70 En allemand , Fluthbetten. Si on les entretient à une hauteur convenable, faifait en fer, ces déchargeoirs feraient ex-
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- on pourra les établir ailleurs , il fera bon de le faire , pour ménager la chauffée. A quelque endroit qu’on les place, il faut qu’ils foient précédés d’une grille qui retienne le poilfon dans l’étang.
- 313* Si par des crues ou des inondations, on s’appercevait que malgré les relais ou déchargeoirs l’eau fût prête à palfer par-delfus la chauffée , qui ferait bientôt ruinée , il faudrait lever de bonne heure la bonde , ou les bondes s’il y en avait plufieurs : ce qui ne ferait fujet à aucun inconvénient, fi.la cage ou les planches qüî précèdent la bonde du côté de l’étang étaient en bon état; & 011 abaifferait le pilon lorfque la force de Peau ferait paffée. On ferait privé de ce fecours , fi , à caufe du mauvais état de la bonde, on avait été obligé de former le cul-de-lampe dont nous avons parlé.
- 314. Ces grandes affluences d’eau arrivent principalement aux étangs où aboutit une riviere qui dans certains tems gonfle confidérablement & déborde; en ce cas, on peut établir à quelque endroit une vanne qu’on leve lorfqu’on veut laiffer échapper beaucoup d’eau. Mais comme il eft bien difficile de tenir ces vannes étanches, il ne faut avoir recours à ce moyen que le moins qu’il elt poffible, ou les établir de façon qu’étant ouvertes, elles ne puiffent faire bailTer Peau de P étang que d’un pied & demi ou de deux pieds au-deffous du haut de la chauffée ; & s’il fe perdait un peu d’eau lorfqu’elles feraient fermées, elle ferait amplement remplacée par Peau de la riviere que nous avons fuppofé s’y décharger, ou bien'on arrêterait aifément les écoule-mens d’eau avec de la glaife & de la moufle.
- 3 ï f. Nous avons déjà dit qu’il fallait établir des grilles à l'embouchure des rivières & des ruifleaux dans les étangs, pour arrêter le poiffon , qui ne manquerait pas de remonter dans les eaux vives. Mais, de plus, pour les étangs où Pon éleve de l’ai vin, il eft très-important qu’il n’y entre point de brochetons ; car une douzaine de ces poiifons qui feraient gros comme des harengs, fuffi-rait pour détruire tout le frai & Palvin d’un.petit étang. En ce cas, aux endroits qui communiquent à de petites rivières, ou à des étangs fupérieurs, outre la grille 011 met en avant des fagots d’épines qui arrêtent les petits poiflons que la grille laiflêrait palfer.
- 316. Il elt bien utile, tant pour le bon entretien du poilfon que pour l’avoir de bonne qualité, & pour prévenir l’inconvénient des eaux baffes , de pouvoir introduire dans l’étang l’eau d’un ruifléau ou d’une petite riviere. Mais ces avantages font compenfés par de grands inconvéniens. Ces eaux courantes charrient toujours, comme nous Pavons dit, des;récrémens,.qui comblent les étangs ; il arrive, comme nous Pavons encore dit, des affluences d’eau dont ou a peine à décharger l’étang. Mais un des grands inconvéniens, c’eft que comme il faut établir une grille à l’embouchure de la riviere dans l’étang, cette grille arrête des herbes, des branches d’arbres, des feuilles, & d’autres immondices
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- qui ferment le pafRige à l’eàu. Si alors il furvientune crue, la charge de l’eau dont le cours eft interrompu, renverfe la grille ; ou bien elle fe fait jour tantôt par-delfous, ou par les côtés, & alors une partie du poiflon s’échappe. Le mieux feraitdonc, comme nous en avons prévenu , que la riviere eût'fon lit; féparé de l’étang, & qu’on fût maître, au moyen d’une vanne, d’en prendre la quantité d’eau dont on aurait befoin, ou pour remplir l’étang, ou pour renoiu veller fon eau : ce qui eft très-avantageux à racçroiifement du poiflon& très-* propre à le rendre de bonne qualité.
- J)e Pempoijjbnnement des étangs.
- 317. Qi/and un étang eft mis en bon état, conformément aux inftru étions que nous venons de donner, il faut le lailfer fe remplir d’eau. Ainlî, fuppo.fant qu’on ait fait des digues pour arrêter l’eau, & avoir plus de facilité pour faire la chaulfée, établir la bonde , les déchargeoirs & les grilles, 011 rompra ces digues ou batardeaux, pour lailfer l’étang fe remplir; alors il s’agira de Tenu, p oilfo 1111er.
- 318* Quand 011 pèche de grands étangs, on y trouve des barbeaux , des vendoifes ( 77 ) , des meuniers ( 78 ) > des chevalines, qu’011 nomme aulfl chevereanx ou chev émaux , des goujons, des verons & autres menuifes , des anguilles, des écrevilfes, des grenouilles, &c. Il fe trouve toujours de ces poilEons qu’011 nomme roujfaille ou blanchaille, quoiqu’on n’en mette point pour peupler les étangs, parce qu’ils ne font pas marchands. On ne les acheté, point pour les tranlporter dans les grandes villes ; ils fe confommentaux envi-L rons de l’étang, où on les vend à bon marché par lot, ou , comme l’on dit,à la bîllotèe.
- 319. Les poilfons eftitnés , & qu’on appelle marchands , font la carpe, le brochet, la perche , la tanche, la truite. On peut y ajouter le gardon &. l’arw guille.
- 330. Il eft vrai qu’il y a des étangs où certains poilfons fe pîaifèntbeauH coup plus que d’autres. Nous donnerons fur cela quelques indications, aux-, quelles nous penfons qu’on doit avoir égard , quoique quelques-uns préteru dent qu’il faut mettre dans les grands étangs de toutes fortes de poilfons, difant que ceux qui y réulïiront le mieux y proféreront, & que les autresferviront de pâture aux poilfons voraces ( 79 ).
- 321. On ne s’avife pas d’empoiifonner un étang avec du gardon (80) qu’on
- (77) En allemand , Laucke. poilfons marchands.
- (78) En allemand, Dôbel. Tous ces mé- (79) U11 préjugé auffi manifefte n’aurait ehans poilfons, & la blanchaille , nuifent pas dû trouver place ici.
- a i’accrdilfement des carpes & des autres (80) Le gardon eft un poiflon de mares.
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- met au nombre des blanchailles, & qui fe tranfporte difficilement ; mais comme il multiplie beaucoup , on en trouve toujours quantité dans les étangs. Sa principale utilité eft de nourrir les poilfons voraces, le brochet , la perche , & la truite,
- 322. La tanche fe plaît par-tout, mais particuliérement dans les étangs limonneux. Ce poilfon peuple beaucoup, & fe tranfporte aifément en vie. D’ailleurs les groifes tanches font eftimées quand elles ne fentent point la vafe : mais on prétend, alfez généralement qu’il faut plus de terrein pour nourrir cent tanches , que pour engrailfer cinq cents carpes. Outre cela , comme elles fe vendent toujours à meilleur marché que les carpes, on en met plutôt dans les mares vafeufes que dans les étangs,
- 323. La perche eft un excellent poilfon , qui le vend très-bien. Il eft vrai qu’il eft vorace, niais pas à beaucoup près redoutable comme le brochet. Il fe nourrit de petites blanchailles, dont il débarralfe l’étang. Quoiqu’elle foit difficile à tranfporter, on en peut mettre dans les grands étangs qui font à portée des endroits où s’en doit faire la çonfommation, par exemple , dans ceux qui appartiennent aux maifons. religieufes qui font abftinence, ou lorsque ces étangs font à portée des grandes, villes où l’on eft alluré d’en trouver-un débit avantageux. Ce poilfon fe plaît dans les eaux vives. On prétend qu’en relevant une arête qu’il a fur le dos, il ne craint point le brochet \ mais certainement le brochet parvient à le failli* par la tête, & à s’en nourrir* puifqu’on en a trouvé fouvent dans l’eftomac des brochets.
- 324. La truite eft un excellent poilfon, qui eft plutôt de riviere que d’étang)^ 81 Elle fubfifte néanmoins dans les étangs où l’eau eft vive, mais elle n’y multiplie pas, Ce poilfon eft vorace comme le brochet, & encore plus difficile à tranfporter que la perche. On fe borne donc à pêcher la truite dans les rivières d’eau vive, fond de gravier, où elle fè plaît. Si cependant on voulait enconferver pour fon propre ufage, ou pour en vendre dans le voifinage, on ferait pour ce poilfon une elpece de vivier fur un fond de gravier, où couleraient des eaux de fources: il fuffirait de donner à ce vivier huit à dix pieds de largeur ; mais plus on lui donnera de longueur, & plus on pourra y mettre de truites. Celles qu’on prendra dans la riviere, fe conferveronttrèsrbien dans le vivier j elles s’y multiplieront même, fi ce vivier eft fort long , fur-tout fi on les nourrit avec de la blanchaille. Mais cette pêcherie fera peu profitable : le mieux eft de la reftreindre à en faire un réfervoir où l’on confervera les truites qu’on aura prifes dans la riviere.
- 32f. Les anguilles font un fort bon poilfon qui eft vorace 5 mais comme il
- (gi) On conftruit des étangs exprès, 011 une eau vive . claire & Toujours renouvela l’on ne met que des traites. Il faut pour cela léejlefond doit être de cailloux.
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- n’attaque que la menuife , il ne fait de tort que dans les étangs où l’on fait de Falvin. Il a l’avantage de fe tranfporter aifémentj & quoiqu’on ne foit pas dans l’ufage d’en mettre dans les étangs , il s’y en trouve toujours. Quelquefois on en met dans des folfes ou des viviers ombragés , dont on proportionne la grandeur à la quantité qu’on delîre en avoir. Les anguilles fe nourrilTent de grenouilles & de têtards : cependant elles profperent mieux , fi on leur jette quelques menuifes , quelques tripailles , des fruits tendres, &c.
- 326. Les écrevijjes d’étang 11e font pas à beaucoup près li bonnes que celles qu’on pèche dans les eaux vives & courantes. Comme elles mangent du frai, elles font tort aux alvinieres. Nous rapporterons à l’article de l’écrevilfe , ce que nous avons fait pour les multiplier dans un endroit où il n’y en avait pas.
- 327. Les grenouilles multiplient beaucoup, & on en trouve par-tout. Quoiqu’on en expofe dans les marchés, elles 11e font pas un objet de commerce. Comme elles mangent le frai, elles détruifent de l’alvin : mais elles ne font aucun tort aux grands étangs j au contraire, quelques poilfons s’en nourrif. fent, & fur-tout des têtards ou des jeunes grenouilles , qui fe trouvent en quantité au bord de l’eau.
- 328. Le brochet eft avantageux pour la vente ; & quoiqu’il foit plus difficile à tranfporter par terre que la carpe & la tanche, les marchands s’en chargent volontiers, d’autant qu’il fe tranlporte aifémentpar eau dans des bafcules. Mais c’eft un poilfon très^vorace, qui coûte au propriétaire de l’étang plus qu’il n’ent retire ; car un brochet d’un écu ne parvient à cette groifeur qu’après avoir mangé pour quarante & cinquante francs de poilfon. Il eft vrai qu’il fe nourrit d’abord de blanchaille, dont il décharge l’étang fuis faire de tort au propriétaire. Mais il n’en eft pas de même quand les brochets font un peu gros ; celui qu’on vendrait trente fols en mange un de quinze , & j’ai vu cela arriver dans un baquet. Il fuit de là que* li l’on ne mettait dans un étang que des broche-tons gros comme des harengs, au bout d’un an à peine yen trouverait-on lix de chaque cent qu’011 aurait mis dans l’étang. O11 prétend que dans le tems du frai ils épargnent leurs femblables ; mais je n’oferais alfurer que cela foit exactement vrai.
- 329. Il eft bon de faire fon poffibîe pour qu’il 11’y ait point de brochets dans les étangs qu’on deftine à avoir de l’alvin. Mais cela 11’cft pas aife: car quand iï y a une fois eu du brochet dans un étang, on ne peut l’en purger qu’en le laiifant plulieurs années à fec. S’il refte un peu d’eau en quelques endroits , il s’y confervera de petits brochetons, qui fe montreront quand l’étang fera plein, & détruiront beaucoup de frai & de poilfon ( 82 ).
- (82) Toutes les précautions qu’on peut les brochets ne s’établiflent dans un étang, prendre n’empêchent pas quelquefois que On prétend que les canards fauvages ren-
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- 330. Pour ce qui eft des grands étangs , il n’y faut point mettre de brochets avec l’alvin; mais fi l’ai vin eft fort, on peut y jeter de très-petits brocherons. Cependant il efl mieux de n’en mettre que la fécondé année , lorf-qu’on ne pèche qu’à trois ou quatre ans. Mais li l’on voulait pêcher après deux ans ou deux étés révolus, & que l’alvin fût très-fort, on pourrait mettre de la brochetaille après la première .année révolue. E11 général, quand les carpes font beaucoup plus groiïès que les brochets , on prétend que ce poiifon qui les chaffe fans pouvoir en*manger, leur fait du bien , par l’exercice qu’il leur fait prendre ; & dans les étangs qui ne font pas deftinés à produire dç l’alvin , ou regarde comme un avantage que le brochet détruife la menuife. Qn prétend que le brochet a pris en ftx ans toute la grolfeur où il petit parvenir ; qu’em-fuite il devient aveugle , & ne fait que dépérir ( 83
- 331. Il paraît que les étangs font particuliérement deftinés pour la carpe :, elle y pr.ofpere iinguliérement bien, elle eft aifée ,à traiifporter par terre & par eau , & la vente en eft allurée ; ç’eft pourquoi les marchands s’en chargent volontiers. Comme ils ne s’embarraflent point du tort que les brochets eau-fent aux propriétaires , ils confeillent toujours d’en mettre une bonne quantité dans l’étang avec l’alvin de carpe ; mais les propriétaires qui connaiffent leurs intérêts, 11e mettront l’alvin de brochet qu’un ou deux ans après celui de carpe, & en médiocre quantité, fe conformant à ce que nous avons dit plus haut
- 332. Les carpes s'accommodent affez de toutes fortes de fonds, limon-neux , fablonneux, &c. ainfi que de toutes fortes d’eaux ( 84 ); mais elles font bien meilleures dans certains terreins & dans certaines eaux que dans d’autres. Heureufement, des carpes qui ne feraient pas mangeables au fortir des étangs limonneux, fe dégorgent dans les bafcules , & deviennent forthom nés. J’ai même expérimenté que des carpes qu’on avait pêchées dans la vafe , & qui avaient un très-mauvais goût , étaient parfaitement dégorgées, les ayant tenues quatre à cinq jours dans une eau vive.
- 333. On eftime qu’on peut mettre dix-huit à vingt milliers d’aîvin de carpe dans un étang qui a cent arpens d’eau , dix à onze milliers dans celui de cinquante arpens, augmentant ou diminuant cette quantité fuivant la force de
- dent tout entier le frai de ce poiflon qu’ils (84) Les eaux froides & dures ne valent ont mangé. Ils en portent auifi avec leurs rien pour les carpes. Si on les fait palier pattes d’un endroit à l’autre ,& il n’en faut d’uné eau douce dans une eau dure , cela pas davantage pour gâter un étang. retarde leur accroiflement. On remarque
- (8?) On a des exemples de brochets pe- tout le contraire, fi on les place dans unë fant cinquante livres & au-delà , dont on eau plus douce après les avoir mifes dans favait qu’ils étaient fort vieux. V. llichters, une.eau dure. lihthyologie , pag. 316 & 759.
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- l’ai vin , l’étendue de l’étang, & la nature du fonds * car il y en a qui font bien plus propres à nourrir beaucoup de poiifon que d’autres ( 85 J- On aurait peine à donner fur cela des principes certains : c’eft l’expérience qui doit plutôt diriger que tous les raifonnemens, Heureufement un à-peu-près fuffitj & il eft in utile-d’exiger de laprécifion où elle n’eft pas importante: ainfi nous préférons de détailler comment on doit s’y prendre pour avoir debonalviiu
- r De C étang dejline à fournir de latvin*
- 3 34. Il ferait bon, quand 011 pèche un étang, d’en avoir un à empoiffonnefj dans lequel 011 mettrait les carpes qui ne feraient pas allez grolfes pour être d’une vente avantageufe ( 86)- Mais comme on 11e trouve fouvent dans les grands étangs que peu d’alvin, fur-tout fi dans celui qu’on pèche il y avait du brochet & de la perche, le propriétaire de plulieurs étangs doit faire enfortè d’avoir de quoi alviiier ceux qu’il doit empoilfomler : fans cela, il fe trouvera fouvent dans le cas de n’en pas trouver à propos , ou d etre obligé d’en acheter fort cher. C’eft pourquoi il faut qu’il ait de petits étangs qu’on nomme carpieres ou alvïnieres, qui fôient uniquement deftinés à fournir de l’alvin (87).
- 3 3 S- Il fufftt que ces étangs aient huit à dix arpens d’eau j mais il eft très-important qu’ils n’en manquent point en été , afin que les carpes qu’on y mettra
- (80 Pour peupler urt étang de quatre acres, chacun de ;oo verges du Rhin , on y met vingt pièces de poiffon , huit œuvés & douze laites. Si tout va bien , on en retirera dans l’année jufqu’à cènt vingt mille pièces de blanchaille. On a compté les œufs d’une feule carpe, & on ena crouvé 9}}1 zo. V. Hanov. Sdtenkcitcn der Natur, part. I, pag. 607. Les étangs dans lefquels on transporte ce petit poiffon après qu’il eft éclos, font plus grands que les premiers d’où on le tire. Ori compté pour chaque acre fix à fept certts pièces de petit poiffon. Au bou-c dé deux étés , on aura des carpillons d’une livre & demie & plus. Enfin on les tranfporte dans les étangs pêcheurs. C’eft là qu’on compte 60 carpes par acre. Après qu’elles y ont été deux ans , on a des carpes depuis , trois jufqu’à cinq livres. M. Schreber cite un '' étang près de Torgau , qui a 900 acres : on y met ordinairement trente-fixmille carpil-Ions. Il y a auiïi près de JYIerfeburg un étang de cent trente-deux acres & demi. En Suiffe.
- un grand nombre de lacs très-poiffonneux nous difpenfent decreuferdes étangs, Voy. Sarnnüung Ôconomifchcr Sdiriften, part. I, pag. 9? ; & part II, p. 279.
- (86) Ôn doit avoir des réfèrvoïrs où l’on met les poiffons qui ne font pas de vente , en attendant que le grand étang fôitprêcà. le recevoir. Si l’on trouve beaucoup d’al-vin dans un étang , c’eft une marque que la pêche ne fera pas bonne. Les carpes qui ont frayé perdent de leur qualité. Cela vient de ce qu’on a peuplé l’étang avec de trop gros poiffon. '
- (87) Il faut avoir trois fortes d’étangs , comme je l’ai fait obferver dans une note précédente Des étangs pour le frai, en ail. Streichtciche Des étangs pour la menuife , en ail. Sdeckteiche. C’eft ce que l’auteur appelle des carpieres ou alvinierés. Et enfin des étangs pêcheurs , en ail Sat2teiche , où les poilfons prennent leur dernier accroif-fement.
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- pour fniycr, puiffent s’égayer fur l'herbe des rivages où il relie peu d’eau (83); car c’eli l’endroit où elles dépofènt leur frai, fur-tout aux parties qui font expofées au midi & au couchant.
- 336. On ignore encore comment fe fait la fécondation des œufs des poif fous. O11 voit les mâles fe porter fur l’herbe à des endroits où il y a peu d’eau, Si les femelles les fuivre (89)- On prétend encore que, huit ou dix jours après que les femelles ont dépofé leurs œufs, ils éclofent. Nous pourrons rapporter ailleurs les différentes idées qu’on a eues fur cette fécondation myfiérieufe : il fuffit pour le préfent, qu’on foit perfuadé qu’il faut pour la multiplication des poilfons le concours des deux fexes. D’où il fuit qu’on doit mettre dans le petit étang deltiné à l’alvin, des carpes mâles ou laitées,& des femelles ou œuvées.
- 337. Les meilleures carpes pour peupler ne doivent être ni trop groffes ni trop petites ; 011 les choifit à peu près de dix à orne pouces (90) ; elles doivent être rondes, & avoir le ventre plein, obfervant qu’il ne faut au plus qu’un quart de mâles de ce qu’on met de femelles ; c’ell-à-dire, que pourcent femelles, il faut au plus vingt-cinq mâles (91 ) ; & dans un étang de huit arpens, .ii 11e faut mettre que cent femelles, qui jeteront chacune plus d’un millier d’œufs (92 ),
- 338- Il y en a qui prétendent que les carpes femelles lie font en état de multiplier que quand elles ont huit à neuf ans , & les mâles trois ou quatre: ce qui ne s’éloigne pas beaucoup de ce que nous- venons’de dire à l’égard de leur groffeur (93 ). <
- 3 39. Dans les mois d’avril & d’août, qui eft à peu près lafaifon du frai poulies carpes, il faut bien garder les étangs (94) ; car le poiffon alors engourdi, & prefqu’à fec dans l’herbe , fe 1 aille prendre à la main. 11 faut auffi empêcher que les beftiaux n’aillent-boire à l’étang; ils feraient avec leurs pieds une énorme deftruction de frai. Les cochons fur-tout font fort à craindre, parce qu’ils mangent le frai avec avidité.
- (8B) Sur-toutil importe que le petit poif-fon y trouve de quoife nourrir.
- (89) C’eft tout le contraire: les poilfons mâles ou laites fuivent les poiflons femelles ou œuvés. 11 eft maintenant hors de doute que la fécondation fe fait extérieurement. Voy. Uannôvcrifche Magazin, ann, 1763, pag. 363 & 1023.
- (90) La groffeur importe moins que l'âge ; elles ne doivent pas être trop vieilles.
- (91) Si l’on mettait dans un étang cent carpes femelles ou œuvées, il en réiulterait plufieurs millions de petits qui fe détrui-
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- raient les uns les autres. Il eft certain qu’il faut plus de femelles que de mâles ; mais li Ton ne met que le quart de ces derniers, il y aura une grande quantité d’œufs qui ne feront pas fécondés.
- (92) Ce calcul eft: fort peu exaéf, comme on a pu le voir par les noces précédentes.
- (93) La carpe fraie à cinq ans , & elle pefe alors de quatre à cinq livres. 1
- (94) La faifon du frai eft depuis le mois de mai jufques vers la fin de juillet. C’eft la chaleur qui l’accélere ou la retarde.
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- .340. Si n’étant point propriétaire des terres voifînes, on n’avait pas le droit d’interdire l’entrée au bétail dans les prés ou bois voifins,il faudrait faire avec des pieux & des perches une barrière qui les empêchât de venir dans l’étang ; & cette précaution doit être continuée jufqu’à trois femaines ou un mois après la fàifon du frai.
- 341. A l’égard de la nourriture de l’énorme quantité de petit poifTon que produifent les cent carpes meres , il ne faut pas en être inquiet ( 95 }. Pourvu que l’eau ne baille pas dans l’étang, le poilfon profpérera Purement. Si on le pouvait, il ferait bon d’y introduire de nouvelle eau de quelque riviere à portée : les petites carpes ainfi que les grofles en réuniraient infiniment mieux ( 96 )• Mais c’eft ici où il eft de la plus grande importance qu’il n’y ait dans Pétang ni brochets ni perches, ni aucun autre poilfon vorace.
- 342. La première & la fécondé année, ce petit poilfon n’étant grand que comme une feuille de laule , on le nomme feuille en plulieurs endroits. Quelquefois au bout de deux étés il a quatre pouces de longueur, îorfque le fonds eft très-bon (97)} mais c’eft encore de la feuille : & il prend le nom ftalvin^ lorfqu’après le troilieme été il a cinq pouces depuis le bas de l’œil, jufqu’à l’angle de la fourchette de la queue , ce qu’on appelle entre œil & bat. Cet alvin elt encore petit 5 car pour être bon , il faut qu’il ait fix pouces : & iî eft encore meilleur quand il en a fept, pourvu qu’il 11’ait que quatre ans (98) » car on n’eftime point Palvin qui n’eft parvenu à cette groffeur qu’au bout de cinq ans.
- 343. On doit exiger qu’il ait l’écaille nette, & le corps affez gros, par proportion à la tète j celui qui aurait une grolfe tète & un corps menu , ne vaudrait rien. On rejette encore l’alvin qui a l’écaille noire * qui provient d’un étang bas & vafeux, dans lequel il tombe beaucoup de feuilles des arbres, voifins. Il nous paraît néanmoins qu’il pourrait fe réparer dans les grands étangs , où il trouverait de bonne eau.
- 344. Lorsqu’on empoilfonnera un grand étang avec de l’alvin de fept pouces, on fera bien d’y mettre du brocheton , pour empêcher que la carpe ne peuple trop , & ne force dans cet étang. (99)
- (9O Ils périront infailliblement, faute de nourriture.
- (96) Cela ne doit fe faire qu’après le frai, c’eft-à.dire , au commencement d’août.
- (97) Dans le fécond été on met le petit poifton dans le fécond étang , ou dans l’ai-viniere. Si cependant l’étang de frai était affez profond , 011 peut les lailfer jufqu’à Tannée fuivante. Il groflit plus ou moins >
- fuivant qu’il a plus de nourriture. Après le troifietne été , les carpes qui ont vécu dans de bons étangs pefent une livre, ou une livre & demie.
- (98) Une carpe de quatre ans n’eft plus de l’alvin.
- (99) L’alvin de fept pouces ne fauraii peupler.
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- _ Méthode pratiquée à la Chine, pour empoijjonner les endroits où il rejle de l'eau.
- 34V- On lit dans V hifioire générale des voyages in-49, tome VI, page 49 V , un commerce lingulier qu’on fait de'frai de poilfon. Sans nous rendre garans du fait, voici ce qui y elt rapporté.
- 346. La Chine offre uneprodigieufe abondance de poiffon ; les rivières, les lacs , les étangs, les canaux même y font remplis de poiffon, qui fourmille jufques dans les foffés qu’on creufe dans les champs pour conferver l’eau qui fert à la production du riz : ces folles font remplis de frai ou d’oeufs de poiffons , dont les propriétaires du fonds tirent un profit conlidérable.
- 347. On voit tous les ans fur la grande riviere de Yang-tfe-Kyang, à peu de diftanee de Kien-king-fou, dans la province de Kiang-fi, un nombre fur-prenant de barques qui fie raifiemblent pour acheter du frai. Vers le mois de mai, les habitons du pays bouchent la riviere en plufieurs endroits dans Pel-pacede neuf à dix lieues, avec des nattes & des claies, qui 11e laiifent d’ouverture que pour le paffage d’une barque, afin d’arrêter le frai qu’ils lavent diftinguer au premier coup-d’œil, quoiqu’il ne produife prefque aucun changement à l’eau. Ils rempliifient des tonnes avec cette eau chargée de frai, pour la vendre à des marchands qui la tranfportent en diveriès provinces, ayant l’attention de remuer cette eau de tems en tems. Elle fe vend par mefure à ceux qui pofïedent des étangs. Dans l’efpace de peu de jours, le jeune frai commence à paraître , & forme de petits bancs, étant il petits qu’ils font prefque imperceptibles. On les nourrit avec delà lentille d’eau , ou des jaunes d’œufs , à peu près comme on élève en Europe certains animaux domefti-ques. On empoilfonne aulli des canaux avec des poiffons qu’011 tire des rivières & des lacs.
- 348- QuELQUES-uns difent que, Ci i’011 arrache une racine d’arbre chargée de chevelu & dépouillée de la terre qui l’environnait, que vers la fin d’avril, ou au commencement de mai, on la mette quelques jours attachée à une corde dans un endroit où le poiffon fraie, elle fie trouve en peu de tems très-chargée de frai, & qu’en la tranfportant promptement dans une mare, la tenant à trois pouces fur l’eau , le frai y éclôt, & l’empoiffonne. Ce fait nous paraiffant difficile à vérifier, nous le rapportons fans en garantir la vérité (100).
- (100) Voici ce qu’en dit un journal anglais, cité dans le Brenier Magasin , vol. I, pag. ç 10. Vers la fin d’avril ou au commencement de mars, prenez une racine de faule ou d’ofier , bien garnie de petits fils ; net-toyez-Ies de la terre qui peut s’y être attachée , & plongez-ia dans i’eau fur les bords
- d’un étapg peuplé de l’cfpece de poiffon que vous voulez avoir, Toute la racine ne tardera guère à être garnie de frai. Au bout de quelques jours tranfportez votre racine dans l’étang que vous voulez peupler, & piacéz-la de façon qu’elle 11e foit couverte que d’un ou deux pouces d’eau, enforte que C c c c ij
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- De ! entretien de V étang empoiffonné.
- 349. Il faut vifîter de tems en tems toutes les parties des étangs, pour voir fi la chauffée, la bonde, les déchargeons, la grille font en bon état. Il faut nettoyer les foffés qui conduifent l’eau à l’étang ; faire la chaffe aux renards & aux lapins, qui fouillant dans les chauffées, les endommagent ; affûter & tendre des piégés pour prendre les loutres; tuer les hérons, & les autres oifeaux pêcheurs , même les canards, principalement fur les alvinieres ; ne pas fouffrir qu’on aille pêcher dans l’étang, à la ligne , au truble, au carreau, à l’épervier, & encore avec plus de févérité à la feine & au tremail : ce ferait épuifer l’étang, & montrer le chemin aux voleurs.
- 3ÏO. Il eft bon d’avoir fur 1 étang un petit bateau, pour fe mettre à portée de tirer fur les oifeaux , hérons , grues, canards, &c. pour faire la chaffe aux loutres, arracher avec un croc les rofeaux, qui forment quelquefois à la longue des isles flottantes, qui fervent de retraite aux loutres & aux autres animaux mnl-fiiifans. O11 prétend cependant, je ne fais pas fi c’eft avec fondement, que les coups de fufil étonnent le poiflon, &le rendent malade (loi). Enfin il faut tendre de grandes fouricieres pour détruire les rats d’eau , qui s'v prennent d’autant plus volontiers qu’ils font très-gourmands ; & des pieges ou traquenards aux loutres.
- 3fi. Si l’eau baiffe confidérablement dans l’étang, il faut effayer d’y en conduire, ou d’un ruiffeau fi l’on en a à portée, ou même d’un étang fupé-rieur, fi l’on en a en propriété, quand on devrait pêcher l’étang fupérieur hors de laifon, & mettre le poiffon dans celui qui eft plus bas.
- 3f2. Si au contraire l’étang fe remplit trop, & que l’eau menace de paffer fur la chauffée, il faut y remédier de bonne heure , par les moyens que nous avons indiqués.
- A quel âge il faut pécher les étangs.
- 3)3- Quand un étang eft en bon fonds, & qu’il a été peuplé de bon aîvin, on peut le pêcher trois ans après qu’il a été alviné ; c’eft-à-dire, lorfque l’alvin a refté trois étés dans l’étang. Par exemple, s’il avait été mis dans l’étang en ja mer ou février 1760, on compterait qu’il a trois ans en octobre 1762.
- 354. Dans un bon étang qui a été peuplé avec de l’alvin très-fort, les carpes
- les rayons du foleil puiflent agir furie frai. (loi) Si le poiflon fe trouve au-deflus de Quinze jours après on verra éclorre le poif- l’eau , 6c fi l’on tire des coups de fufil dans fon. V. Schreber, ncue Büzowifc/ic Samm- le voifinage , cela peut l’étourdir, mais non hing, tom. VI, pag. 3 92. Mém. de Façade- pas le rendre malade. mie de Suede , tom. XXIII, pag. 184..
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- fe trouvent quelquefois niiez grolfes au bout de deux ans , pour être vendues. (102)
- 3) S- On eft encore obligé de pêcher un étang au bout de deux ans, quand il y a de grandes réparations à faire à la cbauilée ou aux bondes 3 ou quand il y a de gros brochets qui détruiraient toutes les carpes 5 enfin quand l’étang a été à fec , l’année qui a précédé fon empoisonnement : car on compte qu’une année d’à fec & les deux années fuivantes de bonne eau valent trois ans. (103)
- 3 Quand on a été forcé d’empoifionner un étang avec de fort petit alvin, le poiifon 11’eft ordinairement parvenu à une bonne grofteur, qu’au bout de quatre ans 3 alors il ne faut mettre du brocheton dans l’étang que la troifieme année.
- 357- Si l’on en croyait les marchands, on ne pêcherait les étangs que la quatrième année. Comme lespoiifons, carpes & brochets feraient plus gros , ils y trouveraient leur compte3 mais le propriétaire perdrait une année, & beaucoup de poiifon qui ferait mangé par les brochets. (104)
- De la faifon où il convient de pêcher les étangs.
- 35’S- Plusieurs penfent qu’il ne faut pêcher les étangs que peu avant le carême. Cela peut être quand l’étang eft tout près de l’endroit où l’on doit vendre le poiifon 3 mais il y a bien des raifons qui doivent déterminer à pêcher en oétobre (105). 1°. On ne court point le rifque des gelées, des crues d’eau, & des autres accidens qui arrivent fréquemment pendant l’hiver 3 d’ailleurs le poiifon n’augmente pas en cette laifon 3 & s’il y a beaucoup de brochets , il vit pendant le retard, aux dépens de l’étang. 2°. En pêchant en oeftobre, lorfque le pilon eft rabailfé auifi-tôt après la pêche, l’étang fe remplit pendant l’hiver, & il n’eft pas rempli entièrement par des eaux de neige, qui font contraires au poiifon (106). 30. L’alviniere qu’on pêche en novembre, a le tems de fe remplir pendant l’hiver 3 au lieu que , fi l’on ne pêchait ces étangs qu’en février ou mars, 011 courrait rifque que l’étang 11’eût pas le tems de fe remplir fuffifam-
- (102) La grande abondance de poiifon de mer & d’eau douce , que l’on a dans la plupart des provinces de France, y a fait négliger la formation des étangs. On n’entend pas , comme en Allemagne, l’art de les établir , de les multiplier & de les pécher.
- ( J 03) C’eft encore mieux quand l’étang a été enfemencé dans l’année où il a été à fec.
- (104) On a coutume en France d’empoif
- fonner les étangs avec du fort petit alvin ; c’eft une faute confidérable.
- (105) On doit pêcher les étangsau prin-tems, fi l’on peut tout de fuite les remplir d’eau. Dans tout autre cas , il faut préférer l’automne , où les pluies plus abondantes procureront de l’eau.
- (106) Les eaux de neiges, chargées de particules falines, font plutôt falutaires aux poiffons,
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- ment d’eau pour n’ètre pas à fec l’été, à moine qu’on 11e pût conduire à Volonté dans l’étang l’eau de quelque rivlere ou de quelque fource abondante. 4^. Quand ou pèche en octobre , 011 elt plus maître de ces eaux qu’en février, où il en tombe quelquefois trop abondamment. 50. Les gelées continuant quelquefois bien avant en février, la pêche elt trop retardée pour le carême. 6°. En pêchant en oétobre, on a le tems de faire les réparations nécelfaires à la levée , à la bonde, aux déchargeoirs & aux grilles, qui au bout de trois ans fe trouvent quelquefois en mauvais état.
- De la pêche des étangs.
- 359- Quand on veut pêcher un étang, ou leve le pilon de la bonde pour laitier écouler l’eau peu à peu. Il faut néanmoins l’ouvrir allez, pour que l’eau baille dans l’étang; car dans ceux où il fe rend des fources confidéra-bles , on 11’avancerait rien, li l’eau qu’011 lailfe couler par la bonde n’était pas en plus grande quantité que celle que les fources fournilfent. Mais li l’on tirait l’eau trop vite, le poilfon 11’ayant pas le tems de fe débarralfer des herbes , relierait à fec, & ferait perdu. Il arriverait encore que celui qui ferait fous dcsisles flottantes, y relierait pris comme fous une trappe ; au lieu qu’en lailfant l’eau s’écouler lentement, le poilfon qui fent que Peau lui manque, cherche des endroits où elle elt plus profonde : peu à peu il gagne le folié du milieu , & fe rend dans la poêle qui elt auprès de la bonde. C’eit pourquoi Peau elt quelquefois lix fermâmes ou deux mois à s’écouler (107). Enfin lorfqu’il n’y a plus d’eau que dans la poêle , il s’elt ralfemblé une quantité prodigieufe de poilfon en cet endroit, où on les prend avec de petites feinettes , ou des trahies. C’êlt alors qu’il faut garder l’étang jour & nuit; car un voleur aurait bientôt fait une pèche fort abondante avec un épervier.
- 360. Pendant que Peau s’écoule, on forme des parcs de claies, ou avec des planches, à un endroit où il refte de Peau ; & le matin à la fraîcheur, quand on pèche la poêle , des hommes accoutumés à juger par habitude, de Pefpece & de la grolfeur despoilfons, les mettent promptement, chacun fuivant leur efpece & leur grolfeur, dans différens compartimens (ro8), les anguilles à part, la menuife dans d’autres parcs , dans un autre la blanchaille ; les brochets qui fe vendent à la piece, dans un parc féparé ; ceux qui fè vendent comme carpes , dans un autre. Il en elt de même des perches. Pour ce qui elt des carpes , quand 011 a féparé les grades, qui fe vendent à la piece, on diltri-
- (107) Ce ne peut être que de très-grands étangs, qui relient fi long-teras à s’écouler.
- (108) Pour pêcher des étangs médiocres, on fe fert de cuves, pour y jeter chaque
- forte de poilfon. Pour de grands étangs , on plante des piquets dans Peau , & on y tend des filets , entre lefquels on met chaque forte de poilfon.
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- bue les autres fuivant leur longueur. Celles de douze , celles de onze , celles de dix5 celles de huit pouces font féparées ; & au moyen de ce triage, on elt en état de les vendre au marchand qui fe charge du tranfport. Ou bien, comme cela fe pratique fouvent , les conventions étant faites entre le propriétaire de l’étang & le marchand , celui-ci prcfide à la pêche de la poêle , & fait lur-le-champ charger le poiffon fur fes voitures, & fenleve.
- 361. Il y a des étangs vafeux , où l’on ne peut pas former une bonne poêle : en ce cas , 011 ne pêche pas dans l’étang j mais on fait dans la foffe, à la décharge de l’étang, avec des planches, de la maçonnerie ou des gazons , ce qu’011 nomme un tombereau. C’cft une enceinte, dans laquelle, ayant ôte la cage de la bonde & levé le pilon , on laiffe palfer le poiffon avec l’eau 5 & c’eft dans cet endroit qu’011 le pêche.
- 3^2. Vis-a-vis le trou de la bonde, on fait un évafement,pour que la vîtelfe du courant s’amortiffe , & ne bleffepas le poiffon. Quand tout l’efpace elt rempli d’eau, on baillé le pilon de la bonde, & on pèche dans le tombereau. Lorfqu’011 a pris tout le poiffon, on ouvre la vanne pour laiffer écouler Peau du tombereau , & on met un panier de bonde derrière cette vanne pour arrêter le poiffon qu’on n’aurait pas pris. Qpand le tombereau eft vuide, on ferme la vanne , & on ouvre la bonde, pour la laifTerfe remplir de nouveau : ainfi l’on pèche l’étang par éclufées. 11 eft important que le fond du tombereau foit bien uni & ferme 5 quelques-uns le planchéient ( ic^ ).
- Du marché pour la vente du poijfon.
- 363. Ce que nous allons dire fur le marché , la vente & la prifée du poif fon, varie fuivant la pofition des étangs , & le plus ou moins de facilité qu’il y a à tranfporter le poiffon. De plus , cette marchandée, comme toute autre , eft fujette à augmenter ou à diminuer de prix fuivant les circonftances ( 110). Par exemple , le prix du poilfon augmente à la fuite des hivers très-rudes, & fur-tout des étés fecs , le poiffon ayant fouffert dans quantité d’étangs. Il eft bon d’être prévenu de ces circonftances.
- 364. La carpe fe vend ordinairement à l’échantillon, avec les quatre au cent j c’eft-à-dire , à la mefure par pied & pouce, qui fe prend depuis le bas de l’œil jufqu’à l’angle de la fourchette de la queue. Les marchands prétendent que ce doit être deux écailles au-deffus de cet angle 5 mais quelque ch ode que l’on faffe, le marchand parvient toujours à trouver fon compte.
- (109) Cette méthode a un grarid incon- (ijo) La groffeur du poifïbn doitnécef véni'ent ; elle fatigue beaucoup le poillon, fairement influer fur fon prix.
- & lui fait perdre de fa qualité.
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- Car fi on lui vend toutes les carpes de dix pouces & au-delfus, trois cents livres le millier, ou fix fols la piece, il rebutera toutes celles qui feront au-deifous de onze pouces , & il demandera ce qu’il aura rebuté pour un prix tres-modique. Voilà ce qu’on appelle le lavoir-faire du marchand (ni).
- %6<;. Il n’eft guere polfible de vendre en bloc tout le poiifon d’un étangs car il le vendeur lâchant ce qu’il a mis dans fon étang, connaît ce qu’il doit en tirer, facquéreur de fon côté veut être certain s’il y trouvera fon compte.
- ?,66. Le brochet fe mefure comme la carpe, & aifez fouvent fe vend de même ; mais on ne donne point les quatre au cent : ce qui ne regarde pas les gros brochets qu’on nomme carreaux, qui fe vendent à la piece. Si ceux de ving-quatre pouces , &au-delfus, fe vendent, par fuppofition, cent fois ; ceux de vingt-un pouce, & au-deifus jufqu’à vingt-quatre, celui-ci non compris, fe vendront trois livres ; ceux de dix-huit pouces jufqu’à vingt-un, celui-ci non compris, trente ou quarante fols ; ceux de quinze pouces jufqu’à dix-huit exclufivement, quinze à vingt fols ; & celui de douze pouces jufqu’à quinze exclufivement, huit à dix fols. Tous les autres fe vendent comme les carpes, à fix fols la piece & le quatre au cent; & les marchands font leur polfible pour avoir comme carpes, les brochets de douze pouces (112).
- 367. Quand on a un petit étang en état de recevoir du poiifon , il pourrait être avantageux d’y mettre les petites carpes que les marchands achètent , bon marché en bloc ; car bientôt elles auraient pris dans cet étang une grofi leur fuififante pour être vendues un bon prix.
- Des accidens auxquels font expofés les étangs empoiffonnés.
- g*
- 3^8- Il peut furvemr beaucoup d’accidens à un étang alviné, jufqu’à ce qu’il foit en pèche. Le plus fâcheux eft, s’il manquait d’eau pendant l’été.
- (ni) Quand on prendrait le parti de vendre le poiffon d’un étang à la mefure, par pied & par pouce, il y aurait de l’inconvé-nient pour l’acheteur. Si la carpe eft maigre, elle a la même longueur, mais elle eft moins large, & la chair en eft beaucoup plus fade. Ain fi il faut toujours en revenir au poids. Pour pefer une petite quantité de poiffon , on a des balances de cuivre, dont un d^s badins eft rond & l’autre oblong&'percé de trous pour que l’eau puiffe s’écouler. On vend le poiffon au poids fort, comme la viande. En gros, les balances font plus
- grandes. 11 ferait jufte que de pareilles balances fuffent contrôlées & étampées par la police.
- (112) En Allemagne ,1e brochet eft un peu plus cher que la carpe, & il fe vend aufti à la livre : les petits 1e comptent & fe vendent en bloc. En automne la carpe vaut de cinq à fix richsthalers le cent, & le brochet de neuf à dix richsthalers. Au printems le prix hauftê de quelque chofe. V. Schre-ber, Sammlung ôconornifcàer Schrifften , part. I, pag. 9+.
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- Ceft la faifon où les poiffons profitent le plus ; c’eft auffi celle où ils ont plus befoin de nourriture. Ainfi, s’il était poflibîe, il faudrait mettre alors beaucoup d’eau dans l’étang, pour qu’en étendant la nappe d’eau, ils eut* fent abondamment de quoi fe nourrir. C’eft là ce qui fait appercevoir le grand avantage des étangs qui peuvent tirer l’eau' de quelques fources abondantes , ou d’une riviere : & nous avons dit que, dans des années f’ortfeches, on était quelquefois obligé de pêcher hors de faifon un étang fùpérieur, pour fournir de l’eau à celui qui eft plus bas. On a même vu acheter l’eau & le poiifon d’un petit étang élevé, pour ne pas perdre le poilfon d’un grand étang.
- 369. C’est pour prévenir ces inconvéniens , qu’011 doit dans le mois de mars curer les foliés qui conduifent l’eau à l’étang, réparer les déchargeons, s’ils perdent l’eau , ainfi que la chauffée , & particuliérement la bonde, derrière laquelle 011 fera un cul-de-lampe, fi cela eft néceffaire. Avec ces précautions , fi la poêle eft fuffifamment profonde , on perdra peu de poiffon.
- 370. Quand les étangs font bien pleins, les gelées ne font pas périr le poiffon. Il eft de l’inftinét du poiffon , lorfqu’il fent l’eau froide, de fe retirer dans les endroits où il y a plus d’eau , & de fe bourher (113). Ainfi , quand il 11’y aurait dans la poêle que cinq pieds d’eau, comme il eft bien rare que dans les forts hivers la glace ait deux pieds d’épailfeur (114) , il relierait fiuffilàm." ment d’eau fous la glace pour que le poiffon y fubliftât. Ceux qui mettent du poiffon dans des foifés & des viviers, doivent prêter attention à ceci, afin de donner allez de profondeur à leurs réfervoirs , pour 11e point craindre les grands hivers.
- 37r. Une circonftance bien fàcheufe, & à laquelle il 11’y a fou vent point de remede, eft quand une gelée très-forte prend fubitement ; car alors les poiiTons qui n’ont pas gagné les endroits où l’eau eft profonde, font fur-pris fous la glace, & pétillent infailliblement quand le froid continue. En ce cas , fi l’on peut jouir de l’eau d’une riviere * il faut en verfer beaucoup dans l’étang pour rompre la glace ; mais il y a bien des circonftances où ce moyen , dont peu de propriétaires peuvent profiter, eft infùffiiant : par exemple , dans les faux dégels , fi la glace eft formée fur toute la fupcrficie de l’étang, & qu’il furvienne une pluie, cette eau s’amaffe fur la glace (r 1 D-Dans ce cas , lorfque les poiffons trouvent quelqu’ouverture au banc de glace, ils fe preffent de fortir de deffous pour s’égayer dans cette eau nouvelle ; & alors, fi le froid reprend , le poiffon fe trouve enfermé dans la glace, & meurt
- (n 3) Les carpes fe font un creux dans France, la glace a fouvent trois à quatre la bourbe, où elles remettent les unes fur pieds d’épaifféur ; alors il ne fuffirait pas les autres. Si le froid eft très - vif, elles fe que la poêle eût cinq pieds de profondeur, mettent la tête en-bas. (11 ç) Le remede à cela eft de rompre la
- (114') Dans les pays plus froids que la glace.
- Tome V.
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- infailliblement. Le feu.1 moyen de parer à cet inconvénient, ferait de tirer par les déchargeoirs, ou même par la bond}, l’eau qui couvre la glace. C’eft à quoi fert admirablement une vanne, li Ton en a établi aux déchargeoirs. Comme elle tire l’eau de la: fuperficie , elle produit un meilleur effet que la bonde, qui tire celle du fond. Heureufement les faux dégels dont nous venons de parler, ne font pas ordinaires ( 116) : niais il faut dans les tems de gelée faire garder foigneufement les étangs jour & nuit ; car les picoreurs ne manquent pas d’aller la nuit faire des trous à la glace : ils y attirent avec de la lumière tout le poilfou de l’étang, qu’ils prennent aifément avec une truble.
- 372. Il fe forme dans les étangs, des touffes de joncs ou de rofeaux, qu’on nomme joncheres. Elles grofîilfent journellement, & forment des isles qui ont quelquefois affez de confiftance pour qu’on puiffe marcher deffus. Ce font des retraites affurées pour les rats d’eau qui détruifent les petits poilfons, & pour les loutres qui attaquent les plus gros , & font une deftru&ion énorme ; fans parler des hérons , des canards , &c. qui profitent de ces retraites pour faire leur pêche. Le moyen de parer à cet inconvénient, qui eft considérable , eft de détruire avec un bateau & des crocs ces touffes d’herbe , avant qu’elles aient pris une certaine conliftance ; & comme elles 11e manqueraient pas do reprendre racine , il faut les tranljaorter hors de l’étang. Si 011 les avait laide s’accumuler à un certain point, il ferait impoliible de les détruire tant que l’étang ferait plein ; mais lorfqu’il eft vnidc, 011 fera bien de les enlever hors de l’étang, fans quoi ces isles ou miterms reparaîtraient bientôt plus grandes qii’auparavant ( 117). On prétend qu’il faut, dans le mois de mai ou de juin, faucher les rofeaux & les glais , qui fe multipliant énormément dans les
- (ii<5) Dans les fortes gelées il y a quelques précautions à prendre. Si l’étang eft peu profond , & qu’il foit traverfé par une eau courante, il faut faire des trous dans la glace à l’entrée & à la fortie, & les recouvrir avec de vieilles planches , ou avec des nattes & de la paille. On aura foin d’obfer-ver fréquemment fi les poiftbns font tran. quilles dans leur retraite, & fi l’eau eft tou. jours bien claire. Il faut empêcher que les poifions ne s’élancent. Pour cet effet, on fait un pain , dans lequel on mêle de l’anis ,
- & après avoir rompu la glace , on jette le pain dans l’eau , & on le fait aller au fond avec une pierre. L’odeur de ce pain attire les poifions au fond de l’eau. Pour les étangs qui n’ont pas de courant, il faut les fournir
- d’eau autant quTit eft pofïlble- avant l’hiver, & dans les grands froids avoir foin de faire rompre la glace deux fois le jour dans plus, d’un endroit de l’étang. Voyez Bûchers, Landwirthfchaffts- - Calendcr. Schreber, Büzoïoifche Sanindung, part. II, pag. 25.
- (117) Ces herbes fi tenaces & fi difficiles à extirper ne font pas des joncs ou des rofeaux , il faut que ce foit l’herbe qu’on nomme trainajje} en allem. IFaJJerquccke. Les racines qui s’entrelacent, forment au fond de l’eau , des monticules qui retiennent la vafe , & donnent lieu à des islots. Le plus fur moyen , lorfqu’un étang en eft infecté , c’eft de le laiffer à fec pendant une année , & d’arracher à la pioche jufqu’à la moindre racine de cette plante opiniâtre»
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- étangs, font tort au poilfon ( 118 ). Cela eft praticable pour les viviers & autres petits réfervoirs 5 mais à l’égard des grands étangs, 011 s’engagerait à faire une dépenfe conlidérable, dont on ne ferait pas dédommagé ; il faut remettre à les détruire, lorfque l’étang eft à fec (119).
- (118) On fe fert, pour extirper ces plantes incommodes , d’une faux montée exprès pour les couper au fond de l’eau. Si l’on a foin de répéter l’opération pendant deux ou trois ans , vers la fin de juin , tems où elles font dans toute leur force , on parvient à s’en débarrafler ; & s’il en refte encore , on les extirpe lorfque l’étang eft à fec.
- (119) Il y a bien d’autres accidens à redouter pour les étangs empoiffonncs. Il faut mettre de ce nombre , i°. un grand nombre d’oifeaux avides du poifton : tels font, outre ceux que l’auteur indique , le héron , en allemand , Fifchrciherla bufe , en allem. Rohrdommcl; l’orphraie, en ail. Fifcha.hr; le grand & petit plongeon , nommé dans quelques provinces cartagneux, en allem.
- * Toucher.\Toy.von Schônfelds, Landwirth-fchafft, pag. 622. 2Q. Parmi les quadrupèdes , fans compter les loutres, dont l’auteur a parlé , il y a aulfi les furets, les fouines , & les chats. 30. Certains infe&es font encore un tort infini aux poiflons. Tel eft une efpece d’hanneton d’eau, dont parle Kofel, InJetfcn-BeluJIigung, part. II. Des infectes aquatiques. Schreber , ncue Samm-îurtg ôconomifcher Schriften, part. IV, pag. é88. Tels font encore les fangfues & les léfards , que l’on peut chafler en jetant dans l’eau une certaine quantité de fel. Mcm. de la fociétc' royale de Suède, part. VIII, pag. 22i. Les grenouilles, les crapauds , doivent être foigneufement détruits, fur-toutdans les premiers étangs où l’on fait frayer les carpes, 40. On ne doit pas fouftrir des écrevilTes dans les étangs, fur-tout fi la chauffée eft peu large & faite de terre légère.
- 5 ü. La fciure de bois entraînée par les cou-rans depuis quelque moulin à fciejufques dans l’étang , peut être mortelle au poifton. On a vu les poifibns réuflir très-mal dans
- des étangs neufs , qu’on avait revêtus de fapin , dont le bitume eft funefte aux poif. fons.Voyez niérn. de Yacadcmie royale de Suède, part. XIII, pag. i8§. 6°. Des eaux vitrioliques, acides ou fulfureufes, tuent le poifton dans les étangs & dans les viviers. On lit cette obfervation dans Ylehthyologie de Richter : “ On lavait fur les bords de la mer en Dannemark le minerai d’une mine de foufre , & l’on obferva que tous les poif-fons difparurent. Un vaifteau chargé de fou» fre entre-t-il dans la rade, c’en eft aviez pour faire fuir le poifton. Pour peu qu’un baceau de pêcheur foit enduit de foufre, tous les poiftons l’évitent avec foin. On a fait la même remarque quant à la fumée d’un haut fourneau , ou d’une charbonnière : fi elle eft trop près d’un étang , les poiflons en fouf-frent. Une eau qui a pafle fur des charbons de pierre eft nuifibie aux étangs où elle va fe rendre. 70. La pouflîere de chaux & de charbon , s’il en tombait une certaine quantité fur la furface de l’étang , cauferait bien du mal aux poiflons ; c’eft pour cela que dans plufieurs pays la police a pris des précautions pour prévenir ce dommage. On cite entr’autres , les ordonnances de Saxe , & celles du comté de Iienneberg. Voyez Frankifchc Sanunlungen , part. V, p. <; 27.
- Lorfqu’après les inondations , les eaux deviennent infectes, elles fuffifent pour faire périr le poifton. çQ. Le rouillage du chanvre & du lin dans les eaux courantes qui vont fe décharger dans les étangs , eft encore funefte au poifton qu’on y conferve. Audi cela eft défendu dans plufieurs états d’Allemagne. Voyez Cod. Augujl. I. 62 ; IL 66g, 676 , 69t. Alylius , Corp. Com. Magdcb. part. III, pag. ç8?- iop- Toutes les eaux infeètes des cloaques, des écuries, des fabriques d’eau de vie, &c, font en-
- D d d d ij
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- De rà-fec des étangs.
- 373. Il arrive que quand on a péché tard , l’étang ne fe rempliflànt pas, on fft obligé de le laifler à fec. Il en eft de même fi l’on manque d’alvin & encore quand il y a des réparations confidérables à faire à la chauifée, à la poêle* à la bonde, ou aux déchargeoirs. Dans tous ces cas, on eft obligé de laifler l’étang à fec; mais indépendamment de ces cas forcés, on fera bien de le tenir à fec pendant un, deux ou trois ans, tous les neuf à douze ans , pour raffermir le fonds, détruire les rofeaux & les grands joncs. Lorfqifon empoisonnera l’étang ainfi repofé , 011 prendra à la première pèche, peu de blanchaille* mais la carpe y profpérera tellement, qu’au bout de deux ans elle fera auflï forte qu’elle l’aurait été à la troifieme année. Outre ce dédommagement, on ne perdra pas entièrement fou revenu pendant le tems de repos : l’étang > tenu à fec, produira de bon foin;. & en labourant les parties qui peuvent l’être , on pourra y femer de menus grains , qui y réufliront au mieux ; car le féjour de l’eau aura rendu ces fonds très-fertiles. De plus, par ces labours réitérés , on détruira les plantes aquatiques qui endommagent les étangs, & on formera un terrein neuf* où le paillon trouvera en abondance de quoi fe nourrir.
- 374. Une dépenfe confidérable , mais qui eft quelquefois inévitable,. eft de curer les étangs qui fe font remplis. J’en ai vu où l’on était obligé d’enlever dans une grande partie près de deux pieds d’épailfeur de vafes & de plantes pourries. Nous ne parlons, point ici du tranfport du poilfon à dos de cheval* en voiture & par eau * en ayant traité amplement plus haut.
- 375. Nous croyons devoir faire mention ici d’un étang alfez fingulrer, qui fe trouve à Camiers en Picardie ,paroiife maritime , fîtuée à quatre lieues de Boulogne , & à trois de Montreuil. Cet étang eft dans des dunes confidérables * à une demi-lieue de la mer ; il contient environ quinze arpens, & change de place de tems en tems , c’eft-à-dire , lorfque les vents pouffent les fables d’un côté , & obligent les eaux de gagner d’un autre. L’églife du village s’eft trou-
- core mortelles aux poiftons^. Il a fallu, pour démontrer cette vérité, des procédures juridiques, & une fentence définitive , que JVÎ. Schreber rapporte dans l’édition allemande , & que je crois pouvoir me difpen* 1er de rapporter ici. Tous les détails relatifs à la confervation des poiflons, dans la mer , dans les lacs, les rivières & les étangs, appartiennent inconteftablement à la police. M. Duhamel lui a mis fous les yeux une
- foule d’abus crîans , qui doivent tôt ou tard détruire les pêches maritimes ; j’en ai indiqué quelques autres que cet homme célébré n’avait pas relevés. 11 y a bien peu de pays où les ordonnances fur ces objets foienfc complétés & bien obfervées. M. Schreber* très-inftruit de toutes ces matières , ne parait pas perfuadé que l'on ait en Allemagne une jurifprudence bien fuiviefux de pareils objets.
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- S e c t. IÏL De la pêche aux rat eaux, &c\ 5 g 5
- vée, il y a quelques années , ainfi que des maifons, prefqu’au milieu de l’étang. Les eaux n’en font cependant pas Talées. On y pêche des carpes & des anguilles d’une bonté finguliere : ce qu’on croit provenir de ce qu’il 11’y a point de vafe dans cet étang, dont le fonds eff toujours iàbleux. Il n’eft pas rare d’y trouver des carpes de quinze à vingt livres , & leur bon goût fait qu’elles Te vendent communément trente fols la livre. O11 ne peut pécher ces carpes que dans l’été ; 011 les met dans un réfervoir pratiqué à un bout de l’étang.
- 376. Il fe trouve dans l’étang de Camiers, des endroits de vingt-cinq braffes de profondeur j mais, comme nous l’avons déjà dit, les eaux changeant de place , les endroits profonds varient chaque année. On a remarqué que l’endroit où était l’églife , qu’on a été obligé de démolir, eff préfentement affez éloigné de l’étang. Cette note fur l’étang de Camiers, m’a été fournie par M. Ghanlaire , commiiîàire des claffes à Boulogne.
- RE' C AV 1 TU LA TI ON, IA réflexions générales furies différentes façons de pêcher, qui font expofées dans cette troifieme feétion.
- 377. Jl/OUR fiiivre le plan que nous avons expofé au commencement de cet ouvrage ; après avoir traité dans la première feétion des pèches qu’on fait avec les hains,nous avons expofé dans la féconde feétion celles qu’on fait avec différentes fortes de filets; & il nous refait à parler dans une troifieme, de pluficurs façons de pêcher , que nous avons cru ne devoir pas confondre avec celles qui ont fait l’objet des deux premières.
- 378- Nous avons divifé cette troifieme feétion en trois chapitres ; & après avoir décrit dans une introduétion les inftrumens dont on Je fer t pour les pêches dont nous nous propofons de parler, nous détaillons dans le premier chapitre les pèches qu’011 fait au bord de la mer, à pied ou en pleine eau , avec des Bateaux, fe fervant dedigons, de fourches, de tridents , de fouannes, fouennes ou fouines, de harpons , de rateaux, de herfes , &c. tant de nuit que de jour: ce qui eft renfermé dans dix articles , qui contiennent plufieurs paragraphes.
- 379- On trouve dans le premier article , les différentes façons de prendre les coquillages qui s’attachent à des rochers qui découvrent de baffe mer, ainfi que les poiffons qui s’enfoncent dans le fable ou la vafè , de même que ceux qui relient dans les endroits qui n’affechent point quand la mer effe retirée.
- 38c. On expofe dans le §. 31, la façon de détacher, de baffe mer, les-coquillages qui s’attachent aux rochers & aux groffes pierres, fait avec ui*
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- crochet attaché au bout d’une perche , ou avec un couteau qu’on nomme étiquette, fur la côte de Baffe-Normandie, ou avec une vieille faucille , dont on fait ufage dans la Gironde & ailleurs.
- 381. Comme il y a des coquillages, tels que les pitaux & folades, ainfi que des vers marins, qui fe retirent dans des fonds durs, on va les y chercher avec le pic & la pioche , comme nous l’avons expliqué , §. 3^2 ; ainfi que la façon de retirer les vers du fable avec l’étiquette ou la faucille , comme nous l’avons détaillé ,§.33 & fuiv.
- 382. Quand les fables ne font pas fort durs, on y cherche les vers marins, les hamilles, & quelques poiflons plats, avec des louchets , pâlots , beches ou fourches, ainfi que nous l’avons expliqué , §. 37 &fuiv.
- 4 383. Les poiffbns qu’on nomme faxatlies, tels que les c-ruftacés, les congres, &c. fe retirent entre les rochers ; & nous expliquons, §. 40, comment on va les y chercher avec une broche dentelée, qu’on nommé angon ou digon, grapin , &c.
- 384- ..Quand il refte des poiflons dans les endroits qui n’afîechent pas , les pécheurs vont les y prendre avec un crochet de fer, qu’011 nomme efpadot. Cette pêche qui eft détaillée , §§. 41,42 , fe fait plus fouvent de nuit que de jour, ainfi qu’011 le voit repréfenté pL 1, fig. 1.
- 38c Nous avons dit, §. 43 ,1a façon de prendre les poiflons qui reftent dans les endroits qui n’aflechent point, avec les fourches à deux ou trois fourchons barbelés, fortes de tridents qu’on nommq fougue en plufieurs endroits , & particuliérement à Oleron.
- 38d. Les voyageurs nous ont mis en état de parler, à la vérité très-fommai-* rement, d’une pêche étrangère, qu’on fait avec un croc , §. 44.
- 387- Dans les endroits où le fable n’eft pas fort dur , on le laboure avec un crochet double , pour en tirer les coquillages , les vers & les poiffbns qui s’y font enfouis, comme nous l’avons expliqué , §. 4^, & repréfenté pl- I,fig. 2.
- 388- Mais pour entamer à la fois une plus grande largeur de fable, on fe fert, au lieu du crochet §. 4^ , des rateaux § §. 46 & 47. Il y en a de petits qui fervent à ramaffer les coquillages qui font à la fuperficie du firble, ou à une très-petite profondeur dans le fable ; & pour les vers & les poiflons , 011 emploie de grands rateaux, tels qu’on les voit pi. I,fig. 2.
- 389- Ceux qui peuvent s’aider de bêtes de trait, chevaux ou bœufs, avancent beaucoup la befogne, en fe fervant de herfes ; c’eft ce qui eft expliqué au §. 48 & fuiv. & repréfenté pl. 19fig. 2.
- 390. On pèche à Aiguemortes, dans les fables qui 11e font recouverts que d’une petite épaifleur d’eau, des coquillages qu’ils nomment tortilles, avec un rateau derrière lequel 011 ajufte une perche de filet: c’eft ce qu’011 appelle tonïlliere, §. 51.
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- 39f. On pèche en Provence, des coquillages à une aflcz grande profondeur d'eau , avec line efpcce de rateau de fer pefant, qu’ils nomment falabre, §. f 2, & qu’on peut regarder comme une drague.
- 392. La pèche à La foule, ou pommetter ou plietter, fe nomme ainli, je crois, par corruption, de piétiner, parce qu’elle fe fait en marchant pieds nus far le fable ; & quand on lent un poilfon fous les pieds , on le prend avec les mains , ou on le perce avec un angon , ainfi que nous l’avons expliqué §§. ^3 , 54. Nous faifons remarquer, §.55", qu’011 pèche de cette même maniéré des coquillages qu’011 nomme coques ou vanons. A l’égard des coquillages qu’on appelle manches de couteau, manchons , couteliers , on les tire du fable au moyen d’un petit infiniment qu’on nomme digot, qui n’eft autre chofe qu’une aiguille à tricoter, terminée par un petit bouton ,§ §. 56, 57.
- 393. Sur les côtes vafeufes, 011 fait fortir les anguilles en émouvant la vafe avec les pieds, & on les alfomme avec un bâton , §. 58*
- 394. On prend auiïî des anguilles , des congres, & des poilfons plats , en enfonçant au hafard dans la vafe une fouanne, quiramene les poilfons qui font piqués. §. 9 & fuiv. On pèche auifi fur les vafes avec la fouanne & au feu.
- 39Ï- En Languedoc, il y a des pêcheurs alfez adroits pour pourfuivre les poilfons à la courfe , étant éclairés par un flambeau, & pour les percer.
- 396. Nous rapportons , §. 67, ce que les voyageurs difent de fadrelfe que les negres ont pour percer les poilfons avec un trident.
- 397. Art. II. Dans le premier article, nous n’avons parlé que des pèches qui s’exécutent à pied ; il s’agit dans le fécond , de celles qui fe font en bateau , avec des rateaux , des digons , des fouannes , pour pêcher des coquillages & des poilfons qui fe tiennent fur le fonds, ou qui s’y enfoncent à une petite profondeur.
- 398. A l’embouchure des rivières, des pêcheurs fe mettent dans un petit bateau s & avec des rateaux qui ont de longs manches plians, & un fac de filet à la tête , ils détachent des coquillages du fonds f comme il efi: expliqué §. 69 & fuiv.
- 399. Nous avons dit, §. 72, comment on pèche des huîtres avec un rateau dont la tète n’efl: pas garnie de filet, mais qui a auprès du manche une petite planche qui retient les huîtres que le rateau a détachées.
- 400. Les pécheurs du Morbian, §. 73 , vont furies vafes avec des bateaux fi légers , qu’ils les portent facilement fur leur tète ; & en lançant leur fouanne dans la vafe au hafard, ils en tirent les poilfons qui s’y font retirés.
- 401. Art. III. Par les pèches dont il a été queftion jufquàpréfent, 011 ne prend que les poilfons quife retirent dans la vafe ou le fable pour y attendre le retour de la marée, ou qui étant recouverts d’eau fe tiennent fur le fonds. Parcelles dont nous parlons enfuite,on prend les poilfons qui nagent en pleine eau.
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- 402. Quand les vives étaient communes, on en attirait en troupe avec de petites anguilles d’étain, qu’on tenait fort brillantes ; & fou vent les pécheurs en prenaient plufieurs d’un lëul coup de fouanne , §. 7^.
- 403. On emploie, pour pécher avec la fouanne en bateau, tantôt des fouan-nes qui font figurées comme les dents des fourches, ou des tridents ; ou bien un nombre de dards fe raffemblent à une même douille , formant comme une elpece de balai j ou encore elles font rangées fur un morceau de bois fem-blable à la tète d’un rateau. Ces pèches fe font de jour, & encore mieux de nuits comme nous l’avons expliqué, §. 76 & fuiv.
- 404. La pèche au pharillon, §§. 83 ? 84, & qui eft repréfentée pi. II,fîg.i, confitte en une efpece de réchaud, qu’on attache à un bout-dehors à l’avant ou à l’arriéré d’une chaloupe, ainfi que celle dite au phafiier86 & fuiv. qu’on pratique la nuit dans les canaux des bourdigues. Ces pêches font du même genre que celles dont il a été queftion dans les paragraphes qui précèdent.
- 405. Il s’agit encore de pèches à peu près femblables, §. 91 & fuiv. qu’on pratique chez les étrangers , & qu’011 nomme ence^a ,/ofcina ou fiufcma pitora± à la rilfolle ou au feu, & à la fouine. Ainfi l’on voit que cette pèche fe pratique en bien des endroits différons.
- 406. Quelquefois au lieu de feu, on attire les poiffons avec un miroir qui réfléchit la lumière de la lune, §. 97 5 & les Chinois, §. 98 j oppofent à la lune au bord de leur bateau, une planche blanchie & couverte d’un vernis très-poli: les poiffons croyant que c’eft une lame d’eau, s’élancent fur cette planche , & tombent dans le bateau.
- 407. On voit,§. 991, comment les Indiens pêchent au feu; & §. 100, comment les habitans de la côte du Sénégal pratiquent cette même pêche.
- 408. Nous avons repréfenté (pi. II, fig. 2 ), & décrit, §. loi, la pêche que les Italiens font de jour & de nuit aux environs des rochers, avec un trident.
- 409. Art. IV. Pour toutes les pêches aux harpons ou à la fichure, dont nous avons parlé, 011 n’abandonne point le harpon,& l’on ne prend que de petits poiffons. Mais pour prendre les gros, tels que les baleines, les marfouins, &c. on lance le harpon, on l’abandonne entièrement, & l’on 11e retient qu’une ligne qui elt attachée, ou au manche, ou au fer du harpon. Comme, à l’occa-fion de quelques gros poiffons , nous ferons obligés de détailler cette pèche, nous nous fommes contentés de décrire dans quelques paragraphes la pèche du maffouin qu’on fait avec le harpon 5 & nous avons repréfenté (pl. //, fig. 3) l’inltrument dont on fe fert pour cette pèche. On voit dans ces mêmes paragraphes , comme les Groënlandais prennent des poiffons avec des fléchés; & les negres de la partie occidentale d’Afrique, avec des dards.
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- 4ro. Art. V. Comme à l’occafion des pèches au harpon,nous avons été engagés à parler de l*ufage qu’on fait de la lumière pour attirer le poilfon, nous avons cru devoir traiter dans un article particulier de la pêche qu’on fait au feu avec des filets. Dans cette vue, nous difons, §. 103 & fuiv. comment les pêcheurs après avoir attiré le poilfon avec le feu , parviennent à palfer déifions un filet & à l’enlever comme avec le carreau.
- 411. On voit, §. 110 & fiiiv. comment, à Alicante, en Catalogne , en EL pagne , 011 parvient à entourer avec un filet le poilfon qu’on a attiré par la lumière.
- 412. Dans la fécondé fe&ion, nous avons amplement parlé de la pêche au bregin. Mais nous ajoutons, §. 121 de la troilieme feétion, la maniéré d’attirer le poilfon dans le bregin, au moyen du feu.
- 413. Art. VI. Nous avons ralfemblé dans cet article plulieurs petites pèches , qu’011 fait en prenant le poilfon à la main : la plupart font recueillies des voyageurs j & à leur occafion, nous difons quelque chofe de l’art des plongeurs.
- 414. Art. VII. Il y a bien des efpeces d’oifeaux qui vivent de poilfon , & qui font d’excellens pêcheurs : mais on eft parvenu à en drelfer pour la pèche, comme 011 drelfe des chiens pour la chalfe. Nous expofons dans le paragraphe 136, la pêche avec le cormoran, & nous rapportons d’après Vhifloire générale des voyages, une pêche à peu près femblable , qu’on fait à la Chine.
- 415. Art. VIII. Quoique dans le nord les eauxfoient glacées une grande partie de l’année , on 11e lailfe pas de prendre beaucoup de poilfon, lors même que les glaces font fort épailfes.
- 416. Nous rapportons, §§. 147 & 148 , les pêches qu’on pratique dans l’Amérique feptentrionale, en faifant des trous par lefquels on palfe, de grands filets fous la glace, ou dans lefquels on introduit des efpeces detrubles.
- 417. Il s’agit, §. 149 , des pêches qu’on fait en Ruftie fous là glace 5 & §.1^0, de celles de Süede. L’une & l’autre different peu de celle de l’Amérique feptentrionale. Enfin l’on explique, §. 1^2, comment on pèche fous la glace avec des hains. '
- 418- Art. IX. O11 pratique près de Briare, dans le lit de la Loire, lorfiqu’il fait chaud , une pèche qu’on nomme fonds. C’eft une efpece d’auvent formé d’une grande table, qui porte fur le fonds par un de fes côtés , & qui eft fou-tenue un peu-élevée par l’autre avec des pierres : les poilfons vont fie mettre à l’ombre du foleil & à l’abri du courant, fous cette efpece d’auvent. Quand on juge qu’il s’y en eft ralfemblé, on entoure l’auvent d’un filet, 011 ôte la table qui le forme, & en tirant le filet à terre, on s’approprie le poilfon qui s’étaic retiré en cet endroit.
- 419. Art. X. Comme dans cette troilieme fe&ion nous nous fommes pro-Tome V. E e e e
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- pofé de raifembler toute forte de petites pèches , il ,nous a paru convenable de rapporter celle qu’on fait pour prendre du nonat, ou de la guildre , qu’on nomme auffi menuifè ou menife ; en uli mot, de la femence de poilfons de toute eipeçe. -,
- ’ 420. Nous rappelions, §. 158 > une pèche dont nous avons parlé dans ia fécondé fe&ion , au chap. II, & qui fe pratique auprès de Morlaix, où l’on prend une grande quantité de menuife , en préfentant au courant une manche de toile claire. ^ <
- 421. Nous décrivons, §. 1^9, ce qu’011 nomme dans l'amirauté de Vannes, favre-à râteau, qui eft une manche de filetajuftée au bout d’une fourche de bois, pour prendre de la menuife qui fert pour faire de la réfure, forte d’appât dont les pêcheurs de fardines de l’Océan font ufage.
- ; 422. C’est dans la même vue, qu’on fait la pèche que nous avons décrite §. 160 : on l’appelle bâche traînante,
- 423. On pratique une pèche à peu près femblable, §. 161 , avec un grand fac qui traverfe la riviere de Pontrieu près Tréguier.
- 424. Nous avons détaillé, §. 162 , la pèche qu’on fait du nonat auprès d’Antibes , avec une efpece de feine à mailles très-ferrées, & qu’on manœuvre précifément comme les grandes feines.
- 42f Nous traitons, dans le chap. II, du déchargement, de la vente & du tranlport du poiifon, tant dernier que d’eau douce, mort ou en vie. Si l’on était obhgé de confommer tout le poiifon aux endroits où on le pèche, il ferait fi abondant,, & par conféquent à fi vil prix, que les pêcheurs 11e feraient pas rembourfes de leurs frais. D’ailleurs les provinces qui ne confinent point à,la mer, ou qui font éloignées des étangs, manqueraient abfolumentde poiifon : il faut donc en traniporter quelquefois même fort loin,& de façon qu’ils 11e le gâtent pas dans le tranfport : pour cela il convient de prendre les précautions que nous avons rapportées dans ce fécond chapitre.
- 426'. Art. I. Il a été queftion dans, cet article , du déchargement , de la vente & du tranfport du poiifon mort, tel que la marée ; car tout le poiifon9 particuliérement celui de mer , périt prefqu’auili-tôt qu’il eft hors de l’eau.
- 427. Il s’agit, §. 167, du déchargement du poiifon. Quand la barque des pêcheurs eft à quai, ou échouée fur la greve, des hommes & des femmes viennent avec des hottes & des paniers recevoir le poiifon que les matelots déchargent, & elles le tranfportent au marché, où l’on arrange les poiifon s communs, efpece par efpece, fur des claies, & les poiifons rares dans des corbeilles.
- 428. Alors, §. 174, on délivre les poiifons de redevance; favoir, aux commis du roi ou des feigneurs, c’eft ce qu’on appelle le pcijfon de coutume : enduite au bourgeois à qui appartient la barque, on le nomme lepoiflbn bout-
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- pois: enfin au maître pêcheur qui fournit plus de filets que les antres, & qui fupporte la plus grande partie des fatigues de la pêche. Il eft cependant défendu aux uns & aux autres de prendre certains poiifons qu’on appelle privilégiés, parce qu’ils font d’un fort gros prix.
- ‘ 429. Quand on a livré les poiifons de redevance, on vend le refte aux chalfes-marées 3 & enfiiite 011 le tranlporte chez l’acquéreur pour l’emballer, §. 184 & fuiv. Là on le lave, & 011 l’arrange proprement dans des paniers de différentes grandeurs : deux des grands fuffifent pour charger un cheval ; il en faut trois de moyenne grandeur & quatre petits, pour faire une fomme. Il y en a encore déplus petits, qu’on nomme cloyeres ; & quelques poiifons font feulement enveloppés dans de la paille longue: c’effc ce qu’011 nomme torquetu ou torchette.
- 430. Les paniers étant faits, & couverts de leur chaperon de paille, on les charge fur des chevaux , comme il eft expliqué §. 192 &fuiv. & les chaffes-ma-rées partent pour leur deftination.
- 431. On traniporte auffi , §. 19 f & fuiv. quelquefois du poiffon d’eau douce mort & à fomme; caries groifes carpes peuvent fe conferver, fans fe gâter, deux ou trois jours ; & les gros brochets quatre ou cinq , fuivant la température de l’air.
- 432. Art. II. Du tranfport du poiffon quion veut conferver en vie„ Il s’agit, §.201 & fuiv. du tranfport du poiffon d’eau douce à de petites diftances ; pour cela, 011 le met dans des bachottes remplies d’eau qu’011 charge à dos de cheval, ou dans des tonnes auffi remplies d’eau qu’on voiture fur des charrois. Mais tous les poiifons nefupportent pas également le tranfport.
- 433. Il s’agit, §. 212 & fuiv. du tranfport du poiffon d’eau douce dans des bateaux où il y a des réfervoirs qui communiquent avec l’eau de la rivière. On les nomme des bqfcules ou des boutiques.
- 434. Les Hollandais & lesDunkerquois, à l’inftar desbafcules dont nous venons de parler, ont conftruit des barques à vivier, ou de petits lieux, dans lefquels il y a une efpece de foute remplie d’eau de mer, dans laquelle ils mettent les poiifons qu’ils ont pêchés au large, pour les tranfporter en vie ati port. La pratique des Dunkerquois eft détaillée §. 217 & fuiv. Il y a des circonf-tances où il eft très-important de tranfporter affez loin & fort diligemment des vers en vie, pour en fournir aux pêcheurs aux hains^, qui s’en fervent pour amorcer. Ce tranfport fe fait à pied, comme il eft expliqué, §§. 228, 229.
- 43f. Il eft important d’avoir toujours du poiffon dans le befoin, pour l’approvifionnement des maifons, ou pour la vente, fi ce font des marchands détailleurs ; il faut donc avoir des réfervoirs où il fe conferve en vie. L’art. I du chap. III, eft deftiné à parler delà confervation du poiffon de mer & des coquillages en vie , dans des réfervoirs. En parlant des madragues, nous ayons
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- TRAITE' DES PECHES.
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- dit que les pêcheurs confervaieüt fouvent des thons dans des enceintes de filets, pour attendre des circonftances où la vente en fût plus avantageufe. Ceux qui font pourvus de barques à vivier, y confervent leur poilfon quelquefois aifez long-tems. Mais ou voit, §. 235, une induftrie des pêcheurs Picards pour conferver des raies, pour ainil dire , à l’attache.
- 43 6. Il y a des pêcheurs, §. 236, qui confervent leurs pohfons vivans dans des paniers qu’ils calent dans des endroits qui n’alfechent point de bafle mer. Et l’on voit qu’on profite des marres qui retiennent l’eau au bord de la mer, pour y conferver des coquillages, & même des poilfons plats, §. 237 & fuiv.
- 437. Dans l’article fécond, nous traitons des réfervoirs pour conferver en vie les poilfons d’eau douce. Nous 11’avons pas omis de parler de quelques poilfons, particuliérement des poilfons dorés de la Chine, que l’on conferve par forme d’amufenient, dans des vafes de porcelaine ou de cryllal, comme on fait les oileaux dans des cages.
- 438- Après avoir fait remarquer que les bateaux à bafcule font de bons réfervoirs pour le débit journalier, nous parlons , §. 243 & fuiv. des réfervoirs qu’on a pour I’apprivifionnement d’une maifon , & qu’on nomme huche. On en voit une des plus commodes, pl. III ,fig. 1.
- 439. Nous remarquons, §. 247 & fuiv. qu’011 en fait en pierre qui font plus grands & plus de durée 5 & ils font fort commodes , quand ayant une vanne (pl. III, fig, 3 ) à chacune des extrémités , 011 peut les vuider & les remplir à volonté & promptement.
- 440. Les viviers, §. 250 & fuiv. font de grands réfervoirs, dans lefquels on peut conferver long-tems beaucoup de poilfon.
- 441. A l’occafion de ces réfervoirs où le poilfon acquiert de la bonté & s’en-graiflê quand on le nourrit, nous avons parlé de la caftration du poilfon , qu’on a propofée comme un moyen fur de rendre les poilfons à qui on fait cette opération, aulli différens des poilfons ordinaires , que les chapons & les poulardes le font des coqs & des poules.
- 442. Art. III. Nous terminons la troilieme feétion par un traité alfez complet des étangs. Ce font des pièces d’eau plus ou moins grandes, où l’on éleve beaucoup de poilfon. Ils 11e doivent jamais fécher d’eux-mêmes 5 mais on doit être maître de les vuider quand on le juge à propos. Il s’enfuit, §. 273 & fuiv. que l’étang doit être alhs fur un terrein dominé par les terres voilines, afin que l’eau s’y rende; que le fol de l’étang doit être en pente, pour que l’eau fe porte à un des bouts qu’011 nomme la tête^ où l’eau doit être en plus grande quantité que par-tout ailleurs. Pour cela, on y fait avec foin une digue qu’on appelle la chauffée de P étang ; 8c il faut que derrière cette chaulfée le terrein fait encore plus bas , pour que l’eau puilfe s’écouler quand on ouvre la bonde pour vuider l’étang. Tout cela eft rapporté fort en détail, §; 276 & fuiv.
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- Sect. III. Réccip i filiation.
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- 443. Nous avons expliqué avec foin, §. 284 & fuiv. différentes façons défaire des chauffées.
- 444. Devant la chauffée, dans l’étang & vis-à-vis la bonde, il doit y avoir un endroit plus profond que le refte; c’eft ce qu’on appelle la poêle, dont il s’agit §. 291 : elle elf néceifaire pour la pêche de l’étang.
- 445. Nous expliquons, §. 292 & fuiv. la façon de faire & de pofer ju bonde , qui eft repréfentée fur la planche ///, fig. 2.
- 446. Quand , malgré toutes les attentions que nous avons indiquées , la bonde perd l’eau , il faut derrière, à l’endroit qu’on nomme la fojfe, conffruire ce qu’011 appelle un cul-de-lampe , comme on l’a expliqué §. 308.
- 447. Il eft fenfible que le poiffon pourrait fortir de l’étang par les endroits qu’on pratique pour y introduire fcau, ou pour la laiffcr s’écouler quand il y en a trop. Nous avons rapporté, §. 309 & fui vans, comment il faut garnir de grilles ces endroits.
- 448- L’empoissonnement de l’étang eft un article très-important : ce qui nous a engagés à entrer dans de grands détails, §. 317 & fuiv.
- 449. Quand on a plulieurs étangs, on eifaie d’en avoir de petits qu’on, deftine à fournir de l’alvin pour empoiifonner ceux qu’on a pêchés.
- 4^0. Les étangs qui font deftinés à former de l’alvin, fe nomment alvinie* res. On trouve ce qui les concerne, §. 344 & fuiv.
- 451. Nous rapportons, §. 345 & fuiv. ce que les voyageurs difent des méthodes que les Chinois pratiquent pour empoiffonner leurs étangs ; & nous détaillons , §. 349 & fuiv. les attentions qu’il faut prendre pour entretenir en bon état un étang empoiffonné.
- 452. Nous déterminons, §. 353 & fuivans, à quel âge il faut pêcher les étangs 5 & §. 358 & fuiv. quelle iàifon il faut choiiir pour en faire la pèche, comme nous l’expliquons §. 3^9 & fuiv.
- 4^3. Le marché pour la vente du poiffon eft traité §. 363 & fuiv.
- 454. Nous détaillons,§. 3 66 Si fuiv. les accidensqui arrivent aux étangs em-poiffonnés , & nous indiquons les moyens de les prévenir, au moins en partie. 11 y a quelques avantages à laiffer de terns en tems les étangs à fec & fans être empoiffonnés ; c’eftce qui eft: expcfé §. 373 & fuiv.
- 4^5. Enfin , §. 361, nous expliquons le cas où il faut faire derrière le trou de bonde ce qu’on nomme un tombereau , qui eft abfolument néceffaire quand 011 veut pécher ces fortes d’étangs.
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- EXPLICATION DES FLANC PI ES
- DE LA TROISEME SECTION.
- Planche I.
- Figure i. On y voit la pêche qu’on nomme à lefpadot: elle fe fait la nuit dans des endroits où il refte un peu d’eau. Après avoir attiré lepoiffon par la lumière d’un flambeau, on le faillit avec l’elpadot, qui eft un crochet de fer ajufté au bout d’une perche.
- Figure, 2. On y voit deux jeunes gens qui labourent le fable avec un crochet de fer ajufté au bout d’une perche qu’ils paifent entre leurs jambes i & des hommes ainfi que des femmes qui entament le fable avec de grands rateaux : les uns &les autres pour en retirer des vers, des hamilles, & quelques autres poiiTons qui s’eulablentlorfque la mer fe retire.
- Figure 3. Cette opération fe fait bien plus promptement 9 quand ayant des bêtes de trait, on peut traîner fur le fable, des herfes qu’un homme ou une femme fuivent pourramaflfer dans des paniers lespoiflTons qu’on a fait fortir du fable.
- Pl. II. Fig. 1. On ajufté quelquefois au bout du bateau un réchaud dans lequel 011 fait un feu clair ; c’eft ce qu’011 appelle lepharilLon\ ailleurs lephaJHer.
- Figure 2. On y voit comment un feul homme ayant les pieds fur les bords d’un très-petit batelet, ,pèche de jour & de nuit à la fouanne ou au trident. On peut remarquer une ligne fine qui eft dans le bateau , & dont un bout eft attaché au fer du trident, pour 11e le pas perdre quand ayant harponné un gros poiflon, l’inftrument échappe des mains du pêcheur.
- Figure 3. On y voit plufieurs harpons dont le fer refte attaché au poiflon qu’011 a percé : il faut en chercher la defcription, §. 102 & fuiv.
- Planche III. Figure 1 , huche propre à conferver du poiflon d’eau douce en vie pour la confommation journalière.
- Figure 2, plan d’une bonde d’étang, vue par-devant & par-derriere : & à eôté, le pilon & l’auge de cette bonde.
- Figure 3. Elle repréfente une vanne.
- Pl. IV. Fig. 1, eft la vue d’un étang prife de derrière la chauflee, au milieu de laquelle eft établie la bonde. On voit dans le lointain une grille pour retenir le poiflon dans l’étang. On a mis derrière la chauffée, dans l’endroit qu’on appelle lafojje , une huche femblable à celle qui eft repréfentéepl. III,jig. 1.
- Figure 2. On voit dans le lointain la chauffée d’un étang qui eft en pèche j & fur le devant, des parcs pour y dépofer les différentes efpeces de poiflon ; un homme qui tranfporte du poiflon à dos de cheval dans des bachotes pleines d’eau, & une charrette fur laquelle il y a des tonnes auffi pleines d’eau , pour le tranfport du poiflon à mefqre qu’on le tire de l’étang.
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- EXPOSÉ GÉNÉRAL DES PECHES
- Qîii fe font fur les différentes cotes.
- 4^6. ^.PRÈs avoir explique en détail la mécanique des différentes façons de pécher, tant dans les rivières qu’à la mer, je crois qu’on ne fera pas fâché de trouver ici une indication des principales pèches qui fe font dans les diffé-rens départemeus, & le nom despoiffons qu’on y prend le plus ordinairement. Je commence par parcourir les côtes de l’Océan. Je pafferai enfui te dans la Méditerranée.
- 457. Flandre. A Dunkerque, port de la Flandre , les pêcheurs prennent dans le courant de l’année, des foies, barbues , turbots , quelques efturgeons, truites faumonnéesj vives'', égrefins, cabillauds , plies , limandes , merlans, flottes , flets , anges , rouflettes , meulenards ( 118)5 elbuths ( 119) , &c. Ces. poiflons fe pèchent à la ligne avec des hameçons.
- 4^8- Pendant les mois de décembre & janvier ils prennent des merlans. Au commencement de février jufqu’au 1 f de mai, ils vont à quarante lieues vers le nord , chercher des cabillauds , égrefins , langhen ( 120 ) , flottes , des raies , &c. Depuis le 15 de mai jufqu’à la fin de juillet, ils ne prennent guère que des raies. En août, les uns relient auprès du port où ils 11e font pas des pêches fort abondantes, & d’autres vont au nord chercher du hareng & de la morue. A la fin de feptembre, commence la pêche du hareng dans le canal. On y prend auili des maquereaux, mais il n’y a point de pêche exprefle pour ce poiflon.
- 459. Au fort de Mardick, qui eft à une lieue de Dunkerque, quoique les pêcheurs ne s’éloignent guere qu’à une lieue de la côte, ils prennent avec leurs filets , de bons poiffons , comme foies , turbots , barbues* efturgeons, vives , furmulets , truites faumonnées, plies, limandes, égrefins, merlans, rougets , anges, rouflettes , &c.
- 460. On faie à Dunkerque du hareng, & l’on en forit. Il y a une bonne police établie fur ces falaifons, ce qui fait qu’elles font fort eftimées.
- 461. On a autrefois fait quelques arméniens dans ce port pour la pêche de
- (118) Tetraodon Mola ; Linn. en celui-là.
- allemand , Momlfifche. (120) Gadus Malva ; Linn. Poiflon
- (119) En allemand , Hillbuttc. Il paraît reffemblant au merlus. Le mot Langhen efl que le mot français vient par corruption de emprunté de l'allemand.
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- TRAITE1 DES P E C H E S
- la baleine ; on n’arme guere maintenant, même pour la pèche de la morue a Terre-Neuve.
- 462. Nous remettons à expliquer ailleurs , autant qu’il nous fera poffible, les diiférens noms qu’on donne dans les ports aux mêmes poilTons. Cependant nous dirons ici que le poilfon qu’on appelle dbuth à Dunkerque, eft une efpece de fiétan(i'Zi'). Il s’en pêche aux côtes de Flandre, &au nord de l’Angleterre ; mais plus communément fur le Doggerbanck, & même cent lieues plus au nord. Ceux qu’on pèche à Dunkerque , pefent depuis vingt-cinq juf-qu’à cent livres. On aifure en avoir pris qui pefaient quatre cents & même fbpt cents livres.
- 463. Avant que d’aller plus loin, nous devons prévenir que nous rapporterons les poilTons qu’on pèche dans chaque département, fous les noms qu’on leur donne 5 & comme il y en a pluüeurs que nous ne connailfons pas , il nous arrivera plufemrs fois de rapporter le même poilfon fous diiférens noms; d’où il réliiltera beaucoup de confulion, & un chaos que nous ne fommes pas en état d’éclaircir préfentement : mais nous efpérons y parvenir dans la fuite; en attendant, nous avons cru devoir faire connaître à chacun les poif-fons qui fe prennent fur la côte qu’il habite.
- 464. Picardie. Calais. Les principaux poilTons que l’on prend aux environs de ce port, font des raies, des vives, chiens , roulfettes, petites morues , égrefins , merlans , carrelets , limandes, flets, des cruftacés, crabes, homards, chevrettes , vers marins, &c. rarement des efturgeons , des Paumons & turbots.
- 46^. On pèche des raies toute l’année, à la drege,aux folles, avec les étentes & les hains. Il y en a de différentes fortes, qu’on nomme à Calais raies blanches, grifes, clouées ou bouclées , le lot, la rayeue que je crois être la tire (122) ou l’ange. On prend des merlans toute l’année; mais ils font fin-guliérement bons depuis la mi-feptembre jufqu’àla fin de janvier. Les limandes fe pèchent aufiî toute l’année ; mais la faifon où elles font les meilleures, eft depuis la mi-mars jufqu’à la fin d’août. A l’égard des carrelets, pour les avoir bons , il faut tes prendre au mois d’avril jufqu’à la fin de l’été. On pêche les flets toute l’année, à pied & à la foule, ou en bateau, au feu , avec le harpon. Pour ce qui eft des vives , on en prend à la côte dans les chaleurs; mais quand les eaux font froides , il faut les chercher dans les grands fonds
- (121) Hippogloffus, forte de groffe folle, dont on fait le Kckel & le Raff. On appelle Kckel des tranches de la peau & de la graille de ce poilfon , coupées fur le dos, Calées & .féchées. On coupe àulfi les nageoires avec toute la graillé qui les entoure , on les fale, on les feche, & Cela eft acheté & mangé
- avec délice par ceux qui ont l’eftomac allé? bon pour le digérer. C’eft le Raff-Les marchands de poiiTon vendent ces deux mets à la livre, enrHolIande, & dans les places maritimes de l’Allemagne & du nord, (122) En allem. grojje weijje Rochen
- avec
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- Qiri fi font fur les différentes cotes.
- avec la drege. La pèche du hareng commence à peu près le 12 d’oétobre, & fe-continue jufqu a la fin de novembre ; le maquereau , depuis le 12 mai jufqu’au if juillet. On prend les petits poiifons qu’on nomme rougets, dans la faifon des harengs & des maquereaux , ainfi que des chiens de mer qui mangent le poifion & déchirent les filets. La plus grande partie des poiifons que nous-venons de nommer , fe pêchent avec des manets. Les crultacés fe prennent prefque toute Tannée; cependant les homards & les crabes font de médiocre, qualité dans le tems où ils changent de robe. On prend toute Tannée les petites chevrettes qu’on nomme grenades ou fautereUes. En général, les chevrettes font petites à cette côte , quoiqu’elles foient plus groifes Tété qu’au commencement du printems. On pêche beaucoup de vers dans les fables , ainfi que. des hamilles qui relfemblent à de petites anguilles.
- 466. Les pèches les plus en ufiige dans ce port, font aux cordes ou aux hains, qu’on amorce avec des vers, des hamilles, ou du foie de bœuf & de cochon, ou avec des harengs quand on peut en avoir.
- 467. Il n’y a point de drege à Calais, mais bien aux environs fur les côtes des paroiifes deMarck & d’Oye. Mais dans toute cette amirauté, il y a beaucoup de tendeurs à la côte, qui prennent de toutes fortes de poiifon.
- 46g. Boulogne, & lieux circonvoifins, comme Ambléteufe, Etaples 8c autres lieux moins confidérables , dans lefquels cependant des pêcheurs font leur réfidence.
- 469. On pèche dans ces quartiers à la drege, & Ton y prend entr’autres, des turbots , barbues , foies , vives , rougets , carrelets, limandes , raies, &c.
- 470. Les pécheurs cordiers prennent des merlans» de petites morues, des carrelets , limandes , raies , quelquefois des foies.
- 471. On prend beaucoup de maquereaux avec des manets , dont les moindres telfures ont deux cents cinquante braifes de longueur; il v en a de beaucoup plus confidérables. Cette pêche commence en mai, & finit en juillet.
- 472. La pèche du hareng commence le 10 octobre, & fe continue jufqu’au 10 décembre. On en prend , comme ailleurs, aux manets ou fardinaux.
- Il y a des pêcheurs qui tendent des tramaux; ceux-là prennent des turbots, des barbues, des vives, des rougets , quelques truites, rarement des fau~ mons.
- 473. Les pêcheurs de Boulogne n’entreprennent guere de pêches étrangères. A l’égard des telhicés ou coquillages, on prend dans les rochers & fur les fables, des vigneaux & des hançons (123) qui ont la coquille blanche ; l’un
- (i2j) Le vignot, qu’on nomme auffr bi- merdarn , bibl nat. vol. I, pag. igo, t. 9, gournenu , eft un coquillage de mer,'ap- f. 14-20. Les hançons font de la famille pelle par les Hollandais AlickrucL Swam- • des camées. Oflrea maxima, Lin N.
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- TRAITE DES TEC HES
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- & l’autre font contournés comme les limaçons, leur coquille étant plus épaiffe i; mais ces poilfons font très-coriaces & indigeftes 5 néanmoins les pauvres, gens s’en nourriffent..
- 474. On détache les moules, des rochers ; elles ne font pas fortgroffes. On. prend une aidez grande quantité de homards, différentes efpeces de crabes,. & beaucoup de chevrettes , avec des filets du genre des douteux..
- 47Y- Après avoir fuivi la côte de Picardie, & paffé par Etaples qui eft fur la rivière de Canche, & Montreuil,. on rencontre l’embouchure de la Somme où l’on trouve les fables de Crotoy, qui fourniffent beaucoup devers marins ; & le petit port de Saint-Valery en Somme, qui eft le dernier de la côte de Picardie. O11 y fait les mêmes pèches & l’on y prend les mêmes poilfons qu’a Bon-, iogne. O21 y pratique la pèche aux cordes, ou aux hains,.toute i’année , pour, prendre des merlans, des limandes,. des plies, des flets , &c. Mais les pèches, qui font particulières à S. Valéry, font les filets que nous avons nommés jtts. dans l’ouvrage , & que les Picards écrivent gzays : c’eft un grand filet qu’ils tendent dans la riviere de Somme, en forme circulaire..Etant dans leurs petites, plates, ils frappent l’eau avec des perches, criant de toute leur force pour émouvoir le poiffon & l’engager à donner dans le filet. Quand les jets font en tramail >. & qu’ils pêchent un peu haut dans la riviere,.comme du côté d’Abbevilleils. prennent des poilfons d’eau, douce,.
- 47 6. Comme la Somme, à fou embouchure dans la mer, fe divife en plu-fleurs petits.bras., il s’y forme beaucoup de courans entre les bancs, quiy font en quantité : ce qui met les pécheurs dans le cas de tendre à la baffe eaubeau-coup de filets en ravoir,.étentes,.palis , tantôt avec des filets de la nature des feines, ou comme les folles, ou en tramail, avec lefquels ils forment des hauts & bas palis, des ravoirs, &c. comme nous l’avons expliqué dans le corps de: l’ouvrage.
- 477. La. haute mer recouvre les étentes,.qui n’ont quelquefois qu’un pied; 8c demi de haut; & à la marée baiffante, les filets arrêtent des poilfons de tou-, tes efpeces,. même des faumons & des efturgeons : ce qui eft cependant fort, rare. Comme ces étentes tiennent lieu dépares, iln’y en a point aux environs; de ce port.
- 478- Les fables mouvans de cette côte font qu’il y a peu de coquillages^ on connaît cependant une mouliere dans le port même de Crotoy.
- 479, On ne pèche à cette côte que de très-petites chevrettes , qu’on appelle. fauterelles denier; & à caufe de leur petiteffe, on n’y fait aucune attention.
- 480. Les petits bateaux de pêche, qu’011 nomme gobelettes , ont vingt-un pieds de longueur & fix pieds de largeur au milieu : ils portent un mât foutenu d’un étai-,une vergue & une voile carrée, Palïé Saint-Valéry, en Somme, k côte fait partie de la Haute-Normandie,.
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- Qui fe font fur les différentes côtes. y^
- 48ï. Haute-Normandie. Quand on a palfé l’embouchure de la Somme, on entre en Haute-Normandie, & on trouve d’abord Tréport, enfuite Dieppe i, & entre ce port & le Havre , Saint-Valéry en Gaux, Fefcamp, &c. Comme les •pèches qui fe font dans les petits ports que nous venons de nommer , ainli que •dans plusieurs autres dont nous n’avons point fait mention., font des diminutifs de celles qu’on fait au port de Dieppe, nous n’inlifterons que fur celles-ci.
- 482. On fait la pêche aux corde sdans tous les ports qui font diftribuéfr tout le long de la côte; mais les pêcheurs du Polet, fauxbourg de Dieppe , font ceux qui font les plus conlidérables, & qui s’en occupent le plus ; de îorte qu’il y en a qui 11e pratiquent que cette pèche.
- 483. Les grandes pièces d’appelets font formées d’une ligne grolfe feulement comme une forte plume à écrire, longue de cent cinquante brades , & qui porte cent cinquante piles très-fines, au bout de chacune defquelles eft un petit hain. Les Poletais nommentbauffe la maîtreffe corde, & une tellure entière eft de fept à huit cents brades. Ils tendent les grolfes cordes par fond, tantôt à mi-canal, ou plus près des côtes, foit de France, foit d’Angleterre. Les mêmes pêcheurs ont des telfures moins grandes , qu’ils nommentJimples ou fangles, qui n’ont que cinquante brades de longueur : ainli ces appelets portent cent hains plus petits que pour les grandes cordes.
- 484. L’une & l’autre corde fe tendent par fond : on prend avec les grolfes, des raies de toutes elpeces, quelques turbots, des morues, des barbues , des limandes , &c. Ils amorcent les appelets limples avec des vers matins, pour prendre principalement des foies: alors ils pèchent jour &nuit, & relevent fréquemment leur tedure.
- 48 ). Il n’y a guère de ports le long de la côte , où l’on ne pêche avec les hains 3 mais leurs pèches ne font pas aulîi conlidérables que celles du Polet. Les grolfes cordes du petit Veule, par exemple , font grolfes comme le petit doigt, longues de trente brades, chargées de vingt piles, qui font prefque aulfi grolfes que la bauffe 3 & au bout eft un hain alfez fort. Ils prennent des raies , & rarement quelques turbots. Dans les parages vafeux, 011 attache de petits corcerons de liege aux piles, qui font très-déliées ,& l’on ne prend guere que des merlans. C’eft encore ce poilfon qu’on prend aux cordes flottantes , qu’011 nomme bellêes, ainli que celles qu’011 nomme tirer à la balle & au libouret* Ces pèches font alfez en ulage dmcôté du Havre.
- 486. Dans les parties des côtes de Normandie où le fond eft fain, on fait la pêche du colleret, à pied ou avec des chevaux : elle eft fort en ufage fur la côte deCaux. On pèche aulfi avec de grandes Peines, dent un bout refte à terre, & l’autre eft tendu par un bateau qui revient à terre pour y tirer la Peine & le poilfon qu’elle contient. On pèche aulfi fur les fonds de fable au honteux & au bout-de-quievre. On voit le long de la côte, des étentes -
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- TR AIT E' DES PECHES
- des parcs hauts & bas , fermés & ouverts, de toutes les fortes.
- 487. La pèche à la drege eft pratiquée à Dieppe & tout le long de la côte de Haute-Normandie : il y en a de petites & de grandes, dont le filet ou tramai! a jufqu’à deux cents quatre-vingt brades de longueur. Il y a des filets de drege dont il eft permis de fe fervir toute l’année : les mailles de la fine ont vingt-une lignes d’ouverture en quarré : 011 toléré pendant le carême.,fous prétexte de prendre des vives, des filets dont les mailles de la flue 11’ont que treize lignes. En fuivant l’ordonnance, les filets dont on peut fe fervir toute l’année ne devraient être leftés que d’une livre de plomb par brade. Nous avons expofé fort en détail cette pèche dans la ieconde fe&ion, §. 1306" jufqu’au §. I 378-On prend à la drege toutes fortes de poilfons, fur-tout des plats, qui ne quittent guere le fond de la mer.
- 488- On fait encore de grandes pèches, fur-tout à Dieppe , avec des filets à grandes mailles , qu’on tend fédentaires & par fond : ils font connus fur les côtes de Normandie fous le nom de folles & demi-folles, & deftinés à prendre *des poilfons plats. On pratique ordinairement cette pèche entre la faifon du hareng, & celle du maquereau. Dans les mortes eaux & par un tems calme, il y a des tefiures de trente milles bralfes de longueur ; & quelques pécheurs négligent la pêche du maquereau, pour 11e pas interrompre celle des folles. Comme les poilfons qui font pris dans ces filets, s’agitent beaucoup & au point d’ètre endommagés & mis hors de vente, il eft ordonné aux pécheurs Colliers de fe tenir fur leurs filets, & de les relever fréquemment. Voyez fécondé fec-îtion-, §. 720 jufqu’au §. 1188*
- 489. On fait dans la plupart des ports de Normandie la pèche des maquereaux & des harengs. Indépendamment de ceux qu’on arrête dans les parcs & les étentes , 011 en prend beaucoup avec des manets, qui font des filets très-déliés , qu’011 tend à différentes profondeurs dans l’eau, & dont les mailles doivent être proportionnées à la grolfeur des poilfons qu’on veut prendre, parce qu’ils doivent s’y emmaillcr par la tête: ainli les mailles doivent être plus grandes pour le hareng que pour la fardine, plus grandes pour Je maquereau que pour le hareng, & pour les mulets que pour le maquereau. C’eft ce qui a fait donner différens noms aux manets s’ils font deftinés pour prendre les fardines , ce font des fardinaux 3 pour les aiguilles, ce font des aiguillieres? pour les harengs , des harengueres; pour les maquereaux, des marfaiques; pour les mulets , des milliers-; pour de petites morues, des rets à colins : fi on les tend entre les roches , ce font des rets à roc; ce font des anfieres, quand on les tend dans les anfes; rets à banc , fi 011 les tend entre les bancs. Enfin, on les tend ou fixes en un lieu , & 011 les nomme Je dentaires ; ou flottans & dc-rivans, quand on les laide fuivre Te cours de l’eau. Les turbots font fort rares en toute faifon.; les raies fe prennent leprintems & l’automneles anges
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- •pendant les mois de juin & de juillet; 011 n’en voit point l?liî ver. Les tires -qui font de grandes raies blanches, fe pêchent en-tout tems.
- 490. On peut rapporter aux demi-folles, on encore mieux aux-manets, ;des filets très-déliés , que les pêcheurs du petit Feule tendent auprès delà 'Côte pour prendre plusieurs poiifons , particuliérement des harengs .: ils les nomment warnette.
- 491. On emploie quelquefois des tramaux au lieu des folles : c’eft ce qu’on .appelle folles tmmaillêes ; en ce cas , on les tend par fond. O11 fubftitue auffi les trajnaux aux manets, alors .011 les tient flottans entre deux eaux., & on prend fies poiifons ronds de beaucoup d’efpeces.
- 492. Après que la grande pêche des harengs éft finie* il y a dans les petits ports, comme, par exemple, à Fefcamp, des pêcheurs qui prennent des harengs .appellés marchais. Chaque petit bateau tend, à un quart de lieue de terre , douze à quinze pièces de filets très-fins, qu’ils arrêtent parles deux bouts à -des ancres. Au bout de deux ou trois jours , ils vont les relever ; & ils vendent les harengs qu’ils ont pris, aux pêcheurs cordiers des autres ports., pour amor-cer leurs hains, & prendre des merlans., des raies., des rougets, &c.
- 493- Ce que je viens de dire de cette pêche, n’empêche pas qu’on 11e falfe 'dans la faifon la grande pêche du hareng dans la Manche & à Yermuth, & les autres pèches , tant aux cordes qu’aux filets , dont nous avons parlé.
- 494. Les pêcheurs d’Iport , petit port à une lieue de Fefcamp , du côté du Havre, s’occupent beaucoup de la pèche aux grolfes cordes & aux menues ; & l’on voit beaucoup de parcs établis depuis Fefcamp jufqu’à Iport., & d’autres depuis Iport jufqu’à Eftretot., qui eft à trois lieues de Fefcamp, du côté du Havre.
- 49L Au port d’Eftretot, ainfi .qu’à Saint-Jouin, qui eft à deux lieues d’Ef-.tretot, & à Brune-val, qui eft tout près de Saint-Jouin, les pêcheurs s’occupent principalement de la pêche des foies, alofes, turbots, &c. depuis le premier mars jufqu’à la fin de mai, feulement dans les deux quarts de la lunes .c’eft-à-dire , depuis le 4 jufqu’au 12 , & depuis le 19 jufqu’au 27.
- 496. Leur pèche fe fait à un quart de lieue de terre, ou au plus à une lieue
- demie au large. Chaque bateau porte trente pièces de tramail, qui ont chacune vingt à vingt-cinqbraifes de longueur, & une brade de chute. On les établit fédentaires & par fond, où ils relient quelques jours 5 enfuite les pêcheurs vont les relever.
- 497. Outre cette pèche , ils en font quelques autres; & l’on trouve tout ie long de la côte, des parcs , dans lefquels ils prennent de toutes fortes de poiifons ; & pendant l’été, quelques alofes , des {humons & des efturgeons. Ordinairement on ne .tend ces parcs que depuis le mois de mars jufqu’à la fin d’août.
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- 498- Au port des grandes Dalles, qui eft à l’eft de Fefcamp,ies pêcheurs vont avec leur petits bateaux, depuis le mois de février jufqu’en mai, pêcher des rouifettes-, des rougets, des foies,, &c. avec quarante pièces de filets, qu’ils nomment br&tdkrc. Chaque piece a cinquante bralfes de longueur, & trois pieds de chute ; les mailles font de demi-pouce en quarré, d’un fil fort fin» Ils établirent leur pèche à huit ou neuf lieues au large, & ils tendent leurs filets par fond, dans le teins de la morte eau. Iis relient un jour ou deux à l’ancre fur leurs filets : leur pèche cil fouvent avantageufe.
- 499. Au port des petites Dalles , à une demi-lieue à l’eft des grandes , les pécheurs s’occupent de la pèche du merlan, depuis le mois de janvier jufqu’à celui de mars ; enfuite ils font la pèche des rougets jufqu’à la fui de mai : après quoi ils pèchent jufqu’à la fin de juillet des maquefeaux au plomb ; & pour toutes ces pèches, ils ne s’éloignent de la côte que de quatre lieues au plus. On trouve à la côte quelques parcs. Les pécheurs du port de Veulettes font les mêmes pèches que ceux des petites Dalles.
- 500. Il y a à Saint-Valéry en Caux quelques bateaux qui font depuis le mois de février jufqu’au mois de mai la pèche des folles de morte eau j &par les tems calmes, ils prennent des raies, des turbots & des anges. D’autres petits bateaux font depuis le mois de janvier jufqu’à pâques la pèche des merlans, des limandes, &c. ou bien ils pèchent des raies aux groifes cordes* amorcées autant qu’ils le peuvent avec du hareng. Depuis le mois d’o&obre jufqu’à celui de novembre , quelques-uns s’occupent encore de la pêche du merlan s mais la plupart vont à la pèche du hareng, tant à Yermuth qu’à la côte»
- foi. On fait tous les ans àFefcamp & à Saint-Valéry, quelques armenens pour la pèche de la morue à Terre-Neuve. On trouve à l’eft & à l’oueft de ce port, des parcs, dans lefquels on prend des foies, carneaux, truites, fau-mons, mulets, & des bars ( 124)5 depuis le mois de mai jufqu’à la fin de feptembre.
- 502. Il y a deux grandes moulieres, l’une à l’eft & l’autre à l’oueft de Saint-Valéry, fur les grèves qui découvrent dans les grandes marées j alors une multitude de gens de tout état vont en ramalfer à la main : ces moules font fort bonnes.
- 503. Dans toute l’étendue de côte depuis Fefcamp jufqu’à Saint-Valéry en Caux, on pèche des falicoques (i2j) & chevrettes à la mer baffe, avec des ehauderettes ou cauderettes. Cette pèche dure depuis le commencement d’avril jufqu’à la fin d’août.
- (124) Bars, ou lubines, fign-ifient lamême efpece depoiflon ^pcrca labrax , Linn. (i3>; En allemand, Secucr-Krabèm.
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- f04.. On a établi une pêcherie de truites dans la riviere de Paluel : elle s’é-. Àend depuis la mer ju {qu’au pont, qui en eft éloigné d’une demi-lieue..
- 50$,.- On prétend que depuis le mois de janvier, jufqu’à la fin d’avrilil y a. continuellement.des truites qui montent dans la riviere pour frayer,. & d’au-, très qui retournent à la mer après avoir frayé.
- S06. L’abondance decepoilfon elt depuis le premier juin jufqu’à la fin: de janvier j & l’on oblige les pêcheurs d’ouvrir le pont depuis le if de dé-, ceinbre jufqu’au 1^ d’avril, pour que les truites puilTent remonter libre-, ment dans la riviere: alors cette pêcherie en fournit très-peu ; on en trouvera, les détails dans l’article où nous traiterons exprelfément de la truite. On prend, fur le.s roches ,. le long des côtes du quartier de Fefcamp & Saint-Valéry, des. crabes, des homards , des rouffeaux (126). Depuis le mois d’avril jufqu’en octobre.,, quand les roches découvrent, on les prend à la main, finon.onles attire dans des nalîès avec quelques appâts.
- ^07. Les pêcheurs.des côtes.de Touque , Trouville , Villerville & autres,, depuis Saint-Sauveur, proche Honfleur jufqu’à Eftrehan , pêchent dans deux petits bateaux avec de petites feines, par le travers de l’embouchure de la Seine, & ils. prennent beaucoup de petits poiffons , mais rarement des gros.
- 5,08- Comme le Hav.re-de-Grace forme un département de la marine du roi,.. & qu’étant à l’embouchure de la Seine il eft très-fréquenté par les bâtimens de commerce, on n’y fait pas dépêchés conndérables. Les pilotes lamanêurs, font quelques pèches dans leurs chaloupes , fur-tout pendant l’hiver, & l’été avec de petits bateaux armés feulement de deux ou trois hommes. Leur poiifon, fe confomme au Havre & aux environs ; ils font e.ntr’autres la pêche au libou-ret, & celle qu’on nomme traîner la halle.
- 509. On pêche auffi avec un filet qu’on nomme chalus , qui eft une chauffe qu’on traîne au fond de l’eau ; ainfi c’eft une elpece de drague,. qui prend tout, ce qui fe rencontre vis-à-vis fon embouchure.
- 510. Il fe fait au Havre peu d’armemens pour la morue verte ; quand il y en a, les pêcheurs s’équipent depuis le mois de janvier jufqu’en mai, & leurs campagnes durent fix , fept ou huit mois. Leurs barques font depuis foixante jufqu’à cent tonneaux ; les petites font montées de douze hommes, les groffes de trente-deux, On a fait aufli dans ce port quelques pêches pour la morue fechej mais elle a été abandonnée. Les fardinesne donnent point à cette côte.
- 511. On pêche une petite quantité démoulés à l’entrée de la Seine & fur les dunes. Comme elles font mauvaifes , il 11’y a que le peuple qui en faffe ufagCi Le peu d’huîtres que l’on pêche font bonnes. Dans les grandes vives eaux, lorfque la marée retire beaucoup , on va chercher entre les rochers, des crabes & des homards. On prend au Havre quelques chevrettes à la chauderette \ mais
- (126) En allemand, Tafchtnkrchfe. Cancek Pagurus; Linn.
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- on en prend beaucoup avec le bouteux le long de la côte qu’on appelle Us Vaches noires, & on les apporte au Havre.
- f 12. Il n’y a guere d’années qu’on ne voie au marché une demi-douzaine de marfouins qui échouent fur les bancs j on les coupe par morceaux, pour les débiter à ceux qui ne font pas délicats.
- fi 3. Pour continuer à parcourir la côte de Normandie, il faut traverfer la riviere de Seine : c’eft pourquoi il nous paraît à propos de dire quelque chofe des pèches qui s’y font & des poilfons qu’on y prend.
- 514. On pèche, comme par-tout ailleurs, aux bords des rivières avec la canne, qui n’a qu’un hain, les lignes ou bricoles fédentaires, & les cordes garnies de piles & d’hains. Pour ce qui eft des petites pèches au filet, 011 fait ulage du carreau ou carré de l’épervier & des tramaux. A l’égard des grandes pèches, ce font des feines de différentes grandeurs , des verveux & d’autres filets à manche, des gors & des naffes.
- f if. Les poilfons qu’on prend le plus communément, font des barbeaux, des brèmes, des-anguilles , des carpes, des brochets, des tanches , des éper-lans, des alofes, des fuites , des cauyaux , des lamproies , lamprions (127) , de la feptœuille, des goujons, des truites, des perches, quelques faumons, quelques efturgeons , mais cela eft fort rare , des lottes , des poilfons blancs, meuniers, chevalines , gardons , &c.
- 516. La pèche des alofes n’eft pas abondante ; cependant 011 en prend quelques-unes jufqu’au-deffus de Paris, & l’on remarque qu’elles font d’autant meilleures qu’elles ont remonté plus haut dans l’eau douce. Elles commencent à être allez bonnes à Caudebec & à la Meilleraye ; à la fin de la faifon, leur chair devient molle. Cette pêche commence en mars, & finit au commencement de juin. On les prend avec des feines dont les mailles fontalfez grandes.
- 07- On prend peu de carpes dans la Seine, mais elles y font excellentes.
- 08- Les brèmes font, je crois, un poilfon d’eau douce (128). Je 11e fais fi l’on en pèche à la mer; mais il eft certain qu’on en prend dans la Seine juf-qu’au-delïus de Paris.
- (127) Suivant M. de Bomarre , les îam-prions font de petites lamproies, de la groflèur d’un ver. On les appelle aulli leu ru prillom, à Rouen fcptœih , & à Touloufe châtillons.
- (128) Les brèmes fe tiennent plus volontiers dans les lacs & dans les fleuves qui ont peu de courant. Elles cherchent les fonds de terre grade. Dans le lac de Trebbin , qui communique avec l’Oder , dans la moyenne
- marche de Brandebourg , on a pris d’un feuf coup de filet pour 500 éçus de brèmes; niais on était à portée de Berlin, Dans le lac de BlilTdorf, on fit une pèche de 700 écus. Dans le lac Rrowicke , près de Nordkiôping en Suede , on prit au commencement de mars 1749,50000 brèmes , qui pefaient enfemble 1500 livres, poids de fer. Voyez Richters, Ichthyothcol. pag. 826.
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- Y19. En remontant la Seine , on prend de tous les poiiïons d’eau douce, la perche, la truite, la tanche, le brochet, le goujon, le gardon, la lotte,1e meunier, la chevanne, &c. Mais à l’embouchure on prend des lamproies, de? lamprions, & des feptœuilles qui font de petits poilfons qui relfemblent entièrement à la lamproie , mais qui vraifemblablement relient toujours petits.
- f 20. L’éperlan eft une des pêches les plus importantes de l’emboùchure de la Seine : elle fe fait depuis le mois de janvier jufqu’à la fin d’avril. Je crois que ce petit poilfon fe plaît dans les eaux faumâtres 5 car le poilfon qu’on prend auprès de Paris &que les pêcheurs nomment éperlan, n’eft point du tout celui de l’embouchure de la Seine.
- Ï2f. On prend beaucoup d’éperlans avec des feines dont les mailles font fort petites. On en prend aulîi dans des nalfes. On trouve très-rarement des marfouins échoués, fur les bancs de l’embouchure de la Seine. On prend de tous ces poilfons dans des gors ; mais les premiers qu’011 voit font à deux lieues au-delfus de Rouen.
- 522. En traverfant la Seine, on palfe du Havre au port de Honfleur, dont le dé arceraent comprend plufieurs petits ports, comme Trouville,Villerville, Qiîil.'.n-, f, &c. Les pêcheurs de cette côte prennent des raies, des turbots, des barbues , des foies, carrelets, plies, limandes, foudres, alofes, maquereaux i & plusieurs fortes de petits poilfons, comme œillets, éperlans, anchois, blanches, crevettes & d’autres cruftacés, ainfi que des coquillages.
- 523. Les turbots , barbues, raies, fe prennent avec des folles qu’ils tendent de morte eau auprès de leur côte , & qu’ils retirent dans les vives eaux.
- 524. Ils pêchent communément les foies-, les carrelets, les plies, les limandes , depuis le 15 de mai jufqu’à la fin d’odobre, avec des tramaux qu’ils tendent en dérive à la grande mer. Ceux de Honfleur & de Trouville traînent fur le fond de grandes feines à mailles très-ferrées, qui détruifent tout.
- f2f. Ils pèchent» encore de petits turbots , de petites raies & d’autres poifi-fons plats, avec un filet qu’ils nomment fine. Ce font des nappes faites avec du fil délié, & dont les mailles font plus grandes que celles des feines, & qu’ils tirent avec deux bateaux.
- 526. Quelques bateaux plus grands que les plates, vont à la pêche du maquereau qui fe vend frais : la pèche de ce poilfon n’eft pas alfez conlïdérabie pour en faire des falaifons.
- 5 27. C’Est principalement à Quillebeuf qu’on prend des alofes & des lamproies, depuis le premier mars jufqu’en avril, dans des guideaux qu’ils tendent de morte eau au bord des bancs , lorfque la mer eft belle ; ils prennent auffi des alofes avec des feines qui ont les mailles un peu grandes.
- 528- A l’égard des éperlans qu’on pêche depuis la fin de février jufqu’au mois de novembre, outre qu’il s’en trouve dans les guideaux, on en prend Tome F. G g g g
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- beaucoup avec des feines qui ont les mailles fort ferrées, & .dans des nafTes..
- 529. On arme à Honfleur quelques bâtimens depuis quatre-vingt-dix tonneaux jufqu’à cent,pour faire la pèche de la morue verte : ils.partentalepuis, le mois-de janvier jufqu’en mai, &leur voyage eftàpeuprès de huit mois.
- 5 30. Les pêcheurs de cette côte ne vont.guere à la morue feche, parce qur le débit de cette morue n’eftpas avantageux dans l’intérieur du royaume,; il faut la porter dans la Méditerranée, ou la vendre en Efpagne.
- 531. Il eftbien rare qu’on prenne des efturgeons avec les.feines, les folles,. & il fe trouve rarement des faumons dans les guideaux.
- S 32. A l’égard des marfouins , quand par hafard il en échoue fur les bancs,, on les dépece par morceaux;pour vendre le maigre aux pauvres gens, & faire de l’huile avec le gras.
- 533. Il n’y a point d’huîtrieres fur cette côte, mais, deux moulieres, une fur un banc de cailloux entre Honfleur & le Havre dit le rotin, & une autre fur les roches de Villerville. Trente petits bateaux, danslefquels fe mettent des vieillards, des femmes & des enfans, s’occupent de-cette pêche. Comme ces moules font très-eftimées, on en tranlporte jufqu’à Paris..
- 534. On prend des homards, des tourteaux, des crabes, des étoiles,, dans les diflférens filets dont nous avons parlé. A Pégard des chevrettes & fali-coques, outre celles qu’on trouve dans les guideaux, on en prend beaucoup à la mer baiffante avec les bouts-de-quievre, les bouteux & autres filets de même genre. Dans les tems favorables , les fables qui font le long de la côte de Touque font couverts de ces pêcheurs.
- f 3 f. En fuivant cette côte, on traverfe la Dive ,. & on arrive à la riviere d’Orne ou de Caen en Baffe-Normandie ,. dont nous allons parcourir les côtes pour expofer fommairement, les pèches qui s’y font, ainfi que nous, l’avons, fait pour la Haute-Normandie.
- S 36. Basse-Normandie., Il ne fè fait point de falaifons de maquereau ni de hareng le long des côtes de Caen ; cependant/durant tout le mois de mai l’on y prend une petite efpece de maquereaux qu’on nomme fanfonnets. Cette pêche fe fait à la côte de Langrunne & de Saint-Aubin : ces petits maquereaux font fort bons , & fe confomment frais., On en chaffe jufqu’à Paris.
- 537. La pèche qu’ils nomment à Caen à la drege, & qui efl; une vraie drague , bien différente de la drege de Haute-Normandie, fert pour les huîtres elle commence au mois d’o&obre , & dure jufqu’en avril.. On pourrait la faire toute l’année ; mais dans les trois mois de mai , juin & juillet, les huîtres ne font pas bonnes.
- 538. Cette pèche fe fait à une petite diftanee de Berniere >Courteuil* Langrunne ; car il n’y a qu’une huîtriere à la vue des côtes de Caen , où l’on fflife la pèche des huîtres qui fournit Caen & les environs. On en tranfporte
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- en bateau au Havre & a Rouen. Comme elles font groifes, il n’y aufait pas de profit à les tranlporter à dos de cheval ou dans des fourgons : on a pris le parti de les écailler & de les porter à Paris en paniers j on n’eft pas dans l’ufage d’en, mariner. Cette^huîtriere pafle pour avoir lix lieues de longueur fur une de largeur. On dit qu’il y a encore une huîtriere à la vue deDive, mais qu’on n’y pèche point, je ne fais pour quelle raifon. On va ramalfer fur les elfars de Langrunne, des huîtres roulées, que la mer y tranfporte.
- 539. La pêche aux folles fe fait fur toute la côte de Caen pendant toute l’année j on eft feulement obligé de l’interrompre par les gros tems. On y prend de toutes fortes de gros poilfons, mais fur-tout des raies & des turbots, principalement depuis le mois de maijufqu’en feptembre.
- 540. La pèche au tramail fe fait en été, depuis la fin d?avril jufqu’à la Saint-Michel : on y prend des plies , des foies, des barbues, des cailletots ou petits turbots, des rouffes , poilfon peu eftimé , des chiens, des homards, & des poupards que les pêcheurs redoutent, parce qu’ils endommagent leurs filets.
- 541. Depuis le mois d’oétobre jufqu’à pâques, on pèche aux cordes & aux appelets; on y prend des merlans, des plies, des rouffes , des chiens de mer. Ces derniers poilfons font très - communs & de peu de valeur : ils prennent quelquefois des tires avec de gros hains, mais cela n’eft pas commun.
- 542. Quelques villageois de la côte pêchent avec des feines qu’ils nomment traînes ; elles ont quarante brafles de longueur fur quatre de chûte. Alfez fouvent ils fe mettent fix dans une plate pour faire cette pêche ; mais quand il fait beau tems, ils entreprennent de la faire dans de petits bateaux qu’ils nommentpicoteux^ qui n’ont que treize pieds de longueur, dans lef-quels fe mettent deux hommes qui courent grand rifque de périr, pour peu qu’ils foient pris de mauvais tems. Quelquefois ils s’affocient deux picoteux pour faire leur pèche de concert: ils prennent avec ces feines de toutes fortes de poilfons, particuliérement des plats.
- 543. A l’entrée de la riviere, les pêcheurs prennent des équilles & quelques lançons, avec un filet qu’ils nomment feinette ou petite Jeine.
- 544. L’êquille (129) eft un petit poilfon qui n’a qu’un demi-pied de long, &un pouce de circonférence. Dans le commencement de lafaifonoù l’on pêche ce poilfon, il eft blanc ; mais dans le mois de feptembre, il devient verd, & diminue beaucoup de groffeur. Comme peu à peu il fe réduit à rien, les pêcheurs ignorent comment il fe multiplie ; caries premiers qu’on pêche l’année fuivante, font blancs. Cette pèche fe fait à pied, & eft la même qui s’appelle ail*
- (159) En allem. die Meernadd. Esox Bdlona; Linn. On l’appelle aufli Hornfijdu
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- leurs lë collent > les pêcheurs entrant dans, l’eau plus de la moitié du corps , pour traîner leur filet.
- 54f. On cherche auffi des équilles dans le fable avec labeche, ou pâlot-, ce poiifon n’a qu’une arête alfez fine de forte que quand il eft frit, on le mange comme une racine de falfifis.
- 546. On pèche des faumons dans lariviere avec des feines qui ontfoixante bradés de longueur, & trois ou quatre de chute. La véritable faifon eh depuis noel jufqu’au carême. Cette-pêche peut aller à cent faumons dans une année:, depuis le mois d’avril jufqu’en juillet, on prend beaucoup d’alofes..
- f 47. On prend de beaux poilfons plats dans des filets qu’on tend avec de petits bateaux à l’entrée de la riviere de Caen : ou les appelle picots, & les. poilfons qu’on y prend fe nomment poijfons à picots.
- 548.. Tout auprès de la ville de Caen, dans le quartier nommé Vaucdk, on fait une pèche plus ou moins abondante, d’un petit poiifon gros comme des vers, de terre, qu’on nomme mxfntu, parce qu’on ne les prend qu’à la marée montante , au flot des vives eaux, depuis le commencement de la lune de mars jufqu’à fon déclin, palfé lequel tems cette pêche celfe. Il fort de Caen dans ce tems une multitude de gens de tout état, qui vont au bord de l’eau avec unlilleau,une lanterne & un tamis ajufté au bout d’une perche. En plongeant, ce tamis, ils en tirent de petits poilfons, qu’ils verfent dans le. filleau, & reviennent abec leur pèche.
- ^49. On fait, avec le filet nommé droui dette , la pèche des harenguets ,.de-. puis la mi-oétobre jufqu’à la Sainte-Catherine. C’eft un petit poiifon fort différent de l’efpece de hareng qu’on nomme harengay fur la côte de Haute-Normandie.
- 5^0.. On tend fur les grèves , à pied & fur des perches, des filets d’une-bradé de chute & de cent bralfes de longueur : on leur donne une forme un peu circulaire ,.de forte que le fond du filet fait, du côté de la mer. Une. femme fulfit pour faire cette pêche,qui ell une étente, un venet, ou une efpece de bas parc ouvert, qui arrête les poiflons qui veulent regagner la mer au retour de la marée. On y prend de toutes fortes de poilfons , excepté.de greffes., raies. Quelquefois on y trouve des efturgeons,des turbots, fur-tout des petits qu’on nomme caiUetots , des foies , des barbues , plies, alofes, mulets. Toute; la côte eft bordée de ces fortes dépares.
- 551. On met aulîi dans les courans, de grands filets en manches, qu’on tend fur des chevres ou étaliers ,& qu’on nomme guideaux.
- ïjZ. On ne tend point de filets pour prendre des marfouins ; mais quelquefois il s’en trouve dans les folles &les parcs. Comme ces poilfons 11e peur vent fe palfer de refpirer l’air, ils étouflfent quand ils font retenus quelque;: tems au fotfd de l’ean engagés par les filets : c’eft pourquoi 011 ne les en tire
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- Qui fe font fur les differentes cotes. Gos
- Jamais vivans. On prend aufli de.temsentems * & parhafard, des efturgeons..
- 553. On parle encore, comme d’une chofe fort extraordinaire , d’un poiC. fon qui fut pris à Courville dans, une folle. O11 le nomma chien matin; mais par la defcription que j’en ai eue , c’était un veau marin.
- S SA* On fait encore mention de deux grands poiffons qui échouèrent à la côte de Caen , dont le plus grand avait vingt-deux pieds de longueur, & on eftima qu’il pouvait pefer quatre cents [ivres. Chacun en emporta ce qu’il put de maigre pour manger , & de gras pour faire de l’huile. Il y a apparence que c’étaient des cachalots..
- S S S- Quelques gros bateaux, dans îe quartier de Caen, fortent dans la làifon. pour aller faire la pèche du maquereau & celle du hareng ; favoir , celle du maquereau à l’isle du Bas, & celle du hareng fur les côtes de Picardie.
- S 56. A l’occafîon du filet nommé, drague, & en Baffe-Normandie drege, nous avons indiqué les huitrieres qui le trouvent fur la côte. Il n’y a qu’une mou-, liere du côté de Langrunne > dont les moules ne font pas très-bonnes.
- S S 7* Outre les homards, les poupards ou. tourteaux ,& les étrilles, qui fe. rencontrent, comme nous l’avons.dit, dans les filets &les guideaux, les pêcheurs vont de baffe mer les chercher à la main dans les trous des rochers , au rifque d’être vivement pincés. Les étrilles, que quelques-uns nomment aulli hrittes, fontime efpece de crabe fort eftimée: les habitans riverains en mangent beaucoup , & on eu porte quantité à Caen.
- SS S- Outre les chevrettes , falicoques , & les tites, qu’on nomme cau-dons, & ailleursJ'autereLles, qui fe trouvent dans les guideaux , les hommes & les femmes vont dans l’eau, à la marée baillante, pouffant en avant une efpece de bouteux, qu’on nomme buhotierïurles côtes de Baffe-Normandie. Quand la pêche eft faite, ils vuident leur gline, pour mettre par lots féparés les grof-fes, les moyennes & les petites chevrettes.
- SS9- M. Viger, lieutenant-général de l’amirauté de Caen, nous a fait connaître le roferet, la buhotte, le harenguet. Nous aurons occafton de parler ailleurs de c.es petits poiffons.
- S60. Le peuple prend pour fon ufage différens coquillages. On trouve des bancs d’un coquillage qu’on nomme coque : c’efb une bivalve allez mince, qui renferme un poiffon dont la chair cuite eft dure, & le talon tendre : ce coquillage eft recouvert, de mer baffe, d’environ trois pouces de fable rouge ; alors ce poiffon eft de bonne qualité, & d’un goût agréable. Ceux qu’on pèche dans les terreins vafeux en confervent le goût., & leur coquille n’eft pas blanche comme celle des autres: on les prend à la foule, comme nous l’avons expliqué dans la troifieme feéliou. On fent fous les pieds la dureté de la coque* quelques-unes même fortent du fable : alors, en renverfant le fable avec une pelle de bois, on ramalfe les coquesi poignée, on met ces coquillages dans
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- des paniers ; & les paniers étant dans Peau, on les vanne, comme ori ferait du grain. Quand elles font bien nettes, on les met dans des paniers ou des facs, pour les porter au marché. Cette nourriture eft faine & bonne. On en porte aufli d’écaiilées au marché : pour cela, on les met avec de Peau dans un chauderon 5 fi-tôt qu’elles fentent la chaleur de Peau, elles s’ouvrent, & on en tire le poilfon, fans que rien relie adhérent à la coquille.
- 561. Pour les apprêter, on les met dans un chauderon, lit par lit, avec de fines herbes : quand le chauderon efb plein, on fait bon feu delfous, & il fort une écume qui fe répand d’elle-même par-delfus le chauderon: à latroi-fieme écume, 011 égoutte le chauderon, enfuiteon le couvre d’un plat garni de beurre frais, que la chaleur des coques fait fondre, & au bout de quelques minutes elles font en état d’être mangées comme les moules.
- 562. Celles qu’on acheté écaillées s’accommodent en ragoût, ou bien on les hache avec des jaunes d’œufs & des fines herbes, pour en faire une farce, dont on garnit les tourtes de poilfons ou d’autres ragoûts. Quand ce coquillage eft abondant, on en enleve tous les jours cinquante à foixante charges.
- f 63. Le coquillage qu’on nommefile(i3o) eft plus plat : il fe pêche comme les coques , non pas dans le fable, mais dans la vafe. On n’en trouve que depuis la fin de marsjufqu’à la fin déniai. Ce poiifon n’eft pas délicat, cependant on en fait un grand débit. Comme il lui faut un apprêt de haut goût, on le fricalfe au beurre roux, avec de l’oignon & du vinaigre. Le coquillage qu’on nomme filon eft un diminutif de celui qu’on nomme file ; il fe trouve depuis avril & mai jufqu’en juin, dans les fables les plus purs ; & même à mefure que la mer fe retire, une partie refte à la fuperficie du fable, où on le ramalfe avec -des rateaux: il eft plus recherché que la Aie. Comme on n’en trouve point l’hiver, on penfe'qu’il s’enfonce dans le fable ; neanmoins il fait la nourriture ordinaire des oifeaux aquatiques, car on en trouve dans leur eftomac. Son alfaifonnement eft à peu près celui de la coque. Quand en en mangeant on ne boit que de l’eau , on fe trouve dans le même état que fi l’on était ivre de vin 3 mais quand on a bu du cidre, de la bierre ou du vin, cet accident n’arrive pas.
- 564. Port d’ifigny, & lieux en dépendans , tels que Grand-Camp , Viller-ville , Brevans , Beuzeville , Ofville, Saint-Clément & Fontenay.
- On pèche , dans les endroits que nous venons de nommer, des fion-dres, des plies, des mulets, des mitons, des cailletots , des foies, &c. Les furmulets , qu’on pèche plus particuliérement dans cette baie qu’ailleurs , font un excellent poilfon. La faifon de fa pêche eft depuis le mois de mai juf-qu’à celui d’août. Il y a à l’entrée de la baie plufieurs moulieres & huîtriéres : 011 trouve fur les huîtrieres, les moulieres & ailleurs, des crabes, dés ho-
- (130) Suivant M. de Bomarre , on appelle fie en Normandie , une efpece de tdlcm.
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- Qtn fe fontlfur les différentes côtes„
- sfftards, des .chevrettes, des coques, des berlins. Ce coquillage eft un univalve v, fà coquille eft conique & grolfe comme la moitié d’une coque d’œuf: il eft très-fermement attaché au rocher. Enfin , de petits coquillages, gros comme une noifette, & qui reftemblent à de petits limaçons noirs : on les nomme yignots_
- \66. On ne pèche point de fumions à Ifigny, mais bien dans la riviere de Eremont, qui fe décharge dans la baie. O11 ne fait point de pêche pour pren-dre des efturgeons ni des truites y cependant il arrive quelquefois qu’on en prend dans les filets.
- S6j. Dans la baie de Vire , on prend communément des alofes , alfez fou-vent des faumons, rarement des efturgeons. A l’égard des marfouins , il s’en trouve de tems en tems d’échoués. On ne fait aucune pêche de hareng ni de maquereau. Il y a quelques parcs entre Ifigny &. laHouguedans lefquels on prend principalement des plies & des flondres.
- fi <5%. On pêche un peu loin de la côte avec le filet nommé folle: celles pour les raies , & gros turbots ont les mailles de quatre pouces d’ouverture 5 les demi-folles fervent pour les mulets & autres poilfons de moyenne grolfeur , & il y en ade deux pouces & demi pour toutes fortes d’autres poiffons. On le fert aufli du tramail, qu’011 tend prefque toujours à la dérive, comme nous avons dit qu’on le faifait dans d’autres ports. Mais les pèches qu’on peut regarder comme propres à Ifigny, font le picot. C’eft un petit tramail qu’on tend, puis 011 bat l’eau tout autour, pour faire donner le poilfon dedans., & on le. relevepour prendre celui qui refte dans le filet.
- $69. On tend fur les grèves des hains aux petites cablieres , pour prendre les poilfons qui fuivent le cours de la marée. On fait encore grand ulàge du bout-de-quievre pendant plus de la moitié de l’année : c’eft un petit filet attaché à deux gaules qu’on tient de chaque main , & qu’un homme , marchant dans l’eau, pouffe devant lui en le relevant de tems en tems. Ils prennent, avec ce filet, des chevrettes , des anguilles & beaucoup de menuife, avec laquelle ils nourrilfent des canards , ce qui eft un grand abus.
- 570. Les huîtres & les moules font eftimées ; on en prend de baffe mer à la main ; mais quand les bancs ne découvrent pas, on les drague avec des râteaux, étant dans de petits bateaux, comme nous l’avons expliqué à latroi-fierne fecftion. On pèche beaucoup.de coquillages toute l’année, mais fur-tout: pendant le carême.
- 571.. Pour ce qui eft des chevrettes &des autres cruftacés , la pêche s’en fait depuis le mois d’avril jufqu’à celui d’août. Ils tirent les homards & les crabes des rochers avec un crochet de fer , qu’ils nomment brevcux, & ils prennent les chevrettes avec des efpeces denalfes ou de bouteux. On conferveles; homards en vie dans des efpeces de parcs, & les Anglais en viennent enlever dans des barques à vivier..
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- 572. Baie de la Hougue. Ce quartier eft réputé très - poiffonneux ; 011 y prend dans le cours de Tannée-, dos foies, barbues, plies , limandes, flondres, quelquefois des vives , de la raie blanche & grife ou bouclée , des tires ob flets , tingres -, raies ou turbots fauvages-, des turbots , efturgeons , roulfet-tes , ce qu’011 appelle fur cette côte dorades, congres , hacqs , morues ou mo* lues, chiens-de-mer, colins ou lieux, vracqs, orphis, maquereaux, mulets, furmulets, grondins, fintes-, talputes , brèmes, merlans , anguilles , bars , godes, locher, lançons, harengs & gradeaux.
- f 73. On pèche les raies & turbots avec des folles, ou filets dont les mail* les ont cinq pouces d’ouverture , qui 11’ont qu’un peu plus de deux pieds de chute, & qu’on tend fédentaires par fond, au moyen de lefte de pierres ; il y a à la tète des flottes de fiege, pout qu’ils fe tiennent verticalement dans l’eau. Ils vont les relever au bout de deux jours , & ils les retrouvent au moyen de bouées qui font attachées aux extrémités avec des orins. Ils les tendent à une ou deux lieues au large. Cette pêche fe pratique toute Tannée dans les mortes eaux*
- f 74. Ils pèchent les foies, barbues, plies, &c. avec dès tramaux, dont les mailles de la flue ont un pouce neuf lignes d’ouverture, & les mailles des ha* maux environ neuf pouces. Ces filets ont quatorze à quinze brades de Ion* gueur, & un peu plus de trois pieds de chiite. On joint plulieurs pièces de filet les unes aux autres avec des pièces de corde, que les pêcheurs nomment cotros, qui ont huit brades de longueur : deux de ces cordages féparent chaque pièce de tramail ; & à l’amarrage de ces deux cordages , on met une bouée traverfée par un bâton qu’on nomme chien: chaque bateau porte feize ou dix-huit de ces tram aux. On fait cette pèche à la dérive toute Tannée dans les vives eaux.
- 57f. Celle des limandes, merlans, & autres poiflons qu’on prend aux cordes, fe fait l’hiver, & fort peu Tété: cependant depuis le if juillet jufi qu’au if d’odtobre, on prend à cette côte, des congres, des limandes, des colins, des furmulets, des grondins , &c.
- fyd. Dans les faifons fraîches, les bons poilfons de cette côte, ainfi que de celle d’Ifigny, font chaifés pour Paris : ceux qui font de médiocre valeur fe confomment dans la province.
- f 77. On n’y fait point la pèche du hareng ; cependant on prend quelquefois, le long de la côte, quelques harenguets; mais on fait celle du maquereau, qui commence à la fin du mois de mai, & finit à la fin de juillet. Outre cela , quelques barques vont faire cette même pèche à Rofcoflf, côte de Bretagne.
- f 78. On voit fur les grèves, des filets à petites maires, qu’on tend fur des piquets, & dont on enfable le pied, ce qui détruit beaucoup de menuife.
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- Qui fe font fur les différentes côtes. 6c?
- Ï79« Il y a quelques parcs & pêcheries établis tant dans le quartier de la' Hougue , que derrière le fort. Dans les parcs qui font établis dans les roches, 011 11e prend guere que de petits bars, des mulets, des orphis, des maquereaux , des colins, des lieux, quelques harengs, des godes. Dans ceux qui' font fur les grèves , il fe prend quantité de cailletots ou petits turbots, des barbues, foies, plies , limandes, flondres , &c. Les lançons & les gradeaux font de petits poiifons dont on fe fert pour amorcer les hains pour la pêche des raies & turbots, ou dont on fait des fritures. On prend ces poiifons avec des efpe-ces de feines, qui ont au milieu une manche de toile , dont l’embouchure a trois bralfes de circonférence, & quinze à vingt pieds de profondeur. On la traîne comme l’ailfaugue de Provence, dont nous parlerons dans la fuite. Ou bat l’eau devant la manche , pour déterminer le poilfon à y entrer.
- 580. Outre les pèches dont nous venons de parler, on fait encore celle de la feine , ainfi que des dranets ; & quelques-uns fe font avifés de traîner des filets en manche, armés de fer. Des matelots vont dans les grandes marées & à la balfe eau, ramalfer à la main des moules & des huîtres dans les rochers : mais à proprement parler, il n’y a dans le quartier de la Hougue, ni mouiiere ni huitriere. On va aulïi à la balfe eau ramalfer des coques , des bernicles, des manchots ou manches de couteaux, des vignots, chacun pour fon propre ufage. On prend encore entre les roches, de petits crabes qu’on nomme étrittes ou étrilles, & qui fe confomment dans le voilinage.
- ï8i* Depuis le mois de juin jufqu’à celui de feptembre , on pêche quelques chevrettes entre les roches & à la côte, avec un petit fac de filet, tendu fur un bâton terminé par des fourchons , comme les fourches qui fervent à faner les foins : ils traînent cette efpece de petit bouteux à la balfe eau dans les mares qui s’y trouvent : on y prend auffi quelques crabes.
- 582. A l’égard des homards , depuis le 1 f d’avril jufqu’à la fin d’o&obre , le long des côtes comprifes entre le cap de la Hougue jufqu’à la Perce oujPercée, ou tend beaucoup de ces nalfes que nous avons appellées bouraques, & que fur cette côte on nomme boutiques, qui tiennent à des lignes de quinze à vingt braffes de longueur : au bout de chacune on attache un morceau de liege, pour les retrouver; car on les cale entre les roches, quelquefois à une demi-Heue de lailfe de balfe mer. On attire les homards dans ces nalfes, au moyen de quelques appâts, & 011 les releve deux fois par jour. On met ceux qu’on prend, dans des efpeces de parcs de clayonnage, où on les nourrit avec quel» ques poiifons qui fe prennent dans les mêmes bouraques.
- ^83- Il vient, dans la faifon de cette pêche, des brigantins anglais ou français, du port de vingt-cinq à trente tonneaux , qui font faits exprès , ayant chacun un puits ou réfervoir au fond & au milieu de leur bâtiment, où l’eau de Tome F. H h h h
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- T R A 1 T E' J) E S P E 0 II E S
- la mer entre par des trous de tarriere qu’on y a faits à defTein. Ali moyen de ces puits , ils tranfportent les cruftacés en vie.
- ^84- Quartier de Cherbourg. La pèche n’cft pas très-abondante dans ce «ï«amer. On y prend cependant des raies, des foies, des plies, barbues , limandes, carrelets , cailletots, rarement des fiiumons & des turbots, des houl-biches (131) ou chiens-puans, des roulfettes, vracqs ou vieilles, homards, éperlans , lieux & congres. Quelques bateaux de la paroilfe d’Omerviile font la pèche du maquereau avec des manets dans la laifon : 011 n’en laie point. Depuis la tin d’avril jufqu’à la Saint-Michel, on pèche des lançons avec une manche de toile qu’un homme traîne comme une petite charrue ; on la nomme traîndk, & on émouve le fable pour faire faillir ces .pu liions. Il n’y a point ou très-peu de pêcheries le long de la côte. On arme tous les ans une couple de navires pour Terre-Neuve. Ilny a point de mouliere dans ce quartier, & feulement une huîtriere, fur laquelle on pèche à la drague, que les pécheurs nomment grage. Les huîtres fe confomment dans la province: on ne pèche point d’autres coquillages.
- f 8f» On prend un peu de chevrettes avec une efpece de truble dont le fac de filet eft monté comme une raquette. O11 prend aufiides crabes quife confomment dans la province, & des homards qu’011 porte en vie en Angleterre , comme nous l’avons dit plus haut.
- 586. A Grandville, 011 pèche à peu près les mêmes poiifonsque furlerefte de la côte de Bafle-Normandie. On prend au£ hameçons tendus fur les fables , des raies, des turbots, des flets qu’ils nomment flottes, des chiens, des anguilles , des congres. Les foies , plies , limandes , mulets, barbues , cailletots, &c. fe pèchent comme dans les autres ports, principalement avec des feines & dranets. O11 en fouille aufll dans le fable. Les bouquets ou chevrettes le pêchent avec une efpece de bouteux qu’on nomme bouquetout, & l’on pèche les loches au bord de la mer, à fon montant * avec la main. On ne prend point d’alofes, de lamproies, & rarement des faumons, ni harengs, ni fardines. Il ie prend quelques efturgeons dans les rivières d’Avranches & de Pontorfon, qui fe répandent dans les grèves du mont Saint-Michel.
- 5 8 ?• Pendant les mois de juin & juillet, il y a des pécheurs qui vont la nuit tendre à la dérive, des manets ou des tramaux pour prendre des maquereaux , & le matin ils en portent la plus grande partie à Saint-Malo * le refie fe eonfomme dans les environs : 011 n’en fait point de falaifons.
- 588* Il y a des parcs & pecheries ouvertes, conftruites en pierre, dont
- (i}0 Peut-être le Squalus Catulus ; feulement dans le mois d’août. Le foie effc Lin N. Efpece de chiens de mer, dont on un poifon qu’il faut éviter avec foin. Voyez mange quelquefois en Languedoc, mais Sauvage, Nofol. tome 11, p. 431,
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- chaque bras a trente à trente-cinq bralfes de longueur , dans lefquels on prend l’été des plies, foies, barbues , cailletots , anguilles , chevrettes,.&c. Comme ce font de petits poillons, ils fe confomment dans les environs. Outre cela, des pécheurs de diiferens endroits vont tendre des filets fur les vafesldu mont Saint-Michel, & prennent entre autres beaucoup de foles^ Quand quelques marfouins échouent fur ces vafes, on en fait de fhuile.
- 589- On trouve furies roches de la côte, des homards , des crabes, des ouverts, des betints ou bénins, & des vignots ou vignettes , peu de chevrettes, & auffî des moules & des huîtres, qu’on nomme huîtres de rocher.,
- 590. Autour de Chaufé, on prend beaucoup de crabes 5 & à portée de Grandville, il y a trois huitrieres , fur lefquelles on pêche les huîtres à la drague. Les pêcheurs d’huîtres de Grandville pêchent de trois fortes d’huîtres * lavoir, des grolfes, des moyennes & des petites. On tranlporte des groifes huîtres dans des barques à Rouen , Dieppe & Paris.
- 591. Les pêcheurs deBriqueville & de Regneville s’adonnent particuliérement à draguer des huîtres ; ceux de Liverville & de Blainville pêchent avec des hains dans de petits bateaux. Ils fe fervent auffi de cafiers , forte de naflês d’environ un pied & demi de hauteur, & de quatre pieds de diamètre, dans lesquelles ils prennent des anguilles, des homards, lieux , & autres poiifons qui y entrent. Les dragueurs d’huîtres fe mettent feptà huit hommes dans chaque bateau avec deux dragues , ou , comme ils difent, deux dreges. Us fout debout, pour en jeter une d’un bord, l’autre de l’autre ; & quand le fac eft rempli, après avoir fait un certain chemin à la voile, ils fe réuniifent tous, pour tirer à bord leur drague , qui eh louvent fort pelante.
- . 592. Quand au retour de leur pêche ils ne trouvent pas- des acheteurs, ils tirent leurs huîtres de la vafe, ils les lavent & les dépofent dans des efpeces de parcs, où l’eau de la mer entre à toutes les marées : ceci s’entend des petites huîtres, qu’on tranlporte avec leurs écailles. A l’égard des grodès, on les écaille , on en marine, où bien on les met en paniers , pour les tranfporter a fomme : on les nomme cmbieresg d’autres moins grolfes, qui fe nomment. forains, k préparent de même. y . '
- Ï93- D’autres-plus petites, qui font deftinées à être.tranfportées avec leur écaille, font, comme nous l’avons dit , dépofées dans des parcs -, où elles n’ont à craindre que la gelée, qui.en fait périr beaucoup. Les huîtres de rocher font très-bonnes, fur-tout celles qu’on nomme huîtres depied, qui fe trouvent à la lailfe de baifemer, fur le labié , &,à l’embouchuçe; de quelques rivières d’eau douce. Nous entrerons dans de plus ;grands détails dans l’article où.nous traiterons particuliérement des huîtres. .. A
- 594. On fait à Grandville , des;armemeùs çonfidérables -pour ;là pêche de
- H h h h ij ' ;
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- TRAITE7 DES TEC HE S
- la morue » mais nous remettons à en parler dans l’article où nous traiterons, cxprelfément de ce poiffon.
- Bretagne. Nous fortons de la Baffe-Normandie, pour entrer fur la côte de Bretagne, & nous commençons par Saint-Malo. On pêche dans cé département, comme tout le long de la côte, des raies, bars, mulets, lieux, congres, plies, chiens de mer, vieilles , rougets, gradeaux , lançons, & autres petits poilfons. Ces pèches fe font toute l’année ; mais les circonf-tances les plus favorables font les grandes marées pendant 1 été. Elles fe font avec les lignes à la main, les cordes chargées d’hains, des filets de différentes grandeurs , & encore des filets en manche, qu’ils traînent fur le fond, comme les dragues. Ce filet, qui eft comme le chalus de Haute-Normandie, fert à prendre des poilfons plats du genre des foies.
- 596. Il y a quelques parcs & pêcheries de pieux, de clayonnage & de bouchots, établies fur la côte , particuliérement du côté de Cancalle: on y prend de différentes fortes de poiffons, fur-tout des faumons & des truites, mais fort rarement des effurgeons.
- 597. On tend auprès des roches , des naffes qu’on nomme cajîers, & que nous avons appellées bouraches, pour prendre des congres & des homards. Cette côte n’eft pas fort abondante en cruftacés & en teftacés : cependant dans les grandes marées, quand la mer retire beaucoup, on prend de mer baffe, à la main , ou avec un croc , des homards, des crabes, poinclos, ormées, ricar-deaux, chevrettes, des moules qui ne font pas eftimées, de petites huîtres, &c.. Celles-ci fe prennent à la main ; mais on en drague beaucoup de groffes, dont: on marine une partie. On appelle huîtres huijlrées, celles qu’on conferve dans des parcs de pierre", qui s’y engraiffent, ' & qu’on tranlporte en différens endroits. Il y a des parcs d’huîtres à Cancalle;
- * Ï98- Il fe fait quelques armemens pour aller pêcher la morue furie banc de Terre-Neuve : 011 en expédie auffî pour la morue de terre. La pêche du maquereau commence en avril, & elle dure trois ou quatre mois. On ne pêche aux environs de Saint-Malo ni harengs ni fardines.
- ^99. Nous palfons au département de Saint-Brieuc, dans lequel il y a piufieurspetits havres, tels que Guildo, Plancoet, Saint-Caft, port delà Due, ou baie de la Frefnaye, Erquy, & Aupleneuf, dans la plupart defquels il ny a guère de bateaux pour la pêche : néanmoins on y prend des plies , bars, foies , raies , & autres poilfons , pendant le courant de l’année j & des maque-.' reaux, dans les mois de mai, juin & juillet, avec des hains & des filets, que les pêcheurs tendent à pied fur les grèves, ainfi qu’aux environs des rochers & islets,
- 600. A Prédoré fur la riviere de Saint-Brieuc, au port Rouaut en Pordic, à Pontrieux ou Saint-Quay, à Ploufet, à Kerity,à Painpol, à Plonbalanec, àlTsle-à-Bois, à Plourivaux, l’isle deBrehat, &c, les pêcheurs ont des bateaux
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- Oui fe font fur les differentes cotesi
- depuis deux jufqu’à fix tonneaux: les uns, depuis le mois de janvier jusqu’à la fin d’avril, vont draguer des huîtres ; d’autres , pendant toute l’année, s’occupent à cendre des filets fur les grèves à la balle eau, particuliérement dans la baie de S. Brieuc ; ou bien ils pêchent encore en pleine eau avec des filets, comme font les pêcheurs de Baffe-Normandie : ils tendent des hains, tant fur le rivage qu’en pleine eau, & ils prennent à ces différentes pêches des turbots, plies, bars, congres, lieux, vieilles, mulets, & des anguilles de mer , des raies , des foies , des rouffettes, des rougets , depuis le mois de mai jufqu’à celui de juillet. Ils prennent beaucoup de maquereaux avec des hains.
- 601. Dans la riviere de Légué près S. Brieuc, on pêche des faumons. Pour cela on y fait des foifes 5 & quand la mer eft à peu près retirée, fi l’on apperqoit des faumons, on les arrête avec des filets tendus par le travers de la riviere.
- 602. A l’isle de Brehat, il y a de fort petits bateaux , qui s’occupent à prendre des homards dans des bouraques ou naffes , dans lefquelles on met quelques crabes déchirés par morceaux, ou d’autres poiffons de peu de valeur, pour y attirer les homards. On en prend aufiï avec un croc de fer ajufté au bout d’une perche, pour les tirer d’entre les rochers. O11 va les vendre à Ger-fey ou Guernefey, à des poiffonniers qui les tranlportent en Angleterre.
- 603. Les pêcheurs dePloufac pêchent dans la riviere de Tréguier des flancs & des guillaumes, avec des hains au bout d’une groffe corde.
- 6c4. Le long des côtes , on va chercher fur les palus, à mer retirante, de groffes huîtres pour mettre en ragoût. On détache des rochers , des moules , des bernicles, des gourneaux, des bigourdes & de petites chevrettes.
- 605. On draguait autrefois de petites huîtres bonnes jà manger, du côté de Painpol : mais ce banc eft prefque détruit, & il n’y a que les prémontrés qui y envoient un petit bateau. Comme ils les confervent dans des parcs, depuis le mois de feptembre jufqu’au commencement d’avril, elles font excellentes. Mais on va draguer de bonnes petites huîtres du côté d’un rocher qu’011 appelle le Mât.
- 606. Il n’y a prefque point, dans le diftrid de Saint-Brieuc , de ces parcs
- qu’on nomme gorets en Bretagne. Un homme ramaffe de la menuife du côté de Pontrieux, pour faire de la réfure, qu’il vend dans les évêchés de Cornouaille & de Vannes , à ceux qui pêchent des làrdines. Ils font cette pèche avec un grand fac de filet à mailles ferrées , qui traverfe toute la riviere, aux* endroits où elle eft étroite. Quand ils en ont trop pour faire de la réfure, ils ennourriffent des cochons. '
- 607. A l’égard des pêches qui fe font dans les quartiers de Tréguier & de Lannion, en fuivant la côte de Bretagne, on trouve, fur Ja côte de Tréguier, l’embouchure delà riviere de Lannion , ville qui eft fur cette riviere, à uhe lieue de la mer. Il n’y a que quelques petits bateaux de deux ou trois[tonneaux,
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- dans lefqueîs fe mettent deux hommes, pour pécher avec des hains. -Notant pas alfez riches pour fe pourvoir de filets, ils ne fe fervent que de lignes, de fourches, de crocs, & d’autres petits inftrumens de peu de valeur/,avec lefqueîs ils prennent des bars , mulets, petites rfoles , plies, lieux, vieilles,, des rouifettes, .& auffi des coquillages, tels que des bernicles, ou petits efcar-gots de mer (132,), des moules , & quelques cruftacés, tels que des crabes & des homards.
- <Sc>8. On a fait à la côte & entre les isles , des pêches de maquereaux & de Jardines ; mais maintenant peu s’occupent de ces pèches, peut-être parce^que les riverains préfèrent de travailler à la culture des terres.
- 609. Les feigneurs riverains deda riviere de Lamiion, afferment chacun chez eux la pèche dulaumon, qui n’ellpas fort abondante: ils la font en tra-verfant la riviere avec des filets de trentre brades de longueur ; & quand la mer e.ll:retirée, ils mettent à l’eau des filets de quinze brades, qu’ils conduifent jufqu’aux autres, pour ralfembîer le poilfon entre deux: enfin ils tirent les filets à terre pour y amener le poilfon qu’ils ont enveloppé. Dans tous les villages de la côte de Tréguier, comprisjentre Lannion, jufqu’auprès,de Morlaix, if y a despëcheurs qui, vont avec de fort petits bateaux faire plufieurs. fortes dépêchés. Ces pécheurs prennentà piedfec, entre les rochers & .autour des isles , des chevrettes, des crabes, homards, des ormeaux, des moules, des palourdes , &c. fur les fables & vafes à labalfe mer , des lieux , des bars , des mulets, des raies, des foies , rougets, plies , .rarement des turbots.
- 6io., Ils pèchent uiifîi à la ligne, des congres,,rauifettes & grandes raies. Il y a une trentaine cdannée;s qu’on prenait beaucoup de maquereaux avec des hains; mais; cette pêche eit beaucoup diminuée. Quelques vieillards s’occupent à ramalîcr des moules dans la riviere de.Lannion. Celle de Tréguier fournit beaucoup de petites huîtres vertes, qui font excellentes, & qu’011 pèche avec la drague. -, , . •
- ,6ïi. En fui vaut toujours les côtes.-de Bretagne, on arrive au quartier de Morlaix; & comme fur ces côtes & fur celles de Rofcoff, ainfi que du nord de la Bretagne, la mer.eft très-agitée & bordée de beaucoup de rochers , il y féjourne fort peu de poilfon s de paffage : il n’y a que les maquereaux qui, patient de l’Océan dans la Manche 5 qui commencent à fe montrer vers la fin d’avril , par la côte du Conquet ; ilsfcprolongent. celle de Léon , & les bancs de ce poilfon parailfent au commencement de mai, à.deux ou trois lieues des rades de Morlaix & de Rofcoff. Pour faire cette pèche , quatre , ,cinq ou fix matelots s’aifocient pour fe pourvoir de filets , & payer fur le profit de la pèche un droite à celui à qui appartient le bateau, qui eft:ordinairement du port de quatre
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- (132) En allemand , Entcnnmfchlen. Le;lasanatifera ; Linn. . .. ...
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- Ojii fe font fur les différentes cotes. 6i^
- jnfqu’à neuf tonneaux. Les filets ont communément cinq à fix pieds de chute, & depuis cinquante jufqu’à cent vingt pieds de longueurs les mailles ont près de deux pouces d’ouverture en quarré. Les matelots qui 11e font pas allez riches pour acquérir des filets , fe fervent d’hameçons : pour cela ils s’alfocient auflt trois ou quatre enfemble, & vont à la pêche dans un petit bateau d’un ou deux tonneaux , mal équipé. Comme l’abondance de ce s poilfons a beaucoup diminué dans ces parages, les pêcheurs Normands qui avaient coutume de venir pécher & filer du poilfon à Rpfcoff, n’y viennent plus guere depuis neuf à dix ans ; ils fe tiennent fur leurs côtes, & pourfuivent les bancs de maquereaux jufqu’au pas de Calais. Quand on en fait des falaifons, on emploie du fel du Croific ou de Brouage ; mais maintenant on enfile peu : celui qu’on, prend, fe tranfporte frais dans les terres. Il 11’y a cependant point d’autre poifi fou depailage ou de ftifon dans les.parages de Bretagne que nous venons de nommer ; 011 n’y voit point de hareng, & la firdine ne pâlie pas les.isles d’Ouelfant. * ' ;
- 612. Cette pêche commence à la côte dufudde cette province, dans les premiers jours de juillet, & finit avec le mois de leptembre. Les pêcheurs du département de Morlaix s’occupent le relie de l’année à pêcher, comme fur les côtes, les poilfons qu’on peut appeller domiciliés: ceux qu’on prend le plus communément, font de grolfes raies , qu’ils nomment gros gui Ilots , dont on lèche une partie , qu’on nomme alors papillon : c’eli un très-mauvais manger, qui n’elt confommé que par les plus pauvres gens. O11 pèche encore des rougets, des foies, des mulets, des bars, des lieux, des merlans, des vieilles, des plies, des carrelets, des turbots , des grondins, des prêtres, des congres, des rouf fettes; mais toutes ces pèches font fi peu cpnfidérables, qu’elles ne fuififent pas pour la moitié de la confommation du pays.
- 613. Des pêcheurs vont à.pied le long des rivières à la balfe eau, & autour des rochers , dans les mares , armés feulement d’un crochet au bout d’une perche, & ils prennent quelques piies, de petites anguilles, des homards, des crabes, des huîtres , des moules, des pétoncles,-des ormeaux, des bernicles. Ce dernier coquillage, très-abondant à cette côte, leur fert principalement à nourrir des cochons , & ils font de la chaux avec les coquilles.
- 614. On ne fe fert guere de filets , ni en pleine eau , ni tendus à la balfe eau ; mais on tend des hains de différentes façons. On voit dans ces parages, des marfouins en allez grande quantitéÿ mais les pêcheurs n’ont pas l’indufirie d’en prendre. On raconte comme une ehcfe fort rare, que des fouffleurs pour-luivant des maquereaux , vingc-deuxqui pefaient chacun douze à quinze cents livres, échouèrent à la côte, & on en fit de l’huile.
- 615. Quand la pèche du maquereau eft un peu abondante , onfale de leurs œufs pour faire de la rélfire, qu’on yend aux pêcheurs de fardines : On en fait
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- aufli avec de la nfenuife, & nous avons dit dans le corps de l’ouvrage, comment on en prend dans la riviere de Morlaix avec des manches de toile qu’on préfente au courant.
- 6\6. DANS-la baie de Breft, & fur les côtes du quartier de Camaret & du Conquet-qui en ferment l’entrée, on prend les mêmes poiifons que fur les autres côtes, des raies , des congres, des lieux, de petits rougets , des bars, des mulets, des vieilles, des piloumaux , des prêtres , des plies, des turbots, des foies ; mais rarement on fait ces pèches toute l’année de jour & de nuit : plufieurs les interrompent depuis le mois de juillet jufqu’à la fin de feptembre, pour faire la pêche des fardines.
- 617. Pour prendre ces différens poiifons, les pêcheurs fe fervent des memes inftrumens que ceux des autres côtes , d’hameçons & de lignes ou de filets de différentes fortes. On prend les lieux à.l’hameçon & au tramaii, principalement entre le Gonquet & le Mingan : il 7 a de ces poiifons qui ont depuis quatorze jufqu’à vingt-quatre pouces de longueur, & quatre à cinq pouces de largeur. Les raies & turbots fe prennent avec des filets dont les mailles ont neuf à dix pouces d’ouverture , & qu’on tend par fond: ils font du genre de ceux qu’on appelle folles furies côtes de Haute-Normandie. Les bars, depuis le mois de mars jufqu’en juillet5 les mulets, plies, rougets, depuis le mois de mars jufqu’en novembre; les foies, toute l’année, fe pêchent avec des feines qui ont des mailles tantôt de huit lignes d’ouverture, de tantôt d’un pouce: ils s’en fervent dans les anfes , & traînent à terre les poiifons qui fe font laide envelopper par.de filet.
- 6i8- Quantité de différentes efpeces de poiifons fe pêchent avec des lignes garnies d’hains plus ou moins gros , fuivant l’efpece de poiffon qu’on fe propofe de prendre; & on met ces lignes à la mer, dans les endroits où l’on juge que les poiflbns fréquentent. Un tems fombre eft plus favorable pour ces pêches qu’un tems ferein.
- - 619. Quand les congres & les lieux'donnent abondamment, on en feche une partie, comme on fait la morue. Les lieux fe confbmment dans la province , & on envoie les congres à Bordeaux, d’où on les tranfporte en Languedoc & ailleurs : les autres poiifons fe vendent frais à Breft. •
- : * 62o. ON»ne pêche point àk drague dans ces départemens , dans la baie de Breft, ni dans les quartiers du Conquet & de Camaret. On prend les maque-TeauX avec des hains, toutes fortes de poiifons avec des tramaux, & quelques-'üns traînent des manches de filet, qu’ils nomment charrues : c’eft le chalus de Haute-Normandie, avec lequel on prend principalement des poiifons plats.
- 621. Il y a des années où la pèche des fardines eft très-abondante dans le département de Breft ; mais dans d’autres années , il y en parait fort peu, ou bien elles’n’y font-que palfer, & n’y féjournent pas. On Hit la pêche des fardines
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- dînes en trois endroits de ce département; favoir, à Concarneau-,Douarne-nez & Breft: elle commence ordinairement en juin à Concarneau, en juillet à Bref;, & au commencement d’aoùt à Douarnenez.
- 622. Les lardines fe pèchent avec des filets qu’on tend à la dérive, jufqu’à la furface de l’eau : les Bretons les nomment réfurc; mais ce font des manets , dont les mailles doivent être proportionnées à la groifeur des poilfons , qui fe
- .prennent par la tète : c’eft pourquoi les pécheurs en ont de trois fortes , qui ne different que par la grandeur des mailles. On fait toujours cette pèche de jour, & 011 attire le poilfon dans le filet avec des appâts, qu’011 nomme réfure , qui font desrogues de morues ou de maquereaux, & quelquefois de petites chevrettes, ou de la petifê menuife.
- 623. Ces pièces de filet ont vingt bralfes de longueur, avant d’ètre corda-gées ou montées fur une corde qui les réduit à quatorze bralfes, fur trois ou quatre de hauteur : elles font faites avec un bon fil retors alfez fin. Il en fiiut dix à douze pièces à une chaloupe par an, car les fardines augmentent conlî-dérablement de grofieur pendant la faifon où elles féjournent à la côte;-& comme il faut que ces poilfons s’emmaillent par la tête, la grandeur des mailles doit être proportionnée à la groifeur du poilfon.
- 624. Les marfouins étant des poilfons voraces , caufc-nt quelquefois des torts confidérables aux pécheurs de lardines : cependant on ne fait point la pèche de ce poilfon, qui pourrait être avantageufe, principalement par l’huile que fourniraient les grailles, pendant que le maigre fervirait pour nourrir de pauvres gens.
- 625. Outre les pèches dont nous venons de parler, il y a des pauvres gens qui vont de balfe mer, dans les grandes vives eaux, chercher entre les rochers de petits congres, de petites anguilles, & d’autres poilfons de peu de valeur, qu’ils failiifent avec un croc, ou qu’ils alfomment avec un bâton.
- 626. Il n’y a de pêcheries fur la côte, que quatre dans la riviere de Lan-dernau, où-ayant rétréci le lit de la riviere avec des clayonnages, 011 tend une manche de filet à l’endroit qu’on 1 aille libre. O11 n’y prend point d’alofes, mais quelques faumons, truites, lamproies , faules, plies, roulfettes, merlans, & quelques raies.
- 627. On fait, dans Iariviere de Châteaulin, depuis le mois de janvier jufi qu’à celui de juillet, une pêche de faurnons avec des manches de filet de douze pieds de longueur, & dont l’embouchure a neuf pieds. On traîne cette manche ;& quoique cette pêche foit quelquefois abondante, le poilfon fe con-fomme frais dans la province ; 011 n’en fale point.
- 62g. On trouve le long des côtes de Bretagne , des moules , des huîtres, des bernicles, des palourdes, que les habitans mangent ; car les coquillages de Baife-Bretagne font bons. On ram aile de mer balle, fur les vafes & entre les Tome V. I i i i
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- rochers, des moules ; & dans la baie de Breft, des huîtres , avec de petites dragues de fer. On trouve tout le long des côtes de Bretagne , différentes efpe-ces de crabes dans toutes les faifons, & l’été des chevrettes & des homards.
- 629. Dans toute la partie des côtes de Bretagne, qui s’étend depuis Breft jufqu’à l’embouchure de la Loire, telle que la baie d’Audierne, le Port-Louis, &c. on prend les mêmes poiffons que nous avons détaillés à l’occafion des autres côtes ; & la pèche qui mérite le plus d’attention, eft celle des fardines , du maquereau, des raies , des congres , des lieux, ou merlus, &c. Pour éviter les répétitions , je me bornerai à dire quelque chofe de ces pèches, qui font les principales de cette grande côte.
- 630. La pêche des fardines, quife fait tout le long de la côte, & beaucoup au Port-Louis , eft, comme nous l’avons die, très-incertaine : il y a des années où il en paraît beaucoup fur cette côte, pendant que dans d’autres 011 n’en voit que fort peu. Elle exige de grands frais, non feulement à caufe des filets qui coûtent beaucoup, mais à caufe de la rogue qui eft toujours fort chere, & qui augmente de prix quand les fardines donnent beaucoup à la côte. Cette pèche commence en juillet, & finit en oélobre. On verra dans la fuite, qu’on ne fe fert point de rogue dans la Méditerranée. Quatre hommes fe mettent dans une chaloupe, & ils ont pour fil aire le neuvième de la pêche; le refte eft pour le propriétaire du bateau, qui le fournit tout grayé, avec les filets & les rogues de morues ou de petites chevrettes. Je ne m’étendrai pas davantage fur cette pêche, dont j’ai déjà eu occafion de parler, & dont je parlerai plus au long dans l’article où il fera expreffément queftion de la fardine.
- 63 r. Nous avons déjà dit qu’on pèche les maquereaux principalement à Rofcoff, département de Morlaix , fans rogue , avec des filets qu’on tend de nuit. Il s’en pèche aulli à Concarneau , mais en petite quantité : ce qui fait que plufieurs ne fe fervent point de filets pour prendre ce poiffon, mais feulement d’hameçons. Je parlerai fort en détail de la pèche de ce poiffon, dans un article qui lui fera particuliérement deftiné.
- 632. On prend beaucoup de raies à Ploulan près Douarnenez, quartier d’Audierne , avec fix hommes d’équipage, dans des bateaux de quatre à cinq tonneaux. Ce poiffon fcc eft un mauvais manger : cependant on le débite affez avantageufement à Nantes.
- 633. On peche beaucoup de congres avec des hameçons, non feulement à Oueffant, mais à l’isle des Saints , l’isle Thudy, & au-delà de la côte d’Au-dierne : pour cela cinq hommes fe mettent dans un bateau de trois tonneaux. Quand le poiffon donne abondamment, on en fait fécher qu’on envoie à Bordeaux, d’où il paffe en Efpagne.
- 634. La pèche des lieux fe fait aux mêmes endroits que celle des congres , & de la meme maniéré : qmnd elle eft abondante, on en fait fécher ; & cepoif-
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- fou j qui eft meilleur que le congre, fe confomme dans le pays.
- 63 V Les merlus fe pèchent encore avec des hameçons. Quand on prépare ce poilfon comme la morue feche , il eft fort bon : on en confomme beaucoup de frais & de fec ; il n’en fort guere du royaume. Cette pèche fe fait principalement à la baie d’Audierne.
- 636. Les pécheurs de Ploulan, prèsDouarnenez, prennent avec des filets du genre des folles., des raies, des pofteaux ou tires , depuis pâques jufqu’à la Saint-Jean 5 ils en font fécher une partie. Toutes ces pêches fe font l’été. Je 11e parle point de quantité d’autres poilfons qui fe confomment frais pendant toute l’année j il fuffit de dire qu’ils font les mêmes que fur le refte de la côte, & qu’on les prend avec les mêmes filets. On pêche aulli en dilférens endroits de cette côte, des huîtres qui fe confom ment dans les lieux voillns des endroits où on les prend.
- 637. A Belle-Isle & lieux circonvoifîns , la pêche de la fardine commence en juillet, & finit en feptembre. On la fait avec des manets, dont les mailles ont depuis cinq à fix jufqu’à neuf ou dix lignes , pour les proportionner à la grolfeur du poiilbn , qui au commencement de la pèche eft plus petit qu’à la fin. Comme cette pèche eft quelquefois abondante , on en fale. On fie fiert de rave ou rogue pour attirer les fardines. On y pêche alfez de congres pour en faire des fàlaifons, dont une partie eft envoyée en Catalogne.
- 63%. En avril & mai, on pêche des anguilles à la lumière d’un flambeau : étant dans un batelet, on les darde. Comme elles font à vil prix dans l’isle, on eu emploie beaucoup pour amorcer les hains. On prend accidentellement quelques faumons aux hains : l’été, quelques marfouins s’embarraifent dans les filets qu’on tend pour les fardines , & ils y font du dommage.
- 639. Il eft défendu de pêcher à la drege ou drague plus près de l’isle ou de la côte, qu’à quatre lieues 5 encore faut-il que les filets foient conformes à l’ordonnance.
- 640. Outre les homards & les crabes qu’on prend dans des nalfes, on en va chercher de baflê mer entre les rochers. Il n’y a point de mouliere autour de l’isle ; mais on prend de petites moules attachées aux rochers. On ne connaît qu’un petit banc d’huîtres auprès des isles.
- 641. Nous voilà parvenus à l’entrée de la Loire, &nous nous bornerons à mettre ici une lifte des poilfons qu’011 pêche dans ce grand fleuve. Ceux qu’011 prend communément dans la mer , vers l’embouchure de la riviere de Loire, en comprenant le Croilîc , les environs du fort Pilier, l’isle deNoir-moutier & la baie de Bourg-neuf, font les rougets , les foies, turbots, grondins , lieux , bars ou lubines , efturgeons , poule de mer, dorée, mulet brun qui n’entre jamais en riviere, le gros mulet ou fauteur qui s’élève de fix à ièptpieds au-deflîis de l’eau, la loche, le maquereau, le Paint-charles qui
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- reffemble beaucoup au maquereau, le rn'erlan, le tacaud qui a les yeux noirs comme la brème , la demoifelle rougeâtre , le mulet fait comme une brème & à la gueule de merlan , la targine qui eft une grande plie de mer marbrée de rouge & de noir , une efpecede hareng qui remonte dans l’eau faumâtre, on en pèche quelquefois alfez abondamment à Paimbeuf, la raie bouclée, la raie labiée, la grande raie dite pocheteau, la maigre qui refTemble au bar, la vive, homards noirs & rouges , la langoufte , des cancres , les araignées de mer, congres , le tremblant (i 3 3), je crois que c’eft la torpille, l’épinette , forte de chien de mer qui a deux épines fur le dos ; la toile , poilfon plat qui a un dard à la queue, dont la piquure palfe pour dangereufe (134) j le courlafeau qui reifemble à une tanche, la mordache, le chien de mer, la vieille qui a quelque rdîemblance avec la carpe, la roulfette ou chavoux, l’efpadon, le marfouin, il en eft quelquefois venu jufqu’à Nantes , la faguine, le preltreau, le bou-greau, la lèche ou marcadon, grolîes chevrettes rouges, huîtres , moules , &c.
- 642. Les poilfons qui montent dans la riviere de Paimbeuf à Nantes, font, le fiiumon, l’alofe, la lamproie, lamprion, couvert, efpece d’alofe, fîvelle qu’on regarde comme du frai d’anguille, la petite chevrette prefque blanche ou écrouelle, le mulet blanc qui elt fort bon, la plie qui elt d’autant meilleure qu’elle a plus remonté dans les rivières d’eau douce, la truite.
- 643. Les poilfons qui fe pèchent dans l’eau douce, au-delfus de Nantes, & qu’on eftime 11e point venir de la mer, font, des dards (13 )), éperlans, goujons, carpes excellentes, chevalines , tanches, brochets, perches, bar-bots, gardons, brèmes, & beaucoup d’anguilles, le nolfon , l’ablette.
- 644. Je fuis redevable de l’état ci-delfus, à M. de Montaudoin, de la fociété d’agriculture de Nantes, &àM. Bonvoux, inipêctenr des travaux delà Loire. La conformité de ces deux liftes augmente la confiance qu’011 doit y avoir.
- 64!). Par une pareille lifte que M. l’abbé David, archiprêtre de Tours, m’a envoyée de cette ville , & une que 111’a procurée dom Fabre, religieux bénédictin , bibliothécaire de Bonne-Nouvelle d’Orléans, je vois que les faumons, les lamproies , les alofes & les plies remontent la Loire , non feulement juf qu’à Tours , mais même au-delfus d’Orléans, & qu’on pèche dans cette partie de la Loire, tous les poilfons d’eau douce qui fe trouvent dans les grandes rivières.
- 646. Une lette du R. P. Jaubert, religieux feuillant, fupérieur de l’abbaye
- (i?0 En allemand, der Krampf-fifch j formées quTîifie fut blefle à mort. Le dard Raj e Torpédo Linn. de la. grande raie, Raja aquila , elt aufli
- PU) Suivant cette defeription , la tone venimeux. Ces deux poilfons fe trouvent eft la Raja pajlinacct. On fe fervait autre- dans la Méditerranée, fois de ce dard pour faire la pointe des fle- (13 O En allemand , Lauck , ou Dïgüne* chcs* C’eft avec une de ces fléchés empoi- Cytrinus Leucifcus. Linn.
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- Qiii je font fur les differentes côtes.
- de Saint-Mefmin, m’apprend que dans le Loiret, petite riviere d’eau très-vive, qui n’a que deux lieues de cours , & quife jette dans la Loire près d’Orléans, on pèche des brochets de quinze à vingt livres, des barbots de fept à huit livres , de belles brèmes , des chevalines de quatre à cinq livres , des carpes qui pefent quelquefois fix à fept livres , de belles perches qui pefent rarement deux livres; quelques truites, beaucoup d’anguilles en juin & juillet, mais peu de grolfes ; des dards, des gardons quelquefois d’une livre, des jolfets, forte de gardon peu commun ; les plies & les tanches très-rarement, beaucoup de goujons & de verons (i 36) , enfin des ables. Quelquefois 011 prend,à l’embouchure de cette riviere dans la Loire , des alofes & de gros faumons ; & la plupart de ces poilfons fe pêchent dans la Loire , beaucoup'au-delfus de Briare, puifque j’ai mangé un faumon qui avait été pêché au-delfus de Saint-Chaumont.
- 647. Le détail que je viens de faire de tous les poilfons delà Loire, m’a tranfporté dans des provinces bien éloignées de la côte maritime ; mais je reviens à l’embouchure de ce fleuve , pour rapporter en gros quels font les filets qu’011 y emploie pour prendre les poilfons qui s’y trouvent; je dis en gros, car je réferve toujours les détails pour les cahiers où je traiterai en particulier de chaque efpece de poilfon.
- <548- On fe fèrt d’un filet que les pêcheurs nomment fedoro, & qui eft du genre des folles ; les mailles ont trois pouces & demi d’ouverture.en quatre, & les pièces ont quarante bralfes de longueur fur fept à huit pieds de chute} on. en ajoute les unes au bout des autres, tant qu’on veut, pour embralfer dans la mer un plus grand efpace : ce filet fert à prendre les plus gros poilfons. Le filet que les pécheurs nomment lambrefje, a à peu près les mêmes dimenfions , mais les mailles 11’ont qu’un pouce & demi d’ouverture en quarré : c’eft une ièine à larges mailles.
- 649. On fait encore ufuge de tramaux qui ont trente bralfes de longueur fur fept pieds de chûte , & les mailles de la flue ont un pouce un quart d’ouverture. On prend avec ce filet, de plufieurs efpeces de poilfons, particuliérement des rougets.
- 6<;o. Les harengs fe prennent avec des manets qui ont neuf pieds de chûte fur quarante bralîès de longueur, & dont les mailles ont un pouce d’ouverture en quarré : on joint les unes au bout des autres, plufieurs pièces, de ces filets.
- 641* On prend les anguilles, les lamproies & d’autres petits poilfons y avec des nalfes d’ofier qu’on tend en différens endroits, principalement auprès des ponts de Nantes 5 mais il eft défendu d’en tendre dans le cours de la.
- (13.6) En allemand, Eilntzcn ; CypkïNUS Phoxinus. Linn.
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- TRAITE' DES PECHES
- riviere, depuis Nantes jufqu’à Paimbeuf. Les lamproies paraiflent au bas de la riviere dès le mois de janvier, & on en continue la pèche jufqu’au mois de mai. Elle fe fait dans la riviere , comme à fon embouchure, dans ^des nalfes d’o îer. On en prend auiîi dans le cours de la riviere avec un filet qu on appelle roulée, qui eh une petite feine de cinquante pieds de longueur , legerement plombée & flottée, dont les mailles font aifez ferrées pour retenir les lamproies. On les fait avec un fil très-fin, pour que les lamproies lie les apperçoivent pas. Cette pèche fe fait avec un petit bateau & deux hommes; celui qui eit fur Pavant jette fon filet, ou plutôt le déploie jufqu’à ce qu il doit entièrement à Peau, de façon cependant qu’il rehe attaché au bateau par la partie qu’il jette la derniere. A la tète du filet, qu’on a nnfe la première à Peau, on attache un gros bâton de faule, qu’on nomme flotte., qui fert à foutenir la tète du filet, & auiîi à indiquer au pécheur où il eh dans Peau. Il femble que ce filet, dont les plombs ne font pas fort lourds, fe roule fur lui-mème dans l’eau; car quand le pêcheur tire à lui la feine , il trouve les lamproies enveloppées par le filet ; de forte qu’il lui faut beaucoup de tems pour le dérouler & en retirer les lamproies. Celles que l’on prend ainfi à la feine ou roulée, font plus belles & plus blanches que celles qu’on prend dans les nalfes, apparemment parce que celles-ci fe font meurtries en s’agitant dans les nalfes.
- 6^2. Les laumons montent prefque toute l’année dans la riviere de Loire, le Cher & la Vienne. Ils parailfent plus tôt & font en plus grande quantité dans la Vienne que dans la Loire auprès de Tours ; parce que la Vienne , dont l’embouchure eh à Candes , a un cours plus rapide & plus dire&au canal qui vient de Saumur , que la Loire même, qui fait un coude à cet endroit: c’ehpour cela qu’on voit dans cette riviere des lamproies , des mulets & des faumon-neaux au commencement de février ; & quoiqu’on voie des faunions dans la Loire dès le mois d’oétabre, c’eh en avril & mai qu’ils font plus abondans. On ne pèche les Paumons qu’avec des feines, dont les mailles doivent avoir-treize à quatorze pouces d’ouverture; mais les pécheurs emploient des feines qui ont les mailles plus petites : ils les nomment de nuit, parce qu’étant défendues par l’ordonnance des eaux & forêts , ils n’oient pas s’en fervir de jour.
- 653* On frit que ce filet eh une lîmple nappe , dont le pied eh letté de plomb , & la tète garnie de liege. Leur longueur & leur hauteur {ont déterminées par l’étendue & la profondeur de l’eau où l’on pèche. A Tours, les feines ont ordinairement quinze à vingt toifes de longueur, & fix à fept pieds de chute. On prend avec ce filet de toutes fortes de poiffons, desfaumons, des alofes, des brochets, des carpes , quelquefois même des ehurgeons, rarement des lamproies, à moins qü’elles 11e foient fort grottes.
- 6^4- On pècne, vers la Madeleine, des laumons de cinq à fixlivres, que les pécheurs nomment madekïneaux > à caufe de la laiton où ou les prend. On
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- Qid fe font pur les-différentes cotes. 623
- prend anfîî dans ce même tems de petits faumons gros comme des harengs, qu’on nomme faumonneauxÇi 37). Ils font plus abondans à Chinon qu’à Tours.
- 65 f. La pêche de l’alofefe fait comme celle du faumon, & dans le même tems. Elle commence à la fin de février : elle eft plus abondante en mars ; mais la vraie faifon eft avril, mai & juin. On prend enfuite des poijfons qu’on nomme alofeaux , ou couvereaux: ce font des pucelles qui n’ont ni laite ni œufs ( 138 )•
- 656". Les plies de Loire font femblables à celles de mer t cependant il eft certain qu’il s’en éleve dans la Loire & le Cher ; car on en pêche de toute grandeur : il y en a qui ont des taches roulfes fort vives , & d’autres qui n’en ont point. Les plies fe pèchent dans les eaux baffes, à la fouine , qui eft une fourche barbelée : c’eft précifément la même pêche que nous avons appellée a la foule. On perce le poiffon qui s’eft enfoui dans le fable.
- 7. On en prend aulîi avec la truble : c’eft une poche de filet, dont l’ouverture ou l’embouchure eft attachée à un triangle de fer , qui a un manche de bois de trois à quatre pieds de longueur. On préfente la truble devant le poiffon qui eft caché dans le fable, & en fuyant il fe jette dans le filet.
- 6^8- Dans les grandes eaux, 011 en prend avec de fort petits hains, amorcés d’un ver de terre. Ces hains, montés fur leurs empiles, font attachés en nombre à une ligne commune, qu’on laiffe du jour au lendemain au fond de l’eau amarrée à une pierre.
- 6'<j9. Je me fuis un peu étendu fur les pèches de la Loire , pour donner une idée des poiffons qui fe trouvent dans les fleuves & les rivières : il s’en faut cependant beaucoup que j’aie épuifé ce qu’il y a à dire fur ces différentes pêches j mais nous fuppléeronsà ces omiflions dans l’hiftoire des poiffons.
- 660. Côtes du Poitou. Enfortant du pays Nantais, nous entrons en Poitou , & nous trouvons d’abord les isles de Noirmoutier, l’Isle - Dieu , l’isle de Bouin , & les Sables d’Oîonne. Dans toutes ces isles, outre des barques & des bateaux qui fervent pour le cabotage, il y en a de deux à trois tonneaux, non pontés , dans lefquels fe mettent un maître, un matelot & un moufle, pour pêcher dans les baies de Bourgneuf, de Bouin & de Noirmoutier , avec des filets qu’ils nomment dragues , qui ont cinq braffes de longueur, & quatre de hauteur , dont les mailles ont un pouce & demi d’ouverture en quarré, avec lefquels ils pêchent des foies, des raies , plies , merlans , rougets , vives, turbots, pochetaux, loubines, meuilles, congres, fardes , barauds ,
- (137) Les faumonneaux, dont parle ici avons auffi en Suifle , des faumonneaux qui l’auteur , reffemblent à ceux que l’on ap- remontent par le Rhin jufques dans l’Aar. . pelle en Saxe Lachskumen ou Lachskin- (138) M. de Bomarre ne décide pas fl
- dcrn. Ils remontent pa-r l’Elbe & la IVIulde, c’eft une efpece particulière, ou feulement jufques à trois lieues de Leipück. Nous de petites alofes.
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- chiens de mer. Quand ils vont établir leur pèche plus au large, ils fe mettent dans la barque jufqii a fept hommes, lavoir, un maître, cinq matelots & un moufle. Depuis le commencement de novembre jufqu’au mois de mai, ils vont jufqu’à deux lieues du rivage pêcher avec leur drague.
- 66r. Ils pèchent auiîî avec des lignes de quinze à vingt brades de longueur, & fix à huit lignes de groffeur, garnies d’hains amorcés de vers ou d’autres petits ponions ; ils les tendent par fond, en les attachant à de greffes cablieres. Us y prennent des rougets , des merlans, des maquereaux, & la plupart des poiffons que nous avons nommés ci-deffus.
- 662. Les bourgeois qui fourniffent la chaloupe, les filets , les agrès apparaux , & les vivres, lèvent les deux tiers du profit de la vente du poiffon: l’autre tiers appartient à l’équipage. Quelques pécheurs des isles & des fables, vont dans lafaifon , depuis le premier mai jufqua la fin d’oclobre, à la pèche des fardines pendant le jour, & ils rentrent le loir dans leur port. Leurs ma-nets ou filets ont foixante brades de longueur fur quinze à feize pieds de chiite. Us en ont dont les mailles ont trois grandeurs différentes ; les uns ont lin pouce d’ouverture en quarré, d’autres huit lignes, & d’autres fix ; & ils fe fervent des uns ou des autres, fuivant la groffeur des fardines. Us font ufage de rogne, rave ou réfure de morue, pour attirer ces poiffons.
- 663. On 11’en fait point de falaifon : des marchands poiffonniers les achètent comme les autres poiffons frais * pour les transporter dans les terres, & en fournir les bourgs & villes voulues.
- 664. Quelques chaloupes font encore la pêche des aiguilles depuis le if avril jufqu’à la fin de mai, le long des terres, & au feu pendant les nuits obfcures & les tems calmes. I!s font leur feu avec des morceaux de barriques de gaudron, qu’ils allument dans .un pharillon , & ils les harponnent avec des fouannes qui ont dix pointes de fer. Cet inffrument fert auffi à prendre des anguilles.
- 66<;. Quelques pêcheurs, principalement de l’Isle-Bieu, font la pèche du germon dans des barques équipées de quatre hommes & d’un moufle : elle commence à la mi-mai, & finit-dans les premiers jours de feptembre. Ils s’é-tabliffent jufqu’à trente lieues au large , où ils mettent à la mer des lignes'de vingt-cinq à trente braffes de longueur & de fix lignes de groffeur, au bout desquelles ils mettent un hain affezgros & étamé, qu’ils amorcent avec un morceau d’anguille. Us prennent ordinairement des vivres pour dix jours ; & comme ils font ce tems fans rentrer, ils font obligés de faler tous les deux jours , & vont vendre leur poiffon à la Rochelle ou à Nantes. S’ils font cinq hommes d’équipage, ils divifent le produit de leur vente en fept lots 5 deux de ces lots font pour l’armateur, & chaque matelot en a un : mais cette pèche n’elt abondante que quand les vents font au fud-ouelb & les matelots fout
- obligés
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- obligés de faire leurs vivres, l’armateur ne leur fourniflant que le bateau gréé, avec feulement deux lignes pour chaque matelot. Ils vont aufli prendre, entre les roches qui fontà la côte, ou autour des isles ,des huîtres, des moules & des palourdes.
- 666. Il part , fur-tout du port des Sables d’Olonne, des bateaux pour la morue verte 5 mais nous réfervons à en parler fort en détail dans l’article où nous traiterons exprelfément de la morue.
- lifte des poijjbns qui fe pêchent le long des côtes de Poitou , ainji qu on les nomme
- à cette côte.
- 667. Meuilles , éfaches, fardes, peaux noires , touils , merlans, baro-très, tanches, congres ou concres, pafteaux, poules de mer, turbots, rougets, furmulets, doreaux, ânons, dorades, lèches, raies, tares, rouflès, maigres, tortues, germons, plies, quelques marfouins, carres , querelles, leoux, audes, langouftes, araignées, abilfeaux, agathes, moules, pignons, jambes ,burgauts, cois, avignons, coutelas , baleneffes, chevrettes, chancres.
- 66%. Côtes d’Aunis et de Saintonge. En fortant du Poitou pour entrer en Aunis, on trouve, à une petite diftance de la terre , l’isle de Rhé, où l’on fait quelques pêches , dont nous allons donner une idée.
- 669. Une des plus conlîdérables eft celle qu’on lait à la drague : elle différé peu de celle que nous avons indiquée fous ce meme nom, en parcourant les côtes du Poitou i mais comme nous n’avons réellement fait que l’indiquer , nous croyons devoir en donner ici une légère defeription.
- 670. On la fait à l’isle de Rhé avec des bâtimens pontés, du port de vingt ou vingt-cinq tonneaux, qu’on nomme tmverjhrs 3 qui partent un grand mât, une vergue & un beaupré s une grande voile & deux trinquettes: & ces tra-verfiers vont à la pêche avec trois hommes & un garçon.
- 671. Cette pèche commence vers la fin de feptembre, & fe continue ju£> qu’au mois de mai j & comme elle fe fait toujours fous voiles, ils parcourent depuis la pointe de l’isle du côté de l’oueit , jufques par le travers d’Olonne : ce qui fait une diltance de quinze à vingt lieues. Cependant l’été, par les chaleurs, ils s’éloignent peu de la côte j non feulement parce que dans cette faifon les poiifons forten-t de la grande eau pour s’approcher delà terre, mais encore pour vendre leurs poilfoiis plus frais.
- 672. Le filet qu’on nomme drague eft une efpece de chauffe qui a feptbraf-fes à fon entrée , & fix braflès de profondeur. Aux deux extrémités de la partie de ce filet qui doit porter fur terre, ils amarrent deux cablieres ou pierres de vingt ou vingt-cinq livres, &le long de la corde qui borde cette partie du filet ils mettent, de diftance en diftance, des bagues de plomb, qui font en
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- tout environ trente livres. Le quarantenier, ou la corde qui borde la partie fupérieure de la drague, eft garni de flottes de liege, qui pefent enfemble deux livres ou environ.
- 673. Cette manche doit être traînée par deux cordes qu’on nomme funins; & pour qu’ils foient écartés l’un de l’autre, & que l’embouchure du filet fe tienne ouverte, on attache aux halins, à une petite diftance du filet parles deux bouts, un efpar qui a vingt ou vingt-cinq pieds de longueur ; & pour foutenir encore mieux ce fac ouvert, on amarre au milieu de l’elpar deux bouées de liege, qui pefent chacune environ cinq livres. Les halins ont environ fix à fept vingt brades de longueur. On prend à cette pêche de toutes fortes depoiiïons, particuliérement de ceux qui fe tiennent près du fond.
- 674. On pêche quelquefois au bord de la mer à la feine , mais fort rarement ; & cela fe fait plutôt par quelques particuliers pour fe divertir, que par les pêcheurs. Depuis le commencement d’avril jufqu’à la fin de feptembre, on pêche dans des chaloupes & à pied avec le filet nommé haveneau. Comme nous avons beaucoup parlé de cette pèche dans le corps de l’ouvrage, nous ne nous y arrêterons pas.
- 675. Nous avons auffi parlé dans l’ouvrage, de la pèche qu’on nomme à la fougne ou Jalin ; elle fe fait pendant toute l’année à mer balle, par les femmes ou les enfans, qui vont chercher les poilfons & les coquillages que la mer a lailfés fur lés platins dans le goémon & les cavités qui fe trouvent dans les rochers & le long de la côte, ou qui fe font enfouis dans le fable. La fougne eft un bâton de quatre à cinq pieds de long, au bout duquel eft une fourche de fer, dont les fourchons ont huit à dix pouces de longueur, & font terminés par un dard.
- 676. On prend à cette pêche de petites raies, des foies, des trembles, des chancres, des langouftes , des homards; en un mot, les poilfons qui s’enfablent, ou fe fourrent entre les pierres au retour de la marée. Pour cette pêche, les femmes & les enfans fe mettent quelquefois dans l’eau jufqu’à mi-cuilfes ; elles vont auffi détacher des coquillages des rochers avec des eipe-ees de couteaux, ou quelques inftrumens équivalens.
- 677. Depuis le mois de feptembre jufqu’à celui d’avril, trois ou quatre hommes & un garçon fe mejttent dans une chaloupe pour pêcher des huîtres avec une drague de fer. Les huîtres d’autour de l’isle font de médiocre qualité; c’eft pourquoi les pêcheurs vont draguer fur un grand banc d’huîtres qui eft à la pointe de l’aiguillon à l’entrée de la riviere de Marans, où elles font fort bonnes ; ils vont auffi draguer fur un banc dit de pétoncles, qui eft tout auprès.
- 678- Quelqjjes fauniers jettent des huîtres dans leurs folfes : quand elles y ont féjourné quelque tems, elles en deviennent meilleures ; cependant pas auffi bonnes que les huîtres vertes de Saintonge.
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- 679. Le peu de maquereaux que l’on pêche, fe prend avec des hains.
- 680. Les femmes pèchent avec des carreaux ou étiquets, qu’elles nomment treille, des chevrettes , loches , alofeaux , & un fort petit poilfon alfez fem-b.lable à l’éperlan, qu’elles nomment aubujjon. Cette pêche fe fait de baffe mer* dans les endroits ou il refie un peu d’eau.
- 681* Outre ces pèches, on confirait des parcs de pierres, ou éclufes, dont nous avons amplement parlé dans le corps de l’ouvrage ; ils font tendus toute l’année , & il s’y prend de toutes les efpeces depoifîons quifuiventle cours de la marée , des meuilles , rarement des harengs , quelques fardines , des loubines , &c.
- 682. Depuis le commencement d’avril jufqu’au mois de feptembre, on tend encore des courtines, forte de bas parcs de filets, dont nous avons fuffifam-ment parlé dans le corps de l’ouvrage.
- Noms des poiffons de Cisle de Rhé.
- 683. Barbeaux , barbues, foies,plies, fleurins ou cardinaux, merlans , tacauds , largues (139) , poules de mer, raies de plulieurs fortes, favoir, la bouclée ou grife, la fablée, la douce ou liffe, qui n’efl pas fi bonne que les deux précédentes 5 pofleaux, tremble ou torpille, poiffon bourgeois ou ange, forte de raie, taurille ou chien-puant ; la rouffe ou rouffette, forte de chien, les vives de très-médiocre qualité, furmuletou barbutin, aiguille, feche, julienne, poilfon long, creulille ou coquille de Saint-Jacques , maquereaux en petite quantité : il en efl de même du hareng.
- 684. Les anciens pêcheurs rapportent comme des faits très-rares & prefque uniques , d’avoir vu échouer des cachalots, des loups marins , des ipadons , des marfouins & quelques gros poiiTons qu’ils 11e connaiffaient pas.
- 68^. A l’égard des coquillages, on prend des pétoncles, palourdes, manchons ou manches de couteau, dailles (140) ou pitaux, vignots, jambles, burgos , guignettes , fourdons , moules, huîtres , homards, gourgalles ou gros crabes déforme ovale, araignées de mer ou crabes à grandes pattes, chancres ou crabes de rocher : il y en a de plulieurs efpeces ; les uns qu’on nomme batans , font toujours changeant de place; il y en a de rouges. Ceux qu’on nomme blettes , font de la groffeur d’une palourde ; ils fe raffemblent en hiver au nombre de .'trente ou quarante fous les pierres : enfin, ceux qu’on nomme endormis, ne font aucun mouvement, & ils raffemblent leurs pattes fous leur ventre ; 011 n’en fait aucun cas.
- (139) Peut-être efl ce le SpaBüs Sargus. (140) En allemand, D attelmufchien , Lin N. Mytilus Lythophagus. Linn.
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- Pèche de la RochdU , pays d?AunisK
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- 6$6. On pèche durant toute Tannée du poilfon frais dans le département de la Rochelle ; favoir, des turbots,barbues , foies, raies, merlus, barbarins,. grondins,rougets, terris, touilsou chiens de mer ,feches, lamproies, vives, merlans, maquereaux, maigres., plies , carrelets,. cardinaux ou fleurins , ta-cauds, meuilles ou mulets , loubines, truites, anguilles ou hufléaux,.éper-lans, aiguilles. Tous ces poilfons fe pêchent aux environs de la Rochelle ,Rhé,. Oleron, jufqu’à la hauteur de Cordouan, Sables d’Olonne & Belle-Isle. On fait ces pèches avec des traverfiers, dont nous avons parlé dans l’article deRhé. On emploie auffi de petits bateaux qu’on nomme fdadieres, qui ont quarante pieds, de long , un feul màt, une voile quarrée & deux latines qui fe bordent fur le beaupré : il y en a de dix-huit à trente tonneaux j elles font montées de trois matelots & d’un moulfe. On s’en fert depuis le mois d’avril jufqu’e.n novembre ; après ce tems, elles ne vont qu’à la pêche aux huîtres. Les traverfiers pèchent toute l’année : on fe fert suffi des acons qui gliifent furies vafes.
- 6% 7. Les traverfiers pèchent à la voile , aveG un filet de fix à fept bralfes-en. quarré , qui traîne fur la vafe ou le fable ,. au moyen de deux halins de cin-v qualité à foixante bralfes de longueur : les mailles de ce filet ont deux pouces, d’ouverture en quarré.
- 688- Les pêcheurs filadiers forment une enceinte avec leur filet: enfùite-entrant dans cette enceinte,, ils font quelque bruit pour engager le poilfon à donner dans le filet, qui cft un tramail.
- 689- On ne fait point de pèche expreife pour les fard'ines & les harengs cependant on prend quelquefois de ces poilfons, qui 11e font que de palfage, & qui ne relient point à cette côte. Il paraît quelques anchois à la côte d’Ole-ron , vers le mois d’odobre; mais ils dilparailfent en peu de jours. Il arrive bien rarement qu’on prenne des thons ni des germons.
- 690. La maigre ( 1.41 ) eft un poilfon, en quelque façon, propre à ces parages 5 c’ell pourquoi nous infifterons un peu fur fa pèche. C’efl: un grand poif-lon blanc , qui a fouvent quatre ou cinq pieds de longueur ; il a des écailles & parait ordinairement fur les côtes d’Aunis dans le mois d’avril, & y demeure jufques vers la fin de juin j mais on n’en pèche que jufqu’à la fin de mai. Alors les maigres s’écartent, & on n’en prend plus guere. Elles vont en compagnie ; on connaît leur arrivée à une efpece de mugilfement qu’elles font dans la mer. Il faut, pour les prendre , de grands filets très-forts ; ils ont ordinairement cinquante bralfes de longueur & quinze à feize pieds de chute. O11 fait les filets, avec dix à douze fils retors, & les mailles ont douze à treize
- (14.1) En allemand , Mperfchat.ten ,• Scïaena imièra. Linn.
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- pouces Couverture. Quelques particuliers ayant mariné de ôes poilfons dans f huile 3 ils fe font conieryés fort bons, pendant un an ; mais Tufage eft de les manger frais. ^
- 691. Quand on entend un banc de maigres, on fait le moins de bruit qu’il eft poffible, pour ne les point effaroucher : il y a des pêcheurs qui prétendent les attirer avec un appeau; mais je crois que ce fait peut être révoqué en doute (142).
- : 692. On pèche quelques, maquereaux dans les mois d’avril & de mai ; ils ne font pas fi bons que ceux qui viennent fur les côtes de Normandie.
- 693. On fait peu d’armeinens pour la pêche de la morue.
- 694. Il y a quelques pêcheurs qui fe tranfportent de mer baife fur les, vafes aveqdesacons, dont nous avons parlé dans le corps de l’ouvrage; ils prennent des anguilles, des chevrettes & d’autres petits poilfons, avec des haveneaux, qui font un filet attaché à deux bâtons croifés.
- 69 f. Il y a des parcs ouverts, & des éclufes de bois & de pierre, & aufli des bouchots de clayonnage, terminés par des nalfes ou bourgnons. A la marée perdante on y va avec des acons > prendre le poilîon qui eft dans les nalfes. O11 forme des éclufes depuis, Repentit jufqu’à Mareilles des. bouchots depuis Charron jufqu’à la pointe de Laiguillon. Outre les poiifons qui fe trouvent dans les parcs, on prend de très-bonnes, moules attachées aux clayonnages. Les huîtres , les moules, les pétoncles, palourdes , couteliers ou? manchons , dailles > guignettes ^fourdons , jambles ou yeux-de-boucs, fe trouvent fur ces côtes , & chaque coquillage eft bon félon fon efpece. On tend aufli ce qu’on nomme des filets noircis; & l’on ne prend, dans ces fortes de tentes, que des chiens , des taires, & autres mauvais poilfons.
- 696. On pèche des huîtres à la baife mer & à pied fec , ou avec des filadie-res ; on en drague fur les bancs : les huîtres font bonnes depuis le mois d’octobre jufqu’au mois de mai, qu’elles deviennent laiteufes. Il n’y a guere de parcs à huîtres, où l’on en dépofe pour devenir vertes ( 143 ). On en met
- (142) M.Schreber obferve clans une note, que ce fait ne lui paraît pas aufli peu vraisemblable qu’à l’auteur. licite une diflerta-tion de M. Klein , inférée dans les Efl'ais de la fociété des curieux de la nature à Danzig, part. I, pag. 140. On y prouve fort bien que les poiflons ne font ni Lourds ni muets. Boyle ,phüof. Worcks, part. 111, pag. 41. c< 11 y a à Gênes , dit cet illuftre phyficien , j, un jardin, où fe voit un étang , dont la „ chauffée eft fi haute que l’on ne peut pas „ être apperçu des poilfons qui y font dans
- „ l’eau. Une perfonne digne de foi a vu très-„ fréquemment les poilfons fe rafîembler à „ un certain bruit que faifait le jardinier, -, fans que ces animaux puflent appercevoir ,3 qui que ce foit. „ J’ai vu une carpe accourir du fond de l’eau à la voix de fon maître , qui feul avait le privilège de fe faire obéir.
- (141) Ou pour s’engraifler. Les huîtres vertes font meilleures. Voy. ditf, d'iiiji. nat. au mot huître.
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- cependant dans des folTes ou vafets, aux environs des marais falans. Plus on-les y laifle, meilleures elles font. Celles qui y ont féjourné cinq ou fix ans font excellentes. On en trouve auffi de bonnes dans les foliés de la ville.
- 697. ENfuivantla côte d’Aunis, on rencontre l’embouchure de la Charente , & en la remontant, le port de Rochefort. Si je me propofais de parler des pèches qui fe font à la mer, à rembouchure de cette riviere , je me trouverais obligé de répéter ce que j’ai dit en parlant de ljsle de Rhé & de la Rochelle. C’eft pourquoi je me bornerai à dire quelque, chofe des pèches qui fe font dans la Charente , & je commencerai par fou extrémité , qui eft vers An-goulème ; puis je la fui vrai* en defcendant, jufqu’à Saintes ou à Rochefort. On peut dire en général que cette riviere eh fort poilfonneufe ; on y prend des carpes, des brochets, des tanches , des truites, des anguilles, des gardons, des goujons,barbeaux, brèmes, chalunes ou chevennes, aubonnes, loches, & ablettes. . • '
- 698- C’est depuis Angoulême jufqu’à Coignac , que la riviere eft pourvue de truites en plus grande abondance ; .& c’eft depuis le' mois d’avril jufqu’à celui de juillet qu’elles font meilleures. On pêche beaucoup d’écreviifes dans les petits ruiflêaux qui s’y déchargent ’: on y prend auffi des carpes ; elles font plus abondantes & plus belles vers Château-neuf & Vibrac, comme les perches & les tanches le font depuis Coignac jufqu’à Brive. J’ai décrit dans lë corps de l’ouvrage une grande pèche qu’011 fait auprès de Saintes, & qu’on nomme le grand filet. Neuf pêcheurs & leur fyndic la tiennent du roi; & moyennant dix-huit livres quils paient au domaine , ils ont droit de faire cette pèche depuis le port de Lis, près Coignac, jufqu’à Saint-Savinien, trois lieues au-deifous de Saintes; ne pouvant pas pêcher plus bas dans la riviere, à caufe des marées qui deviennent trop fortes. Comme j’ai décrit cette pêche en détail, je me contenterai de rappeller en gros qu’elle conlifte à tendre un filet qui traverfe toute la riviere , & à traîner jufqu’à ce filet une grande feine qui embraife aufti toute la largeur de la riviere. On ralfemble ainfi tout le poiifon entre ces deux filets ; & en les relevant enfemble , on l’enveloppe & 011 le tire à terre. Quand la riviere n’eft pas débordée, ils font ordinairement une bonne pèche. Les mailles du grand filet ont quinze ou dix-huit lignes d’ouverture en quarré. Il fe trouve au bord de l’eau des marchands qui achètent le poiifon pour le tranlporter aux endroits où ils elperent en trouver un débit avantageux. .... v ,
- 699. Il y a, outre cela, le long de la riviere un nombre de petits pécheurs quiaifermentla pêche, ou du roi , ou des feigneurs voifins. Iis prennent beaucoup d’alofes, & fintes qu’ils nomment gattes, des lamproies, fur-tout auprès de Samt-Savinien. Comme 011 y pêche quantité d’anguilles, on en fale une partie. Tous les autres poilfons fe confomment frais.
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- 700. La Boutonne, petite riviere qui fe jette dans la Charente à Caziîlon , & qui prend fa lource à Saint-Jean-d’Angely, eft très-poiflbnneufe ; on y prend de beaux brochets, de belles carpes, & beaucoup d’écrevifles, dans les petits ruifieaux qui font auprès de Saint-Jean. On pêche vers le bas de la riviere des meuilles & des plies.
- 701. Il eft aflez rare qu’on faife àRochefort des arméniens pour la morue. Quand on a paifé le port des barques , qui termine la riviere de Rochefort ou la Charente, on trouve l’isle d’Oieron. La pêche la plus confidérable qu’on y iafle, s’établit à deux lieues au large, par dix-huit ou vingt braffes d’eau. Chaque piece de filet a quarante brades de longueur fur huit pieds de chute , & les mailles ont lix pouces d’ouverture ; le pied du filet eft lefté, & la tète garnie de flottes de liege : en outre 011 l’établit fédentaire & par fond au moyen de grofles cablieres} & aux deux extrémités de la teflure, qui eft formée d’un nombre plus ou mois grand de ces pièces de filet, font amarrés des orins qui portent des bouées , pour indiquer la pofition du filet, qui, comme on voit, eft une folle tendue lédentaire & par fond. On la releve autant qu’on le peut tous les deux jours ; mais les mauvais tems obligent fouvent de la laiifer beaucoup plus long-temS' à la mer. Cette pèche commence en avril, & finit eii octobre. Les gros tems lui font contraires 3 mais les petites motures font favorables.
- 702. On prend à cette pêche de toutes les elpeces de chiens ou de touilles ; comme touille à bœuf, à l’épée, à la dent, rnique, autre efpece de touille, rouf-fette, &c. bourgeois , pucelles , quelques marfouins, merlus, rougets ou grondins (144) , créât ou poiflo.n royal, maigres , dorées , fleurins ou limandes , poules de mer,pofteaux, turbots, barbues, taulpes, raies nommées taires ou tires, & de plufieurs autres fortes.
- 703. On pêche dans la même faifon, auprès des côtes, à la feine ou à la traîne , & l’on y prend à peu près les mêmes poifions, fur-tout quand il fait chaud , & que le poiflon donne à la côte.
- 704. La pèche à la courtine fe fait toute l’année , avec tin filet de deux à trois cents braffes de longueur & de quatre à cinq pieds de chute , dont les mailles ont un pouce d’ouverture 3 il fe tend fur des piquets en. angle ou en forme de gors , fur les platins ou le long de la côte , entre la lailfe de haute & celle de balle mer, fur-tout par les tems de haute marée. A l’angle qui fait la réunion des deux ailes du filet, il y a une manche auftî de filet qu’ils nomment feue, dans laquelle fe raflèmble le poilfon. Ils prennent les poiffoiis quinagent
- ( 144A I e rouget, en allemand . Mcer- des anciens. Müllus Barbatus 5 LlNN» îyren , eft le Trigia Lyra. Lînn. â Mar- On fait que Martial difait : feiile on donne le nom de rouget au mulet r. jïil cari us mullo.
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- encore entre deux ailes , avec une petite truble qu’ils nomment coupêru.
- 70 Les vents qui portent à la côte font favorables à cette pèche. Mais il y a à craindre que les gros tems ne culbutent les filets.
- 706. On prend dans les courtines, des foies., plies, carrelets, limandes ou fleurins, turbots, meuilles, loubines, rougets ou grondins , quelques far-dines qu’on appelle royans ; gatte, eipece d’alofe, mais pas auiïi bonne , & très-chargée d’arètes; carreaux , eipece de maquereau qui a la queue quarrée; tuca , efpece de merlan, plus court , plus plat & plus large que le merlan ordinaire ; merlan fergat.3 c’eft un petit poilfon approchant de la dorée, qui a la gueule rouge, on l’appelle befugue en Bretagne i lieux, feches, caiferons.
- 707. Il y a des éclufes autour de l’isle : 011 fe rappellera que ce font des parcs conftruits à pierre feche, à l’extrémité defquels ils mettent fouvent de ces naifes qu’on nomme bourgnes, ou bourgnons, ou bouchots ; & comme il relie fou-vent de l’eau dans ces parcs , on va les pécher avec de grandes faucilles, ou un efpadot, ou une fougne, qui eil une efpece de fourche, dont les branches font déliées. Quand on fait cette pèche la nuit, on attire le poiflbn avec des torches allumées , ou des brandons.
- 708. Les poiifons qu’on prend dans les éclufes, font des meuilles, des lou-bines, des raies, des taires ou tires, trembles ou torpilles, anguilles, dorées, blitaux ou bleteaux, quirelfemblent beaucoup à la truite, tacauds, merlans, lieux , loches , tanches, qu’on nomme vieilles en Bretagne, maigres , congres, ancornets, forte de feches, anguilles, aubulfons, qu’on appelle auffi bouicons, crapeaux de mer, chancres , rougervans ou homards , langouftes , alofeaux qui font une efpece d’anchois , barbarins , colas oualofes , gattes, feches , caf-ferons, foies , plies , fleurins , chevrettes , ferpens , léiards de mer, ces deux poiifons (14O ne fe mangent pas ; tanches, loches, chaboulfeaux, petits poif-fons qui ont une grolfe tête. On prend rarement quelques fardines dans les courtines & éclufes, ainfi que du hareng & du maquereau, des fumions^, alofes & lamproies.
- 709. Les pécheurs vont au'iflî à mer bafle draguer les poiifons qui s’enfi-blent 5 c’eft ce qu’011 appelle pêcher à lu foule, ou fougne, ou plietter. O11 y prend des raies & d’autres poiifons plats, foies, plies, fleurins, trembles, feches , congres , &c.
- 710. Il y a beaucoup de coquillages autour de l’isle, huîtres, moules, fourdons, palourdes, pétoncles, lavaignons, dailles, couteliers, burgos, guignettes que les Bretons nomment bigourneaux, )ambles,que les Bretons
- (140) Des ferpens & des léfards ne font qui feraient de très.bon goût. V. Laurentii pas des poiifons. Cependant on ne laide pas fynopfts reptilium emendata , cum experi-d’en manger ; & fi l’on n’avait pas des pré- mentis circa venena & antidota reptilium jugés,, il y a bien des efpeces de reptiles aujkiacorum. Vietina, 1768.
- nomment
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- Qui fe font fur les différentes cotes.
- nomment bcrnits. On pêche les pétoncles fur les grèves , depuis le mois de décembre jufqu’à la fin de mai; les fourdons pendant l’été fur les fables i les lavaignons, palourdes , couteliers, fur les platins ; les dailles fur les rochers avec un pic : le tout de baife mer.
- 711. Depuis le mois de feptembre jufqu’au mois de mai, on ramaffe des huîtres de roche, & 011 en drague fur les bancs. On en met quelques-unes dans des foifes pour verdir ; mais elles 11e font pas fi bonnes que celles de la rivière de Senvre.
- 712. En fuivant la côte de Saintonge, on trouve Marennes, Chapus & la Tremblade , qui font du même quartier, où les pèches different peu de celles d’Oleron. On prend aux courtines, aux étentes & avec des feines , des turbots, des foies , des meuilles, des raies, des barbarins , bourgeois, pofteaux , trembles , dorées, rougets , loubines, maigraux & fardines, un peu plus que dans les ports d’Oleroni mais tous en petite quantité, & feulement pour la con-fommation du pays. Ils font dans la faifon la pêche des fardines , avec un filet qu’ils nomment fine, qui eft un manet. O11 prend encore des touilles ou chiens de mer, affez mauvais poiifon.
- 713. Il 11’y a point de parcs dans le quartier de Marennes, & très-peu d’é-clufes ; les courtines en tiennent lieu: mais on faitplufieurs pêches au filet, comme dans les ports voifins, particuliérement celle au haveneau, depuis le mois d’avril jufqu’à celui de feptembre, avec lefquels ils prennent des chevrettes , des anguilles, & un poiifon qu’ils nomment bujfon.
- 714. Dans les mois d’avril & de mai, on prend des feches avec des filets de courtine : on les fait fécher, & on les envoie à Limoges , où l’on en fait de la colle. On trouve fur les côtes, des pétoncles, des fourdeaux , des palourdes , des dailles & des jambles 5 il y a quantité de moules ou moucles, qui fe prennent fur les baffes. On ramaffe aufiî de petites huîtres, qu’on porte dans les foffes qu’011 nomme claires, pour qu’elles y engraiffent, & qu’elles y deviennent vertes 5 & pour être bonnes, on les y laiffe jufqu’à trois ans. Il y a des particuliers qui achètent les petites huîtres de ceux qui les amaffent, pour les dépofer dans ces claires ; & quand elles font bien vertes, on les tranlporte dans les grandes villes , même jufqu’à Paris. Quelques-uns vont draguer de groffes huîtres fur les bancs.
- 71 ÿ Il fe fait plufieurs arméniens pour la morue verte, & il s’en eft fait quelques-uns pour la feche. Dans ces cas, ils s’équipent dans la riviere de Senvre.
- 716. Roy a n. En fuivant la côte de Saintonge, on arrive à Royan, qui eft à l’embouchure de la Gironde. Les poiffons qu’on prend dans ce quartier qui termine la Saintonge , font des raies, de grandes raies nommées pofteaux, loubines , meuilles, plies, rougets, grondins, petites foies, des congres de Tome V, LUI
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- roche , des chancres, & des fardines qui font Fort eftimées.
- 717. Les alofes ou colas, les faumons, truites, lamproies, ne fe prennent point àRoyan, mais dans la riviere de Libourne ; & il faut aller chercher les fardines à trois lieues de Royan: cependant, comme anciennement la pêche de cette excellente fardine fe fai fait à Royan même , les fardines de cette côte, qui font toujours très-bonnes, ont confervé le nom de Royan : ainü, quand on parle de ces bonnes fardines , on fe contente de les appeller des royans.
- 71g. On voit quantité de marfouins à la côte de Royan, mais on n’y en prend point. Cette côte eft très-ftérile en coquillages. O11 y prend beaucoup de chevrettes à la cauderette, & on met dedans pour appâts de mauvais crabes écrafés ou déchirés par morceaux. "
- 719. A l’égard des fardines, qu’on peut regarder comme propres à Royan , à caufe de leur bonté, on en commence la pèche dans le mois de juin , & elle finit alfez fou vent dans le mois de feptembre. Ce qu’il y a de remarquable, e’eft qu’auparavant de commencer cette pêche, les pêcheurs vont avec leur ehaloupe au large, & mettent fouvent l’oreille fur le bord, pour écouter s’ils n’entendent point le chant des maigres, gros poiffon qui fait dans l’eau un bruit qu’on dit fortir de leur anus , & qui imite celui des tourterelles (146). Les pêcheurs prétendent que ces poiffons annoncent l’arrivée des fardines en riviere : probablement les maigres les chaifent pour s’en nourrir, & les fardii nés fuient devant l’ennemi qui les pourfuit. Dans cette circonftance, les pêcheurs comptent faire une bonne pèche de fardines.
- 720. Cette pèche fe fait près de la côte, avec des filets qui ont quarante-cinq braffes de longueur , & huit pieds de chute. Ces filets font du genre des manets, dont nous avons eu plusieurs fois occafion de parler: mais ce qu’il y a defingulier, e’eft qu’au lieu que dans les autres ports les pêcheurs ont des filets dont les mailles font de différentes grandeurs, pour employer les uns ou les autres fuivant la différente groifeur des fardines ; ici le même filet a des mailles de différentes grandeurs : celles du milieu étant plus ferrées, ce font les petites fardines qui s’y émaillent ; & celles des extrémités étant plus ouvertes , il ne s’y emmaille que les groffes fardines. Je ne crois pas cette pratique préférable à celle des autres ports.
- 721» Quoique la pèche du créât ou dePefturgeon ne fe faffe ni par lesha-bitans de Royan, ni vis-à-vis ce département, mais vis-à-vis Tallemont fur la Girondej, à trois lieues de Royan , nous croyons en devoir dire quelque ehofe. Cette pêche commence dans le mois d’avril, & finit dans celui de juin. Les pêcheurs de Libourne & ceux de Bordeaux fe trouvent quelquefois raf-femblés au nombre de vingt dans leur filadiere avec leurs filets pour faire
- (146) Voyez ci-deflus, 691 , & note 14s.
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- Qui fe font fur les différentes'côtes, €'35'
- cette même pèche; & comme ces gens ont coutume de s’afibeier, à mefure qu’ils prennent un efturgeon dans leurs filets, qui font des tram aux , ils le brident avec une petite corde'qu’ils lui paflent dans les ouies, & l’attachent à leur filadiere pour le conferver en vie, en le remorquant jufqu’à Bordeaux. Leurs tramaux ont quatre-vingt braffes de longueur & dix pieds de chute; les mailles des hamaux font de fix pouces en quarré , & celles de la flue feulement d’un pouce.
- 722. Indépendamment des grandes pêches dont nous venons de parler, ’on prend les petits poilfons avec des feines qu’ils nomment traîne; ils prennent les meuilles & autres poiifons de médiocre grandeur avec des havenets qui ne font point leftés de plomb ; & outre les cauderettes qui fervent à prendre les chevrettes , on en prend encore avec un inftrument qu’ils nomment trtu , & qui ell une truble de deux pieds & demi de diamètre.
- 723. Golfe de Gascogne. En remontant la Gironde, 011 arrive à Blaye, où i’011 prend à peu près les mêmes poilfons qu’àRoyan , excepté les fardines & les maigrions ; mais toujours en petite quantité, & point de coquillages. Comme les côtes font vafeufes, 011 y voit peu de cruftacés; & ils font fi mauvais qu’011 n’en fait aucun cas.
- 724. Le printems & l’été , ils pèchent dans leurs filadieres, avec des filets en tramail, qu’ils nomment bifarés, des alofes qu’ils appellent colas. Les gattes fe prennent avec un filet de même genre, qu’ils nomment ejloueyre. Cette pèche fe fait depuis quatre lieues au-delfous de Bordeaux jufqu’àPouillac, dans une étendue de huit lieues.
- 725. L’automne & l’hiver, quand le tems le permet, les pêcheurs vont avec leurs filadieres & des filets femblables aux premiers ,mais qui ont les mailles plus ferrées, qu’ils nommenttirolles,pêcher depuis Cordouan jufqu’à Pouillac, de petites foies de fix pouces de long, des plies, des mulets, & d’autres petits poilfons. Dans les endroits où l’on pêchel’efturgeon ou créât, on fe fert, comme nous l’avons dit, de tramaux qu’ils nomment brege.
- 726. Depuis By jufqu’à Verdon,près de Médoc, il y a bon nombre de gors, terminés par des nalfes nommées bourgms, où fe ralfemble beaucoup de poilfon & demenuife, qu’ils appellent norrain. Les pêcheurs de Plalfac mettent , au lieu de bourgne, un filet qui a les mailles allez ouvertes pour lailfer palfer le norrain.
- 727. La Gironde eft formée de deux grandes rivières, la Garonne & la Dordogne, qui fe réunifient au bec d’Ambès.. Difons un mot des pèches qui fe font fur la Dordogne, qui arrofe la Guyenne : nous reviendrons enfuite au bec d’Ambès, pour parcourir la Garonne.
- 728- En remontant la Dordogne, 011 trouve Libourne & les autres petits endroits qui font de fon quartier : nous allons parler des pèches qui s’y font.
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- T R AIT Ef DxEj TEC H E S
- 729. Il y a depuis Lavagnau jufqu’à Caftillon, & en d’autres endroits, des deux côtés de la riviere, quantité de pêcheries que les habitans appellent naffis ou naces. Elles font faites avec des filets qu’on tend dans la riviere fur des pieux, formant comme de grandes manches : ainfi ce font des gors ou bouchots , il n’y a que le nom de changé. On prend dans ces nalfes de plu-fieurs efpeces de poilfons, comme faumons, alofes, carpes , brochets , furmu-îets, poilfons blancs. A l’égard des efturgeons, il ne s’en trouve dans cette riviere que rarement.
- 730. Depuis le commencement de novembre jufqu’à la fin de mars, on pèche à la brege, filet qu’il 11e faut pas confondre avec la drege de Normandie; nous en avons déjà parlé dans l’article de Blaye. Le bas de ce filet eft garni de peu de plomb ; & la tète de beaucoup de liege, afin qu’elle fe tienne à la fur-face de l’eau. Comme ce tramail n’eft deftiué qu’à prendre des faumons , des alofes , ou d’autres gros poilfons, les mailles en font larges. Ils tendent ce filet par le travers de la riviere, dont il occupe prefque toute la largeur & la profondeur ; ils le lailfent dériver de flot & de jufan, ayant un bout du filet attaché à la filadiere , & une bouée à l’autre bout, environ l’efpace de deux cents toifes, puis le tirent à terre pour prendre le poiflon. La pêche dufaumon commencer en novembre, & finit en mai. Celle de l’alofe commence en mars , & finit en juin. Les alofes de prime font les meilleures ; palfé le 1 f de mai, elles ne font pas bonnes. A l’égard des faumons , les meilleurs fe pèchent en février & en mars.
- 73i- On prend aufîi ces poilfons avec un filet en tramail, qu’ils nomment bhcharws ; &, comme nous l’avons dit, les fintes ou gattes avec le filet nomme (fioueyre; & cela depuis mars jufqu’en juin. Ce poilfon donne abondamment ; & quoiqu’il ne foit pas eftimé, 011 en fait une grande confommation.
- 732. Les pêches dont nous venons de parler j fe font mieux de nuit que de jour, à moins que le ciel ne foit couvert. Ils tâchent de s’établir dans des endroits fableux ou graveleux, plutôt que fur les vafeux. Quelquefois, pour que les gros faumons ne s’échappent pas, on les faiiit avec un harpon qu’ils nomment faumier.
- 733* On fait encore dans la riviere la pêche de la feine, qu’ils nomment efcave: un des bouts du filet eft traîné par des hommes qui font a terre, & l’autre par ceux qui font dans une filadiere ; enfuite fe réunifiant, ils amènent le filet au bord de l’eau. O11 fait ordinairement cette pêche depuis le mois de février jufqu’à la fin de juin. Comme nous en avons parlé amplement dans le corps de l’ouvrage , il me fuffit de l’avoir indiquée. Le filet qu’ils nomment trejjbn , eft une feine à plus petites mailles.
- 734* Il fe fait encore une autre pèche, qu’011 nomme tnauh ou tirolle. Ce filet, par îapetiteife de fes mailles, retient tous les poilfons qu’il rencontre ;
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- Oui Je font fur les différentes côtes.
- c’eft pourquoi il fert pour pêcher des lamproies. Ils ajuftent ce filet qui a fixa fept pieds en quarré , fur une perche de douze pieds de long, laquelle porte au bout une traverfede la largeur du filet 5 la perche eft reçue dans,une entaille qu’on a pratiquée à l’avant de lafiladiere : la filadiere étant près d’un des bords de la riviere , le pêcheur y plonge le filet 5 puis appuyant fur la partie de la perche qui eft dans le bateau , il prend le poilfon qui eft fur le filet.
- 73 S- En février & mars , on pèche fur la Dordogne, des traitons, qui ne font pas plus gros que des harengs : on les prend avec le filet nommé trcauk ou tirolle. Depuis le mois de mai jufqu’à celui de feptembre, on prend encore à la tirolle , des mules ou mulets. 7 -
- 736. Enfin l’on prend avec le havenau, des chevrettes dans la riviere de llsle. On pèche des alofes avec un tramail de dix-huit bralfes de longueur, fur huit pieds de chûte, qu’on tend fur des piquets parle travers de la riviere.
- 737. A l’égard des lamproies , on les prend dans des nalfes, qu’on appelle barigues dans le pays : elles font coniques. On pêche encore avec l’épervier, & l’on y prend du poiifon blanc, que les pêcheurs nomment afjîcs , des barbeaux, quelques carpes , des plies qu’ils nomment platujfes , &c.
- 738* Nous revenons au bec d’Ambès, pour entrer dans la Garonne, & la remonter jufqu’à Bordeaux.
- 739. Depuis le mois de février jufqu’en avril, on pêche dans les nalfes, des lamproies depuis Bordeaux jufqu’à Langon fur Garonne. Ces nalfes fe nomment brougnies, & font figurées comme une manche. On y prend auiîi des anguilles.
- 740. On pèche le créât ou efturgeon, comme dans la Gironde : cette pêche commence en février, & finit en juin. On prend quelquefois des alofes dans les mêmes filets.
- 741. On prend les faumons avec un tramail qui eft garni par le pied d’une corde alfez grolfe, chargée de quelques bagues de plomb, diftribuées de dif-tance en diftance : il y a à la tête du filet des flottes de liege. Cette pêche fe fait avec deux bateaux : dans l’un , il y a deux hommes ; dans l’au tre où eft le filet, il y en a trois. Quand ils ont'fait un certain chemin , qu’ils nommenttcwrj, un homme placé au milieu du bateau , leve le filet doublé & le jette tout de fuite à l’eau par le derrière du bateau. Quand les pêcheurs fe trouvent dans un endroit favorable , ils ne le relevent qu’après l’y avoir lailîé un quart d’heure.
- 742. Pour la pêche de la lamproie, des barbeaux , de la perche, de la carpe, de l’anguille, ils fe fervent auiîi de filets en tramail, mais dont les mailles font plus petites & proportionnées à la grolfeur des poilfons : au refte, ces pêches fe font comme la précédente.
- 743. Il y a quelques moulieres & huitrieres à la Tête-de-Buch , qui eft le feul port du département de Bordeaux qui confine à la mer.
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- • 744. On fait à Bordeaux peu d’armemens pour la morue ;& en ce cas, 011 'tire les équipages de Bayonne pour la morue féche , & dë'Saintonge pour la 'morue verte. Au relie, on fait dans la Garonne à peu près les mêmes pêches ' que dans la Dordogne.
- 745. Quand on a traverfé le Bourdelais, on entre dans le pays qu’on nomme d& Labour, qui confine à une grande étendue de côte, fur laquelle on trouve plufieurs'petits ports de pêcheurs , & particuliérement l’embouchure de la riviere-de Bayonne, ce qu’011 appelle la Tête-de-Buch , & Saint-Jean-der Lu{. ' .
- 746'. Il y a à Bayonne une compagnie de matelots, qu’on nomme tillotiers ; ce font proprement les pêcheurs de la riviere, qui remontent depuis la der-niere rade jufqu’à cinq lieues au-delfus de Bayonne : ils rapportent de petites foies, des fardines , des plies & des mules, le tout en petite quantité.
- 747. Vers l’embouchure de la riviere , il y a des pêcheurs qui vont jufqu’à
- dix lieues en'mer, faire les pèches à la ligne, dont nous parlerons dans un inftant. Ce font eux qui fournilfent Bayonne de poiifon frais , quoique le plus beau fe tire de Saint-SébaftieiUdu côté de'l’Efpagne, & de Buch qui elt à la «côte de Frande* ; r?
- 748. Les payfans établis au bord de la riviere, depuis Bayonne jufqu’à Dacqs, fourniifent la ville d’alofes : cependant il y a en outre deux nâlfes qui traverfentla riviere, une à cinq lieues de Bayonne, & une autre à une lieuè & demie au-delfus , dans lefquelles' on prend beaucoup de poilfons , fur-tout des alofes. La riviere de Gavefe décharge dans l’Adour, qui traverfe Bayonne; car en remontantfe Gavé*,-on trouve deuxnalfes , où l’on prend , entr’autres 'poilfons, des faùmons. L’hiver on en tranfporte une partie en Efpagne, où l’on en trouve un débit avantageux.
- 749. Quoique j’aie rapporté , dans la fécondé fedion, différentes façons de pêcher avec des trubles, je vais encore détailler une pêche de même genre, qui m’a été communiquée par M. Vandulfel de Bayonne. Le filet qu’on nomme manche fur les rivières de ce quartier, forme une poche , & fon embouchure eft montée für un cercle : un homme le tient par le manche, plongéentiére-ment dans l’eau , en oppofant au courant l’embouchure du filet ; & dès qu’il fent quelque mouvement, il releve le filet, avec le poiifon qui refte dans la poche. On prend ainli de toutes fortes de petits poilfons.
- 7^0. J’ai , continue M. Vandulfel, des moulins où je pêche, avec un pareil filét;, des tanches, des brochets , &c. Un homme fe met1 dans l’eau jufqu’à la ceinture, dans les-endroits-’ étroits où il y a beaucoup de courant : il y plonge fon filet ; & pour déterminer le poiifon à donner dedans, 011 bat l’eau fur les 'côtés; De plus j on prend dans les'petites rivières, des tru irons avec de vrais verveux qu’ils nomment najjes. Nous en avons expliqué l’ufage dans la fécondé fedion.
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- Qtii fe font fur les diffère fit es estes.
- 7?1, Pour prendre des truites avec des hameçons, on ajufte à l’hain une p’ume de duvet, qu’on fait mouvoir à la furface de l’eau; & les truites prenant ce leurre pour un infede , fautent delfus & fe prennent. On peut confùlter, fur cette façon de pêcher, ce que nous avons dit dans la première fection, fur les in fe cl es artificiels, & fur la maniéré de pêcher à la perche volante.
- 7f2. Nous avons dit qu’on prend des faumons dans l’Adour, avec de grands filets qu’on nomme naffes. Mais dans le Gave, le cours de l’eau eft arrêté par des digues qui barrent la riviere , ainfi que nous F expliquerons dans l’article où nous traiterons expreflément de ce poiifon.
- 753. Je fors delà riviere , pour parcourir la côte maritime. On 11e trouve fur cette grande côte ni parcs, ni courtines, ni éclufes; mais on fait ufàge de verveux femblables à ceux des environs de l’Adour. Comme les couransfont très-violens, 011 fe fert peu de filets. O11 tend cependant des tram aux dans les endroits où il y a peu de courant, & l’on prend différens poiifons, entr’autres des bourgeois. Je ferai néanmoins remarquer que le filet, que les pêcheurs de cette côte nomment rets bourgeois , eft une vraie folle pierrée & flottée, qu’011 tendfédentaire & par fond; ils ont cinquante pieds de longueur, trois pieds de chute; & avec ces filets, dont ils joignent plufieurs pièces bout à bout, ils prennent des muges , des paies , des bourgeois, &c. Mais les pêches de ces quartiers fe font communément avec des hains, ainfi que nous allons l’expliquer.
- 754. Depuis le ip ou le 20 d’avril, jufqu’au mois d’odobre, on s’occupe
- de la pèche du thon : pour cela , neuf & jufqu’à douze matelots fe mettent dans une double chaloupe ; entre ces matelots, il y a quelques jeunes gens qui fe forment par la pèche du thon à celle de la morue. Ces pêcheurs fe portent depuis fix jufqu’à vingt lieues au large. Quand les thons parailfent en quantité , & que la pêche donne bien, étant partis de grand matin,ils peuvent revenir le foir chez eux; mais quand la pèche eft ingrate, ils font'cinq à fix jours fans rentrer. Cette pêche fe fait à la ligne, toujours fous Voile. Au commencement de leur pèche, ils amorcent avec un leurre qui repréfente une fardine ; mais autant qu’ils le peuvent, ils embec,quent leurs hains avec quelques morceaux de poiifon. La ligne eft ordinairement longue de deux cents brafles ; chaque matelot jette la fienne à la mer, & il arrive quelquefois qu’on les retire toutes garnies chacune d’un thon , dont quelques-uns pefent deux cents livres. c: • /
- 75p. Depuis le commencement d’odobre, jufqu’au mois de novembre, ils pêchent pendant la nuit & à l’ancre , des raies, des anguilles , des chats de mer. Pour cela, huit à dix hommes qui fe mettent dans une chaloupe , s’écartent de la côte de trois ou fix lieues au plus : alors, a_y ant des lignes de cent bralfes de longueur, au bout defquelles eft un hain proportionné à la groft
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- TRAITE' I) E S F E C'HyE S
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- feur des p oiffo us qu’ils ffe propofent de prendre, & amorcé avec quelque morceau de poiffon, ils attachent, à la diftance d’une brade de l’hameçon, un plomb qui repofe fur le fond. On jette autant de lignes qu’il y a de pêcheurs dans la chaloupe ; & chacun retire fa ligne, quand il fent qu’un poiflon a mordu. Ordinairement ils ne reviennent à terre qu après avoir palfé deux ou trois nuits ù la mer. ,uo ; h;!
- 7 5 6. Depuis le mois de novembre jufqu’en février ils prennent des congres : depuis le mois de décembre jufqu’à la fin de mars , les mêmes pêcheurs vont prendre des roulfeaux (147), des merlus, des meroux. Cette pèche fe fait encore à la ligue & à l’ancre dans de doubles chaloupes ; mais les pêcheurs 11e vont pas plus d’une lieue au large, & reviennent tous les jours chez eux. O11 attache au-bout d’une ligne longue de trente.brades, un plomb; & tout du long , de diftance en diftance, des hains amorcés de fardines mêlées avec de la chair de boeuf:, au bout de cette ligne qui porte les hains, on en attache une qui eft plus grolfe, & qui a cent cinquante bralfes de longueur, Ainfi cette façon de pêcher aux cordes eft à peu près femblable à celles qui font en ufage fur la côte de Haute-Normandie. O11 prend avec ces hains beaucoup de rouf-feaux, dont on trouve le débit chez les Efpagnols, qui en font très-friands.
- 7^7. On tend des trubles , des haveneaux & des paniers , pour prendre de petites chevrettes, qui fervent à amorcer les hains.
- 758- Enfin , on va entre les rochers prendre différens poiffons avec des gaffeaux , qui la,plupart font faits avec trois gros hains qu’on ajufte au bout d’une perche.,
- 7^9. Outre ces petits pêches , les matelots Gafcons & Bafques vont à la pèche de la morue, & quelquefois à celle de la baleine; mais comme nous nous propofons de traiter exprelfément de ces grandes pèches, nous n’en dirons rien ici.^
- 760. Le bafiin d’Arcachon, les étangs voifîns , la Tète-de-Buch & la côte adjacente, tous ces lieux font fort abondans en poilfoiis, & pour cette raifon méritent que nous nous en occupions particuliérement, & que nous entrions dans des détails qui 11e fe trouvent point dans notre traité, où nous nous fommes bornés à donner une idée de la méchanique des différentes façons de pêcher : cependant nous ne ferons qu’indiquer celles qui fe pratiquent en beaucoup d’autres endroits, & nous n’infifterons qué fur celles qui font en quelque façon particulières à ceux que nous venons de nommer.
- , 761. Qn fe fert communément, pour pêcher dans le baffin & les étangs, de
- (147) Suivant M. de Bomarre, le rouf- Ici, il s’agit d'un poiflon à qui l’on a donné feau eft une efpece de cancre ; en allemand, ce nom dans cette province.
- Tafdienkrcbs. Cancer Pag unis ,• Linn.
- petits
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- petits bateaux que leshabitans nomment pinaffcs: nous en avons parlé dans U première fecftion. Le marchand poilfonnier qui fournit les pinaflès, ainfî que les filets, & qui eft chargé de faire la vente du poilfon, a ordinairement le tiers du profit, & en outre une part de matelot pour la vente : au relie , ces conventions entre les pécheurs &le propriétaire du bateau étant libres, elles ne font pas toujours les mêmes pour toutes les elpeces de pèches.
- 762. Les pêcheurs des étangs & des canaux , outre pîufieurs petites pêches aux hameqons, cil font de considérables avec des cordes ajuftées à peu près comme nous l’avons dit dans la première feétion, qui portent jufqu’à mille hains, amorcés la plupart avec des vers ; & chaque empile porte un petit cor-ceron de liege , pour détacher les hains du fond: à l’une des extrémités de la maîtrelfe corde , eft une grolfe cabliere , & à l’autre bout un figtial. Ils tendent le foir , & relevent leur corde à foleil levant.
- 763. A la côte & dans le baffin , on pêche des poilfons de mer; mais dans quelques-uns des étangs, ce font des poilfons d’eau douce : dans ceux qui avoilinentla côte deMédoc, on prend des brochets, des tanches, des anguilles; & des carpes dans celui de l4 Cannau.
- 764. Outre les hameqons , on fait grand ufage dans les étangs , des ver-< veux, qu’on tend dans le courant des ruiifeaux qui s’y rendent. Nous avons parlé dans la fécondé fe&ion, de ce filet qu’ils nomment bertaut. Les autres pèches qui font en ufage dans ces parages, font le fardina, le peugne, la traîne ou feine, la jagude & le cava. Ces pêches, qui portent des noms inconnus fur les autres côtes, peuvent néanmoins être rapportées à celles que nous avons décrites fous d’autres dénominations.
- 765. La pêche dite fardina, ne fe fait que pendant les mois d’avril, mai & juin, toujours à l’extrémité du balîin d’Arcalfon ou Arcachon, du côté de roueft-iiord-ouell, dans un grand chenal appellé bouron, au nord-oueft d’une isle qui eft dans le baftin. Le filet pour cette pèche fe nomme fardiniere ; & comme les {ardines doivent s’y emmailler par la tète, c’eft un manet qui eft fait de fil délié, dont les mailles ont fix à fept lignes d’ouverture en quarré^ il a vingt braifes de longueur fur quatre de chute ; il eft lefté d’un peu de plomb par le pied, & garni de flottes de liege par la tête ; car il doit flotter entre deux eaux.
- 766. Deux hommes dans une pinafle fe rendent dans le chenal appellé bouron , à demi-marée montante, & y relient jufqu’à demi-marée defcendante ; ils mettent leur filet à l’eau, & réfervent dans la pinafle une corde qui eft amarrée à l’un des bouts du filet. Un des pêcheurs rame continuellement, pendant que l’autre jette de teins en tems de la rave ou rogue au-defliis de l’endroit où eft le filet.
- 767. Quand les fardines font emmaillées, elles s’agitent, &une partie de
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- leurs écailles qui fe détachent, fe porte à la furface de l’eau : ce qui indique aux pécheurs qu’il eft tems de relever le filet. Ainfi cette pêche fe fait dans le baffin à peu près comme fur les côtes de Bretagne.
- 76g. Quoiqu’on prenne des fardines à Buch, la plupart de celles que l’on confomme à Bayonne viennent de Fontarabie. On appelle palkot, à la Tête-de-Buch , un petit parc tourné, dont nous avons parlé dans la lèconde fedion, §. 889-
- 769. A l’égard de la pèche du pâlot, elle fe fait depuis pâques jufqu’au mois de novembre dans toute l’étendue du baffin, aux endroits que les pêcheurs choifilfent par préférence, qui font ceux où ils appercoivent des traces de poiflbn fur le fond. Ils font à mer balle dans le baffin une grande enceinte avec des piquets, & ils enfouiffent dans le fable , au pied de ces piquets , des filets qu’ils relevent quand la mer eft haute , comme nous l’avons expliqué dans la fécondé fedion. Quand la mer eft retirée, on trouve dans cette enceinte de toutes fortes de poiffons, ou àfec, ou prefqu’à fec. Ces filets font faits avec de la ficelle, & les mailles ont neuf à dix lignes d’ouverture en quarré.
- 770. La. pèche qu’on no mm ejagude, dont nous n’avons point parlé dans l’ouvrage, fe fait dans tous les chenaux du baffin , avec un filet appelle dégrau, qui a quarante brades de longueur fur une braffe de chute 5 il eft lefté & flotté ; il eft fait d’un fort fil retors, & les mailles ont un pouce d’ouverture en quarré. On amarre aux deux bouts de la corde du pied, de groifes cabüeres , pour le tenir fédentaire : & aux extrémités de la corde flottée de la tète , on attache un orin de dix braffes de longueur, à l’extrémité duquel eft une bouée ou lignai, que les pêcheurs de ce quartier nomment voie. Quand ils ont ainfi tendu leurs filets, ils vont fie repofer à terre jufqu’à demi-marée, qu’ils viennent chercher leurs fignaux & relever leurs filets.
- 771. La. pêche qu’ils nomment cava fe fait comme la jagude, par tout le baffin, avec un filet qu’on nomme aumailhade , qui eft fait avec un. fil plus délié que l’égrau de la jagude. Les mailles font à peu près de même grandeur ; il a vingt brades de longueur fur une demi-brafle de chute ; il eft lefté & flotté, & on le met à l’eau en tout tems : mais comme ce filet 11’eft pas fédentaire , on met à un des bouts une bouée ou fignal, & l’autre bout eft attaché à la pihaflè qui va à la dérive, entraînant le filet au gré de la marée. De tems en tems on le releve pour prendre le poiffon, & on le cale jufqu’à fix fois dans une marée.
- 772. La pèche qu’on appelle au peugne, eft une des plus confidérables qu’011 fafle dans ce quartier; elle commence ordinairement en novembre, & finit en mars ou à pâques. Elle fe fait avec des chaloupes de trente pieds de long & douze pieds de large ; elles portent un gouvernail, deux mâts & deux voiles; douze hommes s’embarquent dedans, y compris le pilote. Elles appartiennent ordinairement à quelques particuliers q ui les louent aux pêcheurs moyennant une certaine fomme pour tout le tems de la pêche. Le loyer de la chaloupe
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- & le prix du filet étant prélevés, le refte du profit fe partage entre les pêcheurs. Cependant le pilote retire foixante livres plus que les autres, moyennant quoi il fait la vente du poilfon. On arrête définitivement les comptes aux fêtes de pàques , lorlque cette pèche finit.
- 773. La pèche du peugne fe fait au large , par dix jufqu’à quarante brades d’eau. Quand les pêcheurs font rendus aux lieux qu’ils jugent les plus favorables pour la pêche , ee qui fe réglé fuivant la diredion des vents, ils mouillent une ancre, & mettent à l’eau leur filet, qui y relie tout le jour & la nuit fuivante : à la pointe du jour ils relevent leur filet, & rentrent dans le baftin, où ils regagnent terre pour remettre leur poiilon à deux de leurs camarades, qui viennent les attendre à toutes les marées avec une pinalTe. Etant à terre, ils fontfécher leurs filets, & les reprennent dans leur chaloupe pour recommencer leur pêche 5 & fuivant les différentes faifons , ils changent de filets, pour aller à la mer avec ceux qui font propres à prendre les efpeces de poilfons qui donnent à la côte. Par exemple, dans les mois de novembre & de décembre , n’y ayant guere que de gros poilfons, tels que les marfouins , les chenilles, martrames, polieaux & les raies,ils fe fervent des filets nommés leugeons faits de bon fil retors, & dont les mailles ont deux pouces d’ouverture en quarré ; les pièces ont vingt bralfes de longueur & quatre pieds de chûte : ou des filets qu’ils nomment petus , ou à trois fils , dont les mailles font un peu plus grandes,
- 774. En janvier, février & mars, ils fe fervent des filets qu’ils nomment cftoueyres ou bigearreyns , qui font plus déliés, pour prendre des foies, des raies, des turbots & autres bons poilfons qui nagent fur la côte dans cette faifon. Les filets que nous venons de nommer ont quarante bralfes de longueur & hx pieds de chute ; ils font tous plombés & flottés , pour qu’ils fe tiennent verticalement dans l’eau ; on met à chaque bout de la corde plombée une cabliere , & une bouée ou lignai aux extrémités de la corde garnie de flottes. Ces filets font du genre des demi-folles ; & pour qu’une partie du poilfon s’emmaille, on doit proportionner l’ouverture des mailles à la groifeur des poilfons qu’on fe propofe de prendre.
- 775. On fait encore une grande pêche au bord delà mer avec le filet qu’011 nomme feim ou traîne. Il eft fait avec des ficelles , & les mailles ont neuf à dix lignes d’ouverture ; fou étendue eft de foixante bralfes, fur trois bralfes de chûte ; il elt leité de cinquante livres de plomb; la tète du filet eft garnie de quinze livres de liege, diltribuées dans toute fa longueur. O11 attache à chaque bout une corde ou halin , groifie comme le pouce & longue de lbixante-dix bralfes. On met un des halins & le filet dans une pinalTe avec deux ou trois hommes : dix à douze autres du même équipage fe tiennent fur la côte , con-fervant un des halins ; ils marchent le long du rivage, parallèlementàlapinaife,
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- qui fait la même route, à peu près comme nous l’avons dit. Si le maître, qui eft du nombre de ceux qui font à terre , appercoit certains bouillons qui indiquent qu’il y a du poiifon , il fait un lignai à ceux qui font dans la pinaife, pour les avertir de jeter le filet à l’eau, ce qu’ils exécutent très-promptement & fans bruit 5 & fur-le-champ ils voguent dans la pinaife, à force de rames, fui-vant une routé circulaire, fe rapprochant peu à peu de la côte. Quand ils l’ont gagnée, les hommes de la pinaife fautent à terre; & conjointement avec ceux qui y étaient reliés , ils liaient chacun fur leur halin , fe rapprochant les uns des autres ; & enfin ils tirent à terre le filet avec tout le poiifon qui a été rencontré par la traîne.
- 77*. On ne peut faire cette pèche que quand la mer eft calme ; mais dans le balîin, on la fait en tout tems, avec des filets plus déliés qu’ils nomment traîne de fceau. Nous avons décrit cette pêche avec des circonftances particulières. Nous devons prévenir feulement qu’au lieu de lire la baie d’Arcançon, il faut lire le bajjîn d'Arca.ch.on ou dl Arcajjon.
- 777. Nous avons déjà dit que les poilfons qu’on prend au peugne font, en langage du pays , les marfouins , les chenilles , martrames,pofteaux, raies, tombes qu’on appelle à Bordeaux créât de Buch, turbots, barbues, raies, rouges ou grondins ,foies , merlues, merlans, roulfettes ou vilettes , flétans. Les poiifons qu’011 prend à la côte avec la traîne font les dorades , les brigues, ou loubines, mules , turbillons, maigres. On prend dans le baflin , des barbeaux, des anguilles qu’on appelle à Buch langreyres, des feches qu’011 nomme fripes, du latin [épia, caifouvres, congres, fardines , carrelets ou platufles ; fou vent les pêcheurs les nomment plaines ; terres ou hauches, mirques, efpece de chiens de mer ; foies, mules, petites dorades que les habitans appellent bor-dannes. Les pêcheurs ôtent les foies des gros poiifons , pour en tirer de l’huile.
- 778. On prend quelquefois, mais très-rarement, des créats, faumons, alolès, ga-ttes, lamproies, & des anchois, prefque jamais des thons ni des truites. O11 prend dans les filets, fur-tout du peugne, des homards , des crabes gros & petits , quantité de chevrettes , que les habitans nomment efquives, des ourfins ou châtaignes de mer , fourdaux , coutoyes ; je crois que c’eft le coutelier.
- 779. Il y a des pêcheurs qui vont avec leurs pinafles à la rame draguer des huîtres & des pétoncles, qu’ils nomment barennes 5 beaucoup de moules ou moucies, médiocrement bonnes. A la baife eau on ramafle fur les fables, des huîtres qu’on eftime mieux que celles de drague.
- 780. MéditePvRANF.e. Après avoir fuivi toutes les côtes de l’Océan , nous allons parier dans la .Méditerranée. Comme il n’y a point dans cette mer de flux & reflux réglés , on ne peut pas y faire ufage des étentes ni des parcs établis à la baffe eau; mais les pécheurs riverains emploient la tente des filets en pleine
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- mer, les lins fédentaircs & les autres dérivans au gré des courans : de plus , ils ont imaginé plufieurs méthodes , fou vent très-induftrieufes, & qui conviennent à la mer fur laquelle ils doivent s’exercer. Par exemple, comme elle n’eft pas anlîî agitée que l’Océan, ils ont pu y établir des filets plus étendus : nous aurons plus d’une fois occafion de le faire remarquer.
- 78i- Il n’eft pas douteux qu’on faitprefque par-tout, principalement au bord des étangs & à l’embouchure des rivières, la pèche à la canne ou à la perche au bord de la mer , à la ligne, à la ligne dormante, la fourquette , la couife de palangre , celle ditq potera.
- 782. Nous avons alfez parlé de toutes ces petites pêches dans le corps de l’ouvrage, pour que nous foyons difpenfés d’y revenir ; & notre but étant de traiter des grandes pêches , nous allons fuivre les côtes de la Méditerranée, comme nous avons fait celles de l’Océan, commençant par celles du Rouiïillon.
- 783. Roussillon. Les habitans riverains de ces côtes, 11 ayant d’autre occupation que la pêche, font pendant le courant de l’année celles du grand boulier ou art, du fardinal, de la thonnaire, des palangriers , des pantannes, des nanfes : & à Colioure on fait la grande pêche du thon. Comme toutes ces pèches ont été détaillées dans notre ouvrage, & que nous ferons encore obligés d’en parler , nous nous contenterons de les annoncer 3 alfurant le lecteur qu’il trouvera dans la fuite de quoi fatisfaire fa curiofité. Il y a dans tous les petits ports qui bordent cette côte, des bateaux pour faire toutes ces différentes pèches.
- 784- Les Catalans, qui font de grands pêcheurs, viennent quelquefois faire la pèche du boulier qu’ils nomment L'art, fur la plage de Connet ; & comme les Catalans 11e fe réunifient que quatre hommes pour faire cette pêche, les habitans du Rouiïillon qui viennent aidera tirer le filet à terre , font reçus à la part.
- 785- Les bateaux pour cette pêche, tant Catalans que du Rouiïillon , font du port de dix à douze tonneaux; & le filet dont ils fe fervent, eft le même qu’on nomme en Provence la grande, iffaugue. Quand ils pèchent avec le fardinal & le palangrier, ils fè fervent de bateaux de dix-huit à vingt pieds de long, du port de quatre à cinq tonneaux , dont le maître gabari eft affez rond : comme on a coutume de les tirer à terre, ils ont aux côtés de la quille, à droite & à gauche , deux pièces de bois qui font comme des quilles ; ce qui fait que ces bateaux fe tiennent droits, au lieu de fe pencher fur le côté; & ces efpeces de quilles font très-utiles pour les faire courir lorfqu’on les met à l’eau , ou quand on les haie à terre. La voilure de ces bateaux, contre l’ordinaire de la Méditerranée, eft quarrée. Ils vont aufli à la rame , & ordinairement ils 11e s’embarquent que quatre hommes, le patron compris.
- 7g6. On pêche des fardines dans prefque tous les ports du Rouiïillon 3 mais
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- on fait cette pèche à Colioure plus qu’en aucun autre endroit, parce qu’il s’y fait beaucoup de falaifons ; de forte que, quoiqu’il y ait plus de pécheurs far-diniers à Colioure que par-tout ailleurs, les pécheurs des autres ports y apportent la plus grande partie de leurpoiifon pour le vendre aux faleurs qui font, les uns des marchands de la province , & d’autres de Perpignan, où il fe file, année commune, trois à quatre mille barrils de lardin.es & quelques anchois. Cette quantité de falaifons vient de la faculté qu’on a à Colioure d’avoir le fel à fept livres dix fols le minot, depuis pâques jufqu’à la touifaint. La plupart de ces falaifons fe confommcnt en Kouif lion & en Sardaigne.
- 787. La. pèche de la fardine fe fait avec un filet très-délié, qu’ils nomment efpioîi; chaque bateau eu porte deux pièces, qui étant réunies , ont cent quarante-quatre cannes de longueur, fur huit cents mailles de chute 5 & dans la longueur d’un pan ou de neuf pouces, il y a quatorze nœuds ou ourdres. Cette pêche fe fait le foir au foleil couché, & fe continue jufqu’à une heure de nuit : les poiflbns qu’on y prend, s’appellent déprimé. On la recommence au point du jour jufqu’au foleil levant, & les poilfons qu’011 prend le nomment d'aube. Comme il eft très-important de mettre lepoiifon dans le fel prefqu’aulïi-tôt qu’il fort de la mer, on donne la préférence aux fardines d’aube fur celles de prime, parce qu’elles ont été pêchées fix ou fept heures plus tard.
- 73(8- On n’établit point de madrague fur les côtes du Roulïillon; cependant on y prend beaucoup de thons avec les thonnaires depofte, comme nous l’avons expliqué dans la fécondé fection., ou en faifant ce qu’ils nomment la grande pêche du thon, dont nous allons donner une idée allez précife,pour iuppléer à ce que nous avons omis à l’endroit cité.
- 739. Les filets dont fe fervent les pêcheurs de Colioure , font plus forts & plus grands que ceux qu’on emploie pour les thonnaires ordinaires. Chaque piece a cinquante cannes de long fur quatorze de hauteur : elles font formées de quatre-vingts ourdres ou mailles , qui ont neuf à dix pouces d’ouverture en quarré.
- 790. Un filet qu’011 nomme le grand boulier de f œuvre, qui différé peu du filet qu’on nomme Ci[faugue, fert à former la derniere enceinte pour conduire • les thons à terre. Il eft fait d’une petite ligne ou ficelle, une fois plus groife que celle dont on fait les thonnaires ou les courantilles ; il en faut trois cents quintaux pour faire ce filet, qu’on peut comparer au boulier : les mailles de l’extrémité de ce grand filet ont neuf pouces d’ouverture en quarré, & elles vont toujours en diminuant à mefure qu’on approche du milieu, de façon qu’elles y font réduites à n’avoir plus que deux pouces d’ouverture. Comme 011 fè propofe par cette pèche de prendre à la fois un grand nombre de thons, elle eft très-intéreflante pour les habitans de Colioure. Cette grande pêche ne fe fait ordinairement qu’en juin, juillet, août & feptembre, un peu plus- tôt ou plus tard, fui vaut que la faifon eft belle & favorable.
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- I. Pour être informé quand les bancs de thons s’approchent de la côte, la communauté de Colioure entretient pendant la faifon deux hommes entendus & expérimentés, qui fe tiennent fur deux promontoires élevés au bord de la mer , à droite & à gauche de l’entrée du port de Colioure , pour obferver quand les thons s’approchent de la côte ; car quelquefois il en pâlie des bancs de deux ou trois milliers. Les naturels du pays appellent ces bancs des mânes de thons.
- 792. Par les beaux tems , les guetteurs apperqoiventdeloin les thons, dont une partie fe montre à la furface de l’eau. Alors, pour en avertir ceux qui ont des bateaux , & même les lrabitans de Colioure & des environs, ils déploient chacun un petit pavillon blanc. Ce Lignai annonce l’arrivée des thons î & en l’inclinant d’un côté ou d’un autre, ils indiquent la route qu’ils tiennent.
- 793. Aussi-tôt qu’on apperçoit les fignauxdes guetteurs, les enfans parcourent toutes les rues & places de la ville & des fauxbourgs , criant : anante à la thonnaire. A ces cris , les bourgeois , les ouvriers , les moindres habitans, même les troupes qui ne font point en fadtion , quittent leurs occupations ordinaires , & courent à la marine , fe jettent dans les bateaux, où les patrons les attendent avec leurs blets , & chacun s’empreffe de prêter la main pour embarquer les cordages, les filets & les apparaux qui font néceifaires j ils rament aufli pour fe rendre à leur pofte.
- 794- Les bateaux ainfî équipés, forment comme quatre petites efcadres, commandées chacune par un chef pris du nombre des pêcheurs, & nommé toutes les années par la communauté. Ces commandans, fuivis des bateaux de leur divilion, partent fans perdre de tems pour fe rendre à force de rames à l’endroit où les guetteurs indiquent par leur pavillon qu’il faut établir la pèche. Les bateaux des quatre divifions s’étant joints, forment une ligne en croiifant ; à chaque bout il y a un des capitaines & deux autres au centre, pour commander la manœuvrej ils marchent tous en cet ordre , obfervant toujours les lignaux que font les guetteurs , jufqu’à ce qu’ils leur marquent que les thons font dans l’enceinte, & qu’ils peuvent la fermer: ce qu’ils jugent aulli eux-mêmes de deffus leurs bateaux, mais que les obfervateurs découvrent encore mieux de deifus les promontoires où ils fe font placés.
- 795. Lorsqu’étant bien difpofé, chaque patron de chaloupe eftprètà jeter à la mer fon filet, ceux qui font au centre de la ligne commencent, au lignai qu’on leur fait, à mettre leurs filets à la mer, & ils les joignent l’un à l’autre, en les étendant vers la droite & vers la gauche ; ils forment ainfi avec ces filets une enceinte en rond, qu’ils ferment, & à laquelle ils donnent le nom de jardin, où les thons fe trouvent renfermés. Au lieu de chercher à franchir le filet, ils tournent fans ceife dans cette enceinte, fe tenant toujours éloignés du filet de quinze à vingt pieds. Cette barrière leur paraiifant apparent-
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- ment impénétrable, ils en font effrayés. Au bas de chaque piece de ces filets," on a attaché au moins dix pierres , qui pefent chacune dix à douze livres, pour faire caler & affujettir fur le fond le pied du filet. La corde qui borde le haut eft garnie de morceaux de liege qui ont un pied & demi en quatre, qu’on place à deux braffes & demie les uns des autres , pour la foutenir àla furface de l’eau. Au relie, on proportionne la grandeur de l’enceinte à la quantité de poiffon qu’on apperqoit, & on réferve toujours dix à douze bateaux pour faire avec les filets une cloifon qui fépare en deux le jardin ou l’enceinte , à mefure que les poiffons fe rangent du côté de la plage : l’enceinte devenant plus relferrée , les bateaux qui fe trouvent dehors , lèvent promptement leurs filets, & vont former un autre parc quatre au-devant & attenant le premier: quand il eft formé, on fouleve un des filets du côté du fécond parc, pour permettre aux thons d’y entrer , & on a b aille ce filet quand on apperqoit que tous les thons ont paffé dans le parc quarré.
- 796. Il faut remarquer que, dès que les thons apperqoiventune ouverture, ils y défilent tous les uns après les autres ; & pour cette raifon , la pêche eft manquée, li les patrons 11’ont pas bien joint les filets les uns aux autres , ou s’ils ne les font pas bien porter fur le fond.
- 797. On confirait de femblables parcs les uns au bout des autres, toujours du côté de la plage ; & faifant palier les poiffons dans celui qu’on a conftruit en dernier lieu, 011 les conduit jufqu’à un endroit où il n y ait que quatre braffes d’eau ; alors en étendant le grand boulier qu’on nomme de Vœuvre , ou de la margueilLerie, tout autour de la derniere enceinte , les deux bras de ce filet venant aboutir à terre, une grande partie des gens de mer & de ceux qui s’y font joints, tirent à force de bras fur le boulier pour le roidir , afin d’enlever les filets du dernier parc. Les thons ne fe trouvant pour lors refferrés que dans l’enceinte du boulier, qui fe trouve affez grande, tournent tout autour : mais à mefure qu’011 tire le boulier à terre, les poiffons perdent l’eau;les pêcheurs les faifllfent & les mettent dans leurs bateaux, pour les conduire delà plage, qui fera, fi l’on veut, celle d’Argeleos, à Colioure. O11 en tranfporte de frais en différens endroits ; mais la plus grande partie fe marine , comme nous le dirons dans l’article où nous traiterons çxpreffément du thon : nous y dirons aufft comment fe fait la répartition du poiffon entre les matelots & ceux qui ont aidé à la pêche , & même aux pauvres gens de Colioure.
- 798- Il eft défendu d’établir ce filet plus près des madragues que de deux milles. O11 peut confulter ce que nous en avons dit ci-deffus. Les bateaux qui fervent à cette pèche, vont à voiles & à rames, 8c ont une tille à l’avant & une à l’arriere ; on les nomme fregattons. Outre les thons, on prend à cette pêche des lamies & plusieurs autres gros poiffons. Souvent les pêcheurs en arrachent le foie pour en tirer de l’huile quiîert à la préparation des cuirs.
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- 799- On trouvera ailleurs le nom des poilïbns qu’on prend fur cette côte : ainli nous nous bornerons à dire qu’on n’y voit ni harengs ni morues, mais quantité de merlans & de maquereaux, qu’on prend avec le filet nommé boulier & au palangrier, en juin, juillet, août & feptembre. On prend rarement des elturgeons, mais plus communément des aloiés, fur-tout dans les rivières où elles remontent.
- 800. Les petites pêches qui font le plus en ufage fur la côte deRouffillon, font celles des nanfes, nalfes ou paniers , qu’on tend entre les rochers qui fe trouvent entre Colioure & Bagnols. Il y a peu de coquillages fur cette côte : 011 prend cependant entre les roches, plutôt par divertiifement que pour un objet de commerce , des moules qui font petites, quelques huîtres, des lépas, padaledas ou lopedes, qu’on détache avec un couteau, des ourllns qu’on drague avec un rateau qui a les dents crochues. On prend avec des naifes entre les rochers, des chevrettes, des langouftes, des crabes : toutes ces pèches 11e font pas confidérables.
- 801. Languedoc. Après avoir parcouru la côte du Rouffillon, qui comprend entr’autres Perpignan & Leucate , nous allons fuivre celles du Languedoc , & nous commençons par Narbonne. Comme les riverains de cette côte, depuis l’étang de Vendrez, où fe jette la riviere d’Aude, jufqu’au cap de Leu-cate, s’occupent beaucoup de la pèche , tant au bord de la mer que dans les étangs falés, nous nous étendrons un peu plus fur les pèches qui s’y font, que fur celles des autres endroits.
- 802. Les pèches qu’ils pratiquent, font les bourdigues, dans les canaux qui communiquent de l’étang de Perpignan à la mer : elles commencent en juin, & finiifent en mars. Le grand boulier fe fait depuis le mois de mars jufqu’àbt fin d’octobre , furies côtes & dans les étangs. Le petit boulier, qu’ils nomment aulLi traîne, fe fait depuis pâques jufqu’au 1 <j d’août, au bord de la mer, depuis îa mi-août jufqu’au mois d’octobre dans les étangs , & depuis la mi-odtobre jufqu’au mois de mars à l’ouverture des graus & partie des étangs. La pèche du gangui, dite par bateaux, fe fait toute l’année en mer & dans les étangs, avec des bateaux qui traînent ce filet à la voile : on la pratique auiîi au bord de la mer & à l’embouchure des étangs. La pèche du gangui, qu’on nomme à la-tartanne, elt faite depuis le mois d’octobre jufqu’en avril, principalement par les pêcheurs du Martigue, qui viennent pratiquer cette pêche jufques dans les environs de Narbonne. On commence à faire uiage du fardinal au commencement d’avril, & 011 continue cette pèche jufqu’en oétobre. Dans les baffes & fur les fonds de roche , on tend des palangres depuis le commencement du carême jufqu’au mois d’octobre, & pendant tout l’hiver dans les étangs. On prend des thons avec le filet dit courantille, depuis le mois de mai jufqu’en novembre : pendant l’hiver on fait la pèche qu’on nomme des romatieres.
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- 803. Par les tems calmes & dans la belle faifon, on fait, au bord de la mer & dans les étangs, la pèche qu’on nomme bafhide. O11 11e met ordinairement à la mer les tremaiilades que dans les mois de février, mars & avril, & au plus jufqu’en feptembre fur les bancs de roche. Celle des nanfes, naffes ou paniers', fe fait dans la même faifon & fur les mêmes fonds. On fait que les pantannes font des filets tendus dans les étangs fur des piquets, pour former des efpeces dépares aux bords des étangs.
- 804. Les bâtimens dont on faitufage pour ces différentes pèches, font les uns à fond plat, & les autres ont plus ou moins de façons , & les équipages font plus ou moins forts, fuivant l’étendue 8c le poids des filets 3 tous font à la part.
- 80^. Ordinairement les tartannes de pèche font moins gondolées, & ont le bord moins élevé que celles qu’on deftine au commerce ; leur port eft de vingt-cinq à trente tonneaux, & elles font montées de dix, douze & quatorze hommes, fuivant la grandeur des filets & celle du bâtiment.
- 806. Les bateaux à fond plat fe nomment butes; leur port eft communément de dix à douze tonneaux, & elles font montées l’été de dix à douze hommes , & l’hiver de quatorze. Ils s’affocient ordinairement de jeunes gens , pour nouer les cordages qu’ils nomment mailles : quand 011 tire à terre les filets, des hommes , des femmes leur aident encore à faire ce travail, & ils les récompenfent avec des poiffons de la pèche.
- 807. Il y a en outre de petites bettes du port de cinq à fix tonneaux, montées feulement de huit hommes ; 011 s’en fert pour la pèche du petit boulier ou de la trame. Toutes ces bettes, grandes ou petites, portent un gouvernail, un mât, une vergue, une voile latine ; elles vont auflî à la rame quand le vent eft contraire, ou par les tems calmes.
- 808. Les bâtimens pour le gangui different des bettes , en ce qu’ils ont des façons & des fonds ronds. Il y en a de grands & de petits ; les petits fervent dans les étangs , & les grands àla mer.
- 809. On ne faitguere de falaifon que celle des anguilles qu’on prend dans l’étang de Leucate 3 la plus grande partie des falaifons fe fait à Cette , à caufe du moindre prix du fel, ce qui oblige fou vent en été les pécheurs de Narbonne de jeter à la mer une partie de leur pêche, ne pouvant pas la porter à Cette ou à Colioure.
- 810. Tl 11’eft pas douteux qu’on fait ufiige aux bords de la Méditeranée , 8c particuliérement dans les étangs, ainfi qu’à l’embouchure des rivières, de la pèche à la canne , à la ligne, à la fourquette, la couffe de palangre, la potera 3 mais ce font là de petites pèches de peu de conféquence. La plus grande pèche aux hains ou moufeleaux, comme l’on dit dans la Provence, eft celle qu’on y nomme au palangre, qui eft la même qu’on appelle aux cordes dans l’Océan. Sur uiejigne groife comme le doigt, de trois ou quatre cents brades de longueur,
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- on attache à une braife les unes des autres des lignes déliées ou brelîeaux, qui portent des moufcleaux ou hains garnis de leurres, efca ou appâts 5 de forte qu’ayant joint les unes au bout des autres un nombre de ces pièces, 011 forme une palangre qui porte feize cents jufqu’à quatre mille moufcleaux. O11 jette peu à peu à la mer la palangre, en ramant lentement le long d’un banc, ou autour d’un rocher où l’on fe propofe de faire la pêche. Chaque piece a un lignai de liege s & quand le patron a achevé de la jeter à l’eau, il va relever le bout qu’il a mis le premier à la mer, pour s’approprier le poilfon qui eftpris, ou remettre des appâts où il en manque ; de forte que la palangre refte au plus une heure & demie ou deux heures à l’eau. Cette pêche fe fait de jour & de nuit. Il y en a qui la font toute l’année 5 mais communément on la commence en octobre , & elle finit en mars. O11 amorce avec des fardines, des faveneaux & d’autres petits ppillons, & 011 y prend deprelque toutes fortes depoiffons , principalement des pageaux, des gaîinettes (148), des merlans, des gour-neaux, des aurades , des cîavelades ou raies bouclées, des chats de mer , des ronds , &c. Nous avons exactement décrit cette pêche dans la première feétion.
- 811. Les pêcheurs de la Méditerranée font un grand ufage des filets qu’on nomme tremails ou tramaux dans l’Océan , & tremaillades , entremaux, dans les mers du Levant, comme nous l’avons expliqué dans la fécondé fedion. Les grandes mailles des côtés ont huit pouces d’ouverture en quarré, & celles de la nappe du milieu trois pouces. Cette pêche fur la côte de Narbonne 1e fait plus à Leucate qu’ailleurs , à caufe des bancs de roche qui s’y trouvent, autour defquels on fait des enceintes avec douze pièces de ce filet, que prend chaque bateau. On les tend par fond, & l’on n’apperqoit fur l’eau que les figuaux : on les releve foir & matin pour en tirer le poilfon & les changer de place. O11 prend à ce filet les poiifons qui fe tiennent entre les rochers, ceux qui ne quittent guere le fond de la mer, & particuliérement les cruftacés.
- gr2- La pèche dite des romatieres fe fait avec vingt pièces de filets entre-maillés, qui ont chacune trente cannes de long & trois pouces de chute : les grandes mailles ont dix à onze pouces en quarré, & celles de l’embouchure ont trois pouces & dcmj. Ils les mouillent le long de la côte à cinq ou fix brades d’eau', & ils ne les vifitent que vingt-quatre heures après , pour prendre principalement des turbots, que les naturels du pays nomment roms, ce qui la fait nommer romatkre. Peu de pêcheurs s’adonnent à cette pèche , qui n’eft autre chofe qu’un trarnail tendu fédentaire & par fond, ou une folle entrcmaillée; car ce filet eftlefté & garni de flottes, avec des fignaux pour les retrouver.
- 813. Le filet qu’011 nomme baftude ou battude fur la côte de Narbonne, eft
- (148) Il y a une infinité de poiflons qui ichthyologiques. 11 faudrait les travaux de portent le nom de galine. Cette confufion plufieurs favans, pour répandre la lumière de mots nuit aux progrès des connaifîances dans cette partie de 3’hiftoire naturelle.
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- encore une entrenvaillade faite avec un fil délié : la piece a environ cent quinze ou cent vingt pieds de longueur fur trois pieds & demi à quatre pieds de chute : les mailles de la nappe du milieu ont un pouce d’ouverture en quarré, & celles des deux autres nappes cinq pouces : ces filets font leftés & flottés ; on joint enfemble plufieurs pièces en plus ou moins grand nombre ,fuivant qu’on veut former une enceinte plus ou moins grande ; & quand le filet eft tendu fé dentaire & par fond, on bat l’eau tout autour , pour engager le poiifon à donner dedans. On fe fert principalement de ce filet dans la faifon des maquereaux. On donne quelquefois le nom de hautées à de grandes baftudes.
- 814. Le filet qu’011 emploie pour prendre les fardines fe nomme fardinalou efpïon. Après ce que nous en avons dit dans la fécondé fection, 011 fait que c’eft une (impie nappe fort étendue, de quatre-vingt brades de longueur fur douze de chute , faite d’un fil retors & délié, dont les mailles doivent être tellement calibrées , que le poiifon pui(fe s’emmailler & fe prendre par la tète. Rarement 011 le tend par fond; ordinairement 011 l’appareille pour l’établir entre deux eaux, & le lailfer dériver au gré des courans. On ne fe fert point de réfure dans la Méditerranée pour attirer les fardines : fi on établit ce filet à foleil couchant à dix ou douze brafles d’eau, on le releveàune heure de nuit; 011 le remet à l’eau le matin au point du jour, & on le releve à foleil levant. Quand les gros poiffons qui chaflent les fardines donnent dans les filets, ils font beaucoup de dégât. Depuis le mois de mars jufqu’à celui d’août, on prend des fardines , un peu d’anchois & quelques mulets.
- 8i^. On fait en Provence grand ufage de filets qui font formés d’une manche précédée de deux grandes ailes. De ce genre efl: le grand boulier ; ce filet occupe en mer une circonférence de deux cents trente-quatre brades ; fes bras ont huit brades de hauteur & cent douze de longueur; le corps ou la manche qui eft au milieu a vingt brades d’ouverture à l’entrée & dix de profondeur ; les bras font formés de filets , dont les mailles les plus ouvertes font aux extrémités , les plus ferrées auprès de la manche, & elles diminuent toujours de grandeur à mefure qu’on approche du fond. Voici l’ordre de la diminution de l’ouverture des mailles : celles de l’extrémité des bras ont deux pouces d’ouverture en quarré, enfuite elles n’ont plus qu’un pouce & demi; celles d’enfuite neuf lignes : le filet à l’embouchure de la manche a les mailles de fix lignes, & vers le fond elles n’ont que quatre lignes. Le bas de ce filet eft très-chargé de plomb , pour le faire traîner fur le fond , & la tète eft garnie de flottes de liege. Au bout des ailes font attachées quinze ou vingt pièces de cordages qu’on nomme maille, & chaque piece eft longue de foixante-quinze braires.
- 816. Les bouliers pour pécher dans les étangs, ont autant d’étendue ; mais les filets n’ont passant de chute: elle n’eft que de.quatre bralfes & demie, à
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- caufe qu’il 11 y a pas une auffi grande profondeur d’eau qu’à la mer 5 & quatre ou cinq mailles ou pièces de cordage fuffifent pour les tirer.
- 817. Le filet qu’on nomme traîne, à Gruyffan, côte de Narbonne, eftiin petit boulier ; mais on en forme de trois façons différentes , fuivant le fieu, le tems & la faifon où les pêcheurs s’en fervent.
- 818- Celui avec lequel 011 pêche en mer, depuis pâques jufqu’à la mi-août, eft compofé de trois fortes de filets , l’un dont les mailles ont un pouce & demi d’ouverture en quatre, l’autre dont les mailles ont neuf lignes d’ouverture ; & les filets auprès de la manche ont leurs mailles de fix lignes ; les bras ont quatre-vingt cannes de longueur & cinq de hauteur. La manche quife termine en pointe & qui eff fermée au bout par un lien qu’on ôte quand 011 veut en tirer le poiffon, eft formée de deux fortes de filets j les mailles de l’un ont fix lignes d’ouverture, celles de l’autre feulement quatre lignes. Il faut, pour appareiller ce filet, quatre-vingt livres de plomb & cinquante livres de liege, avec cinq à fix cents brades de mailles ou de cordes d’auffe.
- 819* Depuis le milieu d’août jufqu’à latouffaint, on pèche dans les étangs de Vendres & de Narbonne avec des traînes , dont les ailes de quarante cannes de longueur fur quatre de hauteur, font faites de filets dont les mailles ont neuf lignes d’ouverture : la manche eftfemblable à celle que nous avons décrite. Il 11e faut, pour gréer ce filet, que.quarante livres de plomb & vingt livres de liege, avec environ vingt ou vingt-cinq bradés de corde ou maille.
- 820. A la toulfaint, les pêcheurs qui vont pêcher au petit boulier en mer, près l’embouchure des étangs & fur les graux, forment leur filet avec quatorze pièces, dont les mailles ont un pouce & demi d’ouverture , & fix dont les mailles ont neuf lignes : ce qui fait pour les bras une longueur de foixante cannes fur fix de chûte. Il faut, pour les gréer, foixante livres de plomb, vingt-cinq livres de liege & deux cents cinquante à trois cents brades de cordage, ou trois à quatre mailles 5 car il en faut d’autant moins qu’on s’éloigne moins de la côte , ce qui arrive l’hiver plutôt que l’été. On fe fert encore à la côte de Narbonne, de filets qu’on nomme gangui, qui font de même genre que les bouliers, étant formés d’une manche précédée de deux ailes s mais il y en a de différentes fortes.
- 821. Le gangui pour bateaux , dont on fe fert particuliérement à Gruyffan, eff fait d’une piece de filet dont les mailles ont un pouce & demi d’ouverture, & qui a trois cannes de longueur pour chaque bras, fur une pareille hauteur. La manche qui eft faite d’un filet dont les mailles ont neuf lignes d’ouverture 81 le fond quatre lignes, a trois cannes de longueur, &à fon embouchure trois cannes de circonférence. 11 y a un peu en dedans de l’embouchure un cercle de tonneau qui porte un goulet comme aux ver veux. Il faut, pour gréer ce filet, quarante livres de plomb , trente-cinq livres de liege, & un cordage
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- de quatre à cinq mailles ou de trois cents cinquante à quatre cents bralfes de longueur, pour le traîner à quinze brades d’eau avec un bateau fous voile. Quelquefois les halins ou îibans font amarrés bas-bord & tribord -, mais le plus fou vent on fait cette pèche avec deux batelets, chacun tirant fon liban.
- 822. Quand on traîne un grand gangui avec deux forts bateaux à la voile* on nomme cette pèche aux bœufs : elle eft deftrudtive , parce qu’on charge le filet de beaucoup de left, même de barres de fer, & on le traîne fort vite.
- 823. La pèche qu’on nomme gangui pour tartanne , ou limplement tartanm, parce que les pécheurs donnent au filet le nom du bâtiment qu’ils emploient pour cette pêche, elt cependant un vrai gangui plus grand que les autres. La manche elt formée de quatre fortes de mailles, de celles qu’on nomme deux doigts , qui ont un pouce & demi d’ouverture j & les côtés de la gorge ou entrée du filet font formés par foixante-quatre de ces mailles. Le haut & le bas'de cette entrée font formés de cent cinquante mailles de poufal, qui ont neuf lignes d’ouverture. Le corps de ce filet, qui s’appellefégarie, eh fait de trois cents mailles du filet dit 'brajfa.de , dont les mailles ont quatre lignes d’ouverture. Le bas de ce filet, qu’on nomme gueragnon, doit être fort pour réfifter au frottement ; c’eft pourquoi on le fait de cinq cents mailles en quarré, & de gros fil, qu’on nomme de jix. Le haut du filet eft garni de quarante à cinquante livres de liege 5 le bas n’eft point lefté de plomb , mais de pierres qui font à une bralfe les unes des autres. Pour pêcher , on le cale à vingt-cinq ou trente brades d’eau. On traîne ce filet au moyen de Iibans d’aulfe, qui ont cent foixante-dix ou cent quatre-vingt brades de longueur, qui répondent aux bouts-dehors ou aux paux , qui font à pouppe & à proue de la tartanne. On prend à cette pêche toutes fortes de poidons.
- 824. Pour prendre des anguilles , on traîne avec un bateau de fort petits ganguis, qui ont des mailles très-ferrées : on les nomme gangucilles.
- 82 v On pêche dans les étangs de la côte de Narbonne avec l’épervier qu’ils nomment refaut, en pourfuivant le poiifon dans l’eau. On pèche encore dans les étangs de Narbonne avec des nanfes , par corruption de naffes. Ce font des paniers d’ofier, dont les ouvertures font garnies de goulets auffî d’ofier. O11 les plonge ordinairement dans des trous de rocher ou fur les bancs jufqu’à quarante ou cinquante braifes de profondeur. On'met dedans quelques appâts, & 011 les lefte avec des pierres , pour qu’ils relient aux endroits où on les a calés. Une corde qui s’étend jufqu’à la fuperficie de l’eau porte une bouée ou lignai, qui indique où eft la nanfe, qu’on retire au moyen de la ligne , & on en tire le poiifon par une petite ouverture qui eft exactement fermée par une porte. De ce genre eft la pêche qu’011 nomme à la cage , qui fe fait dans l’étang de Ven-dres. U11 homme porte devant lui cette cage, faite avec de Tôlier croifé & lié avec de la ficelle ; & marchant dans l’eau au bord de.l’étang, il jette cette cage
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- fur le poiiTon qu’il apperçoit au fond de l’eau : ainfi c’eft le diminutif .de la pèche à Tépervier.
- 82(3. Dans la belle faifon, des vieillards & des jeunes gens s’occupent volontiers de la pèche à la fichure & à l’épée. Ceux qui la font, parcourent le bord des étangs falés , portant à la main un petit échoir à trois dents, qu’ils dardent avec force contre tous les poiifons qu’ils apperçoivent.
- 827. Ils fe fervent auffi d’une épée pour faire cette pèche, & en l’enfonçant dans la vafe, ils prennent des anguilles & d’autres poiifons qui s’envafent. On ne peut faire cette pêche que dans les endroits où il n’y a qu’un pied , ou au plus un pied & demi d’eau. Ils piquent l’épée ou le fichoir dans les endroits où ils apperçoivent remuer quelque chofe dans la vafe.
- 828. On fait de plus la pêche des bourdigues dans l’étang de Perignan. Comme nous avons beaucoup détaillé cette pêche dans l’ouvrage, 011 fe rappellera que ce font des parcs qu’011 établit dans les canaux qui communiquent des étangs à la mer, & qu’011 les forme avec des paliifades de rofeaux ; de façon que le poiiTon qui y eft entré allez facilement, ne peut en fortir, & fe réfugie dans des endroits où on va le prendre avec une truble qu’on nommefalabre.
- 829. On tend .quelquefois du côté de l’étang en avant de labourdigue un filet d’aufte dont les mailles ont quatre pouces en quarré , qu’on nomme capou-lizre. ; il a environ quarante pieds de longueur fur dix-huit de hauteur : comme il forme un entonnoir, il fert à conduire le poiiTon dans la bourdigue.
- 830. Nous avons dit qu’011 fait à Leucate près de Narbonne, la pèche à la courantille : nous avons alors annoncé cette pèche fort en bref, comptant qu’il était à propos d’en réferver les détails pour l’article où nous nous proposons de parler expreifément du thon j mais comme il nous a paru depuis, qu’il était important de détailler ces pêches dans la première partie, nous avons rapporté fort en détail ce que c’eft que la grande thonnaire de pofte, qu’on pratique auprès de Narbonne. Ces grandes pèches méritent d’être décrites dans cette première partie de notre ouvrage, où il s’agit de la méchanique des pêches, aufii bien que la madrague , fur laquelle nous nous fomnies beaucoup étendus.
- 831. Les pécheurs de Leucate ont coutume de faire toutes les années la pèche de la thonnaire à la dérive , qu’ils nomment courantille, ainfi qu’avec un filet qu’ils jettent à huit brafles d’eau fur la plage, en tirantfdroit au large. Ce filet eft compofé de huit pièces de trente à quarante braifes de long, qu’on joint bout à bout: quand on les met à l’eau, on amarre au bas & aux bouts de ce fi1 et une cabliere qui pefe environ vingt livres, pour le faire plonger. Le haut du filet eft garni de rouets de liege qui le font flotter, de forte que le pied entre de deux braifes dans l’eau.
- 832- Le bateau, avec lequel on fait cette pêche, s’amarre fur un bout de la corde qui borde le haut du filet[, & il dérive ainfi que le filet au gré des cou-
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- rans ; de forte que fouvent il fe trouve avoir fait trois à quatre lieues dans une nuit. Les pécheurs font toujours en garde fur l’amarre, qui leur fait connaître quand les thons y donnent, par les efforts qu’ils font pour s’en dégager, & au moyen defquels ils s’entortillent de plus en plus. Quand le matelot de garde s’apperçoit de ces mouvemens,il éveille fes camarades, & larguant l’amarre , ils fe liaient fur le filet, le fuivant dans toute fa longueur, jufqu’à ce qu’ils fentent l’effort & le poids du thon ; alors ils s’y arrêtent, ils foule-vent le filet, & le développent pour prendre les thons. Puis ils vont reprendre leur amarre, recommencent leur garde, & continuent cette même manœuvre toute la nuit, relevant le filet toutes les fois qu’ils s’apperçoivent que quelque gros poiffona donné dedans. Cette pêche ne réullit que quand le tems eft obfcur, la lumière de la lune y eft même contraire : cependant ils ont coutume de laiifer leur filet à l’eau tout le jour, & ils retournent à leur filet la nuit, rejoindre quelques-uns de leurs camarades , qui font reliés dans le bateau où ell: amarré le fil et.
- 83 3- En plufieurs endroits de Provence, 011 fait une pèche qu’on nomme palamidiere, qui différé peu de la courantille 5 feulement les mailles du filet font plus petites, puifqu’elles font de quatre au pan. Les pièces ont quatre-vingt braïfes de longueur fur fept de chute j & on en joint quelquefois quatre l’une au bout de l’autre : il eft lefté & flotté, & 011 le tend comme la courantille. il eft principalement deftiné à prendre des palamides ( 149 ) , qui s’y emmaillent la nuit. Lapalarnide reffemble allez au thon j mais elle eft moins greffe. La faifon de cette pèche eft communément depuis le mois de mai jufqu’à celui d’août.
- 834. On fait dans l’étang de Leucate plufieurs parcs nommés pantannes par les habitans du lieu. Quoique j’aie parlé de quelques pêches qui y ont rapport, particuliérement la paradiere ; comme je 11’ai point décrit expreflement celle-ci, je vais entrer à fon fujet dans quelques détails.
- 83 S- La pantanne eft un parc fait en forme de croix, avec des pieux plantés dans la vafe de diftance à autre, autour defquels on tend différentes fortes de filets, qui forment des chambres pour conduire le poiffon dans une manche qui la termine , d’où ils 11e peuvent fortir une fois qu’ils y font entrés.
- 836- Le premier filet dont 011 fe fert, & qui forme une ligne un peu courbe, repréfente comme le montant de la croix 5 ils nomment cette partie paradiere. Ce filet eft fait d’un fil d’auffe aflez gros ; il a douze b rafles de longueur , & quarante àfoixante mailles de hauteur , fuivant la profondeur de l’eau où le parc eft établi. Ce filet eft monté haut & bas fur des cordes qui font ferme-
- ( 149 ) La palatnide, ou mieux pelamide, Scombek pelamis ; Linn. eft un thon d’un an.
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- ment tendues fur les pieux, ce qui forme une efpece de cloifon qui s’étend depuis le fond de l’eau jufqu’à la fuperficie.
- 837- Ce filet en va joindre un autre qu’on nomme tour, qui fe divife en deux pièces, pour garnir les deux bras de la croix , lefquelles forment deux chambres , l’une à droite & l’autre à gauche , où le poiffon fe rend en fuivant la paradiere. Chaque piece du tour a quarante braffes de longueur fur foixante-dix mailles de hauteur, qui n’ont qu’un pouce en quarré. Ce filet eft tendu fur les pieux qui forment le tour, comme l’eft la paradiere fur fes pieux. Le poiffon ayant roulé dans ces chambres , paffe dans la quioul&tte, qui eft un filet en manche , dans lequel il y a plufieurs goulets ou bourfals , comme aux ver-veux, pour empêcher le poilfon d’en fortir. Cette manche a cent foixante mailles de circonférence , & cent vingt de longueur ; chaque maille a fix ligne* d’ouverture en quarré. C’eft la nuit, & par les vents du nord , qu’on prend le plus de poiffon 5 dans les mois d’octobre, novembre & décembre, on ne prend guere que des anguilles : affez fouvent, dans une année , on prend vingt quintaux de groffes anguilles, & quarante de petites.
- Life des poiffons qui fe pêchent aux côtes de RouJJillon & de Narbonne.
- 838* Dauphin, marfouin , requin ou chien de mer, lamie, empereur» poiffon à épée, fpadon (1 fo) , ange , forte de raie , efturgeon, thon, pala-mide, petit thon plus long & moins gros ; lunade , poiffon qui porte fes yeux au bout de deux cornes ; pilou, poiffon plus délicat que le thon > liche , raie, miraillet, clavelade ou raie bouclée , dorade, pageau, vive, merlan , pinau » cabotte , belugan , milfoîe, chat marin , aiguille , dentilliat, congre, turbot, rafcalfe ou efeourpe, mouve, maigre ou daine, loup, mulet ou mujol, liffe, anguille, foie, palaigre, forte de petite foie ; plane, carrelet, rouget, barbeau, barbue ou paffard, faucanelle, fardine , anchois, melette, maquereau ou veiral, aragne, forte de vive ; bolgne , feüclet, picarel ou fevereau, feche ou fepie, calamar, petite feche -, pouphre , galline ou poule de mer, alofe ou colas , galanga ou baudroy, truie ou revelonga , dit poiffon de notre feigneur, poiffon volant : il a des ailes fous les nageoires, comme une toile très-fine ; on en trouve fur le fable à trente pas du bord de la mer.
- 839- Il y a au bord de la mer , le long de la côte de Narbonne, & dans les étangs filés, des coquillages que pèchent communément les payfans riverains, favoir, les tenilles. La pêche s’en frit toute l’année, dans des endroits où il
- (iço) L’empereur , le poiffon à l’épée, tingués par les dénominations de xiphias y l’efpadon, font trois fortes de poiffon com- gladius & priftiu pris fous la même efpece. Linné les a dif.
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- refte trente-cinq à quarante pouces d’eau, fond de fable, avec des rateaux dont les dents, qui font de fer, ont fix pouces de longueur, un pouce de largeur & trois à quatre lignes d’épaifleur : fur le manche s’élève une barre de bois j un feul homme le conduit en reculant, quelquefois avec une corde paf-fée en écharpe, remuant fans celfe avec la main droite la perche qui aboutit au milieu du rateau, afin que le fable qui entre dans le filet avec les coquillages , s’échappe au travers des mailles , & que les tenilles relient au fond du filet, qui a huit pieds de longueur, fe terminant en pointe; les mailles n’ont que quatre lignes d’ouverture en quarré. Ce coquillage eft ovale, aflez applati, long d’un peu plus d’un pouce ; fa couleur eft d’un roux mêlé de brun & de taches blanches.
- 840. Il y a de plus, de grandes & de petites huîtres : les grandes fe pèchent à vingt b rafles de profondeur fur un banc qui eft près du cap Leucate : pour cela, 011 traîne à la voile une drague ou une manche de gangui, faite de corde d’aufte , dont les mailles ont deux à trois pouces d’ouverture. O11 les porte à Narbonne ou à Perpignan.
- 841. Ce font les femmes de Gruyflan qui ramaflent à la main les petites huîtres, à l’ouvert du grau de l’étang de la Vieille-Nouvelle : elles font excellentes , & prefqu’aufti eftimées que les huîtres vertes 5 malheureufement il y en a peu.
- 842. Le coquillage que les naturels du pays nomment mendroujfc, qui eft la coquille de Paint-Jacques, eft aflez abondant, & fe prend au gangui fur la côte de la mer, de même qu’avec les tartannes. Le poilfon de ce coquillage eft délicat & eftirné. Le clovifle de Provence, que les pêcheurs de la côte de Narbonne nomment coquille, grife, fe pêche le long des canaux des étangs : ce font des femmes, filles & enfans, qui les prennent, à un demi-pied d’eau, avec un inftrument fait comme la lame d’une baïonnette fans tranchant, en un mot, un digon, qu’011 enfonce dans de petits trous qu’011 apperçoit furie fable, d’où on le tire, quand même il ferait enfoncé à un demi-pied dans le fable; mais fi 011 le manque du premier coup , on a peine à le retrouver.
- 843- Les moules fe trouvent auftî le long des canaux des étangs, mais en petite quantité , ainfi que les befourdes ou bigourres , coquille rayée & ronde, qu’on ramafle à la main le long du rivage des étangs & de la mer.
- 844- On prend aufii dans ce département un petit nombre de cruftacés ou poiflons à croûtes : le feul endroit où il s’en trouve un peu abondamment, eft le cap Leucate. A cet effet, 011 tend entre les rochers des tramaillades & des nanfes, où fe prennent des langouftes, des crabes ,des lonbrans ou lin-gombaux, des crans & d’autres poiflons du même genre.
- 84V En fuivantla côte de Languedoc, on rencontre le petit portd’Agde, qui 11e laifle pas que d’être confidérable pour la pêche ; & à une lieue du grau,
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- ou de l'embouchure de la riviere de cette ville, on trouve à l’eft-fud-eft la petite isle de Brefcou, où l’on pêche des langoultes & une autre elpece de même genre, qu’on y nomme normands , je crois que ce font des homards 5 quelques muges , pageaux, &c.
- 84^- Les bâtimens dont on fe fert pour les différentes pêches à Agde, font des tartannes femblables à celles dont on fait ufage à Narbonne , mais plus petits : ils font de conftruction à peu près pareille , & gréés d’un mat, d’une vergue, d’une voile latine, fuivant l’efpece de pèche qu’ils vont faire. Ces bâtimens font armés de deux , quatre ou fix hommes : une moitié du profit eft pour le propriétaire du bateau , le refte fe partage entre les matelots. Ces bâtimens fervent pour la pèche des fardines & pour le gangui, qui font de plus petites pèches que celles qu’on nomme la tartanm , dont nous avons ftiffifanr-ment parlé plus haut & dans le corps de l’ouvrage.
- 847. Quand les pêcheurs d’Agde ont fait de bonnes pêches de fardines, ils les portent fraîches à Cette, où l’on en fait des falaifons.
- 848- On ne prend que peu d’anchois à la côte de Languedoc, & il 11’y a point de pèches deftinées exprefîement pour ce poiffon : cependant il s’en trouve quelques-uns avec des fardines. Dans le fort de l’été, on prend quelques melettes , petit poiffon très-délicat, qui fe gâte promptement, & qui ne vaut rien étant falé. On 11e trouve point de madragues ni de bourdigues fur cette côte , & il eft rare qu’on y tende des thonnaires.
- 849. Ils appellent traîne, le grand gangui, même celui de la tartanne, qui reffemble à l’ailfaugue & au boulier. Il n’y a de différence entre la grande ai.fi-faugue &le grand gangui que dans les ailes de Paiflaugue, qui font plus grandes que celles du gangui ; il y a même des ganguis qui n’en ont point.
- 8>0. Tous ces filets qui font formés d’une manche, de deux bandes ou ailes de filet, à l’extrémité defquelles on attache de longs cordages pour les traîner ; tous ces filets, dis-je , qu’ils nomment traînes, font tirés à terre pour avoir le poiffon : ainfi nous dirons une fois pour toutes, qu’ayant lailfé un halin à terre à la garde de quelques matelots, les autres matelots s’embarquent dans un petit bateau avec le refte de ce halin , le filet & l’autre halin. A mefure qu’ils s’écartent de la côte, ils jettent d’abord à l’eau le refte du halin, dont un bout eft relié à terre 3 ils mettent enfuite le filet à l’eau, & enfin l’autre halin , en regagnant la côte ; & dans cette route ils décrivent une ligne circulaire , forment une enceinte, & reviennent gagner terre avec le halin qu’ils ont confervé dans le bateau , obfervant d’être éloignés d’environ trois cents braffes du halin qui eft relié à terre. Alors tout l’équipage , fouvent avec quelques habitans du lieu, fe divife en deux bandes, pour tirer d’abord les halins, enfuite le filet, toujours en fe rapprochant l’un de l’autre peu à peu 3 & après avoir amené à terre le filet, ils fe réunifient tous pour tirer à terre la manche,
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- qu’ils ouvrent par l’extrémité , en déliant une ganfe qui la tient fermée, & ils fècouent fur le fable tout le poiflon qui s’eftraflemblé dans cette manche.
- 8>f. Quelques vieux matelots s’occupent à faire, avec une petite bette qui n’a ni voile ni gouvernail, & un filet de foixante brades de longueur, garni de lelt & de flottes, la pèche delà battue le long de la côte.
- 8î2. On pèche dans les étangs avec le filet qu’ils nomment bregin. Il reffem-fele au gaugui, mais il eft beaucoup plus petit ; il fort à prendre de petites foies , des planes ou limandes, des muges, des anguilles , des dorades , des godes, quelques fardines , & des moules.
- 813 - On pèche auffi à Agde, ainfi que dans plufieurs ports, avec le Blet qu’on nomme bouguierc, qui ne différé de la battue qu’en ce que fes mailles font plus petites, parce qu’il eft deftiné à prendre de petits poiffons qui s’emmaillent , tels que des bogues (i 11), des jarets. On le tend comme la battue, dont nous venons déparier, mais un bout à terre & l’autre au large, au lieu d’ètre parallèle à la côte. Cette pêche fe fait pendant toute l’année , particuliérement néanmoins depuis février jufqu’en mai.
- 8f4- On pèche auffi à Àgde en pleine mer, jufqu’à huit lieues au large, aupalangre, dont la maitreffe corde a mille brades de longueur, & les lignes latérales chacune une brade. On amorce les hains avec du poiflon, & on met de tems en tems des bouées ou ffgnaux. Nous n’avons rien à ajouter, à l’occa-lion de cette pèche, à ce que nous avons rapporté dans la première feétion.
- 8 VI* Outre la pèche à la mer & dans les étangs, on fait encore à Agde , depuis la mi-mars jufqu’à la fin de mai, des pèches dans la riviere d’Hévaut, qui coule le long des murailles de la ville ; on y prend des alofes, principalement à la chute du moulin de M. l’évêque, qui eft à trois quarts de lieue de la mer. Cette pêche fe fait àl’épervier auprès du moulin ; mais de là jufqu’à la mer, on les prend avec un gangui ou un filet peu différent, qu’on nomme alofat. Ces filets traverfent toute la riviere; on les cale à fix ou fept brades d’eau, & on les tire à terre. On prend auffi toute l’année de très-bonnes carpes, dont quelques-unes pefent jufqu’à quinze livres , des barbeaux, des anguilles , quelques petites foies, des loups, des muges, &c. On m’a affuré qu’on y prend en plongeant, d’excellentes moules d’une efpece qui ne fe trouve point ailleurs. Enfin on pêche auffi dans cette riviere au palangre , avec des cordes déliées & de petits hameqons.
- 8 Ï6- On ne prend à cette côte ni harengs, ni morues, ni faumons, ni truites, très-rarement des efturgeons, mais beaucoup de maquereaux & de merlans , avec la plupart des poiffons qu’on prend à Narbonne. Il fe prend peu de coquillages, qui font les mêmes que ceux de Narbonne; ffavoir, huîtres,
- (rçi) En allemand , Boopst Barus Boopss Linn.
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- moules, pèlerines , pagelides ou alabedes, clovilfes, tenüles , &c.
- 857- Pour ce qui efï des cruftacés ou des poUfons à croûte, on prend des chevrettes avec le filet qu’on nomme bregin , qui eft une fort petite aiffaugue. On trouve quelques crabes dans les filets delà tartanne & dans le boulier. On prend auffi des langoûftes avec des paniers ou nalTes, dans lefquels on met quelques appâts.
- 858- On fait encore à Agde la pèche à la fichure , qu’on nomme dans l’Océan fouanm. Pour cela , deux hommes vont dans une bette au bord de la mer & des étangs, le plus fou vent par les nuits obfcures, avec une torche à la main, & ils percent fort adroitement avec une forte de trident tous les poiflons qu’ils apperçoivent.
- 8 S9- Après avoir quitté Agde, on trouve, en fuivant la côte, Aigues-mortes, autrefois port célébré, maintenant lieu peu confidérable, excepté pour la pêche. Celles qui font les plus abondantes font celles de la fardine & du poiifon blanc, qui le font depuis le mois d’avril juiqu’au mois d’août, avec le filet qu’on nommefardinal. On prend le maquereau dans cette même faifon avec le filet qu’on nomme boulier.
- 860. Au grau du Roi, qui eft à l’embouchure de l’étang de Repauffct, on fait la pêche des fepies ou feches (1^2), avec le filet qu’011 nomme maclcnniere.
- 861. La pêche du poilfon blanc , foit à la mer ou dans les étangs, dure depuis le mois de juin jufqu’à celui de février, dans les manigueres ou les bourdigues qu’011 eft forcé d’ouvrir en cette faifon, ou , en terme de Languedoc , de déficher. On prend dans ces pêcheries, année commune , fept à huit cents quintaux d’anguilles , outre quinze cents quintaux de poilfons blancs de toute efpece.
- 862. La pêche des anguilles commence à la Saint-Michel & finit aux rois, & on en fait des falaifons. Les pêcheurs ont, pour faler les anguilles, de petites cabanes fituées au bord du canal nommé la petite robine, qui tirefon eau du Rhône. Ils font mourir les anguilles dans le fel, puis les empilent dans leurs cabanes : ces piles font de douze pieds de largeur, fur pareille hauteur, & font par lits, avec du fel broyé. Ils diftinguent leurs anguilles entrois lots; le premier lot eft formé par les grolfes , qui pefent depuis une livre & demie jufqu’à fept livres; on les nomme pougalles. Le fécond lot, qu’on nomme groupan ,eft formé des anguilles qui pefent depuis une demi-livre jufqu’à une livre. Et le troifieme lot, qu’on nomme courant-vieil, eft formé d’anguilles qui pefent depuis deux onces jufqu’à une demi-livre. En outre, ce qu’on appelle lachenan , eft en quelque façon le rebut des autres. On porte les fardines fraîches à Cette , où on les fale.
- (152) E11 allemand , Kuttelfifche.
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- 863. Les filets qu’on emploie pour ces différentes pèches font,larôma-tiere, la cabuffiere, maclonniere, paliolle, bâtarde, bertoulonnet, le boulier, les queues pour prendre des anguilles , la paladiere & autres filets pour les pêcheries. J’évite de décrire ces différentes pèches, dont nous avons parlé ailleurs.
- 864. Les principaux poiffons qu’on prend à Aigues-mortes font, foies, rougets, vives, merlans, turbots, penfardes , fcipions, langouftes ( 1 ç 3 ), grunaults, pagels , dorades (1^4), fardines , maquereaux, raies ouclavela-des , boudroi, fupis, chat de mer, thon. Cette pêche fe fait au bord delà mer, vers l’étang de Peirols; elle eft fur-tout confidérable à Colioulles.
- Les poiifons qu’on prend dans les étangs & dans les eaux douces font, le muge (r f 5), le loup, mejanne, fparalion, anguilles, margagnos , plane, en français carrelet ou limande (1 s 6) ; carpes , brochets , jol-mougne, efpece de goujon bâtard, carancottes ou chevrettes, crans ou cranques.
- 866. La tonille (157) eft un des coquillages les plus cftimés : 011 la pèche avec des rateaux à dents de fer, qui ont à la tète un fac de filet dont les mailles font petites. Nous avons décrit cette pèche plus haut.
- 867. On pèche en carême beaucoup de moules dans l’étang de Thau. On prend des langouftes avec le filet qu’011 nomme romatkre, le même qui fert à prendre des turbots.
- 868- Nous voilà parvenus au département de Cette, où l’on fait les mêmes pèches, & où l’on prend les mêmes poiifons que dans les autres départemens dont nous avons parlé.
- 869. La pèche delà fardine commence à la mi-avril, & finit à la mi-o&obre; elle 11’exige que quatre hommes d’équipage. Celle du thon commence au mois d’août, & finit à la fin d’octobre : on 11e la fait que dans les nuits obfcures des nouvelles lunes. On commence la pèche du maquereau en mai, & elle finit en oétobre : elle fe* fait avec douze hommes, pour mettre à la mer le boulier, qu’ils nomment bouliche. La pêche des langouftes fe fait au mois de février, & finit en avril. Celle des huîtres & des moules fe fait toute l’année. On pèche à la tartanne toute l’année, & l’on y prend toutes fortes de poiifons & de coquillages. A la pèche dite fardinaU, on prend , outre la fardine, des anchois & des melettes. Avec le bouliche ou boulier, 011 prend de toutes fortes de poiifons, mais particuliérement dans la fliifon une prodigieufe quantité de maquereaux. Quoiqu’on trouve des huîtres & d’autres coquillages dans le boulier, la pêche des huîtres fe fait avec le gangui, dans lequel il fe rencontre par hafard quelques foies. ; '
- O Ç 3) En allemand , Secheufchreckcn. (1 ?6) En allemand , Schollc.
- (1S 4) En allemand , Goldforcllcn. (15 7) En allemand , TeUnmfchel.
- (1 i 5) En allemand , der Harder.
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- 87°* Le poiffon frais fe vend à des chades-marées, qui le débitent dans la province; mais on fait à Cette de grandes falaifons defardine & de maquereau , comme nous l’expliquerons fort en détail dans les articles où nous traiterons particuliérement de ces poiffons. Nous avons déjà dit que les pêcheurs de quantité de ports voifins y portaient leurs fardines fraîches.
- 871- J’Ai fuffifamment expliqué ce que c’eft que la pêche à la tartanne : ainfi je me contenterai de dire qu’à Cette, c’eft le filet qu’on nomme tartanne, & que le bâtiment s’appelle laüt ; que chaque bras du filet a environ quatorze brades de longueur fur une bralfe & demie de hauteur ; que chaque halin ou liban a cent cinquante braffes de longueur.
- 872. Le filet pour prendre les fardines a cent quatre-vingt-dix braffes de longueur en deux pièces , fur douze braffes de hauteur. O11 fait que cette pèche fe fait à la dérive, que celle qu’on nomme de prime fe fait le foir, & celle d'aube . le matin, & qu’011 11’emploie point de réfure. Tout cela a été fuffifamment détaillé ailleurs.
- 873. Le bouliche ? qu’on nomme ailleurs boulier, déc un très-grand filet, dont les bras ont chacun, à Cette, cent vingt-cinq braffes de longueur & fept à huit brades de hauteur. On fait qu’on le tire fur le rivage , pour prendre le poiffon qui fe raffemble dans la manche.
- 874. En plufîeurs endroits 011 nomme traîne le filet qui eft connu fous le nom de feine ; mais en Languedoc c’eft un petit boulier. Le filet qu’on nomme langoufle à Cette, eft untramail ou entremau ; chaque piece du filet a trente braffes de longueur fur une de hauteur. Chaque bateau qui va à cette pêche porte cinquante-fix pièces de ce filet, qu’on tend le foir autour & entre les rochers, & qu’on releve le lendemain de bon matin.
- 87 v On pèche les thons à la courantilîe avec un filet dit thonnaire : chaque piece % cinquante-fix brades de longueur : on en joint enfemble fuffifamment pour faire unetedure de deux cents quatre-vingt brades de longueur. La manœuvre de cette pêche eft fuffifamment expliquée ailleurs.
- 876. Il n’y a point de banc de moules aux environs de Cette,mais beaucoup fur les rochers, que quantité de gens de tous états vont ramaffer : celles qui font au bord de la mer , font fort petites ; mais celles qu’011 trouve dans les étangs, font plus groffes, & eftimées.
- 877. A dix brades d’eau & à une lieue en mer, il y a un banc d’huîtres, où l’on en pèche beaucoup. On fait, comme à Aigues-mortes, la pêche au palangre.
- 878- La falaifon des fardines & des maquereaux eft ce qu’il y a de plus intéreffant à Cette ; mais nous remettons à en parler quand nous traiterons expreifément de ces poiffons.
- 875* Le filet qu’on nomme à Cette bouligou, eft un filet à mailles fort fer-
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- rées, pour prendre de petits poifTons. On le nomme bregin en Provence.
- 880. On fait encore des pêches avec des filets qu’on nommcgangui ; & outre ceux qui fervent pour le poilfon, il y en a qui ont la manche courte & large, & qui font faits partie de chanvre & partie d’auffe : ce font de vraies dragues, qui fervent à pêcher des huîtres jufqu’à dix-huit & vingt bralfes fous l’eau.
- 88 r. Nous avons auffi parlé du gangui au moulinet, dont on faitufage quand les équipages font faibles. Il y a une bourdigue dans le canal de communication de la mer aux étangs : elle eft femblable à celle du Martigue, dont nous avons donné une exaôte defcription. On y prend des dorades, muges, loups , des palaigres ou foies, des planes ou carrelets, de groifes anguilles , &c. Outre ces grandes bourdigues , on y établit auifi des manigueres. On pêche auffi dans les étangs à la battue, la caboutiere & la maclonniere, filets en tramaux ou tramaillades, qui 11e different les uns des autres que par la grandeur des mailles & l’étendue des filets. Comme nous avons eu plufieurs fois occafion de parler de ces pèches , je crois pouvoir m’abftenir d’infifter fur leur defcription. O11 pêche auffi dans les étangs avec des efpeces de verveux, qu’on nomme bmoulms. On fait encore ufage dans les étangs, de la ligne dormante , & dérivante ou traînante. On prend à ces petites pèches, des loups, des muges, &c. Il y a encore une pêcherie nommée maniguere, différente de celle dont nous avons parlé : elle eft formée de filets tendus fur des pieux, & qui aboutilfent à des bertoulens , verveux ou manches, dans iefqueîs fe prennent des anguilles.en affez grande quantité ,pour en faire des falaifons confi-dérables.
- 882. On voit dans ces mers beaucoup de marfouins qui pourfuivent les fardines ; mais on n’en prend que par hafard, & il n’y a point de pèches defti-nées à prendre ce poiffon.
- 883* Dans les rivières du Languedoc, on pèche des alofes, des carpes, des brochets, des truites , &c. On prend à la côte & dans les étangs, des tenilles, des pèlerines, des manches de couteau , des bioux , des cloviffes , des our-fins, &c. des alapetes ou lépas. A l’égard des moules & des huîtres, nous en avons parlé plus haut.
- 884- Le Rhône eft un très-grand fleuve quifépare le Languedoc de la Provence. A fon embouchure, les pèches font les mêmes qu’aux ports voifins, & même ce font les pêcheurs de ces ports qui les font : mais quand on a un peu remonté ce fleuve, l’eau n’étant plus falée, 011 n’y trouve que des poiflbns d’eau douce : encore eft-ce en petite quantité ; & les pêches qu’on fait dans la Camargue, fourniffent plus de poifTons qu’une grande partie du Rhône. Cependant on y pèche toute l’année avec la feine ou le grand filet,le tramail, les verveux ou manches, l’échiquier ou quarré, l’épervier & les hains , & 011 y prend des brochets, des carpes, des barbeaux, des meuniers, desgoftons ou
- goujons,
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- goujons, des anguilles j on y prend peu de perches, de truites & de tanches. Dans les mois de mars, avril & mai, on prend des alofes en petite quantité, qui ne font pas auiii bonnes que celles de la Loire ; cependant elles deviennent plus groffes & meilleures quand elles ont remonté jufqu’à Avignon. On prend aufll quelques lamproies : mais la riviere eft fur-tout peu poiifonneufe auprès de Lyon. On ne prend point de faumons dans toute l’étendue du Rhône, & il elfc rare qu’on y prenne des efturgeons ; ii l’on en prend quelques-uns, c’elt depuis fon embouchure jufqu’au Pont-Saint-Efprit. Les grandes moules qu’on prend dans le Rhône, ne font bonnes que pour amorcer les hains.
- 88 C La Saône, qui fe décharge dans le Rhône à Lyon, a été autrefois plus poiifonneufe qu’elle 11e l’eft. On 11e difcontinue d’y pêcher que dans les tems de débordemens & déglacés : on y fait les mêmes pèches que dans le Rhône , & on y prend des truites, barbeaux, carpes, brochets, chevalines qu’on nomme auifi vilains, brèmes, tanches , lottes , anguilles, perches , chevrains ou œils rouges ; des roulîins, raies, &c. Dans les mois d’avril, mai & juin, on prend des alofes & des lamproies.
- 886* Je reviens à l’embouchure du Rhône, pour entrer en Provence & en parcourir les côtes.
- 887- Provence. Je me bornerai à dire qu’aux embouchures du Rhône, à l’entrée du golfe de Lyon , les poilfons qu’on prend le plus ordinairement, font les rougets, merlans, daines, turbots , melettes & îardines. Ces pèches feront indiquées dans l’qrticle du Martigue , qui eft un des ports de la Méditerranée , où l’on fait un plus grand nombre dé différentes pêches.
- 888- On range volontiers au Martigue les différentes pèches par cla/îès , auxquelles on donne le nom des bâtimens qui fervent pour les faire : ainfi ils diftinguent les pèches qui fe font avec la tartanne, avec les bateaux & avec les bettes.
- 889- On fait que les tartannes de pêche font du port de quarante tonneaux : elles tirent huit pieds d’eau, parce qu’elles prennent beaucoup de lelf, pour réfifter à la mer : elles ont un pont, point de gaillard , un pied & demi de plat-bord. J’ai parlé ailleurs de leur gréement. L’équipage eft ordinairement de neuf à onze hommes,y compris le patron & deux mouffes. Le produit de la pêche fe divife eu quinze parts, dont cinq font pour le bâtiment, les dix autres fe partagent également entre le patron & les matelots. Nous avons dit que ce bâtiment tyaîne un filet qui eft formé de cinq différentes mailles : quand les tartannes font rendues au lieu de la pèche , quarante ou cinquante milles au large de la Tour-de-Bouc , & fouvent dans des parages beaucoup plus éloignés , tels qu’en Languedoc, Rouflillon , Lisbonne , &c. même à Cadix , où ils féjournent des années entières, elles s’appareillent comme nous l’avons
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- expliqué ailleurs. Oit prend à cette pèche de toutes fortes de poiffons ; & pour qu’elle réüiïiffe, il faut qu’il vente bon frais : c’eft pour cela que cette pêche eft fur-tout avantageufe l’hiver.
- 890. La pèche qu’on nomme aux bateaux , ne fe fait que depuis le carême jufqu’à la Saint-Michel, parce que ces bâtimens ne peuvent fupporter la groffe mer. Ils ne font pas pontés : leur port eft de fix à huit tonneaux : quatre hommes , y compris le patron & un moufle , fuffifent pour les manœuvrer ; ils font à la part, comme à la pêche de la tartanne. Au refte , ils prennent différentes fortes de filets pour faire la pêche de la fardine , & celle de la couran-tille pour le thon. Nous avons fuffiiamment parlé de ces pèches.
- 891* Les bettes marines font de petits bateaux plats qui ne vont guere qu’à la rame : on s’en fert pour pêcher à la côte l’été par les beaux tems, St l’hiver ils pêchent dans les étangs. Trois hommes , y compris le patron , fuffifent pour mandevrer ces petits bâtimens, qui font au plus de deux tonneaux : ils partagent tous les jours le produit de la pèche. Ces petits bateaux font dans les étangs de Bouc & de Carente, la pèche avec l’entremaillade, le gangui, le bregin, & quelquefois celle du boulier.
- 892. On fait ce que c’eft que toutes ces façons de pêcher j ainfije 11e m’y arrêterai pas.
- 893- On ne fale de thons, d’anchois & de fardines au Martigue, que pour la provision des habitans.
- 894. Il y a une petite madrague fur la Côte du Martigue, à un port appelle Saint-Crois, à trois lieues du port de Bouc. Comme nous avons beaucoup parlé de cette pêcherie, il fufRt de l’avoir indiquée.
- 89 L II y a quatre bourdigues à cinq cents pas de la ville, & huit au port de Bouc. Le if mars ,les officiers de l’amirauté vont les faire ouvrir, pour donner aux poiffons la liberté de palfer de la mer dans les étangs. Plulieurs propriétaires de bourdigues ont voulu différer le tems de leur ouverture : mais ils avaient grand tort ; car fi le poiifon de la mer n’entrait pas dans les étangs, l’année fuivante la pèche des bourdigues ferait très-diminuée. Nous avons amplement détaillé toutes ces chofes dans le corps de l’ouvrage.
- 8 96. On prend dans les bourdigues quantité de muges (if 8) j qu’on ouvre pour en tirer les œufs, dont on fait de la poutargue ou boutargue : quelques-unes cependant 11’en ont point (1^9). On prend auiïi dans les pêcheries, des anguilles, dont on fale une partie, ainfi que des foies, des turbots , des dorades , des papeaux,& quantité d’autres petits poiffons qu’on appelle flafque: c’eft un mélange de petits gobis, chevrettes, meules, qui eft une forte de rougets, melets & canadelles.
- (15 8) En allemand, Hardcr. (i ç 9) Il va fans dire que les mâles n’ont point d’œufs.
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- F 897- Enfin , quand les bourdigues font ouvertes, on fait la pèche du phafi. tier : c’eft une pêche au feu, qu’on fait plutôt par forme d’amufement que par intérêt, caron 11’y prend que des aiguilles. O11 drague dans 1 étang de Berre beaucoup de moules 8c de palourdes ou cloviifes.
- 898- Les bettes prennent avec leurs filets beaucoup de chevrettes, de crabes, langouftes, &c. des ourfins : les tartaimes, des huîtres qui, avec leurs écailles , pefent quatre ou cinq livres 3 mais le poiffon n’eft prefque qu’une membrane , & n’eft pas de bon goût.
- 899. Les pêches qui fe font à Cafiis font celle de la fardine , qui dure une bonne partie de Tannée 3 la thonnaire depuis le commencement de novembre jufqu’à la fin de décembre 3 la riifolle qui commence en avril, & finit en feptem-bre 3lapalangre & Tentremaillade dure toute Tannée 3 la banis oul’étis commence en novembre,& finit en décembre3 le boulier commence en juin, 8c finit enfeptembre; lesaiflaugues enaoût,&finiflent en décembre 3 les bouguie-res commencent en décembre, & finirent en février3 le bregin & le petit gan-gui fervent toute Tannée. On 11e pèche point à la tartanne dans ce département 5 & comme nous avons expliqué la maniéré de faire les autres pèches, nous nous contentons de les indiquer.
- 900. Les pêcheurs redoutent les marfouins, les chiens «Si les lamies, qui déchirent les filets.
- 901. Il 11’y a qu’une madrague à un quart de lieue de Cafiis, qui 11e produit pas des pêches abondantes. La faifon de cette pêche eft juillet, août, & feptembre, & elle fie diftingue en pêche de venue & pèche de retour, qui eft la moins abondante.
- 902. On ne fale & on 11e marine point de thons à Cafiis 3 on les porte frais à Aix & àMarfeiile. On fait dans ce port la pèche des anchois & fardines, mais elle n’eft pas très-abondante : cependant elle dure prefque toute Tannée. La meilleure faifon eft dans les mois d’avril, mai & juin. O11 partage le profit en huit parts & demie 3 celui qui fournit le bateau & le filet en a cinq,chaque matelot en a une , & le moufle une demie. On fait à Cafiis des falaifons de fardines 8c d’anchois 3 pour cela , on les vuide, on leur coupe la tête , & 011 les arrange dans les barrils , lit par lit, avec du fel : la plus grande partie fe vend frais : chaque barril doit contenir vingt livres de poilfon. Tout cela fera mieux détaillé, lorfque nous traiterons expreffément de ces poiifons.
- 903. Quand les pêcheurs voient au large une quantité de marfouins, ils fe raflemblent quelquefois pour les pêcher, plutôt pour fe débarrafler de ces poiifons qui endommagent leurs filets, que pour en retirer quelque profit. Dans cette vue, tous les patrons fortent avec leurs bateaux «S: toutes fortes de filets, & tâchent de les envelopper en faifant une enceinte : les patrons fe rangent donc, & enveloppent les marfouins avec leurs filets3 enfuite d’autres
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- font en-dedans une enceinte plus petite, & relèvent les filets de la première enceinte, pour en faire toujours de plus en plus petites ; de cette façon ils les conduifent peu à peu à des endroits où il y ait peu d’eau , jufqu’à les faire, échouer ; alors ne pouvant plus nager, ils meurent quand ils font très-affaiblis : les pêcheurs fe jettent à l’eau , ils les lient par ia queue & les tirent à terre. Ils n’en tirent point d’huile, & n’en font aucun profit. Cependant il y a des années où l’on en a pris cent, dont quelques-uns pelaient douze quintaux, & d’autres feulement quatre ou cinq.
- 904. C’est un fpeétacle bien fingulier que de voir cette multitude de gros poiifons s’agiter dans renccinte , &y faire un bruit épouvantable. Je ne puis imaginer pourquoi ces pêcheurs négligent le profit de l’huile qu’on pourrait employer à la préparation des cuirs, & comment, pour abréger cette pèche , ils 11e harponnent point les marfouins. On ne prend dans ce département que peu d’ourlms & de bioux.
- 90x7 Il y a à Caffis un filet particulier, qu’011 tend dans le port même: je 11’en ai jamais vu de pareil, ainli je vais rapporter la defeription qu’on m’en a donnée. On le nomme canard; il a trente bralfes de long & huit pans de large , & eft fouteau fur la furface de l’eau par des rofeaux (St des lieges > de maniéré que les poiifons qui fe fentent arrêtés par des filets qui vont juf-qu’au fond de la mer, eiïàyant de s’élancer au-deifus de ce filet, la plupart refient pris. Cette pèche dure depuis le mois de juillet jufqu’en feptembre. Je voudrais bien pouvoir en donner une defeription plus exaéte ; mais encore une fois , je n’en ai point vu qui en approchent.
- 906. On fait a la Ciotat de prefque toutes fortes de pèches; lavoir ,le'pa-îangrier qui eh chargé de cinq cents hameçons, l’iilàugue ou aillaugue, les tramailladcs, les (ardinaies ou fardinales , les ganguis qu’on traîne à la voile , les ganguis des ourlins, la thonnaire ou courantille ; dans les endroits où il n’y a pas beaucoup de roches, le bregin , l’aiguilliere , le filet pour la battue ou baitude, celui de larilfolle, du létis ou du lattier.
- 907. On prend avec l’aidaugue des maquereaux ou aurions , des rotes , des verons {160) , des galinettes, des gonrneaux (161), des bogues,des melettes, des gavarons , des jarrets, des fuvereaux, des thons, des palamidcs , des im-p radors, des prielpafes, des chats marins, &c.
- 90g. On prend avecles palangres, des merlans, pageons, boulegans, des congres, des paurons , des cavilions , des vives ou araignes,des nairailles, clavelades ou raies bouclées , des flanquades , des gâtons , des baudroies, &c.
- 909. On prend avec les tramaiilades, des ronds ou turbots , des clavelades
- (160) En allemand , FAlritzm.
- (161) En allemand, Lyrtix. CallionïiMüs Lyria; Linn.
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- Qui fe font fur les différentes cotes. 669
- de deux fortes, des rougets, les uns rouges & blancs ; & les autres qui ne font pas fi bons , ont un peu de verd, des langouftes, des rafcaiîès , des rouquiers, des laupes, des palamides , des efcouîpes , des cagarolles , des amandouces , des lingombaux, dits homards. On ne prend avec les fardinaux que des far-dines & des anchois. Avec le gangui 011 prend la plupart des poilfons que je viens de nommer, & en outre des feches, des iupillons, des goujons, des fuvereaux, carambaux ou chevrettes , des fupis , des canadeües , des fàrrans, des pourpres ou margattes, des congres, des filas , des baudroies , des ioles; mais cette pêche eii: interdite dans les mois de mars , avril & mai.
- 910. On pêche dans un bateau avec des lignes qu’on amorce avec de petits poilfons, des vers de terre , d’autres vers qu’on trouve dans la vafe au bord de la mer , & qu’on nomme cfcavenne.
- 911. Outre ces pèches, il y a deux madragues dans la rade de la Ciotat; les thons qu’on y prend fe confomment frais ; on 11’a pas coutume d’en faîer. O11 fale un peu d’anchois & de fardines comme à Cafîis. On ne trouve dans ce quartier ni moules ni huîtres.
- 912. Tout du long delà côte de Provence, depuis le Martigue , Marfeille, Toulon , &c. les pèches font à peu près les mêmes 5 celles du département de Toulon font des madragues, aiifaugue, bregin : 011 fe fert à peu près des mêmes filets pour ces deux pèches ; mais celle des aiifaugues fe fait le jour, & celle du bregin la nuit : les pèches des palangriers, de la ligne , de la canne ou canette , celles des entremaillades qu’ils nomment entrcmailleres, des fardinaux, des ganguis , de la battue, de la bouguiere, de la rilfolle, de la fourche ou fichure, à la lumière , celles du calen , &c. occupent fucceffivement les pêcheurs pendant toute l’année.
- 913. Il faut, pour fervir les madragues , ainfi que les aiifaugues ét les bre-gins, quinze hommes 5 pour le palangrier, fixj pour les entremailleres, les fardinaux & les ganguis, quatre; pour les battues, bouguieres,le calen, trois ; pour la fourche ou fichure, la ligne , la canette en bateau, deux. Us font à la part, & communément il y a une part pour le bateau , cinq parts pour les filets , le patron & les matelots chacun une part : ce partage fe fait le famedi au foir.
- 914. On prend avec l’aiifaugue des maquereaux, des rotes, des verons, des galinettes de mer (162) , melettes , bogües , jarrets & gavarrons, qui font des poilfons peu recherchés. On pêche à peu près les mêmes poilfons avec le bregin; & avec les hameçons du palangrier, des merlans, des pageaux , des chats de mer , des vives ou araignes , & quantité d’autres poilfons. Les entremailleres fervent à prendre des turbots , des raies, des rougets, des langoultes,
- <162) En allemand , kkinc Rcdfjche.
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- TRAITE1 DES PECHES
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- des rafcaflfes-, des tanches de mer ou rouquiers, des lingombeaux ou homards , &c. On 11e prend avec les fardinaux que des fardines & des anchois. Avec le gangui on prend quantité de poiifons, principalement des petits, & entre autres des feches , des goujons, des chevrettes, des loinars, des fupines ou petites feches, des fuvereaux, farrans , canadelles, poupres, des anguilles, & quelquefois des foies. On 11e prend guere à la battue que des maquereaux , des fuvereaux & des merlans ; avec le bouguier, des bogues & des aiguilles ; avec la riifole, des potines & des feuclets, qui font de petits poiffons. A la canne ou canette on prend de toutes fortes de poiifons gros & petits ; ils amorcent avec des morceaux de fardines , des vers de terre & des vers qu’ils trouvent dans la vafe ; on les nomme efiavennes. A la fichure & au feu on prend des loups ou loubines, des mujoux ou mulets, des fieras ou congres, des dorades, &c. Les pêcheurs au calen prennent des anguilles, des mulets ou mujoux, & des faupes.
- 91 f. Il n’y a point de moulieres dans le département de Toulon : on trouve dans les pierres qui ont refté à la mer, une forte de moule qu’on nomme datte.: elle eft fort bonne , mais il eft défendu d’en pêcher , pour prévenir qu’on 11e démolilfeles fortifications , car elles font' dans l’intérieur des pierres qui ont long-tems relié à la mer. Il en eft de même des grolfes huîtres qui fe trouvent dans le port neuf, qui 11e font pas fort eftimées. On prend dans ce département, en petite quantité, de petites huîtres qui font très-bonnes : les cloviffes font le coquillage le plus abondant; 011 trouve aulli des bioux , des arapedes qui font aflez délicats , des pierres , quelques nacres , des ourfins.
- 916'. Sur la partie de côte qui comprend Saint-Tropez , Fréjus, Canne & Antibes, on pèche, comme dans les autres ports de la Méditerranée , dont nous avons parlé, avec Failfauge , le bregin, le bouguier , le fardinau, le gau-gui & la riifolle. Pour ne point répéter ce que nous avons déjà dit plu fleurs fois, je me bornerai à dire un mot du fardinal, parce qu’on en fait un grand ufage dans ces parages ; & je parlerai plus en détail de la riifolle, parce que c’eft avec ce filet qu’on prend les anchois, poiffon particulier à ces ports.
- 917. Le fardinal eft un. filet long de centfoixante braffes & de neuf braffes de chute , plombé & flotté , de forte qu’il fe tient entre deux eaux. Comme il faut que les fardines s’emmaillent, la grandeur de ces mailles font proportionnées à la grofleur du poiffon : le bateau le traîne de côté & d’autre , dans un endroit où il n’y ait point de rochers, s’éloignant de terre d’un portée de canon. On y prend des anchois, des fardines, & d’autres poiifons , qui font de grofleur à s’emmailler.
- 918- Quoiqu’on prenne des anchois avec le filet dont nous venons de parler, la véritable pèche de ce poiffon fe fait à la riifolle; & comme c’eft principalement dans ces départemeiis qu’on pêche le plus d’anchois, nous allons expliquer en détail comment s’y pratique cette pèche.
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- 'Qui je joli" fur les différentes eûtes. 671
- 919. Quatre bateaux fe 'réunifient enfemblë : l’un, équipé de cinq hommes, prend le filet à fon bord : les trois autres, fur lefquels s’embarquent deux hommes , ont à pouppe une grille de fer quia environ trois pieds enquarré, fur laquelle ils font un feu clair avec du bois de pin bien fec, qu’ils appellent de. thé.
- 920. Cette pèche commence au mois d’avril , & fe continue jufqu’au mois de juillet : on ne la fait que pendant les nuits où la lune 11e parait pas. Pour lors , les trois bateaux deftinés pour porter le feu, fortent les premiers, & vontfe pofter à l’endroit où ils foupçonnent trouver du poiflon, quelquefois à plus d’une lieue de la côte, & ils s’éloignent l’un de l’autre d’une portée de fufil, pour 11e fe point incommoder. Ces poiflons, qui font de pafiage, viennent de tous côtés autour des feux; & quand les pêcheurs voient qu’il y en a une quantité auprès d’eux , ils font un lignai pour avertir les hommes qui ont le filet, & qui ont foin de ne pas fe tenir écartés : alors ceux-ci déploient leur filet, & entourent le bateau qui porte le feu, pour envelopper une grande quantité d’anchois. Le bateau qui porte le feu, fe trouvant au milieu de l’enceinte , celui qui la forme releve le filet, met le poifion dans fon bateau, & va tout de fuite faire une pareille enceinte autour des autres bateaux; ce qu’il continue toute la nuit. Quand la pêche eft un peu abondante, 011 en fait des falaifons , ainli que de quelques fardiiles.
- 921. Nous avons parlé en plus d’un endroit d’une pêche à la rifiolle , qui fe fait avec un filet. Il y en a une autre qui porte ce même nom, pour laquelle on ne fe fert point de filet : un homme tient d’une main un flambeau d’écorce de bouleau, & de l’autre un fichoir ou harpon , pendant que fon camarade rame doucement.
- 922. Nous foupçonnons qu’011 fait quelque part en Provence la pêche au miroir , dont nous avons parlé ; mais nous devons avertir qu’il faut qu’il y ait de la lune, au lieu que nous avons dit par mégarde, qu’on doit choifir les: nuits obfcures.
- 923. On fait à Saint-Tropez la pêche qu’onnommephafier, qui fe pratique communément dans les bourdigues.
- 924. Auprès de Marfeille , le long des côtes de Provence, & à Saint-Tropez , on pratique la pêche à Pépervier, qu’on nomme reffau, & dont nous avons parlé à l’article de Narbonne.
- 92^. Dans le port de Marfeille, ainfi que dans un étang qui eft près de la ville de Fréjus, on fait la pêche du calen ou venturon, que nous avons décrite.
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- 67 2 Biffertation fur ce qui peut occafonner
- DISSERTATION fommaire fur ce qui peut occafonner la difette du poiffon , principalement de mer.
- 926. CTomme on a vu que j’avais fait une étude particulière des différentes indultries que les pécheurs mettent en ufage pour prendre les poiifons qui peuplent les mers & les rivières, on m’a fouvent demandé pourquoi les pêches ne font pas auffi abondantes qu’elles l’étaient anciennement, je vais effayer de fatisfaire à cette queftion mais ce fera d’une façon générale : elle me mènerait trop loin, fi j’entreprenais de la traiter à fond.
- 927. Il 11e faut pas attribuer la rareté du poiifon à ce qu’on en fait une plus grande confommation qu’on ne faifait autrefois ; car d’abord, la confomma-tioii d’une denrée diminue à proportion que fon prix augmente ; & de plus, les jours d’abftinence font obfervés moins régulièrement que quand lepoiflbn était plus commun.
- 92g- On 11e doit pas dire que le nombre des pécheurs s’eft trop multiplié, puifqu’il en devrait réfuiter une plus grande abondance de poiffon aux marchés , ce qui n’eft pas. Serait-ce que les pécheurs auraient imaginé des façons de pécher, qui occafionneraient une énorme deftrudfon de l’efpece? C’eft ce que nous no iis propofons d’examiner ; mais il faut, pour faciliter l’intelligence de ce que nous avons à dire , jeter un coup-d’œil fur la multiplication du poiifon. • %
- 929. Il eft certain que ces animaux aquatiques fe multiplient, ainfi que ceux qui vivent dans l’air , par des œufs que jettent les femelles , & qui font fécondés parles mâles : ceux-ci font les laiteux5 les œuvés font les femelles, qui, à en juger par la quantité d’œufs qu’on trouve dans leurs corps, doivent êtreprodigieufement fécondes (163) : circonftance bienheureufe, puifqu’ou-tre ce que nous employons à notre nourriture, les petits poiifons lont la pâture des gros , dont quelques-uns en font une énorme, confommation.
- 930. Mais comment fe fût la fécondation des œufs des poiifons? O11 a formé fur cela beaucoup de fyftèmes , que je m’abltiendrai de rapporter, parce qu’il m’a paru qu’aucun n’était appuyé fur des obfervations exaétes , ni des expériences décillves.
- 931- On voit bien dans les étangs que les poiifons des deuxfexes fe portent, dans la faifon du frai, aux endroits où il y a de l’herbe & peu d’eau ; qu’ils s’y ébattent, quoique dans ce tems ils foient dans un état de foulfrance, puif-qu’ils ne mordent pas aux appâts qu’on leur préfente, qu’ils maigriifent ,que
- (i6j) Voyez ci-deffus, note 85 , §• j feétion III.
- leur
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- la difette du poijjon,principalement de mer, 673
- leur chair eftmollalfe&fans goût (164}; plufieurs même ont leurs écailles hé-riflees & ternes ; & quand le tems du frai eft paifé, ces poilTons ont un appétit défordonné s ils fe jettent avec avidité fur les appâts qu’on leur préfente , ils engrainent en peu de tems, ils reprennent leur agilité naturelle, leurs écailles deviennent brillantes & bien colorées. Mais toutes ces obfervations ne nous apprennent point quand & comment les œufs lont fécondés : au relie, de quelque façon que s’exécute cette myllérieufe opération ( 16<j ), il elt certain que des œufs qu’011 croit avoir été dépofés dans les herbes où les poilTons ont pris leurs ébats , il en fort des poilTons d’abord li petits, qu’on ne les apperçoit pas, mais quand ils ont acquis un peu de grolfeur , on les voit fe porter de côté & d’autre , étant en troupe, & tous à peu près d’une même grolfeur : ce qui fait juger que chaque bande eft venue d’une même ponte. Comme nous rapportons fur quelles obfervations eft fondée cette conjecture , on eft en état de fe décider fur la confiance qu’011 y doit avoir.
- 932. On obferve, dans les petits étangs qu’011 deftine à faire de l’alvin, qu’après un été , ces petits poilTons font grands comme une médiocre feuille de faule, & alors on les nomme feuille. Ils grandiifent peu à peu ; & après deux étés, fi le fond eft bon, ils ont quatre pouces de longueur, c’eft de la grande feuille ; après le troifieme été ils ont cinq pouces entre œil & batte , c’eft du petit alvin ; après quatre étés ils ont fix pouces, & fept après le cinquième. Cet alvin étant mis dans un étang de bon fond , peut avoir, après y avoir relié trois étés , huit, dix ou quelquefois douze pouces entre œil & batte, & former de bonnes carpes marchandes ; ainfi il faut huit à neuf ans pour avoir des carpes en cet état. Ces différentes grandeurs du poiifon qu’011 tire d’un étang, dépendent de la force & de la bonté de l’alvin dont il a été empoiifonné , & de la nature du fond, qui eft plus ou moins favorable à TaccroiiTement du poiifon. Comme ces faits fe paifent fous les yeux, 011 peut les obferver fans craindre de tomber dans de grandes erreurs. Il n’en eft pas de môme des poifi. fons de mer : nous fommes obligés de nous en rapporter aux obfervations que les pêcheurs prétendent avoir faites.
- 933. Les pêcheurs & même les obfervateurs qui fe font trouvés au bord de la mer , penfent que les petits poilTons n’ayant pas alfez de force pour tenir la grande eau , ni pour fe défendre des gros poilTons qui leur donnent la chafle, fe retirent dans les endroits où il y a peu d’eau, dans des anfes où il 11’y a point de courans, & que les gros poilTons ne fréquentent pas ; qu’fis fe tiennent aufiî dans les bancs de varech : peut-être font-ils attirés dans ces endroits
- (164) Une des raifons pour lefquelles on V. Schweclifche Abhandlungen, part. VIT, défend la pêche dans le tems du frai, c’eft pag. 274, 282.
- que cette nourriture eft fort mal-faine. (165) Voy. Swammerdam , Bibl, p. 206;
- Tome V. Q_q q q
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- 674 ’ Differtation fur ce qui peut ûccafionner
- par une multitude dhnfecles qui leur fourniffent une nourriture abondante , qu’ils ne trouveraient pas dans les grands fonds. Les mêmes obfervateurs prétendent qu’une multitude de ces poiffons du premier âge relient au fond de la mer, à couvert des grandes agitations de l’eau , & effectivement on en trouve beaucoup dans tous les filets qu’on traîne fur les fonds. Il eit encore incontef-table qu’on en trouve beaucoup dans les parcs & étentes qu’on dreffe à la baffe eau , pour arrêter le poiffon ail retour de la marée ; ce qui prouve que beaucoup font entraînés par l’eau, & forcés de fuivre le courant : étant trop faibles pour y réfiller , ils s’y abandonnent. Jufqu’à préfentles faits que nous avons rapportés font affez bien établis 5 ceux qui fuivent, ne font fondés que fur les dépolirions' des pêcheurs. Ils prétendent qu’il faut cinq à fix ans pour qu’un poiffon doit de groifeur à être fervi fur table. Prenant pour exemple un maquereau , ils difent que ceux d’un an font gros comme le doigt; ceux de deux ans, comme une bougie des quatre à la livre; qu’au bout de trois & quatre ans, ce font de petits maquereaux qui n’ont ni laite, ni œufs, & qu’à cinq ou fix ans ce font de gros maquereaux, bien œuvés & laites (166).
- 934. Ils ajoutent que les poiffons plats, tels que le turbot & la barbue, font au bout d’un an larges comme un écu ; que la fécondé année ils ont l’étendue de la paume de la main , & que la cinquième ou la fixieme ils peuvent être lervis fur table. Quoi qu’il en foit de l’exaélitude de ces obfervations qui font rapportées par les matelots , & qui ne peuvent pas être auffî certaines que celles qu’011 Fait dans de petits étangs , il effc hors de doute que les poiffons ne parviennent que peu à peu à la groffeur qu’ils doivent avoir , & à laquelle ils font véritablement utiles. Ainfi, pour que la mer & les rivières foient bien peuplées de poiffon, il eft de la plus grande importance de ménageries petits, qui dans peu d’années deviennent de bons & gros poiffons.
- 935. Je conviens bien qu’il doit arriver aux poiffons, comme aux animaux terrellres, que certaines années foient plus favorables que d’autres à leur multiplication & à leur accroiffement, fans qu’on puiffe en afiigner précifément la caufe ; de même qu’on voit certaines années beaucoup de lievres , de lapins, de perdrix, pendant que dans d’autres on en voit peu. Ces vicifîitudes qui fe remarquent anflî fur les infeéles, doivent fe rencontrer dans les poiffons qui peuvent encore être, comme les autres animaux, fujets à des épidémies qui en faffent mourir beaucoup : mais comme ces circonftances , nuifibles ou avan-tageufes, ont probablement toujours été les mêmes, il n’en peut réfulter qu’une difette paffàgere. Ce n’eft heureufement pas à des caufes qui tiennent au fyftème de l’univers, qu’on doit attribuer la ilérilité du poiffon fur nos
- (166) On connaît l’age des poiffons par la force & la groffeur des vertebres. Voyez mémoires de Suede, part. XXI, p. 215.
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- h difette du poijfon, principalement de mer. 67?
- côtes (167) : je dis heureufement, parce que fi la difette dupoifTon dépendait de pareilles caufes , on ne pourrait y apporter aucun remede. Cherchons donG ce qui peut occasionner la rareté du poiifon, qu’on remarque depuis un nombre d’années.
- 936. Il eft certain que les poiflons doivent plus prolpérer aux endroits où ils trouvent beaucoup de nourriture, & que cette circonftance les engageras s y ralfembler : ainfi, en détruilant fur une côte beaucoup d’infeétes & de petits coquillages qui s’élèvent du fond de la mer, 011 fait une déprédation considérable de la nourriture des petits poiifons , dont une partie chercheront une côte qui leur foit plus avantageufe ; & ceux qui relieront dans les parages dé-vailés , y profpéreront moins bien. Or il eft fenfible que le bouleverfement des fonds détruit les coquillages & les infectes : voilà déjà une caufe delà deftruc-tion du poiifon ; il ne la faut point perdre de vue 5 nous le ferons encore mieux appercevoir dans la fuite. Joignons à cette caufe de la deftru&ion du poiifon, qui dépend du retranchement de fa nourriture , celle du poiifon même.
- 937. Les poilfons du premier âge fe retirent, comme nous l’avons déjà dit, dans les bancs de varech , dans les anfes & fur le fond de la mer, pour éviter la violence du courant, qui les fatigue. O11 ne peut en douter, puifqu’avec les filets qu’on traîne fur le fond de la mer, on en emporte une quantité très-con-fidérable , que les pêcheurs jettent fur le rivage. Il eft encore certain qu’une grande quantité de cette menuife, qui eft trop faible pour réiifter aux courans, eft emportée par la marée montante & defeendante , puifqu’il en relie une quantité fi confidérable dans les guideaux, les étentes & les payes, qu’on en emplit des tonnes pour faire de la réfure , qu’011 en fume les terres , qu’on en engraifle des canards , ou qu’on en nourrit des cochons. Quelle énorme défi trudlion d’une matière aufii précieufe ! Une bande de canards, quelques cochons , dévorent en un jour de quoi empoilTonner toute une rade ; & peut-on concevoir que des pêcheurs, qui tirent leur fubfiftance du poiifon, quife donnent tant de peine & qui s’expofent à tant de dangers pour en prendre, ne s’oppofent pas à des abus aufii énormes \ Leur façon d’agir eft aufii peu rai-fonnable que le ferait celle d’un fermier qui ferait manger fes grains en verd par fes troupeaux, au lieu d’attendre la récolte. Mais, dira-t-011, il n’y a que
- ( 167 ) L’hiftoire philofophique & politique des établHTemens & du commerce des Européens dans les deux Indes , fait un calcul d’où il réfulte que la pêche d’une année en France fe monte à 21621g quintaux, valant enfemble près de fept millions. L’Angleterre pouffe fa pêche au double. En 1768, la France envoya 145 bâtimens &
- 1700 hommes, pour la pêche de la morue fur le banc de Terre-Neuve, il y eut de la perte fur cetce pêche. Pour le poiffon fec , la France employa la même année 114 bâtimens & 8022 hommes , qui en prirent 192528 quintaux ; & il y eut encore de la perte. Voyez hijt. philofoph. U polit. &c, tom. VI.
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- Cy6 DiJJertation fur ce qui peut occafionner
- peu de pêcheurs qui s’adonnent aux pèches uniquement deftinées à prendre ces petits poilfons. Cela eft vrai ; mais tous contribuent, quoique d’une façon moins fenfible, à la deftrudion du poiifon. Qu’on vifite tous les filets qu’on traine fur les fonds, les feines , les ailfaugues, les bouliers, les ganguis , les dreiges , les dragues : on les trouvera remplis d’une multitude de poilfons du premier âge, confondus avec ceux qui font alfez gros pour être expofés en vente }& tous étant pêle-mêle, & entalîes avec des algues, des pierres , du fable & de la vafe , font, pour la plus grande partie, meurtris , hoyés & prefi que corrompus. Ainfi il enréfulte non feulement la deftrudion. du petit poif. ion, mais encore une altération confidérable de celui qui peut être expofé en vente.
- 938- Comme les filets qu’on traîne, occafionnent un dommage proportionné à leur étendue , il eft évident que les chauffes, telles que les dragues & le chalus , n’endommagerontpas un auffi grand terrein que les filets en nappe, tels que la feine , la dreige de Haute-Normandie, les ailfaugues , bouliers & ganguis de Provence , qui font d’une grandeur énorme ; mais un grand nombre de petits filets font le même dommage qu’un feul grand. Il faut encore avouer que ceux qui font peu chargés de left , & garnis de beaucoup de liege, comme l’eft quelquefois le filet de la tartanne, ne bouleverferont pas autant les fonds que le filet qu’on appelle des bœufs, qui eft très-chargé de plomb & de fer. Ajoutons que ces pèches font encore d’autant plus deftrudives, que les filets font traînés avec plus de viteffe: d’où il fuit que la pêche aux boeufs, où le filet eft traîné par deux bateaux fous voiles , endommage plus les fonds , & détruit plus le poiifon que la tartanne, qui dérive côté en travers. Celui-’ ci permet à quelques petits poilfons de s’échapper entre les mailles , pendant que la viteife du gangui aux boeufs fait l’équivalent d’un courant qui force tous les poitfbns , fur-tout ceux qui font faibles, d’entrer dans la manche. Mais il eft exactement vrai de dire que tous les filets qui traînent fur le fond, caufent un tort énorme à la multiplication du poiifon , non feulement par la quantité de menuife queramalfënt ces filets, mais encore parce qu’en boule-verfant les fonds , ils détruifent quantité de poilfons ,. & les infedes qui font nécelfaires pour los nourrir.
- 939. Le mal eft encore plus confidérable quand on fait ces pèches dans la faifon du frai, dans les étangs & aux endroits peu éloignés de la côte, parce que tout le monde convient que c'eft dans ces endroits que les poilfons dépo-fent principalement leurs œufs.
- 940. On a voulu remédier à ces inconvéniens, en fixant la largeur des mailles ; mais pour peu qu’on y réfiéchiife , on appercevra que ce moyen 11e peut produire aucun bon eifet, à l’égard des filets qu’on traine, parce que par la tenfion du filet les mailles s’alongent & les fils fe rapprochent au point de ne
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- la difette du pbiffon, principalement de mer.
- laiffer prefque aucun intervalle entr’eux. Si Ton. joint à cela que ces filets Te rempliifent de varech , de vafe, &c. on concevra qu’ils font l’efiet d’une toile, ou d’un panier d’un tiifu fort ferré , d’où les plus'petits poiffons ne peuvent s’échapper. Les pécheurs l’entent intérieurement la vérité des faits que /j’avance 3 mais, fins faire attention que quand on dégrade fon fonds on perd fon revenu , ils ufent de toutes fortes de moyens pour éluder une ordonnance qui ne fait que diminuer un peu le mal : au lieu qu’ils devraient, s’ils entendaient bien leurs intérêts , defirer qu’elle fût plus févere, ou au moins plus exactement obfervée. Comme nous ne nous propofons pas, dans ce petit mémoire, de traiter à fond cette matière , en voilà alfez de dit fur les filets traî-; nans : nous allons examiner ce qui regarde les tentes ou étentes à la côte, qui comprennent les ravoirs, les jets , les palis & les parcs, tant ouverts que fermés , &c.
- 941. Le but de toutes ces façons de pêcher, eft de retenir les poiffons qui, s’étant portés à la*côte à la marée montante, doivent, à la mer defcendante , t retourner à la mer: mais pour remplir cette intention,'Ona imaginé bien des-moyens différons ; & comme les uns font plus.deftru.Cbfs que les autres., nous ; nous trouvons obligés de les fiiivre un peu en détail. On a vu, dans le corps de l’ouvrage, que les tentes ou étentes font des filets tendus à une plus grande ou moindre hauteur., en ligne droite ou circulaire , fur des piquets , & qu’ils doivent être bien tendus 5 & fermement attachés aux piquets qui les foutien-nent. Cela étant, la grandeur des mailles fùbfifte,.& c’efi; le cas de tenir la, main à ce qu’elles foient affez ouvertes pour que les petits poiifons puiiTent, paffer au travers fans réfiftance.-(Cependant cela ne fuffît pas , parce que dans certaines faifons l’eau entraîne avec elle du varech & d’autres immondices, qui, s’accumulant au bas du filet, forment une barrière impénétrable que les poilfons 11e peuvent franchir. Cela n’arriverait pas, fi, conformément aux ordonnances , on biffait entre le pied du filet & Iç fond un efpace luffifant pour que ces immondices, affez pefantes pour aller au fond , pufient fuivre le cours de l’eau , fans être arrêtées par le filet. Quelques pêcheurs fe conforment à la réglé, en tendant au-deffus du fond, des manets pour prendre des harengs, des maquereaux, des rougets, &c. Mais plufieurs, non contens de faire porter le filet jufques fur le terrein & de le charger de pierres , Penfablent, afin que rien ne puiffe palfer par-deifous. Ceux-là retiennent beaucoup demenuifè, fur-touc quand les mailles de leurs filets ne font pas grandes 5 car le défordre: n’efl pas aufii confidérable, quand ils tendent iùr leurs piquets des filets du genre des folles , dont les mailles ont cinq, fix à huit pouces d’ouverture. Ces ; filets qui peuvent retenir les raies , les turbots , les citurgeons & autres gros , poilfons, iaiilênt un libre paffage aux petits, lorfque les immondices ne ferment pas les mailles. Il y a quelques pêcheurs qui, pour ménager leurs filets,
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- 678 Dijjerfation fur ce qui peut occajtoimer
- les tenderît de forte que la tète foit quatre ou cinq pouces plus baffe que la furface de l’eau , afin que les corps légers partent par-deifus. Cette attention ell très-bonne pour ménageries filets ; mais elle elt peu intéreflante pour la confervation du poilfon , qui 11e le tient guere tout près de la fuperficie de-l’eau.
- 942. Une autre efpece d’étente à la baffe eau, font les manches de filet qu’on tend en nombre dans les endroits où la marée retirante forme des cou-ratis rapides. Quand ces manches font précédées de grandes ailes, elles for-riient des parcs ouverts. Ces pêcheries font encore plus préjudiciables à la multiplication du poiifon, que les étentes fimples, parce que tout fe rend dans une manche dont les mailles font toujours fort ferrées , où les poiifons gros & petits font entaifés pêle-mêle avec des immondices , au point d’ètre étouffés, écrafés , meurtris & au moins fort endommagés, à force detre comprimés par la force du courant. Tous les inconvéniens que nous avons fait remarquer à l’occafion des étentes (impies, ont lieu à l’égard des pêcheries dont nous parlons ; mais nous remarquerons qu’on diminuerait le dommage à l’égard des parcs , fi l’on fubftituait auxnafl’es, bourgnons & manches de filet, des ouvertures de deux où trois b rafle s de largeur, qu’011 fermerait avec des filets qui auraient des mailles de deux à trois pouces d’ouverture. Malgré cette attention, il faudrait tenir la main à ce que tous les parcs fuffent ouverts depuis le mois de mars jufqu a celui d’août ou feptembre ; car on eft effrayé de voir les pêcheurs parquiers obligés d’emporter à la pèle une multitude de petits poiflons confondus avec des immondices de toute efpece , & qui en f<T corrompant, répandent une odeur des plus infedtes.
- 943. Pour réfumer ce que nous venons de dire, nous ferons remarquer ï*. que comme tous ces filets tendus à la baffe eau , font placés dans les endroits où il y a beaucoup de courant, les poiflons gros & petits font entraînés malgré eux dans le filet, où ils font comprimés & entaifés avec les immondices. 2°. Que les algues, varech & autres plantes marines, fermant les mailles , ne permettent à aucun petit poiffon de s’échapper, fur-tout à ceux qui font trop faibles pour vaincre les moindres obftacles. 3**. Si ces pêcheries font faites ou terminées par des filets ou manches, le courant de l’eau tend ces filets au point que les mailles font entièrement fermées ; &. quand il ne s’y amafferait pas d’immondices , les plus petits poiflons pourraient s’échapper. 40. En vain dirait-on que les pêcheurs remettent ces petits poiflons à l’eau ; ils font fi peu occupés de leurs vrais intérêts , qu’ils n’en prennent pas la peine} mais quand ils auraient cette attention , il n’en échapperait prefqu’aucun : c’ert pourquoi 011 trouve à la baffe mer fur les grèves & à l’embouchure des rivières , qui font toutes couvertes de ces étentes & parcs, des tas de inenuife, dont les oifeaux fe nourriffent en attendant que le retour de la marée les
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- entraine ; car les pêcheurs abandonnent cette menuife: comme inutile.
- *’ 944- Ces étentes & parcs détruilent donc beaucoup de pètit poilïcn, & peut-être plus que les filets qu’on traîne : mais elles ne bouleverfent pas les fonds; & les poilfons qui s’élèvent dans les bancs d’algue ou fur les fonds, principalement aux endroits où il y a peu de courant, refient tranquilles.
- 945. Il eft certain que , fi l’on interdifait entièrement les pêches dont nous venons de parler , la côte fe repeuplerait ; mais comme à l’égard des parcs , il y en a qui font établis par titre & exclufivement à tout autre , on r.e pourrait à leur égard que diminuer les abus , en leur ordonnant de faire de grandes ouvertures à l’accul de leurs parcs, leur défendant d’y mettre des manches, les obligeant d’yfubllituer des nappes de filets , dont la grandeur des mailles foient fixées , & leur enjoignant de les tenir entièrement ouverts dans certaines faifons , où les petits poilfons donnent beaucoup à la côte.
- 946. Mais , dira-t-on , fi vous interdiTez toutes les pèches , il fera inutile de laitier la mer fe peupler de poiifon, puifqu’on n’en profitera pas. je fuis bien éloigné d’avoir un projet aulfi ridicule ; il y a quantité de façons dépêcher, que je confeille non feulement de conferver , mais que je voudrais qu’ou protégeât, même qu’on encourageât. De ce genre font toutes les pêches aux hains , qui n’endommagent pointles fonds & ne détruifent point la menuife , en même tems qu’elles confervent aux poilfons que l’on prend toute leur bonne qualité ; aucuns ne font hoyés ou meurtris, & tous peuvent être tranf. portés fains fort loin dans l’intérieur des terres.
- 947. On peut en dire autant des filets, folies ou tramaux, qu’on tend par fond & fédentaires , même lés verveux qu’on tend dans les étangs & les eaux dormantes. Nous mettons encore au nombre des pèches qui ne font aucun préjudice à la multiplication du poiifon, les manets & les tramaux, qu’011 tend entre deux eaux fédentaires ou à la dérive. Et ceux qu’on tend au bord de l’eau fur des perches , peuvent être mis dans cette clalfe, foit qu’ils foient du. genre des tramaux ou des manets, pourvu qu’il y ait au moins un pied de diflance entre le pied du filet & la fuperneie du terrein.
- 948. Les éperviers qu’on traîne fur le fond doivent être mis au nombre des feines & des autres filets de même genre ; mais je ne vois pas pourquoi 011 défendrait la pêche de fépervier que l’on jette. On apperqoit au fond de l’eau de beaux poilfons; on les couvre avec fépervier, il n’en réfulte ni le bouleverfement des fonds, ni la deftruéti’on de la menuife. J’en dis autant du carreau ou carrelet.
- 949. On condamne la pèche au harpon ou à la fichure, fur ce qu’on dit que ceux qui font blelfés & qu’on ne prend pas, courent rifque d’en mourir. Cela peut être : mais qu’on compare ce petit dommage avec la deflru&ion énorme de menuife qu’occafionnent les filets qu’on traîne fur les fonds, &
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- 68o • Dijjertation fur ce qui peut occafionncr
- la plupart de ceux qu’on tend en parcs, en guideaux, &c.
- 950. On condamne la pêche au feu : on a raifon quand on enveloppe avec un filet à petites mailles tous les poiifons que le feu attire ; mais je ne regarde point cette pêche comme deftructive, quand ou ne harponne que les gros poiifons qui fe préfentent à la lumière , ou une infinité de petits , qu’il n'y a point à craindre de détruire : tels font les anguilles (i£g).
- (168^ fa fociété économique de Spalato a porté fon attention fur la pêche qüi fe fait fur les côtes de la Dalmatie Vénitienne. M. le docteur Moier, préfident de cette fo. ciété, nous apprend dans une differtation très.intérelfante, que la pêche devient tous les jours plus mauvaife dans ces parages. Ceux qui veulent aligner les caufes du mal, l’attribuent aux'changemens qu’ont éprouvé par la culture les’rivages voifins. Les montagnes font dépouillées de bois, les rivières & les torrens entraînent une plus grande quantité de fables & de débris de rochers, qui couvrent les fonds , & enlèvent aux poiifons leur nourriture ; ce qui les a engagés à ne plus fréquenter , dans leur pailage , des bords où ils ne trouvent plus à manger.
- Cette folution porte fur un principe que l’on peut juftement contefter. On fuppofe que les fardines font un poiifon de paflage ; mais les obfervations du docte préfident concluent toutes pour la négative. Il fem-ble que ces animaux éclolcnt fur les côtes & s’avancent en haute mer , à mefure qu’ils çroilfent. Ceux qu’on pêche près de l’isfe de Bua , la plus éloignée de la terre ferme, font inconteftablement les plus gros. Cette différence s’obferve conftamment fur toutes les côtes de la Dalmatie & de l’Albanie.
- Il eft vrai de dire que dans certains lieux les torrens rencontrent moins d’obftacles , entraînent à la mer une plus grande quantité de terres, de pierres, &c. Mais il y a beaucoup d’endroits où les côtes font abfo-lument libres & dans le même état où on les voyait lorfque la pêche était la plus abondante, D’ailleurs on ne connaît pas encore affez quelle eft la nourriture propre à chaque efpece de poiflon. On ignore fi les far-
- dines fe nourriflent d’herbes, de fruits, ou d’infectes ; fi toutes les efpeces d’infedtes font également propres à fatisfaire leur appétit.
- Une caufe beaucoup plus probable & plus générale de la diminution trop fenfible des pêches fur cette côte, c’eft la multitude de filets qu’on traîne fur les fonds ( en italien^jhafcini ), qui troublent le repos des poiifons, détruifent leurs retraites, les épouvantent, les chaifent, & fur-tout enlevent une quantité prodigieufe de me. nuïfe , qui à fon tour ferait devenue de gros poiifons.
- ,M. le dodeur Moier donne dans fon mémoire une idée delà pêche pratiquée fur les côtes de Dalmatie. On peut, dit ce fa-vant, réduire à trois claffes les pêches pratiquées dans nos mers, & dans les provinces voifines ; la pêche à la traîne (pef-ca a tratte ) ; la pêche à la parangale-, & les petites pêches (pefca alla minuta ).
- La première forte de pêche eft curieufe. On emploie de grands filets , qui forment dans le milieu un fac, ou une efpece de chambre affez vafte. Le filet eft armé de plomb dans fa partie inférieure , & de liege dans fa partie fupérieure. Sa hauteur ordinaire eft de 27 braches & trois quarts ; fa longueur , de cent vingt-cinq. Aux extrémités font attachées des cordes de cent vingt-cinq braches chacune , & plus, félon qu’on veut s’éloigner plus ou moins du rivage. Vers le milieu du fac eft une couronne de liege , à laquelle tient une autre corde liée par l’autre bout à un petit tonneau. Elle fertà tenir le filet en réglé , & à diriger fa marche. C’eft l’office du directeur de la pêche. . , (
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- la dîfetts du poijjcn, principalement de mer, <rg t
- 9^r. Si l’on fe bornait à autorifer ces fortes de pêches , le public ferait pourvu de poilfons plats , raies, turbots , foies , carrelets 5 &c. au moyen des
- Quatorze perfonnes, compris le directeur , tout cette pêche dans trois petits bà-timens. La plus grande barque, nommée en italien leuto , peut avoir de vingt - fix à vingt-huit pieds; les deux autres nommées guettes , n’en ont que vingt-deux. Le leuto porte la provrtion ; chacune des deux gaët-tes elt conduite par trois hommes , dont le plus intelligent elt le porte-flambeau , il lurninatorc.
- La pêche commence à la fin du printems & dure touc l’été. On préféré pour cela les nuits obfcures, lorfque la lune n’eft point fur notre horifon. Il faut aulfi qu’il y ait un grand calme.
- Comme cette pêche eft affujettie à certains droits , elle elt dirigée.par un officier nommé il ahbocatore de U’ dazio délia pcf-cheria. Tous les pilotes ou direéteurs de pêches ralfemblés fous Ces yeux, tirent au fort.-.les polies qu’ils occuperont la première nuit; & ils en changent régulièrement toutes les nuits fuivantes.
- Quand le tems elt propre, toutes les barques lé rendent à leur porte. Le leuto qui porte le filet, s’approche de la terre , où il refte à l’ançre. Les deux gaè'ttes s’ancrent auffi à quelque diftance du rivage. Un peu après minuit les porte‘flambeaux allument leur feu dans chaque gaëtte. Ce feu eft placé dans un grand réchaud de fer, attaché du côté droit de la proue. On l’augmente infenfiblement, & le porte - flambeau va chercher la trace des poiflons dans toute la circonférence du porte , en avançant juf-qu’à un mille en mer. Ce pêcheur eft affis à côté du réchaud, tenant à la main un filet de menue corde, qui plonge dans l’eau, & au moyen duquel il obferve attentivement la marche du portion.
- Il n’ell pas fi facile d’appercevoir la pré-fence du poiffion , fur-tout lorfqu’on eft à une certaine hauteur. Les pêcheurs la re-Tome V,
- connaiflent à deux marques. La première , ce font de petites bulles lumineufes qui s’élèvent du fond de l’eau. Chaque efpece de portion fait paraître des bulles , que des yeux exercés diftinguent aifément. Celles des fardines font un peu plus grandes qu’un grain de mil, brillantes, & fémblables pour la couleur à l’argent le plus? pur. Si l’on découvre un grand nombre de ces bulles , dans pluiïeurs points différens, cela, annonce un banc très-nombreux. Si elles partent fréquemment du même point, on en conclut que le banc eft petit.
- La fécondé marque eft le frémiftement que refient le porte-flambeau dans le filet: qu’il tient conftamment à la main. Chaque forte de portion vient y frapper d’une maniéré differente. La fardine s’y frotte avec toutfun corps, tandis que les autres poilfons s’y heurtent dans un feul point.
- Lorfqu’on eft averti par l’un de ces lignes, que les fardines font au-deftotis de la lumière , on ralentit le mouvement du ba. teau , & l’on augmente le feu , afin de raf-fembler toute la maflè des 'poilfons qui vont en troupe. Le rameur avertit à haute voix le patron de la pêche , qui fe difpofe à jeter le filet, tandis que les gaëttes voguent lentement vers le rivage. Le feu doit être très-vif & toujours plus fort. Lorfque le porte-flambeau juge le moment favorable , on jette le filet. Le directeur fait débarquer deux de fes gens , qui tiennent ferme une des extrémités du filet ; il s’avance en le développant, jufqu’à ce qu’il ait fait le tour de la gaëtte : alors il fe rapproche de terre pour y débarquer le refte de la chiour-me avec les cordes qui tiennent l’autre bout du filet. Retournant enfuite à la mer, il s’empare de la corde attachée au milieu du fac, & il donne le fignal de tirer le filet , qu’il a foin de diriger enforte que les ailes foient toujours parallèles. Les huit perfon-R r r r
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- Diffcrtation fur te qui peut occafionner
- folles & des tramaux tendus par fond. Avec les filets du genre des manets, on prendrait des mulets, des rougets , des maquereaux, des harengs, des
- nés qui font à terre tirent alors le filet ; le porte-flambeau refteau milieu dans fa gaët-te , où il entretient le feu. Lorfque le bout des ailes eft tout près de terre, on jette tout à coup le feu dans la mer, & le bateau s’échappe hors de l’enceinte. Les poiffons fe trouvant dans l’obfcurité , font pris par les pêcheurs dans les replis du fac.
- On obferve de ménager les rames de façon qu’elles agitent le moins qu’il eft pof-fible la furfacede l’eau. On peut élever la voix , & même crier, fans que les poiflbns s’effarouchent j mais le moindre mouvement dans l’eau peut les faire fuir. Le bois le plus propre à entretenir le feu eft le pin le plus réfineux.
- En 1775 , 1YL Moîer a tenté d’introduire dans ces parages la pêche des mulets ( en italien cefali') avec de grands filets. Un fuppofe que ces poiffons s’approchent en troupe de l’embouchure des rivières, pour y dépofer leur frai. Us fe mettent en marche dès les premières pluies, au commencement d’octobre. La pêche dure jufqu’au milieu du mois fuîvant. Dix perfonnes font la manœuvre dans une barque de 29 pieds de long. Le filet qu’on y emploie eft beaucoup plus fort, plus haut, & trois fois plus long que celui avec lequel on prend des far-dines. Tout l’art confifte à enfermer le poif-fon entre le rivage & le filet, qui forme un demi cercle. Le patron de la pêche tend le filet & en dirige les mouvemens ;les deux gardes (guardic. ) fuîvent les bords , en obfervant les compagnies de mulets, qui s’en approchent. On choiiït les tems orageux ; & comme on travaille de jour , les gardes apperçoivent aifément leur proie. Les mulets nagent près à près , & le bord de leurs levres forme fur la furface de l’eau une efpece de marqueterie qui les annonce de loin , & prépare leur perte. Trois ou quatre mulets de la plus grande taille diri-
- gent la marche. Comme ils vont toujours en ligne droite , on peut déterminer l’endroit où ils s’arrêteront tout près du rivage , à fe frotter contre les rochers. Le patron , inf-truit par des fignaux, les fuit de près ; on arrête un des bouts du filet à un piquet fur le rivage, & on les enveloppe avec le refte. Tout d’un coup on jette le filet à l’eau , & l’on fe hâte de le tirer à terre. Le moindre retard eft dommageable: les mulets fautent par-deffus les flottes ; ce font les poiffons les plus hardis & les plus vifs de ces mers.
- La pêche à la parangale fe fait dans une gaëtte ou barque , conduite par quatre ou fix perfonnes ,avec huit ou fix bouraques. Ces bouraques , cofe diparangale , ne font autre chofe que des paniers ou naffes d’o-fier, ronds, fans couvercles , d’environ deux pieds de diamètre , avec deux anfes peu élevées, dont l’une porte une longue corde, garnie d’hameçons , qui tiennent à des bouts de ficelle de la longueur du bras. L’autre bout de la corde eft divifé en deux, dont l’un porte une pierre & l’autre une citrouille. La corde du grand paran-gaîe a une étendue dë fix cents pas , chacun de deux braches & demie ; celle du petit parangale n’a que quatre cents cinquante pas de long. L’une & l’autre portent trois cents hameçons, mais placés à une difi tance différente. La première a des hameçons plus gros & plus forts. On les amorce avec toute forte de petits poiffons. Les grandes parangalifes fe mettent en mer vers la mi-novembre , & continuent leur pêche jnfqu’à pâques. Elle fe fait dans les golfes ouverts. Dès qu’on eft arrivé dans le lieu qu’on a choifi, on garnit tous les hameçons de quelque petit poiffon , & on les jette à la mer, trois ou quatre heures avant le jour. Le maître du bateau doit êtrs in fi truit des lieux où fe tient le poiffon , qui s’écarte de terre à mefure que la faiftm
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- , la difette du poiffon, principalement de mer. 633
- fàrdines, 8cc. Les tramaux tendus entre deux eaux mettraient en état de pretia dre de toutes fortes de poilfons, ainfi que les différentes pèches aux hains; & pour que ceux-ci fuifent pourvus de bons appâts , on permettrait de pécher des harengs hors la faifon. Les bourdigues, les madragues, les thonnaires, les courantilles , les palamides fourniraient de gros poilfons, fans caufer de grands dommages aux petits. Alfurément, en n’employant que ces façons de pêcher , & interdifant toute forte de pèche dans les étangs falés, où il s’élève une immenfe quantité de poilfon , les côtes le repeupleraient de poilfon , & on en prendrait une grande quantité avec les hains & les filets flottans entre deux eaux, ou tendus fédentaires par fond; mais j’avoue que cette police foulfrirait de grandes difficultés. Combien y-a-t-il de gens qui ne s’occupent queafii moment préfent ! Ils emploieraient tout leur crédit, & mille mauvaifes raifôns, pour autorifer quelques epècheurs qui leur..promettraient de bons poilfons gratis , à faire les pèches les plus préjudiciables; d’autres produiraient des titres pour fe prétendre à l’abri de tout réglement. Enfin, comme les pèches les plus préjudiciables fe font la nuit, il faudrait s’armer en guerre, pour aller prendre en défaut les pêcheurs qui exercent leur métier loin des côtes.
- 952. Mais dans ce petit mémoire je n’ai prétendu , ni rapporter tous les abus des pêches, même ceux qui me font connus , ni former le modèle d’un nouveau réglement, je ne m’érige pas en législateur ( 169), ni indiquer les moyens de le faire exécuter: mon unique but a été de faire connaître en gros quelles font les principales cailles de la delfruêfion du poilfon fur nos côtes ; c’efi à ceux qui feraient chargés par le miniltere de travailler à es grand ou-
- s’avance. A la pointe du jour, dans les nuits où il n’y a point de lune, on commence à jeter les parangales , que l'on place ordinairement en droite ligne , les unes à côté des autres. 11 ne faut pas lailfer trop long-tems les hameçons à la mer, autrement les poilTons qu’on a pris deviennent la proie de quelqu’autre poilfon.
- La troifieme efpece dépêché eft nommée a la minuta. Ce font toutes les petites pêches, dont la plupart font connues en France & en Allemagne , & dont on a vu jufques ici une delcripdon fuffifamment détaillée.
- ( 169) Sans prétendre m’ériger en légif-lateur , je crois pouvoir ajouter ici. que la caufe qui doit précipiter la ruine des pêches fur les côtes de France, c’eft l’augmen-
- tation progrelTjve des droits. A Dieppe , un pêcheur de trente à foixante tonneaux , qui payait auparavant pour congé 4 liv. 10 f. pour rapport ? liv. fl f. 6 d. paie actuellement ç liv. fl f. ; d. d’une part, 4 liv. ig f. 6 den. de l’autre ; total 10 liv. 6 fols 6 d. augmentation 2 liv. 8 f. 3 d, Un bateau qui fait la pêche des foies, paie actuellement de plus , pour conge & rapport 1 liv. 17 f. 3 d. pour feux 6 liv. 1; f. , total 8 liv. 13 f. 3 d. La pêche du hareng 17 liv. 6 f. 6 d. C’eft ?4 liv. 13 f que paie d’augmentation le bateau qui fait les trois pêches. Il y a à Dieppe douze bateaux qui vont aux foies , à 10 liv. 6 f. 9 d font 124 liv. 11 f. Soixante au maquereau , à 8 liv 13 f. 3 d. font ç 191. 1 $ f. Cent aux harengs , à 17 liv. 6 f. 6 d. font 1732 liv. 10 f. Trente-quatre R r r r ij
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- (584 Differtatîon fur ce qui peut occ 'ajiormer h 'difette du poiffom
- Vrage , à méditer fur les moyens de le bien exécuter, ayant en vue l’avantage des pêcheurs , les'droits des particuliers, Futilité du public, & mettant à part leurs intérêts propres.
- aux pêches fraîches , à 8 liv- i ; f. ? d. font 294 liv. 10 f. 6 d. Total 2671 liv. 6 f. 6 d.
- Une terreneuvier de foixante à cent tonneaux , lequel payait ci-devant Congé , . . . . 191. 2 f.
- paie aujourd’hui ; Congés41. ç f. 10 d. Rapport 17 6 7
- Expédition de rapport 2 ï8 6
- En tout 44 10 u
- En outre les feux à
- raifon de 20
- 11
- Rapport..............15 19
- Expédition de rapport .2 2 6 d.
- En tout . . ? 6 Total 64 10
- Voyez gazette d’agriculture de commerce, arts & finances, du 28 mai 1776.
- F I N.
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- ( «Si )
- T .a :b jl je:
- DES SECTIONS, CHAPITRES ET ARTICLES, ,
- Contenus dans ce volume.
- Introduction................ v . . . . page 3
- PREMIERE SECTION.
- Pêche aux hameçons : conjectures fur l’invention de cette pêche. 16
- CHAPITRE I. Considérations générales fur la pêche aux hameçons.
- page 17
- ARTICLE I. Avantages particuliers à la pêche aux hameçons. ibid.
- II. Explication de quelques termes particuliers à la pêche aux hameçons. 19
- III. Cordes , bauÿ'eS) lignes, empiles. 22
- IV". Façon de fabriquer les cordes , lignes
- & empiles. 24
- V. Différentes maniérés d'empiler les hains. 27
- VL Hains dont on fe fert pour prendre différentes efpeces de poiffons. 28
- VIL Fabrication des hains. - 3 S
- Etamage des hains. 42
- VIII. Dfférens ufenfiles , dontfe fervent
- les pêcheurs cordiers. 46’
- IX. Appâts , pour garnir leurs hains, 4 g
- X. Saifons les plus favorables pour la
- pêche aux hains , &c. 6O
- XL Barques , bateaux , chaloupes quon emploie pour la pêche aux cordes & aux hains ; & de ceux quon appelle palangriers fur les côtes de la Méditerranée. 6 3
- Barques longues de Dunkerque.
- 67
- Bateaux pêcheurs de Boulogne. 67 Bateaux pécheurs cordiers, de la riviere de Somme. ibid.
- Bateaux cordiers d’Abbeville, ibid. Bateaux pêcheurs de Cayeux. <5g Bateaux cordiers, dits grands clin-quarts de S. Valéry. ibid.
- Bateaux du Tréport & du bourg d’Ault. 69
- Dogres. ibid.
- Gondoles ou grands dragueurs. 70 Crevelles ou caravelles. ibid. Bateaux pêcheurs du Polet, de Dieppe & des environs. 71 Grandsbateaux pêcheurs du Polet, nommés à cul rond ou à queue cVoifon. ibid.
- Grandes quenouilles ou bateaux bâtards du Polet, &c. 72
- ’Warneteursdu petit Veule. 75 Yolles ou bifeayennes. ibid. Bateaux pêcheurs du Havre, ibid. Bateaux pêcheurs de laHougue.ii?. De la pêche à Dinan, 74
- à Lanniom Ibid.
- Bateaux fur la Garonne. ibid.
- Bâtimens dont on le fert fur la-Méditerranée. 7f
- Petits bateaux qui fervent pour la pêche qu’on nomme tiîlolle ou t U lotte, 76
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- TABLE DES SECTIONS,
- Art. XII. Conventions que les pêcheurs font entre eux quand, ils pêchent en commun. page 78
- XIIL Récapitulation du chapitre I. 81
- CHAPITRE IL Détail des dijjéren-tes efpeces de pêches qu'on fait . avec les bains. ibid.
- Art. I. Pêche à la perche ou à la canne.
- . ' 82
- Différentes maniérés de faire les perches pour cette pèche, ibid. Différentes lignes qu’on emploie pour la pêche à la canne; la maniéré de les faire & d’y attacher les ha ins. 8 y
- Différentes maniérés d’amorcer les hains pour la pêche à la ligne. 9 r Infeôtes naturels & artificiels qu’on emploie en Angleterre pour la pèche à la canne. 97
- Choix du lieu pour la pèche, J04. Appâts de fond. ioy
- Précautions pour engager les poil-ions à mordre aux hains, & pour les tirer à terre quand ils ont mordu. 106
- Maniéré de pêcher en fe promenant. 108
- Ligne dormante tendue au bord de l’eau. 11 o
- Pèche à peu près femblable à la précédente, & qu’on pratiqué au bord des étangs Talés. ibid. Pèche à la perche au bord de la mer. ibid.
- Pèche à la perche dans des bateaux.
- 111
- Pèche fur la côte de Guinée, ibid. U. Différentes pêches avec des lignes fmples fêdentaires. 113
- Bricolles tendues au bord des rivières & des étangs. 11 y
- Lignes llmples & dormantes, atta-
- chées à la circonférence d’un cerceau. page 117
- Lignes dormantes, attachées à un plomb. ibid.
- Pèche avec des lignes dormantes, qui Te pratique en Bretagne, oc de celle que les Provençaux appellent la fourqnette. 118 Pèche peu différente des précédentes, & que les Provençaux nomment coujfe de palangre, ib. Pèche à l’archet. 119
- Pèche ditepotera. ibid.
- III. Pêches quon fait au bord de la mer ,
- furies grèves & le fable3 avec des lignes fdentaires. ibid.
- Pèche nommée petite cabliere. 120 Cordes dormantes & fêdentaires, au bord de la mer. 121
- Pêches fur les grèves avec des baut-fes enfouies dans le labié. 122 Pèche à la bauffe fédentaire. ibid. Pèche appellée aronàelle ou ha-rouelle, aux environs de Saint-Brieuc. ibid.
- Pèche qu’on nomme tente fur pâlots ou piquets. 123
- Cordes qu’on nomme de pied dans le Boulonnais. 124
- IV. Pêches avec des lignes fmples , qui
- ne font pas fêdentaires. ibid.
- Pèche qu’on appelle en quelques e n d roi ts au doigt. 12 y
- Pèche nommée bolantin à la côte de Valence. ibid.
- Pèche du germon avec une ligne fi m pie. 12 6
- Pèche de la morue avec des lignes llmples. ibid.
- Pèche du thon à la ligne fimple. ib. Pèche à la ligne fimple déns de fort petits batelets. 127
- Pèche aux lignes fimples avec de petits radeaux. ibid.
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- CHAPITRES ET ARTICLES.
- 687
- Pèche dite catimaran, avec des lignes limples. page 127
- Pêche fur des étangs avec des corps flottans. 128
- Pèche du même genre , pour fe divertir. . i bid.
- CHAPITRE III. Des grandes pèches aux cordes garnies de lignes & cHhains, qu'on fait dans les rivières , les étangs & a la mer. ib.
- I. De la pêche aux cordes dans les eaux douces, & en mer, à Uîiepetite difi tancedela cote. 130
- Cordes chargées de lignes, qu’on tend dans les rivières & les étangs , & qu’on nomme lignes dormantes. ibid.
- Pèches par fond , que l’on pratique à une petite diffance de la côte.
- Pèche aux cordes & par fond entre les rochers. ibid.
- Diverfes maniérés de pratiquer dans diff'érens pays les pèches dont nous venons de parler. 132.
- IL De la grande pêche aux cordes, eupa-langre , quon fait au large, page 133 Grandes pèches par fond. ibid. Pêche à peu près femblable, furies terres de l’état eccléfiaftique , & qu’on nommepielago. 13 7
- III. Pêche aux cordes flottantes, dérivant
- à la marée , qu'on nomme en quelques endroits bélée. ibid.
- Pêches qu’on fait entre les rochers avec des cordes flottantes. 138 Pèche que les Napolitains appellent paranchnfe. 139
- IV. Pêches oit les cordes s'étendent depuis
- la fuperficie de Veau jufqu au fond de la mer, en décrivant une diagonale dans lefuide. ibid.
- Pèche qu’on nomme traîner la balle. 140
- Pèche au libouret. 141
- Pèche au grand couple. 143
- Récapitulation de ce qui a été dit dans cette première feciion. 144 Explication des figures de la première feélion. 153
- SECONDE SECTION.
- Des filets & des différentes façons de les employer pour plufieurs fortes de pêches...........................................page 15 f
- Introduction. ................................* . ibid.
- CHAPITRE I. Des filets, de leur fabrique, de leur entretien, efij de leurs différentes efpeces. 157
- ARTICLE I. Idée générale des différentes efpeces de filets. j yj
- II. Fabrication des filets. 16*0
- La meilleure maniéré de conftater ia grandeur des mailles. J62. Diff'érens petits inftrumens qui
- fervent à lacer ou mailler les filets. 103
- Explication de quelques termes qu’emploient les mailleurs. i6<5 Différente forme des mailles. 168
- III. Maniéré dont je font dffêrens nœuds qui joignent les fils les uns avec les autres. ibid.
- Manière de faire le nœud fur le pouce. 169
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- 688
- TABLE DES
- SECTIONS
- Maniéré de faire le nœud fous le petit doigt. page 170
- IV. Maniéré de travailler les filets. 172 Maniéré de travailleras filets donc
- les mailles font en loiange. ibid. Comment on bride un filet à mailles en lofange. 177
- Maniéré'de joindre enfemble deux filets, au moyeu des mailles dont nous venons de parler. 176
- V. Ce que à ejl qu enlarmer un filet, ibid.
- VI. Accrues. 177
- VIL Comment on diminue la largeur
- des fidets. 173
- VIII. Façon de travailler Les mailles
- quarrées. 179
- Comment on fait un filet à mailles quarrées qui foit plus long que large. i§2
- IX. Maniéré de faire un tremail, tramait , ou filet contremaillê. ibid.
- x. Comment on fait les filets ronds , foit cylindriques, foit coniques. 134
- XI. Maniéré de travailler un filet rond, qui ait une ou plufieurs entrées fembtables à celle dlun verveux , & que quelques-uns nomment goulets. 1 g 9
- XII. Raccommodage des filets. 137
- XIII. Comment on garnit de lefi & de
- flottes les bords des filets. 19 r
- Comment on garnit de corps légers ou de Hottes le bord du filet qui doit tendre vers la furlace de l’eau. 192
- Comment on garnit de left le bord inférieur du filet. 195
- XIV. Du tannage des filets. 194
- Récapitulation. 199
- CHAPITRE JI. De plu jim fs pêches au filet qui fe font fur le rivage , ou dans un bateau, à une petite
- difiance du bord. page 205
- I. Epzrvier, nommé auffi furet, rif. feau , &c. 201
- Faconde traînerl’épervier, ufitée dans de petites rivières. 201 Maniéré de jeter l’épervier, 207 Autres façons de pécher à l’éper-vier. 206
- IL Pèche qu on fait avec le carreau, le carrelet ou carré, le calen ou venturon, & l'échiquier ou hunier. 20§
- Pèche au carrelet, qu’on nomme calen ou venturon. 210
- Pêche à l’échiquier du hunier, ibid. Circonflances où l’on emploie des appâts pour attirer le poifîon. 211
- III. P eûtes pêches qui fe font au bord des eaux avec différons infirumens ‘} tels que la truble ou le lanet, le tamis, la
- caudrette , labouraque. 212
- La truble. 215
- Le tamis. 217
- La chaudière ou caudrette. 216 La bouraquç. 219
- IV. Suite des pêches qui fe font eu bord de Veau ou à une petite difiance du bord, avec des filets un peu plus grands que ceux dont il a été quefiion
- dans l'article précédent. 221
- Le bouteux. ibid.
- La grenadiers. 224
- Bouteux nommé favre. 22f
- V. Suite des pêches qui je font au bord de Veau ou d une petite difiance du bord, avec des filets un peu différens de ceux dont il a été quefiion dans l'article précédent. 226
- Le grand haveneau ou havenet fé-d enta ire. ibid.
- Grande pèche au haveneau. 228 Pèche au haveneau dans de petits bateaux. ibid.
- Fèche
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-
- CHAPITRES ET ARTICLES.
- 589
- Pèche du haveneau dans l’amirauté de la Rochelle. page 230
- La bichette ou favenelle à deux arcs croif'és. ibid.
- Savenelle , faveneau, favonceau , qu’on nomme encore coller et à main, & en provençal, faufay-ron. 2?i
- Bout de quievre. ibid.
- Autre efpece de petit haveneau qu’on pouffe comme le bouteux.
- Sac de toile en forme de poche, ib. Pèche à la faux. ibid.
- CHAPITRE III. Pêches qu'on fait fur le rivage, ou à une petite dif-tance du rivage, avec des filets Sédentaires, en forme de manche, qu'on nomme guideaux, ver-veux, &c. 233
- Art. I. Guideaux Jinïples. 234
- Idée générale fur la tente cfes guideaux. 21 f
- Tente des guideaux à hauts éta-liers. 2lS
- Tente des guideaux à bas éta’iers.
- . ,233
- Comment on a perfectionne les guideaux. ibid.
- IL Verveux ou verriers , qu'on nomme auffi renards. ' 239
- Verveux à plufieurs entrées. 241 Façon de tendre ces verveux. ibid. Maniéré de tendre les verveux doubles. 242
- Petits verveux nommés en Languedoc bertoulens. 241
- Verveux qu’on tend fur les grèves au bord de la mer & entre les rochers. 244
- Appâts qu’on met dans les verveux (impies. ibid.
- III. Guideaux & verveux qui font précè-Tome V.
- dès dè ailes. page 24>
- Façon d’ajufter des ailes aux verveux , qu’on nomme louves. Verveux pierrés & flottés, tendus ' dans des flaques d’eau & des ma-- res. ibid.
- Maniéré de tendre des guideaux ou des verveux dans des flaques d’eau où il y a peu de courant.
- 247
- Moyens qu’on emploie pour rendre
- la pëcheauxguideaux&aux verveux plus abondante , en augmentant la vîtelfe du courant.-ibid.
- Tente des guideaux & verveux dans les gors. _ 248
- Tente des verveux dans les haies.ib. Gors, verveux ou guideaux qu’011 établit fur les grèves au bord de la mer. . 249
- Conclufîon de cet article. ibid* IV. Naffes. 2<{0
- Bouraches ou naffes qu’on^ tend dans les rochers, & des naffes des Provençaux. ' 2gfl
- Paniers de bonde. 2f2
- Naffes en forme de truble, pour prendre des anguilles dans la mer. > 2y?
- Naffes pour prendre des anguilles, principalement dans les rivières.
- ibid.
- Naffes pour les éperlans. 2f4 Grandes naffes. ibid.
- Na (Te que les Provençaux appellent lance,gombin, gambin. 2ff Naffes avec lefquelleson prend des lamproies auprès de Nantes, ib. Naffes dont on fait u fige près d’Àu-cone, & qu’on y nomme najfone.
- ibid.
- Naffes dont fe fervent les Catalans.
- * - 2f5
- S s s s
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- TABLE DES SECTIONS
- 69 0
- Pêche à la nalfe, que les Efpagnoîs nomment andaha. page 2$6 Pêche de la nnife que les Efpagnoîs appellent nanças. 257
- Pêche nommée par les Efpagnoîs aux mamelles ou morneles. ibid. Pèche avec les naffes dans la Garonne. ibid.
- Pèche du bélouga avec une efpece de nafle ou de cage , d’une grandeur prodigieufe. ibid.
- Pèche aux nailès dans différens endroits. 2fg
- V. Bourdigues ou bordigies., ibid. Etabliifement & conftru&ion des
- bourdigues. 259
- Adminiftration des bourdigues.262 Maniguieres oumeynadieres. 265 Croufilles. 264.
- Difcuffion hiftorique fur la fai ion de déclorre les bourdigues, les maniguieres &les crouiilles. ib. Bourdigues du Martigue en Provence. 2<5f
- Bourdigue que font les Véteres. ib. Autre efpece de bourdigue. 272 Pêche chinoife. ibid.
- VI. Defcripdon d'une pêcherie qu'on éta-
- blit aux arches des ponts des grandes rivières. ibid.
- VII. Petites bourdigues de la Camargue.
- 27 6
- CHAPITRE IV. Des tenets ou éten-tes à la baffe eau fur piquets. 2 S r Idée générale des filets dont il fera queftion dans les chapitres fui-vans. ibid..
- Art. I. Ravoirs ou rets entre Veau. 283 Ravoirs fimples. ibid.
- Ravoirs tramaillés. 2gf
- Folles tendues en ravoirs , qu’on appelle quelquefois grands ra-voirs. 2 86
- Demi - folles tendues en ravoirs.
- page 287
- Ri eux. ibid.
- Hauts palis. _ 288
- Cibaudiere fur piquets, qu’on nomme mulier ou mulotier. 289 Ufages qu’on fait des étentesfur quelques côtes de l’Océan. 29»
- II. Rets traverfans & tendus fur des piquets. 29 ï
- Rets traverfans des pêcheurs Nantais. 292
- Rets traverfans, qu’on nomme pal-let, à la côte de Médoc.. ibid
- III. Petites pêches pour lefquelles on ni fait ufâge que de quelques piquets. 294
- Pèche qu’on nomme loup dans l’amirauté de Nantes. ibid.
- Filets des étaliers, dans l’amirauté de Coutances. 29 f
- Filet approchant du loup. 296
- CHAPITRE N ..Pêcheries qu'on établit au bord de la mer, en formant des enceintes nommées parcs, au moyen defquelles on retient le poiffon qui, après s'être porté à la cote y veut retourner à. la mer.
- 298
- Art. I. Parcs naturels.. 299.
- IL Parcs ouverts.. 3CQ
- Petits bas parcs de pierres très-iim-ples. ibid.
- Parcs de pierres , plus conildéra-bles que les précédens. ibid. Parcs de pierres.ouverts ,ou éclufes d’une conitrudion plus recherchée. 501,
- Parcs de pierres ouverts, formés en bouchots. 502
- III. Parcs ouverts, conjlruïts en bois , & qu'on nomme ajfe^ communément bouchots. 303;
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- C H A P I T R E S E T A R T I C L E S.
- Parcs ou bouchots de bois à claire voie. page 304
- Parcs ou bouchots de clayonnage.
- 9 of
- Parcs ou bouchots , formés par des ailes droites, & terminés par une naife qu’on nomme bourgne, ou par un grillage. ibid.
- Bouchots de Poitou. 307
- Petits parcs de clayonnage, auffi garnis d’ailes , & qu’on nomme benâtres, &c. ibid.
- IV. Parcs ouverts, dont l'enceinte ejl
- formée par des filets , & qu'on nomme affe1 ordinairement courtines , ve-nets, tournées. 3°8
- Parcs de filets anguleux , qu’on établit quelquefois en zig-zag , fur plusieurs lignes. 309
- Bas parcs de filets ouverts St demi-^circulaires qu’on nomme fipécia-lement courtines ou venets. 3 1 o Ufage des courtines en différens ports. 311
- Petits parcs qui fe terminent par un crochet, & qu’on nomme à V cinglai fe. 3 13
- Hauts parcs à crochets. 314 Parcs à grande tournée. ibid. Hauts & bas parcs à tournée. 31 y Petits parestournés ,qu’on nomme palicots à la Tête-de-Buch. 317 Pêcherie qu’on appelle chiln en Corfe. ibid.
- Petits hauts parcs pour des maquereaux. ibid.
- V. Parcs fermés* _ , 318
- Idée générale des parcs fermés, ibid. Verveux précédé d’une chalfe. 319 Petits parcs qu’on nomme clofets.
- 320
- Grands parcs fermés, garnis de filets. ibid.
- Parcs garnis de filets, qu’on nomme folles. ' page 321
- Parcs garnis de filets, qu’on nomme demi-jolies. ibid.
- Parcs formés de claies & filets, ib. Parcs à double rang de clayonnage.
- 322
- Parcs à plusieurs tournées. 323 Petites pêcheries qu’on nomme parcs ouverts , carroffes Si ptrd-tems. 324
- Parcs à fond de verveux. ibid. VI. Parc qu'on établit en pleine eau en-Provence ainfi qu'en Languedoc. 31 f Paradieres. ibid.
- Aiguillieres de Provence. 328 VIL jervant de conclujion. 329
- Situation la plus avamageufe pour tendre des parcs, foit ouverts, loit fermés. ibid.
- Accidens que les pêcheurs par-quiers ont à redouter. 331 Différens uftenfiles dont les pêcheurs à la balfe eau & aux parcs doivent fe pourvoir. ibid. CHAPITRE VI. Pêches qu'on fait au bord de la mer, ou à une dij-tance plus ou moins grande du rivage, avec des filets flottés & leJUs. 332
- Art. I. Manets pierrés & flottés. 3 3 6 Manets qu’on tend entre les roches, & qu’on nomme rets à roc ou rets entre roche. 338
- Manets à banc ou tendus en an-fier e. ibid.
- Manets fédentaires qu’on tend en pleine eau & en ligne droite. 338 Manets tendus en forme d’enceinte. 34°
- Les mêmes filets tendus en pleine eau St tenus fédentaires. 341 Manetsflottans & dérivans. ibid» S s s s ij
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- TABLE DES SECTIONS,
- 692
- Pèche dite drouillette, drainette, drivonette, & plus exactement peut être dérivette. page 342 Pèche des fardincs avec des ma-nets , telle qu’elle fe pratique aux environs du Port-Louis & de l’Orient. 54?
- Sardinals ou fardinaux. 34^ Battudes & hantées. 346
- Bouguyeres ou buguyeres dans la Méditerranée. 548
- Aiguiliieres ou éguillieres. - 549 Alignole. 3fo
- Riifolle ou reiflolle. ibid.
- Socletiere. 3fi
- IL Folks & autres filets qui y ont rapport. ibid.
- Idée générale des folles pierrées & flottées. 3 y 2
- Filets qu’on tend au bord de la mer.
- r VJ
- Pèche avec les folles à la mer & fur les grands fonds. 3^4
- Pèche qui fe fait avec les demi-folles qu’on nomme aulU grandes pentieres ou brettellieres. 560 Demi folles qu’on 110mmejets en Picardie. ibid.
- Rets ou demi-folles, nommés picots fur la côte de Normandie. 362 Thonnaires de la Méditerranée.
- Jàj
- Pêches qui ont rapport aux folles & aux demi-folles, & auxquelles on donne des noms particuliers dans différens ports.
- III. Pêches avec les tramails ou tramaux lefiis & fiottès. 36g
- Pêche aux tramails ou tramaux pierres & flottés , tendus féden-taires à la bafl’e eau furies grèves. 369
- Tente des tramaux fédentaires dans les rivières, dans les étangs
- & à peu de diftance du bord de la mer. page 370
- Pèche aux tramaux fédentaires en grande eau. 373
- Pèche avec des tramaux qui ne font pas fédentaires. 975"
- Pèches qu’on fait fur différentes côtes de l’Océan & à l’entrée de quelques rivières , avec des tramaux flottans & dérivans. 376 Maillades , tremaillades , &c. de la Méditerranée. 378
- Grande pèche avec un tramai! traîné par fond en pleine eau, qui fe nomme drege fur les côtes de l’Océan. 384
- IV. Filets qiion nomme proprement fei-nes ou fennes. 396
- Pèche avec la feine dans les peties rivières & dans les courans d’eau entre les bancs, lorfqu’ils ont peu de largeur. 397
- Pêche aiLcolieret dans les étangs, au bord de la mer & entre les roches. 399
- Colleret traîné par des chevaux.
- ' . , . . 402
- Pèche à la feine avec des virveaux ou treuils. 403
- Pèche avec une feine, dont un bout eft amarré à terre. ibid. Pèche à la feine , où une partie de l’équipage haie de terre un bout du filet, pendant que le relie haie l’autre avec un bateau, ibid. Pêche à la feine ou à la traîne en pleine eau. 4of
- Expofé fommaire des pêches qu’011 fait avec la feine fur les côtes de l’Océan & de la Méditerranée.
- 406
- Pèches étrangères * 410
- T. Pêche qui ont beaucoup de rapport aux /Fines. 411
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-
- CHAPITRES ET ARTICLES.
- 693
- Pèche à la grande Line dite du grandfiletdans la Durance, p. 114 Pèche a la grande feine dans la Mo-Telle, où les pêcheurs de Metz la nomment ret, rets ou raie. 412 VI. Pêches avec des filets traînans , qui ont rapport aux films eu traînes. ib.
- La grande ailîàugue. 415
- Filet dit boullier , bouliette , büuli-che, bouliech. 419
- Le bregin. _ 424
- Pêche au gangui. .427
- Pèche au gangui, dite du bœuf, des bœufs , ou aux bœufs. .450
- Pèche dite t art aune. 452
- CHAPITRE VII. Pêches qui fefont à la traîne avec des filets à "manche &. qu'on peut comprendre fous le terme générique de drague. 442 Pèche avec la chaude halée de terre fur les grèves. 445
- La même pêche , à la voile. 444 Pêche dite chalut, telle qu’elle le ' pratique dans l’amirauté de Ma-rennes, en plulleurs endroits de la Bretagne, &c. ibid.
- Chalut de Poitou fur les vafes. 445 Pêche du même genre , nommée carte à Dunkerque. 447
- Pêche qu’on nomme dranguelle à
- l’embouchure de la Seine, p. 447 Chalut monté avec un fût de bois formé en traîneau. 443
- Defcripticn du chalut dont on fait ulage aux environs du Havre.
- 449
- Armure de la drague de Cnncale.
- 4f1
- De la drague ou chauffe armée de fer. ibid.
- Drague pour les huîtres. 45-3 Pèche à la drague en différens ports. ibid.
- CHAPITRE VIII. Qitelques pêches qui fie pratiquent fur les bords de la Méditerranée , & qu'on peut regarder comme des parcspierrés & flottés, tendus à la mer. 454 Pèche qu’on appelle dans la Méditerranée feinche ou enceinte. 4 y y Autre efpece de Rein che dont nous croyons qu’on ne fait ufage qu’au Martigue. 4 y 6
- Des madragues. 4f9
- Récapitulation & réflexions générales fur les flacons de pêcher , expo jé es dans la jeconde jeêlion. 467 Explication des planches de la fécondé feïïion. 484
- TROISIEME SECTION.
- Où l’on traite de pîufieurs façons de pêcher , qui n’ont pu être rapportées à celles dont nous avons parlé dans les précédentes feélions ; avec quel-. ques difeufiions qui, fans appartenir proprement aux pêches, y ont • un rapport très-prochain. . . . . , page 492
- Introduction. ........ ibid,
- .CHAPITRE! Pèche aux rat eaux, Article l. Pêches qui.fi font à la. baffe .... aux herfes, aux digons, aux har- eau, à pied, à la main, ou avec des
- .< pons , à la fouânne , &c> 492 râteaux > dirons yfouannes 3 &c. 495:
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-
- 694
- TABLE DES SECTIONS,
- Façon de pêcher les coquillages qui s’attachent aux rochers.
- page 49 f
- Pèche au pic & à la pioche. ibid.
- Pèche des vers, qu’on fait avec une efpece de couteau qu’on nomme étiquette. 495
- Pèche des vers marins, des hamil-les <& des poiiTons plats, avec le paiot, la beche ou la fourche.
- ibid.
- Pèche des cruftacés, des congres & des autres paillons. ibid.
- Pèche dite à Pefpadot. 497
- Pêche qu’on fait dans la même vue que la précédente , dans les endroits qui 11e fechent point ; on la nomme à la fougue à Oleron & ailleurs. ibid.
- Pèche étrangère, au croc. 498
- Pèche des coquillages, vers de mer, lançons, & autres poilfons, avec un crochet qu’on traîne. ibid.
- Pèche qu’on fait de balle mer fur les grèves & les fables avec des rateaux. ibid.
- Pèche fur les fables & les grèves avec la herfe. 499
- Pèche dite tonilliere, pour prendre des coquillages. ibid.
- Pèche que les Provençaux nomment falabre de fond. foo
- Pèche qu’on fait fur les fables & les vafes, à pied , & qu’on nomme plyetter, pommetter ou à la foule.
- ibid.
- Pêche des coques ou vanons à la foule. foi
- Pèche d’une efpece de coquillage qu’on nomme manche de couteau.
- ibid.
- Pêche des anguilles, à pied fur les vafes. ibid.
- Pèche des poilfons plats 9 des an-
- guilles, des congres,à pied fur les vafes avec le harpon, p. ;ca Pèche fur les vafes à pied, à la fouanne & au feu. Jbid.
- Pêches de même genre, que font les negres à la Côte-d’Or, fo?
- II. Pêckes qui fe font en bateau avec des
- rateaux , des digons , des fouannes, pour prendre les coquillages & lespoif-fons qui fe tiennent ou fur le fond ou à une petite profondeur dans le fable ou la vafe. ibid.
- Pèche des coquillages dans un petit
- bateau avec un rateau. ibid. Pèche des huitres au rateau ians fac. # 104
- Pèche avec un petit bateau fur les vafes. ibid.
- III. Pêches qui fe font avec la fouanne en
- pleine eau. ibid.
- Pêche des vives à la fouanne avec un leurre. fof
- Pèche des poilfons plats & autres, à la fouanne & avec un bateau.
- ibid.
- Pèche avec le trident, la fourche , &c. ibid.
- Pêche au feu & à la fouanne. ibid. Pêche des orphis au pharillon. yo6 Pèche à la fourche en bateau & ail feu. ibid.
- Pèche au feu & à la fichure, dite phafier ou phafjuier. f 07
- Pèche dite en Catalogne en ce fa y 08 Pèche à la fofeina ou fufeina. ibid. Pèche à ,peu près femblable yque les Efpagnols nomnaentfitora. ib. Pêche de l’Amérique feptentrio-nble, qu’on nomme pèche à la rijfolle ou au feu. . ibid. Pëcne de la Guadeloupe au feu & à .l'a fouine. -fo9
- Pêche au miroir. . ibid.
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- CH API TRES ET ARTICLES.
- 39Ï
- Pèche .chinoife qui approche de la précédente. page 409
- Pèche des Indiens au feu. ibid. Pèche de nuit qu’on pratique fur la côte du Sénégal. y 10
- Pèche au harpon, ditefofcma. ibid.
- IV. Pêches quifefont avec Le harpon vo-
- lant , quon jette au poiffon y & quon abandonne. y 10
- Pèche du marfouin avec le harpon.
- Pèche à la fléché & avec le fufil. fia
- V. Pêches au feu avec des filets. f 13 Pèche où après avoir attiré le poif.
- fbn par la lumière, 011 l’enleve avec un filet, au lieu de le percer avec la fouanne. fi4
- Pèche appellée à Alicante encefa. ib. Pèche au bregin avec le feu. ibid.
- VI. Pêches où Pon prend le poijfon à la
- main. 5; 15;
- VII. Pêche avec des oifeaux. 519
- Pèche avec le cormoran. ibid. Pèche à peu près lèmblable , qui fe
- fait à la Chine. p2i
- VIII. Pêches fous la glace , qui fe prati«*
- quent en Rufjîe , en Suede & dans P A-mérique feptentrionale. y 22
- Pèche fous la glace, telle qu’elle fe pratique dans l’Amérique feptentrionale. ibid.
- Pèche de Ruiïie fous la glace. f2g Pèche peu différente des précédentes , & qui fe fait en Suede fous la glace. ibid.
- Pèche dans le fleuve Saint-Laurent au-deffus de Québec, pour prendre un petit poiffon gros comme un éperlan. 5*24
- Pèche à la ligne fous la glace, ibid.
- IX. Pêche quon pratique au haut de la
- Loire , près de Briare. ibid.
- X. Pêche du nonnat & de la guildre,
- menuife ou femence du poiffon. p. y y 2 Pèche de la menuife aux environs de Morlaix. ibid.
- Pèche de la gu-ildre, avec un lac monté fur une efpece derateau.
- f2S
- Autre faqon de pêcher laguildre.
- ibid,
- Pèche de la boîte à la riviere de Pomrieu près Tréguier. ibid. Pèche de la menuife du premier âge, qu’on nomme à Antibes nonnat. yzj
- CHAPITRE IL Déchargement, vente-, & tranfport du poiffon, tant de mer que d'eau douce, mort ou en vie. ibid.
- Art. I. Déchargement, vente & tranf-port des poiffons morts. ^2g
- Déchargement du poiffon & tranfport au marché. ibid.
- Livraifon du .poiffon de coutume & de redevance. y^o
- Vente du poiffon. f}i
- Emballage du poiffon par les chaf-fes-marées. ibid.
- Tranfport du poiffon parles chaf-fes-marées. j'33
- Tranfport du poiffon d’eau douce mort. ibid.
- IL Tranfport Pm poiffon qu on veut con-ferverenvie. $34
- Tranfport à de petites diffances. ib. Tranfport par bateaux. J37
- Bâtiment de mer analogue aux baf-cules pour conlèrver le poiffon de mer. ^
- Tranfport des vers marins. y40 CHAPITRE III. Confervation du poijfon dans des réfcrvoirs. ibid.
- I. Différentes maniérés de conferver en vie les poiffons de mer & les coquillages. ibid.
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- C$6
- TABLE DES SECTIONS, &c?
- Induftrie des pêcheurs Picards pour conferver les raies en vie.
- page 5-41
- Maniéré de conferver les poiffons de mer dans ce qu’on appelle des viviers. ibid.
- Mares qui fervent de réfervoirs au bord de la mer. ibid.
- II. Réfervoirs pour conferver en vie Les
- poiffons déeau douce. . f 42
- Petitsvréfervoirs qu’on a dans les appartemens par forme d’amufe-ment. . ibid.
- Huches ou petits réfervoirs de bois. j-44
- Réfervoirs plus grands, en maçonnerie. 5-4.4
- Viviers. y^y
- Caftration des poiifons. 546
- III. Etangs. 549
- iDes étangs en général. yyo
- Affiette des étangs. yyi
- Chauffée. yf%
- Poêle. yyS
- Bonde. ibid.
- Attentions qu’il faut prendre pour bien mettre la bonde en place.
- JT 9
- Cul-de-lampe. y 6 r
- Grillages & décharges des étangs.1
- f62
- Empoisonnement des étangs. j-64 Etang deffiné à fournir de i’alvin.
- , . , 1^8 Méthode pratiquée à la Chine pour empoiffonner les endroits où il relié de l’eau. yji
- Entretien de l’étang empoiffonué.
- m
- A quel âge il faut pêcher les étangs.
- Saifon où il convient de pêcher les étangs. , SU
- Pèche des étangs. J74
- Marché pour la vente du poiflon.
- . ., ' T7f
- Accidens auxquels font expofés les étangs empoiffonnés. yjS A-fec des étangs. y go
- Récapitulation de cette troijîemefec-tion. 5 g i
- Explication des figures. 590
- Expofé général des pêches qui fefont fur les dijjérentes côtes. 59r Differtation fommaire fur ce qui peut occafionnér la difette dupoifi fon, principalement de mer. 672
- TABLE
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- TABLE DES MATIERES
- Et explication de plufieurs termes qui font en ufage entre les pêcheurs, Ê? comrnunêrîient peu connus de ceux qui ne font point occupés à lu pêche.
- Nota, Le premier chiffre, fuivi d’un point, indique la feftion ; & les fuivans , le paragraphe.
- 1[l n’y a point de fcience, d’art, même de métier, qui n’aient des termes qui leur font propres ; & ceux qui veulent s’inftruire de quelque fcience ou de quelque art, doivent commencer par apprendre la valeur & la vraie lignification de ces termes , fans quoi ils ne pourront prendre une jufte idée de ce qu’on leur expliquera avecle plusgrand foin. Ce font ces réflexions qui ont déterminé l’académie des fciences à faire joindre à chaque defcription des arts qui feraient publiés fous fon nom , un vocabulaire ou une explication des termes propres à chacun de ces arts. Ce fecours efb fur-tout nécdiaire pour l’intelligence de l’ouvrage que je préfente au public; car les côtes de la France étant fort étendues , & les lieux où l’on pratique les différentes pèches, éloignés du centre du royaume ,1e langage des pêcheurs, qui ellabfolument ignoré dans les provinces éloignées de la mer, eil de plus fujet à varier beaucoup fur les différentes côtes où l’on s’occupe, de la pêche.
- Les Normands, les Bretons, les Sain-tongeois, les Flamands , les Picards , les Provençaux, ont des idiomes qui leur font particuliers, d’où font venus les différens noms qu’on a donnés à une même pèche : mais quoique je me lois attaché à rapporter les expreihons, particulières à chacune de ces provin-' Tome, V. '
- ces, il ne faut pas préfumer que j’aie rempli mes intentions fur ce point ; les variétés infinies qui fe trouvent dans une même province, d’un port à i’au-tre, ont rendu la chofe prefque impof-lible. Heureufement ces omilfions ne feront fujettes à aucun inconvénient ; car comme nous expliquons la manœuvre des pêches dans le plus grand détail , il fera aifé d’appercevoir que celle que nous annonçons fous un nom , efb la même que celle qui efb connue, dans quelque port que ce foit, fous une autre dénomination.
- Quelques - uns ont prétendu que , comme nous expliquons les différens termes dans le corps de l’ouvrage, nous aurions pu nous difpenfer de les expliquer encore dans un vocabulaire ; mais ceux qui forment cette objection ne font pas attention que, comme nous nous.Tommes contentés d’expliquer une feule fois des termes que nous avonsété obligés d’employer plufieurs, il arriverait que ceux qui liraient notre ouvrage, ayant oublié l’explication que nous aurions donnée précédemment, & ignorant en quel endroit nous avons placé cette explication vjls fe trouveraient dans un emibjafras-dont ils ne pourraient fe tir^ec..;au lieu qu’en ayant’ recours au, vocabulaire, non feulement ils trouveront une explication abrégée qui fouvent leur fufHra, mais ils auront T ttt
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- TABLE DES MATIERES.
- *93
- encore l’indication des paragraphes , où l’explication fera beaucoup plus détaillée.
- Comme le volume que nous publions fut la méchanique des pèches confi-dérées en général, doit être fuivi des détails qui appartiennent à chaque ef-pece de poiffon, j’ai été tenté de ne mettre le vocabulaire qu’à la fin de tout l’ouvrage : mais je me fuis rendu aux infhmces de plusieurs perfonnes, qui ayant ce qui a paru du traité des pèches, & défirent d’en jouir , m’ont témoigné un grand emprelfement d’avoir l’explication de plusieurs termes qui leur étaient inconnus. En cédant à ces rai-fons, je ne me difpenferai pas pour cela de mettre à la fin de la defcription des pèches particulières à chaque efpece de poiffon , une explication des termes que j'aurai employés , & qui ne feront pas d’un ufage familier.
- A
- Abait , en allemand , Koder, Lock-fpeife» mot d’ufage en Bretagne, pour lignifier appât > d’où Bon dit abaiter, abecquer ou embecquer, pour amorcer, en ali. bekôrdern. Seélion i. §. 2fq.
- Ablette , en ail. Blicken, en fuédois, Loja, Cyprimis alhtirnm Linn. i. 77-
- Accrues ,en ail. Anhüngemafchen ; ce font des fauffes mailles ou furnumé-raires, qu’on fait aux bords du filet, quand on veut augmenter fa largeur. Pour les diminuer, on joint en Tenable deux mailles par un même nœud. 2. jt\
- Achée s les pècheürs'-nomment ainfi les vers*de terre, dont ils amorcent leurs hains. i. 2f8*' 11 jr; *
- Acon , en ali. Kahn, petit bateau plat,
- très-léger, & qu’arré par-derriere :il fert à aller fur les vales ; un homme met une jambe dans le bateau, il appuie fes deux mains fur les bords, & il pouffe l’àcon avec une jambe qu’il a dehors : de ceye façon il fe 'tranfporte où il veut. 2. 8f7.
- Acqou Acquie, en ail. eine Angel, terme picard, pour lignifier un hain: d’où peut venir acquer, pour dire amorcer les hains. î. article VI, à la note. '
- Acquer , iynonyme d'amorcer, en ail. bekôrdern.
- Acul, nom que les pécheurs donnent au fond des parcs ,du côté de la mer. 2. 894-
- Affaner ou Affamer , en ail. anlo-cken : c’eft engager par un appât les fardines à s’élever à fleur d’eau , où l’on tend le filet, i. 320.
- Agave j M. Von-Linné a donné ce nom à l’aloïdes, qui fournit le fil de pitte. 1.495.
- AiCHE,fynonyme d'appât, en ail. Kâ-der. On dit auffi eche. 1. 2f g.
- Aicher , fynonyme d'amorcer, en ail. bekôrdern. Ce mot peut venir d’«-chée, vers de térre qui fervent à amorcer, ibid.
- Aiguille, en ail. Hornjifche, Meer-nadeln ; Efox Belone L. en Normandie, gi tilles, égaillés, éguillettes, poiffon de mer. 1. 281 , n. 101.
- Aiguille delaceur, en ail. Strichena-del. C’eft une efpece de navette de bois léger , fur laquelle on roule le fil qui doit fervirà faire le filet. On charge, on emplit ou l’on couvre l’aiguille de fil ; ces termes fontfyno-nytnes. Il y a auffi un petit poiffon de mer, qu’on nomme aiguille. 2. ?f.
- Aiguillette, morceau de fil de fer, terminé par une efpece de bouton,
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- TABLE DES MATIERES.
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- qui fert à tirer du fabie les coquillages qu’on nomme manchots ou manches de couteau. 3. f6.
- Aiguilliere, en ail. Meernadel-garn. ou Aalgarn,en efpagnol, Sarcieta : c’eft un filet qui reflemble aflez à la battudeouau fardinal. On le tend «litre deux eaux, il fert à prendre des aiguilles & quelquefois des muges ou des bogues. 2. 1067 , n. 99.
- Ailes de filet, en ail. die Flügel eines Netzes. Ce font les bandes de filet qu’on ajoute aux côtés des filets en Inanche, 2. 147?.
- Ain. Voyez Hain.
- Ainards , en ail. kleine Schnuren , petites gances qui fervent aux pêcheurs à attacher le bord de leur filet fur une corde ou ralingue qui les borde. 2. 23.
- Alas , partie des ailes du filet dit boulier } les mailles ont deux pouces d’ouverture en quarré. Ce terme a auili rapport au filet de la tartanne. 2.1 yod.
- Àlignglle , filet de Provence, qui eft une fimple nappe leftée & flottée , qu'on établit près de la furface de l’eau. On le fait avec un fil retors allez fort, parce qu’il fert à prendre des bonites , des thons, des efpa-dons, &c. 2. 1075.
- Aloes pitte,en latin aloes americana major ; plante dont on retire le fil de pitte. 1.496. n. 73.
- Alose, en ail. Elfe, Clupea Alofa L. poilfon de mer qui remonte dans les rivières. 1. 30, n. 13.
- Alosier. Voyez Verqueux.
- Alvin , en ail. Karpenjirich, oder Brut. On appelle ainli de petites carpesqui ont lix pouces de long, & qu'on met dans les étangs pour les repeupler,
- i-m-
- Alviniers , en ail. Brut oder Laich-teiche-, 011 nomme ainli de petits étangs deftinés à élever de l’ai vin , ou de petits poilfons, pour peupler les grands étangs. 3. 334.
- Amairades ou Ârmaillades , font des filets dont on fait ufage en Languedoc : ils s’appareillent comme les battudes, & tiennent beaucoup des demi-folles. 2. ioyg.
- A-mer i on nomme ainli deux objets à terre , qui étant vus de la mer l’un par l’autre, ou fur la même ligne, indiquent la route qu’il faut tenir.
- ÀMORCER, en ail. Bekôrdern, c’eft garnir un hain de l’appât qui doit attirer le poilfon, & l’engager à mordre à l’hameçon. Voyez appât. 1. f2i s 5-96.
- àmouba , terme de la langue des Baf-ques , qui figuifie hameçon.
- Ampin, en ail. Bootshacken, lignifie en provençal un grapin. 2. n6f.
- Anchois, en ail. Meergrundel en angl. Aftchorwy : Clupea Encraficolus L. 2. 1045 , n. 95.
- Ancrage , c’eft un lieu propre à mouiller l’ancre , foit à caufe de la profondeur de l’eau , l’avantage de î’abri & la nature du fond, qui doit être de bonne tenue , & de nature à ne point endommager les cables. Il y a des endroits où il faut payer l’ancrage. 1. 7.
- Ancre, en ail. Ancker\gros crochet de fer qui mord dans le fond du terrein, & arrête les bâtimens. Toutes les ancres ont une tige , deux bras terminés ordinairement par un évafe-ment qu’on nomrae^ej à l’extrémité de la tige eft un organeau où l’on amarre le cable. Voyez la forge des ancres, dans la delcription des
- T 111 ij
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- 7oo TAELE DES
- arts, donnée par l’académie, i. 247. pl-V, 4.
- And an a , forte de pèche que les Efpa-gnols font à la nafle. 2. ff 1.
- Anderson , mém. fur l’Islande , cité 2. 11, n. f.
- Angon , inftrument qui fertà tirer les cruftacés d’entre les rochers: c’eft un morceau de fer barbelé par les bords, qu’on emmanche au bout d’un bâton. 3. 40.
- Anguille > en ail. Aale\ Mur ma- anguilla L. poiifon de riviere & d’étang. 1. 3,0, n. 10.
- Anguille de mer , en a IL Seeaal. 1. 30., n. 29. Maniéré de pêcher l’anguiJle. 1. 62. A l’hameçon. 1. 77.
- Ange , en ail. Meerengel, en lat. Sq.ua-tina, efpece de raie. 2. 1083,11. 102.
- Anse ,.en ail., eine Bue ht, enfoncement dans les terres, plus confidérable que ce qu’on nomme crique, & moindre que la baie & le golfe : les batimens s’y retirent par les. gros tems , quand ils. y trouvent allez d’eau, un bon ancrage,. & que la mer n’y elfpas agitée. 1. 6.
- Ansierls ; on nomme ninli les filets qu’on tend dans les am'es. 2 1004.
- .Apparfiller un vailfeau, en ail. ein Sehif ausrujien ,x.'elt difpofer toutes choies pour mettre à la voiles & comme l’on dit appareiller une voile, les pécheurs dilent auili appareiller leurj jilet-s , lot (qu’ils les préparent pour la pèche.
- Appât , en ail. Koder ,. Lockfpeife; on nomme ain.fi toute fubftance dont les poiifon3 font friands, & qu’on emploie pour les attirer dans un filet ou dans un lieu : on en garnit les hains. En quelques endroits on dit amorce, baijle ou aiche., au lieu à'ap-
- MATIERES.
- Appelet , en ail. Nachtangel; on appelle piece d?appelet, une corde garnie de lignes ou empiles & d’hains. En joignant au bout les unes des autres plufieurs pièces d’appelets, oa forme une tefiùre. 1.90, 171.
- Appointer un bain, en ail. eine Angel zufpizen y c’eft lui former fa< pointe. 1. 208.
- Aqueresses , ouvrières qui garnilfent les hains d’appâts 5 elles (ont auffi chargées de réparer les lignes & les empiles qui font rompues, & de mettre des bains à la place deceux’qui font perdus. 1. art* IX, à la note.,, & §. 4f8-
- Arceau , annelet ou anfe de cordage qui pafie au travers d’un trou fait à une pierre nommée cablier.e, qui ferfr à faire couler bas les cordages & filets. Voyez ejîrope.
- Archet; on appelle ainfi une baguette fouple que l’on plie : on attache au milieu un plomb & une longue ligne que l’on conferve dans la barque. Aux deux extrémités de la baguette, on attache des empiles garnies d’hameçons. 1. 84 » 6f7«
- Archipel , nombre d’islesquife trouvent alfez près les unes des autres. If y a un archipel Gonfidérable dans, la Méditerranée. 1. 6.
- Areignol ,.elt une grande battude. 2. IO)‘l-
- Arondelle ou harouelle,.corde garnie de lignes latérales, qui porte des hains, & qu’on fixe fur le fable par de petits piquets. 1. 67$.
- Art ; les pêcheurs des côtes du Rouf--filion nomment ainfi le filet appelle boulier.
- A*sec ; l’à-fec-des étangs eft le tems
- , qu’on laiffe les étangs à vuide d’eau & fims être empoiffonnés. Les marins,
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- TABLE DES MATIERES.
- éhTent qu’un endroit alléché , quand il n’y refte point d’eau de bafle mer. 3. ?o.
- Atrouba, nom qu’on donne à deux des trous des bourdigues. 2. 652. Attrait, fynonyme d'appât ou d'amorce.
- Aube du jour. On dit qu’une pèche Te fait à l’aube du jour ou du matin , quand elle fe fait depuis le moment où la lumière du foleil commence à paraître fur l’horifon, jufqu’à ce que le foleil foit entièrement levé. C’eft ce qu’on appelle auflî l'aurore, On appelle en Provence far dîne s d'aube , celles qu’011 pêche le matin.
- Aufte ou Sparte, Stipa tenacijji-ma L. plante qui vient d’Efpagne, dont on fe fert pour faire des filets à grandes mailles, & le plus fouvent des cordages , qu’en Provence 011 nomme fartis. Une piece de ces cordages s’appelle maille. Voyez [parte. 1.109. 2. 11 , n. 4.
- Aumaillade , filet en tramai! qui fert à la Tête-de-Buch pour la pèche dite car a : on y prend des feches, des barbues, &c. On les appelle aulîi ar-maillades. 2. ioyg.
- Aumées ou Hamaux , en ail. Atijfen-nvav.de, nappes à grandes mailles, . faifant partie des trnraaux. 2. ipo. Aureras-, on appelle ainfi en-Provence les mailles d’une partie de l’aiifaugue, qui ont deux pouces & demi d’ou-, verture en-quarré. 2. 147 7. AussiERE, corde faite avec plusieurs faifceaux de fils commis cnfemble & roulés les uns fur les autres. On ap-< pelle aulîi en Provence aiijjlere, une bordure de filet, qu’on attache aux obouts des filets déliés. Voyezfar don.
- 1.9f > a. iq?9. .
- Ayalette t on nomme ainlî le mor-
- ' 701
- ceau de bois qui fert à pêcher au libouret. 1. 17 y , 78?-Auvel , forte de claie de canne, pour faire l’enceinte des bourdigues : cel» les qui font les plus lerr-. es le nom» ment féguérié }.Vauvel courant a les cannes moins ferrées : pour l’auvei dit canadou, les cannes font encor® plus écartées. 2. 619-
- B
- Bâche traînant®, filet en manche , qu’on traîne lur les fables dans des: endroits où il y a peu d’eau , pour prendre de laraenuife ou du frai. 3. 160..
- Bachotte , en ail. ein Hauptfafs , eft pece de baquet qu’on emplit d’eau & qui fert àtranfporter à dos de cheval une petite quantité de poilfonsr d’eau douce en vie. ?.. 211.
- Badail ; c’eft une vraie drague qu’on nomme aufti gangui à la voile. 2. iy62.
- Baladou. Oii donne ce nom en Provence , aux chambres des bourdigues. Il y a le grand & le petit baladou..
- Balises, fignaux qu’on met fur les écueils auprès des atterrages , pour qu’on puilfe les éviter. Ce font des perches- qlu’on enfonce dans le fable ou dans la va fe ; d’autres fois ce font des coffres , des tonnes ou des tonneaux de bois-léger retenus par des chaînes. Les pêcheurs appellent aulîi balifes une bouée qui indique où eft établi un filet par fond , pour le retrouver plus aifément. Ces bouées _ s’appellent communément; des. Ji- gnaux. „• „„;-.
- Balle (-.traîner la ) ponnomme;aihft une pèche quife fait avec une ligne .igamie dans Ta- longueur de petites
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- TABLE DES MATIERES.
- J02
- baguettes dites baluettes, à l’extrê-i mité defqueîles font empilés des hains, & cette ligne eft terminée par une balle ou petit boulet qui la fait caler, i. 17? , 772, 777*
- Balses. Les pêcheurs deCallao& de Lima, nomment ainfi une efpece de radeau fait de rofeaux fecs, qu’ils emploient pour la pêche. 2. 7 6. Baluettes, petites baguettes qu’on ajuite le long de la corde qui fert pour pêcher à la balle. Voyez Balle. 1.772.
- Banc j ce mot fe prend à la mer en dif-férens fens. On a ppelle banc de fable, une efpece de montagne ou d’isle de fable qui s’élève du fond de la mer. Banc de poiffon, fe dit d’une multitude de poilfons qui vont par troupes , ce qui eft propre aux poilTons de paifage. Banc d'huîtres, de moules ou d’autres coquillages, eft une multitude de ces cruftacés qui forment des lits quelquefois fort étendus, 8c qui ont plusieurs pieds d’épaiffeur. On nomme rets à banc, un filet qu’on tend entre les bancs. 2. 1004. Bande de filet, en ail. Balmen , Strei~ fen. Ceux qui pêchentavec le Jardinai appellent bande de filet , cinq fpens ajoutés les uns au bout des autres. On nomme auffi de ce nom les ailes qu’on ajoute aux manches • ; de Blets. Voyez fpens. 2. 1044. Bandeau , portion de la manche des fil ers qui en ont.
- Bandingues, lignes qu’011 attache à la tête d’un filet qu’ori tend à la baffe - eau, & qu’on enfouit dans le fable par l’autre bout.* pour faire uneef-pece d’étai qui empêche le filet de fe renverfer quand la mer fe retire.
- 2.77^ " • ‘
- Banne ? grande toile formée de plu-
- fieurs lez : 011 s’en fert pour former des tentes & pour d’autres ulages. En quelques endroits 011 appelle banne, la Eue des tramaux. Voyez jhie.
- Bar , poiffon de mer, qu’on ne trouve défigné fous ce nom dans aucun dictionnaire. 1. 33, n. 23. Se prend à l’hameçon, r. 78. C’eft le poiifon qu’on nomme la bigne. Berça La-brax Lb 5. 701.11. 124.
- Barbeau , poiffon d’eau douce, quife pèche à l’hameçon, 1. 77.
- Barbe de baleine, propre à faire des filets. 2. 11, n. 7.
- 'Barbe de baleine , peu propre à empiler les hains. 1. 107,11. 72.
- Barbelet , en ail. Stockambos -, outil fervant à faire les hains. 1.197,198. pl. I, fig. 16.
- Barbillon ou Dardillon, en ail. der Widerhacken > c’eft la petite languette de l’hain , qui fert à empêcher le poiffon de fe débarraffer. 1. 140 ,pl. î,jig. 9.
- Barbîllonner , c’eft relever la languette ou le barbelet , ou la petite levre des hains. 1. 208.
- Barbot , en ail. Rothb.art ,* Cyprinus Barbus L. poiflbn de rivière. 1. 30 > note 7. -
- Barbue , en ail. Meerbutte, Bleuronec-tes-HippoglojfuS' L. poiffon de mer. 1. 34, n. 4?. Se pêche à l’hameçon.
- I.78-.
- Barges ; ce font de fort petits bateaux, donc on fait ufage à l’entrée de la Loire. 1. 4^8.
- Barigue , nafîê de figure conique, qui fert dans la Garonne à prendre des lamproies.
- Bariôste ; on nomme ainA eft Gafco-gne une piece de bois qui fe met à Barrière des petits bateaux nommés1
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- TABLE DES MATIERES,
- jiladieres ; & ce morceau de bois fert à (importer leur haveneau. 2, q99.
- Barque, en ail. klehies Fahrzeug. On donne ce nom à plulieurs petits bâ-timens de grandeurs différentes : les plus grandes n’excédent pas le port de cent tonneaux ; elles font pontées, & portent trois mâts & un beau pré j mais il y en a de petites qui ne (ont point pontées, qui ne vont qu’à la rame pour le fervice des rades ; on les nomme fouvent barquettes. Les pêcheurs cordiers de la Manche Te fervent des barques longues de Dunkerque , qui font réputées bonnes pour la pêche ; elles e-p-un demi-pont qui s’étend jufqu' m pied du grand mât; fouvent on les appareille en brigantin. Les barques lamaneufes du Havre font de petits bâtimens qui ont vingt-fix pieds de • quille , fept pieds & demi de bau , point de pont, une petite tille à l’avant & à Barrière : on s’en fert pour toutes fortes de pêches , principalement le chalut, & la drague pour les huîtres. Elles marchent bien & fou-riennent bien la mer : le maître bau eft au tiers de la longueur en avant ; elles ont beaucoup de façons; elles tirent jufqu’à trois pieds & demi d’eau , ne fe démâtent point, mais le beaupré & la baume fe mettent tout-à-fait en-dedans. Enfin, les barques à vivier font des bâtimens def-tinés à tranfporter en vie le poilfon de mer, dans une foute qui eft remplie d’eau de mer. 1. 361 & fuiv. 3. 212 & fuiv.
- Bas - bord : c’eft le côté du navire r qu’on a à gauche, quand étant à la , pouppe on regarde la proue.
- BasculFou Boutique , bateau au milieu duquel il y a un coffre ou vivier
- rempli d’eau , pour tranfporter à flot-le poilfon d’eau douce en vie. 3. 217.
- Bas-fond, en ail. Untief, endroit où U y a peu d’eau, & où l’on craint d’échouer : il eft oppofé à grand fond.
- Bastude ou Battude , efpece de filet-ou de manet, dont on fe fert en, Provence, pour pêcher dans les étangs falés, au bord de la Méditerranée s les mailles font calibrées pour prendre des maquereaux, bogues , bla-ques , &c. On le tend fédentaire & par fond. Les grandes fiattudes s’ap~. pellent au Mahigue , yreignol. 2;, 104g , ioy7.
- Bateau , petit bâtiment conftruifc fans beaucoup de foins , qui va à la voile ou à la rame, & qui a ordinairement moins de façons que les chaloupes 5, les uns ne portent qu’un mât&ime.
- - voile , d’autres deux mâts & deux voiles; quelques-uns ont deux mâts & trois voiles: ceux de VAmérique font fort dûmes. Il y a de beaucoup, d’efpeces de bateaux , tant fur l’Q-céan que fur la Méditerranée, qui tous font appareillés de différentes maii4eres* Voyez les figures. ’
- Batelage , faire le batelage , ç’eft aller chercher avec des canots ou dçs chaloupes le poilfon qui a été pris à la mer, pour le porter en vente , & fournir à ceux qui font à la mer les appelets ou les filets néceffairespour continuer la pêche.
- Batte; on melure la longueur des poiffons entre œil & bqtte, pe qui fe prend depuis le coin de l’œil jufqu’à l’angle de la fourchette de la queue. ?• ?42- > • , V.
- Battude voyez Bastude. 1 1 7
- Batture; c’eft un endroit où il ya peu d’eau, & où le fond étant de roche ou de pierre, la mer forme dps
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- TABLE DES MATIERES.’
- vagues qu’on appelle brifans, qui indiquent que ces endroits iont dangereux.
- B AU; 011 dit en Provence tirer le bail, lever le filet qu’oiUraîne. 2. 1614.
- Bau ou Bol , on nomme ainlî en Provence le pofte .qu’occupent les pêcheurs à l’aiifaugue. 2. ifoi.
- Baudau , corde d’auffe qu’on emploie pour monter les bourdigues. 2.606.
- Baude, au Martigue Baudo. On donne ce nom en quelques endroits aux cablieres. Voyez cablieres. 2. 611. •
- Bauffe , en ail. Hauptfeil^grofTe corde, le long de laquelle lotit diftri-buées nombre de lignes garnies d’hains; c’eft auffi ce qu’on appelle maîtrejje corde. La bauffe fédentaire fur les fables au bord de la mer eft, ou enfouie dans le fable » ou retenue par de groffes -cablieres. ji. 87.
- Baux , en ail. Qiieerbalçken des Schif-fe$i ce font les poutres des vaiffeaux, ou de groffes pièces de bois , qu’on pofe par le travers des vaiiTeaux pour foutenir les ponts. O11 appelle celui qui eft à la partie la, plus large du vaiffeau, le maître bau : les petits* baux qu’on met aux gaillards fe nomment barrots.
- Beaupré , en ail. Boogfpriet, mât qui eft incliné fur l’étrave, à l’avant du bâtiment:.il porte quelquefois une petite voile qu’on nonitne çivadierci mais fon principal ufage eft d’y, amarrer Pétai de mifkine & les foques ou voiles d’étais.
- Be.landre, petit bâtiment à varangues plates, qui eft appareil lé comme un heu ( 170): les plus grandes be-Jandres font, de quatre - vingt ton- -
- neaux. L’avantage de ces petits bâtl-mens eft de pouvoir être conduits par peu de monde.
- BelÉE. On appelle pêcher à la belée ou entre deux eaux, établir une corde qui porte les hains entre deu^ eaux, • au moyen du left &deslieges. 1.91,
- Bélouga : 011 appelle ainh une pêche qui fe fait à Aftracan , à caufe du poiffon qu’on y prend : c’eft une efpecede gors formé de pieux,terminé par une cage de bois de neuf à dix pieds de longueur, fur cinq de large. On y attire les beloùgas avec t/des appâts. 2. yyp.
- B^natre, petit parc de clayonnages ouverts. 2. 857-
- Bergot, forte de naffe dont les pêcheurs de la Garonne font ufage. 2. *78- ' ,
- Bartavelle, naffe que les Génois font avec du jonc. 2. f6i.
- Bertaule, Bertoulens, Bertou-lette ou Bertoulonnet , en ali. Garnfdcke ; ce font les .noms qu’on donne en Languedoc aux Blets qu’ailleurs on nomme verveux. Les Bertoulettes de Cette font de très-petits verveux. 2. 479.
- Bette-marine; les Provençaux nomment ainfi de petits bateaux qui leur fervent pour plufieurs fortes de pêches.
- Bichette , Blet qui 11e différé du ha-{;veneau, que,parce. que le filet, au . lieu d’être monté fur deux perches droites ,,1’eft fur deux perches courbes. 2. 414.
- Biecharié ,- tramai!: dont oiijfe fert* dansrla Do/dogne pour prendre des faumons,& des alol’es. C’eft, je crois,
- le
- (179) Bâtiment anglais .& hollandais, d’environ trois-cent$ tonneaux,
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- TABLE DES MATIERES.
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- îe meme qu’on nomme dans la Gironde bizarre : on le nomme aufli bicharrkre.
- Bigearreyns , filet du genre des demi-folles , qui eft en ufage en Gaf-eogne pour prendre des poiffons plats. Voyez ejloucyres.
- Billottée ; on appelle vendre le poif-fon d’un étang à la billottée , quand on le vend par lots ou en bloc, ce qui 11e ie fait que pour ia blanchaille ou le petit poiiTon, 3. 51g.
- Bir£,Bure ou Bouteille , forte de nafle que les pêcheurs de la Seine mettent au bout de leurs diguiaux. Ces bires font terminées par une petite qui eft fur le côté, & qu’on 110mmecornion. 2. 6,y4.
- Biscayenneouyolle, petite chaloupe qui va prefque toujours à la rame , & fert à entrer les bâtimens dans le port, ainfi qu’à plufîeurs pêches. Les bifca.yennes ou bifquines du Havre portent vingt-cinq à vingt-fix pieds de quille , quatre à cinq pieds de bau ; elles ont beaucoup de façons; on les démâte lorfqu’on va à la rame. La grande voile s’amure à un des bancs ou taude. 1. 419.
- Bitord, menue corde faite de deux fils commis enfemble. Le luzin eft un fil retors fans être commis j au lieu que le bitord l’eft. G’eft en quoi confifte la différence de ces deux efpeces de cordages. 1. 95.
- B-ivalves , en ail. ztveyfchalligi, coquilles qui ont deux battans ou valves, &. s'ouvrent comme une boîte.
- Bizarre. Voyez biécharié.
- Blanc , fe dit du hareng falé & prêt à
- être mis en caque.
- Blanchaille, blanc ou blanquet, et^ ail. Weij.\fijche j on comprend fous ces noms différentes efpeces depoif-fons, particuliérement des poiffons blancs qu’on emploie pour appât, ou les poiffons des étangs qui ne font point marchands, tels que les goujons , les anguilles (171), &c. On les nomme aufti mesliers. 1. 270. 5.
- Blanche , petits poiffons qu’on prend dans les parcs, & dont on ne peut encore diftinguer l’efpece.
- Bloc,en ail. Klotz, gros morceau de bois qui fert à couper les hains. Il porte une piece qu’on nomme tran-che-, & une autre qu’on nomme rencontre, fur laquelle on appuie le bout du fil-de-fer pour le couper d’une longeur convenable. 1.204.
- pL I,fg. 17. ..
- Boeufs , lapèche dite aux bœufs, fe fait avec le filet appellé gangui , qui eft traîné par deux bateaux à voile. 2. iy£5,iy69.
- Boette ; c’eft le nom qu’on donne dû côté de Tréguier aux petits poiffons qui ne viennent que d’éclorre : ailleurs o-n les nomme menuifes ,non-nat, &c. 3. 161.
- Bogue, en aü. Boops, Sparus Boos Linn. 2. 1048, n. 97.
- Boisseau. Voyez Nasse ,en ail. Fifch« reujfe.
- Bol ou Bau -, on nomme ainfi les pof-tes que doivent occuper les pêcheurs à l’aiflaugue, pour ne point endommager les filets des autres pêcheurs.
- Bolantin , pêche aux hains qui fe fait
- (i'71) Les anguilles &les goujons ne font pas de la blanchaille. On ne donne ce nom qu’aux poiffons qui ont des écailles blanches ; tels font le têtard , en ail. Dôbel, l’ablette * en ail. Rothange j le rouget,-en ail, Rothfedcr ; le gardon , en ail. Plütz ; & d'autres. Tome F* V y v y
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- TABLE DES MATIERES.
- 4 la côte de Valence en Efpagne : elle ne différé pas beaucoup de celle du libouret. i. 69o.
- Bolantin , pêche qui fe fait en bateau avec des lignes (impies. 1. 69o. Boliche , forte de bregin , que les Ef-pagnols nomment auflî xabega. 2.
- Boliez , les Catalans appellent de ce m»m un petit gangui. 2.
- Bonde, en ail. der Ablaf. La bonde d’un étang eft une efpece de gros robinet qu’on établit au milieu delà chauffée, à la partie la plus baffe; elle doit retenir l’eau exactement quand elle eft fermée; on l’ouvre pour iaiffer échapper l’eau de l’étang quand on veut le vuider. 3. 292 & fuiv. n. 6f.‘
- Bonite , en ail. Bonite, Scomber Pela-mis L, Poiffon de mer. 1. 33 , n. 37. Boniteras , les Efpagnols fur la côte d’Afrique nomment boniteras une pêche qu’on fait avec des tramaux pour prendre des bonites. 2 1300. Bordage , en ail. Schifsbekleidwtg, on nomme ainli les planches qui couvrent l’extérieur du navire, depuis la quille ju(qu’au plat-bord. Celui qu’on place tout près de la quille, s’appelle g abord. Celui qui couvre ' l’œuvre vive ou la partie qui eft dans l'eau m’appelle bordage de fond. 1.
- Border un filet, en ail. ein Netz ein-fajfen , c’eft paffer tout autour avec du fil retors dans toutes les mailles furies bords, une corde ou ralingue qui le fortifie. 2. f4, ioy.
- Borigue , on nomme ainfi dans la Dordogne ce qu’ailleurs on nomme des najjes.
- Bouchelle , entrée de la tour de dehors de la bourdigue. 2. 67,6,
- Bouchots , ce font des parcs ouverts du côté de la côte , qui font formés de deux grandes ailes de pierre, de pieux ou de clayonnage, difpofés en triangle, qui le réunifient en pointe, & font terminés par une naffe ou filet en manche qu’on nomme hourgin. Il reffemble beaucoup aux gords des rivières. Dans le Poitou^ on en met quelquefois trois au de du s ièS uns uês autres ; celui qui eft le plus près de la côte, fe nomme bouchot de la cote ou de terre ; celui qui eft plus bas, bouchot de parmi ; & le plus bas, bouchot de la mer. 2. 8*4& fuiv.
- Bouée, en ail. Anckerzeichen, corps légers qui fervent à indiquer en quel endroit l’ancre eft mouillée. En ce cas la bouée eft amarrée à un cordage qu’on nomme or in ou drome,qui tient à la tête de l’ancre. Il y a des bouées qui font faites comme des barrils vuides, d’autres font formées par des morceax de liege liés les uns aux autres. 1.247 ,/>/• V,fig. 6.
- Bouffi ; on appelle hareng bouffi une efpece de hareng-foret.
- Bougüiere ou buguiere , filet très-délié, de l’efpece des manets , qui en Provence fertà prendre les poiffons appelles bogues : il différé peu de la battude. 2. io5i.
- Boulets , on appelle ainfi à Eftrehan les petits bouteux.2. 372.
- Boulleurs, ce font des hommes qui battent l’eau , & fourgonnent dans les herbiers , les crônes ou les fou-rives , pour engagerle poiffon à donner dans les filets. 2. 244.
- Boulic de plage, les Efpagnols nomment ainfi une très-grande pèche qu’ils font au boulier, & qu’ils appellent aulli arte real de pefebera.
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- TABLE DES M.A T I E R E S.
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- Ils y emploient jufqu’à quatre-vingts hommes. 2. îfig-
- Boulieche ou trahines, on nomme ainfi dans la Méditerranée de très-grandes feines. Il ne Faut pas les confondre avec les boulliers. On les nomme ailleurs bouyer. 2. i4fo.
- Bouligoü, c’eft le nom qu’on donne à Cette à une efpece de bregin.
- Boullier , bouilliere, boulliche , bon-leche, le grand boullier elt un filet formé comme l’aiffaugue, de deux bras qui aboutirent à une manche ; il différé de l’aiffaugue par les mail» les qu’on nomme deux doigts , pou-fal, quinze-vingt, brajfade > &c. 2. ifo<5, &fuiv.
- Bouque & Contrebouque , goulets qui féparent les chambres des bour-digues. Voye2 embourigues. 2. f8?.
- BoUQUETOUT, en ailerm ein kleinet Schauber, petit bouteux. C’eft le nom qu’on donne à ce filet dans l’amirauté de Coutances. 2. 368.
- Bouraque , bourache , bourngue, pa~ nier , cage ^ claie ,cazier , en allem. Fifcbrenjfe $ tous ces noms font fy-nonymes, & lignifient une naffe d’olier qui eft faite comme les fouri-cieres de fil d’archal. 2. ^59, n. f9.
- Bourdigue , en aflem. Fifcbzaune, ce font de grands gords qu’on fait dans les canaux qui communiquent des étangs à la mer, au moyen defquels on prend le poiffon qui veut retourner à la mer. Il y en a en Provence & en Languedoc, & de petites dans la Camargue. 2. f6j & fuiv. Ces fortes de pêches trop difpendieufes font inconnues dans le Nord. Ibid. note 8?.
- Bourdon, on nomme ainfi un bâton qu’on ajufte au bout des feines, pour tenir le filet tendu : on le nomme aulîi canon. 2. J 45 7.
- Bourdonnoro , c’eft le nom qu’on donne à la première chambre de la madrague. 2. 1732.
- Bourgeois ou hôte ; les pêcheurs nomment ainfi le propriétaire du bateau dont ils le fervent. De-là ils appei-lem poiffon bourgeois, celui que cet
- .• homme a droit de prendre après celui de coutume. On nomme les turbots , les Paumons » les marfouins » les efturgeons, poijjons privilégiés, parce qu’ils ne peuvent pas être pris pour les poiffons de redevance. 174.
- Bourgin ou bregin , en ail. Beutel-garn , on nomme ainfi à Marfeille un filet qui reffemble beaucoup au petit boullier, & qui ne diffère de l’aiffaugue que parla grandeur des mailles. Au Martigue , on ne diftin-gue pas le bregin du boullier. 2. if52, if64.
- Bourgneou bourgnon, forte de naffe qu’on met au bout des parcs ouverts.
- 2.851.
- Boursal s en ail. Einkehle, on nomme ainfi en Provence ce que dans l’Océan on nomme goulet : c’eft une forte de filet conique, dont la pointe entre dans le corps duverveux, & qui empêche que le poiffon n’en forte.
- Bourse, mot fynonyme de manche, poche, queue ifac. On dit bourje de VaiJJaugue. 2. 1469.
- • Bourset , corps flottant, qui fert à tirer un des bouts du filet de la drei-ge. 2. 1310, 1555. Cette pêche eft inconnue en Allemagne. Ib. n. 108.
- Bout-de-quievre , eft une efpece de
- - grand haveneau , mais dont les perches qui le croifent font terminées par des cornes de chevre, ce qui fait qu’on peut le pouffer lentement fur V v v v i)
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- TABLE DES MATIERES.
- la greve. Il y a un haveneau qui, au lieu de ces cornes , a deux planches qui font le même effet. 2. 420.
- Boutargue , en ail. Botargum, œufs de poiffon préparés, qui proviennent de la pêche des bourdigues.
- Bouteux , en ail. Schauber, Setzha-men, forte de grande truble, dont la monture elt tranchée quarrément; d’un côté , elle a un grand manche, avec lequel on la poulfe devant foi, comme les jardiniers font leurs ra-tilfoires. Quelques-uns font le filet des bouteux comme un verveux , & ils l’appellent bouteux à queue de verveux. 2. 3 f f & fuiv.
- Boutique, on nomme ainfi fur la eôte de la Hougue des nalfes que nous avons appeliées bourctgues. Voyez ce mot.
- Boyau de vers à foie, en lat. fucus tendo L. plante de la Chine,dont on fe fert pour empiler. 1. yy 1 , n. 143.
- Braies , on donne ce nom à des gords qu’on forme au bord de la mer avec des pieux ou des clayonnages. 2.
- y°?.
- Branco , bouts de ficelle d’auffe, qui fervent à attacher les cannes des bourdigues qui s’étendent de toute la longueur de l’ourdidou. 2. 620.
- Bràssade , c’eft un filet dont les mailles ont quatre lignes d’ouverture , & qu’on emploie à la manche ou au cou du boullier. 2. ifo<5.
- Brege , tramail dont on fe fert dans la Gironde pour prendre les eftur-geons ou créât.
- Bregin , Bergin ou Bourgin , on donne en Provence ce nom à un filet qui différé peu de l’aiffaugue j il eft feulement moins grand, & on ne s’en fert point dans les grands fonds. Il prend bien des noms différens
- dans les ports où on l’emploie : on s’en fert pour pêcher au feu , en fai-fan t précéder le filet par un petit bateau qui porte un feu pour attirer le poiffon. 2. 1752 & fuiv. & 3.121 & fuiv.
- Breme , poiffon d’eau douce. ï. 77. Ce poiffon aime les lacs. 3. 128. fig. Pêche extraordinaire de ce poiffon. Ibid.
- Bresse au x, terme provençal qui lignifie les lignes menues , qu’on attache fur la maîtreffe corde ou le maif-tre de palangre. Voyez lamie. 1.89.
- Brételieres, en ail. mittelmafchigtes Sackgarn, demi-folle qui fert à prendre de petits chiens de mer, que fur plufieurs côtes de Normandie on nomme brette ou bretelles. 2. 1134.
- Breveux , on nomme ainfi fur la côte d’Ifigny un crochet de fer, dont on fe fert pour tirer les homards & les crabes d’entre les rochers.
- Breuille , entrailles de poiffons.
- Bricolle , on appelleainfi le long des rivières une ligne attachée à un pieu qui porte à fon autre bout un ou plufieurs hains amorcés. 1. 83,
- Brider un filet:un des inconvéniens des mailiesen lofange, c’eft de changer beaucoup de forme, fuivant qu’on tire le filet dans un fens ou dans un autre, & on y remédie en le bordant ou en le bridant. 2. 104.
- Brigantin : c’eft proprement un bâtiment de la Méditerranée qui va à la voile & à la rame. Les Anglais ont cependant de gros brigantins pour la pèche de la morue leche , qui ont un grand mât, un mât de mifaine, un beaupré , point de perroquet ni d’artimon, 1,3991.
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- TABLE.DES MATIERES.
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- Brisans. On appelle de ce nom des rochers qui s’élevant à fleur d’eau , forment des lames ou petites vagues : & on donne auiîi ce nom aux vagues formées par ces rochers, qui annoncent qu’il y a des écueils à une petite profondeur fous i’eau. 2. T4*T
- Brisson, Ornythologie, cité 136, note 2i.
- Brochets, en ail. Hecht. Efox Lucius L. poilfon deriviere. 1. 90, n. 3. Se pèche à l’hameqon. 1. 77. Dangereux dans les étangs, g. 529 , n. 82. Grolfeur de ce poilfon. Ibid. n. 8T
- Broqüer , c’eft percer le poilfon avec l’hain. Pour l’amorcer on broque les petits poilfon s par les yeux , les ouies , &c. 1. 292.
- £rougnée|, en ail. FifchreuJJe, longue nalfe, peu diflférente de celle dont on fe fert dans la Garonne , & qui différé peu de la bourigue de la Dor-
- » dogne.
- Bruime , en ail. Flojfenreif ; on appelle ainlî en Provence une corde qui borde la tète du filet, & qui porte les nattes de liege. On la nomme en Ponant ralingue. 2. 1039 &fuiv.
- Bûchers, Landwirthfchafs-Calender, cité 3. 371, n. 16.
- Buchottikr, en ail. kleine Schauber, petit bouteux qui fert à prendre des chevrettes,que les Picards nomment bachots. On appelle auffi quelquefois ce Blet bachot. 2. 36g.
- Buse , en ail. Rohrdommd, oifeau pè-cheur. 3. 372, n. 119.
- c
- Cabas , panier fait avec de l’auffe. On en fait un grand ufage en Provence & en Languedoc , pour emballer des fruits lecs , des poiffons fàlés.
- Gableau, diminutif de cable, en ail. kleines Seil, ou fynonyme dc grelin. Les pêcheurs emploient fouvent ce terme pour lignifier une petite corde quilert à amarrer quelque chofe.
- CABLiERE.Les pêcheurs nomment ainlî une pierre percée, qui leur 1ère à tenirleurs cordes & leurs Blets alfu-jettis au fond de la mer ou lur le fable.On dit pécher à la petite cabliere? quand on attache au bout d’une ligne limpie une petite pierre, qifon enfouit dans le fable , 1. 189 ; & pêcher à la groje cabliere, quand 011 attache de grolfes pierres , aux deux extrémités d’une groife corde qui elt chargéed’empiles. 1. 8p, 248,662?
- .Caroudiere ou Ca^ussiere, forte de tramail, dont on fait uiage dans les étangs de Cecce.
- Cache oti Chasse. Voyez manche. C’efl: un filet tendu fur des piquets en forme de palis. On en met à l’embouchure des parcs, pour déterminer le poilfon à y entrer. 2. 431.
- Cage, Claie , Casier j forte de nalfe» On donne aulii ce nom à une barrière ou grillage de bois, qu’on fait à la bonde d un étan^ , pour empêcher que le poilfon s échappe quand on ouvre la bonde. Voyez boaraque.
- Cahosse, petit haut-parc qu’on appelle communément clofet. 2. 9021.
- Câhuottier. Voyez verveax.
- Cailloux, en ail. Kiefeljleine -, comme le plomb efl; fort cher , les pêcheurs emploient autant qu’ils peuvent des cailloux pour lefter leurs cordes & leurs Blets. On les choifit de forme longue pour qu’ils foient plus ailés à attacher. 246.
- Calangue. O11 donne en Provence ce
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- TABLE DES MATIERES.
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- nom à de petits ports ou anfes. Vf an [es & criques.
- Calcaire, terre , nuifibîe au poiflon des étangs. 3. 282 , 11. yo.
- CaleN , grand carreau qu’on établit à l’avant d’un petit bateau, & qu’on releve au moyen d’un contrepoids.
- 2. 28f.
- 'Caler , en ail. ins IVaJfer.[ncken ; c’ed enfoncer dans l’eau. La charge d’un vailfeau le fait caler. On dit caler une tejfurë, pour dire la jeter à la mer.-L’eylfaugue ne peut caler que d’un foleil à l’autre, ün la releve au coucher du foleil.2. 1 foo.
- Câlins , nom qu’o'n donne à deux piquets ou paux dé l’entrée de la -tour de là paradierè. 2. 999.
- Canard , efpece de filet de cinquante brades de longueur & de huit pans de large, foutenu par des rofeaux. La pèche où on emploié ce filet -, dure pendant les 'mois de juillet , août & féptembre.
- Canard plongeur, enallerh. Rifente^ an'as clangale L. Cet animal eft propre à la pèchè.q. 156 , n. 21.
- Canchalavar , nom que les pêcheurs des Açores donnent à une-efpece de truble. 2. 919.
- Canesïeau. On homme ainfi en Provence le panie'r dans lequel les pêcheurs roulent les cordes chargées d’empiles & d’hains. Ces paniers ont une bordure de iiege , qu’ils nomme ntgar lande. 1.7 36.
- Canne ou Gannette , en ital. cannât cahnania , en al).Angelruihe, Angel-Jlabei on dît péchera la canne quand au boutd’une canne ou d’une perche déliée,on attache une ligne à l’extrémité de laquelle eft empilé un hain. 1.82.471, n. 159. La canne à •g .pièces èft peu folide. 1 .-48i,n. iffî.
- Canne de Provence, mefure des longueurs ; trente cannes font cinquante aunes de Paris. 2. ïf4f, note 116.
- Canniere. On appelle ainfi en B a lié-Normandie une efpecede bretelierè qui fert à prendre des chiens.
- Canon , fynonyme de bourdon , bâton qu’on ajufte au bout des Peines pour tenir le filet tendu. 2. 1437.
- Canonnière. Ouvertures qu’on pratique au fond des éciuies ou parcs de pierre pour laider échapper l’eau.
- Canot , en ail. eîn Kalrnpetite chaloupe. Les Canadiens font des canots creufes dans de gros corps d’arbres , ou avec de l’écorce de bouleau foutènue fur des membres fort minces. 1. 499.
- Canulette , en ail. Ruder ; forte pagaye dont les pêcheurs des environs de Quito font ufage. 2. 14^4.
- Capitaine , forte de poilfon , dont l’écaille forme une efpece de liaulfe-col. 1. 790, n. id5.
- Capouliere , nappe de filet d’auffe à larges mailles qu’011 met à feutrée des bourdigues pour, empêcher le poilfon de s’échapper, & qu’on abat pour laifler palfer les bateaux quand il s’en préfente. 2. 5io.
- Caqüer. C’eft mettre le hareng dans des caques ou barrils lorfqu’ii eft Talé.
- Caravelle, CrevelTe,ou Clïncart, petit bâtimeii de vingt-cinq à trente tonneaux,qui font employés pout la pèche du hareng. Ceux qui fervent dans la Manche ne font que dè douze à quinze tonneaux. 1. 9^9 ,
- , 390.
- Carcasse , en àll. bedeckte Rôrbe i oti nomme ainfi de grandes glines ou ‘corbeilles couvertes, danslefqtieilea
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- TABLE DES MATIERES. *711
- on met les grands poilTons qu’on q pêchés. Ce font fur - tout les pè-cheu rs-parquiers qui en font ufage.
- 2. 969.
- Cardon. Qn nomme ainfi à Caen les petites chevrettes.
- Carelet , en ail. ScboIIe , pleuroue&es Platejja L. poilTon de mer. 1. 34 , n. 40.
- Caréné, en ail. der aufwendige Scbif-b.oden ; on appelle ainfi toute la partie d’un bâtiment qui eft fubmer-gée. On dit auffi œuvre vive. On -nomme encore careue l’enduit dont on couvre cette partie. 1. 366 , n.
- Ï23.
- Carlock : quelques - uns donnent ce nom à la colle de paillon qui vient d’Archangel.
- Carpes, en ail. Karpen. Cyprinus Car-più L. poilïbns d’étangs & de rivières. 1. 30, n. 3. Se pêche à l’hameçon. 1. 77. Maniéré de faire dégorger les carpes de marais. 3. 248 5 n. 41. Maniéré d’engraiifer les carpes.
- 3. 269, n. 47. Quelle eau elles préfèrent. ibid. 332 , n. 48. Proportion entre les mâles & les femelles pour peupler un étang, ibid. 337 , n. 91. Age où elles fraient, ibid. n. 93. Saifon du frai. ibid. n. 94.
- Carpieres , petits étangs qu’on appelle auffi alvinieres. Voyez ce mot. 3.
- m-
- Carra ou Cava. On nomme ainfi a la Tète-de-Buch & dans le baflin d’Ar-cachon une efpece de manet avec lequel on pèche à la dérive. Nous avons décrit cette pêche dans l’article du baflin d’Arcachon ; le filet s’appelle aumaillade.
- Carré. Voyez carreau.
- Carreau /Carrelet , Carré , Ca-len , Venturon, Echiquier, Hu-
- MIER , en ail. Seucker. 2.11. f2. C’eR une nappe quarrée qu’on tend fu? deux portions de cerceau , qui croi. fent & qu’on attache au bout d’une perche; on le tend fur le fond; Sç quand 011 apperçoit quelques poif-fons delfus, on le releve promptement. 2. 272.
- Carrelet. Voyez carreau.
- Carrelet, en allem. Scbarde, enlaî. Qiiadratulus ,* poilfon de mer , qui fe prend à l’hameçon. 2. 70. 1. ^42, n. n y.
- Carrosse. Il y a des petits bas pares, dont le delfus efi: couvert par un filet ; c’ett; ce qu’on appelle carrojfb. ou parcs couverte 1. 926.
- Carte. Quelques-uns nomment ainfi la fluedes tramaux, ce qui n’efl; guère d’ulage. La carte de Dunkerque ell un filet en chaulfe qu’on traîne ; ainfi c’elt une efpece de drague. 2. 1190,16*7.
- Castration du poilfon, en ail. Ver-fcbneidung des Fifcbcs ; opération par laquelle on prétend que la chair du poilfon devient plus délicate de meilleur goût. 3. 2ff.
- Câteniere ou Catoniere , haut de chaîne qui porte quantité de croc$ que les pêcheurs traînent au fond de la mer pour trouver leurs filets ou leurs appelets quand ils leur ont échappé, i. 2f 8 , pb J, fig- 4- .
- Çatimaran , forte de radeau fait avec trois pièces de bois , Si qui fert fur la côte de Madras à pêcher à la ligne fimple. 1. 702.
- Caudrette, Chaudrette, Gaude-
- LETTE , CHAUDIERE , SaVONCEAU, en ail. Kôtfcherni ces noms adoptés dans dilférens ports défignenc des trubles qui n’ont point de manche Si fbntfufpendues comme le plateau
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- TABLE DES MATIERES.
- 'd’une balance ; on les releve avec une petite fourche de bois. 2. 327 , n. fg.
- Caviar ou Caviat, en ail. Stôrogen i œufs d’eflurgeon qu’on fale & qu’on prépare en Ruffie. Les Italiens le regardent comme un mets délicat. Cazier ou Casiar , milfo à peu près femblablo aux bouraches , avec laquelle on prend dans le quartier de Saint-Malo des poiifons à croûte. Ceinte. Voyez .préceinte. 1. 366. Célan , poilfon de mer, connu fous ce nom dans quelques provinces de France. 1. 34.
- Chabot, Cottus Gobio L. en allém. Kappe i forte de poilfon. 1. 277 > il. 99- .
- Chalon, grand filet que les pêcheurs de riviere traînent entre deux bateaux: ce terme n’eft guere d’ufage. Chaloupes,petits bâtimens qu’on embarque dans les vailfoaux, & qui font d’un grand fervice dans les rades : on s’en fert pour la pèche. Il y en a qu’on nomme lamaneufes, qui fervent à entrer les vai-lfeaux dans le port. 1. 419^0
- Chalus ou Chalut. C’eftim filet eh chaulfie, fans ailes, ou une drague qu’on traîne.Il y en a qui font montés fur des efpeces de traîneaux de bois. 2. 1642.
- Chandeliers. 0n nomme ainfi fur les barques & ies chaloupes des ef-peces de fourches de bois ou de fer, fur lefquelles on met les avirons , les gaffes ou les vergues, quand elles font abattues. 2. 28V.
- Chantage ou Huage.Oii appelle une pèche chaînage ou Image, quand on fait du bruit pour engager le poiifon à donner dans le filet. V. têts, 2. 114T.
- Chanvres du nord , employés à faire des cordes pour la pèche. 2. 12. Chanvre de France, ibid. Chanvres du Rhin. ibid. n. 7.
- Chapeau , forte de truble dont on fe fert à Calais pour prendre des chevrettes qu’on y nommegrenades. Chaperon, couverture de paille qu’oil met fur les paniers de poilfon > 188.
- Chappe, en ail. NetztreJJe * on nomme ainfi en Provence une efpece de îifiere qu’on met autour des filets pour les fortifier. Les mailles de chappe ont quinze lignes en quarré. Voyez enlarmer. 2. ff, 1476. Charrue , filet en manche, d’ufage en Baffe-Bretagne , femblable au chalus. Voyez ce mot.
- Chasse. Nom qu’on donne à de petites teffures qu’on tend dans le baf-fin d’Arcachon $ & aux halins qui fervent à tirer les grands filets. 2. I22f,M54.
- Chasse - marée , en ail. Fifclürndlèr j marchands qui tranfportent promptement la marée, où à dos de cheval , ou dans des fourgons, aux endroits où s’en fait la vente. 3. 192. Chat , petit grapin dont fe fervent les pécheurs pour retirer du fond de la mer leur teffure , quand elle leur . a échappé. 1. 2f i ,pl. V, fig- n. CHATAIGNE DE mer, en ail. Meerig-ei$ cil donne quelquefois ce nom aux ourfins.
- Chatouille, efpece de petite lamproie qu’on emploiepour appât, r. 269
- Chausse ou Manche du bregin : ellè diffère de celle de l’eyffaugue en cè qu’elle eff plus large , & les mailles du cttl-de-fac font fi petites que ce
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- MATIERES.
- TABLE DES
- filet femble être une toile claire. 2. if??-
- Chaussée d’un étang, en aliéna. ein Teichdivnm, eft une levée ou une digue qu’on fait avec beaucoup de foin pour retenir l’eau ; il y a au milieu une bonde pour le vuider. 3. 284- Un fond de fable n’eft pas fuf-, filant pour l’affurer, 3. 286, n. 57. Maniéré défaire une bonne chaude avec des tourbes. Ibid.
- Chevalet, en ail. der S/ç?,inftru-ment qui fert à faire des hains , & fait partie du barbelet ,pU I ,fg. 16. On le nomme rencontre du barbelet. 1. 199.
- Chevrette, en ail. Gameelen, Cancer Craugon L. crultacé de mer. 1. ,
- n. 49.
- Chila. On nomme ainfi en Corfe de petits parcs tournés qu’on forme avec des pieux. 2. 890.
- Chiens de mer, en ail. Schtmd. Sqüa~ lus Carcharias L. poiifon de mer. 1. ??» n. 27.
- Chute. On entend par la chute d’un filet, fa hauteur lorfqu’il eft tendu : ainfi on dit qu’un filet a tant de longueur & tant de chute.
- Cibaudiere ic’eftlenom qu’on donne dans quelques ports fur la côte de Dunkerque aux folles. On tend quelquefois ces filets fur des piquets , pour prendre des mulets ; alors on les appelle milliers ou mulotiers. V. vieux. 2. 729,1172.
- Claire, en ail. Lichte} en général, une teffure qu’on dit claire, a les mailles larges; au contraire , celle qu’on dit épaijfe , les a ferrées. 2. 14 ?9-
- Clairet, efpece de mailles de deux braffes de la partie fupérieure au cul-de-fac d’une manche ; elle eft de Tome K
- 7 n
- vingt-quatre ourdes au pan, ou d’un peu plus de quatre lignes. Celles des manches, dites en Provence clairets, ont quatre lignes & demie ; celles de l’eyffaugue les ont de fix à fept lignes. 2. 1439, 1482.
- Clava. Les Provençaux nomment ainfi une perche ou une canne qu’on ajulte au bout du filet de la tartanne, pour le tenir tendu. 2. 16? 1, 171p.
- Claveau. Les Bas-Bretons appellent ainfi les hains. 1. art. VI, à la note *.
- Clef, en ail. Kreutzknoten ; double clef & demi clef, forte de nœud qui fert à attacher les hains aux empiles, les cailloux aux cordes , & les cordes aux piquets. 1. 98, 101 , pl.
- ClincarT, terme adopté à Saint-Valéry, pour lignifier un bâtiment employé à la pêche du hareng. Quelques-uns difent trinquart. 1. 59c.
- Closets ou Cahossets. Ce font de petit hauts parcs, formés d’un filet en manets & tendus fur des perches : un bout de filet tendu droit forme une chaffe; & l’autre bout formant un crochet, fait le corps du parc. 2. 902.
- Cloyere, petit panier dans lequel on met tin affortiment de poiffon pour la provifion d’une maifon. Voyez emballage. 5. 18T»
- Coiffe , filet à grandes mailles & éva-fé , qu’on met à l’embouchure d’un filet en manche , pour déterminer le poiffon à y entrer.
- Colin, poiffon de mer ainfi nommé dans quelque province de France.
- COLLERET, en allem. Kleine Wathe, petite leine ou feinette que deux hommes traînent au bord de la mer ou dés étangs, ou par les travers des* petites rivières. Il y a de grandi;
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- TABLE DES MATIERES.
- collerets qu’on traîne avec des chevaux ou avec des vireveaux. 2.1592, - 1410.
- Commence ou Eillere. C’eft en général un bout de corde qui fert à retenir un corps- dans une fituation fixe & convenable. 2. 6f6. Çoncedon ; c’eft le nom qu’on donne à la fécondé chambre de bourdigues. 2.659.
- Comportes , faifeeaux de cannes dif-pofés pour la conftru&ion des bour-digues. 2. 614.
- Congre , Murana Conger L. i. 187 , n. 81. 1. 509 , n. 107. Conservateurs. On nomme ainfi à Rome des magtftrats qui ontinfpec-tion fur la vente du poiffon. 5. 169. CoNTREMAiLLE. On appelle ainfi en quelques endroits le filet du tramail. Coque du Levant, en ail. Kokelkorner, minifbermus cocculus L. appâts dangereux. 1. 552, n. 111.
- Corail: on trouve dans la Gothie province de Suede, une digue formée toute entière de coraih 1. 6,n.2. Coraliere , petit bâtiment 'provençal , qui fert pour la pêcne du corail & aufli pour celle du poilfon : il porte un petit mât, point de vergues , une grande voile quarrée & un fo-que. Quelques-uns difent cor aime. Corbeille. C’eft en effet une corbeille d’ofier, revêtue de cuir de cheval dont les Anglais fe fervent alfez adroitement pour la pêche. 1. 44p. Corcerons , en allem. KorhfloJfenjCQ font de petits morceaux de liege qu’on attache aux empiles, pour que les hains fe détachent du fond. Ce mot eft fynonyme.de flottes. 1. 2f2 s fl. V,jlg. 12.
- Corde d’auffe.Qn en emploie de trois çuotifeurs, ou’011 diftingue par les
- noms de llgnette ou brumel, le ban. don & \e filet prin. Ces cordes fe vendent par balles alfortîes. 2. 604.
- Cordes. Pêcher aux cordes eft pêcher avec une longue corde, à laquelle on attache, de diftance en diltance, des lignes ou empiles garnies d’hains: c’eft ce que dans la Méditerranée on appelle palangre. Lorfqu’elles font chargées de plomb ou de cailloux , 011 dit corde par fond i quand elles font foutenues par des flottes de liege , on dit cordes flottantes : la principale corde s’appelle maitreffe corde ou bauflfe dans l’Océan , dans la Méditerranée maître de palangre. Les pèches aux grolfes cordes different de celles aux lignes, parce que les cordes'font plus grofles,& ordinairement plus longues. Voyez lignes. 1. 87» 240,^/. V,fig. 1.
- Cordier, en ail. ein Angel-leimfifeher 1 un pêcheur cordier eft celui qui pê-cheavec des cordes garnies d’hains» On l’appelle dans la Méditerranée palangrier. 1. 87,259 ,^249.
- Coresse; on appelle ainfi à Dunkerque les magatins où on fait les harengs forets.
- Cormoran , en allem. Waffermbe. 2a 965, 89- Palecanits Qarb.o> L. Autre efpece , Palecanus Graculus L.. j. 158» n.22. Oifeau qu’on dreffe à la pêche , pour s’approprier le poilfon qu’il prend. 5. 156, n. 21.
- Cornets, ou Calamars, en ail. Dhu tenflfche : Sepia Loligo L. poilfon de mer. 1. 285 , n. ioy.
- Cornion , partie de la bire , ou bure* ou naffe qu’on ajufte à l’extrémité des diguiaux. 2. 6yf.
- Corpon ou Corpou , en ail. Todes* Kammer , cinquième chambre qui eft à la tête fie la madrague où iè
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- TABLE DES MATIERES.
- prennent les thons.
- Corps ou Cosse d’un bateau. On appelle ainlî la partie d’un bateau , cornprife depuis le mât jufqu'à-peu-près les deux tiers de fa longueur, tant à l’avant qu'à l’arriere. j. 362.
- Cotreaux ou Cotras. O11 nomme ainll à la Hougue des pièces de cordages de 18 brades de longueur , avec lefquelles on joint, à cette distance les unes des autres - des pièces de tramail qu’011 tient flottantes entre deux eaux.
- Coudre un filet, cft joindre plusieurs filets les uns au bout des autres , pour en faire un grand. 2. f7.
- Couffe de palangre. On nomme ai 11 fi en Provence un panier fait avec de î’auffe, & rempli de pierres, au bord duquel on attache des piles qui portent des hains, & qu’on defcend au fond de la mer.On le retire au moyen d’une ligne qui y eft attachée. 1. 84 5 note 66.
- -Coulette , forte de truble dont la monture eft comme celle d’une raquette : on s’en fert dans la Garonne pour prendre plulieurs fortes de poiffons. C’eft un grand lanet.2.512.
- Couleur d’eau ; quand on n’étame pas les hains, on les fait revenir fur un petit feu : d’abord ils prennent line couieur bleue , enfuite une brune , qu’on appelle couleur d'eau.
- Coup; on donne quelquefois ce nom à la manche du boullier. 2. iyo<5.
- .Coupeillon , nom que les bourdi-guiers donnent à une pêchette ou forte de. truble, qui leur fert à prendre le poiiîbn qui eft dans les tours des bourdigues. 2. y87.
- Couferu, nom que les pécheurs d’O-ieron de d’A unis donnentà une ef-
- 7* T
- pece de petite truble ou de nalfe, dont ils fe fervent pour prendre le poiflbn qui relie dans lents éclufes ou courtines , quand l’eau n’cft pas entièrement retirée.
- Couple; ce mot fe prend en diffère 11s fens : pêcher au couple , c’eil attacher au milieu d’un fil de fer un peu courbe un petit poids, & aux deiEÈ bouts deux piles garnies chacune d’un hain. On amarre ce El de 1er par le milieu, à une longue ligne que les pêcheurs tiennent dans la barque qui va à la voile. Lorfqu’on parle de la conftrudion d’un batiment, le couple eft une tranche verticale, formée de varangues, de genoux & d’alonges ; on l’appelle auiîi une levée. Les couples de balancement , en ail. Koppelhoker, r. 302 , n. 119, font ceux qui terminent la partie fymmétrique du bâtiment, un vers l’avant, l’autre vers l’arriere : le maître couple eft celui qu’on,met à la partie la plus large du bâtiment. On peut, pour avoir des notions plus précifesfur les couples » conful-ter le traité d’archite&ure navale,
- 179.
- Courge, excellent appas pour les carpes. 1. n. 149.
- CouraVtille, forte de thonnaire ou filet à prendre des thons , qu’on abandonne à lui-même, & qui dérive au gré du courant. 2. 1166.
- Courau , petit bateau de la Garonne, qui fert pour l’armement des grands bateaux, & pour la pêche dans la riviere. 1. 424.
- Courbe , piece de bois ceintrée ou en équerre , qui eft d’un grand ufage dans la marine.
- Courier , piquet qui alfujettitle bout de la pantemie de laparadiere.2.941 X x x x ij
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- rl6 TABLE DES
- Courtine : on nomme ainfi des ef-peces de gords ou de bouchots , dont l’enceinte eft formée par des filets tendus fur des piquets. On nomme €Ourfines vagabondes ou variantes, celles qu’on change fouvent de place. 2. 86.
- Coutel ; c’effc une efpece de ferpe qui fert à couper les cannes qu’on emploie pour les bourdigues. 2. 602.
- Coutelets , forte de goulets ou entrées des bourdigues. V. Traverse. 2. 627.
- Coutume ; on nomme poiJJons âs coutume, ceux de redevance , qu’on donne avanc la vente aux commis du toi ou du feigneur , au proprié* taire du bateau & au maître pécheur. C’eft le poilfon choifi par le fermier , qu’on nomme particuliérement de coutume : celui du propiétaire du ba-
- . teau f'e nomme poiffon bourgeois. 3. - 174- , . .
- Couvo; lesEfpagnols nomment ainfi le coup ou la manche du filet qu’ils
- • nomment havega ou reddes reales , qui eft un filet alfez femblable au feoullier. 2. if2o.
- Crabe , en ail. Krappe, Cancer Mae-nas L. cruftacéde mer. 1. 3 y ,note 46.
- Crados ou Grados , en ail. Meerpfaf-fen ; en latin Monofcopus ; en Normandie , prêtres $ en Bretagne , prêtras, ou éperlans bâtards, forte de poilfon de mer. 1. 2gi, n. 102.
- Crayé; c’eft le nom qu’on donne en Picardie aux macreufes.
- Cric , c’eft un enfoncement dans les terres , ou une efpece de petit port formé naturellement le long des côtes, où les bâtimens cherchent un afyle dans les gros tems. 1. 6.
- Crochet , inftrumem de ferajufté au
- MATIERES.
- bout d’une perche , pour détacher les coquillages des rochers, & tirer les cruftacés & quelques poilfons d’entre les roches. On traîne fur le fable un double crochet pour faire faillir les vers & les poilfons qui fe font enfouis. 40.
- Crônes, trous ou petites cavernes qui font au bord de l’eau, allez fou-vent fous des roches.
- Crousilles : on nomme ainfi en Provence des enceintes de filets, ou des efpeces de parcs qu’011 établit au bord des étangs. 2. ^94.
- Crustacés, en allem. Schaalthiere , poilfons qui font couverts d’une croûte dure, tels que les crabes, les hoiîiards , les écrevilfes, &c.
- Cul-de-lampe, d’un étang; en ail.
- - Hinterdamm, enceinte qu’on forme derrière la bonde d’un étang , au moyen d’une chauffée pour retenir
- , l’eau , & empêcher qu’elle ne fe perde.
- Cul-de-sac, Cul-de-peivauou Cul-
- DE-CHAUDERON ; c’eft le fond de la
- - manche de l’eylfaugue, & des autres filets'de même genre. 2. 14g 1.
- Culaignon , partie de la manche des filets, & qui en forme le fond. 2. i62y.
- D
- Dailles, en allem. VatteUmufchlen. Mytilus LythophagusL. 5. 6gy, note 140.
- Dane , cabane pratiquée au pied du grand mât des gondoles qui fervent pour la pèche à Yermuth , & qui fe démonte pour celle du maquereau.
- Darder ; il y a des fauvages qui font très-adroits à lancer un dard fur les poilfons qu’ils apperqoivent. q. 115.
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- TABLE DES
- Da'Uds , en al!. Lauch ou Digüm, Cy~ prinus Leucifcus L. g. 641, n. 15 f. Décharge ou Déchargeoir, en ail. Fluthbotten , endroit par où on fait échapper l’eau d’un étang , quand il eft trop plein. g. 509, n. 77. Péclorre une bourdigue , c’eft en ôter les rofeaux, pour lailfer le paf-fage libre aux poiflons. 2. f8f-Démarrage fe dit d’un bâtiment qui, n’étant plus retenu par lés amarres, obéit à l’acftion du vent. Les pêcheurs comptent leurs petites campagnes . par le nombre de démarrages qu’ils font ; ils difent qu’il y a des démarra-, ges qui leur lotit bien plus avanu-geux que d’autres.
- Demi-clef. Voyez clef. 1. 101.
- Demi - folle , eti ali. ein mittelmaf-çhigtes Sackgarn, filet qui ne différé - , .des, folles que parce qu’il a moins d’étendue , & que les mailles en font moins ouvertes. On peut rapporter à ce filet les bretelieres , les jets de ; Picardie, les picots de Normandie. 2. 1140.
- Derader, c’eft défagréer un bateau quand la lâifon de la pêche eft finie. D.EUX - doigts ; les filets du boullier dit de deux-doigts, ont leurs mailles d’un pouce & demi en .quarté. 2. 1 fois.
- Pigon , morceau de fer barbelé ou terminé par un demi-dard, ajufté au bout d’une perche, & dont on fe,£ert pour piquer & prendre le poiffon. g. 17.
- Digotou Aiguillette, petit infiniment qui fert à tirer du fable les manches de couteau, g. f<5. Diguiaux , grands filets en forme de manches , terminés par une nafte nommée bire ou bure , que les pê-cheursxd.e la Seine établilfenrentre
- M A T I E R E S. w
- les arches des ponts. 2. 648.
- Doberau , dans le duché de Meckleu-bourg. On trouve fur les côtes une.digue, nommée dans le pays der heilige Damm , toute formée de galets. 1. 6, n. 2.
- Dogre , bâtiment que les Hollandais & les Français emploient pour pêcher dans les mers d’Allemagne : il eft pincé par l’avant & i’arriere , porte un mâtfurmonté d’un hunier, une grande voile & un beaupré à l’avant, fur lequel fout amarrés des foques. 1. g.99.
- Doigt j on dit en quelques endroits pêcher au doigt, quand Gn tient la ligne à la main fans canne ; mais c’eft .ce qu’on doit appel lcr pêcher à la ligne. 1. 687. On fpécifie quelquefois la grandeur des mailles en les dénommant de deux doigts >Jtx doigts, &c.
- Domiciliés ; nous nommons poijfbus domiciliés, ceux qui fe trouvent toute l’année fur les mêmes côtes , tels que les foies , les limandes, &c. 1. g4o.
- Dorade , en ail. Goldforelle, Spams aurata L. poiflon de mer. 1. g g , n. j 8. Une autre efpece nommée en efpagnol larnpuga ; Coryp)hœna Hippanus L. 2, 11.-79.
- Dorée , en ail. Fetersftfch, Zens Fabcr. L. poiffon de mer. 1, g g , n. 17.
- Dormant; les pêcheurs difent qu’ils pêchent avec d.es lignes dormantes ? quand -ils en mettent un nombre au bord de J’eau , & qu’ils vont de tems en tems vifîter celles où le poiffon a mordu. Les pêcheurs de l’embouchure de la Seine appellent rets dor-mans ,des rets tendus comme les folle*?. 1. 62.J , 71 f- 2. 1217..
- Drague , en ail. Schleppfack. Etymo-,. Jogie de ce mot. 2. 1^07 s n. io? ;
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- TABLE DES MATIERES.
- On comprend fous ce nom générique , qui fignifie- un filet eu manche qu’on traîne, bien des eipeces de filets. On peut les conüdérer comme des guideaux qui, au lieu d’ètre établis iedentaires, font traînés fur le fond, ou comme des eyifaugues ou ganguis qui n’ont point d’aiies : il y en a qu’on haie de terre fur les grèves ; d’autres font traînés par des bateaux : les unes fe nomment chaluts , d’autres dranguelles , d’autres cartes ou dragues. Toutes ces pèches s’exécutent avec des filets en chauffés, qui (ontplus ou moins longues, quLontleur ouverture plus ou moins grande, & qui font armées de fer ou de bois. La force des filets varie audi fuivant leur grandeur. On appelle auifi drague, un filet en chaude, armé par-devant d’un chaliîs de bois ou de fer, qui gratte le fcndquand on le traîne:il fert principalement à prendre des coquillages, comme huîtres, carambots, ourfins. Def-cription de ce filet, comme on le fait en Allemagne. 2. 1637 , n. 1 i.g. On l’appelle en quelques endroits ganguy. 2. n. 1.
- Drainette , Drivonette , Drouil-lette , par corruption , je crois, de dérivette ; filet dont on fe fert à la dérive pour prendre plufieurs fortes de petits poiiions ronds : c’efi; un manet. 2. 102?.
- Dranet , fynonymc de colleret. 2. 1440.
- Dra.nguelle , forte de drague , ou chaude (impie qu’on traîne fur le fond au moyen d’un petit bateau : il y a des dranguelles claires, & d’autres épailfes. 2. 163 p.
- Preige , enallem. Kratzgarn , pèche coniidgrable qu’on fait dans l’O-
- céan , avec lin grand tramail, qu’011 traîne avec un bateau nommé nef, & un ajullemcnt que la marée porte au loin, pour traîner un des bouts du filet : on le nomme le bourfet. On donne auiïi ce nom en Bretagne à une manche qui elt tenue ouverte par un chaflis de bois ou de fer , & donc le bas efc chargé de plomb & de fer -, c’elf une vraie dreige. 2* i?o6 , 1577.
- Dreigeur , bateau qui fert à la pêche à la dreige.
- Drogueur, bâtiment de haute-Normandie pour la pèche de la morue , du hareng, du maquereau ,au Nord, à Yermuth, aux côtes d’Irlande, &c. 1. 400.
- Drôme ; on emploie ce terme dans quelques ports, pour lignifier le cordage qu’ailleurs on nomme or in, & qui fert à tenir in bouée arrêtée fur les filets des pécheurs. Voyez ce mot. 1. 247.
- Drouillet, petit filet monté fur des perches , qu’on préfente à l’oppofite du cours de la marée , pour pren-. dre de petits poiiTons , particuliérement leharanguet , qui elt fort différent du hareng.
- Dunes, élévations qui bordent la mer; il y en a d’aifez élevées pour former des montagnes : on donne ce nom à celles de fable qu’011 voit aux environs de Dunkerque. 1. 6.
- E
- Echiquier. V. carreau. 2.- 272,2$o.
- Ecrevisses , miifibles aux étangs,
- 3 72 , n. 119.
- Echouer fe dit quand un vaiffëau manquant d’eau , porte fur ie fond.
- Ecluse ; les pêcheurs parq-u fers nom-
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- TABLE DES MATIERES,
- ment ainfi les parcs de pierre. 2. 787, 800.
- Ecueil, rocher ou banc de Table qu’il faut éviter pour ne pas périr.
- Egrefin , en allem. Schelfijch > Gadus Æglefnns L. 1. 33 , n. 24.
- Egr.au , filet de la pêche dite jagtiâe dans les chenaux de Buch.
- Eguilliere. Voy. aiguillere.2. 1067.
- ElN ; c’eft un mot corrompu de bain. Quelques-uns diient eicbe. Voyez bain. 1. 136.
- Eissaugue. Il vaudrait mieux écrire a ((fatigue : quelques-uns écrivent ef faugtie, d’autres iffaugue. C’eft; un filet approchant de la feine , au milieu duquel il y a un Tac de filet, ce qui eft allez d’ufage en Provence. Ainfi ce filet eft comp'olé de deux ailes ou bras de filet & d’une manche qui eft au milieu. Après avoir fait parcourir au filet une grande enceinte, on le tire à terre pour prendre le poilfon. 2. 70.
- Elancement de l’étrave,c’eft la quantité dont l’étrave Te porte en avant au-delà de l’extrémité de la quiile, 1. 369.
- Elbuth, poiiîbn de l’efpece des folle s, en latin hyppoglojfus ; dans quelques provinces de France, flétan. p. 462, n, 121.
- Emballage du poiflon.On prend bien des précautions pour emballer le poilfon dans des paniers, lorlqu’on veut le tranfporter , ou , comme on dit, le cbajfer au loin: en emballe dans des paniers qu’on nomme deux au cheval? quand deux paniers en font la charge ; trois au cheval , quand il en faut trois ; & de même quatre au cheval. Il y en a de plus petits , qu’011 nomme cloyeres. Enfin, on enveloppe quelquefois de
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- beaux poiffons fimplement dans de la paille ; c’eft ce qu’en nomme tor-quette ou torchette. On couvre les paniers avec de la paille longue, qu’on nomme glu, & on forme es qu’on nomme te chaperon. 3. rg4.
- Emeecquer , c’eft mettre un appât friand à la pointe d’un hain. Quelques-uns difent abecquer & abaiter» 1. art. IX, à la note (*).
- Embourique i c’eft le nom qu’en donne aux goulets qui féparent les différentes chambres des bourdigucs : d’autres le nomment boriques & con-tre-konqùes. 2. y 83.
- Emerillon, en ail. âer Nachbiingtr » petit crochet de fer, quieftdilpofé îur fon manche de maniéré qu’il y peut tourner facilement.. 1. 121.
- Empilage ovale. 1. 12.8.
- Emperna. Faire en pn na% c’eft former l’enceinte des filets pour la pêche qu’on nomme feinche ou enceinte. 2, 1709.
- Empiler les hains 3 en ail. die AngeU hackeu anfehnüren , c’eft les attacher à une empile ; & comme il y a des hains de différente forme & grandeur , on a auffi des empiles greffes & menues, defmples& de doubles,, de rondes & de eadenettées. 11 y en a de métal & de crin. 1. 124 & luiv»
- Empiles ou Piles ; en ail. Schmireu,, ce font des lignes déliées, ordinairement doubles , auxquelles on attache un bain , & qui s’attaehens. aux lignes eu cannes. On les appelle, dans la Méditerranée, brejjeaux»
- T- 89- .
- Enceza , pêche en Catalogne, qui fe lait de jour & de nuit avec le fitor» ou le Echoir. A Alicante, cette pêche le fait aveu le feu & le filet. 5, 9i, 119*
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- TABLE DES
- Enclesîre . partie du filet de la tartan ne. 2. 1622.
- Enlarmer un filet, eil ail. ein Metz-Jàumen , c’eft le border d’une efpece de liliëre de grandes mailles , faites de fil fort, ou pour fortifier le filet, ou pour former des anneaux cornrhe ceux d’un rideau : c’elt à peu près ce qu’ôn nomme en Provence chap-pe. 2. f4,i©g;
- Ensabler, e’eft tendre fui* lin fond de fable, des filets au pied defquels on ne met point de left. 2. 974. Entrebouque. On nomme airtfi la première chambre des bourdigues du côté de l’entrée. 2. 627.
- Ëntremaillade. Les Provençaux nomment ainli ce qü’on appelle en Ponant hamauxt Voyez tramaux. 2<
- 1189- .. .
- Ebaîsse. Urte tellure épaifle eft celle qui a les mailles ferrées. 2. 1439.
- Eplrlan , en ail. Stint, Sàlmo Epêrla-vus L. poiflon de mer qui remonte dans les rivières, 1* 30 4 n. 1 f. Epet-lan de riviere. 1.77,60.
- Epervier, en ail. eine Wurffhmibe , Wnrfgarn. 2; n. fo; Filet en forme de cloche , dont les bords font plombés; il y a une ligne ou corde à la pointe du cône; quand on voit du poifioii au fond de l’eau , on jette ce filet étendu , & 011 le couvre. On le nomme aulii furet, rijfeau, &c. 2. 227 & fuiv. Eperviers fort en ufage fur le Rhin. 2. n. yî.
- Ephemere i infecte éphemere des tropiques. 1. f y6, n. 144.
- Epînes , ne valent rien pour faire les hains. i. n. if6.
- Epinëtte i forte d’haiti qui fe fait avec des épines d’arbre. La pèche qui fe fait avec ces fortes d’hains s’appelle pêcher à l'épinette, i. 661.
- MATIÈRES.
- Epissoirs , en ail. Backeifen , forts ds cheville de fer, dont les emballeu-fes de poilfon fe fervent pour écartét les ofiers & y paffer les ficelles. 3. 135.
- Escabecher , maniéré de préparer les fardines.
- Escargots de mer , eii allem. Enteii-ïïiufchien * Lepas anatifera L. 5. 607*
- Escaume , cheville de bois qu’on frappe fur le bord du bateau , & qui forme un poipt d’appui aux avirons lorfqü’on rame.
- Escave, nom qu’on donne dans la Dordogne à un filet très-femblable à la feine. 2. 1^89*
- Escope, grande cuillierde bois dont les matelots & les mariniers fe fervent pour vuider l’eau de leurs bateaux , quand ils font trop petits pour avoir des pompes.
- Esnards, lignes qu’on attache à la tête d’ün filet, & qui tiennent à une groife flotte de liege , pour tenir un filet entre deux eaux.
- Espadon , en ail. Schiverdtffche ; en ital. pefcefpada. Xiphicis Gladiüs L. 2. 1074, n. 100.
- Espadot ; c’eft un morceau de fef ajufté au bout d’un bâton , & qui forme un crochet: il fert à prendre au fond des éclufes,dans les endroits où il refte de l’eau, les poiifons qui yfontreftés. Cette pêche fe fait ordinairement aux flambeaux. 3. 41.
- Espalier , nom qu’on donne à deux paux qui font à l’eiitrée de la pan-ternie de la paradiere. 2. 959.
- Espar , levier qui fert pour la greffe artillerie. On emploie auffi ce terme pouf lignifier une forte perche < plus menue qu’un mâtereau. 2. 28f.
- EsPens , pièces au nombre de dix, qui compofent le filet du fardinah ayant chacun#
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- TABLE DES MATIERES.
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- chacune feize brades & demie de longueur, & Hx brades de largeur. Voyez fpens.
- Espéré. On appelle en Provence tendre à Pejpere, quand on tend des filets dans l’attente du poiffon qui y donnera. 2. 7gy.
- Espion.On nomme ainfîen Roufiillon le filet qu’011 nomme ailleurs Jardinai.
- Essaugue , eft, comme nous l’avons dit plus haut, un filet dont on fait grandufage dans la Méditerranée: au milieu eft une grande bourfe , aux deux côtés de laquelle font deux ailes. On le tire à terre après lui avoir fait décrire une grande enceinte. 2. 14 71,
- Estoire ou Estoueyre , forte detra-mail dont on fe fert dans la Gironde pour prendre des gattes ou fintes , des foies , des turbots, &c. On le nomme a uffi bigearreyres ou bige&r-reyns. 2. 1008, 1011.
- Estrits ou Etritte. On donne ce nom fur les côtes de Baffe-Normandie à une efpece de crabes.
- Estrope, bout de cordage qui entoure la boîte d’une poulie, ou dès cailloux , pour former une anfe par laquelle on les fulpend. 1. 100,248 , pl- V, fig. 7.
- Esturgeon , en ail. St'àhr$ accipenfer Sturio L. poiffon de mer qui remonte dans les rivières, i. 30,11.11. Se pêche à l’hameçon. 1. 77.
- Etabli des ouvriers qui font leshains: c’eft une table épailfe , baffe & foli-de. 1.19J & {'uiv.pL I ,fig. if.
- Etalieh eft pris pour deux pêches fort différentes : quelquefois c’eft un établiflement de pieux & de perches, qu’on fait au bord de la mer pour «tendre des files de, gui-dea-ux : les Tome V.
- uns s’appellent 'hauts, & les autres bas etaliers, fuivant leur grandeur. Dans l’amirauté de Coutances, êta-itérés eft un filet tendu circulaire-ment fur des perches. 2. 441 , & fuiv.
- Etalon ; c’eft le nom qu’on donne en quelques endroits aux cablieres. 2»
- Etambot , en ail. Hinterfleivens, pièce qui s’élève à peu près perpendiculairement à l’arriere du bâtiment
- . À l’extrémité de fa quille, & à laquelle eft attaché le gouvernail. 1.562 , n. 121.
- Etamer, en ail. Verzinnen, couvrir les hains d’étain , pour empêcher qu’ils nefe rouillent. 1. 223, n. 9f.
- Etangs, en ail. Teiche ; on (ait que c’eft une grande étendue d’eau , çiu’on retient par une digue ;qu’on nomme ohaujfée , au milieu de laquelle il y a un cléchargeoir appelle bonde, qu’on ouvre quand on veut vuider l’étang pour le pêcher. Le poiffon croît & fe multiplie dans l’étang. Il y a de petits étangs qui font uniquement deftinés à la multiplication du poiffon; on les nomme alviniers eu carpiei's. 3.273. Auteurs qui ont écrit lur cette matière, ibiâ, n. 49. Maniéré de peupler un étang. 3. 334,n. 8y. Cette partie eft mieux connue en Allemagne. 3. , note
- 102. Choies nuiiibles aux étangs. 3. 372-, 11.119.
- Etaü , morceau de buis donc fe fervent ceux qui font les bains, pour Supporter le fil-de-fer. 1. 197 ,/>/./* fig- if*
- ETENTE.rVoyez tente. 2.734.
- Etiquette. Les pêcheurs verrotiert nomment ainfi un couteau emmanché de bois, qui n’a point de tran-
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- chant, & dont la lame eft barbelée : cet inftrument fert à détacher les coquillages des rochers, & à tirer du fable les vers & les hamilles. 3. 33.
- Etrave , eu ail. Varderflevens, piece de bois ordinairement courbe , qui s’éleva verticalement à l’avant du bâtiment, & termine fa longueur à cette partie. 1. 362, n. 122.
- F
- Façons , partie du bâtiment vers Pavant & vers l’arriere, qui diminuent de capacité , tant dans le fens vertical que dans le fens horifontal. 1. 362.
- Faille, filet qui eft d’ufage en Provence. La portion du filet de l’eflau-gue nommée faille eft formée du filet qu’on nomme majonr, dont les mailles ont fix lignes d’ouverture. 2.
- 1477.
- FaraTI OU GRA'NDE ENTRÉE , eft Une elpece de veftibule qui diftribue à droite & à gauche dans les chambres de la madrague. 2. 1732.
- Fa s de la naufe. Les Catalans nomment ainfi le goulet des nalfes. 2. f4<5-
- Fauques, planches qu’on ajufte à eou-liife autour des bateaux à rames , quand on va à voile, pour empêcher que la lame n’entre dedans : 011 les nomme aufli a?ifms.
- Faurrade. Les Provençaux nomment ainfi une enceinte de filets, ou un petit parc qu’ils forment près de la côte, pour y renfermer les thons qu’ils ont pris à la pêche qu’ils nomment feinche. 2. 171 o.
- Faux. On donne ce nom à plufieurs pèches i mais entr’autres à une dans laquelle on fe fert d’un grand filet à
- manche, monté fur deux quenouilles , & dans laquelle deux hommes fe mettant à l’eau préfentent ce filet au courant: il y a une autre pêche dite à la faux, qui fe fait avec l’hameçon : elle fera rapportée dans l’article de la morue. 2. 427. Fécondation des œufs de poiflon , comment ellefe fait. 3. 335-, n. 89-Fer a croc. Les Provençaux nom-mentfouvent ainfi un hain.
- Feu : pêcher au feu. Cette pêche fe fait avec des lumières pendant la nuit: les poiffons viennent à la lumière 5 & les pêcheurs profitant de cette inclination du poiflon, le prennent, ou avec des fouannes, ou avec des filets. Outre cela, il fe fait encore une pêche au feu avec des filets, telle eft l’encefa d’Alicante , & le bregin au feu de Provence. 3. 117.
- Feves de marais, en ail. Sauhohnen» peuvent fervir d’appâts. 1. 272, n. 97-
- Feuille, petit poiflon d’étang plus petit que l’alvin , & qui eft grand comme une feuille de ftaule. 3. 342.
- Fichure. On appelle volontiers de ce nom en Provence , la pêche à la fouanneou au harpon. 3. 86.
- Fil de fer, fon ufage pour faire les hains. 1. 207, n. 89.
- Filadiere , bateau de la Garonne qui n’a qu’un mât, une voile quarrée, deux latines , une d’étai qui fe borde fur le beaupré j il a communément vingt pieds de longueur, fix à fept de largeur, trois de creux : il eft plat par-delfous, releve beaucoup dé l’avant & de l’arriere , eft pointu par les deux bouts, ce qui le fait reflem-bler à une navette detiflerand. Voy„ courau.
- Filet , réfeau fait avec du fil, dont les
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- TABLE DES MATIERES.'
- mailles doivent être plus ou moins grandes, félon l’efpece de poiffon qu’on fe propofe de prendre. On en tend au bord de la mer fur des piquets ou pâlots i on en tend aufîî en pleine eau, qui font pierres & flottés. Ce qu’on nomme grand filets eft une feine dont on fe fert dans plu-fieurs rivières qu’on barre entièrement. Voyez rets. 2. 9 & fuiv.
- Fitora, terme catalan , qui fignifie un harpon ou fichoir. Sur les côtes de l’état eccléfiaftique, on appelle fofcina ce que nous appelions harpon. 3.94*
- Flàmbart, petite chaloupe du Havre, qui n’a que douze ou quinze pieds de long, qui porte deux mâts fans vergue: on s’en fert pour la pèche du libouret ou du chalut. On la démâte quand on veut aller à la rame pour fervir d’aide aux grands pêcheurs. 2. 292, n. fi.
- Flammeque, filet dont fe fervent les pêcheurs de Caux pour prendre du hareng hors le tems permis.
- Flets, en ail. Flunder, en hollandais Bot, en fuédois Flundra , Pleuro-ne&es FloJJes L. 2.293 , n. f4-
- Fléché. Comme on tue quelques poif. fons dans l’eau avec le fufil, il y a des fau vages qui les percent à coups de fléché. 5.110.
- Flibot, efpece de petite flûte ou de pinafle, qui fert pour la pêche de la morue. Les grands ont trois mâts & un beaupré, point de perroquets : les petits, au lieu d’artimon, ont une voile d’étai; ils font à cul rond, & ont un gros ventre.
- Flottant. Les pêcheurs difent qu’ils pêchent à cordes flottantes ou à filets flot tans, quand ils attachent auprès de l’hain un morceau de liege qui
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- les fait flotter près de la furface de l’eau. On fait quelquefois flotter la corde avec des vefîies pleines d’air. ï.6}4.
- Flottes , en ail. Flojjen. 2. n. 21. Ce font des morceaux de liege ou de bois léger, qu’on ajufte aux cordes ou à la tête des filets , quand on ne veut pas qu’ils portent fur le fond. Au bourg d’Ault, on les nomme flotterons. 1.25-2,6}8* 7°7- 2. i86.
- Fluk; c’eft la nappe fine qui eft entre les deux hamaux aux filets en tra-mail. En quelques cantons de Normandie, on donne ce nom aux demi-folles. 2. i4f, ii9r.
- Flûte , bâtiment de charge dont les Hollandais fe fervent beaucoup , aitifi que les Français. Elles font ordinairement mâtées en vaifleau. Les Hollandais en font ufage pour le commerce de la morue dans le nord.
- Folles , en ail. Sackgarneÿ on nomme ainfi un filet à larges mailles , qu’on tend de façon qu’il fafle des plis,tant dans le feus vertical, que dans le fens horifontal : il eft lefté & légèrement flotté. On le tend toujours par fond. Il fert à prendre des poiflbns plats, particuliérement des raies : c’eft pourquoi, en quelques endroits on les nomme vieux. On tend les folles en ravoir. Voyez ravoir. Les demi-folles different des folles, en ce que les mailles font moins ouvertes : elles fervent à prendre des foies, des carrelets, & autres poifl. fons du même genre. On nomme quelquefois ces filets grandes pen-tieres ou bretellieres , parce qu’on y prend de petits chiens qu’on nomme bref ou bretelles. O11 appelle/o/-les tramatUéesy des tramaux tendus comme les folles. 2.1080 & fuiv.
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- î A fi L E, DES, MATIERE X
- Follke-bourfe que les pécheurs laif-fent faire au.h 1 et en le tendant fur des perches» 2. yij..
- Follier, bateau qui fert à. la pêche aux folles.
- Fond : c’eft ie terrein ou la-nature du. fol qui eft fous Peau. Il importe aux pêcheursde le connaître, i. 7. Fond de la mer de Dieppe à Haftings fur les côtes d’Angleterre» 1. 9 & fuiv. C’eft dans ce feus qu’on dit fond de roche , de fable, de galet, de vafe, de paillettes, de coquilles, brifeis d’algue ,, &c. ; & flécher par. fond", quand on établit les filets ou les cordes auprès du fond. On appelle atilli fond\ une pêche qu’on, fait au haut de la Loire avec une trappe. 1. 722.
- Forciblemen-t nom. qu on donne à un matelot vigoureux qui tire à bord les grandes folles. 2. 1121.
- Foscina ou Fuscina.: c’eft ainfi qu’on: nomme à Ragufe une forte de harpon , avec lequel 011 perce très-adroitement les poilfons qu’on ap-perqoit. Quand- cette pêche fe fait la nuit, on s’éclaire avec un morceau de fapin allumé. 3. 9g»
- Fouane, inftrument propre à percer les poidbns pour les prendre. Il y en a de bien des formes : les unes font une broche terminée par un dard , d’autres une lame barbelée i d’autres font formées de deux , trois ou un plus grand nombre de lames v quelquefoisce n’eft qu’une fourche. Ces inftrumens étant ajuftés au bout d’une perche, on en;perce les poilfons qu’on apperqoit au fond de l’eau , ou on les, enfonce dans la vafe aux endroits où l’on juge qu’il y a des poilfons. 3. 63 & fuiv.
- Foue. Les pêcheurs d’Qleron nom-
- ment ainlï une- manche dé filet qu’ils mettent au fond de leurcour-tine.
- Fougne : c’eft une fourche de fer & deux ou trois fourchons, avec laquelle on darde les poilfons qui font reftés aux endroits qui n’alfechent pas de baile-mef. La fougue eft un harpon. 3;. 43»
- Foule, forte de pêche.Voyez fllyetter.
- Four. On nomme grand four Si foré four, dès manœuvres qui fervent à appareiller le bourfet de kudreige. 2. 13.38-
- Fourche , efpece de fouane à deux fourchons , emmanchée de bois comme celles dont on fe fert dans les fermes pour charger les gerbes ; d’autres font à trois fourchons , comme celles qui4 fervent à charger le grand fumier. On fe fert auffide petites fourches de bois pour relever les caudrettes.Voyez caudrettes. 2. 328.
- Fourée, efpece de bas parcs. Voyez: venets,
- Fourquette. Les Provençaux nomment ainfi une croix de fer ou de cuivre, qui porte des lignes & des. hains, & qui eft attachée aune longue ligne pour la defcendre au fond-de la mer & la retirer quelque tem& après. 1. 84. On nomme auffi four-quelle ou fourchette, une petite fourche de bois , à laquelle on entrelace la ligne des bricolles, pour que le poiflon quia mordu à l’hameqonne rompe pas la ligne. 1. 65*3.
- Frai, en ail. Fifchlaich, Roggens on appelle ainfi les œufs de toute forte de poilfons. Le poilfon n’eft pas bon quand il fraye , c’eft-à-dire , quand U dépofe fes oeufs, 1, 3 39. Maniéré
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- T A ii L £ D £ S. MATïEllE'S-
- de le trannorter. 9. 94g, n. roo.
- Fri ga t on , petit bac eau de Provence, pour la pèche : il eft pointu par les. deux bouts , il a dix.huit pieds de longueur & (îx de largeur : il ne-va. qu’à la rame.
- Freres , nom qu’on donne a u x pi e u x,. piquets ou paux:, qui: forment le. corps ou la. tour de la paradiere..
- Frongiata, pèche de Rngu-fe, quieft: une vraie pèche à la feine. 2. 1388-
- Funin,-cordage fait de bon chanvre & de médiocre- grofleur, ce qui le-fait appeller quelquefois franafimim.
- Furet. 2.227.. Voyez épervier.,
- G
- Gab-aret , petite, gabarxev Voyez fila, diere..
- Gabez , enceinte de filets ou forte.de parcs d’ufage en Egypte. 2. 647^
- Gaffe ,. morceau.de 1er qui porte une pointe & un crochet, foudé à une-douille , dans laquelle on ajufte une longue perche. Cet inftrument eft d’un grand ufage pour tirer à terre les poiifons. Les petits fe nomment gaffe aux : en quelques endroits on les nomme halle-crocq&gauchon. t. 249 * pl V C.
- Gàlinettes de mer, en allem. kleine Redfifch&. 9 . 914 , n-. 16a.
- Galet , cailloux roulés qui fe font arrondis en frottant les uns contre les autres quand la mer les agite. Les fonds de galet font de mauvaife tenue, & endommagent les cables. On nomme aulfi en Provence galet* ce qu’on nomme ailleurs bouée ou fignal pour reconnaître la lîtuation d’un filet.En Catalogne on dit gayot.
- 2. 1 jyf.
- Gàncettes, mailles de trois pouces
- en quatre..
- Ganguiel , petit ganguy quron traîne ayeG un bateau : on s’en fert en Provence à. prendre des. anguilles. 2» ï)-6f.
- Ganguy. C’eft ordinairement un filet plus petit que le bregni , & qui a les mailles très-ferrées :, le. grand ganguy eft un vrai bregim Ce qu’011 nomme ganguy:des carqmbot? &ganguy des ourfins-, fontdes dragues qui traînent an fond de la mer. Celui qu’on appelle à- la voile reiïemble alfez à la. tarta n.11 e, %. 1 y48 , 1 f66.
- Garçon de bord. Oh appelle ainli uit jeune homme qui fe loue pour aider-à la pêche ;il ne fournir point dis- fi. jets , & ne partage point dansdb pro* fit de là pêche :.c’eft un. grade, au-deflus desmioulfes, qui:, étant plus jeunes & moins forts, ont une pare, très-faible.
- Gardon , poiffon d’eau dbuce, 1. 77.
- Gardy. C’eft le nom qu’on donne à la troifieme chambre de la. madrague, 2. 1732,.
- Gaulette, petite gaule, fynonyme de volet. Ce font deux gaules menues & pliantes, auxquelles on arrête le bord du filet nommé honteux. %. 3f7-
- Gay. Hareng-gay y en ail. Holhering,. fe dit du hareng qui a frayé, & qui n’a ni laite hi œufs.
- Germon , efpece de bonite. 1. dgr,. n. iyg,.
- Glace. Dans l’Amérique feptentrio-nalç , en Riaffie, en Suède , &c. on fait des trous à la glace, & on’ introduit dans l’eau qui eft deifous , des filets à des bains, avec le (quel s on prend beaucoup de poiifons. 3. 146. Funefte aux poiifons. 9. 970, n. 114, 11 y. Précautions à prendre
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- TABLE DES MATIERES.
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- dans les fortes gelées. 3. n. 116.
- Glai , herbier de glayeuls, qui forme des efpeces d’islesdans les étangs. 3. 372.
- Gleditsch, vermifchte Abhandlun-gen% cité 2. n. 46.
- Glj ne , en ail. ein bedeckter Korb , panier couvert, dans lequel les pêcheurs mettent le poilfon qu’ils ont pris. 5.2?.
- Glu , paille longue qui fert à emballer le poilfon. 3. 188.
- Gobelettes, petits bateaux de Picardie, qui ont vingt-un pieds de longueur & fix pieds de largeur: ils portent au milieu un mât foutenu des étais, une vergue & une voile quarrée.
- Gombin ou Gembin , noms qu’on donne en Provence à des n a fies cy-Jindriques qui ont deux entrées garnies du goulets: ce font des louves faites très artiftement avec des cannes ou des ofiers. Les Provençaux les nomment aulli lances. 2. p8*
- Gondole, barque plate, longue & très-légere , qui ne va qu’à la rame. Celles de Saint-Valéry fontfembla-bles aux batelets duPollet. Les gondoles provençales portent une grande voile latine & un foque à l’avant, j. 400.
- Gorets , nom qu’on donne en Bretagne aux parcs. Voyez benajlre.
- Gorge. C’eft le demi-cercle que l’eyf-faugue & le bregin forment dans l’eau. On le mefure plutôt par le cercle que forme au fond de l’eau la corde fur laquelle eft le plomb , que par celui que le liege forme fur Peau. On donne auiS ce nom, en quelques endroits du Langueduc , aux ailes du boullier. 2. ipi.
- Gords, pèche qui s’établit dans le lit
- des rivières & au bord de la mer : ce font de grands entonnoirs qu’on forme avec des filets ou des pieux qui fe touchent les uns les autres, & dont la pointe aboutit à l’entrée d’un verveux ou d’un guideau , pour y conduire le poiifon.On nomme aulii à la Tête-de-Buch^or^r, le filet qui fert à la pèche dite jagude. 2-498.
- Goujon, en allem. Gnmdling, Cottus Gobio L. poilfon d’eau douce. 1.77, n. p.
- Goulet , en ail." Einkehle ; on appelle ainfi une efpece d’entonnoir qu’011 met à l’entrée des filets en manche & des naifes , pour que le poiifon , qui y eft entré librement , n’en puilfe pas fortir. En Provence on lui donne le nom de goulume.2. 61 , n. 26. Ibid. 160, n. 3 2.
- Gourde ou Calebasse : on s’en fert au lieu de flottes de liege, pour empêcher le filet d’aller au fond de l’eau. 2. 249.
- Gornau , ou, félon M. de Bomarre, Gronau, Calleonymus Lyra L. 2. t6p , n. 119.
- Gouvernail , piece de bois plus large qu’épailfe, qui, étant attachée par des pentures à l’étambot , peut fe mouvoirau moyen d’un levier qu’un nomme la barre : par ce mouvement le pilote ou timonnier dirige la route du bâtiment. 1. 366.
- Gradou, chambre de la madrague , qui, avec le gravicheli & le corpou , fait la cinquième chambre. 2. 17 p.
- Grage. C’eft le nom qu’on donne en Balfe-Normandie à la drague aux huîtres.
- Grapin, en ail. Dregg , petite ancre qui a quatre bras , une feule tige, & un organeau où l’on attache le cable.
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- On n’y met point de jas.
- Grau. C’eft le nom qu’on donne à des coupures ou de petits canaux qu’on fait aux digues qui féparent les étangs de la mer. 2. y88*
- Grelins, en ail. TJngez'wirnte Seile ; les cordes en grelins font faites avec plufieurs aumeres, commifes les unes avec les autres : c’eft pourquoi elles font commifes deux fois. 1. 9f.
- Grenadiers , grands bouteux qui fervent à prendre des chevrettes, que les Flamands nomment grenades. On appelle ï\uûi grenadiere une petite feine qui fert au même ulage. 2. $73. Ce filet eft très-févérement défendu fur les grandes rivières d’Allemagne. Ibid. n. 63.
- Gribane , forte de barque qui eft ordinairement du port de trente jufqu’à foixante tonneaux, fort en ufage fur les côtes de Normandie & de Picardie : elle porte un grand mât, une . mifainefans hunier & un beaupré :
- fes vergues font inclinées.
- Grillage, enallem ein Rachen , bar-. reaux de bois ou de fer qu’on met à tous les endroits par où l’eau arrive dans un étang, par ceux qui fervent de décharge, pour empêcher que le poiffon 11e forte de l’étang. 3. ^09.
- Groknlandais, leurs bateaux. 1.445, n. 132.
- Gueldre, Guildille, Guildiye , Guild , appât qu’on fait avec des poifions du premier âge, des petites chevrettes, ou de la chair de quelques poiflans cuits. 1. 522. Gueragnon , fond de la manche du ganguy, qui eft fait de gros fil qu’on : nomme de fix.
- Guideaux, enallem. Garnfchleuche,
- filets en manche , dont l’embouchure qui eft large , fe prélente à un courant qui la traverle. On tend ces guideaux en traîne contre un courant: il y en a de plufieurs grandeurs, qui s’établiflênt-de différentes maniérés. 2. 432 & fuiv. n. 68. Cette pêche devrait être interditte fur les rivières. 2. 456 , n. 69. Guiron , terme provençal, qui figni-fie deux pièces de filets qui forment une partie de la manche de la tar-tanne & autres. Le guiron du fubre, en ail. FloJJettrieff, ou celui où font attachés les lieges : le guiron du plomb , en ail. Bleyriejf, eft au bas de la manche. 2. 1 ygy.
- H
- Habiller fe dit du poiffon qu’on apprête pour le fàlcr, enfui ôtant la guigne & les ouies.
- Haie, en allem. Wajferwirbel, tournoiement d’eau qui fe forme dans les courans : on en occafionne quelquefois pour y placer des verveux. 2. yoo.
- Hain , en ail. Angelhahen ou Bâchent en itsl. hamo. On dit auffi ain : nous l’avons écrit dans le courant de cet ouvrage hain ; mais il paraît préférable de l’écrire hahn , parce qu’il dirive de hamns. C’eft un crochet frit ordinairement de métal, avec lequel on faifitle poiffon. Il y en a de petits, d’autres fort grands: les uns n’ont qu’un crochet, d’autres en ont deux.On en fait avec des épines, & même avec des os. 1. 94. 136 & fuiv. pU 1 ifg.i , 2, 3, &c.
- Halbourg, efpece de hareng fort gras, qui fe pêche dans fa fâifon.
- Halins ou Bras, corde qu’on ajufte
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- TABLE DES MATIERES.
- aux extrémités des filets pouf les traîner. En Provence & en Languedoc , ces cordages font ordinairement d’aufFe, & on les appelle far-iis : chaque piece eft alfez fouvent nommée maille. 2. 149 y.
- Haller ( M. le baron de ) elementu phyfiologiez,cité 3. 128 >n. 16.
- Hamaux , en allem. die Aujfemvdnde , nappe de tramaux à large maille. 3.
- 14?.
- Hameçon , en ail. Angeln, exactement parlant , c’eft un hain garni de fou appât. Conjectures fur l’invention de cette pèche. 1. 60. On le prend fouvent pour l’hain ou le crochet qui arrête le poiflbn. Voyez hain. Pêche à l’hameçon de nuit. 1. 62 , n. yj.
- HAMiLLE ,en ail. Angelfifche, 3. 54, note 2.
- Hamon, Oftreamaxima L. coquillage de la famille des camées. 3. 47a, note 12?.
- Hareng, en ail. Hering, cepoifffonfe prend «avec les filets nommés manets„ Obfervations fur la pêche du hareng. î. 347,11. 118, Voyez ce mot. 2. 1023.
- Harenguïere ou Harenguade , palis pour prendre des harengs. 2. 72p.
- Hargnere, on nomme ainfi fur les côtes de Haute - Normandie quelques bralfes de filet à larges mailles, qui terminent les extrémités des leines. 2. 1437.
- Harouelle. Voyez arondelle. 1,67y.
- Harpon , en ail. Harpune, efpece de dard mis au bout d’un manche de bois, qui fe lance fur le poilîbn, comme 011 lançait autrefois le javelot $ & au moyen d’une ligne déliée on fuit le poilîbn qui a été piqué. 1. 249-pl- ï,fg- 8* 3. 101. Harponnage, en Provence fahure,
- eft la pêche avec la fonantie ou le harpon.
- Harponner, en ail.harpuniren i quoiqu’on confonde communément le harpon avec la fouanne ,011 appelle harponner, lorfqu’on lance le harpon fur un poilfon , c’eft ainfi qu’on prend les baleines, les marfouins, &c.
- Harviau , an le de corde qui fert à attacher le grand filet en chauife, qu’on emploie pour les pêcheries établies aux arches des ponts fur les grandes rivières. 2. 6y2.
- Haveneau ou Havenet, en allem. Streichwathe, eft un filet tendu fur deux perches qui fe croifent comme
- l une paire de cifeaux : on ne le pouffe point devant foi, mais on le pré-fente au courant. On pêche avec ce filet à pied, & dans de petits bateaux. Les petits haveneaux de Vannes different peu des boudeux de Normandie. 2. 388 & fuiv. n. 6y.
- Haussieres. Voyez an fier es. 2. 1 i8f.
- Hautée , le filet qu’on nomme ainfi en Provence 11e dilfere de la batrude que parce qu’il eft plus grand. 2. 1048.
- Héron , en ail. Fifchreiher, oifeau pêcheur. 3. 372 , n. 119.
- Heu, en ail. Hulch, bâtiment à plate varangue, & qui tire peu d’eau : il eft d’un grand ufage , lur-tout en Hollande & en Flandre. Il n’a qu’un mât qui s’incline vers l’arriere .avec une demi-varangue ou corne qui porte une grande voile, à laquelle on ajoute quelques voiles d’étai.
- Herbiers , bancs d’herbe quife forment au milieu des eaux , & dans lefquels le poilfon fe réfugié.
- Herses, en allem. Egen , inftrumens femblables à ceux dont lé fervent
- les
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- les laboureurs pour enterrer leurs grains : elles font tirées par des chevaux ou des bœufs , pour entamer le fable. 3. 4g.
- Homard, en ail. Hummer, Cancer Gammarus L. cruftacé de mer. 1. , note 47.
- Horison du soir, pêche qui fe fait au loir, commençant quand le fbleil eft couché, jufqu’a ceque fa lumière difparaiife entièrement. C’eft aufti ce qu’on nomme le crépufcitle.
- Hôte ou Bourgeois ; les matelots nomment ainli celui à qui appartient leur bateau pêcheur , & qui le leur loue fuivant certaines conventions. 1. 4ff.
- Hottes de quai. Ce font des hottes ordinaires , au fond dëfquelles on ajuf-te un morceau de bois qui répond du fond de la botte à terre , & qui ferü à ceux qui tranfportent le poilfon, à fe repofer. 3. 167.
- Hûulbiche, ou chiens puans. Squa-lus Catulus L. 3. p84 , n. 131.
- Houlev.iche , filet qu’on appelle ailleurs bretellierë, parce qu’il fert à prendre une forte de chien qu’on appelle à Barfleur houle. 2. 1181.
- HouX-FRÉlon, en ail. Maufedorn, plante appellée par les botaniftes riifcus aculeatus-, nommée fur la côte de Normandie vergandier ,• ou s’en fert pour faire les avalettes pour la pêche qu’on nomme la balle. 1. 171, note 79.
- Hoyé : on appel\epoijjbn hoyé , celui quia été meurtri & fatigué dans le filet, ou attaqué par des poiifons voraces : il fe corrompt aifément, &' il faut le confommer fur le lieu de la pèche. 1. 54f.
- Huage. Voyez chantage & jets.
- Huches , graadesJ .cailfes _defbois, Tome F
- qu’on établit dans l’eau , & qui ferment à clef : on y dépofe le poilfon qu’on doit prendre journellement pour la table. 3. 24p.
- Hunier . en ail. ein am Obermajle an~ gemachter Sencker, c’eft un grand calen qu’on attache au bout d’une corde palfée dans une poulie frappée au bout d’une vergue ; & en ha-lant fur cette corde, on releve le carreau ou calen. 2. 289.
- Hydrographe, maître payé par le roi dans les ports de France , pour enfeigner aux éleves la théorie de la navigation , & pour examiner ceux qui le préfentent pour être reçus pilotes hauturiers .ou côtiers, & capitaines de vailfeaux marchands. 1.23.
- J
- Jagude i la pêche qu’on nomme ainfi dans le balfin d’Arcachon , eft une efpece de manet qu’on tend féden-taire dans les chenaux. Nous l’avons décrit dans le détail des pèches d’Arcachon & de la Tète-de-Buch.
- Jambe d’une maille, eft le fil qui forme un de ces côtés. Jambe de jilet. O11 nomme quelquefois ainfi les ailes qu’on ajoute à côté des filets à manche. 2. 179.
- Jardinet, compartiment fait furie pont des gondoles, pour fervir.à cacquer le hareng à Yermuth.
- Jarretière, lien de charpente qui fou tient les jumelles des bondes. C’eftfur ces jarretières qu’on cloue les planches percées qui forment la cage. 3. çoo.
- Jets , en ailem. mittelmafchigte Sack-game i les jets de Picardie font des demi folles tendues en ravoir. O11 fait quelquefois du bruit pour enga-Z z z z
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- TABLE DES MATIERE S.
- no
- ger le poiffon à donner dans le filet : alors on nomme cette pêche chantage , cantage , houage. 2. 114.
- In GE , corruption de bain.
- Insectes qui îiuifent au poifFon. 3. 372 , n. 119.
- Joncheres, touffes de jonc qui fe forment dans les étangs, & deviennent quelquefois des isles flottantes. 3.
- JONQUINNE OU JONQUILLE. Oll 110m-me ainfi les cordes d’aufte.
- Islot ou Ilot , petite isle. Les marins difent quelquefois islette.
- Issaugue , petite ilfaugue ou boitrgiru V. bregin..
- K
- Kekel , tranches de folles falées & fé-chées. 3. 462,, n. 121.
- L
- LAA-FU*efpece d’oie de îa Chine, propre à prendre du poiflon. Palecanus Pifcator L. 3. 142 , n. 23*
- Laceur, en alL ein Netzjlricker \ fy-nonyme dcmailleur, ouvrier qui fait des filets. 2. 14.
- Laguillïere, rets en ufage à Marfeil-les r fait avec du fil de lin fort fin double, de quinze mailles au pan , de deux cents brades de long fur fix de large.
- Lampkesse , nappe de filet dont les mailles n’ont qu’un pouce & demi d’ouverture. Il eft du genre des demi-folles.
- Lance , naflVcylindrique.Voyez^ow-bin. 2. y 38. '
- Lançon , en ail. Sandaale , Tobiarfif-che. Amodytes Tobianus L. Poiifon de mer. 1. 281, n. 100. 2. 381 » n. 64.
- La ne , étendue de riviere où on laifle dériver les filets avec lelquels on
- prend les faumons & les alofes. Ce mot eften ufage dans la Dordogne.
- Lanets. C’eft un petit truble dont on fe fert pour prendre des chevrettes dans les algues. Il eft ordinairement monté comme une raquette, & fon manche eft fouvent fort court. 2-301.
- Langouste >en ail. Seeheufchrecken Locujla marina L. 1. 3f, n. 48.
- Langoustiere, filet à mailles très-larges , qui fert à prendre des langouf-tes.2. 1284.
- Languette, en ail. Zunge, pointe de l’aiguille à faire les filets. 2. 3,j> n. if.
- Lannes. On appelle ainfi dans l’Océan les lignes fines qui partent de la makrelfe corde. Vfemelle. 1* 89. Larme double, 102.
- Large. Aller au large, fe porter an !ar-> ge , c?eft s’éloigner de la côte vers la-grande mer.
- Lassins , filet à manche, peu différent? de tous les autres. 2. 431.
- Latine. Voile latine, c’eft une voile trangulaire qui eft d’un grand ufage fur la Méditerranée. Les tartannes-portent des voiles latines, -des fo-ques , des* coutelas, bonnettes era état, des voiles d’étai: toutes ees-voiles font triangulaires. 2. if72.,
- Laüt , bâtiment qui fert à Cette à faire: la pêche à la tartanne.
- Léchés ou Achees. Voyez ce mot.
- LÉGRAU , filet qui fert à pêcher à la ja;-gude dans l’étang d’Arcachon. Voy^ jagude.
- Léopold)Einleitimg in die LandwirtlU-fchajft, cité 3. 27 3 , n. 49.
- LÉPASjgenre de coquillages univalveSj,. ou qui n’ont qu’une coquille, & font attachés au rocher qui leur fert d’une valve,. ’
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- TABLE DES MATIERES.
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- Lesque ou LrsQUE.C’eft un filet fem-blable aux eibaudieres ou folles. Ces dénominations font en ufage dans l’amirauté d’Eu. z. 1177.
- Lest, en ail. das Gefenke , poids dont on charge le pied du filet pour le faire caler ou pour empêcher que les gros poiflons foulevant le filet, ne s’échappent : on le fait ordinairement de plomb ou de cailloux , ou degrofles pierres qu’011 nomme ca-blieres ; quelquefois avec un gros cordage. 2. 19f, 11. 3 g.
- LÉTIS. Voyez battude.
- Leugeon, filet dont les mailles ont deux pouces d’ouverture, que les pêcheurs de la Tête-de-Buch tendent fédentaires & en pleine eau. Voyez peugne.
- Leuto , forte de gaëtte, fervant à la pêche fur les côtes de la Dalmatie. g. 9fo, n. 16%.
- Leurre, appâts fadices qu’on métaux hains pour attirer le poiflon. C’eft quelquefois une efpece de poiflon fait avec de l’étain fondu \ d’autres fois un morceau de liege couvert d’une peau de poilfon, des chenilles, des papillons , &c. imités avec différentes fubftances ,* de petites anguilles d’étain pour prendre des vives avec la fouane. 1. 191 & fuiv.
- Leviere , groife corde qui pofe fur un treuil, & fert à relever le filet qu’on tend aux arches des ponts, lorfqu’on veut les faire fécher.
- Levure, en ail. Anfangsmafchen. 2. fi, n. zg. Les mailleurs nomment ainfi des demi-mailles par lefquelles on commence le filet. Lever un filets c’eft en faire la levure -, & le pour-Cuivre, c’eft continuer à faire les mailles, z. fi.
- Liban. On appelle ainfi en Provence
- la corde qui borde le pied du filet, & à laquelle on attache le left ; c’eft encore une corde de quatre ou fix pouces, faite avec de l’aulfe, & qui fert à attacher de greffes pièces de liege au filet de la madrague. ,z. 611.
- Ljbouret , pêche qui fe fait avec une ligne qu’on enfile dans un trou qui elt au bout d’un morceau de bois, qui à fbn autre extrémité porte plu-fieurs piles garnies d’hains. Cette ligne eft terminée par un poids. Le morceau de bois du libouret fe nomme avalette. 1. 91,174.
- Lichen , forte de moufle propre à con-ferver les vers. i.z6g.
- Lieu, poiflon de mer. Peut-être eft-ce une efpece de cabéliau. 1. g g , n. Z 6.
- Ligne. Les marins emploient ce mot en plufieurs fens différens. C’eft ordinairement une corde menue qui fert à porter un poids pour connaître la profondeur de l’eau ,& alors on l’appelle ligne de fonde, en allern. Senckbleyfchnure ; ligne de loch , en ail. Locklehie, celle qu’on attache à un petit inftrument de ce nom, pour connaître la vîtefle du fillage ; ligne d'amarrage, qui fert à attacher différens corps ; ligne de pêche, en ail. Fïfchtrleine , fine on [impie , celle qu’on fait avec de la foie ou du crin , à l’extrémité de laquelle on attache un hain amorcé , & qu’on tient à la main pour tirer à bord le poiflon qui a mordu : on pêche de cette façon des morues, des cabéliaux, des thons & beaucoup d’autres poilfons. Les lignes de crin lie valent pas celles de foie. 1. 49Z, n. ig6. Longueur d’une ligue. 1. pg, n. ig9. Lignes dormantes & par fond, celles qui font
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- TABLE DES MATIERES.
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- garnies dans leur longueur d’empi-les d’hains & de left, qu’on tend au fond de la mer avec de petits bateaux : il y en a qui ont beaucoup d’étendue ; lignes Je dentaires & flottantes, qui font attachées à des corps fixes, ou dont les hains font attachés à des corps flottans : enfin on appelle ligne d'eau en charge , celle que trace la fuperficie de l’eau fur le pourtour du bâtiment lorfqu’il a fa charge, i. §9 & fuiv.
- Lignette ou Brumet, ligne menue & fort déliée ,quifert pour la pèche à la canne. 1.488.
- Limande , en ail. Limandes, Pleuro-ne&es LimandaÆ,. poilfon de mer. 1.14 , n. 41. Se pêche à l’hameçon. 1. 78- • •
- Limandelle , efpece de raie. 1. 54»
- . n. 42.
- Linné (M. de ) , cité voyage en Go-thie , ouvrage allemand. 1.6, n. 2.
- Lis ou Dreige, filet compofé de foi-xante & dix rangs de mailles, de neufourdresaupan, ou d’un pouce en quarré.
- Lisseau. Les faifeurs de filets nomment ainfi ce qu’on appelle communément peloton. 2. 57.
- Loche, poilfon de riviere. 1. 77.
- Lotier, pêcheur qui, au moyen de fa part de filet qu’il fournit pour la pêche , jouit du plein lot.
- Lotte, en ail. Aalraupen. Go dus Lot a L. Poilfon d’étang. 1. 30, n. 9. Se pêche à i’hameçon. 1. 77.
- Linguet , en ail. Zungen, Pleuronec-tes Linguatula L. poilfon de mer. 1. 342.
- Loup , en ail. Wolf. 2. 479, n. 70. On donne ce nom à plufieurs fortes de filets: dans la rade de Nantes , on appelle ainfi un filet tpu’on tend en
- pleine eau fur trois piquets ou perches : l’une qui ell fédentaire le nomme perche de terre, une autre perche de rade, & la troifieme perche du milieu. 2. 7f8-
- Loup marin, en ail. Seehund. Phoca vitulina L. 1. 517, n. 108. On le nomme aullî Sauwoljfl. 3. 90 *11.9.
- Loutre , en allem. Life h otter, animal amphybie du genre des caltors , qui vit de poilfons.Dans l’abbaye de Sor-gue près Bayonne , ordre de S. Benoît , un religieux en avait privé & drelféuneàla pèche, de forte qu’il lui ordonnait d’aller à la pèche : la loutre obéilfait, & lui rapportait un poilfon ; ce qu’elle répétait toutesles fois que le maître lui ordonnait.
- Louve , on donne quelquefois ce nom aux verveux, principalement à ceux qui ont plulieurs ouvertures à chaque bout : ceux qui font garnis d’ailes font appelles rafles. 2. f do.
- Luzin , menu cordage formé de deux fils fimplement retors , & non pas commis comme, le bitord. V. bitord.
- M
- Macle , on donne dans quelquesports de Picardie ce 110m aux folles. On nomme en Languedoc maclonnière * un filet de la nature des folles. 2» n 76.
- Maclonniere , forte de tramail dont onfaitufage dans les étangs de Ceue* & qui peut fe rapporter aux folies, 2. 1188*
- Madrague , on appelle ainfi de très-grandes pêcheries qu’on établit dans la Méditerranée , principalement pour prendre des tirons. On peut les regarder comme de grands parcs établis en pleine eau, & dans lefqueis le poilibn eO; conduit par une chafie
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- TABLE DES MATIERES.
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- ou une cloifon de filet qui s’étend depuis la madrague jufqu’à la côte.
- ' 2. 1724.
- Magasin Danois &!Norvégien , cité 3-27? , n. 49.
- Maillade ou Tremaillade , c’eft ainfi qu’on appelle fur la Méditer-
- - ranée les filets que dans l’Océan 011 nomme tramaux. 2. 1264.
- Maille , en allem. Mafche ; on fait qu’011 appelle ainfi les ouvertures qui font entre les fils des filets. Il y en a de grandes & de petites: les unes lont quarrées , les autres en lofange. On appelle en Provence ma jour s, des mailles qui ont à peu près fix lignes en quarré d’ouverture; celles appel\ézsgranà majour en ontfept. Maille royale, en quelques endroits, c’eft un filet qu’on peut regarder comme une cibaudiere ou folle , à caufe de la grandeur de fes mailles : 011 le nomme aulfi fix doigts. Façon de faire les mailles. Quand on veut détacher un filet du milieu d’un autre, on fait un rang de mailles avec deux fils, ce qui fait deu x anfies qu’on nomme mailles doubles : on prend les unes pour faire un filet, & 011 réferve les autres pour l’autre filet. Enfin , l’on appelle en Languedoc & en Provence Maille , des pièces de cordes de fartis eu d’auffe qui ont 7 f braffes de longueur. 2. 29 & fuiv.
- Mailleur , en ail. Stricker , fynony-me de laceur, ouvrier qui lait des filets. 2. 3 1.
- Majours. Voyez maille.
- Maistre dePalangre. Voyez corde.
- 1. 87-
- Maîtresse corde. Voyez corde. 1. 240.
- Manche , filet en forme de tuyau co-
- nique , large à l’entrée ,& qui s’étrécit jufqu’à (on extrémité , qu’on ferme de différentes maniérés. Il y a des filets en manche, auxquels 011 donne différens ne ms. 2.431. Manet , en ail. Garn mit bejïimmten Mafchen, filet en nappe fimple, dont les maillés font proportionnées à la groffeur des poiffons qu’en le pro-pofe de prendre ; ainfi elles font plus ferrées pour les fardines que pour les harengs , & pour les harengs que pour les maquereaux. Ceux peur prendre les mulets ont les ailes encore plus larges ; car il faut que la tête du poiffen entre dans la maille , & qu’il foitretenu par les ouies. Différences entre les leines & les ma-nets. 2. 3 ,n. 1. Les mar.ets fe tendent en ravoir ; on en garnit des parcs , on en tend en pleine eau > pierres & flottes. 2. 14.
- Mangonniers j nom qu’on donne en Languedoc aux chaffes-marée ou marchands de roiffon en détail.
- Mangue , grand filet qui fert auprès de Fréjus.
- Maniguiere , pêcherie formée de filets tendus fur des pieux qui aboutirent à des manches où entrent les anguilles.
- Maniolle , grande trubie dont on fe fert dans l’Adour près Bayonne , dans un petit bateau, pour prendre de petits poiffons : on s’en fert aulfi dans le port de Breft pour prendre des merlans bâtards. Quelquefois la maniolle n’a pas de manche, & effc fufpendue à un cordage. 2. 310.
- Maquereau, en ail. Makrelei Scom-ber Scomhrus L. Poiffon de mer. 1, 33,11. 32,fe prend à l’hameçon. 1. 7g*
- Marander fignifie chez les pêcheurs Normands deux chofes fort diffë-
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- TABLE DES MATIERES.
- rentes : (avoir, mettre leurs appe-letsà la mer, ou raccommoder, rétablir, radouber leurs filets.
- Marchais ou Hareng-dai. Voyez ce mot. C’eft le hareng vuide de laite & derogue après qu’il a frayé.
- Marée , en ail. Seefifche. On appelle ainfi les poitîbns de mer. Les plus chers &lesplusdélicats fe nomment grande marée ; les plus communs, petite marée, i. 32.
- Mareyeur , en ail. dey Fifchhandler, marchand de marée. Comme ils l’achètent des pécheurs pour la transporter en différens endroits, on les nomme chaj]es-marée.
- Marsaique, palis pour prendre des maquereaux. 2. 72f.
- Marsouin , en allem. Delphin. Del-phinus Delphis L. Poiflbn de mer. 1.33,. n. 26. Il fe prend à l’hameçon, i. 78-
- Martegal , forte de bregin. Ce mot eft peu ufité.
- Mats , en ail. Majlen, longues pièces de bois, qui s’élèvent verticalement fur les vailfeaux : on les nomme fur les galeres arbres. Sur les. vaiifeaux., il y a le grand mât, en ail. der grof-fer Maji $ le grand hunier, en allem. die Stange des grojjen Majîes ; & le grand perroquet, en ail. der gr-ojjer Obsrmajl j le mât de mifaine , en ail. der Fockmafî j le petit hunier, en ail. die Stange des Vockmafis ; & le petit perroquet, en ail. der Bramjleng. A l’arriere l’artimon, en ail. der Be-fangm.ijij en avant le beaupré, en ail. das Boegfpriet. Les petits bâti-mens ne portent qu’une partie de
- . ces mâts. i. 372 & fuiv.
- Matte de thons. On appelle ainfi en Provence un banc de;thons.
- Mejanos ou MeJANES. On appelle
- ainfi au Martigues les cannes qu’oit emploie pour faire les bourdigues lorfqu’elles font de moyenne longueur. 2. 601.
- Melet, efpece defardine.2.3i3,n.f7.
- Melette , autre efpece de (ardine. 2. 1045, n. 9 f.
- Mémoires de B académie royale des fciences de Paris, cités 1. 226, n. 94.
- Mémoires de B académie royale de Sue-de, cités 3. 273 , n. 49.
- Mentan a. Les Bafques appellent ainfi les noves ou noues de la morue.
- Menuise , en ali. der Strich. Les pêcheurs dirent fouvent menife : ce font des poiffons du premier âge, qu’on prend en prodigieufe quantité, ce qui détruit beaucoup de poif-fon. 3. if7.
- Merlan , en ail. Seehecht, Gadus Mer-luccius L. poUTonde mer. 1. 33 , 11. 2o. Se prend à l’hameçon. 1. 78.
- Merlin, menu cordage formé de trois fils commis enfemble : il eft meilleur que le bitord & que le luzin. Voyez ces mots.
- Merlus , en ail. Seehecht, Gadus Mer-luccius, poiifon de mer.i. 342m. 114.
- Meslis, en ail. Bijfenjifchgen. 2. n. 62. C’eft un mélange de toutes fortes de poiffons du premier âge. Ailleurs on l’appelle nomiat.
- Mestre ou Maistre. Les Levantins appellent le grand niât des galeres, tartannes, &c. arbre de meijlre. 2.
- Meunier, en ail. D'ôbel, forte de mauvais poiffon. 3.318,11.7g.
- Miroir, forte dépêché qui fe fait avec un miroir, dans lequel, pour attirer le poiifon, on reçoit la lumière de la lune., comme on fait ce.lle du fo-leil pour prendre les alouettes. Les Chinois, au lieu de; miroir, fe fer-
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- TABLE DES
- MATIERES.
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- vent d’une planche blanchie & couverte d’un vernis poli. 3. 97.
- Miterne, fynonyme de joncher e. V. ce mot.
- Monter un filet, c’eft le garnir de cordes & apparaux pour le mettre en état de fervir. 2. çg.
- Morgue ou Gorge. On appelle ainû l’embouchure de la chauffe du bre-gin & de l’eylfaugue : c’eft aufli l’entrée de la manche des filets qui en ont, particuliérement de celle du filet de la tartanne. 2. 1/3/.
- Mornelles ou Mornilles , pèche que les Efpagnols font dans un ba-telet avec des naifes. 2. ffj.
- Morue , poilfon de mer, le prend à l’hameçon. 1. 78. Hains propres à cette pèche. 1. 190.
- Morue verte, Afellus virefcens L. ?• 79>n. 8.
- Mouillage , endroit où l’on peut mouiller ou jeter l’ancre. Ce mot eft affez fynonyme d'ancrage. Voyez ancrage.
- Moule , eh ail. âas Strickeholz , morceau de bois rond ou quarré, fur lequel on forme les mailles , & qui en fixe la largeur. 2. 42 , n. 19.
- Moulinet. C’eft un treuil qui fert à plufleurs ufages. Au Martigues , on nomme moulinet celui qu’on emploie pour tendre le filet dit capou-lierez qui eft à l’entrée de la bour-digue. Quand les équipages font faibles , ils fe fervent d’un moulinet pour tirer à terre ou dans leur bateau leurs filets , feines, eyfîaugues, bregins , &c. 2. 610.
- ' Mouscleau ou Muscleau. Les pécheurs Provençaux nomment ainll un hain. 1.94.
- Mousses , jeunes enfans qui vont à la mer pour s’accoutumer à cet élé-
- ment, & pour apprendre le métier de matelot ou de pécheur. Voyez garçon de bord.
- Muges, en ail. Barder. 3.896,11.1 fg.
- Mulet, en a ! 1. Seebarbe , Mv.gil Ge-phalus L. poilfon de mer. 1.33,0. 30. Se prend à l’hameçon. 1.62. En italien \cefaii. Comment on le pèche furies côtes de la Dalmatie. 3.9/0* n. 168.
- Mulier , en ail. Seebarbengavn\ ce filet, qui eft principalementdeftiné à prendre des mulets, eft du genre des cibaudieres ou folles. A Saint-Tropez on dit mulletiere. On le tend fouventftir piquets ou en palis. 2. 729.
- Muraille. O11 nomme volontiers ainll en Provence ce qui forme l’enceinte des pêcheries, foit que ce foient des cannes ou des filets. 2U 628.
- N
- Nanças , forte de pêche à la nalîe, que font les Efpagnols, & qui diffère peu de l’andana. 2. y/6.
- Nanse , en ail. FifchreuJJ'en. Les Provençaux appellent ainll des nalfes faites d’ofier, & figurées comme le font certaines fourieieres de fil d’ar-chal, que dans l’Océan on nomme bonragties. Les nanles des Catalans approchent plus de la forme des ver-veux. 2. y46.
- Nappe de filet, en allem. Wiinde. 2. n. 9 ; étendue de filet fimple, qu’entend à plat. On donne aulfl ce nom au filet des tramaux qui eft entre les. deux hamaux qu’on appelle commiK rément fine. 2. 1 f.
- Nasses , en ail. ViJchrnijTen j en angl. a bomLet siareel} en ital. najfa : ee font des elpeces de paniers faits
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- .TABLE DES MATIERES.'
- d’auffe, dejone ou d’ofier, qui étant à claire-voie, taillent paffer l’eau , & retiennentle po’lfon. On leur donne différentes formes , & aulli différens noms , comme najje , riajfbn, nanfe , lance , bire , boijjeau , bouteille , ruche , panier, bouterolle , bourgne : tous ont des goulets à leur entrée. 2. f 12 , n. 76.
- Nasse ou Bande, une des trois par-, des principales qui compofent le filet nom m 6 eyjfaugu e.
- Nasselle. On nomme ainfi à Gibraltar de petites naffes qu’on fait avec 'du jonc qui croit dans les marais. 2.
- Nassonnes , font des naffes figurées comme, une botte ; elles fervent à prendre des cruftacés. 2. f4f.
- Natte deliege, en ail. Korcbflojfen. On appelle ainfi en Provence ce que dans les ports du Ponant on nomme flottes.Ce font des morceaux de liege qu’on attache à la tête du filet ou au bruime fupérieur. 2. 1059.
- Nef. C’eft: le nom qu’on donne au corps du bateau qui traîne la dreige'. Voyez dreige.
- Noeuds 9 en RW.iKmten. Les fils des filets (ont joints les uns aux autres par des nœuds. On en diftingue en-tr’autres de deux fortes: favoir, le nœud fur le pouce, & celui fous le petit doigt Pour conffater la grandeur des mailles d’un filet,on compte combien il y a de nœuds dans une longueur, comme par exemple d’un pied. 2. 66.
- Nogat, Les pêcheurs Gafcons donnent ce nom aux pains de noix ou au marc de noix, dont on a exprimé l’huile. Il 1ère d’appât.
- Noisetier. Le bois de cet arbre eft propre à faire des cannes. 1. 477 , n. 154-
- Nonnat, en ail. der Strich von Fif-chèn, fynonyme de meslis, vient du latin non natits, parce que ces petits poilfons font à peine nés.On appelle ainfi ce que fur la côte d’Antibes , & ailleurs , 011 appelle menuife. 5. 162.
- Noue ou Nove , vefîîe à air de la morue, qui fait un mets délicat j elle fe trouve le long de l’arête du poif-fon en-dedans.
- O
- Oblade , Spams Melanurus L. Sorte de poiffon. 1. 274 j n* 98*
- Ombre, en ail. Afchen, en ital. temolo, ombrino ; Salmo Thymalltis L. Poiffon d’eau douce. 1. f4f, n. 140. Maniéré de pêcher ce poiffon en Suiffe. 1. n. iy4.
- Oeuvre morte, en allem. Obertheil über dem fYaJJer. On appelle ainfi toute la partie du bâtiment qui exce-delafurface de l’eau. 1. 564,11. i2f.
- Oeuvre vive. La partie du bâtiment qui entre dans l’eau , ou celle qui eft comprife depuis la quille jufqu’à la ligne de flottaifon. 1. 56p.
- Oiseaux. On prend des poilfons avec des oifeaux pêcheurs, tels que le cormoran. Cette pèche eft fur-tout en ufage à la Chine. 5. 142 & fuiv.
- Ordun. C’eft ainfi qu’on nomme une certaine longueur de cannes montées fur des cordes , comme on fait les paillaffons. 2. 614.
- Orin. C’eft une corde qui répond d’une bouée, ou à la croifée d’une ancre, ou à l’extrémité d’un filet qu’on a calé au fond de la mer, ou à une cabliere. 1. 247.
- Orphis , en ail. Hornflfch ,* EroxBelo-ne L. poiffon de mer. 1. n. 55. Qui fe prend avec les manets. Voyez ce mot. 2. 1025 , n. 94.
- Orphraie >
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- Orphraie , en ail. Fifchahr, oifeau-pèchcur. q. 372, n. 119.
- Ourdidou. On nomme ainfi une ef-pece de hangar ou de halle, fous laquelle on fait les pièces de canne. 2. 612.
- Ourdir les cannes. C’eft en faire des cordes, ou des efpeces de claies fem-blables aux paillalTons des jardiniers : chaque piece fe nomme ordun ou auvel. Voyez ciuvel. 2. 60%.
- Ourdre, terme provençal, qui lignifie ce que dans les ports du Ponant on appelle nmd. 29.
- Oyé. Voyez hoyé. 1. 74.
- P
- Pacolet. Les pécheurs à la tartanne nomment ainli une cheville qui fert à amarrer les libans à l’extrémité des paux ou boute-hors qui font à la pouppe & à la proue de la tartanne. 2. 1601.
- Pacquer. C’eft trier le poilfon, & l’arranger dans les barrilspour le tranf-porter.
- Pagaie. Sorte de petit aviron qu’on 11’appuie point fur le bord, & qu’on manie à deux mains, comme on ferait un balai.
- Pajet , en latin Spams Erythrinus L. 1. 690, n. if7. 2. in8» 1 if*
- Paillole, filet d’ufageau Martigue. C’eft une tifle d’entremaillade, dont les fils font déliés & les mailles aifez fines. 2, 1288.
- Palamidîere , en ail. Felamidengarn, filet aflez femblable aux courantilles : mais comme les palamides font moins grolfes que les thons, on fait les mailles moins grandes. Cette pè* che eft décrite dans celles de Provence.
- Tome V\
- Palangre , en ail. Falander, terme provençal, qui lignifie une corde garnie de lignes ou brelfeaux , & d’hains ou mufeleaux. Cette façon de pêcher fe nomme dans l’Océan, pêcher aux cordes. Voyez ce mot.
- 1.732.
- Palangrer, pêcher avec la corde dite palangre. 1.87*
- Palangrier , celui qui pêche avec la corde nommée palaîigre.On nomme aulfi bateau palangrier, celui qui fert à cette pêche. Dans l’Océan on appelle celui qui fait cette pêche pêcheur cordier. 1. 27-
- Palicot de la Tète-de-Buch, eft un petit parc tournant , que les pêcheurs font aux endroits où ils jugent qu’il y a beaucoup de poilfons, par les traces qu’ils laiiTent fur le fable. 2. 889’
- Palis. Ce font des filets de même genre que les manets , qu’on tend fur des piquets : on leur donne bien des noms différens, fuivant les poilfons qu’on fe propofe de prendre, comme marfaïque, harenguiere, haren-gade, &c. 2. 724.
- Paleter un hain , en applatir l’extrémité en forme de palette, pour l’attacher à la pile. Cela fe fait fur un tas ou petite enclume. 1. 2oy , 221, pi. Iyfig. n.
- Palets de Gafcogne. Ce font des filets qu’on tend comme les rets tra-verfans, en les enfouiifant dans le fable , pour les relever lorfque la mer eft haute, en halant fur les lignes qu’on amarre au haut des perches plantées auprès du filet. 2. 747.
- Pâlot ou Palet eft une vieille beche ou un louchet, avec lequel les pêcheurs verrotiers labourent le fond du fable pour en tirer les vers, des Aaaaa
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- TABLE DES MATIERES.
- . coques ou vanets, des hamilles & quelques autres poiflons. Ce mot
- . ugnifie-aufli des piquets fur lefquels les pêcheurs tendent leurs cordes au bord de la mer, ce qu’ils appellent tendre furies, pâlots, i. ,gg. 3. 37.
- Pan , mefure d’ufage en Provence , qui a neuf pouces de longueur. 2. 29.
- Panier de bonde, en ail. Stromk'ôr-be. Les meuniers nomment aiu.fi de grandes naifes qu’ils ajuftent aux décharges de leur moulin , quand ils lèvent la bonde, ou à des ouvertures qu’ils font à deffein à leurs chauffées. 2. pf, n. 78.
- Pantanne. Sorte de parc ou d’enceinte de filet, qu’011 établit dans l’étang de Leucate, près de Narbonne 1 nous en parlons dans l’article où nous traitons des pêches qui fe font dans ce département.
- Panteno. C’eftune efpece de verveux qu’on met tout-à-fait à l’extrémité des bourdigues , pour retenir les anguilles. 2. 6îo.
- Paradiere. Comme il n’y a point de flux & de reflux fenfible & réglé dans la Méditerranée , on ne- peut y faire uTage des parcs qidon conf-truit fur les côtes de l’Océan ; mais les pêcheurs ont eu l’induftrie d’en établir eu pleine eau , qu’ils nomment paradierenu aiguilliere. 2.955.
- Parage fe dit d’une étendue de mer, ordinairement peu éloignée des côtes. On dit, dans ce parage le mouillage ejl bon ou mauvais\
- Paramite, Les Génois appellentainfi ce que les Provençaux nomment pa-langre. 1. 87.
- Paranchuso. Les Napolitains nomment ainfi une pèche femblable à la bellée.. Voyez ce mot, 1. 76g*.
- Parcs, en ail. Fifchzüune , enceintes que l’on fait pour prendre le poiflon '< qui fuit le retour de la marée pour gagner la grande eau. Il y en a dé bien des fortes > favoir, les naturelsy qui font naturellement ou prefque naturellement formés par des rochers entre lefquels il refte de l’eau t les artificiels, dont les uns appelles parcs de pierre, q ui font formés pas des efpeces de murailles à pierres feches & aflezélevées, auxquelles on ménage des ouvertures grillées pouc laifler échapper l’eau y les autres font appellés bouchots , & font for-* més par des palis du pieux jointifs » & des clayonnages > d’autres nommés courtines ou tournées , dont l’enceinte elt faite de filets.-Ily a des parcs ouverts , ainfi appellés parce qu’ils ne font fermés que du côté de la mer, & qu’ils font entièrement ouverts du côté de terre y & des parcs fermés qui font fermés de toutes pans , à l’exception d’une entrée . alfez étroite. On eonfiruit dans l’amirauté de Quimper des parcs ouverts , garnis de manets qui 11e portent point à terre y ils fervent à prendre des maquereaux. Les parcs, fermés font compofés d’une grande enceinte , à laquelle on réferve une petite ouverture du côté de la terre pour l’entrée du poiflon , & une autre du côté de la mer pour lailfer échapper l’eau. On la ferme par un grillage ou un filet y ou bien oh y ajufte tantôt un verveux, tantôt une nalfe 5 vis-à-vis l’entrée , on établit un palis de filet qui s’étend jufqu’à la côte, pour déterminer le poilfon à entrer dans le parc, ce - qu’on nomme la cache ou la chajfe. Le haut de ces parcs eft formé par
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- des filets ; mais le pied l’eft tantôt par des pierres, & tantôt par des clayonnages : de ces parcs les uns fontSimples, d’autres ont plusieurs tournées. On fait encore la diftinélion des bas parcs, qui s’élèvent peu au-delfus du fol où ils font établis,& que l’eau de la marée furmonte beaucoup , dont quelques-uns font formés par une enceinte de muraille à pierre feche ; & des hauts parcs, dont l’enceinte a beaucoup d’élévation au-deifus du fol : il y en a d’ouverts & de fermés. Enfin onfaitaufii des parcs à F anglaise i ce font ceux qui font tormés par un filet tendu droit fur des piquets comme les palis , mais donc l’extrémité forme un crochet ; il y en a de hauts & de bas : des parcs à fond de ver veux , auxquels on ajulte à la décharge une manche ou un verveux. 2. 787.
- Parescaume. On nomme ainfi un bateau quifert pour la pèche de la madrague. Il eft pointu par-devant, & par-«derrière ; il a ordinairement vingt-fept pieds de longueur &neuf de largeur; il porte mâts & voiles.
- Par fond. Pêcher par fond , lé dit quand les hains ou les filets-chargés de plornb, répondent fur le fond de la mer. Voyez fond.
- Paroy,Parey. Les fils de canne des bourdigues s’appellent parois ou murailles. 2.936.
- Parquiers. Pêcheurs par quier s, en ail. Zaunfifcher, ce font ceux qui s’adonnent à prendre du po-iifon dans les parcs. 2. 927-
- Parteque. Ou nomme ainfi en Provence une perche qu’on attache aux halins du ganguy pour tenir ce filet ouvert, 2. 1774.
- 73$*
- Passage. Les poiiTons de paflage , en ail. Strichfifche, font ceux qui 11e paraiifent dans certains parages que dans des faifons déterminées ; tels font les harengs, les fardines, &c. *-?8-
- Paux: ce terme en quelques endroits eft fynonyme de pieu , piquet, pal, pâlots , piochons , &c. & lignifie les piquets qui forment la muraille ou la chalfe des paradieres. 1. 88*
- Pêche. Conje&ures fur l’origine & les progrès de la pêche. 1. 41 & fuiv. n. y4. Tems où elles doivent être défendues. 3. if j , 11. 27. Évaluation des pèches fur les côtes de France & d’Angleterre. 3. 93 f, note 167. Caufe de la décadence des pèches en France. 3.971, n. 169.
- Pèche à la cage, elle fe fait avec une naife faite comme une efpece de mue à élever des poulets, avec laquelle on couvre le paillon qu’on apper-qoit au fond de i’eau ; ainfi c’eft une efpece d’épervier.
- Pêche au petit faut. 1. n. 174:.
- Pêche au grand faut. Ibid.
- Pêche à l'hameçon , difficile dans les eaux courantes. 1. 800 , n. 168.
- Pêche au fujil, les inconvéniens. 3, j 10,11.12.
- Pecher, proprement dit, eft s’approprier le poilfon qui fe tient dans l’eau, ce qui fe fait avec des hains, des filets , des nalfes, des harpons, &c. &c. On emploie aufti ce terme pour lignifier tirer de l’eau quelque y eft tombé : c’eft dans ce fens qu’on corps qui dit pécher une ancre , un canon, une piece de bois, &c.
- Pêcher fous la glace. 3. 174, n. 24.
- Pecher à la ligne. Voyez ligne.
- Pécher à l'hameçon. 1. 8i»
- ” A a a a a ij
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- TABLE DES
- Pêcher entre deux eaux, en ail. zu haU ben grande jifch en. i. 93 , n. 67.
- Pêcher à la canne. Voyez canne.
- Pêcher aux cordes. Voyez corde.
- Pêcher par fond, en ail. Nachtangeht. C’eft établir fur le fond l’inftru-ment, cordes, lignes, ou filet, avec lefquels on pêche fur le fond, & les y aifujettir avec du left pour qu’ils ne flottent pas. Voyez par fond. 1. 84» n. 64.
- Pêcher à corde flottante. 1. 91.
- Pecherie. C’eft un lieu difpofé pour quelque pêche. On applique ordinairement ce terme aux parcs. Voy. parcs. Pêcheries qu’011 établit aux arches des ponts font dangereufes & levérement interdites en Allemagne. 2. 84-
- Pecheür , dans notre traité , eft celui qui s’occupe à prendre du poiflon : prefque tous les matelots font de bons pêcheurs.
- Fëcica , pèche qui fe fait à Alicante & fur la côte de Valence. Deux hommes marchent à pied au bord de la mer, traînant un filet à manche, qui eft comme une petite eyfl’augue. A la manche près, ce ferait un colle-ret. 2. if 04.
- Pelamide , en ail. Pelamide. Scomher Pelamis L. Poiflon de mer que l’on pêche fur les côtes de Provence. 1. 33 , 3f. C’eft un thon d’un an. 3. 833, n. 149.
- Pelard» Le bois qu’on nomme pelard, eft le jeune chêne dont on a enlevé l’écorce pour en faire du tan.
- Peilles , Pries , fynonymes de piles ou empiles. Voyez ces mots.
- Pelote ou Peloton. On nomme pelotons des bouts de membrure qu’on cloue fur k partie de l’auge qui tra-verfe k chauflee des étangs. 3.296.
- MATIERE S.
- Voyez lijfeau.
- Pentenne , nafle ou filet qui termine les bourdigues, & qui eft deftiné à retenir les anguilles. 2. f 79.
- Pentiere. On nomme grandes pen-tieres des filets qu’on établit verticalement & par fond j c’eft pourquoi on donne ce nom aux folles. Les petites pentieres du Crotoy font les petits rieux d’Ambleteufe. 2. 1134.
- Perche, en ail. Barfche. Perçafluvia-tilis L. poiflon de riviere. 1. 30, n. f. Se pèche à l’hameçon. 1.77.
- Perche. Pêcher à laperche, en ail. mit der Ruthe fifchen, c’eft attacher une ligne garnie d’un hain au bout d’une perche légère ou d’une canne» V. canne. 1. 471 & fuiv.
- Perche volante. Les pêcheurs à la-canne difent qu’ils pêchent à perche volante, quand en fe promenant le long du rivage ,ils font fauter l’hain & l’appât, quelquefois même fans toucher à l’eau. 1. 614.
- Perroquet, en ail. Meerpapagayeni Coryphæna Pflttacus L. 3. 9^, note n.
- Petut , filet de Gafcogne. Voyez leu-geon , dont il ne différé que par la grandeur des maiites.
- Peugue,.pêche qu’on fait en mer, le long de la côte près de la Tête-de-Buch. On y emploie les filets dits leugeons, ou de ceux dits petut s , enfuite de ceux dits efloueyres on bigeaurraux, qui tous font du genre des manets. 2. 1222. Nous en donnons une defcription la plus exaéte. qu’il nous a été poifible dans l’article où nous traitons de la pêche dans le baflin d’Arcachon.
- Peuplier , l’écorce de vieux peupliers, eft excellente pour flotter les. filets*
- 2.12° > n, 37.
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- TABLE DES MATIERES.
- Pharïllon , farte de pèche au feu avec une fouanne. 3. 8?*
- Phastier ou Phasquier , pêche au feu & à la fichure, ou avec la fouanne. 3.87-
- PHRYGANEA,infedte propre aux amorces , en ail. Frülings Jliege, Affter-Jchmet ter linge. 1. 579 , n. 147.
- Pic ou Pioche , inftrument dont fe fervent les terraffiers , & que les pêcheurs emploient pour tirer les pi-taux & les folades des fonds qui font durs. 3. 32.
- Pichou. On appelle ainfi la quatrième chambre de la madrague. 2,1732.
- Picoïeux, petits bateaux de la côte de balfe-Normandie , qui n’ont que treize pieds de longueur, & danslef-quels il ne peut tenir que deux ou trois hommes. C’eft; au'ilî un petit filet en tramai!, qu’on tend, & autour duquel on bat l’eau, pour engager lepoilfon à donner dedans.
- Picots , filets d’ufage en Normandie, qui relfemblent beaucoup aux jetsde Picardie & aux demi-folles ; ils font pierres, flottés & fédentaires. On leur donne ce nom , parce qu’on pique le fond autour du filet pour engager le poiflon à donner dedans. On appelle poi/Jon à picots ceux qu’on prend dans ce filet. On tend des picots à l’embouchure de la rivière de Caen. 2.1 \$2.
- Pied d’un filet, en ail, der Fuji eines Netzi c’eft le bas du filet lorfqu’ii eft tendu verticalement. 2 50.
- jPied. La pêche qu’on nomme de pied fe fait fur les grèves avec des cordes garnies de lignes & d’hains. 1. 684.
- Pielago , pêche en ufage for les côtes de l’état eccléfiaftique. La maitrefle corde s’appelle parafina. Voy. ligne. & corde. 1. 7 y 9»
- 741
- Pierres , cailloux qui fervent à affu-jcttir les filets à un endroit, par exemple, les verveux entre les rochers. On les nomme nuflicablie-res. 2. 48?.
- Pigeons , anfes longues par lefqudles les maiileurs commencent quelquefois leurs filets. 2. 90.
- Piles ou Empiles , en allem. Angel-fchmtren, lignes faites de bon chanvre filé , qu’on attache au bout des lignes latérales qui partent de la maîtreffe corde. Les piles fervent à porter les hameçons. Les, piles/impies confident en une feule ligne ,
- • les ovales font doubles. Quand on pêche des poiflons qui pourraient couper les empiles avec leurs dents, on les fait avec du crin ou du fil de laiton. 1. 89 & fuiv. 100,1 rf.
- Pilot. On donne ce nom à une portion de telfure de folle, qui eft ordinairement formée de quatre pilots. 2. nai.
- Pilote , officier marinier chargé de diriger la route d’un vaifleau. Les pilotes qui entrent & lortent les vaif-feaux dans les rades & les ports, fe nomment pilotes lamaneurs ; ils doivent avoir une parfaite coimaiflance des fonds, des courans & des écueils. Les pilotes côtiers fervent pour le cahotage & les atterrages. Ils doivent connaître la vue des côtes, des fondes,des courans & de tous les écueite qui font à l’approche des terres. Les pilotes hauturiers cenduifent les vailfeaux en pleine mer, en prenant hauteur au moyen de la boulfolede l’eftime, & en prenant leur point fur les cartes marines. Ordinairement c’eft le pilote qui , fur les bâtimens de pêche, commande k manœuvre pour mettre les filetss
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- la mer. i. 30. —
- PlLOTiN , en ail. Pilotjifch , ou Sang* fifch. Gaflerofteusdufitor. i.i8f*n.go. Pilotins. C’eft le nom qu’on donne aux principaux pieux qui fervent à conftruire les bourdigues. 2. 602. Pins , mailles de fond de la manche , qui ont au plus 4 lignes d’ouverture en quarré. 2. 1481.
- Pinasse , bâtiment des Bafques , - long , étroit & léger, qui porte trois mâts , & va à la voile & à la rame. PlNpignon. On nomme ainlien Provence des anfes ou anneaux de fil, qu’on fait pour joindre les unes aux autres les nappes des tremaillades. 2. 9f?. . n
- Pinque , petite flûte à varangues plates. •V'oyez fliboû.
- Piqjjer un poilfon, c’eft donner à l’hain une petite fecouffe, quand on s’apperçoit que le poilfon a mor- du, pour le faire entrer dans les chairs au-delà du barbillon-Pirogues , bateaux faits d’un gros corps d’arbre creufé par les fauva-ges de l’Amérique méridionale. Les Groënlaiidais en font avec du cuir tendu fur des membres légers, & qui ne tiennent qu’un homme. 1. 459 & fuiv.
- PïTOT, en ail. Mseràattelu. Pholas Da&yhu L. Coquillage de mer. 1. 28? , n. 104.
- Pll’TE , fil de pitte, en ail. Pittefaden. Il fe fait avec les filamens qu’on tire d’une efpece d’aloës ou aloïdes. 1. 106.
- Plane ,.en ail. SchnitzmeJJer , couteau des faifeurs d’hains , pour détacher - la languette de l’hain. 1.200, pi. I,
- fis- !9- .
- Plat-bord , pièces de bois de chêne quis’ademblentfurleboutdes alon-
- ges de revers , & forment véritablement le bord du bâtiment. 1. 364.
- Plate, très-petit bateau à fond plat,
- * qui eft en ufage pour la pêche fur la côte de Picardie & de Normandie.
- PleTeux , en ail. Gabeler , inftrument dontfe fervent les faifeurs d’hains pour leur donner une courbure convenable. 1. 203 , pi. 1, fig. 20.
- Plie , en ali. Plateifen , Pleurone&es Plate fa L. poilfon de mer qui remonte dans les rivières. 1. 30, n. 14. Se pêche à L’hameçon. 1. 78*
- Plombée , en ail. Bleyreif C’eft le plomb qu’on met au bas du filet pour le lefter & le faire aller au fond de l’eau. 2. f o , n. 22.
- Plongeon, en ail. Taucher, oifeau-pêcheur. 3. 372, n. 119.
- Plongeurs , lorte de pêcheurs qui vont fous l’eau , & prennent à la main des poilfons & des coquillages. 5.123 & fuiv. Comment ils peuvent refpirer allez long-tems au fond de l’eau. 3. 128 » n. 17.
- Plumer , c’eft ôter avec un couteau les feuilles des cannes dont onconf-truit les bourdigues. 2. 602.
- Plvetter ou Pommetter. Cette pêche, qui pourrait aulli fe nommer piétiner, fe fait en marchant pieds nus fur le fable, pour fcntir les poilfons qui y font reftés enfouis. Quand on fent un poilfon fous fes pieds , on le pique avec un digon, ou bien on le failît avec un angon, ou on le prend à la main fans aucun inftrument. Cette pèche fe nomme aulli à la foule, & on y prend des anguilles. 3. n*
- Poche , efpece de fac de toile, avec lequel on prend à Morlaix beaucoup de menuife. Poche de Veyfaugue, efpece de manche ou de fac des
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- filets traînans, dans lefquels le poif-fon fe raflemble. 2. 426.
- Posle , en ail. der KeJJel, endroit d’un étang vis-à-vis de la bande, qu’on
- * creufe plus que le refte , pour que le poilïon s’y raifemble quand 011 vuide l’étang pour le pécher. 3.291 , n. 63.
- Poids du poilfon. 3. 201 , n. 26.
- Poisson , animal qui vit dans l’eau. Dilfinélion des poilfons. 1.33. Celle de notre auteur 'n’elt pas exaéle. Ibid. n. 16. On les di flingue relativement à leur forme , en poijfons rondsy le merlan, le lieu ; potjjons longs , l’anguille, la lamproie ;p-oij-fons plats, la foie, le turbot. Dans ces différens genres, il y en a à arêtes y & d’autres cartilagineux. Certains viennent par troupes dans des
- ' fàilbns, &’font appelles de pajfage, le hareng, le maquereau : quelques-uns palfent de l’eau falée dans l’eau douce, le faumon, l’alofe. 1. 38* On nonujie amphibies ceux qui refpirent Pair , fe traînent à terre où ils paif-4ent l’herbe , & qui néanmoins font habituellement dans l’eau , où ils chaiTent les poilfons : le ilamentin, la vache marine. Les crujlacés font les homards, les crabes, les tortues : les tejlacès font les coquillages , les huîtres, les moules (172). On distingue encore les poilfons, relativement à l’ufage qu’on en fait, en poif-fonsfraisy qu’on mange tels qu’ils Portent de la;mer ; en poijfons J'alés, ou féchésy ou boucanés y pour empêcher qu’ils ne fe corrompent, & pour qu’ils puilfent fe conlerver & fe porter au loin. 1. 31., On .nomme
- auffipoijfcn de coutume , celui qui fe levé par le feigneur ou pour le roi j bourgeois y celui que prend le propriétaire du bateau yâu maître, celui que lève lé maître à chaque vente. Foiffon de rivières & d’étangs. 1. 30, Maniéré de vendre le poilfon. 3.. 364,n. ni. Prix du poilfon en Allemagne. 3. 366, n. ii2. Les poilfons ne font ni lourds ni muets. 3. 691 , n. 142. Maniéré de connaître leur âge. 3..933 , n. s66. j ^ Poissonniers, nom qu’on donne dans la Méditerranée aux chalfes-marée qui achètent le poilfon des pêcheurs* & le tranfportent par-tout où il peut arriver allez frais pour être mangé. PoMMETTER. Voyez plyetter.
- Poste. Tendre unflet à pojle , c’eft le . tendre à un polie ou dans un endroit fixe. Cette exprelîion eli d’ufageen Provence. 2. 1272.
- Portiers. O11 nomme ainfi deux piquets de la paradiere, qui font à l’entrée de la tour ou chambre. 2. 939. Potera , nombre d’hains fans appâts,
- . ajullés autour d’un leurre de plomb pour prendre des leiches. 1. 6/9. Potlnieres , mailles de manches dites en Provenctpotinieres : elles fervent à prendre de fort petites fardi-- nés qu’on nommepotines : elles ont environ y lignes en quarré d’ouverture. 2. 1486.
- Pouches , PonciîEs ou Pointes. Ce font des filets qui ont une forme triangulaire^ qui forment les flancs; ousles deux côtés des manches des eylfaugues. Leurs mailles tiennent le milieu entre les majeurs & les clairets : ainli elles ont à peu près
- (172) J’ai parlé d-deffus de cette divilion peu naturelle des poiffons feéï. I note xd..
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- TABLE DES MATIERES.
- cinq lignes en quarré d’ouverture.
- 2. 1484*
- Poule de mer; notre auteur defigne fous ce 110m une forte de çoifloti ; dans l’ufage ordinaire du difcours , c’eft le nom d’unoifeau. 1. 34, n. 44.
- Poupards , grofle efpece de crabes qu’on pêche fur les côtes de Normandie.
- Poursuivre un filet, c’eft continuer à faire les mailles. Voy. levure, 2. fi.
- POUSAL , PûUSAUX , POUCEAUX , OU PousAOUL j filets du boullier auxquels on donne ce nom, & dont les mailles ont neuf lignes d’ouverture. Z. iyo6.
- Préceinte. Ce font ?des virures ou filets de forts bordages, qui font une ceinture tout autour du bâtiment: celles qui font le plus élevées s’appellent quelquefois lifts. 1.366,
- Prime. On appelle fardines de prime celles qu’on prend au coucher du fo-leil jufqu’à l’entrée de la nuit, & aube celles de la pêche du matin.
- Prin. On nommeftetprin une corde d’auffe qu’on emploie pour monter les bourdigues. z. 604 & fuiv.
- Privilégiés. Il y a des poilfons qu’on nomme privilégiés, parce que, fui-vant la coutume , il eft défendu de les prendre, ni pour le poilfon bourgeois, ni pour autres redevances: tels font les turbots , les faumons , les elf urgeons, les marfouins. 5.178.
- Prud’hommes , forte de jurifdi&ion confulaire exercée à Marfeille par d’anciens pêcheurs qui jugent des faits de pêche. Il y a des ports où on les nomme anciens ou jurés pêcheurs, l. 24 <& fuiv.
- Punaises d’eau, en angl. hams-long-legs ; Cimex lacitjlris , Cimex JïaguQ-mm L. 1. p 7 8 > n. 14p.
- Q.
- Quadrupedes qui mangent le poif-fon. 3, 572, n. 119.
- Quarantenier, petite corde grofï»
- • comme le doigt, qui fert à raccommoder les manœuvres , & à beaucoup d’autres ufages.
- Quarré , métier à faire à la fois plusieurs peilles ou piles. 1.116. Voyez pi. III.
- Quenouille. On nomme ainfi fur la côte de haute - Normandie les bateaux pour la pêche. 1. 415.
- Quete de l’étambot, eft la quantité dont l’étambot s’éloigne par-en-haut de la perpendiculaire à la quille, fe portant en-dehors. 1. 369.
- Queue. Voyez manche ou guideaux, z. 1469.
- Quille. On nomme ainfi dans le lac de Joux en Franche-Comté des morceaux de bois figurés comme des quilles, qui fervent de fignaux pour connaître les hains où poif-fons ont mordu.
- Quille > en allem. Schijfskiel. On nomme aulîi de la forte la piece qui fait le fond du bâtiment, & fur laquelle font aflemblées les varangues. 1.362, n. 120.
- QuiNQUEPORTE,verveux dont le corps eft comme cubique, & quia 4 ou f entrées. 2. 467.
- Quinze-vingt , filet du col du boullier, quia des mailles de fix lignes d’ouverture en quarré ; ainfi 011 pourrait l’appeller majour. z. iyo6.
- Quioulette , manche de filet qui termine l’efpece de parc qu’on nomme pantanne ouparadiere. . ; .
- R
- Rabans. Ce font de petites cordes,
- faites
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- TABLE ü E S
- faites ordinairement.de vieux chanvre. Il y en a qui n’ont que <5 tils, & d’autres,plus gros. Ces cordages,font d’un grand ufàge pour,la garniture * des vaiifeaux. Les pêcheurs s’en fçr-, ventaufli.
- Radeau , en ali. Flofs, aflemblage de « plufieurs pièces de’bois léger, fortement liées les unes aux autres, & qui forment un corps flottant, fur • lequel on peut naviguer. On en fait en Chypre avec des tiges de fenouil,
- : qui fervent à pêcher aux lignes (impies. i. 44 6.
- Raff , nageoires de folles, falées & féchées. q. 472, n. 121.
- Rafle , verveux à plufieurs entrées.
- Voyez louve. 2. 491.
- Raie , en ail. Rochen, poiflon de mer.
- ' 1. 54. Se prend à l’hameçon. 1. 78. Ralingue, en ail. Saumtau. 2.1379» n. n 1. Corde commife par des hélices fort a!ongées,& mollement : on les coud en forme d'ourlet autour des voiles, ou on les attache au bord des*, filets avec des ganfes pour les fortifier. 2. 22, n. 14.
- Ramander un filet, en ail. AusbüJJen. Terme de haute-Normandie, qui lignifie le radouber, le rétablir. Cet art eft le chef-d’œuvre des pécheurs. 2. 164, n. 34.
- Rascasse , en ital. rafcaffo bhmco. Vronofcopus fcaber. Bnmigg. Scor-pczna P or eus h.
- Rateau , en ail. Hakken , Rechen. Les pêcheurs à la bafle-eau s’en fervent de deux efpeces , les uns femblables à ceux des jardiniers , les autres beaucoup plus grands. Tous ont des dents de fer : on s’en fert pouramaf-fer les coquillages qui font à la fu-perficie, ou pour entamer le fable , comme avec les crochets. Quand on Tome F
- M A T I ERE S.; 74Ç
- fe fert du grand,rateau pour prendre des tonifies, on le nomme touiller e. Gn pêche auffi .enbateau avec des mateaux qui ont de, longs tranches plians , & on rapporte,des fcp-qtiillages & des ppiflbiiis qui s’enfii-, filent. Enfin, 911 fait plufienr,spê-ches au feu avec la foqane. ^.,46. Rave desBafques & rogne des Bretons ' des Normands, font des œufs de . morue ou de maquereau ,,qu’on;fale pour fournir un appât pour les far-. dineSi Ce mot eft fy no nyme de réjure. 1. 520. 2.1052,
- Ravoirs, filées tendus par ie travers des ravins ou descourans d’eau. On tends en ravoir de toutes fortes de filets , des feines , des manets , des folles, des demi-folies, desframaux, &c. fuivant i’efpece de poiflon.qu’on fe propofe de prendre. 2. 693.
- Ray , Ichthyologie, cité 3. 7,9 ,-n. 8* Ray ou Capeiron, engin ou filet fait en forme d’entonnoir, à mailles fort étroites : il eft de chanvre, & fert aux petites pêches, particuliérement des petits poilfons qu’on nomme faupes. On s’en fert à Marfeille & à Calîis.
- R É au mu R (M. de), hijloire des infe&es, cité 1. £79, n. 146.
- Reclares , filet en nappe (impie, très-clair, pierre & flotté. Il a 2f brades de long fur 3 de large. On le tend la nuit depuis le commencement de novembre jufqu’en avril.
- Renard. Oh donne quelquefois ce nom aux verveux. 2. 4f 7. Rencontre, piece de fer qui fert à fixer la longueur des fils que l’on coupe pour faire les hains. Voyez bloc. 1. 199.
- Requin , en allemand Haye, Meerr-voljf..Cauis carcharius U un. Poiifop B b b b b
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- T Â'f B?:L*B DES MATIERES.'
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- ; de mer. ï/525 vn. iio. ' j RêsaiguerI En Provence, c’eft jeter :rdes Jpiérres auprès1 du filet qu’oii a “tenidü<v‘poüt, engager le/poiffon* à donner dedans. 2/1274.’ ' 1 - *:. ' 1J Resegüe ’ou'Ressaigüe. C’eft une '-grande* teffure de tramaily dont on le fert dans la Méditerranée : elle différé de la fégetiere , en ce que ce. filet eft fait avec du fil plus défié r qùeles mailles font moins ouvertes.
- '"2. î‘296.0 ' r ' i”' i
- ResERvoirS' ybn ail. Fifchhtilter , én-fonceinens qu’on pratique fur les : bords de la* mér, pour eonlerveff 1 dans l’eau faléefies coquillages & les poiffons qu’on a pris. On en fait ri,àulîi pour eonferver le-poiffon d’eau •"douce les grands s’appelienc vi~ fés petitshuches. 5.257. >
- Ressaut "en Provence eftfi’épervier. Re.sure-, œufs de poiffons falés , qui rrfet vent pour attirer les iàrdines. Les *‘ pêcheurs des cantons deBreftdon-' * lient aufii ce nom au filet qu’ils emploient pour prendre les -fardines, r apparemment à caufe qu’en fe fermant de ce filet ils fe fervent auifi de la réfure. Ce filet fe nomme auifi • far dînaidu nom'du poiffon qu’on y prend ; & le terme de réfure vient de l’appàt. 1.516. 5. iy7.
- Retors. Les fils retors font des fils fimpîemenü roulés les uns-fur les autres , àü lieu que les fils commis font d’abord tordus féparément, St Pefforfc qu’ils font pour fe détordre fait qu’ils fe roulent plus intimement l’un fur l’autre.
- Retour , terme de pêcheurs, pour exprimer qu’ils ont fait une mau-vaife pèche, & qu’ils font dans le cas de retourner pour eifayer d’en faire une plus avantageufe : ils dilent
- qffils viennent à retour. .
- Rets, en ail.Netz ,flfchergarn, fyno-'nymed efilet : on, en tend fur piquets,
- • ou pierrés & flottés. Rets à roc ou "en-~ tre rocher lont ceux qu’on tend entre les roches : rets à banc,ceux qu’on
- ' itend entre les bancs. On nomme an-fier es ceux qu’on tend dans les anfes; rets fédentaires font ceux qui font fixés en un lieu; dérivans ou flot-tans, quand ils fuivent le>coursde Peau ; d'enceinte , quand on en en-
- • toure un -lieu où.il y a"du poiffon ; on appelle rets de gros fond ceux du genre des folles. Les pécheurs di-fent abusivement tendre leurs rets,
- . quand ils. mettent leur teifureà la mer. Voyez filetfolle, tejfure. 2.
- - .15 &Tuiv. < . \ r,
- Rey , nom qu’on donne à Toulon au f capitaine de la'madrague. 2. 1724/ Rhabiller , Raccommoder , Radouber , Ramander un filet : tous ces termes font fynonymes, St lignifient le raccommoder. 2. 164. Richter , Ichthyologie, cité 1. 44, n. 74. , * '
- Ridains, Rideaux , quelquefois Ridelles. Ces termes fynonymes, qui ne font connus que fur certaines côtes , défignent des élévations du fond de la mer, qu’on a, je crois, comparées à des rides formées fur
- - le .front. 1. 20.
- Rieux St Demi-R.ieux ou Cibau-dieres. Ce font des filets du genre des folles & des demi-folles, qu’on tend en ravoir, principalement pour prendre des raies : 011 les tend aulîi . pierrés & flottés. Voy. folles. 2. 722. Rissaut ou Ressaut. C’eft le nom qu’on donne en Provence au filet qu’on nomme communément éper-.•> vier. 3,. .261,
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- TABLE DES MATIERE S.-
- Rissole ou Reissole , Blet dont on fe fert en Provence pour prendre des melettes, des anchois & de petites fardines : il ne diiFere pas beaucoup de la battude. Il y a une pêche à la riiTole, qu’on fait au feu & avec un harpon. 2. 107'f.
- Rivale , pêche qui fe pratique dans le duché d’Urbin : c’eft un diminutif du colleret. 2. 14^1.
- Roblûts. On donne ce nom fur la côre de Picardie aux petits maquereaux que fur celle de Normandie 011 nomme fanfonnets. O11 appelle auffi rabiots les palis qui fervent à les prendre. 2. 72f.
- Rogue , en ail. Rogen. Voyez rave ou réjure. Oeufs de pohfotis falés qui fervent à attirer les fardines. 1.320.
- Romatiere , pêche quife fait en Provence avec une entreniaillade pour prendre des turbots.
- Ronds * filets ronds. Ce font ceux qui ont la forme du corps d’un bluteau ou d’une manche en entonnoir. On ajulte ordinairement à l’entrée un ou plufieurs goulets. 2. iy|. ,
- Roquets , petites roches peu élevées fur le fond, où fe plaifeht plusieurs efpeces de poilfon s,
- Rôsel, Infe&en-Belufiigung, part II, cl. 2, p. 613 tab.-15 , cité 1. n. 174.
- Roubine. Les Provençaux nomment ainfi dans la Camargue les canaux qui communiquent des étangs falés à la mer, ou qu’on fait, pour introduire l’eau douce du'Rhôn.e dans les endroits bas. 2. s99- ‘
- Rouges ou Rougets , en ail. Meerly-ren, forte de poilfon de mer, nommé à Marfeillegalliere, Lira, Trigla L. 1. 750,n. i6f. 2.1181 » n. ioy.
- Rouget , en allem. -Rothfeder. Triglâ Lyra L. Poilfon de mer. 1. 3 3, n. 22.
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- Hain particulier pour cette efpece de poilfon. 1. 187, pi. I, fig. 3.
- Roulée , nappe de filet qui fert dans la Loire à prendre des lamproies.,
- Rousret. C’eft le nom qu’on donne à Calais aux folles ou bouteux qui fervent à prendre des chevrettes & des fauterelles.
- Roussaille,fynonyme d^blanchaille, fe dit des petits poilfons d’étang qui fc vendent à bon marché. 3. 518.
- Rousseau; en ail. Tafchenkrebfe ; cancer R-agurm L. g. f 06,11. 126.
- Royes. O11 nomme ainfi à Calais les pièces de filet qui étant jointes les unes aux autres, forment une telfure de manets pour le hareng & le maquereau.
- 'S
- Sac, efpece de filet en manche. Voyez manche. Le fac de Teylfaugue eft la partie qui en fait le fond. On fe fert à Morlaix d’une efpece de manche de toile claire, montée fur un cercle, pour prendre de la menuife : on l’appelle fac. 2. 425.
- Salabre. Les Provençaux nomment ainfi une efpece de trubîequi a une manche, avec laquelle on prend le poilfon dans les trous des bourdi-gues : l’autrequ’on nommejalabre de fond, Si qui eft une’efpece de drague, eft fou tenu par des cordes for le fond de la mer. 2. 515. 3. y2.
- Salicots où Salicoques , en allem. Sieuerkrabben. On nomme ainfi fur-la côte de Normandie les chevrettes franches, 3. yo? , n. i2y.
- Salin , fynonyme de fougue ou foule.
- Sangle. Les pêcheurs du Polet nomment ainfi des pièces d’appelets de moyenne grandeur, deliinés à B b b b b ij
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- TABLE DES MATIERES.
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- prendre des foies & autres poiflons de ce genre. On nomme aulfi [angle un tilfu de cordes qu’on pafle au travers des épaidespour haler commodément fut les bras ou hâlins <jüi fervént à tirer les filets à terre. .
- Sansonnets , eixallem. Seejiarre. On nomme ainfi en Normandie une efpece de petits maquereaux qu’on pèche avec un filet nommé mamt, fait d’un fil très-fin. Voyez manef. 2. 727.
- Sarcieta. On nomme ainfi à Alicante le filet qü’en Provence on appelle aignilliere. 2. 1072.
- Sardina, en Gafcogne, fignifie la pêche de la fardine.
- Sàrdinalou Sardinau, en ail. Sayn. 2.996, il. 91. On appelle ainfi en Provence des rira nets ou filets en nappe fimplcs, dont les* mailles font calibrées pour prendre des lardines, des anchois, des inelettes. 2. 1059.
- Sardine, en allem. Sardette, Clupea Sprattus L. Poiifon de mer. 1. 35 , n. ?r.
- Sardinière, filet qui fert en Gafcogne à prendre des fardines.
- Sakdon , nom qu’on donne en Provence à une petite largeur de filet fort, avec lequel on borde le haut & le bas des filets déliés pour les fortifier i les mêmes bordures qu’on métaux bouts s’appellent' aujjiefes. 2. 1039.
- Sargue , en fat. Sparus S argus L. 3.
- 63? »n. 139.
- SartIs, cordes d’auffe qui fervent à haler les filets : cOmrhuiiéfnent les pièces de Partis s’appellent maillés. 2. 149 4.
- Saule , cet Arbre n’ed pas propre à hirè des cannes à pécher. j. 47*7 ,
- Saumier , forte"de grapin ou harpon dont on fé fert dans la Dordogne pour faifir les gros faumons.
- Saumon, en ail. Lachs. Saltno Salar L. FôUfon de mer qui remonte dans les
- • rivières. 1. 30, n. 12. Se pèche à l’hameçon. 1. 77.
- Saumoneaux, en ail. Lachsktinzen y Lachskiridern, remontent dans les rivières. 3. 6f4, n. 137.
- Sausayron, terme provençal. Voyez javeneau. 2. 416.
- Sauvages (de) NoJ'ologie, cité 3. pg4, n. 131.
- SAYENEAU ,SAVENELLE,SAVONCE/>iU, en ail. eïne Streichwathe, en provençal faufayron, eft un filet monté fur deux bâtons : il y en a où ces deux bâtons forment deux arcs qui fe croifent ï d’autres font montés fut deux quenouilles qui ne fe croifent pas- 2. 416.
- Savre ou Saureau, filet peu différent de la grenadiere, qui fert à prendre des lançons. Le favre à rateau fert à
- ' prendre de laréfure ou du nonnat. 2. 377.?. 179.
- Saxatilès yem\\em. Klipenjifche. Les poilfons faxatiles font ceux qui habitent volontiers les roches, tels que les congres , les homards, &c. 3.40.
- Scarabés, hanneton d’eau , en angl. Trhirling-dun , Gyrhtiïs L. propres pour la pêche. 1. 5*36, n. 14g.
- Scharf'er, Regenfburgifch Infect en, cité 1. n. if4.
- Sciireber ( M. le dodleur) cité But. zpivifche Saïnmlung œconomifcher fchrijften,c\tQ 1. 6,n. 2. Nette Samtn. lung, cité 3. 273 , n. 49. Lehrbegrijf der Camernl vpiffenfchajf:cn. Ibid.
- Séché , en ali. Kuttelffche. Sépia offh. cinalis L. Poiifon de mer. 1. 283 , n. 103, Ibid. ?4f.
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- TABLE DES MATIERES.
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- Sede. On nomme en Provence fedele petit bâtiment où fe logent les bour-diguiers. Ge mot vient probablement de fédéré. 2. y99.
- SEDENTAIRE , pêches fé dent aires. Ce mot éft fynonyme de dormantes. On dit pêcher avec des lignes fédentaires. Voyez dormant. r. 6\2.
- Skgarié ou Següerié, partie de la manche des filets du grand ganguy, dont les mailles ont un quart de pouce d’ouverture. 2. if 84* Segetiere ouSagetiere, eftun rét en tramail, compofé de trente pièces de filet ,qui ont chacune trente brafi. fes de longueur & fix pieds de chute. O11 pèche avec ce' filet dans les grands fonds. 2. 1290.
- Seinch^ ou Enceinte, pèche propre à la Méditerranée, qui fe fait avec de grands filets pierrés & flottés , avec lefquels on entoure un banc de poiflbn, formant une efpece de parc. On appelle auffi feiiiche ou feincho au Martigues, un filet ajufté pour prendre des loups ou des muges , ou au moins les forcer d’entrer dans une bourdigue. 2. 1704.
- Seines ou Sennes, en a!î. Game die unbejîimmte Mafcben ha ben ,• fur le Rhin, ce filet s’appelle Fliéfgarn. Ce font des nappes (Impies, deftinées à arrêter toutes fortes de poiflons : on en garnit les parcs, on en tend en ravoir; mais lé plus fouvent on les traîne ; e’eft pourquoi on les nomme auffi traîné. Différence entre les manets &ies feines. 2. } , n. 1. Il y a des feines de bien des fortes : mais e’eft mal-à- propos que plu-fieurs pécheurs mettent au nombre des feines les manets & les tramanx. A Antibes, on pêche le non nat avec des feines fort épaiflès, donc les
- mailles font fi ferrées, que la teflure efi comme une toile.On appelle auffi feine un filet traîné parues bateaux en pleine eau, ou avec un bateau & des hommes à terre. 2. 1?79.
- Seinette , en ail. eine Wathe , diminutif de feine ou fenne. Voyez colle* ret. 2. 3 , n. 1.
- Semelle, fynonyme de lannes. Voyez ce mot.
- Serve : on dit auffi contre-tour. C’eft une chambre de la bourdigue, qui fert de décharge à la derniere tour lorfqu’il y a beaucoup de poiflons, 2. 62 f.
- Seuil. On donne ce nom à la traverfe de la grenadicre , apparemment la comparant au feuil d’une porte.
- m-
- Signal. Les pêcheurs nomment^;;#/ une bouée de liege , un morceau de bois fec , ou un faifeeau de rofeau qui flotte fur l’eau , & qui leur indique le lieu où font leurs filets ou leurs cordes.
- Six-doigts. C’eft le nom qu’on donne aux folles en quelques endroits. %> H79.
- Socletiere , filet fait de fil très fin , qui reflemble à la riffole ou à l’ai-guilliere , & qui fert au Martigue à prendre des foclets & de petites fardines. 2.1079.
- Soie de Perfe , groffiere, employée à faire des filets. 2. 14, n.8.
- Sole , en allern. Sole , Pleurone&es 5o-lea L. Poiflbn de mer. 1. 34, q. ^9v Se pêçhe à l’hameqon. 1.78*
- Solette, tringle de bois mince, qui fait partie du petit métier à faire des peies,& qu’on nomme quarré. La folette tient lieu de roupins, pour empêcher que les fils ne fe roulent les uns fur les autres avant qu’ils
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- TABLE DES MATIERE $;
- aient pris a (Te 2 de tors. 1. 120.
- Aoltas. On nomme ainH à Alicante une petite pêche qu’on fait avec le tramail.
- Sonde, en ail. Senckhley, morceau de plomb plat par-deifous, qui eft attaché à une ligne 5 il fert à connaître la profondeur de l’eau à l’endroit où Ton eft. Ou frotte de fuif le delfous de la fonde , pour qu’il rapporte un peu du fond -, fable , vafe , coquillages, &c.
- Soret. Le filet connu fous ce nom au Martigue, eft une efpece de bregin. ïf4r-
- SorisseriE , nom qu’on donne en Picardie à l’endroit où ceux qu'on nomme forijjoriers fument & for if. fent le hareng.
- Sorîssoriers , ceux qui fument & fondent le hareng.
- Sou il-lard le RE. Les pêcheurs Normands donnent ce nom à un rouleau de filet, qu’ils ajuftent au pied du filet au lieu de left , quand ils pèchent fur un bord ferré. 2. 145p.
- Sourive-. Ce terme exprime de petits crônes ou trous qui fe forment au bord de l’eau fous les racines des groiîes fou elles.
- Soutado. On appelle ainfi au Martigue un filet d’entremaillade, qui fait partie du filet qu’on emploie dans ce port pour faire la pêche nommée feinche, pour prendre des muges & des loups. 2. 1713.
- Sparte , Auffe ou Auffo , plante de la nature du jonc , dont on fait des nattes , des paniers, des cordages & des filets. 1. 109 & fuiv.
- Spens ou Espens. On appelle ainfi en Provence des pièces de filet qui fervent à faite le grand filet qu’on nomme fardiuaL Cinq fpens font
- une bande de filet. 2. re^a.
- Strascini , forte de filet avec lequel ou pèche fur les côtes de la. Dalma-tie. 3. 970, n. i6§.
- Stribord ou Tribord, par corrup? tion de dextribord. C’elfc le côté du vailfeau qui eft à la main droite, quand étant à la pouppe on regarde la proue ou l’avant du bâtiment.
- Surmulet ; Mulus fûrmuletus L.Poif-fon de mer. 1.33, n. 54. Stvammer-dam, cité 5.472 *11. 125.
- Sutars , harpon des fables d’Olonne.
- T
- Tamis. C’eft en effet uu tamis, que dans certaines circonftances on ajufte au bojüt d’une perche , & qui dans cet état fert de verveux.
- Tanche , eft ail. Schleyen, Cyprimis
- . Tinca L. Poiffon d’étang. 1. 50, n. S* Se pêche.à l’hameçon. 1.77.
- Tanner, c’eft faire cremper les filets „ pour les conferver, dans une forte teinture d’écorce de chêne, qui fert à préparer les cuirs, & qu’on nomme tan. Les Catalanstannentleursfilets avec l’écorce de quelques efpeces de pin. 2. 200 & fuiv. L’ufage de tanner les filets eft inconnu en Allemagne. 2.11. 49.
- Tartanne, bâtiment léger dont 011 fait grand ufage fur la Méditerranée pour le commerce, quelquefois pour la guerre, & même pour la pêche. Il porte un grand mât ou arbre de meftre , un petit à l’avant , des voiles triangulaires. Quand il fait gros tems, on l’appareille en quarré. Ce bâtiment fert à Marfeille, au Martigue tk iur les côtes de Languedoc , à une pèche qu’on appeliez la tqr-tanne ; elle fe fait avec un grand filet
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- •TABLE DES MATIERES,
- à manche qui s’appelle'auffi tartan-ne, & reflemble au ganguy. 2. 15-72. Tkdoro. On appelle ainlï à l’embouchure de la Loire , un filet du genre
- des folles : les mailles ont trois pouces & demi d’ouverture.
- Teignes aquatiques, en‘ail. Wajfer-motten , en latin phryganea. 1.749 » n. 142.
- Temples. C’eft le nom qu’on donne aux perches horïfontales qui fer-
- vent à conftruire lesbourdigues. 2. 609.
- Tente ou Etente à la baffe-eau. On donne ce nom àplulieurs maniérés de pécher qui fe font au bord de la * merlorfqu’elle eft baffe. De ce genre font les rnvoirs, les rieux , les folles tendues fur des piquets, les palis , &c- 2. 734.
- Terrir. Les pécheurs difent que les poiiîons terrifjent, quand il fait chaud , pour dire qu’ils s’approchent de la terre * & quand les eaux font froides, ils gagnent la grande - eau , ou fe retirent dans les grands fonds. 1. 37.
- Tessure. Voyezappelet.
- Testages. Ce font les coquillages qui l'ont renfermés dans un tèt ou coquille , tels que les huîtres ou mou* clés, &c. ï. J6.
- Testadou , piquet qui eft tout près de celui qu’on appelle courier, qui font l’un & l’autre à la pointe de la pen-tiere.
- ;Tete. La tête d’unfilet en eftlehaut, lorfqu’il eft tendu verticalement -, 8c c’eft par cette partie qu’011 commen-• ce à la travailler. 2. fo.
- Thee. Ôn appelle en Provence bois de < thée, du bois de pin bien fec, qu’on brûle dans le réchaud de la rilîble. Thon, en allem. Thunjifch, Scomber'
- 1ï*
- Thymus L. poiflon de mer. ï. 33, n. 36. Se prend à l’hameçon. 1. 78-
- Thonnaire, en ail. Thunfifchgarn, filet qui ïert dans la Méditerranée à prendre des thons.Quand on le tient fédentaire , on le nomme thonnaire depojie; quand on le. laide dériver, on le nomme courantiüe. L’un & l’autre ont quelque rapport aux foL les. 2. 1 if9, n. 104.
- Tïerciere. Les mailles du filet en manche qui porte ce nom , ont à peu près lix lignes d’ouverture en quarré.
- Tignole , petit bateau dont on fe fert dans le Morbihan pour pêcher avec la fouane. 3.73.
- Tille, petit tillac qui ne s’étend que du quart de la longueur du bateau * où il forme une ioute. au un coffre,. 1. 3 7ï.
- Tillotte ou Tillolk , petit bateau d’une conftruélion finguliere , qui n’a ni quille ni gouvernail,. Qn don* ne aufti ce nom à de fort petits ba-> teaux très-légers, pointus par les. deux bouts,'dont on fe fert pour pécher dans des endroits où il n’y a pas beaucoup d’eau, & où ils peu;^ vent couler fur la vafe. î. 444,
- Tillotif.rs, compagnie de bateliers pêcheurs , établie à Bayonne.
- Tirant d’eau , en ail. der Wafjh-zug-, d’un bâtiment y c’eft la quantité cje pieds & de pouces dont le vaiffeau entre dans l’eau lorfqu’il eft chargé. O11 prend cette mefure à l’avant & à barrière du deflous de la quille à la ligne de ftottaifon. 1. 36?.
- Tirassadour. On nomme ainfi en Provence une partie de l’embouchure de la manche, dont les mailles étroites de chappe ont quinze lignes d’ouverture en quarré, 2. 148?.
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- TiRAU,eÆ le nom qu’on donne au Martigue à une fimple nappe qui fait pnnie du filet qu’ils emploient pour faire la pêche îiomméejeinche , pour prendre des muges & des loups. 2.171p.
- Tire » en ail. grojje tvtijje Rochen. 2. 100g, 11. 93. Suivant certains auteurs , la tire eft une efpece de morue verte. Villergby l’appelle afel-Ins virefcens. 3. 79 * n. g.
- Tirolle ou Trsaule , filet à très-petites mailles en tramai!, qui a fixa fept pieds en quarré, & elf monté fur une perche de douze pieds de long. Les pêcheurs de la Gironde s’en Ter vent pour prendre de petites folles j des plyes, des mulets & autres petits poilfons»
- Tis ou Tisse , fignifié en quelques endroits de la Provence une mailla-de ; mais affez fou vent il ne lignifie qu’une nappe de filet. 2. 1276.
- Toile , fynonyme te fine. C’eft la nappe fine qui eft entre les deux ha* maux du tramail. 2. 143.
- Tombereau , retranchement qu’on fait derrière la bonde des étangs , pour pécher, loufqu’oil ne peut pas y faire une bonne poêle , ou lorique la bonde perd l’eau. 3. 361.
- Tons, Raja part'maca. 3. 642, note M4-
- Tonilliere, rateau dont la tête eft garnie d’une p’ochc de filet; Cetinf. trument fert à prendre les coquillages qu’on nomme à Aigues-Mortes tonilles.
- Tonnelle , gors qu’on forme au bord de la mer avec des filets. On les appelle ainli, en les comparant aux tonnelles que les chaileurs tendent pour prendre du gibier. 2. ycq.
- Tonnes , en ail. Fifchfajfier. Ceux qui
- tranfportent le pnifion d’eau doues ; mettent fur les charrettes de grolfe* tonnes remplies d’eau, & qui ont à la bonde une grande ouverture quarrée , qu’on ferme avec un tampon d’herbes de marais. 3. 20g.
- Tortues, la configuration de leurs poumons efl différente. 3. 132, n. 20.
- Torquette ou Torchette , forte de pannier ou emballage fait avec de la paille longue ou de la glu , dans lequel on enveloppe quelques poilfons de choix. Voyez emballage. 3.18y.
- Toulette , terme picard , efpece de poulie en bobine , faifnnt partie du métier à faire lespiles^ & qu’on nomme quarré. 1. 116.
- Toupin, en ail. Sfêpfel, morceau de bois , quelquefois de liege, figuré en cône tronqué, fur lequel on fait des rainures pour recevoir plufieurs fils ou tourons qu’on veut commettre» afin de régler leurs révolutions, i. 121.
- Tour,enceinte ronde des bourdigues, dans lefquelles le poiffon fe ralfem-ble. Il y en a ordinairement cinq : les deux qui font les plus près de l’entrée s’appellent reculadou j celles du milieu requinquette, & celle de la pointe eft dite du dehors. 2.
- 6?i.
- Tourne-dos. On doit expofer dans les marchés les poilfons un peu avariés dans un fens différent de ceux qui font en bon état, pour que les acquéreurs les connaiiîent ; c’eft ce qu’on appelle expofer à tourne-dos. Cela fe pratique particuliérement à Metz. 3. 17}.
- ilouRNfe. On donne Ce nom, dans l’amirauté de S. Brieuc, au colleret. O11 nomme aufîiparcs à petite tournée
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- née des parcs ouverts & à crochets ; mais ceux à grande tournée font les rands parcs fermés.Il y a encore des auts & bas parcs à tournée , qu’on tend de haute mer. Enfin on appelle tournée une feine qui eft tirée par deux bateaux. 2. 87y & fuiv. Trabacou ou Trabauqué. C’eft ainfi qu’on nomme maintenant au Mar-tigue le filet des grande tartannes. a. ij7f.
- Traillet, forte de chafîis fur lequel on roule la corde du libouret. 1. 7 87.
- Traînasse, en ail. Wajferqueck<?, herbe funefte au poilfon. 3. 372, n. 117. Maniéré de les extirper. Ibid. n. iig.
- ^Traîne. On donne affez fouvènt ce nom aux feines. Les Provençaux di-ient trahines. Dans l’amirauté de Caen, on nomme traîneaux les petites feines. On nomme aufii traînes une pêche qu’on fait avec un crochet double qu’on traîne fur le fable , pour en tirer les coquillages qui s’y .. enfoncent. 2. 14^0.
- Traîneaux. Voyez traîne. Traine'lle , faç de toile qu’on traîne fur le fable, comme une petite charnue , pour prendre des lançons. Ce terme eft ufité en bâlfe-Normandie. Trait , fé dit de Vefpace qu’011 parcourt avec un filet qu’on traîne :
- ; après avoir fait un trait, on eh re-! commence un autre. On appelle " quelquefois trait les ailes des filets ; eri manche , apparemment parce qu’on les traîne par ces Sifes.' 2. 1472.
- Tramai l , Tremail ou Tram au , en *, allêm. Tréymafçhigtes Fifchergarn, '' fitetcqmpofé dé trois happes, deux ' ‘ deÂl fort & à grandes mailles, qu’on Tome F*
- 3
- appelle hamaux ou aumês : entre ces deux, une de fil fin & à petites mailles , qu’on nomme la nappe , la toile ou la jlue. Ils!font peu connus en Allemagne: fur le Rhin, on s’en fert pour prendre des fauniüns, on les nomme Salmgaur. 2.17 , n. 10. On tend ces filets, ou à la baffe-eau, comme les palis, ou on eh garnit les parcs, ou bien on les tend en pleine eau , tantôt par fond , & tantôt à la dérive. 2. 16.
- Tramailladb OU TREMAILLADE,nora qu’on donne en Provence aux filets que dans le Ponant on nomme tra-maux. Ce que dàrts l’Océan on ap-pell eh'ciMiix, fie 'hbiiitiié ‘eütrmaiL lade ou entrenïàUx > & iis appellent nappe le filet qui ’eft entre deux. 2. fi 89-
- Tramillons , petits tramaux. Tranche, en al'lem. Âbfchneider „ Abfchrote ,'inftrumcnt dès 'faifeurs d’hains. IlréfTembleà la tranche des ferruriers & dès cloutiérs: cifeau a’cëré, affujetti 'dans fin bloc, qui fert à couper le fil-de-fer de longueur , au moyen d’une autre piece qu’on nomme rencontre. Voy. bloc. 1. 204,pl.ltfig. ij.
- Transportdupoiffbn. 3. 2oi,n.27. Traversant. Les rets traverfans font de deux fortes : les uns, lorfque la mer eft baffe, font enfouis dans le , fable j & comme il y a, de diftance en diftance, des lignes attachées à la tête du filet, & qui portent des ' fldttes, on hâte deffus, & on releve le filet lorfque la mer eft haüte.L’au-tre forte de rets traVerfans fe nomme en Gafcogne/>a/itf/. Voyez falot ou palets. 2. 747.
- Traverses des bourdîgues, font des cloifons qui fe dirigent l’une Vers Ccccc
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- l’autre, & qui forment comme des goulets qu’on nomme cor dets. 2. 627.
- Traverser, petit bâtiment ponté , d’ufage à la Rochelle.
- Traversiere, petite manœuvre qu’oti frappe d’un bout fur le grelin qui répond à l’ancre, & eft amarré par l’autre bout au bord du bateau qui eft oppofé au cable : par ce moyen , le bateau fe trouve en traverfe , ou comme affourché.
- Tréaule , filet dont on fe fert dans la riviere de Dordogne.
- Treille , filet approchant du carreau, avec lequel les femmes du pays d’Au-nis prennent des chevrettes, loches, alofeaux & aubuffons. 1
- Tremallas. On nomme ainfi à Alicante le filet que nous nommons tramait. 2. 1298.
- Tremble, torpille, en a\l.KrampJïfchë> en lat. torpédo. 2. 43 , n. f. On l’appelle dans quelques provinces de France, tremblant. 3. 641, n. 133.
- Tremillons du bourg d’Ault.Ce font de petits tramaux. 2'. 1200.
- Tremper les hains. 1. 208 , n. 90. (
- Tressun, ejpece de folle qui eft en ufage à Rofcoff& à l’isle de Bas. On donne aufîi ce nom dans la Dordogne à une feine à mailles fort petites
- & ferrées. 2. 1 i8f*
- Tressure , filet d’ufage en Bretagne , & qui eft du genre des folles. Ibid.
- Treu. Les pêcheurs des environs^ de Royan nomment ainfi une efpecé de truble avec laquelle ils prennent des chevrettes.
- Treuille ou Trulot, petite truble pour des chevrettes , qui 11’eft pas montée fur un cercle, mais fur deux réglés parallèles l’une à l’autre. Elle eft en ufage à l’isle 'de Rhé, 2. 507. ‘
- Trident, en ail. TrijlacheU forte de fouane. Cette pèche fe fait en Provence , en fé mettant dans un bateau nommé bette. 3. 26. Defcrip-tîon d’une efpece de trident nommé fpere, fort commun en Allemagne. Ibid. n. 1.
- Trinquette, voile triangulaire qu’on met à l’avant de plufieurs bâtimens de Ta Méditerranée.
- Trouelle, eh ail. Biegel, petite baguette fouple Si pliante, qu’on pâlie entre les mailles de quelques-filets â manche , comme les verveux , pour faire un petit cercle qui tient le’filet ouvert. 2. 161.
- Trouillotte, forte de petit filet qu’on nomme ailîeurs caudretpe ou chaudrette. 2. 337. • -
- Truble, en allem. H amen, poché, ld'e filet qui eft attachée à la circonférence d’un cercle de bois ou dé fer, auquel eft ajufté un manche plus ou moins long. 2. 301 & fuiv. n. ff.
- Truble au, petite truble. Vqy. truble. 2. 301.
- Truite, en ail. Forelle, Sahno Furio L. 1. 30, n. 6. Se pêche àl’ham'econ. 1.77. Maniéré de la pêcher en Frân-conie & eii Suide. 1. n. 15*4. Étangs conftruits exprès pout ce poiffon.
- '3.324, n.8r.' ;;
- Turbinées. Les /coquilles turbinées font univalves & roulées' eh (pirate comme les limaçons. ^
- Turbot , en ail. Bïittfipçb. forte1 de poiffon de mer. iV' 34, nf.‘ 4fl Se .prend à l’hameqbn. 1. 78. 3. 90,
- n. 16. ‘ r r " 1 / '
- - 0 •••••>
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- Vagabo^dés bu VariAî^Tes.On donne ce nomauxcourtuies qu’bïl çhén-.
- „ ge fréqü'êmtnikt1' dé plaçÿ^ If % a
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- 7*ï
- encore des courtines qu’on nomme volantes. 2. 847.
- Valet , morceau de bois qui a un crochet à chacun de Tes bouts , & fert à tenir tendue la portion du filet qui ell faite, pour continuer à la faire commodément. 2. 41.
- Vandoise , ou dard, en ail. Lancke, Cyprinns Leucifcus L 3. 248 , 11.40.
- Vannes , d’étang, doivent être faites de bois lec. 3. 292 , n. 64.
- Varangues , en ail. die Banchjldcke des S chiffes ; ce font les membres qui font pofés immédiatement fur la quille, & forment la partie la plus baife des couples. Quand 011 veut que les fonds du bâtiment foient fins, on donne de l’acculement aux varangues. O11 les fait plates, quand ou veut qu’ils tirent peu d’eau. Les varangues de l’avant font acculées, celles de Barrière encore plus. On nomme maîtrejfe varangue celle du maître couple , qui elt vers le milieu de la longueur du bâtiment.
- Varvouste, filet à manche. 2. 451.
- Vas-tu , viens-tu , pèche qui fe fait avec un filet du genre des rnanets ou des tramaux, qu’on tend de terre par les travers d’un courant.
- Vekons , en ail. Eliritzen , Cyprinns Phoxinus L. 3. 646 , n. 136.
- Vers de terre. 1.547 , n. 141.
- Vers d’eau , excellens appâts de fond. ï. 149.
- Vers de tannée , ou de fumier , en ail. Pfützmade. 1.261,11.96 Manierede conferver les vers pour la pêche. 1. 262.
- Verveux , en ail. Garnfiicke. 2. 20, n. n. Ver ceux à tambour. 2. 466, n. 71.Il elt défendu en Allemagne de mettre des appâts dans les verveux. 2. n. 72. Ailes des verveux. Ibid. n. 73. Ces filets interceptentle cours de l’eau. 2. n.74.
- Vibord, en ail. Palbord. 1. 364, n. 124. '
- Vielle, poiifon, en angl. old-wife, Labrns Pinça L. & Balijïes Vetula L. 1. 728, n. 163.
- VCigands , Landwirdtfchaft, cité 3. 282, n. fi.
- Vignol, autrement bigorneau , en holl. Alikruck, coquillage de mer. 3.472,11. I2f.
- Villugby, Ichtlyologie, cité 3. 79,
- n. 8-
- Viviers, en ail. Fifchgraber. 3. 2/0, n. 44.
- Womerfisch, nom hollandais d’un poilion qui le conferve iong tems dans l’eau , en ail. SteinbeiJJer, ou ÏYetterflfch, Cobitis Tænia L.
- F I N du traité des pêches, & du cinquième volume.
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- fSecium,, X.
- FrCLLtë/ d&s P&cA&aS
- Ml
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- Scctiûrt.i
- Traité des- péchés-.
- JPT
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- Bille Sculp-1y 7 £'u & 3 2 2 4 3 2 2
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- Section I
- Fl. VI
- Traité des Pêches
- HiZlâ ifcu/p.
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- Sfuüon. il.
- Pcches
- Pli
- liille Sczdp. ijjé?':
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- Sëctioji.n.
- PccJlcs.
- Pl.m
- Bille ScuJp. 2 y j 6?•
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- Ject.H. PL, VT
- lHes Tcufr L?
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- S&ctJLon.u
- éPêch&r.
- PLxi.
- \ .
- *J3illc
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- cfecfr. -ZZ
- ^eè7ied
- Tx:J7zr.
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- SectLon.li.
- Pecheo'.
- P l. jars
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- S act. U
- I^êcfies.
- Pl.xrTz
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