Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET MÉTIERS,
- FAITES OU APPROUVEES
- PAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE ROYALE
- jdjss scxjëjstcjss jdæ
- AVEC FIGURES EN TAILLE-DOUCE.
- NOUVELLE EDITION
- Publiée avec des obfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur ces matières, en Allemagne, en Angleterre , en SuiflTe, en Italie.
- Par J. E. Bertrand, Profeffeur en Belles-Lettres à Neuchâtel,! Membre de rAcadémie des Sciences de Munich.
- TOME VIL
- Contenant Part de la draperie , Part de frifer ou ratiner les étoffes de laine, Part de faire les tapis , façon de Turquie , Part du chapelier 3 Part du tonnelier, Part de convertir le cm vre en laiton } & Part de Pépinglier,
- A NEUCHATE De l’Imprimerie de la Société TypOGR.ArHio.uE. Hfr ' . ' --
- BIBLIOTHÈQUE ^
- DU CONSERVATOIRE NATIONAL des ARTS & MÉTIERS
- i\T°<hi Rüialog-nft Prix ou Estimation..
- M. D C C. L X X V I I.
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- ART
- DELA DRAPERIE
- Far M. Duhamel du Monceau»
- Tome VIL
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- ART
- E R A JO RAPER ï E,
- PRINCIPALEMENT
- ?0£/Æ CE QUI REGARDE LES DRAPS FINS (i)„
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- INTRODUCTION.
- I. Il fort bien des efpeces de draps des manufactures ( *) répandues danâ les différentes provinces du royaume. Les fabricans de draps en font de plus ou moins fins, de plus ou moins communs , fuivant les laines qu’ils emploient j car chaque fabrique travaille ordinairement une efpece particulière de draps. Les draps de Julienne &les plus belles fabriques de Sedan, tant en écarlate qu’en autres couleurs fines, & en noir, conviennent aux gens riches. Il en eft de même pour la finefle & les mélanges des draps de Van-Robais & des Andelis. Les louviers conviennent aux gens aifés 5 les elbeufs, aux ouvriers. Châteauroux fournit des draps pour les gens de livrée J CarcalTonne, Nîmes, des draps fins & légers, pour le commerce du Le-
- ( 1 ) Cet art fut publié par M. Duhamel en 176ç , & traduit en allemand l’année fuivante , avec des notes de M. le doCteur Schreber, dont je ferai ufage , pour enrichir cette édition.
- (*) J’éviterai de m’étendre ici fur les avantages du commerce & des manufactures ; ces objets me mèneraient trop loin , & ils ont été bien difcutés dans quantité de traités j je me bornerai à faire remarquer
- qu’on doit entendre par manufa&ure , une réunion de quantité d’ouvriers, qui font les uns une chofe , les autres une autre , & qui concourent tous à exécuter un même travail. Un armurier de Paris ne fait point une manufacture ; mais la réunion des ouvriers armuriers , qui font auprès de Sedan & à Saint-Etienne, font une manufacture d’armes.
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- vaut A Romorantin ,Iffoudun, Lodeve , on fabrique des draps pour Pha~ billement des troupes : il y a encore des draps plus communs, qui fervent pour le vêtement des payfans & des gens de fatigue. Ainli les différentes fabriques fournilfent des draps plus ou moins chers, & propres aux per-Tonnes de toute condition.
- 2. Oïsf juge bien que toutes ces fabriques n’emploient pas les mème^ laines . & qu’on ne les travaille pas de la même façon : les uns , après les avoir dé-graiffées, les font filer en blanc, & les autres ne les font filer qu’après les avoir teintes & mélangées de différentes couleurs. On teint aufli quelquefois en écheveaux les laines filées en blanc (*2), & d’autres fois on ne les teint qu’après que les draps ont été tiffus.
- 3. Les Gobelins' & Sedan filent ordinairement en blanc. Abbeville, Lou-
- viers, Elbeuf, &c. font filer les laines, foit après qu’elles ont été teintes & mélangées , foit même avant. A Rheirns & ailleurs , on fait filer en blanc , &,o.n teint les éejieveaux avant de les livrer aux tilf&urs. .. .. ..
- 4. ÜNE^cxpoiition fcrupuleulement détaillée de toutes les opérations de' chacune de ces différentes fabriques, offre 1111 champ trop étendu pour que nous ofious l’entreprendre : nous nous fournies particuliérement attachés à traiter en détail de la fabrique des draps fins ; mais comme le fonds de la fabrique eft le même pour toutes les efpeces de draps, & comme les différences ne'roulent principalement que furies différentes qualités de laine qu’on proportionne à chaque efpece de draps , & aulli fur quelques cir-conftances qui regardent les apprêts, il s’enfuit que quiconque fera inftruit de la fabrique des beaux draps, connaîtra bientôt celle des draps plus communs. Cependant nous ne négligerons pas de dire quelque chofede ceux-ci,
- (2) Cette méthode n’eft point praticable pour les draps d’une feule couleur, à moins qu’ils ne foient très-groffiers, ou pour les draps flambés & chinés. Comme on eft obligé , pour ces fortes cle draps , de réferver certaines parties blanches , on enveloppe de fil ou de ficelle quelques endroits des écheveaux qu’on veut qui reftent blancs , avant de les plonger dans la teinture ; & comme la teinture ne peut prendre aux endroits recouverts de ficelle , ces écheveaux, au fortir de la cuve , font en partie teints, & reftent en partie blancs. C’eft enfuite aux tilfeurs à faire rapporter en travaillant , & relativement au deflîn qu’ils veulent exécuter , le blanc avec le blanc , <& les en-
- droits teints avec ceux qui le font. Mais on ne pourrait parvenir à faire un drap en couleur pleine & bien unie, parce que toutes les parties d’une même laine ne prennent jamais également la teinture ; il fe trouve toujours des flocons de laine plus groffiere & jarreufe , foit d’agnelins , foit d’une laine morte, qui prennent la teinture plus imparfaitement ou plus lentement ; c’eft pourquoi , avant de donner les laines aux drouflèurs , on fait placer avec plus d’attention les laines teintes, que celles qui doivent refter en blanc, pour ôter tous les. flocons qui n’ont, pas bien pris la teinture , parce qu’ils formeraient des barres dans les draps. Note de M. RouJJcau.
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- quand l’occafion s’en préfentera ; & afin que le public n’ait, s’il fe peut, rien à defirer , même fur les draps communs, nous recevrons avec plaifir les infi-trustions qu’on voudra bien nous donner ; & nous nous engageons de les tranfinettre au public , lorfque nous aurons occafion de traiter de la fabrique de quelques autres étoffes de laine: car, quoique nous ayons elîayé de ne rien dire que d exact, nous fommes bien éloignés de croire qu’il ne nous foit échappé aucune faute; nous ne ferons aucune difficulté d’avouer celles qu’on nous fera appercevoir, & même de nommer les perfonnes à qui nous aurons obligation de les avoir relevées.
- 5- Voici l’ordre que je me propofe de fuivre dans cet ouvrage ; je traiterai fucceffivement : i°. du choix des laines & de leurs différentes qualités : 2°. des différentes | opérations , depuis le dégrailfage jufqu’au tiflàge : 30. du foulage: 40. des autres apprêts qui concernent les tondeurs , ce qui certainement eft de la derniere conféquence , foit pour le lainage, foit pour la ton-ture ( * ).
- Des laines ( 3 ).
- 6. La perfection des draps dépend principalement du choix des laines»
- (*) j’ai trouvé dans le dépôt de l’académie plufieurs deflins relatifs à l’art du dra« pier , mais fans explication de ligures , ni aucun difcours. Quand je me fuis chargé de décrire cet art, je connaîtrais afl'ez bien fa fabrique des gros draps , mais j’igRorais celle des draps fins. M. de Julienne a bien voulu me mettre en état de prendre les con-naiffances qui me manquaient, en me fai-fant voir toutes les opérations de fa belle fabrique des Gobelins , & en recommandant à fes contre-maîtres de me fournir toutes les connaiffances que je defirerais à cet égard.
- M. Paul Drouin , fabricant à Sedan , m’a confié un très - bon mémoire fur fon art ; ce mémoire m’a été fort utile , & je me fais un plaifir de lui en témoigner ici ma reconnaiflance. M. Chardron , fabricant de la-méme ville , m’a prêté des fecours à peu près pareils ; & après que rnon mémoire a été achevé, je l’ai fait palier fous les vçux de M. Rouffeau ; je l’ai encore envoyé à Lbuviers. Avec de pareils fecours , j’ai lieu
- de préfumer que l’ouvrage que je préfente au public, ne contiendra que des chofes vraies , & que j’y aurai omis peu de procédés importans.
- (4) 11 eft naturel , en commençant ce volume , deftiné à traiter de la laine Si des arts qui s’y rapportent, d’entrer dans quelque détail fur cette production , dont l’in-duftrieatiré tant de parti. Je rafTemblerai quelques idées omifes par l’auteur de ce traité , & qui m’ont paru très-importantes.
- La laine eft compofée de filets très-déliés, flexibles & moelleux. Lorfqu’on les voit au microfcope, on diftingue les tiges implantées dans la peau par des radicules, qui font comme autant de canaux portant les fucs nourriciers. La circulation les dépofe dans des folécules ovales, où les racines des poils font comme baignées d’une liqueur qui s’y filtre continuellement. Comme ces poils tiennent aux houpes nerveufes, ils prennent dans des pores tortueux la configuration frifée , que nous feur voyons fur l’animal. . . ,
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- car il n’y a point d’apprèt qui puifte en corriger la défe&uofité. Les laines les plus fines pouvant être filées fort fin, elles fourniifent plus que les groiles,
- li y a de la laine de diverfes couleurs , blanche, jaune, rougeâtre, & noire Autrefois prefque toutes les bétes à laine jde l’Efpagne, excepté celles de la Bétique , étaient noires; aujourd’hui, on préféré la blanche, qui reqoit à la teinture des couleurs plus vives, plus variées & plus foncées £que lorfqu’elle eft naturellement colorée. Le foin des bêtes à laine remonte jufqu’au premier âge du monde, La richeffe des premiers habitans du monde confiftait en troupeaux de brebis. Chez les Romains, la direction des troupeaux appartenait aux cenfeurs : ils condamnaient à de fortes amendes ceux qui négligeaient leurs troupeaux , & ils accordaient des récompenfes à ceux qui faifaient preuve de quelque indu ftrie , en concourant à l’amélioration des laines. Curieux de celles qui furpaffaient les autres en foie , en finette , en mollette & en longueur, ils tiraient leurs belles toi-fons de la Galatie, de la fouille, de l’At-tique & de Milet.
- L’Efpagne doit les riches toifons qu’elle pottede à Marc Columelle , l’oncle du célébré écrivain de ce nom, qui vivait fous l’empire de Claude. Cet agriculteur fut frappé de la blancheur éclatante des laines qu’il vit fur des moutons fauvages d’Afrique , deftinés aux fpedacles. 11 prit la ré-folution de tenter d’apprivoifer ces bêtes , & d’en établir la race aux environs de Cadix. Il réuffit ; & multipliant fes expériences , il accoupla des béliers Africains avec des brebis communes ; les moutons qui en vinrent eurent la délicateffe de la mere , la blancheur & la beauté de la laine du pere.
- Plus de treize fieeles s’écoulèrent fans que perfonne s’avifât de renouveller l’expérience de Columelle. Don Pedre IV , qui monta fur le trône de Caftille en i $ <; o , ré-folutd’établ'r dans fes états la race des brebis de Barbarie, il obtint d’un prince maure
- la permittion de tranfporter en Efpagne un grand nombre de béliers & de brebis de la plus belle efpece. Le cardinal Ximenès , devenu premier miniftre, au commencement du feizieme liecle , profita de quelques avantages que les troupes de Ferdinand avaient eus fur les côtes de Barbarie , pour exporter les brebis & les béliers de la plus belle efpece. Il les établit principalement aux environs de Ségovie, où fe trouve encore la plus belle laine du royaume.
- La culture des laines elt plus ancienne en Angleterre , & elle y a été encouragée avec beaucoup plus d’attention. Dès l’an 8}o , le partage des terres invita le» habitans à nourrir de nombreux troupeaux, pour jouir du droit de communes , qui fut pendant long-tems le feul objet de leur in-duftrie. Au onzième & douzième fiecle ,les Anglais fe contentaient de fe nourrir de la chair de leurs moutons, & de fe couvrir de leur laine. Les Flamands qui s’en fervirent pour leurs fabriques, leur en découvrirent le mérite. Sous Edouard III , depuis 1327 à 1377 , l’exportation des laines monta à plus de dix millions de livres fterling. Dans cet intervalle , Jean Kemp , flamand , porta dans la Grande-Bretagne l’art de travailler les draps fins. Les ouvriers , perfé-cutés dans les Pays-bas , portèrent cette fabrication à un tel point, qu’Edouard IV n’héfita pas à défendre l’entrée des draps étrangers dans le royaume Henri VIII continuant de protéger de toute fa puilfance le commerce de fon royaume, chercha à procurer à fes fujets les laines de Caftille. H obtint de Charles - Quint l’exportation de trois mille bêtes blanches. Une com-million , compofee de perfonnes intelligentes , & d’une exa&e probité , fut chargée de la répartition ; on lui confia le foin de veiller à l’entretien & à la propagation de cette efpece précieufe, Ils envoyèrent
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- , & leur douceur fait que les draps ont un maniement plus fatisfaifant, & qu7i! eft, en terme de fabrique, plus amoureux. Il eft doncnéceifaire que les fabri-
- deux brebis caftillanes avec un bélier de même race dans chacune des paroiffes dont la température parut favorable. On fit en même tems les plus férieufes défenfes de tuçr ni de mutiler aucun de ces animaux pendant l’efpace de fept années. La garde de ces’trois bêtes fut confiée à un gentlemen , ou au plus notable fermier du lieu , attachant à ce foin quelque droit honorifique ou utile.
- Afin de tirer des conjonctures tout L'avantage pofiible, on fit faillir des béliers efpagnols fur des brebis communes. Les agneaux qui en provinrent, tenaient de k force 6c de la fécondité du pere , à un tiers près. De là vint la race des bâtards efpagnols , qui formèrent dans la Grande-Bretagne une troifieme forte de bêtes à laine. Elifabeth, voulant alfurer à fon pays la pofi feffion exclusive de ces laines, impofa la peine la plus rigoureufe à l’exportation de tout bélier, brebis ou agneau vivant. Dès lors on défricha les terres communes , on fe mit à enclorre plufieurs endroits, pour en tirer un plus grand profit ; on les engraiffa en tenant d'eftus les bêtes à laine. Le pâturage fut porté à un point d’amélioration jufqu’alors inconnu ; l’efpece des moutons fe perfectionna par l’étude de la nourriture qui lui était la plus propre, & par le mélange des races. Les fucceffeurs d’Elifabeth ont continué à faire divers réglemens fur la police des manufactures de laine ; mais on dit qu’on ne conferve aujourd’hui ces réglemens que par forme d’inftruêtion , & que les Anglais laiffent beaucoup de liberté à leurs manufactures , fans que leur commerce en foit diminué: principe fage, & qui doit contribuer plus que toutes les gênes & les entraves , à la perfection des arts. Le feul point fur lequel on foit un peu fëvere , c’elt fur le mélange des laines de mauvaife. qualité., dans latiffure des draps
- larges. Du refte, 1e gouvernement a affranchi de droits la fortie des draps -T tout ce qui et deftiné pour l’apprêt des laines a été déchargé des impofitions, & l’on a défendu l’exportation des inftrumens qui fervent dans la fabrique des étoffes de iainerie.
- Ajoutons à ces détails inftru&ifs une ob-fervation néceffaire. Indépendamment des races de leurs brebis , l’Efpagne & l’Angleterre ont l’avantage des eaux , du climat & des pâturages, qui font très-falutaires aux bêtes à laine. Les montagnes de Caftille font tellement difpofées qu’on y jouit d’un air pur & modérément chaud ; l’hiver n’eft point aflez rude pour qu’on foit obligé de renfermer les troupeaux. La findfedes pâturages qui y eroiffent, n’eft peut-être pas fupérieure à ceux que produifent en Suiffe nos collines & nos baffes Alpes. La qualité pfefqu’umque des eaux de l’Efpagne peut avoir befoin d’un nouvel examen. L’Angleterre réunit ces avantages dans un degré très-éminent *, on y eft moins fujet qu’en France aux viciffitudes des faifons ; on y laiffe les moutons pâturer nuit & jour dans les plaines; la race des loups une fois extirpée en Angleterre, ne [.eut plus y rentrer, Les Anglais diftinguent autant de fortes de' pâturages , qu’ils onü-d’efpeees de bêtes à laine- Les herbes fines & favoureufes que l’on trouve fur un grand nombre de coteaux & fur les landes , conviennent aux moutons de la première efpece. Les pâturages gras & trop abondans ne leur conviennent pas. Les terres qui ne font propres à aucun autre genre de culture , enfemencées de faux fei-gle, donnent une herbe délicate, qui elt l’aliment ordinaire dès moutons de la fécondé efpece , appelles bâtards efpagnols-. L’ancienne race des brebis anglaifes trouve dans les prés & fur les bords des rivières des pâturages excellens. Depuis le commencement de ce fiecle on a introduit
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- cans fiiflent une étude réfléchie de la connaiffance des différentes1 velpeces de laines & de leurs qualités. :i • ! ’
- 7. On fait qu’on nomme toifon, la dépouille entière des moutons, c’eft-à-dire, la laine que la tonte a enlevée fur toutes les parries du corps des moutons , béliers, brebis & agneaux. . , ,
- 8- On emploie pour les draps, des laines étrangères, & celles du royaume. L’Efoagne en fournit plus de foixante mille balles-, dont il entre plus de'la moitié en France f*)'. Suivant leurs différentes qualités, elles'font prb'pfêsjà différentes manufactures: chaque balle pefe environ deux cents cinquante1 à trois cents livres , poids de marc, L’ufage eft en Caftille de tondre les moutons dans le mois de mai ou au commencement de juin : on les tranfpotte aux lavoirs de Ségovie , qui paflent pour les meilleurs de tout le royaume , : à caufe de la qualité des eaux, & on les trie avant que de les laver ; car ceux qui fout le commerce des laines dans le pays , les achètent en toifon. ' ' r>-
- 9. On diilingue dans une toifon trois fortes de laines. La première, qui ëft appellêeprime, eft celle depuis le deflus du dos jufqu’à la moitié'des côtes , & celle du deflus du cou. J’ai oui dire que la laine la plus fine eit celle qui fe trouve entre les cuifles, attendu qu’elle eft nourrie par la fueur ou Juin de l’animal. Je ne donne point ceci’pour certain ; mais fi le fait eit tel, cette partie n’en fournit guere. La deuxieme, appelléefécondé, fe tire du bas des côtes, des cuiliès & de la queue. La troifieme, appellée tierce, eft prife du ventre & du deflous du cou. Ce triage étant fait, on lave féparément chaque efpece, dans le mois d’août ; on emballe aufij féparément chaque forte, & on met fur les
- fage de les nourrir de navets ou de turnips. On feme cette plante dans les friches; & les moutons, naturellement forts, en mangent jufqu’à la racine , & fertilifent les terres fur lefquelles on les tient. Les Anglais font un grand ufage de l’eau : ils lavent leurs laines fur le dos de l’animal, ce qui rend les laines tondues plus aifées à laver : elles deviennent plus éclatantes, & ne fouf-frent prefque point de déchet au lavage. Enfin la Grande-Bretagne , baignée de la mer de tous côtés, a un grand avantage pour les brebis. Les pâturages qu’elles mangent, l’air qui les environne , imprégnés de particules falines , que les vents charrient de quelque côté qu’ils foufflent, font pafler aux poumons & au fang des moutons un acide qui leur eit iàlutaire. Un auteur an-
- glais affure que les 6oç,^2o livres pefant de laine , que l’on tire chaque année des moutons de Rumnus-marsh , ne forment que la deux centième partie de la récolte du royaume. Les laines du fud des marais.de Lincoln & de Leicefter, font longues, fines, douces & brillantes ; les plus belles laines courtes font celles de Codswold en Glocef-fter-shire. Il réfulte de tout ce qu’on vient de lire , que trois chofes concourent à donner aux laines une qualité fupérieure : la race , les pâturages & le climat. Voyez Encyclopédie , au mot laine.
- (*) Les manufactures de France, d’Angleterre, de Hollande, de Venife , tirent des laines d’Efpagnepour leurs plus beaux draps.
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- balles une marque particulière, favoir, pour les primes un R, qui fignifie refin ou rejleuret ; pour les fécondés une F, qui lignifie fin ; & pour les tierces une S, qui lignifie fiecohde, quoiqu’à dire vrai ce foit la troilieme forte. L’af. fortiment efi: ordinairement de quatre-vingt balles (a) de primes, quinze balles de fécondés, cinq balles de tierces ; total, cent balles. Ou plutôt l’affor-timent eft formé de deux tiers de R , & un tiers de balfes fortes ; car c’eft ainli qu’on a coutume dénommer les F & les S : & dans ce tiers, il doit y avoir un tiers de S, & deux tiers de F ; enforte que fur une partie de 99 balles, il y en a 66 R, 22F, & 11 S 5 total, 99.
- 10. On tranfporte ces laines à Bilbao, depuis le mois de feptembre juft qu’à la fin de l’année, par balles de moyenne groifeur , qui pefent deux cents à •deux cents dix livres ; on ne leur donne que ce poids , afin que les mulets puif* fent eii porter deux dans les montagnes qu’ils font obligés de traverfer. L’u-lage eft de refaire les balles à Bilbao pour en former de plus grolfes , qui pefent depuis deux cents vingt-cinq jufqu’à deux cents cinquante livres ( 4), poids de marc ; & alors elles font en état d’ètre tranfportées plus facilement dans différens états de l’Europe.
- 11. L’Espagne eft le feul endroit d’où l’on tire les laines pour les manu-
- fa élûtes de draps fins : les plus belles font celles du royaume de Caftille, d’Ar^ ragonj celles de la Navarre font plus groifieres même que plufteurs de France. .
- 12. Les prairies de Saragolfe dans l’Arragon, celles de Ségovie St de la province de Léon, fournilfent les laines les plus ellimées ( 5 ) j on les nomme
- (a) Ce que flous nommons balle, s’ap. pelle ballin dans plufieurs manufactures.
- (4) Les balles de laine d’Efpagne pefent ordinairement deux cents dix à deux cents vingt livres. On les appelle alors balles irrégulières. 11 s’en trouve de plus pefantes; mais ce font des balles refaites à Bilbao , foit parce que l’emballage était mauvais, foit pour la commodité du tranfport, Les fa-bficans aiment mieux ces balles refaites que les balles régulières , parce que fouventon trouve du chanvre mêlé dans l’intérieur. Les droits que les laines paient à la fortie d’Efpagne, montent à quarante-cinq réaux de veillon par arobe , du poids de vingt-cinq livres ; ce qui fait à peu près onze liv. cinq fols de France. Rendue dans les fabriques de Sedan , cette laine d’Efpagne revient à quatre-vingt pour cent de plus qu’à Tome VIL
- un fabricant d’Efpagne , qui l’emploie dans ce royaume. Ces droits de fortie font égaux pour toutes les laines, excepté pour les communes d’Eftramadure , qui paient quelque chofe de moins. 11 faut ajoutera cela, que les draps fabriqués qu’on envoie en Efpagne , paient pour différens droits, à l’entrée de -ce royaume, vingt-trois pour cent, & outre cela dix liv. par cent de Frais. Malgré cette inégalité de quatre-vingt-trois pour cent, que fupp'ortentles fabriques de France, les draps de France font cependant moins chers à Madrid & à Cadix, que ceux de la même laine que l’on fabrique en E£ pagne , à caufe de l’intelligence de nos fa-bricans & de la main-d’œuvre qui eft moins chere en France. Note de M. Roujfeàu.
- (5) Les prairies de la plupart des provinces d’Efpagne , réputées les plus propres à
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- fegoncas & léonijfes ( 6) ou Jegovles lèonefes (7). Dans ces deux royaumes , on diftingoe entre les laines les plus belles, la pile des chartreux, ou Paular, & & celle de l’Efcuriat des hyéronimites ; enfuite celle du college impérial des
- fournir de bonnes laines, font montagneuses , comme celles du Dauphiné , du Viva-iais , de la Savoie ( de la Suiffe ), &c. Le royaume de Léon eft principalement rempli de montagnes ; l’herbe qui y croît eft d’une finelfe extrême, & bien préférable à celle des vallées & même des plaines , pour la nourriture des moutons , dont la ïmeffe de la laine dépend moins du climat que de la qualité des pâturages. On remarque que dans les troupeaux d’une même province, la laine de ceux qui font établis à mi-côte, eft plus fine que celle des moutons qui paillent au pied delà mène montagne. C’eft ce qui fait que les laines des piles de Caftille &, de Léon ne font pas toutes de même qualité. Les plus beaux troupeaux ne fortent pas de la Caftille , & du royaume de Léon ; ils vont de l’un à l’autre pendant toute l’année; de maniéré qu’ils ne couchent guere deux nuits dans le même en. droit. Les propriétaires de grands troupeaux ont des terres tout le long de la route , ou bien ils en louent. Les propriétaires des piles de l’Efcurial & du Paular ont des laines fupérieures à toutes les autres, parce que ces deux monafteres poffedent les meîlleurs pâturages dans les deux royaumes. Note de M. KouJJeau.
- (6) Les laines appellees ici Jegonces & leoTTiJJej-, font plus connues & mieux dé-fignées fous le nom de J'egovie & de léo-nuife.
- (7) La laine la plus fine fe trouve dans les pâturages où il croit de l’herbe appcllée par les botaniftes fejcuca ovina Linn. en ail. richafgrqfî. M. de Haller définit ainfî cette plante utile : Poa (10) gramenfoliis juneeii brcvibus majus radice wgra. Enu. 2it. C’eft le gramen minus duriujculum , Ta‘b. s2° Cette plante eft vivace; elle croit fur les collines feches & arides, où l’on
- pourrait chercher les moyens de la multiplier. Dès que les brebis trouvent affez de cette plante , elles ne touchent plus aux autres. Les terreins qui la produifent ont auffi d’autres herbes très-bonnes pour les moutons , & l’on y trouve rarement des plantes qui contribuent à donner une laine groftîere, comme font toutes les herbes qui croiffent dans les terreins gras , & qui font par leur nature un fourrage nourriffant & plein de fucsrtels font le trefle , l’efparcette & la luzerne. Un Anglais, M. Lisle , auteur d’un ouvrage fur l’économie , ohjervations on husbandry , 17s 8 , dit expreffément, que depuis trente ans que l’efparcette eft cultivée en Angleterre , les laines font devenues plus grof-fieres & de moindre qualité. Les brebis d’Efpagne, dont la laine eft fi fine, préfèrent aulfi les plantes nommées fejhica ovu na , anthonaxtum , & autres femblables. M. Clarck, dans fes lettres fur ÎFJpagnt, ne nomme pas expreffément ces plantes ; mais il obferve que les brebis d’Efpagne cherchentles herbes les plus fines, & qu’elles ne touchent jamais aux plantes fuccu-lentes. On manquerait donc fon but, fi l’on prétendait transporter des brebis d’Efpagne . dans des lieux où croiffent des plantes graf» fes & ameres , comme le trefle , l’efparcette & la luzerne. M Gléditfch a foigneufemenc indiqué les plantes les plus propres à la nourriture des brebis; mais elles ne font pas toujours bien connues des gens de la campagne. Les moutons aiment les feuilles de frêne , fraxinus apttala. Hali. enumc-ratio methodica ftirpmm Helvetia, 167. Les feuilles d’ormeau , ulmus, fruElu membranaceo. Hall. enum. 167. Les feuilles d’ortie , urtica foliis oblongo . cordatis. Hall, enum, 177. Les moutons mangent suffi avec avidité diverfes fortes de gra«
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- ART.DE la draperie.
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- jéfuites (a) y les piles de la'Styrie, de laQuadra& de l’Iafantado fontaulS très-recherchées.
- 13. On donne aux laines des noms pour les faire diftinguer dans le commerce.
- 14. Les plus belles s’appellent:/wWj, en y ajoutant le nom du lieu d’oà elles viennent ; ainfi on dit prime fégovie, prime de V Efcurial, prime léonijfe ou de Léon (£), pour défigner que c’eft la plus belle qui fe tire de ces endroits; c’eft aulîî dans ce feus que l’on dit qu’011 11’emploie dans telle fabrique que de La. prime de L'Efcurial ; dans d’autres, que de la prime de Ségovie; de même pour d’autres fabriques , des fécondés & des tierces, &c.
- 1^. Les fécondés de toutes les laines font belles à proportion de la beauté des primes qu’on en a tirées, & les tierces à proportion des fécondés. C’eft donc avec la prime de Ségovie qu’011 fabrique les draps les plus fins; comme elle eft la plus fine, elle eft aufii la plus courte. Quelques perfonnes ver-fées dans cet art, penfent qu’il ferait à propos, quand on veut fabriquer des draps de prime de Ségovie, tant en chaîne qu’en trame, de féparer la plus longue pour en faire la chaîne, & de rélèrver la plus courte pour être employée en trame : les chaînes en feraient meilleures. Pour faire cette fépa-ration, il faudrait, avant de prendre la laine pour la faire fécher , la bien
- mens qui croident furies Alpes & dans le Jura : telle eft le poa, gramen alpinurn pratenfe panicu.lo duriore laxa locujiis ma-joribas. Hall. enum. 210. Telle encore une efpece qui croit prefque dans tous les prés : Gvena, gramen pratenfe panniculaturn molle, Hall. enum. 229. Ces animaux aiment aufii la feuille & le fruit du maronnier ; e/culus hippocajlaneus. Hall. Linn. Parmi les plantes légumineufes , on cite comme propre à la nourriture des moutons , une plante connue fur nos collines de SuilTe : vulneraria (z)foliis ad terrain fmplicibus ovatis ad caulem pinnatis.
- (a) Suivant les mémoires fur la manufacture des draps , les premières piles font les fégovies léonefes, qu’on nomme de/’zn-fantado de l'Athée, des trois couvens de l’Efcurial, de Paula de Guadaloupe, de Neguette de Luco , des ducs de Huefcar , Mondexar & de la Torré , des comtes & marquis Valparaïfo , Pidadilla , Santiago , Lariana, des dona Antonia de Yilario d’AL
- cantara, Maria Caladia de Torrès, dona Sanilles Texada , dom Bernardin Mendès Jofephe fieur de Vittoria, Ces piles peu-vent fournir chaque année 9Ç200 d’aro-bes ; le poids de l’arobe eft de vingt-cinq livres. Les laines d’Arragon , de Valence, d’Andaloufie haute & bafle , de Murcie, de l’Eftrémadure, de Gandie, Caltille & Navarre , font de qualités très inférieures.
- (6) On prétend que le royaume de Léon ne fournit pas de plus belles laines que le refte de l’Efpagne ; mais que les troupeaux de Caftilie , qui vont en hiver paître dans . les montagnes de Léon , y acquièrent une finefle de laine bien fupérieure à celle des troupeaux qui relient en Caftilie : celles-ci ne font que fégovianes ; elles valent par cent, depuis cent vingt jufqu’à cent trente réaux de moins que celles des troupeaux qui ont été dans le royaume de Léon : la laine de ces derniers moutons fe nomme fcgovit léonijfe, ou4feulement fégovie.
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- battre dans les mains ; la plus courte tomberait en partie fous la longue ; celle-ci fe mettrait fur les perches, & on étendrait la courte fur le plancher.
- 16. Comme la fecnnde fégovi-e eft tirée des toifons de Ségovie, elle eft inférieure à la première en fineifes on l’emploie néanmoins dans les draps de première qualité de cinq-quarts., & dans ceux de quatre tiers , fécondé qualité, pour noir.
- 17. Ce qu’on nomme dans le commerce prime fégovienne, eft inférieur à la fégovie ; mais comme cette laine eft longue, ou,,en terme de fabrique , haute, 8c qu’elle a du nerf, c’eft la meilleure qu’on puilfe employer pour le fil de chaîne : c’eft pourquoi on en fait ufage dans les draps de cinq quarts, première qualité , & de trois quarts, fécondé qualité.
- 18- La fécondé fégovienne étant tirée de la-prime , eft plus courte, & plus ronde & moins parfaite que_ la prime : on l’emploie dans les draps communs.
- 19. Il y a encore une laine qu’on nomme forie & albarafin, forte plus com-
- mune : on emploie l’une & l’autre, tant prime que fécondé , dans les draps de baffe taille , ou plus communs ; celles de Navarre font encore plus communes. Comme toutes ces efpeces fe féparent en prime, féconde & tierce , on peut employer les trois fortes fégovie pour les draps fins , ainfi que la prime fégovienne ; mais la fécondé & tierce fégovienne, ainfi que les trois fortes forie, 11e s’emploient que pour des draps plus communs, (
- 20. Les marchands de Bilbao envoient toutes les années, un grand nombre de balles à des commiftionnaires ou des négocians d’Orléans & de Rouen , qui les tirent en droiture pour les fournir aux fabricans. Outre les lettres R, F & S, on met encore fur ies balles des caracfteres qui indiquent les lieux , & même les piles qui les ont fournies i la grille > le cadran 3 8cc. (8)
- ( g ) II n’y a aucun pays en Europe où l’on ne fabrique des étoffes plus ou moins grolfieres avec les laines indigènes ; mais on ne s’applique pas également par-tout à perfectionner cette manufacture, pour en faire une branche de commerce. Il eft certain que dans le moyen âge , les Pays-bas & l’Allemagne faifaient le principal commerce d’étoffes. Lorfque la plus grande partie du commerce était entre les mains des villes anféatiques , celles qui n’étaient pas à portée de la mer, s’appliquèrent à la fabrication des draps , qui étaient exportés par les marchands placés dans les villes maritimes. On voit au quatorzième & quinzième
- fiecle , des villes médiocres de la haute & balle Saxe , qui contenaient jufqu’à quinze cents ouvriers en draps, tandis qu’à peine y trouve-t-on aujourd’hui dix à douze maîtres. Divers princes d’Allemagne, & en particulier Charles-Quint , travaillèrent à détruire la ligue anféatique , & cette révolution fit tomber les manufactures de draps. Ce ne fut qu’à la fin du fiecle paffé, qu’on s’appliqua à rétablir cette branche de commerce. On s’en occupa férieufement dans le Brandebourg. Dès fon avènement au trône, le feu roi Fréderic-Guillaume de glo-rieufe mémoire, chercha à perfectionner la fabrication des étoffes de laine. Les Fran-
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- Choix delà laine d'Efpagne, & P opération-du dêgraiffâge. dans le pays.,,
- •21. Lorsque le fabricant veut connaître la qualité de ia. laine dont il fe.
- qais expatriés après la révocation de l’édit de Nantes , trouvèrent dans fes états un afyl.e & des fecours ; ils y portèrent leur- induftrie. ün donna des ordres pour que la. laine du pays fut employée dans la fabrication des draps ; & afin de la rendre plus propre à cet ufage , on fit venir d’Efpagne & d’Angleterre des béliers & des brebis des plus belles fortes. On en établit quelques troupeaux dans les endroits convenables, & on en obtint une laine plus fine , mais qui n’était pas comparable aux laines efpagnoles &anglaifes, On trouve près de Teltow & de Buskow , dans la nouvelle Marche , de très-belles bergeries , qui produifent des, laines propres à. fabriquer le plus beau drap, en concurrence avec les laines d’Angleterre, On tire auffi beaucoup de bonne laine de Siléfie , & on en fabrique les plus beaux draps d’Allemagne, Cependant on.ne. l'aurait fe paf-fer des laines d’Efpagne , pour faire les plus.fins draps.; les Anglais eux-mêmes en. tirent. Voyez Jacobfons Schciaplatz dcr Zeugmanüfaciurcn ih.DeutJ'c/ilqnd , t. II, feét r.
- La Hollande a fait jufques ici un a fiez grand commerce de laines , tant de celles du crû du pays., que de celles que les.Hol-, landais tirent d’Allemagne- Les laines d’Allemagne qu’on vend à Amfterdam font celles de Roftock , de Gripfwalde , de Stral* fund , d’Anclam , de Stettin , de. Thorn , de Dantzick , de Prude , de Colberg, de . Lunebourg & de Brême. Voyez Riccard, traite du commerce d'Amfterdam ,
- Suivant cet auteur, les cent-livres de Rof-tock & de Gripfwalde fe vendaient en 17-22 44 à 4y florins.; la même quantité de celles de Thorn valait de 46 à ç 1 florins ; la même quantité des laines de Brême valait depuis 3P jufqu’à 33 florins. La laine d’été de Po-
- logne fe vend à la livre, à quinze mois d& rabat ; le prix eft depuis 9 à 11 fols la livre, la tare de cinq pour cent & le prompt paiement d’un pour cent. Les agnelins de Pologne fe vendent auiïi à la livre , argent courant, à 10 & 10 fols & demi. La laine rouge de Caramanie s’y vendait alors depuis 44 à 46 fols , la.tare.de cinq livres par balle , & la déduction pour le ben poids & le. prompt paiement de deux pour cent. En novembre; 17481 la mêipe laine s’eft vendue à y? fols à la chambre de Zélande, &, g-o à celle d’Amfterdam. La laine de Cara-manie blanche fe vendait en 1722 , depuis-2 ; à 3 9. fols la livre ; en 1748 , elle eft montée à, 6y & 8°.fols. Voyez, Savary , dift, d& commerce , au mot laine.
- Les laines du Levant font les ; pelodes.. fines & communes, les trefquillesoufurges* les bâtardes , les iffola & l’eftain de Conf-tantinople ; les laines furges d’Ale.p , d’Alexandrie , de Chypre ; les bâtardes noires d’Alep ; les.laines des chevrons noirs de Smyrne & de Perfe ; les. chevrons roux &; blancs , fins & communs de. Smyrne , de Sa-talie ; enfin les mételins. & les lain.es de la-IVlorée & de Barbarie-
- La laine de Vigogne n’eft connue en Eu.-. rope. que depuis la découverte de l’Amé-, rique. L’animal qui.la porte fe trauve dans.', le Pérou, d’où l’on a tenté, mais fans fuccès, de le tranfporter. en Efpagne. Ce.t animal: eft fauvage , fa laine eft brune ou cendrée, quelquefois mêlée de taches blanches. On, eu. diftingue de trois fortes , la fine, la can-. neliere , ou bâtarde , & le pelotage ; la der-niere eft très-peu eftimée , parce qu’elle , vient en pelottes. La laine de Vigogne s’era., ploie en Efpagne dans plufieurs manufacturas d’étoffes, de laine ; en France.^ il n’eft. pas permis d’en mettre dans les draps ; c’eft pour, les chapeaux qu’elle, eft réferyge*.
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- propofe de faire l’achat, il doit examiner l’échantillon que lui préfente le marchand, pour en connaître le nerf ou le corps ; c’eft-à-dire , la force & la fineflç,& voir fi en la maniant, elle a de la douceur, fi elle n’eit pas trop-chargée de fuin ou mélangée de différentes fortes de laines , ce qu’on nomme fourhandrée (9) , matinée, ou échauffée en magajin.
- 22. On peut donc dire qu’en général, la bonté des laines fe connaît à l’infi. peefion, à l’odeur & au fon. A l’infpecHon , on voit aifément fi elle eft fine , ibyeufe, longue & non galeufe, forte dans fa fineffe, fi elle provient d’un même troupeau, fans aucun mélange de la laine dun troupeau inférieur ou d’agnelins , on nomme cavalières celles qui 11e font point mélangées ; fi elle eft bien tirée, & s’il n’y a point de faletés. Elles doivent être bien nettoyées de paille, filaife, crotins (10), &c. Si elles étaient trop chargées de fuin, elles produiraient beaucoup de déchet. O11 eftime celles qui ont un œil un peu roux. U ne faut pas que les filamens foient collés les uns aux autres (11) > & plus la laine fe gonfle ail fortir de la balle, meilleure elle elt. À l’odeur, fi elle efl nouvelle ou mélangée de laines anciennes : fi elle fent le fuin , on la juge nouvelle (r2) : fi elle a une odeur de graille ou de relant, on la fuppofe mélangée de. laines de plufieurs années 5 c’eff ce qu’011 nomme laines de dîmes 9
- (9) ÎV1. Rondeau remarque que, fi les laines arrivent humides, ou fi on les dé-pofe dans un magafin humide, la laine s'y échauife , elle fermente, la graille fe réunit, elle fe defleche , & elle s’attache fi intimement à la laine, qu’on a bien de la peine à l’enlever. Alors cette laine contracte une nnuvaife odeur , elle prend un œil roux. C’eft pourquoi , quand nous di-fons plus bas qu’on eftime la laine qui a un œil rouge , il faut entendre ce rouge de carmin , qui eft particulier aux laines d’Sf-pagne , miis non pas un roux terne , qui indique une abondance de fuin endurci. Lorfqu’on laiffe les laines s’échauffer encore plus dans les magafins , elles s'y altèrent, elles y perdent toute leur force , & deviennent incapables de foutenir les apprêts,
- (10 ) C’eft un grand défaut lorfque les toifons font ainfi ch trgées de paille. Quelquefois le dos de ranimai en e(t chargé lorfque le fourrage eft placé dans- l’écurie de façon qu’il puifle tomber fur les moutons. Elle gâte au ït le cou de la toifon,
- lorfque la creche eft conftruite de maniéré que l’animal eft obligé d’y mettre la tête. Alors la laine du cou devient abfolument inutile ; il eft impoffible de la nettoyer, même en la battant. Les manufacturiers Allemands difentque la laine eft paiileufe , futtericht.
- (11) Les Allemands difent que la laine doit être coulante , flüjjtg , lorfqu’elle eft encore fur la peau. Us obfervent que les pointes ne doivent pas être émouflees , Jhimpf, Les pointes émouflees doivent être coupées avec le couteau. Quand les laines ne font pas bien feches à la tonte, comme cela arrive fouvent par la faute des bergers, qui cherchent à augmenter le poids, alors elles s’échauffent, & on ne s’appercoit du dommage qu’à la foule , où les draps fe retirent.
- ( 12 ) Les manufacturiers Allemands difent que la bonne laine a une odeur douce , Jîe rieckt füjje. Us prétendent qu’on peut, à l’odeur de la laine , diftinguer les bons pâturages.
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- parce que Tes curés les raffemblent de plufieurs années,pour en mettre en vente une certaine quantité à la fois. Les laines de dîmes ne conviennent que pour la fabrique des draps noirs ou des draps mélangés (i 3), Ceci peut fouf-frir de la difficulté 5 car des connaifîeurs dans ce genre de commerce, prétendent qu’une bonne laine peut être confervée en gras plusieurs années fans perdre de fa qualité (r 4) ; cependant les cavalières font toujours plus eftimées que les mélangées.
- 23. Le fuin ou fuain eft un gras ou huileux adhérant à la laine , qui provient de la tranfpiration du mouton, tant dans le parc que dans la bergerie. Lorfque les moutons font toujours renfermés dans les bergeries , le fuin qui devient trop adhérant à la laine, diminue de fa qualité parle déchet qu’il occalionne.
- 24. On connaît encore à l’ouie fi la laine eff vieille ou nouvelle : pour cela on en prend une petite poignée , on l’approche de l’oreille , & la froilfant entre le pouce & l’index de chaque main , on tire cette laine comme fi l’on vouloit l’alonger , & on lui donne une fecoufle ; fi elle rend un fon aigre, elle eft feche & creufe , ce qui arrive aux laines anciennes (15) ; fi elle rend un fon moelleux, elle eft de l’année (16). Enfin la laine doit être douce au toucher , & néanmoins forte ou avoir du nerf. On eftime celle qui bouffe & fe renfle au fortir de la balle.
- 2f. Si l’on choifit de préférence les laines nouvelles , creft parce qu’étant fort douces, elles fe tirent plus en long, & donnent plus de fil fini au lieu que les laines anciennes étant plus feches, le fil en doit être plus gros; fi l’on voulait lui donner le même degré de fineffe , il fe romprait, ou, comme l’on dit, il éclaterait dans les outils de la jfikiture. On doit encore examiner avec foin fi les laines de brebis & de moutons ne font pas fourrées de celles d’agneaux, qu’on appelle laine d’agnelins. Ces laines, ainfi que celles des bêtes mortes de maladie,n’ayant pas allez de force pour réfifter au foulon, tom-
- (i O h faut entendre que ce font des laines triées avec foin , & d’une même forte. Car, comme le remarqué M. Roufteau , fi ces laines font mélangées de grottes & de fines, elles; .feront une. filafle, & un-tiflu inégal ; le drap ne fera pas egalement couvert ; & à la fin des apprêts ,,ii fera barré'; ce qui eft un défaut, même dans les draps noirs. - .. ,
- .. (ï M. ’ iioufiéau ; penfe qu’une laine perd de fa qualité , & qu’elle devient dure & coriace , quand on la conferve plus de
- deux ans en gras.
- (15) Lorique la laine rend un bon fon , les Allemands difent qu’elle crie : dieW clic Jchreict, itrdjic h-at eimn gvtercZug.
- (16) Il ne faut pas . remarque Ai. Rouf-feau , s’en tenir dans le choix des laines au fon dont nous parlons: car on peut rendre le fon moelleux , en exfofant la laine à la vapeur de l’eau : du moins faut.il connaître cette fraude , pour n’en être pas la dupe,
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- bent dans le lainage > c’eft ce que Ton appelle vuider au chardon, & la corde fe découvre (17). On connaît ce s laines défe&ueufes après le dégraiffage & le lavage : elles font plus blanches & paraiffent mieux dégrailfées que les autres > mais elles font droites, fans frifure , & elles fe rompent facilement.
- 26. Le vrai moyen de connaître la qualité d’une laine par l’échantillon, eft donc de la faire dégraijfer , laver, ficher, battre & plufer ; ces différentes opérations fervent à connaître ce qu’011 en peut elpérer quand 011 la fera travailler, & à juger du bon & mauvais rapport qu’elle poura faire : car il y en a qui donnent beaucoup de déchet ; & quoique des laines qui déchoient beaucoup, puiffent d’ailleurs être de bonne qualité, il y a toujours de la perte pour le fabricant, qui 11e gagne jamais à employer des laines inférieures.
- 27. Il faut que les laines foient lèches , & convenir d’un bon de poids pour la tare de l’emballage^
- 2g. Les laines de Portugal font à peu près de la mèmè qualité que edies d’Efpagne; cependant on prétend qu’elles ont le défaut de beaucoup rentrer au foulon fur la longueur & peu fur lalargueur ; je ne comprends pas que cela puiffe être quand on emploie la même laine pour la chaîne & pour la cramé : je crois donc qu’elles foulent plus que celles d’Elpagne , parce qu’elles ont moins de corps & de nerf, mais qu’elles rentrent & fur la largeur & fur la longueur. (18) !
- 29. Il y a de bonne laine en Angleterre , principalement celle de Cantor-béry (19)5 mais comme il eft défendu d’en fortir de ce royaume-, il en vient peu en France. O11 en diftingue de deux fortes ; l’une douce & courte qu’on carde pour les draps, & les Français ne cherchent pas à s’en procurer j l’autre extrêmement longue , forte & bien nourrie -, mais feche & élaftique , fe peigne & fe conferve pour le fil de chaîne de différentes étoffes raies ,'telles que les étamines, les camelots, les calemandes qui fe font à Rheims, à Amiens * Lille , &c. On ne connaît güere dans nos fabriques les laines de Hollande & de Flandre ; ces provinces n’en produifent pas fuffifamment pour leurs manufactures; d’ailleurs , celles de Ifollande, dont la fortie eft défendue , font fort cheres , quoique d’uiie qualité fort inférieure à celles d’Angleterre.
- 30. Comme on eft dans î’ufage, en Angleterre & en Hollande, de laver les moutons avant de les tondre , elles donnent moins de déchet lorfqu’011 les lave au panier après la tonte de l’animal. Nous 11e nous étendrons pas
- (17) Les Allemands difent : die Wolle laines d’Angleterre, ôn peut confulter de'ckt nicht. John Sm.khspchroniconrujlico-’commer-
- (iS) AI. Roufleau penfe de même fur les ci ale, or memoirs of JVool. Voyez aufft lahïes de Portugal, qui viennent d’Eltrama- l’ouvrage de M. Ellis, fur l’éducation des dure & d’Andaloufie. brebis anglaifes*
- U 9) Outre ce que j’ai dit ci«deffus furies
- davantage
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- •davantage fur îa laine d’Angleterre, parce que , comme nous l’avons dit , par la difficulté de la tirer, on n’en emploie point ou preique point dans nos fabriques de draps.
- Br. La Suede & le Dannemarck fourriiiient de très-bonnes laines; mais elles ne font pas comparables à celles d’Efpagne & de Portugal (20). Enfin on tire par la voie de Marfeille des laines de Gonllantinople , de Smyrne & d’Alexandrie, dont 011 emploie une aîfez grande quantité dans le Languedoc Comme il y a beaucoup de manufaétures qui emploient les laines de France , ilu’elt pas hors de propos d’en dire quelque chofe.
- 32. Les meilleures font celles du Berry, du côté d’Mcmdim, qu’011 nomme de la plaine de Vatan : elles valent dix à onze pour cent de plus que celles des environs de Bourges : on en fait les achats aux foires de Saint-Jean & de la Madeleine. O11 donne 104 toifons pour cent; & chaque toifon pefe une livre & demie jufqu’à trois quarts (22) : c’eft à Ilfoudun même qu’011 les trie & qu’on les lave au panier : dans cette derniere opération, les laines diminuent de plus -de moitié quand 011 les lave à fond ; mais comme ordinairement
- (2<0 L’auteur ignorait avec quel fuccès 3M. d’Alftrômer a introduic en Suede les brebis anglaifes & efpagnoles. M. Schre-ber allure avoir vu des échantillons de cette laine, qui ne cedent rien aux plus fines fortes d’Efpagne & d’Angleterre. V. mue Cameral-fchriften, tom. I & II.
- (*) Tavernier dit, tom. I, p. 130 , qu’il a apporté de Perfe à Paris une laine fi parfaite , qu’cn n’y en avait jamais vu de fi fine. Comme on defirait de favoir précifé-mentd’oùonla tirait, fe trouvant à fon troi-fieme voyage à Ifpahan fur la fin de l’année 1647, il rencontra un Gaure ou ancien Perfan,de Ceux qui adoraient le feu, qui lui en montra un échantillon , & lui apprit que la plus grande partie de ces laines fe trouvait dans la province deKerman , qui eft l’ancienne Caramanie, & que la meilleure fe tirait des montagnes voifines de la ville , qui porte le même nom que la province ; que les moutons de ces cantons-là ônt cela de particulier , que lorfqu’ils ont mangé de l’herbe nouvelle , depuis janvier jufqu’en mai, la toifon entière s’enleve comme d’elle-même , & laiffe les bêtes entièrement nues, de forte qu’on n’apas be-Tome FIL
- foin de les tondre ; qu’ils battent cette laine dont il ne relie que ce qui eft le plus fin ; que quand on fe propofe de les tranfpor-ter , avant de les emballer , on les afperge d’eau falée ; ce qui empêche que les vers ne s’y mettent & qu’elles ne fe corrompent.
- On ne teint pointées laines ; elles font prefque toutes d’un brun clair ou d’un gris cendré agréable : il y en a peu de blanches. Quand elles font blanches, elles font fort cheres , parce qu’elles fervent à faire les ceintures & les voiles dont les mouftis fe couvrent la tête pendant leurs prières, 8c que dans tout autre tems ils portent en, forme d’écharpes (21).
- (21) M. Schreber dit qu’îl poffede des échantillons de laines de Perfe. Elles font d’un brun foncé , mais très-fines & douces comme de la foie. La laine d’Angora mérite auffi ePêtre citée avec diftindion. Sur les brebis d’Angora & fur leur laine, voyez new gtogr aphical dicîionary , prirctedfor, J. Coote at the king’s Arim, at pater nof. ter Rotv , num. 13.
- (22) Les moutons anglais de la plus grande efpece fourniffent depuis cinq juft qu’à huit livres de Laine par toifon.
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- elles ne font qu’à demi lavées, les fabricans font obligés de les laver une fécondé fois. Les laines d’Auxois en Bourgogne 8c celles des environs d’Abbeville font affez bonnes.
- 33. Il y a différentes qualités de laines en Languedoc : celle de Béziers eft lire des plus eftimées; elle approche beaucoup de celle de Portugal, & eft plus fine que celle d’Iflbudun, qui eft à peu près de meme qualité que celle des environs de Bourges.
- 34. Celle du diocefe de Lodeve, qu’on appelle rujfe, celle nommée longue rouviere, & celle de Montagne, du diocefe d’Agde , font très-communes, particuliérement les longues rouvieres. Les laines de Corbière & de Narbonne, qu’on nomme clape, font de la même qualité que celle de Béziers , appellée quarente. Toutes ces laines fe vendent en furge ou fuin au poids de table de quatorze onces. Les laines de la plaine de Salanque en Roufîillon font eftimées.
- 3 C Les laines de Sologne ne font pas fi fines que celles de'Berry : les meilleures font au-delà d’Orléans, du côté de Vanne , Ides , Viglain , Vilmurlain 8c les environs: on les vend aux foires de Château-Vieux le jour de Saint-Barnabé & de Saint-Géroux : les toifons pefent depuis une livre jufqu’à deux. Comme il n’y a point en Sologne d’eau propre au lavage, 011 les tranfporte à Orléans pour les laver dans la Loire. Il y a une forte de laine des deux côtés: de la Loire au-delfous d’Orléans , qu’011 nomme laine du val, qui eft beaucoup plus belle que celle de Beauffe.
- 36. Les meilleures laines de Beauffe font au-delà de la forêt d’Orléans, du côté de Villeneuve-aux-Loges. Celles du côté d’Etampes leur font inférieures. Toutes ces laines fe vendent en fuin ; chaque toifon pefe depuis deux jufqu’à quatre livres. On vend enfemble les toifons des agneaux & celles des moutons & brebis.
- 37. La laine de Champagne eft tendre & creufe 5 elle eft ordinairement fort fale , particuliérement au collet de l’animal, ce qui vient de la négligence du ceux qui les élevent.
- 38. Les laines de laHogue, qui eft la partie la plus feptentrionale delà Normandie, font aufti fines que celles du Berry : les fabric-ans de Cherbourg & de Valogne les achètent aux foires en fuin & par toifon. Ce font eux qui les dégraiflent : elles diminuent à cette opération déplus de moitié.
- 39. Les laines du Cotantin 11e font pas fi fines que celles dont nous venons de parler; celles du Bellin font encore plus communes: toutes ces laines fe vendent en furge ou fuin, à la toifon.
- 40. Les laines des Ardennes font des plus'communes ; celles d’au-delà de Bouillon le font encore plus. Ces différentes efpeces de laines s’emploient à Doncheri, Poix a& dans d’autres petites manufactures qui ne font connues
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- que dans les environs ; & fiiivant leur qualité, on en fait des draps plus ou moins communs, ou des étoffes de laine, de différentes fortes. Ce 11’eft pas qu’on n’emploie quelquefois de la laine d’Efpagne àDoncheri, mais c’eft en petite quantité.
- 41. Il faut ajouter, à ce que nous venons de dire fur la qualité des laines, que toutes les années les laines d’un même endroit ne font pas toujours de la même qualité} de même que les pâturages ne produilent pas toutes les années du fourrage de bonne qualité , les laines fe fentent auffî de l’intempérie des faifons. Ce n’eff pas ici le lieu d’expofer les précautions que les bergers doivent prendre pour ménager la qualité de la laine de leurs troupeaux. Le drapier n’a aucune inlpedion fur eux; mais il doit faire un bon choix entre celles qu’on met en vente, & les préparer le mieux qu’il eft poffible.
- Premier lavage des laines.-
- 42. Par ce qu’on a dit plus haut, 011 a vu que dans certains pays on lave foigneufement les moutons avant de les tondre; & cette précaution qui eft très-bonne , difpenfe prefque de laver les toifons coupées : dans d’autres endroits où l’on peut jouir d’eau claire & courante, on lave les toifons auffi-tôt après la tonte (23). Pour cela, après avoir féparé les laines primes, fécondés & tierces , fi ce font des laines d’Efpagne, ou des hautes laines & baflès , fi ce font des laines du royaume, 011 les écharpit dans les mains , & on ouvre les flocons, en les tirant en large, & non pas en long, pour ne point brifer les filamens laineux. Enfuite 011 les met dans des paniers affujettis avec des pieux dans 1111e eau claire & courante ; des hommes qui fe mettent dans l’eau jufqu’à la ceinture, écharpiffent encore les flocons avec leurs mains, & ils agitent les laines dans l’eau pour en emporter toute la craffe avec une partie du fuin. Quand ces laines font bien lavées, on les étend au foleil pour les faire fécher : on verra dans la fuite qu’il ferait mieux de les laiffer fécher à l’ombre. La plupart des fermiers vendent leurs laines en toifon , & telles qu’elles fortent de deffus l’animal; c’eft ce qu’on nomme laine en furge ou en fuin. Les marchands qui les achètent en cet état, les trient (24), & les font
- ( 2? ) Lorfqa’on veut vendre hors du une mere-brebis , fept livres & demie, royaume les laines d’Efpagne , on ne les (24)]Le triage des laines fe fait à. la tonte, lave qu’après la tonte , & elle perd dans chez le marchand de laine , & chez le ma*. cette opération la moitié de fon poids. nu facturier.
- Voyez Clarke, lettres fur L'ffpagne, en. 1. A la tonte, on diflingue les laines de anglais. Des brebis Jefpagnoles, tranfpor- chaque forte, des béliers, des moutons, des tées à Leipfick en 1766 , ont produit de meres-brebis, des brebis de l’a inée, & des très-belles laines ; le bélier, onze livres ; & agneaux. Souvent aufli on fe contente de
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- laver avec plus ou moins d’attention ; mais toujours faut-il revenir à les Tavet encore Sc à les dégraifler dans la manufadure, comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- 43. Les eaux douces qui diflolvent bien le favon, font plus propres pour ce lavage que les crues qui n’âttaqueiit point le füin. Les eaux tiedes font
- mettre enfemble la dépouille des vieilles brebis , & de féparer celle des brebis d’un an , & des agneaux.
- 2. Le marchand de laine tire premièrement Tes laines ; c’eft à dire , qu’il examine en gros chaque piece , pour voir fi c’eft de la laine d’agneau , de la laine frifée , ou des. laines pailleufes & mal-propres. Il les aflor-tit enfuite pour la longueur , la fineffe & la couleur, fuivant l’ufage auquel elles font deftinées. Les aftbrtimens different fuivant le genre de commerce , & l’on s’y permet diverfes fraudes. On mêle de la laine d’un prix inférieur avec des qualités fupérieûtes.
- 3. Mais le principal affortiment , depuis les fortes les plus groffieres jufques aux plus fines, fe fait par les fabricans , qui prennent plus ou moins de chaque toîfon qu’on leur livre. C’eft dans ce travail que-l’adreffe du manufacturier fe déploie pour le moins autant que dans la fabrication, four les draps fins, l’effentiel eft de favoir affor-tir comme il faut les laines, afin que les laines delà même forte , étant filées également , faffent un drap d’une même force.
- En 176ç , la fociété économique de Leip-fick, defirant d’encourager l’induftrie, & de connaître plus exactement toutes les fortes que l’on peut tirer d’une toifon de laine de Saxe, propofa un prix de quatre-vingts écus pour celui qui tirerait un plus grand nombre de fortes des toifons qu’on lui préfenterait, & qui indiquerait l’ufage de chaque forte. On nomma quatre commîfi. faires expérimentés dans ce genre de tra-vail, qui adjugèrent le prix à Chriftian Gottlob Viebig , ouvrier en laine à Zfcho-pau. M Schreber a confervé la notice de toutes les fortes tirées des toifons affU gnées par le fort à M. Viebig.
- I. D'une toifon de ICahlau.
- Sorte.
- 1. Pour la trame des draps fuperfins , nom-
- més draps des dames.
- 2. La meilleure pour un bon drap.
- 3. Où l’on trouve déjà des poils groffiers, mais qui peut encore très-bien être employée , à caufe de fa blancheur, & parce qu’elle n’a point de pailles.
- 4. Un peu trouble & ferme par le bas, plus
- propre à être travaillée blanche.
- 5. Laine moyenne pour des draps de cou-
- leur , parce qu’elle eft coulante.
- 6. Mauvaife forte pour être travaillée err blanc 1 parce qu’elle eft jaunâtre.
- 7. Le rebut ( en allem. Schnippcrlingc )
- que l’on peut encore employer pour de mauvais draps.
- §. Sorte-encore inférieure ( en ail, Lcifen ) qui peut fervir pour lifieres,
- IL D'une toifon de Barby de la fécondé tonte.
- 1. Nommée en allem. Lcifen , qu’on em-
- ploie pour lifieres.
- 2. En ail. Schnipperlinge , pour doublures.
- 3. Laine graffe , qui gâte toutes les cou-
- leurs, & qui n’eft pa* propre à être filée.
- 4. Laine bonne pour des draps ordinales, ç. Laine courte & émouffée, plus propre à
- être travaillée en blanc.
- 6. Laine moyenne , que fa blancheur rend propre à toutes les couleurs; elle prend en particulier l’indigo , l’ardoife & toutes les couleurs fines.
- 7. La meilleure qu’on puiffe tirer de cette
- efpece de toifons ; elle peut fervir à la fabrication des draps communs,
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- a'ufïî'preférables aux eaux très-froides : peut-être ,. pour cette raifon, ferait il mieux de commencer par les laver à l’eau tiede dans des cuveaux, avant de les laver à la riviere.
- 44. On remarquera qu’il 11e s’agit ici que du premier lavage qu’on donne ordinairement aux laines avant de les fournir aux fabricans ; car dans les fabriques, on ne dégraiife & on ne lave les laines du pays, que quand on les teint avant d’être filées , parce qu’elles le font fufïifamment pour être filées, & il en coûte moins d’huile pour parvenir à la filature. Ceci peut fe pratiquer pour le ménage, le-fuin tenant lieu d’huile ; mais dans les bonnes fabriques , on dégrailfe à fond , attendu que le fuin qui relierait concentré dans le drap eft toujours nuifible , fur-tout à l’égard de ceux qui font fabriqués en blanc, & qui doivent être mis en couleurs fines, comme écarlate & autres j car par la fuite le fuin noircirait & ternirait les couleurs,
- Remarques fur les laines qiCon fe propofe de teindre, & fur les incon-vêniens d’y laiffer du fuin..
- i°. Si l’on fe propofe de faire des draps teints en laine, il faut toujours prendre la laine qui a Je plus de corps & qui e£t la plus nerveufe , pour qu’elle fôit en.état de foutenir la chaleur du bain dp la teinture , & faction des diiié-
- III. D’une toi fort de Landsberg, de la féconde tonte.
- Sorte.
- 1. La meilleure pour un-drap fin.
- 2. Bonne laine blanche , qui peut par cette
- raifon fervir pour des couleurs claires.
- 3. Pour un drap moyen ; il y a déjà quel-
- ques poils grolfiers.
- 4. La plus mauvaife de cette toifon , qui ne
- peut -fervir que pour des couleurs fom-bres.
- Le rebut ( en ail. Schnippcrlinge ) qui ne peut fervir qu’à fabriquer des doublures & des étoffes blanches de la dernière qualité.
- IV. D’une toifon de Knarp, de la-preinitre tonte*
- Sorte.
- i. Laine à peigner ( en ail. Kammwolle) laquelle ne peut fervir qu’à fabriquer des flanelles, parce qu’eilc eit groffiere.
- Sorte.
- 2. Laine à peigner, qui manque de force.
- 3-Dite, un peu plus ferme , qu’on peut employer à faire diverles étoffes croi-fées,
- 4. Dite , la meilleure de cette forte. On peut en faire des draps moyens, ç. Laine fri fée , la première de cette forte , bonne pour des draps moyens..
- 6. Dite , fécondé efpeçe, feryant suffi aux
- draps moyens.
- 7, Dite , troifieme efpeee , propre pour les
- couleurs fombres j. mêlée avec de bonne laine blanche , elle donne un bon drap commun.
- g. Rebuts ( en ail. Schnippcrlinge ) pour doublures.
- 9, Leiften, que tout fabricant doit avoir.
- Je donnerai à la fin , parmi les additions, la'notice des diverfes fortes tirées de quatre toifons, par une ouvrière de M, Schon-feld , manufacturier à ïorgaiu
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- rentes drogues & des fois qui entrent dans les couleurs que l’on veut faire prendre à îa laine ; car li l’on n’avait pas foin de choifir pour mettre en teinture, ia laine dont les brins ont de la confiltance, en un mot, li l’on employait une lame ba.Fe, il elt d’expérience qu’elle ne pourrait recevoir les différens apprêts qui font mdifpenfables pour prendre parfaitement la teinture, & donner un œil uni à la couleur. On prétend que, pour avoir une laine qui prenne uniformément la teinture, il faut qu’elle foit d’une mêmeefpece, &, pour amli dire, d’un même troupeau ; mais comme on fait que cela 11’eft point poiiible , il luffit que la laine foit de même qualité : l’attention du teinturier fait le relie ; car les teinturiers peuvent beaucoup ménager les laines en ne leur donnant pas un bain trop chaud, & en les tenant proportionnellement plus ou moins long-tems dans le bain.
- 46. 2°. Il faut que la laine foit bien braffée dans la chaudière ; car celle qui elt à la fuperficie de la chaudière, prend moins de teinture que celle qui elt au bouillon, & celle qui elt au fond en prend encore davantage; enfin fi l’on évente la laine en la faifant fortir de la chaudière pour la tenir un inllant à l’air, elle fe charge bien plus de couleur que celle qui ell reitée pendant tout le terns du bain dans la chaudière, fans en fortir.
- 47- 3°* Quoique dans les grandes manufactures on foit dans l’ufage de teindre les laines & les draps, nous ne parlerons point ici de la maniéré de les teindre, parce que la teinture des laines doit faire un art particulier ; nous nous contenterons de faire remarquer que , quoique le gras qui pourrait relier dans la laine n’empëche pas la folidité de la plupart des couleurs, principalement du noir & du bleu , les bons fabricans foutiennent qu’il faut dégrailler foigneufement & à fond les laines avant de les mettre à la teinture , parce que le gras ternit la vivacité des couleurs. Les teinturiers ne l’expérimentent que trop , fur-tout quand il eft quellion de teindre des draps blancs ruai dégraufés. Ils fe trouvent mal unis, en forme de placards, fur-tout aux couleurs fines, même en bleu, la corde ne fe teignant pointa fond : ce qui s’appelle, en terme de teinture, ri être point tranché. Le fuin empêche que la lame ne 1e carde parfaitement 5 & le foulon n’emporte que très-difficilement le fond de graille qui refte dans une laine mal lavée & imparfaitement dégraifi fée. Qn regarde comme impoflible, que le foulon puilfe emporter la graiffe qui elt concentrée jufques dans l’intérieur de la chaîne ou corde, en terme de fabrique. Cela doit s’entendre du fuin; car l’huile d’olive , qui n’adhere que peu à la laine, elt néceffaire pour le cardage, & 11e nuit jamais autant que le fuin. Cependant toute graiffe, tant du fuin qui doit totalement partir au dé-graidage en laine , que de l’huile mife après coup pour la droffer, & par confc-quent ia carder & filer, & enfin faire le drap en toile, doit être totalement enlevée au dégraidage entoile, fi l’on veut avoir une couleur vive. On verra
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- que l'huile eft néceïfalre pour faire le drap ; mais enfuite il faut qu’elle en forte entièrement.
- Plufer en juin (25).
- 48. Quand , dans les fabriques , on veut faire laver une laine , foit étrangère, foit de différentes provinces du royaump, on la livre à des ouvrières pour la plufer en juin , c’eft-à-dire, l’éplucher : elles en tirent le chanvre & les autres faletés ou corps étrangers qui peuvent s’y trouver. Cette première opération eft très-importante, puifque fans ce plufage, les draps feraient remplis depoutilles ( 2^ ) qui ne prendraient aucune teinture j & comme ces fubftances étrangères blanchiffent comme la laine au dégraiffage, on a d’autant plus de peine aies trouver que la laine eft mieux dégrailfée. D’ailleurs, cette opération fait qu’elle s’ouvre mieux dans la chaudière.
- 49. Pour bien faire le plufage, on dépouille les balles fans couper les ficelles avec lefquelles elles font coufues, afin que les brins de chanvre 11e fe mêlent point avec la laine. L’emballage étant ôté, 011 nettoie attentivemeut toute la fuperficie de la balle , enfuite on fait prendre la laine aux plufeufes, par petites poignées, afin qu’elles trouvent plus aifémentles corps étrangers qui peuvent être mêlés avec la laine. On fera bien auili de plufer les laines du royaume , après qu elles auront été lavées.
- Mélange des laines.
- fo. C’est après cette opération, je veux dire, ce premier plufage, que l’on peut mêler enfemble des différentes fortes pour en faire des draps de qualité inférieure; parce que les autres opérations , telles que le dégraiffage , le lavage & le battage, mêlent plus parfaitement ces différentes fortes de laines , & en font une efpece de laine uniforme. Pour faire ce mélange, on étend la laine plufée en gras , dans une grande place ; & après en avoir fait une couche, ©n étend par-deffus les laines qu’on veut mélanger avec elle.
- Du lavage & du dêgraijjage.
- ^r. Quoique ce foit prefque par-toutl’ufage de laveries laines avant de les livrer aux fabricans, 011 11e peut fe difpenfer, comme il a déjà été dit, de recommencer cette opération dans les fabriques , au moins à l’égard des laines d’Efpagne & des laines fines du royaume, pour ôter un refte de fuin qu’on leur a laiifé, & qu’il était même utile de 11e pas ôter, lorfqu’on n’était pas dans
- (2 5) £n ail. zaufen, ou mieux zupferu (26) En ail. Futur.
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- le cas de travailler promptement les laines, foit pour leur confervêr une certaine foupleffe ,Toit pour les garantir des infeétes : mais avant de travailler les laines , il faut leur ôter ce relie de fuin ; & pour prouver lenliblement que ce dc-graiilage & ce lavage font néceffaires, il fuffit de faire attention que les laines qui ontfouffert cecte opération, deviennent blanches de rouffeâtres qu’elles étaieiit.
- 5 2. Lors donc que la laine a été bien plufée en fuin, on la dégraiffe. Il y a deux maniérés de füre cette opération : l’une convient particuliérement aux laines qui ont déjà été lavées ; l’autre eft principalement en ufage pour les laines qui ont été achetées en furge, & qui ont tout leur fuin.
- Ï3. Cette derniere façon s’exécute en mettant dans une futaille ou une cuve trente à quarante livres de laine , de maniéré qu’elle y foit à faife ; on remplit la "futaille ou cuve d’eau chaude à un degré de chaleur qui permette d’y tenir la main : trop chaude, elle recuirait le fuin ; trop froide, elle ne pourrait le détacher. On remue fans ceife la laine avec un bâton, pendant un quart-d’heure ; après l’avoir lailfé repofer environ une demi-heure, on la retire & on la met dans des mannes qui font plongées dans une eau courante, où on l’agite avec une efpece de rateau ; on répété cette même opération, jufqu’à ce qu’on ait dégraiffé toute la laine qu’on fe propofe de travailler ; & chaque fois qu’on, retire la laine de la futaille pour la mettre dans la manne, on jette l’eau quife trouve trop chargée d’impuretés.
- 54. Ce travail fe fait depuis la Saint-Jean jufqu’aux fraîcheurs de l’automue.’ Si l’on était obligé de le faire en hiver, il faudrait couvrir la cuve pour y con-ferver la chaleur, parce qu’elle eft néceffaire pour ouvrir les pores de la laine & emporter la grailfe.
- S). Cette méthode eft bonne pour les laines qui ont tout leur fuin; mais il y a des laines mal lavées par les marchands, & d’autres dont le fuin eft trop adhérant pour être entièrement emporté par le procédé que nous venons de décrire : en ce dernier cas, il faut attendrir le fuin qui s’eft delféché fur la laine ; & pour cela 011 conferve l’eau où l’on a dégraiffé de la laine en fuin , on la fait chauffer à y pouvoir tenir la main , & on la verfe fur la laine qui n’a pas été parfaitement dégraiffée. Cette eau imprégnée de graiffe, attendrit le fuin delféché , & le met en état d’être emporté au lavage à la riviere ; & l’on continue cette manœuvre tant qu’il y a de la laine à dégraiffer ( 27).
- (27) A Sedan, & dans les autres fabri- pays, qu’on acheté en toifon Si en fuin ; ques où l’on emploie des laines d’Efpagne , & il tient lieu du lavage fimpîe à la riviere ,
- on ne dégraine point à l’eau chaude , mais que font les marchands de laine. Quand, à l’urine , comme nous l’expliquerons dans dans les fabriques , on a mis tremper darrs la fuite ; ainfi le lavage , dont nous avons une eau de fuin , de vieilles laines, donc le parlé , ne convient que pour les laines du fuin eft trop endurci pour être emporté
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- f 6. Quand la laine qu’on veut dégraiiTer pour une fécondé fois , efl; plus îine que celle en fuin qui a engraifle l’eau, il faut paffer l’eau grade parmi tamis pour ôter la laine plus commune, & empêcher qu’elle ne fe mêle avec celle qui efl; plus fine.
- 57. La méthode que nous venons de décrire, efl: encore très-bonne pour dégraiiTer des laines qui ont été manquées à l’urine : on en parlera dans un inftant.
- î8- Quand la laine en fuin a été bien lavée, elle diminue de cinquante à foixante pour cent ; cependant, au dégraiflage qui fe fait dans les fabriques , elle diminue encore de plus d’un quart : enforte que de cent livres de laine telle qu’elle fort de deflus l’animal, on n’en retire , hors de toute graiife , que trente-deux livres, un peu plus ou un peu moins ( 28 ).
- fp. L’autre méthode ell de dégraiiTer à l’urine ; mais avant de parler de ce dégraidage, il efl: bon de faire attention que les graifles ne fe diifolvent pas dans l’eau, mais bien par les fubftances alkalines ; ainfi pour retirer la graifle de la laine, on emploie de l’urine dont les fels quife volatilifent & s’alkalifent aifément, didolvent la graifle dans le bain chaud, où il fe forme une forte de favon (a) : c’efl: pourquoi, quand on a retiré la laine, l’eau du bain efl: blanche comme fi l’on y avait diflous du fivon ordinaire. Auffi ferait-il poflible de dé-graifler la laine avec de l’eau de favon ; mais ce dégrais plus difpendieux que l’urine, diminue beaucoup de la douceur de la laine. Je pafle à l’opération.
- 60. Lorsque la laine a été lavée par les marchands, on la donne dans la fabrique au dégrailfeur qui la met dans un bain compofé d’eau & d’urine ( 29) ; favoir, fur fept féaux de liqueur, on met un feau d’urine ([b). Les pratiques
- par l’urine, on n’eft pas difpenfé de les paffer à l’urine , après que le fuin a été at-tendri par le moyen qui efl expliqué ici.
- ( 2g ) En Allemagne & par-tout où l’on prend foin de laver la laine fur le corps de l’animal, on n’éprouve point au lavage une diminution auffi considérable. Mais le triage enleve le vingt pour cent dans les laines communes, & le dix pour cent dans les laines fines. Les fabricans achètent quelquefois de la laine des bouchers ; celle-là perd jufqua cinquante pour cent, mais c’ell la plus mai-propre qu’on connaiffe en Allemagne, parce que ces moutons delti-nés à la boucherie , font tenus très-malproprement.
- -( cl ) Quelques Fabricans. préfèrent l’usine un peu vieille; & comme elle eft al-Tome FIT
- kalifée , elle parait plus propre à diffoudre les graiffes , & peut-être trop ; d’autres fabricans prétendent qu’elle énerve la laine, & pour cette raifon ils n’emploient que de Turine récente.
- (29) En Allemagne , les marchands de laine ne fe mêlent pas du lavage ; c’efl l’affaire du manufacturier, qui trouve fon compte à laver foigneufement la laine qu’il emploie. Un drap dont la laine ell bien lavée , prend une belle couleur, & à moins de frais. D’ailleurs , il n’y a jamais à craindre que le drap fouffre à la fouie.
- (fi) Quelques-uns mettent crois quarts d’eau & un quart d’urine, en augmentant celle-ci à mefure qu’on s’apperqoit que le fuin ell plus difficile à enlever.
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- fur ce point ne font pas uniformes, & elles ne peuvent pas l’être, parce qu’il faut augmenter la dofe de 1 urine quand les laines font vieilles , & iorlque le fuin y eft fort adhérant. On fait chauffer le bain dans une grande chaudière jufqu’à n’y pouvoir tenir la main, qu’avec peine ; on y abat, c’eft-à-dire, on y plonge dix ou douze livres de laine à la fois feulement 3 on l’y laifle un quart-d’heure ou plus (30), & on la remue fans discontinuer avec un gros bâton en la promenant fur la Superficie du bain (31), cfou même 011 la fort de tems en tems pour la replonger fur-îe-champ, ami que le bain pénétré également dans toutes les parties de la laine. O11 la retire quand elle eft ouverte , & qu’elle blanchit furie bâton. Quelques-uns.la mettent dans un filet pour la plonger dans le bain 3 mais alors il eft difficile de la remuer auf-fi parfaitement que^ quand on fuit la précédente méthode.
- 61. Pour connaître fi la laine eft bien dégraiffée, on en prend une poignée qu’011 prefle dans la main pour en. exprimer l’eau 3 il faut qu’en ouvrant la-main , elle fe gonfle beaucoup.
- 62. Si le bain était trop chaud, il pourrait endurcir le fuin 3 s’il ne l’était-pasalfez., il 11ele dilfpudrait pas:1e degré de chaleur convenable eft, comme nous l’avons dit, qu’011 y puiife tenir la main avec peine.
- 63. On ne renouvelle jamais ces bains 3 on ne fait qu’y ajouter de-tems en tems de l’eau & de l’urine pour remplacer celle que la laine a confommée.
- 64. Lorsqu’on eft obligé de nettoyer la chaudière pour ôter les ordures qui font Sorties de la laine, ce qui arrive rarement, on tranfvafe le bain, & on remet cette liqueur dans la même chaudière après qu’elle a été nettoyée 5 mais ce fécond bain n’eft pas auiîî bon que le-premier, peut-être à caufe du fuin qui y eft dilfous. On fe contente donc d’emporter de tems en. tems une efpece de crème qui s’élève à la Superficie du bain quand il y a repofé quelque tems. Il faut que le dégraiffeur ait foin de ménager ce bain Suivant les efpeces de laine : quand il s’apperqoit que le fuin ou lagraiffe a de la peine à fe détacher, il peuty ajouter un demi-feau d’urine, mais toujoursavec ménagement.
- 6f. Il eft aufli du devoir de cet ouvrier de prendre garde que Son bain ne fe corrompe : ce qui arrive quelquefois dans les tems d’orage , ou par d’autres caufes; car dans ce cas il n’y a d’autre parti à prendre que de jeter le bain» & d’en faire un nouveau. Mais il faudrait que le bain fût bien corrompu, û le tartre blanc battu 11e le réparait point, en y en mettant un quart de boif.
- (30) On ne l’y laiffe que cinq ou fix mi- fond , où on la remue. Le dégraiffeur juge, ïiutes ; fi la laine reftait trop long tems dans félon la facilité ou la rèfiftance qu’il éprouve l’urine , ce bain eft fi aétif qu’il attaquerait en l’enfonçant, fi le bain eft fiuffifamment le corps delà laine, & la durcirait. Note chaud &affe7 chargé d’urine ; connaiffance de M Rouffeau qu il acquiert par l’expérience. Note de
- (î 1) 11 eft mieux de plonger la laine au M. RovJJeau.
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- fèau ( 32) , plus ou moins, félon la grandeur de la chaudière,
- 66. On peut dégrailfer très-bien les laines en fe fervant d’eau chargée de foin j au lieu d’urine : j’en ai déjà dit quelque chofe, mais j’en parlerai encore plus amplement dans la fuite. (33)
- 67. Quand ja iaine eft dégraiifée , on la leve ou 011 la tire du bain , pour la mettre égoutter pendant un demi-quart d’heure dans des mannequins à jour, ou fur une civiere placée au-deiïus de la chaudière 5 & pendant qu’elle eft encore médiocrement chaude, on la porte à la riviere pour y être lavée.
- 68. C’est pour ne point laiffer perdre toute la chaleur, qu’011 a foin que la dégrailferie foit à la portée d’un ruilfeau ou d’une riviere, parce que quand la laine fe trouve bien dégraiifée , on la remet entre les mains du laveur de laine , qui a fon lavoir fur l’eau. Auiîi-tôt que la laine a été dégraiifée, elle eft, comme je l’ai dit, remife au laveur pour qu’il la lave fur-le-champ , & pendant qu’elle eft encore chaude : c’eft pourquoi 011 ne doit pas permettre au dégrailfeur d’en avoir trop d’avance. Après que le laveur a emporté la laine qui a été dégraiifée, le dégrailfeur en prépare, comme nous l’avons dit, une autre quantité de dix, douze ou quinze livres , ayant foin qu’il y ait fufhfam-ment de vuide dans fa chaudière, pour qu’il puilfe remuer continuellement la laine.
- 69. L’attention du laveur eft de bien remuer la laine dans l’eau, l’élevant à quelque diftance au-delfus du bain, & la rabattant avec effort, afin qu’elle ne conferve rien de l’odeur que l’urine du bain a pu lui avoir fait contracter. Cette opération 11e réulfit pas également bien dans toutes les laifons ni dans toutes fortes d’eau. L’ufage fait remarquer que la fonte des neiges rend l’eau trop crue ; les grandes pluies en été la faliffent par la grande quantité de fable ou de vale qu’elles entraînent. Quelques-Uns prétendent que dans les grandes chaleurs l’eau manque d’activité: mais je n’admets point ce fait; car il paraît que l’eau tiede eft plus propre à diffoudre le fuin déjà attendri par l’urine, que l’e.au froide. Depuis le mois de mai jufqu’au mois de feptembre, on 11e lave plus les laines à la riviere ; le mieux eft de les laver, autant qu’il eft polfible, dans des fources dont l’eau 11’eft fujette , ni à être troublée par les pluies, ni à être trop froide en hiver. Mais comme on n’en a pas toujours à £1 portée , il ferait à delîrer qu’011 pût choilir une faifon favorable pour par-
- (32) Le boiffeau a en hauteur huit ponces lieux lignes & demie , & dix pouces de diamètre : fuivant le calcul le plus exaét, il doit avoir 661 pouces cubes, mefure de Paris. On compte qu’il contient vingt livres pefant de froment.
- ($.3) M. RoulTeau n’approuve pas cette
- manière de dégraiffer ; & il dit qu’on s’eft quelquefois bien trouvé d’étendre de la vieille laine fur une volette au-deflus de la vapeur de l’eau bouillante, qu’ei’e s’y ouvre & devient plus aifée à dégrailfer par le moyen de l’urine. On peut encore parvenir au même but par différens moyens,
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- venir à la perfection d’un bon lavage, parce que cette opération eft effentieîle^ car la laine mal dégraiifée ne s’ouvre pas fous les coups de baguette; elle’ conferve des faletés , elle ne fe file jamais b bien enfin il eft impoffible que le foulon puiife purger la graille qui fe trouve dans un drap fait avec des laines mal degraiflées. Quoiqu’il femble que les eaux douces qui diifolvent bien le favon, l'oient plus propres à enlever le fuin que les eaux crues & dures, néan-moins on a remarqué dans la fabrique de M. de Julienne , que le lavage réullit mieux dans la riviere des Gobelins, que quand on était obligé de laver les laines dans la Seine ; mais il elt probable que cette différence vient de ce que les laines qu’on portait à la Seine, s’étaient refroidies: nous avons dit ci-défias , qu’il était important que les laveurs recuffent les laines fort chaudes » & immédiatement au fortir du dégrailfage.
- 70. Ceci bien entendu , on lave la laine par parties de dix, douze à quinze livres dans de grands paniers à claire-voie , beaucoup plus longs que larges r qui font traverfés par une eau coulante. Deux hommes agitent la laine avec: des rateaux de bois jufqu’à ce que le liiin foit tout-à-fait forti, & que la laine ait entièrement perdu l’odeur de l’urine, dans laquelle on l’a dégraiifée.
- 71. Lf. fuin étant dilfous par l’urine, rend d’abord l’eau trouble & blanchâtre ; mais quand la laine en eft entièrement dégorgée,.l’eau fort des paniers très claire. Comme la laine eft alors parfaitement dégraiifée, on la retire des paniers, & on la met égoutter fur une plate-forme de pierre qui eft à côté du lavoir, ou dans des cages.
- 72. Afin que la laine foit bien lavée, il faut la changer d’eau au moins trois fois : ce qui fe fait, foit en la tran {portant d’un panier dans un autre , foi& en foulevantle panier, & le faifant fortir de l’eau avec le rateau. A chaque fois qu’on change l’eau, il faut que le laveur donne trente ou trente-fix coups de rateau. L’eau doit être coulante , pour emporter ce qu’elle détache de la laine; mais un courant trop rapide entraînerait la laine fur un des côtés du panier, & empêcherait l’elfe t du rateau.
- 73. A Sedan, on laiffe les cages ou grands paniers remplis de laine qui viennent du lavoir , en égout pendant quelque tems, afin de lui laitier perdre 1$. plus grande partie de fon eau.
- 74. AElbeuf, où l’on teint prefque toutes les laines avant de les filerait les porte au teinturier au fortir du lavoir.
- Inconvêniens qui arrivent au degraiffage..
- 7f. Les laines mal dégruiffées font beaucoup de tort aux fabrieans : elles; coûtent plus de façon, à caufe de leur pefanteur qui vient de ce qu’elles ne s’ouvrent pas au battage 5 la poudre & les pailles ne s’en réparent pas à la
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- baguette ni au plufage, à caufe qu’elles font poifieufes. Elles ne peuvent pas fie filer aufîî long que celles qui auraient été bien dégraiifées, elles éclatent dans les outils ; & fi le fil qui en provient elt mis en chaîne , comme cette chaîne eft fortement tendue fur le métier, les fils caflent à chaque inftant, il relie des vuides dans le drap , en terme de fabrique , des traces ou filsccurans (34), dont nous parlerons ailleurs. Ces laines fe rancident promptement; & les draps qui en font fabriqués, ont toujours un œil gras & fombre, à moins qu’au foulage 011 ne force de terre & de favon.
- 76. Il fe trouve des laines vieilles ou mal confervées , qui ont perdu une partie de leur gras naturel : quelque précaution qu’on prenne , on ne peut parvenir à les dégraiifer à fond; elles fe mettent en cordelettes, &confervent une graillé poilfante qui empêche qu’on 11e puiife les ouvrir & les travailler (3 O» elles prennent tout ce qu’il y a d’aêtif dans le bain , qui 11e peut enfuite fervir à dégraiifer d’autres laines. Pour tirer parti de ces laines défecïueufes , on pourrait les tenir un peu de tems dans de l’eau imprégnée de filin , & en mêler une feizieme ou dix-feptieme partie avec d’autres laines nouvelles de même qualité , puis tenter le dégraiiTage qui a été propofé plus haut.
- 77. Il fe trouve des laines dont la graillé eft fort tenace ; alors, félon la ténacité du fuin, il faut plus ou moins de chaleur, & plus ou moins d’urine » c’eft au dégraiifeur à fe régler par les eifais qu’il doit avoir faits fur des échaiw tillons.
- 78. Il faut fur-tout qu’il prenne garde d’échauder fa laine, qui, ayant perdu tout fo-nreifort, n’aurait plus de corps. Ce défaut peut être produit, ou par la faute de l’ouvrier qui aurait employé une lefiîve trop chaude & trop forte, ou par la qualité de la laine qui eft aifément attaquée par cette leiîive : je m’explique. Il eft certain qu’on peut diifoudre toutes les efpeces de laines par un fort alkali ; a in fi un bain trop fort d’urine vieille, peut altérer les laines , & les altérer d’autant plus que les filamens laineux feront plus tendres * il fuit de là qu’il faut que le bain foit aifez fort pour difloudre le fuin, mais non pas allez pour attaquer la fubftance des filamens laineux : c’eft pour éviter ce défaut, que les bons fabricans ne veulent pas employer de laine vieille.
- 79. On connaît qu’une laine eft bien dégrailfée & bien lavée, i°. quand elle eft bien blanche, mais ouverte & douce au toucher ; car elle peut è're blanche en la forçant d’urine, le dégraiifeur voulant abrégerion opération ; mais dans ce cas cette laine fera blanche fins être douce ; 2°. quand elle ne poiüê? pas la main ; 3Ç. quand elle n’a confiervé aucune odeur du bain.
- En ail. Zwiflen, ou Werftbrüche. (3 O La vieille laine fe laide aiTez bien On ne les apperçoit que lorfque le drap eft travailler, à moins qu’elle n’ait été rongés nfé : le foulage cache ces défauts. des vers»
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- 80. Quand une laine a été mal dégraiffée, on s’en prend fouvent au laveur qui la travaillée en dernier lieu. L’accufation eft fondée quand elle conferve une odeur d’urine , car c’eft une preuve qu’il n’a pas allez battu & repaumè fa laine ; mais quelque foin qu’il prenne, il ne parviendra jamais à la dégrailfer , fl la graiife n’a pas été dilfoute dans le bain \ & alors , c’eft la faute du dégraif-feur.
- 81. Lorsqu’on ne peut pas jouir pendant tout le courant de l’année d’eau de fource pour laver , on eflaie de beaucoup laver quand les eaux y font propres , & lorfque le tems eft favorable pour fécher ; alors les fabricans font des provifions de laines lavées. Mais ces laines de provifion ne peuvent être con-fervées qu’en tas j & pour peu qu’elles aient été manquées au dégraiffage, elles s’échauffent, elles deviennent poilfantes & difficiles à travailler. On fera donc mieux de ne laver qu’à fur & à mefure, quand on pourra profiter de l’eau d’une fource ou d’un ruiffeau dont l’eau foit pure,
- 82. Quand la laine a été lavée, on la laiffe égoutter dans des cages ou corbeilles à claire-voie pendant plus ou moins de tems : en été, vingt-quatre heures fuffifent; mais en hiver, il faut la laiffer égoutter pendant trois jours , & quelquefois plus, à moins, comme nous l’avons dit, que ce ne foient des laines deftinées à être teintes 5 car en ce cas on les remet tout humides au teinturier»
- Du fêchagê.
- 83- Là première opération après le lavage eft le fichage. Il faut fécher la laine à l’ombre ; le foleil la rendrait dure. Il convient auiïî de la remuer fouvent, de crainte qu’elle 11e fermente & qu’elle ne s’échauffe : pour cela on prend la laine dans les cages ou grandes mannes à jour, dans lefquelles les laveurs l’ont apportée dans les greniers pour la faire égoutter. Les greniers deftinés à cela , doivent être bien expofés à l’air. L’ouvrier prend dans la cage une poignée de laine qu’il bat dans fes mains ; enfuite il étend cette laine fur les grandes perches ou gaulettes , placées entravers dans les greniers ; lorfque la laine eft trop courte pour être mife aux perches, on l’étend fur le plancher (*).
- 84- Lorsque la laine a bêché fuffifamment d’un côté, on la jette à bas pour la retourner, la battre de nouveau dans les mains , &la remettre fur les perches , ce qu’on répète jufqu’à ce qu’elle foit entièrement féchée.
- 8f. Il y a des ouvriers qui, pour accélérer le delféchage, expofent les
- (*) Pour fécher les laines au fortîr de la laine , qu’on a foin de retourner , pour que teinture > l’ufage eft d’établir des gaulettes tout feche également» en palliflade, fur lefquelles on étend la
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- laines au foleil. Cette pratique eft plus fure que fi onia fallait fécher au feu ; mais communément on peut s’en difpenfer , parce que la laine étendue fur les. perches 11e s’altere pas, quelque tems qu’elle foit à lécher
- Remarques fur le lavage des laines du royaume.
- 86. Il fuit, de ce que nous avons dit fur le lavage & le dégraiffage des laines qu’on peut nettoyer alfez bien les laines en fe contentant de les laver en été a c’eft-à-dire , pendant les mois de juin , juillet & août, dans une eau courante ; pourvu qu’on ait l’attention d’écharpir les laines avec les mains, d’ouvrir les matons, en les tirant en large a de froiffer la laine dans les mains, comme quand on lave le linge.
- 87. On fe borne à ce lavage pour les laines baffes du royaume. Comme on 11e les emploie que pour des étoffes très-communes, leur bas prix ne permettrait pas de leur donner des préparations plus recherchées. Quelques-uns même foutiennent que çes laines communes feraient altérées ,fi 011 leur donnait les dégraiffages qu’on emploie pour les laines fines. Je me garderai d’aifurer que cette prétention foit fondée. (36)
- 88*. Un lavage & un dégraiffage un peu plus recherché, eft de les paffer d’abord dans de l’eau chaude , de les y ouvrir , & de les traiter comme nous, l'avons expliqué, puis de les laver dans des; mannes à la riviere : ce lavage eft d’ufage pour les hautes laines du royaume ; telles, font celles du Berry, dite plaine de Vatan ; celles dites clapes , qui viennent du diocefe de Narbonne > celles de Rouffillon, de la plaine de Salanque 5 fauf, pour achever d’emporter la graiffe de ces laines , d’y apporter des attentions particulières pour les dégrailler dans les foulonneries. Ce 11’eft pas que quelques fabricans plus attentifs ne traitent ces hautes laines du royaume comme celles d’Efpagne.
- 89, La troifieme façon de laver & de dégraiffer les laines, eft de les paffer à l’urine ou. au fuin: c’eft !a plus difpendieufe, celle qui caufe plus de déchet & qui exige plus d’huile à Xenjimage > mais auffi c’eft la plus parfaite. C’eft pour cette raifon qu’on l’emploie pour les laines d’Efpagne. Cependant quelques-uns prétendent qu’on peut faire un très-bon dégraiffage, en prenant toutes les précautions requifes pour paffer les laines dans l’eau chaude avant de les laver à la riviere (37). On m’a affuré que des fabricans fuivaient cette; méthode, même pour les primes d’Efpagne.
- L’expérience a prouvé le contraire. (^7') M. RoufFeau penfe , & je crois que Des laines groffieres, bien lavées , net- c’eft avec raifon, que cette opinion n’eft toyées & droufïees , ont acquis une qualité admife dans aucune fabrique des draps fins,. fuperieure» prime ou fécondé d’Efpagne,
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- Remarques fur les laines qu'on veut teindre avant de les filer:
- 90. Si Ton fe propofe de faire teindre ces laines, il eft bon de leur conferv/er un peu d’humidité : ce qui les rend en état de prendre beaucoup mieux toute la vivacité des couleurs , qu’elles ne feraient fi on les laiiTait fécher entièrement. Quelques-uns les portent à la teinture au fortir du lavoir, comme nous l’avons dit 5 ces laines étant féchées, fe battent & fe plufent après qu’elles ont été teintes.
- Battage 65? drouffage : paffer dans le loup*
- 91. L’instrument qu’on nomme un loup à la manufacture des Gobelins eft une efpece de corps de buffet (/»/./,fig. 4). La partie B de devant s’ouvre ainli que celle de derrière C, 11’étant fermée que par quelques volets D, E, qui tiennent au corps d’armoire par des couplets. La partie inférieure F G, forme un coffre. Cette efpece de buffet eft traverfée par un axe HI, terminé par une manivelle K, qui eft en-dehors. À cet axe HI, font attachées des ailes L , au bord defquelles font attachées de longues dents de fer M ; & dans le dedans de la machine, à peu près à la hauteur de l’axe , eft établie une efpece de grillage de barreaux de bois N, de forme circulaire, fur lequel tombe la laine mife dans le loup.
- 92. On remplit de laine fécliée la partie Ni enfuite les volets DE étant fermés , on fait tourner avec viteife le moulinet L. La laine s’accroche dans les dents M , elle s’en détache , & eft reprife par les dents d’une autre traverfe ; ce qui fecoue tellement la laine, qu’il s’en fépare une allez grande quantité de faletés qui font jetées par le vent des ailes vers les parois de la cailfe , d’où elles tombent par la grille N, au fond de la cailfe, où nous en avons trouvé une plus grande quantité que nous ne nous l’étions imaginé. Cette machine, que j’ai vu établie à la manufacture des Gobelins, eft fort bonne (38)* De tems en tems on ouvre le volet DE; & en tournant le volant en fens contraire, la laine eft jetée hors la machine, où on la ramalfe pour la battre, comme nous allons l’expliquer.
- 93. Quand la laine eft bien féchée & qu’elle a été démêlée dans le loup , les batteurs B (/>/. /, fig. 2 ), ouvriers prépofés pour battre la laine (39), viennent la prendre dans les greniers au fortir du loup (40); ils la portent
- 08') Elle n’eft pas connue en Allemagne ; (40) La laine d’Efpagne doit être battue
- il me femble qu’elle mérite l’attention des deux fois, avant d’être lavée. Le premier fabricans. M. Jacobfon en donne le plan battage fe fait fur une claie de fil de fer. dans fon ouvrage fur les manufactures, Le fécond doit fe faire fur des claies d’o-tom. 11, p. 64. fier; c’elt ce que les ouvriers Allemands
- (59) En ail. die TFolle Jlacken. appellent p lofai.
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- fin* une claie C ( pL /, fig. 2,3), faite avec des baguettes ou avec des cordes tendues, aflujetti-es fur un chaflîs de menuiferie, que Ton place fur un pied de table, garni de voliche , comme on le voit fig. 2, afin que ce qui tombe fous la claie , ne fe mele pas avec la bonne laine : il eft aifez indifférent que les claies foient de cordes ou de baguettes. Dans quelques fabriques, avant de battre la laine , on la donne à des jeunes gens E (pl.I,fig. 6 ), qui eu ôtent la poix avec laquelle les moutons avaient été marqués , ou le crotin .(*)„ La poix eft un déchet qu’on pourrait éviter, fi l’on employait-, pour marquer les moutons, des drogues moins tenaces (41). U11 ou deux ouvriers, &c, prennent la laine de ces enfans, & ils la battent pour faire tomber les faletés, comme labié , poufiiere, ou laine morte. La laine morte paraît noirâtre, grenue à peu près en forme de petites lentilles, & comme galeufes, Cette opération contribue encore à ouvrir la laine, la faire gonfler & la rendre plus légère.
- 94. Le batteur D (fig* 2 ), ayant détiré la laine en gros fur le large, eu met fur la claie deux ou trois livres, & il a l’attention de 11e battre que fur le chaffis de menuiferie j c’eft-à-dire, qu’il doit obferver que fes baguettes 11e frappent point la laine à plomb de toute leur longueur , mais feulement par leur reffort j car comme le battage fert non feulement à faire tomber les ialetés, mais encore à ouvrir le corps de la laine, fi les baguettes tombaient à plomb fur la laine, au lieu de l’ouvrir, elles la refferreraient davantage, ou, comme ils difent, elles la feutreraient.
- 9f. Cette opération, qui par elle-même paraît de peu de conféquence, eft néanmoins très-effentielle j car une laine bien battue eft douce & aifée à employer : elle s’ouvre convenablement, & facilite beaucoup le plufage en maigre , qui fuit le battage.
- ( * ) Il ferait encore mieux de Faire le plufage, qu’on nomme égaler, avant le dé-graifiage.
- (41) Le plus court eft de couper avec les cifeaux les poils tachés de poix, 11 vaudrait encore mieux plufer la laine avant le dé-graiflfage. Ï1 y a des pays en Allemagne , où il eft défendu de marquer les brebis avec de la poix. La fociété établie à Londres pour l’encouragement des arts, des manu-faétures & du commerce, ayant remarqué cet abus , propofa pour fujet du prix de trouver une compofitjon que la pluie & le frottement n’enlevaflent pas. Voici le ré-fultat des eflfais faits par M. Lewis. Il fon-Tome VIL
- dit avec du fuif, un huitième, un fixieme & même un quart de goudron , & il épaif. fit ce mélange encore chaud , avec du charbon de bois en poudre. Il appliqua enfuite cette compofidon fur la flanelle , d’où l’eau ni le frottement ne purent la faire partir ; l’ayant enfuite lavée avec du favon , la tache s’enleva très-bien. Gomme on n’ajoute le goudron qu’afin que le frottement ne faffe pas tomber la marque, il faut y en mettre le moins qu’il eft polfible. On marque aufliles moutons avec de la craie rou* ge , qui ne réfifte pas à une bonne leffive d’urine.
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- Iriconvéniens qui peuvent rêfuîtér du battage.
- 9 6. Si la laine n’a pas été bien battue, ee font les plufeufes qui en fouf-frent principalement, parce que leur travail en devient plus confidérable.
- 97. Les batteurs tiennent une baguette de chaque main. .Quoiqu’on n’ait Tepréfenté dans la figure qu’un feul batteur, il y en a prefque toujours deux Fini vis-à-vis de l’autre.
- 98. On batabfolumentdela même maniéré les laines blanches & les laines teintes.
- Du plufage en maigre.
- 99. Nous avons dit que, dans quelques fabriques, on faifait plufer gro£ fièrement la laine par dejeunes garçons avant de la battre; mais dans toutes les fabriques on plufe plus exactement en maigre, après que la laine a été battue. Pour cela, plusieurs femmes ou filles ralfembiées dans un même endroit, s’occupent de cette opération , qui eft nommée plufage en maigre, pour la diftinguer du plufage en juin, qui fie fait avant le dégrailfage. On leur porte la laine battue, dans de grandes corbeilles faites pour cette opération: elles font affifes autour de ces corbeilles , & elles ont chacune fur leurs genoux une claie ou volette plus longue qtie large, fur laquelle elles mettent la lain& par petites poignées, pour l’écharpir ou l’ouvrir fur le large fans la rompre £ ainfi , s’il fe rencontre un flocon , elles ne tirent pas les filamens fuivant leur longueur; mais en les tirant de travers , elles les défimiflènt : ce qui fait un bon effet ; car plus la laine eft vente & ouverte, mieux eile reçoit l’huile. On en tire avec foin les plus petites ordures: ces ouvrières ôtent aufîi les brins, des laines groflieres qui s’y trouvent mêlés. Il eft nécefiaire qu’elles redoublent leur attention , quand ces laines font deftinées à faire des draps écarlates » c’eft-à-dire, en blanc pour écarlate; car quand même le bain de laine ferait: fin, pour peu qu’il fut d’un blanc différent, il faudrait î’ôter : autrement cette-laine cauferait des barres dans le drap mis en teinture (*)„
- Blgrejfwn fur la différence qu'il y a entre une laine peignée & mis
- laine cardée.
- 100. Avant de filer la laine, il eft néceffaire de la peigner ou de la carderé Ce font deux travaux différons, qui ont aulL des objets diilinds : le premier regarde les fergetteries ; le fécond, les draperies.
- (*) Tout ce que je dis ici de ce qui fe M. Louis Piéton , fabricant de bouviers,, pratique à bouviers , je le rapporte d’après qui a bien voulu m’aider de fes lumières.
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- IOT. On peigne la laine pour en tirer Vétain dont on fait les étamines , les berges & autres étoffes à deux étains. Comme le mérite de ces étoffes confifte à montrer une belle corde & bien unie, il faut un fil qui ait ces deux qualités. On fait encore d’autres petites étoffes qui ne doivent pas montrer la corde, & qui cependant doivent être légères, telles què les marocs , dauphines & autres : la chaîne de celles-ci eft de laine peignée, & la trame de laine cardée & filée au grand tour.
- 102. Par le travail du peigne, la laine n’eft pas brifée, elle eft feulement: démêlée ; les poils en font rangés & couchés de leur longueur les uns près des autres , dans les intervalles des dents du peigne. La perfe&ion de cette opération eft, que la laine qui fait l’étain foit bien leparée d’une laine courte, grof. fiere & jarcufe , appellée pcignon, qui refte dans les dents du peigne. Ces peignons , avec d’autres laines, s’emploient dans la trame des étoffes les plus groffieres.
- 103. Les barres de l’étain doivent être bien nettoyées des petits matons (42) tfeftés de la laine morte (43). O11 peigne deux fois l’étain blanc pour le bien affiner-, & trois fois, quand ce font des couleurs mêlées, pour les fondre eiu iemble & les nettoyer parfaitement.
- 104. La préparation qu’on donne ainfi à la laine, procure le moyen d’avoir un fil très-fin, très-liffe & très-uni 5 & comme elle eft filée au petit rouet ou au fufeau , le tors qu’elle y reçoit, & la quantité des fils dont les chaînes de ces étoffes font remplies, font fuffifans pour les faire durer, fans qu’elles aient befoin d’être feutrées par le foulon.
- io<j. Il n’en eft pas de même de la laine dePc.inée à faire des draps, dont le principal mérite confifte dans un feutre bien lié & qui puifle être perfectionné par les derniers apprêts, fans découvrir la corde. Pour avoir ce feutre, il faut que la laine foit un peu brifée ; à quoi la carde eft plus propre que le peigne, parce que les dents en font plus ferrées & en bien plus grand nombre. Ce léger brifage multiplie les poils de la laine, rend les fils plus bêtifies & plus velus , & par conféquent plus difpofés à fe lier & à fe condenfer les uns avec les autres par l’opération du foulon j c’eft en quoi confifte la perfe&ion du feutre , qui eft l’objet qu’on fe propofe en faifant carder la laine. Il eft aifé de conclure de là que les cardages à la grande & à la petite carde font les opé-
- (42j Ces matons, en ail. Noppen, font enlevés au moyen d’un petit fer qui s’ouvre comme des tenailles. Les Allemands l’appellent Napeifcn. En France cette opération fe fait avec des cifeaux , qui coupent toujours quelques fils de laine.
- (4.3) Cette laine morte vient de la mau-
- vaife nourriture qu’on a donnée à l’animal, ou même de la faim qu’il peut avoir fouf-ferte. Quelquefois auiîi la caufe du mal doit être attribuée à la négligence du berger, qui a trop attendu à tondre fes moutons. Enfin cela peut venir du mauvais làng de ces animaux.
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- rations les plus importantes de la fabrique de draps. En effet, une laine bien cardée fe file mieux, & caufe moins de déchet; le drap fe tiffe mieux j le fou» lage eft plus facile, plus parfait, & les apprêts font plus beaux.
- Des cardes ( 44
- 106. Pour qu’une laine foit bien cardée, il faut avoir de bonnes cardesï1 Il y en a de plufieurs fortes , diftinguées par le nombre de leurs dents & la: groffeur du fil de fer dont elles font faites. Cette groffeur eft graduée depuis le numéro I jufqu’au 7, qui eft le plus fin (45.). On donne différens noms à ces cardes, ou drouffettes , comme on les appelle dans plufieurs manufactures.
- 107. Suivant les différens travaux qu’on donne à la laine , elles doivent être plus ou moins garnies de dents, faites avec du fil de fer plus gros ou plus fin, relativement à leur deftination. Les premières , qui s’appellentplaquerefi-fis (46), font moins garnies de dents : celles du fécond travail en ont plus.* & le fil do fer eft plus fin que celui des premières; elles fe nomment étoque-refies (47) : celles du troifieme travail, repajfinjjes (4g) ; & comme elles fervent à affiner la laine ,1e nombre des dents en eft encore plus grand & le fil de fer plus fin. On conçoit la raifon de ces différences : il eft fenfible qu’une laine qui n’a pas été travaillée étant dans toute fa force,les cardes qu’on emploie à ce premier travail doivent avoir moins de rangs de dents , & le fer en doit être plus fort que celui des cardes qui font le fécond travail, la laine ayant alors plus de difpofition à fe carder. Il en eft de même d’une laine fine par comparaifon à une plus commune.
- iofi. Les cardes étant un outil de grande conféquence, il eft bon d’entrer
- (44) Les Allemands diftinguent les cardes grofifieres, Krempdn , des cardes fines , Kardetfchen ; mais ils confondent fouvent «es deux dénominations.
- (4ç) La groffeur du fil de fer & le nombre des dents dépend de l’efpece de laine que l’on doit travailler. Pour les draperies fines en laine d’Efpagne, les fabricans Français prennent le fil de fer du num. 42 , pour plaquer; & pour repaffer,du num. 3 & demi, jufqu’à 4. Pour les laines de France, ou celles de qualité équivalente , on fe fert de fil de fer depuis le num. 3-8 jufqu’à 40 , pour plaquer ; & pour repaffer, du num. 2. On augmente ou l’on diminue la findle fui-yant l’eipece d’ouvrage que l’on veut faire*
- & fuivant la qualité de là laine qu’on veut mettre en œuvre. Voyez l’Encyclopédie * au mot laine.
- (46 > En ail. Reiff-odcr Brechkàmme.
- (47) allem. Krempel-kàmme. On distingue en Allemagne deux fortes de cardes, étoquereffes : les unes nommées Seüiziger, fervent à rompre la laine; les autres, Sic* benziger, font delfinées à la carder.
- (48 ) En ail. SchrobeL Après celles-ci, ils en ont encore de deux autres numéro.: celles qu’ils appellent proprement Kardet-jchen , ont les fils un peu.plus fins ; & celles qui portent, le nom de Knijheichai^ font les plus fines de toutes»
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- ART LE LA DRAPERIE.
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- dans quelques détails fur la maniéré dont elles doivent être faites pour rendre un bon fervice (a).
- 109. ' Comme les cardes de Hollande paflent pour être mieux conftruites que celles de France , ce font leurs proportions qu’on fuivra dans ce détail (b').
- 110. Le fût des grandes cardes ou drouffttes fpl. II ,fig. 3 ], doit avoir dix à onze pouces de longueur fur lix pouces de largeur 5 le talon ou poignée de ces fûts a trois quarts de pouce d’épaiffeur, & un quart de pouce au bas ou^à la pince : il eft important que les fûts foient faits de bois fec & pris dans la demi-largeur d’une planche , pour qu’ils fe tourmentent moins.
- 111. Le côté fur lequel le cuir eft attaché, doit être un peu convexe ou bombé, du talon à la pince. La raifon de cet arrondilfement qu’on remarque aux cardes de Hollande, eft qu’un fût un peu convexe du côté où le cuir eft attaché , ne peut devenir creux de ce côté : par ce moyen le cuir dans lequel les dents font palfées, refte toujours tendu , les dents ne peuvent changer de fitua-tion; au lieu que le fût des cardes de France étant plat, la moindre humidité . le rend creux en-dedans, c’eft-à-dire, du côté où le cuir eft attaché, qui fe lâche alors , c’eft-à-dire, en terme de fabrique , qui fe bouffe, & par conféquent n’étant plus exactement tendu, la carde ne peut plus fervir. En ce cas, pour ne point perdre la carde, l’ouvrier démonte les bords de ce cuir tenu par des bro-quettes, il le tend plus ferme, moyennant quoi la carde peut encore rendre quelque fervice.
- 112. Les cardiers ne devraient employer, pour palfer les dents des cardes » que des peaux de veau bien tannées, d’une force proportionnée aux efpeces de «ardes auxquelles on les deftine , & jamais des peaux de mouton, nommées bafanes, parce qu’elles font trop faibles & ne réfiftent pas au travail (49). Celles
- (a) Par exemple , pour plaquer les laines communes , on emploie du fil num. 2 & j ; & pour plaquer les laines fines , on fait les cardes avec du fil num. 3 ou 4. Pour éto-quer les bines fines, ou pour repaffer les communes , les cardes font garnies de fil, num ç ; & pour repaffer les bines fines, de fil num. 6 & 7. Le nombre des dents varie fuivant la groffeur du fil qu’on emploie , & la fineffe de jadaine qu’on a à travailler : pour plaquer, depuis quarante dents à chaque rangjufqu’à cinquante ; & pour repaffer, depuis cinquante jufqu’à foixante : le nombre des rangs eft depuis foixante jufqu’à quatre-vingt. Il faut que le cardier fe conforme à l’intention du fabricant , car tout ceci n’eft qu’une fuppofition,
- (b) On en fait à Sedan qui valent mieux que les hollandaifes ; elles font montées fur une peau ou cuir qui s’applique fur une planche qu’on nomme 1 efüt : le manche eft du côté du talon. M. Rouffeau confirme cette note , & dit qu’il y a à Sedan un ouvrier , nommé Day, qui en fait de très-parfaites en tout genre; plaquereffes , étoque-reffes & repaffereffes, foit en diagonale, ou en échiquier, enfin de quelque forme qu’on les lui commande. C’eft ce même ouvrier qui en fournit à M. de Julienne , ainfi qu’à plufieurs autre- grands fabricans. Il emploie pour certaines cardes du fil bien plus fin que celui dont on garnit celles du num. 7.
- (49) La peau de cheval, dont quelque» cardiers font ulàge, ne vaut rien pour cela.
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- de veaux ont plus de force ; elles donnent à la carde un jeu & un reffort qui rend les fils nageans, ce qui eft très-avantageux pour bien démêler la laine.
- U 3. Les cardiers, à qui les peaux de moutons coûtent moins * fuppléent à la force qui leur manque, en y collant des feuilles de papier les unes fur les autres, ce qui 11e vaut rien , parce que ces cardes n’ayant d’autre folidité que celle que ce papier leur donne, cette folidité fe détruit au travail par l’huile dont elles font toujours imbibées , de forte qu’elles ne durent pas long-tems.
- 114. Le crochet des dents de toutes les grandes cardes doit être placé à un tiers de la pointe de la dent ; les deux autres tiers font la longueur de la jambe. On a coutume, dans plulieurs manufactures , de faire le crochet delà dentà une égale diftance du pied & de la pointe : ce qui eft un défaut ; parce que le crochet fe trouvant au milieu, 011 n’y peut mettre que peu de bourre , & par con-féquent il y entre plus de laine qui ne fe démêle pas fi bien; d’ailleurs, un long crochet fe redrelfe au moindre effort, & alors il n’eft plus en état de carder la laine , il ne fait que la rouler.
- Ilf. Il n’en eft pas de même quand le crochet eft près de la pointe de la dent, parce qu’étant plus court, il fe releve plus difficilement, & la carde rend plusdefervice; un crochet court a plus de force & carde mieux la laine; enfin, plus le crochet eft près de la pointe de la dent, plus la jambe eft longue, plus il faut mettre de bourre dans la carde , & moins on y peut mettre de laine , qui fe carde alors bien mieux, & les couleurs du mélange fe fondent plus parfaitement les unes avec les autres.
- 116. A l’égard des petites cardes, on les diftingue en cardes pour la chaîne, & en cardes pour la trame. Leur longueur eft de dix pouces : celles pour la chaîne ont deux pouces & demi de largeur ; celles pour la trame, trois pouces j leurs fûts font plats des deux côtés.
- 117. La raifon de cette différence de largeur dans les cardes, eft que la chaîne devant être filée plus fine que la trame , il faut que les volets ouploquette<s dont les fileufes de chaîne ont befoin, foientplus déliés , & qu’il y ait moins de laine qu’à ceux de la trame ; par conféquent ces cardes doivent être moins larges.
- 118- Quant au crochet de ces petites cardes, il doit être à peu près au milieu de la dent, attendu que ces cardes étant faites pour travailler fur les genoux , elles feraient trop difficiles à conduire, file crochet était auffi court que celui des grandes cardes ou drouffettes, dont l’une eft attachée fur un chevalet, pendant que le drouiîèur conduit l’autre à deux mains. D’ailleurs,
- Il ne faut pas non plus employer des peaux celle-là, on prendra du cuir de bœuf mince de veaux de lait. 11 n’y a que les veaux d’un & fouple. an , dont la peau foit bonne : au défaut de
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- comme elles font à proportion garnies d’un plus grand nombre de dents que les grandes cardes , lorfque la laine a déjà été travaillée par ces dernieres, les inconvéniens des longs crochets ne font pas à craindre.
- 119. Les cardiers doivent avoir grande attention à ce que l’inftrument qui fert à doubler les dents, foit fait de façon qu’on 11’en puiffe doubler qu’un rang à la fois, & non plufieurs, comme ils font quelquefois pour aller plus vite, attendu qu’en doublant pluiîeurs rangs de file à la fois, celui de deflous elfe moins large que celui de deifus, ce qui rend les dents d’une longueur inégale : par la même raifon, on ne doit crocher qu’une ou deux dents à la fois.
- 120. Toutes les cardes doivent être bien habillées à la pierre (50), pour faire fauter toutes les dents de fer aigre & caifant, de même que celles qui font fendues par la pointe , qu’il faut remplacer par d’autres. Ce travail fert encore àaiguiferla pointe & à en ôter le morfil que les cifeaux ont fait en les coupant. Enfin il faut rétablir les crochets des dents qui ont pu fe redreifer en faifant la carde.
- 121. C’est un défaut, tant aux drouifettes qu’aux cardes, d’avoir quelques files qui excédent les autres de hauteurs on les appelle des cavaliers ; ce défaut empêche toutes les dents de cancer également.
- 122. Les cardes , foit grandes , dites dronffett.es , foit les petites, ditescar~ des, ne doivent être ouvertes ni fermées ; c’eft-à-dire, que les dents doivent être à une égale diftance les unes des autres. Pour cet effet, il faut féparer les lignes avec le refendoir, pour les bien efpacer j il faut aulii redreifer les dents qui fe font écartées de leur ligne, avec le dref'oir > afin que le tout foit bien rangé & d’une égale hauteur.
- 123. On appelle cardes ouvertes on fermées , quand, de deux en deux lignes , les dents fe touchent ou la'iflent entr’elles de grands efpaces vuides, dans lef-quels la laine reûe fans être travaillée, ou, comme l’on dit, tranchante. Les laines travaillées dans toutes leurs parties font l’ouvrage le plus tranfparent: cette attention çft fur-tout importante pour les draps mélangés ; ainii les cardes pour les laines des draps mêlés doivent être plus parfaites que celles; pour les draps blancs. Ce défaut, qui eft ordinaire aux cardes communes, ne fe trouve point dans celles de Hollande. Les Anglais font encore mieux leurs cardes à repaifer j les dents y font pofées en échiquier, & par ce moyen il n’y a aucun poil dans la laine qui ne foit travaillé : ce qui rend leurs draps gris-de-fer beaucoup mieux mélangés que les draps communs de France.
- 124. Beaucoup de fabricans fe fervent de cardes, façon de Hollandes comme elles font un peu plus larges que les autres , il ferait dangereux de les donner indiftinéfement à toutes fortes d’ouvriers j car s’ils les chargeaient
- (50) C’eft-à-dire, que les dents font un peu aiguifées far une pierres
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- trop, la laine ne ferait pas également fendue, & il fe fomerait ce qu’on nomniff des talons : ce terme fera expliqué.
- I2Ç. On fe fert en Normandie, de trois fortes de grandes cardes pour les-draps de couleur qui font beaucoup mélangés. Nous avons dit que les premières font nommées p laquerejjes ; elles ont dix à onze pouces de longueur fur fix de largeur : les fécondés, dites êtoquerejjes , ont huit pouces & demi de long fur cinq de large, & font compofées de foixante rangs de pointes doubles fur leur longueur, d’un fil plus fin que celui des plaquereiîes ; elles ont trente-fîx rangs de pointes fimples fur leur largeur. Les dernieres, qu’on appelle repajj'erejjes , font de même largeur que celles à étoquer ; mais elles ont foixar.te-dix rangs de pointes doubles de fil encore plus fin. Avec la plaquereffe on fait quarante-cinq à cinquante cardées à la livre (fi)j avec l’étoqwereife on en fait foixante & quinze à quatre-vingt, & avec la repaffereife cent à cent dix.
- 126. Pour les laines des draps fans mélange, on ne fait ufage que de deux cardes, qui font les plaquerelfes & les repaffereffes : dans ce cas il eft bon de donner quatre tours de placage.
- 127. Dans quelques manufa&ures , où l’on ne fait que des draps blancs communs, on ne fe fert fouvent que d’une feule forte de grandes cardes, & une de petites, ce qui ne divife pas affez la laine pour être bien filée.
- 128- A Carcaffonne on paffe la laine, avant de la graiifer, fur une forte de droujfette qu’on nomme fcardaffe. L’intention eft d’ouvrir la laine ; mais il y a à craindre que , par cette opération, on ne la rompe. Cependant les Anglais fuivent cette pratique ; mais on dit que leurs fcardajfes font beaucoup plus douces que celles de Carcalfonne.
- 129. Pour les draps de grand mélange, tels que les gris-de-fer, les gris argentés de toutes les nuances , de toutes les couleurs, où le mélange-eft tranché en rouge vif, en aurore, &c. toutes les laines qui font teintes dans les couleurs qui doivent former ces mélanges , font travaillées à peu près comme en France, fur trois différentes cardes de plus en plus fines ; mais enfuite on les travaille encore avec des cardes très-fines, faites avec du fil de fer fi fin & fi ferré, que les mélanges fe fondent admirablement bien. C’eft particuliérement à cette efpeçe de cardes que lçs Anglais font redevables de la perfe&ion de leurs draperies en couleurs mélangées.
- 130. On ne fe fert point trop long-tems de ces cardes : quand elles font à moitié ufées, 011 les raccommode pour fervir à des laines plus communes.
- 131. En général, les cardes des Anglais font plus parfaites que la plupart des nôtres : ils emploient des peaux de veaux d’un an, qu’ils font tanner exprès ; & ces peaux qui font fortes , font feulement clouées tout autour delà mon-
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- 0 0 Ces cardées de laines s’appellent en allemand Flôteru
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- ture, {ans y être collées, ce qui donne un reffort très-avantageux; caria laine, au lieu de fe rompre, fe démêle, & les dents reviennent d’elles-mêmes à leur place.
- 132. Les dents, pour les petites cardes, font très-ferrées, rangées en diagonale , & d’un fil très-fin.
- 133. Pour faire les meilleures cardes d’Angleterre , on tire d’Oxford le fil grolfiéremeut trait ; on le décape dans une eau aigre pour l’éclaircir ; on le paffe à la filiere pour lui donner le degré de fineife convenable. On en fait de dix à douze groffeurs différentes, & chacune eft affedée à une elpece de cardes. Ces fils font doux & 11e rompent point : néanmoins ils font élalliques ; ils ne fe fendent point en deux, comme cela arrive aux cardes faites fans précaution.
- 134. Toutes ces attentions augmentent néceffairement le prix de ces cardes j mais auffi elles font d’un très-bon fervice. Nous avons en France des cardiers qui les exécutent très - bien : ils les font payer plus cher que d’autres, & avec raifon.
- 13 f. Un maître ferrurier de Paris, nommé Chopit&t, a inventé une machine fort ingénieufe, pour percer les cardes avec une précifion & une régularité parfaite (f2).
- 136. Nous 11’avons parlé ici des cardes , qu’autant qu’il convient pour l’infe trudion des drapiers; car nous nous propofons de donner un mémoire particulier fur l’art du cardier.
- Graiffer ou enjîmer & drouffer la laine.
- 137. Lorsque les laines ont été exadementplufies, on les paffe à la grofle carde ou drouifette ; &pour faciliter cette opération, on graiffe la laine, c’effc-à-dire, qu’on l’imbibe d’une certaine quantité d’huile qui la rend foyeufe , douce & aifée à carder , parce qu’alors elle peut être tirée fans fe rompre. On emploie ordinairement, pour quatre livres de laine, une livre d’huile d’olive (^3). Quelques-uns prétendent que quatorze onces fufKfent quand la laine
- (92) En 17;o , il fe trouvait à Paris un artifte , originairement Bavarrois. Cet homme avait inventé une machine , au moyen de laquelle on pouvait faire toutes fortes de cardes, avec la plus grande célérité. Il pliait & il coupait d’un feul coup 11000 fils de fer, & tous les trous fe trouvaient faits dans le cuir. Cette machine fut offerte pour le prix de ;ooo liv. à un prince d’Allemagne , qui était alors à Paris. Le poffef-feur du fecret déclara qu’il ne l’avait mon-Tome VU.
- trée & encore moins offerte à qui que ce fût en France, & qu’il ne voulait pas le vendre dans ce pays , quand même on lui en offrirait une fomtne plus confidérable que celle qu’il avait demandée. Dès que ce prince fut de retour chez lui, il fit écrire pour attirer cet homme dans fes états. On le chercha vainement à Paris ; il eft probable qu’il était paffe en Angleterre.
- (ç ; ) En Allemagne, on fe fert d’huile de navette , au lieu d'huile d’olive , & c’eft
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- eft îplns!e^mn3:wiîe ^i& qu’une trop grattés Æpjfiïïferté éPfeuile la ferait tourner f$ï powp* c’«fi^à-ÜK!5*^tf{ii ts’y fermerait ée petits nœuds. D'autres-metterrt une livre d’huile fur huit livres de laine quand on la defHne pour la chaîne & .& le(double,, paurla iaine qu’.on deitine à faire lu trame; parce que , difent-ils , la chaîne doit être filée un peu torfe , & que devant être collée , elle ne pourrait .prendre affez de colle ü elle tétait trop chargée d’huile ($4) qu’il n’en eft pas de même de la trame, qui doit être filée plus gros, moins torfe» & refter mollette ou veule.: ,
- I3'8. Cjes raiforts ne font point admifos dans toutes les fobriqiies : ily en» qui prétendent que fi 011 charge d’un peu plus d’huile un fil, ce doit être pour la chaîne, parce qu’il faut tirer .au fin ; mais ils penfent que , foui' !’opposition d.e l’ouyrier quand il eft q.ueftion de changer la pratique ordinaire, rienn’eft plus facile, à filer que la trame, qui ne demande , en‘ terme de fabrique, que d’être endormie.) c’eft-à-dire., extrêmement douce. C'eft donc mal-à-propos qu’on doublerait la dofe d’huile à la laine deftinée pour la trame ; ce ferait fur-charger le drap en toile » d’une graifle inutile ,& préparer plus de travail au foulon chargé de faire le dégraidàge ., vu qu’en infiftant à faire partir fo grailfe, le drap acquiert de la foule, & V épinçage en devient plus dur, outre que les ouvriers font forcés de faire des jo-urs au drap ; ce qui eft un défont confidé-rable. Enfin ils ajoutent que plus, la laine eft grade, plus elle eft matte, c’eft-à-dire lourde. On voit par-là que les fentimens fout partagés (55). Nousoious contentons d’avoir expofé les.dilférens fentimens, fans prétendre décider la queftion ;t mais il convient d’augmenter un peu la quantité de l’huile dans les grandes chaleurs de l’été,parce que la laine eftfujette ^déchoir & éclater ($6)* Expliquons en détail cette opération.
- 139. On étend dans une efpece d’auge de bois, qu’on nomme bac ou graif-
- très-mal-à-ptopos. Dans d’antres fabriques on emploie le faindoux ; mais cet enfimage feche & durcit la laine, il la rend moins facile à filer , & le dégraiffage des étoffes fe fait avec plus de peine.
- O 4) M. Rouffeau ajoute dans fes remarques , que l’huile a bien plus de peine à quitter la chaîne, dans l’opération du dé-graiffage , qu’à fe féparer de la trame, qui eft plus ouverte.
- (çç) M, Rouffeaupenfe que, comme le fil de chaîne eft d’une laine moins rompue dans les cardes & les drouffetes que le fil de trame , & que d’ailleurs il.eft plus tors, il a plus de force ; il n’a pas befoin. d’au tant
- d’huile pour être filé fin , parce que la laine eft plus longue; au lieu que la trame eft d’une laine plus courte , & qu’elle doit re£ ter veule.il n’y a que la quantité d’huile qui lie enfemble les brins de laine & qui empêche les ploques de fe rompre, outre qu’elle leur donne la facilité de s’alor.gen (;6) Les manufacturiers Allemands ne mettent que huit livres d’huile d’olive pour lin demi quintal de laine. L’ouvrier la mêle avec deux parties d’eau tiede , il les bat enfemble comme des œufs, & il afperge fa laine avec ce mélange. Je ne crois pas que cette méthode foit aufïi avantageufe, que celle que l’on, fuit en France.
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- Joir,-\a. laine fur laquelle l’ouvrier en s’inclinant, fait filer l’huile par l’extrè-mité de fes doigts qu’il a trempés dans un petit vafe rempli d’huile (icHefc doigts fervent de goupillon ): Dans les bonnes fabriques, on emploie ordinairement de l’huile d’olive qu’on tire de Séville ($'?) > elle eft plus gra-ffe & moins chere.que celle de Provence : néanmoins il faut la choifir claire, tranfparente, lampante, comme difencles ouvriers;, & fans odeur. Les huiles de graineslîc-catices , qu’emploient les; peintres*, ne valent rien pour cette opération, parce qu’elles font enquicher le fillorfqu’on le garde quelque tems, qu’elles le lèchent, fe durciircnt, & que le foulonnier ne peut les emporter. Plus il y a d’huile dans le fil*, fur-tout dans celui delà trame, plus elle eft fujette à s'enquicher. Quand on a répandu la moitié de l’huile , on retourne la laine avec une fourche de bois-, pour qu’elle Ibit exactement grailfée j puis on répand- le refte de l’huile, St 011 retourne encore la laine.
- 140. Si làJàime eft blanche, on y met à peu près la quantité d’huile qu’on vient d’indiquer >-mais quancfdle eft teinte , il faut y en mettre un peu plus.
- 141. Lors-que la laine’a été pénétrée, on, commePoiv dit, enfimêe d’huile , Pouvrierlàmet par petites-parties^fur fongenou*, & il!l-a tire par trois repri-fes : cet-te'opération qui démêle un peu ladaine, là met en état d’êtrQ'drouffèe,
- 142*. Droujfër, n’eft autre chofe que carder eii Ibng, &- démêler la laine avec •de groiîès cardes {pi. IT,fig. 3 ), qu’011 nomme drouÿkus. Elles ont dix pouces de largeur fur cinq- pouces^& demi de hauteur. Les fils de fer qui formentles rangs de dents, doivent être‘fins, & porter dix lignes de* longueur, y compris le croc qui eft de trois lignes-; Punede ces di-ouffeües eft attachée fur un chevalet avecd'es Grampons , & l’autre eft entre les-mains de l’ouvrier qui là fait agir fur la première {figi 4), obfervant de tirer cette1 fécondé carde en ligne droite* de haut? en bas , afin de carder tous les durillons fans déchirer la laine. C’effi pour cette raifon que les fils de fer doivent être fins, ferrés & compofés de quarante-dfeux rangs dbublès fur la largeur, & de cinquante-deux fur la hauteur. De plus , ces drouffettes doivent être rembourrées d'e noppeowbourre entaffeebien*également jufqu?à la naiffance des crocs. Pbur lès mettre en train, Ibrlqu’ellês font neuves, ongraiffe une poignée de laine ou dé bourré tontiffe avec beaucoup d’huile, & on-la travaille; Cette huile entaffe & colle en quelque forte la nerppe ou bourre1, ce qui l’affujettitdkns la drouffette. Cet article eft important ; car dès drouffettes ou cardes enfiayées avec attention, font dix
- (ç?) M. Roufifeameft perfuadé qu’il faut & quf revient à meilleur matché que celle toujours elïayer de confommer par préfé- qu’on tire de l’étranger. Il ne s’agit que d’a-rence les matières que fournit le royaume ; voir un bon corntniffionnaire , & l’on trou-
- ib ajoute qu’on emploie maintenant plus vera (ûrement de l’avantage à employer
- d’huile de Provence, que de- Séville On l’huile de Provence, en trouve de grade dans cette province,
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- à quinze pefées de plus que d’autres qui n’auraient pas été bien garnies de bourre.
- 142. La première livre de laine qu’on carde avec des drouflettes neuves, fe nomme monture ou enfrayure de drouflettes. Elle doit être mife à part, parce qu’elle eft trop grade & trop rompue ; cependant, pour ne la pas perdre , on la diftribue par petites parcelles dans celle qui fe travaille après.
- 143. Quand , en terme de fabrique , on effraye une paire de drouflettes r le drouflèur doit obferver de tirer doucement les premiers traits qu’il fait en commençant,avec des drouflettes neuves, parce que s’il brufquait ces premiers traits, il déferait par ce mouvement ce qu’il prétend faire ; je veux dira qu’il débourrerait fon outil, rendrait les fils de fer trop tôt nageans , enforte qu’ils 11e feraient prefque point de fervice au fabricant. La première pefée d’e/z-frayure s’emploie ordinairement pour la trame.
- 144 Lorsque la drouflette n’eft point rembourrée aflez faut, le deflus de& drouliées fe trouve, comme l’on dit, paré ; mais le deflous relie grêleux*
- 145. Quand les drouflettes font en état, le droulfeur fe met jambe deçà 9: jambe delà, fur fon chevalet B, fig. .4 (5$), qu’on nomme quelquefois pour çette raifon un baudet, qui eff garni d’un métier D. Le corps de ce métier eft rempli de laine graiflee. Dans cette pofture, l’ouvrier prend une poignée du laine, & la frottant fur la drouflette immobile , elle s’y attache 5 quand il y en a trop , il en retranche ; enfuite il pofe la drouflette mobile fur la laine , la tire-en defeendant & en appuyant (59);il répété cela cinq à fix fois,enfuite il leve la laine attachée à la drouflette mobile, en rabattant de la main gauche celle qui déborde par les deux côtés ; il la retourne & lui donne neuf à dix coups5 il la retourne encore pour une troifieme fois, & lui donne autant de-coups de drouflette qu’il en faut pour rendre la cardée unie & effacée; ce qui n’arrive fouvent qu’après avoir répété quatre fois cette opération.
- 146. D’une livre de laine huilée , le drouflèur fait quarante & même cinquante cardées au moins. A chaque fois que cet ouvrier retourne la laine, if-doit avoir foin de bien refendre par moitié le feuillet d’en-haut,& d’éviter les* barrures. Il doit auffi pofer les drouflettes exa&ement l’une fur l’autre, faire; attention que l’une ne furmonte pas l’autre, afin que la bordure delà drouifée, ne faife point de bourrelet, ou , comme on dit, de talons trop épais , qui s’a-maflènt. au bas des cardes ; car cette laine qui n’eft pas exactement démêléa eft plus difficile à carder fur le genou, & à bien filer.
- 147.. Il ne doit charger la drouflette à'chaque fois, que d’un quart d’onee:
- (ç8) En ail. Rofs. bois , attachée deflus la carde. Cette
- f (99) L’ouvrier tire la drouflette avec les gnée fe nomme menotte.. deux mains, au moyen d’une poignée de
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- de laine grade,fi elle eft bellej mais fi elle était d’une qualité inférieure ,il peut charger la drouffette d’un tiers d’once, parce qu’étant plus pelante que l’autre, elle ne fait pas un plus gros volume (60).
- 148. Pour que la laine foit bien droulfée , il faut qu’elle foit démêlée, peignée à fond ; que les feuillets de la droulfée foient tranfparens des deux côtés , fur-tout fi c’eft de la laine blanche 5 qu’ils forment de petits filions arrangés les uns près des autres fans faire de matons ; que la bordure d’en-haut, dite le talon, ne foit point grolfe ; qu’il y ait au bas de la cardée une barbe qu’on nomme foie, 8c qui aide beaucoup à faire de beau fil. Pour faire cette foie , ii faut bien tirer en long ; & pour éviter le talon, on doit avoir attention de couper net fa cardée.
- 145?. Le droulfeur observera que quand il y a des gras ou coromps de trame, il doit les mélanger & les bien confondre dans le relie de fa laine, afin qu’il ne s’en trouve pas plus dans un endroit que dans un autre.
- 1 ço. Cet ouvrier peut, avec la même paire de droulfettes , façonner deux: cents livres de laine huilée. Les droulfettes imparfaites font réformées & vendues aux fileurs de chaîne de lifieres : on peut en retirer à peu près le tiers du prix qu’elles ont coûté. Souvent ce font les fileurs de chaîne qui grailfent & droulfent la laine qu’ils doivent filer.
- DigreJJîon fur le mélangé.
- 1 f 1. Nous avons dit ci-devant que, dans certaines fabriques, 011 fait tous-les draps blancs ou de la couleur naturelle delà laine & fans être teinte; que-d’autres font leurs draps de couleurs mêlées , & qu’alors les laines font teintes de différentes couleurs , & tellement fondues enfembîe, qu’elles forment, par leur union, une couleur qui participe de celles qui font le mélange 5 que d’autres font des couleurs pleines ; & qu’alors la laine, foit de la chaîne , foit de la-trame ,elt teinte d’une feule & même couleur; que quelquefois la laine de la chaîne eft entièrement d’une même couleur, & que celle delà trame eft d’une-autre -, enfin que, quant aux draps faits de couleurs pleines , on pouvait indifféremment teindre la laine en bourre , ou lorfqu’elle eft filée.
- 152. Comme les étoffes pleines fe teignent fouvent en pièces & affez rarement en laine , nous allons parler des étoffes mêlées qui font d’unufage plus commun, & qui exigent des attentions particulières.
- 153. Les draps de couleur gris-d’épine, gris-de-perle, marron & café,.
- (60) Sî la drouffette eft trop chargée , il auffi uni'menfque le refte de la cardée rc’eflf
- rcfte- à chaque carde un petit rouleau , qui ce qu’on nomme en terme de l’art ,te talon
- étant pas bien effacé , ne peut être filé de la cardes.
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- font faits avec des laines teintes, en différentes couleurs, mêlées les unes avec l.e.s autres pour en. formerfoit une efpece de jalpé, foit une couleur uniforme. Dans ce dernier cas,il faut.que le mélange foit fi intime que letout parailfe être une: couleur pleine ; dans l’autre cas le mélange doit être uniforme, afin q.ue le jafpé foit le même par-tout. Les fabricans , par le mélange de différentes couleurs , produifent des teintes nouvelles qui augmentent le débit de leurs draps, quand elles fe trouvent d’un goût nouveau qui plait au- public. C’eft: par cette raifon que les fabricans tentent le mélange des laines teintes, de même que, les peintres tentent le mélange des couleurs fur leur palette. Pour cet:effetils. mêlent & cardent des. laines de différentes couleurs, en variant la quantité de chacune; ils feutrent dans leurs mains ces laines mêlées jnfqu’à ce qu’ils aient réufïi à trouver une couleur agréable , & ils fui vent, en travaillant, en grand, le même mélange de l’effai qu’ils ont fait en petit.
- 1^4. Quand ils ont fixé par leurs effais l’efpece, le nombre & la quantité de chaque couleur , il s’agit de faire les mélanges. On fuit pour cela; différentes pratiques : les uns mêlent les laines avant qu’elles; foient drouffées & pei-. gnées;, d’autres commencent par drouffer féparément chaque couleur , & il eft certain que cette opération difpofe la.lainerà être mêlée plus exactement. Quand on ne met dans chaque cardée qu’un petit lopin de mélange , il elt fans contredit que, pour le diftribuer également, il eft néceiîaire que ce mélange ait été cardé auparavant. Quelques-uns voudraient, pour éviter de brifer les filamens laineux-, qu’on peignât les laines au lien de les drouffer. Cela pourrait paraître bon pour les fils de chaîne ; mais je crois appercevoir qu’il y> aurait, de l’inconvénient à fuivre cette pratique : 19. parce que les laines peignées ne peuvent fe filer qu’au fufeau, opération très-difpendieufe ; 2°. parce qu’en peignant les laines, on retire la plus haute, c’eft-à-dire, la plus; longue ; & il me parait que pour faire un bon feutrage^il Dut qu’il refte de’ la laine courte avec la longue, pour que la chaîne fe marie mieux- avec la trame. 30. C’eft pour ces raifons, qu’on-, n’emploie les fils de la laine peignée que pour les étoffes raies qu’on 11e foule point ou prefque point; mais indépendamment de toutes ces raifons, la-méthode de peigner les laines 11e peut être avantageufe pour le filde trame : non feulement parce que la laine bien cardée doitfe mêler plus intimement que celle qui eft peignée, mais encore-parce qu’en peignant, onfépare la laine longue de la courte, & que pour le* fil delà trame, fur-tout, il lêmble avantageux que les deux laines foient mêlées enfemble; cependant on peut dire, généralement parlant, que la trame eft faite pour couvrir les draps fins ou communs, & même les- ferges, quoique bien imparfaitement à la vérité , n’étant point deftinées, pour la plupart, ni à être foulées, ni à être lainées. Or c’eft toujours la trame, telle
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- qu’ellefoit, qui couvre le drap ,& jamais ia chaîne; c’eft même un défaut qu’elle foit attaquée par le chardon : c’eff dans la vue de l’éviter, que l’une cli torfe pour foutenir le corps du drap, & l’autre douce pour couvrir la chaîne , ce que l’on appelle feutré ; & en terme de fabrique , garni. Ce fi: pourquoi la laine pour la trame -eft toujours -afifez longue , pourvu qu’elle foit tirée de celle qui formeia chaîne; & il fera vrai de dire que la bonne chaîne fait le bon drap, comme la belle trame fait le beau drap. C’-eft aux habiles fabricant à fe décider ; il nous fuifet d’avoir fait appercevoir en gros qu’on peut avoir des rations pour varier ces pratiques. Je reviens aux mélanges des laines teintes. On fuit dans les différentes manufactures, des méthodes qui leur font particulières, pour mêler les laines de différentes couleurs , lorfe qu’elles ont été bien droulfées & cardées.
- ipV- Dans plusieurs fabriques , trois , quatre , fix ou un plus grand nombre de femmes (6i), prennent dans leur tablier chacune une couleur de laine ,ibien entendu que plu heurs femmes prennent de la même couleur quand elle doit être répandue en plus grande quantité que les autres. Ces femmes tournant fur la circonférence d’un cercle qu’elles décrivent fur l’aire du plancher, elles jettent en marchant de petites pincées de la laine dont elles Font chargées. Au centre de ce cercle , eh un ouvrier qui réglé la marche de ces femmes &la quantité de laine qu’elles doivent jeter ; il a à la main une baguette avec laquelle il éparpille les flocons qui lui paraiflent trop gros. Au relie, le nombre des femmes eft fixé par le nombre des fortes de laines dont le mélange doit être formé , & la quantité de chacune. Si, par exemple , l’on veut compofer un mélange par l’addition d’une feule couleur, comme du rouge , à la quantité d’un tiers , on n’emploie que trois femmes : la première & la troifieme fe chargent de la couleur principale , qu’on fuppofe être un café; elles en jettent une certaine quantité; & la féconde , qui marche entre les deux autres, répand le rouge. Quand on n’emploie, comme cela fe pratique ordinairement, cette couleur rouge que fur le pied d’un ou deux pour cent, la femme qui porte cette couleur n’en jette que de très-petites parcelles. Si l’on travaille un mélange où l’on ajoute deux couleurs à la principale, on emploie cinq oufept femmes, fuivant qu’on ajoute une moindre ou une plus grande quantité de chaque couleur à la première. Deux ou trois de ces femmes répandent la couleur principale ; les autres ,- celles du mélange, dans la proportion qui leur ellprefcrite. Elles doivent jeter un certain nombre de pincées à chaque révolution : il faut un peu de tems pour les ftiler à ce travail, qui doit s’exécuter avec beaucoup d’ordre. Le mélange alors imparfait, deviendra
- (60 Dans les fabriques d’Allemagne, me , avec fes compagnons, fes apprenufs cette opération fe fait par le maître lui-mê- & fes doineftiques.
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- plus intime par les préparations qu’on donnera à la laine avant de la filer ; & cette méthode elt-fuHifamment bonne pour les étoffes où l’on defire voir un peu de jafpé. Mais quand on veut que les couleurs foient mieux fondues, on ramalfe cette laine ; on en fait des paquets très-ferrés; puis un ouvrier fe mettant à genou fur un de ces paquets, il en tire la laine par petites pincées qu’il jette devant lui comme s’il plumait une volaille ; il a encore l’attention d’éparpiller toutes les parties où il fe rencontre trop de laine dune même couleur > enfuite il mêle encore les laines fur les drouifettes, ayant toujours l’attention d’éparpiller les petits paquets de laine qui ne fe trouvent pas bien mêlés.
- i f 6. Quelques fabricans font tout leur mélange fur les drouifettes : quand le droulfeur a mis fur la droulfette , par exemple, un quart d’once delà laine principale ,il répand par-delfus des petits flocons de laine rouge, bleue, &c. & afin que ces flocons foient employés dans une proportion convenable & uniforme, on divife la quantité qu’on lui en remet pour cent livres de laine huilée , en quarante parties égales , ou en un plus grand nombre, fuivantle poids de chaque cardée. Pour que ce mélange foit parfait, on ne peutfe difpenfer de redrouflèr plulieurs fois les laines teintes comme nous allons l’expliquer.
- ï f 7- Si l’on veut que les petits flocons foient bien diftribuésparceplocage, il eft à propos de donner quatre façons ou quatre tours.
- 158. Il faut fur-tout mêler à plulieurs fois, lorlque ce font des couleurs extrêmement mélangées, telles que les gris-de-fer, gris-d’épine, &c. A l’égard de la laine où il ne doit y avoir qu’un petit mélange, on l'enjime à part pour la .carder feule , & en faire enfuite de petits flocons qu’on diftribue également dans chaque cardée du plocagç-, mais on donne quatre façons ou travaux aux couleurs de fort mélange , tant à la chaîne qu’à la trame. S’il n’y a que la trame qui doive être mélangée, 011 ne travaille que celle-là, & on lui donne les quatre façons dont nous avons parlé; favoir, le placage, Yétocage & deux repajjages. On 11e donne de même qu’une ou deux façons tant à la chaîne qu’à la trame, quand il ne doit point y avoir de mélange.
- if9.* f-E droulfeur (62) doit travailler la laine auplocage avant d'cloquer, .& finir l'bocage avant de repalfer.
- 16b. Entre chaque travail, il doit rompre la laine par flocons , afin que le jnèlange en devienne plus parfait & que les couleurs foient mêlées uniformément. Cette réglé elt pour la chaîne comme pour la trame, quand l’une & l’autre font de laines mêlées : au relie, il faut donner quatre tours à chaque drouf-fé.e, & avoir l’attention de ne pas mettre trop de laine dans les drouifettes , afin que les couleurs fe mêlent mieux.
- 161. On v-oit que, pour le parfait mélange des laines teintes, 01111e peut fc
- (62) Ou cardeur , en ail. Krempler.
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- difpenfer de beaucoup droufler & carder ; cependant il faut faire enforte derie pa^. rompre la lainefur-tout pour le fil de chaîne : c’eft pour cela que quel*' ques fabricahs évitent de faire de forts mélanges pour la chaîne. Si, par exem* pie , dans une couleur de café ils mettent dix fur cent de laine rouge pour celle qui doit faire le-fil 'de trame, ils ne’ mettent queminq fur cent dans celle qui doit faire le fil de la chaîne ; moyennant cette attention, ils ne fatiguent pas tant la laine qui doit faire la chaîne ; & le mélange fait tout fou effet dans la trame. Mais comme on ne peut fe difpenfer de carder beaucoup la laine pour la trame, tout ce qu’on peut faire pour la ménager, eft d’employer des cardes très- fines & fort ferrées (63). v -
- 162. Les fabricans ne font pas d’accord fur un point important : les uns prétendent que la laine qui n’a éprouvé que deux drouflages, fè file mieux que •celle qui, pour en avoir éprouvé un plus grand nombre , fe trouve rompue : d’autres foutiennent que la laine fe file d’autant mieux qu’elle a éprouvé plus 'de façons (64); & en confëquence ils la font fucceffivement paffer fur quatre drouifettes. IL femblerait dangereux de trop fatiguer la laine y-mais aufîi il faut l’ouvrir fuffiiamment pour qu’il n’y relie point de flocons compactes ou ferrés. E11 général, pour qu’une laine fc file bien,.il faut qu’elle foit bien drouflee ; mais il faut éviter l’excès. Il 11’y a point de réglé fans exception : une laine d’une certaine efpece peut être trop fatiguée par les opérations que telle autre pourrait fupporter. O11 expérimente tous les jours qu’un outil trop ufé eft préjudiciable au travail, parce que l’ouvrier fe trouve obligé d’augmenter tes traits de drouflèttes , ce qui rend la laine écourtée & prefque point barbue y ou , félon le terme ufité , elle a perdu fa foie„
- 163. En général, on peut dire qu’il eft toujours avantageux que le mélange de la chaîne foit égal à.celui de la trame , pour éviter certaines ombres ou bri-Juges, qui fe marquent dans le drap. Il eft d’expérience qu’un habile ouvrier quife fert de bonnes cardes, fait ménager tellement la laine, qu’elle peut être travaillée en chaîne & en trame, & fupporter tous les apprêts. Cependant ceux qui font des draps blancs, ou de couleur pleine, 11e drouflent & 11e Cardent qu’autantqu’il eftnéceflaire pour ouvrir la laine; &ils ont toujours foin de moins fatiguer la laine qu’ils deftinent au fil de chaîne, que celle qui doit être filée pour la trame. A l’égard de la laine teinte, l’attention, la vigilance,le favoir-faire du fabricant remédient à l’inégalité de couleur qui fe tr ouve dans fon teint, & qui refaite de la différence dés laines , les mies prenant plus que
- (6 ]) M. RoufTeau dît, qu’il efl mieux de : (64) Tout dépend de la qualité delà la faire p^fl’er d’abord.par des cardes très- laine , fi elle eft longue ou courte, fi elle larges, & de ne l’amener que par degrés peut foutenir le travail. C’eft au maître à aux plus fines. juger de tout cela d’après fon expérience.
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- d’autres fa teinture, fuivant leurs degrés de finefle & félon la façon dont elles, ont été lavées, ou de ce qu’elles n’ont pas été fuffifamment repaumées à chaud du à froid.
- 164. En récapitulant ce que nous venons de dire fur les draps mélangés de toutes fortes de couleurs, nous dirons que l’ufage des bonnes fabriques, eft de commencer par mêler enfemble toutes les couleurs, comme nous l’avons dit y enfuite on les, trépigne, c’eft-à-dire , qu’on en fait des paquets qu’on tire par petites parcelles. On a foin de bien mêler les couleurs; le mélange fe per-fetftionne dans rënfîmage , en retournant la laine avec une fourche. Enfuite 011 ploque de fuite tout l’ouvrage ; puis on trépigne & on dépiece de nouveau , ou on rompt les cardées ; après quoi on étoque tout l’ouvrage, & on rompt encore, les cardées pour les mêler une quatrième fois; on carde avec lesrepaflêreifes qui doivent être très-fines , & l’on a l’attention de charger légèrement les cardes ; enfin les fileurs pafTent encore ces laides dans leurs petites cardes avant de les filer. Quand toutes ces opérations font bien faites, le mélange doit être uni, les couleurs bien fondues , tant dans la chaîne que dans la trame.
- 16?. Il eft bon de favoir en général, que pour faire un drap de bonne qualité, 011 doit employer environ deux cinquièmes de lalainepour faire la chaîne, & trois cinquièmes pour la trame (6j) ; ou, plus fimplement, que la chaîne doit être à la trame comme deux eft à trois, ou encore mieux, un tiers plus de trame que de chaîne ; de forte que, s’il faut quarante livres pefant de fil pour une chaîne , il en faut foixante pour la trame.
- 166. Au refte , nous ne donnons ces proportions que pour des à-peu-près y car 011 verra dans la fuite qu’elles dépendent de la force qu’on veut donner aux draps : plus les fils de la chaîne font dans un compte ferré & plus le fil de la trame eft délié , moins il en entre do celui-ci. Nous éclaircirons cela dans la fuite..
- (6ç) Cette proportion en général eft affez vraie , mais elle a cependant befoin de l’é-clairciffement que fournit i\î. Rouffeau. Sur une chaîne , dit-il , qui peferait 40 livres, il n’y aurait communément que quatre livres & demie d'huile , & par conféquent trente-cinq livres & demie de laine ; & fur foixante livres de trame , il y aurait douve livres d’huile, par conféquent il relierait quarante-huit livres de laine : d’où il S’enfuit que la chaîne ferait à la trame comme
- jç | eft à 48 ; ce qui n’eft pas , quoiqu’on ne puifTe pas aftigner une proportion jufte , parce que cela varie à chaque piece.
- Dans la balance qu’un fabricant fait au bout de chaque mois , ou au bout de l’année , il fe prouve qu’il a confom.mé , à peu de chofe prés, un tiers de la laine en chaîne , & deux tiers en trame : la trame qui entre dans une piece de drap pefe cepen. dant plus de deux fois la chaîne ; mais cette différence vient de l’excédent de l'huile.
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- Du cardage avec les petites cardes.
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- t&7. Le cardage eft une opération néceffaire pour parvenir à un bon filage. Il fe fait ordinairement par les fleurs, à qui l’on donne la laine an poids, & qui la rendent auffi au poids après qu’elle a été filée.
- 168- Les cardes qu’ils emploient font bien plus délicates que les drouffettes.’ Elles n’onc que cinq à fix pouces de long, & elles n’exigent pas tant de
- force : elles font plus garnies de fil.de fer, & ce fil eft plus fin. Elles doivent
- être rembourrées, comme les droutfettes, avec de la bourre de la même couleur que la teiné qu’on veut carder. De tems en tems il faut rembourrer de nouveau ces cardes quand elles deviennent graifes ; & pour éviter les barres, il eft indifpenfable dé les rembourrer de nouveau toutes les fois qu’on change de couleur.
- 169. L’ouvrier cardeur pofe fur fon genou gauche le pas de deffous de la
- carde qu’il tient de la même main gauche, & de l’autre main il tient la carde de deifus-, qu’il fait agir à peu près comme les drouffettes : & après
- qu’il a retourné trois fois les feuillets de laine , il en forme.deux ploques ou
- loqucttes extrêmement légères ; car plus elles font claires & tranfparentes, plus la laine eft douce , foyeufe & exempte de bourlottes , ou matons, mieux elle eft cardée, & auffi plus elle eft facile à filer.
- 170. Il eft bon que les cardeurs aient un tablier de cuir , & non de toile 5 caries dents des cardes pourraient en détacher des filamens de chanvre , qui fe mêleraient avec la laine, & qu'il faudrait ôter à Yépoutillage > parce que ce corps étranger ne prend point la teinture comme la laine. Il faut auffi que l’ouvrier ait l’attention de ne point mettre de bande de toile fur le talon de fes cardes , fous prétexte de le raffermir.
- 171. Les poils de la laine qui eft brifée légèrement par cette opération, fê trouvent multipliés & rendus plus propres à faire un fil velu, qui garnit d’autant mieux dans le foulage du drap.
- 172. On a foin de faire les ploques plus légères lorfque la laine eft deftinée pour le fil de chaîne, lequel doit être filé plus fin que celui de trame, qui doit couvrir le drap & fournir du poil au lainage, dont nous parlerons.
- 173- Pour que les ploques foient bien cardées, on exige dans des fabriques , qu’en les fecouant perpendiculairement, elles puiffent s’alonger d’un, tiers , & qu’elles fe féparent fi on les alonge davantage ; dans d’autres fabriques, on penfe que plus les ploques s’alongent, meilleures elles font, parce que c’eft une marque que la laine a été bien cardée & bien mêlée fans être rompue. Il eft naturel que les ploques fe féparent d’autant plus difficilement que les filamens laineux ont plus de longueur.
- 174. Ce qu’on appelle à Sedan des ploquis^ fe nomme loquettes à Elbeuf„
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- & ailleurs boudins ; parce que les feuillets qui fortent des cardes * étant rouies, forment des. cylindres ou boudins.
- Vu peignage (66).
- I7f. La laine qu’on emploie à fabriquer des étoffes Iiiîesexige une préparation particulière dont il convient de donner ici le détail. Notre auteur; ne parle pas de cette opération, fans doute parce qu’elle eft peu connue en France. L’Encyclopédie, que j’ai confultéè à ce fu jet, n’en dit qu’un mot très-obfcurement & fans, aucun fruit pour le leéteur. Je vais tacher de fuppléerà. cette omiiiion eiientielle-,
- Ij6. Le peigne eft un instrument compofé de longues broches de fer* rangées à deux étages fur une piece de bois, avec laquelle une autre de corne s’affemble, & qui les foutient. Les broches font de la longueur de fept à neuf pouces, fa première rangée a vingt-trois broches ; la fécondé en a vingt-deux un peu moins longues, & pofées de maniéré que les unes correfpondent aux intervalles qui féparent les autres.
- 177. Si la pointe de quelqu’une de ces dents vient à s’émouffer. à la rencontre de quelque matière dure qui cede avec peine, on i’aiguife avec une. lime douce. Si le corps de la dent fe courbe fous une filaffe trop embarralfée ,, on la redrellè avec un petit canon de fer ou de cuivre. .
- 178. - Ces dents doivent être faites d’un bon acier, qui ne foit pas trop dur,, mais éîaftique, puifqu’il doit être c.otiftammentau feu pendant tout fe travail. Après les avoir forgées de la longueur'convenabîe, on les polit à la lime , en leur laiffant par en-bas quelques lignes d’épaiffeur.
- 179. Le bois ou la monture du peigne eft compofé d’une planche de fept pouces de long , fur environ deux pouces de large.. De la même piece , on fait un manche long de neuf pouces. Les deux bords de la planche font diminués en telle forte qu’ils n’ont guere plus de deux lignes d’épaiffeur. Par-defïus ce morceau de-bois-, on pofe deux plaques de corne d’environ un quart de.poitce' d’épaiffeur, & pofées de maniéré que la corne pafle de part & d’autre , qu’elle foit bien jointe par en-haut, & que la planche fe trouve enfermée entre deux..
- 180. La figure 8 , pi. i/, repréfente cette monture en bois. L’extrémité æ du manche a un trou rond garni intérieurement d’une virole de fer. Plus près de la monture en b , le manche eft encore, percé de. part en part d’un trou garni comme l’autre, d’une virole , avec des rebords arrondis en dehors..
- 381» Pour placer les dents, dans cette monture ,. l’ouvrier, affermit la.
- (66) Cet article a été obmis dans les cahiers des arts de Paris* J’ai cru devoir y. fug*. yléer dans cette nouvelle édition...
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- planche dans un étau, de maniéré que le dehors de la planche foit tourne contre lui. Il perce avec un vilebrequin les trous qui doivent recevoir les dents, & il s’y prend de maniéré qu’ils (oient un peu obliques du bas en haut, atin que les dents étant en place faflent avec la monture un angle aigu , comme on peut le voir fig. 9. Cette opération demande de l’attention & de l’adrelTe de la part de l’ouvrier.
- 182. Les trous ainfi percés en nombre convenable , c’eft-à-dire , vingt-, quatre pour une rangée & vingt-trois pour l’autre, il s’agit de placer les dents. Pour cet eftet on les chauffe un peu, de maniéré qu’elles 11e foient pas rouges , & on les chaife en-dehors , jufqu’à ce qu’elles foient bien fermes. On chauffe les dents, pour qu’elles difpofent la corne à ceder à leur effort, afin qu’en refroidillant le fer fe trouve folidement engagé. Il faut donc les chauffer de maniéré à amollir la corne fans l’endommager.
- 183- Les dents placées dans la monture 11’ont pas du premier coup l’in-clinaifon convenable j l’ouvrier les arrangeait moyen d’un fer nommé parles Allemands Kammrichter. C’eft une piece longue de cinq pouces , dont l’extrémité a, fig. to , eft plus large & recourbée pour former une efpece de tuyau , comme on le voit en b. Ge tuyau paffé dans la dent, la faifit & la plie jufqu’à ce qu’elle ait pris rinclinaifon convenable. Les pepgneurs de laine fe fervent fréquemment de cet outil pour redreifer les dents faulfées. A l’autre bout du même inftrument, eft un autre troue plus petit que la dent dans fa partie la plus épaiffe, & qui fert à la tirer dehors au befoin.
- 184. Chaque peigneur de laine doit avoir deux peignes ainfi préparés. Il a auffi une claie faite de fortes baguettes, & pofée fur fon pied , fur laquelle il bat la laine , comme il a été dit ci-deiTus.
- 185. Le banc à laver ^ fig. 13 , eft une table d’environ huit pieds , portée fur quatre pieds. Au-delfus font deux montans a 8c b portant une traverfè ab’9 à la hauteur d’environ quatre pieds. Au milieu de chaque montant eft placé un fort crochet de fer /& g: l’un eft fixe dans fon montant en f ; l’autre en g, entre dans un anneau de fer , où on le fait tourner librement au moyen des deux leviers croifés en A.
- 186. Entre les deux montans on met une cuvette de bois i d’une grandeur proportionnée à celle de la table.
- 187. L’Établi du peigneur , fig. 12 , nommé en allemand Kammpott, eft difpofé comme je vais le dire. On attache folidement au plancher & au plafond deux montans alfez forts à & b. Entre ces deux folives eft placé le pot à peignery Kammpott, c. C’eft un petit fourneau cylindrique , fait de terre grade mêlée d’une certaine quantité de poil de veau. Le vafe eft revêtu intérieurement de cercles de fer exactement recouverts. Dans la partie fupérieure en dx eft une ouverture par laquelle on met le charbon. Ces fourneaux font
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- de différentes grandeurs. Les plus grands ont vers le milieu huit ouvertures oétogones en e& f, dont les portes font en fer arrêtées dans la terre grafle par de bons crochets de même métal. Ces fourneaux font placés fur un banc de bois g. D’uti des montans à l’autre , on cloue une traverfe h, deftinée à porter un balancier i, lequel porte en k un poids d’une livre, & en i un crochet pour pefer la laine , qui fe met par paquets d’une livre, après avoir paffé au peigne.
- 188* Vers la moitié de là hauteur des montans -, en/7z& en /z, font arrêtées à vis deux pièces de ferappellées vis à peigner > Kammfchrauben. Ces pièces ont neuf pouces de long j portant par un bout une vis propre à entrer dans les montans. En o eft un crochet ; & de l’autre côté le fer qui va en retréciffant porte un autre crochet/?, tourné en feus contraire, & long d’un pouce. Dans l’endroit de fa plus grande largeur , en q, on a pratiqué un trou pour y faire entrer une barre de fer propre à faire tourner la vis qui doit entrer dans le bois. Les deux crochets fervent à fixer le peigne : le trou a , fig. 8 , pratiqué dans le manche du peigne, entre dans le crochet O , & le trou b fe place dans le crochet p. Il dépend de l’ouvrier de donner plus ou moins d’inclinaifon à ces vis à peigner , ou de les placer plus haut ou plus bas.
- 189- Il faut aufïî fe procurer pour chaque Kammpott, une cuiller , ou ef. patule de fer s , pour remuer les charbons par les ouvertures e 3 f L’ouverture fupérieure ^fe recouvre par un couvercle de fer t. On fe fert, pour caffer le charbon , d’une maflue de bois.
- 190. Dans les grandes fabriques, on a de vaftes appartemens deftinés à peigner la laine, & difpofés pour cet ufage. Les petits fabricans ont leurs peigneurs qui travaillent dans leurs maifons.
- 191. Le peigneur reçoit la laine du fabricant, par parties de demi quintal » faifantun poids de cinquante-cinq livres ; ou par paquets de vingt-deux & de onze livres. Si c’eft de la laine à laver, on lui remet en même temshuit livres de favon noir pour laver ; & fi c’eft de la laine grade, huit livres d’huile d’olive pour chaque demi quintal.
- 192. Le premier travail du peigneur confifte à affortir la laine en trois qualités différentes, dont il forme dix-huit paquets pour chaque demi quintal. Ces paquets palfent d’abord entre les mains des batteurs qui procèdent comme on l’a vu ci-deflus.
- 193- Lorsqu’un paquet â été fuffifammentbattu, on le partage en quatre portions nommées des rouleaux, Wickel, & on les remet au laveur.
- 194. Le lavage doit être fait par deux ouvriers, dont l’un tourne le crochet mobile g; l’autre prépare une leflive avec du favon , fur lequel il verfe une quantité convenable d’eau chaude. Enfuite prenant un rouleau de laine, il le trempe dans la lelîive * & après l’y avoir bien lavé s il accroche une moitié
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- du rouleau au crochet fixe /, & l’autre moitié au crochet mobile g. Alors l’ouvrier deftiné à tordre fait tourner la çroifée h, tandis que fon compagnon paflant la main fur la poignée, en exprime toute la leflive. Chaque rouleau doit être lavé & tordu une fécondé fois dans une leflive neuve j après quoi oïl le bat entre les mains pour rendre à la laine fon élafticité.
- 19 Les opérations du peignage font les fuivantes : l’ouvrier commence par mettre dans fon fourneau du charbon bien allumé, qu’il écrafe avec fa maifue, après quoi il ferme l’ouverture fupérieure avec fon couvercle. Il prend; un couple de rouleaux , il les coupe en petites pelottës, en obfervant de fortir joutes les ordures & tous les nœuds qu’il peut appercevoir. Cependant les, deux peignes ont eu le tems de fe chauffer dans le fourneau i l’ouvrier en tire un, & il l’emplit d’un rouleau de laine qu’il étend entre les dents du peigne.
- 196. Lorsque ce peigne eft fuffifamment rempli, il prend le fécond peigne hors du fourneau, & il s’en fert pour peigner la laine, en la faifant paifer entre les dents de l’autre peigne , tantôt par les côtés, tantôt par derrière,
- 197. En mettant la laine furie peigne, il faut obferver d’en mettre moins, fi elle eft plus fine, parce qu’on a plus, de peine à la tirer d’entre les dents que lorfqu’elle eft plus grolflere,
- 198- Lorsque l’on a alfez peigné de cette façon, on en met la moitié fur chaque peigne, & fon en remet un fur les charbons dans une des bouches du fourneau. Obfervez que la laine eft poulfée tout contre la monture du peigne, lequel eft placé de façon qu’il n’y a que l’extrémité des dents qui foit fur les charbons,
- 199. L’autre peigne fe place fur la vis à peigner n ou m. Le trou rf, pratiqué à l’extrémité du manche, entre dans la pointe o , & l’autre trou b fe place dans le crochet p. Alors le peigne fe trouve placé de maniéré que l’ouvrier aflis peut en tirer la laine.
- 200. En fortant du peigne, la laine doit être claire & foyeufe, en forme d’un rouleau long, ou comme ils l’appellent, d’une finie ( en ail. tint Flôt&y, Pour cet effet, après avoir relferré la laine entre les dents du peigne, il le faiflt par-delTous avec les deux mains. Les deux pouces appuient fur le peigne, & avec les huit autres doigts il tire doucement la laine du haut; en bas, jufqu’à ce qu’elle foit hors du peigne.
- 2ot. Ce qui refte dans le peigne , eft une laine plus courte , que l’ouvrier fait fortir par le derrière du peigne pour la joindre à la peignée fuivante. Il fait la même opération avec le fécond peigne, & la laine des deux peignes; s’appelle une peignée ( en ail. tin Kamm ).
- 20t. Les flûtes laiifent mieux appercevoir toutes les matières étrangères; qui peuvent fe trouver parmi la laine 5 & c’eft après qu’elle a paffé au peigne * $ue l’on réuflît mieux à la féparer,
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- 203. Seize jufqu’à vingt-quatre^peignées font une livre : on en joint en-femble autant qu’il en faut pour former ce poids , & c’eft dans cet état que t© peigneur la rend au fabricant.
- 204. Le déchet e(t confidérable; un demi quintal 11e rend au plus que trente-huit livres de laine peignée; le poids ordinaire c’eft trente-cinq livres.
- 205. Dans les grandes fabriques, chaque peigneur a Ton numéro, qu’il attache fur la lame qu’il rend, afin que il l’ouvrage n’eft pas bien fait, il foit -en état d’en répondre.
- 206. On procédé différemment avec la laine grade : au Heu de la laver on l’imbibe d’huile. On ne livre que huit livres d’huile pour un demi quintal, & c’eft trop peu ; mais le manufacturier cherche fon avantage.
- 207. Le peigneur prend pour chaque paquet de laine, une petite mefure 'd’huile; il la verfe dans une écuelle de terre, il la bat fortement avec deux parties d’eau tiede , jufqu’à ce qu’il en ait formé une liqueur jaunâtre & bien liée. Il arrofe avec cette liqueur fa laine étendue fur le plancher; il la plie en deux, & il Parrofe de nouveau; il la foule avec les pieds pour que l’huile pénétré par-tout, & il répété la même chofe jufqu’à ce que tout foit imbibé. Le relie des opérations du peigne font les mêmes que nous venons d’expliquer pour la laine lavée.
- 208- Le déchet n’eft pas au d confidérable, à caufe de l’huile ajoutée: l’ouvrier doit rendre quarante-cinq à quarante-fix livres pour un demi cent.
- 209. En Allemagne, & finguliércment à Berlin , les peigneurs de laine forment une corporation qui a peu d'influence fur les ouvriers ; mais à qui on paie un petit droit, pour pouvoir exercer la maîtrifie. Voyez tous ces détails dans l’ouvrage de M, Jacobfon , déjà cité ci-deifus.
- Du filage.
- 2ïo. Les rouets, faqon de France, ont leur table horilontale, & la broche eft de fer. Ceux façon de Hollande, ont leur table inclinée, & leur broche eft d’un bois dur & pefant.
- 211. Le filage fie fait à Sedan , àLouviers, chez M. de Julienne & en beaucoup de manulàclures , avec un rouet A {pi. //, fig. <; ) façon de Hollande, dont le devant pofe à terre, & la broche B (fig- 5 & 7 ), qui eft de bois, n’eft élevée que d’un pied au-deffus du terrein. Cette pofition donne plus de facilité aux fileufes pour filer également, & à plus longue traite. La broche de bois a l'avantage de fe moins échauffer que celle de fer. La fileufe doit prendre garde de 11e pas rompre la ploque qu’elle tient dans fa main ; elle doit lever hardiment la main pour en former le fil, & 11e lâcher de laine que ce qu’il en faut pour fiier un trait.
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- 212. On file ordinairement la chaîne & la trame fur les mêmes rouets, dont la table a cinq pieds de longueur, & la roue trois & demi de diamètre quelques-uns ne lui donnent que trois pieds pour filer la trame (67).
- 213. En Angleterre, à ce qu’on m’a dit, on file la chaîne avec des rouets qui fe tournent avec le pied ; fouvent une même fileufe fait deux fils à la fois, un de la main gauche & un de la droite ( * ).
- 214. A l’égard du fil de trame, leurs rouets font encore plus élevés que ceux à la franqaife , la broche étant à la hauteur de la main. Les fileufes tirent leur fil prefque horifontalement, & elles ont foin que la roue du rouet ne foit pas grande , pour que le fil foit peu tors : ce qu’on regarde comme avantageux, principalement pour la trame. Dans les manufactures de France, ou l’on fait filer des enfans , on proportionne la grandeur de la roue à leur taille : les petites roues ont cet avantage , que le fil en eft moins tors.
- 2i f. Nous avons dit qu’on faifait les ploques ou loquettes pour la trame plus groffes que celles qu’on deftinepour la chaîne : 011 doit filer les groifes loquettes pour la trame en trois aiguillées, comme les petites qui font pour la chaîne, & donner à chaque aiguillée deux tours de moins de roue que quand on file de la chaîne. Ainfi la plus grande quantité de laine qu’on fournit pour chaque aiguillée , & les deux tours de roue qu’on donne de moins, font que le fil de trame eft plus gros & moins tors que celui de la chaîne. Comme ce travail doit s’exécuter régulièrement, fans exiger de réflexion &par habitude , 011 fera bien d’affedier des fileurs pour la trame, & d’autres pont la chaîne.
- 216. La fileufe doit faire enfortede filer également, & au degré de fineflfe qu’on lui prefcrit ; cette fineffe eft néanmoins relative à celle de la laine. Cette ouvrière doit aufli prendre garde qu’il n’ÿ ait pas de pointes, ni de bouts -de broches; ce font des défauts eflêntiels.
- 217. La pointe fe fait, quand la fileufe n’a pas foin de mettre tout le trait fur la fufée ou bobine, quand elle en file un fécond ; ce qui en refte alors * fe tord encore , & forme ce qu’011 nomme une pointe.
- 2i 8- Les pointes que les fileufes font 3 tant en trame qu’en chaîne, dépen-
- (67) Les rouets à la hollandaîfe Font connus en Allemagne ; on s’en fert fur-tout pour les draps fins. M. Schreber donne les cfimenfions de ceux qu’emploie. M. Schôn-feld,chef de la manufacture de Torgau. Ils font plus grands que ceux dont on a ici ]& defcription. Le diamètre de la roue a quatre pieds huit pouces ; le rebord de la- -roue a fept pouces de largeur, le montant Tome VIL
- tfoîs pieds ; la planche , fept pieds de long, fur un pied de large ; elle doit être élevée d’un pied trois pouces par fon ex. trêmité fupérieure, & de dix pouces par fon extrémité inférieure.
- ( * ) Il y a en Bretagne des fileufes de chanvre, qui travaillent de même à deux niains.
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- dent Couvent dç ce qu’elles, n’ont pas Coin de rogner le bout de leur broche i quand elles font à crans & à vis; car la ploque > qui devient fil en fortant de-leurs mains, s’engage dans les crans de la broche * Ce ferre & forme une pointe au-deffus de laquelle eft. ce qu’on appelle un boyau (6%).
- 219. Le bout de broche eft le contraire, C’eft une laine mife fur la broche, en y mettant le trait, de façon quelle ne le trouve pas torfb j.& une fois qu’elle eft roulée fur la broche, elle ne peut fe tordre davantage » parce qu’en termes d’art, elle a trop renvidéfur la broche. Le devoir de la fileufe eft d’éviter ces. deux défauts , qui font également préjudiciables pour la chaîne & pour la trame (*),
- 220. Il y a des manufactures où l’on tord à l’excès le fil pour la chaîne qn fe perfuade donner par là plus de force au fil ; mais on fe trompe : un fil trop tors fe caifeplus aifément qu’un autre ; d’ailleurs il prend mal la colle », il fe laine & fe foule moins bien ; dans htifage,, il fe marie mal avec la trame.. E l’égard du fil de trame quand il eft peu tors , le drap en eft plus couvert* éft il fuffit qu’il le foit alfez pour être lancé dans la chaîne. Tout le monde^ convient que le fil de chaîne doit être plus tors que celui de trames mais aufE il faut éviter de porter cette différence trop loin.
- -, 22 r., On verra dans la fuite que plus on veut avoir un drap corfé, 8t plus-la trame, doit, être grofîe, molle & frappée dans la chaîne : ceci s’éclaircira 5. je n’en, parle préfentement ». que pour faire comprendre qu’un fabricant doit varier & la groifeur & le tors de Tes. fils »fùivant Telpece de drap qu’il fe pro^ pofe de faire,
- 222. La. chaîne qui doit être plus fine & plus torfe que la trame,fe file à; corde ouverte ; & la trame qui eft d’un fi] plus gros & plus moelleux, fe file-à corde croifée. La noix de la bEoche, fiir laquelle on la roule , eft aufîî plus; groife, pour former un fil moins tors la fileufe y contribue, en donnant moins de tours de roue.-
- 223* L’effet de la corde ouverte (fig. eft différent de celui de la corde croifée; car la trame, que l’on file toujours à corde croifée, fe tordî 4e droite à gauche, & la chaîne qui le file à corde ouverte, fe tord de gauche à droite. Cette différence dans le tors du fil, fait qu’au foulage les cordes du-cftap,» tant, e,n chaîne qu’en trame, fe détordent; ou plutôt, les filamens qui compofent les,fils, fe dijatent dans des. feus oppofés , ils fe lient enfemble avec facilité, & produifent par làjun meilleur effet dans l’opération du foulon.,
- “ 224. Le filage fe fait indifféremment-par des hommes &par des femmes..
- (68) Les Allemands défignent le même (*) Le rond qui fert à accoter le fil fus défaut, en difent : dus Garnijizufarnrneiki la broche, fe nomme cfptivs* jclofcn.
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- Celles-ci filent ordinairement mieux que les'hommes * c’eft péùt-ëtfe parcfc que ce travail n’eft point fatigant, & qu’elles ont la main plus adroite : mais la raifon principale eft, que les hommes ne s’occupent à ce travail que dans leur jeuneffe, & qu’auili-tôt qu’ils ont acquis plus de forces, ils paifent à d’autres travaux plus pénibles ; au lieu que les femmes , qui relient au filage toute leur-vie, l’exécutent communément mieux.
- Du dévidage (69). ! •
- 22f. Quand les fileufes ont filé une certaine quantité de fufées, on les dévide fur un dévidoir nommé nfpe (pl. III,fig. 1 ), & l’on en forme des éche-veaux, qu’on nomme échus (70) Ci c’eft du fil de chaîne , & pérots fi c’eft dut fil de trame : enluite de ces échets de fils de chaîne, on fait des bobines ou bobu naux, pour paifer à Vourdijfage ; & l’on dévide les pérots de trame fur des fépouUs, pour en garnir les navettes.
- 226. La circonférence de l’afpe peut varier dans les différentes fabriques ; mais elle doit être fixée & être toujours la même dans chaque manufa&ure ; on en va voir la raifon.
- 227. Le fil qui entoure l’afpe, doit, par exemple, avoir une aune & un quart de long; ainfi l’on eft fur que chaque révolution de l’afpe confomme une aune & un quart de fil. Il y a à côté de l’alpe, & aufti dans ion aiifieu, plufieurs petites roues dentées ( fig. 1 ), qui engrainent les unes dans les autres. Le diamètre de ces roues dentées eft tellement compenfé , que l’aifiieu de la derniere ne fait qu’une révolution, pendant que l’afpe en a fait foixante,, Or la petite roue, en achevant fon tour, rencontre un petit levier, qui fait fonner une clochette, ou frapper un petit coup de maillet ; ce bruit avertit i’ouvriere que fon afpe a fait foixante tours. Cette longueur de fil mis en écheveau, le nomme un fon ou une maque (*). Aufii-tôt que la clochette a fonné, ou que le maillet a frappé, I’ouvriere marque ce fon avec une cheville, qu’elle paffe dans l’un des trous qui font percés fur la table, ou fur un des bouts de l’afpe. Soixante tours de l’afpe font un fon ; & fuivant l’ufage des différentes fabriques, il faut plus ou moins de fons ou de chevilles, pour eompofer un écheveau ou échet, c’eft affez ordinairement douze; un échet étant compofé de douze fois foixante tours, il eft de fept cents vingt révolutions. Les pérots pour la trame ont un fon de moins ; ainfi ils ne font formés que de fix cents foixante révolutions. Dans les fabriques'de Louviers, les» échets pour la chaîne font compofés de fix cents foixante tours d alpe,
- (69) En ail. das Wdfai. aux échets. 1 ‘
- (70) En Allemagne , les fileufes donneur (*) Je crois que mùque ejt corrombo <ÏCL le nom commun de Zahkn aux pérots <k marque,
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- ceux* do trame de fix cents, tours ; le, contour de I’afpe eft de: cinq quarts.
- 2218- Ce nombre de fons ou de chevilles eft réputé pefer une livre (71) : il le fil eft gros , les, douze fous, par exemple , de fil de chaîne pefent plus d’une livre > fi le fil eft fin , ils ne pèfent pas une livre : néanmoins, c’eft fur le nombre des échets qu’on paie les fileufes; & comme , félon cette méthode, elles, font payées à la mefure , & non au poids,, elles fe trouvent, engagées- à filer le plus, fin qu’il leur eft polfible.
- 229. Il y a des afpes plus parfaits., qui marquent fur un cadran le nombre des fons, de forte que l’ouvriere eft difpenfée de mettre des chevilles à chaque fôn. L’échet eft réputé fini, quand l’aiguille qui marque les fons, a fait là révolution. Quelque bonne que foit cette pratique, elle n’eft pas fuivie dans toutes les fabriques : je crois qu’on n’afpe point à Sedan, & qu’011 y paie les fileufes de trame à la livre;
- 230. Chez- M. de Julienne, les écheveaux ou échets pourlà chaîne doivent avoir mille tours d’afpe , & 1 ç pérot de trame feulement fix cents. Le fil de-chaîne fé nomme aufii fil d'étain ou fil détame. A Sedan les échets doivent contenir 1290 aunes & demie de fil, en vingt-deux maques, de quarante-quatre tours de I’afpe chacune.
- 231. On fait bobiner les écheveaux dé chaîne,. & l’on obferve dé mettre deux ou trois écheveaux fur chaque bobine. Quant aux écheveaux de trame , on les donne à des enfirns qui les dévident fur des fépoules ^ qui-dont de petits' brins de rofeau, coupés de longueur à pouvoir entrer dans la poche de la-, navette.
- Du bobinage,.
- 232. Bobiner (72) c’èft’ dévider lès échets de chaîne fur dès bobineaux oiv bobines , pour les.ourdir enfuite. O11 met ordinairement deux ou trois échets fur chaque bobine: il faut que la bobineufe falfe la bobine d’une égale grof.' feur, fans aucune bofifette j qu’elle ferre le fil entre les doigts, pour caifer les pointes, & ôter les bourlottes qui pourraient fe rencontrer jqu’elle renoutr proprement tous les fils qui rompent ,. & qu’elle prenne garde qu’aucun 11e fo;
- (7\) A Sedan , 01Y I’afpe a une aune & demie de tour , il faut vingt-deux maques pour faire unéchet ; la maque eft de quarante-quatre tours de I’afpe, ainfi l’échet a 198 tours de I’afpe , ou 1290 aunes & deux, tiers. Il faut fix échets & demi pour une livre i ainfi une livre de laine filée en chaîne
- doit donner 8389 aunes & un tiers de fil, en 6292’ tours de i’afpe.. Quant à la* trame, M. Roufifeau la paie à la livre, fui-, vant qu’elle eft filée fin , & fans la mefurer fur I’afpe.
- (72) En ali. abfpiïlau
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- double fur la bobine.. Cette opération fe fait fur un rouet, comme quand on retord du fil,
- 233. En Languedoc ,011 fe fert, pour bobiner, d’un moulin qui retord le fil de chaîne, en faifant tourner les bobines pour les charger de ce fil : félon cette pratiqueil.n’y a pas beaucoup à gagner fur -le tems, & l’ouvrage en eft moins régulièrement exécuté.
- Méthode pour connaître combien il entre déchets dans une chaîne.
- 234. A Louviers, le contour des ourdilToirs (73) eft ordinairement de trois aunes trois huitièmes ; mais ii y en a d’un peu plus grands , & d’un peu plus petits. Chaque tour de l’ourdiiioir fait une enfeigne ou marque.
- 23 %. Ceci bien entendu ,• on fuppofe que l’échetde Yingt-déux maques ou fons, contienne 1210 aunes de £1; que le-tour de Fourdilkm* en emporte trois aunes un fixieme. On fuppofe encore une chaîne de dix-neuf enjcigncs , ou, ce qui eft la même chofe,de dix-neuf tours de l’ourdiffoir, contenant 3400 fils. Il faut multiplier 19 par 3 un fixieme l’on trouvera 60 aunes un fixieme. Enfuite fi l’on multiplie 3400 par 60 un fixieme, 011 trouvera 204^66 aunes, qu’on dîvifera par 1210 aunes, qui eft la longueur du fil d’un échet, on crouvera au quotient 169 échets. yIyô- Mais comme lamefure des échets n’eft pas toujours exacte, & qu’on éprouve néceifairement quelque déchet en bobinant & en ourdiftant, il faut compter pour une chaîne de dix-neuf enfeignes 3400 fils;& y comprenant un échet de furplus, que P011 donne au tiifeur, pour alonger & remplacer les fils qui caffent ( ce fil pour remplacer, fe nomme Lingar (74), il faut au moins cent foixante-douze échets. Cette même réglé peut fervir pour toutee fortes de. comptes & de longueurs de chaîne.
- 236'. On conçoit que les fiieufes & les hobineufes, pour augmenter leur profit, pourraient raccourcir tous les échets dune maque ou d’une demi-maque ; mais il eft facile de reconnaître , en ourdilfant une chaîne, fi chaque fileufe donne à tous les échets les longueurs qu’ils doivent avoir. Pour cela -fm attache à chaque paquet qu’on reçoit, un billet qui indique la date du jour de la réception ,avec le nom de la fileufe & le nombre des échets ; on oblige encore la bobineufe de marquer toutes les bobines du nom de chaque fileufe 5 Pourdilfeur connaît, en confultant le tarif ci-deifous, la fraude des fiieufes, & celles qui l’ont commife; & l’on eft en droit de leur faire payer ce qui manque fur la longueur du fil, fans rechercher fur quel échet peut tomber la fraude..
- (73) En ail. Stheerg'cb’e.
- (64) En ail. Zuhïijje-garn.
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- ART DE LA DRAPERIE: TARIF.
- ez
- 237. La bobine qui contient deux échets , doit courir fur une chaîne de $<j enfeigms ou de if tours d’ourdiffoir .... 26 portées 10 tours»
- Celle de 3 échets . .............. 39 . . . . |
- Sur 16 enfeigms•
- Celle de 2 échets 1 1 . . .................2?
- Celle de 3..................................37 ; I f
- 5#/* 17 enfeigms.
- Celle de 2 échets ; ......... 23 .. . f
- Celle de 3 . ............................3 f • • « 8 £
- Sur ig enfeignes.
- Celle de 2 échets ï 2 I ï : 22 . . I 4
- Celle de 3 . „ : ;...........4 . 33 . . . 6
- Sur 19 enfeigms.
- Celle de 2 échets 2 2..................... . 21 .
- Celle de 3..........................................31 |
- " Sur 20 enfeigms (*).
- Celle de 2 échets 2............................... .. 20
- Celle de 3..........................................30
- I
- r
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- Remarques générales fur l'ourdiffage (7^).
- 238’ La quantité des fils qu’on emploie pour compofer la chaîne , dépend de la largeur que l’on donne à l’étoffe , & de la qualité qu’on fe propofe de lui
- (* ) J’ai dit qu’une enfeigne eft un tour d’ourdiffoir : on me l’a définie, la longueur de la navette, qui contient une aune de Brabant, ou une varre d’Efpagne. Leur rap. port avec celle de Paris eft de cinq enfeignes pour une aune de Paris. Cette définition ne me parait pas allez claire. Ce que l’ai pu trouver de plus clair, eft que les
- cinq aunes de Brabant font une enfeigne , & quel’enfeigne équivaut à trois aunes de Paris. M. Rouffeau approuve cette définition de l’enfeigne. Elle a cinq fois la largeur de la navette , ou cinq aunes de Brabant, ou trois aunes un fixieme de Paris.
- (75) En ail. Auffcheerer.
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- procurer ; les unes & les autres exigeant difFérens nombres de portées. Chaque portée eft prefque toujours compofée de quarante fils, ou de deux demi-portées de vingt fils (76).
- 239. Les régie mens fixent la quantité de fils que doit avoir la chaîne, & la largeur du rot, Lesfabricans doivent s’y conformer ; mais comme ces régie-mens n’entrent dans aucun détail à cet égard, & qu’il eft néceflaire qu’un manufacturier foit inftruit des raifons des différentes proportions , fur-tout lorfqu’il veut faire de nouvelles efpeces de draperies, il eft bon d’examiner ce point, & d’entrer dans quelques détails néceflaires,
- 240. Qn peut fabriquer autant de fortes de draps, qu’il y a de différentes qualités de laine , en proportionnant la fineffe du fil à ces qualités, pour les rendre d’un bon fervice. Mais , pour ne parler que de ceux qui font fabriqués avec de bonnes laines d’Efpagne, & dont il eft ici particuliérement queftion , on en fabrique, i\ detrès-forts : favoir, les doubles broches (77) [j’emploie ce terme qui eft ufité , mais j’aimerais mieux les appellerdraps forts, ou fur-foulés (*)] ; deux de forts, trois de minces ou fuperfins 3 & dans chacune de ces qualités, on en fait de difFérens prix pour les particuliers qui, félon leurs facultés ou félon leur goût, en veulent acquérir y & cela contribue à étendre le commerce.
- 241. La différence du prix des draps , du même nom de fabrique & de mêmg largeur , vient de la qualité ainfi que du prix des laiues qu’on y emploie , & aufîi des façons qu’011 leur donne. On trouve à acheter des draps de cinq quarts, depuis 12 jufqu’à 1 % & 16 livres , & des draps de quatre tiers, depuis 17 jufqu’à 22 & 24 livres.
- 242. La différence de ces prix vient du plus ou du moins de perfe&ion que l’on donne aux draps, dans les différentes opérations de leur fabrique; c’eft ce qui diftingue les bons fabricans , excite leur induftrie, & donne de 1 émulation aux autres, d’où fuit la réputation que fe font acquife plufieurs cb nos manufactures.
- (?6) En Allemagne , les portées, Gange, font fort différentes. On en a de vingt-quatre, trente & quarante fils. Dans plufieurs endroits , les réglemens des maitrifes défendent de mettre moins de quinze fils pour une demi-portée, afin d’éviter les fraudes. On fait de fréquentes vifites , pour voir fi cette ordonnance eft régulièrement obfer-vée.
- (77) En allem. Ledcrhafte Tücher, Les broches , en ail. Ruthen , font faites de ro-fequ ou aufii d’acier. Plus le drap eft fin ,
- & plus les portées font étroites,
- (*) Les doubles broches font fabriquées différemment des autres draps; il y a plus de portées à la chaîne , les rots & les Lames font plus étendues ; ces draps, quoique, plus larges fur le métier, fe trouvent réduits par le foulon à la même largeur que les autres , & ils perdent aufii de leur longueur ; ils acquièrent par-là de la force; mais lorfqu’ils font fur-foulés, ils n’en valent pas mieux : c’eft ce que nous ferons appercevoir dans la fuite.
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- 243. Un des principaux moyens , pour donner aux draps différens degrés de force, eft de proportionner le nombre des fils de la chaîne, & la largeur du rot, à la quantité de trame qui doit y entrer, pour produire l’effet qu’011 fou-haite > car c’eft la trame qui donne du corps, puifqu’uii drap fait de chaîne fur chaîne, où le fil de chaîne ferait mis en chaîne & en trame, ferait auffi fort ou aullï difficile à déchirer qu’un drap où il ferait entré foixante & douze livres de trame , quoiqu’on n’y eût employé que trente livres de fil de chaîne au lieu de trame. O11 en voit la preuve dans les fabriques, fi-tôt que le drap eft drap , c’eft-à-dire , qu’il eft prêt d’être tiré au chardons car il arrive quelquefois par inadvertance, qu’un pérot ou échet de chaîne, trop tors pour la trame, fe trouve fur une fipoult dans la navette du tiifeur.' Cette portion de drap refte, pour ainfî dire, dans fa même nature (78) ; c’eft-à-dire , qu’elle 11e garnit point la chaîne, & qu’elle fait une efpece de camelot i en confequence point de feutre au foulon, point de garni au chardon. Enfin cet endroit du drap eft tout-à-fait défectueux. Ainfi plus on veut que le drap ait de cor-fage (79), plus il faut qu’il y entre de trame : à quoi l’on 11e peut réuffir qu’en diminuant le nombre des fils de la chaîne; ou, fi l’on conferve le nombre de ces fils, il faut augmenter la largeur du rot, parce que la chaîne étant alors plus claire , elle fe croife mieux, & donne à la trame la facilité de s’approcher davantage ; bien entendu que la fineife de cette trame doit être proportionnée à celle de la chaîne, & à l’efpece de draperie qu’on veut faire.
- 244. Suivant ce principe, qui paraît inconteftable, une réglé générale à obierver, eft qu’il faut, pour faire un drap très-fort, tel qu’une double
- (78) Ce qui eft dit ici, eft vrai ; cependant Ai. Rouiïeau ajoute , pour plus grand éclaircilTement , que ce défaut vient de ce qu’une fépoule de trame, & qui eft par con-féquent torfe , fe trouvant tiflue à côté d’une fépoule douce , l’une foule beaucoup & l’autre point du tout : ce qui fait que la partie qui a beaucoup foulé devient plus courte , & fait gripper l’autre, qui devient plus longue ; ce qui produit des ribotures ou grippes, qui régnent dans toute la largeur du drap. On occafionne de faux plis, lsrfqu’on tord le drap au foulage ; ce défaut qui eft irréparable , eft fenfible jufqu’à ce que le drap foit ufé. Ces rides ne permettent pas au chardon de tirer le poil, ni à la force de le couper : voilà pourquoi ces endroits relient fans apprêt & montrent la corde. 11 arrive fouvent que les tondeurs
- coupent ce drap en ces endroits qui ne peuvent s’étendre bien uniment fur la table. Enfin ce défaut produit des inégalités dans la couleur. JVlais il eft important de faire remarquer qu’on peut faire , & qu’on fait en effet de beaux draps de chaîne dans chaîne , & ces draps reçoivent les apprêts. Ainfi les défauts dont nous venons de parler , viennent principalement de l’inégalité du tors ; une chofe des plus eflentielles eft que la trame foit filée également. Malgré ce que nous venons de dire des draps tiflùs chaîne dans chaîne , il eft certain qu’une chaîne très-douce & très-mollette eft tou* jours la meilleure. Note de M. RouJJeau. $ ( 79 ) Dans quelques fabriques on emploie ce terme ; mais il eft plus ordinaire de dire corps, en allemand, Starckc. -
- broche s
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- .broche, dans une largeur de rot femblableà celle d’un drap ordinaire, qu’il y ait moins de fils en chaîne, pour qu’il y entre plus de trame.
- 24>• Si au contraire 011 veut faire un drap très-mince ou fuperfàn, tel qu’on le demande dans certaines provinces, ou pour lufage des perfonnes de qualité, & cependant de la même largeur après le foulage qu’un drap d’une force ordinaire, il faut, ou diminuer un peu la largeur du rot, par exemple , d’un huitième d’aune , ou y mettre quelques centaines de fils de plus en chaîne , qu’à celui d’une force ordinaire. 11 parait préférable de maintenir la même largeur au rot, afin que les fils foient à l’aife, en multipliant les broches félon la quantité de fils qu’on veut faire entrer de plus (80).
- 246. Il eftbon d’avertir ici que, quand nous avons parlé de double broche , il s’agiifait des draps dont 011 fait des furtous 5 car pour ceux qu’011 deftine à faire des redingotes ou des manteaux, comme ceux-ci doivent être très-forts , il faut qu’avec le meme nombre de fils en chaîne qu’ont les draps d’une force ordinaire, le rot foit un peu augmenté, environ d’un huitième d’aune en largeur, comme nous l’avons dit ci-devant dans une noterau moyen de quoi il y entrera plus de trame. Il eft fenfible que ces draps pour redingotes feront plus forts que ceux à doubles broches fins, après qu’ils feront amenés à une pareille largeur que les fins , par l’aêlion du foulage.
- 247. La raifon de ces différentes proportions vient de la néceflité de contribuer à tout ce qui peut favorifer le foulage des draps : cette opération eft d’une fi grande conféquence, que tous les premiers travaux qu’on donne aux laines doivent tendre à cet objet.
- 248. On verra ci-après , en parlant du foulage , que bien qu’un drap doive fouler fur la largeur & fur la longueur , il faut éviter fur toutes chofes , & autant qu’il fera poflible , de le tordre pendant l’opération. Cette maniéré de fouler eft la plus contraire à la perfedion , parce que lorfqu’un drap eft trop tors dans la pile, l’adion des pilons qui tombent delfus les différons plis de la piece ainfi torfê, fait que certaines parties de l’étoffe rentrent plus que d’autres: ce qui caufe des ribaudieres (gi) & des faux plis d’autant plus inef-faqables, que c’eit la chaleur qui les a formés 5 de faqon que la fuperficie du drap en eft toute grippée.
- (go) Le principe qu’on a établi en eet endroit, eft vrai ; mais la phraie n’eft pas claire. Car il eft évident qu’un nombre de {ils feront .autant à l’aife dans un petit rot, qu'un plus grand nombre dans un rot plus large , fi l’on garde des proportions entre la largeur .du rot & le nombre des fils. Sans augmenter la largeur du rot, le drap , au ,
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- foulage, fera plus tôt réduit à fa largeur ; & au contraire , fi l’on augmente la largeur du rot, il faudra fouler le drap fort long-tems, pour l’amener à l'on lez ; mais alors il fera fur foulé.
- ( gi ) A Sedan on dit ribotures, & non ribaudieres.
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- 249. On peut bien tordre jufqi/à un certain point quelques parties pou?-taire rentrer le drap en ces endroits & l’égaler; mais un fabricant qui cherche à faire de bonne marchandife , préféré de perdre quelque chofe fur l’aunage , plutôt que de permettre à fon foulonnier de tordre le dtap dans la pilé-
- 250. Cette digreftion furie foulon , quoiqu’anticipée, nous a paru né-ceifaire pour faire comprendre que, iî une double broche avait autant de fils en chaîne , patfés dans un rot de pareille largeur que dans un rot d'un drap de force ordinaire , il ne pourrait rentrer en Lai^e lorfqu’onle foulerait à plat, & qu’011 ferait obligé de le tordre durant toute l’opération, pour lui donner la largeur preferite ; au lieu qu’ayant moins de fils en chaîne, il y entre plus de trame , qui fe feutre plus aifément, fans être obligé de tordre le drap, & qui donne la force requife à cette efpece d’étoffe (&2).
- 251. Un drap d’une force ordinaire, qui aurait au contraire plus de fils en chaîne , mais dans la proportion convenable à la quantité de ceux de la, trame (83) qui doit y entrer, pour que ce drap foit d’une bonne qualité, doit être plus foulé fur la longueur que fur la largeur.
- 252. Il en eft de même d’un drap très-fin; il y entre moins de trame que dans un drap d’une force ordinaire , parce que la chaîne eft plus garnie ; mais comme elle eft plus fine, &que le rot eft moins large, le drap rentre trop tôt dans fa largeur : ainfi , pour lui donner la fermeté qui en fait le mérite , oit eft obligé de le fouler à plat fur la longueur (84)..
- 253. Au refte, les fabricans intelligens doivent , avant d’entreprendre dé-manufaélurer quelque nouvelle étoffe, faire différentes épreuves (pour fe-
- (82) Je dis en cet endroitvqu’en général, pour avoir un drap mince , il faut, indépendamment de la fi ne (Te de la laine , augmen. ter le nombre des fils de la chaîne, & diminuer la largeur du rot, pour qu’au foulage il revienne promptement en laize ; & que pour avoir un drap fort, il faut diminuer le nombre des fils de la chaîne , ou augmenter le rot: x®. afin qu’il y entre plus de trame : pour qu’il refte plus long-tems
- au foulage , afin cfe le ramener à la largeur qu’il doit avoir, &c. Cela n’eft point abfo-lument contraire au fentiment de M. Rouf-feau , qui dit que, pour faire un drap à double broche , on augmente le nombre des fils de la chaîne & la largeur du rot, félon la iineffe qu’on veut lui donner ; qu’il faut né-ceffairement le furfouler, pour l’amener àfa
- largeur ordinaire , & que c’èft ce qui le rend7 double broche. S’il fe trouve quelque différence entre mon avis & celui de AI. Rouf-feau , je me garderai bien de vouloir défendre mon fentiment. 11 me conviént-mieux de fouferire à celui d’un hommeauffr habile & auffi expérimenté.. Au relie , s’il y a en cet endroit quelque obfcurité fur la façon de conduire le foulage, j’efpere qu’elle s’éclaircira dans la fuite. Note dt l’auteur. J’ajoute que l’opinion de M. Rouf-feau fe trouve conforme à celle des manu-, facturiers Allemands.
- (8;) Il eft bon de remarquer que cette quantité fe réglé par le poids ; on ne compte point les fils de la trame.
- (84.) C’eft ce que les Allemands appel* lent, in der JVakke JchieJJen, oder tafeln»
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- ïégler furie plus ou le moins de fils de la chaîne, & fur la largeur du rot j car ce que je dis ici, îi’elt qu’une réglé générale qui doit admettre des exceptions, fuivant l’intention des fabricans.
- 2^4. Quand il elt queftion d’imiter un drap , le meilleur moyen de réuflir dans les proportions, c’elt de choifir un beau drap de la force qu’on defire imiter, & de pareille largeur après le foulage que celui qu’on veut fabriquer, bien proportionné en chaîne & en trame, & defe régler fur cet examen , tant pour le nombre des fils de la chaîne, que pour la largeur du rot.
- 2f-f. On ne peut augmenter la force des tiifus qui ne font point foulés, par exemple, celui des toiles, qu’en augmentant le nombre des fils de la chaîne, fans rendre le rot plus long , & encore en frappant beaucoup plus la trame pour fournir le tilfu de beaucoup de fils ; mais on peut augmenter davantage la force des tiifus de laine, par le moyen du foulon , qui réduit à une aune & un quart la largeur d’un drap qui, en toile, & au fortir du métier, fe trouvait avoir deux aunes & un quart de largeur. On pourrait, par le foulon, réduire le même drap à une aune de largeur ; & en ce cas il ferait plus ferré & plus épais : mais il pourrait n’en être pas meilleur, car il fe couperait en peu de tems. Ainfi il y a un milieu à obferver entre la force du tiifu en toile , & celle qu’on lui procure par le foulage.
- 2f 6. On peut varier encore le maniement des draps en les faifant rentrer à la foulonnerie, foit fur leur longueur, foit fur leur largeur. Tout cela s’éclaircira dans la fuite ; mais j’ai cru devoir donner ces idées générales qui font néceifaires pour l’intelligence de ce que je dirai fur le tiifage.
- 257. Il fuit encore de ce que je viens de dire, que comme les petites étoffes ne peuvent pas être beaucoup foulées, elles doivent être fort garnies de fils en chaîne.
- Injlrumens qui fervent pour ourdir.
- 2?8- Les inftrumens dont fe fervent les ourdiifeurs font, i\ une elpece de chevalet qu’on nomme cannelier (85),/?/. III, fig. 2 , qui a environ quatre pieds de hauteur : il foutient fur deux plans diiférens E F , G H, dont l’un eft plus élevé que l’autre de huit à neuf pouces , vingt-quatre bobines, douze à chaque rang, plus ou moins ; car fi la portée devait être de quarante fils, 011 placerait vingt bobines à chaque rang ; fi elle devait être de trente-deux fils, on en placerait feize, pour qu’il y ait toujours un égal nombre de bobines (86) à la rangée fupérieure & à celle d’en-bas (87) ; chaque rang devant faire ce qu’on appelle une branche , ou caijjette , ou demi-portée. Comme chaque bobine
- (80 En ail. Schecrlatte. llnôpfe', dans les petits métiers, elles por.
- (86) En Allemagne, dans les grands me- tent le nom de Pfiïffen. tiers, les bobines s’appellent Spuhlen, ou (S?) Il cft très-poifible d’ourdir un nom.
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- eft traverfée d’une broche de fer attachée an chevalet, on augmente ou on diminue, comme nous venons de le dire , le nombre des bobines, fuivant le nombre des bis qui doivent être à chaque demi-portée , dont la moitié doit être roulée furies bobines d’en-haut, & l’autre moitié fur celles d’en-bas. Aux deux bouts de chaque étage , il y a deux ficelles a b, c d’, qui s’étendent dans toute la longueur de la rangée, & entre lefquelles paifent les fils des bobines pour les tenir fur le même plan, & faciliter le devidage.
- 2Q. Vourdijjoir , pl. III,jïg. 3 , qui eft compofé d’un arbre vertical & tournant de lix pieds de hauteur, fur environ trois pouces de diamètre. Cet arbre vertical, qui pofe par le bout inférieur fur une crapaudine , & qui eft reçu par l’autre bout dans un collet, eft traverlé à deux ou trois hauteurs différentes, par des bras horifontaux, à l’extrémité defquels font alfemblées quatre tringles verticales , ce qui forme comme un gros cylindre de trois ou quatre aunes, mais plus fouvent trois aunes un feizieme de circonférence , plus ou moins , fuivant remplacement de la manufacture : en un mot, c’eft une grande ajpe pofée verticalement ; au lieu que celles qui fervent à former les échets font horifontales. Deux des tringles verticales qui forment la circonférence de l’ourdilfoir, font liées l’une à l’autre vers leur partie fupé-rieure par une traverfe fixe, dans laquelle il y a trois broches ou chevilles de bois G, F, E, qui font horifontales & qui faillent au dehors de l’ourdilfoir d’en-r vironhuit à neuf pouces: cet excédant fert à tenir partagés les fils qui forment la croifure de la chaîne.
- 260. Il y a aulli au bas de ces deux mêmes tringles verticales une autre traverfe, qui eft mobile & qui repofe feulement fur les bras; cetté traverfe porte deux chevilles horifontales I, H, femblables à celles de la traverfe d’en-haut; elles fervent à faire ce qu’011 appelle la puiu croifée : les tiflerands la nomment le comptoir.
- 261. On faille la traverfe d’en-bas mobile, pour pouvoir diminuer la longueur de chaque picce de drap d’un quart, d’une moitié, &c ; & en ce cas on place cette traverfe, foit au côté oppofé à celle d’en-haut, foit ailleurs.
- De Pourdiffage (89).
- 262. Comme il entre un grand nombre de fils dans la chaîne dun drap qu’on monte fur le métier à deux aunes & demie de largeur, il 11e ferait guère polîible de manier à la fois ce grand nombre de fils; mais on les divife par faifeeaux, compofés ordinairement de quarante-huit fils. Ces faifeeaux £e
- bre impair de fils, par exemple , fept dans tout en Saxe, ia rangée fupérieure, & huit à celle d’en- (?8) En ail. Schcergiebe.
- bas, fi l’on met trente fils par portée. C’eft (§9) En ail, aufjcheeren*
- ainîi que cela le pratique prefque par-.
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- nomment des portées on étend d’abord' les fils par demi-portées de vingt-quatre fils , & en conféquence on met fur le cannelier vingt-quatre bobines,,
- 26"3. Quand il eit queltion de pofer la chaîne fur le métier, il faut la dif. poîbr de maniéré que la moitié des fils puilfe etre élevée pour former ce qu’on nomme le pas d'en, haut, & que l’autre moitié puilfe être abailfée pour former le pas den-bas ; de forte qu’alternativement un fil doit s’élever pendant que le fil voifin s’abaiife, afin de former un croifement dans lequel on paife la trame, pour former un entrelacement ou tilfu femblable aux toiles ordinaires.
- 264. En conféquence, on conçoit que, pour ourdir une demi-portée qui doit être de quarante-huit fils , il faut étendre à la longueur de la piece de drap les fils des vingt-quatre bobines qui font fur le cannelier, & outre cela les croifer. Pour rendre cette opérationplus fenfible , je vais fuppofer qu’011 veut faire une portée de huit fils.
- 265. On prend quatre bobines, deux du rang d’en-haut’A,/?/. III,fig. 4, & deux du rang d’en-bas B ; & pour que les fils ne fe confondent pas , & qué l’ouvrier puilfe dillinguer ceux du rang d’en-haut' d’avec ceux du rang d’en-bas , ce qui elt néceifaire pour faire la, croifée, il les paife, en obfervant le même ordre qu’ils ont fur le cannelier, dans les trous de la palette F : alors ces quatre fils forment le faifeeau L, qu’011 nomme une demi-portée..
- 266. Ensuite,pi. III ,fig. 5, on arrètedes quatre fils A fur la cheville B; puis faifant un nœud en C, on place la palette F à une petite diiiance du nœud, à peu près comme le repréfente la figure 4 ; puis tenant la palette de la main droite, on croife les fils entre le pouce & l'index de la main gauche , ainii que le repréfente la figure 6. Pour cela on prend le fil a qu’011 abaiife fous le pouce, & qu’on fait palier fur l’index; le fil b paife fur le pouce & fous le doigt index ; le fil c paife fous le pouce & fur le doigt index; enfin le fil dpaife fur le pouce & fous le doigt index. De cette façon tous les fils fe trouvent alternativement croifés entre le pouce & Je doigt index, comme 011 le voit dans cette figure ; ce qui forme la croifée. On verra dans la fuite que les fils a , c, font le pas d’en-haut ; & les fils b , d, le pas d’en-bas.
- 267. Pour conferver le croifement des fils, on les pofe entre les chevilles C, D, fig. S- La pofition des.quatre fils e(l encore repréfentée plus fenfi-blement par la figure 7 : la cheville C tient lieu du pouce delà figure 6; & la cheville D , du doigt index. Cette difpofition fe voit encore fur la figure t.
- 258- La grande croifée étant ainfi placée, on fait paifer lés quatre fils réunis autour de la cheville E ,fig. 5 ; puis tenant de la main gauche la palette F, pour que les fils confervent toujours leur même pofition refpeéhve ; & de la'mahi droite les quatre fils réunis , on va enlacer le faifeeau de quatre fils ’qui- doi-t vent faire la demi-portée , entre les trois chevilles I, H, G, qu’011 luprofi? éloignées des chevilles C, D s E, de vingt-cinq aunes fi la picce avait cette
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- longueur ; ce dernier enlacement le nomme lapetite croifée. Pour faire la portée entière, il faut , en tenant toujours la palette F dans la même pofition, reporter le faifceau Kjufqu’à la cheville E; puis croifer les fils a, b, c}d,fig. 6> comme la première fois, & paifer cette croifée dans les chevilles D, C : alors la portée de huit fils eft ourdie ; & en faifant une autre croifée en defcendant, on recommence à ourdir une nouvelle portée, pour laquelle on répété exactement la même opération»
- 269. Il eft rare qu’un fabricant ait un emplacement aflfez étendu pour ourdir une demi-portée d’un feul trait, comme nous l’avons fuppofé dans la figure 2 j mais on peut opérer le même effet en brifantla demi-portée fur des chevilles, autant de fois qu’on le juge à propos. Ainfi, ayant formé la grande croifée furies chevilles C, D, E, on va porter la demi-portée fur une cheville pofée dans un endroit commode pour l’ouvrier, puis fur une fécondé cheville, puis fur une troifieme, puis fur une quatrième, enfin fur la cheville G; & ayant fait la petite croifée fur les chevilles E2,F,la demi-portée fera fur toutes les chevilles , en obfervant exactement tous- les zigzags de la demi-portée précédentes fans quoi 011 ferait ce qu’on nomme un cheval, & alors il ferait impoffible de monter la piece fur le métier»
- 270. Quand on eft parvenu à la derniere cheville , on fait la grande croifée furies chevilles D, C, tant en montant qu’en delcendants & l’on recommence une nouvelle portée»
- 271. Il faut obferver, i6. que les demi-portées que nous avons fuppofé, pour rendre la démonftration plus claire, n’ètre formées que de quatre fils, le font ordinairement, dans les fabriques de draps, de vingt-quatre fils j 2°. que quand on a ourdi une fuffifante quantité de portées , on fubftitue à la cheville C, une perche qui feloge dans la rainure de la grande anfoüple; 30. qu’on fubftitue à la cheville D, une corde fur la longueur de laquelle on diftribuera toutes les portées dans le même ordre quelles étaient fur les chevilles, pour attacher les fils aux lilfes des lames, comme nous l’expliquerons. 40. Comme il faut coller la chaîne avant de la monter fur le métier, afin d’empêcher que les croifées 11e fe confondent, on les lie avec un ruban, comme le repréfente la figure g , au lieu de les diftribuer dans la longueur de la perche & de la corde, comme je viens de le dire. Cette opération ne fe fait que quand la chaîne eft collée.
- 272. Mais ce que nous venons de dire, 11e fe pratique point dans les manufactures de draps ; c’eft une fuppofition que nous avons cru utile pour mieux faire comprendre ce qui eft d’ufage. Les fabricans fe fervent de l’ourdiifoir , jig• 3, dont nous avons} donné la defcription. Cette méthode eft beaucoup plus expéditive, comme nous allons le faire connaître.
- 273. Dans les fabriques de draps, les ourdifieurs dévident à la fois le fil
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- des vingt-quatre bobines qui font fur le eannelier. S’il y en a douze plus; élevées que les douze autres, c’eft afin que l’ouvrier puiffe aifément former fur fes doigts le croifement dont nous avons parlé plus haut, & qu’oiî foit difpenfé d’avoir à la main la planchette F, qui deviendrait très-embarraf* fante, fi l’on avait des portées compofées d’un grand nombre de fils.
- 274. Comme les vingt-quatre fils ne font qu’une demi-portée, il faut dou*. bler cette demi-portée, pour en former une portée entière, compofée de quarante-huit fils.
- 27^. On conçoit qu’au lieu d’étendre les fils le long d’une muraille, il revient au même & il eft bien plus commode de rouler la demi-portée fur la circonférence de l’ourdiffoir qu’on fait tourner, pour faire décrire au faifL ceau qui fait la demi-portée, un hélice , depuis le haut de l’ourdiffoir où l’cn a fait la grande croifée, jufqu’en-bas où l’on fait la petite croifée.
- 276V La grande croifée qui fe fait au haut de l’ourdiffoir, range tous Iss fils de maniéré qu’ils puiffent faire aifément fur le métier l’entrelacement qui forme le pas d’en-haut & le pas d’en-bas. Cette grande croifée fe fait donc au haut de fourdifloir fur les chevilles E, F, G, pL III3fig. $, & elle forme la tête de la chaîne.
- 277. La petite croifée fe fait au bas de l’ourdiffoir fur les chevilles I, H* & elle fert à ranger toutes les portées à leur place, ce qui forme la queue, de. la chaîne.
- 278. L’ourdisseuse ou l’ourdiffeur ( car les hommes & les femmes peuvent exécuter ce travail, qui n’exige pas beaucoup de force ), doivent tenir-la demi-portée plate comme un ruban, & prendre bien garde qu’elle ne? tourne fur elle-même. Quand elle a formé la petite croifée , elle doit ^ tournant l’ourdiffoir en fens contraire, remonter fa demi-portée du bas au haut, de l’ourdiifoir, fuivant exactement toutes les révolutions qu’elle a formées en defcendant, & éviter qu’un tour ne paife fur l’autre ; ce qu’011 appelle frire un chzval(90/. Elle doit encore marquer, avec un crayon rouge ou bleu,, chaque tour que la chaîne fait fur l’ourdiffoir ; ce qu’011 nomme une en~-feigne (91) j & quand la chaîne eft finie , elle doit paifer un ruban dans chacune des croifées , comme on le voit pl. III, fig. 8 , & le lier bien ferme de crainte qu’elles n’échappent & qu’elles ne fe mêlent : ce qui ferait une cou-fufion très-difficile à réparer. Après ces idées générales, je vais entrer-dans? les détails, & fuivre pied à pied l’ourdiifeufe-dans toutes fes opérations.
- 279. Lorsque, l’ourdiifeufe veut faire les portées d’une chaîne, elle coqi~-mence , je fuppofe , par mettre fur fon eannelier vingt-quatre bobines auiC: broches du fer, qui font furies traverfesEF & GH, pUJU ,fig. 2; lavoir,.
- {90) En ail. ein Fülkm
- (91) En-ail. Zcichen ou B and.
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- douze à la traverfe E F, & autant à la traverfe G FI. Elle prend les bouts des •fils de ces vingt-quatre bobines , elle les noue enlemble comme en B , ce qui Forme une efpece de cordeau qu’elle tient.de la main gauche ; & après s’ètre -un peu éloignée du cannelier, elle fépare exactement les fils du haut EF, & du bas GH : ce qu’elle fait avec les doigts , fur-tout le pouce & l’index de la •main droite , comme nous l’avons expliqué fig* 6. Ce croifcment eft repréfenté par les chevilles D , C , que nous avons dit tenir lieu des doigts de la jigure 6. Elle baille donc le premier fil du haut ef, & avec le pouce elle releve le premier fil du bas g h : enfuite avec le doigt index elle bailfe le fécond fil du haut, & avec le pouce elle releve le fécond fil du bas. Elle continue cette opération jufqu’à ce qu’elle ait pris les vingt-quatre fils , de maniéré que ceux qui étaient en-haut fe trouvent en-bas , mais entrelacés i’un dans l’autre, comme on le voit en D C. Elle accroche enfuite à la cheville E -fig. 3 , de l’our-dilfoir , le bout du cordeau noué, ou de la demi-portée , qu’elle tient avec fa main gauche; puis elle fait entrer les chevilles C X) dans la croifée qu’elle a faite, & qu’elle tient de la main droite; enforte que les fils qui viennent des bobines E., F , qu’on paife fur la cheville C, paifent enfuite fous la cheville D ; & les fils des bobines G, FI, qu’on pâlie fur la cheville D, paifent enfuite fous la cheville C : c’eft ce qui forme la grande croiièe. Cet entrelacement fe
- voit encore en C D.
- 28o. L’ourdisseuse , tenant de la main droite les vingt-quatre fils réunis, fait tourner l’ourdiifoir avec la main gauche; & à mefure qu’il tourne, elle bailfe infenfiblement la main droite jufqu’à ce que le cordeau qui le nomme demi-portée, foit parvenu au bas de i’ourdiifoir, & que la chaîne ait la longueur que l’on a voulu lui donner. Pour lors, quand elle eft au bas, elle arrête l’ourdiifoir, & paife la demi-portée en laifeeau fur la cheville H& fous la cheville H , fig. 3 ; puis en retournant & revenant fur fes pas, elle la paife fous la cheville F, & de cette façon elle fe croife , ce qui forme la petite croifée HI, fig. C Enfuite l’ouvriere donne à l’ourdiifoir un mouvement oppofé à celui qu’il avait en premier lieu , & elle conduit fa demi-portée de bas en haut. Quand elle eft arrivée au haut de l’ourdiifoir, elle fépare ces fils avec les doigts, comme il a été dit ci-deifus ; elle les fait entrer dans les chevilles 'C,D,IH,/%. 3, & de là à la cheville B , autour de laquelle elle fait paifer la demi-portée : alors la portée eft faite en entier. Elle continue cette manœuvre jufqu’à ce que l’ourdiifoir foit chargé du nombre de fils qui eft néceffaire pour la chaîne.
- 28 r* L’ourdisseuse doit avoir foin, d’examiner très - fréquemment fi toutes les bobines tournent; car s’il y avait un fil ou deux de moins à une portée qu’aux autres, il eu ré!ulcérait un défaut dans le tillage : ainfi elle doit fuivre toujours, foit .en descendant., foit en remontant, les mémos coi'dons ou
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- demi-portées ; autrement il y en aurait moins, & cela ne vaudrait rien (92) : elle doit aulïï veiller à fa croifée ou demi-portée, qu’il faut qu’elle conduite bien à plat, comme li c’était un ruban; & aullî-tôt qu’elle s’apperqoijt que les fils viennent à le rompre, il faut qu’elle arrête l’ourdiifoir pour les renouer avec propreté ; car ii les nœuds étaient trop gros , ils ne pourraient pas paL fer dans le tilfage , & fe rompraient dans le paifage des lames & du rot,’ ce qui fait un mauvais effet. Elle doit aulfi avoir foin de conduire & de tenir toujours le cordeau ou la demi-portée tendue avec une égale force; fans cette attention , il y aurait, lors du travail fur le métier, des poches dans la chaîne, qui paraîtraient infailliblement dans le drap. Quand la chaîne eft ourdie, on arrête les croifées avec des rubans , fig. 8 : on démonte la chaîne de l’ourdit foir, & on la remet au colleur, ordinairement enlacée comme 011 le voit fig. 9.
- 282. L’ourdissoir eft, comme on vient de le dire, un grand dévidoir ou afpe , qui fert à devider les bobines de fil de chaîne, & à les difpofer de façon qu’ils puiifent faire une chaîne de la longueur que i’011 a déterminée. CetinL trument la divife par portée de quarante-huit fils, ou de quarante , ou de trente-fix fils, fuivant le nombre de bobines qui ont été montées fur le cannelle r ; & chaque portée en deux parties de vingt-quatre , de vingt ou de dix-huit fils chacune ; l’une & l’autre de ces deux parties s’appelle brandie ydemi* portée, ou cuifette : ainfi deux branches font une portée (*).
- (92) S’il manque quelques fils dans la chaîne , les tifferands font obligés d’y fup-pléer par de petites bobines, qu’ils tiennent fuipendues au-delîus de la chaîne, juf-qu’à ce qu’ils retrouvent les fils oubliés ou caftes, pour les relever. Voyez YEncydo-pcdie.
- (*) Quoique les tifferands faffent des toiles avec du fil de différente groffeur, & aulfi de différens lez , & que pour cette rai-fon ils foient obligés de mettre plus ou moins de fils à leur chaîne lorfqu’ils la montent fur leur métier', ils ont cependant coutume de former toujours leur demi-portée de vingt fils ; de forte que les portées fe trouventde quarante fils. Mais ils augmentent ou ils diminuent le nombre de ces portées fuivant la groffeur de leur fil, & félon la largeur qu’ils veulent donner à leur toile.
- En fuppofant que le lez eft le même , & qu’un tifferand ait à faire une toile avec du fil affez gros, & un autre avec du fil - Tome VIL
- plus beau & fin, il eft certain qu’il doit mettre un plus grand nombre de fils à la chaîne de cette derniere piece de toile qu’à la première. C’eft le roc qui lui indique le nombre des fils qu’il doit employer à l’une & à l’autre, ainfi que nous allons l’expliquer.
- Il faut être prévenu que le tifferand doit avoir différens rots, fuivant les différentes groffeurs de fils qu’il doit employer, & qu’il a foin de joindre à chaque rot un échantillon du fil qui y convient, ce qu’il nomme des marques ; il réunit enfemble vingt des fils dont il doit faire fa toile, & il en forme un faifceau ; il enlace ce faifceau avee celui qui eft formé aulfi de vingt fils d’une groffeur proportionnée au rot auquel cette marque appartient ; ces deux faifceaux formés chacun de vingt fils, étant enlacés , on les tortille entre les doigts. Il eft évident que , fi une partie eft formée de fils plus gros que l’autre partie , un des cordeaux fera pilus gros que l’autre, qui eft la marque
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- 283. Aux Andelis , la. chaîne eft ordinairement de quatre-vingt portées; êfe quarante fils chacune, faifant trois mille deux cents fils ; & la chaîne des draps à doubles broches., elt de trois mille fix cents .fils. Pourfuivons nos détails.
- 284. L’ourdjsseuse monte fur fon cannelier ( je lefhppofe ) vingt bobines, dix eiirhaut & dix eiubas; ce qui fournit en defcendant, puis en remontant, quarante fils : ces quarante fils compofent. une portée.. Pour ourdir un drap de deux aunes & un quart de large qui, après avoir été foulé ,.fe réduira à une aune & un quart, il faut trois mille fils (.94) qui, divifés par quarante, nombre des fils d’une portée ,.donnent.foixante & quinze portées. Pour ourdir un autre drap de deux aunes un quart, qui doit fe réduire, étant foulé , à une aune un tiers, il faut trois mille huit cents fils. (94) , lefquels divifés par quarante, forment quatre-vingt-quinze portées.,
- 28ï* Quoiqu’il 11’y ait de différence qu’un douzième d’aune entre un drap d’une aune un quart ,.& celui d’une aune un tiers ,.011 11e laide pas d’a~
- relative à un rot. En ce cas, l’ouvrier prendra un rot dont les dents feront moins., ferrées, & il fera la même épreuve avec, une autre marque. Quand il en a trouvé un qui donne un cordeau de même groffeur que le fil qu’il doit employer , il reconnaît s’il doit fe fervir d’un rot de douze cents ou de quinze cents, &c. Pour lors , fachant que chaque portée eft de quarante fils , il voit qu’il faut deux-portées & demie pour faire un cent de fils ; que cinq portées font deux cents fils ; que dix portées font quatre cents fils ; vingt portées huit cents : à quoi ajoutant dix portées, qui font quatre cents fils , il aura , pour ourdir fa piece , douze cents fils en trente portées..
- Chaque rot doit avoir fa lame (93), dont le nombre des liffes foit proportionné au nombre des dents du rot.
- Quand on veut faire des toiles de diffé-rens lez, mais dont les fils foient d’une même groffeur r on fe fert des mêmes lames & des mêmes rots , & l’on fe contente de diminuer le nombre des portées qui, dans «e cas, n’occupent que le milieu du rot & des lames , ce qu’on nomme detrairc.
- Comme on fait peu de toiles dont le fil ait été filé par use même, main , jl y .en.a
- néceflairement qui font un peu plus gros les uns que les autres : les tifférands doivent entre-mêler ces fils fur le cannelier, pour qu’ils foient diftribués à peu près égale-ment fur toute la largeur de leurs chaînes; fans cette attention , la toile fe fabriquerait mal.
- Quoique l’art du tiflerand doive être traité à part, nous avons cru que le peu que nous venons de dire , jeterait quelque jour fur le tillage des draps.
- (93^ En Allemagne , la lame pour les métiers doubles s’appelle Kamm ; & pour les métiers fimples, Gcfchirr.-.
- (94) Cela eft bon pour les draps de couleur, parce que la laine qui a été teinte fe foule moins aifément que celle qui ne l’a pas été; mais pour les draps fabriqués en blanc, il en faut davantage. Note de M-Roujjeau.
- (95; M. Rouffeau trouve que la difpro-. portion eft trop confidérable ; parce que la . fineffe des chaînes ne peut varier beaucoup dans les draps d’une même qualité, puif-qu’on les mefure fur le même afpe , & que . ce n’eft pas la chaîne qui fait la qualité da drap , mais la trame.,
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- ffouter au dernier quinze portées ; ©e qui ne paraît pas proportionné aux différences de largeur : mais on obferve cette différence, parce que la chaîne des draps d’une aune un tiers, eft communément plus fine que celle des draps d’une aune un quart ; ce qui oblige d’employer un plus grand nombre de fils pour le tiffer. Je crois d’ailleurs qu’ils font tiffus dans unplus grand large.
- 286. On a depuis peu ajouté deux cents fils aux draps d’une aune un quart, pour les rendre plus fournis en laine (96).
- 287. Les draps fins de Louviers font compofés de quatre-vingt-deux portées & demie, lefquelles, à quarante fils par portée, font le total de trois mille trois cents fils (97).
- 288- Ce que nous venons de dire eft relatif aux draps fins y & l’on conçoit que, pour les gros draps, on diminue & le nombre des fils & celui des portées : mais ce font des détails dans lefquels il ferait afléz inutile d’entrer-, ftir-tout après la note qui regarde le tilferand de toile ordinaire , que nous avons mife plus haut.
- Du collage (98).
- "289. On encolle la chaîne pour la rendre plus ferme -& plus aifée à 'employer, & afin qu’elle réfifte au frottement du rot fans bourer.
- 290. On peut coller les chaînes avec quatre ou cinq livres de colle de Flandre pour une chaîne de quarante ou quarante-cinq aunes , qui pefe trente à trente-deux livres j mais communément on fait la colle avec des rognures de peaux de gants ou de-chamois. La meilleure eft faite de raclures de parchemin, ou, encore mieux, avec des piquures de cribles. Chez M. de Julienne, on fait la colle avec des peaux de lapins dépouillées de leurs poils (99) ; on les acheté chez les chapeliers fabricans.
- 291. Pour préparer la colle qu’011 doit faire à fur & à mefure qu’on en a jbefoin, on prend de ces peaux * & après les avoir mis tremper & les avoir
- (96) Cela conviendrait, pour donner du •corps à un drap que l’on voudrait fabriquer mince ; mais, comme le remarque M. Rouf-feau , & comme je l’ai dit plus haut , l’effet de cette augmentation des fils de la chaîne eft v de rendre les draps plus déliés , parce qu’il doit y entrer moins de fils de trame, fi. la largeur eff r-eftée la même.
- (97 Comme le fabricant doit attacher toutes fes pièces à la même longueur , Toit parce qu’il y eft obligé par les réglemens, ou pour le bon ordre de fa fabrique , il doit être exact à faire peferles chaînes & à e-n-
- régiftrer les poids. Avec cette attention , il connaîtra fi les fileufes s’écartent de la réglé qu’il aura prefcrite pour chaque efpece d’étoffe : bien entendu que cette réglé n’eft fûre qu’autant qu’on travaille la même efpece de laine , & qu’elle doit varier en changeant le genre de l’étoffe, ou la qualité de la laine. Voyez VEncyclopédie.
- (98) En ail. Lcinien.
- (99) Les peaux de lievres font tout aufîi bonnes, En général toutes les peaux préparées par le mégiffier, font de très-bonne colle. (
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- tordues & lavées , on les met dans une chaudière. Quand elles y ont trempé quelques heures, on les fait bouillir douze à quinze heures , & même jufqu’à trente, plus ou moins, fuivant la failbn & la quantité de colle qu’on veut faire. Quand elles font fondues, on paife la liqueur à travers un panier d’ofier bien ferré (100), pour la purifier de fon marc ; en fuite on la met dans un cuveau : quand elle eft refroidie au point d’y pouvoir mettre la main , on y trempe la chaîne de fils que l’on comprime avec les mains pour la faire imbiber ; on la retire fur-le-champ 5 on la tord par parties, & on la fecoue afin que la colle fe répande uniformément, &pour en faire fortir ce qu’il y en a de trop, qu’011 nomme le brevet (101; , & qu’il n’y refte que la quantité de colle nécellàire pour faciliter le tiifage.
- 2512. Un bain trop chaud diilout & attendrit la laine; il ne donne point de confiftance à la chaîne : un bain trop froid fait le même effet que fi l’on n’avait pas tordu la chaîne également; c’eft-à-dire , qu’il laide des placards de colle qui attachent les fils les uns avec les autres, ce qui porte un obftacle infini dans l’opération du tiffage. Il faut cependant que la colle foit plutôt un peu trop chaude que trop froide , parce que la chaleur fond le plus gros de l’huile qui fe trouve fur la chaîne, laquelle fait place à la colle. On laiffe la chaîne toute collée, étendue également fur un plancher fort net jufqu’au lendemain , pour qu’elle fe refroidiife & qu’elle prenne fa colle : il faut, pendant cët intervalle de tems , la retourner plufieurs fois, fans quoi le delfous ferait plus collé que le delfus. On tranfporte enfuite la chaîne, quand elle efl bien collée , dans les champs où l’on a difpofé des perches fur des piquets plantés en terre, ce qu’on nomme unpenteur (102) ; c’eft fur cepemeur oupentaL qu’on étend la chaîne pour la faire fécher. On prétend qu’un foleil trop ardent fait perdre à la colle une partie de fa ténacité: peut-être eft-ce une prévention; quoi qu’il en foit, quand il fait de grandes chaleurs, on étend les chaînes collées le matin & le foir avant le ferein , après que la rofée eft tombée ; en hiver ? on l’étend pendant le haut du jour (1033.
- 293. On.frifi la chaîne; c’eft-à-dire, qu’on a grand foin de la bien ranger & delà tirer en longueur pour étendre les fils & les détacher les uns des autres; on élargit les croifées , & on divife la chaîne par petits cordons, afin de pouvoir remettre à leur place tous les fils rompus qui pendent en-deffous.
- 294. Quand le tems eft mauvais, on étend la chaîne collée dans des chant-
- (100Î Un tamis vaut mieux , parce qu’il retient mieux le marc.
- (101) Il n’y a point de mot allemand , pour défigner cet excédant de colle. Il faut l’exprimer , fans contredit ; mais il faut fe garder de le faire ni trop ni trop peu. Un
- ouvrier habile fait cela par pratique , & il a foin d’obferver la température de l’air.
- (r 02) En ail. Werftmhânge.
- (10;) En un mot, il faut éviter la cha. leur du foleil, & l’humidité de 1@ nuit,
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- bres où l’on met à différens endroits du charbon allumé pour la faire fécherj en ce cas, on prétend qu’il faut que la colle foit plus forte. Peut-être les colleurs n’emploient-ils ce prétexte que pour épargner le charbon (104).
- Remarques fur la colle,
- 29f. Les grandes chaleurs & fur-tout les tems orageux gâtent la colle (*). Cependant, quand une chaîne eft mal collée , la piece manque de fermeté, & elle relie plus courte, parce que le fil n’ayant pas fuffifamment de force pour foutenir les efforts de la chaffe & des marches, il fe rompt plus fou vent, & le grand nombre de fils rompus & faillans forme un vuide dans le corps du drap , qui occafionne que la piece rentre plus vite fur fa largeur, quand on la foule. En pareil cas, & pour éviter qu’elle ne devienne trop étroite, ii faut la fouler fur la longueur : autrement elle manquerait de force j & alors on perd fur l’aunage ce qu’on aur ait perdu fur le lez.
- 296. Il eft vrai qu’une chaîne féchée en plein air, fe trouve toujours mieux collée que quand elle a été féchée au feu ; mais dans le premier cas, il faut prendre garde qu’elle ne reçoive de la pluie, & qu’on ne foit obligé de la retirer avant qu’elle ait pu fécher , parce qu’alors elle ferait toujours mal collée.
- 297. Dans le cas d’une pluie imprévue, il faudrait la retirer despenteurs, la mettre à couvert, & l’étendre de nouveau auifi-tôt que le beau tems ferait revenu.
- 298. Quand , par les orages ou une pluie imprévue , une chaîne a été mal collée , on la recolle ; mais la chaîne en fouffre beaucoup. Il eft eft impoflîble de la bien monter fur Yenfouple } & le tillage n’eft jamais bien exécuté (106).
- (104) Ce n’eft pas principalement la confommation du charbon qu’on cherche à épargner : mais le fabricant n’emploie ce moyen que lorfqu’il y eft forcé par les mauvais tems d’hiver : i°. parce qu’il y a beaucoup à perdre fur la longueur de la chaîne , torfqu’elle n’a pas été étendue en plein air : 2°. le collage au feu devient mauvais , parce que , pour peu que le feu n’ait pas été bien ménagé, la colle s’éclate & tombe comme fi elle avait été expofée à un trop grand foleil.
- (*) Je crois, qu’en mettant de l’alun dans la colle, on l'empêcherait de tour-
- ner (ioç) , & je penfe que la force de la colle n’en ferait point diminuée : c’eft une cbofe à éprouver. On pourrait auifi effayer l’elfet du tartre crud en poudre.
- (i©OM, Rpuffeau dit qu’on a égayé ce moyen fans beaucoup de fuccès, & qu’on s’elt mieux trouvé d’employer du frcmage mou. On pourrait encore tenter l’effet du tartre blanc, dont quelques fabricans de papier fe fervent avec fuccès.
- (106) Les laines étant léchés , les tiffe-rands les relèvent, & c’eft ce qu’ils appel» lent cueillir.
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- 1299. L’opération du tilfage eft une des principales de toute la fabrique-, Sc elle demande beaucoup d’attention, d’exactitude & de fidélité de la part des ouvriers. Nous allons -commencer par décrire le métier.
- Defaription du métier & des ufi enfiles qui fervent au tiffeur ou tijferand.
- 300. Le verdillon Y(10&) ,/>/. IV, fig. i & 4, eft une perche de bois ronde A unie, qui doit avoir fix pouces de plus en longueur de chaque côté que la largeur de la chaîne. On lapalfe dans les petites croifées , & elle tient en ordre le bout des portées., ou la queue de la chaîne : ainfi on palîele verdillon Y dans les ailles formées par les chevilles I, pi. III, fig. 75 & la corde y du verdillon palfe dans les anfes formées par la cheville.
- 30r. Quand on a arrangé fur le verdillon le bout des portées , qui doit faire la queue de la pièce, on place le verdillon couvert de la chaîne dans une rainure creufée.dans la grande enfouple A (109) , pl. IV, fig. 1, & il y refte enveloppé par la chaîne , jufqu’à ce que la piec.e foit entièrement tiifue.
- 302. La figure 2 ,pl. IV, eft une coupe de la grande enfouple A, perpendiculairement à fa longueur, pour faire voir le verdillon Y, placé dans la rainure s e, f font quelques fils de la chaine; Z eft une coupe du vateau, dont nous allons parler.
- 303. Le houeteau, ou vateau, ou voteau (lio) , & quelques-uns difent râteau , Z ,.fig, 1 , 3 , eft compofé de deux tringles de bois a b 3c d, parallèles l’une à l’autre , qui s’alfemblent & s’appuient fur les deux traverfes ac , Sib d. Ce cadre contient des chevilles de bois g g, &c. qui ont environ deux pouces Sc demi de longueur. Ces chevilles entrent à force dans la tringle d’en-bas c d, & elles font reçues dans des trous percés à des diftances égales fur la tringle A’en-haut a b. Cette tringle a des trous de rencontre en nombre pareil Si à égale diftance que ceux de la tringle d’en-bas cd, Si alfez larges pour que les chevilles puilfent y entrer & en fortir fans peine, afin que la traverfe a. bpuiife s’enlever aifément.
- 304. Le voteau doit avoir un peu plus de longueur que la largeur qu’ou veut donner à la piece ,par exemple, deux aunes & demie , afin que la pièce puiife y occuper deux aunes un quart. Enfin il doit y avoir autant de chevilles au voteau que le drap doit avoir de demi-portées. Ainfi , quand on met au drap un nombre différent de portées, ou quand 011 fait des draps de différente Margeur, il faut changer de voteau.
- (107) En ail. das Wtben. l £u98) En ail. der Scknurjiock.
- (109'') En ail. IVebcrbaum.
- (no) En ail. Ocffncr , ou Kettclkamm*
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- gof. Le voteau Z étant en bon état 8c garni de toutes Tes chevilles , on lève là tringle fupérieure a b ,8c divifant en deux les portées qui font fur le verdi!-Ion Y, on palfe entre chaque cheville du voteau une demi-portée, comme on le voit en g,fig. g , par des fils qui repréfentent les demi-portées. Si l’on ne mettait au voteau qu’autant de chevilles qu’il y a de portées à la chaîne , les deux demi-portées qui fe trouveraient entre les chevilles fe toucheraient , & elles pourraient fe confondre ; c’eft pour cette raifon qu’on met autant de chevilles au voteau qu’il y a de demi-portées , afin que la chaîne fe diftribue plus uniformément fur toute la longueur delà grande enfouple. Les branches ou demi-portées étant toutes ainfi placées entre les chevilles, on remet la tringle fupérieure a b, comme on le voit en Z ,7%. 3 (*) ; & afin qu’elle ne forte pas des chevilles, on la lie à la tringle c d avec des cordes ou tous autres liens qui y font attachés!.
- 306. On doit, comme je l’ai déjà dit, avoir plufieurs vôteaux, & en choifir un qui fait auffi large que les-chaînes-, & qui ait autant de chevilles que la chaîne doit avoir de demi-portées , afin de ne faire ni vuideni plein. Quand le voteau fe trouve trop long, •on eft obligé de faire plufieurs vuides, qui occa-fionnent que la chaîne eft molle à ce s endroits ; quand le voteau eft trop court, * on ne peut fedifpenfer défaire des pleins , c’eft-à-dire, de mettre deux de importées dans une broche ; .& alors. 011 eft expofé à rompre beaucoup de fils en montant la chaîne..
- 307. C’est à l’aide de ce voteau qu’on roule la chaîne bien'régulièrement à plat fur la grande enfouple A, où l’on voit la rainure dans laquelle doit être placé le verdillonY, & les deux demi-portées , dont une palfe d’un côté & Pautre du côté oppofé de chacune des chevilles du voteau Z.
- 308- La grande enfouple A ,fg. 1,4, •> , 7, eft, comme nous venons de le dire, un gros rouleau ou cylindre de bois, qui tourne fur des collets. Dans prefque toute fa longueur, elle eft creufée d’une profonde rainure , pour recevoir le .verdi-llon Y. A l’un de fes bouts font des chevilles pour la tourner,. comme 011 le-voit fig. 4 , quand 011 monte la chaîne, & empêcher qu’elle ne fe détende. L’enfouple doit être plus longue que le voteau , parce qu’elle déborde le métier par fes deux extrémités. Pour monter la chaîne fur ce cylindre , on met le verdillon Y dans la rainure de l’enfouple A, en rangeant bien régulièrement toutes les demi-portées à côté les unes des autres, par le moyen du voteau. A mefure qu’on tilfe la toile , on détend l’enfjuple , pour fournir de la chaîne; c’eft pour cela qu’elle eft placée derrière le métier.
- 309. Les figures. 4 & 4 repréfentent le métier vu par-derriere, afin qu’on 1 purifie appercevoir la grande enfouple A.
- ( * ) On a repréfênté dans la figure 3 les & trop écartées, afin de faire mieux com^-chevilles du voteau beaucoup trop.grofiês prendre comment il eft Fait,
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- 310. Il eft important que fenfouple ne foit point courbe dans le fens de (a longueur, afin que tous les fils de la chaîne foient également tendus. Néanmoins, comme il arrive fouvent que la chaîne mollit vers le milieu , parce que Jes lifieres qui font aux deux bouts font une épailfeur qui groftit fenfoupie en ces endroits , il y a des fabricans qui font tenir la grande enfouple un peu plus grolîe vers le milieu qu’aux extrémités.
- 3n. Les lames Q_( m) font montées fur des tringles L, l>m, m , fig' 6 , 8 » qu’on nomme liais (i 12). À ces tringles font attachés par le haut & par le bas des brins de fil retors , de lin , ou de chanvre, ou encore mieux de laine : on les nomme lifics (113). Les liais ont près de dix pieds de longueur -, car les lames doivent être aulli longues que la largeur de la piece ou de la chaîne, y compris les lifieres.
- 312. Au milieu de chacun des fils qui forment les Iilîes , il 7 a un anneau n , pl. IFy fig. g, fait du même fil que les Iilîes. Ces anneaux fe nomment mailles , & c’eft par ces anneaux que paifent les fils de la chaîne, avant de fe rendre au rot (*). Les deux lames font chacune garnies d’une même quantité de Iilîes j de forte que fi l’on travaille un drap , dans lequel il entre 3800 fils à la chaine, non compris les lifieres, la lame du pas d’en-haut doit avoir 1950 Iilîes , & celle du pas d’en-bas le même nombre. Les 100 Iilîes qui excédent le nombre total des fils de la chaine, font pour les lifieres.
- 313. Les deux lames font fulpendues par une même corde n , fig. 5 , qui fs replie fur une poulie E, & dont les deux bouts répondent, l’un à la liais du pas d’en-haut, & l’autre à celle du pas d’en-bas : elles y font attachées par des lacets ; de plus, les lames répondent aux marches M N fi 14), fig. , par des cordes ou porte-marches , attachées d’un bout aux liais inférieures de chaque lame, & de l’autre aux marches.
- 314. Si l’on n’attachait ces liais que par un bout, ces tringles de bois, qui ne font pas trop fortes , pourraient rompre ; c’eft pour cette raifon qu’on ajoute fouvent au-delfus & au-delfous des liais , deux petites tringles de bois qu’on nomme billettes , qui s’attachent aux liais par deux gances ; & au milieu eft le porte-marche. La liais étant ainfi faifie par quatre endroits, elle eft plus en état de fupporter l’effort des marches.
- 31 ?• On conçoit maintenant que, quand 011 a abaiffé une marche , & par conféquent une lame, il faut que l’autre lame remonte, parce que le courant n eft d’une piece, & qu’il roule dans une poulie. C’eft donc par le jeu des
- (111) En ail. Kàmme , ou Gcfchirre. ( * ) J’expliquerai ailleurs plus en détail
- ( 112) En ail. Kammjiübe, ou Gefchirr* la façon de faire les lifij'cs.
- Jiàbe. (114) En ail. SchemtU
- (n3) En ail- Bindfaden.
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- marches & celui des lames, qui hauflent & baüTent alternativement que les fils de la chaîne fe croifent pour recevoir ceux de la trame ; mais il faut pour cela qu’il y ait alternativement un fil de la chaine qui palfe dans les lilfes de la lame du pas d’en-haut, & un fil voifin qui pafle dans les lilfes de la lame du pas d’en-bas. C’eft pour produire cet effet, qu’on fait la grande croifée fur l’ourdilfoir; & pour que les croifées ne fe confondent pas', on pafle dedans deux baguettes qu’on nomme verges (i i f). Voyez pl. IF, fig. I.
- 316. Les tilfeurs mettent derrière les verges une réglé de bois d’un quart de pouce d’épailfeur (116) , fur un pouce & demi de largeur j & au lieu que les fils font croifés un à un fur les verges, ils le font deux à deux fur cette réglé, qu’on nomme quarteron (117).
- 317. Le rot R (118) , pl. IF, fig. 4,6, eft une eipece de peigne, dont les
- dents font de rofeau : pour qu’elles foient bien lilfes'& d’une même groffeur, on les palfe dans une filiere qui unit la partie intérieure du rofeau , car la partie extérieure eft toujours naturellement très-polie (*). Ces dents qu’on nomme broches ou pues (119), font retenues haut & bas fur ies tringles d’mr ehaflis de bois, «Si alfujetties à l’un & l’autre bout par les révolutions d’un fil retors. r *
- 318. La longueur du rot eft déterminée par la largeur du drap ; & le nom-: bre des broches , par celui, de la moitié des fils , à quoi on ajoute le nombre des fils des libérés j fa hauteur eft toujours de quatre à* cinq pouces , & forr epailfeur d’environ deux lignes. Les fils retors, qui tieniient les broches alfu-l* jetties, doivent être goudronnés ; fans quoi l’eau , dont la trame eft imbibée, les pourrirait promptement : on colle du papier fur le fil goudronné.
- 3 fp. L’office du rot eft de comprimer le fil de la trame dans' les angles que font les fils de la chaine en fe croifànt : ainfi il faut qu’il palfe deux fils de la chaine entre chaque broche du rot ; favoir, un du pas d’en-haut, & unf du pas d’en-bas. Ces broches doivent être très-précifénient à égale diftaiïçe les unes des autres.
- 320. Il faut que l’écorce des rofeaux foit en-dehors, tant à droite qu’à gauche , & qu’elle regarde les bouts du rot; c’eft pourquoi la partie intérieure du rofeau des deux dents du milieu eft tournée l’une vers l’autre ï par ce moyen la face extérieure du rofeau eft tournée toujours vers le dehors, tant à droite qu’à gauche, c’eft-à-dire , vers les deux bouts du rot.' Ji n u
- • ‘ » .1. j ; ; *f ï.: ".r
- (110 En ail. Leferruthen. '
- (irô') L’ufage de Sedan eft plus commode. On ne fe fert pas de cette barre ; les quarterons font marqués fur les lames & fur le rot, par des, tiffes & des broches d’une couleur différer te.
- Tome FIL
- {i\n')Y,n?X\^dgpp'dte.i(rcùtzm» ' :v (r 18) En ail. das Blatt.
- ( * ) Je donnerai ailleurs plus en détail la façon de faire ces fortes de peignes.
- (119) En ail. Ricthe. •
- L \ '
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- 32L Le rot devant frapper le fil de la trame aufli-tôt qu’il a été lancé entre les fils de la chaine, fait partie de ce qu’on nomme la chajje (120). Pour produire cet effet, il faut que la face du métier foit d’environ fix pouces plus «levée que le derrière , afin que la chaife,qui eft fufpendue près de Vencou-loire (121), où les ouvriers travaillent, foit mieux difpofée à battre fur la trame: on tient les métiers dans un plan horifontal, quand 011 travaille des étoffes minces.
- 322. La chajje,pl. IF,fig. 4, f , eft compofée de deux pièces verticales W qu’on nomme les épées (122) > à leur extrémité fupérieure , elles font retenues fermement, au moyen d’un écrou , aux .traverfes d’en-haut du métier; la tète des vis eft retenue par un tourillon dans une piece de fer à enfourchement, fermement attachée au bout fupérieur des épées, & qui permet à la chajje d’avoir un mouvement de balance. Les épées font pofées verticalement aux deux extrémités de la chaffe, dont elles forment les côtés.
- 323. Aux deux extrémités d’en-bas des épées, font affemblées deux traverfes horifontales. La traverfe fupérieure R fe nomme chapeau (123) ; & la tra-verfe inférieure , le fommicr (124). Chacune de ces deux pièces porte une grande rainure , dans lefquelles 1 trot entre librement à couliffe; je dis librement, car il faut que le rot puiffe couler aifément entre les deux pièces dont j.e viens de parler, fayoir, le chapeau qui fait le deffus de chaffe, & le fom-niier qui eft au-deffous, pour fe prêter aux inflexions de la chaine. En confé-quence, le rot fe trouve placé entre le fommier & le chapeau. C’eft furie chapeau R que l’ouvrier pofe la main pour faire agir la chajje.
- 324. Sous les bras des ouvriers , eft une piece de bois I, qu’on nomme la poitrinierecouloire , ou encouloire : on la voit en différentes pofitions dans les fig• 4» S & 6- Elle eft refendue dans toute fa longueur , pour laiflèr pafler la partie de,l’étoffe qui eft tilfue.
- 32Ç?,Sous î’encouloire eft la petite enjouple G (12O , fur laquelle 011 roule l’étoffe au fortir de î’encouloire , & àmefure quelle eft fabriquée.
- 326. Le métier qui porte toutes les pièces dont nous venons de faire le détail, doit être de bon bois de chêne , bien fec pour qu’il ne fe déjoigne pas, & il doit être très-folide. Sa hauteur totale doit être de huit à neuf pieds ; car plus les épées Wt, qui tiennent les chaffes, font longues, plus elles ont de force pour frapper le drap.
- 327. Le bâti du métier fe nomme la chapelle ; les montans cj, gh, s’appellent les chandeliers (126) ; les traverfes f, g lient les chandeliers par le haut
- (120) En ail. die Lade. (124) En ail. Unterfchvoeif.
- (121) En ail, BjuJibaum. (12 ç~> En ail. Tuchhaum.
- (122) En ail. Arme. (126) En ail. die Saulcn.
- (123) En ail. Oberfchvpeif.
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- M
- Ïa partie *h , jufqu’à la hauteur de la grande enfouple A ,t& de l’encouloire I eft le pied, du métier. Toutes ces pièces font affermies par des traverfes & des liens. On en a fupprimé une partie, pour moins embarrafler les figures.
- 328- Les marches N, M (127.) font des pédales fur lefquelles les tiifeurs ap-puient alternativement le pied droit & le pied gauche , pour faire monter une! lame pendant que l’autre baiffe} elles font arrêtées en O 5 par le piquet des marches, qu’on nomme aufii marionnettes.
- 329. On appelle penne (128) des bouts de fil retors, auxquels on attache les fils de la chaine , pour commencer la piece : nous en parlerons ailleurs.
- 330. On nomme temple (129) une barre qui porte à une de fes extrémités une crémaillère j elle fert à entretenir le drap dans une-largeur uniforme.
- 331. On met quelquefois fous le métier un râtelier , ou faudet, pour empêcher que le drap ne porte à terre & ne fe falifle» lorfqu’on l’ôte de deifusla petite enfouple.
- Des navettes.
- 332. Les navettes (i%o) c pl. V, fig, 3, font faites de buis; elles font larges dans le milieu <z,de deux pouces une ou deux lignes, & fe terminent en pointe à chaque bout b. Elles ont deux pieds deux pouces de'long: le milieu a eft évidé, & forme une efpece de boîte ovale , qu’on iiommç,poche (131) , de trois pouces & demi de long, d’environ deux pouces de large, & d’un pouce & demi de profondeur. Au fond de cette poche , il y a une couverture d’une ligne de largeur fur trois pouces de longueur , par laquelle l’eau des fépoules peut s’écouler.
- 333. Cette poche ou boîte eft plus élevée dans le milieu d’environ un quart de pouce, & fe termine en pente douce, vers les deux extrémités de la navette, dont l’épaiffeur, vis-à-vis le milieu de la poche, eft d’un pouce trois quarts, & fe termine infenfiblement en pointe vers les extrémités. Au moyen de l’élévation du milieu de la navette, la fipoule qui eft logée dans la poche , eft garantie du frottement contre la chaine, & elle fe dévidé fans aucun obftacle.
- 334. Les navettes ont leur plan de deffous relevé imperceptiblement vers les extrémités} cette forme les rend plus coulantes.
- 33Î* Les deux extrémités'des navettes font garnies d’une pointe de fer, relevée en forme de patin, afin qu’en coulant dans la chaine, elles n’en arrachent pas “les fils. ' " ' ' '
- (127) En ail. Schemel. (130) En Al!. Schutzen], ou Schifgen»
- (12,8) En ail. Ledel, ou Triimmer. (13 ij.Enall. Kajle.
- (129) En ail, Spannjîab.
- L ij
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- T 3 3 Le contour extérieur de'la boite eft garni dcr cuivre percé dans 1& milieu.yers a ? d’un trou garni d’un petit anneau de fer par où pade le fil ou duite de la fipoule.
- : 3^37- Aux deux bouts de là boite font percés deux autres trous dans le £orps 'déjà qayette;,,au tfond defquels il y a de petits reiforts en forme de .tire-boure. Ç’eft dan^s ces trous qu’on place une petite broche de bois ,appelléq prime. (132), qui traverfe la fipoule , & fur laquelle elle tourne. k i 338- Toupie refteAu plan de la navette eft recouvert par-dehors de lames de corne blanche, d’environ trois quarts de pouce de large, & deux lignes, d’épaiifeur : enfin le deifous eft un peu évidé dans la longueur d’un pied. Les navettes de Hollande font plus lc-geres , & elles roulent, mieux que celles, de France.. - f , (.
- .i / f ’ ; \ 1 ï ' . / Dès fépoules (133).
- 3 39. On appelle fipoule une efpece de petite bobine a, pl. V,fig. 4, placée dans la poche de la navette, &*traverfée par la prime b, qui eft retenue aux deux bouts par des reiforts <, c.
- 340. Cette bobine ou fipoule eft une piece de rofeau, fur laquelle on de<-videmqllementJe.fil de la trame. L’ouvriere qui charge la fépoule, doit avoir attention de mouiller le fil de la trame également, & de ne pas trop ferrer les doigts quand le fil y paifeen dévidant ; & s’il fe rompt dans cette petite, opération, elle ne doit pas négliger de le renouer proprement, d eft une boîte dans laquelle les tiifeurs mettent les. fépoules. On place cette boîte au milieu, du métier, comme on le voit pl. V> fig. 1.
- . Monter ta ch aine fur îe métier.
- 341. Quand la chaine eft bien collée & féchée , 011 la monte fur le métier des.tiifeurs ou tiiferands.il faut quatre ouvriers pour cette opération: le premier qui eft repréfeuté, pL IV, fg.4., prend la chaine à deux mains , en-dehors du métier, du côté de la groife enfouple A ; elle paife fur la traverfe c du devant du métier j & il la tient du côté de la chaine , qui répond à la grande croifée.
- 342. Entre cette barre & la groife enfouple, font placés un fécond & un troifieme ouvrier (*), qui tiennent le voteau Z ,fig> 1 & 4 , qui eft, comme on l’a dit, une efpece de ratelièr de bois. Dans chacune des broches de ce
- (152) En ail. die Seele. voteau, ne font pas repréfentés dans ls
- Ci 5 O En ail. TVefelfpukn. figure.
- (*) Nota. Les ouvriers qui tiennent le
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- voteau font diftribuées les demi-portées de la chaîne , que l’on y a fait entrer après avoir dénoué le lien qui tenait la petite croifée : la chaîne paife par-delfus la barre c ; & au moyen de ce voteau, l’on arrange la chaîne fur toute la longueur de la grade ..enfouple, fuivant la largeur que le drap doit', avoir. On apatfé, comme il a été dit, dans les boucles des portées, une, baguette & une corde appellées verdiilon Y, fig. i, que Ton fait entrer en-fuite dans la rainure de la groiTe enfouple À, fig. i & 4. Deux ouvriers tiennent le voteau, l’un par un bout & l’autre par l’autre : ils doivent avoir grande attention qu’aucun des fils qui peuvent caifer, ne palTe d’une des dents à l’autre , ou qu’il n’y ait quelques demi-portées qui fe trouvent brouillées & mêlées avec d’autres. Cet inconvénient mettrait la chaîne en rifque d’ètre rompue.
- 343. Celui qui tient la chaîne en-dehors de la grolfe enfouple, doit la tenir bien ferme, & ne pas lâcher d’une main plus que de l’autre. Celui ou ceux qui font tourner T enfouple A , fe tenant du côté où font les lames , doivent tourner bien doucement & uniformément ; de plus, ils doivent veiller à ce que la chaîne fort montée bien ferme fur l’enfouple , parce quo plus elle eft montée ferme , plus les tilfeurs ont de facilité à ouvrir facilement leur croifée, & à bander fermement leur drap ; ils doivent aullî conduire les., enfeignes très-égales.
- 344. Aussi-tôt que la chaîne efi; montée ou roulée fur la grande enfouple , on ôte le voteau» en démontant la barre de delfous, qui ne tient que par les extrémités ; & Ton paife dans la grande croifée deux longues verges à la place des liens qui la tenaient j on alfure ces verges aux deux bouts par des liens , afin que la croifée n’échappe point ; 011 difpofe enfuite la chaîne à palfer dans les lames Q_, qui font placées fur le métier, à peu près parallèlement Tune à l’autre : dans la première, 011 fait palfer les fils du pas d’en-hautj & dans la fécondé , les fils du pas d’en-bas : enfin Ton attache ces fils, les uns après les autres aux fils depmnes qui-traverfent les liffes IV, fig. 5. L’ouvrier ne faurait avoir trop d’attention pour nouer tous ces fils , & prendre garde de ne pas. mettre un fil du pas d’en-haut dans le pas d’en-bas, ce qu’on appelle for-nouer (134) : ce qui fe fait en nouant un fil du pas d’en-, haut avec un fil du pas d’en-bas. S’il fe trompait, la chaîne ferait nouée hors de pas.
- 34f. Pour comprendre ce que c’eft que les fils de penne & leur ulage, il fuffit de faire attention qu’on pourrait palfer tous les fils de la chaîne, Ie. par les liffes, 2°. par le rot, 30. enfuite par la fente de Vencouloire, & les attacher à la petite enjouple. Alors la chaîne ferait en état d’ètre. travaillée 3,
- (i 54) En allemand, ein Kreutzband mâchent
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- mais la toile ne commence à fe tilïer qu’un peu en avant de VencGutcire ;ainfi toute la longueur des fils, comprife depuis le rot jufqu’à la petite enfouple , ferait perdue. Pour éviter cette confommation inutile , on a des fils qui s’étendent depuis la petite enfouple jufques paffé les liifes 5 ces fils qui fervent pour plufieurs pièces de toile, & qu’on nomme pennes (135) , paifent entre les broches du rot &dans les mailles des liifes. On lie chaque fil de penne à un ni delachaine; & en tournant la petite enfouple , on fait paifer tous les nœuds parles mailles ,puis entre les broches du rôti & quand ils approchent dç l’encouloire, on commence à former le tiflu.
- 346. On a remarqué qu’il eft fuperflu d’avoir des fils de penne aufii longs que je viens de le dire (13O j &afin de les rendre fort courts , on les attache à une baguette qui doit entrer dans la rainure de l’encouloire. Il part de cette baguettepluîieurs petites ficelles, qui vont fe rouler fur la petite enfouple : on conçoit qu’au moyen de ces ficelles, on peut tirer en arriéré la baguette , & en même tems les pennes qui répondent aux fils de la chaine. On voit en pL IV,fig. 6, les fils de la chaine noués par faifceaux d’un certain nombre, pour pouvoir les trouver plus aifément quand on les lie avec les fils de penne.
- 347. S’il fe trouve des fils de chaine ou de penne caffés, on doit laiifer la place vuide 5 parce qu’enfuite, lors du travail du drap, à l’endroit où man-
- (i}ç)Enall. Ledel.
- (i;6) Voici la méthode qu’on fuit à Sedan : elle a l’avantage d’être plus (impie, torfqu’un lamier vend ou raccommode un rot ou une lame (en Allemagne ,l’ouvrier qui a acheté un rot, fait le monter lui-même , fans ie fecours du lamier ) , il a foin de les rcnfraire , c’eft-à-dire , de faire paffer avec un crochet un fil de laine dans chaque anneau des liifes , tant du pas de devant que du pas de derrière ; enfuite de les faire paffer fucceffivement , deux à deux , dans chaque entre-deux des broches du'rot (c’eft ce qu’on appelle ein Blatt Jiechen ) en obfervant de mettre toujours enfemble un fil du pas de devant & un du pas de derrière. Quand cela eft fait, il noue tous ces fils, en-devant du rot, par paquets de 25 à $0 , & ainfi de même derrière les lames ; enfuite il livre la lame & le rot enfemble. Quand le tiffeur a monté fa chaine, & qu’il „ne lui refte plus qu’à nouer fes fils , il dé*
- noue les paquets que le lamier a noués derrière les lames, ou bien il les coupe; il trouve tous les fils rangés dans l’ordre qu’il doit les nouer ; & lorfqu’il veut commencer fon travail , il paffe en-devant du rot une baguette à travers tous les paquets de fil, & il attache cette baguette avec des ficelles à la petite enfouple. Lorfque la piece eft finie, & que le verdillon eft rendu tout près des lames, le tiffeur pouffe & foutienc le rot en arriéré ; il coupe entièrement la chaine à fix doigts du rot, & il noue tous les fils par paquets, comme avait fait le lamier : il tire enfuite le verdillon , qui affujettit la queue de la chaine derrière les lames. Lorfqu’il veut nouer une autre chaine du même compte de fils , il répété la même opération. Si on lui en commande une d’un autre compte , 011 lui fournit une autre lame & un autre rot, tout renforcer Note de M, RouJJeau,
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- querait ce fil, comme on 11e les trouverait point, on y fubftituerait un fil appelle linga, ou courant (137).
- 348- Pour achever de pafler la chaine, & de la mettre en ctat detre travaillée , on fufpend les lames par des lacets qui fe trouvent à peu près an jfixieme des bouts des liais du haut des lames ; on attache ainfi le côté droit avec une corde qui paffe dans la moufle ou poulie E ; & le côté gauche , à une pareille moufle E; enfuite ces cordes viennent s’attacher, après avoir paifé lur la moufle, aux liais de l’autre lame.
- 349. Perpendiculairement à ces cordes, 011 attache d’autres lacets à chaque liais du deflous des lames, lefquelles font auffi attachées aux marches, qui parce moyen fe trouvent fufpendues. On a mis auffi Je rot (138) dans la chaife du métier, où il fe maintient, au moyen des rainures creufées dans le deifus & le deflous de chaife, qu’on appelle dans quelques manufactures le .chapeau & le fommier, dans lefquels le rot eft alfujetti à l’aife, tant en-deffus qu’en-delfous. Le chapeau a la liberté de s’élever lorfqu’on veut mettre le rot en place ; mais il faut qu’il foit enfuite retenu fermement, pour ré lifter aux efforts que les tiflèurs font pour frapper la duite;& pour empêcher que ce chapeau ne retombe fur le rot, il eft ordinairement alfujetti dans une pofition convenable, par une cheville qui le traverfe, & qui paffe dans les épées.
- 3fo. Tout étant ainfi difpofé, deux tilfeurs (139) , l’un placé à droite & l’autre à gauche,font enforte,par de petits mouvemens qu’ils donnent en pouffant les lames vers la groffe enfouple A, que les liffes reçoivent dans leurs mailles les nœuds qui joignent la chaine avec les pennes. Les nœuds pafles dans les mailles des liffes , fe trouvent entre les lames & le rot; & pour leur faire paffer le rot, il faut commencer par détourner la groffe enfouple A d’environ quatre doigts , & tourner enfuite la petite enfouple G, fur laquelle fe roule le détour de la groffe. Après quoi, en foulevantpeu à peu , & partie par partie, le fil avec ménagement du côté des lames, les nœuds paffent dans le rot, qu’on remet en place dans la chaffe , & la chaine fe trouve en état d’être travaillée : il ne refte plus qu’à difpofer les lifieres.
- Des lifieres.
- 351. Les lifieres des draps font faites ordinairement avec du poil de
- (137) En ail. Zubiiffegarn , Nachlenke- pour faire les rots. garti. (x ? 9> C’eft là ce cju’on appelle en Alle-
- (138^ Il y a à Sedan un trèr-bon lamier , magne , le métier double , 2lueymànniger nommé Henri du Pleflis, le fils : fon pere Stuhl, ouJpanifche JVcbcrey. avait inventé une machine très-ingénieufe
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- chevre (14.o) ou de la laine qui vient d’Allemagne (141) , ou même avec des laines communes du royaume : on n’a point égard à leur finelîe; mais il faut qu’elles foient fortes & fort longues.
- 3 <)2. Je crois que, dans la manufacture de M. de Julienne, on emploie pour les lilieres , du poil de chien noir (142).
- 3^3. On fait les lilieres des draps de couleur, avec des laines teintes du pays.
- 3Ï4- On graille le poil, comme la laine, avec de l’huile d’olive j on emploie environ cinq quarterons de cette huile pour neuf à dix livres de poil.
- 3^. On donne la préférence au plus gros & au plus long poil, parce qu’il 11e réntre pas li vite à la foulerie. O11 le droulfc , on le carde (143) , on le file comme les greffes trames , & 011 le double pour le retordre, enfuite 011 le bobine comme une chaîne ; mais comme ce poil foule plus vite que la laine du drap , on fait les lilieres plus longues que la piece (144). Si , par exemple, la chaîne d’une piece porte foixante aunes & un feizieme , & qu’elle foit deftinée à être foulée à l’urine » la chaîne des lilieres portera foixante-fept à foixante-huit aunes. Si le drap doit être foulé en favon , on augmentera encore la longueur de la liliere, parce que le favon fait plus rentrer le poil que lurine.
- 356. L’ourdisseur a foin de diftribuer proportionnellement cet excédant de longueur fur chaque en feigne, afin que le tilfeur, en la travaillant avec le drap , puilfe la conduire jufte & également jufqu’à la fin.
- 3 f 7. Avant de travailler la chaîne de liliere , il faut la fouler fous le pied ; cette opération leur tient lieu de colle. La pratique des ouvriers varie beaucoup fur ce point : les uns les foulent avec des cendres , d’autres avec la boue des rues, d’autres avec de l’urine, d’autres avec de la craie blanche, d’autres enfin avec de la terre à foulon. Comme ces différens foulages produifent des eifets différens, parce que les uns font retirer les lilieres plus que d’autres , & qu’il faut néanmoins que toutes les lilieres foient d’une égale longueur, il eft convenable de faire obferver une pratique uniforme dans une même manufacture ; «St le fabricant doit obliger fes tilfeurs à fouler les lilieres avec les
- (140) Les lilieres, en ail. Scialleiften, doivent être faites plutôt de poil de bouc, parce qu’il ne fe retire pas autant au foulage , & qu’il s’égalife mieux avec le drap. On emploie auüi pour lifieres le poil de vache.
- (141) La laine pour les lilieres, qu’on nomme poil d'autruche, fe tire principalement de Hambourg : il y en a de noire , de grife & de blanche. La noire s’emploie pour les draps en écarlate. On teint la
- blanche en toute forte de couleurs.
- (142) En Allemagne on fe fert du poil de chiens pour faire des chapeaux , & non pour les draps ; parce qu’il foule plus que la laine.
- (145) Si l’on veut peigner le poil deftiné à faire les lilieres, on emploie fur neuf on dix livres de poil, une livre d’huile.
- (144) Cela n’eft pas néceflaire pour les draps ordinaires,
- mêmes
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- mêmes matières, ou prendre foin de les faire fouler par d’autres ouvriers qui leur donnent toute, foulée; car dans l’opération du foulage , le drapfe trouverait pli/fé, fi les lifieres étaient trop courtes : ce qui empêcherait i’effet du chardon dans le lainage, & celui des cifeaux dans le tondags, parce que les couteaux ne peuvent porter également fur toute la largeur de la table, & qu’au contraire les lifieres trop longues rendraient les côtés du drap plus minces & plus alongés que le milieu. On voit par-là combien il eft effentiel de connaître fi le poil de la lifiere foule trop du trop peu (145).
- 358- Quand les trames de lifiere font feches, & que la chaine du drap eft montée & nouée, chaque tifleur prend fa lifiere de fon côté ; il ne la roule point fur la grolfe enfouple, mais il la fait palfer fur les barres de fon métier B ; il lui fait faire un feul tour fur l’enfouple ; il en pâlie les fils dans les mailles de la lame & dans les broches du rot pour la joindre au drap.
- 3 59. Afin de la conduire également, il palfe dans le milieu de cette chaine de lifiere un petit crochet, auquel il fufpend un poids, qui" eft fouvent un fa-c’net dans lequel on met des cailloux. Au moyen de ce poids il rend fi lifiere lâche ou roide , à fon gré, pour que la lifiere s’uniife exactement avec la chaine du drap 5 fi la chaine de lifiere eft trop lâche, il met une pierre dans le fachet; ii elle eft trop roide, il en ôte.
- > 360. On voit en B,/?/. V,ji.g. 1 les pelotons de chaine de lifieres qui pendent ; & en B 2, les poids dont nous venons de parler, qui
- fervent à tendre la chaine. r '•
- 361. Quand on n’a pas réufîi à bien conduire les lifieres, on eft obligé de les couper & de les rentraire en les coufant dans toute la longueur de la piece : ce moyen eft alfez bon 5 mais les acheteurs peuvent foupçonner qu’on a coufu la lifiere d’un beau drap fur un plus commun; d’ailleurs c'efb un objet de dépenfe.
- * Du travail des tïjferands ou tijjeurs.
- - 362. Tisser un drap, c’eft en former une efpece de toile. Il faut pour cette opération, que deux ouvriers, pi. V, fig. i , montent fur les marches O O, fi g. 4. Celui de la gauche appuie le pied gauche fur la marche qui eft de fou côté gauche; & le pied droit fur celle qui répond à ce même pied ; lo tiifeur de la droite pofe le pied gauche fur. fa marche gauche , & le droit fur fa marche droite ; & tous deux appuient 'à la fois fur les marches gauches, &. font bailfer la lame du’pas d?en-bas , àuîaquelle ces marches font attachées ;
- (14O Si le drap e'ft fin, il eft bon que la lifiere Toit grolfiere ; & au contraire ,Viî eft groffier , il faut qu’ellé foit fine. / . * ' * " v * 1 ' •
- Tome VIL M
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- &
- ce mouvement fait remonter les marches de la droite , & par conféquent la: lame du pas d’en-hauti ce qui forme à la chaine entre les lames & le rot, une ouverture qui partage la chaine par moitié ,, dont une partie eft baiîfée & l’autre eh élevée. Le tiifeur du côté droit, tient (à main gauche fur le cha-. peau de la chaflé , & fa droite lui fert à recevoir & à lancer la navette : au cou-, traire,1e tiifeur du côté gauche, tient fa main droite appuyée fur le chapeau, de la chaife,& c’eft avec fa main gauche qu’il reçoit & qu’il lance la navette.. Ils pouffent enfuitela c.hafle & le rot du côté des lames ÇK Dans l’ouverture que forme le croifement des fils , & qui fe trouve pour lors entre le rot & l’cncouloire, le tiifeur de la gauche lance fa navette garnie de trame, & le tif-feur de la droite la reçoit , ce qui forme une duite;. puis tous deux enfemble-Ibaiffent la chaffe & le rot, & frappent huit coups fur cette duite (140). Ces huit coups ne font pas donnés de fuite ; quatre feulement portent fur la, trame même; puis fermant la eroifée, par le moyen du pied qu’on appuie fur l’autre marche , elle fait lever la partie de la lame, qui tenait baillée la: moitié des fils, tandis que celle qui s’était levée, s’abaiffe par le même mouvement, enforte que les fils de la chaine fe croifent fur la partie de la trame qui vient d’être lancée ; alors on frappe les quatre coups, c’eft ce qu’on ap-.. pelle frapper moitié chaine ouverte & moitié fermée, ou bien , quatre coups ouverts. & quatre coups fermés. Dans quelques fabriques, on frappe quatre fois à chaino ouverte, & cinq fois à chaine fermée. Ainli, quoique l’ordonnance ne prefcrive que de frapper huit coups pour certains draps ,1e plus fou vent 011- en frappe-un plus grand nombre.
- 363. Après que-les tiffeurs ont: frappé les quatre ou cinq coups à chaine fermée, ils poulfent la chalfe & le rot du côté des lames Le tiifeur de la droite lance fa navette dans cette fécondé ouverture, & le tiifeur de la; gauche la reçoit; ils frappent enfnite les huit coups , la chaine ouverte ou. fermée, & continuent cette manœuvre julqu’à ce que la chaine loit remplie des duites de la trame ; enforte que chaque fois que l’on appuie fur les maiv ches de la gauche , c’eft le tiifeur de la gauche qui' lance la navette ; & , au contraire, quand ils appuient furies marches de la droite , c’efi au tiifeur de la droite à lancer la navette.
- Attention des tiffenrs*
- 364. i°. Ils doivent obferver de bien mouiller leur trame, avant que d’ça foire des fépoules pour mettre dans leurs navettes (147.) , parce que la laine »
- - <146) Plus le drap eft fin , plus on doit ont que trois ou quatre.
- Irapper de coups. Les draps communs n’en (147) Le meilleur ùiTage fe fait a trame
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- fbrfqu*elle eft humide, perd de fon élaflicité & de fa roideur, & la duite s’en-’fcaife mieux fous les coups de la chaife & du rot ; car il elt très-important que le drap foit bien fourni de trame, fans quoi la toile ferait mince & claire ; •elle fe retirerait beaucoup au foulon, & le drap perdrait de fi longueur, ou bien il faudrait le tirer de la pile avant qu’il fût parfaitement foulé, & fuffi-famment feutré. On pourrait elfeêlivement faire retirer le drap fur la longueur , mais on n’eft pas maître de faire beaucoup rentrer les draps dans ce Tens. La plupart des foulonniers, accoutumés à une routine, ne s’en écartent guere; & comme ils favent que ce qui manque fur la longueur, caufe un préjudice notable au fabricant, ils cherchent à n’être pas obligés d’avoir recours à ce moyen. Les draps mal tiifus relient donc clairs & incapables de fupporter les apprêts.,
- S6<j. 2°. Il faut qu’ils aient attention de bien bander la chaîne, parle moyen de la roue dentée, qui e fl: à la tète de la petite enfouple G.
- 366. 3°. De marcher bien ferme & de même tems, alternativement fur les marches de la droite & de la gauche , afin que la chaîne foit ouverte bien uniment.
- 367. 4®. Ils doivent frapper exactement* & en même tems les huit coups fur chaque duite : fans cela le drap ferait mou, parce qu’il ne ferait pas alfez rempli de trame.
- 3(58. 5°. La chaine doit être tenue d’une largeur égale, par l’inflrument qu’011 nomme ample. (148), qui s’agriife par fes deux bouts dans les lilieres du drap qui vient d’être tilfu ; de façon qu’à chaque coup de rot qu’on donne fur le fil de trame lancé dans la chaine, ce temple doit s’ébranler également par-tout. Les tilfeurs doivent prendre garde que le temple ne déchire la lifiere ; ils ne doivent pas non plus attendre que le drap foit trop près des lames pour templer-j c’efl-à-dire , changer le temple déplacé.
- 369. Cette barre qui fe nomme ample > efl: faite pour maintenir le drap dans fi largeur, & donner aux tilfeurs le moyen de bien frapper, parce que le temple tient le drap ferme. Les ouvriers ne doivent pas approcher le temple
- mouillée ; non feulement parce que la lame humide fe range mieux & plus proprement dans les toiles des draps & autres étoffes , mais encore parce qu’il en entre davantage, ïl y a dans le commerce , des étoffes dont le prix courant ne pourrait pas fupporter l’augmentation de dépenfes que la tramé mouillée occafionne indubitablement. 11 fufht de remarquer que , pour parvenir à la plus grande perfection du tillage, U faut
- qu’il foit fait à trame mouillée. Voyez mémoire fur les manufallures de drap , p. 39. Encyclopédie, au mot laine. JacobJ'ons Schauplatz, tom. Il, page 17 p.
- (148) En ail. Spaunjiab. Les deux tif. feurs doivent templer tous les deux en mê» me tems ; fans cela il en réfulte des défauts que l’on punit par une amende , lorfqu’oit fait la vilite des draps.
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- trop près du rot; c’eft-à-dire , qu’il faut qu’il y ait au moins, la diftance d’un pouce entre le temple & le rot: fans cela il fe ferait des coupes , ce.quieft un défaut efientiel. Ils doivent auffi avoir attention, quand ils ont fait trois pouces de drap , de dérouler la grande enfouple A de la même quantité ; & de faire venir ces trois pouces de chaine du côté de l’encouloire, par le moyen de la roue dentée , en faifant rouler le drap fur la petite eniouple G.
- 370. 6°. Les tiffeurs doivent obferver de ne point lailfer courir des fila caftes, fur-tout s’il y en a deux de fuite , ou peu éloignés l’un de l’autre : ce défaut forme unvuide furie métier qu’on nomme rq/ee ('149);& lorfque le drap eft foulé, on apperçoit une noirceur qui diminue le lainage & affaiblit le drap ; il faut donc avoir grande attention de renouer les fils qui caffent loit entre les lames, ou entre le rot & les lames : faute de quoi ceux-ci rompraient d’autres fils de chaine en travaillant, ce qui ferait un defaut que l’on appelle pas de chat (i^q) , qui eft plus dangereux que les trous.
- 371. On alonge les fils caftes delà chaine quand ils. font trop courts, avec U.n fil collé , femblable à ceux de la chaine ; on le nomme lingar, & ce fil fè prend iur les bobines T ,pl. Efig. 1 , où Ton a foin de le dévider.
- 372. 7*. Lorsque les tiffeurs.lancent leur navette, fi le fil de la trame qu’elle contient vient à calfer , ou que la fépoule finiife, ils doivent, en relançant leur navette, commencer à l’endroit où la fépoule a fini: autrement ils feraient des doubles duites > qu’ils nomment mouta.de fi 1), de même que s’ils n’avaient pas foin de prendre garde que la duite foit bien étendue. Les doubles duites font deux fils de trame, placés dans la même ouverture de la chaine. Les épinceufis peuvent tirer une partie des doubles duites ; mais c’eft du tems & de la laine perdus. Il faut encore éviter de faire les doubles traces 5 qui font deux fils caftes près l’un de l’autre fur le même pas de chaine.
- 373. A l’égard des pas de chat, dont noua avons parlé ,ils fe font ordinairement quand les mailles, des Mes fe trouvant ufees , fe rompent enfemble, de faqoiï que plusieurs fils de chaîne ne travaillant plus , forment dans le drap un défaut qui ne peutfe réparer qu’en détiftant. Je ne. fais pas même fi cela eft poffible; car on 11e détilfe pas ordinairement (152) ; on lailfe fubfifter ce défaut, qui eft fi eftentiel, fur-tout pour les draps de couleur , que les tiffeurs qui le font font punis par une amende.
- 374. 8°* Ils doivent à chaque fois qu’ils ont fait une ou deux aunes , dérouler le drap qui fe trouve fur la petite enfouple G, & le faire fécher, en le mettant fur un râtelier ou faudet X, qui fe' trouve fur Les métiers. Pour les
- (i<;s) Si le drap eft bon, il n’y a pas moyen de détifter ; l’unique remede eft d ’y pafler des fils...
- {14.9) En ail. Bruch.
- Gço) En aü. tin Ncjî,.
- (151) En aîl. Wcfdzioiflen.
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- .draps de couleur, il faut dérouler & liiTer tous les jours, fur-tout quand il fait chaud & humide, fans quoi la couleur ferait altérée (1^3).
- 37f. 99. Il y a encore d’autres défauts qu’il doivent éviter, qui font les clairures & lardures : je vais expliquer ces termes.
- 376. Les clairures (154) fe forment quand le drap n’eft pas tilfu uniformément , & qu’il s’y trouve des endroits où les duites ne font pas alfez entalfces : ce défaut vient fouvent aufii d’une fépoiûe qui ne fera pas fuffifamment mouillée , ou bien de ce que quand les tilfeurs commencent à fe remettre à l’ouvrage , ils n’ont pas foin de mouiller les dernieres duites de leur drap ; les nouvelles qu’ils y lancent enfuite , 11e pouvant fe marier avec celles-là, forment une clairure.
- 377. Les tilfeurs doivent donc avoir foin d’humeéter quatre ou cinq duites quand ils recommencent à travailler 3 la plus grande partie fe contentent de mouiller une fépoule qui étant lancée, fe ferre beaucoup plus fort que le drap vieux travaillé., & occafionne des ribotages au retour du foulon.
- 378- Si les tilfeurs n’ont pas foin de frapper également le même nombre de coups, & d’une force égale , fur chaque duite, quand ils ont manqué de donner quelques coups de chaife, avant de lancer la première duite 5 s’ils négligent ces attentions, ils feront des claires-voies ou entre-bas. Comme ces endroits plus faibles rentrent très-promptement au foulon, il faut, pour équarrir ces pièces fur les rames, tirer fortement ces parties , qui deviennent quelquefois faibles au point de fe déchirer.
- 379. Les lardures (1 ff) fe font quand les tilfeurs ne marchent point alfez ferme , ou, en terme de fabrique, qu’ils 11e font pas affe^ de foule ; quand la chaine eft mal montée ; quand elle n’efl: pas ouverte uniformément ; pour lors des fils de chaine , qui fie fe trouvent pas tendus , font lardés par la trame qui paife delfous ou delfus , ce qui fait un mauvais effet.
- 380. Un article important, pour qu’un drap foit tilfu également, c’eff qu’il faut que la petite enfouple foit d’un pouce plus grolfe au milieu qu’aux extrémités , parce que, comme les bouts font remplis par les lilieres, il faut, pour que la chaine ne foit point molle au milieu, que la grolfeur de l’enfou-pie foit plus confidérable en cet endroit qu’aux extrémités.
- 38i- Pour faire un bon tillage , il faut que tous ces défauts foient évités. Pour connaître li les tilfeurs ont fait leur devoir, quand ils rapportent leur drap chez le fabricant, on le paife fucceffivement dans toute fa longueur lur deux perches horifontales, éloignées l’une de l’autre de deux pieds, comme
- (içf) Les draps.prennent des taches de (154) En ail. Vngldchheiten. moififfure , qui font un tort irréparable aux (155.) En ail. Uebcr.odcr Unterfchüfc. couleurs.
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- on verra dans la fuite, que font celles des laineurs, & l’on examine à jour & à contre-jour toutes les parties du drap pour en reconnaître les défauts (i
- 383. Un drap bien tilfu eft beaucoup plus aifé à fouler qu’un drap mal tiil'u»
- Inconvéniens qui arrivent au tijjage.
- 383. Un tilfenr qui monte fa chaîne molle, & qui la travaille de même > qui, outre cela, faille courir beaucoup de fils fuis les remplacer, fait immanquablement un drap qui n’a point d’aunage, quoiqu’il contienne beaucoup de trame ; parce que la chaîne n’ayant pas été étendue en travaillant, le fil forme le genou, & les fils faillans font un vuide qui, par ces raifons , s’emplit de trame ; en conféquence, le drap s’accourcit à la foulerie & mange fur la longueur. Ainli,au lieu d’obliger les tiifeurs à remplacer les fils rompus à chaque demi-aune, il y a des fabriques où, pour les draps fins , on les aifujettit à les refaire fi-tôt qu’ils ont couru fept à huit aunes C157)-Il eft clair que, comme l’endroit où eft la refaite générale de ces fils, fe trouvé plus plein que la portion précédemment tilfue, où ces fils manquaient, cette partie 11e peut rentrer lî facilement à la foulerie : ce qui occa-fionne des inégalités de largeur, & même des poches ou douilles, lorfque beaucoup de fils rompent, ou quand les tilTeurs ne refont leurs fils que deux fois par jour.
- 384. Quand 011 voit dés poches fur la largeur d*im drap qui revient de la foulerie, on en attribue la caufe à ce que la trame était trop groife & trop torfe. Cela peut bien arriver quand les poches font petites ; mais les grandes poches , qui rendent le drap inégal en force & en largeur, procèdent du tifi-leur , qui trouvant fa trame trop fine & trop douce * la trempe dans de l’eau corrompue, & l’y foule avec fe s mains, pour la rendre plus groife & plus ferme , & qui après l’avoir battue dans fies mains , la fait fécher.
- 38Ï. Par cette manœuvre, le fil peut rentrer d’un quart de la longueur * or cette trame, qui eft déjà foulée, ne peut plus rentrer autant qu’elle devrait faire à la foulerie -, ce qui eft bien capable de produire les poches dont il eft queftion.
- 386. Il fe trouve encore des draps maigres le long des lifieres, & cependant fermes dans le milieu : on croit que cela arrive quand un tilfeur ne don-
- (iç6) Dans les grandes manufactures perd une portion plus ou moins confidéra-d’Allemagne , comme dans la manufacture b le de fon falaire.
- royale de Berlin, toutes les pièces de drap f 157 S’ils ne font pas fuffifammenfc font examinées par le TFerckmeiJkr. S’il y longs, on les alonge avec du lingaf.
- trouve des défauts eflentiels , l’ouvrier
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- liant pas leloifir à Tes lifîeres de fécher avant de les travailler, elles s’échauffent & communiquent leur d.éfecftuofîté aux bords du drap ('i y8}*
- 337- L’étendue du métier contribue encore à la perfection de l’ouvrage ^ bien entendu qu’il s’agit ici de l’efpace de l’enfouple à l’encouloire 5 plus cet. elpace elt long, plus le fil a la facilité de s’étendre, & le pas.s’en ouvre mieux,.
- 388. Un drap qui eft ras au fortir du tillage, aura de la longueur & de la,., fermeté. Ii n’en faut pas être fiirpris : çar un tiflu. qui renferme en lui toute* fa matière, doit mieux réuffir que celui qui aura une partie de fes poils flot-tans. Il y en a qui flottent par-deflus, & d’autres par-deflous ; c’eft pour cette raifon qu’011 prefle quelquefois l’envers du tiifeur (iy?) , pour en faire l’endroit du drap. O11 attribue cette variété à ce que quand le rot eft à duite „ c’eft-à-dire , lorfqu’il penche ou s’incline du côté des lames , le drap flottera en-deflus. Si au contraire le rot penche du côté de l’encouloire ,1e drap flottera en-deflous., parce que le rot qui frappe plus deflus que deifous, poulie le flot en-deflous, & le contraire arrive quand le rot frappe plus deifous que. deflus.
- 389. Il faut donc , pour qu’un drap forte ras du métier, autant qu’il eft poflible , que le rot foit droit lorfqu’il eft à duite.
- 390. On a vu ci-devant à l’article du filage, que les fileufes font payées felon la quantité d’écheveaux, ou échets,qu’elles rendent, chaque écheveaiiu étant formé d’un nombre détours de i’afpe. Il en eft, de même dans,certaines manufactures, pour le tilfage des draps s les tilfeurs font payés félon la quantité d’écheveaux de trame, qu’ils font entrer dans la.pièce de drap (160)^
- (i<;8) Ce défaut vient fouyent de ce que les lifîeres font mal conduites, ou trop longues ; car quoiqu’on ourdifife les lifieres bien plus long que la chaîne , parce qu’elles foulent davantage , il y a pourtant une proportion à garder, pour qu’elles ne foient ni trop longues, ni trop courtes. Trop Ion, gués, il eft certain que le drap fera plus fort dans le milieu , & que la partie qui touche aux lifîeres fera flottante , & n’aura pas de qualité. Trop courte , ce fera le contraire : le drap doit être plus mince dans le milieu que vers, les bords. L’un & l’autre défaut empêche le chardon d’agir, La force du tondeur ne peut couper facilement le poil, & peut couper le drap. Ils rendent encore les draps très-difficiles à être bien langés fous la prefle, fur-tout à chaud ; & analheureufeniçni;, on nqpeut reprocher ce
- défaut à l’ouvrier: cependant l’inconvé-. nient augmente encore dans certaines fai-, fons de l’année , où l’on remarque que les lifieres fe retirent plus que dans d’autres.. Note de M. Rouffeau,
- Cela vient plutôt de la.qualité des laines- ., que des changemens des faifons.
- ( 1 ç9) C’eft: prefque toujours l’envers du tiffeur qu’on apprête. Les métiers à drap, doivent pour cette raifon flotter par-defl fous , 6c ils font montés pour cela ; car la-chaine incline un pçu du côté de l’encou*. loire : d’où il réfulte que l’ouvrier, dont-tout le mouvement doit être dans,le.por gnet, en fatigue beaucoup, moins,
- (160) En. Allemagne on paie les tiffeuî's 0_ ou au poids , ou fur la longueur du drap, La première méthode eft plus ayantagei^jjg* pour le fabricant.
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- ainlî plus ils en font entrer, plus ils gagnent, ce qui les engage à bien frapper. Cette méthode devrait être adoptée dans les manufactures où Ton fait des doubles broches j mais dans celles où l’on veut des ouvrages déliés , quoique fermes dans le pied , les draps trop frappés feraient mutinés, & fujets à fe couper en peu de teins.
- Travail des nopeufes en gras pour ênouer ou e'pincer (161).
- 391. Aussi-tôt que le drap eft tiftix , qu’il a palfé à la perche chez le fabricant, il eft aufli remis aux nopeufes , que l’on appelle épinceufes ; ce font des femmes ou des filles qui remettent ce drap dans leur ouvroir encore une fois fur les perches , fi ce font des draps blancs, ou fur une table couverte de plufieurs couches de drap , fi ce font des draps de couleur. L’épm-çage fe fait mieux quand le deifus de la table eft incliné en forme de pupitre : cette table doit être tournée au jour, de façon qu’elles puhfent voir diftindlcment tous les défauts du drap. Ces ouvrières ont chacune une petite pince de fer pointue (162), qu’elles tiennent de la main droite; elles tirent les pailles , les brins de chanvre, les doubles duites, les nœuds & autres corps étrangers ou fuperflus? qui peuvent fe trouver dans le drap.
- 392. Leur travail confifte à réparer une partie des imperfections qu’elles peuvent appercevoir. Elles doivent prendre garde , en tirant un nœud , de 11e pas calfer le fil de la chaine ; car lorfque la chaîne & la trame font cailées l’une fur l’autre, il en réfuîte des trous qui peuvent s’agrandir au foulage : il faut fur-tout ménager foigneufement la chaine.
- 393. Uénouage ou épinçage altérerait beaucoup plus le drap , fl on le faifait plutôt après le lavage (163) qu’avanu. Les nopeufes doivent bien fecouer leur drap , avant de le rendre au foulon , parce que s’il y reftait quelques nœuds, des bouts de trame ou de chanvre, ces fils, quoiqu’arrachés , fe marieraient par Paélion des maillets avec la fuperftcie du drap, comme fi les nopeufes ne les avaient pas arrachés.
- (16 O En allemand, Bdcferinncn. Ce travail utile , fur - tout pour les draps fins , eft aflez communément négligé en Allemagne.
- (162) Cette pince s’appelle en allemand Isoppcijen.
- (163) Le dégraiflage fuit le foulage , &
- le lavage le précédé. On nope cependant une fécondé fois les draps après le lavage , mais c’eft légèrement. On y fait la recherche des ordures qui n’avaient pas pu être apperçues , lorfque le drap était fornbre de graifle ; mais qui deviennent fenfibles lorf-qu’il a été blanchi , & qu’il eft bien net.
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- ART DE L A DRAP E R I K De la foulerle (154;.
- 394. Les opérations de la foulerie font très-eiTcnticllcs à la fabrique des draps 5 elles demandent une attention fuivie , & des counaiimnces qui ne s’acquierent que par une longue expérience : aiiili les fabricans doivent en faire une étude particulière, pour être en état de guider par eux-mêmes leurs foulomùers , s’ils veulent que leurs draps fortent parfaits de leurs mains. De toutes les opérations delà draperie, c’eft le foulage qui exige plus d’attention , de raifonnement & de bon fens : fi le degraiffage 8c le foulage font manqués , tous les foins qu’on s’eft donnés jufques là font perdus , 8c inutilement effaiera-t-on de réparer les défauts qui auront été produits dans la foulerie 3 car les apprêts donnés avec la plus grande intelligence, io.e pourront que les mafquer. Cependant ces opérations fi eifentielles font fouvent confiées à des gens de routine 8c peu intelligens (164).
- De l'effet du foulon.
- 39f. Il'faut que les avantages qu’on procure aux draps en les foulant, foient bien réels , pour avoir fait paffer fur les inconvéniens confidérables qui accompagnent cette opération : dans l’ufage , nos étoffes ne s’ufent que par les tiraillemens & par les frottemens.
- 396'. On porterait long-tems un drap avant qu’il eût fouffert, par le fervicè , des tivaillemens & des frottemens équivalens à ceux qu’il éprouve dans l’opération du foulage. On ne peut pas douter que le foulon ne les ufe : cependant, quoique fon opération lui falfe iubir tout ce qui peut faire ufer un drap , il le garantit néanmoins d’être ufé auffi vite qu’il le ferait s’il 11’avait pas été foulé. O11 fera fans doute curieux d’approfondir les raifons phyfjques & méchaniques qui rendent les draps foulés fupérieurs aux étoffes de même genre qui 11e feraient que dilues. Quoique je 11’ofe efpérer de fatisfaire fur cela le lecteur , je vais cependant préfenter quelques idées qui le mettront peut-être fur la voie.
- 397. Un drap en toile, qui fort du métier, eft mou , lâche & mince, fou-vent percé de quantité de petits trous , quoiqu’il ait été bien travaillé , quoique la trame ait été frappée autant qu’il était polfible, & par de bons ouvriers. Ce même drap, après avoir été foulé , eft infiniment plus ferme fans être dur 3 il elt moins mou, & cependant plus moelleux 3 il eft plus ferré , quoique les fils qui forment fon tiifu , aient perdu une partie de leur fubftance.
- »
- (164) En ail. TValken. préfent Iorfqu’on foule fes draps ; mais cela
- {16s) Chaque maître ferait bien d’être n’arrive que bien rarement.
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- 398- Pour concevoir en général ce qu’opere le travail du foulon, confi-dérons chaque fil qui fait la chaine d’une étoffe, & le fil qui, par fes tours répétés , forme la trame qui lie les fils de la chaine, comme autant de petites cordes : fuppofons pour un inftant, que ces cordes font de fil de chanvre ; c’eft-à-dire, qu’au lieu d’un tiffu de laine, c’eft un tiiiu de toile que l’on veut faire.
- 399. Dans les blanchifferies de toiles, on les bat dans des moulins à fouler , ou au moins fous des battoirs : un linge qui a fervi plufieurs fois » qui a fouffert plufieurs blanchilfages, qui a été battu un nombre de fois par les leffiveufes, devrait être, relativement au linge neuf, ce qu’eft un drap de laine foulé, par comparaifonà celui qui ne l’a pas été. Cependant la toile eft: d’autant plus molle qu’elle a été plus fouvent leflivée & battue ; fon tiffu devient de plus en plus lâche, au lieu que les étoffés de laine deviennent d’un tiffu plus ferré.
- 400. Plongeons dans l’eau une piece de toile neuve, mouillons-la bien, retirons-la de l’eau ; nous la trouverons à la vérité plus ferme & plus dure qu’elle n’était avant, parce que l’eau eft huit à neuf cents fois plus denfe que l’air qui rempliffait les efpaces que l’eau occupe. Si l’on a eu la précaution de mefurer la longueur & la largeur de cette toile avant de la mouiller, & qu’011 la mefure de nouveau fuivant les mêmes dimenfions après qu’elle a été mouillée, on la trouvera un peu diminuée dans l’un & l’autre fens , & l’on appercevra en même tems que la toile eft plus épaiffe étant mouillée, que lorfqu’elle était feche.
- 401. Une feule corde mouillée peut donner l’idée de ce qui arrive à la toile qui eft formée d’un affemblage de petites cordes : cette corde bien imbibée d’eau, devient plus courte & plus groffe qu’elle n’était étant feche j tous les fils qui forment la toile, augmentent de même de groffeur, & diminuent en longueur 5 & la toile prend de Pépaiffeur proportionnellement à l’augmentation de groffeur qu’ont acquis les fils de la chaine & de la trame.
- 402. Mais une corde , en fe Péchant, reviendra à fa groffeur primitive j & par une tenfion peu confidérable, elle reprendra fa première longueur. Si la toile ne refte plongée dans l’eau que pendant peu de tems, l’eau fe placera entre les fils , mais elle ne les pénétrera pas fi intimement que s’ils y avaient trempé long-tems. Par un plus longféjour dans l’eau , ce fluide s’in-finue dans les fils avec d’autant plus de force, que les efpaces deviennent plus petits ; les fils fe gonflent & fe ferrent d’autant plus les uns contre les autres : mais fi l’on bat & fi l’on manie cette toile dans l’eau , 011 mettra ce fluide en état de pénétrer dans des efpaces où elle ne pouvait entrer, & les inflexions qu’on fait prendre aux filamens du chanvre dans des fens oppofés à ce qu’ils étaient, permettent encore à l’eau de s’introduire dans leurs interf.
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- tices; & c’eft ce qui opéré le raccourciffement & la diminution de largeur d’une toile : cependant une toile faite de fibres végétales, ne le foule pas ; au lieu que le tilfu] fait avec des poils d’animaux, fe foule.
- 403. En répétant fur la toile ces opérations analogues à celles du foulon, les fils perdent une partie de leur fubftance ; de forte que , quand la toile efi: feche , elle revient aifément à fou premier lez, & même au-delà, & elle eff plus claire & moins ferme qu’elle n’était auparavant, ce qui prouve qu’elle n’a point été foulée.
- 404. Si d’une toile de lin on palfe à une toile de laine, à une piece de drap , on aura précifément les mêmes raifonnemens à faire, à cela près qu’à celles-ci il fe préfente une difficulté à l’introduclion de l’eau. La laine, grade par elle-même, a encore été induite d’huile, pour être cardée & être filée; l’eau non feulement ne s’attache pas aux corps gras, elle ne les mouille même pas : d’ou il arrive que l’eau ne pénétré pas fi intimement un tiifu gras, qu’elle ferait celui qu’elle mouille. O11 ne pouvait rien imaginer de mieux, pour lever cette difficulté, que ce qui fe pratique dans les foulonneries. On y bat les draps avec des maillets de bois , qui ouvrent le tilfu ; & en même tems on le dégrailfe, en employant des terres qui ont la propriété de s’unir avec les grailles. L’urine, qui s’alkalife fi aifément, fait, avec les grailles, une efpece de favon j & le la von a par lui-même la propriété de fondre & de diifoudre les corps gras : enfin, la chaleur que le drap contracte dans la pile, aide à l’aélion de toutes ces fubftances. Il ne faut cependant pas trop priver la laine de toute grailfe ; la laine trop dégrailfée devient feche & incapable de fe bien fouler. Je crois même que l’eiFet des drogues qu’011 emploie pour fouler , ne fe borne pas au feul dégraiffage j je penlé qu’elles agiifent fur les poils même qui fe crifpent & s’engagent les uns dans les autres, ce qui n’arrive pas aux fils de lin & de chanvre j ceux-ci fe retirent à proportion qu’ils augmentent de groifeur, par les raifons que nous avons détaillées ci-deflus ; & l’on écra-ferait entièrement la toile, on la réduirait en pâte propre à faire du papier , plutôt que de lui faire prendre le feutre qu’acquierent les poils des animaux, par l’adion du foulon. Il faut donc concevoir que les cordes ou les fils du drap fe font gonflés, qu’ils fe font défilés, que les poils de la chaine fe fcnt entrelacés avec ceux de la trame , & qu’il en a réfulté une forte d’étofie qu’on peut comparer aux feutres des chapeaux. L’étoffe des chapeaux ne reqoit aucune forte de tilfu: cependant elle acquiert une fermeté qui efi telle qu’elle réliite à l’eau, & qu’elle eft difficile à déchirer; cette conlifiance n’elt due qu’au feul effet du foulon ; fon tiffu n’eft qu’un entrelacement de poils les uns dans les autres. C’ell encore par un pareil entrelacement, que fe font ces boules de poils quiffe trouvent dans i’eltomac de plusieurs animaux, que les naturalises nomment êgagropiks. Cette efpece de feutrage fe fait fur les
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- animaux même, quand ils ont des poils fins & longs, tels que font les polis des chats dits d’Angora, les peaux de loups-cerviers 9: dont, on fait des manchons, &c.
- 405. L’effet du foulage,. comme je l’ai dit, ne fe fait appercevoir que fur les poils des animaux , ou fur quelques duvets végétaux ; enfin, la foie le lin , le chanvre, le coton en font peu fufceptibles : peut-être eftrce par la raifon que leurs poils font trop longs, & qu’ils s’amo biffent trop dans les opérations du foulage, pour qu’ils puiffent s’enlacer les uns.dans les autres, & fe feutrer. Néanmoins j’ai trouvé aux bords de la Méditerranée certaines boules qui font formées par une plante marine que les flots delà mer ont décompofée en filamens qu’ils, ont enfuite réunis à force de les battre fur le rivage. Malgré cette obfervation, quoique les toiles de lin & de chanvre augmentent d’abord un peu d’épaiffeur quand on les foule, on peut dire en général, que le foulon 11e produit fon effet que fur les poils des animaux, & principalement fur les poils les plus fins.
- 406. A mefure que l’étoffe devient plus ferrée par l’union qui fe fait des filamens des fils de la chaine avec ceux de la trame , l’étoffe perd confidéra-blement de fa longueur & de fa largeur : il femblerait même que le raccourci f-fement des fils de la chaine & de ceux de la trame devrait être proportionnel aux longueurs, de fies fils. Il n’en eft cependant pas ainfi ; un drap fe retire beaucoup plus fur fa largeur que fur fa longueur ; celui qui eft tiffu pour deux aunes, ne fe trouve avoir, au fortir du foulon , qu’une aune de largeur; il eft rentré de la moitié de fon lez, & il s’en faut de beaucoup qu’un drap ourdi à vingt aunes , n’ait que dix aunes au fortir du foulon. Il en a ordinairement leize , & il n’eft rentré que d’un cinquième ; ou , plus correctement, un drap qui, au fortir du métier, a quarante-trois aunes de longueur fur doux & un quart de largeur, pour être bien fabriqué, ne doit avoir , au retour du foulon, que vingt-quatre aunes de longueur, fur une aune trois feize de largeur: il gagne un feize aux apprêts , ce qui le rend à cinq quarts.
- 407. Dans le meilleur foulage, le drap fe retire de moitié ou de f fur la largeur, & pas tout-à-fait d’un tiers fur la longueur: on obferve encore qu’un drap bien garni de chaine rentre bien plus difficilement fur la largeur que celui qui feraitproportionnellement plus fourni de trame: la rai-fou de ce fait n’eft pas aifée à donner. Il eft vrai que la chaine eft filée plus tors que la. trame ; que la colle la foutient ferme ; que le tiffeur, en la montant fur le métier * la tend le plus qu’il poffible ; au lieu que la trame eft filée mollette ; qu’en la lançant elle n’eft pas à beaucoup près auffi tendue; qu’on la met tremper dans l’eau avant de lafipoukr(166).
- {166) Il y a des manufacturiers Allemands qui ne mouillent le drap qu’après
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- Toutes ces circonftances peuvent influer pour faire plus rentrer les draps fur Sa largeur que fur la longueur. Outre cela , je lens bien que, par la difpolîtion de la piece dans-le pot ou la pile du moulin , les foulonniers font les maîtres de faire rentrer à leur gré, un peu plus fur la’ longueur ou fur la largeur. Mais cet effet ne s’étend pas bien loin; je crois plutôt que le feutrage ne fe* pouvant faire que les fils ne lé foientéfiloehés ,il s’enfuit, iQ. que les fils de la trame étant beaucoup moins tors que ceux de la chaîne , ils doivent être-plutôt en état d’être feutrés ; 2°. que comme les fils de chaîne font collés, ils ne peuvent s’éfilocher & fe feutrer que quand cette colle eft détruite: les fils de trame, au contraire, font difpolës à recevoir du premier coup l’effet du foulon. 30. Nous-avons dit que-les poils avaient d’autant plus de diipofîtion à fé feutrer, qu’ils étaient plus fins ; or comme on choilit pour la chaîne les poils les1 plus longs, ces poils font toujours moins fins que ceux de la trame.
- 408- De là vient que certaines laines rentrent plus que d’autres ; que là même laine différemment filée & tiffueplus ou moins ferré , rentre inégalement dans différens endroits de la longueur d’une piece de drap; & l’on peut dire , en général, qu’un tilfu lâche rentre promptement, mais qu’il ne fait jamais un drap ferme & lerré : ces faits prouvent que la qualité des poils & la fermeté du tilfu font plus ou moins favorables à l’effet du foulon. Si une piece 11e rentre pas fuffifamment dans quelques endroits, les foulonniers y remédient en mettant à ces endroits du favon , ou quelques-unes des autres fubftances qu’on emploie pour favorifer le foulage ; ce qui prouve bien-fenfiblement que ces drogues agiffent fur le poil.
- 409. C’est en conféquence de cela qu’011 emploie en général deux méthodes pour fouler les draps (167) : la première eft de dégraiffer avant de fouler : la fécondé méthode eft de fouler les draps aver leur graillé , & de les dégraiffer enfuite.
- 410. Pour la première méthode , on fé fert du favon & de la terre ; pour la fécondé , on emploie l’urine , la terre , l’huile, le crotin de brebis. Je crois que la première méthode eft fuivie dans les manufactures d’Elbeuf, de Sedan, des Gobelins & autres ; & que la fécondé eft en ufage à Abbeville & aux Andelis j mais je n’en fuis pas certain. Les Anglais pratiquent l’une & l’autre méthode.
- 411. Quelque bonne idée que j’aie de ces méthodes, cependant celle de
- être fépoulé. Cette méthode n’eft pas bon. ne : elle fait rentrer le drap trop inégalement.
- (167) A Sedan on lave le drap } enfuite
- on lé foule, puis on le dégrade. C’eft aflfez la méthode que l’on fuit pour les draps fins; cependant il y a des fabricans qui foulent au gras, & qui dégradent enfuite à l’iirine.
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- commencer par laver , femble promettre quelqu’avantage ( 16& ). Les opérations du dégraiflage commencent à ouvrir les fils i & la toile étant , comme l’on dit, ébroujjéc , femble plus difpofée à être foulée. Mais la raifon la plus eifentielle eft , que ceux qui commencent par dégraiffer, font épincer une fécondé fois en maigre, & que les épinceufes ont bien plus de facilité à tirer les faletés d’untilfu dégrailîë & non foulé, que de celui qui eft foulé ; parce que le foulon engage dans le corps de l’étoffe les ordures qui échappent à la vue, & qu’on a beaucoup plus de peine à faiiir avec les pinces, fans endommager î’étolfe. ( 169 )
- 412. D’ailleurs, il eft quelquefois bien difficile de tirer entièrement la graiffe & le fuin d’une étoffe feutrée.
- 413. A Louviers, on fait tremper les draps , afin qu’ils foient bien pénétrés d’eau , & pour enlever la colle & l’huile ; lorfqu’ils font bien dégorgés de ccs fubftances , 011 les bat avec de la terre , 011 les èpince avec foin, & on les renvoie à la foulerie pour les faire rentrer félon la proportion qui convient.
- 414. Là chaleur facilite beaucoup le foulage. Les chapeliers foulent leurs chapeaux dans de la lie de vin très-chaude ( 170 ) ; & les pilons procurent aux étoifes une chaleur qui eft néceffaire pour remplir parfaitement l’objet qu’on fe propofe : quelques-uns augmentent cette chaleur, en mettant de l’eau chaude dans les pots ou piles.
- 415. Ces idées générales recevront des éclaircifTemens de ce que nous dirons dans la fuite.
- 416. Il y a certains ouvrages de laine & de poil qu’on foule à la main : fi l’on pouvait employer ce moyen pour les draps, il arriverait moins d’ac-cidens ; mais comme les pièces de drap font trop grandes & trop lourdes , il faut abfolument avoir recours à des machines pour cette opération.
- Des moulins à foulon (171).
- 417. On peut employer différens moteurs pour faire agir ces machines: les chevaux entraînent de grands frais ; le vent eft incertain; & comme , indépendamment de la quantité d’eau qui eft néceffaire pour faire agir les
- (168) 11 eftbond’obferverici, que quand (169) En Allemagne cette fécondé opé. on a fait les trois opérations dont on a ration avec les pinces ne fe fait pas , même parlé plus haut, la première s’appelle la- pour les draps les plus fins. ver, quoiqu’elle emporte la graine, la (170) Dans les pays où il n’y a pas de colle , &c. Et il eft d’ufage que l’opération lies de vins , on emploie la lie de très-fort qu’on nomme dêgraiJJîge, n’empor te qu’u n vinai g re. refte de graiffe & de fa von. (171) En ail. Walckmühkn.
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- moulins, il en fout encore beuucoup pour laver & dégorger les draps ; en fuppofont qu’on fe fervit du vent pour foire agir les moulins , il faudrait encore élever avec des pompes Peau nécellaire pour dégorger ces étoffes : ce qui ferait une dépenfe confidérable. C’eft pour cette raifon que les moulins pour fouler & dégorger, font prefque toujours établis fur des rivières. A l’égard des frifis ( 172) , elles fontfouvent mues par des chevaux.
- 418. Une foulerie doit donc être établie fur une riviere ou fur un ruilfeau î mais autant qu’il elf poffible , elle eft beaucoup mieux placée fur un ruif. feau , parce qu’elle n’y eft pas li fujette aux inondations & aux grolfes eaux qui la mettent hors d’état de travailler, & que d’ailleurs le travail d’une foulerie placée fur un ruilfeau eft toujours plus régulier par la facilité que l’on a de régler Peau ; & par conféqueiit les draps ne font pas autant expofés à avoir des tares ou des trous.
- 419. La plupart des fouleries qui font fur les rivières , font difpofées de maniéré que Peau coule fous les roues à aubes, parce qu’en y manque de chute: dans beaucoup de celles qui font furies ruilfeaux, Peau tombe deifus la roue qu’on nommé à augets ; & celles-là méritent la préférence, parce que le mouvement en eft toujours plus gai & plus réglé , & qu’il faut moins d’eau pour les foire mouvoir, ce qui eft bien avantageux quand les eaux font balfes. Au relie , il eft rare qu’on ait le choix ; 011 profite de tous les courans dont on peut difpofer.
- 420. Il eft cependant très-important qu’il fe trouve allez d’eau pour que les pilons puilfent jouer toujours gaîment en été comme en hiver: le drap en tourne mieux dans la pile, & il y prend la chaleur qui lui eft nécelfoire. O11 ne peut jamais bien laver & parfaitement dégorger avec une eau trouble & vafeufe : les eaux crues qui ne diifolvent point le favon , ne produi-fent jamais un aufti bon effet que les eaux douces.
- 421. La plupart des moulins à foulon font très-fimples; ils n’ont ni rouets ni lanternes. La roue à aubes ou celle à augets b, pl. VI, fig. 1, fait tourner l’arbre a , qui, au moyen des levés p, fait agir les maillets.
- 422. On exécute deux manœuvj es dans une foulerie, favoir, le foulage & le dégraififage ou dégorgeage. On foule dans un pot B ,fig. 1, creufé prefque circu-lairement dans une groife piece de bois. On dégrailfe, on dégorge , & on lave dans une autre machine 5 fig. 2 , qu’on nomme dégorgeoir. La pile eft diifé-
- (172) En Allemagne , les frifes , Frijier- fchlàgige Rad , fait tourner Farbre, Stamp-
- mühlen , font mues à force de bras. Quel- fen , au moyen des leves , en ail. Daumen, quefois même les tondeurs frifent à la main, Le pot à foulon , Stocke , eft creufé circiu avec la pierre ponce ; c’eft un travail très- lairement. Le dégraiffoir, avsfpülefiock , pénible , & qui fe paie fort cher. eft creufié en forme d’auge.
- (173) La roue à augets, en allem. Hber.
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- rente du pot de la foulerie ; elle eft creufée en forme d’auge dans l’arbre d, & le fond eft prefque horifoutal, ou en portion de cercle , dont le centre eft à Taxe L ,7%. 2 , des maillets : les deux côtés ou joues s’élèvent perpendiculairement; le bout de devant eft un peu creufé, fur-tout par le bas * & par le haut elle avance un peu. Cette forme eft très-avantageufe pour retourner le drap. Comme cette machine fert à quantité d’ufagcs dans une foulerie, lorfqu’il y a deux pots pour fouler , il faut qu’il y ait trois dégorgeoirs.
- 423. Les moulins à foulon pour l’une & l’autre des méthodes dont nous avons parlé plus haut, font de deux conftruétions différentes. Les uns ont leurs pilons en forme de maillets, pi. X, fig. 1 : auffi. les appellerons-nous allez louvent moulins à maillets. Les autres font nommés moulins façon de Hollande ; les pilons de ceux-ci tombent perpendiculairement, comme aux moulins à piler le tan ; & leurs piles font, quand 011 le veut, exactement fermées par des coulilfes , de forte qu’on augmente ou diminue à volonté la chaleur que l’action des pilons produit dans les piles ou pots.
- 424. On peut, avec ces moulins façon de Hollande, fouler au favon comme avec ceux à maillets .; on les regarde même d’un œil de préférence, quoique leur conftrudion foit plus difpendieufe ,& leur entretien plus onéreux : mais ils ont l’avantage d’avancer plus l’ouvrage , parce que les coups de maillets font plus fréquens ; & le foulage fe fait mieux, parce que l’étoffe s’échauffe plus aifément. Cela 11’empèche pas qu’un foulonnier habile 11e foule très-bien les draps les plus fins avec un moulin à maillets , & même mieux qu’un foulonnier de capacité médiocre ne le pourrait faire dans un moulin façon de Hollande. On trouvera dans l’explication des figures , une defeription plus détaillée de ces deux machines , ainfi que du moulin à dégorger.
- Des ingrédiens néceffaires au foulage.
- 42c Les ingrédiens qui fervent au foulage des draps , font i\ la terre glaife ou graffe , appellée terre à foulon ( 174), qui eft une terre plus ou moins grife , auffi douce dans les mains que le la von, foit quand elle eft fèche, foit quand elle eft mouillée. Pour que cette terre foit bien préparée , il faut avoir dans chaque foulerie unhangard couvert par - deifus & à jour, où on la dépofe, afin qu’elle yfeche; car la terre humide 11e fe diffout que très-difficilement dans l’eau.
- 426. La meilleure faifon pour tirer cette terre eft dans les mois de mars, avril & mai, pour qu’elle ait le tems de fe fécher pendant l’été Lemieux
- H 74) En ail. TValcke.rde. La terre à foulon d’Angleterre eft préférable à celle dont on fe fert en France & ailleurs.
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- ferait même d en faire des provifîons pour deux ans , parce qu’une terre bien feche fe fond dans l’eau prefque auffi promptement que la chaux. Le fou-lonnier doit avoir une gande attention à bien délayer cette terre 5 il doit la vifiter pour en ôter tous les graviers qui pourraient s’y trouver, & qui dans l’opération feraient des trous au drap.
- 427. La bonne terre à foulon doit donc , foit lèche , loit humeétée, être douce comme du favon, & former une moulfe quand on la délaie dans l’eau. Celle qui eft rude & alliée de fable * ufe le drap, coupe la laine & l’empêche de fe fouler (175).
- 428. Le feul moyen qu’on emploie pour le garantir des graviers, eft que le foulonnier, en faifant fondre fa terre dans des cuveaux avec de l’eau pour en former une efpece de pâte , la manie exa&ement, enforte qu’aucun gravier ne puilfe lui échapper; ilia palfe enfuite dans un panier.
- 429. Il ne ferait pas impoflible de la palfer dans une paflbire de cuivre, comme les rafineurs font leurs terres ; ou bien, après l’avoir délayée fort claire i on laiiferait précipiter les graviers & le fable ; puis en verfmtcequi furnagerait dans d’autres cuveaux, la terre fine & très-golfe s’y précipiterait exempte de tout gravier.
- 430. On trouve de bonne terre à foulon à Eftbnne fur le chemin de Fontainebleau ; en Normandie, près Elbeuf ; à la Chapelle - Tireil, près Sedan; à la Chapelle-Bâton en Poitou, &c. Mais il y a de grandes fabriques où le manque de bonne terre oblige de fe fervir de favon.
- 431. 2°. Du favon de Marfeille , de Toulon ou de Gènes : les plus gras font les meilleurs pour fouler les draps teints en laine, c’eft-à-dire, ceux
- inarchandife de contrebande , & il y a les mêmes peines contre ceux qui la tranfpor-tent en pays étrangers, que pour l'exportation des laines. En France , on fait un grand ufage d’urine en place de terre à foulon. Il eft furprenant qu’on n’ait pas employé plus de foins à en découvrir dans les fabriques qui en manquent. C’eft un objet fur lequel les fociétés d’agriculture devraient porter leur attention. AL Bertrand a fait l’épreuve d’une terre à foulon , trouvée dans le Hafsliland, au canton de Berne, dont il allure la bonté. Voy. d>3. des fojjîles , au mot terre à foulon.
- Dans les manufactures d’Allemagne , on fe fert beaucoup de terre à foulon, qui dois généralement être préférée à l'urine.
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- O7O La terre à foulon , argilla fullo-tium, terra faponaria, en ail. JValckcrde, eft une efpece d’argille fine , onétueufe au toucher & dans l’eau , abondante en parties nitreufes ; ne faifant aucune bulle , lors même qu’on la bat dans l’eau où elle eft dïf-loute. La meilleure terre à foulon que l’on connaiflè, eft celle d’Angleterre, & c’eft à cette terre qu’on attribue la fupériorité des draps anglais. On en tire dans les fofles près de Brickhiil en Stafford-shire, province d’Angleterre, de même que près de Riegataen Surrey, proche Maidftone, dans le comté de Kent ; près Butley & Petvvorth, dans le comté de Suffex; près de ’W'ooburn en Bedford-shire, & dans l’isle de Skies en Ecofle. On a fait de cette terre anglaife une Tome Vlh
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- qui Font teints avant d’ètTe fabriqués. Dans quelques provinces, on fe ferfc de favon liquide, fous le nom de favon noir ou gras. ;
- 432. A l’égard des draps qu’on teint en toile, il faut les mettre en toile hors de grailfe avant la teinture ; & quand iis font teints, on les foule au favon.
- 433. On foule auffi au favon tous les draps deftinés pour blanc uniforme ^ ou pour moines, de même que ceux qui doivent être teints en écarlate , ou en autres couleurs pleines.
- 434. On verra dans la fuite qu’il eft très-important de n’employer le favon que quand il eft bien dilfous dans l’eau. Pour cet effet, on remplit d’eaur une chaudière de cuivre montée fur un fourneau, dont la bouche répond au travers, de la muraille dans une autre chambre ; on coupe le favon par petits morceaux qu’on jette dans l’eau de la chaudière; le favon fe fond aifé-‘ ment dans cette eau chaude 5 on le remue avec une lpatule juf-qu’à ce qu’il forme une efpece de gelée : alors il eft en état d’être employé.
- 435. Un avantage du foulage au favon eft, qu’il fe fait plus promptement : vingt-quatre heures font plus que fufïifmtes s au lieu qu’a un même degré de chaleur , il en faut trente -fix , quand on le fert de l’urine ( 176).
- 436. 30. On pourrait fouler au favon toute forte de draps ; cependant ceux qui font deftinés à être teints en noir, font ordinairement foulés à l’urine (177), parce qu’on croit avoir remarqué que l’urine conferve aux draps une douceur qu’il faut ménager, parce que la teinture noire altéré toujours cette qualité.
- 437* Quoiqu’il y ait des fabriques où l’on emploie l’urine pour les draps: de couleur, les fabricans ne perdent pas tous auffi avantageufement du* foulage à l’urine. A Louviers, on prétend qu’elle ôte de la douceur à la laine, & qu’elle fait que la teinture n’eft pas folide;’en conféquence on évite dans les manufaélures où l’on travaille beaucoup de draps de couleur,' d’employer de l’urine , qui a encore cet inconvénient, qu’on a bien de la peine à épincer exactement les draps.
- 438- Plusieurs conviennent que l’urine donne de la longueur & de la fermeté aux draps; mais ils nient qu’elle puiffe leur procurer de la douceurs ils prétendent que fon alkali fait crifper les filamens de la laine , qu’il échauffe? le drap dans la pile, & qu’il le fait rentrer ; & ils foutiennent que l’étoffe-n’eft pas défilée ni feutrée, comme quand on y emploie le fiivon. En em-
- (176) La durée du foulage varie de dix à vingt-quatre heures [f ] , fuivant les fai-fons , félon la force des draps , le poids de leurs trames , leur largeur, le nombre des fils de la chaîne,&c. Note de M. RouJJeau.
- ( t ^ En Allemagne, on ne foule que fix , dix , & tout au plus quinze heures. Si on
- mettait plus de tems à cette opération , les-plus belles laines du pays feraient altérées* (177) A Sedan , tous les draps fins font foulés au favon ; l’urine les rendrait durs & coriaces : le noir plus que tout autre a. befoi'n d’un fond doux , la teinture noire le rendant revêche»
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- ^ployant Purine, le drap u’a pas befoin d’ètre dégrailfé j il fe dégrailfe & fe foule en même tems : mais on dit qu’après le dégorgeage , il 11’eft jamais auiîi clair ni auffi net que quand on a employé le làvon (178)- Dans les belles fabriques de M. de Julienne , & de M. Rondeau, on 11e fe l’ert que de iavon j ce qui eft une préfomption contre l’ufage de l’urine. Il femble que Purine vieille, & par conféquent alkalifée , doit conferver une ondluofité qui peut corriger fon âcreté : quelques bons fabricans prétendent cependant que Purine en cet état altéré le poil, & ils foutiennent qu’il ne faut employer que de Purine fraîche. Nous nous abllenons de décider cette quedion qui partage les fabricans : nous nous bornons à expofer ici les dilférens fentimens.
- 439. 4°- Comme les crotins de brebis font très - aftringens, 011 ne les emploie que vers la fin du foulage} encore tempere-t-011 leur action avec de l’huile, que plufieurs regardent comme la meilleure drogue qu’on puilfe employer pour faire un bon foulage (179).
- Opération du lavage d'un drap en toile avec Purine.
- 440. On 11e lave en toile & à Purine que des draps pour blanc , pour bleu, pour couleur uniforme, &c. Cette opération fe fait avant le foulage au favon, en mettant le drap dans le pot de la machine , pl. VI, fig. 1. A me-fure qu’il y entre on verfe par-delfus de Purine autant qu’il en faut pour le mouiller & le faire tourner ; enfuite on lâche Peau du ruilfeau fur la roue qui fait tourner l’arbre, lequel par le moyen de fes leves fait agir les maillets qui tombent fur le drap dans le pot ou dans la pile de la machine j le mouvement de ces maillets retourne & prelfe le drap dans le pot, & le force à fe bien imbiber d’urine.
- 441. On le Jailfe battre à l’urine environ trois quarts-d’heure, après quoi on le tire du pot pour le remanier & le lifir ou hriquer. Cette manœuvre que nous décrirons dans la fuite, fertà étendre lurine également par-toutî car on en remet où il en manque. De plus , en le rempotant, 011 en change les plis , & on remédie aux faux plis. On le lailfe tourner pendant une heure & demie j pendant ce tems l’âcreté de Purine dilfout l’huile dont il a été imbibéi & ces deux fubftances forment un favon que Peau peut enlever. Ainfi , quand Peau qui fort du drap devient blanche & laiteufe , on lui donne durant une heure un petit fil d’eau que l’on fait couler dans
- (i78)Il faut faire attention à la couleur vaut mieux que le favon; axftuelle du drap ,& à celle qu’on veut lui (179) En Allemagne, on n’emploie le donner. 11 y a des couleurs, par exemple, crotin de brebis, que lorfque le drap ne la couleur brune, pour lefquelles Purine veut pas prendre le foulage.
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- le pot; .& enfuite, pour rendre le drap net & hors d’urine, on lui donne encore l’eau en abondance pendant une heure: de façon que le lavage d’un drap en toile exige environ quatre heures de tems.
- 442. Si, au lieu de dégraiffer & de laver le drap , on voulait le fouler à l’urine; lorfqu’on le remet dans la machine, comme il a été dit, on peut le îaiifer tourner jufqu’à ce qu’il ait pris le foulage ; puis on le retire du pot, 011 le lifi à deux perfonnes qui tirent l’une contre l’autre le drap par fès liiieres, pour l’étendre & effacer les faux plis qui auraient pu fe former ; enüiite on le remet dans le pot , & 011 le laiffe tourner jufqu’à ce qu’on s’apperçoive qu’il avance au foulage ; alors on le tire encore du pot, on le life, comme il a été dit, & on préfente la mefure deffus, pour voir s’il eft à fa largeur. On fait des. marques avec les plis du drap aux endroits où il eft le plus large, & en le rempotant on le tord aux endroits marqués., plus, ou moins fort, fuivant qu’il eft plus ou moins large : & aux endroits où il eft jufte , on le met fur fon plat dans le pot fans le tordre;, caï il faut fa voir que plus un drap eft tordu dans le pot, plus il foule fur fà largeur, <& plus parce moyen on parvient à le rendre d’une largeur égale.
- 443. On doit répéter ces opérations jufqu’à ce que le drap foit d’une largeur égale, & bien- foulé; car un drap eft réputé foulé î'orfqu’ii eft rentré à )'a largeur qu’il doit avoir. Mais il faut en mêmetems qu’il ait acquis une force convenable; car fouvent un. drap happe au foulage fera à fa largeur, quoiqu’il n’ait pas acquis luffifarnment de force : en ce cas iL faut le fouler de plat fur fa longueur, puis le dégorger,, comme nous le dirons dans îa fuite..
- Antre lavage*.
- 444. On lave encore les draps en toile d’une autre maniéré, ïï on le Juge à propos ;• mais quoique cette opération dure huit heures , elle convient mieux pour i'e foulage au favon. Voici le détail de cette opération, dont le but eft d’enlever au drap l’huile dont on a imbibé, l'a laine, & la colle de îa chaîne.
- 444. Le foulonmer met tremper le drap pendant huit à dix jours dans le courant d’iine riviere : il doit être plié en, deux fuivant fa longueur, & retenu par un pieu bien arrondi y & planté au milieu de Peau. O11 met ce pieu' dans le pli: ce pieu doit être de bois blanc, & avoir trempé quelque tems dans Peau, pour qu’il 11e tache pas îe drap. On change de tems en tems l’endroit du pli, afin que le drap 11e s’échauffe pas en cet endroit,- & qu’il ns fè fatigue pas en appuyant continuellement fur le pieu qui le retient contre le courant de. l’eau- D’autres., pour imbiber d’eau le drap en toile, le mettent dans le pot avec de l’eau claire.
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- 446. Dans quelques manufactures, après avoir ainfî fait tremper les draps lept à huit jours dans une eau courante , on les met, comme Ton dit, en tombeau ; c’elt-à-dire, qu’on empile plufieurs pièces les unes fur les autres , pour qu’elles s’échauffent par une efpece de fermentation, ce qui facilite le dégrailfage qu’on fait enfuite avec la terre.
- 447. On met pour cette opération le drap dans le pot, dans la pile ou cuvette de la machine à dégorger, & au lieu d’urine on y verfe environ deux féaux de terre à dégraiffer, qu’on diftribue dans le drap: on lailfe battre le drap en terre environ quatre heures (180) ; puis on donne , pendant deux heures, un petit fil d’eau, & enfuite on lui donne pendant deux autres heures toute l’eau néeefTaire pour le rendre net & hors de terre; ce qu’on reconnaît quand l’eau en fort fort claire.
- 448- Dans quelques manufactures , 011 retire le drap de la pile pour le houer au bouillon du moulin, à l’endroit où l’eau fort de deflous la roue avec rapidité. Quand il a été bien houé ou lavé, on le remet dans la pile pour achever de le dégorger , & 011 lui donne de l’eau en abondance : cette pratique paraît fort bonne.
- 449. On fuit encore les pratiques fuivantes : après avoir diftribue la terre dans le drap, on bouche les trous de la machine, & on fait battre ou bar-botter pendant un quart d’heure, donnant de l’eau feulement ce qu’il en faut pour imbiber la terre & le drap. Après ce tems on retire le drap pour changer les plis, égalifer la terre & en mettre où il en manque ; on remet le drap dans le pot , où on le laide battre jufqu’à ce qu’on s’apperqoive que la grailfe & la terre font bien confondues: alors on débouche’ les trous de la machine ; on lâche fur le drap un filet d’eau pour délayer la terre peu à peu , Sc fans la noyer. On augmente l’eau à mefure que le lavage s’avance; puis fur la fin, on en donne en abondance jufqu’à ce qu’elle forte claire.
- 450. Quand c’eft un drap qu’on doit renoper, il faut prendre garde qu’il n’épailfîfte & nefe foule pas trop au lavage; caries nopeufes ne pourraient pas, fins lui faire tort, tirer les corps étrangers que le lavage a découverts. Dans ce cas on peut fuivre la méthode que nous avons précédemment détaillée; car il n y a point d’inconvénient que le drap refte gras, pourvu qu’il foit clair & blanc; puifque quand même il ferait hors de graiffe, il lui faudrait encore une terre pour le difpofer à être foulé.
- 451. Il eft bon de faire fentir qu’entre ces différentes méthodes pour dé-grailler les. draps, il y en a qui font fùjettesà quelques inconvéniens.
- 4^2. Nous avons dit que, dans quelques manufactures, on faifait tremper Îq drap pendant fe.pt à huit jours, dans le courant d’eau qui fait tourner le
- (i8o) On ne foule pas suffi long-tems en Allemagne.
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- A R T B E IA j? R A P E-R I £
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- moulin, & que l’on avait foin de changer de place le-pli qix?iL prend fur la perche ou pieu qui le retient. L’intention eft de détremper l’huile & la colle delà chaîne., & que le, drap, étant ainfi lavé, onpuilfe mieux appercevoir les corps étrangers que. -les nopeufis doivent ôter. Mais n’y a-t-il pas à craindre que l’eau 11e diminue trop de l’élafticité. de la laine, & encore qu’elle ne la deffeche trop de fon-grâs naturel? car l’on fait combien l’on&uofité eft importante pour le foulage, & que la laine étant ainlî appauvrie, l’étoife pourrait fe déchirer dans le moulin.
- 4?3. D’ailleurs, pendant ce long féjour fur l’eau, il y a des parties qui, étant plus expofées au foleil, font plus defféchéês : ce qui occafionne des fiammes, qui font des ondes de différentes couleurs, qui paraiffent fur la fuperficie des draps , fur-tout quand ce font des étoffes teintes. Il eft vrai que l’oncluoPité du favon peut rendre à la laine ce qui lui manque, & que l’attention du foulonnier peut prévenir les flammes : cependant, pour éviter ces in-convéniens, on 11e les laiffe, dans plufieurs fabriques, tremper que vingt-quatre heures, & même moins. AuÜi-tôt que le drap eft bien pénétré d’eau, on le retire, on le laiffe égoutter trois ou quatre heures ; & après l’avoir plié & mis fur le plancher, on le couvre pendant dix à douze heures ; la colle & l’huile s’échauffent, s’attendriffent & fe trouvent plus en état d’être emportées par la terre détrempée, dont on arrofe le drap ,enle mettant dans la pile(igi). '
- 454. Lorsqu’on feut que le drap eft chaud, 011 le met en rond dans la pile,/?/. FI, fig. 4; on l’arrofe d’un bout à l’autre de deux féaux de terre bien délayée 5 011 le laiffe piler pendant une heure ; 011 le retire enfuite pour le llf&r, & pour examiner li la terre eft bien répandue dans toute l’étendue de la piece de drap : fi elle ne l’eft pas, on en met aux endroits où elle manque.'
- 455. On remet le drap à la pile: ce qu’on répété jufqu’à ce qu’en le tordant , on en voie fortir une humeur vifqueufe, qui indique que la graille a été diffoute par la terre ; alors 011 le change de pile , & on le met dans celle à dégorger, en lâchant par-deffus un filet d’eau qu’on augmente peu à peu. On life le drap deux ou trois fois , & on finit cette manœuvre quand on voit que l’eau fort bien claire de la pile; enfin on le met laver au faut du moulin,, comme il a été dit.
- 456. D’après ce que nous venons de rapporter, on voit qu’on peut très-bien dégraiffer les draps, fans les faire tremper à la riviere , & fans y em-
- ( rSO Cette opération eft fufceptible pourraient être endommagés & flammés d’inconvéniens pour les draps de couleur par la fermentation, faible, tendre , ou de faulTe teinture , qui
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- À* R' T B t Û À D R A F ERIK n i
- ployer de la terres pour cela , on les imbibe d’ëaü , en les travaillant d’abord dans la pile avec de l’eau pure. On retire le drap pour le laiffer égoutter, puis on l’empile de nouveau avec un demi-feau d’urine & autant d’eau. On le life à plufieu-rs'reprifes ,& on lé rempile, en donnant toujours, pendant que le moulin travaille, un filet d’eau , afin de prévenir que le drap ne fe feutre > ce qui empêcherait -de reconnaître les ordures. On fait marcher le moulin; lentement, pour que le drap ne s’échauffe pas trop en tournant, & qu’il ne fe feutre pas. Il eft encore néceifaire que le trou de la pile foit ouvert pendant l’opération, pour donner facilité aux impuretés, de fortir avec l’eau (182).
- 4f7- Ordinairement Purine & l’eau fuffifent pour emporter la grailfej mais quand les laines ont été mal dégraiffées en fuin, ou quand les draps font anciennement fabriqués , on eft obligé de joindre à l’urine une eau de terre, & de répéter quelquefois cette opération trois ou quatre fois -, non-obftant’Gela, on eft prefque toujours obligé de donner encore deux terres avant de les fouler ; mais ce n’eft qu’après les avoir nopês ; nous parlerons de cette opération dans un inftant : on finit toujours par laver les draps à grande-eau. Ce travail dure douze-ou quinze heures pour les draps ordinaires, & vingt à vingt-quatre heures pour les draps fins.
- 458- Comme le bon dégraiiTage dépend de la qualité de l’huile qu’on a employée pour Venjîmage des laines, de la qualité des terres qu’on emploie 9 de la perfetftion du lavage de la laine, enfin de la nature des eaux, on eft quelquefois obligé de remettre plufieurs fois de la terre, quand le fuin eft. trop adhérent à la laine. Pour connaître fi les draps en toile font bien dé-grailles, on trempe dans un feau d’eau claire un coin du drap , 011 le frotte dans les mains, & après l’avoir replongé dans Peau à plufieurs reprifes, op le préfente .au-jour : s’il ne paraît aucunes traces jaunes, grifes ou noires, on met le drap au dégorgeoir, en lui donnant d’abord peu d’eau pour le pénétrer j enduite on donne Peau en abondance, jufqu’à ce qu’elle forte bien claire.
- - 459. Il eft important que les draps foient bien dégrailfés avant de les-mettre au favon ; car le favon qui attendrit la grailfe fans la dilfoudre fuffifam-ment, forme une fubftance gluante qu’on a bien de la peine à emporter: cependant en Languedoc, où l’on manque de bonne terre, on dégrailfe les draps avec du favon noir.
- - 460. Quand les opérations du dégraiiTage font bien faites , les fils fe font ouverts & difpofés à recevoir l’opération du foulon , dont nous parlerons; après avoir détaillé le travail des nopeufes.
- (182) Tout ce que l’on dit ici du lavage blancs, mais point du tout aux draps- de avec la terre , ne fe rapporte qu’aux draps couleur»
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- ART DE LA DRAPERIE.
- Du nopage ou épinçage (i83)«
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- 4$r. Le drap étant bien lavé & dégraifle, foit avec de la terre, foit ave& lefavon ou l’urine, on l’envoie aux tondeurs, qui le font fécher;& quand il eft fec, ceux-ci le remettent entre les mains des nopeufes ou épinceufes qui les vifitent, & qui recommencent leur opération, comme nous l’avons dit précédemment, pour en tirer les pailles , les brins de chanvre, les fils pei-gneux, les bourgeons & autres corps étrangers, qui peuvent s’y trouver. Quand les doubles duites font grandes , les ouvrières doivent rapprocher les fils de la trame, pour remplir les places vuides > car elles doivent encore prendre plus d’attention en épinçant un drap maigre, pour éviter d’endommager la chaine, que quand elles épincent en gras : les petits trous qu’elles font à la trame, ne font de nulle conféquence, parce que le foulon les répare aile ment.
- 462. Au fortir des mains des nopeufes ou êpinceufes, on trace à l’aiguille fur le chef & fur la queue du drap, le nom du fabricant, le lieu de fa demeure , & le numéro de la piece de drap. On emploie pour cette marque, de la laine blanche, rouge ou noire, fuivant la couleur du drap ; puis on Yenverfe, c’eft-à-dire, qu’avec deux chardons des plus faibles, on fait comme fi on voulait le garnir ou le lainer, mais feulement pour faire partir toutes les nopts , nœuds , ou bourgeons, &c. qui relient fur la fuperficie du drap en toile , & qui couvrent principalement le coté qui doit former l’envers. Si on laif-fait ces corps étrangers fur le drap, le foulon les y réunirait, & cauferait des défauts confidérables , fur-tout aux draps blancs, & qui doivent être teints eu couleur forte. Cela fait, 011 renvoie le drap à la foulerie pour le préparer, & le fouler enfuite au favon.
- Maniéré de préparer les draps, principalement quand ils doivent être
- teints en toile.
- 463. Préparer un drap, en termes de foulonnier, c’eft , au retour des nopeufes, le mettre dans la machine, lui donner environ deux féaux de terre, &le lailfer battre en terre deux heures & demie: 011 lui donne enfuite un petit fil d’eau pendant trois ou quatre heures, puis 011 le manie, ou on le life; c’eft-à-dire, qu’on le tire de là pour examiner s’il ne s’elt point fait de faux plis, en le détirant exactement de main en main par les lifieres oppo-fées. On le remet de nouveau dans la machine, & 011 lui donne autant d’eau qu’il eft poîlible, durant le cours de trois heures , pour le rendre abfolumcnt
- '(ï8î)En ail. Bdeferu
- net:
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- ART DE LA DRAPERIE.
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- net : cette opération dure environ dix heures, après quoi fbn tire le drap d© la machine, & on le fait bien égoutter fur un chevalet.
- 464.. Nous avons expliqué plus haut comment on lave à l’urine : cette méthode eil plus fimple que celle de laver avec la terre, & elle rend lçs draps fort blancs ; mais quelques-uns prétendent qu’elle eft trompeufe, & qu’il relie fouvent un fond de gras qui eft préjudiciable, fur-tout quand ou le veut teindre.
- 46Si le drap doit être teint en toile, ce n’eft qu’après le dégraiflage d-ont nous venons de parler, qu’on le fait, parce qu’il doit être ablolument hors de graille, & que cette condition eft necelfaire pour qu’il prenne la tcin-i t-ure très-également.
- 466. Quand il a été teint, on le renvoie à la foulerie pour y être foulé : le drap ainli teint en toile (184)5 eft foulé au favon , comme plufteurs autres draps.
- Du foulage en fort, ou au favon,
- 467. Pour fouler un drap au favon, l’on commence par faire fondre du favon dans de l’eau fur le feu i quand il eft fondu , & comme en gelée ou en moulfe, on met le drap dans le pot avec fept à huit livres de favon fondu 5 011 en prend le quart au plus, à quoi 011 ajoute de l’eau chaude, pour avoir la quantité de deux féaux d’eau de favon, qu’011 appelle eau blanche, dont on arrofe le drap d’un bout à l’autre : on le plie en trois fur fa largeur, pour le mettre en rond fur la pile, pl. VI, fg. 4; enfuite 011 lâche l’eau du ruiflêau fur la roue qui fait tourner l’arbre, lequel par le moyen de fes levées, fait élever alternativement les maillets , qui tombant l’un après l’autre, retournent le drap & le foulent dans toutes fes parties.
- 468. On ne met d’abord qu’une eau blanche, 8c on lai/fe ainli fouler doucement pendant deux à trois heures, fans toucher au drap, pour 11e point précipiter le foulage. Au bout de ce tems , on le tire du pot pour l’étendre» l’équarrir fur fa largeur, changer les plis , effacer les ribaudans, grailfes ou anguilles , qui font des efpeces de poches ou de faux plis , caufés par les coups de maillets ou de pilons. Cette opération s’appelle manier ou lifer. L’intention eft de réparer les faux plis qui fe formeraient dans le pot, & qui fe marieraient enfemble Ci le drap 11’était point manié exa&ement.
- 469. Il y a des foulonniers qui tirent & manient leur drap de trois quarts d’heure en trois quarts d’heure j ils l’étendent, le lifent, le chargent de favon, & le difpofent à bien rouler dans la pile. Cette attention eft fur-tout imporo
- (184) En Allemagne , on ne ceint point les draps en toile. On teint la laine avant de la filer.
- Tome VIL
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- ART D E LA B R AF E R I R.
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- tante pour les draps minces ; & il eft bon de favoir que les faux plis font plus à craindre au commencement du foulage qu’à la fin. Il n’eft pas néceflàire de manier fi fouvent les draps épais & forts, & l’on peut faire battre les, maillets plus vite. Cela fait, on remet le drap dans le pot ; on le laiife fouler encore trois à quatre heures avant de le remanier ; & quand il a foulé fept à huit heures , & qu’il eft bien échauffé , pour lors on lui donne du favori plus fort pour nourrir & empêcher qu’il ne fe deifeche , ou qu’il ne dürciffe; dans le foulage. On rend aufti le jeu des maillets plus vif , pour donner de la*, fermeté au drap.
- 470. Au troifieme lifage-, on augmente encore la dofe du favon;
- 471. Quand le drap a foulé dix à douze heures, on doit avoir foih,.em le remaniant, de prendre garde s’il foule également : pour cet effet, & en le' maniant, on préfente de diftance en diftance la rnefure du lez que le drap-doit avoir-, & s’il fe trouve des endroits où le drap ne foit pas égal, c’eft-à-dire, qu’il ne foit point rentré par-tout à la même largeur, on jette du: favon fur les endroits plus larges, & on tord ces endroits en remettant le' drap dans le pot : cela le fait rentrer ou rétrécir plus également.
- 472. On continue cette manœuvre , en obfervant de manier le drap toutes les deux à trois heures, jufqu’à ce qu’il foit réduit à la largeur que l’on veut? lui donner; ce qui s’exécute en plus ou moins de tems, fuivant la nature-de la laine , la façon dont le drap a été-tiffu , & encore même fuivant la différence des couleurs ; de forte qu’il faut quelquefois , pour qu’un drap parvienne à être bien foulé , vingt-quatre à trente heures , & d’autres fois qua*. rante-huit ; enfuite 011 le tire dupot pour être dégorgé..
- Remarques fur le foulage..
- 473. Quand la laine nouvelle eft fine ,& que les maillets frappent ch'a*-cun quarante coups par minute le drap peut être, fuffifamment foulé eui quinze ou dix-huit heures.
- 474. Pour reconnaître fi le foulage va bien-, on prelfe entre les doigta un pli du drap : fi la. liqueur qui en fort eft comme de la crème c’eft un, bon figue ; mais fi elle eft. comme de l’eau pure, il faut ajouter du favon 55 fans quoi la laine-, au lieu de fe. fouler, fortirait. du drap qui deviendrait; creux ( 185 )•
- 475. Le foulage au favon blanc eft le.meilîeurfr 86); .cependant onpeufc:
- (r&O II.importe donc que le manufadtu- bien loin du lieu où’ ils fo'nt tifliis.-rier foit préfent au foulage du drap , ce qui ( 1 g6> On prétend que les draps foulés-; n’àrrive pas dans plufreurs fabriques , où avec le favon. blanc, font plus nets & plus-; l’on envoie fouler les draps à la campagne , nerveux.
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- A HT DE Z A D R A F ER £ E.
- «if
- faire un bon foulage avec le favon noir. Les uns foulent à chaud , d’autre* à froid; c’eit-à-ctire, qu’on arrofe le drap dans le pot avec de l’eau chaude ou de l’eau froide: on prétend que l’eau chaude convient fur-tout aux draps qui doivent être forts. On foule avec de la terre les draps communs qui font d’un bas prix * mais ce foulage ne vaut pas celui quiie fait au favon.,
- 476. Les accidens qui arrivent au foulage font ordinairement produits pas l’inattention & la négligence du foulonnier: quelques particules de bois qui peuvent tomber dans le pot font des tarres à fétoile ; les petites pierres occafio-nnent des trous; un pli qui s’échappe & s’entortille autour de l’arbre , déchire la pièce d’un bout à l’autre. Quand les maillets ne tombent pas bien jufte à plomb , ils font des caifures qui équivalent à des trous ( 187) J fi ©11 néglige de retirer fou vent le drap pour le manier ou le lifer, les faux plis fe coupent; enfin iî la pièce 11e retourne pas bien fous les maillets, le drap fe vuide au lieu de fe fouler, ou bien il fe foule inégalement. Non* feulement ces accidens n’arrivent prefque jamais aux foulonniers attentifs •& mtelligens, mais même les bons ouvriers parviennent à tirer parti des laines défeétueufes ; & ils favent encore corriger en partie les défauts qu’il* upperçoivent dans les draps en toile. Quand le drap eft aux trois quarts de '!a foule -, on doit lui donner une eau blanche , pour rendre la favon plus coulant ; quelquefois on fait marcher debout, c’eft-à-dire , qu’on foule fur la longueur ( fi g 5 ) pour équarrirfa piece. Tout le monde convient qu’un drap bien foulé doit être ferme , corfé , tenant , nerveux , & cependant doux & moelleux. Il ne peut acquérir ces qualités, iî les différentes parties de la corde ne font bien fondues & unies ou liées enfemble; or cette liaifon 11e •fe peut faire tant que toutes les parties de la corde ne s’éfilochent pas; il faut, pour que l’union fe forme , que la corde foit défilée, c’efi-à-dire , que les fils s’ouvrent & fe dilatent; & c’eit à quoi on parvient par un bon dé-graiflàge, ainiî qu’en commençant le foulage par une eau de favon faible 3 & en ménageant les coups de maillets.
- 477, Comme un drap ne doit pas entrer en foulerie que la corde ne fois défilée , c’eft à tort que les foulonniers , pour aller plus vite, mettent beaucoup de favon en empilant le drap pour la première fois, & qu’ils emploient de la fiente de mouton fi on le foule en grailfe ; ces ingrédiens crifpent le poil avant qu’il foit en état de fe lier : il tombe en bourre, & ne forme pas un feutre alfez ferme pour fupporter les derniers apprêts. ( 188 )
- 478* On allure qu’en Angleterre , pour éfiler la corde avant delà mettre
- (187) C’eft ce que les manufacturiers (188) On dit en allemand : das Tucà Allemands appellent Schrippen ; ils difent, hütjich ausgejçhlagen. dus Tuch ift fchripjjig gewalcfct.
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- ART DE LA DRAPERIE,
- au foifon, onfefert de farine , de .gruau, d’avoine , ou de feves, dont on met à différentes repnfes environ vingt-quatre pintes fur un drap de trente aunes de long& de cinq quarts de large ( 189.): ces manufacturiers difenfc qu’en augmentant la dole du gruau, ils rendent leurs draps d’autant plus fermes. Quelques-uns prétendent que cette fubftance farineufe fait reflet d’empois ou de colle, mais que cette matière étrangère doit être préjudiciable au drap ( 190 ). On a peine àfe perfuader qu’une colle de farine puiife rentier aux etfets de lafouîene, & il eil plus probable qu’elle agit furies poils meme d’une façon plus avantageufe : au relie ce point mérite d’être fournis à des épreuves.
- 479. Dans quelques grandes fabriques, 011 foule à la fois deux demi-pièces de drap : cette méthode ell mauvaife. Comme les draps doivent être foulés fuivant leur qualité, il ell rare que les foulonniers prêtent les attentions néceftaires pour que deux pièces foient également foulées. Il vaut mieux tenir les piles moins grandes , & ne fouler à la fois qu’une demi-piece.
- 480. A Sedan, les pièces qui font de quarante-huit aunes fur le métier , n’en font proprement qu’une > car elles ne font point féparées , ni pour ie foulage , ni pour les apprêts. On ne partage cette piece en deux qu’à la prelfe: toute la longueur de cette piece ell allez également bien foulée 5 mais ce qu’on allégué contre cet ufage, c’eft qu’ordinairement un bout de ces pièces ell moins bien fabriqué que l’autre, parce que Yenfuble fur laquelle ell roulée la chaine étant plus pleine, la çhalfe revenant d’elle-mème fur la trame , frappe beaucoup mieux.
- 481. Nous aurions encore plulieurs remarques à faire fur le foulage 5 mais nous croyons devoir remettre à en parler quand nous aurons expliqué la maniéré de foulera l’urine, dont nous ne ferons mention qu’après. avoir parlé du dégorgeage & du dégraiifage (19 r).
- (189^ .Te ne fais s’il y a des draps d'Angleterre qui n’aient que cinq quarts de large. 11 y a des petites étoffés de cette me-fuie.
- ( f qo'/ En Allemagne , on ne fe fert que d'huile pour les draps communs.
- ' (igi) Avant d’aller plus loin , j’aiouterai ici une oblervation fur la qualité des eaux. D’abord on conçoit qu’il eft nécelfaire que l’eau qui fait tourner les roues, foit allez abonlmte pour donner un mouvement égal & fuffi.'im nent vite aux maillets. Si ce mouv *menc eft trop lent. la chaleur , qui «ft un des principes de la liaifon des poils
- pour former le feutre , eft moindre, ou elle fe perd totalement. La laine fort des draps, & c’eft ce qu’on appelle Jepulcr. L’eau doit en fécond lieu êtie claire , afin que les draps foient bien degraiftes : fi cette qualité manque, les draps font rnoux & point nerveux. En troifieme lieu , l’eau doit être douce , comme je l’ai montré dans une note fur la nature des eaux , qu’on peut voir dans le troifieme volume de cette collection , page 206. On conçoit d’ailleurs que la conftruction des rouages & machines doit contribuer à accélérer le mouvement.
- 11 faut placer les rouages de la maniéré la
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- A II T DÉ LA DRAPERIE. Du .dégorgeage (192).
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- 482. Comme on dégorge les draps après le dégraiiflige pour qu’il n’y
- refte point de terre, il eft néceifaire suffi de dégorger ceux qui font foulés au favon ou à l’urine , afm de les mettre, comme Ton dit, hors de favon ou d’urine. f :: .
- 483. Cela fe fait en les houant. par deux.fois à la noue du moulin : on
- ne houe point à Sedan , mais bien dans les fabriques de Normandie. Qÿiaiid ils ont été houés , on les met dans le pot de la machine , où on les fuifcib«ittre durant une heure avec un fil d’eau qu’on lâche par-deiius; enfuite dans le cours d’une autre heure, 011 leur donne peu à peu toute l’eau néceilaire. Il efb bon de les manier de tems en tems, pour qu’ils dégorgent également ; puis quand l’eau fort bien claire y ou les tire de la machine ou pile, & on les renvoie aux tondeurs pour être laines.& tondus en harmant, c’eft-à-dire, en première eau. .. . ' j • :
- * 484; L’harmant (193)'eft1a?premiere opération du lainage : ,on ne donne
- que trois à quatre voies de chardons , c’eft-à-dire que la pieceeft tirée au chardon , &avale en avalè^ quatre fois d’un bout à l’autre.
- 48^. Ce lainage ne fert uniquement qu’à effleurer le drap; il ne tire que le poil j arreux, c’eft-à-dire , l’excrément du feutre , occafionné par le foulon : c’eft pour cela qu’on fe fert du'chardamle plus faible.
- 486. Le drap laine & tondu en harmant, comme je viens de le dire , & comme je l’expliquerai encore dans la'fuiteeft renvoyé à la foulerie pour être dégraillé , & rendu le plus net qu’il eft poffible (194).
- plus favorable , pour profiter de toute la point également par-tcut l’impreiTion de*
- force-de l’eau ; la groffeur de? maillets doit maillets.
- être proportionnée à la force des étoffes ,(192) En ail. ausfpülen
- qu’on veut fouler, & à celle de l’eàù qui les ( r9 fo En ail. aus den Haaren arbcitcn.
- fait mouvoir . le bout des maillets doit être ' Unë piece tirée au’chardoh d’avalé en
- "dentelé ou évulé en forme'de crans< de ma- J avalé , 's’appelle \m Haarmann gefchoren
- niere qu’en frappant, ils retournent peu, * Tùch: 11 faut qu’il y ait quelque étymologie
- à peu l’étoffe dans les piles , & qu'ils ne bat- commune entre cette exprellion & le mot
- tent jamais deux fois de fuite fur le même, français harmant.
- .endroit des pièces. Ils doivent aufli être po- • ( 94) Outre l’inconvénient de la rrird-'fés fur un plan incliné. Si les piles étaient propreté 'q{ji eft la Cuite d’un mauvais dé-'trop petites , l’étoffe ferait Troiffée par le * gorgemèfit .'les d r a o ? ne p eu v en t! p a s être •frottement & pourrait être déchirée Si au uniment' teints , lorfqu’ils fofl£ malade-contraire elles étaient.trop grandes la, qha-iff’gorgés.' fnn iTî . . . h:; -j.'/c
- leur fe perdrait, & les draps ne recevraient
- "f n
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- J RT DE LA DRAPERIE.
- Du dêgraîffage.
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- 487. Pour dégraiifer un drap foulé & tondu en harmant, 011 le met dans h machine , avec deux féaux de terre bien détrempée, qu’on diftribue dans le drap à mefure qu’on l’arrange. D’abord on ferme les trous s on donne un filet d’eau pour ditfoudre la terre & mouiller le draps on laiiTe couler l’eau deifus pendant un quart-d’heure, pour confondre le drap avec la terres 011 life enfuite, pour égalifer la terre & en mettre où il en manque s après quoi on telâilfe bien battre avec cette terre diffoute pendant deux ou trois heures , afin qu’elle ait le tems de bien s’incorporer dans le draps en un mot 011 laiiTe battre jufqu’à ce qu’on s’appetçoive que le favon ou la graiife ( fi le drap a été préparé à l’urine) font en mouvement, c’efi-à-dire, qu’il fe forme une efpece de favon: enfuite 011 lui donne durant deux ou trois autres heures un fil d’eau s puis après on lui donne pendant trois à quatre heures toute l’eau nécelfaire pour le mettre hors de terres enfin le drap fe trouvant net, on le retire de la machine, &onle renvoie aux tondeurs , qui le pouf~ fem dans Us apprêts pour achever de le rendre parfait.
- Remarques fur le dégraiffage g? le dégorge âge.
- 488. Un drap eft réputé dégraiffé quand , expofé au grand jour , il paraît net, & que l’eau en fort auflî claire qu’elle y efi entrée: cependant il s’en faut quelquefois beaucoup qu’il ne foit dégraiiîé à fond. Il faut bien examiner s’il ne refie pas de terre maftiquée dans le fond du drap, parce qu’en ce cas il faudrait lui donner une eau de favon tiede pour diifoudre le fond 'de graiffe , & l’emporter enfuite avec une nouvelle terre.
- 489. Ce défaut vient quelquefois de ce que la terre a été mal fondue & mal délayée s car cette terre qui efi une efpece de corroi , fe poiffe fur la place où on la met, & ne fe dilfout-point, fur-tout quand 011 ne donne pas l’eau avec ménagement. Il efi difficile d’appercevoir ce défaut dans le drap blanc , mais il fe montre lorfque le drap efi teint, & efi encore plus vifible au débouilli: de là il arrive que l’on impute au teinturier une faute que le foulonnier a commife.
- 490. On peut foupçonner ce défaut quand, au fortir de la teinture * le poil fe trouve chargé d’une petite gale ( 195 ): elle fe voit quand on dégorge le
- bleuà la, foulerie,.:car en,ces endroits la teinture devient blanchâtre. Les traces quelaiffent leslimaffes-en paffantfur le drap, produiraient le même
- (19 O II y a des taches comme file drap était ufé j les Allemands difent ; das Tuchfi [talckjlxfcg.
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- «Set, fï on n’avait pas l’attention, avant de les mettre à la teinture , de les emporter avec un linge mouillé.
- 491.. Le dégraiifage, fur-tout pour les draps de couleur, exige des. attentions particulières : il y en a qui s’altèrent plus aifément que d’autres qui exigent plus de terre : ceci doit être entendu pour le premier dégrailfage comme' pour celui qu’011 fait après la tonture en harmanu
- Du foulage en graijfe ou à /’urine.
- 492. Nous avons déjà dit qu’on foulait particuliérement à l’urine'les* draps qui doivent être teints en noir : mais nous n’avons alors détaillé cette: opération que très-fuperfioiellement; nous allons en parler ici plus amplement..
- 493. La colle qui produit de fi fâcheux effets , quand on néglige d’en purger entièrement un drap qu’on veut fouler au favon , ne porte aucun préjudice au foulage dont il eft ici quelUon. L’huile qui eft déjà dans la corde, & celle qu’on y ajoute, jointe avec la. fiente de mouton , détache cette colle , & fert à défiler la. corde.^
- 494- Quand on. veut fouîèr un drap en graiïfe, on l’envoie à la foulerie après l’avoir bien nettoyé de fes ordures, ainfi qu’on l’a dit plus haut; on le met en rond dans la pileen l’arrofant d’un feau d’urine mêlée avec autant d’eau ; on laiffe agir les maillets pendant deux heures, après quoi 011 lui donne la première lifée : on le remet dans la pile pour deux ou trois, heures ; à cette fécondé lifée, on l’arrofe dans une livre d’huile , plus ou moins , fuivant que le drap a été fabriqué depuis plus ou moins de tems,-& on ajoute un peu d’urine. Cette pratique 11’eft pas la même dans toutes les fabriques ; car à Sedan, où l’on foule à.l’urine,-on n’ajoute ni huile ni crotin de brebis. Quoi qu’il en foit, on life le drap une troifieme fois, puis-, deux heures après on fait la quatrième lifée; à cette fois on ajoute une poignée de crotin de brebis tamifé, & délayé dans un peu d’urine. Lorfé que le drap eft aux trois quarts de fa foule , on le foule debout pour le dreffer & l’équarrir; & quand il eft rendu à la largeur qu’il doit avoir,. 011 le met dans la pile à dégorger^
- Du dégorge âge des draps foulês en graijje:
- 1 !
- 49f. Nous avons dit comment'on dégorgeait les draps foulés au favoni Comme cette opération eft un peu différente pour les draps foulés à l’urine, il' eft néceiîaire de parler de. ce dégorgeage.
- 496. On met le drap dans la pile à dégorger ; on lâche defliis un fiîeü' cfeau pour en faire fortir les impuretés ; & pour cet- effet, on, débouche, te-
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- trou de la pile 5 011 manie le drap deux: ou trois fois, & l’on continue ce travail jufqu à ce que l’eau forte claire; alors on le retire de la pile, & ou le laide égoutter pendant fept à huit heures. Comme ce premier lavage 11’eft fait que pour enlever les impuretés dé la fuperBcie du drap 5 pour le nettoyer à fond, après qu’il a été bien égoutté, 011 bouche ie trou de la machine à dégtaider, on y remet le drap , & 011 l’arrofe d’un bout à l’autre avec plufieurs féaux de terre bien délayée, & on laiife agir les maillets jufqu’à ce qu’il s’échauffe, & que la terre fe foit chargée des impuretés. Pendant cet elpace de tems , on iife deux: ou trois fois pour égalifer la terre ; lorfqu’on s’appercoit que la graillé eft diifoute, on débouche le trou delà pile, & on arrofe le drap avec un'demi feau d’urine ; & lâchant un filet d’eau , on fait travailler le moulin pendant trois quarts d’heure ; puis on le life & 011 le remet dans 3a pile avec la même quantité d’urine , & le même Blet d’eau. O11 répété cette manœuvre une troilieme & quatrième fois ; mais on augmente peu à peu le filet d’eau jufqu’à ce que l’eau forte claire : alors on retire le drap pour le laver au courant de la riviere.
- 497. Quand le drap elt lainé & tondu en harmant, comme nous l’avons déjà dit , & comme nous l’expliquerons dans la fuite , on le renvoie au foulon pour être dégraiifé de la maniéré que nous venons de le dire; puis les tondeurs y-donnent'lés'apprêts nécedaires pour le mettre en état detre teint: auffi-tôt qu’il elt forti de la teinture , foit en noir, foit en bleu , on le renvoie à la foulerie pour y être lavé.
- Eu lavage des draps noirs ou bleus.
- 498- En fortant des mains des teinturiers, les draps font chargés de beaucoup plus de teinture qu’ils’n’en peuvent conferveri Si l’on négligeait de les décharger de ce furcroît de teinture, ils tacheraient tout ce qui en approcherait : il convient donc d’emporter la partie de la teinture qui n’etl pas intimement adhérente à la lainé; c’eft'ce qu’on fait par une opération du fbulonnier, qu’on nomme.le lavage-, & què je vais décrire.
- 499. Le lavage des draps noirs ou bleus fe fait en mettant -le drap dans l’auge du dégorgeoir, où l’on lâche de l’eau pour le.laver à fond pendant trois à quatre heiirés 'à'grande èàu ^ & pour emporter 3e barbouillage ou la partie de teinture qui 11’a pas pénétré le poil. Les ouvriers appellent cela, mettre le drap, noir ou bleu , hors de gra$(\y6)\ enfuite on le tire de lauge , puis on le remet dans la machine avec environ deux féaux de terre gralfe en pâte molle ; 011 bouche les trous de la machine, & on le laifTe bien battre
- (ip<5) Cette operation3ne fe fait pas en Allemagne.
- en
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- tn terre, fans y mettre d’eau, durant une demi-heure; on le retire pour le manier, égalifer la terre, & en mettre' où il en manque ; & quand ii a été battu en terre pendant cinq ou fix heures , on lui donne un petit fil d’eau pendant quatre à cinq heures , pour délayer peu à peu la terre; ce qui s’appelle le laijj'cr défiler : après quoi on le remanie, & on le remet dans la machine , où on lui donne toute l’eau néceflaire pour achever de le rendre net, & de tems en teins on le remanie à plufieurs fois, fans quoi îi pourrait fe mêler & fe déchirer.
- 500. On voit par l’eau qui en fort, fi le drap eft net; il faut qu’elle-foit auffi claire que celle qui y entre. Si en remaniant le drap , on s’ap-perçoit qu’il tache encore le linge , il faut le remettre en terre une fécondé fois. Cette opération étant faite , on le tire de la machine , & on le renvoie aux tondeurs qui achèvent de l’apprêter. Il faut vingt-cinq ou trente heures pour bien laver un drap teint.
- De la vifitellau retour du foulon.
- foi. Le drap rapporté du foulon à la fabrique, eft mis à la perche pour Voir s’il elt de force & de qualité à fupporter les apprêts.
- fo2. Plusieurs des défauts qu’on apperçoit, peuvent être une fuite de l’inattention du foulonnier, mais d’autres font tout-à-fait indépendans de fa vigilance. Comme dans ces vifîtes, où le foulonnier doit être préfent, pour éviter bien des conteftations, il faut que le fabricant foit aifez inftruit du devoir des foulonniers pour affeoir un jugement équitable entre lui & fon ouvrier, nous croyons devoir joindre ici, à ce que nous avons dit du foulage , des réflexions qui pourront avoir leur utilité.
- 503. 1°. Nous avons dit que le foulonnier devait à fes différentes lifées , jeter la mefure fur le drap, pour voir s’il entre également en lez par-tout; & comme cela n’arrive prefque jamais, le foulonnier doit tordre les endroits larges, & faire fouler à plat les autres. Pour comprendre pourquoi les endroits d’un drap qu’on a tordu rentrent plus vite en lez que ceux qui 11e l’ont pas été, il fuffit de faire attention à la différente fituation où font, dans la pile , les parties torfes du drap, & celles qui ne le font pas. Les premières font placées de façon qu’elles reçoivent les coups de pilons ou maillets fur la largeur de l’étoffe, qui étant remplie de trame & peu torfe, fe feutre aifément ; au lieu que les parties qui ne font pas torfes , & qui ont été mifes à plat, reçoivent les coups de pilons fur la longueur ; & comme la chaîne qui fait cette longueur eft beaucoup plus torfe que la trame, elle fe fouie plus difficilement*
- 504. C’est pour cette raifon que les mauvais fabriçans, plus avides de
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- gain que jaloux de leur réputation, & qui ne s’embarraifent pas de la qualité de leurs draps, pourvu qu’ils aient la largeur prefcrite, recommandent à leurs foulonniers de tordre leurs draps , afin qu’ils rentrent plus vite en lez, & qu’ils aient deux ou trois aunes de plus en longueur, que ceux qui font foulés fur la longueur & fur la largeur (19^). Quelques-uns» par le même motif, regardent comme une perfection, de faire fouler debout ou à fiat: ce qui eft une erreur, car, comme la bonne qualité çonfifte dans un-feutre bien lié, ce feutre fera d’autant plus parfait que la chaine & la trame feront bien fondues l’une dans l’antre 5 & il faut, pour y parvenir , que les pilons agifîent tantôt fur la longueur & tantôt fur la largeur, c’eft-à-dire, fur la chaine & fur la trame.
- Ç05. Comme l’inégalité de la largeur d’un drap caufe fouvent des contefta-tions entre les fabricans & les foulonniers, il eft bon d’examiner d’où elle provient, afin de connaître fi les foulonniers. doivent être feuls refponfables de ces inconvéniens , «St de plufieurs autres accidens qui arrivent affez fié-, quemment dans cette opération , & s’il n’eft pas jufte que les fabricans en fupportent quelquefois leur part.
- 506'. Les foulonniers doivent être feuls refponfables des taches de favon ou autres, des accrocs & échauffures, parce qu’ils ont pu les éviter en y donnant attention.
- ^07. Mais fi les inégalités qu’on remarque viennent de ce que la laine aura été brûlée à la teinture » alors c’eft le fabricant ou le teinturier qui doivent en répondre.
- 508. Les inégalités dans la largeur doi vent être fupportées tantôt par le fabricant, «St tantôt par le foulonnier; car les draps inégalement tiifus, ne peuvent rentrer dans le foulage à une largeur égale » parce que les parties moins garnies de trame, rentrent plus promptement en largeur, que celles.; qui en font bien fournies.
- 509. Ce défaut arrive encore quand il y a beaucoup de fils de chaine caffés » ou quand une chaine eft inégalement to-rfej car les fils plus tors fe défilent; plus difficilement que ceux qui le font moins.
- 5" 10. Il ne ferait pas jufte de rendre les foulonniers refponfables du mau-, vais ouvrage des fileufes 8c des tiffeurs 3 néanmoins, comme dès les pre-, mieres lifées ils s’apperqoivent des endroits qui rentrent plus que les autres ». 8c comme , avec beaucoup d’attention à faire battre tantôt debout, tantôt à
- (197) Cette manœuvre eft connue de mens bien faits : mais ils manquent dans tous les frtbricans avides. Comme ils ven- plufieurs endroits ; & quand il y en a , oi> dent leurs draps en gros, ils cherchent à fait les éluder au bout de quelque tems , leur donner la longueur prefcrite par l’u- par mille fraudes differentes, fage. On remédie à ce ruai par des régie.
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- ÿtat'j ou en tordant , ou en mettant plus de fiivon, ils peuvent parvenir à corriger ces défauts , il eft jufte qu’ils fupportent une partie , mais non la totalité du dommage , parce que c’eft aux fabricans à prendre garde que les fileufes & les tilfeurs fiftfent leur devoir. Les fouîonniers font particuliérement dans leur tort, quand le fabricant les a prévenus des défauts d’une piece en toile, & qu’il leur a recommandé de redoubler d’attention.
- fil. Ces détails font voir que le foulonnier doit bien examiner le drap fcvant de le mettre dans la pile, & voir s’il eft bien ou mal tiifu, pour en fuivre les mouvemens pendant toute l’opération, afin de varier les manœuvres, foit qu’on le foule en graille, foit qu’on le foule avec le favon.
- f 12. S’il apperçoit que la piece eft mal tiifue , il doit commencer par la fouler à l’urine, & la finir avec le favon. Comme cette fubftance fait rentrer promptement le drap, il relierait peu dans la pile ; il paraîtrait épais à la main , mais lâche & mou dans le pied ou dans le fond, & les poils altérés ne pourraient fupporter les apprêts ; au lieu qu’il ménagera fon poil, & il tiendra plus long-tems fon drap en pile , s’il foule d’abord à l’urine. Quand le drap commencera à avoir fa laife, il le fortira de grailfe avec la terre , comme on l’a dit plus haut ; quand il aura été bien dégraiifé , il l’achevera avec le favon, en fe conformant à l’uiage ordinaire. Malgré toutes ces attentions , un drap qui aura été très-mal tiifu ne rendra jamais un bon fervice; mais il ferait injufte de s’en prendre au foulonnier.
- 513. Il y a des réglemens qui fixent la largeur des draps au fortir du foulon : le foulonnier fera bien de tenir fes draps d’un pouce ou d’un pouce & demi plus étroits que ne le prefcrivent les réglemens, parce que tous les draps augmentent de largeur dans les apprêts qu’on leur donne au ïetour du foulon, fans quoi on ne pourrait parvenir à équarrirla piece ; ainfi îa largeur des draps doit être comptée au fortir des apprêts. Si l’on était même certain qu’on eût donné aux draps en toile une largeur convenable , & que le tiifage en ait été bien ferré, on devrait regarder d’un œil de préférence celui qui étant fini ferait un peu trop étroit, parce qu’il s’enfui-vrait qu’il aurait beaucoup rentré au foulon.
- Il 11e faut pas prendre à la rigueur la dofe des drogues qu’on a fixée pour dégraiffer & pour fouler, non plus que le tetns des opérations; car toutes1 eesœhofes varient fuivant beaucoup de circonftances par exemple , fit un drap eft fec & anciennement tiifé , il faudra lui donner plus id’huile .(198)* fi on le foule eh grâiife', que*s’il fortait du métiery'Sc fi oij
- (198) M. Scbreber afure qu’en Aile- beaucoup de frais ; mais les draps d’Allek magne , on ne foule pointa l’huile meme magne n’ont pas * lâ( qualité de ceux dç les draps les plus fins.- Oh épargne par là Fiance. 'l '<%li - L .i; '..IL"; •" *«7 i-u-i
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- Je foule au favon, on lui en donnera plus fréquemment. On en ufera de même quand on s’appercevra que le drap fe pele ou fe bourre : il en eft de même d’une laine nouvelle , qui exige moins d’ingrédiens qu’une ancienne* ainfi il eft toujours à propos d’avertir le foulonnier de la qualité du drap qu’il a à travailler.
- 5i<). Nous avons dit qu’il était commode & avantageux de mettre au courant de l’eau les draps qu’on fait tremper ; mais pour cela il faut pouvoir établir un canal droit d’environ dix toifes de longueur fur deux à trois toifes de largeur : il faut qu’il n’y ait au fond de l’eau, ni vafe , ni pierres , ni racines , qui pourraient déchirer le drap ; que les bords auffi foient bien nettoyés de fouches & de racines ; que l’eau foit abondante, claire, vive & courante. On peut mettre fept à huit pièces au trempoir fur chaque pieu, qui doit avoir au moins un pied de diamètre. Les draps qui ont bien trempé pendant cinq à fix jours , fe lavent & fe foulent plus promptement & beaucoup mieux : cependant cette pratique pourrait altérer les couleurs faibles & fauifes des draps mélangés (199).
- 516. Quoiqu’il ne foit pas poffible de détailler tous les accidens qui arrivent à la.foulerie, cependant, pour ne rien omettre d’important fur un objet auffi elfentiel, nous allons parler de ceux qui arrivent le plus ordinairement, & indiquer les moyens d’y remédier.
- 517. On voit quelquefois une humeur gluante qui fe répand fur la fuper-ficie d’un drap qu’on foule au favon ; & 011 en conclut avec raifon qu’il a été mal dégraiifé : le meilleur moyen d’enlever cette efpece de boue qui empêche le feutrage, eft de donner au drap un demi-feau d’urine y elle diifout cette boue grade, & la corde fe défie (200).
- fi8- Si le même accident arrive aux draps qu’on foule en grailfe pour y avoir mis d’abord trop d’urine ; comme dans ce cas le défaut vient de ce que le poil a été trop dégraiifé, il faut, pour y remédier, lui rendre de l’huile.
- 519. Quoiqu’on fe perfuade avoir pris toutes les précautions néceffaires, il arrive quelquefois qu’un drap qu’on croyait net en fortant de la pile , fe trouve gras quand il a reçu les derniers apprêts i voici ce qu’on peut faire pour remédier à cet accident i ,j • ,. ;î
- f 20. On délaie de la terre dans de l’eau , enforte qu’elle foit liquide comme
- ( 199) Cette méthode qui me paraît utile, il eft rare qu’on voie cette humeur gluante fe eft inconnue dans la plupart des manufac- répandre fur la fuperficîe du drap. Quand on tures allemandes ; elle mérite d’être recom- foule à l’urine , & que le drap ne veut pas mandée. prendre le foulage , on y jette une certaine
- % (200) Comme les laines d’Allemagne ne quantité de farine de feigle. Gela le nettoiea font pas fi grades que les laines d’Efpagne, & lui donne de la laine,,.
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- de la crème douce ; on la laide repofer un demi-quart-d’heure , afin que le plus groilier de cette terre tombe au fond de la cuve : on prend la fuper-ficie de cette eau dont on arrofe le drap à fec ; on le met travailler un quart-d’heure dans la pile à fouler ; on le retire pour le lifèr & voir s’il eft également imbibé ; on le remet dans la pile pendant une heure, ayant foin de lui donner de cette eau de terre à mefure qu’il en a befoin; on le retire de la pile pour le Hier, on l’y remet pendant une heure ; & s’il eft net, ou le met dans la pile à dégorger , en lâchant par-deifus un filet d’eau qu’on augmente peu à peu julqu’à ce qu’ehe forte claire; mais il ne le faut mettre à dégorger que quand il paraît bien net. On finit par laver le drap au courant d’une riviere.
- 521. On a mis le drap dans la pile à fouler pour qu’il s’échauffe , & on emploie une eau légèrement chargée d’une terre fine, pour ne point altérer la qualité du drap.
- 522. Quelques foulonniers prétendent avoir le moyen d’élargir le lez d’un drap qui eft trop rentré, en le f'aifant battre ; mais c’eft une erreur : tout ce qu’un bon foulonnier peut faire , c’eft de faire plus rentrer fon drap fur fa largeur que fur fa longueur, ou le contraire; mais quelque chofe qu’il falfe , ce drap rentrera toujours dans l’un & l’autre feus , au lieu de s’étendre.
- RECAPITULATION abrégée, des différentes maniérés de fouler, qui - font en ufage dans differentes mannfaffaires.
- ^23. Première méthode , qu'on fuit en Normandie. Avant de dégrailfer un drap, on le met dans un courant d’eau , où il féjourne huit, dix , & jufqu’à quinze jours : le drap étant retiré de la riviere, on le laiife égoutter ; on le met dans la pile avec deux féaux de terre détrempée ; quand on juge que la grailfe eft dilfoute, on le met au dégorgeoir pour le mettre hors de terre & de grailfe.
- ^24. On le porte aux nopeufes qui l’épluchent. Il revient aux foulonniers qui, après l’avoir trempé & lailfé égoutter , le mettent dans la pile avec fept à huit livres de fa von dilfous dans de l’eau; après une heure de foulage 9 ils lifent le drap , ils le remettent dans le pot ou pile, avec un peu de favon ï ce qu’ils répètent db deux en deux heures, jufqu’à ce que la laife foit reve-, nue à cinq quarts moins une liliere.
- 52^. Alors on porte le drap fur deux larges planchers pofés en forme de pont fur le travers d’une riviere, dans laquelle on jette le drap partie par partie, & à chaque fois 011 le frappe quatre ou cinq fois avec un boutoir. On le palfe ainfi deux fois dans le courant de l’eau pour commencer à le dégorger de favon ; & on achevé d’enlever le favon en le tenant pendant deux heures dans le dégorgeoir.
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- yi6. Seconde méthode. On met le drap dans les piles , fans le faire trenlpei? dans la riviere , Sc (ans le dégrailfer , en un moc 4 tel qu’il fe trouve aufortir du métier.
- S2y. On y verfe peu à peu un feau d’urine, mêlée avec de l’eau ; après qu’il arefté dans la pile une heure, on le life,on le remet en pile, & toutes les heures & demie on le life. Cette opération dure huit à neuf heures ; mais quand on s’apperqoit que la graine ne fe diifout pas bien , on ajoute de tems en tems un peu de crotin de brebis.
- f2g- Quand le drap eft revenu à une aune un quart, plus unelifiere, on verfe dans le pot j à différentes reprifes, un feau d’urine, pour rendre la graiffe plus coulante ; on le lave au dégorgeoir, 8c le lendemain on le remet au pot avec une eau de terre~ & un peu d’urine pour le dégrailfer; on finit par le mettre hors de terre & d’urine en le pinçant au dégorgeoir (201).
- 529. Troifleme méthode, qui convient aux gros draps. Pour les draps fins , On emploie du favon blanc en table ; mais ôn ne fe fert, pour dégrailfer & fouler les gros draps, que de favon noir ou liquide, & on en emploie treize à quatorze livres, tant pour dégrailfer que pour fouler; bien entendu qu’011 emploie de la terre à peu près comme pour le foulage à l’urine. Quelquefois, pour ménager le favon, 011 fe fert d’une leifive au lieu d’urine.;, mais c’eft une fraude dont les foulonniers n’ont garde de convenir.
- 530. Opérations qui s’exécutent dans la belle 'fabrique de M. - Rouffeau, à Sedan. Pour présenter une forte de récapitulation qui remette fous les yeux du lecteur les opérations dont nous venons de parler plus en détail, je vais expofer ce qui fe pratique à Sedan, dans la fabrique de M. Roulfeau : je ne peux choifir un meilleur exemple.
- Ï3i. i°. On lave les draps à la terre avant le foulage. 2°. On les nope en maigre, comme on a fait en gras. 30. O11 les renvoie à la foulerie, où on les prépare par un fécond lavage avec la terre , afin d’ouvrir les pores du fil, éfiler la chaine & la trame, & les difpofer à fe marier dans le foulage. 40. On foule avec du fivon blanc. f. On fait dégorger le drap avec de l’eau, & 011 Venvoie tondre en harmant. 6°. Le drap revient à la foulerie pour être dé-graiifé : 011 le bat en terre, afin d’enlever ce qui aurait pu relier de favon ou d’huile (202). 7". O11 donne un filet d’eau , & oir l’augmente peu à peu, pour laver parfiitement le .drap, qui eft enfuite porté aux apprêts.-
- 532. Pratiques du Languedoc. Comme les terres font ordinairement mêlées
- (201) On ne connaît guère en Allemagne Tillage des dégorgeoirs ; il ferait bon cependant qu’on en fit ufage, pour mieux nettoyer les draps.
- Q02) Il eft rare qu’en Allemagne on renvoie le drap à la foulerie. S’il ne veut pas prendre le foulage, on le palfe au chardon ; mais ,on choiftt les plus faibles.
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- de fable, on n’en emploie que peu ou point ; on dégraiffe & on foule avec du favon liquide. Mais comme ce favon eft fait avec de l’huile d’olive & de bonnes cendres , il fait aufiî bien que le favon en pain : ce favon cependant eft à meilleur marché que celui en pain , parce qu’il eft moins cuit, & qu’il Confèrve plus d’eau que i’autre.
- De l'attelier des apprêteurs, laineurs tondettrs en général.
- ?33* Quand le drap eft foulé de tout point, on le rend à l’apprêteur qui doit lui donner fa derniere perfedion. Cet ouvrier doit examiner avec attention comment le drap a été fabriqué & foulé, pour lui donner les apprêts relativement à fa qualité ; c’eft où les plus habiles fe trompent fouvent.
- f34- Si c’eft un drap clos, ferme & fort, l’ouvrier pourra lui donner tel apprêt qu’il voudra j li au contraire il eft mou, creux & ouvert, il doit le ménager au chardon, & avoir continuellement l’œil deiTns, pour lui donner de l’eau quand il s’appercevra qu’il en aura befôin. Si le drap n’a pas été autant défilé qu’il devrait l’être à la foulerie, il pourra par fou attention réparer ce défaut.
- f 3 f. Pour prendre une idée générale de l’apprêt, il faut favoir qu’il confifte à faire venir le poil fur le drap, & à le ranger par le moyen des griffes du chardon , enfuite couper le poil bien uniment avec de groffes forces j puis le broffer, le plier, le preffer & l’emballer.
- 536. Dans les bonnes fabriques, ce font les mêmes ouvriers qui lainent & qui tondent (203,} ; & cela eft important, parce qu’il faut qu’ils donnent le chardon conformément aux obfervations qu’ils ont faites en tondant. Comme les laineurs & les tondeurs font à Paris deux corps de métiers diftin&s, il s’enfuit que les apprêts 11e font jamais donnés parfaitement ; & l’on voit quelquefois des draps exa&ement travaillés en toile & bien foulés , qui font moins avantageux à la vente, par la faute des apprêts, que des draps plus communs, mais mieux apprêtés , & qui par-là méritent la préférence. Cette raifon fait que les drapiers connaiffeurs n’aiment point les apprêts faits à Paris. On remédierait à cet inconvénient qui eft confia1 érable, fi l’on réunifiait ces deux corps de métier, de farte que ceux qui lainent feraient aufti tondeurs,
- (20O Chaque pays, ou même chaque moins douces. L’ufage des maîfcrifes & ju-aianufaélure , fuit une méthode différente randes fait encore ici un mauvai^ffet ; & pour le foulage. L’ouvrier doit faire atten- on verra , toutes les fois qu’on cherchera la tion à la qualité des laines, qui fe foulent vérité fans préjugés, que l’on ne pouvait plus ou moins vite ; à la couleur des draps faire une inftitution plus nuihbleaux pro-& à h qualité des' eaux, qui font plus ou grès des arts.
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- 537. Js fuppofe un drap bien dégrai/fé ; car s’il l’était mai, l’apprêt îur ferait obligé de le renvoyer à la fouierie, & en ce cas Ü perdrait tous les apprêts qu’il aurait donnés précédemment. On aune ce drap ; & iüivant fou aunage, on réglé le nombre des avalées qu’on doit faire , & auifi le nombre des paires de chardons qu’on doit employer ; car deux avalées doivent con-fommer une paire de chardons : ainli un drap de vingt aunes fera diviié en vingt avalées, & confommera dix paires & dèmie de chardons par trait, qui eft toute l’étendue du drap depuis la queue jufqu’à la tète.
- f38* Pour favoir ce que c’eft qu’une avalée, il faut être prévenu que pourlainerle drap , on l’étend far deux perches placées de travers à fix ou fept pieds d’élévation du plancher; ces deux perches font disantes lune de l’autre de douze à treize pouces , pour que les laineurg puiifent paifer un de leurs bras entre les deux portions du drap qui pendent des perches.
- Ï39* Ces perches font établies au-delfus d’une grande auge de bois, qui eft d’une forme quarrée, & dont les bords ont quatre pouces de hauteur ;c’eft ce qu’011 nomme le bac; il lert à recevoir les deux bouts delà piece de drap qui pendent des perches , & à les entretenir mouillés ; de forte que dans les chaleurs, le bac eft fouvent à moitié plein d’eau. Quand deux laineurs ont travaillé un des bouts de la piece qui pend des perches , ils l’abattent dans le bac, pour qu’une autre portion du drap prenne la place. C’eft cette quantité de drap qu’on fait defeendre des perches, qu’on nomme une avalée. Comme elle doit s’étendre depuis les genoux des laineurs jufqu’à la hauteur où ils peuvent élever leurs bras , elle eft d’environ une aune.
- 540. Dans quelques manufactures , au lieu des perches dont nous venons de parler , 011 fe fert, pour les draps communs, d’un tour ou moulinet, compofé de deux cylindres creux de quinze à feize pouces de diamètre , & un peu plus longs que le drap n’eft large , pofés horifontalement & parallèlement l’un à l’autre , à trois ou quatre pieds de diftance entr’eux ; entre les moulinets & à chaque extrémité, s’élèvent deux montans de trois pieds de hauteur , altemblés par le haut dans une traverfe. On roule tout le drap fur le cylindre de derrière, en commençant parla queue fou paife la tète fur la traverfe, & on l’arrête au cylindre de devant, qui eft garni de clous à crochet. Le drap dans cette lituation eft en état d’ètre laine : ce qui fe fait ordinairement par deux hommes qui tiennent à chaque main une croifée garnie de chardon. Comme cette maniéré de laincr fatigue plus le drap queue font les perches, on ne l’emploie jamais pour les draps fins.
- ï4I#Quelques fabricans avaient imaginé d’attacher le chardon à la circonférence d’une grande afple qu’011 fifilait tourner, en l’approchant affez du drap pour qu’il fit attrapé par les chardons qui étaient à la circonférence. On a tenté encore de fubftituer de petites cardes aux chardons ; mais ces
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- Shéthckles n’ont point été adoptées : par-tout on met les draps fur les perches , & on laine à bras.
- Du grenier aux chardons.
- V42. Les chardons lainiers ou à foulon, dont fe fervent les drapiers, font les tètes épineufes ,/?/. VII ,Jïg> I, d’une plante que les botaniftes nomment -dipfacus. Il y en a de (auvages , dont les pointes font droites , & qui ne font d’aucun ufage pour les apprëteurs": ceux qu’on cultive pour les vendre aux ouvriers qui drapent les ouvrages de laine, ont chacune de leurs pointes terminée par un crochet } plus le crochet eft ferme & fin , meilleur eft le chardon. C’eft pourquoi l’on préféré ceux qui font bien mûrs &qui ont crû fur les coteaux , à ceux qui ont été cultivés dans des vallées 5 & comme les chardons font de meilleure qualité dans les années feches que dans les humides» les fabricans en font provision dans les années où les tètes fe trouvent être de bonne qualité (204).
- Î43- Quoique nous ayons dit qu’il faut que les chardons foient bien mûrs , il faut cependant les cueillir avant que toutes les fleurs foient épanouies. Le vrai tems de cueillir les têtes, eft quand plu (leurs étages du bas font bien fleuris; quand on attend que toutes les fleurs foient épanouies, les pointes fedeflechent , & perdent leur force.
- f 44. On donne aufll la préférence aux anciens chardons, parce que les crochets de ceux qui font nouvellement cueillis l'ont plus tendres que ceux qui fe font delféchés dans le magafin.
- (204.) Le chardon cultivé , qui fert aux drapiers. eft d’une efpece abfolument différente du chardon fauvage. M. Miller, qui a cultivé ces deux plantes, n’a jamais vu que les femences aient varié dans leurs produ&ions. Les chardons de Picardie , d’Artois, de Flandres , de Sotteville & de quelques autres endroits delà Normandie, font particuliérement eftimés pour leur force. En Allemagne on préféré ceux qui croiflent aux environs de Halle. Cette plante s’accommode prefque de toute efpece de terre; mais elle réulTit particuliérement dans de l’argille, ou craie, mêlée de quelques cailloux. En juillet ou août, dès que la moiiïon eft faite, il faut labourer profon--démentfta terre qu’on-y deftine> détruire Tome VIT
- les mottes avec une forte herfe ; au bout de quelques jours ,'retourner encore le fonde de la terre , herfer de nouveau , femer de la graine nouvelle , & la recouvrir avec la herfe. La plante étant levée, on l’éclaircît en arrachant les plantes faibles , & laiflant un bon pied entre chacune des autres. La récolte fe fait lorfque les têtes totalement défleuries commencent à blanchir & à fé* cher. On les coupe fucceffivement, à me', fure qu’elles mûriflent. Plus les têtes de chardons font alongées , cylindriques, & armées de crochets fins & roides, plus elles font eftimées. Pour ramafler la graine , il fuffit de fecouer légèrement les têtes quand elles font feches.
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- f4f. Le grenier, ou. la cabane dans laquelle on met les chardoiis ,'doi-t-avoir beaucoup d’air, afin qu’ils puiiîent fécher facilement j. car comnie.lç drap elt mouillé quand on le laine , le chardon qui de pénétré d’eau devient mou , & il elt hors d’état de fervir julqu’à ce qu’il' fë l'oit deiïéché.
- f4<S. Ce grenier elt garni de râteliers à neuf étages de hauteur , fur cha-, cun defquelsil n’y a qu’une même forte de chardons ; lavoir, à Pétaged’en-bas qu’on nomme les premiers ou la. première forte , font les plus doux & les plus ufésj à l’étage au-delfus, qui fe nomme les féconds , les chardons font un peu moins ufésj les troifemes , les quatrièmes , les cinquièmes , les jixiem.es & les fepeiewes, qu’on nomme demLpofiels , encore moins ; & fuivant leur degré d’ur iùre , chacun occupe fon étage , ainlî que les huitièmes qui if ont fervi qu’une fois , & qu’on nommepofels., A l’égard des neuveimes chardons, ils font touT jours neufs i enibrte- que'tous ces étages forment une progreftion ou une nuance depuis les plus vieux jufques aux plus neufs, qui font les neuvièmes.
- 547. En conféquence , quand les chardons neufs ont fervi une fois, ils deviennent pofels. Les poftels , après avoir fervi une fois, deviennent demir pollels ; & ces derniers, après avoir fervi encore une fois , entrent dans le& l’ept étages dont nous avons parlé : ils n’en fortent plus que pour reprendre leur tour.jufqu’à ce qu’ils foièntufés.;
- , 548*. Pour entretenir le grenier aux chardons dans^ l’ordre ci-delfus ; quand les neufs qui font les neuvièmes, & les pofteis qui font les huitièmes, onjt fervi alternativement chacun une fois, 011 fait defeendre lespollels ou huitièmes , au fêptieme étage s & les .neuvièmes, qui étaient neufs d’abord.^ prennent la place des pollels ; on en fait établir d’autres, par l’ouvrier qui fg nomme le monteur de chardons , pour remettre au neuvième râtelier,q.ù doivent qtre les neufs. Pour faire place aux neufs , on réforme des premiers, & alors, les féconds deviennent les." premiers i les troiiiemes deviennent les. féconds^, & airili des, autres, p e .y-, -u i.
- . 549. Cet ordre eft nécelfaire j car on verra dans la fuite qu’il fout toujours commencer par lainer les draps avec des chardons doux , pour tirer peu à peu la laine fons la rompre. Les ouvriers tendent toujours à fe fervir de chardons neufs , pour avancer l’ouvrage > mais moyennant l’ordre qu’on tient dans le grenier aux chardons., 011 les oblige...de fe fervir d’abord des, premiers , puis des féconds, & enfin des poftels des neufs,
- 5 fo. ON' Concoit que,-quand les crochets fe font remplis de laine, ils ne peuvent plus mordre fur le drap ; 'd’ailleurs, comme on juge du lainage par la laine qui. reife dans les chardons, on a foin , à mefure que les lafneurs s en font fervis, tant d’un côté que de l’autre, de les faire nettoyer $ & l’on charge de cette opération un enfant de huit à neuf ans , qui avec une petite curette eu forme de peigne & une brolfe, ôte lesqui fe trouvent dans, les char*
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- :'<3ons& il les frappe les uns contre les autres,'pour en faire foirtir l’ëatt "qui fe trouve dedans; ils ont foin encore que les chardons' foient tous nettoyés quand les laiueurs en ont' fini l’efpece, afin qu’en allant en chercher d’autres , ils rapportent fécher ceux qui font nettoyés , & qu’ils les remettent au grenier à la même place où ils les avaient pris.
- ^i. Pour faire ufage de ces chardons, on les monte fur trois morceaux :de bois qu’on nomme croijee ou croix , fig. 2 , où ils font fortement attachés fur deux rangs de hauteur. On appelle une paire de chardons, une croix garnie • de chardons , parce qu’elle a deux faces ;& ce ternie eft d’autant plus convenable , que chaque face travaille l’une après l’autre. Voici comme on monte les chardons fur la croix.
- 5<j2. On a une croix de bois ,fig. 2, dont la traverfe A B eft double, & le montant C D eft unique ; on paife les queues du rang d’en-haut & celles du rang d’en-bas entre les deux petites planches qui forment les branches A B de la croix; on place en premier lieu un chardon du rang d’en-haut, qu’on preife contre le montant C D ; puis un du rang d’en-bas qu’on preife de même contre le montant; enfuite un du rang d’en-haut, qu’on preife contre le premier chardon , puis un du rang d’en-bas ; & quand on en a mis trois au rang d’en-haut & trois au rang d’en-bas, toutes les queues étant engagées entre les petites planches qui forment la traverfe A B , on met une feptieme tète de chardon E, qui appuie contre les deux rangs; enfuite avec une ficelle , on ferre bien fort l’une contre l’autre les deux planchettes entre lefquelles font les queues, & l’on garnit l’autre bras de la croix; puis ou ’paiîe la corde fur tous les chardons dans une,- entaille qui eft au haut du montant C, & on lie l’un contre l’autre, avec (e bout de la même ficelle, les deux autres bras de la croix D. Alors la croix eft garnie de fes chardons, & en état de fervir, comme on le voit par la figure 3.
- Idée générale des apprêts,
- 1Î3- Il s’agit ici d’une opération bien importante; car un bon apprê* teur répare les défauts des opérations précédentes , au lieu qu’un ignorant :gâte le drap qui a été bien fabriqué. Toutes les opérations qui s’exécutent dans les fabriques , concourent fans contredit à faire un beau drap ; mais il y a peu de draps où il ne fe trouve quelques défauts qui dépendent tantôt d’une opération , tantôt d’une autre. Le foulonnier répare une partie de ces .défauts , & les apprêts font le refte; mais pour cela il faut que le lainage 8c lettondage foient faits par les mêmes ouvriers, ainii que nous l’avons dit plus haut; & comme il faut que chaque efpece de drap foit gouvernée fui-vantfa force, ce travail 11e peut être le fruit d’une routine. Pour parvenir
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- à faire un apprêt parfait, il faut de l’expérience & de l’intelligence. La plupart des apprêteurs font contens quand ils ont rendu un drap fort & bien cou-* •vert. Ces conditions font à la vérité importantes i mais elles ne furfifentpas : car avec ces qualités, un, drap pourrait être , comme l’on dit, bouché; de maniéré qu’un drap de fécondé forte, bien apprêté * pourrait être préférable à un première forte qui le ferait mal.
- 554. Il eft à propos avant d’entamer le détail des opérations qui regardent cet atteiier, de rapporter en général les vues qu’011 fe propofe. Elles confident à garnir lafuperfieie du drap d’une laine courte & bien fournie. Pour remplir cet objet, il faut employer de bons chardons , & bien mouiller le drap. Nous avons déjà dit en quoi confifte la bonté du chardon.
- ffÇ. La leçonde condition pour un bon lainage , eft que le drap foitbiert pénétré d’eau. En général, la laine mouillée fe tire'fans fe rompre ; comme elle eft plus fouple , elle fe range mieux ; mais cette opération doit varier fuivant différentes circonftances.
- Les draps fins, & même les draps ordinaires, quoique mal foulés, doivent toujours être trempés dans l’eau, afin que le chardon n’arrache point, la laine & ne vuide pas l’étoffe ; fans çette attention, ils montreraient bientôt la corde ( 205 ).
- f Ç7. Les draps rendus extrêmement durs parle foulage , ou fabriqués d& grofle laine, veulent être travaillés plus à fec, pour quç Iç chardon fade plus: d’effet.
- 558- Pour l’entiero perfection du lainage , on ne fait pas affez d’attentioii à la qualité de l’eau qu on emploie pour mouiller le drap, & on emploie l’eau quife trouve plus à portée. Cependant plufieurs laineurs foutiennent que l’eau de rivière douce & corrompue, facilite mieux le feutrage & le garniffage,, & qu’elle produit un bien meilleur effet que l’eau de puits & l’eau crue;, que celles-ci refferrent le poil, & que l’eau de riviere l’attendrit & ouvre les fils du drap ; ce qui eft important pour un bon lainage , étant effcntiel quo le chardon pique de fond , fans arracher la laine , ouvre la dfite pour multiplier le poil, & rendre l’étoffe plus couverte.
- 559. Quand on veut voir fi les ouvriers ont bien rempli leur devoir, on préfente le drap au grand jour , & on releve la laine avec la main , pour «xaminer fi le fond du drap eft bien nettoyé ou dépiété, c’eft-à-dire, également fcien garni, & s’il n’y a point de place où le çhardpn 11’a pas tiré la laine \
- ' f2o0 lî y a des laineurs qui laiffent fé- leurs draps fecs que mouillés , ou mçme «her le drap fur les perches , avant de le encore mieux. Dans le vrai, cette méthode travailler ; & ils prétendent perfuader aux eft mauvaife ; le laineur cherche à diminuer iabricans, qu’ils travaillent tout auffi bien fa peine & à épargner fes chardons.
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- içar on doit voir la naiflance de tous, les poils , pour ainfi dire, comme 011 yo.it celle de la foie au velours.
- 55 a On donne ordinairement trois voies de chardons aux draps fins; quelquefois quatre, félon la force du drap. C’eft à celui qui eft chargé des apprêts , à prefcrjre aux laineurs & aux tondeurs ce qu’ils doivent faire.
- 56r. Comme le lainage eft un article important, & comme dans ce travail il faut faire enforte de ne rien négliger, nous allons , avant que de parler des autres opérations du lainage, dire quelque chofe de plufieurs petits détails qui pourraient nous échapper.
- 562. Il faut, comme nous l’avons déjà dit, deux ouvriers pour Jainer un drap. Ces ouvriers mettent la piece fur des perches de cinq à fixa pouces de circonférence , en commençant par la queue du drap, & finiifant par le chef, & ils font enforte que la partie qui eft en-devant & qui doit être travaillée la première, tombe en-dedans du bac.
- 553. Les deux laineurs ou apprèteurs fe placent chacun vis-à-vis une lifiere; & tenant d’une main une croix garnie de chardons, & de l’autre une croix vuide ( 20.6 ), ils mettent le drap entre leurs deux bras, puis chacun attaque la lifiere avec une des faces de fon chardon (207), en rapprochant les deux bras l’un de l’autre pour ferrer le drap entre la croix vuide & celle qui eft garnie de chardons ; & ils travaillent comme s’ils brodaient de haut en bas. Ils doivent donner trente-fix coups , depuis la perche jufqu’à la hauteur de leurs genoux, toujours en avançant de la moitié de la largeur de leur chardon, ou d’un demi-chardon, jufqu’à ce que les deux laineurs fe foient croifés au milieu du drap , & de même en reculant vers les lifieres ; ce qu’ils continuent jufqu’à ce que les trente-fix coups foient donnés & diftribués également ; favoir, en commençant, quatre coups fur fhaque lifiere j fept coups pour gagner le milieu, & fept autres coups en reculant: ce qui fait en tout trente-fix coups. Ainfi 1111 coup de chardon eft Pefpace que l’ouvrier parcourt fur le drap, depuis la perche jufqu’à fes genoux.
- 554. Il faut que les laineurs placent bien leur chardon, qu’ils le tirent droit & doucement ; car des fecouifes rompraient les filamens, & effondrement h drap.
- (206) Les laineurs ne doivent fe fervir que d'une feule croifée de chardons. Il eft ftifé de concevoir que, fi l'effort du gaçni-ment était donné des deux côtés oppofés , les parties du drap s’ouvriraient & feraient défunies plus facilement que lorfque le poil n’çft tiré que d’uq mêjrçç Çpté, I)’aiilev,r§ >
- le poil que l’on tirerait de deux côtés oppofés , ferait moins difpofé à fe coucher fous les preffes.
- (zoj) Les deux laineurs portent enfem-ble leurs bras en.haut & ils les abaiffent fil mçuie tems,
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- Les laineurs doivent augmenter l’eau à mefîïré qu’ils fefervént'dfe chardons plus forts , & ils ne doivent point épargner l’eau , quand ils voient que les chardons fe chargent de laine ; fans quoi iis vuidéraient ou effondreraient le drap.
- <)66. Nous avons fuffifamment expliqué ce qu’on doit entendre par une "avalée ( 208 ) > ainfi quand le bout ou avalée qui pend a reçu trente-fix coups de chardons , on lait couler le drap fur la perche; 011 lait en fui te une féconde avalée, pour que le drap qui eft lainé tombe dans le bac, & qu’une autre portion prenne fa place pour être lainée àfon tour de trente-fix coups de chardons. On continue cette manœuvre jufqu’à ce qu’011 foit parvenu au chef de la piece , ce qui s’appelle une voie de chardon. On réitéré trois fois de fuite le lainage ;& quand ces quatre lainages, voies ou traits de chardons font laits , 011 dit que le drap eft lainé en première eau, ou d’harmant. Le terme de première eau vient de ce qu’on fait tremper le drap dans l’eau toutes les fois qu’on le veut laincr , excepté quelquefois la première, lorf. qu’en fortant du foulon, 011 juge le drap alfez mouillé. Ce que nous venons de dire , doit faire connaître ce qu’on entend par lainerzw première , en fécondé, Cil troifieme & en quatrième eau. On conçoit encore qu’une voie ou un trait de chardon eft un lainage fait depuis la tète jufqu’à laqueue de la piece. Un fécond lainage, dans toute la longueur de la piece, eft une fécondé voie; ainfî l’on dit que le lainage en première eau eft de quatre voies , parce qu’on a lainé j quatre fois dans toute la longueur du drap. Comme nous emploie*, rons ces différens termes, il fallait commencer par expliquer leur lignification-.
- Du lainage en burinant (209)*
- ^67. Après la vifite du drap , au retour du foulon, on lé remet à deux laineurs ou apprèteurs qui lui donnent deux ou quatre traits de chardon doux,& une coupe avec des forces peu tranchantes, qu’on nomme botres ou défertes. Cette opération qu’011 nomme harmant, fert à couper les poils jarreux que la foulerie a pouffes hors du drap : ainfi, pour lainôr le drap en harmant,il faut lui donner quatre traits ou quatre voies des premiers char^. dons; lavoir, des plus ufés ou morts, afin, difent les ouvriers, de mettre doucement le drap en train.
- <168" Lès laineurs commencent par humeder un peu le drap. Si lorfqu’il revient de lia foulerie il 11’eft.pàs affez humide, ils le mettent tremper darrà un grand baquet, puis ils le pofent fur le bac ; ils prennent le bout du drap par la queue, & le font paffer par-dedus les perches, ce qui s’appelle mettre
- (209) En allyuiu dcii Haarcn arbeiten.
- (203) En ail. cinc Fahne.
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- $ kaperche,; & chacmi tenant Leurs chardons d’une de-leurs, mains par-devant Le drap, & de l’autre main une croix vuide par-derriere pour former un, point d’appui , ils lainent le drap,. c’eft-à-dire, qu’ils en. tirent les poils avec Les crochets des chardons., qu’ils traînent du, haut en bas, le plus droit poÜîble, & ils font fuivre à. l’envers la croix qui n’eft point garnie de chardons','mais qui fert à foutenir le drap- le long de.la. route que le chardon, fuit, vers L’endroit. Ils donnent de. cette façon Leurs quatre traits ou voies, de chardons, en obfervant les, attentions, que nous, avons rapportées, plu» haut (210). Quelques fabricans 11e font donner que deux traits j mais il paraît plus; convenable de tirer le poil à fond.
- 569. Une voie de chardons eft formée, pour un drap de vingt aunes, de dix paires & demie de chardons.^ pour un drap-de vingt & une aunes, de onze paires. & demie , &c. Mais en fuppoiànt que le drap,n’ait, que vinge aunes , le trait fera, fait avec dix paires oc demie.;, & comme il faut donner, quatre, traits, ou voies*, on doit, pour un drap de cette longueur, employer quarante-deux paires dp chardons, ce qui fait les.quatre traits,à: dix paires, & demie chacun.
- 570. Les laiueurs:, pour faire leurs quatre traits avec quarante-deux paires,
- de chardons, entr’eux deux,, tirent le. drap de delfusja perche en. vingt-une fois,; ou, en, terme, de l’art, en vingt-une avalées; & ils. donnent chacun fur chaque avalée, tr.ente-.fix coups de chardons du.haut en.bas., employant toujours le. même côté du, chardon;à la fécondé avalée, ils retournent les chardons , & donnent trente-lix autres coups. Les.chardons après eela paffent aux nettoyeurs. Les apprêtmrs. reprennent d’autres chardons, & contL Huent leurs: opérations jufqu’à ce qu’ils aient employé les quarante-deux paires : ce qui leur fait chacimviugt-une paires ^nombre fiitBfantpqur donnes yn trait dans toute la longueur d’une, piece. . *
- 571. Ii, y a des fabriques où. l’oir pafie les draps fur une feule perche ; alors les laineu.rs ayant dans chaque main une croix garnie de chardons., lainent des deux mains & à.la foi&les deux côtés du drap qui pend de laperche. Cette méthode avance l’ouvrage s mais le drap eit par avalées, alternatives Jainé à poil & à contre-poil, ce qui n’eft. pas un grand:inconvénient pour les premières opérations,. Il nien ferait peut-être pas de même pour les autres., la poil n’étant jamais bien couché aux endroits où il eft laine à contre-poiL Quoiqu’iln’y ait ,.fuiyant fufage ordinaire ,_que lç c.harçioiyde; devant qui.tire j
- ' (210) En Allemagne , les fabricans fe. plus d’un trait, fans faire beaucoup de rpal plaignent que les laineurs fe fervent fraudu- au drap. Les ouvriers, de leur côté-, fe piaf, feufement d’une efpece de cardes ufées, gnent de* l’extrême parcimonie des fa b ri. âyeç lefquelles ifs ne peuvent pas donner cans.Qprfqu’il s’agit, de.payer l’ouvrage.
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- il faut en fui te tirer à contre-poil, ce qui ne fait point de tort pour les prés mieres opérations.
- Î72. Apres que le drap a été lainé en harmant, on le porte fécher; & quand il eft fec, on lë fait tondre en harmant. On le porte fécher ; & quand il eft fec, on le fait tondrë en harmant avec des forces difertes qui coupent peu, & 011 le renvoie à la foulerie pour le dégrailfer, comme nous l’avons dit ci-devant ; car le drap fe trouvant ouvert par le chardon * la terre va chercher le fond de graille , qui était refté dans la corde.
- Du lainage (211) en demi-laine ou en fécondé eau.
- f73. Le lainage en denii-làine eft de la derniere conféquence, fur-tout en blanc ; car pour les couleurs elles viennent mieux au chardon : mais comme le blanc eft crud » il faut des laineurs forts & vigoureux qui appuient le char-* dou, même dès la première & à tous les degrés : c'eft ce qui fait un pied garni. Ou 11e doit employer les chardons neufs que pour réduire la dureté du drap, & parnécellité, pour remonter la cabane ou grenier aüx chardons* Il faut, fur la fin de ce lainage, que la laine que le chardon a fait venir, foit haute comme la lailié d’un molleton. Détaillons l’opération.
- f 74. Qjçjand la piece de drap a été dégrailféë & renvoyée de la foulerie , on la vifite , pour vérifier s’il n’y a point de tfous provenant de la fautetdu foulon. Les laineurs prennent le drap & le mettent dans un cuveau ; ils jettent de l’eau par-deflus , pour le mouiller à fond & également par-tout ; quand il eft bien mouillé , ils ôtent le drap du cuveau * & le mettent égoutter fur un che* valet, au moins pendant une heure; enfuite ils l’arrangent fur le bac, & partent le bout du drap fur les perches pour le lainer en demi-laine : cette opé* ration doit lui procurer de longs poils*
- f7f. Pour faire cet apprêt, On commence à lainer le drap avec les premiers chardons, qui font les plus doux* & 011 lui en donne fix traits avec foixante-trois paires dé chardons, pour un drap de vingt aunes. Ces fix traits donnés, & les chardons reportés/au grenier ou à la cabane, on lui donne fix autres traits avec les deuxiemes chardons. Il eft bon de changer ou de rompre les avalées , parée que l’ouvrier a plus de force au milieu de chaque coup de chardon qu’il donne qu’au haut & au bas ; ainfi pour que la totalité du drap foitlainée également, il faut, Comme nous le remarquons * rompre les avalées; c’eft-à-dire* que la partie du drap, qui était au-delfus de la tête au premier trait, fe trouve au fécond à la hauteur de l’eftomac du laine ur.
- (2x1) En ail. Ra'uhcn 'un zweyten ÎVajjar.
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- $76* Ces fix féconds traits fe donnent à contre-poil des fix premiers ; & quand ils ont été donnés, on reporte les chardons au grenier, & on donne au drap fix autres traits des troifiemes chardons à contre-poil des féconds, autant des quatrièmes à contre-poil des troifiemes, & autant des cinquièmes à contre-poil des quatrièmes. On laine de vingt-quatre à trente traits , alternativement à poil & à contre-poil, plus ou moins , fuivantla qualité du drap, pour donner du fond & du pied à la laine fans la rompre ; car il y a dès draps qui ne peuvent fupporter tous les traits, & d’autres à qui il en faut jufqu’à foixante. Sur quoi il faut prendre garde qu’à la fin de ce lainage le drap ne foit point trop mou, & lui lailfer de la force pour la troifieme eau. Si le drap eft fort, il faut le tondre un peu plus qu’entre-deux laines ; s’il eft faible, on le tond entre deux laines feulement. '
- 577. Je dois remarquer que l’ufage de donner à la fécondé eau des traits
- à poil &à contre-poil , eft bon pour les draps deftinés à être teints en noir, parce qu’au moyen de cette pratique, les poils n’étant pas parfaitement coti-;chés , le drap en eft plus velouté. Sur la fin de ce lainage, il faut même tra-verfer les deux bouts , c’eft-à-dire, prendre un chardon pour chaque ouvrier , de deux degrés plus fort que celui qui a fervi fur la demi-laine pour garnir les deux bouts qui n’ont point été tirés à contre-poil. Il ne faut point non plus que le drap foit en pleine eau à ce lainage, attendu que le chardon 11e tirerait qu’une poil jarreux : & cependant il eft à propos de le maintenir dans une certaine humidité -, car l’eau eft néceifaire pour empêcher la laine de fe rompre. Le lainage à contre-poil ne convient point aux draps de couleur, parce que comme leur mérite confifte à avoir l’éclat de la foie, il faut que les poils en foient bien couchés. Àinfi , quand il s’agit de draps de couleur, on laine toujours à contre-poil à la troifieme eau ; mais comme après le fécond lainage on doit toujours lainer à poil, on coud les deux fiouts du drap enfemble, afin que le drap tourne autour des perches comme une chaine fans fin > & on le laine à poil, en lui donnant cinq traits des fixié-mes chardons compofés de cinquante-deux paires & demie. Cela fait, on reporte les chardons à la cabane , & on donne au drap trois voies des fep-tiemes chardons compofés de trente-une paires & demie , que l’on reporto au fil? à la cabane, pour donner au drap un trait des huitièmes que l’on nomme pojlels, compofés de dix paires & demie , & encore un trait avec les neuvièmes chardons qui font les neufs. Enfuite on découd le drap ; & au lieu de tirer l’avalée‘par-devant, on-la'tire par-derriere ,f& on achevé de lainer le drap à poil , en lui donnant un traitdes neuvièmes chardons de dix paires & demie. '; '
- 578. Il eft de l’attention & du devoir des laineursde donner au drap, à chaque changement de chardon , le même degré d’êa'ü : Tans quoi, la laine le
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- trouvant fe ch e , fe romprait, & le drap ferait énervé-,
- 679. Quand les laineurs ont fini de laitier le drap en demi-laine, ils 1$ tablait, c’eft-à-dire, qu’ils le replient ; & fur u.n des bouts de la pièce pliée-& tablée,, iis paliènt une corde pour rattacher & le luilfer égoutter, avant que de le porter au féchoir.
- 580. Le lainage en lèconde eau eft de vingt-quatre, voies de chardons. On vient de voir qu’il fe fait préçifément comme le lainage en première eau * mais avec des chardons plus vifs & moins ufés. 11 faut veiller fur les laineurs car, pour avancer l’ouvrage, ils font toujours difpofés à fe fervir de chardons neufs ou peu ufés. Le lainage eft beaucoup plus parfait quand on tire-peu à peu les poils avec des chardons qui ne font pas trop rudes ; il faut,, comme difent les ouvriers, débrouiller la laine j le chardon doux ne tire que la. laine extérieure :. à chaque lainage on augmente le degré du chardon * pour pénétrer plus avant dans le drap ; enfin on lui donne le chardon le plus "fort,. pour aller jufqu’au cœur du drap..
- 58.1* L-e drap étant féché, eft remis au tondeur pour le tondre en demi-, laine par deux fois, avec des forces très-tranchantes y 8c de là, il repafte aux laineurs pour le lainer en troifieme eau.
- 582. Je. laide à part tout le travail des tondeurs , afin de fuivre fans inters ïuptiou celui, des laineurs..
- Du lainage- en troifieme eau..
- 5 8 J- Quand le drap eft bien foulé , & qu’il n’a point été trop fatigué à îa 'demi-laine, il. doit prendre du corps , quand on çft près de lui donner le chardon de la cinquième forte j.comme il commence alors à fe draper, on augmente peu à peu la. force du chardon ,.jufqu’à ce qu’il devienne un peu mollet, ou maniant, comme l’on dit -, mais il faut lui ménager de la force pour rapprit en dernier lainage..
- 584- Ce troifieme lainage fert à nettoyer le poil à fond, à le coucher & le ranger.
- 585- Dans cette opération, comme on laine toujours à poil, les laineurs. .commencent par coudre les deux bouts du drap enfemble; mais ils doivent ’obferver de changer de lifieres toutes les quatre voies, parçe qu’ordinaire-‘ment il fe .trouve» un laineur plus fort que l’autre j. à fans l’attention dont .nous venons de parler, tin côté du drap ferait plus laine que l’autre. Après avoir çôufu les deux bouts, du drap vils le remettent dans le cuveau pour le mouiller à fond ; puis ils l’en retirent 5 & , fins le laifler égoutter , parce qu’il faut qu’il fo.it fort baigné d’eau , ils le .mettent fur le bac , où ils le rangent 8c lui' donnent encore, de l’eau qu’ils, yerfçnt par-deifus 5 enfin iis font palier
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- les deux perches dans ie drap , & les remettent à leurs places pour lainer le 'drap en troifieme eau.
- On laine en troifieme eau, en donnant trois ou quatre voies des pre-iuiers chardons , compofés de trente-une paires & demie pour vingt aunes ; trois voies des deuxiemes ; deux voies des troifiemes, compofés de vingt-une paires 3 deux voies des quatrièmes , & deux voies des cinquièmes chardons.
- 587- Les laineurs obfervent, quand ils font prêts à donner la derniere voie des cinquièmes, de découdre auparavant le drap 5 & au lieu de tirer leur avalée par-devant dans ce dernier trait, ils la tirent par-derriere. pour achever de la lainer par la queue du drap.
- S SS’ L-e lainage en troifieme eau eft donc de trente-quatre voies de chardons , & il fe fait de même que les deux précédens 3 c’eft-à-dire, qu’on donne au drap quarante coups ou traces de chardons à chaque avalée , & toujours en fe fervant vers la fin de chardons plus vifs , fi toutefois la qualité du drap le permet. Cela fait, les laineurs mettent égoutter le drap, ‘ & ils le font fécher, pour être enfuite envoyé aux tondeurs qui le tondent deux, trois,r ou quatre fois , fuivant que le fond du drap le permet.
- ï89* Les draps teints en laine font quelquefois lainés & tondus eiiqua* trieme & en cinquième eau , jufqu’à ce qu’ils faifent un beau drapé.
- Obferv citions fur les apprêts.
- 590. 1®. Quand les draps doivent refter blancs, & qu’ils ne font pas def. fcinés à être teints en noir ou en bleu , les laineurs les font tremper une quatrième fois , & ils les lainent pour la quatrième & derniere fois. Ce lainage eft feulement de douze voies de chardon. Enfuite on les met fécher au grand air : lorfqu’ils font fecs, les tondeurs achèvent de les tondre 5 ordinairement ils leur donnent dix à onze coups en tout, y compris la coupe de l’envers & celle en première eau, dont nous avons parlé.
- Ï91. 2°. Aux Andelis , on 11e donne que fept à huit coups, y compris celle de l’envers.
- 592. 3°. Si le drap doit être teint en noir, en bleu , en jaune, ou autres couleurs unies , les tondeurs doivent apporter beaucoup de foin à les tondre* en troifieme eau 3 après quoi 011 les porte à la teinture.
- 593. 40. Nous difons qu’il faut tondre avec beaucoup de foin les draps qui doivent être teints , parce qu’il eft difficile de les beaucoup tondre après, d’autant que les couleurs n’entrent que médiocrement dans l’intérieur de là corde, & que la tonte blanchirait le drap : cependant on ne tond pas extrêmement près les draps qu’011 deftine à être teints en écarlate, parce qu’une
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- laine un peu haute fait paraître la couleur écarlate plus vive & plus brillante , l’éclat de la couleur n’étant que fur la fuperficie de la laine. Il ne faut pas non plus tondre de trop près les draps deftinés à être mis en noir ; mais quand ils ont été teints en noir, on ne peut leur donner trop de coupe j plus ils en reçoivent, plus le poil eft arrondi, plus les draps font tranchés , plus ils font doux & beaux.
- 594. 50. Il faut s’attacher à bienlainer les draps, fur-tout ceux qui font deftinés à être teints en noir,. bleu écarlate & en autres couleurs unies,-parce qu’étant une fois teints on ne peut- les lainer de nouveau fans détruire une grande partie de la couleur, attendu qu’elle ne pénétré pas dans le fond; de la corde.
- ^9^. 6°. Il ne faut point permettre aux tondeurs de trop rebrouffer le. drap, fur-tout aux coupes d’apprêt, parce qu’une coupe trop approchée dégrade le drap , & lui ôte fa tranche & fon brillant : ceci regarde principalement les draps noirs. & écarlates.
- 596. 79. On dit que les Anglais ont une maniéré particulière de lainer leurs draps. Quand ils font revenus du foulon, on les met tremper fix à huit heures dans de l’eau nette j & après les avoir laiifé égoutter, au lieu de les palier fur les perches, on les met fur une table rembourrée, couverte d’une forte toile & un peu bombée dans le milieu. Cette table eft un peu plus longue que la largeur du drap ;fes pieds font pofés dans un grand bac de quinze à dix-huit pouces de profondeur ; & à fept ou huit pouces du fond , il y a une claie d’ofîer pour recevoir le drap à mefure qu’011 le laine : cette claie permet à l’eau qui fort du drap de s’écouler, en même tems qu’elle garantit le drap des mal-propretés. On plie le drap fur le derrière de la claie, & on place le chef fur la table , qui eft élevée à la hauteur de la poitrine de l’ouvrier.
- 597. Les laineurs tiennent à chaque main une croifée garnie de chardons qu’ils trempent dans l’eau claire qui eft à leur portée & dont ils arrofent la partie du drap qui eft fur la table.. Ils travaillent; & faifant agir le chardon fuivant la largeur de la table , ils donnent à chaque tablée trente-cinq à quarante coups de chardon. La première tablée étant lainée, ils la tirent en-bas fur la claie , pour travailler celle qui fuit comme la première , & a in fi des autres jufqu’à la fin de la piece qui pour lors a reçu une voie.
- 598- On recommence ce travail pour lui donner de nouvelles tablées , autant qu’011 juge que le drap en a befoin. Les drap fins reçoivent quatre eaux, les ordinaires deux, & les communs une.
- 599. Les croifées de chardon, dont les Anglais fe fervent à la troifieme eau , ont trois rangs de chardons les uns fur les autres. Il femble qu’un drap ainli étendu fur une table bien rembourrée, eft dans unepofition avantageuiè pour que le poil fe tire aifément & fans, endommager la fermeté du feutre. ..
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- • ' 600. 8Q- Les draps étant teints, foit en noir foit en bleu , on va les vifi-tër en teinture, pour voir s’il n’y a point de tarres & de trous , avant que de les remettre pour la derniere fois au foulonnier qui doit les laver & les dégorger, comme on l’a expliqué plus haut.
- 6bI. Quand ce font des draps noirs , il faut fur-tout les laver fur-le-champ y car plus ils reftent fans être lavés , plus ils durciflent, fur-tout dans les chaleurs, parce que le fel de la couperofe (£12), qui s’élève dans le poil, y lailfe des taches grifâtres, où il ne paraît point de poil. Nous parlerons âuJiricage, lorfque nous aurons dit quelque chofe des préparations qu’<?n peut donner aux draps deftinés à faire des redingottes, des furtouts, des manteaux , ou des habits pour les troupes.
- Des draps pour redingottes, furtouts , & habits de foïdats.
- 602. Tl est bon de rapporter ici une petite préparation qu’il eft à propos de donner aux draps qu’on deftine pour faire les redingottes, furtouts -, & même ceux qu’on deftine pour l’habillement des troupes , afin de les rendre impénétrables à la pluie. Cette façon confifte à leur donner une bonne voie de chardon mort à l’envers & à l’endroit, avant de les fouler.
- 603. On commence donc à donner une voie de chardon mort, chardon devant, chardon derrière ; de forte que le drap foit en même tems lainé à poil & à contre-poil, enfuiteon le plie en trois, on l’empile à la fouleriepour le faire travailler pendant trois heures avec de l’eau feule, pour lui faire prendre lainage ; après quoi on retire le drap pour lui donner une voie de chardon fur le côté qui a été en-dehors ; en reployant le drap , on met en-dedans le côté qui était en-dehors ; on empile la piece , & 011 la fait travailler pendant deux heures 5 on la retire encore pour mettre en-dedans le côté qui a été l’envers îe premier, & qui devient l’endroit de la piece : alors on lui donne du iàvoiiy & on le foule à la maniéré ordinaire.
- 604. -La laine de la fuperficie du drap fe trouvant dégagée de la corde par le moyen du chardon , eft plus difpofée à fe défiler 5 le feutre augmente de plus en plus pendant que le drap fe foule , & enfin il devient feutré comme l’étoffe d’un chapeau , fur laquelle l’eau gliiiê.
- 6of. La maniéré d’apprêter Ces draps , confifte à leur donner deux bonnes voies de chardon mort du côté de l’endroit, pour en ôter la laine morte & /arreufe, que l’action des pilons a fait pouffer fur la fuperficie ; & enfuite deux
- (212) Pour teindre les dnps noirs, il metfe dan? la teinture : de cette manière, faut leur donner une lelïive de bonne cou- on n’a pas à craindre les taches grifâtres. perofe , eniuite les dégorger, & enfin les
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- coupes à l’endroit de la piece, & une à l’envers. On penfe qu’il êft toiit-â* fait inutile , pour ne pas dire nuilible, de donner d’autres apprêts aux draps deftinés pour les troupes. Un plus fort lainage & plus de coupes de tonture leur donneraient véritablement plus d’œil & plus d’apparence $ mais ces opérations les affaibliraient ; & comme ils ont plus befoin de bonne qualité que de brillant, le fimple apprêt qu’on vient de dire paraît leur fuiïire. Quel* ques-uns portent cela à l’excès , & prétendent qu on ne doit prefque pas tondre les draps deftinés pour les troupes, & qu’une longue laine les fait durer davantage ; parce que , difent-ils * pendant que la laine s’ufe * le corps du drap ne fouffre pas. Ce fentimerit eft une erreur d’autant plus grande, que c’eft cette longue laine qui le fait ufer plus vite. La raifon eft* qu’une Ion* gue laine retient fur un habit la pluie plus long-tems , le rend plus difficile à fécher, & la pouffiere y tient davantage , laquelle jointe à l’humidité , ronge & pourrit la corde en peu de tems ; au lieu qu’à un drap dont le chardon a ôté la laine jarreufe de la fuperficie * & qui eft bien tondu , la pouffiere n’y tient pas , l’eau coule deffus, & il fe feche plus vite , ce qui contribue à le faire durer plus long-tems : cette longue laine ne fert qu’à cacher une groffe & vilaine corde que le chardon n’a pu couvrir. Il eft certain que les apprêts donnés à propos ne nuifent jamais , même à un drap groffier. Pour peu que-la corde d’un drap foit d’une certaine finelfe, le jarre, étant ôté par le chardon , il ne peut être tondu de trop près ; car c’eft: une erreur de filer gros le drap pour les troupes. L’expérience montre qu’en filant d’une certaine fin elfe , 8c augmentant les fils de la chaîne à proportion, les draps font d’un meilleur fer vice.
- 606. Ce ne font pas les draps les plus épais , & où il entre beaucoup de laine, qui durent davantage. Cette qualité vient principalement d’un tifîage ferré & d’un foulage bien condenfé : or le gros fil eft contraire à ces deux opérations , en voici la raifon. Quand le fil de la ehaine eft filé gros , il ne fe croife pas bien fur le métier, & il empêche par-là les fils de la trame de s’approcher parfaitement ; ils laiflent entr’eux un intervalle que l’opération du foulon ne peut remplir exactement. Tout ce que cette opération peut frire, c’eft d’enfler les fils, mais fans parvenir à les lier & à les feutrer les uns avec les autres ; d’où il arrive que les draps faits de gros fils , faute de liaifon , fe caftent plus aifémelit que ceux dont la filature eft d’une moyenne grolfeurj parce que la ehaine de ces derniers fe croifant mieux fur le métier, & la trame s’approchant davantage , le foulon alors a plus de facilité à les lier & à les 0011* denfer enfemble : ce qui rend le drap de bon ufé. (213)
- (si?) Il y a des ouvriers qui tiflentleur C’eft encore une erreur : le drap qui fait
- drap moins ferré, pour qu’il fe foule mieux, le meilleur ufage , eft celui qui fe foui*
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- Du ftricage ou lainage qui fe fait après le lavage des draps fus.
- 607. Quand, le drap a été lavé & qu’il eft de retour de la foulerie , il doit être vifité pourvoir s’il n’y a point de trous; enfuite 011 le remet aux lak rieurs pour le flriquer ( 214) : ce qui fe fait en mettant le drap fur le bac^ & l’on jette de l’eau déifias pour qu’il fo.it bien mouillé & couvert d’eau avant que de lui donner fes derniers traits. On fait paffer enfuite le bout de la tête du drap par-deflus les perches, & on lui donne, toujours baignant dans l’eau , trois , quatre , cinq & fix traits avec- de vieux chardons morts, ou bien une Yoie des premiers chardons de dix paires & demie pour vingt aunes, & un ^utre trait avec de vieilles cardes. Cela fait, 011 table le drap, & on le porte à la rame pour y être mis à fou aunage &éqirarré à fa largeur. Le drap étant cloué fur les rames, les tondeurs, avec de vieilles cardes, courent le drgp le long de la rame ; & d’autres avec des brolfes, le courent aufli pour lui toucher le poil; après quoi 011 le laide fécher en cet état.
- Propriétés des forces, & de la tonte des draps.,
- 60$. A voir travailler un tondeur , on s’imaginerait qu’il 11e fatigue pas,*, cependant il eft reconnu que le métier de tondeur eft le plus, rude de toute la fabrique. Les tondeurs fatiguent encore plus quand; ils ont de mauvaifes forces, ou qu’elles font ma \ émoulues. Dans ce travail, tous les membres font en action , & continuellement tendus, pour tenir la force en refpect ; le taioii de la main droite eft fur-tout la partie qui fatigue le plus aufli les appren» tifs fe plaignent-ils qu’ils bouffirent de tous leurs, membres, 8c fur-tout du. bras droit, qui leur devient enflé.
- 609. On a dit plut haut qu’après qu’on a donné chaqueîainage ou chaque eau aux draps , on les faifait fécher , & qu’enfuite les tondeurs en coupaient la laine que le chardon avait tirée du drap. Ces tontes fucceflives fontnécefi.. faires ; car fi l’on donnait tous les lainages fans tondre, la fuperficie çle l’étoffe fe Trouvant couverte des premières laines, le chardon ne pourrait plus faire fon effet fur le fond du drap; au lieu que la laine étant coupée entre chaque lainage , le chardon couvre la corde d’une nouvelle laine. Il faut que chaque coupe foit bien unie; car les filions qu’on nomme écriteaux ( 21 ), empêcheraient le chardon de tirer de nouvelle laine ; & ce défaut , s’il était confL dérable , ferait très-difficile à réparer.
- 610. Je dis §’il était confidérable ; car il a paffé en proverbe de dire :pop&
- fur le mitier * ç’çft-à-dire , qui eft tiflb, (214) En ali. Aufrauheri* àieü ferré, (215) En ail, Schmièxen,
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- de tondeurs fans écriteaux, qui font de petits.filions que les tondeurs font au drap lorfqu’ils vont trop vite à cette befogue. On aurait tort de faire un crime aux tondeurs pour des écriteaux, fur-tout aux premières coupes, comme à l’hartnant; mais ils doivent être moins confidérables à la demi-laine , encore moins à la troifieme. Les coupes d’apprêt doivent être tondues uniment & bien battues, pour que le drap puiife acquérir de la tranche, c’eft-à-dire, le brillant dont il eft fufceptible.
- 611. Avant de parler du tondage des draps, il eft à porpos de donner une idée de ce qui eft néceifaire pour cette opération.
- De la table des tondeurs,
- 6r2. Il va fous la table fur laquelle doivent travailler deux tondeurs , un râtelier ou faudet (216 ) K,pL Vif fig. I 6^7, pour recevoir la piece de drap. Il faut que la table B >fig. 1,6& 7 , foit garnie ou rembourrée avec des nopes .( 217 ) , ou bourres provenantes de la tonte des draps ; &l’on y ajoute une double couverture de toile de coutil, qu’on lace par-delfous la table , & qu’on cloue fur fes deux bouts, fig. 6, afin que cette garniture foit bien ferme, & qu’elle foit rembourrée bien quarrément, pour que la force puiife couper en, pointe, en talon & par le milieu, en un mot dans toute fa longueur,
- 613. Cette table a dix pieds de long fur ^ d’aune de largeur ; elle eft pofée fur deux forts tréteaux C , D, fig. 1 & 7 ; les pieds de l’un font plus courts que ceux de l’autre, cnfoitequela table a dix à douze pouces de pente fur la longueur.
- 614. Au bas de cette table eft un marche-pied E, fur lequel les tondeurs montent pour travailler 5 il doit avoir la même pente que la table. (218 )
- Des forces (215?).
- 6i<f. Pour réufilr dans cette opération, il faut être pourvu de bonnes forces ; ce font des efpeces de grands cifeaux,fig. 3 , compofés de deux feuilles ou couteaux AB , d’environ deux pieds de longueur , dont les bras fe terminent en deux branches ou verges C D , qui fe joignent par un relfort E en forme d’anneau. Ce relfort fert à ouvrir la lame; le deifus &le deffous de chaque couteau fe nomme planche ( 220 ) ; ainfi plancher une force, c’elfc
- (216) En a!î. Horde. de voir le travail qu’ils, ont fait, & de ré.
- (2 17) F.n ail.Flocken ,ou Scheerxvolle. former les fautes qu’ils 'auront remarquées;
- (21 s) il eft bon que le jour vienne fur (2 19) En ail. Sdiecrcn.
- ces cables, de côté plutôt qu’en face des (220) En ali. cine Schàrfe.
- ouvriers , parce qu’ils font mieux en état • ;
- diminuer
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- A R T D E L A D K A P E R ï Ê.
- diminuer Pépaiiïeur deTes'couteaux. Le couteau A', qui eît celui qu’on pofé fui' la table à tondre , eft appelle femelle (22 r) ; fou tranchanfidoit être planché' fort mince, afin qu’il pullTe entrer en laine' & la couper plus près de là corde : Ce tranchant'eftforrhé par un bifeau très-peu fenfible ? on charge ce couteau femelle de 50, 70, ou 80 livres de poids, félon la qualité des draps » pour donner dé laffiette & de la fermeté à la force , & pour la faire entrer en laine.
- 6 [ 5. L’autre couteau B, que Ton nomme mâle (222), paffe fur le premier «il travaillant', fon tranchant 11’eft pas li mince que celui delà femelle f il eft terminé par un bifeau beaucoup plus fenfible & plus large. Le bifeau du mâle eft plus épais , afin d’ètre en état de fupporter l’effort du marteau* dont l’émouleur le fert pour former fon tranchant, après l’avoir paffé fur la meule; car il ne frappe point fur celui de la femelle.
- 617. On donne le mouvement à la force par le moyen d’une courroie de cuir F, fig. s, attachée par un bout au dos de la femelle, & par l’autrè au manche d’une petite mailloche G, qui tourne fur le dos du mâle : c’eft la méthode qu’on fuit en Normandie. Dans les manufactures du Languedoc» & dans quelques autres manufactures où l’on fuit les ufages de Hollande, les ouvriers , au lieu de fe fervir de la mailloche, paifent la courroie entré leur pouce & leurs doigts, tenant dans la même main un morceau de bois qui tourne fur le dos du mâle, & qui le fait approcher de la femelle.
- 618. La perfection d’une force confifte à être d’une trempe dure, & qui cependant ne graine pas (223)i elle doit , dans fes couteaux, avoir une certaine forme ou contour qui rend le travail plus facile , & la met en état de couper la laine de plus près. C’eft ce qu’on nomme dans les fabriques être d'un bon calibre ; on appelle une force prêcife , celle qui embraffe régulière* ment la table du tondeur : une force plate ne peut guere être précife.
- 619. Les tranchans doivent être fans molier&s (224), pailles (225), ni filandres : ces deux derniers défauts viennent de la trempe ; & le premier, ' de ce que la chaleur n’a pas été égale dans toute la longueur du tranchant i car pour la perfection de la trempe, il eft nécelfaire , non feulement d’avoir un certain degré de chaleur hors duquel on ne réuifit pas, mais il faut encore que cette chaleur foit égale par-tout, afin que le tranchant foit également dur dans toute fa longueur.
- 620* Les filandres (226) font de petites calibres ou pailles qui'arrivent
- (221) En ail. der Lieger. (224) En ail. ÎVeicher»
- (222) En ail. der Laufer. (22?) En ail. Splitter.
- {22}) Une force qui graine eft fujette à (226) En ail. Brôckdn.
- fauter.
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- plus ordinairement aux tranchans des femelles, qui n’ont prefque pas de fer pour foutenir l’acier.
- 621. Lorsqu’il y a des filandres au tranchant de la femelle, le bifeau du mâle venant à porter fur ces petites calibres, les augmente peu à peu, & le morceau fe détache : alors la force ne peut plus fervir.
- 622. Enfin un des points principaux de la perfedion des forces confifte dans une fmefle de monture qui exige de la précifion , foit à l’égard des planches de la force, qui doivent être très-minces , foit pour la netteté & la vivacité de leurs bifeaux.
- 623. Les forces font faites avec de bon fer , & les tranchans font garnis d’une lame d’acier de trois ou quatre pouces de largeur. On conçoit que cette lame d’acier eft fondée fous la planche qui forme le male, & fur la planche qu’on nomme la femelle., afin qu’en coulant l’une fur l’autre dans le travail, elles puiflent couper la laine. Il faut que les deux couteaux foient trempés d’une même dureté, fans quoi le couteau le plus dur entamerait l’autre.
- 624. Les couteaux ou planches, les branches & Panneau fe fabriquent dans les grofies forges , d’où on les tire fimplement dégroftîes. Ce font des forgerons particuliers qui les finiifent, les calibrent, les auvent, & les cofinetit, après avoir foudé les lames d’acier. Expliquons ces termes.
- 62S- Calibrer une force , c’eft donner aux couteaux , fur leur plat, un tel contour qu’ils puiffent fe coucher exactement fur la table des tondeurs, qui •eft bombée dans le milieu ; car , malgré cette courbure , il faut que la force pofe dans toute là longueur fur le drap. Il eft vrai que les tondeurs pourraient former leur table fuivant le calibre de leur force : mais fi le calibre fe trouve trop grand, la force fatiguera l’ouvrier, parce qu’elle ne gliifera pas fi aifé-ment en travaillant; fi elle eft trop peu calibrée, elle gliifera trop vite, & le tondeur ne pourra bien battre fes coupes ; a’infi le forgeron doit obferver un milieu entre ces deux inconvéniens.
- 626. Auger une force (227), c’eft donner au couteau un certain-contour en aile de moulin, qui fait entrer fes tranchans en laine; & c’eft pour cette ra'ifon 'qu’on tient le bifeau de la femelle fort mince, pour couper la laine fort près. Le couteau mâle doit être bien plus augé que le couteau femelle, devant être plus plat pour coucher aifément fur la table.
- 627. Le cofinage (228) eft encore un autre contour que doivent .avoir les deux couteaux de la force , fur leur tranchant: comme ils font un peu plus larges à la pointe qu’au talon, il faut que les tranchans foient un tant foit
- (227) En allemand, die Scheerc über dm .(22g) -En allemand ,£inc Schcere hotû HlidiLfpahn richtau ausarbdtai,
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- peü concaves. Cette difpofition fait qu’ils coupent la laine dans le même inf-tant & d’un bout à l’autre dans toute la largeur de la tablée ; au lieu que fi les tranchans étaient tout droits, la pointe & le talon 11ecouperaient qu’après que le milieu aurait coupé : cette courbure eft prefque imperceptible, fur-tout au couteau femelle. C’eft dans ces trois contours que confifte particuliérement la difficulté de forger les forces. Mais il eft encore aifez difficile de les bien émoudre ; il faut pour cela tenir les lames bien à plat fur la meule , & 11’appuyer pas plus fur un endroit de la planche que fur un autre, afin qu’elle foit bien unie. Il faut avoir la même attention pour le bifeau. O11 11’y peut réuffir qu’en ayant une meule bien ronde & le coup - d’œil jufte» 8c que i’émouleur ait alfez de force pour bien manier ces planches.
- 62g. Les forces étant émoulues, il faut les ranger au marteau fur la rajjîette (229), qui eft une efpece d’enclume, pour réparer les petits défauts qui ont pu arriver en les planchant ; car s’il reftait des inégalités, il arriverait que le cifeau mâle venant à palfer fur le défaut du cifeau femelle, il 11e couperait pas la laine également à ces endroits. Ces défauts là font manquer en partie : auffi les tondeurs ont-ils bien de la peine à faire de bon ouvrage quand ils n’ont point un émouleur habile ; & quand ils ont une force qui va bien , ils la ménagent comme une chofe très-précieufe. Ces défauts du couteau femelle font de petits filions ou manquures fur une partie des tablées ; les mêmes filions fe formeraient s’il y avait des défauts au bifeau du couteau mâle. E11 un mot, il faut que les deux couteaux foient bien planches, & que les bifeaux foient bien unis & exactement droits, pour bien trancher la laine.
- £29. On ragrée ou l’on range (230) les forces en donnant des coups de marteau fur le mâle, aux endroits qui n’approchent pas , afin que les tranchans fe touchent dans toute leur longueur, & qu’on n’apperçoive aucun jour en fermant les forces.
- 630. Le défaut le plus ordinaire des forces eft, que la, trempe eft tantôt trop dure , & que d’autres fois elle ne l’eft pas alfez ; dans le fécond cas, les tranchans s’émoulfent en peu de tems, & iis ne font plus que hacher, la laine, ce qui rend la coupe baveufe & point tranchée : dans le premier cas, la moindre chofe les fait grainer, ce qui caufe des traces fur la fuperficie du drap.
- 631. De plus, les forces que l’on fabrique en France , ont l’anneau plus petit que celles d’Angleterre : ce qui les rend difficiles à mener, & les rend trop roides. Les meilleures forces pour les draps fins font communément
- (229) En allemand, auf dem Auffetzejleinc richtcn
- (230) En allemand, richtçn,
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- pelles d’Angleterre > leur calibre eft fait avec pr.écifion > elles font très-tranchantes, & faites avec un acier très-fin (231).
- 632. La façon de monter une force pour la mettre en état de travailler, eft de la p.ofer de travers fur la table , & de la charger de plaques de plomb H, fig. fj les uns en mettent plus & d’autres moins. Suppofons , J%. 7, qu’on en mette quatre a, b > c , d : la première plaque a , fe nomme plomb de pointe ; celles b, ç, d yplombs de talon* Ces plombs font contre la manique ou billete qui eft une piece de bois , à un bout de laquelle eft attachée la ficelle qui tient les plombs & la bride ou courroie qui pafle fous la mailloche..
- 633. Le bas de la manique ou bihcte eft lié au dos de la femelle : auprès du talon eft un crochet de fer L qui embraffe le dos de ce couteau. Ce crochet excede d’un pouce ou environ une piece de bois I yfig. 8, qui fe* nomme tajjeau (232) , auquel le crochet qui le traverfe eft affujetti à demeure par le moyen d’un écrou k : au haut du taifeau eft un trou dans lequel paffe Une courroie F qui embralfe par fon autre bout la mailloche G.
- 634. Toutes ces pièces font repréfentées féparément les unes des autres & cotées des mêmes lettres.
- 63f. Quand l’anneau des forces eft trop léger, quelques tondeurs , pour rendre la force plus aifée à manier dans le tondage, ajoutent au bout de-l’anneau un poids de plomb d’environ trois livres ; de maniéré que la charge de la force eft de cent livres plus ou moins , fuivant l’èfpe.ce d’étoffe qu« l’on tond.
- 636. On nomme mailloche (233) Pinftrument G yfig. 8 * qui eft de bois * & qui fert lui feul à faire agir la force.
- 637. La table & la force étant ajuftées comme nous venons de le. dire* le tondeur eft en état de travailler*
- Du tondage des draps*
- (£38- Pour fairer-cette opération , il faut deux tondeurs , chacun avec une force. Ils mettent la piece de drap fur le râtelier ou faudet A, fig. 16-7,. & ils font palfer le bout de la piece L par-deffus la table ; après quoi ils. montent fur le marche-pied E, & ils attachent la piece de drap par les lifieres. à la table avec cinq ou fix crochets M. Ils doivent prendre garde qu’il n’y ait point de plis, parce qiYe les forces , en paffant deffus, les couperaient infailliblement, & feraient des trous ou des pinces..
- (23 1) Dans les rpanpfa&ures de PrufTe, de Saxe, poiir ajufter & ajguiTer toute# & en particulier dans la manufacture royale les forces, La paire coûte onze ducats,,, de Berlin , on tire les forces du Palatinat. (2? 2) En a]l. Wanche.
- L’on fait venir tous les ,ans un émou leur, (23 3.) En ali. Zapfcn.
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- ' 639- Le drap étant ainii mis en table , les tondeurs , fig, 2, relevent le-poil du drap avec làrcbroujfê (234) ou avec la lame (235) M O ,fg. 4: après: quoi ils tondent le drap ; & quand ils font au bas de la table , ils recouchent QU'Jiriquent (236) ce qu’ils ont tondu avec la rebroulfe ou une vieille carde B O , fig> 7. Cette tablée étant finie, on en recommence une autre. Voici comme 011 fait agir la force : le tondeur, fig. 1, pafiè fa main gauche dans: la bride qui fe pofe fur la mailloche qui eft fur le dos du couteau mâle j il fait monter ce couteau fur la femelle , & tient la force en ouvrage ou en refped par le moyen de la billete qu’il tient avec les doigts de la main droite j puis ferrant la force contre lui avec le talon de la même main qui pofe contre la branche du mâle, il coupe le poil en démarchant doucement: fans donner, que le moins qu’il eft polfible , du branle à la force.
- 640. Quand on commence une fécondé coupe, il faut changer la dif. pofition de la tablée , pour que ce qui, à la première coupe , répondait à la-pointe & au talon des ci féaux., fe trouve placé au milieu de la table & puiile répondre au milieu des lames , afin de rendre la tenture plus égale.
- 641. A chaque tablée les tondeurs trempent un doigt dans de l’huile , & en frottent légèrement le couteau femelle j il eft inutile d’enfimer le couteau mâle, mais feulement le couteau femelle en-deifus, parce que le couteau mâle fe trouve enfimé en venant à couler fur le couteau femelle : cette huile .graille le couteau mâle,, afin qu’il coule mieux & que les tranehans ne fe détrempent point.
- 642. Il faut fur-tout défendre aux tondeurs de fe fervir, pour en-
- jfimer, d’aucune grailfe ou flambart» carie drap qui prendrait de la grailfe, fe remplirait de pouffiere. .. . - \ > 1
- 643. Il eft d’ufage dans beaucoup de fabriques, de mettre deux tondeurs fur chaque table i & chaque tondeur- fait la moitié d’une tablée. Dans d’auT très , il n’y a qu’un feul tondeur fur chaque table.*'Quand 'il y a deux tondeurs, ils fatiguent moins, parce que chacun n’a à tondre que la moitié de la largeur du drap : mais comme il eft rare que les deux forces travaillent egalement bien , & .que les deux ouvriers foiént aufîi habiles l’un que Fautre, il arrive fouvent que la moitié de la largeur d’un drap eft mieux tondue que l’autre : c’eft pour cela que quelques fabricans préfèrent de ne-fe fervir que d’un feul tondeur.
- 644. Pour qu’un drap foit bien tondu, il faut qu’il foit bien battu,’
- bien approché, fans, écriteaux, ni filions, ni queues de rat, &c. fur-tout aux dernieres tontes. - -•
- C.234) En ail. Biïrfle. mot français eft encore ici emprunté de:
- £239) En ail. Strichcifen. l'allemand;.
- (246) En. ail. Jlreickzn. 3^ parait que le
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- 64?. Nous allons fuivre, les unes après les autres , les différentes opé* rations des tondeurs.
- Première opération du tondage: coupe en h armant (237).
- 646. La première opération du tondage fe nomme, comme nous l’avons déjà dit, tondre en harmantx ce qui confiée en une feule coupe ou toiite que l’on donne aux draps déjà foulés & lamés en harmantavec des forces défertes, c’eft-à-dire, peu tranchantes > après quoi on les renvoie à la foulerie pour être dégrailfés ; car comme le chardon a tiré des poils de l’intérieur , ces poils relient un peu imbus d’huile & de favon qu’il faut emporter 5 mais après ce dégraillàge 011 les juge en état de recevoir tous les autres apprêts de la ton-ture : ainfi on les tond en demi-laitie > comme il a été expliqué.
- .. ' .! ; r- - « -Seconde opération ; coupe en demi-laine- (238). ' i
- 647. Le drap, après avoir été lainé en demi-laine, eft remis aux tondeurs pour lui donner deux ou trois coupes, plus ou moins, fuivant fa qualité avec des forces nouvellement émoulues & très-tranchantes , moins cependant que celles dont pu fe fert pour préparer les coupes d’apprêt ; car il n’ell pas pollible que la tranche paraiife r. parce qu’elle a encore beaucoup delai-nage à fupporter : c’eft ce qu’on appelle tondre en demi-laine. Enfuite le drap repalfe aux laineurs pour êtredainé en itroifieme eau.
- 64.%. Si c’eft un drap pour blanç! ou pour écarlate, &c. après qu’il a été laine en troifieme eau , on le porte à la rame , pour y être mis à fon aunage*, & équarri félon fa largeur,
- ^ 649, Le drap étant ainfi ramé , les tondeurs courent la piece avec de vieilles cardes ,, le long de la rame., pendant-que d’autres ’fuivênt avec des broifes, afin de bieii coucher le pcftl, Gela.fait, on le laiifëfécher. •
- . .. v . c . A r . V ; *i--
- \rj s « Vifite des dïaps que Von tond. •
- <^o. Quakd un drap a eu fes deux coupes en demi-laine, 011 le vifite pour voir s’il n’a ni écriteaux , ni mâchures , ni témoins , ni banqueroutes -, ni entre-deux , nf queues de rat, ni ancrures ; enfuite; on» le laine , &. on le tond* en troifieme eau. Il eft à propos, d’expliquer ces,termes. . .*
- 651. Les écriteaux (239) font des coups de force, ouides filions trop
- (257) En ail. vom Haarmann Jcheeren. JVaffer.
- (238) En ail. der Schnitt im. zxveyten (239) En ail. Schmitzen.
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- marqués ; ce qui arrive quand* l’ouvrier, pour avancer l’ouvrage, veut prendre trop de laine à la fois dans fes cifeaux. Quelquefois aulîi, quand une force ferre trop fur les tranchans, il fe fait des écriteaux. Un petit écriteau ne fait point de tort au drap , fur-tout dans les premières tontes : on ne doit pas faire de reproches aux tondeurs fur des cliofes qui n entraînent aucune imperfection»
- 6<)2. Les entre-deux arrivent , quand on a trop tablé, parce qu’une partie relie fans être tondue.
- 6 S 3. On fait des queues de rat ( 240 ), quand on tond fur de faux plis J
- 6^4. U ancrure fe dit, quand on lailfe fléchir la force en démarchant ; & cet accident arrive fur-tout aux forces trop évidées au talon par l’émouleur.
- 65 5*. Mâchure (241 ) fe dit, quand la force, au lieu de couper le poil, le ferre entre les deux lames ou planches de la force. Les fenêtres ou dindriures occafionnent ce défaut. -, -•
- £>56. On appelle des <témoins , quand le tondeur d’emhaut ne defcend pas alfez bas pour croifer l’endroit où fon camarade a commencé , ou quand il lailfe un endroit fans être tondu.
- 657. Banqueroute fe dit , quand un tondeur table plus avant que fi force if a coupé. Banqueroute fe dit encore , quand un tondeur étant à la fin de fa piece , lailfe., fans être tondu , un bout de piece qui n’eû pas aidez long pour faire une tablée.
- 658- Pour faire la vifite dont nous parlons, on pofe le drap fur une table , au grand jour. On palfe la main à contre-poil pour relever la laine à «îitférens endroits de la totalité de la piece ; par ce moyen 011 voit fi le poil eh coupé bien uniment, s’il eft bien arrondi & bien roulant, & s’il a quelques-uns des défauts dont nous venons de parler plus haut. On doit auîîi examiner fi le drap a été alfez approché, & tondu alfez près à la troilîeme eau, pour que le chardon puiife ranger Je fond du drap -3 mais en général il faut plus-approcher un drap fort qu’un faible i on regarde auiîi fi le » ;drap a été bien garni par le chardon. •
- 659. EneîNjj 011 doit examiner avec -grande attention fi le drap ne paraît pas gras 5 car dans l’examen qu’on a fait au fbrtir du foulon, on n’eft point abfolument certain qu’il ne refie point de graille au fond du drap. Une.petite quantité de grailfe 11e fe manifefté point quand le ;drap eh mouillé 3 mais elle s’apperçoit-dans le cours des apprêts., forfque lesdrap-aété expofé au foleil, ëc qu’une partie de la laine a été remportée. Si le-foulage en harmant 11’a donc pas fuffifamment dégradée le :drapv. if faut-le .renvoyer à la foulerie'3 & il * faut auifi faire retondre les pièces qui 11e l’ont été qu’imparfaitement.
- ‘1(240) En ail, Strtifm.
- , 4541 ) En afl. Kleck.' •
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- Troifieme opération ; tondre en troifieme eau (242).
- 660. Le drap pour blanc ou pour écarlate -, &c. étant bien féché * les tondeurs lui donnent 4* f & 6" coupes , fuivant fa qualité ; & à la fin de chaque tablée ou de chaque piece que les tondeurs ont tondue, ils prennent une vieille carde pour ranger & coucher le poil du drap qu’ils avaient été obligés 4e relever avec la rebroulfe ou la lame. Ce tondnge, dans ces fortes de draps , fe nomme tondre, en troifieme eau, & en dernier apprêt.
- 66 5. Il ne faut point permettre1 aux tondeurs de trop'rebroulfer le poil aux 4ernieres coupes, fur-toutrà celles d’apprêt ; le pied- du1 drap en ferait dégarni, ce qui diminue de fon brillant, ou, en terme de fabrique r ce qui nuit à la tranche : mais pour Charmant, on rebroulfe avec une rebroulfe à dents O., pL FUI,, fig. 4..Quant aux autres coupes, les rebroufles N, jig. 4, n’ont point de dents.
- 662. On emploie pour ces opérations des forces qui ont fervi à tondre en demi-laine. ; fi elles étaientfort.tranchantes, elles ne couperaient pas le poil fi uniment ; mais il faut qu’elles le feient plus que pour tondre en harmant : ainfi les forces nouvellement émoulues fervent pour tondre en demi-laine ; quand elles ont fervi-quelque tems à cetufage, elles fervent pour les deux dernieres coupes, & enfuite on les emploie pour tondre en harmant.
- 663. Toutes ces fortes de draps font tondues d’envers, ceit-à-dire , à 1 envers d’une coupe, que l’on doit donner bien uniment.
- Quatrième opération.
- 664.. Je crois avoir déjà dit que le tondeur doit avoir foin de rompre les tablées aux coupes d’apprêt; c’eft-à-dire, de mettre en talon ce qui était en pointe ; parce qu’ordinairement on approche plus en talon qu’en pointe , vu qu’au planchage de la femelle , rémouleur eft plus difpofé à appuyer le talon fur la meule , parce qu’il eft plus en force : ce qui rend le talon trop évidé. La force alors eft fujette à criteler, c’eft-à-dire, à faire de petits écriteaux; ce qui fait un mauvais oiivrage.
- 665\ On tond en troifieme eau, comme on vient de le dire, les draps deftinés à être teints en noir ; & on leur donne deux, trois , ou un plus grand nombre,, de; coupes , fuivant leur qualité : après quoi on les porte à la teinture ; & quand ils ont été teints, lavés , ftriqués , on les fait ramer. Dans la manufa&ure de M. de Julienne, on donne quatre eaux, afin que les apprêts en foient plus parfaits.
- 666.
- (24.2) En ail. im dritten JFajjfer Jchceren.
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- ART DE LA DRAPERIE.
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- 666. Quand les draps deftinés pour écarlate ont été lavés & tondus à £n, avant de les envoyer à la teinture, on les iitte ( 243 ) ; ce qui fe fait, en coudant une petite corde au bord de chaque lifiere en-dedans, tant à l’eiivera qu’à l’endroit, pour empêcher que la teinture 11’y prenne , afin de conferver un filet blanc qui fe trouve entre la lifiere noire & le drap teint, ce qui releye l’éclat de l’écarlate.
- Mettre aux rames (244).
- 667. Quand le drap a reçu la derniere eau, avant que les tondeurs lui 'donnent la derniere coupe d’apprêt, il faut le ramer pour le drefier 8c réquarrir.
- 66%. -Les rames font un afiemblage de pièces de charpente ( 245^ ) de fept à .‘huit pouces d’équarriilàge, qui forment une barrière d’environ fix pieds de hauteur , & d’une longueur fuffifante pour étendre les plus longues pièces de drap. Cette barrière eft formée par des poteaux (246) debout, folidement aifermis en terre, & liés à leur bout fupérieur par des pièces horifontales. Vers le bas, il y a un pareil cours de pièces horifontales (247), dont les extrémités font reçues dans de larges rainures qui font aux poteaux : ce qui fiait qu’on peut les hauilêr , les bailler à volonté, & les alfujettir à la hauteur qu’011 veut, avec des chevilles de fer. Les deux cours de traverfes horifontales font garnis dans toute leur longueur de clous à crochet , ainfi que le premier poteau vertical,
- 669. On accroche la pièce de drap par un bout à’ce premier poteau ; & l’autre bout eft accroché de même à un chevron de trois pouces de large fur deux d’épaiifeur, plus long que la largeur du drap : à cette piece mobile eft une poulie dans laquelle on palfie une corde dont un bout eft attaché au dernier poteau vertical 5 un ouvrier tient l’autre bout de cette corde, & la tirant, il tend le drap tant & fi peu qu’il veut, dans le feus de fa longueur. Quand le drap a été tendu à la longueur convenable, l’ouvrier arrête la corde à un des poteaux , afin que le drap conferve le degré de tenfion qu’011 lui a donné ; alors on accroche les lifieres auxorochets des folives horifontales du haut, enfuite à celles d’en-bas. Si le drap eft trop étroit, on l’élargit en appuyant fur les folives du bas qui font mobiles, & qu’011 écarte de celles d’en-haut ( 248 ). Quand le drap eft parvenu à la largeur qu’il doit avoir, 011
- (24?) En ali. Bajien. gne, cette opération fe fait au moyen d’uneJ
- (244) En ail. in den Rahmcn-Jparmen. efpece de levier , qui fe nomme Bauren-
- (24ç) En ail. Blattftücke. fufs, qui porte fur un foutien nommé
- (246) En ail. Saule. ScHrull. Cette machine m’a paru plus pro-
- (247) En ail. feheiden. pref à former les draps, qu’à les élargir
- (248) Dans les manu factures 'd’Aîlema-* fans Fraude!.
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- if4 ART DÊ LA DRAPERIE.
- -arrête les travées d’en-bas avec les chevilles qui paffent dans des trous faits: aux poteaux.
- <570. On conçoit par cet expofé que les rames fervent à tendre les draps dans le feus de leur longueur & dans celui de leur largeur.
- 671. Cette tenlion eft néceffaire pour que les draps aient précifémeiit & dans toute leur longueur, la largeur qu’ils doivent avoir, & qu’011 n’a jpas pu leur donner dans le foulage, outre qu’elle efface les ribaudieres & faux plis que les maillets auraient pu leur donner. Mais comme il y avait des fabricans qui, pour augmenter leur aunage ( 249 ) , tendaient prodigieufe-ment leurs draps fur les rames, il en réfultait que ces draps fe retiraient beaucoup quand ils reffentaient quelque humidité, & en outre ils éprouvaient un dommage confidérable dans leur qualité. Pour obvier à cet inconvénient, il eft dit, par les réglemens, qu’un drap fabriqué qu’on mouillerait & qui ne fe retirerait que d’un feizieme fur la largeur d’un drap do cinq quarts , & d’une demi-aune fur la longueur d’un drap de vingt aunes » ferait réputé bien fabriqué. Une plus grande retraite emporte une amende » & même confifcation quand elle eft trop confidérable. Voye^ l’arrêt du 20 février 1718 (2yo). Enfin, on laiffe le drap fécher fur les rames.
- 627. Les draps blancs deftinés à être teints en écarlate ou en'autre couleur , ne font point ramés ou tendus fur leur langueur, mais feulement cquarris.
- 673. A l’égard des draps teints en pîece, 011 ne les rame que quand ils font arevenus de la teinture, & qu’ils ont été lavés & dégorgés, comme on Fa dit plus haut.
- 674. Pour qu’un ouvrier ne tende pas trop un drap à la rame fur fa largeur la pièce porte un plomb de l’auneur juré j s’il s’en écartait, il ferait condamné à l’amende : & il peut connaître aifément la longueur que porte fou drap , parce que les aunes font marquées dans toute la longueur des rames.
- 67S- Cette opération qui eft néceffaire, peut donc occafionner des fraudes.
- (249) C’eft une plainte prefque générale pour les draps d’Allemagne. On y a vu des pièces auxquelles il manquait trois ou quatre aunes fur la longueur, & un quart fur la largeur. On a été obligé d’infliger une amende.
- (290') Par une fuite d’expériences exactes , faites par une perfonne très-expérimentée dans cette fabrication , on a trouvé que l’extenfion du drap fur la longueur, gagnée par les rames, qui eft d’environ une
- tfemî-aune fur vingt aunes, rentre, foît à l’ufer du drap , ou lorfqu’on le mouille après être apprêté. Aurefte, ce réglement devrait être général pour toutes les manu-, factures du royaume, & ne pas être ref-treinte aux draps de Rouen. On cite à cefc égard des réglemens & des décifions con. tradiétoires, nuifibles aux progrès de l’in, duftrie & au bien du commerce. Voy. me* moire fur les rnanufaclures de drap} pages 7Z&73.
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- ART DE LA DRAPERIE.
- Tous les draps fabriqués, foit en couleurs mélangées, foit ceux qui doivent ïefter dans leur couleur naturelle, ou ceux qui ont été teints tout fabriqués , doivent, comme nous venons de le dire, être mis fur les rames. Si une pièce fe trouve trop étroite d’une lifiere, il n’y a point d’inconvénient à la ramener à fon trait, pourvu qu’on le détermine à perdre quelque choie fur l’aunage, comme un quart ou un tiers d’aune. Sur quoi il eft bon de remarquer que, par le lainage & le tondage, le drap étant toujours tendu fur fa longueur , une piece de dix-huit à vingt aunes gagne environ une demi-aune fur fa longueur. Quand on n’eft pas obligé d’élargir les draps fur la rame, on peut leur conferver cet avantage de longueur, quoique certainement il fe perdra par l’emploi qu’on en fera, ou quand on le mouillera. Mais on ne peut fe difpenfer de conferver au fabricant ce bénéfice de longueur , quand, pour bien équarrir le drap , effacer les plis qui auraient pu être faits chez les rentrayeurs, les teinturiers & les foulonniers, on n’eft pas obligé de beaucoup tirailler le drap fur la largeur ; mais quand un drap a néceffairement été trop tiré fur fa largeur , il faut fe déterminer à perdre quelque chofe fur la longueur : linon on eft dans le cas de la fraude.
- Cinquième & derniere opération : du tondage des draps qu'on nomme frifes.’
- 676. Le tondage ou la tonture’des draps noirs, dont on a parlé en dernier lieu, s’appelle tondage. en dernier apprêt (2^1). Ces draps reçoivent, comme on l’a dit, trois , quatre & cinq coupes , plus ou moins , fuivant leur qualité, & il faut que toutes ces coupes foient bien unies.
- 677. On tond auffi tous les draps d’envers d’une feule coupe; puis on firife quelquefois les draps noirs d’envers, ce qui dépend du goût des pays où ils doivent être vendus ; ainfi l’on frife les uns à l’envers , & les autres lie le font pas.
- Des perfections que doivent avoir les draps bien apprêtés.
- 678. i°. Ils doivent être bien garnis d’une laine courte & biq\\peuplée.
- 679. 2°. Le poil doit être bien tranché, tondu fort près & uniment.
- 680. 3°. Quand on renverfe le poil, on ne doit découvrir que très-peu la corde , & appercevoir un fond clair & piqueté; c’eft-à-dire, qu’on doit entrevoir la chaine qui forme un fable.
- 68 r* 4°. La fubftance de l’étoffe doit être mollette & douce au toucher, fins être lâche : toutefois cette molleife doit être proportionnée à la finelfe
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- (2 ç O En ail. aiisfcheercn,
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- du dmp ; car il ne ferait pas raifonnable d’exiger qu’ün drap fait avec une-laine de France, fût aufli doux au toucher que celui qu’on ferait avec une prime d’Efpagne.
- 6$2. 50. Il faut que les couleurs foient bien fondues dans les draps, nlèlés, & bien, diftribuées dans les draps jafpés.
- 683- .Nous ne parlons point de l’œil brillant & foyeux qu’on donne aux draps de couleur: ce luftre n’eft qu’un ac.ceffoirej dont nous n’avons point encore parlé.
- 684- On ne frife jamais que l’envers des draps noirs 8c fins qu’011 fournit pour Paris: cette opération eft commune à plufieurs autres. étoffes. aux* quelles on donne la même façon.
- De la frifé..
- 68>. On frife plufieurs étoffes de laine, & particuliérement lés ratinesi. Gette opération confifte à rouler les uns furies autres les poils qui couvrent, la fuperficie de-letofFe, & qu’011 laiife pour cette raifon un peu longs ; de-forte qu’un nombre de ces filamens étant réunis par petits paquets & roulés: les uns fur les autres, forment autant de petits boutons. O11 juge bien que cette opération ne donne aucune force à l’étoffe, que les boutons fe détachent au fervice , & que par la fuite l’étoffe devient rafe; mais on a trouvé-qu’il était agréable d’avoir une étoffe comme fablée ou couverte d’un nombre confidérable de petits boutons qui fe touchent prefque les uns les autres.. S’il ne s’agiifait que de ratiner un petit morceau d’étoffe, il fuffirait de l’étendre & de l’attacher fur une table rembourrée bien ferme & le plus plat qu’il ferait pollible,.prendre enfuite une planche fur laquelle on aurait" étendu de la colle-forte, & faupoudré du fable affez fin , & faire ce que les apprèteurs de drap nomment une tuile 9.8c dont nous parlerons dans la fuite;, il n’y aurait qu’à appuyer cette tuile fur la furface du drap qu’on veut ratiner ,. & lui imprimer un mouvement rapide & circulaire : les poils , en fe joignant,. s’entortilleraient les uns fur les autres, & le morceau d’étoffe fe trouverait ratiiié. Mais ce moyen, qui eft peu expéditif & fatigant, ne ferait pas praticable en grand, ni pour un nombre confidérable de pièces d’étoffes qu’on voudrait frifer ; c’eft ce qui a fait imaginer d’exécuter cette opération par le moyen d’une machine très-ingénieufe & très-expéditive , que l’on nomme fnfe : nous en donnerons par la fuite une defcription particulière & détaillée.
- Du pontillage & rentrayage des draps.
- Les draps de toute efpece, après avoir été tondus en dernier apprêt,
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- ai’nfi que les draps noirs après qu’ils ont été frifés, font portés à Vêpontil-Cette ouvrière, ainfi que les nopeufes , a le foin de tirer avec des pincées les pailles & les nœuds qu’elle peut appercevoir. La retitrayeufe répare encore les trous & les tarres qui peuvent s’y trouver. Ce rentraites ne font pas de tort aux draps, à moins qu’elles ne foient fort grandes 5 mais elles font préjudice au fabricant, par la dépenfe qu’elles lui occafionnent. U11 fabricant de bonne foi doit marquer fur la lifiere, avec une ficelle , les taries un peu coniidérables, afin que les tailleurs puilfent les éviter en taillant les habits. Après ces opérations, on remet ces draps à un ouvrier qui doit les brolfer.
- Du couchage, brojfage & tuiïage.
- 687- Quand un drap a palfé par toutes les préparations que nous venons de décrire , on le couche ( 2|2 ) fur une table femblable à celle de la pL VUE
- qui eft inclinée vers le grand jour, qu’il faut prendre de face, au lieu que les tondeurs prennent le jour de côté. Cette table eft garnie de riopes comme la table des tondeurs , & couverte d’un tapis de drap. C’eft là où l’on donne le dernier apprêt, qu’on appelle Dofler (2<pl), & enfuite tuiler(2<;,]) ; ce qui s’exécute en mettant le drap fur le faudet qui eft fous la table. On fait palfer le bout du drap par-deifusla table ; puis l’ouvrier, avec une tuile qu’il tient à deux mains, couche par plufieurs traits le poil du drap ; & à la fin de chaque tablée , il prend’un balai de bouleau qui eft fur la table, & dont les rameaux font dépouillés de leur écorce ; il balaie le drap pour ôter la pouifiere. Il continue cette opération d’un bout à l’autre de la piece, & la répété cinq à fix fois , afin que le drap foit bien net * & le poil bien rangé : cela fait, il plie ou double le drap en long par le milieu , en mettant l’endroit dedans, & les deux lifieres l’une fur l’autre ; il roule enfuite la piece,
- & la porte à la pre/fe. . , ,
- 688- Ce qu’on nomme tuile, (2^5,) , eft un morceau de bois léger, épais d’un bon pouce, long environ de deux pieds & demi, fùivant la largeur du drap , & large de cinq à fix pouces ; il eft enduit d’un côté de maftic fait avec de la poix réfine & de la cire, ou avec de la colle forte. Sur ces enduits , onfaupoudre à travers un tamis, pendant que le maftic ou la colle font encore chauds, du verre pilé, du grès, du fable fin, ou, fuivant quelques-uns, delà limaille de fer ( 2G’eft ce côté de la tuile, qui eft rude, mais d’un
- (îç 2") En zll.JlreicheTi. tuilage eft une operation qui nefertqu’à
- (2>3) En ail. auskchren. frifer le drap.
- (2;4) En ail. abjctzen. (296! On peut y ajouter des coquilles
- (25$) En allem. die Schcibe, Au rcftele d’œufs pilées;
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- plan parfait, qu’on fait agir fur le drap toujours d’un même fens.pour éit coucher le poil : on tient cet infiniment à deux mains ; un autre ouvrier mene la brolfe ou le balai avant qu’on pâlie la tuile une fécondé ou troi-lieme fois*
- 689- Dans quelques fabriques * on brode & on tuile les draps quand ils font parfaitement fecs 3 & cela eft nécelfaire quand on entre-mèle le prelfage d’un tuilage. Ceux qui fuiventcet ulàge, tuilent les draps, puis ils les pref-fent, enfuite ils les tuilent pour une fécondé fois 3 après quoi ils les prelîenfc encore*
- De lapreffe»
- 690. Les prelfes des fabricans de drap font de bois , garnies d’étriers de fer. Pour donner une idée de leur grandeur, nous allons prendre pour exemple celle de la fabrique de M. de Julienne, qui font d’une grandeur moyenne. Les jumelles A, B, pL Vil, fig, f & 6, ont huit pieds deux à trois pouces de hauteur, & dix à onze pouces d’équarriffage. La diftance d’une jumelle à l’autre eft de trois pieds quatre pouces 3 les plats-bords C, fous lefquels 011 met les pièces pour les preifer, ont quatre pouces d’épailfeur 3 & les plateaux O , qu’011 met entre chaque piece de drap , font épais d’un pouce. La lanterne G, les vis E, l’écrou F, font proportionnés à la force des jumelles. On y peut preifer quatre pièces à la fois 3 & l’on met quatre hommes fur le levier I, pour ferrer la vis.
- 691. Dans certaines fabriques, les prelfes font beaucoup plus grandes ; & l’on met au bout du levier un moulinet L » qui aide à preifer, au moyen d’un cable qui fe roule fur un treuil vertical * qui augmente beaucoup la force. Il y a des fabricans qui ont des prelfes dont la vis elt de fer , & l’écrou de cuivre : & celles-ci prelfent beaucoup plus fort que celles de bois.
- 692. On dit que les Anglais lailfeiit très-long-tems leurs draps en prelîè. A Sedan , on lés y lailfe au moins deux fois vingt-quatre heures 3 mais quand il s’agit de draps de couleur qu’on veut luftrer en les lailfant féjourner long-tems fous la prelfe * les poils prennent un pli qui eft permanent : ainli il eft toujours avantageux de lailfer long-tems Ges draps fous la prelfe, jufqu’à ce qu’ils aient perdu leur chaleur.
- 693. Après le tuilage4 le drap étant roulé, comme 011 l’a dit, le prelfeur,
- fig. 7, le table £ 25^7), c’eft-à-dire, qu’il le plie en zigzag de la largeur des cartons qu’il met entre chaque pli 3 11 ce font des draps noirs, comme ils ne demandent pas beaucoup de prelfe# ou retire les cartons à mefure qu’on les prie* ' • '
- (257) En aîh Hn-pàpircih,
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- 694. Il y a donc plufieurs maniérés de palfer les draps à la prelfe. On prelfe à froid les draps noirs & ceux en écarlate ; à chaud & en vélin , ceux auxquels on veut donner beaucoup de lultre. Nous allons décrire ces différentes pratiques,
- 69?. Si c’eft un drap noir, 011 retire les cartons qui, dans cette efpece, n’ont fervi qu’à régler la grandeur des plis ; & le drap étant plié, eii mis fous la prelfe pour y être feulement écati. Ces draps n’ont pas befoin d’être prelfés au vélin j ils 11e féjournent même pas long-tems fous la prelfe, parce que le luftre diminuerait le velouté que doit avoir le noir & même l’écarlate.
- 696. Ainsi , pour êcatir (2?8) les draps, on les plie d’abord en deux fur la largeur , l’endroit en-dedans ; puis 011 les plie fur la longueur , à peu près comme on les voit dans les magafins des marchands drapiers, à l’exception que les plis fur la longueur font plus larges qu’on ne les voit chez les marchands : on ne fait que quinze on vingt plis dans la longueur d’une-piece. On met, comme il a été dit, entre chacun de ces plis, un carton fin qui touche les deux côtés du drap par fon endroit ; on en met aufïî de plus communs qui touchent l’envers : ces cartons font auffi larges que les plis du drap qui ne les déborde qu’à l’endroit des plis. Comme les lifieres font plus épaiifes que le drap, elles empêcheraient les draps d’être prelfés , fi l’on n’augmentait pas l’épailfeur du drap en mettant de tems en tems plufieurs cartons du côté de l’envers du drap : fans quoi on ferait de faux plis. J’ai dit qu’011 mettait à l’endroit du drap , des cartons fins : ces cartons font faits comme ceux des cartes à jouer, avec des feuilles de papier collées les unes fur les autres : comme ils font fermes & unis , ils font préférables à ceux qui font faits de pâte de papier. Voye1 Fart du cartonnier (2^9).
- 697. On met deifus & delfous la piece de drap ainfi écartée, un plateau de bois D alfez mince j par-delfus,, une autre piece aulîi encartée, & ainfi jufqu’à trois & quatre, & l’on termine la portée de la prelfe par une piece de bois ou plateau de quatre pouces d’épailfeur. O11 prelfe fortement cçs piles de drap ?fig. 10 j on les laide vingt-quatre heures, plus ou moins, fous la prelfe ; enfuite on delferre la prelfe , on retire les cartons , on déplie le drap fur fa longueur , & 011 le replie de nouveau, non dans les mêmes plis , mais de façon que les endroits qui débordaient les.cartons, & qui par çonféquent n’ont point été prelfés , foient mis à la place des endroits du drap qui ont’ été prelfés. Ceux-ci à leur tour débordent le carton qu’on prêt cette fois-ci
- (258) En allem, kalt prejjcn, preffer à colleétion , page ç8i & Ibiv. En Allema-froid. t gne, on préféré les cartons de moulage ç
- {259) Dans le quatrième volume de cette mais il faut qu’ils foient bien lilfés.
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- fur les endroits non prefTes. On remet les pièces à la prelfe avec les mêmes plateaux de bois ; & lorfqu’iis y ont relié douze à treize heures , on les en retire , & on les livre en cet état aux marchands.
- 698- Cette légère préparation àlaprelfe ell bonne pour les draps noirs & écarlates; mais pour ceux qu’on veut lufcrer, il faut les lailïer trois jours fous la prelfe , pour la première fois ; pour la fécondé, quatre jours 5 & pour la troilieme , lix à fept jours & même plus long-tôms, il l’on n’a pas befoiu de la prelfe.
- 699. Pour donner encore un plus heau lullre au drap , on prelfe au vélin, particuliérement les draps blancs pour uniforme , & tous les autres draps fins de couleur. Cela fe fait en mettant entre chaque pli & vers l’endroit du drap, un vélin , & à l’envers un ou deux cartons, fuivant Pépaiifeur des lifieres. Les draps ainfi pliés font en état d’être mis fous la prelfe ; mais plulieurs fabricaus, avant de les y mettre , commencent par placer au fond de la prelfe une forte plaque de fer chaude ; delfus cette plaque, plulieurs cartons ou un plateau de bois; delfus ce plateau, une piece de drap; & par-delfus la piece de drap on met encore un plateau ou des cartons aveG une plaque de fer chaude, en-delfus; & l’on en fait autant entre chaque piece, s’il y en a plulieurs à prelfer (260)..
- 700. Cette méthode n’elt pas généralement approuvée ; & elle ferait abfolument mauvaife , li les plaques de fer quion emploie étaient trop chaudes.
- 701. Dans d’autres manufactures, 011 met entre chaque pli du drap des plaques de tôle ou de cuivre chauffées, à l’envers du drap, & entre deux cartons. Cette méthode rend les draps plus durs au toucher; & pour que les draps contractent moins de roideur, 011 les humecte un peu un jour ou, deux avant de les mettre à la prelfe ; le. lultre qu’ils acquièrent par ce moyen ell aifément emporté par la pluie. Quelques-uns fe contentent de faire chauffer les cartons, & ils n’humectent le drap que près des lilieres. ;
- 702. Dans les bonnes fabriques, on ne met que trois plaques, une delfous
- (260) On prelfe auffi avec des plateaux compofés de terre glaife, féchée & confo-lidée, de fix pouces d’épaiffeur, au milieu defquels on allume un braiier de charbon , pour les chauffer prefque jufqu’à les rougir , & on les pofe enfuite fur les étoffes, ployées dans des cartons , avec la feule précaution de mettre entre les draps &• les plateaux , des planches minces, pour empê«
- cher que les étoffes ne foient brûlées. Ailleurs on fe contente de faire extrêmement chauffer les carotns , qui font deux fois plus épais que ceux pour prelfer avec les plateaux, ou les platines, de les mettre furie-champ dans les draps , & tout de fuite fous les prelTes. C’eft ce qu’on nomme apprêter à lat grille. Voyez mémoire fur les manufactures de drap.
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- 'la pièce; une au milieu & une par-deffus; encore ces pîaquos font-elles très-peu chauffées.
- 703. Comme on aime que les draps foient très-luftrés & fatinés, on les arrofe quelquefois , avant de les mettre pour la première fois à la preffe, • avec une eau très-claire de gomme arabique (261). Il eft confiant que cette gomme jointe à la chaleur, ècatit le drap de telle façon qu’il devient duré^c roide ; mais lorfqu’il eft expofé pour la première fois à la pluie, cet apprêt fe convertit en taches, le poil fe releve, la corde le montre, & le drap devient lâche & mou. Cet apprêt n’eft donc propre qu’à fafciner les yeux de l’acheteur.
- 704. Comme on ne peut mettre d’apprêt aux draps qu’on prefîe à froid -, Tapprèteur eft alors obligé de tondre plus ras, & les draps en confervent plus long-tems leur beauté. Ces draps étant mis fous preffe , comme on vient de le dire, on les y laiffe quelquefois trois à quatre jours, enfuite ‘on les tire de la preffe pour les changer & les retourner ; l’on y remet les mêmes vélins & cartons , & on les remet fous pteflè fans plaques chaudes 5 toji les- laide encore ainfi deux , trois & même jufqu’à lix & fept jours. Toutes les opérations que nous venons de détailler étant faites, 011 tire les draps de la preffe pour en ôter les vélins & cartons, & 011 les replie encore dans d’autres plis 5 on les remet fous la predè pour achever de les écatir au degré qui convient, après quoi on les retire pour les mettre dans des ^toilettes, & 011 ies range ainfi entoilés , fous la prede, pour en former un bal-
- dot (262.X
- Récapitulation des apprêts à la preffe.
- 70Y* Il fuit de ce que nous venons de dire :
- 706. i°. Qu’il 11e faut pas fe propofer de donner du luftre aux draps en moir & en écarlate (263 ), & qu’on ne doit pas les preffer autant que les autres ; enfin qu’il faut preffer à froid. 1
- 7P7. 2°. Que les draps mêlés, auxquels on veut donner du luftre, peuvent être luftrés à froid, dune façon très-durable, pourvu qu’011 ait de fortes
- (261) On emploie cette préparation, opération qu’ils nomment îaitdiren. Ils fe f pour tromper Pachéteur'f én1lui 'donnant * frottent les mains «d'huile d’olive, ils les
- peur bons des draps qui ont être légèrement paffent fortement fur le drap, ils le bro£ tiffés & foulés. Les draps bien faits n’ont fent, & ils -le .mettent en preffe.-Cela lui pas befoin de cet artifice. >! • > donne de l’éclat, & il parait moelleux au
- (262) Les Allemands difent : dûs Tuch toucher. Mais dès qu’il fent l’eau , il fe
- v -mrd attf den Stick gefetz. 1 * • cfeargejjde taches ,& il prend la poufliere*
- (263) Quelques tondeurs cherchent à Cette fraude eft.ordinaire, donner du luftre aux draps noirs , par une
- Tome FIE
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- prelfes, & qu’on puifle y laifïer les draps très-long-tems. Am relie cet apprêt,, qui exige bien du tems, ne convient qu’aux draps bien codes.
- 708- 3°. Il n’y a point d’inconvénient à prelfer à chaud quand [on n’emploie qu’une chaleur modérée : l’expérience des cheveux que l’on frire au feu, prouve que la chaleur fait conferver aux poils le contour qu’on leur donne ; il n’y a pas même d’inconvénient que le drap qu’011 prelTe à. chaud foit légèrement hume été.
- 709. 40. O-N* diminue beaucoup du maniement du drap, quand on le mouille beaucoup en le mettant à la prelfe, & quand on excite une grande chaleur par le moyen des plaques de fer chaudes : il y a même certaines, couleurs qui ne peuvent fupporter cet apprêt ( 264):
- 710. 50. Il 11e faut jamais employer d’eau gommée : elle peut à.la vérité doil--ner du brillant aux draps j mais cet éclat fe détruit à h moindre humidité..
- Connaiffmces nêceffaires pour juger de Iciquaîitédes drap ^.fabriqués-.
- 711. i°. Quand la laine n’a pas. été alfcz cardée (26j ), les ploques qui; en proviennent ne fouriiilfant- pas également leur foie, le fil elt d’inégale grolfeur : on reconnaît cette imperfection dans le drap en le. maniant 3. parce qu’alors un peut juger s’il eft également fort par-tout-..
- 712. 2°. Nous avons dit qu’il fallait éviter d’employer des laines de moutons morts ( 266 ). On reconnaît ce. défaut en maniant, le drap qui fe trouve moilafle & fans foutien, parce que cette mauvaife laine fe détruit lors des apprêts.
- 713. 3*. Il faut que les lifieres foient égales par-tout 5 qu’elles ne foient-pas plus lâches dans un endroit que dans un autre > 8c que la largeur de l’étoffe foit par-tout la même.
- 714. 49. Selon les différentes qualités du drap, on emploie des laings plus ou moins fines ; ce qu’on connaît à leur douceur.
- 714. On ne doit point fabriquer d.’étoffe au-delfous d’une demi-aune tfe largeur ; chaque e.fpece doit, être uniforme par-tout 5 & tous les aunages, doivent fe rapporter à l’aune de Paris..
- (264)Toutes les couleurs légères nefup- (266) En Allemagne , les réglemens des
- portent pas cet apprêt. maîtrifes défendent de fe fervir des laine»
- (2(50 On ne carde pas allez dans les demo.utons morts ; mais on ne lailfe pas grandesmanufactures, où le grand nombre d’en employer beaucoup , parce que lesJa-d’ouvriers empêche qu’on ne les furveille. hricans lavent mélanger cette laine de fa-Cependant c’eft du bon cardageque dépen» qon qu’on ne s’apperqoit pas qu’il y en ait ^ dent le filage & le tiflkge. mais les draps ne font jamais suffi bons»
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- '716. 1'6Tous les draps doivent être marqués en tète du nom de l’ou-» '’WÎ'er „ & porter le plomb de la fabrique.
- 717. 70. On doit faire, à lalifiere, des marques qui indiquent aujt tailleurs les endroits où il y a des rentrayures confidérables.
- 718- 8°- Pour connaître fi une étoffe teinte en écarlate eft de bon teint, on en fait tremper un morceau dans du vinaigre diftillé : il doit conferver fa couleur en féchant.
- 719. 90. On peut éprouvet la bonté du teint des draps de couleur, en les roulant fur une carte , & les expofant à l’air : fi la teinture eft bonne, il doit y avoir peu de différence entre la partie qui a été frappée par le foleil & .celle qui eft reliée à l’ombre.
- 720. io°. Pour juger de la perfedion d’un drap, il faut, avec le pouce mouillé, en relever le poil, & en ôter l’apprèt autant qu’il eft poflible ; on voit alors fi le drap eft bien tondu; on juge de la finelfe du filage, de la proportion de la chaîne avec la trame , & fi le drap eft bien ferré : quelquefois , pour mieux examiner la corde, on brûle le poil qui la recouvre.
- >ff ....— >1 ... . . SÿTft’ ..- H -.......- ..
- explication des planches.
- Planche I,
- voit dans la vignette, figure. 1 ^ des laines lavées , qu’on a mis féchet fur des perches pofées horifontalement, & foutenues par un bâti de charpente. A , le bâti. G, la laine qui pend aux perches.
- Figuré 2, ouvrier qui bat de la laine avec deux baguettes. Cette laine eft pofée fur une claie à claire-voie, faite par un vannier, ou fur des cordes tendues , comme 011 le voit dans la figure 3. Ces claies ou ces Gordes tendues font fupportées par un pied de table, revêtu de planches , tel qu’on le voit fig. 2, pour retenir la pouiïiere qui fort de la laine, & l’empècher de fe répandre ailleurs.
- Figure 6, deux jeunes garçons quiplufent.
- Figure 4 repréfènte un Loup.
- D, E, volets d’un des côtés du loup ouverts. Ceux de l’autre côté ont été enlevés.
- F, G, traverfe , au-deffous de laquelle eft une claie N N, pliée circu-lairement, fur laquelle on met la laine épluchée, avant de là battre. Àu-deffus de la traverfe fe voit le moulinet, formé de quatre tra-verfes L, L, armées de dents de fer M, M.
- K s manivelle qui fait tourner fort rapidement ce moulinet.
- X ij
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- 154 ARt DE LA DR A F E R I,R.
- Planche II.
- Figure ï. Le deffus du loupparaît enlevé ,.pourlaiiTer voir le moulinet L, Lï-lu manivelle K, & les volets. D, D, ouverts.
- Figure 2. Un des bouts du loup , dépouillé des planches quiie recouvrent : on apperqoit les quatre ailes du moulinet L> L, les dents de. fer M,M, & toute l’étendue de la claie N N.
- L’échelle de quatre pieds, qui fe. voit au-deffous de la figure x , eft pour les. deux premières figures, de cette planche, & pour la quatrième, figure de la planche I.
- Figure 3, deux grandes cardes ou droujjettes. A eft la corde qui refte fixée : B , celle que l’on fait mouvoir à deux mains.
- Figure 4, le chevalet entier : A fes pieds : B , l’endroit où s’alTied l’ouvrier D , la caille où l’on met la laine qui doit être cardée. E carde fixe. G, carde.' mobile, a a, crampons qui fixentla cardefur la caille,
- Figure 5 , fileufe au rouet hollandais.
- Figure 6, broche ajuftée fur le rouet.
- Figure 7, broche de rouet 11011 montée.
- Figure g, monture du peigne;,.
- Figure 9>3 le peigne monté.
- Figure 10 , infiniment de fer pour drelfer les dents du peigne.-S,,. c,uillà&-pour remuer le charbon.
- Figure 11 , fourneau à peigner , ou Kainmpott*..
- /ïgwe 12 ^établi du peigneur..
- Figure 13 , banc à laven
- Planche IIL
- Figure 1, afpe monté , & prêt à travailler.
- A, ailîieu del’afpe , dont la partie B eft taillée en pignon. C , petite roue* dentce , dont l’aiflieu eft pareillement taillé en pignon. E ,grande roue dentée qui fait frapper les fons. F, le. marteau qui. les frappe. G,traverfes fur lefquelles fe forme l’écheveau I,,à mefure que la laine filée fe dévidé de deifus la broche. H, K , font des échets roulés en état d’être portés au magafin.
- Figure 2 , canneliér , efpece de chevalet portant deux étages différens. EF & GH de broches, dans lefquelles 011 met des bobines chargées de fil,, pour faire la chaîne. Au devant de ces bobines font tendus d’autres fils ub & cd qui empêchent que ceux de la chaine 11e fe confondent.
- B, les vingt fils réunis en faifceau au point CD, & croifés de forte que ceux quipaftert fur la cheville D, paffentfous la cheville C; & ceux quipaifent fous la cheville D, paifent fur la cheville C. A , bobine vuide*
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- £ R T DE LA DRAPE R I K
- Figure 3 , ourdiftoir porté fur un pivot.
- Les chevilles du haut, E , F , G, répondent aux chevilles C, E), E, de ta figure Et les chevilles H, I, répondent aux chevilles I, H de la même figure.
- Figure 4 fait voir la maniéré de diftinguer les fils A, qui appartiennent à l’étage d’en-haut du cannelier, d’avec les fils B ,• qui appartiennent à l’étage d’en-bas du même cannelier. Tous ces fils font réunis enL ; la palette F fert à entretenir ces fils féparés les uns des autres. Il eft donc, eftentiei que tous ces fils plaident fe diftinguer pour former la grande croifée-, telle qu’elle eft repré-fentée par la figure]^. Les quatre fils a ,,b ,c,d, étant réunis en A, font attachés à la cheville B. On fépare les fils des deux étages du. cannelier au moyen .de la planchette F; on croife alternativement lesftls a, c y& les fils b, d, comme dans la figure 6y& en place du pouce & de l’index , qui ont fervi à former cette croifure ,. on emploie) les chevilles C &D, figure 5 ; puis, tous les-fils étant réunis enL, on pade d’abordles quatre fils réunis derrière la-cheville G, en-fuite devant la cheville H, enfuite autour de la cheville I en remontant, ce faifceau paiTe derrière la cheville H., & fur la cheville G; alors on rapporte ce faifceau K fur la cheville E; & comme par le moyen de la planchette .F , on peut aifément diftinguer les fils d’en-haut^, b, des fils d’en-bas a , c; .en fait, en remontant ,1a mème’croifure que nous avons détaillée ci-devant : alors la portée eft finie.
- ^ figure 7Fait voir encore plus fenfiblement la maniéré dont les fils font croifés fur les chevilles B ,C ,D ;car on peut fuivre d’un bout à l’autre ta route de chacun de ces fils par les lettres qui les indiquent.
- Figure g, croifées arrêtées avec des cordons. *
- Figure 9,, .la chaine ourdie, comme elle eft enlacée en fortant de lourdifloir.-
- E t A N C H E I V.
- Figure 1, la grande enfouple, repréfentée en A , eft'un' gros rouleau de bois plus-long que le métier n’a de largeur : c’eft fur cette enfouple qu’on roule les fils qui doivent compofer la chaine. On voit au milieu de ce rouleau une profonde rainure , dans laquelle fe met le verdillon dont’nous allons parler. Y , eft une perche de bois appellée verdillon , qu’on palfe dans l’anfe que forment les demi-portées en le repliant pour formerla portée entière , 8c l’on paife la corde y dans la croifure des demi-portées : ainfi le verdillon tient fici lieu de la cheville I; la corde,, de la cheville. H , que l’on voit planche VI, figure 2. On place le verdillon , fur la longueur duquel on a rangé les portées, dans la rainure de la grande enfouple; Z', eft le voteau ; a,b c d, eft le chaffis qui retient les chevilles entre chacune defquelles pafte une demi-portée. V,.V, deux perches, ou une perche & une corde qui
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- «as '
- ART DE LA DRAPERIE.
- pafTent dans la grande croifée , en place des chevilles C> D, de la figure 7* planche ///, & qui tiennent en état la grande croifée.
- La figuré 2 eft une coupe tranfverfale de la grande enfouple & du voteau j A, l’enfouple; Y, le verdillon placé dans la rainure de l’enfouple; Z, la coupe du voteau ; e,f, deux fils qui repréfentent les demi-portées qui pafTent des deux côtés des chevilles du voteau.
- Figure 3 , voteau deiïiné en grand & hors de proportion; abcd, chaftis qui affujettit les chevilles g, g, g; Y, le verdillon. On voit ici comment les demi-portées pafTent entre les chevilles du voteau»
- Figuré 4, métier monté 8c vu par-derriere; Y, le verdillonüplacé dans la rainure < de la grande enfouple ; A * la grande enfouple fur laquelle oli roule la chaine avec des chevilles qui fervent de leviers. Il devrait y avoir deux ouvriers repréfentés fur l’enfouple ; mais 011 n’en a mis qu’un, pour éviter la confufion. On voit de l’autre côté un autre ouvrier qui tient la chaine bien ferme ; cette chaine paffe par-deffus la traverfè d’en-haut du métier; pour qu’elle s’étende bien dans toute la longueur de la grande enfouple À, les demi-portées paffeiit entre les chevilles du voteau Z. On n’a mis ici qu’un feul ouvrier, au lieu de deux pour tenir le voteau par chaque bout, par la même raifon que cf-deffus. Les fils pafTent par-deffus la batte & le rot R; on ôte ordinairement le rot pour monter la chaine; è >/, montans du derrière du métier ig, h > montans du devant : ces montans-font liés les uns aVec les autres par plüfièurs travérfes que l’on Voit repréfeil-tées dans la figure 4-. T , T j deux bobines placées au haut du métier, chargées de fil de chaine pohr réparer ceux quife rompent ; Wj épées qui fôutiennent la batte & le rot ; I, encouloire ou poitriniere qui porte une fente dans laquelle paffe l’étoffe tilfue pour aller fe rouler fur la petite enfouple; G , petite enfouple fur laquelle on roule l’étoffe qui eft tiffuë ; M, N, les deux marches fur lesquelles montent les tilfeurs ou tifferands : il faut deux tifferands pout travailler un drap. O, endroit où s’attachent les marches»
- Figure 5-, le même métier vu encore par-derriere ; c ,f,g, h , montans dix métier aifujettis par plusieurs traverfes; M, N, les marches; Tù T, les bobines chargées de fil de chaine ; "W > une" des épées qui foutienuent la batte ; E j poulies oü môuflües dans lefquelles pafîent les lacets n , qui fouticünent les lames ; Q_, les deux lames , lavoir 4 celle du pas de devant, & celle du pas'de derrière; /, les liais'ou tringles de bois oiffont attachées les lilfes qui forment les lames ; G, petite enfouple de deffous, placée fur le devant du métier. Oii voit outré cela deux tifferands qui lient les fils de chaine un à un avec lés fils de penne, avant de commencer la piece.
- La. figure 6repréfèntè quelques pièces détachées du métier ; Y, le verdillon garni d’un bout à l’autre de fils de chaine ; Q* les lames ; l, m, n,, 0 3 liais
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- ou tringles de bois qui portent les îilfes qui, par leur aifembîage , forment les lames ; IP R , la hatte ; P, le rot s I, le fommier ; R, le chapeau fur lequel les tiiferands mettent la main pour faire agir la batte; q ,q, fils de çhaine liés par paquets.pour queles portéesne fè confondent pas les unes avec les autres * on les délie pour les joindre fil à fil avec les. fils, de penne., comme le font les ouvriers de la figure 5..
- Dans la figure 7 , on voit la. chaîne' roulée fur la grande enfouple A 011 paife des cordes, ou plus ordinairement des baguettes V, pour conferver la grande croifce juiqu’à ce qu’on coupe les fils ; lapiece étant fur le métier 011 réunit enfuite ces. fils par paquets, q*fig*. 6 % pour les fier avec les fils de penne.
- La figure & repréfente, la coupe tranfverfaîe d’une lame I my coupe des liais j nune Iule avec. la. maille, dans, laquelle un fil de çhaine doit paife:;.
- Planche; V..
- Cett-e planche Mt voir une pièce montée furie métier jeu l’état où ou la travaille..
- Figure i,. le métier vu. par-devant;. e,f, montons ou chandeliers du devant j g, le haut des montans du derrière du métier; Q_, les lames en place ;• l les liais ; E *les moufides ou poulies ; 71 , les lacets, qui iufpen-, dent les lames;. T, bobines furlefqueliçs on dévidé du fil de. c.haine pour réparer les fils qui rompent. La châtie elf compofée des. épées Xvf, dp rot P, qui eft tenu entre le chapeau R & le, fommier I: la lettre I,. manque auiîî la couloire ou poit-riniere par laquelle paife. l’étoffe qui eft tiifue L , planche inclinée comme un pupitre., fur laquelle les.tiifeurs s’appuient en travaillant ; d, boîte attachée à çette planche, &rda.ns laquelle 011 met les fé-poules ; G, la petite enfouple fur laquelle fe roule l’étoffe tiifue, & d’où elle tombe dans, le faudet X. On voit au bout de la petite enfouple les chevilles qui fervent, pour la tourner , & le lin guet qui l'empêche de fe dérouler ; Q le derrière des marches avec la cheville qui les traverse B B B, la çhaine p|our les. liiieres; S, étoffe tiifue- & qui tombe dans le faudet.
- Figure 2, le même métier vu par- derr;içre ; c-fi& g h ,. chandeliers ou montans du métier ; B.,,çhaine des lifi.eres qui s’étend depuis ,1a grande enfouple A :. elle, paife par-deifus le métier, & elle eft raifemblée en pelotte > B 2, poids qui tiennent la çhaine des lifieres médiocrement tendue * E * poulies ou moufHes ; n , laçets qui fufpendent les lames Q_ par les liais ; tjrriy épées de la chaife W qui foutiennent le rot : on apperçoit en P une partie du chapeau & du fommier de la batte ; s} étoffe travaillée ^ en partie soûlée fur la petite enfouple G , &dQnt une autre partie tombe dans le fau-
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- A R T D E L A I) R A P E R 1 E.
- %<$%
- dît X; MN , les marches vues par-devant ; d, la boite où l’on met les fépou-..les j b, petite broche de bois quipafle dans lafépoule; c ,.relforts qui arrêtent la fépoule dans la poche de la navette.
- Figure. 3 , deux navettes, dont une eft placée comme elle doit être dans la chaîne, quand on la lance j l’autre eft pofée fur le côté-, pour faire voir la fépoule dans la poche a.
- Planche VL
- On a repréfenté fur cette planche deux machines à fouler les draps.
- La figure 1 repréfente un moulin à maillets ; l’arbre tournant qui eft emporté par la roue à aubes b : cet arbre eft garni dans fi longueur de cames ou levées p, qui foulevent les maillets par la partie M; N , coin qui fert à affermir le maillet C fur fon manche M : ces manches font traverfés en K par un boulon L qui eft le centre de leur mouvement : les maillets C ont une dent ou échancrure en O j A, très-groife piece de bois dans laquelle font creufés les piles ou pots B. Il y a toujours deux maillets qui frappent dans la même pile, ainfi qu’on le voit ici repréfenté : chaque couple de maillets eft féparée par une piece de bois R, qui leur fert de conducteur : 011 voit en Q_, une chaine à laquelle on accroche les maillets lorfqu’on ne veut pas qu’ils travaillent.
- La figure 2, qu’on appeîLe dans quelques fabriques la machine eft un dégorgeoir : les maillets font fufpendus prefque perpendiculairement par le tou~ l’illon L, qui eft le centre de leur mouvement ; ils frappent prefque horifon-taiement, mais avec bien moins de force que les maillets de la première figure -, <z, arbre tournant qui porte les cames/>, lefquelles attrapent les manches des maillets par la partie Mj c, maillet fermement attaché au manche K par le coin N : ce maillet eft ‘arrondi, & il a une dent en O; B, pile creufée dans une piece de bois qui s’étend jufqu’en d; la piece de bois A, doit être très-forte pour n’être point ébranlée par les coups des maillets j b, eft le delfous de la pile qui doit être très-près du delfous des maillets c.
- La figure 3 eft uniquement deftinée à faire voir une roulette S , que l’on ajufte quelquefois à la piece M, & qui diminue le frottement des cames p , en donant plus de facilité à la machine de tourner.
- Figure 4, pile ou pot du moulin de la figure 1, dans lequel on voit la piece de drap roulée & pliée eu rond : on l’arrange quelquefois en zigzag , comme dans la figure f.
- Planche VIL
- Figirre 1, chardon à lainer , nommé par lesbotaniftes, dipfacusi ou carduus fullonum. On voit l'es crochets qui doivent -prendre dans la faine. “
- Figure
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- ' Figure 2 , croix fur laquelle fe montent les çhaçdofts. . y.
- Figure 3 , croix cgarnie de chardons. . ,
- Figure 4, ouvrier apprêteur qui couche le poil dyne pieçe de drap avec une petite planche qu’on appelle tuile : la pieçe de drap eft pofée fur un faudet fous la table ; l’ouvrier la fait paffer partie à partie fur la table, & il couche le poil avec la tuile qui,..eft garnie de maftiç & de fable fur la face extérieure. 7 .
- Figure 5 , preffe pour les,pièces de drap.' A 8 A-, les jumelles entre lefquel-les on met le drap fur le fommier D ; B, B, le haut des jumelles 5 F fie chapeau qui porte l’écrou, & qui eft fermement alfemblé aux jumelles, & fortifié encore par des liens & étriers de fer ; E,vis$ G, lanterne > C, fort plateau qui pofe fur les pièces de drap.
- Figure 6, la même preffe garnie de plu fleurs pièces de drap, entre chacune defquelles 011 met une planche épailfe O: 011 voit ici le levierI, qui <eft engagé dans la lanterne G : quelquefois , pour augmenter la force de la ;preflion, 011 ajoute le treuil vertical K.
- Au-delfous de la figure 6, on voit la'memë'pfeftè repréfentée en plan.
- Figure 7coupe de cette preffe. . / r ;
- La figure g fait voir quelques pièces détachées de la preffe ; G, lanterne i H, un des plateaux de la lanterne i D, planches pour mettre entre les pièces de drap.
- Figure 9, ouvrier apprêteur, occupé à plier une piece de drap pour la mettre en fuite à la preffe.
- Figure 10 , pièces de drap arrangées comme elles le doivent être pour être înifes à la prelfe.
- Planche VIII.
- Cette planche repréfente les opérations du tondage des draps.
- Figure 1 , deux tondeurs en attitude ; B , table des tondeurs fupportle par les tréteaux C D : cette table eft repréfentée par-deffous dans la figure 6. Le drap L tombe dans un faudet A , & il eft attaché à la table par des crochets M M, que l’on voit repréfentés plus en grand dans la figure 4. Les cifeaux dont fe fervent les tondeurs font formés de deux lames ou couteaux A B, figure 3* qui ont deux branches CD, lefquellesfont jointes par unreffortE.
- Pour mettre les crifeaux en état de fervir, on charge une des lames A* d’un poids H , figure f j pour faire agir ces grandes & pefantes lames, on attache à la même lame A, la piece I, figures <;&$', & fur la lame B, la piece G; & ces deux pièces fe joignent par une courroie F : de plus, on attache la piece e à la branche C : alors l’ouvrier faififfant de la main gauche la piece e, il affermit fur la table la lame A, & de fa droite la mail-Toim VIL Y
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- loche cotée G j il poulfe en-dehors cette mailloche G, qui fait gliifer la lame B fur la lame A. On voit à côté des figures 5. & 8 > les mêmes pièces feparées , dont on peut prendre une idée plus précife. On a repréfenté dans la figure y y la. polition des eifeaux for la table > & l’on s’eft à defiein écarté des réglés de la perfpeélive, qu’on a obfervées dans la figure 1, pour mieux faire voir la pofîtion de ces eifeaux fur la table*
- La figure 2 repréfente deux tondeurs occupés à relever le poil d’une pie ce de drap, avec les inftrumens N > O de la figure 4.
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- 3? JL JB JL JE
- DES SOMMAIRES.
- Introduction, page 3
- Des laines, g
- Choix de la laine dEfpagne , & üopération du dégraijfage dans le pays, 13 Premier lavage des laines, 19
- Remarques fur les laines quon fe propofe de teindre, & fur les inconvéniens d’y laijfer du Juin, 21
- Plufer en Juin, 2 3
- Mélange des laines, ibid.
- Du lavage & du dégraijfage. ibid. Inconvéniens qui arrivent au dégraijfage,
- 28
- Du féchage. 30
- Remarques fur le lavage des laines du royaume. , 31
- Remarques fur les lainedqii on veut teindre avant de les filer, 32
- Battage & drouffage : pajfer dans le loup,
- ibid.
- Inconvéniens qui peuvent réfulter du bat-tage. . 34
- Du plufage en maigre, ibid.
- Digrffion fur la différence quil y a entre une laine peignée fit une laine cardée.
- ibid.
- 'Des cardes, 3 6
- Graiffer ou enfimer & drouffer la laine,
- 41
- Digreffion fur le mélange, 4^
- Du cardage avec Us petites cardes, 51
- Du peignage, $2
- Du filage.
- Du dévidage, fp
- Du bobinage, <£3
- Méthode pour connaître combien il entre d'échets dam une chaîne. 61
- Tarif. 6% Remarques générales fur Vourdiffâge. ib. Injlrumens qui fervent pour ourdir. 6 J De Courdiffage. 6$
- Du collage. yq
- Remarques fur la colle, 77
- Du tiffage. 7g
- Defcription du métier & des uf enfiles qui fervent au tiffeur ou tifferand,
- ibid.
- Des navettes. g 3
- Des Jepoules. 84
- Monter la chaîne fur le métier. ibid. Des lijîeres. 87
- Du travail des tijferands ou tijjeurs• 89 Attention des tiffeurs. 90
- Inconvéniens qui arrivent au tiffage. 94 Travail des nopeufes en gras pour énouer ou épincer. 96
- De la foulerie. 97
- De P effet du foulon, ibid.
- Des moulins à foulon. 1Q2
- Des ingrédiem nècefj'aires au foulage.
- 104
- Opération du lavage dé un drap en toile avec Vurine, 107
- Autre lavage. 108
- Du nopage ou épinçage, 112
- Maniéré de préparer les draps 9 principalement quand ils doivent être teints en toile. ibid.
- y ÿ
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- ART DE LA DRAPERIE..
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- JDu foulage en fort, ou au favori» 113 Remarques fur le foulage. 114
- Du dégorgeage. - 117
- Du dégraffage. ug
- Remarques fur le dégraffage & le dégorgeage. ibid.
- Du foulage en graijfe ou à turine. 119 Du dégorgeage des draps foulés en graijfe. ibid.
- Du lavage des draps noirs ou bleus.
- 120
- De la vijîte au retour du foulon. 121
- Récapitulation abrégée des différentes maniérés de fouler , qui Jont en ufage dans différentes manufactures. 12 y De faucher des apprêteurs y laineurs & tondeurs en général. 127
- Du grenier aux chardons». 1.29
- Idée générale des apprêts». 1.3 1
- Du lamage en harmant. 134
- Du lainage en demi-laine ou en fécondé eau. 136
- Du lainage en troifeme eau. 13g
- Obfervations fur les apprêts. 139
- Des draps pour redingottes , furtouts, & habits de foldats. 141
- Du Jlricàge ou lainage qui fe fait apres le lavage des draps fins» 143
- . Propriétés des forces y & de la tonte dm draps. . 143;
- . De là table des tondeurs. 144
- Des forces. ibid.
- Du tondage des draps. 148
- Première opération du tondage : coupe en harmant. 1^0
- Seconde opération : ccupe en demi-laine.
- ibid.
- Vif te des draps que ton tond. ibid. Troifeme opération : tondre en troifieme eau. 152
- Quatrième opération.. ibid..
- Mettre aux rames. I i 3
- Cinquième & derniere opération : du tondage des draps qif on nomme fri Tes.
- . ïff
- Des perfections que doivent avoir les draps bien apprêtés.. ibid.
- De la frife. 156
- Du pontillage & rentrayage des draps,
- ibid.
- Du couchage , brojj'age & tuilage. 157
- De la prejje. i^g
- Récapitulation des apprêts à la prejje.
- i6ï
- Connaffances néceffairespour juger de la qualité des draps fabriqués. • 162
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- A Ii T D E L A D R A V E R I E.
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- TABLE DES MATIERES,
- £5? explication de plnfienrs termes qui font en ufage dans Part de la
- draperie.
- A
- Agnelin, en allemand, Kammivolle.
- ' La laine'dite d\igneline!t celle que l’on tire des peaux d’agneaux , & qui n’a pas arfez de corps pour fou-tenir les apprêts.
- Ancrure , défaut qui fe trouve- dans* un drap par la faute des tondeurs. §. 6f4-
- Angora , laine de ce paysdà', note 2T.
- Apprêter un drap , en ail. «« Tuch zubereiten : c’eft le lainer, le tondre , le parfera la prerfe ; en un mot, lui donner toutes les façons qu’il doit avoir après qu’il a été foulé.
- n?- ,
- Approche , en ail. kurz gefehoreu: quand un drap eft tondu fort ras, ou dit qu’il eft bien rapproché. 644.
- Aspe , en allern. Hafpel, dévidoir qui fert pour faire les échets, ou per-rots. 22(5.
- Avalée , en ail. Fahne, fe dit de la quantité de drap qui s’étend depuis l’endroit où peuvent agir les lai-neurs, jufqu’à la hauteur de leurs genoux.
- Auger , en ail. richten, fe dit d’un certain contour en aile de moulin que l’on donne aux couteaux ou planches de la force dont fe fervent les tondeurs. 62<5.
- B
- Bac, en ail. Trog, efpece d’auge de bois, dans laquelle 011 met la laine qu’011 veut grailler : on le nomme
- quelquefois ^n?i/7o/V. 139-.
- Le bac des apprêteurs fert à entrefer tenir le drap humide pendant qu’on le laine. 579.
- Bain , en ail. Bad: les dégrairfeurs & les teinturiers nomment ainfi la liqueur imprégnée d’urine ou de fubf-tancc colorante qui eft dans la chaudière.
- Balle: une balle de laine eft un gros paquet renfermé par un emballage. Mais il eft bon d’avertir à l’occalioti de la note qui appartient au §. 9, qu’on appelle' proprement ballin, l’enveloppe de la bai le i cette enveloppe eft un gros tiflù de chanvre : les marchands de laine défalquent par eftimation le poids de cet emballage , fur la totalité de celui d’une balle de laine. Balles de laine d’Ef-pagne, leur poids , note 4.
- Banqueroute , défaut qui proviens du travail des tondeurs. 6"f 7.
- Barres, en ail. Streifen: les barres dans un drap , font les endroits où l’on remarque des changemens de couleur ou de luftre, & qui s’étendent fuivant la largeur du drap.
- Basses-laines , en -aïï.fchlechte wolle : on appelle ainli les laines les moins eftimées du royaume.
- Baudet , en ail. Bock: on appelle ainfi le chevalet dont les droujfeurs fe
- • fervent. 147.
- Billette. Voyez manique. ‘
- Biseau, en ail. Bahn, chanfrein qui
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- 174
- ART DE LA DRAPERIE,,
- forme le tranchant des couteaux des forces. 52i.
- Bobiner, en ail. fpuhlen, charger le fil de chaine des bobines, qui font des morceaux de bois tournés & creufés en gouttière.
- Botres, en ail. Putts, Scheere: on appelle ainli les forces qui font peu tranchantes. f6j.
- Bouts de broche , en ail. Focken, défaut dans la filature. 2i5.
- Branche , en ail. Schajft: on appelle ainli une demi-portée. Voy.portée.
- Brevet : on nomme ainli l’eau de colle qui fort de la chaine lorfqu’on l’exprime après l’y avoir trempée.
- C
- Cabane aux chardons, en allem. Kardenboden ; c’elfl’endroit où l’on arrange graduellement les chardons : on l’appelle aulîi grenier aux chardons.
- Cadencer , en ail. reijfen, terme de çardeur. On dit qu’une carde cadence bien, quand tous les fils font d’une même groffeur , d’une même longueur, & d’une mèmeélafticité, & qu’ils travaillent tous également. 121.
- Calibre ton dit qu’une force e&d'un bon calibre, quand les planches dont elle eft compofée ont une courbure convenable. 6i8.
- Cannelier, en ail. Scheerlatte, chevalet qui porte les bobines chargées de fils de chaine. 2 y 8-
- Carde , en ail. Kardetfche, inftrument compofé d’une planche couverte d’un cuir hérifle depoiutesde fil de fer : il y en a de différentes formes, io£. Machine à fabriquer les cardes,
- . note
- Cavalier , en terme de cardier, c’eft un fil ou une dent qui fe trouve plus longue que les autres. 121.
- Cavalière : on appelle une lame ca-valiere , celle qui n’eft point mélangée, & qui eft bien triée: ce terme n’a lieu que pour les laines d’Efpa-gne.
- Chaîne , en allem. Kette, Werfte : la chaine d’une piece de drap ou d* toile eft compofée de fils étendus fur le métier dans toute la longueur que l’on veut donner à la piece.
- Chaîne ouverte & fermée. 562.
- Chapeau. Voyez chaj_Je.
- Chardon, defeription, culture & ufage de cette plante, note 204.
- Chasse , en ail. Lade, efpece de chaf-fis mobile qui lert à frapper la trame à travers les ouvertures de la chaine. La ehaffe eft formée par deux pièces verticales , qu’on nomme épées , & par deux autres horifontales, qui affujettiffent le rot ; l’une fe nomme le chapeau , & l’autre le fommier.*
- Cheval , en ail. Fiiüen : on dit qu’une ourdiffeufe a fait un cheval, quand en remontant la fécondé demi-portée fur l’ourdiffoir, elle manque à fuivre les révolutions de la première demi-portée.
- Çlairures , en ail. Flecke : ce font des défauts qu’on remarque dans les draps qui ne font pas tiffus & frappés uniformément. 3 y6.
- Commerce des laines, dans les Pays-bas , en Allemagne, dans le Brandebourg, en Hollande, notes. Au Levant, ibid.
- Corsé , en ail. diche, Jlarck , fe dit d’un drap qui a beaucoup de corps , qui eft bien fourni de laine. On dit aulîi tout (implement drap qui a du Qorpsy dans quelques fabriques, ou
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- A R JT DE LA DRAPERIE.
- m
- emploie le terme de eorfage.
- Coupes , en ail. Schnitte. Les coupes qui fe font pour trancher le poil avec les forces, fe diftinguent en coupes en harmant, coupes en demi-laines & coupes d'apprêt : celles-ci font les dernieres.
- Courant. Voyez lingard.
- Couteaux, en ail. Blatter : on fe fert quelquefois de ce terme, pour dire les planches d'une force.
- Criteler , en al!. Scbmitzen machen, pour dire faire des écriteaux, ce qui eft un grand défaut dans le drap. Voyez ce mot, & le §, 664.
- Cuissette , en ail. ein kalber Gang, c’eft la même chofe que demi-portée. Voyez portée.
- D
- Dégorgeoir , en ail. Atisfpüle-Jlocke, moulins où les maillets frappentho-rifontalement : ils fervent à laver & à dégorger les étoffes.
- Dégorger , en ail. ausfpülen : dégorger un drap , c’eft le battre à grande eau dans la machine qu’on nomme dégorgeoir , pour le nettoyer de la terre , du favon , ou de l’urine. On dégorge auffiles draps teints en couleur pleine.
- Dégraissage des laines d’Efpagne, note 27.
- Dépiété, en ail. vollbarig: un drap dépiété eft celui qui eft également bien garni , où il n’y a point de place qui n’ait été attaquée par le chardon.
- Désertes , forces défertes, en allem. jlumpfe Scheeren, font des forces peu tranchantes. Voyez boires.
- Dressoir , en ail. Kicbteifen, outil du cardier ou faifeur de cardes, qui fert à redreffer les dents des cardes. 122»
- Drousser, en ail. kammen. 142.
- Droussettes , en ail. Kiimme, grandes cardes pour travailler la laine. Voyez cardes.
- Duite , en ail. Faden : on appelle ainfi le fil de trame qu’on lance avec la navette entre les intervalles des fils de la chaine. Double duite, en ail. Doppelfchufs, défaut qui provient de ce que les fils de la trame fe trouvent doubles en quelques endroits.
- Eau:on laine en première,fécondé, troilieme & quatrième eau : c’eft ainfi qu’on diflingue les différentes voies de chardon. j66.
- Ebroussé , en ail.gequollen, terme de foulonnier,’ c’eft comme qui dirait éfilé.
- Ecati, en ail. kalt prejfen : 011 ècatit les draps noirs & écarlates qu’on ne veut pas luftrer : c’eft-à-dire, qu’aux apprêts , on fe contente de les prefi. fer médiocrement & fans cartons. 696.
- Echets, en ail. eine Zabi, fynonyme d'écheveau. 227.
- Ecriteaux , en ail. Scbmitzen , terme de tondeur, pour exprimer les filions qu’on fait dans les poils d’une piece avec tes forces. 61 o.
- Effondrer un drap aux apprêts, en ail. auskratze?i, c’eft rompre la laine au lieu de la tirer à la fuperfi-cie ; ce qui arrive quand on laine à fec, k lorfqu’on emploie d’abord des chardons neufs.
- Elus , fur l’éducation des brebis anglaises , cité note 19.
- Emoussé , en ail, fiumpf, défaut des laines, note 11.
- Encüuloire s en allem. Brujïbaum*
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- ART DE LA D R A P E R I E.
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- c’eftune forte piece de bois qui eft à l’avant du métier : elle ef-t 11 a ver-fée fuivant fa longueur par une grande fente, dans laquelle palfe l’étoffe à mefure qu’elle efi: tilfue.
- Énervé, un drap énervé, en allem. fcblajfes Tnch, efi celui qui ayant été Fatigué aux apprêts , a perdu fa force & fon maniement.
- Enfrayure. Voyez mouture.
- Enseigne, en ali. Zeicheu , c’efl une marque que les ourdifleufes font à chaque tour de l’ourdiffoir. 234.
- Ensimer de la laine, en ail. Wolle
- . einfcbmalzen, e’eit l’imbiber d’huile.
- i?7.
- Ensouple , en ail. Garubaum, grande & petite enfouple. Rouleaux qui font partie du métier des tiffeurs > les fils lont roulés fur la grande enfouple, & l’étoffe tiffue effc roulée fur la petite.
- Enverser un drap , c’ejf travailler avec des chardons ufés, pour emporter ce quelçs nopeufes ont détaché du drap 3 car fi les nopcs, bourgeons ou nœuds reliaient fur la laine du drap , le foulon les y attacherait , & ces corps étrangers occa-fionneraient des défauts : le mot en-ver fer vient de ce que ces corps étrangers font à l’envers.
- EpiNqEUSES, Voyez nopeufes.
- Esquive. Voyez la note du §. ai9.
- Etain , en ail. Kammwolle, on nomme ainfi les laines qu’on peigne & qu’011 11e carde pas. 101.
- Etocage , opération de carder fur les étoif lier effet. .
- Etoqueresse, en ail. Krempelkamme, force de carde. 12p.
- F
- Faudet,'enalb efpece de cage
- à jour, qu’on met fous les métiers &’ie$ tables, pour empêcher que le drap ne tombe à terre & qu’il ne fe faüfle.
- Femelle, en ail. Lieger, on nomme ainfi l’une des planches ou lames des forces, 61 f.
- Fermée , en ail. dichte , on dit qu’une carde eit fermée, quand les dents en font trop rapprochées. 123.
- Festüca ovin a, en ali. Sclmafgras5 note 7.
- Feutre , Feutré., feutrage, en allem. Filz 3 c’effc le feul entrelacement des poils fins des animaux, qui forme le tifiu des chapeaux: quoique les draps (oient tiffus entoile, les poils de la laine fe feutrent au foulon, ce qui fait la différence d’un drap d’avec une étoffe non foulée.
- Filandres, en ail. das febiefern , défaut des planches , lames ou cou-teaux.des forces. 619.
- Fil-de-fer pour les cardes, fa grof-feur,note4f.
- Flammes, en ail. fammichte Streifen, ce font des ondes de différentes couleurs qui paraiiTenc à la fuperficie 'de l’étoffe.
- Forces , en ail. Scheeren , grands ci-leaux dont fe fervent les tondeurs. 6iy.
- For-NOUER , en ail. ein Kreufzband meichen , faute que font les tifferands en nouant un fil dupas de-devant, avec un fil du pas de derrière. 344.
- FourbandrÉ : 011 appelle laine four-bandrée, celle qui efl mélangée de diverfes fortes de laines.
- Frise , en ail. Frijierfcheibe, machine qui fert à ratiner différentes étoffes de laine, en roulant les poils en forme de petites houpes ou boutons. Friser une chaîne, en allem. eme
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- rA R T DE LA DRAPERIE.
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- fTVerfte Uuter machen, c’eft la fe-couer & la faire courir Pefpace de deux ou trois autres fuLle plancher en tenant un bout de la piece dans la main , pour pouvoir la jeter & la retirer, la fecouer d*un côté & d’un^utre : alors la chaine s’ouvre , les fils fe détachent, la colle s’imbibe également, & la corde fe gripe de maniéré qu’elle paraît frifée.
- G
- Garni : un drap bien garni eft celui dont les poils font bien feutrés.
- Genou : on dit qu’un ft\fait le genou quand, au lieu d’être tendu bien droit, il fe replie.
- lGrai8SOir. Voyez bac.
- H
- Habiller une carde , en ail. richten, c’eft ôter avec une lime douce ou une pierre à aiguifer, le mor-fil des fils de fer.
- Harmant , en ail. das fcheeren vont Haarmann : la tonture en harmant eft la première qui fe fait au drap ; comme le premier lainage fe nomme en harmant. y67.
- Hautes laines , en ail. feine Wolle : on nomme ainfi les laines les plus parfaites du royaume.
- Herbages les plus favorables aux brebis , note 7.
- Hors de pas , quand la chaine eft hors de pas, le tifferand ne peut travailler,^^
- Houeteau. Voyez vateau.
- Humidité , dangereufe pour les laines , note 9.
- J
- Jarre , nom que l’on donne a une laine grofîiere, prife fur les jarrets de l’animal, qui fournirent des poils %om VU.
- longs, durs & grofliers: une laine jarreufe , en ail.Jiriiubige Wolle, eft ceile qui eft mêlée de ces fortes de poils.
- Jarreux : les poils jarreux , en allem. Jlraubiges Haar, font ceux qui étant de mauvaife qualité, fe feutrent mal aujfouion, & fe rompent fous le chardon, au lieu de fe tirer.
- L
- Lainage, en ail. das Rauhen , opération des apprêteurs qui tirent la laine du fond du drap avec des chardons : le lainage en demi-laine, fe donne après le lainage en harmant.
- Î71- , „ , ,
- Laine , obfervations generales fur la laine , n. 3. Laines d’Efpagne , ibid. d’Angleterre, ib. d’Allemagne, ib. de France, ibid. de Suifl'e, ib. Laine morte, n. 4}.
- Laize ou lez , en ail. breitedes Tuchs9 largeur du drap ; il eft important qu’une piece de drap ait exactement la laize ou la même largeur dans toute fon étendue.
- Lame , en ail. Streich-eifen , efpece de couteau fans tranchant ni dents, qui fert à coucher le poil. 639.
- Lames du tisserand , en ail.gefehirr Kàmme, ce font des fils qu’on nomme HJJes,qui s’attachent haut & bas à des tringles de bois qui s’appellent liais i au milieu des lifles eft un anneau appellé maille , dans lequel paffe chaque fil. g 11.
- Lamiéç , ouvrier qui fait les lames.
- Lardure, en ail. unter-oder über-fchüjfe , on nomme lardures les endroits où la duite paffe deffus ou delfous plulieurs fils de la chaine de fuite. 379.
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- ART D E LA DRAPER I E.
- Lavage des laines fur le corps de l’animal , note 28* Ufage établi en Allemagne , note 29.
- Liais. Voyez lames.
- Lingard,en ail. NachlenAe-garn , fil de chaine qu’on dévidé fur une bobine placée au haut du métier, & qui ferc à réparer les fils - de chaine qui Te rompent.
- Liser ou manier un drap, en allem.. ein Tuch richten, qu’on foule , c’eft l’ôter du pot & le tirer par les li-fieres, pour détruire les faux-plis; examiner s’il rentre également er. laife ; voir 11 le favori ou in terre font diftribués également. 468-
- Lisières , en ail. Saalleijlen, tiifu dont on borde les draps : il eft beaucoup plus fort que i’ctolfe , & fert à accrocher lapiece lur les tables des tondeurs ,ou fur les rames. 3p.
- Lisses. Voyez lames.
- Loquettes. Voyezploques.
- Loup , inftrument pour nettoyer la laine, fa defcription , §. 91..11 n’eft pas connu en Allemagne, note 38*
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- Hachures, défauts des tondeurs, quand leurs forces ne coupent pas bien. 6fo.
- Mailloche, enall. Zapfeu, partie de la monture des forces. 6j6.
- Male,en ail. Laufer : on nomme ainlî l’une des planches ou lames des forces. 616.
- Maniant : un drap maniant eft celui qu’on trouve molletau toucher.
- Manier. Voyez lijer.
- Manique ou billette , en ail. Bille, Leyer, partie de la monture des forces. 6} 2.
- Maque. Voyez fon.
- Marquer les moutons v méthode qui ne nuit point à la laine, note 41.
- Maton , en ail. Noppen ; maniéré de les enlever, note 42.
- Métier , en ail. Stuhl: les tiffeurs ou tiiferands montent les chaines fur un métier pour les tilfer enfuiteavec la trame ,. & former l’étoffe ; ce métier eft compofé d’un allez grand nombre de pièces. Voyez-en la defcription ,§. 300. On donne aufïi ce nom à la partie du baudet des drouf-feurs, qui foutient les droulles, & dans lequel on met la laine qu’on veut drouffer.
- Moliere , en al!.. Weiches défaut qui fe rencontre dans les planches des forces. 619. . f -
- Monteur de chardons i en ail. Koÿ* denfetzer, celui qui arrange Rattache les chardons fur des croix ou croifées.
- Monture de droussettes , en ail. Kardetfchenfiocken : on nomme ainlî' une laine très-chargée d’huile,qu’ou travaille fur les droulfettes neuves', pour les mettre en train. 142.
- Morts ou morets*. en ail. Jlumpfe Karden: on nomme ainlî les chardons qui font fort ufés. f
- Moulin a foulon , en allem. Win/lt-mühle : machine qui pile & foule les étoffes : il y en a de deux efpeces, outre les dégorgeoirs ; fa'voir , ceux à maillets & ceux à pilons. 417.
- Moutade. Voyez doubles duites.
- N _ .
- Nageante: on dit qu’un drouffette ou carde eft nageantequand les dents ne réfîftenc^pas affez à l’effort de la laine: les vieilles cardes deviennent nageantes,. 14 $.
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- ART DE L AMD R A P ERI K
- Bavette, en ail. Schutze , petit inf. trument en forme de bateau, qui lert à faire palier la trame entre les fils de la chaîne.
- Nettoyeur, en ail. Kardenfecher: les nettoyeurs de chardons lom des petits garçons qui reçoivent les croi-fées de chardon des laineurs ,pour en ôter les nope$\ qui relient engagées entre les crochets.
- NoPEÎen âll. Flocken, bourre qui provient de la tonte des draps. Nopeuses , en allem. Beleferinnen:
- ouvrières qui tirent avec des pinces ' toutes les nopes, c’eli-à-dire , les ' borps’étrangers qui fe trouvent me-' blés dans lé drap tilTui 461.
- O ; ..
- Odeur douce, marque d’une bonne laine , note 12.
- Ourdir, en allem, ansfeheeren, c’eli . dtipofer les fils de la chaihe d’une t étoffe d’une maniéré convenable ' pour les monter fur le métier du tifferand/ f ^ .
- Ourdissoir, en allem. Scheergiebe, efpece de dévidoir ou d’afpe pofé ' verticalement, & qui fertà former " les portées db la chaîné. 2/9. !
- Ouverte : on dit qu’une carde eft ' ouverte, quand les dents eh font 0 trop écartées, 123.
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- Paillés, en ail. Splîtter, défaut des planches, où lames, ou couteaux des forces. 619.
- Pailleuse ( laine), en ail.futtericht, défaut des laines, note 10.
- Pas: comme la moitié des fils d’une chaîne doit être élevée & l’autre baif-
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- fée dans l’adion du métier, on distingue ces deux parues de fils, en ceux du pas d'en-haiit, & ceux du pas (Ten-bas-, ou pour mieux dire , pas de devant & pas de derrière. 263. Pas-DE-CHAT , en ail. bpnmg, défaut du drap , endroits où il manque des fils de chaîne. 370.
- Peignage des laines, article omis dans les cahiers des arts de Paris, & rétabli ici §• 17S & fuiv.
- Peignon , en allem. Knmmling, laine courte & jarreulë, qui s’amalfe dans les peignes, quand on fait de l’ctainj ou dans les cardes , quand 011 prépare la laine pour les draps.
- Penne, en alh Ledeloâer Trümmer~
- • fils qui relient du côté de la petite enfouple , & fur lelquels on noue - les fils de la chaîne.
- Penteur ou Pental , en ail. Werf* ten-hange : on nomme ainfi une difi. pofition des perches qui fervent à ' étendre la chaîne, pour la faire fé-cher quand elle a été collée. 292. PERCHE : mettre un drap à la perche, c’eft'le palier fur une perche, pour examiner luccelîivement au jour& à contre-jour la piece dans toute fa longueur, & en reconnaître les dé-~ fiiuts, ou pour en ôter les corps " etrangers qui peuvent y être reliés. PERROTs", en ail. Schlage, écheveaux 'de fil de trame. 22j\
- Perse ( lainede) , note 21.
- Peuplé , en ail. vollh'àrig: on dit qu’un ' drap eli bien peuplé, quand il eft bien garni de poils. 678.
- PlLÈ; Voyez pot.
- Planches , en ail. Blatter .* on nomme ainfi les lames des forces : plancher ' une force * c’eli l’émoudre. L’une de ' cés lamés s’appelle planche mâle, & Pautrq femelle, éip.
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- Plocage , opération de carder furies ploquerejjes.
- Plomb : on charge les Forces de deux plombs , dont l’un fe nomme plomb de pointe , & l’autre plomb de talon. 652.
- Plaqueresses » en allem. Reifs-oder Br e ch-k iimme y forte de cardes. I2f. Ploques , en ail. Flôten : on appelle ainü les feuillets de laine cardée. 172.
- Pluser , en ail. die Wolle zaufen,ep\u-cher.de. la laine, en tirer les petits corps étrangers qui y font mêlés.99. Pointes , en ail. Meefeldrath , défaut des fileufes. 217.
- Pontillage , en ail. dasfüttern : cette opération confifte à tirer avec des pinces toutes les pontilles s c’eft à-dire , les petits corps étrangers qui relient adhérens au drap. 6g6. Portées,en ail. Schàfte , les portées i £57 demi-portées Font des failceaux d’un, certain nombre de fils de ehai-ne, formés fur l’ourdilfoir. 262. Postels : on nomme ainfi les chardons qui font les plus forts après ceux qui n’ont pas encore fervi.
- Pot , en ail. Walkftock •, le pot d’un moulin à foulon eft l’endroit où l’on met les pièces de drap, pour recevoir les coups de pilons ou de mail-’ iets, qui doivent le fouler. s
- Prairies , envifagées dans leur rap-portavec.la qualité des laines , n. y. Précise : on dit qu’une force eftprél cife quand elle embralfe exactement la table des tondeurs. 61 8. ,
- Préparer rpréparer un drap. 45g. Prime : on déligne par ce terme les laines d’Efpagne de première qualité : elles font prifes furle dos de l’animal jufqu’a la moitié des- côtes :
- les fortes inférieures font dites fécondés & tierces.
- Q.
- Queue de rat, en allem. Ratten-fchwanz, défaut dans le travail des tondeurs. 6y?.
- R
- Rames ,en ail. Rahmen, bâti de charpente fur lequel on tend & on équar-rit les pièces de drap. 670*
- Ranger : on appelle ranger les forces „ en allem. eine Scheere richten , lorf. qu’on frappe à petits coups de marteau fur la planche mâle,, aux endroits où les tranchans ne fe touchent pas allez. 62g.
- Rateau. Voyç.'zvateaiu
- Rebrousse , en ail. Ausftreiche-eifen* Fè dit d’une lame dentée dont les tondeurs fe fervent pour relever le poil du drap. 699.
- Refendoir, en ail. Bïegeïfen, outil du cardier, pour efpacer également les dents des cardes. 122.
- Rengper, en ail. von neuen belefen , c’eft recommencer l’opération de tirer du drap les petits corps étrangers qui peuventy être reliés. Voyez nopeufes.. ' "
- Rentraike, en ail .Jtopfen , rétablira; l'aiguille les trous & les déchirures qui font dans un drap , 686.
- Repassage , opération de carder avec" les repajferejfes.
- Repasseresses , en allem.. Schrobeln * forte de cardes. 12f.
- Repaumer, en allem. fchtageni c’eft rabattr e dans l’eau un drap où toute autre chofe yqu’on veut laver : .ainfi-011 repaume le drap à la riviere * en
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- renfonçant dans l’eau avec une cf-pece de bouloir : on repaume la laine qu’on veut laver en l’enfonçant avec des efpeces de rateaux.
- Ribotage , en ail. âas runzeln , fal-teln, crifpures ou froncemens qu’on apperçoit fur le drap. 377.
- Riboûures ou ribaudieres, en ail. Riefen , on appelle ainli les rides qui régnent dans toute la largueur d’une piece de drap.
- Rosée , en allem. Zwifle, changement de eouleurqu’on apperçoit aux endroits où le drap eft moins fourni de laine qu’en d’autres. 570.
- Rot , en ail. Blat, efpece de peigne dont les dents ou broches font de rofeau ou de bois : ion ufage eft d’en-tafter la trame entre les ouvertures de la chaine.
- Rouets à la hollandaife. 212. Comme on les emploie en Allemagne, note 67.
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- Scardasse, en ail. ïi'àmme, forte de drouffette. 128.
- Secondes : on appelle ainft les laines d’Efpagne qui font prifes depuis le milieu des côtes , jufques fous le ventre de l’animal.
- SÉPOULES,en ail. Wefelfpulen, efpece de petites bobines de rofeau de grandeur à tenir dans la poche de la navette, & qu’on charge de fil de trame pour fournir la chiite à mefure qu’on lance la navette : car ce travail s’appelle fépouler} & les ouvrières qui le font, font nommées fépou-leufes.
- Sillons. Voyez écriteau.
- Smith ( John ), chronicon ruftico-com-merciaie, or memoïrs ofivools, n. 19.
- Soie : on appelle ainii des barbes ou
- des filamens fins qui portent les plo*-ques, quand les laines ont été bien cardées. 162.
- Sommier. Voyez chaffe.
- Son ou maque, en ail. Schlag, Zeï~ chen, c’eft un coup de cloche ou de marteau , qui marque le nombre des révolutions de l’afpe. 227.
- Stricage, en ail. das Ausrauhen, c’eft un dernier lainage qu’on donne aux draps fins. 607.
- Suède. Brebis anglaîfes & efpagnoles naturalifées dans ce pays, note 20.
- SuiN ou Su AIN , en ail. Schivei/ï’, c’eft une certaine graide adhérente à- la laine , qui provient de la tranfpira-tion du mouton.
- Surge, fynonyme de fuin. Voyez ce mot.
- T
- Tasseau, en ail. Wanie, piece de la monture des forces. 633.
- Teindre les laines en écheveau, 2. Cette méthode n’eft pas praticable pour certains draps , note 2.
- Témoins : en ail. Zeuge, défaut dans l’ouvrage des tondeurs. 6p6,
- Temple , en ail. Spamiftab , réglé de bois qui porte a fes extrémités des crochets qu’on pade dans les ljfieres pour maintenir l’étoffe d’une piece dans une même largeur 36g*
- Terre à foulon , note 17p.
- Tierces : on nomme ainft les laines d’Efpagne de la troifieme forte ; celles ci iont prifes lur les cuiffes, à la queue & fous le cou du mouton.
- Tisser, tijfer une étoffe, en ail. den Zeug rveben, c’eft paifer avec la navette les fils de la- trame entre ceux de la chaîne; les ouvriers”s’appellent iiffetirs ou tifferandï ; & leur opération , tiffage. 299.
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- Toile : on appelle drap en toile , en all.z/jî/eiralktes Tuch, celui qui fort du métier des tiifeurs, & qui n’a encore été ni foulé , ni lainé, ni tondu, &c.
- Tondre , en ail. fcheeren : tondre un drap , c’effc en couper aves des forces le poil qui a été tiré par les chardons.
- Trait de chardon , en aliem. eine Tracht Karden, c’eft la même chofe que vo/e. Voyez ce mot.
- Trame , en allem. Einfchlag, la trame d’une étoffe eft compofée de fils qui s’entrelacent dans ceux de la chaîne, & qui fe croifent à angle droit.
- Tranché , en ail. gefchoren : on dit qu’un poil eft bien tranché, lorfqu’il eft coupé de près' & bien-uniment.
- 679.
- Trépigner, en ail. meliren, acftion de mêler les laines de différentes couleurs. 164.
- Triage des laines, note 24.
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- Vateau, en allem, Oeffher » efpece de râtelier, entre les chevilles duquel on paife les portées de la chàine , pour qu’elle fe range bien fur l’en-fouple. 302.
- Verdii.lon, en ail. Schnurjlock , perche que les tiifeurs paffem dans les petites croifées de la chaîne. 500.
- Vigogne plaine de) , n. S-
- VoiE , une voie de chardon, en allem. eine Tracht Karden, fe dit quand le drap a été paffé au chardon-dans toute fa longueur , ou quand toutes les avalées font faites depuis la tète jufqu’àla queue de la piece. Voyez avalée.
- Voteau. Voyez vatei.
- Fin de Van de la draperie•
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- ART
- DE FRISER OU R A T I N E R
- LES ÉTOFFES DE LAINE
- Par JVL D u h km. el düMonceaïï»
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- LES ETOFFES DE LAINE (O;
- ï. (5 N frife plusieurs étoffes de laine, & particuliérement les ratines, les peluches, l’envers des draps noirs, &c. Cette opération confi'fte à rouler les tins fur les autres, les poils qui couvrent la fuperficie de l’étoffe , & qu’on laiffe pour cette raifon un peu longs ; de forte qu’un nombre de ces filamens "étant réunis par petits paquets ,& roulés les unsfur les ahtres, forment-au tant de petits boutons. On jugé bien que'cette Opération1 ne donne' aucune* force* à l’étoffe ’qpedes boutons fe'détachent au fervice (2):; mais on a trouve qu’il était agréable-d’avoir une étoffe comme Tablée ou couverte d’un nom* fore confidérable de petits boutons qui fe touchent prefqüe les uns les autres. S’il ne s’agiffait que de ratiner un petit morceau d’étoffe, il fuffirait de l’étendre & de l’attacher fur une table rembourrée bien ferme , & la plus plate qu’il ferait poifib.le 5‘ prenant enfuite une planche fur laquelle on aurait d’abord étendu de la colle forte, & enfuite'faupoudré du fable affez fin * en un mot* ce que les apprêteurs de drap nomment une tuile , & dont nous avons parlé à î’Occalion de l’apprêt‘des draps ,'il'n’y -aurait qu’à appuyer cette tuile fur la furface du drap qu’on veut ratiner, & lui imprimer un mouvement rapide
- ( x ) Cet art a paru en.franqais en 17C6. P étoffe , la frife doit lui en ôter. Pour fpr-
- Ï1 eft à la tête du fixieme. volume de la tra- mer les petits boutons, qui font la beauté
- duction allemande, qui fut publié eni 767. de ces draps , il faut rafîémbler un grand
- On n’y a point ajouté de notes, quoique nombre de . fils , & dégarnir pour cela de
- Ton fabriqué en Allemagne''“des draps fri- -grandes places. Cependant on a trouvé le fés ; -maison a-emprurité* dei Français cette , moyen, de rapprocher des Üocons de laine,. anvention, & on ne l’a point perfectionnée. cnforte qu’ils fe touchent prefque immç»
- ( 2 ) Bien loin de donner de la force à dintement.
- Totale VIL A su
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- LE LA FRISE.
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- & circulaire, les poils fe joindraient les uns aux autres, ils s’entortilleraient les uns fur les autres, & le morceau d’étoffe ferait ratine ; mais ce moyen, peu expéditif & fatigant, ne ferait pas praticable en grand, ou pour un nombre confidérable de pièces d’étoffe qu’on voudrait frifer : c’eft ce qui a engagé à faire cette opération par le moyen d’une machine très-ingénieufe , & qui expédie beaucoup l’ouvrage j on la nomme une frife ou un frifoir.
- Defcription de la frife (3).
- 2. Pour prendre une idée de cette machine, qui paraît affez compliquée , il faut avoir préfent à l’efprit qu’elle doit faire paffer d’un mouvement lent & uniforme fucceffivement toute la longueur de la piece d’étoffe qu’on veut xatiner , entre les deux pièces qu’on nomme le frifoir (4) ; & cette même machine fait mouvoir , d’un mouvement vif, la partie fupérieure de ce frifoir, dont la furface eft couverte de fable fin qui y eft attaché avec de la colle forte ; & cette couche de fable , qui eft fort unie , a un quart de pouce d’épaiffeur au moins.
- 3. Je vais commencer par expliquer les parties qui font communes à ces deux opérations j enfuite j’expliquerai en particulier ce qui eft propre à chacune d’elles. .. .
- 4. Au rez-de-chauffée , pi. I & Il, fig. 1, eft un manege : A font les leviers qui ont chacun dix-neuf pieds de longueur 5 c’eft fur ces leviers que font attelés les chevaux au moyen des palonniers A ,pL II; de forte qu’on n’attele qu’un cheval, quand 011 ne fait ufage que d’uue frife ; on en met deux pour faire travailler deuxfrifes, & quatre quand les quatre frifes travaillent. Entre ces quatre leviers, il y a quatre perches a ,pl. I ,fig. 1, auxquelles on attache la longe des chevaux pour guider leur marche.
- 5. Dans la machine que nous détaillons, ce font les chevaux qui font les moteurs ; mais fouventon profite d’un courant d’eau, qui 11e change rien à ce qui conftitue véritablement la frife.
- 6. Les leviers A , pl. I & II, font tourner l’arbre C, qui s’étend jufqu’au plancher du premier étage j il a trois pieds huit pouces de longueur, depuis ïon extrémité d’en-bas , jufqu’aux enrayures qui portent la grande roue dentée B , qui eft établie à dix pieds au-deffus du terrein. Cette grande roue dentée B a neuf pieds quatre pouces de diamètre, & elle porte foixante-douze dents.
- 7. Cette roue engrene dans deux lanternes D , pi. I & II, qui ont environ quinze pouces de hauteur > leurs plateaux ont vingt pouces de diamètre, &
- -(3) En ail, Frijîcr.mühk,
- (4) En ail. die Miihle.
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- DE LA FRI SE.
- IB?
- tes lanternes font chacune garnie de douze fufeaux ; lès arbres de ces lanternes traverfent le plancher, & tout auprès du carreau du premier étage eft un rouet horifontal F,pl. /, fig. 2, qui eft enarbré avec les lanternes D : l’arbre commun fe termine en b, pl. II; par conféquent le rouet F eft emporté par le mouvement des lanternes D : ainfi la roue dentée B fait mouvoir les deux lanternes D j ces deux lanternes emportent avec elles les deux rouets F qui, engrenant dans quatre lanternes fembtales à G, font agir quatre frifes. On n’en a repréfenté que deux fur les planches I & II, pour éviter la confusion.
- 8- Chaque rouet F, qui a quarante-une dents, engrene dans deux lanternes G , qui ont douze fufeaux ; chacune des lanternes G a un arbre dans lequel font enarbrés, les rouets H, qui ont quarante-deux dents chacun i 2°. une petite lanterne M, dont je parlerai dans la fuite : mais avant d’aller plus loin, il eft bon de favoir que quand 011 veut qu’une des frifes ne travaille pas, on débraye la lanterne G pour l’empècher d’engrener dans le rouet F ; ce qu’on fait au moyen d’un levier Z, qui communique à un autre levier Y , qui embralfe l’arbre de la lanterne G, le fouleve & dégage fes fufeaux des alluchons du rouet F. On 11e peut appercevoir les deux leviers fur la planche I, fig. 1. Je reviens au détail de la machine. Les rouets H engrenent dans les lanternes I,/?/. II, qui ont fept fufeaux. Ce font ces lanternes qui donnent le mouvement aux frifoirs par un moyen bien fimple. *
- 9. L’axe de cette lanterne I,/;/./ 6* //, & encore mieux pl. III ,fig.i&2* eft de fer •, & fon bout d’en-bas eft reçu dans une crapaudine/,pL.lII, fig. 1 & 3. Le haut de cet axe eft reçu dans un collet de cuivre e >pl. III9 fig. 1 & 4, qui a huit pouces de longueur, deux pouces d’épailfeur, & trois pouces de largeur. Ce collet eft fermement affiijetti avec dés Vis dans la piece de delfous du frifoir h h, fig. 1,6. L’extrémité de^cet axe 6* fe termine par une pointe c 9 qui n’eft pas concentrique à l’axe, mais qui s’incline 'fiir un de fes côtés. Cette efpece de broche coudée entre dans le trou e d’un couffinet de cuivre^, fig. i & 5 , quia fept pouces de longueur, un pouce fix lignes d’épailfeur , & deux pouces & demi de longueur. Ce couffinet eft fermement attaché par des vis à la partie fupérieure du frifoir g g ,' St la broche c de l’axe entre à l’aife dans ce trou , y balotte j & comme fon extrémité recourbée décrit une courbe dont le centre eft dans l’axe du point 6*, le couffinet d, & le deffus de la frife g g, fig. 1-6*7, reçoivent un trémonlfement 8c une efpece dé mouvement circulaire, qui convient pour former les boutons de la ratine. f ?
- : . 10. Récapitulons ce qué nous venons de dire. Lès leviers A fout tour-nef la rôue dentée B. Cette roué en* héfilfon engrene dans les deuxdanter-nes D, qui emportent les dethe rouets F *1 qui engrènent dans les quatre lanternes G,''Ces lanternes font * tourner avec elle' les quatre rouets H, qui
- A a jj
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- m de x A' f:ri s e.
- engrènent dans-les huit lanternes I, qui font trémouffer la partie fuperieùre-g des quatre frifoirs. *
- 11. Voila le détail de toutes les parties orui conlHtuent. véritablemenfe
- la machine compofée de quatre frifes ; le.relie ell un acceffoire important, qui fert à tirer peu à peu l’étoffe de toute fa. longueur, pour en foire paffer fucceffivement toutes les parties entre, les deux pièces du frifoir, h h & gg-y de forte que chaque partie de l’étoffe relie affez' long-tems entre les. deux pièces du frifoir pour qu’elle foit ratinée: ou. boutonnée ,& pas alfez pour que les poils foient détruits & emportés. J’expliquerai dans un in liant par quelle méchanique s’opère cette manœuvre mais il fout auparavant expo-fer le travail de la.machine relativement, à l’opération de ratiner ou fnlcr les étoffes. . ,
- 12. On commence pat coucher l’étoffe , c’éll-à-direpar la» plier en
- zigzag fur une forte .table g g,, -pLJF» fig, i, qui ell, rembourrée de lippes ; & fous cette table ell un fondetR, ou une, eFpec.e de cage , dans laquelle on arrange .l’étoffe à mefur.e. » qu’.elie,. paife. fur la. -table.* afm.rqu’elle ne fe iàT liife pas. ... ' - • , ? . , • ,
- 13. Quand , en pliant l’étoffe , il ne relie plus que le bout fur la table afin que l’étoffe- foit frifée dans toute fa longueur, on y coud un morceau, de drap blanc h pl. lll, fig. 4,,.. tout-à-foit au bord de la piece d’étoffe i : cette couture 11e fe foit point , avec. du-fil-, mais avec deux broches^de fil d? fer qu’on enlace d'ans l’étoffe h le morceau de drap i qu’oiy y ajoute.
- 14a .Quand la. piece d’étoffe;, qffon veut frifer ell pliée en zigzag, ou.,, comme l’on dit, rangée, & qu’Qiiiy-a ajouté rie/morceau de drap dont nous venons de parler ». on- ôte les bâtons K, pl. H, fig- 1 , qui fervent à appuyer la partie g du frifpir contre la partie fi * O11 foulev.e la partie fupérieure g g du frifoir au nioyem^du. fléaux aip bout. duquel ell .un, poids qui aide q foulever. cette: ;partfe • du ofrilpift qui eftaffez lourde. ? .garce qu ’elle- ell form ée d’un bâti;d’affetublage ^pfilJI^Jig^Sb de. pie'ces,qufoonttrois pouces fix lignes; dre. largeur,, dansai e,qu q 1 - fo.n t rg pp 0 r t ésl e s- p arm eaux- c , c, e, comme ou le v.oit;/^ii9,:i:& fôus eefeteipieee eff feruïemeattuff^jettie.ru-ne planche\ gg„ fig. 7 ,. qu’on couvre-de-cplle?forte ,-. fur laquelle.pn faupoudre du fable fin pour foire une couche bien unie d’un quart;de pouç.e. d’é.paiffeur>L & toutes, ces pièces, réujniçaflbrruenl'foépipce[fig. iov,/: 1 •) j-2flvü. -iu.
- -s .1.V-*QüA:ND cpttepartieffu-frilbir ellSouleyfe, on.po£$e la-piece qu’orra rangée ,.d.aiis le;fovdet} pu.-lacage Rie voit en g. On-pofq
- le'moree^u.det drap;bJane-jqy’Uiua .atta,6lié ^tbqrd de-.la piece. fur la table k: qui.fait/ja partie, inférieure; du (frif^ff que le; drap hîanq pende
- en-bas & que la tète, -de, la,pièce Jpitre-xadement couchée,fur la piece /*•,. v.l, lî^Jig.j qui ell couverte, çf’tine panne ffort rafe, bien tendue fur cet tu
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- DE LA FRISE.
- ni
- table* par des cîoüs & des crochets,//. ///, fi g. 14, comme 011 le voit 6. On defcend la piece g,. pl. IL, ou pl. III, fig. 9 , du frifoir lur le côté de l’étoffe qu’on- veut frifer ; on l’appuie avec les bâtons K , pl. Il ; & après ce que nous avons dit de la mécbanique de la frife, on conquit que faifant tirer les chevaux, la partie# du.frifoir qui eif garnie en-deiTous.de fable collé fur une planche , prend un mouvement de trémoulfement un peu circulaire , qui fait frifer le poil de l’étoffe j mais fi l’étoffe reliait trop long-tems entre les deux pièces du frifoir elle s’uferait ; il faut donc la tirer peu à peu par un mouvement doux & régulier , pour que toute la longueur de l’étoffe paffe fuccefïivement dans le frifoir ; & comme il ferait pénible de tirer ainfi peu à peu l’étoffe avec les. mains ,. voici comme la machine exécute cette opération d’une fac;on trèsr-réguliere..
- 16". L’axe de la lanterne G, pl. //, fait mouvoir la petite lanterné M-* cette lanterne engrene dans la roue dentée N; cette roue dentée.emporte avec elle la lanterne O, qui eft portée par le même arbre& cette lanterne O em-grene dans la grande roue dentée p, qui fait mouvoir l’arbre horifontal Q *, qui eif un rouleau de bois couvert dans toute fa longueur d’une efpece de carde, dont les griffes tirent l’étoffe tout doucement ; ainfi il faut concevoir que les rouages M N O P, pl. II, fig.. 1 T&'pl. I,fig. 2, font deftinés, T. à ralentir le mouvement delà lanterne M, pour que l’arbre Q_Q_ tourne lentement j 2°., à renvoyer le mouvement de la lanterne M, jufqu’à Tendroic où doit être placé l’arbre Q_Q; Le morceau de drap blanc qu’on a ajouté, à la piece d’étoffe, & qui répond auX deux pièces du frifoir pendant fur le devant de la machine, paffe fur le rouleau Q_Q_; il enveloppe ce rouleau de la moitié de fon diamètre. On fufpend avec deux bouts de corde une perche de bois TT, pl. /, fig. 2 , bien unie, qui rapproche légèrement la piece vers le rouleau, pour que, quand la machine eft en mouvement, les pointes de ce rouleau s’engagent dans. l’étoffe * & qu’à mefure que le rouleau tourne * il tire peu à peu la piece qui tombe , & s’arrange dans le faudet R , pl. /, fig. 2. Un ouvrier ,./>/. IV^fig..^ * qui eft du côté du rouleau en hériffon * examine fi la piece paffe bien à plat dans le frifoir ; s’il s’eft fait des plis qui forment des queues, de rat*, il les remarque pour les rétablir comme, nous l’expliquerons.
- 17. De l’autre.côté-de- la frife*. la- piece d’étoffe- qui eft rangée dans le faudet R , paflè* avant de s’engager dans le: frifoir , fur une perche é, puis, fur une autre c, & enfin fur une troifieme d qui la dirige à paffcr entre les deux pièces du frifoir.,.
- . IR 'De ce côté de la machine il y a deux ouvriers , pl. IV,fig. 4 ; l’un veille à ce qu’il ne faffe point de plis; l’autre, avec une béquille, détache T étoffe du. hériffon quand elle. s’entortille trop autour* & qu’elle s’y attache.
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- Ï90
- LE LA È Kl S È.
- affez fermement pour ne point tomber dans le faudet. Qfuand la piece eft erL tiérement paffée , on leve la piece g de deffus du frifoir, & avec une vergette en balai on époufte les deux pièces du frifoir , pour qu’il n’y refte point de laine hachée. On porte enfuite la piece d’étoffe dans le faudet R de la table à ranger, pl. IV, fig. <; ; on la paffe de toute fa longueur fur la table ; on la broffs d’un bout à l’autre avec une broffe en forme de balai, & on la range de nouveau pour la faire paffer une fécondé fois par la frifè , ce qu’on répété ordinairement trois fois, & alors l’étoffe eft frifée ou ratinée.
- 19. Quand il y a eu des plis à l’étoffe,l’endroit plié ne fe frife point ; on appelle ces endroits des queues de rat. Pour effacer ces défauts, on paffe deffus une efpece de drouffette ou carde A, pl. III, fig. 11, ou un peigne B * qu’on nomme rebrouÿette ; & les poils étant ainfi alongés , ils fe frifent mieux que le refte de l’étoffe.
- ' 20. Les vraies ratines fon ordinairement d’un tiffu croifé mais 011 ratine ou l’on frife auflï des draps qu’on a foin de ne point tondre de près ; & particuliérement on frife l’envers des draps noirs fins, qu’on débite à Paris-Quand on ratine l’envers des draps noirs, c’eft l’endroit du drap que l’on couche fur la panne de la table du frifoir ; lorfque ce font des étoffes qu’on veut frifer ou ratiner à l’endroit, c’eft leur envers qui repofe fur la panne.
- 2i. On varie un peu la manœuvre fuivant la fineffe & l’efpece d’étoffe qu’on veut ratiner ; mais ce font des détails dans lefquels nous ne pouvons pas entrer, & qu’011 apprend aifément par l’ufage.
- .. . ............ ....
- EXPLICATION DES PLANCHES.
- Planche I.
- Jfi'iGURE 1. Elle repréfente le plan de la partie de la frife ou du frifoir qui eft au rez-de-chauffée : c’eft le manege.
- A, les leviers où l’on attele les chevaux ; comme la machine fait jouer quatre frifoirs, & comme on eft maître de ne faire travailler à la fois qu’un , deux ou trois frifoirs , on attele autant de chevaux qu’on defire faire agir de frifoirs : a, perches auxquelles on attache la longe de chaque cheval pour le diriger dans fa route.
- B , grande roue à hériffon, qui eft emportée par le manege & qui fait agir tous les frifoirs. Elle eft placée au-deffous du plancher qui fépare le rez-de-chauffée du premier étage.
- D, deux lanternes qui engrenent dans la roue B, & dont les axes tra*
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- BELA FRISE. i9i
- erfent le plancher qui fépare le rez-de-chauffée du premier étage : chacune de ces lanternes fait agir deux frifoirs.
- C, eft la coupe horifontale d’un arbre vertical & tournant, qui eft mu par les leviers A, & qui emporte la grande roue dentée B.
- Figure 2- Cette figure repréfente le plan de la partie de la frife qui eft au premier étage.
- EE , la difpofition de deux des quatre frifoirs au premier étage autour du point C qui repréfente le bout de l’arbre C de la fig. I.
- D , eft l’axe d’une des lanternes D de la fig. 1. Cet arbre emporte le rouet F , qui engrenant dans les deux lanternes G G , fait jouer deux frifoirs. Il y a un pareil rouet de l’autre côté de C, qui fait agir les deux autres fri-les, & qui eft mis en mouvement par une des lanternes D, fig. i.
- La lanterne G, le rouet H & la petite lanterne M font portés par un même arbre horifontal ; ainfi la lanterne G emporte avec elle le rouet H & la petite lanterne M.
- Le rouet H engrene dans la lanterne I, qui met en mouvement la partie fupérieure du frifoir g g.
- La lanterne M, qui eft mue par l’arbre du rouet H, engrene dans la roue à hériifoiiN, laquelle fait tourner la lanterne O qui eft fur le même axe ; & cette lanterne engrene dans la roue à hérilfon P, dont l’axe Q_Q_ eft hérilfé de fils de fer comme une carde. Les roues & lanternes MN, O P font defti-nées à faire tourner d’un mouvement lent l’arbre horifontal Q_? qni par fes griffes tire la piece d’étoffe à mefure qu’elle eft frifée. T, eft une perche de bois qui appuie fur le drap pour le rapprocher de l’arbre Q_Q_, afin que les griffes prennent dans l’étoffe avec aifez de force pour la tirer d’entre les deux parties du frifoir.
- R, un grand faudet qui eft fous le frifoir : R, un petit faudet qui eft fous le rouleau Q_Q_: Z, Z, leviers de fer qui fervent à débrayer les lanternes G, G, quand on veut qu’un frifoir ne travaille pas. Ce levier fera repréfenté plus fenfiblement dans d’autres figures.
- Planche II.
- Au bas de la planche eft le profil & l’élévation des frifoirs, dont on a vu le plan fur la planche I: les pièces pareilles font marquées de mêmes lettres.
- Au rez-de-chaulfée ou dans le manege, A, les leviers avec leurs palonniers, pour atteler les chevaux : on n’en a repréfenté que deux 5 mais il y en a quatre. C,l’arbre tournant, d’où part une enrayure qui foutient la grande roue à hérilfon B. Cette roue engrene dans deux lanternes D ; 011 n’en a repréfenté qu’une.
- On voit dans cette figure comment cette lanterne eft foutenue par une piece courbe qui eft liée au plancher par des étriers, afin de ne point embarralfer le manege. On yoit aulfi que l’arbre de cette lanterne traverfe le plancher,
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- DE LA FR T S E.
- 10
- polir communiquer le mouvement aux rouages qui font au premier étage* Cet axe fe termine en b > & fait mouvoir le rouet F , qui engrene dans les lanternes G. On n’a repréfenté qu’une lanterne D & un rouet F. La lanterne & le rouet que nous ne faifons pas appercevoir, font derrière ceux que nous avons repréfentés, & en font éloignés de tout le -diamètre de la grande roue B B.
- Il faut remarquer qu’à la droite de cette figure , la machine eft coupée pal-un plan perpendiculaire à l’arbre 11, pi. I,fig. 2 ; de forte que cet arbre eft coupé en deux, a in fi que les rouets H & les lanternes G & M ; on y a fup-primé les roues dentées N & P , ainfi que la lanterne O , & le rouleau hériflé de pointes Q_Qj enfin une partie du faudet R. A cette partie droite de la figure, f-étoffe Q_paffe du faudet où elle eft rangée,entre les deux tables du frifoir g g& h h. A la partie gauche de la même figure , toutes les pièces font entières, & on voit l’étoffe Q_qui a palfé dans le frifoir, & qui retombe frifée fians le faudet R.
- F, un des deux rouets qui font au-deffus du plancher. Il engrene dans les lanternes H, qui emportent avec elles les rouets H & les petites lanternes M. Les rouets FI engrenent dans les lanternes I, qui font mouvoir la table fupé-rieure du frifoir g, comme 011 le verra plus fenfiblement dans une autre figure» La petite lanterne M fait tourner l’hériifonN, qui emporte la lanterne O» & cette lanterne fait tourner î’hériffon P, qui emporte lentement le cylin-dreQ_Q_5 qui eft hérilfé de pointes.
- R eft le faudet : q , l’étoffe pliée ou rangée dans le faudet : au-deffus de Q_, eft une perche défignée par une ligne ponétuée & fufpendue par des cordes elle fert à appuyer un peu l’étoffe contre le cylindre Q_Qj h /z, eft la partie fixé^& inferieure du frifoir : g g , eft la partie mobile & fupérieure : K, K, font? des morceaux de bois qui prelfent la partie g du frifoir contre la partie h.
- Z , eft une partie du levier qui fert à débrayer la lanterne G. Ce levier fera repréfenté plus fenfiblement dans une autre figure.-
- Toutes les roues, tous les rouets & toutes les lanternes font delfinées en grand au haut de la planche, & cotées des mêmes lettres qui les annoncent dans la machine repréfentée en place au bas de la planche.
- Planche III. '
- La figure 1 eft deftinée à faire voir plus en grand toutes les parties du frifoir. I, eft la coupe de la lanterne , qui eft mife en mouvement par le rouet H, qui n’eft point repréfenté fur cette planche : /, eft une crapaudine de cuivre qui reçoit l’axe & de la lanterne I. Cet axe eft de fer ; il eft par en-haut reçu dans un.collet de cuivre e, qui eft fermement attaché à la partie h h du frifoir, laquelle eft immobile. L’axe & fe prolonge au-deffus du collet e ; il eft un peu courbé à fou extrémité c, & il entre à l’aile dans le collet de cuivre d, qui eft fermement attaché à la partie fupérieure & mobile du frifoir g g. On conçoit
- que
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- DE LA FRISE
- m
- .que quand la lanterne I tourne, comme l’extrémité c eft inclinée vers un des côtés,elle imprime un mouvement au collet de cuivre d, & par une fuite néceffaire, à la partie fupérieure & mobile g g du frifoir, Ce mouvement n’eft pas confidérable j mais il eft fuffifant pour frifer l’étoife. Nous avons dit que pour mettre l’étoffe entre les deux parties g g Schh du frifoir il fallait foulever la partie fupérieure g g du frifoir: c’eft ce qui s’exécute aifément au moyen du levier r. Il y en a un à chaque bout du frifoir.
- La figure. 2 repréfente l’axe de la lanterne I ;/en eft le corps , & ç l’extrè-mité recourbée, qui fait jouer le frifoir. . ,
- La figure 3 repréfente la crapaudine f, fig. 1 ; la figure 4, le collet c ; & la figure ^ , le collet^, auquel l’extrémité c de l’axe de la lanterne I imprime dû •mouvement.
- La figure 6 eft la table de deffous & fixe h h du frifoir. Cette table eft rembourrée de nopes , & couverte d’une peluche fort rafe , qui eft clouée fur les côtés de la table , & tendue par les bouts avec des crochets * figure 14^ comme on le voit figure 6.
- La figure 7 eft une partie de la table mobile ou du ^deffus gg du frifoir. C’eft une planche qui eft couverte d’une couche bien unie de fable, attachée avec de la colle.
- La figure 8 eft un bâti de menuiferie, dans lequel on rapporte les panneaux ce, figure 9 ; & c’eft fous ce challis qu’on rapporte la planche , figure 7 5 comme on le voit figure 10. La figure 11 AB, & la figure 12, font des peignes ou des efpeces de cardes ou de tuiles qui fervent à frifer les endroits qui ne l’ont pas été , comme font les queues de rat.
- ; La figure 13 eft une broife, balai ou époulfette , pour nettoyer le frifoir & fétoffe.
- Planche IV.
- Figure 1 , table à coucher , vue par le.bout.
- R, faudet : gg, piece d’étoffe.
- Figure 2 , table à coucher, vue fuivant fa longueur : A, faudet. ‘ ;
- . Figure 3 , R, plan du faudet. !
- Figure j , un ouvrier qui époulfete une piece d’étoffe, & qui la range ou la plie en zigzag.
- Figure 6, B CD, perches autour defquelles paffe l’étoffe avant d’entrer entre les deux pièces du frifoir : E„ perche fufpeuduepar des cordes, qui fert à appuyer l’étoffe fur un cylindre hériffé de pointes, n
- La figure 4 repréfente la partie de la machine qui eft au premier étage, vue en peripective. ' - ’ , . '
- *- F , grand rouet horifontaî qui’engrene dans la-lanterne G, qui eft ehar-brée avec le rouet H, qui engrene dans la lanterne I qui fait mouvoir la Tome V1U < B b
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- ï?l DE LA FRISE
- partie g de la frife î h en eft le deffous ; K, des morceaux de bois qui appuient fur le deflus g du frifoir : R, levier pour foule ver le deflus du frifoir j il y en a autant à l’autre bout : A , ouvrier qui reçoit l’étoffe au fortir de la frife :: B, ouvrier- qui, avec une béquille , figure 7, dégage l’étoffe par-deffous le métier, pour qu’elle fe préfente régulièrement dans le frifoir , & qui veille à empêcher que l’étoffe ne fe roule lii-r le cylindre Q_ hériffé de pointes : S, l’étoffe qu’on frife : R, le faudet.
- Figure g, eft' un tourne-à-gauche de feize pouces de longueur, pour monter & démonter plulieurs parties de la machine-.
- EX F LIC ATI O N de quelques termes qui font propres à l'art de frifer les étoffés de laine..
- Coucher l’étoffe. Voyez ranger-..
- E
- Epoussette ,.enail. Kehrbürfe, forte de balai qui lert à é pouffe ter & nettoyer, ou les frifoirs, ou l’étoffe qu’on frife, à mefure qu’011 la range dans le faudet.
- F
- Faudet i c’eft une cage à claire-voie* formée de barreaux, dans laquelle on met les pièces d’étoffe, pour prévenir qu’elles ne fe faliffent, comme elles le feraient fi elles portaient fur le plancher.
- Frise ,.enail. Frifer mühle j machine qui fert à frifer ou ratiner plulieurs efpeces d’étoffes de laine*
- Friser une étoffe , c’eft raffembler , & tortiller les uns fur les autres les
- poils d’une étoffe de laine, de façon qu’ils forment de petits boutons : comme on donne cette préparation - -principalement aux ratines, on l’appelle communément ratiner : on dit,
- - il faut ratiner cette efpagnolette, ce drap, &c.
- Fri soi R, table couverte de fable attaché avec de la colle, & qui fert à fri-
- Fin de Part de frifer
- fer les étoffes ; c’eft une des pièces principales de la frife. Quelquefois». & peu exactement, on emploie le terme de frifoir, au lieu de celui de
- Nopes , laine courte que les tondeurs lèvent de deflus les draps*
- Q,
- Queues de rat , endroits qui n’ont point été frifés à la.première opération : il s’en forme par- to ut où il s’eft fait des plis.
- R
- Ranger une piece d’étoffe qu’on veufr ratiner, c’eft la plier en zigzag pour qu’elle fe déplie aifément, pour paf-fer entre les deux parties du frifoir..
- Ratiner. Voyez frifer..
- Rebroussette, en ail. Diflel, c’eft une efpece de carde» ou une lame garnie de dents, qui fert à relevej:-le poil aux endroits où il s’eft formé des queues de rat.
- T
- Table a ranger 5 c’eft une table dont le:deflus eft en dos de bahu, &,re.r% bourrée de nopes.
- les étoffes de laine,.
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- ART
- DE FAIRE LES TAPIS,
- FAÇON DE TURQUIE,
- J v- v
- CONNUS SOUS LE NOM DE TAPIS DE LA SAVONNERIE ;
- Sur les mémoires 8? injïruHions de M. de Noinville, ancien directeur de la manufacture royale de Chaillot ( i ).
- ♦g =====--g===rr=r=rrr- -r-r—- *
- i.ILa defcription (*) des arts inter elfe différentes perfonnes. i°. Les ouvriers à qui on indique les meilleures pratiques qu’ils doivent fuivre.
- ( i ) La defcription de cet art parut en 17(56, & fut traduite en 176g. Al. Schre-ber y a ajouté un très-petit nombre de notes.
- (* ) Je n’ai rien trouvé dans le dépôt de l’académie, qui eût rapport à cet art, ni deflins, ni mémoires ; mais Tachant que M. de Noinville en poffédait fupérieure-ment tous les détails , je le priai de m’aider de fes connaillances : & ayant agréé ma propofition , non feulement il a eu la com-plaifance de venir avec moi à Chaillot, & de m’expliquer toutes les manoeuvres , mais de plus il m’a donné des mémoires fur toutes les opérations de cet art. Je dois encore des remercimcns à M. du Vivier , pour toutes les politeffes que j’ai reçues dé
- lui dans cette manufacture royale , dont il eft actuellement directeur.
- Pour eflayer de rendre l’art que je publie le plus complet qu’il ferait poffible, j’ai cru devoir m’informer de ce qui fe pratique dans la fabrique d’AubulTon, qui, depuis 1740 , fait des tapis de pied , façon de Turquie. J’étais bien informé que les tapis qu’on fabrique à Aubuflon , n’approchaient pas de la perfection de ceux qui forcent de la manufacture royale de Chaillot; mais comme les ouvrages d’AubulTon revendent un prix très-modique , en comparaifon de ceux de la favonnerie de Chaillot, je jugeai que la main-d’œuvre devait être beaucoup plus expéditive; & pour en être exactement inftruitjje m’adrelTai, fous les auf.
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- 2. 2°. Ceux qui veulent faire des étabUlTemens , trouvent dans Fhi'ftoire des arts les découvertes qui ont été faites : ce qui leur épargne des efforts
- pic£S de M, Trudaîne , à M. Châteaufavier, înfpecteur dès manufactures à la rélidence tTAubùffôn, dont je connaiffais le zele pour le progrès des arts & la capacité. On verra, par les notes que m’a envoyé M. Châteaufavier , que la principale différence entre ces deux fabriques, confifte dans la fineffe des matières.
- La manufacture d’Aubuffon a un avantage bien effentiel ; c’eft celui d’occuper journellement 290 perfonnes, qui en tirent <eoute leur fubfiftance. On ne pouvait l’établir dans un endroit plus convenable , par le bas prix où y font les denrées ; d’ailleurs on y voit l’efprit inné du métier dès les plus tendres années : la preuve en eft évidente. Les ouvrières commencent à travailler à Ces tapis dès l’âge de neuf ans, & l’on eft furpris de voir la dextérité & l’ai-fance avec laquelle elles s’y prennent, prefque dès le premier inftant qu’elles s’y adonnent. Elles fe contentent d’un falaire très-modique ; & c’eft pour cette raifon qu’on s’eft attaché à n’occuper que des femmes & des filles à cette fabrique. Il aurait fallu au moins tripler la fornme qu’on leur donne , pour y employer des hommes, ce qui aurait porté les tapis à un trop haut prix , & infailliblement par cette raifon elle n’aurait pu fe foutenir.
- On ne connaît fur cette matière qu’un ouvrage intitulé : Stromatourgie , ou de Vexcellence de la mamtfatlure des tapis de Turquie, nouvellement établit en France, fous la conduite de noble-homme Pierre Dupont, tapiffler du roi efdits ouvrages. Paris , en la maifon de l’auteur, en la galerie du Louvre, 1632. Volume in-40 de 3 4 pages.
- Cet ouvrage eft moins une defeription qu’un éloge de l’art. Il eft divifé en quatre chapitres , qu’il appelle parterres. Le pre-*iier contient la définition & l’explication
- du mot Jlromatourgie. Cet mot eft compo-fé de deux mots grees <rrpùiuuç, tapis , & spyw > ouvrage.
- Le fécond chapitre ou parterre, traite de l’antiquité & excellence de l’invention des tapifferies , qu’il fait remonter jufqu’au tems du tabernacle, & aux habillemens que Dieu ordonna à Moyfe de faire faire pour le grand-prètre. Mais ces ornemens n’étaient pas de la fabrique dont il s’agit ici , puifqu’ils n’étaient que peints ; & il parait, au rapport de Pline, que l’on n’y employait que quatre couleurs , le blanc , le verd , le rouge & le noir. Notre auteur dit que, de fon tems, les Turcs n’employaient encore dans la compofition de leurs tapis, que les fept couleurs principales. Après avoir parlé des tapifîiers Sarra-fmois, il rapporte une fentence du châtelet de Paris , rendue en 1295 , en faveur des tapiffiers de haute-lice (2) contre les tapif-fiers Sarrafinois : ce font les ouvriers qui travaillaient les tapis à la façon du Levant.
- Dans le troifieme chapitre ou parterre, l’auteur dit fort en bref comment on doit fixer & établir une manufacture de tapis deTarquie; comment on les travaille; quel eft le nom des outils ; comment on monte la chaîne : mais il ajoute que le point de Turquie ne peut s’enfeigner que parla pratique.
- Quatrième chapitre ou parterre. Hiftoire de l’établiffement de la manufacture de tapis de Turquie à Paris, en faveur de Pierre Dupont, inventeur de ladite manufacture, fils de François Dupont, tréforier de la
- f2) Pour entendre ces deux expreffaons de hautc.lice & de bajjedice, il faut fe rap-peller qu’une tapifferie eft de haute-lice, quand la chaîne eft tendue de haut en-bas. On dit qu’elle eft de bajfe-lice, quand la chaîne eft tendue horifontaletnent.
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- FAÇON DE TURQUIE. 199
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- inutiles pour chercher ce qui eft déjà connu. Comme les uns & les autres doivent avoir des connaiiîànces dans l’art qui fait l’objet de leur occupation, ils entendent avec facilité les détails les plus compliqués ,8c ils font: en état de comparer fans peine la différence de leurs pratiques d avec celles, qu’on leur indique.
- 3. 3°. La defcription des arts intérelfe encore ceux qui, curieux de con^ naître les progrès de l’efprit humain, veulent avoir une idée générale de toutes, les inventionsj il eft vrai que ceux-là ne fe propofant pas de pratiquer l’art qu’ils examinent, ils n’en faillirent ordinairement que l’hiftoire & les princi-. paux traits ; prefque tous les détails leur échappent, ou ils les négligent.
- 4. Un quatrième avantage , qui a peut-être plus contribué que les autres à faire entreprendre à l’académie la defcription des arts, & qui oblige à ne négliger aucun des petits détails de pratique, eft d’avoir un dépôt qui puilfe mettre fur la voie de retrouver les arts qui fe feraient perdus.
- 5. Il 11e faut cependant pas s’imaginer que ceux qui voudraient les faire renaître, y puflfent parvenir fans peine à l’aide des descriptions exades qu’011 s’efforce de rendre les plus claires qu’il eft polfible. On ne peut tranfmettre ce qui dépend du génie des maîtres & de l’adrelfe des ouvriers ; mais avec de l’intelligence & de la perfévérance, ils pourront, après avoir fait des effais groffîers, parvenir peu à peu au degré de perfection où ils délireraient atteindre.
- 6. Malgré la difficulté qu’il y a à bien pratiquer l’art que nous nouspro**. pofons de décrire, on ne peut douter de fon ancienneté, puifqu’il était* connu des anciens Perfes; & il s’eft toujours confervé dans le Levant, où on le pratique encore aujourd’hui.
- 7. Il y a quelque lieu de préfumer que, dans l’irruption que les Sarralins; firent en France du tems de Charles Martel, quelques ouvriers s’y établirent: & firent des tapis à la façon de leur pays. On en a la preuve par les réglemens faits au châtelet de Paris pour la communauté des maîtres tapillîers de cette ville, puifque, par les ftatucs de cette communauté , les ouvriers Sarrafins; font reconnus comme les plus anciens de ce corps.
- 8,. La fabrique des tapis, façon du Levant, s’eft infiniment:perfedionnée
- gendarmerie en 1604. Le roi Henri IV fe fait ce grand prince, enrichir la France ^ propofait d’établir cette manufacture dans & faire travailler une infinité de fainéant toute la France, comme il avait fait celle des & de vagabonds. Mais la mort ayant enu tapifferies de Flandre, de l’or de Milan , & pêché ce prince de iuivre l’exécution de ce des étoffes de d-rap dùr.& de foie, afin projet , ce ne fut qu’en 1626 que Pierre d’empêcher le tranfport de l’or & de l’ar- Dupont futétabli, av.eC;Sjmon LoreCdçr.foîî! g#nt,qui fe Fit hors de France, par le trafic, apprcntif. continuel defdites étoffes ; & par ainfi., di-
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- fous le régné de Henri IV, où, en confervant la mèrae méchanique qui y était établie, on parvint à exécuter des ouvrages plus parfaits.
- 9. Sur la fin du feizieme fiecle & au commencement du dix-feptieme , vivait un particulier nommé Pierre Dupont, qui avait fait de bonnes études, & qui avait appris par délaffement l’enluminure, chofe aifez d’ufage dans .ce tems-là. Les malheurs de la ligue lui ayant enlevé fon état & fa fortune, il chercha une relfource dans le travail en tapiflërie, & choilit le point far-rafinois. Frappé du peu de goût de ces fortes d’ouvrages, & fon génie lui faifant appercevoir qu’il était poilible de les perfectionner au pdint de pouvoir imiter toutes fortes de tableaux, il imagina des changcmens qui perfectionnèrent cette fabrique* & elle devint entre fes mains infiniment plus eftimable.
- 10. Ces fuccès firent que Henri IV le nomma fon tapiiïier ordinaire, & lui donna un logement par brevet dans fa galerie du Louvre , en 1608. Ses fucceifeurs ont continué de perfectionner le même art. Cependant on apper-çoit, qu’avec quelques légers changcmens & quelques dépenfes déplus, il pourrait encore être porté au-delà de ce qu’il a été jufqu’à préfent. On peut en juger par des petits morceaux qu’on s’eft attaché à faire avec plus de foin que les grands tapis. Il eft effectivement furprenant de voir avec quelle vérité & quel effet 011 peut repréfenter tous les objets de la nature. Cette fabrique fournit tous les moyens de faire avec facilité les mélanges les plus parfaits dans les couleurs , & de rendre le moelleux ou le gras des plus beaux tableaux. Son velouté occafionne la répétition des ombres, & donne par-là beaucoup d’ardeur fans dureté (3).
- 11. Malheureusement la partie du génie qui eft néceffaire pour atteindre à ce degré de perfection , ne peut fe tranfmettre. Il faut, à la vérité, beaucoup de pratique & d’étude ; mais cela 11e fuffit pas, & chaque ouvrier devient plus ou moins habile , fuivant l’étendue de fon intelligence & la faga-cité de fon efprit.
- 12, Nous 11e nous propofons donc d’expofer ici que la méchanique de cet art, puifque c’eft la feule chofe que l’on puiffe décrire. Et pour traiter notre fujet avec ordre, nous le diviferons en trois parties. i°. Les matières avec lefquelles fe font les tapis du Levant. 2*. La defcription du métier, & la façon de le monter. 3°. Ce qui regarde la main de l’ouvrier.
- (3) Cet art pafla de France dans les Pays- enfuite dans le Brandebourg , & enfin à Bas , où l’on fabrique encore aujourd’hui Berlin , où les héritiers d’un Français , de fort beaux tapis. De là il a été tranfpor- nommé Defvignes , pofledent une belle té en Allemagne , d’abord à Schwabach , manufacture.
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- Des matières qui doivent former le tijfu.
- 13. La chaîne eft faite avec au moins trois brins d’une laine fine , point iarreufe , & retorfe, pour qu’elle ait plus de force ; elle doit de plus être filée bien également. Cette chaîne qui forme le cannevas fur le quel l’ouvrier doit travailler, fe monte fur un métier, & c’eft fur les fils de chaîne qu’on lie la laine qui forme véritablement le point, ainfi que nous l’expliquerons (a).
- 14. Le tiifu de ces tapis préfente un velouté fait d’une laine fine teinte en toutes fortes de couleurs alïêz nuancées pour former les diiférens deiiins que repréfêntent les tableaux qu’on veut imiter (b).
- if. Il faut que cette laine foit de bonne qualité, & fur-tout alfez moel-leufe pour recevoir la teinture jufques dans le cœur j car comme 011 la coupe, i’intenfité de la couleur ferait fort diminuée, fi la teinture 11’avait pas pénétré dans l’intérieur. Il faut de plus, qu’elle foit filée bien également 5 ces deux conditions contribuent beaucoup à la perfection de l’ouvrage.
- 16. Il faut encore du fil de chanvre qui foit allez fin pour tenir peu de place i cependant il doit avoir fulfifamment de force pour réfifter au peigne (c). Ce fil qui fert à lier tout l’ouvrage , ne doit point paraître, étant entièrement recouvert par la laine du tiifu ; il s’enlace comme une trame entre les fils de la chaîne. On verra l’emploi de ces différentes matières, lorfque nous expliquerons le travail de l’ouvrier (d).
- 17. On doit remarquer que, fi l’on veut faire des meubles ou d’autres petits ouvrages de cette étoffe , la chaîne doit être plus fine que quand on
- ( a) La chaîne des tapis qu’on fabrique dans lu manufacture d’AubufTon en laines groiïieres, eft cotnpofée de fix brins retors enfemble , d’étain qu’on tire de Tulle en Limofin , très-fort & moelleux. Après une multitude d’expériences , cette qualité a paru la plus convenable pour ces fortes d’ouvrages ; on s’en fert également pour les •tapis fins , excepté qu’on n’y met que qua. tre brins; mais auffi les portées en font plus multipliées.
- ( b ) La laine qu’on emploie à AubufTon pour le velouté dans.les tapis ordinaires , vient de Maringue , haute Auvergne : on en a éprouvé de plufieurs autres provinces, & même de l’étranger ; elle a paru la plus propre, foit pour la force, foit parce qu’elle eft infiniment plus amoureufe que toute au-tre pour la teinture : les autres , coupées, Tome VIL
- fe montraient blanches en-dedans , ou n’avaient le plus fouvent reçu qu’une légère imprefiîon de la teinture ; d’ailleurs elles étaient pour la plupart cotonneufes, ce qui faifait encore un mauvais effet.
- ( c ) On fe fert communément à la favon-: nerie , de fil de Bretagne.
- ( d ) Dans les premiers tapis qui ont été fabriqués à Aubulfon , on s’était fervi, à l’inftar de la favonnerie , de fil de chanvre pour la paffée; mais on s’apperqut qu’il écorchait la chaîne , & qu’il rendait les ta» pis trop roides : il y en eut même des plaintes, parce qu’on ne pouvait les tendre parfaitement fur les parquets. On eut donc recours à la laine, & 011 s’en trouve bien : elle eft de qualité équivalente à celle de la chaîne, excepté qu’elle n’elt qu’à deux brins, auiTi retors enfemble.
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- fait des tapis , qui étant pour l’ordinaire de grandes piec.es , exigent plus de force & de confiftance (a).
- Detail des pièces qui compofent le métier.
- 18» Le bâtiment où l’on a defîein de placer les métiers deftin.és. à cette fabrique, doit être compofë de falles.fort vaftes , puifque l’on fait des tapis, de trente pieds de largeur. Il faut que le métier ait. toujours quatre ou cinq-pieds plus de largeur que le tapis, que l’on veut monter » cet excédant étant néceflaire pour les manœuvres dont nous parlerons dans un inftant (£)-.
- 19. Pour les meubles, les métiers doivent être plus petits ; mais le travaiL eft toujours le même,.
- 20. Un métier eft cpmpofé de deux montans AC, B D, i & 2 *
- que l’on appelle coue.re.ts (4). Ce font,, pour des. métiers de trente pieds de largeur, deux pièces de bois de chêne de vingt, ou vingt-deux pouces de; large, de fépt ou huit pouces d’épaiifeur , & de neuf à dix pieds de hauteur y il faut que chaque cotteret foit percé de deux trous ,. un en-hautl’autre en-, bas, d’environ un pied de diamètre& ces trous doivent être éloignés les uns des autres d’environ fix pieds EF» fig..1 & 2. Us doivent être parfaitement ronds. Ces deux piec.es AG, BD forment les côtés, du challis du; métier à la droite & à la gauche des ouvriers (c),
- 21. Ces montans (ont alfembléspar en-bas.à un fort patin de menuife.
- (à) On a rarement fabriqué à Aubuflon d’autres meubles que des tapis ; on s’eft fervi de chaîne & de paflee plus fine , lorf-qu’on a été dans le cas de faire des écrans, des fauteuils, &c.
- (Mil n’y a point à Aubuflon de bâtiment particulier, deftiné pour cette fabrique. Dans fon origine , le roi fit la dépenfe de fix métiers, munis d’uRenfiles , lefquels furent donnés à deux maîtres-ouvriers au fait de la conduite de ces ouvrages , pour y. avoir travaillé en Angleterre ; ils les placèrent dans leurs maifons avec affez de gêne ; fucceflivement à proportion qu’on a vu que les tapis prenaient faveur, on a augmenté le nombre des maîtres , qu’on avait à cettç intention formés de longue main, & en même tems celui des métiers , y ayant actuellement cinq maîtres qui font travailler chez eux chacun pour leur compte. Quatre fe font très-commodément logés, ayant fait
- conftruire des bâtimens exprès ; & le. cin«. quieme fe propofé, lorfque fes facultés le lui permettront, d’en faire autant. Ils ont-entr’eux tous vingt-quatre métiers de. différentes grandeurs ; il y en a qui ont jufqu’à* trente pieds : lorfque les tapis font plus grands, on fait, les bordures féparément, & on les rapporte fans qu’il y paraifie.
- Par la vérification qu’on a faite , avec: toute l’attention poffible de chacune des pièces qui compofent les métiers de la fa-, vonnerie, & de leur forme, il elb reconnu. qu*il n’y a nulle différence d’avec ceux, d’Aubuflon ; ils font exactement les mêmes,
- ( 4 ) En ail. Saule.
- ( c ) Nous ayons repréfenté fur la pi. j un petit métier pour meuble , où tout eft proportionnellement plus petit qu’au grand» métier, que nous décrivons plus en détail; que l’autre,
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- F A CO N DF TURQUIE,
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- ïfe'C D ,•& liés par en-haüt B-, aùxpoutres ou aux foîives du plancher, par de fortes brides de fer qui les attachent aux poutres , ou par des arcboutans de fer qui répondent à plufieurs folives.
- 22. Il faut de plus deux cylindres ou enfouples (y) de bois de fapin (rf), parfaitement rondes GH, IK ,/>/./,fig. 2, 3 & 4. Elles doivent être garnies de'frettes de fer aux deux bouts, de peur qu’elles n’éclatent. On voit ces fret-tes en GH, fig. 3. Si les enfouples étaient de bois de chêne, elles feraient trop pelantes & difficiles à rouler : il faut qu’elles aient, pour les grands métiers , dix-huit à vingt ou vingt*deux pouces de diamètre 3 qu’elles aient dans toute leur longueur une rainure de deux pouces de large, fur deux pouces & demi de profondeur ; que les deux bouts de ces enfouples foient taillés en forme de tourillon , pour pouvoir entrer dans les trous E F, fig. 1 , des cotterets j & li le diamètre de l’enfouple eft de deux pieds , celui des tourillons eft réduit à un pied. Ainli il faut concevoir qu’il doit y avoir deux enfouples pareilles* une en-haut du métier, l’autre en-bas, & que leurs extrémités entrent dans les trous EE,FF ^ fig. 1 6* 2, des cotterets: elles font donc comme deux traverfes GH, IK ?fig. 2. Il y a une autre tra-verfe LM, fig. 2 & f , qu’on nomme la perche de lijj'e (6) 5 c’eft une piece de bois ronde qui doit avoir la même longueur que les enfouples , & environ fix pouces de diamètre. On la place en avant du métier, comme on le voit fig. 2. Elle doit être portée par des barres de bois JM , de deux pouces d’équar-ridage,fig. 1 6* 2, qui fe placent dans les trous qui font fur le devant des cotterets , & fur un montant qui çft en avant des cotterets > afin de pouvoir monter & baiifer cette perche liife fuivant le befoin. Aux grands métiers * cette traverfe N eft foutenue par un montant 3 aux petits métiers la traverfe-N, qu’on voit auffi fig. 9 , ne tient que par fon tenon.
- 23. Aux grands métiers, les cotterets ne font point liés l’un à l’autre par des traverfes 3 mais ils font affujettis au plancher de l’attelier par leur bout d’en-haut B * 8c affermis par les enfouples & le patin d’en-bas qui eft très-iblide.
- 24. Il faut encore des planches de la longueur des enfouples 3 elles fervent de bancs aux ouvriers qui s’affeyent devant le métier.
- 25. Ce qu’on appelle l'équipage du métier, confifte en quatre ardieres (7) » deux pour l’enfouple d’en-bas , & deux pour l’enfouple d’en-haut. Ce font de groffes cordes <z, pl, I, fig. 11. Voici comme on arrête les ardieres à l’en-
- (a) Comme il n’y a pas de fapinsà Aubuf- de revenir à cette première, fon , les enfouples & toutes les pièces des (ç) En ail. Garnbaume.
- métiers généralement quelconques, font (6) En ail. der Schafft mit dcn LcfZ«
- de chêne. Après plufieurs efiais d’autres ten. efpeces de bois pLs légers , on a été forcé ^ (7) En ail. Strickc.
- C c ij
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- foupîe a .* le cylindre eft percé de quatre trous diamétralement oppofés* dans lefquels on met des chevilles qui fervent à arrêter les bouts de la corde qu’on nomme ardiere ; elle fait plufieurs révolutions autour des enfouples & forme une anfe dans laquelle on paife un levier b , qu’on nomme bandage. Il faut donc quatre ardieres pour les quatre bouts des enfouples. Celles de. l’enfouple d’en-bas ne fervent qu’à la tenir en état avec un bandage b, qu’on lie au cotteret avec le lien ou la comendee, fig. n. Mais celle d’en-haut , qui doit faire beaucoup de force , reçoit un bandage ou.levier de neuf à dix pouces de diamètre, fur fix pieds de longueur , avec un fort cable qui eft tendu par un moulinet ou treuil retenu par des crochets de fer qui font fcellés dans la muraille, vis-à-vis des deuxcotterets du métier & derrière les ouvriers. Les cordages des treuils répondent aux bandages ou leviers de l’enfouple d’en-haut, & fervent à la tourner pour tendre la chaîne, ce qui exige beaucoup de force. On n’en fera pas furpris, quand on fera attention qu’il faut tendre avec une parfaite égalité un grand nombre de fils de chaîne qui ont trente pieds de long ; & quelque grolfes que foient les enfouples elles plient infailliblement dans le milieu : ce qui fait que les bords de la chaîne font toujours plus tendus que le milieu , inconvénient auquel on n’a point encore remédié. Je crois qu’il ferait poflîble d^empêcher les. enfouples-de fléchir, en les armant de quatre bandes de fer plat, qui feraient arrafées-à' la ^circonférence des enfouples (a),..
- ^ 26. Nous avons dit que les enfouples pl. I, fig. 3. & 4,. étaient creufées d’une rainure dans toute leur longueur ; ces rainures font deftinées à recevoir des tringles de bois a,a,fig. g , d’environ un pouce de diamètre ; ce font, en termes de tiiferand , àzs.verdillons qui fervent à recevoir une des extrémités de la chaîne. On les arrête dans les rainures avec des chevilles de fer , qu’011 place de dix en dix pouces . comme on le voit aux fig. 3 & 4 , & comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- 27. Aux petits métiers pour faire des meubles , au lieu des ardieres & des bandages dont nous venons de parler, la frette du bout de l’enfouple
- (à) On a éprouvé à Aubulfon le même inconvénient ; toutes les enfouples, faites de bois verd , ont plié dans le milieu à un tel point , qu’on a été obligé d’en changer plufieurs : mais les nouveaux métiers de bois fec n’y font prefque pas fujets ; il y en a même qu i n’ont pas du tout fléchi. On a aufli la précaution , lorfqu’ils relient un certain tems fans travailler, de mettre des étais aux enfouples ; on les foutient avec
- de gros cordages bien tendus, qui paffent dans un anneau de rcr, attaché au plancher d’en - haut. L’infpe&eur , pour faire des épreuves, a lailfé des enfouples toutes prêtes à monter, deux ans expofées au grand foleil & aux rigueurs de l’hiver , en ayant le foin de les faire , de tems à autre , tourner fur différens fens. Le bois ayant une fois fait fon effet, elles ont été les meilleures.
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- ePen-bas, pl. lyfig* 3 , eft percée de trous , & au-deifus eft fortement attachée une douille a, fig. . 6, dans laquelle eft reçue la cheville b, qui entre dans les trous H de la frette, fig. 3.
- 28- Air bout de l’enfouple d’en-haut I K, fig. 4, font des roues dentées, dans les dents defqiielles entre le linguetc, fig. 12 ; cet ajuftemènt fe voit en place EF , fig.r.
- 29. Outre le métier & fon équipage , il faut encore avoir, pour bien arranger la chaîne fur les enfoupies, un vautoir (g) pl. /, fig. 7 ; il doit être de huit ou dix pouces plus long que la largeur de la piecè qu’on fe propofe de monter, & d’autant plus fort que la piece eft plus grande. Un vautoir pour un métier de trente pieds , eft compofé de deux tringles de bois de chêne a a, b b, fig. 7, chacune de trois pouces de largeur, fur deux pouces & demi d’épailfeur, & longue de trente pieds. La partie de delfous a a doit être garnie de dents ou chevilles de fer, à peu près à quatre ou cinq lignes de diftance les unes des autres , mais toujours bien également diftribuées. Dans toute la longueur , à l’extrémité ou aux deux bouts de cette première piece, il doit y avoir deux mortaifes ; la partie de delfous b beft précifément d’égale dimenfion que celle de delfous ; elle doit avoir une rainure tout du long, dans laquelle les dents de fer de celle de delfous puiifent entrer, & à chaque bout un tenon qui entre dans la mortaife de celle de delfous, afin que ces deux pièces réunies foient fermement jointes l’ùne à l’autre, & que la chaîne qui doit être diftribuée avec beaucoup d’égalité dans chaque efpace entre les dents de ferne puiife s’échapper, quoiqu’elle ait la liberté de couler entre les dents, fans en fortir,
- 30. Nous avons parlé de la matière qui forme l’étoffe , & des pièces qui
- compofent le métier, ainli que de fes dépendances j. il faut détailler l’uikge que l’on en doit faire. ' f,.
- Maniéré de monter ia chaîne fur le métier.
- 31. Il convient d’abord de décider la largeur & la hauteur qu'on veut donner à la piece qu’on fe propofe de monter fur le métier ; par exemple, pour monter un tapis-de vi-ngt-fix pieds de largeur , il faut,un métier de trente pieds, parce que le;!métier; doit excéder l’étolfè de deux pieds par chaque bout. Cet exemple fuffit pour les tapis de toute forte de grandeur; car il eft fenlible qu’on choifit à| proportion de letendue desftapis, des métiers plus ou moins' grands.-Il eft; de l’intérêt du fabricant de ne pas5 employer de grands métiers pour de petits tapis.
- (257) En ail. Oeffner.
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- 32. On doit commencer par monter la chaîne fur le métier, puifque c’eft elle qui fait la bafe du tiifu. Pour un tapis de la grandeur que nous venons de fuppofer, il faut, entre 70 & 80 livres de fil de laine blanche , plus ou moins, fuivant qu’elle eft plus ou moins fine j à quoi il faut ajouter itn dixième de la même laine qui doit être teinte en bleu, pour que dans la chaîne montée fur le métier , le dixième fil fe diftingue des autres par fa couleur : c’eft ce qui réglé l’ouvrier pour bien exécuter fon delfein (a).
- 33. Il eft fenfibleque pour les tapis , comme pour tous les autres tilfus , il eft nécelfaire que les fils de la chaîne fe divifent en deux plans, entre lefquels on palfe les fils de la trame. Ainfi, pour ourdir la chaîne des tapis, il faut, comme pour tous les autres tilfus , faire une grande & une petite croifée» On 11e fefertpoint pour les tapis d’unourdilfoir tournant, comme pour les draps & les pièces de toile quiyont beaucoup de longueur.
- 34. Car les chaînes des tapis*ayant peu de longueur, on s’établit, pour les ourdir, dans une falle qui ait plus de longueur que la chaîne n’en doit avoir, pl. //, fig. 1 : à un bout font fcellées trois chevilles a, b, c, fig. 1 & 21 éloignées les unes des autres de huit à neuf pouces. C’eft fur elles qu’on forme la grande croifée; & à vingt-cinq ou vingt-fix pieds de ces chevilles plus ou moins, fuivant la longueur des pièces , on fcelle une autre cheville d> fig. I & 3 , pour faire la petite croifée (b)..
- 3f. On croit pouvoir fe difpenfer d’expliquer fort en détail ce que c’eft que la grande. & la. petite croifée (9) , non feulement parce que cet article eft expliqué fort au long dans l’art du drapier, mais encore parce qu’on peut s’en inftruire chez tous les tilferands.
- 36. Il fuftit de dire qu’on attache le fil à la cheville d, fig. 1 6* 3, puis on va le palfer fur la cheville a, fig. 1 & 2. En descendant, on le palfe devant la cheville b, puis encore en defeendant derrière la cheville c qu’on enveloppe, 8c en remontant 011 paffe le même fil derrierela cheville £, puis encore en remontant fur la cheville -a. Ces enlacemens fe voient fenfiblc-ment à la figule 4. Alors la grande croifée eft faite , & on va palfer le fil fur la cheville d, fig. i & 3 , ce qui fait la petite croifée ; puis on revient faire line nouvelle croifée fur les chevilles a, h, c.
- (à) Le long üfage qu’ont à AUbuflon les maîtres-ouvriers conducteurs, & les diver-fes épreuves bien conftatées , d’après lef-quelles on a déterminé la quantité de chaîne qu’il faut, eu égard à la'grandèur de chaque tapis, les mettent en état de ne jamais fe tromper ; on l’évalue à une livre , & autant pefant de tiffu , par chaque aune quar-rée.j qui comprend vingt-huit portées,
- compofées du même nombre de fils que celles de la favonnerie, diftindes chacune ipar un fil noir.
- f (b) AAubuffon, on regarde l’ourdiffage comme affez important pour que les maîtres-ouvriers falîent eu.x-mênies ce travail, (9) En allem. Drath und Gang-creuts. Voyez art du drapier , §. 276 & 277 , in* férédans ce feptieme volume»
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- FAÇON DE TURQUIE. 207
- 3,7. Nous avons dit qu’il fallait mettre la cheville unique d à vingt-cinq ou vingt-fix pieds des trois chevilles a > b, c, quoique nous ayons fixé la, longueur du tapis à vingt pieds mais cet excédant elt néceifaire pour les. bouts de la chaîne, qui relient fur les enfouples fans être tilfus, parce que » dans ces fabriques, on ne fe. fert point de fils, de pêne, comme le font, les tif. ferands. & les drapiers.
- 38- Nous avons dit encore que , fuivant la grandeur des tapis., il fallait rapprocher ou éloigner la cheville d des chevilles a, b, c. Pour le faire commodément , on attache, avec des chevilles de fer, la piece de bois et, fig. 1 & 3 , à des pattes qui font fcellées dans le mur ff,fig. 1 ; & avec d’autres chevilles de fer, on attache folidement fur la piece de bois e e la cheville d par le boutg, où elle s’élargit ,fig. 3 &
- 39- On voit en h, fig. x, une boîte divifee en deux j on met » d’un çôté3 lespelottes de fil blanc, & de l’autre celles de fil bleu.
- 40. Avant de commencer l’ourdiflage, il faut favoir la quantité de fîî néceifaire pour la chaîne d’un tapis, auquel on le propofe de donner, par exemple, vingt-fix pieds de largeur : ce qui fe fait en calculant le nombre des dixaines (a), qui monte environ à trois cents vingt-quatre, toutes coin-pofces de dix points, & par conféquent de vingt fils, puifqu.e , comme on le verra dans la fuite , le point eft compofé d’un fil de devant, & d’un de derrière, dont il y a dix-huit de blancs, & deux de bleus.. En conféquençe , les trois cents vingt-quatre dixaines compofent fix mille quatrecents quatre-vingt fils , tant de devant que de derrière , fans y comprendre les lifieres qui doivent; toujours avoir au. moins à chaque bord vingt-quatre fils : ce qui fait quarante-huit fils de plus, qui, étant ajoutés aux fix mille quatre cents quatre-vingt3, font en tout'fix mille cinq cents vingt-huit fils,
- 41. Comme les chevilles abc &d} qui font fcellées à la muraille, ne peuvent être chargées que de dix dixaines de fils, qui compofent cent points,. & par conféquent deux conts fils, dont on doit toujours , en ourdiifant, mettre neuf points blancs & un bleu , ce qu’on obferve fucceflivemeiit jufqu’au nombre de cent points j les chevilles étant alors chargées de tout le fil qu’elles peuvent porter,, on paiTe des ficellesdans lescroifieres ou croifées,qui ont; été formées fur les. chevilles ; de forte que ces ficelles tiennent la place, uno de la cheville c , l’autre de la cheville b, fig. 1 , % & 4, & une autre de la cheville d, fig. 1 & 3. Quand on a noué les cordons bien ferrés, on ôte de delfus,-l’ourdiifoir cette centaine^ & pour qu’elle ne fe mêle point, on l’enlace,, fomme on le voit figure 6 5. enfui te on recommence une autre centaine : ce qu.§
- ( a ) Les dixaines tiennent lieu de ce que les drapiers & les tiiférands norment ém gortétSi
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- A R T D ES TARIS,
- l’on continue toujours de même, jufqu’à ce qu’on ait ourdi le nombre-de trois cents vingt-quatre dixaines : alors l’ourdilfage eft. fait.
- 42. Nous ferons feulement remarquer qu’il faut toujours ourdir fil à fil,! parce que l! l’on ourdilfait plulieurs fils enfembie, comme font les tilferands & les drapiers, la chaîne ferait tendue moins également, & ces inégalités occasionneraient dans la fabrique , des godes qui rendraient la piece-délàgréa* ble, au lieu qu’en ourdilfant fil à fil, on rend l’étoffe bien plus unie.
- 43. Cette attention n’etl nécelfaire que pour la chaîne de nos tapis, qui eft d’une laine retorfe & dure,Dans les autres fabriques, où les chaînes font faites avec de la foie , du fil, ou même du coton, ou un fil limple de laine , rineonvénient n’eft plus le même ; ces fils étant plus liftés & plus fouples, ils coulent plus aifément & plus également entre les doigts.
- 44. Voila la chaîne ourdie, & toute prête à être montée fur le métier. Nous allons tâcher d’expliquer la maniéré de la mettre en place, c’eft-à-dire, de la monter.
- Comment on monte la chaîne fur le métier.
- 45c Pour bien monter Une chaîne fur le métier, il faut que tous les fils qui la compofent foient rangés bien régulièrement dans toute la longueur des enfouplesi c’eft à quoi fert admirablement bien le vautoir,/?/./, fig. 7„ Pour cela on le place le long de l’enfouple d’en-has : comme il eft compofé de deux pièces aa+bb^fig. 7, on ôte la piece de deifous b b, qui a fim-plement une rainure ; on ne lailfe fur l’enfouple que celle de deifous aa, qui porte les dents de fer : alors 011 marque fur le vautoir la mefure de la piece qu’011 Veut monter5 nous l’avons fixée à vingt-fix pieds II faut mettre’ fur chaque bout trois pouces de plus, pour tenir lieu du rétrécilfage. La mefure étant bien marquée , 011 compte les dents du vautoir qui font comprifes dans cette étendue ; alors on fait le calcul des fils de chaîne ; & en divilant le nombre des fils par celui des dents du vautoir, 011 voit combien il doit entrer de fils, comme fix ou fept ou huit, entre deux dents , afin que la chaîne divi-fée par centaine, foit placée tout du long du vautoir par le bout où eft la double croifure > c’eft-à-dire, par celui où elle a été fur le bout de l’ourdiftoir où font les trois chevilles abc. Pour la répartir fur le vautoir, on en défait les ficelles avec beaucoup de foin ; puis on palfe dans la croifure d’en-bas un bâton que les tilferands appellent v&rdillon aa^pl. I, fig. 8 5 il doit être d’un pouce de diamètre. O11 a déjà dit que le verdillon eft deftiné à être logé dans la rainure de l’enfouple d’en-bas ; 011 paffe encore dans les deux croi-fures , une petite corde moins groife que le doigt, P P ^fig. 2 , pour pouvoir conferver bien exactement les croifures ; alors on défait totalement les ficelles qui liaient lés centaines, pour mettre la chaîne en liberté : on lailfe
- cette
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- H09
- F A Ü 0 N DE TURQUIE.
- b
- <5ètte partie 3e chaîne fur le devant du vautoir, & on jette tout le refte de ia chaîne derrière le métier. Quand cela eft fait, on diftribue cette portion de chaîne dans chaque dent du vautoir, fuivant le calcul qu’on en a fait j y étant bien diftribuée, on répété la même opération fur toutes les centaines qui doivent former la totalité de la chaîne ; alors on apporte la partie fupérieure du vautoir bb, & on la place fur celle de delfous fai-'faut entrer les dents de la partie inférieure du vautoir dans la rainure de celle -de deffus.
- 46. Qu aïs d les deux pièces du vautoir font bien affemblées, on les lie l’une à l’autre, le plus ferré qu’il eft poifible, de deux pieds en deux pieds , afin que la chaîne ne puiiîe s’échapper.
- 47. Il faut enfuite monter le vautoir à fix pouces de l’enfouple d’en-haut,' & toute ia chaîne s’élève avec lui. On le tourne fui: lé côté, de forte que la partie où eft le bâton , ou verdillon, qui eft pâlie dans la double croifure, foit'tournée du côté de l’enfouple d’en-bas j car le verdillon & les cordes qui tonfervent les croifures, doivent refter entre l’enfouple d’en-bas & le vautoir : 011 arrête fermement le vautoir ainfi placé , en le fu{pendant par des •cordes de diftance en diftance. Alors on prend le verdillon deftiné à être dans Pènfôuple d’en-bas , & qui eft déjà paffé dans la chaîne j on le tire ên-bas j il attire la chaîne avec lui jufqu’à ce qu’il foit à portée d’être placé dans la raiiiute de l’enfouple d’en-bas, où on l’alfujettitavec les chevilles de fer qui 4’arrêtent, eomme 011 le voit pl* I, /g. 4. Quand il eft folidement affujetti dans cette rainure, -on jette l’autre partie de la chaîne qui eft au-‘deffus du vùutoir , & qui fait la plus grande partie de la piece , fur l’enfouple d’en-haut : elle retombe par-derriere le métier ; pour lors on prend le bâton '6ti Verdillon qui eft deftiné à être placé dans la rainure de l’enfouple d’en-haut î après avoir défait les petites ficelles qui lient toutes les centaines par ce bout-là, on y place le bâton-, & on le lailfe dans ia chaîne : il faut après cela tourner l’enfouple d’en-bas, & rouler la chaîne deffus jufqu’à ce que le-bâton d’en-haut foit venu vis^à-vis la rainure de l’enfouple d’en-haut, où on le place & on l’arrête-, comme 011 a fait le verdillon d’en-bas, avec des Chevilles de fer qui font dèftinées à «cet ufage ; alors c’eft l’enfouple d’en-haut qu’il faut rouler, & qui attire à elle toute la chaîne qui était fur l’enfouple d’en-bas, qu’on déroule à mefure.
- - 48. Au moyen du Vautoir, la chaîne fe place également & régulièrement fur cette enfouple 5 ’eai* le vautoir, qui n’en eft éloigné qüe de fix pouces, dirige ainfi tous les fils de la chaîne régulièrement fur toute la longueur de l’enfouple. Comme ils font placés dans le vautoir, il ne s’agit que de les bien étendfe 5 & de prendre garde qu’il 11’y ait des brins qui fe croquevib Tome VII* D d
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- îent(io). Quand la chaîne eft toute placée fur l’enfouple d’en-haut., il faut* pour la bien établir fur celle d’en-bas, prendre l’à-plomb de la chaîne d’en-haut, ce qui fe fait en comptant les dixaines ; & partant de celle du milieu on établit la chaîne en-bas fuivant cet à-plomb, en marquant jufte la largeur du tapis fur l’enfouple d’en-bas ; de forte qu’il y ait treize pieds de chaque* côté, qui font les vingt-lix pieds que la chaîne doit avoir. On arrange régulièrement tous les fils par dixaines ; ce qui étant fait, on place à demeure le bâton ou verdillon dans la rainure de l’enfouple d’en-bas ; on l’arrête fermement avec les chevilles de fer ; pour lors on fait ufage de l’équipage, & om arrête l’enfouple d’en-bas avec les ardieres, les bandages & le cable ou la-comende , afin qu’elle foit bien fiable & folidement arrêtée. Enfuite on? place un pareil équipage à l’enfouple d’en-haut ; mais comme celui-ci eft defiiné à bander la chaîne très-fortement,. on fe fert du treuil ou moulinet qui eft fcellé dans la muraille, vis-à-vis des deux cotterets du métier».
- 49. Quand la chaîne eft bien bandée fur le métier, on pafle entre les fils, de devant & ceux de derrière un bâton Q_Q_,./?/. I„fig. 2 & 10, qu’on nomme-làton d?entre.-deux (11) ; il fert à diftinguer encore plus aifément les fils de* derrière, de ceux de devant, & auifi à faire les liftés..
- , f O. On fait que les lijjes font de menues ficelles qu’011 attache à tous les: fils ou points de derrière : on voit en N,. pl.l yfig, 1,. une îiffe attachée ài un fil ; elle fert à ramener en avant les fils de derrière, foit pour faire le point qui forme l’ouvrage , foit pour pafler la trame qui doit arrêter les points; compris dans une rangée. Comme les liftes font d’ufage pour toutes fortes; de tilfiis , il eft aflez inutile d’expliquer fort en détail comment on les fait .nous ferons feulement remarquer que, comme au métier que nous avons; décrit il n’y a point de marche , 011 tire , au moyen des liftés , avec la main; gauche les fils de derrière qu’011 veut porter en avant ; & toutes les liftés font; enfilées par le bâton de Iiffe LM,//. 2 & y.
- 5T. Quand on a mis. à la hauteur où peut atteindre la main gauche da-l’ouvrier, qu’011 fuppofe aftîs fur fon banc*la perche des liftés LM, pL I->fig. 2,. 011 abaiftè à la même hauteur le bâton d’entre-deux Q_Q_,/£ & pour que* les liftés foient toutes d’une même étendue, il faut faire enfbrte que la perche: des liftés & le bâton d’entre-deux foient arrêtés fixement à une certaine-diftance lun de l’autre. Pour cela on pofe de diftance en diftance quatre,, cinq ou fix petites plaques de fer entaillées par leurs extrémités, & qu’on nomme calais ( 12), de forte qu’une entaille du calais porte fur la perche; des liifes, & que l’autre entaille repofe fur le bâton d’entre-deux ; de cette.
- (10) C’eft à-dire , qui fe brouillent. * (13) En ail. Zi&ifçhsnlPgçru
- (n) En ali, Kettenruthç.
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- FAÇON DE TURQUIE. six
- b
- façon, ces deux perches ne peuvent fe rapprocher : alors on tend vis-à-vis la perche des liftes L M, pl. I, fig. % & f , une ficelle Im ,fig. 5 , fur laquelle on doit lier toutes les liftfes : un fécond ouvrier fe place derrière le métier ; l’ouvrier du devant du métier lui paife une ficelle : celui de derrière prenant dans cette ficelle un fil de derrière de la chaîne , il repafle la ficelle à celui de devant, qui l’arrête & la noue fur la ficelle l m qui eft fendue devant la perche des liifes > & en continuant de même de fil en fil, tous les fils de derrière font pris par une anfe de ficelle qu’on nomme Hfie, comme 011 le voit fig. 1 en N ; & toutes les liifes font liées fur une ficelle lm3 fig. 5 , & enfilées par la perche des liifes LM. Tout cela eft repréfenté en fituation,pl. I>fig. 2. On releve un peu le bâton d’entre-deux Q_Q_au-deifus de la perche des liifes L M, pl. I,fig. 2; alors la chaîne eft montée, & en état d’être travaillée. Nous allons dire un mot des outils dont les ouvriers 11e peuvent fe palfer.
- Outils nécejfaires aux ouvriers.
- *)2. Il convient, avant de mettre l’ouvrier à l’ouvrage , de donner la con* nailfance des outils dont il a befoin.
- f 3. Il faut, i°. un peigne (13) d’acier A, pl. ///, fig. 3 , dont les dents foient de bonne trempe & très-polies. Les dents de ce peigne ont deux pouces de long* la partie pleine ‘qui porte ces dents, deux pouces & demi ; & tout le peigne avec le. manche porte neuf pouces de longueur. On l’a repréfenté fur le côté en B ,pl. III, fig. 3 fpour faire voir qu’il a une inflexion au défaut du manche (fi).
- ?4- 2°. Un tranche-fil (14) fig. 4, de neuf pouces de long, dont la lame a g longue de trois pouces (15), foit bien affilée, & qui ait un anneau ou crochet au bout b (b).
- 5T* 3°- Les cifcaux,fig. f-, qui foient coudés par les branches b, & longs de huit pouces fi).
- 56.4°. Il faut encore une boîte, fig. 6, deftinée à y placer les broches;
- (i?) En ail. Kasnm.
- (a) Les peignes d’Aubuflon , qui Gnt la même figure que ceux de la favonnerie, ont, avec les manches , onze pouces de longueur ; les dents , au nombre de douze de chaque peigne , ont deux pouces : ils pefent une livre & un quart.
- (14) En ail. Fadenfchneide.
- (iO La laine elt plus longue pour les tapis plus grolfiers.
- (b) A Aubufion, les tranche-fils ont ua pied fix pouces de long , la lame ou tranchant neuf pouces ; la tige de ceux dont on fe fert pour les tapis en laines communes , a fix lignes de grofieur; & celle pour les tapis fins , quatre ; la longueur de ces derniers eft la même que celle des premiers.
- (c) A Aubufion , la longueur des cifeaux eft de neuf pouces.
- î) d ij
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- ART DES TARI Sv
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- elle a environ quatorze pouces de large fur dix-huit de long; elle eft dfvifée. en petits compartimens quarrés de quatre pouces chacun : ce qui doit faire douze réparations , dans lefquelles on place les broches qui fervent à faire les points. Elles doivent être garnies de laines des différentes nuances, chaque nuance ayant fon petit compartiment (a\
- Y7. 5°. Il faut encore avoir un compas de fix ou fept pouces de longueur pour mefurer l’o.uvrage , & s’alfurer de tems en tems fi l’on fuit exactement le defini auquel on doit s’affujettir, & qui repréfente les,objets qu’on doit imiter.
- 58- 6m. L’ouvrier a encore befoin d’un poinqon (16) , />/.//, fig..7,.pour relever les points de l’ouvrage, quand ils’apperçoit qu’il s’eft trompé, & que fa rangée eft finie ; ceux qui fe fervent pour cela de la pointe de leurs cifeaux, courent rifque de couper la chaîne.
- Ï9. 70. Les broches (17) ,/?/.///,fig. 7 , qu’on charge de laine, pour faire les points , doivent être de bon bois dur, longues d’environ fix ou fept pouces ,& ayant neuf lignes de diamètre; elles doivent être bien rondes; on ne charge de laine que la partie ab 9 fig. 7. On emploie ces broches en plus ou moins de quantité, fuivant la nature de l’ouvrage &la variété du defini ou des couleurs dont il eft compofé , & qui exigent plus ou moins de nuances (b).
- Des dejjîns ou tableaux que P ouvrier doit imiter*
- 6q. Il eft nécelfaire, avant d’entrer dans le détail de l’opération, de dire fur quoi font faits les deflins ou tableaux que l’ouvrier doit imiter. Il faut avoir une planche de cuivre ,pl. Ilfig. g., fur laquelle font gravés des traits par dixaines comme aa, &. que le dixième trait foit plus marqué que les autres, parce qu’il indique le fil bleu delà chaîne. On imprime, avec cette planche, des feuilles de papier. Quand les feuilles de papier font imprimées, il faut les doubler en collant par-derriere d’autres feuilles de papier, pour
- (a) A Aubuflon , les métiers étant pref-«|ue tous placés dans le même appartement, il y a deux ou trois & jufqu’à quatre appren-tifles , fuivant qu’il y a de tapis montés , dont l’occupation habituelle confifteà garnir les bobines ou broches de laines de toutes les couleurs qu’on y emploie ; elles font chargées d’en faire la diftribution aux ouvrières, qui leur demandent celles dont elles ont befoin : chaque couleur a fa café dans de grandes caiffes , de maniéré qu’el-
- les l’ont à la main dans l’inftant. Cela ne ferait pas praticable à la favonnerie, à caufe de la multitude des nuances.
- (16) En ail. Pfriemcn.
- (17) En alï. îlietcn , Spuhîen.
- (b) A Aubuflbn , les broches qu’on appelle bobines , ont cinq pouces & demi de long , fur trois quarts de pouce de diamètre; jufqu’à préfent on n’a fait nulle dif-tinétion du bois dont on les a faites.
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- FAÇON DE TURQUIE, b ^
- qu’elles aient plus de confiftance, & qu’elles /oient à peu près auflï fortes qu’un faible carton ; enfuite on les colle enfemble jufqu’à ce qu’on ait la même largeur & la rnème hauteur que doit avoir le tapis. C’eft fur ces feuilles de papier réunies qu’on fait peindre à l’huile le deilin du tapis qu’on veut exécuter, comme pi. II, fig. 9, où, pour éviter la confufion, on n’a marqué fur les feuillages du deflîn. que les traits qui indiquent les fils bleus ou les dixaines (a).
- 61. Il fàutrencore obferverque, pour les meubles & petits ouvrages , 011 a des planches dont les dixaines font plus fines,parce que les fils de la chaîne font plus fins. Au refte. le papier s’imprime de même.
- 62. Avant de remettre les cartons au peintre, ou pique avec un poinçon les traits qui marquent les dixaines, pour pouvoir les reconnaître lorf-que la couleur a trop caché les traits qu’on a marqués fur le papier; & quand le peintre rend fon ouvrage, le tapifiier reconnaît, par les trous du poinçon, la pofition des traits qui indiquent les dixaines , ou qui répondent aux fils bleus, & c’eft le plus important; les autres s’arrangent.avec une exaditude fulïifante prefque à la vue.
- 63. Pour que l’ouvrier ait toujours fous les yeux le deflin qu’il doit exécuter, on coupe le carton par bandes, & 011 attache la bande qu’on travaille actuellement fiir la perche des liftes avec quelques clous, comme on le voit pl. III i fig. 1,. 2 & 8 î de forte que tous les forts traits du defiin répondent aux fils bleus de la chaîne ,& que l’ouvrieren levant les yeux, apperçoive ce qu’il a à exécuter.
- 64. Pour guider les jeunes ouvriers dans leur travail, on eft convenu de
- diftinguer les fils de chaque dixaine par des termes qui font entendus de tous les ouvriers^ Pour les dix fils-qui fe croifent, on diftingue les horifontaux, en appellant le plus élevé le premier eft défigné par le trait I & 1 ; le
- lecond rang de point s’appelle deux de dejfous, 2 & 2; puis trois de dejjous , 3 & 3 ; quatre de dejfous,4 &4; enfin cinq de dejfous , 5. Enfuite, en com-
- mençant par en-bas , c’eft un de dejfus , 1 & 1 ; deux de dejfus 9 2 & 2 jufqu’à t. Les dix traits verticaux fe divifent également en 5 ; ceux de la droite, qu’on appelle 1 en-deçà, %.en-deçà 9 jufqu’à 5; ceux de la gauche s’appellent 1 en--delà, q en-delà.
- Façon de travailler.
- 65. Nous avons laifté le métier monté, & les liftes faites. Alors les ouvriers qui, pour un tapis de vi.ngt-fix pieds, doivent être au nombre de quatre ou
- ( a ) A Aubuflon , on peint les deftins être en état de fournir les tapis à meilleur en détrempe , pour ménager fur tout, & compte.
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- ART DES TAPIS,
- cinq (a) , lé, mettent chacun à leur place, aflis fur une planche o , pl. ïîî, ayant la chaîne devant eux,& iis commencent par tirer deux lignes tout le long du métier fur la chaîne* elles doivent être tirées bien de niveau, & à un pouce- de diftance l’unefded’autre. Il'faut enfuite palfer quatre cordes / les deux premières moins groifes que le petit doigt, & les deux dernieres à peu près, ou même un peu plus groifes que la ficelle à faire les liifes. On palfe la première corde en trame, & précisément fur la première ligne qu’on a tirée : en conféquence la derniere fe; palfe en, duite & fur la fécondé ligne, afin que les fils de chaîne fe trouvent naturellement féparés en fil de devant & fil de derrière. J’expliquerai dans la fuite ce que c’eft que de palier un fil en trame & en duite. Il faut que chaque corde foit tendue avec beaucoup de force, pour qu’elle foit bien roide. C’eft par le moyen de ces quatre cordes, qui tiennent les fils de chaîne en état, qu’on arrange pour la derniere fois les points de chaîne bien exactement par dixaine , avec le poinçon dont j’ai parlé à l’article des outils , fe conformant bien exactement aux traits & à la mefure du defini qu’orudoit imiter. » - r -
- 66. Pour cela on mefure exactement fur le defiin l’intervalle des fils bleus
- de 32 en 32 dixaines, & on vérifie fi l’intervalle eft le même entre tous les fils bleus de la chaîne qui indiquent les dixaines ; enfuite 011 vérifie de même les diftances des dixaines de 16 en 16, de g en 8 , puis de 4 en 4, enfin de 2 en 2. De cette façon les petites erreurs fe répartirent fur toute l’étendue de l’ouvrage ,& elles ne font point fenfibles. - . • 1
- 67. Les points ou les fils étant bien arrangés , chaque ouvrier commence devant lui la lifiere d’en-bas jjqiii 11’éft qu’un tiiïu fans Velouté ; & pour qu’elle foit bien égale., on tire fur. la chaîne une troifieme ligne de niveau , afin de terminer la lifiere bien également & uniformément fur cette troifieme ligne , qui marque la largeur que la lifiere doit avoir.
- 6g. Pour palier un fil en duite , l’ouvrier place ;là-'main entre les fils de devant & ceux de derrière: ce qui qftaifé, parce que ces fils font'féparés par le bâton d’entre-deux Q_Q_, pl. 2 ; & tirant à lui une quantité dé fils de devant, comme deux, trois ou quatre dixaines, il palfe de la gauche à la droite une broche chargée de fils. Ayant répété cette même manœuvre dans toute la largeur du tapis, ce fil eft palfé en duite. Il faut encore le palfer en trame de la droite à la gauche. Pour cela l’ouvrier tire à lui les fils de derrière, ce qu’il exécute en prenant une poignée de liifes qu’il tire à lui, donnant p.lufieurs petites fécondés, pour que les fils de derrière fe dégagent de ceux de devant ; & tirant allez à lui les liifes, il palfe la broche chargée de fil entre
- (a) A Aubulîbn , quand l’ouvrage prefle, vingt-cinq pieds ; quand l’ouvrage ne prtfle on met dix & onze ouvriers fur un tapis de pas, on en met moins.
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- FAÇON DE TURQUIE. 21%
- b
- les fils de derrière & ceux de devant; c’eft ce qu’on appellepajjer en' trame-. Ainli la diiîérence qu’il y a entre le fil de duite & celui'de trame , eft que celui-* ci paife derrière les fils de devant; Scie fil paffé enduite, par-derriere les fils de derrière. Comme les ouvriers ne peuvent pas travailler fur la partie de la chaîne qui eft roulée fur l’enfouple, il y a une certaine longueur déchaîné qui relie inutile & qui eft perdue; car» comme je l’ai dit» on ne fe fert point de pêne comme les. tilTerands.
- Façon de faire le point.
- 69. Le point eft ce qui caraétérife cette étoffe-, & ce qui la diftîîigue de toute autre ; car, aux velours, les fils de foie qui font coupés pour faire le poil du velours., ne font retenus que parce qu’ils font entrelacés 8c ferrés entre les fils de la chaîne &eeux de la trame ; mais ici lés fils qui forment lé velouté v font liés: à chaque point fur un fil de chaîne : c’eft ce qu’il faut expliquer/
- 70. On prend de la main droite b,pL III, fig.. 1,8, une brochegarnie de laine de la couleur & de la nuance que marque le defîîn ; c’eft ce que lés habiles ouvriers apperçoivent promptement ; & pour en faire le premier point, 011 faifit avec les doigts de la main gauche a, fig. 1 & 8 s lepremier fil de devant: de la première dixaine , fur lequel on fait feulement uiie pafféec,. fig. 8 ; & ramenant par le moyen de la lilfe avec le doigt de la main gauche a, le fil de derrière , on fait fur ce, fil un nœud coulant d qu’on ferre bien ferme t voilà ce qui s’appelle le point (18) » qui' s’exécute fi promptement que l’œil, du fpeclateur a peine à appercevoir ce que fait l’ouvrier. Le premier point fait, le fécond fe fait précifément de même. Quand on a fait la palfé© fur le premier fil de devant ,* avant de faire le nœud fur celui de derrière,, 011 place le tranche-fil e, pi. III; fig: 8, dans la laine de la-palfée ; on fait enfuite le nœud qu’on ferre. On'conçoit que le fifde la palfécétant arrêté par le tranche-fil, .forme un; anneau qui, étant coupé , produit le-velouté, 8c ce velouté eft fermement arrêté dans T étoffe par! le nœud qu’on fait fur le fil de derrière.. On continue de •même à faire*' de nouveaux points jufqu’à ce que le tranche-fil foit plein; alors en le fàifiifant par l’anneau ou crochet b> fîg. 4, on le tire d’une petite quantité, & la lame coupe les anneaux de laine qui. enveloppaient la partie c, fig. 4P du tranche-fil» ce qui forme le velouté. Mais il ne faut le tiier en entier qu’à la fin de ehaqüe rang, parc© que le tranche-fil doit relier' attaché à l’étoffe par plufieurs: révolutions dé-laine : le travail en eft pîus aifé , & s’exééùte plus régulièrement! Avant de. tirer le tranche-fil* on frappe légèrement delfus avec le peigne, fig. 3 ,-çom.ro.a
- O g) En ail. das Auge,
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- ART DES TAPIS;
- 2i6
- le fait f ouvrier, j%. 2, pour ferrer les points qui font fur le tranche-SX, Mais lorfqu’une rangée eft totalement faite d’un bout du tapis à l’autre* l’ouvrier qui eft à la tète du métier paffe un fil de chanvre en duite, qui doit aller d’un bout à l’autre du tapis, & être tendu aifez ferme. Enfuite il en palfeun en trame ,5 mais il faut que celui-ci foit aifez lâche pour faire toutes les inflexions des fils de la chaîne. Alors on bat fortement avec le peigne les fils & les nœuds jufqu’à refus (19). Cette drconftance contribue beaucoup à la perfection de l’ouvrage. Toutes les rangées fe font comme nous venons de l’expliquer. Quand 011 fait de grandes pièces qui doivent avoir beaucoup de force , on tient quelquefois le fil qu’on paife en trame, plus fort que celui qu’on paife en duite.
- 71. Pour trouver aifément la liife qui répond à un fil* l’ou vrier pince entre deux-doigts le fil de devant du point qu’il fait ; confervant ce fil entre les deux doigts, il remonte fa main jufqu’à la hauteur des liftes j & paftant le doigt dans la lifte qui fuit, il tire en avant le fil de derrière, fur lequel il iloit achever fon point.
- 72. On conçoit que les deux paflees de fil en duite & en trame lient tous les points alfemblés j elles les réunifient* & par leur moyen le tout ne fait qu’un feul corps î car ces paftées fe renouvellent à toutes les rangées, & toujours de même jufqu’à la fin du tapis, ou de telles autres pièces qu’011 travaille.
- 73. Par ce que nous venons de dire, on conçoit que chaque point qui doit faire le velouté, eft attaché par un nœud fur un fil de chaîne , & que tous les points font liés les uns aux autres à chaque rangée par les fils de duite & de trame. Tout le tiftu étant bien frappé par le peigne qui eft d’acier & pefant, il en réfulte une étofte de la plus grande folidité.
- 74. On finit la piece par une lifiere, ainfi qu’on l’a commencée.
- 75. Il eft bon de remarquer que le tranche-fil ne coupe jamais bien net le poil de la laine , ni affez ras. C’eft pourquoi à toutes les rangées on ébarbe le velouté, & 011 le rend plus ras avec des cifeaux, fig. 5 , qui ont les branches courbées, pour que les lames appuient plus exactement iur l’étoffe. Et pour que la main ait plus de force pour appuyer la lame de deffous des cifeaux fur l’étoffe qui eft faite, on paffe le pouce dans un des anneaux, & le petit doigt ou celui qui fuit, dans l’autre anneau, afin de pouvoir appuyer deux ou trois doigts fur la branche. On appuie donc la lame de deffous lur l’étoffe qui eft faite , & on tond avec la lame de deffus la rangée de points qu’on vient de faire le plus ras & le plus également qu’il eft poflîble. Les ouvriers intelligens arrangent même les points de la derniere rangée qu’ils viennent de faire pour
- <(19) C’eil-à-dire , jufqu’à ce qu’ils ne fe ferment plus. k
- . couche*'
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- 2f7"
- 'FAÇON D E T U R 0 CTI £
- b
- 'boucher les poils du côté qui convient pour que cette rangée marie exactement avec celle qu’on va faire ; on gratte auffi le velouté avec le dos des lames des cifeaux, en allant & venant, pour rebrouffer tous les poils qu’on coupe enfuite ; & afin de couper les fils dans tous les fens , on tient le deifus de la main tantôt en-haut, & tantôt en-bas.
- 76. La fcience des ouvriers confifte à bien choifir les nuances pour imiter exactement le tableau ; & pour mélanger encore mieux les couleurs , ils marient quelquefois deux nuances enfemble, en chargeant les broches.
- 77. Pour charger les broches, on a un tour, pi. III, fig. 10 , où, au lieu d’une broche-, il y a en a une boite £, dans laquelle on met le bout c d’une broche , fig. 4, qu’011 affujettit au moyen de la vis d. L’ajnftement e, fert à avancer ou à reculer la bobine , pour tendre plus ou moins la corde /> g eft une lame pour couper la laine quand la broche en eft affez chargée î h eft une boîte dans laquelle 011 met les pelottes de la laine dont 011 doit charger les broches (a).
- 78- On voit, par ce qui vient d’ètre dit, que pour faire les ouvrages>. façon du Levant, il fuit tendre verticalement des fils de laine retorfe pour faire la chaîne, & les féparer en deux plans , de forte qu’il y ait toujours alternativement un fil du côté de l’ouvrier, qu’011 nomme le fil de devant, &un fil du côté de la face poftérieure du métier, qu’on nomme 1 e fil de derrière. Or,, pour faire le point, on fait Une fimple paffée fur le fil de devant, qui fe pré- * fente tout naturellement à la main de l’ouvrier 5 enfuite, au moyen des lifles, 011 tire en-devant un fil de derrière, fur lequel on fait un nœud, & le point eft fait. Comme cette étoffe doit être veloutée, on embraffe par la laine ta. partie arrondie du tranche-fil, ce qui forme des aiinelets ou de petites anfes qu’on coupe avec la lame du tranche-fil, & qu’011 ébarbe enfuite avec les cifeaux. On joint enfemble tous les nœuds avec un fil de chanvre paffé en duite , & un autre paffé en trame 5 enfin on ferre tout ce tiffu avec un peigne d’acier, dont les dents déliées paffent entre les fils de la chaîne, & qui ayant un certain poids , frappe fortement fur la trame & les nœuds , pour que. l’étoffe foit bien ferrée : mais à mefure que le tiffu fe fait, la partie où les ouvriers doivent travailler, devient trop élevée pour qu’ils puiffent y atteindre j & comme c’eft une grande opération que de rouler la partie de l’étpffe qui eft faite fur l’enfouple d’en-bas , & de déroulef da chaîne de deffusd’em fouple d’en-haut, pourj. s-épargner la peine de répéter fréquemment cette ’
- l : obym JUîfiumuu.:;
- ( a) On n’a pas l’ufage de fe fervir de détail, les dévident à la main fur des bro-tourà Aubuffon, pour charger les broches ches/M:. Châfteaufiivierife,:prioppfe défaire ou bobines; on met dans une boîte les pe- faire un tour,;& d’engager les maîtres à lottes de laine ;& les ouvriers qui ont ce s’en fervir. ; ? fc:
- Tome VII* £ e
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- 518
- rÀ R T DES TAPIS,
- pénible opération, les ouvriers élevent les planches fur lefquelles iis font afîîs, & proportionnellement la perche des Mes & le bâton d’entre-deux peu à peu ils s’élèvent ainfi prefque jufqu’au haut du métier ; mais quand ils y font arrivés, il faut de nécefïité rouler fur l’enfouple d’en-bas la partie de l’étoffe qui eft faite, &i dérouler proportionnellement une partie de la chaîne qui eft roulée fur l’enfouple d’en-haut.
- 79. Quand l’étoffe fabriquée eft roulée fur l’enfouple, elle eft à couvert de la pouftiere > mais lorfqu’elle eft fur le métier, elle y ferait expofée , fi on 11e la couvrait pas avec une toile qu’on tend deffus, à mefure que les ouvriers avancent leur ouvrage ; & avant de la rouler fur l’enfouple, on ver-gette, avec une brode de chiendent ou un balai de bouleau, l’étoffe qui eft faite.
- 80. Les ouvriers tirent tout leur jour de derrière eux j & comme leur po-fition eft toujours un peu de côté, leur corps ne fait point d’ombre fur la partie qu’ils travaillent ; ils votent leurs fils de chaîne , les laines dont ils forment les points, & le tableau qu’ils doivent imiter. Mais l’hiver , les jours jetant fort courts, les journées finiraient de bonne heure , s’ils ne travaillaient pas à la lumière. Ils s’éclairent avec des chandelles des quatre à la livre, qu’ils mettent dans des chandeliers tels qu’on en voit dans quelques boutiques de barbiers, où un bras brifé, qui s’élève & s’abaiffe fur une tige verticale , porte la bobeche j de cette façon l’ouvrier porte la lumière à l’endroit qui lui eft le plus commode.
- 81. D’abord on fe fervait aufîi de chandelles à Aubuffon î mais on a trouvé plus économique & plus commode de travailler avec des lampes que les ouvrières mettent dans des plaques de fer-blanc qu’elles attachent iùr leur poitrine.
- 82. Ce qui rend les ouvrages d’Aubuffon beaucoup moins chers que ceux de la favonnerie, eft i°. qu’on emploie à Aubuffon des laines moins fines qu’à la favonnerie j 2°. que prefque tout le travail eft fait par des femmes & des filles dans;un pays où les vivres font à bon compte, ce qui fait que les journées font à beaucoup, meilleur marché qu’à Paris j 30. qu’un point des tapis d’Aubuffon équivaut à quatre points de la fabrique des Gobelins > 4°. que. comme on s’eft apperçu qu’il n’y avait que le bon marché qui put fa-veriférJe débit des tapis de pied d’Aubuffon, on s’eft attaché à économifer funtouti &. omafrenonèé à faire-des ouvrages aufîi parfaits que ceux de la manufacture royale de la favonnerie (20).
- ' ' £ iit::. si ; rl ' i r
- (20) La manufacture dès tapis ’de Ber- dont ce prince, ami des arts, a donné les lia exécute dés pièces d’une très-grande deflîns. Comme cette fabrique eft unique beauté. Le roi cn_ a plufteurs tentures, dans le royaume, elle a l’avantage de four-
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- F'A CON DE TURQUIE; 1I9
- b
- T ‘g.1:?*.li-UJ-Xa—a=.--r - .ggag-agf.---f V-SigWEBÜU.I.. »
- EXPLICATION DES PLANCHES;
- Planche I.
- Figure i. Elle repréfente les deux principaux montans ou les deux cotte-rets d’un petit métier propre à faire des meubles : B D, un cotteret vu par la face qui regarde le dedans du métier : E, la coupe de l’enfouple d’en-haut : F, la coupe de l’enfouple d’en-bas : N , le fupport du bâton des Mes : M, la coupe du bâton des Mes : O, la coupe du bâton d’entre-deux, qui fépare les fils de devant de la chaîne d’avec les fils de derrière. Ces deux fils font marqués fur la figure, & on voit que la Me P répond au fil de derrière. On apperqoit encore que les deux fils s’étendent depuis l’enfouple d’en-haut jufqu’à l’enfouple d’en-bas.
- On voit à l’enfouple E d’en-haut la coupe de l’entaille où fe loge le ver-dillon, & un linguet qui engrene dans une roue dentée, qui eft aux deux bouts de cette enfouple aux petits métiers pour meubles.
- A l’enfouple d’en-bas F, on voit la coupe de l’entaille où fe loge le verdil-lon, & une douille avec une cheville qui fixent cette enfouple, & l’empêchent de fe dérouler. On voit toutes ces pièces féparées , /%. 6 : c, le linguet de l’enfouple d’en-haut E : a, la douille qui eft au-deflîis de l’enfouple d’en-bas F, avec fa queue a qui traverfe le cotteret, & qui y eft fixée par l’écrou d : b, la cheville qui entre dans la douille a, & dans des trous qui font aux deux bouts de l’enfouple. Je reviens à la figure i : A C eft un cotteret vu par la face de dehors : S, le trou où s’aftemble la traverfe d’en-bas , ainfi que celle d’en-haut : E, trou qui reçoit l’extrémité de l’enfouple d’en-haut : fy trou où palfe la queue de la douille a de la figure 6 : F, trou qui reçoit l’extrémité de l’enfouple d’en-bas : M, le bâton des liftes : N, fupport de ce bâton : P, une lilfe.
- Figure 2,-la chaîne montée fur un petit métier pour meuble : S , S, tra-’ verfes du haut & du bas du métier. AC, BD, les deux cotterets : IK, l’enfouple d’en-bas. On voit auprès de F la douille avec la cheville qui entre dans les trous de l’extrémité de l’enfouple,pour la tenir aflujettie : ML , le bâton des liftes : NN, fupport de ce bâton : O, O, les liftes dans lefquelles le bâton eft enfilé : Q_Q_, le bâton d’entre-deux : P P, corde qui pafle entre.
- nir tous les palais. On conçoit que les prix après lefquels les ouvriers paflent en Fran-varient félon la beauté de l’ouvrage, le ce, en Hollande & en Angleterre, pou» prix des laines, & la délicatefle St la variété fe perfectionner» des couleurs, L’apprentiflage dure fept ans,
- Ee 1}
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- les fils du devant & ceux de derrière : G H, l’enfouplc-d’en-haut : E E, qæ voit aux bouts de cette enfouple deux roues dentées, avec un lin gu et à, .chaque bout, qui empêche P enfouple de fe détourner : R, la chaîne :T P ouvrage commencé. *
- Figure 3, Penfouple d’en-bas: G,. H, les bouts frettés. Les frettes font percées de trous pour recevoir la cheville b de la figure 6.
- Figure 4, Penfouple d’en-bas : on voit aux extrémités IK les roues dentées : on apperqoit auffi aux deux enfouples les. rainures pour recevoir les verdfilons.
- Figure 5 , le bâton des lilfes L M, avec les lilfes l m.
- Figure 7, le vautoir : a a , la piece de delfous : b b , la piece de deffus : a ag bb , les deux pièces réunies.
- Figure 8, un verdi lion ou une perche qu’on paffe dans les croifées, & qu’on-place dans les rainures des enfouples.
- Figure 9, une des pièces N N de la figure 2, qui fervent à fupporter lç; bâton des lilfes.
- Figure 10 , le bâton d’entre-deux QSfi, figure 2..
- Figure 11, elle a rapport aux grands métiers dont nous, allons parler*.
- P L A N q H E IL
- Figure 1. Elle repréfente un ouvrier qui ourdit une chaîne le long d’unè muraille : A, l’ouvrier en travail : a, b ,c, les trois chevilles qui font repré-fentées en grand., figure 2, fur lefquelles 011 enlace les fils pour faire la grande croifée , comme on le voit fig. 4: d, fig. 1 & 3 , cheville unique, lùr laquelle on fait la petite croifée. Il faut que cette cheville d s’approche ou s’éloigne des chevilles a,b ,c 3fùivant l’étendue qu’on fe propofe de donner à ia chaîne; ce qu’on fait aifément en changeant la pofition de la piece de bois au moyen.des chevilles B , B rfig. ï , qu’on met en difterens trous, & des pattes ou palettes fi, fi qui font icellées à la muraille. On voit en g, fig. 3 & 5", corn-, ment la cheville eft folidement attachée à la piece de bois e e;*h, fig. 1, la boîte où l’on met les.pelottes de laine, les unes blanches, les autres bleues ». qui doivent fervir à faire la chaîne.
- Figure 6. Elle fërfi à faire voir comment on enlace une portée de chaîi^ ourdie, pour qu’elle ne s’emmêle pas : c , b , d, les liens qu’on met aux endroits où étaient les-chevilles indiquées par les mêmes.lettres.
- Figure 7, un poinçon qui fert à arranger les points & à piquer les deffins.
- Figure 8 ,.un papier imprimé avec une planche de cuivre, & qui eft chargé’ de raies qui marquent les points. Les grofles raies a, a }a, marquent les dixai-nes ou les fils bleus y & les petites 3 les fils blancs. Un carreau n eft xepréfent.Q,
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- FAÇON, D E TURQUIE
- • b
- .en grand fur la planche //, figure 4, pour faire concevoir comment on indique les différens points, aux apprentifs, ainfi que nous l’avons expliqué dans le difeours.
- Figure 9. C’eft un papier femblable à celui figure g , mais fur lequel OXX a. defîinéun bouquet derofes qu’il faudra exécuter fur l’ouvrage*
- P U K, C H E I I I *
- Figure 1un métier monté :: A , B , les cotterets : G, H , fenfoupîe dœiK haut : IK, l’eniouple d’en-bas : P , P, les cordes qui paffent entre les fils de; devant & ceux de derrière : Q_Q_, le bâton d’entre-deux : M L, le bâton des. liifes auquel eft attaché le deifin qu’il faut imiter : N N, le fupport de ce bâ-ton , on l’a fait comme aux petits métiers pour meublesafin de moins em-harralferla figure.. Sur l’enfouple d’en-bas I K, eft la partie de l’ouvrage qui eft travaillée. V, ouvrier qui fait le point : a , la main qui amené le fil de derrière en avant : b, la main qui fait le nœud. Cet ouvrier eft afiis fur une planche 00, fur laquelle on. voit la boite où font les broches chargées de laine de: différentes nuances.
- Figure 2. On y voit tout ce qu’on a repréfenté fur la figure i;Si excepté que. l’ouvrier X frappe les points avec le peigne.
- Figure 3 , le peigne d’acier.. A,les.dents : B, le.manche.,On,l’a.repréfenté de; plat & vu de côté.
- Figure 4, le tranche-fil : a. , le tranchant : b , le manche. i
- Figure 5 , les cifeaux vus de plat & par le côté les. lames : b , les. bran-, çhes & annea.ux.
- Figure 6\ une boîte divifée par compartimens, dans laquelle on met les broches chargées de laine.
- Figure 7,. une broche vuide & une chargée de laine.
- Figure g. Elle repréfente plus en grand ce qu’011 a déjà vu figure r : a , la main gauche qui tire les liiTes : b , la main droite qui tient la broche : c d , indique l’enlacement du fil pour faire le nœud: e, le tranche-fij. engagé dans les points.
- Figure 9, le tour pour charger les broches : A, la grande roue : C , la manivelle : B , la corde qui fait tourner la bobine b, qui eft attachée par deux: collets de cuir à la poupée e} qu’on approche ou qu’011 éloigne de la roue au moyen de la vis f; au-deiTous de cette poupée eft une lame g qui ferc a couper la laine : labobine b forme une boite , dans laquelle 011 met le bout de la broche, & on l’y aifujettit par la vis ^.*la partie c qui excede la boîte, fe; charge de la laine qui eft dans la caille H , quand on fait tourner l^.ro,u,e Àf,
- Figure, jq, un ouvrier qui charge de laine des broches*.
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- Figure iî, une ouvrière qui dévide des écheveaux de laine^ pour en faire des pelottes.
- On voit, planche II, figure f , comment à Aubuflon les ouvrières placent fur leur poitrine une plaque de fer-blanc, avec une lampe, pour travailler à la lumière.
- .. "ifr-rrr-. --
- TABLE DES MATIERES,
- Êf explication de quelques termes qui font propres à Part de faire les
- tapis , façon
- A
- Akiuer, en allern. Strick ; c’eft une grolfe corde qui fe roule autour de l’enfouple, & qui forme une an Te dans laquelle on pafTe un levier, fur lequel on agit avec force pour tourner l’enfouple.
- B
- Bandage , en ail. Dachfiock : ce qu’on nomme bandage eft un levier qui fert à tourner l’enfouple au moyen de l’ardiere.
- Bâton d’entre-deux, en ail. Kct-tenruthe ,* c’eft une perche allez menue , qu’on place entre les fils de devant de la chaîne & ceux de derrière, pour aider l’ouvrier à les diftinguer.
- Broches ou bobines , en ail. Flieten, Spuhlen, morceaux fie bois ronds , qu’on charge de laine , & que l’ouvrier tient dans la main droite pour faire le point.
- C
- Calais ,en ail. Zwifchenlagen, petites plaques de tôle, qui fervent à fixer la longueur des liiTes. Le calais re-
- de Turquie.
- pofe d’un bout fur le bâton des lif-fes, & de l’autre bout lur le bâton d’entre-deux.
- Cartons , en ail. Fatronen\ on fait les deliins fur du papier où l’on a marqué des carreaux avec une planche de cuivre gravée: on colle ces defiins fur plusieurs papiers, ce qu’on nomme des cartons.
- Chaîne , en allem. Werftkette : elle eft, comme aux autres tiifus, formée par des fils qui s’étendent fuivant la longueur de l’étoffe. Les fils qui la forment font divifés en deux plans : les uns fe nomment les fils de devant, & les autres, les fils de derrière.
- Cotterets , en ail. Stuhlfdulen : on nomme ainfi deux fortes pièces de bois quarré placées verticalement, & qui terminent le métier dans fa largeur.
- D
- Duite , en ail. Eintragsfaden : pour paifer un fil en duite , on tire en avant les fils de devant, & on paffe le fil de duite entre les deux plans de fils ; pour palïer un fil en trame,
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- FAÇON DE
- b
- on tire les lifles des fils de derrière en avant, & on paife le fil de trame derrière ces fils, & devant ceux de devant.
- E
- Ebarber , en ail. heficheren : c’efl: couper avec des cifeaux les brins de laine, qui n’ont pas été tranchés net par le tranche-lil.
- Ensouples, en allem. Garnbdume: ce font deux fortes pièces de bois cylindriques j on roule fur celle d’en-haut la.chaîne , & fur celle d'en-bas l’étoife à mefure qu’on la fait.
- Equipage d’un métier , en ail. Ge-fichirr, font piuiîeurs cordages & leviers, qui fervent à tendre la chaîne : ils confident en cable , ardiere, bandage ^treuil, &c.
- F
- Fils , en ail. Faâen : les fils de la chaîne font divifés en deux pians, qu’on diftingue en Jils de devant & fils de der riere, qui équivalent à ce qu’on appelle les fils du pas d'en-haut , & ceux du pas d'en-bas, aux tilfus qu’on fait avec les marches. Les fils qui croilènt ceux de la chaîne, fe dillinguent en fils pajfiés en trame , & fils pajfiés en ditite: confultez ces mots.
- L
- Lisses, en allem. Lizzen : ce font des ficelles, au moyen ddquelles l’ouvrier tire en avant les fils de derrière.
- M
- Moulinet. Voyez treuil.
- T U R OU I E. 223
- P
- Peigne , en ail. Kamm, c’elt un inftru-ment d’acier & pefant, quia à un bout un manche par lequel on le fai-fit, & à l’autre des dents qui entrent entre les fils, & qui fervent à frapper fur la trame.
- Perche des lisses, en ail. Schafft zum Lizzen : c’elt un alfez gros morceau de bois rond, dans lequel on paife les liffes qui répondent aux fils de derrière.
- Point , en ail. Schlinge ; le point far-rafin elf celui qu’011 emploie pour faire les tapis, façon de Turquie; chaque point de laine cil lié fur la chaîne.
- S
- Stromatourgie , mot imaginé par Pierre Dupont, tapiilier du roi pour le point farrafin : il ell compofié de deux mots grecs, qui lignifient tapis & ouvrage.
- Savonnerie, maifon de Chaillot, où eft établie la manufacture royale des tapis , façon de Turquie : c’elt pourquoi on nomme fouvent ces tapis de la favonnerie.
- T
- Tapis : ce font des pièces de quelques étoffes dont on couvre des tables , des barreaux, où qu’on étend fur les parquets , pour les rendre plus chauds. On les nomme tapis de pied: c’elt de ceux-ci dont il s’agit.
- Trame. Voyez duite.
- Tranche-fil ; c’elt une broche d’acier ronde , iur laquelle on noue le
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- ART DES TAPIS.
- 224
- point: à un bout, elle porte un crochet, pour la tirer commodément 5 & à l’autre , une lame tranchante , pour couper la laine & former le velouté quand on tire l’aiguille & le tranche-fil.
- Treuil, cylindre de bois pofé hori-fontalement, & doilton fe fert pour tourner avec force l’enfouple : fou-vent les ouvriers le nomment moulinet.
- Turquie. Les tapis, façon de Turquie : ils fe font à la manufacture royale de Chaillot , connue fous le
- nom de favonnerie : il s’en fait aüffi de plus communs à Aubuflon.
- V
- Vautoir , en ail. der Oeffner , efpece de râtelier, entre les dents duquel on diftribue les dents de la chaîne -s pour la bien répartir fur toute la longueur des enfouples.
- Verdillon, enall.ier Sclmurjlock > perche de bois qu’on paffe dans les croifées de la chaîne, & qu’on loge dans les rainures des enfouples*
- Fin de Van des tapis 9 façon de Turquie„
- ART
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-
- Par M. l’abbe Nollet,
- Tome VIL
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-
- ART
- D V CHAPELIER.
- -——3*^,, , , , , , ,^:L, f.
- 1. On ferait fans doute un ouvrage curieux & important à l’hiftoire ,0 Ton pouvait recueillir & faire connaître toutes les fortes de coeifures que les hommes de tous les tems & de toutes les parties du monde ont imaginées » pour défendre leur tète contre les injures de l’air, pour fe décorer, ou pour leur fervir de marques diitinctives. Et quand on fe bornerait à décrire feulement celles qui font en ulage aujourd’hui parmi les diverfes nations, il y aurait encore de quoi diiïèrter allez longuement , & d’une maniéré intérêt fante. Mais ce n’eft point là mon objet : je me propofe uniquement de confi-gner dans cet écrit les matières qu’on emploie, & les différentes façons qu’on leur donne , pour fabriquer cette efpece de bonnet à large bord, que nous appelions chapeau , & qui fait lui feul l’objet d’un art alfez étendu, & diftingué dans le commerce.
- 2. L’usage (i) dés chapeaux en France ne remonte point au-delà de trois fiecles : Charles VIÏ ayant repris Rouen, entra dans cette ville, coëffé d’uit chapeau > voilà le premier dont l’hiftoire fait mention (2). Si-notre nation a
- (1) L’hiftoire de la chapelerie , contenu dans les 2 -11 inclufivemenc, était ajoutée par forme defupplément au cahier de l’académie des fciences : j’ai cru devoir la placer ici.
- (2) On peut remonter au-delà de Charles Vil, pour trouver l’origine des chapeaux. Les anciens en connaiflaient i’ufage. Chez les Grecs, & fur-tout à Athènes, les malades portaient des chapeaux. On voit dans les dialogues de .Platon , que les méde-
- cins ordonnaient le chapeau aux perfonnes faibles, qui avaient befoin de fe garantir la tête des injures de l’air. On voit dans D. Ber« nard de Montfaucon , une viétoire portant un chapeau fait comme ceux d’aujourd’hui. Les bords en font larges & relevés fur le devant. Ce que les Grecs appelaient cyJcidiw, un parafol, était un chapeau à larges bords, qu’on portait pour fe garantir uu foleil. Les Lacédémoniens allaient à la guerre , couverts d’une efpece de chapeau ;
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- toujours aimé les nouveautés , comme elle les aime aujourd’hui, on doit croire que cet exemple a été promptement fuivi. Le chaperon, qui était alors la coëffure commune des Français, fut abandonné par tous les particuliers qui, n’étant affujettis à aucun uniforme, fe trouvèrent libres de fe coëffer à la nouvelle mode. Les eccléfiaftiques, les religieux, les gens de loi & les fup-pôts de Puniverfité, le gardèrent plus long-tems : nous le reconnaifïbns encore , quoiqu’il ait bien changé de forme, dans le capuchon , dans le ca-mail, & même dans le bonnet carré & la chaude des do&eurs : car le chaperon, dans ces tems-là, couvrait la tète , & flottait du relie fur les épaules. On a commencé par féparer ces deux parties ; on s’eft couvert la tête d’un bonnet, auquel on a fait quatre pinces par en-haut, pour le prendre commodément ; & l’on a ramalfé la partie flottante fur une feule épaule , le tout étant eompofé , comme auparavant, de quelque étoffe qui eft devenue une marque dillinétive par fa qualité ou par fa couleur.
- 3. Indépendamment des attraits de la nouveauté, on fut porté par des motifs raifonnables, à préférer le chapeau au chaperon. Aucune étoffe ourdie n’eft capable, comme le feutre, de réftiller à l’eau & à l’ardeur du foleil; & ce grand bord qu’on peut abattre, devient au beloin une elpece de parapluie, qui vaut toujours mieux qu’un collet ou une rotonde de drap ou de camelot.
- 4. Il ne faut pas croire cependant, que les chapeaux aient été d’abùrd tels qu’ils font aujourd’hui, ni pour la couleur, ni pour la forme. Il y a encore des provinces en France, où les gens de la campagne en portent qui 11’ont jamais été teints : & nous voyons par les habillemens des aéteurs comiques, qui empruntent le ridicule des ufages furannés , que nos peres ont porté des chapeaux qui différaient beaucoup des nôtres, tant par la tète que par le bord. Les chapeliers ont été obligés plus d’une fois de renouveller & de changer les formes fur lefquelles ils moulent les chapeaux : 011 voulait d’abord que le deifus de la tête fût convexe ; après cela on a mieux aimé qu’il fût îout-à-fait applati. Aujourd’hui l’on veut bien qu’il foit plat, mais on demande que l’angle foit arrondi à l’endroit où il joint le tour de la tète ; & tandis qu’on le fait ainli pour nous ,1e prêtre Efpagnol exige que cet angle, au lieu d’être arrondi, foit au contraire très-vif, & que le tour de la tête, au lieu d’être cylindrique, foit creux du milieu. Quels changemens n’a point éprouvés le bord du chapeau depuis quelques années feulement ? Tel qui avait acheté rut chapeau à la mode , de fix pouces de bord , 11’a pas pu l’ufer qu’il n’en fit fupprimer le tiers ou la moitié, pour être coëffé comme le plus grand nombre,
- de là les chapeaux qu’on voit aux ftatues de raffranchilTemenr des efclaves. V.fServiusJ, Caftor & de Pollux. Voyez Fcftus. L’ufage in lib. VIII Æncid. 564* chapeau 3 pilciu , eft connu j il marquait
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- f. Comme les nouvelles inventions ne fe préfentent.point d’abord avec toute la perfedtion dont elles font fufceptibles, je croirais volontiers que les premiers chapeaux feutrés n’ont été, au commencement, que des bonnets pointus , dont on relevait le bord tout autour. Si ma conje&ure efl: jufte, le chapeau était fini loriqu’il était m cloche; c’eft-à-dire , lorfqu’il était foulé jufqu’au terme où on le prend pour le dreffer. On aura imaginé enfuite d’abattre le bord dans le plan qui paffe par la bafe de la tête, pour mettre les épaules à couvert, fauf à le tenir relevé avec des attaches dans le beau tems , ou pour la jeunelfe 5 & puis cette pointe fuperflue & incommode, qui furmontait la tète , aura été tronquée de plus en plus, à mefure que l’on aura trouvé les moyens de la rabaiffer en l’élargiffant.
- 6. Avant l’ufage du caftor & des autres poils fins, les chapeaux étaient fi groflîers, que les gens du bon air les faifaient couvrir de velours, de taffetas , ou de quelqu’autre étoffe de foie 5 on ne les portait nus que par économie , ou pour aller à la pluie.
- 7. Quelque progrès qu’ait pu faire l’ufage des chapeaux en France, il fe palfa un tems affez conlidérable , avant que les chapeliers fiffent corps entre eux, & que leur art fût affujetti à des réglemens. Ce fut Henri III qui leur donna les premiers (3) , en 1 (78. Ils en obtinrent la confirmation d’Henri IU au mois de juin 1594, & de Louis XIII, avec quelques changemens, au mois de mars 1612. Enfin, ces mêmes rcgîemens furent rédigés de nouveau en trente-huit articles, & autorifés fous le régné de Louis XIV par lettres-patentes du mois de mars 1658- Je me difpenièrai de les rapporter ici en entier , parce qu’ils font imprimés avec d’autres pièces concernant la communauté des maitres chapeliers, dans un petit volume qu’on peut aifément fe procurer (a). J’obferverai feulement que, parmi ces trente-huit articles, il y en a quelques-uns dont les progrès de l’art & les circonfiances du tems ont comme affranchi les chapeliers , & que perfonne d’entr’eux n’cblcrve plus. Tel eft, par exemple, le cinquième, qui ordonne pour chef-d’a uvre, un- chapeau d’une livre de mere-laine cardée , teint & garni de velours. Un afpirant, qui ne ferait capable que d’un tel ouvrage, qui d’ailleurs n’eft plus d’ufage,ne mériterait pas aujourd’hui qu’on le reçût maitre. Tel eût encore l’article vingt-trois* qui défend de faire aucun chapeau, <#* caftery qui nefoit de pur cajlor, Cette marchandife eft devenue fi peu commune & fi chere , qu’on ne fait plus de tels chapeaux que pour ceux qui les comman-
- (?) CTeft Henri III, qui parait avoir in- gkmer.s des grrdes-jürés, anciens fcaebé-Produit en France ces réglemens <k ces mai- liers & maitres de la communauté des cha. irifes, peur augmenter fes revenus. peliers de la ville , faux bourgs, banlieue v
- (a) Articles , ftatuts, ordonnances & ré- prévôté & vi-ccm.té de Paris,-
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- dent expreflcmenti & l’on ne laide pas que de nommer cajiors , ceux où l’on' 'fait entrer quelque partie d’autres poils.
- 8- Suivant le dixième article defdits réglemens, la communauté des maitres chapeliers de Paris eft régie par un grand garde & trois jurés , doue l’éieclioti fe fait à la pluralité des voix, tous les deux ans, le i f feptembre , par-devant le procureur du roi au châtelet , avec prédation de ferment de leur.part. On choilit toujours le grand garde parmi les anciens jurés , & les trois autres doivent avoir chacun dix ans de maitrife au moins. Les fondions de ces quatre officiers font, de veiller à l’exécution des réglemens , d’affifter aux chefs-d’oeuvres , de faire les viliteschez les autres maitres, pour prévenir 8c empêcher toutes contraventions, & généralement de faire en jultice & ailleurs toutes les démarches qu’exigent les intérêts de la communauté. Afin qu’ils puiffent y donner le tems néceffaire, ils font exempts, pendant les deux années d’exercice , de toutes commiffions de ville & de juftice, tant ordinaires qu’extraordinaires.
- 9. L’apprentissage eft de cinq ans, après lefquels il faut encore avoir travaillé pendant quatre années chez les maitres en qualité de compagnon * pour être admis à la maitrife. Les fils de maitres y font reçus gratuitement, & font difpenfés de tout chef-d’œuvre : les apprentifs de ville qui époufent des veuves , ou des filles de maitres , ne paient que le tiers des droits, c’eft-à-dire, une fomme de deux cents livres ou à peu près. Les veuves jouiifent des privi* leges de la communauté, pendant leur veuvage feulement, à moins qu’elles n’époufent en fécondés noces des maîtres chapeliers (4).
- 10. Autrefois les compagnons chapeliers avaient une confrairie, qui leur donnait lieu de s’affembler à certains jours marqués dans l’année, &par extraordinaire, lorfqu’ils avaient à délibérer entr’eux : les maitres ont pré* tendu qu’ils en abulaient pour leur faire la loi, tant furie prix des ouvra* ges , que fur le choix & l’emploi des ouvriers, & ils en ont porté léurs plain* tes. Par une déclaration du roi, donnée en 1704, il fut exprelfément défendu
- (4) En Allemagne la maitrife des chapeliers a des fonds. Dans les états de S. M. Pruiïienne, l’apprentifTage dure quatre, cinq , ou même fept années, fuivant l’accord fait avec le maitre. Après ce terme écoulé , les apprentifs font tenus de voyager pendant trois ans. Dans chaque ville , où ils ne trouvent pas d’ouvrage , on leur donne quatre, fix, jufques à neuf gro-fehen, fuivant que la maitrife du lieu eft plus ou moins nonibreufe. Un fils de maître a l’avantage de pouvoir remplacer fon
- pere, fans avoir voyagé. On peut auffi obtenir une difpenfe de voyager, moyennant trente reichsthalers , payés à la maitrife. Le chef-d’œuvre confifte en deux pièces, un caitor & un demi-caftor. Si l’ouvrage eft fans défaut, l’afpirant ne paie que deux écus ; fi l’on y découvre quelque tare , il faut payer fept à huit écus, pour n’être pas renvoyé. La maitrife coûte, tous frais faits, cent cinquante écus. Voyez Jacobfons, Schauplatz der Zungmanufaciurcn ih Dcütfchland , tom. il- 560,
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- aux compagnons.chapeliers de faire aucune affemblée en quelque endroit que ce fût, fous prétexte de confrairie ou autrement : & par des lettres-patentes, fur arrêt du 2 janvier 1749, la même défenfe leur fut réitérée ,. avec celle de quitter fans, congé les maitres chez, qui ils travaillent& avant d’avoir achevé les ouvrages commences ; de cabaler entr’eux pour fe placer les uns,, les autres chez tels ou tels maitres,, ou pour en fortir * d’empêcher, de queU que maniéré que ce foit,. lefdits maitres., de choilîr eux-mêmes leurs ou-, vriers, tant Français, qu’étrangers.
- 11. On fait des chapeaux de paille, de joncs, de canne treffée , 011 en fait-dé crin, on en fait de carton couvert de taffetas ou de fa tin de toutes les cou-. ' leurs ; & l’on en peut faire encore de bien d’autres matières : mais ces ouvrages, légers & de fantailîe,, qu’on n’emploie guere que pour fe. garantir du folcil dans les campagnes , & qui appartiennent à différens arts,. n’ont prefque rien, de commun que le nom, avec ceux que j’ai préfentement en, vue : je ne veux parler ici que des chapeaux feutrés, c’eft-à-dire , de ceux dont l’étoffe n’eft ni filée, ni ourdie,.ni treffée, mais compofée de parties confufément mêlées en tousfens, & qui a pris confiftance par la. façon particulière dont elle a été* préparée, maniée, & preffée.
- *12. Les Français ne portent point d’autres chapeaux feutrés, que ceux qui; fe font dans leur pays. Deux raifons les y engagent : la premièrec’eff qu’il: ne s’en fait nulle part ni de plus beaux ni de meilleurs (5) j la fécondé , c’efir que cette marchandife eft fujette à un droit d’entrée affez fort (4) pour en,; dégoûter ceux qui auraient la fantaifie d’en faire venir du pays étranger. Ce? qui fait l’éloge des.chapeaux de France ,.c’eft que depuis long-tems les nations, qui n?en fabriquent point, & qui font obligées d’en acheter ailleurs que; chez elles , nous, donnent conftamment la préférence. Ce font nos chapeliers, qui font prefque tout le commerce de l’Efpagne, & la plus, grande partie? de celui de l’Amérique : ils envoient même en Portugal , quoiqu’il y. ait de? gros droits à payer,.pour favorifer le commerce des Anglais.
- J 3. Il en eft des chapeaux, comme de toutes les autres nrarchandifes fabriquées : il y en a de communs & à bas prix, pour les negres , pour les fol-, dats, pour le peuple , pour les gens de la campagne (A) : il y en a de plus j&ns. & de plus chers pour ceux qui peu vent & qui veulent y mettre le prix.. Il s’en fait de ceux que j’ai nommés les premiers,, dans.prefque toutes nos; provinces,mais plus particuliérement en Normandie, aux environs de Rouen,.
- (ç) En Allemagne , on préfère les cha- (b) Il y a de ces chapeaux communs pour peaux d’Angleterre, comme étant de durée les isies, q^i fe vendent à vingt fols pièce* & fans apprêt. Ceux-là fe font dans la Froy.ence. & dans Isj
- (à) Un chapeau de caftor venant d’An- Languedoc, gleterrs , pais environ, vingt liv. d’entréo,
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- de Caudebec,à Neuchâtel, &c ; «Scdatis le Dauphiné , aux environs de Greü noble. Ceux 4e la fécondé forte, c’elt-à-dire , ceux qui font plus fins, fj; fabriquent pour la plus grande partie à Paris, à Lyon, à Marfeille & à Rouen i & de ces quatre grandes villes , c’elt la première qui a le plus die réputation pour les chapeaux fins. Mais quoiqu’il ne fe faffe pas de chapeaux communs dans 'ces grandes villes, parce que la main-d’œuvre y eft trop chere, il ne laifîe pas que de s’y en débiter ; les chapeliers de la province y en apportent qui leur ont été commandés par les maitres qui en tiennent magafîn dans la capitale , ou qu’ils viennent leur offrir pour en avoir le débit. A Paris, tous ces chapeaux qui viennent du dehors , doivent être portés au bureau de la communauté des maitres chapeliers , où ils paient un droit i les jurés les vifitent, en fixent le prix, après quoi les chapeaux font lotis & diffcribués aux maitres de la ville qui fe préfentent pour les acheter, & en fournir leurs magafins : mais ce commerce , depuis quelques années, eft tombé de beaucoup (6), parce que la fourniture des troupes ne fe fait plus à Paris, comme elle s’y îaifait auparavant. Ce qui fait encore que dans Paris le peuple ufe peu de chapeaux de laine, c’eft qu’il s’y fait un commerce coniidérable de vieux chapeaux fins.
- 14. Je diviferai en quatre chapitres ce que j’ai à dire fur l’art du chapelier. Dans le premier chapitre, je ferai connaître les matières qui entrent dans la compofition des chapeaux ; je dirai d’où on les tire , comment s’en ffl.it le commerce, le choix qu’il en faut faire, & combien on les paie.
- if. Dans le fécond, je parlerai des préparations qu’on donne à ces matières , pour les rendre propres à la fabrique des chapeaux , & comment on ‘ les conferve.
- 16. Le troifîeme comprendra la fabrique du chapeau proprement dite ; c’ell-à-dire, la maniéré d’en former l’étoffe, & celle de lui donner la confiC-tance & la forme convenables.
- 17. Enfin, j’expoferai dans le quatrième chapitre tout ce qui concerne la teinture des chapeaux, & les différentes façons qu’on leur donne après qu’ils font teints.
- (6) Tout commerce qui n’eft pas libre , doit tomber néceflairement,
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- HAPITRE PREMIER.
- Des matières dont on fabrique les chapeaux.
- 18* Ï-iES premiers chapeaux ont été Faits avec la laine de moutons on d’agneaux; la plus grande partie fe fait encore aujourd’hui de cette matière, parce qu’il n’y en a pas qu’on puiffe avoir à meilleur marché, & quifoit en même tems auiïi propre qu’elle , à former cette efpece d’étoffe, qu’on appelle feutre. Pour les ouvrages de bas prix * le chapelier emploie celle qui fe trouve dans le pays même où il eft établi, ou dans les environs : & fouvent par des vues d’économie, il y mêle des matières encore plus communes , pourvu qu’il y trouve, ou qu’il puiffe leur faire prendre ce qu’il appelle la qualité, feutrante, c’elt-à-dire, une certaine difpofition à s’unir intimément & uniformément avec la laine, & à faire corps avec elle: difpofition dont je parlerai particuliérement dans le fécond chapitre.
- 19. De là vient que ces chapeaux grofiiers le font plus ou moins, lui-vant la qualité des laines du pays , & fuivant la nature des matières qu’on fait entrer avec elle dans leur compofition. En Bourgogne , par exemple , & dans le Nivernois, où l’on tue beaucoup de chevreaux, leur poil, qui n’elt prêt que d’aucune valeur , s’emploie utilement dans les chapeaux, & les rend plus fins, dit-on, que s’ils étaient de laine pure. Mais dans la Touraine, dans l’Anjou , & dans une grande partie du pays qui borde la Loire, les chapeliers tirent des tanneries, du poil de veau, qu’ils ont prefque pour rien , & qu’ils mêlent avec la laine: cela fait de vilains chapeaux; mais les gens de la campagne s’en accommodent à caufe du bon marché.
- 20. Les plus beaux chapeaux de laine font ceux qui fe font dans le Dauphiné , aux environs de Grenoble ; 011 en fait aufli de fort beaux en Normandie , & fur-tout dans les endroits que j’ai nommés ci-deffus ; on y fabrique non feulement avec les plus belles laines du pays, mais on en tire encore beaucoup du Berry, de la Champagne, de la Sologne, provinces renommées pour cette efpece de marchandife.
- 21. Pour la fabrique des chapeaux, ce n’eft point la laine la plus longue qui eft la plus eftimée ; ce font au contraire les laines courtes à qui l’on donne la préférence; & c’eft pour cela qu’on emploie, le plus qu’on peut, celle deS agneaux ou des jeunes moutons, & que dans les toifons des brebis on fait choix des gorges & collets, qu’on appelle baffes laines dans les autres manufactures , & qu’on ne file guere que pour en faire des trames.
- 22. Dans les campagnes & dans les petites villes de province, les chapeliers achètent leurs laines immédiatement , & quand ils le jugent à propos»
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- des laboureurs & des bouchers, ou de quelque marchand forain qui fe charge de les faire laver & dégrailfer. Dans les grandes villes, & généralement dans tous les lieux où il fe fait une grande quantité de chapeaux, les fabricans, comme tels, pourraient, en vertu d’un arrêt du confeil du 9 mai 1699,portant réglement pour le commerce des laines de France , & d’un autre arrêt en interprétation de celui-ci, daté du 2 juin fuivant, les fabricans, dis-je, pourraient dès le commencement du mois de mai, c’eft-à-dire, environ deux mois avant la tonte des moutons, enarrher chez les fermiers & laboureurs la quantité de laines dont ils jugeraient à propos de s’approvifionner 3 mais comme dans la chapelerie on n’emploie guere que des laines courtes, celui qui tient une manufacture de cette elpece , au lieu de jouir de ce droit, aime mieux ordinairement avoir affaire à un marchand, ou à quelque commifEon-xiaire, qui lui fournit, félon le befoin ,1a laine qui convient le mieux à fon art.
- 23. Il arrive encore très-fouvent que l’ouvrier qui fabrique, n’y met que fon travail avec celui de fes compagnons, & les frais de là teinture 5 il-reqoit fes laines d’un marchand chapelier, qui en fait les avances, & il lui rend une certaine quantité de chapeaux du poids convenu enfer’eux, à tant la douzaine. Outre les laines de France, nos chapeliers font ufage aufli de laines étrangères, qui font plus fines. Iis tirent d’Hambourg une laine courte, frifée , & prefque toute blanche, qui vient apparemment de la tonte-des agneaux ; car on la nomme agnelins d’Hambourg ( 7). Ils emploient encore une autre laine qui vient de Perfe, & que les uns appellent carmdim ( g ), & les autres carmenie. Je crois qu’il faut dire carmenie, parce qu’il y a toute apparence que cette laine eft la même dont Tavernier (a) parle d’une maniéré fi avantageufe, & dont le commerce fe fait, félon lui, dans le Kerman , province de Perle , qui portait ci-devant le nom de Caramanie. Il eft très-prcblable que les négocians auront corrompu ce mot, & en auront fait celui de carmenie prétendant donner à la laine le nom du pays d’où on la tire. Je ne crois donc point que cette marchandée foifc, comme le dit Savary ( b } dans fon dictionnaire du commerce, la laine ou le poil de vigogne (9 ) de la fécondé qualité 3 d’autant moins que celle-ci, comme il le dit lui-même, vient du Pérou par PElpagne.
- (7) Ces agnelins sP Hambourg font des laines d’agneaux , qui viennent du Danemark.
- (8) Les chapeliers Allemands l’appellent jperjifche Walle, laine de Perfe. Ils diftin-guent la rouge & la grife. La première eft plus çftimée & plus chere.
- (a) Voyage de Perfe.
- (b) Dictionnaire du commerce , à Par-
- ttcle vigogne.
- (9) L’animal connu fous le nom de vigo, gne , n’eft point de l’efpece des brebis. C’eft un chameau, cameluspacos. Son poil long, d’un brun clair , mêlé de poils d’un gris blanchâtre, fe diftingue aifément de la laine. Plufieurs chapeliers Allemands l’emploient même pour des chapeaux fins.
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- 24. Quoi qu’il'en {bit, la carmeline ou carmenie qu’on m’à montrée, St que j’ai examinée , m’a paru reflèmb’ler mieux à là laine'de mouton ou d’agneau, qu’au poil de vigogne ; & pour la couleur, je la trouve telle que nous-1 l’annonce le voyageur cité ci-deflus, en parlant des laines du Kerman, d’un brun clair, & d’un gris cendré; cûr il y a dès toifons ou ces deux couleurs dominent, & dans chacune c’eft toujours la laine du dûs qui eft la plus foncée en couleur.; celle du ventre , des cuiffes, & des flancs, eft d’un gris beaucoup plus clair ; fouventmème il y en a un peu de blanche : mais les chapeliers font dans l’habitude dé 11’en diftinguer que de deux fortes , l’une qu’ils appellent rouge, & l’autre qu’ils nomment blanche; c’eft la première qu’ils eftiment le plus, & qui eft ordinairement de 20 fols par livre plus chere que là fécondé, (ho)
- 2f. Ce que les chapeliers emploient fous le nom de laine d’Autriche, ma paru être du poil de chevre ou de chevreau, d’un gris cendré; il n’y a point d’apparence que ce foitle duvet d’autruche , comme on pourrait l’ïmaginer, d’après ce que dit Savary (a). <C -Le poil ou le duvet d’autruche, dit-il, eft „ de deux fortes, le ‘fin & le gros ; le fin entre dans la fabrique des chapeaux „ communs, tels que font ceux de Caüdebec ( 11 ), &c. „ Plüfieurs chapeliers de Paris, & fort inftruits de leur commerce, à qui j’en ai parlé, m’ont alfuré qu’on n’employait le duvet d’aucun oifeau dans la chapelerie; & fi l’on confulte la defcription très-circonftanciée de l’autruche, par M. Perreau (è), 011 verra que cet oifeau n’a point de duvet comme les autres, & que fi l’on trouve dans fa dépouille quelque chofe qui approche de cela, ce n’eft ni dans la quantité, ni avec la qualité néceffaires pour faire un objet de commerce, & encore moins pour entrer dans la fabrique des chapeaux de bas prix.
- 26. Rien n’approche plus des laines étrangères dont je viens de parler que le poil de vigogne, qui eft un quadrupède du Pérou fort relfemblant à 'nos moutons, mais beaucoup plus grand. On voit par les toifons qu’on nous envoie entières, & roulées en paquets ronds, que ces animaux ne font pas tous de la même couleur ; les uns font d’un brun roux , les autres font d’un gris cendré , & à tous la laine du dos eft plus foncée que celle du ventre , des cuilfes & des flancs, où il fe trouve même un peu de blanc. Les chapeliers n’en diftinguentque de deux fortes, celle qu’ils nomment rouge , & celle qu’ils
- (10) Toute cette defcription convient à Caüdebec & ailleurs, pour faire des cha-au poil de vigogne. peaux communs, vient peut-être d’AJle-
- (a) Diïlionnaire du commerce, à Par- magne, &porteàcaufe de cela le nom de ticle autruche. laine d’Autriche.
- (i r) 11 parait que Savari a confondu affez (h) Mémoires de l'academie royale dei finguliérement les mots d’autriche & d'au- Sciences , tom. II, partie 2. ^c/m.Unepartie des laines, dont on fe fert
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- appellent blonde : la derniere eft celle -qu’on eftime le moins pour les chapeaux, parce qu’elle eft trop tendre : ce font les bonnetiers qui en font le plus d’ufage.
- 27. Les laines étrangères ne. s’emploient pas feules : elles feraient trop cheres pour faire des chapeaux communs ; on ne les mêle pas même avec celles du pays, pour en faire de plus fins, parce que l’expérience a fait connaître que les matières inférieures percent toujours à travers les plus fines, & les couvrent de maniéré qu’elles ne contribuent prefque en rien à la beauté tîu chapeau : mais elles font un bon effet, quand on les mêle avec différens poils.
- 28- Les poils de lievre & de lapin font ceux qu'on emploie le plus communément avec la laine ; il y a tel chapelier dans Paris qui confomme dans une année quarante mille dépouilles de la première elpece, & plus de foixante mille de la fécondé. Ordinairement le chapelier reçoit & acheté les peaux telles qu'elles viennent des cuifines & des boutiques de rôtilïêurs : ce font les erieurs de vieille ferraille, & les raccommodeurs de finance calfée, qui les recueillent , & qui les leur vendent à tant le cent.
- 29. Il y a auiîî des fauxbourgs de Paris , & fur-tout dans celui de Saint-An-toine, une communauté de maitres cardeurs qui achètent ces peaux de la première main , & qui en vendent le poil à la livre aux chepeliers ; mais dans, une fabrique unpeu confidérable, le maitre trouve plus de profit & de fureté à faire couper le poil chez lui ; non feulement parce qu’il n’a point de revente: à fupporter, mais encore parce qu’il 11’a point à craindre de mélanges frauduleux , ni les. fautes qu’on aurait pu commettre dans la préparation qu’on d'oit donnera ces poils , avant qu'ils foient féparés du cuir.
- 30. Cette préparation, dont je parlerai dans le chapitre fuivant, n’avait pas lieu autrefois : c’eft une pratique qui n’a guere que trente ans de date en France , & fans laquelle cependant il y a certains poils qui ne peuvent pas id feutrer , ou qui fe feutrent fort mal; tel eft celui de lievre, qui pour cette raifon était expreflement défendu : peut-être auffi tenait-on rigueur fur cette d’éfenfë, pour accréditer & faire valoir davantage le commerce du caftor «font le roi avait donné le privilège exclufif à la compagnie des Indes..
- 31. Le lapin & le lievre ne font point les feuls animaux du pays, dont le* poil ibit propre à faire des chapeaux, fur-tout depuis qu’on fait donner ou augmenter, la qualité feutrante.: on a eifayé avec fuccès celui des chiens bar-beis.Je ne]doute pas,qu’on ne réufsit de même avec beaucoup d’autres efpeces;, niais, outre que ces efpeces ne fournilient. point abondamment, le fourreur & le mégillier , qui mettent à profit le- cuir & le poil, les font plus valoir quer ne-peut.faire le chapelier qui 11’emploie que cette derniere partie; l’autre en fortant de fes mains 11’étant propre qu’à faire de la colle forte, pour des raifoas que jeldiruL
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- 32. Quant aux poils qui fe tirent des pays étrangers pour la fabrique des chapeaux,- le plus commun & qui coûte le moins, eft celui qui arrive des Echelles du Levant par Marfeille, en petits paquets arrondis, & qu’on connaît fous le nom d ç pelotage. Ce font des toifons de chevreaux, ou de chevrons, pour parler comme les chapeliers ; il y en a de noir & de roux : celui-ci eft le plus fin & le plus eftimé, il fe vend toujours 8 ou 10 fols par livre plus cher que l’autre.
- 33. On tire encore du Levant, & pour le même ufage, du poil de chameau (12); le plus beau vient d’Alep, de Satalie & de Smyrne; ce poil eft toujours brun, mais tantôt plus foncé, & tantôt plus clair. Il y en a aufîî de diiiérens degrés de finefle, de forte que le prix de l’un fiirpafîe quelquefois-de moitié celui de l’autre. On ufe ‘beaucoup moins de cette marchandife à Paris ou dans les environs, qu’à Rouen, à Marfeille, à Grenoble & à Lyonr on ne s’en fert ici que pour donner un peu plus de luftre aux chapeaux der laine.
- 34. Mais de tous les poils étrangers, il n’y en a pas dont les chapeliers des grandes villes, & fur-tout de Paris, falfent autant d’ufage, ni qui réufliife aufli bien que celui du caftor, animal amphibie de l’Amérique fep-tentrionale. Les naturels du pays en font la chaife, en amaifent les peaux y dont ils emploient une partie à fe couvrir tant de jour que de nuit ; après quoi ils les vendent avec celles qui ne leur ont point fervi, aux Européens,-qui leur portent en échange les denrées & les marchandifes dont ils ont befoin. >£’il fe trouve des caftors en Mofcovie, en Pologne, ou ailleurs, comme on le prétend, il faut qu’ils y foient en trop petite quantité pour faire objet de commerce, ©u qu’on y faife trop de cas de cette efpece de fourrure , pour la lailfer fortir du pays 5 car nos chapeliers n’en eonnaiifent pas d’autre que celui du Canada (a).
- 3f. Cet animal eft d’une couleur brune ,- mais plus foncée fur le dos que par-tout ailleurs , & en général cette couleur n’appartieijt qu’à la pointe du poil s car le refte , en tirant vers la racine , eft d’un gris de perle très-clair & très-brillant, fur-tout aux joues & aux flancs : le poil eft aufli plus court à ces dernières parties , qu’il n’eft fur le dos , qu’on nomme communément l'arête. > ' > .
- (12) La plus grande partie du poil' qui quivoque. Voyez Schreber Jerhn.lung vient du Levant, & qu’on emploie dantf œeonenu Sehriften , tom. III, p. 100. plufieurs arts , n’eft point de poil de cha; (fl) Parmi les caftors de différentes1 qua--ffîeau. C’eft le poil d’une efpece de boucs li té s , qu’on tire du Cg-nada ,-il-y en aune,-très-communsen Perfe , comme nous l’ap- c’eft le cafter gras d’hiver, qu’on nommer prend M. Flachat, observations fur le' cajhr de Mcfccvie, parce- qu’on l’enlew commerce & fur les arts. Kamcl lignifie en. pour ikchwngelv langue arabe , un bouc ; de là eft venu- l’dv
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- 36, Jbî ne parlç ici qup du poil qui eftpropre au'-travail du chapelier; car on verra par Ja fuite qu’il .y en a un autre plus, groffier, qui n’eft d’aucun ufageM^ps cet, art , qu’il fîiut fçparer du premier, »
- - 3y.v'QNM,$ingue deux Fortes dé caftor,en peaux ; U-gras &le fie, que l’on appçlleapjifi cafiorymh. On appelle cafior gras, les peaux de cet animal', que les llmvagp.s.oiit portéesnui certain tems pour ih vêtir, ou qui leur ontFéEvi de couvertures pendant la nuit : outre qu’ils ont choift les meilleures pour cet ufage , àforce de, les manier ils les ont rendues fouples, & leur tranfpira-tion a donné au poil une qualité qui le rend bien plus propre qu’il ne l’efbna-t ur elle m en t, à f b r ni er,1’èt offe, d es, chap eaux.:
- 38. O# nomme^caftor fic ou veule,\Qs peaux qui n’ont point fervi, & que 1 es ;fauvages.,ont,mifes à fécher, après en avoiivdépouillé d’animal. Celui-ci eft moins eftimé & moins-cher que l’autrepour l’employer, on le mêle toujours avec, une certaine quantité de caftor gras ,' ou de quelqu’autre matière capable de lui donner du corps. On eftime encore le caftor plus ou moins, fuivant la faifon où l’animal a été dépouillé; celui d’hiver effc le meilleur de tous & le plus cher, parce qu’alors l’animal eft plus fourré que dans tout autre tems., & que fon poil ...eft de meilleure qualité : après celui-là c’eft le caftor de printems & d’automne que l’on préféré. Celui qui vaut le moins , & qui eft auffi au plus bas prix, c’eft le caftor d’été , à caufe de la mue:(13).
- 39. L’établissement des Français dans le Canada les a mis à même de fe procurer du caftor,, & c’eft à cet événement fans doute que la cbapelerie de France doit fa perfection, la plus belle partie de fon commerce, & la renommée dont elle jouit. Le commerce de cette efpece de pelleterie fut d’abord libre pour tous les habitans ; chacun fàifait £1 traite particulière avec les fauvages, & en dilpofait enfuite comme il le jugeait à propos: mais cela 11e dura pas long-tems ; cette branche de commerce fut confiée à des compagnies qui fe fu.ccéderent les unes aux autres, & celle des ïndes en a joui par un privilège exclusif depuis 1717 jufqu’au dernier traité de paix.
- 40. Tant qu’elle a été,en poffeftion de la traite du caftor, c’était à Qué* bec , à Montréal, & dans quelques autres places, que cette pelleterie était apportée une fois tous les ans, tant par les fauvages qui venaient eux-mêmes faire leurs échanges, que par des particuliers Français qui obtenaient du gouverneur la permiftion d’aller au loin trafiquer avec eux (a). Le caftor
- (1;) En été les animaux n’ont qu’un poil les chapeliers efliment beaucoup. Les Al-lohg & groffier, que les chapeliers Fran- lemands f appellent Grundhaar. çais nomment jarre ; pour l’hiver , la na- (c) Ces efpeces de marchands s’ap.pef-ture les fournit d’un poil fin & ferré , que lent coureurs de bois.
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- ahîfi rafleffiblé dans les magafhis de la conipagnie , était tranfport'é-elifùite à la Rochelle & de là à Paris , où s’en faifait la vente peu après fou arrivée.
- 41. Les balles de caftor font ordinairement du poids de cent vingt livres chacune ; la compagnie accordait fept livres de rare, & les paflait aux chape* Mers pour cent treize livres : ruais comme il fe fallait moins de caftor gras que de caftor fec, non feulement on payait les premiers'plus chers ; mais pour en avoir une balle , il fallait en acheter en même trois ou quatre, & dans certainés'annéés cinq de'la fécondé qualité.
- 42. Présentement nos chapeliers fe pourvoient de caftor comme ils peuvent j les plus riches ou les plus accrédités lé tirent d’Angleterre par groffes parties,'& en revendent à ceux'de leurs confrères qui n’ont pas le moyen ou la commodité de faire de grandes pro’viflons.
- 43. Quant au prix des différentes matières doiit j’ai parlé dans ce chapitre, je ne puis le dire avec précifion', parce que cela varie d’une année à l’autre, fuivant que chaque efpece devient plus ou moins rare fuivant là qualité individuelle de chaque marchandife, & fuivant les circonftances qui influent en général fur le commerce , & en particulier fur telle ou telle partie. Après bien des informations que j’ai faites à ce fujet, voici ce que j’en puis dire , en me tenant à des à-peu-près.
- 44. Quand on acheté les laines de France en groffes parties chez les laboureurs & chez les fermiers, & qu’on les prend en fuin, c’eft-à-dire, fans être ni lavées, ni dégraiflees, & telles qu’elles iortent de delTus la bête,-011 peut les avoir pour douze ou quinze fols la livre s mais quand elles font préparées, & qu’elles ont fouffert le déchet du lavage & du dégraiffage, elles reviennent au chapelier à vingt ou vingt-quatre fols la livre de feizë onces.
- 45:. La derniere guerre a fait augmenter le prix des laines & des poils que l’on tire du pays étranger, de forte que préfenternent on paie: •
- L’agneîin d’Hambourg . . la livre . . . T , • 5 roufle . Lacarraeme ihUaàa ; , La laine d’Autriche . . . . . . .. . . . 2 livres 1 f fols , . 6 • • T , . 2
- Là vigogne f ! ! . - .8 • 7 ‘ . TO
- Le pelotage ^ roux _ ... . . 2 , 2 ’ if
- T .1 j 1 S le plus commun . , Le poil de chameau J le p|us gn . . .. i' . . . 8 10
- 46. Mais de toutes ces matières, if n’y en a aucune qui ait autant
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- augmenté de prix, que le caftor : on en pourra juger par le tableau fuivant que. je tiens de bonne part 'a), & qui comprend les difFérens prix de cette mar-çhandife, depuis 1739 jufqu’en 1753 inclufivement.
- . La livre de cajlor.
- ’ 'Sec bon.: gras bon. Jec rebut'. gras rebut.
- *739 • « ; J 3 liv. 10 fols . i f liv/10 fols . . 2 liv. 10 fols . . 3 liv. 10 lois
- 1739 - - . . 4 . . 10 . . . . . 5 . . 10 . . . . 3 • • 10 . . .
- 1740 . . • f • • 10 . . f . . 10 . . . . 3 * • 10 . . .
- *744 • • . . 6 . - 10 . . . . 6 . . 10 . . . - 4 .4 . 10 . .
- 1747 . . • • 7 * • • • • • ..7. : v.... . f ...b. . - . • f .....
- 17^3 - . - . 8 .. 8 : .6 .6
- 47- Aujourd’hui le caftor eft d’un tiers en fus plus cher qu’il n’étaiü çn 1753 , de forte que le meilleur revient à 12 liv. la livre; & il eft important d’obferver qu’il s’agit ici de l’achat du caftor en peaux : le poil qu’on en tire pour, fabriquer des chapeaux , par les déchets qu’il foutfre, & par les frais qu’il faut faire pour le mettre en état d’ètre travaillé, revient à 30 ou 36 liv. la livre.
- . 48- L’augmentation de prix fur les laines & poils étrangers, & fur-tout fur le caftor, n’a pas manqué d’en caufer une très-coniidérable fur les poils qui fe trouvent en France; le cent de.peaux de lapins, qui fournit environ cinq livres de poil, s’achetait autrefois dix-huit ou vingt livres ; aujourd’hui 011 le paie jufqu’à trente-cinq livres, ce qui fait monter la livre de cette niarçhandife à neuf livres, fans compter les frais de préparation , dont je parlerai dans le chapitre fuivant.
- 49. La centaine de peaux de lievres , qu’on payait trente livres, s’achete aujourd’hui jufqu’à foixante livres ; de forte qu’une livre de ce poil, prêt à être employé, coûte au chapelier environ douze livres le plus fin, & les autres qualités à proportion. '
- fo. Les matières dont j’ai fait'melition dans ce chapitre, lbnt celles qu’011 emploie communément, & fans conteftation, dans les manufactures de chapeaux: mais il en eft une encore dontil parait qu’on> a fait ufage autrefois, fiaon en France , au moins* en'Angleterre , & qu’un chapelier de Paris entreprend de faire revivre : c’eft la foi'e. Je dirai ailleurs comme il la pré-
- (à) Je tiens ce tableau , & la plupart des vric, toutes les!fois que je l’ai defiré, fes fnftrudions dont j’ai eu befoin pour dé- manufactures & fes magafips, & de me mec-prire cet art, de M. Mabile , maître & mar- tre au fait dç toutes les pratiques de la cha* chand chapelier, établi à Paris, nie S. De- pelerie , & de tout ce qui concerne foa !»i$ ? lequel a eu la complairapce do m’oq7 çpnynerçe, f . ? - " .
- pare j
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- pare, & comment il l’emploie : pour le préfent il fuffira qu’on fâche que pour l’avoir à un prix qui n’égale point celui d’une autre matière, dont elle tient la place, il fait ranvafler chez les ouvriers qui emploient des étoffes de foie,r chez les failèurs de gaze, de chenilles, &c. toutes les rognures de rebut ; il les fait parfiler dans les hôpitaux , ou par des enfans & de vieilles gens, dont le tems n’elf pas précieux ; en un mot, en prenant toutes les mefurss nécef-faires pour avoir cette efpece de marchandife au plus bas prix : au/ïi ne lui revient-elle communément qu’à huit ou dix fols la livre, & la. plus belle à vingt fols. Il eft actuellement en procès avec la communauté des maitres chapeliers , qui lui conteftent la poffibilité d’employer utilement la foie dans la compofition des chapeaux : il ne m’appartient pas de prononcer avant les, juges j mais en faiiant la defcription d’un art, je dois faire connaître , autant qu’il m’eft poiïîble , toutes les matières fur lefquelles il peut s’exercer. Je dirai donc, pour l’avoir vu, qu’on fait très-bien un chapeau avec un tiers de foie & deux tiers de poil de lievre. Quant à la beauté & à la bonté, d’un tel chapeau , par comparaifon à ceux où il n’entre pas de foie, & qui font reçus dans la chapelerie , ce n’eft point ici le lieu d’en parler 5 j’aurai occaftou d’en dire-mon avis dans les chapitres fuivans (14).
- . CHAPITRE IL
- De la maniéré dont on prépare les matières qui doivent fervir à fabriquer
- les chapeaux.
- fi. JT’ai déjà dit dans le chapitre précédent, que les 1 aines de France font ordinairement dégraiifées & lavées, quand le chapelier les acheté (a) ; il choifit feulement celles qui conviennent le mieux à fon art ; ce font celles des jeunes bêtes, & les plus courtes triées des toifons de brebis. Il n’a plus qu’à les faire carder, comme cela fe pratique dans pluiieurs autres fabriques où l’on emploie des laines.
- 52. LE poil de veau, qu’on tire des tanneries,fe trouve mêlé avec de la
- (14) Outre les divers matériaux indiqués (à) 11 y a cependant des chapeliers dans par l’auteur, & qui peuvent fervir à faire les provinces, qui emploient leurs laines des chapeaux , M. Schreber poffede un en juin , c’eft-à-dire , fans être dégraiflees, fragment de chapeau, fait avec la plante & n’ayant reçu d’autre préparation qu’un nommé linagroflis , mêlée avec delà laine, lavage à froid fur la bête ; mais quand le Peut-être aulü pourrait-on en fabriquer chapeau eft prêt à palier à h foule , ils le avec la foie plante, afclepias Syriaea. font bouillir dans une forte leftive.
- Tome FII. H h
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- chaux, dont il faut le purger avant qu’il paffe par les mains du cardeur. Pour cet effet, on le fait bouillir à grande eau dans des chaudières, après quoi on le porte dans des paniers à claire voie à la riviere la plus prochaine, ou à quelqu’autre courant d’eau , où on le lave jufqu’à ce qu’il paraiffe bien net ; on l’étend enfuite fur des claies en plein air & au foleil, pour le faire fécher.
- 53. Toutes les laines & poils qui viennent des pays étrangers, contiennent beaucoup de faletés, qu’il faut, avant toutes ces chofes, leur ôter. Les toifons de la vigogne & celles de Carménie font prefque toujours remplies de terre & d’excrémens durcis : on trouve dans le poil de chameau & dans tout ce qu’on nomme pelotage, des parcelles de peau ou d’épiderme que l’on nomme chiquettes, que le tondeur a enlevées dedelfus l’animal; & dans tous il y a un poil greffier qu’on nomme jarre, dont je parlerai plus particuliérement ci-après, & qui doit être féparé du poil fin ; il eft rare que dans une grande quantité de telles marchandifes , il n’y ait quelques parties échauffées, pourries, ou gâtées par les infeéles : la première préparation qu’elles exigent, c’eft donc d’être épluchées (1^).
- 54. Ce font ordinairement des femmes qui font cet ouvrage, qui va fans doute lentement, à en juger par le prix qu’on leur donne. Pour la vigogne, elles gagnent j ufqu’à vingt fols par livre qu’on leur donne à éplucher ; la carménie & le poil de chameau fe paient fur le pied de dix fols. L epluehage caufe beaucoup de déchet : cela va très-fbuvent au quart, quelquefois au tiers ; de forte que , fila vigogne coûte huitliv. de premier achat, elle revient à plus de dix liv. à caufe du déchet ; ajoutez vingt fols de façon : ce qui la fait monter quelquefois jufqu’à douze livres.
- En maniant ainfi les laines & poils étrangers, on en fait un triage; ear dans la même toifon, il s’en trouvede différentes qualités & de différentes couleurs. Ce qui vient du dos de l’animal eft toujours plus foncé en couleur, 011 l’appelle 11 arête ^ & on l’eftime davantage que le refte : oe qui vient du ventre , des flancs, de la gorge , eft d’une couleur plus claire , quelquefois blanc , & l’on s’en fertpour des chapeaux plus communs, ou qui ne doivent pas être teints.
- 55. C'est ainfi que l’on commence à préparer les laines 8c poils qui arrivent en toifons ou en pelotes ; mais il en eft d’autres , tels que les poils de lievre, de lapin, de caifor, que le chapelier reçoit en peaux, & qu’il eft obligé de faire féparer de leurs cuirs; ce qui fe fait par deux opérations différentes : l’une s’appelle arracher ( 16 ), l’autre couper.
- (10 Cette première opération s’appelle en allemand , das Amlefcn.
- (16) En ail. aufrupfm & abjehneiden.
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- Ht
- f7* Sur chaque peau il y a toujours deux fortes de poils î outre celui qui eft propre à la fabrique, il s’en trouve un autre plus long, qui s’appelle jarre : il eff groffier & rude ; il fie. fe feutre pas ; & quand il en relie dans l’étoffe d’un chapeau, il perc/ au-dehors & fe montre d’un manière défak gréabîe. Il faut les féparer dïf poil fin; & voici comment cela s’exécute pour le caftor. .. /
- 58- L’arracheur, aiïiÿ fur un petit tabouret de paille, a devant lui un banc qui fe nomme cfievalet (17), de trois pieds de longueur, (iir fîx pouces de largeur, mofité fur quatre pieds, à la hauteur de vingt pouces ; & le delfus eft arrondi. Il y étend la peau en longueur, le poil en-dehors , & il y eft alfujetti, en embraiTant avec un tire-pied (ig) le bout qui eft de fon côté.
- f9* Le tire-pied n*eft autre chofe qu’une corde de chanvre ou une courroie dont chaque bout eft terminé par une boucle pour recevoir le pied.
- 60. Si c’eft du caftor fec, l’arracheur tourne la peau de maniéré que la tète fe trouve au bout le plus reculé du chevalet, & le poil fe préfente à lui fur la pointe ; il fait tout le contraire fi le caftor eft gras.
- 61. La peau étant alfujettie comme je viens de le dire, & le banc bien arrêté , il prend à deux mains une plane ( 19 ) à double tranchant, qui a environ quatorze pouces de longueur entre les deux manches; puis l’appliquant & la traînant en avant à angles droits, ou à peu près , fur la longueur du chevalet, il fait agir le taillant obliquement & à phifieurs reprifes fur la même bande , jufqu’à ce qu’il en ait enlevé tout le jarre.
- 62. Quand le caftor eft fec , il roule la plane ; c’eft-à-dire , qu’il la poulfe en avant, en inclinant fa lame vers le bout du chevalet où eft la tête de la peau, & qu’il incline en feus contraire, en la tirant à foi; ce changement d’inclinaifon étant toujours accompagné d’un coup de poignet. Quand au , contraire le caftor eft gras , l’arracheur ne fait que traîner, en appuyant le tranchant fuivant le lens du poil. Ce qu’il y a de fingulier dans l’une & dans l’autre façon d’opérer, c’eft que la plane, quoique bien tranchante, arrache le jarre & 11e le coupe point ; 8c ce qui doit le paraître pour le moins autant , c’eft qu’en arrachant ainfi ce gros poil, elle n’enleverien du fin.
- " 6 3. L’arracheur ayant ôté le jarre, autant qu’il a pu, avec fa plane, remet la peau à une ouvrière qu’on appelle repajjeufe, parce qu’elle achevé
- .(17) En ail. Bock. Si l’arracheur voulait ouvrières qui travaillent fans fe fervir de être debout pour travailler , il faudrait que tire*pied ; elles ferrent avec le genou là fon chevalet fût en plan incliné, peau contre le chevalet.
- (i§) En allem. Fujsriemeti. 11 y a des (19) En ail. MeJJer.
- H h ij
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- .U\R T JD U\C H' A P| L'J E\R.
- r^44
- ’ d’arracher avec un couteau' ce qu’il en refte aux bords & aux autres endroits où la plane n’a pu agir. ' . * ?
- 64.. Le couteau de la repafleufe eft une lame droite, un peu rétrécie & arrondie par le bout, emmanchée avec du bois» à peu près comme le tran-chet du cordonnier. ^
- 6). La repaifeufe eft affile quand elle travaille; elle tient la peau alTujettie par un bout entre fon genou & une muraille ,. ou quelque chofe de folidej elle pince le jarre entre la lame de fon couteau' & fon pouce , & l’arrache d’un coup de poignet» mais comme ce poil eft rude, & que l’aétion de la main eft violente, la partie du couteau qu’elle empoigne eft garnie de. linge , & elle a un policier de cuir.
- 66. L’arracheur reçoit huit livres pour arracher une balle de caftor, qui pefe ordinairement cent dix-huit livres net 5 & quand il, eft bon travailleur , il peut faire cet ouvrage en deux jours: il a pour lui le jarre qu’il a arraché, & qu’il vend, comme mauvaife bourre, à quelques felliers ou bourreliers » qui le paient fur le pied de fix deniers la livre. Mais la repaifèufe eft fur fon compte ; c’eft à lui à la payer fur les huit liv. qu’il reçoit.
- 67. Immédiatement après l’arrachage, on bat avec des baguettes, & du
- côté du poil, toutes les peaux, tant de caftor gras que de caftor fec, pour en faire fortir le limon & le gravier qui s’y trouvent toujours, en alfez grande quantité, & qui gâtent, quand; ils relient» le tranchant,des outils dont on fe fert pour couper le poil fin. Ce font ordinairement des femmes .qui arrachent le jarre aux peaux de lapins : 011 les appelle arracheufes. Ordinairement ce font les mêmes qui repalfent le caftor : on les paie fur le pied de dix fols le cent de peaux, avec les. quatre au cent. s
- 6%. Le jarre du lapin s’arrache comme celui du caftor qui a échappé à Ja plane. Une femme tenant d’une main la peau alTujettie iur fon genou» rebroulfe le poil avec un couteau tout-à-fait fembîable à celui delà repaît feüfe» quelle tient de l’autre main ; & en pinçant le bout du jarre eutre fon pouce & la lame , à chaque coup de poignet elle en emporte une partie & cela fe fait fans que le poil fin s’euleve, parce qu’il tient mieux au cuir, que le jarre.
- 69. Il n’en eft pas de même des peaux de lievre, le gros poil tient?ait cuir plus fortement que le fin» c’eft pourquoi l’arracheufe, en pinçant l’un & l’autre en même tems, n’emporte que le. .dernier » mais , avant ,que d’en, venir à cette opération, elle commence par ébarber ( 20) le jarre "avec des" cifeaux,. de maniéré qu’il ne furpalfe plus en longueur le poil fin qu’elle a deilèin d’arracher ; & cet ébarbage qui fe fait d’avance, fe paie à part, fur
- (20) En ail. fpitzen: . , . •; . * ... , .. ,
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- le .piedde- feize fols le cent de peaux, avec les quatre au cent.
- 70. Ainsi le poil fin du lievre s’arrache; celui du lapin, comme celui du •caftor, fe coupe: mais auparavant on leur donne une façon qui tend à leur faire prendre ou à augmenter en eux la qualité feutrante. Comme cette préparation n’eft pas la même dans toutes les fabriques de chapeaux, & que chacun fait myftere de la fienne, 011 l’appelle feçret; & Ton dit que le poil eft fecrété ( 21 ), quand il l’a reçue.
- 71. De tout tems les chapeliers fe font apperçus.’que le caftor fec employé fans préparation, avait peine à fe feutrer & à rentrer à la foule; & il y a tout apparence qu’une des plus fortes raifons qui avaient fait défendre l’ufage du lievre dans la chapelerie, c’eft qu’il faifait de mauvais ouvrage avant qu’on fût la maniéré de le préparer.
- 72. Aütreeois ( & l’on dit qu’il y a encore des chapeliers qui le font aujourd’hui) on enfermait le poil dans un lac de toile, & on le faifait bouillir pendant douze heures dans l’eau, avec quelques matières grafles & un peu d’eau-forte. Le choix de ces drogues & leurs dofes variaient fuivant l’idée ou la fantaifie du fabricant; mais alfez communément pour trente livres de poil, 011 mettait une livre ou une livre & demie de vieux-oing ou iàin-doux, avec environ une livre d’eau - forte , dans une quantitéfd’eau capable de baigner pleinement cette portion de marchandife. Quand on avait retiré le fac de la chaudière, on mettait deifus quelques planches que l’on chargeait avec de gros poids pour preifer le ballot & en exprimer l’eau ; le poil étant fuftifamment refroidi, 011 le tirait du De par poignée, que l’on pelotait, & que l’on prelîait fortement entre les deux mains fans le tordre ; après quoi 011 l’étendait fur des claies, pour le faire bien fécher.
- 73. Tl y a environ trente ans, qu’un chapelier Français nommé Mathieu, ayant travaillé pendant plusieurs années à Londres, vint s’établir à Paris, dans le fauxbourg S. Antoine, & fe vanta d’avoir appris des Anglais une maniéré de fecréter le poil, bien meilleure que toutes celles qui fe pratiquaient en France. Il en donna des preuves, & quelques maitres le payèrent pour* en avoir communication. Cefecret, quant au fond, devint bientôt celui de tout le monde; 011 fut que les principales drogues que Mathieu employait, étaient de l’eau-forte mitigée avec de l’eau commune, & un peu de fain-doux, dont il frottait le poil, par fucceiïion de tems plulîeurs y ont ajouté un peu de mercure : mais il en eft encore de ceci comme de l’ancienne façon de fecréter; chacun réglé à fa maniéré l’aifaiblilfement de l’eau-forte, & la quan-
- fsi) Les Allemands n*ont pas fait un telle qu’ils peuvent l’acheter dans les phar» myftere de cette opération , ils ia nomment macies.
- Bcitzcn. PluGeurs la font avec l’eau-forte,
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- ART DU CH A RELIER.
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- tité de mercure. Plufieurs le contentent de l’eau fécondé fans aucune addition 5 d’autres y joignent avec le mercure, du miel & d’autres drogues qu’ils imaginent devoir produire un bon effet, fans en favoir la raifon > & rien 11e prouve mieux que cette variété , combien ies chapeliers font encore éloignés de favoir en quoi confifte l’état actuel du poil fecrété, & combien il eft à fouhaiter pour eux qu’on les éclaire fur cet article.
- 74. Un très-bon fabricant de Paris, qui a eu la complaffànce de fecréter devant moi du caftor, du lièvre & du lapin, m’a alfuré qu’après plufieurs épreuves faites avec différentes drogues , il s’était fixé à l’eau fécondé, c’eft-à-dire, à l’eau-forte affaiblie avec moitié d’eau commune, en y faifànt difi foudre une once de mercure par livre d’eau-forte. Voici comme il emploie cette diffolution.
- 75. Une large terrine non verniffée qui la contient, eft placée à fa droite fur un établi devant lequel il fe tient debout. La peau eft étendue, le poil en-dehors, fur un bout de planche fort épaiffe,qui eft pofé & arrêté fur l’établi ; & avec une broffe ronde de poil de fanglier, qu’il tient par le manche, & qu’il a trempée légèrement dans la terrine, il frotte fucceliivement & à plufieurs reprifes toutes |les parties qu’il a deffein de fecréter, allant tantôt dans le fens du poil, tantôt à contre-fens, mais ayant toujours attention de 11e mouiller tout au plus que la moitié de Ja longueur du poil, celle qui s’étend jufqu’à la pointe, & épargnant celle qui eft du côté de la racine.
- 76. Je dis qu’il traite ainfi tes parties de la peau qu’il a deffein de fecréter, parce qu’il y en a qu’on fe difpenfe fouvent de fecréter; telles font tes arêtes de caftor, dont 1e poil fe trouve allez long & allez beau pour faire ce que tes chapeliers appellent dorure (22) , & dont je parlerai dans 1e chapitre fvivant. On 11e fecrete donc entièrement que 1e caftor fee de médiocre qualité;te lievre & 1e lapin fe fecretent comme 1e caftor tec, & l’on ne fecrete jamais 1e caftor gras.
- 77. A mefure qu’on fecrete tes peaux, on les place tes unes fur tes autres , poil contré poil 3 cette préparation fait prendre à la pointe du poil > en féchant, une couleur jaune ou rouffe, plus claire aux endroits qui approchent le plus du blanc: & l’on reconnaît fi elle a été bien faite , lorfqu’en ouvrant le poil 0111e trouve dans fon état naturel, depuis la moitié de fa longueur jufqu’au cuir, où eft fa racine. On étend enfuite tes peaux dans une étuve, ouaufo-îeil , pour tes faire fccher.
- 78- L’étuve deftinée à cet effet, & que j’ai vue, eft une petite chambre bâtie eu charpente & en plâtre, de fix pieds en quarré, & de huit pieds de
- (22) En ali. Ucberzug.
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- hauteur : elle eft fermée de toutes parts à la réferve d’une ouverture de deux pieds en quarré, pratiquée au bas d’un de fes côtés, pour lailfer la liberté d’y entrer. Outre cela , il y a un gros tuyau de grès, dont l’embouchure eft à cinq pieds de hauteur, & qui, en montant obliquement, va fe rendre dans la cheminée d’une chambre voifine, pour y porter les vapeurs de l’eau-forte qui s’exhalent des peaux , & celles du charbon , qui fans cela reflueraient dans la mai-fon, & incommoderaient d’une maniéré infupportable ceux qui font obligés d’entrer dans l’étuve.
- 79. Les quatre parois font garnies de clous fans tètes, pour recevoir les peaux j & il y a encore à la hauteur de fept pieds , plulieurs traverfes de bok qui ont des chevilles pour pareil ufage.
- 80. Le plancher de l’étuve eft carrelé, & au milieu eft ce qu’on appelle le fourneau; c’eft une cuvette de deux pieds en quarré, formée avec des briques & un chaffis de fer, dans laquelle 011 met quatre boiflèaux de gros charbon j 8c quand on y a mis le feu avec delabraife allumée, 011 ferme le guichet, & l’on attend que le charbon foit confumé, pour aller examiner en quel état font les peaux.
- 81. Quand on voit qu’elles font fuffifamment féchées , ee qui arrive ordinairement au bout de quatre heures , 011 les retire, & on les livre à des ouvrières qu’on appelle coupeufes ; ce font elles qui enlevent le poil de'deifus le cuir, & qui en font le triage : & le eaftor gras qu’on ne fecrete point, palfe également par leurs mains. Avant que d’en venir au coupage, l’ouvriere décatit le poil que le fecret a mouillé & comme collé ; & pour cet effet, elle fe fert d’un outil qu’011 nomme carrelet (23) , qui n’eft autre chofe qu’une petite carde de trois pouces en quarré , avec laquelle elle peigne l’extrémité du poil.
- 82. La coupeufe travaille ordinairement debout, ayant devant elle un établi bien folide,fur lequel eft placé un bout de planche de dix-huit pouces ou environ de longueur, & épais pour le moins d’un pouce 8c demi. Sur cette planche, qui doit être bien dreifée & bien unie, elle étend la peau, le poil en-dehors , & fuivant fa longueur, ayant attention que la tète de l’animal foit à fa droite ; puis en commençant par cette même partie, & tenant le poil couché avec trois doigts de fa main gauche , elle le coupe à la racine avec un outil qui fe nomme couteau , mais qui eft plutôt un cifeau court, dont le tranchant eft un peu oblique , relativement à la longueur de l’inftrument.
- 83- La main droite a deux mouvemens ; elle coupe tant en avançant qu’en retirant le couteau fur une largeur égale à celle des trois doigts qui tiennent le poil couché, & elle avance en même tems fur la main gauche qui recule, en tirant avec elle le poil qui vient d’être coupé.
- (2 3 ) En ail. tint K rat 2 e*
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- 84. Ces mouvemens, à caufe de la grande habitude, fe fout avec beaucoup de célérité 5 de forte qu’en peu de tems , 011 voit le cuir fe découvrir par bandes qui s’étendent d’un bout à l’autre de la peau, & dont chacune égale en largeur celle des trois doigts avec lefqueis la coupeufe préfente la racine du poil au couteau.
- 8^. Afin que la peau ne cede point à l’aétioü des deux mains qui concourent à la faire reculer en travaillant, la coupeufe fallujettit avec un poids , ou autrement, par le bout où elle commence à couper ; & comme il faut fouvent renouveller le fil au tranchant du couteau , fur-tout pour le caftor, à caufe du limon & du gravier qui fe trouvent adhérens au cuir de cet animal amphi-' bie, il y a toujours fur l’établi une vieille meule de coutelier, pofée à plat, fur laquelle l’ouvriere a foin de repafler fou outil quand elle s’apperqoit qu’il en a befoin.
- 86. On coupe le caftor fec & le lapin de la même maniéré que le caftot gras : mais comme les peaux n’ont pas la même foupleife que celui-ci,& qu’elles ont contracté en fe féchant des plis durs & roides , qui empêchent qu’on ne puilfe les étendre aifément fur la planche, la coupeufe les prépare la veille , en les mouillant avec une éponge du côté de la chair, & en enlevant avec un couteau les petits lambeaux de chair ou de graillé qui font reliés adhérens lorfqu’on a écorché l’animal, & qui, en fe durciifant, ont rendu l’épailfeur de la peau inégale (a):
- 87. On mouille donc ces peaux, comme je viens de le dire 5 & on les applique à mefure , les unes fur les autres , chair contre chair , évitant avec foin que le poil ne 1e relfente trop de cette humidité , qui pourrait lui ôter une partie de la qualité feutrante qu’011 lui a lait prendre en le fecrétant ; & quand il y en a quarante ou cinquante amoncelées de cette maniéré , on les couvre d’une planche que l’on charge avec un poids, jufqu’au moment où la coupeufe s’en empare pour travailler.
- 88- On prépare de même les peaux de lievres pour en avoir le poil plus aifément * mais , comme je l’ai dit plus haut, au lieu de le couper, on i’arra-che, & l’on commence ordinairement par le dos que l’on met à part, comme étant la partie la plus eftimée. C’eft pourquoi cette ouvrière a autour d’elle pluiieurs paniers pour recevoir les diiférentes parties quelle met à part les unes des autres.
- 89. La coupeufe fait aufli un triage des caftors & du lapin. 19. Elle fépare tout le caftor gras du caftor fec. 29. Dans l’une & dans l’autre forte, elle diftingue par tas le poil du dos lorfqu’il eftlong, fort, & bien luifant, de
- (a) Au caftor, c’eft l’arracheur qui pare la peau', pour faciliter le mouvement de fa plane.
- celui
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- celui du ventre» des flancs & des joues, qui eft plus court, mais plus fin & plus blanc. 30. Elle met encore à part toutes les parties de poil qui viennent des bords de la peau, & des environs des trous qu’on y a faits en coupant les oreilles & les pattes de l’animal: celui-ci eft de la derniere qualité. Elle fépare auffi au lapin le poil qui vient du dos, de celui du ventre, des flancs & de la gorge.
- 90. En faifant tous ces triages, elle doit avoir foin de nettoyer le poil en ôtant toutes les chiqucttes, c’eft-à-dire, toutes les parcelles du cuir que le couteau aurait pu détacher, ou que l’on aurait enlevées avec le poil, comme il arrive fur-tout aux peaux qui ont été échauffées, qui ont fouffert un commencement de pourriture, ou que les vers ont attaquées. Les peaux rendent plus ou moins de poil, fuivant la fàifon où l’animal a été tué. Une balle de
- * caftor d’hiver, par exemple, qui pele ordinairement cent dix-huit livres, en donne environ trente-lix à trente-huit livres ; celui d’automne, trente à trente-quatre ; celui d’été, vingt-quatre à vingt-huit. De cent peaux de lapins dépouillés en bonne faifon, on tire à peu près cinq livres de poil, dont quatre
- • de fin, & une de commun. De pareille quantité de lièvres, on en tire neuf à dix livres, que l’on diftingue en trois qualités, lavoir, cinq à lîx livres de fin, provenant de l’arête ou du dos, deux & demie de roux ( c’eft ainli qu’on appelle celui des gorges ), & une & demie des ventres : c’eft le plus .commun.
- 91. La coupeufe fe paie fur le pied de fix fols la livre pour le caftor, tant veule que gras ; mais comme le lapin & le lievre dont plus difficiles à manier, elle gagne huit fols pour chaque livre de poil de lapin qu’elle rend , & dix fols par livre pour le lievre, & elle vend à fon profit ces petits cuirs aux ouvriers qui fabriquent la colle-forte, à raifon de fix liv. le quintal. Les cuirs de caftor .gras, & ceux de caftor veule, quand ils n’ont point été trop coupés & en-•dommagéspar la coupeufe, fe vendent au profit du maitre , fur le pied de quarante à cinquante livres le cent pefant. Ce font ordinairement les, bahutiers qui les achètent, & quelquefois les faifeurs de cribles. Mais quand les peaux font trop endommagées, elles ne font bonnes que pour les faifeurs de colle-forte , à qui on les vend dix-huit à vingt livrés le cent pefant.
- 92. Une bonne coupeufe fait quatre à cinq livres de poil par jour; mais comme elle travaille le plus fouvent fur des peaux qu’on a mouillées pour les rendre fouples, & qu’elle rend ion ouvrage au poids, 011 attend , pour pefer ce qu’elle rapporte, que le poil ait perdu l’humidité qu’il a pu contracter de fon cuir.
- 93. Le chapelier qui a fa provifion, foit en peaux, foit en poils coupés, fecrétés ou non, vifite fréquemment fon magafin, & prend des précautions contre le. dépériffement de ces marchandées.. Les peaux* de caftor» de lievre
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- & de lapin font lujettes à être rongées par les rats & par les fôuris : on fâîfc: la chaffe à ces animaux avec des chats, ou bien on- leur tend-des piégés poia: les détruire. Certains vers-de-foarabées & la^ teigne y ieraient-auiii beaucoup de tort, fi l’on n’avait foin- de fecouer & de battre les peaux de tems en t-ems: la pourriture-même pourrait-s-y-mettre à Poccafien.de quelque humidité, fi les paquets ou ballots demeuraient trop long-tems fermés ferrés par des cordes , ou-par leur propre-poids.
- 94. Les différens poils fe tiennent à part les uns des autres dans des tonneaux étiquetés , & fermés le plus exactement qu’il eft poffible, avec des cou--vercles qui-les emboîtent, comme ceux où l’on met la farine-;- & pour empêcher que les infectes & l’humidité 11e s’y introduifent, on- les - garnit par-de-, dans de bon papier collé, Aveo tout cela il faut avoircgrand foin -de ne point trop entaifer ni prefler ces fortes de marchaiidifes, parce qu’en pareil cas elles, s’échauffent confidérablement* fe-feutrenü en partie-, & fe catifent au point qu’on ne peut plus les ouvrir ni les carder. Le cafter gras, qui eft le plus pré-, eieux, exige à cet égard plus de-foin-& d’attention que tout autre poil.
- 9ÿ. QuAND-le poil eft trop frais ,.c’eft-à-dire , quand il vient- d’un-animal nouvellement tué ou tondu-, le-chapelier connaideur dit qu’il eft-trop verd; il attend pour l’employer, qu’il ait paffé quelque tems au-magafim Ce tems, ;doitêtre plus-ou moinslong, fui vaut-l’efpece; le lièvre & le-lapin emdeman-, dent beaucoup moins que le caftor, il faut au moins un an pour celui-ci. Cxeft; dans le? tonneaux dont je viens, de parler, que le maitre chapelier prend les; matierès qu’il lui faut pour compofer des chapeaux- : le choix qu’il en fait, les, proportions qu’il obferve dans le mélange ,.& la.fournie des parties comp®-. fentes i, règlent la qualité & le poids de ces chapeaux.
- 96. On en diftingue principalement de quatre fortes >• lavoir, ceux qu’om nomme càjlors, les demi-cajîors , les. dauphins & les communs. Quant au poids,., on en fait des deux premières fortes , depuis trois jufqu’a dix onces : ceux, des deux^ dernieres ne pefenfc jamais moins de huit onces ; mais quelquefois; - jufqu’à treize & quatorze*
- 97. Le chapeau qu’on, nomme caftor, doit être fait- entièrement avec du* poil de caftor ne doit différer d’un autre chapeau de même nom & de„-"même-poids , que par le choix du poil, y en ayant de* différens degrés de,-
- beauté dans la même efpece.
- 98. Quoiqu’on ne fâche pas précifément ce que fait au poil cette prépa-.. “ration qu’on appelle fecret., dont j’ai parlé précédemment , cependant l’expé-. rience a fait connaître que le poil fecrété ,11011 feulement £e feutre mieux,., rentre & fe rapproche plusaifémeiitàlafoule, mais qu’il fait aller les matières ; qui ont moins de difpofition à cet effet, & qui fans lui demeureraient lâches; & ne prendraient point 4e corps, Les chapeliers, réglant donc leurs, mélanges;
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- ïer ce principe pour les chapeaux de pur poil, mettent ordinairement deux tiers de fecrété-, avec un tiers quiue l’eft pas.
- 99. On fait, par exemple s un tres-beau & ample caftor avec cinq onces de gq poil fecrété, &>deux onces & demie de non fecrété,,.dont moitié caftor gras, fur-tout fi c’eft du poil .d’élite ; de même des .chapeaux de moindre poids, en ohfervant les mêmes proportions.
- ' 100. Ôn envoie beaucoup de caftors blancs en Efpagne pour les colonies ,1 & nous avons ici des religieux qui n’en portent point d’autres. Ces chapeaux fe compofent comme je viens de le dire, & l’on a de plus l’attention de choifir les parties de poils qui font les plus claires en couleur*.
- loi. Ce qu’on nomme demi-cajlor , n’eft pas, comme on le pourrait croire en s’arrêtant à la dénomination, un chapeau compofé avec moitié poil de caftor ; fi l’on y en met, ce n’eft qu’en dorure. Les chapeliers appellent ainfi une légère couche de caftor ou d’autre poil, dont ils couvrent le chapeau en le fabriquant , & qui lui donne une fuperficie plus fine & plus brillante qu’il 11e pour* rait l’avoir avec la -matière qui fait le fonds de fon étoffe.
- 102. Ci-devant un bon demi-caftor devait pefer neuf onces, & fe fallait avec un tiers de laine de vigogne ou de carménie, deux tiers de poil de lapin, de lievre, ou de chameau, des meilleures qualités, le tout pefant huit onces, & recouvert d’une once de dorure en caftor.
- • 103^ Aujourd’hui l’on en fait beaucoup de flx onces , dont trois de lievre fecrété, deux de lapin fecrété , & une de lapin non fecrété. Quand on veut les faire plus forts & plus beaux, on y ajoute une once de caftor en dorure.
- 104. Les demi-caftors de cette derniere efpece font moins fins, quand il y a plus de lapin que de lievre ; c’eft-à-dire, que le poil de lievre ( qui eft aulîl plus cher ) eft le plus beau de ces deux poils : mais il faut, pour bien faire, qu’il foit toujours feçrçté. f
- iof. Ces chapeaux font plus folidcs, quand on y fait entrer un fixieme de vigogne, tou dedaine de carménie bien épluchée : & fi avec cela iis ont une dorure de caftor, ce font les plus beaux & les meilleurs de cette efppce.
- 106. Les demi-caftors qui doivent relier blancs, peuvent fe faire avec deux tiers d’arète de lievre fecrété, un tiers d’arète de lapin, dont moitié fecrété; ou bien ce dernier tiers tout fecrété, au cas qu’on y ajoute une once ou une once & demie de caftor. en dpture ;• car il eftà rqmarquerque la dorure fëfait toujours avec du caftor, veule non fecrété,, que l’on 11e .carde point, niais que l’on arqonne feulement. Quelques chapeliers cependant font dans l’ufage de dorer leursMemi-caftors les.tfitoius7fins, avec;de l’arête de lievre , dont la moitié eft fecrétée : d’autres les dorent avec moitié caftor non fecrété, & moitié lievre fecrété. Mais ces dorures 11e font jamais ni aufii. bonnes niaufti belles que. celles qui fe. font avec le caftpr pur. .P r>' : /fi '
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- 107. Les dauphins fe font avec deux tiers de lapin nomfecrété & de lievre fecrété * & l’autre tiers partie agnelins d’Hambourg, & partie poil de chameau bien épluché, le tout de la fécondé qualité. Pour un chapeau de fept onces & demie, par exemple , quatre onces tant en lapin qu’en lievre communs , une once de laine d’Hambourg, deux onces & demie de poil de chameau : on peutfubftituer à ce dernier la laine d’Autriche, ou de pelotage.
- 108. On ne dore guere ces fortes de chapeaux, parce que le poil fin qu’oit y emploierait, ferait toujours furmonté par la laine*&,la matière plus corn--mune, qui fait le fonds de l’étoffe.
- 109. On fait auffi des dauphins blancs à l’ufage de quelques ordres de religieux j mais alors on a l’attention de choifir parmi les laines ou les poils qu’on y emploie, tout ce qu’il y a de moins brun, & de plus approchant dut' blanc;
- 110. Les chapeliers des grandes villes , & fur-tout ceux de Paris , ne font guere de chapeaux plus communs que les dauphins , parce que la main-d’œu^ vre y eft trop chere pour ces chapeaux de bas prix : c’eft, comme je l’ai dit au commencement du premier chapitre, dans les provinces que cela fe fabrique avec de la laine pure du pays, à laquelle 011 mêle fouvent des matières encore plus communes. -
- 111. On mêle auffi quelquefois avec ces laines de France des matières plus fines , telles que les poils de lapin , de lievre, de chameau , pour faire des chapeaux qui tiennent un milieu entre les communs & les dauphins. D’autres fois on fe contente de dorer le deffus de la tête avec un peu de poil de chameau, ce que l’on appelle mettre, une calotte.
- 112. Comme la matière dominante de ces chapeaux eft de la laine, il eft aifé d’en fournir de blancs ou de gris ,-aux religieux qui doivent les porter de cette couleur, ou à ceux qui par goût ou par fantaifie, veulent les avoir tels r il fuffit alors de ne les point faire palfer à la teinture.
- 113. On peut faire des chapeaux avec du poil de lievre fecrété, & de la
- foie parfilée & coupée à la longueur des poils qu’on emploie dans la chapelet rie y j’en ai vu faire de cette efpece, où il entrait moitié de foie, & d’autres où il n’en entrait que le tiers : ces chapeaux m’ont paru plus fins que les dauphins , &plus communs que les demi-caftors. On les peut dorer comme ceux-ci , avec une once ou un peu plus de caftor. Le chapelier qui fait ufage de foie, la tient toute parfilée & coupée en paquets jufqu’au moment où il en a. befoin pour faire fon mélange. r ' -*
- 114. Dans une fabrique un peu achalandée, les mélanges fe font pour lev moins de 12 à 15 livres.1 Quand îe maitre a pefé'toutes les parties compofan-tes.. files donné aux cardeurs, qui doivent les lui rendre poids pour poids , à raifon de 6 fols la livre pour le caftor, & % fols pour les laines &poilsmèlés enfcmble.
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- il f. Avant que de pouvoir être cardées , prefque toutes les matières ont befoin qu’on les baguette ( 24) pour commencer à les ouvrir, c’eft-à-dire, à défunir les parties qui fe font pelotonnées & comme collées enfemble dans les-tonneaux ou dans les paquets où elles ont été îong-tems ferrées & entalfées, & pour les purger, en les fecouant, de la pouffiere , de la terre même qui s’y ferait attachée du vivant de l’animal,- ou après qu’il a été dépouillé. Les ouvriers qui doivent carder, font chargés de cette première préparation : elle fait partie de leur ouvrage, & 11e fe paie pas féparément.
- 116. On commence alfez fouvent parbaguetter à part chaque partie qui doit entrer dans le mélange ; on la met fur le plancher: l’ouvrier à genoux devant le tas ,tenant dans chaque main une baguette femblable à celle des chandeliers, frappe des deux à la fois , ayant attention , lorfqu’il releve les baguettes, de les faire battre l’une contre fautre , afin de fecouer & divifer davantage la portion de poil qu’elles enlevent.
- 117. Quand le poil a été baguetté pendant un certain tems de cette façon-là , & qu’il n’y a plus de gros pelotons , l’ouvrier, pour achever de l’ouvrir & de le divifer, l’ayant tout ramalfé à fa droite, bat fur le bord du tas le plus près de lui, & fait entre-choquer fes deux baguettes en les relevant, de façon qu’il fait paffer à la gauche la portion la plus légère qu’elles ont enlevée; & eu procédant ainfi jufqu’à la fin, il fait difparaitre entièrement les paquets ou flocons qu’il s’était propofé de divifer.
- ii 8- Toutes les parties étant ainfi baguettées féparément, l’ouvrier les met enfemble , & recommence à les battre de nouveau, pour qu’elles fe mêlent intimement, & qu’on ne puiffe plus les distinguer les unes des autres. Pour cet effet il coupe deux ou trois fois ; c’eft-à-dire, qu’en pinçant le poil' battu avec fes deux baguettes , il le Fait paffer par petites parties , de fa droite à fa gauche, & de même enfuite de fa gauche à la droite. Il y a de l’art dans ce baguettage , & je feus qu’il eft difficile de le bien décrire ; mais on peut concevoir que par ce moyen bien ménagé, les différentes matières fe mêlent en fi petites parties les unes avec les autres , que l’œil peut à peine les diftin-guer : cela s’appelle effacer.
- 119. Quand il y a beaucoup de matières à baguetter, deux ouvriers fe mettent en face l’un de l’autre, & travaillent de concert. Mais comme il y a des poils, tels que celui de lievre, qui volent beaucoup, c’eft-à-dire , qui, à caufe d’une grande légéreté,fe répandent dans l’air & fe diffipent, ce qui caufe du déchet, les cardeurs quifont obligés de rendre poids pour poids, remédient autant qu’ils peuvent à cet inconvénient, en frottant le poil avant de le battre, avec un peu d’huile de lin; ce qui l’empêche de voler auffi aifément»
- £24,) En- dMrfchlagm*
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- Jl k T DU CHAPE LIER.
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- 8c répare en quelque façon par le poids de cette matière étrangère , celui dit poil qui fe perd. Les maitres tolèrent ce petit artifice ; mais le compagnon chapelier s’yoppofe autant qu’il peut, parce que le poil ainfi huilé s’arçonne plus difficilement > il a peine à fe détacher de la corde-, pour voler au gré de l’ouvrier.
- 120. Dans quelques fabriques de Paris, au lieu de baguetter ainfi l'es mélanges , on les bat avec un inftrument qu’on nomme violon. Il eft compofé pour l’ordinaire de feize cordes de l’efpece de celle qu’on appelle fouet, & dont chacune a huit pieds de longueur j elles font toutes attachées par un bout, à égales diftances les unes des autres, fur un barreau de bois, long dé deux pieds, épais de deux pouces, 8c large d’autant, qui e£t lui-mèrne fixé par deux crochets, au bas du mur de l’attelier. Toutes ces mêmes cordes font retenues par l’autre bout dans une piece de bois courbe,* qui n’a qu’un pied de longueur , de forte qu’elles font une fois plus près les unes des autres de ce côté-là'que de Pautre. La piece courbe a un manche long d’environ deux pieds, qu’un homme debout prend à deux mains, pour faire frappêr les cordes à coups redoublés , fur un tas de poil étendu par terre.
- 121. Après que les mélanges ont été baguettés d’une façon ou de l’autrê il s’agit de les carder, pour achever d’effacer les parties compofàntes : car, quoiqu’elles paraiffent l’être après cette première façon , elles ne le font encore qu imparfaitement, & pointaifez pour remplir les vues du chapelier. II y a des cardeurs exprès pour la chapèlerie , & leurs cardes font plus fines que celles des ouvriers qui travaillent pour les tapiffiers. Je ne m’arrêterai poinr à décrire cet outil, qui eft aifez connu ; fi cependant le leéleur a befoin d’inf-tru&ion particulière fur cet article, il pourra confulter l’art du cardier ou fai-feur de cardes, que M. Duhamel décrit actuellement, & qui fera publié inceL famment.
- 122. On fe rappellera feulement que le catdeur, en travaillant, fait agir feS cardes de deux maniérés. Premièrement, quand il a appliqué une poignée de laine ou de poil qu’il tient de la main gauche, il la tire, l’étend, & la peigne en traînant l’autre carde delfus : ce mouvement s’appelle trait (25). Seconde* filent, en fiifaut palier enfeiis contraire l’üne defes cardes fhr l’autre, il reîeve S: ramaffe ce qu’il vient de tirer, & le rapplique de nouveau pour continuer de le tirer : chacune de ces opérations s’appelle un tour de cardes (26).
- 123. Oïl, le cardeur du chapelier ayant fes matières nouvellement & fuffi-famment bagubttées , commence par lèui1 donner un cardage à quatre traits & trois tours de cardes , ce qu’il appelle brifer fzf). Enfuite il les reprend , & fait un fécond cardage à trois traits & deux tours de cardes, ce qu’il nomme
- (25) En ait, zieheu. (zé) En ail. Um-wenden. (£?) En ail. rdffcti.
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- ART DU C M A P J L ï E R.,}
- Dans ces deux façons il prend toujours la poignée qu’il doit carder, fur; îes bords du tas, & non dans le milieu ; il n’appuie que très-Jégérement une .carde fur l’autre, & les tire doucement, pour ne faire que peigner , & ne point rompre le poil fur lequel il travaille. Le cardage eft réputé bien fait, quand les-différentes matières du mélange font tellement effacées qu’on ne .puiffe-plus les. diftingiier, 8a qu’il n’y a point de bourgeons , c’eft-à-.dire de petits flocons , qui n’aient point été ouverts.
- 124. Alors, le in ai tre ayant reçu fou mélange fortant des mains des, cardeurs, le diftribue par pefées à les compagnons. Chaque pefqe contient pour Le moins, l’étoffe-de> deux chapeaux.*-qui font ordinairement la, journée ;d?un ouvrier. Si c’eft en commençant la femaine, il efiaffez d’ufàge de leur en diftribuer pour quatre chapeaux, parce qu’on ne foule guere le lundij. ce. jour-là ils. avancent leur ouvrage pour le finir Les jours fuivans.
- I2f. Si les chapeaux que le maître donne à, faire, doivent avoir de la dorure, il diftribue à part la quantité de caftor qu’il a deffein.d’y employer;, cette partie ne: fe carde pas. Si. la dorure doit fe faire avec du poil d.e.lievre., •u de chameau, cette partie fe carde féparément. & fe diftribue de. même, après la. pefée des chapeaux,.
- i5Hi.,.. r . il, 1 ri "Tf r
- CHAPITRE, III.
- De la manier £ de fabriquer les. ckcipeauxî
- J’26 *3Fo u s les, ouvriers dont j’ai fait menti-on jufqu’à.préfënt, ne font1; point çhapeliers.j c.e ne font, que des aides qui préparent les matières., & qui les mettent, en état d’être travaillées par celui qu’on appelle compagnon .•* •g’eft entre fejs mains, que commence, à proprement parler, la. conftrucftiofo du chapeau..
- 127. Les chapeaux au-deiïus dé ceux qu’on appellq communs, fe font; toujours, de quatre pièces, qu’on nomme capades » que l’ouvrier affembîë ^ & à qui il fait prendre la. conffftance. & la forme convenables, La conftruéHon-, du chapeau, dépend donc de trois, opérations principales ; par. la première,, on forme les capades ; par la fécondé, on les affemble, cela s’appelle bafiir(^29) :: par la'troifieme qui eft la foule ( 30), on fait prendre à cet affemblage tes, dimenfions;, la. forme. & la. folidité qui. conviennent au chapeau felqn fQJ% «ipece..
- <28 ) En ail Facfe
- (2-9) En d\\. Jjlzeih
- <3-0) En ail. ivaiïein
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- Maniéré de préparer & de former les capades~
- 128- Il y a dans Pattelier des compagnons une balance avec laquelle chacun d’eux partage l’étoffe (31) qu’il a reçue, en autant de parties égales qu’il doit rendre de chapeaux : cela fe fait fans poids, mais feulement en chargeant les deux badins, jufqu’à ce qu’on voie par l’équilibre, qu’il y en a autant d’un côté que de l’autre.
- 129. La quantité d’étoffe qui doit entrer dans un chapeau, fè divife de la même maniéré en quatre parties égales, pour former les quatre capades (a) & le compagnon les façonne l’une après l’autre de la maniéré qui fuit.
- 130. Quoique 1 étoffé ait été baguettée & cardée à plufieurs fois, & que les matières qui entrent dans fa compofition foient bien mêlées, &, comme on dit, fuffifamment effacées, il s’en faut bien qu’elle foit encore divifée, & raréfiée au point où elle doit l’être, pour l’ufage que le compagnon en doit faire. Celui-ci commence par ïarçonner (32) ; c’eft-à-dire, qu’il la travaille avec un infiniment qu’on nomme arçon (33), dont voici la defcription & l’ufage.
- 131. A. B9pl. ffig. iÇ,eft une perche ronde, pour l’ordinaire de fapin, qui a environ huit pieds de longueur, & deux pouces de diamètre: vers l’extrémité B, eft affemblée à tenon & mortaife, un bout de planche chantournée C, qui faille de huit pouces, & qui s’appelle le bec de corbin (34) parce qu’en effet cette piece en a la forme. A l’autre bout de la perche, & dans le même plan, eft arrêtée de la même maniéré une autre planchette D , percée à jour, qu’on nomme le panneau (35). Cette piece a quinze pouces de long fur fix à fept de large \ & fon épaiffeur, qui eft quinze lignes aux deux extrémités, va en diminuant jufqu’au milieu de la longueur.
- 132. Sur le côté E F, le plus avancé du panneau, eft une laniere de çuir de caftor, retenue de part & d’autre par des cordes qui embraffent la perche en. G & en H, & qui étant doubles fe tordent & fe tendent à volonté par le moyen de deux petits leviers I K, à la maniéré de celles qui fervent à bander les fcies,
- 133. La laniere qui eft ainfi tendue fuivant fa longueur, fe nomme le fuiret (36) : au lieu d’être appliquée immédiatement fur le côté du panneau , elle en eft féparée à la diftance d’une ligne ou à peu près, par une petite lame de’Jbois qui la fouîeve à l’endroit le plus près du point E ou du point F #
- (3 O L’étoffe , c’eft la matière cardée que le maître diftribue aux compagnons pour en faire des chapeaux'.
- {a) Les chapeaux de laine & autres chapeaux communs, fe font à deux capades.
- (52) En ail. fachen.
- (îî) En ail. Fachbogen.
- (34.) En ail. die Nafe.
- Oç) En ail. das HauptbrcL (}6; En ail. Bogenleder.
- edi
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- tela eft égal: & cette petite piece porte le nom de chanterelle, à caufe de F effet qu’elle occafionne, & dont je parlerai bientôt.
- 134. Une corde à boyau d’une ligne de diamètre, fixée à l’extrémité A de la perche par un nœud coulant, vient pader fur le milieu de la largeur du cuiret, de là par une rainure creufée dans l’épaiffeur du bec de corbin, & dans une fente pratiquée en B, pour s’arrêter aux chevilles L, L, L, avec le degré de tendon que l’ouvrier trouve à propos de lui donner. Il en juge principalement par habitude, & encore par le bruit de la chanterelle ; car kirfque la corde eft en jeu , fes vibrations font battre le cuiret contre le bois du panneaui & fuivant le tou qu’elle lui donne, il connaît fi elle eft affez tendue ou non pour fa maniéré de travailler.
- 13 5^. Je dis pour fa maniéré de travailler ; car chaque compagnon a la fienne : & dans un attelier où il y a fix arqonneurs, ce font prefque autant de tons différens J de forte que ces ouvriers, lorfqu’ils ont travaillé enfemble pendant un certain tems, fe reconnaiiTent fans fe voir ies uns les autres, au ton feul de l’arqon.
- 136. La. corde fe met en jeu par le moyen d’un outil qu’on nomme la coche, fig. 16. C’eft unbfpece de fufeau de buis, ou de quelqu’autre bois dur, qui a fept à huit pouces de longueur, 8c dont chaque bout eft terminé par un bouton plat 8c rond, à peu près comme un champignon. L’ouvrier le tenant de la main droite par le milieu, accroche la corde avec le bouton y & l'a tire à lui, jufqu’à ce que gliifantfur la rondeur du bouton, elle échappe & fe.met en vibration., en vertu de fon élufticité.
- 137. Le maniement de l’arqon eft ce qu’il y a de plus difficile pour les apprentifsi ils ne s’y font que par un long exercice, 8c il y en a peu qui parviennent àarqonner d’une maniéré aifée, & fans contracter une attitude pénible- & contrainte, qui va quelquefois jufqu’à leur gâter la taille, &les rendre contrefaits.
- 138. L’ARqoN eft fufpendu par une corde qui eft attachée d’une part au plancher, & de l’autre au milieu de la longueur de la perche j il eft, dis-je, fufpendu à quatre pouces au-deffus -d’un établi qui a cinq à fix pieds de long, & au moins cinq de large, qui eft porté fur des tréteaux ou autrement, à la hauteur de deux pieds huit pouces. Voyez pl. /, fig* 17.
- 139. Cet établi eft couvert d’une claie d’ofier fin, dont les brins font feparés les-unè des autres par de très-petits intervalles, tels qu’il les faut feulement pour lailfer palfer la pouffiere & les petites ordures qui fe dégagent de l’étoffe qu’on arqonne. La fig. 18 > pL 1, repréfente une portion de cette claie deffinée plus en grand, afin qu’on puilfe voir comment les mailles font faites.
- 140. L’établi couvert de fa claie, eft placé dans une loge qui n’a que
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- la grandeur qu’il faut pour le renfermer, & qui eft entièrement ouvert^ par le devant, où fe place l’ouvrier. L’un des trois autres côtés doit avoir une fenêtre qui donne un jour fuffilànt : les deux autres peuvent être des-cloifons de bois ou de plâtre, &c. Voilà l’effentiel; mais ce qu’il y a de mieux, ou de plus ordinaire, c’eft que le jour foit en face de l’ouvrier * & qu’à fa droite & à fa gauche on 'éleve, fur l’extrémité de l’établi, deux claies d’ofier dont les brins font parallèles entr’eux. Ces claies qu’on nomme dojjiers (37), fe courbent un peu l’une vers l’autre par le haut, & fervent à retenir les parties les plus légères de l’étoife, qui, fans cette précaution» fe difliperaient en volant de côté & d’autre dans l’attelier.
- 141. L’ouvrier faifit la perche de l’arçon à peu près au tiers de fa longueur, en paifant la main gauche dans une poignée. M qui eft faite de-cuir doux ou de plufieurs bandes de linge les unes fur les autres, & qui 9 s’appuyant fur le revers de fa main, l’aide à foutenir le poids du panneau & du bec de corbin , qui tend à porter la corde de haut en bas, en failant tourner la perche fur elle-même : il étend le bras pour dégager la corde r & il la tient avec la perche dans un plan à peu près parallèle à celui de l’établi-
- PI !•> fië- 17‘
- 142. L’instrument étant dans cette fituation, la corde eft fufceptible de quatre mouvemens : i°. de fe mettre en vibration par les coups de coche, comme on l’a expliqué ci-deffus* 2?. de s’élever & de s’abailfer parallèlement au plan de l’établi; 38. de s’incliner plus ou moins à ce même plan, 40. enfin, de tourner horifontalement avec la perche autour du point de fulpenfion.
- 143. C’est par ces quatre mouvemens combinés & ménagés avec adreffe* que l’arçonneur vient à bout de préparer & de difpofer l’étoffe de fes eapa-r desj il commence par battre, (38), & finit par voguer (39),
- 144. Pour battre l’étoffe d’une capade, ilia place au milieu de rétabli,
- y fait entrer la corde de l’arçon, & fans qu’elle en forte, ilia met en jeu» à grands coups de coche, ayant foin de la porter tantôt plus haut, tantôt plus bas, & d’avant en arriéré : ce qu’il fait à plufieurs reprifes, jufqu’às ce qu’il s’apperçoive que toutes les cardées font bien effacées, & que toutes les parties également brifées par les vibrations de la corde, fe feparent & s’envolent au moindre fouffle.
- 145;. Lorsqu’en battant ainfi il a éparpillé fon étoffe, il la ramaffe fan» y toucher avec la main, mais feulement avec le bout de l’arçon qu’il porte: de gauche à droite, & de droite à gauche, pour refaire le tas..'.U modère
- (3?) En ail. Vorfet2er* (39) En iXLfashm»
- (38) En ail. hmmterlàuteTn t Jihhgm»
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- ART D U CHAPELIER.
- «ff
- les Coups de coche, & diminue leur fréquence, quand il eft fur la fin, •quand il na plus affaire qu’à de petits flocons, qui fe répareraient d© la malfe, s’il les chalfoit avec plus de violence.
- 146. Après avoir fuffifammentbattufon étoffe, le compagnon la vogue
- c’eft là le moment où l’arçon a befoin d’être habilement manié. Voguer
- l’étoffe, c’eft l’arçonner de maniéré que fes moindres parties pincées fuccef. fivement par la corde, foient enlevées & tranfportées de la gauche à la droite de l’ouvrier, en faifant en l’air un trajet*de plus de deux pieds : de forte qu’après cette opération, une très-petite quantité de matière forme un tas confidérable, mais d’une raréfaction & d’une légéreté fi grande & fi uniforme, qu’on croirait voir un monceau du plus fin duvet, & que le moindre vent ferait capable de tout difiiper dans un inftant.
- 147. Quelquefois l’ouvrier vogue deux fois j & pour cet effet, il ramene fon étoffe vers fa main gauche fur l’établi, en la pouffant légèrement , non avec la main, mais avec un clayon, fig. 19 , qui a quatorze pouces de long, fur douze de large, & qui eft garni d’une poignée au milieu i il la ramaffe en un tas à peu près rond, & plus épais vers le centre que vers les bords. Alors faifant agir l’arçon, il faut non-feulement qu’il faffe paffer fon étoffe de fa gauche à fa droite, comme la première fois j mais ce qu’il y a d’effentiel & de plus difficile, c’eft que le poil, à mefure qu’on le vogue, doit tomber tout dans un efpace d’une figure déterminée, d’une certaine grandeur, & s’amaffer de maniéré qu’il produife des épaiffeurs différentes en telles & telles parties du tas qu’il forme.
- 148. L’espace dont il s’agit eft une efpece de triangle, fig. 20, formé par trois lignes, dont deux , A D, B D , font prefque droites, & la troi-fieme A E B, eft un arc de cercle ou à peu près : fa grandeur varie fuivant les dimenfions qu’on veut donner au chapeau, & encore plus félon la nature de l’étoffe qu’on emploie : car il y en a qui rentrent à la foule beaucoup plus que d’autres, & avec celles-là on tient les capades plus grandes. Pour des chapeaux fins, affez communément la diftance d’A en B eft de quarante à quarante-deux pouces j celle de D en C, de quatorze ; & celle de C en E, de dix pouces.
- 149. L’ouvrier commence donc par voguer à petits coups & prenant peu d’étoffe à la fois , pour former la pointe b B ; puis continuant en reculant fon arçon, & faifant agir une plus grande partie de la-corde pour fournir •davantage, à mefure que le tas de la matière voguée's’élargit, il remplit tout ce qui eft entre la pointe B b, & la ligne D E ; il charge de même toute la partie qui eft entre cette ligne & l’autre pointe A a, en modérant les coups
- Kkij
- : (40) En ail. Schieber.
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- d’arqon à mdure que l’efpace qu’il veut remplir fe rétrécit; & il finit par employer le. relie de fou étoffe fur les endroits où-il voie qu’il en manqua.* pour rendre les épaiffeurs telles qu’elles doivent être.
- ifo. Ces épaiffeurs doivent aller en diminuant, depuis le contour inté* rieur adbe, juiqu’au contour extérieur A D B E , qui termine la figure : de-forte que la figure 20 r-epréfentant le plan du tas d’étoffe ainfi voguée,la fig. 2i en repréfente la coupe Buvant la ligne A B > & la fig, 22 > celle du même tas fuivant la ligne DE.
- * if 1. Mais quelqu’habile que foit l’ouvrier* il eft rare que par le feul jeu de l’arçon il parvienne à donner à fou tas d’étoffe le contour &lesdimen~ lions, qu’il doit avoiril y fupplée avec le clayon qu’il promene tout autour, pour rapprocher les parties qui s’écartent de fon deffein j & comme ce clayon eflun peu courbe, il l’appuie, légèrement d’abord par la convexité fur toute-la bande A a, D d ,.R £, E e ; & enfuite en appuyant davantage , tant, fur le milieu que fur les Bords, il applatit le tout & le réduit à l’épailfeur d’un doigt ou environ.
- 15,2. La capade commence donc à prendre forme & cou finance fous le clayon j quand elle en fort, elle reffemble aifez à un morceau de ouatte épaiffe, taillé comme la fig. 20. Les ouvriers y distinguent plufieurs parties: D^fe nomme la.tête; ce qui eft terminé par deux pointes. A a * B b, s’appelle les ailes,.; & le bord A E B > efl Varête (4Q. Qn continue.de façonner la capade en la marchant avec la carte...
- if 3. Marcher la capade avec ta carte. (42)-3 c’eft la couvrir d’un grand morceau de parchemin fort épais , ou d’un carré de cuir de veau corroyé , comme? celui dont on fait les. empeignes des fouliers communs *& preifer deffus avec les deux mains,, qu’on applique fuecefîivement fur toutes les parties. Le. plat de.la main ainfi appliqué, doit agir à chaque endroitparpetit.es fecouffes; & en paffant de l’un à l’autre »ii 11e doit poim quitter la carte ,.mais feulement? gliifer deffus.
- if 4. Quand les mains- ont ainfi parcouru toute l’étendue de la capadey l’ouvrier, pour la vifiter,îeve la carte : s’il apperqoit quelque endroit qui-n’ait point été fuffifamment marché, il recommence fa première opération,* en appuyant davantage ou plus, foulent fur les endroits qu’il ^remarqué eu* avoir befoin.
- if.f. Cela étant fait, il leve de nouveau la carte; il fépare doucement îa. capade de deffus la claie;.il la retourne, pour la marcher du côté oppofé à-celui fur lequel il vient de travailler, ayant toujours foin de lever îa carte de-fois. à autre, pour voir ii fou étoffe fe feutre également par-tout.
- (40 En ail. der Sthmtb (4») En aü. dm JFach mit der Majpjpc aujdmmai dmken»
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- ART DU CH A PEL ïE R.
- ZGï
- T Lorsque la capade aétéfuffifamment tnarchée avec la carte, l’ouvrier la replie fur elle-même, en portant l’aiie qui eft à fa gauche fur celle qui eft à fa droite , comme on le peut voir par la figure- 235 & il arrondit l’arête, en déchirant légèrement avec deux doigts de fa main droite tout ee qui excedei la ligne ponctuée AGE, tandis qu’il contient l’étoffe avec fa main gauche-, pofée à plat, & qu’il fait fuivre à côté de la même ligne ; & fi les bords qui vont de la pointe des ailes à la tête, fe dépaflent i’un l’autre, il rogne do «même l’excédant.
- 157. L’arête arrondie devient un are de cercle, dont le centre eft en-D'* mais l’ouvrier n’emploie pour cela aucune autre mefure que le coup-d’œii & l’habitude; il met à part fes rognures, ainft que la capade qu’il vient de faire, après l’avoir pliée proprement..
- 158- Chacun plie la capade à fa maniéré, cela 11’eft affujetti à- aucune réglé ; cependant la plupart des compagnons que j’ai vu travailler, la pliaient ainfi ; ils faifaient un pli fur la ligne AI, fig. 24, en apportant la tête D fur le point E; enfuite ils prenaient les deux ailes AB, déjà appliquées l’une fur l’autre, pour les porter en a, b , en faifant un pli fur la ligne GH ; de forte que la capade était réduite en un paquet prefque quarré-EIGH.
- if$>. Les quatre capades étant faites & pliées ainfi, ce que l’ouvrier a re* tranché en arrondiffant les arêtes & en réglant les autres bords, il le raffenu. ble au milieu de fa claie, le rebat & le vogue, de maniéré qu’il en forme une ' bande.mince & large de quatre pouces ou environ-, fur toute fa longueur; Cette bande étant marchée au clayon & à la carte, comme il- a été dit ci-delfus 3.. le nomme puce d'étoupage3 parce qu’elle s’emploie par morceaux, à étouffer (43), c’eft-à-dire, à garnir les endroits des. capades, qui. fe trouvent trop iàibles, comme je l’expliquerai dans la iiiite;.
- 160. Si le chapeau, doit avoir de la dorure:, l’ouvrier prend* h quantité de poil non cardé (a) qui y eft deftinée (en caftor, c’eft ordinairement une «nce, quelquefois moins,) ; il la partage à: la balance ou à la vue , en- deux-parties , qu’il arqonne féparément. Les chapeliers appellent dorure (=44) une. légère couche de poil d’élite, dont ils couvrent les parties les plus apparentea du chapeau ÿ quelquefois on ne dore que la tête , plus fouvent 011 dore auflî-î’unè des deux fîmes du, bord , ou bien toutes, les deux, mais jamaisje dedan.» de la tète-; 011 en fent allez la raifon.
- 161. Si l’on ne doit dorer que le dehors de la tète & celle des deux faces ds bord, qui e.ft à F en v ers du chapeau, le compagnon partage fou étoffe en.
- {43) En ail. Ausbujfem tor non fe’crété , 8c alôrs on ne ît card£-
- f (44) En ail. Vebcrzug. point ; mais quand c’eft du poil fecrétéb
- («) Le plus, fouyent la dorure eft cîe caf. qu’on y emploieil-faut- qu’iffoit cardé>
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- deux parties, dont l’une, qui eft un peu plus forte que l’autre, fert à former deux pièces qu’on nomme les travers {4$) : & de la plus faible il forme deux :autre pièces qu’on appelle les pointus (46).
- 162. Il bat d’abord l’étoile des travers, & la vogue, en lui faifant prendre la forme d’un ovale ou d’un quarré long dont les angles feraient fortement arrondis, pl, I, fig. , en obfervant que l’épailfeur foit égale par-tout ; & fi le contour ne lui parait point conforme à fon deffein, il achevé de le régler avec le clayon qu’il promene en appuyant légèrement fur les bords. Il marche cette piece avec la carte, comme il a marché les capades ; il la roule enfuite par les deux bouts, fuivant fa longueur, de maniéré que les deux parties roulées fe rencontrent à la ligne E F , & s’appliquent l’une fur l’autre , comme on le peut voir par la fig. 26, Alors empoignant des deux mains ce double rouleau tout auprès de la ligue g h, il le rompt & en fait deux morceaux qui étant déployés auront chacun la forme de C B E, fig. 2
- 163. Le refte de l’étoffe deftinée à la dorure , fe divife encore en deux parties, mais égales , lefquelles battues à l’arqon , voguées & marchées fépa-» rément, doivent former deux petites capades femblables aux grandes quant à la figure, mais d’une épaiifeur beaucoup moindre que la leur, & égale par-tout.
- 164. Si le chapeau doit être entièrement doré en-deifus, c’eft-à-dire , fi la dorure de la tète doit aller non feulement jufqu’au lien, mais s’étendre en «continuant jufqu’à l’arête, alors la plus forte partie de l’étoffe'qui y eft employée , il partage en deux parties égales, dont on fait deux pièces qui ont, comme les précédentes, non feulement la forme, mais prefque la grandeur d’une eapade. Je dis prefque la grandeur; comme cette partie de la dorure ne s’applique qu’à la foule, & lorfque le chapeau eft déjà un peu rentré, il n’eft pas néceifaire qu’elle foit tout-à-fait aufii grande qu’une eapade avant Je baftiifage.
- 164. On fait encore quelquefois des chapeaux que fon nomme chapeaux à plumet, parce qu’en les fabriquant on ménage tout autour du bord une frange de poil qui le dépaffe de fept à huit lignes , & qui imite le plumet. Quand on veut que le chapeau en ait un, il faut en préparer les pièces avant que de quitter l’arqon.
- 166. Ces pièces fe font avec l’arête du caftorleplus beau 8c le plus long; onlës arqonne & on les marche comme des travers & fous la même forme , avec cette différence qu’au lieu d’être d’une cpaiffeur égale dans Jtouté leur étendue, on les tient un peu plus fortes vers le bord qui doit excéder celui du chapeau. Elles s’appliquent à la foule, & l’on eu met plufieurs les unes for
- (4$) En ail. die Randfache.
- (46) Eft ail. die Kopf-fach't'.
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- les autres, comme je l’expliquerai ci-après. Le nombre n’en eft point fixe* les uns en mettent cinq, les autres fix , & cela fait dix ou dou2e pièces à préparer i car il en faut deux pour faire le'tour du chapeau. Il faut, pour un plumet un peu étoffé, depuis une once & demie jufqu’à deux onces de poil.
- 167. C’est principalement en façonnant les eapades , la piece d’étoupage,, celles de la dorure, &c. que l’ouvrier doit être attentif à nétoyer fbn étoffe i indépendamment de la pouiliere qui fe tamife au travers de la claie, & qui tombe d’elle-même fur l’établi, il y a encore d’autres ordures qui font adhérentes, & qu’il faut enlever avec les doigts j tels font les poils morts & catis r qui n’ont pas pu s’effacer au cardage ni à l’arçon ; telles font les chiquâtes, on appelle ainfi les parcelles de peau que le couteau de la coupeufe & celui de-l’arracheufe ont détachées, & qui ne fè féparent point du poil. Ainfi, foit en battant, foit en voguant, dès que le compagnon apperçoit quelque corps étranger, il le pince légèrement avec le bout des doigts, & l’enleve ; de même, en façonnant fes eapades d’un côté & de l’autre , chaque fois qu’iî* leve la carte , il les épluche fbigneufement, & les rend nettes, le plus qu’ü> peut.
- Maniéré de bajllr le chapeau & Rappliquer la dorure,
- 168'. B asti r le chapeau (47), c’eft affembler les eapades, les lier enfembî# par le feutrage, & faire prendre à cet affemblage la confiftance néceffaire pour: le mettre en état de foutenir les efforts de la foule.
- 16% Cela.le fait fur une table bien folide & bien unie , qui peut avoirr quatre à cinq; pieds de longueur fur deux & demi au moins de largeur, montée fur quatre pieds à la hauteur de trente pouces, & placée, autant qu’on le peut, de maniéré que l’ouvrier travaillant fur l’un de fes grands côtés, reçoive le jour en face. Autrefois il y avait, au milieu de cette table, une ouverture ronde , de vingt pouces de diamètre, qui répondait à un fourneau dans lequel on entretenait un peu de feu. Le bord de cette ouverture avait une feuillure pour recevoir une platine de fer de fonte dont le deffus affleurait celui de la table. C’était fur cette plaque de métal, toujours chaude à un certain; degré, que l’ouvrier travaillait, & cela s’appellait bajlir au bajjîn (48)- Aujourd’hui cette pratique eft prefque généralement abandonnée, au moins; dans les fabriques des chapeaux fins j la table du baftiilage eft pleine, & cette façon fe donne à froid.
- 170. Avant que d’en venir à affembler les eapades , le compagnon les> marche dans la feutriere (49) , pour leur donner plus de confiftance qu’elle#
- (47) En ail. filzttï. trement les chapeaux greffier*-,
- (43) En ail. aufden Blecîie fihen: Les (451) En»ail. dut Filatuc/h-
- chapeliers Allemands ne baftiflent pas au-
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- .pu eu recevoir fous la carte ; fans cela, le chapeau bafti courrait rifque de souvrir au feutrage , c’eft-à-dire, de s’étendre au-delà des dimenlions qu’il doit avoir, quand on le porte à la foule» ( #
- 171* La feutriere eft un morceau de toile bife , bien (impie, dhme aune de large, & de cinq quarts de long ; elle eft ordinairement alfez fale , parce qu’on l’humecte fouvent, ce qui donne lieu à la poufliere de s’y attacher : on la met à la leffive, quand on s’apperqoit qu’elle eft devenue dure en fe (aliflànt, ce <jui arrive une fois ou deux dans le courant d’une année. L’ouvrier en étend environ la moitié de la longueur en travers fur la table, & lailfe pendre le relie devant lui; il mouille la partie étendue le plus légèrement & le plus également qu’il peut, avec un bouquet defragon (a) & de l’eau qu’ila auprès de lui dans une petite terrine. Cette afperfion a pour objet de donner à la feu-triere beeaucoup de foupielfe, & une petite moiteur qui puiife fe communiquer à i’étoife fans la mouiller ; car Ci ce dernier effet avait lieu, les capades ‘'s’attacheraient à la toile, & ne manqueraient pas de fe déchirer. Il déploie & il étend fur la feutriere ainli préparée, une des capades, fur laquelle il applique une feuille de papier un peu épais, mais mollet, fans roideur ; par-deffus ce papier une autre capade qui répond à la première, partie pour partie , bord pour bord , & tontes deux ayant l’arête tournée du côté de l’ouvrier, & les deux ailes, l’une à fa droite, l’autre à fa gauche: alors le compagnon releve la partie pendante de la feutriere, qu’il étend fur les capades ; de forte que celles-ci fe trouvent renfermées entre deux toiles, avec une feuille de papier interpofée entr’elles ; & il a foin d’humecter encore la toile par une légère afperfton.
- 172. Les capades étant ainfi difpofées, l’ouvrier les marche en différent iens; c’eft-à-dire, qu’il les plie en deux, en quatre, en (ix, tantôt en allant de l’arête à la tète, enfuite de l’aile gauche à l’aile droite, tantôt dans des fens directement oppofés, mettant en-dehors ce qui avait été plié en-dedans , d’autres fois dans des directions obliques aux précédentes ; mais toujours eri obfervant à chaque pli qu’il fait’, d’appuyer deffus à plusieurs reprifes & par petites fecouifes avec les deux mains. Cette preffkm fe fait, non-feulement en appuyant de haut en bas directement, mais encore en preifant un peu les mains d’avant en arriéré , & d’arriere en avant. De tems en tems il ouvre la feutriere pour voir comment va l’ouvrage, & réitéré fes afperfions pour entretenir la foupleife & la moiteur qui facilitent le feutrage.
- 173. Pourvu que la prelîion avec les mains , dont je viens deparkr, fe
- (a) Ltfragon et une petite efpece de feuille qui eft taillée comme celle du myrte, houx , qu’on appelle auffi myrte épineux, finit par une pointe très-aiguë & très-pi. mfous j en ail. Màujcdom , parce que fa quante.
- faffe
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- fafle fucceflîvement & également fur toutes les parties des capades, n’importe de quelle maniéré on ait plié pour y parvenir ; c’eft une affaire d’habitude & de routine; chaque ouvrier prend celle qu’il veut : cependant je vais rendre ce que j’ai vu pratiquer par le plus grand nombre de ceux que j’ai vus travailler.
- 174. La moitié de la feutriere étant relevée & appliquée fur les capades, Pouvrierprend l’un après l’autre les deux coins, & les ramene par-deffus ; de même les deux autres coins, pour les amener vis-à-vis des autres; puis ayant pris un côté à deux mains, il le couche en avant, & plie ainli quatre fois, en allant droit au côté oppofé; il réfulte de là un paquet quarré. Après avoir marché ces quatre premiers plis, il déroule , & en fait quatre autres, en portant l’autre côté comme il avait fait le premier, & les marche de même : il déroule encore, & fait trois nouveaux plis : ce qui forme un rouleau applati. Lorfqu’il a marché ces trois derniers plis, il les défait pour en recommencer trois autres, pliant en - dedans ce qui vient d’être mis en-dehors. Enfin il plie quatre fois , & il marche tout autant.
- J7). On marche ainfi les capades deux à deux; après quoi on les retire de la feutriere, on les fépare l’une de l’autre; & l’effentiel eft,que chacune d’elles ait été marchée également dans toute fon étendue, & qu’étant toutes quatre fuffifamment feutrées, pour 11e point s’ouvrir au baftiffage, elles foient encore affez molles pour s’attacher enfemble & fe fouder, pour ainfi dire , lorfqu’on les aura affemblées, & qu’on les marchera les unes immédiatement fur les autres, ainfi que fur la dorure.
- 176. Il eft queftion maintenant de baftir le chapeau ( fo) ; & voici de quelle maniéré on s’y prend. Le compagnon étend la moitié de fa feutriere en travers fur la table, comme il a été dit plus haut; il déploie deffus une de fes capades, ayant foin de tourner l’arête de fon côté : il la couvre d’un morceau de papier épais, mais très-fouple, qu’on nomme le lambeau (51). Mais comme il refte encore deux parties à couvrir aux côtés du lambeau, on ajoute auprès de celui-ci deux morceaux de papier qui lui fervent de lùpplémens.
- 177. Les bords de la capade dépaffent ces trois pièces d’un pouce & demi ou un peu plus, que l’on rabat fur le papier, & le compagnon arrange ce hovà rabattu avec fes doigts, de maniéré qu’il ne refte aucun pli. Cela étant fait, il applique la fécondé capade; d’où il arrive que les deux côtés débordent de la même quantité dont la première a été rabattue fur le lambeau ; il retourne le tout, & rabat cet excédant en commençant par la tète, & ayant foin de détirer légèrement l’étoffe avec le bout des doigts, pour effacer les
- (5 o) En ali. das AuffchîieJJ'en der Faohci ($ 1) En ali. Fihgern, ou Filzkcrti,
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- plis, & rendre répailTeur égale par-tout. Il couvre ce premier bafti avec la partie pendante de la feutriere; il en rabat les coins ; il plie & marche en différens fens, comme il a fait pour difpofer les. capades au baftilfage , & il entretient par de petites alperlions la foupleiTe & la moiteur, toujours néceifiires dans ce travail.
- 178- Les bords des. capades ainfi croifés & marchés les uns fur les autres,, fe prennent & fe lient d’une maniéré inféparable : l’interpofition du lambeau & de fes fupplémens ne permet point que les autres parties contrarient aucune adhérence; & le tout enfemble devient une efpece de chaude ou de fac pointu, qui, applati fur lui-même, conferve encore la forme d’une capade,
- 179. Mais ce fac n’a fur fon épailfeur que la moitié de l’étoffe qu’il doit, avoir, il faut le doubler avec les deux capades qui relient i & voici comment cela fe fait.
- igo. La feutriere étant ouverte, le lambeau & les autres papiers étant ôtés, le compagnon palfe fes mains dans l’affemblage des deux premières capades dont je viens de parler, le fouleve & le fait tourner de droite à gauche, de façon que les côtés où font les jointures, viennent au milieu. Il détire un peu l’étoffe des deux côtés de cette ligne, pour effacer le plH-il fait une légère afperlion, & il applique la troilieme capade, en la faifant déborder de deux bons travers, de doigt par les côtés ; il retourne le tout & rabat ce qui excede, en commençant toujours par la tête, & ayant foin d’effacer tous les plis, & principalement celui du milieu. Cela étant fait, il mouille encore légèrement avec le goupillon, & puis il applique la quatrième capade, qu’il fait déborder comme la troilieme, & qu’il rabat de même après, avoir retourné fa piece ; il remet le lambeau, il releve la partie pendante de la feutriere par-deffus ; il fait une afperlion , il ramene les coins ; il plie & il marche comme il a été dit ci-deffus.
- i8i- Si le chapeau, tandis qu’on le marche, n’était jamais plié que fur deux lignes, ces deux plis croifés au fommet relieraient marqués & feraient un très-mauvais effet : pour éviter qu’il n’ait lieu, l’ouvrier a l’attention d’ouvrir fouvent la feutriere , & de replier fon chapeau fur d’autres lignes ; & cela s’appelle décroifer. Le marcher du baftiffage exige donc effentie-lement quatre chofes} ï °. qu’011 entretienne la moiteur & la fouplefle par de petites afperlion s j 2°. que par des feuilles de papier interpofées, 011 empêche l’adhérence par-tout où elle ne doit point avoir lieu i 3°. que l’on plie en toutes fortes de fens, pour rendre le feutrage égal & uniforme y 40. que l’on décroile, autant qu’il eft néceffaire, pour effacer les plis qui fe font de la tète à l’arête.
- 182. Il eft aifé d’appercevoir maintenant pourquoi, lorfqu’on forme les capades, on entretient, minces les deux bords qui aboutiffent à la tête y
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- p-uifque pour les joindre au baftiffage, il faut faire croifer les bords de Tune fur ceux de l’autre, on amincit ces parties, pour empêcher qu’en s’appliquant les unes fur les autres, elles ne produisent de trop grandes épailfeurs.
- i83* La plus grande épailfeur du chapeau doit être à l’endroit qu’on nomme le lien ( ^2), où la tète & le bord fe joignent. Depuis là jufqu’à l’arête, & de l’autre part jufqu’au haut de la tête, elle doit aller en diminuant 3 & c’eft pour cette raifon qu’on donne aux capades les proportions dont j’ai parlé ci-delfus , & que j’ai repréfentées par les figures 20, 21 & 22, pL I : mais quelque foin qu’on prenne pour régler ces épailfeurs & pour les entretenir, il y a toujours des endroits faibles qui en interrompent la régularité, & qui, s’ils reliaient, rendraient le chapeau très-défedueux* L’ouvrier en fait une recherche exaéte en marchant au baftiffage : quand les quatre capades font alfemblées, chaque fois qu’il décroife, il tient fon chapeau ouvert avec les deux mains, & vis-à-vis du jour ç ou bien il pinco l’étoffe, tantôt lîmple, tantôt doublée, entre le pouce & l’index qu’il promene de gauche à droite, en le tâtant j & quand il apperçoit quelque endroit plus clair que les autres, il le marque en appuyant le doigt deffus, & il y applique un morceau qu’il tire de fa piece d’eftoupage, en le déchirant avec les doigts, & non en le coupant avec des cifeaux ; car il eft néceffaire que les bords de ce morceau foient amincis & reftent filandreux. Lorfqu’il a garni piufieurs endroits de cette maniéré, il y étend quelques morceaux de papier, il recouvre avec la feutriere j il mouille fi cela eft néceffaire, & marche à l’ordinaire.
- 184. Cette façon de remédier aux endroits faibles s’appelle garantir (5 3); & comme elle fe pratique en foulant, aufli bien qu’en baftiffant, l’on diftingue lune de l’autre, en difant, garantir au b afin & garantir à la foule % je parlerai de cette derniere, lorfqu’il en fera tems.
- I8f* Le chapeau étant bafti & garanti comme je viens de l’expliquer, il eft en état de recevoir la dorure : s’il n’en doit avoir qu’à la tête, c’eft en le foulant qu’on la lui appliquera ; fi le bord doit en avoir à l’une de fes faces feulement, c’eft celle de l’envers qui la recevra, immédiatement après le baftiffage. L’envers du chapeau eft le côté de l’étoffe qui fera le dedans de la tète, & la face apparente du bord, quand il fera retrouffé : ce côté eft celui qui a été en-dehors pendant tout le tems du baftiffage, & fur lequel on a garanti.
- r86- S’il s’agit donc d’appliquer de la dorure à la face du bord la plus apparente des deux, 011 laide le chapeau étendu fur la feutriere, tel qu’il
- (ç $) En ail. ausbüjjcn.
- (ça) En ail. das Band.
- L 1 ij
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- était lorfqu’on a fini de le baftir, avec quelques morceaux de papier étendus dedans, pour empêcher que les parties qui fe touchent, ne s’attachent l’une à l’autre. On prend enfuite un des travers, qu’on déroule & qu’on étend fur toute la face, ayant foin premièrement de détirer doucement l’étoffe, & de la prelfer avec les doigts pour bien effacer tous les plis ; & en fécond lieu, de la rogner en déchirant ce qu’il y a de trop aux deux bouts, afin qu’elle ne couvre point tout-à-fait. On retourne le chapeau pour appliquer de même l’autre travers fur la partie oppofée, on recouvre le tout avec la feutriere, on plie & l’on marche à la maniéré ordinaire.
- 187. Cela étant fait, on couvre la feutriere; on décroife. On garnit de deux petites bandes de dorure ces deux parties qui n’en ont point, & on en met aufïi de petits morceaux par-tout où il en peut manquer, ayant toujours attention que ces pièces rapportées aient été déchirées » & non coupées ; & l’on releve encore la feutriere pour les marcher.
- 188- Ici finit le baftiifage, quand on ne doit plus dorer que la tête du chapeau, parce que cela fe fait ordinairement à la foule : mais fi la dorure doit continuer de la tête jufqu’à l’arête , voici ce qui refte à faire. L’ouvrier retourne le chapeau, en mettant en-dehors ce qui eft en-dedans; & pour cet effet, il paffe fa main gauche pour foulever la partie de deffus : & le chapeau étant: couvert, il fait rentrer le bout en le frappant légèrement avec la main droite ; il faifit auffi-tôt cette partie par-dedans, il la retire en-haut, & le refte fe retourne de foi-même en retombant par fon propre poids. Il remet donc le chapeau ainfi retourné à plat fur la feutriere ; & après avoir mis dedans quelques feuilles de papier pour empêcher que la. dorure, nouvellement appliquée, ne s’attache une partie contre l’autre, il étend deffus un des pointus, que j’ai dit être taillé comme une capade : il l’y applique avec les mêmes attentions qu’il a eues en mettant les travers * & la termine comme eux à un pouce près ou un peu moins des côtés. Il retourne la piece pour en faire autant de l’autre côté avec le pointu quir.ftej; il marche un peu pour faire prendre cette dorure : il décroife auffi-tôt, pour garnir les deux bandes & tous les endroits qui en ont befoin, s’il y en a. d’autres; après quoi il remet la feutriere par-deffus, & marche pour la dernière fois Ça).
- 189- L’ouvrier en baftiffant comme en arçonnant, doit être attentif à nettoyer fou étoffe,tant celle du chapeau que celle de la dorure; il s’y trouve’ prefque toujours un peu de ce gros poil qu’on nomme jarre, qui ne fe feutre; p^int, & qui fe porte immanquablement du dedans au-dehors, à mefure-
- (a) Cette pratique eft délapprouvée par bien des maîtres, parce qu’elle ôte la liberté; de garantir- à la foule*
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- que le travail avance.- Il faut néceffairement l’enlever dès qu’il paraît à la fuperficie j car s’il y refte, il donne un mauvais œil à l’ouvrage, & le rend rude au toucher,
- 190. Le baftiflage étant entièrement fini, la dorure appliquée, & le tout fuffifamment marché, l’ouvrier plie fon chapeau proprement, & le met à part jufqu’au moment où il doit le fouler. La maniéré de plier le chapeau après le baftiffage, eft une chofe affez arbitraire. Cependant, à en juger par ce que j’ai vu pratiquer, voici l’ufage ordinaire : on plie d’abord par entas , faifant venir l’arète vers le milieu. Enfuite 011 fait un fécond pli pour amener la tète vers le milieu, puis un troifieme & un quatrième, en portant les deux pointes des ailes l’une vers l’autre, & enfin un dernier pli par le milieu, d’où réfulte un paquet quarré un peu plus long que large, comme il eft repréfenté par la fig. 3%,pl. I.
- Maniéré de fouler le chapeau , eCappliquer la dorure de la tète , & le plumet.
- 191. C’est principalement à la foule que l’on fait prendre au feutre la confiftance qu’il doit avoir, que l’on forme le chapeau ,& qu’on fixe fes dimenfions. Tout ce travail fe fait dans un attelier à rez-de-ehauffée, fous un hangard, ou dans quelqu’autre lieu couvert, fuffifamment éclairé, & où l’on-peut fe procurer de l’eau aifém'ent.
- 192. L’appareil delà foule confifte en une chaudière (54) plus longue que large, établie fur un fourneau de maçonnerie, & entre deux tables de bois fort épaiiTes, qui régnent fur fes deux grands côtés & qui forment deux; plans inclinés vers elle. Par des vues d’économie & de commodité, on eft dans l’ufage de conftruire à l’entrée du fourneau , une étuve qui s’échauffe affez pour fécher pendant la nuit les chapeaux qui ont été foulés pendant la journée précédente : il eft à propos de décrire tout cela en détail»
- 193. La chaudière eft de cuivre rougej elle eft formée en quarré-longr ayant les angles un peu arrondis v les quatre côtés font inclinés entr’eux,. de maniéré qu’elle eft plus étroite & moins longue en-bas qu’en-haut* fort bord eft rabattu en-dehors, & forme tout autour une plate-bande qui peut avoir deux pouces & demi ou trois pouces de largeur. Dans les atteliers où l’on fait travailler fix ou huit compagnons enfemble ( ce qui eft affez commun , fur-tout dans les grandes villes ), la chaudière a par en-haut près de quatre pieds de long, treize à quatorze pouces de large, & autant ou un* peu plus de profondeur.
- 194. Le fourneau proprement dit, AB G,- pl. Il y fig. 40 * eft bâti m
- Eu ail. dcr KeJJel,
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- briques ou avec des morceaux de tuiles, & un mortier de cette terre franche qu’on nomme communément terre à four: il eft d’une forme ovale, un peu plus étroit par-devant que par-derriere, avec une épailfeur de fept à huit pouces5 ayant fon entrée A à l’une de fes extrémités, & étant revêtu d’ailleurs d’une maçonnerie de moëlons & de plâtreiD EFG, épailfe encore de fept à huit pouces pour le moins.
- 19 f. A fix pouces au-deifus du fond de ce fourneau, & dans un meme plan, font fixées trois ou quatre barres de fer quarrées , a a, b b, cc , &c. dont chaque côté peut avoir un pouce & demi de largeur ; c’eft fur elles qu’on place les morceaux de bois : comme le feu eft grand, & qu’il dure huit ou dix heures, il elt à propos que ces barres de fer foient groffes, pour ne point plier quand elles deviennent rouges.
- 196’. A fept pouces de diftance au-delfus de cette efpece de chenets, doit fe trouver le fond de la chaudière e f, laquelle elt fufpendue & arrêtée par fon bord plat fur celui du fourneau, comme on peut le voir en g h , fig. 41 & 42.
- 197. Le delfus du fourneau, avec la maçonnerie dont il elt revêtu, n’eft point horifontal : les deux parties qui régnent fur les côtés longs, font tellement inclinées entr’elles, que deux tables de bois fort épaiifes, dont elles font revêtues , puilfent rejeter très-proprement dans la chaudière toute feau qu’on répand delfus. Il ne faut cependant pourvoir à cet effet, qu’au-tant qu’il eft nécedaire y car fi les tables avaient un penchant trop rapide vers la chaudière, l’ouvrier qui doit fouler delfus, 11e ferait plus en force : chacune d’elles fait avec le plan horifontal, un angle d’environ vingt-cinq degrés. Le bord le plus élevé de chacune des tables ne doit pas l’être au-delà de trois pieds au-deffus du terrein ; s’il l’eft par lui-même, on y remédie en pratiquant une banquette d’une hauteur convenable aux deux côtés du fourneau.
- 198. Ces deux tables HI, LM, fig. 42, s’appellent les bancs (f 5) de la foule: elles font ordinairement de noyer ou d’orme, épaiifes de deux pouces ou de deux pouces & demi, longues de dix à douze pieds , fur vingt-deux ou vingt-quatre pouces de largeur. Il eft effentiel qu’elles foient bien unies, fans aucune fente, fans aucun trou, & qu’elles recouvrent & rejoignent fi bien le bord plat delà chaudière, que l’eau qu’elles rejettent dans celle-ci ne puiffe s’introduire dans le fourneau. La rive d’en-bas eft rebordée d’une bande de bois de chêne, d’un bon pouce d’épaiifeur, & qui excede d’autant le plan fupé-ricur 5 en attachant cette derniere piece, on enferme deffous plufieurs bandes de papier, qui rendent la jonction plus exaéte, & qui empêchent l’eau de
- (55) En ail. ÏFalktafcln.
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- paffer:on retranche de ce rebord tout ce qui fe trouve vis-à-vis.la chaudière , à l’exception de quelques petites parties K, L, k, l, qu’on réferve, & qu’on appelle boutons , pour retenir un rouleau de bois , dont le compagnon fe fert fréquemment, & qui» fans cette précaution, tomberait fouvent dans la chaudière.
- 199. L’entrée À du fourneau ,fig. 40, répond à l’intérieur d’une petite chambre quarrée AMNO, haute d’environ huit pieds, & dont chaque côté peut avoir trois pieds & demi, tout au plus quatre pieds de large : elle doit être de maçonnerie, ou au moins être enduite de plâtre intérieurement. L’entrée O eft très-étroite & très-baffe ; celle que j’ai mefurée n’avait que feize pouces en largeur, fur deux pieds & demi de hauteur, & l’on évite toujours de la faire au côté qui fait face à l’entrée du fourneau.
- 200. Cette chambre eft une étuve ($6) : la fumée & la chaleur du fourneau s’y portent par un canal P , jfg. 41 , qu’on nomme ventoufe(cly) , & s’exhalent pendant le jour par un autre conduit QJR, qui donne dans quelque cheminée, ou qu’on fait Partir en plein air. O11 y retient la chaleur pendant la nuit, en fermant la porte, & en pouffant dans la couliffe mn , une tuile qui traverle & qui ferme le conduit Q_R. Les quatre parois de l’étuve font garnies en-dedans de chevillettes, comme tt, &c. auxquelles on attache les chapeaux pour les faire Pécher.
- 201. La partie du fourneau qui eft oppofée à la ventoufe, eft élevée en maçonnerie , de quelques pouces au-deffus du bord de la chaudière, dans l’intervalle qui eft entre les deux bancs, & elle eft recouverte d’une tablette de bois de chêne ou d’orme S, épaiffe de deux pouces , qu’on nomme le bureau , & fur laquelle les compagnons pofent les outils dont ils fe fervent à la foule. Ces outils font le roulet 9 la jatte, la brojje , le choc , la pièce, la pince3 les maniques & le povjjoir.
- 202. Le roulet A , fig. 43 (f 8) , eft un morceau de bois (à) tourné , long de dix-huit à vingt pouces, fur douze à quatorze lignes de diamètre au milieu, qui eft un peu plus renflé que le refte.
- 203. La jatte B (59), eft une febille ou écuelle de bois, qui tient une pinte d’eau ou un peu plus.
- 204. La brolfe C (60) eft de poil de fanglier, & affez femblable à celles dont on fe fert pour frotter les parquets ou planchers des appartemens, finon qu’elle eft un peu plus petite.
- (s 6) En ail Trockenjhibc.
- (57) En ail Rauchfang, ï En ail. Rolljlock.
- {a) Le roulet eft de fer pour les chapeaux
- communs, & il eft taillé à pans fur fa longueur.
- (99) En ail, der Napf.
- (60) En ail: die Bürjie.
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- 20>. Le choc D (61) , eft une plaque de laiton de figure quarrée, épaifle d’une bonne ligne, ayant fix pouces de haut fur quatre & demi de large, un. peu courbe fur fa longueur, roulée fur elle-même par en-haut, pour être maniée plus commodément, & le bord oppofé étant un peu échaneré en rond, 8c aminci fans être tranchant.
- Zo6. Là piece E (6z) eft femblable au ehoc, excepta qu’elle n’eft point courbée fur fa longueur, & que le bord oppofé au rouleau eft droit, 8c fini-plement arrondi fur le tranchant.
- 207. La pince F (63), eft d’acier & à refifort ; fes deux branches finirent en pointes, & doivent fe joindre affez exactement pour enlever un objet aufli mince qu’un poil.
- 208. Les maniques (64) font deux vieux fouliers, dont 011 a retranché les talons, les quartiers & une partie des empeignes > le garçon chapelier s’en garnit les mains, lorfqu’il s’agit de fouler fortement.
- 209. Le poulfoir (6y) eft un vieux bas de laine, dont l’ouvrier fe garnit la main pour pouffer le feutre, quand il dreife le chapeau.
- 210. Les chapeaux fe foulent avec de l’eau prefque bouillante, dans laquelle on a détrempé une certaine quantité de lie de vin. Les chapeliers de Paris fe fervent indifféremment d’eau de puits ou d’eau de riviere ; quoique j’en aie queftionné plusieurs à ce fujet, je n’ai point appris qu’il y eût aucune raifon de préférence pour l’une ou pour l’autre.
- 211. La lie de vin qu’on emploie , eft celle quia été prelfée par le vinaigrier (66). On préféré celle de vin rouge à celle de vin blanc, & l’on choifit la plus nouvelle ; car en vieilliffant, elle fe pique & fe noircit ; c’eft pourquoi l’on n’en doit pas faire une grande provifion. On l’achete communément dix à douzeliv. le demi-muid; il y a des tems où elle eft plus chere, d’autres où elle coûte moins. Dans une chaudière qui tient un demi-muid d’eau, oa eu ufe environ un feau & demi par jour; ie feau en contient environ vingt-cinq livres.
- 212. Chez les chapeliers de Paris, on ne foule guere le lundi, ni même le mardi j les compagnons emploient ces deux jours-là tout entiers à arqonner & à baftir, afin d’avoir de l’avance pour les jours fuivans : dans le refte de la femaine, il eft prefque toujours dix à onze heures dans la matinée avant qir’ils fe mettent à fouler, parce qu’il faut bien deux ou trois heures pouE préparer la chaudière, & pour mettre le bain en état: d’ailleurs , comme
- (61) En ail. der Krumflampfer.
- (62) En ail. der Plattjiampfer, (6j) En ail. der Zwicker.
- J$4) En ail, die Jfcmdledçr,
- (6ç) En aft die Sockc.
- (66) Dans les pays de vignoble, onem* ploie la lie de vin, qui eft de beaucoup préférable à celle de vinaigre.
- chaque
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- chaque compagnon commence & finit les chapeaux qu’il entreprend, il faut qu’il partage fon tems entre la foule & les autres façons qui la précèdent » & quand ils font plusieurs, ils doivent s’entendre pour aller enfemble, afin que le fourneau, une fois allumé, fèrve pour tous à la fois.
- 213. Il y a quantité d’ouvriers qui entreprennent des chapeaux, & qui n’ont ni arçons ni fourneaux j ceux-là vont faire leur ouvrage dans les atte-liers où il n’y a point affez de compagnons pour remplir toutes les places ; ce qui fe paie pour cela (a) aux maîtres, les dédommage de la perte qu’ils feraient, s’ils allumaient leurs fourneaux pour un trop petit nombre d’ou-vriers.
- 214. C’est le maître qui fe charge de faire emplir la chaudière, de faire porter de l’eau dans un réfervoir pour le rempliffage, de faire mettre dubois en fufEfante quantité dans quelque endroit qui foit à portée de 1 attelier, de fournir la lie & les lumières. Dans la plupart des atteliers à fouler, on ne brûle point de chandelle, parce que la vapeur de l’eau bouillante, qu’on appelle La buée , la fait couler; on éclaire avec deux lampes qui fe fufpendent aux deux bouts delà chaudière. Un des compagnons à tour de rôle allume le fourneau, fait chauffer l’eau de la chaudière jufqu’à ce qu’elle foit prête à bouillir,y jette la quantité de lie qu’il faut, la remue avec un balai de bouleau pour la délayer & empêcher qu’elle ne s’attache aux parois & au fond de la chaudière j il nettoie le bain avec une écumoire, qui le plus fouvent n’eft autre chofe qu’une vieille poêle de fer percée d’une infinité de petits trous. Et quand tout cela elt fait, il en donne avis à fes camarades, qui apportent leurs bajlijjages (£), & quife placent le long des deux bancs fuivant leur rang d’ancienneté , dans la fabrique où ils travaillent j car comme les bancs font beaucoup plus longs que la chaudière, ceux qui ont droit d’occuper le milieu font plus avantageufement placés.
- 21V* Ce font les compagnons, qui tour-à-tour renouvellent le bois au fourneau & attifent le feu avec une efpece de fourgon : cet outil eft un morceau de fer arrondi qui peut avoir quatorze ou quinze lignes de diamètre au plus gros, quatre pieds de long, & terminé en bec de corbin. Ils rempliffent pareillement la chaudière à mefure que l’eau diminue par évaporation ou autrement : ils l’écument de tems en tems, & après trois ou quatre heures de travail, l’un d’eux y remet un peu de lie nouvelle pour ranimer le bain.
- 216. Tout étant ainfi préparé & ordonné, voici comment fe conduitle travail à la foule. Je fuivrai ce qui fe pratique pour les chapeaux fins : la façon des autres ne différant de celle-ci que par des omiflions qui ménagent le
- (à) On paie un fou pour arconner un cha- (b) On appelle ainfi le chapeau bafti aia peau, & cinq fous pour le fouler. baffin, & prêt à être foulé.
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- tems & la dépenfe, j’aurai dit tout ce qu’il importe de favoir fur ce fujet, fi; j’expofe en détail ce qui ef d’ufage dans le cas où l’on fait le plus & le mieux,.
- 217, Quoique tout ce qu’on fait à la foule aille ordinairement de fuite 5„ on peut cependant le divifer en trois terns.. Un bafliifage, c’eft-à-dire, un. chapeau qui n’eft que bafli au bufiin, & tel qu’on l’apporte à la. foule, n’eft qu'imparfaitement feutré ; ion étoffe n’a prefque pas de confiftance ; fi, lorsqu'on l’a trempé dans le bain , on allait le manier rudement, il 11e manquerait, pas de s’étendre, de fe déchirer, en un mot de s'ouvrir, pour parler le langage de l’art. 11 etl donc à propos de le fouler légèrement & avec précaution,, jufqu’à ce qu’011 s’apperqoive qu’il eft rentré d’une certaine quantité, que le feutre s’eft épaifli & qu’il a pris allez de fermeté pour foutenir un travail plus fort : voilà ce qui fe paffe dans le premier tems : alors c’e.ft le moment de re-. charger les endroits faibles ce qui s’appelle garantir la foule, & d’appliquer la dorure;, car fi l’on attendait plus tard, ces nouvelles parties d’étoffe ne-s’incorporeraient plus , ou courraient rifque de fe détacher quand le chapeair ferait achevé. 11 faut que, ne faifant plus qu’un avec le feutre, elles.rentrent avec lui, à mefure que le compagnon continue de fouler; c’eit ce qui remplit Je fécond tems : dans îe .troifieme ,1e feutre étant fufffamment foulé, on; le c’eft-à-dire, qu’011 lui fait prendre la forme de chapeau ,. & qu’011 îej met en état d’aller à l’étuve. Reprenons tout, cela en détail,
- 2ig, Ce qui donne la confilfance au feutre, c’eit que les parties de l’étoffe; fe rapprochent en tout fens les unes des autres , & fe lient enfemble 'de ma-., niere qu’elles ne peuvent être définies que par un grand effort. La chaleur de-l’eau prefque bouillante avec l’alkali qui elt dans la lie du vin, donne lieu à? ces deux effets , en amolliffant le poil & en le gonflant aux dépens de fa Ion-, gueur; car en fe raccourciffant,il fait devenir moins longue & moins large-la piece d’étoffe qu’il compofè ; tuméfié, 8c amolli, il fe ferre, fe foude de* toutes,parts, & forme une épaiffeur plus grande 8c plus folide,Mais il faut, que cela foit aidé par une preff on bien ménagée , qui fe dittribue égale-, ment fur toute l’étendue de l’étoffe, a£n que l’épaiffeur augmente par-tout; 'proportionnellement, & que les autres dimenfions diminuent de même ;; fans cela, certaines parties qui ne marcheraient pas d’un pas égal avec les. autres, pour rentrer, formeraient des bouillons; ou bien le chapeau, apres, la foule , n’aurait ni la figure ni la force qu’il lui faut pour être cjreffé.
- 219. C’est avec les deux mains que le compagnon preffe le feutre pour le fouler ; il le roule fur lui-même ou fur le roulet, en amenant à lui la partie.; qu’il a commencé à rouler c’eft en la déroulant qu’il la preffe à deux ou; trois reprifes.
- 220. Pour parvenir à fouler également toutes les parties, l’ouvrier oK ferve un certain ordre qu’il cil à propos de faire connaître. <11 faut cbiftidérei:
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- que le bafllffage, s’il était ouvert, reiTemblerait à une chauffe, ou à un fac conique; mais que pour le fouler, on l’applatit fur lui-même, & qu’alors il a la figure d’une capade, ou plutôt de deux capades appliquées & étendues l’une fur l’autre (fig. 44). On y dilfingue la tête A, le lien EFG, les deux ailes EB* GD. Il faut remarquer encore, que les deux côtés AEB , AGD, font deux plis qu’il eit important de bien etfàcer ; fans quoi ils relieraient marqués au chapeau, & ces deux endroits ne feraient jamais foulés comme le. relis. Pour éviter ces inconvéniens, l’ouvrier change fouvent les deux plis, comme il a fait en ballilfant, ce qui s’appelle cUcroifer(6-f), Or, chaque fois qu’il décroife, il marche de fept maniérés différentes, que l’on comprend fous le nom de croifée, & dont voici la defcription.
- 221. iQ. Il marche en roulant la partie A ,fig. 44, en-dedans, & la faifant venir en E, & de fuite en B. 2°. Après avoir déroulé, il marche en roulant îa même partie A vers G & D ; de forte que dans ces deux marches , le feutre prend fous fes mains la forme du rouleau repréfenté par la fig. 4^ ; cela s’appelle fouler en tête (68). 3°. Il marche en roulant le côté A B en-dedans , vers le côté oppofé A D , & forme par-là un rouleau conique , fig. 46 , à la pointe duquel fe trouve la partie A. 4”. Ayant déroulé, il fait la même chofe en, amenant le côté A D vers A B 5 cela fe nomme fouler en lien.
- 222. Il roule la pointe de l’aile B en-dedans, pour la faire venir en E & en A, fig. 47. 6°. Il fait la même chofe avec la pointe D , qu’il amene en G tSc en A. 70. Enfin, il roule en faifant venir le bord C vers F ; & ces trois dernieres faqons s’appellent fouler en arête (69).
- 223. Mais le feutre, en fe roulant fur lui-même ou fur le roulet, a l’une de fes furfaces moins ferrée que l’autre; celle qu’on met en-dehors étant néceifairement plus étendue, il faut prévenir le mauvais effet qui ne manquerait pas d’en réfulter; & c’eil ce que fait le compagnon , en retournant îa piece à chaque croifée, c’efl-à-dire, en appliquant fur le banc la lurface A B D, fig. 44, qui a été en-deifus, afin que l’autre côté fe trouve roulé en-dedans, comme celui-ci l’a été dans la croifée précédente.
- 224. Toutes ces différentes marches , avec de fréquens décroifemens * font très-bien imaginées pour fouler également le chapeau dans toutes fes parties: cependant comme ce travail dure long-tems , & qu’un ouvrier n’elt jamais fur de le foutenir avec une parfaite égalité , c’eft à lui de veiller à fon ouvrage, d’examiner les endroits qui 11e rentrent point allez, ou qui rentrent trop , afin d’y remédier, tantôt en foulant plus, tantôt en foulant moins, en tète, en lien , ou en arête; car il ell elîentiel que le feutre en
- (67) En ail. ins Crcutz fehiagen. (69) F.n ail. denfiand walkcn. \
- (68) En ail. den Kopfzvalken»
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- rentrant, c’eft-à-dire , en diminuant de grandeur à la foule , garde confiant-ment la forme qu’on lui a donnée au premier baftiifage. Voyons maintenant travailler le compagnon..
- 225. Il trempe fon baftiifage tout plié dans le bain de la chaudière, il l’y enfonce & le remue un peu avec le bout du roulet, fans le lailfer aller au fond j & quand il voit qu’il eft fuftifamment imbibé , il le retire fur le banc ,1e prelfe un peu avec le roulet, pour en exprimer une partie de l’eau 5 il en jette de la froide delfus avec la jatte, pour le pouvoir manier fans fe brider (a); & alors agilfant avec les deux mains, il le déploie & le foule un peu en lien des deux côtés , c’eft-à-dire, en roulant en-dedans le côté A EB,/g. 44, par exemple , & après cela le côté oppofé.
- 226. El décroife & étend le baftiifage fur le banc, il le mouille en jetant déifias de l’eau de Ta chaudière, qu’il puife avec la jatte, ou en le trempant légèrement ; il le plie en quatre endroits, faifant venir A eii a,Ben^Cenc, D- en d, fig. 48 ; puis il foule en deux fois, roulant d’abord la partie E en-dedans , pour la faire venir vers F, & celle-ci enfuite, en la faifant aller vers E.
- 227. Il releve les quatre plis qu’il avait faits, décroife, efface les plis des côtés,. puife dans la chaudière avec la jatte , mouille, & foule en arête des deux côtés ; mouille de nouveau, & foule de l’arête dire&ement à la tête.
- 228-Il trempe la tête dans la chaudière , & la foule en allant à l’arête;,
- 229. Tout ce que je viens de rapporter, fe fait plufieurs fois, mais tou» fours*mollement; l’ouvrier ayant attention de manier le baftiifage avec pré» caution, quand il s’agit de décroifer ; car comme le feutre eû encore lâche , qu’il n’a point beaucoup de confiftance, un travail un peu rude en commençant ne manquerait pas de le déranger ; ce n’eft guere qu’après la première: demi-heure qu’on ofe fouler un peu ferme.
- 230. Après ce tems-là , ou un peu plus , fuivant la qualité de l’étoffe, fî le compagnon s’apperçoit que le chapeau foit rentré de la quantité qu’il faut pour foutenir les autres façons, il Varrange, pour être ce qu’on appelle bafii à: la foule.
- 231. Baflir à la foule (70) , c’eft appliquer en foulant des pièces d’étoupage aux endroits faibles, le refte de la dorure, & généralement tout ce qui n’a point été appliqué dans le premier baftiifage. Il faut pour cela , que les fur-faces du feutre l'oient bien unies & bien nettes : on les rend telles en foulant au roulet, & en èhourant ; & c’eft ce qui s’appelle arranger (71).
- a.) borique- Pons commence à fouler le qui commencent par le tremper & le manier chapeau, & que le feutre encore très-lâche, un peu dans le réfervoÎT qui contient de. prend beaucoup, d’eau dans, la chaudière, Peau froide ,& qui le plongent enfuite dans, il': eft fr chaud , que l’ouvrier a peine à le la chaudière.
- manier avec les mains nues ; c’eft pour cela (70) En ali. im Walt ai attffchlicjjen,
- «yfüi jette d'e Peau- froide delfus. en a (71) En ail. gkichntiitta*.
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- 232. Pour fouler au roulet, l’ouvrier, au lieu de rouler fur elle-même la partie qu’il veut travailler, l’enveloppe fur le roulet, en l’amenant à lui : alors prenant le roulet par les deux bouts qui excédent, ou bien appuyant avec les deux mains furie feutre roulé, il le déroule en appuyant j de forte que le feutre fe trouve prelfé, foit entre le roulet & le banc, foit entre la main &le roulet d’une parti & d’autre part, entre le roulet & le banc: ce qui le rend plus uni en le ferrant fur fon épailfeur j & l’ouvrier a foin de fouler davantage fur les endroits qui lui parailfent en avoir plus de befoin.
- 233. Pour ébourer (72) , il mouille fon chapeau entièrement dans la chaudière , il l’étend fur le banc , & avec le plat de la main qu’il prornene par-tout en appuyant, il enleve avec l’eau qui fort de l’épaiffeur, ce qu’on nomme U gros, c’elt-à-dire , le jarre qui effc relié dans l’étoffe, & généralement tout ce que le feutre pouffe en-dehors, à mefure qu’il rentre. Il nettoie ainlî le chapeau, en décroifant plufieurs fois , & en retournant le bord à chaque décroife-ment, pour ébourer le deffous. L’ouvrier, pour arranger le chapeau , obferve donc à chaque croifée, foit qu’il travaille la tête , le lien ou l’arête, de fouler d’abord au roulet, puis à la main, & finit par ébourer.
- 234. Quand le balliflage arrive à la foule, le côté qui doit être le delfus du chapeau, fe trouve tourné en-dehors : & s’il doit avoir de la dorure fur Ja largeur de fon bord, les travers font en-dedans j il relie dans cet état jufqu a ce qu’il ait été balli à la foule. Ainlî c’ell fur Ja face qui doit faire le delfus du chapeau, que l’on garantit, & que l’on applique, la dorure de la tète.
- 23Pour garantir, l’ouvrier tient le chapeau couvert, comme Terepré-fènte la fig. 49,pL II-, il releve le bord, tantôt plus, tantôt moins , & le pinçant légèrement entre le pouce & l’index qu’il fait aller d’un bout à l’autre du pli, il tâte, & marque en appuyant avec le doigt T les endroits qui ont befoin d’être garnis : il applique fur chacun une piece d’étoupade, fur laquelle il frappe à petits coups avec la brofTe qu’il a trempée pour cet effet dans la chaudière, & avec faquelle il fait une légère afperfion fur l’endroit où il doit frapper.
- 236. Quand il a garni de cette maniéré les places qu’il a reconnu en avoir befoin dans l’efpace AB, il décroife, releve une autre partie du bord, & garantit de même par-tout où il le faut, jufqu’à ce que les épaifleurs des. différentes parties du chapeau lui paraiflènt régulières après quoi il applique: la dorure de îa tète.
- 237. Cette dorure fe met en deux piècesqu’on nomme les pointus '73). & qui ont la figure de deux petites capades, comme je l’ai dit. Le compagnon
- (72) En ail. aufrcïbenl
- (73) En ail. dU Stecher»ou Kopf-jache*
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- ayant trempé fou chapeau dans la-chaudière, & l’ayant étendu far le banc-,' applique un des pointus de maniéré qu’il déborde d’un bon travers de doigt des deux côtés, comme C D, CE, fig. 49; il le mouille & le frappe avec la brolle, comme il a fait pour les pièces d’étoupage; il retourne le chapeau* rabat ce qui déborde, & le frappe légèrement avec la broffe nouvellement trempée dans la chaudière ; & puis il applique l’autre pointu de maniéré qu’il déborde comme le premier; il lè frappe avec la brode, retourne le chapeau, rabat fur l’autre côté ce qu’il a laide déborder , & le fait joindre & s’attacher, en le frappant encore avec la brôffe.
- •23B. Lorsque toutes ces pièces ont été appliquées comme je viens de le dire, il s’agit de lès faire prendre au feutre; il faut qu’elles s’y attachent tellement qu’elles ne faiTent qu’un même corps avec lui : on y parvient en foulant fur les endroits où elles font placées. Pour cet effet, le compagnon ouvre le chapeau, le retourne en mettant en-dehors ce qui jufqu’alors avait été en-dedans ; par conféquent la furface qui a été garantie1, & qui a reçu les pointus , fe trouve en-dedans. Toutes ces pièces , lorfqu’on viendrait à applatir le chapeau furie banc, ne manqueraient pas de fe toucher face à face, & s’attacheraient auili bien entr’elles qu’au feutre : pour empêcher que cela n’arrive, avant que d’applatir le chapeau, on interpofe entre les deux faces qui doivent fe rencontrer, un morceau de toile de crin, que les ouvriers appellent h tamis, & l’on foule enfuite mollement fur tous les endroits où les pièces d’étoupadè & de dorure viennent d’être appliquées: avec l’attention de décroifer fouvent; de tremper le chapeau dans la chaudière, ou de le mouiller avec la jatte à chaque marche que l’on fait ; de viflter enfin & d’examiner l’ouvrage chaque fois qu’on leve le tamis pour le changer de placé.
- 239. Le compagnon ayant foulé pendant un Certain tems de la maniéré que je viens de le dire ; voyant que tout eft bien pris, & que le chapeau bien affermi efl en état de fou tenir un travail plus fort, prend fes maniqués & fe difpofe à fouler plus rudement qu’il n’a fait jufqu’alors.
- 240. Les maniqués, comme je l’ai dit, font deux vieux fouliers, dont on a retranché les talons, les quartiers avec la partie de l’empeigne qui couvre le delfus du pied : cela s’attache avec deux cordons au-deffus du poignet (a) , la main étant appliquée à plat fur la femelle, le petit doigt & le pouce étant Côtoyés & recouverts par les reftes de l’empeigne qui forment comme deux ailes, & qui empêchent la manique de fortir de delfous la main, en tournant à droite ou à gauche, comme elle pourrait faire fans cela.
- {à) Les ouvriers ont coutume de fe gar- afin que les cordons de la manique ne les tih le poignet, en l’enveloppant de linge, bleflent point.
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- 24r. Tout ce travail fe fait au. roulet & à la main, en obfervant k-chaque croifée toutes les marches dont j’ai fait mention ci-deflus ; en mouillant & ébourant à chaque marche ; en relevant & tâtant fou vent le; bord du chapeau, pour reconnaitre les endroits qui ont befoin d’ètre rangés, avec le roulet5 en épluchant avec la pince tout ce qui parait d’étranger à, la fuperficie, tant en-dedans qu’en-dehors& travaillant plus ou moins fur-certaines parties ,.pou'r les faire rentrer proportionnellement avec.les.autres s, jufqu’à ce qu’enfin, le chapeau, fort, réduit à la. grandeur prefçrite par lej maitre..
- 242. La durée de ce travail dépend de la qualité des. matières qu’on-t emploie , de la quantité qu’on en fait entrer dans, la composition du cha^ peau,, de la bonté du bain,. & de l’habileté de l’ouvrier; mais on peut dire.-en gros qu’un caftor de huit onces par exemple ,.quia été bafti de vingt-, fept à vingt-huit pouces.de haut,.fur trois, pieds & demi de large, pour être réduit à treize ou quatorze pouces de hauteur, & vingt-deux pouces de,* large , ne s’acheve guère, en.moins de trois,heures après qu’il a été bafti. à-la foule..
- 243. Quand l’ouvrage tire à fa fin , le compagnon mefure de îems en-îems le, chapeau, pour 11e le point laiiTer rentrer au-delà des mefures qu’it doit avoir 5 il l’étend fur le banc de la foule,comme F G H, fig. $0 ; il place le plus près.qu’il peut de la pointe F, la forme de bois fur laquelle la.tète,* fera moulée ;& fi le maitre, lui a demandé, par exemple , un. chapeau de quatre pouces de bord, il afiujettitTa, partie I. K à cette mefurey c’eft-à-, dire , qu’il continue de fouler jufqu’à ce qu’il n’y ait plus que quatre pouces-de diftance entre / I /m, & G, K Hou,, ce qui eft. la même choie., entre le-lien & l’arête. Alors il n’y a plus qu’à drejfer.
- 244. C’est là le moment de placer le plumet ; mais il faut auparavant;
- flamber (74) le chapeau ;,011 Yégoutte bien de toutes parts avec la pièce (75) E. fié' 43 & on. le paife fur la, flamme d’un peu de paille, pour lui ôter-
- fon plus long poil -, après quoi on le mouille.dans;, la chaudière, & on le? frotte fur le banc avec le dos.de la brofle*
- 244.. Les pieces.qui doivent former le plumot ,. comme je l’ai dit plus, haut, font préparées, à i’arqon & marchées à la carte, de la même manierez que les. travers pour la dorure. Elles en ont la forme , mais elles font moins., grandes; car on n’en met que deuxfiir le tour du, chapeau, & il eft déjà prefqu’entiétement rentré quand on. les y place n ces pièces s’appliquent;; couche par couche les., unes fur. les, autres,, à, la. face du,, bord oppofée.ài
- {74) En ail. fengert,.
- '{jij En ail, Plattjïampfery,
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- celle qui a reçu les travers 5 & 011 les Fait déborder l’arête de dix-huit lignes ou à peu près. Voici comment ce travail s’exécute.
- 246. Le compagnon ayant mouillé le chapeau dans la chaudière, l’étend à plat fur le banc de la foule : il y applique la première piece en la faifant déborder l’arête, comme je viens de le dire, & excéder d’autant par les deux bouts ; il la frappe légèrement avec la brolfe qu’il a trempée dans la chaudière, & puis il retourne le chapeau fur le banc, pour rabattre les deux bouts qu’il a lailfé excéder : alors il pofe la fécondé piece comme il a pofé {a première , après avoir mouillé le chapeau, foit en le trempant doucement-dans la chaudière, foit en verfant deifus avec la jatte. Il retourne encore le chapeau fur le banc, pour rabattre les bouts excédans, qui font amincis comme aux travers, afin qu’en fe croifant les uns fur les aurres, ils ne forment point une grande épailfeur.
- 247. Les deux premières pièces étant ainfi appliquées, il faut les faire prendre au chapeau, & ménager fi bien ce qui dépaffe l’arête, que les faces ne s’attachent point entr’elles en fe touchant. Pour cet effet, on fait entrer le chapeau à plumet dans un chapeau plus commun, & affez grand pour le recevoir; ou bien on l’enveloppe dans un morceau de couverture de laine, & on le foule mollement, ayant foin de décroifer à propos, pour empêcher que ce qui dépaffe l’arête ne fe prenne & ne s’attache • 011 prévient encore cet accident, en interpolant quelques morceaux de toile de crin.
- 248. Lorsque ces deux premières pièces font prifes, on les recouvre de deux autres femblabîes, ayant foin que le milieu de la longueur de celles-ci réponde de part & d’autre à l’endroit où les deux premières fe joignent; après quoi on les fait prendre comme je viens de le dire.
- 249. Tout ce qui doit être employé au plumet, étant ainfi appliqué couche fur couche & fuffifamment pris, on continue de fouler le chapeau pendant une bonne demi-heure ; après quoi on déchire ce qui excede l’arête tout autour du chapeau, ayant foin qu’il y refte une frange de la hauteur de fept à huit lignes, qui étant enfuite bien détirée & bien peignée avec le carrelet , imite aifez bien un plumet.
- 2fQ. Il en coûte, pour faire un plumet un peu étoffé, une once & demie., & quelquefois deux onces du plus beau caftor. La façon du chapeau en devient une fois plus chere, & les chapeliers conviennent que cela ne fait jamais un ouvrage bien folide : aujourd’hui que le caftor eft monté à un fort haut prix en France, il eft à-préfumer que cet ornement de fantaifie , dont la mode fe paffe déjà, va être tout-à-fait abandonné. Je reviens à la façon du chapeau ordinaire.
- 2fi. Les ouvriers difent que le chapeau eft en cloche , quand il eft fini de fouler; parce qu’en effet il en a à peu près la figure, & qu’il eft affez ferme
- pour
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- pour fe foutenir par lui-même, quand on l’a ouvert eu rond, & qu’on le pôle fur fon bord. Le dreffer (76) c’eft lui ôter cette forme, & lui faire prendre celle fous laquelle fe préfente un chapeau en ulàge, quand il eft détrouffé. Il faut donc que la pointe A, fig-S 1, defcende en a, que la partie d e s’élargiffe jufqu’eii /g, & que tout ce qui eft au-deiïbus du lien h i, jufqu’à l’arête B C, s’ouvre allez pour fe ranger dans un même plan; B venant en C en c, &c. Pour parvenir à cela, le compagnon commence par mettre le chapeau en coquille, (77), comme il eft repréiènté par la fig. 52 : & voici comment il s’y prend. Il releve l’arête tout autour en la maniant entre le pouce & l’index, de forte qu’elle faffe autour du chapeau en cloche, une efpece de gouttière d’un pouce & demi de large, fur environ un pouce de profondeur. Voyez k l de la fig. f3, qui repréfente la coupe diamétrale de la coquille. Enfuite il retourne le chapeau, faifant la pointe u. en o, & forme un pli circulaire, repréiènté par la coupe ru m. Il retourne une fécondé fois le chapeau, faifant venir la pente oen/z; puis une troifieme fois, faifant venir n en r, d’ou il réfulte encore deux plis, pp, q q. Enfin il fait le pli 11, en faifant aller r en f. Le nombre de ces plis eft allez arbitraire : ordinairement on n’en fait pas moins que quatre; mais le point eifentiel eft de ranger le chapeau de maniéré qu’on ne foit point embarralfé des ailes tandis qu’on met la tète en forme, & que l’ouvrage foit toujours bien centré.
- 2f2. Le-compagnon ayant donc mis le chapeau en coquille, le trempe dans la chaudière , & le pofe à plat fur le banc de la foule ; puis agilfant avec les deux pouces, il efface la pointe qui eft au milieu, en pouffant du centre à la circonférence du premier pli, pour la faire pofer à plat. Cela étant fait, il trempe de nouveau dans la chaudière, & continue de preffer , foit avec le pouce, foit avec le poing, avec les doigts garnis duppufj'olr 9 jufqu’à ce qu’il ait effacé le premier pli, & que la place circulaire qui en réfulte, foit allez large pour recevoir la piece qu’on nomme la forme.
- 253. La. forme eft repréfentée par la fig. ^4; c’eft un morceau de bois d’orme pris fur fon fil, & tourné prefque cylindriquement. Le deffous eft coupé droit & perpendiculairement à l’axe; le deffuseft un peu convexe, & les bords en font arrondis. La hauteur eft de trois pouces & demi, ou même de quatre; le diamètre en a fix oufept; cela varie comme la grolfeur des tètes qu’il s’agit de coéffer. La bafe eft percée de deux trous dans lefquels on peut mettre les doigts pour prendre la piece plus commodément, & l’un des deux perce ordinairement d’un bouta l’autre, pour donner lieu de mefurer la hauteur plus aifément.
- (76) En allemand , auf/ioffen.
- (77) En allemamami, in den Kranz fchlagenï
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- ART D U' C H A P E L I E R.
- 2>4- La place de la forme étant donc faité (78 ) [ & ce doit être du côté oppofé à celui où l’on a mis la dorure] , l’ouvrier l’y fait entrer , après avoir bien trempé le chapeau dans la chaudière, pour le rendre plus fouple & plus propre à fe mouler : il le lie vers le milieu de la hauteur de la forme, avec une ficelle qui fait deux tours, & qu’il arrête par un nœud & un coulant par-delfus : puis prenant le choc D , fig. 43 , il appuie avec le tranchant fur la ficelle tout autour, & la fait defcendre jufqu’au bas de la forme.
- 2<j$. Il trempe alors le chapeau avec la forme dans la chaudière, lui donne le tems de s’y échauffer fortement, puis l’ayant tiré fur le banc,, il efface avec la piece E ,fig. 43 , les plis circulaires qui relient, & releve ce qui doit faire le bord , comme on le peut voir parla fig. f Il s’agit à préfent d’abattre ces bords, & de les faire venir dans le plan qui pâlie par la. bafe de la forme (79).
- 2 s6. Il faut pour cela donnera ces bords plus d’étendue qu’ils n^en ont .5, & c’eft à force de les tremper & de les détirer à ohaud, qu’on en vient à bout. L’ouvrier palfant fes deux mains entre la tète du chapeau & fon bord relevé , appuie delfus celui-ci pour l’abattre le plus qu’il peut ; après quoi, faifilfant de la main gauche une partie du bord pour l’arrêter, il empoigne avec la droite celle qui précédé, & la tire de toute fa force en avant, & fuivant fa longueur, ayant foin de remployer toujours cette partie qu’il tient, pour ayoir plus de prife fur elle , & de peur que les grands efforts qu’elle fouffre, ne la déchirent (80).
- 257. Ayant fait ainfî tout le tour du chapeau , il recommence à détirer de même , mais'jfans remployer la partie qu’il pouffe avec la main droite ; & il finit par tirer un peu fur la largeur, pour arranger ce qui aurait pufouffrir du tirage en longueur.
- • 2^8. Le chapeau étant dans cet état, l’ouvrier mefure la largeur du bord
- tout autour; & s’il s’apperçoit que la tète ne foit pas bien au milieu, il dénoue la ficelle, & tire à plusieurs reprifes ce qui couvre la forme, du côté où le bord lui a paru le plus étroit; après quoi il remet la ficelle comme elle était auparavant, en la faifant defcendre avec le choc D , fig. 43.
- 279. Il n’eft guere polhble qu’en tirant ainfî le feutre , foit pour abattre les: bords , foit pour remettre la tête au milieu , fl elle 11’y était pas , on ne faffe naître quelques plis , & qu’il 11e refie quelqu’endroit mal uni ; l’ouvrier.a foin de les effacer, en trempant fouvent dans la chaudière, & en eflampant partout chaque fois qu’il mouille. Eÿamper (gi) , c’efi traîner le tranchant de la
- (78) Cette opération s’appelle en aile- mand's appelant anformen.
- mand,. die Platle hcrausjiojfen. (80) En ail. ausfüujicn.
- (79) C’eft ce que, les chapeliers Aile- (§1) En ail. gleidifaufim*
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- piece Eifig. 43, fur tous les endroits où l’on apperçoit quelques plis, pour les iaire-difparaître.
- 260. Enfin , quand le chapeau eft bien eftampé par-tout, il 11e refte plus qu’à l’égoutter. Le compagnon le trempe à plufieurs reprifes dans la chaudière ; «St chaque fois qu’il l’en retire, il place le bord à plat fur le banc de la foule ; & avec îapiece qu’il fait palier par-tout, il en exprime l’eau, autant qu’il peut, & le frotte par-tout avec la paume de la main : ce qui étant fait pour la dernière fois, il releve un peu l’arête tout autour; il y trace une lettre, ou quel-qu’autre marque avec le bout de fon doigt, pour diftinguer fon ouvrage de celui des autres compagnons, & il le met à part pour être placé avec les autres dans l’étuve, à la fin de la journée.
- 7,61. La forme, comme je l’ai déjà dit, eft percée de deux trous par-def. fous ; l’un des deux, n’importe lequel, fert à placer fur les chevillettes, dont les parois de l’étuvé font garnies, toutes les formes avec les chapeaux dont elles font chargées. Le tems de la nuit fuffit pour les fécher, on les leve le matin avant que d’allumer le fourneau : alors chacun reconnaît les liens, & les reprend.
- 252. Le chapeau qui fort de l’étuve n’eft point encore en état d’être rendu au maitre; il y a toujours quelque fileté dont il faut le purger, il eft couvert d’une bourre qu’on doit enlever, 8c fon poil doit être détiré, nettoyé, & ouvert, pour prendre mieux la teinture.
- 253. Pour nettoyer le chapeau, le compagnon le retire de deffus la forme ; il enleve la lie qui a pu s’introduire dans le bois & l’intérieur de la tête, & qui s’y eft durcie; il nettoie auffi le refte du chapeau, tant en-deifous qu’en-delfus, en le frottant avec la main, «St en enlevant avec la pince tous les corps étrangers qu’il peut y découvrir.
- 254. Il débourre le chapeau en le ponçant: il commence ordinairement par le bord , qu’il pofe à plat fur une table bien unie «St bien eifuyée , & il le frotte avec un morceau de pierre ponce qui a été drelfée exprès pour fe mieux appliquer au feutre. Quand il a frotté un peu fur un endroit, il fouffle deflus, ou il pouffe avec la main ce que la pierre a enlevé, pour voir s’il eft allez débourré ; il palfe de celui-là à un autre , & fait ainfi tout le tour du chapeau. Il eft elfentiel que la table fur laquelle on ponce, foit bien unie, «St qu’il ne fe trouve aucune ordure fous la partie fur laquelle on fait paifer la pierre; car la moindre inégalité occalîonnerait un trou au feutre. O11 ponce ainfi les deux faces du bord : pour poncer la tête , on la remet fur la forme qu’il faut avoir bien nettoyée auparavant, par la raifon que je viens d’expofer.
- 255. Autrefois, «St fur-tout pour les gens d’églife, on faifait des caftors à longs poils. Ces chapeaux 11’étaient point poncés ; au contraire, on leur faifait venir le poil, en y paflfant le carrelet, qui eft une petite carde de trois à
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- quatre pouces en quarré : aujourd’hui on ne fait prefque plus que des caftors ras. Après la ponce, il y a encore une façon qu’on nomme robb&r.
- 266. Robber (82) le chapeau, c’eft le frotter par-tout doucement, & le plus également qu’il eft poilible, avec un morceau de peau de chien de mer , bien détiré & bien droit, & en prenant les mêmes précautions qu’011 a prifes en ponçant. Cette derniere façon faitfortir du chapeau un poil court qu’elle rend plus égal, plus doux au toucher; & les chapeliers prétendent qu’il eu elt auili plus difpofé à bien prendre la teinture.
- 267. A la fin de lafemaine, chaque compagnon apporte au maitre , ou à ion commis , les chapeaux qu’il a faits ; celui-ci les examine l’un après l’autre,. pour reconnaître s’ils font fabriqués dans les proportions qu’il a prefcrites ; il les tâte par-tout, foit en maniant le feutre fimple, foit en le repliant fur lui-même , & en le faifant rouler entre fes doigts, pour voir s’il eft également bien foulé dans toutes fes parties , s’il n’a point d’endroits faibles, li l’on n’y fent point de grains ou grumeaux. Quand le chapeau eft jugé défedueux, il refte fur le compte du compagnon ; quand au contraire il eft recevable , il eft mis fur celui du maitre, pour être payé fuivant le prix convenu. Le chapeau eft recevable & dans de bonnes proportions, lorfque n’ayant aucun des défauts, mentionnés ci-delîus , il eft bien lilfe par-tout, de moyenne force en tète, très-fort dans le lien, & que fon épaiifeur va en diminuant jufqu’à l’arèce, qui doit être fuie & bien ronde. Les compagnons mettent leurs marques aux chapeaux qu’ils ont faits ; ce font des hoches qu’ils font à farête avec. des. cifeaux; leur nombre, & le fens dans lequel elles font, faites, font différer les marques entr’elles.
- 2.68. La. façon des chapeaux fe paie félon leur qualité & leur poids. Le tems & le lieu mettent encore de la variété dans les prix: dans les grandes villes lès ouvriers fe font payer davantage, à caufe delà cherté des vivres 5. & aujourd’hui dans tous les arts, la main-d’œuvre eft plus chere qu’elle n’était autrefois. A Paris, les maitres payaient ci-devant à leurs compagnons cinq liv. de façon pour un chapeau à plumet ; aujourd’hui cela eft fixé à, quatre liv..
- 269.. Un caftor de huit onces fe paie deux liv.. Les chapeaux de poil de lapin & de lievre avec dorure, trente-cinq fols; ceux qui pefent moins, ou qui font.de moindre qualité & fans dorure, fe paient depuis vingt fols jufqu’à. trente fols. On conçoit bien que plus les chapeaux font chers de façon , plus ils coûtent de tems à celui qui les fibrique. Un bon ouvrier dans une femaine pleine, & en travaillant comme il eft d’ufage dans cet art, depuis cinq ou fix heures du matin , jufqu’à neuf ou dix heures du foir , peut faire douze à treize chapeaux, de ceux qui. le paient trente-cinq fols., & des autres à. proportion..
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- 270. J’ai déjà dit que les chapeaux de laine fe font dans les provinces à quatre, mais plus fouvent à deux capades, & pour la plus grande partie,, hors des grandes villes > louvent le compagnon n’en a que huit ou dix fols de la piece ; il y a des chapeaux fi communs & fi greffiers , qu’ils ne fe vendent que vingt-cinq fols tout teints & tout apprêtés. Il faut qu’ils fe fabriquent pour cinq ou fix fols.
- 271. Avant de terminer ce que j’ai à dire touchant la foule des chapeaux y je crois devoir faire mention de ceux dans la compofition defquels on fait entrer de la foie. On aurait lieu de foupçonner que cette matière n’eft pas propre à rentrer comme la laine & les diiférens poils qui font en ufage dans la chapelerie ; 011 pourrait même imaginer qu’en interrompant leur marche., & ne contractant avec eux qu’une liaifon imparfaite, elle empêcherait le feutre de prendre confifiance, & de fe réduire dans les dimenfions qu’011 veut qu’il ait ; mais l’expérience fait voir que , fi la foie ne fe foule pas exactement comme le poil, elle fe prête à lui, elle le fuit d’affez près , & lui demeure allez étroitement attachée pour faire corps avec lui. J’ai vu fabriquer des chapeaux avec le tiers & même avec la moitié de foie, qui fe font foulés & dreifés à peu près dans le même efpace de tems qu’il faut communément pour des chapeaux de même poids & de pur poil. Le feutre de ces chapeaux 11e m’a point paru auifi doux, ni d’une texture aufii uniforme que celui de caftor ou de lapin & de lievre ; mais je l’ai trouvé pour le moins auifi folide & auifi propre à réfiiler à l’eau : peut-être faut il que le poil qu’on veut unir avec la foie , fe fecrete d’une façon particulière ; mais ce my itéré , fi c’en eit un, ne fera pas difficile à dévoiler, pour le chapelier qui n’aura pas d’autre'-raifort de rejeter l’ufàge de la foie».
- ---------gmass l — --—f r-rv....-.' =—sfr
- CHAPITRE IV.
- De la teinture des chapeaux, 0* des façons qu'on leur donne après qu'ils
- font teints
- 272.3L<es chapeaux qui* doivent refier gris ou blancs, tels que ceux dès religieux de certains ordres , & les caftors qu’on envoie en E'fpagne, font eenfés finis , lorfqu’ils ont été poncés : il ne refte plus qu’à les apprêter & lès garnir ; mais tous les autres fe mettent à la teinture auparavant, & le noir eft la couleur qu’ils y reçoivent : car ce n’eft' guère la peine de faire ici une exception pour quelques- chapeaux qu’011 met' eti rouge ; d’autant pins qu’ils paifent pour cela par des mains tout-à-fait étrangères à la chapelerie^
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- Je dirai feulement que les chapeaux qui doivent être blancs ou rouges, exigent de la part de l’ouvrier, une propreté qu’il 11’eft point tenu d’obferver li Icrupu-le ufe nient pour les autres; & de la part du maitre, l’attention de les faire fabriquer avec des parties de poils choiiies, & qui approchent le plus du blanc j carie rouge même n’eft beau que quand il eft appliqué fur un fond clair.
- 273. Suivant les ftatuts de la communauté des chapeliers de Paris, celui qui met les chapeaux en noir, doit être reçu maitre, & il fait corps avec eux; de forte qu’il peut lui-même fabriquer, & teindre tant pour lui, que pour fes confrères. Il eft défendu à tout autre teinturier de travailler pour les chapeliers, & réciproquement à ceux-ci, de teindre autre chofe que des, chapeaux.
- 274. Dans la plupart des grandes fabriques, il y a un attelier de teinture ; quoique cela occupe beaucoup de place, il y a à gagner pour le fabricant qui fait teindre chez lui, en fournilfant les drogues , & en faifant les frais des uftenfiles, du bois, &c. Les autres maitres envoient leurs chapeaux chez «eux qui teignent pour leur compte, & paient pour chaque douzaine de demi-caftors, 7 liv. 10 fols; & pour pareil nombre de caftors, 9 liv. 10 fols (a). On paie beaucoup moins pour la teinture des chapeaux de laine (h), parce qu’ils prennent le noir bien plus aifément, & parce qu’011 les teint de même qu’on les fabrique , hors de Paris, dans les provinces, où la main-d’œuvre eft toujours moins chere.
- 27?. Je dis que les chapeaux de laine prennent le noir bien plus aifément que ceux de poils : c’eft un fait dont tous les chapeliers conviennent; quant à la caufe, il y a apparence que le fecret qu’on donne au poil, & qu’on ne donne point à la laine, contribue à cet effet. Quoique la foule & le dégorgeage qui précèdent la teinture, enîevent probablement la plus grande partie de l’eau-forte avec laquelle on a fecrété , il eft à préfumer qu’il en refte encore allez pour mettre quelque obftaele au noir que l’étolfe doit prendre.
- 276. Quand les chapeaux ne font point deftinés à refter blancs ou gris, quand on les porte au teinturier, ç’eft à lui à les robber ; & cela fe Fait comme je l’ai expliqué à la fin du chapitre précédent, & avec les foins dont j’ai fait mention.
- 277. Apres que les chapeaux font robbés, le travail du teinturier comprend les façons îùivantes , afforfir, dégorger, teindre , laver à froid & à chaud,
- (a) Quand on ne paie pas comptant, de neuf liv. dix fols, mais à terme, il en coûte dix fols de plus (b) Les chapeaux de laine fe teignent par douzaine de chapeaux , huit liv. au à quatre liv. la douzaine, lieu de fept liv. dix fols, dix liv. au lieu
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- ficher à Pituve & lufirer. Il eft néceffaire que l’attelier Toit an rez-de-chauffée , qu’il foit pavé, & à portée d’une eau courante ou d’un puits*
- 278. Assortir les chapeaux (83)* c’efl faire entrer la tète de chacun d’eux fur une forme qui lui convienne , & l’y arrêter avec une ficelle. Les dégorger, c’eft faire fortir, par le moyen de l’eau bouillante, le tartre^qui peut être refié après la foule, dans l’épaiffeur ou à la fuperficie du feutre ; ces deux premières faqons exigent une petite foule à quatre places, & femblablepour le refte à celle que j’ai décrite dans le troifieme chapitre, & que j’ai reprérentée par les/g.41,42 , de la pi. Il ; excepté qu’à celle du dégorgeage, le rebord inférieur des bancs, au lieu d’être fupprimé vis-à-vis delà chaudière, demeure en fon entier avec un peu de pente fur la longueur, pour faire écouler l’eau par le bout, & que les bancs ont moins de pente vers la chaudière, qui eft quarée, au lieu d’être longue. On n’emploie que de l’eau toute pure qu’on entretient bouillante ; & pour cela on prend la précaution de mettre un couvercle de bois fur la chaudière, & de ne la découvrir que quand il en eft befoin.
- . 279» Au bout de chacun des deux bancs de cette foule, il y a un pilier de
- bois de fix à fept pouces de diamètre, fur environ trois pieds de hauteur, folidement planté & retenu dans le pavé ; cette piece fe nomme un billot,
- .. 280. Pour affortir un chapeau , le teinturier ou fon compagnon commence
- par y faire entrer en partie une forme (a) qu’il prévoit lui convenir: & quand elle y eft affez enfoncée pour n’en point fortir par fon propre poids, il plonge le tout dans l’eau bouillante, & l’ayant retiré un moment après, il pôle la bafe de la forme fur le banc; & en tirant le feutre avec fes mains de haut en--bas , il la fait entrer prefqu’entiérement. Alors il noue une ficelle à laquelle il fait faire deux tours , à peu près à la moitié de la hauteur de la tête , & il la fait defeendre en appuyant delfus tout autour avec un infiniment qu’on nomme avaloirÇb), ou bien avec le choc, autre infirmaient que j’ai décrit, & qui ell repréfenté à la lettre D ,7%. 43*
- 281. La ficelle étant avalée prefque jufqu’en-bas l’ouvrier frappe à plu-fieurs fois la forme fur le billot, tandis qu’il pouffe le feutre deffus pour le faire prêter ; par ce moyen il entre entièrement fur la forme, & l’ouvrier le pofe à plat fur le banc du dégorgeage, pour achever d’avaler la ficelle avec le choc?. Comme la forme du teinturier efl un peu plus haute que celle fur laquelle le chapeau a été dreffé à la foule , la ficelle avalée jufqu’en-bas , fe trouve de
- (83O En aVL anformm.. (/;) L’avaloir efl: un inftrument de cuivre,.
- (a) Les formes du teinturier font fem- pi. III, fg. <;<5. blabes à celtes que j’a décrites au chapitre (84) En ali. Ti cUïeifai. Cet iivitrumenC delà foule, §. 253, mais feulement un- elt fou yen t de fer poli, peu plus hautes.-
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- quelques ligues au-delfous du premier lien, & cela empêche que le chapeau ne i'e coupe en cet endroit.
- 2g2. Cela étant fait, il prend le chapeau par fon bord , le plonge entièrement avec la forme dans l’eau bouillante, le remet à plat iur le banc, & l’égoutte de par-tout avec la piece E ,fig. 43 i puis il le retire au carrelet dans toute fa furface , pour faire revenir le poil, & alors le chapeau eft prêt pour la teinture.
- 283. La teinture des chapeaux fe fait dans une grande chaudière de cuivre rouge, établie fur un fourneau, où l’on brûle du bois , & au bout duquel il y a une ventoufe avec un tuyau qui porte la fumée en plein air, ou dans quelque cheminée voifine. La figure de cette chaudière varie fuivant le goût du teinturier, & l’emplacement qu’il a à lui donnerj chez les uns elle eft oblongue , foit quarrément, foit ovale ; chez les autres, elle eft ronde & un peu évafée : quant à la grandeur , elle eft proportionnée à celle de l’attelier , & à la quantité d’ouvrage qui s’y fait 5 il n’y en a guere qui nepuiife contenir cent chapeaux, & les plus grandes en peuvent recevoir cent cinquante ou cent foixante. Je vais décrire celle dumaitre chez qui j’ai vu teindre des chapeaux.
- 284. La fig. ï7, pl. III, repréfente une coupe diamétrale de la chaudière & du fourneau: AB C, eft un four rond voûté en briques ou en tuileaux, avec un mortier de terre franche j il a au moins fix pieds & demi de diamètre , avec une bouche en A, d’un pied en quarré, pour le fervir ; & vers le fond, une ventoufe furmontée d’un tuyau de tôle X, pour tranfporter la fumée j y eft une coulilfe pratiquée à la ventoufe, dans laquelle 011 fait glilfer une tuile pour ouvrir ou fermer plus ou moins le palfage de la fumée & du courant d’air, & régler par-là l’aélivité du feu.
- 28D E F G, eft une chaudière ronde & un peu évafée, compofée dans fon pourtour de plusieurs lames de cuivre rouge, coufues enfemble avec des clous rivés de la même matière, & des bandes de papier interpofées pour rendre ces jondions plus exades. Le fond qui eft attaché de même, eft d’une feule piece , un peu convexe en-dehors, & le tout forme un vailfeau qui a cinq pieds & demi de diamètre au plus large, fur environ quatre pieds de hauteur.
- 286. La voûte du fourneau ouverte en fon milieu reçoit & lailfe paifer la partie inférieure de la chaudière qui la déborde de trois à quatre pouces en-dedans ; de forte qu’entre le fond de ce vailfeau & l’âtre, il refte un intervalle de quatorze pouces ou à peu près.
- 287. Le corps de la chaudière & la voûte du fourneau font revêtus extérieurement d’une maçonnerie en plâtre, HI K L, M N OP, qui contient le tout, & qui empêche que les eaux qu’on répand au-dehors, ne s’infinuenc
- dans
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- dans l’endroit où eft le feu; KO eft une banquette qui-regiie autour de la chaudière, & qui s’élève de trois à quatre pouces au-deflus de 1 aire ou dix 'fol de l’attelier; on defcend à la bouche du fourneau par un petit efcalie-r de trois ou quatre marches. ’ : ’ -! r " - ’
- 288- La maçonnerie H I , M N-q s’élève autour de'la chaudière à la hauteur de deux pieds & demi, '& fert d’àifiette aux/ad/es, c’eft-à-dire, à des portions de roues Q_, R, S, T, préparées par un charron avec du bois d’orme de deux pouces & demi d’épaiifeur, pour former un cercle autour d® îa chaudière, & en retenir le bord qui eft rabattu deifus, & qui s’y attache avec des clous. Les jantes doivent avoir au moins huit à neuf pouces de largeur, avec une pente un peu forte vers la: chaudière, afin qu’on puifle y poferles chapeaux à mefure qu’on les tire du bain pour s’égoutter, ou avant que de les y mettre pour recevoir la chaude^ - T ’ '[
- 289. Dans cette chaudière que je viens de décrire , oïl met trente-fix voies
- d’eau claire, de deux féaux chacune ; ce qui fait environ quatre muids & demi d’eau, mefure de Paris, ou trente-fix pieds cubes. On préféré l’eau de là riviere à celle des puits; mais le choix de l’une ou de l’autre ne tire pas beaucoup à conféquence. Tandis que l’eau èft encore froide, on y jette une partie des drogues qui doivent compofer la teinture; favoir, cent vingt livres de bois de campêche, communément nommé bois d'Inde^ haché en petits copeaux ; huit livres de gomme provenant des pruniers, des abricotiers, &c. connue fous le nom de gomme du pays ;& feize livres de noix de galle concafi. fées. On fait bouillir le tout pendant deux heures & demie, ayant foin de remuer de tems en tems ces drogues avec un bâton , à mefure qu’elles tombent au fond de la chaudière : alors 011 rallentit le -feu pour faire ceifer le bouillon, & l’on ajoute fept livres de verd-de-gris ou verdet, douze livres de vitriol de mars, plus connu chez les teinturiers Tous le nom de ccuperofe. Qn remue le tout, & quelques momens après on commence à mettre lès chapeaux dans la chaudière. " , : > s * ;
- 290. Avec la quantité de%drogues dont je viens de faire mention, 011
- peut entreprendre la teinture de trois cents chapeaux demi-caftors, que l’on partage en deux parties égales de cent cinquante chacune,?pourdes mettre l’une après l’autre dans la chaudière; & l’on prépare'eètte^teinture pendant la nuit, afin'quelle fe trouve toute prête’& toute chaude à l’heure où l’on commence la journée. . f ::n :i „ •» : vi :: eu b-;,
- ! 291. Après avoir arrangé avec une'perche;'ou avec un vieux balai', le bois d’Inde, la noix de galle, &c. qui font comme le marc de la teinture, au fond de la chaudière, on y place les chapeaux à la main,(a), ayant foin
- 4a) On peut arranger les chapeaux à la main, parce* qu’ilsne s’enfoncent pas ' d’.eux-..
- Tome, VIL O o
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- £*e A R T D V CH A RE LIE Rt
- qu’ils foient pofés fur tête , les uns à côté des autres, autant qu’il en peut tenir. Sur cette première couche, on en place une fécondé, forme fur forme j c’eft-à-dire, que çç.mme les premiers ont la tête en-bas, ceux-ci doivent l’avoir en-haut : la troifieme couche fe met comme la première, la quatrième comme la fécondé > & ainfî de fuite , jufqu a ce que les cent .cinquante chapeaux foient employés. Pour empêcher que le dernier lit ne fumage, on lé couvre de plufieurs planches épaiffes , taillées comme les douves dont on fait Je fond d’une futaille, & arrangées à plat les unes à côté des autres : on les charge encore de quelques autres planches en travers, fur lefquelles on met de gros poids : de forte que cette elpece.de couvercle qui entre dans la chaudière, en «appuyant fur les chapeaux,: les tient toujours entièrement plongés, & leur çonferve ;une chaleur plus égale. On laide les chapeaux pendant une heure & demie dans cet état 5 après quoi on les releve, & cela fe nomme une chaude.
- 292. Pour rélever les chapeaux de la chaudière, on commence par les décharger des poids & des planches dont je viens de parler } on jette trois ou quatre féaux d’eau froide îur le bain, non-feulement pour réparer la perte qu’il a faite par évaporation & autrement , mais encore pour amortir la grande chaleur qui ne permettrait pas de manier ce qui en fort : & cela fe pratique toutes les fois qu’on releve les chapeaux après la chaude. Pluheurs ouvriers fe mettent donc autour de la chaudière, tirent à eux avec un bâton les chapeaux qui furnagent, en amaffent une certaine quantité fur les jantes, ayant foin de relever les bords, pour gagner de la place ( voyez lafig- S 8 ) & ils les y laiffent pendant tout le tems de la chaude de la fécondé partie, c’eft-à-dire, pendant deux bonnes heures ; car il faut bien un quart d’heure pour placer les cent cinquante chapeaux dans la chaudière, & autant pour les relever} ce qui fait une demi-heure de plus que la durée de la chaude. ... 293, Les chapeaux aiiifr placés fur les tablettes , reçoivent de la part de l’air une impreflion qui donne le ton à la couleur , & qui ,1a fixe fur l’étoffe. Cette pratique eft abfolument néceffaire y c’eft ce que les teinturiers appellent donner Vivent.. üinfi les deux parties de chapeaux qui partagent une teinture, reçojvent.alternativemen.t la chaude & rêvent} & cela fe répété huit,fois ; c’eft-à-dire, que chaque partie reçoit huit fois.îa chaude, & autant de fois l’évent.
- 294* Ayant de donner ja première chaude à la fécondé partie de chapeaux, c’eft-à-dire , aux cent cinquante qui n’ont point encore été mis dans la chau-dierfefoft rafraîchit la teinture avec trois livres de verdet, & quatre livres; de
- mêmes ; Ils demeurent à la furface du bain, fervent point ce que j'ai dit ci-defîus , en jufqii’à ce que le poids des autres lits, mettant les chapeaux dans la teinture, & qu’on met par-deflus , les falfe aller au qui les mettent tous fur tête, fond. Il y a quelques teinturiers qui n’ob. -
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- couperofe: & on lui dcfnnë encore deux pareils rafraîchiflemens, l’un avant la cinquième, & l’autre avant la fixieme chaude, c’eft-à-dire 9 avant de remettre dans la chaudière chacune des deux parties de chapeaux pour la troifieme fois.
- 29f. Voilà ce que j’ai vu pratiquer chez M. Prévoit, qui tient une manufacture confidérable à Paris , rue Guénégaud , & qui a bien voulu me donner connailfance de tout ce qui fe fait dans fes atteliers. Cependant je fais que les teinturiers en chapeaux ne font point d’accord'entr’eux fur les dofes des drogues qu’ils emploient, tant pour la première compofition, que pour les rafraîchit femens ( 8? ). Un peu d’expérience apprendra ce qu’il y a de mieux à faire. 4
- 296. Si les trois cents chapeaux étaient tous caftors , au lieu de cent vingt livres de bois d’Inde, on en mettrait cent cinquante, une demi-livre par chapeau , c’eftla réglé ? & deux chaudes de plus qu’aux demi-caftors. Si dans une teinture on a des chapeaux de l’une & de l’autre efpece, la première chaude eft pour les caftors : on leur en donne encore une, après que les autres ont reçu leur huitième, & ils paffent la nuit dans la chaudière.
- 297. La teinture des trois cents chapeaux étant finie, 011 ne jette point ce
- qui refte dans la chaudière, on le réferve pour la teinture fuivante; ce vieux teint fert à donner aux deux nouvelles parties de chapeaux, une chaude qui 11’eft point comptée dans les huit que chacune d’elles doit recevoir avec le nouveau bain. Après cela on vuide la chaudière, on la nettoie, & 1’onrecom* pbfe une autre teinture. 4
- 298- Quand les chapeaux ont reçu toutes les chaudes & tous les évents qu’il leur faut pour être bien teints , on les lave dans plufieurs eaux, pour enlever les parties groffieres & furabondantes de la teinture, qui n’ont pas contracfté aifez d’adhérence avec le feutre, & qui ne manqueraient pas de noircir tout ce que le chapeau toucherait ? pour cet eifet, on les tranlporte de l’attelier au bord d’urt puits ou de quelque eau courante? & le compagnon chargé de cette partie, trempe lés chapeaux l’iin après l’autre dans un grand baquet, ou dans quelque vaiffeau équivalent, rempli d’eau* claire ? & lepofmù fur une planche inclinée, il le frotte dans l’eau même, deifus & deifous, avec une brolfe de poil rude, jufqu a ce qu’il ne teigne prefque plus l’eau. Voyez le bas de la vignette, pl> III.
- (8?) Les dofes doivent, nébeffaîrement d’abricotier, &c. fit livres dè noix de galle;1 différer félon la qualité des chapeaux. Ceux On fait bouillir le tout environ deux à trois qui font dépuré laine prennent bien plus heures,après quoi on y ajoute fix livres ou aifément le noir que ceux de poil. Pour environ de verdet, dix livres de coupe-deux cents quarante chapeaux, voici les rofe. Quand on met ces deux ingrédiens dofes indiquées dans VEncyclopédie : cent dans la chaudière, elle ne bout plus, elle livres de bois d’Inde haché , douze livres cft feulement chaude &;fur fon bouillon, ou environ de gomme du pays, de prunier, Q O ij
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- 299* Les chapeaux qu’il a aiiifi lavés, il les arrange à mefurefur des planches ou fur des claies qui.font étendues par terre ; il ies pofe fur tête, & en plufieurs lits , jufqu’à ce qu’il ait fini le premier lavage , pendant lequel il a foin de renouveller l’eau du baquet quand il s’apperçoit qu’elle devient noire. _Ce vailfeau doit avoir près du fond, un trou de deux pouces de diamètre, que l’on tient fermé avec un tampon, pour contenir l’eau, & que l’on ouvre quand il faut la faire écouler pour la renouveller.
- 300. Quand les chapeaux ont été lavés comme je viens de le dire, le .laveur les repalfe une fécondé fois dans de nouvelle eau ; & quand il voit qu’ils ne teignent prefque plus, files raflemble fur les claies pour les porter à la chaudière de dégorgeage, où ils doivent être lavés à l’eau bouillante, & égouttés.
- 301. J’ai déjà dit que la chaudière de dégorgeage différé de celle de la foule, en ce qu’elle eft auffilarge que longue. Elle contient de l’eau claire & bouillante en telle quantité qu’elle foit pleine quand on y a plongé vingt-cinq chapeaux à la fois. L’ouvrier prend ces chapeaux un à un, les étend fur le banc, &les retire, c’eft-à-dire, qu’il abat les bords, & qu’il les tire avec les mains, pour les étendre , & effacer les plis qui pourraient y être, enfuite il' les égoutte de tête & de bord , deffus & defîous, avec la piece E, /g. 43, ou avec une petite femelle de bois dur, à peu près de même forme, & taillée .en couteau. En traînant avec force le tranchant de cet outil furie feutre, il en exprime la plus grande eau, qui emporte avec elle le refte de la teinture fuperflue. A mefure que l’ouvrier prend des chapeaux dans la chaudière pour les retirer ,il y en remet un pareil nombre de nouveaux, afin qu’il y en ait toujours la même quantité ; & il continue fon travail en prenant toujours ceux qui ont été mis les premiers dans l’eau. Voyez la foule de dégorgeage à droite dans la vignette de la planche ///.
- 302. Comme en égouttant avec la piece, on a couché & fortement ferré le poil du. feutre, on le releve en brodant rudement le chapeau dans toute fa, lurface,. avec.un outil qu’on nomme carrelet ( 86); c’eft une petite carde de: trois à quatre pouces en quarré, dont les dents font fines & ferrées : cela s’appelle retirer à poil (87)5. & c’eft la derniere façon que reçoit le chapeau avant d’aller à l’étuve.
- 303. L’étuve du teinturier ne différé point effentiellement de celle de la foule j. elle elf feulement beaucoup plus grande , elle doit contenir les trois cents, chapeaux d’une teinture t les parois font, garnies de chevillettes pour recevoir les formes fur lefquelles font les chapeaux ; & dans le haut,, à une petite difiance dii plancher, il y a encore des barreaux en travers pour en recevoir : au milieu de l’étuve,’ par terre-, elt un baffin quarré de trois; à quatre
- (&<5) En ail. cint Kratze* . (87) En ail. das Haar aufkrat2.cn..
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- ART BU CHAPELIER*
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- pouces de profondeur, que l’on charge d’abord de deux boideaux & demi de charbon, & que l’on couvre d’une cage de fer, pour prévenir les acci-dens du feu,.
- 304. Les chapeaux étant rangés dans l’étuve, on allume le charbon, & l’on ferme le guichet 5 deux heures après, on ranime le feu avec un boideau & demi de charbon , & 011 referme l’étuve. Il faut ordinairement fix heures pourfécher les chapeaux ; après quoi on les retire, & on les ramafîe en tas fur des tables ou fur des planches attachées aux murs de l’attelier.
- 30^. Le teinturier & fes compagnons reprennent de là les chapeaux un à un, & les frottent de toutes parts avec une brode rude , ce qui s’appelle brof-fer la teinture ; après quoi ils leur donnent le luftre en les brodant à l’eau froide , & puis ils les remettent à l’étuve pendant une heure, à une chaleur médiocre, qui fuffit pour les lécher. Après cela on les enleve, on les fépare des formes ; & alors le travail du teinturier eft fini.
- 306. J’ai dit au commencement de l’article de la teinture , quril y avait à gagner pour le fabricant qui fait teindre chez lui, en fournilfant les drogues & en payant la main-d’œuvre ; cela ne doit s’entendre que du chapelier qui fait beaucoup d’ouvrage, & qui aurait, par exemple, toutes les femaines ou tous les quinze jours , 300 chapeaux à mettre en teinture j lims cela, la dépenfe que lui cauferaient le loyer de fon attelier , laconftru&ion & l’entretien des fourneaux, des étuves , des chaudières, & autres uftenfiles nécedaires au teinturier, pourraient balancer, & même furpader le gain qu’il y aurait à faire en teignant fes chapeaux lui-même : on en pourra juger par le compte fuivant.
- Pour la teinture de trois cents demi-cajlors.
- 120 livres de bois d’Inde, à 26 liv. le quintal « . Z 31 liv. 4 ibis*
- 8 de gomme du pays , à 40 liv. 3 . . 4
- 16 de noix de galle, à 2 liv. 10 fols la livre .... 40
- 13 de verdet, à 1 liv. 8 fols..................... 18 . • 4
- 20 de couperofe , à 2 fols ..........................2
- Pour robber, trois journées d’homme à 2 liv. $ fols .. 6 . . if Pour adbrtir & dreder, trois journées. Idem. . . . 6..IÇ
- Pour dégorger, trois journées. Idem...6 . . I $
- Luftrer & mettre aux étuves, deux journées. Idem. . r 4 . . io Emplir la chaudière & la relaver ...... r 6
- Une voie de bois refendu ........ . 21
- Une voie de charbon . ......... 4 . . 4
- Total . .. . . 140 liv. il fols^
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- ART DZU CIE A? ELI E R:
- Pour teindre pareille quantité de chapeaux à raifon
- de 7 liv. io fols par douzaine ................137 liv^. 10 fols.
- Profit du chapelier qui teint chez lui, en prenant
- la depenfe fur fon compte......................37 liv. 10 fols.
- 307. Quand on vuide la chaudière pour la nettoyer, & compofer une nouvelle teinture, on ne jette point ce qui refte du vieux bain 5 c’eft le profit des garçons teinturiers, qui le vendent à ceux qui teignent des étoffes de lainej car, comme je fai dit, la laine prend le noir bien plus aifément que le poil; & fi l’on faifait beaucoup de chapeaux de cette matière à Paris, il ne faudrait pas d’autres teintures pour eux , que celle qu’on abandonne ainfi aux compagnons, qui en retirent peu de chofe (<z).,
- 308* On 11e leur donne pas de même le bois d’Inde qui fe trouve avec la noix de galle au fond de la chaudière ; le maitre qui a fait la teinture fe le réferve; il l’amalfe pour brûler pendant l’hiver : & ce chauffage, outre qu’il eft fort bon, a encore l’agrément de réjouir la vue par la belle variété de couleurs qu’il donne à la flamme, à caufe du verd-de-gris dont le bois s’eit cmprégné.
- Apprêt des chapeaux.
- 309. Le chapeau, en fortant des mains du teinturier, pafle dans celles de l’apprèteur : c’eft ce dernier ouvrier qui le mec en état de fe foutenir, & qui lui donne le dernier luftre. Il y a dans la chapelerie, des ouvriers qui ne font qu’apprêter & approprier, & qui vont travailler chez les maitres fur le pied de quarante fols par jour à Paris, & de trente fols à Lyon.
- 310. Apprêter (88) un chapeau, c’eft faire entrer dans l’épaifleur du feutre une efpece de colle dont je vais donner la compofition, & faire enforte qu’il n’en refte rien à la furface. Cette opération eft alfez délicate; quand elle ne réuiïit pas ,r foit parce que l’apprêt eft mal compofé, foit parce qu’il eft employé nîal-adrôitetnefitle chapeau s’en reflent toujours; à la moindre humidité qu’il reçoit, îl dévient comme écailleux, & comme enpâté d’une matière farineufe'; ifperd tout fon mérite.
- 311. Dans un chauderonde fer fondu, ou de cuivre, on met quatorze livres d’eau, ou environ fept pintes mefure de Paris, que l’on fait bouillir pendait^
- (a) Trois livres , ou trois livres dix fol$< fait difloudre dans une quantité fuflGfante
- (88) Ën ail. Jireifen. Les dofes different d’eau claire. On fait bouillir tout enfembie encore ici fuivant les maitres. On prend pendant trois ou quatre heures. Quand ce quatre à cinq livres- de gomme du pays , mélange eft cuit von le pafle au tamis, & trois à quatre livres de colle-forte , une l’on s’en fert enfuite pour apprêter. Voyez demi-livre dç gomme arabique* que l’on fEncyclopédie,au motchapeatu
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- deux bonnes heures avec deux livres de gomme du pays; & quand on s’apperçoit que tout eft bien fondu, qu'il n’y a plus de grumeaux, & que la gomme eft parfaitement dégagée des petits morceaux d’écorce de bois, des fragmens de feuilles feches, &c. qui s’y trouvent prefque toujours mêlés, on y ajoute deux livres de colle-forte : les uns préfèrent celle qui fe fabrique à Paris, les autres aiment mieux celle qui vient de Flandre ; mais l’une ou l’autre fe fond mieux, quand on a pris la précaution de la faire'tremper auparavant dans un peu d’eau pendant cinq à lix heures. Quelques chapeliers retranchent une once ou deux de la gomme du pays , qu’ils remplacent avec pareille quantité de gomme d’Arabie; mais tous ajoutent à ces drogues les trois quarts d’une chopine de fiel de bœuf, ou au défaut de cette matière, pareille quantité de vinaigre de vin, qui ne fupplée point parfaitement au fiel. Tandis que cette compofition eft chaude, on la paife dans un vaiifeau qui aille au feu fans fe cafter, afin qu’on puifte l'a réchauffer toutes les fois qu’on voudra s’en fervir; car l’apprêt "doit s’employer chaud.
- 312. Dans les fabriques de Lyon, l’apprêt fe compofe un peu différemment; on ne met qu’un fixieme de colle-forte avec la^omme; mais on en fait entrer davantage dans le feutre. L’apprêt pour la tète du chapéau nç contient ni fiel ni vinaigre, il doit être plus épais que celui du bord ; comme 011 finit d’apprêter par cette partie, le plus clair fe trouve ufé, ce qui refte au fond de la chaudière eft moins liquide, & on l’emploie auffi moins chaud, L’apprèteur doit être muni d’une certaine quantité de colle-forte fondue à part, comme on le verra par la fuite. Les chapeaux blancs ou gris ne reçoivent d’autre apprêt que de la colle-forte toute pure.
- 313. L’attelier de l’apprêt doit être pavé, ou au moins carrelé, à caufe
- du feu, dont on y fait un ufige prefque continuel; & fi les fourneaux dont je vais parler, peuvent être fous un manteau de cheminée qui reçoive & qui tranlporte au-dehors la vapeur du charbon, on s’en trouvera beaucoup mieux. *
- 314. Il y a communément deux fourneaux près l’un de l’autre; ou s’il n’y en a qu’un feul, il porte deux réchauds, dont chacun eft évafé en entonnoir, ayant au fond une grille de fer fur laquelle fe pofe le charbon allumé, avec un cendrier au-deffous, comme aux fourneaux des euifines; & pour maintenir le bord fupérieur, qui peut avoir quinze pouces de diamètre, il y a un cercle de fer qui affleure la maçonnerie. Voyez la fig. 59, pl. IIIqui repréfente la moitié À du fourneau dans fon entier, Fautre moitié B par fa tojpe de haut en bas.
- 315:. Sur trois morceaux de brique placés à égale diftance l’un de l’autre autour de chaque réchaud, 011 établit une platine de cuivre, ou plus fouvent une plaque de fer de fonte, qui a deux pieds de diamètre>.& qui couvre le
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- réchaud fans étouffer le feu, étant allez élevée par les morceaux de brique, pour laiffer un jour fuffifant entr’elle & le bord du réchaud. On couvre cette platine de deux morceaux arrondis d’une groffe toile fort large, couchés l’un îur l’autre, & fortement hume&és par-tout avec de l’eau. Il s’en exhale une vapeur épailfe, que la grande chaleur fait naître , & qu elle pouffe fortement de bas en haut. Les deux platines ainlî préparées, fe nomment Us bajfins; & la vapeur qu’on a foin d’entretenir en humedant la toile par de fréquentes afperfions {a) & par un grand feu, s’appelle la buée.
- 316. S’il y a un grande quantité de chapeaux, on fait ordinairement travailler enfemble deux apprèteurs ; l’un tient les baflins, tandis que l’autre garantit , & Idiftribue ;la quantité d’apprèt convenable à chaque chapeau : mais à Paris, chez la plupart des maitres, il n’y en a qu’un qui fait le tout.
- 317. Garantir à Papprèt, c’eft reconnaître les endroits faibles du feutre, & y mettre de l’apprèt, proportionnément au degré de faibieffe qui a été reconnu; c’eft par-là que l’ouvrier commence. Il eft placé, alfis (b) ou debout, devant une petite table qu’011 appelle bloc, jig. 61 ; elle a tout au plus deux pieds en quarré, & elle eft percée à jour au milieu par un trou rond de fept pouces & demi de diamètre. Ce trou reçoit la tête du chapeau, de maniéré qu’il ne’refte que le bord à plat fur le bloc, préfentant la face qui fera la plus apparente qnand le chapeau fera retrouffé. C’eft toujours fur cette face que l’on garantit & que l’on pofe l’apprèt.
- 318. L’ouvrier ayant paffé les quatre doigts de fa main gauche fous le bord du chapeau, & le tâtant avec le pouce en le faifant tourner, reconnaît les endroits où le feutre a befoin d’être fortifié, & en même tems avec une broffe {fig. 62) qu’il vient de tremper légèrement dans la chaudière, & qu’il tient de la main droite , il garantit toutes les places qu’il a remarquées ; & tout de fuite ayant repris de nouvel apprêt, il en étend fur tout le bord une ou deux fois, & même trois fois, fuivantla grandeur du chapeau & la force du feutre : en traînant fa broffe, il épargne l’arête, c’eft-à-dire, qu’il s’abfl tient de porter l’apprèt jufques là; & il finit par étendre d’un coup de broffe en traînant ce qui peut en être entré dans la tète.
- 319. Il va fur-le-champ au baflin, il mouille la toile par une forte afper-lion, & il la couvre avec le chapeau, en appliquant deffus la face qui vient d’être chargée d’apprêt. Dans l’efpace de deux ou trois minutes, la buée fait
- () Les afperfions fe font ici comme au a un fécond pour tenir les baflins ; s’il eft
- baftiflage, avec un bouquet de fragon ; mais feul, il fe tient debout, étant obligé d’al-celui qu’on emploie aux baflins de l’apprêt, 1er continuellement au fourneau , & de eft beaucoup plus gros. revenir au bloc.
- () L’apprêteur eft aflis, quand il y ea
- «entrer
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- entrer tautl’apprêt dans l’épaiiTeur du feutre* on le releve alors, on le place-dans un bloc, & avec le plat de la main que l’on fait parier en frottant fur toute la face qui a reçu l’apprêt, on reconnaît s’il n’y relie plus rien de gluant j ce qui étant fait, on retire un peu le poil avec le carrelet, en brolfant de la tète à l’arète fur tout le tour du bord^: & alors le chapeau elt apprêté dans cette partie.
- 320. L’apprêteur qui travaille feul en relevant un chapeau, en metun a'utre fur le baffin* & tandis que celui-ci effc fur la buée, il a prccifément le tems qu’il lui faut pour repaifer à la main & au carrelet celui qu’il vient d’ôter, & pour mettre en apprêt celui qui doit fuivre au balïîn.
- 321. En relevant un chapeau, fi l’on s’apperçoit que l’apprêt n’eft pas aflfez rentré, on le remet pour un moment fur la buée, & pour l’ordinaire cela fuffic* mais Ci par un trop grand feu, ou faute d’avoir relevé alfeztôt, 011 a fait palTer l’apprêt au-delà de l’épaiiTeur du feutre,-s’il s’en trouve’fur la face oppofée à celle qui Ta reçu, l’opération eft manquée * il faudra dégorger ce chapeau avec une eau de favon employée chaude, frotter fortement les deux faces du bord avec une brode rude, & les égoutter à plufieurs reprifes avec une femelle de bois dont le bord foit tranchant, jufqu’à ce qu’on .ait purgé le feutre de tout l’apprêt qu’on y avait mis : après quoi 011 l’apprête de nouveau.
- 322. Les chapeaux étant apprêtés de bord, 11’ont plus béfoin que de l’être en tète* & pour cette derniere façon, il ne faut point de baffin. O11 les tient l’un après l’autre avec la main gauche, pofés fur tête* & avec un pinceau gros comme le pouce, qu’on tient de la main droite, on applique au milieu du fond une rofette ( a ) de colle-forte, fur laquelle 011 ajoute de fuite deux couches d’apprêt plus épais & moins chaud que celui qui a fervi pour le bord* & l’on étend l’une de ces deux dernieres couches fur tout le dedans du chapeau jufqu’au-lien. On ne fait point rentrer l’apprêt de la tète, parce que cette partie eft cachée par la coëffe * on fe contente de le lailfer fécher.
- 323. Si le maître eft preifé d’avoir fes chapeaux pour les garnir, on les porte à l’étuve, afin de pouvoir les approprier quelques heures après* linon l’apprêteur les accroche à des chevilles dans l’attelier, où ils demeurent deux ou trois jours, pour fe fécher : c’eft, dit-on, ce qu’il y a de mieux à faire. Les chapeliers remarquent que la chaleur de l’étuve appauvrit l’apprêt, & qu’il rend un meilleur fervice quand on l’a lailfé fécher lentement, & par la feule a&ion de l’air. A fèpt ou huit pouces de diftance du plancher, & parallèlement à
- (a) L’apprêteur appelle ainfi une couche circulaire de colle, qui a deux ou trois pouces de diamètre.
- Tome. VIL Pp
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- A R T DU CHAPELIER.
- |ui;, il y a de longues barres, de bois traverfécs de chevilles ; e’eft là qu’on as» croche les chapeaux nouvellement apprêtés , & on les y porte avec une fourche dubois > qui les prend à l’endroit du lien,/?/. III ,fig. 63.. (89)
- 324. C’est le même ouvrier qui apprête & qui approprie (90) les chapeaux. Comme approprie ur., il a trois choies à faire, drejjer (91), repayer (92), & lujïrer (93). Ces trois façons vont enfembîe de la maniéré qui fuit..
- 325. L’ouvrier prend un chapeau apprêté , qu’on fuppofe être fuffifam-mentfecj il ôte la ficelle que le teinturier a mife fur le lien, & en tenant le fiord.appuyé fur une table qu’il a devant lui, il le frotte fortement delfus & deifous avec une broife dont le poil qui eit de fanglier, n’a qu’un pouce de. hauteur il broife de même le tour & le delfus de la tète..
- 326V, Il prend une autre broife, dont le poil elf plus long & plus doux, & qu’on, nomme brojJ'eà lujïrer (94) : il la trempe fuperficiellement dans une terrine quii contient, de l’eau froide; & le chapeau étant pofé aplat fur la table , la tète, en-haut, il la paflé en traînant plufieurs fois fur toute la face du bord qui fe: préfente à lui >. auffi-tôt. après > avec un fer chaud allez lèmblable à. ceux dont les blanchilfeufes fe fervent pour le linge,, il repalfe. en appuyant toute la partie qu’il vient d’humecter; la. chaleur & l’humidité agiilunt enfembîe: fur le feutre, le.rendent fouple, & procurent à L’ouvrier la facilité d abattre (9 J)} le bord, que l’apprêt a relevé en fe féchant..
- 327. Le fer à re.paifer du chapelier / pourrait être un fer ordinaire de blam-chilfeufe ; & quand on n’en a point d’autre, on s’en fert en le faifant chauffer; plus fouvent. Mais on en fait exprès avec du fer de fonte, & les meilleurs> viennent de Lyon j ils ont un pouce, d’épaiifeur,, fix pouces de hauteur Si
- (89)’ L’auteur ajoute là note fuivante , par forme de fupplément.
- J'ai dit précédemment qu’on peut fabriquer avec un tiers de foie & deux tiers de poil, & même avec moitié foie & motié poil fecrété , des chapeaux qui s’arçonnent, fe baftiifent , fe foulent & fe Unifient comme ceux de pur poil. Je puis ajouter qu’ils ynnt bien à !a teinture , parce que je les y ai fui vis, & mis à l’épreuve en fuite ; mais je dirai avec la même impartialité, qu’ils ne réunifient pàs fi bien aux apprêts ordinaires : ils les reçoivent avec la même facilité & les-gardent de même y mais. s’ils font mouillés enfuite par la pluie ou autrement,, ils deviennent fort durs, & ont peine à re.-prendre.de k fouplefîe. C’dt un défaut qui
- ne me paraît pas fans remede;.c’èft au cha». pqlier intelligent à étudier quelque compo»-fition d’apprêt, plus convenable à cette; étoffe , & à n’en faire entrer dans le chapeau que la quantité néceiïaire pour le contenir.
- Voyez fur ces chapeaux de foie & fur îess expériences faites par M. l’abbé Nollet,, en qualité de commiffaire de l’academie ^ le mémoire que j’ajoute par forme defup.» plément à la fin de cet art..
- (90) En ail. ausbutzeru.
- (9.1) En ail. plattjetzen..
- (92) En ail. gut biegdru.
- (93) En ail. glànzen..
- (.94.) En-ail. Glanzkürjie.:.
- (9,0 En ail. nUderbügçlm.
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- ART D CT, CRA T E L LE Jt.
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- trois pouces & demi de largeur par le bas, avec mie poignée de fer forgé , implantée dans l’épaifleur de la pièce lorfqu’on l’a moulée. Voyez la fig. 64. La face qui s’applique fur le feutre eft garnie d’une femelle de fer forgé, bien dreifée & bien polie : elle eft plus large que celle qui parte la poignée ; de forte que l’épailfeur taillée en talus, ne touche point la tète du chapeau» quoique le fer ferre le lien de fort près. Il eft prefque inutile de dire qu’on garnit la poignée avec du linge, ou avec quelque morceau d’étoffe doublé ou triplé, pour la manier fans fe briller : mais il ne l’eft pas de favoir à quel point le fer doit être chauffé; car s’il l’eft trop , on rifque de brûler le feutre ; & s’il lie l’eft point allez , il rtabat point & ne drejje point fuftifamment : fon degré de chaleur doit etre tel qu’une goutte d’eau qu’on laiffe tomber deffus, s’évapore dans l’efpace de deux fécondés ou à peu près.
- 328. Il faut avoir au moins deux fers, afin qu’il y en ait toujours un au feu , tandis qu’on tient l’autre : on les chauffe fur un réchaud de fer de fonte ou de terre cuite, qui eft plus long que large , & qui contient du charbon allumé. Voyez la fig. 65. Je reviens au travail de l’approprieur, qui drelfe le chapeau.
- 329. Lorsqu’il a hume&é comme je l’ai dit, & paffé le fer pour la première fois fur toute la face du bord oppofée à celle qui touche la table, il charge la tête du chapeau avec une forme qu’il pôfe deffus, afin que le lien porte également par-tout fur la table ; & dans plufieurs fabriques, 011 eft dans l’ufage de placer la tête du chapeau fur une autre forme, qui n’a que la moitié de la .hauteur ordinaire, & dont le tour, au lieu d’être cylindrique , fait un angle un peu aigu avec la bafe. Le chapeau étant ainfi difpofé, l’ouvrier mouille une fécondé fois avec la broife à luftrer, la face du bord, qui eft tournée en-haut; il la repaffe au fer , & de fuite affujettifîant ce bord avec la main gauche, il le Jaifitavec la droite auprès de l’arête, & il le détire tout autour, en pouffant; toujours en avant la partie qu’il tient. Ce travail, aidé d’une chaleur humide, qui amollit l’apprêt, & qui donne de la fouplefîe au feutre, augmente l’étendue du bord du côté de l’arête, & l’abat de maniéré qu’il fe range tout à plat fur la table; mais comme il relie toujours quelques plis après que l’ouvrier l’a ainfi détiré , il achevé de les effacer avec le fer, qu’il paffe encore en appuyant fur les endroits qui en ont le plus de befoin.
- 330. Pqur travailler fur l’autre face du bord, l’approprieur fait entrer la tête du chapeau dans le trou d’un bloc, & alors cette face fe préfente à lui; il l’humeéte légèrement, & la paffe au fer dans toute fon étendue, en appuyant de toute fa force, & en s’arrêtant un peu fur les endroits où il a remarqué des plis ou des bourfouflures. Enfuite pour relever le poil du feutre ,il broffe par-tout en allant de la tète à l’arête, &, finit par un coup de fer qu’il donne légèrement tout autour.
- P P <i
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- ART DU CHAPELIER.
- 331. Le chapeau étant ainfî drelTé de bord, l’ouvrier le met fur une forme un peu haute, afin qu’en tournant, il ne frotte point fur la table j il mouille légèrement toute la tète avec la broife à luftrer, & paiiè au fer tout le tour qu’il tient appuyé fur le bord de la table, ayant le bord appliqué fur fa poitrine & fur fon ventre. Enluite il y pafle la broife rude pour relever le poil, & finit par un coup de fer léger.
- 332. Après avoir ainfi dreffé le tour, il palfe le fer en tournant fur le haut de la tète, le broife un peu rudement, & y repailë le fer.
- 333. Après toutes ces façons, le chapeau le trouve fuffifamment drelïé
- dans toutes fes parties 5 mais la face du bord, qui fera la plus apparente quand le chapeau fera retroulfé, a befoin qu’on lui falle encore revenir le poil, & c’eft ce que fait l’ouvrier après avoir ôté la forme. La tète du chapeau étant tournée en-bas, & le bord étant pofé fur celui de la table, il broife fortement la face qui eft tournée vers lui, en faifant tourner le chapeau , jufqu’à ce. qu’elle ait été broflee dans toute fon étendue. Il fait d’abord
- aller & venir la broife du lien à l’arète, & de l’arête au lien ; mais il finit par
- coucher le poil dans un même fens, en brodant à grands coups du lien à Farête feulement, & en faifant pafler le fer légèrement & fans mouiller, fur toute la face qu’il vient de remettre à poil.
- 334. Enfin, il pofe à plat fur la table la face qui eft finie 5 il donne à
- l’autre quelques coups de broife, non en tournant autour de la tète du cha-
- peau, mais en allant droit d’une partie de l’arete à l’autre : il en fait autant fur toute la tête, & palfe légèrement le fer pour la derniere fois fur tout ce qu’il vient de brolfer.
- 33f. Une attention que l’on doit avoir en drelfant les chapeaux, c’eft de ne les hume&er qu’autant qu’il faut pour faciliter l’abattage j car s’ils reliaient mouillés confidérablement en fortant des mains de l’approprieur, les bords 11e manqueraient pas de fe relever & de prendre de mauvais pli$ én léchant > il faut même avoir l’attention de ne les point tenir dans un lieu trop chaud, jufqu’à ce qu’ils foient parfaitement fecs.
- 336. Quelques foins que les coupeufes & les arracheufes aient pris pour féparer le gros poil du fin , quelque attentifs que les compagnons aient été à ébourrer leur ouvrage à la foule ; quand le chapeau eft fini & luftré , on y apperçoit prefque toujours des brins de jarre que le feutre a poulies au-dehors en rentrant, & qu’on ne manque pas d’enlever aux caftors & demi-caftors. Cette façon s’appelle èjarrcr; on y emploie des femmes qui travaillent ordinairement chez elles, & à qui on porte les chapeaux. Elles enlevent le jarre avec une pince d’acier , fig. 16, qui fait reiîort, & qui s’ouvrant d’elle-mëme, fe ferme quand on la ferre avec la main. On paie à Paris l’éjarreufe fur le pied de vingt-quatre fols par douzaine.
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- 337* Les chapeaux qui reviennent de chez 1 ejarreufe font un peu déparés; quelquefois même ils y contractent de mauvais plis : pour y remédier, on les fait repaifer par les mains de l’approprieur, qui les rebrolfe, & qui leur donna un coup de fer pour les reluftrer avant qu’on les garmife.
- 338* Chez les chapeliers, il y a un endroit qu’on nomme boutique, s’il eft au rez-de-chauifée & fur la rue, ou magajin quand il eft fur le derrière de la maifon ou dans le haut; c’eft là que les chapeaux font garnis par des garçons qui font à l’année, & quelquefois par des ouvriers qui n’ont que cela à faire (æ).
- 339* Garnir un chapeau (96), c’eft y faire & y attacher une çoêffe, y mettre un cordon ou quelque chofe d’équivalent pour ferrer plus ou moins la tète à l’endroit du lien, y coudre des attaches pour tenir le bord retrouiî’é, un galon & un plumet, s’il doit y en avoir.
- 340. Les coëifes fe font, pour la plupart, avec du treillis teint en noir, qui eft gommé & calendré : celles des chapeaux blancs que 1 on envoie dans les colonies Efpagnoles, font de fa tin, & de différentes couleurs : toutes les fortes de rouges , le bleu , le verd , font les couleurs qu’on emploie le plus, avec quelques jaunes. Pour les chapeaux les plus communs qui fe font dans les provinces, on prend des gros treillis qui fe font ou qui fe vendent à Cholet en Anjou : mais les plus fins & les plus beaux fie tirent de S. Gai en Suiffe, & font connus à Paris fous le nom de treillis d’Allemagne ; ils font de bon teint, parce qu’ils font paffés au bleu avant que d’être mis en noir; les pièces font de fix a^nes un peu plus ; elles ont au moins trois quarts de large, & fe paient fuivant leur degré de fineffe , depuis fix livres jufqu’à dix-huit.
- 341. La coëffe du chapeau fe fait de deux pièces : l’une fait le tour, l’autre le fond. Soit qu’on la faffe de fatin ou de toile, la piece du tour ne fe prend pas de droit fil : on la coupe de biais, afin qu’en prêtant, elle s’accommode mieux à la partie qu’elle doit doubler; la piece de treillis, fig. 67, pi. IV, eft pliée en deux fur fa largeur : on commence par retrancher la partie a b c, faifant a b de trois ou quatre doigts plus long que b c ; puis on plie fucceffivement fur les lignes de, f g, & c. pour marquer des bandes de trois ou quatre pouces de largeur, que l’on coupe avec des cifeaux, en leur faifant ibivre le pli. Comme la toile eft double, chaque bande que l’on détache ainfi, fournit deux tours de coéffie, que l’on fépare en coupant fur la ligne a 4»
- 342. Les fonds fe prennent fur une autre piece de treillis femblable à la première; & pliée comme elle en deux fur la largeur, on en fait des bandeô
- (a) Les garçons garnifieurs font à l’an, puis iço jufqu’à 200 liv. liée , logés & nourris ; leurs gages font de- (96; £n ail. JiaJfîrcn.
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- de fix pouces & demi de large, comme £ i k l9 h k m n, &c. Icfquelles, à caufe du doublement de la toile, donnent chacun cinq carrés, commeo kp /, o q r p , &c. qui font autant de fonds.
- 343. L’ouvrier (ou l’ouvriere) qui garnit, commence par aflemblet les tours en coulant le bord a. d, avec c e; & puis il attache le fond par une couture qu’il tnene circulairement dans le carré o k L p. Il prépare ainfi un certain nombre de coeifies, qu’il tient les unes plus grandes, les autres plus petites, pour les adortir en fuite à des chapeaux de différentes grandeurs.
- 344. Quand il veut attacher une coéife, il choifit donc celle qui convient le mieux au chapeau ; il l’y fait entrer en appliquant l’envers du treillis contre le feutre 5 il la range tout autour & au fond favec fes doigts j il remploie en-dedans, c’eft-à-dire, contre le bord de la tète, ce qui excede, & il le coud avec du fil teint en foie (æ), ayant attention que les points de la couture le perdent dans l’épailfeur du feutre. Après cela il arrête encore la coéife fur le tour de la tête en-dedans, & à une petite djftance du fond , par un bâtis eu gros fil de .Bretagne , dont il cache encore le point dans l’épaifikir de l’étoffe.
- 34f. .Lorsque les coëffes font de fatiu, on eft alfez dans l’ufage d’arrêter un morceau de papier arrondi entr’elles & le fond du chapeau ; c’eft, dit-on, pour foutenir l’étoffe de foie, qui n’a pas autant de corps qu’un treillis gommé & calendré. Aux chapeaux ordinaires, quelques particuliers font mettre une calotte de vefîîe fous la coéife ; mais le chapelier ne fait rien mettre qu’on ne lui demande, fi ce n’eft peut-être une petite bande de maroquin noir (97), de la largeur de deux doigts qu’on ajoute par-deffus la coéife, pour empêcher que la fueur du front ne pourriffe trop tôt le treillis.
- 346. Le bas de la tète du chapeau doit être garni en-dehors de quelque ligament qu’on puilTe ferrer ou lâcher fuivant le befoin : le chapelier y met un cordon de crin (a) teint en noir, qui fait plufieurs tours, & qui s’arrête par un nœud coulant : cela n’a point l’inconvénient d’une ficelle, qui fe relferre confidérablement fi elle eft mouillée, & qui fe lâche de même en fe féchant. En place de ces cordons, bien des gens font mettre une trelfe de foie, d’argent ou d’or, avec une boucle ; ce que l’on appelle bourdaloue. Ci-devant cela n’avait- que quatre à cinq lignes de largeur ; ajourd’hui ce font des galons en clinquant, larges d’un pouce, qui ceignent la tète du chapeau à la moitié de fa hauteur, & même plus haut, formant une double rofette à l’endroit du
- (a) Le fil à garnir, connu fous le nom de de couleur. fil à chapelier, fe tire de Rouen ; il eft de (a) Les cordons de crin fe font & fe bon teint, & fe paie depuis fix liv. jufqu’à teignent à Rouen; les Suiflfes en font aufil neufiiv. la livre. ^ , à Paris; cela fe vend trois liv. la douzaine
- (97;Onfe fert à préfent de maroquin de paquets.
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- nœud. Mais ce font des ornemens que le chapelier fait payer à part quand il eft chargé de les fournir. 1
- 347. Il eft rare qu’on porte un chapeau avec le bord entièrement abattuy à moins que ce ne foit pour fe garantir d’une grolfe pluie, ou de la trop grande ardeur du foleiLDans Pufage ordinaire, le chapeau elt plus ou moins retroulfé , félon l’état & le goût de celui qui le porte. Quoiqu’il y ait fur cela une grande variété, & que la mode qui régné fur tout, nous montre chaque année cette coélfure fous diiférens afpecfts , cependant on ne fort point de l’habitude où l’on eft depuis long-tems de relever le bord du chapeau en trois [parties, & de lui faire prendre par-là une forme triangulaire, à peu près comme il eft repréfenté par la fig. 68. Les anciens chapeaux étant plus grands de bord que ne le font les nôtres, on peut croire qu'en les retroulfantainft, l’on a eu intention de fe procurer trois gouttières , deux au-deifus des épaules, & une au-delfus de la face, alfez avancées pour jeter au loin l’eau d’une grolfe pluie.. S’il n’y en avait que deux, le corps ferait moins à couvert qu’avec trois ; quatre ne laiiferaient point à l’eau la pente qu’il lui faut pour s’écouler, Pour les religieux & pour les eecléliaftiques, qui portent les leurs moins re* troulfés que ceux de laïques, 01111e fe fert point d’attaches : mais on y met plus d’apprêt 5 & lorfqu’ils font encore moites , on relevele bord en trois parties; égales, que l’on courbe un peu du lien à l’arête, & l’on alfujettit dans cet état jufqu’à ce qu’il foit bien fec: alors il s’y maintient de lui-même à l’aide de la colle qui s’eft durcie dans l’épaiifeur du feutre..
- 348. Aux autres chapeaux, on fait approcher le bord plus près de la tetey & 011 l’y retient avec des portes & des agraffes ; ou bien avec une ganfe de: foie doublée, coufue d’une part à la tête, & portant de l’autre un clavier qu’011 fait palfer dans la porte, fig. ëÿ. Outre cela, un des trois côtés eft orné au milieu, d’un bouton qui reçoit une double ganfe attachée à la tête du cha--peau, -fig.. 70, & qui eft alfortie, ainfî que le bouton, à la bourdaloue & au galon qui borde, s’il y en a un (ja ).
- 349. Les chapeaux qu’011 envoie dans nos colonies, font retrouvés à:
- frt) 1. Les portes, agraffes , & claviers noirs, dont les chapeliers font ufage , fe font chez les épingiiers, dans les faux-bourgs de Paris, & fe vendent à la livre depuis vingt-quatre jufqu’à vingt-huit fols. Pour favoir comment ces petits ouvrages fe font & fe teignent en noir , voyez l'art de Vépinglier , par M. Duhamel,.
- 2; La ganfe ronde , & celle en chaînette,. fo.-y.end.par pièce de foixante» douze aines;
- trois lîv. quinze fols, en foie commune;: fix liv. en foie de Grenade, chezlts ouvrier# qui travaillent au boiffeau, air.fi que les treffées en foie.
- Les Boutons de crin fe tirent de Beauvais,- il y a «uffi des Suiffes qui en font àr Paris : cette marchnndife fe paie 2g fols la: groffe : ce font les maîtres beutonniers qui1 fourriffent aux chapeliers corr.meaux tüi«* leurs ,,lès boutons en or & en argent,.
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- Vanglaife ; c’eft-à-dire, qu’on n’emploie ni portes ni agraffes; le bord eft comme coufu à la tête, de la maniéré fuivante. Par le moyen d’une greffe aiguille que l’on nomme carrelet g), on fait palier une ganfe de foie noire du dedans de la tète à la face extérieure du bord ,eiiÆ, par exemple, fig. 71; on la fait repaffer par la pointe b ; on la ramene eii-dehors par le point c, & enfin on la fait rentrer par d : les deux bouts fe retrouvent alors dans la tête,& on les tient affez longs pour avoir la liberté d’abattre le bord, quand on le veut; on les reiferre & 011 les noue enfemble, quand il faut le retrouffer.
- 350. Les trois cornes égales au chapeau parurent une ebofe ufée & trop commune, il y a quelques années ; les jeunes gens, pour fortir de cette infipidité, ne firent qu’un bec très-relevé par-devant, laiffant les deux autres cornes beaucoup plus larges, fig. 72. Cette mode vient de faire place à une autre toute oppofée. Aujourd’hui il eft du bel air de refferrer les deux cornes latérales, & d’ouvrir beaucoup celle de devant, pour laiffer briller une large ceinture de clinquant en argent ou en or, dont la tête du chapeau eft décorée, fans compter un gland qui fort par la corne gauche. Voyez la fig. 73.
- 3 S r- Dans ces differentes maniérés de retrouffer le chapeau, le bord refte en fon entier, & le nombre des cornes eft toujours le même : mais il y a des occafions où celles des côtés deviennent incommodes, & l’on a cherché à s’en débaraffer. De là font venus le chapeau en cabriolet, fig. 74, & le bonnet à l'anglaife , fig. 7 f.
- 3f2. Le chapeau en cabriolet fe fabrique & fe met en apprêt comme les autres; il n’a guere que trois pouces de bord ; & il eft rare qu’on le mette à la teinture; le plus fouvent on lui laiffe la couleur naturelle du feutre : ce qu’il a de particulier, c’eft qu’on découpe le bord iymmétriquement, à peu près comme il eftrepréfenté par la fig. 76; & pour ne point faire de fauffe coupe, on le trace auparavant fuivant un modèle de carton ou de gros papier, que l’on peut préparer de la maniéré fuivante.
- 3^3. Décrivez le cercle abcd de fix pouces & demi de diamètre9 qui repréfente la tète du chapeau ; & à un demi pouce de diftance, un autre cercle concentrique e fi g. Décrivez encore.du même centre deux cercles Ai A, & l m n, le premier ayant treize pouces & demi de diamètre, & le dernier un pouce de moins. Tracez la ligne droite op égale, & parallèle au diamètre cd; divifez le rayon rf en deux parties égales, & coupez-le à angles droits par la ligne / m; faites paffer le crayon & enfuite les cifeaux par les points h o.e l n m gp, & vous aurez le modèle dont il s’agit -.puis ayant renverfé
- (98) En ail. Hcffttmdcl.
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- AftT >J>.m A REL REÏRi.
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- le chapeau v vous appliquèt’ez'ce patron concentriquement fiir. fon i boré ; vous en tracerez le contour' avec de la craie , .& vous i le > découperez en" fuivant le trait. Le chapeau étant ainfi découpé, on attache les deux.ailes /, z», . à la tête" avei des agraffes & des portes; on releve & on attache de même la piece h en la faifant plier fur la ligne 0/7; ou bien on la retient avec une.; double ganfe qui embraffe un bouton placé au milieu du deffus de la tête, .jp
- 3 H- Lé bonnet àl’anglaife eft encore un chapeau blanc, dont on échancrc: le bord en deux endroits pour le retrouffér contre la tète : mais il 11a point, reçu d’apprêt ; & quand on l’a mis en forme en le dreiîant à îa foule, ons’eft-' difpenfé d’abattre le bord, comme on le fait ordinairement. O11 y fait donc deux échancrures , comme on le peut voir en a & en b, fig. 77; & comme il. . eft fort fouple, 011 replie eiufuivant la ligne pondtuée adb± prelque.la moitié de la largeur du bord fur Pautrei moitié., & on les'retient appliquées contre,, la tète avec deux; boucles.de ganfes que l’on coud en a & en 8t. deuxbou- 1 tons, en b & et\/ :En:gStren h font coufues, deux pareilles boucles qui., s’attachent à un bouton, & qui font approcher de la tête les deux bords. h i) g k : ce qui forme la corne A dù bonnet, comme on le peut voir par la fig. 7f. Alfez ordinairement, les attaches de ce bonnet font en or : la corne A qui fe met par-devant, eft bordée idjune petite treife ; & enrichie de quelque » ornement eu-broderie. ...ru :r'> r ' n c- r f -c r. ; *
- 3^5. On fai|L encore chez les'chapeliers ,rdes bonnets, de pofte, qu’oit nomme auffi-boniiets en bateaw, à ca.ufe de; leur forme, fig. 78 , qui font feutrés comme les chapeaux; &'qu’on lailfe auffi fuis apprêt & en blanc, de même que les bonnets à l’anglaife : comme on n’y met guere que trois onces d’étoffe, 011 les. battit à deux capades triangulaires a b c, dont l’arête eft rentrante, fuivant la courbe 'b>d c. Ils font cenfés finis à la foule, lorft. . qu’on les a mis en forme; car il eft aifé de voir que le bord ne doit.pas être abattu : on cherche au contrairejà le ferrer le plus que l’on peut contre la tète, que l’on tient auffi plus profonde que celle d’un chapeau. Ge bonnet doit le foutenir fans attache; mais on a coutume de le border en or, & de broder les deux pointes.
- 3<i6. Les eccléfiaftiques qui ont perdu leurs cheveux par le grand âge ou autrement, & qui 11e. veulent point porter de perruque, fe garantiffent du,* froid pendant les offices, en faifimt ufage d’une calotte très-profonde, que l’on nomme pour cela calotte à oreilles, fig. 79. Les chapeliers en font de feutre,
- St ils les baftilfent de deux petites capades qui ont'la même figure que celles des chapeaux; on les foule de même; on les dreffe fur une forme'haute St convexe par le deffus: on les met à la teinture , & 011 les'finit comme les autres ouvrages de la chapelerie, avec cette différence qu’on- n’y met point d’apprêt. La grandeur & le chantourne ment du bord fe reglcnt,en dernier..
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- lieu, fùivant la tète & le goût du particulier qui Tachete ; enfin on la garnit d’une coëffe, qui eft ordinairement de toile de coton , & d’un petit bordé de padou noir.
- 357. C’est le machand de galons qui vend au poids les bords qu’on met aux chapeaux, ainfi que les treffes en or ou argent : le chapelier .n’eft tenu que de les attacher , &-cet ouvrage regarde encore l’ouvrier qui garnit. Quant au plumet, tantôt c’eft le plumafîier qui le pofe, tantôt c’eft le chapelier; mais ces ornemens faifant l’objet de deux autres arts;, & étant comme étrangers à celui'que }e décris, puifque le chapeau eft complètement fabriqué quand il les reçoit, je ne m’arrêterai point aux différentes façons dont ils font fufceptibles, ni aux qualités qu’on doit y rechercher.
- 3f8- Il n’eft guere polfible de manier tant de fois un chapeau pour le garnir, fans lui faire perdre une partie de fon luftre ; l’approprieur le lui rend en le repaffant à labrolfe, au fer, & en dernier lieu, en le poliffant avec une.pelotte couverte de cette efpeee de velours qu’on appelle panne ou peluche. Voyez la fig. go. < .
- 359. On ferre ordinairement les chapeaux au magafin, quand ils font feulement apprêtés & appropriés : il eft alfez d’ufage de 11e les garnir que quand ils font deftinés ou vendus ; ceux qui font en noir ne craignent guere que la poufliere; on les en préferve en les enfermant dans des.armoires garnies de larges tablettes, fur lefquelles on. lés met en piles, les tètes des uns dans celles des autres; mais fi ce font des chapeaux "blancs ou gris, il' faut fe défier des teignes (a), qui ne manqueraient pas de s’y mettre & de les xonger : il faut les vifiter fouvent, leur donner un coup de broffe ; & l’on ne ferait point mal d’enfermer avec eux quelques morceaux d’étoffe, de linge, ou de papier,enduits de térébenthine. Les odeurs fortes éloignent les infectes , & l’on ne doit pas craindre que celle-là s’attache inféparablement au chapeau; il la perdra bientôt dès qu’il fera expofé au grand air.
- 360. Quand le chapdier, ou fon garçon de magafin, va livrer un chapeau à quelqu’une de fes pratiques, il le porte tout retrouffé , comme on le peut voir par les fig- 6g, 73, &c. & il eft renfermé dans un étui de carton (a). Il a eu foin d’en prendre la mefure auparavant fur un chapeau qui a fervi à la même perfonne. Le compas du chapelier, fig. 81, eft compofé de deux
- (a) La teigne eft une petite chenille teints en noir y font moins fujets, à caufe qui s’attache aux ouvrages de poil &.de du vitriol & du verd-de-gris , qui entrent laine , & qui fe fait un fourreau des ma- dans la teinture , & qui en écartent appa* tieres qu’elle ronge ; elle vient d’un petit remment cet infeéte. papillon qu’on voit voler le foir autour des (6) Ce font les cartonniers qui prépa-lumieres, & qui dépofe fes œufs fur les rent les étuis à chapeaux : ils les vendent meubles & fur les habits : ceux qui font trois livres la douzaine aux chapeliers.
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- pièces:ta première A B, eft un tuyau cylindrique qui a cinq pouces de longueur fur quatre lignes de diamètre, avec un bouton plat fur lequel éft gravée la marque du maitre ; la 'féconde eft une tige C D de même métal, qui a quatre pouces & demi de longueur, ronde & d’une égale groffeur par-tout; avec un autre bouton plat. Elle gliffe avec beaucoup de frottement dans la première; de forte que quand on la tire, elle demeure comme fixe au point où on la met, & donne entre les deux boutons telle mefure que l’on veut, pour le diamètre de la tète d’un chapeau. Chacune de ces deux pièces porte une divilion fur une partie de fa longueur : la partie B E fur la première eft de dix-fept lignes, & elle eft divifée en dix parties égales & numérotées ; la partie D F fur la fécondé eft de neuf lignes fans aucune divilion : mais le refte, à compter du point F jufqu’en C, eft partagé en quatorze parties égales, que le chapelier appelle des points. Cette derniere divilion fert à prendre la mefure de la tète du chapeau ; on en prend le diamètre intérieur en faifant rentrer la piece C D dans A B, autant qu’il eft nécelfaire, & l’on compte le nombre des points par les chiffres qui fe trouvent à découvert hors de la piece A B. La divilion qui eft fur cette derniere piece fert à mefurer la largeur du bord d’un chapeau; on compte qu’elle n’eft jamais moindre que la longueur B D : quand elle eft plus grande * fon excès s’exprime par le chiffre auquel elle atteint.
- 361. Le compas du chapelier n’ayant rapport à aucune mefure connue» chaque maitre jufqu’à préfent a été obligé de faire copier celui de fou confrère pour s’en procurer un. Avec la defcription que je viens d’en faire , on fera difpenfé d’avoir un modèle; l’ouvrier qui faura travailler le métal èn quelque endroit que ce foit, pourra exécuter cet infiniment. Au refte, il eft aifé de s’en palfer : on peut mefurer en pouces & en lignes la tête d’un chapeau par fon diamètre, fa hauteur , la largeur de fon bord : & le pied de roi fe trouve par-tout.
- 362. Ici fe termine l’art du chapelier proprement dit, cet art qui a pour objet de conftruire un chapeau feutré de quelque grandeur & de quelque forme qu?il puiife être ; car je ne crois pas qu’on doive lui attribuer certains effais qui n’ont pas réufli, ou que le public n’a point adoptés. On a fait, par exemple, des bas feutrés fans couture ; mais li’ayant pas la foupleffe que cette efpece de chauffure doit avoir effentiellement, ils s’appliquaient mal fur la jambe, fe dureraient en peu de tems, & fe déchiraient au moindre tiraillement. On a feutré de même des morceaux dont Uit tailleur pouvoir compofer
- • tfes veftes & des jufte-aû-corps; mais avèc lés inconvéniens‘dont je viens de
- • parler , ces môrèeaux taillés & affemblés né fouténaient point la couture, & tout Cela devenait plus cher que ce qü’on travaillé au tricot, ou ce qu’on fait avec des étoffes ourdies» qui font d’un meilleurufage. De toutes les parties
- Q.q ij
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- 3<rê
- «J RT D ü CRA R IL 1 E R,
- ' etc l’homme, il n’y a-dont; jtifqu’à préfent que la tète qui ait pu s’accommoder . du feutre. . , ,îo:l;: ?vî <> ; .
- 363. Quoiqu’un art fémble être confommé quand il a conduit fen-pria-. cipai objet à fa perfedion j. néanmoins .il peut encore s’étendre au-delà, en
- founliftant les moyens de. le cenferver ou de le réparer. Les vieux chapeaux font un objetde commerce aflez,considérable & a {fez important pour mériter notre attention-, en les mettant en état de fervir, on diminue la confomma-tien,. & par conféquent la cherté des. matières premières,,dont une grande partie fe tire,'duj pays étranger ,.& l’on empêche que les ouvrages neufs ne montent à un trop haut, prix. D’ailleurs le,raccommodage des vieux cha-- peaux,.où l’art trouve encore à s’exercer , eft une relTource pour un grand nombre de pauvres maîtres qnLn’ontpas le-moyen de fabriquer pour u.n nombre infini de particuliers, qui fans cela porteraient par nécefiité plus que par goût,, leur chapeau fous le bras. Ces considérations m’engagent à dire-* ici ce qui fe pratique dans le-repajfage des vieux chapeaux : cela ne fera pas, ; long,parce que je ne rapporterai que ce qu’il eft nécelfaire de fa voir.
- De la manière de. repajjtr les vieux chapeaux».
- 364. Un chapeau qui grife, c’eft-à-dire, dont la couleur eft ufée , quh&
- ..perdu fa forme,. & dont le feutre ne fé foutient plus, peut fe rétablir ; & c’eft ce qu’on appelle repayer. Le chapelier fabriquant „qui tient magafin de chapeaux neufs,. fuivant les ftatuts de fa communauté, ne peut, entreprendre le repalfage que pour fes pratiques : quand les jurés vont en vifite chez lui, les vieux chapeaux qui s’y trouvent doivent, être marqués chacun d’un numéro, & infcrits fur un livre avec, les noms des perfonnes à qui ils appartiennent. Le droit de travailler, en vieux eft. réfervé. aux maîtres-.qui n’ont pas le moyen de fabriquer pour leur compte, ni de faire le commerce en marchandife neuve; mais.ee droit ne leur eft acquis que quand ils ont déclaré qu’ils s’en tiendront à ce travail ; & ils- en font déchus, dès qu’ils veulent ufer de la liberté qu’on leur conferve toujours de recommencer leur commerce en neuf, quand ils en auront le moyen. Le chapelier n’eft admis à opter le. vieux, que quand il a iîx années de maitrife ; encore faut-il que pendant cet efpace de teins il ait vendu du neuf avec boutique ouverte. ,
- 36^. La vente des chapeaux repafles< ne peut fe faire qu’en;chambre, on dans certains lieux défignés pour , cela , comme on. le voit fous la voûte du petit châtelet*& fous une des portes de la halle' au bled. Par le même réglement il eft dit : “ Que les pauvres maîtres qui auront fait l’option du vieux, après avoir acheté des chapeaux* avant de les vendre, auront foin de les
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- » nettoyer, dégrailTer bien & dnement, & lefliver au bouillon dé-teinture,, î3 pour en corriger tout le mauvais air* à peine do grande amende & de pu-„ nition exemplaire. ,,
- 366. Pour repalfer un vieux chapeau on devrait donc commencer par le bien dégorger dans uns eau de llivon bien chaude , & dégoutter à plufieurs. reprîtes, jufqu’à ce qu’il eut perdu tout fou vieux apprêt & la crade dont il s’eft chargé en vieilliiîànt ; mais.pour abréger, le chapelier en vieux fait une teinture avec- les dragues dont j’ai fait mention ci-delfus, auxquelles cependant il ajoute du fiel de bœuf, pour hâter & faciliter le dégraiftàge. Il prépare cette teinture dans une chaudière de dégorgeage; & lorsqu’elle-eft encore bouillante, ily met tremper,.pendant une bonne-demi-heure ou davantage,, une vingtaine de chapeaux , qu’il tire l’un après l’autre fur le-banc, pour les égoutter de toutes parts & à plulieurs fois avec la picce, ou. avec une-femelle de bois taillée, en bifeau.
- 367. Lorsqjj.e tous les. vieux chapeaux ont été ainfi dégorgés à la teinture,, s'ils n’ont befoin que d’un (impie repalfage on les lave à plufieurs.eaux, & 011 les difpofe à l’apprêt: mais s’il faut qu’ils, foient retournés , on les. affor-tit fur des formes-,.mettant en-dehors ce qui était en-dedans j. on les. ferre avec une ficelle qui fait deux tours,.que l’on arrête avec un nœud coulant,, & que l’on fait defeendre jufqu’au bas de la forme, en la prelfant avec l’ava-loir , ou avec le choc, comme on le fait pour aifortk les chapeaux neufs. Les. chapeaux en cet état ibnt remis dans la. chaudière pour une bonne, demi-heure , & dégorgés en-fuite• fur le banc , comme je l’ai dit précédemment.
- 368- Après.la teinture & le dégorgeage', dont je viens de parler von lave-les chapeaux à froid & à chaud., jufqu’à ce qu’ils ne teignent plus, l’eau ; on les égoutte & ondes fait fécher à l’étuve : après quoi on les broife fortement & on les luftre à- l’eau froide, à peu près comme je lai dit en parlant des, chapeaux neufs;
- 369. Lus chapeaux repaffés s’apprêtent comme les autres , tant de bord que de tête,, fi, ce n’eft qu’on leur donne une dofe d’apprêt moins grande ; on: les garantit, on les encolle, & on les met à la buée des baftins:; on leur fait revenir le poil le plus qu’on peut au carrelet & à l^brolfe ; du refie on les finit au- fer,. commeil a été dit ci-delfus ,.lorfq.ue j’ai parlé du travail de l’ap-. prêteur.
- 370. Quelque attention-qu’un- fabricant puilfe apporter au choix de les matières, & à l’emploi qu’il en fait faire, il n’eft pas polfible-que dans la quan-, tité de chapeaux qui le fabriquent chez--lui-, il ne sien trouve de défectueux qui font mis au rebut. Les chapeliers en vieux s’en accommodent,.les.achèvent de teinture, d’apprêt, &c. & les vendent. Tant qu’ils font vendus: Gor^me chapeaux défedueux*. cela ne fait tort à perfonne > & e’eft. une r.efé.
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- fource ouverte au fabricant, pour qui, fans cela, cette marchandife tourne* rait en pure perte. Mais les abus fe güifent par-tout : parce que le chapeau de rebut eft un chapeau neuf, on le fait acheter comme bon au particulier qui 11e s’y connaît pas, & qui confondant ces deux qualités , s’imagine qu’une marchandife qui eft neuve doit être bonne. D’un autre côté, il arrive fouvent que le chapelier foi-difant en vieux , tient magafin de chapeaux neufs & de bonne qualité , qu’il vend comme tels, en prétextant un commerce de chapeaux de rebut. C’eft une contravention d’autant plus difficile à réprimer, qu’il s’agit de déterminer au jufte à quel point de défeétuofité un chapeau doit être cenfé marchandife de rebut. Cela occafionne des faiftes de la part des jurés, & des procès qu’on a peine à finir.
- 371. On eft furpris, & avec raifon, de voir combien 011 tire parti d’un vieux chapeau, qui eft aifez fouvent plein de trous, tout encroûté par la colle quife montre à la furface , fouple comme un morceau de drap, abfo-lument ras, & d’un noir ufé tirant fur le roux. Un bonrepalfeur, en lui donnant un nouveau teint, le purge de toute fa mal-propreté j il lui fait revenir le poil, & lui fait prendre la confiftance d’un chapeau neuf, par le nouvel apprêt qu’il lui donne : une main adroite répare les endroits déchirés ou troués, par des pièces artiftement ajuftées, par des coutures dont les points font perdus dans l’épailfeur du feutre, & qu’un coup de luftre , donné à propos, fait difparaître aux yeux de l’acquéreur. Mais malheureufement tout cet art ne produit point des avantages d’une longue durée i aifez ordinairement la première pluie, après quelques jours de fervice, frit fortir la colle en-dehors ; le feutre redevient flafque, & les coutures quife montrent après quelques tiraillemens , décelent tout le mal qu’elles tenaient caché.
- 372. Quand le chapeau eft ufé fans remede, & qu’il ne peut plus abfolu-ment fervir de coéffiure , les Français favent encore en tirer parti ; tous ceux qui font jeunes, & même une grande partie de ceux qui ne le font plus , par attention pour leur frifure , vont la plupart du tems la tète découverte, portant fous le bras les débris d’un chapeau qui ne mérite de leur part aucun foin , comme ils 11’exigent de lui aucun fervice. J’en connais cependant quelT ques-uns qui, plus délicats apparemment pour leurs genoux qu’ils ne le font'pourleur tête, & pour tirer quelque utilité de ce fimulacrede chapeau, l’ont fait rembourrer, & s’en fervent pourfe mettre à genou dans les églifes, quand ils n’y trouvent point leurs commodités.
- 373. Enfin le chapeau mis en pièces, fert encore dans une infinité d’occa-fious : on en fait des femelles pour doubler en-dedans celles des fouliers pendant l’hiver j on en met des morceaux entre les pièces qu’on veut joindre exactement, pour empêcher le palfage de quelque fluide : on en garnit celles qu’on veut faire choquer mollement & fans bruit. Les carreleurs, les cou-
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- vreurs, &c. s’en font des genouillères, pour conferver leurs hardes s les fileufes font tourner dans des ailes de feutre la broche qui porte leur fufeau, pour empêcher qu’elle ne s’ufe trop vite, & qu’elle ne s’échauffe parle mouvement rapide que lui donne le rouet, &c. &c. De forte qu’on peut dire que cette efpece d’étoife, primitivement faite pour coëifer un homme, eh d’un ufage très-commode & très-fréquent pour beaucoup d’autres chofes, & qu’elle ne celle d’être utile que quand elle a fouffert une entière deftrudion.
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- RECAPITULATION, ou table des matières contenues dam la defcription de cet art.
- 374. ^Juîconque n’aura pas vu faire des chapeaux , ou n’aura point appris par la leéture ou autrement, comment on les fabrique, n’imaginera jamais £ar combien de mains la matière qu’on y emploie doit paffer, ni le travail qu’elle exige de chaque ouvrier, pour devenir cette efpece de coëifure, dont le chapelier fait fou unique objet. Je finirai la defcription de cet art , en remettant fous les yeux du leëteur un tableau de ces différentes façons que j’ai expliquées en détail dans les quatre chapitres qui la compofent.
- CHAPITRE I.
- Matières avec lefquelles on fabrique les chapeaux en France„
- . Ces matières font : 1. les laines & les poils dont on fait choix dans le
- pays.
- 2. Les laines & les poils qu’on tire du pays étranger.
- Laines de France : celles de Normandie , Champagne, Bourgogne , Berry , Saintonge ; les plus courtes.
- Poils de France: ceux de lapin,lievre, chevreau, veauj pris en bonne iaifon.
- On peut employer auffî la foie parfilée & hachée.
- Laines étrangères: celles de Garménie roufle, ou blanche j d’Autriche j agnelins d’Hambourg.
- Poils étrangers : ceux de vigogne, rouge ou blanc ; pelotage, noir ou roux j chameau , commun ou fin; caftor gras , fec , ou veule.
- 376. Le choix de ces matières , l’économie avec laquelle on doit les employer, la jufle proportion de leur mélange, exigent de la part du maitre
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- chapelier des connaiffimces & des attentions d’où dépend effentiellement le-fuccès de fa fabrique & de fon commerce.
- CHAPITRE II.
- Frêparatoin des matières avec lefquelles on fabrique les chapeaux.
- 377. Ces préparations confident dans les Façons fuivantes :
- 1. Eplucher les laines & poils qui font prefque toujours chargés d’excré-mens defféchés , de gravier, de terre , & autres corps étrangers.
- 2. Dégraifler & laver les laines qui ont befoin de cette préparation.
- 3. Arracher aux peaux de cadors & à celles de lapins, le jarre ou poil grofîier qui ne peut point entrer dans la compofition du feutre.
- 4. Secréter ou palier à l’eau fécondé certains poils pour les mettre en état de le feutrer, & de rentrer à la foule.
- f. Faire palfer les peaux fecrétées à l’étuve, ou les étendre au foleil, pour : les faire fécher.
- 6. Décatir ou ouvrir le poil de ces mêmes peaux, que l’eau fécondé a pelotonné.
- 7. Humecter à l’envers du poil les peaux de caltor & .autres-, pour les rendre fouples, & les mettre en état de s’étendre fur l’établi de la coupeufe.
- 8. Couper les différons poils & en faire le triage.
- 9. Compofer les mélanges pour fabriquer differentes fortes de chapeaux.
- 10. Faire les pefées & régler par-là le poids des chapeaux qu’on veut faire.
- 11. Baguetter les mélanges pour ouvrir le poil, & faire difparaître les pelotons.
- 12. Carder ces mêmes mélanges, & les repaffer jufqu’à ce que les différentes efpeces de poils qui entrent dans la compofition, foient parfaitement effacées.
- CHAPITRE III.
- 378* Ce chapitre comprend le travail de l’arçon , celui du baffiffage, & celui de la foule.
- 379. Travail dut arçon. 1. L’arçonnier partage fon étoffe, fuivantle nombre de chapeaux qu’il doit rendre, & fuivant le poids que chacun d’eux doit avoir.
- 2. Il partage l’étoffe de chaque chapeau , fuivant le'nombre & la grandeur des pièces dont il doit être compofé.
- 3. Après avoir battu & vogué chaque partie de fon étoffe, il forme les capades,
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- 4. Il les marche au clayon & à la carte,-
- 5. Il en arrondit les arêtes, il en dreffe les côtés, & les plie.
- 6. Il bat & vogue ce qu’il a retiré des capades, en les dreffant & les arron-diffant, pour en former une pièce d’étoupage, qu’il marche de même.
- 7. Il prépare de la même maniéré les travers & les pointus , fi le chapeau
- doit avoir de la dorure * & les dix ou douze pièces de plumet, s’il a deffeiit d’en faire un. fl
- 380. Le bajlîjjage. 1. Le- compagnon marche les quatre capades deux à deux dans la feutriere, pour leur donner la confiftance néceifaire.
- 2. Il en affemble deux, ayant bien foin d’effacer tous les plis.
- 3. Il les marche en tous fens dans la feutriere, pour faire prendre l’affem-i blage.
- 4. Il décroife & affemble les deux autres capades.
- * f. Il les marche'comme les deux premières , & en décroifant plufieurs fois.
- 6. Il garantit les endroits faibles avec des morceaux qu’il déchire à la pièce d’étoupage.
- 7. Il marche dans la feutriere tout ce qu’il vient d’appliquer pour garantir.
- 8- Il applique les travers quidoivent fervir de dorure à l’une des faces du
- bord.
- 9.II marche dans la feutriere ces deux pièces pour les faire prendre.
- 10. Ilpliefon baftilfage pour le porter à la foule. > - •
- 381. Travail de la foule. 1. Un compagnon emplit d’eau la chaudière , y
- met la quantité de lie convenable, allume lë fourneau., chauffe le bain juf-qù’à ce qu’il éommence,à bouillir,l’écume,& donne avis à fès camarades1 que la foule eft prête. • : .
- 2. Chacun d’eux prenant un baftiffage, le trempe amplement dans la chaudière , le retire & le foule dans tous les fens , mais avec les mains nues & mollement pendant la première demi-heure.
- 3. Il l’arrange pour le garantir à la foule.
- 4. Il garnit tous les endroits faibles avec dés pièces d’étoupage , & il les fait prendre.
- f. Il applique lès pointus qui doivent faire la dorure de la tête, & il les fait prendre l’un après l’autre.
- 6. Il continue de fouler avec les maniques & le roulet.
- 7. Il applique & fait prendre les pièces du plumet * fi le chapeau doit en'
- avoir Un. -
- 8. Sinon il achevé de fouler au roulet & avec les maniques , jufqu’à ce que* le chapeau foit fuffifamment rentré.
- 9. Il ébourre le chapeau de par-tout, &il le met en cloche pour le drelïèr.
- Tome FIL R r
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- ART DU CHAPELIER*
- 10. Il met le chapeau en coquille.
- 11. Il le met en forme.
- 12. Il abat le bord.
- 13. Il l’eftampe, il l’égoutte de toutes parts , & y met fa marque.
- 14. Il l’arrange avec les autres dans l’étuve pour fécher.
- j %. Son chapeau étant fec, il le ponce de bord & de tête, & le rend au maître.
- CHAPITRE IV.
- 382. Teinture. Le chapelier teinturier, ayant préparé fon bain, donne au chapeau les façons fuivantes.
- 1. Il le robe de toutes parts avec un morceau de peaude chien de mer.
- 2. Il l’aflortit fur une forme convenable.
- 3< Il lui donne fucceilivement huit chaudes d’une heure & demie chacune, & autant d’évents de même durée.
- 4. Il le lave & le brolfe à l’eau froide.
- . 5. Il le lave & le brolfe à l’eau bouillante.
- 6. Il l’égoutte de toutes parts avec la pièces
- 7. Il le fait fécher à l’étuve.
- 8. Il brolfe la teinture.
- 5>. Il le luftre à l’eau froide.
- v i'Q.Il le remet à l’étuve pour fécher. *
- 1 38&Xapprêt &£appropriage. 1. L’apprêteur garantit le bord du chapeau, c’eft-à-direqu’il commence par appliquer de l’apprêt aux endroits qu’il trouve faibles, en maniant le feutre.
- 2- Il apprête en plein la même face du bord.
- 3. Il met la buée pour faire rentrer l’apprêt.
- 4. Il retire le poil à la brolfe & au carrelet.
- 5. Il apprête en tête, & met à fécher.
- • ,<>.:Il dreliê le chapeau au fer: ; ...
- i 7. Il le luftre.
- r 8. Il l’envoie à l’éjarreufe qui enleve le gros poil avec une pince.
- 9. Il le repalfe au fer & à la brolfe.
- 10. Il arrondit l’arête, en retranchant avec des cifeaux ce qui rend le bord
- plufr large dans un endroit, que dans l’autre. ,
- 3.84. Garniture. Le chapeau doit être garni, 1. d’une coêftede treillis ou de,iàtin:\ . ; -v - , ' j • * .
- 2. D’un lien, qui eft un cordon, ou unbourdaloue. , •
- 3. De plulieursattaches pour le retrouver.
- 4. Allez fouvent d’un galon que l’on coud tout autour du bord, ,
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- ART DU CH AT Eli ER.
- 3*f
- Quelquefois d’un plumet, qu’il faut y attacher. ^ : I'ïj
- 6. Si le chapeau eft rçtrouffé à l’anglaife, en bonnet de polie, ou eu bonnet de chambre, on l’envoie fouvent au brodeur, pour y mettre les orne-mens dont il eft fufceptible.
- 7. Après que le chapeau eft garni, l’approprieur le repafte encore au fer, & lui donne le dernier luftre.
- .........>«
- EXPLICATION DES PLANCHES;
- P L A N C H E I.
- Î*A vignette repréfente l’attelier où l’on arçonne, & où l’on prépare les pièces qui doivent entrer dans la conftru&ion du chapeau ; il eft divifé en trois cafés.
- Dans la première à gauche, on voit à découvert la claie qui eft fur l’établi; les balances avec lefquelles chaque compagnon partage fon étoffe; des ca~ pades finies & pliées. L’ouvrier qui a celle de travailler a détendu, comme cela fe pratique, la corde de fon arçon avant de le mettre de côté.
- Le compagnon de la fécondé café fait agir l’arçon j il vogue fon étoffe; à fa droite eft le clayon qui lui fert à la ramaffer, à la preffer légèrement, à régler le contour de la pièce qu’il a deffein de former.
- A la troilieme café, l’ouvrier marche la capade avec la carte, piece de parchemin femblable à celle qui eft attachée à la muraille fur la droite.
- Les caffettes qu’on apperçoit fous les établis, doivent fermer à clef; chaque compagnon a la tienne pour renfermer l’étoffe ou l’ouvrage qu’on, lui. a confié.
- Figure , arçon 9 inftrument avec lequel on achevé de divifer, de raréfier & de mêler la laine & le poil, quand ces matières ont été baguettées & cardées.
- A B, perche de bois de fapin, qui a environ huit pieds de longueur, & tout au plus deux pouces de diamètre.
- C, le bec de corbin ; c’eft un morceau de bois plat & chantourné , qui a environ huit pouces de faillie, avec une rainure en-deffus pour recevoir la corde à boyau.
- D , le panneau ; c’eft un bout de planche percé à jour, long de quatorze pouces, fur huit de large, ayant fes deux petits côtés plus épais que le refte.
- E F, le cuiret, laniere de cuir de caftor, appliquée fur le petit côté du panneau, & foulevée d’une ligne par une lame de bois qu’on nomme chanterelle. R r ij
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- 3iê ART D U CM A PE l I'E B.\.
- G H, tirons qui retiennent le euiret fur le petit côté du panneàu.’
- I K, petite leviers qui; fervent à bander les tirans pour donner le ton à la chanterelle* ..
- L, L, L, chevilles qui fervent à recueillir 8c à bander la corde à boyau.
- Mpoignée, dans laquelle L’ouvrier paife fa. main., pour failir. la perche, & manœuvrer l’arçon.
- Fig. 16, la coche; c’efl une efpece de fufeau de bois dur, long de huit pouces, & terminé par deux boutons taillés un peu en champignon : c’eft avec cet infiniment que la corde de l’arçon fe met en jeu.
- . Fig. 17, l’arçon en. jeu : on* voit comme il eft fufpendu parle milieu de la-perche, & comment l’ouvrier, en le maniant de la main gauche , agit avec la coche qu’il tient de la maimdroite, pour mettre la corde en vibration.
- Fig. ig-, partie de la claie qui couvre chaque établi, deffinée en grancL» pour en faire remarquer la ftru&ure , & la figure des mailles.
- Fig. 19 , le clayon , petite claie d’ofier fin & écorce-, garnie d?une poignée au milieu j l’arçonneur s’en fert pour ramalfer fon étoffe, quand il fa-battue ou voguée, & pour la prelfer légèrement avant de la marcher à la carte.
- Fig. 20, figure & proportions d’une capade.
- A a, B h, les ailes de là capade.
- A. EB, Varête de là capade.
- A D, RD 1 les côtes d'e la capade.
- D1 d, la tête de la capade.
- Fig. 21, coupe fuivant la longueur, du tas d’étoffe qui doit former Ta capade»
- L Fig. 22, coupe fuivant la largeur, du même tas d’étoffe.
- Fig. 23 , la capade marchée à la carte & pliée en deux, une aile fur l’autre..
- A G E, arc de cerclé qui' a fün centre en D ,& fuivant lequel la capade doit ëtr-e arrondie.
- Fig. 24, capade pliée pour être portée au bafliffage : on fuppofe qu’elle était déjà pliée en deux, comme elle efl repréfentée par la fig. 23;
- AI, ligne fur laquelle fe fait le premier plii
- GH, ligne fur laquelle fe fait le fécond pli.
- Fig. 25 , plan de la piece qui doit donner les deux travers.
- A E B, l’un des travers.
- Fig. 26, la piece des deux travers, roulée fur elle-même de B en E F, & de C vers la même ligne ,/g. 2f .
- g h, ligne fur laquelle 011 divife le double rouleau,'pour avoir les deux1 travers CE B, CFB,/g.2f.
- ♦
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- ART DU CHAPELIER. 317
- Flanche II.
- Dans le haut de la planche, on voit tout l’appareil de la foule : deux ouvriers qui travaillent l’un en face, l’autre de côté, ont autour d’eux les outils dont ils ont coutume de faire ufage dans cet attelier.
- Sur la droite, on voit une étuve qui reçoit la chaleur du fourneau de la foule, & dans laquelle on fait fécher les chapeaux, quand ils font finis défouler.
- Fig. 39 » la chaudière de la foule ; c’eft un vaiifeau de cuivre rouge, qui a environ quatre pieds de long fur quatorze pouces de large par en-haut; il a quinze à feize pouces de profondeur, & les parois de fes quatre côtés vont en fe rapprochant vers le fond.
- - Fig. 40, plan de l’étuve & du fourneau de la foule.
- ABC, le fourneau qui eft bâti en briques ou en tuileaux, mis de chant.
- A, l’entrée du fourneau.
- a a, b b , c c, d d, barres de fer quarrées, fur lesquelles onpofe le bois, pour chauffer le fourneau.
- e /, le fond de la chaudière, qui doitfe trouver fept pouces au-deiTusdes barres de fer qui fervent de chenets.
- D E F G , maçonnerie dont le fourneau eft revêtüi
- O, l’entrée de l’étuve.
- A M N O, les parois de l’étuve, avec leur épailfeur.
- Fig. 41, coupe de la foule fuivant fa longueur.
- « f g h> la chaudière.
- K , L, boutons qui retiennent le roulet quand l’ouvrier ne s’en fert pas.
- P, canal de communication du’fourneau à l’étuve; il fe nomme la ventuufi,
- Q_R, tuyau par où fort la fumée qui vient du fourneau dans l’étuve.
- m n, couiiffe dans laquelle on fait glilfer la tuile, pour retenir la chaleur, quand il n’y a plus de fumée à fortir.
- tt3 cheviilettes de fer attachées aux parois de l’étuve, & auxquelles on accroche les formes qui portent les chapeanx.
- Fig. 42, coupe de la foule fuivant fa largeur.
- e f g h, la chaudière , dont le rebord g h eft pris & arrêté dans la maçonnerie.
- PII, LM, les deux bancs de la foule.
- K L, k /, boutons qui retiennent le roulet, quand l’ouvrier le quitte.
- Fig. 43 , outils dont le compagnon chapelier fe fert à la foule.
- A, 11 roulet ; c’eft un morceau de bois tourné, qui a dix-huit à vingt pouces de long, fur douze à quatorze lignes de diamètre; le milieu eft un peu plus gros que le refte.
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- 318 ART DU ff fl A P EL 1ER. '
- B, la }atu, febille ou écuelle de bois, qui peut contenir environ une pinte de liqueur.
- C, la broffb; elle eft de poil de fanglier, & reifemble à celles dont on fe fert pour frotter les parquets des appartemens.
- D , le choc, plaque de laiton un peu courbe fur la longueur, dont l’ouvrier fe fert pour frapper la corde autour du chapeau quand il eft fur la forme, & pour la faire descendre. 1
- E , la pièce, autre plaque de laiton droite , & qui a le bord E aminci ; cet outil fert à égoutter le chapeau, c’eft-à-dire, à en faire fortir l’eau & la lie qui y entrent à la foule.
- F , pincey avec laquelle l’ouvrier enleve les ordures, ou corps étrangers, qu’il apperçoit à la fuperficie du chapeau, à mefure qu’il le travaille.
- Fig. 44, baJUJJage applati fur lui-même; c’eft-à-dire , un chapeau lorfque les capades viennent d’être alfemblées, & qu’on l’applatit fur une table.
- A, la tète du baftiifage; c’eft cette partie qui fera le milieu delà tête du chapeau, quand il fera achevé.
- B CD, l'arête : on nomme ainii l’extrémité du bord d’un chapeau.
- EF G, le lien : c’eft l’endroit où le bord joindra la tête du chapeau quand il fera dreifé : c’eft là où doit être la plus grande épaiifeur; le baftiifage va en s’aminciifant depuis la ligne E F G jufqu’à la tète A, d’une part; & de l’autre, jufqu’à l’arête B C D.
- Fig. 45 , baftiifage foulé en tête ; c’eft-à-dire, lorfqu’on le roule en partant du point A pour aller eh E & en B.
- Fig. 46, baftilTage foulé en lien; c’eft lorfqu’on le roule en portant le côté A B vers A D, ou celui-ci vers l’autre.
- Fig. 47, baftiifage foulé en arête; c’eft lorfqu’on le foule en roulant fur la ligne B C D, ou qu’on fait aller de même la partie D vers C & vers B.
- Fig. 48 , baftiifage que l’on commence à fouler.
- A <z, défigne comment on plie la tête.
- B b, fait voir de quelle maniéré on plie l’arête.
- C c, D d, montrent comment on plie les ailes.
- Fig. 49, baftiifage que l’on garantit à la foule, 8c auquel on applique Us pointus qui font la dorure de la tète.
- A B, maniéré d’ouvrir le baftiifage, & de replier fon bord, pour tâter & examiner les endroits qui ont befoin d’être garantis, c’eft-à-dire, garnis de quelques pièces d’étoupage.
- C D E, pointus, c’eft-à-dire, une petite capade fort mince de caftor, que l’on applique pour dorer la tète du chapeau.
- Fig. 50, baftidage prefque achevé de fouler, & tel qu’il eft lorfque le compagnon examine s’il eft rentré fuffifamment, & il le bord & la tète font réduits à la grandeur qui leur convient.
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- ART DU CHAPELIER.
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- F 1,1 m, partie deftinée à faire îa tète du chapeau, & fur laquelle le compagnon applique la bafe de la forme pour voir fi cette partie eft allez réduite.
- L G m H, partie deftinée à faire le bord du chapeau, & dont le compagnon doit mefurer la largeur aux endroits LG, I K, mH, pour voir fi elle eft égale par-tout.
- Fig. fi, chapeau en cloche., comparé au chapeau dreffé.
- A B C, le chapeau en cloche ; c’eft lorfqu’il eft achevé de fouler, qu’on l’ouvre, & qu’on le pofe debout fur fon bord.
- f gh cy le chapeau quand il eft drejje, c’eft-à-dire, quand la tête eft moulée fur une forme, & que le bord eft rangé dans un plan qui paffe par la bafe de la forme, ou de la tète.
- Fig. 52, le chapeau en coquille; c’eft la figure qu’on lui fait prendre pour le dreffer.
- Fig. 53, coupe diamétrale du chapeau en coquille, pour faire entendre comment on forme les plis circulaires qui le mettent dans cet état.
- L k , l’arête relevée.
- m m, premier pli, la pointe du chapeau étant apportée d’« en or
- p p , fécond pli, la pointe étant portée d’o en n.
- q q, troifieme pli, la pointe étant rapportée d’/z en r,
- t t, quatrième pli, la pointe étant portée dV en s.
- Fig. 54, la forme fur laquelle on moule la tête du chapeau ; c’eft un morceau de bois d’orme, pris fuivant fon fil, arrondi autour fur une figure prefque cylindrique, un peu plus menu cependant par le haut que par la 'bafe; il a environ quatre pouces de haut, fur fix à fept pouces de diamètre , au plus gros.
- Figure 5 5 , chapeau dreffé, dont le bord n’eft point encore abattu.
- Planche III.
- f On voit dans la vignette, les différentes opérations du teinturier:
- A gauche eft la chaudière qui contient le bain, ou la teinture préparée, avec les chapeaux qu’on y a plongés ; deux ouvriers les retirent un à un , & les pofent fur le bord de la chaudière : un troifieme les enieve à mefure , & les place fur des tablettes , pour leur faire prendre l’évent.
- A droite eft la foule du dégorgeage , où l’on voit un ouvrier qui égoutte un; chapeau avec la piece : il a derrière lui fur une planche, des formes- à choi-firt à côté de lui eft le billot, fur lequel il frappe les formes pour les faire entrer dans les chapeaux q.u’il alfbrtit ; & devant lui fur le bureau , eft la broffe dont il fe fert pour frotter les chapeaux.
- Au-deffous de cette foule, on voit un puits & un grand cuvier , dans lequel
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- A R T Z DU CHAPELIER,
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- fe fait le lavage des chapeaux, après qu’ils ont été tirés delà teinture ; le laveur a auprès de lui une claie, ou un parquet formé de plulieurs planches , fur lef-quelles il étend fes chapeaux à mefure qu’il achevé de les laver.
- Figure, 56, l’avaloir; c’eft rinftrument avec lequel on prelTe là corde qui lie le chapeau fur fa forme ; le bout a une rainure dans laquelle on engage la corde, afin qu’elle ne puitîe point échapper ; & l’ouvrier le prenant par le manche qui eft gros & court, appuie fon pouce fur une elpece d’oreille pratiquée au haut de l’inftrument.
- Figure 57 , coupe diamétrale de la chaudière du teinturier, montée fur fon fourneau.
- A B C, le fourneau bâti en briques ou en tuileaux, & dont l’entrée eft délignée par la lettre A.
- DEF G, la cuve, ou chaudière , formée de plusieurs plaques de cuivre rouge.
- HI K L, Tvï N O P , maçonnerie dont la chaudière & le fourneau font re-.< vêtus.
- Q_, R, S , T, les jantes , ou pièces de bois, qui forment enfemblé un cercle fur lequel eft arrêté avec des clous le bord plat de la chaudière.
- X, le tuyau de la ventoufe, qui porte au-dehors la fumée du fourneau.
- y y > couîilfe qui reçoit la tuile , quand on veut fermer la ventoufe.
- KIN O, banquette qui régné autour de la chaudière , pour mettre les ouvriers à portée de travailler commodément. >
- Figure <(%> maniéré de retroulfer & d’arranger les chapeaux fur les tablettes , pour leur donner l’évent.
- Figure 59,1e double fourneau de l’apprèteur, repréfenté à droite en entier, 8c à gauche par fa coupe de haut en bas.
- A , fourneau couvert de la plaque de fer, de fa toile mouillée , & d’un chapeau qui reçoit la buée.
- B, fourneau coupé diamétralement, pour lailfer voir la grille du fond.
- Au milieu , entre les deux fourneaux, eft une petite marmite qui contient l’eau & le bouquet de fragon, dont l’apprèteur fe fert pour mouiller la toile.
- Figure 60 (pi. VI ) , l’apprèteur.
- Figure 61 , bloG ou petite table percée à jour au milieu , pour recevoir la tète d’un chapeau qu’011 apprête de bord.
- Figure 62, brolfe de l’apprèteur.
- Figure 63 , chapeau nouvellement apprêté, faifi avec une fourche de bois,: pour être accroché aux chevilles.
- Figure 64, fer à repalfer de î’approprieur.
- Figure 65 , deux fers à repalfer, fur le réchaud long de I’approprieur.
- Figure
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- ART DU C H A F E l 1 E R.
- îü
- Figure 66 , pince de l’éjarreufe, c’eft-à-dire , de l’ouvri'ere qui- ôte le poil groflier qui fe montre à la furfaçe du feutre , quand le chapeau eft fini d apprêter.
- Planche IV.
- La vignette repréfente la boutique du chapelier : à gauche on voit un ouvrier qui applique l’apprêt au chapeau j devant lui eft la marmite qui' contient cette efpece de colle toute fondue , & entretenue chaude par un réchaud plein de feu , fur lequel elle eft pofée : il travaille fur un bloc, & il a' à côté de lui une table avec des formes.
- 5 A droite , dans la mëme'vignette , on voit une"ouvrière qui’ garnit un chapeau , & un cavalier qui en eifaie un devant le miroir j de tous côtés font des chapeaux en piles, ou accrochés à des clous, les uns tout-à-fait finis, les autres prêts à être garnis.
- Figure 67 , piece de treillis , propre à faire des coëffes de chapeaux.
- abc, partie que l’on retranche avant que de tailler des tours de coëffes.
- aede ,defg, bandes à tailler de biais , pour faire des trous de coëffes.
- hiklt mhnk, bandes à tailler en travers de la toile, pour faire des fonds de coëffes.
- op q r,opkl, deux carrés dont chacun fait deux fonds de coëffe, parce! que la toile eft double.
- hiqr, demi-carré qui fait un fond de coëffe ,parce que la toile eft pliée enf deux fur la ligne h i.
- Figure 68, chapeau retrouffé à trois cornes égales.
- Figure 6$, attache compoiee d’une double ganfe, d’un clavier & d’unç porte.
- Figure 70, une double ganfe avec le bouton.
- Figure 71, chapeau retrouffé à l’anglaife.
- a b ,cd9 ganfe qui attache le bord à la tête du chapeau.’’
- Figure 72, chapeau à grand bord, retrouffé, avec une des trois cornes courte & relevée.
- Figure 73 , chapeau à petit bord , avec la corne de devant fort large, &uiï bourdaloue à rofette.
- Figure 74, chapeau en cabriolet.
- Figure 7^ , bonnet à l’anglaife.
- Figure 76, maniéré de découper le bord du chapeau en cabriolet.
- Figure 77, maniéré d’échancrer le bord pour retroulfer le bonnet à Pan* glaife.
- Figure 78, bonnet de pofte.
- a b de, contour dés capades avec lefquelles.on fabrique le bonnet de pofte* Tome VIE S s
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- ART DU CHAFELÏE R.
- Figure 79 , calotte à oreilles.
- Figure go, pelotte couverte de pluche, pour luftrer les chapeaux.
- Figure gi , compas du chapelier.
- AB, tuyau de cuivre, qui porte une divifion avec laquelle on prend la mefure du bord d’un chapeau.
- C D, tige qui glille avec frottement, dans la piece A B , & qui porte la divifion avec laquelle on mefure le diamètre de la tete du chapeau.
- Figure gz (/?/. III'). Foule de dégorgeage. Voyez ce qui en a été dit touchant la vignette de cette planche, page 319.
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- PREMIERE ADDITION»
- LETTRE d un fabriquant de chapeaux à l'auteur du Mercure de France, dans le fécond volume du mois d'octobre 1765 (99).
- 38ï-ÜVÏonsieur. Peu fatisfait, ainfi que beaucoup d’autres, de la maniéré dont a été traité l’art de faire le chapeau, dans le didionnaire encyclopédique, il y a quelque tems que j’avais formé le delfein de retravailler cet article, & d’expoler plus clairement qu’il n’a été fait, le méchanifme fingulier de cet ouvrage. Mais ayant confulté mes forces, & 11e m’étant point trouvé les lumières fuffifantes pour en traiter la partie phyfique de façon à me faire entendre , je réfolus de n’y plus fonger. 11 était réfervé à un favant de remettre cette matière au jour; & c’eft ce qui vient d’ètre exécuté par M. l’abbé Nollet, dans un ouvrage qui a pour titre : Van du chapelier.
- 38<5. Mais avant, je crois à propos d’établir la queftion fuivante 5 lavoir, fi l’auteur , en traitant de nouveau cet art, a du le faire d’une manière rai-fonnée & fatisfaifante pour le curieux s & même inftrudive pour le fabricant, ou fe contenter fimplement d’en expofer mot à mot la routine, bonne ou niauvaife, fans approfondir ni rendre raifon de rien. Il femble que c’eft à cette derniere façon que M. l’abbé Nollet a donné la préférence. A-t-il choifi la meilleure ? Pour moi, je crois que non, & voici mes raifons. Comme article de didionnaire , on n eût peut-être rien déliré de plus , la maniéré fuper-ficielle dont il eft fait convenant alfez à ce genre de livre ; mais il s’agit ici
- (çç') L’ouvrage de M. l’abbé Nollet, que donné lieu à une réponfe de la part de cet je viens de donner, avec un bon nombre de illultre académicien. Je cruis devoir ajouter notes, a efluyé quelques critiques qui ont ici celle qui m’ell tombée entre les mains.
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- ART DU CHAPELIER.
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- d’un traite, dont îe plan doit être bien différent, puifqu’il efl: fenfé fait pour inltruire à tond , & donner des connaiffances plus particulières aux véritables curieux. De plus, la perfection de l’art qui devait en réfulter, était pour l’auteur un motif & un encouragement fuffifant à faire toutes les expériences & les recherches néceffüres , fur-tout dans les parties qui font relatives aux connaiffances profondes qu’il a de la phyfique. N’ayant rien fait de tout cela , M. l’abbé Nollet n’a donc point fenti l’étendue de fon engagement, ou a eu des raifons particulières pour ne le point remplir ; de maniéré que j’oie dire que fon ouvrage devient prefque inutile. Pour le prouver, il me fuffira d’en citer quelques endroits elîentiels. M. l’abbé Nollet, après avoir rendu compte des différentes méthodes des fabricans dans la compoiition du fecret (100) , conclut ainii :
- 287- “ Rien ne prouve mieux que cette variété , combien les chapeliers „ font encore éloignés de favoir en quoi confifte l’état aétuel du poil fecrété, „ & combien il ett à fouhaiter pour eux qu’on les éclaire fur cet article. „ Pourquoi donc lui-même n’a-t-il point effayé de le faire ? Convaincu, comme ill’eft, du befoin réel que nous en avons, a-t-il pu s’attendre que fans des lumières particulières , & entièrement étrangères à notre état, nous puffions jamais acquérir cette connaiffance, ou bien s’imagina-t-il que celui qui fe deltine à être fabricant, regarde comme un préliminaire effentiel l’étude de la phyfique & de la chyhiie ? Non : il fe contentera des lumières bornées qu’un autre lui aura acquifes par une longue pratique ; s’en tenant à une con-naiffance méthodique des effets, il s’inquiétera peu des caufes; il n’a ni le tems ni le defir d’en favoir davantage, & fon but cft rempli dès qu’il a trouve le moyen de débiter beaucoup ( raifon bien fenfible de la lenteur des progrès dans les arts méchaniques ). Il eft vrai que, quelquefois par difette de quelques matières, il pourra être obligé de s’écarter de la route ordinaire, niais ce fera toujours en côtoyant ; il s’égarera moins avec plus de favoir: mais jamais il n’ira {îirement. S’il a le bonheur de faire quelques découvertes fingulieres, tant pis pour le public , parce qu’il court grand rifque d’en être la dupe. En voici la raifon i n’ayant point une maniéré fûre d’opérer, lorfqu’il quitte la voie ordinaire, fur quoi peut-il fe fonder d’avoir réuffi, puifque la preuve dépend d’une longue expérience ? Eft-ce au public à la faire à fes dépens ? Il la fera cependant, tant que le fabricant ne pourra point démontrer clairement la caule phyfique des procédés du fecret i s’il la démontre, alors l’homme éclairé fera à portée de juger lui-même de la découverte, & par conféquent d’empêcher la fraude.
- (100) Mélange d'eau-forte, dé mercure, & autres drogues , diffoutes enfemble , dont on frotte le poil de la peau de caftor & autres j ce qui s’appelle fecret ou préparation.
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- 388- Mais il parait évident que finis un fecours étranger il n’y a point lieu d’efpérer que nousqmiffions jamais en lavoir davantage fur cet article.
- 389. M. l’abbé Noilet devait-il donc fe contenter de faire connaître notre ignorance} & fifon favoir était moins connu, ne pourrait-on pas Peu taxer lui-même quand il dit : “ Les chapeaux de laine prennent le noir bien plus K aifément que ceux de poil, parce qu’il y a apparence que le fecret qu’on „ donne au poil & qu’on ne donne point à la laine , contribue à cet effet? „
- 390. Ne femblerait-il point par-là que l’auteur ignorerait que , de toutes les étoffes , la laine eft celle qui fe teint le plus facilement ? De plus, un chapeau fabriqué de caftor qui n’a point été fecrété , expérience faite , prend encore plus difficilement le noir qu’un de laine, où il n’entre jamais de préparation. Cette différence provient donc de la nature des matières, & non, comme le croit M. l’abbé Noilet, de la préparation. Refte à favoir fl elle n’y ajoute pas une nouvelle difficulté. C’eft ce dont il devait s’affurer.
- 391. Pour réfoudre cette queftion, il ferait effentiel de favoir fi le chapeau Portant des mains de l’ouvrier , conferve encore quelque partie du fecret qui a fervi à fa fabrication ,011 s’il eft entièrement évaporé par le travail : le mercure qui entre dans cette compofition me paraîtrait un moyen de le découvrir. C était à un phyficien d’en faire l’expérience } pourquoi M. l’abbé Noilet ne l’a-t-il point faite? Cependant cette queftion décidée ferait pour la teinture un avantage d’autant plus grand qu’elle pourrait être portée par-là au dernier degré de perfection.
- 392. Je 11e finirais pas., fi je citais tout ce que l’auteur a négligé d’intéref. faut, pour fe livrer à des détails minutieux, & fouvent auffi peu dignes de lut qu’ennuyeux pour le leéteur. Il me fuffit d’avoir prouvé, même par fon témoignage , le befoin que nous avons d’être éclairés , & en même tems qu’il n’a point elfayé de le faire , quoique perfonne ne fût plus en état que lui, foit par fes lumières, & l’occafion qu’il a eue de s’inftruire de la fabrication totale du chapeau (101). Je conviens que cela l’aurait jeté dans un bien plus grand travail} mais ce travail aurait eu un but très-utile , puifqu’il tendait à perfectionner une manufacture intéreffante, dont la réputation dans le pays étranger a été un objet d’envie. C’eft pourquoi je ne défefpere point de voir M. l’abbé Noilet fe remettre] à l’ouvrage, & féconder, en nous inftruifant, l’intention de l’ilîuftre compagnie dont il eft membre , qui femble 11e cultiver les fciences que pour les adaptera des objets d’une utilité reconnue, & d’oùfor-tent fans ceffe ces écrits fiinftrucftifs fur l’agriculture, la fabrique & le commerce. Objets d’autant plus intéreffans, qu’ils font le bonheur des peuples ^
- fi 01) M. l’abbé Noilet a été nommé pour voir fabriquer le chapeau où il entre de Ja foie. t ' , : >-j . . ' >
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- •lagloire du prince bien aimé qui les gouverne, dont l’amour pour eux mérite fi bien d’ètre comparé à celui de ce bon roi Syracuiain , qui , pour la fureté de Tes liijets, fit du pere des mathématiques un fimpîe méchanicien. Thii.rry.
- REP O N SE de 31. l'abbé Nollet, à la lettre de AL Thierry, fabriquant de chapeaux, inférée dans le premier •volume du P,1er cure de France , octobre 1765.
- 393. En décrivant Part du chapelier, je n’ai pas compté donner au public un ouvrage fans défaut; j’étais, & je le fuis encore , tellement éloigné de cette vaine prétention , que j’ai envoyé les premiers exemplaires fortant delà crelTc au bureau des maitres chapeliers, avec une lettre par laquelle je priais ces meilleurs de vouloir bien me communiquer leurs remarques, afin qu’011 pût en faire ufage dans une autre édition. C’eft ce que j’ai cru pouvoir faire de mieux pour parvenir un jour à une defeription complété & correcte : n’étant point chapelier, je n’ai pu que rendre ce que j’ai appris de ceux qui le font ; & comme il ne m’a pas été poffible de les confuiter tous, après avoir pris des leçons des plus habiles, après avoir fréquenté les atteliers , & queffionné les compagnons', il ne me reliait d’autre moyen pour favoir fi j’avais bien vu & bien compris ; que de faire palfer mon écrit fous les yeux de la communauté. Si c’efi à propos de cette invitation que M. Thierry s’eft déterminé à en faire la critique , j’ai à lui rendre grâce de fa complaifance : mais ne pouvait-il pas m’inftruire, fans me dire des chofes défobligeantes ? Si nous difputions , mes confrères & moi, aux artiftes l’honneur de décrire les arts , ils auraient peut-être rai Ion, de prendre de l’humeur contre nous,& de nous critiquer durement; mais M. Thierry ignore-t-il que l’académie a déclaré & déclare encore tous les jours, qu’elle préférera conftamment fur cet objet les inftrudions qui lui feront offertes par ceux qui pratiquent, à charge de leur en faire honneur vis-à-vis du public? On peut voir par les arts déjà décrits & publiés , avec quelle fidélité cela s’obferve : je n’ai point dérogé à une conduite fi fage& fi jufie. J’aurais'volontiers cédé la plume à M. Thierry, ou à quelqu’autrë de fes confrères. Si iened’ai tenue qu’à leur défaut, fi j’ai fait d’ailleurs tout ce qu’il m’était poffible de faire pour remplir ma tâche, qu’eft-ce qu’on peut me reprocher ?
- y 39'4." Je n’ai point fenti, dit-on, l’étendue dé'mon engagement, lorfque j’ai entreprisse faire connaître l’art du chapelier ; on prétend que j’aurais du .enfeigner en même tems tous les moyens poffibles de le perfectionner. Il refte à favoir. fi j’y étais obligé : M. Thierry le dit; mais il fie trompe : je vais le dé-iàbufer. r:n '...T '
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- 39Ç. Il ferait fans doute à defirer que l’académicien qui décrit un art, pût faire toutes les recherches nécelfaires pour redreffer les mauvais procédés qui font en ulage, pour y en fubftitucr de meilleurs, & pour conduire l’ouvrier par dès voies {lires à la plus grande perfection poffible : mais avec de telles conditions, l’hiftoire des arts referait long-tems en arriéré > des fiecles n’y liifR-raient pas. L’académie qui a fenti cet inconvénient, s’ell donc reitreinte par néceffité, à décrire pour le préfent les arts tels qu’ils font, fauf à remarquer ce qu’il y a de défectueux, ou ce qu’on pourrait faire de mieux, afin de s’en occuper féparément : les recherches qui fe feront pour remplir cet objet, feront confignées dans nos mémoires académiques , pour être un jour réunis aux deferiptions qui auront précédé. Pour lors l’auteur qui fe croira en droit d’intituler fon ouvrage : hijloircde td art porte a fa plus grande perfelion, fera ref-ponfable envers les fabricans de toutes les améliorations qu’ils pourront délirer. Quant à préfent, il faut qu’ils prennent patience.
- 396. Je n’ai donc fait que me conformer aux intentions de ma compagnie, & fuivre exactement la route qui m’a été frayée par mes confrères , lorfqu’en confidérant combien les chapeliers font peu d’accord entr’eux fur la maniéré de fecrçter le poil qu’ils mettent en œuvre, j’ai dit par forme de remarque, qu’ils avaient befoin d’être éclairés fur cette pratique; réfervant pour un autre tems les recherches que je me propofàis de faire à cet égard.
- 397. Voici un fécond grief, par lequelM. Thierry prétend prouver que mon ouvrage devient prefque inutile. Après avoir dit que les chapeaux de laine prennent plus aifément le noir que ceux de poil, j’ajoute qu’il yia apparence que le fecret qu’on donne au poil & qu’on ne donne point à la laine , contribue à cet effet, Cela mérite-t-il qu’011 me taxe d’ignorance ? Et cette expref-fion peu mefurée eft-elie juftifiée par ce qui fuit immédiatement après : “ Ne femblerait-il pas que l’auteur ( M. L. N. ) ignorerait que de toutes les „ étoffés, la laine eft celle qui fe teint le plus facilement?,,.
- 398- L’apparence que j’allegue en cet endroit de mon ouvrage, eft fondée fur ce que l’efprit de ni.tre, ou l’eau-forte, dont on fe fert pour fecréter le poil, eft capable, coin nie l’on fait, de défunir les drogues qui concourent à produire le noir, N’eft-iipas pofiible que l’étoffe fecrétée retienne quelque chofe de l’acide nitreux, malgré les lavages de la foule ? Et quand je dis que cette çaufe apparente contribue à l’effet dont il s’agit, n’eft-ce pointaffez faire entendre qu’011 peut encore en foupçonner une autre?
- 399. Par mes propres paroles , que AL Thierry a" citées quelques lignes auparavant, il a du voir que je fais comme lui, que la laine prend mieux .014 plus facilement le noir qu’aucune autre étoffe de la chapelerie ; mais la con-nai (Tance du fait (iiffit-elle pour rendre raifon de la différence qu’il y a à cet égard entre le poil & la laine ? Qu’aurait-on pçnfé démon explication, fi ne
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- ptoduifant d’autre raifon que celle à laquelle M. Thierry me renvoie , j’euffe dit: “Le chapeau de poil fe teint en noir plus difficilement que celui de 3, laine, parce-que la laine fe teint plus facilement que le poil.,, C’était la caufe de cette différence que je cherchais à indiquer , & non pas la différence elle-même.
- 400. Je vois bien qu’indépendammeilt de toute préparation , le poil efl plus difficile à teindre que la laine : mais jufqu’à ce qu’on ait fait aifez d’épreuves pour favoir au julle à quoi cela tient, il fera permis i je penfe, de faire concourir une autre caufe à celle-ci ; cette caufe ne fût-elle que vraifemblable.
- 401. M. Thierry me demande , d’un ton qui fent trop le reproche, pourquoi je n’ai point fait toutes ces épreuves ? J’aurais plufieurs réponfes à faiie à cette interrogation j pour abréger, je n’en ferai qu’une qui doit fuffire. C’elt que je n’ai point en ma difpofition une fabrique de chapeaux , où j'en puiffe faire préparer de telles matières, de telles façons * & en telle quantité que je jugerais à propos , ni un attelier de teinture pour les foumettre à l’expérience. Cependant, pour féconder le zele de M. Thierry, je confens de me rendre à da fabrique aux jours & heures que nous conviendrons, pour travailler de concert avec lui, s’il le veut, à terminer cette queltion qui lui parait fi importante.
- 402. Apres les deux articles auxquels je viens de répendre, j’efpérais trouver quelques remarques judicieufes & bien articulées, dont je puffe profiter, tant pour ma propre initruétion, que pour la forme & la perfection de mon ouvrage ; mais la critique de M. Thierry fe termine ici par les paroles iuivantes : “ Je ne finirais pas , dit-il, fi je citais tout ce que l’auteur a né-» gligé d’intérelfant pour fe livrer à des détails minutieux, & fouvent auffi M peu dignes de lui qu’ennuyeux pour le leéieur, &c. „
- 403. Il y aurait fans doute de l’indifcrétion à exiger de M* Thierry, qu’il épuifàt fon attention & fa patience à relever mes fautes, fi j’en ai fait autant qu’il le dit; mais n’efl-ce pas trop peu faire auffi , après des reproches durs & vagues comme ceux qu’on vient d’entendre, de n’entrer en preuve par aucun exemple '< Si j’ai omis des chofes intéreffantes, c’elt que les plus habiles fabricants , de qui j’ai pris des leçons , les ont ignorées , ou ont oublié de me les dire. Au relie , fi M. Thierry poffede mieux fon art qu’aucun autre chapelier , s’il a des connaiffances qui lui foientparticulières, des vues plus fines, plus étendues , &c. il 11’a qu’à me mettre en état de fuppléer à ce qui manque , par des additions. Ce remede a déjà été employé plus d’une fois dans les defcrip-tiorts d’arts , qui ont précédé la mienne. Je l’invite donc à prendre cette peine, & je fouhaite qu’il le falfe ; car fans cela on pourrait croire que ce ferait légèrement & par humeur , qu’il m’a reproché d’avoir laiiié à l’écart ce qu’il y a d’mtcreflànc, pour me livrer à des détails minutieux & ennuyeux.
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- 404. A l’égard de ce dernier point, M. Thierry me permettra de lui représenter, qu’en décrivant Ton art, je ne me fuis propofé ni d’amufer, ni d’infl truire les maitres qui, comme lui, fe feraient élevés au-deflirs du commun par des connaiflfances fmgiüieres , &par un talent confommé ; mon ambition s’eft bornée à remplir les vues de l’académie, par une defcription méthodique, exacte & bien.cireonftan'ciée de tout ce qui fe pratique dans la chape-lerie. J’ai tâché d’en faire un tableau qui pût fatisfaire la curiofité des amateurs, & apprendre un jour à nos neveux quel était de notre tems l’état de eet art. J’ai ofé même me flatter de trouver parmi les chapeliers ou parmi ceux qui voudraient l’ètre , des leCteurs qui auraient le courage de parcourir ces détails minutieux , qui ont tant ennuyé M. Thierry. Eh ! n’aurais-je pas fait-' précifémeiit ce qu’il leur faut, s’ils étaient tels que fa lettre nous les dépeint, £<ne s’occupant ni de phyfique, ni de chymie, fe contentant des „ lumières bornées qu’un autre leur a acquifes, s’en tenant à une connaift
- fance méthodique des faits , s’inquiétant peu des caufes, 11’ayant ni le tems -, ni le defir d’en lavoir davantage
- 4<o>. J’espere que M. Thierry voudra bien entrer dans les raifons que je viens d’expofer ; qu’il nous fournira de nouvelles eonuailfanees s’il en a ; qu’il me donnera le tems d’acquérir par des recherches particulières, celles que nous n’avons point encore ni lui' ni moi ; qu’il 11e lira point mon art de chapelier, puifqu’il l’ennuie ; mais qu’il aura la difcrétion de ne le pas décrier comme inutile, comme indigne de tout leCteur indiftin&ement; ne fut-ce que par refpeCt pour l’académie, qui a jugé cet ouvrage digne de Fimpreffion, & de paraître avec fon approbation.
- R E F LI QU E de M. Thierry fils, fabriquant de chapeaux, à la lettre-de M. tabbéNollet, Mercure de France, volume ier, avril 1766.
- 406. Si l’ouvrage de M. l’abbé Nollet n’eût point eu d’autre défaut que de manquer d’exaditude dans l’expofé de certaines pratiques de l’art, qui auraient pu ne point venir à fa connaifïànce, je me ferais bien gardé de lui faire à ce fujet des reproches publics, qui enflent été très-déplacés de ma part, attendu, comme il le dit lui-meme, qu’il n’eft point chapelier : & dans ce cas , il m’eût été beaucoup plus fimple de lui adreffer directement les obfervations que j’aurais jugé à propos de faire fur fon travail, pour qu’il en fit l’ufage convenable. Telle était effectivement mon intention j mais je déclare , qu’après l’avoir examiné , il m’a paru qu’à cet égard il n’avait rien laide d’eifentiel à defirer : auili n’ai-je jamais prétendu infirmer le contraire. Ce n’eft donc pas ce motif qui m’a fait prendre la plume , ni la lettre d’invitation qu’a reçue notre bureau de fa part, dont je n’ai pas eu connaif-1
- fttllCC
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- fanée (*), ni encore moins l’humeur dont il me taxe. C’eft uniquement l’envie naturelle d’acquérir des lumières, & le zele que j’ai toujours'eu pour la perfection de mon art. Tels font les vrais motifs qui m’ont fait écrire , ^ dont il elt aifé de fe convaincre.
- 407. Je n’ai donc point prétendu, comme le dit M. l’abbé Nollet, qu’il nous enfeignât tous les moyens polfibles de perfectionner notre art. Je me fuis plaint Amplement qu’il 11’eut point elfayé de nous éclairer dans la partie phyfique, lui qui était fî à portée de le faire, par les connaiifances particulières qu’il a dans ce genre , & fans qu’il lui en coûtât beaucoup de travail. On ne peut doutér que l’académie ne l’eût loué de l’avoir fait, & de s’être écarté en cela de la route frayée. C’était un moyen facile de nous faire attendre, avec toute la patience qu’il nous recommande, les réfultats des recherches qui doivent fe faire, & qui, fuivant fon calcul, ne paraîtront peut-être que dans quelques liecles. Il devait de plus nous prévenir des intentions de l’académie à cet égard, ou bien 11e point trouver mauvais que, les ignorant abfolument, je lui falfe fur cet objet des repréfentations fondées.
- 408. M. l’abbé Nollet 11’aurait pas de peine à me perfuader qu’il connaît auffi bien que moi l’avantage réel qu’a la laine fur les autres étoffes en fait de teinture ; mais il me permettra de dire qu’il paraît l’avoir oublié, lorf. que dans fa comparaifon des chapeaux de laine à ceux de poil, il fait dépendre uniquement du fecret la difficulté qu’ont de plus ces derniers à prendre le noir. La feule raifon qu’il donne de cette difficulté, étant très-incertaine, & ne devant être que foupçonnée, il était, ce me femble, plus conféquent d’indiquer de préférence la véritable, qui eft l’apprêté naturel de la laine, qualité qui ne fe trouve pas dans le poil, & de faire connaître enfui te la caufe de cette différence, relativement à la nature de chacune de ces matières. C’eft précifément ce qii’il 11’a point fait , & ce dont il tâche en vain de fe jufti-fier par un fort long raifonnement, qui au fond 11e détruit rien de ce que j’ai dit à ce fujet.
- 409. Voici la raifon qu’il donne de ne pas avoir fait l’expérience fuivante que je lui demandais : c’eft que je n’ai point, dit-il, une fabrique de chapeaux, ni un attelier de teinture en ma difpofition, &c. Rien de plus triomphant que cette raifon en apparence ; mais que devient-elle fi, pour s’aifurer de l’exif. tence de quelque partie d’eau-forte & de mercure dans un chapeau fortant des mains de l’ouvrier, il ne faut rien moins que tout cet attirail '< Un morceau de feutre fabriqué exprès, & un laboratoire pour en faire la décompo-iltion, était tout ce qu’il fallait. L’un lui eût été facilement fourni par quel-
- ( * ) Les affaires du bureau ne fe communiquent qu’à ceux qui ont paffé les charges,
- & je ne fuis point de ce nombre.
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- ART DU CHAPELIER.
- •qu’un de nous : pour l’autre , je crois qu’il Peut trouvé fans fortir de chez lui
- 410. Il n’eff donc pas néceffaire r coiume on le voit, qu’il fe dérange de fes grandes occupations , pour fe rendre à ma fabrique, ainfi qu’il me le propofe : je lirai plus flatté de lui éviter cette peine , en me rendant chez lui, lorfqu’il me fera l’hoiineur de m’y inviter; non pas que je me croie en état de lui donner des lumières fur cet objet, mais feulement pour profiter de celles qu’il voudra bien me communiquer.
- 411. M. l’abbé Nollet continue ainfi, en parlant de ma lettre. £C J’elpérais „ trouver quelques remarques judicieufes & bien articulées, dont je pulfe „ profiter , tant pour ma propre inftrudion , que pour la forme & laperfec-M tion de mon ouvrage , &c. „
- 412. Je 111e fuis bien mal expliqué, ou M. l’abbé Nollet feint de ne me point entendre : cependant, quand j’ai prouvé par les exemples effentiels , qu’en traitant de nouveau notre art, il s’était contenté Amplement d’en expo-fer la routine ordinaire ,-fans approfondir ni rendre raifon de rien, je croyais avoir fait fentir alfez clairement, quels étaient les défauts de fon ouvrage, & je n’imaginais pas être obligé de plus à lui indiquer tous les endroits négligés dans cette partie,ni encore moins les moyens de les rectifier. J’avais lieu d’efpérer au cqntraire, qu’il voudrait bien m’entendre à demi mot, & m’épargner par-là des détails que la crainte «'d’ennuyer m’avait fait éviter* Mais puifqu’il les exige abfolument, il fauttâeher de le fatisfaire.
- , .413- Voici donc pour cet .effet une idée des chofes intéreffantes qui doivent entrer dans une defcription raifonnée de notre art., faite par un favant: ç était de faire connaître en quoi confifte la qualité plus ou moins feutrante qu’ont toutes les étoffes qui fe tirent des quadrupèdes.; la caufe de cette différence entr’elles ; comment l’eau-fortç & le mercure donnent & augmentent cette qualité j & à quel degré 5 leur maniéré d’opérer enfemble & féparémenti les différentes figures de ces matières apprêtées & non apprêtées , confidérées au microfcope ; pourquoi cette même qualité feutrante ne fe trouve point dans.la foie, le duvet,-le coton , & autres matières provenant des végétaux ; les propriétés de la lie de vin quant à l’ufage de la fabrique ; la maniéré dont e’ie coopéré à la fabrication ; quels font les effets de l’air fur un chapeau for-tant. de la chaudière à teindre ; les qualités & propriétés differentes des drogues qui contribuent au noir; leurs effets particuliers i epfin, quantité d’autres objets qu’il ferait trop long de décrire , mais dont lb détail aurait certainement plus intéreffé les curieux que de favoir fi ce'font les prieurs de vieille ferraille & les raccommodeurs de faïanee caffée , ou autres, qui recueillent les peaux de lapin chez les rôtiffeurs; fi l’on nettoie le bain de Ji chaudière avec une écumoire ordinaire ou une vieille poele de fer percée d’une infinité de petits trous ; quelles font les raifons d’économie qui font.
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- préférer les lampes aux'chandelles pour éclairer .les attéliers, & beaucoup d’autres circonftances femblables , qu’il n’était point néceifaire de multiplier, attendu qu’elles font entièrement inutiles à l’intelligence de la fabrication.
- 4*4* Mais M. l’abbé Nollet convient “ qii’il ne s’eft point -'propofé „ d’arnulèr ni d’inftruire les maîtres qui comme moi fe ieraient élevés „ au-delfus du commun par des connailfances fingulieres, &c. „ Qui lui a donc appris que j’avais des connailfances plus particulières que d’autres, des vues plus fines, plus étendues ? Serait-ce parce que j’ai vu les défauts de fon ouvrage, & que je les ai fait connaître '< Cependant j’ai cela decommun avec le; plus grand nombre de mes, confrères je pourraisdire à cet égard, n’avoir été que leur organe.
- 415’. Son but, continue-t-il, a été defatisfaire feulement la curiofité des amateurs. C’eft en quoi je doute encore qu’il ait parfaitement réuffi. La remarque fuivante pourra fervir à le décider.
- 416. De tous les curieux qui font venus chez moi pour s’niftruire de la maniéré dont fe fabrique le chapeau, il y en a très-peu qui fe foient contentés de voir les operations fins me demander les çaufes de tel & tel. effet. J’avoue que j’af été quelquefois fort embarraffé pour leur répondre. Qu’on juge s’ils auront lieu d’ètre plus fatisiaits de M. l’abbé Nollet, qui n’elt entré dans aucun détail de ce genre.
- . 417. Il réfulte donc de ce que j’ai dit, que la defeription de notre art eft encore très-éloignée du degré de perfection qu’on devait attendre, quant à préfent, des lumières & de la fagacité de fon auteur. Mais, que ce foit un ouvrage indigne de tout lecteur indillinétement „ ce font des exprelîxons dont je ne me fuis jamais fervi, & qu’on ne trouvera point dans ma lettre. J’ai lieu d’ètre furpris de cette infidélité de citation de la part de M. l’abbé Nollet , & encore plus du reproche qu’il me fait de manquer à l’académie , dont je n’ai rien dit qui ne foit conforme aux lentimens de refpeét & de vénération que j’aurai toujours pour un corps aufii recommandable, qui d’ailleurs a déclaré , qu’en fe déterminant à divulguer le fecret des artiftes par la defeription des arts. & métiers , fon intention n’était que d’en hâter les progrès , & de procurer à ces artiftes les lumières & les connailfances qu’ils n’étaient point en état d’acquérir par eux-mômes.
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- ART DU CHAPELIER.
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- SECONDE. ADDITION («a). '
- SOMMAIRE pour le Jîeur le Prevofi, chapelier à Paris, rue Guene-gaud,appellant ; contre les jurés de la communauté des chapeliers à Paris, intimés.
- 4i8«1Le fieunle Prevofi: a recouvré Part de feutrer la foie, pour en faire des chapeaux bons & folides , plus légers, au même prix, & même à meilleur marché que ceux des autres chapeliers, qu’ils vendent la fornme de neuf livres & même davantage , quoiqu’ils ne valent rien. Ils font même aufii plus beaux que les chapeaux où ceux-ci emploient de la'Vigogne ou de la carmeline.
- 419. La foie que le fleur le Prevofi: emploie ferait un matière perdue , s’il
- ne s’en ferVait point à former fes chapeaux. - ' ' -
- 420. Cet art, fans doute, forme un double intérêt pour le public & le commerce 5 l’occiipation que le travail de cette foie fournit à des. ouvriers , eft encore un troifieme avantage.
- 421.. Ces vérités alfurent fans doute que le-fleur le Prevofi: mérite les éloges des chapeliers j la complaifance qu’il a eue de faire fes expériences devant eux, pour leur apprendre fo 11 talent, méritait au fil au moins de la recôiw nailfance : mais ces fentimens conviennent peu ;à l’ignorance ou à la balfç jaloufie. En-voici les effets. "
- 422. Les chapeliers de Parisveulent détruire le fleur le Prevofi * la réputation & fon commerce, l’empêGher de faire des chapeaux avec de l^f foie, quoique leurs ftatuts de 1578 s 16128c 1658 s dont ils demandent mutuellement l’exécution, le lui permettent.
- 423. Pour y parvenir , ils lui ont fait payer fept cents vingt-deux livres de capitation par an * tandis que les plus opulens des chapeliers ne font point taxésà plus de'trois cents livres, & que tous les autres font impofés à des; fomrnes encore-au-deffous.Pôur éviter l’effet de cette vexation, le fleurie Prevofi:, quoique fils de maitre & reçu, a renonce à fon droit de maitrife pour acheter une charge de chapelier du roi.
- 424. Avant cet achat,ils ont fait trois.failles fur le fleur le Prevofi,aufil ©dieufes qu’injuftes.
- 425. Les chapeliers voulant diferéditer les chapeaux de foie du fleur lù
- (102) Ce mémoire m'a paru propre à faire mieux, comprendre l’origiBe & la fabrication des chapeaux de foie..
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- Prevoft, & l’empêcher d’en faire, on préfumerait fans doute que leurs failles font faites de cette forte de chapeaux. Mais il n’en eft rien ; ils ont faifi des chapeaux ordinaires, pour prouver que le Leur le Prevoft ne doit pas faire des chapeaux de foie.
- 426. La troifieme faille, qui fait en ce moment l’objet de la conteftation eri la cour, eft du 17 feptembre 1760; elle préfente le tableau d’une elpece d’inquifttion. Les jurés fe font fait accompagner d’un huilîîer, d’un procureur, d’un connnilfaire & de fon clerc , & même d’une efcouade du guet. Ils ont pofé deux fufiliers pour fentinelles à chacune des portes de la maifon du iieur le Prevoft , l’une rue Guenegaud , l’autre rue de Nevers ; ils n’ont cependant pas même ofé annoncer qu’il y ait eu la moindre apparence de refus, ni de rébellion , pour la vifite & la faille qu’ils voulaient faire dans leur incursion ; circonftance nécelïaire pour en pareil cas requérir Pafiiftanee du guet.
- 427. Pendant cette expédition militaire & inouie, les jurés ont ofé fouler aux pieds & brifer 3171 chapeaux; & pour ne pas dire qu’ils foient venus inutilement, ils en ont faifi quarante-neuf. Ils veulent les confifqüer,faire défendre au Iieur le Prevoft de nommer chapeaux de foie ceux dans lefquels: il en emploie, foit plus de la moitié, foit une moindre quantité, & même de fabriquer ces chapeaux avec de la foie.
- 428. Sur cette faille & les demandes qui y font relatives , les jurés ont réduit, fournis & offert leur condamnation à un feul point de fait, c’eft-à-dire, à la queftion de favoir s’il eft pofîible de fabriquer un chapeau bon & folide s en y employant de la foie.
- 429. C’est à ce feul point que la conteftation a été réduite, puifqu’il ne s’agir que de favoir s’il fera permis au Heur le Prevoft de faire des chapeaux avec de la foie & de leur en donner le nom.
- 430. Voici les exprelîions des jurés dans leur requête du 6 décembre 1760,. fol. 31 :ct L’annonce des chapeaux de foie , faite par le Heur le Prevoft, mani-,9 fefte ou fon ignorance de fa profeiïion, ou qu’il a voulu en impolèr au pu-35 blfc. La raifon en eft fimple ; les chapeaux de foie ne peuvent exifter que de 3, nom, & non point d’effet : car pour dire d’un chapeau qu’il eft un chapeau 55 de foie, il faut de deux chofes l’une , ou qu’il foit entièrement compofé de „ foie , ou du moins que la foie foit des matières dont il eft compofé la ma-33 tiere dominante. Or, il eft d’une impoftibilité phylique prouvée & recon-J, nue de l’une ou l’autre façon. On a elîayé de faire de ces fortes de chapeaux, 3, mais c/a toujours été l’écueil des plus habiles artiftes qui en ont tenté „ l’épreuve, & les jurés & tout le corps des chapeliers font bien éloignés de 33. croire que le Iieur le Prevoft ait mieux rencontré que ces premiers. En „ effet, l’expérience a démontré que la foie n’était pas fufceptible de fe car-33, derfeutrer , fe prendre, s’incorporer & s’unir, comme les autres matières
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- „ lameufes, pour fe fervir de cette expreffion. Ou fuit bien que, fur huit ou „ neuf onces pelant de caftor qui entre dans la compofltion d’un chapeau, }J on peut mélanger une demi-once, plus ou moins, de foie; mais alors la M matière de caftor étant la matière dominante , ce chapeau doit être nommé „ chapeau de caftor, & non pas chapeau de foie. Si le fleur le Prévoit ofe „ foutenir le contraire , qu’il en faife donc la démonftration en préfence d’ar-„ tilles choiils, & de meilleurs de l’académie ; & alors on le croira; on paf-„ fera condamnation. Mais on le défie d’adopter ce parti. „
- 431. Le fleur le Prévoit a accepté le défi ; il a requis, ainfl que lçs jurés, la préfence de deux académiciens, & de plulleurs experts.
- 433. Il y a eu d’abord de la difficulté pour le choix des experts.
- 433. Les jurés ont voulu qu’ils fuifent choifis dans les chapeliers de Paris, quoiqu’ils fuifent tous parties adverfes du fleur le Prévoit.
- 434. Celui-ci s’imaginant qu’ils rendraient hommage à une vérité physiquement & publiquement démontrée , a confenti que les experts futient choiils parmi fes parties adverfes ; mais il exigea qu’il y eût auffi deux membres de l’académie.
- 435. “ Alors les jurés refuferent la préfence de ces académiciens , fous le „ prétexte qu’il 11’y en a aucun, dans quelque académie que ce fût, qui foifc „ au fait de la fabrication des chapeaux. „ Comme fl, indépendamment do Part de fabriquer, tout le monde n’était pas en état de voir & d’éprouver fî 1111 chapeau peut fe déchirer facilement, réfifter au paffage de l’eau qui le mouille, garantir de l’ardeur du foleil, ou en retarder les eifets.
- 436. Voyant que leur première réquisition & l’équité engageraient la pour à condamner leur réflftance, ils ont enfin confenti à la nomination de deux académiciens.
- 437. Pour prouver la fupériorité, par lui annoncée, de fes chapeaux mélangés de poil & de foie, fur ceux des chapeliers mélangés avec du poil & de la laine dq vigogne ou de carmeline , le fleur le Prévoit en a requis la com-paraifon, & que les jurés fabriquaient en même tems que lui deux chapeaux, à condition que le fleur le Prevoft mettrait autant & pas plus de foie dans chacun des liens, que les jurés mettraient de laine de vigogne ou de carmeline dans chacun des leurs.
- 438-Convaincus que cette comparaifon, quoique le véritable point de cette affaire, les accablerait, les jurés s’y font oppofés. Voici les prétextes de leur refus. “ Le fleur le Prevoft ne prétend gagner qu’à la comparaifon , en „ faifant avec moitié foie un chapeau meilleur que celui des jurés, Ce n’eft „ plus foutenir qu’il efl en état de faire un bon chapeau avec moitié foie, J5 puifque faire mieux qu’un autre, n’eft pas toujours faire bien. „
- 439. Cette diftinction parait figuliere: faire mieux fiippofe nécelfaire^
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- ment’que l’autre fait bien ; mais dans le fens que les jurés l’expliquent, ils conviennent que le fieur le Prévoit , en faifant mieux, ne fera que moins mal qu’eux. C’eft, fans doute, convenir que les jurés ne font en état que de faire mal des chapeaux ou de mauvais chapeaux.
- 440. La comparaifon n’a pas été ordonnée, mais elle eft inutile aujourd’hui.
- 441. C{ La cour a ordonné que le fieur le Prévoit fabriquerait deux cha* „ peaux, l’un avec moitié foie, l’autre avec une moindre quantité , en pré-„ fence, i°. de M. le rapporteur, 2°. de M< Bouifart, fubftitut de M. le pro-35 cureur-général ; 30. de MM. Nollet & Clairaut, académiciens nommés „ d’office ; 40. des fieurs Geoffroy , Letellier , Thierry & Mabile, chapeliers „ nommés pour experts; 5°. des parties & de leurs procureurs : pour, par les „ académiciens & les experts, donner enfuite leurs avis fur les chapeaux 35 qu’ils auront vu fabriquer. „
- 442. Voila , fans doute , une expérience bien publique; elle a été faite* L’avis des quatre chapeliers eft du 13 février 1764; & celui des académiciens , du 24.
- 443. Les chapeliers ont donné des preuves, ou d’une habileté, ou d’une-bonne foi fingulieres. Ils fe plaignent d’abord de ce que le fieur le Prévoit' n’a pas voulu faire , avec de la foie , un chapeau auffi pefa-nt que ceux que les chapeliers font avec de la laine.
- 444. S’ils faifaient donc un chapeau avec du plomb, & que lé fieur' le Prévoit foutint qu’il peut faire un chapeau meilleur en y employant de' la plume, les chapeliers prétendraient fans doute, par la même raifon* qu’il doit mettre autant de livres de plume à fon chapeau, qu’ils emploieraient de plomb pour le leur. Ce fyftêrae ferait alfez ridicule, puifqué le chapeau des chapeliers ne fendrait qu’à couvrir la tête de l’homme, tandis que celui de plume pourrait bien coëffer un château.
- 445. Cette comparaifon ne plaira peut-être point aux jurés ; ils né les aiment point. Mais leurs experts ont dit bonnement qu’ils préfumaient que la première pluie qui tombera fur le chapeau fabriqué par le fieur
- Prevoft, paffera très-promptement au travers.
- 446. Les fécondé , troifieme, quatrième & cinquième épreuves, faites! par les académiciens , fervent de réponfes à l’habileté des experts chapeliers. Le féjour d’une Chopine d’eau dans le chapeau & fur la tête du chapeau pendant vingt-quatre heures & plus, ne faurait le pénétrer, ni en faire pafferune goutte, tandis qu’après trois minutes l’eau paffeau travers; de celui qu’un chapelier honnête homme & impartial vend neuf livres.
- 447. L’union de la foie & du poil a même une telle force, que lorfque-Beau veut imbiber cette étoffe, leur force mutuelle fe réunit, & le chapeau
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- en devient plus ferme, ou plus roi de, pour réfifter au palPage de l’eau.
- 448. u En un mot, les chapeliers fe font contentés d’accufer leurs jurés „ d’impofture, en atteftant qu’il eft poffible de feutrer & carder la foie „ pour en faire un chapeau (puifque les jurés affûtent le contraire); mais 0) les experts ont ofé dire avec confiance que ceux fabriqués par le fieur „ le Prevoft, ne font ni bons, ni folides. „
- 449. On fe contentera, pour réfuter un pareil langage, de les renvoyer à l’avis des deux académiciens. Un récit plus détaillé fur l’avis des quatre chapeliers blefferaft peut-être leur pudeur ou leur modeftie. Mais ce qu’il y a de certain , c’eft que l’on peut juger , par leur conduite, de la confiance que mérite le rapport que d’autres experts chapeliers de Paris ont aufiî fait fur l’une des deux autres failles , dont on a parlé ; rapport qui fert de bafe à la fentence rendue en la police le f juin 1764, contre le fieur le Prevoft.
- 450. Malgré fon appel, ils ont fait afficher cette fentence dans Paris, & même à la porte du fieur le Prevoft, le 16, c’eft - à - dire , le même jour qu’ils la lui ont fignifiée. Ils ont choifi , pour faire cette injure au fieur le Prevoft, le tems des fériés de la pentecôte , parce qu’elles empêchent d’obtenir en la cour un arrêt de défenfes.
- 4fi. Cette fentence n’a pour bafe qu’un rapport dont on démontrera fur l’appel les erreurs, pour ne rien dire de plus, & l’injuftice qui font produit; mais cette fentence a déjà paru fi évidemment injufte, que la cour, par arrêt du 18 juin 1764, a défendu de l’exécuter. En attendant l’inftruction fur'l’appel de cette fentence, & comme lafource commune à toutes les failles eft le prétexte de l’impoffibilité de faire de bons chapeaux avec de la foie, on va dire un mot de l’avis du fieur abbé Nollet & du fieur Clairaut.
- 452. On ne croit pas que même les quatre experts chapeliers ofent fe comparer, leurs avis, les talens, l’équité qu’ils devraient avoir en partage, à l’avis de ces deux académiciens, ni aux lumières profondes, ni à la plus ftricte probité qu’ils démontrent par leurs propres exemples ; enfin à ces grands hommes, dont le nom feul fuffit pour en faire l’éloge.
- 4Ï3- Ces deux académiciens ne s’en font point fiés à leurs propres lumières ; ils ont pouffé leurs épreuves phyfiques même à des affauts auxquels les chapeaux ne font pas expofes.
- 4Ÿ4- Ils les ont fait débouillir dans de l’eau bouillante, tantôt avec du favon, tantôt avec du tartre rouge & de l’alun de roche , tantôt avec du fel d’ofeille, tantôt avec de l’eau-forte j enfin après treize fortes d’épreuves , ils ont terminé leur rapport, en atteftant ct que les chapeaux du fieur le Pre-„ voft, fabriqués l’un avec plus de moitié de foie , l’autre avec plus que le „ tiers , font bons & folides , & que l’on doit biffer au public la liberté de s’en „ pourvoir, & par çonféqueqt au fieur le Prevoft, celle d’en fabriquer & » d’en vendre. „ 45 J.
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- 4? Ç. Il elt vrai qu’ils les ont trouvé un peu moins doux au tad qu’un chapeau de pur poil qui ne vaut rien, puifqu’il ne garantit, ni de la pluie , ni de l’ardeur du foleil, quoique du prix de neuf livres.
- 4^6. Mais c’eft préciféraent parce qu’il nya aucun mélange dans ce chapeau de poil, qu’il ne vaut rien & parait plus doux. v.
- 4?7« Le mélange de deux matières différentes exige que chacune forme des elpeces de crochets & de chaînons , pour s’entrelacer & s’unir ; ce font ces chaînons qui font fentir au tad des petits grumeaux i c’eft auffi par cette raifon que le (leur le Prévoit a demandé la comparaifon de fes chapeaux mélangés de foie, avec ceux des chapeliers, mélangés de vigogne ou de carmeline.
- 4f8* Sans le mélange, la comparaifon ne faurait être faite avec armes égales, & il foutiendra toujours que fes chapeaux de foie qu’il vend fix & neuf livres font plus beaux & plus doux que ceux que les chapeliers vendent neuf, douze, quinze, & même vingt-une livres, & dans lefquels ils mettront autant de vigogne ou de carmeline que le fleur ie Prévoit met de foie dans les liens.
- 4S9- Il elt inutile d’en dire davantage, ni de commenter l’avis des deux académiciens ; il fufïit de le lire, page 338.
- 460. Pour décider la conteftation, il ne s’agit que d’examiner la condition que les jurés ont impofée pour foufcrire leur condamnation.
- 461. Ils l’ont offerte le 6 décembre 1760, fl le fleur le Prévoit par une expérience publique, en prélènce de meilleurs de l’académie, prouvait que la foie peut être feutrée & cardée, & qu’il efè poffible de fabriquer un chapeau bon & folide, en y employant de la foie.
- 462. Cette expérience & la preuve requifes font faites. La condamnation en elt la conféquencej & fl. les jurés refufent de la pafler aujourd’hui, comme ils l’ont offert le 6 décembre 1760, c’eft fans doute parce qu’ils ne le piquent point de tenir leur parole.
- 4<î3. Indépendamment de ces moyens fans répliqués, le fleur le Prévoit réunit en fa faveur, mais furabondamment, la difpofition des trois ftatuts fuccelfifs de la communauté des chapeliers , dont les jurés demandent l’exécution ; les lettres-patentes fur ces ftatuts ; trois arrêts de la cour qui les ont enrégiftrés j les avis des officiers du châtelet, qui les ont précédés.
- 464. Toutes ces loix donnent au fleur le Prévoit le droit de fabriquer des chapeaux de foie.
- 4^5. Il réunit encore l’intérêt du public & du commerce , dans la fupé-riorité de fes chapeaux de foie fur ceux des chapeliers, foit par la bonté & ia folidité , foit par la durée,. foit par le meilleur marché, & même par la beauté, foit par l’emploi d’une marchandée qui eft en France , & qui ferait perdue pour les manufacturiers , fi le fleur le Prévoit 11e l’employait point.
- 466. Appuyé fur des loix & fur des motifs auffi refpeétables, le fleur Tome VIL V v
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- le Prevoft doit efpérer la nullité de la faille & fa réformation des fentences dont il fe plaint;, la reftitution de fes chapeaux; des dommages-intérêts proportionnés à l’injure & au préjudice qu’il en afoufferts»
- 467. Il doit en même tems fe flatter que la cour fera défenfes aux jurés & au* connuiifaire qui les a accompagnés , de fe faire affifter à l’avenir dune efcouade du guet » & de pofer des fentinelles aux portes du fleur le Prevoft dans leurs vifltes pour les arts & métiers , à moins qu’il n’y ait rébellion ou refus de fouffrir la vifite , & que l’arrêt à intervenir fera inferit à la communauté,. imprimé & affiché.
- 468. En le prononçant ainfl, l'a cour évitera à des artiftes une efpecs d’inquifltion que des jurés veulent introduire, & qu’un commiflaire a auto-rifée par fa complaifance ; elle encouragera ces artiftes, ou à découvrir, ou à recouvrer des talens, des fecrets dans leur art.. La cour empêchera en même tems quepar une baffe envie de quelques* jurés ignorans ou jaloux, un fabricant qui mérite des éloges, ne foit vexé par des failles, par des abus>;, &par une efclandre auffi injufte qu’injurieufe..
- Monsieur DE LA GU1LLAUM1E, rapporteur.
- M? O U D E T, avocat.
- Le store., procureur»
- JLA P P O R T & avis des commijjaires de Vacadémie royale des fciences.
- 469* jN‘ ous fouffignés membres de l’académie royale dès fciences , pour nous conformer à une ordonnance de la cour , qui nous a été lignifiée le 1-3 décembre 1763 , &par laquelle il eft dit que nous verrons fabriquer, par le fleur le. Prevoft ou par un ouvrier commis de fa part, d'eux chapeaux, l’un avec.moitié foie & l’autre avec une moindre quantité dé ladite matière , pour après donner notre, avis motivé fur cette fabrication, & déclarer il lefdits chapeaux font bien feutrés & foulés, fl le tout ne fait qu un feul & même corps, fans diftïmftion de mélange de foie, comme les poils 8t laines font lorfqu’ils font mêlés enfemble, & nous expliquer fur l’avantage ou le défavan-tage.qui peut en réfulter pour le public, relativement au prix ou autrement: nous nous fournies tranfportés le 16 décembre 1763 , à neuf heures du matin „ chez le fleur le Prevoft , maitre chapelier, rue Guenegaud, où nous avons vu fabriquer, un chapeau avec trois onces de poil de lievre fecrété & trois onces dê; foie blanche neuve & provenant, fuivant le dire du fieui le Prevoft, de üognures dé gaze & de chenille, lefquelles matières ont été.battues, mêlées,
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- ART DU CHAPELIER.
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- cardées 8c arçonnées ; après quoi nous en avons vu former quatre capades, defquelies on a bâti un chapeau de grandeur ordinaire , qui a été foulé 8c dreil’é le même jour, & en notre préfence. Le 29 décembre 1763 , nous avons vu pareillement fabriquer, chez le (leur le Prevoft, un autre chapeau , avec, cinq onces de poil de lievre , une demi-once de caftor & deux onces de foie , donc une moitié était rouge & l’autre verte , le tout provenant, nous a dit le heur le Prévoit, de rognures d’étoffes parfilées , lefquelles matières ont été préparées , mêlées & employées comme il a été dit ci-delfus ; & le chapeau qui en a été fabriqué en notre préfence , ayant été mis à la teinture avec le premier, tous deux nous ont été remis tout apprêtés , garnis & tels qu’ils ont coutume d’être lorfqu’on les met en vente.
- 470. Dans la fabrication defdits chapeaux nous n’avons apperçu aucun mauvais eifet qu’on puilfe attribuera la foie , qui faifait partie du mélange; elle s’elt bien cardée & arçonnée. Après ces deux façons, elle nous a paru fuffifamrnent elfacée, & nous 11’avons pas remarqué que les ouvriers ymilfent ni plus de tems, ni plus de foin qu’aux étoffes ordinaires. Nous croyons devoir dire la même chofe du feutrage, des capades & du baftiffage 5 8c quant à la foule, nous avons vu rentrer l’étoffe fans accident, & d’une quantité convenable relativement aux diminutions fous lefquelles les chapeaux avaient été baftis. De forte que pour notre avis définitivement fur|ce premier chef, nous croyons qu’il eft très-poffible de faire des chapeaux de poil de lievre avec le tiers & même la moitié de foie.
- . 471* Pour.fatisfaire aux vues de la cour par rapport aux autres chefs, nous avons confidéré l’ufage auquel un chapeau eft deftiné, & les qualités qu’il importe au public d’y trouver.
- ;'47'2. Ce. qu’on cherche principalement dans Pu Page du chapeau, c’eft de défendre la tète contre la pluie , le vent & l’ardeur du foleil ; & le particulier qui .en fait l’emplette , a intérêt de réunir la beauté, la bonté, le bon marché 8c une longue durée. Tout cela eft entré enconfidération dans notre examen; & pour le faire avec plus de facilité & de fureté, nous nous fommes munis d’un chapeau teint 8c apprêté du même poids 8c du même prix que le dernier fabriqué du fieur le Prevoft, &nous l’avons reçu d’un maitre chapelier de Paris, dont l’intégrité 8c l’impartialité nous font bien connues.
- - 473. Ayant que de foumettre les chapeaux à aucune épreuve qui pût leur faire tort’, nous .les avons tâtés 8c maniés de toutes les façons que nous avons pu imaginer, pour apprendre fi leur étoffe était unie, moélleufe, douce «légalement feutrée. Quoique nous 11’ayons trouvé dans les deux chapeaux du fieur le Prevoft , aucun trou , aucun endroit notablement faible , aucune défunion dans l’étoffe, cependant ils nous ont paru moins doux, moins fou-pies , moins unis 8c moins uniformes dans leur teinture que le chapeau d#
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- ART DU CHAPELIER.
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- comparaifon » qui était fait entièrement de poil de lievre & de poil de lapin.
- 474.. Nous avons obfervé que, depuis la teinture & l’apprêt, les deux ehapeaux du fleur le Prevoft étaient devenus non feulement moins fouples en totalité qu’auparavant, mais encore moins doux au toucher, & nous y avons fenti fous les doigts comme de petits grumeaux, que nous n’avons pas trouvés au chapeau de comparaifon: ce qui nous porte à croire qu’à la foule, k foie ne tient pas la même marche que le poil pour rentrer, & qu’elle fe pelotonne, pour ainfi dire, & fe grippe, tandis que celui-ci fe rapproche uniformément.
- 47Toutes les épreuves dont nous allons faire mention préfentement, ont été faites fur celui des deux chapeaux dans la compofition duquel il n’eft entré que le tiers de foie, & toujours par comparaifon au chapeau de pur poil, dont nous avons parlé.
- $.-Epreuve 1. Nous avons placé les deux chapeaux à égales diftanees d’un poêle allumé, chacun d’eux contenant un thermomètre gradué fuivant l’échelle de M. deReaümurj & nous avons obfervé quatre fois de fuite , qu’au bout de dix minutes le thermomètre était monté d’un degré & demi ou deux degrés de plus dans le chapeaude comparaifonlque dans celui dufieur le Prévoit.
- 477. Et quand l’expérience durait une demie-heure, les deux thermomè-
- tres fe trouvaient à peu près au même degré >.- e’eft-à-dire, que la chaleur était alors égale dans les deux chapeaux. ‘ :
- 478, Epreuve II. Nous avons renverfé les deux ehapeaux, & nous avons: verfé dans chacun d’eux une chopine d’eaü de la Seine. Trois minutes après, bous, avons va qu’elle perçait le chapeau de comparaifon, & qu’elle tombait goutte à goutte par trois endroits.
- 479.. Celui du fleur le Prevoft a conftamment contenu la fienne& n’était
- point encore percé vingt-quatre heures après. r • ;
- 480. Epreuve III. Nous avons abondamment mouillé les deux chapeaux: par-dedans k par-dehors, & les ayant laiffé bienfécher , nous avons trouve que le chapeau du fleur le Prevoft était devenu par4à bien plus dur & plus: roi de que le chapeau de comparaifon.. ' >
- 481Epreuve. IV.. Nous avons renfoncé la tête de chacun des deux chapeaux,. de maniéré qu’elle préfentait en-dehors un creux, dans lequel nous-avons verfé une chopine d’eau y au bout de trois heures-toute 1 eau. avait tta-verfé le chapeau, de comparaifon, & il n’en était point encore paffé. une-goutte’ à travers le chapeau, du fleur le Prevoft. « • : :
- 482. Epreuve. V. Nous avons retroulfé les bords defdits chapeaux, &inous: y avons verfé a chacun un demi-lèptier d’eau commune , qui s’eft étendue tout autour de l’endroit qu’on nomme le lien ,l’ün & l’autre chapeau a réflfté' également, & n’a commencé à laiiféx palier l’eau goutte à goutte qu’aprèsun intervalle de quatre heures,.
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- 483-Epreuve FL Avec un crochet pointu, fait d’un fil de fer qui avait environ une ligne de diamètre, nous avons percé fucceifivement les deux chapeaux à deux pouces & demi de diftance du lien, & nous avons attaché à l’autre bout du crochet, un baffin de balance que nous avons chargé de' poids j & cette épreuve a été répétée jufqu’à trois fois, avec l’attention de toujours percer les deux chapeaux à des endroits femblables.
- 484* Le chapeau du fieur le Prevoft a toujours réfifté , fans commencer à fe déchirer, à un poids de cinq à fix livres plus grand que celui qui avait fufK pour commencer à déchirer l’autre.
- 48^-Epreuve VII.Nous avons coupé deux lanières de même longueur & de même largeur, & à des endroits femblables j l’une au chapeau du fieur le Prevoft, l’autre au chapeau de comparaifon : nous les avons coufuesbout à bout l’une de l’autre , & ayant fixé cet aflemblage par l’une de fes extrémités , nous avons tiré par l’autre pour favoir laquelle des deux bandes ou lanières s’alôngerait le plus.
- 486. Celle du chapeau du fieur le Prevoft s’eft alongée d’un douzième celle de l’autre chapeau s’eft alongée d’environ un fixieme ;& cette épreuve ! ayant été réitérée trois fois avec de nouvelles bandes , no Us avons toujours eu de femblables réfultats.
- . 487„ Epreuve. VIII. Nous-avons'tiré de pareilles bandes alfembléfes deux à, deux, comme les précédentes, jufqu’à les faire rompre i & par quatre’ épreuves , faites dé fuite, lions avons toujours vu que la bande provenant, du chapeau de poil pur ,• caftait la! première. 1 ‘
- J 488. Epreuve IX. Nous avèns coupé aux deux- chapeaux des Bandes de quatre lignes de largeur, &les ayant aflbrties deux à deux,nous les avûiis foumifes à l’épreuve fuivante.
- • 489. Chaque bande a été pliée & repliée en fens contraire, cinquante ou fûixantè fois de fuite , & au même endroit j.à chaque fois on a frappé trois coups lut le pli, avec un marteau & le plus également qu’il a été poffible. Oit l’à elifuité fixée par un bout, & l’on a attaché à l’autre bout un bafiin de Balance que l’on a chargé avec dés poids , jufqu’à ce que cette, bande fe rompit à l’endroit du pli-où elle avait été affaiblie ; & pour écarter toute prévention j la marque diftindive, par laquelle on devait reconnaître à quel! chapeau la bande appartenait, a toujours été cachée pendant l’opération.
- • 49Ô.'Cette 'épreuve'réitérée trois fois, nous a fait voir conftammenty
- que lès bandés tirées du chapeau du fieui le Prevoft Soutenaient fans rompre, fix à fept-livres au-delà du fpoids qui faifait cafter celle du chapeau de-pur poil. ' ' *:!
- -49 r. Nous avons encore pris aux deux chapeaux dé pareilles Bandes,*que" nous avons1 trempées paire par paire dans diff érèns' débouillis, à deffein de '
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- JR T D U CHAPELIER.
- reconnaître laquelle des deux étoffes retiendrait mieux la teinture,
- 492. Epreuve X. Deux de ces bandes , trempées enfemble. pendant dix minutes dans un débouilii fait avec deux gros de favon blanc fondu dans une livre d'eau de la Seine , & entretenue bouillante ., n’ont paru déteintes ni l’une ni l’autre.
- 493. Epreuve XL Deux pareils échantillons ayant été tenus pendant quinze minutes, dans un débouilli fait avec une once < de tartre rouge, & autant d’alun de roche, fondus dans une livre d’eau de la Seine, toujours bouillante, ont paru eitfuite fous la couleur d’un gris de capucin; & celui du chapeau dulieur Ie'Prevoft, était devenu un peu plus roux que l’autre.
- 494. Epreuve XII. Deux gros de fel d’ofeille fondu dans quatre onces d’eau d.e rivière prefque bouillante, ont faitgrifer confidérablement-en moins d’une minute , .deux échantillons pareils aux précédens j mais l’effet a été encore un peu plus fenfible fur celui pris au chapeau du heur le Prévoit.
- 49Ç. Epreuve XlIl.Xh\ gros d’eau-forte ordinaire , affaibli avec douze gros, d’eau commune, un peu plus que tiede, ont.fait grifer en cinq, fécondés de tenis les échantillons, & l’effet a encore été' plus fenfible fur l’étoffe du fieur le Prévoit que fur l'autre.
- 496. Les obfervations & les faits réfultans des épreuves que nous venons, de rapporter, font autant de motifs parlefquels nous nous croyons obligés de donner notre avis, en difant: 19. Qu’on peut fabriquer des chapeaux,' dans la compolition defquels il .entre le tiers, ou même la moitié de foie,-Voyez les deux premiers'articles de ce rapport. 2Ç. Que les chapeaux où il. entre.,.de la^l'oie, ne font point auifi beaux que ceux de pur poil, fur-tout quand ils font teints & apprêtés. Voyez l’article III du rapport. 30. Que la couleur noire , aux chapeaux ou il entre de la foie , ne nous paraît point auifi tenace qu’à ceux de pur poil. Epreuves XI, XII & XIII. 40. Que des chapeaux tels que ceux que nous avons vu fabriquer chez le fieur le Prévoit,, font l propres à garantir la tète de fardeur du foleil &:derla pluie , pour le moins auifi bien que des chapeaux de pur poil, de même, poids & de/nème prix. ! Expériences I, II, ,111,1V & V. 50. Que l’étoffe defdits chapeaux,,bien loin dé fe tacher, de fe déchirer, de fe calfer plus aifément que celle;des chapeaux de pur poil, comme 011 l’aurait pu foupqonner, paraît avoir au contraire à cet égard qjelq> davantage fur ceux-ci. Epreuves VI, VII, Vïïî & IX.
- 497. Concluions. Les chapeaux, dans la composition defquels il entre de la foie, ne different donc du chapeau de pur poil, que par des défauts ' qui ne., tirent point à conféquen'ce , ni pour la bonté , ni, pour la durée. S’il eft vrai , comme l’affurë le fieur le Prévoit, que la foie qu’on y emploie coûte beauv coup moins que les matières dont elle tient la place, & que le rabais qu’elle occafionne fur le prix des chapeaux , compenfe &ffiiammentce qui peut leur
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- ART D U CHAT E L I È E.
- manquer du côté de la beauté, nous croyons qu’on doit laifler au public la; liberté de s’en pourvoir ; & par conféquentau chapelier, celle d’en fabriquer' & d’en vendre.
- A l’académie royale des fciences, ce 28 février 1764, ont ligné,
- Nollet & Clairaüt. Me Oudet , avocat. Lestoré , procureur:-
- TABLE DES MATIERES,
- explication des termes qtû font propres à Part du chapelier'.
- A
- Abattre le bord du chapeau à la foule. §.2fy.
- Abattre le bord du chapeau en appro* priant. 323.
- Agnelins d’Hambourg. 2?.
- AiLes de capade. 15-2.
- Apprêt des chapeaux neufs, 309.-Apprêt des chapeaux vieux, Apprêter. 309,
- Apprêter de bord. 918.
- Apprêterde tête. 922.
- Appreteur. 309,
- Approprier. 929.
- Approprteur. Ibid.
- Arranger le chapeau à la foule. 230* Arçon, inftrument. 19©.
- Arconner. 137.
- Arçonneur. Ibid:
- Arete , en parlant de poils- gf.
- Arête, en parlant d’une capade. if2'. Arête, en parlant d’un chapeau fait, 222.
- Arracher le poil aux peaux de caftor.
- f6.
- Arracher le poil aux: peaux de’lievre;
- Arracheur. f8i Arracheuse. 67.
- Arrondir l’arête d’une capade, jy<5;-
- Assortir les chapeaux avant la tein* ture. 277r
- Attacher la coëffe aux chapeaux.443> Avaloir , inftrumenc. 280.
- B.
- BagüetteR l’étofFe des chapeaux, n j* Bain de la ceinture. 289*
- Bancs de la foule. 198.
- Bassins de l’apprêt. 31 Bastir le chapeau. 168.
- Battre à l’arqon. 143.
- Bec de corbin, partie de l’arçort. 13'r^ Billot, dépendance de l’attelier de?
- la teinture. 279.
- Bloc de l’apprêteur. 317.
- Bois d’Inde pour la teinture. 289-Bonnet à l’anglaife.
- Bonnet de pofte ou en bateau. îffr Bourdalou e. 94<S.
- Bourgeon dans l’étoffe que l’on card& 123. .
- Boutique du chapelier. 338. Boutons aux bancs de la foule, rpgi-Briser en cardant. 123. 1
- Brosse appartenant à la foule. 2©T,« Brosser la teinture. 30p.-Buée de l’apprêt. 31p.
- Bureau , partie de la foule.'2ojv
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- ART B U CHAPELIER.
- C D
- Calotte (mettre une), iii.
- Calotte à oreilles. $f6.
- Çapades , maniéré de les préparer. 128-
- Carde, infiniment pour peigner la * laine & le poil. 121.
- Carmeline ( laine de ). 23. Carmenie (laine de). Ibid. Carrelet , ou petite carde. 81. Carte , inllrument. if 3.
- Castor. 34 & fuiv.
- Chameau ( poil de ). 33. Chanterelle , partie de l’arçon. 13 3. Chapeau commun.96.
- Chapeau en cabriolet, 371.
- Chapeau feutré, n.
- Chaude ( donner la). 29 r. Chaudière de la foule. 192. Chaudière de la teinture. 28?. Chaudière du d égorge âge. 281. Chaudière de l’apprêt. 311,
- Chevalet de l’arracheur. f8* Chevillettes dans les étuves, 261. Chevrons, ppili 32.
- Chiquettes. f^.
- Choc , inllrument de là foule. 201. Çlale fur l’établi de l’arçonneur. 139. Clayon , outil de l’arçonneur. Ibid. Cloche (mettre le chapeau en). 2fu. Coche (la). 136,
- Coeffe de chapeau, en treillis ou en fatin. ? 40.
- Coquille (mettre le chapeau en). 271. Çouper en bagù.ettant. 1 ig.
- Couper le caftor & le lapin. î6.
- Couperose. 289.
- Coupeuse- 8ï-Couteau de la. eoupeuie. 82.
- Coytern de- la repalfeufe. 63.
- Crin ( cordo.n de ). 54<5.
- Crin (toile de ). 2$8.
- Cuiret, partie de l’arçon. 133.
- Dauphin, chapeau. 96,
- Débourrer à la ponce. 254* Décroiser à la foule. 220.
- Décroifer au ballitfàge. 18^• Dégorgeage des chapeaux. 277-Dégorger après la teinture. Ibid. Demi-castor * chapeau. 96. _ Dorure, ioi.
- Dossiers fur l’établi de l’arçonneur. 140.
- Dressera la foule.217.
- Drejfer à Pappropriage. 524.
- E
- Eau fécondé pour fêcréter. 74. Ebarber les peaux de lievre. 69. Ebourrer le chapeau à la foule. 251. Effacer en baguettant. 118-Effacer les plis au baftiffage. 18Q. Effacer à la fouie. 2f f.
- Egoutter avec la piçce. 244. Ejarrkr. 336..
- Ejarreuse. lbidk Epluchage. f4.
- Eplucher, 5*3.
- Estamper avec lapiece. 2f2. Etoupage (piece d’) 15-9.
- ËTuyE pour Pécher les peaux fecré-tées. 78.
- Etuve de la foule. 200.
- Etuve èu teinturier. 30}.
- Etuve pour les chapeaux apprêtés.^23. Event (donner P). 29?»
- F
- Fer à repaffer de Papproprieur. 327. Feutrante( qualité ). i§.
- Feutre , étoffe du chapeau. Ibid. Feutriere ,fon ufage. 171.
- Flamber le chapeau* 244.
- Fon®
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- A R T DU € H AF ELI ER. 34Ï
- Fond de coëffe. 341.
- Forme , fur laquelle fe moule la tête du chapeau. 2f;.
- Foule (appareil de la ). 192.
- Fouie de dégorgeage. 27f.
- Fouler le chapeau {manière de). 191 & fuiv.
- Fouler au rouîet. 25u Fouler en arête. 22a.
- Fouler en lien. 221.
- Fouler en tète. Ibid.
- Fourgon, inftrument de la foule. 2if. Fourneau de la foule. 194.
- Fourneau de l'apprêteur. 514. Fourneau du teinturier. 286. FouRNEAUx des étuves. 77.
- Fragon (bouquet de). yiv
- G
- Garantir au baflin, 184* garantir à la foule. 217.
- Garantir à l’apprêt. 316.
- Garnir les chapeaux. 559, Gàrnisseur. 545.
- Gomme d’Arabie. 511.
- Gomme du pays. Ibid.
- Griser , en parlant d’un chapeau dont la teinture fe pâlie. 5^4.
- I
- Jantes de la chaudière du teinturier.
- 288.
- Jarre , poil grodier des peaux. 57. Jatte, inftrument de la foule. 201.
- L
- Laine d’Autriche. 27. haine de France. 19.
- Lambeau au baftilfage. 175.
- Lapin ( poil de). 2g.
- Lavage des laines, f r.
- Tome FIL
- Lavage des chapeaux après la tein* ture. 289.
- Laveur. Ibid.
- Lievre (poil de). 2g.
- Lustrer en appropriant. 277,
- M
- Magasin du chapelier. 579. Maniques , inftrumens de la foule, 201.
- Marcher à la carte, 173.
- Marcher à la feutriere. 172. Mathieu montre une nouvelle maniéré de fecréter les peaux. 75. Mélanges,ou compofition ft’étojàç. pour les chapeaux, ni.
- N
- Xoix de galles1.289-
- G
- Ouvrir le poil du chapeau. 22r.’ Ouvrir ( s’ ), en parlant d’un chapearç. qu’on commence à fouler. 217.
- P
- Panneau , partie de l’arçon. 15t. Pelotage. 52, n*
- Perche , partie de l’arçon. 154.
- Piece ( la ) , inftrument. 244.
- Pince de là foule. 201.
- Pince de féjarreufe. 336.
- Plier la capade. 178.
- Plier le baftilfage. 190.
- Plumet (chapeau à ). i6f.
- Poignée de la perche à l’arçon. 14t. Poignée du fer de l’approprieur. 327, Poils catis. 167.
- Poils de France. 28*
- Poils étrangers. 32.
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- ART DU CHAPELIER.
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- Poils morts. 167.
- Pointus , pièces de la dorure., a?7. Poncer le chapeau. 264-Poucier de la repaifeule. 6f. Poussoir, inllrument de la foule, 201.
- il
- Rafraîchir la teinture. 2.94. Rafraîchissement. Ibid.
- Réchaud de l’approprieur. 328* Relever le poil des chapeaux à la brode. 302.
- Rentrer a la Foule. 218*
- Repassage des vieux chapeaux. 364. Repasser en cardant. 123.
- Repajfer en appropriant. 324..
- Kepajfev les peaux d’après l'arracheur.. 63'.
- Repasseuse. Ibid.
- Retirer les chapeaux après le dégor-geage. 301.
- Retrousser le chapeau de différentes Façons. 347 & Fuiv.
- Robber les chapeaux avant la teinture. 2 6f.
- Rosette d’apprèt. 322.
- Rouler la plane. 62.
- Roulet , inlirument de la.Foule. 201. Roux , en parlant du poil de lievre. 90.
- S
- Secret, fonhiftoire.& facompofition-., 70.
- Secréter les peaux. 70*
- Soie ( chapeau de), fo.
- Suin (laine en). 44.
- Supplemens du lambeau. 17&
- ï
- Tjlmis. 238.
- Teinture des chapeaux neufs. 27% & fuiv.
- Tein+ure des chapeaux vieux. 366. Tenir les badins. 319,
- Tête de lacapade. if2.
- Tirepied de l’arracheur. fg.
- Tours de coeffes. 341.
- Travers , pièces de dorure.
- Treillis d’Allemagne. 340.
- Treillis de Cholet. Ibid..
- V
- Ventouse de la foule. 200.
- Verd en parlant de poil. gf. Verdet, pour la teinture. 28^
- Vigogne ( laine de ). 24.
- Vigogne rouge. )bid.
- Vigogn s b 1 o n d e. 2 6.
- Violon, inftrument en ufage dans-quelques Fabriques. 120.
- Voguer à l’arçon. 143.
- Voler, en parlant du poil que l’on? baguette ou que l’on arçomie. 109..
- Fin. de Fart du chap&lmx
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- T
- DU T O N N E LIER
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- Far M. Fougeroux de Bondaroy*
- Xx ij
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- ART
- I> V TON N EUE R (0..
- r..JL E'problème que ré fout tous les jours lé tonnelier en coiiftruifant ua tonneau , attirerait toute notre attention, fi cet: art ne faifâit que de naître ? & que pour la première fois on~nous, préfèntât une futaille au fortir des mains de l’ouvrier. Nous admirerions fans doute quelle induftrie & quel foin a dû exiger la conftru&ion d’unvafé formé dè pluiîeurs planches réunies feulement-par des liens de bois (2 )., qui contient une quantité donnée dè liquide, fous une forme aifée à tranfporter, & là plus- propre à fôuifrir un allez grand eboe, fans permettre à. la liqueur qu’il renferme de fe. p,erdre» Les calculs dû géomètre.échoueraient où l’habitucTè & prefque une. fimple routine de-l’ouvrier réufîiifent aifez bien..
- 2. L’art du tonnelier eft fort ancien, & paraît? être venu promptement au degré, de perfection auquel-nous le voyons aujourd’hui. Cependant il eft-encore inconnu'dans quelques pays. Dans quelquesrams dè ceux-ci, où les* feois font rares, on tranfporte les vins dans des peaux enduites de goudron ©u de poix *,& l’ùfage de garder les .vins dans .des vafes de terre ,-fe conferve encore aujourd’hui dans quelques provinces..
- 3. Pline donne aux Biémontais (3) le mérite1 d’avoir les premiers fait' ufage des tonneaux.,De fon tems ils--les-e-nduifaient dé poix (;£-).
- (1) Ladefcriptiôn dercet art fut publiée par l'académie en 1763-, traduite en 176ç; Elle eft placée au commencement du cirt-^.uietne volume de l’édition allemande» On n’y a ajouté aucune note , quoique les tom neliers Allemands aient pouffé cet art beaucoup plus loin que les Français.
- On.ft fert auili.de cercles déféra
- (a) Livre XIV, drap; 221.
- (y) Le rédacteur de l’article tonnelier, , dam l’Encyclopédie , corrigeune inexa&h tirde qui s’eft gliffee - dans ce mémoire. L'e mot de- Pline défi'gne-en général -les peuples, placés aux- pieds des Alfts.
- (b) Quelques auteurs prétendent que îé: jnot-j)oin$on vient àejpmitm, en- faus«.ei&-
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- 4. Dès l’an 70 cb Perc chrétienne, fous Tibere & Vefpalien, l’on con-naiiiâit les moyens de fabriquer des vafes de plusieurs pièces de bois, réunies par des liens. Il y a près de 1900 ans que Varron , Coiumelie, &c. en nous donnant des préceptes fur l’économie rurale, nous ont parlé de vafes formés de plulieurs planches aii'emblées avec des cercles de bois. L’idée qu’ils nous, en ont laiifée, parait s’accorder très-bien, pour tadforme & les dimenlions, avec les tonneaux que nous conltruifons aujourd’hui.
- Le mot des latins doliwn, qui ligmEe en notre langue tonneau, s’attribuait chez eux à de grands vafes de terre deltiués à mettre du vin ( a ). Le mot dolare, applanir, unir , d’où elt venu do hum, convient aulîi à nos futailles, dont les douves ou planches qui fervent à les former, ont été dreifées & unies avant de les alfemb'er. L’outil qui fort à les travailler, a confervé , comme nous le dirons, le nom de doloire, & le mot tonnelier , en latin do tarins, a tiré fon nom des tonnes ou tonneaux qu’il fabrique.
- 6. Les vafes de terre n’étaient pas les feuls vaideaux dont les Romains faifaient ulage pour conferver leurs vins. I! elf conlfant qu’ils conllruifaienfc des efbeces de tonneaux, & de petites cuves de bois, qu’ils nommaient cnlei (b;. Elles contenaient environ deux muids & demi.
- 7. Les bois autrefois très-communsren France, y ont introduit de bonne heure l’art de la tonnelerie f & depuis bien du teins, P ulage auquel on d.eifine les tonneaux, pour gatder les vins & les traufporter, nous les-tont
- tendant vas, à ciufe de la poix dont on les enduifait en-dedans.
- (a) Les anciens Romains dé lignaient par plulieurs noms les grands vafes de terre, dont ils fe fervaient pour conferver leurs vins;,& ils les conflruifaient, fui van. t le rapport’deqalufieurs.auteurs , de pure craie, Jincera crefa , fée liée au foleil & cuite au fou*r. Baccius , dénaturait vinorwn hijlo-T’.a , de vinis h ali a , lib. I, cap. 16. 11 paraît par ce que dit cet auteur , & par diffère ns palfages des latins , qu’ils fabriquaient des vafes de terre de plulieurs grandeurs. Les uns, & c’était les plus petits , fervaient à contenir le vin dans le tems qu’on en fai-fait ufage Les autres plus grands renfermaient le vin qu’on voulait garder. Le plus petit vafe fe nommait lagena. C’était une grande bouteille ou un flacon. Les moyens, t.da, a tegendis vinis. Baocius dit que ce vafe était garni de cercles de fer ou de
- "plomb , qua majus vajl prœfîcnt robitr, & media Jub auriculis vajisferreo circula vrf plumbeo corroborctur , vcl tenacif.eni-culo ambiatur. Le Cad us , fuivanc le rapport de Coiumelie & de Pline , était .aiàili une forte de grand vafe , propre à mettre du vin, & dans lequel on le confervait. Enfin les plus grands vafes de terre , qu’ils nommaient dolia , répondaient fans doute à nos tonneaux Les anciens mettaient en terre les vafes remplis de vins , pour les y conferver Depuis ils ont appelle dnlium , un vafe formé par plulieurs planches retenues par des liens de bois ou cerclés i & enduites intérieurement dé poix , de réfinè & de térébenthine.
- ; U amp ho r a fervuit plutôt de mefure aux liquides , que pour y dépoter le vin. Celle qui avait deux anfes , s’appelait diota. Horace , liv /, ode 9.
- {h) Pline.v/fü.' XVIll, ck. 5.
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- rendu comme nécellaires. Mais peut-être la difette des bois, qui fe fait reffentir de plus en plus, nous rendra-t-elle indufurieux ( faut-il le dire ) malgré nous, & nous apprendra-t-elie à trouver les moyens de diminuer confidérablement la confommation des tonneaux, en récîuifant leurs ufàges au feul tranfport des vins (4). Elle nous forcera de conferver ces liqueurs dans des cîterncs ou vafes de pierre, moins fujets à dépérir, où le vin le conferve très-bien (<z), puifque ces derniers moyens font devenus plus économiques depuis la rareté des bois , & la mauvaife qualité de. ceux quon ed fouvent obligé d’employer, à la conftruction des tonneaux.
- 8- Le vafe formé de pluneiirs planch.es ou douves réunies à côté les unes des autres, fous la forme d’une elpece d’ovale, dont on aurait coupé les deux extrémités raffemblées, & retenues feulement par des liens de bois, qui les empêchent de fe féparer, fe nomme tonne, tonneau, fut, futaille ,, piece 9 poinçon, barrique , &c.
- 9. Outre les tonneaux, pièces, fûts ou futailles, dans lefquels on conferve le vin, ou qui fervent à le tranfporter, ainfï que ceux dont 011 fait ufage poür renfermer l’eau qu’on embarque dans les vaiffeaux, qu’011 nomme plus communément pièces & barriques, les tonneliers conftruifent encore des vafes de différentes grandeurs & formes.
- 10- Ce font ceux qui font les pipes, pièces ou bottes, dans lefquelles on tranfporte l’huile & l’eau-de-vie , & qui contiennent jufqu’à 32 veiets , ou 90 à 95 feptiers, & par conféqnent 72o à 760 pintes ( 8 pintes font un feptier).. Le fucre, divers poiffons de mer falés, comme hareng, morue, thon, far-dines, anchois, .&c. nous parviennent ordinairement dans des barrïls, dont les dimenfions ne font pas réglées. On a donné le nom de caques à quelques-uns de ces barrils. On conferve dans de petits barrils le vinaigre,, le verjus ; & dans de plus petits encore, la moutarde, les olives, &c.
- U. La poudre à tirer qu’on tranfporte, & celle qu’on embarque, fe met
- (4) Dans les pays de vignobles, où l’on a introduit l’ufage des legrefafs , grands tonneaux capables de conferver une très-grande quantité de vin dans un très-petit efpace, l’économie des bois fera confidéra» ble. Une cave montée en futailles de ce calibre eft approvifionnée pour cinquante ans & au-delà, moyennant les réparations & les foins convenables.
- ( a ) Plufieurs provinces, -même du royaume , font ufage de citernes en ciment
- ou en pierres, pour conferver les vins.. Voyez Scheuchzer, iter Alpinum féaux-dum , pag. 71.
- EJl .id paraüclcpipedum mere faxeum , 1 yo circiter amphoramm capax, in triai dijlincia conceptacula dwifum (pro tri-pli ci vinorwn gencre rccondendo ) , qiue fngula quinque pedes funt lata , feptern longa, totidemque ait a ; ornnia vinum con-favant optinie.ncc ulio alitno fapereim-buunty&c.
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- aulfi dans de petits barrils. Le barril plein de poudre efi ordinairement du poids de cent livres.
- 12. Les tonneliers conftruifent les cuves pour les teinturiers. Ceux de bon teintdépofent leurs étoffes dans des cuves de bois, pour les y préparer à recevoir la teinture, & les y meure au bain. C’efè dans des chaudières qu’ils font prendre enfuite à ces étoffes préparées la couleur convenable.
- 13. Les tonneliers font les cuves dans lefquelles on dépofe le raifin aufl*» tôt qu’il eft coupé , & où le vin fe fait & féjourne jufqu’à ce qu’il foit en état d’ètre tiré; les cuviers où fe coulent les leffives pour blanchir le linge; les demi-futailles qui fervent aux falpltriers à couler les lelfives des platras pour en retirer le nitre ( on les nomme aulfi cuviers ) ; les tinettes où l’on, dépofe le beurre falé & le beurre fondu; les faunieres où l’on réferve le feF dont on fait ufage journellement ; les brocs, féaux, feilles, barattes, bidons, &c. Généralement tout vafe confiruit de plulieurs planches aflemblées & réunies par des liens de bois , de fer ou de cuivre, reifortit du tonnelier.
- 14. Ce font encore eux qui, dans certains ports de mer, font chargés de faire les boules , quand elles font conttruites avec des planches jointes enfem-ble fous la forme d’un cône tronqué, ou d’un barrillet que l’on calfate, & que l’on goudronne.
- i^. Sans entrer dans de grands détails fur la fabrique de ces différens ouvrages qui appartiennent au tonnelier, nous croirons avoir rempli notre objet, en nous étendant fpécialemént fur la conllruction des tonneaux. Il fera aile de faire l’explication de ce que nous en aurons dit, aux autres vailfeaux que les tonneliers conftruifent toujours en moindre quantité.
- 5 6. Les tonneaux , pièces , fûts , futailles, &c. contiennent plus ou moins de liqueur, fuivant leurs dimenfions; & le nom devrait indiquer cette quan* tité de liqueur qui eft fixée fuivant l’ufage du pays.
- 17. La barrique, la piece ou le poinçon, doit contenir deux cents quarante pintes de Paris. Il faut deux pièces pour faire ce qu’on appelle à Orléans le tonneau.
- 1-8* La piece remplie de vin pefe cinq cents livres, & le tonneau par conféquent un millier.
- 19. On divife encore la piece en deux parties, qu’011 nomme quarts. Le quart contient cent vingt pintes; le demi-quart, foixante pintes; & le barril, vingt pintes.
- 20. Il ferait difficile de fpécifier précifément les différentes dimenfions qu’on donne aux pièces, 8c la quantité de liquide que chacune doit contenir. Elles varient fuivant les pays; 8c les memes noms, dans quelques-unsj lignifient un vafê différent que dans d’autres.
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- 21. Voici les dimenfions du tonneau, de la piece ou poinçon, du quart, du demi-quart & dubarril, qui font ceux dont on fait le plus d’ufage à Paris.
- La piece de 4 barriques, Longueur. Diamètre du fond Contient
- ou le tonneau. . . . 4 pieds 3 pouces. 3 pieds 2 pouces. 448 pots,
- de 3 Æ . . 2 . 336.
- de 2 3 ... 9 .... 2 . . . 6 ... . . 224.
- La barrique ou le poinçon . . . 30 ou 31 . . 2 . . . 2 ... . . 112.
- Le tiercon 2 ... 6 ... . I . . . i| . . . . S6.
- Le barril 1 . . . 8 • . • • 0 . . . 81 . • • . 14.
- Le pot contient deux grandes pintes de Paris, & un peu plus de deux pintes ordinaires.
- 22. Le tonnelier a donné différens noms à chaque partie du tonneau* qu’il faut connaître avant de le fuivre dans fon travail.
- 23. Nous avons cru devoir expliquer dans un vocabulaire les principaux termes propres à cet art, pour ne point être obliges de nous interrompre en traitant des différentes parties du tonneau, de leur conftruélion & ufage. Nous invitons les lecteurs à le confulter avant de faire la ledure de cette defcription, ou feulement lorfqu’il en aura befoin, pour s’aifurer de la vraie lignification d’un mot propre à cet art.
- 24. Le mcrrain fert à former les douves que l’on emploie dans la conftruc-tion des tonneaux, pièces, fûts ou futailles.
- 2f. De la figure des douves dépend celle que prend le, tonneau , qui n’eft formé que par leur réunion. Ces douves maintenues par des cercles, forment ce qu’on nomme un tonneau monté.
- 26. Pour prendre l’idée la plus jufte que nous publions donner d’un tonneau, on peut le regarder comme formé par deux cônes tronqués , dont les bafes feraient réunies dans la partie moyenne du tonneau. Ces cônes font cependant encore irréguliers 5 car ils font chacun formés de lignes courbes qui forment une efpece de conoïde. La partie qui, le tonneau coupé, offrirait un plus grand diamètre, & qui fe trouverait la plus renflée de la piece, fe nomme le ventre du tonneau ou le bouge.
- 27. Quand le tonneau eft monté & retenu par quelques cercles, c’eft fur le bouge ou la partie la plus renflée de la piece, que l’on pratique une ouverture à égale diftance de fes extrémités. On la nomme trou du bondon. Le bondon eft le bouchon de liege ou de bois, qui fert à tenir fermée cette ouverture, quand on n’en fait aucun ufage. ^
- 28. Le traverjin fert à former les fonds du tonneau. Un fond eft compofé de, plusieurs planches , &,chaque partie du fond; prend un nom différent e fuyant fa forme & la place qu’elle occupe.
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- 29. Ces pièces qui compofent le fond, entrent dans une feuille qu’on appelle jable. Les deux extrémités de la piece, depuis le bord des douves ou la circonférence de chaque bout de tonneau jufqu’au fond , portent aulfi le même nom.
- 30. Les tonneliers vendent les tonneaux garnis feulement de leur fond & de. quelques cercles. Quelques mois après que le tonneau eft rempli de liqueur, quand il eft deftiné à ëtre.tranfporté, le tonnelier vient le barrer, le fommager, & ôter le trop-fond., ou le rentaluer.
- 31. Le ternie de barrer lignifie ajouter, pour retenir chaque fond du tonneau, une traverfe placée dans un fens oppofé à la dirèdion des planches du fond. O11 la nomme barre. Elle eft alfüjettie par le' moyen de çlulleurs chevilles.
- 32. Le mot fommager s’entend de deux cercles doubles qu’on appelle fcm~ miers, que le tonnelier ajoute au tonneau pour lui donner plus de force, & fouiïfir les chocs qu’il peut efliiyer en le tranfportant ou le roulant-Nous entrerons dans un plus grand détail fur ces termes, & les autres propres à l’art de la tonnellerie. Mais nous avons cru devoir aider ici à l’intelligence de ces noms, qui nous auraient arrêtés en décrivant la conftruclioii de. certaines parties, & fur léfqueîles il eft bon d’avoir des connailfances-générales avant que nous en donnions de plus particulières.
- 33. Le tonnelier eft obligé de fe procurer plusieurs outils qui font nécef-faires à fon art. Les outils font le rabot, la colombe y \à pleine ou plane ,1a /elle à tailler ou le chevalet, la [elle à rogner y le charpi ou le tronchet, la do loire , la tire ou le tirtoir pour les cercles, la vrillera barrer ou le barroir, la feie ou le feuillet à tourner, la frie à. main , Xaffeau , Yajfette, le tire-fond, le cochoir le compas s Xutinet pour les tonneaux, celui pour les cuves , la bendenniere, hfergent, Xèt an choir, le batijjoir, le jabloir pour les tonneaux, celui pour les cuves , les maillets, les chajjoirsle coutre & là mailloche, le foret, le perçoir & la vrille.
- 34. Avant de décrire remploi que fait le tonnelier de ces outils, nous-
- invitons aulli le ledeiir à‘jeter les-yeux fur la dèfcription des figures, pour y prendre une jufte idée"de leur forme, & fe familiarifer avec les outils* propres à ce métier. Nous y femmes entrés dans les détails nécelfaires pour les faire ..connaître^ & aidèr àfuivre ce que nous allons rapporter fur l’art du. tonnelier. Nous avons cru devoir préférer cet ordre, pour né pas joindre â nos deferiptions des- détails d’outils, qui ne feraient que faire perdre de vue-nôtre but principal', qui fe bornera pour lors à expofer l’ufage que fait de ces outils l’ouyrier qui conftruit desftohnéauxl( 54)-’ —
- ( f ... .,1 ». • ..... . . . ,r , ; • , '
- ‘ (ç) E*e.rdrejçus l’a«teur[a préféré.; dans cettè 'dilfèrtatlon '/'différé de celui’ eut retire
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- 3T- On trouvera peut-être que nous,nous fomtnes trop étendus e» décrivant les outils du tonnelier, & que nous ..avons.'donne une'longue explication des deliins que nous en avons faits 3e mais le leéteur fe rappellera que nous avons féparé la defcription des outils, de leurs ufages, pour qu’il pût s’épargner Pennui de les lire , s’il peut s’en palier, & fi la feule irifpedioti de la figure lui fuffit pour deviner l’emploi de chaque outil. Ceux qui auront befoin d’avoir recours à leurs explications, nous feront peut-etre un reproche tout différent.
- 36. La plupart des outils du tonnelier, dont différentes parties font en fer, s’achètent chez les taillandiers. Les tonneliers les montent eiifuite, & les emmanchent comme il leur convient, en leur donnant la forme la plus pro pre aux ufiges auxquels ils les deffinent.
- 37. Pour traiter l’art du tonnelier avec ordre, nous diviferons fon travail , & nous le rendrons en plufieurs articles leparés.
- 38- Dans le premier article , nous traiterons de l’achat du merrain & d» travertin, 8c de leurs premières préparations.
- 39. Dans le fécond, de la façon de monter le merrain & lés douves qui ont été travaillées pour en faire des tonneaux.
- 40* Dans la troisième, nous indiquerons les moyens que le tonnelier met en ufàge pour rogner & jabler fon tonneau.
- 4r. Dans le quatrième,,nous parlerons de la conftruétion des fonds d’un tonneau , & des moyens employés par le tonnelier pourJLes mettre en place.
- 42. Dans le cinquième, nous traiterons du reliagé des tonneaux, de la façon de placer les cercles qui fervent derliens-aux douves, ou de fubhituer des cercles neufs à quelques-uns qui auraient manqué.
- 43. Dans le fixisme, nous ferons une application de ce que nous avons dit fur la fabrique des tonneaux, à tout autre vaiffeau, comme cuves, cuviers, feilles , &c. aufiî du relfort du maître tonnelier.
- 44. Enfin, dans le feptieme, nous décrirons certains ouvrages qui font du relfort du tonnelier, comme la defeente des pièces de vin, d’eau-de-vie, d’huile, &c. dans les caves ; la façon de tirer lés tonneaux des bateaux qui les ont amenés, & de les mettre fur le port où 011 les décharge. Enfin nous dirons un mot de la conftru&ion des boudons, des fojjcts, & de la fente de
- dans les deferiptions précédentes. Je fens les raifons de ce choix; mais j’avoue que j'aurais mieux .aitné la méthode ordinaire. La defcription des outils , quand elle eft bien faite , me parait être , dans un livre comme celui-ci, ce qu’eft une bonne définition dans les ouvrages didactiques d'un
- autre genre. Cependant, comme je me fuis impofé la loi de ne rien changer au texte approuve pat l’académie des'fciences , je n’ai pus voulu tranfporter dans le corps de l’ouvrage les deferiptions d’outils, que l’auteur a renvoyées à.la fin. . , :
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- l’ofier dont fe fervent les tonneliers pour attacher leurs cercles.
- 4f. Nous avons fait tout notre poflible pour nous rendre très-concis en traitant ces différens objets ; & nous prévenons qu’on ne trouvera ici qu’une fimple defcription méchanique de l’art de la tonnellerie. Nous aurions defiré le voir fufceptible de quelques autres détails : le travail que nous nous fom-mes propofé, en ferait devenu moins fec & plus fatisfaifant.
- 46. Quoique les ouvrages du tonnelier méritent notre admiration pour leurs inventions, nous devons avouer cependant que les différentes opérations de cet art une fois connues, l’ouvrier peut les exécuter , conduit feulement par routine. Pour devenir maître, il n’a befoin que d’une habitude qu’il lui ferait difficile de ne pas acquérir en peu de tems.
- 47. On conftruit ordinairement des tonneaux, pièces ou futailles, en plus grande quantité, dans les endroits qui font les plus abondans en vignobles, fi le bois de chêne y eft commun; ce qui arrive quand ils font proches de quelques forêts, ou que les bois peuvent s’y tranfporter aifément.
- 48. L’attelier du tonnelier, dans les endroits où Pon conftruit le plus
- de tonneaux, confifte ordinairement dans un hangard affez fpacieux pour placer plufieürs ouvriers, & les outils convenables à leur métier ; & dans l’intérieur des villes, comme dans Paris, dans de grandes boutiques. Il faut outre cela à tous les tonneliers des magafins couverts, pour arranger l’ouvrage fini; & des cours, pour y dépoter leurs merrains ou les douves préparées : car plus le bois eft fec & vieux fendu, meilleur il eft pour la conftru&ion des tonneaux. ' ’
- ART IC L E PREMIER.
- De l'achat du merrain, du traverfin, & de leur première préparation*
- 49. Les tonneliers font provilîon de merrain &de traverfin, & lachetent des marchands de bois qui, dans l’exploitation des forêts de chêne, réfervent une partie d’une vente pour cet ufage (6 J. Nous n’entrerons pas dans un grand détail fur le premier travail du merrain & du traverfin ; ce ferait fortir de notre objet, qui fe borne à décrire Part du tonnelier. Nous dirons feulement que les marchands de bois deftinent à cet emploi des parties droites de gros arbres, mais qui ont peu de longueur & de largeur. Dans une vente,
- (6) Dans les pays où les bois font à por» miere main , tous les bois qui leur font né-tée, & où les métiers ne font pas gênés ceflaires. L’auteur parle ici des tonneliers par des.réglemens & des maîtrifes-, les ton- de Paris, qu’il a confultés. neliers achètent eux*niêmes de; la pre-
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- ART DU TONNELIER.
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- l’intérêt &’;le profit du marchand confifte à ménager le travail de fon bois, & l’emploi qu’il peut en faire. Il eft très-commun dans les forêts de trouver des bois qui ne permettent pas une parfaite divifion. Ceux-là ne peuvent pas être roulés (7) , & ne peuvent par conféquent fervir à faire de la fcrche (<z}; 011 leur lai lie pour lors plus d’épaiffeur, & l’on en forme du merrain. Les parties de bois qui font encore plus courtes, font deftinées à former du traverfin.
- qo. Pour faire du merrain, on préféré, & l’on emploie ordinairement le bois de fente (£); quelquefois cependant on fait ufage de bois refendu, pour en coiiftruire des pipes, & même des tonneaux. Les douves faites ainli de bois refendu à la fcie, relient ordinairement plus épaiffes & plus difficiles à travailler, parce qu’elles ne font pas partagées fuivant .les fibres du bois ; & dans les endroits où l’on emploie cette efpece de bois, on a le foin, enlefciant, de leceintrer, pour avoir moins de difficulté à former, comme nous le dirons par la fuite, ce qu’on appelle le bouge du tonneau.
- 51. Le merrain & le traverfin doivent donc être pris dans du bois de quartier , dont on a fouftrait Vaubour; autrement les douves qu’on en formerait, feraient fujettes à fe cojfiner, & céderaient d’être propres à la conftruction des tonneaux.
- qz. Nous avons dit qu’on choififfait ordinairement le bois de chêne, pour en faire du merrain & du traverfin, parce qu’il faut un bois ferré, & qui ne pourrilfe pas aifément. Sans doute d’autres bois pourraient auffi y être employés utilement, en rejetant cependant les bois tendres , que l’on nomme bois blancsy qui fe fendraient, imbiberaient le vin,& pourriraient promptement dans des caves humides. Il ne faut pas non plus employer des bois qui conferveraient de l’odeur, qu’ils pourraient communiquer au vin, en changer le goût, le rendre défagréable.
- On fe fert auffi deschâtaignier & de hêtre. On prétend même que le vin fe perfectionne dans cette derniere eipece de bois; qu’il y prend un goût
- (7) Cette opération fc fait en féparant les cercles concentriques , ou en amincif-iànt les pièces, enforte qu’elles puilîent fe plier aifément.
- (a) Bois rqulé s'entend de celui qui, après avoir été fendu, eft roulé , pour fervir à faire de la ferche , &c.
- (b) On appelle bois de fente, celui que l’on a divîfé en planches ou lames minces, à l’aide d’un outil nommé coutre, en le partageant fuivant les fibres du bois (g
- & bo:s refendu, celui qui a été féparé avec la fcie.
- (8) La plupart des bois de chêne, employés à la fabrication des tonneaux , eft du bois de fente. Les billots coupés d’une longueur convenable, font partagés en quartiers, & enfuite en pièces d’une épaif-feur proportionnée à celle que doit avoir la douve. On fe fert pour cela de la fimple hache , & de coins de fer, qu’on fait entrer à grands coups de ma (Tes de bois.
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- gracieux:. Dans les pays méridionaux, ïe mûrier eft employé par les tonneliers pour en former des barriques ou pièces à tranfporter le vin, & fur-tout à lu conftruétion de petits barrils, fceaux, feilles, &c. Us fe fervent du châtaignier pour former des pièces ou barriques à contenir de l’huile : le mûrier eft trop tendre, trop fpongieux, pour pouvoir fervir à cet ufage. On croit que l’huile durcit le châtaignier, & qu’ainfi humedié , il rélifte plus long-tems que tout autre à la pourriture; mais il faut que le châtaignier foit jeune; le vieux châtaignier eft perméable, & dépenfe beaucoup de liqueur. Enfin, dans d’autres contrées , on fabrique des barrils deftinés à tranfporter des denrées ou marchandifes feches, comme lucre, clincaillerie, &c. avec des planches de pin ou de fapin (9 ).
- 54. Les poix grades & feches nous arrivent auffi dans des barrils de lapin. Il nous vient du nord du merrain prêt à être employé. Ce font les Hollandais qui nous le fournilFent, & nous en faifons fouvent ufage dans les ports, pour en conftruire les barriques pour les embarquemens.
- • L’ordonnance qui concerne la fabrique & la vente des tonneaux, veut que le merrain & le traverlin dont le tonnelier fe fert pour les conftruire , fuient de bois fie, fans aubour, non pourri y rongé ou vermoulu , pertuifié, vergé , ni artij'oné.
- jO. La plupart de ces termes n’exigent pas d’explication. On fait que l'aubour ou Y aubier eft la couche du bois qui dans le chêne fe trouve la plus proche de l’écorce, & que l’on peut regarder comme un bois imparfait ; que les fibres du bois font moins ferrées dans cette partie de l’arbre; qu’elle imbibe les liqueurs, & par conféquent qu’elle laifterait échapper le vin des futailles qu’011 formerait avec ce bois, qui d’ailleurs fe pourrirait promptement.
- 57. Le bois doit être fiée. Si on l’employait encore verd , les vaiifeaux de l’arbre remplis de feve , lui donneraient de la mol 1 elfe ; 8c dans cet état il imbiberait les liqueurs : la preifion des cercles le refoulerait; il fe coffinerait. D’ailleurs , le bois fec gonfle beaucoup à l’humidité, & le vaiflêau en devient plus étanché (10).
- $g. Le bois rongé, vermoulu, ou attaqué par les vers, doit être aufïï
- (9) Le bois de pin ou fapin peut aufîï fervir à faire des tonneaux propres à contenir du vin; mais il dure moins que le chêne , & il confums plus de liqueur.
- (10) Nos tonneliers bien montés ont des bois en réferve pour plufieurs années. Après avoir coupé & refendu les billots , ils entaflent le merrain en qroifant les pièces,
- de façon que l’air ait un libre cours entre tous ces morceaux de bois, qui forment une efpece de tour, dont le milieu eft vuide. Ils la chargent par-deflus , fi cela eft nécefi faire , d’un gros quartier de pierre , & ils la laitTent ainfi pafler au moins tout un été. Vers l’arriere-faifon, ils tranfportent leur bois dans un endroit couvert.
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- rejeté , ainfi que celui qui fe trouverait pertuifé par toute autre caufer comme donnant Mue au vin, & permettant à la liqueur renfermée dans le vafe qu’on en formerait, de s’échapper & de fe perdre. C’eft un défaut très-» commun au chêne, que d’être attaqué par les vers (ii),. Les tonneliers ont grand foin de fermer ces trous avec des épines de prunellier;, car ils font refponfables du vin qui fè perdrait par les trous de vers qu’ils auraient laide» fous les cercles.
- f9* Le bois pourri, ou qui commence à pourrir, ne doit point être em+ ployé. On en fent allez les raifons.
- 60. Pour entendre les termes de vergé, vergeté ou bois rouge, il faut favoir que dans certaines parties de forêts, les planches de chêne offrent fur leur fuperficie des veines de-différentes couleurs. Quand le bois prend une couleur rouge, marbrée, c’eft une preuve de mauvaife qualité. Ce bois employé ne dure pas aulîi long-tems qu’un autre. Il fe charge d’humidité, & le pourrit promptement. On croit que ce défaut eft plus commun dans les bois abattus en retour; & l’on fait que le bois acquiert ce terme plus promptement dans certaines forêts que dans d’autres. Mais comme c’eft un commencement de dépérilfement, ce bois peut donner une mauvaife qualité au vin , & l’ordonnance a très-bien fait de le profcrire. On toléré feulement la; doelle du boiidon.
- 61. Le bois gras eft pris fur des arbres tout-à-fait en retour. Leur couleur & leurs Êbres non liées & tendres, les font reconnaître aifément, & doivent engager à les rejeter , comme n’étant point propres à en former: des futailles.
- 62. Les tonneliers font aujourd’hui fouvent obligés d’employer des bo,is gras pour la conftrudion des tonneaux, faute de meilleurs. Quand le bois: feft à un certain point, non feulement il Iaille perdre le vin; mais ii eft encore très-fujet à fe coftiner & à sepaigner (12). O11 éprouve le merrain; en le frappant fur le tranchant d’une pierre : s’il rompt par éclat, il eft bon ; s’il caffe net, 011 le rebute.
- 63. On n’emploie point, pour faire du merrain, les bois roulis ou roulés.. Les cercles concentriques , qu’on regarde ordinairement dans le bois comme: indiquant l’âge des arbres, fe féparent dans ceux-ci les uns des autres.. On) comprend qu’avec ce défaut, ils ne peuvent fervir à faire du merrain
- 64. Il eft aifé d’appercevoir comment une partie de bois qu’on emploie &
- (il") C’eft félon l’efpece de chêne. C’eft où il a été premièrement dépofé,& fur-
- fur-tout le bois rouge , vergé ou vergeté, tout à l’âge des bois,
- qui eft fujetaux vers. On doit auftî prendre v (12"' C’t ft-n-dire , que les douves ferons»-garde à- là faifon où il aéré coupé, au lieu pent dansTe'fable-j : _
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- faire des futailles, peut gâter le vin qu’elles contiennent. Mais il eft certain bois, fur lequel on ne voit aucune des marques que nous venons de donner, comme délignant un mauvais bois, & qui néanmoins, employés en fût ou poinçon, gâte en très-peu de tems le vin dont on les emplit. Ce bois communique à la liqueur un goût qu’on eft convenu d’appeller goût de. fut, qui lui ôte la vente, & le perd au point de 11e pouvoir plus fervir qu’à être b rît U, ou converti en eau-de-vie, ou en vinaigre.
- 6<). On ne fait quel eft le caracftere qui peut faire reconnaître ce défaut, qui n’eft que trop commun dans nos forêts. Ce ferait rendre un fervice au public, que de donner des moyens fûrs de le dinftinguer; car jufqu’à cette heure ils font totalement inconnus, & le coup-d’reil ne peut les indiqner. Il eft très-commun, entre quantité de pièces que conftruit le tonnelier, d’en voir plulieurs où le vin qu’on y a dépofé prend un goût de fût, & fe gâte en peu de tems, tandis qu’une partie du même vin tiré de la même cuve, dépofé dans le même endroit, & mis dans d’autres futailles, conferve fa qualité, & ne prend aucun goût. L’ordonnance a cependant rendu refpon-làbles les tonneliers des dommages qui arrivent aux vins dépofés dans les pièces qu’ils ont livrées ; elle les oblige de reprendre toutes celles qui ont ce goût de fût, & de les payer aux propriétaires qui ont acheté d’eux les futailles , fur le prix de la vente commune du vin ; & le tonnelier ne peut refufer de fe foumettre à la loi, quoiqu’il ait pu occafionner ce mal fort innocemment, employant un mauvais bois, faute de caraéteres fùrs pour le diftinguer d’avec un bon. Il eft confiant que les tonneliers qui ont l’habitude de manier les bois qu’ils emploient, ne peuvent prévoir & reconnaître ce défaut ; & j’avoue, que j’ai jufqu’ici cherché inutilement des marques qui pulfent me l’indiquer.
- 66. Le fût ou la futaille qui eft reconnue pour avoir cette mauvaile qualité, doit être déchiré & brûlé. On ne connaît point de moyens propres à faire perdre au bois ce goût (13). Le fût gâterait tout autre vin dont 011 le
- (iO Voici quelques moyens d’affranchir un tonneau , que l’on peut tenter de mettre en œuvre.
- i°. On fait un feu de farment dans le tonneau , avant de le foncer, enforte qu’il foit bien parfumé, fans le brûler. Après y avoir mis les fonds, on le lave avec de l’eau bouillante, dans laquelle on a fait cuire de la graine de moutarde & de fenouil.
- 2°. On remplit le tonneau gâté de marc de raifms nouvellement prelTurés, & on l’y laiffe pendant quinze jours.
- 50. Pour une piece de quatre cents pots, on prend un plein chapeau de chaux-vive, & ainfi à proportion II ne faut pas que cette chaux foit fufée. Ou la jette dans le tonneau , on y verfe de l’eau deflus, fuffifam-' ment pour la détremper; après quoi on bouche exactement le bondon. La chaux attire toute la .pourriture des douves. On lave enfuitele tonneau avec grand foin , & toute la mauvaife odeur s’en va avec l’eau de chaux. Voy. VEncyclopédie d’Yverdon,
- au mot tonnelier.
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- remplirait#
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- remplirait. Une feule douve de cette piece, employée dans la conftruétioit d’une autre futaille, la mettrait dans le même cas, & perdrait de même le vimqu’on y dépoferait (a).
- 67. A Orléans, les tonneliers achètent ordinairement le merrain au millier ajforei, qui eft compofé de 1400 de doelles ou douves de long, & 700 de traverfins propres à faire des maîtrejjes puces & des chanteaux : ce qui fait 2,100 pour l’alfortiment. Quand le bois eft de bonne qualité, il paie le millier aiforti, 200 livres : ce prix diminue quand le bois n’eft pas aufli bon* 'ou quand il n’eft pas de longueur convenable, & encore plus quand les vignes ont gelé.
- 68. Le merrain, ou doeRes de long pour les pipes, doit avoir autour de •quatre pieds ilx pouces de long} pour les muids, trois pieds deux ou trois' pouces; pour les demi-queues, deux pieds, fis à fept pouces; leur largeur, depuis quatre pouces jufqu’à un pied, & fix ou neuf lignes d’épailfeur. Ces dimenftons doivent excéder un peu les longueurs des pièces qu’on doit en former, pour que le tonnelier puifle fouftraire des extrémités des planches, fl elles font défeétueufes. On vend du merrain qui porte d’autres dimensions, pour en conftruire des cuves, des tonneaux, ou d’autres vaiifeaux qui* •font aufli, comme nous l’avons dit, du rëlfort du tonnelier.
- 69. Le traverfin propre à faire des maîtreffes pièces, porte deux pieds de' long, & depuis huit pouces jufqu’à cinq de large.
- 70. Celui qui eft deftiné à former des chanteaux, a ordinairement cinq
- pouces jufqu’à huit de largeur. \
- 71. Nous verrons dans la fuite que l’on fait des pièces ou futailles aVes -du merrain de peu de largeur; que pour lors on eft obligé d’employer un plus grand nombre de douves pour les former. Le tonneau en eft mieux joint, & plus eftimé que celui pour lequel on aurait employé du merrain plus large, qui forme des pans, & qui eft fujet à fe coffiner.
- La première préparation que le tonnelier donne au merrain & au
- traverfin.
- 72. Le tonnelier muni des outils propres à Ton métier, & du bois dont il doit conftruire fes tonneaux, choifît celui qu’il veut employer, & met à part les outils qui doivent fervir au premier travail de fon merrain & de fon traverfin. Ordinairement il deftine le tems de fhiver pour préparer fon bois,
- (a) M. Duhamel a fait faire deux futail- vin ; il les a emplies de vin nouveau qui y . les avec du merrain, que les tonneliers a bouilli , & qui n’v a pris aucun mauvais avaient rebuté , croyant qu’il gâterait le goût»
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- travailler fes douves & fes fonds , &.les metrre en état d?ètre montées. Cet: ouvrage étant achevé ,. la plus, grande partie de fon travail eft faite. Il ne lui-relie plus, pendant l’été, qu’à joindre fes douves ,.ou , en terme de tonnelier r monter fes tonneaux & les relier. Le tonnelier a. befoin, pour façonner fon merrain & fon traverfin, du rabot, de la colombe,, de la felle à tailler ou du chevalet, du charpi ou tronchet, de la oochoire, de la doloire, de la fcie à tourner, du coutre & de la mailloche.. Ces outils, préparés, & fon bois amené, il commence fon travail.. *
- 73. Pour, dégauchir fon merrain,. il prend un tas de ces planches-qu’il
- pofe contre le charpi ou billot ; & pour en former les douves de fes tonneaux,, il les. travaille féparément. Il place une de ces planches fur cette elpecede billot, formé d’une greffe malle de bois ,..pL 10, foutenu & élevé de
- terre par trois pieds ; ou bien il forme fon billot rfg> 11 ,. avec un moyeu de roue de charette. L’ouverture qui fervait. de palfage à l’aiffieu , eft perpendiculaire , & fert à pofer une haitjfe a; & il approche le. long de ce moyeu un fécond montant de bois qui, placé ainfi perpendiculairement, forme la: fécondé haujje b , qui- eft échancrée à mi-bois»,-. Il la. retient à l’aiffieu par deux petites, traverfes. La pefanteur de ces charpis ou billots- leur donne de la foiidité. C’eff fur les deux hauffes ou échajfes, que l’ouvrier place la planche qui eft deftinée à être travaillée-la première. Il la diminue d’épaiifeur avec la doloire, pl. /,J%. 12; il en ôtedes inégalités , & l’unit,.en.coupant toujours le bois de travers. Cet outil eft large de lame il eft' pefant. Les juftes proportions de la lame avec le manche , & leurs pefanteurs bien balancées , rendent cet outil aifé à manier. Il demande cependant de l’adreffe de la part de l’ouvrier. Le morceau de bois .qui fert de manche à la doloire’, fait un angle avec la lame, afin qu’elle puiffe plus aifément approcher du merrain, & le réduire à l’épailfeur convenable,, fans que.la main de celui qui. tient l’outil, le gène dans fon travail»
- 74. Le tonnelier dole (14 ),/?/. I, fig- r, en appuyant l’extrémité du manche de la. doloire fur fa cuiife. Il pofe le pouce fur le manche de f outil! Sa main fert principalement à diriger la. doloire ; & le mouvement que le. tonnelier donne à fa cuiffe, qui s’accorde avec celui de fon poignet,'facilite-beaucoup cette opération. La doloire pefe ordinairement dix à douze livres, & l’outil n’agit prefque que par fon poids. Doler, eft le travail le plus rude (Scie plus difficile du: tonnelier. Peu. d’ouvriers dolent bien & promptement:. Auffi.dans les grands atteliers, oiu l’ouvrage fe trouve diftribué à chaque ouvrier, on fait grand cas du doleur. Cet ouvrier, quand il eft bon, gagne, jufqu’à quatre ou cinq livres par jour*.
- (14) En ail. knckeiii
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- - 7^. Comme la hauteur de la cuidé du tonnelier eft une dormit, il faut néceflairement fe conformer à cette hauteur pour celle du billot deftiné à porter la planche que doit travailler celui qui doîe, & faire enforte qu’eut opérant, il fe trouve le moins gêné qu’il eft poihble.
- 76. L’ouvrier qui dégauchit le merrain pour en former les douves* diminue de leur épailfeur dans certaines parties; •& dans celles-là, elles fe trouvent réduites à deux & trois lignes d’épailfeur, tandis que d’autres endroits de la douve coniérvent les Ex ou neuf lignes qu’elle devrait avoir fur toute fa longueur.
- 77. Une des furfaces de chaque douve doit néceifairement former une portion circulaire. Audi le tonnelier s’étudie-t-il à donner cette forme, feulement ;à celle des furfaces qui doit former l’extérieur du tonneau. A l’égard de l’autre furface de la douve qui fe trouvera dans le tonneau , comme il importe peu que dans cette partie la futaille tienne de la forme d’un polygone, on fe contente delà ureifer & de l’unir. Le tonnelier taille donc en dos-d’âne une des furfaces de fon merrain, en abattant de chaque côté fur toute la longueur de fa douve,'un peu de fon épailfeur, & lui lailfant du renflement dans le milieu : c’eft une préparation qu’on appelle tailler en roue b ,-pl. 1, fig. 13.
- 78. La planche étant bien dreflee fur la furface intérieure du tonneau, 8c arrondie fur l’extérieure, il s’agit de préparer fes côtés. Il y a deux remarques à faire fur la forme du tonneau, qui preferivent le travail du tonnelier. l°. On fait que le tonneau eft plus renflé vers fa partie moyenne, ou ce qu’011 appelle le ventre de lapiece ou le bouge (1 y), que vers fes extrémités.
- 79. Pour fe repréfenter la forme d’un tonneau, & pour prendre l’idée la plus jufte qu’il eft poftible d’en 'donner, nous avons dit qu’on pouvait le regarder comme formé par deux cônes tronqués , dont les bafes feraient réunies à l’endroit du plus grand diamètre de la futaille, fur le bouge & au lieu où fe place ordinairement l’ouverture du bondoiu Ainfi chaque douve ou doelle c, pl. /, fig. 13 ( car nous nommerons toujours ainfi le merrain travaillé), doit auffi avoir plus de largeur dans cette parrie c que vers les extrémités csd.
- . 80. 2°. Le tonneau étant formé par plufieurs douves arrangées circu-lairement les unes à côté des autres, pour que les côtés de ces douves fe touchent fans laifler d’intervalle, il faut que les douves, dans leur épailfeur, faifent une efpece de bifeau, ou aient une certaine pente ; ç’eft-à-dire , qu’en regardant la douve comme formée de deux faces, celle qui doit être l’intérieure du tonneau, doit être moins large que pelle qui doit former la furface extérieure de la piece.
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- (1 ç) En ail. Bauch.
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- 81. Pour rendre ceci encore plus fenfible, & régler la diredlion de ce bifeau , il faut imaginer les douves arrangées circulairement les unes à côté des autres, & le tonneau monté. Pour que les douves prennent la forme qu’elles donnent au tonneau, il faudrait que ce bifeau fût taillé fuivant un rayon qui, de la fur fa ce extérieure de la douve,, irait fe rendre au centre du tonneau. Cependant ee n’eft pas ablbîument fur cette diredtion que le tonnelier fe réglé en te formant. R fait bien enforte que les douves fe touchent par leur furface intérieure; mais il donne au bifeau de chaque douve une obliquité moins confidérable, qui éloigne les deux furfaces extérieures , & qui laifle fur la partie vifible du tonneau un efpace b entre une douve & fa voiline, pl. I, fig. 14. Les ouvriers appellent cet efpace la ferre. Elle eft néceflaire pour engager le bois à fe reflerrer, à fe comprimer ; & on l’y oblige enfuite par le moyen des cercles que le tonnelier ajoute pour retenir fes douves. Pour lors les rayons imaginés , partant de la furface extérieure de la douve, deviennent convergens au centre; & nous avons dit qu’il le fallait ainfi, pour que les douves ne laiflaflent aucun intervalle entr’elles. Le tonnelier appelle le clain de la douve , le bifeau (16) ou î’inclinaifon dont nous parlons , que l’on pratique fur fon épaifleur. Pour faire fon fût plus renflé vers fa partie moyenne que vers fes extrémités, il commence donc par diminuer chaque douve de largeur vers fes.deux bouts, & laifle le milieu de Ja planche de toute fa largeur. C’eft l’œil qui lui indique la quantité de cette diminution. D’ailleurs , elle n’eft point fixe. Elle doit être plus ou moins forte » fuivant que le merrain qu’il travaille eft plus large. La feule infpeôtion de fa douve pofée de champ, & vue fur fa largeur, lui indique fi le fommet de l’angle eft bien pris fur la partie moyenne de fa planche. Il n’a point d’autre réglé plus fâre ni plus exaéte. Cependant on voit peu de tonneaux varier par la forme. Us fe reflemblent tous. Il eft vrai qu’il lui refte une reflource pour reétifier la forme de la futaille; mais nous ne pouvous en faire mention que dans l’article où nous traiterons des moyens qu’emploie le tonnelier pour la monter.
- 82. Ces premières opérations que l’on fait aux douves, fe commencent, comme nous l’avons dit, furie charpi. Après avoir drefle la douve a, pl. 7, fig. I & [ 3 , avoir taillé fes furfaces, un peu bombé l’une fur fa largeur b ou, comme ils s’expriment, l’avoir taillée en roue, avoir applani l’autre furface de la douve, l’ouvrier, fig. 2, donne fur cette planche qu’il tient prefque perpendiculairement, un coup de doloire, en commençant à emporter du bois* vers fa partie moyenne c ,fig. 13 , & continuant jufqu’à fes extrémités d, e. 83- Quand le côté de la douve eft préparé, il la retourne de fa main, & en
- (16) En ail, die Ferge.
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- fait autant à l’autre côté. Enfuite, pour ne point perdre de tems, & fans quitter l’outil qu’il tient de la main droite, il change fa douve bout pour bout en. lajetant en Pair j & la retenant de la même main ,.il recommence le même travail fur fon autre extrémité.
- 84. Le tonnelier fe fert encore , pour perfectionner cet ouvrage, de la fille.* à tailler (17). La felle à tailler, quant à fon ufàge, eft l’étau du ; tonnelier pL I, fig. iy. Un coup-d’œil jeté fur les figures, fera concevoir aifément là conftrudion de cette machine & les moyens de s’en fervir. L’ouvrier affis fur la felle à tailler , pl. I, fig.3 , comme fur un banc, pofe fa douve fous l’étau , qu’il ferre en appuyant fes pieds fur une-traverfe placée en-deifous. La.planche ou douve étant ainfi retenue, il prend la plane, & diminue la largeur de la douve, en commençant, comme nous Lavons dit, de fon milieu, & on emportant toujours d’un côté & de l’autre, jufqu’à ce. qu’il trouve cette diminution. régulière. Il retourne enfuite la douve bout pour bout, l’affujettit de même fous làferre ou l’étau de la felle à taillèr, & recommence.ce même travail,.en ôtant du bois toujours du milieu vers fes extrémités...
- 85- Enfin, il achevé & perfectionne les opérations, que nous venons de-décrire, avec la colombe. (1$), pb I, fig* *6. C’eft une eipece de rabot qui, diifere des,rabots communs, en ce qu’il relie en place, qu’il'eft folide, & qu’au lieu de promener, comme Foin fait ordinairement, le fer du rabot fur la planche qu’on veut diminuer, l’on fait pafler fur le tranchant^ de celui-ci là planche ou douve qu’on veut travailler. Le tonnelier ,/>/./, fig, 4* avec cet; outil, réglé mieux la diminution qu’il veutfaire à là douve; &.iichange.cette • diminution, en appuyant plus ou moins la planche fur la colombe, &. l’inclinant un peu quand il veut former le bijeau ou lé clain de la< douve. IL continue, cette manœuvre jufqu’à ce qu’il trouve fa planche régulière. Le coup-d’œil lui fuffït ordinairement pour juger de cette régularité. S’il a befoiiii de mefure,. c’eft fon doigt qui lui en-fert. Il le place vers les extrémités de la douve, & juge paocette lîmple manœuvre de combien eft la diminution qu’il a faite aï|x extrémités, de la douve, & de quelle quantité elle fé trouve plus*, large danj? fon milieu que vers fes extrémités. Gétte diminution eft ordinai-. rement,fur une douve qui a trois pieds de long, derfix à huit lignes..
- 86. Quelques tonneliers ont.cepeiidant l’attention d’arranger & de finir une doüve avant d’en commencer une autre j 8c ils.préfenrçnt fur cette -éouve, qu’ils ont conftrüitc aufti régulièrement qu’il à été poifible, les-
- (17) En ail. die Schneidebanck. aboutir à terre, préfentant-ainfi un plan.
- (18) La colombe, en ail. Fugbanck, ré- incliné , qui donne plus de.fçrce .à.celui qu£; pofe ordinairement fur deux pieds, du côté travaille..
- «te l’ouvrier ; mais du côté oppofé elle*vient
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- autres douves qu’ils travaillent, & qui doivent fervir à une futaille d’ua même modèle.
- 87- Pour pratiquer fur Pépaifleur de îa douve la pente dont nous avons parlé, il penche un peu la douve,/?/./, fig.*4, en Ja failant palier fur la colombe du côté où il veut former le bifeau ; & appuyant fur elle, il la promené dans toute fa longue.ur.fur,; ce rabot, & en fondrait une partie de fa largeur, mais, plus du côté de la face plate que de celle qui eft en roue. Cette opération recommencée de l’autre côté de la douve, rend la furface intérieure moins large que fa furface extérieure ; ce qui, comme nous l’avons dit plus haut, permet aux douves arrangées circulairement, de fe ralfembler parfaitement, de façon que les pièces liées & ferrées ne lailfent aucun efpace par où la liqueur puiife s’échapper.
- 88- Quelques tonneliers, pour donner aux douves la forme circulaire
- que doit avoir une d,e fes furfaces, & pour former fur leur épaiifeur le bifeau ou 1 Qclain dont nous avons parlé, ont des modèles taillés fur des portions de douves. Ce font des efpeces de patrons , ou des panneaux ou ferches, fur lef-quels ils préfentent la douve qu’ils fe propofent de tailler ; & ils font enforte, en l’appuyant le long de cette planche, qu’elle fuive parfaitement le contour de la courbe que l’on a donnée nu modèle. Les tonneliers appellent ce bout de planche 1 q crochet ,pl. I ,fig. 176* 18. r-
- 89. Ces ouvriers ont différens crochets, & chacun porte une portion de la courbe du tonneau, ou de la piece ou futaille que l’on veut conilruire. Ainli, pour former, par exemple, le crochet d’un quart ou d’une demi-queue, on aura dû décrire fur une planche, avec un compas ouvert des dimenlions du rayon du quart & de la demi-queue , une portion de la circonférence de ces pièces; & à chaque douve que conlfruit l’ouvrier, il la préfente le long de cette courbe, pour l’exécuter fur une des furfaces de la douve, qui doit être employée à former cette piece. Nous verrons que dans certains vaiifeaux, comme cuviers , baignoires, & généralement tous ceux dont les différentes parties réunies ne forment pas des cercles réguliers , les douves ne portent pas toutes une même courbure , & que pour lors il faut un double crochet, pour aider à former ces différentes douves.
- 90. Sur les crochets dont nous venons de parler, 011 n’a pas achevé de décrire la courbe dont nous avons fait mention ; mais on a terminé une de les extrémités par une échancrure a, ou un angle mixtiligne, formé par-.la courbe & par une ligne qui vient aboutir à cette partie de la circonférence du tonneau , que repréfente le crochet ou patron. Cette ligne a doit fervir à donner l’angle au bifeau, ou le clain qui doit Te trouver fur l’épaiifeur de la douve , & qui doit être tracé, comme nous l’avons dit, de façon que cette ligne ne forme pas tout-à-fait un rayon du tonneau : car les douves taillées
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- lur ce patron , réunies-, doivent Te toucher par leur fur fa ce interne, & laitier un efpaee extérieurement. Cet elpace ne fe trouve rempli,, que lorfque.les cercles placés ferreront les douves : pour lors le bois fe comprimera & cet. intervalle extérieur entre les douves difparaîtra entièrement j & c’eit alors, que le bifeau deviendra un rayon de la circonférence du tonneau.
- 91. Pour tracer ce crochet & la lignea b dont nous venons de voir l’ufage,-3fe tonnelier prolonge'par un trait, fur fa-petite planche , la courbe a b ,fg. 19,. qui effc déjà tracée , & la mene jufqu’en c ; il prend fou compas qu’il ouvre d’une petite quantité ; la moindre eh le mieux. Il trace un cercle , & la prolongée delà courbe forme une corde qui coupe le cercle. Il éleve une perpendiculaire fur cette corde, qui,, à.l’endroit où elle coupe la première donne la pente de la ligne a b dont nous parlons, deftinée à diriger l’obli-qui.té du bifeau de la douve. t
- 92. Les douves préparées, le tonnelier les met a couvert, & les arrange par piles, lit par lit, les unes à côtéEdes autres , en croifant le premier rang par le fécond, &ainfi de fuite, en plaçant toujours alternativement le fécond rang dans un autre feus que le premier. Il les y laiife jufqu’au tems où. il compte s’en fervir.pour wo/z^rfes tonneaux & les relier.
- 93. Le tonnelier prépare enfuite fon traverfin-. Nous avons dit qu’on nomme, ainfi le bois qui doit lui fervir à conftruire fesdonds. Il le place fur le charpi ; & avec la doloiredl unit .une de fes furfâces, &;drelfe fa planche. Cette opération , comme toutes celles du tonnelier , doit être menée promptement.
- 94. L’ouvrier acquiert la facilité de travailler aifément le bois, avec l’habitude de le manier avec célérité.. Elle dépend en partie d’un tour de main pour, retourner la planche & la changer de furface, ou en la jetant en l’air , la retenir de la même main , pour la changer bout par bout. Si le traverfin efttrop épais , le tonnelier, fe fert du contre,pl. I, fig. 20 , pour le fendre en deux planches qui peuvent quelquefois lui fervir toutes deux. Il place pour lors-la lame du contre fur le milieu de l’épaiiTeur de la planche ; & frappant deifus la lame avec la mailloche (19) dans le fens des fibres du bois, il oblige le-coutre d’entrer dans la planche. Il appuie enfuite fur le manche de l’outil, & divife ainfi la planche fuivant fon épahfeur & dans toute fa longueur. C’eft j’adrelfe du tonnelier de bien conduire fon outil,: pour garder le. milieu delà planche. Les fendeurs qui font des ferches, des lattes, des charniers, des cercles , 8cc. fe fervent auifi du coutre ; h il devient dans leurs mains d’autant plus difficile à manier, que la piece que ces ouvriers fe propofent de fendre eh plus longue:
- 9Ï. Il 11’eh nécelfaire ici que d’unir une des fürfaces du traverfin , celle* ^ ( \7) La mailloche du tonnelier n’a rien qui mérite d’être repréfentê par une figure..
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- ART T ü TON N'E LIE R,.
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- qui doit faire la partie extérieure du fond. On 1-aifle fans aucune préparation la furface qui doit être placée intérieurement. Il faut enfuite dreffer les côtés du traverfin, qui forment fon épaiffeur. On pafle chaque planche fur la colombe» & la tenant droite , on unit fes côtés, pour que les planches placées l’une contre l’autre, ne laiifent aucun intervalle entr’elles, & fe joignent exactement. Le tonnelier, pour s’en alfurer, avant de quitter la planche qu’il travaille, a toujours foin de la préfentèr contre une autre finie, pour voir II les côtés raffemblés l’un contre l’autre, fe rapportent bien.
- 96. Letraverfin ainfi dreifé , & fes côtés bien unis , le tonnelier les met en piles , comme il a fait le merrain, jufqu’à ce qu’après avoir monté fon tonneau , il veuille travailler à faire les fonds.
- ARTICLE IL
- Des moyens employés pour bâtir ou monter un tonneau.
- 97. Vers le printems, le tonnelier monte & bâtit les tonneaux. L’ouvrage de l’hiver, que nous venons dé décrire, a confifté à préparer, à doler, & à dreffer les douves qui doivent former les côtés ainfi que les fonds de fes fûts » cela fait la partie principale de fon travail & la plus difficile. Quand il veut bâtir fes tonneaux, il va chercher-fes douves dans l’endroit où 11 les a placées, & où elles ont été arrangées en piles.
- 98. Pour monter un tonneau ( prenons pour exemple une demi-queue ou
- un poinçon) , il commence par lier quatre cercles qui ont des dimensions conformes à celles qu’il doit donner à la pièce qu’il veut bâtir* Deux de ces Cercles doivent être placés à fix pouces environ du bondoii, & avoir par conféquent un diamètre égal à celui du fût auprès du bouge, y compris l’épaifi feur des douves. Les deux autres cercles doivent être placés auprès du jable, & avoir le même diamètre que le tonneau a à cette partie. Le tonnelier, pour He fe point tromper , a ordinairement plufieurs cercles de fer de différentes grandeurs , fûivant la jauge du tonneau qu’il fe propofe de conftruire. C’eft fur un de ces cercles de fer qu’il lie les premiers cerceaux dont nous parlons. Il arrange dix-huit ou dix-neuf douves ou doelles , à peu près la quantité qu’il croit convenable pour former fà futaille. On comprend aifémentque lorfque les douves font étroites, il en faut beaucoup davantage. Il les dreffe debout * & les pofant les unes fur les autres, il leur donne une certaine inclinaifon, pour les retenir toutes avec le fecours d’une feule douve , qui placée en arc-boutant dans une inclinaifon contraire aux premières, foutient toutes les autres. Quand il peut fe placer le long d’un mur, il 11’a pas befoin de ce moyen pour foutenir toutes fes douves : il les appuie le long du mur, à portée de l’endroit où il bâtit fou tonneau, 99.
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- ^"99. .Le"tonnelier prend un des cercles qui doit régler les dimenfions dit tonneau fur le jable; e’eft pourquoi nous l’appellerons ici cercle du jable. IL place fon tire-fond,/?/. //, fig. I, dans le cercle b, pU II,fig. 2; il appuie la première douve contre ce tire-fond, qui reifemble allez à un piton de fer. Nous le décrirons plus amplement dans la fuite. Il choifit la douve la plus large pour la pofer la première ; il la met en place ; il l’appuie contre le tire-fond, & la pofe avec la main. Il met * pi. 1, fig. 7 * à côté de cette première * une fécondé, une troifieme, une quatrième, jufqu’à ce que tout le cercle foit garni. Rarement toutes fes douves fe trouvent-elles juftes de largeur, pour remplir tout le cercle &' former tout le fût. Quand il 11e refte plus qu’une petite diftance à remplir, il ôte une petite douve, & la remplace par une plus large; ou bien il en ôte deux étroites, & en met une qui ait plus de largeur que les deux qu’il afouftraites; ou il en ôte une, &|en met deux. Enfin , comme il fe propofc de remplir avec les douves tout le cercle, quand il refte une petite partie de ce cercle à garnir de douves , il trouve fouventplus court d’en travailler une nouvelle & la diminuer de largeur. Auparavant il s affine encore s’il 11e iuifirait pas d’en retourner quelques-unes bout pour bout, qui 11e feraient pas d’égale dimenfion fur les deux extrémités. Il mcTure la partie qu’il faut remplir, ou celle qu’il faut fouftraire. Le tonnelier coupe une paille pour fe rap-peller cette quantité.
- 100. Pour s’affurer files douves réunies ne forment pas un efpace plus grand du côté du fût que de l’autre, il les retourne toutes bout par bout, les arrange comme il a fait la première fois; & e’eft ce que le tonnelier appelle bâtonnier. Il mefure de nouveau la diftance entre les douves avec la paille, & cette paille lui apprend fi les douves font d’égale largeur fur leurs deux extrémités; e’eft fur cette mefure qu’il arrange fa nouvelle douve a en lui donnant les dimenfions que lui indique la paille. Cette opération fe fait fur la felîe à tailler avec la plane, comme nous l’avons déjà décrit. C’eft avec cet o.util'qu’il réduit fa douve de largeur convenable. Il la dreflé enfuite fur la colombe, & lui forme la pente dont nous avons parlé, & qui lui eft néceifaire pour qu’elle joigne exactement avec les autres douves. Cette douve que travaille le tonnelier, doit fervir encore à donner au tonneau la formé preferite ; & c’eft à l’aide de cette derniere opération que l’on pratique en le bàtiifant, que le tonnelier corrige la forme irrégulière que pourrait lui avoir donné la diminution que nous avons dit que l’on était obligé de faire, fur la largeur des douves, depuis leur milieu jufqu’à chacune de leurs extrémités, pour former ce qu’on appelle la partie moyenne & la plus large du tonneau , -ou le bouge,
- .. 101. Sucette diminution n’a pas été faite également fur les deux extrémités des douves, le tonnelier arrange fa nouvelle douve fur i’obfervation. qu’il en Tome Vil« À a* a
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- a faite î & cette douve qui doit finir le tonneau étant'achevée, il là’ met en-place.
- j 02. Quand ion eerdeeft garni de douves, il les frappe toutes en-deflus enfuite en-dedans,, pour les faire rentrer l’une dans l’autre& s’appliquer exa&ement. Il met encore un fécond cercle plus-large que le premier, & qui defcend au-delfous de celui qui a fervi de'réglé pour donner les dimenfions au* tonneau. Ce fécond-! que nous nommerons cercle du bouge, ; fort encore à retenir les douves. Il les frappe.pour les foire ferrer, & donne auffi quelques coups fur les douves pour les empêcher de revenir..
- 103. Il ne s’agit plus que d’arranger l’autre côté du poinçon.. Pour cela» le tonnelier, retourne fon fût, & le fort, pour reflérrer toutes les douves qui tendent à s’éloigner les-unes des autres, d’une machine ou uftenfile nommé bâtijfoir (20), probablement parce qu’elle fert à bâtir le tonneau. C’eft un petit treuil,pl. II, fig. 3;, loutenu dans un chaffis. L’arbre du treuil porte une corde avec laquelle le tonnelier entoure- les douves. Elle, revient s’àtta--cher au chaflîs du bâtiifoir. On relferre cette corde par le moyen, d’un, petit levier b, qui fait tourner l’arbre fur lequel elle s’entortille..
- 104. Le tonnelier a un cercle de jable tout prêt, déjà retenu parfès liens* d’ofier, & de grandeur convenable, qui porte les mêmes dimenfions que-celui qu’il a placé de l’autre bout du poinçon. Il fait paifor les.douves dans, celui-ci pour aifujettir ce fécond bout de la.piece. Il remet encore de ce côté un fécond cercle de-bouge plus grand que celui du jable , 8c qui, comme flous: l’avons expliqué , porte fur les douves plus près du bondon. Le fût ainfiï retenu par quatre cercles , eft en état d’être tranfporté. Il refte cependant en-, core au* tonnelier quelques opérations à exécuter, que nous allons décrire, dans les articles, fuivans.
- 105. Quelquefois pour faire revenir les douves plus facilement, & pour empêcher le bois de fe cafter, en lui-foifant prendre la' Gourbe que l’on veut donner au tonneau, on brûle des copeaux dans le fût. La chaleur attendrit le; hois : il devient pluslouple , & obéit mieux au bâtiifoir.
- 106. Les tonneliers ont l’attention d’exécuter cette opération dans un. endroit éloigné de celui où ils travaillent ordinairement (21), pour que le; feu ne fe communique point aux copeaux focs, ou à d’autres bois qui pour-laient donner lieu-à un incendie..
- (20) Le bâtiffoir peut avoir fon ufàge dès vafes beaucoup plüs confidérables. pour les petites pièces dont on fe fert affez’ (21) Cette opération fe fait toujours eu
- généralement en France ; mais iin’eftguere plein air ; elle eft fur-touc nécefTaire pour connu des tonneliers Allemands , qui conf- former ces grands vafes , connus fous le.-truffent fans fonfecours, & par le fimple nom allemand de légrefafs , comme j’aurajL ufage des cercles, plus ou moins grands, ©ccafion de le dire, plus bas.
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- Ï07. On voit maintenant pourquoi le tonnelier a diminué un peu de l’épaiC. leur des douves fur la largeur ; ce qu’ils appellent tailler en roue. La douve prend extérieurement la courbe, & donne au tonneau la forme circulaire que fon demande dans chacune de fes parties.
- io8- On voit encore que chaque douve, plus large dans fa partie moyenne que vers fes extrémités relferrées parles cercles, contribue encore à donner au tonneau une forme-régulière, & celle qu’on eft convenu de lui donner.
- ARTICLE III.
- Des moyens qu'emploie le tonnelier pour rogner les douves, & former ce qu'on appelle le jable du tonneau.
- 109. Le tonnelier, après avoir monté fon tonneau & fa futaille, & l’avoir retenue par deux cercles de chaque côté du bouge, réduit chaque douve à une même longueur. Cette opération, qui fe nomme rogner les douves, demande beaucoup d’attention de la part du tonnelier. Elle doit précéder celle où le tonnelier fera le jable, la perfedion de cette fécondé manœuvre dépendant en grande partie du foin qu’on a mis à bien exécuter la première.
- 110. Auparavant de décrire la façon de rogner & de faire le jable, nous devons dire un mot de deux opérations moins elfentielles que celles-ci, & moins difficiles à exécuter, mais que le tonnelier pratique toujours avant celle de rogner & de jabler. Ce font celles qu’il appelle faire le parage, & former lepas-d'afje (a') ou le chanfrein.
- in. Pour entendre ce que les ouvriers nomment faire le parage & le pas-d'affe^ il faut fe repréfenter la figure intérieure que doit avoir le tonneau. Nous avons dit qu’il formait un polygone à autant de côtés qu’il y a eu des douves employées à le conftruire, plutôt qu’une furface arrondie, parce que Tefpace compris entre des planches droites, ne pouvait pas donner une figure cylindrique.
- 112. Il fuit encore 'lavoir que la petite portion de l’intérieur du tonneau qui doit relier apparente, eft celle comprife depuis chaque extrémité du tonneau, jufqu’à la rainure du jable. Le parage eft l’opération par laquelle, dans la partie du tonneau qui doit devenir vifible, le tonnelier change la figure dé polygone qu’il avait auparavant, & lui donne une forme circulaire. Avant de parer fon jable, l’ouvrier prend fon fût retenu par quelques cercles, comme nous l’avons dit plus haut; il le pofe lui* une furface unie, pour examiner ,
- (à) L’ouvrier a donné le nom depas-d’affe probablement parce qu’elle eft faite avec à cette opération, en allem. Dtdifelfagc , VaJJ'c ou ajjcttc.
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- AR T DU T 0 N'N E L 1ER.
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- en frappant toutes les douves «Sc les faifant porter lur un terrein égal; celles, qui font plus longues qu’il lie convient à la dimenfion du tonneau. 11 porte eiifuite fon fût dans.la J&lk à r.ogmr, pL //, fig. 4.
- 113. La Telle à rogner eftune efpece d’étau deffiné à arrêter & à maintenir le tonneau , tandis que le tonnelier Pacheve & le perfectionne. Cet étau, que nous 11e nommons ainfi que parce qu’il retient la partie qu’on veut travailler,. conGite en deux fortes branches qui, réunies, par une de leurs extrémités , forment une efpece de fourche. Pour la rendre folide , le tonnelier a retenu en terre le- côté onles deux branches fe réuniffent. Il a encore arrêté l’une des deux branches à un poteau auffi enterré, & placé perpendiculairement à l’extrémité de cette branche. De l’autre côté* à. l’autre bras de la fourche, environ à un pied de ce bras, l’on a mis encore untroifieme poteau arrêté auffi perpendiculairement. Enfin , au-deifous de la fourche , de l’endroit où les deux bras, fe. réunifient,, il part, une trav.erfe qui n’a pas tout-à-fait la longueur du poinçon qui eft entaillée fur fon extrémité la plus éloignée de la fourche. C’eft entre ces deux bras de la fourche , & fur cette trav.erfe,. que porte le poinçon que le tonnelier doit travailler. Le poteau, éloigné de quelque diftanc.e de, la fourche,, contribue encore à le maintenir; ilable (22).
- 114. Le tonnelier place donc fafutaiîle dans la Telle à rogner , 3r la-main-, tient de façon qu’il ne puilfe lui faire changer de place dans cette efpece-d’étau., que lorfqu’il voudra quitter l’endroit achevé pour, en,travailler un. autre.
- 115. Pour donner au jable une figure circulaire, au lieu-du polygone: que. les-douves forment par leur rencontre, le tonnelier fouftrait dans l’inté--rieur du tonneau une partie de l’épaiffeur de chaque douve , fur-tout vers; leur milieu., & cela feulement, dans une hauteur de cinq à fix pouces, mais à. chaque bout,.afin que la rainure du jable en Toit plus régulière ,.& de faciliter-l’entré.e du fond, quand il le mettra dans.fon jable. Enfinc.ette premiers opération achevée, le tonnelier travaille à former intérieurement fur chaque* extrêmité^ des douvesauffi à chaque bout du tonneau, un bifeau ou une-efpece de chanfrein que l’on peut voir,.ou avoir remarqué fur un tonneau; achevé.
- i l 6, Outre qye-ce chanfrein donne une certaine propreté au tonneau, ( fans doute parce que nos yeux y font accoutumés ), ce bifeau.facilite encore
- (22) La félle à rogner, en ail. Endjiuhl, cher, & ce retranchement fe fait avec Ifc «ft: encore un inftrumentqui ne peutfervir dolaire. Le jable eft auffî creufé circulaire*», que pour les petites pièces..La longueur des ment à une diftanc.e déterminée du, bord du, «louves étant donnée , on les coupe toutes tonneau.,
- égales ; il y a alors peu. de chofe àr.e..tran-. ^
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- :|aîi maniement, &/le rend plus aifé à Toulever, quand on veut le faire porter fur un de feSifonds^Une principale raifonqui engage à le former, & qui rend ce bifeau nécelfaire, c’eft que les, extrémités des. douves ayant moins., d’épailfeur, il eft plus aifé d’achever de les rogner,.(comme nous allons l’expliquer dans un moment. On prétend aufîi que les planches ainli terminées • par un chanfrein , font bien moins fujettesà s\écalèr>en terme de tonnelier ; .c’eît-à-dire , que les: lames du bois,,, qui forment les. douves , fe réparent moins-, les, unes d’avec les autres» a i
- 117. Pour former cette efpecé':d,e chanfrein , la piece' reliant toujours afliijettie dans, la felle à rogner, le tonnelier enleve une partie de l’épailfeur des douves fur leurs extrémités , en amenant l’aifet à lui, & travaillant en face; de fon corps & de l’ouverture du tonneau ; au Heu qu’en formant le parage dont nous avons parlé ,il n’a devant lui que la partie de la circonférence du tonneau qu’il travaille. Il retranche .& enleve donc le long des bords des douves intérieurem.ent.la moitié de leur épailTeur, & forme le bifeau qui fait une partie des jables des ,tonneaux. .. . .
- 118- Venons maintenant aux moyens employés par le tonnelier, pour achever de rogner fon tonneau..
- 119. Le tonnelier,.pour rogner une futaille , la met dans la felle à rogner»; Nous verrons qu’il fepalfe de cette elpece d’étau pour rogner les quarts , & nous décrirons ce qu’il lui; fubftitue. j J - . > - ; . .1
- 120... Apres.donc avoir coupé avec Paflette;les douves qui débordentbeau-. coup les autres, opération qui a dû fe faire avant de former le chanfrein , iL prend fon rabot , & le promene fur-toute l’épailfeur des douves, en coupant, toutes celles qui feraient encore plus longuesyjufqu’à ce qu’il voie la circonfé-. rence du tonneau bien formée & régulière dans toutes fes parties. Une faut; point qu’il y ait de rehaut fur cette furface, parce que , comme nous allons, le dire.,. elle doit régler la rainure, dans laquelle doit entrer le fond ; St lés; mêmes inégalités , s’il y en avait; fur cette furface , fe trouveraient répétées, dans la rainure du jabte.
- 121. Le rabot emporte plus aifément les parties inutiles , & celles qui dé-, bordent la longueur que l’on veut lailfer aux douves depuis le chanfrein qu’a, formé le tonnelier fur l’épailfeur des douves : il donne au fer du rabot plu9 de facilitépour mordre fur le bois. Le tonnelier'd’une main-fait- tourner fon fût. dans la felle à rogner, tandis que-de l’autre il travaille la partie de la eircoïK. férence qui fe-préfente devant lui.
- 122. Le tonneau étant toujours placé" dans la felle à rogner, il s’agit pouf-lors de pratiquer l’efpece de-rainure dans laquelle doit entrer fe fond, & qu’onj gomme jabLe.. Le tonnelier a un outil qu’il nomme jabloire^ C’êft une elpece-de feie. ou de. trufquin 3 pi. Il, fig: 6 > deüiué à former une rainure de deux.
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- ou trois lignes de profondeur dans l’intérieur dés douves, environ, à deux pouces & demi fur les poinçons , & un pouce trois quarts fur les quarts.
- 123. Son tonneau étant bien aflujetti, après avoir mis la petite plaque de fer garnie de dents, qui,doit former la rainure, à la didance convenable, il proniene la jabloire, pi. I ,fig. 9 , tout autour de fon tonneau intérieure* ment , en ije lui faifant changer de pofition dans la Telle à rogner que lorf-qu’il voit la rainure bien formée. Il fe tient encore de côté pour la pratiquer » & appuie fur l’outil en l’amenant à lui. La piece de bois a, pi. Il, fïg. f, où eft retenue la traverfe qui tient la petite fcie, porte le long des douves : ainli, lî elles ont été rognées également, le tonnêlier eft fur aulli que fon jable fera régulier.
- 124. Dans des atteliers de tonnellerie , où chaque ouvrier a fon diftriét* „ c’eft une malice du rogneur de donnera un appreiitifùn fût mal rogné, pour (lui faire fon jable, qui jamais pour lors ne peut être parfait} car, comme nous l’avons vu, la jabloire fuivant le contour de. la circonférence du* ton* neau, les mêmes irrégularités de cette partie fe-trouveront fur le contour de la circonférence du jable.
- 125. Cette opération 11e demande pas * delà part de l’ouvrier qui forme le
- jable, une grande adreflè selle exige feulement de la force & une attention fcriipuleufe, pour qu’il ne donne pas à la-rainure plus de profondeur en un endroit qu’en un autre. La douve qui aurait été'creufée davantage , ferait trop affaiblie dans cette partie, & elle caiférait, comme il n’arrive que trop fréquemment aux toimeauxi - 4. u :•
- 126. L’ouvrier doit plutôt ôbferver l’épaideur de fes douves, que le mouvement qu’il donne à fon outil. En confultant l’explication des figures, ;on verra que la petite piece'de la jabloire, qui eft taillée en dents de fcie, porte dans une petite palette de tôle, & que la fcie 11e doit déborder la palette que de la; profondeur que l’on veut donner à la rainure du jable. Ainli, quand une fois la<fcie a enlevé cette quantité , la palette porte alors fur la douve, & l’outil 11e peut plus mordre. Mais quelquefois la douve rentre en-dedans, & elle a moins d’épaiiièur dans cette partie où l’on forme le jable s & c’eft dans ce cas où l’ouvrier ne doit ouvrir fa rainure que d’après l’obfervation qu’il a faite de la partie qu’il va travailler.
- I27> Quand, au lieu d’un poinçon, l’ouvrier forme le jable d’un quart ou d’un quarteaü, il n’eft point nécelfaire de les porter dans la Telle à rogner pour les rogner & pour les jabler. U fe fort d’un- autre moyen plus expéditif.
- 128. Il met fon quarteau en long fur une pieee ou poinçon qui porte fur un de fes fonds. C’eft un vieux poinçon défoncé, le premier qui fe rencontre, qui fert ordinairement à cetufage. L’ouvrier paife une corde par le ibondon de cette vieille futaille, & en attache une de fes extrémités, tandis
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- çne Tautre côté de'la corde1 pofefiir le quart qu’il veut rogner. A cette fécondé extrémité de la corde r le tonnelier ajufte une pierre qui , par fa pefanteur fait appuyer la corde fur le quart& l’aifujettit allez folidement. pour que le tonnelier puilfe le travailler.Pour le contenir, il met encore quelquefois le pied fur la pierre dont nous parlons.
- • 129. Le tonnelier paife encore fou bras gauche par-delfu s le quart , tandis que de la main droite-d ie rogne forme enfuite le jable, comme nous l’avons défaille poiit les. poinçons^
- '130.. Le jable fait ^ le tomielie^peut arranger les fonds qui doivent fermer les deux-'dernieres parties, dé fon tonneau, & les mettre en place, comme; nous allons le. décrire dans l’article füivant..
- ARTICLE IV..
- De là cënflmÜmv des fonds‘des tonmcmx, és? des moyens qttemplùi'e tè f tonnelier'pour les mettre en place,.
- 131. Quand le tonneau: eft monté', rogné & jablele tonnelier va chercher' le traveriin qu’il a drelfé & préparée comme nous l’avons, expliqué, & s’en? fort pour former les fonds, de fou tonneau.
- 132. On peut le rappeller que nous avons déjà dit qu’un fond eft ordk nairement compofé depfufieurs piècesfouvent de cinq , d’une plus large que'les autres, qui fait le milieu du fond , & que l’on nomme, maitfej/é^ piece ( 23 ) ; de deux autres, qui font à chacun des côtés de celle-ci, qu’on nomme aijjelieres ; & de deux dernieres qui terminent1 lé'fond, qu’on appelle chanteaux.. Letonnelier qui ménage le bois,fefert de deux petites planches,, pour former ces deux dernieres.pièces. Il s’én rencontre, fouvent qu’il a- rebutées^ parce qu’ayant ôté les parties défeétuèufes,. elles font devenues.trop, courtes.. Celles-là font encore bonnes pour en faire .des chanteaux.' Quelquefois ,quand‘fon traverlin'pbrte de larges dimenfions, au lieu de cinq pièces * il n’emploie que quatre planches : deux dont la réunion eft au milieu dif fond > & les deux chanteaux. Si au. contraire fon traveriin porté peu de largeur , il: eompofe fon fond de lîx pièces; il met deux maîtrefles-pieces, deux ailfe-lieres,. & deux chanteaux. Cès cinq,, ces, quatre, ou cesiix planches étant arrangées , le tonnelier condüit par la routine ,,plutôt, qu’inflruit des réglés.: de la; géométrie ,, prend fon Gompas,, & l’ouvre de la fixieme partie de la:
- (23) La maîtreffé piece, en al \ MitteU plus amincies; lès chanteaux, en allém? JUick, doit être plus forte ; les aiflelieres , Schartftiicke, ont un chanfrein fort làrgç, & en ail, Seiten ou Nebenjiücke , font un peu allez mince pour entrer dans k- jable,.
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- i?6 ART -D V T 0 N NEZ I E XL
- circonférence/de fon tonneau'. En prenant ce'tte'.mffürp dans,, le jable*iijpîacel pl. I^ fig.îS j lunefdes; branches de fou compas idans-le, centre de Tes planches vers le: milieu*de'celle qui doit?-former la maitreiîè-piece.jPqur retenir le tra^ verftn, il pôle ces pièces fur le fût: il met fort forgent fur‘ là piece, pour porter les planches qui vont former le fond. II. les embralfe d’une main, en les ferrant contre fon corps , tandis que de l’autre il trace fon cercle. Il porte en-fuite chacune de ces planches fur la felle à tailler > «ScenlaiTuiejttiflant,/>4 I, fîg.6, fur le banc avec le genou,il fcie les, planchesr_avec.la ou^feuil-
- let, xi tourner, en fuivaht le tràit marqué par le, compas , & giflant ce trait-franc, c’eft-à-dire, apparent, & en-dedans. Après cette opération, il.forme.un bifeau fur l’endroit coupé avec la fcie fur tout le conteur,du.fond,pour-;.que ces planches qui doivent ferviu à fa conftnufiion, puilfent entrer dans la feuillure qu’il fait au tonneau , & que l’ôii nomme jable.
- 133. Pour faire ce bifeau , le tonnelier met chacune des planches du fond fôu$ là ferre de la felle à tailler, Il la retient, en .appuyant fes 'pieds fur larvtrà-verfe au-deifous du banc s & avec la plane,fi commence par bien arrondir fou fond , en fuivant lé trait : il finit par ôter ’eii bifeau Pépailfeur des planches à la difiance d’un demi-pouce fur toute la circonférence,du fond. Ce bifeau doit avoir à peu près la même hauteur.que fon a donnée au chanfrein ou pas-d’ajfe, qui contourne la’ circonférence des extrémités du tonneau qu’on -coufiruit. Ç’eft une réglé entre,, les tonneliers , dont j ’ignorela raifoii. Il renverfe enfuite ‘chaque, planche , &'en pratique autant; fur .cçtte çlerniere, furface. Il ne.’pft.e plus enfuite qii’.â.'.mettre çn place fes fonds ainfi travaillés. Et voici coiiinieie tonnelier sy"prend polir ,açheveri cette opération. .
- 134. Il comm.encéipar lâcher,Iqs cercles déla première bande du tonneau,
- en les faifantremontér. Il met dans la rainure qu’on nomme/#, la première piece du fondappeÙée chanteau. Il fait entrer enfuite dans le.jable & approcher du chanteau' la fecoij.de piece' qui fera raiHe^ere. Il placp de. même de l’autre* cote dçla circonfçrehce^u tomieau, le chanteau, enfyitfla fec’onde ailTeîiere.i &.il;frappVfii'r' fiépailfeur des deux ailfelieres, pour, les. fqire entrer dans le jable & s’approcher de ki ^|an.che voifine^, en retenan|(lés’.doiives avec.la tire, à barrer ^ pouf faciliter l’entrée, de ces pièces’ dans le jable. Mais pour mettre en place la derniere planche, celle que l’on appelle la maurejfe-piece y comme le tonnelier n’a plus la liberté de palfer là main’pour foutenir en-deflous les planches , il fe fert du tire-fond. C’eft uiie efpece de piton 'de fer,/?/. //, fig.s 1, dont..! a meche ou pointe porte quelques rpa& de vis fort larges ,(pour-qu’il. 11e perce pas la planche d’outre en outre. Il enfonce'ce tire-fond dans la planche deftinée à former la maîtreife-piece, &lafoutient, de peur qu’elle 11’entre. trop &. ne tombe dans la futaille. Il appuie cependant affezfur le tire-fond', pour l’obliger d’entrer dans la rainure du jable. . .. .....
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- 'ART DU TONNELIER.
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- t3f. Quand cette planche a paifé le jable, & qu’elle eft trop entrée, le tonnelier, pour la faire revenir, emploie le manche de la tire à barrer, qu’il palfe dans la tète du tire-fond , qui, comme nous l’avons dit, eft formée en anneau ; & tandis qu’il fe fert de la tire comme de levier, pour retenir la pièce trop enfoncée, il frappe fur les planches voifines à petits coups fecs & redoublés avec l’utinet, qui eft tin petit maillet à long manche. Il fait ainfi rentrer cette piece du fond dans le jable, & relever fa voifine, fi elle en était fortie, & fi elle fe trouvait placée trop bas.
- 136- Le tonnelier remet enfuite les cercles de la premiers bande, qu’il avait ôtés pour avoir! la liberté de placer fou fond. Il exécute la même manœuvre pour placer le fécond fond; & fou tonneau ainfi garni de fes deux fonds, eft pour lors prêt à être livré.
- 137. Souvent il s’apperçoit, en remettant les cercles, que fon tonneau a trop de fond-, ou qu’il n’en a pas aifez. Quand il a trop de fond, les douves ne ferrent pas les unes contre les autres, & le vin s’échapperait. Quand fon fond n’a pas allez de furface, qu’il eft trop petit, les douves ne ferrent point aifez les pièces du fond, & ce dernier ne tient pas dans fon jable.
- 138* Pour remédier au premier défaut, au trop de fond, le tonnelier releve le cercle de la première bande;'il fouleve avec le tire-fond la maitreife-piece, & il la diminue fur les deux côtés qui forment une ligne droite, & fur celles qui portaient contre les pièces les plus proches. Il remet enfuite cette partie de fond en place, comme nous l’avons détaillé pour la première fois.
- 139. Quand le fond n’eft pas aifez grand, le tonnelier fe contente fou-vent de changer la maitreife-piece , & d’en mettre une plus large à la place de celle-ci; mais il vaudrait beaucoup mieux refaire un nouveau fond. Il remet en place le cercle de la première bande qu’il lui a fallu ôter : il donne de la ferre en frappant les cercles, & fes fonds pour lors font bien foutenus.
- 140. Les Provençaux, pour former les fonds des barrils deftinés à contenir de l’huile, & de peur qu’elle ne s’échappe entre les planches qui forment le fond, les joignent encore avec plus de précaution.
- 141:. Ils étendent le long de l’épaitfeur du traverfinune feuille de rofeau qui garnit les intervalles qui pourraient être reftés entre rime & l’autre planche. Ils font encore entrer une pointe de fer, ou une petite cheville de bois, qu’011 nomme goujon^ dans l’épaiffeur d’une des planches du fond, & ils le retiennent moitié dans Tune» & moitié dans l’autre des planches. Ce goujon fert à les aifujettir & à les empêcher de fe déjeter par la chaleur, & confé» quemment il rend le fond bien plus foîide. On garnit fouventlés fonds de cei pièces, futailles ou barrils, d’une couche extérieure de plâtre, pour empêcher rhuile de tranifuder & de fe perdre.
- 142. Le tonneau garni de fes fonds & fouteau par des cercles, eft en;étafc Tome VU. B b b
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- d’ètte vendu & livré. Le tonnelier, fi l’acquéreur le defire, en lui livrant le tonneau , y pratique une ouverture au milieu d’une douve & à égale diftance de fes deux extrémités fur le bouge de la piece. On la nomme Vouverture du bondon. Elle elt deftinée à entonner le vin ou la liqueur dont on doit emplir le tonneau.
- 143. On fe fert, pour former cette ouverture, d’une efpece de vrille ou tariere,/?/. ll^fig. <5, appellée bondonniere ; & ordinairement celui qui elt chargé de faire le trou du bondon, choifit la douve la plus large & la plus mauvaife. Les deux douves qui accompagnent celle-ci, peuvent même être défeétueufes ; pourvu qu’il ne s’y rencontre pas de trous ni de fentes qui puif fent permettre au vin de fe perdre en roulant le tonneau, on ne peut faire aucun reproche au tonnelier.
- 144. L’usage a permis au tonnelier d’employer ces trois douves- défec-tueufes , parce qu’elles font toujours deftinées à former la partie fupérieure du tonneau lorfqu’il elt en place dans une cave. Ainfi les douves y ou ne porteront pas contre le vin, ou quand elles y porteraient, le vin n’agiifant point fur elles par fon propre poids comme fur les. autres, le bois de ces douves moins, parfait ne laiifera pas perdre la liqueur. Tout bois de chêne r même celui q.u’011 nomme bois rouge ou vergeté, pourvu qu’il ne puiife pas communiquer de mauvais goût au vin, peut être employé pour en former ces trois douves ; & le tonnelier peut livrer ainfi fon tonneau..
- 14^. Souvent ce n’eft pas le tonnelier qui .forme le trou du bondon. Quand les tonneaux font deilinés à être vendus à des.vignerons, ils fe chargent eux-mêmes de faire cette derniere opération, pour laquelle il eft nécefi faire feulement d’avoir une bondonniere.. Il n’eft pas difficile enfuite d’en Etire l’ufage qui convient. Quelquefois dans un village il n’y a qu’une bon-donniere que l’on fe prête mutuellement.
- 14 6.. Le tonnelier prétexte, pour ne point former l’ouverture du bondon,. qu’elle donnerait une entrée aux ordures dans les piec.es ou tonneaux, qui pourraient leur communiquer un goût de fût; que les rats & les fouris pourraient s’y établir mais la principale raifon qui les. engage à ne la pas pratiquer, c’eü; qu’elle faciliterait au particulier le. moyen d’examiner l’intérieur de la. futaille. Le marchand donne encore à l’acquéreur d’autres railbns; mais; e’eli là. prefque toujours celle qui le conduit.
- 147. La bondonniere elt une tariere emmanchée dans mie traverle de bois.. Le fer en e(l court; la meche elt conique : le bout efi: terminé en pointe ,. & eib tourné en. vis. L’autre extrémité du cône ou de la meche vers fa bafe, eft fort ouverte , parce que l’ouverture qu’elle doit former doit être allez grande, pour qu’elle donne toute facilité à entonner le vin dont on doit emplir la futaille.. La façon, de fe. fervir de la.bondonniere efi trop ailée à imaginer.,1.
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- pour exiger cte plus amples détails. Il faut feulement opérer doucement, afin de ne point fendre la planche que l’on veut percer. Le vin entonné, ou ferme cette ouverture avec un bouchon de bois du même diamètre, appellé bondon.
- 148. Le tonnelier a eu l’attention, en plaçant fon fond, d’examiner les douves défeétueufes, celles qui font les plus mauvaifes du tonneau, & il place fon fond perpendiculairement à ces douves. C’ell à celui qui fait le trou du bondon, à reconnaître les douves défecftueufes qui font dellinées à faire les parties fupérieures du tonneau, pour y percer la bonde, ainfi que nous l’avons dit.
- 149. Le particulier qui achète des tonneaux, met, comme nous l’avons dit, dans fes conventions, que quelques mois après les avoir emplis de liqueur, quand il le requerra, le tonnelier viendra les barrer & lesfommager.
- Ifo. En expliquant quelques termes propres à l’art du tonnelier, nous avons dit que barrer s’entendait d’une barre ou planche que l’on plaçait dans un fans oppofé à celui des planches qui formaient le fond, & que l’on foute-nait cette barre par plufieurs chevilles. Ainfi l’on appelle barrer une pieee, y mettre les barres qui doivent foutenir les fonds. On le dit aufli des ouvertures qu’on fait pour pofer les chevilles qui doivent retenir les barres. Nous avons encore ajouté opxe fommager ^ c'était placer les doubles cercles qu’on nomme fommiers. Nous parlerons de cette fécondé opération, en traitant de la façon de relier les tonneaux.
- 151. Quand le tonneau eft plein de liqueur, que le vin a travaillé, qu’il a eu le tems d’imbiber les fonds , chaque piece du fond fe renfle & s’alonge au point de jeter les douves & de caflèr les cercles. Pour prévenir ces accidens, on a deux moyens qu’on met en ufage. Le premier confifte à retourner les fonds 5 le fécond, à les barrer.
- 152. Pour remédier à l’inconvénient d’un fond qui s’efl gonflé, ou qui a du trop-fond, en terme d’ouvrier, le tonnelier ôte un cercle ou deux de fon tonneau vers les extrémités, & leve avec le tire-fond feulement la maîtrelfe-piece qu’il diminue de largeur fur la colombe fur les deux côtés quf avoifi^ liaient les deux aitfelieres; & il la remet en place, comme nous l’avons décrit en. parlant de fa première conftruction.
- M 3- Quand les tonneliers veulent épargner fur le tems, & ménager le bois qu’ils emploient, au lieu de travailler la maîtreffe-piece, ils foulevent le chanteau, qu’ils diminuent fur le côté qui touchait l’ailfeliere la plus proche. Us ont fur-tout cette pareflé, quand il s’agit de fubftituer une piece à un fond qui n’a pas affez de dimeufion. Ils épargnent quelque choie fur la planche qu’ils emploient i ils font un mauvais ouvrage, & qui n’eft pas régulier. On 11e peut retoucher ou changer que la maîtreffe-piece, celle du milieu, quand on veut qu’on ne s’apperçoive pas de la mal-adreflé & du peu de probité de l’ouvrier. B b b ij
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- if4. Pour foutenir chaque planche & les empêcher de fe coihner, on doit donc encore barrer Les fonds (24).
- if f. La barre ,/>/. II,fig. 7, dont on fe fert ordinairement pour foutenir les fonds , eft compofée d’une piece de bois a de la longueur du diamètre du fond. Ainfi fa longueur doit varier fuivant les dimenljons de la piece dont elle doit foutenir les fonds. Elle a environ quatre pouces de largeur fur un pouce d’épaiifeur. Cette barre elt fouvent faite de bois de chêne, garni de fon aubour, & l’on s’inquiète peu de fa qualité. Comme c’eft un ouvrage qui fe fait dans la forêt, nous ne le détaillerons point ici.
- if6. Le tonnelier drelfe feulement cette barre avec la doloire & la plane, & pratique fur chacune de fes extrémités un bifeau b de cinq à fix pouces, qui fe termine à l’endroit où celfent de porter les chevilles dont nous allons parler, & qui doivent la'retenir. Ils achètent les barres au cent, ainli queues chevilles.
- if7. Il commence par former dans les douves les ouvertures où doivent fe pofer les chevilles qui font deftinées à retenir la barre. Il fe fert pour cela du barroir, ou de la vrille à barrer, C’eft une tariere dont le fer eft fort long s & la meche fort étroite. Nous allons en dire la raifon. *
- if 8. Le tonnelier fait premièrement avec cette tariere les trous qui doivent porter les chevilles du côté de la circonférence du jable, qui eft la plus éloignée de lui. La tige qui porte la vrille eft fort longue , pour qu’elle puilfe traverfer la futaille. Il a l’attention de former ces ouvertures à deux pouces au-deifus du fond, pour lailfer l’épailfeur de la barre. Il place une extrémité de la barre fous les chevilles qu’il a enfoncées dans les trous faits au jable, & au-deifus d’un des fonds. Mais pour baiifer la barre, & alfujettir l’autre côté par les chevilles , fur-tout lorfque les planches du fond font bouges , 8c faire porter cette fécondé partie de la barrofurle fond , il faut que le tonnelier ait recours à la tire à barrer, ou tiretoir , pl. II, fig. 8- Il faifit avec le crochet de fer a de cet outilun cercle qui lui fert de point d’appui >& plaçant l’extrémité b de la tire à barrer fur la barre, il leve le manche, & s’en fert comme de levier, pour faire baiifer la barre , jufqu’à ce qu’elle porte fur le fond. Il l’y retient par des chevilles pareilles aux premières.
- 159. Les chevilles des tonneliers, avec lefquelles ils retiennent les barres & aifujettilfent les pièces -des fonds d’un fût ou d’une futaille, font ordh nairement de chêne. Dans quelques endroits on les forme cependant de peu-
- (24) Dans toutes les grandes pièces, dont bois de chêne , fans aubour , de cinq à fix les fonds ont quelquefois dix-à douze pieds pouces auarrés d’épaiifeur, dont les ex-de diàmetre & au-delà, on ne les barre trêmités font retenues par des crampons de point : ou fi on le fait, c’eft une piece de fer.
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- ptfer-j- de foule ~ou: de bouleau. Nous ne parlerons point encore des moyens employés pour Jes fendre c’eft l’ouvrage des ouvriers fendeurs* Nous dirons feulement qu’elles font équarries , & qu’elles portent quatre à cinq pouces de longueur. Le tonnelier les pofe & les frappe dans les trous qu’il a faits aux douves au-defliis de la barre. .
- 160. Lusage de quelques (provinces eft de garnir la barre de quatre à cinq chevilles fur chacune de fes extrémités ; & dans d’autres, on n’en rnet que deux fort petites. En Bourgogne', les tonneliers en mettent beaucoup plus : ils en garniflent .prefque toiife la circonférence des fonds d’une futaille, fi leur faut pour lors donner beaucoup plus de longueur; & elles ontfeptàhuit pouces. Nous ferons remarquer dans un moment, que les chevilles ont d’autant plus de force, qu’elles portent fur les cercles doubles , appelles fommkrs.
- 161. Ll paraîtrait que l’on pourrait prévenir un des inconvéniens que nous venons de détailler du. trop-^fond, & des bois qui rendent quelque tems après que l’on a rempli le tonneau de liqueur. Si l’on commençait par placer la barre avant d’y mettre le,vin!, cette barre retiendrait le bois qui, en renflant, demande à s’écarter. Mais le tonnelier a de bonnes raifons pour ne la placer que quand les bois imbibés ont fait leur elfet.
- 162. j*. Il eft plus avantageux que le bois fait humide & gonflé, pour former fur l’extrémité des douves les trous qui doivent porter les chevilles. Si le bois était feç ,’il fendrait & là'douve deviendrait dé,fectueufer • •
- ,163. 2^. Le tonnelieri formerait fes trous, trop-bas & le bois venant àfe gonfler & à s’alonger, on ne pourrait plus retoucher le fond* & les trous des chevilles fè trouvant pour lors mai placés >• nuiraient au changement qu’on aurait été,maître de faire au fond de lapiece, dont toutes les parties auraient augmenté de volume. ♦ ; -.1 * .
- 164.. Enfin,, c’eft un ouvrage que. le tonnelier iremet à l’hiver; & c’eft un tems où il eft plus tranquille & moins fùrchargé' d’autres befognes quife trouvent réunies dans celui où l’on tire les vins. - - 1
- 1 A R TI CLE V.
- Du reliage* des tonneaux ; des moyens * employés pour placer les cercles à
- mie fui aille, neuve fou en remettre de neufs à une vieille dont quelques , cercles viendraient à manquera * - î-’ ;
- i6<). Comme les tonneliers conftruifent des pièces, fûts ou futailles, cuves, poinçons , &c. de différentes grandeurs , & que les cercles deviennent les liens des douves qui fervent à les former, ils doivent faire provifion de cercles ou cerceaux de différentes dimenflons s force, longueuç & largeur. Il 11e ferait
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- plus terns d’en faire l’acquifition, quand on viendrait chercher le tonnelier pour relier une piece dont plufieurs cercles auraient déjà manqué.
- 166. On elt convenu d’appeller cercles plus communément^ceux des grands vaiifeaux, comme cuves, cuviers, baignoires'^), &c. cerceaux, de-plus petits qui fervent pour les barrils , fûts, futailles &c. ^ '
- 167. Le tonnelier doit fe munir de cercles pour les cuves, les baignoires, cuviers ; & de cerceaux pour les futailles , tonneaux', quarts, &c.
- 163. Différent bois fervent à former les cercles. Les meilleurs font ceux de chene, de châtaignier, de noyer, d’orme , merifier, laùrier-cerife, épine, &c. On en fait encore avec du coudrier, & avec de jeunes branches dé mûrier. Ce bois elt très-tendre & pliant ; ce qui engage à l’employer particuliérement en cerceaux pour les petits barrils. On en forme auifî avec le frêne; & de moindre qualité, avec le bouleau, le faulcile peuplier & autres bois blancs. Ces derniers fe fendent aifément ; mais ils poürriifent très-promptement. i i ;>
- 169. Nous n’entrerons pas dans des détails fur la fabrique des cercles (26) :
- ce ferait fortir de notre objet, puifque le tonnelier les acheté tout faits. Nous dirons feulement que l’on fe fert de jeunes taillis , dont lès poufleS font coupées tous les dix à douze ans ; qu’on les fend, & qu’on les façonne en cercles. ; ? * *••• r
- 170. Le tonnelier acheté Tes cercles en rouelles , meules o\\ bottes ; com^o^QQ^ de plus ou moins de cercles ou cerceaux , fuivantl’uPage du pays d’ou il les tire, & la grdlfeur du cercle. Les plus grands cercles que l’on prépare dans la forêt d’Orléans,. ont trente-neuf à quarante pieds de long. Les plus petits cercles de cuves ont dix-huit pieds de long. Les cercles*de cuves s’arrangent fix à lix, & ie vendent aînil au Jixain. Les cercles de tonneau ou demi-piece font liés quatre par quatre l’un dans l’autre ,& forment -une rangée. \
- * 1.7L Six rangées compofent ce qu’on appelle une rouelle. Ainfi la1 rouèlle contient vingt-quatre cercles , qui font retenus & liés1 enfemble, pl.II 9 fig. 9.
- 172. Six rouelles font uac pile , & fept piles paifent pour un millier, quoi-
- (iç) On donne par conféquent le nom de cercla à tous ceux qui fervent aux pièces de ehêne, plus grandes que les fûts, futailles, barrils, &c. dont l’auteur parle ici. Les grands tonneaux nimmés foudres ou le grc-faj'\, ont des cercles de fer, comme nous le verrons dans Lartie'e que j’ai deftiné à décrire ces grandes pièces.
- (26) Dans les pays de vignobles, le tonnelier fe procure les perçhes de frêne, de
- faule , & il les refend ; il les amincit avec la plane , il les plie fur un morceau de bois arrondi, il les met en forme dans une croix garnie de chevilles pofçes circulairement, puis il les lie en rouelles, meules ou bottes, qu’il réferve pour le befoin. Les particuliers qui ont des vignes, font ces provi-fions pour les livrer au tonnelier, qui relié chaque année leurs futailles.
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- qu’il' contienne mille & huit cercles. Les quarantè-deux rouelles forment ce que le tonnelier acheté pour un millier.
- 173. Les cercles pour les pièces de quatre font nommés cercles dephin-pied, Laroueliede ces cercles n’elf compofée que de douze cercles, fix rouelles à la pile, & fept piles au millier. Ils fe livrent au même prix que les premiers-dont nous avons parlé. Mais comme iis ont de plus grandes dimeniions, 011 les vend moitié moins en nombre.
- 174. Le cerceau doit être garni de fon écorce, point vermoulu , ni trop calfant. O11 eft obligé dans la forêt, pour le conferver fouple, & de peur qu’il nefeche trop ,• étant mis en meule1, de le couvrir de broulfailles. ou de co--peaux. Quand une fois il elt vendu au tonnelier, c’el-t à lui à le tenir dans uit lieu frais , pour le conferver fouple.
- 175. Nous avons laille le tonneau garni feulement de quatre cercles , pour
- retenir les douves & fes deux fonds.. Les tonneliers qui vendent les tonneaux neufs , 8c qui en font trafic en gros, ou qui en envoient dans les isles, fou-vent les démontent, en numérotent les pièces , & les envoient ainfi en planches y ce qu’ils appellent en lottes. Une feule piece en renferme plufieurs démontées. Les pièces tiennent moins de place 5 le tranfport en devient bien plus aifé. Ils envoient les fonds à part, & les cerceaux en mottes ou bettes-, Ceft l’ouvrage du tonnelier auquel ils les adrefîent, de retrouver les planches' de chaque piece numérotées ,& de les relier , lorfq.u’elles font arrivées à leur' destination. • (
- 176. A Orléans ,1e tonneau ou poinçon neuf n’a que dix cercles quand’ le tonnelier le livre.- Quelques mois après qu’il a été vendu ,1e tonnelier vienfc le garnir de huit autres cercles. Il ajoute quatre cercles de chaque côté du feondon fur ce qu’on appelle le bouge , ou le ventre du tonneau. Il ôte aulfi les-' deux derniers cercles le plus près des extrémités du tonneau, & en remet-' deux doubles qu’on appelle fommiers. On donne le nom de fommier à deux» cercles pofés l’un dans l’autre, liés chacun comme tous les cercles avec Voiler., & qui, après avoir été doublés, font encore liés enfemble. Les fonw miers ont plus- de force; & étant plus épais, ils portent à terre quand oiv roule la futaille,. & épargnent aux jables ie choc & les frottemens qui pour--raient les-endommager. Les fommiers Ion t- encore de fines àfervir de point-' d’appui aux chevilles de la barre. Sommager, c’eft donc placer les Jommurs.
- 177. Chaque pays a (à façon de placer les cercles. Nous avons dit qu’à» Orléans on eu met dix-huit, cinq. contre le jable, & quatre contre le bondom ou fur le bouge. Quelquefois, au lieu de leparer les cercles-, les tonneliers’ les.ferrent l’un contre l’autre, & ne lai.lfent point d’eipace entr’eux ; ce que Vont appelle relier en plein-,
- I-7&. A Paris,les tonneliers ne garni lient le s-tonneaux ou poinçons que dis
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- quatorze cercles, quatre fur le jable, qu’ils nomment le talus f\tf»mmier, colUt & 1 t fous-collet, ou le premier & le deux/eme collet ; & trois autres, dont le dernier, le plus près du bondon, eft le féiil qui porte un nom. Ils le nomment le premier m bouge, ou fur le bouge. Cette quantité de cercles varie encore, fuivant qu’ils font plus ou moins larges & forts. Le plus dont on garnilfe un tonneau, eft de quatorze , vingt-deux , vingt-quatre.
- 179. Un tonneau, fut ou futaille dans ce dernier état, lorfqu’il a fes cerceaux, fes fonds & fes barres garnies de chevilles, fe nomme futaille montée.
- 180. Nous allons expliquer la façon de placer un de ces cercles j ce qui fuffira, puifque c’eft la même manœuvre qui fe répété pour les autres. *
- 18 r. Le tonnelier, pour relier un tonneau, prend un cercle, & le préfentç fur le tonneau, à l’endroit où il veut le placer. Voici comme il donne au cercle Ja longueur qu’il doit avoir pour ferrer la partie où il fera mis. Il tient d’une main une extrémité de Ton cercle de-l’aiitre main l’autre extrémité du cercle , mais environ aux trois quarts de fa longueur (27).
- 182. La première main appuie l’extrémité du cercle contre une douve à un endroit que le tonnelier remarque. Dans ce tems. la partie moyenne du cercle eft élevée eu l’air. Il fait avec fou autre main porter fucceiîîvement chaque partie du cercle contre fontonneau, fans faire quitter déplacé à fa première main. Seulement quand la moyenne partie du cercle porte contre le tonneau » cette main éleve la première portion du cercle , & la porte un peu en-haut; & il promene ainfi chaque partie du Gercle fur chaque partie du tonneau, à l’endroit où il-doit être mis. Il remarque l’endroit du cercle qui répond à la première partie où a été placée T extrémité de fon cercle, & il fait rejoindre avec fes deux mains cette extrémité à l’endroit marqué. Il laiife une portion du cercle pour déborder cette première , & il retranche le refte du cercle qui deviendrait inutile. Il eft lùr, avec ces précautions, de donner au cercle le diamètre de la partie du tonneau fur laquelle il a delfein de le pofer. Pour lui donner ce qu’ils appellent de la ferre, il fait rentrer un peu l’extrémité du cercle en-dedans, & retient d’une main les deux parties du cercle qui fe recouvrent l’une fur l’autre, & qui tendraient par leur reffort à s’approcher de la ligne droite, tandis que de l’autre main il fait fur le tranchant du cercle deux entailles avec la cochoire à une certaine diftance des extrémités du cercle. En enlevant le bois qui fe trouve entre chaque entaille, & formant ce qu’on appelle une coche, il le retient toujours dans cette pofition, & l’y xlfu-l jettit avec Tôlier.
- (27) Dans les grandes pièces, on mefure quel on réglé enfuite la circonférence dw la largeur du tonneau avec un ofier, fur le- cercle.
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- î 8 3 * L’osier (2g) clt fait de jeunes branches de certaines efpeces de faille ( a ). On les coupe tous les ans pour être employées à cet uiage. La brait-çhe doit être fendue ; c’eit-à-dire, que chaque brin doit être pris dans une planche féparéej & à Orléans, quand on les deltine à lier & retenir les cercles, on la partage en trois ou en quatre, fui vaut la direétion des fibres du bois. Le tonnelier à Paris l’achete tout fendu en bette, en mclle ou torche, compofée de cent cinquante brins de trois à quatre pieds de long. Les tonneliers dans les provinces, achètent Peuvent l’ofier des vignerons , qui le cultivent & qui le fendent eux-mêmes. Nous donnerons à la fin de la défi-cription de cet art les moyens employés pour partager l’ofier. Le tonnelier conferve dans fa cave l’ofier fendu 5 & avant de s’en fervir, il a la précaution •de le mettre tremper pendant quelques heures dans l’eau.? pour qu’il devienne plus fouple. " .
- i84- Le tonnelier, après avoir réuni les deux extrémités du cercle, & après avoir placé l’une fur l’autre les deux entailles qu’il a faites, pour que l’ouverture du cercle ait la dimenfion du tonneau à l’endroit où il déliré le placer, il approche l’une fur l’autre les deux entailles dont nous avons parlé; & retenant le cercle d’une main, il prend de l’autre deux brins d’ofier. Il en caiL le bois vers une de leurs extrémités, & 11e laiife que l’écorce pour diminuer l’épaiifeur, feulement dans cette partie de l’ofier. I! palfeces extrémités moins épaiifes entre les parties du cercle qui fe recouvrent. Il fait plufieurs tours fur le cercle pour le bien affujettir. Il continue ainfi d’entourer d’ofier & de lier enfemble les deux extrémités du cercle. Il garnit d’ofier les entailles > & finit par palfer les bouts de l’ofier fous le dernier tour qu’il vient de faire : il ferre les brins, & par cette efpece de nœud arrête fon ofier, Il coupe ce qui déborde, en le faiiant porter fur le jable de fon tonneau & frappant déifias avec la cochoire, ou il le coupe avec une ferpette. Il arrive fouvent qu’un des brins de fon ofier eft plus court que l’autre : pour lors il fupplée à celui
- (23) L’ofier eft un arbufte different du faule , la note de l’auteur le fiippofe mani-Feftement.
- (a) Chaque province donne fouvent un nom différent aux efpeces de faules que l’on y cultive, & dont les vanniers emploient les branches entières & dépouillées de leurs écorces, ou que l’on vend aux tonneliers , pour relier les tonneaux , quand on a fendu chaque branche avec fon écorce.
- Voiei les efpeces qu’on cultive le plus communément pour les employer à cet uiage.
- Tome FIL
- Salix vulgaris rubens , C. B. Ofier rouge des vignes, le feul qui puiffe être employé par les tonneliers.
- Salix Jativa lutea, folio crenato ; c’eit* à-dire, ofier jaune (29I.
- Salix vulgaris nigricans, folio non fer* rato\ c’eft-à-dire , ofier blanc. 11 eft connu fous ce nom par les vignerons.
- Salix oblongo incano acutoque folio ; c’eft-à-dire, ofier moulard.
- (29) L’ofier jaune eft auffi employé très* fréquemment par les tonneliers.
- C c c
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- qui manque de longueur, par un nouveau brin qu’il maintient par un nœud: femblable. à celui que nous venons de décrire.
- 185. Le tonnelier lie encore Ton cercle avec de l’ofier à deux autres endroits différais, l’un très-près des extrémités du cercle* & l’àutre entre ce dernier lien & le premier, fous, lequel fe trouvent les entailles & les coches dont nous venons de parler.. Une s’agit plus que de mettre en place ce cercle lié en trois endroits ,ainfi que nous venons de le dire.
- i8<j..Le tonnelier a Inattention de pofer fou cercle ,.de faqon que les coches, ou entailles qu’il y a faites foient em-dedus, &la ligature principale du côté où doit être le bondon. Il fe fertpour mettre les-, derniers cercles en place,, de la tire à cercle ou du tireteir.
- 187* Après avoir placé la moitié delà circonférence du cercle fur. les douves, il faifit avec le crochet, de fer que porte le tire.toir.,, l’autre partie du. cercle oppolëe à cette première *& appuyant, fur le dehors dé.lapiecele bout applati du tiretoir,. en pefant:fur le levier qui fert de manche à l’outil, il amene à lui le cerceau, &. fait prêter le cercle au contour du-tonneau. Il appuie en-même tems le genou fur fon cercle, pour l’empêcher de revenir. H engage encore-les douves à fe prêter à l’entrée du cercle par quelques coups de maillet qu’il leur donne à différais endroits j. enfin il en fou ce le cercle & le ch aile avec: le maillet.
- r§g. Pour faire-entrer les cercles plus aifément& pouvoir les frapper ians rifquer de les endommager ,.ilfe fert du cha£cir (30) qui eft un coin de bois dont les. deux extrémités font coupées : il le tient dans la main,.& le .pofe for le cercle qu’il veut faire entrer. Il frappe à coups redoublés for le chaffoir; il contourne ainfi le cercle, en faifant toujours fuivre le chaffoir». & contraint ainlile cercle de defeendre jufqu’à l’endroit du tonneau où. il veut' le pofer. Il a encore l’attention., pour rendre le bois mains couhntvou plutôt-pour imbiber l’Humidité& pour que le cercle une fois enfoncé d’un côté: 11e revienne pas en le frappant fur l’autre, de le frotter avec de la craie,.ainfo que l’endroit du tonneau où ildoit le placer.
- 189. On retient lés petits cerceaux qu’on deftiné pour de petits barrils ,. fa-ns-fe fervir de brins cPofier. Cette manœuvre plus courte, confifte à pratiquer fur la largeur de ees cercles deux petites entailles à chacune de leurs-extrémités : la première , fur une épaiffeur du cercle s la fécondé for l’autre^ Eh faifant entrer lés delix entailles Pline dans l’autre, & plaçant les deux extrémités du cerceau en-dedans, on forme une efpece de nœud qui acquiert: d’autant plus de folidité que l’on a eu plus de peine à faire entrer le cerceau for les douves qui forment le barril.
- ($0) En plufieurs endroits le chaffoir a un manche de. deux à trois pieds de lon&
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- Ï90. Quelquefois , quand il s’agit de retenir des douves pour former un Vailfeau auquel on ne veut pas prêter grande attention & mettre beaucoup de propreté , on fe contente de pafler les deux extrémités du cercle l’une fur l’autre, fans pratiquer d’entaille, la preffion feule empêche que les deux extrémités ne fe féparent, quand on vient à les mettre en place.
- 19 r. Les cercles pourrilfent plus promptement dans les caves &les celliers où l’on dépofe les tonneaux, que les douves. Aufli eft-on obligé de veiller à l’entretien des cercles, pour ne point perdre le vin que renferment les tonneaux; & on les fait relier fouvent. Les pièces, dans quelques cavesjhumides qui ont peu d’air, ponri'ilfent & fe perdent plus promptement que dans d’autres. Celles-là exigent plus d’attention. Regarnir Je tonneau de nouveaux cercles , ou ce qu’on appelle le relier, efi: du relfort du tonnelier.
- L92. Si l’on craint encore, qu’en remuant une piece qui renferme du vin». ou tirant le vin qu’elle contient, les derniers cercles de la piece ne viennent à manquer, au rifque de perdre la liqueur, on eu prévient le tonnelier , qui répond de la perte s’il en arrive (31). Il fe charge pour lors de plufieurj cercles de fer 9pl.JI9Jig. 10. Ces. cercles font formés de plufieurs bandes de fer applaties & circulaires, qui fe joignent les unes avec les autres par le moyen d’un crochet que porte une de ces’bandes, qui entre dans l’üne & l’autre des ouvertures que l’on a faites fur la fécondé bande de fer, & qui laiife ainfi la liberté de ferrer plus ou moins le cercle, & de le rendre ou plus grand, ou plus petit, fuivant la grolfeur de la piece à laquelle on veut l’adapter. On reffèrre le cercle de fer fur la piece à l’aide d’un écrou a que l’on, tourne avec une clef. Le tonnelier garnit la piece de deux de ces cercles, & la met ainfi en état d’être remuée, ou d’en tirer le vin. Le propriétaire devient enfuite le maître * fi les douves font encore bonnes, de faire relier fa piece, & d’y remettre de nouveau vin, ou le même , fi fon deifein n’était pas de le mettre embouteilles.
- 193. Dans les provinces, où fouvent les tonneliers n’ont pas de cercles de fer, ils fe fervent d’une corde dont ils entourent le poinçon, & ils la ferrent avec un garreau.
- 194. Quelquefois on s’apperçoit qu’une des douves d’une futaille laide
- (3 O Dans 1^ pays où le vin. a beaucoup doux, d’une épaifleur proportionnée a» de feu , la plupart des futailles qui relient diamètre du cercle. On les -plie à chaud, dans la cave, font reliées en cercles de fer. pour leur donner la forme convenable, à Celles qui font deftinées.à tranfporteri les laquelle on les fixe par de forts clous rivés, vins d’un endroit à l'autre* n’ont que des Six cercles de cette forte fuififent pour Jes cercles de bois. mais afiez forts pour n’a- pièces ordinaires, & ils durent autant que voir rien à redouter de pareil. Les cercles le fer» de fer font faits de bandes d’un fer bien
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- échapper le vin ; pour lors on fe fert du même moyen : on tranfvuide le. vin dans une autre piece, & le tonnelier fubftitue une nouvelle douve pour remplacer eelle qui eft défedtueufe.
- 195. Quelques tonneliers fe font propofé comme chef-d’œuvre, de changer une douve d’une piece pleine de vin, fans qu’il s’en perdît. On fent que le mérite de ce problème ne réfide que dans la difficulté de l’exécution , puifqu’il eft.toujours plus ailé de foutirpr le vin. dans une autre piece , & que l’on fe rend par-là le maître de raccommoder aifément la. partie défechieufe de celle que l’on a vuidée.,
- 196'. Dans l’exécution de ce chef-d’œuvre, ou de cette preuve d’àdreffe , il fe perd toujours un peu de liqueur, quand la piece eft bien pleine ; mais le peu de teins que l’on emploie, pour mettre en place la douve que l’on a apprêtée, le coup-d’œil précis, de celui qui Pajufte, contribue à remplir plus ou moins bien les conditions & les difficultés du problème..
- 197. Nous 11e parlons pas ici de certaines adreifes que les tonneliers emploient pour cacher leurs fraudes : connue de mettre à une douve une piece affez adroitement pour que l’œil ne puiiTe la diftinguer ; celle de boucher les fentes , ou d’empêcher qu’on 11’apper-çoive les défauts d’une douve , avec le maftic, &c. de boucher des. trous de vers avec des épines de pommiers ou- pruniers fauvages.. Si ces trous fe trouvent avoir été cachés fous des cercles, & que le vin fe perde par cette ouverture,. le propriétaire peut intenter un procès au tonnelier, qui. eft condamné à payer les .dommages qu’il a occafionnés par une négligence qu’il eft impoffible de reconnaître. Si le tonnelier a négligé de boucher les artuifons à, d’autres endroits vifibles-, c’eft à l’acquéreur à ÿ remédier. “
- •^198* Le tonnelier ajufte fouvent & retient une partie d’une douve fous les cercles, pour rétablir une douve épeigné.e, c’eft-à-dire, rompue dans le jable. La partie que l’on ajoute à cette douve pour la rétablir., fe nomme peigne.
- 199. Comme le jable eft toujours la partie la plus faible dans une futaille, la rainure que l’on a pratiquée dans cette partie étant prife fur la moitié de. l’ipaiffeur des douves,. & étant d’ailleurs fouvent expofée à de très-grands chocs, une douve fe rompt très-fréquemment dans cet endroit : aufli eft-il permis au tonnelier d’y remédier.- Nous allons rapporter les moyens qu’on a coutume d’employer pour réparer ce dommage-.
- 200. Pour mettre un peigne à une douve rompue dans le jable, le tonnelier enleve les cercles qui portent le jable. Il choifit une partie d’une bonne douve de la même largeur que celle qu’il veut rétablir. Si cette partie eft plus large, il la réduit à une largeur convenable fur lafelle à tailler & fur la colombe. Il faut que cette portion de douve n’ait que la hauteur de la partie
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- du jable que Ton veut rétablir, & de plus environ deux ou trois pouces , qui doivent fervir, comme on va le voir, de recouvrement. Le tonnelier coupe uniment la douve rompue dans le jable. Il fe fert, pour la couper, delà petite frie à main. Il doit en lavoir de différentes grandeurs. Les petites fe nomment égoines. Il l’unit, & enleve enfuite dansffétendue de deux ou trois pouces une partie de fépaiiféur de la douve, y formant un talus, de ffâçou que la portion la pluslminoe de ce qu’il enleve foit à l’extrémité de la douvç rompue, qui le termine'au jable. - <;• ,< * i
- 201. Il préfente fur cette douve la partie de celle quril veut y fubftituer, pour s’affurer fi elle eft de même largeur que celle qui eft rompue. Il ne laiffe aufîi à celle-ci que deux ou trois pouces de plus que la hauteur du. jable. II forme le bifeau qui doit fé trouver eh-dedans à l’extrémité de la douve , & qui doit fe rapporter avec celui qui eft déjà formé fur la circonférence intérieure du jable. Enfin il diminue 'l’épaîffeur de cette partie de'douve formant un bifeau, de façon que la portion de cette douve la plus mince fe,trouve , à fon extrémité , oppofée au jable, & que la partie de la douve caffée foit aùffi diminuée d’épaiffeur; de'.farte que le peigne & la douve épeignée étant placées l’une fur l’autre, ne .forment pas plus d’épaiffeur dans la. partie du recouvrement que- fur tout le refte de leur longueur,iL’extréraité de la douve rompue,coupée'uniment à l’endroit où commence apparaître le peigne qu’on y affubftitué, forme le jable: ou la rainure dans-laquelie entre ie fond..' -,. r 202. O-N peut aifément mettre un peigne à une douve fans défoncer la piece, & même fans la vuider, quand cet accident arrive lorfque la pieçe eft remplie de liqueur. Les cercles que l’on pofe fur la partie du recouvrement, retiennent le peigne en place .une douve-épeignée. .devient prefqu’auffî bonne qu’une entière. • i • , r - . •
- 203. Si la douve fe caffait plus bas que le jable , il faudrait-néceffairemenfe lui en fubftituer une entière ; car il eft défendu d’y. mettre un peigne pour réparer ce défaut.
- 204. Souvent il faut encore avoirrecours à des expédions pour arrêter Ici liqueur qui tranffude d’une piece dç vin ; ce qui arrive quand les douves ou les pièces du fond ne joignent pas exactement. Le tonnelier fe fert pour lors de, toile éfiîée, & d’un.petit couteau .qu’il nomme énmehoir (32);il fait entrer cette charpie dans la fente ; il l’enduit auffi de graiffe, de cambouis, ou de. fuif, qui arrête la liqueur ( a : . : î ; ,T
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- (32) La forme de l’étanchoir eft allez in- fois, pour garnir les intervalles qui fe renv différente. I) faut qu’il ait une pointe capa- contrent entre deux douves, par où s’é-ble de réfiller à une preffion allez confidé- cbapperait la liqueur , dftine efpece de-rable. Le- manche doit être court & gros, maftic , compofe de feuilles d’orme ,& de;, pour êtréTafft avec avantage. -• r graille de mouton , p.il.ees eniernhl'e.
- {a) Les tonneliers emploient quelque-
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- ^20?. Selon les'ftatuts des tonneliers, une pièce de bon bois,fec, non pourri, rongé, vergé ni artuifonné-, & ‘fans aubour, doit être marquée. Les maîtres tonneliers, pour marquer leursipieees & les reconnaître, Te fervent d’un petit compas que l’on appelle rcuane., dont une branche eft pointue, l’autre eft: plus courte & tranchante. C’eft avec cet outil,j?4 H» qu’ils tra-
- cent différentes figures : par exemple, des cercles coupés par des lignes , ou des demi-cercles. Ge font autant de earadleres particuliers qui fervent à -faire reconnaître l’ouvrage de cet artifati. Les commis, aux aides & les marchands de vin fe fervent auffî de la 'rouam. Les tonneliers tracent leurs marques finie tonneau ; & l’on appelle rouané tout ouvrage; ou marchandife ^marquée avec 'la routine.
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- Application de ce qui a été dit fur la conftruilion des futailles , à celle de tous autres vaiffeaux qui font du rejfort du tonnelier.
- <2,06. Les 'tonneliers ne fe bornent pas à faire des tonnes, tonneaux pipes, &c. Les cuises, cuviers, baignoires , baquets, &c. font; atifli de fon reffort. Mais comme .il y emploie à peu près les mêmes moyens que nous avons fuffifamment détaillés, nous laiderons au leèteur à en foire l’application aux différens ouvrages que font les tonneliers, & qui font tous formés par des planches réunies par des liens de bois ou de fer. Il nous fuffira, je crois, de faire remarquer que la forme de ces vafes dépend toujours de celle que le tonnelier donne à chaque douve, & qu’elle tient à la;façon de les tailler. Le Vaiffeau variera plus ou moins de forme-, i°. fuivant que le tonnelier diminuera la largeur des extrémités du merrain, en confervant celle du-milieu; 2°. s’il diminue l’une de fos extrémités, en ne diminuant point la largeur de l’autre; 3°. s’il bombe plus ou moins une des furfaces de fon merrain ;4*. fuivant la pente que donne le tonnelier au chanfrein qu’il forme fur fon épaiffeur. La figure des vailfeaux, tels que brocs, féaux, feilles, baignoires, petits cuviers propres à tirer le vin, dépend de cette différente taille qu’il donne au merrain ; & ces faces changeront toujours de forme & de nom, fuivant la figure que l’ouvrier aura donnée aux-douves dont.il fe fera fervi pour les former.
- 207. Pour bâtir les petites cuves, le tonnelier prend du merrain de différentes dimenfions fuivant la grandeur des cuves qu’il veut en conftruire. Il iedreffe comme nous l’avons décrit. Mais comme la figure de la cuve approche un peu de la forme d’un grand tonneau coupé vers le bondon, le tonnelier diminue la douve de largeur, feulement fur une de fes extrémités, fur celle qui doit former la partie inférieure de* la euve. -Il travaille
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- suffi Pépaifleur de la douve en bifeau, il creufe un; peupla planche dans la, furFace qui doit être placée intérieurement dans la: cuve, & rendre l’autre un, peu convexe.
- 208.. Lorsque les cuves font grandes, amlieu dé merrain, on emploie du... bois de foiage, que l’on appelle dans la forêt d’Orléans goblliard. Onde débite en planches- de quatre àlix pouces de large fur dix-huit lignes & deux pouces, d’épaifleur. Ce bois fort pour faire des euves.qni contiennent depuis-quatre.-poinçons }ufqurà quarante.
- 209 Au lieu qu’aux tonneaux & barriques la partie, la plus étroite eft du? côté du jabie, on fait à certaines cuves la partie du jabie plus large que le haut; de la cuve i ce qui? s’appelle une cuve en tinette,pl. ïl^fig.12 ,.d’où il réfulte deux avantages. Le bois de la, cuve venant à fécher,. les cercles ne coulent point, & l’on- peut les rabattre >. la cuve rehaut en place, fans-être, obligé de; la renverfer pour les ferrer.,
- 2io. La pratique pour les cuves,. eft la même que pour Bâtii* lès poinçon?.. Le tonnelier prend la*, mefuredes cercles, fur la circonféreiiee delà cuve, avec? des ofiers qu’iL lie les un? au bout des autres , & il la rapporte, fur le cercle. Mais comme il 11e peut l’alTujettir avec la main pourde cocher, il paife les deux, extrémités du cercle dans une coche, de bois,. & il las.lie av.ee de. l’ofaer,, comme ceux des poinçons (33);
- 21 r. Souvent les tmméïÏQts goujonnent'planches qui ferventà former-les cuves j c’eft-à-dire, qu’ils placententre lespîanthes ,.des chevilles de fer oit de bois appellées goujons , qui entrent moitié dans une planche, moitié dan? •celle qui d’approche > ces goujons fervent à donner plus de folioté ^toutes les; planches qui. forment la cuve.
- 212. Il y actes provinces.où l’on fait les cuves quarrées: alors on fe fort: de moifes avec des, coins ,. pour ferrer les-planches. Cette pratique eft moins fojette à réparation que celle des cuves tonde? reliées-avec, des cercle? & de-î’oi'ier. Mais comme ceci eft du fait du menuifier, nous n’entrerons pas ici? dans un plus grand détail fur leur conftruétion; Quelquefois on retient le? cuves, quoique rondesavec d'es traverfes & des moifo?., auîieu- de cercles ; 8c; pour lors on ceintre intérieurement les traverfos, de Façon qu’elles embrafo. font & forrent toutes les planches,pLIT,fig. 3, qurcompofont la cuve. Ces; planches font taillées comme- nous, allons l’expliquer pour, la conflrudioit des cuves ordinaires.
- 213. Quand les cuves forment une portion régulière de cercle, le tonne*, lier arrange les douve?, & frappe la derniere pour faire ferrer les autres, éç; les retenir toutes..
- (î3) C’eftaufli de cette maniéré quelles tonneliers de SuifTe & d’Allemagne lientl&Sfe cercles des grands tonneaux.
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- 214. Il eft quelquefois befoin du bâtiifbir pour,faite revenir les douves du
- côté où- la cuv^ / eit plus étroite. Ce, batilioir<reifernble à celui ;dont nous avons donné la defcription & l’ufage ; il eft feulement plus fort que celui qui eft employé pour les, tonneaux. ' - :!i } y,--., ;
- 215. Pour former le jable qui doit retenirîe fond de la cuve, le tonnelier eft obligé d’aflujettir fa..cuv-e fur le côté. Il prend la jabloire à cuve, qui eft plus forte que celle pour les tonneaux. Cet outil doit former une rainure qui ait de la profondeur, & trois à quatre lignes de largeur. Ai/ïfi le fer produit-il ici le même eftet que le rabot ou bouvet que le rnenuifier emploie pour pouffer des rainures. ,L outifdiifere en ce quil tient à une piece de bois par le moyen de deux tringles, .fur. lefquellçsje rabot peut avancer ou reculer. C’eft ce qui réglé , comme, fait le trufquin,du1 rnenuifier, la diftance où l’on veut placer la rainure. La jabloire forme une rainure dont le fond 11’eft pas égala l’ouverture, parce qu’on donnera auliî la même forme aux planches qui, entrent dans cette efpece de rainure. Le tonnelier la forme en faifant changer de place à fon outil, à mefure que la, rainure eft pratiquée ; & en fanant palier plufreurs foisda jabloire dans la partie où il doit former
- le Wb5e- : , • i[v- • , !. m :î; : !. , 0
- 216. L’ouvrier forme-enfuite le,fond de fa cuve. Il choifit de bonnes planches qu’il dreiié, & dont il unit les épaiifeurs , de façon que chacune porte dans toute fa longueur fur celle qui l’avoifine. Il arrange toutes fes planches fur un terrein uni, il les retient avec des piquets qu’il enfonce en terre, & il trace le fond de fa cuve fur ces,planches qui doivent le former.
- 217. Pour tracer, cçtte circonférence, il mefure celle de la cuve avec le grand compas dont nous parlerons dans un moment. Il prend fa, mefure dans le jable, & la lixieme partie de fa circonférence forme le rayon de fon fond, qu’il trace avec le compas fur des planches dreifées & placées les unes contre les autres. Le compas à cuve eft fait de deux tringles de bois qui font ap-platie^ d’un côté. L’une des extrémités de ces tringles eft fendue & partagée fuivant foit épaiifeur, & permet à'l’extrémité de, lapfeconde d’entrer dans cette (ouverture.; Elles font toutes-deux traverfées par une vis qui leur permet un rnoiiveinent de charnière ,; & forment-la tète du compas. ,
- 2,1 8-î Les deiix autres extrémités de ces tringles font pointues & garnies d’une pointe de fer. Environ au quart de leur longueur du côté de la tète du compas, eft ajuftée à l’une des branches une troifieme tringle de bois, formée en portion de cercle, qui y eft retenue par deux chevilles, & qui paffe dans, une entaille faite,à uqe des branches du compas. Cette partie circulaire eft deftinée à aiTùjettir le compas félon l’ouverture que l’on juge convenable. Ainfi, lorfque le tonnelier l’ouvre pour tracer fon fond , il le maintient à l’aide d’une’ vis "qui,! par £1 feule prelfion fur cette portion circulaire,
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- retient le compas quand il lui a donné l’ouverture du rayon de la euve qu’il a mefuré.
- 219. Le tonnelier fe réglé fur ee trait pour fcier les planches. Il forme fur tout le contour defon fond un bileau qui doit entrer dans la rainure faite à la cuve, ou dans le jable, & il le met en place.
- 220. Pour le faire entrer dans la feuillure du jable, le tonnelier fe fert de la tire à barrer, ou tiretoir, pour les cuves. Cette tire ell plus forte que celle pour les tonneaux. Avec le fecours de cet outil, il pofe les planches de fond somme nous l’avons dit en parlant des tonneaux.
- 221. Le tonnelier a l’attention de pratiquer intérieurement fur le bout des planches qui doivent former le haut de la cuve, une feuillure ou entaille à mi-bois d’environ un demi-pouce de profondeur, pour pouvoir , Ci l’oit veut , enfoncer La cuve y c’eft-à-dire, y mettre un fécond fond. On difpofe ce fécond fond tout prêt à pouvoir être placé quand on le jugera à propos. Il eft formé'"de plusieurs planches dreffées, principalement fur leur champ : il les taille fur les dimenfions de la furface fupérieure de la cuve , & les conferve' pour pouvoir enfoncer la cuve, ou y mettre ce fécond fond, quand on veut conferver du vin à clair pendant quelque tems dans la cuve. O11 fait pour lors' entrer à force de la moufle entre les jointures des planches, & on les recouvre' de terre grade, qu’on couvre de fable à la hauteur de deux, trois ou quatre pouces.
- 222. Les grandes cuves ( on en fait qui tiennent jufqu’à quarante pièces-de vin avec leurs marcs) font ordinairement cerclées de bandes de fer qui fe reflerrent avec des écrous ou des clavettes. Ceux-là durent plus leng-tems , mais ils rompent quelquefois y & comme il y en a peu fur une cuve, 1# rupture d’un feul cercle fuffit pour que tout le vin fe perde.
- 223. Pour former les jâles & les baignoires,/?/.//, fîg. 14, les tonnelier^ tracent ordinairement fur le terrein la forme qu’ils veulent donner à ces Vaifl féaux. Les baignoires ont fouvent la figure d’une ellipfe 3 & peur tracer cetté courbe, ils prennent trois centres. Celui du milieu donne la forme auX deux côtés de la baignoire qui règlent fa longueur : les deux autres centres établilfent fa largeur. Pour tailler les douves de là baignoire, ils font ufagé" du crochet, ou de l’elpecé de pâneàu ou jercke dont nous avoris déjà parlé jp/. I, fig. 17, 18, 19. Ce crochet porte deux courbes, fig. ty: l’une doit! fervir à doniiër là formé àux douves qui feront- peu boni bées fur leur furfaeë extérieure, & qui font deftinées à être pofées fur la largeur de la baignoire. L’autre côté du crochet préfente une eerurbe très-bombée,- & prefcrira' celle propre aux douves que l’on placera fur fa largeur. -Le tonnelier, quan S il a taillé fes douves différemment, eomfne nous Venons dé le Voir, iu'ivanC la place qu’elles doivent occuper , lie deux Cercles. Il commmenée par leur
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- §34
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- donner uil; peu la forme de la baignoireen les y contraignant avec la main,. Il pofe dans fon cercle chaque douve , en les. faifant porter fur le trait qu’il a fait fur le terrein j & la différente taille des douves ne tarde pas à foire prendre la même figure au cercle q,ui doit enluite la faire conferver aux douves une fois arrangées..
- 224. Les tonneliers ont divifié les ouvrages de leur reifort; & quoique dépendant tous de la. même communauté,, les uns embralfent une partie , tandis que les autres, s’attachent à une autre. A Paris ,. il y a des tonneliers, qui fabriquent uniquement les vaiffeaux dont les pièces font retenues par •des liens de tôle* les. broc.s,. féaux,. &c. On les nomme -tonneliers fer-r.mrs (34).
- 22f. Comme le broc eft,.de toutes, les, pièces que confiruitle tonnelier . «elle qui. par fa forme exige le plus de foin , nous parlerons, de fa conftruo» tion après avoir dit un mot fur fon ufage..
- 22.6, Le broc fert le plus fouvent à. tranfporter des liquides d’un lieu dans: un autre, lorfqulon a deflein de mettre la liqueur dans un autre vafe plus propre à la conferver. On l’emploie auffi dans quelques endroits comme me-Jure. On vend les liqueurs au broc a & cette mefure contient plufieurs pintes.. De là eft venu le-proverbe uftts vulgairement ,. boire, à plein broc.A Paris ,.on en fait de différentes grandeurs, & 011 emploie, dans leur conftru&ion les; différens moyens que nous allons détailler.
- 227, Toux le monde fait que la partie la*plus renflée'd’un broc, pi. II* fig. i.f,, eft.vers fa bafe j.que depuis cet endroit jufqu’à fon ouverture , le bros: diminue de largeur ; q.u’enfin il s’élargit un peu pour prendre une forme, propre à verfer commodément la liqueur- qu’il contient.
- 228- Le broc eft compcfé , comme les tonneauxde plufieurs petites; planches.. Moins, on leur donne de largeur , & plus la courbe du broc & fa? forme eft régulière. Le bas.de chaque douve doit donc être plus large que: fon extrémité fupérieure ; & cet angle que nous avons dit qu’on remarquait: en examinant l’épailfeur de ces éfpeces, de douves taillées, au lieude fe trouver à la partie moyenne de là douve comme fur le tonneau, doit ici être: placé vers la bafe de la planche; parce que,, comme nous venons de lé dire3. le broc doit être plus renflé vers cette partie. Pour former- cet angle ,. les tonneliers n’ont aucune mefure..Le coup-d’œil leur fuffit;.& ils le tracent cependant aifez, régulièrement,, ainfi que le bifeau.qui doit Je trouver fur l’épaiffeim
- (34Ô Dans les pays où les métiers font font les férrurîërs qui'ferrent lès bofles , otts libres, comme en Suifle , les tonneliers em- tonneaux, & les foudres ou légrefafs , qpiî bradent toutes les parties de leur art ; mais font revêtus de cercles defer*. somme le fer. n’eft. pas de. leur reifort, ce.
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- des douves, pour qu’elles puilfent toutes fe toucher, & prendre la courbe qu’elles doivent donner au broc. Elles font toutes bombées fur leur furfaee extérieure ; & intérieurement le tonnelier a enlevé une partie de leur épaiifeur dans la portion qui doit faire la partie la plus renflée du broc, pour lui donner plus de capacité, & pour faciliter la courbe que chaque douve doit prendre, lorfqu’elle fera maintenue par les cercles.
- 229. Pour retenir les douves & monter le broc, les tonneliers les arrangent & les pofent à côté les unes des autres, de façon que leurs extrémités inférieures, celles qui étant plus larges, doivent devenir la bafe du broc, fe touchent. Il les maintient toutes avec un ou deux cercles. Quand une douve elt trop large, ou qu’au contraire il la croit trop étroite, il la diminue, ou il la change & la remplace par une plus large. Les extrémités de ces douves oppofées à celles-ci qui font ainli alfujetties, tendent à s’écarter les unes des autres. Pour les faire revenir, il les place dans un chauderon rempli d’eau, & il les y lailfe bouillir pendant quelque tems pour attendrir le bois. Alors il fe fert du bâtilfoir pour réunir ces extrémités ainfi écartées ; & il les maintient par un fécond cercle qu’il a lié comme le premier avec de l’ofier, & qui eft d’une grandeur convenable.
- 230. Pour relferrer encore les cercles, il fe fert de petits coins de bois qu’il fait entrer à force entre les douves & le cercle; & il le laide ainli pendant quelques jours.
- 23 r. Il ne s’agit plus enfuite que de former le jable qui doit retenir le fond du broc, & de fubftituer aux cercles de bois des cercles de tôle maintenus par des clous. On ajoute encore à l’ouverture du broc une plaque forte de cuivre, ou de tôle, pour former cetévafement dont nous avons parlé , dont un côté comprimé fert de gouttière & de conduite à la liqueur, quand on veut verfer dans un autre vafe celle que contenait le broc. On ajoute encore une anfe que l’on retient avec des clous. Nous 11e parlerons pas de ces dernieres opérations ; leur perfe&ion dépend de l’adrelfe de I’ouvrien; & il n’eft pas poflible de décrire ce qu’elle feule peut donner.
- 232. Il faut au tonnelier qui fait les brocs, plufieurs outils dont nous n’avons pas encore parlé : de grands cifeaux, ou forces, pour couper la tôle , une petite enclume pour ferrer, 8c river les clous qui maintiennent les pièces de tôle qu’il emploie:
- 233. Lë bidotz que nous avons déjà cité en parlant des vailfeaux dont la çonllru&ion appartient au tonnelier, eft encore une efpece de broc maintenu par plufieurs bandes de fer. Il fert auffi de mefure aux liquides. On l’emploie principalement pour diftribuer le vin qu’on donne à chaque matelot dans les équipages de la marine.
- 234. Les tonneliers réparent auffi les cuves. Ils achètent de vieilles cuves'
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- pour en faire des cuviers , baignoires , &c. en diminuant les douves, & les travaillant fur la grandeur qu’ils veulent donner au nouveau vaiffeau qu’ils fe propofcnt de conftruire. Ils font des poinçons avec les douves des vieux tonneaux, &avec celles qu’ils ne peuvent employer à faire des poinçons. Ils conf-truifent des quarts ou des barrils. Les futailles coupées fervent à ditiérens uFages. On les nomme communément Les marins les connaiifent fous
- le nom de bailles.
- 23 Lës tonneliers emploient ordinairement de vieilles douves à faire des féaux, failles, brocs, &c. dont nous venons de parler ;-mais dans certaines provinces, ils en fontauifi cjss tables, des fontaines,/?/. II16, qui s’adoflènt le long des murs, &c.
- 23 A. Autrefois les environs de Paris , moins plantés en vignes, n’oçca-fionnaient pas la confommation des vieilles futailles; & beaucoup plus de tonneaux étaient dépecés & vendus à diiférens ouvriers , comme laitiers , &c. qui les employaient à faire des boites, pupitres , califes à mettre des arbuftes ou des fleurs, &c. Actuellement on ne les dépece que lorfque l\es douves fpnt abfolument hors d’état de fervir à contenir du vin, après même avoir été diminuées de longueur & converties en un vaifleau plus petit que celui qu’elles formaient étant neuves.
- 237. Nous avons dit que les tonneliers dans les villes maritimes faifaient les bouées dont on fe fert pour reconnaître en rade l’endroit où un vaiflfeau a jeté fon ancre. Ces bouées flottantes fur l’eau, lui indiquent l’endroit où il doit envoyer fa chaloupe pour lever l’ancre, ou, bien l’endroit où l’ancre a, pris dans le terrein, pour qu’un autre bâtiment évite de donner fur la patte qui pourrait l’endommager. Nous croyons devoir dire deux mots de leur conftruélion.
- 238. On en fait de deux eipeces. Les premières font formées en cône ( 3 0- Le côté le plus large de ces bouées, & celui qui fert de bafe au cône, eft fermé par le premier fond qui entre dans une feuillure, ou dans un jable pratiqué dans chacune des planches qui forment la bouée, à peu près à trois pouces de leur extrémité. On met encore dans l’efpace du bouge, c’eft-à-dire, depuis ce fond jufqu’à l’extrémité des planches qui fervent à le former, de Vétoupe & du bray , que l’on recouvre de groife toile ; & l’on attache fur 3’extrèmité de ces douves, un fécond fond de fapin, ou de tout autre bois léger. Ce fécond fond fert à parer les bouées des abordages, qui pourraient endommager le premier fond , faire prendre eau, & enfoncer la bouée.
- 239. L’autre extrémité de la bouée eft terminée par une pointe auifî
- (3 O Voyez la figure de ces bouées dans pi. XII, fig. 1, au cinquième volume clç h ieconde fection du traité des pèches , cette collection.
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- aigue qu’il eft pofîible. Elle eft cependant garnie d’un fond placé dans mie rainure femblable à celle de l’autre fond, 8c faite de la même maniéré. Ce fond eft placé au tiers de la bouée , à compter de la pointe du cône.
- 240. Les bouées ainli conftruites, font liées par plusieurs cerqles de fer qui en maintiennent les planches. Les plus grolfes en ont fept ou neuf. La bouée bien ferrée & retenue eft outre cela broyée & recouverte de goudron.
- 241. Au haut de la bouée du côté du grand diamètre, on pratique une elpece d’ouverture de bondon, large d’un demi-pouce, & qui fert à cambii-ger ja bouée, à vuider l’eau qui pourrait y entrer à la longue, ou par le défaut d’exaétitude dans la réunion de fes pièces. La bouée fortie des mains du tonnelier , eft garnie à bord, des cordages qui fervent à l’attacher à Vaurin qui eft un cordage dont un bout eft amarre aux pattes de l’ancre; l’autre, à la bouée. Il fert à indiquer, comme nous l’avons dit, la perpendiculaire de l’ancre.
- 242. Les Anglais font ufage de bouées autrement conftruites. Elles ont la forme de deux cônes réunis par leur bafe vers le milieu. On a fait de cea bouées en France, &‘on a cru s’appercevoir qu’elles étaient par un gros tems moins apparentes que les autres.
- 243. Les vaiifeaux marchands , au lieu de bouées , font ufage d’un morceau de bois léger qui flotte fur l’eau.
- 244. Les dimenfions des bouées font proportionnées & réglées fur la, force des ancres. Une ancre de fept milliers porte une bouée de trois pieds neuf pouces de longueur, fur une bafe de trois pieds de diamètre.
- 245. Les dimeniions des autres bouées font auffi fixées, & les tonnelier ont des réglés auxquelles ils doivent fe conformer.
- ARTICLE VII.
- Ouvrages du reffort du tonnelier ; comme la defeente des pièces de vin dans les caves , la fortie des tonneaux de dedans les bateaux pour les débarquer fur les ports où ils doivent arriver, £=? la maniéré de faire les fojfets, les bondons, & de fendre l’ojîer qui fert à attacher les cercles. y -,
- 245. A Paris, & dans les villes où les caves font profondes, les tonneliers font chargés par les propriétaires & les marchands de vin de defeendre & de placer dans les caves les tonneaux de vin, de cidre , &c. Ce font eux auffi qui font «pour les épiciers la defeente de l’eau-de-vie, des huiles ,&c. Cette manœuvre demande quelques précautions, & des expédients que nous croyons à propos de décrire.
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- 247. La defcente d’une piece de vin dans une cave, exige au moins deux garçons tonneliers, fouvent trois. Il faut éviter les trop fortes fecoulfes qui pourraient faire rompre les cercles , & occafionner la perte de la liqueur. Voici les moyens qu’ils emploient pour prévenir cet inconvénient. Ils établif-fent en travers de la porte de la cave une longue piece de bois , à laquelle ils ont arrêté un ou deux forts cordages par le moyen de deux boucles dans lefquelles entre la piece de bois. Deux garçons roulent le tonneau : & lorf-qu’il eft parvenu à la porte de la cave, un garçon fe met devant la piece pour la retenir. L’emploi de celui-là eft de diriger le tonneau le long del’efca-îier, tandis que deux autres prennent la corde qu’ils ont fait palfer par-def-fue le tonneau, & qui l’entoure ; & ils occasionnent un frottement, en la faifmt couler dans leur tablier , qu’ils retiennent encore avec leur main, ou en la tournant autour d’un poteau, & en failant porter le cordage contre le mur. Celui qui defeend avec le tonneau, le foutient toujours, en s’appuyant .fur1 le tonneau ; & à l’aide de fes genoux, il le conduit jufqu’à ce qu’il foit parvenu au bas de l’efcalier. Pour lors îe garçon tonnelier roule le tonneau dans la cave jufqu a l’endroit qui lui eft deftiné , & le met fur le chantier.
- 248. Quand les tonneliers fe propofent de defeendre dans une cave des tonnes d’huile, ou des pipes d’eau-de-vie, comme les pièces font fort groifes, il faut qu’ils prennent d’autres précautions. Ils font ulage de deux machines peu compofées , qu’ils nomment poulains.
- 249. L’une eft conftruite avec deux fortes pièces de bois , dont les extrémités font abattues. Elles font longues'de douze à quinze pieds, affemblées & jointes enfemble par quatre traverfes, deux en-haut, & deux en-bas. Les deux montans font arrondis ,/?/. II,-fig. 17-. Une extrémité de ce bâtis doit porter fur le terrein ; l’autre taille en bifeau, doit s’appuyer le long de la muraille devant la porte ou l’entrée de la cave.
- 2yo. Le petit poulain eft une efpece de traîneau compofé de deux pièces de bois équarries, de quatre pieds de long,1 dont les extrèmités'font relevées, pour que le pouîainpuiife mieux couler fur les marches,,
- , 251. Les tonneliers donnent du pied au grand poulainl’appuient,
- comme nous venons de le dire , le long de la muraille devant la trappe ou la porte de la cave. Ils arrêtent le cable au traîneau , & retiennent la piece qu’on veut defeendre fur le traîneau : ils tournent la corde deux ou trois fois autour d’un des montans du grand poulain , & ils lâchent doucement la corde qui eft attachée au traîneau , tandis qu’un autre qui précédé fa piece la dirige & la conduit jufqu’en-bas de la cave, où plufieurs la roulent jufqu au lieu où elle doit être placée. • • - v. : \u«
- 25 2. Il va de l’intérêt des tonneliers, & particuliérement de celui qui pré^ •cede le tonneau, de vifiter le cable avant de s’en fervir, pour qu’il ne vienne pus à rompre en defeendant le tonneau. -u. ?? soc .* ; -
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- 2?g. Pour remonter des pièces d’huile, d’eau-de-vie, &c. de dedans les caves , les tonneliers emploient encore un bâtis à peu près fomblable au grand poulain que nous venons de décrire, excepté que les montans de celui-ci font équarris ,& qu’ils portent au quart de leur hauteur, du côté qui doit appuyer fur le terrein, un treuil ou moulinet qui eft retenu par l’une &; l’autre de fes extrémités dans les coches ou échancrures faites à chacun des deux montans du bâtis. On l’appelle le moulinets Le diable, par corruption fans doute du mot cabU , s’entortille fur le treuil ; & plusieurs ouvriers ap* puyant fur les. leviers , parviennent ainfi à monter par les trappes les pipes ou tonnes d’huile que l’on a aifujetties fur un petit poulain auquel on attache l’autre extrémité du cable.
- 254. On fe fert encore, pour monter les pipes d’eau-de-vie ou d’huile par la trappe des caves des épiciers, de deux poulies moufflées ,/?/. //, fig. 18 > chaque mouffle porte deux rouets. L’un des mou {fies eh attaché au plancher par un gros crochet de fer; une extrémité de la corde eft attachée au bas du premier mouffle- Elle va paifer fur un rouet du fécond mouffle; de là elle-revient s’entortiller fur le premier rouet du premier mouffle*; elle roule fur fo deuxieme du fécond mouffle; enfin elle retourne au fécond rouet du premier mouffle ; 8c cette extrémité de la corde ou du cable defcend jufqu’à l’endroit; ©ùun 'ou plufieurs hommes tirent delfus, pour faire monter le fécond mouffle1 auquel e.ft attaché le. tonneau , & le faire approcher jufqu auprès du premier mouffle.,
- . 2?. Cette extrémité de la corde tient au tonneau par le moyen de deux crochets. La corde retient l’un & l’autre de ces crochets , en palfant dans, une ouverture qui eft à l’extrémité oppofée au crochet.. Cette extrémité: de la corde forme une porte, & la corde paife dans cette porte; & par' eet arrangement, elle peut former un triangle plus, ou moins grand , fuivanç la longueur de là piece qu’un veut monter. Et comme la corde forme ün nœud coulant, la pefanteur du tonneau oblige les. deux crochets à ferrer-la-,futaille qu’ils tiennent par les. jables, tandis que les hommes tirent fur-l’autre extrémité de la corde quand ils veulent l’élever , ainfi. que nous, bavons; décrit. . v
- 256. C’est un ancien privilège des maîtres tonneliers de Paris., quü leur a >été accordé «fous Louis XI en 14.67, confirmé par François IeH en 1517, & confirmé par,Louis. XIV en 1672, d’être fouis en droit do.-décharger les vins de dedans les bateaux qui les ont amenés. Ils doivent les» for tir des bateaux, les placer fur le. port ;. & ils en répondent jufqu’à leur fbrtie.
- 25.7- On imagine bien les moyens qu’ils emploient pour les remonter des> Gâteaux. Ils, font quelquefois ufoge d’un ou- deux cables qui embrafleiît les;
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- tonneaux , & que deux garçons tonneliers tirent, tandis'que deux autres foutiennent le tonneau, & aident à le monter fur des madriers placés en plan incliné jufqu’au haut du bateau » & de là ils le conduifent fur d’autres ma* driers, & ils le roulent fur le port (36).
- 258- Quelques tonneliers s’adonnent à cette partie, tandis que d’autres sie s’occupent que de la fabrique des tonneaux, ou de leur réparation.
- 2^9. Enfin, fouvent dans les villes on charge encore les tonneliers de tirer le vin, & de le mettre en bouteilles.
- 260. Ils percent le fût qu’on veut tirer. Ils fe fervent pour cela d’une efpece de villebrequin appellé perçoir. Ils placent l’ouverture pour mettre la canelle dans une planche dans la partie inférieure d’un de fes fonds à deux pouces du jable, au-delfus de la lie.
- 26’i. Souvent les tonneliers fe fervent, pour tranfvuider ou tirer le vin , ou ne point perdre celui qui s’échappe des bouteilles qu’on emplit, d’un petit vafe ou baquet dont le fond eft plat, qui eft circulaire d’un côté, & qui fe termine en pointe de l’autre. Ce dernier côté eft deftiné à fervir de gouttière au vin que contient ce vafe, quand on veut l’entonner dans un autre propre à le conferver. Nous n’avons point parlé de fà conftruétion, parce que nous avons cru n’avoir rien de particulier à en dire, & que fa figure dépendait,, comme celle des brocs, de différentes formes qu’on donne aux petites douves qui. fervent à les former. Ces vafesn’ont qu’un fond, & les douves eh font retenues par plufieurs cercles.
- 262. Pour vuider une piece de vin , & tranfporter ce vin dans un autre
- tonneau, on fe fert fouvent d’un fiphon, compofé de deux branches parallèles ©u tuyaux de fer-blanc joints à un troifieme tuyau qui réunit ces deux-ci. 0n doit avoir attention qu’une des deux branches du fiphon fort plus longue que l’autre, fans quoi l’effet en ferait nul. Sur la troifieme partie de ce fiphon, celle qui doit être placée fupérieurement & horifontaiement, 011 æ établi un petit tuyau, par lequel, quand une des branches eft pofée dans- hr liqueur qu’on veut pomper, & l’autre dans le vafe que l’on veut remplir,, •n attire l’air.que renferme une des branches du fiphon :fa liqueur le remplace elle monte, & continue à couler jufqu’à ce qu’il ne refte plus rien dans ïe vaiffeau que l’on veut vuider. 1
- 263. Par ce moyen , on eft difpenfé du foin de tirèr Te vin, de Te transporter, & fans prefque aucun attention) & on tranfvafe ©u ©11 foutire les;
- Ces madriers en plan incliné fervent au Ri à placer fu r des chariots de tranfport des pièces devin plus fortes que les pipes ^'eau-de-vie. Cinq ou fix hommes élevent
- ainfi à force de bras d'es tôhrïeauTî de quatre1 cents pots , mefure de Suide , dont chacun* contient à peu près deux- pintes , meflue1
- de Paris» . • ...... ....... 't
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- liqueurs, fans les brouiller, ni les mèl-er avec la lie qui pourrait fe trouver dans Fancien tonneau où elle s’eft dépofée. Ce fiphon eft connu fous le nom de pompe.
- 264. On eft fou vent obligé, pour goûter le vin, ou pour donner de l’air à la pièce dont le vin travaillerait, ou encore pour pouvoir le tirer, de faire plufieurs ouvertures à la futaille qui le renferme. Pour cela, on a une efpece de vrille, nommée foret., dont les pas font très-peu relevés, avec lequel lés tonneliers percent le tonneau au-delfus du vin, afin de donner une entrée à Pair, pour remplacer dans le poinçon le vin qui fort par la canelle. Quand on veut tirer par une pareille ouverture une petite quantité de vin pour l’examiner ou le goûter, 011 fait le trou plus bas 3 & enfuite le vin .étant tiré, on ferme cette ouverture avec un petit cône de bois qu’on nomme fotfet.
- 267., Les tonneliers font dans l’ufage défaire les folfets. Leur conftruc-tion n’exige pour outil qu’un couteau, & ne demande pas une grande .adrelfe. Ils les font en fc promenant. Ils coupent en pointe une petite baguette., .ordinairement de coudre , ou d’autre bois tendre 3 ils l’arron-dilfent, abattent la pointe, & coupent le folfet à la longueur d’un pouce ou un pouce & demi. Ce folfet-remplit l’ouverture qu’on a faite avecla vrille: on frappe delfus alfez pour 17 retenir. Quand on goûte le vin d’un tonneau dépofé dans une cave, 011 le perce dans la partie fupérieure, & l’on n’enfonce pas le folfet trop avant, pour pouvoir le retirer une autre fois, s’il était à propos de donner de Fair à la piece.
- 266. Nous avons dit que le tonneau était percé d’un trou dans le bouge, & que cette ouverture formait ce qu’on appelle le trou du bondon. C’eft par-là qu’on entonne le vin. Le tonneau rempli de liqueur, 011 ferme cette ouverture avec un bouchon de bois, que l’on nomme bondon. Ce font fouvent les tonneliers qui font les boudons : nous allons décrire leur pratique.
- 267. Dans certaines villes où fon fait beaucoup de futailles, les tonneliers font faire leurs boudons par des tourneurs 3 & par conféquent ce travail fait fur le tour, 11e demande de nous aucune explication. Mais les tonneliers dans les campagnes font eux-mêmes leurs boudons par une méthode fim-ple, aifée & allez précife.
- 26%. Le bondon eftun coin ou un cône tronqué de bois , qui a la même forme que l’ouverture pratiquée à là futaille. Quoiqu’il ait peu de hauteur, .il faut cependant qu’une de fes bafes foit plus large que l’autre, afin qu’il Faffe quelque réfiftance à mefure qu’on le frappe & qu’on le force à entrer dans cette ouverture.
- 269. L’ouverture du bondon d’une pipe eft plus grande, & porte plus de Tome VIL E e e
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- diamètre que-celle d’un poinçon, Aufïi les dimenfions. desbondo ns dbiVêîtfc-elles être différentes..
- 270. Le tonnelier qui fait lui-même fës Boudons a plufieurs morceaux de bois d’un pied de long, amincis par une de leurs extrémités, de façon qu’on puiiïe les manier. L’autre extrémité eft applatre, & le diamètre de Gette-bafe eft égal à celui du bondon que le tonnelier veut former. Cette bafe eft garnie-de trois ou cinq pointes de fer ,'quf débordent le bois de trois à quatre lignes. On appelle ces efpeces de bâtons ainfi arranges , des. mandrins.
- 271. Quand le tonnelier veut faire un Bondon par exemple, pour un quart, il prend- le mandrin qui convient pour cette petite futaille.. Il'a de petits morceaux quarrés. d?ime douve' épaifîe, ou un Bondon d’une plus grolfe pièce , qu’il veut diminuer pour le rendre propre à un quart. Il enfonce les pointes du mandrin dans la planche ou le vieux bondon. Il rafîujettit ainfi». & en- retenant le mandrin perpendiculairement, il le pofe: fiir le cbarpi , & taille le bondon en fuivant le contour, du mandrin. Il l’unit & l’arrondit. Quand cette opération eft faite, il retire fon mandrin de deffus-Ion bondon..
- 272. Il conftruit de la même façon les boudons pour dès futailles, en-©hoififfantle mandrin-dont la furface intérieure garnie de pointes,-a un plus, grand diamètre: que celui: qui fert pour les- quarts.- En ne tenant pas fai eochoire perpendiculaire mais- inclinée & appuyée contre le mandrin qui eft conique, il donne au bondon la figure d’une tranche de cône en forme: une efpece de bouchon, c’eft-à-dire, un coin circulaire, propre à fermée l’ouverture dont nous avons parlé.
- 273. S’il arrive qu’iin bondon fe trouve trop petit pour l’ouverture de-la.
- piecevpour lors, au-lieu d’en faire un autre, on prend des chiffons de toile: quelquefois garnis-de glaife ou de graille,. & l’on en entoure ce Bondon pour augmenter fbn diamètre, & le faire tenir dans l’ouverture» finis qu’il laiffe: perdre la liqueur (37); 1
- 274. Nous avons dit que fbuvent » fur-tout dans les provinces , les tonneliers fendaient eux-mêmes l’ofier dont ils fe fervent pour attacher leurs cercles ; & nous avons promis , en parlant des cercles & de l’ufage que Ton y? fait de l’ofier ,- de donner les moyens qu’ils emploient pour le fendre. Nous-ne Pavons pas placé à l article du reliage des tonneaux, afin de ne point interrompre ce que nous y traitions.
- 275.. Les tonneliers achètent l’ofier. Les vignerons le cultivent fouvent
- O 7) Le chiffon fert auffi à remplir les plus petits efpaces, que le bois moins élàftique garnirait mal.
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- 4ans les filions de leurs vignes. Nous avons dit qu’on employait, pour faire i’ofier , l’efpece de faule dont l’écorce eft rouge. On coupe tou6 les ans dans l’hiver les jeunes pouffes de ces arbres, quand la feve commence à y monter. Les vignerons vendent cet ofiier, partie aux vanniers, pour être dégarni de fon écorce , partie aux tonneliers , pour conlêrver fon écorce, mais être fendu , &-devenir propre à lier leurs cercles.
- 276. Les tonneliers des environs d’Orléans prétendent qu’il faut que leur ofier foit fendu en trois ou en quatre , & que les petites branches feulement partagées en deux , ne feraient pas auffi bonnes. J’augure que par Pobferva-tion ils fe font affuré que ces branches féparées feulement en deux dans leur diamètre, en fe léchant, travaillent, & peuvent encore fe refendre, fe partager & perdre de leur force (a). Quoi qu’il en foit, pour les partager en trois ou en quatre, voici comme s’y prend le tonnelier, ou le vigneron fendeur.
- 277. Il prend une bra«*he d’ofier, & la tient par fon bout menu, qui termine la pouffe de la derniere année. 11 la partage avec un petit couteau à courte lame, & un peu recourbé, en quatre parties , d’abord en deux, en-fuite en trois ou en quatre feulement dans la longuenr de quelques pouces , de façon que la branche foit divifée en portions égales qui fe réuniffent toutes au centre; enfuite avec fes doigts, il oblige chaque brin de commencer à fe quitter; & quand il les a ainfi féparés dans une partie , il fe fert du fendoir 9 qui eft un petit bâton arrondi, aifé à manier, & dont l’extrémité eft partagée en trois ou en quatre quarts par des filions qui les féparent. Ces filions font formés pour recevoir les trois ou les quatre parties de la branche; & les angles que forment ces filions étant un peu tranchans, fervent à divi-fer la branche.
- 278. Le tonnelier ayant une fois placé les extrémités de la branche fur le bâton oufindoir., ne fait plus que les appuyer fur les angles , en poufîant de l’autre main le fendoir. Il parvient ainfi à divifer les branches en trois ou en quatre parties jufqu’à l’extrémité la plus menue & la plus pointue de la branche. Il arrange fon ofier fendu par bottes de cent ou cent cinquante brins, & enfuite il le met dans un lieu frais , pour qu’il s’y conferve fouple. Quand il veut s’en fervir, il le met encore, comme nous l’avons dit, tremper dans i’eau. Si la branche eft petite, on n’emploie que la lame du couteau pour faire la première divifion, qu’on conduit à la main jufqu’à fon autre extrémité.
- . 279. Quand le tonnelier 1 acheté du vigneron tout fendu, il le paie deux fols & demi ou trois fols le cent, fuivant les années.
- (<f) Dans la Bretagne au contraire, où l’on refendu qu’en deux parties ; les brandies nomme I’ofier, de la prête, on eftime davan- plus fortes fervent à lier les grands cerdes... tage ces demieres, En Suiffe, I’ofier n’eft E e e ij
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- 280. Les tonneliers fourniffent encore quelquefois les. râpes. Ce font dès-copeaux de bois de hêtre bien fecs, que l’on imbibe dans de bon vin tres-coloré, & qui a ce qu’on appelle du corps. Les tonneliers l'es font, & les four-niflcnt aux marchands devin, qui les vendent aux particuliers qui en ont befoin, ou qui s’en fervent eux-mêmes pour donner de la couleur & de la-force aux vins faibles , ou éclaircir ceux qui font louches. On fait palfer les-vins qu’il faut rétablir, une ou deux fois fur ces copeaux ; & on prétend que., le bois de hêtre dont ils font faits,.communique au vin une faveur agréable..
- ADDITION
- Sur la confirnttion des légrefafs , & les moyens de les affranchir lorfqu'ih ont contracté un mauvais goût (38).
- 28t. jLiES ouvrages qui dépendent de l’art du tonnelier font fins doute remarquables par la fimplicité. de leur compofition , leur folidité, leur forcent leurs commodités.i mais l’on ne peut voir fins étonnement ces tonnes monftrueufes, qui contiennent quelques centaines de muids de ‘liqueur , connues en Allemagne fous le nom de foudres, ou de légrefafs:'-rYar leur moyen on peut raffembler de greffes provisions de vin dans un petit’efpace on le conferve mieux & plus long-tems , & l’on économife confidérable--ment fur le déchet. Il eft donc à propos d’expofer d’une manière particulière la conftruélion de vafes d’une fi grande capacité, & fi utiles pour le- commerce, la confervation & l’amélioration des vins.. En fuppofant qu’011 s’eft formé une idée générale de la conftruélion des tonneaux ordinaires, par la lecture du mémoire précédent, je fuis aifpenfé d’entrer dans le menu détail de l’art du tonnelier, & je dois me borner à des obfervations plus particulières fur la conftruélion des futailles les plus grandes.
- 282. On fait les légrefafs ronds ou ovales, mais plus ordinairement ronds, comme plus faciles à conftruire , moins fujets à eouîer, & plus durables. Les fonds étant plus hauts que larges, fe coffinent aifément ; & chaque douve exigeant un chanfrein différent, pour former par leur réunion la figure elliptique, il eft; très-difficile de rendre les joints parfaits. Auffi Tonne fait
- (?8) Je tiens cette addition d’un homme tions avec la plus grande netteté. On «h de lettres, très-capable d’obferver avec jugera par la leéture de ce mémoire. juftelTe , & de communiquer'fes obferva-
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- ART î) U TONNELIER.
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- dés lêgrefafs ovales que lorfqu’on y eft obligé par la place qu’ils doivent occuper.
- 283- On comprend aifémentque la force & l’épaiiTetir des douves doivent varier fuivant fa grandeur du vafe pour lequel elles font deftiirees. On leur don ne jufqu’à un pouce & demi & même deux pouces aux extrémités.' Le merrein doit d’ailleurs être de fente, & non de fciage, non Gaffant ni gras* fans aubour, parfaitement fain & fec. Le tonnelier, en le dégrollillant, a foin de lailîer plus d’épaiifeur de bois aux extrémités , & de le tailler de maniéré qu’il rende au milieu , du côté qui doit fervir de parement.
- 284- Après cette première préparation, on met la derniere main aux douves, & on les drefle. Pour cela, i°. le tonnelier les unit & polit avec le rabot, la varlope & la colombe fur toutes les laces. 2°. Il les réduit à la même largeur , aux deux extrémité?. 3°. Il en marque le milieu , & il y donne, plus de largeur, afin de formel’ le ventre ou le bouge qui elt la partie renflée de là futaille. 40. Il les ehanfreine dans toute leur épailfeur, en diminuant du bois du côté de la furface intérieure 3 enforte que chaque douve forme une efpece de coin, afin que par leur réunion circulaire, elles fe joignent dans toute leur épailfeur, en-dedans & en-dehors, fans laiifer ni fente ni ouverture. De l’cxaélitude de ces diverfes opérations , dépend principalement la perfection du tonneau.
- 28).. Les pièces des fonds doivent être bien goujonnées ou , comme nous, difons, hivrées ; & le long de chaque joint on couche un rolêau ou jonc fendu , que nous appelions de la lechz ( cyperoïdcs latfolium fp'.ca ru fa ) ^ pour empêcher le coulage. Il n’importe pas que les pièces des fonds foient d’une-largeur conlidérable ; il iurht que la maîtreflê-piece, qui doit occuper le milieu du fond de devant, foit aifez large pour y entailler une ouverture,, par laquelle le tonnelier puiife fe gliifer dans la futaille.
- 286. Pour bâtir ou monter un lêgrefafs, on a un cercle de bouleau très-* fort & très-fortement lié & renforcé par des traverfes diamétrales , foîide* ment fixées. C’eft là le moule qui détermine la groifeur du ventre de la futaille , & par-Jà même le vuide , fi elle eft bien proportionnée. Le tonnelier place ce cercle horifôntalement, à la hauteur du milieu du bouge, ou du ventre de la piece qu’il fè propofe de conftruire ; & c'eit autour de ce cercle, qu’il doit ranger les douves.
- 287- Il prend enfuite un cercle bien lié,fuivant Part, dont la circonfé* rence doit être un peu plus grande que celle du premier , & il le pofeimmé-* diatement au-deffous à plat fur la terre.
- 288- Alors deux ouvriers prennent d’une main un cercle lié aufîi à l’ordinaire & de même grandeur, & de l’autre main chacun une douve : l’u-n-, telle où doit être percée l’ouverture du bondon 5 & l’autre, la douve oppofé&
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- Elevant ce cercle horifontalement, ils font paffer ces deux douves au-dedans^1 & en même tems dans celui qui eft placé au bas : & comme elles appuient par le milieu fur celui qui fert de moule , elles contre-bandent le cercle fupé-rieur & le foutiennent. îls continuent de pofer de même en croix & en même tems les douves oppofées, jufqu’à ce que le cercle foit rempli, & en faifant entrer avec quelque effort la derniere.
- 289* Dès que les douves font arrangées , ils font entrer le cercle fupérieur jufqu’à ce qu’il foit parvenu au bouge. Cette place qu’il doit occuper jufqu’à ce qu’on lui en fubftitue un de fer, détermine la circonférence qu’il doit avoir. Ils en mettent un fécond qu’ils pouffent au milieu de l’intervalle, & enfin un troifieme qui eft celui du jable. Ces trois cercles ,ou un quatrième & plus , fi la piece était fort haute, doivent être chatfés fans ménagement de avec la même force que s’ils étaient placés à demeure.
- 290. Ils retournent enfuite la piece & font la même manœuvre à l’autre_ extrémité : pour faire prendre au bois la forme convenable, & pour.,1e. faire plier plus•aifément, ils allument du feu dans le légrefafs, & jettent de tems en tems de l’eau fur la fuperficie intérieure des douves. Les douves ainfi humeêtées , échauffées & fumées , obéiifent mieux & prennent la courbe qu’on veut donner au tonneau. Dans cet état', la piece peut être maniée à volonté ; & fî quelques douves s’élèvent trop, on les fait rentrera coups de chaffoir ou de maillet. On n’emploie pas le marteau de fer, de peur d’endommager le bois. Si elles refufent de fe ranger , on emploie le rabot, afin que la face extérieure foit bien unie; ce qui fert non feulement pour l’œil, mais encore pour faciliter le pafiàge des cercles de fer, dont onfepropofe de le garnir.
- 291. Le tonnelier couche donc fur le côté la futaille, & la place fur un. traîneau creufé circulairement dans le milieu , pour l’empêcher de s’écarter. Dans cette échancrure il y a quatre roulettes qui fervent à faciliter le maniement de la piece, qui doit être tournée & retournée pour les manœuvres fubféquentes.
- 292. Comme il y a toujours quelques douves qui ne font pas exactement à leur place, & dont les traits, qui marquent le milieu du bouge , ne fe rencontrent pas , on les oblige à s’y ranger à grands coups de marteau de fer.
- 293. Si le tonnelier apperçoit quelque irrégularité un peu coufidérable dans l’intérieur du vafe , il la répare , foit avec l’alla 11 au hachette, foit avec le rabot, ou même quelquefois avec le chaffoir ou le maillet, fi elle parait trop enfoncée extérieurement.
- 294.Il rogne enfuite les douves aux deux extrémités, il pare le jable , il Lait les rainures qui doivent recevoir les fonds , il les pofe. Il ne relie plus qu’à mettre les cercles de fer, dont le nombre & la force doivent varier fui-
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- ürant la grofleur de la futaille. Mais il en faut toujours deux placés; fort près aux deux extrémités , lTun fur la rainure , & l’autre fur le jable.
- 295. L’ouverture de la porte du légrefafs eft formée en bifeau ou chanfrein, & la diminution eft en-dedans. La porte eft fciée juife , & chanfreinée en feus contraire, de maniéré qu’étant placée dans l’ouverture, elle fait exa&ement face avec le fond. Pour la tenir dans, cet état, & empêcher qu’elle ne tombe en-dedans , on y a fait un anneau ou boucle de fer quarrée , fbli-dement attachée avec fix clous rivés, dans laquelle on fait entrer une barre; de bois de chêne , formée en coin.
- 296. Qn prévient le coulage en y mettant tout autour du fuif broyé entre* les doigts, & amolli avec de la ialive; & fur la tête des clous rivés , qui tiennent Panneau, on en. met une forte couche ; fans cette précaution ils feraient bientôt confirmés. Si elle était trop petite & qu’elle ne joignit pas exactement, an étendrait, foit entre les joints , foit dans la rainure, une bande de ieche fendue > & fi. elle manquait de bois, par quelque accident, 011 y mettrait quelques plis de cette même plante.
- 297.. Avant que de mettre* du vin dans le légrefafs, & de le placer dan» k cave,on le remplit d’eau pendant quelques jours; & après qu’il eft placé dans Pendrait où il doit relier , le tonnelier entre dedans & le lave exactement avec une éponge trempée dans de l’eiprit-de-vin : il y brûle enfuite quelques feuilles de papier foufré , que nous nommons du brand.
- 298. Comme les portes des caves 11e font pas pour l’ordinaire aifez larges pour y introduire des légrefafs fans les démonter, ou qu’ils font trop gros & trop lourds pour être tranfportés entiers , on eft obligé de les défaire. Quelquefois on fe contente, lorfque la cave n’eft pas trop éloignée*, de le-partager en deux, & l’on tient chaque moitié en réglé par le moyen de deux demi-cercles qu’on lie par les deux bouts avec une forte ficelle, après en avoir féparé les fonds. Si l’an le démonte entièrement, an commence par marquer en-haut & en-bas le milieu précis des deux fonds ,&. le point des fonds où il répond fur le jable , & l’on numérote toutes les douves par-devant & par-derriere fur le jable, afin de les remettre tous à la même place ; 8c dans le tranfport an prend toutes les précautions poftibles pour ne pas bief-fer les angles. Pour les replacer, on les range fui vaut les numéros en-dedans des cercles du bouge.
- 299. Lorsqu’on laide long-tems un légrefafs vuide, on y brûle de te ms en tems du papier foufré. De cette maniéré on le préferve de la moifiifure & de tous les infectes. Mais avant que d’y remettre du vin, il faut lailfer la porte ouverte pendant un couple de jours, & le laver avec de Peau bouillante , afin d’en ôter le goût & fadeur de vieux foufré, qui feraient du tort au viiï*
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- ART D ü TONNELIER.
- 3 oo. Il arrive quelquefois qu’un légrefafs fe moifit & contra die un mauvais goût: pour l’affranchir, on ne peut pas l’expofer au grand air & au foleil, comme les tonneaux ordinaires, ni y mettre le feu; mais on a, pour le guérir, divers autres moyens. i°. Le tonnelier entre dans le légrefafs & le lave exactement, en le frottant fortement avec un vieux balai. 11 fait ainfi tomber le vieux tartre , & enleve toute la moifiifurs. 2°. On le lave avec de l’eau bouillante qu’on brouille & gazouille fortement, en roulant le vafe. 3°. On met dans cette eau, de la chaux vive ou de l’alun. 4°. Le tonnelier lave tout l’iii-r teneur du légréfafs avec de Pefprit-de-vin , ou de l’eau-de-vie. 5°. On y brûle de l’une ou de l’autre de ces liqueurs.
- .if—-----------------------.sffia , - ..•• .... -*.
- TA.ZÜ3L3E 3D3ELS JLTEL3?XCX*J£$
- CONTENUS DANS L’ART DU TONNELIER.
- .Article PREMIER, de l'état du mer-rein , du travée fin , & de leur première préparation. pag. 3 5 6
- Art. II. Des moyens employés pour bâtir ou pour monter un tonneau. 35g ART. III. Des moyens qu'emploie le tonnelier pour rogner les douves , & former ce quon appelle le jable du tonneau. 371
- Art. IV". De la confruclion des fonds des tonneaux , & des moyens qu emploie le tonnelier pour Us mettre en place. . 37 S
- Art. V". Du reliage des tonneaux ; des moyens employés pour placer les cercles à une. fiitaille neuve, ou en remettre de neufs à une vieille dont quel-
- ques cercles viendraient â manquer.
- 2Si
- Art. VI. Application de ce qui a été dit fur la conjlruclion des futailles à celle de tous autres vaijfeaux qui f ont du rejfort du tonnelier. 390
- Art. VIL Ouvrages du rejfort du tonnelier ; comme la deftente des pièces de vin dans les caves , la fortie des tonneaux de dedans les bateaux pour les débarquer fur les ports où ils doivent arriver, & la maniéré de faire les fof-fets , les boudons , & de fendre l'ojier qui fert à attacher Us êcrcles. 397 ADDITION fur la conjlruclion des lé-grejafs , & les moyens de les affranchir lorfquils ont contracté un mauvais goût. 404
- TABLE
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- ART DU TONNELIER. 409
- :-—au, .TX=-i.-rrr-.T=r^^L, —i.r , . ' ,-towtgs=J.
- ! ^ • ... ./j , * • ‘ ‘ '
- ''TABLE DÉS MATIERES,
- : ' I • > , '
- & explication des termes propres à Part du tonnelier.
- A. .
- Àisseliere , en alîem. Nèbenfiücke;
- on donne ce nom à deux pièces qui font partie du fond d’une futaille; ces deux pièces avoifinent la mai-trefle-piece.
- Amarrer ; terme de marine, qui lignifie attacher & retenir un vaifl’eau par une ancré", & avec un ou plu-fîeurs cables ou cordages. Artisonne. Voyez bois.
- Assau. Voyez ajfette. l;;' '
- Asse. Voyez ajfette. L
- Assette ou Hachette , en ail. Dech-fel, petite hache, dont la tête eft plate d’un côté, & dé l’autre la lame eft large, tranchante & contournée. La courbe revient chercher le manche de l’outil ; cette partie fert à couper le bois , principalement dans l’intérieur du tonneau, pour le creu-fer en-dedans,& arrondir l’ouvrage , &c. La partie ôppofée efl ajorç-gée,!& porte une tète applatié, pour pouvoir fràppercomme avéc.un marteau. Il y a un outil plus petit, fans ’ tète ou marteau ; il ne fert qu*à arrondir l'ouvrage. On nomme plus communément le premier PqJjhti, & le fécond, Vaffaitte, oumiepx, P ajfette. Voyez pl. I, fig. 19, %a. Attelier, lieu où les ouvriers travaillent enfemble. ! ( '
- Aubour, où aubier, en ail. Spint, c’eft du bois imparfait qui fe trouve dans lejcorps d’un chêne ou dé tout autre arbre , entre l’écorce & je bois de bonne qualité, & qui né doit Tome FII.
- point être employé pour faire des douves. Voyez ce que nous ell avons dit au chapitre du merrain.
- B
- BacquET , en àîlém.., Wmpe î vailfeau , .dont les bords font peu élevés^ & dôrit l’ouverturë eff large : oii peut ' | faire deux bacquéts d’une futaille !i coupée en deux,
- Baignoire , en ail. Biffeveatme, vaif-feau ovale dont on fe fert ordinairement pour prendre les bains. Voyez pL II, Jîg. 12. ; \ 4-
- Baillé i nom'qüpl.ès marins donnent ‘ à ce que nous appelions bacquet ou cuvier.
- BarattEjî en ail. futterfafs , Vailfeau propre à battre le beurre.
- Barré , en allem. Riegelholz, piece de . bois placée en travers fur les dou-1 ‘ ves qui forment le fond d’une futaille. Vo^ez pl. Ilyjïg. 7.
- 'Baréer , polef la barre du fond d’une futaille , &1 faire, les trous dans lesquels, doivent entrer les chevilles qui doivent la foutenir.
- Barril, petit vaifféau en forme de tonneau, propre à mettre du vinaigre,
- '. ou du verjus,'ou des olives , &c, BarrIlLet ,, dïniinutif du barril. Barrique* la barrique contient plus " ou moins , fuivant le pays* BaRRoir, on' vrille a barrer , en aîlem. Bohr; efpece de tarriere avec laquelle on fait les trous qui doivent F ff
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- ART DU TONNELIER.
- recevoir les chevilles qui foutien-nent la barredufoud. C’eft une tige de fer de cinq à fix. lignes, de diamètre , longue de trois pieds ou trois pieds & demi, dont une des extrémités eft taillée en vrille , dont les pas font fort alongés j l’autre extrémité porte, une traverfe de bois, pour lat ourner. Cet outil fert à percer les trous oùl’on doitpofer les chevilles qui fou tiennent la barre qui fortifie le fond des futailles. 11 eft inutile, & par conféquent peu connu, par-tout où l’on fait relier comme il faut.
- Bâtir,ou monter un tonneau , c’eft arranger les douves, les préparer , & les difpofer de façon qii.’étant réunies par des. cercles , elles forment le tonneau, ou d’autres vaif-feaux qui dépendent de l’art du tonnelier.
- Batissoir , en ail. ' Schraiihenyvdnde> uftenfile qui fer Là réunir' les douves d’un tonneau' ou d’une petite
- cuve* • ' . «•••.? r.. - r .‘T
- BatoûrNer ;, retourner toutes lés douves dont on veut former une futaille, pour s’affuref jfî elles* né font pas plus larges à l’ujne.de.leurs ' ''extrèmi'rés'qu’à i’autref .< .. Bidon fefpece de broc fepvant adifi.
- ' .tribuèr la ration de vin âyx équipa-ges des vaiffeaiix. ’.t ’’ '’
- Biseau i on dit qu’une pîeéede bois eft taillée en biièauquand un de les bords forme un coin ; quand le biféau eft fait des^eux.c^tés fur la même ex rêmîté du1 boisson, dit qu’elle eft taillée à t|epx bileâiux'. ;; Bois UE fente, en a lie ni. gej'pàlith Holz, bois fendu .avec le cbiitr.ef ,* Bois REFENDU , en ali gefagies Holz, bois partagé avec la feie.
- Bois gras ; on donne ce nom à un bois en retour. Voyez au premier chapitre du merrain.
- Bois blanc j on appelle ainfi certains bois légers & peu folides , comme le faule , le peuplier, le tremble, le bouleau, &c.
- Bois rouges, bois fur lefquels on apperçoit des veines différemment colorées , & qui indiquent un dépé-riffement de qualité.
- Bois vergés, ou vergettés : ce bois eft comme marbré de veines blanches & rouges. , . ,
- Bois d’enfonçure , en ail. Bodenholz > ce font les bois, dont on le fert pour former les fonds des futailles. ,
- Bois de quartier , ên ail. gevierteh Holz > c’eft du bois qui eft pris fui-vam la direélion des fibres du bois, & dans le.fens où il peut être fendu avec le coutre.
- Bois en. retour , en ali abnehmendes Holz., bois vieux qui a perdu de fa .. valeur , parce qu’il commence à fe * ^corrompre.,.
- 'Bois taillis, en alf. lVb^/jo/^,bois que l’on met en coupe réglée envi-’ . ron tous les dix ans.
- iBpis roulé , fe dit d’un bois dont les cercles concentriques fe féparent les , , uns des autres. ... .
- ^ONDON, eh affem.. Sptmt, efpece de bouchon fqui fert i fermer l’ouver-. ture faite fur le bouge d’une futaille, & par laquelle on entonne la liqueur.
- JBondonniere j en aîlf Spuntbokvw tarriere avec Iaqueïleon foi me l’ou-
- V,vertur-e du boudoir. Voyez pl. 11-,
- ' . Botte. VoyezwviA. ...
- Bouée, terme de marine,. Efpece de petit barril attaché à un cordage,
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- ART DU TONNELIER.
- qui par l’autre bout eft amarré à la croilée de l’ancre, flottant fur l’eau , & fervant à indiquer la podtion d’une ancre mouillée dans un port ou dans une rade.
- Bouge, en ail. Rumpf, Bauchÿ c’efl la partie la plus renflée d’une futaille.
- Brai , efpece de réfine dont on fe fert pour-calfater' &' enduire le* vaif-feaux, & rendre certaines matières moins fujettes’ à fe pourrir, lorf-
- ‘ qu’elles font expofées dans l’eau.
- Broc, efpece de vaifleau qui fert à tranfporter du vin ou toute autre liqueur. '
- C
- Calfater , terme de marine \ c’efl mettre de l’étoupe entre les joints* des planches d’un vailfeau, & les recouvrir de brai ou de goudron.
- Caque, petit barrit qui contient le quart d’unmuid , & que l’on defliûe particuliérement à renfermer des harengs , fardinès , &c.
- Cerceau , petit cercle que Ton* em-l ploie pour retenir les douves des quarts, barrits, &c.
- Cerclé, en ail. Band, lien de bois oui de fer, deftiné à retenir les différentes planches ou douves d’une futaille , d’une cuve, &c. *
- Cercle du bourg : c’efl celui qui eft le pluslprès du bouge, ou partie moyenne d’une futaille.
- Cercle du jable: celui qui eft le plus voifin du jable.
- Cercles de plain-pied ;.on nomme
- . ainfi les cercles qui s’achètent dans les ventes de bois. . yî.
- Chanfrein, en allem. Kantei.bifeâu que l’on forme eh enlevant la moitié! de l’épailfeur d’une piece de bois, & la taillant en efpece de coin ou en
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- pente, depuis l’endroit où on la commence, jufqu’où fe termine la planche fur laquelle on forme le chanfrein.
- Chanteau ,en ail. Schartjîück, partie du fond d’une futaille ; ce font les deux dernières planches qui termi. f nènt’le fond.: * 1 ! 1
- Chasser un cer1cle , en all. 'er» Band treiben y c’eft le frapper-jufqu’à ce qu’il l’oit defeendu à la1 place qu’il doit occuper autour d’une futaille. Chassoir , en ail. Treiber, piece de bois en coin , dont le tonnelier fe-< fert pour appuyer-fur le cercle qu’il - chalTe, & pour ne point l’endommager par les coups de maillet. ï Cheville dé tonnelier î petite piece:; de bois équarrie, un peu pointue, qui fert à aflujettir la barre, & à retenir les pièces qui forment le fond d’une futaille.
- CLAiN'd’uné douve,1 en ail. Ftige î c’efl ' -tune efpece'debifeauou chanfrein, que l’oh forme fur l’épailfeur de chaque douve , afin qu’après avoir'été ^'arrangées ciïculrtirement, elles puif-ferit fejoindre dans toute leur épaif-feur.
- Coche , en ail. Rerb, entaille que l’on c fait fur l’épailfeur ‘des cercles, pour --retenir l’ofier avec lequel on les attache fermement.
- Cochoir, en ail. Bindmejfer, efpece de hache avec laquelle 1e tonnelier forme les coches fur les cercles. Coffiner , en ail. Jich werfen, fe dit • d’un alfemblage de planches, donc -quelques-unes rènflent, augmentent, s’alongent, & quittent la forme qu’on leur avait donnée, & qu’elles devaient avoir.
- Colombe, en;al!em. Fngbanck\ rabot tou efpece de varlope, renverfée en Fff ij
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- 'ART D U TONNELIER.
- ; forme de. banc, fur* laquelle-le tonnelier pafl’e de champ laj.douve ou planche dont il veut unir les bords. Voyez pl. I, fig. 16. ...I. -
- CombuGerj terme de mâtine, qui lignifie Vvuider l’eau qu’on, a mife dans une futaille.pour; la laver, & celle qui fe ferait introduites dans une ifiouéîe : on i^idïe à qet effet une-. ouverture, à la, bouée *,que»l.’on re-: ferme enfuitel; is , -.? i i \Y Coimpas du, tonnelier.,Voyez />/../, fig. f-, à. la vignette.
- Copeaux , longues lames de bois enle-livées.'d’une piece de boisjde, hêtre, .<& dont on.fe fert pour purifier .& pour éclaircir le vin.. > [ , ^ . , Coüïrb en- al], ' Klàfajfm : outil «pi;
- , fert aux- tonneliers & aux fondeurs . de bois, pour faire des ferches, des lattes, des charniers * &c. Voy. pL i, fig- 20. . |
- Gr-Oghet i .planche fin# laquelle . tracée! ^: courbe. :q.üe:doiiVeht pren-_ ;dr.e.les;douves. Voyez pi I*fig* >1 7
- ‘ i Ù, ; p
- Cuve , grand vaifîeau fait de plufienrs - planches retenues par. des cercles ou liens de bois, dans lequel on dépofe , la vendange&. où le vimfe fait,.. (... ; Cu ve , E N ti^ e 31 t e ! tj efp eèê; de. eu v e dont le haut - eft plus.étroit-que le bas. Voyez pl. lUfig. 12/- . .i.-m
- Cuvier , vâitfeAu qui. iretfernble à- une cuve , mais qui eft plus petit > il fert à couler la lefiive, & à plusieurs autres ufages. On les. fait de fapin ou , autre bois bl an g , pour ne. poin t. don-. merde couleur à la leiiiverVi bacepu.pt.
- : *.. .t. . , " ù:.i. u-j:
- , < :D .'. *i 11 e» î ! OÙ p l'iii
- , ., r;: m;v b iA
- Déchirer une futaille^ c?eft ôter kSl cercles qui retiennent les douves,
- & caifer les douves * pour qu’elles ne puilfent plus fervir à former d’autres tonneaux. V)
- Demi-queue. Voyez poinçon. Doloike , en ail. Lenkbeil, outil pro-* pre.à doler les douves. Voyez pl. /,
- . figr.
- Donnée,fedit<lorfque dans un pro? . blême ou pofe certaines quantités, c certaines dimenfions,ou conditions, -i dont.il ne faufpas s’écarter, * Douve, en alU Stab, Daube., planche
- - formée avec du merrain , & qui étant ‘ préparée ^.travaillée , fert à la conf-
- tru&ion des fûts, futailles, tonneaux, &c. 'j
- Douelle : dans quelques provinces on ; appelle fcinfi les» douves. r , -
- DpuvE épeignée-, en ail* abgekimm-„ ter Stab , fe dit d’une douve caflée dans le ja-ble, & à laquelle on a fubf-«.jtitué une piece de bois ,pour rem-: plaçertJfi partie rompue,! ->.
- Egaler ( s’) : on dit, qu’une.piece d'elbois s’écale y quand elle fe fépare par lames.
- Eghasses, en ail. Steïzen: ce font les.
- - hauffes qui font partie dju billot ou
- - du char pices hauffes font formées par deux momans -qui portent la
- J douve.que l’on veut doler* V« pl. I *
- ~fig. JO è? II. i. . , .
- Emmortaiser ,.c’efi joindre une piece de bois avec une autre, à laquelle on a fait une mortaife , c’eft-à-dire , tiime ouverture dans laquelle entre ; ;cette piece diminuée d’épaiffeur , & retenue avec un coin.qui l’.y aifu-ujettiÉ. r t'; -t.ii.. .-» ., i;; ;
- Enfoncer, en alf.beboden,une cuve , ou iin tonneau, c’eft y mettre des . fonds*. t
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- A R T D ü T
- Epeigné. On dit qu’une douve eft épeignée , quand elle a été rompue dans le jable.
- Essette. Voyez affette.
- Etanchoir , en alh Einjlopfer, petit couteau dont on fe fert pour garnir d’étoupes les fentes d’une futaille. Etau, ou selle a tailler, ou serre, en ail. Schneidebanck \ on donne principalement cè nom à la têtè de la Telle à tailler, dont fe' fert le tonnelier, & fous laquelle il pofe la douve qu’il veut travailler , & qu’il retient en pofant les jambes fur la f partie inférieure de cette ferre. Voy. '/>/• if.
- Etoupe, celle dont les tonneliers fe fervent, eft ordinairement faite avec de là toile déchirée, & mife en châr-
- -n'îa :j ’ '*
- Fendoir , en afl.r Spalter, petit outil . de bois , propre à fendre l’ofter.
- Fente. Voyez bais de fente. ,
- Feuillet a tourner, en ail. Dreh-fage, efpece de,;fcte. " . ,
- Feuillette. Voyez muiâ.
- Fond : il eft compofé de différentes pièces débois, qui forment les deux .extrémités d’une futaille.
- Forêt , ën 'i\V Zapfeabohrj efpece de vrille dont oh fe fert pour percer les tonneaux remplis de liqueur, foit pour la goûter, foit pour y donner de l’air.
- Fossets , petites pièces de bois arrondies en pointe, dont on fe fert pour boucher l’ouverture faite à une futaille avec le foret.
- Fust vailfeau compofé de plufieurs “ planches réunies par des cercles , ' deftiné à contenir quelque liqueur que ce foit.
- O N N E L I E R.
- Futaille , eft la même choTe qu’un fût: on appelle cependant futaille, une piece qui a déjàfervi à renfermer des liquides.
- G
- Garrot , en ail. Knebel, Fe dit d’une piece de bois avec laquelle on ferre & on retient la corde qui entoure les douves d’une piece remplie de liqueur , quand on a lieu de craindre que les cercles ne viennent à manquer, & que la liqueur ne fe perde.
- Gobillard. On nomme ainfi certaines planches que l’on, débite dans la forêt d’Orléans i & que^’on emploie pour faire les cuves, cuviers , &c.
- Goudron ou Gaudron, efpece de poix dont on enduit lesbâtimens de mer, les cordages, & en général tout ce qui doit féjourner dans l’eau.
- Goudronner , a&ion d’enduire de goudron quelque chofe^quc ce foit.
- Goujon. Voyez goujonner.
- Goujonner, en ail. vernieten j c’eft réunir avec des chevilles deux pièces de bois pofées l’une à côté de l’autre & qui fe touchent par le plan de leur épaiffeur, afin de les .maintenir plus folidemcnt ^on nomme ces chevilles goujons, . \
- H
- Hangard , efpece d’appentis.
- Hart , branche menue de bois qui peut fe tortiller aifément, & avec laquelle on peut lier & maintenir plufieurs pièces de bois enfembîe»
- Hausses. Voyez écbajfes-.
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- ART DU TONNELIER,
- J
- Jable , en ail. Krofe, Gargel j c’efl la rainure d’une futaille, dans laquelle entrent & font retenues les planches des fonds.
- Jabler un tonneau : c’efl former la rainure ou jable.
- Jabloir, en allem, Gargelkam , outil propre à jabler. Voyezpl. II,Jig> f.
- L
- Lumière , partie du rabot dans laquelle entre le fer & le coin qui i’af-fujenit. Voyez rabot.
- Madrier , efpece de foliveau, ou piece de bois équarrie, & qui a une cer-certaine force & longueur : il faut qu’un madrier ait au moins cinq ou fix pouces d’équarriffage, & fouvent davantage.
- Maillet, en ail. Schlagelj marteau de bois du tonnelier.
- Mailloche, en ail. Kimkcule\ piece de bois qui fert à frapper fur le cou-tre.
- Maîtresse piece : c’efl celle qui occupe la partie moyenne d’un fond.
- Mandrins , en ail. Tocken: on nomme ainfi des pièces de bois dont la bafe eft arrondie à la groffeur convenable pour en faire des boudons.
- Meche d’une tarriere, en ail. Klinge eines Bohrers } c’efl; l’extrémité du fer, & principalement la pointe qui perce & emporte le bois.
- Merrain, planches ordinairement fendues avec un coutre, & qui fervent à former les douves des tonneaux , fûts ou futailles.
- Mole , corruption de meule : c’efl: une certaine quantité de cercles que l’on arrange en meule dans les ventes de
- bois, & qui fe livre en eet état aux marchands.
- Monter un fût, en ail. ein fafs auf-fetzen; c’efl arranger les douves qui doivent le former} on les retient avec des cercles.
- Moufle , en ail. Kranig, affemblage de plufieurs poulies qui peuvent fe mouvoir dans une piece de bois , & qui fervent à multiplier les forces. Voyez/)/. Il ifig. 18.
- Moulinet , en ail. Winde, uftenfile de tonnelier, deftiné à monter ou aefcendre les groffes pièces, ou les pipes d’huile ou d’eau-de-vie, des caves des épiciers. V. pl. Ihfig. 18-
- Muid , mefure de vin en ufage dans plufieurs provinces. Le muid devin de Paris contient deux cents quatre-vingts pintes, luivaritun réglement de Louis XIII, & trois cents pintes fuivant les ordonnances de Henri IV. La jauge de tous les vaifleaux propres à contenir des liquides, fe rapporte au muid , qui doit contenir trente-fix feptiers de huit pintes par feptier : en Champagne, le muid fe nomme queue} en Bourgogne 9 feuillette } en Touraine , poinçon i en Berry, tonneau ; en Poitou & en Anjou, pipe j en Lyonnais, botte ,• à Bordeaux , barrique, dont quatre forment un tonneau.
- P
- Panneau , en allem. Rabin: c’efl une planche taillée, fur laquelle efl tracée & formée la figure que doit donner un tailleur de pierre à une pierre qu’il doit tailler, ou pour régler les plinthes & corniches qu’un maçon doit pouffer en plâtre. Les tonneliers ont auiïi des panneaux ou
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- ART nu tonnelier.
- modèles pour régler la taille de leurs douves : ou les nomme auffi ferches, modèles, patrons ou crochets.
- Parage , en ail. Gleichmachung ; faire le parage , e’eft , en terme de tonnelier , égalifer les douves, leur donner une même longueur, pour pouvoir enfuite y tracer & former le jable.
- Pas d’asse ; e’eft le chanfrein intérieur que l’on voit fur l’épaiifeur des douves, qui forment une futaille ou tonneau , dans la partie du jable.
- Pente : e’eft le bifeau, le chanfrein, le clain que l’on donne à toutes les douves , afin qu’elles puiffent fe rapprocher les unes des autres , fe réunir, & prendre la forme que doit avoir un tonneau, fans lailfer le moindre efpace par où la liqueur puiffe fe perdre.
- Perçoir , en ail. Spuntbohr, efpeee de vilebrequin, avec lequel on perce les futailles & tonneaux, pour y mettre une canelle.
- Piece: tout vaifleau propre à contenir des liqueurs : fouvent la piece eft une mefure.
- Pipe; la pipe eft une mefure des liquides : elle eft plus ou moins grande, fuivant le pays. Ce nom elt connu particuliérement en Anjou & dans le Poitou , où la pipe contient un muid & demi.
- Plaine. Voyez plane.
- Plàin-pied. Voyez cercles.
- Plane , en allem. Gerademejjer ; outil dont fe fervent plulieurs ouvriers pour planer, c’eft-à-dire, unir le bois-qu’ils emploient.
- Poinçon , mefure du vin y en ufage dans plufieurs provinces. Le poinçon eft la moitié d’un tonneau d’Orléans ou d’Anjou. En Touraine on
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- appelle ainfi le muid de vin ; à Paris e’eft la même chofe que la demi-queue : on donne quelquefois ce nom à toute efpecede futaille.
- Polygone, terme de géométrie qui s’entend d’une figure qui a plufieurs angles.
- Pompe, en ail. Heber. uftenfile dont fe fervent les tonneliers & les caba-retiers pour tirer le vin , & le tranf-vafer d’un vaiffeau dans un autre.
- Poulain , en allem. Schrotleiter, machine dont fe fervent les tonneliers pour defeendre dans une cave , ou remonter de greffes pièces d’huile ou d’eau-de-vie. Voy.pL 17.
- Q.
- Queue. Voyez, muid,
- R
- Rabot , en ail. Hobel, outil propre â unir le bois, à le raboter.
- Raboter, unir avec le rabot.
- Rainure , en ail. Fuge, efpece de Cou-liflé creuféedans lepaifléur du bois, pour recevoir d’autres pièces de bois , auxquelles on ne laide quel’é-paiflêur de la couliffe , pour en former un affemblage.
- Rangée ; on nomme ainfi dans les ventes de bois une certaine quantité de cercles , compofée de plufieurs rouelles.
- Rapê de copeaux. Voyez copeaux
- Rebattre ; e’eft frapper fur les cercles, pour les faire entrer & fe placer au point où il convient qu’ils foient pour contenir les douves d’une futaille.
- Refendu. Voyez bois.
- R eliâge. Voyez relier,
- Relier,, en ail. binden> e’eft mettra
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- A R T DU T 0 N N E L I EU
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- des cercles pour retenir tes douves d’une futaille neuve, ou en remettre de neufs à une vieille futaille, dont les anciens auraient manqué.
- Relier en plein : c’eft garnir les deux extrémités du tonneau» de façon que tous les cercles fe touchent.
- Rouanne, en ail. Reijferjoutil avec lequel un maître marque les futailles , ou autres ouvrages de tonnellerie de fa faqon.
- Rouanner, en ail. reijfen, marquer les tonneaux avec la rouanne, ce qui fert à reconnaître l’ouvrage d’un maître.
- Rouelle , en ail. Bund-, certain nombre de rangées de cercles forment une rouelle ; on les vend en cet état dans les forêts.
- Roulé. Voyez bois.
- S
- Sauniere, en ail. Salzfafs ; vniffeau dans lequel on dépofe le l'el pour l’u-fage ordinaire d’une famille.
- Seille , vaiffeau propre à contenir des liquides : les feilles fervent ordinairement aux vendangeurs , pour y dépoter les grappes de raifin, àme-fure qu’ils les coupent du cep.
- Selle a tailler , en ail. Schneide-bauck , ulien file qui fert aux tonneliers à retenir la planche qu’ils veulent tailler. Voyez pi. I , jt£. iy.
- Selle a rogner , en allem. Eudjhélî uftenfîleïervairc à tenir en état une pièce dont le tonnelier veut rogner les bords. Voyez pl. I, fig. 12.
- Serche : les ouvrages de ferche font ceux que l’on fait avec du bois réduit en lames minces, & que l’on peut-rouler fans calfer.
- Serche. Voyez panneau.
- Sergent, en ail. Handhacken,infini-
- ment de fer qui fert aux menuifîers & aux tonneliers, pour tenir fermement enfemble plu (leurs planches qu’011 veut alfembler.
- Serre, en ail. Frejfen c’eft la partie - de la feile à tailler, qui retient la douve que le tonnelier travaille.
- Setier , mefure d’un liquide} il eft différent fuivant les lieux : c’eft ordinairement la moitié de la pinte, & la même chofe que la chopine.
- Sommager : placer fur une futaille les cercles qu’on nomme fotnmiers.
- Sommiers : ce font deux cercles dont chacun a été.lié féparémenc, & en-fuite liés & retenus tous ies deux enfemble. ,
- T
- Tailler en rove, en ail.radfôrmig fchneiden : c’eft rendre convexe la furface fupériesre d’une douve, ou la bomber fur fa longueur, pour qu’elle prenne & donne à une futaille une forme cylindrique.
- Talut, pente, bifeau, chanfrein : ce font différens noms qu’on a donnés à la partie d’une douve quia été diminuée d’épaiffeur, & qui a pris la forme d’un coin.
- Tinette : c’eft un vaiffeau plus étroit par le bas que par le haut, & qui lert à renfermer du beurre falé.
- Tire ou. Tiretoir , en ail. Bandha-cke , [outil dont on fe fert pour placer les cercles fur les tonneaux.
- Tire a barre , en ail. Riegelzieher ; outil fervant à placer la barre qui foutient les fonds des futailles. Tire-fond, en ail. Zugbohr, efpece de piton qui porte àfon extrémité quelques pas de vis : on l’emploie pour placer lesj planches du fond d’une futaille.
- Tiretoir
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- ART DU TONNELIER.
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- Tîretoir. Voyez tire.
- Tonne , grand vailfeau fervant à con. tenir des liqueurs. En Allemagne, on fabrique des tonnes qui contiennent jufqu'à deux cents muids : on les nomme foudres.
- Tonneau, futaille dans laquelle on renferme les liquides. Le tonneau
- . d’Orléans contient deux muids de Paris ; celui de Bordeaux, quatre barriques, qui font trois muids de Paris. Le tonneau de mer eft elfimé pefer trois muids de Paris, ou deux milliers.
- Tonneau monté ; on dit qu’un tonneau eft monté, lorfque toutes les douves font réunies & maintenues par quelques cercles.
- Tonneliers-ferreurs : ce font ceux qui s’occupent à conftruire des uftenflles de tonnellerie , que l’on fortifie par des liens de tôle ou de cuivre.
- Tonnellerie, lieu où l’on travaille du métier de tonnelier.
- Torches ou bottes. L’ofrer fe vend en bottes ou torches compofées de cent cinquante crins.
- Traitoir. Voyez tiretoir ou tire pour les cercles.
- Traversin, piece de bois coupée de longueur, & que l’on emploie pour former les fonds des futailles.
- TïtONCHET, cfmrpi^billot, en alle-
- mand, Haublock ; c’eft l’uftenfile fur lequel le tonnelier pofe la douve qu’il veut travailler.
- Trop de fond. Quand les planches du fond fe gonflent, augmentent en dimenfion par excès d’humi-dite, on dit que le tonneau a trop de fond. '
- TRUSQUiN>en ail. Heijfmcmfs ; outil fervant à marquer fur le bois que l’on travaille, des traits pour régler fon épai fleur , &c.
- V
- Vergé & vergetté. Voyez bois.
- Velte , mefure d’un liquide. La velte contient trois pots, & le pot deux pintes : les barriques d’eau-de-vie du Poitou contiennent foixante ou foixante-dix veltes.
- Ventre d’un tonneau ; c’eft la partie la plus renflée de la futaille, ou le bouge.
- Vrille , en ail. Bohr, outil fervant à percer.
- Vrille a barrer. Voyez barroir.
- Utinet, en ail. Schliïgel , petit maillet à long manche , qui fert pour frapper fur les planches du fond d’une futaille, & à faire revenir celles qui font entrées trop avant, & qui font hors du jable, V. pi. Il,
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- Tome FIL
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- 4X8 ART DU TONNELIER.
- »C..... , ..1..' : =--4--il.' ---------3- ' x» VT- -fr
- EXPLICATION DES PLANCHES,
- Planche I.
- Au haut de la planche..
- Figure i , ouvrier qui prépare le merrain avec la coclioire , fur le charpi ou tronchet.
- Figure. %, tonnelier qui dole le merrain fur le charpi avec une doloire. Figure 3 , maniéré de tailler le merrain fur la felle : l’ouvrier eft aflis jambe deçà & jambe delà fur le banc de la felle , & taille avec une plane une douve alfujettie fur une traverfe qui ferre l'a pince de la felle à tailler.
- Figure 4, ouvrier qui palTe une douve fur la colombe , & qui forme fur fon épailfeur le chanfrein ou clain.
- La figure f fait voir les douves préparées pour faire le fond d’une futaille, & fur lefquelles l’ouvrier trace le fond avec le compas.
- Figure G, ouvrier qui fcie l’une après l’autre chaque douve du fond,’ fuivant le trait qu’il a tracé.
- Figure 7 , ouvrier qui monte ou bâtit un tonneau , & qui en arrange les douves autour du cercle auquel il a donné les dimenfions convenables.
- Figure g. Quand le tonneau eft retenu par un de Tes bouts avec un ou deux cercles, chaque douve tend par l’extrémité oppofée à s’écarter les unes des autres : pour les relferrer , le tonnelier fe fert du bâtiifoir, ou bien il les retient dans cette polition avec un cercle pareil au premier qu’il a déjà employé.
- Figure 9, le fût étant pofé dans la felle à rogner , l’ouvrier forme le jable en promenant la jabloire dans le pourtour intérieur du tonneau.
- Bas de la planche.
- Figure 10 & il, tronchet, charpi, ou billot. On a donné ces différens noms à un même uftenfiîe deftiné à recevoir & à foutenir les planches ou le mer-, rain qu’011 veut travailler. Le billot, fig. 10, en fait la principale partie^ ou bien on emploie un moyeu de charette , fig. 11. Le charpi ou billot doit porter deux haulfes A B, fur lefquelles on place les planches qu’on veut doler. Une de ces haulfes B, eft entaillée à moitié bois , pour feryir d’appui à la planche qu’on veut travailler.
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- A R T DU TONNELIER.
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- - "Figure T2 , doloire. Cet outil fert à tailler les planches qui forment le tonneau j ou j en terme d’ouvrier, à doler lemerrain. La lame de cet outil, ainfi, que la cochoire, n’a qu’unbifeau; elle eft foutenue par un manche de fer vers îa partie moyenne & fupérieure de la lame. Dans ce manche de fer, qui forme une douille, entre un morceau de bois arrondi & pelant, qui forme un contre-poids à l’outil, que ce deuxieme manche rend maniable. On donne une certaine inclinaifon à ce manche de bois, pour qu’il ne tombe pas perpendiculairement au-deflus de la lame de fer. & qu’il rentre au contraire en-dedans du côté de l’ouvrier, ainlî que le manche de fer auquel il eft attaché; par ce moyen le tonnelier peut approcher l’outil de la planche qu’il doley fans que fa main puiife nuire à fou travail.
- Figure 13, a, merrain tel que le tonnelier l’achete des marchands de bois : b, douve arrondie pour former la furface extérieure d’un tonneau; d, douve taillée de façon que le tonneau puiife avoir fa partie moyenne plus renflée que fes deux extrémités : il faut que chaque douve foit diminuée de largeur vers fes extrémités ; ainli fur la largeur de chaque douve, la partie la plus large doit être en c r & la plus étroite en e & en d.
- Figure 14. Cette figure fait voir l’efpace b b, que le tonnelier doit lailfer extérieurement à chaque douve, pour qu’elles puiflent fe relferrer lorfqu’elles font réunies par les cercles : 011 nomme cet eipace la ferre.
- Figure if , chevalet ou /elle d tailler ; banc qui fert aux tonneliers , ainlî qu’aux layetiers , à maintenir & arrêter la planche qu’ils veulent planer. Il eft compofé d’une planche de bois épaiife > foutenue par quatre pieds. Vers un des bouts, on a ajufté une tète de bois qui a une queue, laquelle traverfe le banc, & eft arrêtée vers les trois quarts de fa longueur par une cheville C qui le traverfe , & qui le retient à une planche inclinée Gomme un pupitre afh; on fait ferrer fur cette planche inclinée la tête e qui appuie fur la planche inclinée , feulement lorfque le tonnelier pofe fes pieds fur une traverfe de bois by qui eft placée à la partie inférieure de la piece e g.
- Figure 16, la colombe, efpece de grande varlope de menuifier, mais renier fée ; elle fert particuliérement pour former les joints. La varlope ordinaire fe conduit fur la planche qu’on veut travailler ; au lieu que c’eft la planche que l’on paife fur la colombe, pour la diminuer de largeur. La table de cet outil a quatre pieds de long fur quatre pouces de large. Vers le quart de la longueur eft une ouverture appeliée lumière, dans laquelle entre le fer a y fèmblable au fer de la varlope ordinaire ; il a trois pouces de large; le tranchant eft pofé en-deffus, & excede un peu la fuperficie de la table 3 il eft maintenu en place par un coin de bois b.
- Ogs i.i
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- ART DU TONNELIER.
- Figure 17, patron > modèle, ou , en terme d’ouvriers , crochet qui fert à'tailler les douves , & à leur donner la courbe qu’exige le vafe qu’on fe propofe de faire. Quand le patron eft deftiné à fervir de modèle aux douves d’une-baignoire , il porte deux courbes différentes.
- Figure 18 , crochet à une feule courbe.
- Figure 19 , moyen pour tracer la courbe & le crochet qui doit fervir à former l’angle des douves, & auffi le chanfrein qui doit fe trouver fur leur épailfeur.
- Figure 20, coutre, outil deftiné à fendre les douves trop épaiifes. Le tonnelier l’emploie quelquefois pour partager fou traverjin, quand il eft trop épais. La lame eft plus épaiife fur la furface fupérieure a ; elle eft acérée & coupante du côté oppofé. O11 le tient dans la même pofttion que repréfente la figure.
- Flanche IL
- Figure ï, tire-fond, efpece de piton de fer, dont la tête eft formée en anneau. La pointe porte quelques pas de vis un peu profonds * pour que ce tire-fond tienne ferme dans la planche, fans la traverfer d’outre en outre..
- La figure 2 fait voir les douves placées comme le tonnelier les mec quand il bâtit le tonneau, lorfqu’il n’a rien pour les accoter. On voit ces douves foutenues par une feule a, placéè dans un feus oppofé à celles-ci. Un cercle garni d’un tire-fond doit fervir à leur donner la forme & la grandeur requifes.
- La figure 3 eft un bâtiffoir pour les tonnneaux, poinçons, &c. Celui-ci-eft fermé par un petit treuil alfujetti dans un chaftis. A ce treuil b eft retenue une corde e qui- entoure les douves , & revient s’attacher à une traverfe du bâtilfoir d; la corde , en fe roulant fur le treuil, oblige les douves qu’elle entoure , à fe relferrer.
- Figure q.,felle à rogner. Cette felle fert à aflujettir une futaille & à la maintenir , tandis que le tonnelier la rogne. Elle eft formée par une piece de-bois fourchue : la tète de la fourche entre en terre & y eft retenue foli-dement. L’ouverture des branches eft placée en en-haut. Près l’une des deux branches c de la fourche , on a placé perpendiculairement un montant d; à quelque diftance on a pofé encore un autre montant e de l’autre côté de la fourche, & ce montant ne touche pas aux bras de la fourche. Enfin-on a difpofé vers le milieu de la fourche & à quelque diftance, un montant/placé auftî perpendiculairement, & retenu folidement en terre. De ce dernier montant, part une traverfe g qui vient s’arrêter à la réunion ou à la tête de la fourche : cette traverfe eft échancrée en-deifus & près du
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- AR T D U T 0 N N Eïrl E %
- montant. Par cette difpofition, un tonneau placé prefquë hottfbfitaîèment dans la fourche , eft maintenu ftabie. La coche ou l’entaille g, faite à la.tra-verfe , fert encore à le maintenir & à l’arrêter.
- Figure 5 ,jabLoire. Cet outil fert à former la rainure ou le jable, dans lequel doit entrer le fond. La piece a n’eft deftinée qu’à fervir de foutien à la piece b, Celle-ci porte une efpece de petite: foie c.:Eh .faif&nt 'porter la piece a horifontalement fur le bord des futailles. & en conduifant l’outii en-dedans ,. on forme le jablq.
- Figure 6, bondonniere, efpece de tarriere : c’eft avec cet outil que l’on forme l’ouverture propre à placer le bondon d’une piece. La meche faite avec de bon acier, eft longue delix à fept pouces: fa figure eft un demi-cône creufé en-dedans , ou une gouttière tranchante par les bords : ion diamètre vers fa bafe a près de deux pouces ; l’autre extrémité qui forme la pointe du cône eft tournée en vis pour mieux mordre fur le bois , & commencer l’ouverture fans rifquer de fendre la planche : on tourne cette bondonniere jufqu’à ce qu’elle ne trouve plus à mordre, ou que l’ouyerture foiù. telle qu’011 la defire.
- Figure 7, fait voir la forme d’une barre : a eft'la planche ou barre ;, b, \a même barre, dont les deux extrémités font diminuées d’épaifteur & taillées en. bifeau..
- Figure, g , tire à parrer ou tiretoir. Cet outil fert à faire entrer à force les derniers cerceaux des futailles : il eft compofé d’une piece de bois longue de vingt à vingt-deux pouces, arrondie par le bout qui fert de manche ; le refte de la piece eft applati & garni de plaques de fer b ; vers le milieu de cette piece , il y a une mortaife dans laquelle entre & eft retenue, par une cheville de fer, l’extrémité d’une barre de fer mobile, longue de dix pouces environ, dont le bout oppole et eft recourbé, & forme un crochet.
- Figure 9, rouelle de cercle, ou pile formée de plufieurs rouelles: c’eft ainfi que fe vendent les cercles dans la forêt d’Orléans & ailleurs. Il doit j avoir fix cercles en hauteur & quatre d’épaiifeur.
- Figure 10, cercle de fer dont les tonneliers fe fervent pour retenir une futaille, lorfque plufieurs cercles viennent manquer, & pour l’aifirer dans le tranfport d’une place à une autre : ce cercle eft ccmpofé de plusieurs parties.
- Figure 11 , rouanne. Les deux parties c, b, de cet outil font tranchantes 3, & fervent à tracer fur le bois différentes fgures.
- Figure 12, cuve en tinette , dont le hanta moins de dian-ecra que b h. .T?
- Figure 13, cuve quarrée, retenue eu plufieurs points pur des ira vu I • des mortaifes.
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- Figure 14, baignoire.
- Figure 1 f , broc.
- Figure i6,barril à mettre du vinaigre.
- Figure 17, grand poulain, fervant à defcendre les tonneaux dans les caves.
- Figure 18, moufles, dont on fe fert pour defcendre les tonneaux datfs les caves qui ont des trapes.
- Fin de VaH du tohndief.
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- ART
- DE CONVERTIR
- LE CUIVRE ROUGE,
- OU CUIVRE DE ROSETTE,-
- En laiton ou cuivre jaune, au moyen de la pierre calaminaire ; de U fondre en tables ; de le battre fous le martinet & de le tirer à la Jiliere.
- Par M. Galon, colonel d’infanterie, ingénieur en chef au Havre, correfpondant de l’académie royale des fciences.
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- XÏH KÏ* KÏH
- 4*444 4*444 4*444 4444 4*444 4*44*4* 4*444 4444
- 4*44*4 4*4*44* 4444 4444 4*4*44 4*444 44*44* 4,4'44
- v^H* vÇÿV V«jW ^5* vgW v^H*
- ART
- DE CONVERTIR
- LE CUIVRE ROUGE (0
- OU CUIVRE DE ROSETTE,
- EN LAITON OU CUIVRE JAUNE*
- ---------------- *£*£= I — » 1 .-r»
- A V A N T- P R 0 P O S.
- 1. Ees manufactures, en général, ’paraiïïent mériter l’attention des nations induftrieufes, proportionnellement à l’avantage qui peut en réful-ter pour les arts déjà cultivési & cette attention devient, pour ainfi dire, indifpenfabîe, fi l’on veut trouver dans fa propre indullrie des fecours qu’on eft obligé de tirer de l’étranger.
- 2. C’est fous ce point de vue que l’on peut envifager l’efpece de manufacture dont nous avons entrepris les détails.
- 3. Il n’eft guere permis de douter que le travail du cuivre ne foit un objet intéreffant. A combien d’ufages ne voit-on pas fervir ce métal ? Sa duCtilité, quoique moindre que celle de l’or, le rend fufceptible d’une infinité de formes i là fermeté fait qu’on peut le travailler fort mince i & alors
- ( 1 ) Ce mémoire fut publié par l'acadé- qui elle fut faite , donne les plus grandi mie en 176Ç. La traduction allemande pa- éloges à M. Klinghammer, étudiant em rut à la foire de pâques de l’année fuivante. médecine, qui en eft l’auteur.
- M. le doCteur Schreber,, fous les yeux de
- TomtVIL Hhh
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- ART DE CONTER TIR
- s&é
- la légèreté le fait employer de préférence à fabriquer nombre d’ufïenfiles capables de réfifter à l’a&ion du feu; fon poli le rend propre à entrer dans une infinité d’ouvrages d’ornemens : & que de beautés 11e préfente-t-il pas à 110s yeux, après avoir été artiftement travaillé, fur-tout quand après cela on le dore?
- 4. Tous ces avantages ne peuvent pas être balancés par les dangers auxquels fon ufàge expofe les perfonnes négligentes. Il eft vrai que le verd-de-gris 11’eft qu’une décompofition des parties du cuivre ; mais une expérience de plufieurs fiecles prouve qu’un meuble de cuifine bien étamé, ou tenu bien proprement, n’expofe point la vie de celui pour lequel 011 y prépare des mets.
- 5. Comme mon deifein n’eft point d’infpirer trop de fécurité contre les dangers de la rouille de ce métal, je ne vais m’occuper que de ce qui doit faire ici principalement l’objet de mon travail.
- 6. Quelques recherches que j’aie pu faire, il ne m’a pas été poffible de déterminer l’origine des manufactures de cuivre , établies dans le comté de Namur. On pourrait en fixer la première époque à la découverte de la calamine ; mais cette date ne m’eft point connue. Au relie, la plupart des établiflemens ont un principe auquel on ne peut guere remonter que par des routes incertaines ; il vaut donc mieux s’en tenir à des faits avérés , que de propofer des conjectures qui font le plus fouvent très-inutiles.
- 7. On fait qu’avant 1695, tout le cuivre fe battait à Namur à force de bras, & que cette année même vit naître l’invention des batteries mifes en mouvement par le fecours de l’eau. La première fut établie fur la Meufe, & fon inventeur en obtint fur-le-champ le privilège exdufif. Cette julle récompenfe de l’induftrie d’un feul homme a penfé entraîner la ruine totale d’une infinité d’artifans ; puifque parle moyen de cette nouvelle machine, on pouvait travailler plus de cuivre en un jour, que dix manufactures ordinaires réunies n’eulfent pu faire en dix. Cette évaluation m’a été faite dans le pays par les gens du métier.
- g. Tous les fondeurs fe crurent perdus fans reffource; rien ne paraiffait pouvoir les garantir de l’exécution des ordres du fouverain. L’un d’entre eux cependant imagina d’aflembler fes compagnons, avec leurs femmes & leurs enfansjils partirent enfemble pour Bruxelles, avec les habillement de leur profeffion , allèrent fe jeter aux pieds de l’infante Ifabelîe, & là ils lui expoferent la mifere où ils feraient réduits , fi le privilège accordé à l'inventeur des martinets avait fon effet.
- 9. Cette princeife, touchée de leurs repréfentations, reftreignit la grâce qu’elle avait accordée à l’inventeur de cette machine, & permit à tous les fondeurs de faire conftruire des batteries femblables. Je 11e m’arrêterai point
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- LE CUIVRE EN LAITON.
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- léià difcuterlî ces machines faites pour abréger les procédés de l’art, font dans leur origine auffi utiles qu’elles le paraiflent ; je me bornerai à rapporter le fentiment d’un des plus judicieux écrivains de ce lîecle. C£ Si un ouvrage , „ dit-il (a), elt à un prix médiocre, & qui convienne également à celui „ qui l’achete & à l’ouvrier qui l’a fait, les machines qui en fimpli-,3 fieraient la manufacture, c’eit-à-dire, qui diminueraient le nombre d’ou-„ vriers, feraient pernicieufes „. Cependant on a l’expérience que les ouvriers 11e -tardent pas à trouver d’autres occupations utiles, '& on ne les a jamais vu foulfric long-tems de l’établiiTement des ufines.
- 10. Au mois de mai 1726, l’empereur Charles VI renouvella pour vingt-einq années les privilèges accordés à trois fondeurs de Namur. Les fieurs Raimont, Bivort & Acourt en jouiraient en 1749, fous la condition qu’ils tireraient une certaine quantité de calamine de la montagne de Lirnbourg. Les vues du prince, en les obligeant à cela, étaient bien moins de fe procurer un revenu particulier, que de contribuer à la perfection du métal, & conféquemment à l’augmentation du commerce ; la calamine que l’on trouve dans le comté de Namur, étant inférieure à celle de Lirnbourg.
- 11. Ces manufactures ont aujourd’hui le plus grand fuccès : les artiftes induftrieux qui les conduifent, ont un débit considérable & alfuré des pièces qu’ils travaillent. Nous fommes fans ceife obligés d’avoir recours à eux pour acquérir ce métal, dont nous faifons autant d’ufage qu’aucune autre nation : ne ferait-il pas poffible de nous procurer les mêmes avantages ? (\b)
- 12. Ces réflexions me frappèrent dans le tems que mon devoir m’attachait fur les lieux; je penfai que du moins il ne ferait pas inutile de recueillir tout ce qui avait rapport à ce genre de travail. Je ne crois pas avoir rien négligé de ce qui peut en rendre la pratique aifée -: je puis avouer que l’amour de ma patrie a été le feui motif qui ait conduit mes recherches ; & j’ai cru que le meilleur ufage que j’en pouvais faire, était de les pré-fenter à l’académie, pour les faire paraître à la fuite des autres arts , dont la defeription occupe plusieurs membres de cette illuftre compagnie. Le 10 février 1749 , j’ai eu l’honneur de préfenter à l’académie les prémices de ce mémoire fur la fabrication du cuivre, de laiton : j’y avais joint des échantillons de tout ce qui entre dans la composition de ce métal, & j’expofais en même tems les dilférens états où il eft obligé de paffer avant de parvenir à fa perfection.
- 13. Pour détailler avec ordre les .dilférens procédés de cette manufac*
- (a) Efprit des loix , tome II, page 387.
- (£>) On verra dans la fuite qu’il y en a dans le royaume.
- Ggg ij
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- ART DE CONVERTIR
- fur’è, je lès ttiVife én cinq parties : la* première confifte dans la traite cfr \¥ Ccllüriiihè,' <& jèM’accorhpagne d’une carte" relative, qui repréfente les biîreÉ l’es1 galeries on l’on fait l’exploitation , l’emplacement des machines: qüiTerVeiït’àüX: dVlféchemeiis de la miné, la qualité des eaux & leurs pe-flntebïs. t v -
- ffAW la feéonde, je définis la nature & les différens degrés de la mine, ©i? càfdihiiie , Ci pefanteur, fôn produit, & eiï quel rapport celle du pays cil à défie" dé la montagne de Limboürg.
- I f:. La troifieme partie contient le détail général de la fonderie ; on y verra là defcription des fourneaux, la nratiere qui fert à leur eonltruétion, celle des creufets ou pots, le moule fur lequel on les forme, les outils , & autres machines à l’ulage du travail; enfuite je rapporte les procédés du travail même de la fonte; je décris lès moules à couler les tables, les réparations qui leur font néceiiàires, & les précautions que l’on doit apporter félon différentes circonJtances.
- 16. La quatrième partie expofe les batteries appellées ujines, &les outils qui les concernent; les différentes maniérés de travailler le cuivre ; les déve-loppemens , en plan & profils en tous fens, des parties qui compofent ces machines ; enfin , la maniéré dont on polit le cuivre.
- 17. La cinquième partie contient la defcription des tréfileries, où l’on fabrique le fil de laiton. Je donne à la fin un extrait des privilèges accordés en 1726 aux trois fondeurs de Namur, par continuation de ceux que leurs prédéceifeurs avaient obtenus.
- «Csssy« . . e v --a— ....... fgi=s=r.*
- PREMIERE PARTIE,
- Traite de la calamine,
- 18* ÎjiA pierre calaminaîre fe tire à trois lieues de Namur, à une démib Keue & fur la rive gauche delaMeufe, aux environs des petits villages de Landenne , Velaine & Hayemonet, tous trois de la même jurifdidion.
- 19. Hayemonet , fitué fur une hauteur, fournit de la calamine à une profondeur médiocre : on n’y emploie point de machine à épuifer. Cette calamine elt auhi bonne que celle que produifent les deux autres villages , mais, en moindre quantité. Il en elt de même de celle que l’on tire de Terne au Grive , fitué fur une montagne, à la rive droite de la Meule, & qui elt auilr peu abondante..
- 20. L’extEaction de la Calamine fe fait comme celle du charbon de
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- LE C U IV R Et-iïN LAITON. 42? \ ' terre, ou déjà houille (*2} s ce font les: mêmes procèdes déjà décrits dans plu-fleurs, ouvrages , entr’aujtres , dans Agricola , de re metallica ; mais pour ne pas obliger le ledleur à recourir aux auteurs ‘qui ont écrit fur cette matière ^ voici en abrégé en quoi confifte ce travail.
- 21. On fait deux puits à dix ou douze toifes de diftance' l’un de l’autre, que l’on appelle bures. Ces puits font chacun de douze à feize pieds en quarréj on en foutient les terres par des affemblages de charpenté, & on les approfondit jufqu’à ce que l’on trouve une bonne veine du minéral que l’on cherche : quand on y eft parvenu , on fait des galeries que les ouvriers-appellent chajjis , en retirant le minéral \ & l’on en foutient les terres par dés: chaffis , & un affernblage de charpente. Le déblai que l’on fait des terres en commençant le travail, & avant d’avoir trouvé le minéral, eft jeté Hors de: la folfe j celui que l’on fait enfuite dans les galeries nouvelles, fert à combler les anciennes, dont 011 ne peut plus rien tirer 5 on démonte aufït les chaffis à fur & à raefure que l’on fait le remblai, & cette charpente eff employée au nouveau travail.
- 22. Un des deux puits ou bures, fert à l’établiffement des pompes, pour les épuifemens : ce puits eft pour cet effet plus profond que l’autre , par lequel ©n doit retirer le minéral. Les deux premières galeries qui partent des puits , menées-parallèlement, ou à peu près,fe communiquent par d’autres galeries qui traverfent le rnaffif de 1a-mine,-dont les extrémités fe terminent aux grandes galeries j de maniéré qu’il fe fait une circulation d’air par le
- où l’on fait l’épuifement, & par celui par lequel on retire la matière. Loff-que ces galeries s’écartent trop des grands bures, & que la relpirâtiôn de’ l’ouvrier s’y trouve gênée, on fait de nouveaux puits que l’on appelle eh terme du pays bures £ airage , parce qu’ils ne fervent qu’à faciliter la giîv culation de l’air dans les galeries.
- 23. Quelquefois on partage le grand bure par la moitié : dans l’une oW
- établit les pompes ; l’autre moitié fert à defcendre dans- la'foffe, & a tirer Ia; mine, par le moyen d’un tour établi fur fes bords -, en ce Gas, les bures d’airage font indiipenfables. C’eif de cette derniere façon que font faits lés> grands bures des mines de calamine. Il faut obffrver que, quand l’eàü in-’ commode trop les ouvriers dans les galeries, on approfondit le bure, & l’on fait un canal, que l’on appelle dans le pays un arène, lequel part du grarid’-.bure y& fe prolonge en .remontant jufqu’à la rencontre dé la galerie que l’on1 veut delfécner : il: y a encore quelques fouterreins où l’eau fe perd par plu--fieurs crevaffes^ & que l’on! nomme ég'cugeoires.' ' .
- (z) Cette comparaifon avec le charbon mine. L’àuteiir aurait pu dire , ce fetteble’, dé teire ou la houille , ne donne pas îioe que ce foffile fe trouve en comkes ou- crî1 idée diftinclet de./extraction- de la cala- filonù ' •
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- 'À Ri B E C O lSf F E R TI R
- 24. A, pL I, eft le grand bure de la mine de calamine ; il a de profondeur quarante-trois toifes du pays, qui font tente-neuf toifes un pouce fix lignes de France (*). BB, bures d’airage. C, plombiere, ou fofTe d’où l’on tire le plomb ; fa .profondeur eft de trente-cinq toifes.
- 25. Les deux machines D E, fervent à épuifer les eaux; la première D eft pour la plombiere, & la fécondé E pour la calamine. Chacune de ces machines eft compofée d’une grande roue de quarante-cinq pieds de diamètre ( 3 ) ; elle eft enfoncée en terre de dix-neuf pieds, & contenue entre deux murs de maçonnerie, furlefquels elle eft foutenueà lix pieds au-delfus du niveau du terrein fupérieur; au centre de cette roue, eft une manivelle qui fait mouvoir des balanciers de renvoi F H, aux extrémités defquels font les pompes établies dans les bures. Comme ces balanciers font abfolu-ment les mêmes que ceux qui font employés à la machine de Marly, & qu’en général toute la machine eft conftruite liir le même méchanifme , j’ai cru pouvoir me difpenfer d’en faire ici un plus long détail, puifque fa conft trudion , auffi belle qu’utile, n’eft ignorée de perfonne.
- 26. Les deux roues DE, garnies de leurs aubes ou godets ,font mifes en mouvement par des courans d’eau dirigés fur la partie fupérieure de leur circonférence. La première roue D fe meut par le courant DOIL, qui vient de l’étang M; la partie LI eft un ruilfeau qui part du fommet de la pente, & eft reçu au point I par une bufe I O K ; la même eau eft encore conduite par le canal N XP , & fait tourner la fécondé roue E, qui fert au deiféchement de la mine de calamine A. Sur quoi il faut remarquer que l’eau fournie par l’étang M, ne fuffirait pas à la dépenfe qu’exigent les roues , pour leur faire produire les grands effets qui leur font nécelfaires, fi l’on 11’ajoutait à cette quantité l’eau qui provient de la mine même, menée par un canal fouterrein S TV, qui prend au dégorgement des pompes placées dans le bure A, que la bufé V conduit un peu an-deffus du diamètre hori-fontal de la roue; d’où il fuit que plus on trouve d’eau dans les galeries, & plus on accéléré le mouvement de la roue; & par conféquent, lorfque cette abondance manque, les machines deviennent prefqùe inutiles, ou font fi peu d’effet, que l’on tire très-peu de calamine; c’eft-à-dire, qu’il refte toujours plus d’humidité qu’il n’en faut pour arrêter le progrès du travail. Quoiqu’il n’y ait point affez d’eau pour faire mouvoir les machines, on ne peut cependant pas hafarder d’en faire venir, crainte d’être furpris par fou
- (*) La toife de France eft de fix pieds ; preffion. Les deux nombres qui marquent celle de Namur eft de cinq pieds cinq l’enfoncement de la roue & fon élévation , pouces fix lignes : différence , fix pouces ne font enfemble que vingt-cinq pieds, au fix lignes. lieu de quarante-cinq.
- (?) Il femble qu’il y a ici une fuite d’im*
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- LE CUIVRE EN LAITON
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- trop d’abondance: c’eft une forte de proportion que l’on n’eft pas maître de ménager ; on 11’y parvient qu’en faifànt différentes tentatives par des galeries nouvelles. Le plan de toutes ces galeries ou chajj'es eft repréfenté très-exaétement fur la carte. Voici le dérail de leur fîtuation, telles qu’elles étaient établies en 1749.
- 27. a, rochers, b b b , galeries ou chalTes travaillées, & remplies du déblai des nouvelles galeries. cf mines où l’on travaille, d, cave, ou mine fub-mergée.
- 28. Plusieurs galeries font établies les unes furies autres; & il y en a peu fur le même plan : 011 y trouve le rocher à dix toifes de profondeur, & des fables de plufieurs efpeces. Les différentes pentes du terrein donnent Heu aux courans conduits , partie par les ruiffeaux , & partie par des bufes auxquelles on place les éclufes dont on a befoin. La qualité des terres n’a rien de particulier; elles produifent toutes, fortes de grains, & les environs des bures font garnis de genievre;(4).
- 29. Les eaux de la mine n’ont aucun goût dominant; elles font légères, & ne pefent que quatre gros le pouce cube.
- 30. Le terrein où fe fait cette exploitation , eft de la dépendance, en partie de Laudenne & de Velaine; il appartient à M. Poffon, échevin de Namur. Les maîtres fondeurs lui donnent cinquante-fix fols de change, qui font 5 liv. 3 f 4 den. argent de France, pour 15000 pefant de calamine; au lieu de la dixième charretée que l’on avait coutume de donner pour la traite, aux propriétaires des terres fur lefquelles on les faifait,
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- SECONDE PARTIE.
- De la calamine, en latin cadmia,
- 31. XaA calamine (5) rougeâtre eft aftringente; elle deffeche & cka*=
- (4) Cette defcription des mines de cala-mine eft bien imparfaite. Ii femble que le célébré auteur aurait dû infifter davantage fur les détails particuliers à cette forte de mine.
- (;) La calamine, ou cadmie, en latin lapis calaminaris, calamites , zinci minera terrca :olore. fiavtf cente velfufco Valler ii ; en ail. Calmei, gallmcy Erde, en fuédois
- Gallmeia , en italien gîallamina, eft une concrétion pierreufe , pefante, femi-mé-tallique , de couleur jaune, ou d’un brun obfcur ou rougeâtre Elle eft compofée de parties volatiles , que le feu fubh’me fou* la fu me de fleurs & de parties terreftres 6* es. On la trouve le plus fou vent à peu de profondeur dans une terre limonneufe 5 ou bien on la tire par le feu des mines g
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- A R T DE C 0 N F ER TIR
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- trife les plaies ; on s’en fert dans les onguens & dans les emplâtres ( 6).
- 32. La calamine, félon M. Macquer, eft une efpece de {inc (7), fubftance mécallique bleuâtre, plus dure que le bifmuth, & qui a la propriété de s’allier avec le cuivre ; alliage qui produit le cuivre jaune & le laiton. Elle eft fufceptible d’altération, qu’elle foit calcinée ou qu’elle ne le foit pas ; de maniéré que, fi on la tire d’un lieu fec, & qu’on l’expofe à l’humidité, elle augmente conlidérablement de poids. Sa couleur eft d’un jaune pâle, & tirant quelquefois fur le rouge & le blanc ; elle fe trouve fouvent mêlée de mine de plomb; & communément l’une & l’autre de ces matières fe trouvent
- fur.tout de celles de plomb. Il ferait à fouhaiter que les minéralogiftes fufTent convenus d’appeller calamine celle qui eft fof-file , & cadmie celle que l’on tire par le fecours de l’art. U y a de la calamine près de Cremnitz en Hongrie. On fait le laiton avec celle d’Aix-la-Chapelle. Celle de Com-modans enBoheme,fe trouve près de la furface de la terre , mêlée de fer & d’alun. On calcine celle d’Angleterre , pour entrer dans la compofition du laiton. On en trouve encore en Suede , en Pologne, en Efpagne. Il y en a d’un jaune gris, d’unqaune blanc, & d’un brun rouge. La cadmie des fourneaux , en latin capnites, fe fait principalement à Gofslar. C’eft la calcination des blendes, ou des mines de zinc. Elle s’attache peu à peu aux parois des fourneaux. La pierre calaminaire contient du fer; on y trouve auffi quelquefois du vitriol, ou de l'alun. Voyez Bertrand , diélion. des fof-flles , au mot calamine , l'Encyclopédie, au mot cadmie , Henckel, Vallerius , &c.
- (6) C’eft un remede ftiptique. On emploie la Calamine feule & en poudre, pour deflecher'des plaies quifuppurent trop. On a Vonguent gris, eniplaflrumgrifeum , dans lequel entre la pierre calaminaire. Dans certaines maladies des yeux, lorfque la caufe du mal eft dans les vaifleaux , la tu-tie, dont nous parlerons ci-après, eft le meilleur remede. Quelques grains de tutie pris intérieurement, font fuer.
- (7) La calamine n’eft pas une efpece de sine, & M. Macquer ne l’affirme nulle part.
- On dit dans le §. fuivant que la calamine eft une mine de zinc ; cette afiertion eft plus vraifemblable. Si cependant l’on veut une bonne explication réelle, il faut dire que la calamine eft une ocre de zinc mêlé avec quelques parties de fer & de terre commune. Le zinc fe trouve aufii dans la blende ; mais il ©& beaucoup moins pur. Il y en a au fil dans la mine de plomb de Gofslar , mais en petite quantité. Ainfi la calamine eft la matrice du zinc, la plus féconde qu’on connaifie jufqu’ici , quoiqu’elle contienne quelquefois du plomb , ou du vit-argent.
- Le zinc entre en fufion quand il commence à brunir. Si on pouffe le feu, lorfque la fuperficie eft expofée à l’adion de-l’air,il s’allume & fait une flamme verdâtre, qui dure tant qu’il refte un peu de zinc. Alors il dépofe une laine blanche aux parois du fourneau , c’eft ce qu’on appelle fleur de zinc. En fabriquant du laiton , ou même lorfqu’on fond des métaux qui contiennent du zinc, il s’attache aufli des fleurs aux parois des fourneaux; mais elles font beaucoup plus denfes ;on les réduitfortaifé-ment en zinc : en un mot, c’eft la tutie,
- Si l’on fond le zinc dans un vaifleau fermé, il s’eleve peu à peu, plus ou moins vite, félon la force du feu , mais dans fa vraie forme brillante & métallique. L'expérience réufiit encore mieux , fi l’on répand du charbon en poudre fur la fuperficie du métal.
- «nfemble,
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- LE CüIV RE EN LAITON.
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- enfemble, ou peu éloignées les unes des autres ; c’eft ce que l’on a dû remarquer dans la planche I.
- 33. On fait que le \inc (8) eft un demi-métal qui s’allie avec le cuivre , ‘qui lui donne une couleur d’or : de forte qu’en mêlant à certaine dofe de cuivre rouge, du laiton & du zinc (9), il en réfulte un beau métal qu’on nomme tombac. Comme le zinc aigrit le cuivre, il n’en faut point mêler une trop grande quantité avec le cuivre rouge, Ci l’on veut avoir un métal du&ile. O11 fait encore que le zinc eft volatil ; & par cette raifon il ne faut pas lailfer îong-tems le tombac en fufion, li l’on veut éviter qu’il 11e devienne cuivre. Les chymiftes ont reconnu que la calamine eft une mine de zinc; ainfi il 11’eft pas furprenailt qu’elle change la couleur du cuivre rouge, qu’elle le .rende plus dur & plus aigre; en un mot, qu’elle change le cuivre rouge eii un métal approchant du tombac.
- - 34- La plupart des ouvriers aflurent que la qualité des minéraux, en'géné-ral, eft en raifon de la profondeur où l’on les va chercher; & que plus on les trouve bas, plus ils font parfaits. Ceci n’eft pas vrai pour la calamine; puifque celle qui fe trouve à huit & dix toifes de profondeur , eft aulli bonne que celle que l’on tire à quarante-cinq. & cinquante toifes. Il 11’en eft pas de même pour l’exploitation du charbon de terre; l’opinion commune des-
- (8) Le zinc , en latin zincum, en allemand & en fuédois Zinc, eft un demi-métal qui a la couleur de l’étain, mais tirant fur le bleu , compofé d'une fubf-tance terreftre , blanchâtre & un peu arfe-nicale,avec beaucoup de phlogiftique. Il différé de la cadmie par la forme & par la couleur ; celle-ci eft jaunâtre ; elle a moins l’air métallique , elle paraît vermoulue ou décompofée. Le zinc & la cadmie ont des propriétés communes; celle de s’unir avec le cuivre, & de lui donner une couleur d’or. Le zinc eft le plus duétile de tous les demi - métaux. On le tire des mines de plomb, comme à Gofslar, ou de celles d’étain, comme en Angleterre. Ce dernier, eft plus tenace & rend les métaux auxquelles on l’unit, moins fragiles. Le zinc des Indes eft le plus éclatant, mais en même tems le plus caftant. 11 eft apparent qu’en joignant au zinc des fondans convenables , on lui donnerait la malléabilité des métaux Sa pefanreur fpécifique, eft de 7,000.
- Tome VII.
- La limaille de zinc , comme celle de fer, a la vertu d’être attirée par l’aimant. La mine de zinc qui fe trouve près de Gofslar eft un compofé de galene à petites ftries , d’une fubftance minérale folide , compaéte , tantôt tirant fur le bleu, tantôt fur le brun, enfin d’une mine de cuivre. On voit par les divers phénomènes des opérations fur le zinc, qu’il eft compofé d’un principe inflammable. Une terre alcaline s’y mani. fefte aufli : ce qui le rend difficile à vitrifier. 11 y a enfin un principe mercuriel, qu’on découvre par la propriété qü’il a de s’unir avec les métaux. Voyez Henckel, pyritologic, pag. 7^, 571. Le même, de appropriât, pag. 96. Flora faturnifam , pag. ç. Ephtmerid. natur. curiof. vol. V. pag. 306. Pott ,ldlion. de zinco. Brand, aiîa UpfalienJ'. A. 17;; , Bertrand , dicl. des foJJUes, au mot aine.
- (9) 11 fuffit, pour faire du tombac , de mêler du zinc avec du cuivre , ou feulement du laiton Si du cuivre.
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- ART DE C0 N F ER T I R
- ouvriers eft confirmée dans ce cas. En T748 on travaillait à une mine prés de Charleroy, qui appartenait aux fieurs Pillant & Bivort j ils découvraient bien la bonne houille à mefure qu’ils approfondilfaient; mais on était à cent cinquante toiles de profondeur, que l’on n’avait pas encore atteint la plus parfaite , celle que l’on nomme' houille marchande.
- 3f. La calamine étant calcinée devient plus légère^ elle acquiert auffi par la calcination un degré de blancheurr mais quelquefois mouchetée & mêlée de noir ; ce qui eft l’effet de Pimpreflion du feu.
- 36. Pour calciner cette calamine y on en fait une pyramide telle que ABC (plV I,fig. 1, bas de la planche ) , dont la bafe F G eft partagée en- quatre ouvertures d’environ un pied de largeur, qui toutes vont fe terminer à une cheminée H, ménagée air centre de la pyramide , & qui régné le long de foi! axe, jufqu’à l’extrémité B: cette bafe (de même que la pyramide qui 11e pouvait être faite fur l’échelle des autres, figures, fans devenir d’une grandeur inutile pour l’intelligence de la chofe ) a dix à douze pieds de diamètre. Son établiffement commence par un lit de quinze à dix-huit pouces de hauteur, de gros bois à brûler pofé fur de la paille, du menu bois & autres matières propres à embrafer le gros bois. C’eft avec ce même bois qu’on forme les quatre ouvertures! & l’on recouvre cette première couche avec du char-bon de bois ; on place deux fagots debout dans la cheminée H. On commence par répandre une couche de t calamine brute de fept à huit pouces d’épailfeur \ enfuite un lit de çharbon de bois , mais beaucoup moins épais » & de maniéré qu’il ne couvre pa^ en entier la calamine: on répété alternativement les mêmes lits jufqu’à ce qu’on en ait formé un cône femblable à ta figure 1 de la planche /, ou une pyramide pentagonale ; car la forme eft tellement arbitraire, qu’il n’importe pas que la balefoit quarrée ou circulaire: la réuilîte eft égale, moyennant qu’on obferve de former le tuyau de la cheminée à chaque lit que l’on monte. On calcine ordinairement quatorze à quinze raille pefimt de matière ; on y confume quatre cordes ( 10) & demie de bois, & environ une banne de charbon. La banne eft une voiture qui contient vingt-cinq vans ou dix-huit queues 5 la queue eft de deux mânes. Une. banne fe vend coramunémentfeize florins : pour faire une banne dè charbon, il faut au moins fix cordes de bois5, chaque corde coûte, rendue à Na-mur, dix efcalins.
- 37. La pyramide étant formée, on y met le feu qui y fubfifte huit ou dix heures, & quelquefois plus : la grande attention que l’on doit apporter, eft que la calamine ne fe brûle pas. Pour éviter cet inconvénient, qui la rendrait alors de nulle valeur, ou retire les lits les uns après les-autres , en comnien-
- (10) La corde de bois a quatre pieds dehaut, huit de long , & trois & demi de large*
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- IEC U IV RE EN LAITON
- ‘ 4d T
- qant par ceux qui ont reçu les premières impreflions du feu.'Comme on 11c peut donner de réglé certaine fur ce procédé, il n’y a que l’habitude de l’ouvrier qui puille conduire le degré de calcination.
- 3 8- Enfin , la calamine étant calculée & refroidie, on la nettoie ; on fépare les parties qui fe trouvent bridées, les pierres & autres corps étrangers qui peuvent s’y rencontrer ; on la renferme enfuite dans des magafins bien fecs, & à portée du moulin xhi elle doit être écrafée.
- 39- On mêle la calamine de la montagne de Limbourg avec celle de Na-mur : la première vient toute calcinée & nettoyée ; elle eft plus douce & plus productive que celle de Landenne, mais elle eft auffi trop gralfe5 de forte que i.i elle 11’était pas corrigée par celle-ci, les ouvrages qui en feraient formés, ie noirciraient (11), & ne pourraient fe nettoyer qu’avec peine. La calamine du Limbourg fe vend le cent pelant fo fols du pays, qui font 2f livres argent de France le millier, rendu à Vifé, où on la mene du Limbourg par char-xois i & de Vifé on la transporte fur la Meufe jufqu’à Namur: il en coûte pour ce dernier tranfport 5 livres du millier i elle revient par conféquent à 30 livres de notre monnaie.
- 40. Quoique cette calamine foit communément bonne & bien choide, il fe .trouve des envois d’une meilleure qualité les uns que les autres : chaque fondeur a foin d’en faire l’épreuve ; c’eftrà-dire, que fur foixante pelant de calamine, il y a quinze à vingt livres de calamine du Limbourg. Cette matière bien triturée, & padee au blutoir, jointe à trente-cinq livres de rofette , ou cuivre rouge, & à trente-cinq livres de vieux cuivre ou de mitraille, doit pro-
- fil 1) Ce q,ui Fart noircir le laiton, c’eft le plqmb qui fe trouve dans la calamine, & qui rend ce métal aigre & caftant. S’il y a un peu de plomb dans le laiton , on ne s’en apperqoit pas d’abord beaucoup , fi ce n’,eft qu’il eft un peu pâle ; mais au bout d’un certain tems, 11 noircit & devient fort laid. On ne trouvera aucune mine de calamine où il n’y ait de tems en tems quelques petits filons de plomb. Souvent la calamine ,.eft tout près des veines de plomb ; quel-.quefois elle eft mêlée avec ce minéral, fia calamine la .moins .chargée de plomb , fera auifi le meilleur laiton. Les minéraux volatiles peuvent être emportés parla calcination ; mais il faut trier les particules de .plomb ; & tout ce qui échappe par cette ^méthode, ne peut plus fe retrouver. On a «enté de le féparer par la fufion, mais le
- zinc eft plus tôt confumé que le plomb. A a refte,ceque M Gallon dit ici n’eft pas d’accord avec ce qu’il obferve dans fa préface -fur la calamine du duché de Limbourg.
- Il faut remarquer ici que le tombac qu’on fait par la feule cémentation , eft toujours plus beau. On fait fondre tous les ingré-diens enfemble. Il importe afle.z peu qu’on y emploie la calamine, ou le zinc, parce que leplomb ne fe volatilife pas avec les particules du zinc , lorfqu’il eft contenu dans des vaiffeaux fermés. D’ailleurs, comme le .tombac & le laiton ne différent qu’en ce que l’un contient plus de zinc que l’autre , on obtiendrait par cette méthode de bon laiton avec de la calamine chargée de plomb, fi l’on ne pouvait point en trourei-d’autre.
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- ART DE CONVERTIR
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- duire:ime table de quatre-vingt-cinq à quatre-vingt-fept livres pefant. Dès la première fente , le fondeur trouve la proportion qu’il doit garder tant que la calamine de cette efpece dure..
- 41. Le moulin » piK Il 9 fig. 2,3 & 4, eft çompofé de deux meules roulantes I L 5 dont les ailîîeux font fixés à l’arbre vertical M N , qu’un cheval fait
- . mouvoir j les deux meules tournent iibrement'fur une grande pierre P enterrée, & fur la circonférence de laquelle font fcellés pîufieurs fupports R qui -foutiennent un rebord S fait de planches. Le tourillon inférieur N, fig. 3, tourne dans une crapaudine de métal, enchalfée dans un arbre quarré T,, ^qui traverfeun trou de même figure , fait au centre de la pierre ; le tourilloii-lùpérieur M eft emboîté dans un trou fait au fommier du bâtiment j & ce tourillon eft contenu par une pièce V, que l’on alfujettit fortement par de& •'boulons qui traverfent le fommier..
- 42. L’ouvrier O, employé à ce travail, remue continuellement la cala--mine avec une pelle, afin de la faire palier fous les meules, & qu’elle puilfe être écrafée également.
- 43. Le cheval fait quatre tours par minute j il peut moudre vingt mefures ,de calamine par jour : chaque mefure ‘eft de quinze pouces fix lignes de diamètre par le haut, treize pouces fix lignes dans le fond , & treize pouces •de hauteur j elle eft faite en forme de baquet,'cerclé de fer , & contient cent 'cinquante livres. Les vingt mefures font enfemble trois milliers pefant, qui ieft la quantité du travail ordinaire.
- 44. Ce moulin moud quatre de ces mefures de terre.à creufet dans une heure , & trois de vieux creufets, dont la matière recuite eft plus dure : ort écrafe auiïi fix mânes de charbon de bois dans le même efpace de terns, c’eft-à-dire , en une heure, & cçtte quantité fe réduit à trois mannes de charbon pulvérifé.
- 45. Les pierres qui compofent cette machine, font tirées des carrières; des environs de Namur * elles font très-dures , d’un grain fin , & bien piquées^ Les meules roulantes s’ufentpeu, lorfqu’elles font bien choifies & bien tra-vaillées, elles fervent quarante à cinquante ans., La pierre de delfous,. qui fait la plate-forme, dure beaucoup moins.,
- 46. La calamine & le charbon étant écrafés, on les paife au blutoir ABS. fig. 5,6 & 7, qui eft en forme de cône tronqué ; il eft conftruit de pîufieurs cercles alfemblés fur un arbre, & eft recouvert d’une étamine de crin. Ce blutoir eft enfermé dans une caiffe CD, & pofé fur des traverfes dans une fituation inclinée ; de forte que la partie B eft plus élevée que la partie A. A l’extrémité B eft une manivelle qui fert à le faire tourner ; & à la partie A eft fixée une planche EF, fig. 6, fur laquelle tombe le fon, c’eft-à-dire, les parties trop groftes de la matière, qui ne peuvent pafler au travers de Péta—
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- mine;. Le plus fin étant ainfi féparé , s’amalfe delfous le blutoir : la matière que l’on veut tamifer fe met fur le blutoir en G; & l’ouvrier tournant la manivelle d’une main , fait tomber de l’autre la calamine dans la trémie PI I, qui la dirige dans l’intérieur du tambour ; & comme les deux fonds en font entièrement ouverts, le fon defcend .vers la planche E : on te reporte en-fuite au moulin pour y être écrafé de nouveau..
- 47.'La calamine paflèe au blutoir ,^eft; déduite en poudre très-finCo.
- 48- ‘J’Ai'fait tamifer avec foin , & féparément , de la calamine du comté de Namur , & de celte du Limbourg ;& les ayant également prelfées .dans une mefure d’un pouce cube, j’ai trouvé que la calamine du Limbourg pefe une once un gros dix-neuf grains y que celle de Nanmr pefe une once deux grains :.;k différence eft de foixante-fept .grains.
- 49. La calamine du Limbourg pulvérifee eft d’un jaune fort pâles & celle du comté de Namur, d’un jaune tirant fur le rouge..
- 50. De l’alliage de foixante livres pefant de calamine, avec trente-cinq livres de vieux cuivre, Si trente-cinq livres de rofette , il en provient quinze à dix-fept livres d’augmentation, non compris Ÿarco, matière que produit l’écume du cuivre répandue dans tes cendres, & que l’on retire par des lefli-. ves qui feront détaillées dans la fuite de ce mémoire.
- 51. Les productions font encore prouvées par les opérations métalliques que l’on peut faire pour féparer d’un morceau de cuivre la calamine qui s’y trouve contenue. La calamine feule réduite au feu, ne produit qu’une^ cendre de couleur d’azur».
- T- . . S,.
- .X R Q I S I E M E P A R T I E,
- De la fonderie.. 7
- f 2. 1U*ne fonderie eft ordinairement compofée de trois fourneaux ABC,. j>l. III & IF, conftruits dans un mafîif de maçonnerie £ F , enfoncé de maniéré que les bouches de ces fourneaux ne foient que de trois à quatre pouces plus élevées que 1e niveau du terrein.
- 53. En avant de ces fourneaux font deux foffes G H, de deux pieds neuf pouces de profondeur , dans lefquelîes on jette les cendres & les .ordures
- - qui proviennent de l’écume du cuivre.
- 54. Il y a trois moules IK L ,pl. IV: on n’en voit- que deux dans la troifieme planche , pour éviter la confufion dans 1e deifm. On fait ces moules,
- .avec, des pierres, & on les ouvre au moyen du treuil MN,.
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- ïf. Sur la roue N, s’enroule une corde qui vient fe rouler de même fur le tour O.
- La cifaille P ? pl» IV ,eft pour couper & mettre de grandeur les tables de cuivre.
- $7. Le mortier enterré Offert à faire des paquets de mitraille. En étendant fur fes bords un morceau de vieux cuivre, le plus propre à contenir le refte de la mitraille , 011 bat bien le tout pour en faire une efpece de boule P , pl. III, du même calibre que le creufet, & que les ouvriers appellent poupe. Comme c’eft la meiure d’un creufet, elle pefe environ quatre livres.
- $8« Le baquet R, pl. III, contient la calamine; le petit amas S eft la rofette ou cuivre rouge , rompu par morceaux d’un pouce ou à peu près, en quarré.
- 59. La palette de fer T fert à enfoncer la rofette dans la calamine , à battre & à affailfer toute la compofltion dans le creufet.
- 60. La mai V eft pour mélanger la calamine avec le charbon de bois pul-vérifé; on y jette l’un & l’autre enfemble, & l’on mêle le tout avec des pelles , ou avec les mains , fans le fecours de la pelle.
- 61. Il y a trois lits , tels que celui X, dans chaque fonderie , pour coucher les fondeurs, qui ne quittent leur travail que deux jours feulement dans la le maine.
- 62. Il faut que la hotte de la cheminée Y9pl. III & IV,fig. 2, dépaife le bord des folles H G ,afin que ce qui s’exhale des çreufets , fuive la route de la fumée des fourneaux.
- 63. Comme ces parties demandent un détail particulier, il faut premièrement en expliquer tout l’enfemble.
- 64. Dans la planche IV, la première figure eft le plan de la fonderie, avec les détails de ce qu’elle contient.
- 6La figure 2 delà même planche eft un profil pris fur la ligne 7 & g du plan, où chaque partie eft marquée des mêmes lettres : cette figure repréfente Finclinaifon du moule L, prêt à recevoir la matière ; la cifaille P fur fon pied, qui eft un corps d’arbre profondément enterré , cerclé & garni de fer ; près dé la cifaille eft une piece de bois, dans laquelle on fait une mor-taife où l’on engage l’extrémité d’un grand levier, retenu par une cheville qui palfe dans le trou V, & autour de laquelle ce levier peut fe mouvoir librement.'Cela fera mieux expliqué lorfque je parlerai de l’ufage des cifailles.
- 66. Le mortier Q_eft pour faire les poupes; le profil de la folfe G repréfente la quantité des cendres qui y font toujours en réferve.
- 67. Le profil du fourneau C avec fon couvercle Z : on y voit auffi l’arrangement des çreufets ; celui du milieu eft coupé le long de fon axe .
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- pour faire voir la maniéré dont les matières y font placées.
- 68- W, eft le cendrier j l’ouverture & eft pour y defcendre, foit pour vuider ou raccommoder les fourneaux ; d’ailleurs, il fert encore de paflage à l’air qui fait fonction de foufflet, de même que dans toutes les manufactures de ce genre.
- 69. La piece D eft la clef qui traverfe le moule , dont les extrémités s’engagent dans les bouts des deux barres RT : la barre T eft fermement retenue par deux chevilles ; l’une qui traverfe le fupport des moules, & l’autre la clef D, ainfi qu’on le voit au moule K.
- 70. La fécondé barre R eft de même retenue par fa partie inférieure au fupport des moules, par une fembluble cheville5 & l’autre extrémité faite en vis, traverfe la clefD, à laquelle on Palfujettit fortement par le verrein S. C’eft de cette' maniéré que les deux pierres, pofées Tune fur l’autre, & qui forment le moule , font mifes exadement dans cette p'ofition.
- 71. La figure 1 ne repréfente que la pierre de deflous, fur laquelle oit voit les lames de fer qui déterminent la largeur & l’épailfeur de la table ds cuivre.
- 72. Les premières figures de la planche V repréfentent les différens creu-fets que l’on emploie dans les fontes : les plus grands fervent à contenir la matière de douze creufets ordinaires , qui font la moitié des trois fourneaux , à huit creufets par fourneau ; on fe fert de deux de ces creufets quand on veut jeter de grands fonds de chaudière, comme celle de la machine à feu , ou des hraifeurs , pour lefquelles il faut une table de neuf lignes d’épaiffeur, qui contient la fonte de trois fourneaux ou de vingt-quatre creufets.
- 73. Tous ces pots ou creufets font abfolument fembîables au creufet A, vu de plan & de profil : on les travaille fur un moule de bois1 P Q_R : la partie P eft pleine, & faite d’un bois dur, bien tourné. Ce cylindre formé en calotte par le bout fupérieur, porte à fon extrémité oppôfée une cheville quarrée fixée à fon centre, qui entre dans un troü de même figure , fait à l’efpece de lanterne Qces deux pièces jointes enfemble fe mettent fur le pivot R fixé au centre du plateau , lequel eft aufîi fortement affujetti fur un établi folide, au moyen de trois vis; de maniéré qu’en prenant le moule par la lanterne, il tourne facilement fur fon pivot.
- 74. Voici le détail des outils & des mefures à l’ufage de la fonderie. Les plans font marqués par des lettres capitales ; & les profils , par les mêmes lettres en italique. J’ai aufli obfervé de les indiquer par les noms que les ouvriers leur ont donnés dans le pays. Voyez planche F.
- 75. AA, creufets ou pots dans lefquels on fond les matières. B, etnets
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- etnette (*), ou pince qui fert à arranger'le creufet dans le fourneau , & à pofêi les .pièces de charbon fur les bords des creufets. C, c, attrape ou pincé coudée , qui ferc à retirer du fourneau les creufets qui fe calfent : pour cet eifet, on fixe aux deux extrémités des petites branches deux portions, de cercle, qui embralfeut le creufet. D , d, etnette ou pince coudée, fervant à retirer le creufet entier du fourneau , & avec laquelle on tranfvafe la matière d’un creufet dans un autre. Cecte pince tient encore lieu d’un ouvrier $ par. fon moyen, on peut tenir droit un creufet pendant qu’on le charge: ce qui fera ci-après expliqué. E, etnette ou pince droite ordinaire, pour retirer du moule la table de cuivre. On s’en fert auffi & tout de fuite, à ébarber la même table , lorfque des parties de cuivre ont coulé entre les lames de fer & l’enduit du moule. F, fourgon emmanché de bois pour -attifer le feu, & taffer la calamine dans le creufet. G, havet ou crochet employé à diîféretts ufages du travail. H, tioul ou caillou fer plat en maniéré de cifeaü, emmanché de bois, qui fert à écumer & à retirer les cendres de la matière en fuiion > ce qui fe fait à mefure que l’on vuide le cuivre d’un creufet dans celui qui doit le porter au-devant du moule. I, bourriquet pour foutenir les branches de la tenaille D, lorfqu’on la fait fervir à tenir le creufet dans fon à-plomb pendant qu’on le charge. K ^palette de fer pour entalfer la matière dans le creufet. L, l, tenaille double pour tranfporter le creufet, & verfer le cuivre fondu dans la gueule du moule. M ,wz, polichinelle > pièce coudée & plate par le bout, en forme de hoyau , emmanché de bois , & dont i’ufage eft de former le lit d’argille fur les barres du fourneau, ou de le raccommoder lorfque les trous ou regiftres que l’on y pratique deviennent trop grands. N, n > cifaille pour couper & diftribuer les tables de cuivre. O, etnette ou pince à rompre le cuivre qui vient de Varco. T, enclume avec fa malfe t, pour rompre le cuivre de rofette. V, manne à charbon de bois. X, bacquet pour la calamine. Le mélange de ces deux mefures eft pour deux tables ou feize creufets. Y , y y:, mefure du mélange fait pour une table. Z, brouette pour le tranf-port du petit charbon, que l’on nomme fpiure de houille: elle fert encore à tranfporter les cendres hors des foffes.
- Des fourneaux, & des matières propres d leur conjïnÆon.
- 76. Chaque fourneau , tel que Â, pL FI, fig. 1, contient huit creufets rangés dans le fond, fur un lit d’argille de quatre pouces d’épaiifeur, étendu fur les barres B ,7%. 2. Ce lit eft percé de onze trous , comme on le voit -en C, de même que l’arrangement des creufets.
- ('Y)Etnet, par corruption de tenettes.
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- LE CüI F RE EN LAITON.
- 77. La partie D eft le plan du cendrier & de fou entrée E*
- 78* B, eft le cendrier couvert par les barres qui ont deux pouces quarrés, mis à peu près tant plein que vuide, excepté dans les coins du cercle , où. l’on pratique un eipace plus grand pour faire quatre regiftres plus ouverts que les autres.
- 79. C, eft le fourneau avec le plan des pieds-droits , marqué par la première affife de cilla* On appelle cilla l’efpece de brique Z, faite de terre à creufet, qui fert à la conftrucfÎQn des fourneaux, fuivant les dinienlions cotées fur le deffin. On voit de même dans cette figure, la véritable position des creufets , & les trous ou regiftres pratiqués dans le plancher d’ar-gille. Les pieds-droits F G, fig. 3, s etablilfent fur la grille } ils ont deux pieds quatre pouces de hauteur : la bafe eft déterminée par le cercle de fer HI# 6c le cilla fe pofe toujours à plomb.
- 80» La calotte LM, qui fait la voûte du four,a un pied fîx pouces fix lignes de hauteur perpendiculaire, c’eft-à-dire, prife à fon axe i elle eft qorm-pofée de quatre pièces , telles que N O P, & fe pofe fur la derniere afiife de tilla. Les portions de cette calotte font travaillées , de même que les creufetsc fur un moule fait exprès. Le cercle Q_ R fait voir l’ouverture de la bouche du fourneau i & la partie T V eft la concavité fupérieure des parties de la voûte, qui eft le quart du cercle Q_R. Ces quatre portions de voûte étant réunies , doivent fe joindre très-exaèlement de toute part} 011 les couronne avec le bourrelet de fer X, fait en demi-rond, & dont les branches s’étendent le long de l'extrados de la voûte. Le profil * dç ce cercle fe voit au-defTus du profil L M. Ce bourrelet fert à eonferver & entretenir d’une maniéré folide la bouche du fourneau , & à la garantir du choc des outils, auxquels il fert de point d’appui.
- 1 g 1. Les .cendriers & fourneaux, fig> 1, font çonftruits de même que les voûtes. On remplit les intervalles des voûtes feulement en argille} & il n’y a qu’un parement de maçonnerie qui forme la foife '& ,pL III & IV: fur quoi ü faut obfexvÊr que cette argille ne régné que depuis la naiflance des voûtes. Car le fond & les cendriers font faits d’un maffif de maçonnerie er\ groifes briques.
- 83. Les voûtes ou calottes des fourneaux, les tilla & les creufets font tous de la même matière : en voici la nature & la préparation,
- 83. La terre à creufet fe prend à Nanine, au-deffus de l’abbaye de Geron-fart(*): on la coupe en plein terrein.'C’eft une terre noire, forte, liife &
- ( * ) La terre blanchâtre qui fe trouve à Ancienne , a une confiftançe femblable î les Hollandais viennent la chercher pour faire
- Tom VIL
- leur faïanee fine & leurs pipes : elle ppfc une once 27-. le pouce cube.
- " Kkk
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- ART D E C 0 N F E R T I R
- favonneufe î elle pefe une once 535 § le pouce cube* elle eft fort propre détacher les étoffes ; les ouvrages qui en font formés étant recuits, font d’une confiftance très-dure. Outre les tilla & creufets, on en fait des chenets affez folides pour fervir trois & quatre ans. On s’en fert en forme de plaque pour les contre-cœurs de cheminéej on l’achete par pièces de cinquante» iîx à cinquante-fept livres pefant 5 chaque charriot peut en porter cinquante-huit à cinquante-neuf pièces. Elle revient, rendue à Namur , à douze efcalins la voiture ; favoir, fix efcalins d’achat, & autant pour le tranfport.Un efcalin vaut douze fols & demi dê France.
- 84. On mêle cette terre neuve avec la vieille 5 c’efl-à-dire, que dans la eompofition des creufets, des voûtes de four»&des tilla, il entre deux tiers de terre neuve, & un tiers de vieille, qui provient des creufets qui fe caffent, ou d’autres ouvrages que l’on a foin d’arnaffer en magafrn (12) ; 8c quand il s’en trouve une certaine quantité, onl’éerafe deifous les pierres roulantes , pi. //, fig. 2; on-la pâlie enfuite dans une badine de cuivre percée d’une grande quantité de trous d’un quart de ligne d’ouverture , & on la mêle avec la neuve, après qu’elle a été préparée ; ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- La terre à creufet fe met à couvert & en maife , dans le voifinage desfourneaux , où elle feche pendant l’hiver, au commencement du printems-,-011 pulvérife cette terre au moulin, 011 la pailê par un tamis de cuivre, & on la mêle , comme je l’ai dit ci-deffus, avec de la terre neuve. Pour en pré--parer quarante ou cinquante milliers à la fois, o-n l’étend en cercle , comme 'quand on veut éteindre la chaux ; on la mouille ; & deux hommes , pendant -douze jours, pêtriffent cette terre avec les pieds, deux fois par jour , & une -heure chaque fois. Elle fe repofe pendant quinze jours ,-fa-ns que l’on y touche:* & au bout de ce tems , on recommence la première opération pendant le même efpaée de tems de- douze jours J enfuite elle le trouve réduite leu pâte-très-fine , & propre à mettre en œuvre. v <;(> /
- - %6\ Les ou vrages faits doivent-être féçhés pendant .l’été dans desfgreniers^
- & à l’ombre lorfq-ue l’on veut en faire ufage y on les. fait.-cuire de la: manière -iùivante: : 1. . ;(J. ; 1! •
- 87. Les voûtes des fourneaux fe cuifent pendant vingt-quatre heures ait feu de charbon , 8c 011 les-recuit encore après qu’elles ont été miles en place,..
- . (12^-Mt Rouellkairucé que les petits pors - connaître la; eompofition- de ces creufets de grès, dans lefquels on. porte,à Paris le- d’Ypfçr & celle des creufets,d’Angleterre, beurre de Bretagne , font les plus excel- V oyez mémoire J\hr C action d: unfeu cg al lens creufets. Les creufets noirs d’Ypfer, violent, par PÆ. Darcet, de l’académie en Cariatide v font faits avec une compofi- royale des fciences. Paris, chez Cavelier., îion dans laquelle entre.la faufle. mine , ann, & 1770-plomb.. Il ferait aifé aux chymilks de
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- "S8- Les tilla & les chenets fe cuifent dans les fourneaux, où ils reftent,’ depuis le fainedi que les ouvriers quittent la fonderie, jufqu’au lundi fuivant.
- 89- Les creufets fe cuifent à mefure que l’on en a befoin, ou que l’on prévoit qu’il pourra en manquer; alors on les met dans le fourneau , & on ne les en retire que quand ils font devenus rouges; bien entendu que tous ces ouvrages ont été préalablement bien féchés, & très-durs, avant de les achever au feu.
- De la conjlruiïion des moules.
- 90. Chaque moule eft compofé de deux pierres pofées l’une fur l’autre^ telles que Q_S ,pL VII ,fig. i ; le plan eft repréfenté par A B , fig. 4 : chacune de ces pierres a communément cinq pieds de longueur, deux pieds neuf pouces de largeur, & douze ou quinze pouces d’épaiifeur. Elles font entaillées dans leur pourtour & au milieu de leur épaiifeur, de la profondeur d’un demi-pouce, comme on le voit par le profil en a b. Cette entaille eft faite pour recevoir le chaffis de fer qui la contient.
- 91. Cette pierre eft une efpece de grès d’une qualité finguüere, 8c que l’on n’a trouvé jufqu’ici que dans les carrières de Bafange , vis-à-vis le mont Saint-Michel, près de Pontorfon & de Saint-Malo. Elles ne coûtent fur les lieux que foixante livres la paire ; elles reviennent, rendues à Namur, à cent florins du pays, qui font près de deux cents livres. Les plus, tendres font ordinairement les meilleures. Le grain en eft médiocre; elles ne peuvent être ni piquées au fin, ni polies , parce que l’enduit fur lequel on coule la matière , ne pourrait s’y attacher : ces pierres, lorfqu’elles font bien choifies, durent pour l’ordinaire quatre 8c cinq ans. Les Namurois ont fait des recherches pour en trouver dans les carrières du comté de Namur, & toutes celles que l’on tire aux environs du mont Saint-Michel font une efpece de granit.
- 92. La pierre AB eft faille dans un chafiis de fer, dont les longs côtés C D fe joignent à des traverfes , telles que E F : on voit par leur profil marqué c d 9 ef, que le tout eft retenu & alfemblé par des clavettes I ; 011 voit auflî que chaque barre a deux œillets G G, H H , dont voici les ufages : les deux œillets HH font faits pour recevoir la petite grille K, qui porte deux longues chevilles ( voyez les profils KM ). Cette grille fe fixe par le moyen des coins n; elle fert à foutenir un mafiif d’argille que l’on ëleve au niveau de la'pierre repréfentée par le profil M, & qui forme la levre inférieure de la gueule du moule.
- 93. Les deux autres œillets G G, de la plus longue barre de la pierre de delfous , portent une barre de fer O, qui rogne fur la plus grande partie de ia longueur de la pierre, Cette bande garnie de deux chevilles, eft mife de
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- ART DE € 0 N F E R TIR
- niveau à la piferre, &eft fbütenue en cette iituation par le moyen de deux courbés P, .placées verticalement fur la barre, qui foutient par fon autre extrémité la partie O de la bande, fur laquelle la pierre fupérieure Q. porte , & fait cbatmi-êre : lorfqu’elle eft attachée au treuil, & qu’on l’éleve par ion extrémité R, on met des coins au-deffous de la barre, entre la cheville & la pierre, afin que le tout (bit parfaitement affermi, & que la pierre fupérieure Q_puiffè être nianœuVrée avec fureté.
- 94. La pierre inférieure S, eft emboitée dans un plancher de gros madriers cloués fur la trav.erfe T T,pofée fur les pièces de bois ou couffins VV. Comme les deux extrémités de cette traverfe font arrondies en-delfous, il eft facile d’in dîner le moule, le fuppofant en équilibre. Les couffins VV, font établis dans une folfe, de même que la traverfe TT i de maniéré que lé moule, dans la fituation horifontale, porte le devant fur le terrein naturel*
- 9 v Les deux pierres S Q_, s’affujettiffent enfemble par les deux barres de fer XT, Y T: toutes deux font boulonnées aux extrémités T T de la traverfe i & toutes deux tiennent auffi par le haut, à l’endroit X par une cheville qui paffe fur la clef Z, & en Y par une manivelle ou verrin dont la vis pafle au travers d’un trou fait à la -def, ainfi qu’on le voit dans le plan de cette clef marqué Z., qui porte fur les deux pièces de bois "W, W.
- 95. On fait auffi à la pierre de defîtis une levre en arg.ille , marquée &% qui joint la barre, •& qui avec celle de deffous 16, forme une gueule dans laquelle fe jette le métal fondu.
- 97. On voit dans cette planche les profils de toutes les parties féparées » & marquées des mêmes lettres, pour rintelligeoce de la machine :les me-fures font très-exa&es j l’échelle qui fervira à les connaître., n’eft faite que pour ce qui a rapport au moule, & on 11e doit point y avoir égard, pour les figures 2 & 3 ; on indiquera feulement les dimenfions de ces deux figures , ou au moins; celles des parties principales, lorfqu’il fera queftion dfe les. décrire.
- 98- Ce qui détermine la largeur & I’épaiffeur de chaque table de laiton, ce font trois barres plates, cotées 3,4,5,<5,7 & 8. Cette derniere fert à foutenir les deux autres j elle eft elle-même retenue parles deux crochets 9 & 10, qui entrent dans les œillets de la barre, delà façon dont ils font repréfentés à l’endroit 15 du profil pris fur. toute la longueur du moule.
- 99. L’endtjit qui fe fait fur les pierres, & que les ouvriers appellent le plâtre, eft compofé d’argille que l’on prépare exprès : on y procédé, en fai-fant premièrement bien fécher cette terre, dont on retire tous les graviers qui s’y rencontrent j & après l’avoir réduite en poudre fine, on la pafleavecla main, en la détrempant, au travers d’une baffine de cuivre Y, v>l. II^ percée en forme d’écumoire, dont les trous font d’une demi-ligne
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- d’ouverture. D’une partie de cette argille, on en fait une certaine quantité de pâte aflez épaiife, quifert à remplir les cavités & autres défauts qui retrouvent lur la furface de la pierre ; & après avoir bien applani avec la main toutes les cavités , en mouillant toujours la pierre à mefure qu’on en répare les défauts (on fuppofe ici que l’on enduife des pierres qui aient déjà fervi ), tout étant parfaitement uni, on fait avec la même pâte un enduit d’une demi-ligne d’épaiffeur & moins , s’il eft poffible, dans toute l’étendue de chaque pierre. On applanit cet enduit avec des morceaux d’un bois dur & poli, taillés en forme de briques , que l’on promene également par-tout j après quoi on donne le poli ,avec une coulée d’argille bien claire, répandue par-tout avec égalité. En commençant par la pierre de deflus, qui eft fuf-pendue au treuil, l’ouvrier parcourt le long côté de cette pierre, enverfànt d’une maniéré uniforme, & tirant à loi le vafe qui la contient.
- 100. On répand de cette même coulée fur la pierre de deflous; & comme elle eft pofée horifontalement, on emporte le trop de coulée que l’on y a jeté, avec ïin morceau de feutre j on en fait autant à la pierre de deflus, afin d’en ôter la plus grande partie de l’humidité. On obferve, comme je l’ai déjà dit, de ne donner à cet enduit que le moins d’épaiffeur qu’il eft pofîîble.
- 101. Cette préparation étant achevée, on laide fécher l’enduit à l’air,} ii c’eft en hiver <& que le tems foit trop humide, ou que l’on prévoie que l’on n’aurait pas le tems de cuire l’enduit, on fait rougir dans les fourneaux les fourgons & autres barres de fer, que l’on préfente à une certaine diftance, pour qu’ils répandent une chaleur douce, & qui ne furprenne pas l’enduit, lequel après avoir été féché de cette maniéré, fe recuit avec du charbon de bois bien allumé, pendant dix à douze heures, c’eft-à-dire, julqu’à ce que l’on foit prêt à couler : on aflhjettit la pierre de deflus, & on l’abai/fe, afin de partager la chaleur. Deux grandes mannes de charbon fuiît-fent pour entretenir le feu pendant le tems de la recuite; après quoi l’on nettoie parfaitement le moule qui eft bien deiféché.. On pofe enfuite les lames de fer qui doivent régler la largeur & l’épailfeur de la table; enfin, on ferme le moule avec le verrin , & on l’incline.
- < 102. La gueule du moule fe fait en même tems que l’enduit, mais d’une argille moins fine que la première, & que l’on mêle avec du poil, pour en faire une efpece de torchis. L’enduit étant cuit, devient d’une dureté prefque égale à celle de la pierre.
- 103. Lorsque les pierres font fans défaut & de bonne qualité , on peut couler de fuite jufqu’à vingt tables fur le même enduit; au lieu que l’on ne peut en tirer que huit à dix fur une pierre de médiocre qualité, & qui .ne peut pas Apporter l’effet de la chaleur. Sur quoi il faut remarquer que la
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- première fois que l’on coule une table fur des pierres neuves, & qui ne font pas encore accoutumées à la chaleur, cette première impreiïîon les tourmente, & occafionne des ventofltés qui rendent la fonte de cette table dé-fe&ueufe ; alors on eft obligé de la rompre, pour fervir de mitraille dans une autre fonte, en obfervant de mettre moins de rofette dans le mélange où elle fe trouve comprife.
- 104. CoMme il 11’y a qu’un feul moule qui ferve aux trois tables que l’on coule à chaque travail, dans l’intervalle d’une coulée à l’autre , on répare le moule ; la pierre qui a fait tout fon effet à la première coulée, n’en fait plus à la fécondé que l’on fait l’inftant après : d’où il fuit que la fécondé & la troifieme tables font bonnes , & n’ont aucun des défauts qui fe trouvent communément dans la première.
- iof. On trouve de ces pierres qui font d’une qualité fi finguliere, que les effets que je viens de décrire fe rencontrent fept à huit fois ; c’eft-à-dire , que dans fept ou huit fontes , il faut toujours facrifier la façon de la première table , & qu’on 11e peut çonferver que la fécondé & la troifieme.
- 106. Chaque moule travaille tous les trois jours, &fert à couler les tables que l’on fond dans vingt-quatre heures , qui font au nombre de fix par fonderie ordinaire ; elles font de trois fourneaux, & par conféquent une table par fourneau toutes les douze heures.
- 107. Quand l’enduit ne peut plus fupporter de fonte, on le détache de la pierre , avec des dragées de cuivre que l’on nomme de Varco ; c’eft dans les cendres de la fonte qu’on les trouve. Cette opération s’appelle aigulfer la pierre.
- 108. On fixe une barre de fer coudée A B C, planche VII, fig. 2, dans la mortaife de l’extrémité du fupport du moule : un grand levier C D F de treize à quatorze pieds de longueur , eft appliqué à cette barre j il eft mobile au point C, & eft pareillement percé d’un trou rond à l’endroit D, dans lequel palfe une cheville attachée au milieu delà tenaille G H. Cette tenaille fe joint au chaftis de fer „ & par conféquent à la pierre de delfus, par le moyen de deux crochets IIj & il s’unit à la piece GH par des écrous fortement arrêtés,
- 109. L’extremite F du levier eft fufpendue par une chaîne ; il porte plusieurs pitons dans lefquels on fait entrer les crochets emmanchés LLL, &c. Cinq hommes appliqués à ces mêmes crochets , pouffent & tirent alternativement ce levier, ce qui ne peut arriver fans que la pierre fuivele même mouvement, puifque le levier eft fixé à la cheville B C, autour de laquelle il peut fe mouvoir. Il réfulte de là, que les dragées qui font entre les deux pierres, arrachent le plâtre. Pour que toutes les parties puiffent être frottées en tous fens, il y a trois autres ouvriers, dont un en M, pouffe & dirige
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- le levier; & les deux autres en N & en P, tournentJa pierre de côté Sc d autre , & lui font faire quelquefois des révolutions entières fur fon centre, en la faififlant par les coins. Le frottement de ees deux pierres contre les dragées , arrache & pulvérife tout l’enduit; on nettoie enfuite les pierres;s & on les lave de façon qu’il n’y relie plus rien ; enfin on remet un nouvel enduit, comme je l’ai dit ci-deffus. Ce travail fe peut faire en une demi-heure de tems par deux volées.
- Opération de la fonte du cuivre.
- - no. L’habitude des fondeurs , leur fait connaître la bonne fulion du métal; mais une des preuves, eft la flamme qui n’eft plus épaifle , ni de la couleur dont elle eft dans les premiers momens que l’on attife; elle eft au contraire très-légere, & d’un bleu clair & fort vif: il fort une femblable flamme des creufets , quand on les tranfvafe l’un dans l’autre.
- ni. Le métal étant prêt à être jeté, on prépare le moule, en plaçant avec foin les bandes de fer, 3,4 , 5,6,7, 8 f pl. VII, fig. 4, qui déterminent la largeur & l’épaifleur de la table de laiton. Quant à la longueur , elle n’eft point bornée , & peut être plus ou moins conftdérable : l’épaifleur ordinaire eft de trois lignes, la largeur de deux pieds un pouce trois lignes, fa longueur de trois pieds deux pouces ftx lignes : elle doit pefer quatre-vingt-cinq à quatre-vingt-fept livres.
- , 112. Les lames de fer étant ajuftées fur la pierre de deflous , on abat la pierre de deflus pour fermer le moule ; & on joint très-fermement ces deux pierres enlèmble par le moyen du verrin Y ; on l’incline dans la polition du moule I, pL III; enfuite on attache la chaîne a, à l’œillet le plus reculé; en retrouflant l’autre branche b de la même chaîne, on tient la première bien tendue par le moyen du tour O ; on retire le creufet 1 du fourneau , où on l’a mis rougir quatre ou cinq heures avant que l’on coule; enfuite un fécond creufet 2, plein de cuivre fondu, que l’on tranfvafe dans le premier, & on l’écume avec le tiouL, comme on le voit par l’ouvrier coté pendant ce terns, on retire un fécond creufet que l’on tranfvafe de même, ainft de fuite jufqu a ce qu’on ait retiré les huit qui font la charge du fourneau. Quand enfin toute la matière eft tranfvafée dans le creufet I, bien ccumée & nettoyée de tous les corps étrangers qui peuvent s’y trouver, les deux fondeurs 4 & f prennent ce creufet avec la double tenaille , le tranf. portent & le verfent dans le moule, ; auifi-tôt un troilîeme ouvrier fe porte au treuil O, & en le tournant il releve le moule, & le pofe dans une litua-tiori horifontale; il attache dans Pinftant même la fécondé branche b de la chaîne j lâche le verrin ; & l’autre, continuant de tourner , éleve & fépare 1»
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- pierre de deffus, comme on îe voit parle moule LL : le fondeur S , fe fervattt d’une tenaille ordinaire, retire la table, qu’il a grand foin, d’ébarber.
- n3. Le même moule, comme je l’ai déjà dit, fert à fondre les trois tables que fourniffentles fourneaux; & dans l’intervalle d’une jetée âTautre, on répare le moule , & on le rafraîchit avec de la fiente de vache; bien entendu que c’eft après avoir déplacé les lames de fer O, qui déterminent la forme de la table. Ces lames étant remifes en place avec les foins & précautions néceifaires , on bouche les coins & les cavités qu’elles peuvent lanfer, avec de la même fiente de vache ; on abat la pierre de deifus ; en détournant le treuil O ,/?/. UI, on referme & on incline le moule.
- 114. Quand les trois tables d’une fonte ont été jetées, on nettoie 8c' on rafraîchit le moule; on applique les pierres l’une fur l’autre , fins les fermer au verrin,&on les couvre exactement avec trois ou quatre épaiffes coui vertures de laine, afin de les maintenir chaudes pour la fonte fui vante, qui doit fe faire douze heures après.
- 11?. On obferve de même de tenir les portes & fenêtres de la fonderie exactement fermées, mais feulement pendant le moment où l’on jette la matière :'immédiatement après on ouvre les portes.
- 116. Les ouvriers mettent le bout de leurs cravates entre leurs dents*, foit lorfqu’ils écument, foit lorfqu’ils tranfvafent ou qu’ils coulent la matière-: par cette précaution , ils diminuent la vivacité des iniprefîions du feu, 8c ils le facilitent la refpiration.
- 117. Après avoir tranfvafé le cuivre fondu du creufet 2 dans le creufet 1, ie fondeur prend deux bonnes jointêes de la compofidon qui eft dans îe bacquet R, & il les jette dans le creufet qu’il vient de vuider. Par-deifus la calamine, il y met la poupe de mitraille P. Il place dans cet état le creufet dans le fourneau, où il refte jufqu’à ce que les tables foient jetées , c’eft-à-dire, environ une demi-heure. On en fait autant de tous ies creufets des fourneaux, à fur & à mefure qu’on les vuide. Le vieux cuivre, en s’échauffant , devient caifant, & s’affaiife bien mieux lorfqu’on le comprime pour achever de charger le creufet : c’eft ce que l’on appelle amollir le. cuivre. A l’égard du cuivre rouge ou rofette, plus il eft chaud, & plus il eft duélile.
- 1 tg. Les tables étant toutes jetées, & le moule préparé par la fonte fui-vante, 011 revient au fourneau, dont il retire les creufets les uns après les autres , pour achever de les charger ; ce qui fe fait en remettant par-deifus le vieux cuivre déjà fort échauffé , beaucoup de compofidon de calamine , que l’on entaife bien avec le fourgon. On y joint le cuivre rouge, que l’on enfonce dans la calamine, en frappant fortement avec la palette T; & pour cet effet, on aifujettit 8c l’on fait tenir droit le creufet avec la pince coudée, ainfi qu’il eft repréfenté dans la planche V, par le bourriquet I. Chacun des
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- creufets étant chargé, on les place de fuite dans le fourneau, on les arrange;, on accommode les onze regiftres du fond du fourneau, qui fervent de fouf-flets; on débouche ceux qui peuvent fe trouver bouchés, ou on remet dç Pargille à ceux qui fe font trop agrandis; en un mot, on met les creufets & le fourneau en état de produire une autre fonte. Les creufets ayant été remis, on les laide deux heures , fans faire un trop grand feu ; après quoi, le fondeur prend de la compolition de calamine dans un panier, & fans rien déplacer il en jette une ou deux poignées fur tous les creufets où la chaleur peut avoir caufé quelque afFaiifement; & d’ailleurs, il faut que la dofe entière de la matière pour les huit creufets y foit diftribuée, foit tout de fuite, foit à tems diiférens.
- ii9- Lorsqu’un creufet cafle, on le retire aufli-tôt, & on le remplace fur-le-champ par celui qui avait fervi à couler les tables , parce que celui-ci eft encore rouge , & en état de recevoir la matière. Quand les huit creufets font une fois placés & attifés, s’il vient à en calfer quelqu’un, on ne les dérange plus ; la table fe trouvera d’un moindre poids, & plus courte.
- i2o. On attife en premier dieu , en mettant une manne de charbon, qui contient deux cents livres pefmt; on choifitjles plusc gros'morceaux, que l’on pofe à plat fur les bords des creufets : quand on a formé de cette maniéré une efpece de plancher,.on jette du menu charbon par-deifus, fans aucun arrangement, & on couvre aux deux tiers la bouche du fourneau. Quelques heures après , on lui donne à manger, comme difent les ouvriers, de la'fpiure de houille , c’eft-à-dire, de la petite houille.
- v.i2i- Les heures ordinaires du travail font, pour couler les tables, entre deux & trois heures après midi; les creufets font tous rangés & attifés à cinq heures du foir. Sur les dix heures, on donne à manger aux fourneaux , & la deuxieme fonte fe foit à deux heures & demie ou trois heures après minuit ; c’eft-à-dire , qu’il faut toujours douze heures pour ces opérations.
- - 122. Le famedi & la veille des grandes fêtes, après la fonte, on charge & on attife, comme fi l’on devait couler la nuit fuivante ; mais les fondeurs vers les'quatre à cinq heures du foir,‘quand les fourneaux font bien enflammes, ne font que fermer exa&ement la bouche du fourneau, n’y laiflant d’autre ouverture que celiedu centre du couvercle Z,, qui eft un trou d’un pouce & demi de diamètre. Tout cela refte en cet état jufqu’au lundi fuivant; alors, fur les cinqjheures du matin, les fondeursauili-tôt arrivés , raniment le feu par de nouveau charbon. Le feu que l’onta lailfé depuis le fàmedi, fe trouve quelquefois avoir eu lî peu d’adtion, que la‘matière eft très-peu. ^avancée le lundi, quoique le feu n’ait pas celfé d’être.aHumé : on eft donc obligé de le forcer, pour rattraper,l’heure ordinaire ,du travail.
- Le travail de la fonderie demande un foin ptefque continuel, foit Tome FIL L11
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- pour attifer èc maintenir le degré de chaleur néeeflaire à la fonte, en hou* chant à propos & débouchant les regillres, foit pour aiguifer les pierres, y appliquer l’enduit dargille; foit enfin pour couper & diftribuer les tables de cuivre, fuivant le poids dont on les demande. Toutes ces chofes font réglées par le maître fondeur de chaque fonderie, qui a pour aides deux autres ouvriers ; & quoiqu’il n’y ait que trois ouvriers par fonderie , chaque manufa&ure contient au moins deux fonderies , dont les ouvriers fe réuniff fent dans l’une ou l’autre, lorfqu’il s’agit de quelque manœuvre où il faut plus de trois hommes ; par exemple, lorfqu’on aiguife la pierre , ou que l’on coupe les tables. Il y a d’ailleurs d’autres ouvriers employés, foit!au moulin,, foit au blutoir, à Marco x &c. dont on emprunte les fecours quand le travail l’exige.
- 124. Le maître fondeur de chaque fonderie a une plus forte paie par jour que ces deux aides, à qui 011 ne donne à chacun que deux efcalins pour leurs vingt-quatre heures. On leur fournit outre cela de la bierre dans la fonderie, & ils en ont grand befoin ; enfin leur chauffage de houille pour-leurs rùénages. Ils n’abandonnent leurs fonderies que dans les jours que }’ai déjà diïj Sc's’ils ont quelques heures à fe repofer pendant' la nuit, l’un veille , pendant que les autres font couchés dans les lits de la fonderie»
- I2f. On confomme ordinairement un millier pelant de charbon, pour trois fourneaux par chaque fonte de douze heures 5 & deux milliers pour vingt-quatre heures, puifque l’on fait deux fontes.
- 126. Le fondeur ou le manufacturier, qui ne fait point exploiter de* charbon de terre pour fon compte (13), eft obligé de l’acheter & de l©
- (13) On aurait pu croire, en lifànt ce qui précédé, que l’on n’emploie dans ces opérations que du charbon de bois, en y mêlant de tems en tems une petite portion de charbon de terre. L’auteur s’eft fervi conftamment du mot de charbon, fans ajouter aucune explication. Cependant ce n’eft pas la même chofe , & il vaut bien la peine d’examiner avec foin quelles matières combuftibles on emploie dans une manufacture , où l’on fait beaucoup de feu. Quoi qu’il en foit, nous apprenons ici que l’on ne fe fert que rarement de charbon de bois; & que le charbon de terre eft très-propre aux travaux de cette manufacture.,. J’entends par charbon de terre cette matière foifile, inflammable,, qui a peu de confîfi
- tance, comme la terre. Quand elle elfc mouillée, fa couleur eft d’un brun noirâtre ; on peut la pétrir comme de la terre & même en faire des briques. A mefure qu’elle feche , elle prend cette couleur-noirâtre , pour devenir d’un brun plus, clair. On trouve qu’elle a plus ou moins de confiftance, fuivant les lieux' où elle fe trouve. Peut-être cela vient-il de la qualité des eaux qui charient plus ou moins de: matière Japidifique. Quelquefois le charbon de terre renferme d#cailloux ou des particules alumineufes. Plufieur's auteurs le confondent avec lé charbon de pierre, d’autres en font une!clafle à part. Tout ce qu’on 'peut dire fur cette queftion, c’eft que lé-t charbon de pierre diflfere du charbon.de
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- payer trois florins, quinze à dix-huit fols du pays, le mille pefant : ce qui fait argent de France fept livres trois fols, Ci c’eft à dix-huit fols.
- ' 127. Le cuivre jaune ou laiton eft compofé de Guivre rouge ou rofette»' & de calamine ; on joint à cet alliage du vieux cuivre jaune appelle mitraille; c’eft dans ce travail queî'confifte celui des fonderies dont je parle.
- 128- Trente-cinq_ livres pefant de vieux cuivre, trente-cinq de rofette,' foixante de calamine bien pulvérifée , dans laquelle quantité on mêle vingt à vingt-cinq livres de charbon de bois, réduit de même en poudre très-fine, c’eft-à-dire, paflee au blutoir, & que l’on a la précaution de mouiller après avoir été paflej toutes ces matières partagées dans les huit pots ou creufets, & après avoir éprouvé un feu de douze heures , produit une table de quatre-vingt-cinq à quatre-vingt-huit livres pefant, félonies dimen-ifîons déjà données. Il faut obfervér que le charbon n’a d’autre propriété que celle d’empêcher le cuivre de brûler (14) : fi l’on ôte de foixante livres
- terre par fa forme f extérieure ; l’une tient .de la nature des pierres , & l’autre de celle des terres. On peut encore obferver ici que le charbon de terre fe trouve toujours en couches, & jamais en filons. Il femble n’a-vôir été"placé dans lé lieu qu’il occupe, que par des inondations, L’épaiflfeur de ces couches varie depuis fix pouces jufqu’à quinze pieds. Des perfonnes dignes de foi aifurent que dans le territoire de Mücheln, en Saxe, on a découvert avec la tarriere des couches d’une épailTeur infiniment plus confidérable ; mais on ne peut pas les exploiter, à caufe des eaux. M. Klinghammer allure que l’on a trouvé dans la partie fupé-rieure de l’éledorat de Saxe un grand nombre de mines de ce charbon de terre , & que l’on commence à s’en feryir avec avantage. On les emploie dans les falines d’Ar-tn & de Dunenberge ; elle fert dans le9 cuifines de plufieurs particuliers ; on en fait ufage pour cuire la chaux , &c.
- (14) Le cuivre ne brûlera pas fi facilement, fi l’on intercepte la communication avec l’air extérieur, comme cela fe fait lorfqu’il eft entouré de calamine. Il eft plus vrai de dire que le zinc a befoin de cette poulïiere de charbon , pour devenir un véritable métal. On fait que le zinc eft i’u-
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- nique addition qui fait changer le cuivre ett laiton. Quoiqu’en fondant le cuivre avec le zinc pur, on ne puilfe pas obtenir du véritable laiton, lors même qu’on les mêle en proportion convenable, 6n pourrait démontrer que cela ne vient que de ce que le zinc fe mêle d’une façon plus égale & plus intime avec le cuivre lorfqu’il eft en vapeur. Le zinc ne fe trouve jamais en forme métallique dans la calamine qui lui fert de matrice : beaucoup moins encore y eft-il lorfqu’il eft grillé ; c’eft-à-dire , qu’on ne le voit jamais avec ce brillant & cette pefan-teur qui eft propre aux métaux. Toutes les expériences nous le difent ; nos yeux même nous le montrent clairement : il faut donc lui communiquer ces propriétés ; & c’eft la pouffiere du charbon qui fait cet effet par le moyen de fes particules combuftibles. Cette réunion des particules ignées avec les parties folides & métalliques s’appelle la réducîion. Dans l’épreuve du.zinc, cela tombe manifeftement fous les fens. Mettez de la calamine, ou d’autres fubftances chargées de zinc , dans une retorte, à laquelle on lutte un récipient placé dans l’eau : arrangez la retorte dans un fourneau où l’on entretient d’abord un feu doux , & en-fuite un bon feu de charbon, pendant quel-
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- de compofîtion les vingt livres de charbon, il reliera quarante livres de calamine ; d’où il fuit que de l’alliage de cette derniere quantité, il enréfulte quinze livres de métal d’augmentation, puifque quinze & foixante-dix font quatre-vingt-cinq; c’eft le moindre poids d’une table de laiton. La calamine rapporte donc plus du tiers de fon poids, fur-tout fi elle eft mêlée avec la calamine du Limbourg.
- 129. Les fondeurs deNamur tirent la rofette du nord; elle leur revient à cinquante florins de change le cent pefant, au prix courant : pendant la derniere guerre, ils l’ont payée jufqu’à quatre-vingt-cinq florins.
- 130. Le vieux cuivre jaune coûte ordinairement moitié de la valeur de la rofette, c’eft-à-dire , vingt-cinq à trente florins : il a été payé jufqu’à quarante-deux & demi le cent pefant.
- 131. La calamine mélangée & en état d’être mife en fuiîon, revient environ à un fol du pays la livre; & fi à toutes ces fommes on ajoute les frais des batteries, on faura, à très-peu de chofe près , le produit de ces fortes de manufactures. Je laiife aux perfunnes qui voudront en prendre la peine, le foin d’extraire de cette defcription, tous les articles relatifs à la dépenfe : cependant voici quelle eft la plus commune opinion fur ce point.
- 132. On eftimait en 1748» & dans le courant de la guerre, que les maîtres fondeurs gagnaient, tous frais faits, quatre florins defchange par chaque table de quatre-vingt-cinq livres pefant. ïi n’y a point de fonderie qui n’ait au moins fix fourneaux allumés, dont chacun produit deux tables par vingt-quatre heures : cela fait douze tables ou quarante-huit florins, qui font quatre-vingt-huit livres argent de France.
- 133. Les évaporations qui fe font dans les fourneaux par l’aétion du feu , s’attachent contre les parois de la voûte du fourneau, contre la couronne, & fur la furface des couvercles. Cette matière qui fe durcit, & qui dans la feélion parait formée de différentes couches de couleur jaune , plus ou moins foncée , eft ce que l’on appelle tutie. Elle a deux propriétés : la première , que les fondeurs aflurent, eft que fi on la triture en poudre fine, & qu’on la fubf-titue dans le mélange en place de calamine, elle produit un fort beau cuivre fin, & très malléable (*) ; mais le défaut de quantité empêche que l’on ne l’emploie à cet ufage : le peu que l’on en détache fe jette au moulin , ou bien fe mêle avec la calamine.
- ques heures. Vous trouverez , après que le taux fujets à brûler , ont dans la calamine toiit fera refroidi, que le zinc eft dans le col une couverture admirable, foit qu’ils foient de la retorte & dans le récipent fous fa en fufton ou Amplement rougis, vraie forme métallique. Mais on n’obtien- ( * ) Comme cette tutie eft du zinc fu-dra rien de pareil fi l’on n’y met pas les par- blimc, elle doit produire le même eftet que ticirles ignées. Ajoutez à cela que les mé. la calamine.
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- • 134* ÏL ’fo Forme de meme line autre efpece de tutie dans tes-fourneau* de fer ; elle eft de couleur brune, mêlée d’un peu de jaune, elle faille même effet que la calamine. Mais on ne peut fe fervir avec fuecès de cette tutie, parce qu’elle contient des parties ferrugineufes, qui gâteraient & feraient rompre le cuivre fous le marteau, ou qui y laiiferaient des fentes confidérables.
- . 13 T- La fécondé propriété de la tutie du cuivre', & que tout le monde connaît , eft qu’étant pulvérifée, comme nous l’avons dit, & mife dans de l’eau de pluie , elle eft très-bonne contre les fluxions fur les yeux, & elle calme en beaucoup de cas & fait difparaître l’inflammation.
- 136- Les tables de laiton font communément, pour le débit ordinaire, de trois lignes d’épailfeur; elles varient jufquesà quatre lignes, & ce font les plus fortes que l’on puilfe couper avec la cifaille de la fonderie, à laide d’un homme de plus au levier ; c’eft-à-dire, qu’il faut, pour couper celles-ci, quatre hommes au lieu de trois.
- 137. Les bandes ou lames de fer, qui déterminent l’épaiifeur, font de deux-» de trois & de quatre lignes d’épailfeur -, & de fept à huit, quand il s’agit de quelque table d’une épailfeur particulière, & autre que celles que l’on coule ordinairement. En ce cas on met deux de ces lames de fer l’une fur l’autre : leur largeur eft de quatre pouces, & d’environ quatre pieds de longueur. •
- I 138- Les tables les plus fortes ont neuf lignes d’épailfeur; 011 leur donne les mêmes dimenfions qu’aux autres ; mais comme on y emploie toute la matière des trois fourneaux, elles fe trouvent avoir l’épaiifeur & le poids de trois tables ordinaires, & elles pefent deux cents cinquante-cinq à deux cents foixante-une livres. Les tables de cette efpece fe portent entières à la batterie , pour être étendues & diminuées d’épailfeur ; on ne les coupe, pour achever de les arrondir , que lorfqu’elies font réduites d*une épailfeur àpou-voir être foumifes à la force de la cifaille.
- 139- Pour jeter ces .fortes, de tables qui doivent fervir, foit à faire des tuyaux de pompe, foit de grands fonds de chaudière , on fe fert des plus grands creufets de huit pouce^de diamètre en-dedans ; on en prend deux, & on les met rougir dans les fourneaux pendant l’elpace de fix ou fept heures , avant que l’on coule. Enfuite on vuide le cuivre fondu des vingt-quatre creufets dans les deux grands: ces deux opérations fe font à la fois, & dans le même tems. Le moule étant chaud & bien préparé , le métal écumé, quatre hommes, deux pour chaque creufet, marchent enfemble", & enlevent chacun le leur. Le premier creufet étant verfé, les fondeurs fe retirent le plus promptement poifible, pour faire place aux autres ,quiverfent le fécond creufet.
- II y a fi peu d’intervaile dans ces deux mouvemens, que les deux jetées font parfaitement réunies, & qu’elles ne forment plus qu’une table très-égale
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- dans toute fon! étendue y on. a auffi l’attention, lorfqifil eft quëftion demes fortes dé'pièces , dé mettre unf peu plus? de cuivre de deux, efpeces dans la compofition.n- '
- 140. La cifaille O P Q_, pi. VII, fig. 3, placée dans la fonderie pour la diftribution des tables, eft plantée & affujettie dans un. corps d’arbre Ri profondément enterré , & folidement lié par des cercles de fer. La cifaille , qui n’y eft retenue" que par fa branche droite, peut fe démonter,quand, on le juge à propos; l’autre branche coudée P S, eft engagée dans un levier de dix* huit à vingt pieds de longueur , dont l’extrémité T eft retenue par un boulon autour duquel il peut fe mouvoir. La pi.ece de bois qui porte la mortaife, eft fixée fermement, & de maniéré qu’elle ne peut être ébranlée.
- 141. L’autre extrémité V, eft fufpendue à une chaîne qui tient ou à l’arbre du treuil, ou à un fommier du bâtiment : on peut concevoir le mouvement. de cette machine, en voyant la gravure: l’ouvrier X tient la table, & à mefure qu’il l’engage dans les ferres de la cifaille, d’autres hommes appliqués à l’extrémité V, pouffent le levier , & par conféquent 'obligent la cifaille qui y eft attachée de couper : il y a une pareille cifaille dans les batteries, (if).
- 142. Pour la diftribution des tables, on a dans les fonderies des mefures
- relatives au poids que l’on demande : ce font des baguettes quarrées de fix à fept lignes de large, fur lefquelles font les mefures fuivantes , mefurées au pied-de-roi, pour les tables de trois lignes d’épaifleur. }.
- ' ' pied pouces lignes.
- Pour 10livres pefant, le côté du quarré, eft de o 11 1
- Pour 13 .............. 1 o 3
- Pour 18 ...... 1 2 9
- Pour 20 .... .........' 1 4 3
- Pour 24 ........... . 1 f ' 8
- Pour 30 ........... . 1 6 6
- . 143- Le pied quarré pefe douze livres, & quelquefois douze & demie,
- ,quand les pierres ont quelques défauts, que l’enduit fléchit, ou que le cuivre eft de denfité inégale.
- ,144. Les intervalles des mefures font fubdivifés en petites parties, qui fervent à régler par gradation les quarrés qui doivent compofer une fourrure ; j’expliquerai ce que c’eft que fourrure, en parlant des batteries.
- 145. Il faut fe rappeller que j’ai dit que, de l’écume qui provenait des
- (iç) Lorfque la cifaille peut être mife en force, & l’effet fe produit avec plus dejuf. mouvement par un rouage , elle a plus de teffe.
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- creufets*. de même que de ce qui fe renVerfait en tranlvalànt, il fe trouvait1 beaucoup de cuivre dansfles xendres & pouflieres que T ou-jette dans les folies en avant des fourneaux , & que l’on ne les vuidait qu’à moitié. Lorf-qu’elles le trouvent remplies , ceiqui refte en-dehors' fert àpoferle creufet, qui s’y. tient d’autant mieux'que cette matière eft molle & continuellement chaude, & qu’elle maintient par ^conféquent le creufet ferme fur fa bafe, fans, qu’il puilfe fe refroidir.
- 146. Quand on a fait un amas d’une certaine quantité de ces cendres 8c d-e pouffieres, &- que bon veut en retirer les parties- de cuivre qu’elles contiennent , comme elles font fort feches, on mouille.le tas avant d’y toucher ; on en remplit deux mannes, que l’on jette dans une grande cuve à demi remplie d’eau ; on remue le tout avec une pelle ou louchet; on laide un inllant repofer l’eau & diffiper les tourbillons , enduite on fe fert d’une efpece de poêle de fer Y,/>4 II, percée de plufieurs trous de quatre à cinq lignes de diamètre,'- avec laquelle on retire toutes les groïfes ordures qui furnagènt, pendant que le cuivre, par fa péfanteur-, fè précipite dans le fond. Ce pre~-mïer Travail fait, on ajoute deux autres mannes de cendrés aux deux pre~ mièrés, & l’on recommence à remuer de nouveau la même eau ; on retire' pareillement les ordures avec la poêle percée , bien entendu qu’elle fert aufîî à retirer les gros morceaux d’écume de cuivre, qui font d’un plus grand volume que les trous. Après un intervalle où tout a le terris de fe repofer» on incline doucement le cuvier au-delfus d’un réfer voir-fait Exprès,-& qui peut fe vuider par un égout que l’oil-yJpratique. Gettê eau bourbeufe étant* écoulée, on jette de nouvelle ean fur la matieré, & on la palfe par un premier crible K : ce crible eft de cuivre; le treillis dont1 il eft°formé eft dé fil de laiton, foutenu par deux barres enfcroïx ; les trous de ce'treillis font de deux lignes & demie d’ouverture quarrée; il ne retient que les gros morceaux; les autres palfent au travers , & retombent dans la cuve. > ;
- 147. Pour-fie fervir de *ce crible , on le fuppofe plein de cètte'matière', prifé dans- la* cuve ; l’ouVrier qui' le tient par les -deux anfesi de trempe à! plufieurs reprifes en le tournant fur lui-même : le plus gros euivfe rèfte dans lî' crible, le menu palfe; Le' crible étant entièrement plongé,-les'orduresTe mêlent avec i’eau ; l’ouvrier le retire de tems en téms, &de pofant fur le bord de la cuve, il fe fert d’une palette mince & faite en couteau , avec laquelle il ôte les grolïès cendres & les matières qui font à la fupêrficie dé ce qui eft contenu dans ce crible. If ne perd'pas'èettë écume; mais ilia ramafle fpour là-paffer au tamis fin;j en'pratiquant îeS ftièMes moyens fic’cft-à-diré T qùë lés’ quatre grandes mannes, après avoir palfé dans cette première opération, pafi fent, enfuite dans line..fécondéleffivé & dansiunifeboft'di fcamfs-, Idorit lés. ouvertures n’ont qu’une ligne en quarré ; &'ën'pf-oèédàht toujours dé
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- ART DE CONVERTIR
- de tamis en tamis, plus refTerrés les uns que les autres, on parvient à retirer Yarco, c’eft-à-dire, les parties de cuivre mêlées dans les céndres de la fonderie.
- 148. C’est dans ce travail que l’on trouve les dragées propres à aiguifer les pierres des moules : le refte fe jette dans une fonte particulière , ou on l’épure i ce que l’on en retire de net eft réputé mitraille pour la fonte des tables.
- a U A T R I E M E , P A R T I E.
- Des batteries de cuivre, appellées ufînes.
- , 149. eft compofée de différentes machines qui fervent à tra-,
- vailler le cuivre, après qu’il a été coulé en .tables.
- i<>o. Les ufînes fe réduifent à deux fortes de travail : le premier conGfte. en un affemblage de marteaux, pour former toutes fortes d’ouvrages en plat 5 comme tables de cuivre de toutes épailfeurs, ouvrages concaves, comme, chaudières, chauderons, &c. lames de cuivre droites pour faire le fil de laiton, lames contournées ,& arrondies en plat.
- 1 f 1. Le fécond travail eft la tréfiierie ou tirrefilerie : il eft formé par l’affem-hlage des filièrespar lefqu elles on tire le fil de laiton. Cette opération fera l’objet de la cinquième partie de, ce traité, après que nous aurons .détaillé les ufînes à battre le .cuivre. t; . ' « ; < : .
- 152. Pour établir une ufîne » il faut trouver un courant qni fourniffe un
- pied cube d’eau, & dont,1a chûtc,foit de douze à treize pieds, l’ouverture d’un pied quarré fur une pente de fept pouces par toife. Cette quantité fufïit pour> faire tourner quatre roues , dont deux ferviront pour faire mouvoir les martinets ? la troifieme à faire mouvoir une meule, & la quatrième à faire? agir la'tréfiierie. _ . r . , .
- 153. Il faut de plus être près des; bois, afin d’aÿoir à bpn marché celui qui eft néeeffaire pour cuire & recuire le métal : la confommation pour cet objet eft très-confidérable.
- 154. Il faut encore être à portée d’avoir des fourrages pour l’entretien des chevaux qui fervent au .charroi des bois, & au trànfport des cuivres de la fonderie >à lafiatteriet(i6). Comme il eft très-important que les fonderies
- .1 , noti^ièiio vrM"*3*»q 0:. . { il'; •' . • ' { :
- (j6) S’il eft pofTible .de'réunir fous le même 'toit les fonderies &.les batteries, on
- gagnera^du^tems &dçla inâin-dyo?re. ; . i n ;
- foient
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- toient continuellement fous les yeux du maître, elles font établies dans Namur même ; & les batteries font à la campagne , les unes à deux, & les autres à trois lieues de diftance de la ville.
- iÇf. Cette fituation trouvée, il faut conftruire un grand badin de retenue, femblable à ceux des moulins ordinaires, mais beaucoup plus étendu. Outre l’entrée des eaux dans ce réfervoir, il faut une fécondé éclufe de décharge, & un réfervoir qui puilfe fervir de dégorgement dans les crfies d’eau. Ces fortes d’établiifemens font ii connus, que je n’ai pas cru devoir joindre ici un plan de cette efpece.
- 156- La muraille du réfervoir E G, pL VII, tient au bâtiment de l’ufine ; un fécond mur GIK , parallèle à ce bâtiment, forme l’enclos où l’on place les roues : à l’endroit E du mur, qui foutient toute la hauteur de l’eau, eft .établie une éclufe L, qui diftribue l’eau dans la bufe M , & fait tourner la roue N : à l’endroit O , eft une bufe P qui traverfe le mur, & qui porte l’eau fur la roue Qi Cette bufe effc faite de madriers de chêne bien aifemblés, 8c couverte jufqu’au point P , où eft placée une fécondé éclufe femblable à 1$ première L, & que le maître ufinier (c’eft le nom du chef des ouvrier^) peut gouverner au moyen du levier RS T, dont la fufpenfion eft au point S dans l’épaiifeur delà muraille, qu’il traverfe. Le bout R fait en fourchette, tient à la tige de la vanne ; & l’extrémité T eit tirée ou pouifée de bas en haut par une gaule attachée à cet endroit par deux chaînons. Une troifieme bufe V, mais beaucoup plus petite que les premières , fait tourner la roue X, qui eft auffi d’un diamètre moindre que les deux premières NP; à l’arbre de cette roue X, eft attachée la meule Y, qui fert à raccommoder les marteaux & enclumes : la bufe V a fon éclufe près de la roue; & comme il n’eft pas néceifaire qu’elle tourne toujours , il n’y a pas de communication de la< vanne dans l’uline. On établit une quatrième bufe à côté des autres , pour faire tourner la roue de la tréfiierie, lorfqu’elle eft fituée au bout des batteries dans le même bâtiment.
- 157. & eft une voûte par où l’eau qui a fait tourner les roues, s’écoule & va rejoindre le ruiifeau.
- i ïB- L’arbre b c, de la roue N, porte à fa circonférence trois rangées ddd^ de douze mentonets chacune : ces mentonets rencontrent les queues efg des trois marteaux ei l,fnm,gop; par leurs chocs , les éleventj & à l’échappée de la dent, ces marteaux retombent fur l’enclume, parce qu’ils ont leur centre de mouvement aux points ino.
- î S9- L’enclume q eft enchàifée dans des ouvertures faites aux billots rrr, pi. VIII. Ces billots font des troncs d’arbres de chêne, enfoncés de trois à quatre pieds dans la terre, cerclés de fer, & dont les têtes font au niveau du texrein : comme ils font placés fur une même ligne, il y a un enfoncement Tome, FIL M m m
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- ART DE CONVERTIR
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- pratique en terre, pour mettre les jambes des ouvriers aflîs fur les plan» ches s s s qui traverfent cet enfoncement.
- 160. Les manches des marteaux paffent dans un collet de figure ovale , dont les tourillons oo, nn, ii entrent dans les montans tttt; ou, pour mieux dire, font foutenus par les rfcontans ; car ils entrent dans des madriers de rapport, garnis de bandes de fer, lefquels madriers s’ajuftent aux mon* tans, dont on peut les féparer : c’eft ce que l’on pourra voir dans les profils des planches fuivantes. Ces montans font d’un pied quarré, folidement aflemblés à la partie fupérieure par un chapeau ; & au niveau du terrein, par une autre piece de la même folidité , fur laquelle font clouées les pièces de fer plates u u u, contre lefquelles donnent, les; queues des. marteaux i. ce qui s’opère par la chaffe du mentonet ; & par ce choc, ces marteaux acquièrent une réatftion qui augmente la force du coup. Cet effet fera expliqué d’une maniéré plus claire dans les déveîoppemens des planches, dont on parlera dans un moment, & où toutes ces parties font repréfentées fur une échelle d’un plus grand point..
- 161. L’arbre x y y de la roue Q_» eft femblable à celui que je viens de décrire; c’eft pour cela que j’en ai marqué, toutes les parties, par les mêmes lettres : l’arbre xy ne différé de l’arbre bc c qu’en ce qu’il y a treize men-tonets à chaque rangée ddd, étant d’un plus grand diametre.il faut obfer-ver que les mentonets doivent être arrangés de maniéré qu’ils n elevent pas tous à la fois les trois marteaux, ce qui demanderait un moteur beaucoup plus confidérabîe que celui que l’on y emploie pour l’ordinaire. Il faut donc, quand le marteau / échappe, que le marteau m commence à frapper, & que dans le même inftant le marteau p ait reçu fon impulfion. Pour former cet arrangement alternatif, voici comme l’on doit y procéder. ~
- 162.. On divife la circonférence de cet arbre, en autant de parties égales qu’il doit y avoir de mentonets dans toutes les rangées : par exemple, l’arbre bcc qui contient trois rangs de douze mentonets chacun, fe divife en trente-fix parties égales ; & on fait paffer le long de la furface de cet arbre, autant de lignes parallèles à fon axe ; & l’arbre xy y , qui contient treize mentonets à chaque rangée, eft pareillement divife par trente-neuf lignes parallèles : enfuite, pour placer les mentonets, on prend un point fur l’une des parallèles, & on y pofe le premier mentonet; le fécond mentonet fe pofe à fon rang à la deuxieme divifion; & on paife de même à la divifion au-deffus, pour pofer le troifieme. Les premiers étant une fois pofés ,il ne s’agit que de continuer de la même façon à placer les autres (17).
- (17) Ordinairement les mentonets font de bois ; les meuniers Allemands les appellent Daumen*
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- Le fourneau Z, eft pour cuire & recuire le cuivre à méfure qu’il a été battu.
- 164. La bufe 7,8 s quitraverfe la muraille du bâtiment, & qui porte par fonoxtrêmité 8 fur la terraffe des roues, eft pratiquée pour le paftage de la bande que Pon bat pour faire le fil de laiton ; les tourillons des arbres b c xy font portés par des couffinets qui n’ont que treize pouces d’élévation au* delfus du niveau del’ufine : lequel niveau eft de fix à fept pieds, & quelquefois plus , au-deffous du terrein naturel. On imagine bien qu’avec Ja chute convenable pour faire tourner les roues, il eft de néceffité de s’enfoncer; 8c pour cet effet, on y pratique l’efcalier Wpour y defcendre. Toutes les différentes pentes font exprimées par les profils des planches IX & X: dans la première eft le profil fur toute la longueur de fiufîne , mais fous différens afpe&s; i°. le profil de la première batterie, fuivant la ligne A B du plan; 2°. le profil de la fécondé batterie eft fuivant la ligne CD; on y voitaufK en profil les traverfes f f , ç , qui portent les bufes, dont une des extrê^ mités eft encaftrée dans la muraille du bâtiment, 8c les autres extrémités pareillement renfermées dans le mur, qui, avec le meme bâtiment, forment ï’enclos des roues.
- . J’ai obfervé, pi. IX, pour une plus parfaite intelligence, de marquer les parties de tous ces profils, des mêmes lettres capitales & italiques, qui les diftinguent dans le plan. J’ai pareillement eu attention de rompre la mu-taille, & de profiler à cet endroit la bufe P, afin que l’on voie le jeu de la vanne, le coffre où elle eft établie, qui réglé l’eau qui eft néceffaire pour faire tourner la roue Q_> & la levée de la vanne qui fe proportionne à la quantité de marteaux que fon veut faire travailler. Lorfqu’il ne s’agit que de deux: marteaux d’un poids médiocre, l’ouverture de leclufe n’eft que de deux pouces fix lignes ; mais fi l’on veut faire travailler à la fois les trois plus gros marteaux, tels qu’ils fontfuppofés dans ce defîin, la levée de la vanne eft de quatre pouces fix lignes : cette diftribution d’eau eft commife, comme je l’ai déjà dit, à la prudence du maître ufinier.
- 166. Le chauderon Z, percé de deux ou trois trous & rempli d’eau , eft fufpendu directement au-deffus du tourillon de l’arbre, fur lequel il tombe continuellement des gouttes d’eau afin de le rafraîchir. Comme les tourillons qui font du côté des roues font toujours mouillés, cette précaution devient inutile à leur égard.
- 167. Je ne répéterai point ici les parties qui compofent le profil; l’explication du plan relatif doit donner, ce me femble, toute l’intelligence que l’on peut exiger, fi l’on veut comparer ces deux deffins enfemble.
- 16g. Je ne m’étendrai pas non plus fur le profil, pl. AT, pris fur la ligne FI du plan ; comme tout ce compofé eft encore marqué par les mêmes lettres *
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- il faut avoir les planches FUI, IX & X fous les yeux, afin de mieux cou* eevoir le total. Je paffe à l’explication du mouvement, au détail des piecex qui compofent la machine , & à fes effets.
- 169. La principale partie de cette machine eft le marteau; on conçoit que les mentonets d d d, pl. X , fig. 2 , de l’arbre, baillent fucceffivement la -queue e du marteau mobile autour du point i: ce qui ne peut arriver , lans que l’autre extrémité l ne s’élève. Après ce choc , le marteau retombe , & frappe fur l’enclume; un fécond mentonet le releve ainli de fuite. Mais ce qu’il faut obferver ici, c’eft que la force 8c la vit elfe de l’arbre font que le mentonet, parfon choc, chalfe devant lui la queue e, qui vient aulfi frapper la piece de fer u , avec toute l’impulfion qu’il a reçue; & comme c’eft un collier F, fig. 3 , de même matière que la plaque E, il s’enfuit une réaction de la part de ce choc égale à l’aélion , & qui par cette raifon augmente confidérablement le coup. Car il 11e faut pas croire que le mentonet pouffe toujours la queue du marteau fans la quitter : ce qui ne peut être, puifque la force du moteur eft incomparablement plus grande que la réfiftance , qui ne confifte que dans la pefanteur du marteau , & les frottemens des tourillons qui en réfultent. La preuve en eft d’autant plus claire , que l’on entend très-diftin&ement le choc de ces deux pièces , & que lorfque l’ouvrier veut arrêter fon marteau, il a un bâton K^fig. 2, qu’il met deffous le manche quand il s’élève; alors le collier F porte fur la plaque E ou fur la plaque#* & le mentonet ne peut plus engrener ; il eft vrai qu’il ne s’en faut que. trois lignes :on peut donc juger de >la précifion qu’il faut apporter dans la conftrudlion d’une pareille machine , pour lui faire produire l’effet que l’oi* fe propofe. ,
- 170. L’arbre xyy9 fig. 1 , a treize mentonets par rangée ; & il faifc cent trente tours en fept minutes trente fécondés.
- 171. L’arbre h bc, pl. FIJI, a douze montans par chaque rangée.
- - 172. La queue du marteau eft couverte d’une plaque G,/»/. Xrfig. recourbée en arrondiffement du côté du mentonet; l’autre extrémité affujet-tie deffous le collier F, eft percée de deux trous, dans lefquels on met des clous qui entrent dans une efpece de coin chaffé avec force entre la queue de cette plaque & le manche du marteau. On fait entrer ce manche dans le collier ovale L,dans lequel 011 le fixe avec plufieurs coins & cales de bois* que l’on y fait tenir folidement: les tourillons N N de ce collier entrent dans deux madriers tels que M , fig. 4 ; ils portent une bande de fer, percée d’un trou propre à recevoir les tourillons du collier. Ce madrier qui a quatre pouces fix lignes d’épaiffeur, fe place dans une entaille d’une profondeur égale à fon épaiffeur , & faite dans les montans T T. Comme ce madrier eft plus court que l’entaille, 011 met par-deffus deux morceaux de bois,reffer-
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- Tes fortement par des coins ; au moyen de quoi l’on peut démonter les manches des marteaux quand on le juge néceflaire.
- ' 173. Les montans TT T font de douze pouces d’équarriffage, liés par le haut d’un chapeau de. même groifeur, une traverfe pareille à fleur de terre, & à laquelle on aflemhle une fécondé piece qui porte la plaque E; & parle bas, une troifieme traverfe enterrée de cinq à fix pieds de profondeur. Il faut donc ccmfidérer tout cet aifemblage , comme un chaftis ccmpofé de placeurs montans qui lailfent des intervalles entr’eux, & que l’on enterre à peu près à moitié de fa hauteur (18). Il eft inutile de dire qu’il faut pofer bien d’à-plomb cette efpece de chailîs ,Tur un établiflèment de maçonnerie parfaitement de niveau.. r ; ,
- 174. L’extrémité V du manche, fig. 3 , eft taillée en tenon d’une grandeur convenable pour y aifujettir les marteaux X, Y,. Z, R, dont il 11’y a que de deux fortes : favoir , les marteaux X Y, qui s’appellent marteaux à baf? fins; ceux-ci ne fervent qu’à battre les plates ; le marteau Y eft le pliq grand de tous , & pefe trente livres ; il y en a d’autres entre ces deux grandeurs , qui pefent vingt-trois, vingt-quatre, vingt-fix & vingt-huit livres. Tous font de la même figure 5 celui-ci, dont la pointe a quatre pouces àç large, fert à battre les lames que l’on place dans la bufe 7,fg. 1 & 5 , & que l’on coupe par filets pour faire le fil de laiton ; les féconds marteaux Z, R, qui ont à peu près la figure d’un bec de bécafle, s’appellent marteaux À cuvelette, parce qu’ils fervent à former tous les ouvrages concaves % comme chaudières, chauderons , &c. Le premier Z, eft le plus petit dç 'Ceux de cette figure, & pefe vingt-une livres; le plus grand R, pefe trente-une livres. Entre ces deux grandeurs, il y en a de poids différens : les marteaux à cuvelette, dont les extrémités font arrondies comme le marteau P * fervent aux petits concaves.
- I7f. Il n’y a aufti que deux fortes d’enclumes : la première S , pi X, fig. 4, arrondie par le bout, eft pour battre les plates; la fécondé O, en forme de quarré long par-deflus & plate, fert à former les concaves.
- 176. L’ouverture H, pratiquée' dans un tronc d’arbre, eft l’endroit où l’on place cette enclume ; on l’alfujettit folidement dans cette ouverture que l’on remplit avec plufieurs morceaux de bois, qu’on reflèrre avec des coins enfoncés à force de marteau,, ainfi qu’on le voit dans le profil M, où l’enclume S eft placée.
- ( 18 ) Cet affemblage s’appelle en aile- & garnie d’un anneau de même figure, que mand Hammergerïifte. Les deux montans l’on nommé Sehwanzring. Cet anneau extérieurs fe nomment Decken. La coupe preflant fur le marteau , le fait reflàuteçfj du marteau fait avec la longueur du man- & accéléré la viteife du mouvement, ehe un angle droit. La pointe eft quarrée,
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- ART DE V0 N FER T 1 R
- 177. La figure f représente la ré uni 011 des trois diiïerens ouvrages, aux-" quels on travaille dans les batteries de cuivre.
- 178- Le premier ouvrier A, eft occupé à battre les plates, telles qu’elles font diftribuées & envoyées de la fonderie ; il tient cette plate avec fes deux mains, & il la pouffe peu à peu & parallèlement à un de les côtés, de faqon que le marteau touche dans tous les points ; il la change enfuite de côté 5 & fur la même furface, il fait recroifer les premiers coups, de maniéré que tous fe confondent faHS qu’il paraiffe de trait croifé. Comme les plates font coupées de maniéré qu’en les mettant les unes fur les autres, elles forment enfernble une pyramide tronquée, & qu’elles fe battent toutes autant les unes que les autres, on conferve toujours leur même proportion : & quelque figure qu’on leur donne, elles fe furpaifentde la même quantité.
- 179. Quand elles ont toutes été martelées chacune deux fois, & de la faqon dont je viens de le dire, on les range fur la grille du fourneau Z, pL VIII & IX. Pour les recuire, 011 met du bois delfus & deifous ces plates, pour faire un feu clair qui dure ordinairement une heure ou une heure & demiej lorfque le cuivre eft devenu rouge par la chaleur du feu , & que l’on juge qu’il eft recuit au degré nécelfaire, on lailfe éteindre le feu, & on ne touche point à ces plates, qu’elles ne foient entièrement refroidies, à caufe que cette matière eft très-caifante quand elle eft fort chaude (19)-Le bois dont 011 fe fert pour recuire, doit être tendre, tel que le faule, le noifettier, & principalement pour la recuite du fil de laiton, qui n’a pas allez de force pour fupporter l’arftion d’un feu vif & pénétrant.
- 180. Les plates étant refroidies, on les rebat & on les recuit de nouveau : ce travail fe répété jufqu’à ce qu’elles foient réduites à i’épaidêur & félon l’étendue dont on les demande. O11 achevé de les arrondir ( car elles s arrondirent deifous le marteau , avec des cifailles femblables à celles dont on fe fert dans la fonderie ) en y appliquant une force proportionnée à l’épailfeur du cuivre que l’on veut couper : ce travail fe fait pour former ce que l’on appelle une fourrure, c’eft-à-dire, une pyramide de chauderons, telle que le repréfente la figure 15 ,/?/. VIII & IX. Elle contient communément trois à quatre cents chauderons, qui entrent tous les uns dans les autres. Pour les former, on prend quatre de ces plates arrondies, dont une a neuf lignes de diamètre plus que les trois autres} on les place dans le milieu de la plus grande, dont on rabat les bords, comme en C, pl. Xt
- (19) Il n’y a point de métal aulfi caflant poffible de retirer les plaques de la forme que le cuivre quand il eft chaud; plus en- aulTi promptement que le dit M. Gallon; core lorfqu’il fort de la Fonte , que quand il il faut auparavant les laiffer refroidir, acté forgé. On ne conçoit pas qu’il foit
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- II CU I F RE EN LAITON.
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- qi» contient fortement les trois plates intérieures, pour être enfuite martelées toutes les quatre à la fois; On fe fert pour lors des marteaux k cuvelette & d’enclume plate, & on choifit ceux qui conviennent à la convexité que Ton veut donner: c’eft là l’ouvrage auquel eft occupé le fécond ouvrier D. Ces chauderons fe recuifent avec les mêmes attentions que les plates. Ce travail eft mené avec tant de juftelfe, que les pièces qui composent une fourrure , eonfervent toutes leurs premières proportions , depuis le moment où l’on diftribueles tables à la fonderie} & elles entrent toujours les unes dans les autres,
- i8i- Les fonds de chaudière fe battent en calotte, & s’applatftfent enfuite. On peut dire qu’un habile ouvrier en cire ne manie pas mieux cette matière , que le batteur ne manie le cuivre fous le marteau, au moins dans quantité d’ouvrages,
- 182. L’ouvrier E ,pl. Xy eft employé à battre le cuivre dont on veut faire le £1 de laiton : comme ce n’eft qu’une lame de quatre pouces de largeur, on ne l'abat que d’unfens, fans recroifer les coups de marteau ,parce qu’elle ne doit s’étendre que dans le feus de la longueur. Le même ouvrier fait aufti des cercles , & des bouches de cheminée en œil de bœuf, à l’ulage du pays , & toutes autres* fortes, de plates arrondies. Chaque batteur a un petit fupport I, pour arrêter fou marteau, de la maniéré dont je l’ai déjà expliqué. Voici ce que j’ai obfervéfur la duêlilité du laiton,
- 183- La pièce de cuivre qui forme un chauderon de dix livres pefant, n’a que cent vingt-deux pouces neuf lignes quarrées de fuperficie, fur trois lignes d’épaiifeur, & produit un chauderon de vingt pouces huit lignes de diamètre réduit, dix pouces huit lignes de hauteur, fur un fixieme de ligne d’épaiifeur, qui avec la furface du fond, donne neuf cents quarante-neuf pouces, une ligne neuf points quarrés de furface. Il eft vrai qu’à l’épailfeur d’un fixieme de ligne, le métal eft bien mince ; cependant il s’en fait quelquefois qui le font encore plus, & qui ne laiifent pas d’être de fervice, & de durer un eeitain tems. Je ne comprends pas dans ce calcul la fuperficie des rognures} elle fe réduit à peu de chofe : il 11epeut y avoir que quelques coins d’une très-petite, iurface ; car le quarré devient prefque rond en le martelant,
- 184- On ne peut lavoir précifément la dépenfe d’une batterie. La convention ordinaire, eft que le maîtte fondeur, propriétaire de la manufa&ure, donne fix livres du cent pefant, à fon maître ufinierj & e’eft à celui-ci à payer les autres ouvriers , dont le nombre eft égal à celui des marteaux : c’eft-à-dire que, dans une ufine où il y a fix marteaux établis, il y a cinq batteurs, outre le maître ufinier, qui leur donne à chacun douze fols de Brabant par jour, qui font ving-deux fols de France,
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- t%<). Le maître fondeur lie fîafle au* maître ufinier, que deux livres pefanfc par mille pour le déchet des cuivres qu’il travaille (20) , ou tout au plus quinze livres pour fix milliers pefant. Comme tout le fait avec beaucoup d’ordre , le maître ufinier compte à la fin de chaque année avec fon maître fondeur , rapporte le poids de tous les ouvrages qui ont été rendus, à>quoi il ajoute celui des rognures renvoyées à la fonderie, dont ihrapporte le reçu des prépofés à la recettes & le déchet pâr mille :: le maître voit par ce moyen^ fi dans les à-comptes qu’il a donnés dans le cours de l’année, il y a de l’excédant. . • 1
- 186. L’entretien des machines , & de tout ce qui dépend des ufines , eft à la charge du maître fondeur , qui donne à un ferrurier-maréchal cene écus de Brabant par an, qui font cinq cents cinquante livres de France, pour l’entretien de cinq ufines : dans ce marché eft aufti compris le ferrage des chevaux. • • !
- - 187- Quoique ces établilfemens foieilt ordinairement à portée des boisj la grande confommation que l’on en fait pour recuire les ouvrages, en fait monter la dépenfe à quinze cents livres de France par an , pour une batterie compofée de fix martinets. Il s’en dépenfe moins à l’ufine de la tréfilerie.
- 188- Quand les fourrures de chauderons, ou autres ouvrages, ont reçu leurs principales façons aux batteries, on les rapporte à la fonderie-, où il y a milieu féparé , dans lequel les ouvriers les fiiiilfent, en les rebattant pour effacer entièrement les marques des gros marteaux ,& poliffant les ouvrages qui en-font fufceptibles : mais avant d’entrer dans ce détail, il faut rapporter la maniéré dont 011 remédie aux défauts qui fe rencontrent dans les fourrures.
- 189- Dans prefque toutes ces pièces, il fe trouve des chauderons dont les parties ont été plus comprimées que les autres, ou des pailles j de forte que quand on les déboîte, il s’en trouve de percés, & même quelques-uns
- cuivre & une autre piece égale de laiton; faites les rougir à un feu ouvert, de ma* niere qu’ils éprouvent un même degré de chaleur, pendant le même efpace de tems ; vous n’appercevrez prefqu’aucune marque de brûlure dans le laiton, tandis que le cuivre fera couvert de cendres.
- C’eft peut-être ici la caufe pour,laquelle une même quantité d’or couvre une plus grande furface de laiton que de cuivre. Cette obfervation qui efl: de AL Kllnghatn-mer, m’a paru neuve & digne d'être rapportée.
- aflez
- (20) Le déchet ferait bien peu confldé-rable. Les cuivres font cependant recuits plulieurs fois ; la furface s’écaille & il s’en détache des efquille-. Le zinc qui entre dans cette compofition , efl: de toutes les fubflnnces métalliques celle qui fe brûle le plus facilement. Toutes ces caufes réunies devraient faire que le déchet fût beaucoup plus fort fur le laiton que fur le cuivre. Cependant je ne fais quelle affinité , quelle liaifon des parties, communique au laiton une dureté qui le rend capable de réfifter à l’action du feu , mais feulement lorfqu’on le, fait rougir. Alettez une petite piece de
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- LE CUIVRE EN LAITON
- aflez confidérabîement oifenfés : voici comme on remédie à ces fortes de défauts.
- 190. On commence par bien nettoyer l’ouverture , en ôtant tout le mauvais cuivre, ou en arrachant les bords avec des pinces, lorfque le cuivre eft de peu d’épailfeur, ou en les coupant jufqu’an vif avec des cifeaux attachés à une piece de bois j & après en avoir martelé les bords fur l’enclume* de maniéré qu’ils foient bien applatis & bien unis, on prend une piece de cuivre, de la même épaiifeur que le chauderon j on l’applique fur le trou, où on la tient pendant qu’avec une pointe de fer on fuit les bords du trou en traçaut le Gontour de fa ligure fur cette plaque. Après Pavoir retirée, on fait un trait parallèle à celui-ci, mais à une ou deux lignes de diftance : après quoi l’on coupe le long de ce dernier trait. On fend cet intervalle, de diftance en diftance, jufqu’an premier trait, 011 replie enfuite alternativement cette dentelure, une'dent en-haut, & l’autre en-bas; on applique cette piece an trou j on l’y fait entrer, on rabat les dentelures pour la contenir : enfin , on rebat le tout fur l’enclume. Cette préparation faite, on foude fur toutes les parties jointives, & on met le chauderon au feu. La compolîtion de la foudure eft une demi-livre d’étain fin d’Angleterre, trente livres de vieux cuivre, & fept livres de zinc (21). Quand toutes ces matières font en fufion, on verfe le tout dans l’eau , que l’on remue fortement à mefure que cette matière tombe dans le vafe, afin qu’elle fe divife en petites parties: on achevé de la réduire en poudre , en la pilant pendant long-tems dans un mortier de fer. Toutes ces opérations faites, on pafle cette poudre par différentes petites baflines percées, qui règlent la finefle de la foudure j & comme 011 en emploie pour des cuivres plus ou moins épais , on en prend de proportionnée aux différentes épaiffeurs.
- 191. Pour faire tenir cette poudre fur les joints en forme de traînée, on en fait une pâte , en la mêlant avec partie égale de borax (22) , bien pul-•vérifée & palfée au fin ; on la détrempe après y avoir joint la foudure, avec de
- (2i) Cette foudure fera très-mau\Taife ; ,Pétain qu’on y ajoute fans néceffité la rendra caftante. Une partie de zinc & deux de cuivre donneront une foudure coulante & malléable ; & fi l’on fait s’y prendre, il fera Jmpoflible de diftinguer l’endroit où elle a été appliquée, tes Alîémands appellent cette compofition Schlage-Loth, Si l’on met en parties égales le zinc & le cuivre, la foudure eft encore plus fuftble , & né laifle pas d’être bonne, on la nomme Schncll-Loth, Tome VIL
- foudure expéditive.
- (23) Ce n’eft pas pour faire tenir la poudre fur les joints , qu’on y ajoute du borax. Le borax eft un fel neutre , réfraétaire, qui n’agit point fur le métal même, mais bien fur les fcories. En coulant fur la furface du métal, il la couvre, il la garantit dé l’a&ion de l’air, il l’empêche de brûler ; il féparè les impuretés qui peuvent y être : ce qui fait que les particules métalliques fetou*. chent j?lùs facilement.
- N n fl
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- ART DE C 0 N V E RT 1 R
- l’eau commune. Lorfque cette foudure, qui eft blanche, a été appliquée, oti la îaifle fécher & on la pafle au feu » jufqu’à ce que toutes fes parties foientrouges. & pénétrées par le feu} & comme la couleur de la foudure eft très-différente de celle du chauderon, pour la confondre & qu’elle ne paraiffe pas, on fe fert d’une eau rouffe, épailfe , & compofée de terre à potier & de foufre, l’un & l’autre détrempés avec de la bierre. On en applique fur les foudure^, & on la met une fécondé fois au feu, qui réunit & confond fi bien le tout, qu’il faut être con-naiifeur très-expérimenté pour s’en appercevoir (23), & fur-tout après que l’ouvrage a été frotté, avec des bouchons d’étoffe trempés dans de l’eau, & de fa poufliere ramaifée fur le plancher même où Pon travaille. Soit pour déguifer davantage ces fortes de défauts , foit par une propreté affedée & d’ulàge,. après avoir battu ces chauderons, pour en faire difparaître toutes les. marques de la batterie, on les paffe au tour FGH,/>/. i. Les deux
- premières poupées GF , contiennent l’arbre garni d’un rouet de poulie I„fur laquelle paffe une corde fans fin, qui eft aufïi appliquée fur la circonférence de la roue K, femblable à la roue des couteliers: on la fait tourner parle moyen d’une manivelle y l’extrémité de l’arbre de cette poulie eft faite en pointe , pour entrer dans la poupée F; l’autre extrémité porte un plateau M„ rond , & un peu concave, qui eft par ce moyen d’une figure propre à recevoir le fond du chauderon N, que l’on fixe fermement avec la piece P , dont la grande bafe eft aufti concave ; & l’autre bout eft un bouton percé pour y recevoir la pointe Q_R S recourbée , & qui traverfe toute la poupée H. Sur la tête de cette poupée , font plufieurs pointes dans lefquelles on engage l’extrémité T du fupport, pendant que l’autre extrémité T tient avec une cheville à la piece V Xi le fupport TV eft là pour foutenir l’outil Z , avec lequel on trace la ligne fpirale Y, tant dans le fond que dans les côtés intérieurs des chauderons, qui ne manquent jamais par les foudures ; les pièces; que l’on y applique ne feraient de tort qu’au cas que l’on voulût les marteler poiir les étendre , car alors la piece s’en féparerait. Voici la façon dont oit donne le parfait poli aux autres ouvrages en cuivre.
- 192. Après avoir pafle les pièces à polir par les marteaux de bois, fur des enclumes de fer à l’ordinaire, & de façon qu’il n’y refte aucune trace, on les met tremper dans de la lie de vin ou de bierre, pour les dépouiller du noir que ce métal contracte en le travaillant (24) y & lorfqu’une piece eft
- (2\) Ce travail peut paraître tout-à-faît là minute, vous n’aurez nul befoin de toutes; inutile. Employez de bonne foudure , me- ces fridions.
- lez-y une quantité fiiffifante de borax, fur- (24) Ce procédé s’appelle en allemand’,. tout obfervez bien dans le premier feu que beitzen. On n’emploie la lie qu’à caufe de toute la foudure foit en fufion ; & lorfque l’acide qu’elle contient. Il faut même qu’elle vous la verrez dans cet état, retirez-la fur foit aigrie ayant qu’on puiife en faire ufage.
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- LE CU IF RE EN .1 AIT om
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- eclaircie par cette préparation, on la frotte avec du tripoli, & enfuite avec de la craie & du foufre, le tout bien réduit en poudre ; & pour achever le poli, on fe fert de cendres d’os de mouton : l’outil avec lequel on emploie toutes ces matières, eft un liiToir de fer ( 25) que l’on fait paiferpar toutes les moulures & les endroits du travail.
- 193- Quand 011 a martelé & alongé une plate de cuivre, en lame de dix à douze pieds de longueur, de quatre pouces de largeur, & d’un tiers de ligne d’épailfeurj pour la couper en filets propres à faire du fil de laiton, on fe fert d’une cifaille A B C ,pL XI, fig. 2, affermie d’une maniéré inébranlable dans l’arbre C, qui eft enfoncé profondément en terre. Cette cifaille 11e différé de celle que l’on emploie dans les fonderies, qu’en ce qu’elle porte à l’extrémité A de la branche fixe , une pointe recourbée D , qui dépaffe les tranchans, & qui s’élève de trois à quatre pouces au-delfus de la tête de la cifaille. Cette pointe a une tige qui traverfe toute l’épailfeur de la tête ; & comme elle peut s’en approcher & s’en éloigner, il fuit qu’elle détermine la largeur de la tranche que l’on coupe pour la paffer à la filiere , ainfi qu’on le peut voir dans le plan H, qui repréfente la lame de cuivre V, prife entre les ferres de la cifaille, & qui touche de même la pointe D.
- 194* Pour couper une bande de cuivre avec cette cifaille, l’ouvrier L jette la bande dans la bufe fupérieure Mi & en la tirant à lui, il la foutient & la dirige de la main gauche , le long du tranchant du cifeau, en l’appuyant auffi contre la pointe D j il pouife pendant ce tems la branche mobile X avec fon genou, fur lequel il a attaché un couffin N j il ramaffe à mefure le filet avec fa main droite i la bande en defeendant eft dirigée par la planche O, dans la bufe inférieure P : auffi-tôt qu’il a coupé une longueur, il la releve pour la jeter de nouveau dans la bufe M, & met le filet coupé en rouleau à l’endroit R.
- 19S’il s’agiffait de couper une bande fort épaifïe, pour faire du gros fil
- En Saxe , on emploie dans les manufactures de laiton., le même trempis dont on fe fert poux étamer le fer-blanc. On prend du bled égrugé , ou des pommes de terre, di-layées avec des lies & de l’eau chaude , juf-qu’à ce qu’ils entrent en fermentation. On fait encore une leilive avec du fel & du tartre diflous dans de l’eau. Le but de cette leflive eft uniquement de détacher cette petite couche de feories produites par lefeu,. qui ôte le poli du métal. Près de Gofslar on tire du charbon cet acide végétal. Lorf-que le fourneau eft arrangé & couvert de
- terre , on y place des tuyaux de fer, comme des canons de fufil ; onobferve qu’ils foient un peu penchés .fur des vaiffeaux deftinés à recevoir une liqueur formée par la vapeur du bois. Les particules huileufes qui s’amaffent par-deffus, font mifes de côté , & les particules aqueufes font une très-bonne leftive pour le laiton. Voyez Schlütter , Hiittenwcrcke, pag. 602.
- (25) Le liiToir de fer n’eft deftiné qu’à polir, après que le tripoli, la craie & le îbufre ont effacé toutes les inégalités de la furface.
- N11 n ij
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- V*
- ARf DE CÛN FE RTtR
- âè laiton, on mettrait un levier dont le centre de mouvem ' nt ferait ai* point'S'i On engagerait la branche mobileen' procédant comme on ie tait dans le» fonderies, pour la diftribution des tables*
- CINQUIEME' PARTIE
- De la tréfilërit.
- t$6. ILi’usine où l’on tire le fil de laiton > doit être partagée en deux efpaces fun fur l’autre yfavoir, le bas & lfetage au-deiîus : de ce dernier, on defcend dans l’autre par un efealier; l’étage inférieur,, de niveau avec les batteries, contient l’arbre de la roue.. Cette roue ne différé en rien de celle dont j’ai parlé dans la defcription des batteries. L’eau y eft auffi portée par une bufe, avec fon éclufe, dont le levier, qui fait mouvoir la vanne, répond à une fenêtre de l’étage fupérieur, où fetient le maître ufinier qui'réglé», comme les autres, tout l’ouvrage de fon ufine; Cette ufine étant ordinairement établie à la fuite des batteries , il faut placer la bufe à côté de celle qui porte les eaux aux roues des martinets. L’étage inférieur contient un aâem* blage de charpente, compofé de quatre montans ZZZZ, ^XIII 9fig. i* folidement allemblés par le bas dans une femelle de onze pouGes d’equarrife fage, & par le haut à un: fommier du plancher , qui en a quinze à dix-huiti Chacun de ces montans a douze pouces , & eft percé d’une mortaife dans laquelle paffent les leviers <tb 9 a b9 &c^ Ces leviers mobiles au point Z» autour d’un boulon qui les traverfe de même que le montant, tiennent aufll avec des boulons aux endroits c cc c 9, à des barres de fer qui font repréfen-tées dans la planche fuivante» L’autre partie b tombe fur des couffins* de groife toile de ferpiliere, ou autre étoffe molle,, dont on garnit les petits mont-ms qui joignent les grands ; ces petits montans arcboutés par les tra* veriès dddd, font placés pour recevoir le choc des leviers ,, lorfque l’extrê--mité a eft tirée en-haut : ce qui arrive lorfqu’ils échappent fucceffivement aux mentonets fghi. Un cinquième mentonet, pofé fous la foupente de cuir kl9 fait mouvoir de même le levier vertical m , poulie par le mentonet , & retiré enfuite vers-» , par la détente des perches k op, tenue au point ops & qui fait l’effet de la perche de tourneur. On en joint plufieurs enfemb'e». parce qu’on ne peut en trouver d’affez fortes & d’affez fouples pour n’cii employer ou'une: ce dernier mouvement, différent des autreseft appliqué à. la machine que l’on emploie la première,, pour arrondir le filet qui: vient de.tre coupé, ou pour le,fil du plus grand diamètre cette première
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- LÈ CüIV RE EN LAITON.
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- operation eft la même que celle de Targue, où l’on fait palier le fil d’or*
- 197. L’Itage au deiiüs,/g. 2, contient premièrement l’établi, oùparaifc Fextremité m du levier marqué fur la première figure* car j’obferve dans la defcription de ces. machines, le meme ordre que j’ai gardé dans le détail des batteries * c’eft-à^dire, que les pièces font marquées dans les profils* des mêmes lettres qui les indiquent dans le plan. Chaque établi eh fait d’un gros arbre de chêne de vingt à vingt-deux pouces quarrés , cerclé de fer par fes extrémités 1 celui-ci porte fur terre, & eh percé dans toute fon épaiifeur, pour y laiifer patTer le levier w , qui eh boulonné, & où il peut fe mouvoir les autres établis comme 1, 2, 3,4 & 5, font portés par des pieds.
- 198- Les parties qui compofent le deiTus de l’établi rqfont les mêmes qu’aux autres * c’eft-à-dire , qu'un tirant de fer ^y , alferr.blé à charnière à un collier £, attaché à l’extrémité du levier m, tient auffi par ion autre bout y , à d'eux pièces plates arrondies , & réunies au point y où elles font mobiles ,pendant que leurs bouts oppofés , qui font avec les branches de la tenaille la pincette en zig-zag,. écartent & reiferrent alternativement la tenaille uy fuivant le mouvement du levier* ce qui ne peut arriver que cette tenaille ne s’ouvre & ne fe ferme, puifque fes branches fe meuvent librement autour du cfeu qui les alfembîe* elle ne tient que par ce feul clou fur un coulant aflemblé à queue d’aronde, & va chercher le fil de laitonv. dont le bout e(f d’abord introduit par l’ouvrier dans le trou de la filiere x* Cette tenaille ramenée par l’impulfion du mentonet, tire avec force le fil de laiton dont elle s’eh laide , & le force de palfer en s’alongeant. C’eh ce qui fera expliqué dans la fuite, quand j’aurai dit que les autres établis, ï, 2, 3,4 & f , font ouverts en fourchette à l’endroit 6 , fur toute leur hauteur* pour y recevoir un levier coudé tel que 7, 8 5 9 » boulonné ail travers de Tétablivers fon angle 8 ^ autour duquel il peut fe mouvoir. L’extrémité 9 tient au tirant de la tenaille; l’autre extrémité 7 eh tirée par la barre de fer * /%.. r, au point c du levier ab& enfuite ramené par la détente d.s> perches 10* JO,- 10, 10* c’eh-à-dire ,.que ce levier coudé eh un balancnr toujours en mouvement autour de fon centre 8- fl eh inutile de dire que la planche doit être percée au point 12 ,fig> 2 , pour v faire palfer fes barres verticales qui font Je tirage Je renvoie à la planche fuivante, pour en avoir une plus parfaite explication.
- 199. Le gril Z,, que Ton voit dans la cheminée FE ,fig. 2, eh pour recuire le fil de. laiton, toutes les fois qu’il pade aux filières. La chaudière W fert à graiilêr à chaud au premier tirage feulement, le fil coupé fur la plate :1a graille dont 011 fe fert, eh du talc, autrement dit fui£ de Mofcovie..
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- ART DE CONVERTIR \
- 2,00. On voit par la première figure de la planche XIV , que le levier m tient au tirant £y ; que les deux pièces en portion de cercle tiennent au point y ; & que dans leur autre extrémité font engagées les branches de la tenaille u, qui ont cependant un mouvement libre, dont le clou qui affujettit ces deux branches , eft fixé à un coulant en queue d’aronde , repré-fenté dans le profil > fig. 3 ; que cette même tenaille étant pouffée vers la filiere x , doit s’ouvrir. Cette filiere, un peu inclinée , placée dans une ouverture 14 & 1 2, en heurtant contre la partie fupérieure de la tète
- de la tenaille, ce premier choc l’oblige de s’ouvrir.
- 201. La. filiere eft contenue dans ce moment par la piece 16, dont la tige eft engagée dans deux crochets enfoncés dans l’établi 5 il y a pareillement un étrier de fer 17, cloué fur -l’établi, contre lequel la filiere porte. O11 conçoit donc que, comme le grand effort fe fait en tirant de * en u , par la maniéré dont la filiere eft affujettie, elle ne faurait échapper, & qu’elle réfifte à la dureté du métal. Pour mieux entendre ce mouvement, il faut confidérer le levier lm, mobile autour de fon boulon 18 » & fuppofer que le point 1 foit au point 19 ; ou, ce qui eft de même , que le point V-foit en x, le point l fera au point 20 , k en n, & la perche dans fon repps. Dès que le mentonet 21 viendra à rencontrer l’extrémité m du levier, il le pouffera avec toute l’impulfion dont il fera capable : pour lors, le point 19 reviendra enç, Sç tirera le fil qui fera obligé de paffer, en s’alongeant, au travers de la filiere, puifque la réfiftançe eft beaucoup moindre que la forrie employée fur le levier, qui par lui-même a un avantage eu raifon de l’éloignement de fes bras du centre de mouvement.
- 202. On conçoit de même, que par ce mouvement la perche n vient en contraétion , puifqu’elle eft tirée par le cuir lk, qui rappelle le levier après l’échappée du mentonet.
- 203. La tenaille u n’a que fept pouces de mouvement. Le petit étau 22, eft pour limer & marteler le bout du fil, que l’ouvrier préfente au trou de la filiere, où la tenaille le vient chercher. Il y a auffi une pelotte de fuif de Mofc.ovie qui tient à la filiere , du côté de l’introdudion du fil : la planche 23 garnie de chevilles, fert à y accrocher les rouleaux de fil de laiton, après avoir été paffés dans les filières ; le paquet coté 24, eft le fuif,
- 204. Comme la partie de l’établi, fur laquelle coule la piece à queue d’aronde, eft percée dans toute fon épaiffeur, on pratique un creux 2? par où l’on retire le fuif, & les autres chofes qui peuvent palier au travers.
- 2O1). La figure 4, pi. XV, eft le plan d’un établi, pour le fil qui doit être réduit au fin: toutes les parties qui forment le treiage ou tirage , fontabfor lument les mêmes, & font indiquées par les mêmes lettres de renvoi: il n’jr a de différence , que dans la maniéré dont fe communique le mouvement
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- LE C U IV RE EN LAITON
- 206. Le balancier 7,8 j 9 > fe S » eft mobile fur fon axe 8 î à la partie inférieure 7 , eft attachée la barre de fer verticale 7, c, qui tient par le point c au levier a b, mobile en 1 ; ce renvoi eft fait avec des boulons, autour defquels toutes les parties fe meuvent. Au même bras du balancier 7, tient un cuir 26 & 27, en forme de foupente: l’autre extrémité 27 s’accroche à la perche 10,10,10.
- 207. L’autre bras de balancier 8 « 9 5 s’alfujettit comme dans les figures 1 & 2, au tirant ij. On conçoit qu’en fuppofant le mentonet 28 échappé au levier a b, ce levier fera tiré parla perche 19, en paiïant de fa contracftiqn à fon repos , & que par ce mouvement il repoulfe la tenaille de u en x, pour rechercher de nouveau une partie de fil, qui palfera dès qu’un fécond mentonet iè préfontera au levier a b ; celle-ci fait faire 19 pouces de chemin au gros fil , & par conféquent beaucoup plus que la première tenaille. Il 7 a aiiifi à cet établi une planche 29 , pour 7 accrocher le fil de laiton , de même qu’un étau 30, fur lequel’on affûte la pointe du fil que l’on doit préfenter à la tenaille au travers de la filiere. Ces machines ceifent de travailler , lorfque l’on dégage l’extrémité des cuirs 27, des perches 10, fe 5-
- 208- La figure 6 eft un profil pris fur la ligne A BE du plan ,fe 4, & du profil, fe f. Ce profil fait voir la 'maniéré dont le balancier eft faifi par la barre de fer & la courroies la figure 7 eft un profil fur la ligne CD F, qui repréfente la piepe de bois mobile , à queue d’aronde, fur laquelle eft placée la tenaille u.
- 209. La figure 8 eft un profil fur la ligne HIK ; on 7 voit la filiere , le petit étau, & la planche à mettre les paquets de fil de laiton.
- 210. Les figures9 & 10,planche XIII, repréfentent la tenaille en plan & en profil: les mefures font très^exades furd’échelle des dévelopemens.
- 211. La figure 11 eft une des ferres delà tenaille, vue de profils on voit le clou à vis 31, qui entre dans la tige quarrée 32,33, qui porte l’écrou , & que l’on fixe dans la piece à couliife 34 s au mo7en de quelques flottes & du rafoir 3^ , qui palfe dans l’œil 36, les deux ferres mobiles autour du clou 31, on engage les deux branches dans les trous ronds des deux pièces cotées 37, 38 > 39 >planche XIV, fig. 12, lefquelles font mobiles autour du point 383 où elles fe réunifient. Chacune de ces pièces eft femblable , dans tous les points, à celles cotées 40 &41 ;& il faut remarquer que la tenaille eft pofée fur le plan incliné 42 fixe , & auquel font attachées deux portions d’arc 4^ , faites de gros fil de fer, centre lefquelles la partie intérieure 43, des pièces 37, 38 3 39 3 vient heurter j ce qui règle l’ouverture de la tenaille : fans cette précaution , elle pourrait trop s’écarter & échapper le fil. On eft cependant per-, fuadé delà facilité que ccs tenailles ont à s’ouvrir & àfe fermer; car comme
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- A HT DE CONVERTIR
- les forces agitTent en raifon des ré fi (lance s, il efl clair que la moindre rêfiftauee e£l de mouvoir les ferres ,'à caufe de leur mobilité autour du clou qui les aifem-ble : comme c’eft la première impreffion qui fe fait fentir, foit en pouffiint pour prendre le fil, foit en tirant pour le ramener , il en réfulte un mouvement très-vite , de la part des ferres de la tenaille. Pour rendre tous ces monve-mens plus prompts, on, a grand foin de bieii grailler toutes les parties mobiles.
- 212. Les filières n’ont rien de particulier (26): elles font repréfentées en plan & en profil, planche XF, cote 46 ;leur longueur efl de deux pieds.
- 213. La.planche XII contient les profils fur les lignes AB, CD,EF, du plan de la planche XIII, où l’on a repréfenté l’éclufe, & la roue qui fait mouvoir toutes les machines de l’ufine. On reconnaîtra facilement ces conltruc-tions, puifqu’elles font marquées de mêmes lettres que fur les planches qui fuivent.
- 214. Les batteries font établies à Arbe; favoir, cinq batteries en cuivre & une tréfilerie de fil de laiton,à l’un des propriétaires, maître fondeur ; & quatre batteries & une tréfilerie à un autre : il y a encore fix forges en fer, deux macas pour façonner le fer néceffaire à la ferrurerie, un fourneau, à fondre la mine , & un moulin à farine. Toutes ces manufactures n’occupent qu’une demi-lieue de terrein, fur un ruilfeau qui prend fou origine à la fontaine de Burno, près de S. Gérard, à une lieue au-deifus d’Arbe : ce qui donne à ce ruilfeau une lieue & demie d’étendue j car il fe dégorge à la rive gauche de la Meufe à deux lieues de Namur. Outre cette fontaine de Burno , il y en a encore quatre autres qui s’y répandent dans fon cours, & qui en augmentent le volume. Le village fur le bord de la Meufe, oùfe fait le dégorgement, quoique éloigné de la fource , porte le même nom de Burno.
- 215. Je fouhaite avoir rempli dans ce mémoire l’objet que je m’éta'is propofé, de donner la connaiflance d’une fabrique auffi importante .que celle du cuivre jaune } je crois n’avoir négligé aucun des détails pour la juf-teife des plans, profils & développemens qui concernent Get art. J’ai cru devoir terminer ce mémoire par l’extrait des réglemens faits par l’empereur Charles VI, concernant la fabrique de calamine.
- (26) Les filières doivent être d’acier ; les en place , on les frotte intérieurement are« trous feront percés auffi ronds qu’il fera pof- de l’émeri & de l’huile, fible j après qu’on les a durcis au feu & mis
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- L E CUIVRE E N LAI T 0 RT.
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- •tes...fe^:::-.'=gg==irlirras.-r!^- r. .:•-rr:. * =—se ^Tg«. »
- EXTRAIT des privilèges'accordés aux fondeurs Êf batteurs dt cuivre de la ville & province de, Namur.
- 216. C3ctroi accordé par Charles VI, empereur , pour les manufa&uret
- des cuivres, & la traite des calamines improprement appellées dans le pay« culmines, pour la province de Namur, aux dénommés ci-après; lavoir, à la veuve de Michel, & Jacques Raymond & compagnie, Jean-François Tref. foigne & compagnie , & Henry Bivort, tous maitres batteurs & fondeurs de. cuivre dans la ville de Namur: lequel odroipour vingt-cinq ans à commen-£er du premier mai 1726, contient ce qui fuit : I .
- 217. Article I. Lefdits fondeurs feront obligés de prendre pendant ledit: terme annuellement, pour chaque fourneau , quinze milliers pefant de calamine de la montagne de Limbourg, bien brûlée , calcinée & nettoyée, au prix de quarante-huit fols le cent, au lieu de foixante-deux fols le cenç pefant que paient les étrangers ; l’entrée & le tranfit des cuivres en baflïns, ehauderons & plates, à trois florins ; & le fil de laiton à cinq florins le cent.
- 218. II. Ils prendront leldites calamines dans les magasins qui font fur la montagne ; & les paiemens fe feront à Bruxelles ou à Anvers.
- 219. III. Lesdits fondeurs répondront chacun pour eux, &non les uns pour les autres
- 220. IV. A eux permis d’augmenter le nombre de leurs fourneaux, fan# avoir befpin d’autre o&roi, moyennant qu’ils prennent une quantité de calamine proportionnée au nombre de fourneaux qu’ils établiront, & e» avertilfant un mois d’avance.
- 221. V. La calamine leur fera livrée exempte de tous droits & impofitiont mifes & à mettre, & ils feront dilpenfés ou déchargés de prendre de ladite calamine , fi le prince de Liege, ou autre puilfance étrangère , venait.à charger de droits lefdites calamines , en traverfant leurs états.
- 222. VI. Sera cependant permis auxdits fondeurs, pendant la durée dudit o&roi, de continuer de faire la recherche & traite des calamines du pays# en payant au receveur de Namur dix-huit fols du cent pelant de celle dfc village de Velaine, brûlée & calcinée à leurs frais, avec l’augmentation de dix fur cent pefant; & quinze fols de celles des autres lieux, qui font d« moindre valeur : il leur fera permis de prendre dans les forêts les bois nécek faires pour lier & étançonner leurs folles.
- 223. VII. Si pendant le terme de leur odroi, on venait à en accorder d’autres pour la traite des calamines, fonderies & batteries de cuivre, H n’en fera accordé qu’aux mêmes conditions ; & s’il arrivait qu’en faîfant la
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- recherche des calamines, ils vinffcnt à découvrir d’autres minéraux, les çeffionnaires pourront en jouir, en payant à notre profit le taux réglé dans notre province de Namur, fans que perfonne de quelque qualité ou condition qu’elle puiifeêtre, puifleles empêcher ou les troubler à cet égard, fous prétexte d’oétroi primitif ou antérieur.
- 224. VIII.'Ils feront exempts fie tous droits d’entrée, toulieux & autres, mis ou à mettre fur les cuivres rouges, rognures de vieux cuivre, dites mitraille, & fur tous autres matériaux dont ils auront befoin pour leur fabrique, comme pierre de Bretagne à couler le cuivre, & talc ou fuif de Mofcovie pour tirer le fil de laiton.
- 22f. IX. Ils .feront aufli exempts de tous droits de fortie, toulieux & autres, mis ou à mettre fur leurs ouvrages, tant fondus, battus, que tirés en fil de laiton v fabriqués de nos calamines, qu’ils feront paffer dans les pays étrangers, ou dans les pays de notre obéiiTanee : comme auffi du droit de pont-geld ou pont-penninck, qui fe perçoit dans la ville de Gand > du droit d’accife à Louvain, & de tous autres quife lèvent à notre profit, ou pour celui de nos villes , communautés & fujets,
- 226. X. La fortie de tout vieux cuivre & métal,tant rouge que jaune, h-ronze ^métal de cloches, potin, & autresfemblables, demeurera défendue, conformément aux placards & ordonnances.
- 227. XI. Lesdits maîtres fondeurs & batteurs de cuivre jouiront de l’affianchiiTement de guet & garde , logement de foldats , maltôtes , contributions j tailles , fubfides , pour leurs maifons , fonderies , batteries. & ufines; & toutes les charges dont ceux qui fervent ou ferviront dans les offices de magiffcrafcurè, feront libres & exemptes ;.& fobfervanee de ce que deffiis fera comprife dans le ferment que lefdits magiftrats devront prêter à chaque renouvellêment.
- 22$. XII. Tous ouvriers des fonderies & batteries, ainfi que ceux qui travaillent à la>recherche & traite des calamines, jouiront des mêmes privilèges & prérogativesj mais ils ne feront aucun commerce: de laquelle cla-ule nous exceptons néanmoins les maîtres & maîtreffes defdites fonderies & batteries, auxquels il fera permis de faire & d’exercer, avec la fabrique des cuivres, tel autre négoce & trafic qu’ils jugeront à propos de faire.
- 1229. XIII. Aucun ouvrier ne pourra quitter le fèrvice d’un maître, pour travailler chez un autre , fans un confentement par écrit ; & les maîtres ne pourront débaucher ou attirer les ouvriers les uns des autres , à peine de cent écus d’amende pour chaque ouvrier, & d’être contraints de les rendre» Notre eonfeiîler, procureur-général, fera tenu d’intenter action par-devant notre eonfeil de la province, pour faire condamner les contrevenans à Pobfervation de ce que defîus , & contraindra au paiement des amendes encourues»
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- 230. XTW A d’égard des difficultés qui pourront furvenir entre les maîr* très & les ouvriers, furies faits de fabrique & de négoce des cuivres * nous autorifons nos conféillers, procureurs & receveurs- généraux de Namur, de les décider fommairement, fans les formes ordinaires de procès , afin de maintenir la tranquillité dans lefdites fabriques, & empêcher tout trouble à cet égard. . )
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- AVERTISSEMENT de M. Duhamel, chargé de fuivre iHmprejfion du mémoire de M. Gallon.
- 2$i. X^’intention de l'académie étant que le travail qu’elle fait fur les arts contribué le plus qu’il eft poflibie à leur perfeétiori, elle a jugé qu’il convenoit de mettre à la fuite du mémoire que M. ' Gallon a bien voulu lui fournir, une traduction de ce que M. Swedenborg a: ralfemblé fur! la calamine & la converfion de la rofette en laiton, afin de réunir dans un même ouvrage ce qui a paru de meilleur fur cette matière’intérellante. M. Baron, de l’académie des fciences, s eft chargé de faire cètte traduction telle que nous la donnons ici.
- EX TRAIT de ce que M. Swedenborg a rapporté fur la calaminé £5? la converfion de la rofette en laiton, dans un ouvrage latin, intituléi le Régné fouterrein ou minéral.
- De là pierre calaminaire.
- 232. On 11e peut prendre une connaiflance exaCte du laiton & de fa préparation, qu’après avoir recherché d’abord la nature & la qualité de la calamine, qui fait partie de ce compofé métallique. C’eft pourquoi il eft nécelfaire de donner une notion abrégée de la pierre calaminaire, pour fervir de préliminaire à ce que nous avons à dire du cuivre jaune.
- De la pierre calaminaire. (TAix-la-Chapelle,.
- ci .If •
- 233. On exploite-aux environs d’Aix-la-Chapelle, de Limbourg & de Stollberg, plufieurs mines de pierre calaminaire. Lés ouvriers defeendent à l’aide d’échelles dans ces mines, dont la profondeur n’eft que de fept
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- ART. DE* C 0 MF E R T] IR
- -ou huit toifes. Cette pierre forme dans la minière, des pelotons ou globules arrangés par couches, dans une efpeee de terre; jaune difperfée de côté & d’autre, à laquellefert d’enveloppe une autre efpeee de terre douce & molle, ou un limon d’un brun jaunâtre, que ceux qui travaillent à la fouille de la calamine cherchent avec grand foin , parce que l’une ne fe trouve jamais fans l’autre : de forte qu’à moins de bien connaître cette qualité de terre ,il eft impoflible de découvrir la calamine. Les mines de cette pierre fe rencontrent Toùvêht en plein champ, prefqu’à fleur de terre : fouvent aufli il s’en trouve dans le voifinage des montagnes , de pierre feuilletée. Celles qui font 'fous terre , s’étendent par lits ou par couches ; quelquefois ces couches s’élèvent obliquement jufqu’à l’horifon, où elles percent à l’extériçur. La pierre calaminaire fe fépare très-aifément d’avec la terre, dont elle eft comme enveloppée.; Il ëft rare, dans ces mines, que les ouvriers foient incommodés par l’abondance.des;jeaux,} lorfque cela arrive, on les détourne dans" des creux ou Conduits fouterreins, où elles fe perdent. La calamine ou calmefin, comme on l’appelle dans le pays, eft accompagnée de différentes pierres colorées , tant rouges que bleues, mais dont on ne fait aucun cas. L’expérience a appris aux ouvriers à diftinguer par la fraefture des morceaux de cette pierre tirée hors de terre, ceux qui peuvent être d’ufage , d’avec ceux qui ne font bons à rien; cependant on regarde comme une réglé générale , que la calamine véritable eft d’autant meilleure qu’elle eft plus pelante ; on l’écrafe gro{fièrement à coups de marteaux,- pour la féparer d’avec la terre & les pierres de moindre qualité qui lui font mêlées. On a obfervé que l’efpece de cette terre qui vient d’Angleterre eft la'plus pefante : ce qui dépend de ce qu’elle eft plus chargée de plomb que les autres calamines.
- 234. L’argille qui recouvre cette pierre, eft tantôt d’un fouge-brun , tantôt d’une couleur blanchâtre ; & les trous que l’on voit à la furface de ces fragmens , font remplis d’une efpeee de bol ou d’argille jaune, blanche ou noire. La couche de terre argilleufe qui touche immédiatement le lit ou banc de eëtte pierre 'dans fa mine , eft de couleur blanche, mais non pas dans tout fou entier : j’ai même.vurdans quelques endroits une autre couche entière de cette efpeee de terre blanche , placée au-delfus de celle dont je parle. Quant aux morceaux de pierre calaminaire contenus dans l’argille qu’on vient de décrire , les plus petits font gros comme le poing ; d’autres font deux, trois & jufqu’à iîx fois plus gros ; leur figure eft fort irrégulière , & l’on voit à leur furface quantité de petits trous qui leur, donnent l’apparence de feories; les uns font pefans, d’autres légers; les uns font mous & cedent au toucher, d’autres' font durs & compares; il ÿien a de couleur blanchâtre, d’autres noirs , d’autres aufli d’un brun tirant fur le rouge. Ces derniers de même les blancs , font diimés les meilleurs* fur-tout lorfqu’ils font pefans &
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- criblés à leur furface de beaucoup de trous. La calamine grattée avec un couteau , devient plus brillante que l’argille ordinaire traitée de même : là poudre fait eftervefcence avec l’acide nitreux. Il eft à propos d’obferver qu’on ne trouve aucune efpece de mine métallique dans le voifinage des mines de pierre calaminaire de ce pays, comme il s’en trouve dans celles d’Angleterre, & dans celles de Goslar, où le plomb accompagne conftamment ce minéral. Cependant le propriétaire d’une de ces mines, ayant, il n’y a pas long-tems, fait creufer un puits , on le.trouva plein de pyrites dont on a même effayé de tirer du vitriol par la lixivation s mais en fouillant plus avant, on ouvrit un creux d’où fortirent des flammes qui obligèrent les ouvriers de fe retirer, & d’abandonner leur travail, après avoir bouché cette ouverture. On raconte que le propriétaire ayant fait rouvrir depuis la même caverne, il ny a pas bien des années , le feu en fortit comme la première fois, & fit encore prendre la fuite aux mineurs.
- 23ï,Xl y a dans ce canton trois montagnes voifines, dont l’une fournit du charbon de terre , une autre contient une carrière de pierre calcaire de couleur rouge, violette &grife: la troifieme eft celle où l’on fouille la pierre calaminaire. Il y a dans la vallée inférieure une efpece de marais , dont tout le terrein, même jufqu’à fa furface,n’eft qu’un compofe d’une poudre de couleur jaune , tirant fur le rouge , & mêlée avec un fable groffier9 & de la calamine en grains ou en poufîiere : on trouve aufîi dans les environs , des morceaux d’un quartz blanc , qui font corps avec la pierre grifé ordinaire du pays.
- 236. Q_u and on a fait un amas fuffifant de pierres de calamine bien choifies & reconnues pour telles, on les brife avec de petits marteaux à main en plus petits morceaux , pour en faire la calcination, en les arrangeant alternativement par couches , avec d’autres couches de bois & de charbon en forme de pyramides coniques , auxquelles on donne fix pieds d’élévation fur une bafe de douze pieds de diamètre : on couvre les combles de ces pyramides avec du branchage de bois ; & ayant allumé le feu , on continue la calcination pendant vingt-quatre heures. La calcination finie , on met à part les morceaux de calamine qui font de couleur jaune, parce qu’on les croit être de la meilleure qualité > 011 les réduit en poudre , & on envoie cette poudre aux fonderies de cuivre jaune. Comme il y a des calamines de différentes couleurs, il faut obferverque celle qui eft noire, devient bleue par la calcination > celle qui eft d’un brun-bleuâtre, devient d’un rouge couleur d’opale -f celle qui eft blanche, ne change point de couleur j mais toutes prennent, étant réduites en poudre après la calcination , une couleur rougeâtre fembla-ble à celle du fable répandu à l’entour des mines de pierre calaminaire. On fiait le lavage de cette pierre, pour en enlever l’argille qui lui eft mêlée : & l’on
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- paflc au crible la poudre de bonne qualité qui refte de ce lavage. Lorfque ta calamine a été calcinée, elle peut fe couper au couteau , & elle a une faveur terreufe : cette même pierre ou tutie fofïïle devient rouge , quand elle n’a été çalçinée qu’à demi : mais elle eft grife ou blanche , quand elle été calcinée entièrement,
- De la pierre ealaminaire A Angleterre.
- 2$7- On tire une grande quantité de cette pierre en Angleterre, fur-tout dans les mines de plomb. La calamine n’y eft point par couches ; mais elle accompagne oonftamment une mine de plomb à laquelle elle eft adhérente , & fe diftingue aifément par fa couleur d’un rouge pâle, d’avec le refte de la terre qui lui eft jointe, & qui eft beaucoup plus péfante qu’elle ; quelquefois aufïï elle renferme dans fon intérieur de la galene ou mine de plomb cubique à facettes brillantes , & ne paraît à l’extérieur que comme une terre douce & grade au toucher. Les mineurs s’y connaiïfent au mieux , & favent très-bien diftinguer cette terre d’avec la véritable mine de plomb, foit dans la mine , foit même hors de la mine. La quantité que chaque mine en contient varie beaucoup , & ne peut pas fe déterminer. Comme on tire d’Aix-la-Chapelle la plus grande partie de la calamine dont on fait ufage en Angleterre , de là vient que celle du pays eft d’un prix fort inférieur à celui de la première. Les fouilles de pierre ealaminaire s’appellent en Angleterre calamine pits ; & leur profondeur s’étend & varie depuis deux ou trois jufqu’à dix ou onze toifes. Rarement cette pierre fe divife ou fe fend par couches i lorfque cela arrive, on doit l’attribuer au filon de mine de plomb qu’elle accompagne. On en brife les plus gros morceaux, pour en féparer le plomb ; autrement, elle entre difficilement en fufion , ne forme qu’un laiton mal mélangé, & occa-fionne même du déchet dans la fonte. La calamine dont les fragmens laiflent appercevoir certaines veines blanches , eft regardée comme la meilleure. Après que cette pierre a été ainfi purifiée par le triage, on la porte au moulin pour l’écrafer par le moyen d’une meule difpofée verticalement , & pour la réduire en une poudre dont on fait enfuite la calcination.
- 238. Le fourneau dans lequel on calcine la calamine, eft femblable à un fourneau de réverhere ordinaire : on fait un feu de flamme avec du petit bois & des branches d’arbres ; cette flamme entre dans le fourneau par une ouverture [)tatiquée à cet effet, & elle fe rabat fur la poudre de calamine, que l’on y a étendue de l’épaifleur de trois ou quatre doigts. Le courant de la flamme eft entretenu & déterminé par une petite cheminée qui s’élève d’un des cotés du fourneau. La quantité de poudre de calamine que l’on calcine à la fois , eft d’une tonn ou 7 \ poids de marine : ce qui équivaut à 3900 livres pefant. La calcination fe continue pendant üx heures de fuite à un feu me-
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- âtocre & toujours égal: & afin que la matière foit aufli également calcinée dans toutes Tes parties, on a foin de la retourner de tems à autre. La calcination finie, la calamine a perdu fa forme de poudre, & paraît comme grumelée par petits pelotons ;c’eft pourquoi on la reporte au moulin pour la remettre en poudre. On voit ici deux efpeces différentes de calamine, l’une blanche» l’autre rouge; on les mêle enfemble, & on les emploie toutes deux indifféremment. Une autre efpece de calamine plus pefante que toutes les autres » à eaufe du plomb qu’elle contient, eft la calamine de Goslar.
- De la calamine dont on fe fert a Goslar.
- 239. On ne trouve point à Goslar de minières de calamine fofîile ou naturelle ; & Ion n’y fait point non plus venir cette pierre d’autres pays pour la fabrique du cuivre jaune. La calamine s’y retire des parois du fourneau dans lequel on fond la mine de plomb ; c’eft fur-tout à la paroi antérieure qui eft faite d’une pierre feuilletée, que cette concrétion métallique feraffemble, où elle forme , après huit ou dix .fufions , une croûte de quatre pouces d’épaifi fèur ; on l’en détache pour l’expofer au foleil pendant un, deux 8c même trois ans: on dit qu’elle eft d’autant meilleure qu’elle a demeuré plus long-terns ainfi expofée ; après quoi on la broie &, on la calcine dans un fourneau fait exprès ; 011 la porte enfuite au moulin pour la réduire en poudre , comme la calamine ordinaire ; on paffe cette poudre par un crible de laiton ; elle eft grife, friable & pefante ; on s’en fert en cet état comme d’une calamine de la meilleure qualité , pour faire le laiton, en y ajoutant» dans fon mélange avec: le cuivre, de la poudre de charbon : on prétend même qu’elle eft de beaucoup fupérieure à la calamine fofîile pour cet ufage; car on affine qu’elle peut augmenter jufqu’à trente-huit livres le poids d’un quintal de cuivre derofette 5 suffi ne s’en fait-il aucune exportation, parce que toute la quantité que l’on en tire fe confomme en entier fur les lieux même. Le prix de cette calamine différé beaucoup, fuivant qu’elle eft vieille ou nouvelle ; comme la première* eft beaucoup plus eftimée »fon prix eft à celui de l’autre, comme vingt-huit à vingt ou à feize.
- De ta calamine de Saxe & antres endroits-
- 240. On trouve encore'dela calamine dans beaucoup d’autres endroits» comme à Villac , à Benthen en Siléfie, dans la Pologne. Voici ce qu’en dit M. Henekel dans lapyrkologie: w Les fleurs de zinc & de pierre calaminaire eon-35 tiennent aufli quelques veftiges d’arfenic , foit en poudre , foit en gros pe-» lotons criblés de trous , 8c qui s’écrafent facilement & fe réduifent en pouf-
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- ART DE CONVERTIR
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- „ fîere ; les morceaux que Forme cette poufliere ont l’apparence d’üne terre „ dont la couleur eft d’un blanc-fale dans le bas , grîfe dans le milieu, & d’un * jaune-pâle dans le haut ; elle eft compofée de petits Feuillets brillans comme „ ceux du mica; elle eflfextrêmement légère » & comme percée dans les points
- de réunion de Tes parties ; au toucher, on la prendrait pour du fable ; à fon 35 alpecft, qui eft celui d’une efflorefcence jaunâtre, on croirait que c’eft une J, fublimation arfénicale: cependant elle ne peut contenir que très-peu d’ar-,3 fenic, puifqu’elle demeure attachée à îa paroi antérieure du fourneau , & „ le plus fouvent dans le milieu même de cette paroi, où elle éprouve une „ très-forte chaleur ; aulîi remarque-t-on que cette concrétion fuligineufe n’a s, pas la propriété de tuer les rats & les mouches, comme le fait farfenic or-33 dinaire. Cette efpece de zinc & de calamine s’apperçoit contre les parois in-„ térieures des fourneaux élevés, dans lefquels on fait la fonte îàns addi-3, tion ; elle occupe la partie la plus baffe de ces parois, où elle recouvre une 3, autre matière ou compofition pierreufe. Lorfque cette calamine a demeuré „ pendant long-tems expofée à l’air & au foleil, elle devient plus tendre, plus „ friable , plus poreufe, & par-là plus propre à la fabrique du cuivre jaune ; 3, on la nomme Ofinbrach , c’eft-à-dire, refie ou rècrèm&nt de la fonte ; & dans 3, plufieurs endroits onia rejette comme inutile, quoique ce foit une efpece „ de pierre calaminaire. On voit dans les fourneaux , au-deifus de cette „ croûte, une autre matière pierreufe, dure, pefante & noire , femblable à „ des fcories, qui n’eft cependant vitrifiée & caftante qu’à fa fuperficie. „
- 241. M. Henckel conclut de tous ces faits, que l’incruftation dont font revêtues les parois intérieures des fourneaux de Saxe, eft une efpece de calamine. Pour la rendre d’un meilleur ufage , on la calcine avant de la réduire en poudre , après quoi on îa calcine de nouveau jufqu’à ce qu’elle ne répande plus d’odeur arfénicale; il eft encore mieux de la laifter effteurir d’elle-mème à l’air. Lorfqu’elle eft en poudre, on en fait le mélange avec le cuivre & de la poudre de charbon ; & le tout étant mis à la fonte , donne un laiton tant foit peu aigre & caftant. On voit au-deftus de cette calamine, dans les fourneaux contre.les parois defquels elle eft appliquée , une efpece de poufliere blanche que les fondeurs appellent nihil,tk qui n’eft elle-même quei’efpecede calamine dont on a parlé ci-devant.
- 242. Le même auteur ajoute que la pierre calaminaire eft une efpece de terre de couleur, tantôt jaune, tantôt brune , tantôt rougeâtre; qu’on eH fouille en divers endroits de la Hongrie , de l’Efpagne, des Indes, de la Bohême, de la Franconie , & de la Weftphalie; qu’on ne la tire pas bien profondément de terre , comme à Tfcheren dans la Boheme, proche Commotau ; que la calamine de Boheme fournit d’abord une efpece de vitriol martial, parce qu’elle eft mélangée, d’une fortfc de mine de fer ; qu’enfuite on e»
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- retire de l'alun par analyfe, parce qu’il fe trouve une aluniere dans fon voifi-nage; que les expériences font voir que cette calamine contient du zinc.. M. Henckel fait enfuite un examen détaillé des différens noms que l’on a donnés à cette fubftance ; fur quoi il faut confulter fa pyritologie,
- , Mélange <£obfervations fur la pierre calaminaire.
- 243. On dit que l’or cémenté avec la pierre calaminaire, devient plus haut en couleur ; mais que cémenté avec le cuivre jaune, il perd fa malléabilité, à caufe de l’alliage de cette même pierre. La pierre calaminaire pouflee au feu , donne des fleurs blanches.
- 244. On dit que la pierre calaminaire mife en diftillation avec deux parties de nitre, fournit un eiprit pénétrant de couleur jaune ; que le caput mor-tuum de cette diftillation eft d’une couleur verte obfcure & d’une faveur piquante ; que fa folution dans l’eau , prend une couleur verd de pré, qui dif-paraît par la précipitation qui s’y fait d’une poudre rouge ; que l’efprit de vin mis en digeftion fur ce caput monuurn verdâtre, en tire une teinture rouge comme du fang.
- 24^. Le vinaigre diftillé, verfé fur la pierre calaminaire, devient brun ; & évaporé enfuite jufqu’à ficcité, laifle paraître de petites écailles brillantes. L’huile de tartre, verfée fur cette folution, 11’y excite aucune effervefcence ; mais il fe précipite du mélange une chaux vive. La tutie ou la calamine de Gosîar , diflbute dans le vinaigre diftillé, lui donne une couleur jaune; le réfidu de cette diflolution évaporée jufqu’à ficcité, eft formé de petites étoiles fi régulières que tous les rayons en font aufli parfaitement diftans les uns des autres que fi on les avait réglés au compas. L’huile de tartre 11e fait point d’effervefcence avec cette diflolution; mais il fe fait un coagulum & une précipitation d’une efpece de chaux blanche. Une livre de calamine pouflee au feu dans une retorte, ne laifle palier dans le récipient aucune liqueur. Si l’on fait l’eflai d’uu quintal de calamine avec le fondant du fer , 011 n’en retire pas un feul. grain de fer, & l’on n’obtient qu’une efpece de feories noires : ce qui femble indiquer que cette fubftance ne contient point du tout de fer. Mais fi fon fond un demi-quintal de limaille de fer avec fon fondant ordinaire , l’on obtient un culot de fer qui pefe quarante livres & demie : donc il s’eft perdu pendant la fonte neuf livres & demie de métal. Cependant fi l’on fond à la fois un quintal de calamine & un demi-quintal de limaille de fer, le culot de métal qui en réfulte pefe cinquante-fix livres & demie; ce qui fait feize parties d’augmentation de poids , qui paraît venir du fer contenu dans la calamine : mais comme dans cette expérience même on a éprouvé une perte réelle, il paraît qu’on peut en quelque façon conclure de là, que la cala-Tome VII. P p p
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- mine contient de caché feize centièmes parties de fer ; mais cela demande à être mieux démontré. Ces obfervations ont été faites dans le laboratoire de chymie de Stokholm : je pourrois en rapporter beaucoup d’autres, fi cela était néceifaire 5 j’ai delfein.de donner à part celles qui regardent la pierre cala-minaire; je n’en ai rapporté quant à préfent, que celles qui font relatives à la fabrique du cuivre jaune. D’ailleurs la pefanteur fpécifique de la calamine «il à.celle de l’eau , comme 469 eft à 100.
- Manière dont on fait le laiton en Angleterre.
- 246. L’endroit d’Angleterre où l’on fait le plus de laiton, eft proche Bap-rif -Mills, aux environs de Briftol. Il y a plus de vingt ans que l’on y a établi fix manufactures &trente-fix fourneaux; mais on n y travaille pas pendant toute l’année. Les creufets dont on fe fert font formés avec une argille qu’011 tire de Starbrid» ; on place dans chaque fourneau huit creufets qui fervent à deux fontes que l’on fait toutes les vingt-quatre heures; & lorfque ces creufets 11e peuvent plus fervir , on a coutume de les caifer & de les réduire en poudre pour en féparer les petites parties de laiton qui y‘font reliées. On met dans chaque creufet quarante livres de cuivre , & depuis -jiS jufqu a 60 livres de calamine: ce qui produit une augmentation de 16 livres ; car le laiton qu’on obtient après la fonte du mélange, pelé 56 livres. Dans la fuite du travail on prend 28 livres de cuivre de rofette, 2g livres de laiton , 34livres de vieux laiton , qu’on nomme mitraille, en anglais Schraf\& 30 à 35 livres de-calamine. Il y a un laboratoire établi tout exprès pour éprouver les différentes méthodes de convertir le cuivre en laiton ; il s’y trouve plufieurs fonderies, des fourneaux d’effais & une machine mue par un courant d’eau ; on s’y fert d’un marteau pour éprouver la réliftance qu’oppofe le laiton aux coups dont on le frappe avant de pouvoir le caifer. Il y a aulîî un poinçon pour marquer le laiton. On y trouve encore une fenderie & une tréfilerie. On a trouvé une méthode de granuler le cuivre avant d’en faire le mélange avec la calamine; car 011 a obfervé qu’en projetant le cuivre dans les creufets, il y a des morceaux qui entrent plus tôt en fonte que d’autres, & que la calamine ne produit pas fon effet, lorfqu’elle n’eft pas bien mélangée : c’eft pourquoi on a inventé un moyen de granuler le cuivre, afin d’en faire un mélange plus exacl avec la calamine ; ce qui produit, dk-on , une augmentation plus conlidérable qu’ailleurs. On granulait ci-devant le cuivre en le jetant une feule fois dans l’eau , ce qui ne fe faifait pas fans danger pour les afliftans ; aufîi a-t-on abandonné celte pratique , & l’on a en dernier lieu mis en ufage un réfervoir conftruit de planches , qui a quatre à cinq pieds de profondeur , & dont le fond mobile , qui eft de cuivre ou de laiton s’élève & s’abaiffe à volonté avec une chaîne ;
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- on emplit ce réfcrvoir d’eau froide , 8c on le couvre avec iui couvercle de cuivre percé dans fon milieu d’une ouverture d’un demi-pied de diamètre; cette ouverture eft pratiquée pour recevoir une cuiller de même diamètre : cette cuilier.eft criblée de trous, & on l’enduit avec de l’argille de Starbridg. On verfe avec d’autres cueilîers la fonte de cuivre dans cette cuiller percée, d’où le cuivre fe répand & fe difperfe dans l’eau , où fe trouvant laid par le froid , il fe partage en gros grains avant de tomber au fond du vaiifeau. Dans les premiers elfais que l’on fit de cette méthode , on dit que le cuivre ne fe congelait point, & qu’avant de tomber au fond , la chaleur de l’eau lui fallait prendre la forme de petites lames plates ; on a remédié à cet inconvénient en verfànt de l’eau froide dans le vaiifeau à mefure que l’eau chaude s’écoule par un autre côté. La granulation faite , on retire le cuivre granulé en foulevant le fond de métal dont il a été parlé plus haut. On peut par cette méthode gra-nuler à chaque fois 7 poids | de marine, ou une tonn de cuivre. On tient que par cette pratique 011 a une augmentation de 20 livres fur quarante, au lieu de 16 que l’on obtenait autrefois.
- 247. On a aulïî trouvé une maniéré d’exalter la couleur du laiton par une chauiFe qu’on lui donne avant de le foumettre à l’aélion des martinets. On fe fert pour cela d’un fourneau long & large de f pieds en quarré, dont la hauteur eft de 4 pieds, & voûté intérieurement. Les parois de ce fourneau ont un
- pied | d’épailfeur ; fur les côtés du fourneau & à la nailfance de la voûte il y a deux trous par lefquels darde la flamme du charbon de terre, avec lequel on chauffe le fourneau. Ces trous peuvent s’ouvrir ou fe fermer , félon que l’on a plus ou moins befoin de vent pour entretenir l’aétion du feu. La chappe de ce fourneau, qui a trois ou quatre pieds de long fur deux de large, eft conf-truite de barres de fer de fonte de fix à fept doigts d’épailfeur, & pofe fur des roulettes ; il y a encore d’autres barres de fer placées dans la longueur du fourneau & recouvertes d’argille , fur lefquelles on arrange l’un fur l’autre & deux à deux les creufets qui contiennent le laiton ; ces creufets font bouchés de deux couvercles bien luttés, & on les porte dans le fourneau par le moyen d’un levier : il y a au devant du fourneau une porte quarrée de fer qui s’élève & s’abaiife avec une chaîne. On tient ainfi les creufets pendant deux & trois heures à une chaleur égale & toujours la même. On fond chaque année dans cette manufacture trois cents tonn de laiton.
- 248. On a dit ci-devant que la calamine d’Angleterre fe tire d’une mine de plomb, qu’elle eft en grande partie chargée de ce métal, & que l’on en tire beaucoup de l’étranger pour l’ufage.
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- Maniéré dont on fait le laiton à Goslar.
- 249. La calamine fe détache ici de la paroi antérieure du fourneau où fe fait la fonte du plomb & de l’argent ; elle eft d’une couleur grife. On regarde aujourd’hui lancienne Gomme la meilleure, quoiqu’on la rejetât autrefois comme de peu de valeur. Elle coûte fept écus, au lieu que la nouvelle n’en coûte que quatre. On commence par la calciner, pour la rendre plus friable avant de la réduire en poudre fous la meule 3 on la mêle enfuite avec deux parties de poudre de charbon, & l’on humecte le tout avec fuffifante quantité d’urine, pour en former une pâte que l’on garde pour l’ufage. Les uns difent que l’on verfe de l’eau fur la poudre de calamine, & qu’on l’en imbibe pendant Une heure, pour la mêler enfuite avec du charbon réduit en poudre fine , & que l’on arrofe en même tems ce mélange avec de l’eau , dans laquelle on l’agite : d’autres difent, qu’au lieu d’eau , on fe fert d’urine, à laquelle on mêle un peu d’alun, ce qui donne au laiton une très-belle couleur, & que l’on ajoute un peu de fel dans le mélange des deux poudres que l’on met enfuite de nouveau. Les creufets dans lefquels on fait la fonte, font formés avec une argille de très-bonne qualité, qui fe trouve dans le voifinage. O11 prend pour les faire ^ une partie d’argille qui n’ait pas encore été calcinée, & deux parties de poudre faite avec de vieux creufets caftes 3 on met ce mélange dans un moule qui a trois pouces de diamètre dans fon fond , quinze pouces d’ouverture * vingt & un pouces de profondeur, & deux pouces d’épailfeur. On agite fortement ce mélange pendant quatre ou cinq heures, jufqu’à ce qu’il ait acquis une confiftance convenable. Lorfque les creufets font moulés , on les enduit intérieurement avec une elpece de fable rouge réduit en poudre.
- 250. L’intérieur du fourneau elt conftruit avec de la même argille, & ou lui donne aufli un pareil enduit. Il y a fept creufets du calibre qu’on vient de dire , qui contiennent en tout 90 livres de matière ; ils durent trois ou quatre-moisj on met à chaque fonte fept creufets dans le fourneau, & on les emplit chacun également d’un mélange fait de trente livres de cuivre de rofette , de-40 à livres de calamine, & du double de poudre de charbon : il y a un huitième creufet qui refte vuide. On commence par chauffer pendant quelque tems les creufets avant de~ les emplir du mélange dont on vient de parler i on met dans chacun d’eux, d’abord huit livres & demie de poudre de calamine enfuite huit livres de cuivre de rofette 3 & l’on ajoute par-delfus la poudre de charbon; on replace enfuite les creufets dans le fourneau à quelque diftance les uns des autres, & on les y pofefur des briques élevées d’un pied & demi au-delfus du plancher du fourneau. Après que la fonte a duré neuf à douze heures, on retire d’abord le creufet qui eft vuide, & on le tient quelque tems dans un lieu chaud avant d’y verfer toute la fonte des fept autres creufets j
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- mais avant cela on examine à différentes fois fi le métal eft bien exactement fondu. On fe fert d’un infiniment de fer pour remuer le métal en fonte, afin d’en détachef & réduire en écume toutes les impuretés que l’on ramene fur les côtés, & que l’on enîeve avec une fpatule. Cela fait, on coule le métal entre deux pierres de grès, pour lui faire prendre la forme d’une table quarrée de FépaUfeur à peu près d’un pouce, & qui pefe93 livres * d’où il fuit qu’il y a trente-deux livres f d’augmentation au quintal. On coule aufîi quelquefois le laiton en plateaux ronds fort épais , que l’on agite avec une efpece de fpatule de bois , pendant qu’ils font encore en fonte; ce qui rend le laiton d’un plus beau jaune, tant à l’extérieur que dans 1a fraéture. On fait quatorze foutes toutes les femaines , ce qui donne chaque femaine 374 livres de cuivre jaune» C’eft de Lauterbourg, delà Heife & du comté de Mansfeld , que l’on tire aujourd’hui le cuivre dont on fait le laiton; 011 en tirait auiîi autrefois de très-bon de Suede. Mais le cuivre dont on a féparé l’argent, n’eft pas bon à cet ufage, à caufè du plomb qui s’y trouve mêlé. Il y a ici trois fourneaux dans-cette manufacture; chaque fourneau a fix pieds de profondeur, & fon fond fix pieds de diamètre, fon ouvertute fupérieure eft d’un pied & demi. Les fourneaux de Goslar ne font pas fi profonds ni fi larges dans le bas, que ceux de Suede; ces derniers approchent plus par leur forme de celui de cônes tronqués ; ceux de Goslar font plus évafés par le haut. On a obfervé en Suede, que la fonte fe fait mieux dans des fourneaux qui font plus profonds, parce que l’adtion du feu y eft plus forte que dans les autres ; d’ailleurs on a obfervé encore que le laiton de Goslar n’a pas dans fa fraéture la couleur dorée des autres laitons , à moins qu’il n’ait été fondu aveo un feu de bois»
- 251. La calamine de ce pays ne fe mêle plus aujourd’hui qu’avec les feories du laiton, afin d’éviter les frais, parce que l’on a reconnu qu’elle ne donnait pas autant d’augmentation de poids, & ne fe mêlait pas fi bien, lorf-qu’011 ajoutait de la mitraille dans le mélange.
- 252. M. Lohneis décrit aufii de la maniéréfuivante le procédé de Goslar, qu’on pratique à Bundtheim à un mille de Goslar, & àlfembourg dans la forêt Noire. La calamine que l’on y emploie fe tire des fourneaux danslef. quels fe fait la liquation delà mine de plomb, contre les parois defquels elle s’attache de l’épailfeur d’une pouce. Dans d’autres lieux, on fe fert de la calamine d’Aix-la-Chapelle, qui eft jaune & grife , Sr qui colore le cuivre en jaune. On doit d’abord faire choix de la calamine de Goslar, avant de la calciner & de la réduire en poudre fous la meule ; on mêle une partie de cette poudre avec deux parties de poufliere de charbon, & l’on verfe fur le mélange un feau d’eau ; on tient le tout en repos pendant une heure, pour que l’eau pénétré bien la poudre que l’on agite en tournant. Cn prépare à chaque fois ce qu’il faut de calamine pour deux; fourneaux, qui font conftruits de terre,
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- & de forme ronde, & dans lefquels on infirme le vent avec des foisfflets. On met hait creufets dans chaque fourneau, & ou les eu retire loriqu’ils font chauds, pour mettre dans chacun huit livres trois quarts de calamine & huit livres de cuivre; ou replace enfuite les creufets dans le fourneau , où on les tient expofés pendant neuf heures à un feu très-violent; on fouleve le couvercle d’un des creufets pour reconnaître quand la matière eft en une fufion parfaite, que l’on continue encore pendant une heure: on enîeve enfuite le creufet ; & ù Pou veut avoir le laiton en lingot, on le coule tout entier dans une efpece de puifart ; & lorfqu’il eft encore chaud , on le caite par morceaux5, de maniéré cependant que tous ces morceaux demeurent bien unis les uns contre les autres : par-là, le laiton a dans fa fraéture une couieur très-jaune. Si l’on en veut faire des uftenfiies & des vafes, on coule la fonte dans un moule formé de deux pierres , & l’on a par-là une plaque de cuivre jaune qui peut s’étendre Sc s’amincir au moyen des martinets , & fe tirer à la filiere. Quelquefois on bat le laiton au martinet une fécondé .fois, iorfqu’on veut en exalter la couleur; ce qui eft cependant alfez inutile. Il faut favoir que le cuivre augmente de poids dans la fonte : car fi l’on a mis dans les creufets cinquante-cinq livres de cuivre, après douze heures de tems il eft ordinairement augmenté jufqu’à quatre-vingt-dix livres ; enforte que les quatorze fontes qui fe font dans une femaine, produifènt trois cents trente-quatre livres de laiton. Quelques-uns prétendent que la calamine de Goslar donne plus d’augmentation que la calamine que l’on fouille dans les mines ; mais qu’elle rend le laiton d’une couleur grife dans fa caiTure ,à moins que l’on n’ait fait la fonte avec du feu de bois.
- 253. Il faut encore obferver que i’011 ne tire d’ailleurs rien de ce qui eft néceilaire pour la fabrique du laiton, mais que l’on trouve dans le pays même tout ce qu’il faut pour ce travail, comme de i’argille pour conftruire les fourneaux à un mille de diftance , de très-bonne argille blanche & tres-graife, & que l’on y fait la maniéré de la corroyer. On y trouve aufli de Ja calamine , comme il a été dit plus haut, des pierres de grès pour former les moules , mais qui ne durent à la vérité pas long-tems. Il y a auffi du cuivre, mais il eft befoin de le mêler avec d’autre cuivre pour eniaire une quantité fiiffi-firnte , ou bien d’en faire venir d’autre du voifinage.
- Manière dont on fait en Suede le changement du cuivre en laiton.
- 254. La calamine dont on feferten Suede, vient en partie delaPolognp, en partie de la Hongrie; on faifait autrefois grand ufage de la calamine d’Aix-la-Chapelle. On s’eft aufti fervi de celle d’Angleterre ; mais on a reconnu qu’elle n’était pas d’un meilleur ufage & 11e faifait pas plus de profit : ce que
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- l’on attribue au plomb dont elle eft chargée. La calamine d’Hongrie eft plus blanche & plus pelante que celle de Pologne, qui eft aufti plus brune : ce qui parait encore mieux, lorfqu’elle eft réduite en poudre. La calamine d’Hongrie augmente davantage le poids du cuivre que celle de Pologne ; mais celle-ci fait un laiton de meilleure qualité, en ce qu’il eft plus tenace & plus malléable : cependant la calamine d’Hongrie fait auffi de très-bon laiton. Après l’avoir calcinée & mife en poudre , on la tranfporte en Suede. Elle eft d’une couleur blanche qu’elle n’avait pas avant la calcination ; mais on la calcine de nouveau, pour la remettre en poudre. Cette nouvelle calcination fe fait fous la voûte d’un fourneau qui eft quarré en-dedans, & dont chaque côté a huit pieds de largeur fur cinq de hauteur. L’entrée du fourneau eft fur un des côtés, & fe ferme avec une porte de fer ; le foyer eft en-deffous, & répand fa chaleur fous la voûte par deux ouvertures. Le plancher dti fourneau eft fait de briques , & fert à recevoir la calamine pour la calciner de nouveau : on la tranfporte de là au moulin, pour la.réduire en poudre ; ce qui eft très-difficile , quand elle n’a pas été bien torréfiée auparavant. Si la poudre eft trop groffiere, on ne la croit pas propre à être mêlée avec le cuivre.-Les meules du moulin font pareilles à celles des moulins où l’on moud l’orge & le froment.
- 255'. Le fourneau dans lequel on fond le mélange du cuivre & de la calamine, a la forme d’un cône tronqué ; c’eft-à-dire, qu’il eft rond dans toute fa longueur, mais plus large dans le bas : il a trois pieds ou trois pieds & demi de haut & un pied trois pouces de diamètre -, il eft conftruit en entier de briques faites de pure argiile , pareille à celle de France. Il eft garni dans fon fond d’une grille de fer enduite d’argiîle par-deffus & dans tout fon contour; les barreaux de fer dont cette grille eft formée , laiflênt dans leurs intervalles fept à huit ouvertures deftinées à donner paffageà l’air extérieur qui doit exciter l’aétion du feu : l’ouverture fupérieure du fourneau eft bordée d’une bande circulaire de fer, dans laquelle s’enchâlfe un couvercle de terre argiile , percé dans fon milieu d’un trou que l’on ferme à volonté, tantôt entier, tantôt à moitié, tantôt en partie feulement, fuivant le degré de feu dont on a befoin, comme il fera dit dans la fuite. Le foyer ou fourneau inférieur a deux pieds de haut, lurftx ou huit de longueur , & quatre pieds de largeur ; fon ouverture antérieure eft d’un pied & demi de haut, & fe ferme à moitié avec des pierres ou des briques : il y a en-dehors une voûte très-longue , avec une ouverture dans fon milieu. Il y a trois pareils fourneaux dans chaque manu-fa&ure , & ces fourneaux ainfi conftruits peuvent fervir pendant vingt & même trente ans.
- 256. Le couvercle de l’ouverture fupérieure du fourneau fert à régler & à gouverner la chaleur. Car plus on tient cette ouverture fermée, plus la fonte Je fait lentement, parce que la chaleur eft moins forte ; moins au contraire
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- -cette ouverture eft bouchée , plus eft grande l’a&ion du feu , & par confe-quent plus la fonte fe fait promptement ; enforte que la chaleur eft dans fa plus grande force, lorfque l’ouverture eft entièrement débouchée. Si l’on ferme en entier l’ouverture, on voit aufli-tôt le charbon fe noircir, & la chaleur fe ralentir peu à peu : elle fe conferve cependant affez pour durer plufieurs jours & même une femaine entière fans confurner beaucoup de charbon. Il eft indifférent que l’ouverture inférieure du fourneau foit plus ou moins fermée ; on prétend cependant que cela n’augmente pas l’intenlité de la chaleur. Les trous dont eft percé le fond ou plancher du fourneau, peuvent auffi fervir à régler les degrés du feu ; car s’ils font en trop petit nombre ,ou trop petits, ou s’ils viennent à être bouchés par du charbon ou par des cendres, le fourneau fe refroidit, & la chaleur ne parvient pas au point néceffaire pour produire la fonte. Autrefois le fond des fourneaux n’était percé que de neuf trous, & l’on mettait fept creufets dans chaque fourneau ; aujourd’hui il y a onze* trous dans le fond du fourneau, & l’on emploie neuf creufets à la fois pour chaque fonte. On juge du degré de chaleur par la couleur plus ou moins noire des charbons qui brûlent dans le fourneau; car plus ils noirciifent, & moins ils donnent de chaleur.
- 257. Lorsque la fonte eft bien établie dans toute fa force , & que le couvercle du fourneau eft fermé en entier, on obferve que la flamme qui s’échappe par le petit trou d’en-haut, eft très-blanche. Si cette flamme vient à s’éteindre » on voit paraître à fa place une fumée blanchâtre & tranfparente , qui fort par ondes , qui prend feu de nouveau , & produit une flamme blanche fi-tôt que l’on en approche une paille allumée, ou un peu de cendre embrafée de calamine. La flamme dure jufqu’à ce que la matière en feu, que l’on a plongée dans la fumée, foit éteinte & confumée ; mais elle ne prend point feu à l’aide du charbon dont on lui fait éprouver le contad.
- 2f8* Les creufets fe font avec une argille grife, pareille à celle qui fe trouve en France & qui réfifte parfaitement au feu le plus violent; celle qui eft blanche n’eft pas de lî bonne qualité, parce qu’elle eft molle & gluante, comme Pargille ordinaire. En retirant les creufets ou les briques de leur moule, on les expofe au foleil pour les faire fécher ; mais il faut prendre garde qu’il ne tombe de l’eau deflus ou qu’ils ne refroidiffent trop promptement avant d’être parfaitement fecs , ce qui les ferait fendre fur-le-champ. Ces fortes de creufets durent ordinairement huit ou dixfemaines, & foutiennent pendant tout ce tems l’adioti d’un feu très-violent.Lorfqu’011 les retire du fourneau, ils font un peu ramollis ; c’eft pourquoi il eft néceffaire de les laiffer repofer pendant quelques minutes, pour qu’ils reprennent leur dureté , & puiflent être élevés avec les tenailles fins danger. Ces creufets qui n’auraient pris qu’une couleur blanche dans le feu, font, après avoir fervi à la fonte du laiton, d’une couleur
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- bleue, qu’ils ont tirée tant de la calamine que du cuivre de rofette. Tous les creufets ne font pas formés d’argille pure; on fait entrer quelquefois avec l’ar-gille, dans la pâte dont on les compofe, de la poudre faite de vieux creufets üfés & cafles. Quand un creufet vient à fe fendre pendant l’opération de la fonte, on voit fortir par les fentes, des fleurs blanches que l’on vend aux apothicaires , fous le nom de nihil ; elles font femblables aux fleurs de zinc, quoiqu’on les appelle des fleurs de calamine. On retient encore & l’on ramaife ces fleurs par le moyen de creufets de fer percés dans leur fond & que l’on tient renverfés au-delfus de la flamme , pour recevoir les fleurs qui s’en fubliment & s’attachent à leurs parois. Le creufet fendu devient noir & paraît oomme pénétré jufqu’à la moitié de l’épaifléur de fes parois par le laiton qui s’eft iiv imué dans l’argille.
- Pour commencer le travail de la fonte , on met d’abord dans les creufets quelques mitrailles ou rognures de laiton : lorfqu’elles font fondues, on retire les creufets pour y ajouter une plus grande quantité de laiton, & par-deifus , un mélange de calamine & de charbon en poudre. On place fur cette couche le cuivre de rofette coupé par morceaux, on met par-deifus une nouvelle couche du mélange des poudres de calamine & de charbon ; l’on ajouteenfuitealternativement du cuivre & delà calamine , jufqu’à ce que les creufets en foient tout-à-fait remplis. On a grand foin de bien fouler la poudre , & de la faire entrer à force, pour qu’il ne refte aucun vuide : on arrange le cuivre par couches horifontales dans le bas des creufets ; mais dans la partie fupérieure on l’enfonce perpendiculairement dans la calamine mêlée de charbon, ce qui fait qu’il entre près du double pefant de cuivre dans le haut que dans le bas des creufets : les proportions du mélange pour chaque creufet, font de quarante-fix livres de calamine, fur trente livres de cuivre de rofette, & vingt ou trente livres de cuivre jaune. D’autres dilent que ces proportions, apparemment dans quelqu’autre fabrique, font de foixante livres de calamine, trente livres de laiton , & quarante livres de rofette. Pour avoir un laiton qui foit de la couleur jaune tirant un peu fur le blanc qui lui eft propre , il faut de toute nécefïité ajouter de la mitraille ou vieux cuivre jaune dans la fonte, fans quoi le laiton conferve trop de rougeur : c’eft pourquoi lorfqu’on manque de mitraille , on emploie à fa place du laiton neuf Quand les creufets font p'eins du mélange fufdit, on en place d’abord un qui eft demeuré vuide au centre & furie fond du fourneau , & on arrange enfuite les autres circulairement autour de ce premier , de maniéré que les ouvertures du fond du fourneau n’en foient point bouchées. On met alors & l’on allume ce qu’il faut de charbon pour entretenir un feu modéré pendant neuf heures de fuite, après lesquelles on remet du charbon une fécondé fois pour achever la fonte qui doit durer encore cinq heures, ce qui fait quatorze heures en tout, pour qu’elle foit dans Tome VII. Q_q q
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- toute là perfeélion. Autrefois la fonte ne durait que douze heures; mais l’expérience a appris que le laiton devenait meilleur en le tenant en fonte pendant deux heures de plus. Pendant les huit premières heures, on tient l’ouverture fupérieure du fourneau prefqu’entiérement fermée, afin d’empêcher que les creufets ne fe rompent & nefe refendent : ce qui ne manquerait pas d’arriver, fi la chaleur était trop forte d’abord , & n’était pas conduite & augmentée par degrés. On connaît qu’elle eft trop forte, lorfqu’il ne paraît pas de flamme autour des creufets ; & l’on connaît qu’elle eft faible , lorfque la flamme, tant celle qui leche les creufets, que celle qui fort du fourneau , eft claire & verdâtre. La fonte étant finie, on lailfe le tout en repos pendant une heure; on retire enfuite du fourneau les creufets l’un après l’autre, & l’on remue fortement en tournant la matière fondue qu’ils contiennent, afin que le mélange en foit bien égal dans toutes fes parties. On verfe après cela la fonte de chaque preufet dans le creufet vuide que l’on avait réfervé pour cet ufage, & placé dans le milieu du fourneau ; & lorfqu’elle eft ainfi toute raffemblée dans ce feul creufet, on la coule en une table épaiife dans un moule formé de deux pierres , dont il fera parlé dans un moment. Pendant tout le tems qu’on verfe le laiton en fonte , on en voit s’élever continuellement une flamme blanche toute femblable à celle du zinc. La même chofe arrive lorfqu’on agite & remue la fonte dans les creufets , enforte que le moindre mouvement fuiïit pour enflammer cette matière. Mais j’ai remarqué que la couleur de la flamme différé fuivant l’efpece différente de la calamine qu’on emploie pour faire le laiton : à Gosîar la couleur de cette flamme eft blanche, mais mêlée,tantôt de bleu, tantôt de verd. Les pierres dont eft formé le moule dans lequel on coule le laiton qui eft en fonte, ont cinq pieds de long, fur une largeur de deux pieds & demi ou trois pieds, & elles ont dix à onze pouces d’épailfeur 5, elles font aflu-jetties & retenues en place par des barres de fer très-grolfes, de maniéré cependant que le moule qui réfulte de leur affemblage, peut, à l’aide de poulies , être foulevé en roulant fur les gonds auxquels il eft fermement attaché.. On a foin de tenir ce moule couvert d’une étoffe de laine grofîiere, pendant tout le tems qu’il ne fert pas. Les pierres qui le forment doivent être enduites intérieurement d’argille détrempée ; maislorfqu’elles font trop dures, il eft irn-poftible de leur appliquer cet enduit : c’eft pourquoi on choiiit pour cet ufage des pierres qui ne foient ni trop dures ni trop molles , dont le grain paraît être un fable femblable à celui dont eft compofée la pierre de grès ordinaire.. Comme on n’eft pas encore parvenu jufqu’ici à tailler en Suede de cette efpeee de pierre, on les fait venir de France -, le prix des deux pour faire un moule, revient àfept à huit cents florins d’Allemagne. On. a eflayé auffi de jeter le laiton en fonte dans des moules de fer ; mais cela 11’a pas réufîi, parce que le fer n’eft pas propre à recevoir l’enduit argilieux, &. que faute de cet enduit * la
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- fonte s’arrête & fe fige avant d’avoir pu pénétrer jufqu’au fond du moule. Joint à cela, que la furface du laiton qu’on retire de ces moules elt inégale , rabo-teufe , & remplie de foufflures. Les moules de pierre , lorfqu’ils font de la meilleure qualité , peuvent durer quatre ou cinq ans ; celles qui font d’une qualité inférieure , ne durent que trois ou tout au plus cinq mois; mais lorf. qu’elles font d’un grain trop fin ou trop peu lié , la violence du feu les fait bientôt caflèr , ou les calcine & les met hors d’état de fervir.
- 260. Le produit du travail que l’on vient de décrire, eft de cent vingt à cent quarante parties de laiton pour cent parties de cuivre de rolette qu’on a employé ; augmentation dont la différence dépend de la qualité de la calamine dont 011 s’eft fervi. Six fourneaux peuvent fournir tous les ans quatre cents poids de marine en laiton , pour la fabrique defquels 011 aura confommé douze ou treize cents quintaux de calamine, dont le quintal coûte douze florins de cuivre : d’ordinaire foixante à foixante-quatre parties de cuivre de rofette rendent ou fournilfent quatre-vingt-dix parties de laiton.
- 261. Ce qui refte de calamine en poudre embrafée, paraît coulant comme de l’eau, & elt d’une couleur rouge dans le feu. Si on le jette dans un puits & qu’on l’y agite , il fe meut avec tant de rapidité , s’élève & s’élance fi im-pétueufement, quefes parties les plus groffîeres imitent parleur courant la fluidité d’un liquide très-fubtil.
- 262. On prétend que la calamine de Goslar augmente davantage le poids du cuivre, que celle qui vient d’autres endroits. Il y a des efpeces de cuivre qu’il elt très-difficile de convertir en laiton , parce qu’ils ne font pas propres à recevoir l’alliage de la calamine : tel eft le cuivre qui contient beaucoup de fer, tel eft aufli celui qui contient beaucoup de plomb, & qui refte après qu’on a coupellé largent, pour en féparer le cuivre qui lui était allié. Tout cuivre qui n’eft pas bien pur & dépouillé de toutes matières hétérogènes, s’unit difficilement avec la calamine ou avec la tutie.
- 263. Après que le laiton a été jeté en moule & coulé en grandes tables, on le coupe & on le divife en lames de quatre pieds & demi de longueur & de deux pouces de largeur. On porte enfuite ces lames ou verges de laiton dans un autre endroit pour les amincir enlesfaifant paffer entre deux cylindres d’acier qui ont chacun un demi-pied de diamètre, & qui tournent fur eux-mêmes par l’impulfion qu’ils reçoivent de deux roues que fait mouvoir* un courant d’eau. Mais avant que le laiton foit parfaitement laminé, on le fait chauffer jufqu’à neuf reprifes différentes , cinq fois à fa première fortie du laminoir; & fi l’on manquait à cette pratique, à chaque fois il fe romprait aifément & fe fendrait, fur-tout dans les angles. O11 l’amincit ainfi juf. qu’à ce qu’il ait acquis fept aunes de longueur : alors on le frappe à coups de marteaux, pour rendrp fa furface unie, & effacer toutes les inégalités qui
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- s’y trouvent. Les cylindres dont on vient de parler font faits de fer forgé , & arrondis au tour; mais ils ne durent pas plus de deux, trois, ou quatre jours, fans avoir befoin d’ètre reforgés & arrondis au tour de nouveau. Si le laiton n’eft pas affez chaud lorfqu’on l’amincit avec les martinets, ou en le faifant paifer au laminoir, il devient caffant fur-le-champ, & il refte caffant il l’on ne le fait pas chauffer de nouveau; il n’y a que le feu qui puiffe lui faire reprendre fa malléabilité & fa ténacité. Il arrive la même chofe au cuivre rouge, à l’or & à l’argent,lorfqu’on lamine ces métaux.
- 264. On forge auffi le laiton en grandes plaques avec le marteau, pour en fabriquer des uftenfiles de euiline & autres; le laiton peut fe traiter à cet égard comme le cuivre & le fer , on en raflêmble & l’on étend ainfitout à la fois fous le marteau, dix , vingt & même jufqu’à trente feuilles réunies & pliées les unes dans les autres. On divife encore les lames ou feuilles de laiton en de pins petites , avec de grandes cifailles , pour en faire du fil de laiton , par le moyen d une machine qu’on appelle trcfilierc (elle efb décrite dans le mémoire de M. Gallon ) ; mais il eft bon d’obferver qu’avant de tirer le laiton en fl, 011 le fait chauffer dans un fourneau fait exprès, au fortir duquel 011 l’éteint dans du fuif fondu pour le paffer à la fliere , dont les trous font auffi' enduits de fuif: à chaque fois qu’on retire le fil, 011 le chauffe de nouveau-avant de le repalier par la fiiiere, & cette manœvre fe réitéré jufqu’à fept fois. Elle eft: abfdlument néceifâire, parce que fi l’on n’avait pas foin de chauffer le fil de laiton , il fe cafferait avec la plus grande facilité.
- 26y. Pour revenir aux pierres de grès, dont eft formé le moule dans lequel en coule la fonte de laiton, & que l’on fait venir de France ; c’eft proche-une petite vife de ce royaume, appellée Bazouge , diftante de neuf milles de Saint-Malo , qu’on travaille cette pierre , dans un grand terrein marécageux r deiiéché depuis long-tems& environné de montagnes, desquelles 011 tire la pierre en queftion. Après avoir fouillé à une certaine profondeur, ou reconnaît auffi-tôt, à l’infpe&ion feule des grains de fable qui compofent la pierre , fi elle eft bonne ou non à exploiter. Ce genre de pierre eft quelque^ fois de couleur grife & blanche, quelquefois de couleur brune , & eft par-ferné.e de particules de mica : on regarde comme la meilleure, celle qui eft la plus tendre ou la moins dure. Pour détacher cette pierre après l’avoir taillée. & coupée dans la carrière même,, on fe fert de coins & de leviers de bois que Pon place à l’entour de la pierre ; on emploie pour ce travail y depuis-dix jufqu’à. feize .coins-,- qu’il faut chaifer bien également & à petits coups, afin que la pierre quitte comme d’elle-mème, & fe fépare de la carrière tout «Pune piece ; autrement elle s’éclate & fo brife par morceaux r on finit pat lui donner le poli. La meilleure elpece fè connaît à la couleur brune de fon grain. Q11 la. nomme dans le pays pierre de mouk> Ces pierres ont ordinaire--
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- ment cinq pieds de long, fur deux pieds & demi à trois pieds de largeur * & elles font épaiifes de dix à onze pouces; on en coupe cependant de moins grandes. On trouve encore de cette même efpece de pierre aux environs de la ville de Vire en Normandie, & elles font beaucoup plus recherchées, parce que leur furface eft mieux polie, & ne laifle paraître aucuns traits qui eccafionnent fouvent la divjfion- du laiton en petites lames ou écailles.
- Manière dont on fait le laiton à Gmtslits.
- 266. On fond dans ce pays douze cents quintaux de cuivre par année, que Fon j convertit en laiton. Cette manufacture de cuivre jaune eft dans le voifi-nage de la ville : il y a quatre fourneaux, une ufine dans laquelle on bat les tables de laiton avec des martinets, pour les étendre & en former des plaques & une tréfiliere pour tirer les plaques en fil de laiton , après les avoir coupées * le travail fe fait fuivant la méthode ordinaire. On y emploie de la calamine qu’on tire de Nuremberg , de Pologne & d’ Angleterre. On ne coupe pas ici le laiton comme ailleurs avec des cifailles ; mais on fe fertpour cela d’une efpece de feie : trois de ces foies jointes enfemble peuvent s’employer, fi l’on veut , de maniéré que par ce moyen on coupe en même tems tout à la fois deux ou trois plaques de laiton ; ce qui' épargne, dit-on, bien des frais. Les marteaux font garnis-de cercles de fer, ce qui fait qu’ils durent très-ion g-tems : les pierres de grès dans lefquelles on moule la fonte de laiton , font apportées du Voigtland, où on les fouille dans des carrières proche le bourg de Ribberfgrün» Elles font épaiifes d’un pied & demi, larges de deux pieds neuf lignes , & longues de quatre pieds un pouce & demi ; elles durent ordinairement trois & quatre ans, & même quelquefois fix ans ; elles font d’un grain moins compaét & moins gros que celles qui viennent de France: les creufets font faits d’une argille jaune qui fe fouille eiiBoheme ,près de Wildftein ; ruais ils ne durent pas plus de fix ou fept femaines, & quelquefois moins.
- Fourneaux pour la fabrique du laiton 3 établis à Ochran x dans le Tirol.
- Z67. ÏL y a à Ochran dans le Tirol, une fabrique de laiton ; la fonte s y fait avec du bois,& non pas avec du charbon. On place douze creulèts à la fois dans; le fourneau, au lieu de fept Ton répété la fonte de douze heures en douze' heures. Le fourneaua une forme ovale ; fa longueur eft de neuf pieds, fa largeur de fept pieds &demi en-dehors, & fa hauteur de fix pieds & demi dans le' bas ; au-deflous de ce fourneau eft un cendrier pour recevoir les cendres, & de plus une ouverture pour introduire le boisv que l’on y allume, & qui eft; placé fur*des traverfes. de fer..La flamme s’élève & pénétré par un trou d’uni
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- pied en qnarré dans le foyer, où elle fe réfléchit & circule à l’entour ues creufets qui y font arrangés ; le foyer eft élevé de terre de trois pieds & demi ; il eft long de cinq pieds & large de trois pieds & demi ; il eft recouvert d’un dôme ou d’une voûte qui a trois pieds d’élévation à l’intérieur, & qui eft percé fur les côtés de cinq trous ouregiftres pour faciliter le cours de l’air qui anime la flamme. Les douze creufets dont on a parlé, & qui font placés fous cette voûte, réliftent à l’adion du feu continué fans interruption pendant cinq , fix, & même fept femaiiies ; & un pareil fourneau dure ordinairement foixante ans , fans avoir befoin d’aucune réparation. Il eft revêtu intérieurement d’une ar-gille qui tient bien au feu , & les briques dont il eft conftruit font formées de la même argille.
- 26%. Il y a dans la même manufa&ure deux de ces fourneaux , l’un plus grand , qui contient douze creufets, dans lefquels on fait la première fonte ou la fonte groftiere du laiton, & un fécond qui ne contient que dix creufets, dans lefquels on met le laiton en fonte une fécondé fois, pour le rendre plus pur & le couler tout de fuite en tables : en - dehors du fourneau eft fufpendu un levier de fer auquel eft attachée une chaîne de fer qui porte à fou extrémité un crochet triangulaire aulîi de fer , dans lequel eft engagée d’une façon mobile & retenue en équilibre, une grande tenaille de fer, qui fert à retirer les creufets du fourneau. Chacun de ces creufets contient quatorze livres & demie de cuivre de rofette & huit livres de calamine ; mais il faut obferver que le quintal de ce pays eft de cent quarante livres. On fond tous les ans dans cette manufa&ure 17^0 quintaux de laiton de très-bonne qualité. On ne jette pas ici le laiton en moule entre deux pierres, comme cela fe pratique ailleurs j mais 011 le coule fur un plateau de fer, auquel 011 a donné un enduit avec de Fargille détrempée dans l’eau ; chaque coulée forme trente & une lames minces ou baguettes de métal, qui pefent chacune quatre livres & demie ; 011 amincit encore après ces lames avec le marteau j 011 les coupe enfuite, & on les tire à la filiere.
- Maniéré, dont on convertit le cuivre en laiton , dans d'autres endroits.
- 269. Il y a aulîi proche de Hambourg une manufacture de laiton j la calamine que l’on y emploie , fe tire d’Aix-la-Chapelle au-deifus de Brème , & de Pologne au-delfus de Lubec. On y jette en moule toutes les douze heures, une table épailfe de laiton, du poids de foixante & quinze livres, qui porte dix-huit pouces de large , fur une très-grande longueur : c’eft de Brème que l’on lait venir les pierres dont eft formé le moule. On a elfayé de-fubftituer le fer aux pierres, pour la conftru&ion du moule ; mais le laiton qu’011 en a retiré j avait la furface toute raboteufe & inégale. Le charbon dont on fe fert dans
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- cette fabrique, eft fait avec du bois de chêne ou de hêtre, & l’on n’y fond que dans un feul fourneau.
- . 270. Aux environs deLubec on fondait dans quatre fourneaux, du cuivre de Suede en laiton , par la méthode ordinaire 5 & l’on ajoutait, comme ailleurs, du vieux laiton dans la fonte. J’ignore fi cette manufacture fubfifte encore.
- 271. A Stollberg près d’Aix-la-Chapelle, on a établi plufieurs fourneaux pour la fabrique du cuivre jaune , parce que la pierre caiaminaire fe trouve dans ce canton prefque fous la main, auffi-bien que les pierres degrés pour les moules. L’argille s’y apporte de Namur, & on la mêle avec celle que l’on fouille fur le lieu même, & dont la couleur tire fur le jaune : le travail fe fait félon la méthode ordinaire.
- 272. Il ferait inutile de faire l’énumération d’un grand nombre d’autres endroits où l’on change le cuivre en laiton : il fuffit d’ajouter ici ce que Bar-chufen dit de la fabrique du cuivre jaune. Voici fes propres paroles : <c Le a, cuivre jaune dont 011 fe fert aujourd’hui, eft un compofé artificiel qui fe 33 prépare en mêlant enfemble une partie de cadmie foffile, ou de celle de four-33 neaux, qu’on appelle ordinairement pierre caiaminaire réduite en poudre, » deux parties de cendres de bois paifées au crible, & le quart d’une partie de 33 fel commun. On hume&e ce mélange avec fuffifante quantité d’eau ou d’u-33 rine , pour en former une pâte que l’on deffeche enfuite. Les fondeurs em-„ ploient ordinairement pour ce travail, huit creufets allez grands pour con-33 tenir chacun huit livres de cuivre de rofette , & cinq livres trois quarts de 33 calamine ; ils difpofent par couches alternatives dans ce s creufets, les lames 33 de cuivre & le mélange qu’on vient de décrire , réduit en poudre ; & après 33 avoir recouvert ces creufets , ils les tiennent au feu pendant neuf heures de 33 fuite. Ils augmentent le feu fur la fin, & le donnent très-vif jufqu’à ce qu’ils „ apperçoivent une fumée jaune fortir par les jointures des couvercles : alors 33 ils coulent le métal qui fe trouve du poids de quatre-vingt-dix livres. Ainfi-33 les foixante-quatre livres de cuivre de rofette qu’ils ont employé, ont reçu 3, vingt-fix livres d’augmentation de poids , par l’addition de la calamine, u Pour que la furface du laiton foit polie & égale par-tout ,-on en coule la 33 fonte dans un moule formé par la réunion de deux grandes pierres creufées 3, à cet effet ; ils appellent ces moules des bretonnes. Comme il y a différentes J, efpeces de calamine , que celle de Goslar, par exemple, n’eft pas la même » que celle du pays de Liege , & ainfi des autres *, cela oecafionne des diffé-33 rences dans le cuivre jaune, fuivant qu’il eft préparé avec les unes ou avec „ les autres. Le cuivre jaune différé aufti à raifon des proportions qu’011 a ob-3, fervées dans le mélange ; car moins on y a fait entrer de calamine , & plus; 33 fil couleur participe encore du rouge naturel au cuivre 5 la couleur du laiton; a, au contraire, eft d’autant plus jaune que l’on a ajouté plus de calamine? ^ dans £1 compofition. ^
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- De la fonte & cfc l'affinage du cuivre & du potin, à Fille-Dieu-les-Poêles en Normandie. Par M. Duhamel du Monceau. (*)
- 273- O N envoie ou on apporte des différentes provinces du royaume, & particuliérement de Flandre , de Bretagne & d’Anjou , de vieilles mitrailles de cuivre qui ne peuvent plus fervir aux ehauderonniers. On les fond & on les travaille à Ville-Dieu de différentes façons , fuivant leurs qualités; & on les met en état de rentrer dans le commerce, ou d’ètre vendues aux chau-deronniers, qui les emploient comme les cuivres neufs.
- 374. Comme plufieurs des pratiques qui font en ufage à Ville-Dieu » different peu de celles de Namur, que M. Gallon a Ci bien décrites, j’abrégerai les détails ; mais j’ai cru qu’on ne ferait pas fâché de trouver dans cette colledion des arts de l’académie, la defcription d’une fabrique affez confidérable du royaume , qui eft établie depuis long-tems à Ville-Dieu en Normandie.
- 27V On ne convertit point, comme à Namur, le cuivre de rofette en laiton; on n’y fait même aucun alliage de métaux : mais comme parmi les vieux cuivres qu’on envoie à Ville-Dieu, il s’en trouve de jaune , de rouge, &du potin, & que chacune de ces trois matières doit être traitée différemment , 011 commence par les féparer par lots , fuivant leur efpece.
- 276. Le prix de la mitraille, comme celui de toutes les marchandées, varie fuivant différentes circonftances : la bonne mitraille eft toujours plus çhere que la mauvaife ; mais on peut fixer le prix moyen à vingt-deux fols la livre.
- Du cuivre jaune.
- 277. Il faut réduire le cuivre jaune en petits morceaux de la grandeur an plus d’un écu de trois livres : on pourrait le couper avec des cifailles ; mais il eft plus expéditif & moins pénible de profiter de la propriété qu’a le cuivre jaune, de fe rompre fous le marteau quand il eft rougi au feu ; d’ailleurs, par cette opération, on enleve toute la craffe & la rouille, qui 11e manquent jamais de couvrir ces vieilles mitrailles.
- (* ) Je n’ai trouvé dans le dépôt de l’académie , qu’une planche gravée , avec l’explication des figures ; encore ai-je été obligé d’y faire des changemens confidé-rables : mais comme il y a long-tems que je n’ai été à Ville-Dieu, j’ai prié M. Perron-
- net , premier ingénieur des ponts & chauffées, de faire pafler mon manuferit à M. Bé-quié, fous-ingénieur , employé dans cette province, de qui j’ai reçu tous les éclair-ciflemens que je defirais.
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- 278. On fait donc dans une grande cheminée un grand feu de fagots & de charbon, dans lequel on fette les vieux cuivres; & quand ils font bien rouges on les tire du feu’, & à coups de marteau on les brife fur une enclume; ce qu’on ne pourrait pas faire Ci on les laiflait fe refroidir: car le cuivre jaune eft très-du&ile lorsqu’il eft recuit & froid. On le réduit donc ainfi en morceaux alfez petits pour pouvoir être mis dans les creufets.
- 279. Le cuivre jaune fond difficilement ; c’eft pourquoi le fourneau de fufion eft* comme à Namur, entièrement en terre : il contient quatre grands creufets que l’on entoure & que l’on recouvre de charbon; car on en remplit entièrement le fourneau. Ce fourneau n’a qu’une feule ouverture à fa partie {ppérieure, par laquelle 011 met les creufets en place ; on les en retire & on met auifi le charbon par cette même ouverture, qu’on ferme avec un couvercle de terre cuite, capable de réfifter à un grand feu. Ce couvercle a quatre ouvertures par lefquelles la flamme fort; & au milieu, un anneau de fer pour l’ôter ou le mettre en.place.
- 280. On tire les creufets de Fonte vrault en Anjou; ils coûtent trente fols piece (27). On met dans chaque creufet environ vingt-cinq ou trente livres
- (27) On ne dit pas de quoi font faits ces creufets. En Allemagne on en a de trois fortes: 1®. De fable & de terre-glaile ; ce font les creufets de Hefle. 2®. De terre-glaife neuve & de terre-glaife brûlée: ceux-ci font employés dans les verreries & dans les fonderies de cuivre. j\ Enfin de plomb-de-mer ,& d’une efpece de terre propre à lier ce minéral. Ceux de la première efpece font les plus connus & les plus ufités pour de petits ouvrages. Ils réfiftent au feu fans fc fondre ; mais quand ils font un peu gros, ils fe brifent aifément. On remédie en quelque forte à cet inconvénient, en les endui-fant extérieurement avec un mélange de terre-glaife neuve , & de terre-glaife cuite.
- Mais ce moyen n’eft pas fuffifant lorfque le feu eft trop violent, ou le creufet trop grand. Lors même qu’ils réfiftent au feu, les pierres peuvent les rompre , fi le métal eft pefant. La fécondé efpece ne fert que daqs les arts que l’on vient d’indiquer. Il çft rare que les chymiftes les emploient, & ce n’eft jamais que pour de petits objets.
- La troifieme efpece, que l’on appelle creufets noirs, ou creufets d’Ypfen , font le*
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- meilleurs & plus généralement employés. On n’a pas befoin d’y mettre des fondans , qui les gâtent bientôt. Ils ne font pas fujets à fauter; on peut les faire paifer promptement du froid au chaud , fans le moindre rifque ; cependant ils durent moins quand on tes ménage peu. On peut fondre dans ces creufets des poids affez confidérables ; ils foutiennent dix , douze & même jufqu’à vingt fontes , fuivant que le métal eft pefant & fufible. Ce font les feuls dont on fe ferve dans les monnaies , & dans les fonderies de cuivre. Ils font marqués fur le fond fuivant leur contenance. Un creufet marqué 10 eft un creufet de dix marcs ; un creufet marqué 100, eft un creufet de cent marcs. Si l’on veut y fondre de l’argent, on peut en mettre le double dans un petit creufet, & le triple dans un grand , que ce qui eft marqué deffus Leur prix eftaufli relatif à ces numéros. Autrefois le marc valait trois deniers ( Pfennige ) , enfuite quatre , & enfin fix deniers. Par conféquent un creufet de dix marcs vaut cinq gros, ( Grofchcn)y ou quinze fols de France,
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- de mitraille brifée , comme nous l’avons dit. On remplit le fourneau de charbon, on l’allume, & on l’anime par le vent d’un très-grand foufflet à deux âmes, qui a cinq pieds de longueur. Latuyere, quia ordinairement quatre pieds de longueur, eft fermement fcellée dans la maçonnerie du fourneau , & la table du milieu eft inclinée vers la bouche du fourneau , d’environ quinze degrés.
- 28r. La mitraille en fondant s’affaiffe dans les creufets 5 alors on enleve les creufets avec une tenaille recourbée. On les recharge de mitraille, de forte que chaque creufeten contient environ cinquante ou foixante livres» fur-le-champ on remet les creufets en place, on remplit le fourneau de charbon , 011 metfon couvercle, & 011 fait agir le foufflet. Quand on juge qu’jl faut remettre du charbon dans le fourneau , on ôte le couvercle & on ajoute Ja quantité de charbon qu’on croit nécelfaire.
- 282. La couleur de la flamme fait juger fila matière eft en fufion; car d’abord elle eft rouge comme celle des forges ordinaires ; mais elle devient bleue quand la mitraille entre en fufion, & peu de tems après elle devient claire : c’eft alors que la matière eft en état d’être coulée. On s’aftbre encore de fon état de fufion en plongeant dans le métal le fourgon : lorfque le métal file au bout de ce barreau de fer, la matière eft en état d’être coulée. Il faut tirer les creufets du fourneau ; car fi cette matière reliait plus long-tems en fonte , elle deviendrait aigre, & il en réfulterait un déchet confidérable. On tire les creufets deux à deux ; on écume la matière fondue avec un crochet ; on la verfe d’un creufet dans l’autre pour couler une table d’un feul jet, & elle eft en état d’être jetée dans le moule , comme nous l’expliquerons, après que nous aurons donné quelques détails fur la conftruétion du fourneau. Le fourneau eft, comme nous l’avons dit, entièrement fous terre : il n’a qu’une feule ouverture, par laquelle on met & on retire les creufets, & par laquelle on met le charbon. Le foufflet, la tuyere & la bringueballe n’ont rien de particulier. Le tuyau eft fermement alfùjetti au-deifus du fourneau»
- & la table du milieu du foufflet eft, comme nous l’avons dit, inclinée vers la bouche du fourneau.
- 283* L’ouvrier qui fait agir le foufflet fatigue beaucoup; aufli eft-iî relayé par un autre ; & ils font payés à raifon de deux fols fix deniers par heure de travail.
- 284- On voit en I, fig. 1, un creufet qui eft fur le bord du fourneau , dont E eft l’ouverture, & E1 É1 la partie de la maçonnerie qui eft en terre.
- 28 T- La figure 2 eft le couvercle de ce fourneau : FFFF font les évents dont nous avons parlé ; & g, la boucle de fer par laquelle on le faifit quand on le met ou quand on l’ôte de place.
- 28 5. Pour mieux voir l’intérieur du fourneau, la figure 3 en repréfente
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- la coupe, fuivant îa ligne pon&uée// delà figure i. On voit un creufet I en place.
- 287. La figure 4 eft le plan de ce même fourneau ; HH, l’épaifleur des murs; K efl: le tuyau par lequel arrive le vent du foufflet: c’eft une efpece de fommier qui rend l’air dans l’intérieur du fourneau par les trois tuyaux M , L, M , afin que le feu foit également animé dans toute l’étendue du fourneau. 1,1,1,1, font les quatre creufets.
- 288- La figure <s eft une coupe du même fourneau fuivant la ligne CD de la figure 1. On y voit les quatre creufets I, I, 1,1, & la bouche E du fourneau.
- 289. Les tenailles pour mettre les creufets dans le fourneau ou les en tirer, n’ont rien de particulier. On faifit le creufet par le bord , de forte qu’une des branches entre dans le creufet pendant que l’autre le ferre par-dehors.
- 290. On emploie auffi des tenailles dont les ferres , au lieu d’être pliées en angle, font arrondies pour embraifer les creufets par-dehors ; on s’en fert pour verfer le métal dans le moule. On a une fourche de fer qui fert à attifer le charbon & les fagots qu’on met dans la cheminée pour faire rougir la mitraille ; on s’en fert auffi pour faire entrer le charbon dans le fourneau.
- 29 r. On remue & on attife le charbon , avec un crochet qui fert auffi à ôter les crades de lafuperficie du métal fondu.
- 292. On emploie enfin un barreau de fer rond qu’on nomm e fourgon , pour comprimer la mitraille dans le creufet, & voir Ci elle eft en belle fufion.
- 293. Maintenant qu’on a une idée jufte delà conftruction du fourneau, je reviens à la faqon de conduire la fonte, & je rapporterai quelques détails qu’il eft bon de ne pas ignorer.
- 294. i°. Quand on a coulé le métal des deux creufets qu’on a tirés du fourneau en premier lieu , on tire les deux autres, & on les écume avant de couler le métal qu’ils contiennent, aiiffi que nous l’avons expliqué.
- 29^. 2°. La fonte dure ordinairement environ trois heures , plus ou moins, fuivant la bonté du charbon.
- 296. 3°. Nous avons dit que le cuivre jaune était dur à fondre ; néanmoins il faut que le feu du fourneau foit réglé , & qu’il ne foit pas pouffé avec trop de violence; car il ferait fondre les creufets (28), altérerait le cuivre , & il
- (eS ) Ces creufets employés à Ville-Dieu, perd de fon poids ; mais quant au creufet, font apparemment faits de terre - glaife. il n’y a pas lieu de craindre. L’auteur Mais il faut qu’elle foit bien mauvaifepour dit que le cuivre jaune elt dur à fondre fondre dans une pareille opération, quand Cela eft vrai, en comparaifon de l’étain, même le feu aurait été un peu trop poulie, du plomb , du régule d’antimoine , & du Il eft certain que le cuivre eft altéré par un zinc; mais il eft dit un peu plus bas, feu trop violent & trop long ; le zinc fe vo- que le cgjvre eft beaucoup plus aifé à latilife , & le métal devient plus rouge & fondre que le laiton. Il ne faut que d’a-
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- ART DE CONVERTIR
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- en réfulterait un déchet confidérable. Les fondeurs ont appris par un long ufage, à conduire convenablement le feu du fourneau, & à connaître quand la matière eft en belle fufion & en état d’être coulée.
- 297. 4° On dit que les ouvriers fondeurs font fujets à de fréquentes coliques, & qu’à la fin ils tombent en paralyfie, de forte qu’ordinairement ils vivent peu. Rien n’eft plus faux, quoiqu’ils fatiguent beaucoup & qu’ils foient fouvent obligés de travailler nuit & jour, & quoiqu’ils fouffr ent beaucoup de la chaleur quand le fourneau eft en feu. M. Béquié m’affure qu’ils ne font expofés à aucune incommodité parciculiere, & qu’il eft très-commun de les voir parvenir à un âge très-avancé. M. de Binanville , confeiller au parlement , fe trouvant à Ville-Dieu , a fait à ce fujet des recherches très-exadles. Non-feulement le curé & le médecin du lieu l’ont alfuré que ces ouvriers n’étaient point attaqués de maladie particulière, & que même on n’y con-naitfait point de maladie épidémique ; mais après avoir confulté avec foin les regiftres mortuaires , il y a trouvé beaucoup de gens qui n’étaient morts qu’à un âge fort avancé, & plus même qu’on n’en trouve ordinairement dans plulieurs autres endroits fort habités. Il eft vrai que les cheveux de ceux qui font blonds , prennent une couleur verdâtre ; mais ils n’en fouifrent aucune incommodité. Les ouvriers qui parviennent à un grand âge, deviennent fourds, à caufe qu’ils font continuellement expofés à un bruit fort incommode. Plufieurs , quand ils font parvenus à l’âge de foixante & dix à quatre-vingts ans, font perclus de leurs bras ,à caufe qu’ils en ont fait un trop, grand ufage 3 mais point de coliques, point d’ulceres , point de maux de cœur 3 & l’on attribue la bonne famé dont ils jouiifent, à ce qu’ils vivent prefque uniquement de bouillie de farafin. Je ne fais ce qui a fait encore imaginer que le poiilonne peut vivre dans une petite riviere où s’égouttent les eaux de la: ville : M. de Binanville en a mangé du poilfon qui était excellent. Ainfi ort peut regarder comme des imaginations fauffes, tout ce qu’on a dit fur la mauvais air qui régné dans cette ville & aux environs»
- Des moules, & de la façon de couler le métal en tables,
- 298- Qüand la matière eft en belle fufion, on retire deux creufets du' fourneau , on l’écume avec le crochet, & onverfele métal d’un creufet dans; L’autre pour couler la table d’un feul jet. Un ouvrier jette dans le creufet, au moment qu’un autre ouvrier eft prêt à verfer la matière dans le moule, un
- voir vu une feule fois fondre des me- coup qu’il ne foit de même du cuivre; il1 taux, pour appercevoir la différence, exige un degré de feu tout autrement con-l.orfque le degre de feu eft fuffi^nt pour fidérable. Le tcmbac même veut un plus, mettre- le laiton en lufion , il.s’en faut beau- grand feu que le laiton»
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- tampon de filafTe qui fert à empêcher que ce qui refte de crafle fur le métal ne coule dans le moule \ car ces crafles s’attachent à la filafTe.
- 299. Après que le cuivre qui eft dans les creufets, a été écumé de cette façon, on coule le métal entre deux grandes pierres de quatre pieds de longueur & de deux pieds & demi de largeur , qui font bien jointes avec des liens de fer, & entre lefquelles il y a des barres de fer qui fixent l’épaiffeur & Téten* due des planches de cuivre, qui font ordinairement de trente pouces de longueur, fur vingt pouces de largeur, & deux lignes & demie à trois lignes d’épailfeur.
- 500. Comme le cuivre jaune eft très-cafTant quand il eft fort chaud, on laide les tables perdre leur grande chaleur dans les moules ; & avec de grandes cifailles , on les coupe par morceaux ,fuivant la grandeur des ouvrages qu’on fe propofe d’en faire. •
- 301. On voit à la fig. 6 , le moule kh,oo9 formé, comme nous l’avons dit, de deux fortes pierres de taille très-maffives : ces pierres font dures & grifes ?• on les tire d’un lieu nommé les Champs-du-Boule , à trois lieues de Ville-Dieu. On les pique proprement -, puis, à chaque fonte, on en remplit les trous & les-fiâches qui peuvent s’y trouver, avec une compofition d’argille & de fiente-de vache qu’on appelle bmifîn&;ow couvre encore cette brafine avec de la fiente de vache qu’on étend avec un balai: cette opération s’appelle cure. On repique & on répare ces pierres tous les huit jours i elles durent ordinairement trois ans. Ces pierres font retenues l’une contre l’autre par un fort afTem-blage de charpente. .Comme il faut incliner le moule pour que le métal, par fa pefanteur , coule entre les deux pierres , & que ce moule eft très-pefantjiin ouvrier placé dans une foffe , l’incline plus ou moins; Ce travail! s’exécute allez aifëment, malgré la pefanteur du moule, parce qu’il eft foutenu1 au-defîous par une pièce de bois arrondie, qui forme une efpece d’aifTeu fur lequel il eft à peu près en équilibre. L’ouvrier eft aidé dans ce travail parla piece de bois qui fait partie de Taffemblage de charpente qui embrafle & retient folidement les pierres qui forment le meule ; le haut de cette longue* piece étant,- par fou extrémité, reçue entre la-poutre & une bande de fer qui forme une coulifle, elle permet à l’ouvrier d’incliner plus ou moins le* moule j mais elle l’empèche aufti de fe porter fur la droite ou fur la gauch#, on-plutôt elle maintient toujours dans le même plan le moule qui, comme: nous l’avons dit, roule fur un axe.
- 302. hh eft la pierre qui forme le deffous du moule scelle repole for la piece; de bois q, fig. 16 & 17 ,qui eft arrondie en-deffous.
- 303. o o eft la pierre qui forme le dedus du moule ; on la voit bridée par dè* fortes bandes de fer ; & en 00 , font deux crochets de fer auxquels font attachées les. deux cordes qui fe réuniifent en une au pointp cette corde væ
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- fe rouler fur le treuil qui fert'à lever la pierre de deflus , de la maniéré que-nous l’expliquerons dans la fuite. On forme à la pierre de deflous une efpece de mufle avec de la terre, vis-à-vis une entaille qui eft à la pierre de deflus; l’un & l’autre fervent à faciliter l’entrée du métal entre les deux pierres.
- 304. Quand la table de cuivre eft coulée & prefque refroidie, il faut la tirer du moule ; pour cela 011 ôte la clef horifontale t k-, & des ouvriers appliqués aux leviers ou à la roue du treuil, foulevent le côté o 0 de la pierre, & la redreflent contre le montant k : la table de cuivre refte fur la pierre qui fait le deflbus du moule; & avant qu’elle foit entièrement refroidie, on l’ôte avec des tenailles. Ce que nous venons de dire du moule , deviendra plus clair par les détails où nous allons entrer: on remarquera auparavant, que li l’on fou-levait la pierre avant que la table fût fuffifaniment figée , elle noircirait : ce qui diminueraitde fa beauté,fuis cependant faire beaucoup de tort à fa bonté.(29)
- 30*. On met des barres de fer entre les deux pierres , pour faire le creux du moule, & régler l’épaifleur ainli que l’étendue des tables de cuivre.
- 306. La pierre qui forme le deflus du moule , eft entourée de bandes de fer, avec des crampons fondés à la barre de fer , & fcellés dans la pierre. Ces crampons, fervent d’attaches aux cordes qui font deftinées à ouvrir le moule. Cette partie fupérieure porte une gouttière pour le jet du métal fondu, om l’entaille qu’on fait à cette pierre pour en faciliter l’entrée.
- 307. On établit au fond de la fofle un aflemblage de charpente pour fuppor-ter les pierres qui forment le moule. Ces pièces font des entailles circulaires qui doivent recevoir la pièce arrondie en-deflous , & qui foutientle moule en équilibre. Ainli cette piece q arrondie,qui forme une efpece d’aiffîeu,doit rouler dans les entailles , qu’011 peut regarder comme des efpeces d’échantignolles ; ce qui fait qu’on peut aflez aifément incliner plus ou moins le moule. Les deux pièces font liées l’une à l’autre par une traverfe; & par-deflùs cette tra-verfè eft un coulîinet d’épaiifeur convenable pour que quand le moule s’appuie deflus, il foit à peu près de niveau.
- 308- Lafig. 6 repréfente encore les pièces de charpente qui fervent à lier & aflùjettir l’une fur l’autre les deux pierres qui forment le moule: q indique une forte piece arrondie en-deflous ; cette partie arrondie fe met dans les échancrures rr de l’aflemblage placé dans la fofle. Le deflus de cette piece q , eft plat; & c’eft fur cette face qu’on pofe les pierres qui font le moule. S eft-un montant court, qui fe termine par une vis V, qui entre dans un écrou pour ferrer la clef t, qui doit appuyer fur les deux pierres. K eft un autre montant qùifert, comme nous l’avons dit, à entretenir le moule dans
- (79) L’auteur n’eft pas bien informé. La table fe briferait, & il faudrait la refondre de nouveau.
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- *ùn même plan quand on l’incline. La clef t, qui a un mouvement de charnière dans la mortaife du grand montant en K, & qui eft traverfée par la vis V du petit montant, appuie fortement fur la pierre qui forme le delfus du moule, & empêche qu’elle ne fe féparede la pierre qui en fait le deli'ous.
- 309. La figure 6 repréfente le moule h h, o 0 } dans fon chaffis de charpente ; de forte que s’il était pofé dans la folfe, il ne s’agirait que de rincliner pour couler le métal.
- 310. La figure 7 fait voir comment on ouvre le moule pour retirer la table de cuivre en relevant la pierre 00 de delfus. hh eft la pierre de delfous : P Q_ font les barres qui forment le vuide du moule.
- 3 r 1. Ce que nous venons- de dire fur la façon de fondre les tables de cuivre jaune à Ville - Dieu , doit être fuffifamment clair , fur - tout pour ceux qui auront lu le mémoire de M. Gallon; ainfi je ne m’étendrai pas davantage fur cet objet.
- . 312. Le maître-ouvrier eft payé à raifon de vingt fols par chaque fonte; ce qui fait environ quarante fols pour chaque cent pefant de cuivre fondu en table. Les ouvriers qui font mouvoir les foufflets , ceux qui arrangent les moules, qui coulent le métal, &c. gagnent deux fols iix deniers par heure de travail.
- Maniéré de battre le cuivre jaune.
- 313. Lorsqu’une table de laiton eft retirée du moule , & qu’elle eft refroidie, on la partage en pl.ufieurs tablettes quarrées ou oblongues, fuivant î’ufage auquel on les deftine. Les ouvriers ont dilférens calibres qui en déterminent les dim enflons : on les recuit par une chauffe un peu vive ; puis quand elles font refroidies , on les bat fur une enclume pofée fur un madrier aifez mince , foutenu par les deux pièces de bois. L’élafticité du madrier fait que les bras de ceux qui manient le marteau en font moins fatigués. La tète de ce marteau eft large, peu épaiife & un peu bombée. Un autre ouvrier tient la tablette, & la conduit fous les coups du marteau : ainfi deux ouvriers font employés à cette opération. Après qu’une tablette a été martelée fur toute fa furface, on la fait recuire ; mais on la chauffe un peu moins que la première fois. On la laiife refroidir , on la bat de nouveau fur l’enclume , & on con-' tinue ainfi à battre & à recuire alternativement jufqu’à ce que la tablette ait pris l’étendue & la forme qu’elle doit avoir. Un autre marteau plus petit fert à dégauchir la piece : pour cela un ouvrier la bat avec la pointe , puis il la préfente fur l’enclume à celui qui mene le gros marteau.
- 314. Comme il fe rencontre des laitons qui font aigres & peu ducftiles, on les rend plus traitables en y mêlant de la mitraille de Flandre, qui adoucit les fontes des vieux cuivres. L’habileté des fondeurs conlifte à bien faire ce
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- mélange , & fur-tout à connaître le degré de chaleur qu’il faut donner à la fonte. Pour s’en rendre plus certains, iis prennent avec une cuiller une petite portion de métal en fufion , qu’ils verfent fur une pierre ; & quand cette couche mince eft refroidie,ils la battent à froid. Si elle rompt, ils continuent la fufion, ou ils y ajoutent un peu de mitraille de Flandre : car fi l’on donnait trop de chaleur, la partie métallique de la calamine , qui eft du zinc, fc diiîiperait, & il ne relierait plus qu’un métal aigre, qui fe romprait plutôt que de s’étendre.
- De la maniéré de fondre le cuivre rouge.
- 3rf. On pourrait fondre le cuivre rouge dans les fourneaux que nous avons décrits pour la fonte du cuivre jaune; mais comme le rouge eft beaucoup plus aifé à fondre que celui-ci, on emploie d’autres moyens dont nous allons parler.
- 31(5. Le cuivre rouge fe peut battre, & à chaud, & à froid. Il ne devient pas aigre & caftant comme le cuivre jaune ; ainfi il ferait très-difficile de le rompre en petits morceaux, comme nous avons dit qu’on faifait le cuivre jaune : ou fe contente donc de le rompre par grandes pièces , que l’on plie en différais fens fur une enclume ; ou bien , quand les pièces font minces , on les plie & replie pour qu’elles foient d’un volume propre à entrer dans les creufets. On peut encore les couper avec des cifaiUes.
- 317. Il y a en général deux maniérés de fondre le cuivre rouge.
- 318. Les uns le fondent dans des creufets, & avec des fourneaux à vent, élevés au-delfus du terrein , comme les forges ordinaires , au-deifous def. quelles il y a une cavité ou évent qui anime le feu fans le fecours des foufflets. On y met des creufets moins grands que ceux qu’on emploie pour le cuivre jaune. Ou ne coule point le cuivre rouge en table : comme il eft très-duélile, fur-tout quand il eft chaud , 011 l’étend fous le marteau pour le mettre en table ; ainfi quand le métal eft fondu, on le verfe dans de petits moules ou pots de terre de forme hémifphérique, & de grandeur proportionnée aux ouvrages qu’on veut faire; ils font ordinairement de la grofteur du poing.
- 319. L’autre maniéré de fondre le cuivre rouge eft plus commode : on ne fe fert point de creufets, parce qu’il y a au milieu du foyer, qui relfemble à une forge ordinaire , un enfoncement qui forme comme un grand creufet, dans lequel ori met à la fois la mitraille & le charbon ( 30 ). On borde cette
- (30) L’auteur paffe un peu légèrement opérations de la fonte, comme on la fait fur tous ces détails. Le mémoire fuivant en Allemagne. L’ufine repréfentée dans la fur la manufacture de M. Baffaneau, eft vignette , 'eft femblable à une forge de tout aufti fuperficiel. Reprenons ici les maréchal, mais un peu plus grande. Le four.
- cavité
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- LE CUIVRE EN LAITON;
- ïoç
- cavité avec des briques arrangées tout autour de la FofTe, & on anime le feu par des foufflets, qui quelquefois font mis en mouvement par un courant
- ïieau s’appelle en allemand Schmdzejje ; & l’enfoncement A, pratiqué au milieu du foyer, eft nommé Schrndzhcerd. On n’y met pas un creufet comme ceux qui font représentés dans la figure ; mais le creux eft revêtu d’une forte de plâtre fait de fable , de cendres & de terre-glaife. La bafe des foufflets doit être un peu inclinée vers le fond du creufet ; il faut qu’elle foit large & immédiatement attenante au corps du foufflet. Lorfque tous les préparatifs font faits & que l’on veut commencer à fondre, on commence par remplir l’enfoncement du foyer avec du charbon, & après y avoir mis le feu , on fait jouer les foufflets, Lorfqu’il eft bien allumé , on y jette encore un peu de •charbon neuf. Si le métal fe trouve trop découvert , on le recouvre avec de la poufliere de charbon. Si le feu s’eft enfoncé , on recharge un peu de cuivre , & par-deffus une couche de charbon. On répété la même chofe jufqu’à ce qu’on ait épuifé tout ce qu’on a de métal. On peut fondre foixante , quatre-vingt, cent, cent cinquante livres, félon la force & l’arrangement du fourneau. Pendant la fonte,l’ouvrier doit avoir foin de regarder fréquemment par latuyere, pour examiner l’état du métal en fufion. Suivant qu’il eft plus ou moins clair , il juge s’il faut mettre plus de charbon ou plus de cuivre, Si la fonte paraît claire & fort échauffée, il ajoute du métal & moins de charbon ; fi au contraire elle femble trouble , il augmente Ja quantité de charbon. Si l’on avait jeté dans le fourneau de groffes pièces de cuivre, il faudrait avoir foin de les foulever fréquemment avec une barre de fer, jufqu’à ce qu’elles fuffent fondues. Si la chofe eft praticable , il faut le partager en plufieurs morceaux , pour pouvoir le jeter dans le fourneau à dix ou douze reprifes.
- On met en fonte du vieux cuivre & du neuf. Le premier eft raffemblé par les chau-Tome VIL
- deronniers qui habitent dans! les villes ; on déduit le cinq pour cent pour déchet, & on le leur paie au poids comine neuf. Le cuivre neuf fe tire des mines comme il fort des fourneaux , en feuilles d’une certaine épaif-feur. Celui de Hongrie eft en barres. En Saxe on n’a pas befoin de tirer de l’étranger ; il y a beaucoup de mines dé ce métal dans la Thuringe , dans la Heffe, dans les montagnes de Saxe, à Rothenbourg, à Mans, feld. On en exporte annuellement une quantité très-confidérable. M. le profeffeur Vogel dit dans fonfyjlême de minéralogie, page ç i , que l’on fond chaque antlée dans le comté de Mannsfeld, dix-huit à vingt mille quintaux de cuivre. Les regiftres de l’ufine de Hettftadt, qui eft de beaucoup la plus confidérable , prouvent qu’une année dans l’autre, cela ne va pas tout-à-fait à fix mille quintaux ; quand on en tirerait trois mille dans d’autres établiffemens de moindre conféquence, on aurait à peu près la moitié de la quantité indiquée.
- Revenons à la fonte. Quand tout le cuivre eft fondu , tombé au fond du fourneau , & fuffifamment échauffé, on arrête les foufflets ; on enleve les charbons de deffus le métal avec un crochet de fer, & l’on découvre les fcories qui nagent fur le métal, en plus ou moins grande quantité , fuivant que le cuivre était plus ou moins pur. Le fondeur repouffe ces fcories avec fon cro*. chet, tandis que de l’autre main il plonge dans le métal en fufion une broche de fer froide. Le métal qui s’y^attache lui fert d’épreuve. Il le porte fur l’enclume pour voir s’il eft malléable. ïl répété plufieurs fois la même chofe , pour être plus fûr de fon expérience. Il examine aulfi la caffure. S’il ne fe trouve pas affez malléable , on retire le plus que l’on peut les fcories , on rejette les charbons enflammés par-deflus le métal, & on ranime les foufflets, pendant le tems S SS
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- d’eau. Amefure que le métal fe fond, il tombe au fond du creufet fous le charbon, où on le puife avec des cuillers , pour le verfer , foit dans les moules de terre dont nous venons de parler," foit dans d’autres moules, lorfqu’il eft queftion de faire des ouvrages qui exigent des formes particulières. Quand on veut faire des tables de cuivre rouge , on porte les culots qui ont été fondus dans les moules, & pendant qu’ils (ont encore fort chauds , avec des tenailles, fur des enclumes , pour les travailler.
- De la fàçon de battre & d'étendre la rofette ou cuivre rouge.
- 320. On a coutume do battre le laiton à bras, comme je l’ai déjà dit. Je ne fais pas quelle eft la raifon qui empêche qu’on ne le travaille fous les gros marteaux ou martinets, comme on le fait à Namur. On prétend que cette mitraille refondue eft trop aigre. A l’égard du cuivre rouge , on fait chauffer les culots moulés dans de petits pots ; & avant qu’ils foient refroidis, on les porte fur l’enclume avec des pinces: car, comme je l’ai déjà dit, le cuivre rouge fe peut battre à chaud & à froid. Seulement il s’écrouit; mais , pour lui rendre fa dudilité, il ne s’agit que de le recuire de tems en tems, comme on fait le cuivre : on le bat fous de gros marteaux que l’eau fait mouvoir. En conféquence , un ouvrier conduit la piece fur l’enclume & fous le marteau ; un autre ouvrier fait chauffer & recuire à la forge le cuivre forgé, & il le porte fur l’enclume. On chauffe ainfi & on bat à plufieurs reprifes jufqu’à ce que les pièces aient reçu l’étendue & la forme qui eft convenable pour l’ufage auquel elles font deftinées. C’eft le même arbre mu par l’eau, qui fait agir les foufflets.
- que le fondeur juge convenable. Après une fécondé, ou même une troifieme épreuve, fi le métal fe trouve dans fon point, on retire le refte des fcories, & l’on puife le métal. Cette opération fe fait avec de grandes cuillers de fer , en ail. Schmehlôffd, dont la forme reflemble afi’ez à celle d’une moitié de boule , à laquelle on a ajouté un goulot. Ces cuillers font enduites d’un mélange de fable, de terre-glaife & de cendres, afin qu’il ne s’y attache aucune particule métallique. On a foin de les faire chauffer avant de s’en fervir. Le vafe dans lequel on jette le métal, eft aufti de fer, mais plus fort & plu» grand que celui que l’on vient de décrire ,* il a pour l’ordinaire la forme d’une portion de fphere , on l’enduit intérieurement du
- mélange indiqué ci-deffus, & l’on n’oublie pas de le faire chauffer. Les Allemands appellent ee vafe Sdimehticgel. Après que le métal a été mis dans ce vaiffeau , on retire encore foigneufement ce qu’il refte de fcories , après quoi on le couvre pour empêcher l’air extérieur d’agir fur le métal en fufion. Une piece de métal ainfi fondue s’appelle ein Kartjiuck. Lorfqu’elle eft encore brûlante, on renverfe le creufet, on fait tomber avec un vieux balai la terre qui peut s’être attachée à la fuperficie. On le porte encore brûlant fous le marteau, auquel il préfente fa fuperficie convexe, & on le bat & l’étend tant qu’il conferve affez de chaleur.
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- LE CUIVRE EN LAITON. w
- 321. Comme M. Gallon a très-exaélement décrit le travail du cuivre fous les martinets , je ne m’étendrai pas davantage fur cette manœuvre.
- 322. Il y a à Ville-Dieu beaucoup de chauderonniers qui font toutes fortes d’ouvrages de chauderonnerie, tant en cuivre rouge qu’en cuivre jaune. Le cuivre rouge, au fortir du gros marteau, fe vend à peu près 32 fols la livre; le cuivre jaune, environ 3 fols de moins ; & les ouvrages de cuivre jaune travaillés, 40 fols la livre. Les machines font établies fur la petite riviere de Sienne, à une lieue de Ville-Dieu.
- Du potin.
- 32?. Parmi les mitrailles qu’on porte à Ville-Dieu, il fe trouve ce qu’on nomme dupotin: 011 appelle ainfi un mélange de cuivre jaune , de cuivre rouge & d’autres métaux, qui les altèrent & les aigriffent. Comme ce métal ne peut pas être étendu fous le marteau , ni à chaud, ni à froid, on le fépare foi-gneufement de la bonne mitraille ; on le fond à part, & on le coule dans des moules pour en faire des chandeliers, des mouchettes , & d’autres ouvrages de peu de conféquence , qu’on répare groffiérement à la lime. Comme la façon de faire les moules avec de la terre & du fable appartient à l’art du fondeur, je ne m’étendrai point ici fur cet article , non plus que fur les beaux ouvrages de fonte très-artiftement réparés , qui fe font dans ce même endroit, oùilfe trouve d’habiles ouvriers pour les exécuter.
- 324. On convertit de la rofette en laiton aux environs de Limoges. La rofette fe tire de Baigori & de Saint-Bel, & l’on y emploie de la calamine qu’on trouve dans le Limoulîn, au terroir d’Ayen. Comme on y fuit les mèmès procédés qu’à Namur , où letabliifement eft bien plus coniîdérable, je n’entrerai dans aucun détail fur cet objet.
- 325'. On voit fur la planche XFI, à la vignette ,fig. 9 , la machine qui fait jouer les marteaux ; fig. 10 , la partie de cette machine qui fait jouer les fouf-fiets > fig. 11, un billot de bois fur lequel on bat de tems en tems les tablettes, pour les dreifer ; fig. 12, les briques qu’on met en B ,/g. 2,3, pour augmenter la grandeur du fourneau -,fig. 1 3 , le grand creufet A, fig. 2,3 ; fig. 14, des pots de terre de différentes grandeurs, pour mouler le cuivre rouge.
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- ADDITION au travail du cuivre ; ou defcription de la manufaiïure de cuivre de M. Raffaneau, établie près (PEJfone. Par M. D u-hamel du Monceau.
- 2,26. 3LiE traité que nous venons de donner étant prefque achevé d’impn-nier, j’ai appris qu’il y avait près d’ElTone une manufacture où l’on travaillait îe cuivre pour le difpofer à faire tous les ouvrages dont les chauderonniers ont befoiu pour leur commerce. J’ai cru qu’avant de faire paraître l’art que nous, prefentons au public, il convenait de voir par moi-mème les travaux de cette,* manufacture, iltuée dans un endroit qu’on nomme le Moulin-Galant. M. Raf~ faneau, propriétaire de cette manufacture , m’ayant fait voir avec toute la politelfe polfible ce bel établiffement» j’y ai remarqué plulieurs induftries qui ne s’emploient ni à Namur , ni à Ville-Dieu. Comme on a vu précédemment; la defcription de ces belles manufactures, je m’étendrai peu fur celle-ci ; je: parlerai feulement des pratiques qui lui font particulières.
- 327. Cette manufacture eft divifée en trois pièces ; dans celle du milieu font les roues à aubes ; & aux deux ulines, dans chacune defquelles font trois, marteaux, deux fourneaux, dont l’un elt pour fondre , & l’autre pour recuire j, des cifailles , &c.
- 328' On ne travaille au Moulin-Galant que des rofettes du Lyonnais, qui viennent des mines de Saint-Bel & de Chelïi. Ce métal eft d’une excellente; qualité. On le fait fondre, comme à Ville-Dieu , dans un fourneau pèle - mêle avec du charbon de bois. On en tire le métal fondu avec une cuiller ; & après, avoir écumé les cralfes, on le coule dans des moules de cuivre qu’on a enduits en-dedans d’un peu de terre graife pétrie avec de la bouze de vache & pour que la fonte foit plus régulière, on met dans le moule deux onces de; plomb fur 120 à 130 livres de cuivre (3 1). Les fondeurs prétendent que cette: petite quantité de plomb rend le bain plus uni & le métal plus doux. Le-plomb mêlé avec le cuivre à raifon de huit ou dix par cent, fait un métal! fort aigre i apparemment qu’il n’en eft pas de même quand l’alliage eft de un& fur mille: car je fais que le cuivre qu’ils travaillent eft fort doux. (32)..
- (3 j) Sans doute que c’eft le poids d’une fonte; il aurait été bon de le dire.
- (32) 11 paraît qu’on ajoute du plomb, afin de diminuer la malléabilité du cuivre. La moindre portion de ce nierai fuffit pour produire cet effet. Dans les mines de Saxe ,
- on fait tout îe contraire; il faut employer-divers moyens pour dégager le cuivre delà trop grande quantité de plomb dont il eft chargé Les cuivres qu’on ùre de Saxe,, des endroits indiqués dans une note pré-' cédente, font beaucoup plus aigres que
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- 329.. Il eft rare qu’on ait à battre une aflez grande & une aflez épaifle tablé de cuivre pour y employer un gâteau entier ; c’eft pourquoi on le coupe par tranches , qu’on recoupe encore par morceaux plus petits.
- 330. Pour couper les gâteaux, on les fait rougir dans un grand feu de charbon de bois, animé par de grands foufflets : ce fourneau eft tout - à - fait fèmblable à celui dont a parlé ci-deffus, excepté qu’il n’y a pas de creufet pour recevoir le métal fondu (33). On met donc rougir un gâteau , 011 le retourne pluheurs fois ; & quand il eft bien rouge & bien chauffé jufqu’au centre, on le: porte, avec les tenailles fur l’enclume ; on fait jouer le gros marteau qui, en quelques coups , applanit l’endroit qu’on veut couper,. & un ouvrier pôle defliis une tranche: ce gros marteau , en frappant fur cette tranche, entame-le gâteau qui eft bientôt coupé. On coupe en premier lieu la tranche 1; puis la tranche 2 > enfuite la tranche 3 , &c. A mefure que ces tranches font coupées i un ouvrier les reporte au feu 5 & comme elles font encore très-chau-clés , elles font bientôt en état d’être recoupées par morceaux plus petits. On reporte ces morceaux au feu (34) 5 un ouvrier en prend un qu’il porte fur l’en-. elurne; il commence par rabattre les angles fous le gros marteau ; puis foifîf-font le morceau avec deux petites pinces, il l’applatit, en le tournant continuellement fur l'enclume & fous 1e. gros marteau , dont, le côté qui frappe eft;
- ceux de Hongrie , du Tyrol & d’ailleurs. Cela peut avoir fes avantages, fous certaines reftri&ions Dans les tréfileries, comme celle de Freyberg, où l’on fait les fils les plus menus, on ne peut point employer de ces cuivres aigres; il faut faire venir des cuivres de Hongrie ou du^Tyrol ; mais ces cuivres de Saxe font meilleurs pour les chau-deronniers , ainfi que l’affure un maître très-expert. Suivant lui , les cuivres de Hongrie & du Tyrol font trop doux; on a trop de peine à les faire paffer fous le -marteau fans les endommager.
- O *) Le fourneau doit être rétréci par en-haut , pour retenir & ralfembler l’aétivitc du feu & des foufflets’î au-deffous de la tuyere , il doit être affez profond pour: contenir tout le métal en fufion.
- (14'i On émoulfe à coups de marteau les angles trop faillans de ces morceaux de métal . on les paffe fur le côté plat ; & quelle que foit leur forme , ronds od quarrés , l’ouvrier fait les retourner de façon qu’ils,
- deviennent ronds fous le marteau. Lorfque-la piece eft refroidie , on la reporte dans le-fourneau , & l’on en tire une autre qui eft; rougie , pour la mettre fous le marteau. Or*, continue de même jufques à ce que les pla-, ques foient affez amincies pour pouvoir-être coupées par la cifaille. C’eft ce que les-: Allemands appellent in die Scheere Jchla-. gen. Les plaques s’appellent Scheibcn , lorf-qu’elles font rondes. Pour les couper, il: faut qu’elles foient affez chaudes pour qu’on ne puifl’e pas les manier fans pinces.. On examine enfuite foigneufement les deux furfaces, pour voir s’il n’y a ni efquilles, ni: pailles. Au cas qu’il s’y en trouve-, en les, enleve avec le plus grand foin fur l’en-, clume, avec un cifeaw ou d’autres inftru-. mens ; fi l’on néglige cette précaution , la, plaque manque par cet endroit C’eft pan la même raifon & pour le même but, qu$ l’on plonge la plaque de mctal dans d§. i’eau froide.
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- arrondi. Si l’on fe propofait de faire une table quarrée , on n’abattrait pas les angles ; mais après l’avoir réduite à peu près à fon épaiifeur, on la porterait fur l’enclume, dont la table eft bien drelfée, ainiî que le marteau qui eft plat. La table fe trouve planée alfez régulièrement fous ce marteau ; mais pendant qu’elle eft encore chaude , on la met fur une forte plaque de fonte fixée fur le plancher, & avec des marteaux à main on renfonce les boifes qui pourraient y être.
- 33r. Soit que les tables foient rondes ou quarrées,il les faut rogner. Cette opération fe fait à bras, parce qu’on ne rogne à la fois qu’une piece qui n’a pas ordinairement beaucoup d’épaiifeur.
- 332. La cifaille eft précifément comme celle qui eft repréfentée dans la fig. §. La branche A B, de cette cifaille, eft folidement aflujettiedans un gros billot de bois fcellé en terre ; la branche C D eft mobile : un ou deux ouvriers , fuivant la grofleur des pièces , préfentent chaque piece aux taillans de la cifaille : un , deux ou trois hommes , fuivant l’épaifleur du métal, appuient fur la branche D, & font agir le taillant mobile. Quand les pièces font rognées, fuivant les traits qu’on y a précédemment tracés , on les porte au magafiti, fi elles doivent refter plates (35) ; mais fi elles doivent être embouties ou creu-fées , comme celles pour les cafïerolles , les chauderons , &c. on prend la plus grande de toutes, fur laquelle onenmet fix, fept,huit, ou un plus grand nombre d’autres. La plus grande plaque fe nomme la mere, les autres les filles (3 6). On
- ($ ç) Lorfque les plaques ont été rognées, elles ne font pas prêtes à être vendues. C’eft alors feulement que l’on apperçoit l’inégale force de ces plaques, & l’on s’em-prelTe de la corriger. Au refte je ne parle ici que de ces plaques rondes dont on fait des chauderons, & je commence par avertir que l’on doit toujours faire rougir les plaques avant de les rebattre. Lorfqu’elles font fuffifamment chaudes, on les reporte fur l’enclume ; & c’eft ici que fe déploie l’habileté de l’ouvrier, qui tourne fa plaque de maniéré que les coups de marteau font plus ferrés, plus fréquens , vers les bords que dans le milieu , & par conféquent la plaque plus mince à mefure qu’elle approche de la périphérie. Cette épaiifeur varie félon la grandeur des chauderons. Dans les endroits où le métal eft trop fort, on bat la plaque de maniéré à s’étendre au-delà de la rondeur qu’on lui avait donnée
- en la'rognant ; on la porte donc de nouveau aux cifailles , 8c l’on répété la même chofe jufqu’à ce qu’on ait effacé toutes les inégalités. On pefe fréquemment les plaques pendant toutes ces opérations, afin qu’elles aient le poids convenable; & lorfqu’elles ont été fort amincies, on en réunit quatre ou cinq pour les porter enfemble fous le marteau. Toutes ces opérations s’appellent en allemand abbreiten.
- ($6) En Allemagne, une des plaques eft plus forte & plus grande que toutes les autres : plus forte , parce qu’elle eft placée en-dehors, & qu’à force de la réchauffer elle perd beaucoup de fes particules , qui fe brillent & tombent par écailles : plus grandes, parce qu’on replie le bord tout autour, pour tenir les autres plaques en réglé. Cette plaque eft nommée der juffer, la plaque extérieure. Sur cette première plaque on en met deux ou trois moins fortes, on les
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- ’les fait rougir; après quoi deux ouvriers les portent fur l’enclume. Un de ces ouvriers commence à relever les bords de la mere avec un petit marteau à main ; le gros marteau achevé d’applatir les bords qui ont été relevés , & qui fervent à aflujectir toutes les filles. On met rougir le paquet entier de ces pièces, & on le porte fur l’enclume à emboutir, dont la table eft inclinée à î’horifon. L’ouvrier étant aflis, & tenant le paquet avec deux pinces , fait frapper le marteau à emboutir , d’abord au milieu du paquet, enfuite vers les bords ; & en tournant continuellement ce paquet, il le creufe foiten rond, foit en ovale, félon qu’il le juge à propos. Mais comme il faut incliner plus ou moins ce paquet , & qu’il ne pourrait pas le gouverner avec ces deux pinces , il s’aide d’un chaflis de fer , qui eft à charnière dans le boulon, & qui vers le bout eft attaché par une corde qui palfe dans une poulie , & au bout de laquelle eft un étrier que l’ouvrier palfe dans un de fes pieds. Il eft évident que quand cet ouvrier appuie fur l’étrier, il éleve le chaflis ; & comme la pile d’ouvrage eft couchée fur le challis, il peut l’incliner plus ou moins fur l’enclume. Comme il y a des pièces plus o# moins grandes à emboutir, l’ouvrier fubftitue des chaflis plus petits lorfque les pièces font plus petites. On eft étonné de voir avec quelle promptitude fept ou huit pièces font embouties à la fois par ce gros marteau , qui leur donne la forme d’une calotte. Pour dégager ces pièces des plis faits à la mere pour les retenir, on coupe les bords de ce paquet ; mais comme il faut trancher une grande épaiifeur de cuivre, il ne ferait paspoflible de faire agir la cifaille à bras, telle que celle que nous avons décrite en parlant de la façon de rogner les tables Amples , du mémoire de M. Gallon. Pour faire mouvoir cette cifaille, on emploie à Namur un grand levier, auquel font appliqués cinq ou fix hommes : ici il n’en faut aucun pour faire agir la cifaille ; c’eft l’eau qui opéré cette force. On ajufte au même arbre qui fair jouer les marteaux, trois cames ou levéesE ,fig. I , qui en appuyantfur la branche mobile de la cifaille D, fup-pléent à la force de plufleurs hommes pour la faire baiifer, & fermer les lames qui coupent le cuivre. Ces cames font aufli baiifer la piece de bois F, qui roule fur le tourillon G, & élever le bout H. Quand la came a échappé la branche D de la cifaille , le poids de la partie H de la piece F H, releve la branche D ,&
- nomme Klammcrn. Enfin on en metjufques On fait chauffer tout le paquet, & on le à dix autres plus minces, ce font les pla- porte fous le marteau à emboutir. On le ques à battre, Schlagfcheiben, dont la fait d’abord frapper dans le milieu; mais derniere qui reçoit immédiatement les peu à peu l’ouvrier tourne fon paquet de coups de marteau , s’appelle der Schlàger. maniéré qu’il décrit une ligne fpirale du Toutes ces plaques renfermées dans le re- centre à la phériphérie. 11 faut avoir foin bord de la première , s’appellent ein Ge- d’entretenir le métal dans un degré de cha-Jpann. C’eft ici que commence le travail, 0 leur convenable,- car il fe durcit, & il cak appelle en allemand aufiiefen, emboutir, ferait à la fin fous le marteau.
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- ouvre la cifaille ; de forte qu’un feul homme peut rogner une pile de calferofle# ou de chauderons.
- 333- Quand une pile eft rognée, on tire & on fépare toutes les pièces qui la formaient ; & afin que le fond des chauderons ou calferolles foit moins arrondi, & prennent la figure qu’on veut leur donner, on les bat les uns après les autres avec le marteau de la figure 9 , fur une enclume plate , ou fur une creufée en gotutiere.
- 334. Pour tous les ouvrages qu’on fait fous les gros marteaux, il faut que ces marteaux frappent plus ou moins fort & plus ou moins vite. Pour y parvenir , un ouvrier éleve ou abailfe le levier qui répond à la vanne, & qui donne plus ou moins d’eau fur la roue : ce qui précipite ou ralentit le mouvement des marteaux (37).
- 3 3 y. On a foin de ramaffer dans Pattelier tous les fragmens de cuivre * mais comme il n’eft pas poffible qu’il n’en relie dans les ordures, & fur-tout dans les cralfes de la fonderie , pour ne rien perdre de ce métal, on pulvérife & on lave les cralfes. Pour cette opération , on ménage un petit courant d’eau, dans lequel on jette peu à peu les cralfes, qui font pilées dans leur palfage par un marteau qui agit lentement. Comme ce courant d’eau ne Goule pas rapidement, les cralfes légères font emportées parl’eau,&le métal relie dans un enfoncement delliné à les recevoir. Une manivelle que l’arbre fait tourner, fait mouvoir des foufRets par des renvois que nous ne décrirons point ici, parce qu’ils different peu de ceux que l’on voit dans les autres ulînes.
- 336* Outre deux atteliers pareils à celui que nous venons de décrire, & dans lefquels on travaille jour & nuit, il y a encore dans la manufacture de M. RafFaneau une forge, & un taillandier entretenu pour faire les étriers , les brides, les cames, &c. & pour réparer les outils. On y voitaulf des magalins où l’on dépofe les matières , & les ouvrages qui ont été travaillés.
- (3 7) En Allemagne, le poids moyen du marteau à emboutir pefe environ vingt-cm§ gros marteau efi: d’un quintal & demi ; le livres.
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- ADDITION tirés de P édition allemande.
- 3LA plupart de nos ledeurs verront avecplaifir les obfervations que j’ajoute. Elles renferment divers éclairciffemens qu’on ne pouvait pas commodément placer au-delfous'du texte* On a tâché de fuppléer , avec autant de brièveté qu’il a été poffible , à ce que M. Gallon aurait dû traiter plus au long.
- 337. On ne trouve pas le laiton dans les mines » c’eft l’art feul qui le produit.
- 338- Ce que l’on dit ici du laiton, n’eft pas moins vrai àn pinsbeck, du tombac, & du métal du prince Robert.
- 339. Tous ces métaux ne font autre chofe que des compofitions de2inc & de cuivre , ou d’autres mélanges analogues. Leur différence confifte dans la couleur & la malléabilité , qui déterminent aufli leur bonté. Ces qualités viennent de plulieurs caufes : i\ de la proportion des métaux entr’eux : 3°. de leur différente compofitrion : 3°. de leur pureté : 40. & enfin du degré defineffe que le cuivre tire du lieu où il a été produit.
- 340. On fait que le cuivre eft un métal de couleur rougeâtre , très-malléai ble flexible} mais moins cependant que l’or & l’argent. Après celui-ci,le cuivre eft le plus parfait des métaux} ou, pour^arler plus exactement, c’eft, de tous les métaux qui font détruits par le feu , celui qui réfiftele plus long-tems à fes atteintes. Il peut être forgé & étendu fous le marteau , à froid & à chaud j mais plus aifement à chaud. Si on le forge trop long-tems, il fe durcit, s’écaille & fe brife } on prévient cet inconvénient en le faifant rougir , ce qui lui rend fa première flexibilité. Il communique à la flamme une couleur verte, bleue, ou le plus fouvent compofée de ces deux couleurs. Il faut qu’il devienne blanc avant de commencer à fondre. C’eft de tous les métaux, excepté le fer, &de toutes les compofitions métalliques, celle qui fond le plus difficilement. Son poids excede de huit fois celui d’un égal volume d’eau. Le lieu où il a été produit, eft caufe de quelque diftérence dans la couleur & la malléabilité. C’eft ainfi que la couleur de nos cuivres d’Europe eft bien différent!? de celle des cuivres du Japon. Les cuivres du Tyrol, de Hongrie , &c. font ductiles , & l’on en fait des fils d’arcnal très-fin. La dueftilité de ces métaux égaleprefque celle de l’argent, comme le prouvent les galons faux que l’on fabrique avec des fils de cuivre. Les cuivres de Saxe,& d’autres endroits, quelque purs qu’on ait pu les rendre , n’ont point la même ductilité.
- 3 41. Le zinc eft un métal, ou plutôt un demi-métal, fuivànt la diftinefion de’quelques naturaliftes, de couleur blanche tirant fur le bleu. Il eft plus caflant que le fer, le cuivre ou l’étain 5 mais beaucoup plus malléable que le Tome FII. Ttt “
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- ART DE CONVERTIR
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- bifmuth, ou le régule d’antimoine. Il peut être traité au marteau, imaisfeulement quand il eft froid. On ne faurait le battre à chaud, parce qu’il entre en fulion dès qu’il commence à brunir au feu. Comme le cuivre eft de tous les métaux imparfaits celui qui réfifte le plus au feu , de même le zinc eft celui qui fe brûle le plus aifement. Quand on le fond dans un vaiiîèau ouvert, pour peu qu’on poulie le feu, il s’allume , & il fait une flamme bleuâtre qui dure tant qu’il reftela moindre particule métallique ; le feul moyen eft de le retirer du feu. Il s’en éleve une fumée qui s’attache aux parois du vafe ou du fourneau , tantôt comme une laine blanche & légère, tantôt comme une fubftance plus denfe, d’un blanc grifâtre: c’eft ce qu’on appelle fleurs de iinc. On lui donne différent noms, fuivant les circonstances fous lefquelles on l’en-vifage : tutie , cadmie , cadmie des fourneaux, &c. Si l’on en excepte les corps étrangers qui s’y mêlent accidentellement, tout cela n’eftautre chofe que de la chaux de fine, des cendres de fine, du fnc qui a perdu ce phlogiftique, qui lui donne fa qualité métallique. Si on l’expofe à un trop grand feu dans des vaifleaux fermés , où fon phlogiftique ne peut pas s’évaporer, il s’élève infenfîblement avec toute fa crafle , au haut du vafe. Il eft environ fix fois pluspefant qu’un égal volume d’eau. Il y a dans le commerce deux fortes de zinc, celui des Indes & celui de Goslar ; ce dernier n’eft pas à beaucoup près auiîi bon que le premier, parce qu’il eft chargé d’impuretés.
- 342. Telle eft la nature du cuivre & du zinc, dont le laiton &fes diver-fes efpeces font compofés avec différentes additions. Ce ne font que des mélanges ; car les deux métaux confervent leur nature , même après leur réunion, & ils peuvent être féparés l’un de l’autre. Dire que ce font des productions naturelles, c’eft une erreur.
- 343. La quantité de chaque métal qui entre dans la compofition , eft affez arbitraire. Rien ne nous gène à cet égard, excepté nos vues particulières, puifque les métaux fe confondent l’un avec l’autre fous toutes les proportions» Mais comme ils ne changent point pour cela de nature, le mélange approchera davantage, pour la fufibilité , la couleur , la du&ilité , du métal dont il contiendra le plus.
- 344. La compofition peut fe faire de deux maniérés différentes ; d’abord parla fimple ftifion : on mêle les deux ingrédiens dans un creufet.
- 345. Si l’on met dans le creufet cinq, fix, fept, ou huit parties de cuivre que-l’on fait bien rougir par l’adion des foufflets, & auquel on ajoute une partie de zinc, ce dernier métal met le cuivre plus tôt en fufion. Ils fe fondent l’un & l’autre, & ne forment qu’une feule maffe ; mais ils fe réunifient encore mieux, quand on leur aide en les remuant. Lorfqu’il eft refroidi, on obtient un métal qui approche plus ou moins delà couleur de l’or, qui s’étend un peu fous le marteau, mais feulement quand il eft froid. On l’appelle tombac. Je parlerai
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- plus bas d’une autre forte de tombac, qui vaut mieux que celle-ci.
- 346. Dans cette opération, on brûle toujours quelque partie du zinc. On prévient ce dommage en couvrant lafuperficie avec de la pierre à vin, du verre ou de la poufîierè de charbon. Si l’on a deffein de le jeter au moule pour lui donner une forme particulière , il faut avoir foin d’enlever très-exaéle-ment tout le charbon j pour peu qu’il s’en introduife dans le moule, lapiece aura un défaut.
- 347. Mettez environ deux parties de cuivre fur une de zinc, que vous ferez fondre comme je viens de le dire ; vous aurez ce qu’on appelle le tombac du prince. Robert. Il a quelquefois une très - belle couleur ; mais il fouffre le marteau beaucoup moins encore que le précédent.
- 348. La fécondé maniéré de faire ce mélange confîfte à unir le zinc au cuivre, fous la forme d’une vapeur. Nous avons vu que le zinc mis dans des vaiffeaux fermés, s’élève en vapeurs : ainfi divifé en particules très-fubtiles, il pénétré le cuivre dont les parties font dilatées, mais qui eft bien loin d’être réduit en fufion ; alors il s’infinue dans le plus intime du cuivre. Quoique la quantité relative de ces métaux & toutes les autres cireonftances foient les mêmes, il y a cependant une différence prodigieufe pour la couleur & la malléabilité. Nous en parlerons plus au long ci-après.
- 349. La pureté de la compofition peut être altérée par les matières étrangères qui fe trouvent dans le cuivre & dans le zinc, ou dans là matrice. Le cuivre eft fur-tout altéré par le plomb , qui donne à toutes ces compositions line couleur déplaçante. Elles font d’abord d’un blanc bleuâtre , enfuite elles tirent fur le noir, & elles font très-caffantes. Nous parlerons plus bas des autres caufes de ces variations ; j’ai déjà dit quelque chofe de la différence du cuivre, qui vient du lieu où il eft produit : peut-être en eft-il de même du zinc.
- 3 fo. Comme le zinc employé à la fabrication du laiton n’eft pas développé & féparé avant d’être mêlé avec le cuivre , mais que l’on mêle immédiatement le cuivre avec le zinc dans fa matrice, il en réfulte que la réunion fe fait à mefure que le zinc fe forme dans fon état naturel. Il importe donc de parler d’abord de la matrice du zinc.
- 3f 1. Jusques ici on a employé la calamine pour faire le laiton : on peut dire avec raifon qu’elle eft la meilleure & la plus riche matrice du zinc j mais ce n’eft point une mine de zinc, car ce métal n’eft pas minéralifé par le foufre. La calamine eft plutôt une terre qu’une pierre i elle ne parait jamais fous fa forme ordinaire. Sa couleur eft brune , ou d’un blanc, d’un brun, ou d’un gris jaunâtre. Il n’eft pasaufti pefant que le font les matrices un peu riches. En le jetant fur les charbons ardens, il donne une flamme verte i il en fort une fumée quij, lorfqu’elle s’attache quelque part, forme la tutie, dont j’ai
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- déjà parlé. On la trouve en plufieurs endroits, dans la Hongrie, la Pologne la Boheme, les Pays-Bas, &c. le plus fouvent en couches, quelquefois aufli en filons, fur-tout parmi les mines de plomb.
- 352. Les diverfes efpeces de blende, doivent être regardées comme des matrices de zinc. En Suede on fait du laiton avec la blende tout comme avec la calamine j & comme la blende fe trouve dans la plupart des mines de cuivre* il 11e faut pas être furpris de voir des {leurs de zinc dans les fourneaux où elles font fondues. '
- 3 >3. Les matières étrangères, qui peuvent fe trouver mêlées dans la calamine & qui en altèrent la pureté , font, i°. des pierres, des cailloux ; 2°. de l’arfenic, 3°. de la mine de plomb,40. de la terre ferrugineufe. La terre ou une argille commune, n’y fait aucun mal.
- 3Ï4- Comme lefoufre& l’arfenic font très-volatiles, on peut les écarter *u moyen d’un feu très-léger v & il ne faut pas manquer de prendre cette précaution, avant de l’employer à faire du laiton. Le foufre didbudrait une portion de cuivre proportionnée , qui ferait réduit en une efpece de feories ; le refte du cuivre deviendrait noir & altérerait la qualité du laiton. L’arfenic rendrait le laiton plus blane & plus caftant;. mais il faut procéder avec prudence à faire le grillage, autrement il fe perdra beaucoup de métal.
- 3Ï Ï- Le plo-mb 11e peut être enlevé que mécaniquement. Il faut écraler Ja calamine avant le grillage, en tirer aufîî bien qu’il fera poffible toutes les particules de plomb. Tout ce qu’il en refte fe confond avec le laiton. On a pu le voir dans les notes.
- 356. Le fer mérite aufîi d’ëtre confidéré avec quelque attention. La couleur de la calamine avant & encore plus après le grillage, en démontre fuffifàmment la préfence. Il eft vrai qu’on n’en a jamais pu tirer par toutes les épreuves ordinaires j mais les gens de l’art en fendront bientôt la raifon. Il femble qu’on devrait imiter les procédés de AL Klinghammer, fur les pierres du Carlsbad (*) y ils feraient bien plus propres à découvrir ce qu’on cherche. Quoi qu’il en foit » on voit que le fer fe lailfe d’autant moins féparer qu’il n’a rien de volatile 9 & qu’il eft répandu dans toute la rnaife en forme d’ochre. Alaisfil’on réfléchit fur toutes les folutions métalliques, & fur tout ce qui fe pade dans la fabrication du laiton, on n’a aucune raifon de douter qu’il 11e s’y mêle au moins quelques parties de fer. Ce n’eft pas ici le lieu de s’étendre beaucoup fur ce fujet; je me contenterai d’indiquer les principales raifons. i°. Le fer acquiert la qualité métallique , par la poufllere de charbon , en le faifant fimplement rougir. 2q. Le cuivre & le fier fe diflolvent l’un dans l’autre.
- (* ) M. Klinghammer a analyfé les eaux que l*on y trouve renferment du fer j dans de Carlsbad ; il a démontré que les pierres une dififertation publiées Drefrîe en in62,.
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- 3°. Il en eft de meme du zinc & du fer. 4*. Le fer eft divifé en particules très-déliées j enforte qu’il y a plufieurs points de contad. Au refte, fi l’on mêle un peu de fer avec le laiton, il devient caifant & pâle.
- Maniéré de tirer le %inc de la calamine,
- 3T7* On la fait griller fur un feu modéré, pour en faire évaporer les particules volatiles. Onia pulvérife enfuite très-exa&ement, après quoi 011 la mêle avec une quantité égale de pouffiere de charbon bien fine» Mettez le tout dans une retorte de Hefle ou de Waldenbourg, placez-la dans un fourneau à vent, & luttez-y un récipient plongé dans de l’eau froide. Commencez par un feu modéré, lequel vous augmenterez infenfiblement, jufqu’à ce que la retorte foit bien rougie. Continuez ce degré de feu quatre , iix, ou huit heures , fuivant la quantité de matière ; après quoi vous larderez refroidir le tout de foi-même. On trouve le zinc dans le récipient & dans le col de la retorte. On en peut favoir la quantité, fi l’on a eu foin de pefer la calamine.
- 3 T S- „Le zinc dans la matrice n’a point les qualités métalliques j il faut les lui donner par l’addition du phlogiftique ; fans cela, on nTen obtiendrait pas la moindre particule de métal. Ce phlogiftique fe trouve dans la pouffiere de charbons voilà pourquoi on l’y ajoute en fi grande quantité, en les pilant exactement enfemble. Dans des vaiifeaux ouverts, le zinc fe brûlerait bientôt» ou il fe volatiliferait. Dans des vaiifeaux fermés, il s’élève peu à peu comme une vapeur qui s’épaiftit dans le col de la retorte , où elle s’attache j ou bien elle fe précipite dans l’eau du récipient. Quand même la grande chaleur pouf, ferait lés vapeurs jufques dans le récipient , elles. 11’iraient pas plus loin & elles devraient s’y épaiffir.
- 3f9» Il eft aifé de voir que, par ce procédé, 011 obtiendra le zinc le plus pur. Le grillage en a diffipé toutes les particules volatiles : quoique le foufre ne lui fît point de mal, farfenic lui en aurait fait. Tous les autres métaux qui pourraient fe trouver dans la matrice, comme le plomb & le fer, 11e peuvent guere s’élever en vapeurs» Le zinc ne pourrait entraîner avec foi des particules métalliques , que lorfqu’il ferait aidé par un courant d’air : ou plutôt, cela n’arrive que lorfque la force des foufflets emporte avec violence les particules métalliques, enforte que l’on trouve fur les poutres tout à P entour des fourneaux , des petits grains de mine enlevés avant qu’il ait été, fondu» .
- 360. Le zinc de Goslar fe fait d’une autre maniere. Quoiqu’il n’y ait quant au fond aucune dififérencè effentielle, e'e rfeft qu’accidentellement que l’on obtient du zinc, en féparant le plomb de fa mine, qui-renferme beaucoup de blende. Pour fondée la mine de plomb, & lui communiquer les propriétés métalliques, on emploie beaucoup .de charbon* Le fond du fourneau eft cou-
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- vert en entier de pouffiere ; & c’eft ce qui donne aufli au zinc les propriétés d’un vrai métal. Mais comme il ne faurait foutenir un feu aufli violent, il fe volatilife. L’a&ion des foufflets, qui favorife cette volatilifation, porte une partie de ce métal contre la paroi antérieure du fourneau , qui eft moins épaiiîe, & par conféquent plus froide. On prend quelquefois la peine de î’arroferavec de l’eau. Au bas de ce mur antérieur eft un conduit de pierre, dans lequel le zinc fe ralfemble , & par où il va fe réunir dans un creux pratiqué hors du fourneau. Ce qui ne fort pas par là , en s’attachant aux parois du fourneau, forme les fleurs de zinc , ou la cadmie, des fourneaux, qu’on peut employer à faire le laiton.
- 361. Il eft impoffible que cette elpece de zinc foit aufli pure que celle dont nous avons parlé plus haut. La force des foufflets pouffe avec lui d’autres particules métalliques, en particulier celles du plomb ; ce qui enleve au zinc beaucoup de fa qualité.
- 362. J’ai vu des gens qui faifaient un grand ufage du zinc; ils avaient coutume de le fondre dans des vaiès de fer, à un feu doux; ils le remuaient fréquemment, ils y jetaient de la graifle , à laquelle ils mettaient le feu , en remuant toujours ; après quoi ils l’écumaient, penfant le dégager par là de tout le plomb qu’il contenait. Tout ce travail eft très-inutile ; quand 011 brûlerait tout le zinc, le plomb fubfifterait encore en entier. Le foufre ferait un moyen plus fur ; il ne diflout pas le zinc, mais bien le plomb & les autres métaux, & il les fait difparaître fous la forme de fcories. On pourrait aufli mettre le zinc dans une retorte avec de la pouffiere de charbon ; on le fublime-rait en pouffant le feu au degré convenable, & le plomb relierait au fond avec les autres métaux. Le zinc des Indes , qui eft fi pur, n’eft-il point purifié par l’une de ces deux méthodes?
- Tirer Le fine de fa matrice par le moyen du cuivre,
- 363. On procédé comme il a été dit ci-devant avec la calamine & la pouf-fiere de charbon. On humeéte ce mélange avec de l’eau pure , afin de pouvoir le comprimer fortement. On prend des plaques de cuivre, à peu près de même poids que la calamine, ou même un peu moins ; on les range par couches alternatives dans le creufet, enforte que la couche inférieure foit du mélange, &> la couche fupérieure du cuivre ; on recouvre le tout avec de la pouffiere de charbon. Le creufet eft fermé de fon couvercle: on le met dans le fourneau, & l’on pouffe le feu lentement jufqu’à ce que le creufet commence à rougir. On le laiffe dans cet état pendant quelques heures ou plus, fuivant que le creufet eft plus ou moins grand.Enfin, pendanr une demi-heure , 011 pouflè lej feu de maniéré à mettre enfufion un creufet rempli de
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- laiton. On examine avec une barre de fer, fi tout eft fondu. On remue fortement , pour que les grains de métal aillent au fond. Si la matière n’était pas tout-à-fait fondue, on poufferait encore le feu pendant quelque tems. On retire le creufet du feu, & l’on verfe le contenu dans un moule, ou on le laifle dans le creufet. De quelque maniéré qu’on s’y prenne, il faut laiffer refroidir le tout fans y toucher.
- 364. Par cette méthode, comme par la précédente, on tire le zinc de la calamine par le moyen de la poufîiere de charbon. Au lieu de s’élever dans le col de la retorte, il eft requ dans la fubftance du cuivre , dont les parties ont été dilatées par le feu ; & il devient plus fixe, fans qu’il s’en perde beaucoup. Q11 entretient le creufet dans un feu modéré qui n’eft pas capable de fondre le laiton, afin que le zinc ait le tems d’acquérir toutes les qualités métalliques, & de pénétrer dans le cuivre, fans que ce métal entre en fufion. S’il venait à fe fondre , une grande partie irait au fond , & il fe perdrait plus ou moins de zinc. Quoique le cuivre fonde difficilement, il devient cependant plus fufible, félon qu’il s’y eft réuni plus ou moins de zinc. On pouffe le feu vers la fin , pour que tout le métal ne forme plus qu’une feule maffe.
- 36f. J’ai dit qu’il faut prendre du cuivre en plaques, parce qu’il eft bon de donner à ce métal le plus de furface qu’il eft poilible. Quand il eft en gros morceaux, comme cela arrive fouvent quand on veut procéder en grand, il fe perd beaucoup de zinc : mais il faudrait trop de tems pour le réduire tout en plaques , lorfqu’il s’agit d’une quantité eonfidérable. Pour réduire le cuivre en grains , l’opération n’eft pas auffi dangereufe qu’on le penfe: elle réuffit à merveille, pourvu qu’on verfe le cuivre dans l’eau. On perce quelques petits trous dans le fond.d’un creufet noir, on le fait bien rougir & on le place dans un vafe rempli d’eau, que l’on peut remuer çirculairement avec un bâton : il eft bon que le vafe puiffe être couvert. Dans le creufet rougi, on verfe doucement le cuivre fondu ; l’agitation & la fraîcheur de l’eau le divifent en petits grains.
- 366. Je reviens au métal fondu & refroidi dont j’ai parlé ci-deffus. On en fait l’épreuve relativement à trois qualités , au poids , à la couleur & à la malléabilité.
- 367. En pefant ce que contient le creufet & en fouftraifant le poids du cuivre, l’excédant eft l’augmentation. J’expliquerai ceci par un exemple, en tirant les dofes de l’ouvrage de M. Gallon. Mais il faudrait avoir un poids corrigé. Le quintal docimaftique, quinepefe ordinairement qu’une dragme, eft beaucoup trop petit. Que fi l’on trouve trop incommode d’en faire établir un autre , on peut prendre au lieu de la livre, la demi-once ou la dragme. Prenons le dernier. Si j’avais pris quarante dragmes de calamine, telle qu’on l’emploie à Namur, & trente-cinq dragmes de cuivre, j’aurais eu cinquante
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- ou cinquante - deux dragmes de laiton : ce qui fait de quinze à dix - fept dragmes d’augmentation, ou 43 à 48 pour 100.
- 368* On examine en fécond lieu comment le métal s’étend au marteau. Il ne faut le battre qu’à froid. On le palfe d’abord fous un marteau à main; 011 le fait rougir, & on le lailfe refroidir fans le battre; on le paife enfuite au marteau , un peu plus fort que la première fois : on le fait rougir de nouveau, & l’on continue à éprouver fa malléabilité : on voit s’il s’écaille, s’il calfe, ou s’il s’étend facilement. On juge par là de fa qualité.
- 369. La malléabilité du laiton paraît par les ouvrages que l’on en fabrique. L’augmentation du zinc va prefqu’au tiers. Dans les premiers procédés , nous avons vu qu’on mêle le tiers du zinc avec le cuivre, mais feulement par la fufion. Cependant quelle différence n’y obferve-t-on pas ? Et la feuie’caufe de cette différence, c’eft la maniéré dont ces deux ingrédiens font mêlés.
- 370. Quand il fe trouve du plomb ou de la terre ferrugineufe mêlée avec la calamine , ces fubftances étrangères altèrent le laiton & le détériorent fans reffource. Ces métaux fondus enfemble, ne forment qu’une feule & même maile.
- 371. On ne peut examiner la couleur du laiton qu’à l’œil, & en la comparant avec d’autres. Elle varie félon la quantité de zinc, félon fa pureté, &: félon les matières étrangères qui ont altéré les mélanges, aiiill bien que félon la nature du cuivre employé.
- 372. J’ai fuppofé que j’avais devant moi de la calamine deNamur; j’ai pris de même les proportions de la fonte , en omettant feulement la mitraille. Mais premièrement la qualité de la calamine peut varier, de meme que les proportions de la fonte. Si je n’avais, par exemple, que trente dragmes de cette même calamine fur trente-cinq dragmes de cuivre, j’aurais un quart moins d’augmentation ; & le produit en laiton approcherait davantage, & dans la même proportion, de la fluidité, de la malléabilité & de la couleur du cuivre. Ce qui eft vrai de la quantité de la calamine, peut être vrai auiïi de fa qualité.
- 373. Ce que nous avons dit de la calamine, peut s’appliquer en grande partie à la blende * à la tutie , 8c à la cadmie de fourneau.
- Faire du tombac façon de laiton.
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- 374. Ce que nous avons dit ci-deifus, doit faire comprendre q-u’on aura du tombac-a-u lieu de laiton, fl l’on diminue la dofe de la calamine, en fuivant d’ailleurs tous les procédés indiqués pour faire le laiton. Cette forte de tombac eft beaucoup plus malléable que celui qui 1e fait par la (impie fuflon, quoiqu’il renferme une plus grande quantité de zinc. Il eft même plus malléable
- que
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- que le laiton, parce qu’il approche davantage du cuivre. Dans les manufactures de laiton appartenant à l’électeur de Saxe, on fait de ce tombac qui quelquefois eft beau, mais qui porte quelquefois les marques du plomb. Il eft impoffible que les matières étrangères qui fe trouvent dans la calamine, & qui altèrent le laiton, ne faffent pas le même effet furie tombac, dont la fabrication eft la même.
- 37T On peut éviter cet inconvénient, en fuivant tous les procédés énoncés au §. 363 & fuiv. excepté qu’on n’augmente pas le feu à la fin de l’opération, afin que le cuivre pénétré par le zinc ne fe fonde pas. Après qu’il eft refroidi, on retire les plaques , ou les grains, pour les fondre à part, en couvrant la fuperficie avec de la pouffiere de charbon. Si le cuivre eft pur, on obtient un tombac fin & malléable, dont la couleur fera plus rouge ou plus jaune, félon qu’il y fera entré plus ou moins de zinc.
- 376. Si l’on fait fondre une partie de cuivre pur avec deux parties de laiton fin, ou les deux ingrédiens en quantité égale, on aura du tombac de bonne qualité.
- 377. On fabrique une forte de galons faux, qui font fi beaux qu’on les croirait fur-dorés, non feulement quand ils font neufs , mais même après avoir été portés. Tout l’art coniifte à changer en tombac la furface du cuivre. La chofe mérite d’ètrc expliquée en peu de mots.
- 378. On fond le cuivre en lingots, on le forge, on le lime , & en le faifant paffer dans les plus grands trous de la filiere , 011 en tire une barre d’environ deux pieds de France, épaiffe d’un bon pouce, & d’une force égale d’un bout à i’autre. Une des extrémités eft en pointe j l’autre qui a paffé la première à la filiere, eft plus longue & quarrée. On a une caiffe de fer* percée d’un trou par fes deux bouts, & dont la longueur eft telle que la barre étant placée dedans , fes deux extrémités fortentpar les trous. Cette caiffe eft placée dans un fourneau de maniéré qu’elle foit enveloppée de toutes parts par le feu. Le fond de la cailfe eft couvert d’une quantité fuffifante de zinc, à quelques pouces de diftance de la barre : toute la caiffe eft exactement fermée. Ou a foin de limer très-proprement la barre dans toute fa longueur. Si l’on a été pbligé de la faire paffer au feu pour la tirer à la filiere, on lui donne une leffive, dont il a été parlé dans les notes.
- 379. Après tous ces préparatifs -, on pouffe le feu dans le fourneau, juf-qu’à ce que tout foit rougi. Le zinc s’élève infenfiblement comme une vapeur, & rencontrant la furface de la barre de cuivre , qui a été amollie & préparée parle feu, il la pénétré. Pour que la vapeur s’infinuc également par-tout, on a adapté.une manivelle au bout de la barre , par le moyen de laquelle on la fait tourner d’uti mouvement égal. L’opération réuffit encore mieux quand la,furface dü zinc eft recouverte ay.e'ç d&Ja pouffiere de charbon.
- Tome, VIL " V Y v
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- 380. Ce procédé change la furface de la barre de cuivre en un très-beau tombac. On voit ici mieux que par-tout ailleurs ce que peuvent, pour la beauté & la malléabilité, la pureté des deux métaux, la fineffe naturelle du cuivre, & la maniéré de les réunir. On a Tuffifamment développé ces divers objets dans les notes, & dans cette dilTertation.
- 381 • Lepinsbeck eft très-malléable, & d’une fi belle couleur qu’on a de la. peine de le diftinguer à l’œil, du cuivre allié avec l’or. Cependant le pinsbeck îî’eftautre chofe qu’un tombac très-fin, compofé de beau cuivre bien pur & de zinc bien épuré.
- 382. Pour faire le pinsbeck, 011 fuit bien des procédés , dont les uns font inutiles & les autres nuifibles. Si l’on veut réuffir, il faut fe procurer de la tutie bien pure, du verd-de-gris & de la graiffe. Prenez une partie de tutie, huit jufqu’à douze parties de verd-de-gris i mêlez ces deux ingrédiens, & faites-en avec de l’huile une pâte que vous mettrez dans un creufet de Heffe, en la preffant fortement. Placez le creufet dans un fourneau à vent, & donnez d’abord un feu doux, jufqu’à ce que la flamme cefle de s’élever hors du creufet y couvrez-le alors, continuez un feu doux, que vous poufferez enfuite, pour mettre les métaux en fufion. Pour hâter cet effet, on peut y jeter un peu de tartre. Quand tout eft fondu, on verfe de la matière, & l’on trouve du pinsbeck tirant plus ou moins fur le jaune, ou fur le rouge, fuivant la quantité de tutie.
- 383- Le verd-de-gris n’eft , comme l’on fait, que du cuivre diffous parle vinaigre ou un acide végétal quelconque. La graille fournit le phlogiftique. Le feu du fourneau tire le zinc de là tutie, elle l’introduit dans le cuivre comme une vapeur. Enfin la fufion réunit les métaux, & en fépare les matières hétérogènes.
- 384- La cherté du verd-de-gris augmente confidérablement le prix du pinsbeck. Mais qui ne voit, par ce que nous avons dit , que l’on pourrait faire d’aufîibeau pinsbeck fans verd-de-gris ? Que manque-t-il, par exemple, à ces galons dont nous avons parlé ci-deffus ? Cette compofition ferait auifi belle que celle du pinsbeck, fi elle avait une couleur plus rouge ; & rien ne ferait plus facile que de la lui communiquer. O11 n’a pas voulu que les galons euflent cette couleur ; on cherchait à les rendre femblables à l’or de ducat, comme par le pinsbeck on veut imiter un alliage de cuivre & d’or.
- 385- Quelqu’un a dit, je crois que c’eft Homberg, que par l’amalgame & la fimple digeftion on peut avec le vif-argent donner au cuivre une couleur d’or. Orfchall avance même dans fon ouvrage intitulé , Wunderdrey, que par ce procédé le cuivre tenait de l’or. Mais je puis aflurer, après un grand nombre d’expériences , que l’un & l’autre de ces auteurs fe font trompés,: 011 n’obtient que du cuivre malléable. Sans doute qu’Homberg s’eft laiffé tromper par la furface extérieure du cuivre, qui eft quelquefois
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- belle que de l’or ; mais dès qu’on y porte la lime, la couleur ordinaire du cuivre fe montre à découvert.
- 386. J’ai déjà dit que le laiton ne peut pas être forgé quand il eft rougi par le feu ; cela eft vrai de toutes lés compofitions du même genre s elles font moins du&iles à mefure qu’il y a plus de zinc. Si le cuivre eft facile à forger quand il eft chaud , plus encore que quand il eft refroidi, la raifon en eft bien iènfible : le zinc entre en fuiion dès qu’il, commence à rougir ; & comme il conferve fa nature lorfqu’il eft mêlé avec le cuivre, le laiton rougi n’eft qu’une malfe Ipongieufe & percée de trous remplis d’un fluide qui eft le zinc fondu. Mais les fluides ne fe compriment pas aifément, beaucoup moins encore peuvent-ils être étendus au marteau ; dès qu’on les preffe, ils cherchent à s’échapper. Ainfi , lorfqu’on frappe fur le laiton, le tiflu du cuivre fe brife.
- 387. Il n’y a pas fi long-tems que l’on croyait encore que la calamine entrait dans le cuivre comme une terre. M. Gallon n’eft pas éloigné de cette' opinion *. cependant il ne pafle rien de la calamine dans le cuivre que ce qui contenait les qualités métalliques développées parle phlogiftique.
- 388* Le laiton mérite à divers égards la préférence fur le cuivre. En premier lieu on peut le donner à quelque chofe meilleur marché, parce que l’augmentation que la calamine donne au cuivre excede les frais de fabrication. Le laiton eft plus durable que le cuivre : il fe laiffe plus aifément travailler à la lime, & au tour j il prend un plus beau poli & le conferve plus long-tems. Tout cela eft vrai des autres compofitions dont nous avons parlé , à l’exception de la première : elles ont toutes une plus belle apparence que le cuivre. Si, après les avoir polies, on les fait chauffer fur des charbons, autant qu’il le faudrait pour faire fondre le plomb, cela rehauffe la couleur. Pour les pièces de vaiffelle de cuifine, le laiton s’étame aufli bien que le cuivre : on peut aufli l’argenter & le dorer} & cette derniere opération coûte beaucoup moins que pour le cuivre. Soit qu’on la faffe à froid, ou avec le vif-argent, on couvre avec la même quantité d’or une beaucoup plus grande furface de laiton que de cuivre.
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- V v v ij
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- ART DE CONVERTIR
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- EXPLICATION des figures des planches relatives au mémoire de AI. Gallon, fur la converfion du cuivre rouge ou rofette , en cuivre jaune gu laiton.
- C^OMME toutes ces figures ont été déjà exactement expliquées dans le mémoire de M. Gallon, je n’en donnerai ici qu’une explication très-abrégée.
- Nota. On a réuni deux planches fur une même feuille , mais on a eu foin de conferver exactement les cottes de l’auteur.
- Planche I. Carte du territoire où efl établie la manufacture décrite par M. Gallon.
- Planche IL Figure i. Pile de bois & de calamine, où ce minéral doit être rôti. ABC, élévation : F G, plan de cette pile.
- Figures 2,3 6* 4. Maniéré de pulvérifer la calamine avec des meules tournantes I L, mues par un cheval : P , endroit où l’on met le minéral : O, ouvrier qui pouffe le minéral fous les meules.
- Figures f , 6 & 7. Efpece de bluteau pour tamifer la calamine après qu’elle a.été pulvérifée.
- Planches III & IV. Attelier où l’on fond la rofette avec la calamine, & dans lequel on jette en moule le laiton pour en faire des tables.
- La figure 1 de la planche IV fait voir le plan du tout: ABC, le fourneau enfoncé en terre & qui contient huit creufets : G H, endroits où l’on écume les creufets: IKL , moules de pierre dans lefquels on coule la calamine: N> roue dont l’axe eft un treuil qui fert à lever la pierre fupéricure du moule.
- Toutes ces chofes font repréfentées en élévation & en perfpedive fur la planche III; on y voit aulïi les ouvriers en aClion. Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets.
- La figure 2 de la planche IV, eft la coupe verticale du même attelier; on y voit la coupe du fourneau C, du trou G , d’un des moules L , du moulinet O, de la roue & du treuil N , de la cifailîe P , &c.
- Planches V & VI. On a reprélenté fur ces deux planches ce qui concerne le fourneau de fufion , definie n’!us en grand & avec des détails. A ^ les creufets : B , C , D , E, F , G, H , O, M , &c. tenailles , fourgons, crochets, dont il eft parlé dans le mémoire : P , Çf, R , efpece de tour pour faire les creufets : V» X, Y, vaiifeaux pour tranfporter les matières : Z , brouette.
- Les figures de la planche VI, font voir dans le plus grand détail la dilpofi» tion & la conftruétion des fourneaux où l’on fond le cuivre & la calamine.
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- Planches PII & PIII. Sur la planche PII on voit >fig. I , des profils préfen-tés fous dftférens points de vue , du moule où l’on coule le laiton.
- La figure 4 contient le développement des pièces dont la réunion forme le moule.
- On voit, figure 2, des ouvriers en aCtion, qui dreflent & qui décraflent les pierres qui forment la partie principale du moule.
- On a repréfenté dans la figure 3 , comment on fait agir la cifaille quifert à couper les tables de laiton.
- La planche PIII repréfente le plan de l’attelier où l’on bat le laiton fous les gros marteaux ou martinets.
- Planches IX & X. On voit fur h planche IX une coupe de l’attelier où l’on bat le cuivre.
- Sur la planche X, figure 1, une coupe delà même ufine, prife fur un autre feus.
- Les figures 2,3 & 4 repréfentent des parties détachées de cette même ufine, qui font repréfentées en peripective ; & les ouvriers en travail, fur la figure 5 de la même planche.
- Planches XI & XII. La planche XI, fi g, 1 , fait voir comment on tourne les chauderons après qu’ils ont été emboutis.
- L’ouvrier ,7%; 2 , coupe le cuivre par lames étroites pour le difpofer à être palfé à la filiere.
- Sur la planche XII, on voit une coupe & un profil de la tréfilerie : cet atte-lier eft formé de deux étages. Tout ce qui eft compris dans cette planche eft repréfenté d’une façon plus fenfible fur les planches iuivantes.
- Planche XUL\jbfig. i repréfente la partie de cette ufine qui occupe le rez» de-chauifée ; & la fig- 2, ce qui eft établi dans le premier étage.
- Planches XIP & XP. Ces planches repréfentent des parties détachées de la tréfilerie , dellinées plus en grand, & qui font abfolument nécelîaires pour l’intelligence des figures qui font fur les planches précédentes. La fig. 2 ,planche XIP, & la fig. 5 ,planche XP, font fur-tout très-propres à faire comprend dre la relation qu’il y a entre les parties de la tréfilerie qui font établies au xez-de-chauftée , & celles du premier étage.
- Planche XPI, figure i, Fourneau de fufion , pour le cuivre rouge de la manufacture de Ville-Dieu , avec le fouftiet qui anime le feu: on fond quel» quefois le métal dans pluficurs creufets, d’autres fois on met le métal pêle-mêle avec du charbon de bois dans un feul grand creuiet : quand il eft fondu, on le puife avec une cuiller pour le verfer dans de petits moules de terre.
- Figure Ouvrier qui porte un culot de cuivre fondu, & encore tout rouge j fur l’enclume du gros marteau.
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- ART DE CONTER TIR
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- Figure g. Ouvrier qui conduit une pièce de cuivre qui doit être applatie fur l’enclume & fous le gros marteau.
- La figure 9 repréfente la roue à aubes, fon arbre, garni de cames, le gros marteau & l’enclume.
- Figure 11. Enclume & fon billot.
- Bas de la planche.
- Figure 1. Conftru&ion du fourneau bâti & enfoncé en terre, comme il etë oonftruit à la fabrique de Ville-Dieu.
- Figure 2. Couvercle du même fourneau.
- Figure 3,4 6* f. Coupes du même fourneau.
- Figure 6. Moule placé dans l’alfemblage de charpente qui fert à le tenir en réglé & à le mouvoir.
- Figure 7. Pierre fupérieure du moule, relevée furie champ , pour pouvoir retirer le table de cuivre.
- Figure 8. Forte cifaille que l’eau fait agir. A B, branche fixe de la cifaille : C D, branche mobile : les cames E, en appuyant fur cette branche , font fermer la cifaille, & en même tems elles font bailler la partie F de la piece de bois F H » qui roule fur le tourillon G j de forte que la partie H s’élève quand la partie F bailfe : mais quand la came a échappé la branche D de la cifaille , la partie H retombe par fon poids , éleve la branche D, & ouvre la cifaille.
- Figure 9. Marteau qu’on mene à la main ,pour perfectionner le fond des chauderons & des eaflerolles, qu’on travaille aiTez fouvent fur une enclume en gouttière.
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- LE C ü I F R E EN LAITON.
- <- —i =^_J^ êgÇ... ......«
- TABLE DES MATIERESf
- fê? explication de plufleurs termes d’art, qui font en ufage, ou à Namur ou à Fille-Dieu„
- A
- A-R£0, en allemand Rr'àtze grenailles de cuivre qu’on tire des écumes & des craffes du cuivre fondu.
- Arene, en ail. llàfche, canal pratiqué dans les mines pour faciliter les épuifemens.
- Argue, en allem. Drathmnde, forte machine dont les tireurs d’or fe fervent pour dégroffir un lingot de métal , pour le faire enfuite paffer par de greffes filières.
- Attrape , pince coudée»
- B
- Banne , en ail. Kohlenfuhre : c’eft une voiture jaugée, qui contient dix-huit queues de charbon.
- Bourriquet, en ail. Banck, efpece de banc qui fert à foutenir les branches des tenailles.
- Braisine , en ail. Ueberzttg', on appelle ainfi à Ville-Dieu un mélange d’argille & de fiente de vache, dont on enduit les pierres des moules.
- Bures , en ail. Scbachte, puits pratiqués dans les mines, pour l’extraction de la calamine, & pour les épuifemens, & encore pour donner de l’air aux travailleurs. On nomme ceux ci bures à’airage, en ail. WeU terfchàchtc.
- C
- Caillou. Voyez tioul.
- Cave , en ail. erfofnes Gruben-gehaude. Les mineurs nomment ainfi une mine fubmergée.
- Chasses , en ail. Streeken, galeries
- fouterreines, que l’on pratique pour Pextraétion de la calamine.
- Cisailles , en allem. greffe Seheeren, grands.ciîenux à deux branches , qui fervent pour couper les métaux.
- Cure , en ail. die Kur. On appelle ainfi à Ville-Dieu une opération qui con-fifte à couvrir l’intérieur des moules avec de la fiente de vache , qu’on étend avec un balai.
- E
- Egougeoires, en ail. Sehmndgruben, crevaffes par lefquelles l’eau des mines fe perd dans les terres.
- Etau , en ali. Stùckchen : on nomme ainfi dans lestréfileries unepiece de bois fur laquelle on lime ou l’on martele le bout du fil, pour le faire entrer dans la filiere. C’eft Yétibau des épingliers.
- EtNET ou ETNETTE , Cil ail. Zange J, forte de pince. Il y en a de droites & de coudées,
- F
- Fourrure , en ail. ein Stock, Gefick $ on appelle ainfi une pyramide de chauderons qui entrent les-unsdans les autres 11 y a de ces pyramides qui contiennent trois ou quatre cents chauderons.
- H
- Havet , en ail. Haken, outil de fer ter« miné en forme de crochet.
- J
- JoiNTÉe, en allem. eine Geifpeh une pointée eft ce qu’on peut tenir dans
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- ART DE CONVERTIR
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- les deux mains rapprochées l’une de l’autre , de façon que les deux petits doigts fe touchent.
- L
- Laiton , en ail. MeJJîng, fynonyme de cuivre jaune.
- Lissoir, en ail. Gerbjlahl, Polirjlahl, outil de fer qui fert à polir les ouvrages de chauderonnerie, aux endroits où il y a des moulures.
- P
- Plates, en ail. Flattent on appelle ainfi les planches de cuivre bien dreffées, & mifes d’une égale épaif-feur dans toute leur étendue.
- Polichinel, enallem. Schürhacken, elpece de palette recourbée.
- Pouppe , en ail. B 'cillchsn, Puppe, peloton de mitraille ralfemblée en forme de boule , pour la mettre dans les creufets. A Namur, une pouppe pefe environ quatre livres.
- R
- Rosette , en ail. Kupfer , fynonyme de cuivre rouge.
- Spiure DE HOUILLE , en ail. Erdkohlen Staub ; on appelle ainfi la poufiiere du charbon de terre.
- T
- Talc , en ail. Teilg : on nomme ainfi
- à Namur du fuif de Mofcovie , qui fert à grailfer le fil avant de le faire paifer par la fiîiere.
- Tenailles , en ail. Zangen ; les tenailles doubles fervent à tranfporter les creufets.
- Tilla , en allem. Thonriegel, les fondeurs nomment ainfi uneefpecede brique faite de terre à creufet.
- Tioul , en ail. Rühreifen , piece de fer applati, & emmanché de buis comme un cifeau de menuifier. Cet outil fert à écumer le métal fondu. Tréfilerie , ou Tirefilerie, ou Trifilerie , en ail. Drathhammer»
- . Drathmühle, Drathzieherey , machine pour tirer le laiton à la filiere.
- Tutie, en ail. Ofengalmey, Hiitten-nichts\ c’efb la fubümation qui fe fait du cuivre jaune quand on le fond > ik qui s’attache à l’intérieur des fourneaux. C’eften grande partie des fleurs de zinc.
- U
- Usine, en allem. Hammer, Hammer-ivercke ; on appelle ainfi , dans l’exploitation des mines, une machine qui fait jouer un certain nombre de marteaux pour battre le cuivre..
- ADDITION.
- 3ÜS* o u s avons dit que la converfion du cuivre rouge en cuivre jaune au moyen de la calamine, était produite , au moins en grande partie, par le zinc qui fe trouve dans la calamine ; au fil c’eftavec le zinc que l’on parvient à donner au cuivre rouge une couleur très-approchante de celle de l’or : ce métal compofé eft connu fous le nom de tombac. Nous ne nous étendrons point fur cet alliage ; il nous fufïîra de renvoyer à un mémoire de M. Geoffroy, qui eft imprimé dans le volume de l’académie royale des fciences de l’année 1725.
- Fin de Part de convenir le cuivre rouge en laiton.
- ART
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- ART
- DE L’ÉPINGLIER,
- Par M. de Reaumur; avec des additions de M. Duhamel du Monceau , & des remarques extraites des mémoires de M. Perronet , infpeéteur-général des ponts & chauffées.
- Tome VIL
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- B E L’ÉPINGLïER. (O
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- INTRODUCTION; par AI. Duhamel (*}.
- X. v/N fait en général, que les épingles font des bouts de fil de métal, pointus par un bout, & garnis d’une tète à l’autre bout, & que leur ufage eft d’attacher de la toile ou d’autres étoffes fans les endommager, de façon qu’on puiife fur-le-champ , & en tirant l’épingle , déployer l’étoffe & la rattacher de nouveau: les femmes en font une grande confommatioil, fur-tout pour leurs coëffures.
- 2. II.n’y a perfonne qui ne fo.it étonné du bas prix des épingles ; mais la furprife augmentera fans doute quand on fàura combien de différentes opérations 5 la plupart fort délicates, font indilpenfablement néceifaires pour faire une bonne épingle. Nous allons parcourir en peu de mots ces opérations, pour faire naître l’envie d’en connaître les détails ; cette énumération nous fournira autant d’articles qui feront la diviiion de ce travail.
- 3. i\ Comme le fl de laiton fe vend en botte aux épingliers, il fe trouve
- (ïfL’art de l’épinglier eft un des premiers qui ait été donné par l’académie. Il fait partie du premier volume de la traduction allemande, publiée en 1762 , avec les notes de M. de Jufti.
- (?) On n’a trouvé dans le dépôt de l’académie , qu’un fitnple projet de mémoire fur Yepinglier , fait par M. de Reaumur, & trois planches gravées, mais fans lettres de renvoi & fans explication des figures, M. Duhamel, qui s’eft chargé de mettre ce
- mémoire en état d’étre imprimé, y a fait encore graver trois nouvelles planches (2). M, Perronet a fourni auffi plufieurs articles qui enrichilTent cette defeription. On a cru devoir indiquer ce qui appartient à chacun de ces auteurs, en mettant leur nom à la fin des articles qu’ils ont fournis.
- (2) Ces planches , chargées de détails inutiles, & deflinées avec luxe, fe trouvent ici réduites à une feule, fans que cettç économie nuife à la clarté du difeours.
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- rarement de la grofleur que doivent avoir les épingles : il eft donc néceflaire de le pafler à la filiere pour le calibrer -, c’eft un préliminaire que nous ne rapporterons que fort en abrégé , pour ne point trop entamer fur la tréfilerie , qui fait un art particulier, & qui mérite d’ètre traité à part.
- 4. 2°. Le fil qu’on livre aux ouvriers étant fale , il faut le décaper 9 c’eft-à-dire , le nettoyer , au moyen du tartre.
- 5. 3°. Comme on fait des épingles de différentes longueurs &grofleurs, les marchands & les fabriquans d’épingles font convenus de les diftinguer par différens numéros, & par des noms qu’il eft bon de lavoir.
- 6. 4Ç. Ce fil étant par écheveaux ronds ou bottes, il eft néceflaire de le re-drefler en lepalfant entre plufieurs pointes de clous difpofés enentrelas : ceux qui exécutent ce travail, fe nomment drejjeurs.
- 7. 5°. Un rogneur coupe les fils dreflès par bouts ou tronçons qui doivent avoir la longueur de trois , quatre ou cinq épingles.
- 8- 6*. Il faut former des pointes aux deux bouts de ces tronçons de fil, qu’on nomme quelquefois des moulées. C’eft l’ouvrage des empointeurs , qui forment les pointes fur des meules d’acier hachées en écouenne.
- 9. 7°. Quand les pointes font, pour ainfi dire, ébauchées, il faut les adoucir fur une autre meule d’acier plus fine : c’eft l’ouvrage des repajfeurs ou finijjèurs.
- 10. 8°» Lorsque les fils des tronçons font appointis par les deux bouts , iî faut les couper de la longueur des épingles , pour en faire ce qu’on nomme des hanfes.
- 11. 9*. Il faut garnir de têtes ces hanfes , pour achever de former des épingles : pour cet effet, le tourneur des tètes forme une efpece de cannetille avec .un fil de laiton fin, qu’il roule fur un plus gros fil qu’on appelle moule d tête ; >ces fils roulés fe nomment^ moulées.
- 12. io°. Quand le fil à tête eft roulé en hélice, il faut le couper de forte iqu*il y ait exactement à chaque petit morceau deux révolutions de fil pour faire une tète.
- 13. 11* & 12Ç. On doit brocher ou enfiler la hanfe dans une tète , & la placer à l’extrémité oppofée à la pointe , ce qu’on appelle boutter\ puis l’aflujetir en cet endroit par de petits coups d’un poinçon qui fait partie d’un inftrument fort ingénieux , qu’on nomme étiquette ou têtoir. La defeription de cet inftrument, & la maniéré de s’en fervir ou d’entêter , forment deux articles.
- 14. 13*. Il faut redonner le jaune aux épingles 3 quelques-unes reftent en cet état, mais on blanchit la plus grande partie avec de l’étain.
- 15. 140. Quoique les épingles de fer fe faflent à peu près comme celles de laiton, il était bon d’en dire quelque chofe, fur-tout la maniéré de les blanchir.
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- ï6. 15*. La fabrique des épingles fera terminée par le détail de certaines efpeces d’épingles qu’on n’exécute pas bien fréquemment : telles font les épingles noircies , celles à deux tètes , celles en pincette , &c.
- 17. ï6Q. Il faut piquer les épingles dans du papier,les y arranger par quarterons : ce qui exige des précautions pour être fait avec précilion & promptitude.
- i8- 17°. L’art de l’épinglier ne fe borne pas à faire feulement des épingles ; il fait encore des grilles, des portes , des agraffes, de petits clous , &c« Quoique ces ouvrages ne foient pas aulïi intéreffans que la fabrique des épingles , nous 11e négligerons pas d’en parler.
- 19. On voit que , malgré le peu de cas qu’on fait communément d’une épingle , il y a néanmoins peu d’ouvrage auffi propre à faire fentir combien il importe que les arts foient amenés à une certaine perfection. Ceux qui font le moins dilpofés à admirer les chofes communes , ne l’auraient penfer à tout le travail dont nous venons de donner une légère idée , fans ëtrefurpris qu’on puilfe fournir une épingle à fi vil prix. Toutes ces opérations s’exécutent, à la vérité, avec une célérité merveilleufe s il y a tel ouvrier qui fait en deux heures la pointe à plus de foixante-douze mille épingles 5 un autre forme la tête, une à une , à fept & quelquefois douze mille épingles : & c’eft dans la promptitude de cette expédition que confifie une des perfe&ions de l’art.
- 20. On fait des épingles de laiton ou de fer. Celles de laiton étant les meilleures , nous allons expliquer la façon de les faire : nous parlerons enfuite de celles de fer.
- Maniéré de raire (*), ou tirer à la bobine, ou de calibrer le fil de laiton ;
- par M. Duhamel.
- 21. Quoique l’art de tirer les métaux & de les étendre au moyen de la filiere, doive être traité exactement lorfqu’il s’agira des tréfileries & quand ©n décrira l’art du tireur d’or, nous ne pouvons pas nous difpenfer d’en dire ici quelque chofefne fût-ce que pour n’omettre aucune des opérations de l’épinglier ; mais nous nous bornerons à ce qui fe pratique dans ces atte-liers, & nous abrégerons les détails le plus qu’il nous fera poffible.
- 22. Il y a plufieurs fortes de filières (fi) : celle dont fe fervent les épingliers 3 efl un morceau de fer plat, couvert fur une defes faces d’une lame de fer fondu. Quand il s’agira des tréfileries, nous rapporterons la maniéré de faire ces filières. Dans cette réglé de fer font percés plufieurs rangs de trous A, B,pl.l »
- (*) Je crois que raire eft une corruption fil de laiton d’une grofleur convenable, de traire , trahere : on dit, de Vor trait, enforte qu’ils connaiffentpeu l’ufage de la
- (3) Les épingliers Allemands achètent du filiere.
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- fier
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- i. Ces trous fe
- ont coniques . fîg*
- étant allez larges du coté de ’C, &
- beaucoup plus fins du côté de D , qui c-ft la face couverte de ter fondu. De plus , ces trous du côté de D, font de plus en plus menus, non feulement pour qu’on puilfe calibrer exactement le fil & le réduire à la groiTenr qu’on veut, mais encore pour qu’en paillant faccdfivement lès fils dans des trous dont les diamètres different peu les uns des autres, le métal en fouffre moins d’eftort, & qu’il salonge fans ferompre.il en eft comme d’un morceau de fer qu’on frappe à petits coups pour le courber fans le rompre.
- 23. Les filières dont on fe fert à Laigle,fe fabriquent aux environs: leur prix ordinaire eft de fix livres ; elles fervent un an , après quoi ou en fait des limes à l’ufagedes épingliers.
- 24. Ceux qui font les filières, forment dans le fer la partie évafée C, fig. 2 ; mais ils 11e percent point entièrement la furface D , où les trous doivent être fins & exactement calibrés. Ces trous font ajuftés par les tireur-s; pour cela 011 place la filière verticalement dans un établi de bois où 011 l’alfu-jettitavec un coin, & on perce ou bien on augmente les trous avec un poinqon d’acier. Les tireurs d’or calibrent les trous de leurs filières avec une efpece ftakfoir ou poinqon quand: on paffe des fils dans ces trous; on en tire des bouts avec une pince ; on examine fi le fil eft précifément de la groffeur convenable pour faire les épingles : ce qu’on reconnaît en les paffant dans la jauge (4) ,/?g. 3 , qui eft faite d’un fil de fer d’environ une ligne & demie de diamètre, qui eft recourbé en ferpentant, de forte que l’efpace 1 foitplus menu que l’efpace 2 , & que l’efpace 16 foit le plus grand de tous. Il faut encore que ces efpaces l’oient proportionnés à la groifeur des épingles qu’on fe propofe de faire. Il eft évident qu’en paffant les fils qu’on veut calibrer par les efpaces î , ou 2 , ou 3 } ou 4, ou f , &c. on juge aifément s’ils font de la groifeur convenable. Ces zigzags de fil de fer font comme autant de compas d’épaiifeur.
- 25. ON voit qu’on agrandit les trous de la filière avec le poinqon j mais quand ces trous font un peu trop grands, 011 diminue leur diamètre en mettant la filiere fur un billot de bois, & frappant autour du trou avec la panne d’un marteau (f) ; & enfuite le poinqon lui donne fa rondeur.
- (4)Enallem. Schiejsring. Les épingliers fe fervent en Allemagne , d’une plaque d’acier , portant des deux côtés des ouvertures numérotées, qui deviennent fucceffî-vement plus fines. Ils appellent cet infirment Schiefsklinge.
- ($) M. Duhamel vient de dire que les filières ont d’un côté une plaque de fer fondu , & maintenant il allure qu’on dimi-
- nue le diamètre des trous, en frappant tout autour avec la panne d’un marteau. Le fer fondu efi trop aigre pour qu’on puiffe frapper ainfi deflfus fans le cafter. Il eft vrai que dans les tréfileries on fuit cette méthode ; mais les filières font de bon acier bien douv. En général il efi très-probable que l’on s’eft trompé en parlant ici du fer fondu ; il efi fi tendre qu’on peut le percer fans beaucoup
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- 26. Quand le fil effc beaucoup trop gros pour Pufage qu’on en veut faire, les épingliers le tirent à la bûche ; mais communément ils n’achetent pas des fils fi difproportionnés d® groffeur, & ils fe contentent de le tirer à la bobine. Quoiqu’on fafle ufàge quelquefois dans les épingîeries, de la bûche à dégroifir, nous renvoyons la defcription de cette machine à la tréfilerie.
- '27- Quand la filiere eft bien ajuftée , le tireur , au lieu de la poütion verticale qu’elle avait, la place de champ B , fig. 6, fur une forte table C D , à un des bouts de laquelle vers D eft placé le tourniquet A, fig. 4, fur lequel eft une piece de fil de laiton, & à l’autre bout du côté de C , eft établie une bobine E , qui eft faite d’un morceau de bois d’orme tourné, & qui eft un peu plus large par en-bas que par en-haut > elle eft traverfée à fon axe par une broche de fer, & fur Paire fupérieure eft fermement clouée une manivelle qui «ft traverfée à fon origine parla broche de fer dont nous venons de parler.
- 28- La filiere étant ajuftée comme 011 le voit en F ,fig. 4, le tireur prend un bout de fil qui eft fur le tourniquet À 5 il lui fait la prejfinre ; c’eft-à-dire, que le pofantfur un morceau de bois qui a de petites coches, il appointit'lebout du fil avec une lime , pour qu’il puilfe palier par un des trous de la filiere ; il l’introduit dans ce trou par le côté évafé; & ayant tiré avec une pince ou tenaille plate qu’011 nomme baquetce, un bout long d’environ une toife, il vérifie avec la jauge fi le fil eft d’une groffeur convenable ; il fait deux révolutions autour de la bobine , & enfin il l’arrête à la porte : c’eft ainfi qu’on nomme un gros fil de laiton courbé , qui eft fixé au haut de la bobine.
- 29. Il eft évident que quand le bout du fil eft attaché à la porte, fi l’on , tourne la manivelle , on fait paffer fur la bobine tout le fil qui était fur le tourniquet ; mais dans ce trajet, il traverfe la filiere, il s’écrouit & diminue de groffeur. À mefure que le haut de la bobine fe charge, le tireur baffe la . filiere pour que le fil garniiTe toute l’étendue de la bobine. On met de tems en tems un peu d’huile dans les trous de la filiere, & l’on frotte le fil avec un guenillon imbibé d’huile , pour qu’il paffe plus aifément par les trous fans fe rompre, ce qui arrive néanmoins quelquefois quand lê cuivre eft aigre.
- 30. On eftime que le fil s’alonge à peu près d’un tiers en paffant par chaque trou. Rien n’eft plus incertain j car cela dépend de la proportion qu’il y a entre la groffeur du fil & le diamètre du trou de la filiere : aufil les tireurs fe regîent-ils fur la groffeur du fil, & non pas fur fon aîongement.
- 31. Quelques - uns prétendent qu’il faut commencer par paffer le fil à rebours, en l’enfilant dans la filiere par le côté étroit du trou D , fig. 2, afin,
- de peine avec.un foret d’acier. Le fil d’archaî leurs , le fer fondu n’eft pas propre à faire aurait bientôt agrandi les trous, de ma- des limes. . znere à ne pouvoir plus s’en fervir. D’ail-
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- difent-ils , de le ratifier & de l’éclaircir, & qu’enfuite ou le repafle dans l’autre fens par les mêmes trous de la filiere ; de forte que cette fécondé fois il entre par le côté évafé de la filiere , ce qui le polit ; mais quand le fil a été avivé ou déroché, comme nous le dirons dans la fuite, il fe polit & fe brunit en quel-que façon dans la filiere, & on eft dilpenfé de le pafler à rebours.
- 32. Si le fil eft deftiné pour faire le corps des épingles, on le nomme fil à moule., & celui qui eft deftiné à faire les tètes s’appelle fil à tête; celui-ci eft beaucoup plus fin que l’autre, puifque pour certaines efpeces d’épingles qu’on nomme des quatre, il faut trente livres de fil à moule, & feulement quatre livres de fil à tête. Le fil tiré & réduit à la grolfeur convenable, eft porté à la fabrique par pièces qu’on nomme de Vouvrage.
- Remarques de M. Perronet.
- 33. i°. L’établi CD , pLI> fig. 4, eft de bois de chêne ; il a trois pou« ces d’épailfeur fur quatre pieds neuf pouces de long, & un pied & demi de largeur. Cette table eft placée fur quatre pieds G qui élevent fon defliis de deux pieds un pouce au-deifus du terrein.
- 34. 20. Dessus cette table, au bout C, eft une bobineE, quelquefois de buis, qui a fix pouces de diamètre par le bas, cinq par le haut, fur huit pouces de hauteur ; elle a en-bas un rebord d’un demi-pouce de largeur, qui fait une faillie de quatre lignes. Cette bobine eft percée dans fon axe d’un trou qui a treize lignes de diamètre par en-bas ; & à un pouce de hauteur il eft réduit à n’avoir plus que dix lignes de diamètre.
- 3Ç. 30. Au haut de la bobine eft une manivelle courbe de fer plat, dont l’épailfeur eft de trois lignes, & la largeur d’un pouce; elle a dix pouces de coude ou de levier ; la fléché de la courbure eft de trois pouces. Cette manivelle s’élargit par un de fes bouts, pour former une plaque ronde de trois pouces de diamètre ; cette plaque eft percée de trous pour recevoir des clous qui l’aflujettiflent fermement fur l’aire fupérieure de la bobine ; elle eft de plus percée dans fon milieu d’un trou de fept lignes de diamètre, pour laifler pafler l’extrémité d’une broche ,dont nous parlerons dans un inftant. A l’autre bout de la manivelle fe trouve une tige de fer de huit lignes de diamètre , élevée perpendiculairement , & fixée delfus ; elle a neuf pouces de hauteur. Dans cette tige on pafle une poignée de bois qui a huit pouces de hauteur & deux de diamètre; elle fert à faire tourner la manivelle que les ouvriers appellent nïlle.
- 36. 4*. On fait pafler dans la bobine E un axe de fer qui 11’a que neuf lignes de diamètre dans le milieu ; mais au bas jufqu’à deux pouces de fa hauteur, il a un pouce, & il eft reçu dans un trou de même diamètre,pratiqué dans
- l’axe
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- i’axe de la bobine j ce renflement fert à élever la bobine d’un pouce au-deflus de la table ; enfin l’extrémité fupérieure de cet axe, dans la longueur feulement d’un pouce, eft réduite àfix lignes de grolîéur , & cette partie eft reçue dans l’œil de la plaque de fer qui eft au bout de la manivelle. Cet axe a feize pouces de longueur, dont dix s’élèvent au-delfus de la table : trois qui doivent être gros en quarré de quinze à dix-huit lignes, traverfent l’épaifleur de la tables & il excede le delfous de la table de trois pouces. A cette partie eft une mortaife, dans laquelle on frappe une clavette pour qu’il foit alfujetti bien folidement.
- 37- 5°. Sur le même établi en B , s’élèvent des broches de fer qu’on nomme affiches ; elles ont dix-huit lignes de large fur huir. d’épaifleur s elles doivent être éloignées l’une de l’autre de l’épailfeur de la filiere.
- 38- 6°. A côté & en-dehors de la table, eft un pieu H qui entre dans la terre, &qüi eft attaché à la table avec une corde ; fa hauteur eft déterminée par celle de la table , qu’il doit un peu excéder ; il eft ordinairement rond & quelquefois quarré, & en ce cas il a quatre pouces fur cinq. Surfaire de ce pieu , qu’on nomme hat-filiere, font creufées une ou deux rainures d’un pouce de largeur fur un quart de pouce de profondeur , dans lefquelles on met la filiere quand on la veut battre.
- 3 9. 7°. Sur la table s’élève , à quatre pouces de hauteur, une cheville I, d’un pouce de diamètre, qu’on nomme êtibot ; elle fert à faire la preifure du fil. Cette cheville eft entourée d’une calotte de chapeau qui reçoit la limaille & les courtailles, qui fe vendent fur le lieu aux fondeurs dix-huit fols la livre.
- - 40. 8°- Au bout oppofé D, eft un tourniquet A; le plateau d’en-bas a dix pouces de diamètre , llx lignes d’épaifleur ; le plateau d’en-haut n’a que cinq pouces de diamètre ; les fufeaux , au nombre de cinq ou fix, ont fix lignes de diamètre & neuf pouces de longueur. L’axe vertical eft reçu dans des trous ^qui font au milieu des plateaux; le trou du plateau d’en-bas eft de deux lignes, & celui d’en-haut de fept.
- 41. 9*. Sur la table eft un petit pot de cuivre dans lequel on met de l’huile; on en emploie peu, parce qu’elle ternit la couleur du cuivre.
- 42. io°. Cet établi garni d’une bobine , d’un tourniquet , une filiere, une lime, un marteau, une petite tenaille , trois poinçons & une jauge, coûte à-peu près vingt-quatre livres.
- >43. il0. Les tireurs font palier par les trois premiers trous de la filiere quinze livres de laiton en douze heures de travail ; par les trous plus fins, ils n’en font palfer que deux, parce que le fil a pris plus de longueur.-On peut eftimer qu’un ouvrier, l’un dans l’autre, tire vingt-huit livres de fil, qu’011 paie à peu près à raifon d’un fol par livre ; mais il faut qu’il s’entretienne d’où-Tome VIE , Y y y
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- tilsjle maître ne lui fourniflant que la gravelée ; & l’entretien dés outils diminue fon profité’un tiers.
- 44. 12°. M. Perron et a éprouvé qu’un bout de fil de laiton, tel qu’il arrive de Suede, & de la groifeur d’une bonne aiguille à tricoter , ayant trois pieds huit pouces de longueur, pefe cinq gros & demi. Après avoir été éclairci & avoir paiTé pair un premier trou de la bûche à dégrofiir, il s’eft trouvé •avoir cinq pieds cinq pouces de longueur ; ainfi il a alongé de vingt-un pouces dans cette opération.
- 45. Au deuxieme trou, il s’eft trouvé avoir fept pieds deux pouces, ce qui eft vingt-un pouces de longueur de plus qu’il n’avait en Portant du premier trou.
- 46. Au fortir du troifieme trou, il a eu fept pieds huit pouces, ou fix pouces plus qu’au fortir du fécond.
- 47. On le recuit, & au fortir du quatrième trou à la bobine , il a eu dix pieds huit pouces de longueur, & il s’eft alongé de trois pieds.
- 48- Au cinquième trou, il a acquis treize pieds un pouce de longueur : ainfi: il s’eft alongé de deux pieds cinq pouces.
- 49. Au fixieme trou, il a eu feize pieds huit pouces : ainfi il s’eft alongé de trois pieds fept pouces.
- fo. Enfin, ayant fait pa/Ter ce meme fil par fix autres trous, il a acquis cent quarante-quatre pieds de longueur.
- 51. On ne peut tirer de cette expérience une proportion exaéte de l’alon-gement du fil, proportionnellement au nombre des trous, parce que les diamètres de cês trous ne font pas déterminés fuivant quelques rapports confi tans. Il faut fe contenter de favoir ce que fournit l’expérience.
- 52.130. Quand le fil eft gros, les ouvriers tournent la manivelle plus lentement que quand le fil eft fin, parce qu’il faut employer plus de force.
- Choix du fil de laiton & de fer; par M. de Remmur.
- 53. Le cuivre rouge n’eft pas propre à faire des épingles ? elles n’auraient pasaffez de dureté (6). Le laiton qui eft un compofé de cuivre & de pierre calaminaire, eft plus roide, comme font prefque tous les métaux où il y a de l’alliage. Les trous par où les tireurs font palier le laiton pour le réduire en fil, contribuent encore à le rendre plus ferme ; fes parties fe rapprochent, fou
- (6) Cette raifon ne parait pas conforme aux principes de la chymie. Après le fer , le cuivre eft le plus dur des métaux. Quand il eft parfaitement pur , il paflè bien plus facilement à la filiere que le laiton. On ne
- l’emploie pas à faire des é'pingles, parcô qu’elles ne feraient pas fi agréables à l’œil & qu’on les remarquerait trop lorfqu’onies emploie dans les ajultemens.
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- thfu en devient plus ferré. Ceux qui connailfent le mieux ce métal, font cependant encore furpris que fa dureté devienne affez grande pour que des épingles très-fines réfiftent autant qu’elles font fans fe plier.
- 5"4. Nos épingliers achètent à Rouen la plus grande partie du laiton qu’ils emploient, & qui vient d’Allemagne 3 car nos mines de cuivre ne fourniifent prefque rien au royaume. Ce fil eft en bottes ou en gros écheveaux d’environ vingt pouces de diamètre. Chaque botte eft compofée de cinquante ou foixante écheveaux plus petits, appelléspièces. Le fil de différentes bottes eft de différentes grofleurs ; les épingliers achètent le plus gros pour les plus groffes épingles -, mais à Laigle & dans les meilleures fabriques, ils le prennent toujours plus gros que les épingles qu’ils veulent faire ; ils fe réfervent à le faire paffer par quelques trous de filiere pour le bien écrouir.
- f f. Ils choifilfent celui qui eft de couleur blonde, qui ne paraît point paiî-leux ni mordu des tenailles de la tréfilerie. Celui qui vient de Hambourg, pi. I,fig. f, eft regardé comme le meilleur (7) : ils mettent immédiatement après, celui qu’on tire de Suede , & qui eft marqué à l’X: ils eftiment, mais un peu moins, le fil à l’arbre, qui vient du môme pays ; & le fil à trois couronnes, qui vient de Nuremberg. Ils mettent au même rang le fil de Heife , & le fil de Namur, qu’ils achètent à Paris j mais ils regardent comme les plus mauvais, les fils marqués à l’M & à l’araignée. J’ignore quelle eft la qualité du fil de laiton qui vient de la Suiffe.
- <)6. Quand ces bottes viennent de chez le marchand, leur couleur les ferait plutôt prendre pour du fil de fer que pour du fil de laiton, tant elles font noires j e’eft le dernier recuit qui les a ainfi noircies.
- Additions de M. Duhamel.
- 57. On parlera ailleurs de la façon de changer le cuivre rouge en cuivre jaune ; il fuffit pour le préfent qu’011 facile en gros qu’on fond le cuivre rouge avec la calamine qui eft la mine du zinc. Le cuivre rouge augmente de poids proportionnellement à la quantité de zinc qu’il prend dans la calamine, &il en devient d’autant plus dur. C’eft pourquoi, dans le choix du fil de laiton , les épingliers rejettent celui qui a une couleur rouge , parce que n’étant pas afTez allié , il eft trop mou.
- 58. La roideur des épingles vient encore , comme le dit M. de Reaumur, de ce qu’on écrouit le fil en le paifant à la filiere plufieurs fois ; mais il faut que ce foit fans le recuire. Les tireurs font toujours empreffés de recuire leur
- (7) Les dénominations font tirées de la marque que porte chaque paquet de fil d’ar-
- chal, comme on peut le voir dans la figure citée.
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- fil, afin d’éviter de le rompre ; & quand il a palTe dans trois trous , ils le font recuire/. Mais comme on peut le ménager en le paffant fucceflîvement dans des trous dont le diamètre diminue peu il eft à propos de^ prendre ce parti-, fur-tout pour les épingles fines, qui plieraient comme du plomb, fi elles n’étaient pas bien écrouies. Cet article importe donc beaucoup à la bonté des épingles, & c’eft ce qui nous a engagés à dire quelque chofe de la .façon de tirer le fil à la filiere. Les bons épingliers ont en vue de bien écrouir leur fil de laiton quand ils l’achetent toujours plus gros que les épingles qu’ils fie propofent de faire ; fans cela ils épargneraient une opération en achetant le laiton précifiément de la groffieur qu’il doit avoir. Mais ils évitent de le prendre trop gros, pour ne point augmenter inutilement les frais, & faire enforte qu’il foit iuffiiànt de le tirer à la bobine par quelques trous de filiere.
- 59. L’épinglerie fait une groflë confommation de laiton, parce que les épingles fe perdent, & que l’on jette toutes celles quife courbent. On ne s’avile point de mettre à la fonte les vieilles épingles, comme on fait les batteries de cuifine ufées. On eftime qu’il fe vend à Paris tous les ans pour cent cinquante mille livres d’épingles (8). Quelques-uns prétendent que cette eftimation eft faible.
- 60. A l’égard du fil de fer, il faut prendre garde qu’il ne foit pailleux; & en paifant le fil entre les doigts, on ne doit point fentir de pointes qui les piquent. En général, le fil de Normandie eft plus eftimé que celui d’Allemagne , foit pour les épingles de fer , foit pour les clous , foit pour les agraffes , les aiguilles à tricoter , &c. C’eft pourtant fouvent celui d’Allemagne que les épingliers emploient, parce qu’il leur coûte un peu moins.
- Maniéré de décraffer le fil de laiton ; par- M. de Reaumur.
- 6t. Les épingliers commencent par décraffer leur fil. Pour cela, .ils-fé-parent la botte en toutes les pièces ou petits écheveaux dont elle fe trouve compofée ; ils tordent enfuite chaque piece par le milieu ; ils lui donnent la figure d’un 8 de chiffre ; ils plient ce 8 en deux, & réduifent ainfi la piece à n’avoir qu’un quart du diamètre qu’elle avait ; ils en forment donc de petites pièces qu’ils mettent enfuite les unes fur les autres dans une chaudière dû fer pleine d’eau claire, dans laquelle ils jettent cinq quarterons de gravelée rouge , ou une livre de gravelée blanche, pour environ foixante ou quatre-
- (8) On en fabrique à Laigle pour quinze a du tartre blanc & du tartre rouge , relati-cents mille livres. vement à la couleur du vin qui l’a fourni.
- O Ce que les épingliers appellent de la On fait que ce fel de vin eft acide , & pour gravelée, eft la pravelle ou le tartre crud , cette raifon capable de diifoudr-e les mé-qui s’attache à l’intérieur des futailles. Il y taux imparfaits, tels que le cuivre & l’é*
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- vingts livres de fil. Alors l’ouvrier les retire une à une : à tnefure qu’il a tiré une piece, il la prend à deux mains & la frappe à div.erfes reprifes fur uu billot de bois. Le fel de la gravelée a corrodé une partie de la craffej les coups que l’ouvrier donne contre le billot, achèvent de la détacher. Après avoir ainli donné une couleur jaune à fes pièces , l’ouvrier les remet dans la chaudière & dans la même eau. Pour faire agir plus efficacement cette eau empreinte de fel, il la fait bouillir pendant une heure ou environ; Il tire enfuite fes pièces de Peau , & les bat contre le billot comme la première lois ; elles prennent dans cette derniere façon une couleur plus brillante 8c plus jaune : on a fait à peu près ce qu’on fait à l’argent & au cuivre lorfqu ou les déroche..
- Remarques de M.. Perron et.
- 62. r\ La livre de fil de laiton de Suede, qu’on acheté à Rouen , coûte, rendu à Laigle, vingt-fix fols deux deniers. Le fil de laiton d’Allemagne , qui fe tire d’Aix-la-Chapelle, & s’entrepofe à Paris, coûte,.rendu à Laigle, vingt-fix lois neuf deniers ; ainfiil eflun peu plus cher que celui qu’on tire de Rouen. Cette raifon fait donner la préférence à celui-ci, qui d’ailleurs étant plus ferme, fait de meilleures épingles. En tems de guerre, les épingliers, font, fouvent forcés d’employer le fil d’Allemagne ( 9
- 63. 2°. Un peu de différence fur la grolfeur du fil, n’en fait point furie prix.
- tain. Quand même le fil qu’on parte à la filiere , ne ferait pas deftiné à faire des épingles , il conviendrait dé le décrarter avec là gravelée , pour ôter le noir du recuit avant de le tirer ; car la pellicule de cuivre brûlé-, qui couvre celui qu’on a expofe au feu , empêcherait le fil de bien couler dans la' filiere. Quelques tireurs, comme nous l’avons dit, le partent au rebours ; mais il vaut mieux fuivre le procédé qu’indique M. de Reaumur. -
- (9) A Berlin & dans le Brandebourg , les épingliers achètent le fil de fer des facteurs établis par la fabrique de Naifiadt-FhcrJ-walde. Le quintal de fil de laiton blanc coûte cinquanteffiuit écus feize grofehen. Il contient trente-deux paquets de trois livres fix onces, qui reviennent chacun à wn écu vingt grofehen. La marque de la fabrique d’Eberfwalde eft un aigle , & de
- l’àutre côté le chiffre de S.M. Le fil de laitorv noir, comme il fort de la manufaéture., eft de plufieurs numéros.. Le plus fort eft de la groffeur du doigt, le plus mince eft delà grofieur d’une aiguille ordinaire. On en fait des chaines, des crochets, &c. & toutes fortes de treillage. Le quinta.1 fe paie cinquante trois écus fix grofehen ; le paquet pefant-douze livres & demie , revient à fix écus. un grofehen. On compte deux livres de déchet pour le polifi'age. Ces deux fortes de fil de laiton font durs & aigres ; celui de Saxe & celui da Brunfwick font plus doux , plus duâiles & moins chers. Celui de Suede eft aufli fort & auffi eftimé que celui d’Eberf-walde; mais i! coûte moins. Celui de Bohême eft égal en qualité à celui de Saxe. On comprend que l’importation de ces mar=. chandifes étrangères eft défendue dans les. états de S. M. Pruffienne.
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- 64. 3*. Les éclaircideurs, pour ménager la gravelée, commencent pat mettre leurs pièces de fil dans de la lie de cidre , qui tient lieu de celle de vin qui eft rare en Normandie. Enfuite on fait bouillir le fil dans le tartre, comme le dit M. de Reaumur, & on finit par le laver dans plufieurs eaux claires. x
- 6<). 4*. Le travail des éclaircideurs ne laide pas d’être pénible j car il faut battre le fil fort long-te ms, & fou vent avec force. Leur ufage eft de donner trois petits coups, & enfuite un fort.
- 66. f°. L’éclaircisseur ne travaille à cette befogne qu’une heure , pendant laquelle il éclaircit une botte de laiton de vingt-cinq à trente livres. Enfuite il palfe cette quantité de laiton à la filiere, ce qui le repofe j & comme pour pader quinze livres de laiton par trois trous il faut un jour, une demi-heure fuffit pour éclaircir le laiton qu’011 peut tirer en un jour.
- 67. 6°. QüAisfD l’eau dans laquelle on lave le fil, refte bien claire & bien nette , on pade les pièces dans un morceau de bois qu’on fupporte fur le dos de deux chai Tes, pour les faire fécher aufoleil , ou au feu quand le ciel eft couvert. Il faut de tems en tems tourner les pièces fur la perche qui les ibutient; car fi l’eau féjournait en une partie, le fil ferait taché. Il ne faut avoir recours au feu que dans le befoin ; car le fil prend une plus belle couleur au foleil. Il eft important de bien fécher le fil, pour lui faire prendre une belle couleur.
- Maniéré de calibrer le fil de laiton ; par M. de Reaumur.
- 68. Le fil étant décrade, on le tire par des filières difpofées fur un établi, comme nous l’avons fuffifamment expliqué. Quand le gros fil a pade par deux trous , on le recuit à un feu de bois. Le chêne eft le feul qu’on évite de brûler j fa chaleur eft trop vive , & le fil en devient plus aifé à rompre. Mais ce qui le rendrait encore plus cadant, ce ferait de le retirer du feu avec quelque inftrument de fer. On fait combien le feul attouchement du cuivre aigrit le fer chaud, & que l’effet eft réciproque. On laide refroidir le fil s 011 le met enfuite tremper dans de l’eau , où l’on jette la même dofe de gravelée dont nous avons parlé ci-deffusj on répété aufii en entier les mêmes opérations. On continue à tirer le fil, fi l’on veut le rendre plus fin s & toujours au fortir de deux ou trois trous on le recuit, & on lui rend la couleur que le feu a obfcurcie; car il faut que le fil ait tout le brillant qu’il peut avoir quand on commence à le travailler en épingles.
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- Diftin&ion des épingles de différentes grojfeurs , par numéros ; par M. de Reaumnr.
- 69. Les épingles de différentes grolfeurs font appeîlées du nom d’un certain numéro , excepté les plus groifes & les plus longues, qu’on nomme du houjfeau. Ces dernieres fervaient fur-tout à tenir les robes des dames trouvées , lorf. qu’il n’étoit pas de mode de les porter longues. Les plus grandes de cette -efpece ont environ vingt-trois lignes de long 5 le millier pefe avec le papier deux livres ; on les appelle du grand houjfeau. Il y en a du médiocre & du petit: on en fait dont le millier pefe vingt onces , dix-huit onces, feize onces, douze onces , & qui font plus courtes à proportion. Il y en a de celles-là qui n’ont que feize à dix-fept lignes de longueur & même moins. Pour toutesdps autres épingles , la maniéré la plus ordinaire de les diftinguer, eft de les nommer par des numéros ; & celles qu’on fait ordinairement, font comprifes entre le numéro 18 & le numéro 3. Celles d’un plus haut numéro font les plus longues &les plus grolfes; c’eft-à-dire, que l’épingle du numéro 18 eft plus longue que celle du numéro 17. Chaque numéro met une différence de longueur d’une demi-ligne ou un peu moins 5 car celle du numéro 3 n’a que huit lignes. Le poids de leur millier différé aufli. La table fuivante marque le poids qu’on donne communément au millier d’épingles de chaque numéro.
- Le millier de celles du N° 1 pefe o onces 6 gros, du N° 2 .1
- du N° 3 . 1 . . Z
- du N* 4 . Z
- du N° f . Z . • 4
- du N* 6 • 3
- du N* 7 * 4
- du N° 8 . 4 . • 4
- du N* 9 . 5 . . z
- du N* 10 . 6
- du N° 12 . 6 . , Z
- du N° 14 • 8
- du NQ 17 . 10 . . Z
- du NT 18 . 12 . . 2
- den,
- Z den. 3
- 70. 0*N fait paffer par plus de trous de la filiere, le fil qui doit faire les plus petites épingles. On ne donne, par exemple, que deux trous à celui qui eft deftiné au n°. 175.011 en donne trois aux fils pour les numéros 16, 15, 14.3 13 , 12,11,105 on en donne quatre aux fils pour les numéros 9,8 > 7 ; on en donne cinq pour les numéros 6, 5 5 on en donne iix pour les numéros 4 ô
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- 7i & jufqu’à 9 pour le numéro 3 , dans la vue qu’ont apparemment les épin-gliers d’écrouir ou durcir davantage le fil qui eft deftiné aux plus petites épingles 5 car ils pourraient acheter chez les marchands du fil plus fin. Il eft vrai que le fil plus fin a été tiré dans d’autres atteliers ; mais peut-être ont-ils l’expérience que leurs efpeces de leflîves de gravelée contribuent à l’affermir. Ils paffent pourtant par trois trous le houffeau, quoique plus gros que le numéro 18 qu’ils ne paffent que par deux trous ; mais c’eft que le grand houffeau ell aulîi beaucoup plus long à proportion que cette elpece d’épingle.
- Additions de M. Duhamel.
- 71. Dans les tréfileries 011 recuit fréquemment le fil pour qu’il 11e rompe pas ; & afin d’avancer l’ouvrage, on le fait paffer par des trous dont le diamètre diminue affez confidérablement: au contraire, ceux qui tirent le fil dans les fabriques d’épingles, doivent éviter, le plus qu’ils peuvent, de le recuire fréquemment ; & afin qu’il 11e rompe pas dans la filiere , il eft à propos de le faire paffer par un nombre de trous qui diminuent peu de diamètre : c’eft pourquoi il y a des épingliers qui font paffer le fil pour le numéro 6, dans neuf trous de filiere. Il faut fur-tout que les épingles fines foient bien écrouies , fans quoi elles plieraient, & on 11e pourrait pas s’en fervir pour attacher.
- 72. On trouvera à la fin de ce mémoire une table des longueurs & du poids des épingles, faite par M. Perronet. Elle eft plus détaillée que celle de M. de Reaumur, & je la crois plus exaéle. Quoique l’ulage , dans les manufactures , foit de diftinguer les épingles par numéro, à peu près fuivant la table deM. de Reaumur, 011 a cependant déftgné quelques efpeces par des noms particuliers qu’il eft bon de faire connaître.
- 73. La plus petite elpece d’épingles eft la rofette ou demoifelle, qui n’a que cinq lignes de longueur : leur ufage eft d’attacher les toiles extrêmement fines & la mouffeline. Lqpetit camion a 1ïx lignes de longueur.
- 74. Le gros camion a fept à huit lignes : elles font fort menues , & par con-féquent légères ; car entre les épingles de même longueur, il y en a de groffes & de fines : ce qui produit les différences qu’on pourra remarquer entre la table de M. de Reaumur & celle de M. Perronet.
- 7f. Les groffes épingles fe nomment houffeau: le menu houffeau a trente lignes de longueur j le gros houffeau ou épingle à lapiece , a un pouce de long, & la bifette douze à treize lignes. Les épingles à dentelle, qui fervent aux ouvrières, font ordinairement groffes & jaunes.
- 76* On fait de plus, de groffes épingles courtes, dont on fe fert au lieu de clous, pour tendre les meubles précieux : 011 les nomme des épingles tapiffleres.
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- 77. Enfin , celles qu’on nomme drapitrts , & qui font les plus groffes de toutes , fervent à tendre les draps pour les fécher.
- 78. On fait encore des épingles noires, des épingles à deux têtes , des épingles en pincette : nous en parlerons dans la fuite.
- Travail du dreffeur ; par M. de Réaumur.
- 79. Les pièces étant tirées de groffeur, on travaille à dreffer le fil ; c’eft-à-dire, qu’on divife chaque piece en brins, longs de plufieurs pieds, qu’on rend le plus droits qu’il eft poflible. Pour cela on place l’écheveau fur un tourni-. quet G , fig. 11, femblable à celui qui l’a foutenu pendant qu’on le tirait par la filiere. Ce tourniquet eft arrêté fur un établi fur lequel eftauffi l’inftrument qu’on nomme, en termes de l’ârt, V engin à dreffer le fil S, fig. Z,.&H
- Il confifte en une planchette dans laquelle font fichées fix à fept pointes de fer H I ou K, difpofées fur une ligne courbe, & plus ou moins éloignées les. unes des autres, félon que le fil eft plus gros ou plus fin. L’ouvrier ayant dévidé un bout de fil, il le conduit entre ces différentes pointes ; il le prend enfuite avec des tenailles appellées tricoifis x y, fig. 7 ; il marche vite à reculons ; ainfi il dévidé le fil du tourniquet, & le contraint à paffer entre les pointes de l’engin, d’où il fort droit quand les pointes font bien dilpofées. Il marche ainfi toujours à reculons jufqu’à ce qu’il foit arrivé au fond de la chambre ou boutique; alors il laiffe tomber fon brin de fil fur le plancher , & retourne à l’engin, auprès duquel il coupe le fil. Ce brin , prefque auffi long que la chambre , étant coupé & dreffé , il en dreffe & en coupe de même un nombre d’autres qu’il arrange les uns furies autres à mefure qu’ils font coupés.
- 80. Il eft affez difficile d’ajufter les clous de l’engin de façon que le fil en forte droit ; le fil roulé en écheveau a pris fon pli pour fe courber en demi-, cercle. En paffant fur le premier, le fécond & le troifieme clou, il prend une courbure contraire à celle qu’il avait d’abord; s’il fortait alors de l’engin ou dreffoir,il en fortirait courbé dans un fens contraire., mais peut-être un peu moins , parce que la difpofition que les parties avaient à fe courber , n’a probablement pas étédétruite dans uninftant. On détruit la courbure qu’on lui adonnée, en le menant du troifieme fur le quatrième ; on lui en donne une nouvelle en le menant du quatrième fur le cinquième, & ainfi jufqu’au dernier, d’ou il fort droit quand les pointes ou clous ont été bien difpofés. Il ne ferait pas aifé de déterminer la pofition que doivent avoir ces pointes les unes par rapport aux autres ; des fils 'de différentes groffeurs & de différentes roi-deurs en demandent de différentes. Ce qu’il y a de vrai en général, c’eft que les trois premiers clous font plus éloignés les uns des autres que 11e le font les trois fuivans ; que cependant le clou du milieu des trois premiers, ou le
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- fécond clou, eft pins proche de la ligne droite qui va'du,premier au troifieme que le quatrième , par exemple , n’eft proche de la ligne qui va du troifieme'' au cinquième ; c’eft-à-dire , qu’à mefure que le fil avance dans l’engin , il s'y courbe davantage. Enfin les clous font plus proches les uns des autres , & on en emploie moins pour dreifer du fil fin que pour en dreffer de gros; Padreife de l’ouvrier réglé le relie. Après qu’il a fait palfer par l’engin un bout de fil long d’un pied, il examine s’il en eft forti bien droit ; s’il ne l’eft pas , il rapproche ou éloigne les clous jufqu’à ce que le fil forte dreffé à fon gré.
- Si. Un dreffeur dreife dans un jour allez de fils pour deux cents quarante milliers d’épingles ( 10). Quand le nombre des fils qu’il a ainli tirés, peut faire une poignée raifonnable qui pefe environ vingt-cinq livres, il les prend tous enfemble d’une main ; il les fecoue par ondes, fuivant le paquet, d’un bout à l’autre ; il n’a d’autre vue que de les bien approcher les uns des autres. Il frappe enfuite quelque corps plat contre un des bouts du paquet, afin que: tous les bouts des fils s’arrangent dans un même plan , pour les couper en-fuite, comme nous l’expliquerons bientôt.
- Additions de M. Duhamel.
- 82. Par un grand ufage , le dreffeur reconnaît ce qui manque à la difpofi-tion des pointes de l’engin ; il coupe avec des tricoifes , les bouts de fil de laiton qui font venus courbes , crochus & tortus *, & ces bouts qu’on nomme' des courtailles , font mis dans un fabot. Les épingliers les vendent avec la limaille , les bouts de laiton qui font trop courts pour faire des épingles, ainfî que les épingles manquées , à des ouvriers qui les fondent pour en faire diffé-rens ouvrages. C’eft pourquoi l’attelier eft exactement planchéié , pour que cette mitraille ne fe perde point.
- 83 - On appelle les faifceaux de fils dreifés , des bottes ou des cueillèes de drejjees. On les fait les plus longues qu’il eft pofîible , pour avoir moins de bouts à couper : les dreffeurs ménagent ainfi du tems & delà matière.
- 84. Quand le fil vient bien droit, ils le tirent avec les tricoifes, comme le dit M. de Reaunnir , dans une longueur d’environ quatre à cinq toifes ; ils laiffent tomber & ils étendent fur le plancher ce fil ainfi dreffé ; puis ils reviennent à l’établi ou à l’engin qui eft à hauteur d’appui.
- (10) M. de Chalouziere affine dans fon pour faire vingt douzaines de milliers d’é-mémoire , qu’un très-fort ouvrier peut dref- pingles, & qu’il peut encore couper en fer par jour ce qu’il faut de fil de laiton tronçons cette même quantité de fils.
- •4»
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- Remarques de 31. Perronet.
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- Sf. 1*. Cette opération qui paraît bien fimple , eft néanmoins une des plus difficiles à pratiquer de l’épinglier, quoiqu’elle ne confifte qu a placerfix clous fur une planche d'environ' huit pouces de long furfîx de largeur ; mais il faut que les trois premiers foient en ligne droite , & que l’efpace -ouïe vuide qui eft entr’eux, foit exactement de l’épailfeur de chaque fil qu’on veut drelfer ; & les autres clous doivent faire prendre au fil une courbure qui doit varier fuivant la groffeur des fils. Les drelfeurs n’arrivent à la précilion qui eft convenable , que par tâtonnement, & quelquefois ils font obligés de recommencer leur opération ; mais comme ils travaillent à leur tâche, le fabriquant n’y perd rien. Il faut un engin pour chaque groifeur de fil ; néanmoins quand le fil eft un peu mou, uil même engin peut lèrvir pour deux grolfeurs diffé-‘•rentes. , (
- 86- 2°. Le travail du drefleur eft pénible ; car il peut drelfer fix cents toifes de fil par heure; & comme il parcourt le double de cet efpace pour revenir à i’engin, il fait douze cents toifes ou une demi-lieue par heure.
- 87. 3’. Comme le dreifeuteft le même ouvrier qui coupe les tronçons ,il eft payé à la fois pour ces deux opérations.
- Travail du rogneur ; par 31. de Reaùmur
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- 88- Un ouvrier s’affied fur le plancher pour couper la botte de dreffées eii tronçons, dont chaque brin doit fournir trois, quatre ou cinq épingles, félon le numéro dont il les veut. Sa jambe gauche eft étendue ; mais la droite eft pliée & croifée fous l’autre. Il entoure fa cuiife gauche tout auprès du genou, d’une courroie de cuir qu’il noue alfez ferré : le bout applani du paquet de fils palfe fous cette courroie qui les entretient tops enfemble. Il prend enfuite la boîte à couper les tronçons : c’eft le moule qui réglé leur longueur. Ce moule, pour l’ordinaire, confifte dans une planchette quiaun rebord le long d’un de fes côtés , & qui près d’un de fes bouts porte une lame de fer verticale : depuis cette lame jufqu’au bout de la boîte dont elle eft la plus éloignée , il y a une longueur égale à celle des tronçons à couper; un clou?eft fiché verticalement près de fon autre bout dans le côté qui n’a point de rebord. Le coupeur appuie le bout du paquet de fils contre le fond * ou la lame delfief de la boite , & le prefle contre le clou ; fa main gauche eft chargée de Ce loin ; la droite eft armée de cifailles, avec lefquelles il coupe le paquet tout près dubordde laibpite. Il jette auffi-tôt les tronçons coupés dans une jatte de bois qu’il a auprès de lui, & il continue ainfi jufqu’à ce qu’il foit au bout du paquet.
- 89* Si les fils qu’il coupe font deftinés à des épingles des numéros compris
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- ART DE 2 EPINGLIE R.
- depuis 12 jufqu’à i8,de chaque coup de cifaille il coupe environ cent quarante brins i c’eft-à-dire , que le paquet eft compofé de ce nombre de brins ; & il eft compofé d’environ deux cents cinquante brins, fi les fils font pour des épingles des numéros compris depuis 3 jufqu’à 10.
- Additions de M. Duhamel.
- 90. On peut couper les bottes ou cueillées de dreffées par tronçons , ou» comme difent les ouvriers , trancher à tronçons ou à la longue, par le moyen fîmple que vient d’expliquer M. de Reaumur : mais la main de l’ouvrier qui eft chargé de tenir les fils réunis , fatigue beaucoup ; c’eft pourquoi la plupart des ouvriers attachent fur leur genou une efpece d’étau qu’ils nomment chauffe, pi. 1 yfig. 8, & que M. deReaumur décrira très-clairement dans la fuite. Le bout de la cueillée appuie fur la partie 5 de la boîte à longues ou « tronçons , qui fert à déterminer la longueur que doivent avoir les tronçons , Suivant l’efpece d’épingles qu’on veut faire. Le rogtieur, qui eft ordinairement le même ouvrier que le dreffeur, étant aflis par terre, dans l’attitude qui a été dite, prend tous les fils qui compofent une cueillée j il en couche l’ex-* trêmité dans la boîte, il les y enfonce jufqu’à ce que les fils touchent l’appui s 5 ils les ferre fur la chauffe m avec la croffe q; & tout étant difpofé, comme on le voit figure 8 5 il coupe toute la botte avec la forte cifaille t, & il forme un tronçon ps. Par cette opération, tous les fils qui forment un tronçon font d’une pareille longueur.
- 91. Quelques ouvriers garnilfent le delfus de leur cuiffe droite d’une efpece de ehaulfe faite d’un fort cuir, pour ne point fe bleffer avec la branche inférieure de la cifaille qui appuie deffus lorfque l’ouvrier, avec la main droite» pefefurla branche fupérieure pour trancher le fiU la branche inférieure eft arrondie & élargie en palette, pour ne point blelfer la cuille qui la fupporte*
- Remarques de M. Perronet.
- 92. M. Perronet dit: l*. que le coupeur commence par attacher la chauffe à la cuilfe gauche ; ainfi l’ouvrier qu’il a vu , travaillait, comme nous venons de le dire , étant aidé de fa chauffe. 2*. En parlant de la ci-faille, il dit que le coupeur met le bout du bras le plus long, & qui eft applati » fous fon jarret droit, & qu’il coupe les fils un peu plus longs qu’ils 11e doivent être , à caufé que les épingles fe raccourciffentlorfqu’on en forme la pointe : de forte qu’on donne à ces fils quatre pouces neuf lignes pour trois longueurs d’épingles du numéro 20, ou quatre du numéro 12. Après qu’il a coupé la botte de dref-fées , il retire la croife, il appuie les bouts de fil contre le fond de la boite, &
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- il recommence l’opération qui vient d’ètre décrite , jufqu’à ce que toute la longueur de la dreffée foit réduite en tronçons. 3°. Pour couper la dreffée de cinq toiles de longueur par tronçons de quatre pouces neuf lignes de longueur, l’ouvrier a employé vingt-deux minutes. 40. Pour drelfer le fil des différentes groffeurs & couper les tronçons , l’ouvrier a un fol de la douzaine d’épingles, compofée de douze milliers ; & il fournit le treizième millier par-deffus le marché, pour remplacer les défedueules. Il peut trancher par jour huit à dix douzaines de tronçons , & gagner par conléquent 8 à 10 fols.
- 93. f°. L’engin , le tourniquet, & la table qui les porte , coûtent à peu près 6 livres ; la chauffe 4 livres, la çifaille 3 livres 10 lois, & la boite à couper 10 lois.
- Travail de Vempùinteur ; par M. de Reaumitr.
- 94. Les tronçons étant coupés, font remis à Pempointeur; c’eft l’ouvrier qui leur fait une pointe à chaque bout fur une meule de fer, dont toute la circonférence eft hériffée de hachures parallèles à fon aiflieu ,.qui forment autant de taillans. Ces meules ont environ un pouce & demi d’épaiffeur & trois pouces de diamètre j on les fait mouvoir par le moyen d’une grande roue de bois de cinq pieds de diamètre ou environ, montée comme celles des couteliers.
- 95. L’aissieu de la meule eft de fer, & terminée par deux pivots ; ordinairement la meule &fon aiflieu font logés dans une large entaille creufée dans un gros billot ffig. 9 * il eft porté par deux pièces TT qui ont quelque faillie. L’aiflieu a environ un pouce de diamètre dans l’endroit où il eft entouré par la corde qui paffe fur la grande roue de bois qui imprime le mouvement à la meule : d’où il fuit que la meule fait environ foixante tours pendant que la grande roue n’en fait qu’un. On donne plus ou moins de longueur à la cordes, félon que le terrein le permet.
- 96. Pendant qu’un autre ouvrier eft occupé à tourner la manivelle de la grande roue , l’empointeur eft affis à terre ou fur un couffin devantla meule, les jambes croifées. D’un côté, il a dans une jatte les tronçons à empointer , & de l’autre une autre jatte où il met ceux auxquels il a fait des pointes. Il prend dans la première'à peu près autant de tronçons qu’il en faut pour faire avec ces tronçons, couchés, les uns auprès des autres, une longueur égale aux deux tiers de l’épaiffeur de la meule. Devant le billot il y a une petite plaque de fer a 9. U commence par frapper un des bouts du paquet contre cette plaque, afin que tous les bouts fe trouvent de niveau ; il les. arrange enfuite fur l’index de la main gauche, les uns à côté des autres, de façon qu’ils fe touchent dans toute leur longueur, fans qu’il y en ait deux
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- l’un fur l’autre. Il les retient dans cette polition avec le pouce de la meme main ; celui de la droite y aide encore , & il couche l’index droit fous le gauche , afin de l’affermir.
- 97. Il préfente le bout des tronçons ainfi étalés fur la meule; pendant qu’ils la touchent, le pouce de la main droite eft continuellement en mouvement; il va de droite à gauche, & revient de gauche à droite; en allant il preffe les tronçons, & les oblige à tourner chacun fur eux-mêmes, ce qui fait que la meule a fuccefîivement prife fur toute Ja circonférence de chacun. L’adrelfe eft de retourner tous les tronçons également; car c’eft ce qui rend les pointes rondes & égales en longueur. Cette opération eft faite en moins de tems que nous n’en avons mis à la décrire : en moins d’un tour de la grande roue, les tronçons font empointés par un bout.
- 98- L’ouvrier les empointe de même de l’autre bout ; mais auparavant de le préfenter à la meule , il a foin de frapper en même tems les gros bouts de tous les tronçons contre la petite plaque de fer a (*), afin que les uns n’em-pietent pas plus que les autres fur la meule. Un bon empointeur fait dans u» jour les pointes à deux cents quarante milliers d’épingles de différens numéros. A Laigle on lui paie un fol la douzaine de milliers.
- Additions de M. Duhamel
- 99. La zone ou l’efpece de virole qui forme la meule , porte fur le plan de la circonférence, des hachures, non pas eroifées comme celles des limes , mais en écouene fine; ainli les hachures traverfent entièrement tout le plan de la circonférence de la virole. Ces hachures fe font avec un cifeau & à deux reprifes, parce que le cifeau 11’a de largeur qu’à peu près la moitié de la largeur de la meule.
- 100. Ces meules qui font couvertes d’acier (il) font trempées en pa-
- quet : les tailles ou ftries doivent être droites , égales, vives & tranchantes , pour qu’elles emportent net les copeaux ou raclures. On incline un peu les hachures vers la droite, parce que les ouvriers préfentent naturellement les épingles un peu inclinées à l’axe de la meule ; & elles feraient prifes obliquement par les hachures, fi elles n’étaient pas elies-mèmes un peu inclinées. La corde de la grande roue palfe par une ouverture qui eft au fond de la
- banque ; le devant qui regarde l’ouvrier , eft tout ouvert : la niche qui
- (*) Cette plaque eft quelquefois de d’acier; elles font toutes de fer, mais corne On la nomme apéritoirt. trempées en paquet , ce qui convertit la
- (11) Il n’eft pas exaét de dire que les fuperficie en acier,
- meules des empointeurs font couvertes
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- A R T I) E U E F I N G L I E R ff*
- reçoit la roue, étant fermée de toutes parts, elle retient la limaille qui eft châtiée au loin par la force centrifuge (12).
- 101. Je remarquerai en paifant, que , comme les hachures de la meule font tranchantes, & comme elles enlevent les copeaux fuivant la longueur des épingles, les pointes font bien plus unies qu’elles ne le feraient avec des meules de grès.
- 102. L’adresse de l’ouvrier 11e fe borne pas à faire tourner le^bouts de fil de laiton dans fes doigts ; il faut de plus qu’il les préfente fur la meule fous, un certain angle , pour que la pointe ne foit ni trop longue ni trop courte.
- Remarques de M. Ferronet.
- 103. M. Perronet ayant pris les dimenfions précifes de toutes les pièces dont nous venons de parler, nous allons les rapporter ici, quoiqu’elles 11e foient pas les mêmes dans tous les atteliers.
- 104. i\ La grande roue a cinq pieds & demi de diamètre ; les jantes font ereufées d’une gouttière qui a un pouce de profondeur , la manivelle a treize pouces de coude. Cette roue eft portée fur deux poteaux de charpente. Il n’eft pas hefoin de figure pour en avoir une idée allez exaéte..
- I0f,. 2°. A quatorze, quinze & feize pieds de la roue,. eft un bloc de bois qui a dix-huit pouces d’équarriffage- par en-bas, & quinze par le haut, fur deux pieds quatre pouces de hauteur. Ce bloc eft recreufé , comme on le voit par la fig. 9 , où on apperqoit la meule qui a fix pouces de diamètre , avec un-œil ou vuide au milieu, de deux pouces neuf lignes de diamètre : les ftries qui couvrent la furface , font un peu obliques.
- 106. 3°. Dans l’ouverture de la meule V, eft ajufté un tampon de bois qui eft percé au milieu d’un trou quarré pour recevoir un axe de fer de huit pouces dix lignes de long, dont la portion quarrée a fept lignes de côté, portant , à deux pouces neuf lignes d’un de fes bouts, une noix creufée en poulie, qui a fept lignes de diamètre dans le milieu, fur quatorze lignes de largeur.
- 107. 40. Il eft elfentiel que la meule foit bien en équilibre fur fon axe , fans quoi elle ferait du bruit en tournant (13), & elle ferait plus rude à mener 5
- (12) tes meules à empointer font tou- meule avec la pointe des épingles , fans jours plus grandes que celles à repaffer ; courir rifque de fe déchirer les doigts. Pour elles different même félon que les épingles les groffes fortes , les meules neuves ont font plus longues ou plus courtes. Pour environ dix pouces de diamètre ; elles di-empointer les plus petites épingles, iifaut minuent à force de fervir. de très-petites meules : fans cela les em- (13) Si la meule n’eft pas dans un parfait pointeurs ne pourraient pas atteindre la équilibre, elle fait des fauts qui empêchent
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- & pour atteindre à cette précifion, on tient l’ouverture quarrée du tampon de bois d’environ cinq lignes plus ouverte que la groffeur du quarré de l’aif-fieu> & on garnit l’efpace vuide avec des cartes qu’on met en plus grande quantité d’un côté que d’un autre, pour que la roue tourne bien rond : & on les y met affez à force pour que la meule foit bien affujettie fur fon aiflieu ; de forte qu’en tournant la meule avec la main, elle refte au point où on la met: & cetajuftement exige un tâtonnement qui eft quelquefois fort long.
- 108. 5°. On pofe l’ailfieu & la meule, comme on le voit /%. 9, contre deux morceaux de bois TT qu’on avance ou recule à volonté, & on les fixe au moyen d’un coin de bois. La corde qui communique le mouvement de la grande roue à la meule, eft de boyaux de mouton.
- 109. Au devant de l’ouverture du billot, eft un petit chaftis de verre Z, qui eft incliné de façon qu’il retient la limaille qui eft vivement difperfée par la force centrifuge de la meule , pour éviter qu’elle n’entre dans les yeux de l’ouvrier. M. Perronet ne reftreint pas l’ufage de cette glace, comme le prétend M. de Reaumur, au tems auquel 011 travaille le fer ; mais il eft certain qu’elle eft plus nécelfaire quand on appointit du fer fur la meule , que quand onappointit du cuivre.
- 110. 70. La roue à empointer,y compris le billot & la corde, coûte trente-fix livres ; l’aiiîieu d’acier pour porter la meule, trois livres ; la meule quipefe quinze livres , coûte fix livres. Lorfque les hachures , retailles ou ftries de la meule font ufées , il en coûte huit fols pour les refaire j mais jufques-là cette meule peut empointer environ trente douzaines de milliers d’épingles.
- n i. 8°. L’empointeur préfente à la fois fur la meule vingt-cinq tronçons , fi les épingles font grolfes , ou quarante, fi elles font petites j ce qu’il nomme une t&nailUe.
- Travail d'un fécond appomteur qu'on nomme rcpaffeur ; par M. de
- Reaumur.
- 112. Un fécond empointeur prend ^nfuite les mêmes tronçons , & les préfente , comme le premier, à une meule montée de la même maniéré : elle n’en différé qu’en ce que les taillans en font plus fins ( 14) ; elle a des hachures moins larges & moins profondes. Elle rend les pointes plus fines, plus polies & plus douces. Cet empointeur fait autant d’ouvrage que l’autre dans un
- de bien former les pointes; & s’ils étaient (14) Les épingliers Allemands repaffent allez forts pour faire échapper la meule , ou polilfent leur ouvrage fur une pierre à l’ouvrier courrait rifque d’être blelfé & aiguifer d’un grain fin , qui eft montée com« même tué; . me la première meule.
- jour ï
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- ART DE L'EPINGLIE R.
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- Jour ; cependant on paie fon travail moins cher ; on ne lui donne que neuf deniers pour douze milliers.
- n 3. Les tronçons des épingles de fer, ceux dont on veut faire des clous à livres , les bouts des aiguilles de fer à tricoter , fe taillent fur de pareilles meules j mais comme le fer eft beaucoup plus dur que le laiton, la limaille qui s’en détache, s’écarte avec plus de vîtetfe -, la meule eft continuellement entourée de vives étincelles , & les yeux de l’ouvrier auraient à craindre de ces étincelles , & peut-être autant de la limaille qui fe détache. Pour s’en mettre à converties épingliers de Paris attachent, comme on l’a dit » un morceau de verre ou de glace devant la meule Z ,7%. 9 , de façon que fans être un obftacle aux mains, il met les yeux à l’abri. ; l'ouvrier voit au travers de cette glace ce qui fepaffe fur la meule. Au lieu de cette glace , les ouvriers de quelques autres endroits ont des lunettes-beficles, ou verres aufti larges qu’un écu. Ils attachent ces lunettes à leur tète ( 1 f ).
- Remarques de M. Perronet.
- Il 4. 1°. La meule du repalfeur n’a que quatre pouces de diamètre , &un pouce & demi d’épaiilèur ; le Vuide dans le milieu n’a que deux pouces de diamètre : elle ne pefe que huit livres. L’aiflieu & le refte eft comme le tour à em-pointer, qui a été décrit.
- 115. 2q. Un ouvrier peut empointer par jour quinze douzaines de milliers d’épingles groifes & petites, avec le treizième en fus pour le déchet ; on lui -donne quinze deniers par douzaine de milliers , enforte qu’il pourrait gagner dix-huit fols neuf deniers par jour, s’il était fourni : mais les meilleurs fabriquais de Laigle ne débitent par jour, l’un dans l’autre, que fept à huit douzaines de milliers d’épingles , ce qui n’eft que la moitié de ce qu’un ouvrier peut faire. Et cela eft heureux :car leur poitrine fouftre beaucoup delà pouf, flere cuivreufe qu’ils relpirent; & le carreau de vitre qui garantit les yeux des gros fragmens , ne retient pas la fine poufîiere.
- 116. 3°. Le tourneur de roue a un fol neuf deniers de la douzaine de milliers , toujours y compris le treizième pour le déchet. Ce prix parait plus confidérable que celui de fempointeur , qui exige plus d’adrefle, & qui fouffre de la poufliere. Mais le tourneur de roue fatigue beaucoup ; & comme il n’eft pas continuellement occupé à la roue , il eft de plus chargé de battre le papier, & de plufieurs autres travaux dont 011 parlera dans la fuite.
- 117.40. Sui vant les calculs de M. Perronet, la meule fait quatre-vingt-fcize tours -, pendant que la grande roue n’en fait qu’un 3 & comme la grande fait
- (ïç) Les ouvriers Allemands ont fur ies yeux un voile de crêpe.
- Tome VII. A a a a
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- ART D E V EPINGLEE i?:
- Ïf4
- quarante-cinq tours par minute, la meule fait pendant ce même tems 4320 tours. En continuant fon calcul, il établit que chaque partie delà circonférence de la meule parcourt, dans l’efpaee d’une minute ,10.88 toifes, & pendant une heure 65314 toifes & | de toife.
- 118. 50. Si: la meule n’était pas dans un pariait équilibre, ou exadement centrée fur fon aiffieu , 011 imagine bien qu’étant mue avec une aufîi grande viteffe , elle agiterait vivement l’air qui l’environne , & elle produirait un grand-bruit ; c’elf effe&ivement ce qui arrive : au lieu qu’elle ne produit aucun bruit, & 11’éprouve aucune réfiftancede la part de l’air, quand elle eft bien centrée.
- 119. 6°. Le repafleur gagne un fol par douzaine de milliers d’épingles, fourniiîant le treizième en lus : il fait la même quantité d’cpingles que l’em* pointeur j ainfi.il gagne un cinquième de moins que lui.
- 120. 70. Le tourneur de la. roue à repaffer, gagne le même prix que celui de la roue de l’empointeur.
- Travail du coupeur de havfes ; par M. de Reaumur.
- I2r. On penfe bien que les deux pointes d’un tronçon doivent être les, pointes de deux épingles différentes,. & qu’il faut couper ces deux longueurs, d’épingles. Pour cela on les donne à l’ouvrier appelle coupeur de hanfes ( *_) , parce qu’en épingierie, une épingle à qui il manque la tète , eft appelles-hanfe. Celui-ci eft encore affis fur le plancher5 il a , comme le coupeur de tronçons, la jambe gauche étendue & la droite croifée par-dêlfous. Pendant qu’il coupe les hanfes, il a befoin qu’elles foient bien alfujetties ; car une (impie-courroie femblable à celle qui a fervi à couper le fil en tronçons, n’alfujèttirait. pas alfez des tronçons qui font courts. C’efi pourquoi il recouvre fa cuilfe gauche, immédiatement auprès du genou , d’une petite machine appellée chauffe à couper les hanfes ou trancheur à la courte : elle confifte dans un morceau de boispp? plat d’un côté. Ce côté eft large d’environ un pouce & demi, & long de quatre & demi 5 c’eft le delfus : la face oppofée, ou le delfous k k , eft-concave , c’eft-à-dire , d’une figure propre à s’appliquer fur la cuilfe 5 & afin qu’elle s’y applique plus mollement, l’intérieur eft revêtu de morceaux de chapeau. Aux deux bouts//inférieurs font arrêtées des courroies dont 01V entoure la cuilfe ; afin même de mieux alfujettirla chaulfe , la partie fupérieure porte quelquefois une cheville o du côté le plus proche du genou, autour de laquelle on entortille les courroies.
- (*) Nous avons déjà dit que plulieurs nous avons prévenu que M. de Reaumur ouvriers fe fervaient de la chaufje pour cou- donnerait la defeription de cette chauffe, per les cueillées ou bottes par tronçons \ & C’eft ici où ilia place.
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- 122. Une platine de fer u, longue d’environ deux pouces & large de quinze lignes, eft affujettie fur le deffus de la chauffe ; elle porte à chaque bout un crampon de fer dans lequel palTe une fiche ou clavette de fer, nommée crojfe ; la clavette va en diminuant depuis un bout jufqu’à l’autre. Il n’eft pas mal-aifé d’imaginer à préfent comment le coupeur alfujettit les tronçons fur fon genou : il les pofe fur la platine, & les prelfe à proportion de ce qu’il enfonce la clavette ; afin qu’ils puiffent encore moins gliiîer, on recouvre ordinairement la platine de fer d’un morceau de chapeau que ces tronçons touchent immédiatement. Mais auparavant de mettre les tronçons fur la chaulfe, le coupeur les arrange dans un moule femblable à celui qui a fervi à les couper la première fois. On l’appelle la boîte., à couper les hanfes ou à trancher à. la courte ; la même fert ordinairement pour deux fortes de numéros. Elle eft partagée par une petite cloifon, en deux parties inégales, dont chacune eft la meliire d’une différente épingle ; elle eft de fer ou de bois ; fes côtés ont des rebords élevés de quelques lignes, & les bouts n’en ont pas. Le coupeur ayant clioifi celle qui lui convient, il en couvre le fond d’une couche de tronçons empointés à l’épailfeur d’environ deux lignes. Il a foin que les pointes de chacun touchent la cloifon de féparation ; c’eft depuis cette cloifon jufqu’au bout de la boîte , qu’eft prife la longueur de la hanfe: il les retient en cet état en les prelfant avec le pouce de la main gauche qui eft elle-même chargée de la boite ; il pofe l’autre bout des tronçons fur le feutre qui recouvre la platine de la chauffe , & c’eft alors qu’il pafïe la clavette de fer q dans fes crampons pour affujettir les tronçons.
- 123. Dans l’inftant fuivant il prend de la main droite de grands cifeaux^,1 & coupe les hanfes à fleur du bord de la boite5 il les en retire, & les met dans un plateau de bois qu’il a auprès de lui. Il ôte en fui te les tronçons de deffous la chauffe ; il les retourne pour mettre dans la boîte celui de leurs boutslà qui il refte une pointe, pour en couper des hanfes de la maniéré dont nous l’avons vu. Si les tronçons avaient cinq longueurs d’épingles avant d’avoir été coupés , il leur en refte encore trois. Ainfi on les remet de nouveau aux empointeurs, qui leur font une pointe à chaque bout; on en coupe enfuite deux hanfes, & il n’y a plus qu’à faire une pointe à la partie qui refte. On remarquera qu’on prend les tronçons un peu plus longs que les longueurs des épingles qu’on en veut tirer jointes enfemble ; parce que , pendant qu’011 les coupe & pendant qu’on leur fait les pointes , ils diminuent de quelque chofe.
- 124. Un coupeur de hanfes en coupe dans un jour environ cent quatre-vingt milliers ( 16).
- (i<5) M. de Chalouzieredit qu’un fort ouvrier peut couper foixante milliers par heure.
- A a a a ij
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- ART DE L'EPINGLIE EL.
- Additions de M. Duhamel.
- 125. A mefure que i’empointeur a formé les pointes ou que le repaffeurr lésa finies , ces ouvriers les mettent dans une jatte, & les placent en comme nqant par la circonférence , & en allant vers le centre ,a£m que l’ouvrier qui doit travailler ces mêmes tronçons ou hanfes, les puiffe prendre plus, aifément.
- 126. Quand on a coupé une longueur d’épingle d’un tronçon qui doit faire: trois longueurs & qui eft appointi aux deux bouts , on peut donner le relie aux empointeurs pour faire une pointe au bout qu’on a coupé. Cette opération paraît alors plus aifée que (1 l’on avait coupé le. bout en deux ; car il n’eff pas li commode de manier des hanfes qui n’ont qu’une longueur d’épingle.
- 127. Tou TES les épingles qu’on coupe de l’extrémité d’un tronçon appointi,, font d’une pareille longueur, parce qu’on faittouclier les pointes furie fond, de la boîte à trancher. Mais les épingles qui relient au bout du tronçon , ne-feraient pas exactement d’une pareille longueur, parce que, quelqu’adroits; que foient les empointeurs ,1a $ieule entame un peu plus fur les unes que furies autres : ce qui oblige de mettre ces hanfes dans la boîte à trancher , pout couper celles qui fè trouvent trop longues.
- Remarques de AL. Perron et.
- 12g. i°. Chaque boîte à couper les hanfes eft marquée d’un même:; numéro que celui qui fert à marquer les différentes fortes d’épingles. Celle, numérotée 14, a fèize lignes de largeur & treize de longueur 5 elle fert aux épingles des numéros 14 & if. Une autre numérotée 17, qui a dix-huit lignes de largeur fur quinze de longueur, fert pour les épingles du numéro-16 & [7.
- 129. 2°. Pour couper les hanfes des différentes groffeurs, l’ouvrier gagne-neuf deniers de la douzaine de milliers, toujours le treizième en fus. lien coupe ordinairement trois douzaines par heure ; & en forçant un peu le travail , il en peut couper jufqu’à quatre douzaines > enforte qu’en moins de trois heures de travail , il peut couper les fept à huit douzaines de milliers que fabriquent ordinairement par jour les meilleurs marchands de Laigle : ce qui fait qu’un coupeur peut fuffire au travail de deux ou trois fabriquans, & gagner par ce moyen environ quinze fols par jour.
- 130. 30. Les cifailles forment, à la main droite des coupeurs, un calus de chair morte épais d’un doigt, & ce calus empêche que leur main ne foit endommagée par le maniaient continuel des cifailles.
- 131. 49. Néanmoins , comme l’a déjà remarqué M. Perronet, une des
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- Branches des cifailles porte fur le plancher; & la branche fupérieure qui eft applatie comme une fpatule, eft fous le jarret qui, en appuyant deiTus, aide beaucoup à la main droite à trancher les fils de laiton.
- Des têtes des épingles ; par M. de Reanmur.
- 132. Il s’agit à préfent de faire les têtes des épingles. Apparemment que les premières qu’on a faites n’avaient pour têtes, comme les clous, qu’un de leur bout applati. Cette petite piece rapportée eft imaginée trop ingénieuferr.ent, &fuppofe trop d’artifice, pour qu’on y foit venu d’abord. On peut obferver fur les épingles finies, qu’elle eft compofée d’un fil tourné en ipirale ; c’eft un fil de laiton fin, mais roulé de la même maniéré que les cannetilles ou bouillons qui ornent les boutons d’or & d’argent trait, & divers ouvrages de broderie». Chaque tète eft compofée de deux tours de fil.
- Maniéré de faire le fil à tête,. ou travail du tourneur de têtes : par M. de Reaumur.
- 133. L’Épinglier fait de longues pièces de fil roulé en hélices, pour former les têtes des épingles : il roule ce fil fur des. rouets femblabîes à ceux que les boutonniers emploient à un pareil ufage ( *). La principale roue de ce rouet a près de deux pieds & demi de diamètre ; des montans la foutien-lient près d’un des bouts d’un banc ; à l’autre bout, du même banc eft une n'oix. ou poulie à plufieurs rainures, dont l’aifîieu eft porté par deux montans peu, élevés. La même corde paife fur la noix & fur la grande roue. Pendant que celle-ci fait un tour , l’autre en fait environ trente : car la noix 11’a qu’un pouce de diamètre ; elle eft éloignée de la grande roue de deux pieds cinq à fix pouces ; fon aiflieu, eft prolongé par-delà un des montans, & même hors du banc. C’eft à ce bout prolongé , qui eft foré comme une clef à broche, & qui a une entaille H, fig. 1 o » qu’on attache U moule à tête I, c’eft-à-dire , un fil de la grolfeur des épingles à qui on veut faire des têtes, & fur lequel on roule le fil qui y eft deftiné. Ce moule entre de quelques pouces dans Paiftieu ; il y eft de plus afliijetti par quelques cordons qui s’entortillent autour de l’un & de l’autre H ; il a environ fix pieds de longueur. Quand la grande roue fait tourner la noix , le moule tourne : il refte donc à voir maintenant comment eft; conduit le fil qui doit s’y entortiller.
- 134. A deux pieds du rouet, il y a un tourniquet porté par un billot ; fur ee. tourniquet eft l’écheveau de fil qui doit être façonné en cannetille ou en fil à
- (*) Ce rouet fe nomme t.our à tilt.
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- tète. L’ouvrier prend le bout de ce fil ; il le pafle dans un demi-anneau de laiton K, fig. 10, qui eft au bout d’une poignée de bois L ; cette poignée, à caufe de fon demi-anneau , s’appelle porte. Il arrête enfuite le bout i\ui a pafle dans la porte au bout du moule le plus proche du rouet vers G. Il prend la porte ou poignée L de la main gauche, & de la droite la manivelle de la grande roue ; il la fait tourner ; le moule tourne dans l’inftant & entortille autour de lui le fil à tête qui fe dévidé de défi us le tourniquet. L’ufiige que la main gauche fait alors de la porte, eft de tenir la partie du fil qui eit prête à s’entortiller, tout proche de celle qui s’eft déjà entortillée. Les tours du fil 11c fauraieut être trop rapprochés, mais il ne fauc pas qu’ils fe recouvrent. Le fil, à force de palier, fait une échancrure dans l’anneau delà porte & dans le bois du manche L j ce qui aide à bien conduire le fil.
- 13^. Quand le moule eft entièrement couvert , 011 coupe le fil près du moule, & on fait fortir le fil à tète ou cannetille de deflus le moule. O11 en fait de différentes grofleurs, félon celle des épingles. De celui d’une grofleur médiocre , l’ouvrier en peut façonner huit livres pefantdans un jour, ou de quoi fournir aux têtes de mille épingles (17).
- Additions de M. Duhamel.
- 136. Quelquefois 011 recuit le fil à tête pour qu’il doit très-flexible, & pour cette même raifon on choifit le meilleur laiton. Quand 011 en a de bien doi*x, on peut fe difpenfer de le recuire , & c’eftle mieux.
- 137. Le fil de laiton qui forme le moule, ne pouvant être arrêté par le bout qui eft oppoféau rouet, on pourrait le foutenir fur quelques tringles de bois j mais il y a des ouvriers qui le fupportent fur leurs épaules, d’autres fur leurs bras, d’autres fur une fourche montée fur un pied qu’on tranfporte où l’on veut. On peut encore le foutenir avec quelques-uns des doigts de la main qui tient la porte ; mais quand le bout du moule traînerait par terre , il n’en arriverait pas d’inconvénient.
- 138. Le manche de la porte a quatre ou cinq pouces de longueur fur un pouce de grofleur. Quelquefois , au lieu du demi-anneau dont parle M. de Reaumur, on emploie un morceau de fer plat & percé.
- 139. On pourrait conduire le fil à tête fur le moule, fans le fecours de la ' porte, en tenant feulement le fil à tête entre le pouce & l’index ; mais le fil couperait les doigts de l’ouvrier, & il ferait difficile de le tenir aulfi ferme que
- (x7.) Huit livres pefant de têtes fuffifent dans l’ufage à Laigle de recuire le fil avant pour deux cents quatre - vingt-huit mille de former le cannetille. épingles des numéros 8 & 9. On n’eft point
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- A R T D E V E F I N G L I E R.
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- quand an tient d’une main la porte , & qu’on appuie feulement le pouce fut le fil à tête, qui coule à mefure qu’il enveloppe le moule,
- Observations ds AL Ferronet.
- 140. iç. La roue du tour à tète a deux pieds huit pouces de diamètre ; la manivelle, lix pouces de longueur ; la noix, neuf lignes de diamètre dans le milieu , & dix-huit lignes de longueur. Elle eft enfilée dans une broche ou. aiffieu qui a huit ponces de longueur.
- 141. 2°. Cette broche palfe au travers de deux nerfs de bœufs qui font attachés fixement à une tète de bois qui a trois pouces trois lignes de largeur fur cinq de hauteur, avec une queue longue de fix pouces, qui eft reçue dans une mortaife de la table du rouet, où elle eft arrêtée par un coin.
- 142. 30. La corde qui communique le mouvement de la roue à la noix, eft de boyau, & on la tend plus ou moins, en écartant de la roue la poupée qui porte la broche & la noix.
- 143. M. de Reaumur dit que le moule doit être de la même grolfeur que les épingles qu’on veut faire. M. Perronet obferve qu’011 le choifit un peu plus gros mais il faut que ce foit de bien peu.
- Travail dit coupeur de fil à tête; par M: de Reaumur.
- 144. iLfautdiviferles pièces de cannetille ou les couper en petites parties-, pour en faire des tètes : c’eft l’ouvrage d’un coupeur. Il eft, comme la plupart des autres , aflis fur le plancher , les jambes croifées : il tient- dix à douze pièces de cannetille , dont il a bien égalé les bouts, preifées entre le pouce & le commencement de l’index de la main gauche 5 la droite fait agir le grand cifeau , qui d’un même coup coupe toutes ces pièces. Il ne doit précifément détacher de chacune que deux tours de fil : plus ou moins rendrait le morceau inutile. Ce petit travail, tout fimple qu’il eft, demande del’adreflê & beaucoup d’exercice : un coupeur habile coupe dans un jour jufqu’à cent quarante-quatre milliers de tètes.
- 14^. On les fait enfuite recuire> pour cela on les met fur le feu dans une cuiller de fer, jufqu’à ce qu’elles foient rouges. On ferait mieux de les mettre dans une cuiller de cuivre 5 car 011 fait que l’attouchement du fer aigrit le cuivre quand ces deux métaux font fort chauds. On a en vue, par cette opération, de les ramollir, afin qu’elles foient plus fouples quand il s’agira de les alfujettir fur l’épingle: c’eft à quoi l’on travaille après qu’elles font recuites,.
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- f ART DE L'EPIN G LIER-
- Additions de M. Duhamel.
- 146. Les cifeaux pour couper les tètes , font différens des cifailles qu’on a employées pour couper les hanfes : leurs lames font plus minces , beaucoup plus larges , fort tranchantes, & ils n’ont point de pointe au bout ; c’eft pourquoi on les nomme des cifeaux camards, fig. 12.
- 147. A mefure qu’on coupe les tètes, elles tombent dans une fébille que quelques-uns nomment vafeau.
- Remarques de M. Ferronet.
- 148. i°. Le coupeur de tètes a autour de lui un tablier de cuir qui eft attaché à une fellette balle, pofée devant lui. Ce tablier reçoit les tètes à mefure qu’il les coupe , ce qui eft plus commode que le vafeau.
- 149. 2°. Il met le plus long bras des cifeaux, lequel eft plat, fous fon jarret, comme pour couper les tronçons.
- ifo. 30. De la main droite il tient douze moulées, dont il ajufte les bouts bien égaux, en les frappant avec le plat des cifeaux.
- 1 f i* 40. Il donne environ foixante & dix coups de cifeaux par minute.
- if2. 50. Quand il a donné douze coups de cifeaux, il égalife de nouveau le bout des moulées , en les frappant fur le plat des cifeaux : malgré la préci-lion qu’exige cette opération , &la vivacité avec laquelle elle s’exécute, il y a des coupeurs aifez habiles pour couper de fuite la tranche entière ou toute la longueur de douze moulées, fans interrompre le travail pour égaler le bout des moulées.
- 1^3. 6°. Puisque l’ouvrier peut donner foixante & dix coups de cifeaux par minute, il en peut donner quatre mille deux cents par heure ; & comme à chaque coup de cifeaux il coupe douze moulées , cet ouvrier peut couper cinquante mille quatre cents tètes de menues épingles en une heure. Ce ferait un travail forcé ; mais un ouvrier peut communément couper trente milliers de tètes par heure, grolfes & menues , l’une dans l’autre : néanmoins comme fa vue fatigue beaucoup , il ne coupe que quinze douzaines de milliers par jour. L’ouvrier a trois deniers pour tourner une douzaine de milliers de têtes, & neuf deniers pour les couper 5 & comme il en peut couper quinze douzaines par jour, il gagne onze fols trois deniers.
- 154. 70. Le rouet coûte quatre livres ; la porte & les cifeaux autant.
- 1$$. 8°- On recuit les têtes, comme le dit M. de Reaumur, dans unè cuiller de fer, où l’on en met deux ou trois livres à la fois ; ce qui fait douze douzaines de tètes du numéro 8 : on les couvre de charbon, on les tient fut le feu pendant une demi-heure, & on les y lailfe refroidir.
- Defcriptim
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- ART DE D E P I N G L I E R. Dejcription de Pentètoïr (*) ; par M. de Reaumur.
- ï?6. La machine à entêter eft aufli bien imaginée qu’elle eft fimple : ce qu’on a à lui faire faire, c’eft de frapper la tête qu’on a mife au bout de l’épingle, de façon qu’elle y foit comme foudée, & qu’elle ait de la rondeur. Un épais billot de bois (planche I, fig. 13 ), foutenu par quatre pieds de la hauteur de ceux des établis ordinaires, eft toujours la bafe de cette machine. Il y a de ces billots qui ont deux, d’autres trois , & quelques -uns quatre , cinq ou fix machines à entêter j autant d’ouvriers s’aifeyent autour. Les billots en font plus grands à proportion, & ont du moins autant de pans qu’il y a d’ouvriers qui y travaillent. Mais , pour le plus fimple, arrêtons-nous à un billot qui 11e fert que pour un feuî ouvrier. Au milieu du billot eft une petite enclume d’acier V, dans laquelle eft creufée une cavité capable de recevoir la moitié de la tête de l’épingle finie , avec une efpece de gouttière qui commence au bord de l’enclume, & va aboutir à cette cavité ; elle n’a de profondeur qu’autant que le corps de l’épingle a de diamètre-, elle eft évafée près du bord de l’enclume, & de là elle s’étrécit jnfqu’à l’endroit qui reçoit la tête.
- 157. L’enclüme ne peut arrondir qu’une moitié de la tête , l’autre moitié eft reçue par un poinçon quarré , dans lequel eft creufée une cavité hémif-phérique & point de rainure. Ce poinçon eft élevé & retombe enfuite avec force , étant chargé d’un morceau de plomb a aifez pefant. Il oblige la tête à s’arrondir, & les tours de fil à fe preffer : la machine n’eft conftruite que pour faire agir ce poinçon, & elle le doit être avec une extrême précifioit. A chaque coup, la cavité du poinçon doit venir jufte fe placer fur celle de renclume : ce font deux pièces dont le moule de la tète eft, pour ainfi dire, compofé.
- 158- Au-dessus du billot ily a deuxmontans SS éloignés chacun de fix ou huit pouces du centre de l’enclume. Ils ont depuis douze jufqu’à feize ou dix-fept pouces de hauteur & deux pouces d’équarriffage. A un pied ou environ du deffus du billot, ils font alfemblés avec une traverfe T T ; elle eft percée au milieu, pour lailfer palfer un arbre de fer b de quelques lignes de diamètre. Le poinçon eft arrêté contre le bout inférieur de cet arbre ; un peu au-deffus du même poinçon, cet arbre eft chargé d’un morceau de plomb a. de figure arbitraire, & du poids de neuf à dix livres pour les épingles communes. Il y en a quipefent jufqu’à vingt-cinq livres , & qui fervent pour des aiguilles de tablettes.
- ( * ) Le terme d'entêtoir n’eft point d’u- per les têtes ; & l’ouvrier que nous nom» fage à Laigle : on-l’y nomme oittHui frapmons entêteur , s’y appelle frappeur.
- Tome FIL ‘ • B b b b - ^ .
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- ART DE ÜEF1NGLIE R.
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- if9. Immédiatement au-deffous du plomb, il y a une traverfe de-fer Y Y, qui embraflê le poinçon ; elle fert à rendre la chute plus jufte ; elle s’élève avec lui. Ses deux bouts font percés, & reçoivent deux petits mon-tans de fer XX arrêtés par en - bas dans le billot, & par en - haut dans la traverfe de bois T T. Ils font chacun à peu près à diftance égale de Tend urne & des montans de bois.
- i 6q. Il y a une corde attachée au bout fupérieur de l’arbre du poinçon j la même corde tient à un levier de bois ce, qui s’élève & s’abaifle comme le fléau d’une balance. Son point d’appui effc le plus fouvent fur un montant a'. Une de fes branches a dix ou douze pouces de longueur -, elle eft fur le billot s l’autre en a douze ou treize ; elle va par-delà. A cette branche tient une cordes, elle aboutit à une marche femblable aux marches des faifeurs de tiflus. Quand l’ouvrier abailfe cette marche, il éleve le bras du levier auquel le poinçon, eft fuTpendu -, & ft-tôt qu’il la laiife échapper, le poinçon vient tomber fur l’enclume avec fon propre poids & celui du plomb qui le charge. Nous verrons dans un inftant comment Pépinglier entête les épingles.
- Additions de M. Duhamel.
- T61. Après ce qu’a ditM. deReaumur, an conçoit que chaque enclume & chaque poinçon ne peuvent fervir que pour une efpece d’épingle. Il y a. des enclumes qui ont plufteurs trous & entailles; & celles-là fervent pour différentes efpeces d’épingles. On conçoit encore combien il eft important, que le trou du poinçon réponde exactement au trou de l’enclume; car ici la. perfection de l’ouvrage dépend plus de l’exactitude de l’outil que de l’adrefle; de l’ouvrier. On ajufte les cavités de l’eneîume & du poinçon avec 1 eboutereau. qui eft un poinçon bien acéré , fig. 12, dont la pointe moufle & hémifphé-rique eft de la grofleur de l’échantillon de l’épingle qu’on veut frapper;. 8c. une lime quarrée ou à tiers-point fert à former la gouttière.
- 162. Mais il faut être prévenu que le bout £ de l’arbre de fer, fig. 13, a: un trou quarré , profond de quelques, pouces , dans lequel s’ajufte le poinçon. Ce poinçon eft un peu à l’aife dans le trou quarré qui le reçoit, & on l’y aflujettit ou avec des coins de bois ou avec des vis. Ce qui donne la facilité de porter le poinçon d’un côté ou d’un autre, jufqu’à ce que le petit trou hémifphérique qui doit recevoir la moitié delà tête, réponde, exactement au trou de l’enclume , ou entre l’autre moitié de la même tête ; ou bien , pour parler comme les ouvriers, il faut que les hoches fe rencontrent.
- 163. L’ouvrier peut, à fon gré, augmenter la force du coup ou la diminuer, foit en variant le poids qui charge le poinçon, foit en changeant la-pofition de la corde qui répond à la marche, puifqu’il eft évident qu’en l’approchant de l’extrémité de cette marche, la levée du poinçon eft plus grande*
- & conféquemment le coup plus fort,
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- Remarques de M. Ferronet.
- I <^4. La difpofition de l’entêtoir que décrit M. Perronet, étant un peu différente de celle que M. de Reaumur a fait graver, & les cotes de toutes les parties étant mifes avec toute la précifion poffible, nous en allons donner le détail. On a des entêtoirs à fix places femblables, pour y employer un pareil nombre d’ouvriers qui travaillent à la fois. L’établi eft porté fur un billot de bois ou un tronc d’arbre de trois pieds neuf pouces de diamètre, & feize pouces d’épaiffeur 3 il eft élevé d’un pied au-deffus du plancher par trois forts pieds. Au-deffus du billot s’élèvent fix poteaux pofés aux angles , & retournés fur deux pouces de largeur à chaque face 5 leur épaiffeur eft de dix-huit lignes, & leur hauteur de dix-fept pouces : à treize pouces & demi au-deffus du billot, font affemblées les traverfes de même épaiffeur que les poteaux, fur quinze lignes de hauteur, lefquelîes font percées aux endroits convenables, pour paffer les broches de fer qui ont fix lignes de groffeur & feize pouces de longueur, & dont le haut eft arrêté fermement dans les précédens trous avec des coins. Le bas qui eft diminué en pointe , porte fur des efpeces de crapau-dines de plomb qui ont deux pouces en quarré fur fix lignes d’épaiffeur 3 le plomb a été verfé dans des trous faits dans le billot.
- i6<). Le milieu des traverfes eft percé pour recevoir l’aiguille de fer ou l'outiéioi, qui a douze pouces & demi de longueur fur fix lignes de groffeur. L’outibot eft percé à fon extrémité fupérieure , pour paffer la corde qui le doit faire mouvoir. Le bas de l’outibot a dix-huit lignes de long, &fa grof. feur eft d’un pouce en quarré. Cette partie eft percée en deffous d’un trou K qui a fix lignes en quarré fur neuf lignes de profondeur.
- 166. Cet outibot , dont la verge eft quarrée par en-bas jufqu’à quatre pouces de hauteur, entre dans une traverfe de fer. Cette traverfe a neuf pouces neuf lignes de longueur, neuf lignes de largeur & trois lignes d’épaifi leur. Elle eft encore percée dans fa longueur de deux trous ronds, par lefquels paffent les broches de fers & l’on a foin qu’il y ait quelques lignes de jeu tout autour, pour y mettre quelques bandes de parchemin huilé, afin que la traverfe monte & defcende aifément le long des broches : deffus cette traverfe on met un poids de plomb qui eft traverfé dans fon axe par la tige de l’outibot. Ce poids a quatre pouces de diamètre & trois pouces de hauteur. O11 met un morceau de parchemin entre le poids & la traverfe, pour les rendre plus adhérens l’un à l’autre, & pour que les coups continuels du poids ne fatiguent point la traverfe. Dans la partie creufée de l’outibot, on met un poinçon d’acier, lequel a dix lignes de longueur, fix lignes de groffeur par le milieu, & cinq lignes en quarré par les bouts, fur lefquels font gravés en ereux deux trous de la moitié de la groffeur des tètes que l’on veut (aire. Sous çet outibot eft pofé un canon de fer 3 il a feize lignes de longueur fur quinze
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- ART DE LE PI N G L I E R,
- f*4
- lignes de groifeur en quarré, non compris la queue qui a vingt lignes de-longueur & fix lignes de groifeur. Cette partie, eft enfoncée dans le billot ^ le deifus de ce canon eft percé d’un trou de fix lignes en quarré fur autant de profondeur. On place dans ce canon une enclume d’acier d’un pouce de hauteur , quatre lignes de groifeur en quarré par le bas fept lignes par le haut. Sur cette enclume font gravés quatre trous de différentes grandeurs 7. pour faire les tètes de quatre différens numéros d’épingles.
- 167. La corde qui palfie dans le trou du haut de l’outibot, eft attachée fur le bras de levier qui eft de bois , & qui a deux pouces de groifeur à l’endroit éloigné du point d’appui de fept pouces & demi; proche l’autre bout, eft attachée la corde qui répond à la marchette à onze pouces de diftance du point d’appui: la marchette a dix pouces de long fur fix de large, & elle eft attachée parle bout, au moyen d’un bout de corde , à un piquet.
- 168. A chaque place il y a deux planches, chacune d’un pied de long & fix pouces de large , qui font arrêtées au billot par des boulons, de façon que ces planohes puiffent fe mouvoir pour accoter les bras des ouvriers.
- 169. Au devant de chaque placé eft une calotte de chapeau, nommée planche; elle a fix pouces de long fur quatre de large, & deux pouces de hauteur de bord, arrêtée fixement au billot: cette calotte fert à mettre les hanfes & les têtes.
- 170. En dedans de cette enceinte de planche, eft un demi-cercle nommé parc, qui a pour corde toute l’étendue comprife entre deux poteaux. Ce parc, eft deftiné à recevoir les épingles à mefure que les têtes font frappées; au. milieu du billot eft un chandelier qui fert à éclairer toutes les places.
- 171. Sur le même billot font deux poteaux diamétralement oppofés, de deux pouces de groifeur; ils font bien ferrés contre les folives du plancher pour affermir le billot, & empêcher que les coups continuels des poinçons fur les enclumes ne l’ébranlent.
- 172. On conçoit qu’il eft de la plus grande importance que le trou hémifl phérique du poinçon réponde bien précifément au trou aufîi hémifphérique: de l’enclume. Il eft difficile de parvenir à cette précifion ; on le fait néanmoins en éloignant ou en approchant les broches , qui étant pointées furies crapaudines de plomb, y forment différens petits trous, où on peut les placer en foulevant le poids & retirant un peu , s’il le faut, les coins.
- 173. La cuiller de fer, pour faire recuire les tètes, coûte quinze fols; le plomb & les autres uftenfiles qui appartiennent à chaque place , coûtent huit livres ; le billot, douze livres : ainfi toute la machine qu’011 vient de décrire ? coûte foixante liv. quinze fols (*).
- (*) Nous avertirons une fois pour toutes, que le prix de tous les uftenfiles, ainfi que des matières, varie fuivant les tems.
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- ART DE IJ E P I N G L I E R:
- Maniéré et entêter ou frapper les épingles ;par 31. de Rcaumnr.
- 174. L’ouvrier eft aflis vis-à-vis de i’enclume , ayant les coudes appuyés, & un pied pôle fur la marche f g, fig. 13. Le deffus du billot eft pour lui une table fur laquelle font deux eipeces de boites de carton R 2,R 3 5 l’une à gauche contient d’un côté les hanfes & de l’autre côté les têtes 5 l’autre à droite reçoit les épingles entêtées. De la main gauche il prend une hanfe, il en poulie la pointe au halard dans le tas des têtes ; il ne manque guere d’en enfiler une. La main droite la prend auffi-tôt j elle pofe la tête dans le creux de l’encluine,& tire eniuite l’épingle à elle , jufqu’à ce que la tête foit aj liftée précifément au bout de la hanfe. Le pied de l’ouvrier qui tenait le poinçon élevé, le laide auffi-tôt échapper ; il vient frapper la tête. L’ouvrier l’éleve & le laide tomber quatre à cinq fois de fuite j.la main droite retourne l’épingle: à chaque fois , afin quelle foit frappée de diiférens côtés. Ce nombre de coups,; fuffit ordinairement, & alors il met l’épingle entêtée dans le carton R 3.
- 175. Aussi-tôt la main gauche donne à la droite une autre hanfe enfilée dans une tète ; car pendant que le pied abaifle la marche, & que la main droite-retourne l’épingle fur l’enclume la gauche cherche à enfiler une nouvelle hanfe dans une autre tète. Ces trois mouvemens fe font à la fois , & avec tant, de vîtelfe qu’un ouvrier entête communément fept à huit milliers-d’épingles, dans un jour ; il yen a qui vont à douze & plus 5.encore 11’occupe- t-on guere à ce travail que des femmes ou de jeunes enfans.
- 17<^. On peut remarquer que toutes les épingles font entaillées près de la tête j elles y font moins groifes qu’ailleurs. La petite élévation que forme au-deffus du creux où eft la tête , la gouttière ou coche qui renferme le corps cfe l’épingle , caufe cette différence de groffeur.: le rebord de cette gouttière-coupe un peu l’épingle tout autour.
- 177. On a fait des têtes avec des moules à main ; & c’était apparemment la maniéré ufitée avant que la machine que nous avons décrite fût connue. C’était une petite piece de fer creufée comme l’enclume, où l’on plaçait de même la hanfe qu’on voulait entêter : mais cette façon 11’eft plus en ufagej. elle eft plus longue & vaut moins que la précédente.
- 178- On avait auffi un poinçon dans lequel , comme dans celui de la machine , était creufée une cavité propre à recevoir la moitié d’une tète d’épingle. Après avoir pofé l’épingle dans le moule, on pofait deffus le poinçon j, on l’y retenait de la main gauche > pendant que la droite appuyait fur ce poinçon quelques coups de marteau. On fait encore à prefent de petits clous àj livre à tête ronde, avec un poinçon à peu près pareil..
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- Ï66 ART DE L'EPINGLIE R.
- Additions de M. Duhamel.
- 179. Une partie de l’ouvrage del’entèteur eft d’enfiler la hanfe dans le fil qui doit fairç la tète, & de placer cette tète au bout oppofé à la pointe; on nomme frapper cette tête, la battre entre l’enclume & le poinçon , comme l’a expliqué M. de Reaumur. Pour enfiler la tète à moindres frais, il y avait des fabriques où l’on faifait enfiler par des enfans; mais il fallait ajufter les têtes au bout des hanfes. O11 a maintenant trouvé qu’il était plus expéditif de faire enfiler & frapper par un même ouvrier.
- 180. Il arrive fouvent qu’il s’enfile plus d’une tète dans une hanfe ; l’ouvrier fiait tomber alors avec un defes doigts celles qui font de trop (*).
- Remarques de M. PerroneL
- 181. i9. Un homme peut frapper vingt têtes d’épingles, grofles ou petites, par minute ; & comme il frappe cinq à lix coups fur chaque tète, l’enclume reçoit cent ou cent vingt coups par minute.
- 182- 2°. Un frappeur fait ordinairement un millier d’épingles par heure , & dix à douze milliers par jour, non compris le treizième en fus pour les défeélueufes.
- 183- 3°- Les frappeurs gagnent deux prix différens : favoir, neuf fols de la douzaine de milliers, toujours y compris le treizième en fus , pour frapper les tètes des grodes épingles, depuis le numéro 22 ,jufqu’au numéro 14 , & huit fols pour les épingles au-deiTous ; ce qui leur vaut fept à huit fols par jour , fur quoi les frappeurs font tenus de fe fournir de poinçons & d’enclumes qui coûtent enfemble dix fols, & de les faire regraver lorfqu’on change de groifeur d’épingle, ce qui coûte environ deux fols par mois. Ce font encore les frappeurs ou entëteurs qui frottent, vannent & fechent les épingles.
- Maniéré de blanchir les épingles ; par M, de Reaumur,
- 184* On laide à peu d’épingles leur couleur jaune : excepté celles des plu# grodes fortes, on les blanchit prefque toutes. Ce n’eft pas feulement pour les embellir; le cuivre n’eft pas agréable à toucher ; il donne toujours quelque odeur aux mains ; d’ailleurs le verd de gris l’attaque: cesraifons font qu’on étame les épingles comme les caderolles, mais d’une maniéré fort différente.
- (*) A Laigle on ne connaît point le terme têter, pour dîftinguer les deux opérations à'entêter ; on d\t frapper, pour plus grande d’enfiler les têtes & de les frapper, clarté, Nous avons confçrvé le terme d’en.
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- ART DE D F P I N G L 1 E R.
- i8f. On commence d’abord par les décralfcr : pour cela on fait bouillir de l’eau avec une livre de graveîce rouge. On la jette toute bouillante dans un baquet de bois où font les épingles ; il y en a environ trente livres pefant. Ce. baquet a près de vingt pouces de diamètre, & quinze à feize de profondeur; il eft fulpendu par une chaîne à hauteur d’appui. Un ouvrier l’agite pendant environ une heure, en le tirant à foi,# le repoulfant alternativement. Les frottemens que les épingles y eifuientles rendent plus jaunes & plus brillantes.
- i86\ Elles font alors en état d’être étamées ou blanchies. On les empile dans une chaudière de cuivre défiguré cylindrique, qui a quatorze pouces de diamètre & vingt de profondeur, fig. 14; mais voici comme on les arrange avant de les mettre dans la chaudière. On a une croix de fer à quatre bras; égaux, & dont deux enfemble ont moins de longueur que la chaudière 11 a de diamètre. Sur cette croix on pofe une plaque d’étain fin, ronde, & épailfe d’un quart de ligne ou même moins ;fon diamètre eft un peu plus petit que celui de la chaudière s on couvre la plaque d’étain d un lit d’épingles, épais de quatre à cinq lignes placées fans aucun ordre. Sur .ce lit d’épingles, on met une nouvelle plaque d’étain ( 18), fur laquelle on étend une couche d’épingles d’épailfeur égale à la première ; & ainfi 011 met alternativement une couche d’épingles & une plaque d’étain, jufqu’à ce qu’on ait formé une pile qui ait un peu moins de la moitié de la hauteur de la chaudière ; on porte en-fuite cette pile dans la chaudière; on le fait aifément, au moyen de deux, cordes , qui ont chacune un de leurs bouts noué à deux bras ©ppofés.
- 187* La piîe n’eft pas où elle en doit refter. Pour l’élever davantage , on prend une plaque d’étain à peu près de même épailfeur que les autres ; 011 l’appelle une plaque à fils , parce qu’elle a deux petites cordes nouées par les deux bouts , qui paifent par quatre trous , dont elle eft percée , & qui donnent le moyen de la porter, comme les cordes de la croix ont donné la facilité de porter la première pile. Sur cette plaque à fils , on met une couche d’épingles d’épailfeur égale aux premières; on la couvre d’une nouvelle plaque d’étain r fur laquelle on étend un nouveau lit d’épingles ; & ainfi de fuite , on éleve une petite pile , compofée de huit ou dix couches d’épingles & d’autant de plaques, & on la porte dans la chaudière pour augmenter la pile qui y eft déjà. On forme de même une fécondé pile fur une fécondé plaque à fils, compofée d’autant de couches d’épingles & de plaques d’étain que la précédente. Celle-ci achevé la pile qu’il faut fuppofer dans la chaudière ; le feul avantage qu’on trouve à former ces deux petites piles, c’eft qu’on n’eft pas enfuite obligé de retirer de la chaudière toutes les épingles à la fois ; 011 tire les unes
- (18) A la place de ces plaques d’étain en fe fert quelquefois en Allemagne, du fiel cm» moniac*
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- après les autres les piles à fils , avant d’arriver à la maîtreffe pile portée fur la croix, qui eft encore aifez pefante. 11 entre dans la chaudière jufqu’à cinquante-line plaques d’étain ;& dans les intervalles de toutes ces plaques , jufqu’à trois cents foixante milliers d’épingles de la petite forte, & la moitié ou environ d’épingles des plus groifes fortes ; c’eft-à-dire , qu’il y a environ cinq cents quarante milliers d’épingles de différentes fortes , qui tous enfemble pefent cent vingt-huit à cent trente livres. Car fi pour les trente douzaines de douze milliers ou les trois cencs foixante milliers de la petite forte, on prend le poids des épingles du numéro 4 , qui eft à peu près moyen entre celles du numéro 7, ces trois cents foixante milliers peferont quarante-cinq livres. Si de même on fuppofè que le poids des cent quatre-vingt autres milliers eft de fept onces deux gros, qui approche du poids des épingles du numéro 13 , qui eft le numéro d’un poids à peu près moyen entre ceux des numéros 8 & 181 ces cent quatre-vingt milliers peferont à peu près quatre-vingt - deux livres : auffi faut-il deux hommes pour foulever la chaudière 5 ils la portent fur un bâton paffé dans fon anfe.
- 188- On laremplit d’eau de puits bien claire: on y jette deux livres de gra-velée blanche ; on fait bouillir le tout fur le feu pendant environ cinq heures ; la chaudière eft alors fur un trépied ordinaire, & a un couvercle : à mefure que l’eau diminue, on a foin d’y en verfer de la nouvelle , & de la tenir pleine toute rafe.
- 189- Le feldela gravelée, dont l’eau eft empreinte, diffout l’étain; l’étain
- diîfous s’attache au cuivre , & l’étame. Le raifonnement ne conduirait pa's à croire qu’une opération fifimple fût capable d’étamer parfaitement les épingles ; mais l’expérience l’apprend : elles font fuffifamment recouvertes d’étain, & avec beaucoup d’égalité. La confommation qui fe fiit de ce métal, n’eft’ cependant pas bien confidérable. Soixante plaques1 d’étain pefent cômmuné-; ment trente livres; en les faifant bouillir une fois par fernaine,les ouvriers’ a (furent que dans trois mois elles ne diminuent que d’environ dix livres ( 19 ), c’eft-à-dire, qu’il ne s’en confomme qu’un peu plus' de trois quarterons pour étamer nos cent vingt-huit livres pefant d’épingles. 1 ):
- 190. Ces trois quarterons d’étain 11’y font pourtant pas employés en entier ; il en faut déduire ce qui refte mêlé avec l’eau. Mais quand nous fuppoferions cette quantité d’étain entièrement étendue fur nos. épingles,; il s’énfuivrait toujours qu’il forme # des cjouchés incomparablement plus minces que l’imagination ne fiurait fe les.re^réfenter. Nous pouvons admirer ici, commefnous f avons fait ailleurs dahsi’àftdu tireur d’br ,ia' prodigîeufeJextenffoir que reçoit l’étain, fans ceffer d’être un corps continu. Pour nous faire quelque idée
- (19) M. de Chalouziere eftimequele déchet va au plus à quatre livres. '
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- 4e cette étonnante extenfion, fuppofons que la chaudière a toujours été remplie d’épingles du même numéro , de celles du numéro 3, par exemple ; alors elle eût contenu chaque fois un peu plus de feize cents trente-huit milliers d’épingles de cette forte. Cherchons à préfent la longueur que feraient toutes les épingles mifes bout à bout: celles du numéro que nous avons choiii, ont’ chacune huit lignes de longueur ; par conféquent le millier de ces épingles fait une longueur de huit mille lignes, ou de cinquante-cinq pieds lîx pouces huit lignes, qui, prife feize eents trente-huit fois , nombre égal à celui des milliers, donne pour longueur de toutes les épingles pofées bout à bout, ou pour celle à laquelle les trois quarterons d’étain ont été étendus , quatre - vingt - onze mille pieds. Il ferait aifé de déterminer à peu près quelle furface quarrée donne cette longueur , en prenant la circonférence des épingles. A la vérité, le numéro que nous avons choiii eft favorable à l’augmentation de la furface ï nous en trouverions moins, linos épingles étaient de plus haut numéro: mais ce qui relie d’étain dilfous avec l’eau Suffirait peut-être pour compenfer cette différence.
- 191. On ne jette pourtant pas l’eau où les épingles ont été blanchies (26) r on fait qu’il y relie de l’étain & de la gravelée à ménager ; onlaconferve pour la verfer dans la première chaudière où l’on empilera des épingles ; & on y ajoute la gravelée dans la proportion que nous avons dite.
- 192. Les plaques deviennent à la fin trop minces , ou elles fe percent; &. alors on les refond, comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- 193. Après que la chaudière a été ôtée de déifias le feu, on retire, d’abord l’une après l’autre, les piles de plaques à fils , & on vient enfuite à la grande pile portée par la croix ; on renverfe à mefure les épingles dans le même baquet où nous les avons vu laver immédiatement avant qu’on les arrangeât dans la chaudière. Le baquet ell aulii fufpendu , comme nous l’avons vu dans le même endroit; on y jette de l’eau fraîche & claire ; un ouvrier l’agit» pendant environ un demi-quart d’heure, & cela afin que les épingles frottant les unes contre les autres, la gravelée qui était reftée entre elles s’en fépare.
- 194. Il faut enfuite les fécher; ce qu’on exécute en les agitant dans la frot-toire: c’eftune efpece de petit tonneau d’environ-un pied de diamètre,& un peu moins long Çfig. 1 f ) : il a un aiffieu de bois , foutenu par deux tréteaux ou pieds B entaillés pour le recevoir. On le fait tourner par le moyen d’une manivelle E engagée à un de fes. bouts. Cette frottoire a, vers le milieu de fa longueur, une ouverture quarrée C ; c’eft la porte par où on fait entrer les
- (20) Suivant M. de Chalouziere , les' chir d’outres, mais pour les décrafler & épingliers confervent l’eau qui a fervi à pour les difpofer à recevoir le blanc, blanchir les épingles, non pas pour en blan-
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- épinglqs > on les y vqrfe ayec un auget long de deux pieds ,. alTez, fèmblabl^au® mains dont fe ferventles banquiers pour, rama/fer l’argent ; il n’en différé pref-que que parce qu’il eft de bois , aujieu que lqs mains des banquiers font de cuivre. Qn remplit enfuite de foi|,(31.). unç partie de la frottoire * tk enfin on* bouche fa porte avec une petite pl^nche.;quarrqe ^arrêtée par upe traverfe qui p a (Te delfus & dans deux coulifles.. Apres avoir, fair tourner la frottoire pendant environ une demi-heure, l’quv.rier retire les épingles , & les; fait tombée dânsle plat à vanner,. qui eft de bois & a environ un pied de diamètre : il les y. vanne auftî., il les fépare du fon,3;& quand, elles font bien nettes & bien blan^-elles, il les met.dans une petite boite de carton de, figure cylindrique» appelles la carte aux épingles y ou dansun bouleau.
- Additions de M, Biihatmli
- 197. Il y a des épingles qu’on laifte jaunes, ,& que l’on vend ainfi fans,Test-etamer ou blanchir ,.foit pour épargner une très-petite quantité'd’étain, foit pour éviter des opérations qui., quelque petites quelles foi en t, augmentent nécelfairement de quelque chofe le prix des épingles-, foit que quelques rai* fpns que j’ignore les rendent plus convenables, à certains.ufages : les faifeu— fes de dentelles, par exemple , emploient ordinairement des épingles, jaunes;. Op pourrait leur donner une belle couleur jaune, en les faifant bouillir avec de la gravelée , les agitant dans le baquet, & enfuite les defféchant avec du fpn dans la frottoire (22)-, mais ordinairement, ce qui revient au même,, après avoir fait bouillir trente livres pefant d’épingles avec deux livres détartré, on met le tout dans le barril ou frottoire après les avoir agitées-pendant trois quarts d’heure, on les deffeche avec du fon dans une frottoire,. ou en les fecouant avec du fon dans un fac de cuir. Quand un ouvrier le' trouve feul, il attache un des bout£ du fac à un poteau , & en le fecouant il: fait prendre aux épingles une couleur jaune très-brillante. Je n’entrerai point: dans un plus long détail fur cela ,. parce que M. de Reaumur parlera de ce' travail à l’ôccafion des épingles de fer.
- 1.96..Une attention qui a échappé à M. de Reaumur ,.c’eft qu’il ne faut mettre entre chaque plaque d’étain , que des épingles d’une même forte..
- 197. Autrefois les épingles d’Angleterre, étaient plus argentées que les: nôtres j.ce qu’on aurait pu attribuera ce qu’ils employaient; un étain plus pur „
- (21) Au lieu de fon , on fe ferten Aile- épinglés dans de la petite bierre puis om naagne , de fciure, de bois dur ; mais il faut les rince dans de l’eau claire. Cette méthode: convenir que le fon eft beaucoup meilleur. vaudrait beaucoup mieux , fi. l'on.ajoutait*:
- En. Allemagne on. fait bouillir, les un peu de tartre*.
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- & qive celui que nous eriipîoyons eft prefque toujours allié d’ün peu de plomb. Mais on fait maintenant de très-belles épingles à Laigle ; & je crois que c’eft depuis qu’on a pris la méthode de blanchir les épingles à l’eaù.
- 198. Il paraîtra fans doute fingulier que les épingles jaunes fortent de là chaudière blanches & comme argentées -, mais fi l’on fait attention que quand on plonge dans une diifolution de cuivre un morceau de fer poli ,1e ferfe charge d’une légère couche cuivreufe, ce qui dépend de ce que le cuivre fè précipite & fe dépofe fur le fer à mefure que le dilfolvant attaqué le fer, oti concevra que la gravelée diifout un peu d’étain, qui enfuite eft précipité par le cuivre qui en devient couvert ( 23 ).
- 199. On voit que dans les manufactures d’épingles , tous les ouvriers font payés à tant par douzaine de milliers : on imagine bien qu’il ne ferait pas pôf. fible de compter les tètes , les hanfes, &c. mais on fait ce que doit peler le millier de chaque forte d’ouvrage , & on le reçoit au poids.
- Remarques de M. Ferronet.
- 200. i°. Le baquet pour décrafler a vingt-deux pouces de diamètrè fur quatorze de hauteur, avec une anlé de fer & un crampon , pour le fulpendre » une piece de bois ftable. Ce baquet avec la ferrure, coûte cinq livres.
- (2O L’étamage des épingles eft en effet très-fingulier aux yeux d’un chymifte ; mais il ne fe fait pas comme M. Duhamel fe le repréfente. Dès que l’on met du fer & de l’étain dans une folution de cuivre , ce dernier métal forme une écorce mince qui s’attache aux deux premiers. Si l’on met un morceau de fer ou d’étain dans une folution bien faturée de vitriol, le cuivre s’attache à ces métaux. A nléfure que la liqueur ouvre les pores du fer & de l’étain, le cuivre s’y infinue; enforte qu’au bouc d’un certain tems, les deux pièces de métal fe trouvent comme changées en cuivre , en confervant lêur forme primitive. C'es faits font certains ; niais le fer & l’étain ne font pas précipités par le cuivre. Si fort' met ùnè plaque de cuivre dans une folution dé fer ou d’étain, il ne s’y attache rien. C’eft cependant ce qui devrait avoir lieu fi la def-cription de M. Duhamel était éxaétè. Mais ce qui mérité für-teut l’attëntiort dès t'hyi
- milles, c’eft que jufques ici le tartre n’a point été envifagé comme propre à diffou-dre l’étain. La plupart des fôlntions d’étain fe précipitent, quand on y joint de l’huile de tartre par défaillance , ou une folution de tartre commun. Dans l’étamage dont il s’agit ici, il n’y a, ce femble, point de vraie folution, ni de réelle précipitation. Voici comntent on peut concevoir lachofe. Le tartfe ronge la furface de tous les métaux, excepté for & l’argent ; triais une {impie folution de tartre n’eft pas affez forte pour demeurer chargée de quelque partie du métal qu’elle a cônfumé. Le tartre ronge donc la furfacé des plaqués d’étàin & celle dès épinglés ; & lôrfque la folùiroh làijffc échapper lès particules d’étain qu'elle i <3é-taehé , elles viennent tomber fur lès épingles ,!que l’aétion du tartre & la chaleur oiftt tendu plus propres à recevoir ces matières étrangères,
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- 2.01. 2*. Les plaques d etain ont à peu près feize pouces de diamètre > & l'a chaudière, dix-huit fur deux pieds & demi de hauteur.
- 202. 3*. Ce font les tourneurs de roue qui font chargés de ce travail ; ou les nomme alors jaunijfeurs; & ce font les entêteurs ou frappeurs qui, fur le prix qu’on leur donne pour frapper des têtes, font tenus de frotter & de féchen les épingles: ce qui peut fe faire dans une frottoire , comme l’a dit M. de. Reaumur, ou en mettant environ quatorze livres d’une même forte d’épingles, dans un fac fait de deux peaux de mouton coufues enfemble, & qua-deux hommesfecouent, comme nous l’avons expliqué. Ce travail dureàpeii; près trois quarts d’heure, pendant lefquels. les épingles font envoyées envi rom cinq cents fois.à chaque bout du fac à Frotter, qui a trois pieds de long , dix-huit pouces de large par un bout, & dix par l’autre.
- 203. 4°. Le plat à vanner eft de bois ; il a dix-huit pouces de diamètre, trois pouces & demi de profondeur. On vanne fix ou fept livres d’épingles à la fois ; & ce font les entêteurs qui font encore ce travail fur le prix qu’on leur a-donné pour frapper.
- 204. 50. Les plaques d’étain pefent chacune une livre & demie.L’étain coûte' vingt-huit fols la livre en. lingot. Les épingliers de Laigle les fondent eux-mêmes. Comme il en faut environ foixante livres pefant pour remplir les, chaudières , cette fourniture coûte quatre-vingt livres.
- 205. 6°. La gravelée ou le tartre fe tire de la Rochelle, ou de la Saintonge5, ou du Château-du-Loir , & coûte, rendue vingt-cinq livres le quintal ou. cent quatre livres pefant. On conçoit bien que tous ces prix doivent beau-!-çoup varier, fuivant une. infinité de circonftances.
- Maniéré d'arranger les épingles par quarterms fur Us papiers par M. dê Reaumur..
- 206. Il ne refte. plus qu’à arranger les épingles par. quarterons fur le papiers-, ce papier eft fans colle 5 on le bat fur un billot, pour l’applanir. On y fait les: trous dans lefquels les épingles doivent palfer j on en perce à la fois pour un» quarteron : l’outil dont on fe fert (fig. 16) , s’appelle quamron ; il eft terminé' en forme de peigne par vingt-fix pointes. Le papier étant plié en quatre, de façon que les deux endroits où doivent être deux rangs de trous, fe touchent Fuir l’autre, il pofe le quarteron deifus, verticalement, & d’un coup de marteau appliqué fur le bout q de cet outil , il fait ouvrir à la fois tous les trous* Une ouvrière perce dans un jour aifez de papiers pour loger huit douzaines de-milliers d’épingles.
- 207. Enfin la bouteufe, qui eft aufîi celle qui fait entrer les épingles dans, ces trous , y en peut arranger jufqua trente milliers par jour *elle les met
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- aufti en paquets compofés chacun de fïx milliers, qu’on appelle des fixains*
- 208. Les papiers qui enveloppent les paquets compofés de plufieurs milliers , portent en rougeda marque du maître. Ces marques font gravées fur de petites planches de boisson les frotte de vermillon avec une brolfes on les applique enfuite fur ce papier. Si la marque eft petite, on ne prelfe cette planche qu’avec la main s fi la marque eft grande , on la prelfe avec une petite-maffa-de bois, dont, le bout eft plus gros que le refte , & plat : on l’appelle une. batte. Ç24
- Additions de M. DuhameL
- 209.. OK fait qu’il faut attacher les épingles de plat & de fuite fur des feuilles de papier pour les mettre en vente s c’eft ce que vient d’expliquer M. de Reaumur r mais il nous paraît néceifaire de rendre le détail de cette petite opération encore plus clair. Pour cela , il faut avoir recours à la figure 17 de la planche I. On plie le papier en a a ;on le plie encore-en bb ; 011 applique le pli a a fur le pli b b ; & le papier étant en quatre doubles , on le pofe comme 011 le voit en O , fig> 16 , fur une plaque de plomb qui couvre un billot N. En frappant fur le bout q avec un maillet, on marque vingt-fix trous dans leP quels on paife les épingles : lorfqu’on étend le papier, elles font retenues en deux endroits de leur longueur, comme on- le voit tned. On voit eue/,. Jig. 17 , les trous par où doivent paffer les épingles , & qui font faits & efpa-cés par l’outil. On voit en g A les épingles comme elles parailfent fur l’envers; du papier , en R la marque dontM. de Reaumur vient de parler. Il eft fen-’ fible qu’on doit faire les deux files de trous plus près les uns des autres quandU les épingles font fines , que quand elles font groffes, & qu’il faut que les. pointes de l’outil P ^fig. ï-6, foient d’autant plus ferrées que les épingles" font plus fines.
- 210. Les milliers font divifés en demi-milliers par un efpace a/fez large qui les fépare dans toute la longueur du papier. Chaque demi - millier eft, pour ainfi dire, fubdivifé en rangées de cinquante chacune , qui le font elles-mêmes au milieu par un petit vuide qui les partage en deux quarterons-. Ces quarterons font quelquefois de vingt-cinq épingles , & quelquefois de vingt r eette différence néanmoins ne diminue point le millier; car les cinq épingles-; qui manquent à chaque rangée , font remplacées par d’autres rangées qu’on ajoute au total. Les- marchands-ne font cette différence, que parce que celles.
- (24) Chaque papier ne contient que cinq pofée chaque rangée qui occupe la largeur eents épingles. Il y a un efpace vuide dans du papier, favoir, vingt cinq d’un côté &-toute la longueur du papier qui fépare en vingt-cinq de l’autre : l’tfpace vuide s’a.p=, deux les cinquante épingles dont eft.coin- pelle.bijemt.
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- tqu’on vend pour ëüre d’Angleterre ( 2f ) > n’ont que vingt épingles au qirar-f ;teron, & celles qui fe vendent pour être de Paris en ont vingt-cinq; mais les .unes & les autres font fabriquées à Laigle ou à Rugles, &c.
- 2i i. Il y a deux marques fur les papiers : une petite fur chaque paquet de ,demi-millier; & furies papiers qui enveloppent les fixains, la marque eft plus, grande, & le nom du fabriquant eft au-delfous.
- 212. Les marchands de Paris envoient aux fabriquant des papiers marqués qui portent ordinairement la figure de la reine régnante ou de quelque autre princelfe.
- 213. Les deux demi-milliers font joints enfemble par une bande de papier ,de deux doigts de largeur; cette bande eft attachée par une épingle qui fert 4’échantillon aux épingles qui font renfermées dans le paquet.
- 214. Les épingles fe débitent en gros par fixaius , ou en paquets de fix milliers.
- Remarques de M, Perronet.
- 21 j°. On porte auxbouteufes les épingles vannées, dans des demis ou
- .des quarts de boilfeau, chaque elpece étant à part.
- 216. 2°. Le quarteron pour les épingles, numéros 8 & 9 , a un pouce neuf lignes de longueur, deux pouces de hauteur, avec un manche d’un pouce de. longueur fur fix lignes de diamètre : il coûte vingt-cinq fols ; & le marteau pour frapper delfus, douze fols. Ce font les bouteufes qui fe fournilfent de ces outils : elles peuvent percer par jour deux douzaines de milliers de papiers, grands & petits.
- 217. 3ç.Une bonne bouteufe peut placer dans les papiers quatre douzaines de milliers d’épingles ; elles ont un fol par douzaine de milliers de cette opération. La plupart n’en font que deux à trois douzaines.
- 2i8-4°« Elles font de plus chargées d’éplucher les épingles pour rejeter les défedueufes. Comme les mêmes ouvrières font ordinairement les trois opérations , de percer le papier, de bouter & d’éplucher , on leur donne deux fols fix deniers par douzaine de milliers, grolfes & petites : les plus fortes ouvrières gagnent quatre fols par jour: les enfans de fept à huit ans peuvent gagner un fol par jour, feulement pour bouter.
- (2 O En Allemagne on cherche aulü à imiter la maniéré anglaife de ranger les épingles. Les fabriquans mettent hardiment fur leur marque London. C’eit une tromperie qui devrait êtrefévérement punie, [e ne parle point ici de la fraude , toujours très-condamnable en elle-même ; mais j’infiftefur 4g tort que l’on fait par-là aux manufactures
- du pays. Des gens qui vendent leurs mar-chandifes fous le nom d’une fabrique étrangère , ne contribueront jamais à donner de la vogue aux fabriques du pays. C’eft cependant le but auquel l’adminiftration doit tendre par tous fes cfforts.& toutes fes me-fures.
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- 219. £*. Cefont encore les,bouteufes qui impriment les empreintes ou marques des marchands fur les papiers : elles en font un millier par heure , etu frappant avec le plat de la main le papier fur la planche de bois qui eft attachée fur une table ; & elles chargent de couleur cette planche , au moyen; d’une grolfe broife qu’elles trempent dans du vermillon délayé avec de la colle; de farine.
- Récapitulation fommmre de toutes les operations dont on vient de parler y par M. Duhamel..
- 220. Rappellons maintenant de fuite toutes les façons par où il a fallu; faire paffer les épingles. Quoique nous ayons vu avec quelle vîteffe le travail a-été conduit, nous ïerons encore étonnés qu’on puiiTedonner ces épingles; à Bon compte. Paifons toutes les opérations qui n’ont eu pour objet que d’alon-ger ou de nettoyer le fil : prenons la première 3 c’eft celle où l’on a commencé à le dreiferi la fécondé a; été de couper ce fil par tronçons 3 la troifieme, de1 faire des pointes à ces tronçons 3 la quatrième, de finir ou repaifer ces pointes ;; la cinquième, de couper les hanfes 3 la fixieme , de tourner le fil à tête 3 la; feptieme, de couper les tètes ; la huitième, de recuire les têtes 3 la neuvième,, de rapporter & frapper les têtes 3;la dixième, de laver les épingles dans la gra-velée 3 la onzième, de les arranger dans la chaudière & les blanchir 3 la douzième, de les laver au fortir de la chaudière 5 la treizième, de les fécher dans; fa frottoire 3 la quatorzième , de les vanner 3 la quinzième, de les bouter dans lès papiers. A ces façons, on pourrait encore ajouter celles de battre le papier,, de. fondre „couler & couper les plaques d’étain..
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- D et a il de tantes les opérations qui font néceffaires pour faire douze milliers d'épingles du numéro 6, qui portent neuf lignes de longueur ; avec l'état de ce que le fabriquant paie à Jes ouvriers pour chaque opération le tout extrait des mémoires de M* Perronet.
- 221. Les douze milliers du numéro 6 pefent, fins papier , 9 onces 6 gros.’
- 222. Le £1 pour faire les épingles du numéro 6, ayant paffé par neuf trous -de la filiere, revient à 31 fols 3 den. la livre j fur ce pied , les une livre neuf onces fix gros de ce fil coûtent deux liv. neuf fols fept den. ci, 2 1. 9 f. 7 den.
- Pour dreifer & couper les tronçons,un fol, ci, - - 1
- Pour empointer, un fol trois deniers, ci, - - 1 3
- Au tourneur de la roue à empointer, un fol 9 den. ci, - 1 9
- Pour repafler les pointes, un fol, ci, - - - I
- Au tourneur de ro-ue pour repafler, un fol, ci, - - ï
- Pour couper leshanfes, neuf deniers, ci, - 9
- Pour faire les moulées , ou tourner le fil pour la tête des ‘épingles, trois deniers, ci, - - - - - 3
- Pour couper les moulées , neuf deniers , ci - - 9
- Le feu pour recuire les têtes, évalué trois deniers , ci, - 3
- Pour frapper les tètes, huit deniers ( 26 ), ci, - - 8
- Tartre pour jaunir les épingles, un fol, ci, l
- Tartre & feu pour blanchir les épingles, eftimé un fol, ci , 1
- Pour bouter les épingles dans le papier, un fol ( 27 ), ci, 1
- La main de papier coûte 6 fols.
- Il en faut f onces 3 gros pour la douzaine de milliers du numéro 6 ; c’eft deux fols, ci, - - - - - 2.
- On peut eftimer la réparation des outils & faux frais, quatre fols, ci, - - - - - - - - 4
- numéro 6, 3 livres 7 fols 3 deniers , ci, - - - 3 1. 7 f. 3 den.
- 223. On ne peut évaluer les accidens qui font indifpenfables dans une manufacture ( 28 ) : s’il n’y en avait pas, comme les douze milliers des épingles
- (26) M. de Chalouziere dit qu’on paie , pour frapper une douzaine de milliers d’épingles, neuf fols des baffes fortes , 6c dix fols des groffes.
- (27) Suivant M. de Chalouziere, deux fols fix deniers.
- (28) Les accidens & les déchets qu’éprouvent les fabriquans , & qu’on ne peut évaluer au jufte , viennent en grande partie des vols que leur font les ouvriers, qui travaillent pour la plupart chez eux, qui emportent la marchandife qu’ils doivent
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- fiuméro 6 fe vendent quatre livres, le profit du manufacturier ferait de douze fols neuf deniers par douzaine de milliers. Mais on ne doit regarder les évaluations ci-delfus que comme des à-peu près ; car les prix varient fui-vant le taux des vivres , & une infinité d autres circonftances.
- 1— TABLE pour une douzaine de milliers d'épingles (29). —!—il
- Numéros des épingles. Leur longueur Poids fans papier. Poids du papier. Total. Prix auquel elles reviennent à peu près au fabriquant.
- lignes. liv. onc. gro. onces gros. gra. liv. onc. gro.gr. liv. fols. deniers.
- N*. 5 8 O H 7 4 0 I 2 7 2 8 6
- 6 9 I 9 5 3 I 15 I 3 7 3
- 7 10 2 5 4 <5 0 2 il 4 4 4 7
- 8 11 2 11 2 6 4 3 1 6 4 18 10
- 10 3 0 0 8 0 3 8 0 5 6 0
- 12 I2f 3 6 4 10 0 4 0 4 5 12 1
- 14 13 3 12 4 11 0 18 4 7 4 18 6 3 11
- 17 r4 4 6 5 11 1 5 1 6 6 17 4
- 20 15 5 1 0 12 0 5 13 0 7 15 6
- 22 16 5 Il 6 13 0 6 . 8 ^ 8 14 2
- façonner, quoiqu’on les leur donne au poids & qu’ils les rendent de même. Il eft impof-fible d’empêcher qu’ils ne mettent de côté quelque peu de fil de laiton qu’ils revendent par la fuite aux fondeurs. D’un autre côté , on emploie dans les fabriques un grand nombre de petits enfans, auxquels on donne une tâche. Pour en être plus tôt quittes , ils fouftraifent une partie de l’ouvrage, qu’ils emportent, ou qu’ils jettent dans un puits ou dans la riviere. Ces petits larcins réunis, font dans le cours de l’année un tort confidérable au fabriquant.
- (29) M. de Chalouziere obferve que, fuivant l’ufage a&uel de Laigle , le premier numéro des épingles eft devenu le troifieme. îln’y a jamais eu de numéro premier; & Tome, FIL
- depuis plufieurs années , il n’y a plus de numéro 2 , parce qu’on a affaibli tous les numéros; enforte que le numéro ; repréfente maintenant la qualité & la longueur qu’avait auparavant le numéro 2. Les numéros aujourd’hui en ufage font les numéros 3,4, ç,6,7,8,9,10,12,14,16» *7 , 18 & 20. 11 n’y a plus de numéros ri, ij & iç. On fabrique des épingles fous les numéros depuis 20 jufqu’à 40; lavoir, 22 , 24, 26, 28 , ?o, 32, 34, 36 , 38 & 40. On laiffe toujours un nombre vuide entre l’un de ces numéros & le fuivant , parce que la différence de l’un à l’autre ferait trop infenfible. Au refte , on fait fort peu d’épingles des numéros qui font au-de-flbus de 20 jufqu’à 40. On fait encore à
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- 224. Tl faut près de quatre cents liv. pour pourvoir une fabrique médiocre des outils qui lui font nécefïaires.
- Additions de M. Duhamel.
- 225. Le poids & le prix des épingles de chaque numéro varient un peu», fuivantles différentes fabriques. Mais la table précédente , que M. Perronet a faite en fuivant une bonne fabrique, fuffit pour donner une idée affez jufie de tout ce qui la concerne.
- Laigle des épingles qui ne peuvent être rangées dans aucun des numéros ci-deffus ; mais il faut que le marchand à qui on les envoie , les commande expreffément. Par exemple, on fait quelquefois des épingles de la longueur du numéro 8 » avec du fil deftiné pour le numéro 9 ou 10; ou des épingles de la longueur du numéro j o, avec du fil de la groffeur employée ordinairement pour le numéro 9 ou 8 : ce dernier cas eft plus rare que le précédent.
- En général, les épingles font de deux ef-peces : les unes s’appellent fines ou repqf-Jees, & les autres fe nomment communes. On n’a parlé ici que de la fabrique des épingles fines, parce qu’elles font plus parfaites & plus finies que les autres. Nous avons dit qu’on faifait paffer les épingles fines deux fois fur la meule à empointer. au lieu que les communes n’y paffent qu’une fois. Les entêteurs frappent cinq coups pour former la tête des épingles fines, au lieu qu’ils ne frappent que trois coups pour les communes ; les épingles fines font boutées & enveloppées dans de beau papier ; on n’emploie que du papier de moindre qualité pour bouter les communes On ne vend guere à Paris que des épingles fines; les communes fe débitent dans les campagnes.
- M. de Chalouziere trouve le poids des épingles fans papier trop faible , tel que nous l’avons dit, fur-tout pour les greffes fortes. Il trouve encore qu’il y entre plus de papier qu’il n’eft marqué dans la table ; mais nous avons averti qu’il y a quelques différences fur ces détails, dans les fabriques
- de quelques provinces. Nous avons encore prévenu que ce que nous avons dit fur le prix d’œuvre, relativement aux fabriquans, ne font que des à-peu-près fujets à variation , & fuivant une infinité de circonf. tances. Il ne faut donc pas être étonné que JVL de Chalouziere trouve les prix marqués dans la table , trop faibles , fur-tout pour les groffes fortes. Les ouvriers de Laigle ont fait plufieurs tentatives pour rendre les épingles de fer auffi parfaites que celles de laiton, fans avoir pu y réuffir. i°. Le fer eft trop dur pour qu’on puiffe bien former les pointes fur les meules de fer, & il en coûterait trop cher fi l’on voulait faire ces pointes avec la lime , comme on fait celle des aiguilles. z°. On ne peut former avec le fer des têtes auffi polies & auffi rondes qu’avec le laiton: le fer conferve toujours fa première forme ; ces têtes paraiffent toujours un corps ajouté, dans lequel on appercoit les deux trous de la cannetille , quelqu’at-tention qu’on apporte à bien frapper les têtes. Au contraire, le laiton plus mou fe comprime aifément ; & les têtes qui en font formées , femblent ne faire qu’un même corps avec la hanfe. Les épingliers de Laigle n’ont jamais pu parvenir à mettre des têtes de cuivre à des épingles de fer, parce que le fer qui eft dur ne fe prête pas à l’effet du poinçon & de l’enclume . dont le concours doit opérer une petite rainure près de la tête. Enfin, on ne peut blanchir le fer 3 l’eau ; & l’étamage au pot ou à la chance ne devient jamais auffi beau.
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- 226. C’Est une chofe admirable que de voir tous les habitans d’une ville fubfifter de la fabrique des épingles , tout étant payé à la piece & à des prix très-modiques ; mais les enfans de fix ans commencent par gagner un fol par jour, & cela procure un foulagement à leurs peres.
- 227. On faifait autrefois beaucoup d’épingles à Paris celles qu’on y fabriquait , y étaient en grande réputation. Il y a lieu de penfer que la main-d’œuvre étant devenue trop chere dans cette capitale, à raifon du prix des vivres, les fabriquais de province ont été en état de donner leur travail à meilleur compte i & ils ont fait tomber les fabriques de Paris, en fourniffant des épingles auffi belles & à meilleur marché. Mais pour conferver la réputation des épingles de Paris, les fabriquans de province boutent celles qu’ils envoient * dans des papiers timbrés de la marque de Paris j ce font les marchands de Paris eux-mêmes qui les leur envoient.
- 228- La ville de Limoges était autrefois célébré pour la fabrique des épingles: on n’y trouve préfentement que quelques pauvres fabriquans. O11 fait auffi des épingles à Bordeaux ; mais les plus belles fabriques de ce tems-ci font à Laigle, à Rugles, & dans quelques autres endroits de la Normandie.
- Remarques générales fur le métier tfépinglier, tirées des réponfes de M. de Chalouziere (*).
- 229. Le métier d’épinglier eft très-mal-propre ; nous avons déjà dit qu’il eft auffi fort contraire à la fanté. La matière qu’on y emploie, y contribue. Tout le monde fait que la rouille du laiton eft du verd-de-gris, c’eft-à-dire, un poi-fon. Ce poifon agit fur les ouvriers plus ou moins , félon la place qu’ils occupent dans la fabrique. Les plus expofés font les empointeurs. La meule fur laquelle ils travaillent, tire des épingles qu’elle aiguife, une limaille très-fine qui fe répand dans l’air , de maniéré que les empointeurs ne peuvent fe dif. penfer d’en refpirer par la bouche & par le nez ; 011 fait cependant qu’ils mettent, pour s’en garantir, un verre encadré devant leur vifage; & c’eft à travers ce verre qu’ils voient l’ouvrage qu’ils font: mais cette précaution ne les préferve pas entièrement du fâcheux effet des particules cuivreufes.
- 230. L’air qu’ils refpirenteft toujours rempli de la plus fubtile limaille qui vole ; elle entre par le nez & par la bouche. Il en defcend fans doute quelque partie dans la poitrine par la trachée-artere. Ces particules de limailles s’attachent aux endroits où elles s’arrêtent, & y contractent leur rouille ordinaire. De là vient que tous les ouvriers d’épingles , & les empoinreurs plus que
- (*) M. de Chalouziere, avocat en parlement, juge de police de Laigle , a bien voulu ai’aider de fes lumières.
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- tous les autres , ont prefque toujours les gencives d’un noir tirant iur le verd % leurs dents font de même tout obfcurcies. La crade qui s’amaffe dans la jointure des dents eft noire, & d’un noir verdâtre ; elîefe mêle avec la falive j & tombe dans l’eftomaç. La limaille s’attache fi fort au vifage, qu’il eft en quelque forte impoffible aux ouvriers de fe décraffer parfaitement. Il eft très-probable qu’il en defcend dans la poitrine & dans l’eftomaç, comme on vient de le dire : les effets qu’elle y caufe font très-dangereux. Les empointeurs qui ne font pas bien robuftes , meurent pulmoniques , & de bonne heure ; tous abandonnent l’ëmpointage , quand ils parviennent à un âge un peu avancé, comme de quarante ou cinquante ans ; peu de ceux que la néceffité contraint d’y travailler plus long-tems, en échappent.
- 231. Il y a encore dans ce métier une chofe finguliere-, qui dérive de la même caufe.. La limaille qui vole en l’air, & qui s’attache, comme on l’a dit ^ aux chofes qu’elle rencontre , s’attache aux cheveux des ouvriers, & fiir ceux des empointeurs plus que fur ceux des autres. En s’y attachant ainfi» elle y produit quelquefois un effet allez extraordinaire. Elle rend les cheveux des ouvriers abfolument verds , & d’un verd aufïi vif & aufïi beau que celui des arêtes de l’orphis. Tous les cheveux ne reçoivent pas cette imprefîion» les blonds en’ font plus fufeeptibles que les bruns ou les noirs : quoi qu’il en foit,il eft certain que pîufieurs empointeurs ont les cheveux du plus beau verd du monde ; & ce verd ne paraît point une couleur fuperficielle ajoutée à la couleur naturelle des cheveux, mais bien celle des cheveux même : elle paraît provenir de la fubftance des cheveux, qui en eft toute pénétrée. Il fem-ble que tous les empointeurs devraient à cet égard être dans le même cas j cependant il n’y en a que quelques-uns dont les cheveux foient ainfi verds ; les cheveux des autres ne reçoivent point du tout d’altération dans leur couleur naturelle, ou n’en reçoivent que peu. On fait que les cheveux des fondeurs de cuivre prennent aufïi une couleur verte.
- 232. On fabrique aduellement à Laigle & aux environs, plus de quatre fois autant d’épingles qu’on y en fabriquait il y a trente ans : on évalue à quinze cents mille livres ce qui fe fabrique d’épingles chaque année dans la ville d& Laigle & aux environs. Cela vient de ce que la fabrique de cette ville ayant acquis de la fupériorité, non feulement furies autres fabriques du royaumes, mais encore fur celles de Hollande , fournit d’épingles les villes que les autres fabriques fourniffaient auparavant, & par-là les autres manufactures ont été abandonnées ou confidérablement affaiblies.
- 233. C’est l’intelligence & la capacité desnégocians de Laigle qui a produit cet effet ; ils ont fait faire la marchandée meilleure , & l’ont établie à meilleur marché : au moyen de quoi ils ont obtenu la préférence par-tout où ils fe font préfentés.
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- 234. Ils ont rendu les épingles meilleures, pat leur attention à corriger les défauts des ouvriers , & à exiger d’eux plus de foin dans la perfection de leur ouvrage.
- 23$. Pour fe mettre en état de donner leur marchandife à meilleur marché, ils ont, d’un côté , diminué le prix de la main-d’œuvre, & de l’autre côté, ils fe font procuré les matières à meilleure compofition.
- 236. Ci-devant les marchands de Laigle s’approvifionnaient de fil de laiton dans les magalins de Rouen & de Paris. Aucun d’eux n’allait plus loin. Depuis environ trente-cinq ans, plufieurs vont chercher ces matières jufques dans lesfonrces même, c’eft-à-dire dans les forges de Suede & d’Allemagne. Il y en a eu qui ont été jufqu’à arrher d’avance tout ce que les forges de Suede pouvaient en fabriquer pendant un an, De cette forte le fil leur re-* vient à beaucoup meilleur marché.
- 237. Comme la manufacture eft établie dans une petite ville de province, & qu’elle eft même en grande partie répandue dans les campagnes voifines où les denrées qui fervent à la nourriture font à bon marché, 011 peut plus aifément y mettre la main-d’œuvre à bas prix j car les ouvriers fe déterminent toujours à travailler, pourvu qu’on leur donne une réçompenfe quipuiife les faire fubfilter.
- 238. Cet article eft tout-à-fait intéreifant dans les manufactures ; & ç’eft un avantage qu’on ne peut pas fe procurer dans les grandes villes, où tout ce qui fert à la vie eft beaucoup plus cher : ç’eft ce qui a fait tomber les manufactures de Paris ( 30).
- 239. Enfin , autrefois les marchands de Laigle n’envoyaient point leurs marchandifes ailleurs qu’à Paris, à Rouen , & aux foires de Caen & de Gui-, bray ; ils ne connaiifaient pas d’autres débouchés. Ceux d’aujourd’hui, non feulement en envoient directement dans touttes les villes du royaume, mais encore en Italie, en Portugal, en Efpagne , &e.
- 240. De-la il réfulte un très-grand bien pour la manufacture d’épingles de la ville de Laigle , & cette manufacture fait toute la richeffe de fes habitans , qui, fans elle, feraient dans la plus grande mifere. Par ce commerce plufieurs marchands ont fait des fortunes confidérables.
- 241. Cette manufacture d’épingles , en donnant du travail aux habitans de Laigle & des environs, procure du pain à plus de fix milleperfonnes, qui, fans elle, périraient de mifere. Les deux fexes & tous les âges y trouvent de l’emploi. Les enfans y travaillent avant que de pouvoir parler 5 & les vieillards
- (30) Les manufaétures ne font jamais nuifible. D’ailleurs la circulation doit ré* bien placées dans les capitales & dans les pandre le numéraire dans toutes les grandes villes, La cherté des denrées eft vinces.
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- les plus caducs y trouvent des places où l’ouvrage eft proportionné à leurs forces.
- De la maniéré de fondre les plaques d'étain ; par M. de Reaumur.
- 242. Nous n’avons rien dit de ce qui regarde cette fonte, parce que nous 11e voulions point interrompre ce que nous avions à dire fur le travail des épingles : l’étain dont les plaques font faites , eft acheté chez les potiers d’étain ; on fe fert ordinairement de celui qu’on appelle en grille , qui eft difpofé comme celui qu’on expofe pour montre au-devant de toutes les boutiques. Cette façon ne fait rien à fa qualité ; le plus fin eft le meilleur. On le fait fondre dans un chauderon de fer, & voici comment on le moule en tables ou en lames, lorfqu’il eft fondu.
- 243. Sur une table de bois alfez longue, & dont le delfus va un peu en pente, on étend une couverture de laine, que l’on recouvre d’une autre de coutil. On couche fur le haut bout de cette table un chaflis de bois, auquel il manque un côté : on le nomme le moule. Le diamètre qu’on veut donner à la table d’étain, eft plus petit que la diftance d’un des côtés du moule à l’autre. O11 verfe l’étain fondu dans ce moule; & à mefure qu’on le verfe , on fait glilfer le moule vers l’autre bout de la table ; plus il gliffe vite , & plus la lame d’étain fe forme mince ; on en coule de la forte une aulîi longue que la table ; enfuite par le moyen d’un compas , on la divife en plufieurs parties ou plaques circulaires de grandeur proportionnée au diamètre de la chaudière à étamer. On garde les rognures pour s’en fervir une autre fois.
- Des épingles de fer ; par M. de Reaumur.
- 244. Nous n’avons parlé jufqu’içi que des épingles de laiton ; on en fait aufli de fer, mais ce font les plus mauvaifes ; 011 ne les vend prefque qu’aux femmes de la campagne. Il eft même défendu aux maîtres épingliers de Paris, par l’article XIX de leurs ftatuts, d’en faire , fous peine de quatre écus d’amende ; & ce , dit cet article , pour le profit & utilité publique. Apparemment que c’eft parce que leur piquure palfe pourvenimeufe ; c’eft cependant à tort, elle le doit être moins que celle des épingles de laiton : le fer n’eft pas un métal aufîi à craindre que le cuivre; & le fel ammoniac qu’on emploie pour blanchir les épingles de fer, ne paraît pas capable de produire de plus mauvais effets que le fel de la gravelée.
- 24L Mais ce qui les fait rejeter avec raifon , c’eft qu’elles font moins polies que celles de laiton; il leur refte fouvent des inégalités qui peuvent accrocher & déchirer le linge & les étoffes fines. Elles ont néanmoins pour elles un
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- avantage, c’eft leur dureté ; elles font moins pliantes : fi l’on prenait, pour les polir , les mêmes foins qu’on prend pour polir les aiguilles , elles mériteraient la préférence fur les épingles de laiton, & je ne fais fi la façon du poli les rendrait plus cheres.
- 246, Au refte nous avons expliqué leur fabrique , en parlant de celle des épingles de laiton;.il n’y a de différence que dans la maniéré de les blanchir. Apres qu’elles ont été entêtées, on les met avec du fon dans le même baquet où nous avons vu agiter les autres. On les y agite pendant quelque tems ; car elles ne s’étament bien que quand elles font bien feches.
- 247. Pour les blanchir , on les met dans une cruche de terre non vernie, beaucoup plus grolfe vers la panfe que par en-haut <Sc par en-bas. Cette cruche , dans les épingleries, s’appelle une chatice, Qn la couche fur un trépied, au-delfous duquel .on fait du feu ; ou la remuer'de tems en tems, jufqu’à ce que toutes les épingles aient pris une couleur entre le jaune & le bleu : alors on jette dans la chance ou cruche , une once d’étain fin en morceaux minces j on l’y fait fondre; & lorfqu’il eft bien fondu , on jette dans le même vafe une demi-once de fel ammoniac; on bouche enfuite, avec un tampon de bois, l’ouverture de la chance, & l’ouvrier la prend entre fes deux bras ;. il la fecoue., faifant aller les épingles d’un bout à l’autre ; il lui donne environ une cinquantaine de coups , après lefquels. les épingles font blanches. Il débouche & vuide la chance dans un baquet plein d’eau froide ; au-deffus de ce baquet eft un crible affez large , compofé de divers petits bâtons en croix ; c’eft dans es crible qu’on verfe immédiatement les épingles : avant de tomber dans l’eau, elles paffent entre ces bâtons qui les féparent, & les empêchent de fe coller les unes aux autres.
- 248- On blanchiffait autrefois les épingles de laiton delà même maniéré* mais cette façon n’eft pas à beaucoup près aufîi parfaite que celle qui eft à préfent en ufage , & que nous avons tirée d’Angleterre il n’y a pas cinquante ans ,à ce que difent nos ouvriers. C’eft cette maniéré de blanchir qui fait que nos épingles ne le cèdent plus à celles que fabriquent les Anglais. Les épingles étamées dans la cruche de terre, par le moyen du fel ammoniac, ne finiraient être étamées aufîi également & auffi uniment que les autres à l’étain même les rend raboteufes en divers endroits: les ouvriers difènt que fétamure faite dans la chance eft plus durable , & cela eft vrai. Mais ce n’eft: pas un avantage à compter pour les épinglesi car on ne s’avife guere d’appréhender qu’elles s’ufent trop vite,
- 249. On retire de l’eau les épingles de fer; on les met dans un fac de cuir avec du fon , où deux ouvriers les agitent : chacun d’eux tient un des bouts du fac : c’eft apparemment pour ménager leurs pointes plus caffantes que celles des épingles de laiton , qu’on eft dans, l’ufage de les féçher dans h? cuir, & non dans la frottoire.
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- ART DE Il EPI NGLIE1L Additions de M. Duhamel.
- 2fo. La maniéré de blanchir les épingles de laiton , qui a été expliquée parM.de Reaumur* fe nomme blanchir à U eau: celle qu’il décrit pour les épingles de fer, fe nomme ètam&r au pot. Les épingles de laiton qu’on étamait au pot, prenaient un recuit qui les rendait plus molles ; & en les fecouant dans la chance , on émoulfait leur pointe.
- 2fi. On convient que le cuivre pris intérieurement, eft contraire à la fanté ; mais il parait qu’on peut douter qu’il foit auffi contraire aux plaies que le penfe M. de Reaumur. Le cuivre & même le verdet entrent dans plusieurs baumes & onguens qu’on emploie avec fuccès en chirurgie : fi l’on a une prévention contre les épingles de fer, c’eft parce qu’elles font des piquures plus profondes, & parce qu’étant fouvent attaquées de la rouille , elles arrachent les chairs.
- 2^2. M. de Reaumur a fait remarque;: plus haut, combien il fallait peu d’étain pour blanchir les épingles. Effeélivement, les métaux peuvent être réduits en couches fi minces , qu’on pourrait argenter les épingles fans pref-qu’augmenter leur prix : en voici le procédé.
- Maniéré d'argenter les épingles.
- 2Ï3. Il faut prendre un demi-gros d’argent fin, &le faire diffoudre dans rime demi-once d’eau-forte ; prendre enfuite une once de fel marin, & une once de tartre blanc 5 les bien pulvérifer enfemble, & jeter ces fels dans l’eau-forte où l’argent a été diifous ; bien mêler le tout dans un mortier de ;verre; & fi l’eau forte ne fuffifait pas pour rendre la pâte coulante , on y mettrait de l’eau fimple jufqu’à ce que le tout fit une pâte molle. On peut garder cette compofition très-long-tems. Lorfqu’elle eft feche & que l’on veut s’en fervir , l’on met un peu d’eau pour amollir la pâte. Pour l’employer, après avoir éclairci le laiton, on le frotte avec cette pâte ; ce qu’on peut exécuter dans la chance ou dans une petite fryttoire : on lave enfuite les pièces dans de l’eau claire ; on les feche, comme il a été dit, avec du fou. Les épingles fe trouvent ainfi argentées , à la vérité fi fuperficiellement, que les frottemens font bientôt reparaître le_ cuivre. Mais il en eft de même de l’étain avec lequel on les blanchit (31).
- ($ 1) C’eft bien peu de chofe que ces épingles argentées. Il ferait plus facile de les blanchir avec le mercure. On fait en Angleterre des épingles argentées, qui font de
- durée. Pour cet effet, avant de pafferle fil de laiton à la filiere , on le couvre d’une mince feuille d’argent, qui coûte bien peu, à caufe de l’extrême ténuité .des lames.
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- A quelles marques ou connaît les bonnes épingles ; par M. Duhamel.
- Les épingles doivent être roides proportionnellement à leur groffeur : c’elt un grand défaut pour des épingles que de plier quand on veut les faire entrer dans une étoffe qui réfifte un peu. Il faut examiner avec foin fi les pointes font bien formées , bien arrondies, & fur-tout fi elles n’égratignent point. La tète doit être bien arrondie , bien placée à l’extrémité de la hanfe , îàns pencher ni de côté ni d’autre. Enfin elles doivent être blanches comme fi elles étaient argentées.
- Différentes fortes (Vépingles qui ont été d'ufage ; par M. Duhamel.
- On faifait autrefois des épingles noires de fer , & ce font les feules •épingles de fer qu’il foit permis à nos épingliers de Paris de fabriquer. Mais la mode les leur a interdites pendant plufieurs années ; on les portait dans le deuil j on a retranché cela de ce cérémonial. Les épingles noires font maintenant d’un ulkge très-commun, parce que les femmes (32) s’en fervent pour foutenir les boucles de leurs cheveux. Elles font menues & longues d’un pouce trois quarts.
- 2^6. C’est un vernis noir qui leur donne cette couleur. Rien n’eft plus lîmple & plus facile que de noircir des épingles de fer. On prend un pot de terre i on l’emplit d’épingles fur lefquelles on verfe de l’huile de lin, autant qu’il en faut pour mouiller toutes les épingles. Enfuite on met le pot chauffer auprès du feu j pendant qu’il chauffe, on remue continuellement les épingles, de maniéré à faire revenir au-deffus celles qui font deffous : ce qui fe fait par un mouvement qu’on donne au pot en le tenant par la queue. Lorfque le pot eft bien échauffé , il en fort une futriée qui eft d’une puanteur infup-portable : cependant les épingles fe noirciffent d’elles-mêmes j & quand 011 voit qu’elles font bien noires, on retire le pot, & on renverfe les épingles fur une feuille de gros papier, ou on les étale lé moins épais qu’on peut. En refroidiflant elles fe fechent, & prennent un vernis éclatant, fans qu’il foit befoin d’ajouter d’autres drogues : l’huile feule produit cet effet. Pn fe fert de la même méthode pour noircir les agraffes ou crochets à chapeau: 011 pourrait de même noircir toutes fortes de matière de fer. Les épingles noires qu’on vend à Paris , au lieu d’être unies, font rudes & raboteufes. On les rend telles exprès 5 elles iie fervent qu’aux cheveux : fi elles étaient unies,
- (3 2) Depuis qu’on a fend combien l’ufage des épingles noires en pincettes & de la des papillottes était nuifible aux cheveux , pommade, les hommes même ne fe frifent plus qu’avec Tome VIL
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- elles quitteraient aifément leur place , & tomberaient de la tète : quand elles: font rudes , elles tiennent mieux. Pour les rendre ainfi rudes , les fabriquans. mêlent dans l’huile de lin un peu d’huile de térébenthine. Us en mettent environ une demi-cuillerée pour cinq ou fis livres d’épingles 5 car s’ils n’employaient que de l’huile de lin feulement, les épingles, fe trouveraient unies comme font les agrafïes ou crochets à chapeau.
- 2 5" 7. Ce détail de, la façon de noircir les épingles ml a été fourni par M. de Chaloufere , juge de police a Laigle, qui connaît parfaitement cet art, & qui a bien voulu venir à notre fecours dans les cas où nous lui avons témoigné en avoir befoin.
- 2f 8* On a vu autrefois des épingles qui avaient deux têtes,. une à chaque bout. On m’a dit qu’elles fervaient à aifujettir les frifons ou les cheveux des femmes ; cette mode eft entièrement paffée. Ces épingles fe faifaient avec des hanfes qui n’étaient point appointies, & qu’011 entêtait aux deux bouts.
- 2fs>. On fait encore des épingles en pincettes y elles font longues & menues > elles n’ont point de tête : c’eft une feule tige pliée en deux ,que fon écarte ou qu’on rapproche à fon gré pour pincer & aifujettir un frifoii. Pour les faire , on prend une hanfefine & longue de quatre pouces & demi ou cinq pouces ; on Pappointit par les deux bouts y on la plie en deux, de-forte qu’une des branches foitun peu plus longue que l’autre. Elles font de fer & noircies.
- 260. On voit auffi des épingles entêtées avec une petite boule d’émail * d’autres garnies de pierres faulfes taillées, d’autres de diamans. Mais ces; fortes d’épingles n’appartiennent point à l’art que nous traitons.
- Divers petits ouvrages que font les êpingliers ; par M. Duhamel..
- 261. Quoique les épingles foient le principal ouvrage de l’épinglerie „ cet art s’étend à beaucoup d’autres qu’on fait avec le fil de fer «St le laiton * & qui occupent entièrement les êpingliers de Paris. Depuis un tems alfez: conftdérable, ils ne font plus dépingles , quoique par l’article XXII de leurs, ftatuts, Pafpirant à maîtrife doive faire pour fon chef-d’œuvre un millier d’épingles ; mais cet ufage eft aboli. A Laigle, les ouvriers qui font.ces petits ouvrages , fe nomment crochetiers, chaînetiers , &c.
- 262. Les ouvrages ordinaires des êpingliers de Paris font de petits clous d’épingles à l’ufage des ébéniftes , de layetiers, des menuifiers, &c. des aiguilles de tablettes, des portes & agraffes , des annelets, des crochets , des, grillages de fil de fer ou de laiton pour les bibliothèques ou les garde-mangers *
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- & divers autres petits ouvrages qui 11e demandent pas beaucoup d’induftrie. Nous allons les détailler les uns après les autres.
- Des aiguilles de tablettes.
- 263. Les aiguilles de tablettes font de fortes & longues épingles , dont la pointe eft menue & la tète fort grolfc : les plus menues s’entêtent comme les épingles, avec un fil roulé en hélice , mais plus gros que celui des plus groffes épingles. A l’égard des aiguilles un peu grolfes , il y en a dont la tète eft ronde, & d’autres dont la tète eft plate : voici comme elles fe font.
- 264. On n’emploie point, pour les têtes rondes, du fil tourné en hélice ; il le faudrait trop gros. On en prend qui eft plat d’un côté & arrondi de l’autre. On lui donne cette forme , enpalTant le laiton entre deux cylindres de fer cannelés. On coupe un petit bout de ce fil ; on le roule prefque en cercle avec une pince ronde & un petit marteau ; on enfile cet anneau dans le gros bout de l’aiguille, & on frappe avec la machine à entêter, dont l’enclume , le poinçon & le poids font proportionnés à la groffeur des têtes que l’on veut faire.
- On entête auffi les aiguilles de tablettes avec des plaques de laiton. On diminue un peu le bout de l’aiguille ; on y place la petite plaque qui eft percée d’un trou précifément de la grolfeur de l’extrémité de l’aiguille. On faifit cette aiguille auprès du bout dans un étau, & on rive fur la plaque l’extrémité de l’aiguille.
- 266. La plupart de ces aiguilles font de laiton : on les blanchit comme les épingles, ou on tâche de leur donner la couleur la plus dorée qu’elles puiffent recevoir. Pour cet effet on paife le fil à rebours dans la filiere , comme .nous l’avons expliqué, afin de le gratter & enlever une couche mince de métal; & quelquefois on emploie pour cette opération des filières dont les bords font tranchans. Mais les épingliers évitent le plus qu’ils le peuvent, .d’avoir recours à ce moyen qui occafionne un déchet de près de trois onces par livre ; & ils aiment mieux faire bouillir leur fil avec la graveîée, & mettre plus de fel pour augmenter fon effet : néanmoins la graveîée ne peut jamais décraffer fi parfaitement le laiton que la filiere.
- Des aiguilles ou broches à tricoter.
- 267. Les aiguilles ou broches à tricoter ne font que des brins de fil fer ou de laiton, auxquels on fait aux deux bouts une pointe mouffe fur la meule de fer: il y en a de différentes groffeurs, fuivant le degré de fineffe qu’on veut donner aux ouvrages de tricot : elles font auffi de différentes
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- longueurs ï celles pour tricoter les gants fins n’ont quefix pouces., & Ton en fait de dix-huit pouces pour tricoter, des jupons.
- Des petits eiam..
- ' 2,6%. Les petits clous » fort de fil! de fer, foife de laiton, fe font avec du fil qu’on dreife , & qu’on coupe par tronçons de treize à quatorze pouces de longueur : on forme des pointes aux deux extrémités des tronçons, & oft soupe les hanfes de la longueur que doivent avoir les clous. Mais le trancheur n’eft point aflîs par terre ; il ne fe fert ni de la chaufle, ni de la boite à couper * il eft debout vis-à-vis une forte table qui a » fur trois de fes côtés, des rebords, de fept à huit pouces de hauteur pour retenir les hanfes que l’on coupe. A l’un des angles de cette table eft une lame horifontale de fer poli, qui fert à diipofer tous les tronçons, de forte qu’ils fuient d’une égale longueur. Sur le deflus de la table eft établie une forte cifaille fixée à cette table par une de fes branches. Le trancheur» placé debout devant la table, prend au hafird un nombre de tronçons , plus quand ils font menus, moins quand ils font gros s il appuie les bouts de tous ces tronçons, pour les égaler, fur la plaque de fer. Comme il n’a point de boîte pour déterminer la longueur, il a un morceau de fil de fer, dont l’extrémité forme un crochet qui eft de la longueur de l’cfpece de clou qu’on veut couper 5 ainfi l’ouvrier fe guide fur cette mefure. J’ai vu quelques épingliers qui appuyaient le bout du faifeeau qu’ils, voulaient trancher, fur une plaque verticale qui était plus ou moins éloignée de la cifaille, félon qu’on voulait faire des clous plus ou moins longs. Quand les deux bouts des tronçons font coupés, l’empointeur leur fait de nouvelles pointes, & le trancheur les coupe encore pour en faire des hanfes : ce qu’iî continue jufqu’à ce que le fil foit entièrement coupé. Je pafle rapidement fur toutes ces opérations, parce qu’elles reifemblent beaucoup au travail des épingles, que nous avons amplement expliqué.
- 269. On vend quelques-unes de ces hanfes fans leur faire de tètes 5 mais on fait à la plupart une tète , non pas avec un fil roulé, comme aux épingles y mais par un coup de marteau : pour cela on fe fert d’un outil appellé mordantz c’eft un petit étau à deux oreilles, qui a un grand reflbrt. Sur l’épaiifeur des mâchoires , on a pratiqué de petites gouttières dentées par en-haut, pour empêcher la hanfe de glilfer quand on frappe delfus pour former la tête. Ont met ce mordant dans un plus grand étau; les oreilles s’appuient fur les mâchoires de cet étau.
- 270. L’ouvrier tient continuellement de la main gauche le levier qui fait agir la vis du grand étau : en détournant la vis, le grand étau s’ouvre & aufli le mordant, fl met dans une des entailles, avec fa main droite, une
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- îianlè, de forte qu’elle excede les mâchoires du mordant d’environ uns demi-ligne. Il ferre le grand étau ; il prend avec là main droite un mar~ teau qui eft fur la table, & il frappe un petit coup fur la partie de la hanfe qui excede le mordant i ce qui fuffit pour faire une petite tête ,qui convient aux cordonniers : Il les pointes font pour les layetiers * menuifiers , fculp-teurs , &.c. il donne d’abord un petit coup , puis un plus fort, & il forme ainfi la tète , qui eft plate & plus large que celle des pointes de cordonnier^ Pendant que la main gauche détourne la vis , & qu’elle ouvre l’étau, la main droite qui a pris une hanfe , fait avec cette hanfe tomber le clou qui a une tête, & il fubftitue à la place la hanle qu’il tient de la main droite. Sur-le-. champ il relferre l’étau avec la main gauche i & prenant avec la droite le marteau qui eft à portée fur la table, il en frappe la tête, & rejette le marteau fur la table, pour reprendre de la main droite une nouvelle hanfe.
- 271. Les meilleurs ouvriers en font par jour dix à douze mille : le travail des tètes d’épingles va à peu près auifi vite, quoique l’ouvrier ait à exécuter un plus grand nombre d’opérations. Mais à l’égard des clous, il faut, pour faire une tête à chaque hanfe, ouvrir & fermer une fois l’étau ; ce qui emploie du tems.
- 272. Les layetiers , les Icuîpteurs, les gaîniers emploient quelquefois des têtes mieux formées & qui font rondes. Ces clous fe font comme ceux à tête plate -, mais après avoir donné un très-petit coup de marteau, on pofe fur cette petite rivure un poinqon dont le bout eft çreufé comme une' petite calotte i en frappant fur ce poinqon, la tête prend une forme hémift phérique. On fait pour les gaîniers, de très-petits clous.
- 273. On peut blanchir, comme les épingles, les clous de fer & delaiton"* & on peut jaunir les clous de laiton.
- Des crochets » portes & agraffes.
- 274. Les petits crochets , agraffes, portes, qui font employés, foit pour retrouver les chapeaux , foit pour tenir les jupes, corfets, &c. font faits de fil de fer à qui l’on donne différentes formes au moyen d’une pince/,//./, fig. 18. Cette pince, au lieu de mâchoires plates, eft terminée par deux poinqons arrondis. Cet infiniment, une petite cifaille, ou des tenailles tranchantes , font les outils qui fervent à faire ces petits ouvrages ; on pourrait néanmoins fe pourvoir encore d’un petit marteau & d’une petite bigorne.
- 27?. Pour faire une agraffe ordinaire, on commence par plier en deux le fil de fer m : on pofe le bout n fur le plat de la bigorne, & on l’applatit un peu avec quelques coups de marteau 5 enfuite avec la pince /, on recourbe
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- les boutsp o, pour faire les anneaux q r. Enfin avec la même pince on recourbe î’extrêmité n, pour faire le crochet L
- 276. Pour faire la porte ghk, il faut d’abord avec la pince i former les anneaux h k , puis recourber le fil pour faire la grande anfe g.
- 277. A l’égard de la porte de chapelier g-* il faut commencer par difpofer le fil comme on le voit en f q, puis rouler la branche r s fur le'fil f q , pour former la partie g de la porte.
- 278- Le t, u eft un fil de fer appointi en u & recourbé en t & en x, comme on le voit dans la figure 19. Il y a de ces crochets qui ont deux pointes * parce que le crochet eft formé de deux fils de fer.
- 279. Les hameçons font faits d’un bout de fil de fer appointi, auquel on fait un anneau, & qu’on recourbe. On donne feulement un coup de cifeaux auprès de la pointe, pour lever une petite levre qui retienne l’hameçon dans la plaie qui a été faite par la pointe.
- 280. Les épingliers font encore des charnières pour les layetiers » en roulant un fil de laiton fur un autre fil droit, qui forme en même tems la broche de la charnière & un des côtés qui s’attache au-deffus de la boite.
- 281. Tous ces petits uftenfiles peuvent refter dans la couleur du fer ou du laiton , ou être les uns blanchis avec l’étain , & les autres noircis, ainfî que nous l’avons expliqué plus haut.
- Maniéré défaire les grillages des bibliothèques.
- 282. Pour garnir de grillage un panneau de bibliothèque ,/>/. I,fig. 20, ou de garde-manger, l’épinglier ayant décidé la grandeur qu’il veut donner aux mailles , il la prend avec un compas ; il la porte dans une petite feuillure que le menui.fier a faite à l’envers de fon bâti, & il frappe un petit clou à tète dans chaque trou du compas, tant aux traverfes horifontales AB & C D, qu’aux verticales A C & B D.
- 283- Il eft fenfible que fi les clous étaient plus près à près dans les traverfes A Bt& CD que dans les montans AC &BD, les mailles feraient oblongues par en-bas : au contraire , fi les clous étaient plus éloignés aux traverfes AB & CD qu’aux montans AC & BD, les mailles feraient oblongues en travers. Mais ordinairement on les veut comme elles font repréfentées fig. 20-: ce qui exige qu’on place les clous à égale diftance, tant fur les traverfes AB & C D , que fur les montans A C & B D.
- 284. L’épinglier décide enfuite la grolfeur du fil qu’il veut employer; & afin qu’il 11e rompe point en faifant les nœuds, il le recuit. Il le jaunit enfuite avec le tartre, & il le dreffe, comme nous l’avons expliqué plus haut.
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- Mais, en le dreffant, il a foin de le couper de longueur ; & la pratique lui a. appris qu’il faut que la longueur de chaque bout de fil foit trois fois la. hauteur ÀC du panneau qu’il veut garnir » mettant cinq» fix, ou huit pouces de plus , fuivant la hauteur du panneau. On plie les bouts en deux ; on met le pli fur chaque clou de la traverfe A B , & on les arrête par un nœud qui fe fait en tortillant une fois les deux bouts du même fil l’un fur l’autre , comme fi l’on voulait en former une corde. Tous les clous de la traverfe A R étant ainfi garnis de fil, dont deux bouts répondent à chaque clou , comme on le voit fig. 2.Q , il s’agit de faire les mailles.; c’eft ce que nous allons, expliquer.
- 28A- L’ouvrier prend un des fils du clou» n°. i » qui don être à une demi-diftance de la feuillure A C ; on lui fait faire une révolution autour du. clou a *ce qui fait la demi-maille j puis rapprochant l’un de l’autre le fil du clou-i, avec un des fils du clou 2, on forme à la réunion un nœud , en leur faifant faire l’un fur l’autre deux révolutionsce qui fait une demi-maille. On réunit de même l’autre bout du clou 2» avec un des bouts du clou 3 > l’autre bout 3., avec un des bouts du clou 4 > l’autre bout 4 avec un des, bouts f, & ainfi dans toute la longueur de la traverfe AB ce qui fait les, demi-mailles abc d cfg hikl m. On conçoit qu’alors l’ouvrier pend deux; fils de tous les nœuds.. Pour faire le premier rang de mailles, entières, on prend un des bouts du premier nœud, qu’on entortille avec le fil qui pend au clou a9s ce qui fait le nœud n ; puis rapprochant l’autre fil 2» d’un fil du fécond nœud, on fait un nœud o: avec l’autre fil du fécond nœud & avec un du troifieme nœud, on fait le noeud/?; & en continuant de même dans toute la. longueur » on a le premier rang de mailles entières. En répétant cette; manœuvre dans toute l’étendue du panneau, il fe trouve garni de mailles\ 8c quand on effe arrivé à la traverfe C D , on arrête les bouts de fil qui répondent à chaque clou, en les tordant l’un fur l’autre avec des, pinces » & en frappant les clous pour que leurs têtes appuient fur les fils.
- 286. Pour que l’ouvrage foit bien fait, il faut que l’ouvrier, à chaque maille qu’il fait » regarde fi elle eft bien lofangée , & fi le nœud qu’il va faire répond bien aux autres nœuds , foit dans le fenshorifontal, foit dans le fen& vertical. Quand les apprentifs manquent en ce point, leurs mailles font difformes ; & les fils qui étaient bien diftribués dans toute la longueur de l’ouvrage» fe trouvent en plus grand nombre d’un côté que d’un autre. Ils ne peuvent réparer ce défaut q-u’en faifant à deffein des mailles irrégulières , dont l’irrégularité eft dans un fens différent de celles qu’ils avaient faites par ignorance ou faute d’attention.. Ainfi, quand on reçoit ces ouvrages, il faut prêter attention aux mailles, pour voir fi elles font pareilles & égales, & voir fi
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- tous les nœuds fe répondent bien exactement, tant de haut en bas, que de droite & de gauche. v
- 287- De plus, comme les grillages font d’autant plus chers que les fils font plus gros & les mailles plus petites, il faut examiner fi l’épinglier s’eft conformé au modèle dont on eft convenu; car ces ouvriers ont des modèles de grillages de toutes les façons, fur lefquels on fait le marché > & quand on en a choifi un , l’épinglier doit s’y conformer.
- 288- On fait de ces grillages, en ne faifant qu’une révolution à chaque nœud ; mais il eft à propos d’en faire deux. Le grillage en eft toujours mieux tendu j & de plus, quand il n’y a qu’une révolution, fi un fil vient à rompre, tout fe dérange ; au lieu que les deux révolutions font un nœud folide, & le dérangement ne s’étend pas au-delà de la maille.
- 289* On pourrait varier la forme des mailles, en faifant à chaque nœud trois ou quatre révolutions au lieu de deux; mais l’ouvrage en ferait plus coûteux, & ne préfenterait rien de plus agréable à la vue.
- 290. Quelquefois les épingliers montent leurs grillages fur unchaffis de gros fil de fer, qu’on cloue enfuite dans la feuillure de la menuiferie j cela fe pratique peur les ouvrages qu’on envoie en campagne.
- 291. Quand les panneaux font fort grands , on foutient le grillage, de diftance en diftance , par des traverfes de gros fil de fer ou de laiton , fur lefi quels 011 tranchefile le grillage ; c’eft-à-dire, qu’on le coud, en quelque façon , avec des révolutions d’un fil de laiton très-fin , qu’on roule autour des traverfes de gros fil, & encore autour des mailles du grillage.
- 292. Un petit chef-d’œuvre de l’épinglier eft de faire des cribles de fil de laiton, pour nettoyer les grains : les mailles en doivent être alongées ; il en faut proportionner la grandeur à la groffeur des grains qu’011 veut nettoyer.
- 293. Pour cela 011 met les fils près à près fur les traverfes A B, & fort éloignés fur les montans A C & B D ; ce qui rend les mailles fort alongées. On ne tortille point les fils verticaux les uns fur les autres ; mais on les joint par lin fil fin horiofntal, qu’on entortille autour des fils verticaux.
- 294. Quant aux cribles ordinaires de fil de fer , qui font inclinés &dont tous les fils font parallèles, on tend fur un chaflis trois, quatre, ou cinq fils. Après avoir dreffé du fil de fer fans le recuire, on le coupe par bouts de vingt-cinq ou vingt-huit pouces de longueur, & 011 les arrange fur les fils perpendiculaires ; puis on tranchefile les fils horifontaux fur les fils perpendiculaires, avec uii fil de laiton fin & bien recuit , en faifant avec le fil fin une feule révolution autour des fils horifontaux & perpendiculaires. Il faut mettre les fils horifontaux aifez près les uns des autres pour que les grains de froment ou d’orge ne puiffentpas paffer au travers.
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- 2-9?. Les cages à perroquet^ & les fouricieres fe font de même, en tranche-filant avec du fil de laiton les brin s de fil de fer fur des traverfes.
- 296. Four faire en fil de fetl'es treillages des efpaliers , on (celle à la muraille trois fies de crochets ; lavoir , une au haut, une au milieu , & une au bas; on Icelle aufîi, de toife en toife, des files de crochets de haut en bas ; enfuite on tend des fils de haut en bas, &on les attache aux crochets d’en-haut, en tortillant le bout du fil de fer recuit autour de chaque crochet & auffî autour de lui-même. Quand tous les fils font coupés de longueur , on leur fait faire une révolution autour des crochets du milieu , & on les arrête aux crochets d’en-bas. Ces fils verticaux étant bien tendus , on tend les fils horifon-taux, & on les arrête aux files de crochets verticaux , &c. comme on a fait pour les fils qui font tendus verticalement : ainfi les derniers fils croifent les autres à angle droit, de forte que les uns & les autres forment de grandes mailles quarrées : on trouve qu’elles ont plus de grâce en leur donnant un quart plus de hauteur que de largeur. Enfin, avec du fil de laiton menu & bien recuit, on fait à chaque en-droit où les fils verticaux font croifés par les horifontaux, un petit nœud en tortillant ce petit fil de laiton fur lui-même & le coupant à chaque nœud ; il faut de plus que ces nœuds attachent les fils aux crochets , par-tout où il s’en rencontre. La tricoife dont on fe fert, doit être coupante ; en la ferrant peu , 011 tortille le fil; & quand il efl tortillé , on ferre la tricoife pour le couper, & 011 donne un petit coup avec la même tricoife pour recourber le fil tortillé.
- 297. On paife avec un petit pinceau une couche de couleur noire broyée à
- Fhuile, pour empêcher le fil de fer de fe rouiller. Les treillages de fil de cuivre n’étant point füjets à la rouille, font bien meilleurs que ceux de fil.de fer j mais âuffi ils font beaucoup plu s chers. f
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- EXPLICATION DES FIGURES.
- Figure i , une filiere vue pat' le côté où les trous font le plus évafés.
- Figure 2 , la coupe de la filiere A B par fon épaifleur , & fuivant la file des trous , pour faire voir comme ces trous C D font coniques.
- Figure 3 , la jauge qui eft faite avec un fort fil de 1er : les efpaces qui font vis-à-vis les chitires’1,2,3, &c. font comme autant de compas d’épaifleur, qui fervent à calibrer les fils.
- Figure 4. Cette figure repréfente un établi tout difpofé pour tirer du fil à la bobine ;C D, le deifus de l’établi ; B, la filiere placée horifontalement entre les chevilles qui fadujettiflênt : A , le tourniquet fur lequel eft la piece de fil qu’on veut palier par la filiere : G G, les pieds qui fupportent l’établi : H, billot fur lequel on frappe la filiere avec le marteau K,pour diminuer le diamètre des trous : icheville de bois enfoncée fur la table au milieu d’un fond de. chapeau ; c’eft fur cette cheville qu’on lime le bout du fil pour lui faire ht preflTure, en le mettant de grofléur à pafl’er dans les trous de la filiere. -
- Figure. 5 , marque du fil de Hambourg.
- Figure 6 repréfente la difpofition du tourniquet & de l’engin pour redrefler le fil; G, le tourniquet: L, piece de fil furie tourniquet : H, la difpofîtion des pointes de l’engin : I, le fil qui s’entrelace entre les pointes ; K ,d’autres-pointes. pour redrefler des fils d’une autre grolfeur.
- Figure, g repréfente la chaufle avec le moule pour rogner les hanfes, 8c un tronqon alfujetti fur la chaufle parla erofle : s s , le moule pour couper les hanfes de longueur j ces petits moules font ordinairement de fer, & ils ont deux côtés, l’un plus grand que l’autre , afin qu’ils puiflent fervir à deux fortes, d’épingles r , le tronqon qu’on veut couper en hanfe ; il eft alfujetti fur la chaufle/’p par la clavette q : o eft la cheville repréfentée par la même lettre: fur la figure 13 ; mais cette cheville devrait être reque dans le bois dè la chaude//?, au lieu qu’elle fait trop de faillie , ce qui bleflérait la cuifle dm coupeur : l> cifàilles qui fervent pour couper les fils de laiton.
- Figure 9 , bioc dans lequel eft établie la meule d’acier pour erapointer : TT* pièces qui portent l’aitfieu de la meule : V, la meule fur fon aiffieu : X, entaille-par 011 p allé la corde qui communique le mouvement de la grande roue à la meule: Z, verre reçu dans un chaflis pour empêcher que la limaille n’offenfe.-les yeux de l’empointeur ;.ce verre eft principalement nécefl’aire à ceux qui empointent des épingles de fer, & des aiguilles à tricoter: a , plaque de fer pc’ijhOU quelquefois de corne,qui fert à l’empointeur à aligner l’extrémité:
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- des fils de laiton qu’il tient entre fes doigts, avant de les préfeuter fur la meule : on a rompu le côté de ce bloc’, pour faire mieux appercevoir la meule, fon aiffieu & fes fupports.
- Figura i r, c’eft le bout c d’un rouet i, repréfenté en grand : B, endroit où le banc eft coupé: A, efpece de poupée fur laquelle font alfemblées les deux pièces CD qui portent l’aiffieu de la petite poulie où paife la corde qui communique à cet ailîieu le mouvement de la grande roue : E, bout de cet ailîieu qui déborde le rouet, & auquel on attache le moule O & le fil à tète N : F repréfente la porte ou le petit inftrument qui fert à rouler le fil de tête fur le moule : G H, fig. 10, repréfente d’une grandeur à peu près naturelle lë bout de l’arbre E, pour faire voir comment le moule & le fil à tête s’ajuftent au bouc de cet arbre : I G, le moule qui entre en G dans l’aiffieu qui eft creufé comme le bout d’une clef : H, entaille & courroie qui fert à affujettir le moule à l’extrémité de cette broche ; entre G & K le moule eft couvert par les révolutions du fil de tète qui forme la cannetille : L eft le manche de la porte : K , le demi-anneau de la porte où l’on paflè le fil de tète pour le rouler fur le moule : M, cheville qui empêche le moule de fautiller : I K eft une partie du moule qui n’eft point encore couverte de cannetille : M 2, M 2, des moules de différente groffeur & de grandeur naturelle, avec le fil de tête qui les enveloppe par un bout.
- Figure 13 , machine à entêter pour un feul ouvrier, deffinée plus en grand que la figure 3 : N, billot qui fert de bafe à la machine: R a, carton où l’on met les hanfes & les tètes. R 3 , carton où l’on met les épingles entêtées : S S, montans de bois : T, traverfe qui lie l’un à Pautre les mon-tans par en-haut : V , l’enclume : Z , le poinçon qui doit frapper fur l’enclume : les deux barres de fer XX, & la traverfe Y, fervent de conducteurs au poinçon qui doit tomber bien verticalement & bien précifément fur l’enclume : a, rondelles de plomb dont eft chargé l’arbre du poinçon: b, l’extrémité fupérieure de l’arbre du poinçon qui eft lié par une corde à l’extrémité c du levier. Nota que le point d’appui d de ce levier eft établi fur un des montans de la machine , ce qui fait une petite différence de la figure 3. t , corde qui répond à la marche fg; cette marche eft arrêtée en g.
- Figure 14, marmite de cuivre pour blanchir les épingles: u, fon embouchure : -v, fon fond :y , fon couvercle.
- Figure 1% repréfente les cifeaux pour couper les tètes qu’on nomme cifeaux camards, parce que les lames font minces & plates, pour qu’elles puiffent fervir à égaler l’extrémité des moulées qu’on frappe deffus leur plat. Au refte les branches de ces cifeaux font à peu près comme celles des cifailles à couper les dreffées & tronçons.
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- Figure, if, frottoire vue de différens points de vue: B, le pied de charpente : C , l’ouverture par laquelle on fait entrer dans la frottoire les épingles & le Ton : D , le corps de la frottoire: E , la manivelle : F, 1 aiffieu.
- Figure 16 , quarteron , forte de cifeau terminé par des pointes pour percer les papiers où l’on doit mettre les épingles : q , fon manche : P, le corps du quarteron : O, papier qui eft plié & pofé fur un billot N, qui doit être couvert d’une plaque de plomb : Y , eft un marteau qui fert à frapper fur le manche^ du quarteron. Le quarteron eft deiïiné fur une plus grande échelle que le marteau.
- Figure 17, les épingles rangées en quarteron fur le papier: C, les tètes : Qd, les pointes : a a b b , les plis du papier qui retiennent les épingles: cf, les trous faits au papier, & où il n’y a point d’épingles : g h, le papier renverfé pour qu’on apperçoive la partie des épingles qui palfe fous le papier : R , la marque du marchand.
- , Figure 1% > fqrs , fil préparé pour faire l’agraffeg: hgk , une porte: Iqr, une agraffe : pmno, fil préparé pour faire cette agraffe : y £ 6*, un hameçon : i, la pince qui fert à faire les petits ouvrages : x t u, fig, 19 , crochets à pendre les montres.
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- TABLE* DÈS MATIERES 9
- & explication de quelques termes propres à fart de Tépinglier.
- A.friche, en allemand Ffiocke, broches ou fiches de fer qui lèrvent à retenir la filiere.
- AGRAFEE , en ail. Hacken : il y en a de différenres formes; mais toutes celles des épingliers font faites avec-un fil de fer ou de laiton différemment courbé.
- Aiguille : on appelle ainfi la tige de l’outibot, à laquelle eft attachée la corde qui le fait mouvoir* ! ApÉRITOIRE, en ail. Vergleichplatte, c’eft une plaque de fer ou de corne * placée au-devant du tour à empoin--« ter , pour mettre tous les fils à>l’égalité. Voyez péri cor s. ' 1 ' : '
- A rimer i in Orduung rücken ; les'ou-; vriers dilènt qu’ils aritftent leur place , quand ils ajuftent lé poinçon fur Lenclume : ce qu’ils exécutent en appuyant un cifeau tout près-dé : la pointe des broches quffervent'de . conducteurs à l’oufibot j'eii^frap-. pant fur le -cifeau 4 ils font un peu gliffer les pointesules broches dans . ’la crapaudine de plomb.. " «
- . B
- Banque , ou tour à pointe, en ail. Zu-fpitzbanck , c’efHe billot où ell établie la meule d’acier qui fert à former les pointes. ' '-‘>J
- Baquette , Ziehzdngetenaille.plate en-dedans mordante comme une
- • lime : elle fert à tirer le fil de-la ' filiere, jufqu’à ce qü’il y en ait allez
- pour le rouler fur la bobine.
- Batte , en allem. Schlügel, efpece de maillet de bois qui fert à appliquer
- • fur le papier l’empreinte qui porte la marque du marchand.
- Biseau, -& paffs-vuiàe d’épingles fur
- - les f papier s, Voyez bouteilles: Blanchir les épingles-,'en al-lem. àas
- ' Weifsjleden derNadeln. On blanchit les épingles en les couvrant d’une couche d’étain très-mince. Blanchir n Terni.- Voyez pot ou chance. Bobine, en ail. Welle', cylindre de bois " 'pour tirer te fil à la filiere : les ©u-1 'vriers difent quelquefois par eorrup-
- - ^tion bobille. La bobine du tréfileur
- - eft*u'n cylindre de bois formé fur 1e tour,établi à l’extrémité d’une forte
- ' table, orque l’on fait tourner avec
- - 2.une manivelle pour faire paffer le : fihdedaiton parte filiere. 1 •Botte, en ail. ein Ringdrath. Lelai-
- - -s-ton en botte ou en torque , eft com-
- • pofé d’un nombre depieces qui font faites de fil de laiton qui a été roulé fur un cylindre, ce qui forme des elpeces d’écheveauxronds qu’onap-
- : pelle pièces. -Les bottes de Hambourg L' -fbnt allez fouvent compofées-de> yo 0U60 pièces; On appelle aulîi botte, i un faifceau--.de fils coupés"deion-. gueur , pour faire trois , quatre* ou lt cinq, longueurs d’épingles. ; :
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- ART DE DE P I N G L I F S.
- rsrô
- Bourdon, en ail. eine Leiche ; on appelle ainlî les cannetilles ou fils à tête, lorfque les révolutions montent les unes fur les autres , & fe recouvrent, ce qui les rend inutiles : on les jette alors à la mitraille. Bouter les épingles furie papier, en ail. dié Nadeln auf das Papier Jlec-Æe/zjc’eft l’a&ionde piquer les épingles par quarterons dans un papier : les femmes qui font ce travail fe nomment bouteufes. C’eft improprement que dans quelques fabriques on s’eft fervi de ce terme pour lignifier enfiler une hanfe dans une tète. JBoutereau , en ail. Ziehlüfter > poinçon d’acier qui fert à percer & à ajuf. ter les trous des filières.
- Bouteuse , en ail. Nadeljlecherinn , ouvrière qui met les épingles dans les papiers : la maîtrelfe bouteufe perce les papiers avec l’outil nommé quarteron , qui maintenant à Laigle a toujours vingt-cinq pointes : les . ouvriers qu’elle fait travailler fous elle, font de petits enfans, dont plu-fieurs ont à peine trois ans. La maî-trelfe bouteufe imprime d’abord fur le papier la marque de l’ouvrier ; en-fuite elle y fait les trous nécelfaires : elle les remet en cet état entre les mains de fes petits ouvriers qui y enfilent les épingles ;& quand cet ouvrage eft fait, cette maîtrelfe reprend les papiers ainfi chargés d’épingles j elle remet en ordre ce qui n’y eft pas ; elle épluche & détache les épingles défedueufes, & ne laiife que celles qui font bonnes & bien , faites : enfuite elle plie les papiers & les lie deux à deux pour former un millier; car chaque papier contient cinq cents épingles. Une maîtrelfe
- bouteufe pourrait bien percer autant de papiers qu’il en faudrait pour placer dix-huit à vingt douzaines de milliers d’épingles. Si elle ne palfe pas 16 douzaines ,c’eft parce qu’outre l’ouvrage de faire les trous, elle eft obligée d’éplucher les épingles, de les arranger, de plier les papiers & de les alfembler deux à deux. Un enfant âgé de fix à fept ans, peut bouter par jour quarante-huit milliers d’épingles. Le maître épinglier donne à la maîtrelfe bouteufe 2 fols , 6 deniers par douzaine de milliers : la maîtrelfe paie les enfans qui travaillent fous elle à raifon d’un fol par douzaine de milliers : il lui refte 1 fol<5deniers ; & comme elle boute douze à quinze douzaines de milliers par jour, fou gain eft de ifà j8 fols; les enfans gagnent trois à . quatre fols par jour : une feule bouteufe peut fuffire à la fois pour l’ouvrage de plufieurs maîtres. Brànloire, en ail. Hangekette \ baquet dans lequel on met les épingles avec de l’eau pour\ôter l’acidité de la gravelée. Voyez éteindre* Brocher. Voyez bouter.
- Broches , en ail. SpieJJe ; ce font deux montans de fer qui s’élèvent fur le billot de l’entêtoir , & qui fervent de conducteurs à l’outibot.
- Bûche , en ail. Klotz, terme de tréfile-rie, qui lignifie un établi où l’on tiré à la filiere, avec une pince, le fil de fer ou de laiton.
- C
- Cannetille, en ail. SpiUe, fil de métal qui eft roulé en tire-bourre fur un plus gros fil : celui qui eft fait
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- ART DE L'EPINGLIER.
- avec du laiton fin, fert à faire les tètes des épingles : on en fait aufii d’or & d’argent pour les ouvrages de broderie.
- Chance , en alî. Verzimtkrug ; pot de terre qui a la forme d’une cucurbite» & qui fert à blanchir les épingles de fer. Ce terme vient probablement de ce qu’on fecoue les épingles dans ce pot» comme on fait les dez dans un cornet pour les jeux de chance ou de hafard.
- Chane : on appelle ainfi à Laigle le pot que l’on nomme dans d’autres fabriques chance. Voyez chance.
- Chausse , en allem. Knielade » efpece d’étau qui s’ajufte fur la cuifle des rogneurs pour tenir ks fils qu’on veut couper en un même faifceau-
- Cisailles , en ail. Drathfcheere, gros cifeaux propres à couper les métaux : les épingliers les nomment aufii cifeaux. Les lames des cifailies font épailfes, & elles ont un taillant prefque quarré j au lieu d’anneaux , elles ont deux longues branches qui forment deux grands leviers.
- Clous d’épingles, en ail. Nage!von Hadeln. Il y en a qui font de vraies épingles» groifes & courtes. Les épingliers en font avec du fil de fer ou de laiton * la tête de ceux-ci eft faite en rivant, avec le marteau , l’extrémité du fil de fer ou de cuivre t il y en a depuis une ligne de longueur jufqu’à un pouce & demi & plus.
- Coupeur, en allem. Drathfclmeider y ouvrier qui coupe les dreflees en tronqons , & les tronçons en ha-nfes y comme cet ouvrier eft le drelfeur , on ne le connaît guère, que fous ce nom.
- Courtailles, en allem. Schroot-oder Kr 'titzmejjing \ on appelle ainfi des bouts de fil de laiton tortus ou trop courts, ou les épingles manquées, la limaille, les bouts de fil, en un mot la mitraille de laiton qui ne peut fer-vir à faire des épingles. On vend tout cela à des ouvriers qui les refondent.
- Crochetier, en ail. Stiftmacher. A Paris, ce font les épingliers qui font les portes , les agraffes, les crochets ; mais à Laigle, les ouvriers qui fabriquent ces petits ouvrages ne font point d’épingles, & font nommés crocheîiers-
- Cueillée , en ail. Strahneï quelques-uns appellent ainfi un faifceau de fil redrefl'é par l’engin. A Laigle on les appelle Amplement des drejfées.-
- Cuivre jaune on laiton, en ail.Mejfmgr e’eft du cuivre rouge qui a été fondu avec la pierre calaminaire »& quielt allié de zinc.
- D
- Décaper ou dérocher , en ail. den-Drath reinigeyi -, e’eft emporter par le moyen de quelques iubftances corrodantes la fuperficie brune des métauxpar ce moyen faire reparaître la couleur & le brillant du métal.
- Dressée , en a)].gerichteter Drath. On appelle ainfi les fils de laiton qu’on a fait palier par l’engin, pour les dreifer, ou leur faire perdre la courbure qu’ils avaient en écheveau.
- Dresseur, en allem. Drathrichter ouvrier qui fait perdre la courbure au fil de laiton en le paftant par l’engin.
- Dressoir. Voyez engin.
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- ART DE V E F l N G L l E R.
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- Ecl/urcisseur, , en allem. Blanckma-cher, ouvrier qui décrire & éclaircit le fil de laiton.
- Ecouine , infiniment d’acier qui différé de la lime & de la râpe, en ce qu’il n’a qu’un feu! rang de (tries eu travers , au lieu que la lime eli formée par des hachures quilecroifent, & la râpe par de petites levres qui , font relevées. Quelques-uns difent écouenne, prétendant que ce nom lui elt donné de ce qu’il fert à emporter la fuperficie , & comme la couenne des matières qu’on travaille. Ecrouir un métal, en ail. ein Métal durch hiimmern harten, c’effc le bat-, tre au marteau pour rapprocher l'es parties, & le rendre plus dur. On écrouit l’or, l’argent, le fer. Le laiton prend beaucoup de fermeté fous le marteau : le plomb ne s’écrouit point fenfiblement.
- Egauge. Voyez jauge.
- Empûinter une épingle , en ail. eine Nadel zufpitzem c’elt lui former une pointe: l’ouvrier qui exécute ce travail eft nommé empointeur. Empreinte , en ail. der Stempel, c’eft la marque du fabriquant, qu’on imprime l’ur le papier des épingles. On n’elt plus en ufnge à Laigle d’employer la marque des épingliers de . Pans, mais on imprime la marque de quelques épingliers de Londres , que quelques marchands leur envoient. Oes marchands d’Italie envoient aulîï la marque de certains ouvriers de Rome. Plufieurs marchands Efpagnols & Portugais en ufent de même : les marques de ces derniers, au lieu d’être imprimées
- en rouge avec du vermillon , le font ordinairement en noir. Les fabriqua ns de Laigie fe conforment à cet égard aux ordres des marchands. C’eft aufîi par la même raiftin que1, pour le commerce de certains pays , ils boutent leurs épingles dans du papier bleu ou dans du papier jaune. Enclume, en ail. Ambofs. L’enclume del’cpinglier eft un morceau d’aqier qui eft enchâffé dans une piece de fer qui s’appelle canon : ce canon eft reçu par en-bas dans le billot; il a .environ un pouce & demi de long, non compris la partie qui entre dans le billot.Il eft creux, pour recevoir dans fa cavité l’enclume qui, pour r s’y affermir, n’a befoin ni de coins ni d’autre chofe pour l’aflujettir, parce qu’elle eft faite elle-même en - forme de coin : au moyen de quoi, en s’enfonçant dans le canon, elle s’y affermit d’elle-même très-folide-ment, Sur la face fupérieure de l’enclume eft creufée une rainure pour mettre le corps de l’épingle, & un creux hémifphérique où on met la tête qu’on frappe avec le poinçon. Engin, en allem. Richtholzi petite planche fur laquelle font clouées des pointes entre lefquelles on palfe le fil de laiton pour les redreüer. Voyez drejjee.
- Enrhuner , c’eft placer la tète à l’extrémité de la hanfie.
- Entêter ou frapper une épingle, en allemand ankùpfen ; c’eft attacher la tète au bout de la hanfe, & l’y aifu-jettir par de petits coups du poinçon de l’outil nommé tètoir.
- Epinglier , en ail. Nadler , propriétaire d’une fabrique d’épingles. On nomme de même les ouvriers qui
- fabriquent
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- ART DE D EP I N & L I ER.
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- fabriquent les épingles, les grilles de fil de fer ou de laiton, les portes, les agrafFes, les petits clous, & quantité d’autres petits ouvrages qui fe font avec les fils de métal. A Laigle, les-ouvriers qui font ces derniers ouvrages , fe nomment crochetiers.
- Eteindre les épingles, en ail. die Na~ deln ablofchen > c’eft, au fortir de la gravelée, les jeter dans un baquet fufpendu, qu’on nomme branloire, pour fecouer les épingles dans de l’eau nette.
- ÆDtieois, en ail. der Spitzfi'ôckel, c’eft une cheville de bois enfoncée fur l’établi de la bobine. A l’extrémité de cette cheville , il y a de petites coches dans lefquelles on place le bout de fil de laiton qu’on veut appointer avec la limie, pour le réduire de gtolfeur à pouvoir paifer dans les trous de la filiere ; on nomme cette opération la prejfure.
- Etibot. Voyez outibot.
- Etiquette, en ail.Knôpfwerckzeug; inftrument très-ingénieux , qui fert à alfujettir les têtes au bout des han-fes i ce terme n’eft prefque pas connu, Voyez têtoir.
- F
- Fesser le fil de laiton, en allem. den Mejjingdrath fireichen, c’eft le battre fur un billot, au fortir de la gravelée , pour le décraifer.
- Fesseur de têtes, en ail. Knopf-fpin-rter : c’eft ainfi qu’on nomme à Laigle celui qui tourne les têtes, & qui les rogne ,ou qui les coupe.
- Fil, en ail. Drath ; on connaît le fil de fer, le fil de laiton, le fil d’acier j mais il eft bon de favoir qu’on nom-Tome VIL
- me fil à moule celui qui eft tiré pour faire la tige de l’épingle, & fil à tète celui qui eft roulé en hélice pour faire des tètes.
- Filiere, en ail. Ziebeifen, piece de fer ou de fonte de dix-huit pouces de longueur, un pouce d’épaifteur, fur deux de largeur j elle eft percée de plus de cent trous égaux par le côté évafé, & qu’on peut réduire à des diamètres inégaux du côtéoppofé, où ces trous font plus petits.
- Finisseur. Voyez repajfeur.
- Frapper la tète d'une épingle, en ail. den Nadelknopf fi amp en, c’eft la battre entre le poinçon & l’enclume avec le têtoir. L’ouvrier qui exécute ce travail, fe nomme frappeur.
- Frotter ou fécher les épingles, en allem. die Na deln abreiben , c’eft les fecouer avec du fon, ou dans une frottoire en barril, ou dans un fac à frotter.
- Frottoire , en ail. Rollfafs \ c’eft un barril traverfé d’un aiflîeu par fon axe : on le fait tourner pour deffécher les épingles avec du fon. Les frot-toires de Laigle font plus grandes qu’on ne l’a dit dans la defeription : elles font de jauge à contenir cent vingt pintes. Les ouvriers difent frottoire au féminin : nous nous fommes conformés à leur uTage.
- Fuseau à meule, en ail. die Spitzring Spindel} on appelle ainfi à Laigle l’axe ou l’aifiîcu fur lequel tourne la meule : il fe termine en pointe par les deux bouts i ces pointes entrent d’environ deux lignes dans deux morceaux de bois qu’on peut rapprocher l’un de l’autre , à mefuçe que les trous s’élargiffent.
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- 6oz Ali T DE ÜEPINGLIE R.
- G
- GraveléÊ , en. allem. Weinjlem,• les épingliers appellent ainfi le tartre crud qui s’attache à l’intérieur des tonneaux où l’on a mis le vin. Il y en a de blanche & de rouge, fui-vant la couleur du vin. Il ne faut pas confondre la gravelée que les épingliers emploient, avec ce qu’on nomme cendres gravelées} celles - ci font faites avec de la lie de vin brûlée. Le tartre eft un fel acide j les cendres gravelées contiennent un fel alkali. A Laigle , on dit de la graduelle , & ce terme vaut mieux, me femble, que gravelée.
- H
- Hanse ou anfe, en ail. ein Schaft $ on nomme ainfi le bout de fil de laiton appointi, coupé de la longueur des épingles, & à qui il ne manque qu’une tète.
- Hoüsseaü , en allem. Aufjlecknadeln , grofies épingles dont les femmes fe Servaient autrefois pour troufler leurs robes. On diftingue le grand & le petit houjjeau. Je les ai vu nommer dans quelques anciens mémoires troujjeau ; ce qui me ferait foupçonner que houjjeau pourrait bien être une corruption du mot troujjeau. Dans le tems que ces épin-ples étaient en ufage , j’ai entendu que les femmes les nom niaient porte-manteau. Les épingliers leur donnent le nom d'épingles à la piece.
- J
- Jauge , en allem. der Schiefs- oder
- Probring. La jauge de l’épinglier eft un gros fil de fer courbé en 3 , ou plié en ferpentant, long de quatre ou cinq pouces, ce qui forme dix ou douze portes de chaque côté qui laiflent entr’elles des efpaces qui doivent être égaux aux différentes groffeurs des épingles : il eft évident que cet inftrument forme un nombre de compas d’épaiffeur qui font très-commodes pour calibrer les fils ou épingles.
- Jaunisseur, en ail. Gelbmacher, on appelle ainfi les ouvriers qui ren-, dent la couleur au laiton , en le paf-fant dans une leftive de tartre.
- L
- Laiton, Voyez cuivre.
- Lie, en ail. Hefen ; fédiment qui fe précipite au fond des liqueurs qui fe clarifient. A Laigle on fe fert de la lie du cidre pour éclaircir le laiton , afin de ménager la gravelle.
- M
- Marche ou marchette , en allem. ein Tritt, c’eft une pédale fur laquelle l’entêteur ou le frappeur pofe le pied pour élever le poinçon qui l'ert à frapper les têtes des épingles.
- Meule, en ail. Spitzringi la meule des épingliers eft un tronçon de cylindre de fer, fur la circonférence duquel on fait des retailles ou ftries avec un cifeau à froid. On trempe ces meules en paquet.
- Mole, en ail. ein guter Nadelkopfy *on appelle ainfi la cannetille ouïe fil à tète lorfque les révolutions ne fe touchent pas : ce défaut eft allez
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- ART DE DEPINGLIER.
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- confidérable pour obliger de mettre ce fil à la mitraille : ainfi il faut que les révolutions du fil à tète fe touchent, fans néanmoins monter les unes fur les autres, ce qui formerait un défaut qu’on nomme bourdon. Voyez bourdon.
- Moule, en allem. die Dratbfpindel-, on nomme ainfi un fil de fer qui fert de mandrin, fur lequel on roule les fils à tête. On donne aufli quelquefois ce nom aux fils qui forment les tronçons.
- Moulées j c’eft ainfi qu’on nomme les fils à tête, quand ils ont été roulés en hélice fur le fil qu’on nomme moule.
- N
- Nille , en ail. Wrange ; les épingliers donnent ce nom à la manivelle de la bobine.
- O
- Outibot , c’eft la partie du tètoir qui porte le poinçon. A Laigle, on le -nomme étibot.
- Ouvrage, on nomme ouvrage, du fil palfé à la filiere, & réduit à la grof-feur convenable pour faire l’efpece d’épingle qu’on veut fabriquer.
- Outil. A Laigle, on nomme fimple-ment outil, la machine qui fert à frapper les tètes: comme ce moteft trop général, nous avons adopté celui de tètoir, qui eft d’ufage dans d’autres fabriques.
- P
- Passer a rebours, ou mire à la bobine. Voyez raire.
- Péricors. Voyez apéritoire,
- Pesée, en ail. Drackgewicht\ on appelle ainfi le contrepoids de plomb du tètoir.
- Piece , en allem. Ader j on donne ce nom à un petit écheveau de fil de laiton dont un certain nombre forme une botte.
- Plaques, en ail. Placken ou Bleche; ce font des rondelles d’étain aifez minces, qu’on met lit par lit dans une chaudière avec les épingles, pour les blanchir à l’eau. On nomme plaques à fils, celles auxquelles on ajoute des anfes de ficelle pour les defcendre dans la chaudière, ou pour les en retirer.
- Platæ vanner ^ on ail. Schxvingnapf \ c’eft une grande jatte ou febille de bois d’environ deux pieds de diamètre.
- Poinçon , boutereau, en allem. Zieh-lüfter j c’eft une broche d’acier qui fert à calibrer les trous des filières. On appelle aufli poinçon, la piece d’acier qui eft au bas de l’outibot, & qui fert à frapper les tètes. Ce poinçon qui frappe fur l’enclume, eft reçu dans une ouverture qui eft à l’outibot, & dans laquelle il s’arrête fermement, parce que ce poinçon eft en forme de coin comme l’enclume.
- Porte, en ail. Hackenohr. En général, les'épingliers appellent porte un bout de fil qui forme une portion d’anneau: c’eft peut-être par comparaifon à la forme des portes dans lefquelles entrent les agraffes. La porte eft un petit outil formé par un manche de bois, au bout duquel eft un demi-anneau de fil de laiton dans lequel on, pafle le fil à tête, pour le rouler commodé-G g g g i j
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- ment fur le moule. On nomme auffi porte un crochet de fil de laiton qui eft au haut de la bobine du tréfi-leur, & qui Fert à arrêter le bout du fil.
- Pot, eft fynonyme de chane ou chance. Voyez chance.
- Pressure , en ail. Einprejfung : Faire la prejfure au bout d’un fil de laiton , c’eft l’appointir avec la lime , pour qu’iipuifle entrer dans les trous de la filiere.
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- Quarteron , en allem. Stechkamm ,* on appelle ainfi une forte de cileau
- s qui porte à Fon extrémité vingt-cinq pointes , pour faire autant de trous aux papiers où les épingles doivent être arrangées par quarterons.
- Quarte , en allem. ein ViertelfchejJ'el. A Laigle, on fe Fert de ce mot pour défigner un boiffeau dans lequel on porte les épingles chez les bouteufes. Ce vaiffeau eft auffi appellé quarte, parce qu’il contient le quart du boiffeau de Laigle. La quarte de Laigle eft à peu près de la grandeur & de la figure du boilfeau de Paris j c’eft mal-à-propos qu’on a dit que ce vaFe était quelquefois de carton.
- R
- Rairê à la bobine, en allem. ouf die Welle ziehen} c’eft tirer le fil qu’on fait paffer par une filiere , & qui Fe roule fur une bobine en forme d’é-cheveaux ronds ou en pieee. Je crois que ce mot eft une corruption de traire , trahere i car on dit de P or trait. A Laigle, on ne Fe Fert point du terme de mire} on dit tirer.
- Dans quelques tréfiTeries le terme de raire fignifie tirer à rebours.
- Recuire tin métal, en ail. ein métal ausglühen , c’eft le faire chauffer ; ce qui le rend plus mou & plus ductile.
- Repasseur, en ail. Polieren, qu’on nomme aufii finijfeur, eft un ou-vrier qui perfectionne l’ouvrage qu’a commencé l’empointeur, en paffant les fils appointis Fur une meule d’acier ftriée plus finement.
- Retailles , en allem. Einfchnitte. On appelle ainfi les hachures ou ftries de la meule.
- Rogneur , en allem. Drathfchneiden, c’eft celui qui coupe les fils Félon une longueur déterminée. Les ro-gneurs de tronçons ou à la longue, coupent les fils de la longueur die trois, quatre ou cinq épingles ; les rogneurs de hanfes ou à la courte, coupent les fils de la longueur des épingles : il y a affi les rogneurs de tètes qui coupent la eannetille avec laquelle on doit faire les tètes. A Laigle, on n’emploie point les termes de trancher pour les têtes , ni de rogner pour les hanfes 5 mais on dit que le faifeur de têtes rogne les têtes.
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- Sécher. Voyez frotter.
- Sixain. Ceft un paquet d’épingles * compofé de fix milliers,
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- Tartre. Voyezgravelée.
- Tenaillée, en allem. ein Griff. Les épingliers appellent ainfi la quantité de tronçons eu de bouts de fil
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- de fer qu’un ouvrier peut tenir à la fois entre fes doigts pour les pré-Tenter fur la meule : c’eft ordinairement depuis vingt-cinq juiqu’à qua-rante tronçons.
- Tête,en allem. der Knopf ou Kopf; la tète d’une épingle eft une petite boule qui termine T’épingle au bout oppofé à la pointe.
- Têtoir , en allem. Wippe, machine qui fert à frapper les tètes. A Laigle, on l’appelle fîmplement outil.
- Tirer , Tireur , en allem. Drath-zieher. Voyez mire. Un tireur palis par la filiere environ vingt - huit livres de laiton dans un jour; cependant c’eft fuivantla grofleur du fil.
- Torque de fil de laiton. Voyez botte.
- Tour à pointe. Voyez banque.
- Tour ri tète, en allem. Knopf spin del, c’eft un rouet allez fembiabîe à celui des fileufes: il fait tourner le gros fil qu’on nomme moule, fur lequel s’enveloppe le fil à tête, ou le fil qu’on veut rouler en hélice.
- Tourneur^ têtes, en allem. Knopf-fpinner , ouvrier qui roule en forme de tire-bourre ou de cannetille,le fil qui doit faire les têtes des épingles.
- Tourneur de roue, en allem. Rad-dreher , ouvrier qui fait mouvoir la grande roue. Nous avons déjà remarqué que le tourneur de roue eft payé auffi cher que l’empointeur ; & nous avons dit que cela ne paraif-foit pas jufte , parce que fon travail ne demande aucune fcience, aucune adrelfe, de forte qu’il peut être exécuté par le premier journalier. M. de Chalouziere dit qu’il ne
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- paroit pas raifonnable qu’un homme de cette efpéce foit auffi chèrement payé qu’un ouvrier qui exécute un travail rude, qui de plus exige de l’adrefle. MaisM.de Chalouziere fait remarquer que le tourneur ne fait jamais d’autre ouvrage que tourner fa roue ; de forte que s’il fe fait dans la fabrique beaucoup d’ouvrage, il gagne plus que s’il s’y en fait peu ;au lieu que l’empointeur qui eft ordinairement robufte ne fe contente pasji’empointer dans une boutiqùe, il y»-occupe deux & quelquefois trois places, comme de drelfeur, d’empointeur, de repaf-feur;ou il va travailler dans differentes boutiques , ce qui augmente fon gain.
- Tourniquet, en allem. eine Giebe, ou Winde, efpece de dévidoir formé de deux plateaux de bois ronds liés l’un à l’autre par quatre ou fix fufeaux de bois ou de fer. Le plateau d’en-haut a moins de diamètre que celui du bas, afin que le tourniquet qui eft conique, puiffe recevoir des pièces ou écheveaux de difterens diamètres , & encore pour qu’on puifle les porter commodément de deifus le tourniquet.
- Traire un fil. Voyez raire.
- Trancher à la longue on à tronçons. Voyez tronçons.
- Trancheur àja courte. Voyez ro-gneur.
- Tréfilerie , en allem. Ziehbanck, attelier où l’on tire le fer ou le cuivre par la filiere pour en former un fil.
- Trefileur , en allem. Drathzieher, ouvrier qui travaille le métal pour l’ufage de l’épinglier.
- ^Tricoises, eu allem. Kneipzavgen,
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- A R T D E 2’ E P TN G L I E R.
- fortes de tenailles dont les mâchoires font recourbées & tranchantes : les épingliers difent fouvent par corruption triquoifes.
- Tronçons , en aliéna. DrathjlUcke, ce font des paquets de fil de laiton coupés de la longueur de trois, quatre ou cinq épingles.
- Trousseau. Voyez houjfeau.
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- Vanner, en allem. Schwingen, a&ion de fecouer les épingles dans un plat de bois qu’on nomme Plat à vanner , afin que le vent puifie emporter le fou qui a fervi à les delfécher.
- Vaseau , en aliéna. Gefafs, jatte ou fe-bille de bois qui reçoit les hanfes & les têtes des épingles à mefure qu’oa les coupe.
- Fin de Part de tlpînglier & du feptieme volume*
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