Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET METIERS,
- FAITES OU AF F RO U V ÉES PAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE ROYALE JDJZS NCXJSWCMS JD JS JP^LjRJCSo
- AVEC FIGURES EN T AI.LLE-D O. U CE,
- NOUVELLE EDITION
- Publiée avec des obfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur ces matières, en Allemagne, en Angleterre, en Suilfe, en Italie.
- Par]. E. Bertrand, Frofeffeur en Belles-Lettres à Neuchâtel, Membre de hAcadémie des Sciences de Munich.
- -TOME VIII.
- Contenant Part de P indigotier , Part de la porcelaine , Part du potier de terre , Part de faire les pipes , Pan de faire les colles 3 fabrique de P amidon y Part du favonnier,, & fart du relieur.
- BIBLIOTH ÈQUÉ
- DU CONSERVATOIRE NATIONAL | des ARTS & riiEfï£
- N» du Catalojïu.i....
- uinalion.
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- De i/ Imprimerie, de la Société T y p o <t r a p h i du e»
- M. D C C. LXXVII,
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- ART
- DE L’
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- Par Mc de Beauvais - Raseau , ancien capitaine de milice à Saint-Domingue,
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- Tome V11L
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- ART
- DE L’INDIGOTIER.»
- LIVRE PREMIER.
- CHAPITRE PREMIER.
- Notions préliminaires. Plan de l'ouvrage.
- I. jLfrNDiGO ou l’anil, eft le produit d’une plante qui a macéré & fermenté dans une fufEiànte quantité d’eau , & dont l’extrait, après avoir reçu une longue & violente agitation, dépofe allez promptement une fubftance qui des-lors porte le nom à'indigo, lequel étant delféché convenablement, fournit abondamment & fous peu de volume , une couleur bleue très-belle & très-folide. Ces excellentes qualités font caufe que les peintres & les teinturiers en font un fréquent ufage, comme on peut s’en inftruire dans
- ( i ) L’art de l’indigotier, publié par l’académie en 1770 , fait partie du dixième volume de la traduction allemande qui parut en 1772. M. de Beauvais, auteur de cette piece, n’a eu aucun des fecours que lui aurait donné une connailfance approfondie de la botanique. C’e-ft ainfi que la defcription qu’il donne de la plante d’où l’on tire l’indigo , eft très-imparfaite ; de là encore tant de notions très-peu juftes de l’anil. Les diverfes manipulations de la fabrique font beaucoup mieux connues, & par conféquent mieuXjdéveloppées par notre
- auteur. J’ai tâché , dans mes notes, de donner une idée plus exaùte de la plante & de fes différentes efpeces, qui font l’indigo franc, le bâtard & le fauvage. J’ai corrigé plufieurs pa(Tages inexacts, &j’ai ajouté tout ce qui m’a paru propre à rendre ce traité d’un ufage plus général. L’auteur ne parle qu’en paffant, de la maniéré de tirer de la guedeou du paftel une couleur bleue qui approche de l’indigo. J’ai fuppléé à cette omiifion dans les notes & dans plu-lieurs mémoires extraits de quelques auteurs Allemands.
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- 4 ART DEL'INDIGOTIER.
- l’art du teinturier, donné par l’académie des fciences, dans le dicUoniiaire-encyclopédique , & dans plaideurs autres ouvrages concernant le commerce , les arts & les métiers.
- 2. Cette matière diifoute en petite quantité , & mêlée au fa von nage-dans beaucoup d’eau, a auiîi la propriété de faciliter & de perfectionner le blanchidage de la foie, du linge & du coton ; ce qui en augmente encore la confommation tant en Europe que dans nos colonies, où l’on voit rarement des teinturiers en exercice ; mais comme cette fubitance ne s’acquiert qu’après de grands travaux, & qu’elle vient de fort loin, elle eftaufti d’un grand prix.
- 3. Cette denrée fait , depuis un tems immémorial, une des principales branches du commerce de l’Afie, & elle eft devenue une fource d’accroif. femens & de richeifes pour les colonies que les Européens ont dans le nouveau monde.
- 4. L’indigo était autrefois regardé en Europe, comme une efpece de pierre naturelle de l’Inde, & portait en effet le nom de pierre indique (2) ou iimplement d7indic ; il a pris enfuite confufément celui à'inde & â7anil, avec le nom qu’il porte aujourd’hui. Ce 11’effc que depuis les grandes découvertes de l’Amérique & des Indes , qu’on en a bien connu la nature , ainfi que la fabrique. On ne peut cependant guere douter que dès avant ce tems , 011 ne fit de l’indigo en Arabie (a) , en Egypte (b) , & même dans l’isle de Malthe (c) j mais comme on en cachait avec foin l’origine & le procédé , notamment dans ce dernier lieu , tout celui quife confommait ci-devant en Europe, était réputé venir des Indes. On croit encore avec beaucoup d’apparence, que les anciens naturels du Mexique en fabriquaient une efpece qui, jufqu’à ce jour , a porté le nom à'inde, qu’on lui a confervé pour les raifons que nous rapporterons dans la fuite ; mais foit que les Mexicains en connurent la préparation , foit qu’elle leur ait été communiquée par les Caftillans revenus des Moluques , il eft toujours certain que les premières matières fabriquées en ce genre en Amérique , font forties de la Nouvelle-Efpagne : il eh encore fort vraifemblable que de toutes les isles de l’Amérique , celle de Saint-Domingue eft la première où l’on ait cultivé la plante de l’indigo : ce qui parait fondé fur le rapport de Lopes de Gomès, qui dit (<0 que de fon tems il fe faifait de
- (2) Dans un privilège relatif aux mines, de la principauté d’Halberftadt & du comté de Reinftein , du 2? décembre \ 702, l’indigo elt compcé parmi les métaux , dont on permet aux entrepreneurs de s’occuper.
- (a) Henri Middelton , cité dans Purchas, chap. II, verfet 3 , page 2<59 ; & Douton, dans Purchas, chap. XII, verfet 2, p. 271.
- (b) M. Marchand, dans les mémoires de Vacadémie des f'icnces , ann. 1718 . P 94. Relation du voyage de Ccfar Lambert en Egypte , page 7 , in-4Q-
- (c) Burchard, dans b defcrij)tion de l'islc de Malthe, chap. VI, p. 23 jédiu de r 660.
- {cl) Chapitre XXVI.
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- JIR T D E 'IJ I ND I G 0. T I E R,
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- très-belles couleurs d’azur dans l’isle d’Hifpaniola j & fur quelques paflages du pere Labbat, dont nous allons faire le réfumé. Cet auteur raconte (a) qu’étant à Saint-Domingue en 1726, il fut au quartier du fond,-de l’isle à Vache, que les Français commençaient à peine à défricher, & il ajoute: Les anciennes indigoteries qu’on rencontre dans l’intérieur du pays 5 prouvent que toute cette côte a été autrefois habitée par les Efjôagnols, qui. lotit abandonnée pour aller s’établir au Mexique, après la conquête de Fernand .Cortès (b). Or, en fixant l’époque de cette entière défection, aux ravages qui précédèrent & accompagnèrent notre invafion dans l’isle , ou feulement au tems du gouvernement de M. le chevalier de Fontenay, c’elt-à-dire en 16) 2 , on en doit au moins conclure que les dernieres fabriques des Efoaguoîs dans cette partie de l’isle de Saint-Domingue, concourent avec les plus anciens établiffemens de cette efpece dans nos isles , dont la date 11e remonte qu’à l’année i<544 > tems auquel M. de Poinci, commandeur de l’ordre de Malthe, & zélé cultivateur, commença à en encourager le travail dans toutes nos isles, dont il eut le gouvernement. Il refie maintenant à favoir fi les Efpagnols ont tranfporté quelque plante d’indigo de Guatimala, dans l’isle de Saint-Domingue, s’ils obfervaient dans leur travail la méthode des Mexicains , & de qui nous tirons la nôtre3 mais c’eit fur quoi les auteurs ne nous offrent que des conjectures peu fatisfaifantes, Le pere Charlevoix, ou plutôt le pere le Pers , fur les mémoires duquel il a travaillé, dit dans fon hiltoire de Saint-Domingue ( c ) : Il y a deux fortes d’herbes appelîées indigo. Il en croit une efpece' qu’on nomme indigo bâtard, & qu’on a cru long-tems n’ètre bonne à rien. Un habitant de l’Acul, nommé Michel Périgord, s’avifa, il y a vingt ans (ce qui revient, fuivant l'auteur, à Vannée 1704), d’en faire un elfai qui lui réuiîitj il s’y eft enrichi , & tout le monde l’a imité. Aujourd’hui cet indigo eil au même prix que celui des Indes. ( D auteur entend parler ici de Vindigo qui fe tire à Saint-Domingue, de la plante nommée indigo franc , qui pafe pour avoir été apportée des Indes proprement dites. ) Il faut pourtant avouer que celui-ci ( Vejî-à-dire, Vindigo qiùon tire de Vefpece du franc ) a un tout autre coup-d’œil. (Uauteur ef ici tombé dans une erreur de prévention.) Mais en récompenfe, celui-là ( le bâtard) vient dans plufieurs terreins qui refufent le premier. On a tenté d’en travailler plufieurs autres qui font venus de Guinée, mais Dns fuccès. Au refte, quand je dis que l’ancien
- (a) Hifioîre generale' des voyages, Jean Barrow , abrégé' chronologique, ou liv. VU, tom. LfX. pages 2 141 & 143. hijioirc des découvertes faites par les Euro*
- (b) La ville de Mexique fut ptilè le péens, vol. Il, page 423,
- 13 août 1541 , après 93 jours de fiege. (c) Yolumell, page 439,
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- ART DE V INDIGOTIER,
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- indigo (Pauteur auroit plutôt du , en ce cas, Vappeller le nouveau ) eft venu des Indes orientales , je parle avec le plus grand nombre des auteurs qui en ont traité ; mais ce fentiment n’eft pas fans contradiction : plufieurs prétendent qu’il eft originaire du continent de l’Amérique, & fur-tout de la province de Guatimala.
- Ç. Toutes ces opinions rapportées par le pere Charlevoix, paraiflent cependant peu foutenables , quand on confidere qu’aucun auteur des différentes hiftoires naturelles de la Nouvelle-Elpagne , ne fait mention de ce tranfport, & que parmi les efpcces qu’ils nous repréfentent avec leurs noms mexicains, comme originaires de la Nouvelle - Efpagne , celle de l’indigo franc ne fe trouve point du tout. Il eft vrai que George Rumph., auteur de l’herbier d’Amboine (a), parlant de l’indigo desMalayes, nommé tarr.on, dont la defcription faite par l’auteur, fera fous peu rapportée , dit que les Efpagnols l’ont tiré des Moluques pour l’introduire dans les isles de l’Amérique, où il en croît une grande quantités mais ou verra que cette plante différé en plufieurs points, & fur-tout par la forme de fes filiques, de celle de l’indigo franc de nos colonies j ce qui affaiblit de beaucoup le poids de cette autorité. On ne cachera point non plus que George WolffWedelius (£) penfe que les Portugais & les Efpagnols, après avoir cultivé cette plante dans les Indes, en ont porté la graine dans leurs poifeilions de l’Amérique 5 mais il ne donne ce fentiment que pour une fimple conjecture de fa part. Après ces différentes remarques (3),
- (a) Cinquième partie , chap. XXXIX , page 220.
- ( b ) Exercices medico.philologiques, décade 4 , page 47.
- (O M. de Beauvais n’eft point du tout botanifte , il en convient ingénument dès l’entrée de Ton ouvrage. S’il l’eût été, il aurait évité bien des inexactitudes & des longueurs. Les trois variétés de la plante , nommée par Linné indigofe-ra tincïorici, auraient été caraétérifées mieux que par les furnoms qu'il leur donne d’indigo franc, bâtard & Jâuvage. Voici la defcription botanique qu’on en trouve dans les Planta fclcffœ de feu M. Trew , publiées par M. Ehret.
- Tab. LUI. Indigofera feapo recto, fo« Jiorum pinnis oblongis, ad apicern obfcure acutis, incanis , florum fpicis erectis, fiori-ffus confèrtis, leguminibus teretibus , erec-
- tis , glabris. C'eft l'indigo franc.
- Tab. LIV. Indigofera feapo reéto , folio-rum pinnis ovatis, ad apicern obtufis, læte virentibus, florum fpicis ereétis-, fioribus fparfis , leguminibus teretibus , incurvis , fubhirfucis. C’eft l’indigo bâtard.
- Tab. XV. Indigofera^capo infirmo , fo-liorum pinnis oblongis , pallide virentibus, glabris, pedunculis fpica longiftîmis, fiori-bus laxe difpofitis , leguminibus latis , bre-vibus , gibbofis , fubafperis , difpermis* C’eft l’indigo fauvage.
- Le premier eft l’indigo de la Providence; le fécond , l'indigo de Guatimala ; le troi-fieme, Vindigo delà Caroline Dans le Gcnt~ lemans-magazine, vol. XXV, page 20r , un anonyme a décrit la culture & la préparation de l’anil en Amérique. Si elle eût été connue de M. de Beauvais, il n’aurait pas manqué d’ep inférer la traduction dans fou
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- ART DE r INDIGOTIER.
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- il 11e nous refte autre chofe à penfer , Ci ce n’eft que les Français ont apporté Pefpece dont il eft queftion, des côtes de la Méditerranée ou de la mer Rouge , ou que Payant trouvée dans les isles de l’Amérique , ils font les premiers qui l’aient cultivée ; ce qui femble en effet être indiqué par fon furnoni de franc, & confirmé par l’adoption qu’en ont fait les Anglais, (a)
- 6. Nous n’avons pas été plus heureux dans les recherches que nous avons faites pour apprendre de quelle maniéré les Efpagnols travaillaient leur herbe à Saint-Domingue, ni d’où nous tirons la méthode qui s’eft répandue dans toutes nos colonies. Mais nous observerons que, fi lesinf. trustions fur la fabrique de l’indigo nous euflent manqué du côté des Efpagnols ou des Portugais du Bréfil, M. de Poinci, qui pouvait avoir connailfance de celles de Malthe 8c d’Egypte, ou même des Indes, par la voie des flibuftiers qui revenaient fouvent de ces dernières contrées à nos isles , n’aurait point manqué de l’enfeigner à nos colons qu’il excitait de tous côtés à ce travail, dont l’émulation devint bientôt f confidérable entre les Efpagnols & nous, qu’au rapport de Jofepli Acofta (é), la flotte enleva des ports de la Nouvelle-Efpagne en 1547, ^663 arrobes (c) d’anil ou d’indigo ; & en 1586b 25260 autres arrobes de même marchan-dife (d). D’un autre côté, nous lifons dans l’hiftoire de Saint-Domingue (c), que cette fabrique avait fait de tels progrès dans cette isî'e , que le produit de la vente de fon indigo montait, en 1724, à trois millions de livres de notre monnaie.
- 7. Voila ce que nous avons pu recueillir de plus intéreflant fur l’hlf-toire de cette fubftance. Il convient maintenant de faire connaître les différentes plantes 8c les divers moyens qu’on emploie pour fabriquer cette matière , & de prévenir le le&eur fur l’ordre que nous fuivrons dans Pex-poftion de ces différens objets. Pour cet effet, nous obferverons d’abord que la plante d’où on tire l’indigo , eft extrêmement variée dans fes efpe-ces , 8c qu’il en croît quelques-unes en des pays très-éloignés les uns des autres. Nous remarquerons en fécond lieu, que la maniéré de travailler ces plantes, & quelquefois la même efpece, n’eft point toujours fembhv-ble chez tous les peuples, ni dans le même canton j d’où réfult.e néceflar-
- mémoire. L’anil franc a des fiiiques longues , droites , ou quelquefois un peu recourbées, contenant neuf à dix grains de femence ; le bâtard'a des fiiiques plus courtes & plus courbées , avec cinq à fix grains de femence ; celle du fauvage eft encore plus courte & ne. renferme que deux grains,, (a) 'William Burck , kUïoire des colonies
- Européennes dans T Amérique , tome II, page 282 , appelle cette efpece , indigo dz France , ou d’Hifpaniola.
- (b) Cité par Hans Sloane , voyage à la1 Jamaïque , vol. II, page 54 & fuiv. (c'iL’arrobe pefe 2$ li vres poids de marc;, (d ) Jofeph Acofta , liv. IV , page 2çç , (e) C.harle.voix , tonie II, page 4.8,9,,.
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- s ART DE L I N DT G 0 T I E R.
- renient une grande diverfité dans les produits. Pour expofer ces objets clans l’ordre le plus naturel, & les rapprocher autant qu’il eft poftible félon leur rapport local, nous nous fournies propofé de préfenter fépa-rément les indigos de chaque continent, & de joindre à leur defeription celle de leurs manufactures, avant de paffer à celle d’une autre contrée. Et comme notre delfein eft de nous replier vers la fabrique de l’indigo-dans nos isies, que nous avons principalement en vue dans cet ouvrage, nous commencerons par rapporter fucceftîvement ce que l’Europe, l’Afrique, l’Aiie & le continent de l’Amérique nous offrent de plus important & de plus effentiel fur ces différens fujets que nous ne nous flattons point d’avoir épuifés , fur-tout en ce qui regarde la'defeription des plantes. Au refte, nous avouerons qu’il nous conviendrait peu de traiter ici des plantes étrangères à nos isies , fi nous n’euftions trouvé dans les plus célébrés auteurs les fecours néceflaires pour remplir cette partie, & fi nous n’euf-fions eru que le lecfteur inftruit du cara&ere de ces plantes, verrait avec plus de fatisfaélion ce que nous avons à lui dire fur leurs manipulations. D’ailleurs on nous a repréfenté que la connaiffance de ces plantes pourrait en occafionner quelque tranfport avantageux dans nos colonies, & ce motif a achevé de nous faire furmonter la répugnance que nous fention$ pour une pareille entreprife.
- CHAPITRE IL
- Des indigos, & delà fabrique d'Europe. '
- g. L’indigo croît naturellement dans tous les pays qui font fitués entre les tropiques , & on peut le cultiver avec fuccès dans ceux qui ne font éloignés que de 40 degrés de la ligne ; mais il ne réufiit qpe très-rarement un peu au-delà de ces bornes.
- 9. Cette rareté, à laquelle on eft fujet dans un climat tel que celui des environs de Paris, a fait inférer dans les mémoires de l’académie une defeription des plus complétés de l’indigo. L’auteur ne dit point d’où il a tiré la femence de la plante dont il eft queftion , ni le nom particulier de fon efpece ; mais fi nous en jugeons par (à defeription , il paraît qu’il avait fous les yeux l’indigo franc. On obfervera cependant qu’il fe rencontre quelques différences entre cette defeription & celle que nous en ferons dans la fuite , lorfque nous ferons prêts à entrer dans le détail de fa manipulation dans nos isies s mais il fera facile de les concilier ,* èn confidérant dans quelles vues & dans quels pays l’une & l’autre ont été faites, '*
- Defeription
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- ART DE L’INDIGOTIER: *
- Defcription de l'indigo, par M. Marchand , de £ academie des fciences Ça),
- 10. Comme l’indigo eft une plante qui rarement porte des fleurs & de* graines dans ce pays-ci (la France), & que l’année derniere nous l’avons vu croître dans fa perfection , j’en rapporterai ici la defcription, & les remarques que nous avons faites fur les caractères génériques de cette plante , fig. i , pL I.
- i r. Son port repréfente une maniéré de fous-arbrifleau de figure pyrami-date, garni de branches depuis le haut jufques vers fou extrémité revêtue fie plufieurs côtes feuillées , plus ou moins chargées de feuilles , fuivant que ces côtes font fituées fur la plante. Sa racine eft groife de trois à quatre lignes de diamètre, longue de plus d’un pied, dure, coriace & cordée* ondoyante, garnie de plufieurs grolies fibres étendues qà 8c là & un peu chevelues, couverte d’une écorce blanchâtre, charnue, qu’on peut facilement dépouiller de deifus la partie interne dans toute fa longueur. Cette fubftance charnue étant goûtée, a une faveur âcre & ameres le corps folide a moins de faveur, & toute la racine a une légère odeur tirant fur celle du perfiL
- 12. De cette racine s’élève immédiatement une feule tige, haute d’environ deux pieds ou davantage, de la grofleur de la racine , droite , un peu ondoyante de nœuds en nœuds, dure & prefque ligneufe , couverte d’une écorce légèrement gercée & rayée de fibres, de couleur gris-cendré vers le bas, verte dans le milieu, rougeâtre à l’extrémité, & fins apparence de moelle en-dedans.
- 13. Cette tige eft fouvent branchue depuis fa naiflance jufques aux:
- deux tiers de fa hauteur ou plus , & les plus longues branches font ordinairement fituées vers le bas de la tige. Les branches & les épis des fleurs que porte cette plante, fortent pour l’ordinaire de l’ailfelle d’une côte feuillée, qui à fa naiflance forme une petite éminence en maniéré de nœud ; & chaque côte, félon fa longueur, eft garnie depuis cinq jufqu’à onze feuilles rangées par paires , à la réferve de celle qui termine la côte ; laquelle feuille eft unique, & fouvent la plus petite de toutes celles qui ornent la côte. r
- 14. Les plus grandes de ces feuilles font fituées depuis le commencement jufques vers le milieu de la côte: elles ont près d’un pouce de long fur cinq à fix lignes de large, & entre les petites il s’en trouve qui n’ont
- (a) Mémoires de Y académie royale des piece a été traduite en allemand dans une jfûences , année 171g, page 92 (4). diflertation botanique, publiée par M. de
- (4) M. Schreber m’apprend que cette Steinvvehr, tom. V, p. 13B-Tome VIII. &
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- ART DE D I N D I G OT I E R.
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- que le tiers de la grandeur des précédentes. Elles font toutes de figure • vale, liifes, douces au toucher & charnues. Leur couleur elt verd foncé, en-deifus , plus pâle ou blanchâtre en-delTous, fillonnées ou quelquefois pliées en gouttière en-deflus, & attachées par une queue fort courte, qui, en fe plongeant le long de la feuille, y diftribue piuiieurs fibres latérales peu apparentes.
- 15. Depuis environ le tiers de la hauteur de la tige, jufques vers l’extrémité, il fort de l’aiifelle des côtes, des épis de fleurs, longs de trois pouces, chargés de douze à quinze fleurs , alternativement rangées autour de l’épi. Chaque fleur commence à paraître fous la forme d’un petit bouton ovale , de couleur verdâtre , d’où fort par la fuite une fleur A, qui étant ouverte & étendue , a quatre ou cinq lignes de diamètre , toujours compo-fée de cinq pétales ou feuijles difpofées en maniéré de fleur en rofe, quelquefois plus ou moins faiblement teintes de couleur de pourpre, fur un fond verd blanchâtre. La plus grande de ces cinq pétales B , fituée au-deflùs des autres, eft à peu près ronde, légèrement fillonnée dans le milieu , un peu recoquillée en-dedans par les bords, terminée en pointe à fa partie fupérieure par une efpece d’aiguillon, & garnie d’un onglet à fa partie inférieure. Les deux feuilles inférieures G, font de figure oblon-gue , échancrées , faifant chacune deux oreillettes vers leur naiflfance, Sè creufées en cuilleron à leur extrémité. Les feuilles latérales D, au nombre des précédentes , font les plus étroites, les plus pointues & les plus colorées d’entre les feuilles ou pétales de cette fleur. Le milieu de la fleur elt garni d’un piffcil verd E , relevé par la pointe & environné d’une gaine membraneufe F, de couleur verd blanchâtre, découpée à l’extrémité en huit lanières en forme d’étamines G, chacune1 terminée par un fommeü de couleur verd jaunâtre ( ). Cette fleur fort d’un calice en cornet verd pâle H, découpé par le bord en cinq pointes, & foutenu par un pédicule fort court. La fleur n’a point d’odeur ; mais les feuilles de la plante étant froilfées ou mâchées, ont une odeur & une faveur légumineulè, ainfi que la fleur. Lorfquc les pétales font tombées, le piltil s’alonge peu à peu , & devient une filique cartilagineufe I , longue de plus d’un pouce , grofle d’une ligne ou davantage , courbée en faucille, prefque ronde-dans fa circonférence, toutefois un peu appiatie des deux côtés, ordinairement terminée en pointe, articulée dans toute fa longueur, & laquelle étant mûre, eft de couleur brune , liiTe & luifante, rayée d’un-
- (s) M. Marchand n’â pas compté exa&e- deux lobes de la gaine, eft une dixième ment ces fleurs. La gaine membraneufe eft étamine, découpée en neuf lanières j fur la fente des
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- ART DE E INDIGOTIER.
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- tmut à l’autre, tant fur fd partie convexe que dans fa partie concave, d’une groffe fibre de couleur brun-rougeâtre. Cette filique eft blanchâtre en-dedans, & contient fix à huit graines renfermées dans des cellules L, féparées par de petites pellicules ou cloifons membratieufes M , blanchâtres, tranfparentes, 8c rayées de fibres. Les graines N, font en forme de petits cylindres, à peu près longues d’une ligne, inégalement rondes dans leur circonférence., applaties par les deux bouts, 8c de couleur gri-fâtre, ou quelquefois blanc-rouifeàtre, fort dures, 8c d’un goût légumi-neux. Ces graines produifent d’abord deux feuilles (impies O , de figure ovale, auxquelles fuccedent deux autres feuilles un peu plus grandes ; puis apres paraiifent les côtes feuillées.
- 16. Cette plante eft annuelle ici : on dit qu’elle dure deux années 8c davantage dans les Indes occidentales , dans le Bréfil & an Mexique, où on la cultive en abondance, ainli qu’on fait depuis long-te.ms dans l’Egypte. On lème ici cette plante fur une couche au mois de mars; elle y fleurit en, juillet 8c août., lorfque l’été eft fort chaud: mais elle n’y porte de bonne graine que très-rarement, non plus qu’en plu (leurs autres endroits ; aufti ne fais-je aucun botanifte qui nous ait donné une exacte defcription des fleurs & des fruits de cette plante, quoiqu’elle foit fort connue depuis long-tems, par le grand nfage qu’on en fait, particuliérement dans les teintures ( 6 )„
- 17. Par ce qui vient detre dit, on voit qu’il n’eft pas facile d’examiner toutes les parties qui caraclérifent cette plante, qui ne vient bien *jue dans certains climats : ce qui apparemment eft caufe que les bota-niftes qui en .ont parlé,-n’ayant pas eu occafion de con-fidérer attentivement fes parties , ne conviennent pas du genre auquel cette plante appartient ; car les uns l’ont mife fous le -genre de \d colutea, les autres fous celui de glajlum ; 8c d’autres enfin, fous le genre de Yemzrus, où en dernier lieu elle eft employée dans les inftitutions botaniques : genre auquel, en apparence , elle fe-mble avoir plus de rapport qu’aux deux pré-çédens, mais qui cependant ne lui convient pas, ainfi que nous allons le faire voir.
- 18- Par la defcription que nous venons de lire, on peut donc reconnaître que les parties qui caraclérifent l’indigo, font différentes de celles de Yemerus, en ce que, premièrement, l’indigo eft une plante qui
- (6) Depuis que M. Marchand a écrit ceci, M. de Beauvais ne l’a fait ici. M. Ehret, on a rempli cette lacune dans la botanique, déjà cité dans une note précédente , a don> M. de Linné & plufieurs autres botaniltes né d-es Egares beaucoup plus exactes des Allemands ont décrit la plante avec beau- fleurs & des fruits de l’anil & des plantes Coup plus de préciüon & de méthode que analogues.
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- ART DE D INDIGOTIER.
- ne fubfifte pas long-tems, des feuilles de laquelle on tire des fecuîes à l’ufage des teintures: ce qu’on ne fait point des efpeces de l5emerus, qui font des arbriffeaux fort ligneux & de très-longue durée.
- jo. Secondement , que l’indigo porte une fleur dont les pétales s’étendent en maniéré de fleur de rofe , & dont le contour garde la proportion des fleurs, qu’on appelle fleurs régulières; ftruclure différente de la fleur de Yemerus, dont les pétales font ramaflées en fleur légumineufe * & couvrent toujours le piftil.
- 20. Troisièmement , que les filiques de l’indigo font vraiment articulées , & qu’elles renferment chaque graine en particulier dans une cavité ou cellule exactement fermée par une pellicule membraneufe , rebordée, blanchâtre, luifante & rayée de fibres, laquelle fe détache d’elle-mème quand on ouvre la filique lorfqu’elle eft mûre.
- 21. Cette pellicule ou cloifon étant examinée de près, on voit qu’elle a la figure d’un difque environné dans fa circonférence d’un anneau membraneux , dont les bords s’élèvent au-deffus des deux furfaces du même difque j au lieu que la filique de Yemerus n’elt point articulée , & que les graines y font contenues fans aucune cavité ni membrane ou cloifon qui les féparent entr’elles le long de la filique; ce qui doit faire conclure que l’indigo ne peut être rangé dans les efpeces à'emerus , ni fous aucun autre genre de plante connue : c’eft pourquoi nous en confiituerons un genre de plante nouveau , que nous appellerons anil ou indigo ( 7 ) , nom que lui donnent prefque toutes les nations étrangères qui le cultivent.
- Fabrique de l'indigo dans fisle de Malthe.
- 22. L A fabrique de l’indigo dans l’isle de Malthe, décrite par Bur-ehard ( a ) en 1660, eft la feule qui, à notre connaiflunce , ait exifté en Europe, & nous ignorons fi elle y fubfifte encore: ce que nous ne croyons pas. La defcription qu’en fait cet auteur, n’eft pas fort éten-
- (7) M. Marchand a raifon de confidérer l’anil comme un genre different de 1 ’emerus & de tous les autres genres de plantes. Mais la durée & la groffeur ne peut pas fer» vir à marquer cette différence, non plus que la couleur bleue qu’il indique. La fleur de l’anil n’a pas les pétales faits en maniéré de üeur de rofe; elle eft de celles qu’on nomme jsapillonacécs ; l’étendard eft écarté des au-"très pétales, le calice eft plus étendu , & forme deux-angles que l’on apperqoit à
- l’œil : ajoutez à cela la conftruétion de la filique , & vous aurez les principaux caractères qui diftinguent ce genre de toutes les autres plantes à fîliques. La filique de Yemerus de Tournefort, appellé par Linné coronilla, différé principalement par la forme extérieure ; l’intérieur eft partagé en loges, dont chacune renferme une femence, (rz) Chap. VI, pag. 2] & fuiv. édition de 1660. DeflrijJtign de l'isle de Malthe.
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- due; mais elle fuffit pour conftater ce fait, fa date,& eu indiquer l’origine , qui parait toute aliatique, il l’on en juge par les termes; de l’art, employés par l’auteur, & ceux que nous aurons occalîon de rapporter, en parlant des fabriques de l’Afie. Voici ce qu’il en dit:
- 23. Il croit aufîi dans ce pays fMalthe), une efpece de glujhtm, qui porte chez les Efpagnols le nom à1 and, & chez les Arabes & les Malthois, celui hennir, d’où l’on tire une teinture dont l’ufage eh connu de toute l’Europe. ( L’auteur décrit ici la plante d’une maniéré allez fuperficielle ; mais au peu qu’il en dit, on ne peut méconnaître l’indigo franc ou bâtard de Saint-Domingue , dont il fera amplement traité par la fuite ; puis il ajoute : ) Cette herbe eh alfez tendre la première année ; la fécule qui en provient ne donne qu’une pâte imparfaite tirant fur le rouge, & trop mafîive pour fe foutenir fur l’eau. L’indigo de cette qualité s’appelle nouù ou moud; mais celui de la fécondé année eh violet, & fi léger qu’il flotte fur l’eau. Il porte fpécialement le nom de cyerce ou de {iarie-, La troifieme année il décheoit de fa perfection > fa pâte eh lourde, d’une couleur terne, & la moins shimée de toutes les efpeces; On appelle celle-ci catdd.
- 24. On coupe la plante , & on la met dans les citernes ; puis on la charge de pierres, & on la couvre d’eau. On l’y lailfe quelques jours jufqu’à ce qu’elle ait tiré toute la couleur & la fubhance de l’herbe ; on fait alofs paffer cette eau dans une autre citerne , au fond de laquelle il s’en trouve une autre plus petite ; on l’agite fortement avec des bâtons; puis on la foutire peu à peu , jufaua ce qu’enfin il ne relie plus au fond que la lie 011 la fubhance la plus épailfe , qu’011 retire & qu'on étend fur les draps pour l’expofer enfuite au foleil. Dès qu’elle commence à prendre une certaine confihance , on en forme des boulettes ou des tablettes qu’on met à deffécher fur le fable ; car toute autre matière en abforberait ou en gâterait la couleur : fi la pluie vient par hafard à tomber deffus, elles perdent tout leur éclat. Quand l’indigo eh dans cet état, ils l’appellent aalïad.Celui de la meilleure qualité ehfec,-léger , flottant fur l’eau, d’un violet brillant au foleil ; fi on l’expofe fur des charbons ardens ,il donne une fumée violette , & laiffe peu de cendres.
- 25. L’avantage de ceux qui font Cet indigo , confihe dans le fecret qu’ils gardent fur ce procédé , dont ils font part à peu de perfonnes, quoiqu’il foit peu de chofe en lui-même ; craignant, s’ils le rendaient publie, de perdre tout leur profit, comme il arrive fouvent dans la plupart des chofes qui 11e font ehimées qu’à proportion de leur rareté.
- 26. En terminant cet article , je dois ajouter, pour la fatisfadion du lecteur , que j’ai planté de la graine d’indigo franc de nos isles, en pleine terre, dans un lieu de la Provence , fitué'fous le quarante-quatrieme degré de latitude , & qu’elle y a très-bien levé. Mais le tems & la commodité m’ont man* qué pour obferver le refte de fa crue, qui était déjà affez avancée.
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- CHAPITRE III.
- Des indigos & manipulations de l'Afrique.
- 27. Aucun auteur 11e nous ayant jufqu’à préfent donné de defcripticii détaillée des indigos de ce continent, nous n’aurions rien ou très-peu de chofe à en dire , fi M, Adanfon, de l’académie des fciences, n’avait eu la scomplaifance de nous communiquer quelques-unes des obfervations qu’il'a faites à ce fujet dans le Sénégal, où fon zelc pour la botanique & l’hiftoire naturelle , l’a attiré & retenu pendant cinq ans.
- 28- Cet illuftre académicien nous a dit avoir remarqué dans cette partie de l’Afrique, plufieurs plantes qui paraiflent être de la famille des indigoferes : il a reconnu par nombre d’expériences auffi curieufes qu’intérelfantes , dont nous devons efpérer qu’il fera part au public , que plufieurs efpeces ne donnaient qu’une teinture roulTe plus ou moins forte ; mais qu’il s’en trouvait quelques autres , & fur-tout une qui , travaillée fuivant la méthode de nos colonies , produit l’indigo le plus magnifique, approchant de l’azur, & toujours flottant, quelques efforts qu’il ait faits pour réuffir à en tirer de l’indigo cuivré. Cette efpece vient fort bien dans les terreins ingrats & fablonneux de ce pays. L’indigo bâtard, dont il avait fait venir la graine de nos colonies, femé à fon côté, n’atteignait qu’à la moitié de fa hauteur, qui eft celle d’un homme. Cette plante eft d’ailleurs fort touffue; la feuille de couleur d’un verd bleu foncé, qui en annonce toute la propriété, eft d’environ un quart plus large que celle de l’indigo franc de Saint-Domingue , fur-tout vers le bout extérieur qui va en s’élargiffant, & dont les bords rentrent un peu fur eux-mêmes en fe joignant au milieu de cette extrémité, directement à la pointe de la côte qui régné fur toute la longueur de la feuille: l’arrangement des feuilles eft d’ailleurs égal à celui des autres indigos. La goufle une fois plus longue & beaucoup moins courbée que celle de l’indigo franc , eft jaunâtre &parchemineufe comme celle des pois; c’eft-à-dire, qu’elle eft un peu fouple, & ne caffe point nettement , comme celle de la pré* cédente efpece. Les graines à peu près de la longueur de deux lignes & moitié moins groffes , font rondes au milieu , ovales ou terminées en pointe d’œuf par les deux bouts, & jaunes. L’intérieur de cette plante eft blanc; fa tige eft fouple & 11e fe rompt point auffi facilement que celle de l’indigo de nos colonies. M. Adanfon fe réferve la latisfaction légitime de donner au public Une ample defcription de ..toutes ces plantes. Les negres du Sénégal lappellenc cette plante guangue, ; leur maniéré de la travaillar eft fort fimple : ils arra-’ client avec la main la fommité des branches de l’indigo ; ils pilent ce feuillage jufqu’à ce qu’il foit réduit en une pâte fine, dont ils compofent de
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- petits pains qu’ils font fécher à l’ombre. Voilà en quoi confifte tout fon apprêt, qui elt à peu près égal chez tous les negres de l’Afrique.
- 29. François Cauche (a) rapporte que le bleu elt la couleur qui plaît le plus aux infulaires de Madagafcar: elle vient de l’arbrilfeau indigo ; ainii le nomment les Portugais , qui l’appellent aufli hevra cTanir. Il croît comme le genêt, ayant femhlables racines longuettes & étroites , la feuille approchant du féné, mais plus large. Cette feuille a une côte au milieu, d’où il fort de petites membranes qui s’étendent par ondes égales jufqu’aux bords.
- 30. Sa tige, delà grolfeur du pouce, n’a pas plus d’une aune de long. Lorfque l’arbrilfeau a trois ans, la fleur tire à la jacée, & fa graine au fenouil : elle fe recueille en novembre, & fe feme en juin. Cette planter meurt au bout de trois ans , ou bien 011 la coupe après ce tems comme inutile.
- 31. Ce que Fauteur dit ici de cette plante , doit s’entendre de qu'ei'qu’iiv digo de l’Inde, ou des côtes de la mer Rouge , où il avait été.
- 32. La defcriptio-n qu’il fait de fa fabrique, & les termes dont il fe fert, fe trouvant tous femhlables à ceux que nous avons rapportés au fujet de l’isie de Malthe, nous nous dilpenferons d’en faire le récit. Il ajoute enfuite: Le pajtel ou anir de Madagafcar, a beaucoup de rapport à celui que nous venons de décrire. Le tronc & les branches de coulent verte, tirent fur le bleu, de même que les feuilles qui font femhlables à celles des pois chiches 5 les fleurs, d’un blanc jaunâtre , produifent des gouffes pendantes par floccons, lefquelles font pleines d’une femence noire femblable à nos lentilles. Les Madagafcarois n’apportent pas tant de façons à tirer le paltel que les orientaux -, ils pilent les feuilles avec leurs branches encore tendres, 8c en font des pains, chacun de la pefanteur de trois livres, qu’ils font fécher au foleil. Lorfqu’ils veulent faire quelque teinture, ils en broient une, deux, ou trois livres, félon le befoin, & en mettent la poudre avec de l’eau dans des pots de terre, qu’ils font bouillir un certain tems ; ils laiffent enfuite refroidir la teinture , & ils y trempent leur coton ou leur foie, qui en étant retirés* deviennent d’un beau bleu foncé.
- 33- Il y a encore à Madagafcar, fuivant cet auteur, une efpece d’in-* digo ou d’anir, qui ne s’élève pas comme l’autre, mais qui rampe à terre, & s’y attache par de petits filamens qui font autant de racines (b'). Les feuilles font oppolees deux à deux; les branches s’élèvent jufqu’à trois pieds, portant des rameaux longs d’un doigt, couverts de petites
- (a) Relation de fon voyage à Madagafcar, en 1636 , page 149, in-4*.
- (ii) Voyez fig. 4 ,pl I.
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- fleurs d’un pourpre mêlé de blanc, de la figure d’un cafque ouvert, & dé bonne odeur. La plante de l’indigo s’appelle, en cette isle9banghers, & fa pâte hanghcts ( a).
- 34. M. de Reine, ancien habitant de l’isle de France, connu parles fervices qu’il a rendus à cette colonie , pour y avoir procuré le crelfoii de fontaine , & pour y avoir introduit la culture du manioc & de l’indigo , m’a afluré que les isles de France & de Bourbon en produifent •une autre efpece dont la feuille eft plus large que celle de la luzerne, 8c dont les codes plates, approchantes du féné , ont à peu près un pouce de longueur & 4 à $ lignes de grolfeur; on 11’en fait aucun ufage en ces pays.
- 3Ç. Nous aurions bien fouhaité déterminer cet article par la defcrip-tion de l’indigo qu’on cultive en Egypte, & par fa fabrique en ce pays; mais nous 11’avons rien de précis à rapporter à ce fujet.
- 36. César Lambert (b), dans la relation de fon voyage en Egypte, imprimée en 1527 , nous dit que quinze ans auparavant, 011 allait prendre beaucoup d’indigo au Caire, d’où 011 le tranfportait en Europe, & qu’ac-tuellement 011 y eu porte. Le doéteur Pockocke (8), évêque Anglais d’Odory, rapporte (c) qu’il vit fur fa route par eau de Rofette au Caire, la maniéré de faire le bleu d’indigo , avec une herbe appelles nil. Le procédé efl peut-être décrit dans l’original, mais nous n’avons pu le voir. M. Marchand, de l’académie des fciences, nous donne pour certain (*/), qu’on cultive depuis long-tems en Egypte la plante nommée indigo.
- 37. Nous ajouterons à ce ci, d’après Henri Midelton (e), qu’on fait de l’indigo à Tayes & à Moulfa, villes de la mer Rouge, entre Moha & Zennan. Enfin Douton (/) nous apprend qu’on en fait à Aden.
- ( a ) Hifïoire generale des voyages , tome XXXII, page 396 ; & Mandeslo , page 206.
- {b) La relation de ce voyage fe trouve à la fuite de celle de François Lauche , in^Y fécondé partie , page 7.
- (g) -Voici ce qu’en dit cet auteur : C£ Ils 53 ont auffi. (les Egyptiens) une herbe w appellée nil, qu’ils cultivent pour en 53 compofer une efpece d’indigo bleu : ce 5, qu’ils font, fi je ne me trompe , en la 53 pilant & la faifant bouillir. Ils la font p niaçérer dans l’eau, .Us la pafîen.t, iis la
- 33 font boujlîir de nouveau , ou la laiflent w évaporer pour la réduire en gâteaux ou 3, en poudre. „Yoyez voyage de Pockocke, tome II, page 140 , édition augmentée de Neuchâtel.
- (c) Abrégé des voyageurs modernes, traduit de l’abrégé anglais , tome I, page 10.
- (d) Mémoires de l'académie, ann. 17x8, page 94. f
- (e) Cité dans Purchas, ch. XI, verf. 3 , page 299.
- (/) Dans le même auteur ( Purchas) , çhap. XII, verfet 2 5 page 281.
- CHAPITRE
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- CHAPITRE IV.
- Des indigos de PAJie, & de leur fabrique.
- 3g. Entre les auteurs qui ont traité des indigos de' l’Afie, il n’y en a aucun qu’on puilfe comparer à ceux du jardin Maiabare & de l’herbier d’Amboine ; & nous nous ferions bornés à ces deux ouvrages , Ci Bal-dæus ( a ) , Mandelslo ( b ) , Schouten ( c ) , & l’auteur de l’hiftoire générale des voyages ( df ne nous parailfaient avoir décrit une efpece d’indigo différente de celles qu’on trouve dans les deux premiers. Il faut cependant convenir que les quatre derniers s’expriment d’une maniéré fuperficielle & fl abrégée , qu’on ne peut décider fî leurs defcriptions ont pour objet la même plante ou non ; c’eft pourquoi nous rapporterons en deux mots ce que chacun en a écrit.
- 39. Baldæus , faifant la defcription des côtes de Malabar, dit : Il y a diverfes efpeces d’indigo, fuivant les différens endroits. C’eft un ar-briffeau de la hauteur d’un homme, avec une petite tige femblable au mûrier des haies, ou à la ronce d’Europe. La fleur eft pareille à celle de l’églantier ou rofier fauvage , & la graine reffcmble à celle du fenu-grec. L’efpece la plus large croit près du village Chircées, dont on lui donne le nom, & à deux lieues d’Amadabat, capitale du Guzaratte.
- 40. Voici comme Mandelslo s’exprime: Le meilleur indigo du monde vient auprès d’Amadabat, dans un village nommé Girchées, qui iui donne fon nom. L’herbe dont 011 le fait , relfemble à celle des panais jaunes j mais elle eft plus courte & amere, pouffant des branches comme la ronce, & croilTanc dans les bonnes années julqu’à la hauteur de lix & fept pieds. Sa fleur relfemble à celle du chardon , & fa graine au fenu-grec.
- 41. Gaultier Schouten dit quefti feuille relfemble à celle des panais blancs , fa fleur au chardon , & fa graine au fenu-grec ( 9 )
- 42. L’auteur de l’hiftoire générale des voyages dit, au chapitre de l’hiftoire naturelle des Indes : Il croit de l’indigo dans plufieurs endroits de ces
- (a) Defcription des côtes de Malabar s comprife dans le fixieme tome des découvertes des Européens , page 322.
- {b) Voyage aux Indes orientales, à la fuite du voyage d’Oléarius, tome II, page 22.3 , in.4.0. fécondé édition.
- (c) Voyages des Indes orientales, qui ont fervi à I établif'ement de la compagnie des Pays-Bas , tome VII, page 24A.
- Tome FUT
- (d) Au cbap. de Thifoire naturelle des Indes , tome XLIV , page 328.
- (9) Ces caractères ne conviennènt point à l’indigo plante , fa feuille ne relfemble pas à celle des panais blancs ou jaunes ; fa fleur eft bien différente de celle du chardon, ou de celle du rofler fauvage. Sa graine pourrait être comparée à celie du tenu, grec.
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- contrées. Celui du territoire de Bayana, d’Indoua & de Corfa dans î’In-doftan, pafle pour le meilleur. Il eu vient aulli beaucoup dans le pays de Surate, fur-tout vers Sarqueffe, à deux lieues d’Arnadabat On feme l’indigo aux Indes après la faifon des pluies. Sa feuille approche des panais jaunes; mais elle eft plus âne. Il a de petites branches qui font de vrai bois. Il croit jufqu’à la hauteur d’un homme. Les feuilles font vertes pendant qu’elles font petites;, mais elles prennent enfuite une belle couleur violette-tirant fur le bleu; la fleur reflemble à celle du chardon , & la graine à celle du fenu-grec.
- 43- Cette plante, ainli cara&érifée, forme, comme on va le voir, une-eipece différente de celles qu’on trouve décrites dans le jardin Malabare & dans l’herbier d’Amboine. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de témoigner ici notre furprife de cette omiflîon, qui nous paraît fort étrange de. la part d’auteurs fl exa&s dans leurs recherches , dont voici le détail-
- Defcrîption de l’ameri ou ndi Ça'),, Par M. Rhede*
- 44. L’ameri , qui, en langue brame, s’appelle neû9eft. un arbufcuîe delà hauteur de l’homme , dont les branches font fort écartées , & qui croît dans les endroits pierreux & fabionneux. Sa racine eft blanchâtre & couverte de fibres épaiffes..
- 4<ÿ. Sa foucheeft groffe comme le bras &d’un bois dur., Ses. feuilles, attachées fur de petites, côtes qui fortent parallèlement des branches , font renflées par-deflus & cannelées par-delTous relies viennent fur deux rangs, les unes vis-à-vis des autres. Elles s’appuient fur des pédicules au nombre de cinqà Sept paires de fuite , avec une feule au bout ; elles font petites & de forme ronde oblongue, avec les bords des deux extrémités arrondis. Leur tiflueft fin & ferré, & leur furface unie & très-douce- Elles ©nt au milieu du revers une petite côte , d’où il en fort quelques autres aflez remarquables. Leur couleur eft d’un verd bleuâtre foncé par-deflùs, clair par-deffous, & fombre des deux côtés.-: elles ont un goût amer & piquant quand on lésa mâchées quelque tems. Du pied des côtes qui portent les feuilles ,Jbrtent d’autres petites côtes qui pouffent un paquet ou un épi de plufieurs petites, fleurs femblables à celles des feves, compofées de quatre feuilles,, dont l’une de couleur verte, & de la figure d’un onglet crochu , eft terminée par une pointe en forme de grifïe. Les deux feuilles qui embraflent l’onglet font étroites , minces & droites vers leurs bords intérieurs , qui font d’une couleur de îofe foncée. La quatrième ,.qui eft fituée en face de la courbure de l’onglet *
- (a) Jarduï Indien Malabare, tonie I , page ior, fig. 54c
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- cil oblongue, aflez large, mince, lavée de verd & retournée en-dehors, du côté du pédicule commun à toutes les fleurs qui n’ont aucune odeur. Il s’élève de leur milieu un piffcil verd , creufé en forme d’étui, dans lequel eft renfermé un petit filament qui fort du germe de la filique. Ce pittil , atta-‘ ehé vers la partie creufe par un filet, fe divife vers le haut en petites & filles étamines garnies de petites pointes blanches.
- 46. Le calice qui renferme les feuilles des fleurs, eft compofé de cinq feuilles vertes & pointues. Le bouton des fleurs eft de figure ronde oblongue , & un peu applatiedu côté le plus large, par lequeHl commence à s’ouvrir.
- 47. A la chute de ces fleurs , fuccedent des petites filiques, longues à peu près d’un pouce , droites , aifez rondes & ferrées de près fur la côte , où elles font attachées par de petits pédicules. Ces filiques font d’abord vertes, & enfin d’un rouge foncé en brun ; chacune d’elles eft renfermée du côté de fou pédicule, dans le calice à cinq feuilles. Les femences d’un rond obiong, font, couchées dans leur longueur, conformément à celle de la filique: elles font dans le te ms de leur maturité , d’un brun brillant. Cet arbufcule fleurit deux fois par an; favoir, une fois dans la faifon des pluies, & une autre dans celle de l’été.
- 48- Il eft inutile de rapporter ici que l’anilfert à faire l’indigo , parce que perfonne n’en doute -, mais les auteurs font peu d’accord fur la clafle de cette plante. C. Bauhinus la range avec l’i/ù;is pinacée , ou avec le glajïum, à la famille duquel il dit quelle appartient. Dans un autre endroit, liv. 9 , fed. 3 , chap. des haricots de l’Inde, il décrit ainfi la filique : la filique & la femence qui eft enveloppée dans ce parchemin, fort de l’herbe anil, qui n’eft point une efpece de glaftum , mais un légume.
- 49. M. Hermans nous a envoyé de Ceiîan , une plante dont les fleurs font petites, d’un pourpre mêlé de blanc, & d’une odeur agréable, laquelle eft vrai-femblablement celle que Pifon appelle banghsts, dans fou hiftoire de Mada-gafcar , avec les feuilles de laquelle on fait l’an il ou l’indigo ; mais l’indigo de Ceilaneft moins bon & moins eftimé que celui qu’on apporte de Malabare & du Coromandel à Négapatan. Les Cingalais l’appellent awari.
- Defcription du cotinil (a) ; par M. Rhcde.
- ^o. Le colinil (b), qui, en langue brame, s’appelle fchêra-puncà, eft un petit arbufcule haut de deux ou trois pieds. Sa racine, couv.Tte d’une écorce fibreufe, d’un blanc rouflèâtre, eft d’un goût amer & tant foit
- (a) Jardin Indien Malabare , terne I, page 103 , fig. 53.
- • jjb) Voyez fo 2 , pi II.
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- peu âcre. L’intérieur en _eft ligneux, blanchâtre & finis odeur; elle pouffe une Touche de la groffcur de quatre doigts, & des branches fort écartées. Cette fou ch e eft d’un, bois dur; & fou écorce, de couleur cendrée entremêlée de verd, a un goût amer & piquant. Ses petites feuilles, de figure ronde oblongue, viennent fur de menues côtes angulaires & vertes , où elles font attachées par de petits pédicules. Les bords des feuilles font ronds par le bout; puis ils s’élargiifent confidérablement en cette partie, & ils fe rapprochent en ligne droite de leur petit pédicule. Le deffus de ces feuilles eft d’un verd.foncé ordinaire, & le deffous d'un verd bleuâtre, l’un & l’autre fans éclat. Elles ont un goût un peu âcre, amer & piquant, quand on les a mâchées trop long-tems. Elles ont une petite côte qui régné particuliérement deffous toute leur longueur, du travers cfê laquelle il fort de petites veines droites & obliques , qui, par une ligne parallèle, vont fe réunir aux bords, & dont le prolongement fe voit en-deffus comme en - deffous ; leur divifion fe faifant, quand on le rompt, fuivant le trait angulaire des veines qui fe réuniffent à la côte du milieu. Le goût de ces côtes eft, comme celui des feuilles, amer & piquant.
- 51. Ses petites fleurs, femblables à celles des feves, conliftent en quatre feuilles, dont l’une ayant la figure d’un petit onglet fermé & très-courbé , eft terminée par une pointe qui fait le crochet. Cette feuille elt d’un verd blanchâtre ; les deux autres qui ont leur bord intérieur droit, font, du côté qu’elles embraffent l’onglet, d’une couleur de rofe foncée. La quatrième de ces feuilles s’élargit en faifant face à l’onglet du côté, qu’il eft courbé & ouvert : elle embraffe d’abord les feuilles des deux côtés avec l’onglet; mais lorfque la fleur eft ouverte, elle fe renverfe en-dehors , & fe courbe vers la tète du pédicule qui foutient la fleur.
- 52. Le piftil eft verd, & creufé en forme d’étui; il embraffe un filament verd, qui fort du germe de fa filique. Ce piftil eft divifé en-haut, en petites & fines étamines qui font garnies de petites pointes jaunes, & il eft bouché au fond de la partie concave , par un petit filet dégagé , terminé par une petite pointe jaune. A la chûte des fleurs-, fuccedent des. filiques oblongues, étroites , fines , plates , polies , un peu relevées par le bout, & longues de deux à trois pouces. Ces filiques font d’abord vertes ; mais elles deviennent rouges à leur maturité.
- 53. Les femences ou feves qu’elles renferment, font féparées les unes, des autres par la fubftance propre de la filique. Elles font d’un rond ob-long, plates & étendues dans leur longueur félon celle de la gouffe. Elles ont un umbilic par lequel elles font attachées au ventre de la filique: elles font vertes au commencement, & enfuite noirâtres.
- 54. Excepté le tems où les filiques font vertes, l’on obferve qut
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- tes graines du nouthi (a) font velues, aflez dures, percées d’un trou par en-haut, creufes en-dedans, & qu’elles font fouvent appuyées fur un pédicule. Cette plante porte fleurs & fruits deux fois par aiijiàvoir, dans la faifon pluvieufe, & dans celle de l’été.
- 5 y. ElEe paraît avoir un grand rapport avec la précédente, par plu-lieurs de fes parties ; c’eft pourquoi nous penfons qu’on peut, fans inconvénient, lui donner le nom de polygala moyenne, des Indes, a Jiiiqius recourbées ( io ). Mais je n’ofe , malgré la vraifemblance, aflurer qu’on en falfe de l’indigo , & encore moins que ce foit le banghets de Madagafcar , auquel on attribue une odeur très-agréable , tandis que l’autre n’en a aucune. Hernandes & Recchius, dans leur hiftoire du Mexique, liv. 4, font auffi la defeription de deux plantes qui fervent à teindre en bleu , à l’une & l’autre defquelles ils donnent le nom de xihuiquUid pitqahac, ou â'anir à petites feuilles ; & ils appellent la pâte bleue ou l’indigo qu’on en retire, mohuitli, & tlevohuitli. Aucune de ces deux plantes ne cadre avec la derniere dont on a donné ici la defeription; mais celle dont on a parlé auparavant, paraît fe rapporter au caachira fécond de Pilon.
- Defeription du tarron ( è ).
- fô. Personne, autant que je puis le lavoir, n’a encore décrit exactement l’indigo tarron. Ceux qui ont été à Guzaratte, Sc qui ont vu croître cette plante’dans les champs, l’ont comparée , tantôt au romarin, tantôt à d’autres plantes. Je ne doute point que ce ne foit la même plante que les Malayes appellent tarron, qu’elle n’ait la forme de celle qu’on voit à Amboihe, dont la femence étrangère a été apportée ici, & fur laquelle je me fuis réglé pour en faire la defeription.
- 57. On en rencontre ici (à Amboine) deux efpeces :1a première, ou la plus commune, eft domeftique; l’autre, que je n’ai point encore vue, eft lauvage. La première eft une plante très-belle, très-élégante, & dont la forme a la même grâce que celle du romarin. Elle croît jufqu’à la hauteur de trois pieds & plus dans un bon terrein. Elle ne poufle qu’une feule fouc-he groife comme le doigt , droite , ferme & ligneufe. Son écorce eft d’une couleur rouife, entre-mêlée de verd. Elle s’étend fort vite , en jetant de tous côtés des branches de la groifeur d’un tuyau de froment,
- ( a) Nom du pays, qui parait commun à colinil par cette phrafe botanique : Poly* toutes les plantes de cette efpece , & à la gala itidica minorfliquis recurvis. pâte qu’on en retire. (6) Extrait de l'herbier d'Amboine, par
- (10) M. van Syen , dans fa nomencla- George Everhard Rumph , cinquième par. turepour ïàortus Malabaricut, défigne le tie; çhap. 79 , page 330.
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- qui font fermes & folides ; ces branches pouffent fur leurs côtes, de petits rameaux ou côtes un peu plus longues que le doigt, auxquelles font attachées fîx, fept, huit, & rarement neuf ou dix paires de feuilles directement oppofées les unes aux autres, avec une impaire à l’extrê-mité. Ces feuilles relfemblent parfaitement à celles de la caméchrifta, ou. du tamarin i mais elles font plus petites & arrondies, à peu près comme celles de la faucille. Elles font tendres & unies, mais fans éclat ; d’une couleur de bleu de mer, approchant du fer bronzé, & agréable à la vue. Ces feuilles ont chacune un court pédicule, avec lequel elles s’appuient fur la côte ou rameau. Si l’on vient à le rompre, elles fe refferrent & fè ferment affez facilement; mais elles souvrent & fe déplient aufli-tôt qu’on les met dans l’eau.
- 58- A chaque ailfelle de ces côtes feuillées, attachées aux branches , il fort une grappe en forme depi, compofée de plufieurs petites têtes pointues, qui en s’ouvrant préfentent des fieurs femblables à celles de la vefce, mais plus petites, compofées de quatre petits pétales , dont le plus élevé & auffi le plus large, eft courbé en arriéré: ces pétales font d’un jaune pâle ou verdâtre i ceux des deux côtés tirent un peu fur le rofe, & recouvrent l’inférieur ou le quatrième par leur pointe en forme de crochet. Peu de ces fleurs s’éclofent à la fois, & elles tombent bientôt fans donner aucune odeur.
- 59. A ces fleurs, fuccedent de petites Cliques rondes & noueufes , à peu près de la longueur d’un tiers de doigt, de la groffeur tout au plus d’un tuyau de froment, dures & tournées en-haut. Elles viennent plu-iieurs enfemble , & forment comme une grappe qui ferait remplie de queues de feorpions. D’abord elles font vertes, elles bruniflfent enfuite, & deviennent enfin noirâtres. Ces fliques renferment des graines femblables à celles de la moutarde; mais au lieu d’être exa&emont rondes, elles ont la forme d’un tambour, comme le fenu-grec, & font d’un verd noirâtre.
- 60. Quoique les feuilles dont nous avons donné la defeription, foient douces au toucher, elles ne s’humectent point dans l’eau. Celles qui font détachées & pliées , s’ouvrent derechef après avoir trempé un demi-jour dans l’eau, & confervent toute leur fraîcheur jufqu’au troifieme jour.
- 61. Sa racine s’étend beaucoup & eft très-ferme en terre, parce qu’elle pouffe beaucoup de petites fibr.es garnies de tubercules blanchâtres. Toute la plante étant fur pied dans les champs, répand fur le foir, une forte odeur. Les feuilles ont un goût fade & dégoûtant; mais il n’eft point amer comme quelques-uns Font dit; & quand elles ont macéré dans l’eau pendant trois ou quatre jours , elles répandent une odeur défagréable & de pourriture; çette odeur augmente par la diaux qui entre dans la pré-
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- paration de fa pâte, dont le travail eft auffi difficile que défagréable-.
- 62. Son nom latin eft ifatis ïndica ; mais cette plante deflechée & la pâte qu’on en tire pour en former de£ gâteaux, s’appellent vulgairement indigo. Les Portugais lui donnent auffi ce nom. Les Arabes appellent cette plante nil & anil ; fes feuilles , chit^ & wafmat ; la pâte & les gâteaux , nilag. .Chez les Perfes, elle porte le nom de nila ; chez les Malayes -, tarron ; à Banda, unaron ; à Java, t&m ; à Baleya, tahum ; à Ternate , tom ; à Man-, dao & à Siauwa, entu ; à la Chine, tfchen , qui fignifie puits ; dans le Guzaratte, gali. L’auteur du jardin Malabare, tome I, fig. 94dit que les Malabares l’appellent amcri; & les Brames-, neli.
- 63. Cette plante tire fon origine de Cambaye ou du Guzaratte, pan* ticuliérement d’un village nommé Cherches, qui eft éloigné de deux milles d’Amadabat : fon vrai nom elt tsjirtsj.es, & l’indigo de la plus belle efpece porte ce furnom. On cultive, auffi cette plante en d’autres provinces de l’Indoftan y de même qu’à la Chine, à Java r à Baleya , & dans prefq.ue toutes les isles des balfes Indes, habitées par les Chinois, qui ont tranfporté la graine de cette plante aux Moluques & à Amboine, d’où les Efpagnols l’ont tirée pour 1 introduire dans les isles de l’Amérique , où il en croît une grande quantité.
- 64. On rencontre dans le Guzaratte, une efpece d’indigo fauvage , nommé gumgnoi , dont il parait qu’on mêle les feuilles avec celles du précédent; le refte de ce travail m’eft inconnu,
- 6<;. George Rumph ajoute : Les deux efpeces d’indigo décrites par Guillaume Pifon, dans fon hiftoire naturelle du Bréfil, liv. IV, chap. 39, fous le nom de caachira, ont peu de rapport à celui des Indes orientales-, fi ce n’eft celui de la fécondé efpece, ou l’indigo rampant,- qui vient auffi en quelques endroits des Indes orientales, fur-tout à Mandano ; mais je ne l’ai point encore vu. Cette plante qui croît fur les côtes du Bréfil, eft fans doute celle que les Portugais appellent anir ou anil. L’auteur de l’herbier d’Amboine en fait ici une courte defcription ; mais nous ne la rapporterons point, parce que nous en traiterons- amplement à l’article des indigos du continent de l’Amérique. Nous obferveronsfoulement que François Cauche en fait auffi mention dans fa defcription des plantes de Madagafcar.
- 66. Guillaume Pison rapporte que, félon- Jules Scaliger, nil ou plutôt vît , lignifie en langue arabe le bleu auquel les Efpagnols ont donné le nom 8anir & à1 anil. Scaliger ajoute que les Arabes appellent auffi la plante de Pifatis y nil.
- 67. Garcias ,ab horto, liv. II, chap. 26 , dit que la plante à laquelle les-Arabes, les Turcs & plusieurs autres nations ont donné le nom d'anil,8c quelquefois celui de nil, s’appelle gali dans les fabriques du Guzaratte.
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- 68- Herbelot , dans fa bibliothèque orientale, au mot ml, page 672 , 6 9 dit que les Perfes & les Turcs appellent nil, la plante que les Grecs & les Latins nomment ifatis & glajlum, dont le fùc fait la couleur bleue ou violette, que nous appelions vulgairement indic ou indigo , & par corruption annil au lieu de al-nil, qui eft le mot turc avec l’article arabe aL
- 69. La maniéré de travailler cette herbe, n’eft point uniforme dans l’Afie ; & il n’eft pas rare de voir les fabriques d’un même canton, différer confidé-rablement entr’elles : ce que les auteurs en difenc ne nous lailfe aucun doute à ce fujet. Parmi ces diverfes pratiques, à la multiplicité defquelles la fan-taifie a peut-être*eu autant de part que la nature de la plante , 011 en remarque deux principales, dont les produits fe diftinguent par les 110ms dinde & d’indigo. La manipulation de l’inde différé effentiellement de celle de l’indigo , en ce qu’on ne met que les feuilles de la plante à infufer dans l’eau pour obtenir l’inde ; au lieu qu’on met toute l’herbe, excepté fa racine, à macérer à peu près de la même maniéré pour avoir l’indigo. Outre ces deux procédés, fort variés dans leurs circonftances, il y en a encore un autre ufité dans les Indes , qui confifte dans la feule trituration & humedtation des feuilles de cette plante, dont on forme une pâte ou efpece de paftel, qui porte auflî le nom dinde (1 r). Quantité d’auteurs nous ont donné des defcriptions de la fabrique de l’indigo & de l’inde dans l’Afie. Dans ce nombre, il s’en rencontre quelques-unes de très - exactes ; mais il yen a d’autres où l’on trouve des omillions fi elfentielles , fur-tout à l’égard de la manipulation de l’inde, que l’exécution en paraîtrait comme impraticable, fi l’on ignorait ce que les premières renferment d’important à ce fujet. Ainfi il n’eft point furprenant que quelques auteurs, traitant de la fabrique de l’indigo de nos colonies , nous aient donné à penfer que l’inde 8c l’indigo fe fabriquaient tous deux de la même maniéré , & que leurs différens noms ne devaient s’admettre quê pour diftinguer les qualités de cette denrée , ou le lieu de fa fabrique. Alais comme, indépendamment de ces négligences, auxquelles il cft aifé de fuppléer, on trouve prefque toujours dans ces defcriptions quelque détail étranger aux autres , 8c fouvent très-inftrudif ; nous nous fervirons indifféremment de toutes celles qui nous paraîtront propres à nous inftruire fur ces différens travaux.
- 70. La defeription que M. Tavernier a faite de la fabrique de l’inde,
- ayant donné fujet aux foupçons dont on a parlé ci-deffus , nous avons jugé devoir commencer par rapporter ce que cet auteur en a écrit. Voici comme il s’exprime : »
- (* D On procédé à peu près de la même on en forme des pains, 8c on remploie à la sianiere avec la feuille de paftel. On la pile, teinture fans autre préparation.
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- yi. Les habitans de Sarqueffe, village à quatre-vingts lieues de Surate, Reproche d’Aniadabat, après avoir coupé cette herbe, dans le tems que les. feuilles s’en détachent aifément, la dépouillent de toutfon feuillage , &le mettent à infufer dans une certaine quantité d’eau qu’on verfe dans un vaifleau nommé la trempoire, où ils le laiflent pendant trente ou trente-cinq heures ; au bout de ce tems ils font pafler cette eau , qui eft chargée d’une teinture verte tirant fur le bleu, dans un autre vaifleau nommé la batterie, où ils font battre cet extrait pendant une heure & demie, par quatre forts Indiens, agitant des cuillers de bois , dont les manches de dix-huit à vingt pieds de long, font pôles fur des chandeliers à fourche.
- 72. Pour éviter d’employer à ce travail plufieurs hommes, ils fe fervent, en quelques endroits, d’un gros rouleau de bois, taillé à fix faces, des deux bouts duquel fortent des aillieux de fer qui tournent fur des collets de même matière , enchàfles dans les deux côtés de la batterie.
- 73- Aux deux faces inférieures, près le défions de ce rouleau , font attachés fix féaux , eu forme de pyramide renverfée & ouverte par en-bas. Un Indien remue continuellement ce rouleau à l’aide d’une manivelle fixée à un de fes aiffieux; en forte que trois féaux s’élèvent d’un côté, tandis que trois s’abailfent de l’autre : continuant toujours de la même façon jufqu’à ce que cette eau foit chargée de beaucoup de moufle. Ils jettent alors avec une plume fur cette écume tant foit peu d’huile d’olive. Ils emploient pour ces afperfîons environ une livre d’huile fur une cuve qui peut rendre foixante-dix livres d’in de.
- 74. Aussi-tût que cette huile eft jetée fur l’écume, elle fe fépare en deux parties, à travers lefquelles 011 apperçoit quantité de petits grumeaux, comme ceux qui fe voient dans le lait tourné. On ceffe pour lors le battage de l’extrait ; & quand il a affez repofé , 011 débouche le tuyau de la batterie, afin d’en écouler l’eau qui eft claire, & en retirer la fécule quirefte au fond de ce va.iife.au en forme de boue ou de lie de vin ; l’ayant retirée, ils la mettent dans des chauffes de drap, pour en faire fortir le peu d’eau qui pourrait s’y trouver ; après quoi ils renverfeut la matière dans des caiflès d’un demi-pouce de haut pour la faire fécher. Cette matière une fois lècheB eft ce que les marchands droguiftes de Paris appellent inde,
- 7v Dans les pays où l’on obferve cette méthode , l’inde de la première cueillette palfe , fuiyant cette relation , pour la meilleure ; celui de la fécondé eft moins beau, & ainfi des .autres; la couleur du premier étant d’un violet plus vif & plus brillant que celui des coupes fuivantes. Voici ce qu’011 objecte à cet écrit : Quelle apparence y a-t-il que des hommes, dont I’indo-jlence eft extrême, s’amufent à éplucher les feuilles de chaque plante ? Quel tems ne faudrait-il pas pour remplir une cuve de feuilles moins grandes .que Tome VILL ' D
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- celles de notre bouis d’Europe ? Suppa&nt même que la chofe puiffe s’exécuter , eft-on certain du fuccès de la dilTolution ï Toutes les feuilles entaflees. les unes fur les autres, ne feraient-elles pas un maftic capable d’erapècher l’eau d’y pénétrer? Mille Indiens pourraient-ils couper & éplucher allez, d’herbe pour remplir une cuve capable de rendre foixante-dix livres d’in de ’t On ne dira pas qu’au lieu d’un jour on en mettrait trois > puifque la première herbe ferait tellement rôtie au foleil, qu’elle fe pulvériferait au moindre attouchement.
- 76. Ces réflexions- feraient fins répliqué, s’il était indifpenfablement néceffaire d’employer ces feuilles toutes fraîches pour en tirer parti > mais, il s’en faut de beaucoup' que les choies foient ainli : pour s’en convaincre , ü fuf&t de jeter les yeux fur la delcription fuivante.
- Maniéré de femer > de cultiver , & d'extraire la couleur de l'herbe nommée indigo „
- dans les pays de lyorient, voijïns du TJinfai x entre les. côxes de Coromandel
- & de Malabar ; par Herbert de Juger ( a
- 77. Les terreins trop gras & trop: humides., ne conviennent pas à l’herbe-qu’on appelle indigo ; car, ou il pouffe trop vite & n’eft rempli que d’un fuc: aqueux, ou il eft étouffé par les mauvaifes herbes. C’eft pourquoi l’on choilit; pour le cultiver,, les piec.es de terre les. plus élevées, & qui ne font pas îujettes à trop de pluieou à d.e trop fortes rofées. On recherche de préférence les fonds, dont une partie de bonne terre foit mêlée avec deux de fable : il vient même dans le fable pur, aux environs de Devenapatan ; mais il ne profite pas li bien. Lorfque les pluies du mois, de feptembre* commencent à tomber, on laboure une ou deux fois la terre avec la charrue , & après certe façon on la lailfe repofer jufqu’au mois de décembre j, on repalfe alors la charrue, & au premier beau tems on jette la fem.enco dans les filions , & on les applanit avec la herfe. Lorfqu’après les farclai-fons convenables, l’herbe vient à porter fleurs & graines,, ce qui arriver vers le mois de février , & que fe.s feuilles commencent à jaunir, on la coupe de maniéré qu’il refte encore aux branches, qu’on lailfe fur la Touche, une palme de hauteur,au. moyen de quoi elle repoulfe aux premières, pluies favorables, & fournit au bout de trois mois la matière d’une féconda coupe, qui, étant faite comme la première , eft fuivie d’une troiiieme * après laquelle on la laiflè pour en recueillir la graine, q-u’011 fait fécher, afin qu’elle foit propre à être mife en terre dans le tems convenable.. Enfin
- (a) Mélanges utrieux , ou êphcniérides décurie fécondé, année féconde , 16$ j , à 4t l'academie des curieux de la nature> Nuremberg, quatrième obféiv.adan.
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- on forule la plante comme incapable d’une nouvelle reprodu&ion, & om en répand les cendres fur les champs en guife de fumier.
- 78» Os 11e coupe l’herbe que d’un beau tems, afin de pouvoir l’ex-pofer au foleil depuis le quart du jour jufqu’à quatre heures après-midi, & la faire deifécher parfaitement : on la bat enfuite jufqu’à ce que les feuilles fe détachent toutes de leur pédicule, & on les raraafle dans un lieu à l’abri du vent, où elles refient jufqu’à ce qu’il falfe un tems afliez calme pour qu’on puiife de nouveau les faire fécher au foleil & les réduire en pièces avec des bâtons. Quand elles font en cet état, on les porte dans une aire renfermée de tous côtés-; on les couvre de claies & de nattes, & on les Gonferve ainfi pendant vingt ou trente jours. Ou les met en-liiice dans des chaudières, où l’on verfe de l’eau douce ou falée; car jeela eft indifférent. On expofe ces chaudières à l’ardeur du foleil, depuis dix heures du matin jufqu’à deux heures après-midi. Les feuilles commencent alors à s’enfler, & il s’élève une écume d’une légère couleur de pourpre. On filtre la teinture à travers un drap bien net. On verfe en-fuite de l’eau fur les feuilles qu’on a eu foin de ferrer fortement avec les mains ; & on réitéré ce travail, jufqu’à ce que l’eau ne paraiife plus teinte en verd. Après quoi l’on bat ces teintures à différentes reprifes , à peu près de la même maniéré qu’on bat le beurre en notre pays, jufqu’à ce que fécume, qui eft en commenqant d’un violet clair, devienne toute bleue, & que l’eau fait prefque noire. On la laiife enfuite repofer pendant deux heures, lequel tems pafle, on l’agite deux ou trois fois avec une palette; 011 couvre le vafe d’un drap, & 011 n’y fait plus rien jufqu’à ce que la matière épailfie, qui eft de véritable indigo, foit toute dépofée au fond. Le lendemain vers les huit heures du matin, on fépare le fédiment d’avec-l’eau, qui a pour lors une couleur rouifeâtre. O11 remue* deux ou trois fois ce fédiment avec les mains, & on le tranfporte fur un lit de fable , un peu en pente vers le milieu, couvert d’un drap mouillé qui a déjà été expofé pendant deux heures aux plus forts rayons du foleil, & on le répand fur ce drap ; par ce moyen l’eau s’échappe & abandonne ce qui eft le plus épais, dont la fuperficie fe couvre d’une pellicule tirant fur le pourpre ; & afin que la matière prenne de la confiftance, on la laifle ainfi environ deux heures, c’eft-à*dire, jufqu’à ce qu’elle commence à fe fendre. On prend alors les coins du drap , & on le plie en deux, afin de doubler l’épaifleur de la matière; on la rompt avec les mains, onia met dans une chaudière, & on la pétrit bien avec les mains qu’on trempe auparavant dans l’eau; puis 011 en fait des gâteaux, qui, étant parfaitement fecs , fe vendent enfin de tous côtés comme un indigo de toute beauté, propre aux diftérens ufages de la peinture & de la teinture des draps en bleu.
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- Maniéré de cultiver & de préparer lindigo dans le Guzaratte ; par Baldœus ( a %
- 79- On feme l’indigo en juin & juillet, & on en fait la récolte aux: •mois de novembre & de décembre. L’efpece la plus large croît près de Chircées , village dont on lui donne le nom = , à deux lieues d’Amadabat, capitale du Guzaratte, On le recueille trois fors- en trois ans ; après quoi il n’eft plus que de très-peu- de* valeur , & même-la fécondé dt la troifieme récolte 11e font pas autant eftimées que la première. La première année 011 coupe les feuilles environ à un pied au-deffus de la terre , on les fait fécher vingt-quatre heures a-u foleii, & on les met enfüite dans de petits vaif-feaux remplis d’eau falée. O11 charge de groffes pierres cette mixtion pendant quatre ou cinq jours, en entretenant toujours l’eau dans un mouvement continuel'y après quoi on la-tranfporte dans des vaiffeaux plus grands , où on la tient auffi dans l’agitation en foulant l’eau fans inter-miifion, jufqu a ce qffelle commence à devenir épaiife, & que l’indigo^ tombe au fond. Alors on le tire'de l’eau, on le fait paffer au travers d’une toile claire , & on le couvre de cendres chaudes pour le faire fécher. Les gens de la campagne l’alterent par de l’huile , ou avec de la terre de là même couleur, pour qu’il paraifle meilleur fur feau.
- 80. Les marques de la bonté de l’indigo* font, quand il eft brillant & fec, qu’il nage fur l’eau, qu’il donne une fumée de couleur violette-en le mettant au feu, & qu’il ne refte que très-peu de cendres. Il faut laiffer repofer la quatrième année le terrein qui a produit findigo-, que lr peuple de Guzaratte nomme a/mel de bïant.. Il vient particuliérement dans îeS faifons pluvieufes de juin, juillet, août & feptembre, quoique l’excès-de la pluie lui foit pernicieux. IL faut avoir grand* foin que le terrein des; environs foit'nettoyé de chardons & de ronces; & les acheteurs doivent bien prendre garde qu’il foit très-fec., autrement ils perdent trois livres* fur dix en huit ou neuf jours..
- gi. L’indigo laura , ou indigo de Bayane, eft de trois efpeces différentes1. La première, qui s’appelle vouthy, eft d’un bleu brillant, & tire fur le violet, quand on l’exprime au foleii fur l’ongle du pouce. La fécondé, nommée gerry, eft d’autant plus eftimée qu’elle approche plus de la couleur violette. Enfin la troifieme,. appellée cateol, eft la moindre de toutes: la couleur en eft d’un rouge obfcur ; & elle eft fi, dure, qu’à peine peut-on la broyer.
- (a) Defcription des côtes de Malabar, comprife dans le fixieme tome des découvertes des Européens, page 3
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- Defcription de la culture de l'indigo , & de fa fabrique à G i reliées, près ddAmadabat ; par Mandelflo {a ).
- $2. Le meilleur indigo du monde vient auprès d’Amadabat, dans un village nommé Girchées, qui lui donne fon nom. Il croît dans--les- bonnes années jufqu’à la hauteur de jfix à fept pieds. La graine de cette plante fe mec en terre au mois de juin, & on la coupe en novembre & décent* bre ; on ne la ferne que de trois ans en trois ans.- La première année on la coupe à un pied de terre ; on en ôte le bois, & l’on met les feuilles fé-eher au foleil; après quoi on les fait tremper dans une a-uge de pierre , où l’on met lix ou fept pieds d’eau, que l’on remue de tems en terns, jufqu’à ce qu’elle ait attiré la couleur & la vertu de l’herbe. On fait en-fuite couler l’eau dans une autre auge, où on la lailfe raifeoir une nuit. Le lendemain on en tire toute l’eau ; on palfe par un gros linge ce que l’on trouve au fond, on le met fécher au foleil ,-& c’eft le meilleur indigo. Mais les payfans le falfifient en y mêlant une certaine terre de la même couleur; & d’autant que l’on juge de la bonté de cette drogue par fa légèreté , ils ont l’adreife d’y mêler un peu d’huile, pour la faire nager fur l’eau.
- 83- L’herbe vient bien la fécondé année aux troncs que l’on a laides à la campagne; mais elle n’eft. pas fi bonne que celle de la première année. Néanmoins on la préféré au gingey , c’eft-à-dire, à l’indigo fauvage. C’eft' .aufti dans la fécondé année qu’on en lailfe monter une partie pour en recueillir la graine. Celle de la- troifieme année n’eft pas bonne ; & ainfi n’étant point recherchée par les marchands étrangers, ceux du pays-l’emploient à la teinture de leurs toiles. La couleur du meilleur indigo tire fur le 3violet, & il fent auffi la violette quand oh le brûle. Les Indoftans-l’appellent anil, & lailfent repofer la terre un an, avant d’y en femer de-nouveau.
- Defcription de la culture de t indigo , & de fa manipulation dans le Gu^aratte y
- par Wan-Tvsifl (b).-
- C
- 84. Premier extrait de l'herbier ddAmboine, Après avoir recueilli les feuillês-de la première réc’oite de l’indigo, ori les expofe pendant le jour au foleii
- (a) Extrait du voyage de Jean-Albert Hollandaife des Indes, dans fon itinéraire JVlandelslo aux Indes orientales, incorporé ou defcription du Guzaratte, chapitre X. dans la relation du voyage d’Adam Oléarius Y. Y fie/hier d'Amboine, cinquième partie , en Mofcovie , tome II, fécondé édition , chap, XXXIX , page 220 & fuivântes; par page 228. George-Lverhard Ilumph.
- (J)) Chef du commerce delà compagnie
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- pour les faire fécher; & lorfqu’elles font feches , on les met dans des cuves de pierre conftruites à cette tin : on les remplit d’eau pure à la hauteur d’un homme ou environ ; on brouille de tems en tems cette eau , afin de lui faire prendre la vertu & la couleur de la plante; & lorfqu’elle en eft bien imprégnée, on la fait paffer dans un autre vailfeau joignant le premier. On la lailfe repofer toute la nuit, afin qu’elle s’éclaircitfe & qu’elle fe répare d’une matière épailîe qui va au fond. On retire enfuite ce réfidu, qui eft la fubftance grof-iiere de l’indigo, & on la filtre à travers un drap peu ferré ; puis on met la fine matière qui en fort, dans des endroits bien propres, pour la faire fécher au foleil. Cette matière ainfi purifiée , eft ce qu’on appelle indigo. Elle eft quelquefois altérée par .les paylans, qui, pour en augmenter le poids , la mêlent avec un peu de terre qui approche beaucoup de l’indigo; & ils y joignent encore de l’huile , afin qu’elle flotte mieux fur l’eau,
- 8?. Les louches de la plante, qu’on a laiffées dans les champs, pouffent l’année fuivante des rejetons qui donnent un indigo dont la qualité eft au fît bonne & même meilleure que celui qu’on retire du gmgay, c’eft-à-dire, de l’indigo fauvage.
- 86. L’auteur de l’herbier d’Amboine (a) ajoute: J’ai appris des Chinois une autre maniéré de faire l’indigo, dont voici le procédé.
- 87. Second extrait de Vherbier d’Amboine. On prend les tiges & les feuilles de l’herbe verte ; quelques-uns même y joignent les fouches avec la racine, & on les met dans une cuve ou un fort tonneau , dans lequel on verfe une quantité d’eau affez grande pour que l’herbe en foit entièrement couverte. On lailfe macérer cette herbe vingt-quatre heures, pendant lefquelles l’eau en extrait toute la couleur, & s’épaiffit comme celle d’un marais. On jette enfuite toutes les tiges avec leurs feuilles, & on verfe dans chaque cuve trois ou quatre mefures, qu’on nomme gantang, de chaux fine palfée au tamis, qu’on remue vigoureufement avec de gros bâtons, jufqu’à ce qu’il s’élève une écume pourprée. On lailfe alors repofer la cuve pendant vingt-quatre heures ; on en tire l’eau , & on en fait fécher au foleil la fubftance qui fe trouve au fond. On en facilite le defféchement en la divifant en gâteaux ou carreaux, lefquels étant bien fecs, forment un indigo propre à être vendu & tranfporté dans les pays étrangers.
- 88- On m’a aufîi donné la préparation fuivante, ufitée aux environs d’Agra.
- 89. Troijieme extrait de l'herbier cTAmboine. Lorfque l’indigo planté dans un terrein frais, a reçu les pluies du mois de juin, 8z lorfqu’il a atteint la hauteur d’une aune, en le coupe & 011 le met dans une tonne nommée
- (fi) Cinquième farde, chap; XXXIX , page 220 & fuir.
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- iarick, qu’on remplit d’eau. On charge cette eau d’autant de poids qu’elle en peut porter. Ou la laiflfe dans cet état pendant quelques jours, jufqu’à ce qu’on s’apperçoive que l’eau ait acquis une forte couleur bleue. On met deflous, ou tout auprès, une autre tonne dans laquelle on fait pafler la liqueur au moyen d’un canal, & on l’agite avec les mains. On examine l’écume pour juger quand il convient de cefler l’agitation. On y verfe alors, un quarteron d’huile, & on couvre la cuve jufqu’à ce que toute la partie bleue , qui en cet état relfemble à de la boue, le dépofe au fond. Lorfque Peau eft écoulée, on ramaflê la fécule, on l’étend fur des draps, & on la fait fécher fur un terrein fablonneux > mais tandis qu’elle elt encore humide * on en forme avec la main des boules ou des mottes , que Poil renferme enfuite dans un lieu chaud. Cette matière bleue eft alors en état d’être vendue. On l’appelle dans Pindoftan noti& chez les Portugais bariga ; cet indigo ne tient que le fécond rang pour la qualité ; car, lorfque les pluies de la fécondé année ont humeété la terre, & que les louches de Pindigo coupées l’année précédente ont repoulfé, les rejetons coupés & traités comme ci-devant» donnent un indigo de première qualité y qui s’appelle dans l’Indoftan tsjerri 9 Si chez les Portugais cabeça..
- 90. On fait la troifteme année une demiere coupe des rejetons que les pluies ont encore fait naître, & on les traite de la même maniéré que ci-delfus v mais, l’indigo q.u’011 en retire eft de la plus bafle qualité : on lui donne le nom àtfaffala o-u de pêe. Pour diftinguer ces trois, efpeces, il faut remarquer que le tsjerri ou cabeça eft très-bleu, & qu’il a une très-fine couleur» la fubftance en eft tendre ; elle flotte fur Peau: elle produit une fumée très-violette lorfqu’on la met furies charbons ardens, & lai-ffe peu de cendres. Le noti ou barriga , eft d’une couleur tirant fur le rouge, lorfqu’on l’examine au foleil. Le falfala ou pée, eft une fubftance très-dure, & il a une couleur terne.
- Defcription de la culture de Cindlgo & de fa préparation, tlvee du chapitre de
- . thijloire naturelle des Indes ( a
- 91. Il croit de Pindigo dans plufteurs endroits des Indes; Son apprêt dans:-le territoire de Bayana, d’Indoua & de Corfa dans l’Indoftan, à une ou deux journées d’Agra, paife pour le meilleur. Il en vient auiS dans le pays de Surate , fur-tout vers Sar quelle-, à deux lieues d’Amadabat ; c’eft de là qu’011 tire particuliérement Pindigo plat. O11 en fabrique de la même façon & à peu près de même prix fur les terres de Golcoade. Le mein de Surate, qui el£ de
- (a) Hijioire générale des voyages, tome XLîV, page pg.
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- quarante-deux ferres ou trente-quatre & demie de nos livres, fe vend depuis quinze jufqu’à vingt roupies. Il s’en fait auffi à Baroch s & de la même qualité que le précédent. Celui du voifinage d’Àgra fe pétrit par morceaux en forme de derai-lphere. Il s’en fabrique auffi dans le canton de Raout, à trente-fix lieues de Brampour, & dans plyfieurs autres endroits du Bengale, d’où la compagnie hollandaife le fait tranfporter à Mazulipatan. Mais toutes ces efpeces d’indigo y font à meilleur marché de vingt pour cent, que celui d’Agra. Oii ferrie l’indigo aux Indes orientales après la faifon des pluies, L’ufage général des Indiens , eft de le couper trois fois l’année. La première coupe fe fait lorfqu’il a deux ou trois pieds de hauteur , & on le coupe alors a demi-pied de terre. Cette première récolte eft fans comparaifon meilleure que les deux autres. Le prix de la fécondé diminue de dix à douze pour cent, & celui de la troifieme d’environ vingt pour cent. On en fait la diftinc-tion par la couleur, en rompant un morceau de fa pâte. La couleur de celle qui fe fait la première, eft d’un violet bleuâtre plus brillant & plus vif que les deux autres ; & celle de la fécondé eft plus vive auffi que celui de la troifieme. Mais outre cette différence, qui en fait une confidérable dans le prix, les Indiens en altèrent le poids & la qualité par des mélanges.
- 92. Après avoir coupé ces plantes, ils féparentles feuilles 4e leur petite queue en les faifaut fécher au foleil. Ils les jettent dans des baffins faits d’une forte de chaux qui s’endurcit jufqu’à paraître d’une feule piece de marbre. Ces baffins ont ordinairement quatre-vingts à cent pas de tour. Après les avoir à moitié remplis d’eau faumache, 011 achevé de les remplir de feuilles fcches, qu’oii y remue fouvent jufqu’à ce qu’elles fe réduifent comme en vafe ou en terre grade. Enfuite 011 les laiffe repofer pendant quelques jours ; & lorfque le dépôt eft allez fait pour rendre l’eau claire par-delfus, on ouvre des trous qui font pratiqués exprès autour du baffin , pour lailfer écouler l’eau. O11 remplit alors des corbeilles de cette vafe; chaque ouvrier fe place avec fa corbeille dans un champ uni, & prend de cette pâte avec les doigts pour en former des morceaux de la groffeur d’un œuf de poule coupé en deux, c’eft-à-dire, plat par en-bas & pointu par en-haut.
- 93. L’indigo d’Amadabat s’applatit & reçoit la forme d’un petit gâteau. Les marchands qui veulent éviter de payer les droits d’un poids inutile, avant de tranfporter l’indigo d’Afîe en Europe , ont foin de le faire cribler pour ôter la pouffiere qui s’y attache. C’eft un autre profit pour eux ; car ils la vendent aux habitans du pays , qui l’emploient dans leurs teintures. Ceux qui font employés à cribler l’indigo , y doivent apporter des précautions, pendant cet exercice, ils ont un linge devant leur vifage, avec le foin continuel de tenir les conduits de la refpiration bien bouchés, & de ne laiifer au linge que deux petits trous vis-à-vis des yeux. Us doivent boire
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- du lait à chaque demi-heure , & tous ces préfervatifs n’empêchent point qu’après avoir exercé leur office pendant huit ou dix jours, leur falivenc foit pendant quelque terns bleuâtre. On a même obfervé que, fi l’on met un œuf le matin près des criblures, le dedans fe trouve tout bleu le foir lorf-qu’on Je caiTe. A mefure qu’on tire la pâte des corbeilles avec les doigts trempés dans de l’huile, & qu’on en fait des morceaux, on les expofe au foleil pour les fécher. Les marehandrqui achètent l’indigo, en font toujours briller quelques morceaux, pour s’aifurer qu’on n’y a pas mis de fable. L’indigo fe réduit en cendres, & le fiable demeure entier. Ceux qui ont befoin de graine pour en femer, lailfent la fécondé année quelques pieds debout ; ils les coupent lorfque les goulfes font mûres , les font fécher fur la terre, & en recueillent enfuite la femence. Quand une terre a nourri l’indigo pendant trois ans , elle a befoin d’unç année pour fe repofer avant qu’on y en feme d’autre.
- Defcription de la culture & fabrique de l'indigo ; par François Pelfart (a ).
- - 94. Ils fement leur indigo au mois de juin, qui eft le tems où il commence à pleuvoir , & ils emploient quinze livres de graine pour chaque biga, qui eft une mefure de terre de 60 aunes de Hollande. L’indigo croît a la hauteur d’une aune quand la faifon eft favorable. On le coupe en feptembre ou au commencement d’odobre.
- Lorsqu’on tarde trop long-tems à en faire la récolte, les froids furviennent; cette plante qui ne peut les fouffrir, change de couleur, & la pâte qu’on en retire eft brune & fans luftre. On coupe l’herbe à quatre doigts de terre, & on met dans une cuve toute celle d’un biga. Ce vaif. feau a 38 pouces en quarré, & la hauteur d’un homme. Ils y laiiTent pourrir l’herbe l’efpace de 17 heures ; après ce tems 011 fait couler l’eau dans un puits qui a 32 pieds de circuit, & 6 pieds de profondeur; deux ou trois hommes qui font dedans , la remuent avec les pieds & les bras, & par ce mouvement lui font tellement changer de couleur, qu’elle devient d’un bleu obfcur. Ils la laiiTent après cela repofer 16 heures. Pendant ce tems la matière la plus épaiife defcend dans un creux en forme de cloche qui fe trouve au fond du puits. Ils font écouler l’eau, & ils retirent l’indigo qu’ils étendent fur des linges jufqu’à ce qu’il foit fec.... Ils mettent dans un pot de terre ce qu’ils ont ramaifé dans chaque puits,
- (a) Relation du voyage aux Indes orien- Pelfart, principal fadeur de la compagnie taies , traduite par Hacluyt, in-fol. toni. H, de Hollande pour les Indes orientales, ann. page 4 & fuiv. Avis & remarques de Fr. 1631, fur la province d’Agrad de Bayhana, Tome VIII. E
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- & le bouchent foigneufement, de peur que l’air ou le vent venant à donner deffus, ne le deffeehe......On en recueille tous les ans à Bayana 800 pa-
- quets, & 1000 à Meeuwat, quartier dépendant d’Agra, mais l’indigo en eft huileux, & n’eft pas de grande valeur. On y trouve ordinairement du fable. Ils ne le font point à la maniéré de ceux de Bayana , mais fuivant celle de ceux de Circhées, qui en pilent les feuilles pour en tirer enfuite la fubftance , en les mettant & en les remuant continuellement dans un puits qui a la forme des vailfeaux où l’on bat le beurre en Hollande. Ils en ôtent ce qui fumage. (L’auteur ne dit rien du refte de la façon. ) Cet indigo ne fe vend que 20 roupies le manon, quand celui de Bayana
- en vaut 30......Dans les villages qui dépendent de Bayana , les puits où
- ils le mettent ie rempliifent d’eau falée, ce qui fait paraître leur indigo plus dur lorfqu’on le rompt. Il fe rencontre quelquefois que de deux puits qui feront proches l’un de l’autre , l’un fera d’eau falée & l’autre d’eau douce; & l’indigo d’une même terre, qui aura été préparé dans un puits falé , fe vendra une roupie par manon plus que celui qui aura été préparé dans un puits d’eau douce.
- 96. J’ai lu dans un auteur, dont le nom m’a échappé, les deux obfer-vations fuivantes : Les Indiens de Guzaratte & de Gambaye, apres avoir coupé leur indigo, le font fécher pour le battre & eh retirer toutes les feuilles , qu’ils broient dans un moulin femblable à ceux dont on fe fert pour écrafer les pommes ou les olives. Ils mettent enfuite la poudre de ces feuilles à infufer pendant 24 heures, dans une quantité d’eau affez grande pour que la diffolution puilfe fe filtrer à travers une étoffe. Ils laiffent repofer cette liqueur ainfi filtrée, jufqu’à ce qu’elle ait formé fon dépôt. Ils foutirent l’eau qui le fumage ; & ils retirent le fédiment pour le mettre à fécher fur des toiles tendues à l’ombre fur du fable fin & bien fec. Lorfque cette matière a acquis une certaine conliftance , ils en forment des tablettes peu épaiffes, qu’ils achèvent de faire fécher fur des planches à l’abri du foleil. Il réfulte de cet apprêt une marchandife d’une qualité fupérieure. Quant à ce qui refte fur le filtre , il ne fe vend point aux étrangers ; mais les gens du pays s’en fervent pour teindre les étoffes les plus groftîeres.
- 97. Il y a des quartiers où l’on prépare le paftel d’Inde de la maniéré fuivante : On fait fécher & réduire en poudre les feuilles de l’indigo, ainfi que nous avons dit ci-deffus; puis on détrempe cette poudre de façon à en former une pâte qu’on fait fécher tout de fuite: mais comme il s’en faut de beaucoup qu’elle ait toute la beauté qu’elle doit acquérir, 011 la broie de nouveau & on l’arfofe comme la première fois, pour en former de
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- nouveaux pains, & on réitéré tout cet apprêt jtffqu’à ce que la roar-chandife ait atteint l’éclat & la finefle qu’on veut lui procurer (a).
- >98. Il convient maintenant de tourner nos regards fur les indigos que nous préfente la terre ferme de l’Amérique , & fur les diiférçns travaux qu’ils oçcafiomient,
- CHAPITRE V.
- Des indigos & fabriques du continent de VAmérique.
- $9. Nous n’entreprendrons point de compter toutes les elpeces d’in-' digos qui croilfent dans cette partie du monde , ni de diftinguer celles qui lui font communes avec l’Alie & l’Afrique, foit naturellement, foit par tranfport. Nous 11e déciderons point non plus fi toutes les efpeces qui viennent dans les isles de l’Amérique, fe trouvent dans le continent ; mais nous pouvons alfurer qu’il en croît dans le Bréfil & dans la Nou~ velle-Efpagne, deux elpeces' totalement différentes de celles qu’on trouve dans nos isles, & une troifieme qui a un très-grand rapport avec l’indigo bâtard de Saint-Domingue, ou à une autre efpece qui croît dans la mèms isle , à laquelle on donne le nom de Guatïmala.
- ioo. Ces trois efpeces, qui font les feules dont Franqois Ximenès (A), Guillaume Pifon(0, Franqois Hernandès & Antoine Recchus (d ), Jean de Laet (0> & George Margrave (/), aient traité à fond, font ainfi décrites par ces auteurs.
- Defcription de t and à petites feuilles.
- loi. Le xihuiquilitl-pitzahuac, c’efl-à-dire , l’anil à petites feuilles, eft un arbrilfeau qui, d’une fîmple racine , pouffe plufieurs fouches hautes
- (d) On voit l’abrégé de ce procédé dans les voyages de Franqois Pirard , troifieme partie, page 15.
- • ' (6) Commentaire des plantes de la Nouvelle - Efpagne. Cet ouvrage imprimé au Mexique, eft très-rare, & nous ne le con-naiflons que par le6 extraits qui en ont été faits par les auteurs dont nous faifons men. tion ci-deflus.
- (c) Tréfor des matières médicales, liv IV-, page 109 ; & hiji. nat, du Brefîl, liv. IV, page 198,
- (d) Tréfor des plantes de la, Nouvelle-Efpagne, imprimé au Mexique en 1651 , pages iog & 109.
- ( e) Hijloire du nouveau monde , impri. mée à Leyde en 1640,article de la province proprement dite de Guatimala , liv. Vil, chap. 29 , page 240.
- (/) Hijloire naturelle du Bréfl, par Guillaume Pifon & George Margrave ; mife au jour & augmentée par Jean de Laet, en 1648, liv. II, chap. 1, page 9 7.
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- de fix palmes, greffes comme le petit doigt, rondes, polies & de coulent cendrée.. Ses feuilles reifemblent à celles des pois chiches (#). Ses fleurs font très-petites & de la couleur d’un blanc rougeâtre. Ses filiques qui font attachées par floccons aux fouches, reifemblent à. des vermiflèaux qu’on appelle afcorides. Elles font aifez groflieres & pleines de femenee noire. Cette graine reflfemble à celle du fenu-grec, plate des deux côtés comme fi elle était coupée à.chaque bout : cette plante eft un peu amere. Les naturels de l’Amérique font avec fes feuilles, une teinture qu’ils appellent tlauhoyümïrtuitl, dont ils fe fervent pour noircir leurs cheveux. Cette plante vient d’elle-mème dans les plaines ainfi que dans les montagnes. Quoique quelques-uns la regardent comme une herbe, il me paraît cependant qu.’on doit la ranger dans, la claife des arbrifleaux, puifqu’elle fe foutient pendant deux ans avec beaucoup de vigueur. Or, la maniéré de faire cette couleur bleue, que les Mexicains nomment mohuitlï & tl&cohuitli, & les Caf-tillans a^ul, vulgairement anil, eft telle. Ils mettent les feuilles tirées de cette plante dans un vaifleau d’airain , & par-deffus ces feuilles de l’eau îiede, quoique, fuivant quelques-uns, l’eau froide foit préférable. Us l’agitent violemment jufqu’à ce qu’elle fait chargée d’une forts teinture» après quoi ils la verfent doucement dans un autre vaifleau qui a- un trou aifez élevé au-deflus du fond, par lequel le plus clair de l’eau s’échappe. Celle qui eft la plus trouble & qui eft imprégnée de la fubftance la plus épaifle des feuilles, demeure au fond » & on la filtre à travers un fac de toile de chanvre. On expofe au foleil la matière qui refte dans ,1e fac; puis on en forme des gâteaux, & on achevé de les deffécher en les mettant dans des baifins fur dès charbons ardens jufqu’à ce qu’ils deviennent bien, durs.
- Defcripdort du caachira , faits par les auteurs prccédens , & principalement p ai Guillaume P if on (p), :
- 102. La célébré plante que les Portugais appellent evra dTamr, & les naturels du pays caachira., vient ici (au Bréfil) par-tout, quoiqu’on né.^ glige- d.e la cultiver pour les ufages de la médecine & de la teinture. Il
- (a) 11 fe trouve ici une contradiction point fait copier la figure » crainte de me» entre la gravure & la defeription ; car on prife.
- voit < dans Hernandès , page 08 , édition (. b ) Tréfor des matières médicales , de Rome, cette plante repréfentée avec liv. IV, page 109. Hiji. nat. du Brefl» des feuilles longues & très-pointues des liv. IV, page 198 ; & en quelques éditions * deux bouts : c’eft pourquoi nous,n’en avons pages-57 &. 5 8,
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- s’élève de la racine de cette plante, diftribuée en quantité de rameaux ligneux, longs & couchés , plusieurs tiges rondes, longues de deux à trois pieds & quelquefois davantage , rampantes fur la terre, où elles jettent çà & là des filamens qui y prennent racine, & s’élèvent enfuite vers leur extrémité.
- 103. De ces tiges, qui pour la plupart font couchées fur terre, il fort différens jets qui pouffent en-haut, fur chacun defquels il en vient encore huit ou neuf, & plus fouvent dix autres également ronds, ligneux 8c un peu roux d’un côté. Tous ces jets font garnis de rameaux longs d’un doigt, placés alternativement,'dont chacun porte fept ou huit paires de feuilles oppofées deux à deux avec une impaire au bout. Ces feuilles ont au milieu de leur longueur une nervure : elles font un peu plus larges que celles du trifolium de Dodone , auxquelles elles relfemblent. Il croit a l’ait Celle des rameaux , de petits pédicules qui portent cinq à fix petites fleurs & plus, de couleur de pourpre , lavé de blanc, de la figure d’un cafque ouvert, comme celles du lierre terreftre ou l’ortie morte, & d’une ggréa-ble odeur. Cette plante vient çà & là dans le Brélil.
- Defcrlption de Cindigo riche, de la terre ferme.
- 104. Ximenès , Pifon & les autres que nous avons déjà cités, ayant donné à la plante dont nous allons parler , le même nom qu’aux deux précédentes , nous nous fommes déterminés à diftinguer celle-ci par un fur-nom-relatif à fa qualité, en attendant que les botanjftes lui en aient a£ figné un propre à fon cara&ere. Cette plante croît jufqu a la hauteur de deux ou trois pieds. Sa tige eft ronde 8c noueufe, effilée , pleine de' fuc , fpongieufe comme les rofeaux, verte & couverte çà & là de poils roux. Elle pouffe fur fa tige & fur fes branches , des feuilles fans pédicule & fe touchant de fort près , oppofées deux à deux , longues de quatre doigts, étroites & vertes comme celles de la lyfimaque : elles font couvertes de petits poils blancs des deux côtés & un peu rudes au toucher. Il fort des mêmes noeuds où les feuilles font placées , deux pédicules à côté l’un de l’autre, droits & longs de deux ou trois doigts , portant à leur extrémité une fleur ronde de la grandeur de la pâquerette, entourée- de diftance à autre de petites feuilles blanches, au milieu defquelles fe trouvent de petites étamines blanches. Sa racine qui peut avoir environ un demi-pied, eft un peu courbe5, elle jette d’autres petites,racines couchées , ligtieufes & couvertes d’une écorce brune qui peut facilement fe détacher. Toute cette plante, de même que fà raeine, eft tellement
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- pleine de fuc , que Ci on vient à rompre une partie de l’une ou de l’autre r il en fort aufli-tôt une couleur bleue.
- iof. On fait de Panil en pilant feulement cette herbe, & en lalaiftanfc infufer dans l’eau. On la laiffe tranquille pour lui donner le tems de former fon dépôt, qu’on fait deifécher au foleii & qui fe vend au poids de l’or.
- 106. On trouve encore une autre plante qui porte le même nom que la précédente ( de maniéré que celle-ci fait la quatrième dont il foit parlé au fujet de la Nouvelle - Efpagne & du Bréfil ). Elle donne un bleu foncé, dont les femmes fe fervent pour teindre leurs cheveux en noir. Celle-ci différé beaucoup de la précédente par la grandeur & la forme; car c’efl: un arbriffeau médiocre, qui jette plufieurs racines comme le. farment , accompagnées de beaucoup de fibres, defquelles fortent plufieurs fouches de couleur cendrée. Ses feuilles reifemblent à celles du poivre long; mais elles font un peu plus grandes, & elles ont quelques nervures qui s’étendent fur toute leur longueur. Ses fleurs font blanches. On <?h tire la couleur de la même façon que de la précédente efpece j mais elle eft moins belle & moins chere.
- Defcription de la culture & fabrique de l'indigo d la Caroline ; par William
- Burck ( a ).
- 107. L’indigo eft une matière que l’on tire d’une plante du même nom, que l’on a vraifemblablementappellée ainfi de l’Inde, où on l’a cultivée pour la première fois, & d’où , pendant un tems confidérable, on a tiré tout celui qu’on confommait en Europe.
- 108- On cultive trois fortes d’indigos dans la Caroline (b), qui demandent chacun un terrein différent. Le premier, favoir, celui de France ou d’Hifpaniola, poulfe un pivot fort long & demande un terrein gras ; d’où vient que, bien qu’il foit excellent dans fon efpece , on le cultive peu dans les cantons maritimes de la Caroline, qui font en général fablon-neux. Mais il n’y a aucun pays dans le monde, où l’on trouve de meilleures terres que celles qui font ici à cent milles de la mer. Une autre raifoii qui empêche de le cultiver, eft qu’il ne peut réfifter au froid de la Caroline. ( Nous ne rapportons point la defcription que l’auteur fait de
- (a) Hifoired.es colonies Européennes, mérique feptentrionale , entre les trente-
- tome II, page 282. un & quarant.uniemc degré de latitude
- (b) Cette province eft fituée dans l’A- feptentrionale.
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- cette efpece, parce que nous en parlerons amplement en traitant des indigos de nos isles.)
- 109. La fécondé efpece , favoir, le faux Guatimala ouïe vraiBahama , fupporte mieux le froid, parce que la plante eft plus forte & plus vigou-reufe, & d’ailleurs il eft abondant. Il vient dans les plus mauvais terrems , & c’eft ce qui fait qù’il eft plus cultivé que le premier, quoiqu’il foit moins bon pour la teinture. ( L’auteur n’entre dans aucun détail fur cette plante ni fur la fuivante. )
- 110. Le troifieme eft l’indigo fauvage , qui étant naturel au pays, répond auffi mieux aux vues du cultivateur , tant pour la durée de la plante , & la facilité de la culture , que la quantité du produit. On n’eft point d’accord fur la variété de fes qualités, & l’on ignore encore fi elle provient de la nature de la plante, de la température des faifons, qui ont beaucoup d’influence fur la perfe&ion de cette denrée, ou de la maniéré dont on le prépare.
- ni. On plante ordinairement l’indigo après les premières pluies qui fuccedent à l’équinoxe du printems. O11 feme fa graine dans de petites rigoles efpacées l’une de l’autre deig à 20 pouces. Lorfque le tems eft favorable, il eft en état d’ètre coupé au commencement de juillet. On fait une fécondé récolte vers la fin d’août5 & lorfque l’automne eft tempérée, une troifieme à la Saint-Michel. Il faut farder tous les jours la terre où 011 le plante, en ôter la vermine & donner tous fes foins à la plantation. Une vingtaine de negres fuffifent pour foigner une plantation de 50 acres, & pour entretenir la manufacture ; encore ont-ils allez de tems pour pourvoir à leur fubfiftance & à celle de leur maître. Lorfque la terre eft bonne, chaque acre donne 60 à 70 livres d’indigo, qui valent à prix moyen fo livres fterling. On coupe la plante dès qu’elle commence à fleurir ; mais après qu’elle eft coupée, il faut prendre garde de ne point la prelfer ni la fecouer en la portant dans l’endroit où on la met à rouir , parce qu’une grande partie de la beauté de l’indigo dépend de la farine qui eft attachée à fes feuilles. }
- 112. L’appareil pour faire l’indigo eft confidérable, mais peu dispendieux. Il confifte en une pompe & quelques cuves & tonneaux de bois de cyprès , lequel eft très-commun & à bon marché dans le pays. Après avoir coupé l’indigo, on le met dans une cuve d’environ 12 à 14 pieds de long fur quatre de profondeur, à la hauteur cfenviron 14 pouces, pour le faire macérer j on remplit enfuite la cuve avec de l’eau jau bout de 12 ou 16 heu* res, félon le tems, l’indigo commence à fermenter, s’enfle, s’élève & s’échauffe inlènfiblement. On l’arrête alors avec des pièces de bois mifes en travers pour empêcher qu’il 11e monte trop, & l’on marque aveo une épingle
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- le point de fa plus grande crue. Lorfqu’il bailfe au-deffous de cette marque» on juge que la fermentation eft à fon plus haut degré , & qu’elle commence à diminuer. On ouvre alors un robinet pour faire écouler l’eau dans une autre cuve qu’on appelle le battoir. L’herbe qu’on retire de la première cuve, fert à fumer la terre & fait un engrais excellent. On continue à y mettre de nouvelle herbe, jufqu’à ce que la récolte foit achevée.
- 113. Après avoir fait couler toute l’eau ainfi imprégnée des particules de l’indigo , dans le battoir, on fe fert d’efpeces de baquets fans fond, armés d’un long manche pour la remuer & l’agiter i ce que l’on continue de faire jufqu’à ce qu’elle s'échauffe , qu’elle écume, fermente & s’élève au-delfus des bords qui la contiennent. Pour appaifer cette fermentation violente, on verfe de l’huile delfus à mefure que l’écume monte, ce qui la fait baiffer auffi-tôt. Après qu’on a ainfi agité l’eau pendant 30 ou 35 minutes , félon le tems (car il faut le battre plus long-tems lorfqu’il fait froid), il commence à fe former de petits grains: ce qui vient de ce que les fels & les autres particules de la plante que l’eau avait divifées & qui s’étaient incorporées avec elle, font alors réunies.
- 114. Pour mieux découvrir ces particules , & favoir fi l’eau a été fuf-fifamment battue , on en met de tems en tems quelque peu fur un plat ou dans un verre ; lorfqu’elle paraît telle qu’elle doit être, on fait couler dedans de l’eau de chaux qui eft dans un autre vaiflèau , & on agite le tout légèrement, ce qui facilite l’opération. L’indigo forme des grains plus parfaits ; la liqueur acquiert une couleur rougeâtre : elle devient trouble & boueufe, & on la laiife repofer. On fait enfuite couler la partie la plus claire dans différens autres vailfeaux, d’où on la tire dès qu’elle commence à s’éclaircir au-deffus, jufqu’à ce qu’il ne refte qu’un limon qu’on met dans des facs de grolfe toile 5 on le fufpend durant quelque tems, jufqu’à ce que l’humidité en foit entièrement diftîpée. Pour achever de fécher ce limon , on le tire des facs , & on le pétrit fur des ais faits d’un bois por-reux , avec une fpatule de même matière, l’expofant foir & matin au foleil à différentes reprifes, mais peu de tems. O11 le met enfuite dans des boîtes ou cailles que l’on expofe au foleil avec la même précaution , jufqu’à ce que l’opération foit finie & que l’indigo foit fait. Il faut beaucoup d’attention 3ç d’adrelfe dans chaque partie de ce procédé, autrement on court rifque de tout perdre. On ne doit point lailfer l’eau ni trop long-tems ni trop peu de tems dans le rouilfoir ni dans le battoir: il ne faut la battre qu’autant de tems qu’il eft néceffaire, & prendre garde, en faifant fécher la fécule , de ne tomber ni dans le défaut ni dans l’excès. Il n’y a que l’expérience qui puiiTe mettre au fait de ces fortes de chofes.
- Jif. Il n’y a peut-être point d’article fur lequel on fade de fi grands
- profits
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- profits en ce pays ( la Caroline ), que fur l’indigo , ni qui exige moins de dépenfe 5 & il n’y a point de pays où on puiffe le faire avec autant d’avantage que dans cette province , vu la bonté du climat. On peut dire à la louange de fes habitans , que s’ils continuent comme ils ont commencé, & qu’ils s’attachent à le faire aufii bien qu’il doit l’ètre, ils en fourniront dans la fuite à tout l’univers.
- 116. Si notre exactitude a répondu à notre intention, le lecteur doit connaître à préfent une grande partie des indigos qui croilfent dans les quatre continens : nous avons même porté le fcrupule jufqu’à faire calquer la figure de ces plantes, quand nous les avons trouvées dans les auteurs qui réfervent quelquefois pour les planches, Pexpofition des différences les plus eflen* tielles, fans en prévenir le lecteur : il trouvera ce qui concerne les indigos de nosisles , dans un chapitre décliné pour elles feules.
- 117. Nous avons aufii tâché de lui faire connaître tout ce que les auteurs: nous apprennent d’intérelfant fur les fabriques étrangères j mais on 11’aurait qu’une idée bien fùperficielle de celle de l’indigo dans nos colonies , fi l’on fe bornait à cette fimple connailfance. Car, fi d’un côté notre pratique efb en prefqué tous fes points beaucoup plus expéditive , d’un autre côté notre méthode demande aufii beaucoup plus de fcience que toutes les autres 11e paraiifent en exiger. C’e 11 ce qui va faire le fujet du chapitre fuivant.
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- Elément de la fabrique de /’indigo.
- 118. La théorie de cette fabrique efl fondée fur la fermentation des végétaux qui font fujets à paffer de l’état ardent ou fpiritueux , à l’état aigre ou acide , & de là au putride , lorfqu’ils font long-tems à infufer. dans une certaine quantité d’eau.
- 119. Suivant ces principes, l’indigo peut éprouver fucceflivement ces trois révolutions ; mais la pratique enfeigne que le genre fpiritueux efi: le foui convenable à fa manipulation, parce que la erife acide étant peu fenfi-ble, l’herbe femble paffer tout d’un coup de l’état le plus fpiritueux & le mieux marqué, à la putréfadion qui lui efl entièrement & uniquement préjudiciable: ce qui efi caufe que les indigotiers 11e font aucune mention du genre acide dans leur procédé ; ils divifent feulement la fermentation ardente en deux tems ou degrés. Ils nomment le premier degré pourriture imparfaite ; & le fécond , bonne ou parfaite pourriture. Quant au genre putride ou alkalefcent, ils rappellent pourriture excédée 3 8c ils n’omettent rien pour l’éviter.
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- 120. La pratique enfeigne eneote, que * pour tirer parti de l’extrait, iî faut le foutirer de la cuve où il eft confondu avec la plante, & enfuite le battre ou l’agiter pour réduire tous les. principes propres à la formation de l’indigo, à l’état d’un petit grain diftinct & d’un facile égout, auquel on ne parvient finement, que par la voie du battage. Car fi l’on abandonnait une cuve de l’extrait à elle-même, à delfein d’obtenir la fécule fans le fecours du battage, elle tomberait en putréfaction;. & les principes imperceptibles du grain, deftitués de leur apprêt néc.eflaire pendant le teins convenable * ne fe dépoferaient que fous la forme d’une vafe fluide & incapable de s’égoutter; c’elt pourquoi l’on ne diflfere guère le battage d’une cuve, à moins qu’on ne foit dans le cas d’attendre l’extrait d’une autre pour les battre, tous deux dans le même vailfeau, lorfqu’il n’y a pas grande différence entre leurs bouillous ; ou bien quand on s’apperqoit que l’extrait palfé dans la batterie, n’a pas aflêz fermenté,alors on enfufpead l’opération , afin de lui donner le tems de fe perfectionner. Cette derniere manœuvre démontre que la décantation n’arrête point le cours général de la fermentation de l’extrait * &la néeeffité de le battre fuivantl’ufage ordinaire. Mais l’art n’indique point de réglé précife fur la durée de la fermentation & fur la raefure* du battage „ parce que ces deux points, dépendent de la qualité ou du corps de l’herbe , & cette qualité de la nature des veines de terre où l’herbe a crû ^ & de l’altération des flairons qu’elle a éprouvée tandis qu’elle était fur pied. Le terme de la fermentation & du battage dépend encore du tems froid oit chaud, pluvieux ou fec , pendant lequel l’herbe ou fou extrait reçoivent ces difterens. traitemens , & du degré de chaleur ou de fraîcheur de l’eau dont on fe fertjce qui rend la pratique de cet art variable, obicure & Injecte k beaucoup^d’erreurs.,
- 121. Ces difficultés dont nous rendrons un compte plus. exacA par la fuite-* & des. précautions convenables à ce fiijet, font caufe qu’on a cherché plu-fieurs fois le moyen de fupprimer une partie de ce travail, appellé le battage: de C extrait. Mais.il paraît que jufqu’à ce jour aucune de ces tentatives, n’a parfaitement réuffi : ce qui n’eft point furprenant , parce qu’il faudrait vrai-femblablement trouver un précipitant qui pût agir également fur les principes de l’indigo, foit dans le tems qu’ils éprouvent la fermentation vineufe , foit dans celui où ils fu,biffent l’impreffion de la fermentation acide, pufique-l’extrait fe trouve fou vent dans ce dernitr cas, fans qu’on s’en apperqoive..
- 122. Il faut cependant convenir que Rumpli (a),Burck (b) & Hans-Sloane (cj nous difènt que la poudre de chaux-vive pallée au tamis, entrer
- (a) Voyez le fécond extrait de l’herbier (c) Hiftoirc naturelle de la Jamaïque , d’Amboine : fabrique des Chinois. vol. II ^page 34 & fuiy,.
- {bj Voyez fabrique de la Caroline,.
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- ffans îa préparation de Tindigo des Indes ; que l’on fe fert à la Caroline d’eaux de chaux, pour le dépouillement ou la clarification de l’extrait 5 & qu’à la. Jamaïque, on répand de l’urine fur une petite partie de l’extrait, pour connaître la difipolition des principes ou des molécules à une aggrégation qui conftitue le grain. O11 doit encore ajouter que l’effet de ces mélanges n’eifc point entièrement ignoré dans nos isles ; mais les premières tentatives qu’on a faites avec la chaux , n’ayant peut-être point été faites avec toute l’exactitude & la fcience requifes, il en a réfulté un indigo blanchâtre qui a dégoûté de les renouvcller. Quant à l’urine, on reconnaît allez communément qu’elle a la propriété de précipiter le grain plus ou moins parfaitement, fuivant îa perfection de la fermentation & du battage; mais il ne paraît pas qu’on ait cherché à tirer parti de cette connailfance. On fent d’ailleurs combien il ferait difficile & défagréable d’en vérifier toute l’efficacité par des expériences plus grandes & mieux approfondies , & encore moins celle de îa falive, à laquelle on attribue la même propriété. M. Duhamel, de l’académie des fciences, dont les vues s’étendent à toutes fortes d’objets utiles, & qui avoit autrefois été confulté fur celui-ci, pcnfe qu’une dilfolution d’alkali phlogiftiqué, à peu près comme celui dont on fe fert dans la préparation du. "bleu de Prude {a) , ferait un des moyens qu’il conviendrait le plus d'eflayer jd’après les indications ci-delfus mentionnées,
- 123. Il nous parait cependant qu’entre toutes les matières tirées du régné animal, ou végétal, celles qui ont une qualité vifqueufe ou nvucilagineufe , font au moins très-propres à aider l’art dans cet objet. Car, indépendamment de ce qu’on pourrait dire à ce fujet touchant la colle de poiifon dont on fe fert pour clarifier le vin, & de l’analogie de cette colle avec les autres mucilages , d’où l’on pourrait inférer une égalité d’effets de la part de ceux-ci, pour la clarification des liqueurs végétales qui viennent de fubir la fermentation ardente; des perfonnes dignes de foi (/>) m’ont encore affûté que de jeunes branches de bois-canon (c) , concaffées, puis battues dans une
- ( a ) On peut voir dans le didionnaire de chymie, par M. Macquer, de l’académie des fciences , au mot bleu de Prujj'e, la maniéré de phlogiftiquer l’alkali , & les métamorphoses que produit le phlogiltique.
- ( b ) M. des Rofes, le cadet, officier des troupes nationales à Cayenne, & un mif-fionnaire de cette colonie , qui ne m’a pas permis de le citer.
- (b) L’arbre qui porte ce nom à Cayenne, s’appelle à Saint - Domingue hou- trompette (12). Quand cet arbre, qui devient
- fort haut, a acqui-s une certaine grandeur, il elt tout creux , & on en fait aflez fouvent des dalcs en le fendant fur fii longueur. Le charbon de ce bois eft très-lcger & propte aux feux d’artifice. Quelques réflexions nous font penfer que les goufles de gom-beau, dont la décodion forme une fubf-tance extrêmement filante & approchante du mucilage du bois-canon , pourraient, à fon défaut, lui être fubftituces.
- <(12) Cecropia peltata, Linn.fp. pi.
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- terrine remplie d’eau avec quelques racines de fénapou (a), pareillement concaflees, forment un mucilage qui a la propriété de faire caler ou dépofer en très-peu de tems toutes les parties de l’extrait que le battage a réunies fous la forme de grain j mais , comme on vient de le dire , il faut toujours qu’un battage convenable précédé l’addition de la liqueur combinée du bois-canon & du fénapou , & qu’on la mêle enfuite pendant quelque tems avec celle de l’extrait de l’indigo , pour en obtenir fur-le-champ le réfidu. Après cette opération , la liqueur qui le fumage, quoique colorée en jaune, devient très-claire, & c’eft le tems où il convient de l’écouler pour retirer la fécule qui relie au fond du vaiifeau.
- 124. Les perfonnes de qui je tiens ce procédé , dont ils 11’ont point fuivi les détails, n’ont pu me dire la quantité de bois-canon & de racine de fénapou qu’on doit employer pour clarifier une cuve ; mais il entre toujours dans cette composition beaucoup plus du premier que du dernier: au relie deux ou trois expériences faites fur de petites quantités , fuffifent pour mettre un indigotier au fait de la dofe , qui n’exige pas une extrême préci-lion. Nous indiquerons par la fuite les occafions où il ferait le plus à propo-s d’en faire ufage ; parce qu’à la rigueur on peut s’en palfer , & qu’on fait tous les jours de l’indigo fans cet ingrédient.
- I2f. La queflion fur la découverte du véritable précipitant, relie donc indécifè ; mais il y a tout lieu de croire qu’un habile ehymilte parviendrait à la réfoudre , s’il était fécondé dans une opération Ci intérelTante pour tous les indigotiers.
- 126. Les éclaircilfemens que fournilTent la théorie & la pratique, fur les objets dont nous avons parlé ci-devant, font* que la fermentation êll abfolument nécelfaire au développement de tous les principes de l’indigo.
- 127. Que plus elle ell violente , plus l’abondance de fes elprits forme d’obftacîes à la prompte réduction de fes principes en grain : que l’objet eflentiel du battage , ell de favorifer & d’accélérer l’évaporation de ces efprits', afin de faciliter l’aggrégation des molécules du grain : & qu’enfin le palfage de l’extrait de Tétât fpiritueux à Tétât acide & putride , avant la formation ou la liaifon complété du grain, eft la caufe principale de toutes les variétés du battage.
- 128* Nous allons maintenant rendre compte du plan & de Tordre du
- (a) Efpece de petit arbriffeau qui porte fontaine , mais il eft bien plus ftimulant, à Saint-Domingue le nom de bois à cni. & j’ai fouvent éprouvé qu’il excitoit une
- vrer (13). La confiftance & la fubftance de longue falivation. On fe fert généralement la racine reflemblent à celles de la gui- en Amérique , de cette racine pour enivrer mauve ; quand on s’en frotte les dents, le poiflon.
- elle produit avec la falive une efpece d’é- (13) Pifddia erythrina, Linn. fp, pi, cume 3 foo goût approche du creffon de
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- îefte de cet ouvrage, qui n’a plus pour objet que la fabrique de l’indigo proprement dit, tel qu’il fe fait dans nos isles de l’Amérique , & particulière-ment à Saint -Domingue. C’eft ce qui va faire la matière du fécond & du troifieme livre.
- 129. Dans le fécond, j’expoferai la fabrique de l’indigo, & je parlerai de la plante qui le produit. Dans le troifieme, j’examinerai la théorie de cette fabrique.
- 150. Dans le premier chapitre du fécond livre, j’ai renfermé tout ce qui a rapport à la conftruétion & fabrique des bâtimens , des vailfeaux & uften-files néceflaires à une indigoterie, parce que ce travail précédé tous les autres, & afin qu’011 ne foit plus dans le cas de perdre de vue les opérations fuivantes, qui ont une liaifon intime entr’elles.
- 131. Le fécond chapitre s’étend fur les différentes efpeces & qualités d’in-digoferes connus dans nos isles , & furies accidens auxquels chaque efpece eft particuliérement fujette , depuis la plantation de fa graine jufqu’à fa récolte.
- 132. La nature & l’expofition du terrein le plus favorable à l’indigo, fa culture & la maniéré de l’arrofer, font le fujet du troifieme.
- 133. Le quatrième expofe la qualité des eaux les plus propres à là fabrique, avec les préparatifs & la defcription générale de la fermentation & du battage. Ce chapitre eft terminé par une inftru&ion générale fur l’économie & l’exploitation d’une habitation à indigo.
- 134. Le troifieme livre renferme deux chapitres. Le premier a pour objet effentiel la fermentation de l’herbe, & le fécond traite directement du battage ou manipulation de l’extrait. Nous avons placé à la fin de cet ouvrage, un tableau des qualités & des prix de l’indigo. On trouvera enfuite les planches des figures avec leur explication à côté, & en dernier lieu une table alphabétique des matières.
- 13^. On me reprochera peut-être les longs détails & les fréquentes digref-fions où je fuis tombé dans le cours de cet ouvrage 3 mais je les ai cm uéceffaires pour conferver des particularités intérelfantes, & les progrès d’un art qui décline tous les jours dans nos colonies de l’Amérique, & qui ne fe relevera dans la fuite que par le prix excefîif de l’indigo, occafionné par la chute & la diminution de quantité de fes fabriques.
- 13-6. Au furplus, j’ai puifé le fond de la pratique de cet art, dans les meilleurs auteurs que j’ai pu connaître 3 le refte eft tiré de mes obfervatiçms pendant une adminiftration de plufieurs années d’une indigoterie, & des avis qui m’ont été communiqués par d’habiles indigotiers que j’ai confultés depuis que j’ai entrepris cet ouvrage, fur lequel j’ai réuni toute mon attention pour le rendre utile à nos colons, digne du public, & des fuffragesde J’iUuftre académie à qui j’ai l’honneur de le préfenter.
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- LIVRE SECOND. CHAPITRE PREMIER.
- 7)w bàtirnem, vaiffeaux & ufienfiles.
- 137. L E terme à'indigoterie fort à défigner en général un terrein où l’on cultive l’indigo , avec les bàtimens, vaiffeaux, negres & uftenfiles propres à fd fabrique i & il s’applique fpécialement aux cuves de maçonnerie deftinées à ce travail. Dans ce dernier fens, chaque indigoterie eft un compofé de trois vaiffeaux attenans l’iin à l’autre ,&fe joignant ordinairement par des murs mitoyens (a). On fuppofe ici que les cuves font de maçonnerie, quoiqu’on n’ignore pas qu’en certains pays on les fait en bois : ce qui doit néceifaire-ment occafionner, dans les difpofitions dont nous parlerons ci-après, quelques différences auxquelles le le&eur & l’ouvrier fuppléeront d’eux-mêmes. Ces trois vaiffeaux font difpofés par degrés, de maniéré que l’eau verfée dans le premier, tombe par des robinets dans le fécond, du fécond dans le troilieme , & du troilieme dehors (b).
- 138- Le premier de ces vaiffeaux A ,pl II, fig- f, s’appelle trempoire ou pourriture. C’eft dans cette cuve qu’on met l’herbe, afin de 1 y laiffer macérer & fermenter.
- 139. Le fécond vaiffeau B , pi II, fig. f , fe.nomme batterie , parce que c’eft dans celui-ci qu’on fait paffer l’extrait qui a fubi la fermentation, afin de le battre & de le traiter de la maniéré qu’il convient.
- 140. Le troilieme vaiffeau C ,pl II,fig* 5 , qui, à proprement parler, ne forme qu’une efpece d’enclos, s’appelle repofoir; le fond de ce vaiffeau préfente dans fa plus grande partie un plan , & vers un des côtés de ce plan, un petit baffin K , pi II, fig- 4 & f, appellé bajfinot ou diablotin.
- 141. Le diablotin ou baflînot, creufé dans le plan du repofoir, eft un petit vaiffeau particulier, deftiné à recevoir la fécule fortant de la batterie. Il doit être pratiqué au-deffous du niveau du fond de ce plan, & de maniéré à toucher le mur de la batterie. On le place ordinairement droit au milieu de ce côté, & quelquefois dans une des encoignures, mais toujours du côté de la batterie. Il eft muni d’un petit rebord, afin d’empêcher l’eau, qui pourrait fe trouver fur le fond du repofoir, d’y refluer.
- 142. Ce que nous venons de dire ici touchant l’affemblage de ces trois vaiffeaux, 11’a rapport qu’aux indigoteries fimples ou détachées les
- (a) Voyez pl II, fig. 1 , 4 & ç. (b) Voyez pl II, fig. A, B», C»
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- ifhes des autres ; car lorfqu’il convient d’établir plufieurs pourritures en-femble , on diminue de moitié le nombre des batteries , & conféquemment celui des diablotins. On trouvera dans le plan des indigoteries compofées» toutes les dilpofitions relatives à cette économie.
- 143. Le fond de ces trois grands vaiifeaux eft plat , avec une pente d’environ 2 à 3 pouces, pour faciliter l’écoulement des uns vers les autres.
- 14Le fond du diablotin K, pL II, fig. 4 6*- 5 , préfente une figure concave,,dont le contour eft rond ou ovale. On avertit qu’il doit encore fe trouver dans le fond même du diablotin, une autre petite foifette P, ou forme ronde, relfemblante à celle d’un chapeau ; c’eft dans cette efpece de forme ou fo/Tette, que l’on achevé de puifcr, avec un côté de calebalfe le refte de la fécule qui y defceud naturellement.
- 145.. Le premier vaiifeau A, pl. II, fig. f, doit avoir au moins une bonde X, avec: fou robinet ou daleau E,. de trois pouces de diamètre, le tout fuivant la grandeur de la cuve.
- 146* Le fécond vaiifeau B r pl. II, fig. fpréfente une bonde F , perpendiculaire au baftinot, avec trois robinets ou daleaux d’environ 3 pouces de diamètre. Ces robinets font élevés de 4 pouces les uns au-delfus des autres : les deux premiers fervent à écouler en deux repcifes l’eau qui iurnage la fécule après le battage,
- 147. Le troifieme daleau, qui eft nécèffairement perpendiculaire au diablotin, efl deftiné à l’écoulement de la fécule dépofée au fond de la batterie, au niveau duquel il doit être,& même tant foit peu plus bas.
- 148- Le plan du fond du troifieme grand vaifleau C , pl. IIfig. 5* au lieu de bonde, a une ouverture Q_, au bas du mur, d’environ 6 pouces en quarré , toujours libre, qui répond au canal de décharge , nommé la vuide.
- 149. Le diablotin K, & la petite forme P, qui; fe trouvent enclavés dans le troifieme vaiifeau C, pl. II, fig. 5 , n’ont befoin d’aucune iffue, puiC-qu’on en retire toute la fécule jufqu’au fecr par leur ouverture.
- 150. Les bondes X font de bois incorruptible, équarries & placées dans le courant de la maçonnerie, à la demande de fécoulement de chaque vaiifeau. Ces bondes font percées félon leur longueur pour former les. daleaux. La hauteur & la largeur de chaque piece font proportionnées à la largeur des trous qu’on y fait, & leur longueur fe mefure fur l’épailfeur du mur où elle eft placée, obfervant que les deux bouts fe trouvent de niveau aux deux côtés du mur. Les chevilles avec lefquelles on bouche les daleaux font rondes, & de même bois que les bondes.
- ifi. Les habitations où l’on fabrique l’indigo ont, fuivant leur éteti-due, pluileurs corps, de maçonnerie femblables, proches ou éloignés les
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- uns des autres , pour la commodité de l’exploitation ; & alors on les déligne quelquefois par le terme de pourriture ou d'équipage, au lieu d’indi-goterie. En réunifiant ainfi plufieurs équipages , on peut diminuer de moitié le nombre des batteries & des diablotins.
- 152. Lorsqu’on a deffein de conftruire une indigoterie en quelqu’endroit , 011 doit examiner avant toutes chofes, s’il eft poliible d’y amener l’eau de quelque riviere ou de quelque ravine pour remplir les cuves ; car, fi l’on eft privé de cet avantage, il faut indifpenfablement creufer aux environs du lieu où l’on fe propofe de former cet établiflement, un puits fig. 2, pi. II, fans l’eau duquel les plus beaux ouvrages deviendraient inutiles. Quand on eft fur d’en avoir, de quelque façon que ce foit, 011 peut alors commencer le travail des indigoteries, en obfervant les réglés fuivantes :
- 153. On établit les indigoteries fur quelque butte ou élévation naturelle ou artificielle, fuffifante à un écoulement qui ne foit fujet à aucun reflux. Mais on elt quelquefois obligé de les placer fort bas , quand on eft à portée de profiter des eaux d’une riviere ou d’un ruifleau pour remplir la tremperie. Il fuflfït que la batterie ait un débouché au-deflus du niveau des eaux voifines , obfervé dans la faifon des pluies , afin que l’écoulement en foit toujours alluré.
- 154. On donne au premier vaifleau, ou la forme d’un quarré parfait, ou celle d’un quarré un peu oblong 5 mais quelle que foit cette figure, les bords & la profondeur en font toujours de la maniéré fuivante. Voici les réglés qu’on obferve à l’égard des trempqires dont l’ouverture préfente un quarré élongé,
- iff, Si la longueur du premier vaifleau A, eft de dix pieds, fa largeur eft de neuf, & fa profondeur de 3 pieds , y compris un petit talus R, haut d’environ 6 pouces, dont la pente toute intérieure forme comme une efpece de rebord à la cuve. Lorfque fa longueur eft de 12 pieds, fa largeur eft de 10 fur la même profondeur, & le refte de la même façon. Quand fa longueur eft de 18 à 20 pieds , on lui donne 16 à 18 pieds de largeur, fur 3 & demi & même 4 pieds de profondeur. Cette derniere proportion paraît fur-tout convenable à ceux qui portent jufqu’à 20 pieds quarrés en tous* feus, obfervant toujours la même façon que nous avons dite à l’égard des bords ; mais il eft dangereux de faire ces vaifleaux trop grands, parce que la fermentation ne peut y être fi prompte ni fi égale que dans ceux qui font d’une médiocre étendue , & que le produit d’une grande cuve eft de beaucoup inférieur à celui de deux autres qui contiendraient en-, femble la même quantité d’herbe : aufli l’ufage eft-il en générai de fe borner à celles qui contiennent quarante charges qu paquets d’herbe, ce
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- qtiî revient à la capacité de la cuve dont nous avons donné les premières proportions ; ou à celles qui ont io pieds tant en longueur qu’en largeur» & qui peuvent contenir charges de negres.
- î S'6. Comme l’indigo bâtard occupe beaucoup plus de place dans la cuve, pour les raifons qu’on verra dans la fuite, & rend beaucoup moins de fécule que l’indigo franc, on met celui-ci dans les plus petites cuves, & on fe fert des plus grandes pour le bâtard.
- i$7- Quoique l’étendue du fécond vailfeau B ,pl II, fig- 4 & ç , n’influe pas fur la quantité & fur la qualité de L’indigo , il eft cependant né-cellaire, pour la manipulation du battage, d’en relferrer les bornes & d’en relever considérablement les bords ; mais pour le conftruire convenablement , il faut avoir égard à deux points très-effentiels à fa parfaite exécution.
- i^8- Le premier eft, d’obferver le niveau du fond S’, pi II xfig. 4 & < > de la trempoire A , qu’011 eft quelquefois obligé de tenir fort bas, pour en faciliter- le rempliifage. - .
- 159. Le fécond eft, d’examiner fi, à trois pieds ou à trois pieds & demi plus bas que le niveau du fond de la trempoire , on peut placer le fond T, pL II9 fig. 5 , de la batterie , de maniéré qu’elle ait un écoulement de fix pouces au-deflus du plan V du repofoir, & que le repofoir ait une décharge convenable dans quelque folle ou marre voifme : car , s’il n’était pas pofîîbîe de remplir ces conditions préalables , il faudrait élever le fond de la trempoire jufqu’à ce qu’on pût les accomplir. Lorfqu’on eft fur de pouvoir les obferver, on peut alors déterminer l’étendue de la batterie qui doit toujours être plus longue d’un, deux ou trois pieds dans un feus que dans l’autre ; mais cette étendue ne peut fe régler que d’après le calcul de la quantité de pieds cubes d’eau que doit contenir la trempoire lorfqu’elle eft remplie d’herbe, & que l’eau eft à fix pouces de les bords. C’elt pourquoi il faut d’abord multiplier la quantité des pieds de fa longueur , par celle de fa largeur, & multiplier enluite le produit de ces deux grandeurs, par le nombre des pieds de fa hauteur, fans y comprendre les rebords qui font de fix pouces. Lorfqu’on a fait cette fécondé multiplication & tiré fon produit, on en faudrait la troifieme partie pour la place que l’herbe occupe dans ce vaiifeau ; ce qui refte après la fouf. traeftion, égale la quantité de pieds cubes cHeau que doit recevoir le baffin de la batterie, auquel il faut donner une telle proportion que fa longueur multipliée par fa largeur donne un produit qui, étant multiplié par trois pieds ou trois pieds & demi de profondeur , forme une quantité de capacité égale à la quantité du volume d’eau , trouvée au calcul de la trempoire.
- 160. Il faut fuppofer qu’on éleve enfuite fur les murs Y, pi H, fig- f
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- du baffin de la batterie, une maçonnerie de deux pieds de haut, pour fervir de rebord à ce vaiifeau, ce qui lui donne en tout ^ à 5 pieds & demi de hauteur, fur-tout quand on fe fert de negres & de buquets pour battre la cuve > car on diminue les bords de fix pouces lorfqu’on fait mouvoir les buquets par un moulin.
- 161. On obfervera ici que le côté le plus étroit de la batterie fe trouve toujours en face de la trempoire, à moins qu’on ne foit dans le cas de faire battre plusieurs vaiifeaux à la fois par des moulins à Peau ou à mulets, ce qui néceiïite alors une direction toute oppofée.
- 162. Les bords de la trempoire forment, comme nous avons dit, une pente intérieure , au quart d’équerre, d’environ fix pouces. Les bords du fécond vaiifeau ont auffi une petite pente, mais elle eft moins forte vers le dedans ; ceux du repofoir font plats. Ce troiiieme vaiifeau n'a pas une étendue déterminée j néanmoins le mur qui lui eft mitoyen avec la batterie, fert ordinairement de mefure à fa longueur, pour ce côté là & celui qui le regarde en face; 6 ou 7 pieds fuffifent pour chacun des deux autres Côtés de fa largeur.
- 163. Le diablotin ou le bafimot K, fig- 4, pl. II, un peu échancré du côté qu’il touche au mur de la batterie, eft profond de deux pieds y compris la forme ou follette P, & large de deux pieds & demi & même plus, fuivant la grandeur des premiers vaiifeaux. La foifette peut porter cinq à iix pouces de diamètre & autant de creux.
- 164. La hauteur des murs contournans du troiiieme vaiifeau C,/g. 4a pl. II, qui vont fe réunir au mur mitoyen de la batterie B, eft d’environ trois pieds & demi à quatre pieds , en comptant le fond V du repofoir C , fig* 5 , pL IIà 6 pouces au-deifous du dernier robinet de la batterie. On pratique vers un des coins du repofoir & du côté du mur mitoyen de la batterie, qui lui fert d’appui, un petit efcalier L,/g. 1 ,pl.ll% pour y defcendre & en fortir à volonté.
- i6<). La maçonnerie de ces vaiifeaux , & fur-tout du premier, doit ètr# faite avec beaucoup de précaution & toute la folidité pofîible, pour être parfaitement étanche & réfifter aux violens efforts de la fermentation ceft pourquoi on en prépare les fondemens par un maffif de roches fe-ehes , bien garnies & pilonnées, avant d’en maçonner le fond & les murs qui lui fervent de revêtement. O11 donne au mur de ce premier vaiifeau 3 f, 20 , & même 24 pouces d’épaiffeur., fur-tout lorfquil a vingt pieds quarrés ; 12 à 15 pouces fuftifent à l’épaiifeur des autres vaiifeaux, mais on doit toujours en travailler le fond & tout ce qui eft caché fous terre avec grande attention , de crainte que les fo.urces voifines , ou les eaux qui proviennent de l’égout des terres, ne s’y inûnuent*- On n’emploie d’or-
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- ART ni L INDIGOTIER: Çï
- dinaire à la liaifon de ces fortes d’ouvrages, qu’un mortier de fable & de
- chaux, quoique dans les quartiers où elle eft extrêmement rare ou chere ,
- on fe ferve avec fuccès de terre prrnflTfj nn-jr 1 pq ouyrnorpç qijî
- cil plein air; mais on en recrépit toujours l’extérieur avec de bon mortier
- -à chaux & à fable, & l’intérieur avec du ciment fait comme nous allons
- dire.
- 166. Lorsque toute la maçonnerie eft bien feche, on fait un ciment compofé de chaux & de briques pilées & paifées au tamis , dont on enduit exactement tout l’intérieur & les bords des vailfeaux ; on a foin de polir l’ouvrage à mefure qu’il feche, avec des truelles fines, & enfuite avec des cacones dont l’écorce eft très-dure & très-polie, ou avec des galets de rivière ; ce qui demande l’application de plusieurs negres enfemble pour preifer le ciment à mefure qu’il feche, & l’empêcher de laiffer des gerçures.
- 167. Comme il ne faut qu’une fente très-médiocre pour faire écouler une cuve toute chargée, on doit prendre, fî-tôt qu’011 s’en apperçoit, des coquilles de mer de quelque efpece qu’elles foient, & les piler fans les faire cuire; on les réduit en poudre, 8c on les paife par le tamis. On prend enfuite de la chaux vive aufîi paffée au tamis; on mêle ces deux parties enfemble, & 011 les délaye avec autant d’eau qu’il en faut pour en com-pofer un mortier ferme, dont on remplit en diligence la fente de la cuve > il en arrête fur-le-champ l’écoulement. D’autres réparent les fentes des indigoteries de la maniéré fuivante : On ouvre 8c on élargit intérieurement la fente en forme de rigole évafée, & de la profondeur de fept à huit pouces depuis le haut jufqu’en bas. On gratte les bords des petites fentes qu’on ne juge pas à propos d’ouvrir, comme le refte, 8c on en remplit le vuide avec un ciment compofé de parties égales de chaux vive , de brique pilée & tamifée, & de mâche-fer réduit en poudre, le tout délayé avec le moins d’eau qu’il eft poffible.
- 168- On prépare à l’Isle de France un raaftic dont voici la compofitiom On fait diffoudre des coquilles de mer dans du jus de citron ; on tire le réfîdu provenant de cette diffolution, & on le mêle avec des blancs d’œufs pour en faire le maftic avec lequel on bouche parfaitement les fentes des indigoteries.
- 169. Le renom du ciment de la Chine , appelle farangoufti, nous engage à joindre fa recette à toutes les précédentes , quoiqu’on 11’ait pu noms en donner les proportions. Ce ciment fe fait avec du brai fec, de l’huile de cocos , qui peut fe remplacer par de l’huile de noix fécative (14), & de la chaux vive tamifée. On compofé de ces trois parties une pâte que
- C H) L'huile de noix ordinaire pourrait fcrVir fans doute a faire ce ciment,
- G ii
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- A R T J> E E l N D I G 0 T I E IL
- l’on bat fur un billot à coups de malfe, jufqu’à ce qu’elle devienne filante-» maniable & propre à en faire ce qu’on juge à propos- Cette pâte devient extrêmement dure dans l’eau , & blanchit comme la porcelaine : ce qui fait qu'on s'en fert àlnïi pour rêcôlîêf les vafss ue cette cfpece.
- 170. Ceux qui n’ont pas le tems ou la commodité de compofer ces mafiies , peuvent fe fer vit- du ciment ordinaire, qui étant bien fin , un peu clair & appliqué convenablement, produit le même effet.
- 171. On doit outre cela avoir attention d’entretenir toujours une certaine quantité d’eau dans les vaiifeaux qui doivent refier quelque tems en repos, afin que la chaleur exceffive 11’y occaiionne pas de femblables dommages.
- 172. Lorsque ces travaux font finis, on dreffe, avec quelques fourches plantées en terre, un ajoupa ou efpece d’appenti fur le repofoir , pour, mettre l’indigo foutiré & les negres à l’abri. Quelques habitans font cet ajoupa alfez grand pour couvrir aufiî la batterie & même la trempoire.
- 173.. Il efi confiant qu’il ferait très-avantageux d’avoir ce dernier vaif-feau à l’abri d’une pluie continuelle, ou d’un violent orage car la fraîcheur & l’abondance de ces- eaux retardent la fermentation & troublent les indices qui fervent à en faire connaître le jufte degré ; d’ailleurs il 21’eft pas bien décidé que le trop grand air & l’extrême chaleur occafionnée par les rayons du fol.eil, foient les moyens les plus prompts pour exciter la fermentation : ainfi Ton s’abfiient de blâmer aucun de ces ufages , qui lie paraiffent pus occafîonner une différence bien fenfible fur la qualité de î’indigo 5 ce qui efi caufe que la plupart regardent cette couverture comme inutile fur la- pourriture. 11 faut feulement avoir attention , quand on travaille à découvert dans un tems de pluie , de 11e pas mettre tout-à-fait la. même quantité d’eau dans la cuve.
- ' 174. Comme il efi abfolument néceffaire d’empêcher la trop grande dilatation de l’herbe dans la trempoire ou pourriture A , fig. 16-4, pL II dont elle furmonterait bientôt les bords, an plante à la profondeur de trois, pieds en terre, quatre poteaux D, fig- 1 <^4 , pl. II, de bois ihcorrup-, tible, vers les quatre coins extérieurs du travers dé la longueur de cette, cuve; favoir, deux dfin côté & deux de fautre , vis-à-vis le quart de la longueur du vailfeau. Ces poteaux qu’on appelle les clefs, s’élevant hors de terre à la hauteur d’un pied fix pouces au-defius des bords^ de la pourriture,. préfentent chacun vers leur extrémité une mortaife de fix pouces' de îârge & longue de dix. Ces mortaifes font deftinées à recevoir des, barres G, fig. 1 & 4, pi. II, ou foîiveaux qui palfent directement d’une clef- à l’autre par-delfus toute la largeur de la trempoire , & en même tems les coins ou cQUÜinets par lefquels on affujétit les. barres dans, les mortaif&s»
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- Les barres de ces clefs font équarries de Cix pouces fur les quatre faces, & quelquefois de lïx fur huit.
- 175. Lorsqu’on a chargé la cuve, ou que l’herbe y eft embarquée* on couche par-delfus & félon la longueur de la cuve , des paliifades ou planches I, fig. 4 , pl* D s de palmifte tout près les unes des autres, & fur leur travers deux ou trois chevrons H. Les traverfes ou chevrons qui appuient fur ces paliifades, font des pièces de bois équarries de flx pouce9 fur les quatre faces ; on les aflujétît en cet état par le moyen des- coins ou étançons pofés entr’elles & les barres des clefs.
- 176. La partie des poteaux ou clefs cachée en terre, doit avoir environ un pied & demi de diamètre; celle qui eft dehors & qui furpaife la cuve d’un pied & demi, doit avoir dix à douze pouces d’équarriifage, afin de fupporter le travail & l’ouverture des mortaifes qui doivent être proportionnées aux barres dont nous avons parlé ci-deifus.
- 177. Trois fourches N, fig. 1,pl.II, ou courbes de bois plantées en triangle des deux côtés de la batterie, favoir% deux d’un côté & un au milieu de l’autre bord, fervent de chandeliers ou d’appui au jeu des briquets O M y fig. 1, pi. II, employés à battre & agiter l’eau de cette cuve. Il y a des quartiers où l’on bat avec quatre buquets, & où par confé-quent on met deux fourches d’un côté & deux de l’autre, mais toujours dans une pofition alternative , comme les trois dont nous venons de parler.
- 178- Le buquet eft un inftrument compofé d’un caiffon M 3fig* 1 ,/?/• II* fans fond , uni à un manche O. Ce caillou eft formé de l’alfemblage de quatre morceaux de fortes planches. Il relfemble à une petite crèche, ou à un pétrin de boulanger, dont on aurait levé la couverture & le fond ; ainfi l’ouverture fupérieure eft beaucoup plus large que l’inférieure : mais les deux bouts de ce cailfon font perpendiculaires ou verticaux ; c’eft-à-dire, qu’ils ne s’éva-fent point du tout. La longueur du buquet eft de douze à quinze pouces ; fa largeur fupérieure de neuf à dix pouces ; l’ouverture inférieure eft de trois à quatre pouces , &faprofondeut de neuf à dix pouces. Au relire,- ces mefures font fort arbitraires. Pour l’emmancher , il faut faire une mortaife droite au milieu d’une des planches qui-forme la longueur, & une autre au milieu de-la longueur de la planche oppofée, mais un peu plus bas que le.milieu ÿ. c’eft-à-dire, qu’il faut approcher cette fécondé mortaife du côté où le briquet' fe ferme. Après quoi on l’ajoute y par la première de ces ouverturesà une' gaule de la grolfeur du bras >qui de cette maniéré le traverfe obliquement de-part en part. O11 arrête enfuite le buquet par une clavette qui traverfe le bout de la gaule ; après quoi on pofe cette gaule entre les branches du chandelier N, fig.'-i, pL II, placé à hauteur d’appui, & on l’y alfujétit au moyen d’une cheville de fer qui traverfe le tout, & lailfe au negre qui en tient le manche-* la liberté de plonger & de relever le buquet,
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- 179. La longueur de la gaule depuis Ton point d’appui fur la fourche qui touche le mur de la batterie, jufqu’au cailfoii, fe réglé fur la mefure du travers entier de la batterie, dont on retranche un pied, afin que le buquçt foic franc dans fon mouvement, & qu’il n’endommage pas la muraille de ce vaif-feau. Il faut que ceux qui battent la cuve avec ces inftrumens , s’accordent exactement à donner leur coup enfemble , fans quoi l’eau rejaillit déplus de> quatre pieds au-delfus du balîîn,
- 180. On fe fertauliî de deux elpeces de moulins pour battre l’indigo ; les uns fe meuvent par i’eau , & les autres par des chevaux. Dans les uns comme dans les autres ,tout le mouvement fe rapporte à un arbre couché fur le travers de la batterie, lequel étant terminé à chaque bout par un aifiieu de fer, roule fur des collets de même matière, pôles furies deux côtés de la batterie , & que cet arbre eft garni de quatre cuillers- alfez longues pour que leur cailfon fe remplilfe d’eau en tournant. Ces caillons font alors fermés par le bas , & ils doivent fe féparer de leur manche quand on le juge à propos ; parce que fi le moulin eft fait pour battre plufieurs cuves, il eft inutile de lailfer ces pièces attachées aux arbres qui ne font rien. Quelques-uns, pour éviter les frais d’un moulin, placent tout Amplement fur Je travers de leur batterie , un arbre garni de palettes , auquel on imprime un mouvement de rotation par le moyen de deux manivelles fixées à fes deux aiffieux. On peut encore confulter, au fujet de ces fortes d’ouvrages, le méchanifme du rouleau des Indiens , fig. 7 ,/?/• III, décrit au chapitre des fabriques de l’Afie , & qui paraît très-bien imaginé.
- i8r. Comme la fécule, en tombant dans le diablotin K, fig- 4, pl. //, eft encore remplie de beaucoup d’eau, on la retire de ce vailfeau pour la mettre à s’égoutter dans des facs d’une bonne toile commune, point trop ferrée.
- 182. Ces facs Z,fig- i-,pl- III, font ordinairement longs d’un pied à un pied & demi, quarrés ou en pointe par le bas, & larges de huit ou neuf pouces en haut. O11 fait tout près de leur ouverture des œillets ou boutonnières , & on y palfe des cordons ou lacets courans, par lefquels on les fuf-pend des deux côtés aux chevilles ou crochets d’un râtelier U, fig- 1,/?/. III, fixé en 11,9%. 1,4 6* 5,/?/. //, aux murs du repofoir. Quand les facs ne rendent plus d’eau, 011 renverfe la fécule, qui eft encore molle comme de la vafe épaiffie, dans des caiifes de bois A, fig- 3 , pl- III s pour l’y faire fécher. Ces caiifes font d’un bois léger, longues de trois pieds, larges d’un pied & demi, & profondes de deux pouces.
- f 183- On expofe ces caiifes A , fur des établis B , fig. %,pl- III, dont une partie eft à couvert fous un bâtiment S » fig- 8 > Z//a appellée la fécherU y l’autre en plein air.
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- If
- 184. Ces établis font comp'ofés de deux files ou rangées de poteaux de bois , plantés en terre jufqu’à hauteur d’appui, fur le fommet defquels on cloue tout du long, des palilfades ou lifteaux depalmifte, dont on ne marque pas les proportions j il fulfit qu’ils foient allez forts pour fupporter les caillés : mais il eft nécelfaire qu’ils foient écartés de deux pieds, pour qu’011 puilfe aifé-ment palfer entr’eux, & que les extrémités des caiflés aient un appui d’environ llx pouces de chaque côté.
- i8ï- On ne peut donner ici les proportions de la fécherie, parce qu’il n’y a aucune réglé fixe au fujet de la grandeur de ce bâtiment, qui relfemble à un hangard ou à une grange, dont le devant d’un bout n’aurait pas de clôture. On fait à l’autre bout de la fécherie , un petit magafin M , fig. 9 , pl. III, pour renfermer l’indigo lorfqu’il eft entièrement fec ; le relie de ce bâtiment fertd’abri à celui qu’011 veut faire fécher lorfqu’il pleut, ou retirer pendant la nuit, comme on le fait toujours.
- CHAPITRE IL
- Des efpeces & différentes qualités de l'indigo, & des accidens auxquels il eft fujet depuis la plantation de fa graine jufqu’à fa récolte.
- 1 %6. L’indigofere, l’anil ou l’indigo, croit naturellement & fans culture dans tous les pays qui fe trouvent delfous ou près de la zone torride. O11 en connaît cinq efpeces dans nos colonies ; favoir,le maron, ou celui de làvane, le mary, le guatimala,le bâtard & le franc.
- 187. Toutes ces efpeces ont entr’elles plulieurs traits de relfemblance , & il faut quelque étude à un nouveau venu , avant de pouvoir en dillinguer la différence au premier coup-d’œil; ainfi fur la defcription delà derniere , on peut fe former une idée générale de toutes les autres.
- 188* L’indigo franc de nos colonies de l’Amérique, eft une plante droite* déliée , garnie de menues branches , qui en s’étendant, forment d’ordinaire une petite touffe. Elle s’élève jufqu’à trois pieds de hauteur & même beaucoup plus , quand elle fe trouve en liberté dans un bon terrein , où fa principale racine, fig. I, pi /, commence toujours par pivoter. Cette racine & les autres qui en proviennent peuvent s’étendre jufqu’à douze à quinze pouces de profondeur> d’ailleurs elles font blanches, ligneufes, rondes, dures & tortueufes. Cette plante qui, avec le tems , devient ligneufe & caf. fante,fe divife quelquefois dès le pied, en petites tiges couvertes d’une écorce grifàtre, entre-mêlée de verd. Ces tiges font rondes,ainfi que leur fouche, qui peut avoir quatre à cinq lignes de diamètre, plus ou moins, fui van t le terrein. L’intérieur en eft blanc 5 les branches fe garniifent de
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- petites côtes, dont chacune porte jufqu’à huit couples de feuilles , terminées par une feule qui en fait l’extrémité. Ses feuilles font ovales, tant foit peu pointues, unies, douces au toucher, & aifezfemblables à celles de la luzerne; mais pour la couleur, la figure, la grandeur & la difpofition des feuilles fur leur côte, aucune plante n’approche plus exactement de l’indigo, que le galega , appelle en français rue de chevre (,i f ) , ou que le trifolium. Le feuillage de l’indigo répand une odeur douce aflez pénétrante, mais peu flatteufe, & qui a quelque léger rapport à celle de la fécule deiTéchée & bien fabriquée. Sa feuille préfente aulli au goût une faveur aifez approchante de celle de fa fécule , entre-mêlée d’une petite amertume piquante , répandue dans tout le relie de la plante. Les branches fe chargent de petites fleurs d’un rouge violet très-clair & d’une odeur légère, mais agréable. Ces fleurs font ailées ou papillonnacées, compofées chacune de cinq pétales. Le pétale fu-périeur eft plus large & plus rond que les autres, & profondément dentelé tout autour; ceux d’en-bas font plus courts & terminés en pointe avec uu piftil au milieu.
- 189- A ces fleurs reflemblantes à peu près à celles de notre genêt, mais bien plus petites, fuccedent des filiques roides & caflantes , rondes, grai-nelées , un peu courbes , d’environ, un pouce de longueur , & d’une ligne & demie de diamètre. Ces cofles renferment cinq ou fix femences ou graines femblables à de petits cylindres d’une ligne de long , luilans , très-durs, & d’un jaune rembruni. Le feuillage de cette efpece foifonne plus en fécule, proportion, gardée, que celui des autres, & le grain qui la conv pofe efl plus gros. Je n’ajouterai point que la marchandife provenant de l’indigo franc , eft néceflairement plus belle que celle de l’indigo bâtard ; car de vieux praticiens foutiennent que la plus brillante qualité, telle que celle du bleu flottant ou du violet, ne dépend point de l’efpece de l’herbe, puifque les deux dont il eft queftion , donnent tantôt le bleu ou le violet, tantôt le gorge de pigeon ou le cuivré, &c. mais feulement de certaines circonftanees plus aifées à foupçonner qu’à définir au jufte , au nombre defquelles on fait concourir la qualité du terrein, la coupe de l’herbe avant fa maturité , l’imperfeclion de la fermentation & du battage ;v quelques-uns y ajoutent la chenille qui ronge l’indigo, & qu’on met avec l’herbe dans la cuve. Il parait cependant que le plus ou moins d’onduofité dans !e feuillage, & la maniéré de fécher fa fécule, doivent beaucoup contribuer à la légéreté & à la beauté de ces matières ; on pourrait même foupçonner que la quantité & la qualité de l’huile qu’on répand dans la batterie , y entrent pour quelque chofe.
- W.
- (?$) Galega offlcinalis ÿ Linn.
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- A R T DE L’INDIGOTIER. r?
- 190. Au refte, l’indigo franc fe fait avec facilité; mais le fuccès de fa plantation eft fort douteux. Sa tige tendre & délicate, effc expofée en nailfant à beaucoup d’accidens : le vent , la pluie, le foleil, tout conlpire à fa défi, trucftion ; la terre même où il croit, femble lui refufer fes fecours; fi elle «ft un peu «fée, il languit fur pied, & ne produit que de faibles tiges, qui périffent dès leur naiifaiice. Une des principales caufes de fa perte dans le premier mois, eft le brûlage; c’eft-à-dire, l’accident auquel il e£t fujet, lorfqu’après un grain de pluie, le foleil vient à darder fubitement fes rayons fur la terre ; il échauffe tellement l’eau qui n’a point affez pénétré, que cette jeune & faible plante, extrêmement fenfible à fes racines , fe couche & fe faune comme de l’herbe échaudée.
- 19 l. Il eff encore attaqué pendant ce teins, par un infeéle qu’on appelle ver brûlant ou colleux. Cet animal, dont la figure eft approchante de. celle d’uue petite chenille, s’attache à fa fommité, & l’enveloppe d’une toile à peu près femblable à celle de l’araignée, qui l’étouffe en la privant, d’une rofée rafraichiifante, & de la liberté de l’air fi néceffaire à la tranfi-piration des végétaux, laquelle fe change , dans cette toile, en vapeurs brûlantes ,,lorfque le foleil vient à donner deflùs.
- 192. A ces accidens, il faut ajouter le fléau général des chenilles. Oit voit quelquefois des eflaims de papillons, les uns blancs & les autres jaunes, voler de quartier en quartier, pour dépofer leurs œufs dans les jardins à indigo ; la chaleur y fait éclorre une quantité innombrable de chenilles , & les fait croître, dans cette abondante nourriture , fi promptement qu’elles dévorent quelquefois en moins de quarante-huit heures des chafles entières d’indigo. La crainte continuelle où l’on eft d’un tel accident, eft prefqu.e toujours accompagnée dêun danger réel caufé par le routeur, autre efpece de chenille plus groflè que les dernieres. Ces animaux s’attachent à ronger l’écorce des fauches & les bourgeons à mefure qu’ils repouflent: ces înlèdes, par un inftind tout particulier, fe cachent fous terre pour -éviter les plus fortes chaleurs du jour , & ils en fortent à la fraîcheur, pour travailler de nouveau le refte dirjour & la nuit fuivante. Ce manege, qui dure quelquefois deux mois de fuite, fait tellement languir & fouffrir les tiges, que plusieurs .périifent fans reffource; après quoi ces infeeftes fe converti flènt en chryfalides pour devenir papillons & habitans de l’air.. Ce malheur eft d’autant plus grand, qu’il arrive toujours dans la plus belle faifon , & lorfque l’indigo rend le plus. Les habitans qui ont des troupeaux de cochons ou de coqs d’Inde , & qui connaiflènt leur goût & leur avidité pour les chenilles, les lâchent alors dans leurs jardins, pour diminuer au moinsde nombre de ces ennemis ; mais la chair des coqs d’Inde £ii contrarie un goût fi défàgréable, qu’il n’cfl pas poflible d’en lèrvir fur Tome VIII. H
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- *8 ART DE L'INDIGOTIER.
- la table tandis qu’ils en font leur principale nourriture , & même quelque tems après.
- 193. Cet expédient, tout utile qu’il puifTe être, n’approcbe cependant pas de celui qu’on emploie auffi avec le plus grand fuccès pour détruire la toile dont le ver brûlant ou le colleux enveloppe la fommité* de l’indigo. Il confifte à faire prendre à chacun des negres un balai de trois pieds de long, compote de branches feuillues, & de leur faire palier ce balai fur la tige des jeunes indigos, dans le tems où le foleil eft dans toute fa force, c’eft-à-dire, entre onze heures & midi, & où la terre eft brûlante, parce que dès que la chenille elb bleifée par la violente fecoulfe de cette opération , elle tombe fur le fol, dont la chaleur la fait mourir en moins de deux heures. Il en eft de même à l’égard des chenilles qui remontent fur les fouches de l’indigo dès qu’on vient de le couper, & qui en rongent toute l’écorce ; mais il faut alors employer des balais plus forts & fans feuillage , qu’on fait palfer fur les fouches à tour de bras.
- 194. Pour que cette manœuvre ait tout fon effet, il faut que de longue-main le terrein foit net & dégarni des mauvaifes herbes. Quant à la toile-du ver brûlant, on la détruit parfaitement en paffant le balai feuillu fur la tige de l’indigo.
- 19$. Le mahoqua eft encore un de fes plus dangereux ennemis; cet animal qui ne fort jamais de delfous terre, eft un gros ver blanc qui devient quelquefois auffi long & auffi gros que le pouce ; fes mâchoires font fi fortes, qu’il coupe & qu’il ronge les racines de l’indigo, ce qui fait qu’il ne tient prefque plus à la terre, & qu’en tirant deflùs 011 l’arrache-aifément. Lorfqu’on reconnaît la caufe de fa langueur & de fon dépérif-fement, on fait fouiller la terre dans léb endroits où le mal eft le plus confidérable, pour découvrir & ramaflèr ces infedes, dont les negres 110 manquent guère de remplir leurs paniers, qu’ils vont vuider enfuite dans quelque marre ou folle plein d’eau.
- 196. L’indigo bâtard attire moins tous ces infedes; mais il eft fujet à fon tour dans la faifon avancée, où les pluies & les chaleurs font fortes, à décharger, c’eft-à-dire, à fe dépouiller aifément de fes feuilles: d’où if réfulte l’obligation de couper beaucoup plus d’herbe pour remplir une cuve, & une perte confidérable pour le propriétaire.
- 197. Si l’on fait réflexion à tant d’accidens qu’il, eft impoffible de prévenir, on ne fera pas furpris que la plupart des quartiers de Saint-Do-, mingue, où le nombre de ces infedes s’eft multiplié plus que par-tout ailleurs, en aient abandonné la culture, qui les a mis la plupart en état d’établir des fucreries, dont les revenus font en effet plus foiides. Les negres même en préfèrent le travail à tout autre, malgré l’affiduité & les
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- veilles continuelles qu’ils font à tour de rôle auprès des moulins & des chaudières à lucre, par rapport aux petits profits qu’ils font furies firops qu’on leur diftribue tous les dimanches , & que les autres negres achètent pour fe régaler en mêlant une certaine quantité avec de l’eau , dont ils font une boiifon à laquelle ils donnent le nom de râpe. Les quartiers de Saint-Domingue où l’on a vu les manufactures les plus florilfantes en ce genre, font Aquin, Nippes, les Arcahaix, le Boucallin, les Vafes, Mir-balais, les Gonaïves & l’Artibonite, où il s’en trouvait d’affez confidé-rables pour occuper cinq à lix cents negres. Le Limbe, Port-Margot, Plaifance & Saint-Louis du Port-de-Paix, font les quartiers de la dépendance du Cap, où il s’en eft fait le plus, bien que ce plus fût peu de chofe en comparaifon des précédentes. Mais la Louifianne commence à en fournir quantité de très-beau : on ne fait ce qui empêche les habitans de Cayenne de s’y adonner avec la même ardeur, le peu d’indigo qui vient de ce pays étant très-eftimé.
- 198. L’indigo bâtard différé de la précédente efpece, fur-tout par la fupériorité de fa grandeur ; il croît par-tout, mais toujours moins haut dans une terre ingrate: fa feuille eft plus longue & plus étroite que celle du franc, moins épaiffe, d’un verd beaucoup plus clair, un peu plus blanc par le deffous ; le revers de cette feuille eft garni d’un poil lubtil, piquo-tant, facile à détacher & très-inquiétant pour les negres qui s’en chargent. Ses filiques plus courbées que celles du franc, font jaunes, & fes graines noires, luifantes comme de la poudre à feu, & ayant, comme celle de toutes les autres efpeces, la forme de petits cylindres. Il croît jufqu’à fix pieds de hauteur, & même beaucoup plus. S’il eft vrai, comme on n’en peut guere douter, que quelques-uns aient réuili à en tirer parti après» qu’il a atteint une extrême grandeur & qu’il a porté fleur & graine, il n’en eft pas moins vrai que c’étoit faute de mieux, & que la rareté comme la difficulté du fuccès , comparées avec les expériences inutilement réitérées par les meilleurs indigotiers , doivent engager à fuivre, autant qu’il eft poffible, l’ufage ordinaire où l’on eft de le couper lorfqu’il approche de trois pieds & qu’il entre en fleur, dont l’odeur fuave eft très-remarquable, & que preffant légèrement une poignée de fon feuillage, il eft affez roide pour fe rompre un peu, & faire un petit bruit comme s’il criait dans * la main. Ces deux dernieres remarques de la fleur & du cri, conviennent également à l’indigo franc comme au bâtard , quelque hauteur qu’ils aient,
- & fervent en général de réglé pour la coupe de l’un & de l’autre. Il y a pourtant des circonftances où il eft néceffaire de l’avancer, & d’autres où il faut la différer. L’indigo ffe trouve dans le premier cas , lorfque la che-' aille. efLen iî exceffive quantité, qu’on appréhende qu’elle ait tout mangé*
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- avant le tems convenable ; mais il rend beaucoup moins, & la marchait-dife qui en provient eft fujette à manquer de liaifon, dont le défaut, fup~ pofé qu’on réuffilfe dans le relie de Ton apprêt, diminue toujours le prix. On fe trouve dans l’autre cas, lorfque par une trop grande abondance de pluie , l’indigo a crîv tout d’un coup, & qu’il y a apparence de beau tems ; parce que huit jours de tems favorable lui donnent du corps & diffipent les difficultés qui pourraient fe préfenter à la fermentation : fans cette précaution, il embarraflerait le plus habile maître. On fe voit même-quelquefois contraint par l’excès des pluies , fur-tout dans la premiers faifon, de jeter toute une coupe, foit parce que fon grain n’ayant point alfez de corps , fe dilfout au buquet, foit parce que ces pluies venant à battre l’indigo dans fon état de maturité, le font décharger ou font tomber toutes fes feuilles , de maniéré qu’il ne relie plus que des balais : alors , pour ne pas occuper inutilement les negres, on fait couper l’herbe fans diffié-ïer, afin de ne pas retarder la coupe fuivante.
- 199. La fabrique de l’indigo bâtard eft un peu plus difficile que celle du franc , & le grain de fa fécule n’efh pas fi gros ; mais on en eft bien dédommagé par les avantages, que celui-ci n’a pas. Premièrement, l’indigo bâtard vient par-tout, & en tout tems j fecondement, fon herbe eft moins fujette-aux infe&es, & elleréfifte plus long-tems à leur attaque j les pluies même ne-fauraient l’endommager que par un excès d’autant moins commun , que les pays fe découvrent & s’habitent de plus en plus. V"olume pour volume d’herbe,-cet indigo rend moins à chaque cuve que le franc, parce que fon feuillage porte fur de grandes Touches qui tiennent beaucoup de place inutile dans la cuve. Mais ce défaut eft compenfé par l’étendue du terrein & la richeffe de ces tiges , dont on coupe & 011 découvre un bon tiers de moins pour remplir une cuve. Le tout bien calculé, on trouvera que l’un revient bien à l’autre j & comme il eft rare qu’il périlfe dans fes commencemens, on en plante toujours fans aucun égard à la difficulté de la fabrique, fur-tout dans les vieux terreins, réfervant les meilleures terres pou# le franc : mais il eft très-délicat fur fon point de maturité, qu’il faut examiner avec foin, & fe bien garder d’en laiffer nouer la graine * car pour lors il eft très-difficile à fairej & fi l’indigotier eft aifea habile pour y parvenir, il rend fi peu , à moins qu’on ne foit dans les plus fortes chaleurs, que la peine paffe le profit. Mais li l’on eft exacft à le couper à propos, on en fait de l’indigo magnifique, lorfqu’on porte tous fes foins tant à la fermentation qu’au battage.
- 200. Cette efpece d’indigo eft très-longue à croître ; creft pourquoi plu-fieurs préfèrent le franc , quand le terrein le permet ; celui-ci en deux mois T quelquefois iix femaines, peut fe couper. Quant au bâtard, il lui faut plus
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- de trois mois ; nonobftant cela on fait quelquefois un mélange de l’un & de l’autre, lorfque l’arrangement des plantations ou des coupes le permet; le rejeton du bâtard ayant cela de commun avec le franc, qu’il poulie fe£ rejetons auffi vite que celui-ci, & que fix lemaines après on les coupe & fonles joint comme Ci les deux efpeces n’en faifaient qu’une. Ce mélange produit un grain ferme & de bonne grolfeur, qui facilite l’indigotier, & lui procure le moyen de conduire la fermentation & le battage du tout à fou plus jufte degré.
- 2or. Les habitans de Saint-Domingue île travaillent que fur l’herbe de •l’indigo franc ou fur celle du bâtard ; & la plupart regardent toutes les autres auxquelles on donne différens noms , comme des plantes dégénérées de l’une & de l’autre de ces deux premières efpeces. Le peu d’attention qu’on donne ordinairement aux choies qu’on regarde comme inutiles, a pu contribuer à cette opinion. Mais M. Monnereau, auteur du parfait Indigotier, qui •s’eft fait une étude du nom & des principales différences de ces plantes incultes, y a remarqué des caraderes particuliers qui l’ont engagé à les Tanger comme il convient, dans des claffes féparées dont nous allons fuivre l’ordre & la diftindion.
- 202. L’indigo , qu’on appelle à Saint-Dimingue guadmalo, eft une efpeco qui a tant de reffemblanee & de rapport au bâtard , qu’il feroit prefqu’im-poiîible de les diftinguer l’un de l’autre , fans fes filiques & fa graine colorée de rouge bruni.
- 203. Le guatimaîo eft très-difficile à faire, & rend beaucoup moins que' le bâtard, ce qui fait qu’il n’eft guere en ufage ; mais comme il croit avec les efpeces dont on veut recueillir la graine , & qu’on ne peut la trier, parce que cela demanderait un tems infini, il s’en trouve toujours de mêlé avec l’autre.
- 204. L’indigo fauvage ou maron, croît dans les favanes & les terreins incultes ou abandonnés ; il reifemble à un petit arbriifeau dont le brin court & touffu eft fort gros , en comparaifon des autres , qui n’ont guere que trois à quatre lignes de diamètre au bas des tiges les mieux nourries, le commun étant beaucoup plus petit;les branches du maron font fouvent adhérentes à fa racine; fes feuilles font plus rondes & plus petites que celles du franc, mais très-minces: on le regarde pour cette raifon comme intraitable ou peu propre à récompenfer l’ouvrier de fon travail. Quelques perfonnes m’ont cependant affuré en avoir tiré de bon indigo. Mais il y a apparence que l’herbe était jeune, & qu’ils n’en avaient pas d’autre pour occuper leurs negres en ce moment.
- 205. L’indigo mary a de la reifemblance au franc par fes feuilles, excepté qu’elles foient moins charnues; il s’en trouve rarement. Quelques»
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- uns affurent qu’il rend beaucoup ; mais on ne peut conftater cette prétention,' puifqu’on ne connaît perfonne qui en fabrique.
- 206. Il y a encore une efpece d’indigo très-différente de toutes les autres , dont les branches s’étendent à plus de fix pieds à la ronde, & dont les codes ont un pied de long & la figure d’une aiguille à emballer; perfonne, Suivant toute apparence, n’en a fait l’épreuve , puifqu’on ne parle point de fa qualité.
- Premier indigo fauvage de la Jamaïque ( a).
- 207. La tige de cette plante eft ligneufe, & couverte d’une écorce liffe, d’un brun noir , s’élevant à quatre pieds de hauteur, & pouffant par les côtés différentes branches garnies d’une quantité prodigieufe de feuilles ailées, placées fur des côtes de quatre pouces de longueur, dont un bout eft dégarni ; le refte de ladite côte porte des feuilles accouplées vis-à-vis l’une de l’autre à un tiers de pouce de diftance, & une feule à l’extrémité. Chaque paire de feuilles a une petite queue d’un huitième de pouce de longueurs la feuille a un pouce de long & un demi-pouce de largeur : elle eft unie & de couleur verte , tirant fur le bleu , fenîblable à celle des feuilles du ffin-foin. De l’aiffelle des feuilles fort une petite tige d’où naît un long épi, autour duquel font placées de très-petites fleurs papillonnacées , partie rouges, partie vertes, d’où naiffent ou pouffent plufieurs gouffes d’environ trois quarts de pouce de long, rondes & de la forme d’une faucille , cour-* bées en-dedans de leur tige & contenant quatre pois & quelquefois plus, d’une forme quadrangulaire , de couleur brune, luifante , & de la groffeur de la tète d’une petite épingle ; il croît fou vent dans les champs & à l’entour de la ville. 11 croît auifi dans les isles Caribes,
- Second indigo fauvage de la Jamaïque ( b ).
- 208. Cette plante a une très-petite racine; fa tige eft dure, ronde & verte , s’élevant à trois pieds de hauteur , ayant quelques branches de chaque eôté de la cime, dont les feuilles font ailées, au nombre de fix pour l’ordinaire ou de trois paires placées vis-à-vis l’une de l’autre , & s’élargiffant à leur extrémité à peu près comme le colutea fcorpioides , C. B. Pin. Leur couleur eft d’un verd bleuâtre, & l’odeur très-défagréable. Les fleurs d’un jaune foncé , font compofées de cinq'pétales , formées la plupart en aile de papillon ; la feuille pendante fur un petit pied. A ces fleurs fuccede une coffc
- (a) Voyages de Hans Sloane à la Ja- vol. II, fecft. 9, page *7.
- Mjaïque, & hiftoire naturelle de ceifc; isle, (b) Ibid. fol. 48 , vol. II, fed. ?ï.
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- angulaire & brune, de deux pouces de longueur, contenant un rang de petites graines rhomboïdales d’un brun luifant.
- 209. Cette plante fore avec abondance après la faifon des pluies, & les terreins de la làvane de Salnt-Iago dz la Véga , qui font argilleux , en font remplis. Elle poufle d’abord deux feuilles féminales telles que le font difte-rens légumes.
- 210. Rochefort (a) raconte qu’il en croît dans nos isles de l’Amérique une efpece qui n’a pas plus de trois pieds de haut, dont la fleur eft blanchâtre & fans odeur, & aufti une autre dont l’efpece eh femblable à celle qu’on trouve dans l’isle de Madagafcar, dont les fleurs font petites , d’un pourpre mêlé de blanc & d’une odeur agréable, laquelle eft vraifemblablementla même que Pilon appelle banghets , dans fou hiftoire de Madagafcar.
- 2ri. Parmi les habitans qui fabriquent de l’indigo, il y en a peu qui s’occupent à faire de la graine, c’eft-à-dire s à planter de l’indigo pour en recueillir la femence. Ces deux efpeces de travaux forment, pour ceux qui s’y appliquent, comme deux états féparés. Mais comme, malgré la différence de leurs pratiques, ils ont un rapport effentiel l’un à l’autre, nous nous croyons obligés de rapporter ici tout ce qui eft capable d’inftruire ceux qui voudraient entreprendre le travail de la graine. Les habitans qui s’adonnent à cette culture , le placent ordinairement dans les mornes 3 les uns récoltent la graine du franc , les autres celle du bâtard 3 quelques-uns font de la graine des deux efpeces , & jamais d’autres. Voici comme on parvient à la récolte du franc : lorfque le terrein eft préparé , les negres À ,fig. 2 , pl. IV, fouillent avec le coin de leur houe tfig. 4 , des trous D , fig. 2, profonds de deux pouces , & diftans l’un de l’autre de huit pouces, dans lefquels on met: quatre ou cinq graines d’indigo qu’on recouvre avec le pied 3 on le iàrcle lorfqu’il a quatre travers de doigt de hauteur, & on réitéré enfuite les far-elaifons autant qu’il eft befoin. Au bout de quatre mois, fa fleur tombe & fait place à fa goufle3 c’eft ainfî qu’on appelle la filique de l’indigo qu’on laifle fur pied jufqu’au tems de fa maturité , c’eft-à-dire , jufqu’à ce qu’elle commence à noircir 3 on coupe alors la plante à deux pouces de terre , & 011 la porte telle qu’elle eft fur une efpece d’aire ou terrein battu & bien balayé, fur lequel on la laiife fécher 3 mais on la retire de deflus l’aire , & on la met à l’abri quand il pleut. Lorfqu’elle eft feche , on la bat avec un gros & long bâton pour en rompre les gouffes & les détacher de la plante. Quand cet ouvrage eft achevé , 011 enleve la plante, & 011 la jette comme inutile : après quoi 011 ramalfe les goulfes & la graine qui en eft déjà féparée , & on eonferve l’un & l’autre en tas F ,j%. 10, pL III, dans des magafins. Lorfqu’ils ont
- (a) Jardin Indien Malabarc, par M. Rhede , tome 1, page ioi à fui vanté?.
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- fini leur récolté & qu’ils en veulent vendre , ils la font piler dans un mor* tier de bois C , fig. 11, pl. III. Ce mortier eft fait d’un gros rouleau de bois creufé par un bout de la profondeur de deux pieds 5 fon entrée a un pied de diamètre , & elle va toujours en diminuant jufqu’à fon fond , ce qui-repré-. fente en creux la figure d’un pain de fucre renverfé. Le manche ou pilon D, fig. 12, pl. III, eft un morceau de bois dur de quatre pieds & demi de longueur, & de la groifeur d’environ deux pouces & demi de diamètre, arrondis par en-bas. Lorfqu’on a rempli de goulfes le pilon, on met à l’entour deux ou trois negres Y,, fig. 13 , pl. III,avec chacun un manche tel qu’on vient de le décrire, & ils la pilent jufqu’à ce que la graine foit féparée de fa gouffe ; après quoi ils la vannent-, la nettaient & la mettent enfuite dans des barriques défoncées par un bout. Cette graine fe vend par barrils aux habitans indigotiers. Ces barrils font les mêmes que ceux dans lefquels on met la farine qu’on envoie de France en Amérique..
- 212. Les fouches de l’indigo pouffent après la coupe, de nouveaux jets qui produifent comme les préçédens, & dont on ramaffe la graine comme ci-deffus.
- 213. L’indigo franc, coupé de cette façon, peut réfifter environ deux ans5 mais comme il périt toujours quantité de fouches à chaque coupe, on remet l’année fuivante de la graine dans les endroits dégarnis.
- 214. La plantation & les farclaifons de l’indigo bâtard fe font de la même maniéré que celles du précédent ; mais fa graine fe ramaffe tout différemment, parce qu’elle 11e mûrit jamais tout à la fois, les baffes branches fleuriffant & donnant leurs gouffes bien plus tôt que celles d’en-haut. Lorfque ces gouffes mûriffent, elles font d’un rouge noir, ou d’un vercl noir , ainfi que celles du franc. Si onia laiffait trop long-tems fur la branche, elle noircirait tout-à-fait; & cet excès de maturité endurciffant trop la graine, la rendrait plus difficile à lever. Lorfqu’on s’apperçoit aux remarques ci-deffus, qu’elle eft bonne à prendre , on fait porter des paniers aux negres fur le fieu où ils doivent la ramaffer. Lorfqu’ils y font rendus, ils fuivent les pieds d’indigo l’un après l’autre, & ils en détachent les gouffes qui font mûres, à pleines mains; car elles viennent par paquets ou floccons de diftance en diftance le long des branches : ils apportent à midi & le foir leurs paniers qui en font remplis. On expofe cette graine au fioleil fur des draps de toile, jufqu’à ce qu’elle foit bien feche ; après quoi on en pile les gouffes ainfi que celles du franc; on la vanne enfuite, 8c 011 la ferre dans des barriques défoncées par un bout. Âuffi-tôt que la cueillette générale des baffes branches eft finie , on travaille à celle des branches fupérieures & de la cime , qui fe fait comme la précédente. Cette fécondé cueillette eft à peine terminée > qu’on en recommence une nouvelle fur ies
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- premières branches, où il Te reproduit bien vite d’autre graine qui a mûri dans cet intervalle , & ainfi de fuite.
- 21 S- Mais comme l’indigo bâtard végété beaucoup , & qu’il croit jufqu’à douze pieds de haut dans les bons terrains, ce qui rend la cueillette de fa graine extrêmement difficile , & que la vieillelfe de fa tige pourrait nuire à ion rapport, on a foin de la couper tous les ans à quatre ou cinq pouces de terre, afin que fa fouche donne des rejetons qui produifent la même quantité de graine , dont on fait la récolte plus aifément. Cette herbe fe fouticnt ainfi plulieurs années. * •
- 2i<5. La graine de l’indigo franc & celle du bâtard, ont exactement la même figure cylindrique, c’eft-à-dire, ronde fur fa longueur & plate par les deux bouts. La couleur du franc elt d’un jaune rembruni, tirant un peu fur îe verd , quelquefois fur le blanc quand elle n’eft pas bien mûre.
- 217. La couleur de la graine du batard elt noire lorfqu’elle eft bien mûre, & ce noir tire un peu fur le verd lorfqu’elle l’elt moins. La graine du franc eft toujours 1111 peu plus grolfe que celle du bâtard.
- 2ig. L’indigo qui vient dans les montagnes, de même que celui qui croit dans les plaines, eft fujet à être endommagé par une multitude d’in-feétes , ainfi que nous l’avons fait voir dans le commencement de ce chapitre, délais comme nous n’avons rien dit du tort que la punaife fait à fa graine , nXus allons en parler ici. Le corps de cet infecte quia plufteurs pieds, eft gros-comme le bout du petit doigt. Il eft de figure ovale depuis la tète juf-qu’auderrière, & un peu applati par-deifus & par-defîous. IIy a des efpeces qui font brunes & d’autres noires j mais la plus nombreufe eft verte ,& toutes font extrêmement puantes; quand elles font groffies & vieilles, elles volent par bonds de vingt ou trente pieds &plus. Cet infeéte n’exerce fa malignité que fur-la graine de l’indigo dans le tems qu’elle n’eft que formée & encore en lai/; elle fait un petit trou à la gouffe , par lequel elle en fuce toute la fubftance ; cela n’empêche pas cette gouife de relier attachée par fa queue à la branche, fans pour ainfi dire changer de couleur, & fans paraître beaucoup différente de celles qui n’ont point été fucées. Mais lorfqu’on vient à la cueillir, on ne trouve plus rien dedans. Il fe rencontre des années où ces animaux fe multiplient fi prodigieufement, qu’011 ne ramafle que peu ou point de graine. Lorfqu’on craint un pareil événement, on envoie les negres à la place, c’eft-à-dire , fur le lieu de la plantation , où ils les écrafent fans cérémonie entre les doigts. Il eft cependant un autre moyen pour les détruire: c’eft de mettre un troupeau de pintades dans la place, & de les faire garder par des négrillons & négrittes , dans le tems que la graine eft en lait,’& même jufqu’à ce qu’elle foit cueillie; car, quoiqu’elle foit mûre, elles .ne laiifent pas que d’y faire encore beaucoup de dommage. Les Tome FUI. I
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- pintades en font très-avides & fort adroites à les attraper , même dans leurs bonds, en partant après elles de plein vol & d’un trait à l’inftant qu’elles les apperçoivent.
- CHAPITRE III.
- Du terrein, de la culture & de la coupe de IHndigo.
- 219. Le lieu le plus favorable à la plantation de l’indigo eft une terre neuve, parce qu’elle eft ordinairement remplie de fels propres à la végétation , que les infe&es qui lui font plus de tort, ne s’y font point encore établis , & que les mauvaifes herbes, pendant près de deux ans, y font peu de progrès. Il arrive cependant quelquefois que le feu qui a palfé fur certains terreins nouvellement défrichés, qu’on appelle dégras (parce qu’on a l’habitude de briller en ces pays tout le bois de haute-futaye & autres fur le lieu même où 011 l’a abattu & les cendres qui en proviennent en trop grande abondance , forment un obftacle considérable à la végétation , ce qui fait que l’indigo 11’y vient pas auili épais ni auffi beau qu’on devrait s’y attendre ; mais il ne faut point s’en étonner, parce qu’011 eft amplement dédommagé de ce retard par la fuite.
- 220. Quoiqu’il fe trouve d’excellens fonds de terre rouge & blanchâtre, il faut cependant convenir qu’on préféré en général à toutes les autres celles qui font noires , légères, en coftieres ou en pente douce , parce que cette polition les préferve du féjour des pluies très-nuilibîes à cette plante,qui fe flétrit, jaunit & meurt lorfqu’elle fe trouve fur un fonds de terre plat, où l’eau croupit ; c’eft pourquoi l’on doit avoir attention, quand on eft dans ce cas, d’élever le milieu des carreaux qui font fujets à cet inconvénient, & de pratiquer de petites rigoles tout autour, qui s’écoulent dans une plus grande , & celle-ci dans un folié. En prenant ces précautions, 011 peut tirer bon parti des terreins bas & plats ; mais ils ont toujours cela d’incommode , qu'il faut attendre que la faifon des fortes-pluies, qui caufe fouvent des débordemens , fait palfée avant de planter j car une inondation capable de couvrir l’indigo pendant cinq ou fix heures, fuffit pour le faire périr, par le limon qu’elle dépofe fur fes feuilles. D’ailleurs la trop grande humidité & la chaleur font pourrir la graine ou végéter avec elle une quantité prodigieufe de mauvaifes herbes qui étouffent la jeune plante, fans qu’on puiife y porter les fecours, des farclaifons , qui font impraticables dans un terrein trop mou.
- 221. La délicateffe de cette plante exige en outre toujours beaucoup de propreté & de ménagement ; c’eft pourquoi on débarraffe, autant qu’il eft poffible , le terrein qu’on lui deftine, de toutes les pierres qui pourraient
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- la gêner, & de toutes les mauvaifes herbes, comme les deux efpeces de mai-nommées, grande & petite, le pourpier fauvage, dont les feuilles ont en ce pays la vertu reproductive ou végétative ( 16 ); le chiendent ,Y'herbe k h al ai ( ij)& celle à bled , Y herbe à calalou , le pied de poule, & autres qui aife&ent finguliérement fa compagnie. On rencontre aulli fouvent dans les terreins à indigo , d’excellentes truffles blanches , remarquables par quantité de petits filamens blancs étendus en rond & adhérens à la fuperficie de la terre dont elles font couvertes. Cette plante profite cependant très-bien dans des terreins remplis de petite rocaille blanche, qu’on appelle roche a chaux, parce que cette terre eft ordinairement très-légere & pleine des fels fertiles de cette roche qui y entretient la fraîcheur. Mais en général on tâche de nettoyer & d’unir même les terreins défe&ueux autant qu’il eft pollible; cette grâce contribue toujours à l’avaiicemeiit de la plante & au foulagement de ceux qui la cultivent. Comme l’indigo n’acquiert toute fa grandeur & fa qualité qu’à l’aide des pluies douces & des grandes chaleurs, l’air tempéré , les quartiers pluvieux, les terreins trop frais & ombragés lui conviennent peu. Ainfi la'méthode de le planter entre les jeunes cafés lui eft très-préjudiciable. On 11e peut le cultiver long-tems fur les hauteurs, à moins qu’il ne s’y trouve des platons , parce que les pluies dégradent la terre meuble de la fuperficie, qui eft toujours la meilleure, laquelle étant emportée, ne préfente plus qu’un fol aride & rempli de pierres» 222. Les habitans dont les terreins font fujets à fe relfentir des pluies que la fraîcheur de l’automne amene, & qui 11e veulent pas rifquer leur graine en cette faifon, commencent à planter leur indigo à la fin de décembre, & peuvent continuer jufqu’au mois de mai. Cette derniere plantation eft même la plus favorable, n’étant pas fi fujette au brûlage 3 mais comme la faifon eft trop avancée dans ce dernier tems , elle ne produit que deux ou trois coupes : après quoi l’arriere-faifou arrivant, la plupart des fouches meurent d’épuifement 3 mais on coupe jufqu’à cinq fois celui qui eft planté dès le commencement de novembre. L’ufage veut qu’on dife planter, & non pas femer; en effet, au lieu de jeter la graine à l’aventure, ou la répand avec mefure dans chaque trou D, fig. 2 ,pL IV, fait exprès avec la houe : mais auparavant il faut arracher avec cet infiniment les. vieilles fouches 3 après quoi on les raifemble avec le rabot ou un rateau
- ( 16 ) Cette propriété ne faurait convenir ail pourpier. Il faut que l’on donne ce nom à quelqu’autre plante.
- (17) Malva ulmifolia femint rojlrato, Tourn. lnftit. XCVI. Les noms que fau-
- teur donne ici à ces plantes étrangères, font particuliers à la province où ils font en ufage; enforte qu’on ne peut pas en découvrir le véritable fens.
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- fans dents, fig. %,pl.lV, & on y met le feu. On retravaille enfuite à fond tout ce terrein avec la houe, qui doit y entrer d’un demi-pied.
- 223. La houe, fig. 4, pi. IV, eft un infiniment à peu près femblable à celui dont les maçons fe fervent pour gâcher leur mortier, à l’exception que le fer en eft plus large. Quelques-uns prétendent que la pelle ou beche eft d’un uiage bien fupérieur à la houe ; d’autres s’eftiment heureux d’avoir pu accoutumer leurs negres a travailler la terre avec la charrue. Il eft de fait que la beauté de l’herbe dépend en grande partie de la profondeur de la fouille des terres ; on doit cependant avertir qu’une plantation faite dans une terre trop ameublie par le laboureur ou par le rapport des terres dépofées par les pluies dans les bas-fonds, eft fujette à plulieurs inconvéniens ; car il eft certain que fi les negres n’aiguifent pas bien les couteaux, fig. 7 ,pl* IV, dont ils fe fervent pour couper l’indigo, ils en arracheront une grande partie , ou lui cauferont un ébranlement mortel: d’ailleurs cette vigueur des tiges, remarquable par leur grandeur & leur groifeur, en caufe quelquefois la perte totale, après une première coupe très-avamageufe, foit parce que les fibres de leur fouche ont acquis une trop grande folidité ligneufe, foit que l’ardeur du foleil en furprenne les racines accoutumées à un ombrage continuel , foit enfin que la végétation épuifée par un fi grand effort, fe refufe à une nouvelle réproducftion.
- 224. Au furplus, nous n’époufons aucun fyftême particulier au fujet de l’emploi de ces divers inftrumens, étant évident qu’on ne peut, fans la plus groffiere ignorance , aifujettir à une même façon tant de terres différentes ; il eft cependant confiant que la houe eft celui dont l’uiage eft fe plus univerfel.
- 225. Outre cette première façon dont nous venons de parler, il eft encore indifpenfable de donner enfuite à ce terrein trois ou quatre far-claifons préparatoires , fi l’on veut le mettre en état de recevoir la graine aux premières pluies convenables. Si le terrein eft déjà un peu ufé ou maigre de fa nature, on répand defliis dès le premier labour, de l’ancien fumier d’indigo ou autres engrais ; les avantages qu’on en retire dédommagent amplement de cette pratique , qui 11’eft pas auffi ufitée qu’elle devrait l’etre.
- 226. On vient de dire qu’il faut arracher les vieilles fouches, quoiqu’on n’ignore pas qu’il pourrait en réfifter une partie jufqu’à la fin do l’année fuivante. On parle ici de l’indigo bâtard; car l’indigo franc périt alfez communément au bout de l’année. Mais il y en a peu qui aient recours à cette relfource , qui exige alors un recourage de graine pour remplacer les fouches qui font mortes ; auiïi préfere-t-on généralement la méthode de replanter tout à neuf, ^our cet effet, on fépare d’avance le
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- terrein par divifions ; on partage enfuite d’un bout à l’autre, les quartiers renfermés entre ces divilions , pour former fur toute leur longueur des carreaux ou des planches de 13 à 14 pieds de large, auxquelles oh donne aufli le nom de chajjh. Lorfqu’on eit fur le point d’en faire la fouille , les negres A, fig. 2, pL IV, fe rangent fur une même ligne à la tète du terrein tiré de tous côtés au cordeau j & marchant à reculons, ils font de petites folfes D , fig. 2 ^ pl IV, avec le coin du fer de leur inftrument, disantes de 5 à 6 pouces en tous fens , de la profondeur d’environ deux pouces , & en ligne droite, s’il eft poifible , au point d’où ils font partis ; mais les negres d’un attelier font rarement capables d’obfer-ver cette régularité Ci propre à faciliter le farclage. A mefure que les negres font des trous, les négrefles B , fig. 2, pi IV, qui tiennent un coui ou côté de calebalfe C, fig. 9 , pL IV, plein de graines, y en laiflent tomber cinq à fixi & crainte d’erreur, les recouvrent tout de fuite en palfant le pied par-delfus, ce qui lailfe moins d’incertitude que lorfqu’on les fait recouvrir par d’autres avec le rabot, dont l’expédition eft, à la vérité, plus prompte j niais de quelque façon qu’on le pratique, il faut toujours avoir attention de faire palfer environ un pouce de terre par-deifus la, graine. Cinq ou fix graines fuffifent pour l’indigo franc, & trois à quatre pour le bâtard. Quand la terre eft bonne, la diftance des trous , leur profondeur & la quantité des graines qu’on y met, varient d’un quartier & fouvenü d’une habitation à l’autre.
- 227. Certains habitans, pour économifer leur graine & prévenir la négligence des negres fur ce point , la font mêler avec de la cendre ou du fable fini ce dernier eft le plus commode pour les négreifes , qui les dit-tinguent & en féparent mieux le nombre qu’elles jugent à propos de répandre. On emploie ordinairement la moitié des negres à fouiller les trous , & l’autre moitié à planter la graine.
- 228- On ne peut fe difpenfer en ce lieu de parler d’un inftrument ufité en certains quartiers pour aligner & pour accélérer la plantation. Cet inf-trument eft un rateau A , /g. 10, 11 & 12 rpl > armé de 9 à 11 dents de fer R , fig. 11 , pl. IV, droites , écartées l’une de l’autre de quatre pouces : l’avant-tram de ce rateau eft compofé de deux branches JL, fig.. 12, pl. IV, écartées d’un pied & demi, dont les extrémités traverfent une barre F , fur laquelle on applique trois negres-' Q, fig* 1 , pl. IV1 l’arriere train de ce rateau préfente deux manches H, féparés, entre lefquels fe place un quatrième negre I, fig. 1,. pL IV, qui dirige la marche de cet inR trument.
- 229. Lorsqu’on a préparé & uni le terrein, en rompant les mottes & en battant la terre > ce qui s’exécute^ très-bien avec un bâton, on aligne
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- les divifions & on fait tirer le rateau fur un côté du travers de toutes les planches qui font renfermées entre ces divifions. Ce premier tirage forme neuf petits filions K, fig* i , pi IV, profonds de deux travers de doigt. Quand le rateau efl au bout de ce côté de la piece de terre, on le retourne & on en pofe la première dent dans le petit filîon dont il eft le plus près : on continue de labourer ainfi toute la piece qui, par ce moyen, efl bientôt fouillée & expédiée avec peu de nègres. S’il était pof-fible d’établir fur ce rateau le méchanifme de quelqu’un des femoirs inventés par diiférens auteurs célébrés, on pourrait dire qu’il ne manquerait rien à la perfection de cet inftrument, & à l’expédition de ce travail.
- 230. La plantation de ces filions fe fait aufii fort promptement & exactement. Chaque négreffe L, fig- 1 , pi IV, fe met en face des rayons qu’elle doit enfemencer , qui font au nombre de cinq ou fix; & en baiffant un peu la main devant le fond de chacun des filions , elle y répand deux ou trois graines en peloton : elle continue ainfi en avançant le corps & la main de quatre en quatre pouces. Les négreffes qui font à fes côtés en font autant, & la piece efl plantée de cette maniéré très-vite & très-exadement. Pour couvrir enfuite la graine, on fait paffer déifias le ter-rein un balai extrêmement rude, dont les branches font écartées & égales par leur extrémité. Le manche de ce balai doit être très-long, afin que les negres lui faflent parcourir un grand efpace, & ne fe baiffent pas beaucoup. Au refie , dans les quartiers où l’on obferve à peu près ce que nous venons de dire , on ne fait paffer ce balai qu’affez légèrement fur la fuperficie du terrein , parce qu’ils font perfuadés qu’une ligne de terre fur la graine de l’indigo efl fuffifante; plufieurs même fe difpenfent de cet ouvrage, qu’ils regardent comme fait par la marche & le mouvement dest négrelfes qui ont paffé delTus la graine en la plantant. Ceux qui ont l’avantage de pouvoir arrofer leurs terres, s’en difpenfent encore plus volontiers , parce que les inondations artificielles qu’on leur procure fuffifent pour enfevelir la graine autant qu’ils le défirent. La maniéré d’arrofer les terres fera le fujet d’un autre article.
- 231. Le tems efl très-précieux dans nos colonies , & fur-tout celui où la pluie invite à planter l’indigo: c’efl pourquoi, on prépare & on diligente ce travail afin d’en profiter > car la terre étant une fois feche , il faut ceffer de planter.
- 232. On efl cependant quelquefois obligé de planter àr fec, c’efl-à-dire, dans une grande féchereffe, afin d’avancer la plantation , un grain de pluie ou deux de fuite n’étant pas fuffifans pour planter un vafle terrein ; mais on 11e rifque cette façon de planter, qu’aux approches d’un tems où vrai-femblablement on aura de la pluie. On fait donc des trous dans cette terre
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- feche pour recevoir la graine qu’on y plante, & qu’on recouvre fur-le-champ : c’eft une grande avance pour i’habitant, lorfque le fuccès répond à fon attente. Il voit lever cette graine tout à la fois, pendant qu’il a le tems d’en planter d’autre par l’occafion du même grain de pluie: mais fi au contraire le tems perfifte au feo, plus ou moins, il court rifque de perdre toute fa graine, qui s’échauffe ou fe durcit par l’extrême chaleur> il pâlie même fouvent de faux grains de pluie dans cette faifon,qui, ne •faifant qu’effleurer la terre , font fortir & pourrir le germe de la graine, qui n’a pas la force d’en foulever la fuperficie : ce qui caufe une perte d’autant plus grande à l’habitant, qu’elle comprend le tems perdu des efclaves, un retard confidérable à fes revenus, & enfin le prix de la graine, qui eft un objet intéreffant, fuivant la quantité qu’il en a planté, & l’en-chériirement de cette denrée , lorfque ces contre-tems font généraux.
- 233. Quand l’indigo franc eft planté à propos, le troifieme jour après la pluie on le voit lever; mais la graine bâtarde eft quelquefois plus de huit jours avant de pouffer , tantôt plus tôt, tantôt plus tard , fuivant fon degré de maturité, & par cette raifon , jamais tout à la fois : à chaque grain de pluie il en fort de terre ; il n’eft pas même rare d’en voir lever -d’une année à l’autre , quand elle eft trop mûre ; aufli a-t-on foin de prévenir cet excès de maturité, en cueillant la gouffe lorfqu’elle commence à fécher. Cette herbe ufe beaucoup la terre , & par conféquent demande à être feule ; ainfi il ne faut pas s’endormir fur les farclaifons. On lui donne cette première façon quinze jours ou trois femaines après qu’elle eft for-tie de terre, & enfuite les autres de quinze jours en quinze jours.
- 234. Comme les negres n’obfervent pas toujours une grande fymmétrie en fouillant les trous pour planter l’indigo, ils marchent fouvent deifus, lorfqu’il eft queftion de le nétoyer; mais quand le terrein eft dégarni de pierres, cela ne lui fait aucun tort, & la jeune plante fe releve tout de fuite.
- 23y. Ces farclaifons fe font, quand le cas l’exige, à la main, & plus communément avec la gratte, fig. 14 6* if ^pl.IV. C’eft un petit infiniment de fer, dont chaque extrémité s’élargit de deux ou trois doigts en forme de patte d’oie, & dont un bout eft courbé en tour d’équerre. On fe fert quelquefois d’un morceau de cercle de fer courbé tout fimplement, ou du bout de la ferpe, fig. 16, pl. IV* On a foin de ramaffer dans des paniers & de faire jeter à chaque fois hors des entourages & fous le vent, toutes les mauvaifes herbes qu’on arrache, étant bien perfuadé que les racines & les feuilles même qui ont relié , ou les graines que les grands vents répandent, fécondées par les abondantes rofées & la chaleur, fourniront fous peu matière à une femblable récolte : ce qui eft
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- caufe que certains habitans pouffent la propreté & l’exaélitude jufqu’à faire balayer leur terrein à chaque fàrclaifon , afin d’enlever jufqu’aux moindres brins d’herbe, dont la plupart ont, comme nous l’avons expofé ci-deffùs, la vertu reproductive.
- 236“. Cet ouvrage li fréquent eft très-pénible pour les negres , qui font obligés d’avoir toujours la tète baiflee , pour vaquer à ce travail, qui fe continue jufqu’à ce que l’indigo foit en état de couvrir la terre de fon ombre. Lorfqu’il eft parvenu à fon point de maturité , on le coupe à un bon pouce de terre avec de grands couteaux courbes, en façon de faucille, à l’exception qu’ils n’ont point de dents, Voy. jig. 7, pL. IV. Mais dans les fonds de terre excellens, où l’indigo bâtard croît quelquefois jufqu’à fix pieds auparavant la maturité'de fon herbe, la fouche en elt li grofle & fi forte, qu’on eft obligé de la couper avec la ferpe , jig. 16, pi IV. On fe fert enfuite du couteau pour en abattre fur le lieu les menues branches, qu’on réferve pour en charger la cuve, & on jette le refte , qui ne peut qu’embarraffer. Tous ces détails 11’alongent cependant pas beaucoup l’opération, parce que tous ces travaux fe font avec une grande acftivité.
- 237. L’indigo étant coupé, l’ufage eft de fe fervir en quelques habitations, de balandras pour emporter la petite comme la grande herbe; ces balandras font des morceaux de ferpilliere ou groffe toile , de la longueur d’une aune & de la même largeur, afin qu’ils foient quarrés, aux coins defquels on met des liens : chaque balandra ainfi rempli fait la charge d’un negre. On fe contente fur d’autres habitations d’en faire fim-plement des paquets qu’on attache avec l’indigo même ou avec des cordes ; puis on délie cette herbe dans la cuve, où 011 la répand également fans y laitier de vuide. On obfèrvera ici que l’indigo a une fi grande dik pofition à fermenter, que pour peu qu’011 le laide lié en paquets, il s’échauffe & devient tout brûlant. Auffî en prévient-on les fuites, qui feraient très-préjudiciables à la fabrique , en faifant porter fans différer ces paquets par les negres; mais dans les grandes habitations où les indigo-teries font fou vent fort éloignées du lieu où l’on a coupé l’herbe , & où l’on fait quelquefois 4 ou 500 paquets à la fois, dont le tranfport ferait auffî long que pénible , on charge ces paquets fur des cabrouets à mulets. Chaque cabrouet doit voiturer 50 paquets, qui font la charge ou le rem-pliffage d’une cuve. L’ufage de ces grandes habitations eft d’embarquer leur herbe vers le foir & au commencement de la nuit, afin de mieux juger à la clarté du jour qui fuit, du degré de la fermentation , & du tems où il convient de couler les cuves. Au refte , 011 doit aifément concevoir qu’il ne conviendrait pas de remettre l’embarquement de tant d’herbe à la nuit, fi l’on 11’avait en même tems la commodité de pouvoir
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- remplir enfuite tout d’un coup les cuves avec l’eau de quelque rivière voiline, de la maniéré qui va être expliquée, après que nous aurons ex-pofé ce qu’il efi néceifaire de faire ptour en retenir les eaux , les difiri-biier &. les employer à l’arrofage de l’indigo.
- 23g. L’époque de la retenue des rivières pour arrofer l’indigo , n’eft pas fort ancienne à Saint-Domingue. Le préjudice & la défolation qu’une extrême féchereife ne caufe que trop fouvent à une plantation , ayant engagé , il y a environ quarante ans, un habitant des Arcahaix , voilin d’une riviere, à en détourner un filet fur une partie de fon terrein , plantée en indigo ; le fuccès de fa tentative engagea plusieurs riverains à l’imiter , & la riviere fut bientôt à fec. Les plus éloignés, qui en furent privés, s’étant plaints de cette appropriation, on convoqua une alfemblée générale des habitans , où l’on drelfa des réglemens pour réformer cet abus, & pour établir un ordre confiant au fujet de la prife de ces eaux, dont l’ufige devint bientôt général.
- 239. Nous allons donner le précis le plus fuccinél qu’il nous fera pof-iible de ces réglemens, des travaux qüi y ont rapport, & de la conduite qu’on doit obferveL* dans l’arrofage de l’indigo.
- Précis des réglemens enrégijlrés au confeil fupérieur du Port - au - Prince , pour fervir de loix touchant la dijlribution de l'eau des rivières.
- 240. Les rivières d’un même quartier feront partagées entre tous les habitans , proportionnellement à la quantité de leurs terres arrofables ; pour cet elfet on confiruira fur chaque riviere une tige avec un bafiin , autour duquel on formera les éclufes d’où partiront les canaux qui fe rendront à des bafiins particuliers, où l’on fera la répartition des eaux conformément aux réglés ci-delfus.
- 241. On établira un arpenteur hydraulique juré pour régler les ouvertures de ces diiférens baffins , & veiller aux rétablilfemens de leurs bornes, lorfqu’elles feront endommagées.
- 242. L’arpenteur fera préfent lorfqu’on pofera les pierres des ouvertures de ces baffins, & les grifons qui doivent fe trouver dans les baffins de diftribution, pour que l’eau fe partage de tous côtés avec égalité.
- 243. L’habitation fupérieure fera obligée de donner un paifage convenable à l’eau de fes inférieures, qui 11e feront tenues de lui payer que la valeur de la terre qu’elle traverfe, fans avoir égard au dommage que ce canal peut lui caufer.
- 244. Le propriétaire de l’habitation fupérieure 11e pourra difpofer en
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- aucune maniéré de l’eau de Ton inférieur , ni y conduire aucun égout capable de la gâter , fous peine de punition corporelle.
- 24ï. Tous les habitans qui tireront leur eau d’une même riviere feront obligés d’envoyer une certaine quantité de negres proportionnée à leur prilè d’eau, pour en nettyoer le lit, les balfins & les canaux généraux. Mais les baffins & canaux particuliers feront entretenus fuivant les mêmes proportions par les feuls negres de ceux qui font aflîgnés pour y prendre-leur eau.
- 246. Chaque habitant entretiendra à fes dépens les canaux qui font pour le fervice unique de fon habitation; mais il ne fera point tenu du foin des autres, auxquels il fera obligé de livrer palfage pour l’utilité de fes inférieurs.
- 247. Les habitans des quartiers de Saint-Domingue qui participent aux ouvrages dont on vient de parler , ont foin d’établir un gardien tout auprès du baihn à éclufe, auquel on donne 2500 ou 3000 livres (a) d’appoin* tement par an, avec une maifon, un magalîn, & une ou deux cafés à negres, trois ou quatre efclaves & cinq ou lix carreaux de terre de cent pas quarrés de trois pieds & demi le pas; le tout acheté à frais communs des alfociés à la même riviere , fuivant les proportions ci-deifus. Le devoir de ce gardien eft de tenir les éclufes ouvertes dans les beaux tems, & de les fermer lorfqu’il tombe des pluies d’avalaife dans les hauteurs du quartier & les environs de la riviere , afin de l’empêcher alors d’enfiler les canaux & les habitations , où elle ne manquerait pas de caufer des dommages infinis , dont il eft refponfable.
- 248- Il eft pareillement obligé de prévenir les habitans du dégât de ces inondations & autres préjudices faits au batardeau & aux autres ouvrages qui en dépendent, afin qu’ils les faifent réparer ou nettoyer fuivant le befoin. Nous allons maintenant parler de la difpofition & de la faqon de tous ces ouvrages.
- 249. A la tète de la digue, eft le courfier qui conduit l’eau de la ri-viere au baflîn, dont la hauteur des bords fe réglé fur la quantité d’eau qu’on veut retenir pour le fervice des habitations : ce baflîn a ordinairement trois éclufes, à l’entrée defquelles on pratique des couliffes pour recevoir les pelles qu’011 leve dans les beaux tems, & qu’on abanTe lorfqu’il pleut d’ava-lalfade. Deux de ces éclufes font deftinées au palfage des eaux qui vont fe rendre à des balfins, où l’on en fait la diftribution convenable à chaque habitation. Ces deux éclufes font placées aux deux côtés du baflîn 5 la troi-
- ( a) 3000 litres, dans nos isles de l’Amérique , ne font que 2000 livres argent de France.
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- fieme eft droite au milieu de la digue, & la fépare en deux parties, depuis ie haut jufqu’au niveau du fond du baffin. Cette éclufe, dont la largeur eft ordinairement d’environ deux pieds, ne s’ouvre que lorfqu’on veut nettoyer le baffin ou les deux autres éclufes.
- 250. Les maffifs de la digue des éclufes «St du courfier doivent être faits de groffes pierres dures convenablement à l’ouvrage. Le fond du baffin eft: pavé de fémblables pierres taillées, «St bien de niveau jufqu’à la moitié du courfier. Les bords du baffin , du courfier, de la digue & des éclufes , doivent être revetus d’une forte maçonnerie, couverte par de larges pierres, arrêtées par des liens de fer pour réfifter à l’effort du courant le plus violent.
- 25 r. Chaque éclufe des côtés, plus étroite en-dedans qu’en-dehors, doit lè décharger dans un canal féparé , qui va fe rendre par un courfier particulier, au baffin qu’on appelle de dijlrïbuùon, parce que c’eft à ce baffin que fe fait la répartition des eaux. Le contour de ce baffin eft rond * & le fond plat, & parfaitement de niveau : toutes ces parties font maçonnées, comme celles du premier dont nous avons parlé ci-deifus ; mais les différentes ouvertures qu’on y fait pour la diftribution des eaux n’ont point de pelles, parce que dans le tems des grandes pluies on doit fermer celles du badin à éclufe , tandis qu’on leve celle qui eft au milieu de la digue.
- 252. On plante vers l’entrée de chaque baffin de diftribution , trois gri-lons debout en forme de trépied, contre lefquels vient frapper l’eau qui arrive direiftement fur eux. Ces grifons font des pierres de taille quarrées, qui fervent à ralentir le cours de l’eau & à la faire s’étendre avec égalité vers les ouvertures de diftribution, auxquelles on donne moins de' largeur du côté du baffin de diftribution , que du côté des canaux particuliers qui vont la porter à chaque habitation.
- 2f3. Comme une petite quantité ou un filet d’eau peut être aifément ab-forbé en parcourant un terrein d’une étendue confidérable pour fe rendre à fa deftination, les habitans les plus éloignés du baffin de diftribution, en tirent par une même éclufe toute leur eau en commun, & ils Pamenent par un canal commun, jufqu’à un autre baffin de convenance, ou la fub-divifion s’en fait par les mêmes moyens que dans le précédent, & fuivant les mêmes réglés.
- 2^4. Lorsqu’on veut arrofer un terrein, on amene l’eau dans la rigole qui eft à côté du carreau qu’on a deifein d’humecfter ; on enleve enfuite d’un coup de houe la terre du rebord du carreau à l’endroit où l’on fuppofe que commence l’arrofage, & l’on met cette terre dans la rigole , vis-à-vis & au-deffous de l’ouverture qu’on vient de faire : ce qui forme un petit batardeau qui oblige l’eau de s’élever & de fe répandre fur le carreau qui doit avoir une pente infenfible. C’eft pourquoi on a foin de barrer l’eau qui coule fur
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- ]e carreau , de diftance en diftance , avec de longues torques faites de feuilles de banannier entortillées, afin que l’eau s’étende également fur tout le travers de la planche, & qu’elle ait le tems de féjourner fuccdïivement fur toutes les parties d’une étendue d’environ cent pieds de long plus ou moins; après quoi on débouche la rigole pour amener l’eau à cent pieds plus bas , où l’on recommence la même manœuvre que ci-delTus , obfervant toujours de conduire & d’arrêter l’eau avec la même douceur, par rapport à la pente des carreaux : car fi l’eau courait trop vite, elle brouillerait la terre, emporterait la graine qà & là, & formerait un limon qui l’empêcherait de pénétrer à la profondeur néceflaire. Cette profondeur doit être au moins d’un pied , parce que fi la terre ne fe trouvait imbibée que de deux ou trois travers de doigt, la graine qu’elle renfermerait ferait précifément dans le cas d’un faux grain de pluie qui ne manquerait pas d’en faire périr le germe : car on ne lui donne point de nouvelle eau jufqu’à ce qu’elle foit levée & fardée.
- 25 ç. Le premier arrofage doit fe faire vers le milieu de l’après-midi, afin que l’eau ait le tems de pénétrer la terre avant que le foleil donne delfus; mais quand l’indigo eft levé , on ne fe gène pas fur cet article ( 18 )•
- 21)6. Dans les quartiers dont nous venons de parler , où l’on a de l’eau à fon commandement, on pratique encore deux chofes fort elfentielles : l’une à l’égard de la plantation des vieux terreins abandonnés & empoifonnés de mauvaifes herbes, & l’autre à l’égard du ménagement des tiges d’un indigo ravagé par la chenille.
- 2^7* Pour parvenir à nettoyer parfaitement un terrein empoifonné, on fouille, on farcie , & on dreife la terre pour la difpofer à un arrofage complet qu’on lui donne incontinent après ce travail. On voit bientôt après , cette terre toute couverte d’herbes. Mais on les lailfe croître alfez pour pouvoir les arracher aifément avec la main ; ce qui eft facile quand la terre a été ainft préparée. On renouvelle une fécondé fois tous ces ouvrages, depuis le premier jufqu’au dernier , pour achever de nettoyer le terrein.
- ( 18 ) Les planches ont treize à quatorze pieds de large , fur cent vingt à deux cents pas de longueur; elles font féparées par des rigoles dont les bords s’élèvent un peu au deifus du niveau du terrein. A l’extrémité fupérieure de toutes ces planches , eft une petite rigole dans laquelle on met l’eau quand on veut commencer à les arrofer ; puis on continue par un de leurs côtés ; à l’autre extrémité inférieure des planches, eft une autre rigole plus grande que celle
- d’en-haut, parce qu’elle reçoit le fuperflia de l’arrofage & des pluies. Au-deffous de cette rigole inférieure , on doit toujours laiffer un petit chemin, pour la commodité du palfage , & afin de n’être pas obligé de marcher fur l’indigo. 0n fait ce chemin plus large fur les grandes habitations, où l’on charge les paquets d’herbe, pour les indigoteries, fur des çabrouets, qwe nous appelions en France charrettes»
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- 2^8-Enfin, on réitéré ces travaux pour la troilïeme fois, avec la différence qu’on plante l’indigo à celle-ci avant l’arrofage. O11 le farde quelque tenis après, c’elt-à-dire, Jorfqu’il a environ un pouce & demi de hauteur; car s’il était trop petit, on courrait rifque de le confondre & de l’arracher avec les herbes qu’on veut extirper.
- 259. Apkes les farclaifons convenables , un des principaux objets de l’attention des indigotiers elt la chenille. Iis tachent d’en prévenir le ravage , en coupant autant qu’ils peuvent, l’indigo avant qu’elle y ait fait trop de dégât. Mais lorfque, malgré toute leur vigilance & leur adivité, la chenille a fait trop de progrès , ils lui abandonnent le relie de la plante , qui n’a bientôt plus que la forme d’un balai; apres quoi ces infectes meurent faute de nourriture & d’abri.
- 260. Quand les chofes font en cet état, on 11e coupe point les tiges , comme on le fait ailleurs en pareil cas, pour avoir un rejeton propre à la cuve au bout de lix femaincs ; mais 011 les conferve en faifant venir l’eau fur le terrein, & on lui donne un ou deux arrofiges, fuppofé qu’il 11e vienne point de pluie. La plante reprend vigueur, & réponde un nouveau feuillage qui la rend bonne à couper au bout de quinze jours; ce qui fait une grande différence. Mais après la coupe de l’herbe, on doit bien ib garder d arrofer les fouches avant qu’elles aient boutonné ; car 11 on le faifait plus tôt, elles périraient infailliblement. On ne court cependant aucun rifque de les arrofer au bout de dix jours. Lorfqu’on deffouche un terrein dont les grandes rigoles fe trouvent trop minées parle cours des eaux, on comble celle-ci, & on en refouille de nouvelles à côté , avant de replanter la piece. La profondeur & la largeur des grandes & des petits rigoles fe règlent fur la quantité de l’eau qu’on a.
- 261. Comme il eft très-avantageux d’amener un filet d’eau vers les in-digoteries , afin de couvrir l’hérbe dont on remplit la trempoire , on a attention de les placer en un lieu propre à recevoir cette eau par-delfus les cuves, & d’en foutenir le" cours & le niveau par un petit aqueduc qui va fe rendre jufqu’à la trempoire; s’il y a plufieurs de ces vaiifeaux côte à côte, on fait une dalle en malfone tout du long d’un côté, fur le rebord même des indigoteries. Cette dalle doit avoir vis-à-vis le milieu de chaque vaitfeau , une ouverture ou daîleau qui s’ouvre & fe bouche fuivant que l’on veut donner l’eau à l’une ou à l’autre de ces cuves.
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- CHAPITRE IV.
- Préparatifs & defcription générale de la manipulation de l'indigo.
- 262. Les eaux influent beaucoup fur la fabrique de l’indigo ; celles des rivières & des ravines Glaires font les plus propres à pénétrer & à diifoudre la plante, lorfqu’elles ne font point trop froides, ni crues ; c’eft pourquoi on doit préférer celles-ci à celles de puits, qui. font fouvent déjà chargées de fels, & ces dernieres aux eaux troubles de rivières , parce que leur limon en fufpend l’a&ivité , & que leur dépôt altéré considérablement la qualité de l’indigo, comme les habitans des bords du Miftiffipi l’ont éprouvé avant qu’ils eulfent pris le parti de faire ralfeoir les eaux limon-neufes de cette riviere, pour l'employer à la fabrique de leur indigo. Il eft néceffaire à cette occasion de remarquer que des eaux gardées trop long-tems dans des réfervoirs , pour avoir l’avantage de remplir une cuve tout d’un coup, & dont quelques-uns fe fervent pour réchauffer celles qu’011 doit bientôt employer, peuvent en fe corrompant par la chaleur du fo-leil, & par les infecftes qui s’y mettent, retarder ou gâter la diffolution qu’on en attend 5 quoique cette méthode foit en elle-même très-utile & très-avantageufe.
- 263. On fe croit encore obligé d’avertir ici que l’indigo fabriqué avec des eaux falines eft d’une dangereufe acquifltion; car, quoiqu’il ait un très-beau coup - d’œil quand il a été long-tems expofé au grand air, les principes falins dont il eft compofé confervent ou attirent une humidité qui fe développe toujours dès qu’il eft renfermé quelque temsj ce qui le rend beaucoup plus pefant qu’un autre lorfqu’on l’achete, & d’une mau-vaife défaite quand on vient à le débarquer des vailfeaux.
- 2^4. Quand l’herbe eft coupée, 011 l’embarque dans la trempoire ou pourriture A , fig. q.,pl.II, & on l’y répand de façon à ne faire aucune inaffe, ni aucun vuide. On couche enfuite par-deffus , & félon la cuve , des paliifades I de palmifte , fur lefquelles on pofe en croix de fortes barres H ; on arrête ces barres par des coins ou de petits étançons paffés entr’elies & les barres G des clefs D , fig. 1, pL IL Si les barres des clefs D font trop libres dans leurs mortaifes , on les gène par quelques coins; mais on a attention de ne point trop comprimer l’herbe, afin de ne pas s’oppofer aux bons effets de la dilatation & du développement que la fermentation doit occafionner.
- 26^. Lorsque ces préparatifs font achevés, on remplit la cuve, juf. qu’à flx pouces du bord, avec l’eau de quelques puits, fig. 2, pl. //, ou ravine voifine, au moyen d’une gouttière ou d’un canal qui communique
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- de l’an à l’autre. Peu après qu’on a verfé l’eau qui furmonte l’indigo de trois à quatre pouces , il s’élève du fond de la cuve , avec un certain bouillonnement, de grolfes bulles d’air, & une liqueur qui, en retombant, forme des bouclettes & répand à la fuperficie une petite teinture verte, qui par degrés change l’eau en un verd extrêmement vif: lorfque le verd eft à fon plus haut degré , la furface de la cuve fe couvre d’un cuivrage fuperbe, lequel à fon tour eft effacé par une crème d’un violet très-foncé , quoique la nralfe entière de l’eau relie toujours verte. La cuve ayant alors le- degré de chaleur qui lui eft propre, jette par-tout de gros floccons d’écume en forme de pyramides. Cette écume eft tellement fpi-ritueufe, que fi on y met le feu, il fe communique rapidement à toute celle qui fe fuit, & l’indigo fait quelquefois des efforts fi violens, qu’il rompt ou fouleve les barres, & arrache les clefs lorfqu’elles ne font pas bien enfoncées ou affermies dans la terre. Quand la cuve produit de pareils effets , on dit alors qu’elle foudroie.
- 266. Cette fermentation qui dure plus ou moins, fuivant la qualité ou le corps de l’herbe , & fuivant la faifon froide ou chaude , feche ou pluvieufe , en développe tous les fucs & les parties propres à former l’indigo. Lorfqu’on veut juger de la difpofition de tous ces principes à une union prochaine, on fonde la cuve, dont la matière eft pour lors fi épailfe qu’elle eft en état de fupporter un œuf. Cette expérience fe fait au moyen d’une taffe d’argent, fig. 6, pL II, ronde , garnie d’une anfe , femblable à celles des marchands de vin, qu’on remplit de cette eau au tiers ou environ : le dedans de cette talfe doit être bien clair ; car c’efl fur ce fond qu’on doit juger de l’état de la cuve : s’il eft craffeux , il fait paraître l’eau embrouillée & différente de ce qu’elle eft effectivement ; de forte qu’on s’imagine que l’indigo eft trop diifous , tandis qu’il ne P eft pas allez ; & bien qu’on puiife s’en appercevoir enfuite au battage, il en réfulte toujours une perte, quand même on reconnoîtrait cette erreur qui provient cependant d’un rien : c’eft pourquoi l’auteur de la Maijon rujüque de Cayenne, confeille d’employer une taffe de cryftal, comme plus propre à cet examen.
- 267. On obtient l’éclairciffement defiré, par le mouvement de la taffe, dont l’agitation produit à peu près ce que le battage opérerait en pareil cas dans la fécondé cuve; c’eft-à-dire, que fi la matière avait aifez fermenté dans la première cuve pour que fes parties ayant les difnofitions les plus prochaines à l’union , s’y déterminaffent par le battage , il fe forme également dans la taffe , de petites malles ou grains, plus ou moins dit tinéls , fuivant la qualité de l’herbe, & le degré de fon développement dans la fermentation préfente. Quand ce grain, qui n’eft pas plus gros que le
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- moindre grain de moutarde, eft bien formé, il cale ou fe précipite par fon propre poids , au fond de la taffe, & ne laiffe d’ordinaire à l’eau qui le fumage, qu’une couleur claire & dorée , à peu près femblable à de vieille eau-de-vie de Coignac; c’eft ce qu’on remarque, lorfqu’après avoir agité la taire, on la penche tant foit peu, pour laitfer un côté du fond à découvert: on voit non-feulement les effets ci-deffus, mais encore un grain fubtil rouler ou s’éloigner du bord le plus élevé, qu’il doit laiffer net, & l’eau formant vers ce bord un filet bien clair & bien détaché du grain. On continue de tems en tems cette manœuvre, jufqu’à ce que ces indices fe montrent auffi clairement que le permettent les. circonftances ,dont on renvoie le détail eu fon lieu. Mais l’importance de ces indices nous oblige d’avertir qu’il ne fuffit pas de fonder la cuve par en-haut, lorfqu’on veut en avoir une connaiffance exacte ; car l’indigo des mornes ne préfente bien fouvent qu’un faux grain à la fuperficie : d’ailleurs, l’herbe qui eft en-bas entre bien plus tôt en fermentation que celle du deffus qui refte près de deux heures avant d’être couverte: & dans les tems pluvieux, où l’indigo n’a befoin que de dix ou douze heures de fermentation , le haut de la cuve change Ci peu, qu’en vain y chercherait-on un grain qu’elle n’a pas la force d’y développer ou d’y foutenir. Il eft donc du devoir d’un indigotier de fonder également fa cuve par en - bas, au moyen du cornichon, fig. 7, pl. //, qui va prendre de l’eau au fond, ou encore mieux, en lâchant le robinet, afin d’en confronter la différence, & continuer alternativement, jufqu’à ce qu’il lui trouve les qualités requifes. Lorfque la taffe offre à peu près le grain & l’eau qu’on peut attendre de la qualité de l’indigo, il eft de la prudence de ne pas expofer les principes de ce grain à une plus longue fermentation , qui les ferait tomber dans une diffolution dont le battage ne pourrait les relever : ce qui entraîne < rait la perte de cette cuve. C’eft pourquoi il convient de faifir ce moment , pour couler la cuve & en retirer toute l’eau qui tombe, chargée d’un verd foncé , dans la batterie. Quoiqu’il importe peu en apparence aux indigotiers de favoir que la couleur verte eft le réfultat de la combinaifon du jaune & du bleu, il n’eft cependant pas moins vrai que tout leur travail a un rapport direcft & effentiel à la connaiffance de cette loi, & qu’elle n’a rien de frivole pour eux; puifque tout leur art ne confifte qu’à développer les principes de ces couleurs, afin d’avoir la facilité de les défunir, & d’éconduire enfuite la partie jaune, en réfervant la bleue, dont l’exade divifion fait toute la perfection du métier. Il ferait à fouhaiter que cette remarque engageât quelqu’un de nos colons, ou quelque amateur des arts établi eu Languedoc, à faire diverfes épreuves fur la maurelle, appelles
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- hdiotropium tricoccum (a), dont on fait le tournefol, & à tâcher delà traiter comme, l’indigo, avec qui elle a beaucoup de rapport par fon produit. Eti effet , lorfque la maurelle eft en fleur, on la broie pour en exprimer le jus qui eft extrêmement verd. On trempe dans ce jus des morceaux de toile où. drapeaux, on les étend au foleil pour les fécher ; on réitéré deux ou trois fois cette manœuvre; après quoi on expofe ces chiffons ou drapeaux à la vapeur des alkalis volatils de furiiie putrihée, ou d’un fumier chaud , qui de verds les rend tout bleus. Ces drapeaux fortement chargés de cette couleur fe vendent aux Hollandais , qui ont le fecret d’en faire fextradion, & d’en compofer de petites maifes qu’ils nous revendent fous le nom de bleu de Hollande. Cette préparation pourrait faire préfumer que la fermentation développe beaucoup d’efprits alkalins dans l’indigo. L’odeur nauféabonde approchante du foie de foufre que fa fécule exhale pendant le cours de fa préparation , & qui fe ranime encore lorfqu’on fait refluer l’indigo après qu’il eft fec ; la pouftiere ou fleur blanche dont il fe couvre de plus eu plus en féchant, femblent indiquer encore plus l’abondance des alkalis que renferme cette matière.
- 2f>8- On peut auffi préfumer que les alkalis fervent de bafe à la partie jaune de l’extrait, & qu’ils concourent avec les acides aux dilférens développe-mens de la fermentation; mais nous nous arrêtons ici, crainte de pouffer trop loin des conjectures hafardées. Au refte, ce que nous venons de dire au fujet des efîais que nous propofons à l’égard du tournefol, nous le difons de meme à l’égard de la plante du paftel, dont on fe fert fouvent en France pour teindre en bleu.
- 269. Cette plante fe cultive en Languedoc, & principalement aux environs d’Alby {b)y elle fe travaille ainfi. On cueille fes feuilles, on les met eit
- (à) Cette plante eft aufTi nommée tour, nefol gallorum dans les mémoires de l’académie , année 1712, page 17 O9).
- (j 9) C’eft le croton tinBorium , Linn. M Gleditfch , dans fon catalogue des plantes médicinales, l’appelle en allemand Lacmufs-Kraut. Il réuftit mal en plein air.
- (6) M. de Juffieu , de l’académie des fciences, vient de me dire qu’un membre de la même académie avait tenté inutilement de tirer une fécule du paftel (20), & qu’un autre favant n’avait pas mieux réufll à l’égard de la maurelle
- (20) M, Schreber cite fur ce fujet le mémoire couronné de M. Kulenkatnp , inféré
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- dans le huitième volume de la Colletfiotj. economique de cet illuftre écrivain. On a auffi un mémoire de 1YI. Marggraf, qui raf-femble des obfervations fur un infeCte qui fe trouve dans les feuilles du paftel. Voyez Marggrafs chymifche Schriften, tome 11, p. 180. On trouvera la traduction de ces deux pièces à la fin de ce traité. Si l’on fuit la méthode de M. Kulenkatnp , le paftel donne affez de fécules. M. Schreber en a vu qui reflemblent parfaitement aù meilleur indigo. Mais ce qu’il importe d’examiner encore, c’eft de favoir fi l’on retirerait fes frais, en entreprenant de traiter cette affaire en grand. Peut-être y
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- tas Tons un hangard, pour qu’elles fe flétrilfent fans être expofêes à la pluie ni au foleil; on porte ces feuilles au moulin, où on les réduit en pâte que l’on pétrit avec les pieds & avec les mains ; on en fait des piles dont on unit bien la furface, la battant afin qu’elle ne s’évente pas. La fuperficie de ces tas fe feche, il s’y forme une croûte, & au bout de quinze jours on ouvre ces petits monceaux, on les broie de nouveau avec les mains , & l’on mêle dedans la croûte qui s’etait formée à la fuperficie ; on met enfuite cette pâte ainfi broyée en petites pelottes; c’eft là le paftel de Languedoc (21).
- 270. Pour revenir à notre fujet, l’apprêt que reçoit l’extrait dans le vaif. feau de la batterie, conlilte dans la violente agitation & le bouleverfement qu’occafionne la chute des buquets : parce mouvement, toutes les parties propres à la compofition de la fécule fe rencontrent, s’accrochent & fe concentrent en forme de petites maifes, plus ou moins groifes, fuivant les diiférens états de l’herbe, de la fermentation & du battage. Ces petites malles font ce qu’on appelle le grain.
- 271. Par ce bouleverfement, l’eau qui paraiffait d’abord verte devient infenfiblemenc d’un bleu extrêmement foncé. Pendant le cours de ce travail, on jette à différentes reprifes un peu d’huile de poilfon, ou une poignée de graine dzpalma Chrijli écrafée , qui eft fort huileufe , dans la batterie, pour dilliper l’écume épailfe qui s’élève fous le coup des buquets, dont elle empêche l’effet. La grolfeur, la couleur & le départ plus ou moins prompt de cette écume fervent, avec les indices tirés de la taife , à faire juger de la qualité de l’herbe, de l’excès ou du défaut de fermentation, & à régler le battage.
- 272. Lorsque le grain tarde à fe préfenter fous une forme convenable, on l’excite parla continuation de ce travail, qu’on gouverne toujours à l’aide des indices ci-deifus, jufqu’à ce qu’011 en foit fatisfait. Quand il eft fur fou gros , on examine la diminution que le battage doit nécelfairement lui occa-fionner, c’eft ce qu’on appelle le rafinage ; parce moyen il s’arrondit & fe concentre de maniéré à caler & à rouler parfaitement au fond de la talfe. Lorfqu’it eft à ce point, on celfe le battage 5 l’eau qui tient en diifolution la partie jaune & les autres principes fuperflus, fe fépare quelque tems après de la fécule & s’éclaircit peu à peu en la fubmergeant tout-à-fait. Deux ou trois heures fuffifent au repos de la cuve, quand rien ne lui manque i mais
- a.t»il encore d’autres plantes, d’où l’on des Jciences de Petersbourg, ann. 1747, pourrait tirer de la couleur bleue; telles p. 57s, pi- '»$•
- font celles que les botaniftes nomment (21) Cette préparation du paftel eft un orobus niger , lotus corniculatus , peijica- peu différente en Allemagne ; M. Schrebeï lia foliis ovatis glabris. Voyez fur cette en donne le détail dans un mémoire publié derniers plante les mstuoira de i’açademie en 1772 5 Hall»
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- û l’on n’eft pas prefle, il vaut mieux la laiflèr tranquille pendant quatre heures , afin que le grain le plus léger ait le tems de fe dépofer qu’il fe trouve moins d’eau mêlée avec le fédiment; après quoi on ouvre le premier robinet F ,fig- f , pL II, feulement pour que l’écoulement n’occafionne aucun trouble dans la cuve ; lorfque toute l’eau qui était à cette portée s’eft écoulée , on lâche le fécond, qui met la fécule étendue fur le fond de la cuve à découvert.
- 273. M. de Reine, ancien habitant de l’Isle de France, que j’ai déjà cité, m’a dit qu’il lailfait repofer la batterie pendant vingt-quatre heures, & que fon indigo était comparable au plus beau des grandes Indes.
- 274. Les eaux fortant de ces deux robinets tombent naturellement dans le baftinot ou diablotin K, fig. S, pL II, lequel étant bientôt rempli, dégorge fur le plan V du repofoir, d’où elles s’écoulent par fon ouverture Q_, qui, fuivant les loix du pays , doit déboucher dans quelque folfe ou marre perdue, parce que cette eau eft capable d’empoifonner les animaux qui boiraient d’une ravine ou d’un ruiifeau avec lefquels on aurait eu l’impru* dence de la mêler. J’ai même obfervé en Europe, que la poulîiere de l’indigo était pernicieufe à la poitrine, occafionnant des crachemens de fang aux gens qu’on employait long-tems au triage de cette denrée. Quand l’eau de ces deux premiers robinets, qui eft d’une couleur ambrée & claire lorfque l’indigo eft bien fabriqué, eft écoulée , on lâche un peu le troifieme, afin fie lailfer palfer d’abord celle qui eft mêlée avec la fécule ; on la repoulfe dès qu’elle fe préfente : on continue ce petit manege jufqu’à ce qu’il n’en vienne prefque plus; après quoi on vuide toute l’eau du baflinot pour y recevoir la fécule. Quelques autres fe fervent alors d’une cheville quarrée à la place de celle qui ferme la troifieme bonde; la fécule s’arrête jufqu’à ce que l’eau fe foit échappée par les ilfues que forme le quarré : 011 la retire enfin, pour que toute la fécule, qui reffemblc en cet état à une vafe fluide d’un bleu prefque noir, tombe dans le balfinot qu’on a eu foin de vuider auparavant, & on fait defcendre un negre dans la batterie, pour achever d’amener avec un balai le refte de la fécule vers la bonde ; on place au-devant de cette troifieme bonde un panier pour intercepter tout ce qui lui eft étranger ; s’il en paflè encore dans le diablotin, on enleve ce qui fumage avec une plume de mer, on retire enfuite la fécule au moyen d’un coui, ou moitié de calebalfe , d’où on la tranfvafe dans des facs de toile rL,fig. t, pi. III, garnis de cordons par lefquels on les fufpend des deux côtés aux crochets du râtelier 11,7%- 1, pi II: on laide l’indigo s’y purger jufqu’au lendemain. Lorfque les facs qui doivent être lavés & féchés à chaque fois qu’on en fait ufage, ne rendent plus d’eau, on en partage le nombre en deux, & 011 fufpend chaque moitié en réunifiant les cordons de chaque lot5
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- ce commun affemblage les prefle & achevé d’en exprimer le refte de Peau; puis on renverfe & on étend la fécule, qui eft encore très-molle, dans des caillés A , fig. 3,4 & 5 , pl. III, fort plates , qu’on expofe pendant le jour au foleil fur des établis B ^ fig. 8 ,/>/• III, dont une partie etf à l’abri de la iècherie S, & l’autre en plein air. C’èft là que l’indigo fe defleche infenfi-blement. Si-tôt que le foleil l’a pénétré , il fe fend comme de la vafe qui aurait quelque confiftance. On doit préférer le foir au matin pour le commencement de cette opération, parce qu’une chaleur trop continuelle furprend cette matière , en fait lever la fuperficie en écailles, & la rend raboteufe : ce qui n’arrive point, lorfqu’après cinq ou fix heures de chaleur, elle a un intervalle de fraîcheur qui donne le tems à toute la malfe de prendre une égale confiftance. On pafle alors la truelle, fig. 2, pl. III, par-deffus, pour en comprimer & rejoindre toutes les parties iàns les bouleverfer, cette manœuvre préjudiciant à la qualité de l’indigo, comme nous l’expliquerons ci-après ; enfin, lorfqu’il a acquis 1111e confiftance convenable , on en polit encore la fuperficie, & on le divife par petits carreaux A, fig. <j, pl. III ? d’un pouce & demi en tous fens : on continue de l’expofer au foleil, non-feulement jufqu’à ce que les carreaux fe détachent fans peine de la caiife, mais encore jufqu’à ce qu’il parailfe entièrement fec. Il n’eft cependant * fuivant les loix, ni livrable , ni marchand , qu’il n’ait reflué ; car fi on l’eru futaillait exactement dans cet état, on ne trouverait au bout de quelque tems , que des fragmens de pâte détériorée & de mauvais débit ; c’eft pourquoi on le met en tas dans quelque barrique recouverte de fon fond défaflèm-blé, ou de torques de feuilles de banannier delféchées , & on l’y laiflè environ trois femaines; pendant ce tems il éprouve une véritable fermentation , il s’échauffe au point de ne pouvoir y fouffrir la main, il rend de greffes gouttes d’eau , il jette une vapeur défagréable, & fe couvre d’une fleur qui reflémble' à une efpece de fine farine : enfin , on le découvre, &fans être expofé davantage à l’air, il fe refleche en moins de cinq ou fix jours. Tous ces effets proviennent vraifemblabîement de l’état de féeherefle & de contraction qu’a éprouvé cette matière , laquelle étant une fois à l’abri , tend naturellement à fe dilater, & donne occnfion à l’air extérieur qui s’y infînue, d’y introduire en même tems l’humidité dont il eft chargé. Cette aefiiou de l’air intérieur , qui tend à fe débander , & de l’air frais extérieur qui s’y infinue avec fon humidité, fe communiquant à toutes les parties de chaque malfe , doit néceffairement occafionner entr’elles un dérangement & un mouvement fuivis d’une chaleur aflez grande pour produire tous les phénomènes de la Termentation, dont nous venons de donner la defeription.
- 2-75. On peut même préfumer que l’indigo, éprouve plus d’une fois cette
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- efpeee de crife, fur-tout quand il pafle la mer , à moins qu’il ne foit embarqué extrêmement fec & bien clos.
- 276. Ce qu’il y a de conftant, & ce que peu de perfonnes obfervent, c’eft que l’indigo pefe beaucoup moins avant d’avoir reflué , que fi-tôt après avoir reçu cette derniere façon.
- 277. Lorsqu’il a pafle par cet état, il eft entièrement conditionné, & il eft important de 11e pas en différer la vente , fi l’on ne veut pas fupporter la diminution , à laquelle il eft fujet les fix premiers mois après cette crife , qu’on peut bien évaluer à un dixième de déchet, & fouvent beaucoup au-delà.
- 278- Quelques habitans le font fécher à l’ombre dès que les carreaux quittent la caiife 5 il eft vrai que c’eft un ouvrage de longue haleine , & qui demande plus de fix femaines avant qu’il foit eu état de refluer :-mais cette façon de le faire fécher lui eft très-favorable ; il femble en acquérir une nouvelle liaifon, & fon luftre fe perfectionne par la diflipation lente de di-verfes fueurs, qui le couvrent dans cet intervalle d’une fleur aufli blanche que la poufliere de la chaux. Il eft conftant que cette méthode n’eft pas fujette au même déchet que l’autre , & qu’elle procure une qualité fupérieure. C’eft pourquoi on ne peut trop inviter les indigotiers à fuivre cette pratique. Ceux dont les établis font couverts d’une quantité confidérable de cailles, ne pourraient cependant guere l’adopter, à moins qu’ils ne vouluflent faire un plancher & des étageres fous le faîtage & tout autour de leur fécherie , pour l’étendre defliis. Cela fait, on le met à refluer, comme nous l’avons dit ci-deflus.
- 279. Il convient de retoucher un mot furie pètriflage de l’indigo. Lorf. qu’il commence à fécher dans les caifles , on s’imagine que cette efpeee d’apprêt lui donne de la liaifon : mais c’eft une erreur; car cette liaifon ne dépend uniquement que du degré de la fermentation & du battage qu’il a éprouvé, & notamment de ce dernier: ce qui eft facile à vérifier par l’indigo d’une cuve qui peche dans l’un & l’autre cas ; il s’écrafe au moindre choc, parce que la façon qui était néceflaire à fa liaifon lui manque 5. & il eft abfurde de croire qu’on lui reftitue ou qu’on perfectionne cette qualité en pétrifiant des parties défe&ueufes : au contraire , il en refaite fouvent une perte ; car fi l’on mêle la fuperficie de la calife avec le deflbus, cette fuperficie ( en fuppofant qu’on ait laifle faire des croûtes J altérée par le foleil, fe trouvant confondue avec le refte de la pâte , forme des veines ternes & ardoifées qui en diminuent beaucoup le prix. Ceux qui regardent de près à leur intérêt, féparent l’indigo dans la caiife le lendemain ou le fur-lendemain , ce qui fait une différence de fix jours fur le terme qu’il faut aux autres pour le fécher ; ils y trouvent encore leur compte, en ce que , plus
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- l’indigo tarde à fécher, plus la force de fon odeur augmente & attire les mouches qui y dépofent leurs œufs : ces œufs fe changent fous moins de deux fois vingt-quatre heures en vers qui s’infinuent dans les crevaifes de l’indigo, dont ils mangent une partie , & altèrent l’autre , en y répandant une humeur vifqueufe qui l’empèche de fécher ; d’où il réfulte une perte réelle , tant à l’égard du poids que de la qualité, & un grand retard, fur-tout dans la faifon pluvieufe , où il convient que les uns & les a'utres entretiennent un feu continuel dans la fécherie, afin que la fumée en écarte tous les infe&es.
- 2go. On éviterait prefque tous ces inconvéniens fi, comme dans certains endroits des grandes Indes, où l’on eft dans l’ufage de le pétrir & de le fécher entièrement à l’ombre , on mettait l’indigo dans des cailfes d’un demi pouce de haut ; & fi, après l’avoir féparé par carreaux , on les mettait dans d’autres cailfes féchées au foleil : cette méthode, à la vérité , exigerait un plus grand nombre de cailfes ; mais comme l’indigo fécherait beaucoup plus vite , les caiffes feraient plus tôt délibérées : ainfi cette augmentation ne ferait pas aufii confidérable qu’on peut d’abord fe l’imaginer; & comme, félon toute apparence , l’indigo d’Afie doit une grande partie de fa belle qualité à l’obfervation exaefte de ces différentes pratiques , on doit en efpérer à peu près un femblable fuccès à l’égard de l’indigo des colonies, en donnant même aux cailfes un pouce de hauteur. Il eft vrai que les marchands, accoutumés à acheter l’indigo de nos colonies en gros carreaux, feront d’abord furpris de la différence du volume de ceux-ci ; mais fi la denrée eft réellement plus belle, ils ne s’arrêteront pas long-tems à la forme.
- 281. Quand on retire l’herbe de la pourriture, la tige & les branches n’en parailfent pas autrement altérées ; mais le feuillage qui y tient à peine, eft fi flafque & fi livide , qu’il eft aifé de difeerner que le fuc des feuilles contribue feul à la formation de la fécule; il eft cependant permis de penfer que le corps & l’écorce de la plante fourniffent quelques fucs propres à la fermentation & à la coloration du jaune. Mais on ne doit pas croire qu’ils foient feuls capables de compofer le grain, puifque lorfque la chenille a rongé toute la verdure, le refte de la plante ne rend plus rien ; ou s’il rend quelque peu de fécule , on doit plutôt le regarder comme le produit de la partie verte de l’extrémité des branches , qui participent de la qualité des feuilles , que comme celui de l’écorce.
- 282. Les habitations où l’on manque d’eau dans les féchereffes extrêmes, tâchent de conferver celle qui doit fe perdre dans la vuidef& on en remet le plus qu’on peut fur la nouvelle herbe, afin d’éviter une partie du tranfport qu’il faut faire pour remplir la cuve. Ces fortes de cas font bien rares; mais on prétend que cet ufage ne préjudicie point à la
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- fabrique de l’indigo. On doit cependant préfumer que l’eau de cette nouvelle cuve fera beaucoup plus foncée que toute autre, & moins propre à une nouvelle dilfolution.
- .283- Le corps de la maçonnerie d’une indigoterie fimple & telle que nous l’avons décrite dans le premier chapitre, peut revenir à 3000 liv. y compris le travail des negres de l’habitation , qu’on peut bien évaluer à près de la moitié ou environ. On ne peut fixer le prix du moulin, delà fécherie & des autres ouvrages qui y font relatifs. Il fuflflt de lavoir que chaque negre de place peut coûter environ 1800 à 2000 liv. le tout argent d’Amérique , qui fe réduit à deux tiers de la valeur numéraire en France.
- 284. Chaque cuve chargée de quarante paquets ou charges d’un noir, lorfqu’on eft dans la belle faifon , peut rendre trente livres d’indigo, qui fe vend à préfent en France , fuivant fa qualité, depuis lix jufqu’à onze livres de notre monnaie. Je parle de l’herbe des habitations lituées dans les plaines ; car celle des mornes donne beaucoup moins, l’air y étant plus tempéré , & par conféquent moins propre à lui donner du corps.
- 28C Ce revenu 11e lailferait pas d’étre confidérable , fi chaque coupe était égale ; mais il y a une grande différence entre leurs produits. La première rend peu, & l’herbe ne fournit pas. La fécondé coupe eft la meilleure 5 la troifieme diminue d’un tiers, la quatrième des trois quarts, & la cinquième fe réduit prefque à rien. Ceci fouffre cependant de grandes exceptions, tant par rapport à l’excellence des terreins qu’à l’influence des tems.
- 286'. 0<N doit encore remarquer que l’indigo bâtard rend fou vent près d’un tiers moins, pour les raifons que nous avons expliquées ci-devant. Ainfi il faut beaucoup rabattre de la première eftîme dont nous venons de parler, fans entrer en compte des accidens de la plantation, dont on eft déjà inftruit.
- 287- Pour achever le détail de cette manufacture, on doit ajouter que deux indigoteries & trente negres travaillant, fuffifent à l’exploitation d’un terrein de quinze carreaux de cent pas quarrés de Saint-Domingue, où la mefure du pas eft de trois pieds & demi de France. On fuppofe ici que le terrein où l’on peut cultiver ces quinze carreaux en indigo eft déjà bien net & pris dans la plaine, où l’exploitation eft beaucoup plus facile que dans les mornes.
- 288- lu faut au refte (avoir que dans nos colonies les bàtimens, les Pavanes où l’on entretient le bétail, les places à vivre pour Iç maître & les efclaves , occupent près d’un quart du. terrein d’une habitation, & qu’il en refte fouvent autant en friche, ou en bois de bout, pour fervir de ref* fource quand la terre où l’on plante l’indigo vient à s’épuifer.
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- 289. Dans les habitations où l’on n’a plus de bois de bout pour rem-r placer les terreins nies, & où l’on eft obligé de faire fervir les vieux défrichés , on a recours à différons artifices pour les relever de cet épuife-ment & pour leur redonner une nouvelle vigueur. Un des principaux eft de répandre fur les carreaux qu’on retravaille, im peu d’ancien fumier d’indigo, qu’on appelle en Amérique fatras-indigo, à ont on a déchargé les cuves. Cet engraisfortant même de la trernpoire, eft excellent & produit toujours un bon effet ; mais fi l’on veut rétablir le fond d’une piece de terre , & la rendre propre à fe fou tenir long-tems fans le fecours des fumiers, il faut y planter du gros-petit mil, ou mil à panache (22), dont la tige & le feuillage relfemblent beaucoup au maïs , mais dont la graine ronde eft quatre ou cinq fois plus grofle que celle du millet de France. On coupe ce mil au bout de fix mois, & on lailie la tige avec tout fou feuillage- à pourrir fur la terre. La Touche repoufîé alors de nouvelles tiges, dont on recueille le grain dans le tems de fa maturité. On coupe enfuite le pied de la plante, & on l’abandonne fur le terrein pour s’y delfécher; & lorfque la grande faifon des plantations s’approche, on y met le feu. On deiTouche enfuite le refte de la plante, qu’011 brûle après avoir fouillé toute la piece avec la houe j on retravaille encore ce terrein autant de fois qu’il eft nécelfaire , jufqu a ce qu’il foit en état de recevoir de nouvelle graine d’indigo , ce qui fait à peu près un intervalle de 15 mois. Lorfqu’un terrein a été ainfi relevé, il produit une très-belle herbe, & il eft en état de réfifter à la culture de l’indigo prefqu’auffi long-tems qu’un bois neuf > car c’eft ainfi qu’on appelle les terreins dont on a abattu les bois depuis peu. Quelques habitans, pour relever un terrein en friche & couvert de gazon, en font lever toute la fuperficie par pièces ou par mottes, dont on forme des tas ou des piles de diftance en diftancej lorf-que ces mottes, qui font un peu écartées les unes des autres, font feches, 011 y met le feu, & on-en répand la cendre fur la terre de ce défriché, qu’elle fertilife pour long-tems. ( 23 ).
- 290. La bonne économie demande, qu’après avoir planté la moitié d’un terrein en indigo , on obferve un intervalle d’un mois ou fix femaines avant
- (22) C’eft probablement holcus, ou milium arondinaceum Bauhini.
- (2U Ce moyen eft plus dangereux que réellement utile. Voyez fur la pratique de brûler les terres , la diflertation de M. le marquis de Turbilly. Voyez aufli von Linné, WeJlgpthLàndifche Reife, page 112 : fécond voyage de JSU le baron, de Harlc-
- man , p. 32 de la traduction allemande. Quelques payfans de Hannovre font mieux que cela : ils mêlent le gazon coupé en mottes avec de bon fumier, & après que le tout a fermenté enfemble , ils le condui-fent fur leurs terres. Voyez Oeconomifchc Nachrichten , part. IV , page 8 J 1.
- d’enfemencer
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- d'enfemencer le1 refte. Cette précaution eft néceiïaire pour parer à l’inconvénient des pluies, qui font io vivent différer la coupe de l’herbe, & pour que fes différeiis âges donnent le moyen de la couper alternativement au point convenable de' la maturité. On profite du relâche que donne cet intervalle, pour vaquer aux premières iàrclaifons & aux autres ouvrages indifpeiifables. C’eff pourquoi on fe fert de ce délai pour faire un bois neuf ou l’abattis des arbres qui couvrent une terre vierge , conftruire des-bâtirnens, planter des vivres (a) & des haies, ou les làrcler, réparer les entourages & les folles, ou pour finir les travaux qu’on ne peut remettre au tems de la coupe , qui donne à peine le moment de farcler, & d’empêcher les mauvaifes herbes de fe multiplier dans l’indigo.
- 291. Les haies fe plantent en citronnier ou en campêche, foit de graine fôit de bouture, à deux, trois ou quatre rangs; & lorsqu’on a de l’eau, à fa difpofition-, on y en fait paffer un filet fuivant la néceftité, ou bien on fait apporter de l’eau exprès dans de grandes caiebaifes pour arrofer -ce plant. On a foin d’entrelacer les jets de ces arbres à mefure qu’ils croiffent, afin qu’ils foient en état de réliller à l’effort des animaux. Quand te corps de la haie eft à la hauteur de quatre pieds , on la taille par-delfus & par les côtés avec un bon couteau à indigo, garni d’un manche , ou bien avec une efpece de coutelas , qu’on appelle manchette ; & quand la haie eft trop forte, avec une ferpe ajuftée à un long manche.
- 292. Comme les haies font la fureté & l’ornement des habitations , on doit ies% tailler tous les trois mois', & veiller tous les jours à leur entretien , en failànt la ronde pour examiner fi les animaux 11’y ont point fait quelque breche.
- 293. A l’égard des places à vivres, on les arrofe comme l’indigo, quand le terrein le permet. On obfervera ici que, fi l’on eft dans l’ufage de dif. tribuer de la terre aux negres, afin d’y faire des vivres pour eux & pour -leurs familles, on doic leur afliguer des quartiers ni trop fecs ni trop humides , ou bien leur donner un terrein dans les hauteurs pour leur nourriture pendant la faifon des pluies, & un autre dans les bas-fonds pour les tems de féchereffe.
- 294. Quant aux jardins potagers, on y creufe un ou plusieurs baflins, où l’on fait venir l’eau dont on fe fert pour arrofer avec des arrofoirs , & on éleve par-deffus les planches qui ont befoin d’abri, des tonnelles, fur lefquelles on met comme un lit de branches de bois noir, ou de feuilles de palmifte.
- 29f. Lorsque le tems de la coupe approche, il convient quel’indigo-
- (a) Terme ufité qui comprend toutes les plantes d’où les negres tirent leurs alimens. Tome VUE M
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- tier fafle une vifite générale des indigoteries & de ce qui en dépend» pour s’alfurer de leur état; s’il n’y a point d’écoulement à craindre-, Toit par les robinets, foit par quelque fente; fi les poteaux des clefs & ceux des buquets font folides. On fait aufii une révifion de 1 échafaud c , fig. 2> pi. II, du puits & de fon chaffis ; un de fes travers gâté, fuffifant pour iaire périr un negre. On vifite'aufii la bringueballe ou bafcule b du feau, & fon fouet ou cordage f; enfin les barres des clefs de chaque indigo-terie, afin de n’ètre pas obligé d’arrêter au milieu de la coupe, & donner par là occafion à de grands dérangemens à la fabrique de l’indigo , par le refroidiifement des cuves & les pluies qui peuvent furvenir ; ces in-convéniens étant caufe qu’on efl: après cela trois ou quatre jours fans retrouver le point de leur jufte fermentation. Un pareil ordre établi, l’indigotier ne s’occupe plus qua couper, embarquer & farder, jufqu’à ce qu’on ait fini la première coupe ; après quoi il vaque aux travaux les plus preifans, dans l’aifurance qu’il ne tardera guere à faire une fécondé coupe qui demande bien plus de vigilance, tant à caufe du ravage de la chenille & des autres infedes , dont le nombre fe multiplie de plus en plus, qu’à caufe du corps de l’herbe, qui exige plus de pourriture, mais qui rend aulfi beaucoup plus que la première.
- <L=.rJ.=T.--=r===g-!Br-.r^.-t ----- —
- LIVRE TROISIEME.
- Théorie pratique de la fabrique de l’indigo.
- Avant-propos.
- 296. C O M M E le terme de pourriture, appliqué à la fabrique de l’indigo»» renferme chez nos colons l’idée de tous les degrés de fermentation par lesquels une cuve de cette herbe peut padèr, & que la pluparc de ceux qui no font point inlfruits de cette convention en Europe, font accoutumés à diftinguer par des noms particuliers les trois ditférens genres de la fermentation, dont l’effet du dernier porte le nom de pourriture x je me fervirai, autant qu’il me fera pofiible, pour éviter toute équivoque, du terme de putréfaction, lorfqo’il s’agira du dernier degré de la fermentation, qui eit connu de tout le monde pour être défavorable à l’indigo ; & j’emploierai celui de défaut ou dçjuflejfe de fermentation, pour exprimer l’état des deux autres, en dérogeant ici à l’ufage des indigotiers.
- 297. On peut voir la raifonde cetavertilfement, & les élémens de cet art» au chapitre Vf du premier J/vre.
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- 298- La fabrique de l’indigo fe divife naturellement en deux parties; favoir , la fermentation & le battage. La fermentation fe manifefte par deux effets principaux. Le premier, porté jufqu’à un certain degré, développe tous ies principes adifs & paiîifs qui doivent contribuer à la formation du grain , & les difpofè à une liaifon qui doit fe perfedionner dans la batterie, où ils acquièrent une confiftance & une forme propre à s’égoutter.
- 299. Le fécond effet de la fermentation , ou fon excès, détruit le reffort des principes adifs, & occafioime la défunion de tous les autres, dont le. battage ne peut plus qu’augmenter la diffblution, & leur mélange avec l’eau , qu’il eit en fuite impollible d’en féparer.
- 300. Ces deux différens effets fe produifent plus tôt ou plus tard, félon les différentes circonftances dont nous parlerons ci-après.
- 301. On a vu des cuves arriver à une fermentation parfaite en fix heures ; mais cela eff très-rare, & c’eft une preuve certaine que l’indigo rendra fort peu. Le terme ordinaire eff de dix, douze, quinze à vingt heures, quelquefois trente, même cinquante, prefque jamais au-delà ; encore ne fe trouve-. t-011 guere dans ces derniers cas, fi ce n’eff lorfqu’on embarque l’herbe dans une cuve neuve , ou dont on a celfé de faire ufage depuis long-tems, & lorfque la circonffance d’un hiver fec & froid qui ralentit la fermentation, ou celle des grandes chaleurs de l’étc, qui rendent l’herbe fufeeptibie d’une longue effervefcence , concourent à cet effet.
- 302. Le battage ou l’agitation delà matière dans la batterie , produit aulff deux effets principaux. Le premier bien ménagé, détermine & perfectionne la liailon des parties & la formation du grain, que la fermentation bien conduite n’a fait qu’ébaucher ou préparer.
- 303. Par cette opération, toutes les parcelles propres à la formation du grain, noyées & difperfées dans cet amas d’eau, fuivant leur pefanteur fpécifique, fe rencontrent, fe joignent & fe pelotonnent en petites maffes plus ou moins grotTes & différemment configurées , félon l’abondance & la qualité des fucs & fuivant la force ou la durée de l’agitation qu’elles éprouvent.
- 304. L’huile de poiffon qu’on répand avec un brin d’herbe, à deux, trois ou quatre reprifes dans la cuve pendant le cours de l’opération, fert à abattre le volume de l’écume qui s’oppofe au coup du buquet. On peut auffi fup-pofer qu’elle contribue à l’union des principes qui n’attendent peut-être que cette addition pour fermer de nouveaux corps, ou qu’elle fert du moins à perfectionner l’unité de chaque maffe , & qu’elle les préferve de l’impreffîon de l’eau : ce qui, joint à leur forme particulière, les diftingue les unes des autres jufques dans leur dépôt, & en facilite le plus parfait écoulement. Je ne tairai cependant pas que dans certains quartiers 011 a totalement fupprimé
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- fufage de l’huile,fans qu’il en aitréfulté aucun inconvénient à l’egard du battage ou de la qualité de l’indigo.
- 305. L’excès du battage produit à peu près le même effet que l’excès de fermentation. Il rompt méchaniquement le reflort &l’union du grain , & il le réduit en fi petites parties, que lors du repos dans la cuve & dans les fàcs, l’eau ne peut trouver aucune iftue pour s’en échapper.
- 306. Ainsi l’on peut établir comme une réglé générale que tout indigo qui ne s’égoutte pas bien , peche par excès de fermentation ou de battage.
- 307. Comme la fermentation & le battage n’ont aucun tems ou terme fixe, on parvient à faifir fuccelfivement le jufte point de l’une & de l’autre, par Pobfervation de la qualité de l’herbe qui influe généralement fur la durée & fur la mefure de ces deux objets, & par l’examen de certains indices connus qui fe préfentent dans le cours de chacune de ces opérations j mais comme ces deux objets ne peuvent fouffrir un plus long détail en commun, nous allons les divifer en deux chapitres, dont l’un regardera la fermentation , & l’autre le battage.
- 308. Pour lever toute obfcurité fur le contenu du-chapitre flfivant, nous obferverons que dans les tems chauds la fermentation fe déclare bien plus promptement que dans les tems froids : d’où il refaite que l’herbe embarquée dans une faifon chaude,exige moins de tems pour parvenir à fon premier degré de pourriture, qu’une herbe embarquée dans une faifon froide ,, & que celle-ci par conféquent doit féjourner plus long-tems dans la cuve que la première, pourvu qu’il n’y ait pas une extrême différence entre le corps de l’une & de l’autre. Car il eft confiant que , fi le froid contribue à la longueur du féjour de l’herbe dans la trempoire, l’affaibliffement dans le corps de l’herbe, occafionné par le froid, abrégé d’un autre côté le tems de fon bouillon j ainfi en s’accordant fur cette diffinction, on peut dire-que l’herbe demande plus de pourriture ou de féjour dans la cuve fi l’hiver eltfec, qu’en été , fuppofant une égale qualité entr’elles , & même dans le. cas 011 l’herbe de l’hiver aurait un peu moins de corps 5. mais il faut auflt convenir que cette diminution de qualité dans la plante, néceffite toujours, une diminution fur le tems de la fermentation réelle , & abrégé d’autant fon féjour dans la cuve.
- 309. Mais la pluie contribue encore plus que le froid à la diminution de-fa qualité , & elle ne tombe pas également par-tout dans les mêmes faifons., Ainfi dans les quartiers de la dépendance du Cap-Français , il pleut par intervalle toute l’année, mais beaucoup plus conftamment dans le tems des nords, ou des vents qui foufflent du côté du nord de l’isle de Saint-Domingue, depuis environ le milieu d’octobre jufques vers le commencement d’avril. Au contraire, dans ceux du Port-au-Prince de la même isle*
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- il ne pleut que pendant le printems , l’été & une partie de l’automne 3 enforte qu’après le huit ou le quinze de novembre on a du fec jufqu’au mois de mars : ce qui fait trois ou quatre mois, pendant lefquels on n’a fouvent que trois ou quatre grains ou pluies d’orage, tandis qu’il pleut pour ainfl dire fans ceffe jour & nuit dans cette même faifon vers la partie du Cap. Il réfulte de ce contrafte une différence confidérable fur la qualité de leur herbe dans ce même tems 3 cette diiférence de qualité & aufli de température , fait qu’on 11e s’accorde point alors fur la maniéré de traiter les cuves , & que la méthode des uns fernble oppofée à celle des autres , quoiqu’au fond tous conviennent des mêmes principes, auxquels je tâcherai de rapporter tout ce que j’ai à dire fur cette matière ; efpérant qu’au moyen de cet aver-tilfement, chacun entendra le lens de mon difcours, & en fera l’application convenable à ces cas, dont la diverfité eft il commune dans la fabrique de l’indigo.
- CHAPITRE PRE IM IER.
- De la fermentation de l'indigo.
- 310. L’art n’indique point, comme nous l’avons dit au fixieme chapitre du.premier livre, de réglé précife fur la durée de la fermentation, parce que ce point dépend de la qualité ou du corps de l’herbe 3 & cette qualité, de la nature du terrein où l’herbe a crû , & de l’altération des faifons , qu’elle a éprouvée tandis qu’elle était fur pied. Nous avons ajouté que le progrès de fon développement dépend encore du tems froid ou chaud, pluvieux ou fec , pendant lequel l’herbe eft à cuver, & du degré de chaleur ou de fraîcheur de l’eau dans laquelle 011 la fait macérer 3 mais comme entre toutes ces circonftances la qualité de l’herbe eft celle qui influe le plus généralement fur la durée de la fermentation & fur la force des indices qui fervent de réglé à l’indigotier pour couler la cuve, & que les caufes dont nous avons parlé peuvent faire varier à l’infini les qualités de l’herbe , nous en choifirons trois principales pour en faire le fujet de trois articles féparés, dans lefquels on trouvera fucceffivement tout ce qui a rapport à ce travail & aux circonE tances capables d’en ralentir ou d’en accélérer l’effet.
- 311. Le premier nous indiquera les raifons pourquoi une herbe qui a éprouvé les inconvéniens de la faifon pluvieufe ou d’un terrein trop humide, exige une courte fermentation, les effets qui l’accompagnent jufques dans fa putréfaction , & les moyens d’en éviter les inconvéniens. Nous joindrons à cet article le détail des caufes qui peuvent déterminer, non pas une plus longue effervefcence > mais un plus long féjour de l’herbe dans la cuve»
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- 312. Dans le fécond, nous fournirons les mêmes éclairciffemens fur la nécelfité d’une plus longue fermentation à 1 egard d’une herbe venue dans les circonltances les plus favorables de l’été , & dans une bonne terre.
- 313* Nous expoferons dans le troifieme , les motifs qui déterminent une fermentation moyenne, lorfqu’il s’agit d’une herbe qui a long-tems fouffert du fec , ou dont 011 a laiffé palier le tems de la coupe; nous y joindrons les inftruétions de convenance, comme aux précédens articles.
- 314. Article I. Tout bon praticien , avant d’ordonner la coupe de fon indigo, doit jeter un coup-d’œil attentif fur fon herbe, fur le terrein où elle a crû, & bien réfléchir fur les accidens qu’elle a éprouvés jufqu’alors , afin de juger du point où il doit en pouffer la fermentation , & enfuite le battage.
- 315. La méthode de ces préemptions eft d’un grand fecours quand on a affez d’expérience pour reétiner & corriger à propos les petites mé-prifes qui peuvent s’y glilfer. Cette révilion, traitée fuivant l’ordre des circonltances & des travaux, nous conduit naturellement à l’examen de la première coupe, & de là à la première cuve. C’eft toujours la plus ern-barraffante, parce que l’éloignement du foleil, les pluies fréquentes de la première faifon , & la trop grande fraîcheur de la terre ayant attendri la plante , & l’ayant remplie de fucs mal digérés , le développement en eft il prompt & l’effervefcence il faible, qu’il eft difficile de connaître & de failir le véritable point où il faut en arrêter la fermentation.
- 316. Les lignes qui accompagnent cette fermentation & fon produit» répondent à la faibleife de leurs principes; elle rend peu d’écume, &.quelquefois il n’en paraît prefque point du tout. La chaleur & le développement des parties font prefque tout concentrés au fond de la cuve. Le grain en eft petit; il change & fe dilTout d’une maniéré imperceptible prefqu’auffi-tôt qu’il eft formé, & il donne une apparence de trouble à l’eau dans laquelle il eft trop divifé.
- 317. Les doutes qu’occafionnent la faibleife & l’obfcurité de ces indices , lors même qu’on en a faili le jufte point, les légères apparences de conformité qu’ils ont avec ceux d’une cuve de bonne herbe qui n’eft pas alfez fermentée ou qui l’eft trop , & les inconvéniens qui réfultent de la confulion qu’on en peut faire, nous obligent d’entrer dans le détail de tous les éclaircilTemens propres à les faire éviter.
- 318- On connaîtra que la cuve dont il eft queftion , eft à fon jufte point de fermentation & dans le meilleur état polfible , fi le grain, tout mal formé qu’il eft, fe fépare aifément après avoir battu la talfe, & fi l’eau devient d’un verd paillé brillant.
- 313* On diftinguera celle-ci d’une cuve de bonne herbe qui n’a pas.
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- aflez fermenté, dont la couleur de l’eau eft quelquefois rouire approchant de la bierre , & prefque toujours d’un verd vif & qui ne lailîe à la fuper-ficie de la ta de aucune erafle. L’indice de l’eau rouife ne doit cependant point être regardé comme une marque infaillible de défaut de fermentation j car il le rencontre des coupes entières dont les eaux font toujours rouifes, quoiqu’elles aient le degré de fermentation convenable. C’eft pourquoi j’ajoute ici trois autres remarques fûres, dont l’indigotier peut faire ufage toutes les fois qu’il aura quelque doute fur l’état de fa cuve. La première eft tirée de l’eau qui rejaillit de la talfe ou de la cuve fur la main, laquelle, dans le cas de putréfaction , ne fait aucune impreffion, ou du moins elle eft fi faible, qu’elle s’efface d’elle - même à mefure qu’elle feche ; mais lorfqu’elle manque de quelques heures de fermentation convenable , elle eft fi âpre que le favon ne faurait en eftacer la tache fans réitérer plusieurs fois fon ufage. La fécondé confite dans l’odeur de la cuve, qui eft défagréable, quand elle eft excédée. La troifieme dépend de l’inl-peeftion de l’eau qui anticipe fur les bords de la cuve, tandis que la fermentation augmente , & dont la retraite lailîe une trace qui annonce que la crife de la fermentation eft palfée.
- 320. Pour tirer avantage de cette trace , il faut auparavant avoir ob-fervé le point où l’eau montait lorfqu’oil a achevé de remplir la cuve , & prendre le moment où le ralentiifement de la fermentation permet de voir la moitié ou les deux tiers de cet intervalle à découvert, pour lâcher la cuve.
- 321. Si, faute d’attention à ces avis, & fur les premières apparences de la conformité du grain d’une herbe de faible qualité bien fermentée, avec celui d’une bonne herbe qui ne l’eft pas aifez , on le détermine à pouffer la fermentation dans l’idée de perfectionner ce grain, la cuve tombera en putréfaction , & on la perdra fans relfource.
- 322. Mais fi une cuve eft tombée dans cet état pendant l’abfence d’un homme expérimenté, il en reconnaîtra aifément l’excès, malgré la conformité & la relfemblance de ce grain embrouillé , à celui dont la fermentation n’efè qu’ébauchée j car le premier ne fe fépare point comme l’autre , & il refte à flot entre deux eaux , dont la couleur eft quelquefois d’un jaune pâle , d’un verd fale & le plus fouvent bleuâtre. Il verra de plus fe former à la fuperficie de la tafle, une fleur qui, en fe réuniifant, préfente un demi-cercle en maniéré d’arc-en-ciel, & aufiî une pellicule ou erafle blanchâtre fur la cuve; ce qui eft une preuve d’excès. Il eft vrai que cette fleur peut également fe préfenter dans la talfe & fur la cuve, quand les fucs de la plante fe trouvent altérés par les pluies continuelles qui font noyée, ou quand l’herbe a trop de maturité, ce qui arrive lorL
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- qu’on en laifle nouer la graine* mais cette fleur ne s’entre-touche pas comme celle d’une cuve dont la putréfaction eft ébauchée.
- 323. On doit inférer de tout ceci, que l’indigotier doit s’attacher par* -ticuliérement à la netteté & à la belle qualité de l’eau, pour gouverner la fermentation de la première cuve, quand elle fe= trouve chargée d’une herbe telle que nous l’avons décrite au commencement de cet article., fans' avoir trop d’égard au petit grain, pourvu qu’il cale bien , & qu’il ait foin d’y conformer le battage qu’il doit lui donner enfuite avec toute la circonfpeélion poifible. Ceft dans la batterie qu’il en verra & corrigera le défaut, fur lequel il jugera du te ms de la fermentation de la cuve d’herbe fuivante & de la qualité du grain qu’il doit en attendre , lequel ira vrai-femblablement en fe perfectionnant.
- 324. Ces iclairciflemens font d’autant plus intéreflans , que bien des gens rifquent de perdre la première cuve pour aflurer le fuccès de la fécondé, qui eft comme la bafe de toute la coupe. Si celle-ci réuflit, le refte ne fera qu’une routine tandis que le tems fe tiendra au beau i car s’il devient pluvieux, ce fera une circonftance déplus pour accélérer la fermentation. Je 11e dois pas omettre, à la fuite des circonftances qui précèdent & occafionnent une plus courte fermentation, le ra vage de la chenille : il efl tout naturel qu’une herbe dépouillée de la moitié de fon feuillage, travaille moins long-tems qu’une autre bien garnie, & qu’une cuve remplie de ces infeCtes tende bientôt à la putréfaction. O11 ne laiflé cependant pas d’en tirer parti en les mettant, autant qu’il eft poflîbîe, deflous l’herbe avec laquelle ils rendent quelquefois de bon indigo.. Mais 011 doit s’attendre, pour peu qu’on tarde à lâcher une cuve de pareille herbe, qu’elle jetera bientôt à fa fuperficie une crafle ou pellicule qui eft l’indice d’un prochain relâchement dans la liaifon du grain ; ainfi il faut en arrêter de bonne heure la fermentation , & prendre garde de ne pas confondre cette pellicule de la tatTe & de la cuve avec celle d’une bonne herbe trop fermentée, ou avec celle d’un indigo coupé en graine, ou d’une autre enfin qui n’a point de corps.
- 32<f. Après avoir expofé les caufes qui déterminent une prompte & infenfible fermentation, ainfi que les moyens d’en éviter l’illufion & les inconvéniens, il efl nécelfaire d’entrer dans le détail d’une circonftance étrangère à l’indigo, qui peut en déranger & reculer confidérablement le point : c’eft des vaiflêaux que j’entends parler.
- 326. La fraîcheur des cuves neuves, & peut-être aufli l’adion de la chaux , «alentiflent confidérablement la fermentation du premier indigo qu’on y met. Son effervefcence ne paraît quelquefois qu’au bout de quarante heures, tandis que la fécondé n’en demandera pas vingt. Les vaifi
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- féaux dont on n’a point fait ufage depuis plusieurs années , produifent à peu près le même effet ; on apperçoit meme toujours quelque différence à cet égard dans les cuves qu’on emploie d’ordinaire, lorlqu’on leur donne quelque repos, particuliérement celui des plantations. Ce retard de fermentation, caufé par les vaiflèaux, mérite d’autant plus d’attention, qu’il fe rencontre fouvent avec la coupe de la première herbe, dont ia p'ompte & infenfible diflolution femble entrer en contradiéiiou avec cette circonf tance. Dans ce cas, il vaut mieux retrancher quelques heures, que d’en donner une de trop , parce que Q l’on perd quelque choie fur la quantité , on elf au moins dédommagé par la qualité qui n’en fouifrira point, s’il ne manque rien au refte de fon apprêt, & s’en tenir au premier grain qui paraîtra capable de foulfrir le buquet, qu’il faut toujours dans ces rencontres ménager avec prudence.
- 327. On doit encore mettre au nombre des circonftances qui retardent le plus ordinairement la fermentation, la fraîcheur dé l’eau dont on remplit les cuves , & celle de l’air pendant le tems qu’elles travaillent. Mais comme nous nous fommes fort étendus fur les eifets de cette dernière caufe , dans l’avertilfement qui précédé ce chapitre , le îeéteur peut y avoir recours. Nous ne l’entretiendrons ici que de la fraîcheur de l’eau, qui dépend en grande partie de celle de l’air. Il eft évident que plus l’eau eft froide, plus la cuve doit tarder à bouillir; c’eft pourquoi la plupart de ceux qui font eu état de faire la dépenfe d’un baflîn pour expofer leur eau au foleil pendant vingt-quatre heures, ne négligent guere d’employer un moyen Ci propre à accélérer le progrès de la fermentation. Cette méthode leur procure deux avantages. Le premier eft de gagner près de deux ou trois heures fur ceux qui 11e rempliflent leur cuve qu’à fur & à me-fure avec des féaux.
- 328- Le fécond eft de retirer plus d’indigo par la fermentation complété de l’herbe, qui fe fait tout à la fois. Mais lorfqu’une cuve a été réchauffée par un ou deux bouillons', & avinée par la force de la matière qui la pénétré, elle rentre dans l’ordre naturel; la fécondé fe fait plus promptement, & ainfi de fuite, jufqu’à*un certain point. C’eft pourquoi l’indigotier doit vifiter cette fécondé cuve de bonne heure, afin de s’y trouver avant qu’elle foit palfée ; car s’il 11e vient qu’après avoir donné au grain le tems de fe dhfoudre, il trouvera en arrivant que celui-ci redemble beaucoup au grain de la cuve précédente, qui n’était réellement pas formé à pareille heure;
- & il tombera dans l’inconvénient dont nous avons parlé ci-deifus, en différant, dans l’efpérance d’un changement favorable. À la fécondé vifite, il fera furpris.de trouver le même grain, s’il 11 y a du pire : dans cette perplexité, il s’aventure à lui donner encore quelques .heures, & il gâte Tome VUL N
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- tout. Ce qui lui fait le plus de tort dans cette occafion, c’eft que s’ap-porcevant enfin de fon erreur, il ne peut pas également connaître depuis quel tems elle eft tombée dans cet excès , ou combien elle a déjà d’heures de trop; ce qui eft d’une grande conféquence pour la troifieme cuve. Un homme qui fait deux fautes de fuite, ne doit point s’entêter davantage , ni rougir de demander l’avis d’un autre ; quand il ferait moins habile , il pourra le remettre fur la voie, parce qu’il y va de feus froid, & qu’il n’a pas l’efprit troublé par deux bévues confécutives. Les vifites doivent fe faire de bonne heure ; mais il ne faut pas les réitérer coup fur coup: car on s’imagine toujours voir la même chofe.. Si donc après la première vilite de la cuve , on préfume qu’elle a encore dix heures à courir, & qu’un y aille les deux premières fois enfuite, de quatre heures en quatre heures , ne doit-on pas favoir à quoi s’en tenir à la troifieme, & ea diftinguer mieux la différence que fi on n’avait mis aucune diftance raifon-nabîe entr’elles ? Si à la derniere fois la cuve fe trouvait par hafard palîée, il n’eft pas difficile de s’en appercevoir aux remarques que nous avons données ci-devant pour ce cas.
- 329. Article IL Suppofons maintenant que l’indigotier travaille fur une ‘-herbe qui a profité des circonftances les plus favorables, beau tems , chaud, petites pluies douces, bonne terre , belle expofition, peu de chenilles, & très-peu d’autres accidens, conféquemment fur une herbe pleine de fubf-tance. Dans cette circonftance , la fermentation devient néceffairement fort longue, parce qu’il faut beaucoup de tems à l’eau pour en pénétrer & en développer toutes les parties, & très - violente par l’abondance des fucs qu’elle met en adion.
- 330. La chaleur de la cuve & l’écume confidérable dont elle eft couverte, la groifeur&la rondeur du grain, font les indices & la preuve de l’abon-' dance & de la force de ces principes & de leur difpofition à une parfaite
- liaifon.
- 331. Lorsque la fermentation a amené le grain à ce point, l’eau en eft nette & d’un clair do-ré, femblable à de belle eau-de-vie de Coignac ; d’autres fois elle eft rouffe , ou d’un verd doré clair ; mais il ne faut pas s’obftiner abfolument à une couleur, fur-tout à la dorée, qtt’on ne trouve guere à la première & à la derniere coupe. Il fuffit que l’eau foit claire & nette , & que le grain s’en détache bien , lorfqu’il cale ou defeend au fond de la taire. Vous noterez que quand l’eau eft de nature à être rouffe, elle prend & con-ferve cette couleur après comme avant le terme de la jufte fermentation ; mais en général elle eft d’un bon préfage : la fécule s’en égoutte bien , parce que la qualité de cette eau eft propre à former un bon grain, & le bon grain une belle marchandife.
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- 332. La fabrique d’un pareil indigo n’offre rien de difficile, & il faut fe bien peu connaître au métier pour manquer une cuve , tandis que les choies relieront au même état ; mais fî le tems change, elles changeront auffî de face. Il ne faut pas s’étonner que trois jours de pluie caufent une différence de deux ou trois heures de moins fur la fermentation: fi au contraire le beau tems continue, la fermentation fera feulement un peu plus longue. On doit être prévenu à ce fujet, que deux ou trois heures de fermentation ne font pas plus d’effet dans les beaux tems, où l’herbe a beaucoup de corps s qu’une heure dans une faifon dérangée , où elle en a fi peu.
- 333. Ce que nous avons dit dans l’article précédent fur les indices & les erreurs d’une fermentation trop faible ou trop forte , relativement à une herbe debo-nne ou faible qualité, ne pouvant caufer qu’une répétition en-nuyeufe, nous y renvoyons le leéteur, & paffons tout de fuite à l’examen d’une herbe qui par elle-même n’exige qu’une fermentation moyenne entre celles des deux premiers articles.
- 334. Article III. L’herbe qui a fouffert long-tems lefec, fur-tout dans des terreins élevés ou fablonneux, manquant de fubftance,ne préfente à la fermentation qu’unfeuillage épuile & flétri. Ces qualités font caufe que l’eau la diifout affez facilement, & que la fermentation en eft moins longue •que la précédente , à moins qu’on ne foit dans un tems froid & fec, auquel cas elle eft toujours , comme nous l’avons dit, beaucoup plus lente.
- 335. Les lignes qui accompagnent cette fermentation font auffi beaucoup moins violens; ces fortes de cuves font fujettes à jeter une craffe; le grain en eft mai formé, & il fe montre comme élongé & en forme de pointe , quoique cette figure ne foit pas une circonftance abfolue. Conféquemment âtout ceci, le produit d’une telle herbe eft très-mince, & il arrive fouvent qu’en prolongeant le tems de fa fermentation, afin d’en tirer ..parti, on approche trop près de la putride; d’où réfulte la diflolution du grain, une fécule qui ne s’égoutte point, & des fucs craffeux, figues ordinaires de putréfaction.
- 336. L’herbe qui eft paflée ou qu’on n’a pas coupée en fon tems, eft encore plus difficile, fur-tout celle de l’indigo bâtard, dont on a laiffé -nouer la graine. Fght l’amener à fon vrai degré de fermentation & en tirer bon parti, il faut de grandes chaleurs & beaucoup de fcience : fans ces conditions, on s’expofe à un travail inutile.
- 337. Nous 11e pouvons nous difpenfer de joindre à ce chapitre,1a maniéré •dont on doit fe comporter lorfqu’une cuve embarquée de jour doit être battue pendant la nuit.
- ' 338- Comme il n’y a rien de plus fatigant que d’être debout pendant
- üiic partie delà nuit, aux niques de contracter des maladies danger.eufes..
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- 8c que d’ailleurs on ne peut faire aucun fond fur l’examen de Peau que la lumière fait paraître bleue tandis qu’elle eft verte , 8c le grain trop peu diftinCt pour ceux qui ont la vue courte, on doit fonder fa cuve avant que le foleil fe couche ; & fur la comparaifon de fon eau avec celle de la cuve précédente, examinée à pareil terme , on fe décidera fur le tems qu’on lui donnera.
- 339. Mais s’il eft queftion d’une première cuve , 011 en eftimera la durée parle changement que la fermentation a produit jufqu’à ce moment; après quoi il ne s’agit plus que de confulter la montre, & d’ordonner de lâcher la cuve un peu avant l’heure où l’on fuppofe qu’elle fera parfaite, & ainfr des fuivantes qui feront dans le même cas ; l’expérience ayant montré que cette méthode eft préférable à celle de veiller la cuve au rifque égal de la manquer. Mais pour éviter tout inconvénient, on doit en réferver le battage au lendemain, parce qu’elle fe perfectionne dans cet intervalle, 8c qu’on eft en état à la pointe du jour de la traiter convenablement.
- 340. Ne peut-on pas ajouter, en finiffant ce chapitre , que fouvent plus les moyens de parvenir à un objet font fimples , plus on néglige de les employer '{ En effet , on fe fert d’indices la plupart du tems très-fufpeCts, pour juger du point important de la fermentation ; tandis qu’à l’aide d’un thermomètre fufpendu dans la cuve, on pourrait acquérir la eonnailfance la plus exaéte du progrès & du déclin de la fermentation, qui fervirait de réglé pour chaque qualité d’herbe & chaque température de la faifon, lî l’on joignait à cette faible dépenfe celle d’un baromètre 8c thermomètre particuliers, pour obferver le point de la chaleur extérieure , 8c les variatious de l’athmofphere qui influent fi fort fur l’opération , fans toutefois négliger les autres remarques , puifqu’on ne peut apporter trop de précaution pour conferver un bien qui tend à s’échapper de tous côtés.
- CHAPITRE II.
- Du battage de /’indigo.
- 341. Le battage eft l’opération la plus délicate de toute la manipulation de l’indigo. Pour répandre fur un objet fi intéreifant toute la lumière dont il eft fufcentible , & en rendre l’intelligence plus facile, nous allons expofer dans l’ordre le plus exaCt qu’il nous fera poffible, les inftruCtions les plus eifentielles de la pratique , qui forment comme un corps de réglés pour cet art.
- 342. Quand la fermentation 8c le battage ont été poufles à leur jufte degré, la partie jaune ne fe confond point avec la bleues ainfiil eft aifé
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- de reconnaître fi ces opérations font bien faites , à la couleur de l’eau ambrée , plus ou moins dorée ou paillée, tirant quelquefois tant foit peu fur le verd , & toujours claire ; mais une mauvaife cuve ne produit jamais de belle eau 5 & plus elle paraît embrouillée & chargée en brun ou en bleu , plus elle eft fufpeéle d’excès de fermentation ou de battage.
- 343. L’écume d’une cuve qui n’a point allez fermenté, eft verdâtre, pétillante, légère, mais quelquefois fort grolfe , vive à l’afperfion de l’huile ; & elle eft du jette à fe reproduire & à revenir promptement. Celle dont la fermentation eft parfaite & qui n’a point encore alfez de battage , eft violette dans les coins , légère, fonore fous le coup des buquets, & fe diftipe tout d’un coup à l’attouchement de l’huile j.mais lorfqu’après avoir parti nettement d’abord, elle vient enfuite à lui rélifter, c’elt une marque qu’il faut en arrêter le battage.
- 344. Les cuves qui moulfent beaucoup , dont l’écume épailfe 11e cede point entièrement à l’afperfion de l’huile, & dont la partie qui refte dans les coins eft d’un bleu célefte , dénotent la putréfaction.
- 344. L’Excès de putréfa&ion fe diftingue toujours par un grain plat & évafé, qui refte fufpendu entre deux eaux, ou qui ne cale pas bien. Le grain afteéte alfez communément différentes formes-, fuivant la diverfité des fai-fons : le tems pluvieux occafionne un petit grain plat & évafé ; le tems favorable, un grain rond comme le fable ; le tems de fécherelfe, un grain élongé en forme de pointe. L’indigotier doit avoir attention de ne pas confondre le petit grain plat & évafé, provenant de la qualité propre de l’herbe, avec celui que le défaut ou l’excès de fermentation d’une bonne herbe rendent à peu près femblable ; car s’il attribue mal-à-propos la faiblelfe ou petitelfe naturelle de ce grain à l’une ou l’autre de ces circonftances accidentelles , il court rifque , en ménageant trop le battage comme pour une herbe trop fermentée, de n’en pas tirer tout le parti qu’il pourrait, & en le forçant comme s’il manquait de fermentation, de perdre totalement la cuve , ou d’en altérer confidérablement le produit.
- 346'- L’indigotier obfervera encore que toute dilfolution du grain, principalement celle qui eft caillée par excès de battage, occafionne toujours une cralfe noirâtre ou ardoifée fur les fies dans lefquels 011 met la matière à s’égoutter, & que la dilfolution putride fe maniiefte fur la cuve après le battage , par une pellicule blanchâtre, d’un luifant plombé, qui fuit & enveloppe la fécule jufques dans les fies, dont elle bouche les palfages en les couvrant d’un femblable enduit. Ainfi il regardera en général la cralfe d’un brun ardoifé , comme l’effet d’1111 grain dnfous par trop de battage, & la pellicule blanchâtre ou plombée, comme provenant d’un excès de fermentation. Or, comme la putrcfa&ion s’opère non feulement par un trop
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- long féjour de l’herbe dans latrempoire, mais encore pendant le cours d’un trop long battage, qui du moins en produit tout l’effet ; il n’eft point fur-prenant de voir les facs d’une cuve trop battue, couverts d’une craffe ar-doifée , entre-mèlée de veines plombées.
- 347. La pellicule qui fe produit fur la batterie, 11’annonce au relie la putréfaction que dans le cas où elle fe divife quelque tems après le battage, en petites pièces qu’on appelle crapeaux ou cailLebottes.
- 348. On donne aulîi quelquefois pour marque d’une cuve qui manque de fermentation ou d’un battage fuffifant, l’enduit cuivré dont les facs font couverts ; mais il n’y a guere que celui qui fait l’indigo qui puiffe en diftin-guer la caufe, (i ce n’ett dans le cas où le cuivrage eft entre-mêlé de veines ardoifées ou plombées i tous ees lignes , fur-tout le dernier, étant fort douteux & incertains, parce que l’indice de la craffe plombée eft fujette à plu-fieurs exceptions dont nous parlerons à mefure que l’occalion s’en préfentera. L’indigo mollaffe, c’eft-à-dire, fans aucune conliftance , après qu’on l’a verlé dans la caiffe, prouve aufti un vice, foit dans la fermentation, foit dans le battage.
- 349. Le défaut de l’indigo, qui étant fec devient friable, ou s’écrafe aifément, provient, quand d’ailleurs la qualité n’en eft pas mauvaife , dé la coupe d’une herbe qui n’était pas affez mûre, ou de la faiblelfe du battage d’une cuve dont l’herbe n’avait pas affez fermenté ; mais la pâte d’un indigo tout noir & celle d’un indigo ardoifé, picotté de blanc, d’un grain fuivi ou fins liaifon , dénote toujours un excès de fermentation ou de battage.
- 350. L’indigotier tiendra pour maxime invariable, que li l’herbe eft déjà un peu trop fermentée, il doit en ménager le battage; que fi elle nel’eft pas affez, il doit le pouffer ; & que fi la cuve eft à fon jufte point, il ne doit point le forcer.
- 3^1. Il obfervera de plus, que le battage fe réglé non feulement fur la fermentation, mais encore fur la qualité de l’herbe. Ainfi , quoiqu’il convienne en général de pouffer le battage d’une herbe qui 11’a point affez fermenté, il faudra cependant le ménager un peu lorfque l’herbe eft affaiblie parles pluies ou l’humidité de fon terrein. Il fuivra la même réglé à 1 egard d’une herbe qui a éprouvé trop de fec , en tenant un milieu entre celui de la bonne herbe & d’une herbe qui a effuyé trop de pluie ; il en conclura enfin que , hormis les réglés qui font propres à ces fortes de cas particuliers, on doit en général conformer le battage à la fermentation ; c’eft-à-dire, que fi une herbe eft de qualité à exiger une longue fermentation, on doit pareillement lui donner un long battage , quand d’ailleurs elle a éprouvé la jufte fermentation dont elle a befoin. O11 en agira ainfi proportionnellement à l’égard de celle qui demande une moins longue digeftion. On doit répéter
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- à cette occafion , que plus les chaleurs font fortes, plus l’herbe auffi a de corps & de fubftance, & que la longueur de fon féjour dans la cuve par rapport à fa qualité, ne doit pas fe confondre avec celle qui eft caufée par le refroidiifement de l’air, dont la continuation affaiblit infenfiblement le corps de la plante, qui demande en ce cas moins de battage, quoiqu’elle refte dans la trempoire auffi long-tems que l’autre ; mais fi elles ont autant de corps l’une que l’autre, il eft vifible que la derniere doit cuver plus long-tems , quoiqu’il ne faille leur donner qu’un battage égal.
- 342. Ce rapport évident du battage à la fermentation & à la qualité de l’herbe , occafionne différentes combinaifons & par conféquent divers trai-temens dont le détail nous engage à partager ce chapitre en trois articles.
- 3 s3- Dans le premier,. nous fuppoferons trois cuves prifes également à leur julfe point de fermentation , dont la première contiendra une herbe de bonne venue; la fécondé, une herbe altérée parles pluies, & la troisième par le fec- Nous y joindrons les indices particuliers à la batterie, propres à faire connaître ces différentes cir confiances & le battage qui leur convient.
- 3 S 4- Nous repréfenterons dans le fécond article , trois cuves d’herbe femblables à celles de l’article précédent, mais qui toutes trois n’ont point affez fermenté.
- 3SS- Nous, expoferons dans le troifieme article , les mêmes objets relativement à une fermentation peu excédée , ou dont la putréfadion n’eft-qu’ébauchée.-
- Article premier.
- Du battage, d'une herbe qui a bien cuvé.
- 3L’indigotier qui traite une cuve de bonne herbe prife à fon jufte degré de fermentation, doit bien fe garder d’en forcer le battage; car pour peu qu’il en donne trop, il ôte fon plus beau luftre à l’indigo. Le moyen de ne pas l’excéder, eft d’obferver exadement le grain lorfqu’il eft fur fon gros, ou que les parties éparfes commencent à s’accrocher & à former de petites maffes ; c’eft alors qu’il doit examiner l’effet du raffinage, ou la diminution que l’agitation du buquet occafionne fur elles : car peu après leur plus grand amas, leur étendue change de forme & de volume; elles fe refferrent, s’arrondiffent & s’appefantiffent de maniéré à rouler les unes fur les autres comme des grains de fable fin, au fond de la taffe, où elles calent en le dégageant diftindement de la liqueur, qui doit paraître alors claire & nette: les particules du grain les plus fubti-les qui couvrent le fond de la taffe, cherchent, quand on la penche, à
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- rejoindre ie gros grain , & en laiflent le côté le plus élevé bien net 8c fans aucune crailè ; c’efr ce qu’on appelle faire ta preuve. On fait encore cette preuve d’une autre manière; on met le pouce dans la talfe, lorfqu’elle eft penchée & prefqu’à moitié pleine, fur l’endroit où l’eau eft le plus bas; fi elle remonte tout d’un coup vers le bord qui eft nu & découvert, c’eft un pronoftic du fuccès de la cuve. Cet effet fe manifefte encore plus clairement quand on appuie le pouce un peu ferme fur le fond de la talfe.
- 3f7- L’écume entre auiîi dans la clalfe des indices. En effet, quand l’herbe eft bien fermentée & bien battue , l’écume qui participe aux qua* lités de l’extrait, en eft légère, vive, pleine de grolfes ampoules pétillantes; & lorfqu’on jette de l’huile déifias, dans le cours du battage, elle fe dilîipe fur-le-champ avec un certain frémiifement fec & très-facile à diftin-guer de loin. Enfin elle difparait naturellement d’elle-même, lorfque le battage ayant été amené à fa perfection , on laide la cuve tranquille. Si au contraire, une demi-heure ou une heure après qu’il eft celle, il refte comme une petite bordure d’écume tout autour du quarré de ce vailfeau, c’eft une marque que l’herbe n’a point affez fermenté. Mais fi on force le battage lorfqu’il eft parfait, on détache les parties les plus légères du grain, & on rompt celles qui ont le moins de liaifon. De la divifion des premières, il réfulte un grain volage qui refte entre deux eaux & s’écoule en pure perte, & de la divifion des fécondés un dépôt qui remplit les intervalles du gros grain, & s’oppofe à fon épurement dans la cuve & dans les fies, dont il bouche les ilfues en enduifant les dehors U’une crade ardoifée qu’on ne voit point fur ceux d’une cuve fermentée & battue à propos, dont les facs font toujours fecs & bien nets. De là vient une caille de fécule liquide qui, avant d’avoir acquis fa confiftance, éprouve tous les in-convéniens dont nous avons parlé à la fin de'la defeription de la manipulation, diminue de moitié , & ne produit qu’un indigo de peu de valeur.
- 3 58. Ainsi il yaut mieux pécher par défaut de battage que par excès"; car fi ce défaut eau fie une diminution fur le produit, la qualité de ce qui refte le fera du moins eftimer & paifer parmi le bon; d’ailleurs on peut remédier à ce définit, comme nous le ferons voir à la fin de ce chapitre.
- 3Si l’indigotier traite une cuve d’herbe venue dans un terrein humide , dont il ait heureufement rencontré le jufte point de fermentation, il doit beaucoup diminuer du battage de la précédente, crainte d’altérer & de détruire la faible liaifon de fon grain; du refte il fe rappellera ce que nous avons dit dans l’introduction de ce chapitre, au fujet de l’efnece de relfembiance qu’a naturellement le petit grain de cette herbe avec celui dune bonne herbe trop ou trop peu fermentée, & il en arrêtera le battage
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- dès qu’il verra le grain formé & l’eau bien nette. S’il travaille fur une herbe qui ait éprouvé trop de fec, ou dont le teras de la coupç foit paifé, & qu’il parvienne à l’amener à fon jufte point de fermentation, il en modérera le battage, ainfi que nous avons dit, afin de ménager la faible liaifon d’un grain appauvri, qu’il trouvera d’ordinaire élongé en forme de pointe : au. refte il fe fervira des indices ci-deifus pour en arrêter le battage*
- Article IL Du battage Tune herbe qui na pas ajfe£ fermente,
- 360. La crainte où l’on eft d’excéder la fermentation , fait qu’on en atteint rarement le jufte point; il eft aifé de reconnaître ce cas par l’écume de la batterie qui eft verdâtre, le plus ordinairement légère, quelquefois cependant fort groife, mais qui difparaît dans le moment qu’on y jette de l'huile. Cette écume eft lùjette à fe reproduire bientôt, & il en refte Couvent dans les coins, qui parait d’un violet foncé ; mais il ne faut pas s’en inquiéter, & fe porter fur la faibleffe du grain, fufped en apparence d’un excès de fermentation, à en ménager le battage; on doit au contraire , fi l’herbe eft de bonne qualité , le pouffer quelquefois jufqu’à n’en plus voir du tout, & jufqu’à ce qu’il s’en préfente un autre bien formé avec une eau bien nette. Cette eau fera alors le plus fouvent d’un verd clair ou d’une couleur rouffe comme de la bierre, d’autant plus foncée que la fermentation aura été plus faible : au refte, les facs en feront bien nets. Mais fi par égard à fa faiblelfe, on ménage ce petit grain errant» qui ne demande qu’une faq on de plus pour fe délivrer des obftacles qui s’oppofent à une jondlion plus conlidérable, ce défaut d’apprêt occafion-liera la perte de quantité de principes non formés, qui s’écouleront lorf. qu’on lâchera la cuve, une imperfection de liaifon dans le grain, qui en rendra le dépôt très-difficile à égoutter, & l’indigo qui en proviendra, friable au moindre choc ; défaut auquel eft fujette la fécule d’une herbe qui 11’a point affez cuvé , & dont l’extrait n’a point été affez battu. O11 appercevra après le battage une eau verte qui provient des fucs que la faiblelfe de cette opération a laiffés dans leur état naturel, & les facs feront cuivrés. Ce dernier indice fert à faire connaître fi l’eau verte de la cuve provient d’un ménagement de battage ou d’un excès de fermentation; ce qui eft de confëquence pour régler le battage fuivant.
- 361. Si par la circonftance d’un terrein bas & humide , ou par celle de la faifon pluvieufe, 011 vient à travailler fur une herbe dont la qualité fuL peâe d’une diffolution ffifenfible oblige de prévenir le jufte point de fa
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- fermentation , les faibles obftacles qui s’oppofent à la liaifon des parties font bientôt diflîpis ; & le grain qui par la qualité de cette herbe eft naturellement petit, ne tarde pas à fe former. Ces deux circonftances, qui peuvent faire préfumer qu’il n’eft point encore à fa perfedion, font fou-vent caufe qu’on en excede le battage , quoiqu’il foit déjà parfait. Mais 011 préviendra les incouvéniens de cette méprife, en vifitant !a cuve de bonne heure & en celfant de la battre dès que le grain en fera fuffifamment formé y-que l’eau s’en féparera nette, & fur-tout fi l’on s’apperçoit que l’écume réfifte à l’huile.
- 362. Lorsqu’on doit battre une cuve d’herbe ravagée par la chenille, dont on aurait retranché jufqu’à une ou deux heures de fermentation, par la crainte d’en altérer la qualité, il faut auffi en ménager le battage, & fe donner de garde d’en trop rafiner le grain; car la craffe qu’elle aura pu jeter fur la trempoire , annonce une difpofition prochaine à la dilfolution putride, avec tous les incouvéniens qui en réfultent. Les facs de cet indigo feront cuivrés comme ceux de toutes les cuves qui manquent de fermentation , & dont on a épargné le battage.
- 363. Enfin s’il eft queftion de battre une cuve d’herbe qui ait efluyc une trop longue féchereife, ou dont on a lailfé palfer le tems de la coupe 9 & dont on ait arrêté trop tôt la dilfolution , 011 en forcera raifonnable-ment le battage, & on fe fervira des indices ordinaires pour en régler la mefure.
- Article III.
- \Du battage d'une herbe dont la dilfolution ejl excédée d'une ou deux heures dans les beaux tems.
- 364. Il eft important de 11e pas confondre le grain plat & embrouillé d’une cuve de bonne herbe qui a trop de pourriture, avec celui de la même herbe qui n’a point affez fermenté, ou d’une'herbe de mauvaife qualité, quoique bien fermentée, ou encore d’une cuve trop battue. On connaîtra l’état & le vice de celle dont nous parlons, par fon écume gralfe & épailfe que l’huile ne fait prefque point diminuer , & par celle qui s’a-maife dans les coins de la batterie, dont la couleur eft d’un bleu célefte, par fon grain évafé & qui fe forme beaucoup plus vite qu’à l’ordinaire, de même que par fon eau plus ou moins chargée de bleu, laquelle ne peut dans la talfe ni dans le vailfeau, même après le battage, fe clarifier & fe féparer comme celle d’une bonne cuve, & qui brunit de plus en plus à mefure qu’on pourfuit ce travail. Sur ces remarques, preuves infaillibles de fon excès; & fur la conformité que la cuve peut avoir avec ces
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- indices, l’indigotier doit prendre toutes fes précautions, & mefurer le battage en conféquence. Voici ce qu’il obfervera dès que le grain fera fur fou gros: il ne faut pas qu’il quitte la talfe, parce que chaque coup de buquet y fait imprelfion. Lorlqu’il a trouvé le moment où le grain eft palfablement rond, il doit ceffer le battage, fins chercher à raiiner ou relferrer la liaifon de fes parties. Quand il eft parvenu à ce terme, il trouvera que l’eau brunit dans la talfe à vue d’œil à mefure qu’elle ferepofe; cela n’empêchera pas qu’elle ne foit verte & brune dans la cuve, à l’exception de la fuperficie fur laquelle il fe forme une efpece de crème ou glacis qui la couvre quelques heures apres le repos , & fe divife enfuite en pièces qu’on appelle cailUbotus. C’eft là d’où provient cet enduit plombé qui paraît fur les fies, qu’on doit attribuer ici à la diifolution des parties, caufée par exeès de fermentation, dont l’elfet eit de remplir tous les intervalles du grain le mieux formé, & de l’empêcher de s’égoutter : c’ett pourquoi dans toutes ces rencontres on tâche d’enlever, autant qu’il eft polfible, cette cralfe avec une plume ou fougere de mer. Malgré ces précautions & la bonne qualité de l’herbe, on ne peut fouvent en tirer qu’un indigo terne ou ardoifé & de mauvaife confiftance. Cette cralfe fur les facs dénote une heure d’excès de fermentation , & même deux ou trois , lî l’on eft dans la belle faifon , où l’herbe produifant une plus grande quantité d’efprits , l’aâion des autres principes qui tendent à la putréfaction complété , eft plus long-tems fufpendue.
- 36<j. L’eau qui après le battage paraît brune, eft une preuve infaillible de putréfaction. Il y a encore une efpece de putréfaction dont les indices font différens de ceux-ci : on trouve après le battage une eau clairette ; on a même quelquefois bien de la peine à s’appercevoir de fon vice : l’eau refte nette & fans cralfe. Ces fortes de cuves écument beaucoup & font faciles à battre, parce que le grain fe forme promptement ; mais elles font difficiles à égoutter.
- 366. S’il eft queftioti d’une herbe de faible qualité , déjà palfé en putréfaction , rarement fera-t-elle en état de fupporter le battage; ainfi il fera nul ou le plus faible de tous ; & l’indigo , Ci ou en retire de cette cuve, fera de plus mauvaife qualité.
- 367. Si l’herbe eft de l’efpece de celles qui ont fouffert le fec, ou dont le tems de la coupe foit palfé , & qu’on en ait laiffé effleurer la putréfaction, on en ménagera finguliérernent le battage.
- 36%. Nonobstant tous ces foins, on ne doit s’attendre à rien de bon de ces fortes de cuves. Si cependant la pourriture n’eft excédée que d’une ou deux heures dans les beaux tems, ce défaut n’occaiionnera que la perte de (quelques livres d’indigo, & fa qualité en Ibuffrira très-peu.
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- 3^9«'On peut comprendre, d’après tout ce quêtions avons dit dans le cours de cet ouvrage, combien il eft important de ne pas confondre les indices, afin de ne pas diminuer ou augmenter le battage au lieu de la fermentation , & la fermentation au lieu du battage , & afin de juger faine-ment des cas où l’on doit recommencer cette derniere opération. Un indigotier peut fe rencontrer dans le cas de recommencer le battage d’une cuve qu’il aura craint de trop pouffer, foit qu’il ait foupçonné mal-à-propos fou herbe d’ètre trop fermentée , tandis qu’elle ne l’elt pas affez, & que faute d’un battage convenable le grain tarde trop long-tems à fe préfenter ; foit qu’il paraiiîe d’une faiblelfe ou d’un embrouillement propre à faire croire qu’il a déjà trop fouifert du buquet : on peut alors fufpendre le battage , & laitier repofer la matière une ou deux heures, afin de s’en éclaircir plus amplement par la qualité de l’eau. Si au bout de ce tems, pendant lequel la fermentation fe perfectionne, on remarque une eau chargée fur le verd & un filet d’écume tout autour de la cuve, comme celle d’un pot qui commence à bouillir , il convient de recommencer le battage : fous peu il renaît un fécond grain bien plus gros que le premiers mais comme il elt d’abord plat & informe, on le rafine & on l’arrondit à force de battage. L’eau , de quelque couleur qu’elle foit, s’en fépare alors nette & claire, & s’égoutte enfuite parfaitement. On n’ufera cependant de ce moyen que dans le cas où l’on obfervera une eau d’un verd tirant fur le jaune, ou d’un roux qui fera d’autant plus fort que le degré de fermentation aura été plus faible. Mais comme cette couleur qui eft d’un bon préfage , fe rencontre quelquefois avec la plus, jufte fermentation , & même en certaines circonftances avec la putréfaction, l’indigotier fe rappellera s’il n’a apperçu qu’une légère écume fur la cuve lors du battage, & fi elle eft partie nette lorfqu’on l’a celfé. Ces remarques, jointes à celles du grain informe & errant, indiquent un fécond battage ; mais il ne doit pas faire partir un premier grain pour en faire venir un fécond, fi, après le terme de fon repos, l’eau paraît d’un brun bleuâtre fur un fond verd : ces couleurs annoncent un excès de fermentation & la nécelfité d’un faible battage qu’il a reçu & auquel on doit fe borner ; car la couleur bleue répandue dans la cuve, provient d’une partie du grain trop affaibli par la fermentation & dilfous par Je battage : ce qui en détermine le ménagement. La couleur verte prouve que la putréfaction & le battage ne font point achevés, puifqu’il exifte encore des fucs qui n’auraient point cette couleur fi la pourriture était excefiive, ou fi par un battage convenable à leur qualité, ils avaient acquis la forme de grain.
- 370. Il n’eft point étonnant que la multiplicité de tant d’obftacles faife quelquefois échouer le plus habile indigotier, & à plus forte raifon ceux qui n’ont pas autant de fcience 5 c’eft pourquoi quelques-uns ont imaginé
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- •leux moyens pour ne pas perdre entièrement le fruit de leurs travaux, foit qu’ils aient erré dans la fermentation ou dans le battage.
- 371. L’un eft de remettre l’eau ou l’extrait entier d’une cuve trop battue fur la cuve d’herbe fuivante, dans l’efpérance de rendre le produit de celle-ci plus confidérable. J’ignore le fuccès de cette expérience s mais je préfume qu’elle n’a conduit à rien de bon , & je penfe qu’011 ne doit jamais rifquer de gâter une fécondé cuve pour réparer la perte de la première.
- 372. L’autre moyen ulité par quelques-uns, eft défaire écouler par le premier daleau de la batterie, toute l’eau embrouillée qui fe préfente à cette hauteur j ils réfervent lerefte qui eft toujours beaucoup plus épais , le tranfvafent dans une chaudière mife fur le feu, & en font évaporer la plus grande partie. Quand cette matière, qui répand une odeur fort défa-gréable, eft un peu épaiflie, ils la mettent dans les facs qui rendent d’abord une eau extrêmement rouife ; au bout de vingt-quatre heures ils l’étendent fur les califes, fans qu’elle ait beaucoup perdu de fa fluidité ; lorfqu’elle a été expofée quelques jours au foleil, elle fe fend comme de la boue, mais ils ont foin de la réunir avec la truelle j enfin ils la coupent par carreaux , qui deviennent enfuite fi durs , qu’il eft impoiïible de les rompre avec la main} & leur fradure ne préfente qu’un noir foncé.
- 373. Ce produit, après tant de peine & de travail, paraît fi ingrat & fi dégoûtant, que prefque tous ceux qui manquent une cuve, préfèrent de l’écouler entièrement fur-le-champ 5 l’infedion que répand une cuve trop pourrie , doit les engager à n’y avoir aucun regret.
- Objervation fur l'ufage des mucilages dans la fabrique de l'indigo.
- 374. Lorsque nous avons rapporté dans le fixieme chapitre du livre 1, les diiférens moyéns qu’on a imaginés pour précipiter la fécule de l’indigo, nous avons particuliérement cité le bois-canon ou trompette» la racine de fénapou ou de bois à enivrer, & nous avons rapporté la propriété de leur mucilage pour cet objet. Nous avons ajouté dans la note qui eft au bas de la page 43 , que les gouffes du gombeau fourniffaient aufti en décodion , l’on peut même dire fans décodion, une matière mucilagineufe qui nous paraît très-propre à remplacer le bois-canon : nous aurions pu y joindre l’herbe à balai ( 24 ) , puisqu’elle contient un mucilage qui produit le même effet, lorfqu’on en mâche un brin & qu’011 laiffe tomber la falive mêlée avec fon fuc dans la taffe, pour connaître les progrès de la fermentation , &c. Au furplus, je n’ai point vu ni entendu dire à Saint-Domingue, où il fe fabrique
- (s 4) Malva ultnifolia fmine rojhato, Tourne£
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- encore une grande quantité d’indigo, qu’on ait fait ufage de cet ingrédient ni des autres , pour précipiter la fécule d’une cuve entière. Nous ne doutons cependant pas de fon efficacité ; mais nous n’en croyons pas l’emploi auffi avantageux que quelques perfonnes venues de Cayenne , & qui n’en ont vu que fuperficiellement la manipulation dans des demi-barriques, le prétendent : car pour tirer tout le grain qui peut lé former dans une cuve, il faut la battre ; & quand elle eft battue convenablement, tout ce que l’extrait contient de principes propres à donner de l’indigo, fe transforme entièrement en grain : dans ce cas il n’eft plus nécelfaire de recourir à l’artifice pour le précipiter, puifqu’il cale de lui-même au bout de deux heures ou quatre tout au plus , & que pendant ce tems il eft indifférent que la batterie foit vuide ou pleine, puifqu’en fuppofant qu’on embarque de nouvelle herbe dans la trempoire auffi-tôt qu’on en a tiré la précédente, on a au moins dix à douze heures à courir avant qu’elle foit bonne à larguer ou à couler. Mais fi l’on verfe le mucilage dans l’extrait avant qu’il ait reçu un battage convenable, & capable de produire tout l’effet que nous avons dit ci-deffus; le réfeau que forme le mucilage , n’entraînera que les parties de l’indigo formé, fur lefquelles il peut avoir prife ; & il n’y a pas d’apparence qu’il transforme en grain les principes de l’indigo que le battage aurait réduits fous cette forme : ainfi dans ce fécond cas l’addition du mucilage ne préfente point encore un avantage réel ; au contraire, cette matière gluante qui fe précipite avec la fécule qu’elle entraîne , doit la rendre très-difficile à égoutter, & il n’eft pas même bien fûr qu’en prenant la précaution de la faire fécher en tablettes très-minces, fa qualité n’en fût pas altérée. Mais nous penfons qu’on pourrait fe fervir utilement des mucilages lorfqu’on a trop laiffé fermenter une herbe, & qu’on eft obligé d’en ménager le grain qui ne peut fouffrir un long battage; ou quand, par un excès de battage, on a diffous le grain qu’il ferait impoffible de retenir fans cet expédient, qui nous paraît alors très-convenable & bien fupérieur à tous ceux que nous avons jrapportés avant d’entamer cet article.
- TABLE des noms, qualités & prix de l'indigo ( 2 O-
- 375. Lps habitans de Saint-Domingue diftinguent les qualités de l’indigo de la maniéré fuivante, & l’eftime qu’ils en font eft relative à l’ordre dans lequel nous allons les expofer.
- (25) Tous ces détails font très -irapar- vici, en allemand. Je donnerai la traduc-faits. On trouve des idées plus juftes fur tion de ce dernier dans lès additions oui cette partie dans le dictionnaire de çom- vont fuiyre. tn,crce, de Savary,ou dans celui de-M.Ludo*
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- 376. Le bleu flottant ou nageant fur l’eau , dont le grain tendre & peu ferré forme une fubftance légère & très-inflammable. Le violet, qui a un peu plus de confiftance. Le gorge de pigeon, dont l’éclat approche d’un violet purpurin, eft encore plus folide. Le cuivre , ou celui qui a l’apparence d’un cuivre rouge quand on paffe l’ongle fur un morceau qu’on vient de rompre , eft le plus ferme de tous. Idardoifé & le terne picottè de blanc, compofés d’un grain fuivi ou fans liaifon , font les dernieres qualités. Nous ne faifons point entrer dans ce rang l’indigo dont la pâte eft entre-mêlée de veines ardoifées, parce qu’à proprement parler, cette efpeee intermédiaire ne forme point une qualité décidée.
- 377. Prix en France des différentes qualités dlindigo, extrait de la galette d'agri culture} commerce y arts & finances , du 23 janvier tyjo*
- A Bordeaux.
- Indigo bleu & violet de Saint-Domingue, 8 liv.- ïo f à 9 liv.
- dito mêlé....................... . . . 7 . . f .. à 8 • • f' &
- dito cuivré fin , . . . ; . . . 6 . . 15 . ............:
- dito ordinaire 6 , . 8 • • à 6 . . 10
- A N a N T e s.
- Indigo cuivré fin l i ...... 6 liv. 10 f. à 6 liv. 15 £
- dito cuivré ordinaire . . . * . . 6 . . 8 • • à 6 . . 10
- dito mélangé . . . „ . . . .8.à 9 ... .
- dito bleu . . . . . . . . . 10.à il . . .
- 378. Il nous vient quelquefois de l’étranger des indigos dont j’ignore le prîx j les uns ont des noms relatifs à leurs qualités , & les autres aux lieux de leur fabrique. De ce premier nombre font le laure 9 le fior, le corti-color, le fobrefalïente, &c 5 & du fécond , font l’indigo dit guatimalo , du cru de l’Amérique} \ejava, le bayana , & tous ceux que nous avons cités dans le fixieme chapitre du premier livre, en parlant de la culture & de la fabrique de l’indigo dans les différentes parties de la haute Afie & des. îsles adjacentes.
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- JL JD JD I ÏÏ X O JST s AL’ ART DE L’INDIGOTIER,
- J. Differtation couronnée, fur la maniéré de préparer le paftel, pour en tirer une couleur femblable à l'indigo ; par M. Iiulenkamp.
- 379* Avant de répondre à la queftion propofée par la (ocieté royale des fcieiices de Gottingen, comment pourrait-on préparer l’herbe du paf-tel, pour en tirer une couleur approchante de l’indigo ? J’eitime qu’iL faut d’abord déveloper la maniéré d’éprouver l’indigo , auffi bien que la couleur bleue tirée du paftel, pour déterminer leurs rapports & leairs qualités.
- 38o. On ne faurait découvrir avec certitude par la forme extérieure fi tel indigo eft le plus chargé de couleur ; pour en faire l’effai, on prend plufieurs fortes d’indigo, ort les mouille, & l’on fait des traces fur le papier; on les étend avec le doigt nlouillé'*. plus la couleur eft foncée , pure & belle , plus l’indigo* a de qualité. *
- 3 81- On fait que l’indigo doit être délayé de plufieurs maniérés différentes, avant de fervir à la teinture ; mais comme ces préparations demandent du tems, on ne finirait's’en fervir pour faire cette épreuve. L’épreuve la plus facile fe fait avec i’hûile de vitriol. Pour cet effet, rédui-fez un morceau d’indigo en poudre impalpable ; Verfèz-y peu à peu deux ou trois-parties d’huile de vitriol, félon qu’il‘eft'plus ou moins fort, & rcmuez-les fortement. Lorfque l’huile de vitriol eft forte , elle diffoqt avec bruit l’indigo, & elle monte avec beaucoup de force. Dès que cette effer-vefcence eft palféc, on voit l’indigo réduit en un fuc noirâtre. On verfe deffus autant d’eau froide qu’il eft néceffaire, en remuant bien le tout. De cette maniéré on tire de l’indigo, tout comme du paftel, une folu-tion très-foncée, qui donne une couleur bleue à la plume ou à la main qu’on y trempe. Tous les autres précipités connus jufqu’à préfent deviennent rouges, gris, blancs, dans l’huile de vitriol, où même ils font entière»* ment détruits.
- 382. Pour tirer du paftel une couleur bleue, qui ait toutes les mêmes propriétés que l’indigo tire de l’anil, il y a differens moyens, & plufieurs diifolvans. Quelques-uns fuppofent des procédés difficiles ; d’autres font trop coûteux : c’eft pourquoi je ne parlerai que de deux. Le premier approche à quelques égards, de la méthode américaine : elle eft recommandée
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- par plufieurs auteurs ; mais elle exige une grande exa&itude, & elle eft d’ailleurs fort pénible. Le fécond moyen n’eft point encore connu, il eft iimple & fans art.; il n’eft pas aifé, en l’employant, de gâter quelque chofe, .ou de faire quelque faute.
- Premiers méthode de tirer du pajlel une couleur bleue.
- 383- Sous notre climat, on ne peut jamais compter fur un degré confiant de chaleur , tel que celui qui eft néceffaire à cette operation; c’eft pour cela que j’ai fait chauffer dans une chaudière murée, de l’eau de rivière , & pour obferver la différence entre l’une & l’autre, de l’eau d’étang bien pure. J’ai pouffé la chaleur jufqu’au centième degré au thermomètre de Farenheit, parce que c’eft à peu près la chaleur de l’air dans le tems où l’on entreprend ce travail à la Martinique, je mis dans la chaudière, du paftel fraîchement cueilli autant qu’il y a d’efpace vuide. J’entretins auiîî exactement qu’il eft pofîible le même degré de chaleur. Au bout de trois heures , cette maffe commence à exhaler une odeur défagréable ; l’eau puifée dans un verre bien net, commence à être d’un verd pâle. La chaux fait précipiter quelque portion de couleur bleue. L’odeur s’augmente d’heure en heure, l’eau fe charge de couleur, & devient plus épaiffe. Après avoir refté dix heures dans cet état, les feuilles font d’un bleu foncé, il fe dépofe au bord du vafe quelques particules d’écume bleue. De quart d’heure en quart d’heure j’ai la précaution de puifer une égale quantité d’eau, & de la faire précipiter avec de l’eau de chaux, afin d’obferver le moment convenable pour faire ceffer la digeftion. De cette maniéré j’ai trouvé qu’à ce degré de chaleur, un efpace de douze heures fuffît pour féparer de l’herbe tout ce qu’elle contient de couleur bleue. Apres ce tems,je n’ai pu tirer de l’eau ni autant ni d’auffi belle couleur bleue qu’auparavant. La couleur de ce précipité devient d'heure en heure plus laide. Apres quinze heures d’infufion, l’odeur eft infoutenable, & on ne peut tirer de l’eau qu’une petite quantité d’un bleu fort laid.
- 384* J’ai répété plufieurs fois cette opération, avec divers change-mens. Mais comme j’ai trouve que, malgré toute mon attention, il n’eft pas pofilble d’obtenir un précipité toujours également abondant & beau , mais qu’en général un plus haut degré de chaleur accéléré le travail, j’ai fait plufieurs épreuves pour trouver le degré le plus convenable. Pour cet effet, j’ai augmenté infenfiblement le degré de feu , & il en eft réfui té que, plus j’approchais du point de cuiffon , & mieux mon effai réufhijàiti •mais que fi la plante fe cuifqit dans l’eau, toute l’expérience était ipanquée.
- Tome VUE
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- Maniéré plus Jïmple de tirer la couleur bleue du paJleL
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- JS?* Je fais chauffer de l’eau d'e riviere; dès qu’elle commence à cuire, je diminue le feu fous la chaudière, de façon que l’eau ne puilfe pas fe remettre à bouillir. Je remplis alors la chaudière avec autant de feuilles de paftei fraîchement cueilli & le moins gâté qu’il fera poiîible. Je remue bien le tout, afin que l’eau obtienne par-tout le même degré de chaleur. Après l’avoir laide une demi-heure tranquille , j’ouvre le robinet qui eft au bas de la chaudière, lequel eft garni en-dedans d’un fac de greffe toile , pour retenir les feuilles & les ordures. L’eau qui fort eft chaude & d’une couleur olive ; elle tombe dans un grand cuveau rempli dentiers d’eau de chaux. Cette eau de chaux eft compofée d’une partie de chaux vive fur deux cents parties d’eau de fontaine. Dès que Pinfufion de paftel eft verfée dans le cuveau, je le fais fortement remuer, afin que la réunion fe falfie plus promptement. Pendant cette mixtion, la couleur olive fe change en un beau verd de pré bien foncé, il fe fait une forte écume bleue.. Quand le fluide eft bien mêlé, je le 1 aille repofer, afin que les particules colorantes fe dépofent. La cuve eft percée à différences hauteurs de plusieurs trous qui portent autant de robinets. Après une heure de repos , je-tire toute l’eau jaune qui fe trouve par-deifus le précipité bleu , & je remplis, fa cuve avec de l’eau froide : je mêle fortement le dépôt avec cette nouvelle-eau, afin d’emporter l’excédant de l’eau de chaux, comme auftî l’eau jaune-qui peut fe trouver encore parmi le dépôt. C’eft ce fuc jaunâtre du paftel qui donne au bleu une nuance plus ou moins verdâtre , fuivant la quantité* qu’il y en a.
- 38ij. Dès que le dépôt s’e-ft formé de nouveau, je fois,fans perte de-tems, écouler l’eau , parce que par un terns chaud , elle commence à entrer dans une efpece de fermentation.. Si l’on n’y met pas promptement certaine quantité d’eau de chaux , cette fermentation produit bientôt une forte de putréfaction. On connaît que cette putréfaction eft commencée,, lorfque le dépôt bleu paraît fur la fuperheie de l’eau. Le meilleur moyen eft , comme* nous l’avons dit, d’y ajouter une grande quantité d’eau de chaux froide & faible, & de remuer le tout avec force. Il fe forme ordinairement alors; une écume blanche, qui fo répandrait même par - deifus les bords du Yafe, fi 011 11e la retenait pas au moyen de quelques gouttes d’huile , oit de colle de poiifon. C’eft le moment de faire l’épreuve furie dépôt j mais comme il eft encore chargé de particules étrangères., 011 les fépare de la ma* niere fui vante i
- 587* Lorsque le dépôt a. été adouci , comme on. vient de le voir, avec de l’eau de fontaine, on le tire dans de grandes cruches de terre,. & 011 y
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- mêle un peu d’huile de vitriol qu’on remue fortement II eft inutile que le vitriol foit concentré ; on peut donc, à caufe du bon marché, prendre de celui d’Angleterre. La dofe eft d’une once d’huile de vitriol pour chaque feau d’eau. Quand ce mélange s’eft repofé durant quelques heures, on fou-tire l’eau trouble qui eft par-deifus, on recharge le tout avec de l’eau pure, & après l’avoir bien épurée, on le fait fécher le plus promptement qu’il eft poftible. Les épreuves montrent que la couleur bleue, tirée de cette façon dupaftel,a l’apparence & les propriétés de l’indigo.
- 3§8. Si l’on veut faire des elfais en petit, fuivant la méthode que je viens d’expofer, il faut faire bouillir l’eau dans un vafe qui ne fe refroi-diife pas trop promptement. Si l’on néglige cette attention, il n’en refaite point d’autre inconvénient, fi ce n’eft que l’on n’obtient pas autant de bleu , parce que l’eau froide n’en tire pas autant de la plante. Il eft bien plus important d’empêcher que l’eau ne cuife pas avec le plante : autrement les parties colorantes fe rejoignent à l’herbe, elles la teignent, & ne peuvent plus en être feparées.
- 389- Pour pouvoir faire une eftimation générale, qui montre quel profit on peut attendre de ces procédés, je crois devoir ajouter ici ce que j’ai appris de l’expérience.
- 390. Suivant l'indication de M. le docfteur Schreber, dans fa defcription du pajl&l, j’ai femé lepaftel au mois de janvier, dans un terrein fablonneux , mais bien prépare 5 j’en a coupé la feuille, quand elle a été d’une grolfeur convenable ; & tirant la couleur d’après la méthode que je viens de décrire, j’ai trouvé qu’un terrein de 120 verges quarrées , m’a donné à chaque coupe, de 10 à 11 livres de bleu.
- 391. Mais comme il eft connu que le paftel, comme l’anil (26), n’eft pas dans tous les terreins également riche en couleur, je penfe que tous les terreins de cette étendue ne donneront pas la même quantité. En comparant le bleu tiré félon la méthode de Thuringe, avec celui que j’ai reçu d’Erfurt, je dois convenir que l’herbe de Thuringe doit être beaucoup plus riche en couleur. L’une & l’autre ne peuvent pas entrer en comparaifon avec celle du Languedoc ; puifque les balles qu’on en forme , fuivant le témoignage de M. Aftruc (27), font intérieurement violettes.
- 392. Les frais de fabrication, bois, chaux, huile de vitriol & main-d’œuvre , ont monté à huit écus d’empire pour chaque coupe. Cette forme doit varier fuivant les lieux.
- (26) Voyez Pierre Barrere, nouvelle re- (27) Mémoires de M. Aftruc, pour F h if-lation de la France éqùinoHiale , Paris , toire naturelle du Languedoc, Paris 1737, 1743 > page Fg*3 3°>m*
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- 353. J’ai fait diverfes expériences avecl’anil, particuliérement celui que^ l’on appelle anil de Bahama , dont j’ai pu avoir quelques plantes qui ont: cru en plein air, & que j’ai déjà coupé deux fois cette année. J’ai fuivi toutes les méthodes connues, celle d’Amérique, celle d’Afie , celle que j’ai rapportée ci-deflus. Ces expériences m’ont appris, que l’anii étant d’une lu b (tance plus dure que le paftel , exige beaucoup plus de tems, avant qu’il ait communiqué fa couleur à l’eau dans laquelle on le fait tremper. Ce qui contribue à la beauté de l’indigo, c’elt de verfer dans l’in-fulion une bonne quantité d’eau froide, dès qu’elle eft parvenue au point de fermentation convenable; afin de prévenir la putréfaction à laquelle cette herbe eft fort fujette. Dès que l’on a féparé les particules colorantes , foie en les battant, ou en y ajoutant de l’eau de chaux, il faut en foutirer. l’eau qui fumage , rincer le tout avec de l’eau, fraîche,, pour enlever tous les fucs qui font fort enclins à la putréfaction.
- 394. J’indiquerai avant de finir, une maniéré facile de reconnaître.: les végétaux qui portent la couleur bleue. Coneaflez les feuilles, exprimez-en le jus fur du papier blanc, qui ne foit pas. trop mince; biffez fécher la couleur verte que cela produira; pafi’ez enfuite par-delfus une plume trempée dans de l’huile de vitriol, ou dans de l’acide de fel marin, qui 11e doivent pas être trop forts,pour ne pas détruire la couleur. Si l’on fait cette expérience avec des feuilles de paftel, il refte fur le papier une tache bleuâtre, plus ou moins foncée fuivant que l’herbe eft plus ou moins chargée de couleur.
- 395. Je crois avoir montré avec toute la précifion qui m’a été poffible». que la couleur bleue que l’on cherche, fe trouve réellement dans la feuille de paftel»- qu’elle fe fépare par l’eau chaude, & qu’on peut la précipiter facilement & à peu de frais. Il eft connu d’ailleurs que cette couleur , pour fervir dans la teinture, peut & doit être de nouveau dftfoute ; je conclus ce mémoire par cet ancien axiome de chymie : folve, coagula & réitéra.
- SECONDE ADDITION.
- Mémoire fur un infeSe qui fe trouve fur les feuilles de guefde , ou de paftel écrafées, lorfqu'elles entrent en putréfa&ion » qui s'en nourrit, qui en exprime les particules colorantes, d'au il contracte une couleur bleue ; par 31. 3Iarggraf.
- 396*. Il y a des plantes d’où Part n’a pu tirer jufqu’à préfent aucune couleur , mais defquelles certains infectes- qui s’en nourriifent favent fucer
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- îês parties colorantes , au point qu’ils en font teints eux-mêmes, & quils deviennent d’excellens matériaux pour la teinture. C’eft ce que l’on voit dans la cochenille qui donne une belle couleur rouge ; c’eft ce qu’011 obferve dans la drogue nommée coco radicum , ou cocus polonicus. Ces deux infedes-font bien connus. Le premier fe trouve fur les feuilles du figuier d."Inde , que l’on nomme aufiî cardafie , raquette , nopal & opuntia. Cette plante n’a rien de rouge que fon fruit; cependant l’animal qui s’en nourrit, en tire la plus belle couleur rouge. L’autre infecte fe trouve dans les mois de juin & de juillet, attaché aux racines d’une plante , nomméepolyganum cocciferum, qui croît abondamment par-tout ( 2g ). L’animal relfemble à un grain rond , qui étant écrafé donne un fuc rouge, que l’on appelle en allemand Johannishlut, fang de Saint-Jean, en français cochenille de Pologne, & que l’an recommande pour la teinture. Il femble tirer fa rougeur de la plante ci-delfus ; c’eft un infecte comme la cochenille, avec cette différence que la cochenille devient un hanneton , & celui-ci une mouche. Comme je n’ai plus rien à dire ici de ces deux infectes qui fourniffent la couleur rouge , je recommande à ceuxf qui voudront en favoir davantage, la lecture des auteurs fuivans : Laet, Hermandez, Plumier , Pifo ,Marggraf, Oviedo, Herrera , Ximenès, Roche-fort , Acofta. Voyez fur la cochenille de Pologne , les ouvrages de Neumann , & Johannis Philippi- Breinnii hifioria naturalis cocci radicum tinclorii.
- 397. A ces deux infe&es propres à teindre en rouge, j’en ajouterai un troifieme que je connais depuis plufieurs années , & dont je ne me rappelle pas que perfonne ait parlé jufqu’à préfent. C’eft celui qui fe trouve fur la plante de paftel écrafée , dès qu’elle commence à entrer en putréfadion ; il en fuce; la couleur bleue, & il fe teint lui-même en cette couleur.
- 398- On fait combien on s’eft donné de peine depuis quelques années' pour féparer les particules du paltel, & en faire une efpece d’indigo. Ce' travail de plufieurs obfervateurs me fit naître le defir de faire quelques expériences fur l’herbe de paltel, afin d’en tirer la couleur. Voici comment je m’y pris. Le paftel, pour donner beaucoup de couleur, doit être femé dans une bonne terre; je fis donc préparer un terrein convenable, je le fis •fortement fumer en novembre , & il paffa l’hiver en cet état.
- 399. Au commencement de mars , la terre ayant été de nouveau remuée, j’y femai un peu clair la meilleure fera en ce de paftel que je pus trouver c’eft celle dont1 la plante a été caradérifée ainfi par les botaniftes •'
- Ifatis fativa vel latifiolia C. B. Pin. 113, & Tourne fort, 21 V
- (sgi C’eft une efpece de renonce ou de nomme polygonum cocciferum incanum r ceminode , que Tournefort a regardée flore majori pcrrcnni, Tourneforc, comme une efpece de pied de lion. Ray h
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- h 8
- Ifatis fativa Dodoncd , Pempt. 79,
- Jfatis Jïve glujlum fativum , J Bauhin. hiji. plant ar. Il, 999.
- Ifatis domefica , Mathioli ; glajlum, vulgo quadum Cælalpini, velglaujlum in Gai lia , olim guajlum, hodic guefum , guceda, pajlel ou guede.
- 400. Observons ici que le mot de pajld ne défigne proprement que des boules de paftel préparées pour la teinture, telles qu’on les trouve chez les apothicaires. Les anciens Grecs les nommaient déjà pajldli , & les modernes les nomment aujourd’hui pafdlones.
- 4°i- Comme ma femence était bonne, & que le tems fe trouva doux, elle leva dès les premiers jours d’avril, & elle parut comme la falade à deux feuilles. Je la lailfai croître jufqu’en juillet, en‘prenant foin d’extirper les mauvaifes herbes. Alors, la plante étant déjà forte , j’en coupai les plus greffes feuilles , avec lefquelles je fis l’ellai fuivant.
- 402. Je lailfai repofer mes feuilles pendant quelques heures, pour que la terre adhérente put fe fécher, après quoi je les nettoyai avec le plus grand foin. J’en pris une portion que je pilai dans un mortier jufqu’à la conliftance d’une bouillie, je la mis dans un verre couvert d’un voile clair; & je l’ex-pofai à l’air, parce que cette plante pilée & entalfée, eft fort fujette à la putréfaction. La chaleur de la faifon produifit bientôt fon effet; mes herbes commencèrent à exhaler une odeur putride. Au bout de neuf jours , la mau-vaife odeur augmenta, & je trouvai parmi le paftel pilé une multitude de petits vers blancs. Ces animaux placés fous le microfcope folaire étaient prefque tranfparens , avec une petite trace au milieu du corps. Une de leurs extrémités était épaiffe & ronde, l’autre au contraire fe terminait en pointe , & était armée de deux cornes très-déliées. Sur la partie poltérieure on remarquait deux points enfermés dans un demi cercle. Par en-bas ils femblent avoir des pieds, & l’on pourrait croire que ce demi-cercle eft la bouche, fi on ne les voyait pas agiter fans celfe la pointe dont je viens de parler, comme pour chercher leur nourriture.
- 403. Au bout de quinze jours, ces infeétes étaient fenfiblement plus gros; la trace noire dont j’ai fait mention, prenait vifiblement une couleur bleue. Enfin, au bout de trois femaines ce bleu s’étendait fur tout l’animal qui était alors dans fon plus grapd accroilfement, & prêt à fubir fa métamorphofe. U11 bon microfcope fait appercevoir que le corps du ver eft compofé de treize anneaux. L’accroiffement continua de cette maniéré iufqu’à quatre femaines ; après quoi la peau fe rida , le ver devint plus petit & fe changea enfin en une chryfalide de couleur brune. Je 11e puis rien dire de précis fur l’infecfe forti dç cette chryfalide. Un ami que j’avais chargé de fuivre mes obferva-tions, nf allure qu’il en fort au bout de quelques femaines une mouche allez
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- femblable aux mouches ordinaires , mais dont le corps efl; alongé. Je ne manquerai pas de l’obferver encore plus foigneufement.
- 404. J’ajoute une circonftance qui me femble digne d’être rapportée. Si, avant de piler la feuille de paliel, on prend foin de l’elfiiyer avec un linge blanc & de la laver cinq à (ix fois, on obtient par la putréfadion quelques-uns de ces infedes, mais plus petits,& en moindre quantité. Ce fait femble prouver que les œufs de l’infede étaient dépofés lur la plante ; enforte qu’une partie a été emportée par les fréquens lavages.
- 40$. Il efi: lingulier de voir que, quoique les feuilles de la plante encore verte foient attaquées par divers infedes, pucerons, chenilles, araignées & autres, 011 n’y trouve jamais celui dont nous parlons. Il faut que le palleifoit auparavant pilé & réduit en putréfadion. Autrement, je ne me rappelle pas de l’y avoir jamais rencontré, quoique j’aie répété très-fréquemment mes expériences. Il s’agirait maintenant d’éprouver fi ces petits animaux, raifem-blés lorfqifils ont atteint leur point de perfection & delféchés, pourraient être employés à la teinture avec autant de fuccès que l’indigo*
- 406. Je dois encore rapporter quelques expériences faites fur le palteîr dans le but d’en extraire les particules colorantes. On eit obligé de fe fervir de la putréfadion-, mais on s’y prendrait mal, fi l’on fe contentait de concaifer les feuilles, de les détremper dans de l’eau & de les laifier pourrir dans cet état. La partie terreufe fe mêlerait avec les particules colorantes' détachées par la fermentation , & l’indigo qu’on en tirerait ne ferait pas beau. Quand 011 mettrait même les feuilles entières dans l’eau , on ne réuffirait pas mieux. Les particules terreufes fe détachant feraient toujours confondues avec les particules colorantes & les gâteraient. Il eft donc néceffaire de verfer dans un fac de toile les feuilles de paftel fans les écrafer j le fac doit être chargé pour qu’il relie au fond de l’eau : 011 y verfe par-dedus de l’eatt fraîche, ou plutôt de l’eau de riviere repofée pendant quelque tems s on l’expofe ainfi à l’air pendant la grande chaleur: on le couvre légèrement, & au bout de peu de jours l’eau commence à fermenter & à fe charger de couleur bleue > fur la furface, fe forme une pellicule bleue, qu’on peut enlever, & ferrer à mefure qu’elle paraît. On peut alors foutirer l’eau colorée,. & la. lailfer repofer : on obtiendra une couleur femblable à l’indigo. Mais il y en a fi peu, qu’il 11e vaut prefque pas la peine de faire cette opération > &r c’eft là fans doute ce qui a Lit échouer toutes les épreuves faites en grand*. Les feuilles fraîches du paftel contiennent réellement des particules colorantes en bleu. Non feulement cela eft prouvé parles expériences précédentes , mais encore par celle-ci qu’on a faite depuis peu. On écrafe la feuille encore jeune , fur de la toile, du papier, ou de la laine, que l’on humede en fuite avec quelques gouttes d’efprit de fel ammoniac jce quilui. donne une couleur bleue
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- allez durable. Preuve évidente que cette couleur fe trouve dans la plante dès fa naiffance.
- 407. Le bleu du paftel ne paraît pas réfider dans les particules folubles dans l’eau, mais plutôt dans celles qui ne fe diffolvent pas de cette maniéré elles font mifes en mouvement par la putréfaction & elles fe communiquent avec l’eau. Pour m’en convaincre, j’ai fait cuire fortement des feuilles de paftel dans de l’eau, j’ai foutiré cette eau devenue brune , j’ai exprimé le paltel entre mes mains ; & j’ai répété la même manœuvre jufqu’à ce que l’eau en fortit parfaitement claire. Il 11e pouvait alors y avoir que les parties réfi-neulès mêlées avec les particules terreufes ; cependant cette herbe ainii lavée a produit fon effet pour la teinture, mieux encore que les boules de pafteL Avec cette herbe ainfi épuifée , je fis un effai fuivant la méthode de Hellot 9 & l’étoffe de laine que je teignis prit une très-belle couleur bleue.
- 408. Voici comment je procédai. Je pris une once de ce paftel lavé & défi, féché , je le pilai très-fin, je yerfai deffus douze onces d’eau bouillante, dans un verre allez grand pour n’ètre rempli qu’à moitié ; j’y ajoutai trois dragmes de potaffe. Après avoir remué le tout, je le laillai repoler. Alors j’y mis trois dragmes de vitriol de mars diffous dans fix onces d’eau, & trois dragmes de chaux éteinte à l’air. Je remuai de nouveau ce mélange & je le laiffai repo-fer dans un endroit médiocrement chaud. Au bout de trois jours, pendant lefquels j’eus foin d’ajouter un peu de chaux, le mélange fe mit à fermenter , & il fut propre à la teinture. Je le remuai de nouveau, j’y ajoutai encore .de la chaux , & j’y trempai quelque chiffon de laine que j’avais auparavant mouillé & exprimé: ils en fortirent teints en bleu. Au refte, l’écume était très-bleue , ce qui ras prouva que mon paftel malgré tout ce que je l’avais fait cuire , n’avait point perdu de particules colorantes. Par confisquent, elles réfident dans la partie réfineufe. L’efprit de vin reéiifié tire de ce paftel , réuni & defféché, une jolie couleur verte, tirant fur le bleu.
- 409. Pour finir, je ne puis me difpenfer d’inviter les artiftes & les curieux qui s’appliquent à la teinture, de faire attention aux différentes elpeces de chenilles & d’autres infeéles qui fe nournlîent de végétaux. Je crois que Ci l’on y regardait de plus près , il s’y en trouverait quelques-* uns qui feraient propres à la teinture, & qui pourraient peut-être nous dédommager par-là de la perte qu’ils nous occalionnent.
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- Extrait du dictionnaire de commerce, de M. le profeffeur Ludovici , fur la contmijfance des différentes fortes1 d'indigo, & le commerce qu'on en fait. Tome III, p. 6r8-
- 410. De tout ce qu’on a dit jufques ici fur la préparation de l’indigo» on peut en conclure que, de quelque maniéré qu’011 s’y prenne pour le faire, ce n’eft jamais qu’un fédiment tiré de la plante par le moyen de l’eau-, & précipité en le battant fréquemment. Ce qu’il y a de plus admirable encore, c’eft que, quoiqu’on ait fait depuis Ci long-tems de l’indigo, & qu’on en faife tous les jours une li grande quantité, perfonne n’a encore trouvé le fecret de fabriquer cette marchandife à coup fur & de la meilleure qualité. Les plus habiles s’y trompent, tantôt parce qu’ils ont fait trop ou trop peu pourrir la plante , tantôt parce qu’ils ont trop ou trop pe,u agité l’eau dans la fécondé cuve. Dans le premier cas, le grain d’indigo déjà formé fe diifout de nouveau j dans le fécond, le grain qui 11’était pas encore entièrement formé, refte dans l’eau, au lieu de fe précipiter au fond de la cuve, & fe perd avec elle lorfqu’on la lailfe écouler. On fabrique l’indigo dans différens endroits des Indes orientales & occidentales, comme aufii dans l’isle dèMadagafcar,fur les côtes d’Afrique, -où l’anil eft connu fous le nom de hangero„
- 411. Da;ns l’orient on fabrique l’indigo en divers lieux des états du Mogol, dans les royaumes de Golconde & de Bengale. Les Hollandais en font à l’isle de Java. Dans le continent des Indes occidentales on en fait principalement à Guatimala & ailleurs, aux isles Antilles , eir particulier à S. Domingue , à la Jamaïque , à Curaçao., Enfin 011 en tire de quelques-unes des Caraïbes.
- 412. Si l’on demande quelle eft la qualité refpe&ive de ces diverfes fortes d’indigo, on répondra que celui qui vient de l’orient pâlie pour être plus fin & meilleur que celui des Indes occidentales. Ce qui contribue à établir cette opinion, c’eft que la forme qu’011 lui donne en le fabriquant (elle approche beaucoup de celle d’un œuf, excepté celui de Sirches qui eft plat), oblige les marchands qui veulent le tranfporter en Europe, de le faire piler bien menu , afin d’en faire entrer davantage dans les cailles ou tonneaux. Il arrive delà, que le grain en paraît plus fin, & la couleur plus foncée. D’ailleurs , le prix de oette forte d’indigo beaucoup plus haut que celui d’Amérique, & le préjugé que tout ce qui eft cher doit nécelfai-rement être meilleur, ont fortifié cette opinion. L’indigo nomméJirches, far-
- Tome VUL Cl
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- quijfe, fârquejje, xerquies, au cirquéey d’un village fitué près d’Anïadabat, dans le Mogol, eft le plus eftimé de tous. Celui que l’on fabrique dans les environs de Biana, d’Indona, de Corfa ©u Colfa, près d’Agea, & à Agea niême j ne çede rien au premier. Comme il a la forme d’un œuf, les Français l’appellent inde en marons. L’indigo de Golconde, eft auffi très - eftimé.. Celui que les Hollandais apportent de Beampour & du Benguela, eft le moins, bon de tous ceux qui viennent des Indes orientales. L’indigo de Java eft suffi beau qu’aucune autre efpece ; bien des gens le préfèrent même an firches. L’indigo qui vient des Indes occidentales eft tout en petites plaques ; c’eft pourquoi on l’appelle indigo plat. On diftingue dans cette clafle-le pajlcl de Guatimala, que quelques-uns nomment guatimala. Il
- vient dans des cailles couvertes de peaux en poil, avec ou fans courroie > on en reçoit auffi en ferons quelquefois enveloppés de nattes j enfin il eft fouvent emballé dans des tonnes ou tonneaux. L’indigo de Saint-Domingue n’a pas une couleur auffi'-vive & cuivreufe que celui de Guati-mala : on ne laide pas de l’eftimer autant, pourvu qu’il ne foit pas mêlé * comme il arrive fouvent, de cendres, de fable , ou de terre. L’indigo de la. Jamaïque l’égale en qualité.. Celui qui vient des autres. Antilles, appelle communément indigo des isles, n’eft pas à beaucoup près auffi eftimé que les trois efpeces, dont je viens de parler. L’indigo de Curaçao, qui vient, dans des tonnes, n’eft pas de la même qualité: cependant on en fait un grand ufage. L’indigo des Caraïbes & quelques autres efpeces d’indigo d’Amérique , n’eft pas fort recherché. On le mêle avec de l’amidon & de l’eatfc de gomme , pour en faire une pâte que l’on appelle indigo commun, on quelquefois indigo plat. On ne l’emploie guere qua marquer les. moutons des gens de mauvaife foi le vendent pour de l’indigo, pur.. En général>, l’indigo eft bon, lorfqu’il a un œil vif & brillant.
- 4$ 3. Aujourd’hui , la plupart de l’indigo fe tire d’Efpagne , de France * d’Angleterre, de Portugal & de Hollande ,parce que ces puilfances Européennes onc des poifeffions en Afie & en Amérique, où l’on fabrique cette mar-chandife, ou qui font à même de l’acheter de la première main. Les Hollandais feuls en apportent annuellement en Europe cinq, à fix cents quintaux* qui fe vendent en grande partie en Allemagne & à Mofcou. A Amfter-dam , on vend de fix fortes d’indigo ; fivoir, l’indigo farquifle ou cirquée* l’indigo, de Guatimala* de la. Jamaïque, de Java, de S.Domingue , enfin l’indigo lauro.
- 414, Le prix de toutes, ces. efpeces d’indigo hauife & bailfe alternativement. Pour qu’on puiife fe faire une idée de la. diverfité des prix , nous.rapporterons ici ceux que M. Savary indique dans fon dictionnaire univerfel du commerce , tom. II, page 912. L’indigo cirquée coûte de vingt-cinq à trente-«inq fols, la livre 5 il le paie argent de banque,, & fe tare au poids, L’in-
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- digo de Guatimala en caiifes s acheté de cinquante à foixante fols la livre : la tare eft de quarante-cinq livres la caille: le même en ferons, au même prix; mais la tare n’eft que de vingt-huit livres par feron. Si les ferons font couverts de nattes , ils donnent trente livres de tare, au lieu de vingt-huit. Le même en barrils, de quarante-cinq à quatre-vingt-dix fols la livre; on tare les barils. Indigo de Java, de quarante à foixante quinze fols, fe tare au poids; indigo Saint-Domingue, de cinquante à foixante fols, même tare. Indigo lauro, de quatorze & demi à quinze & demi fols, même tare : tous ces indigos donnent de déduétion pour le bon poids & pour le prompt paiement, chacun un pour cent; en déduifmt d’abord deux pour cent pour la poulîiere. On vend à Hambourg les mêmes efpe-ces d’indigo, & fur le même pied qu’en Hollande, fuivant les efpeces & la qualité, pour tant de fols flamands; avec cette différence, que les paie-mens fe font à Hambourg en argent de banque, qu’on accorde huit & deux tiers pour cent de rabais ; & que l’indigo de Guatimala fans courroies ne donne que quarante, avec courroies quarante-deux livres de tare par chaque caiffe: mais comme elles pefent fouvent jufqu’à cinquante livres, l’acheteur fe trouve trompé.
- 415. En achetant l’indigo, il faut fur-tout faire attention à ces qualités. 1. Choifiifez des morceaux plats & d’une grolfeur médiocre. 2. Qu’il 11e foit ni trop dur ni trop tendre ; mais d’une fermeté médiocre. 3. Qu’il s’enflamme aifément. 4. Qu’il foit au-dehors d’un bleu foncé , vif & brillant ; que l’intérieur- foit plus beau encore, parfemé de quelques paillettes argentées, qu’il paraiffe rougeâtre quand on le frottera fur l’ongle. 5. Sur-tout il faut que l’indigo foit léger , qu’il fumage fur l’eau : plus il eft fujet à s’enfoncer, plus il faut craindre qu’on n’y ait ajouté des matières étrangères. S’il fe trouve trop pelant à proportion de la quantité, il faut l’examiner avec foin.
- 416. Comme cette marchandife eft chere , il importe que l’acheteur foit inftruit [des fraudes qu’on emploie pour augmenter les profits. La première fraude conlifte à trop battre la plante dans la trempoire , afin de faire entrer dans la pâte les feuilles & l’écorce. La fécondé fraude eft d’y mêler des cendres, de la terre, du fable, ou de l’ardoife. On jette ces matières étrangères dans la cuve, & l’on remue fortement le tout, afin que le mélange fe fafle, & que la fraude ,ne s’appercoive pas. Cette friponnerie fe fait plus aifément fur l’indigo en poudre, que fur l’indigo en plaques ; ces corps étrangers ne s unifient jamais affez exactement pour qu’il ne s’eti forme pas toujours comme des couches à part, qu’il eft aifé d’appercevoir, en caffant l’indigo. La première de ces fraudes fe découvre par la couleur^ qui eft noirâtre , & par le poids qui augmente confidéra-
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- blement. Pour découvrir la fécondé fraude , il faut diffoudre dans l’eau un morceau d’indigo ; s’il eft pur, il fe. diffout entièrement; au contraire, la matière étrangère coule au fond du vafe, quand il eft mélangé. On peut auiîi brûler un morceau d’indigo; s’il eft pur, il fe confirme tout entier; tandis que la cendre , la terre, le fable & l’ardoife reftent, s’il eft fallifié^
- 417. L’indigo fert aux peintres pour faire la couleur bleue; ou mêlé avec de l’orpiment pour faire le verd. Les teinturiers l’emploient aux mêmes ufages. Les réglemens de police du S. Empire Romain, de l’an 15.77, déclarent que l’indigo eft une couleur nuifîble, trompeufe, corrolive & diabolique ; en conféquence il eft défendu lous de grieves peines aux teinturiers de s’en fervir. Cette défenfe fut renouvellée en 1654, Par im mandat des états de l’Empire alfemblés à Ratisbonne. L’éleCteur de Saxe fit auiîi publier la même prohibition dans fes états ; enjoignant de rechercher & de punir févérement les contrevenans. Aujourd’hui l’on eibaL furé que l’indigo ne mérite point ces qualifications odie.ufes. C’eft pourquoi les réglemens publiés en France permettent, aux teinturiers de mettre ftx livres d’indigo fur chaque balle de. paftel dans la bonne cuve. Ils peuvent auiîi mettre une livre d’indigo fur un cent psfant de vouede ; pourvu qu’on les mette enfemble dans la bonne cuve; mais il leur eft défendu d’employer l’indigo feul, ni fans être préparé avec la cendre gravelée, parce que l’indigo feul ne fait qu’une couleur fauffe, qu’on ne peut rendre bonne & durable que par le mélange du paftel, dont les particules plus groiîieres , mêlées de terre , lient les particules d’indigo. L’indigo employé pour la teinturé en foie, c’eft l’indigo cuivré, fur la furface & dans l’en-térieur duquel on obferve un rouge de cuivre. On pourrait employer .avec avantage différentes efpeces d’indigo, par exemple’, l’indigo bleu ,. plus léger , plus fin & plus beau que le cuivré.
- 418- On fait de l’indigo faétice avec de l’alun de roche, du vin rougeT de la fleur de paftel, de Pamidon , de l’urine, & du vinaigre. On a encore voulu employer pour cela les baies & la feuille de myrtille. O11 établit en 1752 une manufacture à Wolkenftein ; mais cette tentative fut infruCtueufe : les particules colorantes de cette plante font trop fubtiles pour donner une couleur folide»
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- ART DE D INDIGOTIER. is* EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche I.
- jFigure i, indigo élevé en France-, calqué fur la figure d’après nature, inférée dans les mémoires de l’académie des fciences , année 1718 5 pag. 92.
- Figure 2, feuille d’une efpece d’indigo du Sénégal y dont M. Adanfon ,• de l’académie dès fciences, nous a dit avoir toujours tiré un indigo bleu flottant, d’une couleur approchant de l’azur.
- Figure 3 a gonfle ou filique de l’indigo dont nous-venons de parler dans l’explication de la figure 2.
- Figure 4 y efpece d’indigo rampant qui croît au Bréfil & dans la Nou-velle-Efpagne, dont on a copié la figure dans l’hiftoire naturelle du Bréfil,-par Pifbn, liv. 4^ page 19g. Tréfor des matières médicales, AV. 4,-/. 109,-& en quelques éditions ,pug. 57 & 58..
- Figure fefpece d’indigo riche & précieux de la terre ferme de l’Amé-^ rique , dont il découle un fuc bleu lorfqu’on rompt la plante copiée dans» Pifon comme ci-delïus,
- P L A N C H- E I L
- Figure 1, perfpedive d’une indigoterie fimple, dont la pourriture efiï chargée 8c barrée, & la batterie montée & prête à battre au buquet.
- A, trempoire ou pourriture, vaifleau où l’on met l’herbe à fermenter^
- B, batterie, vaiffeanoù l’on bat l’extrait.
- C, repofoir, troifieme grand vaifleau, ou efpece d’enclos qui fert à ren* fermer le bafïinot ou diablotin K, fig. 4 6* 5:, & le râtelier U fig. 1,46* $ , auquel on fufpend les facs remplis de la fécule de l’indigo.
- D, poteaux ou clefs de la trempoire;
- E, daleau de la trempoire,• qui fe débouche quand l’herbe a fermenté fiiffifamment.
- E , daleaux de la batterie, qui s’ouvrent les uns après les autres après le battage & le repos de l’extrait.
- G, barres des clefs de la trempoire.
- H, travers ou barres- de la pourriture , qui appuient fur les paliflades IV v&ye{ figure 4.
- I, paliflades ou planches de palmifte couchées fur l’herbe quand la cuve' eft chargée ou pleine. Foyg{ fig. 4^
- L j efcalier du repofoir.
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- ART DE V INDIGOTIER.
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- M» caillou du buquet MO, avec lequel on bat l’extrait.
- N, fourches ou chandeliers des buquets.
- O, manche du buquet M O.
- Q_, daleau quarré du repofoir. Ce daleau qui eft toujours ouvert, répond au canal de décharge nommé La vuide.
- U, râtelier où l’on fufpend les facs pleins de la fécule de l’indigo.
- Figure, 2, perfpeétive de l’échafaudage drelfé fur un puits d’indigoterie pour en tirer l’eau & remplir la pourriture après qu’elle a été chargés & barrée.
- a y fourche de la bafcule. b, chevron qui forme la . bafcule.
- e, échafaud.
- f, fouet ou cordage du feau.
- g, dale ou gouttière qui conduit l’eau à la cuve.
- m, negre qui prend un feau pour en verfer l’eau dans la gouttière. n y negre qui fait monter un feau qui eft attaché à un des bras de la ba£ cule.
- Pi puits de l’indigoterie.
- Figure 3 , perfpe&ive de la fécherie & des établis fur lefquels on met les caiifes remplies de l’indigo qu’on veut faire fécher. r, bâtiment de la fécherie.
- t, établis qui fe prolongent fort avant dans l’intérieur du bâtiment.
- On trouvera à la planche f & dans fon explication, tout ce qui concerne le détail de ces deux objets.
- Figure 4, plan géométral d’une indigoterie limple , dont la pourriture eft chargée & barrée, & la batterie montée & prête à battre au buquet.
- L’échelle qui eft fur la planche en indique les proportions.
- A, trempoire ou pourriture, vailfeau où l’on met l’herbe à fermenter.
- B , batterie, vailfeau où l’on bac l’extrait fortant de la pourriture.
- C, repofoir, troilieme grand vailfeau ou efpece d’enclos qui fert à renfermer le balïinot ou diablotin K, & le râtelier U, auquel 011 fufpend les facs remplis de la fécule de l’indigo.
- D, poteaux ou clefs de la trempoire.
- E, daleau de la trempoire, qui fe débouche quand l’herbe a fermenté fuffifamment.
- F, daleaux de la batterie, qui s’ouvrent les uns après les autres après le battage & le repos de l’extrait.
- G, barres des clefs de la trempoire ou pourriture.
- H 9 travers ou barres de la pourriture, qui appuient fur les palilfades I.
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- ART DE B INDIGOTIER, Uf
- I ,paliflades ou planches depalmifte couchées fur l’herbe quand la cuve eft chargée.
- K, diablotin ou baflinot qui reçoit la fécule fortant de la batterie.
- L, efcaïier du repofoir.
- M, caiifon du buquet MO, avec lequel on bat l’extrait.
- N, fourches ou chandeliers des buquets.
- O , manche du buquet M O.
- P, petite forme ou foifette qui fe trouve au fond du diablotin K. Q_, daleau quarrédu repofoir. Ce daleau , qui eft toujours ouvert, répond au canal de décharge nommé la vuide.
- R, râtelier auquel on fufpend les facs remplis de la fécule de îiiidig©. V, fond du repofoir.
- Figure L’échelle qui eft fur la planche en indique les proportions.
- Coupe verticale d’une indigoterie.
- A, trempoir-e ou pourriture, vaiifeau ou l’on met l’herbe à fermenter. B ^ batterie, vaiifeau.où Lon bat l’extrait fortant de la pourriture.
- C, repofoir, troifieme grand vaiifeau ou efpece d’enclos qüi fert à renfermer le diablotin K & le râtelier U, auquel on fufpend les facs remplis de la fécule de l’indigo.
- D, poteaux ou clefs de la trempoire.
- E, daleau delà trempoire, qui fe débouche quand l’herbe a fermenté fufKfamment.
- F, daleaux de la batterie-, qui s’ouvrent les uns après les autres après le battage & le repos de l’extraite
- G, barres des clefs de la trempoire.
- K j diablotin ou baffinot qui reçoit la fecule fortant de la batterie.
- L , efealier du repofoir.
- N , fourches des buquets.
- P , petite forme ou foifette qui fe trouve au fond du diablotin K.
- Q_, daleau quarré & toujours libre , qui répond au canal de décharge nommé la vuide.
- U, râtelier auquel on fufpend les facs remplis de la fecule de l’indigo»
- V, fond du repofoir.
- X, les bondes de bois dans lefquelies on perce les trous des daleaux. Figure 6. Cette figure repréfente la taife d’argent dont on fe fert pour faire k preuve , c’eft-à-dire, pour examiner l’état du grain qui fe forme dans l’extrait pendant la fermentation, & qui fè perfectionne par le battage.
- Figure 7. Cette figure repréfènte le cornichon qui eft co.mpofé d’un bout de corne de boeuf ajufté à un manche de bois. Cet inftrument fert à puifer au fond de ïa. pourriture & de la batterie a, un peu de l’extrait qu’on verfe dans
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- 'Aï*'
- ART D E L I ND I G 0 T I E Ri
- la talfe fig. 6, ou dans la cuve même, lorfqu’on veut Amplement connaître par l’épaiflilfement de la liqueur, les progrès de la fermentation.
- Planche III.
- Figure i, U, râtelier, aux crochets duquel on fufpend les lacs Z pleins de la fécule de l’indigo , mife à.égoutter.
- Figure 2, truelle fine pour accommoder l’indigo dans les caiffes.
- Figure 3 , A , cailfe à indigo vuide , vue dans fes proportions.
- Figure 4, A, cailfe nouvellement 'remplie d’indigo.
- Figure ^, cailfe pleine d’indigo qui commence àfécher.
- Figure 6.Cette figure repréfente un vailfeau détaché, où l’on bat l’indigo la maniéré des Indes , décrite par MM. Tavernier & Pomet.
- B „ batterie ou vailfeau dans lequel on bat l’indigo.
- £, godets ou féaux ouverts par en-bas, & attachés à l’arbre de la batterie. Voyez G rfig. 7.
- I, Indiens qui donnent le mouvement à l’arbïe & aux godets, par le.
- moyen d’une manivelle.
- R , arbre de la batterie.
- T, daleaux de la batterie.
- Figure 7, B , coupe de la batterie ,fig- 6. .
- G 0 godets ou féaux ouverts par embas,
- R, arbre de la batterie.
- Figure 8. Cette figure repréfente la fécherie. Ce bâtiment couvre une partie clés établis fur lefquels on fait fécher l’indigo dans les cailfes.
- A, cailfes à indigo..
- B, établis.
- M, magalin où l’on renferme l’indigo lorfqu’il eft fec.
- S, bâtiment de la fécherie.
- Figure 9, front du bout de la fécherie.
- A , cailfes pofées fur les établis.
- E, établis.
- Figure 10 , F ,tas de goulfes d’indigo , étendues fur un drap.
- Figure 11, coupe du mortier de bois où l’on pile les goulfes d’indigo.’
- C, creux & largeur du mortier, qu’on appelle improprement pilon. Figure 12, D , manches ou pilons du mortier C.
- Figure 13. Cette figure repréfente la maniéré de tirer la graine des gonfles de l’indigo.
- C, mortier.
- D, manches, ou pilons du mortier. r
- E, negres qui pilent des goulfes d’indigQ. .
- Planche
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- ART DE L' / N D / G 0 T J E II 123
- Planche IV.
- ^Figure i, perlpedive d’un terrein travaillé au rateau, pour le planter en indigo.
- A, rateau. Voyez aufti les figures 10, 11 & 1% de la même planche.
- E, branches du rateau.
- F, barre du rateau.
- G, negres qui tirent le rateau.
- H, manches du rateau.
- I, negre qui dirige la marche du rateau.
- K, filions tracés par les dents du rateau.
- L , négrefles qui plantent la graine de l’indigo dans les filions tracés par le rateau.
- Figure 2, peiTpedtive d’un terrein plein de trous faits avec la houe, fig. 4, pour y planter de l’indigo.
- À, negres qui font des trous avec la houe.
- B, négrefles qui plantent la graine de l’indigo dans les trous D.
- C, coui ou côté de calebaffe, fig. 9 , dans lequel les négrefies portent la graine d’indigo qu\on doit planter
- D , trous fouillés dans la terre avec la houe.
- Figure 3 , perfpeétive d’un terrein où l’on coupe l’indigo , dont on fait des paquets qu’011 porte à k .cuve.
- M, planche d’indigo bon à couper.
- N, negres qui coupent l’herbe avec leurs couteaux à indigo >fig. 7.
- O , négrefle qui fait un paquet d’herbe.
- P , negre qui porte un paquet d’herbe vers la cuve.
- Figure 4 ( voye^ l’échelle pour les proportions ). Cette figure repréfente une houe, infirmaient dont on fe fert généralement dans nos isles de l’Amérique pour travailler la terre. Cet inftrument eft compofé d’un manche de bois p a fie dans la douille du fer de la houe proprement dite.
- Figure ç , fer d’une houe vue de côté.
- Figure 6, fer de la houe vue par la face intérieure.
- Figure 7, couteau à indigo , ou ferrement avec lequel on coupe Pindigo.
- Figure g, rabot, inftrument de bois avec lequel on rabat la terre dans les trous où l’on a planté l’indigo.
- Figure 9 , C, coui ou côté de calebaflè, dans lequel les négrefles portent la graine d’indigo qu’on doit planter.
- Figure 10. Cette figure préfente le côté du rateau avec lequel on trace des filions fur un terrein où l’on veut planter la graine d’indigo. Voyez fig. 1 de la même planche.
- Tome VUE
- R
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- ART DE D INDIGOTIER»
- Jt3®
- A » bafe du rateau.
- E, hranehes de l’avant-train.
- H, manches de Parriere-train.
- R, dents du rateau.
- Figure 1i, Cette figure repréfente Parriere-train du rateau vu en face*
- A , bafe du rateau.
- H, manches du rateau.
- R, dents du rateau.
- Figure 12 , rateau vu dans fa longueur.
- A, bafe du rateau.
- E, branches de l’avant-train.
- F, barre de l’avant-train.
- FI, manches de Parriere-train.
- R, dents du rateau.
- Figure 13. Cette figure repréfente une dent du rateau.
- Figure 14 , gratte vue de côté. La gratte eft un infiniment de fer avec lequel on farcie l’indigo.
- Figure 1 <;, gratte vue de plat.
- Figure 16 y ferpe inftrument de fer d’un fréquent ulàge dans toutes les habitations.
- Figure 17, cifeaux imaginés parM. de Saint-Venans, ingénieur au Cap-Français j pour couper l’indigo : l’effet ne m’en eft point connu..
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- «amas*
- ART DE L' I N D I 0 G T I E R. 131 ?C^L2B -LJE JO ül<S lîFS.Êi',
- CHAPITRES ET LIVRE PREMIER.
- H API T RE 1. Notions préliminaires. Plan de C ouvrage. page 3
- Chapitre II. Des indigos ,& de la fabrique dé Europe. 8
- Defcription de l'indigo, par M. Marchand , de l'académie des fcien-ces. 9
- Fabrique de l'indigo dans l'isle de Malthe. 12
- Chapitre -III. Des indigos & manipulations de l'Afrique. 14
- Chapitre IV. Des indigos de l'AJie,
- & de leur fabrique. 17
- Defcription de l'ameri ou neli, par M. Rhede. 18
- Defcription du colinil, par M. Rhede. 19
- Defcription du tarron. 21
- Maniéré de femer, de cultiver, & d'extraire la couleur de l'herbe nommée indigo , dans les pays de torient, voifins du Tfnfai , entre les côtes de Coromandel & de Malabar ; par Herbert de Ja-ger. f 26
- Maniéré de cultiver & de préparer l'indigo dans le Gu^aratte ; par Baldceus. 28
- Defcription de la culture de l'indigo,
- & de fa fabrique d Girchées ,prés dé Amadabat ; par Mandeslo. 29 Defcription de la cidture de l'indigo,
- & de fa manipulation dans le Gujarat te } par Wan-Twif. ib.
- ARTICLES.
- Defcription de la culture de l'indigo & de fa préparation , tirée du chapitre de l'hifoire naturelle des Indes. 3 1
- Defcription de la culture & fabrique de l'indigo; par François Pel-fart. 3 3
- Chapitre V. Des indigos & fabriques du continent de ! Amérique. 3 f Defcription de l'anil d petites feuilles. ibid.
- Defcription du fcaachira , faite par les auteurs précédens, & principal lement par Guillaume Pifon. 3 6 Defcription de l'indigo riche de la terre-ferme. 3 7
- Defcription de la culture & fabrique de l'indigo d la Caroline ; par William Burck. 3 8
- CHAPITRE VI. Elémens de la fabrique de l'indigo. 41
- LIVRE SECOND.
- Chapitre I. Des bdtimens, vaijfeaux & uf enfiler. page 4£
- Chapitre II. Des efpeces & différentes qualités de l'indigo , & des acci-dens auxquels il efi fujet depuis la plantation de fa graine jufqu'd fa récolte. f ç
- Premier indigo fauvage de la Jamaïque. 6%
- Second indigo fauvage de la Jamaïque. ibid.
- Rij
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- n% ART DE lé I N D I G 0 T 1 ER.
- Chapitre III. Du terrein,dela culture & de. la coupe de l'indigo.. 66 Précis des réglemens enrégijlrês au confeil du Port-au-Prince , pour jervir de loix touchant la dijlri-bution de l'eau Tes rivières. 7 3 Chapitre IV. Préparatifs & defcrip-tion générale d.e la manipulation de I ("indigo. 78
- LIVRE TROISIEME.
- Théorie pratique de la fabrique de Vindigo. Avant-propos. 90
- Chapitre I. De la fermentation* de (indigo. 9 3
- CHAPITRE IL Du battage de (indigo.
- 10©
- Article I. Du battage dé une herbe qui a bien cuvé. 103
- ARTICLE IL Du battage d'une'herbe qui né a pas affe^ fermenté. lof.
- ARTICLE III. Du battage d'une herbe dont la dffolution efb excédée d une ou deux heures dans Us beaux tems.
- m6
- Obfen'ation fur (ufâge des mucilages dans la fabrique de (indigo.
- I.09
- Table des noms , qualités & prix de.
- (indigo. IIO
- Prix en France des différentes qualités d'indigo, extrait de la galette dé agriculture, commerce , ans & f nances , du 23 janvier tyyo. 11 3
- Addition I. Differtation couronnée , fur la mani-ere de préparer le pafel, pour en tirer une couleur femblable a (indigo 1 par M. Kulenkamp. ri 2 Première méthode de tirer du paflel une couleur bleue. 11 3
- Maniéré• plus Jîmple. de tirer leu couleur bleue du paflel. I 14
- ADDITION IL Mémoire fur un infecte quiJe trouve fur les feuilles de guefde ou de paflel écrafées ,lorfquelles entrent en putréfaction , qui s'en nourrit, qui en exprime les particules colorantes, Té où il contracte une couleur bleue ; par M. Marggraf. 116-
- ADDITION III. Extrait du dictionnaire-de commerce de M. le profeffeur Ludo-vici ,. fur la connaifjance des différentes fortes dé indigo , & le commerce qu'on en fait. 121.
- Explic ation des figures,. 1,2 f}
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- 133
- ART DEL* INDIGOTIER,
- TABLE DES MATIERES,
- Et explication des termes'qui font propres il Fart de t Indigotier. A
- A.ALIAD, forte d’indigo. §. 24.
- Ameri, plante d’où l’on tire l’indi-go. 44.
- Anil, plante d’où l’on tire l’indigo. 1. On donne auiîi ee nom à l’indigo. 4. C’ellun genre différent de tous les autres genres de plantes, note. 7.
- Anil à petites feuilles. 101.
- Anil de Madagafcar. 32.
- Arrosemens de l’indigo & règlement qui s’y rapportent. 238 & fuiv.
- B
- Baldæus , defcription des côtes de Malabar , cité 385 à la note.
- Banghers, nom de la plante d’indigo. 33-
- Bariga, nom portugais de l’indigo, fécondé qualité. 89*
- Bassinot, petit vailfeau creufé dans le plan durepofoir, pour recevoir la fécule. 141 ,/>/. II, fig. y, K.
- Battage de l’extrait d’anil pour en tirer l’indigo. 121. A quoi il fert. 302. Détails à ce fujet. 341 & fuiv.
- Batterie ,vaiffeau à battre l’infulion d’indigo. 71. Machine employée à cet ufage à Surate. 72. 139.pi II, fs- B.
- Bleu de Hollande, comment il fe fait. 267.
- Bois-canon ,fon ufage dans la fabrication de l’indigo. 374.
- Brûlage funefte à l’indigo. 150
- Buquet, infiniment pour battre & agiter l’eau de la batterie. 17S, pi II, fi- 1 > M..
- Burchard, defcription de l’isle de-Mal the, cité 4.
- G
- Caachira , indigo du Bréfil. 6p, 102.
- Cabeça, nom portugais de l’indigo première qualité. 89-
- Caisses à fécher l’indigo. 182. pi III, fig• 3 , A..
- Cateld , forte d'indigo. 23.
- Cateol, efpece d’indigo du royaume de Guzaratte. gi.
- Cauche (François ) , voyage à Madagafcar. 29.
- Chaux-vive employée dans la fabrication de l’indigo. 122.
- Chenilles, infeétes qui attaquent l’indigo. 192.
- Chitz , feuilles de l’anil. 62.
- Ciment pour les vaiifeaux d’une indi-goterie. 166.
- Colinil , nom de la plante appelles an U. yo. Sa defcription. ibid.
- Colleux voyez ver brûlant.
- Couteaux à cueillir l’indigo. 223.
- pi IVi fig. 7.
- Crapeaux, ou caillebottes, pellicules-plus ou moins divifées, qui fe trouvent fur les cuves après le battage, & qui annoncent la putréfa&ioiv 347.
- Cyerce , forte d’indigo. 23-
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- 134
- ART DE V INDIGOTIER.
- E
- Eau , néceflaire pour une indigoterie. jf2. Elle influe fur la qualité de l’indigo. 262. Eau falée. 263. La fraîcheur de l’eau influe fur la fermentation. 32 6.
- Ecume , fert à faire connaître fi la cuve afuffifamment fermenté. 343.
- Engrais pour les terreins ou croit l’indigo. 289-
- Ennir, nom de l’anil en Arabie & à Malthe. 23.
- Entu, nom de l’anil dans les Indes orientales. 62.
- Ephémérides des curieux de la nature , citées 77.
- F
- Fermentation de l’anil pour en tirer l’indigo. 119. 266. En combien de tems elle s’acheve. 301, 510 & fui-vans.
- Fraude à éviter quand on acheté l’indigo. 95.
- G
- Gali, nom de l’anil dans le royaume de Guzatatte. 62.
- Galega officinalis, en français rue de chevre, note iy.
- Gerry , cfpece d’indigo du royaume de Guzaratte. 81.
- Grain ( le ), petites ma fies de fécule qui le forment dans la batterie. 270.
- Gratte, infiniment à farder. 2iy. pi. IV, fig. 14 & iy.
- Gu an gue, nom de l’anil dans le Sénégal. 27.
- Guatimalo , forte d’indigo de Saint-Domingue. 202.
- Guinguoi, efpece d’indigo fauvage. 64.
- , H
- Haies des plants d’indigo. 291. •
- Hevra d'anir. 29-
- Histoire générale des voyages, citée 4.
- Hijloire naturelle du Bréfil, citée 101.
- Hijloire du nouveau monde, citée ibid.
- Houe à planter l’indigo. 225 ,pl. IV, fig- 4-
- Huile de poijfon , propre à être mife dans la batterie. 271. 904.
- Huile de vitriol, propre à éprouver l’indigo. 381.
- Jardin Indien Malabar, cité 4.
- Inde, nom donné à l'indigo. 4.
- bide en nuirons. 412.
- Indigo , plante d’où l’on tire l’indigo. 1.
- Indigo, c’eft, à proprement parler, l’extrait d’une plante nommée anil. ibid.
- Indigo, fon ufagc pour le blanchif-fage. 2. C’efi une branche de commerce. 3. Mal connu en Europe avant la découverte de l’Amérique. 4. Compté parmi les métaux, n. 2. Son origine. 4. De S. Domingue , quand cette culture a été établie. 4. Ses variétés, noté 3. D'où il eft pafl'é en Amérique, y. Climat qui lui efi propre. 8. Delcription de l’indigo, par M. Marchand. 10 & fuiv. Genre auquel il appartient. 18. Sa fabrique dans l’isle de Malthe. 22. Ses efpe-ces & fes manipulations én Afrique. 27. Indigo d’Egypte. 56. D’Afie. 38* Maniéré de le préparer fur les côtes de Coromandel & de Malabar. 77. Terrein qui 11e lui convient pas. ibid. Sa culture & fa préparation dans le Guzaratte. 79. Indigo - lau-
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- ART DE L'INDIGOTIER.
- ra. 81. Indigo de Girchées. 82. Indigo des Indes. 91. Sa culture & fa fabrication, décrite par Pelfart. 9?. Indigo du continent de l’Amérique. 99. Indigo riche de la terre-ferme. 104. Indigo de la Caroline. 107.111-
- , digo de Bahama. 109. Efpeces de l’indigo. 186. Indigo franc. 188 » pi /, fig. 1. Culture de l’indigo négligée,& pourquoi. 197. Indigo bâtard. 198. Indigo fauvageouma-ron.204. Indigo mary. 2©jf. Indigo fauvage de la Jamaïque. 2©7 & fuiv. Culture de l’indigo aux isles fran-çiifes. 211, pP III-, jig. 11 & 12. Sa graine. 216. Terrein propre à la culture de l’indigo. 219. Sa culture 221. Ses diverles qualités & fesprix. 376 & fuiv.
- Indigoterie, terreinoùTo>n cultive l’indigo. 13 7. Frais & produit d’une indigoterie. 238 &fuiv.
- Isatis indien , nom de l’anil. 62.
- K
- Kulenkamp , mémoire fur le pcijlel, note 20.
- L
- Lambert (Céfar ) , voyage en Egypte, cité 4.
- M
- Magasin à ferrer l’indigo, t gf9 pLUI> fig* 9i M.
- Mandeslo, voyage aux Indes orientales , cité 38 » à la note.
- Marchand ( M. ), cité note 4.
- Ma R GG R A F, cby mif:h e- Schriften, c i té note 2.0.
- Mastic pour boucher les fentes des vaiifeaux d’une indigoterie. 16%.
- Mein ftpoids de Suratte, égal à trente-
- m
- quatre livres & demie de France. 91.
- Mémoires de P académie royale des fciences de Paris, cités 4.
- Middelton (Henri) , cité note4.
- Moulins à battre l’indigo, igo.
- Mouti , forte d’indigo. 23.
- Mucilages, leur ufage dans la fabrication de l’indigo. 374.
- N
- Neli, voyez amerk
- Nilag , pâte de l’anil. 62,
- Noti, indigo de la fécondé qualité dans l’Indoftan. 89*
- Nquti. Voyez mouti.
- P
- Palma Christi „ plante huileufe pro-
- pre à être rnife dans la batterie. 271.
- Pastel, plante propre à faire l’indigo* 269 , n. 20.
- Petjlel, maniéré d’en tirer une couleur bleue. Add. §. 379 & fuiv. In-fecfle qui fe trouve dans fes feuilles écrafées. Add. 396.
- PÉE, indigo de la troifieme qualité. 90.
- Pelsart (Franç.) , relation du voyage aux Indes orientales, cité 94.
- Pétrissage de l’indigo. 279.
- Pierre indique , nom donné autrefois à l’indigo. 4.
- PocKOCKE , voyage dans Portent, n. g.
- Polygala inâica minor filiquis re-curvis ; phrafe botanique pour dé-ligner le colinil, note 10.
- Pourriture de l’anil pour en tirer l’indigo. 119. Voyez fermentation.
- Précipitant, propre à la fabrique de l’indigo. 122 & fuiv.
- Punaise , infecte qui attaque Findigov
- ai a*
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- 1^6
- ART DE L' I N D I G O T I B R-
- Putréfaction , dernier degré de fermentation nuifible à l’indigo.296.
- R
- Rabot , ou rateau à planter l’indigo. 222,pl. IV, fg. 8. Autre rateau à planter. 22$. pl. IV, fi§. 10,11 ,12. Reposoir , vaifleau à fabriquer l’indigo. 140 ,pl. Il ,fig. y , C. Rouleur, elpece de chenille qui attaque l’indigo. 192.
- Rue de chevre. 188*
- Rumph (George), herbier d'Am~ borne, cité 6y. 84*
- S
- Sacs à égoutter la fécule. i$2 ,pl. 111, fi- 1, Z.
- Sarangousti, ciment de la Chine. 169.
- Sarclaison de l'indigo. %2f.
- Sarquissk , Sarquesse, forte d’indigo. 412.
- Sassala, indigo de la troifieme qualité. 90.
- Secher l’indigo. 274 & fuiv.
- Secherie , établie pour pofer les caif-fes à fécher l’indigo. 1 $3. pl. 111, fi-S y B.
- Senapou( racine de), fon ufage dans la fabrication de l’indigo. 374.
- Sirches, forte d’indigo. 412.
- Fonder la cuve, c’eft éprouver le degré de fermentation auquel elle
- eft parvenue. 267.
- Steinwehr (M. de), didertationbotanique fur l’indigo , note 4.
- T
- Tahum , 110m de l’anil à Baleya. 62•
- Tarron , forte d’indigo. y6.
- Tom , nom de l’anil à Java. 62.
- Tournesol, croton tin&orium. Linn.’ en ail. Lacmtifs - Kraut, 267 , note 19 y 20.
- Trempoire, vaifleau à macérer l’anil. 118, pl- U, fig. f , A.
- Trésor des plantes de la Nouvelle-Ef pagne, cité 101.
- TscHEN,nom de l’anil à la Chine. 62.
- Tsjerri, indigo de la première qualité dans l’Indoftan. 89-
- Tsjirtsjes, indigo de la plus belle efpece. 62.
- Truelle à former l’indigo. 27-4» pl. 111, fg. 2.
- V
- Wasmat, feuille d’anil. 62.
- Ver brûlant, infede deftrudeur de l’indigo. 191
- Vouthy, efpece d’indigo du royaume de Guzaratte. 81.
- Z
- Ziarie. Voyez tierce.
- pin de Part de l'indigotier.
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- ART
- DELA
- Par M. le Comte de Milly.
- Tome riU.
- S
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- vc*
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- ï R E.
- Les arts utiles font naître la proj'périté ; ils ont dans tous les tems marqué téépoque de la félicité publique ; & les plus beaux fecles que l'hifioire nous tranfmet, font ceux où le goût du favoir a prévalu : tels font, S1 RE , le fecle dé Augufe , & celui de Lo U I s XIV.
- Le roi, votre aïeul, d'immortelle mémoire, ainfi que Votre Majesté , protégeait les arts, récompenfait les talens, & fa magnificence encourageait Us fciences , que la barbarie avait difperfées & prefque anéanties j mais en revanche , elles tracèrent le chemin qui Üa conduit a Cimmortalité.
- Vous faites plus , Sire : non feulement Votre Majesté protégé Us fciences & les arts utiles , mais elle daigne encore s'en occuper ; comme le prouve l'établiffement vraiment royal de la manufacture de Seve, quelle a pris fous fa protection. J'ai cru que lé art de la porcelaine pourrait lui être agréable , en contribuant a la perfection de celle de France , & je ni en fuis occupé depuis long-tems : je prends la liberté de mettre aux pieds de VOTRE MAJESTÉ le réfultat de dix ans dé expériences , & le finit des mometis de loijïr, que mes occupations militaires m'ont laiffés ; mais pour m'ajfurer fi mon ouvrage avait
- S ij
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- 340
- quelque valeur s & pouvait être préfentè à VOTRE Ma J ESTE ,je £ al fournis aü
- jugement de votre academie royale des fciences } qui ta approuvé*
- \
- Le fuffrage du corps le plus favant de tEurope m'enhardit 9 SlRE ; mais, ma plus grande confiance ejl dans la bonté naturelle de VOTRE MAJESTE * qui me fait efpirer qu elle voudra bien recevoir mon ouvrage , comme une preuve,| de monqele , qui égale le tris-profond refpecl avec lequel je fuis*
- 9
- DE VOTRE MAJESTÉ,
- Le très-humble, très-fournis, & très-fidele fujet Le comte de Milly.
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- ART
- DELA
- PORCELAINE.
- Kgaj.irnrwrjag. , == c. . ts.tj.tj. --... =g»
- AFANT-FROP OS:
- i. Si Pon en doit croire les relations que nou9 avons* de îa Chine’ÿ la porcelaine ? que les habitans de ce pays-là nomment thsky, y a été connue de toute antiquité j rpais on ignore le nom de l’inventeur (a) T ainfi que l’époque de la découverte: tout ce qu’on fait de polîtif, c’eft que cette poterie précieufe nous vient de ce vafte empire ; & il y a apparence, dit le P. d’Entrecolles, que ce font les Portugais qui les premiers ayant fait le voyage de la Chine, nous en ont apporté la première porcelaine qui ait paru en Europe: ie nom même femble le défigner; car porcelaine vient de porulana ( i) , q ui lignifie en-portugais tajje, écuelle* Quoi qu’il en foit, ce n’eft que le fiecle dernier que le hafiard, à qui l’on
- (a) Voyez Yhifloirt des voyages, t. VÎT. (i) M. Schreber eroit que le mot deporcelaine vient plutôt de l’italien dans cette langue , il défigne une efpece de coquillage de mer. Voici ce qu’en dit le P_ Belon dans fon traité de aquatilibus , page 420. Furpurarum tejîas Itali porcellanas vacant , quo etiam nomme conchylii genus onme intelUgimus ,• unde nos quoque, de-tort a ad vaja appellatione, porcellanica vafa nuneupamus. Voccm quoque hanc agnofcimus in gloltulis quibus nojirœ mu-
- Tiercul&fuas preces nuncupare folent} pa-tenôtres de porcelaine votant, qui in tejiis majorum purpurarum aut muricum con-ficiuntur. Si l’on demande d’où eft venu: ce nom donné à ces coquillages , on l’apprend de Columna, in obfervationibus aquatilium &? terrejîrium animalium, qui fe trouvent à la fin de fon traité des plantes rares : ecphrajis plantarum rariorum , page 67 , porcellanas appelîant quia inJ* porcellii modo conglobantur.
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- doit tant de découvertes utiles, fit connaître en Saxe la compofition de cette porcelaine, qui ne le cede ni en bonté , ni en beauté, à celle du Japon.
- 2. Un gentilhomme Allemand ( 2 ), nommé le baron de Boeticher, chymifte (3) à la cour d’Augulle , électeur de Saxe, en combinant en-, femble des terres de différentes natures pour faire des creufets, trouva ce précieux fecret, qui eft confervé depuis avec foin dans la manufacture de Meilfen près de Drefde. Cette découverte fit du bruit en Europe , & chacun chercha à dévoiler ce nouveau fecret. Tous les chymilles des nations voifines travaillèrent à l’envi à faire de la porcelaine. Les Anglais firent venir à grands frais de la terre à porcelaine (4) de la Chine , nommée en langue du pays kaolin , & ils crurent avec cette feule terre pouvoir faire de la porcelaine, fins faire attention que pour y parvenir, les Chinois mêlent avec cette première terre plufieurs autres fubflances , dont une fe nomme pê-tun-tfê; aulîî, au lieu de porcelaine, ils ne firent que des briques. O11 prétend que les Chinois qui leur avaient vendu le kaolin, ayant appris l’ufage qu’ils en avaient fait, leur dirent l’année fui-vante, que leur tentative reffemblait à celle d’un homme qui prétendrait former le corps d’un animal fins offemens & avec de la chair feule. La comparaifon étoit d’autant plus julle', que le pé-tun-tfé peut être regardé comme les os de la porcelaine, dont le kaolin ell la chair (a).
- 3. Les Français cherchèrent auffi à imiter la porcelaine de la Chine } & poiir cet effet, le gouvernement chargea les miffionnaires à la Chine d’envoyer des matériaux de ce pays-là, pour fervir d’objets de comparaifon avec ceux que notre continent pouvait fournir.
- 4. Le P. d’Entrecolles, jéfuite, homme de mérite, remplit le mieux la çommifiion dont il fut chargé ; mais malheureufement il joignit à l’envoi qu’il fit des matières premières , des obfervations fur le travail des Chinois, peu juftesi & il vit les chofes avec des yeux fi peu exercés, que
- (z) Botteher n’était pas gentilhomme : fa naiilance eft obfcure ; il avait appris l’a-pothicairerie à Berlin, Ce fut Augufte I[, roi de Pologne, qui en fa qualité de vicaire de l’empire , l’anoblit avec le titre de baron.
- ( 3 ) Botteher n’était pas proprement çhymifte, mais apothicaire.
- (4) Ce fait eft raconté par le P. d’Entrecolles ; mais fa narration ne décide pas fi ce fut des Anglais qu des Hollandais qui
- firent cette tentative, Quoi qu’il en foit, il eft certain qu’ils n’emploient pas du kaolin% mais du pc*tun-tfé,• ce qui fait que la com-paraifon n’eft pas jufte.
- (a) M. de Réaumur penfe que le kaolin chinois eft un talc pulvérifé ; mais quelque refpeéb que nous ayons pour ce grand phy-ficien , nous avons des raifons de croire que cette fubftance eft abfolument de la nature des argilles, qui n’eft peut-être ellçn même qu’un talc décompofé.
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- fa relation induifît en erreur tous ceux qui voulurent travailler d’après ce qu’il avait écrit: en effet, n’avant pas affez de connaiflances dans l’hii-toire naturelle, & encore moins en chymie, il fe trompa fur la nature des fubftances & fur la façon de les préparer. Par exemple , il prit pour de la crème de pé-tun-tfé, de l’argille blanche délayée dans de l’eau, pour pouvoir en féparer les fables & les parties hétérogènes ( ^ ; & pour de l’huile de pierre, du quartz réduit en poudre , & mêlé avec des matières vitrifiées , dont on forme le vernis qui fert de couverte aux vafes de porcelaine.
- 5. Je rapporterai en entier les mémoires du P. d’Entrecolles ( 5 ) fur la porcelaine de la Chine, parce que, malgré les erreurs qu’ils contiennent, ils peuvent donner une idée des matières qu’011 y emploie, & qui font les mêmes que le hafard a fait employer en Saxe , comme on pourra ai-fément en juger en comparant les procédés que j’indique dans le mémoire fur la porcelaine d’Allemagne, avec ceux rapportés par le P. d’Entrecolles.
- 6. Ce fut d’après les faux expofés de ce millionnaire, que les premiers chymiftes Français travaillèrent, & ne purent réufiir, à faire de la vraie porcelaine ; d’où ils conclurent que l’Europe ne pourrait jamais rien produire d’auffi excellent, en fait de porcelaine , que la Chine ou le Japon. Enfin le tems qui détruit tout, même jufqu’aux erreurs, a fait voir depuis , que notre continent produit des matières, ainfi que la Chine , propres à former de la porcelaine aufli bonne & plus belle que celle qui faifait autrefois notre admiration.
- 7. -M. de Tfchirnhaufen trouva une compofition de porcelaine qui, félon les apparences, eft la même dont on fait ufage en Saxe, & que j’ai publiée dans le mémoire que j’ai lu à l’académie ; il ne la confia en France qu’au feul M. Homberg, fon ami, & ce fut à condition qu’il ne la communiquerait à perfonne qu’après fa mort. M. Homberg lui tint parole, quoiqu’il furvécût à M. Tfchirnhaufen de plusieurs années : il n’apprit rien de ce fecret au public. Après lui vint le célébré M. de Réaumur, qui fut le premier de nos favans qui, à force de, génie ( 6 ), foupçonna quelles étaient les vraies fubftances qui entraient dans la compofition de la porcelaine de la Chine. Eclairé par la chymie , cet académicien, dit l’auteur du dictionnaire de chymie, “ qui s’était propofé de connaître à fond cette
- (a) Voyez le mémoire fur la porcelaine les ouvrages où l’on le trouve ne font pas d’Allemagne. entre les mains de tout le monde , j’ai jugé
- (O Ce que M. le comte de Milly donne qu’il ferait utile de l’ajouter à la fin. un peu plus bas, §. iç , pour le mémoire (6) M. de Réaumur expofa fes recher-du P. d’Entrecolles, n’eft qu’un extrait ches dans deux mémoires lus à l’académie inexaét de ce morceau intéreffant. Comme en 1727 & 1725».
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- raatiere, prit la vraie route pour y parvenir ; auffi, quoiqu’on ne puifîe diffimuler qu’il fe Toit trompé fur quelques articles, & qu’il ait négligé de faire entrer dans fes confidérations quelques-unes des qualités effen-tielles à connaître pour bien juger la porcelaine, il n’en eft pas moins vrai que c’eft lui qui le premier nous a donné les idées les plus juftes fur cet objet. Sans s’arrêter au coup-d’œil, ni aux peintures & dorures, qui ne font que des ornemens, pour ainli dire, étrangers à la porcelaine, il voulut en examiner l’intérieur ; & ayant brifé des pièces de porcelaine du Japon, de Saxe, & de quelques manufactures de France, il reconnut auffi-tôt des différences fenfibles dans leur grain ou mie (œj-, le grain de la porcelaine du Japon lui parut fin, ferré, compacte, médiocrement lilfe, & un peu brillant ; la mie de la porcelaine de Saxe fe prélènta comme une fubftance encore plus compacte, point grenue, lilfe, & prefque auffi luifante qu’un émail ; mais celle de S. Cloud avait un grain beaucoup moins ferré & moins fin que celle du Japon , peu ou point luifant, & relfemblant à peu près à du fucre. 8* » Ces premières obfervations firent d’abord appercevoir à M. de Réaumur des différences fenfibles entre ces porcelaines : en pouffant l’examen plus loin , il leur fit fupporter à toutes Faction d’un feu violent ; & par çette épreuve, il connut bientôt que ces mêmes porcelaines différaient encore plus effenriellement entr’elles, que par la nature., de leur grain ; puifque la porcelaine du Japon réfifta à ce feu violent fans fe fondre ni fouffrir la moindre altération, & que toutes celles d’Europe au contraire s’y fondirent abfblument (£). Cette différence, très-elfentielle entre ces deux porcelaines, fit naître à cet habile obfer-vateur une idée très-iugénieufe & vraie à bien des égards, ffir la nature de la porcelaine en générai. Comme toutes les fubftances qui portent ce nom ont quelque jreffemblance avec le verre, par leur confiftance & leur tranfparence , quoiqu’elles..foient moins compactes & fur - tout moins diaphanes que le verre, M. de Réaumur regarda les porcelaines en général comme des demi-vitrifications. Or toute fubftance peut paraître & être en effet dans un état de demi-vitrification de deux maniérés } car premièrement elle peut être entièrement compofée de ma-
- (a) Ce font les noms qu’on donne à la fubftance intérieure de la porcelaine.
- (fi) Cette expofition prouve que M. de Réaumur ne fit fes expériences quefuiles porcelaines vitreufes de France, & qu’il n’effaya pas celle de Drefide, qui, foin de fe vitrifier, peut foutepir le degré de feu le
- plus violent que l’on puifife produire dans nos fourneaux, fans changer de nature: elle tient le verre de plomb en fufion ; & plongée dans les creufets des verreries, elle peut y demeurer des femaines entières fans fe vitrifier.
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- ,, tieres vitrifiables ou fufibles ; & dans ce cas , en l’expofant à l’aétion du „ feu, elle fe fondra en effet, ou même fe changera entièrement en verre, „ fi la chaleur eft allez forte & affez long-tems continuée pour cela : mais „ comme ce changement ne fe fait point en un inftant, fur-tout lorfque „ la chaleur n’eft point trop violente, & qu’elle paffe par différens degrés , „ d’autant plus faciles à faifir que cette chaleur eft plus ménagée, il s’en-„ fuit qu’en cedant à propos de chauffer une porcelaine faite de cette ,3 maniéré, on pourra l’obtenir dans un état moyen entre l’état terreux 3, & celui de fufion ou de vitrification complété; elle aura alors la demi-„ tranfparence & les autres qualités fenlibles de la porcelaine : mais il ,3 n’eft pas moins certain que, Ci l’on expofe une fécondé fois de pareille ,3 porcelaine à un degré de feu plus fort, elle achèvera de fe fondre & ,» même de fe vitrifier entièrement. Or la plupart des porcelaines d’Eu-„ rope fe font trouvées avoir cette fufibilité, & M. de Réaumur en a ,a conclu qu’elles étaient compofées fuivant le principe dont on vient de „ parler.
- 9. “En fécond lieu, une pâte de porcelaine peut être de matière fufiblff ,3 & vitrifiable, mêlée dans une certaine proportion avec une autre ma-,3 tiere réfractaire ou abfolument infufible au feu de nos fourneaux; & 3, l’on fent bien qu’en expofant un pareil mélange à une chaleur fuffifante „ pour fondre entièrement la matière vitrifiable qu’il contient, cette ma-„ tiere fe fondra en effet; mais qu’étant entre-mêlée avec une autre ma-,3 tiere qui ne fe fond point , & qui conferve fa confiftance & fon opa-3, cité, il doit réfuîter du tout un compofé, partie opaque & partie tranR „ parent, ou plutôt demi-tranfparent, c’eft-à-dire, une demi-vitrification „ ou une porcelaine , mais d’une efpece bien différente de la première ; .3 car il eft évident que la partie fufible de .cette derniere ayant produit „ tout fon effet, Veft-à-dire , ayant été auflî fondue qu’elle puiflè l’être J, pendant la cuite, on aura beau l’expofer une fécondé fois à une chaleur 33 même beaucoup plus violente , elle ne fe rapprochera pas davantage de 3, 1a vitrification complété, & fe foutiendra dans fon état de porcelaine. „ Or, comme c’eft exactement ce qui arrive à la porcelaine d’orient, M. de Réaumur en a conclu , avec raifon, que c’était fur ce principe qu’elle était compofée.
- 10. Il examina enfuite les matières que le P. d’Entrecolles, millionnaire à la Chine, avait envoyées de ce pays-là, & dont les habitans de ces contrées font leur porcelaine : il reconnut que le pé-tun-tfé eft une efpece de pierre duré , de la nature de celles que nous nommons vitrifiables (7 ),&
- (7) Suivant d’autres mémoires, le pc-tun-tfé n’eft autre chofe que le fpath de Tome FUI. “ T
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- le kaolin une fubftance talqueufe. Il devait dire argilleufe (8), & il aurait approché de plus près de la vérité (9 )-, mais ce n’elî: pas le lieu d’examiner la nature de ces terres, qui font abfolument étrangères à mon objet, mou but étant de donner Part de la porcelaine d’Allemagne , & de démontrer qu’elle égale en bonté & en beauté celle de la Chine, quoique compofée avec des matières de notre continent.
- 11. M. de Réaumur, occupé fans doute à d’autres chofes, 11e poulfa pas plus loin fes travaux fur cet objet ; car je n’ai aucune connaiiïance qu’il en ait parlé depuis l’année 1729, Ci ce 11’eft dans le mémoire qu’il lut en 1739 , où il donne un procédé pour transformer le verre commun en une elpece dë porcelaine à laquelle on a donné fon nom , & dont je parlerai dans la fuite de cet ouvrage , pour compléter l’art des porcelaines.
- 12. Enfin, depuis M. de Réaumur, plusieurs favans ont fuivi la carrière qui avait été ouverte par ce phyficiein & MM. de Lauragais , Guet-tard, Montamy, Lalfone, Baume, Macquer, Montignv, & Sage ( <0 » tous chymiftes du plus profond favoir, fe font occupés fruélueufement du même objet. MM. Macquer & Montigny ont enrichi la manufacture de
- Bologne, niuria phofphorea , Lin n. fyft. liât. tom. 111, p. 99. V. les mcm. de iacad. royale de Suède, ann. 17$} , tome XV, page 22j. M le comte de Milly fuit ici l’opinion de MzM. de Réaumur & Guettard.
- (8) Perfonne ne révoque plus en doute que le kaolin eft une terre argilleufe; mais çR - elle pure ou mélangée? Eft-ce de l’argille ou de la marne? Voilà ce qui a donné lieu à une difeuffion allez vive entre MM. Guettard & Valmont de Bomarre. Ce dernier avait dit dans une première édition de fon diélionnaire ddiijloire naturelle, que le kaolin eft une argille détonnant dans les acides, c’eft-à dire , une efpece de marne ; & cela d’après un mémoire reçu du P. d’In-carville. M. Guettard au contraire défend la pureté du kaolin. Dans une fécondé édition , M. de Bomarre revenant à d’autres principes, admet deux fortes de kaolin, l’un qui eft une argille pure , & l’autre une marne. Quoi qu’il en foit de cette contro-verfe , il eft inconteftabie , dit M. Schre-ber, que le kaolin ordinaire eft de l’argille pure , argilla porccllana, LinzL,JuJl. mit. iom 111, page 200.
- (9) M. de Réaumur expofa d’abord ces matières à un feu violent, il reconnut que le pé-tun tfé fe fondait feul & fans aucune addition , au lieu que le kaolin réfiftait à la plus forte chaleur , fans donner le moindre indice de fufibilité Après quoi ayant mêlé ces deux maiieres à portions égales, & en ayant formé des gâteaux qu'il fit cuire, il obtint une porcelaine toute femblahle à celle de la Chine. Au moyen de ces découvertes , il ne défefpéra point de faire une porcelaine de même nature que celle de la Chine, avec des matériaux d’Europe. Il en indiqua même quelques-uns; mais foit qu'il n’en pût trouver d’auffi bon , fur-tout pour tenir la place du pe'-tun^tje{ foit par quelqu’autre raifon qui m’eft inconnue, il ne pouffa pas fes récherches plus loin.
- (a) La chymie doit à M. Sage la décou-verte de l’acide marin, comme minéralifa-teur de la plus grande partie des fubftances métalliques : découverte bien inte'relTante, qui avait échappé à la fagacite des plus grands chymiftes , & qui fait honneur au-S talens & au favoir de cet académicien.
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- Seve d’une nouvelle compofîtion qui réunit toutes les qualités defirables, <Sc ils font parvenus à employer le kaolin & le pé-tim-tfé français , avec autant de fuccès que les Chinois & les Saxons emploient le leur.
- 13. Jusqu’à cette époque, on n’avait fait dans les manufactures dfe porcelaine établies en France, fans en excepter celle de Seve, que des porcelaines vitreufes, qui n’avaient que l’apparence extérieure de porcelaine , mais qui n’en avaient aucune des qualités réelles : elles fe caifaienC à la moindre chaleur; & expofées à un feu un peu confidérable, elles s’y fondaient comme du verre, tandis que celles de Saxe & de la Chine pouvaient foutenir , fans fe cafler ni s’altérer , le feu de verrerie le plus violent. M. le comte de Lauragais préfenta en 1766 de la porcelaine de fou invention à l’académie ; elle fut reconnue pour être aulîi parfaite que celle qu’011 vient de nommer : mais il n’en a point publié la compofîtion. Je travaillais aufli fur le même fiijet depuis long-tems ; & ayant été à même dans mes voyages de vifiter différentes manufactures établies en Allemagne , j’ai joint à mes expériences lés obfervations que j’ai faites fur les procédés que j’ai vu pratiquer, & que j’ai enfuite communiqués à l’académie royale des fciences dans un mémoire que j’ai lu le 13 de février I77r. L’académie ayant reçu favorablement cet ouvrage , me chargea de donner l’art de la porcelaine. C’eft pour remplir fes vues, que j’ai joint à ce
- mémoire le traité des couleurs pfopres à peindre fur la porcelaine : j’y
- ai rapporté tous les procédés que j’ai vu employer par les artiftes Allemands, & j’en ai extrait d’autres du traité des couleurs de M. de Alon-tamy , de l’art de la verrerie de Kunckel, des mémoires de l’académie der Berlin, & de M. Heîlot, & j’ai répété moi-même une partie des expériences tirées de ces auteurs. Je n’ai pas la. vaine prétention d’avoir donne quelque chofè de nouveau fur les couleurs & la façon de les employer r en publiant ce fécond ouvrage, j’ai cherché à être utile plutôt qu’à être
- original; mais en convenant de bonne foi que les procédés fur les cou-
- leurs ne font pas neufs , j’ofe me flatter que ceux que j’indique pour corn-pofer la porcelaine d’Allemagne, n’ont été connus jufqu’à préfent que de très-peu de perfonnes, qui en ont fait un fecret.
- 14. On trouvera dans le fécond mémoire, qui forme la fuite de cet ouvrage, non feulement la maniéré de faire les couleurs, la façon de les employer, Gelle de les faire fondre, mais encore un fourneau de nouvelle conftru&ion, qui épargne le charbon, & plus commode que ceux ufltés jufqu’à préfent. Ceux qui voudront avoir de plus grands détails fur les couleurs , pourront confulter le traité des couleurs pour la peinture en émail, par M. de Montamy, l’art de la verrerie de Nery, Méret, & Kunc-
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- kel ; le dictionnaire de chymie ( 10) , les mémoires de l’académie royale des fciences , l’encyclopédie, &c. Il me relie encore, pour compléter l’ai;t de la porcelaine, & pour mettre fous les yeux des artilles & des amateurs ee qui a été dit de plus intéreftant fur cette matière , à rapporter mot à mot (n) ce que le P. d’Entrecolles, jéfuite, a écrit fur la porcelaine de la Chine. Voici comme ce millionnaire-s’exprime fur ce fujet :
- 15.. w Les Chinois nomment thsky ou tfeky les ouvrages de cette po-M terie précieule, qu’en Europe & particuliérement en France on appelle 3J porcelaine. Ce dernier nom , qui n’eli guere connu à la Chine que par „ quelques ouvriers ou quelques marchands qui en font commerce avec. ,, les Européens , femble venir de porcelana , qui lignifie en langue portu-„ gaife , une tajje ou une écuelle«
- T6. ,3 II y a bien de l’apparence que les Portugais , qui ont été les pre-^.miers Européens qui ont eu connailfance de la Chine, & qui ont fait 33 quelque négoce à Quantang, donnèrent d’abord à tous les ouvrages ,3 du thsky le nom qui ne convenait qu’aux taifes & aux écuelles; ces -, uftenfiles de ménage ayant été fans doute les premiers ouvrages de „ porcelaine qui leur furent préfentés. Ce qui doit cependant paraître 3, bizarre, c’elfc que les Portugais, par qui le nom femble être paffé à tou-33 tes les autres nations de l’Europe, ne l’ont pas confervé pour eux,.& 3, appellent coca, en leur langue, ce que les autres nations nomment 3, communément porcelaine*
- 17. „ On ne fait pas à qui l’on doit la découverte de la porcelaine ; & 3, les annales générales de l’empire Chinois, qui contiennent tout ce qui ,3 arrive de mémorable, non plus que les annales particulières des provin-33 ces, qui confervent la mémoire des faits finguliers qui s’y pailent, n’en 3j font aucune mention (<z).
- 18. ,3 On n’eft guere mieux inftruit de l’époque de cette invention s:
- (10) La traduction allemande de cet ©uvrage mérite d’être confultée, à caufe des excellentes remarques de M. Porner.
- (11) Ce n’eft point ici le mémoire du ÿ. d’Entrecolles. On peut lire tout au long l’ouvrage de ce jéfuite dans la defcription de la Chine du P. du Halde, tome 11, p. 177. Si l’auteur avait eu ce livre fous les yeux, il n’auraic pas fait au P. d’Entrecolles plu-Geurs reproches mal fondés. 11 le juge fur un extrait très-imparfait, tiré d’un ouvrage anglais & inféré dans le diéiionnaire du citoyen, qu’il donne ici mot pour. mot. On
- ne peut pas nier que le P. d’Entrecolles n’ait omis plufieurs faits eflfentiels ; il en convient lui-même, il ne s’eft pas toujours exprimé avec allez de juftefte, comme l’ob-ferve M. le comte de Milly ; mais fon mémoire ne lailfe pas d’être très-intéreffant & fort utile.
- ( a ) Voyez la relation de la grande Tar--tarie , imprimée à Amfterdam , in-12, en 17S7 ; & dans Yhijloire des voyages, tome Vil. Voyez aulh le diflionnairc de Savary.
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- 55 & tout ce qu’on eii fait, c’eft qu’elle doit être au moins du commen->, cernent du cinquième iîecle de l’ere chrétienne. Les annales de Feou-5.5 lam rapportent que depuis la fécondé année du régné de l’empereur j, Tarn ou Te, de la dynaiHe de Tarn, c’eft-à-dire, vers l’an 442 de Jé-„ fus-Chrift, les ouvriers en porcelaine de cette province en avaient feuls „ fourni aux empereurs, qui envoyaient deux mandarins pour préfider à 4 l’ouvrage.
- 19. „ Il fe fait de la porcelaine dans diverfes provinces de la Chine , „ & particuliérement dans celles de Fo-kien (ci), de Quantong & de „ Kinté-thing (b)-, mais celle qui fe fabrique dans les atteliers de cette ,3 derniere e£t la plus eftimée, & c’eft celle que, par diftin&ion, on ap-« pellait autrefois en langage chinois, & comme en efpece de proverbe,. 33 les bijoux précieux de Jo-at-cheou.
- 20. „ On doit confidérer quatre chofes eifentielles dans la fabrique de ,3 la porcelaine ; favoir, la matière dont on la fait, l’art d’en former des ,3 vafes ou d’autres fortes d’ouvrages; .les couleurs qui fervent à la « peindre, & enfin la cuiffon , qui eft, pour ainiî dire, la fcience de » pouffer le feu au degré qui lui eft propre.
- Matières dont ejl compofée la porcelaine de la Chine.
- 2T. ,3 II entre dans la compofition de la porcelaine deux fortes de ter-33 res & deux efpeces d’huile ou devenus: des deux terres, l’une s’ap-„ pelle pé-tun-tfé, terre blanche, très-fine & très-douce au tadl(c), & 33 l’autre kaolin.
- 22. ,3 A l’égard des huiles, celle qui fe tire des pé-tun-tfes, fe nomme ,3 yeou de pé-tun-tfé ; c’eft-à-dire, huile de pé-tun-tfé ou tfî-pé-tun-tfé, ce qui 33 fignifie vernis de pé-tun-tfé ; l’autre qui fe fait avec de la chaux , s’ap-39 pelle huile de chaux (d).
- () Celle deFo-kien & de Quantong eft suffi blanche que la neige; mais elle eft peu luifante, & n’eft pas peinte de diver-fes couleurs.
- () Bourgade de la Chine où l’on compte plus d’un million d’habitans : c’eft la grande manufacture; elle fournit de la porcelaine à tout l’univers , fans en excepter le Japon. Yoyez Yhiftore des voyages, tome VII, page 121.
- (c) Le pé-tun-tfé eft, félon M. de Réau-
- mur, toutes les terres, tous les fables, & tous les cailloux qui fe fondent au grand feu ; & le kaolin , c’eft le talc ou le gyps qui eft une fubftance incapable de vitrification : ainfi nous avons les mêmes matières que les Chinois. Le feul avantage qu’ils ont fur nous, c’eft de pouvoir nourrir un ouvrier à un fou par jour, Hifloire de Va-cadémie , années 1727 , 1729 & 1759.
- (d) Pour peu que l’on ait de connaif-fance en chymie , il eft aifé de juger que le
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- 23. „ Le kaolin eft parfemé de corpufcules qui ont quelque éclat. Le pé-tun-tfé eft blanc, très-fin, & doux au toucher. Toutes ces terres fe
- 5, trouvent dans des carrières, à vingt ou trente lieues de King-tfé-ching, „ ville où font établis les atteliers dans lefquels fe fait la plus belle por-„ celaine de toute -la Chine , & où ces terres , ou plutôt les pierres dont „ on fait ces terres, font tranfportées fur un nombre infini de petites „ barques qui montent & defcendent fans celfe la riviere de Jo-at-che-ou.
- 24. „ Les pé-tun-tfés arrivent à King-tfé-ching en forme de briques,
- 55 ayant été taillés fur la carrière , où ils ne font naturellement que des
- „ morceaux d’une roche très-dure : le blanc du bon pé-tun-tfé doit tirer
- „ un peu fur le verd. La première préparation des briques de pé-tun-tfé, „ eft d’être brifées & réduites, à force de bras, en poudre alfez groifiere , 33 avec des maillets de fer 5 on achevé enfuite de le broyer avec des pilons 53 dont la tète eft de pierre armée de fer, qui ont leur mouvement, ou par 33 le fecours de l’eau , ou par le travail des hommes, à peu près comme 33 dans nos moulins à tan ou à poudre.
- 25. „ Quand la pierre eft alfez broyée, & que la poudre eft prefque
- 3, impalpable, on la jette dans une grande urne remplie d’eau , & on la „ remue fortement avec une efpece de pelle de fer: après que l’eau s’eft
- 33 repoféc quelque teins, on leve de déifias la Superficie une fubftance
- „ blanche qui s’y forme de l’épailfieur de quatre ou cinq doigts, & l’on 33 met cette efpece de crème ( a ) dans un autre vafe rempli deau, con-33 tinuant alternativement de remuer l’eau de la première urne & de l’é-
- P. d’EntrecolIes s’eft trompé dans la dénomination ainfi que dans la chofe ; car, premièrement, on ne tire point d’huile de la chaux. Il eft vrai que les anciens chymif-tes ont donné très-improprement le nom à'huile de chaux au fel qui réfulte de l'union de l’acide marin avec la chanx , dans la décompofition du fel ammoniac : mais cette prétendue huile ne faurait produire le luifant du vernis que l’on voit fur les porcelaines de la Chine 20. Si c’était de l’huile quelconque, préparée avec de la chaux , elle ne pouïrait réfifter au feu ; car on fait que ct toutes les huiles en général 3, font volatiles ; c’eft-à-dire, qu’il n‘y en „ a aucune qui, étant expofée à1 un cer-33 tain degré de chaleur, ne fe réduife 33 & ne s’élève en vapeurs : la chaleur 3, néceflaire pour faire évaporer les huiles
- „ les plus fixes n’eft pas même fort confi. w dérable Diéîionnaire de chymic, à l’article huile. Ainfi la prétendue huile du P. d’EntrecolIes, n’eft qu’une préparation des mêmes matières qui entrent dans la compofttion de la porcelaine , mais en différentes proportions, & combinées avec une plus grande quantité de-fondans. V. le mémoire fur la porcelaine d'Allemagne.
- (a) Cette prétendue crème n’eft vraifem-blablement que les parties les plus légères & les plus divifées de la terre , qui relient fufpendues dans l’eau , tandis que les graviers & les parties les plus grollieres fe précipitent au fond : c’eft cette opération qu’on nomme laver les terres, & en allemand fchvpcmmen. Voyez le mémoire fur la porcelaine d'Allemagne.
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- 3> crèmer, jufqu’à ce qu’il ne refb plus que les graviers des pé-tun-tfés, „ qu’on remet de nouveau au moulin pour en retirer de la nouvelle poudre.
- 26. „ A. r égard de la fécondé urne, où l’on a jeté ce qu’on a recueilli „ de la première, lorfque l’eau eft bien repofée , & qu’elle eft devenue „ tout-à-fait claire, on la vuide par inclination; & du fédiment qui refte „ & qui s’épaiifit en forme de pâte, on en remplit des efpeces de mou-5> les, d’où, quand elle eit feche, on la retire pour la couper en carreaux , „ qui font’ proprement ce qu’on appelle des pé-tun-tfés, qu’on met en jj réferve pour les mêler avec le kaolin, dans la proportion qu’on expli-jj quera dans la fuite.
- 27. ,j Le kaolin qui, comme on l’a déjà remarqué, eft la fécondé terre 55 qui entre dans la compofition de la porcelaine, eft beaucoup moins dur jj que le pé-tun-tfé quand on le tire de la carrière ; & c’eft cependant fou jj mélange avec celui-ci, qui donne de la fermeté à l’ouvrage.
- 28- „ Les montagnes d’où l’on tire le kaolin , font couvertes au-dehors „ d’une terre rougeâtre; les mines en font profondes, & il s’y trouve J, en grumeaux à peu près comme la pierre de craie (12), li connue en jj Europe. La terre blanche de Malthe, qu’011 appelle terre de S. Paul , „ n’eft guere différente du kaolin, à l’exception des petites particules ar-„ gentilles qu’011 11e trouve point dans la terre de Malthe.
- 29. ,j L’huile de pierre ou tfî^ qui lignifie vernis, eft la troifieme ma-jj tiere que les Chinois font entrer dans la compofition de leurs porce-jj jaines fines : c’eft une fubftance blanchâtre & liquide , qu’on tire du pé-,j tun-tfé , c’eft-à-dire, delà pierre dure dont on fait les pé-tun-tfés; toute 5j forte de pierre n’y eft pas également propre , & l’on 11’y emploie que celle „ qui eft la plus blanche & dont les taches font les plus vertes. Le pre-,j mier travail confifte à purifier de nouveau les pé-tun-tfés & le kaolin, jj pour en ôter entièrement le marc qui peut y être refté : ce qui fe fait jj à peu près pour le pé-tun-tfé, de la maniéré qu’011 a décrite ci-devant 3, pour la préparation des carreaux de pé-tun-tfé ; car à l’égard du kao~ „ lin, comme il eft plus mou & qu’il fe dilfout aifément , il fuffit, fins „ le brifer ni le broyer, de le plonger dans une urne pleine d’eau (n), jj enfermé dans un panier très-clair :1e marc qui refte de l’un & de l’autre
- ( ;2 ) Sans doute que l’auteur entend chargée de particules talqueufes ; car ftc’é> cette craie dure dont on bâtit des maifons taient des pierres , elles nefe délaieraient dans quelques endroits de France. pas dans l’eau , & l’on ferait obligé de ie-s
- (a) Par ce feul expofé , il eft ai Ce de dé- mettre en poudre , comme les pé-tun- tfes>:> cider que le kaolin n’eft point une pierre, avant de les laver, mais de l’argille blanche bien caraûérifée ,
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- „ eft inutile, & l’on en vuide les atteliers après qu’on en a amalfé quel* 33 que quantité.
- 30. j9 Ces atteliers font de vaftes enceintes de murailles, où font élevés 3, divers grands appentis de charpente , fous lefquels travaillent les ou-„ vriers. 11 y a encore quantité d’autres bâtimens qui leur fervent de de-„ meure j il eft prefque inconcevable combien eft grand le nombre de per-5, fonnes qui font occupées à ces ouvrages, n’y ayant guere de morceaux 3> de porcelaine qui ne paifent dans plus de vingt mains avant que d’ê-» tre portés aux atteliers des peintres, & par plus de foixante avant que 33 d’avoir leur entière perfection.
- 31. 33 Pour faire le jufte mélange du pé-tun-tfé & du kaolin, il faut 33 avoir égard à la finefle de la porcelaine qu’on veut faire : on met au-,3 tant de l’un que de l’autre pour les porcelaines fines 5 quatre parties 3, de kaolin fur fix de pé-tun-tfé pour les moyennes, & jamais moins j, d’une partie de kaolin fur trois de pé-tun-tfé (<0, môme pour les por-« celaines les plus grolîieres. En général, tous les peintres de la Chine, 33 particuliérement ceux qui font les figures, font de très-médiocres ou-as vriers ; & il faut avouer que la peinture eft un art que cette nation , « d’ailleurs fî ingénieufe en toutes chofes, femble avoir entièrement né-33 gligé. Ce défaut ie trouve parmi les whapeys ou peintres en porce-,3 laine , encore plus , ce me femble , que parmi les autres ; & à la ré-33 ferve des fleurs, des animaux , & des payfàges qui font fupportables , 3, & qui ont quelques régularités, il eft certain que les plus médiocres 33 apprentifs d’Europe furpaflent de beaucoup leurs plus grands maîtres „ pour la beauté & Pexaditude du deffin.
- ^§2. 33 II n’en eft pas de même des couleurs que les whapeys em« „ ploient ; elles font fi vives & fi brûlantes, qu’il ferait difficile d’elpérer 3, que les ouvriers d’Europe puiflent jamais les imiter dans leur ouvrage 3, de porcelaine fine (b).
- 33. j.. Il fe fait à la Chine des porcelaines de toutes couleurs, foit pour
- (a) Le kaolin étant la matière qui doit fervir de gluten pour lier les parues du pé-tun-tfé , & le mettre en état'd’être travaillé fur le tour ou dans des moules, il n’eft pas trop vraifemblable qu’une feule partie de kaolin , fur trois de pé-tun-tfé, foit fuffifante. Nous croirions plus volontiers l’inverfe de ce procédé ; c’eft-à-dire , que c’eft trois parties de kaolin fur une de pé-tun-tfé. Il y a apparence que le P. d’£n-
- trecolles s’eft trompé fur les dofes, comme fur la préparation de la prétendue crème.
- (b) Si le P. d’Entrecolles avait vu les fuperbes & magnifiques peintures qui Portent des manufactures de Seves , de Frac-kendal, & de Meiffen, il aurait été convaincu que les ouvriers Européens peuvent employer des couleurs aulfl belles & maniées avec bien plus d’art & de goût, que les whapeys Chinois n’emploient les leurs.
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- les fonds , foit pour les deftins dont on les orne. A l’égard des cou-
- leurs des payfages & autres fujets, quelques-unes font finiples , comme j, de toutes bleues 5 ce font celles que l’on voit plus communément en „ Europe j d’autres font mêlées de toutes fortes de teintes ; d’autres font „ relevées d’or: les Européens en exportent aulfi quelques-unes de ces „ dernieres ; & quand elles font de bonnes mains, elles font fort efti-„ mées. Le bleu fe fait avec de l’azur, qu’on prépare en le failànt brûler M pendant vingt-quatre heures dans un fourneau, où on l’enfevelit dans î# du fable à la hauteur d’un demi-pied ; quand il eft aifez cuit, on le ré-9) duit en poudre impalpable, non fur un marbre, mais dans des mortiers „ de porcelaine qui ne font pas verniiTés, & avec des pilons dont la 5, tète eft He la même matière ( a ).
- 34. „ Malgré le grand nombre de porcelaines qui fe fabriquent dans w prefque toutes les provinces de l’empire de la Chine, elles ne laiifent „ pas d’y être extrêmement cheres, mais non pas autant qu’elles l’étaient M autrefois : les annales confervent la mémoire des tems où une feule „ urne coûtait jufqu’à quatre-vingt-dix écus, & même davantage, & en-„ core n’y en avait-il pas fjffilàrnment pour fatisfaire l’empreffement des „ curieux, qui les enchériraient même avant qu’elles fuflent tirées du „ fourneau.
- 35". „ Ce qui caufe préfentement. la cherté de la porcelaine , & fur-tout „ le prix extraordinaire qu’aie fe vend en Europe, c’eft qu’il eft rare „ qu’une fournée réuflilfe entièrement, que fouvent même elle eft toute „ perdue, & qu’il arrive aifez ordinairement qu’en ouvrant le fourneau, „ au lieu de trouver de belles porcelaines , on ne trouve qu’une malfe „ informe & dure, dans laquelle ont été réduites les porcelaines & leurs 3, cailles, foit que celles-ci fulfent mal conditionnées, foit qu’on eût mal 33 dirigé le feu, & qu’on l’eût poulfé trop fort.
- 36. „ Une autre raifon qui tient, même parmi les Chinois, le prix 3J des porcelaines aifez haut, c’eft que les matières qui entrent dans leur ,3 compolîtion , & les bois qui fervent à la cuilfon , devenant tous les jours ,3 plus rares, deviennent auffi plus chersî outre que les vivres font enché-j, ris, & que les ouvriers étant moins habiles, ne peuvent fournir allez 3, d’ouvrage aux marchands.
- 37. „ On peut ajouter une troilîeme raifon qui augmente le prix de la
- (a) Helot, dans fon mémoire fur la teinture , ann. 172; , remarque à l’article a2ur ou émail, que La raifon pourquoi le bleu de Sa porcelaine moderne des Chinois eft beaucoup inférieur à celui de la porcelaine an» Tome, FIIh
- cienne, eft que la pierre d’azur étant devenue rare, ils. lui ont fubftitué l’émai! ou l’azur en poudre, que les Hollandais leur portent.
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- 5, porcelaine, mais qui ne regarde que les Européens ; elle confifte eu ce M que prefque toutes celles que l’on tranfporte en Europe, fe font or-„ dinairement fur des modèles nouveaux, fouvent bizarres, & où il eft 3, difficile de réuffir. Pour peu qu’il s’y trouve de défauts elle eft rebu->5. tée par ceux qui l’ont commandée , & refte entre les mains de Pou-53 vrier qui, ne pouvant pas la vendre aux Chinois , parce qu’elle n’eft 3, pas à leur ufage ni dans leur goût, augmente le prix de la poreelaine 3, qu’ils livrentafin que les pièces qu’on prend portent les frais de cel-33 les qu’on rebute.
- 3, 3 8- On fait auffi de la poreelaine en Perfequ’on ne recherche que par la 3, fingularité ; fou. fond blanc a le ton jaunâtre ou roux;» & les couleurs. 33 qu’on y applique, font prefque toujours dures & crues. Les rivaux que 33. les Chinois auraient le plus à craindre dans ce genre de fabrique , font 33 les Japonnais.. On peut dire que la porcelaine du Japon eft,.en générais „ fupérieure à celle de la Chine, pour la fineife du grain,-pour la perfection 33 de la main-d’œuvre, la forme & l’accord des couleurs. Cette fupériorité 38 fe remarque, principalement dans les anciennes pièces de porcelaine des 33 deux nations; car 011 eft obligé de convenir que les manufactures moder-33 nés fe font rapprochées en quelque forte , en fe familiarifant également': 53 avec le médiocre. „ Dictionnaire du citoyen,
- 39. Il s’enfuit de tout ce qui vient d etre dit dans la. relation du P. d’En-trecolles, que la porcelaine de la Chine & du Japon eft compofée au moins-de deux fubftanc.es , l’une vitrifiable & l’autre réfractaire , mais qu’on aurait de la peine à reconnaître d’après la. defeription de cet obfervateur; & il n’eft pas le feul auteur qui ait mai' défini la terre propre à compofer de la porcelaine : Valiérius lui-même s’eft trompé fur cet article. Voici comme il s’ex=*-plique en parlant de cette fubftance :
- 40. “ La porcelaine, dit-il («J,, eft une fubftance pierreiïfe 3 dure^
- ( a) Cette-définition ne peut guère in£ truire îé lecteur. Qu’eft-ce que de là terre à porcelaine ? quel eft le caractère diftinctif de cette.fubftance? eft-elle calcaire,, vitrifiable , ou réfractaire ? enfin dans quelle daffe doit-on la ranger, & dans quel lieu
- (13) La- fortie que fait ici notre auteur «ontre ValleVius, ne femble pas j.ufte. Dans l’endroit cité , il n’avait pas deffein d’en dire davantage de la porcelaine ; mais il parle ailleurs de la terre propre à cette fa-
- la trouve-t-on T
- La définition aurait été plus intelligible & plus jufte (13)1 h M. Valiérius avait dit que la porcelaine eft un compofé de plufieurs fubftances, les unes vitrifiablès , & les autres réfractaires ; telles que l’argille
- brication. 11 détermineplus exactement les propriétés de la terre à porcelaine & de la porcelaine elle-même, dans la nouvelle édition de fon ouvrage. J’ajouterai à la fia-la traduction de ce morceau.
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- 55 mais caftante & vitreufe, d’une couleur blanche ou bleue , faite avec delà ,9 terre à porcelaine, ou de la terre à pipe. Il y a I °. la vraie porcelaine ; elle s, eft demi-tranfparente , compacte, femblable au verre dans fa fradlure, & 5, d’une couleur qui tire fur le bleu (a) : elle ne fe fend pas quand on y 5> verfe la liqueur la plus chaude.
- 41. „ 2°. La faillie porcelaine : elle eft entièrement opaque, paraît inégale „ & grumeleufe dans fa fracfture, & fe brife lorfqu’on y verfe de l’eau bien ,9 chaude.
- 42. 5j La terre à porcelaine eft une efpece de marne tendre ( b) , blanche 55 ou d’un gris tendre, fort légère, molle au toucher; cependant elle eft „ quelquefois aflez compare pour pouvoir être polie : il y en a auifi qui « eft inégale, rude au toucher, & brillante comme du fablon fin; l’aclion
- 55 du feu la change en un verre demi-43. Enfin cet auteur , d’ailleurs fori les terres dont il s’agit; il nomme
- blanche , le gyps, & le quartz : il n’eft pas le feul auteur qui ait regardé la matière propre à faire de la porcelaine, comme une fubftance (impie , homogène , produite par la nature. La plupart des chymiftes modernes , d’ailleurs fort efthnables , ont cru que le kaolin des Chinois .était une fubftance que l’on trouve toute préparée dans la minière par les mains de la nature , propre à produire de la porcelaine fans aucune préparation; ils ont même adopté ce terme chinois, pour défigner la matière compo-fée pour faire de la porcelaine. Le kaolin des Chinois doit être de l’argille talqueufe ; 8c le pé-tun-tfé , une pierre vitrifiable , tel que le quartz & fes femblables, ou peut-être le fpath fufible, qui a la propriété , par excellence , de vitrifier les terres aveb ïefquelles on le combine. Voyez la litho-geog. de Pott.
- () La belle porcelaine ne reflemble point au verre ; elle eft lifte dans fa fracturé , compacte , mais mate comme l’émail,
- & fait feu contre le briquet.
- () On ne peut pas donner une définition plusfauffe en tous les points que celle-là ; car la marne eft une terre calcaire mêlée d’argille , qui fait efferyefcence avec tous
- -tiranfparent, foncé & blanchâtre. ,, (c) ; eftimable , fe trompe abfolument fur cette fubftance (15) minera plumbi
- les acides , & fe change en verre fpongîeux: dans le feu. La terre à porcelaine eft argil-îeufe , ne fermente point avec les acides ; elle donne de l’alun lorfqu’elle eft combinée avec l’acide vitrîolique , ainfi q-ue M. Baumé l’a démontré dans fon mémoire fur les argilles : cette terre pouffée au feu * s’y durcit au point de faire feu contre l’acier (14).
- (14) Vallérius décrit principalement, dans le paffage cité par notre auteur, la terre employée en Suede pour faire la faulfe porcelaine. Il eft vrai qu’il aurait dû diftin-, guer cette efpece de terre de la véritable terre à porcelaine , comme il l’a fait dans fa minéralogie. ; mais il ne fayait pas alors s’il y avait ou non de la différence , & il ne dépendait pas de lui de s’en inftruire,
- (c)Minéral, de Vallérius, tomel, p. 40,
- & tome II, page 17$.
- (iç) Dans quel ouvrage Vallériu3 a-t-il ainfi nommé la terre à porcelaine ? On ne faurait fe perfuader qu’un chymifte aufii profond ait pu commettre une telle faute. On trouve , il eft vrai, dans un ouvrage allemand fur la porcelaine , que l’on fe fert en Saxe du fpath blanc pour vernir, la porcelaine j mais ce n’eft pas ce-dont il s’agit ici V ij
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- fpathacea, ou plumbum arfenico mineralifatum , minera fpathi-formi-alba vel grifea Ça) ; il en compte cinq variétés différentes , difficiles à reconnaître : fa divifion aurait été plus vraie, s’il avait rangé cette terre dans la clafle des argilles, & qu’il eût fuivi les variétés de cette efpece de terre, qui font très-. nombreufes; comme l’argille blanche, bleue, rouge, verte, terre à pipe terre à four , terre à foulon, argille talqueufe ,&c. (16)
- 44. Il e(t certain que d’après les principes établis par M. de Réaumur, 013 fera toujours de la porcelaine, en combinant toutes les efpeces d’argilles avec des matières vitrifiables, telles que les quartz, les fpats fufibles ; & d’autres matières invitrifiables Çb), telles que les gyps , la craie , &c. en proportions convenables ; mais toutes ces différentes porcelaines feront plus ou moins colorées, en raifon de la pureté de l’argille : c’eft de la blancheur & de l’homogénéité de cette terre que dépendent la beauté & la blancheur de la porcelaine : il y a même de l’argille qui ne ferait pas propre à en produire j toutes celles, par exemple , qui contiendraient des parties métalliques feront fufib’es, & ne produiront jamais de porcelaine.
- 45. Une porcelaine parfaite ferait celle où la beauté & la {oliâité fe trouveraient réunies à la beauté des formes, à la correction du deffin , & à la vivacité des couleurs ; mais malgré les efforts qu’on a faits pour perfectionner cette matière, il en exifte peu de pareille : il fulfit, pour s’en convaincre , de faire attention aux différentes qualités qui doivent rendre, & qui rendent en effet la porcelaine recommandable.
- 46. On peut diftinguer, pour ainfi dire, deux efpeces de beautés dans ce produit de fart. La première eft l’alfemblage des qualités qui frappent généralement tout le monde; comme une blancheur éclatante; une couverte nette, uniforme & brillante ; des couleurs vives, fraîches , & bien fondues > des peintures élégantes & correctes ; des formes nobles bien proportionnées , & agréablement variées ; enfin de belles dorures, fculptures, gravures, & autres ornemens de ce genre.
- (a' Minera plumbi fpathacea de Wall. clK fuivantles el'emens de minéralogie do-eimaftique de iYL. Sage , le plomb minéra-iifé par l’acide marin.
- (16) Valleriu? a fait tout ce qu’exige ici IV1 le comte , il eft facile de s’en convaincre en confultant fa minéralogie
- ( b ) On fe fert de cette dénomination très-improprement confacree par 1 ufage , pour défigner les gyps , les pierres à plâtres, les craies, & les pierres calcaires ; car toutes ces fubftances, regardées juf.
- qu’à préfent comme réfracftaires, font, fui» vant les expériences de M. d’Arcet, très-fufibles, fi on les expofe à une chaleur convenable. Voyez le mémoire fur l'aêiion d'un feu égal, violent ef continué, &u page 44
- L’argille & le gyps, ainfi que la craie & l’argille, fe fondent mutuellement ,& fe changent en un verre très - dur : c’eft a JYL l’ott à qui l’on doit la découverte de ce phénomène iinguEer*
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- . 47. La fécondé efpece de beauté dans la porcelaine, confifte dans plu,' fieurs qualités intrinîèques , & dont la plupart tiennent à la bonté & à la folidité. Cette forte de beauté 11’eft bien fenfible qu’à ceux qui fa vent plus particuliérement ce que c’eft que la porcelaine ; elle eft réfervée pour les connaiftèurs : il faut, pour l’appercevoir, dépouiller, pour ainli dire, la porcelaine de fes ornemens extérieurs, la mettre à nu , & l’examiner, à la maniéré de M.’de Réaumur, dans fes fragmens. La plus eftimée à cet égard, fera celle qui fera alfez réfra&aire pour rélifter au feu le plus violent, & qui pourra palfer du froid au chaud & du chaud au froid fans fe cafter, dont la calfure préfente un grain très-fin , très-ferré, très-compade, & qui s’éloigne autant du coup-d’œil terreux ou plâtreux, que de l’apparence de verre fondu : les plus belles que l’on connailfe dans ce genre, font l’ancien Japon & celle de Saxe. La porcelaine moderne de la Chine n’a pas les qualités de l’ancienne , ni de celle de Saxe ; la mie en eft grumeleufe, &avec la loupe on y découvre des pores , ce qui dénote une pâte peu liée 5 mais le lifte de la porcelaine de Saxe, que bien des gens peu connailfeurs ont regardé comme un défaut, annonce une combinaifon de matières plus parfaite, & une pénétration réciproque des parties conftituantes de cette porcelaine, plus exade que dans les autres porcelaines, comme le remarque très-bien le favant auteur du didionnaire de chymie.
- 48- C£ La plupart des gens croient de la meilleure foi du monde, dit cet „ auteur, que la porcelaine ne peut être eftimée qu’en raifon de fa reffem-„ blance avec celle du Japon ,& fur-tout une multitude de prétendus con-5, naifteurs, fi finguliérement fcrupuleux fur cet article, qu’ils vont jufqu’à „ faire un démérite à la porcelaine de Saxe, d’une qualité par laquelle elle ,j eft réellement fupérieure à celle du Japon ; je veux dire de ce que fa çaffure „ eft plus lifte, plus luifante, & moins grenue que celle du Japon. On fent a, bien que c’eft la reftemblance de cette calfure avec celle du verre , qui a „ donné lieu à cette idée; & elle ferait bien fondée, fi cette denfité & ce ,3 luifant ne venaient en effet que d’une qualité fufible & vitreufe : mais 3, comme il n’en eft rien , & que cette porcelaine eft tout auffi fixe & tout 53 aulli infufible que celle du Japon , fa denfité, bien loin d’être un défaut, 33 eft au contraire une qualité très-eftimabîe. On ne peut difconvenir en „ effet, que, toutes chofès égaies d’ailleurs , celles de ces matières qui font 33 les mieux liées & les plus compares , ne foient préférables aux autres , 3, parce que cela indique plus de liaifon & une incorporation plus intime •„ entre les parties ; ainfi la plus grande denfité fie celle de Saxe , bien loin ,5 de la faire mettre au-deffous de celle du Japon, doit au contraire la faire 3, eftimer davantage ( a ).
- (a) Difiionnaire de chymie , tome II, page 28s.
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- 49. Enfin le degré de demi-tranlparence convenable, eft encore une partie eflentielle de l’elpece de beauté dont il s’agit ici. La tranfparence de la belle porcelaine doit être nette & blanche , fans cependant être trop claire ; il faut qu’elle s’éloigne totalement de l’apparence du verre & de la girafole. Enfin la caifure de la porcelaine décele encore aux connaifleurs une partie du mérite de la couverte , qui ne doit point être un cryftal diftincft de la pâte de la porcelaine; elle doit être analogue à cette pâte, point vitreufe, & feulement plus liffe & plus brillante que le bifcuit qu’elle couvre, & d’un blanc parfaitement tranfparent, fans aucun mélange d’aucune fubftance matte & laiteufe comme la couverte des faïances : elle fe fait avec les mêmes matières que la pâte, que l’on rend feulement plus fufibles, en y ajoutant des fubftances vitrifiabïes en plus grande dofe que dans la pâte. Toutes les fois que l’on mettra une couverte purement vitreufe fur une porcelaine infufible, les deux fubftances n’étant point homogènes , la couverte fe gercera, n’aura prefque point d’adhérence à la pâte , & la couverte s’écaillera à ïa^moindre chaleur 5 en un mot, lorfqu’elle eft belle, elle doit être fembla-ble à un vernis très-mince, fans couleur, fans gerçure; elle 11e doit laitier appercevoir que le blanc de la pâte fur laquelle elle eft pofée.
- fo. Il en eft de la bonté delà porcelaine comme de fa beauté, on peut la divifer en deux efpeces. Une porcelaine eft réputée bonne pour le public, quand elle foutient, fans fe calfer ni fe'fêler, le degré de chaleur de l’eau bouillante, celle du café, du thé, du lait, du bouillon, & c. qu’on y verfe brufquement: mais il eft néanmoins d’autres qualités qui tiennent elfentiellement à la bonté de cette matière, & qu’on 11e peut reconnaître que par des épreuves particulières.
- 51. La porcelaine parfaitement bonne, par exemple, rend, quand 011 en frappe des pièces entières , un fon net & timbré, qui approche de celui du métal : les fragmens jettent , fous les coups de briquet, des étincelles vives & nombreufes, comme le font tous les cailloux durs ; enfin elle foutient le plus grand degré de feu, celui d’un fourneau de verrerie , par exemple , fans fe fondre, fans fe bourfouffler, en un mot, fans être altérée d’une maniéré fenfible : on peut dire qu’une porcelaine en général, eft d’un fervice d’autant meilleur , qu’elle foutient mieux les épreuves dont on vient de parler.
- 52. Il eft encore des qualités recommandables pour la porcelaine, qui intérelfent en même tems le manufacturier & le publie : c’eft l’économie & la facilité avec laquelle elle peut fe travailler. Il n’eft pas douteux qu’il n’y ait un avantage infini à avoir une pâte de porcelaine, dont la corn» p-ofition foit fimple, dont les matières premières foient abondantes, peu çoûteufes, & dont l’ouvrier puiife faire promptement & facilement des
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- vafes de toutes formes & de toutes grandeurs ; une pâte qui ne foit point fujette à fe fendre dans la déification, à fe tourmenter & à fe déformer lorfqu’on la cuit; allez ferme pour ne point être étayée de tous les côtés quand on la met dans les galettes ; enfin , une pâte dont on puilfe faire des fournées d’une réullite foutenue & confiante. Il a été impolfible juf. qu’à préfent de réunir tous ces avantages dans une même porcelaine, ainll ils fe trouvent partagés. Celle des Indes eft excellente; mais elle peche par la blancheur, qui n’efi pas telle qu’on pourrait le defirer. Celle d’Europe , au contraire, eft d’une beauté & d’une blancheur admirable; mais la plupart, à l’exception de celle d’Allemagne & la nouvelle de France, font vitreufes & ne réfiftent pas au feu. Celles d’Allemagne, qui poife-dent toutes les bonnes qualités dont on vient de parler, pechent par la régularité des formes & du delfin (17). La porcelaine de France eft, de l’aveu même des étrangers, fupérieure à tout ce qu’on peut voir de plus agréable & de plus parfait, pour l’élégance des formes, la correction du delfin, le brillant des couleurs, le vif éclat du blanc, le brillant de la couverte; mais elle était, il 11’y a pas long-te.ms , Ci fragile, & en même terns Ci difpendieufe, qu’elle ne pouvait fervir, pour ainll dire, qu’a orner des appartemens ; 11 on la tirait de là pour l’expofer à la moindre chaleur, elle était fujette à fe fêler comme, le verre, de la nature duquel elle participait.
- 53. Mais la nouvelle que l’on compofe depuis peu à la manufacture royale de Seves,peut être regardée comme la première du monde, tant par fa magnificence extérieure que par les qualités de la nouvelle pâte. MM. Macquer & de Montigny, chargés par le gouvernement de veiller aux travaux de cette-manufacture , ont trouvé une nouvelle compofition de porcelaine aufli fupérieure à l’ancienne, que les peintures admirables, dont elle eft ornée, le font aux deflins incorrects de celles du Japon. Enfin, par les talens de ces deux académiciens., & par les foins de M. de Bertin, miniftre d’état, qui anime les arts autant par fes lumières que par fon crédit auprès du roi , 011 a pouffé dans la manufacture de Seves la perfection de l’art de la porcelaine aufli loin qu’il peut aller. Les avantages que la France retirera d’une pareille découverte, ne peuvent manquer d’être fenfibles dans peu de tems, fur-tout Ci l’on peut donner la porcelaine commune à un prix à portée de tout le monde.. Nous, ferions alors affranchis du tribut que nous payons aux Indes & même à nos voifins pour leur porcelaine, dont nous ne pouvions pas. nous paffer i & il y a
- ( 17 ) C’ell ce que contefteront avec avantage les pofleffeurs de belles porcelaines dfc Saxe*
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- apparence que les étrangers donneront la préférence à notre porcelaine , quand ils fauront que les qualités de fa pâte égalent celles de fa beauté & de fes ornemens extérieurs.
- 54. Sa Majefté a pris fous fa protection la manufacture établie à Seves f proche S. Cloud. L’arrêt du confeil du 17 février 1760, rélilie le privilège ci-devant accordé, & porte qu’à commencer du premier octobre 17691 cette manufacture, & tout ce1 qui en dépend, appartiendra à fa majefté, & fera exploité fous le titre de manufacture royale de porcelaine de France. Cet édit permet feulement aux autres fabricans de porcelaine & faïance, d’en continuer la fabrication en blanc, & de peindre en bleu, façon de la Chine, feulement ; il leur eft défendu d’employer d’autres couleurs, & notamment l’or, & de fabriquer ou faire fabriquer aucune figure, fleur de relief ou autres pièces de fculpture, fi ce n’eft pour garnir & les coller aux ouvrages de leur fabrication.
- S y. Les porcelaines qu’on fabrique en Angleterre, ne valent abfolu-ment rien, & 11e font que des vitrifications imparfaites, auxquelles il ne manque qu’un degré de feu un peu plus fort, pour en faire du verre: malgré ces défauts, les Anglais fubftituent, autant qu’fis le peuvent, leur porcelaine à la vaiffelle d’argent.
- 56. La manufacture de Franckendhal, dans le Palatinat, fait honneur aux progrès de l’induftrie européenne, & ne le cede pas dans fes ouvrages à celle de Saxe; elle devient tous les jours plus intéreflante & plus digne de la protection du grand prince qui l’a appellée dans fes états, & qui lui a donné, dans la fituation la plus avantageufe, ces bâtimens irn-menfes, qu’exigent les différentes préparations de la matière, & les travaux variés & divifés de cette fabrique , qu’il ne cefle d’encourager par fes bienfaits. Cette manufacture, qui doit être précieufe au Palatinat, où elle occupe un grand nombre d’ouvriers de toute efpece., eft une nouvelle rivale des manufactures des Indes, qui concourt heureufement à la deftruCtion d’une branche de commerce ruineufe pour l’Europe , mais qui n’arrivera vraifemblablement que quand on fera parvenu à pouvoir donner la porcelaine d’Europe à un auffi bas prix que celle de la Chine.
- ' 57. La porcelaine de Franckendhal a le même fonds de richefle que celle de Saxe & de France ; elle eft, comme ces dernieres, bien au-defliis de celles de la Chine & du Japon; elle eft fur-tout recommandable par l’éclat de l’or qu’on applique en feuille avec tant d’adreffe, qu’on prendrait les vafes qui en font enrichis pour être faits avec de l’or maflîf. Cette manufacture excelle auflî dans les figures ; elle a atteint le degré de perfection de celle de Saxe, & approche de celle de France par la variété & le deflin correCt des ftatues, par la force & le naturel des‘attitudes ,
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- tildes, & par la vérité de Pexpreflîon : à ces bonnes qualités on a ajoute l’avantage du bon marché, le prix étant de près d’un tiers au-deffous de celui des porcelaines de Saxe.
- 58- Il y a encore une autre manufacture établie par la magnificence du duc de Wurtemberg, à Louisbourg, près de Stuttgard , qui ne le cede guere à celle de Franckendhal ; la pâte en eft des plus réfraCtaires, elle réfifte au feu le plus violent, & foutient le paifage fubit du froid au chaud & du chaud au froid fans fe caifer* les formes en font agréables ; & l’on y exécute des morceaux d’architeCture, pour la décoration des défi ferts, d’une grandeur énorme: nous en avons vu paraître, fur la table du duc, de quatre & cinq pieds de haut, & du meilleur goût. Mais la pâte a le défaut de n’ètre pas d’un blanc aufîi parfait que celui de Saxe & de France ; elle eft d’un gris cendré, & refte grenue dans fa caifure. La couverte participe au même défaut, & n’eft jamais de ce beau blanc qui plaît à l’œil & qui caraCiérife les belles porcelaines : il ferait aifé d’y remédier. Voyez le mémoire fur la porcelaine. Il y a encore plufieurs manufactures de porcelaine en Hollande & en Italie ; mais comme elles ne different entr’elles que du plus au moins , & que je n’ai pas été à portée d’examiner avec foin les pieces; de porcelaine qui en fortent, je n’en ferai aucune mention. Je crois en avoir affez dit pour mettre le leCieur en état, de juger les qualités d’une „ porcelaine, & de pouvoir en fabriquer lui-même s’il le juge à propos. ;
- 59. Pour compléter cet ouvrage, on y a joint la defeription, le plan,’ la coupe, & l’élévation d’un fourneau propre à cuire les porcelaines les plus réfraClaires, où l’intenfité du feu eft par-tout à peu près égale, & qui, par conféquent, n’a pas le même inconvénient que le fourneau dont on fe fert en Saxe & en Allemagne,, dont j’ai donné la defeription dans mon mémoire fur la porcelaine d’Allemagne, & qui exige trois com-pofitions différentes dans la pâte.
- 60. Le fourneau dont je parle actuellement, eft le même, à ce qu’on affure , dont on fait ufage à la manufacture de Seves. M. Guettard, de l’académie royale des fciences, qui a travaillé avec tant de fuccès à la découverte des matières propres à faire de la porcelaine, en préfenta les plans & les modèles au miniftre, qui les remit à la manufacture royale de porcelaine, avec un mémoire très-intéreffant, fait par un homme de mérite qui lui eft attaché, & qui s’occupe du progrès des arts qu’il cultive avec fuccès.
- 61. Je rapporterai ce mémoire en entier, pour faciliter aux artiftes intelligens les moyens de conftruire & même de perfectionner ce fourneau , qui doit donner, par la réunion de quatre foyers en un centre
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- commun , une chaleur bien fupcrieure à celle de tous les autres fourneaux connus.
- 62. On peut l’employer non feulement pour la cuite de la porcelaine, mais encore à cuire les vaiffeaux de grès fi utiles dans lés arts , & fur-tout en chymie, fans parler1 des différentes expériences qu’on ne peut pas pouffer aufîi loin que 'les artiftes le défirent » faute d’un degré de feu futüfant. C’e'ft donc un fervice effentiel qu’on rend aux arts, d’en publier la defcription. Voici comme l’auteur de ce mémoire s’explique,
- 'Mémoire fur la conjlruclion d’un four à cuire de la porcelaine dure, pour la manufacture de Seves.
- 63. C£ La pâte dont on fabrique actuellement la porcelaine de Seves, „ eft une fritte d’une grande beauté par fa blancheur , mais qui n’a pas yy la dureté des porcelaines du Japon , de la Chine , & de Saxe. On eft ,, parvenu , après plusieurs recherches , à trouver une terre blanche , très-„ fine , dont les eifais ont rempli les efpérances de MM. les académiciens ,
- qui s’occupent du foin de perfectionner les ouvrages de la manufacture 5, de porcelaine du roi ; mais le four dans lequel on fait cuire aCtueî-M lernent la porcelaine de Seves , 11e peut pas fervir pour une nouvelle 35' porcelaine, qui ne le cédera ni ten 'dureté ni en blancheur aux por-„ celaines des plus belles manufactures de Saxe & du Japon : il eft donc i queftion de coilftruire un four qui puiffe donner une chaleur par-tout ^ égale, & d’un degré de force capable de faire éprouver une demi-vi-„ trification à la pâte de la nouvelle porcelaine, dans laquelle il n’entre w point de fondant. • 'f
- 64. „ Les fours dont on a donné les dimenfions jufqu’à préfent, 11e ^ paraiffent pas remplir cette intention, & ne font pas propres à la folur-,3 tion du problème.
- r 6^. „ J’ai donné à la manufacture le deflin des fours dont on fe fertr „ dit-on, à la Chine, pour cuire la fameufe porcelaine de Chin-the-chin ; „ ee font quatre tours conftruites fur . un terrein difpofé en pente’; elles 33 font contiguës, & fe communiquent de l’une à l’autre par des ouver-3, tures très-larges & de la hauteur de la voûte, prife fous la coupole de 33 chaque tour: la chauffe (a) eft au-devant de la première tour, dans ,3 laquelle la flamme entre avec rapidité & parcourt ce long efpace pour M fortir au. fommet de la derniere tour. De cette maniéré , le feu qui tend
- (d) Terme technique, dont les ouvriers fe fervent pour exprimer lé foyer qui contient *es alimens du feu* . .
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- M à s’élever du moment où il entre dans la première tour, frappe l’aire ,j ou le fol de la fécondé, qui eft plus élevé que celui de la première, ,3 & ainfi fucceffivement, en montant jufqu’à la quatrième.
- 66. „ Cette conftrucUon ingénieufe eft connue en France, dans les 3, poteries de grès de Picardie, où les fours font conftruits, fuivant le 33 même principe, fur un fol en pente, afin que la poterie fe cuife égale-3, ment fur une longueur considérable. Cette conftrudlion a furement l’a-33 vantage de l’économie 3 mais elle parait fujette à l’inconvénient de l’iné-„ galité du feu, qui doit être plus violent à l’entrée du four qu’au mi-,3 lieu & à l’extrémité oppofée, puifque fa vivacité eft interrompue par 3, les ouvrages qui les premiers en reçoivent le choc & le rompent 3 ainll 33 les pièces qui font fur le devant du four, doivent être plus tôt cuites que 33 celles qui font plus éloignées du foyer.
- 67. „ Cet inconvénient fublîfte dans le four faxon , auquel on ne peut « remédier qu’en compofant une pâte à dftférens degrés de fixité, fuivant „ la place qu’elle doit occuper dans le laboratoire du fourneau (<z), où 3i l’intenfité du feu varie.
- 68. ,3 Ce défaut eft capital dans une manufacture qui ne doit avoir „ qu’un genre de pâte homogène toujours égale, & qui foit fufceptible ,3 de foutenir le plus grand feu.
- 69. ,3 Un tour rond, pour peu qu’il foit élevé, ne chauffe pas égale-33 ment : on en a fait l’expérience à la manufacture de Seves 3 ainfi l’on 33 eft encore réduit à chercher un meilleur four, qui rempliffe les condi-„ tions du problème : donner une chaleur très-for te , par-tout égale , & long« 5J tems continuée au même degré.
- 70. ,3 Pour parvenir à ce point, j’ai penfé qu’il fallait premièrement „ donner une plus grande quantité de feu qu’on n’en donne ordinaire-33 ment dans les fours, & fuivre ce précepte de Boérhaave, dans fon J, traité du feu : quune plus grande quantité de feu , réunie dans un petit ef-JS pace 3 produit un plus grand effet.
- 71. „ Secondement, je crois qu’on doit préférer le four rond à toute 3, autre forme, parce que , fuivant le même auteur, le mouvement de 3, rotation, que la flamme eft forcée d’y prendre, produit le feu le plus 3, violent. En effet, toutes les autres formes ne fauraient produire un feu J, parfaitement égal, puifqu’elles le donnent plus violent dans le point 3, de leur foyer j la forme parabolique le donne plus près du fommet „ de la courbe3 & la forme elliptique, plus éloigné , mais toujours dans
- ( a ) Le laboratoire du fourneau eft la place où l’on expofe les pièces pour les faite cuire.
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- 3, un point où la réflexion produirait une fufion totale, tandis que les 5, ouvrages cuiraient à peine dans les autres points du fourneau.
- 72. „ D’ailleurs , toutes ces coupes, étant compofées ou produites r>3 par des mouvemens oppofés , ne fauraient donner un feu de réflexion 5, égal par-tout: cela pofé , j’ai cru devoir adopter, pour le projet du K four que je propofe , un plan qui m’a paffé fous les yeux, & que j’ai „ fait defîiner à la fuite de ce mémoire.
- 73. „ Ce four eft d’une forme circulaire j il eft percé par quatre gor-3, ges oppofées, dont les lignes collatérales tendent au centre , & par let 39 quelles on chauffe également par quatre endroits. Le plan géométral A, 3, figure 1 , planche I, en fait connaître la conftruction. Il y aurait néan-55 moins plusieurs changemens à faire , fi l’on fe déterminait à l’exécuter : ,5 telle eft, par exemple, l’épaiffeur des murailles du four, qui devrait 3, être au moins de trois pieds au lieu de deux, parce que, fuivant tous 3, les principes , le feu de réflexion eft plus grand en raifon de l’épaiffeur „ & de la denfité de ,1a matière qui lui réfifte. Je voudrais aufîi que le 35 four fût conftruit avec du grès fcié proprement comme du marbre., 3, afin que les parois du four préfentaffent une furface plane & unie, ce 33 qui contribue beaucoup à réfléchir également une plus grande chaleur.
- 74. „ On pourrait choifir du grès de Palaifeau , ou de quelque autre 3, endroit, qui ferait reconnu le plus dur & le plus compacité les liai-33 fous fe feraient avec de l’argilie la plus réfra&aire pofiible.
- i 7?. „ Je paffe à l’explication du four. Il y aurait entre deux foyers 33 une porte affez élevée pour qu’un homme pût y paffer j on la place à 33 trois pieds au-deffus de l’aire du four, parce qu’elle doit être muré.e 33 du même grès, après qu’on y aura arrangé la porcelaines & peut-être 33 même cette oppofition donnerait du froid à l’aire du four, ou tout au 33 moins cetce partie ne chaufferait pas autant que les autres. Au fur-,3 plus, on voit dans les fourneaux chinois une porte pareille , par la-33 quelle on met les pièces dedans.
- 76. „ Enfin , quand on voudra enfourner la porcelaine', on pofera 33 les premières pièces à l’aide d’un marche-pied, jufqu’à ce qu’on foit au 3, niveau du feuii de la porte ; ou bien deux ouvriers , placés un fur la 33 porte & l’autre dans le four , feront le fer vice.
- 77. 33 II ferait peut-être utile de laiifer un intervalle entre le mur & les w gafettes, qu’on rangerait au milieu du four. On ne s’étendra pas da-33 vantage fur une queftion que la première épreuve décidera bien plus 33 finement que les plus longs raifonnemens. Les gafettes feront pofées 33 les unes fur les autres , comme cela, fe pratique à. la Chine, & comme
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- » on allure qu’on le pratique auflî dans la manufacture de porcelaine de » Saxe. '
- ‘ 78* >j Pour connaître le point de cuiilbn de la porcelaine, on prati-a, quera, au milieu de l’efpace qui eft entre les gorges ou chauffes, des 39 trous quarrés, pour y placer, fur des palettes, des montres (a) qu’on 39 retirera, pour connaître le point de cuilfon où les ouvrages font par-35 venus j ces trous fe bouchent exactement avec des pierres de grès tail-„ lées en quarré & parfaitement de mefure, pour s’y ajufter avec une 33 faillie qui fervira à les tirer quand on voudra examiner les montres.
- 79- „ Il y aura quatre foupiraux près de la voûte du four, fins compter 33 le foupirail principal G, Jig. 2, qui fera à la clef de la voûte.
- 80. j. Quand la cuiifon de la porcelaine fera parfaite , on eeffera de « mettre du bois ; & quand il ne fortira plus de fumée, on lailfera tom-33 ber les quatre portes de fer, pour fermer exactement les quatre gor-,3 ges B, Jig. 2 , pour empêcher Pair extérieur de pénétrer dans le four. 3, Enfuite, on fermera, peu de tems après, le grand foupirail & les quatre 33 petits , afin de concentrer la chaleur & de laitier recuire la porcelaine ; 33 ce qui contribue à la rendre plus folide & moins fujette à fe rompre par » le contaCt de Peau bouillante.
- 81. ,3 On ne retire en Saxe la porcelaine du four que huit jours après 3, qu’elle eft cuite j cette méthode paraît très-bonne à obferver. Il eft inutile „ d’entrer dans les détails des motifs de l’adopter ; ils fe fentent fuffifam-39 ment, quand on connaît les effets de la réaction de Pair & du feu.,,
- ------------ . ’ ...............................»
- MÉMOIRE
- Sur la porcelaine $ Allemagne y connue fous le nom de porcelaine de Saxe,
- 82. HmA. porcelaine d'Allemagne eft une des plus réfraCtaires qui exiftent 5 elle a toutes les qualités de celle du Japon ( i8J» & peut-être Jui eft-elle fupérieure par la beauté de fon grain, qui eft beaucoup plus compacte & plus
- ( a } Les montres font des morceaux de laine elt un de ceux fur lequel l’Europe a porcelaine que les ouvriers mettent dans le été devancée par les peuples orientaux, four , pour lavoir quand la porcelaine eft Cependant, 11 l’on fait attention à la beauté alfez cuice. Voyez le mémoire Jur la por- & aux qualités eflendelles de la porcelaine*
- cdçtiue d’Alletmigae. il ne ferait pas impolïlble de prouver que *
- (18) Si l’on en croit l’opinion la plus gé- de tems immémorial, & bien avant que aéralement établie, Part de faire la porce-* nous enflions la moindre connaiffance de
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- brillant: ce qui prouve une combinaifon & une pénétration réciproque des-matières, plus intime & plus parfaite.
- 83- Elle réfîfte au feu le plus violent, pour le moins aufli bien que celle du Japon ; j’en ai tenu une talfe pendant plu fleurs heures à un feu de verrerie , fans qu’elle fe mît en fuOon.
- 84. Elle ioutient l’alternative du froid & du chaud ; & les plats de cette porcelaine peuvent fe réchauffer, fans fe caffer, à la flamme de l’efprit-de-. vin : ce qui la rend d’autant plus intéreflante, que fon ufage met à l’abri des inconvénietis du verd - de - gris, dont la vailfelle d’argent n’efl pas exempte , par l’alliage & la foudure qu’elle contient.
- 8f. Il ferait donc à defirer que l’ufage s’en multipliât, & que le prix de cette poterie précieufe devînt à la portée de tout le monde : c’eft ce qui m’engage à rendre publics les procédés & les détails de la manipulation néceffaire pour fabriquer la porcelaine.
- i' 86- Les grandes précautions qu’on prend en Allemagne, dans toutes les manufaétures de porcelaine, pour cacher les préparations des matières premières, ainfi que la forme & les proportions du fourneau, font qu’il eft
- la porcelaine d’orient, on en faifaît en Europe de toute pareille , qui n’ayant pas la même élégance, était d’un ufage univerfel, à très-vil prix , & au fervice des gens les plus pauvres. 11 eft bien certain que la poterie de grès n’eft point d’invention moderne ; & il ne l’eft pas moins que cette poterie a toutes les qualités de la plus excellente porcelaine du Japon. Que l’on fafle abftraction de la blancheur, de laquelle uniquement dépend la demi-tranfparence, & que l’on compare enfuite toutes les propriétés de la porcelaine du Japon avec celles de nos poteries de grès, ou verra qu’il eft impoflible d’y trouver la moindre différence ; on fera forcé de les reconnaître pour des fubftances de la même nature, même grain dans l’intérieur, même fon dans les pièces entières, même denfité , même force pour foutenir, fans fe caflêr, les variations du grand froid au grand chaud , même infufibiiité à la violence du feu. Enfin , fi les terres propres à fe cuire en grès étaient exemptes de fubftances hétérogènes colorantes, qui empêchent qu’elles ne foient blanches & demi-tranfparentes lorf-
- qu’clles font cuites , fi l’on en fabriquait les vafes avec les attentions & la propreté convenables, fi ces vafes étaient revêtus d’une belle couverte, il en réfulterait une porcelaine toute aufli parfaite que celle du Japon , qui n’eft réellement autre chofe qu’une poterie fine de grès blanc. Vraifem-blablement les terres da cette efpece font tout aufli communes en Europe qu a la Chine & au Japon ; mais elles y font moins connues. C’eft pour cela fans doute que quand on a voulu faire de la porcelaine en Europe, on a été forcé de n’employer que des matières vitrifiables, mêlées avec des Tels, & une très - petite quantité des terres les plus blanches que l’on ait pu trouver : d’où il eft réfulté des porcelaines fufibles & vitreufes , par lefquelies nous avons débuté Mais depuis ces premières tentatives, les chofes ont bien changé -, on fait depuis long-tems en Allemagne de vraies porcelaines de grès blanc. La porcelaine de Seves eft exactement de la même nature. Voyez Y Encyclopédie dTverdun , au mot porcelaine.
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- prefque impoffible de rien favoir de pofitif fur ces chofes importantes. Mais ayant été, avec lapermifîion du roi, pendant plusieurs années attaché à un prince Allemand qui a une manufacture de porcelaine dans fes états » j’ai été à portée de voir par moi-même, & j’ai eu là-deffus les détails les plus circonftanciés , dont je vais rendre compte dans ce mémoire.
- 87. On a regardé jufqu’à préfent comme impoifible, de pouvoir déterminer au jufte un procédé général pour faire de la porcelaine, comme le dit le fa vaut auteur du dictionnaire de chymie (19) ; maison verra par la fuite de ce mémoire , qu’en fuivant exactement les procédés qui y font indiqués, on peut facilement en fabriquer, & trouver dans prefque toutes les provinces du royaume, les matières nécelfaires pour faire la plus belle & la meilleure porcelaine.
- 88. Ce que l’on nomme à la Chine pé-tun-tfé , e(t appelle en Allemagne jKifel, qui lignifie caillou, & n’eft autre chofe que du quartz blanc & vitreft cible : on nomme Porcdan-crde, (terre à porcelaine), ce que les Chinois délignent par kaolin, & qui eft de l’argille blanche ; mais ces deux matières de première nécefîité ne fuffifent pas pour produire de la porcelaine : il faut encore y ajouter dans des proportions convenables, deux autres fubf. tances, qui font le gyps & des fragmens de porcelaine , que les Allemands appellent/c^r&Tz, & les Français, tcjfons. On peut fuppléer à ces telfons , -comme je le dirai dans la fuite.
- 89. Mais avant d’entrer dans les détails de la manipulation & des différentes dofes des matières qui compofent la porcelaine d’Allemagne, il eft nécelfaire-de donner une idée générale du fourneau , que le plan & le modèle ci-joints expliqueront plus en détail. ...
- 90. Ce fourneau eft un parallélipipede plus plein que vuide ; la partie fupérieure eft creufe &.fucmontée d’.une voûte ; c’eft cet efpace qu’on nomme le laboratoire., où PaCtion du feu agit fur les pièces qu’on y expofe renfermées dans des étuis nommés gafettcs par les ouvriers. Le foyer où fe met l’aliment du feu-, eft placé en-dehors , à une des extrémités du fourneau , & vis-à-vis de la cheminée , qui eft à l’autre bout oppofé : la flamme entre dans le laboratoire par plusieurs ouvertures difpofées à cet effet, circule dans l’intérieur ,& fort par la-cheminée. .....
- 91. Ce fourneau, étant deftiné à produire & à.foutenir pendant l'on g-tenus le plus- grand feu poffible, il eft abfolument néceffaire que le foyer & le laboratoire foient conftruits avec les matières les plus apyres ; il faut pour cet effet faire faire des briques de la même compofitian que les gafettes , dont je -parlerai dans un inftant.
- (19.) Voyez diftionnaire de chymie,. p. 271.
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- 92. La grille, qui dans les autres fourneaux eft de fer 9 doit être faite dans celui-ci avec ces mêmes briques pofées fur champ , & dont la partie fupé-rieure doit être prifmatique , afin que préfentant moins de furface, la cendre 11e puiffe pas s’arrêter deffus, & tombe plus aifément dans le cendrier. La chaleur que ce fourneau produit eft fi grande, que fi la grille était de fer, elle fe fondrait. Cependant, comme la flamme eft obligée de parcourir un long efpace depuis la partie antérieure du fourneau jufqu’à celle où eft la cheminée, il eft aifé de juger que le degré de feu ne peut être par-tout de la même force , & que la partie antérieure, marquée n°. 1 , étant plus voifine de la matière embrafée, fervant d’aliment au feu, doit éprouver une plus grande chaleur que la partie n°. 2, du milieu du fourneau, qui eft plus éloignée du centre de la chaleur, & celle-ci plus que la partie n°. 3 , qui eft à l’extrémité du laboratoire , & proche de la cheminée. Voilà donc le laboratoire du fourneau, qui fe divife de lui-même en trois parties 5 & cette divi-fion exige trois compofitions différences , dans la pâte dont on doit former les vafes de porcelaine : la première doit être la plus réfracftaire , pour être expofée à la partie du fourneau où la chaleur eft la plus forte i la fécondé eft pour le milieu, & la troifieme pour l’extrémité, où il y a moins de
- chaleur.!
- 93. Voici les différentes compofitions.
- parties.
- N°. I. Argille blanche................................... 100
- Quartz blanc.......................................................9
- Teifons de porcelaine blanche....................... .... 7
- Gyps calciné.......................................................4
- N6. 2. Argille blanche ^ ^ . 100
- Quartz blanc.......................................................9
- Teffons de porcelaine blanche.....................................8
- Gyps calciné......................................................5
- N*. 3. Argille blanche . . .................................. . 10 o
- Quartz blanc......................................................8
- Teffons blancs....................................................9
- Gyps calciné......................................................6
- 94. Telles font les dofes des matières qui entrent dans la compofition de la pâte de porcelaine, nommée parles ouvriers maffe, dont on forme les dif-férens vafes fur le tour à potier, ou dans des moules ; mais cela ne fuffi-rait pas pour produire de la belle porcelaine : il faut non feulement le choix
- des
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- des matières, mais encore le procédé fecret:, qui feul çonftitue la beauté & la bonté de la porcelaine ; car fans lui on ne parviendrait pas à unir & combiner parfaitement les matières , & la porcelaine fe déjeterait au feu, ferait grumeleufe, grenue & bourfoufHée , & femblable à la fauife porcelaine que l’on nomme vitreufe.
- 9f. Ce procédé, dont on fait un fi grand fecret eu Allemagne, fconfifte à faire macérer les matières dans une menftrue convenable, pour en faciliter la combinaifon parfaite, comme je l’expliquerai par la fuite.
- 96. La macération, en occasionnant un mouvement inteftin dans les molécules des parties conftituantes de la maflè, les combine, facilite leur pénétration réciproque , & chaife l’air interpolé entr’elies, qui ne manquerait pas , en fe raréfiant dans le feu, de faire éclatter les vafes , ou du moins de les déformer, & de couvrir leur furface de petites bulles que les ouvriers Allemands nomment Biajen.
- 97- Il faut encore , après avoir préparé la pâte , compofer le vernis dont on couvre la porcelaine, en allemand Glafur, & que l’on nomme en français couverte.
- 98- Cette couverte fe compofe dans les mêmes proportions que la maife ; c’eft-à-dire, que les pièces qui font deftinées à cuire dans un degré de feu confidérable, doivent avoir une autre couverte que celles qui 11e doivent fubir qu’une chaleur plus modérée.
- Compajition des differentes couvertes.
- N*. 1. Quartz très-blanc ................................
- Teflons blancs..................................
- Cryftaux de gyps calcinés • . , . . . .
- parties.
- . 8
- • if
- • 9
- N*. 2. Quartz très-blanc ,...........................17
- Teflons blancs...................... 16
- Cryftaux de gyps calcinés ................................7
- N*. 3. Quartz très-blanc............................................il
- Teflons blancs...............................................18
- Cryftaux de gyps calcinés ...................................12
- Choix des matières.
- 99. Le caillou à porcelaine eft un quartz blanc que l’on trouve"en abondance dans les montagnes du Charolais, & qui n’eft pas rare dans les autres Tome VIII. Y
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- provinces du royaume. On choifit le plus blanc, on le lave pour le dépouiller exactement des parties terreufes ; enfuite on les caffe avec une raafîe en petits morceaux, pour en féparerceux qui font colorés, ainfi que les autres pierres hétérogènes qui pourraient être adhérentes au quartz.
- 100.. L’argille doit être bien blanche, & féparée exactement de toutes molécules métalliques, & des terres étrangères avec lefquelles elle pourrait être alliée.
- • 101. Le gyps tranfparent & cryftaîlifé eft préférable ; mais à Ton défaut on fe fert de la pierre à plâtre, ou albâtre gypfeux : il faut pareillement le féparer, avec le plus grand foin, des terres & autres impuretés qu’il contient. Le choix des matières fait, on procédé à leur préparation , qui s’exécute par la pulvérifation, calcination, lavage, tamifation , &c.
- Préparation .des matières.
- De l'argile. ( a )
- 102. Après avoir choili l’argille la plus blanche, & en avoir féparê les terres étrangères, li elle contenait quelques parties végétales & inflammables, comme des racines, du bois, delà paille, &c. il faudrait lui faire éprouver une légère torréfaction 5 mais li elle eft pure, il ne s’agit que de la délayer dans fuffifante quantité d’eau de pluie , que l’on ra-malfê ordinairement dans les équinoxes, où l’on prétend qu’elle eft plus chargée de corpufcules fermentefcibles provenant des végétaux & animaux détruits, dont les parties -ont été portées dans l’air pendant leur dé-compofition : ce qui fait-croire que l’eau de pluie eft plus propre à accélérer & faciliter une nouvelle combinaifon. On broie à la main ou autrement cette argille , & l’on y ajoute allez d’eau pour la délayer exactement j on la jette dans un vaifleau cylindrique de trois ou quatre pieds de haut, fermé avec des douves comme-un tonneau, & auquel il y a des robinets de haut en bas ; de fix pouces en lix pouces , pL II, fig. 1 ; on emplit ce vafe avec l’eau dans laquelle l’argille eft délayée ; & après avoir bien agité le mélange,'on le0JailLe repofer quelques fécondés, pour donner le tems au fable , dont la pefanteur fpéeifique eft plus grande que celle de l’argille, de fe précipiter au fond : alors on foutire la liqueur par le
- (a) L’argille qu’on emploie en -Aile- parent: ces trois fubftances ne font point magne pour la porcelaine , eft un mélange effervefcence avec les acides ; 4e. d’une rte quatre fuhitances ; iQ. de l’argille blan- très-petite quantité de terre calcaire , lèm. che ; 2°. du mica, en aWemzndjilbcr-klctt, blable à de la craie , qui fe diffoùt avec cfpeee de talc brillant j 3©. du quartz tranf. effervefcence dans les acides.
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- premier robinet, & fuccefîivement du premier au fécond, & du fécond au troifieme , ainfi de fuite, jufqu’à ce qu’on foit parvenu au dernier, qui doit être placé à deux ou trois pouces au-deifus du fond du tonneau. On met la liqueur décantée dans des vafes de terre cuite, en forme de cône tronqué & renverfé, pl.II, fîg. 2\ on la laide repofer jufqu’à ce que i’argille, qui était fufpendue dans l’eau, fè foit précipitée; on verfe cette eau par inclinaifon, & l’on ramafle foigneufement cette argille, qui eft extrêmement fine ; enfuite on la fait fécher à l’ombre & à l’abri de la pouf-fiere, pour la pefer 8c la dofer avec les autres matières. On confervera auflï le fable qui s’eft précipité dans le fond du tonneau, pour l’ufage que je dirai par la fuite; & fi ce précipité contient encore des morceaux d’ar-gille qui ne fe foient'pas détrempés dans le premier lavage , on les délaie de nouveau , 8c on les lave avec d’autre argille, comme ci-devant.
- Des cailloux.
- 103. On caife les cailloux en morceaux de la grofleur d’un œuf de poule, 5c on les met fur un grand gril de fer, difpofé de façon que les morceaux ne paflent point à travers; on allumé un feu de charbon delTous, & lorfque les cailloùx font rouges, on les jette dans l’eau froide pour les rendre plus friables : on répété cette opération jufqu’à ce que l’on puilfe les piler aifément; alors on les porte au moulin. Quand le caillou a été mis en poudre fine, on le pafle par le tamis de foie, & l’on repile celui qui eft refté fur le tamis.
- Des tejjons.
- 104. On prend des morceaux ou fragmens de porcelaine 5 on choifit les blancs de préférence, fur-tout pour ceux qui font deftinés à entrer dans la compofition de la couverte; on les pile le mieux qu’il eft poftible dans un mortier d’agate ou d’autres pierres dures, 8c enfuite on les palfe au moulin (20) pour achever leur pulvérifation. Quand on n’a pas de teifons pour commencer un travail en grand, 011 prend la çompofition du N°. 3 , dont on forme de petits pains de l’épailfeur d’un écu ‘de fix francs ; 011 les fait cuire en porcelaine, enfuite on les traite comme les teifons : mais il eft plus fur d’avoir des morceaux de porcelaine cafés.
- ,.(20) On a conftruit à Caflel, pour la à pulvérifer les teifons. M. le profeifeur manufacture de porcelaine établie en cette Matsko a décrit cette machine , dans une ville, une machine qui , au moyen d’une diiTertation publiée exprès en 1772. feule roue à augets, fait aller iix moulins
- Y ü
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- Du gyps.
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- iOf. Premièrement on pile bien le gyps ; & lorfqu’il eft réduit en poudre fine, on en remplit une chaudière de cuivre , & l’on donne un feu de calcination: la matière femble d’abord bouillir , fur-tout quand l’eau de la cryftal-lilation commence à fe difïiper ; on continue le feu jufqu’à ce que le mouvement cefle , & que la poudre fe précipite fur elle-même au fond de la chaudière , ce qui eft le ligne d’une calcination fuffifante.
- 106. Quand le gyps eft refroidi, on le pile de nouveau & on le palTe par le tamis de foie, ainli que le caillou.
- Du mêlante, & de i<z macération„
- 107. Toutes les matières ainli préparées, 8c l’argille après avoir été lavée, bien féchée & réduite en poudre, on pefe les dofes & on les mêle, exactement, en les paflant plusieurs fois toutes enfemble par un tamis de crin moins ferré que ceux de foie, dont on s’eft fervi pour les premières préparations j enfuite on les arrofe avec de l’eau de pluie, pour en former # une pâte qui puiffe être travaillée fur le tour j on met cette pâte dans un fofle en Forme de baftin creufé en terre, ou dans des tonneaux que l’on couvre, pour garantir la malfe de la pouffiere, avec des couvercles de bois qui 11e joignent pas exactement, afin de laiifer accès à l’air ambiant nécelfaire à la fermentation : on s’apperçoit qu’elle eft à fon terme, à l’odeur , à la couleur & au tact j à l’odeur, qui le rapproche du foie de foufre décompofé, ou à des œufs pourris ; à la couleur, qui de blanche eft devenue d’un gris foncé; 8c au tact, car la matière eft plus moëlleufe & plus douce au toucher qu’avant la fermentation. Plus la malfe eft vieille, & mieux elle réuffit. C’eft uiî ufage dans les manufactures en Allemagne, de préparer la malfe deux fois par an , c’eft-à-dire , aux deux équinoxes ; parce que l’on croit avoir remarqué que l’eau de pluie , dans ce tems , eft plus chargée du ferment univerfel , & qu’elle exécute plus promptement & plus complètement la fermentation. Il faut avoir grand foin que la matière 11e feche point, & il faut entretenir l’humidité nécelîâire à la fermentation, en i’arrofant de tems à autre avec de l’eau de pluie.
- io8- On conferve toujours de l’ancienne malfe pour fervir de ferment à la nouvelle ; 8c l’on n’emploie , pour former les vafes , que de la malfe qui a au moins fix mois. C’eft là en quoi confite la manipulation fecrette, & le tour de main que l’on cache foigneufement. Il n’y a jamais qu’un feul homme dans la manufacture, qui ait ce détail, & duquel on s’eft alluré par le ferment.
- Il fe cache pour dofer les matières i le lieu où la malle fermente eft toujours
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- ferme, & perforine ne peut y entrer. On ne lave point la poudre de caillou 3 m celle des telfons ; car ces deux fubftances ayant une pefanteur fpécifique plus grande que celle de l’argille , il s’enfuivrait que fi l’on mêlait ces trois matières pour les laver enfemble, les cailloux & les telfons fe précipiteraient , & il ne relierait dans la malfe que l’argille feule : c’eft pourquoi il fautpalfer ces deux poudres par le tamis de foie, toutes les deux féparément, pour les mêler enfuite avec l’argille préparée, comme il a été dit ci-delfus.
- 109. Dans plufieurs manufactures d’Allemagne, on conferve le fable qui s’eft précipité pendant le lavage de l’argille, lorfqu’ii eft pur, blanc, & homogène , ce dont on s’alfure par le moyen de la loupe* alors on le pile, & après l’avoir tamifé on l’ajoute à la malfe , en diminuant à proportion la quantité du caillou que l’on devait y mettre. La raifon de cela, c’eft qu’on croit que l’argille eft produite par le fable décompofé , & par conféquent que le fable contenu dans l’argille lui eft plus analogue que le quartz qu’on y ajoute. Ce fentiment eft d’autant plus vraifemblable, qu’il fe rapproche du lyftème del’illuftre M. de Buffon, à qui la nature femble avoir dévoilé fes myfteres les plus fecrets. Voyez la théorie de La terre , tome I, page 382 , de la petite édition nouvelle, en 1771.
- De la maniéré de former les vafes de -porcelaine fur le tour & dans les moules.
- i ro. Quand la matière a été préparée de la façon que je viens de le dire, & qu’on juge, d’après les lignes que j’ai indiqués , que la macération a été complété, le tourneur & le mouleur fe dilpofent à en former des vafes de différentes formes. Je vais parler fuccintement du travail de ces deux ouvriers, qui eft trop connu pour m’y arrêter long-tems.
- m. On commence à humeéter la pâte qu’on veut tourner ou mouler, avec de l’eau de pluie, & on la pétrit de nouveau avec les mains, pour l’amollir au point qu’011 le déliré* enfuite le tourneur en prend des morceaux d’une groifeur proportionnée à l’ouvrage qu’il veut faire * il pofe cette pâte fur le centre de la roue a du tour ,fig. 3 , pl. II; il k met en mouvement par le moyen de la grande roue h , qui fe meut avec le pied, & il en forme des vafes grofiiers & très-épais , avec des outils de bois, fig. 4 , f, 6, 7,/?/. II: il met ces vafes ainfi ébauchés,fur une planche qui pofe elle-même fur la tablette d, fig. 3 , pl. IL Quand cette planche eft alfez chargée , 011 l’enîeve pour l’expofer à l’air , afin que la plus grande partie de l’humidité des vafes puilfe s’évaporer* & quand ils font au point de ficcité convenable, on les remet fur la roue pour achever de les tourner le plus délicatement qu’il eft poftible avec des outils, d’acier bien t ranch an s, fig. 8 ,pl. II, propres à cet yfage 5 e’eft ce que les ouvriers nomment tournaffer. Enfuite le tourneur
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- prend la piece qu’il a rendu très-mince, il la trempe dans l’eau, & la met dans un moule de plâtre qu’il a devant lui fur la tabe G du tour , fig. 3, pi. II; i 1 pâlie une éponge légèrement par-deifus, pour faire prendre au vafe la forme exacte du moule : c’eft ainfi que toutes les pièces de même nature font toutes de la même hauteur, & ont toutes la même dimenfion. Quand on commence à ébaucher les pièces fur le tour dans le premier travail dont j’ai parlé , on fc fert de l’inftrument ,7%. 9, pi. Il, qui eft une efpece de jauge, pour que les vafes fuient à peu près de la même hauteur > & qu’ils puiifent mieux entrer dans les moules. La defeription de cet inftru-ment fe trouve à l’explication des figures. C’eft ainfi que le travail du tourneur s’exécute.
- 112. Le travail de celui qui fait les figures n’eft pas fi long; mais il exige bien plus d’adrefle, parce que le modeleur doit lavoir defiiner & bien fculpter. Il a, de même que le tourneur, des moules de plâtre dans lefquels il enfonce la pâte; & apres l’y avoir laide repofer quelques mornens , pour lui donner le terns de fécher un peu, il en retire les figures moulées. Lorf-que ces figures 11e peuvent pas fe retirer tout entières, 011 réunit les morceaux avec de la pâte de porcelaine délayée dans l’eau ; enfuite on achevé de les réparer avec de petits outils de bois ou d’ivoire, un pinceau & une éponge : après quoi on les fait fécher. v
- 113. Les moules dont 011 fe fert pour ce travail, doivent être faits par un habile fculpteur : ils font ordinairement de pièces & de morceaux tous numérotés, pour reconnaître leurs places. Si le moule n’était que d’une ou deux pièces, les grouppes 11e pourraient pas fe retirer des creux, & fe gâteraient en forçant des moules.
- 114. Ordinairement le fculpteur fait les modèles avec de la terre ou de la cire à modeler, & il les donne enfuite au mouleur, qui exécute fes moules deifus.
- 115. Si l’on veut mettre quelques ornemens aux vafes de porcelaine, comme des fleurs , des feuillages, ou des fruits en relief, il faut les former à part dans des moules, & les attacher avec de la pâte délayée. Il eft abfolu-ment néceflaire que l’ouvrier qui eft chargé de cette befogne, fiche deifiner & fculpter, pour être en état de finir fon travail fans gâter l’ouvrage du fculpteur , & fans perdre les beautés du modèle.
- P réparation de. la couverte.
- 116. On prépare les matières deftinées à former la couverte, & dont les doies ont été données ci-devant, en les paflant par le moulin, ou en les pilant dans des mortiers d’agate ou de pierres très-dures ; on les pafle par le
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- tamis de foie très-fin; enfuite on les mè’e exactement, & Ton en forme line pâte comme la maife de la porcelaine, que l’on fait macérer de la même maniéré.
- 117. Dans cette préparation on n’emploie pas le lavage ,qui ne convient qu’à l’argille feule. Quand cette compofition a fubi le degré de macération convenable, ce qu’on reconnaît aux mêmes figues indiqués pour la maife, on la met dans un grand vailfeau de bois ou de terre, pour la délayer dans une fuififante quantité d’eau diitillée , ou tout au moins filtrée , de maniéré que le tout devienne comme de la crème, d’une liquidité moyenne; mais pour connaître au jufte la denfité nécelfaire de cette crème, on prend un morceau de cette porcelaine, que l’on fait cuire en bifcuit; on le. trempé dans cette compofition, que l’on a foin d’agiter préalablement; ce' bîfcuit abforbe dans un inftant l’eau qui tenait la couverte fufpendüc, & la;ilfe cette matière fur la furface du bifcuit, étendue également ;-on gratte alors avec l’ongle ou avec un morceau de bois, pour découvrir Pépaiifeur d« la couverte, qui ne doit pas être plus épaiffe qu’une feuille de papier à fucre. Si elle n’était pas aifez liquide, on y ajouterait de l’eau; & fi elle l’était trop , on y mettrait plus de matière , jufqu’à ce qu’011 ait trouvé le degré de den-fité convenable. ' ‘ '>!'-
- 118- II faut toujours remuer la compofition à chaque piece que l’on trempe dedans , fans quoi la matière fe précipiterait au fond, & les pièces ne fe couvriraient pas également: ce qui rendrait la porcelaine truitée & défa-gréable à la vue.
- De, la cuite du bifcuit.
- 119. On appelle bifcuit, la porcelaine qui n’a eu que le premier degré de cuiifon, qui n’a pas reçu la couverte, & par coniéquent qui n’a aucun luifant.
- 120. Pour la mettre en cet état, il n’efi: pas néceifaire de lui faire éprouver un degré de feu aulîi fort que quand elle a reçu fa couverture » & qu’on veut lui donner le degré de chaleur qui doit la conttituer porcelaine.
- 121. On fe fert pour cette première opération, d’un fourneau ordinaire de faïancier,/%• 10,pi- II (*0.
- (a) Quoique la figure 10, pl. II, foit geur , & neuf pieds de haut en tout; la fuffifante pour donner une idée du four- voûte inférieure de trois pieds & demi de neau de faïancier , qui fert à la cuite du haut ; la porte ne doit être que de. la lar-bifcuit, & qui eft connu de tout le monde , geur de trois briques, c’eft-à-dire, à peu en voici les proportions , qui ne font point près vingt pouces de large, pour pouvoir exprimées dans la figure. y entrer de côté. Voyez lafig. 10 , pl. IL
- Dix pieds de long fur fept pieds de lar-
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- , 122. Dans cette première cuite, il n’eft pas néceffaire d’obferver les numéros des différentes compofitions, puifque toutes les pièces font expo-fées à peu près au même degré de chaleur, qui n’eft pas plus fort que celui que Ton fait éprouver à la faïance.
- 123. On enferme les vafes de porcelaine dans les étuis nommés gafet~ tes ( 21 ) ,-que l’on empile les unes furies autres jufqu’au haut du fourneau , & on les lutte avec de la terre à potier, de la maniéré que l’indique la fig, I1, PL IL
- 124. Pour connaître le degré de cuiffon néceffaire pour mettre les pièces de porcelaine en état de recevoir la couverte, on a des morceaux de bifcuit, que l’on retire du fourneau de tems en tems ; & après qu’ils font froids, on les met fur la langue : s’ils s’y attachent fortement, c’eïè une preuve que le bifcuit eft affez cuit. O11 éteint le feu ; & lorfque le fourneau eft froid, on en retire les pièces, que l’on plonge les unes après les autres dans la couverte, comme il a été dit.
- I2f. lu faut toujours échauffer le fourneau par degrés, pour donner le tems à l’humidité de la maffe, de s’évaporer petit à petit : fans quoi on courrait rifque de tout gâter.
- 126. Il faut apporter la plus grande attention à ne point confondre les différentes compofitions, & pour cet effet mettre furies pièces fe numéro de leur maffe, foit pour les mettre en couverte, foit pour la fécondé cuite , où chaque piece doit éprouver un degré de chaleur proportionnée à la matière dont elle elf compofée.
- Des gafettes,
- 127. Les gafettes font des vafes de terre qui doivent foutenir le feu le plus violent: elles font formées avec trois parties d’argille la plus pure, & deux parties de la même argille, cuite en grès, plus ou moins ,fuivanç la dudilité de l’argille & du fable qu’elle contient; car pour les gafettes, on ne fe donne pas la peine de laver l’argille, quand elle 11e contient que du fable pur.
- 128. On en fait de différentes grandeurs , fuivant les pièces que l’on veut y enfermer ; elles font deftinées à recevoir les vafes de porcelaine que l’on veut faire cuire, pour les garantir du contad immédiat de la flamme, & fur-tout pour empêcher les pièces de s’écrafer par leur propre poids, fi on les entaffait les unes fur les autres.
- 129. On en forme de différentes façons, les unes avec des fonds , & les (21) Par corruption , pour cafcttcs.
- autres
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- autres fans fonds; ces dernieres ne font, à proprement parler, que des efpeces de cercles qui fervent à augmenter la hauteur de celles qui ont des fonds : il faut qu’elles foient faites de maniéré à pouvoir fe placer les unes fur les autres, & par conféquent d’un diamètre égal.
- 130. Outre ces deux efpeces de gafettes,il faut encore avoir des plateaux ronds, de la largeur du diamètre extérieur des gafettes, lefquels plateaux fervent de fonds ou de couvercles aux gafettes qui n’en ont pas. Les fonds & les plateaux doivent être percés d’un trou à leur centre, pour donner paflage à la chaleur & à la vapeur qui s’élève dans la première cuite.Voyez les /g. 11 & 12, pl. II.
- 131. Il faut obferver de laifler toujours lin petit efpace entre les gafettes, quand on les met dans le fourneau de faïancier , pour la cuite du bifcuit, afin que la flamme puifle circuler & frapper également toutes les pièces.
- 132. Les gafettes fans fonds, que je nommerai cercles , font très-commodes, en ce que l’on peut y mettre différentes pièces, & qu’on peut, par leur moyen, augmenter la hauteur de ces gafettes à volonté, en mettant plus ou moins de cercles les uns fur les autres. Quand on veut charger le fourneau de faïancier, pour cuire la porcelaine en bifcuit, on commence par mettre un plateau qui fert de bafe à la gafette, enfuite un cercle deflus, & la piece de porcelaine dans ce cercle ; 011 couvre le tout d’un autre plateau, on pofe un fécond cercle deflus 3 & l’on fait ainfi une pile de gafettes jufqu’au haut du fourneau.
- Cuite de la. porcelaine.
- 133. C’est l’opération la plus difficile , la plus délicate, & qui exige la plus grande attention : il y a plufieurs chofes à confîdérer ; la façon d’arranger les pièces de porcelaine dans leurs étuis ou gafettes, l’arrangement de ces mêmes gafettes dans le laboratoire du fourneau, & la conduite du feu.
- 134. Le fourneau à porcelaine fe divife, comme je l’ai dit, en trois parties égales : voyez le plan , pl. II ,fig. 13 ; il y a une ouverture latérale par laquelle un homme s’introduit dans l’intérieur du fourneau, appelle laboratoire , pour y placer les gafettes; il commence à charger la partie antérieure , marquée N°. I, avec les pièces qui font formées de la mafle la plus réfraélaire , qui répond à ce numéro : on. commence par pofer une galette avec un fond, fur lequel on répand un peu de fable bien fec, & fur ce fable on pofe la piece de porcelaine. Ce fable eft deftiné à empêcher le contact de la piece avec la gafette, à laquelle, fans cette précaution, elle pourrait s’attacher par la violence du feu ; enfuite on met fur la gafette un plateau.
- Tome VIII. Z
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- fig. 12 y fur ce plateau on répand du fable, on pofe un cercle & une piece-de porcelaine y & fucceflivement on forme une colonne de gafettes jufqu'au haut du fourneau, qui touche à la voûte : on fixe cette colonne avec des coins faits avec de la même pâte que la porcelaine, le plus folidement qu’il eft pollible, pour que la force du feu ne puilfe pas la renverfer : ce qui arriverait fans cette précaution s car lorfque le feu commence à être un peu vif, il fe forme un courant d’air & de flamme d’une force étonnante.
- 135. Quand la partie du fourneau K°. 1, eft chargée avec les pièces, analogues à ce numéro, 011 procédé à celle du milieu , marquée N°. 2 » & ainfi de fuite, jufqu’à ce que la capacité du fourneau foit remplie ; mais on ne faurait trop répéter d’avoir la plus grande attention à ne pas confondre les différentes compofitions : pour cet effet, non feulement les pièces doivent porter le numéro de la maffe dont elles font formées, mais les galettes, doivent avoir aufti le même numéro, que l’on marque defflis avec du charbon ou de la craie, afin que ce numéro puiffe s’effacer, & que la gafette. puiife fervir à une autre cuite, pour une piece de différente compofition.
- 136VII.faut, en arrangeant les gafettes dans le laboratoire du fourneau* faire enforte qu’il y ait toujours un petit efpace entr’elles, pour laifler le’ paflage à la flamme, de façon qu’elle puiflè jouer entre les gafettes : ainfi il faut avoir attention que les colonnes des. gafettes ne fe touchent pas de trop près.
- 137.. Quand tout eft arrangé, on ferme l’ouverture latérale du fourneau, par où l’on était entré, avec des briques de la même compofition que les gafettes, qu’on lie avec de l’argille y on laide feulement un petit trou de la largeur d’une brique, qui eft deftiné à tirer hors du fourneau les épreuves ou montres.
- 138. On appelle montres, des morceaux de bifcuit de forme cylindrique ou pyramidale, qui ont été mis en couverte comme les pièces de porcelaine, & qui font deftinés à faire connaître le degré' de cuiffon de la porcelaine; Pour cet effet, quand le fourneau eft chargé, on met en dernier lieu , devant le trou que l’on a laifle ouvert, une gafette, que l’on nomme gafette d'i~-preuve, laquelle a une ouverture latérale, par laquelle on introduit les morceaux d’épreuve.
- 139. L’ouverture de la gafette doit répondre exactement à. celle du fourneau, afin que l’^on puiife, quand on le voudra, en retirer les montres.,
- 140. Avant d’allumer le feu , on bouche avec une brique l’ouverturej d’épreuve ; on a loin de la lutter avec de l’argille ; enfuite on allume le feu.
- 141* Gn fe fert de bois bien fec, & qui s’enflamme aifément, tel que le lapin & tous les bois légers , que l’on nomme bois blancs. Il faut en avoir une bonne quantités car s’il venait à manquer pendant l’opération, on
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- à RT DE L'A PORCELAINE. 179
- courrait: rifque de gâter fo 11 travail, ou du moins le bois déjà confommé ferait à pure perte.
- 142. Ce bois doit être coupé exa&ement de la longueur du foyer , qui eft -de trois pieds, afin que la bûche deliinée à entretenir le feu, pofe fur les deux repaires ii , pl• III,fig. 1 & 2, qui font aux deux côtés intérieurs du foyer, & deftinés à la recevoir; ce foyer doit fe fermer avec une lame de fer battu. Les bûches coupées de la longueur que je viens de dire , doivent faire l’office de cette lame de fer, comme on le verra dans un inftant.
- 143. On commence à échauffer le fourneau par un très-petit feu que l’on allume dans le fond du cendrier, avec un peu de bois bien fec, mais qui n’a pas de longueur ni de largeur déterminée, comme celui qui doit brûler dans le foyer.
- 144. On ferme la partie fupérieure du foyer , avec la lame de fer qui eft deftinée à cet ufage, & l’on ouvre la porte du cendrier ; 011 continue ce feu pendant lix heures : les Allemands le nomment lavier-Feuer ; mais fl le fourneau , en allumant le feu , ne tirait pas affez , il faut jeter par la cheminée , de la paille , du papier, ou des copeaux enflammés : ce qui, en raréfiant la colonne d’air qui preffe fur la cheminée, détermine fur-le-champ un courant d’air à fe diriger du bas en haut, en paffant par le laboratoire du fourneau.
- 14Ï. Après fix heures de ce feu doux , 011 ferme exactement la porte du cendrier ; & l’on ouvre la partie fupérieure du foyer, où l’on commence à faire un nouveau feu le plus vite qu’il eft pofhble, afin que le feu inférieur du cendrier ne s’éteigne pas avant que celui du foyer foit allumé.
- .146. Pour cet effet, 011 met un morceau de bois coupé de mefure fur les deux repaires i i, fig* 2 , pL III, de l’ouverture fupérieure du foyer, où il doit entrer jufte. Ce morceau de bois échauffé par la chaleur inférieure, prend bientôt feu ; & lorfqu’il eft bien enflammé, la perfonne deftinée au fervice du fourneau, & qui tient une bûche à la main, frappe un coup dans le milieu de celle qui brûle fur l’ouverture du foyer; cette bûche n’étant foutenue que parles deux extrémités, fe caffe facilement, & tombe toute enflammée fur la grille du fourneau, où elle achevé de fe confumer. Dans l’inftant qu’elle tombe, elle eft remplacée par une autre qui ferme exactement la partie fupérieure du foyer; celle-ci s’enflamme pareillement, 8c elle eft précipitée de même par celui qui fert le fourneau, ainlî de fuite. 11 faut que les morceaux de bois foient fort minces, pour qu’ils puiffent non feulement s’enflammer aifément, mais encore fe rompre avec facilité , quand on frappe dans le milieu pour les 'faire tomber fur la grille du fourneau.
- 147. Petit à petit le feu s’augmente ; & plus il acquiert d’aCtivité , plus tôt
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- la bûche, qui fait l’office de porte à l’ouverture fupérieure du fourneau » s’enflamme aifement : ainfi il faut que la perfonne qui fertle fourneau , ait toujours une bûche à la main, pour remplacer, avec la plus prompte diligence , celle qui eft brûlée , afin que le foyer ne refte jamais ouvert. Le feu augmente toujours de plus en plus > & fur la fin de l’opération , il acquiert tant de véhémence, que l’on dirait que le fourneau va fe liquéfier.Il faut» dans ce moment, obferver exactement la flamme qui fort par la cheminée : elle pafle fucceffivement du rouge pâle au blanc étincelant ; quand elle eft dans cet état, & que le dedans du fourneau eft abfolument enflammé au point de ne pouvoir plus diftinguer les gafettes d’avec la flamme qui les environne , ce que l’on peut voir facilement par l’ouverture pratiquée au-deflus du foyer (voy. la fig. 2, pl. HT), on examine les morceaux d’épreuve v pour cela on débouche l’ouverture d’épreuve, & l’on en tire avec des pincettes les montres , on les laifle refroidir, enfuite on les examine ; & fi l’on trouve qu’elles ne foient pas aflez cuites , on continue le feu : mais fi elles ont reçu le degré de cuiflon convenable, on celle le feu, & on ferme l’ouverture du foyer avec la lame de fer i enfuite on laifle refroidir le fourneau, ce q.ui dure à peu près quarante-huit heures , & vingt-fept pour la cuilfom
- 148. Quand, les pièces de porcelaine font forties du fourneau , il arriva prefque toujours que la violence du feu a fait fondre le fable qu’on avait parfemé dans le fond de chaque gafette, & fur lequel on avait pofé les pièces de porcelaine. Ce fable à demi vitrifié, s’attache au pied des vafes de porcelaine , & en rendrait l’ulage défâgréable » fi ou les laiffa.it telles qu’elles font en fortant du fourneau : c’eft pourquoi elles exigent encore un dernier travail pour leur ôter ce fable vitrifié qui leur eft attaché. On a dans les manufactures un ouvrier deftiné à ce travail, qui fe fert d’une roue d’étain ou de fer, femblable en tous points à celle dont on fe fert pour tailler les verres & les flacons de cryftal : voyez la fig. 1, pl. V. Cette roue de fer , qui eft pofée horifontalement fur un axe de même métal, tourne fur un crapaud d’acier fixé dans une bafe ; Taxe eft chargé d’une poulie , autour de laquelle fo dévide une corde de boyau, qui pafle autour d’une autre grande roue de bois bombée, dont l’axe vertical eft pofé parallèlement à celui de la petite roue de fer. Dans la partie fupérieure de la grande roue, eft une manivelle pour la mettre en mouvement, & elle le communique à la. petite roue de fer : ordinairement le diamètre de la grande roue eft à la poulie de la roue de fer, comme 1 eft à 12; ainfi le mouvement de la petite roue de fer eft très - accéléré. On répand de l’émeri broyé à l’eau fur la roue de fer, & on pafle les porcelaines, qui tiennent ce fable vitrifié» fur cet émeri» jufqu’à ce que le fable vitrifié foit entièrement emporté : c’eft pourquoi les petits cercles qui fervent de pieds aux affiettes & aux tafie&
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- de porcelaine, ne font jamais couverts de vernis, & Ton apperçoit la pâte de la porcelaine à nu.
- Remarques.
- 149. Quand on obferve l’intérieur du fourneau par le moyen du trou placé à la porte antérieure au-deflus du foyer, & que l’on nomme l'œil du fourneau, il faut avoir foin de le refermer tout de fuite avec une brique qui eft faite pour cet ufage, & qui doit fermer exactement.
- ifo. Je ne crois pas avoir rien oublié de ce qui concerne la préparation de la pâte , ainfi que la façon de conduire le feu i & j’ai lieu d’efpérer qu’en fuivant les procédés contenus dans ce mémoire , on fera de la porcelaine auffi bonne que celle de Drefde , mais qui lui ièra bien fupérieure par l’élégance des formes , quand elle fera traitée par nos artiftes Français , qui l’emportent autant par leur habileté fur les étrangers » que la pâte de la porcelaine de Saxe l’emporte, pour la fixité, fur la nôtre.
- I f 1. Il ne refte plus qu a parler des couleurs, de la façon de les préparer* & de la maniéré de les appliquer : ce qui fera le fujet d’un fécond mémoire.
- Maniéré de transformer le verre en une efpece de porcelaine, appellée, du mm de fon inventeur, porcelaine de Réauniur.
- if2. L’espece de porcelaine dont il s’agit icf, a été trouvée parle célébré M. de Réaumur. Ce grand phyficien * cherchant les moyens de tranfmuer le fer en acier, & ayant remarqué les effets étonnans de la cémentation fur ces métaux, voulut en elfayer l’efficacité fur différentes efpeces de matières j & d’expériences en expériences , il parvint à tranfmuer le verre même, en une fubftance dont on n’avait jufqu’alors aucune idée. Elle approche de la porcelaine par fa fixité & par fa couleur. Je rapporterai les propres termes de l’auteur, tirés des mémoires de Cacadémie des fciences , de l’année 1739.
- 15 3. “Il refte, dit M. de Réaumur, une troifieme maniéré de faire de „ la porcelaine , qui a été ignorée jufqu’ici, que je me fuis contenté dTan~ „ noncer dans les mémoires précédens, & que je me propofe de faire coru 3, naître aujourd’hui. Cette efpece de porcelaine doit intéreffer les phyfl-39 ciens , par la fingularité 8c la /implicite des procédés qui la produifent, B & parce qu’elle peut leur donner beaucoup de connaiffances nouvelles fur » la propriété & la nature du verre.
- if4- » C’eft avee k verre même que je fais la nouvelle efpece de porce-s, laines j’ai dit ailleurs qu’on pouvait faire entrer le verre dans la composa fition de porcelaines qui auraient^ le caradtere de celle de la Chine > &
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- „ qu’après l’avoir réduit en poudre on pouvait, avec fuccès , 1’alTbcicr à „ une matière non vitrifiable. Ce que nous avons à propofer actuellement* „ dépend d’un tout autre principe ; c’eft avec ce verre feul que nous voulons „ apprendre à faire de la porcelaine , qui, fans le difputer en beauté aux „ porcelaines antiques , ne fera guere inférieure aux meilleures en aucune „ des qualités effentielles.
- lyf. „ Nous allons enfeigner le moyen de convertir des ouvrages de „ verre, en ouvrages de porcelaine , fans altérer leur forme ; ou , pour nous „ fixer à quelques exemples, c’eft de changer des bouteilles du plus vilain „ verre , telles que celles qu’on fert journellement fur nos tables , en bou-„ teilles de porcelaine blanche j c’eft de transformer une de ces cloches de „ verre, deftinées à couvrir les plantes de nos jardins, en un vafe qui, par „ fi blancheur, puifle mériter d’être mis en parade. On ne s’attendrait pas „ qu’une transformation h finguliere pût être faite avec tant de facilité , & „ avec aufli peu de frais qu’elle le peut être. On n’imaginerait pas que, pour „ changer une de nos bouteilles à vin en une bouteille de porcelaine, il M n’en dût coûter guere plus qu’il n’en coûte à un potier pour faire cuire le „ pot de terre le plus commun. Les moyens d’y parvenir font fî (impies , „ qu’il n’y a perfonne qui ne foit en état de rendre toutes les bouteilles de „ fi cave ,.des bouteilles de porcelaine.
- i %6. „ Il eft aifé de juger que les ouvrages d’une pareille porcelaine „ doivent être donnés à grand marché : on emploie moins de tems & moins „ d’appareil dans les verreries , pour faire prendre au verre les formes „ qu’on veut lui donner, qu’un potier n’en emploie à former les vafes de „ terre les plus grofïïers. Si quelques ouvrages de verre ne font pas à grand „ marché, c’eft lorfque la compofition de leur verre vient de matières choifies. w Or, comme fi tout devait concourir à rabaiffer le prix de la nouvelle por-„ celaine , on verra dans la fuite , que le verre par lui-même le moins cher „ & le plus commun, y eft le plus propre. Mais avant d’expliquer les moyens M de la faire , je crois devoir prouver qu’aucun des caraderes effentiels à la „ bonne porcelaine ne lui manque. Un des moins équivoques , comme nous „ l’avons établi dans d’autres mémoires, eft celui que nous fourniffent les „ caffures j celles de tout verre & de tout émail ont un poli, un luifant 93 qu’on ne voit point aux calibres des vraies porcelaines : celles-ci ont des „ grains, & c’eft en partie par la finefie de ces grains que les caffures de la 33 porcelaine different de celles des terres cuites ; & c’eft enfin par la grof. 33 feur & la difpofition de leurs grains, que les porcelaines different entre 3, elles, & qu’elles s’éloignent ou s’approchent plus ou moins du verre. jj Notre porcelaine par tranfmutation, ou notre porcelaine de verre, a des „ cafîures qu’on ne faurait confondre avec celles d’aucun : verre : elles
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- » font bien.éloignées du brillant» duluifants elles ont une efpece de mat » {atiné. Ces caffures d’ailleurs ont non feulement le blanc qui paraît fur j.j la furface de la piece entière, mais elles en ont un qui furpafle celui-» ci: auffi n’y aurait-il rien à defirer pour la beauté de cette porcelaine» 33 fi l’on était parvenu à donner à fon écorce la nuance de blanc qu’a fon „ intérieur.
- if 7. „ Si les calfures delà porcelaine par tranfmutation, la diftinguent „ fi bien du verre, elles la diftinguent aufli de toute efpece de porcelaine j. w leur mat eft foyeux : il femble qu’elle foit compofée de fibres , de filets; » de foie d’une extrême finefle, couchés les uns contre les autres ; elle n’offre ,3 pas de fimples grains ; elle offre des fibres compofées de grains extrême-» ment fins. La ftructure de ces caffures eft par-là tout-à-fait finguliere» 33 & donne un caraétere bien marqué, qui diftingue cette porcelaine de j, toute autre.
- 158. „ Si cependant on ne lui aimait pas cette tiffure, & fi on la voulait » grainée comme l’eft la porcelaine ordinaire, il ferait aifé d’y réuffir. j. Quand nous expliquerons les moyens défaire cette porcelaine, nous en ,3 donnerons de la faire grainée, fi onia defire telle » mais il y a apparence-33 qu’on l’aimera mieux avec des fibres » lorfque nous aurons parlé des 33 avantages qui lui reviennent de cette tilfure.
- if9. „ Un autre caraétere de la bonne porcelaine, c’eft d’être moins j, fufibîe que.le verre» ou plutôt de pouvoir être amenée difficilement à „ être du verre : nous l’avons dit ailleurs, c’eft la vraie pierre de touche, », la coupelle , qui fait diftinguer la porcelaine de la Chine , de la plus w grande partie de celles d’Europe : expofée à un degré de feu très-violent» yy elle fe fou tient fans celfer d’être porcelaine ; au lieu qu’un degré de feu 3, bien inférieur, réduit les autres à n’ètre que verre. Entre ces dernieres, 33 les unes peuvent être vitrifiées plus ou moins aifément, félon qu’elles ,3 font plus ou moins imparfaites ; mais il n’en eft aucune de ces dernieres „ qui puiffe foutenir un feu pareil à celui auquel réfifte notre porcelaine „ par tranfmutation.. Les taffes qui en font faites, pourraient fervir de jj. creufets, dans lefquels 011 fondrait les porcelaines d’Europe. Enfin, dès y, que nous aurons expliqué les principes d’où dépend fa formation , il fera ,3 aifé de juger qu’on pourra la rendre auffi fixe qu’on le defirera , peut-être w plus fixe , s’il en eft beloin , que celle de la Chine.
- a 60. „ Voilà donc le verre transformé dans une matière qui ne peut être », méconnue pour de la porcelaine » puifqu’elle en a toutes les qualités; 3, eifentielles. On peut hardiment, & fans précaution, la mettre fur le feu-„ J’ai fait bouillir de l’eau dans des vafes de cette nouvelle porcelaine», a, fans les ménager autrement qu’o.n ménage en pareil cas. les eaffetieres. de
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- 33 terre & celles de fer-blanc : à delfein, je ne remplirais pas entièrement „ le vafe d'eau ; je le pofais brufquement auprès des charbons les plus „ ardens : l’eau s’y échauffait & bouillait dans le vafe; je le retirais du » feu plein d’eau bouillante, & quelquefois je le pofais fur un marbre „ froid : après toutes ces épreuves, auxquelles peu de porcelaines réfif-,3 taient, ce vafe était parfaitement fain.
- i£i.„ Quelquefois j’ai fait encore plus, j’ai mis un gobelet de cette „ porcelaine à la forge fur des charbons ardens, & donc l’ardeur a été „ animée par des coups de foufflet réitérés pendant un quart-d’heure ; « en un mot, j’ai fait fondre du verre dans ce gobelet, fans que la forme 33 en ait fouifert.
- 162. „ Nous pouvons alfurer que, par rapport à nos ufages , il n’eft point « de meilleure, &. peut-être n’eft-il point d’aufli bonne porcelaine que „ celle qui doit fon origine au verre. Elle aurait toutes les prééminences , „ fi elle avait de même celle de la beauté ; mais je dois avouer que les 3, elfais, que je 11’ai pas eu la facilité de répéter en grand autant que je » l’eulfe voulu, n’en ont pas encore produit qui puilfe difputer, pour la ,3 nuance de blanc, avec la porcelaine ancienne. Mais ne fera-ce pas alfez « pour une porcelaine qui fera à fi bon marché , fi fon blanc eft fupérieur 33 à celui de nos porcelaines communes qui fe font au fauxboiirg Saint-« Antoine ? s’il eft aufti beau que celui de la porcelaine de Saint-Cloud , 33 qu’on vend cher , quoiqu’elle 11e foit que médiocrement bonne ? enfin fi 33 fon blanc n’eft pas inférieur , & s’il eft même fupérieur à celui de beau-33 coup de porcelaines des Indes ? Or les elfais m’en ont donné de telles , s, & je n’ai garde de croire que les porcelaines par tranfmutation , ne 33 puilfent pas prendre un blanc plus parfait que celui que je fuis parvenu 33 à leur donner; la blancheur de leur intérieur me prouve trop évidem-33 ment le contraire. La maniéré de la faire eft un art tout nouveau ; & j, il n’eft point d’art qui dès fon origine ait fait tous les progrès qu’il 3, peut faire. Cette nouvelle porcelaine fera fufceptible d’être peinte en dif-3, férentes couleurs , comme l’ancienne ; & fi l’on veut embellir nos porce-,3 laines par tranfmutation, elles recevront, comme les autres porcelaines, 33 toutes les couleurs qu’on voudra appliquer fur leur extérieur : mais ce j, ne font là, après tout, que des accelfoires : en fait de porcelaine , l’dfen-,3 tiel eft la matière dont elle eft compofée.
- 163. ,3 Mais pour mettre mieux en état de juger des avantages de cette ,3 nouvelle méthode de faire de la porcelaine, & pour faire voir aux phyfi-33 ciens ce qu’elle a de fingulier, venons enfin à donner une idée générale „ des procédés qu’elle exige , & de la route qui nous a conduits à les trou-53 ver. Toutes les recherches de phyfique & de méchanique fe tiennent,
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- 5, & fe tiennent beaucoup plus qu’on ne fe l’imaginerait. Je n’eufle certaine-„ ment pas imaginé , lorfque je commençai à chercher les moyens de con-
- vertir le fer en acier, & ceux de rendre traitables les ouvrages de fer „ fondu, que j’étais fur la voie de trouver une nouvelle façon de faire de „ la porcelaine ; j’y ai pourtant été conduit par ces mêmes expériences que « je faifais fur le fer & fur l’acier.
- 164. „ Toutes les expériences dont il s’agiifait alors, avaient été faites „ par ce qu’011 nomme vulgairement des recuits ; c’eft-à-dire, que les ,3 ouvrages, foit de fer, foit de fonte, avaient été renfermés dans des 5Î creufets bien luttés , entourés de certaines poudres, telles que celles de ,3 charbon , de fuie brûlée , d’os calcinés , foit feules ou mêlées , foit mêlées „ avec des fels. Les creufets étaient enfui te expofés à un long feu plus ou 33 moins violent, fuivant que l’on jugeait que l’opération le demandait. La ,5 chymie, qui nous a fourni tant d’expériences faites par la voie de la fufiom ,3 & de la calcination à feu ouvert, & par la voie de la diftillation, a, ce me 3, femble, trop négligé celles qui fe font par la voie qu’elle a nommée 5, cémentation.
- ,3 Ce que la cémentation opéré par rapport à la converfion du fer en » acier, & par rapport à l’adouciiTement du fer fondu , aurait dû, ce me jj, femble, nous en faire efpérer beaucoup d’autres productions fingulieres j, & utiles. C’eft peut-être la façon d’opérer qui approche le plus de celle „ de la nature, qui ne fait fes mélanges que doucement & imperceptible-5, ment, & qui, de même, ne décompofe les corps que peu à peu & très-j.j lentement j tout eft mêlé' trop brufquement par la ftifion; & fouvent les 3, matières, avant d’être combinées, ont fouffert trop d’altération: mais la ,j chaleur que fouffre un corps folide pendant un recuit de longue durée, 3, dilate les parties , elle les écarte, elle ouvre un millier de palfages où 33 s’infinuent les parties volatiles, qui font détachées continuellement des 3, matières qui le touchent de tous côtés ; ou des particules propres à ce 33 corps s’en échappent, fa compofttion s’altéré , fe change infenfiblement, „ & après le recuit il n’eft plus le même: on a un nouveau cotnpofé dans „ un état très-différent de celui où il était avant que d’être enfermé dans 33 le creufèt.
- 166. „ L’idée que j’avais de cette façon de faire agir le feu , m’a porté à 33 elfayer l’efficacité des cémentations fur différentes matières , lbit métalli-„ ques , foit Amplement minérales. Il ferait trop long de rapporter ici tous j, ces effais ,-dont plufteurs n’ont été ni alfez fuivis ni aifez variés 5 mais î3 je fouhaite que quelqu’un veuille fe charger de poulfer ces fortes d’expé-„ riences plus loin, & je fuis convaincu que fou travail fera récompenfé.
- Ce qui doit engager à faire de pareilles tentatives, ce font celles que j’ai.
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- 35 faites fur le verre. Quoiqu’on l’ait regardé comme le dernier terme de „ l’a&ion du feu , je voulus voir fi le feu n’y produirait point des altérations S5 fenfibles, lorfqu’il ferait renfermé dans des creufets bien luttés & remplis „ de quelques matières actives ; ce iyftème me conduifit à penfer que le „ verre commun , le verre fait avec des cailloux , les fables & les cendres , „ pourrait peut-être être décompofé, comme le peuvent être les verres mé-3, talliques, & cela en introduifant dans le verre, des matières fulfureufes 33 ou des fels contraires à la vitrification. Cette idée me détermina à ren-,3 fermer dans des creufets bien luttés , des morceaux de verre, où les uns „ étaient environnés de toutes parts de poudre de charbon , de fuie & de 33 fel marin, tel que je l’avais employé pour l’acier j les autres l’étaient de 33 poudre d’os, ou d'un mélange de cette poudre & de charbon, dont on a, peut faire ufage pour adoucir les ouvrages de fer fondu. Le feu fut donné 3, plus ou moins de tems ; mais le détail des fuccès de ces premières épreu-33 ves , ferait trop long & inutile : il fuffit de favoir que plufieurs me firent 33 voir des morceaux de verre totalement méconnahfables ; mais ils avaient 3, confervé leur forme extérieure. Les calibres de ces morceaux me firent j, voir des changemens encore plus confidérables : elles étaient d’une très-. 33 grande blancheur, & montraient des filets extrêmement fins, couchés M avec régularité en lignes droites à côté les uns des autres ; il aurait été 33 impolfible de reconnaître cette matière pour du verre, & encore de deviner 33 qu’elle en eût été autrefois. Je vis donc que la cémentation avait opéré 33 dans le verre une compofition , ou , pour, mieux dire , une décompofi-33 tian très-finguliere ; je fongeai à avoir des vafes de ce verre métamor-33 phofé ; j’efpérai qu’en me fervant de diverfes matières , j’en rencontrerais ,3 quelqu’une qui, en rendant le verre opaque, lui conferverait à fa fur-33 face cette blancheur qu’avait fo.n intérieur; en un mot, il me parut dès,-33 lors que le verre pouvait être transformé en une nouvelle efpece de por~ 33 celaine. Voilà où mes premières recherches me conduifirent.
- 167. „ Mais lorfque je fis mes premières expériences, je ne prévoyais pas 33 toutes celles, qui me reliaient à faire ; ce n’était pas allez de favoir faire 33 changer de nature au verre, il fallait trouver les matières les plus pro-3, près à le faire paraître, après fa métamorphofe , une porcelaine d’un blanc „ agréable. Combien de matières m’a-t-il fallu éprouver ! Les verres même 33 m’ont occafionné une longue fuite d’elfais ; je me convainquis qu’il y en as a de beaucoup d’efpeees qu’on tenterait fans fuccès de rendre porcelaine % 33 & entre les eipeces en qui ce changement peut être fait, il y en a qui ne 33 font propres qu’à en donner de très-vilaines.
- I6g. ,3 II faut d’abord choifir la matière fur laquelle on veut opérer. Pour a mettre en état, de faire ce choix, je diftingue les verres en quatre clafes.
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- » La première eftcompofée des verres les plus tranfparens, les plus blancs 5, & les plus tendres, c’eft-à-dire, les plus fufibles : tels font ceux que nous „ nommons les cryjlaux, les verres blancs des eftampes, les verres à vitres „ s, les verres dont nous faiCons nos glaces , nos verres à boire, & beaucoup » d’autres efpeces de verres , parmi lefquels il y en a de plus ou moins blancs j, & de plus ou moins tendres, qui font rangés dans la fécondé clalfe.Nous „ mettons dans la troifieme clalfe tous ceux qui ont une couleur qu’on ne „ cherche pas à leur donner, comme font les verres de nos bouteilles à
- vin, ceux des cloches des jardins ; tels que font fouventles verres de la „ plupart des matras 8c des cornues. Enfin nous donnons à la quatrième 3, clalfe , tous les verres qui font chargés de matières métalliques, & qui en 3Î font fort chargés , parmi lefquels les émaux tiennent les premiers rangs. ,» Nos expériences fur ces différentes efpeces de verres, nous ont mis en „ état de donner pour réglé que les verres les plus durs fe recuifent le plus 3, aifément. C’eft inutilement que j’ai tenté de convertir en porcelaine le „ verre appellé cryjlal, & tous les émaux. Avec des précautions, on peut 3, changer eu porcelaine les verres à frites, les verres à eftampes , & les j, verres appellés glaces. Mais il paraîtra fingulier que les verres les plus » beaux & les plus tranfparens, ne donnent pas d’auffi belle porcelaine ,3 que ceux de la troifieme clalfe, qui nous déplaifent par leur vilaine cou-« leur; un morceau de la plus belle glace ne peut parvenir à la blancheur » que prend le verre d’une très-vilaine bouteille.
- 169. „ La matière la plus propre à changer le verre en une porcelaine 3, blanche, eft le gyps cryftallifé, c’eft-à-dire, cette matière appellée vuU „ gairement du talc, dont les carrières de plâtre de Montmartre & d’autres 3, lieux des environs de Paris nous fournilfent abondamment. Le fable s, peut aufti opérer cette tranfmutation ; & un mélange de fable très-blanc,
- „ tel que celui d’Etampes, avec le gyps calciné, donne une poudre com-,3 pofée qui doit être employée par préférence au gyps feul, ou au fable ,3 feul. 33 . *
- 170. Quand on veut opérer, il faut premièrement avoir une provifion de gyps cryftallifé, que l’on fait calciner dans un creufet ou dans une chaudière de métal, comme je l’ai enfeigné dans le mémoire fur la porcelaine d’Allemagne; “enfuite ou le pile très-fin & on le paffe au tamis; on lè „ mélange en partie égale avec du fable blanc, appellé vulgairement fablon :
- „ celui d’Etampes eft le meilleur; enfuite on choifira les ouvrages d’un verre „ convenable, que l’on mettra dans des gafettes ou dans de grands creufets „ de grandeur convenable : on aura attention de remplir les vafes avec la „ poudre de gyps & de fable, & on en mettra l’épaiffeur d’un demi doigt „ au fond des gafettes ou creufets, afin que le vafè de verre ne touche pas
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- „ le fond du creufet, qu’on emplira de cette même poudre jufqu’au haut „ du creufet ou galette , de maniéré que les vafes de verre foient abfolu-„ ment enfevelis dans la poudre de gyps & de fable , de façon qu’elle touche „ & prelfe les ouvrages de verre de toutes parts, afin que non feulement „ ils ne fe touchent pas entr’eux, s’il y en a plufieurs dans la même gafette, „ mais encore qu’ils ne touchent pas les parois du creufet qui les contient, 3, La poudre ayant été bien preflee, bien empilée, on couvrira la galette „ ou le creufet, de fon couvercle , qu’on luttera bien avec de la terre à four > 54 quand le lut fera bec, on mettra la gafette ainli préparée , dans le fourneau ,3 d’un potier de terre, dans l’endroit où l’aétion du feu eft la plus forte, 3, Quand la poterie de terre fera cuite , on retirer* le creufet ou la gafette ; 23 & lorfqu’on l’ouvrira , on aura le plaifir, dit M. de Réaumur, de voir que 33 les ouvrages de verre font devenus de belle porcelaine blanche. La même 33 poudre qui a fervi pour la converfion des premiers ouvrages, peut encore 33 fervirpour celle de beaucoup d’autres j & je ne fais s’il vient un tems 33 où cette poudre ne puilfe plus être employée. Nous n’avons mis qu’une 33 feule gafette dans le fourneau ; mais on juge bien qu’on peut y en mettre 33 autant que les faïanciers en mettent dans les leurs,
- 171. „ J’ai regret de ne pouvoir m’arrêter à décrire ici tout ce qui fe paflo 3, pendant que fe fait la converfion du verre en porcelaine, & de ne pouvoir a, raconter alfez en détail comment le verre qu’on recuitprend fuceeflive-33 ment différentes nuances de bleu ; dans quel tems fa furfàce commence 23 à blanchir j de faire remarquer qu’alors il eft entouré d’une couche , d’une 33 enveloppe de fibres très-courtes, dont chacune eft perpendiculaire à la 33 furface d’où elle part ; comment ces fibres s’alongent, & comment celles •M des deux furfaces oppofées viennent enfin à fe rencontrer vers le milieu. 33 de la pieee.
- 172. ,3 Mais je ne finirai point fins faire remarquer que le peu que je viens. 33 de dire de cet art, fuffit pour le rendre , dès à préfent, utile à la chymie ;; 33 il peut lui fournir des vaiffeaux tels qu’elle les a defirés depuis long-tems;, 33 des vaiffeaux qui ayant , comme ceux de verre, l’avantage de contenir 33 des matières qui tranfpireraient au travers de ceux de terre, n’expofe» 33 raient pas aux mêmes niques qu’on court avec ceux de verre,
- 173. ,3 Combien de tems , de feu & de diverfes dépenfes. enflent été épar-3, gnées,& combien d’expériences, peut-être, euflent été amenées à une 33 heureufe fin, fi les chymiftes euflent pu avoir à leur difpofition des vaiffeaux de porcelaine , & d’une porcelaine qui, fans fe cafler ni fe fêler, eut réfifté à l’adion d’un grand feu ! Il ne tiendra à préfent qu’à eux de convertir leurs cornues, leurs cucurbites, leurs matras de verre , en vaiffeaux de porcelaine. Pour être en état de 1* faire * ils n’ont pas befoin d’inftruc-
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- ART DE LA PORCELAINE.
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- 3, tions plus étendues que celles que je viens de donner : il leur importe plus *33 de mettre leurs vailfeaux en état de réüfter au feu , que de leur donner un 33 blanc parfait ; de la porcelaine brune par-dehors , leur fera aulîi bonne 3, que la plus blanche. „
- 174. Voila à peu près ce que dit M. de Réaumur fur l’art de tranfmuer le verre en une porcelaine qui peut être utile en différens cas j mais il 11’a point donné les rai Tons phyfiques de cette finguliere tranfmutation. Il y a apparence , dit M. Macquer (a), que l’acide vitriolique contenu dans le gyps, quitte la bafe terreufe dans laquelle il eft engagé, pour fe porter fur les fels alkahs du verre ; & j’ajouterai que , comme toutes les fubftances qui fe volatilifent èmportent avec elles des parties des corps même les plus fixes, avec lefquels elles étaient combinées, il elt vraifemblable que l’acide vitriolique , en portant fon action fur les fels du verre, entraîne avec lui des particules de la terre calcaire du gyps, qui fe trouvent par ce moyen inter-pofées entre les molécules vitreules , & donnent à la maffe ce blanc laiteux demi-diaphane, qui caradérife la porcelaine. Les filets blancs , perpendiculaires à la furface d’où ils partent, & parallèles entr’eux , qu’on obferve après la tranfmutation , dans les morceaux de la nouvelle porcelaine , femblent autorifer mon fentimentj d’ailleurs cette nouvelle composition acquiert la faculté de réfifter au feu le plus violent : cela feul dénote alfez que des particules d’une matière réfractaire fe font introduites, entre les molécules dis verre j car fans cela le verre aurait confervé fa fufibilité : or , ces matières ne peuvent provenir que de la terre calcaire contenue ou dans le fable ou dans îe gyps j & l’acide vitriolique, avec lequel elles étaient combinées , leur a fervi de véhicule pour les introduire dans le verre, où il les dépofe enfuite pour formée, une autre combinaifon avec les fels alkalis , avec lelquels il forme fans doute un fel neutre qui fe vitrifie par l’ardeur du feu , & fert ds gluten aux molécules calcaires qu’il y a apportées. (22)
- ' ( a ) DiHiotmaire de chymie, tome lï, pofer que la chaleur voîàtUife les particules page 291. ialmes qui retrouvent encore dans le verrez
- (22) La théorie qu’on vient de lire con- qu’elle les'chafleenforre que les particules tredit M. de Réaumur, qui allure que Ton terreftres peuvent fe rapprocher & fe lier peut employ er avec fucc.ès du fable au lieu, fdus étroitement. Ce n’eft pas ici le lieu île gyps. Un autre fait contraire à ce fyf- d’entrer dans des dilcuflîons de ce genre terne , c’eft que l’on peut faire fa porcelaine les divers phénomènes qui accompagnent de Réaumur fous des limailles de différens cette opération chymique, & la nature métaux , ou même en plein air, fous le même de la chofe, confirnientcetteexpls» jnouffle. Ne ferait-ilpa-s plus fimple de fup- cation de JYL Schrebcr.
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- j9o A R T D E L A PORCELAINE.
- MEMOIRE
- Sur les couleurs pour la peinture en porcelaine.
- 1J’ai donné, dans le mémoire que i’ai lu à l’académie, les moyens de faire la porcelaine blanche de Saxe : pour compléter cet art, je vais décrire la compofition des différentes couleurs dont on fe fort dans les manufactures que j’ai été à même de voir en Allemagne , la maniéré de les employer , & la façon de les parfondre.
- 176. J’ai trouvé dans le traité des couleurs pour la peinture en émail, ouvrage intéreffant, publié parM. de Montamy, des procédés utiles, que je rapporte aufîi tels qu’ils font décrits dans cet ouvrage , afin que l’artifle intelligent fe décide pour ceux qui lui paraîtront les meilleurs.
- 177. Il y a plufieurs chofes à obferver dans l’art de peindre la porcelaine : la compofition des couleurs , les fondans qui leur donnent de la liaifon & de l’éclat jle véhicule pour appliquer ces mêmes couleurs, qui eft un compofé gras , qui en lie toutes les parties, & leur donne affez de eonfiftance pour être appliquées avec le pinceau j.& enfin le feu néceffaire pour fondreiices mêmes couleurs fur les vafes de porcelaine qui en font décorés.
- 178. Avant de parler de la compofition des couleurs, je décrirai les différens véhicules dont on fe fert pour les employer avec le pinceau. Je parlerai enfuite des fondans avec lefquels on mêle les couleurs, pour leur communiquer le degré de fufibilité convenable.
- Des véhicules.
- 179. On appelle véhicules, dans l’art de la peinture en porcelaine,une matière liquide , avec laquelle on broie les couleurs fur le verre à broyer, pour en lier toutes les parties les unes aux autres, & pouvoir les appliquer fur la porcelaine, comme le peintre à l’huile applique lesfiennes fur la toile.
- 180. On a employé diverfes fubftances à cet ufage, telles que le fucre, les gommes, les colles & les huiles (23 ). Mais toutes ont leurinconvé-
- (2?) On peut ajouter la cire préparée, pour peindre la porcelaine d’une façon de l'invention de M. Kalau , peintre de la toute particulière : ce font des payfages pa-cour de Saxe , au moyen de laquelle on reils à ceux dont le P. d’Entrecolles fait applique les couleurs , tout comme fi l’on mention dans fa notice fur la porcelaine fe fervait de l’huile diftillée. On s’en fert chinoife, On applique d’abord fur toute la
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- A RT D E LA PORCELAINE.
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- nient: le fucre efl; non feulement fujet à bourfouffler dans le feu, quand 011 veut parfondre les couleurs ; mais il attire pendant l’été les mouches, qui mangent les couleurs & détruifent le delîin avant qu’il foit fec. Les gommes , en féchant, font fujettes à s’écailler & à fe détacher du fond lilfe de la porcelaine, avec lequel elles n’ont point d’adhérence. L’huile elfentieUe de lavande, efl ce que l’on a trouvé de mieux; mais cette huile n’ayant pas alfez de corps, coule trop vite du pinceau, les traits s’élargilfent, & le delfin ceffe d’ètre correét Pour obvier à cet inconvénient, M. de Montamy propofe de faire épaiflir l’huile eifentielle de lavande au foleil, c’eft-à-dire , faire évaporer la partie la plus éthérée, pour avoir une huile plus épailfe, pour pouvoir broyer les couleurs , & les appliquer enfuite : mais la méthode pro-pofée par M. de Montamy, a deux inconvéniens, la perte de la matière’, & celle du tems. Quand, avec de la patience, on fera parvenu à avoir de l’huile telle qu’011 la defire,fi on ne l’emploie pas fur-le-champ, l’évaporation des parties volatiles continuant, cette huile s’épalfira de plus en plus, & dans peu de tems on 11e pourra plus s’en fervir , fur-tout l’été , où la chaleur de l’atmolphere accéléré l’évaporation.
- i8ï- Voici une méthode qui remédie à ces inconvéniens, & par laquelle on peut, en tout tems, mettre cette huile au degré de denfité qu’on defire.
- 182. Prenez la quantité d’huile eifentielle de lavande qu’il vous plaira , non adultérée ; mettez-la dans une cucurbite de verre, dont les deux tiers relient vuides ; adaptez y un chapiteau & un récipient; luttez le tout avec des velîies mouillées , .ou avec des bandes de papier collées, fur lelquelles vous mettrez du lut gras ; procédez enfuite à la dillilîation- au bain-marie ou au bain de fable , à un feu doux : l’huile la plus éthérée palfera la première. Quand les deux tiers feront paifés , arrêtez la dillilîation , & cohfervez à part, dans des vafes différens , les deux efpeees d’huiles , c’ell-à-dire , l’huile éthérée, & celle qui relie dans la cucurbite; il efl- évident qu’en combinant enfuite ces deux fubllances , dont l’une efk épailfe, & l’autre limpide, on aura un réfultat d’une denlité moyenne, telle qu’on la déliré* Si ce compofé venait à s’épaiffir, on y ajouterait de l’huile éthérée ; fi aü contraire le mélange était trop clair, on l’épaifiirait avec l’huile la plus épai^Te*.
- Des fondans.
- 183. Ce n’efl pas alfez d’avoir un moyen d’appliquer les couleurs fur là porcelaine, il faut avoir une fubilance qui puilfe faciliter leur fufion, lier
- furface du vafe une couche égale de cire y trace le ddïïn , & les clairs des figure* colorée ; après quoi, avec une pointe on qu’on a imaginées.
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- ART D E L A P 0 R C E Z A I N E.
- les parties fans changer leur intenfité , & leur donner de l’éclat : cette fubf. tance doit être vitreufe & très-fufible par elle-même, pour pouvoir communiquer la fufibilité. On fe ferten Allemagne , des chaux de plomb, unies aux cailloux & au borax : mais cette compofition eft fujette à de très-grands inconvéniens ; car les chaux de plomb fe révivifient aifémentlorfqu’elles font combinées avec des matières abondantes en phlogiftique : or l’huile dont on fe fert pour l’application des couleurs , rend au -.verre de plomb fa forme métallique, & noircit les couleurs avec lefqueiles on l’emploie , par le phlogif-tique que l’huile contient; ainfi il faut éviter avec foin les préparations de plomb dans la compofition des fondans. J’en donnerai cependant la recette, telle que je l’ai vu employer en Allemagne , pour ceux qui voudront en effayer.
- . N®. i. Fondant pour les couleurs difficiles à fondre. Trois parties de lithargc.
- Trois parties de quartz blanc calciné.
- Deux parties de borax.
- 184. On pulvérife ces matières, & on les met dans un creufet dont la moitié refte vuide; on donne un feu gradué, pour laiifer bouillonner le borax ; 011 augmente le feu au point de mettre le tout en fufion ; quand la matière eft bien liquide, 011 la coule fur une pierre polie que l’on a échauffée auparavant; on recommence cette opération , & à la fécondé fois on la réduit en poudre fine. On la met dans des boites bien fermées, pour la garantir de la pouffiere.
- N°. 2. Fondant pour les couleurs aifées d fondre. Quatre parties de litharge.
- Deux parties de quartz calciné.
- Une partie & demie de borax.
- l8ï- On traite ces matières comme les précédentes, mais je ne confeil-lerais pas de fe fervir de ces deux fondans pour des ouvrages précieux, par les raifons que j’ai dites ci-devant : le peu de vivacité & d’éclat des couleurs de la plupart des porcelaines d’Allemagne , n’eft dû qu’aux chaux de plomb, qui entrent comme parties conftituantes des fondans que l’on emploie. Il faut donc donner la préférence au fondant décrit par M. de Montamy , qui n’eft pas fujet aux mêmes inconvéniens.
- 186. Il faut.trois fubftances pour faire ce fondant, le verre-, le nitre purifié , & le borax. Nous examinerons ces trois fubftances en particulier , parce que la ré-uffite deTopération dépend du choix des matières.
- Du
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- ART DE LA FOR CELAI NC,
- Du verre*
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- 187, On prend des tuyaux de verre, avec lefquels on fait les baromètres, on choifit les plus traniparens & les plus aifés à fondre. Pour s’aflurer s’il n’eft point entré de plomb dans la compofition de ce verre , M. deMontamy dit avec vaifon qu’il faut en faire reliai en expofant ces tubes au chalumeau ou à la lampe de i’émaiileur: fi la flamme ne les noircit pas, & qu’ils fondent avec facilité , on peut s’en fervir avec Confiance ; mais fi après les avoir bien eifuyés avec un linge, l’endroit qui a été expofé à la flamme refte noir, il faudrait les rejeter, comme contenant ou du plomb ou d’autres matières iiuiiibles à la perfection du fondant ( a).
- 188* Quand on eft alfuré de la qualité du verre, on le pile dans un mortier de porcelaine, de verre ou d’agate ; on doit éviter de fe fervir de ceux de métal & de marbre, parceque les parties qui pourraient s’en détacher par la contufion, coloreraient le fondant qui doit être fans couleur ; fi cependant l’on était' obligé de fe fervir d’un mortier de fer ou de marbre , il faudrait le bien nétoyer , & jeter enfuite le verre pilé dans une eau compofée d’une, partie d’efprit de nitre, & de trois parties d’eau diftillée, pour enlever à ce verre pulvérifé les parties métalliques , ou la terre calcaire , qu’il pourrait contenir ; après quoi on le laverait plufieurs fois dans l’eau diftillée, juf-qu’à ce qu’il n’imprimât plus fur la langue aucune faveur : après cela on le ferait fécheri & après l’avoir palfé dans un tamis de foies on le conferverait dans des boites à l’abri de la pouffiere.
- Du borax»
- 189. On choifit le plus tranfparent j on le cancaffe grofiiérement, èc on le met dans un creufet dont les deux tiers relient vuides j on met ce creufet fur des cendres chaudes, & on l’entoure de charbons ardens , à deux pouces de diftance, afin que le creufet s’échauffe par degrés, & que le borax, en fe calcinant, ne fe gonfle pas au point de fortir hors du creufet, comme cela arriverait fi l’on donnait un trop grand feu, qui pourrait d’ailleurs vitrifier le borax: ce qu’il faut éviter foigneufement. Il ne faut point toucher au creufet, que le bruit occafionné par la calcination ne foit entièrement paffé ; quand tout fera tranquille, on retirera le creufet du feu, & l’on détachera avec une fpatule de bois ou de verre , ce borax qui, étant calciné, eft; blanc, léger & ipongieux.
- (a) Voyez le traité des couleurs en émail, page 27.
- Blï
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- ART D È LA PORCELAINE.
- Du falpêtre*
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- 190. Le falpêtre le plus pur eft le meilleur ; pour cet effet on ehoifit celui qui eft cryftallifé en aiguilles ou prifmes bien tranfparens', qui eft le feu! qui donne de beau verre. Si l’on n’en trouvait pas de tout préparé, il faudrait le purifier en le dilfolvant dans de l’eau bouillante ; enfuite on filtre la diîfolution par le papier gris j 011 fait évaporer , & on porte le vailfeau qui contient la diîfolution, à la cave, ou dans un lieu frais, pour faciliter la cryftallifation ; on retire les cryftauxqui fe font formés, & l’on recommence l’évaporation & la cryftallifation , jufqu’à ce que la diîfolution ne fournilfe plus de cryftaux.
- Dofes. Poudre de verre. i ....... 4 gros. _
- Eorax calciné.......................2 gros & 12 grains.’
- Nitre purifié.......................4 gros & 24 grains.
- 191. On mêle exactement le falpêtre & le borax dans un mortier de verre, avec un pilon de la même matière 5 enfuite on y ajoute la poudre de verre, & l’on triture le tout enfemble au moins pendant une heure > on lailfe enfuite repofer le mélange pendant douze heures à l’abri delà pouffiere* après quoi on le met dans un bon creufet de Heife, dont les deux tiers relient vuides , & dont l’intérieur aura été frotté avec le doigt & un peu de blanc que l’on prépare à Rouen , pour boucher les pores, & empêcher que le verre qui doit réfulter de la compofition, ne perce le creufet. On a du charbon allumé dans un fourneau à torréfier, ou même dans une cheminée ordinaire ; on place le creufet couvert au milieu , après en avoir écarté les. charbons ; on les approche enfuite peu à peu , & 011 découvre le creufet. Gette opération , que les verriers, nomment friter, eft pour purifier la compofition de toutes les matières combuftibles qu’elle pouvait contenir , & dont la fumée pouvait gâter le verre : elle doit fe faire très-lentement & par degrés. Il faut avoir foin de bien couvrir le creufet toutes les fois que l’on rapproche le charbon, parce que s’il tombait dedans la moindre parcelle de cendrfe ou de charbon , le verre ferait enfumé & gâté. Lorfqu’on voit que la compofition commence à rougir, on met le couvercle fur le creufet, & on l’environne de charbons ardens ; on entretient le feu de la même force pendant environ deux heures, pendant lefquelles la matière bouillonne & fe gonfle confidérablement. Quand elle feralîit & tombeau fond du creufet, on lailfe éteindre le feu ; & lorfque tout eft froid , on trouve la compofition qui parait opaque & d’un rouge très-foncé. On couvre alors le creufet avec Ion couvercle fans être lutté, & on le place dans le fourneau à porcelaine, dans l’endtoitle plus expofé à la violence du feu, pendant la cuite de la
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- ART DE LA PORCELAINE. i9f
- porcelaine. On ne lutte pas le creufet avec fon couvercle, parce qu’on a remarqué que le lut venant à le vitrifier, coulait quelquefois dans le creufet 9 & gâtait la compofition. r , 4 .
- 192. On doit fe fervir de creufets de Hefle, parce qu’ils réfiftent mieux au verre en fulîon. Mais ils ne font pas tous également bons i & pour ne pas mettre ion travail & la réutfite de l’opération au hafard, il faut premièrement bien nettoyer le dehors du creufet qui contient la compofition, & le mettre dans un fécond creufet, de façon que celui qui contient la compofition ne touche pas le fond du fécond, dans lequel 011 i’a emboîté : par ce moyen., fi le verre paffait.au travers du premier creufet, il fe trouverait raf-femblé en entier dans le fécond ( a). <
- 19?. Si l’on n’avait pas des tuyaux de verre de baromètre, ou qu’on doutât de la qualité du verre qu’on voudrait employer, M. de Montatny enfiûgiie la compofition d’un cryftal pour faire un fondant, qui ferait trop longue à rapporter ici : on peut confulter l’ouvrage que j’ai déjà cité.
- 194. Il 11e faut jamais broyer & tamifer le fondant, que lorfqu’on veut l’employer, parce qu’on s’eft apperqu qu’il s’altere, & qu’étant gardé un certain tems, le luilant des couleurs avec lefquelles on le mêlait, n’était plus aufti parfait : phénomène bien fingulier ; car une fubftance changée en lin verre qui réfifte à l’aétion des acides minéraux les plus concentrés, femblerait ne devoir pas s’altérer à l’air. Perfonne, que je fâche, n’en a donné la raifon j mais s’il m’eft permis de hafarder mon fèutiment, je crois que l’altération très-fenfible qu’on remarque dans le fondant, ainfi que dans _ les émaux, lorfqu’ils font préparés long-tems d’avance,11’eft due qu’aux dilférens corpufcules qui font répandus dans l’atmofphere, .& qui fe dépofent dans tous les lieux où l’air peut pénétrer.: ce fluide fe trouve donc toujours chargé d’une quantité de matières hétérogènes qui, venant à fe mêler aveG une fubftance quelconque , en altéré la nature ( b). On peut fe convaincre, par l’organe feul delà vue, du nombre prodigieux de corpufcules qui nagent dans l’air , fi l’onobferve un rayon de foleil qui entre par un trou dans un lieu obfcur; ou fi l’on fût attention à la quantité de pouffiere qui fedépofe fur les meubles d’un appartement inhabité, & qui ne peut y être introduite que par l’air où elle étaic fufpendue ( c).
- 195. Le fondant fait, dans la peinture en émail & en porcelaine, le même
- (a) Voy. le traité des couleurs ai email, (c) C’eft: une des facultés de l’air , de
- page 27. Faciliter l’évaporation des matières volati-
- (/)) Les fels & les matières les plus pe- les qui fe dégagent des corps dans leur fantesfediffipentavec le tems dans l’atmof- décompofition. Dittion. de chym. tome I , phere. Chym. mctall. de Qellert, tome I|, page 60, page 116. ...
- B b ij
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- J9ê art de la porcelaine.
- effet que l’huile, la colle & la gomme font dans les autres genres de peinture% lorfqu’il entre en fufion , il ièrt de lien aux petites molécules de la couleur , les fixe à la furface de l’émail blanc, ou de la couverte de la porcelaine , & il aide à la vitrification des chaux colorantes ; il s’enfuit de là que l’on ne peut point employèr de fubftance dont le feu enlèverait la couleur avant que ce fondant fût entré lui-même en fufion , telles que les couleurs tirées des végétaux.
- 196. Il fe trouve des fubftances qui fe vitrifient avec le fondant plus ou moins facilement; ainfi il faut obferver exactement fur chaque couleur la quantité du fondant qui lui eft néceffaire pour la faire entrer dans une parfaite vitrification. Si l’on mettait trop peu de fondant, la couleur s’attacherait bien à la furface de l’émail blanc ou de la couverte ; mais n’étant point pénétrée par une quantité de fondant nécelîàire pour la vitrifier, elle relierait terne & fans aucun luifant. Si l’on en mettait trop, la couleur fe trouve^ rait noyée, s’étendrait, les contours ne feraient point exa&s & terminés, & les traits déliés ne refieraient pas tels que le peintre les aurait faits.
- 197: Il faut donc examiner avec la plus grande attention les efïais qu’on fait de chaque couleur, fur des morceaux de porcelaine, dont je parlerai dans la fuite, afin de connaître non feulement l’intenfité de la nuance, mais encore pour déterminer au jufte la quantité de fondant néceffaire pour chaque couleur.
- 198. On a éprouvé que toute couleur qui exige plus de fix fois fon poids, de fondant, doit être rejetée, parce qu’alors elle ne coule plus facilement, & ne peut plus s’appliquer avec le pinceau.
- 199. Après avoir parlé des fondans, je vais pafTer aux couleurs avec lesquelles on les mêle ; je commencerai par celles dont on fe fert en Adlemagne-,, & je. pafferai à celles décrites par M. de Montamy.
- Maniéré de préparer tor pour être applique fur la porcelaine.
- SCO. On parvient à divifer l’or pour être employé dans la peinture, de pluGeurs maniérés , qui toutes réuffiffent également.
- 201. La première s’exécute en prenant un gros d’or en feuilles ; on le met dans un creufèt que l’on place dans le feu pour le faire rougir ; on met dans, un autre creufet une once de mercure révivifié du' cinabre s on le fait chauffer Jufqu’à ce qu’il commence à fumer; quand lor eft rouge , on verfe deffus le mercure chauffé ; on remue bien ce mélange avec une baguette de fer; & lorf-qu’il commence à fumer , on jette promptement le tout dans un vaiffeau de terre verniffé, rempli d’eau : on laiffe repofer quelque tems ; & lorfque cet amalgame eft froid, on décante l’eau, & on paffe l’amalgame par une-peau da
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- A RT DE LA P OR C EL AI N E
- *97
- chamois, pour en féparer le mercureî enfuite on met la matière qui refte dans le chamois, dans une foucoupe de porcelaine, qu’on place fur un feu de charbon pour faire évaporer le mercure ; mais il faut éviter la fumée: par ce moyen on trouve dans la foucoupe l’or réduit en poudre très-fine.
- 202. Autre manière. On prend de l’or le plus pur de coupelle , ou à fon défaut de l’or de ducat ; on le bat entre deux parchemins fur un tas d’acier, jufqu’à ce qu’il foit réduit à l’épailfeur d’une feuille de papier fin ; on le coupe en petits carreaux de quatre à cinq lignes de largeur, dont on fait de petits cônes.
- 203. On prend enfuite de l’efprit de nitre en fuiïifante quantité, qu’on met dans un matras ; on jette un de ces morceaux d’or plié en cône dans le matras , & on verfe goutte à goutte , fur l’efprit de nitre, de l’efprit de fel, jufqu’à ce qu’on apperçoive que ces deux acides combinés portent leur action fur l’or, & que le petit cône fe couvre, de bulles : c’eft une marque que la diiTolution du métal commence ; alors il faut mettre le matras en digeftiou fur des cendres chaudes, pour faciliter l’opération.
- 204. Quand le premier morceau d’or fera dilfous , on en met un fécond., & ainfi de fuite jufqu’à ee que l’eau régale foit parfaitement faturée & ne diifolve plus rien.
- 205. On étend alors cette dilfolution dans de Peau diftillée ; on remue le tout avec un tube de verre 5 on a enfuite de l’alkali fixe en liqueur , & on en verfe petit à petit dans la dilfolution d’or. Ilfe fait peu à peu un précipité de couleur jaune tirant fur le roux ; quand il ne fe précipite plus rien , 011 décante la liqueur qui fumage, & on édulcore le précipité dans de l’eau bouillante, jufqu’à ce qu’il n’imprime plus aucune faveur fur la langue.
- 206. Alors on le fait fécher dans une foucoupe de porcelaine, ou dans un vafe de verre, & on le conferve dans une boîte bien fermée, à l’abri de la pouffiere (a).
- (a) On ne doit jamais fe fervir, pour dîf-foudre l’or qu’on veut employer fur la porcelaine , d’une eau régale compofée avec le fcl ammoniac, parce que la chaux d’or qui en réfulte, acquiert la propriété de fulminer à la moindre chaleur, de même que l’or qui eft précipité d’une eau régale quelconque par l’alkali volatil.
- La raifon de ce phénomène étonnant, fuivant le fentiment des chymiftes, & particuliérement M. de Beaumé , eft, qu’il fe forme un foufre nitreux dans le tems de la précipitation , par l’union du phlogiftique
- contenu dans l’alkali volatil avec l’acide nitreux.
- Ce foufre nitreux eft alors mêlé & adhérent à chaque molécule d’or, & s’y trouve comme enfermé ; de façon que lorfqu’il s’enflamme, il produit un fracas d’autant plus terrible, qu’il eft démontré que tous les corps fufeeptibles d’explofion en font une d’autant plus forte, qu’ils font plus reflferrés & compreffés.
- Toutes les fubftances qui pourront occa-fronner une nouvelle combinaifon & dé-compofer le foufre nitreux, doivent ente»
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- 207. Quand on veut dorer 'une piece de porcelaine , on mêle de cet o.ï en poudre avec un peu de borax 8c de l’eau gommée , & avec un pinceau ou trace les lignes ou les figures qu’on veut. Lorfque le tout eft féché, on palfe la piece au feu , qui ne doit avoir que la force nécelfaire pour fondre légèrement la furface de la couverte de porcelaine ; & pour lors on éteint le feu. En fortant du fourneau, l’or eft noirâtre ; mais on lui. rend fon éclat en frottant les endroits dorés avec du tripoli très-fin, ou avec de l’émerij enfuite 011 le brunit avec le brunilFoir.
- Autre maniéré de préparer Üor.
- 208. La maniéré- dont il s’agit actuellement eft purement méchanique : elle confifte à prendre de l’or en feuilles, & la moitié à peu près de fon poids de fucre candi} on triture ces deux matières dans un mortier de verre ou d’agate} & quand le tout eft réduit en poudre, on broie cette poudre fur un verre à broyer avec une molette, jufqu’à ce que le tout foit réduit eu une poudre impalpable} alors on jette ce mélange dans une fuffifante quantité d’eau chaude pour difloudre le fucre. L’or fe précipite au fond du vafe en une poudre très-fine. On peut traiter l’argent de la même façon } & pour cet effet on prend des feuilles d’argent dont les doreurs & argenteurs fe fervent pour argenterie cuivre. La maniéré de l’appliquer fur la porcelaine, eft la même que celle qui eft expliquée ci-delfus. !
- Pourpre.
- 209. Il faut compofer, avant tout, une eau régale qui fe fait ainfî : efpriü de fel, efprit de nitre, & fel ammoniac , quantité égale } mettez cette com-polition fur des cendres chaudes, jufqu’à ce que le fel foit diifous, 8c ne bouchez le matras que légèrement, pour éviter l’explofion (a).
- 210. Prenez enfuite un ducat de Hollande ou de Cremnitz } ce dernier eft, dit-on , préférable } faites-le rougir, & réduifez-le en feuilles très-minces , en le battant entre deux parchemins avec un marteau fur un tas d’acier} coupez cette feuille en très-petits morceaux} ayez un matras où il y aura de l’eau régale ci-deffus décrite, & jetez dans ce matras un petit morceau d’or} mettez le tout fur des cendres chaudes en digeftion , pour faciliter
- ver à cet or fa propriété fulminante ; & c’eft ouvriers Allemands fe fervent, & qui réuf-en effet ce qui arrive , fi on y mêle exacte- fit auffi bien que l’eau régale ordinaire, qui ment de l’alkali fixe , ou de. l’acide vitrio- fe compofe avec l’efprit de nitre & I’ePprifr lique. Diêîion. de thymie, tom. II, p. 271. de fel, dont on peut varier les proportions ( a ) Cette eau régale eft celle dont les à volonté.
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- h diflolution de l’or : quand il fera diflous, vous en mettrez un autre morceau , & fucceffivement jufqu’à ce que l’eau régale foit faturée, & ne diflolve plus d’or.
- 2i i. 2*. Prenez enfuite deux gros d’étain pur de Cornouaille; à Ton défaut, ayez de l’étain doux réduit en feuilles , ou prenez des feuilles d’étain avec lequel on étame les glaces ; faites-les dilfoudre petit à petit & le plus doucement polfible, dans une eau régale eompofée avec une partie de bon elprit de fel fur cinq parties en poids de bon efprit de nitre ; prenez deux onces de cette eau régale, que vous mettrez dans un matras , & fur laquelle vous verferez fix onces d’eau diftillée. Quand la folicule d’étain fera dif-foute,vous en ajouterez une autre, ainli de fuite, jufqu’à ce qu’il ne s’en dilfolve plus.
- 212. 3°. Prenez un demi-gros d’argent de coupelle, réduit en grenaille ou en limaille; faites-le dilfoudre en eau-forte; mêlez les deux dilfolutions numéros 2 & 3 , c’eft-à-dire , l’étain & l’argent, & filtrez le tout enfemble. Confervez ces différentes dilfolutions pour l’ufage que je vais dire.
- 213. Ayez un grand verre cylindrique , qui contienne environ dix ou douze onces d’eau ; remplilfez-le à deux doigts près ; remuez cette eau d’une main avec une verge d’étain d’Angleterre, & verfez dedans de l’autre main, fans difcontinuer le mouvement, dix ou douze gouttes de la diflolution d’argent & d’étain mêlés enfemble; enfuite ajoutez de la même maniéré huit ou neuf gouttes de la diflolution d’or ; ce mélange prendra d’abord une couleur rouge très-foncée , qui deviendra d’un beau pourpre. Continuez ainfi jufqu’à ce que vous ayez employé vos diflolutions métalliques ; enfuite laiflez rcpo-fer le tout ; & quand l’eau qui fumage fur le précipité fera devenue claire, vous décanterez la liqueur. Verfez deflus de l’eau diftillée ; agitez bien le mélange, & laiflez repofer ; décantez la liqueur une fécondé fois ; verfez de nouvelle eau, & répétez cette opération jufqu’à ce que le précipité pourpre foit bien édulcoré , ce que l’on connaîtra quand l’eau en fortira infipide ; alors on le fera fécher. Pour cet effet, quand on aura décanté la ’derniere eau, on mettra le précipité dans une foucoupe de porcelaine ; on prend une meche de coton mouillé, dont 011 mettra un bout dans la foucoupe, & l’autre bout pendra hors du vafe. Cette meche mouillée fera l’office de fiphon ; l’eau montera le long des fils , 8c coulera goutte à goutte hors de la foucoupe. On la portera enfuite dans un lieu chaud, à l’abri de la pouffiere, pour achever la déification. Alors le précipité fera en état d’être employé, en y ajoutant, en fuffifante quantité , du fondant n*. 1, décrit à la page J£2, §. igj ,ou de celui décrit ci-deflus.
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- Viola.
- 214. Pour obtenir le violet, il faut fuivre le procédé que je viens de décrire pour le pourpre , & ajouter à la diifolution d’or, étendue dans l’eau, plus de diiiblution d’étain & d’argent mêlés enfemble : le refte du procédé, ainfi que la quantité néceifaire du fondant, eft abfolument le meme que pour le pourpre.
- Couleur brune , nommée en allemand ferné ( 24 ).
- 21 Cette couleur fertpour exprimer des objets qui doivent être couverts par une couleur principale , comme les nervures & les fibres d’une feuille d’arbre, qui font couvertes par le verd qui forme la feuille, qui étant fondu devient tranfparent, & laide appercevoir ce qui eft exprimé par le ferné , que l’on fait ainfi.
- 216. Prenez de la diifolution d’or dans l’eau régale, comme ci-deflus * étendez-la dans de l’eau diftillée, dans les mêmes proportions que pour le pourpre; remuez de même avec la verge d étain d’Angleterre ; ajoutez-y de la diifolution d’étain feule fans argent ; l’eau deviendra noire ; verfez deifus de la diifolution de fel commun, & vous obtiendrez, au lieu de pourpre, un précipité d’une couleur foncée tirant fur le violet, qui eft celle que l’on defire (a).
- 217. On emploie cette couleur fans fondant, parce qu’elle doit être couverte par une autre ; mais fi l’on voulait l’employer comme couleur dominante, on pourrait y ajouter du fondant comme pour les autres couleurs.
- Rouge.
- 218. Prenez de la limaille de fer autant qu’il vous plaira, faites-la dilfou-dre dans de l’eau-forte ; précipitez-la avec du fel de tartre ; décantez la liqueur, & mettez le précipité fur une lame de fer que vous expoferez fous une mouffle à un feu de charbon, jufqu’à ce qu’il prenne une belle couleur rouge, que l’on calcinera enfuite dans un creufet avec le double de ion poids de fe! marin purifié & décrépité, après l’avoir bien trituré dans un mortier de verre ou de porcelaine pendant long-tems, pour mêler ces deux matières
- (24.) Ce mot eft inconnu en Saxe & dans d’or de Caffius,en employant de l’étain le duché de Virtemberg. Peut - être eft-il plus ou moins pur- Les différess alliages venu par corruption du mot vernis. de ce métal changent la couleur du pré-
- (a) On peut varier à l’infini le précipité cipité.
- enfemble
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- énfemble ; la calcination commencera par un feu très-doux, & fera poufTée jufqu’au plus violent pendant deux heures, fans cependant le vitrifier. On retire la matière du feu, on la laiife refroidir, & on la triture dans le même mortier dont on s’eft fervi la première fois ; on verfe enfuite de l’eau chaude delfus, que l’on agite bien avec une lame de verre ; on décante tout ce que l’eau peut emporter de la couleur; on continue de verfer de l’eau chaude fur ce qui eft relié au fond du mortier, jufqu’à ce qu’on voie que l’eau 11e fe teigne plus; alors on jette ce qui refte au fond du vafe. Toutes les eaux qui ont entraîné de la couleur, ayant été mifes dans un grand gobelet de verre, on les laiffe repofer ; & quand tout s’eft précipité au fond, on décante l’eau qui fumage, & on en met de nouvelle fur le réfidu ; 011 réitéré cette manœuvre cinq ou fix fois; on verfe enfuite le précipité dans une taife de porcelaine, on l’y laiife repofer, & on retire l’eau par une meche de coton, comme je l’ai dit ci-devant. Ce fafran de mars eft devenu très-fixe au feu par cette opération,de volatil qu’il était, ainfi que tous les couleurs tirées du fer, que l’on ne peut rendre fixes qu’en les traitant avec le fel marin, comme on vient de le dire : ce qui les rend propres à être employés avec toutes les couleurs poffibies , fans courir les rifques d’en gâter aucune (a).
- Autre rouge.
- 2T9* On choifit du meilleur vitriol de Hongrie, réduit en poudre grof-liere; on le met fur un teft que l’on expofe fous une mouffle à un feu doux,
- (à) Toutes les couleurs rouges tirées du fer ou du vitriol martial, font extrêmement volatiles dans le feu ; ce qui fait un li grand inconvénient, qu’on avait renoncé à les employer dans la peinture en émail & en porcelaine. Elles deviennent très-fixes en les calcinant avec le fel marin : la raifon de de ce phénomène n’a pas été déterminée. J’ai lieu de croire que dans la calcination du vitriol martial, il refie toujours une portion de l’acide vitriolique, unie à la chaux métallique, que les lotions ni la calcination ne peuvent pas enlever ; mais lorf-qu’on emploie cette chaux métallique , mêlée avec le fondant vitreux dans la peinture en émail , la matière entrant alors en fufion , l’acide vitriolique s’échappe & fe combine avec le phlogiftique de la portion
- Tome FUI.
- de matière grade qui entrait comme partie conftituante du vitriol, & qui avait échappé à la calcination : par l’union de l’acide vitriolique & du phlogiftjque , il réfulte un foufre qui fe volatilife par l’ardeur du feu , & emporte avec lui la chaux métallique ; mais fi l’on calcine du fel marin avec les fafrans de mars, il fe fait une nouvelle combinaifon, l’acide vitriolique s’empare de la bafe du fel marin , avec laquelle il a plus d’affinité qu’avec la chaux métallique ; l’acide marin devient libre & efi chaflé par la chaleur dans l’athmofphere ; il réfulte un fel de Glauber, qui étant diflbluble dans l’eau , eft emporté par les lotions; & la chaux métallique refte pure & devient très-fixe.
- Ce
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- eontinué pendant quatre jours , jufqu’à ce que cette poudre ait acquis une belle couleur rouge : il faut rejeter les morceaux qui feront reftés verds.
- 220. On peut fe fervir, au lieu de teft & de mouffle , d’un creufet pour la calcination ; mais il faut garantir foigneufement la matière du contaél de la flamme & de la vapeur du charbon. On met enfuite cette poudre rouge dans du vinaigre difhllé pendant trois ou quatre jours, & même davantage i car plus elle y reliera, & plus le rouge fera beau. Il faut enfuite édulcorer la matière dans de l’eau diftillée , & recommencer la même opération, en obfervant de donner un feu encore plus modéré que la première fois 5 après, cela on traite cette matière avec le fel marin comme la précédente.
- Noir.
- 221. On prend du cobalt, de la chaux de cuivre,nommée eu latin as ujium}àe la terre d’ombre, autant de l’un que de l’autre, on réduit le tout en poudre impalpable dans un mortier d’agate, & l’on emploie cette couleur avec trois parties du fondant N°. 1 , §. i833ou de celui §. I<?Q, qui elt le ‘meilleur.
- 222. Autre noir. Chaux de cuivre, quatre parties ; fmalt ou bleu d’azur foncé , une partie ; mâche-fer ou fcories de fer , une partie**, le tout en poudre impalpable, avec trois parties du fondant ci-deifus.,
- Verd foncé.
- 223. Le cuivre fulfure, appeflé en latin tes uftum , mêlé avec un peu de bleu & du fondant N°. 2 , §. 184 > donne, un verd foncé.
- 224. Verd clair. Bleu de montagne mêlé avec le fondant N°. 2. Le cuivre fulfuré , ou ces ujlum, mêlé avec un peu de jaune , donne un verd clair, en y ajoutant du fondant N*. 2.
- 22f. Autre verd clair. Trois parties de chaux de cuivre calcinée , deux parties de verd de montagne mêlé &mis en poudre avec le fondant N°. 2.
- 226. Verd jaune. Deux parties de verd de montagne, deux parties de chaux de cuivre , une partie de fmalt, le tout alkoolifé & mêlé avec le fondant N\. 2. (a }
- Bleu..
- 227. Sm alt choifi & broyé, avec un peu de fondant N°. 1. Cette couleur fe mêle très-bien avec les verds ci-deifus , pour former des nuances.
- ( a ) La bafe de la couleur verte eft tou. de cette couleur, en y ajoutant du blest jours la chaux de cuivre mêlée avec fon- ou du faune à volonté* àant quelconque ^on peut varier l’inteniiti
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- 21%. Bleu foncé. Du finale le plus foncé, connu fous le nom de bleu d'azur, & qui n’eft que le verre de cobalt, mêlé avec du labié ; faites fondre cette matière dans un creufet en un verre bleu foncé ; mettez-le enfuite en poudrs impalpable dans un mortier d’agate, & ajoutez-/ du fondant N°. 2.
- Jaune tendre.
- 229. Bla:nc de plomb de Venife , calciné dans un creufet, ou fur un tell fous une mouffle, pour éviter le contact des charbons , jufqu’à ce qu’il ait acquis une couleur jaune : on le mêle avec du fondant N°. 2.
- 230. Autre jaune. Jaune de Naples, avec fuffifante quantité du même fondant : il faudra tâtonner la dofe. Le jaune de Naples fe faitainli: cér-ulè , douze onces ; antimoine diaphonique , deux onces ; alun & fel ammoniac , de chaque demi-once : on mêle le tout dans un mortier de marbre ; on le calcine enfuite fur un teft à un feu modéré, qu’on continue pendant trois heures : il faut avoir foin d’entretenir pendant tout le tems de la calcination , la capfule rouge. Suivant la quantité de fel ammoniac qu’on emploie , la couleur du jaune de Naples varie, C’eftM. de Fougeroux,de l’académie des fciences , qui a rendu ce procédé public.
- 231. Orange. Quatre onces d’antimoine, deux onces de litharge d’or; 011 pulvérife le tout, & 011 met le mélange dans un creufet, que l’on expofe à la plus grande chaleur du fourneau de porcelaine; enfuite on pulvérife une fécondé fois le verre que l’on trouve dans le fond du creufet, & l’on ajoute trois parties du fondant N°. 1 ; 011 remet le tout dans un creufet neuf, frotté avec du blanc de Rouen, comme je l’ai expliqué ci-devant; on fait fondre cette compoiition une fécondé fois; on réitéré ainli jufqu’à ce que cette compolition ait acquis une belle couleur jaune.
- 232. Si l’on déliré obtenir un jaune clair , on y ajoute du jaune de Naples préparé avec fon fondant, comme il a été dit ci-deffus. Cette couleur eft d’autant plus avantageufe pour la peinture en porcelaine, que l’on peut k mêler avec toutes les autres.
- Brun.
- 233. La terre d’ombre bien lavée po.ur la dépouiller des parties hétérogènes , féchée & calcinée, enfuite mêlée avec du fondant, donne une couleur brune.
- 234. Après avoir parlé de la compofition des couleurs & des fondans, je vais donner la façon de combiner ces deux fublfances enfemble , dont la grande exactitude dans la préparation contribue à la perfection de la peinture en porcelaine.
- . C c ij
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- Préparation des couleurs.
- 23 f. On pile les couleurs dans un mortier d’agate, de porcelaine ou de verre, avec le pilon de même matière, le plus proprement poffible & à l’abri de la pouftiere; enfuite on les broie fur une glace adoucie & non polie, qui eft fixée dans un cadre de bois qui efb rempli de bon plâtre , fur lequel elle eft pofée de niveau parallèle avec la planche quifert de fond au cadre, pour lui donner une afïiette folide : il faut prendre garde qu’elle porte partout également, fans quoi elle fe calferait par la prefîion. La molette doit être aulli de verre adouci comme la glace 5 on prend, avec un pinceau deftiné uniquement à cetufage,des deux efpeces d’huiles préparées comme je l’ai dit ci-delfus ; on met ces huiles fur le verre à broyer avec la couleur, & l’on ajoute du fondant en différentes proportions , que l’on a foin de pefer exactement, ainfi que la couleur , pour favoir au jufte ce que l’on a employé , & pouvoir fe régler d’après les eifais que l’on fait en tâtonnant. La réglé générale pour les fondans N°. 1 & N*. 2, eft de mettre deux fois & demie autant de fondant que de matière colorante ; mais il y a des couleurs qui en exigent moins, & d autres plus : par exemple, le fînalt n’en demande que la moitié en fus de fon poids.
- 236. Il faut avoir grande attention de ne broyer les couleurs qu’avec une petite quantité d’huile, parce que fi l’on en mettait trop, cette huile, en s’évaporant, lailferait des vuides entre les molécules colorées , & le deflin ferait imparfait; d’ailleurs les couleurs étant des chaux métalliques,’ courraient rifque de fc révivifier par le phlogiftique que l’huile leur fournirait : e’eft pourquoi il eft abfolument nécelfaire de faire fécher la peinture fur un poêle , à une chaleur alfez confidérable, avant de le mettre au feu. On broie les couleurs comme celles qu’on emploie dans la miniature, jufqu’à ce que l’on ne fente plus d’afpérités fous la molette ni fous les doigts : leur fluidité doit être telle, que l’on en puilfe faire aifément un trait léger & net avec un pinceau ; alors on prend de ces couleurs ainfi préparées, pour former les inventaire?.
- Des inventaires.
- 237. Les peintres en porcelaine nomment inventaires, des morceaux de porcelaine larges d’un pouce, de trois ou quatre lignes d’épaiffeur, qui ont reçu la couverte blanche comme les pièces qui font à peindre : on fait fur ces morceaux de porcelaine , des traits de deux ou trois lignes de largeur , avec le pinceau & la couleur que l’on veut efïayer; on a foin de mettre à côté de chaque trait un numéro qui réponde à la couleur dont il a été formé „ & ce numéro répond à celui de la boite dans laquelle la couleur eft renfermée 5
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- enfuite on met les inventaires fous uiiemouffle pour y fondre les couleurs : il faut aulfi remarquer l’efpace de tems qu’il faut pour vitrifier ces couleurs. Les traits qui font fur l’inventaire au fortir du feu , déterminent la force ©u la faibleife des couleurs , ainli que la quantité de fondant qu’elles exigent.
- 238. Il faut tenir un regiftre exad, comme le dit M. de Montamy, de la qualité, de la quantité & des proportions avec lefquelles 011 les a mêlées avec le fondant, ainli que du tems qu’elles ont demeuré au feu. Toutes les couleurs, après avoir été pilées dans un mortier, comme je l’ai dit ci-devant , feront renfermées dans des boites d’ivoire ou de buis , qui ferment exactement, & qui auront les mêmes numéros que les inventaires : on les fortira de ces boites, pour les broyer furie verre à broyer quand 011 voudra s’en fervir, mais jamais d’avance.
- 239. Les inventaires une fois faits, ferviront de réglé pour compofer la palette du peintre en porcelaine ; & par une fuite plus ou moins confidéra-ble d’elfais numérotés, 011 parviendra à fe procurer des teintes comme le peintre à l’huile. Voyez Y expojition abrégée de la peinture en émail*
- De la façon de charger la palette.
- 240. Il faut avoir ,pour chaque couleur primitive, un morceau de verre adouci & non poli, que l’on pofera fur un papier blanc pour pouvoir mieux juger des couleurs. Alors on prend de ces couleurs primitives avec la pointe d’un couteau, pour en former les teintes au gré de l’artifte, que l’on transporte fur un autre verre adouci, fous lequel il y aura du papier blanc; il faut avoir attention de marquer fur le papier les numéros de l’inventaire, que l’on pourra lire à travers le verre, & l’on pofera à côté de ces numéros les couleurs qui y répondent, afin que le peintre puilfe juger de l’effet de ces couleurs quand elles auront palî'é au feu.
- 241. Les peintres en porcelaine n’ont pas l’avantage de voir fur la palette le ton de la couleur , comme le peintre à l’huile ; les couleurs en porcelaine ou en émail font prefque toutes brunes avant d’avoir palfé au feu; ainli ce n’eft que par le moyen des inventaires dont j’ai parlé, qu’ils peuvent déterminer leurs teintes.
- 242. Les pièces de porcelaine, au fortir des ‘mains du peintre, feront expofées, comme je l’ai dit, à la chaleur d’une étuve très-chaude, pour faire fécher les couleurs & évaporer l’huile. Pour cela 011 les met fur une plaque de tôle percée de plusieurs trous; enfuite 011 met ces pièces dans la mouffle pour parfondre les couleurs & leur donner le vernis.
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- De la façon de donner le feu pour parfondre les couleurs.
- 243. Il faut avoir des monffles de différentes grandeurs ; ce font des vafes de terre à porcelaine qui doivent réfifterau feu , & dont la partie Supérieure eft circulaire en forme de voûte. La fig- 14, pl. //, donnera une idée de leur forme : elles fe fermeront exactement avec une porte de même matière, qui eft oppofée à la partie b, où eft le canal ou tuyau d’obfervation. On introduit les pièces de porcelaine peintes, dans ces mouffles , de façon qu’elles foient ifolées & ne touchent point aux parois de la mouffle , afin que lorfque ces couleurs fe fondent, elles ne s’effacent pas par le contact.
- 244. Ces mouffles ainfi chargées de leurs pièces de porcelaine , fe placent fur les grilles b , b, b, dans les cafés a, a , a du fourneau , fig. 1 y, pl. H•
- 24^. Ce fourneau eft formé par un mur de briques liées avec de la terre à four, de la hauteur à peu près de cinq pieds & demi ou fix pieds. Ce mur eft divifé en différentes féparations élevées perpendiculairement fur le mur principal. La fig. 15: , a, a, a, donnera l’idée de ce fourneau & de fes divi-fions , qui forment autant de cafés pour placer les mouffles : il en faut de différentes grandeurs,, proportionnées aux pièces de porcelaine que l’on veut y préparer. A deux pieds de haut, on pratique deux couliffes pour chaque café, dans l'es parois des petits murs en briques, qui forment les féparations , pour y loger un plateau de fer ou de tôle épaiffe c, c, c, qui doit fe mouvoir dans ces couliffes, par la raifon que j’expliquerai dans la fuite.
- 245. A deux pouces & demi ou trois pouces au-deiîùs de ce plateau, on fixe dans le mur, des grilles de fer b, b, b , deftinées à foutenir les mouffles.
- 247. Quand on voudra parfondre les couleurs, il faudra premièrement avoir du charbon de hêtre ou de chêne bien choifî & bien fain, au point qu’il ne fume pas en brûlant ; la mauvaife qualité du charbon ferait capable de gâter tout l’ouvrage. O11 met ce charbon fur les plateaux £,c,c>&on en remplit l’efpace jufqu’aux grilles b fi fi, fur lefquelles on pofe les mouffles, fig. 14. O11 entoure les mouffles avec du charbon jufques fur le dôme ; enfuite 011 remplit les petits interftices que les morceaux de charbon ont biffés entr’eux , avec de la braife de boulanger ; îi bien que les mouffles fe trouvent enfevelies dans le charbon : il ne doit fortir hors du charbon que le tuyau ou canal b, deftiné» à voir ce qui fe palfe dans la mouffle : on met dans ce canal, des petits morceaux de porcelaine larges de deux lignes , fur îefquels on a mis des couleurs les plus difficiles à fondre, pour pouvoir juger du moment où l’on doit ceffer le feu. Toutes les chofes étant ainfi, on allume le feu avec quelques charbons ardens, que l’on met autour de la mouffle, & 011 les laiffe s’embrafer d’eux - mêmes : on doit avoir b plus grande attention à retirer les charbons qui donnent de b fumée.
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- 248- Quand tout fera embrafé , & que la mouffle paraîtra rouge, il faudra retirer les montres ou épreuves qui font dans le canal d’obfervation b , fig. 14 ; & fi les couleurs font bien fondues & brillantes , on arrête le feu furie-champ, en retirant brufquement les plateaux de fer c , c, c, qui fe meuvent dans des couliifes , & fur lelquels étaient les charbons qui tombent dans le cendrier ; & le feu celfe.
- 249. On laide enfuite refroidir le tout, pour retirer les pièces de porcelaine. Pour 11e pas perdre le charbon qui n’eft pas encore confumé, il faut avoir de grands vafes de tôle ou de cuivre , que l’on nomme étoiiffbirs , qui ferment exactement, dans lefqueîs on met les charbons ardens qui tombent de delfus les plateaux c,c, c : quand ou celfe le feu, on ferme ces étouffoirs, la braife s’éteint & peut fervir à une autre opération.
- 2*)O. On 11e fiurait trop recommander de bien choifir les charbons def. tinés à parfondre les couleurs ; il faut voir tous les morceaux les uns après les autres, & rejeter ceux qui 11e font pas bien noirs, & qui ont encore des parties ligneufes.
- 2Ç f. Non feulement les mauvaises qualités cfn charbon peuvent nuire à un ouvrage, mais on croit encore que la température de Pair & l’haleine forte des perfomies contribuent au peu de réuffite. M. de Montamy confeille aux peintres vigilans, d’éloigner d’eux tous ceux qui auraient mangé de l’ail, ou que l’on foupçonne de faire ufage de remedes mercuriels.
- 2<)2. Voila à peu près tout ce qui fe pratique avec quelques fuccès dans les manufactures de porcelaine que j’ai eu occafion de voir ; mais pour compléter l’art de la porcelaine & fa peinture , j’ajouterai ici les procédés que M. de Montamy a donnés pour la compofltion des couleurs en émail, qui feront tirés en entier de fon excellent ouvrage, auquel je renvoie les amateurs qui defireront avoir un plus grand détail.
- Blanc de. M. de Montamy.
- 2) 3. Cette couleur eft fi nécelfaire au peintre pour former une fuite do nuances, & furmonter la difficulté de ménager le fond pour faire paraître le blanc dans les petites parties où il eft indifpenfable de l’avoir pur,'paE exemple, les deux petits points blancs qui doivent être exprimés dans les yeux fur la prunelle, &c. que le defir de tous les artiftes était d’avoir la compofition d’un blanc que fon put employer avec le fondant général, & combiner avec les couleurs foncées, pour en compofer une fuite de teintes » comme les peintres en huile. M. de Montamy a réuffi à en compofer un qui réunit tous ces avantages.
- SH* fuit deux fubftances pour le compofer : le fel marin & l’étain le
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- plus pur. Celui d’Angleterre, connu fous le nom à*étain vierge, ferait le meilleur; mais il eft fi difficile de s’en procurer, qu’on lui fubftitue celui que les potiers appellent étain neuf ou étain doux , qu’ils vendent trente fols la livre.
- V'25 f. Le fel marin fe purifie en le diffolvant dans l’eau chaude diftillée; on le filtre par le papier gris, comme je l’ai dit en parlant du falpètre. Enfuite on met la diifolution fur le feu dans une capfule'de porcelaine bien propre, & l’on fait évaporer jufqu’à ficcité ; 011 met enfuite ce fel, qui eft très-blanc, dans un creufet couvert, pour le faire décrépiter; 011 le laiife dans le feu. jufqu’à ce que le bruit de la décrépitation foit ceffé ( af
- Dofes. Etain doux........................................I gros.
- Sel préparé......................................2 gros.
- 2)6. On commence par mettre un creufet au feu, après l’avoir couvert,' de peur qu’il ne tombe dedans du charbon ou de la cendre. Lorfque le creufet eft rouge’, 011 y met l’étain ; on le laiife ainfi jufqu’à ce qu’on juge que l’étain foit non feulement fondu, mais même qu’il foit rouge : alors on met dans le creufet, fans le retirer du feu, le double du poids de l’étain , de fel marin préparé comme il a été dit ; on a une verge de fer bien propre , dont on a fait chauffer un bout, avec laquelle on remue le mélange jufqu’au fond du creufetr afin de bien mêler l’étain fondu & le fel. O11 recouvre le creufet, que l’on continue de bien tenir entouré de charbons ardens ; on le découvre de tems en tems, pour remuer la composition avec la baguette de fer, dont le bout doit être propre & bien chaud. Lorfque l’extrémité de cette baguette qui trempe dans le creufet, commence à blanchir, c’eft une marque que la calcination eft bientôt à fon ternie : on continue cette manœuvre pendant une heure; après on retire le creufet du feu.
- 257. On écrafe la matière que l’on a tirée hors du creufet, dans un mortier de verre ou de porcelaine , & on la met dans un teft à rôtir, qui n’eft qu’un teffon des petits pots de grès dans lefquels 011 apporte du beurre de Bretagne; on le met au milieu des charbons ardens, en prenant garde qu’il n’en tombe pas dedans , & on le couvre d’une mouffle ouverte par les deux bouts. On met d’abord un peu de charbons ardens fur la mouffle pour l’échauffer, & on augmente le feu par degrés jufqu’à ce que la mouffle foit entièrement
- enfevelie dans les charbons ardens : on continue le feu de cette façon pen-
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- ( a ) Pour avoir le fel marin le plus pur tallifation ; enfuite on retire les cryftaux , qu’il eft poffible , il faut , après avoir filtré & on choifit , pour l’opération dont il s’a-la diifolution par le papier gris, la faire git, ceux qui font cryftallifés en cubes ou évaporer jufqu’à pellicule, & la mettre en trémies, dans un lieu frais, pour favorifer la cryf-
- dant
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- dant trois bonnes heures ; après quoi l’on dégage Ja mouffle du charbon qui eft autour ; on retire enfui te du feu le teft avec des pincettes.
- 25g- On trouve la matière allez dure & un peu attachée au teft; on la fait tomber avec la lame d’un couteau dans un mortier de verre ou de porcelaine , & on la broie bien long-tems avec un pilon de la même matière.
- 2^9. Lorsque la matière eft réduite en poudre , on la met dans un grand vafe de verre ou de cryltal, & on verfe dellus de l’eau filtrée très-chaude jufqu’à ce que l’eau furpaife la matière de deux ou trois doigts 5 alors on agite fortement cette eau avec une lame de verre ou de porcelaine, & tout de fuite on verfe l’eau par inclinaifon dans un autre vafe, en prenant garde de ne pas verfer ce qui fe trouve au fond : on remet de nouvelle eau chaude fur la matière qui eft reliée au fond , qu’on agite & qu’on décante eniuite, comme 011 a fait la première fois. O11 continue cette manœuvre tant que l’eau chaude devient blanche 5 on garde à part ce qui eh demeuré au fond & qui ne teint prefque plus l’eau : en broyant ce réfidu fur une glace , & rever-fa nt de l’eau chaude dellus comme ci-devant, on en tirerait encore un blanc, mais qui n’étant pas de la même fineiTe & de la même beauté que l’autre, 11e pourrait fervir que dans les mélanges des couleurs.
- 260. On laiife repofer toutes ces eaux blanches dans un vafe où on les a réunies, jufqu’à ce que la matière blanche qui les colore fe foit précipitée , & que i’eau foit devenue claire; on verfe doucement cette eau claire, & 011 remet de nouvelle eau fur le blanc qui cil relié au fond; on continue les lotions jufqu’à ce qu’on juge que la matière foit alfez édulcorée, & que les eaux aient entièrement emporté le fel ; ce que l’on apperçoit lorfque l’eau fort infipide de deffus le précipite. Ordinairement fur trois gros de matière, fur laquelle on a mis un demi-feptier d’eau , qui équivaut à huit onces , il fuffit d’avoir renouvelle cette eau cinq ou fix fois.
- 261. On tranfporte enfuite le blanc dans un grand pot de terre bien verni fie , contenant au moins deux pintes d’eau ; on verfe deiTus de l’eau diftillée jufqu’à ce qu’il foit plein, & on le fait bouillir à gros bouillons pendant deux heures , en remettant toujours de nouvelle eau chaude à la place de celle qui s’évapore; plus le pot contiendra d’eau, & mieux l’opération réuflira : on ôte le pot du feu, & on laiife repofer l’eau pendant pluiieurs heures ; après quoi on penche doucement le pot, & on décante l’eau tant qu’elle relie claire ; on verfe le relie dans un gobelet de verre , qu’on achevé de remplir avec de l’eau fraîche diftillée. On vuide cette eau lorfqu’elle eft devenue claire ,& on verfe le blanc dans une foucoupe ou dans une talfe à café : vingt-quatre heures après, quand le blanc eft tout-à-fait dépofé au fond , on applique dans le peu d’eau qui fumage , une meche de coton qu’ou a imbibée d’eau auparavant, & dont le bout qui pend hors de la talfe eft
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- plus long que celui qui efl dedans : Peau s’écoule ainfi peu à.peu, & le blanc relie fec.
- 262. Si la calcination n’a pas été allez forte, ce qui relie au fond de latalTe après toutes les lotions faites, & que l’on a mis à part, reliera d’un gris brun : alors il ne peut pas fervir ; mais lî la calcination a été bien faite , ce réfidu qu’on appelle le. marc, ell d’un gyps blanc ; dans ce cas il faut le broyer fiür la glace à broyer, en l’humeélant avec de l’eau pendant long-tems : alors il devient très-blanc ; on le lave enfuite dans plulieurs eaux, & on le fait bouillir dans un grand pot, comme on a fait le premier blanc, dont il différé très-peu pour la beauté & la bonté. Ce blanc pourrait s’employer avec avantage dans la peinture à l’huile, avec laquelle elle fe mêle très-bien.
- 263. On couvre la taffe où efl refié le blanc , avec du papier, pour empêcher la poufïiere d’y pénétrer, & on laide fécher le blane*tout-à-fait ; ou , fi l’on était preffé /on met la taffe fur un poêle, ou dans un lieu chaud, à l’abri de la pouffiere. Cette poudre broyée fur le verre à broyer, avec trois fois fon poids du fondant décrit §. 189 , donne un très-beau blanc. M. de Mon-tamy avertit, page fg de fon traité des couleurs, que l’on manquera l’opération ci-deffus, fi l’on n’a pas eu foin d’employer l’étain le plus pur & le plus fin que l’on puiffe trouver chez les marchands î fi dans la calcination il efl tombé des parcelles de charbon ou de cendre dans le creufet ou dans;: le tell ; fi le charbon fumait 8c n’était pas bien allumé avant de s’en fervir j. fi la calcination n’a pas été affez longue ni affez vive -, fi l’on 11’a pas verfé de l’eau chaude aufii-tôt après la derniere calcination , & fi on lui a laiffé le-tems de prendre l’humidité de Pair j enfin fi en dernier lieu on 11’a pas fait-bouillir le blanc dans une affez grande quantité d’eau 8c affez long-tems*. On ne faurait trop recommander dans cette opération la plus grande propreté, qu’il faut pouffer jufqu’au fcrupule.
- Pourpre.
- •264. Il faut avoir Pétain le plus pur qu’il efl poffibîe : celui de jMeîac eff ce que l’on peut avoir de mieux. On le réduit en feuilles minces , en le battant entre deux feuilles de papier avec un marteau fur un tas d’acier. O11 peut auffi employer les feuilles d’étain dont les miroitiers fe fervent pour écamer les glaces de miroir. On prend enfuite de l’or à vingt-quatre karats , s’il efl pofiible ; on le bat de même entre deux papiers pour le mettre en feuilles très-minces ; on coupe ces feuilles en petits morceaux 5 on fait dif. foudre premièrement l’or dans de l’eau régale , que l’on fait en mettant une partie de fel ammoniac bien purifié dans quatre parties d’efprit de nitre ; ou met Pefprit de nitre dans un matrasfur des cendres chaudes, & on y ajouta
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- peu à peu ce fel ammoniac par petits morceaux ; & l’on attend, pour en mettre de nouveau , que les préccdens [oient entièrement diiTous. Quand l’eau régale eft faite, on la filtre par un papier gris; on met cette eau régale dans un matras que l’on pofe fur des cendres chaudes , & on 1 aille tomber dedans l’or par petites parcelles : lorfque cet or elt diiTous , on en remet de nouveau , & toujours ainfi, jufqu’à ce qu’il en refte au fond du va fe qui relu Te de fe dilToudre.
- 26). Voici encore une autre façon de compofer une eau régale pour dilfoudre l’or. On prend de bon efprit de fel , que l’on met dans un gobelet de verre > on met dedans de petites lames d’or très-minces ; on ajoute enfuite dans ce gobelet de l’efprit de nitre goutte à goutte, en obfervant au travers du gobelet le moment où l’or commence à être attaqué, ce qui le voit lorfqu’il monte dans la liqueur de petites bulles qui partent de l’or; il faut très-peu d’efprit de nitre pour produire cet effet : on ceife alors d’ajouter de l’efprit de nitre, & l’eau régale eft faite : on y ajoute de l’or petit à petit, comme ci-deffus , jufqu’à ce que, l’eau régale en foit faturée & n’eu dilfolve plus.
- 266. La diifolution d’étain demande une attention beaucoup plus grande, parce que le fuccès de la couleur rouge produite par la précipitation de l’or, dépend abfolument de la façon dont cette diifolution elt combinée avec l’eau qu’on doit néceffairement y mêler, afin d'affaiblir le diifolvant de façon que la diifolution fe faffe lentement & fans ébullition. On fait cette eau régale propre à cette opération, en mêlant enfemble cinq parties (en poids ) de bon efprit de nitre, avec une partie d’efprit de fel : on prendra la quantité que l’on voudra de cette eau régale qu’on verfera dans un matras i on ajoutera à cette eau une double ou même une triple quantité d’eau diftillée. Ce mélange fait, on mettra dedans une feuille d’étain battue auffi mince qu’une feuille de papier , & grande comme une piece de vingt-quatre fols.
- 26j. Cet étain commencera par devenir noir, enfuite il fe mettra en pièces , & finira par fe dilfoudre avec le tems : il fe dépofera une poudre noire au fond de la bouteille : vingt-quatre heures après , on mettra dans le matras une nouvelle feuille d’étain comme la première, ce que l’on continuera ainfi pendant fix jours ; après ce tems la liqueur prendra une petite teinte jaunâtre; alors on la fera paffer à travers un papier gris dans un entonnoir de verre à filtrer ; on féparera par ce moyen la poudre noire reliée au fond de la bouteille. On mettra cette diifolution dans une bouteille bien bouchée , & on la biffera repofer deux ou trois jours,après quoi elle fera en état d’être employée.
- 268» On peut encore précipiter l’or en rouge, en mettant dans l’eau
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- régale ci delfus deux fois autant, en mefure & non en poids, d’efprit-de-vin que l’on a mis d’eau régale; on y ajoute des feuilles d’étain toutes les vingt-quatre heures, comme on a fait dans la composition précédente , à l’exception que dans celle-ci il n’en faut mettre que pendant cinq jours, pour qu’elle foit à fon point, alors on la filtre par le papier gris.
- 269. Il eft ^remarquer que les diiTolutions d’étain perdent au bout d’un certain teins la propriété de précipiter l’or en rouge, c’eft-à-dire , au bout de trois femaines ou d’un mois, Suivant le tems plus ou moins chaud ; mais lorfqu’on s’en apperçoit, il Suffit, pour la leur rendre entièrement, de mettre dedans la même quantité d’étain en feuilles que l’on en avait mis la première fois; & vingt-quatre heures après, la compofition fe trouve avoir acquis la même vertu d’opérer la précipitation rouge : ce qui peut fe réitérer autant de fois qu’elle l’aura perdue.
- 270. Il faut encore obferver qu’en ne mettant que deux mefures d’eau diftillée fur une mefure d’eau régale, la compofition, quoique très-claire quand elle eft nouvellement faite, commence quelques jours après à être trouble, & devient enfin opaque; mais dans cet état, elle n’en eft pas moins bonne à précipiter l’or en rouge ; on s’apperçoit même au bout de quelque tems , que cette compofition s’éclaircit peu à peu & redevient tranfparente comme elle était, fans plus redevenir opaque lorfqu’on eft obligé de mettre dedans de nouvel étain. Celle dans laquelle on a employé trois mefures d’eau diftillée contre une d’eau régale, n’eft pas fi fujette à devenir trouble.
- 271. Quand la diifolution a les qualités requifes pour produire fon effiet, on met un demi-poiifon , c’eft-à-dire, deux onces d’èau diftillée dans un vafe de verre ; on prend un tuyau de baromètre aifez gros, dont une des extrémités a été mife en pointe, & l’autre arrondie par le moyen du chalumeau d’un émailleur. On trempe ce tuyau par la pointe dans la diifolu-tion d’01* à une hauteur que l’on a foin de marquer avec un fil ; & tout de fuite on le tranfporte dans l’eau qui eft dans le vafe; on l’agite un peu , afin qu’il dépofe ce qu’il a emporté avec lui de la diifolution d’or ; on retourne enfuite le tube,& on le trempe par l’extrémité arrondie dans la diifolution d’étain, en l’enfonçant dedans au moins à la même profondeur que l’on a enfoncé la pointe dans la diifolution d’or ; on tranfporte tout de fuite ce tube dans l’eau du vafe, dans laquelle on a déjà mis de la diifolution d’or ; ou agite un peu l’eau, afin de lui communiquer ce que le tuyau a emporté de la diifolution d’étain. O11 nétoie ce tube; & lorfqu’on voit que la liqueur devient rouge , on remet encore de la même maniéré deux fois autant de diifolution d’étain que l’on en a mis la première fois.
- 272. C’est alors que la liqueur fe teint d’une belle couleur rouge foncée comme du gros viiu on la verfe dans un grand vafe de verre ou de cryftal $
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- on recommence à faire la même tefnture dans le premier vafe , après l’avoir bien nétoyé ; on verbe enfuite avec l’autre dans le grand vafe , quand on le croit alfez rouge. On continue cette manœuvre jufqu’à ce qu’on juge que l’on ait une bufbfunte quantité de couleur dans le grand vafe.
- 273. On lailfe repofer le tout pendant vingt-quatre heures. Lorfqu’on voit la couleur rouge bien dépofée au fond, & l’eau qui la fumage bien claire, on décante cette eau par inclinaifon jufqu’à ce que la couleur foit prête à fortir avec l’eau ; alors on remplit ce vafe avec de nouvelle eau , qu’on lailfe repofer jufqu’à ce que la couleur foit précipitée, & que l’eau qui iurnage foit claire : alors on décante cette eau comme on a fait la première fois, & on en remet de nouvelle à la place. Si le vafe eft alfez grand , il fuifit de faire cette manœuvre trois ou quatre fois. Lorfqu’on croira la couleur alfez lavée, on décantera l’eau jufqu’à ce que la couleur foit prête à fortir ; on remuera bien le vafe , & on verfera brufquement la couleur & l’eau reliante dans une talfe de porcelaine 3 on l’y laiifera repofer pendant un jour; après quoi on mettra dedans une rneche de coton, comme il a été dit §. 213 ; par ce moyen toute l’eau s’écoulera, & la couleur reliera au fond de la talfe, femblable à une efpece de gelée de grofeilles rouges ; on enlevera la meche de coton , & on laiifera fécher à l’ombre ce précipité qui diminuera prodigieufement de volume, & paraîtra comme une poudre noirâtre lorf» qu’elle fera tout-à-fait féchée. On fera tomber cette poudre fur la glace à broyer, & on la ramalfera en un petit tas ; on prendra de l’eau diftillée avec le bout du doigt, que l’on fecouera fur la couleur qu’011 broiera avec la molette pendant long-tems , ayant foin d’humeéter la couleur lorfqu’elle vient à fe trop fécher. On la laiifera enfuite fécher à l’ombre, à l’abri de la pouifere; & quand la déification fera parfaite, on la ramalfera avec un couteau à couleur.
- 274. Il ell aifé de varier la nuance de ces pourpres : on vient de décrire la manipulation qui fait ordinairement les plus beaux. Si l’on met une plus grande quantité de dilfolution d’étain , les pourpres qui en viendront feront d’un violet foncé. 11 eft poffible aulii de produire des pourpres bruns , cela dépendant de l’alliage plus ou moins grand que for ou l’étain contiennent.
- 27Î. Pour avoir un pourpre tirant fur le noir, on mettra fur un demi-poiifon d’eau ( deux onces) de la dilfolution d’or, jufqu’à ce que l’eau commence à prendre une petite couleur jaune très-légere ; on fufpendra dans cette eau avec un fil, un petit morceau d’antimoine jovial, fait avec trois parties d’étain & deux parties de régule d’antimoine; on trouve cet antimoine tout préparé chez les apothicaires; on laiifera pendant douze ou treize jours ce morceau fufpendu dans la liqueur, ayant foin de l’elfuyerde tems en tems légèrement, afin que la dilfolution d’or puille mordre deftus; après
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- quoi on retirera le morceau d’antimoine ; on verfera la liqueur & la poudre qui fera précipitée au fond, dans un plus grand vafe qu’on remplira d’eau ; lorfque la poudre fera tout-à-fait tombée au fond , & que l’eau qui fumage fe trouvera claire , on décantera cette eau claire, & l’on en mettra d’autre à la place à plufieurs reprifes , pour bien édulcorer la matière , & on achèvera le relie de l’opération comme il a été dit ci-devant pour les autres couleurs. Chacune dé ces poudres , broyées avec fix fois fon poids du fondant général, produit des pourpres de différentes nuances , & très-folides.
- 276. On aurait pu faire ces précipitations tout-d'un-coup, en employant une plus grande quantité d’eau , & k proportion plus de dilfolution d’or , &' plus de dilfolution d’étain; mais cela ferait peut-être embarralîant pour des artiftes peu accoutumés à mefurer ou à pefer des dilfolvans ; il fuffit d’avertir ceux qui voudront prendre ce parti, qu’il faut mettre plus de trois fois autant ( en mefure) de diffoiution d’étain, que de diffoiution d’or.
- Bleu,
- 277. Le fuccès de l’opération qui doit produire du bleu propre à être employé dans la peinture en porcelaine , dépend entièrement de la bonté du cobalt ; on ne peut donc apporter trop de précaution pour s’en procurer de la meilleure qualité. Pour cet effet, il faut s’en aifurer par des expériences, que l’on fait en mettant un très-petit morceau de chaque efpece de cobalt que l’on veut effayer, fans être calciné , dans de l’efprit de nitre affaibli par deux tiers d’eau ; & le meilleur fera celui qui donnera une couleur rouge à la diffoiution.
- 27g. Il ne faut pas cependant s’attendre que dans le premier inftant la diffoiution du cobalt prenne une couleur rouge: ce ne fera qu’au bout de quelques jours que la diffoiution s’éclaircira d’elle-mème , & deviendra d’un beau rouge ; & pour la faciliter, il faudra de tems à autre la mettre fur les cendres chaudes ; quand elle fera telle qu’on la defire, on décantera la liqueur en prenant garde que ce qui eft au fond du vafe ne fe mêle point. On verfe fur ce rélidu de l’eau, & de nouvel efprit de nitre, dans les proportions fufdites , c’eft-à-dire deux tiers d’eau fur un tiers d’eau-forte, que l’on fait digérer fur les cendres chaudes, comme on a fait la première fois, pour tirer encore de la teinture rouge.
- 279. On met toutes ces teintures rouges dans une taffe de porcelaine, & l’on y joint alors ( a ), fur fix gros de teinture rouge , un gros & demi de fei
- (a) Ce procédé eft de JYL Hellot. M. Ca- plus intéreffans fur la nature du borax, det, de l’académie des fciences , habile s’eft auffi exercé fur la porcelaine & fur la chymifte, à qui l’on doit un travail des couleur tirée du cobalt.
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- ai î
- marin purifié; on agite le fel avec un tuyau ou lame de verre, pour accélérer fa dilîolution ; on laide enfuite repofer le tout pendant quelque tems; on verfe la liqueur par inclinaifon , & on jette ce qui a pu relier au fond; on remet enfui te ia liqueur dans la talfe de porcelaine fur des cendres très-chaudes ; & il fe fait, après quelques heures d’évaporation , un peu de dépôt au fond de la taiTe ; il faut encore décanter la liqueur, pour jeter le dépôt qui a pu fe faire.
- 2go. Quand l’évaporation fera au point que la dilfolution commence à s’épailfir, il fe formera des cercles verds à la furface; & fi le cobalt était d’une médiocre qualité, cette couleur verte fe communiquerait à toute la liqueur à mefnre qu’elle s’épaifiirait ; alors il faut remuer le tout avec une lame de verre ou de cryllal, de peur que la compofition ne s’attache au fond de la talfe ; ce verd fe change bientôt en rouge , & le rouge en bleu.
- 2gI. Mais fi le cobalt ett de la meilleure qualité , tel que celui qui vient d’Efpagne, la couleur verte ni la rouge ne parailfent point, & la dilfolution en s’épaiifiiîant pâlie tout-d’un-coup à la couleur bleue la plus décidée. On continue de remuerions celfe avec la plus grande attention , pour détacher tout ce qui tient au fond delà talfe, juiqu’à ce que la compofition parailfe fous la forme d’un fel grainé d’un beau bleu ; alors les vapeurs nitreufes s’exhalent en grande quantité , & il eit à propos de s’en garantir, en failànc l’opération fous une cheminée. On continue de tenir le fel fur le feu & de le remuer, jufqu’à ce qu’il devienne prefque fec; car il ne fuit pas le priver totalement d’humidité ; c’elt-à-dire, qu’il faut l’ôter de déifias le feu, lorlquM n’exhalera prefque plus de vapeurs nitreufes. Il ne faut pas prelfer le feu, mais au contraire le ménager avec prudence, fur-tout vers la fin de l’opération , qui dure à peu près deux heures. On la laiife fe refroidir hir les cendres ; & quand tout eft froid , on retire la talfe que l’on expofe à l’air libre; le fel y prend un peu d’humidité, & une petite teinte de rouge, qui augmente chaque jour au point de la faire devenir prefque cramoilie ; alors il faut remettre la talfe fur les cendres chaudes , le fel y reprendra la couleur bleue dès que la chaleur s’y fera fentir. Si l’on porte la talfe fous le nez, on s’appereevra qu’il s’exale encore des vapeurs nitreufes. Il faut toujours remuer le fel bleu avec la lame de verre, fans quoi il fe mettrait en grumeaux; on le tient ainli à une petite chaleur pendant une heure, enfuite on l’expofe à l’air de nouveau pendant quelques jours. Il attire l’humidité, & la couleur rouge reparaît , mais plus lentement & en moindre quantité. On continue la même manœuvre- pendant un mois ou fix femaines * en expofant le fel alternativement fur les cendres chaudes, & enfuite à l’air froid : on s’apperçoit que les exhalaifons nitreufes diminuent à chaque fois, que Ton expofe le fel à la chaleur, & qu’à la fin on n’en fent prefque plu*
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- du tout, & que l’humidité ainfi que la couleur cramoifie reviennent plus lentement.
- 282. Par cette manœuvre réitérée, on parvient à fixer la couleur dans la baie du Tel marin, de façon qu’elle peut foutenir l’édulcoration fans qu’elle le mêle avec l’eau : ce qu’elle n’aurait pu faire , Il on l’avait édulcorée auffi-tôt après les premières déifications. Pour s’alfurer que ce Tel eft parvenu au point déliré , on peut effayer d’en mettre un peu , au fortir du feu , dans un petit valè de cryftal ou de verre j & après avoir verfé doucement de l’eau deflus, de façon qu’elle ne fumage le Tel que de trois ou quatre lignes, & l’avoir lailfé pendant une demi-heure , fi l’on voit le lèl devenir rouge fans communiquer aucune couleur à l’eau, on peut être alluré que ce fel eft en état de donner la couleur bleue fixe : mais fi l’eau fe chargeait de la couleur rouge, il faudrait continuer l’opération précédente, c’eft-à-dire , expofer de nouveau le fel alternativement fur les cendres chaudes, & à l’air froid, pendant quelque tems.
- 283. Lorsqu’on s’eft affiné, par l’elfai dont on vient de parler, que le fel peut fupporter l’édulcoration , fans que la couleur teigne l’eau, il faudra, peu de tems après l’avoir retiré de delfus les cendres , verfer doucement de l’eau par-deflus, de façon qu’elle fumage le fel d’environ un pouce3 un quart-d’heure après on décante cette première eau pour en remettre la même quantité de nouvelle, & ainfi en réitérant, jufqu’à ce que le fel qui était bleu devienne rouge.
- 284. Il arrive très-fouvent qu’en faifant chauffer & fécher ce fel rouge , comme on vient de le dire, il ne reprend que très-peu d’humidité à l’air: alors il faut verfer fur ce fel à peu près la même quantité d’eau qu’on y avait rnife d’abord, & remettre de nouvel efprit de nitre peu à peu , jufqu’à ce que la dilfolution fe refaffe de nouveau. Quand tout le fel eft diifous , on décante l’eau qui a repris la couleur rouge ; on jette ce qui s’eft dépofé au fond, & l’on commence l’évaporation, & à mettre le fel en grain, comme on a fait ci-devant, en obfervant que ce fel qui devient bleu, ait paffable-ment d’humidité lorlqu’on le tire du feu.
- 28 S- fel devient rouge aufii-tôt qu’il eft refroidi. Vingt-quatre heures après, on remet la taffe de porcelaine qui le contient, fur les cendres très-chaudes ; alors ce fel devient bleu à mefure qu’il fent la chaleur : on prend garde qu’il ne s’attache au fond de la talfe 3 on prévient cet inconvénient en le remuant avec une lame de verre à mefure qu’011 le fait chauffer. On continue à remettre ce fel fur le feu à différentes reprifes, comme on a fait la première fois 3 enfin on procédé en tout de même 3 & après en avoir fait l’effai comme il a été dit, & que l’eau 11e le teint plus en rouge, on fait fécher la couleur fur les cendres chaudes, enfuite on la met fur un teffon de porcelaine ou
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- fur un teft à rôtir, le plus mince qu’il eft pofîible ; on place le teffon au milieu des charbons ardens, de façon que les charbons foient autour fans le tou* cher, mais plus élevés que le teifon fur lequel la couleur eft placée. Dans îe moment la couleur rouge fe change en une belle couleur bleue, qui ne devient plus rouge, à moins qu’on ne la garde long-temsj & alors on lui rend la couleur bleue, en l’expofant de nouveau au milieu des charbons ardens, comme on a déjà fait. Cette couleur employée fur la porcelaine ou fur l’émail avec trois fois fon poids du fondant général, fait un très-beau bleu bien fondant, & fort facile à employer.
- 286. On ne peut pas dilfnnuler que ce bleu ne perde beaucoup de l’inten-fl té de fa couleur, lorfqu’on le broie fur l’agate avec le fondant & de l’eau, comme on a coutume de faire aux autres couleurs ; mais on peut remédier à cet inconvénient , en faifatit diffoudre dans un peu d’eau , de l’indigo ou du bleu de Pruffe, & en fecouant quelques gouttes de cette eau bleue avec le bout du doigt fur la couleur mêlée avec le fondant, afin de broyer tout enfemble > alors la couleur paraîtra , en l’employant, d’un bleu fort & approchant de celui qu’elle acquerra dans le feu : ces bleus qu’on ajoute à l’eau fe brûlent dans le feu, & ne font aucun tort au fond de la couleur bleue du colbalt, parce qu’ils font difperfés par le feu avant que le! cobalt & le fondant foient en fonte. Il y a encore un autre moyen de donner un grand éclat à ces bleus, c’eft de mettre avec le fondant & le cobalt, partie égale ou même deux fois autant que l’on a mis de cobalt, d’un très-beau bleu d’àzur, que l’on vend à Paris fous le nom àc bleu d'argent, quoiqu’il n’en foit pas tiré, & que ce ne foit qu’une préparation de cobalt faite avec plus d’étain ; cet azur fè vend un éeu le gros ; il faut feulement avoir attention d’ajouter un poids égal de fondant au poids que l’on a mis de cet azur, indépendamment des trois parties de fondant que l’on a déjà mifes avec le cobalt : ce mélange préfente à l’emploi une couleur bleue fuffifante pour pouvoir juger de celle qu’elle acquiert au feu ; ils font très-bien à tous les feux, & font fur la porcelaine ou fur l’émail un bleu auffi brillant que le plus bel outremer. Si l’on appercoit que le bleu de cobalt vienne à rougir en le gardant, c’eft une preuve qu’il contient encore trop d’acide nitreux: dans ce cas, il faut le remettre dans l’eau, comme on a déjà fait ; & après î’avoir lavé deux ou trois fois dans différentes eaux, on le fait fécher & on l’expofe de nouveau fur un teffon au milieu des charbons ardens.
- 287- Toute cette opération eft longue & ennuyeufe ; mais elle eft indil-penfable , pour pouvoir tirer du cobalt la couleur qui eft fi belle & fi fine quand elle eft entrée en vitrification ; mais qui eft en même tems fi volatile , qu’il eft facile de la perdre avant qu’elle foit en fufion. Lorfqu’on Tome FIÏL E e
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- vitrifie du cobalt, on n’a quelquefois que du noir s au lieu du bleu que foil defire ( a ).
- La couleur jaune.
- 288- On prend trois parties de plomb qu’on expofe dans une capfule de fer à un grand feu de charbon ; & lorfqu’il fera fondu , on y ajoutera une partie d’étain , qui fe réduit , à la furface du plomb , en une poudre jaune qu’on retire à mefure qu’elle fe forme. En fuite il faudra faire réverbérer cette poudre jaune qui n’cft qu’une chaux d’étain ; après cela onia mêlera & triturera avec du fel marin bien pur , & on l’expofera au feu fous une mouf-fie , comme on a fait pour les fafrans de mars ; & après l’avoir traité de la même maniéré que ces fafrans , on pourra la joindre avec le fondant géné« ral, & s’en fervir pour peindre fur l’émail & la porcelaine..
- Autre manière^
- 289. On prend un creufet que l’on met au milieu dés charbons ardens j & lorfqu’il eft chaud, on y jette deux parties de nitre; & quand ce fèl eft bien fondu, on y joint quatre parties d’étain.^ enfuite on anime le leu avec, un foufflet, & il réfulte une chaux jaunâtre que l’on lait réverbérer, 8c qu’il faut laver enfuite dans un grand nombre d’eaux pour l’édulcorer y après, quoi on la.mêle avec le fondant ,& on s’en fert pour peindre*
- Autre jaune..
- 290. Il faut prendre le beau jaune de Naples , que Ton trouve tout préparé chez les marchands de couleurs , le mêler & triturer avec le double de; fon poids de fel marin purifié, & l’expofer à un feu de charbon, de la. même maniéré que les fafrans de mars , c’eft-à-dire, pendant deux heures, & donner un grand feu fur la fin de l’opération; enfuite il faut l’édulcorer par un grand nombre, de lotions , & le faire fécher pour le mêler avec le: fondant..
- 291. “ Le jaune de Naples, félon M. de Montamy, eft une efpece de* j9 minéral, qu’on tire de la terre aux environs de Naples. Cette efpece de; M pierre , dit-il, dont il y en a de jaune plus ou moins foncé , eft très-„ poreufe, & paraît être compofée de grains de fable jaune faiblement liés; jj les uns avec les autres , puifqu’on les écrafe facilement avec le pilon r. ^ cette matière ne change point au feu, & ne fait point d’eftervefcence avec
- (a) Ifenkel,,fiora faturnifam, traduction françaife, page ço6,
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- les acides ; il y a apparence qu’elle doit être produite par quelque vol-5, -eau, O ) »
- 292. M. de Montamy s’eft trompé fur la nature de cette fubftance, qui eft un produit de l’art. M. de Fougeroux , de l’académie des Iciences, en a publié la compoiition , que j’ai rapportée dans ce mémoire , §. 230.
- Couleur jaune-citron j procédé tiré des mémoires de l'académie de Berlin , trouvé
- par M. Margraf,
- 293. On fait diiToudre une demi-once d’argent fin de coupelle, le plus pur & le plus dépouillé de cuivre qu’il eft pofîible, dans une fuffifante quantité de nitre très-pur , jufqu’au point de faturation 3 enfuite 011 dilfout dans quatre onces d’eau diftillée , une once de fel d’urine , qui fait la bafe du phofphore 3 on fait tomber cette diifolution goutte par goutte dans l’efpric de nitre , contenant l’argent diifous , qu’il faut étendre dans quatre parties d’eau 3 on continue à laiifer tomber la diifolution de ièl d’urine , jufqu’à ce qu’il ne fe précipite plus rien 3 par ce moyen 011 obtient un précipité de la plus belle couleur de citron , qu’il faut enfuite traiter avec le fel marin, de édulcorer comme il a été dit ci-devant.
- Maniéré <£obtenir le fel d'urine , nécejfaire à C opération précédente-
- '294. Il faut amalfer une grande quantité d’urine de perfonnes faines; on î’expofera à une chaleur modérée pour la faire putréfier 3 enfuite on la fera bouillir lentement dans des vafes de terre vernilïes, jufqu’à ce que l’urine prenne la confiftance de lirop 3 on les portera dans un lieu frais pour faciliter la cryftallifdtion : au bout d’un mois , & même plus tôt, on aura des •cryftaux que l’on diifoudra dans de l’eau chaude diftillée 3 on filtrera la dilfo-lution toute chaude par le papier gris, & l’on fera évaporer & recryftal-îifer comme ci-devant, répétant cette opération jufqu’à ce que les cryftaux fioient parfaitement blancs, & fans aucune odeur : 120 pintes d’urine donnent à peu près trois ou quatre onces de fel.
- (*?) Voyez, les mémoires fur différent fujets, par M. de Montamy, page 260;
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- R AP P 0 RT fait par les commiffaïres nommés par Tacadémie royale des fciences, pour examiner un mémoire fur la porcelaine d'Allemagne, lu dans une des féances de ladite académie le 13 février 1771.
- IWessi eurs de Laffone , Macquer & moi ( M. Sage ), commiffaires nommés par l’académie , avons examiné utv mémoire fur la porcelaine £ Al» lemagne, connue fous le nom de porcelaine de Saxe, que AL le comte de IVIilly a lu dans une de nos féances particulières.
- 296. L’objet de l’auteur eft de décrire en entier, & fans nulle réferve » tout l’art de préparer cette belle porcelaine d’Allemagne ; & fan but eft l’utilité publique. Ses defcriptions font exa&es & bien détaillées > les procédés qu’il donne ont toute la clarté & la précifion requifes.
- 297. Pour la compofition de la porcelaine d’Allemagne , on n’emploia que quatre fub.ftances ; favoir, l’argille blanche, le quartz blanc , des teifons de porcelaine blanche, & du gyps calciné. On fait en différentes proportions trois, mélanges , fuivant la place que la porcelaine doit occuper dans le laboratoire du fourneau, où l’intenfité du feu varie. La quantité d’ar-gülc qu’on emploie eft toujours la même; celle des teifons, du quartz & du gyps font différentes; & M. le comte de Milly détermine toutes les différences avec la plus grande précifion pour tous les cas.
- 298- On fait calciner le gyps ; enfuite on le mêle avec Pargille purifiée, les teifons & le quartz réduits en poudre très-fine. On forme du tout, avec de l’eau de pluie , une pâte qu’on laide en macération pendant fix mois; elle devient bleue , & prend une odeur fétide: on doit l’attribuer au foie de foufre qui fe forme dans le tems de la déco.mpofition du gyps. $1. le comte de Milly remarque que l’on conferve toujours de l’ancienne pâte pour fervir de ferment à la nouvelle.
- 299. Pour préparer la couverte , on emploie les mêmes matières, c’eft-à-dire , le quartz, les teifons de porcelaine blanche, & les cryftaux de gyps calcinés : on fait trois compofitions de couverte en différentes proportions, pour être appliquées fur les trois bifeuits relativement aux différences de l’intenfité du feu qu’on leur fait éprouver. Les matières de la couverts font aufîi foumifes à une macération pareille à celle qu’on pratique pour la compofition du bifeuit.
- 300. On applique la couverte, en plongeant le bifeuit dans un vafe rempli d’eau , qui tient fufpendues les matières néceffaires ; ces matières , par cette raifon , doivent être alkoolifées , c’eft-à-dire, réduites en poudre finpalpable. Les pièces féchées * on les fait cuire dans Ip fourneau de por«
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- celaine. On a foin de fuivre l’ordre de la composition, pour placer les galettes dans le laboratoire du fourneau.
- 301. Pour ne rien laiifer à delirer , M. le comte de Milly a donné le plan du fourneau détaillé dans toutes fes parties, avec les proportions exaltes. Ce fourneau, comme nous l’avons déjà dit , a l’inconvénient de produire trois diiférens degrés de chaleur dans le laboratoire : ce qui exige trois différentes composions. MM. de Montigny & Macquer, à qui le gouvernement a confié les travaux de la manufacture de Seve, ont faiç. conftruire un fourneau où le degré de feu efl par-tout égal, ce qui épargne la peine de faire trois comportions différentes : ils ont fait de plus, en employant le kaolin que leur a procuré M. de Bertin, miniftre éclairé, & directeur de cette manufacture , une nouvelle compofition, d’où a réfulté une porcelaine qui a été mife fous les yeux de l’académie , & qui réunit tous les caraCteres des plus belles & des meilleures porcelaines connues.
- 302. Le mémoire de M. le comte de Milly nous paraît mériter des éloges fur tous les points, & nous le croyons digne d’ètre imprimé dans le recueil des favans étrangers.
- EXTRAIT des regijlres de l'académie royale des fciences, du 20 février 1771.
- MM. de Laffone, Macquer & Sage, qui avaient été nommés pour examiner un écrit fur la porcelaine d'Allemagne, connue fous le nom de porcelaine de Saxe, lu dans les affemblées de l’académie par M. le comte de Milly, en ayant fait leur rapport, l’académie a jugé cet ouvrage digne de Pimprefïion ; en foi de quoi j’ai ligné le préfent certificat. A Paris * le 23 février 1771.
- GrANDJEÆlN DE F OU CHY , ficret aire perpétué de t académie royale des fciences.
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- EXTRAIT des regifires de ï académie royale des fciences, du 27 novembre 1771.
- 303-^'ous avons examiné par ordre de l’académie, MM. de Laffone, Macquer & moi (M. Sage), le mémoire de M. le comte de Milly, fur les couleurs pour la peinture en porcelaine : cet ouvrage elt deftiné à fervir de fuite au mémoire fur la maniéré de préparer la porcelaine de Saxe , dont nous avons rendu compte à l’académie le 20 février de cette année.
- 304. Dans ce dernier mémoire , M. le comte de Milly donne la maniéré de préparer les principales couleurs, décrit les fondans qu’on emploie en Saxe, & qui fervent à donner de la liaifon & de l’éclat aux différentes chaux métalliques ; enfui te il parie des véhicules qui fervent à les appliquer à la furface de la porcelaine.
- 305. L’huile effentielle de térébenthine , fuivant l’auteur de ce mémoire, eft le véhicule auquel on doit donner la préférence j mais comme cette huile éthéréeeff très-fluide, M. le comte de Milly prefcrit, pour lui donner la confifl. tance convenable , de la diftiller au bain-marie. Par cette diffillation, on en retire l’huile la plus fluide : celle qui refte dans la cucurbite s’eft épaiflîe , & eft propre à être employée pour fervir de mordant ; fi elle était trop épaiffe , 011 lui rendrait la fluidité néceffaire , en y mêlant de l’huile éthérée. Ce procédé nous paraît préférable à l’épaiffiffement fpontané de l’huile effentielle de térébenthine expofée à l’air.
- 306. Le fondant eft compofé de borax calciné, de nitre & de verre blanc,' dans la compofition duquel on s’eft affuré qu’il n’eft point entré de plomb. M. de Milly dit qu’on ne peut point prefcrire la quantité de fondant qu’on doit employer, qu’elle dépend de la nature des couleurs , & qu’il faut le? effayer & en tenir regiftre, pour l’employer enfuite avec fuccès.
- 307. M. de Milly décrit différentes maniérés de divifer l’or qu’on peut appliquer fur la porcelaine ; 1 °. l’amalgame ; 2°. la précipitation de l’or diffous dans l’eau régale faite fans fel ammoniac par l’alkali fixe ; 30. la divifion de l’or en feuilles par le moyen de la trituration avec du fucre candi.
- 308* Ensuite il donne la maniéré de .préparerles couleurs primitives, le rouge, le bleu, & le jaune, qui par leur mélange donnent naiffance aux autres couleurs.
- 309. M. de Milly prépare les couleurs pourpres , le violet &le brun foncé, que les Allemands nomment femê, avec de l’or diffous dans de l’eau régale, & de l’argent diffous dans de l’acide nitreux} il dit que la couleur de ces préci-
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- pités varie fuivant la quantité d’étain qu’on a mis dedans pour les obtenir» On ne fait point entrer d’argent dans la préparation du ferné.
- 310. On trouve dans le même mémoire un moyen de préparer un beau rouge avec le fer ; pour le fixer il fuffit d’avoir eu foin de le calciner avec deux parties de fel marin.
- 311. Pour préparer la couleur noire, M. le comte deMilly emploie parties égales de cobalt, de cuivre fulfuré & de terre d’ombre. Le brun fe fait avec de la terre d’ombre, & le verd avec du cuivre. Telles font les couleurs que M. le comte de Milly a décrites; il prépare fon jaune comme M. de Fougeroux , qui a rendu publique cette préparation.
- 312. M. de Milly parle enfuite de la maniéré de broyer les couleurs avec le fondant, & del’ufage des inventaires , qui font des morceaux de porcelaine blanche , fur lefquels on elfaie les couleurs pour déterminer leur ton»
- 3i3* M. le comte de Milly termine ce fécond mémoire par les deferip-tions des mouffles & du fourneau où l’on doit parfondre les couleurs qu’on a appliquées fur la porcelaine.
- 314. Nous avons trouvé dans cet ouvrage , le même ordre, la même précifion & la même exa&itude que dans le premier mémoire ; il nous paraît digne d’être pareillement imprimé parmi ceux des favans étrangers» Signé, Macquer , Lassone & Sage»
- Je certifie le préfent extrait conforme à fon original, 6* au jugement de Vacadémie ; à Paris , le 2.8 novembre lyyi. Signé, GRANDJEAN DE F0UCHY,1 fecretaire perpétuel de tacadémie royale des fciences,
- ' ...............................y-r====g»
- EXTRAIT DE VALLERIUS.
- Sur la terre à porcelaine , & fur la porcelaine.
- Syftema mineralogicum, tome I, Stokolm, 1772, page 51 & furni
- 31 y. 9, Argilla apyra, pura 9macra. Argilla porcellana,.
- Argilla apyra arida. Linn. hifi. 200, I.
- Terra porcellana pur a. Cronft. 78 , I.
- En fuédois , Aekta P orcel'ànslera»
- En français , Argille à porcelaine : terre à parcelaine3 B0marre?
- 83,49-
- En allemand, aechte Porceliinerde*
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- 3 \6. Elle eft maigre au toucher ; fa couleur varie; elle devient très-blanche & très-dure à la calcination. Si l’on pouffe le feu encore plus fort , elle eft tellement amollie, q>. en confervant fa forme , elle forme une fubftance pref. que vitreufe , & elle acquiert ta dureté de la pierre, fans cependant pouvoir être mife en pleine fufion. Au foyer d’un miroir ardent, elle fe pulvérife.
- 317. a) Argilla porcellana cohcerens , alba : terre à porcelaine b'anche & cohérente : Zufammenhangender veijfer P. T. Cette elpece eft douce au toucher î c’eft la terre à porcelaine du Japon & de Saxe.
- F) Argilla porcellana cohærens , incarnata: terre à porcelaine couleur de chair & cohérente : Zufammenhangenderfeifchfarbiget P, T. C’eft avec cette efpece que l’on fait la plus belle porcelaine de Saxe ( 25 ). Elle acquiert au feu une grande blancheur} ce qui prouve fans répliqué, que fa couleur n’eft pas métallique , mais volatile. c) Argilla porullana farinacea, para : terre à porcelaine farineufe , pure. Mehliger reiner Porcellim-Thon. Cette troifieme variété eft plus difficile à travailler que les deux autres. On la trouve à Weftfilfberg dans le Weftmanland en Suede, à Boferrip dans la Scanie, & ailleurs dans les lieux où il y a des mines de charbon de pierre.
- <P) Argilla porcdlana farinacea, micans ; terre à porcelaine brillante. Glimmeriger Porcelan-Thon.
- Argilla porcellana farinacea , atomis nitidis. Linn. 200,3.
- 318- C’est la terre à.porcelaine de la Chine. Elle n’eft pas graffe au toucher, elle eft parfemée de petits atomes brillans,qui font comme du mica pilé. J’ignore Ci ces particules fe trouvent naturellement dans la terre, ou Ci on les y ajoute par un effet de l’art. AL de Réaumur, menu de Paris , 1727, dit que cette terre eft une matière talqueufe pulvérifée.
- Obfervations fur la porcelaine.
- 319. Les qualités qui font le principal mérite de la porcelaine font i°. une forme élégante, un extérieur brillant, & de belles proportions. 2‘\ Une apparence vitreufe, une couleur blanche , une demi-tranfparence, mais non la eonfiftance du verre, elle doit approcher davantage de la pierre } on peut la confidérer comme une demi-vitrification. 30. Elle doit pouvoir contenir fuc-ceflivement des liqueurs très-chaudes & très-froides, fans que cela les faffe fauter. 4”. Elle doit tenir au feu fans fe fondre. La caffure doit être d’un beau blanc brillant, ou blanc de lait.
- (20 Wallérius fuit ici l’opinion défendre dans une brochure publiée à Berlin,
- & dont M. Schreber fait mention dans fa traduction allemande,
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- 320. Pour lui donner toutes ces qualités, il faut i°. de l’argille pure & réfractaire. 2°. Cette argille réfractaire de fa nature, doit être amollie , amenée' à une forte de fluidité, en y ajoutant une matière fufible.
- 321. Un mélange tout-à-fait vitrifiable, que l’on appelle communément. frku, produirait cet elfet, Ci 011 l’ajoutait dans la proportion convenable i mais 011 n’obtiendrait par là que des vaifleaux de verre, qui fe fondent à un feu violent, & qui ne fouffrent pas la tranfition fubite du froid au chaud Oeil par cette raifon qu’on appelle la porcelaine faite de cette maniéré , porcelaine vitreufe, ou faujfe porcelaine. On peut rapporter à cette cîalfe, la porcelaine de Réaumur, qui fe fait par la cémentation, avec du verre ordinaire & du gyps pulvérifé ( 26). On peut encore y joindre la porcelaine de Bresiau, qui le fait avec de la chaux-vive & des cendres de fougere (27), fins parler de plulieurs autres. Une certaine quantité de terre, ou de pierre fufible, mêlée avec l’argille , peut produire une forte de vitrification qui conferve la forme de l’argille. On peut en former des vafes qui réfiftent au feu , & qui fouffrent le paflage fubit du froid au chaud. On obtient la même chofe du mélange de l’argille avec une fubftance gypfeufe ou calcaire, qui devient plus ou moins fufible , fuivant les dofes. Si l’on s’en rapporte aux relations qui exiftent, les Chinois emploient, pour faire leur porcelaine , de l’argille très-fine qu’ils nomment kaolin, & qui n’eft autre chofe que cette terre réfraélaire décrite ci-deifus. Ils la mêlent avec une pierre pulvérifée qu’ils appellent pé-tun-tfé. On ignore quelle pierre ce peut être. M. Scheflfer (28) conjecture que le pé-tun-tfé des Chinois eft un gyps fpatheux, lequel confervant fes propriétés calcaires , forme , avec l’argille réfraétaire, dans le fourneau de fufion , une maffe demi-tranfparente, qui reifemble à la porcelaine par fa belle couleur d’un blanc de lait. Mais cette obfervation n’eft pas conforme aux expériences de M. de Réaumur, qui croit que le pé-tun-tfé eft une pierre fufible. Quoi qu’il en foie, puifque la porcelaine, dans fon état de demi-vitrification, eft plus eftimée à meiure qu’elle eft plus compacte & d’un plus beau blanc , on peut en conclure que l’argille renferme quelque propriété calcaire , ou que la poudre nommée pé-tun-tfé eft propre à donner ou à conferver cette blancheur.
- (26) La porcelaine de Réaumur ne fern- le contraire de celle dont parle ici M. Wal-ble pas appartenir à cette claffe. Ce n’eft lérius,
- plus un véritable verre , comme la faufle (27) Voyez Brefslauer Sammlungen, porcelaine dont on parle ici ; elle n’a pas la oétobre 1717, p. 24?. _ même fufibilité : elle fouffre la tranfition (üg ) Mémoires de f académie royale de rapide du froid au chaud, ce qui eft tout Suede^ ann. 175$ , page 220,
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- àî5 A RT D E LA PORCELAINE
- <- I .....-.J.ag- II . - ~=z=r.^ffê=—=Z.ja-L.!-- ntii.
- MÉMOIRE
- Sur ta porcelaine de la Chine, par le P. d'Entrecolles.
- 322. Tout ce qu’il y a à favoir fur la porcelaine , fe réduit à ce qui entre dans, fa compofition, & aux préparatifs qu’on y apporte, aux différentes eipeces de porcelaine, & à la maniéré de les former ; à l’huile qui lui donne de l’éclat, & àfes qualités ; aux couleurs qui en font l’ornement, & à l’art de les appliquer; à la cuiffon & aux mefures qui fe prennent pour lui donner le degré de chaleur qui lui convient. Enfin on finira par quelques réflexions fur la porcelaine ancienne, fur la moderne, & fur certaines chofes qui rendent impraticables aux Chinois des ouvrages dont on a envoyé & dont 011 pourrait envoyer des définis. Ces ouvrages, où il eft impofiible de réufiirà la Chine , fe feraient peut-être facilement en Europe , fi l’on trouvait les mêmes matériaux. La matière de la porcelaine fe compofe de deux fortes de terre » Tune appelléepé-tun-tfé, & l’autre qu’on nomme kaolin ; celle-ci eft parfemée de corpuscules qui ont quelque éclat, l’autre eft fimplement blanche & très-fine au toucher. En même tems qu’un grand nombre de greffes barques remontent la riviere de Io-at-che ou à King-te-tching, pour fe charger de porcelaine, il en defeend de Ki-mu-en prefque autant de petites , qui font chargées, de pé-tun-tfé & de kaolin réduit en forme de briques ; car King-te-tching 31e produit aucun des matériaux propres à la porcelaine.
- 323. Les pé-tun-tfé , dont le grain eft fi fin , 11e font autre chofe que des. •quartiers de rochers qu’on tire des carrières , & auxquelles on donne cette forme. Toute forte de pierre n’eft pas propre à former le pé-tun-tfé : autrement il ferait inutile d’en aller chercher à vingt ou trente lieues de la province voifine. La bonne pierre, difent les Chinois, doit tirer un peu fur le verd.
- 324. Voici quelle eft la première préparation: on fe fert d une maffuç de fer pour brifer ces quartiers de pierre , après quoi on met les morceaux brifés dans des mortiers ; & par le moyen de certains leviers , qui ont une tête de pierre armée de fer, on achevé de les réduire en une poudre très-fine. Ces leviers jouent fans ceffe , ou par le travail des hommes, ou par le moyen de l’eau , de la même maniéré que font les martinets dans les moulins, è papier- O11 jettfcenfuite cette poulfiere dans une grande urne remplie d’eau,. & on la remue fortement avec une pelle de fer. Quand 0,11 la lailfe repofçr quelques momens , il fumage une efpece de crème épaiffe, de quatre à cinq doigts ; 011 la leve & on la verfe dans un autre vafe plein d’eau. On agite aiuft piufieurs fois l’eau, de la premiers urne, recueillant à chaque fois i§
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- nuage qui s’eft formé, jufqu’à ce qu’il ne reftc plus que le gros marc que fon poids précipite d’abord : on le tire Sc on le pile de nouveau.
- 325. Au regard de la fécondé urne", où a été jeté ce que l’on a recueilli de la première , 011 attend qu’il fe foit formé au fond une efpece de pâte. Lorfquc l’eau paraît au-detfus fort claire, on la verfe par inclinaifou, pour ne pas troubler le iédiment ; & l’on jette cette pâte dans de grands moules propres à la fécher. Avant qu’elle foit tout-à-fait durcie, 011 la partage en petits carreaux qu’011 acheté par centaines. Cette figure & fa couleur lui ont fait donner le nom de pé-tun-tfé.
- 326. Les moules où fe jette cette pâte, font des efpeces de cailles fort grandes & fort larges 5 le fond eft rempli de briques placées félon leur hauteur, de telle forte que la fupcrficie foit égale. Sur le lit de briques ainii rangées , on étend une grofîe toile qui remplit la capacité de la caille ; alors on y verfe la matière, qu’on couvre peu après d’une autre toile , fur laquelle on met un lit de briques couchées de plat les unes auprès des autres. Tout cela fertà exprimer l’eau plus promptement, fans que rien fe perde de la matière de la porcelaine, qui, en fe durcilfant , reçoit aifément la figure des briques.
- 327. Il n’y aurait rien à ajouter à ce travail, files Chinois 11’étaient pas accoutumés à altérer leurs marchandifes ; mais les gens qui roulent de petits grains de pâte dans de la pouiliere de poivre, pour les en couvrir & les-mêler avec du poivre véritable, n’ont garde de vendre les pé-tun-tfé fans y mêler du marc ; c’eft pourquoi on eft obligé de les purifier encore à King-te-tching , avant de les mettre en œuvre.
- 328- Le kaolin qui entre dans la compofition de la porcelaine, demande un peu moins de travail que le pé-tun-tfé : la nature y a plus de part. On en trouve des mines dans le fein des montagnes qui font couvertes au-dehors d’une terre rougeâtre. Ces mines font alfez profondes : 011 y trouve par grumeaux la matière en queftion, dont on fait des quartiers en forme de carreaux, en obfervant la même méthode que j’ai remarquée par rapport au pé-tun-tfé. Le pere d’Entrecolles n’eft pas éloigné de croire que la terre blanche de Malthe , qu’on appelle de Saint-Paul, aurait dans fa matrice beaucoup de rapport avec le kaolin, quoiqu’on n’y remarque pas les petites parties argentées dont eft femé le kaolin.
- 329. C’est du kaolin que la porcelaine tire toute fa fermeté : il en eft comme les nerfs. Ainfi c’eft le mélange d’une terre molle, qui donne de la force aux pé-tun-tfé, lefquels fe tirent des plus durs rochers. Ou dit que des négocians Européens ont fait acheter des pé-tun-tfé pou-r faire de la porcelaine ; mais que n’ayant point pris de kaolin , leur entreprife échoua.
- 330. On a trouvé une nouvelle matière propre à entrer dans la compofi-
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- tion de la porcelaine; c’eft une pierre ou une efpece de craie qui s'appelle hoa-ché, Les ouvriers en porcelaine fe font avifcs d’employer cette pierre à la place du kaolin. Peut-être que tel endroit de l’Europe où l’on ne trouvera point du kaolin, fournirait de la pierre hoa-ché. Elle fe nomme hoa, parce-qu’elîe eft glutineufe & qu’elle approche en quelque forte du fa von.
- 331. La porcelaine faite avec le hoa-ché eft beaucoup plus chere que l’autre : elle a un grain extrêmement fin ; & pour ce qui regarde l’ouvrage du pinceau , fî on la compare à la porcelaine ordinaire , elle eft: à peu près ce qu’eft le vélin au papier. De plus , cette porcelaine eft d’une légéreté qui fur-prend une main accoutumée à manier d’autres porcelaines : auffi eft-elle beaucoup plus fragile que la commune; & il eft difficile d’attraper le véritable degré de fa cuite. Il y en a qui ne fe fervent pas du hoa-ché pour faire le corps de l’ouvrage ; ils fe contentent d’en faire une colle aflèz- déliée, où ils plongent la porcelaine quand elle eft feche, afin qu’elle en prenne une couche avant de recevoir les couleurs & le vernis : par-là elle acquiert quelque degré de beauté.
- 332. Mais de quelle maniéré met-on en œuvre le hoa-ché ? C’eft ce qu’il faut expliquer. i°. Lorfqu’on l’a tiré de la mine, on le lave avec de l’eau de rivière ou de pluie-, pour en féparer le refte de la terre jaunâtre qui y eft attachée. 2“*. On le brife , on le met dans une cuve d’eau pour le dilfoudre > & on le prépare en lui donnant les mêmes façons qu’au kaolin. On allure qu’on peut faire de la porcelaine avec le fèul hoa-ché préparé de la forte & fans aucun mélange; cependant l’ufage eft de mettre fur huit plats de hoa-ché deux plats de pé-tun-tfë, & pour le refte on procédé félon la méthode: qui s’obferve quand on fait la porcelaine ordinaire avec le pé-tun tfé & le kaolin. Dans cette nouvelle efpece de porcelaine ,1e hoa-ché tient fa place du kaolin ; mais l’un eft beaucoup plus cher que l’autre. La charge de kaolin ne coûte que vingt fols , au lieu que celle du hoa-ché revient à un écu ; ainfit il n’eft pas fùrprenant que cette forte de porcelaine coûte plus que la commune.
- 333. Il faut encore faire une obfervation fur le hoa-ché. Lorfqu’on l’a pré-
- paré & qu’on l’a difpofé en petits carreaux femblubles à ceux du pé-tun-tfé 9 on délaie dans l’eau une certaine quantité de ces petits carreaux , & l’on ea forme une colle bien claire ; enfuite on y trempe le pinceau , puis on trace fur la porcelaine divers deffins ; après quoi, lorfqu’eîie eft lèche, on lui donne, le vernis. Quand la porcelaine eft cuite, on apperçoit ces deifms qui font d’une blancheur différente de celle qui eft fur le corps de la porcelaine. Il femble que ce foit une vapeur déliée, répandue fur la furface, Le blanc. d& hoa-ché s’appelle, le blanc d’ivoire> ftang-ya--pé*. ,,
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- 334. On peint des figures fur de la porcelaine avec du ché-kao, qui eft une efpece de pierre ou de minéral femblable à l’alun, de même qu’avec le hoa-ché , ce qui lui donne une efpece de couleur blanche ; mais le ché-kao a cela de particulier , qu’avant de le préparer comme le hoa-ché, il faut le rôtir dans le foyer -, après quoi on le brife, & 011 lui donne les mêmes façons qu’au hoa-ché : on le jette dans un vafe plein d’eau ; on l’y agite, 011 ramaife à diverfes reprifes la crème qui fumage ; & quand tout cela eft fait, on trouve une maife pure, qu’on emploie de même que le hoa-ché purifié.
- 33S- Le ché-kao ne faurait fervir à former le corps de la porcelaine 5 on n’a trouvé jufqu’ici que le hoa-ché, qui put tenir la place du kaolin & donner de la folidité à la porcelaine. Si, à ce qu’on dit, l’on mettait plus de deux plats de pé-tun-tfé fur huit plats de hoa-ché, la porcelaine s’affaiiferait en la cuifant, parce qu’elle manquerait de fermeté, ou plutôt que fes parties ne feraient pas fuffifamment liées enfemble.
- 336. Outre les barques chargées de pé-tun-tfé & de kaolin, dont le rivage de King-te-tching eft bordé, 011 en trouve d’autres remplies d’une fubltance blanchâtre & liquide ; cette lubftance eft l’huile qui donne à la porcelaine fa lÿancheur & fou éclat j en voici la compolition. Il femble que le nom chinois yeau , qui fe donne aux différentes fortes d’huile , convient moins à la liqueur dont je parle , que celui de tfi, qui lignifie vernis. Cette huile ou ce vernis fe tire de la pierre la plus dure i ce qui n’eft pas furpre-nant pour ceux qui prétendent que les pierres fe forment principalement des fels & des huiles de la terre, qui fe mêlent & qui s’unifient étroitement enfemble.
- 337. Quoique l’efpece de pierre dont fè fait le pé-tun-tfé puiffe être employée indifféremment pour en tirer de l’huile, on fait choix pourtant de celle qui eft la plus blanche , Sc dont les taches font les plus vertes. L’hiftoire de.Feou-Léang, dit que la bonne pierre pour l’huile eft celle qui a des taches femblables à la couleur de feuilles de cyprès, ou qui a des marques roulfes fur un fond un peu brun , à peu près comme la linaire.
- 338- Il faut d’abord bien laver cette pierre , après quoi on y apporte les mêmes préparations que pour le pé-tun-tfé. Quand on a dans la fécondé urne ce qui a été tiré de plus pur de la première, après toutes les façons ordinaires, fur cent livres ou environ de cette crème on jette une livra de ché-kao , qu’on a fait rougit au feu & qu’on a pilé. C’eft comme la pefure qui lui donne de la confiftance, quoiqu’on ait foin de l’entretenir toujours liquide.
- 339. Cette huile de pierre ne s’emploie ramais feule : on y en mêla une autre , qui en eft comme l’aine. On prend de gros quartiers de chaux vive j fur lefquels on jette avec la main un peu d’eau , pour les difibudra
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- & les réduire en poudre. Enfuite on fait une couche de fougere feche,’ fur laquelle on met une autre couche de chaux amortie. On en met ainli plufieurs alternativement les unes fur les autres ; après quoi on met le feu à la fougere. Lorfque tout eft confumé, l’on partage ces cendres fur de nouvelles couches de fougere feche. Cela fe fait cinq ou fix fois de fuite : on peut le faire plus fouvent, & l’huile en eft meilleure.
- 340. Autrefois, dit l’hiftoire de Feou-Léang, outre la fougere , 011 y
- employait le bois d’un arbre dont le fruit s’appelle je-tfé. A en juger par l’âcreté du fruit quand il n’eft pas mur, & par fon petit couronnement, il femble que c’eft une efpece de neffle. O11 ne s’en fert plus maintenant, apparement parce qu’il eft devenu fort rare : peut-être eft-ce faute de ce bois que la porcelaine moderne n’eft pas fi belle que celle des premiers tems. La nature de la fougere & de la chaux contribue auffi à la bonté de l’huile. ’
- 341. Quand on a des cendres de chaux & de fougere jufqu’à une certaine quantité , 011 les jette dans une urne remplie d’eau. Sur cent livres il faut y dilfoudre une livre de che-kao, bien agiter cette mixtion , enfuite la Lifter repofer jufqu’à ce qu’il paraiife fur la furface un nuage ou une croûte , qu'on ramafle & qu’on jette dans une urne; & cela à plufieurs re-prifes. Quand il s’eli: formé une efpece de pâte au fond de la fécondé urne, 011 en verfc l’eau par inclinaifon; 011 eonferve ce fond liquide, & c’eft la fécondé huile qui doit fe mêler avec la précédente. Par urfjufte mélange, il faut que ces deux efpeces de purée foient également épailfes. Afin d’en juger, on plonge à diverfes reprifcs dans l’une & dans l’autre, de petits carreaux depé-tun-tfé; en les retirant, on voit fur leur fuperficie li l’épaiftîftement eft égal de part & d’autre. Voilà ce qui regarde la qualité de ces deux fortes d’huile.
- 342. Pour ce qui eft de la quantité , le mieux qu’on puiffe faire , c’eft de mêler dix mefures d’huile de pierre avec une mefure d’huile faite de cendres de chaux & de fougere : ceux qui l’épargnent, n’en mettent jamais moins de trois mefures. Les marchands qui vendent ces huiles, pour peu qu’ils aient d’inclination à tromper, ne font pas fort cmbar-raftés à en augmenter le volume: ils n’ont qu’à jeter de l’eau dans cette huile ; & pour couvrir leur fraude , y ajouter du clü-kao à proportion , qui empêche la matière d’être trop liquide.
- 343. Il y a une efpece de vernis qui s’appelle tfi-Viti-yeou , c’eft-à-dire, vernis d’or bruni. G11 pourrait le nommer plutôt vernis de couleur de bronze, de couleur de cafFé , ou de couleur de feuille morte. Ce vernis eft d’une invention nouvelle : pour le faire, on prend de la terre jaune commune, on lui donne les mêmes façons qu’au pc-tun-tfè; quand cette
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- ferre eft préparée, on n’emploie que la matière la plus déliée, qu’on jette dans l’eau, & dont on forme une efpece de colle aufii liquide que le vernis ordinaire, appelle pe-yeou , qui fe fait de quartiers de roche. Ces deux vernis, le tji-kin 8c le pe-yeou , fe mêlent enfemble, & pour cela ils doivent être également liquides. On en fait l’épreuve, en plongeant un pé-tun-tfé dans l’un & dans l’autre vernis. Si chacun de ces vernis pénetrre fou pé-tun-tfé, on les juge également liquides & propres à s’incorporer enfemblç.
- 344. On fait aufii entrer dans le tfi-kin, du vernis ou de l’huile de chaux & de cendres de fougere, préparée, & de la même liquidité que le pe-yeou T mais ou mêle plus ou moins de ces deux vernis avec le tfi-kin , félon qu’011 veut que le tfi-kin foit plus foncé on plus clair* C’eft ce qu’on peut connaître par divers elfais : par exemple , on mefure deux talfes de pe-yeou ; puis fur quatre taifes de cette mixtion de tfi-kin & de' pe-yeou, on mettra une taife de vernis fait de chaux de fougere.
- 345. Il y a peu d’années qu’on a trouvé le fecret de peindre en violet, 8c de dorer la porcelaine : on a eilayé de faire une mixtion de feuilles d’or avec le vernis & la poudre de caillou, qu’on appliquait de même qu’on applique le rouge à l’huile ; cette tentative n’a pas réuifi , & l’on a trouvé que le vernis tfi-kin avait plus d’éclat.
- 3460 II a été un tems que l’on faifait des talfes, auxquelles on donnait par-dehors le vernis doré , & par-dedans le vernis blanc. O11 a varié dans la fuite ; & fur une taife ou fur un vafe qu’on voulait vernilfer de tfi-kin, on appliquait en un ou deux endroits un rond ou un quarré de papier mouillé: après avoir donné le vernis, 011 levait le papier, & avec le pinceau on peignait en rouge, ou en azur, cet efpace non vernis. Lorf-que la porcelaine était feche, on lui donnait le vernis accoutumé , foit en le fouillant, foit d’une autre maniéré. Quelques-uns rempîilfent les efpacês vuides , d’un fond tout d’azur , ou tout noir, pour y appliquer la dorure après la première cuite» C’eif fur quoi l’on peut imaginer diverfes combinaifons.
- 317. Avant que d’expliquer la maniéré dont cette huile ou-plutôt ce vernis s’applique, il efi; à propos de décrire comment fe forme la porcelaine. Je commence d’abord par le travail qui fe fait dans les endroits les moins fréquentés de Kin-te-tching. Là, dans une enceinte de murailles, on bâtit de vaftes appentis, où l’on voit étage far étage un grand nombre d’urnes de terre. C’eff dans cette enceinte que demeurent & travaillent un infinité d’ouvriers , qui ont chacun leur tâche marquée. Une piece de porcelaine, avant d’en fortir pour être portée au fourneau, paife par les mains de plus de vingt perfonnes, & cela fans confufion. On a fuis doute éprouvé que l’ouvrage fe fait ainfi beaucoup plus vite.
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- 348. Le premier travail confifte à purifier de nouveau le pé-tun-tfé & le kaolin, du marc qui y relie quand on le vend. O11 brife les pé-tun-tfe, & on les jette dans une urne pleine d’eau ; enluite, avec une large fpattde, on achevé, en les remuant, de les diffoudre. On les laifle repo-fer quelques momens ; après quoi on ramaife ce qui fumage, & ainfi du refte, de la maniéré qu’il a été expliqué ci-deifiis.
- 349. Pour ce qui elb des pièces de kaolin, il n’eft pas hécelfaire de les brifer : 011 les met tout Amplement dans un panier fort clair, qu’on enfonce dans une urne remplie d’eau ; le kaolin s y fond de lui-même. 11 relie d’ordinaire un marc qu’il faut jeter : au bout d’un an , ces rebuts s’accumulent & font de grands monceaux d’un fable blanc & fpongieux, dont il faut vuider le lieu où l’on travaille.
- 350. Ces deux matières de pé-tun-tfé &de kaolin ainfi préparées, il en faut faire un jufte mélange: on met autant de kaolin que de pé-tun-^fé, pour les porcelaines..fines ; pour les moyennes, on emploie quatre parties de kaolin fur fix de pé-tun-tfé ; le moins qu’on en mette, une partie de kaolin fur trois de pé-tun-tfé.
- 3Sl- Après ce premier travail, on jette cette malfe dans un grand creux bien pavé & cimenté de toutes parts i puis on la foule, & on la pétrit juf-qu’à ce qu’elle fe durcilfe : ce travail eft fort rude, parce qu’il ne doit point être arrêté.
- , 352. De cette malfe ainfi préparée, on tire différens morceaux, qu’on étend fur de larges ardoifes. Là on les pétrit, & on les roule de tous les fens, obfervant foigneufement qu’il ne s’y trouve aucun vuide, ou qu’il 11e s’y mêle aucun corps étranger. Faute de bien façonner cette malfe, la porcelaine fe fêle, éclate, coule, & fe déjette. C’eft de ces premiers élé-mens que fortent tant de beaux ouvrages de porcelaine , dont les uns fe font à la roue, les autres fe font uniquement fur des moules, & fe perfectionnent enfuite avec le cifeau.
- 3Ï3. Tous les ouvrages unis fe font de la première façon. Une talfe, par exemple, quand elle fort de delfous la roue, n’elt qu’une efpece de calotte imparfaite, à peu près comme le delfus d’un chapeau qui n’a pas encore été appliqué fur la forme. L’ouvrier lui donne d’abord le diamètre & la hauteur qu’on fouhaite, & elle fort de fes mains prefqu’aufti-tôt qu’il î a commencée ; car il n’a que trois deniers de gain par planche , & chaque planche eft garnie de vingt-fix pièces. Le pied de la talfe n’eft alors qu’un morceau de terre de la groflèur du diamètre qu’il doit avoir, & qui fe creufe avec le cifeau, lorfque la talfe eft feche & qu’elle a de la confifi. tance, c’eft-à-dire, après qu’elle a reçu tous les ornemens qu’on veut lui donner.
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- Effectivement, cette tafle, au fortir de la roue, eft reçue par un fecoud ouvrier qui l’aflîed fur la bafe. Peu après elle eft livrée à un troifieme qui l’applique fur fon moule, & lui imprime la figure. Ce moule eft fur une efpece de tour. Un quatrième ouvrier polit cette taife avec le Gifeau, fur-tout vers les bords, & la rend déliée autant qu’il eft nécelfaire pour lui donner de la tranfparence : il la racle à plulieurs reprifes , la mouillant chaque fois tant-foit-peu, fi elle eft trop feche, de peur qu’elle ne fe brife. Quand on retire la taife de déifias le moule, il faut la rouler doucement fur ce même moule, fans la preffer plus d’un côté que de l’autre ; fans quoi il s’y fait des cavités , ou bien elle fe déiette. Il eft furprenatit de voir avec quelle vitelfe ces vafes palfent par tant de mains differentes. On dit qu’une piece de porcelaine cuite a paffé par les mains de foixante-dix ouvriers.
- 3S5". Les grandes pièces de porcelaine fe font à deux fois: une moitié eft élevée fur la roue par trois ou quatre hommes qui la foutiennent chacun de fon côté , pour lui donner fa figure ; l’autre moitié étant prefque feche» s’y applique: on l’y unit avec la matière même de la porcelaine, délayée dans l’eau, que fert comme de mortier ou de colle. Quand ces pièces ainfi collées font tout-à-fait feches , on polit avec le couteau en-dedans & en-dehors l’endroit de la réunion , qui, par le moyen du vernis dont on le couvre , s’étale avec tout le refte. C’eft ainfi qu’on applique aux vafes, des anfes , des oreilles, & d’autres pièces rapportées.
- 3 $6. Ceci regarde principalement la porcelaine qu’on forme fur les moules ou entre les mains ; telles que font les pièces cannelées , ou celles qui font d’une figure bizarre, comme les animaux, les grotefques , les idoles, les buftes , que les Européens ordonnent, & d’autres femblables. Ces fortes d’ouvrages moulés fe font en trois ou quatre pièces, qu’on ajoute les unes aux autres , & que l’on perfectionne enfuite avec des inftrumens propres à creufer , à polir, & à rechercher diiférens traits qui échappent au moule.
- 3^7. Pour ce qui eft des fleurs & des autres ornemens qui ne font point en relief, mais qui font comme gravés, on les applique fur la porcelaine avec des cachets & des moules : on applique aufii des reliefs tout préparés , de la maniéré à peu près qu’on applique des galons d’or fur un habit.
- 358- Quand on a le modèle de la porcelaine qu’on defire, & qui peut s’imiter fur la roue entre les mains du potier, on applique fur le modèle, de la terre propre pour les moules : cette terre s’y imprime , & le moule fè fait de plufieurs pièces, dont chacune eft d’un alTez grand volume : on le lailfe durcir quand la figure eft imprimée.
- 3^9. Lorsqu’on veut s’en fervir, on l’approche du feu pendant quelque tems , après quoi on le remplit de la matière de la porcelaine à proportion Tome FUI. G g
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- de l’épaiflTeur qu’on veut lui donner : on prefle avec la main dans tous les; endroits, puis on prélènte un moment le moule au feu. Aufli-tôt la figure empreinte fe détache du moule par l’action du feu, laquelle confume un peu de l’humidité qui collait cette matière au moule.
- 360. Les différentes pièces d’un tout, tirées féparément, fe reuniirent enfuite avec de la matière de porcelaine un peu liquide. C’eft ainfi qu’on fait des figures d’animaux toutes maffives : on laifle durcir cette malfe, & ou lui donne enfuite la figure qu’on fe propofe , après quoi on la perfectionne* avec le cifeau, ou on y ajoute des parties travaillées féparément. Ces fortes d’ouvrages fe font avec grand foin, tout y eft recherchai
- 361. Quand l’ouvrage eft fini, on lui donne le vernis & on le cuit : on le peint enfuite, fi l’on veut, de diverfes couleurs, & on y applique l’or, puis on, le cuit une fécondé fois. Des pièces ainfi travaillées, fe vendent extrême*, ment cher. Tous ces ouvrages doivent être mis à couvert du froid j leur humidité les fait éclater, quand ils ne fechent pas également.
- 362. C’est pour parer à cet inconvénient, qu’on fait quelquefois du fei£ dans ces laboratoires.
- 363. Les moules de porcelaine fe font d’une terre jaune, grade Si qui eft comme en grumeaux : on la tire d’un endroit qui n’eft pas éloigné de K in-te-tehing. Cette terre fe pétrit ; quand elle eft bien liée & un peu durcie , ont en prend la quantité ncceflaire pour faire un moule , & on la bat fortement-.. Quand on lui a donné la figure qu’on fouhaite, on la laifle fécher; après qucft 'on la façonne fur le tour. Ce travail fe paie chèrement. Pour expédier un ouvrage de commande , on fait un grand nombre de moules, afin que pim.
- • fieurs ouvriers travaillent à la fois.
- 364. Quand on a foin de ces mouîes , ils durent très-îong-tems. Un marchand qui en a de tout prêts pour les ouvrages de porcelaine qu’un Européen demande, peut donner fa marehandife bien plus tôt&à meilleur marché , St faire un gain bien plus confidérable que ne ferait un autre marchand qui aurait-ces moules à faire. S’il arrive que ces moules s’écorchent, ou qu’il s’y falfe la- moindre breche , ils ne font plus en état de fervir, fi ce n’eft pour - des porcelaines de la même figure , mais d’un plus petit volume. On les met
- alors fur le tour & on les rabotte, afin qu’ils puiifent fervir une fécondé fois..
- 365. Il eft tem-s d’ennoblir la porcelaine en la faifant pafl’er entre les. mains: des peintres. Ces hoi-pû, ou peintres de porcelaine , ne font guere moins, gueux que les autres ouvriers : il n’y a pas de quoi s’en étonner, puifqu’à la. -xéfervo de quelques-uns d’eux, ils ne pourraient paifer en Europe que pour
- des apprentifs de quelques mois. Toute la fcience de ces peintres Chinois n’eft fondée fur aucun principe, Si ne confifte que dans une certaine routine 9. aidés d’un tour d’imagination afieà bornée y ils ignorent toutes les belles
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- réglés de cet art. Il Faut pourtant avouer qu’ils ont le talent de peindre fur la porcelaine, auffi bien que fur les éventails & fur les lanternes d’une gaze .très-fine, des fleurs, des animaux & des payfages, qui font plaifir.
- 366. Le travail de la peinture eft partagé dans un même laboratoire, entre un grand nombre d’ouvriers ; l’un a foin uniquement de former le premier cercle coloré, qu’on voit près des bords de la porcelaine ; l’autrç trace les fleurs que peint le troifieme : celui-ci eft pour les eaux & pour les montagnes ; celui-là, pour les oifeaux & pour les autres animaux. Les figures humaines font d’ordinaire les plus mal traitées : certains payfages & certains plans de villes enluminés , qu’on apporte d’Europe à la Chine , ne nous permettent pas de railler les Chinois fur la maniéré dont ils fe repréfemtent dans leurs peintures.
- 357. Pour ce qui eft des couleurs de la porcelaine, il y en a de toutes les fortes. O11 n’en voit guere en Europe que de celle qui eft d’un bleu vif» fur un fond blanc. Il s’en trouve dont le fond eft femblable à celui de nos miroirs ardens : il y en a d’entièrement rouges ; & parmi celles-là , les unes font d’un rouge à l’huile , les autres font d’un rouge fouillé, & fontfemées de petits points, à peu près comme nos miniatures. Quand ces deux ouvrages réuffiflent dans leur perfection, ce qui eft alfez difficile, ils font extrêmement chers.
- 36"8. Enfin il y a des porcelaines où les payfages qui y font peints fe forment du mélange de prefque toutes les couleurs relevées par l’éclat de la dorure. Elles font fort belles fi l’on y fait de la dépenfe; mais autrement la porcelaine ordinaire de cette efpece n’eft pas comparable à celle qui eft peinte avec le feul azur. Les annales de King-te-tching difent qu’anciennement le peuple ne fe fervait que de porcelaine blanche : c’eft apparement parce qu’on n’avait pas trouvé aux environs de ïo-at-che-ou un azur moins précieux que celui qu’011 emploie pour la belle porcelaine, lequel vient de loin & fe vend aflèz cher.
- 369. On raconte qu’un marchand de porcelaine ayant fait naufrage fur une côte déferte , y trouva beaucoup plus de richelfes qu’il n’en avait perdu. Comme il errait fur la côte , tandis que l’équipage fe faifait un petit bâtiment des débris du vaifleau, il s’apperçut que les pierres propres à faire le plus bel azur, y étaient très-communes. Ce fut vainement que le marchand Chinois s’efforça dans la fuite de retrouver cette côte, où le hafard l’avait conduit.
- 370. Telle eft la maniéré dont l’azur fe prépare: on l’enfevelit dans le gravier qui eft de la hauteur d’un demi-pied dans le fourneau. Il s’y rôtit pendant vingt-quatre heures. Enfuite on le réduit en une poudre impalpable, ainfi que les autres couleurs, non fur le marbre, mais dans de grands
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- mortiers de porcelaine, dont le fond eft fans vernis, de même que la tête du pilon qui fert à broyer.
- 371. Il y a là-delfus quelques obfervations à faire. 1*. Avant de l’en-fevelir dans le gravier du fourneau où il doit être rôti, il faut bien le laver» afin d’en tirer la terre qui y eft attachée. 2". Il faut l’enfermer dans une caifle à porcelaine bien luttée. 3*. Lorfqu’il eft rôti, on le brife, on le pafle parle tamis, on le met dans un vafe vernilfé, on y répand de l’eau bouillante : après l’avoir un peu agité , on en ôte l’écume qui fumage i eniùite on verfe l’eau par inclinaifon. Cette préparation de l’azur avec de l’ean bouillante, doit fe renouveller deux fois, après quoi on prend l’azur ainli humide & réduit en une efpece de pâte fort déliée , pour le jeter dans un mortier, où on le broie pendant un tems confidéruble.
- 372. On dit que l’azur fe trouve dans les minières de charbon de pierre» ou dans des terres rouges, voifines de ces minières. Il en paraît fur la. fuperficie de la terre 5 & c’eft un indice allez certain , qu’en ereuïànt un peu plus avant dans un même lieu, on en trouvera infailliblement.il fe préfente dans la mine par petites pièces, greffes à peu près comme le pouce, mais plates, & non pas rondes. L’azur grolîîer eft alfez commun ; mais le fin eft tràs-rare. Il n’eft pas aifé de le difcerner à l’œil ; il faut en faire l’épreuve » fi l’on ne veut pas y être trompé.
- 373. Cette épreuve confifte à peindre une porcelaine & à la cuire. St l’Europe fourniftait du beau lear ou de l’azur , & du beau tfin qui eft une efpece de violet, ce ferait pour King-te-tching une marchandife de prix & d’un petit volume pour le traniport > on rapporterait en échange la plus belle porcelaine. On a déjà dit que le tfin le vendait un tael huit mas la livre , c’eft-à-dire, neuf livres : on vend deux taels la boîte du béait lear, qui n’eft que de dix onces, c’eft-à-dire, vingt fols fonce.
- 374. On a elfayé de peindre en noir quelques vafe s de porcelaine , avet l’encre la plus fine delà Chine;. mais cette tentative n’a eu aucun fuccès*. Quand la porcelaine la été cuite, elle s’eft trouvée très-blanche. Comme-les parties de ce noir n’ont pas alfez de corps, elles s’étaient diifipées par l’adion du feus ou plutôt elles n’avaient pas eu la force de pénétrer ]& couche de vernis, ni de produire une couleur différente du fimple vernis».
- 37Î-. Le rouge fe fait avec de la coupercfe peut-être les Chinois ont-ils, en cela quelque chofe de particulier, c’eft pourquoi je vais rapporter leur méthode. On met une livre de couperofe dans, un creufet; au-delfius de celui-ci eft une petite ouverture qui fe couvre de telle forte qu’on puilfe aifé-ment la découvrir s’il en eft befoin.. On environne le tout de charbon à grand feu;& pour avoir un plus fort réverbere , on fait un circuit d© briques» Tandis que la fumée s’élève fort noire, la matière n’eft pas encore
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- en étatj mais elle l’eft auftî-tôt qu’il fortune elpece de petit nuage fin & délié. Alors on prend un peu de cette matière , on la délaie avec de l’eau , & on en fait l’épreuve fur du lapin. S’il en fort un beau rouge, on retire le brader qui environne & couvre en partie le creufet. Quand tout eft refroidi , on trouve un petit pain de ce rouge , qui s’eft formé au bas du creufet. Le rouge le plus fin eft attaché au creufet d’en-haut. Une livre de couperofe donne quatre onces de rouge dont on peint la porcelaine.
- 376. Bien que la porcelaine foit blanche de fa nature, & que l’huile qu’on lui donne ferve à augmenter fa blancheur, cependant il y a de certaines figures en faveur defquelles on applique un blanc particulier fur la porcelaine qui eft peinte de différentes couleurs. Ce blanc fe fait d’une poudre de caillou tranfparent, qui fe calcine au fourneau, de même que l’azur. Sur demi-once de cette poudre on met une once de cérufe pulvérilée : c’eft auflï ce qui entre dans le mélange des couleurs. Par exemple, pour faire le verd9 à une once de cérufe & une demi-once de poudre de caillou , on ajoute trois onces de ce-qu’on appelle toug-hoa-pien. On croirait, fur les indices qu’on en a, que ce font les feories les plus pures de cuivre qu’on a battu,
- 377. Le verd préparé devient la matrice du violet, qui fe fait en y ajoutant une dofe de blanc ; on met plus de verd préparé, à proportion qu’on, veut le violet plus foncé.
- 378. Le jaune fe fait en prenant fept dragmes de blanc préparé, comme on l’a dit, auxquelles on ajoute trois dragmes de rouge couperofe.
- 379. Toutes ces couleurs appliquées fur la porcelaine déjà cuite après avoir été huilée, ne parailfent vertes, violettes, jaunes ou rouges, qu’après la fécondé cuiifon qu’on leur donne. Ces diverfes couleurs s’appliquent aveu la cérufe, le falpètre & la couperofe.
- 380. Le rouge à l’huile fe fait de la grenaille de cuivre rouge, & de la poudre d’une certaine pierre ou caillou qui tire un peu fur le rouge. Un médecin a dit que cette pierre était une efpece d’alun qu’on emploie dans la médecine. On broie le tout dans un mortier, en y mêlant de l’urine d’un jeune homme & de l’huile 5 mais on n’a pu découvrir la quantité de ces ingrédiens : ceux qui ont le feeret, font attentifs à 11e le pas divulguer.
- 381- On applique cette mixtion fur la porcelaine lorfqu’elle n’eft pas encore cuite, & on 11e lui donne point d’autre vernis. Il faut feulement prendre garde que durant la cuite, la couleur rouge ne coule point au bas du vafe. On allure que quand on veut donner ce rouge à la porcelaine y ©11 ne fe fert point de pé-tun-tfé pour la former, mais qu’en fa place on emploie avec le kaolin, de la terre jaune, préparée de la même maniéré que le pé-tun-tfé. Il eft vraifemblable qu’une pareille terre eft plus propre à recevoir cette forte de couleur,
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- 382. PEUT-être fera-t-on bien-aife d’apprendre comment cette grenaille
- de cuivre fe prépare. On fait qu’à la Chine il n’y a point d’argent mon-noyé : on fe fert d’argent en maife dans le commerce , & il s’y trouve beaucoup de pièces de bas-aloi. Il y a cependant des occafions où il faut les réduire en argent fin; comme par exemple , quand il s’agit de payer îa taille, ou de femblables contributions. Alors on a recours à des ouvriers dont Punique métier eft d’affiner l’argent dans des fourneaux faits à ce delfein, & d’en féparer le cuivre & le plomb. Ils forment la grenaille de ce cuivre, qui vraifemblablement conferve quelques parcelles imperceptibles d’argent ou de plomb.
- 383- Avant que le cuivre liquéfié fe congele , on prend un petit balai qu’on trempe légèrement dans l’eau ; puis en frappant le manche du balai, on afperge d’eau le cuivre fondu; une pellicule fe forme fur la fuperficie, qu’on lève avec de petites pincettes de fer , & on la plonge dans l’eau froide, où fe forme la grenaille , qui fe multiplie autant qu’on réitéré l’opération. Si l’on employait de l’eau-forte pour diifoudre le cuivre, cette poudre de cuivre en ferait plus propre pour faire le rouge dont on parle. Les Chinois n’ont point le fecret des eaux-fortes & régales : leurs inventions font toutes d’une extrême fimplicité.
- 384» L’autre efpece de rouge foufflé fe fait de la maniéré fuivante. Oti a du rouge tout préparé ; on prend un tuyau, dont une des ouvertures efi; couverte d’une gaze fort ferrée : on applique doucement le bas du tuyau fur la couleur dont la gaze fe charge ; après quoi on fouffie dans le tuyau contre la porcelaine , qui fe trouve enfuite toute femée de petits points rouges. Cette forte de porcelaine eh encore plus chere & plus rare que la précédente, parce que l’exécution en eft plus difficile, fi l’on veut garder toutes les proportions requifes.
- 38f. On fouffie le bleu de même que le rouge contre la porcelaine, & il efi: beaucoup plus aifé d’y réuffir. Les ouvriers conviennent que, fi l’on 11e plaignait pas la dépenfe , on pourrait de même fouffler de l’or & de l’argent fur de la porcelaine dont le fond ferait noir ou bleu; c’efi-à-dire, y répandre par-tout également une efpece de pluie d’or ou d’argent. Cette forte de porcelaine , qui ferait d’un goût nouveau , ne laiiferait pas de plaire. On fouffie auffi quelquefois le vernis. On a fait pour l’empereur, des ouvrages fi fins & fi déliés, qu’on les mettait fur du carton, parce qu’011 11e pouvait manier des pièces fi délicates , fans s’expofer à les rompre ; & comme il n’était pas poffible de les plonger dans le vernis , parce qu’il eût fallu les toucher de la main , on fouffiait le vernis, & on couvrait entièrement la porcelaine.
- 386- On a remarqué qu’en foufflant le bleu , les ouvriers prennent une
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- précaution pour conferver la couleur qui tombe fur la porcelaine, & n’en perdre que le moins qu’il elt poiiible. Cette précaution eft de placer le vafe fur un piédeftal, d’étendre fous le piédeftal une grande feuille de papier, qui fert durant quelque tems. Quand l’azur eft fec, ils le retirent , en frottant le papier avec une petite broife.
- 387- Mais pour mieux"entrer dans le détail de la maniéré dont les peintres Chinois mélangent leurs couleurs & en forment de nouvelles, il eft bon d’expliquer quelles font la proportion & la mefure des poids de la Chine.
- 388- Le kin, ou la livre chinoife, eft de feize onces, qui s’appellent liangs ou ta'éls. Le llang ou tacL, eft une once chinoife. Le tjîen , ou le mas, eft la dixième partie du léang ou taël. Le fuen eft la dixième partie du tfien ou mas. Le ly eft la dixième partie du fuen. Le kar eft la dixième partie du ly.
- 389. Cela fuppofé, voici comment fe compofe le rouge qui fe fait avec de la couperofe, qui s’emploie fur les porcelaines recuites : fur un taél ou léang de cérufe, on met deux mas de ce rouge i on paife la cérufe & le rouge par un tamis , & on les mêle enfemble à fec : enfuite on les lie l’une avec l’autre avec de l’eau empreinte d’un peu de colle de vache , qui fe vend réduite à la confiftance de la colle de poiifon. Cette colle fait qu’en peignant la porcelaine, le rouge s’y attache & ne coule pas. Comme les couleurs, il 011 les appliquait trop épailfes , ne manqueraient pas de produire des inégalités fur la porcelaine, on a foin de tems en tems de tremper d’une main légère le pinceau dans l’eau > & enfuite dans la couleur dont on veut peindre.
- 390. Pour faire de la couleur blanche, fur un léang de cérufe on met trois fuens de poudre de cailloux des plus tranfparens , qu’on a calcinés, après les avoir luttes dans une caiife de porcelaine enfouie dans le gravier du fourneau avant que de le chauffer. Cette poudre doit être impalpable. On fe fert d’eau fîmple , fans y mêler de la colle, pour l’incorporer avec-la cérufe.
- 391. On fait le verd foncé , en mettant fur un taeî de cérufe, trois mas & trois fuens de poudre de caillou, avec huit fuens ou près d’un mas. de tong-hou-pien, qui n’eft autre chofe que la craffe qui fort du cuivre lorff qu’en le fond. On vient d’apprendre qu’en employant du tong-hou-pien pour le verd, il faut le laver , & en féparer avec foin la grenaille de cuivre qui s’y trouverait mêlée , & qui n’eft pas propre pour le verd. Il ne faut y employer que les. écailles , c’eft-à-dire, les parties de ce métal qui fe féparent lorfqu’on les met en œuvre.
- 392.. Pqur ce qui eft de la couleur jaune, on la fait eu mettant fur uo
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- taël de cérufe, trois mas & trois fuens de poudre de caillou, & un fuens huit lys de rouge pur, qui n’ait point été mêlé avec la cérufe.
- 393. Un taél de cérufe, trois mas & trois fuens de poudre de caillou, & deux lys d’azur, forment un bleu foncé qui tire fur le violet.
- 394. Le mélange de verd & de blanc , par exemple, d’une part de verd fur deux parts de blanc ; fait le verd d’eau qui eft très-clair.
- 29*. Le mélange du verd & du jaune, par exemple, de deux talfes de verd foncé fur une tafle de jaune, fait le verd coulon, qui reifemble à une feuille un peu foncée.
- 396. Pour faire le noir , on délaie l’azur dans de l’eau ; il faut qu’il foit tant-foit-peu épais : on y mêle un peu de colle de vache macérée dans la chaux , & cuite jufqu’à confiftance de colle de poiifon. Quand on a peint de ce noir la porcelaine qu’on veut recuire, on couvre de blanc les endroits noirs. Durant la cuite, ce blanc s’incorpore dans le noir, de même que le vernis ordinaire s’incorpore dans le bleu de la porcelaine commune.
- 397. Il y a une autre couleur appellée tfiti : ce tfin eft une pierre ou minéral , qui reifemble aifez au vitriol romain , & qui, vraifemblablement, fe tire de quelques mines de plomb ; & portant avec lui des parcelles imperceptibles de plomb , il s’infinue de lui-même dans la porcelaine , fans le fecours de la cérufe, qui eft le véhicule des autres couleurs qu’on donne à la porcelaine recuite.
- 298. C’est de ce tfin qu’on fait le violet foncé. On en trouve à Canton , & il en vient de Péking; mais ce dernier eft bien meilleur: aufli fe vend-il un taël huit mas la livre, c’eft-à-dire neuf livres.
- 399. Le tfin fe fond; & quand il eft fondu ou ramolli, les orfèvres l’appliquent en forme d’émail, fur des ouvrages d’argent. Ils mettront, par exemple, un petit cercle de tfin dans le tour d’une bague, ou bien ils en rempliront le haut d’une aiguille de tète, & l’y enchâflent en forme de pierrerie. Cette efj)ece d’émail fe détache à la longue ; mais on tâche d’obvier à cet inconvénient, en le mettant fur une légère couche de colle de poiifon ou de vache.
- 400. Le tfin , de même que les autres couleurs dont on vient de parler, lie s’emploie que fur la porcelaine qu’on recuit. Telle eft la préparation du tfin : on ne le rôtit point comme l’azur ; mais on le brife & on le réduit en une poudre très-fine, on le jette dans un vafe plein d’eau, on l’y agite un peu; enfuite on jette cette eau, où il fe trouve quelques faletés , & l’on garde le cryftal qui eft tombé au fond du vafe. Cette malfe ainfi délayée, perd fa belle couleur; mais le tfin recouvre la couleur violette dès que la porcelaine eft cuite. On conferve le tfin auiïi long-tems qu’011 le fouhaite. Quand on veut peindre en cette couleur quelques vafes de porcelaine, il
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- fafitt de la délayer avec de Peau, en y mêlant * fi l’on veut * un peu de colle <le vache ; ce que quelques-uns ne jugent pas nécelfaire : ç’eft de quoi Ton peut s’inftruire par i’elfai.
- 401. Pour dorer ou argenter la porcelaine, on niet deuxfuens de çérufd fur deux mas de feuilles d’or ou d’argent, qu’on a eu foin de difloudre* L’argent fur le vernis tfin a beaucoup d’éclat. Si l’on peint les unes en or, les autres en argent, les pièces argentées ne doivent pas demeurer dans le petit fourneau autant de tems que les pièces dorées ; autrement l’argent dftparaîtrait avant que l’or ait pu atteindre le degré de cuite qui lui donne fon éclat.
- 402. Il y a une efpece de porcelaine coloriée, qui fe vend à meilleur compte que celle qui eft peinte avec les couleurs dont on vient de parler. Pour faire ces fortes d’ouvrages, il n’eftpas néceifaire que la matière qui doit y être employée foit fi fine : on prend des tafles qui ont déjà été cuites dans le grand fourneau fans qu’elles aient été verniflees, & par conféquent qui. 11’ont aucun luftre : on les colore en les plongeant dans le vafe où eft la couleur préparée, quand on veut qu’elles foient d’une même couleur; tels que le font les ouvrages qui font partagés en efpece de panneaux, dont l’un eft verd, l’autre jaune, &c. On applique ces couleurs avec un gros pin-* ceau. C’eft toute la façon qu’on donne à cette porcelaine, fi ce n’eft qu’a-près la cuite on met en certains endroits un peu de vermillon, comme, par exemple, fur le bec de certains animaux; mais cette couleur ne fe cuit pas, parce qu’elle difparaîtraiQau feu : aufti eft-elle de peu de durée.
- 403. Quand 011 applique les autres couleurs, on recuit la porcelaine dans le grand fourneau avec d’autres porcelaines qui n’ont pas encore été cuites : il faut avoir foin de la placer au fond du fourneau & au-deflous du foupirail, où le feu a moins d’aêlivité. Par conféquent un grand feu anéantirait les couleurs.
- 404. Les couleurs propres de cette forte de porcelaine fe préparent de îa forte : pour faire la couleur verte, on prend du falpêtre & de la poudre de caillou; on n’a pas pu favoir la quantité de chacun de ces ingrédiens : quand on les a réduits féparément en poudre impalpable, 011 les délaie , & on les unit enfemble avec de l’eau.
- 40^. L’azur le plus commun , avec le falpêtre & la poudre de cailloux, forme le violet.
- 406. Le jaune fe fait en mettant, par exemple, trois mas de rouge de coupe-rofe fur trois onces de poudre de caillou, & fur trois onces de cé-rufe.
- 407. Pour faire le blanc, ôn met fur quatre mas de poudre de cailloux , un taél de cérufe. Tous ces ingrédiens fe délaient avec de 1 feau.
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- 408. La porcelaine noire a auili Ton prix & fa beauté : ce noir eft plombé, & femblable à celui de.nos miroirs ardens ; l’or qu’on y met lui procure un nouvel agrément. On donne la couleur noire à la porcelaine lorfqu’elle eft feche, & pour cela on mêle trois onces d’azur avec fept onces d’huile ordinaire de pierre. Les épreuves apprennent au jufte quel doit être ce mélange, félon la couleur plus ou moins foncée qu’on veut lui donner, Lorfque cette couleur eft feche , on cuit la porcelaine ; après quoi on y applique l’or, & 011 la recuit de nouveau dans un fourneau particulier.
- 409. Le noir éclatant ou le noir de miroir fe donne à la porcelaine, en la plongeant dans une mixtion liquide, compofée d’azur préparé. Il n’eft pas néceflaire d’y employer le bel azur ; mais il faut qu’il foit un peu épais, & mêlé avec du vernis peyeou & du tfi-kin , en y ajoutant un peu d’huile de chaux, & de cendres de fougere ; par exemple, fur dix onces d’azur pilé dans le mortier, on mêlera une talïe de tft-kin, fept taifes de peyeou , & deux taifes d’huile de cendres de fougere brûlée avec la chaux. Cette mixtion porte fon vernis avec elle , & il 11’eît pas néceifaire d’en donner de nouveau. Quand on cuit cette forte de porcelaine noire, on doit la placer vers le milieu du fourneau , & non pas près de la voûte , où le feu a plus d’activité.
- 410. Il fe fait à la Chine une autre efpece de porcelaine toute percée a jours en forme de découpure : au milieu eft une coupe propre à contenir la liqueur j la coupe ne fait qu’un corps avec la découpure. On a vu d’autres porcelaines, où des dames Chinoifes & Tartares étaient peintes au naturel ; la draperie, le teint & les traits du vifage, tout y était recherché: de loin 011 eût pris ces ouvrages pour de l’émail.
- 411. Il eft à remarquer que, quand on ne donne point d’autre huile à la porcelaine que celle qui fe fait de cailloux blancs, cette porcelaine devient d’une efpece particulière , toute marbrée, & coupée en tous fens d’une infinité de veines ; de loin on la prendrait pour de la porcelaine brifée, dont toutes les pièces demeurent en leur place : c’eft comme un ouvrage à la mofaïque. La couleur que donne cette huile , eft d’un blanc un peu cendré. Si la porcelaine eft toute azurée, & qu’on lui donne cette huile, elle paraîtra également coupée & marbrée , lorfque la couleur fera feche.
- 412. La porcelaine dont la couleur tire fur l’olive, eft aufîi fort recherchée. On donne cette couleur à la porcelaine,-en mêlant fept taifes de vernis tfi - kin avec quatre taifes de peyeou, deux taifes ou environ d’huile de chaux & de cendres de fougere , & une taiie d’huile de cailloux. Cette huile fait appercevoir quantité de petites veines fur la porcelaine :
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- quand on l’applique toute feule, la porcelaine eft fragile, & n’a point de fon lorfqu’on la frappe ; mais quand on la mêle avec les autres vernis, elle eft coupée de veines, elle réfonne , & n’eft pas plus fragile que la porcelaine ordinaire.
- 413. La porcelaine par tranfmutation fe fait dans le fourneau: elle eft caufée, ou par le défaut ou par l’excès de chaleur, ou bien par d’autres caufes qu’il n’eft pas facile d’aftigner. Une piece qui n’a pas réufti félon l’idée de l’ouvrier, & qui eft l’effet du pur hafard , n’en eft pas moins belle ni moins eftimée. L’ouvrier avait dëtfein , par exemple , de faire des vafes de rouge fouffié; cent pièces furent entièrement perdues ; une par hafard fortit du fourneau, fembîable à une efpece d’agate. Si l’on voulait courir les rifques & les frais de différentes épreuves, 011 découvrirait à la fin le moyen de faire à volonté ce que le hafard produit une fois. C’eft ainfi qu’on s’eft avifé défaire de la porcelaine d’un noir éclatant. Le caprice du fourneau a déterminé à cette recherche, & on y a réuffi.
- 414. Quand on veut appliquer l’or, 011 le broie & on le diffout au fond d’une porcelaine, jufqu’à ce qu’on voie au-delfous de l’eau un petit ciel d’or. On le lailfe:féclier , & lorfqu’on doit l’employer, 011 le diffout par parties dans une quantité fuffifante d’eau gommée. Avec trente parties d’or , on incorpore trois parties de cérufe, & on l’applique fur la porcelaine, de même que les couleurs.
- 415'. Comme l’or appliqué fur la porcelaine s’efface à la longue & perd beaucoup de fon éclat, 011 lui rend fon luftre en mouillant d’abord la porcelaine avec de l’eau nette , & en frottant enfuite la dorure avec une pierre d’agate. Mais on doit avoir foin de frotter le vafe dans un même feus, par exemple , de droite à gauche.
- 416. Ce font principalement les bords de la porcelaine qui font fujets à s’écailler: pour obvier à cet inconvénient, on les fortifie avec une certaine quantité de charbon de bambou pilé, qu’on mêle avec le vernis qui fe donne à la porcelaine , & qui rend le vernis d’une couleur de gris pendre; enfuite avec le pinceau, 011 fait de cette mixtion une bordure à la porcelaine déjà feche , en la mettant fur la roue ou fur le tour. Quand il eft tems, on applique le vernis à la bordure comme au relie de la porcelaine ; & lorfqu’elle eft cuite , fes bords n’en font pas moins d’une extrême blancheur. Comme il n’y a point de bambou en Europe , on y pourrait fuppléer par le charbon de faille , ou encore mieux par celui de bureau , qui a quelque chofe d’approchant du bambou.
- 417. Il eft à obferver, i°. qu’avant de réduire le bamhou , il f ut en détacher la peau verte, parce qu’on affure que la cendre de cette peau fait éclater la porcelaine dans le fourneau, %. Que l’ouvrier doit prendre garda
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- de toucher la porcelaine avec les mains tachées de graifTe ou d’huiles l’endroit touché éclaterait, infailliblement durant la cuite.
- 418. Avant que de donner le vernis à la porcelaine , 011 achevé de 1» polir, & 011 en retranche les plus petites inégalités ; ce qui s’exécute par le moyen d’un pinceau fait de petites plumes fort fines. On hume&e ce pinceau fimplement avec de l’eau, & on le paffe par-tout d’une main légère; mais c’eft principalement pour la porcelaine fine qu’on prend ce foin*
- , 419- Quand 011 veut donner un vernis qui rende la porcelaine extrê-
- mement blanche, 011 met fur treize taifes de peyeou , une talfe de cendres, de fougere auiîi liquides que le peyeou. Ce vernis eft fort, & ne doit point fe donner à la porcelaine qu’on veut peindre en bleu ; parce qu’après la cuite , la couleur 11e paraîtrait pas à travers le vernis. La porcelaine à laquelle on a donné le fort vernis, peut être expofée fans crainte au grand feu du fourneau. O11 la cuit ainfi toute blanche, ou pour la conferver dans cette couleur, ou bien pour la dorer & la peindre de différentes couleurs, & enfuite la recuire. Mais quand on veut peindre la porcelaine en bleu, & que la couleur paraiffe après la cuite, il ne faut mêler que fept iafles de peyeou avec une taffe de vernis, ou de la mixtion de chaux & de cendres de fougere.
- 420. Il eft bon d’obferver encore en général, que (a porcelaine dont le vernis porte beaucoup de cendres de fougere, doit être cuite à l’endroit •tempéré du fourneau ; c’eft-à-dire, après les trois premiers rangs, ou dans le bas à la hauteur d’un pied & demi. Si elle était cuite au haut du fourneau * la cendre fe fondrait avec précipitation, & coulerait au bas de la porcelaine.
- 421. Quand on veut que le bleu couvre entièrement le vafe , on fe fert d’azur préparé & délayé dans de l’eau à une jufte confiftance , & on y plonge le vafe. Four ce qui eft du bleu foufflé , on y emploie le plus bel azur, préparé de la maniéré qu’on l’a expliqué on le foufïle fur le vafe 3 & quand il eft fec, on donne le vernis ordinaire.
- 422. Il y a des ouvriers, lefquels fur cet azur , foit qu’il foit foufflé ou non, tracent des figures avec la pointe d’une longue aiguille : l’aiguille leve autant de petits points de l’azur fec qu'il eft néceflaire pour’repréfenter la figure , puis ils donnent le vernis : quand la porcelaine eft cuite, les. figures paraiffent peintes en miniature.
- 423. Il n’y a point tant de travail qu’on pourrait fe l’imaginer, aux porcelaines fur lefquclles on voit en boffes, des fleurs, des dragons, & fem-. blables figures; on les trace d’abord avec le burin fur le corps du vafe, enluite on fait aux environs de légères eutailluxes, qui leux donnent du Heiisf a après quoi ou cUuma la venus*.
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- 424. Il y a une efpece de porcelaine qui fe fait de la maniéré fuivante : on lui donne le vernis ordinaire ; on la fait cuire, ènfuite on la peint de divetfes couleurs, & on la cuit de nouveau. C’eft quelquefois à deifein, qu’on réferve la peinture après la première cuiflbn; quelquefois on 11’a ÿecours à cette fécondé cuiifon, que pour cacher les défauts de la porcelaine, en appliquant des couleurs dans les endroits défe&ueux. Cette porcelaine qui eft chargée de couleurs, 11e laiflè pas d’ètre au goût de bien des gens.
- 425. Il arrive d’ordinaire qu’on fent des inégalités fur ces fortes de porcelaine, foit que cela vienne du peu d’habileté de l’ouvrier, foit quæ cela ait été néceilàire pour fuppléer aux ombres de la peinture, ou bien qu’on ait voulu couvrir les défauts du corps de la porcelaine. Quand la peinture eft fèche, aufïï-bien que la dorure, s’il y en a , on fait des piles de ces porcelaines, & mettant les petites dans les grandes s on les range dans le fourneau.
- 426. Ces fortes de fourneaux peuvent être de fer, quand ils font petits: mais d’ordinaire ils font de terre, quelquefois de quatre à cinq pieds; de haut, & prefque aufti larges que nos tonneaux de vin. Ils font faits de plufieurs pièces de la matière même des caiifes de porcelaine : ce font de grands quartiers épais d’un travers de doigt, hauts d’un pied, & longs d’un pied & demi. Avant de les cuire, 011 leur donne une figure propre à s’arrondir: 011 les place bien cimentés les uns fur les autres ; le fond du fourneau eft élevé de terre d’un demi-pied, & placé fur deux ou trois rangs de briques j autour du fourneau eft une enceinte de briques bien maçonnées, laquelle a en-bas trois ou quatre foupiraux , qui font comme les foufRets du foyer.
- 427. On doit bien prendre garde, dans l’arrangement des pièces de porcelaine , qu’elles ne fe touchent les unes les autres par les endroits qui font peints ; car ce feraient autant de pièces perdues. On peut bien appuyer le bas d’une taffe fur le fond d’une autre, quoiqu’il foit peint, parce que les bords du fond de la talfe emboîtée n’ont point de peinture, mais il ne faut pas que le côté d’une talfe touche le côté de l’autre. Ainfi, quand on a des porcelaines qui ne peuvent pas aifément s’emboîter les unes dans les autres , les ouvriers les rangent de la maniéré fuivante.
- 428. Sur un lit de ces porcelaines qui garnit le fond du fourneau, en met une couverture ou des plaques faites de la terre dont on conftruit les fourneaux, ou même des pièces de caillés de porcelaines ; car à la Chine tout f* met à profit. Sur cette couverture on difpofe un lit de ces porcelaines , Si on continue de les placer de la farte juQu’au haut du fourneau,
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- 429. Quand tout cela eft fait, on couvre le fourneau de pièces-do poterie femblables à celles du côté du fourneau i ces pièces qui enjambent les unes dans les autres, s'unifient étroitement avec du mortier ou de la terre détrempée. O11 lai fie feulement au milieu une ouverture pour obferver quand la porcelaine elt cuite. O11 allume enfuite quantité de charbon fous le fourneau, & 011 en allume pareillement fur la couverture , d’où l’on en jette des monceaux dans l’efpace qui elt entre l’enceinte de briques & le fourneau ; l’ouverture qui eft au-defius du fourneau fe couvre d’une piece de pot cafie. Quand le feu eft ardent, on regarde de tems en tems par cette ouverture; & loffque la porcelaine parait éclatante & peinte de couleurs vives & animées , 011 retire le brader, & enfuite la porcelaine.
- 430. Au refte, il y a beaucoup d’art dans la maniéré dont l’huile fe donne à la porcelaine, foit pour n’en pas mettre plus qu’il ne faut, foit pour la répandre également de tous côtés. A la porcelaine qui eft fort mince & fort déliée, on donne à deux fois deux couches légères d’huile. Si ces couches étaient trop épaifles, les faibles parois de la tafie ne pourraient pas les porter, & ils plieraient fur-le - champ. Ces deux couches Valent autant qu’une couche ordinaire d’huile , telle qu’on la donne à la porcelaine qui eft plus robufte. Elles fe mettent, l’une par afperfion, & l’autre par immerfion. D’abord on prend d’une main la tafie par le dehors, & la tenant de biais fur l’urne où eft le vernis , de l’autre main on jette dedans autant qu’il faut de vernis pour l’arrofer par-tout : cela fe fait de fuite à un grand nombre de ta fies. Les premières fe trouvant feches en-dedans, 011 leur donne l’huile en-dehors de la maniéré fuivante : on tient une main dans la tafie , & la foutenaut avec un petit bâton fous le milieu de fon pied , on la plonge dans le vafe plein de vernis, d’où on la retire auifi-tôt.
- 431. J’ai dit que le pied de la porcelaine demeurait mafîif; en effet, çe 11’eft qu’après qu’elle a requ l’huile & qu’elle eft feche, qu’011 la met fur le tour, pour creufer le pied; après quoi on y peint un petit cercle, & fouvent une lettre chinoife. Quand cette peinture eft feche , on vernit le creux qu’on vient de faire fous la tafie. C’eft la derniere main qu’on lui donne ; car auffi-tôt après elle fe porte du laboratoire au fourneau , pour y être cuite.
- 432. L’endroit où font les fourneaux, préfente une autre feene. Dans une efpece de veftibule qui précédé le fourneau, on voit des tas de caift fes & d’étuis faits de terre, & deftinés à renfermer la porcelaine. Chaque piece de porcelaine, pour peu qu’elle foit confidérable, a fon étui ; les porcelaines qui ont des couvercles, comme celles qui n’en ont pas. Ces couvercles, qui ne s’attachent que faiblement à la partie d’en-bas durant la cuifion, s’en détachent aifément par un petit coup qu’on leur donne.
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- Pour ce qui eft des petites porcelaines, comme font les talfes à prendre du thé ou du chocolat, elles ont une caille commune à plufieurs. L’ouvrier imite ici la nature qui, pour cuire les fruits & les conduire à une parfaite maturité, les renferme fous une enveloppe, afin que la chaleur du foleil 11e les pénétré que peu à peu , & que fon adtion au-dedans ne foit pas trop interrompue par l’air qui vient de dehors , durant les fraîcheurs de la nuit.
- 433. Ces étuis ont au-dedans une efpece de petit duvet de fables on le couvre de fable de kaolin, afin que le Cible 11e s’attache pas trop au pied de la coupe qui fe place fur ce lit de fable, après l’avoir prelîë, en lui donnant la figure du fond de la porcelaine , laquelle 11e touche point aux parois de fon étui. Le haut de cet étui n’a point de couvercle s un fécond étui, de la figure du premier, garni pareillement de fa porcelaine, s’enchâlfe dedans, de telle forte qu’il le couvre tout-à-fait, fans toucher à la porcelaine d’en-bas, & c’eft ainfi qu’on remplit le fourneau de grandes piles de caiifes de terre , toutes garnies de porcelaines. A la faveur de ces voiles épais, la beauté, &, fi l’on peut s’exprimer ainfi , le teint de la porcelaine n’eft point hâlé par l’ardeur du feu.
- 434. A l’égard des petites pièces de porcelaine qui font renfermées dans de grandes caiifes rondes, chacune eft pofée fur une foucoupe de terre de l’épailfeur de deux écus & delà largeur de fon piedi ces baies font auftî femées de poufliere de kaolin. Quand ces caiifes font un peu larges, on ne met point de porcelaine au milieu , parce qu’elle ferait trop éloignée des côtés, que par-là elle pourrait manquer de force, s’ouvrir & s’enfoncer : ce qui ferait du ravage dans toute la colonne. Il eft bon de lavoir que ces caiifes ont le tiers du pied en hauteur, & qu’en partie elles 11e font pas cuites, non plus que la porcelaine ; néanmoins on remplit entièrement celles qui ont déjà été cuites, & qui peuvent encore fervir.
- 435. Il 11e faut pas oublier la maniéré dont la porcelaine fe met dans ces caiifes ; l’ouvrier ne la touche pas immédiatement de la main ; il pourrait la calfer, car rien n’eft plus fragile, ou la faner, ou lui faire des inégalités. C’eft par le moyen d’un petit cordon qu’il les tire de delfus la planche ; ce cordon tient à deux branches un peu courbées d’une fourchette de bois , qu’il prend d’une main tandis que de l’autre il tient les deux bouts du cordon croifés & ouverts, félon la largeur de la porcelaine. C’eft ainfi qu’il l’environne, qu’il l’éleve doucement, & qu’il la pofe dans la caille fur la petite foucoupe. Tout cela fe fait avec une vîteflè incroyable.
- 435. J’ai dit que le bas du fourneau a un demi-pied de gros gravierj ce gravier fert à alfeofr plus fûrement les colonnes de porcelaine, dont
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- les rangs qui font au milieu du fourneau ont au moins fept pieds de h au-* teur. Les deux caiffes qui font au bas de chaque colonne font vuides » parce que le feu n’agit pas allez en-bas , & que le gravier les couvre en partie. C’eft par la même raifon que la caille qui eft placée au haut de la pile, demeure vuide. On remplit ainli tout le fourneau, ne lailfant de vuide qu’à l’endroit qui eft immédiatement fous le foupirail.
- 437. On a foin de placer au milieu du fourneau les piles de la plus fine porcelaine; dans les fonds, celles qui le font le moins ; & à l’entrée, on met celles qui font un peu fortes en couleurs, qui font compofées d’une matière où il entre autant de pé-tun-tfé que de kaolin, & auxquelles on a donné une huile faite de la pierre quia des taches un peu noires ou roulfes, parce que cette huile a plus de corps que l’autre. Toutes ces piles font placées fort près les unes des autres, & liées en-haut, en-bas, & au milieu, avec quelques morceaux de terre qu’on leur applique; de telle forte pourtant que la flamme ait un paifage libre pour s'infirmer de tous côtés ; & peut être eft-ce là à quoi l’œil & l’habileté de l’ouvrier fervent le plus pour réufîîr dans fon entreprife.
- 438. Toute terre n’eft pas propre à conftrtiire les caiffes qui renferment la porcelaine. Il y en a de trois fortes qu’on met en ufage : l’une qui eft jaune & allez connue ; elle domine par la quantité, & fait la bafe; l’autre eft une terre forte, & la troifieme une terre huileufe. Ces deux dernières terres fe tirent en hiver de certaines mines fort profondes , où il n’eft pas poffible de travailler pendant l’été. Si 011 lçs mêlait parties égales , ce qui coûterait un peu plus, les caiffes dureraient long-tems. On les apporte toutes préparées, d’un gros village qui eft au-bas de la riviere, à une lieue de King-te-tching.
- 439. Avant qu’elles foient cuites, elles font jaunâtres : quand elles font cuites, elles font d’un rouge fort obfcur. Comme on va à l’épargne, la terre jaune y domine, & c’eft ce qui fait que les cailfes ne durent guere que deux ou trois fournées, après quoi elles éclatent tout-iî-fait. Si elles 11e font que légèrement fêlées ou fendues, on les entoure d’un cercle d’ofier ; le cercle le brûle , & la caille fert encore cette fois-là, fans que la porcelaine en fouffre.
- 440. Il faut prendre garde de 11e pas remplir une fournée de cailfes neuves, lefquelles n’aient pas encore fervi ; il y en faut mettre la moitié qui aient déjà été cuites. Celles-ci fe placent en-haut & en-bas : au milieu des piles fe mettent celles qui font nouvellement faites. Autrefois, toutes les cailfes fe cuifaient à part dans un fourneau, avant qu’on s’en fervît pour y faire cuire la porcelaine; fans doute parce qu’alors on avait moins d’égard à la dépenfe qu’à la perfe&ion de l'ouvrage. Il 11’eii eft pas de
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- même à préfent, & cela vient apparemment de ce que le nombre des ouvriers en porcelaine s’efl: multiplié à l’infini. ,
- 441. Venons maintenant aux fourneaux. On les place au fond d’uâ alfez long veftibule, qui fert comme de foufftet,& qui en eft la décharge. Il a le même ufage que l’arche des verreries. Les fourneaux font préfen-tement plus grands qu’ils n’étaient autrefois : alors ils n’avaient que fix pieds de hauteur & de largeur; maintenant ils font hauts de deux bralfes, & ont près de quatre bralfes de profondeur. La voûte, auffi. bien que le corps du fourneau , eft alfez épaiffe pour pouvoir marcher deffus , fans être incommodé du feu. Cette voûte n’eft en-dedans , ni plate , ni formée ert pointe; elle va en s’alongeaiit, & fe rétrécit à mefure qu’elle approche dut grand foupirail qui eft à l’extrémité, & par où fortent les tourbillons de flamme & de fumée.
- 442. Outre cette gorge, le fourneau a fur fa tète cinq petites ouvertures, qui en font comme les yeux; & on les couvre de quelques pots calfés, de telle forte pourtant qu’ils foulagent l’ait; 8c le feu du fourneau. C’eft par ces yeux qu’on juge Ci la porcelaine êft cuite. O11 découvre l’œil qui eft un peu devant le grand foupirail, & 'avec une pincette de fer l’on ouvre une des cailfes.
- 445. Quand la porcelaine eft en état, on difeontinûe le feu, & l’on achevé de murer pour quelque tems la porte du fourneau. Ce fourneau a dans toute fa largeur un foyer profond & large d’un ou de deux pieds; on paife fur une planche pour entrer dans la capacité du fourneau , 8c y ranger la porcelaine. Quand 011 a allumé le feu du foyer, on mure auifi-tôt la porte, n’y laiifant que l’ouverture néceffaire pour y jeter des quartiers de gros bois longs d’un pied, mais alfez étroits. On chauffe d’abord le fourneau pendant un jour & une nuit; enfuite deux hommes qui fe relevent, ne celfent d’y jeter du bois. O11 en brûle communément, pour une fournée , jufqu’à cent quatre-vingts charges.
- 444. On juge que la porcelaine qu’on a fait cuire dans un petit fourneau , eft en état d’être retirée , lorfque , regardant par l’ouverture d’en-haut, ©11 voit jufqu’au fond toutes les porcelaines rouges par le feu qui les em-bralfe ; qu’on diftingue les unes des autres les porcelaines placées en pile; que la porcelaine peinte n’a plus les inégalités que formaient les couleurs , & que ces couleurs fe font incorporées dans le corps de la porcelaine, de même que le vernis donné fur le bel azur s’y incorpore par la chaleur des grands fourneaux.
- 445. Pour ce qui eft de la porcelaine qu’on recuit dans de grands fourneaux, on juge que la cuite eft parfaite, i°. lorfque la flamme qui fort n’eft plus fi rouge, mais qu’elle eft un peu blanchâtre; 2°. lorfque,
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- regardant par une des ouvertures on apperçoit que les cailfes font toutes rouges; 3". lorfqu’après avoir ouvert une caiiîë d’en-haut & en avoir tiré une porcelaine , on voit, quand elle eft refroidie, que le vernis & les couleurs font dans l’état où 011 les fouhaite ; 4e*. enfin lorfque regardant par le haut du fourneau, 011 voit que le gravier du fond eft luifant. C’eft par tous ces indices qu’un ouvrier juge que la porcelaine eft arrivée à la perfection de la cuite.
- 446. Apres ce que je viens de rapporter, on ne doit point être fur-pris que la porcelaine foit ehere en Europe : on le fera èncore moins, quand on faura qu’outre le gros gain des marchands Européens & celui que font fur eux leurs commillionnaires Chinois, il eft rare qu’une fournée réuft filfe entièrement : il arrive fouvent qu’elle eft toute perdue, & qu’en ouvrant le fourneau, on trouve les porcelaines & les cailfes réduites à une malfe dure comme un rocher. Un trop grand feu, ou des cailfes mal conditionnées , peuvent tout ruiner : il 11’eft pas aifé de régler le feu qu’on doit leur donner : la nature du tems change en un inftant 1 action du feu , la qualité du fujet fur lequel il agit, & celle du bois qui l’entretient, Ainfi , pour un ouvrier qui s’enrichit, il y en a cent autres qui fe ruinent , & qui ne lailfent pas de tenter fortune, dans l’efpérance dont ils fe flattent, de pouvoir amafler de quoi lever une boutique de marchand.
- 447. D’ailleurs , la porcelaine qu’on tranfporte en Europe fe fait presque toujours fur des modèles nouveaux , fouvent bizarres , où il eft diffi-. eile de réufiir. Pour peu qu’elle ait de défauts, elle eft rebutée des Européens , & eHe demeure entre les mains des ouvriers , qui ne peuvent la:' vendre aux Chinois , parce quelle n’eft pas de leur goût. Il faut par confé,-quent que les pièces qu’on prend, portent les frais de celle qu’on rebute,.
- 448. Selon l’hiftoire de Kin-te-tching, le gain qu’on fai fait autrefois, était beaucoup plus confidérable que celui qui fe fait aujourd’hui : c’eft ce-qu’on a de la peine à croire, car il s’en faut bien qu’il fe fit alors un fi grand débit de porcelaine en Europe. Mais peut-être cela vient de ce que les; vivres font maintenant bien plus chers ; de ce que le bois ne fe tirant plus des montagnes voifines qu’on’a épuifées., on eft obligé de le faire venir de fort loin & à grands frais ; de ce que le gain eft partagé entre trop de perfonnes; & qu’enfin les ouvriers, font moins habiles qu’ils ne Pétaient dans ces tems reculés, & que par-là ils font moins fïirs de réufiir. Cela peut venir encore de l’avarice 'des mandarins , qui occupant beaucoup d’ouvriers à ces fortes d’ouvrages , dont ils font des. préfens à leurs protecteurs de la cour , paient mal les ouvriers: ce qui caufb le renchériifement des marehandifes, & la pauvreté des marchands.
- 449• «T-U dit que la difficulté qu’il y à cTexécuter certains modèles
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- venus de l’Europe, eft une des chofes qui augmentent le prix de la porcelaine s car il ne faut pas croire que les ouvriers puiflent travailler fur tous les modèles qui leur viennent des pays étrangers ; il y en a d’impraticables à la Chine, de même qu’il s’y fait des ouvrages qui furprenncnt les étrangers, & qu’ils ne croient pas polîibles : telles font de grolfes lanternes , des flûtes compofées de plaques concaves , qui rendent chacune un fon particulier ; des urnes de plufîeurs pièces rapportées, & ne formant enfemble qu’un feul corps, &c.
- 4fO. Il y a une autre efpece de porcelaine dont l’exécution eft très-difficile , & qui par-là devient fort rare. Le corps de cette porcelaine eft extrêmement délié, & la furface en eft très-unie au-dedans & au-dehors ; cependant on y voit des moulures gravées, un tour de fleurs, par exemple, & d’autres ornemens femblables. Voici de quelle maniéré onia travaille: au fortir de defliis la roue, on l’applique fur un moule où font des gravures qui s’y impriment en-dedans ; en-dehors on la rend la plus fine & la plus déliée qu’il eftpoffible, en la travaillant au tour avec le cifeau ; après quoi on lui donne de l’huile, & on la cuit dans le fourneau ordinaire.
- 4SI. Les marchands Européens demandent quelquefois aux ouvriers Chinois des plaques de porcelaine dont une piece fafle le defliis d’une table ou d’une chaife, ou des quartiers de tableau. Ces ouvrages font impof* libles , les plaques les plus larges & les plus longues font d’un pied ou environ j Ci on va au-delà, quelqu’épaifleur qu’on leur donne , elles fe déjettent , l’épaifleur même ne rendrait pas plus facile l’exécution de ces fortes d’ouvrages i & c’eft pourquoi, au lieu de rendre ces plaques épaifles , on les fait de deux fuperficies qu’on unit , en laiflant le dedans vuide : on y met feulement une traverie, & l’on fait aux deux côtés deux ouverture* pour les enchâfler dans des ouvrages de menuiferie, ou dans le dof-fier d’une chaife, ce qui à fon agrément.
- 4<Ç2. La porcelaine étant dans une grande eftime depuis tant de fiecles, peut-être fouhaiterait-on de favoir en quoi celles des premiers tems différé de celles de nos jours, & quel eft le jugement qu’en portent les Chinois. Il ne faut pas douter que la Chine n’ait fes antiquaires, qui fe préviennent en faveur des anciens ouvrages. Le Chinois même eft naturellement porté à refpeder l’antiquité on trouve pourtant des défenfeurs du travail moderne j mais il n’en eft pas de la porcelaine comme des médailles antiques , qui donnent la fcience des tems reculés. Le vieille porcelaine peut «être ornée de quelques caracfteres chinois, mais qui ne marquent aucun point d’hiftoire. Ainfi les curieux n’y peuvent trouver qu’un goût & des couleurs qui la leur font préférer à celle de nos jours.
- 3. C’est une erreur de croire que la porcelaine, pour avoir fa perfec-
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- tion, doit avoir été long-tems enfevelîe en terre j il eft feulement vrai qu’ers creufant dans les ruines des vieux bàtimens, & fur-tout en nétoyant det vieux puits abandonnés , on y trouve quelquefois de belles pièces de porcelaine qui ont été cachées dans des tems de révolution. Cette porcelaine eft belle, parce qu’alors on ne s’aviiait guere d’enfouir que celle qui était précieule , afin de la retrouver après la fin des troubles-. Si elle eftimée». ce n’eft pas parce qu’elle a acquis dans le fein de la terre de nouveaux degrés de beauté , mais c’eft parce que fon ancienne beauté s’eft confervée » & cela ieul a fon prix à la Chine, où l’on donne de grolfes fouîmes pour les moindres uftenfiles de fimple poterie, dont fe fervaient les empereurs Yao & Chun, qui ont régné plufieurs fiecles avant la dynaftie des Tang, auquel tems la porcelaine commença d’être à l’ufage des empereurs.
- 45*4. Tout ce que la porcelaine acquiert en vieilliifant dans la terre» c’eft quelque changement qui fe fait dans fon coloris, ou, fi l’on veut» dans fon teint, qui montre qu’elle eft vieille.. La même chofe arrive au maiibre & à l’ivoire ; mais plus promptement, parce que le vernis empêche Fhumidité de s’infinuer aifément dans la porcelaine.
- Il n’y a rien de particulier dans le travail de ceux qui tâchent d’imiter les anciennes porcelaines, fino.11 qu’on leur met pour vernis une-huile faite de pierre jaune, qu’on mêle avec de l’huile ordinaire » enlbrte que cette derniere domine : ce mélange donne à la porcelaine la couleur d’un verd de mer. Quand elle a été cuite, on la jette dans un bouillon très-gras, fait de chapon & d’autres viandes ; elle s’y cuit une fécondé-fois, après quoi on la met dans un égout le plus bourbeux qui fe puiife trouver, où on la laide un mois ou davantage.. Au fortir de cet égout » elle paffe pour être de trois ou quatre cents ans, ou du moins de la dynaftie précédente de Ming, fous laquelle les porcelaines de cette couleur & de cette épaiiîeur étaient eftimées à la cour. Ces faulfes antiques font, encore femblabies aux véritables» en ce que lorfqu’on les frappe elles ne xéfonnent point, & que fi on les applique auprès de l’oreille» il ne s’y fait aucun bourdonnement.
- 456V On eft prGfqu’aufli curieux à la Chine, des verres & des cryftaux qui viennent d’Europe , qu’on l’eft en Europe des porcelaines de la Chine. Cependant» quelqu’eftime qu’en falfent les Chinois » ils n’en font pas venus; encore jufqu’à traverfer les mers pour chercher du verre en Europe » ils trouvent que leur porcelaine eft plus d’ufàge : elle fouffre les liqueurs chaudes ; on peut même fans anfe tenir une talfe de thé bouillant, fans fe brûler, fi l’on fait la prendre à la ehinoife : ce qu’on ne peut pas faire même avec une talfe d’argent de la même épailfeur & de la même figure. La porcelaine. a fou éclat, ainû que Le verre * & fi. elle eft mojais. tranfparenu 5
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- elle eft auffi moins fragile. Ce qui arrive au verre qui eft fait tout récemment , arrive pareillement à la porcelaine ; rien ne marque mieux une conftitution de parties à peu près femblables : la bonne porcelaine a fon clair Gomme le verre. Si le verre fe taille avec le diamant, 011 fe fert aulîi du diamant pour réunir enfembîe & coudre en quelque forte des pièces de porcelaine caifée. C’eft même un métier à la Chine: on y voit des ouvriers uniquement occupés à remettre dans leur place des pièces brifées 5 ils fe fervent du diamant comme d’une aiguille , pour faire de petits trous au corps de la porcelaine, où ils entrelacent un fil de laiton très-délié, & par-là ils mettent la porcelaine en état de fervir, fans qu’on s’apperqoive prefque de l’endroit où elle a été caifée.
- 457. On a dit dans ce mémoire, qu’il peut y avoir trois mille fourneaux à King-te-tching 5 que ces fourneaux fe remplirent de cailfes & de porcelaine ; que ces cailles ne peuvent fervir au plus que trois ou quatre fournées, & que fouvent toute une fournée eft perdue. 11 eft naturel qu’on demande ce que deviennent depuis treize cents ans tous ces débris de porcelaines & de fourneaux : ils fervent d’un côté aux murailles des édifices de King-te-tching , & les morceaux inutiles fe jettent fur le bord de la rivierer qui palfe au bas de King-te-tching. 11. arrive par-là qu’à la longue on gagne du terrein fur la riviere. Ces décombres humeeftés par la pluie, & battus par les paiTans, deviennent d’abord des places propres à tenir le marché enfuite on en fait des rues. Ainli la porcelaine brifée fert à agrandir King-te-tching, qui ne fubfifte que par la fabrique de cette poterie ; & tout concourt à lui maintenir ce commerce, /
- < :-p".==rr=-.‘.
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche I*
- Figure i , plan d’un four nouveau pour cuire la porcelaine, dont Tinté-rieur a quatorze pieds huit pouces de hauteur, fur huit pieds trois pouces de diamètre , & dont les murs ont vingt-un pouces d’épailfeur.
- B B B B , quatre gorges diamétralement oppofées, dont les lignes coîla^ térales tendent au centre.. Leur ufage eft de donner paifage à l’air nécelfaire pour animer le feu; des quatre foyers. C, qui échauffent îe fourneau par quatre endroits en même tems afin de produire une chaleur plus forte par la réunion de la flamme en Un centra eomraim.
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- C C C C, quatre foyers qui ont chacun un pied de profondeur au-def. fous du fol.
- D D D D, quatre ouvertures d’un pied & demi de hauteur, fur un pied dix pouces de largeur, où l’on allume le feu , qu’on entretient avec du bois debout pendant quelques heures , avant de le tranfporter au-delfus de la gorge, où les bûches fe placent en travers. Les ouvertures fe ferment avec une plaque de fer de même grandeur. Le mur des gorges a trois pieds quatre pouces de hauteur fur un pied d’é-pailfeur.
- E, porto élevée de trois pieds au-delfus du fol, de deux pieds de largeur, fur cinq pieds dix pouces de hauteur. Cette porte fert à introduire les gafettes dans l’intérieur du fourneau.
- Figure %, coupe géométrale de ce fourneau, prife fur la ligne M N du plan figure r.
- E, la même porte, marquée E dans le plan.
- F, trois trous quarrés pour placer les montres, diamétralement oppo-fés, pratiqués au milieu de l’efpace qui eft entre les gorges B , à quatre pieds huit pouces au-delfus du fol.
- G , cheminée au milieu de la voûte, d’une forme conique , d’un pied fix pouces de diamètre, à l’ouyerture inférieure, & d’un pied à U fupérieure.
- Figure 3 , A A, coupe des foupiraux H H.
- Planche II.
- Figure r , machine propre à laver les terres. On les délaie dans l’eau ; on les lailfe enfuite repofer un inftant, pour donner le tems aux particules les plus grolîieres de fe précipiter au fond du vafe ; & l’on foutire par les robinets Z, la liqueur chargée des parties les plus fines de la matière qu’on veut laver.
- Z Z, robinets placés à fix pouces les uns des autres.
- Figure 2 , capfules de terre pour mettre l’argille lavée.
- Figure 3 , tour pour former les vafes de porcelaine.
- a 9 plateau de bois à l’extrémité de l’axe, fur lequel on met la pâte dont on veut former les vafes.
- b, grande roue de bois qui fert à mettre en mouvement la petite roue , ou le plateau fupérieure a; cette roue fe meut avec le pied.
- c, planche ppfée obliquement, contre laquelle le tourneur s’appuie.
- d3 planche fur laquelle le tourneur pofe les vafes qu’il vient de finir.
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- c, autre planche, fur laquelle on pofe la ,pâte avant de la mettre fur le plateau a.
- f > réglé de bois, aiguifée en bifeau dans fa partie fupérieurefur laquelle le tourneur racle fes mains , pour en ôter la terre qui s’y eft attachée.
- g, planche épailfe & très-folide, dans laquelle pâlie Taxe des deux roues a & b, fur laquelle on pofe la terre préparée pour former les vafes.
- Figures 4, f , 6,7, inftrumens de bois dur, aiguifés en bifeau à leur extrémité , qui fervent au potier-tourneur pour donner la forme à la pâte qui eft fur le tour.
- Figure 8, inftrument d’acier, tranchant dans fes extrémités, qui font courbées en angles droits. Cet inftrument fert au tourneur pour repalfer les pièces de porcelaine quand elles font féchées à demi.
- Figure 9, inftrument pour prendre la hauteur des différens vafes.
- d, plateau de bois plombé qui fert de bafe.
- c, tige cylindrique qui palfe dans la virole e.
- e , virole qui palfe dans la tige c.
- a, vis en bois pour fixer la virole c à la hauteur qu’on defire.
- b , traverfe de baleine qui fait l’équerre double, & qui eft mobile par le moyen de la virole c , dans laquelle elle eft fixée.
- Figure 10, fourneau de faïancier pour cuire la porcelaine en bifcuit. La figure de ce fourneau n’eft deffinée fur aucune échelle ; en voici les proportions : dix pieds de long, fur fept pieds de large & neuf pieds de haut 5 la voûte inférieure eft de trois pieds & demi de haut; la porte ne doit être que de la largeur de trois briques, c’eft-à-dire, à peu près vingt pouces, pour pouvoir y entrer de côté.
- a, foyer du fourneau qui n’a point de cendrier.
- ,. ; b, trou par où la flamme entre du foyer dans le laboratoire.
- c, porte du fourneau très-étroite, mais aife2 grande pour qu’un homme puilfe y paiîer pour charger le fourneau.
- d, ouverture du foyer, fermée d’une porte de fer, où il y a une ventoufe.
- e , cornes extérieures du four.
- f, partie fupérieure du_ fourneau, où il y a des trous qui répondent exactement à ceux de la partie inférieure b , lefquels font numérotés».
- Figure 11 , gafettes luttées avec de la terre à potier.
- Figure 12 , plateau pour fervir de couvercle ou de fond; à une gafette-
- Figure 13 , plan du fourneau.
- a. a a a y épailfeur des murs.
- ffffi ouverture pour l’entrée de la fiamme»
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- a%<S ART DE LA PORCELAINE,
- H H H, grille en briques de porcelaine.
- N, ouverture latérale pour entrer dans le laboratoire.
- O, porte du cendrier.
- Figure 14 , mouffle où l’on met les pièces de porcelaine lorfqu’elles font peintes , pour fondre les couleurs.
- a, petite cheminée pour le paflage de la vapeur.
- b, canal pour voir ce qui fe pafl'e dans la mouffle.
- Figure iy, fourneau de torréfadion, pour griller les [cailloux & fondre les couleurs.
- aaa , calfe pour les mouffles. b b b , grilles de fer pour foutenir les mouffles.
- ccc, plateaux de fer, fur lefquels on pofe le charbon, & qui fe meuvent dans des co ulules.
- Planche III.
- Figure 1, coupe du fourneau.
- AA AA, maffif du fourneau en briques communes.
- BBBB, partie de maçonnerie en briques de porcelaine , pour réfifter à l’adlion du feu.
- C, cheminée.
- DDD , enveloppe en maçonnerie, faite avec des briques communes1, pour cacher les proportions du fourneau aux curieux.
- EE, intérieur du fourneau, nommé Laboratoire. f, ouverture pour l’entrée de la flamme. ' ' ’
- G, foyer où l’on met l’aliment du feu.
- H , la grille en briques de porcelaine.
- J, repaire fait avec une brique de porcelaine, deftiné à foutenir les bûches de chauffage, & une porte de fer.
- K, le cendrier.
- L, voûte du cendrier.
- M, pallier ou plate-forme où fe tient celui qui dirige le feu.
- ' N, ouverture latérale pour entrer dans le laboratoire, & y placer les pièces de porcelaine.
- O , porte du cendrier.
- Figure 2 , coupe du foyer & du cendrier.
- aaa, voûte du fourneau en briques de porcelaine. b, œil du fourneau pour obferver l’intérieur.
- C, cheminée.
- D D D D, enveloppe en maçonnerie.
- ffff;
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- ART DE LA PORCELAINE,
- fffouverture pour l'entrée de la flamme.
- H H H H, grille du foyer en briques de porcelaine.
- J, repaire pour foutenir la porte du foyer & la bûche de chaufFageJ
- K, cendrier.
- Figure 3 , coupe d’une gafette, où l’on voit l’arrangement des pièces de orcelaine , foutenues par des chevilles de porcelaine.
- Figure 4, chevilles faites avec de la terre à porcelaine.
- Figure f , machine à triturer.
- A, mortier dans lequel tourne la meule B, qu’on fait mouvoir par la manivelle C.
- Planche IV.
- Figure 1, tour du lapidaire , vu en perfpeétive.
- a y eft la table de bois de chêne , bien folide & attachée au plancher ; cette table eft divifée en deux parties a & b , par le diaphragme q.
- c, eft une roue de fer qui eft mife en mouvement par une grande roue attachée fous la table, qui fe meut elle-même par la manivelle S.
- d, eft une piece de bois dur, un peu conique, qui entre à vis dans la piece de fer en potence m ; cette piece de bois renferme dans la partie inférieure, un morceau de cuivre un peu creux, pour recevoir le fommet de Taxe de fer i, de la roue de métal c , dont le bout inférieur pofe fur la traverfe h, au point h, où il y a un morceau de cuivre nommé crapaud. Ce crapaud eft pour faciliter la rotation ds la roue c.
- c, eft une piece de bois enfilée dans une verge de fer fixée à la table, pour foutenir la main de l’ouvrier. fs eft une virole de bois, qui tient à la manivelle S. g, mortaifes où fe meut la traverfe h; cette traverfe fe fixe à la hauteur qu’on defire , par le moyen de deux chevilles de fer K. k 3 eft une des chevilles 5 l’autre 11’eft pas exprimée, mais il eft aile de voir où elle doit être.
- 13 axe de fer de la roue inférieure , qui pofe fur la traverfe n au point A. m } piece de fer fixée à la table & coudée en m, qui a un écrou pour recevoir la piece conique d, qui a une vis , dont l’ufage eft de recevoir le fommet de l’axe delà petite roue de métal s; la partie inférieure de cet axe eft chargée d’une poulie, fur laquelle fe dévuide une corde : cette'poulie eft fixée à l’axe par un anneau de bois , qui tient par vis à l’atffieu i, n , grande traverfe de bois. o 000 3 pieds de la table.
- Tome VIIU K k
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- SîS A RT D E LA 'PORCELAINE,:
- pp, traverfe aflemblée à tenons dans les pieds de la table.
- q diaphragme de bois qui divife la table en deux parties.
- Figure 2, machine à triturer, de l’invention de Kunckel. On a {opprimé les planches antérieures de la caille, afin de laiffer voirie dedans de la machine.
- AB D, un des longs côtés de la boite , fur lequel font fixées horifonta-lement plufieurs barres de bois E F, entre leiquelles peut couler une planche L. La fig. 6 eft le delfus de cette planche , au milieu de laquelle cli un difque de bois r, au centre duquel s’élève une cheville. C’eft fur cette cheville qu’on monte la poulie G ,fig. 2 , à laquelle elle fert d’axe. On fait mouvoir cette poulie par le bouton FI, qui y eft fixé. A l’autre extrémité de la boite font quatre barres MN, dont on voit deux j les deux autres font fuppofées dans la planche antérieure. C’eft entre ces barres que coule le chaffis P Q_, qui eft traverfé par î’axe du pilon R. Cet axe porte une petite poulie O , fur laquelle , ainfi que fur la grande poulie G, palfe une corde fans fin V, qui fait tourner le pilon dans le mortier S. Mais comme il pourrait arriver que la corde ne fût pas fuffifamment tendue , on éloigne ou l’on approche la grande poulie G, par le moyen de la vis I, qui tourne, par la manivelle K. Cette mécanique fe voit clairement dans lafig. 7,9 qui repréfente le porte-poulie L, vu en-deilous. Ii, eft la vis. T, l’écrou.
- Figure 3 , A B C D E F G, cage de bois , féparée en deux par un plancher H I Kj la partie fupérieure contient une roue dentée N, dont les dents engrenent dans la lanterne M, fig. 6: on fait aller cette roue par la manivelle L, fixée à une des extrémités de fou axe. L’ailfieu qui traverfefta lanterne M, & qui eft pofé verticalement , s’attache au pilon après avoir traverfé le plancher H I IG La partie fupérieure du même aiftieu , eft chargée d’un poids ue plomb O , dont la fonclion eft d’alfujettir le pilon Q_, contre le fond concave du mortier , pour faciliter la molination. La fig* 5 repréfente ce pilon qui eft de deux morceaux affujettis enfemble j 1, trou quand, dans lequel entre la partie 4 de l’axe de la lanterne M.
- Figure 4, fourneau pour la porcelaine , vu en face.
- ©
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- ART D E Z A PORCELAINE. af* » =« ----------- •. -..1»
- 3?*ASX.3u 20 XL S
- *A.r an t-propos. page 141
- Matières dont ejl compofee La porcelaine de la Chine. 149
- Mémoire fur la confruclion ddun four a cuire de la porcelaine dure, pour la manufacture de Seves. 162,
- MÉMOIRE
- Sur la porcelaine d'Allemagne, connue fous le nom de porcelaine de Saxe. 16)
- Compoftion des différentes couvertes.
- 169
- Choix des matières. ibid.
- Préparation des matières. De Cdrgille.
- 170
- Des cailloux. 171
- Des teffons. ibid.
- Du gyps. 172
- Du mélange & de la macération, ibid.
- De la maniéré de former les vafes de por-
- celaine fur le tour & dans les moules.
- 173
- Préparation de la couverteP 174
- De la cuite du b if cuit.
- Des gafettes. 17 6
- Cuite de la porcelaine. 377
- Remarques. i8ï
- Maniéré de transformer le verre en une
- efpece de porcela ine, appellée, du nom de fon inventeur , porcelaine de Réaumur. ibid.
- M É M O I R E
- Sur les couleurs pour la peinture en porcelaine, jgo
- S02VLmLA.XM.XLSo
- Des véhicules. page 190
- Des fondaîis. 191
- Du verre. 193
- Du borax. ibid.
- Du falpêtre. *94
- Maniéré de préparer Por pour être appli~
- quéfurla porcelaine. 39 G
- Autre maniéré de préparer Cor. 198
- Pourpre. ibid.
- Violet. 200
- Couleur brune, nommée en allemand
- ferné. ibid.
- Rouge. ibid.
- Autre rouge. 201
- Noir. 202
- Vird foncé. ibid.
- Bleu. ibid.
- Jaune tendre, 203
- Brun. ibid.
- P réparation des couleurs. 204
- Des inventaires. ibid.
- De la façon de charger la palette. 20 g
- De la façon de donner U feu pour par-
- fondre les couleurs. 20 6
- Blanc de M. de Montamy, 207
- Pourpre. 2TO
- Bleu. 214
- La couleur jaune. 218
- Autre maniéré. ibid.
- Autre jaune. ibid.
- Couleur jaune-citron ; procédé tiré des mémoires de Cacadémie de Berlin é trouvé par M. Margraf. 219
- Maniéré d'obtenir le fel d urine , necef -faire à Copération précédente, ibid. Rapport fait par les commffaircs nom*
- Kkij
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- 2,ÉÔ
- ART DE LA PORCELAINE.
- més part académie royale, des Jciences, pour examiner un mémoire fur la porcelaine d‘ Allemagne , lu dans une des fiances de ladite académie le 13 février iyyi. page 220
- Extrait des refifres de t académie royale des jciences , du 2.0 jévr. ijji. 221 Extrait des refifres de t académie royale des Jciences y du 2.J noy. lyyu 222
- Extrait de Vallerius , fur la terre à porcelaine. Syffema minéralogicum, page 223
- Obfervations fur la porcelaine. 224
- M É M O I R E
- Sur la porcelaine de la Chine , par le P. dé Entre colle s. 226
- Explication des jigures. 25 3
- <^-======= r.-r. —---------1—- - "1
- TABLE DES MATIERES,
- Et explication des termes qui font propres à fart de la porcelaine.
- A
- ,ÀciDE marin » minéralife les fubf-tances métalliques. §. 12, note a.
- Alun , Ton ufage pour faire le jaune de Naples. 250.
- Antimoine diaphorétique employé pour faire le jaune de Naples. 290. Pour la couleur orange. 231.
- A R CET (à'} mémoire fur P action dé un feu égal, violent & continué, cité 44 > h'
- Argilla porcellana , note g.
- Argilla apyra , arida, 51 y.
- Argilla apyra ,pura, macra. ibid.
- Argilla porcellana cohœreus , alba. 317.
- ÀRG1LLE, en allemand Porceliin-Erde, en fuédais Porcelan-slera , les qualités. 100.316. Différentes efpeces de celle d’Allemagne. 102 , a. Préparation de l’argille. 102.
- A iteliers des manufactures de Chine. 30.
- Azur de la Chine, fa préparation. 370. B
- Selon, de aqnatilibus, cité note 1.
- Biscuit , porcelaine qui n’a eu que le
- premier degré de cuiïfon. 119.
- Blanc-de-plomb de Venife, employé pour la couleur jaune. 229.
- Blanc deM. de Montamy. 2^3.
- Bleu , couleur bleue ; (à préparation. 227. De M. Hellot. 277.
- Bien de montagne , employé à faire le noir. 224.
- Bleu de la porcelaine chinoife, inférieur aujourd’hui. 33 , note.
- Bottcher ,apothicaire, inventeur de la porcelaine de Saxe. 2. Anobli par Auguff e IL note 2.
- Bois à employer pour la cuite de la* porcelaine. 141.
- Borax , fondant pour les couleurs* i84> i8f >i89-
- Broyer les couleurs. 23f.
- Brun , couleur brune, fa préparation.
- 2lf-233.
- Büffon ( de ) théorie de la terre , cité 109.
- Bulles d’air, en ail. Blafen, nui£-bles à la porcelaine. 99.
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- ART DE LA PORCELAINE.
- 2 Ci
- C
- Cailloux, en ail. Kiefel, quartz blanc & vitreicible. 88• Oii ils fe trouvent en France. 99. Leur préparation. 102.
- Cendres de fougere. 541.
- Cercles, galettes fans fond. 152.
- Ceruse, employée pour le jaune de Naplc-s. 250.
- Charbon , choix de celui qu’on emploie à tondre les couleurs. 2f o.
- Chauefe , foyer d’un four à porcelaine : là pofition dans le four de Seves. 6f.
- Chaux de cuivre Remployée à faire le noir. 121.
- Ché-kao, minéral dont 011 fe fert à la Chine pour donner la couleur blanche. 734.
- Cire préparée de M. Kalau , n. 23.
- Cobalt , employé à faire le noir, 221 j & le bleu ,277.
- Coca, nom portugais, de la porcelaine. 16.
- Colles , véhicule pour les couleurs.
- ^ 180.
- COLUMNA , obfervationes aquatilium & terrejlrium animalium , note 1.
- Couleurs des porcelaines de Chine, note 32:
- Couleurs pour la porcelaine. 17p. Leur préparation. 23p.
- Couverte, en ail. Glapir, vernis dont on couvreta porcelaine. 97. Composition des couvertes. 98. Préparation des couvertes. 116.
- Cuite de la porcelaine. 15g.
- Cuivre fulfuré, as ujhim, employé à faire le verd. 22?.
- D
- Description de la Chine, clu B. du Halde, citée note 11.
- Dictionnaire de chymie, traduit en
- allemand par M. Pôrner, cité n. 1 o, §.22.
- Dictionnaire du citoyen, cité n. 11.
- Dictionnaire de commerce i par Savnry' cité 17, a.
- E
- Eau de pluie : fon ufage. 111.
- Eau régale pour difloudre l’or. 26p. Pour dilToudre l’étain. 266.
- Encyclopédie d’Yverdon , citée note 18-
- Entrecolles (le P. d’), jéfuite , chargé de faire des obfervations fur la porcelaine de la Chine. 4. Il fe
- trompe à divers égards, f.
- Ftain de Melac, employé à faire le pourpre. 264.
- Etain vierge , employé à faire le Tel marin. 2f4.
- Etouffoirs , vafes de tôle ou de cuivre à éteindre la brade. 249.
- F
- Feu pour cuire la porcelaine. 143. En allemand , lavier Feuer. 144. Pour fondre les couleurs. 245.
- Fokien , province de la Chine où il fe fait de très-belle porcelaine. 19.
- Fondans , fubftance propre à lier les couleurs en fufion, 183.
- Fondre les couleurs. 247.
- Fourneau à cuire la porcelaine, inventé par M. Guettard. 60. A fon-dre les couleurs. 24p.
- Fourneau de faïancier , à cuire le bif. cuit. !2i , a ,pi. II, fig. 10.
- Fourneaux de la Chine. 452.
- Fours à poterie de grès, en Picardie,
- 66.
- Franckenthal , fabrique de porcelaine très-confidérable dans le Pa-latinat. fj.
- Fritte , mélange vitrifiable , ajouté à la pâte de porcelaine. 321.
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- ART DE LA PORCELAINE.
- Wz
- Fusibilité des fubftances eftimées réfra&aires. 44. 6.
- G
- Gasettes , étuis dans Iefquels on cuit la porcelaine. 90. 127.
- Gomme, véhicule pour les couleurs. 18°.
- Gril à rougir les cailloux. 103.
- Grille , partie du fourneau à porcelaine. 92.
- Gyps , pour la porcelaine. ioi.Sa préparation. ioy,
- H
- Helot , mémoire fur la teinture, cité q q , à la note.
- Henckel , fora faturnifans , cité 287, a.
- Histoire de P académie des fciences de Paris, citée 2 r.
- JJiJioiregénérale des voyages, tom.VII, citée n. 1 , §. 17,1?.
- Hoa-ché, forte de craie employée à la Chine, qqo. Maniéré de remployer.-qqi.
- Huile ne l’aurait entrer dans la com-pofition de la porcelaine : erreur du P. d’Entrecolles. 22 , a.
- Huile peut fervir de véhicule aux couleurs. 180.
- Humecter la pâte. 144.
- J
- Jaune ; préparation de cette couleur. 229- 288 & fuiv.
- Jaune citron. 295.
- Jaune de Naples , fa préparation. 240.
- Inventaires, morceaux de porcelaine fur Iefquels on elfaie les cou-leurs. 257.
- lo-AT-CHE-ou, riviere de Chine. 2q.
- K
- JCaolin , ce que c’eft fuivant M. de Réaumur. 10. Suivant M. de Bo-piarre , note 8- Montagnes d’où pu
- le tire. 2g- 258- Son ufagedansîat porcelaine. 729. ' - '
- Kin , livre de la Chine, de feize onces. ?88.
- King-te-thing , bourg de la Chine, où fe fait la porcelaine. 19. 4fi.
- Kisel. Voyez caillou.
- L
- Laboratoire , partie du fourneau où l’on cuit la porcelaine. 90.
- Laver l’argille en Saxe. 102.
- Laver les terres, en ali, fc hiv emmené Cette opération à la Chine. 2y, n,
- Leang , once de la Chine. q88-
- LinnïEI fyjiema naturœ, cité n. g.
- Louisbourg fabrique de porcelaine, établie près de Stuttgard. yg*
- M
- Masse , c’efl: le nom de la pâte de porcelaine. 94.
- Macération , fon utilité pour la porcelaine. 9 6. 107.
- Mélangé des terres pour la porce-laine de la Chine, q 1. Pour celle de Saxe. 107,
- Mémoires de Pacadémie royale des fciences ds Per lin, cités 29 q.
- Mémoires de Pacadémie de Suede, cités n. 7, §. 15*2*
- Mineraylumbi fpathacea Vall. 4q.
- Montamy (M. de) traité des cou* leurs pour la peinture en émail, 170,
- Molette de verre à broyer les couleurs. 2?f.
- Montre, morceau de porcelaine qu’on met dans le four pour favoie ü la porcelaine elt cuite. g2.
- Mouffles pour la porcelaine. 24?, pl.Ü,fig.i4.
- Moule à former les carreaux de pé* tun-tfé. q26.
- Mouler les vafes de porcelaine. iii<
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- ART DE LA PORCELAINE. 26$
- .Moules à former les figures. 115.
- Mouleur , ouvrier qui moule, 1 1 r.
- Moulin à pulvérifer les telfons. n. 22,
- Muria phofphorea L\m\. Voyez [pat h de Pologne.
- N
- Noir , couleur noire , fa préparation. J2I.
- O
- Oeil-du-fourneau , ouverture à ob-fcrver le feu. 149.
- Olive , comment on donne cette couleur. 412.
- Or , fa préparation pour être appliqué fur la porcelaine. 200.
- Orange, préparation de cette couleur. 231.
- P
- Palette , maniéré de la charger pour peindre en porcelaine. 240.
- Pâte de la porcelaine, fes qualités. y2.
- , ' Sa compofition. 93.
- Peintres de la Chine affez mauvais. D*
- PÉ - tun- tsé , ce que c’eft , fuivant M. de Réaumur. 10. Suivant le P. d’Entrecolles. 525. Suivant d’autres , note 7. Comment il arrive à la fabrique. 24. Sa préparation. 2f, 324. .
- Plateaux ronds à pofer les porcelaines. 150 ,pl II, [g. Il & 12.
- POLIR la porcelaine 418.
- .. Porcelæn* erde. Voyez terre à porcelaine.
- Porcelaine; étymologie de ce mot. §. 1 , & note 1. Son origine, ibid. Tentatives pour faire de la porcelaine comme celle de la Chine. 2,5. Définition de la porcelaine. 40. En quoi confilte fa perfection. 4f. Sa bonté, yo, 519. Antiquité de fou ufage en Europe, note 18.
- Porcelaine d’Angleterre; fes défauts. y y.
- Porcelaine de Brefslau. 321.
- Porcelaine de la Chine; fon origine. 18. Sa fabrication. 21 , 548. Peinture. 366. Couleur. 167.
- Porcelaine noire de la Chine. 408.
- Porcelaine de Franckenthal. y6.
- Porcelaine de Perle. 3 g.
- Porcelaine de Réaumur. if2.
- Porcelaine du comte de Lauragais. 13.
- Porcelaine de Saxe , n’elt connue que depuis le fiecle pâlie. 1. Sa qualité. 82.
- Porcelaine de Seve , vitreufe. 15. Nouvelle pâte inventée parM.Macquer.
- Porcelaine à découpure. 410.
- Porcelana , mot portugais. 1. iy.
- Portugais ont connu les premiers la porcelaine de la Chine. 16.
- Pott , lithogéognojie , cité 40 , à la n.
- Pourpre, maniéré de le préparer. 2og. De M. de Montamy. 264.
- Prix des porcelaines de la Chine, 54 & fuiv.
- a
- Quantong , province de la Chine où fe fait la porcelaine. 19.
- Quartz calciné, fondant pour les couleurs. 184 a i8f*
- R
- Réaumur (M. de), fes expériences fur la porcelaine. 7. Se trompe fur la nature du kaolin. 2, a. Invente une nouvelle elpece de porcelaine.
- R EL AT ION de la grande Tat tarie. Am G» ter.dam 1 jyj , in-120, Clé 17, a.
- Roue d’étain à enlever V fable des pièces de porcelaine. i*.g.
- Ro uGE ; la préparation. 2.1 g*
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- Jtf4 ART DE LA PORCELAINE,
- Salpêtre , Fondant pour les couleurs. 190.
- Schreber ( le dodeur), cité 11. g.
- Sel ammoniac, employé à.faire le jaune de Naples. 250.
- Sel marin, employé pour faire le blanc. 274. Comment on le purifie. 277.
- Sel d'urine, fa préparation. 294.
- Se-tsé , forte de neffle employée à faire le vernis. 340..
- Smalt , employé à faire le noir. 222. Et le blanc. 227.
- Spath de Bologne, eft le même que le pé-tun-tfé des Chinois, note 7.
- Sucre, véhicule pour les couleurs. 180.
- T
- Talc , propre à faire la porcelaine de verre. 169.
- Terra porcellanapura, Cronft. 3 17,
- Terre à porcelaine, en ail. Porcelim-Erde > argille blanche , en chinois kaolin.
- Terre d'ombre, fon ufage pour la couleur brune. 25?.
- Terre de Saint-Paul, reflemble au kaolin. 28-
- Terre dont on fait en Suède une faulfe porcelaine. 42, note 14.
- Terre à porcelaine blanche & cohérente , en ail. zufammenhangender weijfer Porcelan-thon. 316.
- Terre à porcelaine, couleur de chair & cohérente. 516.
- Terre à porcelaine far in eu fe pure. ib.
- Terre à porcelaine brillante. ibid-
- Tessons, en ail. S cher b eu , fragment de porcelaine. 88* Leur préparation. 104.
- Tour, machine à former lefs vafes. ni ,pl. IL, fig. i ,4,7,6,7.
- Tournasser, achever de tourner plus délicatement les vafes. ibid.
- Tourneur, ouvrier qui forme les va-1 es fur le tour. ibid.
- Transparence de la porcelaine. 49.
- Tschirnhausen ( M. de) trouve une composition de porcelaine. 7.
- Tsi, forte de vernis de la porcelaine chinoife. 29,~ 3 36.
- Tsi - kin - yeou , vernis d’or bruni. 34?*
- Tsky, nom chinois de la porcelaine, J > ïf-
- Tsien , fa dixième partie de l’once chi-iioife. 588.
- V
- Vallerius critiqué & défendu. 40,’ notes 15 & if.
- Vallerius minéralogie, cité 31 7.
- Véhicule , liqueur dont on le fert pour appliquer les couleurs. 179.
- Verd foncé , comment il fe prépare. 225. ^
- Verre à broyer les couleurs. 247.
- Verre employé à faire de la porcelaine. 174. Fondant pour les couleurs. 187.
- Violet, maniéré de le préparer. 214»
- Vitriol de Hongrie, employé à faire le rouge, 219.
- fin de Part de la porcelaine,
- ART
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-
- ART
- D U
- POTIER DE TERRE
- Par M. Duhamel du Monceau»
- Tome T ÎII.
- lî
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- POTIER DE TERRE (0»
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- INTRODUCTION.
- 1. E ’art du potier de terre confifte à faire de la vailTelle & d’autres ouvrages avec de l’argille qu’on imbibe d’eau pour l’attendrir , qu’on pétrit , a laquelle on donne différentes formes, & qu’on fait cuire cnfuite pour lui donner de la folidité. Suivant cette définition, le faifeur de pipes, le faïancier , & même ceux qui font de la porcelaine, font des potiers de terre, mais qui font des ouvrages beaucoup pins parfaits que ceux dant nous allons parler (2). Ain fi l’on entend par potiers de terre, les ouvriers qui font des ouvrages communs, & qui, pour cette raifon , peuvent être donnés à bon marché.
- 2. L’argille (<2), qu’on nomme aufii terre glaife (3) , fai faut la bafe des terres qu’emploient les potiers, il effc à propos de commencer par rap-
- (1) Ce cahier a été publié à Paris en 177;.
- (2) A la fuite de l’art de la porcelaiue , j’ai cru qu’il ferait utile de placer celui du potier de terre. On Trouvera , entre ces deux arts & celui du tuilier-briquetier, qui fait partie du quatrième volume de cette collection , des rapports fenfibles qui répandront du jour fur leurs diverfes opérations.
- (a) (fueîques-uns nomment argille , une terre rouge , grade , fort alliée de labié ,
- qu’on emploie pour faire les fours, & qu’on nomme à Paris, pour cette raifon , terre à four : ainfi c’eft une glaife fort alliée d’un fable ferrugineux ; mais au vrai , l’argille & la glaife font deux termes fynonymes.
- (5) j’ai obfervé dans mes notes fur l’art du briquetier, que l'on confond mal à-propos des objets ditferens, en employant in-diftinéTement les mots argille & de terre glaife. Voyez tome IV, page ç, note \ , de 'cette collection,
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- 258 ART DU POTIER DE TERRE.
- porter les caracfteres qui lui font particuliers, & qui la distinguent des autres Sortes de terres ; pour cela je vais la conftdérer dans fon état de pureté , quoiqu’il foit bien difficile, & peut-être impoffible de l’avoir fans être aliiée avec différentes fubftances étrangères, qui, changeant fa nature „ tantôt la rendent plus propre à faire des ouvrages de poterie , & quelquefois obligent les potiers à faire des travaux confidérables pour rapprocher Pargille de fon état de pureté (4), fans quoi elle leur ferait entièrement inutile.
- 3. L’argille pure (5) eft formée départies très-fines, qui adhèrent a£ fez fortement les unes aux autres ; car , quand étant bien ramaifées en jnafle & rapprochées les unes des autres , elles font parvenues à un degré de fécherelfe aifez confidérable, elles prennent de la dureté ; de forte qu’une motte d’argille exactement pétrie & bien feche, eft dure comme certaines pierres: en cet état, à caufe de la finelfe de fes parties , elle eft-fufceptible de prendre un certain poli ; elle eft douce & comme favon-neufe au toucher* c’eft pour cette raifon qu’on l’appelle terre grajje. Elle-attire l’humidité, ce qui fait qu’elle s’attache à la langue lorfqu’011 l’appuie delfus : elle s’allie auffi très-bien avec les fubftances graffes ; c’eft pour cette raifon qu’elle eft propre à ôter certaines taches (V).
- 4. Si, après l’avoir coupée ou brifée en molécules de médiocre grcffi
- (4) Ces travaux confiftent dans différens lavages , qui ne peuvent pas avoir lieu pour les poteries communes, à caufe du bon marché.
- ( O 11 y a peu d’argille pure , la plupart eft diverfement alliée. On diftingue plusieurs efpeces. iQ. L’argille blanche, en al-•lemand weïffer Thon. C’eft la plus pure de toutes & la plus propre aux ouvrages de faïancerie. On l’emploie auffi à faire des pipes, dont je parlerai dans ce volume. Elle conferve fa couleur dans le feu , fe vitrifie fort difficilement, elle fe durcit au point de donner des étincelles. 2°. L’ar-gille grtfe,en ail. fckwarzgrauer Thon , moins pure que la précédente , & par con. féquenc moins propre à la faïance , peut fervir pour la poterie. L’argille bleuâtre eft la plus commune de toutes ; on en fait des briques & de la tuile. 4°. L’argille noirâtre prend cette couleur des particules æainérales, dont elle eft chargée * on peut
- auffi, lorfqu’elle eft bien lavée & préparée,, l’employer aux ouvrages du potier de terre. 5°. L’argille rouge foncé, eft la plus fufible de toutes , enforte qu’on la fait fervir de couverte à d’autres ouvrages moins beaux,. Comme elle eft chargée de beaucoup d’impuretés , on la fait paffer au tamis, avant de la mettre en œuvre. 6Q. L’argille jaune ^ tirant fur le noir, eft maigre & mêlée de-fables : on l’emploie à des ouvrages communs qui ne vont pas au feu , comme des affiettes & des écuelles. Les Allemands la-nomment Schluf. 70. L’argilleJpongieufet qui n’eft point facile à être travaillée fuc la roue. 11 faut la travailler à moitié feche. 8°. L’argille grije à faire les cruches de grès , qui fe tournent fur la roue.
- (a) On fera bien , pour prendre une connaiffitnce exaéte de la nature des terres , de confulter Vallérius , M. Pott, &; le iUflionnaire.de thymie de Al. Macqu.es.
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- ieur, on la laifle quelque tems tremper dans l’eau, elle s’en charge allez abondamment: elle fe gonfle proportionnellement à la quantité d’eau qu’elle aprife, & on peut en délayer une petite quantité dans beaucoup d’eau. Mais lorfqu’011 ne lui en fournit pas affez pour la réduire en boue, & qu’on la pétrit comme nous l’expliquerons dans la fuite, ce qu’on appelle corroyer, elle devient gluante & forme une pâte très-duclile qu’on peut beaucoup étendre fans la rompre, enfuite la rétraindre; de forte qu’un habile potier parvient à lui faire prendre bien des formes différentes ; & quand on l’emploie en pâte un peu ferme, elle a affez de foutien pour qu’un grand vafe qui a peu d’épaiffeur, 11e fe déforme pas par fon poids. Quand far-gille eft ainfi bien pétrie ou corroyée, enforte qu’elle forme une pâte ferme, elle n’eft pas perméable à l’eau, tant qu’elle 11e fe deffeche point i c’eft pourquoi 011 l’emploie pour former des corrois aux réfervoirs & aux baflîns qui font deftinés à retenir l’eau. C’eft encore pour cette raifon que les bancs d’argille renfermés dans l’intérieur de la terre, & qui ont beaucoup d’étendue, forment des réfervoirsfouterreins , d’où naiffent des four-ces qui font quelquefois affez bonnes: car l’argille qui n’eft expofée ni au foleil, ni à l’air, ni au vent, conferve long-tems fon humidité, fa dudi,-lité, & la propriété de n’ètre pas perméable à l’eau.
- 5. Les potiers profitent de la dudilité de l’argille pour la travailler fur le tour & dans des moules •> mais les argilles éprouvent, en fe féchant , d’autant plus de retraite, qu’elles font plus pures, c’eft-à-dire, qu’elles diminuent beaucoup de volume à mefure que l’eau s’évapore : & alors elles font fi fujettes à fe fendre, qu’elles feraient inutiles aux potiers, s’ils n’avaient pas des moyens de l’empêcher de fe retirer aufîî confidérable-ment, comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- 6. L’argille pure,& telle que nous la fuppofons prêfentement, n’eft point ou peu attaquable par les acides : je dis peu, parce qu’on peut démontrer dans plufieurs argilles la préfence de l’acide vitriolique. Cette ar-gille réfifte beaucoup à l’adion du feu fans fe fondre, & elle acquiert par la cuiffon une dureté comparable à celle du caillou, au point que certaines argilles bien cuites font du feu avec l’acier. Il femble que cette propriété indique qu’un feu très-adif lui fait prendre un commencement de fufion: car , quoique par le fimple defféchement elle prenne de la dureté , ce n’eft jamais au degré que lui procure la cuiffon ; & à quelque degré que foit porté le defféchement, la terre ne change point de nature 5 elle conferve la propriété d’ètre pénétrée par l’eau, & de devenir, par fon moyen, une pâte dudile; au lieu que par la cuiffon, elle eft totalement changée de nature: ce n’eft plus de l’argille, c’eft du ciment fort dur, ou une efpece de fable impénétrable à l’eau, & qui ne peut, avec ce fluidea acquérir aucune dudilité.
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- 7. L’argille eft, en cela , bien différente des bons mortiers qui prennent de ia dureté en fe deiféchant, mais qui la perdent quand on les ex-pofe à une grande calcination, j’ajoute que la dureté de i’argille cuite eft fort différente de celle des pierres calcaires, même les plus dures, telles que le marbre , puifque ces pierres étant expofées à un grand feu & réduites en chaux, perdent leur dureté , qui parait dépendre en partie de rhumidité, puifqu’elles n’ont plus de fermeté, quand , par la calcination, on a difiipé toute l’humidité qui, fuivant les apparences, formait l’union des parties ; & quand en faifant du mortier, on leur a rendu de l’humidité, elle reprend à la longue une dureté allez con fi d érable : au contraire, la dureté de la bonne argille augmente à mefure qu’on lui fait éprouver un.plus grand feu. La grande violence du feu la fend, la déforme en la réunifiant en une efpece de verre imparfait, mais qui conferve fa dureté. Voilà ce qui me fait penfer que la dureté de I’argille cuite, dépend de ce que, par la grande action du feu, fes parties ont acquis un amoliif-fement ou un commencement de fulîon qui les unit ies unes aux autres; amoiliffement qui 11’empèche pas qu’on ne puilîe dire que les argilles pures foient réfractaires à la vitrification, ou à la fufion parfaite.
- 8* Ces remarques, quelque fuccintes qu’elles foient, fuffi fient pour caractérifer I’argille pure ; mais comme il ne s’en trouve point qui ne foient alliées de fubitances étrangères, il eft plus important à l’art que nous traitons, de parler des argilles alliées, & telles qu’elles fe trouvent dans la terre , puifque c’eft de cette efpece qu’emploient les potiers. Leurs ouvrages font donnés à trop bas prix , pour qu’il leur foit pofiible de tirer leur terre d’endroits éloignés de chez eux, comme on le fait pour des ouvrages précieux, tels que ceux de porcelaine; il faut qu’ils emploient les terres qui fe rencontrent à portée dô leur établilfement. Heu-reufement I’argille 1e trouve en quantité d’endroits, à une profondeur en terre plus ou moins grande , fi l’on a égard aux fubftances avec lefquelles elles font alliées. Il y en a de bien des efpeces differentes : on la trouve tantôt en groifes malfies , d’autres fois par bancs qui ont peu d’épailfeur, relativement à leur étendue; enfin elle fe diftribuc quelquefois dans la terre par veines ou filons qu’il faut fuivre ; & l’efpece d’argille n’eft pas toujours la même dans la continuation d’un même filon, ou iorfqu’on la tire de terre à une plus ou moins grande profondeur.
- 9. A l’égard de leurs couleurs au fortir de la terre, il y en a de blanches, de grifes , de bleues tirant à la couleur de l’ardoife , de vertes , de rouges, de jaunes, de marbrées, &c.
- 10. Ces différentes couleurs des argilles 11e peuvent fournir que des indices peu certains fur la qualité des poteries qu’on en fera : cependant il ns
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- faut pas les négliger; car ces indices peuvent au moins engager à faire des épreuves pour s’aflurer de leur bonne ou mauvaife qualité. Nous en parlerons dans la fuite.
- 11. En général, on préféré les argilles blanches & les brunes aux jaunes, aux rouges & aux vertes, & quelquefois à celles qui font mélangées de différentes couleurs. Ces couleurs dépendent d’une teinture métallique , ou iullureufe , ou bitumineufe ; car, comme nous lavons dit dans l’art de faire les pipes (6) , il y a des argilles qui augmentent de blancheur. à la cuiffon, apparemment parce que la fubftance qui altérait leur blancheur , était deftruétible par le feu & l’air ; d’autres deviennent, à la cuiifon , jaunes , rouges , brunes , ou prefque noires. Il parait que ces couleurs fixes dépendent des dilférentes fubftances métadiques qui font dif-foutes par quelques acides , fur-tout par le vitriolique : car il faut que ces fubftances colorantes foient réduites en parties bien fines, puifque ces argilles de dilférentes couleurs paraiffent très-douces entre les doigts, & homogènes quand on les coupe. Les fubftances ténues, dont nous venons de parler, altèrent rarement la bonté des poteries communes, dont il s’agit préfentement. Je dis rarement, parce que quelques-unes peuvent les rendre plus fufibles : ce qui, dans certains cas , eft un grand défaut. D’autres produifent des vapeurs qui nuifent aux vernis dont on les couvre. J’aurai occafion d’en parler encore.
- 12. Suivant la qualité de ces terres & i’ufage qu’on en fait, on les nomme terres à briques } à tuiles } à carreaux , à pots de terre ou de graijjerie , à creufets , à pipes, &c.
- 13. Mais fou vent les potiers ont à employer des argilles qui font alliées de fubftances hétérogènes plus fenfibles , telles que du mica a)yàes pyrites (Æ), des terres calcaires (c) , des fables de différente nature 5 des fragmens de différentes fortes de mines, &c.
- 14. Je ne parle pas ici de ces fubftances qui fe trouvent en gros morceaux, & que les potiers ôtent quand ils les trouvent fous leurs mains
- (6) Cet art eft traité dans ce huitième volume , immédiatement après celui-ci.
- (a.) Le mica eft une forte de pierre feuil-lée , brillante , réfractaire (7) : il y en a de plufieurs efpeces. On trouve des fables micacés qui font chargés de quantité de parties brillantes. Les paillettes brillantes du mica , different peu de celles du talc.
- (7) Linnéus définit ainli le mica : apy-tus conjlans membranis JquarunoJis, niti-dis, frugilibus, planü.
- (b) Les pyrites font des minéraux qui reffemblent à des morceaux de mine par leur pefanteur , leur couleur éclatante ; & effectivement elles contiennent quelque choie de métallique , rarement, à la vérité, & peu abondamment ; mais elles font chargées de beaucoup de foufre & d’arfenic.
- ( c ) On appelle terres ou pierres calcaires, celles qui étant expofees à un degré de feu fuffifant, acquièrent les caractères de la chaux vive.
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- en corroyant leur terre; mais de celles qui font en molécules affez grofles pour être fenfibles fous les doigts, & être apperçues fur la coupe d’un morceau tle terre , pas affez cependant pour qu’on puilfe les tirer de la terre à la main: au relie, toutes ces matières, de quelque nature qu’elles foient, préjudicient plus ou moins à la bonté de la poterie, quand leur volume eft un peu confidérable, parce qu’elles empêchent qu’on ne falfe des ouvrages propres & dont la furface foit unie. Il eft vrai qu’en délayant cette argiîle dans beaucoup d’eau, & changeant de vafe, quagd les fubftances les plus pefantes fe feraient précipitées , on aurait des argil-les qui feraient prefque exemptes de toutes ces parties hétérogènes, 8c avec lefquelles on pourrait faire de beaux ouvrages ; mais cette préparation de la terre qu’on peut employer pour les ouvrages de faïance, exige trop de main-d’œuvre quand il s’agit de la groffe poterie : ainfi l'on n’emploie ces terres graveleufes qu’à faire de la brique, ou au plus delà tuile; & l’on choifit pour la poterie , des veines d’argiile plus pures & exemptes d’un alliage groflier , ou de nature à altérer la bonté de la poterie. Il eft à propos d’entrer à ce fujet dans quelques détails ; car c’eft de la nature de ces alliages que réfulte principalement la différente qualité des glai-fes ; «Sc un potier qui s’établit dans un endroit, doit ufer de tous les moyens pofîibles pour connaître la nature de. la terre qu’il doit employer , fans quoi il courrait rifque de manquer plufieurs fournées , & de fe ruiner.
- if. Il en maniera entre fes mains, pour connaître û elle eft douce au toucher, & fi elle eft liante & dudtile. Dans le cas où il y rencontrerait des corps étrangers, il les mettra à part, pour, après les avoir nettoyés , connaître de quelle nature ils font. Il ne s’en tiendra pas là; car fi le lavage, dont nous avons parlé plus haut , exige trop de frais pour les ouvrages de poterie commune , on peut au moins en faire ufage, pour qu’eu délayant dans de l’eau une petite portion de l’argille qu’on veut employer, on parvienne à connaître plus précifément la nature & à peu près la quantité des fubftances qui font mêlées avec l’argille: car, comme ces différentes fubftances de différens genres ont des pefanteurs fpécifiques qui leur font particulières , en tranfvafant plufieurs fois l’eau où l’on a délayé de la terre, comme après cinq minutes , enfuitc après dix, puis quinze minutes, on parviendra à féparer les fubftances étrangères, qui, fuivant leurs pefanteurs, fe feront précipitées les unes plus promptement que les autres, & on fera en état d’examiner féparément ces différens précipités , pour parvenir à les mieux connaître par des épreuves particulières; car c’eft de ces différens alliages que dépendent en grande partie les qualités des argilles & des poteries qu’on en fait. Il eft vrai qu’elles retiennent, malgré le lavage, des parties très-fines & fort divifées, qui colorent
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- lorent les argilles, comme nous l’avons dit plus haut; mais pour les poteries communes, ces parties hétérogènes très-fines font communément peu nuifibles ; quelquefois même elles font avantageufes. Par exemple, fui-vaut M. Pott, largille pure étant mêlée avec des fubftances gypfeufes, devient très-dure au feu : il dit encore que les terres vitrifiables étant mêlées avec l’argiile ferme, prennent beaucoup de dureté à la cuiifon; mais c’eft un grand défaut aux argilles que d’être alliées de pierres calcaires en molécules un peu groifes , qui fe calcinent à la cuifTon; & quand enfuite elles Tellement de l’humidité , elles gonflent & brifent l’ouvrage, Il elles font dans l’épaifleur de la terre ; li elles font à la fuperficie , l’eau les dif. fout, & il reffce un trou à leur place: néanmoins je dis , quand les molécules font un peu greffes ; car dans certains cas, les fubftances calcaires étant réduites en parties extrêmement fines, elles peuvent, étant mêlées en petite quantité avec des fubftances vitrifiables, contribuer à la bonté de la poterie. Effectivement, il eft d’expérience que quelquefois deux fubftances qui chacune féparément ne font point vitrifiables , fe vitrifient quand elles font mêlées enfemble ; & à plus forte raifon, les parties de chaux fe vitrifieront quand elles fe trouveront combinées avec des fubftances vitrifiables.
- 16. Les pyrites font encore un très-mauvais alliage; elles fe brûlent à la cuilfon & le diftipent prefque entièrement; il refte un trou à l’endroit où était la pyrite, ou tout au moins il s’y forme une tache noire, fem-blable à du mâche-fer, fur laquelle le vernis ne prend que difficilement. Les potiers prétendent même que les vapeurs fuîfureufes qui s’en exhalent lorfqu’eîles brûlent, gâtent le vernis des poteries qui font aux environs.
- 17. Le fable eft: néceflaire pour diminuer la trop grande retraite des' argilles trop pures , & faire qu’elles fe delfechent & fe cuifent fans fe rompre; c’eft à quoi font, fur-tout, propres les fables réfraeftaires qui fondent difficilement. Les vafes qu’on en fait foutiennent un très-grand feu, & 11e font pas fort fujets à fe rompre par les alternatives fubites du froid & de la chaleur; mais il faut un grand feu pour les cuire, fans cela l’argiile 11e prend pas beaucoup de dureté. On peut cependant en faire de bonne poterie, même des creufets , mais qui font perméables aux fels. & aux autres fubftances qui deviennent très-fluides dans la fufion, telles, que le plomb & les fels ; car leur tiifu étant peu ferré, ne peut les retenir. O11 pourrait rendre le tiffu de ces poteries plus ferré, en y ajoutant une petite quantité de terre vitrifiable. Si cependant ces fables étaient en trop grande quantité , ils diminueraint tellement la du&ilité de l’ar-gille, qu’elle deviendrait.très-difficile à travailler, particuliérement fur 1©
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- tour. Il eft vrai que, par le lavage , on pourrait retirer une partie du fable qui fe trouverait trop abondant dans la terre ; niais les potiers n’ont point recours à ce moyen, qui exige trop de main-d’œuvre; ils préfèrent de mêler ces argilles qu’on nomme trop maigres, avec d’autres qui, étant très-grades, prennent trop de retraite, & fe rompent en fe defîéchant. Ainfi, par ce mélange qui n’exige pas de grands frais, ils corrigent les, défauts de deux terres, l’une qui était trop forte, & l’autre trop maigre-.
- ig. Les fables fufibîes, vitririables & métalliques , rendent Pargille fufi-b.le, & les ouvrages de poterie ne peuvent fupporter un feu confidérable-fans fe déformer ; c’eft pourquoi prefque tous les ouvrages qu’on fait avec ces argilles fufibles , font légèrement cuits ; leur intérieur efi groiîier & li poreux que les vafes font perméables à l’eau, fur-tout quand, pour prévenir les açcidens qui réfultent d’une trop grande retraite, on mêle beaucoup de fable avec l’argille; & dans cet état, on ne peut faire avec cette terre que des pots de jardin , des chaufferettes , des réchauds , &c» ëc pour les uftenfiles de ménage, qui doivent retenir l’eau, il faut les couvrir d’un émail qu’on nomme le vernis„.
- 19. L’éconqivue engage à faire de ces fortes de poteries qui fe travaillent aifément, qui ont peu de retraite, qui n’exigent qu’un feu médiocre: pour être cuites, & qui ont l’avantage de pouvoir être expofées au feu fans fe rompre (8). Ces poteries très-communes fe font en grande quantité, parce qu’elles fe donnent à bon marché; mais elles ont peu de foli-dité , le moindre choc les rompt, ainfi- elles font de peu de durée.
- 20. Quand, en employant ces fables vitrifiables avec l’argille , on parvient à leur donner une bonne cuiffon fans que les ouvrages fe déforment, les poteries font fouvent d’un tiffu très-ferré; elles ne font point., dilfolubies par les acides , & tiennent en fufon les fels. & les métaux; mais, comme elles approchent beaucoup de la nature du verre, les vafes 11e peuvent fupporter les alternatives de la. chaleur Sc du froid; pour qu’ils ne fe rompent point, il faut les chauffer avec beaucoup do ménagement.
- 21. Les terres qu’on emploie à faire les. poteries qu’on nomme de grès (9) , ont communément ce défaut; étant d’un, tiffu. fortferr.é, elles réflftent.
- ( g ) On appelle terres à feu. celles qui peuvent fupporter fans fe caffer, l'alterna-ti-ve fubite du froid au chaud affez bien pour qu’on puifie les employer dans la cuifine. Elles, font toute.s d’un très-mauvais. fervice;car c’eft une chimere de croire qu’on puiffe faire des poteries folides & capables de réfifter au feu comme un vafè de snétah 11-cft ce ire in que les meilleures font.
- caffées dès la première fois qu’on- les met au feu ; il s’y forme une infinité de petites fentes, & au bout d’un certain tems, le vafe tombe en morceaux. Au refte ces ter»-res à feu , quoique très-imparfaitos , ne-lai(V fient pas d’être très-qommodes, puifiqu.’elles. peuvent fiervir au moins quelque tems.
- (9) Les grès de Normandie , dont on fie fert pour, faire, des pots à beurre, font, un
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- à la fufion des fels & du verre de plomb, &c. mais on eft obligé de les ménager beaucoup quand on les fait paffer du froid au chaud. Pour qu’elles n’euifent point ce défaut, il faudrait qu’elles n’approGhalfent pas autant de l’état de verre. Il y en a qui font de cette nature, & qu’on pourrait regarder comme une porcelaine grofliere (10). Je foupqonne que les terres dont on les fait, font formées d’une argille alliée de fable réfra&aire a & d’un peu de fable vitrifiable, d’où réfulte une demi-vitrification. Je n’ai pas été à portée d’examiner ces terres avec affez de foin pour donner ce que je viens de dire comme très-certain; tout ce que je puis aifurer, c’eit qu’ayant dilfous dans beaucoup d’eau la terre de Gournay, dont on fait les pots à beurre d’Ifigny, & l’ayant tranfvafée après avoir laifTé précipiter une partie du fable & des pyrites qu’elle contenait, j’ai fait faire avec cette argille, privée d’une partie de fon fable, des creufets qu’on pouvait faire rougir au feu, & enfuite les plonger dans de l’eau fraîche, lans qu’ils fe foient rompus. Si j’avais écé à portée de ces poteries , je fuis perfuadé que je ferais parvenu à faire des vafes qui, à la vérité, n’auraient eu aucun mérite du côté de la beauté, mais qui auraient été auffi bons que la porcelaine , & qui auraient eu toutes les perfections dont les poteries communes peuvent être fufceptibles.
- 22. Les potiers 11’entrent point dans des examens aufli recherchés ; s’ils trouvent l’argille douce au maniement, ils en jugent avantageufementj-ils la corroient & la travaillent : s’ils la trouvent trop maigre & peu ductile, ils effaient d’y joindre de l’argille très-gralfe: s’ils s’apperçoivent que l’argille diminue beaucoup de volume en fe féchant, qu’elle fe fende, ils Famaigriflent en y mêlant quelque terre très-fablonneufe, ou même du fable en proportion convenable pour qu’elle conlèrve alfez de duCtilité : ils en font cuire; fi elle fond & fe déforme dans le four, ils diminuent la vivacité du feu, ne l’emploient qu’à des uftenfiles de ménage , qu’ils couvrent de vernis. Si un feu ordinaire ne fuffit pas pour la cuire ou lui faire prendre toute la dureté dont elle eft fufceptible, & lorfqu’ils s’apperçoi-vent qu’elle peut fupporter grand feu fans fe déformer , ils la cuifent en grès. Si à ce grand feu ils s’apperçoivent qu’elle approche trop de la nature du verre pour fupporter le feu , ils en font des uftenfiles qui ne doivent point aller au feu, comme des bouteilles, des pots à beurre, des faunie-res, des terrines, des cruches & des pots pour les laiteries , &c. Pour les
- mélange de terre glaife & de fablon blanc , naire utiivcrfel des fojjïles, au mot grcs. femblable à celui d’Etampes. Cette glaife (io) Voyez ce que j’ai die làdeifus, eft fort favonn«ufe. Voy. Bertrand, diâion. dans l’art de la porcelaine, § 82 , n. 81.
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- rendre moins fragiles'au feu, ils allient les argilles trop fortes avec cîeS terres déjà cuites, comme des pots de grès pilés j alors étant bien cuites,, elles peuvent faire des vafes qui vont iür le feu , pour peu qu’on ait l’attention de les échauffer doucement j mais quand il s’agit de faire des creufets pour les elfais des métaux, ou dans Iciquels on tienne des Tels en fulion , il faut que les terres foient bien exemptes de toute liibltance métallique qui fe fondrait, & laiiferait échapper ce qu’on tiendrait en fufion dans le creufet (n).
- 23. Quelquefois ces alliages fe trouvent naturellement faits dans la terre-, & les potiers l’emploient telle que la nature la leur préfente: de là viennent les différences qu’011 remarque dans les poteries qu’on fabrique e.11 différentes provinces, comme les grès bruns de Normandie, ceux de Bretagne qui tirent fur le bleu, ceux de Beauvais qui font jaunâtres , tirant un peu au roux , ceux de Saint-Fargeau qui font blanchâtres , & enfin ceux de Flandres qui approchent plus que tous les autres de la nature de la porcelaine»
- 24. On voit, par ce que nous venons de dire, que quand un potier croit avoir acquis les connailfances qui lui font nécelfaires fur la nature-
- (n) Il refaite de toutes les obfervations qu’on vient de lire, qu’il y a trois fortes d’argilles, relativement à la poterie. Les unes (ce font les plus pures ) réfiftent au feu le plus violent, fans autre changement que de fe durcir un peu , mais point allez pour avoir la plus grande dureté. Les autres prennent dans le feu une dureté comparable à celle des cailloux, & une fi grande denfité qu’elles paraiffent liftes & brillantes dans leur fra&ure , comme la porcelaine ; du refte elles réfiftent à la plus grande violence du feu fans fe fondre. Enfin , il eft d’autres argilles qui commencent à fe durcir à un feu médiocre, & fe fondent en-fuite entièrement à un feu fort. Avec ces trois efpeces d’argille, on peut faire trois efpeces de poterie. La première donnera des creufets qui réfifteront au plus grand feu fans fe fondre , qui feront capables de «ontenir des métaux en fufion , &. même des verres durs qui n’entrent point dans un flux trop liquide ; mais faute de compacité Æuffifante., ils ne pourront contenir des
- fubftances très-fufibles, telles que le ni-tre, &c. ces matières les pénétreront & paf-feront à travers les pores. Ces terres fervent à faire les pots ou grands creufets, néceflfaires dans les verreries où l’on fabrique le verre dur. La fécondé efpece, quf fe trouve prefque dans tous les pays , fert à faire des creufets & autres poteries qu’on appelle du grès^ ou de la terre cuite en grès. Ces poteries font bien fonnantes , aflez-dures pour faire beaucoup de feu avec, l’acier, capables de contenir toute forte de liqueurs ; mais leur dureté , qui les empêche de fe dilater aiTez promptement lorfqu’elles paffent fubitement du froid au chaux, les rend par là même fujettes à fe' cafter. Enfin , avec les argilles fufibles , on fait une grande quantité de poteries peu^ coûteufes. Quelques-unes font fans cou-verte; mais prefque toutes font revêtues-d’une couverte vitrifiée, fans quoi ils ne* pourraient pas contenir de l’eau V, 1’£ncyr clojpc'die d’Tverdon , au mot jioùeric.
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- de la terre qu’il doit employer , il n’eft pas ail bout de Tes recherches; car il y a des terres qui ne peuvent fupporter qu’une médiocre cuilfon: d’autres, & ce font les meilleures, exigent d’être cuites à très-grand feu. Pour acquérir ce s connaiffances, le potier doit faire fes premières fournées avec beaucoup d’attention, & examiner comment fe comportent fes ouvrages, afin d’apprendre à bien conduire les fournées fuivantes. Mais quand un potier s’établit dans un lieu où l’on eft dans l’ufage de travailler certaines terres , il eft difpenfé de faire les épreuves dont nous venons de parler, en profitant des expériences qu’ont fait ceux qui font dans l’ufage de travailler ces fortes de terres.
- 2f. Sur les rives de la forêt d’Orléans , à un endroit qu’on nomme Nibclle, où il y a beaucoup de potiers, ils font les vafes qui 11e doivent point aller fur le feu , avec une argille affez pure, qui devient brune à la cuiffon. Cette poterie eft d’un tilTu fort ferré : ainfi pour les uftenfiles de' cuifine , ils mêlent avec cette argille une autre terre qui eft blanche & alfez maigre; mais ces dernieres poteries feraient perméables à l’eau, fi ou ne les couvrait pas avec du vernis.
- 26. Le travail des potiers eft à peu près le même dans les différentes provinces où l’on fait des ouvrages en terre. Ainfi , je vais expliquer en détail les pratiques des potiers de Paris, & de tems en tems je ferai remarquer en quoi elles different de ce qui fe fait ailleurs.
- Article premier»
- Travail de la poterie fuivant Puf âge de Paris.
- 27. Les potiers de Paris tirent leur terre de Gentilly ou d’Arcueil £ ceux qui en fouillent, fuivent les veines de bonne terre, & la coupent par morceaux à peu près cubiques ; & on la voiture chez les potiers dans des charrettes , comme on fait les moilons.
- 28* Quand les potiers la reçoivent, ils la mettent dans leurs caves, où elle refte plus ou moins de tems pour s'hiverner, ou, comme l’on dit en d’autres endroits , pourrir ; de forte que la terre qui a été fouillée l’automne , refte l’hiver dans Ta cave ; & elle eft d’autant plus aifée à travailler qu’elle y a refté plus long-tems. E11 quelques endroits, les potiers laiifent leur terre à l’air, & la remuent à la beche pendant le courant de l’hiver î par ce moyen ils lui procurent encore plus de dudilité.
- 29. C’est la même terre qui fert à faire les carreaux & les ouvrages de; poterie. Cependant, fuivant la profondeur d’où on l’a tirée , elle eft ou plus; brune ou plus blanchâtre ; il y en a qui eft mélangée de ces deux couleurs-j
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- celle-là eft jugée un peu meilleure que les autres, mais toutes s’emploient fans diftimflion pour la poterie ou le carreau. Je vais commencer par expliy quer ce qui regarde le carreau.
- Article II.
- Des carreaux (12), & d'abord de la façon de corroyer la terre avec
- laquelle on les fait.
- 30. Quand on a tiré de la cave les grofles mottes de terre (13), il faut les couper par tranches les plus minces qu’il efl; poiïible. Pour cela on met une planche A, fig. 1 , pL 7, fur un baquet : les potiers appellent ainfi une dzmi.que.ue B, défoncée par un bout : on met dans cette demi-queue environ fix féaux d’eau, puis on pofe une motte de terre fur la planche A, que nous avons dit qu’on mettait fur le bout défoncé de la demi-queue B. Un potier coupe cette motte de terre par tranches minces, avec un couteau à deux manches D (14), fig. 2. A mefure que la terre efl: coupée, les tranches tombent dans l’eau de la futaille : la terre qu’on a mife ainfi en trempe le foir, efl alfez attendrie le lendemain matin pour être marchée ; car huit heures de trempe fiiffifent, quand les tranches d’argille font bien minces.
- 31- Les rognures des ouvrages qui n’ont point été au four, rentrent dans la terre neuve ; & cette terre de rognure, qui a déjà été alliée de fable, marchée, pétrie & travaillée, fait que la terre vive ou neuve fe travaille mieux.
- 32. La terre dont les potiers de Paris font ulage, efl trop grade pour être employée feule, foit qu’on la tire d’Ârcueil ou de Gentilly ; il faut l’allier avec du fable pour diminuer de fa force, & faire qu’elle fe retire moins. Peut-être ferait-il plus expéditif & plus économique de travailler la terre avec la machine repréfentée dans l’art de faire les pipes (15);
- (12) J’ai dit qu’en Suiffe & dans divers lieux d’Allemagne & de Hollande, on donne aux carreaux à paver, la même forme qu’aux briques ; ils font travaillés parles mêmes ouvriers, avec la même terre, dans les mêmes fours. Voyez Yart du tuilier-brique tier 3 dans le quatrième volume de cet ouvrage, page ç.
- (13) Quand la terre paffe l’hiver dans une folle, on n’a pas befoin de la confer-ver en greffes mottes dans une cave. La
- méthode de la faire palier même plufieurs années au grand air, communique à l’argille une qualité fupérieure. Voyez Yart du tuilicr-briquetier, tome IV ,p. 9? , n. 41.
- (14) En allemand Thonjclmeide. Les potiers Allemands commencent toujours par couper la terre. Ils difent que les pierres crient, die SteincJchreyen 3 & avertif-fent l’ouvrier de les Jeter dehors.
- (10 Cet art fe trouve dans ce volume , à la fuite de l’art du potier.
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- mais fuivant Pufage des potiers, on fait ce mélange en pêtrifTant la terre avec les pieds : c’eft ce qifon appelle faire un marchée ( 16). Pour cela , fuivant l’ufage des potiers de Paris, il faut deux demi-queues de terre vive ou neuve, telle qu’on la tire de la cave, une demi-queue de rognures (i Pon en a, & cinq hottées de fable : fi l’on diminuait la quantité du fable, les carreaux feraient plus durs, mais auffi plus difficiles à travailler^Quoi qu’il en foit, les potiers du fauxbourg Saint - Antoine tirent leur fable de Belleville i & ceux du fauxbourg Saint-Marceau , d’Arcueil; l’un & l’autre font fins , peu mêlés de cailloux i leur couleur tire fur le jaune. ( 17 )
- 33. Pour faire une marchée, 011 commence par étendre fur le plancher tout le fable, & 011 couvre l’efpace qu’occupera la marchée; on en réferve feulement une hottée pour Pufage dont nous parlerons dans la fuite 5 ce fable qu’il faut mêler avec Pargille , empêche auffi la terre de s’attacher» On tire donc des demi-queues la terre des rognures qu’on a mifes en trempe, comme la neuve i on l’étend fur le fable au milieu de la marchée ; qar comme cette terre elt bien plus aifée à pétrir que la neuve, on la met à l’endroit où la terre fe corroie moins bien. Les deux demi-queues de terre neuve font dilfribuées à la circonférence , & par-delfus 011 met un peu de fable., dont on réferve feulement une bonne demi-hottée pour Pufage que nous dirons dans la fuite. ( ig)
- 34. Trois demi-queues de terre bien marchée , fuffifent pour faire cinq cents faîtieres, qui fourniront deux mille petits carreaux. La terre étant difpofée comme nous venons de le dire ,- le marcheur , ayant les pieds nus , monte fur le bord de ce tas de terre i fon attitude eft d’avoir la main gauche appuyée fur le genou gauche;. & pour ne point tomber étant fur une terre gliiïante, il tient de la main droite un bâton fur lequel il s’appuie. Alors entamant un peu de la terre par les bords avec fon pied gauche , il en détache une petite portion qu’il poulie hors le tas ; il avance: ün petit pas , & fait la même opération ; de forte qu’en tournant tout
- (i6) En Suède , on pétrit l’argille avec des boeufs attelés au bras d’un arbre qui tourne fur fon axe. Le défaut du bœuf, c’eft qu’il aime à remettre les pieds dans les roêmes trous i il faut quelqu’un qui rem-plifle les pas de l’animal, & qui emporte {es ordures.
- (17; Le fable pour les briques doit être un peu gros & fans aucun mélange de terre.. On en fait l’épreuve en le mêlant avec de l’eau ; fi l'eau ne devient pas trouble vle fable eft de. la meilleure qualité* Le labié.
- de montagne eft ordinairement plus pur que celui de riviere , s’il eft mêlé de-pierres.
- ( ig ) On a certaines machines propres à préparer la terre , qui la corroient encore mieux qu’on ne peut le faire en marchant., Telle eft une efpece de moulin employé en. Hollande , dont on trouvera la defeription dans Yartd'u tuilier-briquetier , tome IV, §. 568 Tel encore le tambour, connu en Suede fous le nom de Lobrôkor, Voyez, tome IV, 42S & fui*.
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- autour du tas, & entamant à chaque pas de quatre à cinq pouces de terre ] il gagne peu à peu le centre, où il relie peu de terre, parce qu’il en a poulie la plus grande partie vers les bords. Cependant, comme ce qui refis au milieu efl moins bien marché que les bords, il achevé d’ôter la terre qui y relie ; pour cela, avec un morceau de fer, il coupe cette terre par morceaux qu’il enleve avec les mains , parce qu’au moyen du fable qu’on a mis déifions, el’e le détache aidez aifément du terrain , & il diftribue cette terre tout au pourtour du tas. Quand on a enlevé la terre qui efl au milieu de la marchée , il relie une couronne de terre formée de deux cercles concentriques ; mais avec le même barreau de fer , il coupe les bords de la marchée , & les jette dans le milieu , puis il marche cette terre comme il avait fait la première fois ; & quand il a fini cette opération , il ne vuide plus le milieu : mais après avoir coupé la terre des bords avec le barreau de fer, il la ramalfe à la main & la met dans le milieu; puis il la marche de nouveau pour la troifieme & derniere fois , en étendant la terre plus qu’elle ne l’avait été par les précédentes marchées , afin de rendre la couche de terre plus mince. Alors elle efl corroyée, & en état d’ètre employée, comme nous allons l’expliquer.
- 3L Pour marcher ainfi trois demi-queues de terre, il faut au moins-quatre heures à un homme vigoureux ; il finit par ramafier fa terre en tas : elle efl alors en état d’être moulée. (19)
- Comme il efl important, pour tous les ouvrages de poterie, que les terres qu’on mêle les unes avec les autres , ou le fable qu’on mêle avec l’argille , foient dillribuées bien également par toute la malfe , & que les différens mélanges falfent un tout uniforme, les potiers, pour s’en aifiu-rer, coupent des tranches avec un fil de laiton, & ils examinent fi la couleur delà terre efl uniforme dans toute l’étendue de la coupe, & s’il n’y a pas des endroits plus brillans que d’autres. L’uniformité prouve que les différentes terres font bien mélangées , & que le tout efl bien corroyé > les endroits brillans font ceux où l’argille elt plus pure.
- Comment on moule les carreaux.
- 37. On pourrait mouler les carreaux, comme nous avons dit, dans l’art du briquetier , qu’on fait la tuile & la brique. Les tuiliers ne font pas autrement les carreaux qu’on nomme de tuilerie, pour les diftinguer des carreaux de poterie , qui font bien meilleurs §& plus proprement travaillés que ceux
- ( 19 ) La maniéré de préparer la terre, Voyez Y art du tuilicr-briquctier , tome JV, cft différente dans les tuileries de Suiffe. page 12, n, ij.
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- des tuiliers. Les potiers donnent la forme quarrée aux grands carreaux qu’on nomme d'âtre, dans un moule de bois. Ils font aulii dans des moules à pans, fig. 3 , des carreaux pour des greniers ou des chambres , qui exigent peu de recherche j ils fe difpenfent de les battre & de les rogner, comme ceux qu’on deftine pour les appartemens ; mais par cette méthode , la furface des carreaux n’eft jamais bien drelfée, les angles font fouvent émoulfés, & la terre n’eft pas fufHfamment comprimée: c’eft pourquoi, pour les carreaux d’appartemens, les potiers s’y prennent tout autrement.
- 38- Ils commencent, il eft vrai, par mettre la terre dans un moule, fuivant la grandeur que les carreaux doivent avoir pour faire les pièces de terre qu’on nomme faîtières -y mais après que la terre eft à demi feche , ils la battent fortement, la compriment beaucoup. Par cette opération, les carreaux perdent la forme régulière que le moule leur avait donnée, ce qui oblige de les couper fur un calibre de fer que les potiers nomment moule; ce calibre ou patron de fer, eft taillé très-réguliérement, fuivant la grandeur & la forme qu’on veut donner aux carreaux. Tout cela deviendra clair par les détails où nous allons entrer ; mais il convient auparavant, de faire remarquer que, quoiqu’on puifle faire des carreaux triangulaires , lofanges , quarrés-longs , &c. on n’en fait guerequede quartes , ou à ftx pans , fig. 3 , & encore quelques demi-carreaux pour les raccordemens auprès des àtres, des murs, ou dans d’autres circonftances. Ces deux formes ont cela d’avantageux, que les carreaux d’une grandeur pareille fe joignent exactement les uns aux autres, fans laiffer de vuide entr’eux j s’ils étaient à cinq pans , il relierait entr’eux des vuides qu’iL faudrait remplir ; & d’ailleurs, les angles étant fort aigus , feraient fujets à fe rompre.
- 39. A l’égard des octogones ou à huit côtés, il relie nécelfairement entre quatre carreaux, un efpace quarré qu’il faut remplir par un petit carreau. On ne fait'guere de ces carreaux à huit côtés, que quand le petit carreau eft d’une couleur différente des grands : tels font les carreaux nôirs & blancs que font les marbriers. J’en ai auffi vu dans quelques provinces, qui, étant de terre cuite & couverts de vernis de différentes couleurs , formaient un alfez bon effet. O11 peut, en variant la forme des carreaux , ainli que les couleurs par le vernis , & encore leur poli-tion réciproque , faire une infinité de compartimens : j’en parlerai dans la fuite. Mais comme les carreaux, quelque forme qu’011 leur donne, le font de la même maniéré, je vais indiquer en détail comment les potiers font les carreaux à fix côtés, ou hexagones K, fig. 3.
- 40. Le potier commence par faire dans le moule un grand carreau quarré, qu’on nomme faîtiere. Ce moule eft un chaftis de bois de chêne, qu’011 fait
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- plus épais que ne doivent être les carreaux ; non feulement parce que la terre diminue de volume en fe féchant, mais encore parce qu’en la frappant avec la batte, on lui fait perdre de fon épaiifeur.
- 41. Pour mouler les laitières, le potier a une table épaiffe a b, pi. 4 , qui eft pofée fur de forts tréteaux e; il place fur cette table, & vers le milieu , une pierre dure & unie, ou un bout de madrier de bois g, épais de trois ou quatre pouces, auquel on donne différcns noms; en quelques endroits 011 le nomme urquain. Sur le bout d d de ce morceau de bois, eft pofé un vafe plein d’eau e e, & fur le vafe une barre de bois f f, qu’on nomme la plaine ( 20 ) , & au-devant eft le chaflîs ou moule g~ A côté & vers la gauche du mouleur, quelques-uns mettent une motte de terre k, delfinée à remplir le moule; 011 y met aufîî la terre qu’011 emporte avec la plaine f f. D’autres prennent la terre à fur & à mefure qu’ils en ont befoin , à un tas de terre H, qui eft fur le plancher auprès d’eux. Vers la droite du mouleur, eft un tas de fable i, & l’on doit ménager fur la table une place K , pour mettre les faîtieres qu’011 a moulées.
- 42. Le mouleur, debout devant la table , prend de là main gauche un peu de fable , qu’il répand fur la table ou plutôt fur le madrier g, fig. 4 > il pofe défit! s le moule auffi frotté de lubie; puis il prend avec fes mains, de la terre dont il remplit le moule en la comprimant le plus qu’il peut ; car cette terre 11’eft pas aulîi molle que celle que les tuiliers emploient ; elle doit être ferme. Quand le moule eft bien rempli dans toutes fes parties , le mouleur prend la plaine f /, fig. 4 ; il la mouille , & la faifiiîant avec les deux mains, il l’appuie fortement furie moule, pour emporter la terre qui en excerfe l’épaiffeur ; puis laifiifant le moule par un des angles & le tirant à lui,ilpaffe la main gauche fous la faîtiere pour la foutenir , & la prenant fur fes deux mains , il la pofe fur les autres faîtieres- k , fig. 4. Comme cette terre eft corroyée ferme , elle peut être tranfportée fur les mains fans fe déformer. Le peu de fable qui refte attaché au-deiTous de la faîtiere , fuffit pour empêcher qu’elle 11e s’attache à celle fur laquelle ou la pofe.
- 43. Quand les faîtieres qu’on a tirées du moule lé font un peu affermies , on les porte aux perches : ce font des efpeces de tablettes à claire-voie , faites avec des perches , pour que l’air les traverfe de toutes parts & deifeche les faîtieres; au-deifus eft un toit de planches, qui les tient à couvert de la pluie.
- 44. On les place fur un des côtés ;& quand elles font à moitié feche?,. on les retourne, pour que le côté qui eft en - bas , & qui n’eft jamais auffi. fec que celui qui eft en-haut, prenne un égal degré de féchereife.
- 4C Lorsque les faîtieres fout encore foupies, 011 les porte fur uu
- (20) Nos tüilîers-briquetkrs l'appellent p/nnc.
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- fart banc (21); & les pofant les unes après les autres fur la table de ce banc> 011 les frappe aflez fortement avec le plat de la batte. On remet les faîtieres ainli battues fur les perches, où elles relient plus ou moins de tems , fuivant que l’air eft plus ou moins hâleux. Quand le potier juge que-les faîtieres font fulfifamment lèches , il les retire des perches ; mais comme l’extérieur eft toujours plus delféehé que le dedans , elles courraient rift que de fe fendre , il 011 les rebattait en cet état. On prévient cet accident, en les mettant, comme l’on dit, en ferre pendant cinq ou fix jours, afin d’attendrir leurs furfaces qui étaient trop feches;- pour cela on les arrange par piles dans un cellier ou une chambre baffe un peu humide. Outre que l’humidité de l’air de cet endroit affouplit la fuperficie des faîtieres , leur intérieur qui n’eft pas fec, communique de fon humidité à la fur face qui l’eft trop. Quand on les trouve allez allbuplies, on les retire de la ferre, pour les rebattre plus fortement que la première fois fur le même banc , puis furie-champ on les calibre, c’eft-à-dire, qu’avec une équerre de fer, ou limple-ment à vue, on les coupe en quatre parties ; alors on les met par piles de vingt fur des tablettes le long d’un mur à couvert de la pluie : quand la terre s’eif un peu deiféchée , on porte les piles de quartiers fur le bout d’un banc ; un ouvrier affis fur le banc, jambe deçà, jambe delà, prend un quartier; il le pofe fur le bord du banc, il met delfus un morceau de fer G ,I, fig- S , épais de quatre à cinq lignes , qui eft taillé à pans précilement de la grandeur & fuivant la forme que les carreaux doivent avoir ; & avec un couteau courbe,T?#-. 6, il coupe toute la terre qui excede le calibre de fer, que les potiers nomment l& moule. Un bon ouvrier peut rogner 1800 petits carreaux dans une journée. Les rognures tombent dans un panier, où 011 les conferve pour les mêler avec la terre neuve, lorfqu’on fera une nouvelle marchée. En fortant des mains du rogneur, les carreaux font finis & en état d’être mis au four, lorfqu’ils fe feront encore defféchés.
- 46. Il ne ferait pas poffible de faire des faîtieres alfez grandes pour faire quatre grands carreaux; on les moule donc chacun féparément dans le chafi-lis, comme 011 moule les grands carreaux d’âtre ; mais 011 11e bat pas, & on ne rogne point les carreaux d’àtre. Il n’en eft pas de même des grands carreaux d’appartement, qu’011 veut être régulièrement faits; on les bat une ou deux fois , ce qui les étend, & enfuite on les rogne fur le calibre ou moule de fer, qui eft d’une grandeur proportionnée aux carreaux qu’on travaille.
- 47. Il faut que les carreaux, faits comme nous venons de l’expliquer,
- (21) Si j'avais voulu multiplier les figures, & renchérir cet ouvrage , j’aurais pu donner ici le deflin d’un banc.
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- foi eut b;en focs avant de les mettre au four; cependant on ne les expofe pas au foleil , mais bien dans des paftages traverfés par le vent, ou encore mieux dans une piece qui précède le tettin du four ( on verra que c’eft l’ouverture par laquelle on charge le four), ou à portée de l’embouchure où Ton fait le feu, parce qu’il fait toujours fort chaud dans ces endroits.
- 48* Quand les carreaux font faits comme nous venons de l’expliquer» qu’ils font fufhlamment fecs , & ils ne peuvent jamais l’ètre trop , il refte à les cuire: ce qui exige encore des précautions, ainfî que nous allons l’expliquer.
- Du four (22 y , & di lu façon d'y arranger les carreaux, & de les cuire.
- 49. On voit, dans fart du briquet fer & tuilier, des fours dont quelques potiers fe fervent pour cuire des carreaux. Comme on peut confulter dans cct art ce que nous en avons dit, nous nous bornerons ici à parler de deux elpeces de fours , dont la plupart des potiers, de Paris fe fervent pour cuire non feulement leurs carreaux , mais encore toutes leurs autres pièces de poterie : je parlerai dans la fuite , des fours dont les potiers du fauxbourg Üaint-Antoine fe fervent pour cuire leurs ouvrages , & je ne m’occuperai préfentement que des fours qui font le plus en ufage dans le fauxbourg Saint-Marceau ; ils font repréfentés pL I, fig, 7,8 5 9- La fi g. 7 repréfente le plan du four; la fig. g eft la coupe de ce meme four fuivant fa longueur par la ligne AC; & la fig. 9 eft une coupe tranfverfale parla ligne GH de la fig. 7: A eft la bouche du four ou entrée du fourneau , dans laquelle on met le bois pour chauffer le four, ainfi qu’on le voit depuis A jufqu’en B, fig. 7 & 8 ; depuis B jufqu’en C , eft la capacité intérieure du four , où l’on arrange les carreaux ou la poterie qu’on veut cuire; CD, fig. g, eft un tuyau de cheminée, par où fe décharge la fumée. La communication de l’intérieur du four avec ce tuyau pour la décharge de la fumée étant tout en-bas près du plancher du four en C, il faut que le courant de l’air qui entre par la bouche A , paife dans le tuyau D, par les créneaux ou les ouvertures C. Ain fi , après avoir fuivi la courbe de la voûte jufques vers M, fig. S , l’air chaud defeend le long des parois du tuyau de cheminée qu’on
- (22) En comparant toutes les efpeces de fours à briques, connus en France, en Suide, en Allemagne, en Hollande, je n’en vois point de plus ingénieufement dif-pofés que ceux de Suède, dont Al. Wyn-felad donne la defeription , dans un mémoire ajouté k l’art du.tuiUer-briquetiar,
- tome IV de cette collection , page 114-,. §. 48; & fuiv. Suivant la méthode fuédoile,.. on économife le bois; mais fur-tout le potier , maître de fon feu , lui fait prendre la-route qui lui convient, le pouffe ou le rai-ientità fon gré ; enforteque tout le contenu du fourneau fe cuit également.
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- nomme la languette , pour gagner les ouvertures ou créneaux qui font en C, & fe rendre dans le tuyau C D. Par cette conftruéiion qui eft bien entendue, la chaleur fe distribue très-bien dans toute la longueur du four : feulement comme il eft moins large à fon entrée K I ,fig- 7 , que vers le fond , les côtés vers G H ne reçoivent pas autant de chaleur que le milieu ; niais on'y remédie en rangeant du bois des deux côtés, comme on le voit à la fig. 7, & comme nous l’expliquerons dans la fuite. F, fig. 7, eft une porte ou plutôt une baie , par laquelle on entre dans le four pour le charger ; on l’appelle k tettin ; & quand le four eft plein, on le ferme par un mur en briques, & enfuite on allume le feu.
- 50. Avant de mettre aucune marchandée dans le'.fôurj, on éleveavéc des Ibriques en IK, & jufqu’à la voûte , une cloifon qui eft à jour; 'car on laiife des intervalles entre les briques , ou , comme difent les ouvriers, des créneaux , afin que la chaleur du fourneau AB fe communique dans le four. Cette cloifon qui reçoit la plus vive aétion du feu , fe nomme la fiaujje-tire ; 011 11e la démolit pas à chaque fournée : au contraire , on la répare, & on la fait durer le plus qu’on peut.
- 51. Comme le devant du four eft fermé enIK par la faufle-tire , on eft: obligé de le charger en entier par le tettin F, & on commence par former les trois premières rangées du côté de la faulfe-tire ; pour cela on met en-bas un rang de grands carreaux d’âtre, qu’on pofe de champ , comme on le voit en a, fig. g, entre lefqùels on laiffe un jour de quatre pouces & demi; 8c 011 ménage ces jours pour établir au bas du fourneau un courant d’air chaud , d’autant qu’à caufe de la légèreté de l’air échauffé , il fe porte toujours plus qu’on ne veut vers la voûte. On arrange fur ces carreaux d’âtre , des piles de carreaux d’appartement, qu’on pofe à plat, comme on le voit fig. 7 ; de façon qu’il y ait deux doigts de jour entre chaque carreau, & que le milieu de chaque carreau du rang fupérieur réponde au vuide qu’on a laiifé entre les carreaux du rang inférieur.
- ^2. Quand on a élevé quatre piles de carreaux ordinaires jufqu’à la voûte , on met des bûches entre les murs du four & les piles de carreaux ; enfuite on arrange fur le plancher du four, des carreaux d’âtre, comme nous l’avons expliqué -, & par-delfus , des piles de carreaux d’appartement : on couche des bûches fur les côtés , comme on le voit fig. 7, & de plus un rang de bûches pofées debout ,qui traverfent tout le four , comme on le voit fig. 7, en fui-vant la ligne de G à H , & on continue à remplir le four en mettant en-bas des carreaux d’âtre fur le champ, & par-delfus des piles de carreaux ordinaires. Lorfqu’on a formé deux ou trois piles de ces carreaux ordinaires, on couche des bûches entre le piles de carreaux & les murs du four, & en outre 011 pofe un rang de bûches ilir le mur du fond du four, qu’on nomme la
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- languette. Il eft bon de remarquer que ces bûches qu’on pofe debout n’étant pas affez longues pour atteindre la voûte du four, afin de ne point perdre de place , on met au-deffus, des carreaux d’appartement de plus grand échantillon. On continue comme nous venons de l’expliquer, jufqu’à ce qu’on foit parvenu au tettin ou à l’ouverture F, jïg. io; alors pour former les der- niers rangs, on pofe toujours les carreaux d’âtre, les piles de carreaux ordinaires & les bûches , comme nous l’avons expliqué , excepté que , pour ne pas fermer l’entrée F, on commence par remplir le côté oppofé au tettin, & on finit par cette ouverture L, qu’on ferme par un mur de briques, comme nous l’avons dit.
- 53. Dans un four pareil à celui que nous avons repréfenté, qui a dix pieds de K en L, fept pieds de K en I, on confomme , pour cuire les carreaux, une voie & demie de bois , tant pour ranger entre les carreaux que pour la trempe, & une voie de bois fendu pour brûler dans le fourneau A B , & faire la cuiffon ; ce que les potiers nomment lu chajfe.
- Ï4. Si l’on fe rappelle ce que nous avons dit à l’art du tuilier, on faura qu’il faut commencer à échauffer le four par un petit feu de gros bois, qui falfe plutôt de la fumée que de la flamme. Quelque feche que paraiffe la terre, il faut qu’il s’en échappe beaucoup d’humidité dans le four : Il l’on précipitait cette diflipation , la terre fe briferait , au lieu qu’en commençant par une chaleur très-douce, l’humidité fe difîipe fans faire de dommage. C’eft ce petit feu que les potiers appellent tremper, peut-être parce que quand la marchandée fent cette chaleur, elle devient humide.
- ff. On allume donc un petit feu de gros bois à l’embouchure entre A & B , fig. 7 & 8 : ce que l’on continue pendant trente-fix heures , pour que les ouvrages, en s’échauffant peu à peu, perdent l’humidité qui leurrefte, quoique les carreaux paraiffent fecs locfqu’on les met dans le four. Pendant les douze dernieres heures, on augmente un peu le feu, & enfuite on fait au même endroit avec du bois fendu & bien fec , un grand feu de flamme que l’on continue pendant fept ou huit heures ; le bois qu’on a mis fur les côtés & entre les piles cffe carreaux, fe brûle & contribue à leur parfaite cuilFon. Enfin on cefle de mettre du bois dans le fourneau, & l’on en ferme la bouche avec une plaque de fer, pour que le re-froidiflement fe faffe lentement, & on ne vuide le four qu’au bout de ièpt à huit jours.
- A.
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- ART DU POTIER DE TERRE. 287
- Article III,
- Du carrelage.
- <)6. Comme à Paris le carrelage fait partie de la maîtrife des potiers (23) il convient d’en parler ici.
- 57. Dans les endroits où le plâtre eft commun, tout le carrelage fo fait avec du plâtre : mais dans les provinces où il eft rare, on fait de bon carrelage avec du mortier de chaux & de fable ou de ciment, ou quelquefois avec un mélange de ce mortier & de plâtre ; car je ne parlerai point ici d’un mauvais carrelage qu’on fait chez les payfans , en afféyant les carreaux fur de l’argille bien corroyée , & qui doit être alliée alfez con-ildérablement avec du fable pour que la terre fe retire moins.
- 58- IL eft elfentiel, quand 011 carrele avec du mortier, que le carreau au fortir du four foit bien pénétré d’eau ; fanâ cette précaution, le carreau afpire l’eau du mortier, qui, au lieu de prendre corps ,fe décompofe , & devient prefque comme du fable pur.
- 59. Comme le mortier s’attache moins à la terre que le plâtre, il y en a qui font faire fous le carreau, des filions ou des trous avec un morceau de bois qu’on appuie fur le delfous du carreau après qu’il a été battu 5 mais cette pratique n’eft guère d’ufage.
- 60. A Paris , tous les carrelages fe font avec du plâtre ; mais comme le plâtre vif gonfle beaucoup lorfqu’on l’emploie pur, les carrelages font fu-jets à fe déformer. Il eft polîible de prévenir cet inconvénient, foit en gâchant le plâtre un peu mou, foit en carrelant par bandes qu’on laiffe lécher & faire fon effet avant d’en faire d’autres ; au moins doit-on fe garder de pofer le carreau jufques près les murs , & l’on doit laiifer tout au pourtour quelques pieds qu’011 ne carrele que quand le milieu a fait Ion effet : enfin , il y a de bons carreleurs qui parviennent, par des précautions à carreler avec du plâtre pur, & leur ouvrage en eft meilleur ; mais la plupart des carreleurs, pour que le plâtre ne gonfle point, le mêlent avec beaucoup de poulîier qu’ils patient au crible ; plus ils en mettent, moins ils craignent que le plâtre gonfle, plus ils ont auiïi de facilité à carreler, parce que le plâtre 11e prend pas fî promptement, & moins ils emploient de plâtre; ce qui tourne à leur profit, parce que c’eft ordinairement eux qui le fourniflènt. Toutes ces raifons font qu’ils mettent tant de pouffer avec leur plâtre, qu’il 11e prend aucun corps, & qu’il ne s’attache prefque pas au carreau ; au lieu que le plâtre pur & bon adhéré fî fort à la
- (33) Ailleurs, le carrelage elt de fart du maçon.
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- m art du potier de terre.
- terre cuite, qu’on ne peut pas féparer deux carreaux qui ont été joints l’un à l’autre avec de bon plâtre. Il ferait mieux de fubftituer au pouffier , de bon fable de riviere , qui fait corps avec le plâtre, & néanmoins qui l’empêche de gonfler autant que li l’on employait du plâtre vif.
- 61. J’ai vu un excellent carreleur qui, au lieu de pouffier, mettait de la fuie de cheminée avec fon plâtre ; ce mélange faifàit que le plâtre ne prenait pas li promptement, ce qui lui donnait le tems de bien aifeoir les carreaux. Il m’alfura que ce plâtre gonflait moins, & il me parut qu’il devenait fort dur & très-adhérent aux carreaux : ainfi je crois que cette méthode doit être adoptée dans les endroits où le plâtre eft commun, & où l’on peut fe .procurer aifément de la fuie.
- 62. Lorsque le plâtre eft rare, & quand on a peine à avoir de la fuie, on peut faire un très-bon carrelage en mêlant avec le plâtre, au lieu de pouf-lier, de bon mortier de chaux & fable ou ciment. Cette efpece de mortier bâtard, que nos ouvriers de province nomment gâchis , bourfouffle peu ; avec le tems, il devient allez dur; & comme il ne durcit pas promptement, le carreleur peut à l’aife pofer ^convenablement fes carreaux.
- 63. Ce font à Paris les maçons qui forment l’aire fur laquelle on doit pofer le carreau ; mais en province les carreleurs commencent par bien niveler & dreffer le plancher, où ils doivent aifeoir leurs carreaux ; ils le font ordinairement avec du pouffier qu’ils répandent, & qu’ils dreffent en polant delfus en tous fens une réglé fur laquelle ils mettent un niveau. Quand la place eft bien dreffiée, pour donner un peu de conftftance au pouffier , ils verfent delfus une eau de plâtre très-claire.
- 64. Les carrelages font bien plus folides quand on pofe le carreau fur une aire de plâtre pur ou fimplement un peu allié de bon fable ; mais il ne faut pofer le carreau que quand l’aire eft feche , & qu’elle a fait fon effet ; une aire de mortier de chaux & fable eft fort bonne , & rien 11’eft plus mauvais que de pofer du carreau fur du pouffier pur, qui, venant à fe comprimer, ne fournit point une affiette folide au carreau, qui alors s’enfonce & fe dérange très-aifément,
- 6f, Dans quelques provinces on drelfe le plancher avec du tuf blanc qu’on palfe à la claie; on l’humeéte un peu, pour qu’avec une batte dont 011 le frappe à petits coups, il prenne un peu de fermeté.
- 66. Autrefois on chargeait beaucoup les planchers ; mais maintenant les charpentiers ayant foin de tenir leurs bois d’égale épailfeur & de niveau , on recommande aux carreleurs de mettre peu de charge, afin de 11e pas fatiguer les poutres.
- 67. Quand l’aire des chambres ou des greniers qu’on veut carreler eft bien dreifée, le carreleur tend un cordeau dans toute la longueur de la
- pièce,
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- piece, & il pofe fur plâtre, mortier ou gâchis, une rangée de carreaux, vérifiant fréquemment fi elle eft bien d’alignement & exactement de niveau , parce que c’eil cette rangée qui doit régler pour tout le refte ; car tous les carreaux qui ont été bien faits, comme nous l’avons expliqué, étant exactement de même grandeur, ils formeront des rangées pareilles & bien droites, fi le carreleur les pofe de façon qu’il n’y ait point de joint. Si cependant, parla faute du potier ou celle du carreleur, les rangées fai* faient une petite courbe, le carreleur remédierait à ce défaut en laiffanfe un peu de joint à la concavité de la courbe. C’eil toujours un défaut, mais qui n’eft pas fort feniïble quand la courbe eft peu confidérable, & qu’on la redreife peu â peu. Comme cette première rangée doit diriger toutes les autres, il eft important, lorfqu’elle eft bien aiîife , de recommander qu’on 11e marche pas deifus, pour qu’elle ne fe dérange pas. O11 pofe enfuite les autres rangées, de forte qu’un des angles iaillans du carreau qu’on pofe, fe loge dans l’angle rentrant des carreaux qui ont été pofés dans la rangée ; ce qui forme des lignes obliques.
- 6%. Les carreleurs confervent le niveau dans toute l’étendue du plancher par un moyen bien fimple & très-expéditifÿ iis mettent un filet de plâtre ou de mortier le long des carreaux qui font pofés , ayant foin que ce filet foit par-tout à peu près d’une égale épaiifeur j & s’ils emploient du plâtre, ils n’en mettent que dans une longueur convenable pour placer environ huit carreaux, afin de pouvoir les mettre en place avant que le plâtre foit trop endurci : ils frappent' fortement fur les carreaux qu’ils viennent de pofer, avec le plat d’une réglé de bois de chêne qui a deu£ bons pouces d’épaiffeur & trois pouces & demi de largeur. Cette réglé eft couchée fur les carreaux qui ont été précédemment pofés, & ils la manient avec la main gauche, en l’élevant & la rabattant avec force jufqu’à ce qu’elle porte exactement fur tous les carreaux. Il eft évident que tous les carreaux qu’on vient de pofer, font bien de niveau avec les autres, quand la réglé les touche tous j car elle frappe des coups affez forts pour faire enfoncer dans le plâtre ou le mortier les carreaux qu’on vient de pofer. Si quelques-uns fortent de l’alignement, ou fe trouvent trop enfoncés n’ayant pas mis alfez de plâtre, le carreleur les releve avec fa truelle ; il ôte le plâtre qui était delfous, il en met d’autre , & pofe un carreau qui ne falfe point de difformité. Enfin étant fatisfait de la pofe de fes carreaux, il coupe avec le tranchant de fa truelle le mortier ou le plâtre qui excede les carreaux, & il en met un nouveau filet pour pofer huit nouveaux carreaux. Aux approches des murs, il n’y aura pas d’inconvénient à mettre beaucoup de pouffier dans le plâtre, pour era* Tome FUI. O o
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- 29o ART DU POTIER DE TERRE.
- .pêcher qu’il ne gonfle, d’autant qu’à ces endroits les carreaux ne fatiguent pas autant qu’au milieu des pièces.
- 69. Les. carreleurs remplirent les joints qui pourraient refter entre les carreaux qu’ils ont pofés , quelquefois avec du plâtre gâché affez ferme, & qu’ils jettent avec force fur les joints des carreaux i d’autres coulent fur les carreaux une eau de plâtre fort liquide. On emporte le plâtre ou le mortier dont les carreaux font barbouillés, eu les frottant avec du fable & des bouchons de paille ; & quand ils font bien nets , on les peint à l’huile , on les cire, & on les frotte. A l’égard des greniers qu’on carrele avec du carreau de tuilerie , pour empêcher qu’il 11e fe creufe aux endroits où l’on marche, & même avec les balais qui font ordinairement de bouleau, il eft très-bon de les barbouiller avec du fang de bœuf, qui engraiffe le deffus du carreau, & lui donne une folidité alfez durable. Dans quelques provinces, on vernit les carreaux comme les poteries (24), on en forme des compartimens qui font alfez agréables & qu’on varie d’une infinité de façons (25),
- Article IV.
- Maniéré de faire les différons vafes & uftenjiles de ménage, avec lot même terre qui fert à faire les carreaux.
- 70. Les potiers de Paris emploient , pour faire différens ouvrages de leur compétence, la même terre que pour les carreaux ; ils donnent feulement la préférence à certaines veines où l’argille eft plus blanche , tirant un peu fur le rouge ; les ouvriers l’appellent belle terre ; on la tire, comme pour le carreau, d’Arcueil & de Vanvres ; on l’allie avec le même fable & en même quantité que pour faire les carreaux. Comme 011 veut la marcher avec plus de foin, on ne fait chaque marchée que d’un ou au plus deux tonneaux.
- (24) Nos financiers de Suiffe font des carreaux vernis de la même matière que les poêles ou fourneaux qui chauffent les appartenions ; ils y deffinent des figures élégantes ; mais on ne les emploie pas pour carreler les planchers.
- (2ç.) L’auteur de cette defcription juge à propos de donner neuf planches, pour démontrer qu’avec des carreaux quarrés 3ni-pards de deux couleurs, on peut fermer
- quatre-vingt-feizecompartimens fort agréables & très-différens. Quelque prix qu’on; attache à cette découverte , fi c’en eft une , je ne faurais croire qu’elle vaille la peine, de faire graver pour cela neuf planches. IL. eft évident qu’en variant la forme des carreaux , la difpofition des couleurs fur chaque carreau , & la polition réciproque des: carreaux, on peut faire une infinité de: compartimens-
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- ART DU POTIER DE TE RR R 291
- 7T* Quelques potiers, quand la terre eft marchée, en mettent une motte fur une table épaitfe, & la battent avec un barreau de fer (26), comme l’on fait à la terre à pipes , & cette opération eft très-bonne; mais foit qu’elle ait été marchée, ou battue avec le barreau de fer, il faut toujours la voguer (27) pour ôter toutes les pyrites & les pierres qui peuvent s’y rencontrer. Pour cela ils pétrifient la terre fur la table à mouler, comme 011 ferait de la pâte; ils en raffemblent enfuite une motte alfez grollè, & en paifant alternativement la paume de chaque main fur cette terre, ils en emportent à chaque fois une couche alfez mince; s’ils y trouvent quelques corps étrangers, ils les détachent & les rejettent. Quand ils en ont ainli ramaifé à peu près de la grofleur d’une livre de beurre, ils pètriffent cette motte & lui donnent la forme d’un cylindre; ils la rompent eu deux, & tenant chaque moitié dans une main, ils les rapprochent en les frappant fortement l’une contre l’autre; puis les pêtrilfant de nouveau , & répétant à plusieurs fois cette manœuvre, ils ôtent toujours les corps étrangers qui fe trouvent fous leurs mains, & finilfent par en former des mottes plus ou moins grolfes, fuivant la grandeur des vafes qu’ils fe propofent de faire. Les potiers fuivent différentes pratiques pour voguer leur terre : mais elles confîftent toutes à beaucoup manier la terre , pour la bien corroyer & en ôter les corps étrangers qui s’y trouvent; car pour des ouvrages qu’ils font obligés* de donner à bon compte , ils ne peuvent pas faire les frais de laver leurs terres & de les paffer au tamis (28)5 comme le font ceux qui travaillent de belle faïance. L’opération de voguer eft fatigante ; car pour la plupart des uftenfiles que font les potiers, la terre doit être pétrie bien plus ferme que pour faire des carreaux, fur-tout quand on fait de grands vafes, qui, fans cela ne pouvant fe foutenir, fe déformeraient; & l’on vogue la terre avec beaucoup plus de foin pour certains ouvrages que pour d’autres.
- 72. Entre les ouvrages de poterie, les uns fe font entièrement à la main, telles font les chaufferettes quarrées T, fig. 10, pL I; d’autres fe font entièrement fur la roue, tels font les pots à fleurs, les terrines K, fig. 1 r , qui n’ont point d’anfes, &c. d’autres fe font partie fur le tour, & partie à la main; de ce genre font les pots à trois pieds, les huguenottes , fig. 12,les coquemars, fig. 13 , les cafferoles>fig. 14, dont le corps eft fait
- ( 26 ) Les potiers de terre Allemands, (27) En ail. mit den Hânden ioircken.
- n’emploient qu’un marteau de bois, qu’ils (28) Ou plutôt au crible, car l’inftru»
- appellent Thonjchlàgel. ment dont on fe fert fe fait en fil de laiton.
- O 0 ij
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- 2i?2 ART DU POTIE^R DE TERRE.
- fur la roue , & dont les pieds font rapportés, ainfi que l’anfe & les oreilles (29).
- 73. Je vais commencer par dire quelque chofe du travail à la roue ou fur le tour ; j’expliquerai enfuite comment on y rapporte différentes pièces ; puis je donnerai quelques exemples des ouvrages qu’on fait entiére-anent à la main.
- Du travail des vafes fur la roue.
- 74. Il y a deux efpeees de roues : Tune eft en fer , & deft véritablement la roue des potiers ; l’autre eft en bois, & s’appelle le tour (30}. Prefque tous les potiers de Paris s’en fervent; mais ils l’ont pris des, financiers.
- Defcription de la roue de fer.
- 7f. aa,pl. I, fig. if , eft le moyeu de la roue qui porte le plateau bb 9 qu’on nomme en quelques endroits gimble, fur lequel eft l’ouvrage c c qu’011 travaille. Au moyeu a a, font alfemblés les rais dd de la roue, qui font de fer. On n’en voit que deux dans cette figure ; mais il y en a fix, comme 011 l’apperçoit dans la figure 16. Ces rais aboutirent à un cercle de fer 0.11 à une jante, dont on ne voit ici que l’épailfeur, représentée par la ligne e e ; le moyeu a a, diminue de grolfeur en f f, & encore plus en g; cette partie qui eft cylindrique & ponduée dans la figure, eft reçue dans un trou percé dans un gros morceau de bois g, qui eft fermement afîujetti par une croix de charpente hh, & des liens i L II faut donc concevoir i°. que le moyeu a a, la partie //, & le cylindre pondue g, font pris dans un même morceau de bois; 2°. que la partie cylindrique ponduée eft reçue dans un trou profond qui eft au centre du morceau de bois g, dans lequel il a la liberté de tourner; que c’eft ce cylindre pondue qui porte la partie f f, ainfi que ce que nous avons appelle le moyeu a a , au-delfus duquel eft le plateau b b, fur lequel eft l’ouvrage c c.
- (29) Toutes ces dénominations font ar. foitraires, & la forme de ces différens vafes varie comme leurs noms , fuivant les lieux.
- (;o) Les potiers Allemands ne connaif-fent que le tour en bois ; ils le nomment die Scheibe. La machine eft très-fimple. Qu’on imagine deux cylindres de bois, joints enfemble par un aiflieu de fer. Le cylindre inférieur, dont l’épaiffeur n’ex-
- cede pas trois à quatre pouces, a un plus grand diamètre ; celui d’en-haut, plus petit de plus de moitié, foutient la terre que l’ouvrier travaille. On comprend que la roue inférieure , mife en mouvement, doit faire tourner la roue fupérieure. Il eft évident encore que la roue fupérieure doit tourner plus ou moins vite, félon le rapport de fou diainetre à celui de la roue pédale ou inférieure.
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- ART DU POTIER DE TERRE. 293
- On voit que les rais d d font obliques, de forte que par leurs révolutions ils forment un cône tronqué en a a ; k, font des tablettes qu’on nomme vaucour, établies autour de l’ouvrier, fur lefquelles il met fes balles de terre qui vont être travaillées, les vafes qu’il a faits , une jatte dans laquelle il y a de l’eau, & une efpece de calibre, ordinairement de fer, qu’on nomme atelle. /, eft une planche inclinée ,fur laquelle s’alfied l’ouvrier : a uliî l’appelle-t-on le fiege. Tout ceci deviendra encore plus clair en jetant les yeux fur le plan perfpe&if, fig. 17.
- 7 6. a, eft le moyeu de la roue: b, le plateau qui fupporte l’ouvrage c , qu’011 travaille : d, les rais de la roue : e es la jante de la roue : fi, la partie cylindrique du moyeu , au-deifous de laquelle eft celle qui eft pon&uée à la figure 1, auprès de g: h> le patin de charpente , qui eft ici affermi par un maflif de plâtre : k, les tablettes fur lefquelles on pofe l’ouvrage à mefure qu’il eft fait: la planche inclinée, fur laquelle s’afîied l’ouvrier: m9 des
- planches épaiifes inclinées, qui ont des entailles profondes, dans lefquelles les ouvriers pofent leurs pieds , comme on le voit fig. 16 & 175 ces efpe-ces de marche-pieds fe nomment payens : n, font les ouvrages qui viennent d’être travaillés : o, des balles de terre pour faire d’autres ouvrages -: p, les piliers montans qui foutiennent les tablettes k, l.
- 77. La figure 16 repréfente la même machine vue en plan ,&renverfée pour faire voir le deffous de la roue: g, la partie cylindrique qui entre dans un trou profond , fait à la piece g:fi, partie cylindrique plus groffe : a a , le moyeu de la roue où font affemblés les rais d : e e en eft la jante : p 9 les mortaifes deftinées à recevoir les montans qui portent les tablettes k & le fiege l: m, font les payens ou marche-pieds.
- 78. Dans les campagnes, fouvent tout ce qui eft repréfente ici en fer, eft en bois ; en ce cas on tient la jante de la roue fort épaiife (31), pour qu’é-tant-pefante elle conferve plus long-tems le mouvement que le potier lui imprime. Comme elles font moins parfaites que celles en fer , nous nous dit» penferons d’entrer à leur fujet dans aucun détail.
- 79. Pour travailler fur cette roue , il faut lui imprimer un mouvement circulaire rapide, avec un bâton a y pl. II, fig. 4, qu’on nomme tournoir* O11 voit dans cette figure 4, un ouvrier en attitude pour mettre fa roue en mouvement ; il eft aüis fur le fiege /,fes pieds font dans les entailles des. payens #z ; & avec fon tournoir a, dont il engage un bout dans les rais de-
- (51) Voyez dans la note précédente , la que l’ouvrier eft beaucoup plus à portée de figure de cetre roue en Allemagne & en lui communiquer. C’eft proprement la roue Suifte. Elle n’a point de jante ; mais à caufe des financiers Français, de fon poidselle conferve le mouvement*
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- 2?4 ART DU POTIER DE TERRE.
- fa roue, il lui imprime un mouvement circulaire qu’elle conferve alfez long*, tems pour que l’ouvrier , fig, 5 , ait le tems de former un vafe.
- Du tour ou de la roue que les potiers ont pris des faianciers.
- 80. Cette roue a ,fig. 18 , pi-1, eft de bois, pleine & épailfe de trois ou quatre pouces , pour qu’ayant plus de poids , elle conferve mieux fon mouvement; elle eft traverfée par un axe de fer ou de bois b , qui aboutit au-delfous de la roue à une crapaudine : cet axe paiîe au niveau de la table dans un collet, & porte à fon extrémité fupérieure un plateau c, fur lequel eft l’ouvrage d; l’ouvrier h, étant aflis un peu obliquement fur la planche inclinée i9 a quelquefois fes deux jambes d’un même côté de la rou-e , de forte que l’axe b pa/Te derrière la jambe gauche ; alfez fouvent l’axe eft entre les deux jambes , & le pied gauche eft appuyé fur la traverfe g de la table eft une jatte où il y a de l’eau : l’ouvrier ayant fon pied gauche pofé fur la traverfe g, appuie le pied droit légèrement fur la roue , & le pouffant en avant, il imprime à cette roue un mouvement circulaire qui fe communique au plateau c, fur lequel eft l’ouvrage^. Comme cette roue 11e tourne pas auffi vite que celle de fer , l’ouvrier peut former fon vafe avec plus de régularité , & il eft le maître d’accélérer ou de retarder le mouvement de fa roue, même de l’arrêter quand il veut : ce qu’on ne peut pas faire avec la roue de fer.
- 81. Lorsque les deux jambes font d’un même côté, l’ouvrier peut, lorfque la jambe droite eft fatiguée , faire tourner fa roue avec le pied gauche ; quelquefois pour faire tourner la roue plus vite , il fait agir enfernble le pied droit & le pied gauche.
- 82. Il y a quelques potiers Allemands , qui ayant l’axe b entre leurs jambes , fe fervent de leurs deux pieds ; mais alors il faut qu’ils poulfent le phed droit comme nous l’avons dit, & qu’ils attirent à eux le pied gauche. On contracte par l’ufage la facilité de faire agir ainfi les deux pieds en fens contraires.
- 83. La roue de fer eft commode pour faire des ouvrages qui n’exigent pas beaucoup de régularité. Quand le potier lui a imprimé un mouvement avec fon tournoir, elle tourne avec beaucoup de vîtefle , & fon mouvement fe ralentit peu à peu, ce qui eft alfez avantageux; car quand on commence une piece, la roue ne peut pas tourner trop vite; mais pour la finir, il eft bon qu’elle tourne avec moins de vîtelfe : quelquefois aulîi elle perd fou mouvement avant que la piece que le potier travaille foit achevée, & alors il eft obligé de reprendre fon tournoir pour donner à fa roue un nouveau mouvement.
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- ART DU POTIER DE TERRE.
- 84- Comme on eft maître, avec la roue de bois ou le tour, d’augmenter le mouvement, de le ralentir, même de l’interrompre entièrement, cet infirmaient eft très-avantageux pour faire des ouvrages qui exigent de la précilion ; & maintenant les potiers de terre de Paris ne font plus guere ufage de la roue de fer.
- Travail du potier fur la rouel
- 8f. Les potiers mouillent leurs mains , non feulement pour que la terre ne s’y attache pas, mais encore pour mieux polir leur ouvrage, qu’ils commencent par former entre leurs deux mains, en ayant une dans le vafe & l’autre au-dehors : d’autres fois ils ferrent la terre entre le pouce & l’index de chaque main. Il n’eft .pas poffible d’indiquer toutes les différentes pointions que Jes potiers donnent à leurs mains j fouvent même ils les varient, quoiqu’ils falfent un même ouvrage. Ils emploient auffi, pour finir & diminuer l’épaiifeur de la terre, un calibre qu’ils nomment atelle (32); ils en ont plufieurs de différentes formes, fuivant que l’exige le vafe qu’ils travaillent\ quelques-unes de ces.atelles portent des moulures, & la plupart “font de fer \ il y en a auffi de bois.
- 86. Quand on voit travailler un habile tourneur , il femble que fon travail foit des plus aifés. à exécuter i cependant il exige beaucoup d’adreffe : ear il n’eft pas facile, ayant une main dans un vafe & une autre en-dehors , de réduire toute la terre, à une égale épaiffeur. La difficulté augmente encore, & l’habilité de l’ouvrier fe fait mieux connaître, quand il faut qu’un vafe ait plus'd’épaiffeur à certains endroits qu’à d’autres : il ferait,par exemple, plus aifé de faire le fond d’une terrine à favonner ,plus épais que les côtés ; cependant il eft mieux que le fond foit plus mince que les côtés. A d’autres ouvrages, il faut que la plus grande épaiffeur foit à la panle ; & l’habile ouvrier parvient à exécuter toutes ces chofes avec affez de précifion, fans employer de compas, ni aucune autre forte de mefure. Ce n’eft pas tout : fuivant fon gré, il étend fa terre ou il la retreint ; de forte qu’ayant fait un vafe trop large , il le réduit à être étroit ; s’il eft trop haut, il le rend plus, bas j & profitant de la ducftilité de fa terre , il en fait tout ce qu’il veut : cependant on remarque que les plats, les affiettes , &c. qui ont été faits fur le tour, fe rompent prefque toujours fuivant des lignes circulaires ,ce qui n’arrive pas aux vaiffelles qui ont été faites dans des moules 5 apparemment qu’en travaillant la terre, fur le tour, il y a des couches qui ne fe joignent pas. parfaitement,.
- (3,2) En ail. dit Schienen.
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- 296 ART DU POTIER DE TERRE.
- 87. Je repréfenterai dans la fuite plufieurs ouvrages qu’on fait fur le tour j mais je choffirai, pour donner un exemple de ce que peuvent faire les potiers, une tirelire,/’/. I, fig. 19. Je vais expliquer comment on fait cette petite piece très - commune, qui eft d’un feul morceau , fermée de toutes parts & faite entièrement fur le tour, fans aucune foudure ni raccordement : ce qui parait difficile à exécuter.
- 88* Le potier tourne le bas de la tirelire , comme s’il voulait faire un petit pot; enfuite il refoule la terre & en rétrécit l’ouverture , formant comme un petit dôme ce qui fait une efpece de retreinte; pour cela il p-oufle la terre avec le pouce qu’il a en - dehors , & il la foutient en-dedans avec le doigt index; ce qu’il continue tant qu’il peut tenir le doigt index dans l’intérieur de la tirelire. Quand le doigt 11’y peut plus tenir qu’à peine, il comprime avec le pouce & l’index une épaiffeur de terre qu’il a réfervée autour du trou, & il forme en cet endroit un bouton qui ferme entièrement la tirelire; enfuite avec une lame de couteau , il fait la fente par laquelle on met l’argent, & il fe forme en-dedans autour de cette fente, des bavures qui empêchent que l’argent ne forte quand 011 fecoue la tirelire ; enfin avec un fil de laiton, que les potiers nomment fcie, il détache la tirelire du plateau.
- 89. Si Ton fait fur le tour une grande terrine à favonner, comme les bords en font épais, & que la terrine eft beaucoup plus large à l’ouverture qu’au fond , on a foin de la faire avec une terre qui foit ferme, fans quoi le bord ne fe foutiendrait pas. Comme 011 a coutume de pratiquer à ces terrines un gouleau en forme de gouttière , on le fait avant de détacher la terrine du tour ; pour cela on plie cette partie avec les doigts , ce qui fe peut exécuter pendant que la terre a encore toute fa loupleffe. Enfin , quand la terrine ou les autres ouvrages font faits , on les détache de deffus le tour avec une lame de couteau lorfque la piece effc petite, ou avec un fil de laiton fi elle eft grande.
- 90. Il y a de ces grandes terrines où l’on rapporte des oreilles ; mais cela ne fe fait pas furie tour ; nous en parlerons dans la fuite, aiiffi que de plufleurs autres ouvrages, auxquels il faut rapporter des pieds , des anfes, &c.
- 91. Les pots à fleurs communs n, fig. 17, />/./, fe font entièrement fur le tour ; ils doivent être un peu plus larges par le haut que par le bas , pour qu’on puiffe en tirer aifément la terre, & lever en motte les plantes qu’on a élevées dedans : on forme en-haut & à l’ouverture un bourrelet qui les fortifie & les rend plus aifés à tranfporter. Les jattes fe font auffi entièrement fur le tour, & elles font, comme les pots à fleurs , terminées en-haut par un bourrelet. Les affiettes fe font de même ; 8c pour que les
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- rebords {oient terminés régulièrement» on fe fert quelquefois d’une atelle.'
- 92. Les pots pour les defcentes (33) de commodités A, B, D , fig. 20 , pl. /, qu’on nomme boifieaux , fe fout à deux fois ; on fait qu’ils font plus larges par un bout a , que par l’autre b, qui forme une feuillure au moyen d’un anneau de terre qu’011 pofe à quatre doigts de fon bord, & que quelques potiers appellent U jonc , d’autres U virer. On ébauche d’une feule opération tout le boiifeau, & l’on finit le bout/? le moins évafé, où l’on {orme une feuillure au moyen du viret ; enfuite on le détache de delfus le plateau du tour ; on renverfe le boiifeau, mettant le petit bout qu’on a fini, en-bas fur le plateau du tour , où il s’attache à un peu de terre qu’on y a laiifec j & l’on finit le bout a le plus évafé, qui doit recevoir le bout b qui ell le moins évafé, & où efl: la feuillure dont nous avons parlé : ainll ces bouleaux fe font entièrement fur le tour , mais à deux fois. Il 11’en efl: pas de même des pots à deux E C, fig. 20, ou des boiifeaux qui fe divifent en deux pour répondre à deux lieges. Il efl: bon de remarquer à ce fujet, qu’il y a des tuyaux de commodités qui font plus larges que d’autres ; c’elt pourquoi l’on fait des boiifeaux qui ont un pied de diamètre, & d’autres qui n’ont que huit ou neuf pouces. Ôr, quand on fait un tuyau de poterie qui doit fe divifer en deux branches, comme E C, la partie A B, &c. qui répond à une fuite de boiifeaux qui s’étend depuis la folle jufqu’à la divifion, efl; ordinairement faite avec les boiifeaux de grand diamètre > & les branches E C, font faites avec des boiifeaux de petit diamètre. Pour faire le pot à deux, ou celui où effc l’embranchement, il faut trois boiifeaux, un grand & deux petits; on les met fécher un peu fur les lattiers, pl. II, fig. 7, comme nous l’expliquerons dans un inftant ; & ayant pofé le grand pot fur la table à habiller, pL //, fig. 8,1e bout qui porte la feuillure en-bas, on échan-cre le bout évafé qui efl: en-haut, & on échancre auffi le bout le moins évafé des deux pots de petit moule , pour les fouder au grand pot, comme nous allons le dire. Ainli ces pots à deux fe font partie fur le tour <Sc partie à la main j mais nous avons cru devoir en parler ici, afin de ne pas féparer ce qui regarde les boiifeaux de commodités. Je ferai feulement remarquer qu’on peut taire l’embranchement avec des boiifeaux: auifi larges les uns que les autres, comme on l’a repréfenté en A, B , C, D, fig. 20y pl. I. Je reviens aux ouvrages qui fe font entièrement fur le tour.
- O î) Dans les pays où fon a de la pierre être brifées ; mais fur-tout qui ne laiflent de roc, on creufe des blocs d’une grofleur tranfpirer aucune odeur, ce que l’on ne fau« convenable , & l’on en fait des defcentes rait éviter en les faifant de terre cuite, de commodités , qui ne font pas fujettes à
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- 93. Pour faire les couvercles des pots , des marmites , des coquemars» des huguenottes, &c. comme I, pL J, fig. 13 , on met furie plateau de la roue une motte de terre dont 011 fepropofe de tirer plufieurs couvercles 5 on commence par former le delfous du couvercle, qui, comme l’on fait, creufe un peu vers le milieu 5 enfuite en ferrant avec les doigts de l’autre main la terre qui eft au-delfous du couvercle, on en forme le delfus qui doit être un peu bombé ; on ménage au milieu un bouton, & l’on finit par le détacher, en le féparant de la terre avec le doigt ou la lame d’un couteau. Puis, fi l’on veut, on retourne ce couvercle , le pofant fur la terre qui eft fur le plateau, & on perfectionne un peu le delfus du couvercle; mais cela ne fe pratique pas ordinairement : on leve fuccef-fivement autant de couvercles que la motte de terre qui eft fur le plateau , peut en fournir.
- 94. Les couvercles des huguenottes & des coquemars, fig* 13 , pl. I* fe font à peu près de même, quoiqu’ils foient un peu plus compofés ,, puifqu’ils doivent avoir nu feuillure qu’on fait avec un viret qui entre dans; le coquemar»
- Comment on peut former des ouvrages fur h tour avec un calibre ( 34 X
- 95. Pour calibrer les ouvrages , on emploie un tour à peu près fembîa^ file à celui de la figure ig. Il a une roue a, un axe b, qui porte le plateaux, fur lequel eft l’ouvrage d.. 11 eft fenfible qu’en ajuftant au-delfus de la table un calibre, de façon qu’on puilfe l’approcher à volonté ou le reculer de l’ouvrage d-, ce calibre , en emportant le trop de terre qu’on, aurait mis, formerait exactement les contours & les moulures que doit avoir le vafe ; mais comme ce calibre ne peut former que l’extérieur, on ne peut en faire uiage pour des vafes qui doivent être travaillés en-dedans comme en-dehors ; il fèrt feulement pour des pieds deftinés à foute-nir des pots ou d’autres chofes d’Ornement, qu’on évide enfuite à la main & groftiérement, l’intérieur 11’étant d’aucune conféquence; mais on peut faire uiage dun tour à peu près femblable, pour faire de grands vafes, de jardin, ainlî que nous allons l’expliquer»
- Comment on fiait fur le tour g de grands; vafes de jardins,
- 96. La plupart des grands vafes de jardins fe font au moule; cependant on en peut faire auffi fur le tour, avec un calibre ou une grande
- (34) Le calibre, Beugefchiene} eft aufti connu des potiers Allemands.
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- 4 R T I) U POTIER B M TERRE,
- atsllç ee9 entaillée aux endroits qui doivent faire faillie fur le vafe, 8c former des faillies aux endroits où les contours dn vafe doivent être en creux. Suppofé donc qu’on veuille faire le vafe E, pi* I> fig- 21 , on le fait de trois morceaux: un fait le pied, un autre le corps / , & l’autre m le couvercle, auquel on ajoute quelques ornemens qui fupportent une boule ou une pomme de pin. je vais expliquer comment on fait le corps qu’on voit en L fur la table B, pl. I, fig- il. Le calibre tournant eft formé d’un arbre vertical} A A , reçu par en-bas dans un tiou pratiqué au milieu d’une forte table a a , & retenu en-haut par un couilinet de bois g, lequel eft attaché à une piece de bois quarrée b l ; ainfi il faut concevoir que l’arbre vertical AA, tourne librement fur lui-même. Cet arbre doit être alfez fort pour retenir fermement la potence i i, qui doit elle-même porter Patelle ou le calibre e e , qui eft quelquefois obligé de fupporter des efforts pour enlever la terre qu’on a mile de trop fur le corps du vafe. On alfujettit cependant encore le calibre, en le retenant par en-bas avec une main qui porte fur la table en o , & en ôtant de la terre avec l’autre main, quand on voit que le calibre en aurait trop à emporter. On conçoit que les pièces de bois quarrées b b, ainli que la table a a , doivent être folidement affujetties ; mais comme on le fera diver-fement, fuivant la place où l’on conftruira le tour, je me fuis content,é de l’indiquer. Le potier met fa terre fur la table a a, & ayant une main dans le vafe & une en-dehors , il lui fait prendre à peu près la forme qu’il projette de donner au vafe : je dis à peu près ; car c’eft Patelle, ou le calibre e e, qui doit perfectionner la forme de ce vafe. Ce calibre e et eft une planche peu épaiffe, dont les bords fe terminent en bifeau, & font taillés de façon que le contour de ces bords rend pour ainfi dire la contre-épreuve du vafe qu’on veut travailler. On doit l’affujettir bien fermement avec des vis à une piece de bois quarrée i i, qui forme une potence; & afin de pouvoir avancer ou reculer ce calibre, fuivant la groffeur qu’on veut donner au vafe , la potence i i eft fendue d’une grande mortaife ; de forte qu’en defferrant les vis, le calibre e e peut avancer ou reculer, & on l’affujettit en ferrant les vis. Quand tout eft ainfî difpofé, on fait tourner à la main le calibre e e, qui emporte la terre où il y en a trop , & le potier en ajoute aux endroits où il y en a trop peu ; en même tems il rend le vafe à peu près de même épaiffeur par-tout, en emportant par-dedans avec une atelle,de la terre aux endroits où le vafe a trop d’épaif-feur. Enfin , quand le corps du vafe eft bien formé, on le laiffe une couple de jours fur la table, pour que la terre fe raffermiffe un peu ; puis on le détache avec un fil de laiton, de deffus la table; on ôte enfuite la bride g; & ayant enlevé l’arbre AA, ainfi que le calibre e e3 on faifit 1©
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- vafe avec les deux mains, après avoir retiré l’arbre h /z, qui le travcrfè dans Ton axe ; & on met le vafe fécher au lattier. On fait enfui te le couvercle avec un autre calibre, & le pied auftî avec un calibre convenable à la forme que ce pied doit avoir. Quand ces pièces ont refté quelque tems au lattier, on les renverfe fur la table à babiller, pour les évider en-dedans avec un tournaflin ou tournafoir Y, pi. II, fig. i, & y former des feuillures pour le raccordement des différentes pièces. Si on le juge à propos, on ajoute des anfes au corps du vafe, ainlî que nous l’expliquerons dans la fuite : quelquefois on affujettit folidement le calibre qui refte fixe , & e’eft le vafe qui tourne , étant fur un plateau qu’on fait mouvoir à la main. Tout cela revient à peu près au même.
- Grands vafe s de terre cuite.
- 97. Tout le monde connaît ces grands vafes d’une terre blanchâtre, vernis en- dedans , qu’011 appelle des jarres , A, fig. 2, pl.II\ ils fe font en Provence. Plusieurs perfonnes , très-attentives à leur fauté , afin d’éviter les accidens qui pourraient réfulter du cuivre, ont fait venir de ces jarres pour conferver l’eau dont ils font ufage. Il y en a de fort grandes, qui font épaiffes 8c folides; cependant on les couvre de nattes de paille ou d’auffe ; & avec cette précaution , elles durent fort long-tems fans fe rompre, pourvu qu’on les tienne l’hiver dans un lieu où l’eau qu’elles contiennent ne gele point. On en embarque fur prefque tous les vaiifeaux, pour conferver l’eau deftinée à la table du capitaine ; & e’eft dans ces jarres qu’011 conferve l’huile en Provence.
- 98- Le goût qu’on a pris pour conferver l’eau dans ces jarres, a engagé les potiers qui travaillent en grès , à faire des pots prefqu’aufiî grands que les vafes dont nous venons de parler ; car il y en a qui contiennent un demi-muid. J’en ai dans ;mon laboratoire dechymieàla campagne, ~qui ont été faits à Saint-Fargeau : ils font vernis en-dedans; ceux qu’on vend à Paris, & auxquels on ajufte un robinet, viennent de Picardie.
- 99. Mais j’ai vu en plufieurs endroits, & j’ai même depuis long-tems de grands vafes, d’une terre rouge, entre lefquels il y en a qui contiennent près d’une demi-queue : ceux qui font bien faits, ne, font point perméables à l’eau , quoiqu’ils ne foieut point vernis. On s’en fert à quantité d’ufages ; on coule dedans de petites leiïîves ; on les emploie en guife de tinettes pour faler la viande ; & j’en ai vu dans des jardins, qui, étant entourés de maçonnerie, fervaient dans les potagers à contenir l’eau pour les arrofemens. J’ignorais d’où venaient ees pots ; peut-être en fait-on en
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- plufieurs endroits ; mais M. Defmarais m’a fait voir, dans le calendrier Limou'ijn de l’année 1770, un article que je crois devoir inférer ici.
- 100. A un quart de lieue de Montmoreau * qui eft à fîx lieues au fud d’Angoulême , fe trouve le village de Saint-Eutrope, dont prefque tous les habitans font potiers. On y compte trente ménages, tous adonnés à ce travail : vingt-cinq fours font continuellement occupés à cuire la petite poterie, afîiettes, plats , pots à feu de différentes grandeurs 5 mais il y en a trois qui font deftinés pour cuire différens ouvrages, & particuliérement de grands vafes à faire la lefïive , à faler le lard,&c. Tous les potiers qui ©nt à cuire de ces grands vafes , les portent à l’un de ces trois fours.
- ior. On emploie pour ces poteries une argille très-dudile , qui fe trouve auprès du village. La tâche des femmes & des enfans eft de pétrir & corroyer cette argille avec un barreau de fer fur un billot ; elles donnent aufîi les dernieres façons aux pots , ce que nous avons appelle habiller : mais ce n’eft pas tout, elles font encore chargées d’aller couper la brande & autres menus bois , avec lefquels on chauffe le four pour cuire ces poteries.
- 102. Les hommes façonnent les grands vafes fur un tour fortfimpleD, pl. II, fig. 3 : il eft formé de deux plateaux E, F, femblables à ceux d’une lanterne de moulin. Ces plateaux font joints l’un à l’autre par fîx fu féaux G :1e plateau F eft percé d’un trou en H, pour recevoir le pivot I, dont le bas eft fermement affujetti en terre j de forte que cette lanterne forme fur fon pivot comme un dévidoir. L’ouvrier met fa terre fur le plateau E, & avec le pied qu’il pofe fur le plateau F, il le fait tourner lentement. Quand la premieree bafe du vafe eft faite, il travaille les côtés, & les éleve en ajoutant fucceflivement des rouleaux d’argille qu’il foude les uns fur les autres , unifiant les furfaces intérieures & extérieures avec les mains : il parvient ainfi par ces additions multipliées ,à achever les grands vafes qu’il arrondit à l’aide du tour ; & il a foin de frapper la terre à petits coups avec la paume de la main, pour la comprimer. Quand ces vafes font bien fecs , on les fait cuire dans de grands fours à peu près femblables à ceux que nous avons repréfentés pL I, fig. 7, g & 9. Ces poteries fe débitent principalement à Angoulême, à Périgueux, en Saintonge , à Bordeaux , &c. Les potiers ne peuvent fuffire à toutes les demandes qu’on leur en fait.
- 103. Quand les vafes dont nous venons de parler dans ce paragraphe, font très-grands , 011 les fait de plufieurs pièces : une forme le fond, une autre le corps, & une autre le haut, & toutes ces pièces fe réunit-Lent avec des feuillures & de la terre qui fe cuit avec le vafe 5 de forte qu’ils font aufîi folides que s’ifs étaient d’une feule piece.
- 104. On voit fur certains vafes de grès,des partiesfaillantesj ce font
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- des ornemens ; quelquefois çes parties pofées circulaire ment, fervent à reçoit vrir & fortifier les foudures qui font en ges endroits.
- ioï. La figure 2, M, eft un grand vafe de grès , auquel on ajoute quelquefois un robinet pour en faire une fontaine qu’on fubftitue à celles de cuivre : il y en a qui ont en - dedans des plateaux défignés par des lignes ponctuées; ces plateaux font percés de trous, & on y met de gros fable pour filtrer l’eau, & en faire des fontaines fablées.
- 106. On connaît aifez ces pots cylindriques de grès , dans lefquels on apporte les beurres d’Ifigny. Quand ils font vuides , les petits ménages s’en fervent pour conferver leur eau: ils les nomment des fontaines Jouantes. La fig. 6, P , pi. II, eit une bouteille de grès. Quand on a fait fur le tour la panfe Q_Q_ & le gouleau R, on le foude à la panfe à l’endroit T.
- 107. Je 11e ferai pas une plus grande énumération des différens ouvrages qu’011 fait entièrement fur le tour; ce que nous venons de dire fuffira pour faire comprendre comment fe font ceux dont nous ne parlons point : ainfi je vais m’occuper des ouvrages qui fe font partie fur le tour, & partie fur la table à habiller.
- Article V.
- Des ouvrages qui fe font partie fur le tour, partie fur la table à
- habiller.
- 108. Quand 011 a commencé ces fortes d’ouvrages fur le tour, & qu’on leur a donné la forme qu’ils doivent avoir, on les détache du plateau du tour avec le fil de laiton (3Q, & on les tranfporte fur des tablettes qu’on nomme laitiers D, pl. III, fig. 4 , parce qu’elles font à jour & formées avec des lattes; on y lailfe les ouvrages fe deifécher un peu, ou fe raffermir à l’ombre , même à couvert d’un grand courant d’air; car il faut que le defféchement foit lent.
- 109. Quand les ouvrages ont pris un peu de fermeté fur les lattiers, on les tranfporte les uns après les autres fur une table, pour les perfectionner, ce que les ouvriers appellent kabiller (36).
- (? O Le fi! de laiton , en ail. Thondrath , eft un bout de fil-d’archal garni d’une poignée à chaque extrêmité. Les lattiers , en ail. Düfenbàume , font faits de chevrons de cinq à fix pouces de diamètre, ou de fortes lattes. Au refte , la conftruêtion des lattiers eft très * arbitraire ; elle doit être
- adaptée à la place que l’on peut lui donner.
- (;6) Plufieurs ouvrages communs n’ont pas befoin de cette opération ; & le bas prix auquel on les vend, ne permet pas qu’on y emploie beaucoup de tems. L’opération de tournaQcr eft aufli trop recherchée pour la plupart des pièces ordinaires.
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- IIO. Cette opération confifte à réparer à la main les défauts qu’on apperqoiti s’il s’elt attaché de la terre à un endroit, on l’enleve avec un couteau de bois fort mince, que l’on mouille; Il les bords d’un vafe fe font déverfés en quelque endroit, on les redrefle ; s’il s’eft fait à la panfe quelque enfoncement, on paife la main dans le vafe, pour faire revenir cette boife; fî les ouvertures qui doivent être rondes parailfent ovales, on les rétablit en les prenant entre les deux mains. Quelquefois il faut évider le deifous des vafes , pour qu’ils aient une affiette plus ferme; cela fe fait en pofant l’ouverture du vafe fur la table & le fond en-haut; puis 011 emporte de la terre avec un inftrument de fer Y,/>/• 1 9
- qui eft tranchant. On en a de différentes formes , les uns droits , les autres courbés : on les nomme tournafjîn ou tournafoir ; car cette opération fe nomme tournaffer.
- ni. C’est encore fur la table qu’on ajoute les pieds , les manches Si les anfes aux pièces qui en doivent avoir.
- 112. Toutes ces chofes font des pièces de rapport, qu’on fouue aux endroits où elles doivent être placées , après les avoir faites à la main fur la table. La maniéré de fouder les manches, les anfes , les pieds, e(l* la même ; mais ce doit être avec certaines précautions, pour que ces pièces ne fe détachent pas. Quelques exemples fuffiront pour faire comprendre cette petite manœuvre.
- 113. Je prends pour exemple une marmite; on forme la panfe, la gorge & le rebord fur le tour : après avoir laide ce corps de marmite un tems fuffifànt fur le lattier, on le pofe fur la table pour l’habiller & y ajouter les anfes. Les potiers s’y prennent de deux maniérés différentes : les uns forment l’anfe fur la table; ils lui donnent le contour qui lui convient; puis pour l’attacher au corps de la marmite , ils grattent & égratignent un peu les deux endroits où l’anfe doit tenir au corps de la marmite; ils frottent ces endroits avec un peu de terre neuve, & attachent faille en la comprimant fortement avec le pouce contre le corps de la marmite ou de la huguenotte, &c. D’autres , après avoir gratté ou égratigné le corps de la marmite, y attachent un morceau de terre neuve, qu’ils façonnent à la main, pour lui faire prendre la forme de l’anfe; & après l’avoir cou--tournée, ils grattent un endroit où elle doit aboutir, y mettent un peu de terre neuve, & prelfant bien l’endroit de l’attache avec les doigts3 l’anfe eft ainfi attachée de façon qu’elle ne fe détache pas. On eftime cette méthode plus folide que la précédente.
- 114. Les oreilles a a des huguenottes, pL I, j%, 12, à la forme prèsa fe foudent comme les anfes de marmites.
- H$. En général, pour que deux pièces fe Joignent bien enfenahle* â
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- faut que les deux terres fuient à peu près à un même degré de féched reife ; fans quoi une piece fe retirant plus que l’autre, elles fe répareraient ou elles rompraient. Cependant, fi le corps de la marmite s’était trop défi féché au lattier , on lui procurerait de la foupleife en couvrant la partie où l’on veut fonder faille avec un linge humide ; une nuit fuffit pour lui donner la foupleife qu’elle doit avoir.
- ii<5. Le corps des pots à trois pieds, fig> if , pi. II, fe fait.fur le tour ; enfuite on y rapporte les pieds & l’anfe, comme nous l’avons dit à l’occafion de la marmite , & pour cela on les met fur la table dans une fltuation renverfée; le couvercle C ne doit point avoir de feuillure.
- il7. Le corps des coquemars ,/>/./, fig. 13, fe fait fur le tour ; 011 forme la panfe a en rond, puis on retreint la terre pour faire la partie cylindrique b, on fortifie le bord par un bourrelet, on y fait un petit bec; & quand ils font fuflifamment raffermis au lattier, on les porte fur la table à babiller, pour les finir & y ajouter une anfe C, comme nous l’avons dit à l’occafion de la marmite.
- n8- Le corps b des poêlons ou cafferoles N, pl. I, fig. 14, fe fait fur le tour ; il y a même des ouvriers qui y font auilî le manche a ; d’autres les travaillent à la main fur un mandrin de bois. Tous les attachent au corps de la cafferole, comme nous l’avons expliqué.
- 119. Les manches qu’on fait fur le tour , font bien plus propres que ceux qu’on fait à la main fur un mandrin ; mais il eft bon d’expliquer comment on peut faire fur le tour un tuyau creux, dans lequel on peut à peine paffer le doigt. O11 le fait d’abord affezbas, & fuffifiimment large pour former le tuyau entre le pouce & les doigts. Ce tuyau a peu de hauteur, & doit être épais , parce qu’il faudra l’alonger; pour cela, en comprimant faiblement le tuyau entre les deux mains, on l’alonge en élevant les mains, & il diminue de grofîeur proportionnellement à fon augmentation de longueur; on finit en le bordant d’un petit ourlet c. Enfin on le détache du plateau ; & après avoir un peu comprimé le bout qui doit s’attacher au corps de la cafferole, on le met fécher pendant quelque tems au lattier, puis 011 le foude au corps de la cafferole, comme les anfes des coquemars, &c.
- 120. Les paffoires fe font comme les cafferoles N, excepté qu’on y fait, quand elles font à moitié feches, des trous avec une efpece de gouge.
- 121. On fabrique auffi de petites terrines, dans lefquelles 011 met de la braife pour les chaufferettes de bois ; on le fiait fur le tour , & avant de les ôter du plateau, on applatit un des côtés qui elt formé en partie du fond j 011 ôte la terre qui excede le refte des bords de la terrine : on forme à la main l’autre côté, & on ajufte au milieu de cette face un
- bouton
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- ART DU POTIER DE TERRE, 301
- bouton; ainfi cette petite pieçe eft prefque entièrement faite à la main, quoiqu’elle fe commence & qu’elle fe perfectionne fur le plateau du tour, fans la traniporter fur la table à habiller.
- 122. R, pl, io, eft une lampe qui eft prefque entièrement faite
- fur le tour ; on ajoute feulement un peu de terre en æ & en b, avec une anfe eii c.
- 123. On fait auflî des arrofoirs en poterie; le corps eft entièrement fait fur le tour, ainfi que le tuyau qu’on fait comme le manche des caf-feroles ; on l’évafe un peu au bout, qu’on ferme par une plaque de terre percée d’un nombre de trous ; on rapporte par en-haut un peu de terre pour fermer la moitié de l’embouchure; on attache le tuyau au corps de l’arrofoir; on le foutient par la traverfe qui n’eft pas creufe ; enfin oi\ ajoute l’anfe , & l’arrofoir eft fini.
- Art ic le VI.
- De quelques ouvrages qu'on fait entièrement à la main,
- 124. Nous avons dit que les potiers faifaient quelques-uns de leurs ouvrages entièrement à la main (37). Pour donner une idée de ce travail, je vais expliquer comment on fait les chaufferettes quarrées T , pl, /,
- 10.
- I2f. Les chaufferettes & les réchauds qui ont à fupporter-le feu , fe font avec la même terre que les carreaux, excepté qu’aulieu de mêler du fable avec l’argille, les potiers amaigriffentla terre avec du mâche-fer pilé & palfé au tamis de crin, à la dofe de dix boiffeaux de cette poudre fur une demi-queue de terre. On marche ce mélange, comme nous l’avons expliqué en parlant des carreaux. Pour une chaufferette , on moule cette pâte dans un chaflis de bois, & l’on en forme deux faîtieres "qu’o 11 met aux perches & qu’on bat une fois comme les carreaux ; puis lorfqu’elle eft encore tendre, on prend ces deux faîtieres qui doivent fuffire pour faire une chaufferette. On pofe une de ces faîtieres fur la table à habiller ; on en rogne les bords fur un calibre de bois pour l’équarrir; on en divife la largeur en trois parties , dont celle du milieu fait le fond de la chaufferette a, & les deux autres en font les deux grands côtés bb,bb> en
- (37) Dans les campagnes, les femmes & tout aulfi finalement dans des fours de les enfans font quelquefois à la main des terre glaife, qu’ils font d’un moment à pots, des afliettes , des écuelles , qui ont' l’autre’, & qu’ils ont'-foin dé fecher en'jr une forme aflez régulière , & qui fuffifent aHùmant un feu de bruyères, pour les ufages ordinaires. Ils les çuifent Tome VIII.
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- 3û<s ART DU POTIER DE TERRE,
- les relevant à peu près perpendiculairement, & les tenant un peu inclinées vers le dehors} bien entendu qu’avec les doigts on forme en-bas un angle à peu près à vivç-arète. On leve dans l’autre faîtiere deux morceaux , pour faire les bouts de la chaufferette ; on les foude aux grands côtés b b, en fe conformant à ce que nous avons dit à l’occalion des ailles & des oreilles ; enfin la même fécondé faîtiere fuffit pour faire le def-ius dd,au milieu duquel on forme avec un couteau mouillé une ouverture quarrée qui fournit le couvercle c. On ne fait point de feuillure pour recevoir ce couvercle 5 mais en l’emportant 011 tranche la terre obliquement, pour tenir lieu d’une feuillure , afin que le couvercle étant pofé fur l’ouverture, n’entre point dans la chaufferette : on ragrée toutes, les foudures, & on finit par faire des trous, tant au-deffus de la chaufferette qu’aux côtés, avec une efpece de gouge , qui fait l’office d’une tarriere. O11 ajufte auffi fur la table les anfes ff, & le bouton .du cou-yerçle cK
- ArticleVIL Des ouvrages qu'on fait avec des montes*
- 126. En parlant des ouvrages qu’011 fait à la main, il femblerait convenable d’expliquer comment on en fait dans des moules; mais comme «e travail eft plus du diftriél des faïanciers que des potiers , je me eon-tencerai d’en donner un feul exemple, en décrivant comment on peut, faire un vafe de jardin (38)- On moule avec du plâtre un creux fur un vafe qui a une belle forme, & qu’on a fait réparer par un fculpteur : on divife en trois parties fuivant fa longueur, le creux de plâtre, qu’on a moulé fur celui qu’011 veut imiter, bien entendu qu’on fait féparément le creux qui doit faire le corps du vafe , celui qui eft deftiné à faire le pied, & celui qui doit faire le couvercle.
- 127. On réunit les trois morceaux qui doivent faire le corps ; on les aflujettit en les liant très-fermement avec des cordes; & ayant frotté de quelque graiffe l’intérieur du moule, pour que la terre ne s’y attache pas on enduit à la main l’intérieur de ce moule, avec une couche de terre aflez épaiffe, que l’on comprime fortement, pour qu’elle en prenne bien la forme ; on laide un peu la terre fe raffermir dans le moule: comme en. fe defféchant elle, fç retire & diminuç dç volume, elle fe détache un peu
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- .(35? )Dans les pays où l’on fait de ees fourneaux, les diverfes pièces font faites, poêles de faïanee, qui fervent à chauffer au moule; j’en expliquerai la conftruâioji ks appartenons , & que l’on appelle des dans Vart- du ftÿmàa*
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- ART DÛ POTIER-DE TERRE. 307
- du moule; mais avant qu’elle foit tout-à-fait feche, on délie les cordes, on fépare les trois pièces qui font la totalité du moule, & on retire le vafe de terre qu’on met au lattier; on le répare enfuite avec un petit morceau de bois nommé ébauchoir; & il ne faut pas être fculpteur pour cela.
- 128* On emporte avec un tournalïin ce qu’il y a de trop de terre en-dedans , & on forme les feuillures , pour alfembler avec le corps du vafe fon pied & fon couvercle , lorfqu’on les aura moulés. Quelques-uns font des moules particuliers pour former des anfes & des feuillages ; mais, comme je l’ai dit, je ne me fuis propofé que de parler fuperficiellemeut des ouvrages qu’on moule, parce que les détails fe trouveront dans Pat# du faïancier, qui fait avec des moules, des plats à contour, des alliettes gaudronnées & des jattes, même des figures d’hommes & d’animaux.
- Article VIII.
- Maniéré âenfourner les ouvrages de poterie , &? de les cuire.
- 129. Nous avons donné, en parlant des carreaux, la defcription des fours dont les potiers de Paris font plus ordinairement ulàge , avertilfant qu’on pourrait cuire ces ouvrages dans les fours à tuiles , que nous avons repréfentés dans Part du tuilier. Nous ne parlerons ici que des fours des potiers de Paris, qui font très-bien imaginés , & d’un fervice commode : 011 fe rappellera ce que nous en avons dit au commencement de ce mémoire à l’occafion des carreaux ; moyennant quoi il ne reliera guère qu’à rapporter ici comment on arrange les diflférens ouvrages dans ces fortes de fours.
- 130. Du côté de la bouche, derrière la faulfe-tire, on arrange les fins fur les autres les vafes qui doivent être très-cuits, & qui courent moins de rifque de fe rompre : tels font les pots à fleurs & les boilfeaux pour les commodités, &c. On en met aulïi auprès du fond du four LM, jig. 8 s pi• 19 qu’on nomme la languetu, où il y a beaucoup de chaleur, parce que l’air chaud doit defcendre en cet endroit pour arriver aux ouvertures ou carneaux qui font tout-à-fait en-bas pour la décharge de la fumée.
- 131. Le premier lit d’en-bas fe fait avec des carreaux d’âtre, pofés fur le champ, ou des boilfeaux de commodités, qu’on met au lieu de ces carreaux. Ces boilfeaux ayant alfez de force pour fupporter les différentes poteries qu’on met delfus, on en forme fouvent le premier lit. On a foin de mettre tout d’une même file les vafes d'une même grandeur, obfer.
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- 308 ART DU POTIER DETERRE.
- vaut, comme aux carreaux, que le rang de deflus porte fur le milieu des vafes qui forment le rang de deifous, ainfi'qu’on le voit pl. I, fig. 9; mais comme une des principales attentions des potiers, eft de remplir exactement leur four, & d’y faire tenir le plus de marchandife qu’il leur eft poflible, pour tirer le meilleur parti du bois qu’ils font obligés d’employer, on met de petites pièces dans les grands vafes; les couvercles des chaufferettes fe mettent dans les chaufferettes auxquelles ils font def. tinés , & on interpofe entre les grands vafes, de petits , pour remplir le plus exactement qu’il eft poflible tous les vuides. On met du bois comme pour les carreaux fur les côtés , & l’on en diftribue de diftance en distance par le travers du four entre l’ouvrage. De plus, on fend du bois par éclats, qu’on fourre "entre la voûte du four & les ouvrages, & l’on finit par murer le tettin. Au refte, on conduit la trempe avec encore plus de-ménagement que pour le carreau, & le feu fe continue à peu près le même îems, fl ce font des poteries communes , & beaucoup plus s’il s’agiffait de cuire en grès.
- Article IX*
- Defcription tfune autre efpece de four, dont fe fervent les potiers du fauxbourg Saint-Antoine, four cuire leurs ouvrages..
- 132. Presque tous les potiers du fauxbourg Saint-Marceau, fe fervent du four que nous avons décrit en parlant des carreaux , & qui eft repréfenté pl.l, fig. 7,8 & 9, tant pour cuire les carreaux que les ouvrages de poterie; & eftéCtivemeni' ces fours , qui occupent peu déplacé, font très-ingéniéufement imaginés, & fort propres à économifer le bois. Cependant la plupart des potiers du fauxbourg Saint-Antoine ne font ufage de ce four que poiir les carreaux, & ils fe fervent, pour cuire les autres poteries, d’un four qui approche de celui des faïauc.iers: je vais en donner la defcription.
- 133. La. figun 1,pl: IIIr repréfente l’élévation du four, vu en-dehors 'du côté de la bouche du foyer, ou fur la ligne CD du plan, fig... 2, qui eft prife au rez-de-chauffée. A, eft donc le foyer qui eft en terre, précédé d’une foffe ; on le voit indiqué par la même lettre aux figures 1,2,3 & 14. Celui qui conduit le feu defeend dans cette folle, & il fourre le bois par la bouche du foyer fous le corps du four, où l’on met les pots qu’on veut cuire. D’abord pour tremper, il fait un petit feu à l’entrée du foyer en A, fig. 3, qui repréfente toute l’étendue du foyer à Ja fondation de tout le four ; enfuite pour faire le grand feu , il le porte }uC qu’en E 5 & le diftribue dans toute l’étendue du foyer j. mais alors, ü
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- URT DU POTIER DE TERRE. 309
- arrange du bois debout devant la boucbe du foyer, pour diminuer le courant d’air qui porterait la chaleur vers le fond du four, pendant que la partie du devant en recevrait peu. Cependant il faut quelle fe diftri-bue à peu près également dans toute l’étendue du four : c’eft une attention que doit avoir l’attifeur (39).
- ' 134. La voûte F , fig. 4, qui couvre le deifus du foyer, eft percée
- d’ouvertures a a a, h c. qu’on nomme créneaux* C’eft par ces ouvertures qu’on voit auffi en F, fig. 2, qui repréfente le plancher au-deffns de la voûte qui couvre le foyer: c’eft, dis-je, par ces ouvertures a a a, que paflfe l’air chaud du foyer A, fig. 4 , dans la chambre G, qui eft au-def. fus, & dans laquelle on arrange l’ouvrage qu’il faut cuire en vernis. Cette chambre eft fermée en-deifus par une voûte H, fig. 4, qui eft , ainlî que la voûte F, percée de créneaux bbb, qu’on voit auffi à la figure, % en H; & c’eft par ces créneaux que l’air chaud pafle de la chambre G, fig. 4, dans la chambre I, où l’on met les poteries qu’on veut cuire en blanc. Quand le four eft bien échauffé , comme l’air chaud monte toujours , la chaleur eft plus vive dans cette chambre I, que dans la chambre G, qui au commencement avait plus de chaleur que celle qui eft plus élevée.
- 13Ç. Il y a au plus haut de la voûte qui couvre cette chambre fupé-rieure , une ouverture K , fig. 4, de fix ou huit pouces en quarré, & de plus, quatre créneaux, ouvertures ou ventoufes K, fig. 1 & Ces cinq ouvertures fervent à donner une iifue à l’air qui entre par la bouche du foyer, pour déterminer la chaleur à fe porter jufqu’au haut du four.
- 136. On remplit la chambre G, fig. 4, par une porte L, fig. 1 & 4, qu’on ferme d’un mur de briques ou de telfons de pots , lorfque cette chambre eft pleine, & avant d’allumer le feu: on laiffe feulement une petite ouverture en M , fig. 1 , pour donner une iiTue à une partie de la fumée qui pourrait ralentir le courant d’air chaud nécelfaire pour cuire l’ouvrage. Au-deiTus de cette petite ouverture M, il y a une hotte comme à une cheminée de cuifine, & un tuyau de cheminée NN, fig. 1 6* 4, pour empêcher que la fumée ne fe. répande dans l’attelier.
- 137. A l’égard de la chambre fupérieure I, fig. 4, on la remplit de poterie qu’on veut cuire en blanc, par une porte qui eft en O, & qu’on
- (39) Le four des potiers ordinaires, en forme d’un œuf, ou elle eft plate & ha fie : allemand Brermofcn, eft très iimpîe ; c’eft elle eft compofée de terre graflfe & de paille un quarré. - long , d’une longueur propor- hachée, pour conferver la chaleur. L’inté-tionnée à la force de chaque fabrique, & à rieur eft bâti de briques, & voûté ; les murs peu près de la hauteur d’un homme. La de part & d’autre doivent être foitts» partie iuperieme , en ali. die üeoke, a la
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- 3io ART BU POTIER DE TERRE.
- ferme quand la chambre eft pleine, ménageant au haut de, cette porte une petite ouverture femblable à celle qui eft marquée M, i ; & comme à caufe que cette ouverture eft fort élevée, on ne craint point d’être incommodé par la fumée, on n’y fait ni manteau ni tuyau de cheminée : on monte à cette chambre I, par un petit efcalier P > fig* i.
- 138. Au relie, on conduit le feu comme nous l’avons dit plus haut, commençant par un fort petit feu pour tremper l’ouvrage , & ou finit par un feu très-aélif de bois fendu.
- Article X.
- Du vernis qu'on met fur les poteries.
- 139. La. plupart des ouvrages de poterie commune laiflent tranfpirer l’eau par leurs pores, fur-tout quand on a mêlé beaucoup de fable avec l’argille : fi l’on a mêlé peu de fable, les vafes retiennent aiTez bien l’eau ; mais ils ne peuvent fupporter le feu: or, comme la plupart des poteries pour les ménages doivent aller fur le feu, les potiers n’y épargnent pas le fable j mais en leur procurant la faculté de fupporter le feu, on les rend perméables à l’eau, comme nous venons de dire. Prefque tous ces uften-files doivent cependant en contenir ; on leur procure cette propriété en les couvrant d’une couche de vernis, qui étant vitrifié, empêche que l’eau 11e pénétré la terre. Ainfi, pour les terrines & les pots à l’ufage des laiteries , les potiers emploient une argille prefque pure, qui prend corps, & ne laide point tranfpirer l’eau5 mais ces pots fe briferaient,fi on les mettait fur le feu : pour cette raifon, ils mettent beaucoup de fable dans l’argille qu’ils deftinent à faire de la vailfelle ;& ils la couvrent de^vernis, pour qu’elle puilfe retenir l’eau.
- 140. Nous ne parlerons que fort en abrégé du vernis des potiers, qui eft très-groflier, parce que le vrai lieu de traiter cette matière à fond, eft lorfqu’il s’agira de la faïance.
- 141. Les potiers emploient, pour vernir leurs ouvrages, ou du minerai dont on retire le plomb j c’eft ce qu’on nomme alquifoux dans le commerce, & que les potiers appellent vtrms io\x bien ils emploient le minium qu’on nomme plomb rouge, ou aiTez mal-à-propos mine de plomb, qui eft une chaux de plomb d’un rouge alfez vif. Feu M. Jars a donné dans les mémoires de l’académie, la façon de lui faire prendre cette couleur par la calcination. On fe fert encore de la litharge , c’eft-à-dire, du plomb çalciné qui a perdu une partie de fou phlogiftique par l’aétion- du
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- feu , & qui eft dans un état de vitrification imparfaite. Ils ont deux maniérés d’employer ces (ubftances, ainfi que nous allons l’expliquer.
- Première méthode.
- 142. On caffe l’aîquifoux fur un billon qu’on borde de planches» pour que rien ne fe perde ; on le paffe par un tamis de crin » & on pile dans un mortier de fer ce qui refte, jufqu’à ce que tout ait pâlie par le tamis.
- 143. Quelques potiers achètent le plomb en faumons, & le réduifent eux-mèmes en chaux ; je crois qu’il leur ferait plus avantageux d’employer la' litharge ( 40 ) ou le plomb rouge.
- 144. On prépare la litharge comme l’alquifoux ; elle fe réduit plus aifé-ment en pdudre , & le minium encore plus; on ajoute à l’une ou à l’autre de ces poudres autant de mefures de fable qu’on en a de litharge, de minium ou d’alquifoux; &à cette occafion , nous ferons remarquer que toutes les préparations du plomb facilitent beaucoup, en fe vitrifiant , la vitrification des fubftances terreufès. Le fable fait une partie confidérable du vernis, au moyen du plomb qui fert de fondant : comme le plomb » eft cher & que le fable ne coûte rien, les potiers, font une épargne confidérable en mêlant le fable avec le plomb, & je crois que cet alliage du fable n’altere pas la bonté du vernis. Le plomb feul fur la terre fait une couleur jaune : fi Ton veut que cet émail ou vernis ait une couleur verte , 011 ajoute fur 200 livres de litharge ou d’alquifoux, fept à huit livres de limaille de cuivre (41 ). Si l’on veut que l’émail ait une couleur brune comme
- (40) Les potiers Allemands ne fe fervent, pour les ouvrages communs, que de la litharge , qu'ils appellent Glàtte , Silber-gîàtte. On la pile, on la tamife , on la broie très-fin fur la pierre. Pour que-la litharge ne devienne pas trop coulante , on y ajoute en quantité égale du fable blanc Si fin. On rend cettg mixtion auflû liquide que l’on veut ; on en jette une mefure convenable dans le vafe que l’on veut vernir, & q,ui a déjà été cuit, on la remue, & on reverfè ce qui ne prend pas. Au bout d’unquart-d’heure , le vafe peut être porté au feu pour cuire le vernis. Le vernis fe met au-devant du four pendant feize à dix-huit heures. SI le vernis n’a pas été bien broyé, il eft inégal & couvert de grains»
- (41) Si l’on veut que l’émail ait une couleur blanche, on met vingt parties de plomb fur cinq parties d’étain ; on les fait calciner dans un vafe de terre au fourneau de calcination , en ail. Efcherofen. Le fourneau doit être échauffé durant quelques; heures, avant qu’on y mette fe plomb ; & lorsqu’il y eft, la flamme doit toujours flamber delïus. On a foin de remuer le métal avec une fpatule de fer , jufqu’à ce qu’il foit réduit en cendres. Alors on y jette l’étain , & on le remue de même jufqu’à ce qu’il ait fu-bi le même changement. On* augmente le feu , jufqu’à ce que les cendres foient ardentes » alors on diminue le feu, & on les laide refroidir en remuant: toujours avec la fpatule. On. mêle cea ceiv
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- 3n ART DU POTIER DE TERRE,
- bronzée, on y mêle de la manganefe, qui eft line mine de fer pauvre & réfra&aire 5 elle eft d’un bleu noirâtre, grenée ou (triée. On en emploie dans les verreries} mais quand on en met trop, elle rend le verre violet. O11 en trouve en Piémont, en Tofcane, en Bohême, en Angleterre, &c. La pierre qu’on vend fous le nom de Périgueux, en différé peu ou point. Ces matières étant pulvérifées , forment véritablement le vernis des potiers, qu’il ne s’agit plus que d’appliquer fur les vafes de terré qui n’ont point été au four, mais qui font très-fecs & prêts à être cuits. Pour que la poudre s’attache aux vafes , on les trempe dans ce qu’on appelle une eau grajfe% qui eft de l’eau où l’on a dilfous un peu d’argille; puis, avant que cette eau foit feche, on répand delfus la poudre dont nous venons de parler, retournant la piece dans tous les fens, pour que tous les endroits qu’on veut vernir en foient couverts} car il y a beaucoup de pièces qu’on ne vernit qu’en-dedans , & en ce cas on ne met point de poudre fur le dehors.
- 14^. On lai(fe un peu les pièces fe deflécher, puis on les arrange dans le four, comme nous l’avons expliqué 3 de forte que par une feule opération on cuit la terre, & l’on fond le vernis qui fe vitrifie à la furface. Par , cette méthode, on éeonomife du bois, mais on confomme beaucoup de plomb *. d’ailleurs la poudre ne pouvant être répandue également, il s’en trouve trop en des endroits} &àmefure que le vernis fond, il s’en répand fur les autres pots. Ce n’eft pas le feul inconvénient : comme il faut faire affez de feu pour cuire les ouvrages, on eft obligé de mettre du bois en plufieurs endroits; ce bois, en fe brûlant, produit de la cendre, qui, en fe répandant fur le vernis en fufion, l’endommage confidérablement.
- 146. L’autre méthode confifte à mettre le vernis fur les pots qui ont déjà été cuits ; on confomme plus de bois, puifque les ouvrages font mis au four & cuits deux fois ; mais on évite alors les inconvéniens dont je viens de parler : de plus, comme les potiers ne connailfent la perfection de leurs ouvrages que quand ils ont été cuits, il réfulte plufieurs avantages de mettre le vernis fur la poterie cuite} car comme il n’y a point de fournée où il n’y ait quelques pièces qui fe rompent ou qui fe déforment, 011 les
- cires calcinées avec une égale portion de fel & de fable ; on prelTe le tout dans un creu-fet découvert, & on le porte dans le four. Durant cette fécondé calcination , tout le fel s’évapore , la matière contenue dans le creufet s’enfonce, fon poids diminue ; mais on n’avait ajouté le fel que pour faciliter la fufion. On pile la matière calcinée, dans un mortier de fer, & on la broie foigneufe-
- ment fur une pierre avec une quantité d’eau fuffifante pour en faire une matière liquide. La moindre particule de grailfe qui touche le vernis , anéantit tout le travail, les mé- , taux reprennent leur première form* , & le vernis difparait de delTus les vafes où il avait été appliqué. La pou (fier e fait de petits creux fur le vernis.
- rebute,’
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- rebute , & l’on 11e met en vernis que les pièces qui fortent faines & entières du four. Ainfi les pièces qui rompent à cette première cuilfon n'étant point vernies , il réfulte déjà une diminution fur la confommation du plomb ; mais ce qui contribue encore plus à économifer le plomb, c’eft que ceux qui fui vent cette méthode broient la litharge & l'alquifoux à l’eau fous une meule repréfentée féparément pl. II, fig. 11 & 12. Ils broient ces différentes fubftances féparément & avec de l’eau , de forte qu’elles coulent en forme de bouillie dans un vafe qui eO: deifous. Ils mettent le vernis liquide fur la poterie qui eft déjà cuite, en verfant cette efpece de bouillie claire fur les pots qui ont déjà été cuits, ou bien en mettant dedans les petites pièces qu’on veut qui foient couvertes de vernis partout 3 ce qui eft encore mieux & plus économique. On applique le vernis avec un pinceau qui l’étend plus uniment, & qui n’en met qu’aux endroits où l’on juge qu’il convient. Enfin ces fubftances bien broyées s’appliquent aufti mince qu’on juge à propos.
- 147- On lailfe les pièces fe fécher , ce qui fe fait en peu de tems ; car la terre qui fort du four aijaire promptement l’humidité.
- 148- On les remet au four, où 011 leur donne un feu à peu près pareil à celui qu’on a employé pour cuire la terre } mais 011 doit s’abftenir de mettre du boi$ entre les pièces & fur l’ouvrage , pour éviter que la cendre 11e fe répande fur le vernis qui eft attendri par l’acftion du feu. Il n’y a pas d’inconvénient à mettre du bois fur les côtés, fur-tout quand on a l’attention de mettre auprès quelques vafes qui ne foient pas chargés de vernis, ou qu’on cuit pour la première fois ; & il vaut mieux continuer le feu plus long-tems à l’embouchure du four, que d'e mettre du bois entre l’ouvrage. Un des avantages du four qui relfemble à celui des faïanciers , eft de 11’ètre pas expofé à l’inconvénient de la cendre.
- 149. Tous les potiers ne font point d’accord fur la préférence qu’011 doit donner à l’une de ces méthodes fur l’autre ; chacun tient pour celle qu’il pratique. Ceux qui appliquent le vernis en poudre fur la terre crue , conviennent qu’ils confomment plus de plomb ; mais ils prétendent que leur vernis pénétré mieux dans la terre , & qu’il s’y attache plus intimement. Les autres fou-tiennent que le vernis adhéré très-bien à la terre cuite, & ils allèguent en faveur de leur méthode , la moindre confommation du plomb , & la propreté de leur ouvrage , le vernis y étant diftribué à une épailfeur plus uniforme} mais ceux qui fuivent cette méthode ne font point encore du même fentiment fur un point qui me parait alfez important. Les uns prétendent qu’il ne faut cuire que médiocrement l’ouvrage avant de le mettre en vernis, afin que le vernis puilfe mieux s’introduire dans les pores de la terre, & qu’enfuite il faut donner un grand feu à la cuilfon des ouvrages couverts de vernis.
- 150. D’autres prétendent qu’il faut, à la première cuilfon, faire un grand
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- feu , & à la fécondé, feulement ce qu’il en faut pour bien fondre le vernis : ils peuvent dire en faveur de cette pratique , que comme le plomb vitrifie ,.le fable, il produit cet effet fur celui qui eft à la fuperficie des pots cuits, ce qui le rend très-adhérent à ces fortes d’ouvrages y en fécond lieu, que n’ayant qu’un feu modéré à donner à cette fécondé cuiffon, on peut fe difpenfer de mettre du bois entre les ouvrages & deffus, ce qui fait qu’on ne craint point les mauvais effets de la cendre.
- 151. J’inclinerais pour la première pratique, d'autant qu’il faut un feu violent pour bien fondre l’émail, & ce feu achevé la cuiffon de la terre: il faut que le vernis foit bien fondu, pour que le plomb puiffe vitrifier le fable qui eft à la fuperficie des poteries. Ce fentiment eft conforme à l’ufage de prefque tous les potiers ; néanmoins je me garderai de décider quelle méthode eft la meilleure, n’ayant pas été à portée de faire fur celg. des expériences décifives.,
- H 2. Il me paraît que l’article du vernis pourrait être perfectionné,, fans engager les potiers à des frais confidérables 1 je crois, par exemple, qu’ils devraient mêler avec leur plomb , un fable ou un quartz fufible (a)., qui fe vitrifiant aifément avec le plomb, pourrait leur fournir un moyen d’économifer ce métal y peut-être même trouveraient-ils un avantage à fritter (42) leur fable avant de le mêler avec le plomb , & du verre pilé pourrait être plus avantageux que le fable. Ce font là des idées qu’on doit regarder comme defimples conjectures , jufqu’à ce qu’on lésait éprouvées & combinées de différentes façons.
- 1513. A toutes les cuites, quand on ceffe le feu, on ferme exactement îe four, pour qu’il çonferve fa chaleur, & que l’ouvrage fe refroidiffe par degrés : une partie des ouvrages fe fendraient, fi au fortir du four on les expofiit à l’air froid. Lorfque le four eft affez refroidi, & qu’on veut le vuider, on ouvre le tettin pour en tirer les ouvrages qui ont reçu leur cuiffon s mais il arrive affez fouvent que le vernis en fondant a coulé d’un vafe fur un autre, & que plufieurs vaiffeaux font collés les uns aux autres.. Quand l’adhérence eft peu confidérable , 011 les fépare aifément s mais quelquefois on rompt les pots en les réparant, & cet inconvénient arrive plus; fréquemmnet à ceux qui mettent le vernis en poudre, qu’à ceux qui l’em-
- (a) Le quartz eft une pierre dure , lai- fubftance ; il eft à propos d’y fubftituer le îeufe , demi-tranfparente & vitrifiable , qui fpath fufible, qui fe vitrifie plus aifément. fe trouve en. plufieurs endroits , & parti- (42 ) Fritter , e’eft calciner la matière culiérement clans les mines. Quoique le du verre, pour en féparer toutes les ma-, quartz fe vitrifie, quand il eft mêlé avec tieres grades, qui porteraient quelque c.ob,-une argille vitrifiable , ou avec le plomb , leur fale dans le verre, ç’çft par inadvertance qu’on a indiqué çette
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- ART DU POTIER DE TERRE. jif
- ploient délayé dans de l’eau , parce que la couche de vernis efl plus mince, & pour cette rai Ton moins fujette à couler.
- 154. Nous avons dit que le vernis ne prenait pas fur les taches noire3 femblables à du mâche-fer, qui font produites par des pyrites qui fe font brûlées dans la cuiifon. Quand les pièces en valent la peine, les potiers réparent en partie ces défauts, en mettant beaucoup de vernis fur ce& taches noires : mais il faut remettre ces pièces au four, & c’eft une perte pour le potier. Quand les pièces font tirées du four, des femmes avec de gros couteaux emportent des morceaux de terre qui fe font ^attachés aux pots;
- Sur Us poteries du Lyonnais»
- 1??. Ayant vu des ouvrages de poterie, & des creufets fabriqués dans les provinces voilines de Lyon, j’ai déliré d’en dire ici quelque cliofej &• pour cela, je me fuis adretfé à M. de la Tourrette , de l’academie de Lyon , & correspondant de l’académie des fciences de Paris, qui fe porte avec ult 2ele étonnant à aider 'de fes lumières ceux qui entreprennent des recher-, ches utiles.
- 156. Les mémoires que M. de la Tourrette m’a procurés, regardent trois efpeces de poterie ; favoir, celle de la Pra en Forez, celle de Fran-cheville en Lyonnais, & celle de Saint-Vallier en Dauphiné. Je ne ferai point ufage pour le préfent, de très-bons mémoires que j’ai requs fur la poterie de Saint-Vallier, parce que les ouvrages qu’on y fait étant de faïance , il ell à propos de les réferver pour l’art du faïancier, qui fera publié dans la fuite.
- De la poterie de la Pra en Fore{ ( 43 ).
- 1^7. La Pra eft un hameau fitué dans la paroiifé &juftice de Saint-Bonnet-.’ les-Oules en Forez, éloigné de deux grandes lieues de Saint-Etienne , & d’unê de Saint-Galmier.
- 158* On fait remonter l’établiflement de cëtte poterie à près de quatre cents ans : il y avait autrefois quarante poteries établies en cet endroit., & chacune avait fon four; il 11’y en a plus maintenant que cinq , à caufe de quantité de poteries qui fe font établies dans la même province.
- 1^9. On emploie dans ces poteries, de deux fortes de terre, qu’on mêle
- (4 O II n’y a guere de pays oà l’on ne fés. Un obfervateur attentif pourra contri-fabriquede ia poterie pour l’ufage des ha- huer à perfectionner cet art dans le lieu bitans. Elles font plus ou moins parfaites, qu’il habite , en s'appliquant à examiner félon la qualité des terres ; mais toutes fe les différentes fortes de terre, leurs conv font lur les principes que nous avons expo- pofitions & leurs mélanges.
- Rr ij
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- 3i6 ART DU POTIER DETERRE.
- enfemble , l’une rouge & l’autre brune : Tune & l’autre fe trouvent allez abondamment à peu de diftance de la Pra, fur les confins de la paroilfe de Saint-Bonnet, & fur ceux des paroilfes de Bautheon & de Vanche.
- 160. Elles fe trouvent en terre par bancs plus ou moins étendus -, ceux de la terre brune ont environ dix pouces d’épailfeur ; ceux de la terre rouge font plus épais : la terre brune eft plus grafle que la rouge.
- 161. Les poteries de la Pra fupportent mieux le feu que beaucoup d’autres.
- i6z. On pétrit & on corroie ces terres avec un barreau de fer fur un billot ou forte table , & on la travaille fur la roue.
- 163. Les fours font ronds, ayant cinq à lîx pieds de diamètre fur fept à huit de hauteur , fans couverture ; ils font faits de grofles briques ajoin-toyées avec de la terre gralfe, & fortifiées par un contre-mur qui eft fait avec de la pierre à bâtir & du mortier de chaux & de fable.
- 164. Ces fours qui relfemblent alfez à ceux des tuiliers, font chauffés avec du bois pendant douze heures & plus , fuivant la faifon : les quatre ou cinq premières heures , 011 11e fait qu’un petit feu y enfuite on l’augmente <> & on le rend très-a&if.
- 16$. Le vernis eft fait avec du minerai de plomb ou de l’alquifoux qu’on tire en pierre des mines voifines : on les pile , on les paffe par un tamis, & on les broie fur des meules de pierre fort dures ,/?/. II ,fig. 11,12, GH.
- 166. Le vernis ainfi préparé s’emploie liquide s on le verfe dans les pots, que l’on tourne en tout fens, comme Jfî l’on voulait les rincer. Quand le vernis eft pris par-tout, 011 vuide le refte dans un baquet pour s’en fervir à vernir d’autres pots.
- 167. On applique le vernis fur les vafes gris , mais très-fecs y & quand le vernis eft fec, on met les poteries dans le four.
- 168. Si l’on veut que le vernis foit verd, 011 mêle avec le plomb , de la-limaille de cuivre, comme nous l’avons dit plus haut.
- 169. Les vafes de cette poterie réfiftent très-bien au feu, ainfi que les, creuftets pour la fonte des métaux ; on en a fait de fréquentes épreuves à Saint-Etienne :. au refte, ils font faits avec les deux terres mélangées & corroyées enfemble , comme nous l’avons dit.
- 170. On fait principalement dans ces poteries, des écuelles, des plats, des; aüiettes.
- Poterie de Francheville en Lyonnais,.
- 171. On prétend dans le Lyonnais, que cette poterie exiftait du tems des: Ho ma ins.
- 172* On y emploie de deux fortes de. terre, l’une jaune & l’autre grife*&
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- ART DV POTIER DE TERRE. 317
- i / en a qui font mêlées de ces deux couleurs. La jaune Te trouve ordinairement fous un terrein maigre & graveleux, fur des lieux fort élevés ; la grife dans des vallons , par bancs plus ou moins étendus & plus ou moins épais ; mais ces terres font aflez abondantes, puifqu’on fabrique dans cet endroit beaucoup de poterie, & depuis un tems immémorial.
- 173. La terre jaune eft plus rude au toucher & plus grofliere que la grife , qui eft très-douce , & dans laquelle on 11e fent point de fable.
- 174. La jaune eft plus propre que la grife à fupporterle feu.
- 175. On fait à Francheville de deux fortes de poterie, ce qui dépend dfi l’efpece de terre qu’on emploie.
- 17 6. La jaune foutient parfaitement le feu; la grife, qu’on nomme^a-Eim, étant une argille plus pure, fait une poterie ferrée qui ne peut foute-nir le feu; mais la poterie faite avec la terre jaune, s’éfeuille à l’air: la grife en fupporte beaucoup mieux les influences.
- 177. On prétend que les plantes qu’011 met dans les pots faits entièrement de cette terre, n’y réuftiflent pas. On mêle donc fouvent ces deux fortes de terre, pour corriger les défauts de l’une par l’autre.
- 178. On fait dans ces poteries, des vafes fur la roue, & d’autres dans des moules, lorfque les formes l’exigent. Au refte , on corroie ces terres en les battant avec une barre de fer, comme on le fait à laPra.
- 179. Les fours, aflez femblables à ceux des tuiliers ,font tantôt ronds,’ tantôt quarrés. O11 fait le feu fous une voûte , où il y a des ouvertures qviarrées de trois à quatre pouces de diamètre , éloignées de fix à fept pouces les unes des autres , pour que l’air chaud fe communique dans l’intérieur du four, où l’on arrange les ouvrages; ils doivent être bien fecs avant ide les expofer au feu : il faut environ cent quarante petits fagots pour une cuite.
- 180. Pour vernir ces poteries , fi l’on veut que l’émail foit verd , on emploie de la gaube ou blanc de plomb, ou de la mine de plomb, que l’on broie fous la meule avec de l’eau , comme nous l’avons dit. Pour que le vernis foit blanchâtre, 011 n’emploie point de limaille de cuivre >& quand on fe fert de l’alquifoux feul fur la terre jaune, la poterie eft rougeâtre: ce vernis s’emploie fur la terre crue. Je me borne à ces indications générales, parce que les détails ont été rapportés ailleurs.
- Article XI.
- Des poteries qu'on nomme de grès.
- 181. D’apres ce que nous avons dit au commencement de* ce petit traité ,j l’argille eft lajbafe des terres qu’on emploie pour faire* des ou*
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- aig ART D U P 0 T 1 E R D E T E R R Et
- vrages de poterie ; niais fuivant les fubftances qui Te trouvent mêlées avec Pargille, il y en a qui font des ouvrages bien plus folides les uns que les autres. Quand ces fubftances rendent Pargille fufible , on les cuit avec peu de feu, & pour cette raifon les ouvrages peuvent être donnés à bon marché; ce font de ceux-là dont nous venons de parler. L’argilie pure ayant trop de retraite, fe fend, ou en fe Péchant, ou à la cuiflonj mais quand Pargille elt alliée avec un fable réfractaire ou très-difficile à fondre , il en réfui te une terre qui peut fe deifécher & fe cuire fans fe fendre , & qui tait des poteries très-dures lorfqu’elles ont éprouvé un grand feu. C’eft là en général ce qu’on appelle du gils. 11 y en a de qualités très-dijférentesj les vafes de grès couleur de marron, dans lefquels on apporte les beurres d’Iligny, font très-durs & fonoresj ils réfiftent très-bien au grand feu , & ne font point attaquables par les acides : c’eft une excellente poterie ; elle eft fonore prefque comme de la porcelaine ; quand on la caiîe , fon grain eft très-fin & un peu brillant: ainli elle approche de la nature du verre 5 auffi a-t-elle le défaut de fe rompre quand on la fait paffier fubitement du chaud au froid, ou le contraire. Comme je foupçonnais que ce défaut venait de ce que Pargille était alliée de trop de fable, qui par le grand feu s’était vitrifié, j’en ai fait laver ; & après avoir laide précipiter un peu du fable le plus pelant & le plus groffier, & de petites pyrites qui s’y trouvent en alfez grande quantité, j’ai fait faire des creufets avec la terre fine qui s’eft enfuite précipitée. Ces creii-fets n’ont pas rompu en les plongeant dans Peau froide , au fortir d’un feu où je les avais fait rougir. Si j’avais été à portée de ces poteries , je préfume que je ferais parvenu à faire des vafes qui n’auraient pas à la vérité approché de la beauté de la finance la plus commune, mais qui auraient été auffi bons pour le fervice que la meilleure porcelaine. J’ai fait venir de Gournay en Normandie , de cette terre ; mais comme ce ne pouvait être qu’en petite quantité, ma provifion a été bientôt épuifée, & elle n’a pu fuffire qu’à peu d’elfais faits en petit. J’invite les physiciens qui feront à portée des poteries de grès , à faire des expériences plus décilîves que celles que nous venons de rapporter ; car cette elpece de terre me paraît digne de leur attention.
- 182. Comme c’eft Beauvais qui fournit prefque toutes les poteries de grès qu’on vend à Paris, & qu’il n’y a guere d’endroits dans le royaume où l’on travaille plus de ces fortes de poteries, qui paifent même jufques chez l’étranger, j’ai fouhaité avoir des éclaircilTemens fur la polition des veines de terre propre à ces poteries, fur la maniéré de préparer la terre3 tn un mot, fur tout ce qui concerne ces fortes d’ouvrages.
- 183* On dit qqe les poteries étaient établies autrefois dans une pa*.
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- ART nu POTIER DE TERRE. w
- roiife qui s’appelle encore Saint-Germain de la Poterie ; mais elles ont été abandonnées: on ne fait maintenant en cet endroit que des briques, des tuiles & des carreaux. Dans la paroilfe de Savignier , où il y a quatorze potiers qui travaillent en grès, ils y trouvent une terre très-propre à ces fortes d’ouvrages, & les ouvriers excellent dans la façon de la travailler. Il y a à la Chapelle-au-Pot, à une lieue de Savignier, fîx potiers ; mais il s’en faut beaucoup qu’ils travaillent auffi bien la terre qu’à Savignier, quoiqu’elle foit à peu de choie près de même nature.
- i84- Les uns & les autres ont quelquefois beaucoup de peine à trouver des veines de terre de bonne qualité. Quand on a enlevé deux ou trois pieds de la fuperficie, on commence d’appercevoir les veines des terres que l’on cherche ; mais elles ne font bonnes qu’à vingt pieds de profondeur , & on en tire encore plus avant en terre ; & alors les ouvriers ont à craindre les éboulemens. Il y a des veines plus épaiifes & plus larges les unes que les autres, que l’on fuit tant que la terre fe trouve de bonne qualité: on en diftingue de deux efpeces : celle qu’on nomme de grès, eft fouvent fort dure, & difficile à tirer. On fait avec ces deux fortes de terres, de deux efpeces de poteries , l’une avec la terre qu’on nomme grès, & l’autre avec une terre un peu différente ; avec celle-ci, on fait des vafes qui peuvent aller fur le feu > l’autre fe rompt, fî on ne l’échauffe pas avec beaucoup de ménagement, moins cependant que les grès bruns de ^Normandie. On n’y fait des creufets que quand on les commande : l’ouvrier qui a la réputation de faire les meilleurs, paffe fa terre au tamis, & il l’épluche & la corroie avec plus de foin que les autres : au reffce,, la préparation de cette terre eft à peu près femblable à celle que les potiers de Paris donnent à la leur.
- i8f- J’interromps ce que j’ai à dire fur les poteries de Beauvais, afin de faire remarquer que les meilleurs ‘creufets que les fondeurs puif-fent trouver, font ceux qui fe fabriquent avec une terre blanchâtre qui fe trouve à Saint-Samfon, à environ fix lieues de Beauvais. Ces creufets font blanchâtres , bien cuits, très-fonores ; ils réfiftent au plus grand feu fans fe fendre & fans être pénétrés par les fels ; ils ont encore l’avantage de ne pas exiger autant de ménagement que les creufets de grès, lorfqu’ort les met au feu , ou lorfqu’on les en retire. Je reviens au travail des poteries de Beauvais.
- 186. Quand l’argille eft tirée de la terre, on la porte chez l’ouvrier,, on l’écrafe pour la mettre en petfts morceaux qu’on jette dans une foffe avec de l’eau, pour qu’elle s’en pénétré & devienne dueftile ; on l’y laiffe jufqu’au lendemain qu’on la tire en maffe ; un ouvrier la coupe & la remet par lits dans la même foffe d’où on l’a tirée pour la marcher & la mêler
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- avec un peu de fable, légèrement faupoudré de chaux : au refte on la corroie comme le font les potiers de Paris ; quand on l’a marchée à quatre reprifes, on en forme des pains qu’on porte fur une table, pour la corroyer & la voguer , comme nous l’avons amplement expliqué. Enfin on la travaille fur une roue de fer, pi. II, fig. 4 & f , ou une roue de bois qu’on fait mouvoir par le pied, fig. i%,pl. I; car les potiers de Saviguier fe fervent des unes & des autres fuivant les ouvrages qu’ils ont à travailler. En un mot, le travail des potiers de Picardie ne düfere point eflèn-tiellement de ce que nous avons dit plus haut, tant pour former les ouvrages que pour les vernir.
- i87- On cuit à grand feu les poteries de grès; les fours font placés en plein air fur une petite élévation de terre ; ils différent peu de ceux des potiers du fauxbourg S. Marceau, pL I, fig. 7, g & 9, excepté qu’étant conftruits fur une butte, ils vont beaucoup en montant depuis l’entrée juf. qu’au fond du four, ce qui facilite la diftribution de l’air chaud. Au bouc oppofé à la fournaife , il n’y a point de tuyau de cheminée CD,fig, 8 » pi. I; mais au bas C, on forme de petites arcades pour la dilïipation de la fumée; c’eft par cet endroit qu’on met l’ouvrage dans le four, enfuite on le ferme avec une cloifon de briques. Ces fours ont ordinairement quarante-cinq à cinquante pieds de long fur dix à douze pieds de large au milieu, & une pareille hauteur fous la voûte; mais à leur embouchure, ils n’ont qu’environ fix pieds de haut.
- 188* Le feu fe fait devant l’embouchure du four, dans une fournaife voûtée qui a environ quatre pieds de large fur cinq de long, & autant de haut. On commence par un petit feu, enfuite on l’augmente, & 011 finit par un feu de menu bois qui flambe beaucoup, & que l’on continue huit jours & huit nuits fans interruption.
- i89- On ne donne pas un feu auflî violent aux poteries qui doivent aller fur le feu, ni à celles qu’on deftine à être vernies : 011 les travaille, à peu de chofe près, comme les poteries de Paris; mais pour la cuilfon en grès, on confomme feize à dix-huit cordes de bois, & quatre cents de fagots pour le dernier feu.
- 190. On apporte le beurre de la Prévalais dans de petits pots d’un grès bleuâtre qui eft fort bon; mais je ne connais pas aflez exactement la façon de travailler cette petite poterie, pour entrer à ce fujet dans de grands détails.
- 191. On fait encore à Zimmeren, a quatre lieues de Treves , & en plu-fieurs endroits dans la province de Luxembourg, une efpece de poterie qui eft fort bonne; c’èft un grès très-fin & blanchâtre, dont le delfus eft luifant fans être couvert de vernis ; ce brillant eft formé par la terre même
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- ART DU POTIER DE TERRE. su
- qui a éprouvé une vitrification fuperficielle ; je foupqonne qu’elle eft occa-fîontiée par la vapeur du Tel marin qu’on jette dans le four, comme aux ouvrages de terres blanches , qu’on a faits à Montereau.
- 192. Des gens qui viennent de la province de Luxembourg, apportent tous les ans de ces poteries à Paris au bureau de la faïancerie , où les faïanciers vont s’en fournir. Je n’ai pas pu me procurer des éclaircif-femens fur la façon de travailler ces poteries.
- 193. Je crois que les terres qui font de très-bonnes grèlferies font formées d’argille, d’un peu de fable vitrifiable , & de fable très-réfracftaire ; car dans toutes les fabriques où l’on fait de bonnes poteries, même dans celles de porcelaine, on fait entrer avec fuccès dans la compolkion , des telfons de poteries, qui font reconnus capables de fupporter un grand feu, après les avoir réduits en poudre.
- Des poteries de Saint-Fardeau.
- 194. Outre les poteries de grès qu’on fait en Bretagne, en Normandie & en Picardie, on en fait de très-bonnes à Saint-Fargeau. Comme cette ville, une des plus anciennes de France, n’eft qu’à quatre lieues de Briare, la Loire fert à tranfporter ces poteries en quantité d’endroits-On en porte, par exemple, à Châteauneuf-fur-Loire , d’où 011 les diftri-bue par terre en beaucoup d’endroits. Comme il en vient à Pithiviers, ville très-voilîne de nos terres, j’ai été à portée d’en acheter,,& de.con-? naître la bonté de cette poterie 5 je fuis même parvenu à me procurer des vailfeaux de chymie, que j’ai fait faire à Saint-Fargeau fur des modèles que j’y avais envoyés. Il y a de ces poteries qui font couvertes d’un vernis brun, très-dur, & qui réliftent très-bien à l’adion des acides les plus concentrés ; j’ai des cucurbites & des chapiteaux d’alambics , auxquels j’ai ajufté de grands réfrigérans de cuivre; ces vailfeaux font aulîi impénétrables aux vapeurs les plus fubtiles que le meilleur verre , & ils réliftent beaucoup mieux àlaétion du feu.
- 195’. Comme je délirais acquérir des connailfanees fur la nature de cette poterie , je me fuis adrelfé avec confiance à M. le prélident Le Pelletier de Saint-Fargeau, connailfant fon zele pour tout ce qui a quelque rapport aux progrès des arts , & qui peut être avantageux au bien public. Il a bien voulu faire lui-même les réponfes à un mémoire de queftions qu’il a trouvé bon que je lui adrelfalfe, ce qui nie met en état de donner une idée alfez exa&e des méthodes que fuivent les potiers de cc canton. Quoique ces poteries foient connues fous le nom de grès de Saint-Tome FUI S s
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- Fargeau, elles ne fe font pas en cette ville, mais dans un petit village qui eu eft éloigné d’une ou deux lieues.
- 196, En général, l’argille qu’on emploie pour la poterie qui nous occupes
- eft de couleur cendrée ; mais on en diftingue de deux fortes : Tune plus blanchâtre que l’autre, contient un fable fin: on fait avec cette terre des vafes d’un grès plus ferré & plus fin qu’avec l’autre, & on la cuit plus fort. Ils 11e vont point fur le feu; c’eft pourquoi on en fait des cruches», des pots à beurre, des bouteilles , &c. Cette terre prend à la cuiifon une couleur jaune-claire ; cependant » quand on lui fait éprouver un grand feu » fa couleur devient cendrée. On en fait des vafes qui font vernis, & d’autres qui ne le font pas : pour diftinguer cette terre de l’autre * je l’appellerai terre blanche., 1
- 197. L’autre cfpece de terre eft auffi' dhm gris de cendre» mais plus brune que la précédente ; c’eft pourquoi je l’appellerai terre brune. Les potiers îa trouvent plus forte ou plus pure argille que la blanche : c’eft avec cette terre qu’ils font les uftenfiles de ménage qui doivent aller fur le feu ; ils ne la cuif'ènt pas auffi fort que l’autre, & ils couvrent quelques vafes avec du* vernis , & d’autres point. Ces deux terres prennent à la cuiifon à peu près la même couleur , & les vafes faits avec l’une ou l’autre terre, deviennentbril-îans à la furface , aux endroits qui font les plus, expofés à l’adion du feu » «omme s’ils étaient vernis.
- 198* Ils font plufieurs ouvrages avec chacune de ces terres pures & fans, mélange :*ils en font auffi avec les deux terres ; favoir, la blanche & la grife mêlées enfemble; & ils ne font aucun autre mélange, ni avec des terres ni avec du fable.
- 199. On trouve ces deux elpeces de terres à des profondeurs tantôt plus & tantôt moins grandes , & par lits qui ont depuis deux pieds jufqu’à lix d’épailfeur. On attaque aifément ces bancs d’argille avec la pioche ou même la beche.
- 200. Ces terres font affez fines & douces entre les doigts ; néanmoins il s’y rencontre des cailloux & des pierres, qu’011 ôte à mefure qu’on les ren-. contre fous les pieds ou à la main.
- 20ï. On réduit cette terre en petits morceaux avec une faucille ou queb qu’autre inftrument tranchant; puis Payant humedée avec de l’eau, on la marche jufqu’à trois fois » & on la corroie avec les mains., comme font nos potiers de Paris.
- 202. Souvent on la corroie auffi-tot qu’elle eft tirée; néanmoins les potiers conviennent qu’elle fe travaille mieux & plus aifément quand elle'a pafle un hiver à l’air : ce fontiment eft uniforme dans toutes les poteries.
- 203. N au s avons dit qu’on Phumedait pour la mettre en état d’è.trs
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- ART DU POTIER DE TERRE. 323
- pétrie & corroyée; mais ils ne la mettent pas dans de l’eau, comme le font les potiers de Paris ; ils en jettent douze à quinze féaux fur un tombereau de terre.
- 204. Les pots fe travaillent fur une roue qu’on fait tourner avec un bâton „ comme on le voit repréfenté fur la planche II ,fig. 4, f.
- 207. On rapporte les anfes , & on répare l’ouvrage, comme nous avons dit que le faifaient les potiers de Paris.
- 206. Le four des potiers de Saint-Fargeau reffemble à peu près à celui qui eft repréfenté fur la planche. /;mais il eft un peu enfoncé en terre; de forte que , pour mettre le bois , il faut defeendre dans une folfe qui a environ neuf pieds de largeur, quatre pieds de profondeur , & quatre pieds de creux, La place du four où l’on arrange les pots, a dix-neuf pieds de long fur dix pieds de large à l’endroit où eft fa plus grande largeur , & lix pieds de hauteur.
- 207. On confomme pour une fournée vingt cordes de menu bois, ou neuf cordes de bois de moule : ainli l’on voit que ces fours font tout autrement chauffés que ceux de Paris.
- 205. Le feu dure quatre jours & trois nuits fans difeontinuer, dont douze heures pour le petit feu , & le refte pour la cuiffon parfaite ; quand on celfe le feu, on ferme le four, & 011 le laiffe en cet état pendant trois jours & trois nuits , de forte qu’011 ne tire la marchandife du four que quand elle eft en partie refroidie. Si l’on tirait trop tôt les vafes, une partie cafferait furie-champ , & le refte ferait très-fragile ; de forte que le tems qu’on laiffe les pots dans le four, après qu’011 a ceffé le feu, équivaut au recuit que les verriers donnent à leur ouvrage, fans lequel ils rompraient aifément, fur-tout quand on les ferait paffer du chaud au froid.
- 209. On met dans le même four les pots de terre blanche , qui ne fons point deftinés à aller au feu, ceux de terre grife qui doivent fupporter le feu , & ceux de ces deux terres mêlées enfemble. Toute la différence qu’on obferve pour la cuilîon , eft de mettre les vafes de terre blanche près de l’entrée du four, à l’endroit où eft la plus grande chaleur, ceux qui font de terres mêlées au milieu du four, & ceux qui font de terre grife tout au bout où il y a le moins de chaleur.
- 210. Le vernis des potiers de Saint-Fargeau eft faitavec deux matières plus ou moins vitrifiées, qu’ils nomment latier ; c’eft le laitier qui provient des fourneaux où l’on travaillait la mine de fer. L’une eft brune & en partie vitrifiée ; l’autre eft verte , & eft un vrai verre fort dur.
- 211. On trouve ces fubftances répandues fur la terre, quoiqu’il n’y ait point de fourneau à fer auprès de Saint-Fargeau ; apparemment qu’il y en a eu anciennement. On les réduit ei\ poudre, en les bocardant avec un
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- ART DU POTIER DE TERRE.
- moulin à deux pilons qu’on fait mouvoir à bras, à l’aide d’une manivelle & d’une roue j ces pilons font garnis de fer par le bas, comme ceux des moulins à tan. Quand on n’a befoin que d’une petite quantité de vernis » on pulvérife les matières dont nous venons de parler, dans un mortier avec un pilon de fer; on les patTe par un tamis de crin : alors cette poudre elb de couleur de cendre, & les potiers la nomment latier en laquet.
- 212. On applique ce vernis fur la terre crue, mais bien feche; pour que }a poudre s’y attache, on trempe chaque vafe dans l’eau, & on le faupou-dre bien exactement de cette poufliere, qui y devient très-adhérente , quand » par l’aCtion d’un grand feu, elle eft fondue & incorporée avec la fuperficie de la terre.
- 213. Comme on l’applique fur les vafes cruds, le même feu cuit la terre» & fait fondre le vernis qui devient brun, couleur de marron, & extrêmement dur.
- 214. Aux pots de terre blanche les plus expofes à î’aélion du feu , on mêle avec le laitier un peu de cendre de bois neuf paffée au tamis. Les ouvriers difent que fans cela le vernis ferait brûlé. Au milieu delà longueur du four on met le laitier pur; & au bout où il y a le moins de chaleur» on mêle avec le laitier un peu de chaux de plomb ,pour aider à la fufion.
- 215. Ce vernis , comme nous l’avons dit, prend une couleur de marron très-unie & brillante, & eft tout autrement bon que celui des potiers de Paris ; mais il faut un grand feu pour le faire fondre : ce qui convient aux poteries qu’on cuit en grès, & toutes celles de Saint-Fargeau font de ce genre.
- Manière de. procurer aux poteries une couleur noire, qui tient en quelque façon,
- lieu de vernis»
- 2ï6„ Nous avons rapporté d’après le calendrier Limoufin, quelques détails fur les poteries de Saint-Eutrope en Angoumois, particuliérement fur celles qu’on appelle ponnes & ouïes , entre lefquelîes il y en a de vernhfées » & d’autres qui ne le font pas; celles-ci ne vont qu’une fois au four; les autres y partent deux fois , & relient trois jours dans le four avant que la cuiflon foit parfaite. Leur vernis 11’a rien de particulier : mais il eft bon de rapporter une induftrie par laquelle les potiers fuppîéent en quelque façon au vernis, en faifant noircir les pots, qui, par cette opération , font préférés dans plufieurs ménages aux pots plombés. Voici en quoi confifte cette induftrie.
- 217. A mefure qu’on place les pots dans le four, on jette delfus de la cendre de b r and es ou grande bruyere » & 011 les en couvre autant qu’on
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- peut. On met enfuite fix à fept fagots de brandes dans le foyer. Lorfque les fagots font bien enflammés, on bouche exactement les ouvertures fupé-rieures du four, & l’on étouffe le feu : la poterie reçoit par-là toute Pim-preffion de la fumée qui la pénétré lorfqu’elle eft encore humide & dans le tems de la trempe. Cette fumée, jointe à la cendre , procure aux poteries une couleur noire très-folide. Après cette fumigation, on ouvre les regif» très du haut du four, & on achevé à l’ordinaire la cuilfon de la poterie.
- Poterie d'Angleterre.
- 2ï8. M. Jars, correfpondant de l’académie , ayant appris que je m’occupais de faire l’art du potier de terre, s’eft fait un plaifir de me communiquer quelques mémoires fur la poterie d’Angleterre, qu’il avait trouvés dans les papiers de feu M. fon frere, de l’académie des fciences. Il n’eft pas douteux que, ii M. Jars les avait publiés, il y aurait ajouté plufieurs détails qui les auraient rendu plus clairs 5 mais j’ai cru devoir les donner dans l’état où on me les a remis, perfuadé que ceux qui font déjà inftruits du travail des potiers , y trouveront quelques pratiques qui pourront contribuer à la perfection de cet art. (44)
- 2T9. Comté de Nordhumberland. On a établi aux environs de la ville de Neuwcaftle différentes fabriques de poteries ; on y en fait de toutes efpeces, à l’exception de la blanche, que nous nommons en France terre d'Angleterre.
- 220. Newcastle eft fitué le plus avantageufement pour ce commerce: le charbon de terre y eft très-abondant & à très-bon marché, puifqu’il ne paie aucun droit pour la confommation du pays.
- 221. Quant aux matières propres à former la poterie, elles font apportées à très-bon compte par le retour des vaiifeaux qui conduifent & tranf. portent du charbon à Londres; ces vaiifeaux font obligés d’y prendre un left. La matière elfentielle pour faire la poterie, eft du filex ou pierre à fufil: on fait qu’il eft très-abondant dans la partie méridionale de l’Angleterre; car depuis Douvres jufqu’à Londres, prefque tout le terrein eft un mélange de craie & de filex.
- 222. C’est avec ces matières qu’on lefte la plupart des vaiifeaux qui très-fouvent font obligés de revenir à vuide de Londres : on doit juger que rendues à Newcaftle, elles fe vendent à tres-bon marché; elles font achetées par des entrepreneurs de fours à chaux, dont il y a une grande quantité le long de la riviere ; ils font un mélange de craie, det filex & de pierre à chaux fans aucune diftinCtion , & cuifentle toutftratum fuper ftratum. Il eft
- (44) Ces obier rations, fur les fabriques de poterie d’Angleterre, font de Farinée 17 6$.
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- fort aifé, après la calcination, de diftinguer le filex, quoique devenu très-blanc, de brun qu’il était auparavant ; on met ce filex à part, pour être vendu aux différentes fabriques de poterie, à raifon de huit à neuf fchellitigs la tonne : chaque tonne eft de vingt quintaux de cent douze livres poids d’Angleterre.
- 223. Les fourneaux en général, dont on fe fert pour cuire la poterie , font tous femblables ; ils ne différent dans les fabriques que par le plus ou moins de grandeur.
- 224. La poterie ordinaire qu’on nomme poterie, fine, pour la diftinguer d’une plus commune dont il fera parlé, fe fait d’une pâte compofée d’une argille gris blanc, & de filex calciné qui entre dans la compofition de prefque toutes les poteries. Avant de les mêler , on les prépare comme il fuit.
- 22f. Chaque fabrique a une efpece.de moulin pour broyer le filex, lequel eft mu , ou par l’eau , ou à l’aide d’un cheval; il y a de ces moulins dont le propriétaire acheté le filex, & le vend tout broyé aux potiers. Ce moulin confifte en une efpece de cuve de bois de cinq à fix pieds de diamètre, dont le fond ou fol eft fait avec de groffes pierres de filex non calcinées, rangées les unes à côté des autres , de maniéré qu’elles laiffent entr’elles des vuides affez confidérables ; au milieu du fol il y a une cra-paudine pour fupporter le pivot d’uu arbre vertical armé d’un bras de levier auquel 011 attele un cheval; autour de cet arbre & joignant le fol, il y a plufieurs groffes pièces de filex enchâifées dans du bois, où elles font affujetties avec des liens de fer ; elles fervent de meules. M. Jars a vu de ces moulins, où, au lieu de filex, on fe fert d’un granité très-dur, dont eft conftruite la partie fupérieure par quatre groifes pierres arrêtées avec des liens de fer à l’arbre vertical.
- 226. C’est dans ces moulins & entre ces pierres, qu’on broie le filex calciné, en obfervant toujours d’y mettre de l’eau ; ainfi le filex fe réduit en poudre & fe broie fous l’eau ; quand l’eau en eft allez chargée, 011 ôte une cheville de bois qui eft à la cuve, pour la recevoir dans un tamis de crin , d’où elle tombe dans un feau : on remet de la nouvelle eau dans le moulin, & l’on procédé comme il vient d’être dit, en remettant toujours ce qui n’a pu palfer au travers du tamis ; après quoi 011 le palfe à travers d’un tamis de foie extrêmement fin, lorfque l’on veut en faire le mélange avec l’argille , qu’on prépare comme il fuit.
- 227. L’argille que l’on emploie pour faire la poterie, fe tire du comté de Dévonshire, d’où elle vient par mer, «St fert, ainfi que le filex , à lefter les vailfeaux à leur retour ; on s’en fert aufii pour faire les pipes : elle coûte, rendue à Newcaftle , fept à huit fchellings la tonne. Sa couleur eft d’un gris blanc , fon grain eft très-fin ; ou la délaie avec de l’eau dans de grandes
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- enfles , en l’agitant beaucoup pour la mieux cimier ; enfuite 011 pafle cette eau chargée de terre, dans un tamis de crin de la même finelfe que celui où l’on a paiïé le lilex , & de fuite dans un tamis de foie femblable à celui dont on s’eft lèrvi pour le lilex : c’eft le moment où l’on fait le mélange.
- 228- On prend dix parties de l’eau chargée d’argille, auxquelles on ajoute line partie de celle chargée de filex ; le tout étant bien mêlé , il eft quef-tion de faire évaporer l’humidité, & de réduire le tout à coufiftance de pâte le plus promptement qu’il eft polftble , afin que le filex n’ait pas le tems de fe féparer de fargille & de fe précipiter , ce qui rendrait le mélange inégal. On a eifayé la chaleur du foleil, mais fans fuccès ; on eft obligé de fe fervir d’efpeces de fours pour cette opération.
- 229. Ces fours confident en une caille longue ou elpece de balîin formé en briques, foutenu par-delfus avec des barres de fer : il y a une grille de fer pour y faire un feu de charbon de terre , & à l’extrémité de la cailfe une cheminée pour recevoir la fumée. Ce mélange chargé d’eau, fe met dans ces cailles pour en évaporer l’humidité jufqu’à une conliftance fuffifante pour être pétri ; après quoi on retire cette terre pour la mettre fur une place unie , faite en pierres plates, ou avec des planches : il ne s’agit plus que de pétrir le tout pour mettre la pâte au point d’être travaillée.
- 230. On forme d’abord les ouvrages à la main fur le tour horifonal 5 lorfqu’ils font un peu fecs, 011 les achevé au tour vertical ave„c des outils? enfin , d’autres fe forment dans des moules de plâtre : pour préparer ces moules , on préféré la maniéré fuivante de brûler le plâtre.
- 231. Celui dont on fait ufage & qu’on nomme albaflre, paraît être un gyps blanc femblable à celui que l’on tire aux environs de Salins en Franche-Comté; on le réduit en poudre, qu’on pafle par un tamis très-fin; enfuite on le met dans un pot qu’on place fur le feu; 011 le remue bien de tems en tems avec un bâton ; & comme il eft agité par les globules d’air qui en fortent, on nomme cela , le. faire, bouillir. On continue cette manœuvre jufqu’à ce qu’on le juge alfez calciné, après quoi011 l’humeçte avec de l’eau pour en faire des moules tels qu’on les defire.
- 232. M. Jars a vu travailler des pots à thé , dont le corps a été formé-avec les deux diiferens tours; mais- l’anfe & le bec fe font dans des moules de plâtre ; on tient ces moules devant le feu pour qu’ils foient tou-jours fecs. Lorfqu’on veut former l’anfe d’un pot à thé, qui eft ordinairement façonnée , on a un moule qui confifte en deux pièces de plâtre qu’on applique l’une fur l’autre, & qui font creufées de la forme que l’anfe doit avoir; on fait un rouleau de pâte , qu’on étend dans le moule de façon qu’il le remplit parfaitement; on applique l’autre moitié du moule par-delfus, puis- on met le tout un peu de tems devant le feu* 011 retire- la
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- pièce du moule & ou l’ajufte au corps du pot à thé avec de la pâte détrempée dans de l’eau.
- 233. Quant aux becs, on les forme un peu différemment; on a des moules pareils aux précédens, bien fecs & appliqués l’un contre l’autre: à l’une des extrémités, qui communique dans la capacité intérieure, il y a un trou par lequel on verfe de la pâte extrêmement claire, mais de façon qu’il refte une ouverture dans l’intérieur de la piece formée, qui eft pour lors le bec d’un pot à thé. Ce qui favorife ce vuide, c’eft fans doute le moule de plâtre bien fec , qui par fa porofité imbibe l’eau de la pâte à mefure qu’elle touche les parois. Ce moule fe met un peu devant le feu, ainfi que le précédent, avant que d’en retirer la piece formée que l’on fixe au pot à thé, comme on y a fixé l’anfe.
- 234. M. Jars a vu , dans différens atteliers, plufieurs moules de plâtre ou gyps , deftinés à former des plats & ailiettes façonnées : avantage confi-dérable pour diminuer le prix de la main-d’œuvre. Toute la poterie fabriquée de cette maniéré, eft mife fur des planches fous des hangars pour y fécher ; on a enfuite des caiffes rondes faites avec de l’argille ordinaire, tamifée grofliérement, mais pétrie avec beaucoup de foin; elles ont communément deux pouces d’épaiffeur , quatre à cinq pouces de profondeur , & un pied de diamètre; c’eft dans cette cailfe qu’on arrange à l’ordinaire la poterie; on les met l’une fur l’autre dans le fourneau ; on en fait plufieurs rangs dans le fond : ce qui forme différentes piles fuivant la grandeur du fourneau.
- 23f. Lorsqjj’on la prefque rempli , on ferme la porte ou le tettin avec des briques & de la terre, & l’on met du charbon dans cinq fourneaux à vent , diftribués autour du grand fourneau. Quand il eft allumé , la flamme entre non feulement par les cinq cheminées , mais encore par les petites ouvertures qui font ménagées à chacune d’elles ; ainfi la chaleur s’introduit également dans toutes les parties de l’intérieur du fourneau : cette chaleur doit être continuée pendant trente heures, après quoi 011 ceffe le feu; & lorfque le fourneau eft froid, on en retire la poterie pour la couvrir d’un vernis.
- 235. Tous les vernis dont onfaitufage, ont pour fondement le plomb ; on emploie le minerai, le minium 8c la cérufe, fuivant la qualité de la poterie; 011 ajoute quelqu’autre matière pour varier la couleur. Afin de diminuer le prix du vernis , on ajoute une certaine quantité de filex calciné, & de la même argille dont la poterie eft formée; aullî-tôt que le vernis dont la poterie a été recouverte eft fec, on la met de nouveau dans les caiffes, & enfuite dans le fourneau, comme on a fait précédemment, & aufli pendant trente heures; elle eft alors en état d’être vendue.
- 237. Toute qualité de charbon peut être employée pour cette cuiffon.
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- 238- La poterie préparée & cuite comme il a été dit, n’eft fujette à aucun danger de carter, foit par la chaleur de l’eau bouillante, Toit par le feu, pourvu qu’elle 11e foit pas mile tout d’un coup à un feu trop ardent. O11 emploie cette poterie à cuire dans les fours toute forte de pâtif. ferles, mais principalement la poterie blanche qu’on fabrique dans le comté de Stafford. On en donnera le détail.
- 239. L’intérieur de la poterie cuite eft très-blanc , & d’un grain très-ferré. Quoiqu’on n’y apperçoive aucune apparence de vitrification, 011 peut dire qu’elle en approche beaucoup.
- 240. On fabrique une autre efpece de poterie dans le même emplacement &' fourneau -, elle fe fait avec une autre argille brune comme la précédente : il n’y entre point de filex 3 mais fur foixante parties de cette terre, on ajoute une partie de manganefe réduite en poudre très-fine : après le mélange on évapore le trop d’humidité fur un fourneau pareil au précédent ; on la recouvre d’un vernis noir, dans la compolltion duquel il entre auffi de la magnanefe; elle fubit les mêmes opérations que la première, & foutient également la chaleur.
- 241. Fort fouvent on applique des deflins en or fur cette poterie noire ; on a pour cet effet une liqueur qu’on nomme gold-ffe ou mordant, que l’on tire de Londres : c’eft une efpece de vernis compofé de différentes façons ; avec ce vernis un ouvrier peint fur la poterie un peu chaude tous les deflins qu’il defire 3 après quoi il applique fur le pot, des feuilles d’or battu , & avec une patte de lievre il fait tomber l’or des endroits qui n’ont pas été vernis 3 011 met enfuite cette poterie dans un petit fourneau qui eft à côté, garni d’une grille & de fa cheminée 3 le fol eft une plaque fous laquelle on met du charbon dont la fumée & la flamme retournent dans la cheminée.
- 242. Il y a, à peu de diftance de cette fabrique ,un emplacement or* l’on fait de la poterie grofliere,& qui ne va qu’une feule fois au feu, mais un feu continué pendant quarante heures. Le fourneau eft fembla-ble au précédent, mais beaucoup plus grand 3 il a fept fourneaux à vent, & fept cheminées au lieu de cinq. Ces fourneaux à vent font à environ cinq pieds de diftance d’un centre à l’autre.
- 243. L’argille grife , dont on fe fert pour la poterie ci-deflus, eft abfo-lument femblable à la vue à celle qu’on emploie dans \zStafford~shire pour la poterie blanche 3 cependant les expériences que l’on en a faites , ont prouvé qu’elle n’était pas fufceptible de la même irapreflioti du fel, pour la couvrir d’un beau vernis..
- 244. Poterie du comté de Stafford. Les mines de charbon ont donné lieu à un établiflement de fabriques de poteries en tout genre aux environs de la ville
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- deNecawftle; celles de poterie blanche font pourtant les plus nombreufes. On prétend qu’il y a à dix railles à la ronde quinze mille âmes employées , foit aux mines de charbon , foit aux fabriques de poteries ; mais fans contredit le plus grand nombre à ces dernières. On ne voit que de petits villages habités par des potiers & des fabriques de ce genre dans toute cette partie du comté de Stafford , & une quantité prodigieufe de fourneaux , fur-tout dans les endroits où l’on a exploité & où l’on exploite des mines de charbon.
- 245. L’argille que l’on emploie pour la poterie blanche, eft de deux efpeces à peu près femblables ; on n’en fait de différence qu’à l’ufage, comme on le dira ci-après. On la tire du Dévonshire , & l’on dit que cette province la fournit à toutes les poteries de l’Angleterre. Le filex , dont on fait aufîi un grand ufage , fe tire de Gravefande , ou plutôt des bords de la Tamife.
- 246. Le point principal de cette poterie, c’eft-à-dire, pour l’avoir bien blanche & exempte de taches, confifte dans la préparation de l’argille & dans fon mélange avec le filex; on met l’argille dans une caiffe avec de l’eau pour la faire détremper ; oh l’y délaie bien , en l’agitant avec un morceau de planche ; on pâlie l’eau qui s’en eft chargée, à travers un gros tamis , afin d’en leparer ce qui n’a pas été délayé ; il s’arrête fur le tamis, & on le remet dans la première caiffe* Quant à l’argille qui a paffé au travers, on attend qu’il y en ait une certaine quantité ; pour lors on l’agite vivement avec l’eau dans laquelle elle eft, & on la paffe par un tamis plus nn. Pour en faire le mélange avec le filex, on le prépare comme on le fait à Newcaftle dans le Northumberland ; le filex s’y calcine de même dans un four à chaux, & enfuite on le pulvérife & on le broie dans un moulin qui agit ordinairement par l’eau. Le filex en cet état eft tranf-porté dans la fabrique. Pour bien faire le mélange, il eft effentiel qu’il foit délayé dans de l’eau à même confiftanee que l’argille.
- 247. La proportion eft d’ajouter fur lix parties d’une de ces argiîles 5 une partie de filex , & fur cinq parties de l’autre efpece d’argille une partie de filex. Lorfque l’argille a été tamifée deux fois comme il a été dit, on prend un tamis encore plus fin , pour la paffer une troifieme fois : c’eft alors qu’on en mefure les portions.
- 248. On a un petit baquet que l’on remplit fix fois d’argille paffée au tamis; enfuite on emplit un de ces petits baquets de filex paffé dans un tamis de même fneffe, & l’on continue ainfi jufqu’à çe qu’on ait la quantité de pâte qu’011 defire : pour que le mélange foit plus exaeft, il faut que les deux pâtes aient une égale confiftanee, & on les remue bien enfem-ble : on finit par les paffer une quatrième, puis une cinquième fois au
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- garnis, & 011 les coule dans la caiffe de briques, fous laquelle il y a du feu.'
- 249. Les tamis font faits avec de la toile de batifte plus ou moins fine; les caiifes faites en briques où l’on met fécher la matière, font fembla-bles à celles dont on fait ufage dans les fabriques dont il a été parlé ci-devant ; le mélange de terre & de fîlex s’y feche lentement ; on l’agite de tems en tems avec une pelle pour qu’il puiife fe fécher plus également; on le lailfe dans cette cailfe jufqu’à ce qu’il ait acquis la confiftance nécelfaire pour être travaillé : alors on tranfporte cette pâte fur une efpece de plancher bien propre , où un homme avec les pieds la travaille & la pétrit, jufqu’à ce qu’il la juge propre à faire la poterie.
- 2^o. Toutes les pièces qui ne doivent pas être façonnées , fè forment fur un tour vertical qu’un petit garçon fait mouvoir en tournant une roue; mais ce qui eft façonné fe forme avec des moules en plâtre. Ces moules confident en une piece de plâtre qui a la forme que doit avoir intérieurement un plat ou une affiette, fur lequel on a gravé le défini que l’on veut donner à la poterie.
- 1. On prend de la pâte, on la bat bien , enfuite on la travaille & on rétend avec un rouleau. Lorfqu’elle a été amincie autant qu’on le deflre , on l’applique fur le moule, où on la prefle bien avec les mains qu’on a trempées dans l’eau , afin que la pâte ne s’y tienne pas adhérente, & pour rendre unie la partie extérieure du plat ou de faifiette.
- 2^2. Ce travail fe fait dans une chambre où il y a du feu, pour que les moules foient toujours bien fecs, & qu’au bout de quelques heures on puiife détacher les pièces qui y ont été formées.
- 2^3. Comme il eft néceifaire , pour que les poteries prennent mieux le vernis, qu’elles foient polies dans les endroits qui ne font pas façonnés; iorfque les pièces qui ont été formées fur le tour vertical, ont été un peu féchées à l’ombre, on les tourne pour les rendre plus égales: après quoi on les polit au même tour, en appliquant une lame d’acier par-deffus les endroits qui doivent être polis. On fait de même des pièces rondes qui ont été moulées ; quant aux pièces ovales qui ne peuvent être polies au tour , on les lave bien avec une éponge & de l’eau, après quoi ou a un monceau de la même terre, qui a été cuite & polie, avec laquelle on polit toutes les parties qui doivent l’être. Cette poterie fe range à l’ordinaire fur des planches & à l’ombre, pour y fécher entièrement avant qu’on la mette au fourneau.
- 2^4. On a, dans les environs de Newcaftle, l’argille propre à faire des caiffes pour y renfermer la poterie; ces caiifes font rondes, on y fait tout autour cinq à fix trous de deux pouces à deux pouces & demi de diamètre; leur grandeur eft proportionnée à celle des pièces qu’on veut y mettre.
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- 255. Quand on veut arranger la poterie dans ces caifles, des petits en* fans préparent ce qui doit lafoutenir; ce font des petits morceaux delà mêmeargiilc dont on compofe les caifles , coupés en parallélipipedes ; & étant encore très-humides , on les applique fur du grès pilé grofliérement ,qui s’attache fur toute leur furface ; on garnit de ces grès le fond des caifles, & l’on fe fert de ces parallélipipedes pour le foutien de chacune des pièces ; on fait qu’il ne faut pas qu’elles fe touchent ; ce grès ne s’attache pas du tout à la poterie , il n’y fait pas même la moindre marque, feulement à certaines pièces, qui pour lors font de rebut.
- 256. Les fourneaux où l’on fait cuire cette poterie, font à peu près fembla-hles à ceux dont il a été parlé : il y a quelques différences qui confiflent d’abord en ce qu’ils ont communément huit feux, & par conféquent huit cheminées intérieures ; mais ces cheminées n’ont point d’autres ouvertures que la fupérieure. On prétend que ces petites ouvertures pratiquées aux autres pour la poterie verniffée , nuiraient beaucoup à la poterie blanche, parce que la flamme qui en fortirait, ferait dirigée furies caifles & jaunirait la poterie qui y eft renfermée. Autre différence : toute la calotte de la voûte eft garnie de trous qui ne font pas néceflaires pour les autres poteries ; on en a d’abord pratiqué huit tout autour du fourneau, à la naif-fance de la voûte , & placés entre chaque cheminée, enfuite feize autres au-deflus, & enfin fix tout autour du trou principal qui eft au milieu de la voûte & qui fert de cheminée. Ces trous ont trois à quatre pouces de diamètre ; on les bouche pendant l’opération : on dira leur ufage ci-après.
- 257. Toutes les caifles qui renferment la poterie, fe rangent les unes fur les autres & forment différentes piles; on les place dans le fourneau, de faqon qu’il y ait une pile de ces caifles fous chacun des trous dont on vient de parler. Comme il y a trente-un trous, y compris l’ouverture du milieu ou cheminée principale, on y met trente-une piles ; la derniere caifle qui fait l’extrémité de la pile, eft recouverte d’un couvercle fait en terre, ayant la forme d’un cône.
- 258- La poterie blanche ne va qu’une feule fois au feu, mais à un feu continué pendant quarante-huit heures.
- 259. Le tems de lui donner le vernis à l’aide du fel marin, eft environ quatre ou cinq heures avant la fin de la cuilfon ; lors donc que la poterie a éprouvé un feu de quarante-trois à quarante-quatre heures, on apporte dans l’emplacement huit bushels de fel marin ( c’eft la quantité qu’il en faut pour un fourneau de la capacité de celui dont on vient de parler). Il y a un échafaud autour de la calotte du fourneau, fur lequel montent deux ouvriers, qui, à l’aide d’une cuiller de fer, verfent par les trous, du fel marin fur chacun des couvercles de chaque pile.
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- ART DU TOT 1ER DE TERRE. 333
- Àuftl-tôt qu’ils ont jeté le Tel, ils rebouchent les trous qu’ils avaient ouverts pour introduire leur cuiller ,& continuent ainfi en tournant tout autour du fourneau , & en verfant dans chaque trou à peu près la même quantité de fel. Ils opèrent de la même maniéré pendant quatre ou cinq heures, & ne Iaiflent d’autre intervalle que celui qui eft néceffaire pour lailfer palier la trop grande fumée que le fel donne. La forme du couvercle des piles eft telle que le fel verfé par-deflus enveloppe entièrement la pile dans fa chute; alors l’acide du fel s’introduit dans l’intérieur des caiifes , frappe la furface de la poterie, & accéléré la vitrification du filex qui entre dans la compofition de la poterie. Cette vitrification extérieure eft le feul vernis qu’on donne à cette poterie.
- 260. Le fel qu’on emploie pour la fumigation qui donne la couverte, eft un fel très-blanc & à gros grains, pareil à peu près à celui que l’on fait à Lons-le-Saunier pour la confommation des Suiffes.
- 261. Le prix de cette poterie eft depuis un demi-fchelling jufqu’à deux fchellings la douzaine d’afliettes ; ce dernier prix eft celui de la plus belle poterie colorée ; le premier prix eft celui de la poterie de rebut. La qualité du charbon n’eft pas eflentielle pour rendre la poterie plus ou moins belle.
- A rticle XII.
- Du potier fournWlifte.
- 262. Quoique les potiers qui font les fourneaux & les creufets pour les chymiftes, qu’on nommq fournalijîes, faifent un même corps avec ceux qui font les carreaux , les uftenfiles de ménage, & les autres ouvrages dont nous avons parlé, il nous a paru convenable de traiter féparément des ouvrages des fournaliftes, parce que leur façon de travailler eft très-différente des pratiques des autres potiers (45).
- 263. Ceux de Paris fe fervent, comme les autres potiers, de l’argille qu’ils tirent de Gentilly. Pour l’attendrir, & la rendre du&ile & propre à être travaillée, ils la coupent, comme les autres potiers ,par tranches fur une planche ; & ces tranches tombent dans des futailles , où il y a de l’eau : quand elle en eft fuffifamment pénétrée, ils la retirent pour la marcher. Cette argilie étant trop forte, il faut l’amaigrir comme le font les autres
- (45) Les potiers fournaliftes, dont notre mens. J’ai averti que j’en parlerais dans
- auteur va parler, different auffi des four- Yart du faïancier, qui n’a point encore
- naliftes-faïanciers qui fabriquent les poêles été publié par l’académie, de faïance deftinés à chauffer les apparte-
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- potiers ; mais ils n’emploient point pour cela du fable: lorfqu’ils fe pro-pofent de faire des ouvrages communs, comme les réchauds pour les petits ménages, ou les fourneaux pour faire chauffer les fers des blan-chiffeufes (46), & d’autres ouvrages qui fe donnent à bon marché (47): dans ces cas, ils allient leur terre avec du mâche fer pilé & paffé au crible , mettant autant de hottées de cette cendre que de terre ; mais pour les fourneaux deltinés aux opérations de chymie, comme iis ont à iuppor-ter un feu violent & continu , il convenait de hibftituer au fable une fubftance capable de réfifter à la plus grande aétion du feu, & ils n’ont rien trouvé de mieux que d’allier leur argille avec du ciment de ces pots de grès brun , dans lefquels on apporte les beurres d’Ifigny; ils prétendent, je ne fais fi c’eft avec fondement, que le grès de Picardie n’ell pas, à beaucoup près, aufli bon que celui de Normandie.
- 264.. Quoi qu’il en foit, ils achètent des épiciers ces teffons de grès de Normandie à la poinçonnée; ils les pulvérifent avec une maffe de fer ou de bois garnie de clous, fur une pierre fort dure, ou un caillou, qu’on met far un gros bloc de bois ; enfuite ils paffent ce ciment par un crible affez fin pour que les molécules de grès foient réduites au plus à la groffeur d’un grain de millet : ils mêlent à peu près autant de ce ciment que d’argille, ou cinq parties de ciment avec quatre parties d’argille, augmentant plutôt la dofe de ciment que celle de l’argille; car ils prétendent avec raifon que les fourneaux font d’autant meilleurs qu’ils emploient plus de ciment, & qu’il fuffit qu’il y ait affez d’argille pour le lier; enfin ils emploient le ciment pilé plus fin pour les creufets que pour les fourneaux.
- 26j. Les fournaliftes préparent l’argille comme les autres potiers ; ils ôtent à la main les corps étrangers qu’ils rencontrent en la coupant & en la marchant ; mais ils épluchent avec plüs de foin celle qu’ils deftinent à faire des creufets ; ils la voguent & la pétrifient fur une table, & ils ôtent foi-gneufement tous les cailloux , pyrites ou fragmens de pierre calcaire qu’ils rencontrent fous leurs mains. Quelques-uns, pour rendre les creufets plus parfaits, après avoir fait fécher l’argille, la pulvérifent & la paffent au tamis ; s’ils trouvent une veine de terre qui contienne beaucoup de ces
- (46) Les fourneaux à chauffer les fers qui le rendent d’un ufage très-commode, des blanchiffeufes fe font auffi avec cette (47) On peut voir dans les planches de pierre grife & tendre, appellée vulgaire* l’Encyclopédie in - folio , pi I & II >du ment molaflc. Les maçons taillent cette potier de terre, les diverfes manipula-pierre , & on la revêt, pour la conferver , tions néceflaires pour former un fourneau de fortes bandes de fer. On garnit auffi le à braife. fourneau, d’une grille & d’une porte de fer,
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- corps étrangers, ils la mettent à part pour en faire des fourneaux, & ils téièrvent la terre la plus pure pour les creufets.
- 266. Ils marchent leur terre comme les potiers, mettant le ciment fur le plancher, i’argille par-deifus; quand ils ont fait la première marchée, ils ôtent la terre du milieu pour la mettre au bord, & ils tranfportent celle des bords au milieu. Quelques-uns corroient leur terre en la battant fur une table avec une barre de fer, & ils achèvent de la corroyer en la maniant dans les mains.
- 267. On voit que jufqu’à préfent le travail des fournaliftes différé peu de celui des autres potiers : mais ils 11e fe fervent ni de tour ni de moules en creux pour former leurs ouvragesj ils les font entièrement à la main, comme nous l’expliquerons.
- 268- Les fourneaux portatifs que font les fournaliftes, ne fuftifent pas aux chymiftesiil leur faut, pour certaines opérations , des fourneaux de forme particulière ; ils les font eux-mèmes avec des briques qu’ils ajoin-toient au moyen de la terre à four, ou avec du mortier de chaux & de ciment, ou avec un lut compofé d’une partie d’argille, d’autant de fiente de cheval féchée , & de deux parties de fable.
- 269. Quelques-uns font leur lut avec un peu de terre à four & beaucoup de cendre de lelîive, ou charrie, paffée au tamis & détrempée avec de i’eau. Mais comme les briques communes étant aifées à vitrifier, 11e rélifteraient pas à certaines opérations , on fait ces fourneaux fixes avec des briques de terre à ereufet, que font les fournaliftes.
- 270. La terre de ces briques eft la même que celle qu’on emploie pour faire les fourneaux portatifs : ils forment ces briques dans des moules: de bois qu’ils emplilfent de cette terre. Quand les briques tirées des moules ont pris un peu de confiftance, ils les battent fur le plat & fur le champ pour comprimer la terre : mais ils ont l’attention de ne les pas déformer..
- 271. Les fournaliftes font de ces briques quarrées , à peu près fembla-blés aux briques ordinaires, & des demi-briques auifi quarrées pour faire les raceordemens.
- 272. Pour donner aux fourneaux différentes formes, les fournaliftes:-font des briques ceintrées fur le champ , pi. II, fig; 1 4 , E. Les chymiftes s’en fervent peur faire des fourneaux en tour, de forte que quelquefois quatre briques, font la circonférence d’un petit fourneau , & il en faut: beaucoup plus pour les grands. Quoiqu’on change la courbure de ces briques fuivant la forme qu’on veut donner au fourneau, on a toujours desv demi-briques qui font très-commodes pour faire les raceordemens. Ces briques, fe font dans des chaflis-,. comme les briques oxdinaires celui
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- pi. //, fig. 14, eft pour faire des fupports de creufets; & celui b, des briques quarrées.
- 273. Ici ce font les fournaliftes qui font les matériaux, & les chymif. tes qui les mettent en œuvre , en joignant les briques avec de la terre à four ou avec les luts dont nous avons parié. On met entre le cendrier & la fournaife une grille de fer; quelques-uns revêtilfent les portes avec une embrafure de fer plat & mince; d’autres fe contentent de mettre au-delfus des portes, en forme de linteau , un morceau de fer plat. On met dans le laboratoire qui eft au-detfus du foyer, quelques barreaux de fer pour fupporter un bain de fable, ou les cucurbitss, ou les cornues, ou des creufets ; enfin 011 augmente la force de ces fourneaux par des bandes de fer minces, qui en entournent toutes les faces : mais rien n’eft mieux pour empêcher que la force du feu ne fade déjoindre les briques , que de noyer dans le lut qui les unit, des bandes de vieilles grilles de râpes à tabac : elles ne forment point d’épailfeur ; & à caufe des trous & des inégalités de ces grilles, elles forment dans le lut une excellente liaifqn. Nous n’entrerons pas dans de plus grands détails fur,ces fourneaux fixes, qui ne font point une partie elfentielie du travail des potiers fournaliftes; ce font des fourneaux portatifs à l’ufage des chymiftes, qui forment véritablement leur art, & c’eft de ces fortes de fourneaux dont nous allons parler un peu en détail.
- 274. Les fournaliftes font des fourneaux quarrés ; tels font les fourneaux de coupelle A, pL II, fig. 1 ç , & quelques fourneaux de fufion C, fig. 16 ; mais les fourneaux de digeftion , ceux de réverbere, en un niot,prefque tous les fourneaux portatifs font ronds en forme de tour. Les uns font d’une feule piece, je veux dire le cendrier, le foyer , & le laboratoire; il n’y a que le dôme qui fe pofe deffus : d’autres font formés de plufieurs couronnes, qui fe pofent les unes fur les autres ; quelques-uns fe pofent fur un trépied de fer, & ceux-là n’ont point de cendrier , la cendre tombe à terre : mais la plupart ont un cendrier , un foyer, où l’on met le charbon fur une grille qui lailfe tomber la cendre, & donne un palfage à l’air qui anime le feu. Les fournaliftes font quelquefois ces grilles en terre; ce n’eft alors qu’une plaque ronde de terre, qu’on perce de quantité de trous avec une gouge; d’autres fe fervent de grilles de fer. Au-deifus du foyer, eft un efpace, qu’on nomme le laboratoire, parce que c’eft dans cet endroit qu’on met un bain-marie, ou un bain de fable, ou une cornue : il y a une ouverture pour en pafler le col, ou une cueur-bite , ou des creufets ; & toutes ces chofes font foutenues par quelques barres de fer, & allez fouvent le tout eft terminé par une calotte ou un. dôme, qui fert à réverbérer ia chaleur fur la cornue , ou les creufets qui
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- {ont dans le laboratoire. Il y a toujours au haut du dôme une ouverture de trois ou quatre pouces de diamètre, fuivant la grandeur des fourneaux, & à cette ouverture il y a quelquefois un bout de tuyau , afin de pouvoir y ajuffer des tuyaux plus longs lorfqu’on veut augmenter l’aélivité du feu; car pour que le charbon brûle avec vivacité & produife beaucoup de chaleur , il faut établir dans le fourneau un courant d’air qui entre par le cendrier, & qui forte par le haut du fourneau. Or ce courant d’air dépend de la légéreté de l’air chaud, par comparaifon au poids de l’air froid, & cette légéreté de l’air augmente à proportion qu’il eh plus échauffé, & encore à proportion qu’il y a une plus grande colonne d’air échauffée au haut du fourneau : ainfi, pour augmenter l’adivité du feu dans le fourneau, il faut qu’il puiffe entrer par le bas fuffifamment d’air frais, & ajouter au haut du fourneau une longueur de tuyaux, pour fe procurer la colonne d’air chaud qui forme une efpece de pompe plus con-(îdérable ; il faut aulîi que le diamètre de ce tuyau foit proportionné à la grandeur du fourneau : mais je m’abftiendrai d’infifter fur ces proportions , parce qu’elles ne regardent point le fournalifte; il doit fe conformer à celles que lui preferit le chymille, qui les varie fuivant les opérations qu’il fe propofe de faire.
- 275. Il y a de plus plufietirs ouvertures tant au dôme qu’au corps du fourneau, qu'on ouvre ou qu’on ferme pour garder la chaleur, ou, fuivant qu’on le veut, en porter plus dans une partie du fourneau que dans les autres ; pour cela , on laiffe ces trous ouverts , ou on les ferme , quand on le juge à propos, avec des bouchons de terre : c’ell ce qu’on nomme des régifires.
- 276. Il eft toujours utile de tenir les parois des fourneaux fort épaiffes, pour que la chaleur ne s’échappe pas dans le laboratoire , où elle incommoderait l’artifle, & ferait perdue pour l’opération,
- 277. J’ai dit que les fournaliftes faifyient des fourneaux quarrés , 8c j’ai donné pour exemple les fourneaux de coupelle A , pL II,fig. i f ; ils ont un cendrier ri, qui a une porte au-delfus de laquelle elt le laboratoire b, 8c une ouverture qui ne communique point au-dedans du fourneau, mais dans une efpece de four, fait de terre à creufet mince, qu’on nomme Ui moufle ; nous en parlerons lorfqu’il s’agira des creufets : elle eff foutenue par des barreaux de fer, qui traverfent l’intérieur du fourneau, 8c elle eft de toutes parts entourée par les charbons ardens : c’eft dans cette moufle qu’on met les coupelles pour faire les eflais des métaux, des pièces émaillées , 8c des creufets pour certaines opérations. Le fourneau eft couvert par un dôme quarré, au haut duquel eft une allez grande ouverture qu’on peut fermer avec un couvercle, ou à laquelle on ajoute un
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- tuyau lorfqu’on defire que le feu ait une grande adivité. Au moyen de cette moufle, on peut expofer à une grande chaleur des matières qui ne reçoivent aucune imprefîion de fumée , ni même les vapeurs du charbon.
- ~ 278- La figure 16, C, repréfente un fourneau de fufion , dans lequel le
- feu doit être animé par le vent des foufflets ; c’eft pourquoi il n’y a point de grille au cendrier a, point d’ouverture en-bas à la partie ad, ni de tuyau en-haut pour établir dans le fourneau un grand courant d’air s c’eft le foufflet qui tient lieu de ces évents.
- 279. La partie a a, a a, B, eft une piece de terre qui forme le bas du cendrier. On y peut remarquer une ouverture b, où répond le tuyau du fbuffletj & le vent fort par l’ouverture c ; le corps du fourneau d d, fe met fur le fond a a. Il faut remarquer dans l’intérieur de ce fourneau une faillie de terre e e, qui régné tout autour du fourneau; elle eft defti-née à fupporter la partie f fi, qui forme le bas du foyer à la hauteur d d; mais il y a aux angles quatre ouvertures g g, par lefquelles le vent du foufflet entre dans le corps du fourneau , qui eft en même tems le foyer & le laboratoire , & anime le feu dans toutes les parties de cette chambre, & tout autour du creufet qui eft pofé au milieu du fond fi fi9 comme 011 le voit indiqué par des points en d d. Il eft ainfi entouré par une chaleur très-vive , fans qu’il reçoive immédiatement le vent du foufflet , qui , étant frais, le refroidirait, & fouvent le ferait rompre. A l’égard du couvercle C, on 11e le met que quand on a retiré le creufet pour étouifer le charbon, & faire que le fourneau fe refroidiife lentement. Ü11 voit que ce fourneau , qu’on nomme de fiujîon, eft très-bien imaginé : en voici un pour lequel il ne faut point de foufflet.
- 2go. On fe fert auili d’un fourneau à vent, de l’invention de M. Manquer, qui produit une très-grande chaleur , & qui vitrifie prefque toutes les fubftances qu’on y expofe. Ce fourneau 11’a point de cendrier ; il fe pofe fur un trépied; au bas eft une grille, au travers de laquelle la cendre tombe, & qui donne un libre palfage à l’air. La porte ne fert que pour avoir la facilité de dégorger la grille avec un fourgon, fi elle était encraflée. La porte eft deftinée à ajufter derrière une moufle pour quelques opérations où l’on redouterait la fumée ou les vapeurs du charbon ; îa partie pofterieure eft, comme on le voit, inclinée vers le derrière du fourneau: & îa grande porte fert à mettre du charbon dans le fourneau ; il faut qu’elle loit grande , parce que ce fourneau en confomme beaucoup; cette partie tient lieu du dôme. Il y a au milieu, un commencement de tuyau pour recevoir les autres tuyaux , qu’on aj'ufte les uns au-defliis des autres ; & plus on en met , plus on a de chaleur. O11 voit que ce fourneau doit avoir beaucoup d’adivité, puifqu’ii sLtablit
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- dans l’intérieur un grand courant d’air, le fond étant tout ouvert, & la colonne d’air chaud étant fort élevée. Au refte, on met dans l’intérieur quelques barreaux de fer pour foutenir la moufle, quand on en met une, ou les creufcts & capfules qui contiennent les matières qu’on tient en expériences’.
- 28 f- La fig* 17, pi. Il, eft un petit athanor, ou un fourneau de digefi. tion, delliné à entretenir dans une chaleur douce certaines fublLmces pendant un tems confidérable.
- 2g2. Celui qui eft ici repréfenté , eft de tôle, revêtu en-dedans d’une couche épaifle de terre à creufet ; a eft le cendrier ; b l’endroit où fou met le feu 5 en e, eft une cloifon qui couvre tout le fourneau j d eft une tour dans laquelle on met une provifion de charbon pour 11’ètre pas obligé d’en fournir fréquemment par ia porte e: 011 remplit de fable la capacité c ,& c’eft dans ce fable qu’on met les matras ou les capfules qui contiennent les matières qu’011 veut tenir en digeftion. Ce fourneau, au contraire de ceux dont nous avons parlé plus haut, eft deftiné à entretenir pendant long-tems une chaleur douce & égales pour cela, il faut que le courant d’air qui doit traverfer ce fourneau, foit lent & bien ménagé. Il eft évident que, fi l’on fermait exactement les portes g, e, & les trous qui font au couvercle h de la tour d, le feu s’éteindrait, & que fi l’on ouvrait toutes ces ouvertures, le charbon le confumerait très-vite, & produirait beaucoup de chaleur. Ainfi, pour obtenir un milieu convenable, il n’y a qu’à ouvrir quelques-unes des ouvertures qui font aux portes g, e, & auffi quelques-unes de celles qui font au couvercle h de la tour: au moyen de cela, le charbon qu’on a mis dans la tour d, ne s’allume point, mais il tombe peu à peu à la partie b, à mefure que celui qui y eft fe con-fume j & quand la tour eft grande , le feu s’entretient très-long-tems dans le fourneau, fans qu’on foit obligé d’y apporter aucun foin.
- 283* Je pourrais faire une énumération bien plus grande des fourneaux que font les fournaliftes j mais quelques exemples fuffiront pour faire comprendre leur façon de travailler.
- 284* Tous les fourneaux font faits à la main avec l’argiîle alliée de pot à beurre pilé & bien corroyé , comme nous l’avons expliqué.
- 285'. On trace fur une table avec un compas la largeur que le fourneau doit avoir par le pied ; enfuite le potier ayant mis un peu de cendre fine fur la table pour que la terre 11e s’y attache pas, il roule, comme le ferait un pâtiifier , un plateau de terre rond, qu’il place dans le trait de compas qu’il a fait ; c’eft le fond du fourneau : enfuite il fait avec cette même terre , des rouleaux qu’il pofe en rond fur le plateau qui forme le fond, ayant foin de les bien comprimer avec les doigts, & de
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- donner plus d’épaifieur que ne doivent avoir les parois du fourneau , non feulement à caufe de la retraite de la terre , mais encore parce que la battant avec une palette , on diminue de fou épailieur. Il ajoute de pareils rouleaux les uns fur les autres, & il a foin de les bien comprimer & de pétrir la terre avec les pouces , pour que le tout ne falfe qu’un même corps, & qu’il ne relie point d’air interpofé entre les couches de terre; car cet air ferait immanquablement crever le fourneau lorfqu’il viendrait à fe dilater par la chaleur. Quand le fourneau elt élevé à la hauteur où l’on doit mettre la grille , au-dedus du cendrier, il forme une petite faillie de terre pour fupporter cette grille.
- 286* On imagine bien que les rouleaux de terre que l’on comprime avec les pouces , font des inégalités. De tems en tems, quand le fourneau a pris une certaine hauteur, le fournalifte unit fon ouvrage en paflant le tranchant de la main de haut en bas & de travers. Cette opération unit l’ouvrage, détruit les inégalités, & ferme les petits vuides qui pouraient être reliés. Enfuite il continue à pofer des rouleaux de terre pour élever fon fourneau , & former la partie qu’on nomme la fournaife ou le foyer ; puis le laboratoire, jufqu’à l’endroit où l’on doit pofer le dôme j & de tems en tems il polit fon ouvrage, comme nous l’avons expliqué.
- 287. On fait que les fourneaux font un peu plus larges par en-haut que par en-bas. L’habitude des bons fournaliftes fait qu’ils obfervent très-régulièrement cette dégradation, qu’ils donnent aux parois de leurs fourneaux l’épaiifeur qu’elles doivent avoir ; ils obfervent des contours très-réguliers , & tout cela fins employer ni la réglé, ni le compas , & feulement à vue , n’employant d’autres inftrumens que leurs mains & la batte»
- 288* Lorsqu’on veut former des petites cheminées pour donner une aflue aux vapeurs du charbon, on fait au corps du fourneau des arrache-mens auxquels on rapporte de la terre qu’on travaille à la main , ou qu’011 a difpofée fur des moules pour la mettre à la place qui convient, à peu près comme nous avons dit qu’on attache les anfes aux ouvrages de poterie. A l’égard des poignées qui fervent pour tranfporter les fourneaux , & des efpeces de faillies qu’on fait au-defious des portes , on les commence en formant le corps du fourneau, & on les perfectionne lorf-qu’on vient à le battre. Quand les fourneaux font faits, comme nous venons de l’expliquer, & qu’avec les doigts on a uni leur fuperfieie, on les lailfe un peu fe fécher, puis on les finit ; pour cela , avec une palette on les bat à l’extérieur & même intérieurement, quand le diamètre le permet j on ouvre les portes avec un couteau mouillé; enfin, pendant que la terre elt encore un peu molle & duétile , on perfectionne toutes les parties du fournequ; & les habiles ouvriers y réunifient fi bien, qu’ils
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- font auffi unis, d’une forme auffi régulière, que fi on les avait faits dans un moule , ou fur le tour.
- 289. On fait à part des bouchons pour les regiftres , & des portes pour fermer les ouvertures 5 on choifit dans un nombre qui font de différentes grandeurs 9 les pièces qui y conviennent : ce qui ifeft pas difficile, parce que les faifant en coin, ils entrent plus ou moins dans les ouvertures qu’011 a faites au fourneau.
- 290. On fait les grands fourneaux de plufieurs pièces. Le cendrier a, la fournaife b, & Je laboratoire c, étant formés de différentes couronnes qu’il faut réunir , on les ajufte les unes fur les autres avec des feuillures. Comme il eft important que toutes ces pièces foient de dimenfions pareilles ; pour qu’elles s’ajuftent bien les unes avec les autres, quand les potiers ont fait le cendrier a, ils prennent exa&ement fon-diamètre en-haut avec un compas , pour tranfporter cette mefure fur une table, & former deffus la piece c, qui doit s’ajufter par-deffus. De cette façon, la retraite de la terre étant la même, les pièces s’ajuftent affez bien ; & quand la terre a pris un peu de confiftance, on répare les feuillures, & 011 met les unes fur les autres les différentes pièces qu’011 bat avec la palette, de forte que le fourneau paroit être d’une feule piece.
- 291. Une fois qu’un fourneau eft commencé , il faut le finir tout de fuite ; car la terre fraîche 11e peut pas fie lier avec de la terre un peu féchée & qui aurait déjà pris une partie de fa retraite: ainfi, quand on eft obligé de quitter l’ouvrage, il faut le couvrir avec des linges mouillés , pour qu’il ne fieche pas.
- 292. On a foin, en finiffant un fourneau , de faire à -différentes hauteurs, & tout autour, des traits affez profonds pour y loger un gros fil de fer de chauderonnier : quand ces liens font bien ajuftés , ils contribuent beaucoup à faire durer les fourneaux.
- 293. Le dôme qu’011 doit mettre fur le fourneau dont nous venons de parler, fe fait auftî à la main & fans moules, en ajuftant les uns fur les autres des rouleaux de terre moins gros que ceux qu’on emploie pour faire le corps des fourneaux ; on les commence fur un trait de compas qui indique la largeur du haut du fourneau à l’endroit où doit être placé le dôme ; & afin que la terre fe foutienne, 011 en prend qui foit pétrie ferme} & en général, la terre que travaillent les fournaliftes, eft plus ferme que celle qu’emploient les autres potiers.
- 294. Quelquefois , avant que là terre foit trop durcie, on imprime deffus avec des moules de cuivre, des empreintes de fleurs-de-lys ou d’autres ornemens.
- 295. Les fourneaux de coupelle fe travaillent comme ceux dont nous
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- venons de parler, entièrement à la main ; & fans employer ni réglé ni compas, les potiers leur donnent des formes très-régulieres : il n’y a que la moufle, qui doit être travaillée différemment: nous en parlerons lorC-qu’il s’agira des creufets.
- 296. Ils font des tuyaux pour la décharge de la fumée avec la même terre des fourneaux, & ils les forment fur un cylindre de bois qui eft plus gros d’un bout que de l’autre, afin de pouvoir retirer ce moule lorfque le tuyau eft faitj & afin que la terre 11e s’attache pas au bois, ils le frottent avec de la cendre très-fine. Aufti-tôt que la terre du tuyau a pris un peu de fermeté, ils la battent avec une palette pour l’unir, & la rendre plus ferrée.
- 297. A l’égard des creufets, les potiers les font fur le tour, & les four-naliftes à la main fur un mandrin de bois qu’ils nomment moule, cd,jig. 22, pl. I.
- 298. J’ai dit que les potiers de Picardie faifaient de bons creufets avec leur terre à grès, qui cependant éclatent au feu , fi 011 les chauffe trop précipitammentj mais en les chauffant doucement, ils fupportent un feu violent fans fe déformer, & ils réfiftent à l’atftion des fels & des métaux fondus (47).
- (47) Les operations* de chymie ne peu-vent fe faire que dans des vaifteaux de terre cuite, parce que ce font les feuls qui puif-fent réfuter à la chaleur la plus forte , & à l’aétion des diffolvans chymiques. Les vaif-feaux de bonne argille cuite en grès ont l’inconvénient de fe cafter en paffant du chaud au froid. Il a donc fallu chercher par des mélanges à faire des creufets capables de foutenirces variations, & en même tems de contenir les métaux en fonte pendant un aftez long efpace tems. Les meilleurs creufets nous viennent de Hefte, comme j’ai eu occafion de le dire ailleurs. Voy. art de la porcelaine , qui fait partie de ce huitième volume.
- Ces creufets font faits avec une bonne argille réfraétaire, mêlée, fuivant M. Pott, avec deux parties de fable d’une moyenne grofteur, & dont 011 a féparé le plus fin par le crible. Ce mélange dégfaifte la terre & l’empêche de fe retirer , de fe fendre , & de devenir trop compare en fe cuifant. Il
- faut obferver que le fable eft meilleur d’une grofteur moyenne : lorfqu’il eft plus fin , les creufets font fujets à fe cafter. M. Pott avertit qu’on doit éviter de faire encrer du fable , ou caillou & d’autres matières analogues , dans la compofition des creufets deftinés à contenir du verre, ou des fubf-tances vitrifiables comme elles. On évite cet inconvénient, en fubfticuant au fable de bonne argille cuite , pilée groffiérement. C’eft de cette maniéré qu’on fait les grands creufets des verrerie». La quantité d’argille cuite varie fuivant la nature de l’argille neuve ; elle va depuis parties égales , juf-qu’à deux, deux & demie , & même trois parties d’argille cuite , contre une d’argille neuve. En général, plus l’argille neuve eft forte , plus elle peut fupporter d’argille cuite. M. Pott a fait à ce fujet un très-grand nombre d’expériences : il a mêlé d’argille avec les chaux métalliques, les os calcinés, les pierres calcaires, le talc, l’amiante , la pierre-ponce, le tripoli, & beaucoup
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- 299. La terre de Gournay en Normandie efl: très-bonne; elle fupporte un très-grand feu fans fe déformer: mais elle a le défaut de contenir beaucoup de petites pyrites, & des fragmens de mine de fer. J’ai dit que j’étais parvenu à remédier, au moins en partie, à ces défauts, en la dif-foîvant dans beaucoup d’eau , & laiifant précipiter ce qui était de plus pefant & de plus groiTier, pour m’employer que la terre fine qui fe précipitait cnfuite.
- 300. Pour faire les pots de verrerie, dans lefquels 011 tient le verrè en fufion pendant trois femaines fans interruption , on choifit de bonne argille la plus pure qu’on puiife trouver; on la lie avec de cette même argille bien cuite qu’on met en poudre. On fait cet alliage à différente dofe, fui-vant que l’argille eft plus liante, plus ou moins du&ile, & plus difpofée à fe cuire ferrée ; de forte qu’avec certaines argilles crues, on ne peut mettre que partie égale d’argille cuite, au lieu que d’autres argilles très-liantes peuvent (apporter cinq & même fix parties d’argille cuite avec quatre parties d’argille crue.
- 301. Il y a des verriers qui font leurs grands creufets, qu’ils nomment pots, avec des rouleaux de terre, comme nos fournaliltes ; d’autres les font dans des moules.
- 302. Les fournaliltes de Paris font leurs creufets avec l’argille grife de Gentilly ; ils la choifiifent feulement & l’épluchent avec plus de foin que pour les fourneaux; puis ils l’allient avec un peu plus que partie égale de pots de grès qu’ils pafTent à un crible un peu plus fin que pour les fourneaux. Quand ils ont préparé leur terre, ils l’étendent peu à peu fur un moule de bois c, pi. I, fig. 22 , qui a la forme que doit avoir l’intérieur du creufet , l’ayant frotté de fable fin, pour que la terre ne s’y attache pas ; ils commencent par le fond du creufet, & ils couvrent le moule d’une couche de terre qui a environ trois à quatre lignes d’ipaiifeur, l’étendant peu à peu en la battant à petits coups : ce qu’ils exécutent avec beaucoup de propreté & de régularité. Ces creufets font bons pour quantité d’opérations, quoiqu’ils ne puiifent pas fupporter un très-grand feu, ni tenir les fiels en fufion, comme le font les creufets de grès, & ceux d’Allemagne.
- d’autres, fans qu’il ait réfulté de toutes ces expériences une compofition irréprochable à tous égards- Il parait cependant que l’on pourrait faire des creufets meilleurs que tous ceux qui font connus. Il faudrait pour cet effet avoir de bonne argille très-réfractaire j exempte de matières pyriteufes , &
- même de terres ferrugineufes ;elle devrait être lavée avec foin , pour en féparer le fable, & enfuite mêlée avec deux ou trois parties de. la même argille cuite & pilée grofliérement. Les creufets formés dans des moules devraient être cuits à très-grand feu.
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- 303. Voici comme fen ai fait pour de petits elfais de mine. J’ai diiîous de Pargille de Gentilly dans beaucoup d’eau; j’ai laide précipiter les corps les plus pefans ; enfuite j’ai fait fécher l’argille épurée , qui s’eft précipitée eu dernier lieu ; puis je l’ai pilée & parfée au tamis fin. Par ces préparations, j’avais retranché de l’argille tous les corps étrangers, excepté les fubftances qui étaient en parties trèvS-déliées : j’alliai cette argille avec du ciment de pot à beurre paifé à un tamis fin , & je formai mes creufets dans un moule de cuivre que je mettais fous une preife, comme on fait le fourneau des pipes. Ces creufets étaient bons; cependant ils ne pouvaient fupporter un très-grand feu, & je me fuis mieux trouvé de l’argille blanche dont on fait les pipes en Normandie, parce que cette argille eft communément plus exempte de fubftances que les argilles colorées. Je dis communément ; car il y a des argilles blanches qui font très-fufibles & chargées de parties métalliques : le plus fur eft donc de les éprouver avant d’en faire ufage; car on peut dire en général qu’il faut choifir une argille qui ne foit point fufible , & fur-tout point alliée de pyrites, de fubftances métalliques, ni de fable vitrifiable, parce que les fels ou les fubftances métalliques qu’on met dans ces creufets, vitrifiant ces fubftances étrangères à l’argille, les creufets fe fendent ou au moins fe percent. Quand on a une argille pure & réfractaire, qui donne de la du&ilité à la pâte , il faut, comme nous l’avons dit, l’allier avec quelque oiment qui empêche que l’argille prenant trop de retraite, ns fe fende à la cuilfon. Il eft important que ces cimens foient réfraélaires : c’eft pourquoi les verriers emploient l’argille qu’ils onfc fait cuire > & pour de petits creufets on pourrait employer des pipes bien cuites, réduites en poudre. Les fournaliftes font ufage de ciment de pot à beurre de Normandie : malheureufement leur argille 11’eft pas telle qu’011 pourrait le defirer. Ils le favent bien ; & pour rendre leurs creufets un peu meilleurs , ils mêlent beaucoup de ciment de grès avec l’argille ; mais alors la terre des creufets n’eft pas affez ferrée , & elle laide palfer par leurs pores les matières qu’011 tient eu fulion lorfqu’elles font très-fluides. Les creufets de grèflerie n’ont pas ce défaut : ainft il faut dans ces alliages obferver une jufte proportion ; car fi l’on met trop d’argille crue, il eft bien difficile d’empêcher que les creufets ne fe fendent en fe féchant, ou à la cuilfon ; & fi i’qn met trop de ciment, les creufets n’ayant pas alfez de foutien, ne peuvent fupporter le poids du métal, & ayant leurs pores très-ouverts, le métal, & for-tout les fels, les pénétrent: ç’eft pourquoi quelques-uns prétendent qu’il faut y mêler un peu de fablç vitrifiable. M. de Réaumur s’eft, par exemple, alfez bien trouvé de faire des creufets avec partie égale da terre à pipe, de craie & de fable.
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- ART BU POTIER DE TERRE. 34*
- 304. Voici quelques alliages qu’on dit être très-bons; mais je ne les ai point éprouvés.
- 30f. Deux parties de bonne argille pure & bien feche, deux parties de pots de grès réduits en poudre, une partie de fablon ; quelques-uns y ajoutent un peu de limaille de fer & de l’eau falée.
- 306. Autre :fix parties d’argille feche, deux parties de la tète-morte de f eau-forte, deux parties der pots de grès pilés, une partie de mâche-fer, & une de verre pilé, avec un peu de poudre de chaux fufée à l’air.
- 307. Autre : parties égales d’argille feche , d’amiante & de faux-talc ou pierre glaciale , ou du mica.
- 308* On fait des creufets en forme de godets ; 011 leur fait quelquefois un petit gouleau. O11 en fait aufii de triangulaires , pour verfer plus commodément le métal. Enfin on en fait pour elfayer des mines qui contiennent des métaux précieux; ceux-ci fe terminent en pointe <i,afin que le culot fe raifemble mieux au fond du creufet ; alors on leur fait un petit pied, pour qu’ils fe foutiennent mieux dedans 8c hors du fourneau.
- 309. A l’égard des capfules & têts, ils ne different des creufets que par la forme, ainli que les tûtes, qui font de vrais creufets foutenus par un pied.
- 310. Pour ce qui ell des moufles pour les fourneaux de coupelle, on les fait avec la même terre qu’on a préparée pour les creufets; on la roule allez mince fur une table , comme les pâtifliers font leur pâte ; on coupe un morceau de ce gâteau d’une grandeur convenable pour faire le deifus de la moufle; on met ce morceau de terre fur un moule a9 fait, exprès, pour lui faire prendre une courbure convenable 5 & fe fervant du même moule , on ajufte delfous le fondais la moufle & derrière, un autre morceau pour fermer un des-bouts de la moufle. Ces diiférens morceaux étant bien ajulfés, on lailfe la terre prendre un peu de corps ; alors la moufle eft faite avant qu’elle foitfeche : on ouvre avec un couteau mouillé, les petites lucarnes des côtés, Sc elles font en état d’être cuites.
- 3 11. Pour faire une cornue, le fournalifte fait le corps fur un mandrin, comme les creufets, & le bec fur un autre mandrin qui ireft autre chofe qu’une cheville un peu courbe; il perfe&ionne à la main la partie évafée de ce bec; enfin il fonde & réunit les deux pièces enfemble.
- De la cuijjon des fourneaux & des creufets•.
- 312. Il y a eu des chymiftes qui ont prétendu qu’il ne fallait point cuire les fourneaux; qu’ils acquéraient, en fervant, le degré de cuiflon qui leur convient : je ne fuis pas de cet avis. Les fourneaux qui ne font que fccs fans être cuits, courent rifque de fe rompre quand il faut les traniportec Terne VU h X x
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- Ut ART DU ROTI ER DE TE R R E.
- pour les changer de place; d’ailleurs, pour peu qu’il tombe d’eau deflus* la terre fe détrempe & s’en va par morceaux. Il eft donc à propos de cuire les fourneaux & les creufets ; mais les fournaliftes ne leur donnent qu’une demi-cuilTon.
- 313. Le four des fournaliftes eft à peu près quarré & de niveau avec le rez-de-chaulfée ; ils font faits en brique , & voûtés : à environ un pied & demi du terrein , on établit une grille de fer avec des barreaux ; on met l’ouvrage dans le four en entrant fous la voûte par la porte. Quand on a de petits ouvrages qui palferaient entre les barreaux , on interpofe quelques barreaux menus entre les principaux. Les barreaux qui forment la grille , l'ont établis environ un pied & demi au-deifus du plancher du four.
- 314. Quand le fourneau eft rempli de dilférens ouvrages, on éleve fur le barreau, une cloifon de brique. Cette ctoifon étant établie furie barreau , il refte en-delfous, un efpace par lequel on palfe fous la grille le bois, néceflaire pour la cuiffon : la cloifon ne s’étend pas non plus jufqu’à toucher la voûte; il refte un efpace par où s’échappe la fumée qui n’a point d'autre ilfue; elle eft reçue par la hotte & le tuyau de cheminée.
- 315. On allume de grand matin un petit feu pour tremper ; on l’augmente peu à peu, & l’ouvrage eft cuit dans la journée , ayant confommé-un peu moins d’une voie de bois flotté car 011 préféré ce bois bien fec, pour qu’il fafle plus de flamme. On lailfe un jour ou deux le four fe refroidir* puis on en tire l’ouvrage , qui eft en état d’être livré aux chymiftes.
- 316. On fait des plateaux de terre à creufet, qui font de différente grandeur: ils fervent ordinairement de fupport en les mettant fous les creufets & les cornues ; quelquefois on s’en fert pour couvrir les creufets.
- Voici encore, quelques notes que M. Dejmarets , de f académie des fciertces x m a. communiquées èorfque t art du potier était prefque imprimé.
- 317. On fabrique à Sauxillanges & à Marzac, deux petites villes d’Auvergne ,1a première voifine d’Ifloire , la fécondé éloignée d’Ambert d’environ deux lieues & demie, des creufets pour l’ufage des orfèvres; leur forme eft conique ; il y en a de toutes grandeurs : le principal débit s’en fait à Lyon..
- 318. Les potiers de Sauxillanges tirenrleur terre près de Monge, dans le domaine de Moye; leurs fouilles 11e fe font pas plus bas que trois à quatre pieds de profondeur : c’eft une efpeee de kaolin mêlé de mica & de gros fable quartzeux , en aflez grande proportion. On lave cette terre pour en dégager le fable; on délaie le kaolin dans l’eau, on décante l’eau chargée du kaolin feul, & le fable quartzeux refte au fond des vaifleaux. Le kaolin le dépofe enfuke dans des baquets , où on laiiTe repofc-r i’eau qui en eft chargée.
- 319. La terre qu’en emploie à Marzac ? eft delà même nature & fe txa-
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- ART DU POTIER DE TERRE. 34?
- vaille de même que celle de Sauxillanges; on la tire à trente ou quarante pieds de profondeur proche le village de l’Efpinafle , dépendant de la paroiife de Marzac. Quelquefois 011 y mêle le kaolin avec une autre terre argil-leufe allez courte, qu’on tire de Champêtrieres & du Caftellet proche Am-bert. Il réfulte de ce mélange, des creufets plus propres à réfifter au feu que les premiers ; & c’ell dans ces vues qu’on foigne davantage leur cuiifon. La terre de Sauxillanges & celle de Marzac employées feules, cuifent alTez blanc.
- 320. On fabrique aufli à Saint-Junien, petite ville du Limoufin , de fem-blables creufets deltinés aux mêmes ufages , & faits dune terre de la même nature ; on la tire de la Malaife proche de la grande route de Limoge à Saint-Junien , & à deux lieues de cette derniere ville. Cette terre eft la bafe de toute la poterie qu’on fait à Saint-Junien pour d’autres ufages. Quoiqu’elle foit fort blanche , elle eft ordinairement d’une mauvaife cuiifon , & fujette à éclater au feu.
- 321. Il y a encore plufieurs poteries dans les villages de Duris , de Gan-dalounie & Chavagnac, en Limoufin. La terre que les potiers, que dans ce pays-là on nomme toupiniers , emploient, eft une efpece de kaolin qui eft peu duélile; mais ce qui mérite le plus d’attention, eft la compofition de leur vernis. Ils emploient pour le faire, du minerai de plomb de Glan-ges , qu’ils calcinent , y ajoutant pour fondant du quartz blanc, au lieu du fable dont fe fervent nos potiers. Pour réduire promptement & aifément ce quartz en poudre, ils commencent par le faire rougir au feu, & en cet état ils le jettent dans de l’eau froide 5 le paflage fubit du chaud au froid réduit cette pierre en poudre: alors ils la mêlent avec la chaux de plomb, & broient ces deux fubftances enfemble fous la meule.
- EXTRAIT des regiftres de l'académie royale des fciences, du 24 avril 1773.
- ]M!essieurs de Juflîeu & Defmarets, qui avaient été nommés pour examiner la defcription de l'art du potier de terre, par M. Duhamel, en ayant fait leur rapport, l’académie a jugé cet ouvrage digne detrç imprimé à la fuite de la defcription des arts publiés par l’académie : en foi de quoi j’ai figné le préfent certificat. A Paris, le 28 avril 1773.
- GRANDJEAN DE FoüCHY, fecretaire perpétuel de l'académie royale des fciences.
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- 348 ART DU POTIER DE TERRE
- ------- --------------................... a.
- EXPUC ATION DES FIGURES.
- Planche I.
- 1E*igure i , B , futaille où il y a de Peau , pour couper la terre & la délayer , la planche A, la terre C qu’on coupe , le couteau D qui fert à couper cette tere.
- figure 2,, D , couteau qui fert à couper la terre.
- Figure 3 , H, moule à faire les grands carreaux à fix pans. G. fig. %.
- Figure 4 , table à mouler , a b , portée par des tréteaux ee; g, urquain , qui eft une pierre dure, fur laquelle on pofe le moule d d; e, vafe rempli d’eau > f, plane i k, faîtieres pofées les unes fur les autres ; h, terre préparée pour remplir le moule 3 i, tas de fable pour répandre fur l’urquain.
- Figure 5 , dans la vignette , tas de terre prête à être travaillée..
- Figure 6, couteau courbe à rogner les carreaux.
- Les figures y , g & 9 , repréfentent le four dont fe fervent prefque tous, les potiers, fur-tout pour cuire les carreaux.
- La figure y repréfente le plan du four au refc-de-chauifée. A, l’entrée de la fournaife A B , où l’on fait le feu, comme on le voit indiqué par les mêmes; lettres fig. 8. K,I» çloifons de briques, entre lefquelles il y a des efpaces. vuides, pour que l’air chaud pafle dans le four. Cette cloifon qui fépare la fournaife de l’intérieur du four , fe nomme lu fiaufife-tire. F, une baie delà porte , qu’on nomme le tetdn. C’eft par cet endroit qu’on entre dans le four pour y arranger l’ouvrage 3 & quand il eft rempli, on ferme ce tettin par un mur de briques & de terre. On voit, fig. 7, l’intérieur du four rempli de carreaux : le long des murs, il y a des bûches couchées en long, & de te ms. en teras d’autres bûches pofées debout i le fond du four eft terminé par un mur de briques, qu’cm nomme la languette, au bas de laquelle il y a des ouvertures L yfig• 8 , qu’on nomme créneaux, ou, comme difentles ouvriers ,, carneaux : c’eft par ces çmvertures que la fumée paife dans le tuyau de chemin née CD, fig. 8» qui repréfente une coupe longitudinale du four. AB eft la fournaifej KL, le plancher du four., On voit au-deffus de K, la fauffe-tire. A, E» M, eft la voûte du four, en LAI eft la languette, au-deifous de C les créneaux, & CD le tuyau de cheminée pour la décharge de la fumée. On voit en a, des carreaux d’âtre pofés de champ , pour foutenir les carreaux d’appartement, dont le four eft rempli.
- La figure 9 eft une coupe tranfverfale du même four, par la ligne G H de la fig.. y 3 au bas, en A B, font des carreaux d’àtre ou des boiifeaux de commodités , fur lefquels font arrangées les poteries dont ce four eft rempli
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- ART DU T 0 T1 ER DE TERRE. 349
- Figure io, T, chaufferette quarrée, faite à la main & fur la table à habiller.
- Figure ii , jatte commun® en poterie.
- Figure 12, huguenotte, que l’on nomme ailleurs toupine.
- Figure 13 , coquèmar.
- Figure 14, petite cafferole.
- Figure if , roue des potiers , vue en coupe. ,
- Figure 16, roue des potiers , vue de profil.
- Figure 17, roue des potiers , vue en plan. u a., le moyeu de la roue.
- ff, arbre de la roue, qui tourne dans une piece de bois qui eft au-deffua de g, laquelle eft retenue fermement par la croifilehh, & les liens //. Au-deifus du moyeu a a > eft le plateau b b qui porte l’ouvrage cc > qu’on travaille. Les rais de la roue font marqués d d, & les jantes c e. K, les tablettes, fur lefquelles on met les poteries n, qu’on vient de travailler, foutenues ainfi que le fiege l, qui eft incliné, par les mon-tans p p. On apperqoit en-dedans les payens qui font entaillés & fervent de fiege à l’ouvrier.
- Figure ig , A , ouvrier qui forme un vafe fur le tour de faïancier.
- Figure 15, une tirelire, que l’on appelle ailleurs une cache-maille.
- Figure 20 , A, B , C , D , E, fert à faire voir comment on travaille fur le tour les boilfeaux pour les defcentes des commodités, comment ces poteries s’ajuftent les unes avec les autres par des feuillures, & comment 011 fait les pots à deux E, C.
- Figure 21, A, maniéré de travailler un vafe avec le calibre. Le vafe eft fixe , & c’eft le calibre qui tourne.
- Figure 22 , d , creufet, avec le moule c, fur lequel on le forme. Planche IL
- Figure I , Y, tournafîin, ou tournafoir , pour perfectionner le deffbus des pots qu’on a faits fur le tour. Cet infiniment eft de fer i il y en a de différentes grandeurs & de différentes formes.
- Figure 2, vafe de grès de Picardie, moins épais que les'jarres. On les couvre en-dehors avec de l’ofier pour les garantir. Ceux qui craignent l’eau qui a féjourné dans les métaux, font ajouter en-bas un robinet, & s’en fervent comme d’une fontaine de cuivré. Pour les rendre propres à clarifier l’eau, on y met des plaques d’étain qui repofentfur les virets qui font faillie en-dedans, & que le potier forme aux endroits défignés par les lignes ponctuées a & b. Il eft encore mieux de fubftituer aux plaques d’étain , des couvercles de grès à peu près femblables à celui M, proportionnant leur grandeur au diamètre intérieur du vafe, & on met le fable entre ces deux couvercles.
- Figure 3 , grand vafe de terre, nommép.ounes: on s’en fert pour faler des
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- 3fo ART DU POTIER DE TERRE.
- viandes , pour faire de petites leftives , & pour conferver dans les jardins l’eau deftinée aux arrofemens. On les fait fur un tour EFG, qui reifemble à une lanterne de moulin. IKL eft fon axe qui eft folidement aflujetti en terre ; on fait tourner doucement la lanterne E F ; & à mefure qu’elle tourne, on forme le vafe, en ajoutant des rouleaux de terre les uns au-dellus des autres, que l’on unit avec une atelle.
- Figure 4, dans la vignette, ouvrier qui imprime à la roue un mouvement circulaire, avec un bâton a., qu’011 nomme tournoire. Cet ouvrier eft aftis fur le fiege incliné/, & il a les pieds dans les entailles des payens m. \
- Figure f, ouvrier qui ayant imprimé beaucoup de vîteffe à fa roue , forme entre fes mains une jatte.
- Figure 6, bouteille de grès, dont on fait la panfe fur le tour.
- Figure 7, poteries qui fechent au lattier T Q_-
- Figure 8 , ouvrier qui perfectionne des pots fur la table à habiller.
- Figure 9, tas de terre prête à travailler.
- Figure 10, lampe de terre prefqu’entiérement faite fur le tour.
- Figure n, G, coupe d’un moulin à broyer le vernis.
- Pigure. 12 , H, meule du même moulin.
- Figure 13 , E , briques de terre à creufets , gironnées, pour faire des fourneaux fixes.
- Figure 14, G, chaiïis pour mouler les briques. O11 en fait de différentes grandeurs , des quarrées & des courbes.
- Figure 1f, fourneau de coupelle.
- Figure 16, fourneau de fufion , où le feu doit être animé par des foufflets.
- Figure 17, petit athanor, ou fourneau de digeftion. Il a en d un réfervoir de charbon qui fait qu’on peut entretenir long-tems un feu doux, fins être obligé de fournir continuellement du charbon.
- Planche III.
- O11 a repréfenté fur cette planche un four dont plufieurs potiers fe fervent , & qui reffemble fort aux fours des faïanciers.
- A la figure 1, on voit l’extérieur du four. À, la bouche de la fournaife ; il faut defcendre dans une foffe pour y mettre le bois. LM, le tettin ou l’ouverture par laquelle on entre dans la chambre d’en-bas pour y mettre les pots. Le mur qui ferme cette ouverture, quand la chambre eft remplie , ne s’étend pas jufqu’au haut de la baie ; il s’échappe par cet endroit, de la fumée qui eft reçue par la hotte & le tuyau N. O11 monte à la chambre fupérieure par i’efcalier P , & la fumée s’échappe par les ouvertures K. Le tettin, pour mettre l’ouvrage dans cette chambre, eft au haut de I’efcalier P.
- La figure 3 eft la fournaife où l’on met le bois 5 fa bouche eft en A.
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- ART D U POTIER DE TERRE. r = 1 ,-r^giF-r--- ...... »
- TjLIBJLHu 20&.S' A’B.TêXCJLXLS.
- Obs E RV A TI O N S préliminaires.
- page 26j
- ARTICLE I. Travail de la poterie fui-vant Fufage de Paris. 277
- Article II. Des carreaux , & dé abord de la façon de corroyer la terre avec laquelle on les fait. 278
- Comment on moule les carreaux.
- 280
- Du four , & de la façon d’y arranger les carreaux , & de les cuire.
- 284
- Article III. Du carrelage. 287 ARTICLE IV. Maniéré de faire les dif-férens vafes & uf enfiles de ménage y avec la même terre qui fert à faire les carreaux. 29 O
- Du travail des vafes fur la roue.
- 292
- Defcription de la roue de fer. ibid. Du tour, ou de la roue que les potiers ont prife des faianciers. 294 Travail du potier fur la roue.. 29 5 Comment on peut former des ouvrages fur le tour avec un calibre..
- 298
- Comment on fait fur le tour de grands vafes de jardin. ibid. Grand vafe de terre cuite. 30G ARTICLE V. Des ouvrages qui fefont partie fur le tour , & partie fur la table à habiller. 302
- Article VI. De quelques ouvrages
- quon fait entièrement à la main.
- page 30*
- Article VIL Des ouvrages quon fait avec des moules. 306
- Article VIII. Maniéré d’enfourner les ouvrages de poterie, & de les cuire. 307
- Article IX. Defcription ddune autre efpece de four, dont fe fervent les potiers du fauxbourg S aint-Antoine , pour cuire leurs ouvrages. 303
- Article X. Du vernis quon met fur les poteries. 310
- Première méthode. 311
- Sur les poteries du Lyonnais. 31Ç De la poterie de la Pra en Forety
- ibid.
- Poterie de Francheville en Lyonnais. 316
- Arti CLE XI. Des poteries quon nomme
- degrés. 317
- Des poteries de Saint-Farge au. 321 Maniéré de procurer aux poteries une couleur noire qui tient en quelque façon lieu de vernis. 3 24
- Poterie d’Angleterre. 324
- Article XII. Du potier fonrnalifie,.
- 3 33'
- De l'a cuïffon des fourncu rx & des-creufets. ^ 34T
- Extrait des regifires de F au J. royale desfciences, du 24 avril /77J. 347 Explication des figures» 34g.
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- 3SZ ART DU POTIER DE TERRE.
- TABLE DES
- Et explication des termes qui font
- A
- Acide vitriolique fe trouve dans plufieurs argiiies. §. <5.
- Albastre, forte de plâtre employé en Angleterre pour la poterie. 251.
- Alqüifoux , mine dont on retire le plomb , qui eft brillante , bleuâtre i très-pefante, caifante, & abondante en l’oufre. 141.
- Ambert , ville de la baife Auvergne.
- Angleterre, poterie d’Angleterre. 218- Poterie noire. 240.
- Arcueil , village à une lieue de Paris, où font les iources qui fournirent des eaux à la plupart des fontaines dô la ville de Paris. 27.
- Argille, en allemand Thon, terre gralfe, compare, dudile quand elle eft pétrie nvec de l’eau. 2.11 faut la diftinguer de la terre gralfe, note Dudilité de l’argille. y. Dureté de l’argille cuite. 7. Couleur de l’argille. 11. O11 en diftingue de trois fortes relativement à la poterie, note 11.
- Argille pure. 3. Argille alliée, g.
- Argille blanche, en ail. tveijjer Thon, note y, §. 11.
- Argille grife, en ail. fclnvarzgrauer Thon, note y.
- Argille bleuâtre, ibid.
- Argille noirâtre, ibid.
- Argille rouge, note y , §. 11.
- Argille jaune, en ail. Schluf, ibid.
- Argille fpongieufe , note y.
- Argille verte. 9.
- Argille jnarbrée. ibid.
- MATIERES,
- propres à Fart du potier de terre.
- Argille brune. 11.
- Argille maigre. 17.
- Argille gralfe. ibid.
- Argille pour les poteries d’Angleterre. 227. Pour les poteries blanches du StafFordshire. 24y.
- Arrosoirs faits en poterie. 125.
- ATELLE,en ail. die SchieneBeuge-fchiene, morceau de bois ou de 1er , qui eft figuré d’une certaine façon , & qu’on peut comparer à ce que les maçons nomment calibre pour former des moulures. 7f,9f.
- Athanor, fourneau pour tenir di-verfes matières en digeftion, auquel eft ajufté une tour qu’on remplit de charbon, qui tombant peu à peu dans l’intérieur du fourneau, difi. penfe d’en mettre fréquemment. 28, pl.ll,fig. 17.
- Atre (carreaux d’) grands carreaux qui font ordinairement quarrés , & qu’on emploie pour faire les àtres des cheminées. 57.
- B
- Barreau de fer, propre à battre la terre, en aliem. Thonfchlagel. 71, noce 27.
- Beauvais, ville épifcopale de Picardie.
- Bertrand , dictionnaire univerfel des fojjîles , cité n. 8-
- Boisseau , forte de pot fans fond , en lorme de tuyau rond, plus large par
- un
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- IRT D V ROTI ER DE TERRE. 3*3
- €n bout que par l’autre, qui fert pour les defcentes des lieux d’ai-îance. 92 ,/>/. I>fig- 20. Se font ailleurs en pierre de roc, n. 3 3.
- Bonnet-les-Oules (Saint-), paroifle du Forez, à quelques lieues de Montbrilon. ifj.
- Bhandes , efpece de grande bruyere,
- 2Ï7.
- Briques (terre à) , argille grofliere , mêlée de différentes fubftances , qui ne fert qu’à faire des ouvrages greffiers. 12.
- Briques ceintrées fur le champ. 272 > pl.lEjig.il.
- C
- Calcaire (pierre), pierre qui par la calcination ne fe vitrifie point, mais fe convertit en chaux. 11.
- Calibre. Voyez atelle.
- Carreaux, maniéré de les faire. 50. Leur torme, n. 12. De tuilerie. 57. D’âtre , ibid. Demi - carreaux. 58. Carreaux odogones. 39. hexagones. 40. vernis, n. 24.
- Carrelage, c’eft fart de pofer les carreaux. y6.
- Casseroles , vaifleaux de terre. 1 1 8.
- Castellet ( le ), village de l’Auvergne , proche Ambert. 319.
- Champetrieres, village de l’Auvergne , proche Ambert, 119.
- Chapelle-au-pot ( la ) , paroiffe du Beauvoifis. 18?.
- Charrée, cendres qui ont fervi à faire la leflive. 269.
- Chasse , grand feu de flamme que l’on fait à la fin de la cuiflon , avec des fagots ou du bois fendu, 73.
- Chaufferettes quarrées. i2f.
- Corroyer, pétrir la terre, ou lorf-qu’elle eft fimple , ou quand il y en aplufieurs mêlées enfemblç. 4.
- Tome FIU.
- Coupelle( fourneau de) , fourneau dans lequel on ajufte un petit four qu’on nomme moufle, où fou met les matières qu’on veut expofer à un grand feu étant à l’abri des vapeurs du charbon. Lcsdlayeurs des monnaies & lejs émailleurs en font un grand ufage. 274.
- Couper la terre, la divifer en tranches le plus minces qu’il eft poili-ble. 1 o.
- Courte (terre). Les potiers appellent ainfi une terre qui n’étant pas fort dudile, ne peut pas beaucoup s’étendre fans fe rompre.
- Couteau à deux manches pour couper la terre , en ail. Thonfclmeide s 30,11.14.
- Couteau courbe à couper les carreaux. 4f , pi. I, flg. 6.
- Créneaux, ouvertures qu’on fait au fourneau,ou pourdonner une-coro* munication à l'air chaud , ou lailfec échapper la fumée, fo , 134.
- Creusets , terre à erenfets. 18f. Creu-fets de Picardie. 298- Expériences de M. Pote fur les creufets , note 47» Cuilfon des creufets. 312-
- Crible à palfer la terre. 71,11. 28-
- Cuisson de la poterie. 24.
- D
- Devonshire , province maritime & méridionale d’Angleterre , où il y à plulîeurs bons ports fort fréquentés. Exeter en eft la capitale.
- Digestion ( fourneau de ). 281* Voyez athanor.
- E
- Eau grasse, eau avec laquelle oit mêle un peu d’argille : elle fert à attacher le vernis en poudre fut
- Yy
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- les ouvrages de poterie. 144.
- Ebauchoir, petit morceau de bois taillé de différentes façons , dont les fculpteurs le fervent pour former leur modèle en terre ou en cire. 127.
- Email, ou vernis blanc., n. 41.
- Encyclopédie d’Tverdon, citée note 11.
- Espinasse ( P), village d’Auvergne dépendant de laparoiffe de Marzac.
- Eütrope (Saint-) , village de l’An-goumois? à un quart de lieue de Âlontmoreau. 100*
- F
- Faitiere , grande piece â‘e terre moir-lée à plat, qui fert à faire des carreaux , des chaufferettes & plulieurs autres ouvrages. 38,
- Eargeau (Saint-) y ville de France dans le Gâ-tinois , à quatre lieues de Briare. 194.
- Fausse-tire ,,cloifon à jour formée en briques, quifépare le foyer du corps du four, fo.
- Fil-de-laixon, en ail. Thondrathy inftrument à couper la terre ? n. 5p.
- Fontaine sonnante, nom que le peuple donne à de grands vafes de grès, dans lefquels il conferve de Peau pour fon ufàge. 106.
- Tour à cuire les carreaux. 49. pl. 7, jîg. 7 » 2 > 9- Suivant la méthode fùé-
- doife, n. 22*
- Four de potier. 129* Autre four 15a. pl. III, fg. 1 , 2,3. Four à l’allemande, Bretm-ofen, n. 39. De la Pra dans le Lyonnais. 167. De Franche-viile. 179. De Beauvais. 187- De S. Fargeau. 2c6• Du comté deNor-thumberland en Angleterre. 257!Du -\somte de Sufford,2f<5, Fourneau à
- vent de M. Macquer. 280. Four àsè fournaliftes. 313-
- Four ( terre à ) 5 ôn donne à Paris c& nom à une argille ou glaife fort alliée de fable ferrugineux. 2, a.
- Fournaise , endroit du fourneau où Fon met le bois ou le charbon. 28G
- Fournalistes , ouvriers qui font les fourneaux & les creufets pour les chymiftes. 262, FournaliJles-fai^ tiers, ouvriers qui font des four-^ neaux ou poêles de faïance, n.47.
- Fourneau de calcination pour PémaiJy en ail. Efcher-ofen, n. 41.
- Fourneaux à chauffer les fers des-blanchilfeufes, en terre. 26p. Eiv pierre , n. 46.
- fourneaux, de coupelle. 274 ,pl. Il * jîg- if.
- Fourneaux de fulion. 274,7?/. Ihfig-
- Franchevillë , village du Lyonnais?, où fe fait de la poterie. 171.
- Fritter ^calciner la matière du verrez note 42.
- Fusion ( fourneau de) fourneau principalement deftiné à la fufion defr métaux, où le feu eff animé parle vent du foufflet. 279.
- G
- Gâchis , efpece de mortier où Pour mêle une portion de plâtre-en poudre avec le mortiet de chaux & de fable ou ciment. 62. '
- Galmier (Saint-), petite ville du Fé-i rez , à huit lieues de Lyon.
- Gaubine î on appelle ainfi dans le Lyonnais une argille grife aifcz pure, qui.fait une poterie très-ferrée , & peu'propre à foutenffkEeu» 176.
- 'Gentilly, petit village de l’Isle-de-Erance, à une petite lieue de Paris i
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- R RT DU POTIER DE TERRE. 3?*
- - fur la rivieve de Bievre. 2S5.
- Gïmble. On donne en quelques endroits ce nom au plateau du tour, qui foutient l’ouvrage. 7 y.
- Glaise. Voyez argille.
- Gournay, viile de Normandie au 'pays de Bray , remarquable par les beurres , dont il le fait un grand débit à Paris. 21, 18 » -
- Grès ( poterie de) , forte de poterie extrêmement dure , fort ferrée , fo-lide ; mais qui communément ne peut pas aller fur le feu, 21 , n. 11. Les ouvrages de grès font ceux qui approchent le plus de la porcelaine. 2 i. Ces fortes d’ouvrages s'appellent grejjerie.,poterie de grès
- Grès 'de Normandie, n. 9 , §. 2} , i82.
- Grès de Bretagne. 23.
- Grès de Beauvais. 2}, 18?.
- Grès de Saint-Fargeau. 25 , 194.
- Grès de Flandres. 25,
- Gyps , fynonyme de plâtre. 251.
- H
- Habiller , réparer à la main les ouvrages qui ont été faits fur le tour , & y ajouter les anfes & les pieds. 101, 109 , n. q6.
- Hiverser, c’eft laiffer une terre, après qu’elle a été tirée de lamine, dans une cave, ou en monceau à l’air: ce qui fait qu’elle le corroie mieux. 28»
- Huguenqtte , forte de vafe. 94.
- I
- ÏSIGNY , gros bourg de baffe Normandie , à fix lieues de Bayeux , avec un petit port. 21.
- fssoiRE , ville de France dans la baffe Auvergne, à fept lieues de Clermont 517»
- J
- Jarres , grands vafes de terre, vernif-lés en-dedans, qui fervent à confer-ver l’huile en Provence, & qu’on embarque dans les vaiifeaux pour mettre l’eau de la table du capitaine. 97-
- Jonc , forte d’anneau de terre qui forme faillie. Quelques uns l’appelienc viret,
- Junien (Saint-), petite ville de la baffe Marche , fur la Vienne , aux confins uu Limoufin > à fept lieues de Limoges. 520.
- K
- Kaolin ; c’efl: une argille blanche qui coulerve fa blancheur à la cuiifon ; cette argille n’ell pas fort dudiie, & elle eff louventalliée de différentes fubltances, comme du mica, du fpatli, du quartz, &c. 321.
- L
- Laboratoire; on appelle ainfi l’endroit du fourneau où l’on met les creufets, les cornues, ou les différentes fublfances qu’on veut expo-fer au feu. 274.
- Lampe de terre. 122.
- Languette, cîoifon de briques qui termine quelques fours de potiers, au bas de laquelle font les ouvertures qu’on nomme créneaux, 49 , n, 130.
- Latïer. ou laitier , fcories de fer qui fe dégagent dans les fourneaux à fer , & fert aux potiers à vernir leurs ouvrages. 210.
- Latier en laquet ; c’eft le laitier quand[ iléff réduit en poudre. 211.
- Y y ij
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- ART DU POTIER DETERRE.
- Lattiers , en ail. D'ofenbliume, tablettes dont les côtés font bordés par des lattes, pour que l’air les traverle, & deffeche les ouvrages qu’on vient de travailler. 10g, pl. III, fig.4.
- Litharge, ou plomb rouge, en ail. Gliitte, Sïlbergldtte. 145, note 40. Voyez plomb.
- Lobrôkor , machine à pétrir i’argille, note ig.
- M
- Malaise (la) , village du Limoufin fur la grande route de Limoges à Saint-Junien, & à deux lieues de cette derniere ville. 520.
- Manganèse, mine de fer pauvre & réfractaire, d’un bleu noirâtre,gre-née ou (triée. 144.
- Marchée ( faire une), pétrir avec les pieds une certaine quantité de terre, pour la corroyer & la difpofer à faire différons ouvrages. 52.
- Marzac, bourg de l’Auvergne, à deux lieues d’Ambert, où l’on fabrique des creufets pour les orfèvres. 317.
- Mica, efpece de fragmens talqueux qui fe trouvent mêlés avec de la pierre ou du fable. 13 , a. Sa définition fuivant Linné , n. 7.
- Mine-de plomb. Voyez plomb.
- Minium. Voyez plomb.
- Montmoreau. Voyez Saint-Eutr ope.
- Moufle, petit four de terre cuite qu’on met dans les fourneaux de coupelle. Voyez coupelle. 277.
- Moule : les potiers nommenc ainfîun chaffis de bois dans lequel ils forment des carreaux, & auffi des ereux en plâtre qui fervenc à former avec la terre différens ornemens. 58. pl. 1, Jig. y.
- Moule à faire les creufets. 297.
- Mouler les carreaux. 57. Les faîtières. 41.
- Moules, employés dans les poteries d’Angleterre. 234.^271.
- Moulin à broyer le lîlex, pour les poteries d’Angleterre. 277.
- Moyeu , partie de la roue du potier de terre. 77.
- N
- Nibelle, petit village du Gâtinois Orléanais , à peu de diftance de la ville de Boiicommun, furie bord de la forêt d’Orléans. 2y.
- Northumberland, province d’Angleterre : poterie de ce pays-là. 219»
- O
- Oules , grands vafes de terre, plus communément de grès. 216.
- P
- Passoires , vaiffeau de terre.,220.
- Payens , planches épaiffes & inclinées* qui ont des entailles profondes, & forment des efpeces de marchepieds qui font partie du tour des potiers. 7 6.
- Perches , tablettes à claire-voie pour fécher les carreaux. 43.
- PÉrigueux, mine de fer pauvre, ou efpece de feorie de fer. Voyez maiu gauefe.
- Pétrir I’argille, 32. Méthode fué-doiie , n. j<5. Méthode hollandaise » n. ig. Méthode fuilfe , n. 19.
- Pierre calcaire. 13, c.
- Pipes , art de faire les- pipes, cité 32 , note iy.
- Plaine ou plane, barre de bois pour mouler les flûtieres. 41 , pl. 1, fi-g- 4» /•.
- Plomb (mine de). Oa donne affea
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- ART D U V 0 T I
- improprement ce nom à une chaux de plomb, qui prend par la calcination une couleur rouge que l’on nomme plomb rouge, ou minium. 141. 1
- Plomb rouge. Voyez plomb.
- Ponne , grand vafe de terre cuite, qui fert à Faire les leifives & à faler les viandes. 216.
- Porcelaine {art de h), cité 11.10.
- «Poterie , qualités delà bonne poterie. 19 , n. 8-
- Poterie (Saint-Germain de la), parodie du Beauvoifis. 18?-
- Potier de terre, en allemand Tùpfer, ouvrier qui travaille en poterie commune. 1. Liaifon de cet art avec d’autres précédemment traités, n. 2.
- Pots-a fleurs communs. 91 ,pl. i,
- • fii- 17 » »•
- Pourrir. Voyez hiverner.
- Pra en Forez (la) s hameau du Lyonnais , où le fabrique la porcelaine*
- I f 7 , II. 4^.
- Prévalais (!a), paroilfe de Bretagne, à quelques lieues de Rennes. 190.
- Pyrites, fubftance minérale, qui contient un peu de métal & beaucoup de fou ire ou d’arfenic. 1 3 , b. Mauvais alliage pour la poterie. 16.
- Q.
- Quartz , pierre dure , îaiteufe, demi-traniparente , & vitriftable. 1/2,
- K
- Registres , ouvertures pratiquées à diiférens endroits du fourneau * qu’on ouvre ou qu’on ferme avec des bouchons pour diminuer ou augmenter le feu. 27 p.
- Rognures des ouvrages qui n’ont point été au four.
- ER DE TERRE. 3S7
- Roues employées dans la poterie. 74. Roue de fer. 7y , pi. I,fig. y. Roue de bois. Voyez tour.
- S
- Sable, mêlé avec l’argille. 13. Son ufage dans la poterie. 17 , 32. Fufi-ble, vitrifiable & métallique. 18. A faire les briques, n. 17. Sert à mouler. 48.
- Savignier ,petit village de Picardie.
- 12b
- Saux - silLanges , ou Sttiixillanges, petite ville d’Auvergne, à quatre lieues de diftance d’ilfoire , où l’on fabrique des creufets pour les orfèvres. 517.
- Scie, fil de laiton qui fert à détacher les ouvrages de delïus le plateau.
- Secher les faitieres. 44.
- Sel marin ; fon ufage pour la poterie d’Angleterre. 279.
- Serre * mettre en ferre, c’eft empiler les faitieres à demi feches. 4f.
- Siégé , planche inclinée qui fait partie du tour des potiers, & fur laquelle l’ouvrier s’aftied. 7y ,• pi. 14 fig. f.
- Silex * fubftance pierreufe qui approche de l’agathe , & plus connue fous le nom de pierre kfiufil. 246,
- Staefordshire , province d’Angleterre , ou l’on fabrique des poteries blanches. 244.
- T
- Table à mouler. 41 ,pt. 7, fig. 4.
- Tamis à palier le filex. 249.
- Terre grasse, différé de I’argille* n 3* §, 3.
- Terre à briques. 12.
- Terre à tuiles, ibid.
- Têrre à carreaux, ibid*
- Terre de graiiferie* ibid.
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- 3ï8 ART DU POTIER DE TERRE.
- Terre à creufets. ibid.
- Terre à pipes, ibid.
- 7 erre calcaire. rg, c. Maniéré d’éprouver la terre. 14,22.
- Terre à feu , n. g.
- Terre , belle terre. 70. * .
- Terre blanche 196.
- Terre brune. 197.
- Terrine à (avonner. gp.'A braife. 12,1.
- Tet l’in , ouverture qu’on ménage au four pour le charger» qu’on ferme avec un mur de briques avant d'y
- , mettre ie feu. y 1 , 130.
- Tirelire , pot de terre commune, entièrement couvert, & ouvert iéule-
- . ment d’une fente dans le haut, par laquelle on fait entrer de l’argent. Il faut, pour avoir cet argent, caifer la tirelire, gg.
- Toupiniers. gai.
- Tour , en ail. dié fcheibe, roue de bois qu’on fait tourner avec le pied, pour former fur le plateau des ouvrages qu’on veut travailler comme fur la roue du potier, 11. 30, §. go, ]>L /,
- fig-}%*
- Tour à l’anglaife. 2fo.
- Tournasoir. Voyez tourna Jin.
- Tournasser. Toyez tournajjin.
- Tournassin, inftrumenc de fer un peu tranchant, auquel on donne différentes formes , qui fert particuliérement à travailler le deiTous des vafes qu’on a détachés de delfus le plateau, r 10.
- Tournoir, bâton qui fert à imprimer un mouvement circulaire à la roue de fer. 79 ,/>/. II ,jîg. 4, a.
- Trempe, mettre en trempe ; verfer de r eau fur la terre pour l’amollir & la
- corroyer, go.
- Tremper, donner un petit feu aux poteries, pour achever de les defle-cher avant de leur donner le grand feu de cuiiïon. f4*
- Tuilier briqu eti er ( art du ) , cité 110t. 12, 1?.
- Tûtes , forte de creufet fupporté par un pied , comme celui d’un verre à boire. 309.
- U
- Urquain, pierre dure & unie , ou madrier de bois fur lequel on pofe le moule , pour former les faîtieres & grands carreaux. 41.
- V
- Vanvres, paroilfe de l’Isle-de-France, a une lieue & demie de Paris. 70.
- Vases de jardin. 96, 126.
- Vaucour, tablette de bois, fur laquelle on pofe la terre qui doit être travaillée. 7y ,/>/./, fig. y , k.
- Vernis, enduit d’une fublfance vitrifiée, dont on recouvre les ouvrages de terre. ig,i39. Autre méthode d’appliquer le vernis. 146. De laPra dans leLyonnais. i6y. DeFranche-ville. igo. De Saint-Fargean. 2i2. Du comté de Northumberland en Angleterre. 236. Du comté de Stafford. 2yg.
- ViRET. Voyez jonc.
- VOGUER , en ail. mit den Hlinden tvir-chen , manier & pétrir la terre à la main , pour en ôter les corps étrangers & la corroyer plus parfaitement. 71.
- Z
- Zimmeren , village du Luxembourg % où le fait de bonne poterie. 191.
- Fin de Part du potier de terre.
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- ART
- DE FAIRE LES PIPES
- A FUMER LE TABAC,
- Par JVL Duhamel du Monceau,
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- rf?T
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- ART
- DE FAIRE LES PIPES (*).
- «g- ; .-- -Ü-—T-- —:_. T --’.— JT s.
- i. ]L usage d’afpirer la fumée de quelque plante eft fort ancien, & généralement établi, non feulement chez les peuples policés, mais même parmi les nations fauvages. Nous avons dans nos cabinets, des pipes , des calumets induftrieufement travaillés par ces peuples, chez qui afïurémenù les autres arts ne font pas en honneurs & on nous en apporte de très-belles de la Chine, de la Perfe, du Mogol, &c.
- (a) Je n’ai trouvé aucun mémoire dans le dépôt de l’académie, fur la façon de faire les pipes ; j’en avais bien vu faire autrefois aux environs de Rouen & à Chichef-ter en Angleterre ; mais les notes que j’avais confervées étaient fort fuccintes, & plu-fieurs détails m’étaient échappés de la mémoire ; de forte que ce qui m’était refté de plus utile, était la difpoGtion des fourneaux. Heureufement M. Dubois, ingénieur des ponts & chauffées de Rouen , a bien voulu venir à mon fecours ; il m’a remis des plans très-exacts du petit fourneau dont on fe fert auprès de Rouen , du moule & de la preffë, avec des mémoires très-circonftanciés , qui m’ont mis à portée de me rappeller des détails que je n’avais pas vus depuis long-tems ; ils me mettent en état de publier la façon de faire les pipes en Normandie. Mais on fait que les pipes qu’on fait en Hollande, l’emportent fur Tome FIll.
- toutes celles des autres pays pour la blaa* cheur , le poli & le fini.
- M. Rigault, chymifte de la marine, qui réfide à Calais, ayant à portée de lui les fabriques des pipes de Dunkerque & de Saint-Omer, a bien voulu me faire part des recherches qu’il avait faites fur la terre propre à faire des pipes, & fur la préparation qu’on lui donne.
- M. Allamand , célébré profeffeur de phy-fique en l’univerfité de Leyde , a bien voulu me détailler les manœuvres qui font en ufage dans les grandes fabriques de Hollande ; & avec ces fecours, j’efpere que le public recevra avec plaifir la defcripiion d’un petit art qui offre des chofes bien dignes d’attention. Je trouve une vraie fa-tisfaction à faire connaître au public l'obligation que j’ai à M. Allamand , à JSl. Dubois & à M. Rigault.
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- ART DE FAIRE LES RIPES.
- 363
- 2. Les médecins ont recommandé Pufage de la fumée du tabac, ou de différens aromates, pour guérir certaines maladies ; & les gens défœuvrés de tous états, trouvent dans Pufage de la fumée, un moyen de diffiper leur ennui. La fumée du tabac, le thé , le café (i), le punch, fervent chez les peuples policés , à remplir les vuides de la converfition , ou à donner le tems de la réflexion lorfqu’ii s’agit de difcuter des affaires férieufes. L’ufage de fumer ayant pafîe en habitude chez des perfonnes aifées , on a rafiné fur le choix du tabac , fur la façon de fumer. Les uns, pour éviter la chaleur de la fumée qui leur échauffait la bouche , l’ont fait pafler par des tuyaux fort longs , tantôt de bois , tantôt de métal , & quelquefois de cuir. D’autres ont mèmè voulu, pour la rendre plus douce, qu’elle paffat au travers de Peau. Les gens du peuple, qui ayant prefque toute la journée la pipe à la bouche, font en quelque façon blafés par un ufage continuel de la fumée, cherchent cette âcreté qui déplaît aux autres, & fument avec des pipes dont le tuyau eff: fort court.
- 3. Il y aurait matière à une longue diifertation , fi j’entreprenais de décrire toutes les formes qu’on a données aux pipes ,& toutes les façons de fumer 5 mais ce n’eft pas mon objet. Je me borne à expliquer la maniéré de faire les pipes qui font d’un plus grand ufage en Europe; je ne parlerai pas même de ces pipes très-communes, dont le fourneau eff de terre grife, auquel on ajoute un tuyau de bois , non plus que des pipes de métal; il ne s’agit pour le préfent, que des pipes de terre blanche , connues fous le 110m de pipes de Hollande. Elles ont l’avantage d’être légères, propres à réfilfer long-tems à l’aâion du feu , & d’être d’un prix modique; cependant comme elles font fragiles , les gens du commun leur préfèrent les pipes de métal ou celles de terre groflîere , auxquelles ils ajuftent un tuyau de bois ou de cuir, au moyen de quoi ils peuvent les mettre dans leur poche fans crainte de les calfer. Ces pipes communes n’empêchent pas qu’il ne fe falfe une confommation confidérable de pipes blanches , & leur fabrique occupe un grand nombre d’ouvriers en France, en Angleterre , & fur-tout en Hollande. C’eft la façon de faire ces pipes , que je me propofe de décrire avec exaélitude ; & on peut dire qu’entre les ouvrages de terre cuite, fi l’on en excepte la porcelaine, il y en a peu qui méritent plus d’attention que les pipes. Mais avant d’entrer en
- (1) La coutume de fumer du tabac doit cepté dans certains cas particuliers , où il fon origine, comme l’ufage du thé & du peut êcre falutaire. Mais ce n’eft point ici le café , à l’avidité des marchands, qui ont lieu d’entrer dans cetce difcutlion 11 paraît cherché à introduire une habitude propre que c’eft les Efpagnols qui ont apporté le à augmenter leurs profits. Cet ufage eft con. tabac des Indes, & qui ont appris aux Eu-damné par la plupart des médecins, ex- ropéens à le fumer,
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- ART DE FAIRE L E S P I P E S. 3*3
- matière, je vais rapporter ce que M. Rigauît m’a écrit fur les différentes efpeces de pipes de ce genre, qui font venues à fa connaiffince.
- Des différences que M, Rigault a remarquées dans les efpeces de pipes qui font, tombées entre fes mains.
- 4. Il m’a paru que l’on pouvait en général diftinguer les pipes, eu pipes à talon & en pipes fans talon, connues fous le nom de cajottes ou cachottes; que les unes & les autres pouvaient aufîi fe diftinguer en gravées & en unies ; que les pipes à talon pouvaient être divifées en longues , moyennes ou demi-longues, & en courtes s que Ges trois efpeces, relativement à la groffeur des têtes, pouvaient encore fe diftinguer en grolfes, en moyennes & en petites ; que ces mêmes pipes à talon , relativement à rinclinaifon des têtes fur les queues, pouvaient encore le diftinguer en croches, dont l’axe des têtes fait angle droit avec les queues ; & en demi-croches , dont l’inclinaifon des têtes tient le milieu entre celle des croches & celle des pipes ordinaires ; que par rapport à la longueur des têtes, ou divifait encore les pipes courtes à talon groffes ou petites, en ginguettcs gravées & en ginguettes unies j & qu’enfm, relativement à la forme des talons & à la coupe fupérieure de la tête, 011 pouvait encore diftinguer les pipes à talon en pipes à talon ordinaire, dont j’ai parlé plus haut, & en anglaifes, ou de façon anglaife, qui ont le talon pointu.
- 5'. Pour que l’on foit à portée de remarquer ces différences, & pour éviter la defcription de chaque efpece de pipe ou de chaque moule en particulier, j’ai indiqué par des cotes leur véritable grandeur. On cbfer-vera que les queues des longues pipes n’ayant pu être tracées dans leur véritable longueur, j’ai eu l’attention de noter celle qu’elles ont ordinairement. On remarquera encore, que les queues des pipes provenant des manufactures de Hollande, de quelque efpece qu’elles foient , font pour l’ordinaire d’un pouce plus longues que celles des pipes que l’on fabrique en France, où il paraît que l’on s’eft appliqué à imiter les pipes de Hollande , comme étant les plus belles & les plus parfaites de celles que l’on connaît.
- 6. La figure I, pL T , repréfente la coupe d’une pipe ancienne, trouvée .dans des terres de jardins qui n’avaient point été remuées depuis long-tams. Sa longueur eft de neuf pouces.
- 7. La figure 2 eft celle d’une pipe longue gravée à talon , ayant les armes du roi gravées à la tête, & quelques attributs de la manufacture de Dunkerque, où elle a été fabriquée. Cette forte de pipes fe débite dans la Flandre maritime ; & la groffe, qui eft de douze douzaines ou 144, fe
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- S«4 ART D E\ FAIRE LES PIPES.
- vend fix livres dix fols, prife à la manufacture. La longueur de la queue eftr de vingt-un pouces , la longueur de la têt.e vingt-quatre lignes , le diamètre dix lignes.
- g. Les pipes longues ordinaires à talon & unies, fe fabriquent àDuu-kerque , & en Hollande : elles fe vendent cinq livres la groffe. Elles font d’ufage dans toute la France. Par rapport à la groffeur des têtes, on les diftingu-e en grolfes, moyennes, & petites,. La longueur de la queue a vingt-un à vingt-deux pouces.
- 9. Les pipes moyennes ou demi-longues fè fabriquent auffi à Dunkerque , 8c en Hollande. Elles font d’ufage dans toute la France , & elles fe vendent trois livres dix fols la groife. On les d-iftingue auffi en grolfes, moyennes 8c petites. La longueur de leur queue eft de dix-huit à dix-neuf pouces.
- 10. Les pipes courtes gravées & unies, grolfes, moyennes & petites * fabriquées à Dunkerque 8c en Hollande , fe confomment dans beaucoup de-provinces du royaume ; mais celles qui fe nomment courtes à petit talon * fe débitent principalement à Paris. Elles fe vendent quarante fols la grolîe» La longueur de leur queue éft de huit à neuf pouces.
- iï. Les pipes longues croches 8c longues demi-croches font fabriquées; à Dunkerque & en Hollande. Les queues ont dix-huit à dix-neuf pouces de longueur.
- 12. La figure 5 eft celle d’une courte croche, appeîlée auffi crochette à îa manufacture de Dunkerque , où. elle eft fabriquée. Sa queue a huit pouces ou huit pouces & demi de longueur»
- 13. Cette elpece de pipes fe didingue comme les autres, en grolfe3 , en moyennes & empetites. Elles, fe confomment dans tout le royaume ; mais on tranfporte une très-grande quantité de longues croches & demi-croches à la côte de Guinée , pour la traite des negres. Elles fe vendent cinq à cinq livres, dix fols la groffe, 8c les courtes quarante fols»
- 14. Les pipes ginguettes gravées & unies, font fabriquées à Dunkerque. Elles partent le nam de ginguettes, parce, que les tètes étant petites» elles contiennent peu. de tabac. On en fait paffer de grandes quantités à Paris, en Bretagne, & dans les autres provinces du royaume, ou le tabac eft cher. Elles fe vendent quarante fols la groffe. La longueur de leur queue eft de huit à neuf pouces»
- i^. La pipe repréfentée par la fig. 4, eft anglaise ou de façon angkife, fabriquée en Angleterre, en Hollande & en France. Ces pipes different entr’elles par la longueur des queues & par la groffeur des tètes 5 mais le caraCtere par lequel on les diftingue des autres efpeces » c’eft qu’elles n’ont ordinairement aucune marque à la queue j. les talons fout à la plupart preff
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- que terminés en pointe, & la coupe fupérieure de la tète eft parallèle aux queues , l’axe de la tète ayant fur la queue la même inclinaifon que l’on remarque aux pipes ordinaires à talon. On obfervera que celle appellée double W, n’a pas tout-à-fait ces caractères ; c’eft une efpece de pipe particulière hollandaife, que l’on m’a alfuré devoir être placée parmi les anglai-fes. Toutes ces pipes fe débitent en France, & elles s’y vendent line livre dix fols la grolfe : la longueur des queues varie depuis dix pouces jufqu’à treize.
- 16. La figure ç eft celle des pipes fans talon, appellées cajottes ou cachottès. Ces pipes font appellées ainfi, parce que , n’ayant point de talons , les payfans les mettent plus facilement fans étui dans les poches longues des culottes. Elles fe débitent dans la Flandre & dans l’Artois ; les gravées fe vendent quarante-cinq fols la grolfe, & celles qui font unies trente-cinq fols.
- 17. La figure 6 eft celle d’une efpece de pipe particulière à la manufacture de Saint-Omer, à laquelle on a donné le nom de falbala,: elle ne fort point du pays d’Artois (2).
- 18. N’ayant point égard aux petites différences dont nous venons de parler, les pipes font de longs tuyaux de terre cuite, très-fine & très-blanche j à l’un des bouts de ce tuyau qui eft recourbé, on pratique un évafement dans lequel le tabac brûle : on l’appelle le fourneau ou la tète de la pipe. Ce fourneau a un peu la forme d’un colloïde renverfé , & on pratique à la pointe un petit appendice de terre, qu’on nomme le talon: quelques-unes, qu’on nomme cachottès > n’en ont point.
- 19. On allume le tabac dans le fourneau, & ôn en alpire la fumée en fuçant l’extrémité du tuyau.
- 20. Il fe fait des pipes de différentes terres & de différentes formes f les unes courtes , les autres longues ; il y en a d’unies , les autres font façonnées. Nous en avons amplement parlé plus haut, d’après M. Rigauît.
- 21. On en fait en France, en Angleterre, & fur-tout en Hollande, où elles font plus parfaites qu’ailleurs.
- y
- Des terres dont on fait les pipes.
- 22. Chaque ouvrier qui travaille à faire des pipes, effaie de fe pn>é curer dans fès environs de la terre propre à cet ouvrage. Il s’en trouve à Foffay, à Gournay , à la Belliere, & plusieurs autres endroits aux envi-
- (2) Les pipes à falbala doivent avoir le tîops du tuyau , l’huile du tabac , dont la défaut de raffemDlei: dans les circonvolu- llipticité eft très-incommode.
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- rons de Forges, dans le pays de Bray. Mais pour les pipes qu’on fait à Rouen ou aux environs, on tire la terre de Saint-Aubin & de Bellebœuf, au bord de la riviere de Seine , à deux lieues au-deifus de Rouen. Il y a lieu de croire qu’il s’en trouverait encore en plusieurs autres endroits.
- 23. La. terre à pipe, qui vient de Saint-Aubin & de Bellebœuf, fe tire de mines profondes de quatorze à quinze braifes , où l’on pratique des chambres de dix-huit à vingt pieds de diamètre; & l’on en tirerait beaucoup plus de terre, fi l’eau n’empèchait pas les ouvriers d'y fouiller à une certaine profondeur. Lorfqu’on eft obligé d’abandonner une mine, on en ouvre une autre à une petite diftance, & on y trouve aufli abondamment de la terre à pipe. La terre qui vient du pays de Bray, fe tire à ciel ouvert fans aucun danger & avec beaucoup moins de peine. Les ouvriers fe contentent de faire une tranchée de cinq à fix pieds de profondeur, qu’ils pouffent devant eux.
- 24. Il paraît que dans le pays de Bray, où l’on tire de cette terre fur la furface du terrein, la qualité du terroir tire , généralement parlant, fur une glaife extrêmement arrofée & imbibée d’eau.
- 2^. A l’égard des mines de Saint-Aubin & de Bellebœuf, on trouve au fond la même qualité de terre que dans le pays de Bray; mais fur la fur-face extérieure du terrein , il n’y a aucune marque apparente qui puiife indiquer fùrement que l’on trouvera, en creufant dans un endroit plutôt que dans un autre, de cette terre à pipe.
- 26. La terre du pays de Bray paiTe pour la meilleure ; elle coûte fur le lieu fix à fept livres d’achat la quantité de ce qu’eu peut contenir un muid, & fept à huit livres de voiture du pays de Bray à Rouen: ce qui fait en tout de treize à quinze livres.
- 27. Sous le régné de Louis XIVr , 011 fit défenfe de tranfporter hors du royaume de ces fortes de terre ; mais comme ces prohibitions ne regardaient proprement que la terre du pays de Bray, elles n’ont pas empêché l’enlevement de celles de Saint-Aubin & de Bellebœuf, qui ont beaucoup augmenté de prix, par la quantité confidérable que les étrangers & les Français en ont enlevée.
- 28- Comme on exige que les pipes foient blanches, il faut que Pargille qu’on emploie 11e contienne point de fer, qui rougirait à la cuiifon. Au refte , c’eft la fineiïe de la terre qui en fait le principal mérite ; elle 11e doit contenir ni fable ni pyrite, & on n’eft certain de fa vraie qualité 9 que quand on en a fait quelques fourneaux, principalement pour s’aifu-rer fi elle blanchit à la cuiifon; car la couleur n’efi; pas exactement la même, il s’en trouve d’un peu grife, de cendrée, de blanche, de couleur de favori, qui font également bonnes.
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- 29. Entre les terres qui fe tirent des mines, celle des couches les plus profondes e£t la plus fine & la meilleure; mais elle a befoin de plus de feu pour être bien cuite. Cependant 011 fait ufage des couches fupé-rieures pour d’autres ouvrages. La première terre qui fe tire de ces mines, eft deitinée pour les potiers. La fécondé, pour les faïanciers. Enfin, la troi-fierae qui eft la plus fine, eft pour les pipes ; & à quelque profondeur qu’on la tire, elle doit être pure & exempte de fable.
- 30. On deftine encore pour les faïanciers , la terre qui fe trouve trop grade, quoiqu’elle foit fine, parce qu’elle pourrait fe fendre dans le fourneau , & ne pas conferver la forme des moules à pipes.
- 31. Les ouvriers de Rouen prétendent, peut-être avec raifon, qu’ils en peuvent faire d’aufti belles qu’en Hollande ; mais il eft certain que communément celles qu’ils font, parailfent beaucoup moins belles : au moins le coup-d’œil eft favorable à celles de Hollande. Cependant on en fait à Rouen de trois fortes, de fort communes , de plus parfaites, & quelques-unes très-fines qui approchent de celles de Hollande : mais les pipes de Hollande ont toujours la préférence, quoiqu’elles foient un peu plus cheres que celles de Normandie.
- 32. Les pipes de Hollande viennent la plupart de Leyde, Fleflingue & Rotterdam ; il y avait auffi à Amfterdam une femme qui avait la réputation de les faire fort belles.
- 33. M. Allamand m’a écrit que la fabrique des pipes en Hollande paraît être affeéfée à la ville de Gouda (3), quoiqu’on en fade ailleurs, mais en petite quantité & de beaucoup moins belles. On compte dans cette ville plus de 280 maîtres fabricans de pipes, dont quelques-uns occupent 60 k 70 ouvriers.
- 34. Ces pipes coûtent fur les lieux feize fols argent de Hollande; & avec tous les autres frais, elles reviennent en France à environ trente-fix fols la grolfe compofée de douze douzaines: ce qui eft un peu plus que celui des plus fines pipes de France.
- . 3Ç. Ceux qui font grands fumeurs, prétendent que les pipes de Hollande ont un petit défaut que n’ont point celles de France, qui eft de s’engraider. Ce n’eft pas un défaut pour les gens de condition, qui en changent fréquemment ; d'ailleurs nous dirons dans la fuite comment 011 peut leur rendre leur blancheur. À l’égard des matelots , ainfi que des autres perfonnes du bas peuple, ils fe plaifeut à fe fervir de pipes enfumées. Cette qualité des pipes holiandailès provient, dit-on , de ce que la terre dont les Hollandais font leurs pipes , eft poreufe; j’ai des raifons d’en douter.
- (3) La fabrique de Gouda, qu’on nomme deux Indes, & en fait un commerce prodi» autrement l'ergoy?, fournit de pipes les gieux.
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- O il dit qu’ils tirent de proche Anvers de la terre à pipes , & qu’ils l’ef-timent tellement, que dans les tems de guerre, où ils ne pouvaient pas en enlever à caufe qu’Anvers étôit entre nos mains, malgré toutes les interdirions de commerce entre la France & l’Eipagne, ils obtinrent des états - généraux la permiffion de folliciter des paffe-ports pour en faire venir.
- 36. Mais M. Allamand m’écrit que la terre que les Hollandais emploient pour faire des pipes, eft une argille fine & grade qu’ils font venir des environs de Cologne & du pays de Liege. Cette derniere, qu’on eftime la meilleure, fe trouve à douze ou quinze pieds de profondeur en terre: on la fait fécher fur les lieux , & on l’envoie en Hollande dans des tonneaux qui en contiennent 460 livres : elle le vend ordinairement 5 florins. Il y a à Gouda des marchands qui en fourniflent aux fabricans (4).
- 37. Avant de parler des préparations qu’on donne aux terres qu’on deftine à faire des pipes, je vais rapporter des expériences que M. Rigault, phyficien de la marine, a faites pour mieux connaître la vraie nature de ces terres.
- Expériences fur les terres k pipes , par M. Rigault.
- 38- Quelques minéralogiftes ayant rangé les terres à pipes dans la clalfe des marnes, j’ai cru devoir, dans les recherches que j’ai faites à Foccafion des manufactures de pipes, examiner les propriétés de ces terres , afin de connaître fi elles étaient effectivement des marnes, & pour découvrir en même tems quelles font les qualités que ces terres doivent avoir pour former les plus belles pipes.
- 39. Comme les marnes contiennent une affez grande quantité de terre calcaire , & que les manufacturiers de pipes ont la plus grande attention d’éloigner des murs les terres à pipes qu’ils ont en magafiti, de crainte qu’il ne fe mêle parmi, de la chaux ou quelqu’autre fubftance crétacée que l’on a reconnu être en général très-nuifible à la confection des pipes, il était à préfumer que ces terres n’étaient pas des marnes ; mais les expériences dont je vais rendre compte , m’ont prouvé évidemment que c’était de véritables argilles, & même que celles dont la pefanteur fpécifique était la plus grande, étaient auiïî, toutes chofes égales d’ailleurs, celles avec lefquelles on farfait les pipes les plus parfaites.
- (4") La terre à pipes, dont on fait ufage paffée au crible, pour en ôter tous les grains dans les manufactures de Berlin, eft une de fable, qui feraient fauter les pipes , oh argille aflez fine & blanche , que l’on tire la laifle au moins un an en tas fous des an-dans le duché de Magdebourg & dans la gars, pour y recevoir une bonne prépara, principauté de Halbcrftadt. Après l’avoir don.
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- 40. Les terres à pipes, cîont j’ai fait l’examen , font employées dans une manufacture de pipes établie dans la baffe-ville de Dunkerque , & font établies à l’inftar de celles de Hollande, & dans une manufacture de pipes communes établie à Saint-Omer.
- 41. Les terres dont on fe fert à Dunkerque, viennent d’Ancienne , dans le voifinage de Namur , d’Autroche , village du Brabant, fitué environ à une lieue de Saint-Guillain, & d’Angleterre.
- 42. Celle de la manufacture de Saint-Omer fe tire à Devres, bourg du Boulonnais, à trois lieues environ de Boulogne.
- 43. La. terre d’Andenne eft celle dont les Hollandais fe fervent pour faire la faïance fine & les belles pipes qu’ils envoient dans toutes les: parties du monde. Je n’ai pu avoir aucun renfeignement fur la manière dont on la tire de la mine. AI. Gallon, brigadier des armées du roi, ingénieur en chef du Havre, & correfpondant de l’académie, parle de cette terre dans Y art de convenir Le cuivre rouge en cuivre jaune (J), qu’il a donné à l’académie ; mais il n’entre point dans les détails de l’extraCtion de cette terre. U11 homme de Saint-Omer, qui avait autrefois une manufacture de pipes, m’a affuré qu’ayant été lui-même acheter de la terre à Andenne , il avait vu qu’on la tirait hors de plufieurs puits qui avaient environ vingt à vingt-cinq pieds de profondeur. Il a fu fur le lieu, que les Hollandais en enlevaient de très-grandes quantités pour leurs manufactures de pipes. D’ailleurs, les ouvriers que l’on a fait venir de Hollande pour établir la manufacture de Dunkerque, ont indiqué la terre d’Andenne aux propriétaires de la manufacture de Dunkerque, qui en ayant fait venir, ont fait fabriquer des pipes entièrement femblables à celles de Hollande!: ainfi c’efi: mal-à-propos que l’on a imprimé dans un dictionnaire d’hifloire naturelle, au mot terre cl pipes, & dans une minéralogie du même guteur, à l’article marne, que les Hollandais tirent leur terre à pipes de Rouen , à la faveur des vaiifeaux de cette nation, qui s’en chargent fous le prétexte de prendre du left (6). Je ne nie pas le fait; mais cette terre n’elt ni 11e peut être employée feule pour faire des pipes fines. Voici jine" preuve de cette affertion.
- 44. M. de la Ruelle, l’un des propriétaires de la manufacture de Dunkerque, fit venir de Rouen, fur la foi de l’article du dictionnaire que je yiens de citer, des échantillons de toutes les argiîles que l’on trouve aux
- (O Voyez cet art dans le feptieme vo- (6) Voyez Dicîionnaire d'hijloirc natu« tume de cette collection. L’obfervation relie , par M, Vaimont de Bomarre , au ÉiQüt il eft ici queftion , fe trouve L 83, ferre à pipcu
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- environs de Rouen, & il n’en trouva qu’une qui’put faire des pipes communes & de mauvaife qualité.
- 4f. Quoique les terres à pipes que j’ai examinées, euffent paru feches lorfqu’on me les a procurées, j’ai cru devoir néanmoins les expofer pendant un mois fur le four d’un boulanger, afin de les amener toutes , autant qu’il était polîible, au même degré de féchereife.
- 46. La terre d’Andenne ne fait aucune effervefcence avec les acides ; elle eft grife , & elle pefe cent cinquante livres quatre onces fix gros le pied cube. Quinze pouces cubes de cette terre réduite en poudre & paiTee par un tamis de foie, fait un volume de trente-trois pouces cubes. Cette quantité de terre réduite en poudre mife dans un vafe, imbibe une livre trois onces & demie d’eau. Si l’on y ajoute une grande quantité d’eau & qu’on l’agite, elle fe délaie parfaitement. Les parties de cette terre font 11 fines , qu’elles fe tiennent alfez long-tems fufpendues dans l’eau. Dès que l’on celfe de l’agiter , les parties qui fe dépofent ont prefque déjà autant de liant & de confiftance que fi elles n’étaient Amplement qu’imbibées d’eau.
- 47. Si l’on continue de verfer de l’eau & d’agiter le tout au point que toute la terre y foit fufpendue, & qu’en même tems on verfe le mélange par inclinaifon, on trouve au fond du vafe , du fable encore embarralfé de parties argilleufes , mais que l’on nettoie par un fécond ou troilieme lavage. Les quinze pouces cubes ont produit deux fcrupules & quatre grains de fable.
- 48. Cette terre eft extrêmement ducftile & liante j lorfqu’elle eft amollie au point d’être mife en œuvre , elle acquiert plus de folidité par la prefïîon du moule, que celles dont }e parlerai dans peu. C’eft pour cette raifon que les pipes que l’on fait avec cette terre, font aifées à travailler tandis qu’elles font encore molles. Comme elles ne fe caflent ordinairement pas dans les différentes manipulations qu’elles éprouvent avant que d’être rnifes au four, elles fe poliffent beaucoup mieuxles ouvriers y gagnent davantage, parce que les accidens qui arrivent aux pipes molles font à leur charge.
- 49. La terre d’Andenne a une autre qualité qui n’eft pas moins avanta-geufe aux propriétaires des manufactures de pipes. La retraite dont elle eft jiifceptible à la cuite, n’eft pas confidérable , & elle fe fait également dans toutes les parties de la pipe, de forte qu’il eft rare d’en voir qui foient déformées. Leur furface d’ailleurs eft très-unie, ce qui fait que le vernis qu’on y applique après la cuiffon, les rend prefqu’auffi luifantes que fi ce vernis était produit par la fufion d’une matière vitrifiable.
- *)Q. Cette terre prend une petite nuance roufîàtre à Ta cuiffon ; mais 3a dureté des pipes & la confervatiçn de leur forme dédommagent bien de «et inconvénient, Ci c’en eft uxu
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- fl. La terre d’Autrache fe tire à vingt pieds de profondeur; & pour cela, on fait des puits d’environ fix pieds de diamètre. Le banc d’argiile a environ dix pieds d’épaiffeur; il eft divifé par lits de qualités différentes. L’argillo la plus fine eft mife à part pour les manufactures de pipes & de finance; la plus groffiere fert pour les poteries de terre & de grès , établies dans le village & dans les environs.
- f2. Cette terre eft brune ; elle 11e fait pas effervefcence avec les acides : elle pefe 143 livres 4 onces 3 gros le pied cube. Dix - fept pouces cubes réduits en poudre fine & tamifée comme la précédente , ont occupé 42 pouces cubes qui ont imbibé quinze onces d’eau. Cette quantité contenait 81 grains de fable.
- 53. Cette terre n’a pas tout-à-fait autant de liant que celle d’Andenne; elle fe précipite plus vite lorfqu’elle eft délayée dans une grande quantité d’eau; elle cuit un peu plus blanc, mais elle a un peu plus de retraite; d’ailleurs elle fe travaille bien. Elle a l’inconvénient de contenir quelquefois beaucoup de petites pyrites qui l’ont fait abandonner par la manufacture de Dunkerque. On avait coutume, pour la dépouiller de ces pyrites, de la réduire en petits morceaux avant de la détremper pour la mettre eu œuvre : on retirait par ce moyen toutes celles que l’on pouvait apperce-voir ; mais il en reliait que l’on ne pouvait pas voir, foit parce qu’elles étaient trop petites, ou parce qu’elles reliaient cachées dans l’épaiffeur des morceaux.
- 54. Ces pyrites détérioraient les moules parleur dureté; & lorfqu’elles fe trouvaient cachées dans l’épaiffeur des pipes , elles perçaient, en fe décorn-pofant à la chaleur du four, les pipes d’outre en oujfe à l’endroit où elles étaient engagées, & elles communiquaient outre cela une couleur d’ochre aux environs des trous.
- f f. Cette terre coûte environ 40 fols le quintal, rendue à Dunkerque; & la terre d’Andenne, que l’on y fait venir par la Hollande pour épargner les frais de tranfport parterre, y revient à trois liv. 10 fols, (a)
- Comme les pipes que l’on faifait avec la terre d’Autrache , étaient ," à très-peu de chofe près, aufli parfaites que celles fabriquées avec la terré d’Andenne, il eft probable que l’on eût donné la préférence à la première, à caufe de la modicité de fon prix , fans l’inconvénient des pyrites. Il eft certain que l’on peut la débarraffer entièrement des pyrites, en la délayant dans uneaffez grande quantité d’eau pour les faire précipiter au fond du cuvier dans lequel 011 fait cette opération, ainfi que cela fe pratique dans les manufaélures de faïance fine & de porcelaine, où l’on a befoia
- (a) Il y a vingt livres de bon poids par quintal; ainfi le quintal eft de cent vingt livres»
- Aaa i]
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- ART DE FAIRE LES PIPES.
- d’une argille pure. La manufacture de Dunkerque , à qui j’ai donné ce con» feil , ma promis d’en faire ufage.
- 57, La terre anglaife, que Ion emploie à Dunkerque , eft très-blanche ; elle eft beaucoup moins liante & moins compacte que les précédentes : elle ne fait point effervefcence avec les acides. Le pied cube pefei3^ livres 11 onces i 8 pouces cubes & demi, réduits en pouffiere & paffés par un tamis fin , ont occupé 45 pouces cubes. Cette quantité a imbibé une livre cinq onces d’eau. Lorfqu’elle eft délayée dans un grand volume d’eau , elle s’y tient plus long-tems fufpendue que celle d’Andenne. Cette quantité de 18 pouces-cubes & demi , a dépofé 76 grains de fable»
- 58- Cette terre fe travaille très-difficilement : elle prend beaucoup moins de folidité dans le moule que les précédentes i ainfi les pipes dans leur état de molleffe , font beaucoup plus fujettes à fe cafîèr dans les différentes manipulations qu’elles éprouvent , que celles qui font faites avec des terres-plus compares. Elle eft naturellement blanche, conferve fa blancheur au feu, &y devient très-dure ; mais fa retraite eft fi grande & fi inégale r que fur douze pipes il ne s’en trouve fouvent pas deux qui eonfervent leur première forme. Leur furface eft outre cela fi raboteufe , que malgré leut blancheur & le vernis qu’on y applique , elles font défagréables à la vuev
- 59. Je n’ai pu avoir aucun renfeignement fur le lieu de l'Angleterre* d’où l’on tire cette terre ,ni fur la maniéré dont elle eft tirée de la mine, J’ai appris qu’il était défendu , fous de rigoureufes peines , d’en fortir d’Angleterre. Celle que fj’ai vue à Dunkerque , provenait cependant d’un vaiifeau; qui en était chargé, & qui fut pris 8c amené à Dunkerque par un corfaire français pendant la derniere guerre..
- 60. Comme les pipes anglaifes reffemblent à tous égards à celles que l’oix fabrique à Dunkerque avec la terre anglaife dont j’ai parlé , il eft probable qu’elles font faites avec la meme terre.
- Cl. La terre de Devres eft une argille brune, compare & liante; elle ne fait pas plus d’effervefcence avec les acides que celles dont j’ai parlé. Le; pied cube pefe 144 livres 3 onces 6 gros ; feize pouces cubes réduits en poudre, ont occupé 4r pouces cubes , qui ont imbibé quinze onces d’eau r & dépofé 68 grains de fable après avoir été délayés dans une grande quantité d’eau. Elle eft moins liante & moins compacte que celle d’Andenne y, mais elle poffede ees deux qualités effentielles aux terres à pipes à un degré-plus éminent que celle d’Autrache. Elle fe travaille très-aifément 8c fans, perte, & elle cuit dur avec peu de retraite ornais elle a l’inconvénient de rougir à la cuite, parce qu’elle contient des parties ferrugineufes. Quoique cette couleur ait paru jufqu’iciQildeftmâ;ib.leje crois devoir faire $Qunaitre que le fieux Charles-Marie Kouifel, manufacturier de Saint-Omer >
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- ti trouvé le moyen de la faire cuire aufii blanche que celle d’Andenne. Il y a quarante ans que ce manufacturier a trouvé le fecret de détruire cette couleur fcrrugineulê , ou de l’empêcher de fe développer pendant Ta cuite. Il m’a avoué que j’étais le feul à qui il en eût fait part j il me paraît jufte de lui en faire honneur en le rendant public.
- 62. Ce procédé eft fini pie j il confifte à boucher , lorfque le feu eft allumé, prefque toutes les ouvertures pratiquées dans la partie fupérieure du four, dont l’ufage eft de lailfer évacuer la fumce. Il les tient ainfi fermées pendant trois quarts d’heure , de forte que le Four eft alors rempli d’une fumée épaifle qui noircit les pipes ainli que l’intérieur du four. Il tient pendant un quart d’heure ces ouvertures débouchées ; alors le feu devient adtif, & la matière fuligineufedépofée furies pipes fe confomme.il bouche encore les mêmes ouvertures pour trois quarts - d’heure , & il les ouvre encore pendant un quart-d’heure. Enfin il continue ainfi de fermer & d’ouvrir ces ouvertures pendant 22 à 24 heures que dure l’opération de la cuite 5 mais fur la fin il charge le foyer d’une plus grande quantité de bois qu’à l’ordinaire , en tenant les ouvertures débouchées pendant une heure. Il laiife éteindre le feu de lui-même, ainfi que cela fe pratique dans les autres manufactures ; & les pipes qu’il fait cuire de cette maniéré, font auftî blanches que celles de Hollande ; tandis qu’elles feraient rouges , s’il eût lailfé débou* chées, pendant le teins de la cuite, les iifues par où la fumée doit s’échapper.
- 63. L’intérieur des pipes cuites de cette maniéré eft moins blanc que l’extérieur j mais il eft beaucoup moins rouge queue ferait la même terre qui ferait cuite par un feu clair : ce qui me fait croire que la matière fuli-gineufe, dont les pipes fe trouvent empreintes chaque fois que l’on fermer les ouvertures fupérieures du four, procure duphlogiftique à la terre ferru-gineufe : ce qui détruit la couleur qu’elle exalterait fans cela ; ou bien , ce qui eft peut-être plus vraifemblable , que cette terre contenant du fer non décom-pofé , le phlogiftique de la fuie l’empêche de fe calciner au feu, & de manifef. ter fa couleur. Mais , de quelque maniéré que cela s’opère, le fait n’en eft pas moins vrai, & il fait certainement honneur au manufacturier de S. Orner.
- 64. Si l’on fait attention que les terres à pipes dont je viens de parler, ne font aucune effervefcence avec les acides , & qu’elles ont d’ailleurs toutes les propriétés qui caracTérifent les argilles, on voit que c’eft avec rai-fon qu’on ne les a pas comprifes dans la clalfe des marnes ( 7 ). Si l’on confi-
- (7) 11 eft înconteftable que les terres à terre à pipes blanche , pareille à la terre,de pipes-appartiennent à la clafte des argilles. Samos, dont on faifait anciennement beau» Yallerius les diltingue en deux efpeces : coup de vafes. C’eft la belle terre de Hob i°. La terre à pipes grife. Cette efpece de lande , ou d’Andenne. Voyez Vallerius * terre n’eft pas bonne , & ne fait que de la minéral, tome I, page 41. tnauvaife porcelaine ou faïance, 2n. La
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- ART DE FAIRE LES FIEES.
- dere enfuite que la plus pefante , la plus compacte & la plus liante des argïl-les dont j’ai parlé, eft celle qui produit les plus belles pipes & de la meilleure qualité, telles que les belles pipes de Hollande, qui font faites avec la terre d’Àndenne, il paraîtra raifonnable de conclure que les argilles qui feront tout à la fois les plus pefantes , les plus compares & les plus liantes , quand d’ailleurs elles ne contiendraient pas une alfez grande quantité de fer pour qu’elles deviennent rouges à la cuite, feraient les plus propres pour faire de belles pipes.
- 6J. J’ai cru devoir faire cet examen des terres à pipes, principalement pour mettre à portée ceux qui doivent établir des manufactures de pipes fines, de connaître fans beaucoup de dépenfe celles qui font les plus propres à remplir leur objet. Nous avons beaucoup de ces argilles en France j il ne s’agit que d’être en état de connaître les meilleures.
- Comment oîi prépare la terre pour faire les pipes.
- 66. Les préparations de la terre à pipes, font d’abord de la laifîer tremper dans une cuve pleine d’eau, pour la rendre fouple & maniable. 11 ne faut pas pour cela plus d’une demi-journée, pendant lequel tems on la travaille avec un infiniment coupant comme une petite beche, que l’on appelle louchet ; enfuite de quoi on met cette terre fur une table à l’épaiL Leur d’un demi-pied * & pour la corroyer, on la bat avec une barre de fer plus ou moins de tems , fuivant la qualité de la terre, La fine a befoin d’être plus battue, parce qu’elle eft plus difficile à rendre maniable & liante. En deux heures de tems on bat une cuve de terre d’environ un demi-muid* Si elle fe trouvait fort fine , il faudrait plus du double de tems.
- 67. Après que cette terre eft ainfi préparée & qu’elle eft devenue comme de la pâte , elle eft en état- d’être travaillée.
- 6g. Ce que nous venons de dire fur la préparation de la terre , eft fuffi-fant, quand elle eft naturellement de bonne qualité, & qu’on fe contente de faire des pipes communes. Mais à Dunkerque * on apporte bien d’autres précautions pour parvenir à faire des pipes qui foient alfez fines pour 1© difputer en beauté à celles de Hollande. Les détails que je vais rapporter , font d’après les mémoires que j’ai reçus de M. Rigault.
- 69. L’ouvrier qui prépare la terre pour faire les pipes, & qu’on appelle batteur, eft chargé de recevoir les terres à la manufacture , de les mettre en magalîn, & d’y donner les foins qu’elles exigent.
- 70, Le magafiti eft ou doit être un grenier difpofé de façon que l’on puiffe au moyen des fenêtres ,'y établir un courant d’air lorfqu’il fait fec , & le tenir dos lorfque le tems eft humide.
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- 71. Le batteur reçoit la terre des voituriers dans des mandes ou mannes d’ofier, garnies intérieurement de toile , & de la même jauge que celles dont on fe iert pour la melurer fur la mine. Il en ôte les corps étrangers qu’il y apperçoit ; & s’il rencontre des morceaux de terre ou il y ait des graviers ou beaucoup de taches ferrugineufes, il les met de côté pour fer-vir au raccommodage des pots. Les mandes de bonne terre font portées à bras au magafin , ou elles font montées à la laveur d’une corde & d’une poulie, quand Je magafin eft un grenier. Il pofe la terre fur des planches, quand le magafin eft pavé ou carrelé ; mais dans tous les cas il a l’attention de garnir avec des planches ou avec des nattes les murs du magafin, afin que la terre ne contracte ni l’humidité qui peut y régner, ni du fable 8c de la chaux qui peuvent fe détacher des murs. Enfin, pour qu’elle feche plus promptement, il place les morceaux à côté & à quelque diftauce les uns des autres.
- 72. Comme il eft important que la terre foit très-feche avant d’être détrempée , le batteur a l’attention d’ouvrir les portes & les fenêtres du magafin dans les beaux tems , & de les tenir fermées lorfque l’air eft humide. Il a encore la précaution , pour que la terre 11e fe mêle point avec d’autres corps hétérogènes que ceux que l’air peut y dépofer, d’ôter fes fa-bots ou fes fouliers , avant d’entrer dans le magafin , dont il elt le gardien.
- 73. La préparation des terres confifte à les mêler, aies écrafer, enfuite à détremper le mélange, à l’étamper & à le battre. Mais avant d’entrer dans le détail de ces opérations, je crois devoir, pour en rendre Implication plus intelligible , faire le détail de l’attelier & des uifenfiles du batteur.
- 74. L’attelier du batteur elf un emplacement clos de murs & couvert, ayant à peu près quinze pieds en quarré. Dans les manufactures bien montées, cet attelier elt toujours placé à côté de celui des rouleurs 8c mouleurs. Il contient trois cuves cerclées en fer, ayant deux pieds de diamètre & environ vingt pouces de profondeur : elles font placées à côté les unes des autres, contre le mur, fur la même ligne & fur des madriers. A côté de ces cuves , & dans un des retours d’équerre de l’attelier , eft un établi, fîg. 7 * pi. /, qui forme un quarré-îong de quatre pieds huit pouces de longueur fur un pied dix pouces de largeur , ayant environ deux pouces d’épaiifeur. Pour lui donner plus de folidité , il elt engagé par un grand & par un petit côté-dans l’angle du mur. Il elt plevé de deux pieds & demi, & fupporté par quatre pieds folides, joints enfemble par des traverfes & pofés librement fur des madriers. Ces madriers 11e font placés fous les cuves 8c fous l’établi, que pour empêcher la terre détrempée, qui s’échappe quelquefois dans les différentes.
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- manipulations qu’elle éprouve dans cet ar.telier, de tomber fur le carreau & d’y contracter desfalecés : aufti le batteur entretient-il ces madriers très-propres., Il a encore l’attention de garnir de nattes ou de planches les murs au-deflus des cuves & ceux au-delfus de l’établi, afin qu’il puiife retirer pure la terre qui fouvent y eft jetée, & s’y attache.
- 75. Les autres uftenfiles du batteur font, un maillet de bois, des maiv. des ou mannes d’ofier, le barreau, l’étampe , la palette, le battoir, la rafette, 'l’écumette , une brode- de crin & un piqueron.
- J6. Le maillet eft un maillet de bois très-ordinaire. Il fert à écrafer les morceaux de terre trop gros , avant de les mettre à détremper.
- 77. La. mande d’ofier eft un panier à deux petites anfes très-fort : il eft garni intérieurement de toile , & il fert pour porter la terre au nraga-» iin , & la tranfporter de là à Pattelier du batteur.
- 78. Le barreau D,/g. 7, eft une barre de fer triangulaire, ayant un côté de plus de moitié plus étroit que les deux autres. La poignée eft un peu plus mince. Le petit côté a onze lignes de largeur, & les deux côtés plus larges ont deux pouces. Cet outil fert à battre la terre fur l’établi.
- 79. L’étampe, fig* 8» eftunepile de bois fervantà battre & à comprimer la terre dans une des cuves : c’eft ce qu’on appelle en architecture une dame„
- 80. La palette eft un louchet dont l’ufage eft de fervir àjremuer la terre? îorfqu’elle eft détrempée, 8ç pour la transporter d’une çuve dans l’autre * & de là fur l’établi.
- 81. Le battoir eft de bois, & il eft tout-à-fait femblable à ceux dont fe fervent les blanchilfeufes pour battre le linge. Il fert pour battre la terre dans la troifieme çuve, & pour donner la forme cubique aux pièces de terre battues.
- 83. La rafette, fig. 9, dont la coupe eft repréfentée par la figure IO* une ratifloire de fer : elle fert pour ôter la terre qui refte collée fur l’éta-* bli après qu’elle a été battue.
- 83. L’Écumette ,/g. il , eft formée d’un cercle de fer percé d$ plufieurs trous, fur lequel on ajufte une étamine de crin , ou un treillis ferré de fil de laiton. Elle fert pour enlever les ordures légères qui étaient enga^ gées dans la terre , & qui viennent nager à la furface de l’eau Iorfqu’elle eft détrempée.
- 84. La broffe eft de crin : elle fert pour nettoyer l’établi quand le batteutf fe dipofe à battre la terre.
- 8>. Enfin le piqueron eft une forte de bout de chevron arrondi, & dont les extrémités font prefque terminées en pointes. On s’en fert dans les manufactures de Tournay , pour battre ou fçraabter la terre dans te îroifieme cuve.
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- 86- Les manufacturiers de la Flandre Françaife & de l’Artois, font dans Pufage d e mêler quelques terres communes avec celles d’Andenne ou d’Autra-che , dont j’ai parlé, parce que ces dernieres paient des droits allez conft-dérables à leur fortie des Pays-bas Autrichiens : ce qui fait qu’elles reviennent , en y comprenant les frais de tranfport, à un il grand prix rendues aux manufactures, qu’il ne ferait plus poiïible d’établir de concurrence entre les pipes étrangères & les nôtres, fi l’on ne mélangeait ces terres avec d’autres plus communes.
- 87. Ces mélanges fe font dans des proportions différentes, félon que les pipes doivent être plus ou moins fines; mais les manufacturiers ont toujours grand foin de cacher ces proportions. J’ai fu cependant qu’à Dunkerque on mêlait deux parties de terre d’Andenne avec une partie de terre anglaife pour faire les pipes fines façon de Hollande ; que pour faire les pipes de façon anglaife, on s’y fervait de la terre anglaife pure; qu’à Saint-Omer 011 mêlait parties égales de terre d’Autrache & de celle de Devres, pour y faire des pipes fines ; que pour faire les pipes communes , ou employait la terre de Devres pure; & qu’enfin à Valenciennes, 011 fe fervait de parties égales de terre d’Autrache & de celle de Pau.
- 88- Lorsque le batteur a fait au magafin le choix de la terre qu’il veut employer, il l’écrafe en morceaux à peu près de la groffeur d’un œuf de poule, au moyen du maillet. Il eh par ce moyen plus en état de la bien éplucher ; d’ailleurs , elle eft beaucoup plus vite & mieux détrempée que fi elle reftait en morceaux plus gros. Il met à part, pour fervir au raccommodage des pots , les morceaux où il apperçoit des corps étrangers ou des taches ferrugineufes. Il remplit la mande, qu’il porte à fon attelier, & il met la terre dans la cuve qu’il remplit iufqu’à environ fix travers de doigt du bord fupérieur. Il verfe enfuite de l’eau pour la détremper jufi. qu’à ce que la cuve foit pleine. Cette opération fe fait ordinairement vers le foir, & l’ufage eft de laiffer la terre s’imbiber & fe détremper jufqu’au lendemain au matin. Alors le batteur écume la terre ; c’eft-à-dire , qu’avec l’écumette fig. 11 ,pL I, il enleve les ordures légères , comme pailles , bois, &c. que la terre a abandonnées & qui nagent à la furface de l’eau don£ elle eft recouverte; enfuite il enfonce le fer de la palette jufques fur le fond de la cuve , & il amene au-delfus la terre qui était au-deifous, en faifant attention fi le tout eft parfaitement détrempé. Il écume encore la terre , parce qu’il a déterminé les corps légers qui étaient au-deffous ,à ve* nir furnager. Il pratique enfuite une rigole à la furface de la terre, il la dirige vers un trou rond bouché par un fauifet, dont l’ufage eft de laiffer écouler l’eau que la terre n’a pu imbiber j mais il ne lalailfe s’écouler que Time VUE B b b
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- lorfque la terre , dont l’eau furabondante avait été troublée parles manœuvres que je viens de décrire, eft tout-ù-fait dépofée.
- 89. La terre dans cette opération n’eft point délayée , elle n’a pris pré-cilement que la quantité d’eau qu’elle a pu abforber. La pratique a prouvé que les eaux crues ou les eaux pluviales étaient également bonnes pour détremper les terres à pipes , & que ces terres étaient d’autant plus vite & mieux détrempées, qu’elles étaient plus feches. C’eft pourquoi le batteur a l’attention d’en mettre fécher dans le voilïnage du four, quand celle du magalin ne l’eft pas allez. C’eft enfin la railon pour laquelle il eft attentif à fermer & à ouvrir les fenêtres du magalin , ainft que je l’ai dit, félon que le tems eft fec ou humide»
- 90. La terre étant ainli détrempée, ne peut être employée par les rou-leurs & mouleurs, qu’elle n’ait acquis une certaine couliftance , foit par l’évaporation de l’humidité , ce qui demande beaucoup de tems, foit en la mêlant avec des terres feches qui partagent l’humidité qui la rendrait trop molle ; mais comme le dernier de ces moyens eft le plus prompt, on la mêle avec des fcraabes ou rognures de pipes molles, ou même des pipes molles caflees , que les mouleurs & les trameufes ramalfent avec autant de foin que de propreté , & que l’on met fécher dans un grenier.
- 91. Lorsque l’eau eft écoulée de la première cuve, le batteur prend la terre détrempée avec la palette, & il en fait un lit d’environ trois pouces d’épailfeur dans une fécondé cuve ; il en égalife la furface , puis il fait par-deifus un lit de fcraabes très-feches, d’environ deux pouces d’épailfeur, dont il égalife auifi la furface. Enfuite avec le tranchant du fer de la palette , qu’il enfonce jufqu’au fond delà cuve, il coupe les fcraabes trop grolfes , & les fait pénétrer avec les plus petites dans Pargille détrempée. Les coups de palette font toujours donnés dans un fens oppofé ; e’eft-à-dire , que la ligne que décrit, le fer delà palette dans le premier coup, eft coupée à angle droit ou à peu près par le coup fuivant. Cette opération étant faite , il arrange un fécond lit de terre détrempée fur ceux-ci , & un autre de fcraabes , qu’il travaille comme les précédens avec la palette : alors il étampe.
- 92. Cette opération confifte à comprimer avec la dame oul’étampe/g. 8 , ces quatre lits, jufqu’à ce qu’il juge , par la diminution de leur volume, que les fcraabes ont imbibé l’eau furabondante de la terre détrempée , & qu’elles foient en quelque forte incorporées avec elle. Cette terre étant étam-pée ou pilée , il met par-delfus deux lits de terre détrempée comme ci-delfus, & deux lits de fcraabes qu’il mêle avec la palette & qu’il étampe, Enfin il ajoute encore fur ceux-ci deux lits de terre & deux de fcraabes qu’il mêle, mais qu’il étampe beaucoup plus long-tems que les précédens , parce que les premiers éprouvent feffet qu’il exerce fur les derniers. Cette opération très'pénible, à caufe de l'adhérence de l’étampe à la terre a çe qui la
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- rend très-difficile à relever, dure environ un quart-d’heure. Il nettoie alors i etampe avec la rafette fig. 9 , & il fcraabte la terre.
- 93. Cette opération confifte à transférer la terre étampée de 1a fécondé cuve dans la troifieme , au moyen de la palette, & à la battre un mitant avec le battoir, à mefure qu’il en a transféré trois ou quatre pelletées. Il continue ainfi jufqu a ce que la cuve en queftion contienne toute la terre étam-pée. Comme cette opération fe fait fur de petites quantités de terre à la fois, les fcraabes font mieux affimilées avec la terre détrempée , quelles ne l’avaient d’abord été par l’étampe ; & le batteur eft d’autant plus inté-relîe à la bien faire, qu’il évite par-là la peine de battre long-tems la même terre fur l’établi : opération qui eft, fans contredit, la plus pénible de la manufacture. A Tournay, on fcraabte la terre avec le piqueron , & l’on m’a afluré qu’elle l’était beaucoup mieux qu’avec le battoir.
- 94. La terre .arrivée à ce degré de préparation, pourrait être travaillée ; mais elle ne formerait pas des pipes d’une couleur uniforme : car les fcraabes qui proviennent d’une terre très-exa&craent mêlée, ne font pas encore affimilées avee celle-ci autant qu’elles doivent l’être. Pour lui donner ce dernier point de perfection, le batteur prend en plusieurs pelle-» rées avec la palette, à peu près cent livres de la terre fcraabtée dans la cuve y il la pofe fur l’établi, qu’il a eu foin de nettoyer auparavant avec la broffe. Il en fait un lit long & étroit, qu’il difpofe félon la longueur de l’établi, ainfi qu’011 peut le voir en B , fig. 7. Il prend enfuite à deux mains le barreau par la poignée, & il frappe plulieurs coups du plat fur ce lit, afin d’en égalifer la furface, & de réduire fon épaiifeur à environ deux pouces. Il frappe enfuite avec le dos du barreau, par le travers du lit de terre , commençant par un bout & finiifant par l’autre ; ayant l’attention à chaque coup, qu’il n’y ait que les trois quarts de l’épailfeur du dos du barreau qui portent fur la terre non battue. Le lit s’élargit par l’effet du barreau, ainfi qu’on peut le voir en C; mais dès qu’il eft entièrement battu , il le raffemble tant avec les mains qu’avec la rafette , & il la difpofe encore félon la longueur de l’établi, mais dans un fens oppofé à la première difpofition, de façon que les coups de barreau doivent cette fois couper en travers les premiers ; enfin il la ramaffe après l’avoir battue, il la difpofe de la même maniéré qu’elle était la première fois , & il la bat encore ; & fi à cette troifieme reprife il s’apperçoit, après l’avoir ramaflee & en avoir coupé une tranche avec un fil de laiton, que la couleur n’en eft pas uniforme , ce qui annonce que le mélange eft encore imparfait, il la bat une quatrième fois.
- 9Ï. Après que la terre a été battue & ramaffée, il la met en pièces j il en fait une maffe, à laquelle il donne, au moyen du battoir, une forme
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- à peu près cubique. Ces pièces de terre pefent de quatre-vingt à cent livres ; elles font placées à côté de l’établi fur une efpece de banc , où les rou-leurs viennent les prendre pour les mettre en œuvre ; mais comme la beauté des pipes dépend en partie de la bonne préparation de la terre, elles ne font employées que lorfque le maître - ouvrier les a contrôlées. Ce contrôle fe fait en coupant quelques tranches avec un fil, afin de voir fi la couleur eft parfaitement uniforme. Il eft aulft enjoint, fous peine d’amende» aux rouleurs d’avertir le maître-ouvrier lorfqu’ils. ont des parties de pièces où la couleur eft comme marbrée.
- 96. A Tournay , à Valenciennes & à Saint - Orner, on fe fert»pour battre la terre» d’une barre de fer d’un pouce d’équarriifage. L’opération eft encore plus pénible avec ce barreau qu’avec celui à couteau.» parce qu’il adhéré davantage à la terres mais elle eft plus tô-t & plus exactement faite. Le barreau à- couteau pefe quinze à feize livrés »& le quarré environ vingt livres.
- 97. A Tournay, les batteurs font dans Pufage de donnera la terre ce qu’ils nomment des brouillards » lorfqu’en la battant ils apperçoivent des parties qui font encore feches. Pour cela ils remplirent d’eau leur bouche » & ils la faufilent avec le plus de force qu’ils peuvent» fur les parties qui leur paraiifent trop peu humectées.. Cette eau eft réduite effectivement en parties, fi fines, qu’elles reifemblent à un brouillard.
- 9-8. Le batteur eft ordinairement payé au mois dans les manufactures 5 fes gages, font de quarante livres par mois. Il eft tenu de préparer tous les jours de la terre pour feize mouleurs , de raccommoder les pots , de recevoir la terre & de- la foigner tandis qu’elle eft en magafin ,. & de donner aufli des foins aux fcraabes., que les ouvriers portent au magafin qui leur eft deftiné:.
- 99. M. Rigault a aifurément bien exactement détaillé la préparation des terres à pipes» telle qu’on la fait en Flandre ; cependant je ne me crois: pas difpenié de rapporter la méthode de Hollande , dont j’ai l’obligation à M. Allamand, d’autant qu’elle fournit des moyens plus, expéditifs que celle de Flandre.
- 10a Pour mettre la terre à pipe en état d7être employée parles rouleurs & les mouleurs , on commence par la faire bien fécher ; enfuite 011 la réduit en poudre avec un maillet, puis on la met tremper pendant un ou deux jours , fuivant la quantité de terre qu’on veut préparer. Au bout de ce tems 011 fait écouler l’eau qui fumage , & 011 remue la terre avec une pelle de fer jufqu’à ce qu’elle ait acquis la eonliftance d’une pâte liée; alors qü la pétrit, & l’on en fait des efpeces de pains longs d’un pied »
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- larges & épais de fix pouces : on les met dans un moulin pour les mieux pétrir & rendre leur fubftance plus homogène.
- 101. Pour comprendre la conftrucftion de ce moulin, il faut imaginer une barre de fer A B , pi I, fig. 12 , établie.perpendiculairement entre les poutres O A M & N B P. Les deux bouts de cette barre font reçus, favoir celui A, dans des collets de fonte; & celui B, dans une crapaudine de même métal; & elle eft mue circulairement au moyen du levier CD, qui lui eft fermement attaché en C, & qui s’étend jufqu’enD, où l’on ajoute une barre de fer courbée D g, à laquelle on attele un cheval qui, par un mouvement circulaire (8)3 fait tourner la barre AB.
- 102. Cette barre eft dans l’axe d’un cylindre creux, ou d’un tonneau cylindrique ouvert par en-haut en E G, & fixé par en-bas fur le plancher RS, qui lui fert de fond. Ses douves font épailfes d’un pouce & demi, & font exa&ement jointes les unes aux autres par quatre cercles de fer E, H, I, F; fon diamètre eft de deux pieds , & fa hauteur F G de trois pieds & demi. Il eft percé au bas de deux trous quarrés a b c d 9 de huit pouces : ils font vis-à-vis l’un de l’autre.
- 103. Sa hauteur eft partagée en quatre parties égales, par autant de lames de fer, qui ont deux ou trois lignes d’épaiifeur, & deux pouces & demi de largeur. Ces lames font fixées à la barre de fer verticale , & forment comme autant de rayons du cercle formé par le cylindre où elles font placées , & de la circonférence duquel elles s’approchent autant qu’il eft pollible, fans cependant la toucher. Chacune de ces lames horifonta-les eft chargée de quatre autres de la même largeur & épaiifeur, mais qui s’élèvent perpendiculairement à la hauteur de fix pouces. Ces lames qui s’élèvent perpendiculairement fur la longueur des lames horifontales fur lefquelles elles font attachées, divifent celles-ci en quatre parties égales; celles qui font le plus éloignées du centre, touchent prefque les parois du tonneau , & la plus baife des lames horifontales rafe le fond , au-deifus duquel elle eft pofée. Les lames perpendiculaires font l’office de couteaux, & elles en portent le nom. Lorfque le cheval fait tourner la barre E F, fig. 12, les couteaux coupent, par leur mouvement circulaire, les pains qu’on a mis dans le tonneau ; & la terre corroyée & divifée en morceaux allez minces, fort par les trous abcd, fig. 12, auxquels on adapte en-dehors une planche d~K pour retenir la terre qui en fort. On remet ^ette terre une fécondé fois dans le moulin, & même une troifieme, fi 011 ne la trouve pas alfez bien pétrie & corroyée.
- (8 ) On a aulïi en Hollande des moulins à brifer la terre, qui font mis enjeu par le vent.
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- 104. Pour juger fi la terre eft telle qu’il la faut, les ouvriers en prennent un morceau forti par les trous a b c d, &, le coupent avec un fil de fer : s’ils trouvent que la couleur eft uniforme, ils font allurés que la terre eft bien préparée & corroyée comme il faut ; alors ils en forment des pains comme auparavant, pour les livrer aux rouleurs : mais fi cette terre n’eft pas toute d’une couleur uniforme , ils la remettent au moulin.
- 10Ç. La fig. 12,/?/. /, repréfente le moulin tel qu’il eft quand le cheval fait tourner la barre A B, garnie de lames & de couteaux.
- 106. Après que la terre a été préparée comme nous venons de l’expliquer, & qu’on l’a rnife en pain, en la pétrifiant fur une table bien unie, on fait avec une partie de cette terre, des rouleauxfig* 13, en leur donnant à peu près la forme que les pipes doivent avoir.
- 107. Les ouvriers prétendent que c’eft un point des plus délicats de leur art, que de prendre précifément la quantité de terre qui convient pour emplir le moule ; car il faut que le moule foit plein, & qu’il n’y en ait pas de trop.
- 10g. On aifemble ces rouleaux par poignées de quinze: ce qui fait ce que les ouvriers appellent une douzaine. On les arrange fur trois couches en forme de pyramide , fig. 14. La première1 couche A eft compofée de fix rouleaux, la fécondé B de cinq, & la troifieme C de quatre. Quand on forme ces poignées , la terre eft affez ferme pour que les rouleaux puiffent Le foütenir enfemble & être retournés en tous feus, afin de les faire fécher.
- 109. Ces rouleaux ayant acquis une confiftance fufftfante , on les détache des poignées pour les percer avec une broche de fer „ fig. rf , comme on le voit fig• 16. Les ouvriers font cette opération avec beaucoup d’a-dreffe; mais elle eft bien difficile pour celui qui n’en a pas contracté l’habitude. L’ouvrier faifit ce qui doit faire le tuyau a b, fig. 16, entre deux doigts qui fuivent la pointe de la broche à mefure qu’il la fait avancer en pouffant le manche ; car l’ouvrier a le tact affez fin pour fentirau travers de la terre une petite éminence circulaire qui eft au bout de la broche, fig. 15. Il faut que cette broche foit exactement de la longueur du moule, & l’ouvrier doit former le trou à très-peu de chofe près dans l’axe du rouleau a b, fig. 16. Quand la broche eft entrée dans le rouleau de toute fa longueur, il donne un coup de pouce à la boule de terre d, fig. 16, qui doit former la tète de la pipe, pour commencer à lui faire prendre l’inclinaifon qu’elle doit avoir dans le moule.
- 110. On met enfuite la pipe & la broche dans un moule de cuivre fig. 17, 18 5 qu’on a eu foin de frotter d’huile pour que la terre ne s’attache point aux parois. Ce moule eft formé de deux pièces, fur chacune
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- defquelles eh très-proprement gravé (9) en creux la moitié de la forme extérieure de la pipe, ainli que les ornemens qu’on voit fur quelques-unes de pipes ,/?/. I, fig. 2, 4.
- 111. On pofe finie fur l’autre les deux pièces du moule fig• 17, 18* qui ont des repaires a a a pour qu’elles s’ajuhent bien régulièrement l’une avec l’autre ; & afin que les deux pièces du moule ne le dérangent pas, on met des chevilles dans les trous a a a.
- 112. On place ce moule dans une petite prelfe qui eh fermement alfu-jettie par des vis & des écrous, fur une petite table M,fig.19- Cette prelfe eit formée d’une gouttière de fer fondu & brut ; le fond A & les deux côtés B C , font d’une feule piece. Mais il y a dans l’intérieur de cette efpece de gouttière deux planches, une de fer poli D, l’autre de bois G ; & la planche D n’eh retenue auprès de la paroi B de la gouttière, que par deux boulons de fer E F E, qui lui fervent de condu&eurs lorfque l’ouvrier prelfe la planche D par la vis H, qui entre dans l’écrou I, qui a une tète qui l’arrête dans le côté B de la gouttière de fonte. Au moyen de cette vis, la planche de fer D eft fermement prelfée contre le moule qui s’appuie fur la planche de bois G, qui eh retenue par la joue C delà gouttière de fonte. Il fuffit que la planche G foit de bois, parce qu’elle ne peut être endommagée par la vis comme la planche D , qui feule eh expofée à fon aclion.
- 113* On conçoit qu’au moyen de cette prelfe 8c du moule, le tuyau de îa pipe eh tout d’un coup formé; mais la tète n’eh qu’ébauchée, comme on le voit fig. 18. Pour la perfectionner , l’ouvrier lailfant le moule dans îa prelfe , commence à former le godet en écartant la terre avec le çioigt index,, & la répandant également tout autour. Il prend enfuite un poinçon de fer nommé tkampmx , fig. 20 , qu’il fait entrer dans la tète du moule; &afin que fes parois foient d’une égale épailfeur,& que le talon de la pipe ne foit pas endommagé, l’ouvrier attache folidement autour de l’étarnpeux, à l’endroit fixé pour la longueur de la tète , un morceau de cuir qui lui fert d’arrêt. 11 retire enfuite le moule de la preffe, il poulfe la broche de fer jufqu’à îa poignée pour former la communication du tuyau avec la tète de •Ja pipe, qu’il retire tout de fuite du moule pour la perfectionner avec un inhrument,j%. 21, qu’on nomme fefiriqiuux (ro). Il emporte les bavures pour hu donner la forme convenable, avec le bout atrondi R; il coupe l’excédant du tuyau avec une lame de fer ou de cuivre P , qui eh attachée oblique-
- ' ( 9 ) Le moule fe jette en fonte comme ( 10 ) En allemand ffâckctu L’opération
- les autres pièces de métal, dans des moules fe nommeJchnetleru formes fur un modeie. en
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- ment au manehe , & avec la pointe T il retire adroitement la petite boule de terre que la broche a poulfée dans la tète de la pipe.
- 114. Les pipes étant aiiif perfectionnées (n), il les met fécherfur des planches, en les arrangeant comme on les voit fig. 22.
- 11^. Quand elles ont pris une certaine conliftance, l’ouvrier les reprend pour ôter avec un couteau les bavures de la tète , & en arrondir les arêtes avec un petit bouton de cuivre ou de corne, dans l’intérieur'duquel on a pratiqué une rainure dont l’ufage effc d’arrondir & de perfectionner les arêtes de l’ouverture de la tète. Enfuite il repaife toutes les pipes dans le moule pour les redreifer; & à mefure qu’elles le font, il les arrange fur des planches garnies de deux rainures de chaque côté, dans lefquelles on met le talon des pipes , ce qui fert à les bien arranger, & on les laide en cet étatjufqu’à ce qu’elles foient alfez raiïèrmies pour fupporter le dernier poli, la marque de l’ouvrier & la dentelle , ainli que nous allons l’expliquer.
- 116. On donne le poli en les frottant avec deux cailloux , qu’on nomme pierres de torrens , dans lefquelles on a creufé des carreaux du calibre ou de la groifeur du tuyau & de la tête de la pipe.
- 117. La marque de la manufacture s’imprime fur le tuyau, à deux ou trois pouces de dillance du talon, avec une efpece de lame de fer où font gravées différentes cifelures & des caraCteres , en faifant palier plufieurs fois cette marque tout autour du tuyau de la pipe. Elle s’imprime aifénaent dans la terre qui elt encore tendre.
- 118- La dentelle fe fait à la tète de la pipe. Pour l’imprimer, l’ouvrier met le bouton dans le godet de la pipe pour lui donner du foutien, & avec une petite fcie il parcourt le pourtour de la tète & imprime cette dentelle.
- 119. Quelquefois le moule porte lui-mème en creux quelques ornemens ; en ce cas l’ouvrier les repare à la main avec un poinçon de fer, & il enleve les bavures qui auraient pu fe former.
- 120. Les pipes ayant ainli reçu toute leur perfection, on les met fécher pour qu’elles (oient en état d’ètre portées dans la chambre du four, & de rélifter à la chaleur qu’on leur fera éprouver pour les cuire.
- 121. Un bon ouvrier peut faire par femaine environ vingt grolfes de: pipes à cinq fols la grolfe ; c’eft environ cinq livres qu’il gagne par femaine. On prétend qu’avec un demi-muid de terre à pipe, on peut faire vingt-lix à vingt-fept grolfes de pipes.
- 122. Quoiqu’il y ait bien des opérations qui foient les mêmes dans les fabriques de Hollande que dans celles de France, que nous venons
- (11) Cette opérati«n s’appelle en allemand das Tremmcn.
- d’expofer,
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- d’expo fer, je vais rapporter ce que M. Allamand m’a écrit à ce lujet.
- 123. Après que la terre a été apprêtée comme on i’a dit, un ouvrier en prend un quantité fuffifante pour faire une pipe ; & comme il a l’œil & la main exercés à cela , il eft rare qu’il en prenne plus ou moins qu’il, n’en faut: il la roule fur une table, en lui donnant à peu près la figure d’une pipe. Enfuite il aflemble ces rouleaux par poignées de vingt-quatre, & les arrange fur trois couches en forme de pyramides. La première couche eft compofée de neuf rouleaux-, la fécondé, de huit; la troifieme, de fept. Ces rouleaux font formés d’une terre alfez ferme pour qu’ils puifi. Lent être retournés, afin qu’ils fe fechent mieux fans perdre leur figure 9 & fans s’attacher l’un à l’autre.
- 124. On les lailfe ainfi fécher pendant quelques heures ; & quand ils ont acquis une confiftance fuffifante , on les fépare des poignées pour les percer avec une broche ab,fig. g , pi. //, qui elt terminée par une petite éminence circulaire. Pour cela, l’ouvrier place le rouleau a b , dans une efpece de gouttière de bois AB, fîg. 9 >pl. //, inclinée vers AI, & fixée fur une table eù e(f auifi attaché le moule G H , dont on va parler ; enfuite faifiifant le rouleau avec les deux doigts d’une maiiiE, il le perce avec la broche a F » qu’il a foin.de frotter d’huile auparavant, en obfervant les précautions décrites ci-deflus, comme en France. Quand cette broche eft entrée à peu près de toute fa longueur, l’ouvrier donne à l’extrémité la plus grofie B , un coup de pouce, qui commence à lui donner l’inclinaifon qu’elle doit avoir.
- iSf. Ce rouleau ainfi percé, fe met avec la broche dans un moule de cuivre jaune , qu’on a Loin de frotter d'huile pour que la terre 11e s’y attache point.
- 126. Le moule eft formé de deux pièces, fur chacune defquelles eft gravée en creux la moitié de la forme extérieure de la pipe , & fur la circonférence du talon 011 imprime les armes de la ville. Les deux pièces ont des repaires ; & pour qu’elles s’ajuftentrégulièrement l’une fur l’autre, les repaires ont des chevilles qui entrent dans des trous correfpondans, faits aux repaires. Ces moules font de différentes grandeurs , & font gravés plus ou moins profondément ; mais toujours leur creux a vers la tête un diamètre plus grand que vers la queue. Une pipe qui doit avoir vingt-huit pouces de longueur , a une queue de deux lignes de diamètre, & vers la tète de quatre lignes ; fà tête eft longue de deux pouces, & large de vingt-une lignes. Vers le bout il y a un petit enfoncement qui fert à marquer exactement la longueur de la pipe.
- 127. Ce moule fe met dans une prefie qui eft précifément la même que celle qui eft décrite plus haut pour les pipes de France, excepté que le*
- Tome, VIH. C c c
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- ouvriers de Gouda mettent quelques feuilles de carton entre la planche de bois & le côté de la gouttière y apparemment parce que faifant reffort * elles ménagent le moule.
- j 2g. Le tuyau de la pipe étant formé par Paétion de la preffe , l’ouvrier y fait auffi la tète ; & pour cela il fe fert, comme en France , d’un étam-peux pareil à celui des ouvriers de France, environné d’un cuir retenu par un cercle.
- 129. Ensuite il retire le moule de la preffe, 8c il en ôte la pipe pour lui donner une nouvelle façon avec un inftrument qui répond à l’eftri-queux des ouvriers Français : c’eft un manche de bois, à l’extrémité duquel eft un fil de fer recourbé, avec lequel l’ouvrier ôte les bavures du tuyau de la pipe y au milieu du manche eft une efpece "de lame de couteau affermie dans le manche, avec laquelle on coupe l’excédant du tuyau, dont la véritable longueur eft marquée par le petit enfoncement qu’il y a dans le moule.
- 130. Après cela on arrange les pipes fur des planches qui ont une rainure de chaque côté, dans laquelle le placent les talons des pipes. Le» rebords de ces planches s’élèvent affez haut pour qu’on puiife mettre plusieurs planches les unes fur les autres , fans que les pipes en fouffrent.
- , 131. On les laide ainli fécher , en obfervant cependant qu’elles ne deviennent pas trop feches y car il faut qu’elles relient un peu fouples.
- 132. Tout ce travail fêlait par des hommes qui font payés par greffes. Celui qui fait les rouleaux, a quelque chofe de plus que les autres, qui reçoivent depuis quatre jufqu’àfix fols de Hollande par grolfe. Une greffe contient quatorze douzaines, ou cent foixante huit-pipes. Mais.Ie maître n’en reçoit que cent foixante ; il faut qu’il rabatte huit pipes par groife , pour dédommager les ouvriers de celles qui fe calfent fans qu’il y ait de leur faute,.
- 133. Quand les pipes , en fe féchant, ont pris une certaine coniiftance, des ouvrières les reprennent pour ôter avec un couteau les bavures qui font encore reliées. Pour cela elles commencent par remettre la broche dans le tuyau , afin de pouvoir mieux manier la pipe qui eft encore fouple.
- 134. Elles ôtent premièrement les bavures de la tète, en coupant les arêtes avec un couteau , à environ huit à dix pouces de longueur, y compris le manche. Près du manche il y a une échancrure demi-circ.ulaire : elle fert pour ôter les bavures du tuyau , 8c pour cela elle n’eft pas tranchante. Sur le dos du couteau, eft une efpece de petite feie qui fert à faire la dentelle qui environne la tète de la pipe. Au bout du manche eft un fil de fer recourbé, avec lequel les ouvrières ôtent la petite houle de terre qui refte dans la tète, après qu’on a pouffé la broche pour faire la communication du tuyau avec h. tète.
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- T3?* Quand elles ont coupé les excédans de la tète, elles arrondirent ies bords avec un petit bouton de corne, autour duquel il y a une rainure circulaire, de même diamètre que l’ouverture de la tète de la pipe. La rainure fiert à arrondir & polir les arêtes de l’ouverture de la pipe.
- 136. Ensuite elles en polilfent & arrondirent la tête avec un ni de fer courbe, qui e(t plat & poli dans l’intérieur de l’a courbure. Voyes pL.HI> fig. 18 , où cet intirument elt repréfenté dans fa grandeur.
- 137. Lorsqu’elles ont ainfi poli la tête, elles tracent autour de fou ouverture la dentelle avec le couteau, & elles ôtent la petite boule de terre qiii elt reliée dans l’intérieur j après quoi elles enlèvent les bavures du tuyau, avec l’échancrure qui elt dans le même couteau j & eufuite elles le polilfent avec l’inlirument dont nous allons parler ,7%. 19 , pL IL
- 138- Il elt encore repréfenté ici dans fa vraie grandeur. C’elt une large lame de fer A ou C, attachée à un manche de bois B ou D. Dans la lame il y a des rainures de différentes grandeurs a , b , c, qui font bien polies , & qui par-là donnent le poli au tuyau , autour duquel on les promene ( 12). AB repréfente cet inftrument vu de côté; C D le fait voir de plat.
- 139. Quand toute la pipe elt ainfi polie, les ouvriers mettent fur le tuyau, à trois ou quatre pouces de diltance du talon, le nom de l’ouvrier &.5 de la ville de Gouda. Ces noms font gravés fur les deux côtés d’un petit morceau de fer quarré >fig. 20; & pour les imprimer fur le tuyau de la pipe, il n’y a qu’à faire rouler ce fer autour du tuyau. O11 voit ici -cet outil de grandeur naturelle ,fig. 20, a b. Ces deux noms font à quelque diltance l’un de l’autre, & l’intervalle qui les fépare elt orné d’une dentelle qui fe fait avec une efpece de feie ou de lime, placée fur un troisième côté de ce même outil : après quoi on imprime fur le talon la marque de la fabrique avec un poinçon b > fig. 21.
- 140. Lorsque les pipes font finies à ce point, les ouvrières en retirent la broche & les arrangent fur des planches femblables à celles dont il a déjà été parlé. Là, on les lailfe fécher jufqu’à ce qu’elles aient perdu toute leur fouplelfe & qu’elles foieut fort dures. En été on les expofe pour cela au foleil ( r3 )9 & en hiver 011 les met dans des chambres échauffées par des poêles : mais il faut éviter qu’elles fe fechent trop vite ; car alors elles courent rifque de fe courber.
- 141. Quand elles font bien feches, d’autres filles les reprennent pour en polir de nouveau les tuyaux & les têtes avec l’inftrument décrit ci-deifus9fig- 18 > HIj & avec un autre outil 9fig. 22, qui confifte en un
- (î2) En ail. das Schmuffcn. ’ feche les pipes qu’à l’ombre, peut-être à
- (ij) 11 y a des manufactures oii l’on ne caufe de la qualité de la terre.
- C c c ij
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- caillou bien poli & formé en cône , attaché par une virole de cuivre à un manche de bois : la figure en offre les juftes dimenfions. Le caillou eft (quelquefois une agathe ou une pierre à fufil. Les filles qui font cet ouvrage* gagnent deux à trois fols par groffe. Il ne refte plus qu’à les cuire.
- De la cuijjcn des pipes , & la defcription des fours propres à cet ufage.
- T 42. Le petit four ou fourneau propre à cuire les pipes, forme à fon extérieur ,7%. 1,/?/. //, une efpece de tourelle élevée fur une bafe de trente-deux pouces de diamètre ; cette tour a cinq à fix pieds de hauteur (je parle préfentement du plus petit fourni les murs qui ont environ fept pouces d’épaiiieur , forment intérieurement un oétogone tracé fur un cercle d’environ dix-fept pouces de diamètre intérieur. Le dans-œuvre du fourneau , ou le dianfetre de ce qu’on nomme la chambre, eft de quatorze pouces & demi.
- 143. Pour prendre une jufte idée de ce four, il faut faire attention que, comme on exige que les pipes foient très-blanches , il ne faut pas qu’en euifant elles foient expôfées à la moindre fumée. C’eft pourquoi le fyftème général de ces fours eft, qu’il y ait en-bas une fournaife B,fg. 2, pi. II, où l’on brûle le bois; & au-deffus font les pipes, qui font foigneulèment renfermées, ou dans des gaffettes ou boiffeaux exactement fermés , ou dans une capacité bien clofe. Dans l’un & l’autre cas , les pipes ne font point chauffées immédiatement par le feu; mais la chaleur échauffant ou les parois de la chambre ou les boiffeaux, elle cuit l’ouvrage qui y eft renfermé, comme dans un creufet qui n’a aucune communication avec la fumée.
- 144. Ceci bien entendu, on diftingue dans le four, fg. 1 , pLII, dont on voit la coupe verticale fg. 2, & la coupe horifontale au-deffous du fourneau fg. 3 , même planche : 1°. Les parois extérieures A du four, fg. 2, qu’on nomme le furtout. 2". Le fourneau B, ou la fournaife dans laquelle eft le feu. 30. La chambre C, ou le pot dans lequel Iss pipes font renfermées. 4°. Le chapiteau D du pot. Le chapiteau E du furtout. 6\ Le^ chandelier ou fufeau F, qui fert à foutenir les pipes dans une polkion verticale. 7°. Le boiifeau G, qui fert au même ufage.
- 14?. La chemife ou le furtout A , qui forme l’extérieur du four, eft bâtie fur les proportions que nous venons de donner, & conformément aux plans & profils, avec des tuileaux & un mortier de terre à four.
- 146. Le fourneau ou la fournaife B, eft formé par une voûte de fept pouces de diamètre & deux pouces d’épaiffeur , conftruite avec du tuileau Si de la terre à four; le deffus de cette voûte eft élevé de quatorze à quinze pouces au-deffus du fol. Elle eft fermée en plate-bande, bombée environ
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- de deux pouces, & portée par huit petits piliers qui ont trois pouces de faillie, deux pouces d’épailTeur, & qui font conftruits , comme le refte , avec du mortier de terre & des tuileaux. Tout cela s’apperçoit en B, fig. 2, & on met le bois par une porte H, fig. i.
- 147. Pour que la chaleur du fourneau puilfe fe communiquer tout au pourtour de la chambre G, ou du pot, on fait à la voûte du fourneau, & entre les piliers qui la foutiennent, des ouvertures I ^ fig. 3,//, de dix-huit lignes de largeur, fur cinq à fix pouces de longueur, qui fervent à laiifer échapper la fumée, & à porter la* chaleur entre le pot & le fur-tout; car les pipes doivent cuire comme dans une elpece de tourtiere. Les piliers qui foutiennent la voûte , font continués jufqu’à la bafe du chapiteau , mais échancrés pour recevoir les tuileaux qui forment la chambre ou le pot, lefquels font bien ajointoyés & crépis avec de la terre, pour que la fumée qui palfe entre tous les piliers, ne pénétré pas dans la partie du pot où font les pipes. Il faut donc imaginer que ce pot G eft entouré par fept tuyaux de cheminée I, qui le chauffent tout au pourtour.
- 148. La chambre ou le pot C eft, comme on le voit à la fig. 2, placée au-deffus du fourneau B ; & c’eft l’endroit où l’on arrange les pipes pour les faire cuire, ce qu’on nomme empoter.
- 149. On y arrange les pipes circulairement autour d’un petit pilier de terre qu’on nomme chandelier F, fig. 2 (14). On le place au milieu de la chambre, & il eft foutenu par une broche de fer qui le traverfe dans ià hauteur ou fuivant fon axe; au moyen de cette broche, on pourrait mettre plusieurs chandeliers les uns au-deffus des autres , pour foutenirune colonne de pipes plus élevée, comme on le pratique dans les grands fours.
- 150. Ces chandeliers ont un pouce de diamètre , fur huit à neuf pouces de hauteur , & leur tète eft cannelée pour recevoir le tuyau des pipes.
- 15 1. Quand on place plufieurs rangs de pipes autour du chandelier,
- * (14.1 Avant qu’on eût trouvé cette ma-
- niéré d’arranger les pipes autour d’un chandelier , on les mettait dans des caillés de terre , qu’on entaflait les unes fur les autres. JVlais comme le poids devenait à la fin très-conGderable , il arrivait iouvent que les caiffes inférieures étaient écrafées. Four prévenir cet inconvénient, on imagina de faire ces cailles de fer fondu , intérieurement revêtu d’une couche d’argille ; mais il s’eft trouve. que ces caiffes brûlent les
- pipes qui font placées du coté du feu que plufieurs font tachees. Il parait que cette méthode de cuire les pipes était encore , il y a douze à treize ans , la plus répandue en Allemagne ; fans doute qu’on y adoptera la conltru&ion des fours à chandeliers. En 176s , on ne connaifiait point encore cette conftrudion dans la h brique de Ran , oui était alors la plus corfidurable de Berlin. Voyez Hallens, IVerdefiatte der heutigem Kïuifie , teme 1Y, page 130.
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- on met un boiffeau pour foutenir le poids des pipes, qui étant poféesf les unes fur les autres, tendraient à couler en s’écartant du chandelier; & l’on met encore des pipes en-dehors du boilfeau, pour remplir entièrement la chambre.
- 1^2. Ce que nous appelions ici boiffeau, eft un pot de terre qui n’a point de Fond. Il a dix à douze pouces de diamètre, fur huit à neuf pouces de hauteur; l’épailfeur de la terre eft de lix à fept lignes. On verra dans la fuite, que dans les grands fours on en metplufieurs les uns furies autres.
- 153. On arrange les pipes dans le pot circulairement autour du fufeau , comme on l’a déjà dit, la tète en-bas, ainfi qu’on le voit dans la figure 2 ; mais quand il y en a cinq à fix rangs de placés les uns fur les autres , on met par-delfus trois ou quatre autres rangs de pipes la tète en-haut; & l’on obferve cette alternative de pofition, pour qu’il en tienne davantage dans le pot, La chambre ou le pot étant ainii rempli de pipes , 011 forme fon chapiteau fur douze à quinze pouces de hauteur , avec des feuilles de gros papier, qui font recouvertes d’une couche de terre de quatre à fix lignes d’épaiifeur, ce qu’011 appelle dorure.
- 1^4. Ces dorures fe font avec de la terre à pipe en poudre, qu’on imbibe d’une fuffifante quantité d’eau , pour que l’ouvrier pufife l’appliquer & l’étendre avec la main fur les feuilles de papier qu’il pofe fur un rang de pipes déjà cuites, mais de rebut, qui portent d’un bout fur la colonne de pipes à cuire , & de l’autre fur les pans de l’ocftogone qui forme la chambre. Ainfi ces pipes cuites font comme une efpece de charpente qui foutient les papiers dorés.
- On forme enfuite le chapiteau du furtout, à dix-huit lignes de 'diftance de celui du pot; on le fait avec des tuiles gironnées qu’on joint avec de la terre, & on termine cette efpece de dôme par un pot K’, fig. 1 & 2 , pi. //, qui eft percé au milieu pour lailfer échapper la fumée.
- 156. Le four eft chauffé avec dubois blanc, qui fait une chaleur très-vive & peu de fumée lorfqu’il eft bien fec. Dans ces petits fours , fix ou fept heures fuftifent pour cuire les pipes. Il en faut quatorze ou quinze pour les cuire dans les grands fours.
- 1^7. Quand les pipes font cuites, & qu’on veut vuider le four, ou comme l’on dit, dépoter, on démolit les deux chapiteaux, qu’il faut refaire toutes les fois qu’on cuit de nouvelles pipes : alors le four paraît comme une tour ronde de quatre pieds de hauteur, & qui n’a point de couverture; à la place des chapiteaux, on met fur le four une planche ou une large tuile, pour entretenir la chaleur , & que les pipes fe refroidirent peu à peu. On verra dans un inftant , qu’on ne démolit point le chapiteau des grande fours. Les petits fours dont nous venons de parler , peuvent
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- contenir dix-neuf à vingt grofles de pipes. Ce font ceux dont on fe fert à Rouen, & dont M. Dubois a bien voulu me donner les plans.
- Des grands fours pour faire les pipes.
- if8« Maintenant qu’on a pris une idée allez exaéte de la conltrudion des petits fours, il nous fera aile d’expliquer clairement la conltru&ion des grands fours , dont le fervice elt plus facile, & qui mettent en état de beaucoup économifer le bois.
- 159. Ces fours font quarrés , alfez femblables aux fours où l’on cuit les tuiles & les briques. La fig. 4 ^ pL //, en repréfente la fondation. II, l’épailfeur des murs au niveau du terrein. A, l’emplacement du fourneau, ou de l’endroit où l’on fait le feu. B, la bouche du fourneau, ou l’endroit par où l’on met le bois.
- 160. La fig. s 5Pù H> elt l’élévation extérieure de ce four. K K, retraite qu’on fait pour diminuer l’épailfeur de la maçonnerie, quand elle elt élevée au-deifus de la voûte du fourneau. L L, elt le chapeau du fourneau. C, elt une porte qui fert à mettre les pipes dans les boilfeaux qui font de terre rouge. Quand les boilfeaux font pleins, 011 ferme exactement cette porte avec une maçonnerie de brique & d’argille. B , elt la bouche du four qui fait faillie fur le vif du mur, comme on le voit au plan fi§- 4-
- 16A. La fig. 6 elt une coupe horifontale du four au niveau de la ligne K K, pi. II, fig. 5 , ou au-delfus de la voûte de la fournaife. K K, la retraite de l’épailfeur de la maçonnerie. 11, L’épailfeur de la maçonnerie depuis les fondations jufqu’au-delfus de la voûte de la fournaife. B , bouche du fourneau. E E , des ouvertures qui font à la voûte de la fournaife , par lef. quelles la fumée, la flamme, & la chaleur du bois qui brûle dans la fournaife, fe communiquent dans toute la capacité du four. DD, endroits où fou place les boilfeaux, comme nous allons l’expliquer.
- i<52. La fig. 7 elt une coupe verticale de ce même four. F, l’intérieur du fourneau ou de la fournaife où l’on met le feu. K K, la retraite de la maçonnerie.. E E, les ouvertures qui font à la voûte du-fourneau, pour communiquer la chaleur dans l’intérieur du four. LL, le chapiteau , ou la couverture du four qui elt voûté. HH, les évents, ouïes ouvertures qui font à cette voûte d’en-haut pour lailfer le pallage à lai fumée, & établir un courant d’air dans la capacité du four.
- 163. On conçoit, par ce que nous venons de dire, que la fumée fer. répand dans toute la capacité du four. Cependant il elt de la pins grande; importance que les pipes que l’on cuit, foient entièrement à couvert des;' imprelfions de cette fumée.
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- 164. Ces grands fours n’ont point de chambre ou de pot, dans lequel on renferme les pipes à couvert de la fumée ; mais on y fupplée en renfermant les pipes dans des colonnes de boiffeaux formés de terre cuite, tels que G, fig. 7. On commence par mettre fur la voûte du fourneau , aux places indiquées par D , fig• 6, un boiffeau tel que G ,fig. 7. On pofe au milieu un chandelier, on remplit ce boiffeau de pipes ; & à mefure que la pyramide de pipes s’élève, on ajoute un chandelier qui eft enfilé par une broche de fer. Quand la pyramide furmonte le boiffeau, comme on le voit en G I , on met un fécond boiffeau , qu’on lute bien avec le premier. Quand on a rempli de pipes ce fécond boiffeau, on en ajoute un troifieme, & la colonne eft finie, comme 011 le voit en G 2. Il ne refte plus qu’à former fur la pyramide de pipes N, avec des tuiles creufes & gironnées, le chapiteau M. On couvre d’un bon lut toutes les colonnes; & quand les neuf colonnes D ,fig. 6, font chargées, comme 011 le voit fig• 7, on maçonne la porte C,fig- f , & on allume le feu qu’011 fait d’abord fort doux, & qu’on augmente peu à peu; ce qui dure de quatorze à feize heures. Alors 011 laide éteindre le feu , puis 011 ouvre la porte C ; mais on ne vuide les boiffeaux que quand ils font prefque froids, & lorf-qu’il 11’y a plus aucune fumée dans le four.
- 165. L’avantage de ces grands fours eft,iQ. d’être très-folides,& de durer long-tems fans exiger beaucoup de réparations. 2°. De ce qu’on eft difpenfé de refaire à chaque fournée le chapiteau du fourneau. 30. De contenir une grande quantité de pipes qui fe cuifent toutes à la fois. 4°. Comme la chaleur prend les boiffeaux tout autour, le feu eft employé bien plus utilement.
- 166. Les belles pipes doivent être droites, d’une terre bien blanche , fines, luftrées; la tête doit avoir une forme régulière: il faut, avant de les acheter, examiner fi l’air pafle bien du fourneau dans toute la longueur du tuyau : elles doivent être bien cuites & fonores. O11 en fait d’une longueur extraordinaire; mais communément la longueur du tuyau eft comme nous l’avons dit ci-delfus.
- 167. Les fours de Hollande'font un peu différens de ceux dont je,viens de parler , ainfi je vais en donner la defeription d’après ce que m’a écrit M. Allamand.
- 168* Quand les pipes font bien fines, comme nous l’avons expliqué, & qu’elles font bien feches, il faut les cuire. Pour cela on les met dans des pots femblables à celui qui eft repréfenté en B C D E , fig. 23 ,/>/. ///. A B C en repréfente le couvercle. Ces pots ont une figure un peu conique; leur ouverture B C a un pied de diamètre, & le bas en D E a neuf pouces; leur hauteur perpendiculaire de B en D eft de deux pieds; leur
- épailfeur
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- épailTeur eft par-tout de deux pouces. Ils font polés fur trois pieds* qui. empêchent le fond de toucher fur le fol fur lequel ils repofent j leur couvercle a , comme leur embouchure , un pied de largeur de B en C, 8ç forme un cône dont la hauteur eft d’un pied & demi.
- 169. Ces pots fe font à Gouda , d’une terre grade qu'on tire de la Frife ; s’ils font bien entiers, ce qu’on connaît par le fon qu’ils rendent quand on les frappe, ils coûtent huit fols la piece : ils n’en valent quelquefois 43ue fept, & même moins.
- 170. On voit, fig. 24, la coupe d’un de ces pots avec fon chandelier A B, qui eft repréfenté plus en grand en A T) > fig. 2 G
- 171. Ce chandelier eft un tube d’argille cuite, cylindrique, dont le diamètre a par-tout deux ou trois pouces, excepté vers fon extrémité inférieure D, où il s’élargit un peu pour lui donner un peu plus d’alfiette, ce qui lui donne la figure d’une trompette, & ,on le nomme ainfi. La hauteur de A en B , eft de deux pieds : il eft cannelé, pour que les pipes qu’on appuie contre ne glilfent pas. Il eft percé en CCC de trous. Nous parlerons dans la fuite de leur ufage.
- 172. On place ce chandelier au milieu du pot B DEC, 7%. 24; on arrange les pipes autour la tète en - bas , jufqu a ce qu’elles excédent d’un pied la hauteur du pots alors on verfe par l’ouverture A du chandelier , de la terre à pipe cuite, réduite en poudre, & paifée dans un tamis fin , de crainte que de trop gros grains ne palfaifent par les trous du chandelier. Cette efpece de fable fe répandant ainfi dans les cavités que les pipes peuvent lailfer entre elles, & rempliffant exadement tout le pot, leur* fert de foutien , & les empêche de fe courber durant la cuilfon.
- 173. Quand les pots font ainfi préparés , on les couvre de leur couvercle ABC, fig. 23 5 & l’on en bouche ou lute foigneufement la jointure avec de l’argille , pour empêcher la fumée d’v entrer. O11 les enduit auffi par-tout en-dehors de la même argille avant de les mettre au four ; & fi l’on obferve cette précaution à chaque cuilfon, le même pot pourra fervir quatre ou cinq fois.
- 174. Il fe fabrique en Hollande une fi grande quantité de pipes, que l’on n’y trouverait pas fon compte fi l’on employait ces petits fours, qui font en ufage à Rouen, 8c qui ont été décrits ci-delfus. Les Hollandais, au moins les habitans de Gouda , ne fe fervent que de grands fours , un peu dilférens des grands fours de France. Je vais les décrire auffi exactement qu’il me fera polfible.
- 175. Ces fours font tous bâtis fur le même modèle d'ans Gouda ; ainfi pour en faire connaître la conftrucftion, il fuffit d’en décrire un feul ; on en a choifi un de la fabrique du Moulinet, qui eft la plus confidérable.
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- ART DE FAIRE LES PIPES.
- 176. Ce four, dont on voit ici l’élévation, fig. 30,pl. III, eft rond i don diamètre extérieur C D , eft de feize pieds. Il eft bâti de briques faites avec une terre grade qu’on tire des bords de l’Ylfel, riviere qui patfe par Gouda; & au lieu de chaux , on fe fert de cette même terre pour les joindre enfemble & les maçonner. Ces fours ainli maçonnés durent plusieurs années ; il y en a un dans la fabrique du Moulinet, qui fert depuis fept ans.
- 177. La figure 31 repréfente la coupe de ce four, & il fera aifé de connaître i’épaifleur de la maçonnerie , tant du bas que de fes dilférentes retraites, la longueur de la ligneDC,j^. 30 , étant de feize pieds.
- 178- Il eft couvert par une voûte en plein ceintre, au milieu de laquelle eft un trou F ,9%. 30 & 3 1 , rond , de deux pieds de diamètre ; c’eft par ce trou que fort la fumée. Il y a encore fix autres trous ou évents quarrés, de lix pouces , d, d, d ,d, qui fervent pour faire jouer la flamme jufqu’au haut, & outre cela un feptieme trou encore plus grand O , fig. 31 , qui s’ou-vre & fe ferme à volonté par une porte de fer. Ce trou eft deftiné à rendre la flamme moins vive. Les fix autres trous font toujours ouverts.
- 179. La voûte a par-tout un pied d’épaifleur; fa plus grande élévation de O en F , fig. 30 , eft de treize pieds & demi. Pour donner plus de fermeté à toute cette maçonnerie , le four eft environné de deux cercles de fer b,b , fig• 30 & 31.
- 180. Le four 11’a qu’une feule ouverture A, fig. 30, haute de cinq pieds, & large de trois ; c’eft par-là qu’on entre pour placer les pots p ,p, p, commè on le voit fig. 3 r.
- 181 * Pour bien entendre cette opération , & la maniéré dont le feu agit dans ce four, il faut jeter les yeux fur les figures 32 & 33. La première repréfente une feélion horifontale du four, faite par la ligne ponctuée e, e, fig. 30. La fig. 33 eft la coupe de ce même four par la ligne pon&uée de lay%. 3 r.
- 182. L’endroit où fe placent les pots, eft l’efpace circulaire DEF G, fig. 33, féparé des murailles du four par un canal auiîi circulaire dygy, fig. 3 1 , & par R P Q_,fig. 33. Au milieu de ce même elpace eft un trou a b ce, fig. 33 , long de cinq pieds , & large de deux.
- 183- El diamètre de cet efpace circulaire eft de huit pieds & demi, le canal qui l’environne a un pied & demi de largeur.
- 184- Ce canal a communication avec deux autres conduits ac,bd, fig. 32,‘ménagés fous l’efpace circulaire où fe mettent les pots; & ceux-ci, dans l’endroit où ils fe croifent, fe confondent avec le trou a b ce, fig. 33 3 qui n’eft proprement que la partie i k,fig. 32, du conduit bd, reliée à dér couvert. Le cercle ponctué qu’on voit dans ce trou H, fig. 33, eft l’efpace
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- ART DE TAIRE LES PIPES. 39?
- qui répond au trou du milieu de la voûte, par où fort la fumée; & les points d, d,d,d,d,d, indiquent l’emplacement de lix trous ou évents qu’on ménage dans le corps du four , marqués par les mêmes lettres dans les figures 30 & 31.
- i8f. Le canal circulaire a trois ouvertures B , B , B, fig. 30 & 32 , par où on allume le feu, comme nous allons l’expliquer. Il eft, de même que le trou a b ce, fig. 33 & 31 , recouvert de tuiles courbes xx, mais qui laiifenfc entre elles des intervalles n, n, par lefquels la flamme peut paifer. Ces tuiles le placent avant qu’on mette les pots dans le four. Ces pots p,p,p,p , fig• 31 , font arrangés comme la figure l’indique. O11 en remplit d’abord tout le plan du fourneau , y compris les endroits recouverts de tuiles; enfuite on les met les uns fur les autres, jufqu’à ce que le four foit plein. Après cela on ferme la porte A , fig. 30 & 33 , avec des briques & de l’argille; & pour que cette porte refte bien bouchée , 011 en affermit la maçonnerie par des barres de fer qu’on alfujettit par des gonds nn,fig. 30.
- l$6. Le four étant ainfi rempli & fermé , il faut le chauffer. Pour cela on met des tourbes dans les conduits ac, bd, fig. 32, auiîî bien que dans le canal circulaire , avec lequel ils communiquent : les ouvertures B , B , B , fervent à cette opération. On allume ces tourbes , & on entretient le feu pendant cinquante ou foixante heures; mais il faut avoir foin que dans le commencement le four s’échauffe lentement, augmentant peu à peu fa cha-leur, jufqu’à ce qu’enfin il devienne tout rouge. Quand on voit le four dans cet état, fur-tout à la porte nouvellement maçonnée, il fèmble être tranfpa-rent. On entretient ce haut degré de chaleur , jufqu’à ce qu’on juge que les pipes foient fufïïfamment cuites. Alors on laiffe éteindre le feu & refroidir le four.
- 187- 'On conçoit aifément par fa conftruélion , que la flamme doit avoir
- pénétré par-tout dans fon intérieur, au moyen des ouvertures que laiffent entr’elles les tuiles dont font couverts les canaux du fond ; la fumée y pénétré aufli, mais elle 11e parvient pas jufqu’aux pipes, qui font enfermées dans leurs pots. • »
- 188- Il faut obferver que le bois 11’eft pas propre à chauffer ces fours; il les chauffe trop fubitement, & les pipes fe brifent. Toutes les tourbes même ne s’emploient par pour cet ufàge. On préféré à Gouda les tourbes de Frife à celles de Hollande, parce qu’elles prennent feu moins vite.
- 189- Après que le four eft refroidi, on ouvre la porte & 011 en ôte les pots. Les pipes qu’ils renferment n’ont cependant pas encore cet émail ou ce brillant qui en fait la beauté , & que les pipes de Hollande ont par-deifus Joutes les autres.
- i$o. A l’égard des pipes communes, pour qu’elles ne s’attachent pas aux
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- 3s>tf- art de faire les pipes.
- levres, quand elles font prefque refroidies , on les tire du pot & on les trempe dans une efpec-ede lait qu’on fait avec une terre fine détrempée dans beaucoup d’eau. Cette terre qu’on 11e fait pas cuire & qu’on laide fe fécher d’elle-même , augmente leur blancheur, & forme une efpece de vernis , quand 011 les polit avec un morceau d’étoffe un peu rude ; mais il y a un plus beau vernis que celui-là, dont M. Rigault m’a écrit que les fabricans faiiàient un fecret.
- 19t. Dans les différentes recherches qu’il s’elf donné la peine de faire à cette occafion, les manufacturiers, au lieu de lui dire comment ils faiiàient leur vernis ( 15) , cherchaient à le dérouter , en l’alfurant qu’il était com-pofé d’une décoction de noix de galle, dans laquelle on mettait un peu de blanc de craie, M. Rigault feignit de le croire ; mais ayant pris un peu de leur vernis, il reconnut qu’il était compofé d’un peu de favon , de cire, de gomme & d’eau : partant de là , voici comme il lui a paru qu’on pouvait faire ce vernis. Un quarteron de favon noir ou blanc, deux onces de cire blanche, une once dégommé arabique ; 011 fait bouillir enfemble le tout, pendant trois ou quatre minutes , dans quatre pintes d’eau, niefure de Paris, ayant foin, tandis que l’eau fe refroidit, d’agiter le mélange avec quelques brins de balai, afin que la cire, qui ne fe diifout pas dans ce mélange , foit.^ divifée en parties fi fines qu’elle ne fe ralfemble pas à la furface de l’eau ; mais la colle de parchemin lui a paru mériter la préférence fur la gomme arabique.
- 192. M. Rigault a encore remarqué , en faifant fes expériences, que les pipes imbibées d’huile , d’eau de favon , ou de quelque mucilage tiré, foit des végétaux, foit des animaux, ne fe collaient plus à la bouche, mais qu’elles n’étaient pas aufii brillantes que lorfqu’on y joint de la cire.
- 193. Voici ce que M. Allamand m’a écrit à ce fujet :
- ' 194. Pour donner aux pipes cet émail ou ce vernis , on les trempe à froid dans une eau préparée ; & enfuite 011 les frotte avec un morceau de flanelle. Je n’ofc pas affurer que je connailfe la compofition de l’eau dont on fe ferfc pour cela ; les maîtres fabricans en font un fecret. Un d’entr’eux m’a dit qu’elle fe préparait de la maniéré fuivante. On jette dans de l’eau bouillante une certaine quantité de favon d’Efpagne & de cire blanche; on laide cuire ce mélange pendant une demi-heure, & quand il efi refroidi on le verfe dans une cuve, pour s’en fervir à froid, comme je viens de le dire.
- 19$. Quand les pipes ont ainfi acquis toute leur perfe&ion, on les vend pargrofles , qui n’en contiennent que douze douzaines , & qui different par confisquent de celles qui font en ufage parmi les ouvriers qui les fabriquent.
- (iO Et Allemagne, on fait le vernis avec du favon, de la gomme & de la cire blanche, qu’on fait fondre dans feau*.
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- ART DE FAIRE LES FIEES.
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- 196. Quand les pipes font bien droites, d’un bel émail, & de dix-huit pouces de longueur (16), ce qui eft leur longueur la plus commune , elles le vendent environ deux florins ou quarante fols de Hollande ; fi elles ont vingt-huit ou trente pouces de longueur, elles fe vendent quatre florins. Il faut remarquer qu’à chaque grofle on ajoute une pipe dont le tuyau & là tète font chargés d’ornemens en relief ; les Hollandais la nomment hpipn du nouveau marié. On comprend que ces pipes fe font dans des moules particuliers , où l’on voit en creux ce qui eft relevé fur îa pipe.
- 197- La grande confommation qui fe fait de pipes en Hollande, engage ceux qui vont à l’économie , de faire brûler leurs pipes après qu’ils s’en font fervis, pour les blanchir. On met les pipes fales fur des grilles, au-delfous defquelles il y a un feu de charbons non fumans ; on les laiflè fur ce feu jufqu’à ce qu’elles deviennent rouges par-tout : par-là les pipes reprennent en quelque façon leur première blancheur, & peuvent fervir de nouveau; mais par-là auffi elles deviennent plus calfantcs, & perdent leur vernis, ce qui Hit qu’elles s’attachent aux levres. On 11’ofe pas préfenter ces pipes brûlées à ceux qui font un peu délicats dans le choix des pipes & du tabac. Cependant il y a dans prefque toutes les villes de la Hollande, des gens qui gagnent leur vie à brûler ainfi les pipes.
- 198- Quelquefois le tuyau de la pipe fe remplit des fuliginofités du tabac , qui les obftruent. Par l’opération de les brûler , on confomme cette fuie qui fe réduit en cendre, qu’on emporte aifément avec un fil de fer.
- 199. Quand on acheté des pipes ,il faut toujours éprouver fi l’air pafle du fourneau ou de la tète, dans le tuyau ou la queue ( 17).
- ( 16 ) On fait des pipes de vingt-fept, vingt-quatre , vingt-un pouces. Il n’eit pas inutile d’obferver que les pipes fe reffer-rent au four, & deviennent quelquefois d’un pouce plus courtes. J’ai lieu de croire que la qualité de la terre produit à cet égard des différences confidérables.
- (17) Lorfqu’on veut tranfporter des pipes au loin, il^ faut faire attention à ce
- qu’elles foient bien emballées. Celles de Hollande s’expédient dans des cailles de fapin , avec de la paille hachée, ou de lq bourre. Les caiffes contiennent depuis quatre jufqu’à vingt-quatre greffes de douze douzaines chacune. On prétend que celles qui viennent en petites caiffes de quatre grolfes , lont moins fujettes à fe brifer.
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- §s>8 ART DE FAIRE LES FITES.
- EXTRAIT des regiftres de l'académie royale des fciences, du 6 juillet 177 x,
- IVj[onsieur Bailly , qui avait été nommé pour examiner la defcription de Yart de faire Les pipes à fumer le tabac 3 par M. Duhamel, en ayant fait fon rapport, l’académie a jugé cet ouvrage digne de l’impreffion. En foi de quoi j’ai ligué le préfent ccrtihçat. A Paris, le 6 juillet 177 t.
- GrandJEAN DE F OU CHY , fecretdire perpétuel de L'académie royale des fciences.
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- EXPLICATION- DES FIGURES,
- Planche I.
- Figure i , coupe d’une pipe ancienne.
- Figure 2 , pipe longue gravée à talon.
- Figure 3 , pipe courte , croche.
- Figure 4 , pipe angiaife.
- Figure 5 , pipe fans talon , appellée ca/otte ou cachotte«
- Figure 6, pipe de Saint-Omer, nommée falbala.
- Figure 7, établi du batteur. D, barreau.
- Figure g , étampe.
- Figure 9, rafette.
- Figure 1 o, coupe de la rafette.
- Figure 11, écumette.
- Figure 12, moulin à pétrir la terre à pipes.
- Figure 13 , rouleau de terre formé pour faire une pipe.
- Figure 14 , une douzaine de pipes formées & mifes à fecher*
- Figure 1 ç , broche de fer à percer les pipes.
- Figure 16, pipe percée avec la broche de fer.
- Figures 17 , 18 , les deux pièces du moule à pipes.
- Figure 19, table qui porte la prelfe à ferrer le moule.
- Figure 20 , étampeux pour former la tète de la pipe.
- figure.219eftriqueux, infiniment propre à perfectionner les pipes.1
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- ART DE FAIRE LES RIPES.
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- Figure 22, maniéré d’arranger les pipes, pour les mettre fécher fur une planche.
- Planche II.
- Figure r, élévation d’un petit four à cuire les pipes, dans les manufactures £ran çaifes.
- Figure 2, coupe verticale du même four.
- Figure 3 , coupe horifontale du même four.
- Figure 4, fondation d’un grand four tel qu’on s’en fert dans les manufactures de Hollande.
- Figure 5, élévation extérieure de ce four.
- Figure 6, coupe horifontale de ce four.
- Figure 7, coupe verticale du même four.
- ligure 8 , broche à percer les pipes dans les manufactures de Hollande. Figure 9 , gouttière à percer les pipes dans les manufactures deHollande,
- Planche III.
- Figure 18 3 61 de fer courbe , poli dans l’intérieur, propre à arrondir la tête des pipes.
- Figure 19 , couteau à polir les pipes.
- Figure 20, lime à polir les pipes.
- Figure 21 , poinçon à marquer les pipes.
- Figure 22 , caillou à polir les pipes.
- Figure 23 , pot à cuire les pipes.
- Figure 24, coupe d’un pot cà cuire les pipes, dans laquelle on apperçoit le chandelier.
- Figure 25 5 chandelier , nommé trompette, pour foutenir les pipes dans le pot.
- Figure 30, élévation d’un four à pipes dans la fabrique de Gouda.
- Figure 31, coupe verticale du même four.
- Figure 32, coupe horifontale du même four.
- Figure 33 , autre coupe horifontale, qui montre l’endroit où fe placent les pots.
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- 4oo ART DE FAIRE LES PIPES.
- TABLE DES MATIERES,
- Et explication des termes qui font propres à Part défaire les pipes.
- A
- llamand ( M. ) , profefleur de phyliqueà Leyde , a décrie les fabriques de Hollande. §. T , Cl.
- Andenne , village près de Namur, où fe trouve de la terre à pipes. 41. Maniéré de la tirer. 43.
- Anvers , les Hollandais tirent des ter-tes à pipes des environs de cette ville. ?f-
- Argille, toutes les terres à pipes font des argilies, note 7.
- Argilleàe Cologne & du pays de Liege, dont 011 fait les pipes de Hollande. 36. De Magdebourg, & de la principauté d’Haiberlfadt, employée dans les manufactures de Berlin , note 4.
- Aubin ( S. ), village près de Rouen, où fe trouve de la terre à pipes. 22.
- Autrache , village du Brabant, où fe trouve de la terre à pipes. 41. Maniéré de tirer cette terre, yi. Ses qualités, y3. Son prix. yy.
- B
- Barreau de fer à battre la terre ,/?/. 7, fig. 7 , D. 78. Barreau quarré , barreau à couteau. 96.
- Batteur , ouvrier qui prépare la terre. 69. Son attelier. 74. Son falaire. 98.
- Battoir, inffcrument de bois à battre la terre. 81.
- Battre la terre. 66,93.^
- Belleboeuf, village près de Rouen, où fe trouve de la terre à pipes. 22.
- Belliere, village du pays de Bray, où fetrouve de la terre à pipes, ibid.
- Bois propre à cuire les pipes. iy6.
- Boisseau, pot de terre fans fond, à couvrir les pipes dans le four. iy2. Pour les grands tours. 164.
- Broche à percer les pipes. 109 ,/>/. /, fg- if.
- Brosse à nettoyer l’établi. 84.
- Brouillards, donner des brouillards à la terre. 97.
- Brûler les pipes qui ont déjà fervi.
- Caillou à polir. 141.'
- Cajottes ou cachottes , forte de pipes. 4,16, pi. 7, fg. f.
- Caisses de terre, dans lefquelles oa arrangeait les pipes dans le four avant l’invention des fotirs à chandelier , n. 14.
- Chambre du four. 142.
- Chandelier, petit pilier de terre fervant à foutenir les pipes dans le four. 144, 149. A la holiandaife.
- 171-
- Chapiteau du furtout. 144.
- Cheminées du four. 147.
- Chemise du four. Voyez furtout.
- Contrôler la terre, examiner li elle ell bien fcraabtée & battue. 9f.
- Couteau à ôter les bavures. 134.
- Cuves à tremper la terre. 74.
- D
- Dépoter les pipes. if7.
- Devres , bourg du Boulonnais, où fe trouve de la terte à pipes. 42. Qualités de cette terre. 61.
- Dictionnaire d'hiftoire naturelle,
- par
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- ART DE FAIRE LES PIPES.
- par M. Valmont de Bomarre, cité note 6.
- Dorure, couche de terre, dont les pipes font couvertes dans le four.
- ifg.
- Dubois (M.) a fourni des mémoires fur les manufactures de Rouen, i, a.
- E
- Eau, obfervations fur celles qui font propres à détremper la terre. 89-Ecraser la terre avec le maillet. 88» Ecumer la terre , enlever les ordures avec l’écumette. ibid.
- Ecumette, inftrument à purifier la terre, gj.
- Emballer les pipes, note 17. Empoter ,.arranger les pipes dans le four. 148.
- Engraisser (s’) , défaut des pipes, qui s’empreignent des fucs ftipti-ques du tabac. 3 p.
- Espagnols , ont apporté en Europe l’ufage de fumer, note 1. Estrigueux , en alLHaekcn, outil à jébarber les pipes. 113. À la hollau-daife. 129.
- Etampe, pile de bois à battre la terre dans la cuve. 79 , pl. I,fig. 8.* Etamper la terre. 92.
- EtampeuX, poinçon de fer à former 1 la tète des pipes. 113.
- F
- EpSSAN, village c!u pays de Bray, où * ' fe tFouve de la terre à pipes.22. Fournaise du four. 143, 145. Fourneau de la pipe. Voyez tête. Fours ( grands ) à cuire les pipes. 1 j*9. pl. Il, jïg.4, y, 6. Four de Hollande. 168- Fours de Gouda. 176,
- , pl. III, pi- 30.
- Fours (petits) à cuire les pipes. 143. pl. ll,Jig. 1.
- ‘ Tome FI IL
- 401
- Fumer, ancienneté de cet ufàge. r. Son utilité dans la médecine. 2. Et dans la vie privée, ibid. Son origine, note 1. Condamné par les médecins, note 1.
- Fuseau. Voyez chandelier.
- G
- Ginguëttes , forte de pipes. 4, 14.
- Gouda , grande manufacture de pipes en Hollande. 33 , note 3. ^
- Gournay, village du pays de Bray, où l’on trouve de la terre à pipes. 22.
- Grosse ; c’efl la quantité de douze douzaines de pipes. 7.
- GroJJe, dans les manufactures de Hollande, elt de cent foixante pièces. 132.
- H
- Hallens , Werckjliitte der heutigen Kiinjïe , cité n. 14.
- L
- Louchet , forte de beche à couper la terre. 66.
- M
- Magasin des terres à pipes. 70.
- Maillet de bois à écrafer la terre. f6.
- Mandes, paniers à transporter les terres, j-i , 77.
- Marnes, ne (ont peint propres à faire les pipes. 38.
- Mélange des terres. §6.
- Moule à pipes. uo,pl. l,fig. 17,1g. Se jette en fonte , n. 9. À la hollan-daife. 126.
- Moulin à pétrir la terre. 101 ,/>/. 1, fig.,12. A.vent, n. g.
- P
- Palette à remuer la terre, go.
- Percer les pipes, 109.
- Pétrir la terre, ico.
- E ? e
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- 402
- ART J) E FAIRE LES FITES,
- Pipes , leurs formes. 3. Leurs efpeces. 4. Leurs prix. 7,8,9, jo.
- Pipes de Hollande. 3. Leur prix. 8, S> » 34’ 1
- P:pes a talon. 4 ,pl. 7, 2.
- Jû/jer fans talon. fL/J.
- grolfes , moyennes , petites, 4,9.
- T;/>e; croches & demi-croches. 4,11»
- 13 ,/>/ Efg- V
- "Pipes anglailes. 4, 1 f,'pl. I, fig• 4*
- Pipes anciennes. 6 , pl. I, fg. 1.
- jP//?er courtes à petit talon. 10.
- jP/ÿd’j à falbala. 17, />/, I,fg. 6. Leurs inconvéniens, note 2.
- Piqueron , inftrument à battre la terre dans la troifieme cuve. 8f.
- Planches à fécher les pipes. 190.
- Poignée, quinze rouleaux de terre, groffiérement formés comme les pipes. 109.
- Polir le tuyau , en ail. las fchmujjen.
- Pot, partie du four. Voyez chambre.
- Pot à cuire les pipes en Hollande. i6g, pl. 111, jig. 29,24,2f.
- Presse à mouler les pipes. 112 ,pl. 7, jig. 19. A la hollandaife. 127.
- Pyrites, moyen d'en dégager la terre à pipes. y6.
- cl
- Queues de pipes. Voyez tuyaux,
- R
- Rasette , ratilfoir de fer , pour enlever la terre de delfus l’établi. g2, pi Efig‘9,10.
- Régnault ( M. ), chymiÛe de la ma-
- rine , a décrit les fabriques de Flandres. 1, a.
- Retraite de la terre à pipes dans les fours. 49.
- Rouleaux de terre, ic 6>pl. If g. 13.
- S
- Sfcher les pipes. 114, note 13.
- Secher la terre. 100.
- Scraabes , rognures de pipes. 90.
- Scraabter la terre. Voyez battre.
- Surtout , parois extérieures du four»
- *44 > *4D
- T
- Talon de la pipe. 18.
- Terre a pipes , où elle fe trouve.22. Maniéré de la tirer près de Rouen. 23. Dans le pays de Bray. ibid. Prix de ces terres. 26. Qualités de la terre. 28. D’Angleterre. 41. Expériences lur les terres à pipes. 46. Sur la terre d’Angleterre, yy. Blanche & grife, note 7.
- Tète des pipes , évafement dans lequel le tabac brûle, ig.
- Tourbes propres à cuire les pipes. 188-
- Tremper la terre. 66, 100.
- Trompette. Voyez chandelier a la hollandaife.
- Tuyaux des pipes, leur longueur.
- Vallerius, minéralogie, cité n. 7. Vernis pour les pipes. J90, 194* note i y.
- Fin de Part de faire les pipes\
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- ART
- DE FAIRE LES COLLES
- Par M. Duhamel du Monceau.
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- ART
- DE FAIRE LES COLLES (O.
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- T. (<0 En général on appelleW/e des fubftances tenaces & gluantes qui fervent à unir plufîeurs chofes enlêmble, ou à donner de la fermeté à certains tiffus. Il y en a de molles, qui peuvent être employées en cet état: d’autres font feches, ou plus ou moins épaiffes ; mais elles doivent être capables de s’attendrir, & de fe fondre dans des, liqueurs. Comme dans cet état elles font plus ou moins gluantes ou vifqueufes , on peut en étendre des couches minces fur diiférens corps auxquels elles adhérent. Quand elles fe font deiféchées, la colle prend de la dureté, & elle unit fi bien les uns aux autres les corps qui en ont été enduits, qu’ils fe rompraient plutôt que de fe féparer.
- 2. Suivant cette définition, on pourait comprendre dans les colles pîu-iieurs eipeces de maftics qu’on emploie à chaud ou à froid. Cependant nous n’en parlerons point préfemement , parce qu’on aura occafion d’en traiter dans la defeription de différens arts qui mettront en état de mieux faire comprendre leurs avantages j ainfi nous nous bornerons à parler des
- (O Cet art fut publié par l'académie en & qui y fait de très-belle colle, tant à la 3771 , & traduit en allemand l’année fui- maniéré d’Angleterre que de Flandre, vante, avec les notes de JVÏ. le doéteur fachant que je me propofais d’inférer etc Schreber. art à la fuite de ceux que publie l’académie,
- (a) M. Benoît qui a une très-belle & très- s'eft fait un plaifir de me faire voir fa fà-grande fabrique de colle-forte , avantageu- brique , & de me procurer tous les éclair» fement fituée dans les Bordes, à Corbeil, cilïemens que je pouvais defirer»
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- 4oS ART DE FAIRE LES COLLES.
- fubffimces qui font connues fous la déno mina cio il de colle. Elles différent des nufiies, en ce.qu’elles font, lorfqu’on les emploie, liquides & coulantes, enforte qu’elles ne forment point d epaiffeur j au Heu que les maftics font affez épais pour remplir des creux, former des reliefs, &c.
- 3. Comme nlufîeurs fubftances peuvent produire le même effet, on dif. tingue différentes efpeces de colles , telles que la colle de farine , celle de poidon , celle qu’on nomme de.gants , enfin celle à laquelle 011 a donné plus particuliérement le nom de colle-forte, à caufe de fa grande ténacité.
- 4. Celle CI exigeant des préparations particulières , fe fait dans des manufactures. C’elt pourquoi nous allons en parler eu premier lieu, 8c fort en, détail. Nous dirons enfuite quelque chofe des autres efpeces de colles.
- Article premier.
- V
- De la colle-forte.
- . La colle-forte ( 2 ) eft une dilfolution dans l’eau, des parties membra-' fieufes, cartilagineufes & tendineufes qu’on tire des animaux. On defleche enfuite ce qui a été fondu , pour en faire des tablettes qui fe confervent auffi îong-tems qu’on veut fans fe corrompre, & dont le tranfport eft plus aifé que fî ces fubftances étaient fimplement en forme de gelée.
- 6. Les gelées de cornes de cerfs, celle de pieds de veaux qu’on prépare tlans les cuifines & les offices , feraient de la colle-forte fi 011 les deffé-chait; & les tablettes qu’on deftine pour en faire des bouillons, ne font autre chofe qu’une colle-forte qu’on a chargée de jus, de fucs , & d’extraits de différentes viandes. Cette forte de colle qui eft fort chere, ferait cependant moins bonne que celle où il n’entre que les parties qui font véritablement propres à fe fondre en gelée. Toutes les autres fubftances , telles que les fucs &les extraits de viandes , qui étant mêlés avec la diffolution des parties membraneufes & tendineufes, rendent les tablettes propres à faire de bons bouillons, ne feraient qu’altérer la colle qu’on deftine à être employée dans différens arts. Les parties charnues & fimguinolentc-s fe corrompent j lesgraiifes, la finovie, qui fe trouvent dans les articulations , ne doivent point entrer dans la compofition de la colle. Les feules parties capables de fe fondre en gelée, font véritablement PefTence de la colle : les autres lui font étrangères , & 11e peuvent que la rendre moins bonne.
- (s) En allemand Tifchier dam.
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- 7. Comme pour faire ufage de la colle-forte , il faut la diffoudre & l’tten-dre dans de l’eau, plu/îeurs artifans & manufa&uriers font eux-mêmes leur colle i mais ils ne fe donnent pas la peine de la deffécher & de la réduire en tablettes ; ils s’en fevent auiîî-tôt qu’ils l’ont réduite à la confiftance d’une gelée plus ou moins épaifle , iuivant l’ufage qu’ils en veulent faire. Les papetiers, les drapiers , & les peintres en détrempe, achètent des rognures de peaux ou de parchemin , qu’ils font bouillir dans de l’eau 5 8c quand en en mettant quelques gouttes fe refroidir fur une afliette , elle fe fige en gelée un peu épailfe, ils l’emploient en cet état, & s’épargnent ainfi la peine que iè donnent ceux qui font la colle-forte pour la dcifécher & la réduire en tablettes : mais il faut être en état de faire promptement ufage de ces gelées , fans cela elles fe corrompraient bientôt. C’eft ce qui engage à delfécher la colle dans les manufadures , parce que quand elle eft réduite en tablettes, elle fe conferve tant qu’on veut fans s’altérer 5 8c d’ailleurs elle eft beaucoup plus aifée à tranfporter.
- 8. Les peintres , les papetiers, les drapiers , & les autres artifans qui font eux-mêmes leur colle, trouveraient fou vent de l’avantage à acheter la colle en tablettes ; car communément les colles-fortes font plus exemptes des fubft tances étrangères qui altèrent les parties collantes , que celles que font plu-fieurs artifans pour leurs ufages propres. Il y a cependant des raifons d’économie ou de convenance , qui les engagent à faire eux-mêmes leurs colles.
- 9. Quelques-uns prétendent que la colle en tablettes eft trop forte, & qu’il leur en faut une moins parfaite. C’eft peut-être une prévention; caron eft maître d’aifaiblir la colle tant qu’on veut, en l’étendant dans beaucoup d’eau. Quoi qu’il en foit, 011 peut confulter ce qui a été dit de ces différentes colles dans les arts du papetier ( 3), du drapier (4),&c; & en faveur de ceux qui n’ont pas ces arts, nous en dirons quelque chofe dans la fuite.
- 10. Plusieurs fubftances animales font propres à faire de la colle-forte. Les rognures des peaux & des cuirs, les pieds, la peau des têtes 8c des queues de plufieurs animaux, les os même, fi l’on fe fervait de la marmite de Papin ( f ) pour les diffoudre, pourraient fournir de la colle.
- (3) Voyez cet art dans le quatrième vo- re peut l’obtenir par la coftion ordinaire,
- lume de cette collcftion. C’eft une forte de vaifteau de fonte, dans
- ( 4^ Cet art fait partie du feptieme vo- lequel on met de la viande & des os, avec
- lume de cette colleétion. une quantité d’eau fuffifànre pour le rem-
- ( ç) La mai mite de Papin eft une machine plir exrôcment, après quoi on Je ferme à propre à décon pofer les viandes , <fune vis avec un couvercle, de maniéré que maniéré plus parfaite & plus efficace qu’on l’air extérieur ne puiflèpas y communiquer.
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- 11. Je n’ai pas poulfébien loin les expériences fur ce point : cependant je fuis parvenu à faire avec des os une colle qui à la vérité était fort noire , mais qui me parailfait très-forte ; & je crois qu’elle aurait été meilleure , 11 j’avais commencé par ôter la moelle & la graille par enlever , au moyen d’un acide, la fubftance terreufe des os , pour 11e dilfoudre que la cartila-r gineufe; mais il y a apparence que ces préparations emporteraient tout le profit.
- 12. Entre les fubftances que je viens d’indiquer , les unes font de meilleure colle que d’autres. En général les cuirs tannés ne fournilfent point de collei les cuirs dits de Hongrie ou de bourrelier, palfés à l’alun & au fuif, en donnent peu , & de médiocre qualité. Il faut, pour en obtenir, leur donner des préparations particulières.
- 13. Les cuirs neufs donnent plus de colle & de meilleure qualité que ceux qui ont été delféchés par un long fervice. Ces fubftances , après un long travail, ne rendent que peu de colle: j’en ai fait d’épreuve dans une marmite de fer fondu, dont le couvercle de même métal fermait exactement, pour que la fumée fe réverbérant fur le cuir, fit en quelque forte l’effet de la machine de Papin ; mais je n’ai point du tout obtenu de colle.
- 14. Les rognures de chamois paffées à l’huile ne valent abfolument rien. Les poils ne fe fondent point en colle : le fang , la graille, la chair ne peuvent qu’altérer la bonté de la colle, ou au moins occafionner beaucoup de déchet. C’eft pourquoi ceux qui achètent des matières pour faire de la colle, doivent exiger qu’elles foient bien dégraiffées & nettes, ou^compter fur un déchet confîdérable qu’on ne peut éviter.
- if. Les rognures & les ratures de parchemin & de vélin, qu’011 acheté chez les parcheminiers & les gribliers , font de bonne colle ; mais elle reviendrait fort cher aux fabricans ; & il en eft de même des rognures de peaux qu’on acheté des gantiers & des mégiftiers , des peauftiers & des fourreurs. Les peaux de lièvres , de lapins & de caftors , qui ont été épilées par les chapeliers , toutes ces fubftances feraient allez bonnes pour faire dé la colle-forte ; mais elles font en grande partie employées par les peintres
- Mettaacenfuite cette machine fur des charbons ardens, les os les plus durs fe trouvent réduits en très-peu de teins en pulpe pu en gelée. Cet effet doit être attribué à l'exactitude avec laquelle cette machine eft fennec, qui empêche toute communication avec l’air extérieur & augmente la force
- expanfive de celui qui s’y trouve renfermé. Voy. Mufchembroeck , ejjciis dephyfique, pages 427 , 428. Cette machine eft plus exactement décrite , fes ufages mieux appréciés, dans un mémoire fur l'ufagt économique du digejlcur de Papin. A Clermont-Ferrand, 1761.
- en
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- en détrempe, les drapiers pour coller leurs chaînes, les papetiers , &c.
- 16. Les faifeurs de colle-forte ont coutume d’employer des fubftances plus communes, telles que les rognures de cuirs de bœufs & de veaux, de moutons , de chevaux , &c. qu’on appelle oreillons ( 6 ) ; & plus ces animaux font vieux & maigres , plus la colle eft forte.
- 17. Toutes les parties tendineufes&apônévrotiques qu’on nomme n rfs, font de bonne colle. Les pieds, les queues de ces animait* peuvent fournir de la colle ; mais ces fubftances occafionnent beaucoup de déchet, à caufe des poils, des graifles & de la finovie qui s’y trouvent abondamment. Il faut les delfoler, les dégrailfer, les défolfer; & malgré cela, fi l’on n’employait que des pieds, la colle ne ferait pas très-forte, à caufe delà quantité de finovie qui eft dans ces parties.
- 18* Les pieds de bœufs, autrefois eftimés, font maintenant regardés comme -une des mauvaifes matières qu’on puilfc employer , & cela depuis que les bouchers ont foin d’en ôter une partie tendineufe, qu’on nomme petit nerf, ou nerf de jarret ( 7) , qu’ils vendent au compte, & alfez cher pour faire cette efpece de filaife qui fert à nerver les panneanx des voitu^ res , ou à faire des foupentes. Quand ces pieds font ainfi dépouillés de cette partie tendineufe, ils ne fournirent qu’une fubftance glaireufe qui n’eft pas propre à faire de bonne colle ; & fi l’on s’en fert, c’eft à caufe de leur bon marché. Ces fubftances tendineufes , qu’on acheté pour faire de la colle, font donc eftimées à proportion de leur propreté; c’eft-à-dire, que celles qui font fraîches , bien nettes , fans pouflîere , fans poil, fans graillé & fans chair, doivent être choifies par préférence. Ce n’eft pas qu’on ne puilfe les décharger de ces matières inutiles ou nuifibles ; mais le fabricant éprouve beaucoup de déchet & de main-d’œuvre, parce que, comme je l’ai dit, les parties grailfeufes , charnues , fanguinolentes, & les malpropretés , font des fubftances hétérogènes qui s’en vont au lavage, à la trempe; ou bien elles fe détachent dans la chaudière , où elles forment, foit un marc qui fe précipite au fond, ou une écume qui fe porte à la fuperficie, fuivant leur poids. Ainfi il faut employer du tems & de la main-d’œuvre pour décharger les matières utiles de ces fubftances nuifibles, principalement du fang'qui eft très-fufceptible de corruption. Ordinairement, quand on acheté les matières propres à faire la colle, elles font dépouillées des crins & poils qui les couvraient, attendu que ces poils fe vendent à part ; mais quand il en
- (6) En allemand Ecken. les Telles. On ne conçoit pas trop comment
- (7) Ce ne font pas des nerfs , mais des on peut en faire des foupentes. On y em«
- tendons. On les bat jufqu’à ce qu’ils de- ploie principalement la peau de cheval-viennent comme des étoupes. En Allema- marin , & celle du fanglier , qui dure trois gne , les felüers s’en fervent pour garnir fois plus que les autres. ?
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- refte aux pieds ou aux queues, on ne cherche pas dans les manufactures de colle à en faire ufage. On met ces matières dans une eau de chaux un peu forte , pour les dépiler avant de les employer à faire de la colle : cependant le poil qui relie ne caufe point de dommage, & fe trouve dans le marc fans s’être dilfous. Si l’on veut s’en débarraifer , c’eftpour qu’ils ne remplit fent pas inutilement la chaudière , qu’ils ne retiennent point de faletcs , & qu’ils n’emportent pas de la colle en s’en imbibant.
- 19. J’ai vu employer chez M. Benoit, des peaux de lievre, de lapin, & de catlor, dépilées par les chapeliers, pour faire de belle colle façon d’Angleterre.
- 20. A l’égard des cuirs de Hongrie, qui ont été palfés à l’alun & imbibés de fuif (8) , qu’on appelle cuirs de bourrelier, ils exigent, comme je l’ai dit, des préparations particulières. Il faut les tenir plus long-tems dans l’eau de chaux, pour en ôter le fuif & les fels ; alors ils fourniffent d’aifez bonne colle, mais roufle & en petite quantité: ainG, pour en tirer quelque proht, il faut les acheter à bon marché, fur-tout quand ils font vieux & deiféchés.
- 21. Si l’on faifait de la colle entièrement avec des oreilles ou des nerfs de bœuf, elle ferait très-bonne. C’eft pour cela que, quand les tanneurs ont voulu faire de la colle, comme ils faifaient tomber en rognures toutes les parties des peaux qui n’étaient pas propres à faire de bon cuir, ils faifaient d’excellente colie. Mais comme ces matières font trop cheres pour être mifes dans le commerce , les fabricans , pour faire une bonne colle marchande, mêlent enfemble des fubftances de différentes qualités. Ils prennent, par exemple , 1000 livres de rognure de veaux & de moutons, & foo livres d’oreillons de bœufs. Le tout étant bien conditionné, doit fournir cinq à Gx cents livres de colle. Je ne donne ceci que comme un exemple ; car il eft à propos de varier les mélanges , fuivant la qualité de la colle qu’on fe propofe de faire , & le prix des différentes fubftan-ces , dont quelques-unes font plus abondantes dans une province que dans une autre.
- 22. On met tremper féparément chaque matière dans des cuveaux (9} ..remplis d’eau 5 vingt-quatre heures fufhfent pour les peaux fraiches ; il
- faut plus de tems pour celles qui font feches, & encore beaucoup plus pour les vieux cuirs. On les remue de tems en tems avec une fourche, ou
- (8") Ces préparations ne font pas connues mais je dois obferver que ceux du faifeur en Allemagne, quoiqu’elles méritent fat- de colle doivent être faits , s’il fe peut, de . tendon des fabricans. fortes douves de fapin , d’une capacité pro-
- u (9) Je ne donne jamais la figure d’un eu- portionnée à la force de la fabrique , & gar-eau, parce que rien n’eft plus inutile 1 nis de bons cercles de fer.
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- une pelle D ,j%. 14, pl. L Quand ils font bien pénétrés d’eau, on les retire des cuveaux avec une fourche, ou un crochet, & on en charge des civières grillées F, pi* I, fig. 1 , qui doivent être plus étroites par le fond que par le haut. Dans les grandes fabriques , 011 les fait grandes & fortes, comme à laplanchz /. Dans les petites fabriques, 011 les tient légères* Ces civières font faites avec des barreaux ou paumelles qui font reques dans un foft bâtis de charronnage ou de menuiferie. On laiife les cuirs un peu s’égoutter dans les civières, enfuite on les lave à la riviere, comme nous allons l’expliquer, bien entendu quand la fabrique elt, comme celle de Corbeil, établie au bord dune riviere; mais beaucoup fout privées de cet avantage, qui néanmoins efl très-important pour faire de belle colle.
- 23. On établit fur les bords de la riviere, des cages à jour G 1,/>/./, fig. 2. Elles font formées par des barreaux ou paumelles qui entrent dans des trous qu’on a pratiqués à un fort chalîis de charpente. Cette cage efl alfemblée au bas d’un cadre ou chaiïise; & ce cadre qui doit former une bafcule , elt alfemblé au moyen de deux crochets ff, qui embralfenfc la piece horifontale qui forme la traverfe d’en-bas du bâtis de charpente. Ce chaffis repréfente au bord de la riviere, comme le chambranle d’uns porte qui ferait de charpente.
- 24. Quand le cadre efl vertical, comme G 1 , pl. I, fig. 2 , la cage dans laquelle on met les morceaux de cuirs, trempe dans l’eau de la riviere , comme on le voit en G 1. Alors on les remue & on les agite dans l’eau avec le bouloir H , pl. 19 fig. , ou un barateau I, pl./, fig. 16, forte de rateau à grandes dents.
- 2f. De tems en tems on abaiffe la queue de la bafcule pour faire for-tir la cage de l’eau , comme on le voit en G 3 , pl. I9 fig. 2. Les morceaux de cuirs fortent de l’eau , ils s’égouttent, & l’eau laie en fort. Quand cette eau s’eft égouttée , on replonge la cage , comme 011 le voit en G 1 & G 2, pi. I, fig. 2; on remue encore dans l'eau les cuirs, & on répété cette manœuvre jufqu’à ce que les cuirs foient nettoyés, & que l’eau eu forte claire.
- 26. Comme on lave féparément les différentes efpeces de cuirs , ou porte fur-tout attention aux oreilles qui confervent ordinairement les fale-tés plus que les autres matières ; on finit par mettre la cage comme le repréfente G 3 , on en tire les morceaux de cuirs avec le barateau I, pi./, fig. 16, & la fourche ; on les met dans la civiere F, pi. I, fig• 1 , & on les porte dans des cuveaux cerclés de fer, dont il y a bon nombre dans les fabriques. On les y laiife vingt-quatre heures ; & fi l’on s’apperqoit qu’ils foient encore fales, ôn les lave une fécondé fois, ainfi qu’on l’avait fait
- Fffij
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- la première. Comme il faut ‘beaucoup d’eau pour remplir les cuveauxy on l’élcve avec des pompes, & on la conduit au moyen de daiots dans les diiïérens cuveaux.
- 27. Ordinairement on met les cuirs tremper dans une eau de chaux aiïez faible. Il y a cela d’avantageux , qu’on peut les y laiffer long-tems le bien pénétrer d’eau 5 car ils ne fe gâtent jamais tant qu’ils font dans l’eau de chaux, y relfalfent-ils deux mois. On rafraîchit feulement l’eau des cuves tous les quinze jours avec un feau ou deux de nouvelle eau de chaux, & on retourne de tems en tems les cuirs qui font en trempe.
- 28- Par cette trempe, on diifout les parties charnues & fanguinolentes j on fait avec les graiffes une elpece de favon, & l’on convertit les peaux prefque en parchemin.
- 29. Quand on a des matières qui ont du poil, on les met après le lavage dans une eau de chaux plus forte: ce qui brûle ou détache les poils, en même tems que la chaux dans laquelle on lailfe les matières eu trempe, confomme en partie, comme nous venons de le dire, le fang, la grailfe & la chair, qui ne pourraient qu’altérer la qualité de la colle. Sur quoi je ferai remarquer que , lî l’on couvre une peau du côté de la chair avec une pâte où il entre de la chaux , la peau étant feche devient bientôt comme du parchemin ; & on fait que le parchemin elt très-propre à faire de la colle.
- 30. Il a été dit que, pour tirer parti des peaux qui ont été paffées à l’alun & au fuif, il faut les tenir plus îong-tems que les autres dans une eau de chaux un peu forte, & les laver avec plus de foin, pour emporter les fels & la grailfe.
- 31. A l’égard des matières qui contiennent de la grailfe, du fang, de la finovie, des parties charnues, & du poil, 011 les met dans une forte eau de chaux. On les retire de cette eau étant toutes blanches de chaux, & on les conferve à fec dans des fodes. Comme elles 11e s’altèrent point en cet état, on fait ce travail l’hiver, & on les garde en tas fous des an-gars jufqu’au printems , qui efî la faifon où l’on doit les employer: alors on les met tremper dans des cuveaux pleins d’eau claire; trois ou quatre hommes les y bralfent avec des efpeces de bouloirs H, pl. I, fig. 1 ^ ; on les lave à la riviere, & elles font en état d’être mifes dans la chaudière.
- 32. Apres avoir ainfi bien imbibé les peaux, & après les avoir foigneu-fement lavées, 011 les met pour la derniere fois dans la civiere F,/>/. I, fig. 1 , mettant enfemble toutes les différentes efpeces de matières dans la proportion qu’on juge convenable, & on les porte aux cages G, fig. 2, pour leur donner un dernier lavage. Quelques-uns les palfent enfuite fous
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- ART DE FAIRE LES COLLES. 413
- inte prefle P , pl. I, fig. 3 , pour ôter une partie de l’eau dont elles fe font imbibées, qui empêcherait que la colle ne fut fuffifamment épaiffe.
- 33- Quelques-uns mettent des pierres au fond de la chaudière de cuivre, dans laquelle 011 doit fondre la colle, pour empêcher que les matières ne s’y attachent & 11e brûlent. Il eft mieux de mettre au fond de la chaudière une grille de bois , dont les barreaux ont deux pouces en quarré ; & cette grille eft entourée d’un cercle de fer qui empêche qu’ils ne fe délaifemblent. On remplit jufqu’au-deflus des bords une chaudière de cuivre qui eft montée fur un fourneau de maçonnerie Q , pl. I, fig. 4.
- 34. Ici la pratique n’eft pas la même dans les différentes fabriques. Les uns prétendent que l’eau que les matières ont prife dans la trempe, eft plus que fuîfifante, & qu’il 11e faut pas y en ajouter. D’autres y en ajoutent, mais en plus grande ou en moindre quantité , fuivant la qualité des matières , & penfent qu’il en faut plus à celles qui font dures & fe-ches, qu’à celles qui, étant fraîches & tendres , fe font très-gonflées & chargées de beaucoup d’eau à la trempe. Je fuis fâché de ne pouvoir rien dire de plus précis fur ce point ; car je crois qu’il eft de l’intérêt du fabricant d’employer allez précifément la quantité d’eau qui convient : d’autant que fi l’on y en mettait trop, il faudrait continuer fort long-tems le feu pour épaiflir la colle. En ce cas , on confommerait du bois , & la colle en ferait plus brune ; fi on y en mettait trop peu , la colle ferait faite avant que toutes les parties fuflent fondues : une portion des fibres propres à faire de la colle relierait donc dans le marc , & ce ferait une perte pour le maître de la fabrique. Cependant il m’a paru qu’un à-peu-près fuffit, & qu’avec un peu d’ufage on y atteindra aifément, pourvu qu’on foit prévenu qu’il faut ajouter moins d’eau aux matières qui eu prennent beaucoup à la trempe & qui fe gonflent confidérablement, qu’à celles qui font dures & feches. Pour connaître s’il était important d’employer beaucoup d’eau , j’ai pris de belles rognures de gants , je les ai mis tremper vingt-quatre heures dans de l’eau claire; après les avoir laide lin peu égoutter , je les ai mifes dans une marmite de fer fondu , qui avait un couvercle aulfi de fer fondu , & qui fermait allez exactement; ayant mis deifous d’abord un petit feu, puis un plus fort, mes rognures fe fondirenc prefqu’entiérement , & me fournirent une colle qui s’épaiffït, 8c fe deftecha promptement. Je fis enfuite bouillir de l’eau ; j’y jetai de pareilles peaux feches , elles s’y fondirent ; mais j’eus bien de la peine à les épaiiïir allez pour faire de la colle en tablettes. Je reviens à ce qui fe pratique dans les fabriques.
- 35, On allume fous la chaudière, d’abord un petit feu pour fondre les matières peu à peu & fans les brûler. O11 augmente ee feu par degrés}
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- 4.T4 ART DE FAIRE LES COLLES.
- jufqu’à faire bouillir la colle; & à raefure que la colle fe fait, les uns diminuent le feu, prétendant qu’il faut laiifer la colle fe faire fans la remuer: d’autres, quand une partie des peaux eft fondue, bradent & remuent vigoureufement les macieres avec le palon H , pL 1 ,jig. 15 ; ce qu’ils répètent de tems en tems jufqu’à ce que la colle foit faite , ce qu’on reconnaît en en rempliifant une coque d’œuf: elle eft bonne à tirer, fi, lorf-qu’elle eft refroidie, elle forme une gelée atfez épaiile. Quand une partie eft fondue, il faut diminuer le feu jufqu’à 11e faire bouillir ce qui s’eft fondu qu’à très-petit bouillon, évitant de faire trop de feu; car ii vaut mieux aller lentement, que de rien précipiter. Cette opération dure or-dinairemnt douze, quatorze, ou quinze heures. Lorfqu’une partie des mar-chandifes eft fondue, il s’élève quelquefois à la luperficie delà liqueur une écume qui contient du fang cuit: quelques-uns l’ôtent avec des écumoires; mais on peut s’en clifpenfer: ces impuretés fe fépareront dans la cuve ou dans les boîtes. On entretient un petit feu fous la chaudière pour que la colis ne falfe que frémir, & on remue de tems en tems les matières avec une pelle qui a un manche de bois , pour que les matières légères qui fe portent à la furfice plongent dans la colle fondue & fe fondent elles-mêmes, & aufti afin que celles qui tombent au fond ne fe brillent point.
- Je crois que dans les efpaces de tems où l’on ne braife point la colle, il ferait avantageux de couvrir la chaudière d’un couvercle de paille trelfé avec de l’ofier, qu’on éleverait au moyen d’une corde paifée dans une poulie, lorfqu’on voudrait bralfer la colle; par ce moyen on retiendrait la fumée, cette vapeur chaude & humide étant très-propre à précipiter la fonte des matières.
- 37. L’endroit où l’on cuit la colle eft un petit bâtiment fermé, dans lequel font montées les chaudières femblables à celles Q_, pL. I, fig. 4 5 & auprès de chaque chaudière , il y a un cuveau de bois, cerclé de fer. Quand en mettant un peu de colle fondue fur une aflîette ou dans une coque d’œuf, on apperçoit qu’en fe refroidiftant elle prend la confiftance requife, on juge qu’il eft tems de vuider la chaudière. Pour cela 011 établit fur la cuve une cage longue & quarrée, qui occupe tout le diamètre de la cuve. Cette cage fe nomme civiere, parce qu’elle s’eft formée de barreaux comme la civiere ¥ ,fig- 1. On met dans le fond de cette civiere, de la paille longue ; il ferait encore mieux d’y mettre une toile de crin. Il faut que le cuveau foit tout près de la chaudière , non feulement pour tranfporter plus aifément les matières dans la civiere, mais encore pour que la chaleur du fourneau empêche la colle de fe refroidir, & qu’elle refte coulante.
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- 38- Quand donc les matières qui doivent fournir la colle font fondues , & que la colle eft cuite, après avoir laide le plus gros marc fe précipiter, on vuide la chaudière avec une grande cuiller de cuivre rouge, qu’on nomme cafjîn : on met ce qu’on en tire, dans la civiere qui eft établie fur le cuveau. Cette opération doit fe faire promptement, & lorfque la colle eft fort chaude, pour que la liqueur foit plus coulante. Comme il eft important d’entretenir la colle chaude, non feulement pour qu’elle s’égoutte bien du marc, mais encore pour qu’elle fe dépure par précipitation lorfqu’elle eft dans la cuve, on a foin que la chaudière & la cuve foient dans un petit endroit exactement fermé, qui par ce moyen eft entretenu chaud par le feu du fourneau 5 mais encore on couvre la civiere & la cuve avec une toile en plulieurs doubles, afin de prévenir le refroidit fement.
- 39. Pour ne rien perdre de ce qui peut fournir de la colle, on laide long-tems le marc, qu’ils nomment U fumier 9 dans la civiere , pour qu’il s’égoutte.
- • .40. Communément on met le marc qu’on tire de la civiere, fe defîe-cher à l’air ; & quand il eft bien fec, on s’en fert pour entretenir le feu fous la chaudière : ce qui produit une économie fur le bois , qu’un fabricant m’a dit aller à plus de 1000 livres par an.
- 4r. Il eft bon que la liqueur refte quelque tems dans le cuveau pour fe dépurer par précipitation, en donnant le tems aux fubftances étrangères de fe précipiter au fond. Pour cela, on doit fermer les portes & les fenêtres de l’attelier où font les chaudières & les cuveaux, afin que le refroi-diffement fe faife' lentement & que la colle s’entretienne liquide, fans quoi les impuretés 11e fe précipiteraient pas. On lailfe ordinairement la colle fe dépurer ainfi par précipitation pendant trois ou quatre heures. Si, en tenant le cuveau dans un lieu bien chaud, au moyen d’un poele , on ne tirait la colle qu’au bout de fix , huit ou dix heures, elle en ferait plus belle ; car la meilleure dépuration eft celle qui fe fait lentement.
- 42. Quand on juge que la colle s’eft fùffifamment dépurée, on la tire encore chaude de la cuve, on la porte promptement & on la verfe dans des auges ou des boites de bois V, pL II, fig. 1 , qu’on a auparavant bien mouillées, & au fond defquelles il doit toujours refter de l’eau , principalement pour que les planches ne fe retirent pas , & que les boîtes foient étanches, afin que la colle qu’on y mettra ne fe perde pas5 mais on doit les égoutter avant de mettre la colle dedans.
- 43. Dans cette opération, quelques-uns paflent la colle par des tamis de crin, auxquels on donne ordinairement une forme ovale, parce qu’elle eft plus commode pour remplir les boîtes qui font longues & étroites 5
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- mais cette opération n’eft pas fans inconvénient, & le mieux eft de clarifier la colle par précipitation, comme nous l’avons dit.
- 44. Les boites S, pl. I, fig. f , font de bois de chêne ou de fapin bien affemblé ; elles ont fept pouces de hauteur, neuf de largeur, & environ trois pieds de longueur. Elles doivent être d’un pouce plus larges par le haut que par le bas.
- 4f. On verfe donc dans ces boîtes la colle fondue, clarifiée par précipitation. Le cuveau S,/?/./, eft percé à différentes hauteurs, où
- l’on ajoute des robinets de bois. Le plus bas eft à un pouce & demi du fond , & le plus élevé eft à trois pouces & demi du fond. La liqueur qui vient par le robinet le plus élevé, fournit la plus belle colle ; & fi on veut l’avoir très-belle, il ne faut pas tirer tout ce qui peut venir par ce robinet, parce qu’à la fin il viendrait un peu de grailfe qui , nageant fur la colle, lui donnerait un oeil défagréable. Cependant on tire la liqueur par les différens robinets, tant qu’elle vient claire; celle qui coule par le dernier robinet, pour n’ètre pas claire, n’en eft pas moins bonne. D^ail-leurs, quand il fe précipite du mare au fond des boîtes , 011 l’ôte lorf-qu’on la coupe par feuillets. Le furplus qui eft précipité au fond de la cuve contenant beaucoup de colle , 011 le met avec les matières neuves dans la chaudière.
- 46. Malgré le foin qu’on a pris de dépurer la colle fondue , on trouve prefque toujours un peu de grailfe figée à la furface de la colle qu’on a mife dans les boîtes, & au fond un peu de marc ; mais on retranche ces matières en partie lorfqu’on coupe la colle en tablettes.
- 47. On lailfe la colle environ vingt-quatre heures fe refroidir 8c s’é-paiflir dans les boîtes où 011 l’a mife au fortir du cuveau, les tenant fous un angar A A , pl. II, fig. 3 , à couvert de la pluie & du foleil. A me-fure qu’elle perd de fou humidité , elle diminue de volume ; & quand elle a pris alfez de fermeté pour être tirée des boîtes , elle a environ quatre pouces d’épailfeur. Alors on travaille à la tirer de ces boites, pour la couper par tablettes , ainfi que nous allons l’expliquer.
- 48* Quoiqu’on ait mouillé les boîtes, la colle y adhéré ; ainfi pour la détacher du bois, on prend de grands couteaux à deux tranehans X, pl. I, fig. 6, qu’on trempe dans de l’eau , & on en paffe la lame entre la colle & les planches des boites, ayant foin de mouiller fouvent cette lame. On parvient ainfi à la paffer tout autour de la colle qui s’eft figée & qui tient aux parois des boîtes.
- 49. Quand on a fait le tour des boîtes avec le couteau , on coupe avec le même couteau la colle qui eft dans les boites, en cinq morceaux pu parallélipipedes qui ont à peu près fept pouces de longueur, neuf de
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- largeur , & environ quatre d’épaiifeur. Pour couper plus régulièrement ces morceaux, on pofe fur la colle un petit chalTis qu’on nomme moule ou calibre Y , pi. I, fig. 7, dont la grande longueur doit êcre égale à la largeur de la boîte. La largeur du moule doit être telle qu’elle divife la longueur de la boite en parties égales fans fractions. Ayant pofé ce moule fur la colle qui eft raffermie, on conduit le couteau le long d’un des côtés; mais il s’agit d’enlever de la boite ces parallélipipedes de colle. O11 le fait avec une palette de bois qui a un manche. Le corps de cette palette eft précifément de la largeur des boîtes ; & comme elles font plus étroites par le fond que par le haut, la palette eft auffi plus étroite à fon extrémité que du côté du manche 3 en un mot, 011 fait enforte qu’elle joigne exactement l’intérieur des boîtes. On mouille cette palette, & 011 la fourre entre les morceaux qü’011 veut enlever , l’introduifant dans les fentes que le couteau a faites : on commence donc par mettre la palette dans la fente qui fépare le premier parallélipipede du fécond 3 & la faifant gliffer fous la colle, on l’enleve fur cette palette. C’eft ce morceau de colle qui eft le plus difficile à enlever 3 cependant il ne faut jamais commence par les morceaux des bouts : 011 y réuffirait rarement 3 mais un du milieu étant une fois enlevé, les autres fe détachent aifément, parce qu’on peut incliner la palette pour la faire glilfer fous les autres morceaux. Les ouvriers très-accoutumés à ce travail, blâment cette pratique 3 parce que, comme il faut un point d’appui pour enlever la palette, on endommage le parallélipipede voifin de celui qu’on enleve : ils fe paffent donc de cette palette; & ayant verfé un peu d’eau fur la colle avant que de la détacher avec le couteau , ils ont i’adrelfe de tirer ces morceaux de colle des boîtes avec les mains.
- fo. Il eft important, pour tirer facilement les parallélipipedes des boîtes, que la colle ne foit ni trop molle, ni trop feche. Si elle était trop molle, les morceaux fe briferaient ; fi elle était trop ferme, la colle ferait Ci adhérente à la boîte qu’on ne pourrait l’en féparer, & l’on aurait peine à la couper en tablettes , cômme nous le dirons dans un inftant.
- fi. Quand un morceau de colle eft enlevé, 011 le porte fur la palette même & on le fait glilfer fur une planche Z , pl. /, fig. 8, qui a envi-‘ ron un pouce d’épailfeur , & à 1 un des bouts de laquelle il s’en éleve une autre perpendiculairement: celle-ci fert d’adolfoir; c’eft-à-dire , qu’une des faces du parallélipipede de colle eft pofée fpr la planche horifontale, & l’un de fes côtés s’appuie fur la planche verticale. Alors l’ouvrier&,/?/.//, fe plaçant du côté de la planche verticale, tient des deux mains l’ef-pece de feie & , pl. I, fig: 9 , dont la monture a, au lieu d’une corde, un gros fil de fer e d tendu par un écrou; de plus, au Heu d’un feuille^ Tome FIJI. * G g g
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- tranchant, il y a une lame mince de cuivre ææ, qui fuffit pour couper Î3 colle: en plaçant cet inftrument dans une pofttion horifontale, Pouvriet qui le tient des deux mains, le tire à lui, & coupe le parallélipipede pas tranches horifontales , auxquelles il donne Pépaiifeur qu’elles doivent avoir. Ordinairement on retranche une lame mince de deffus, & une de deffous* celle-ci étain fouvent chargée de quelques faletés qui ne fe font pas précipitées dans la cuve, & celle de delfus ayant quelques gouttes de graiffé figée, qui donne un vilain coup-d’œil à la colle.
- S 2. L’habitude des ouvriers fait qu’ils coupent leurs tablettes de colle très-réguliérement, étant conduits par le (impie coup - d’œil. D’ailleurs * comme la colle fe vend à la livre, la précifion dans l’étendue & Pépaifi-feur des tablettes eft alfez indifférente ; feulement les fabricans effaient de ne les pas faire fort épaiifes, parce que plus elles font minces, plus la. colle parait tranfparente. A l’égard des feuillets qu’on a levés delfus & deffous les parallélipipedes * on les remet dans la chaudière avec d’autres marchai! dife s.
- 53.. Quand les feuilles lont ainfl coupées, on les porte à îa fecherie AA* fiS' 3 » H > qui eft un angar ou halle couverte par-deffus, mais dont les côtés ne font garnis que de rideaux qu’on ferme dans le befoin* lailfant le plus qu’il eft poffible un libre paifage à l’air qui delfechs très-promptement la colle fans l’altérer.
- 54. Sous cette halle font des poteaux B B1, pt. II ,fig. 2, qui portent dé' longues chevilles, fur lefquelles on pofe des chalîls de menuiferie, où font cloués des filets CC, femblabies à ceux des pêcheurs. C’elt fur ces filets qu’on pofe les feuilles de colle, pour les faire fécher, comme le fait fou--vrier D D, pL II, Qn les arrange tout près les unes des autres , pour ménager la place ; mais on a foin qu’elles ne fe touchent pas..
- 55. On ne ferme les rideaux de la fécherie que quand il pleut , ou quand le foleil peut donner fur la colle. H eft fenfible que , s’il pîeüvait fut ces tablettes, de colle qui font prefqu’en gelée, elles le déformeraient ; mais; Je foleil eft autant à craindre: car fl un rayon de foleil chaud donnait def-fus, cinq à fix minutes fuffiraient pour la faire fondre & tomber par gouttes.
- 56. Quelquefois dix jours fuffifent pour fécher la colle, & d’autres fois il en faut plus de quinze. Quand'on met la colle fur les filets , elle eft allez ferme pour ne point paffer au. travers des mailles mais elle eft allez tendra pour que les fils s’impriment fur leur fuperficie, ce qui fait les lofmges qu’en, apperçoit fur les tablettes de colle. Il faut avoir l’attention de les détacher de tem-s en tems des filets pour les retourner,, fins quoi ils-s’y attacheraient, .de façon qu’on ferait obligé de déchirer les filets pour avoir les feuilles dé colle. Si cependant cet accident arrivait,, on parviendrait à enlever la. coite
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- îàtts déchirer les filets , en la mouillant un peu par-deftbus avec une éponge imbibée d’eau.
- 57. Quand la colle eft à demi feche, on perce les feuilles à Pun de leurs bouts, pour pouvoir y paifer une ficelle , qui fert à les pendre dans les maga-fins. Lorfque les tablettes de colle font prefque feches , on peut leur donner un coup-d’œil féduifant, en les mouillant un peu, & les frottant avec un linge neuf. Cette opération leur donne le poli & la tranfparen.ee qui fait efti-mer la colle d’Angleterre.
- 58. Le tonnerre fait tourner la colle , non pas quand elle efl dans la chaudière, mais quand elle repofe dans la cuve, ou lorfqu’elle eft dans les auges. Au féchoir, le tonnerre n’y fait plus rien ; elle 11e craint alors que la pluie Sc le foleil. Cependant, fi elle était furprife par la gelée avant qu’elle fût feche, elle ferait gélatineufe , & aurait perdu fa tranfparence ; & quoique fa qualité ne fût point altérée , elle ne ferait plus de vente , il faudrait la refondre : ainii quand il furvient de la gelée lorfque la colle fur les filets elt encore tendre, il faut porter les feuilles dans un endroit où la gelée ne pénétré point. O11 fe preife donc de porter à la cave ou dans un cellier celles qui ne font pas feches, ainfi que les boites où l’on a mis la colle fe refroidir. A l’égard des cuveaux, comme ils font à côté des chaudières dans un lieu petit & fermé , il faudrait qu’il fit un froid bien violent pour que la colle y fût endommagée par la gelée; mais 011 peut dire en général que les tems de grandes chaleurs & de gelée, ne font point favorables pour faire la colle. Les feuilles de colle fe confervent aifément en magafin, & même on eftime davantage la colle qui eft anciennement faite , parce qu’étant plus feche, elle porte plus de profit; mais les marchands edaient de la tenir dans un lieu qui ne foit ni fort fec Xïi humide.
- 59. Dans un lieu chaud & fec , elle perdrait de fou poids, & il en réfulte-rait un déchet qui leur ferait préjudiciables Si elle était dans un lieu humide, elle s’aifouplirait, & les acquéreurs refuferaient de la prendre; car c’eft où fe porte principalement l’attention des détailleurs , qui lavent bien qu’ils éprouveraient une perte conlidérable s’ils achetaient une colle qui ne ferait pas feche.
- 60. Il y en a qui veulent que la colle foit un peu rouge, d’autres efti-ment celle qui eft blonde ; mais tous veulent qu’elle n’ait point de taches obfcures. Elle ne doit point avoir d’odeur. Les calibres doivent être brillantes , comme lî c’était un morceau de glace. A l’ufer , il ne doit point s’amafi. fer de marc au fond du vafe où on la fait fondre ; & comme cela arrive quelquefois , parce qu’on la brûle, des ouvriers attentifs font fondre leur colle 3U bain-marie ; mais la meilleure épreuve eft de mettre un morceau de colle tremper dans l’eau'pendant trois ou quatre jours. Il doit fe gonfler béai}-
- Ç § § ij
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- eoup, mais ne Te pas diffoudre, & fe deffécher enfuite, fans avoir perdu de fou poids i ce qui fait connaître qu’elle ne contient point de finovie ni de jus de viande , & qu’ainfi elle eft entièrement une fubftance gélatineufe.
- 61. Les menuifiers font grand ufage de la colle-forte ; les felliers s’en fervent pour nettoyer les panneaux! des voitures. Les marqueteurs & les ebéniftes choififfent avec grand foin la meilleure colle & la plus forte (io). Quelques-uns prétendent qu’ils la rendent plus adhérente au bois , en frottant les parties qu’ils veulent coller avec de l’ail. On peut voir dans l’art du fadeur d’orgues la façon de fondre promptement la colle fans l’altérer.
- Article II.
- De la colle dite de Flandre.
- 62. Cette colle ne différé point de la groffe colle-forte pour la façon de la faire; mais comme elle ne fert qu’aux peintres en détrempe, aux fabri-cans de draps, & à d’autres uiages qui n’exigent point une colle très-forte,
- •& que Ion principal mérite eft d’ètre blonde & tranfparente, on ne la fait point comme la grolle colle, dite IAngleterre, avec des nerfs , des oreilles & des rognures de peaux d’animaux âgés, même celles de lievres , de lapins & de caftors, qui la rendraient rouge ; mais avec des rognures de peaux de moutons , de peaux d’agneaux , ou d’autres jeunes animaux. C’eft le cas où l’on peut employer des pieds de veaux & de moutons (il), qui fourniffent une gelée tendre; ceux de bêtes maigres font les meilleurs. Une partie de rognures de parchemin ne peut qu etre avantageufe pour fe procurer une belle colle. Il faut que ces matières aient été lavées avec foin. On fera bien de tenir la colle fe dépurer plus long-tems dans le cuveau : mais ce qui contribue beaucoup à la faire paraître tranpfarente, eft de faire les feuilles fort minces. Elles n’ont guère qu’une ligne d’épaiffeur au milieu ; leur largeur ordinaire eft de deux pouces, la longueur de fix à fept.
- 63. Pour les couper à cette petite épailfeur, quand on a tiré d’une boîte un parallélipipede de cette colle., on le pofe fur un de fes côtés étroits dans une cage ou dentier GG, pl. /, fig. 10, entre deux rangées de fil d’archal qu’on tient plus ou moins gros , fuivant qu’011 veut que les tablettes aient
- ( 10) La colle-forte eft employée dans liment. On les calcine dans un creufet, on plufieurs arts ; on ne faurait s’en paffer dans les broie avec de l’eau pure fur une pierre diverfes manufactures d’étoffes, de toile# de marbre, & on les réferve pour polir le cirées, &c. fer, l’acier, le laiton , l’argent, l’or , Ja;
- (11) Les pieds de moutons réduits en corne , l’écaille, &c. gelée & calcinés, donnent un tiès-bon po-
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- plus ou moins d’épaifleur, & on coupe les feuilles avec rinftrument H H, pl. /, fig. 11, qui relfemble à une fcie qui a un feuillet fort mince , & fans dents, avec lequel on coupe les tablettes à une très-petite épailfeur : ce qui contribue à les faire paraître tranfparentes, & d’une couleur ambrée, à caufe des matières qu’on a employées pour faire la colle.
- 64.. Cette colle n’eft pas à beaucoup près auffi bonne que la grofîe colle dite d'Angleterre^ pour lesmenuifiers , les ébéniftes, les marqueteurs ; mais elle eft préférable pour plusieurs arts , & particuliérement pour les peintres. Une colle trop forte ferait fujette à tomber par écailles ; d’ailleurs la colle de Flandre altéré moins la vivacité des couleurs. Cependant pour le blanc on donne encore la préférence à la colle de gants, que les peintres font eux-mêmes.
- A rticle III.
- De la colle à bouche.
- 6?. La colle à bouche (12) eft celle dont les deffînateurs fe fervent pour rajouter enfemble & fort proprement plufieurs feuilles de papier, quand ils n’en ont pas d’aifez grandes pour leurs deflins. On l’appelle colle cl bouche , parce que lorfqu’on veut en faire ufage , au lieu de la faire fondre comme 3a colle ordinaire , on en met un bout dans la bouche , où on la laiife quelque tems jufqu’à ce qu’elle s’attendriife au point qu’elle fe mêle avec un peu de falive, & rend celle-ci fort gluante. Avant d’enfeigner comment il faut s’en fërvir , je vais décrire la maniéré de la faire.
- 66. La colle à bouche n’eft autre chofe que la colle-forte ordinaire, que l’on aromatife, pour lui ôter le goût défagréable & rebutant qu’elle aurait naturellement, & que l’on réduit en petits pains ou tablettes, pour s’en fer-vir plus commodément. On peut la faire avec toute efpece de colle-forte, même avec celle de gants , dont nous parlerons dans la fuite ; mais il eft mieux de fe fervir pour cela de celle d’Angleterre , parce qu’elle eft la plus ferme.
- 67. On en prendra, par exemple, quatre onces; on la caifera en petits morceaux à l’ordinaire : on la fera tremper pendant deux ou trois jours dans une fufhfante quantité d’eau froide, dans un pot de terre verniifé : enfuite on jetera toute l’eau fuperflue , enforte qu’il n’en refte point du tout, & on la fera fondre fur un petit feu. Lorfqu’elle fera bien liquide, on y mettra deux onces de fucre ordinaire , qu’on mêlera bien avec la colle à mefure qu’il fe fondra ; il y en a qui y ajoutent un peu de jus de citron, qui paraît y être allez inutile.
- (12) En ail. Mundkim,
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- 68- On aura un marbre d’environ quinze ponces en quarré, ou une planche de bois de pareille grandeur à peu près ; on y fera un rebord aux quatre côtés, avec de la cire ou une petite bougie, on frottera toute la fur face de ce moule avec un petit linge bien imbibé de bonne huile d’olive , enforte que le moule en foit bien mouillé ; & Payant pofé de niveau , on verfera par-dellus toute la colle , fans lui donner le tems de cuire davantage. Qn la laiifera quatre ou cinq jours ou plus fur ce moule , pour qu’elle puilfe prendre affez de confiftance à pouvoir en être enlevée fans fe déchirer. Elle aura alors environ trois lignes d’épaiffeur.
- 69. On ô:era , lorfqu’il en fera tems , cette grande plaque de colle : on retendra fur une ferviette pliée en quatre, étendue fur une table; on couvrira la colle d’une autre ferviette également pliée en quatre : on chargera le tout avec une planche ou le même moule. Ces linges ôtent d’abord toute l’huile qui pourrait encore être adhérente à la colle, &. fur-tout ils en afpi-rent l’humidité. Quelques heures après, on fera bien fécher au feu la ferviette de deffus , on la mettra fur la table , & la colle par-deffus : on fera lécher également l’autre ferviette , qu’on mettra par-deffus la colle : on chargera le tout comme la première fois. On continuera à faire cette même opération trois ou quatre fois par jour pendant quinze jours , enfin jufqu’à ce que la colle foit devenue affez ferme pour la mettre fur fon champ fans prefque fléchir ; mais il ne faut pas encore qu’elle foit caffante.
- 70. Il faut remarquer qu’on peut donner à cette colle l’épaifleur qu’on fou-haite, en la chargeant plus ou moins. Si on la charge beaucoup, elle devient plus mince, parce qu’on l’empêche de fe retirer fur elle-même; fi on la charge peu, elle devient plus épaiffe, par la rai fon contraire : mais il faut la charger, pour qu’elle ne fe coffine point, & qu’elle refte droite & bien plane. Si on la lailfait fécher à l’air fans la gêner du tout, elle fécherait bien plus promptement ; mais les pains qu’on en ferait feraient fort tortueux , & ne feraient pas commodes pour l’ufage. Il eft bon qu’ils aient une ligne d’é-paifleur, fur huit à neuf lignes de largeur, St environ trois pouces de longueur.
- 71. Ayant que la colle foit affez feche pour être caffante, 011 la coupera avec des cifeaux, à la fufdite mefure ; enfuite on arrangera tous ces pains l’un auprès de l’autre , fans qu’ils fe touchent, en les remettant entre les linges , qu’on fera fécher de tems en tems , & qu’on chargera. On répétera cett§ opération jufqu’à ce que la colle foit parfaitement feche & caiTante.
- Ufage de la colle à bouche,
- 72. On commencera par couper bien droit & nettement le bord des deux Quilles .de papier qu’on veut ajouter enfemble j ce tp4 fe fera aifément, au
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- gnpyen d’une réglé & de la pointe d’un couteau ou d’un canif. On mettra ces deux bords l’un fur l’autre , enforte qu’ils fe croifent d’environ une ligne ou deux. Si le papier eft bien fort & bien grand , on arrêtera ces deux feuilles, en mettant une réglé fur chacune, qu’on chargera de quelque poids à chaque bout: on fera attention que les bords de ces feuilles fe croifent également dans toute la longueur de la couture. Pour cela, on marquera à chaque bout un point avec un compas. On coupera avec un canif, & le long d’une réglé , quelques bandes d’autre papier , & on en pofera une fur la feuille inférieure le long du bord de la feuille fupérieure.
- 73. Le tout étant prêt, on prendra un pain de colle à bouche : on amincira le bout en tranchant, foit avec un couteau ou une lime groffiere ; on mettra ce bout dans la bouche 5 on le retiendra avec les dents, pour qu’il ne glilfe & qu’il ne s’échappe pas ; & lorfqu’après l’avoir aitili gardé dans la bouche pendant trois ou quatre minutes, on fentira que îafalive qui touche la coile eft devenue gluante & épailfe, on prendra ce pain, & on le palfera delfous le bord de la feuille fupérieure de papier, en promenant cette colle de gauche à droite, & de droite à gauche, de la longueur d’environ un pouce & demi. Cette opération doit fe faire aifez promptement, fur-tout en été. On commence au milieu de la couture: auffi-tôt qu’on a mis ainft la colle , on ôte la bande de papier , on en met une autre par-deifus la couture, & aveG un lilfoîr , ou un couteau d’ivoire ou de bois, 011 frotte fortement fur cette bande de papier. Alors il y aura une partie d’un pouce. & demi de longueur vers le milieu de la couture qui fera collée. On fera la même opération à un bout de la couture, à l’extrémité des feuilles de papier, enfuite à l’autre extrémité oppofée ; puis au milieu de l’entre-deux , puis à l’autre ; ainfi alternativement jufqu’à ce que toute la couture fuit achevée de coller. Plufieurs , pour éviter' les plis, commencent par un bout, & finiifent par l’autre,
- 74. Il y a plufieurs obfervations à faire: i°. pour opérer commodément,, on polera fur la table une des deux feuilles de papier, tellement difpofée .que le bord coupé à la réglé foit oppofé à foi, & le bord de l’autre feuille «tourné devant foi, étant pôle par-deifus la première feuille. "Zü. La couturé fera plus propre, (i la face delà feuille fur laquelle ou aura appliqué le canif, lorfqu’on en a coupé le bord, eft pofée en-delfous, c’eft-à-dire , touchant la table, & la'feuille fupérieure pofée dans la même fituation où elle a été cou--pée ; enforte qu’on mette la colle du côté oppofé à l’opération de la coupe* La raifon en eft, que le tranchant du canif, en coupant le bord du papier , lui forme un petit chanfrein & une petite bavochure imperceptible au-delfous,-que l’on rend utile pour que la couture fait moins apparente & plus propre y en la faifànt remonter du côté où l’on met la colle. 30. La raifon pour laquelle 01a met une bande de papier le long du bord de la feuille fupérieure,.
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- eft afin que lorfqu’on met le pain de colle entre les deux feuilles, elle etw-i pèche que la feuille inférieure 11e fe tache ; ce qu’on ne pourrait éviter, fi l’on ne couvrait pas par cette bande le bord de la feuille de deifous. 4*. Il faut prendre garde de ne pas trop enfoncer le pain de colle entre les deux feuilles , pour n’en pas tacher le deifous. Il y en a qui, pour1 cela , mettent une bande de papier au-deifous, de toute la longueur de la couture; ce qui efl mieux* 5°. Il faut avoir foin, auffi-tôt qu’on a collé un morceau, de remuer un peu les deux feuilles de papier, parce qu’il arrive quelquefois que fi l’on enfonce un peu trop le pain de colle entre les deux bords des deux feuilles » elles fe collent fur la table, ou fur la bande de papier de deifous. 6". 11 y a des deiîînateurs aifez adroits pour ôter aux deux bords des feuilles de papier qu’ils doivent coller enfemble , la moitié de leur épaiifeur ; ils donnent à cet effet, à deux lignes du bord déjà coupé , un cohip de canif le long d’une réglé, & ils ne l’enfoncent que jufqu’à la moitié de l’épaiifeur ; enfuite ils détachent en deux dans l’épaiiTeur, une petite bande de papier. Ils forment par-là comme une feuillure, Lorfqu’ils ont fait la même opération au bord de l’autre feuille, ils mettent & collent l’une fur l’autre ces deux feuillures. Par ce moyen la couture eft bien plus propre , & 11e fe trouve pas plus épaiife que le refte du papier. Mais on ne peut faire cette opération que fur du fort papier. 70. On 11’eft obligé d’aiguifer le bout d’un pain de colle à bouche que la première fois qu’on s’en fert; le tranchant s’entretient toujours. 8*« Âufïi-tôt qu’on a collé un endroit entre les feuilles, on remet la colle dans la bouche, où elle fe prépare en attendant, pour coller l’endroit fuivant. On n’eft obligé de la garder pendant quelques minutes dans la bouche, que lorfqu’on commence à coller ; enfuite elle eft toujours en train , fans qu’il foifc nécelfaire d’attendre. 90, Il faut changer plufieurs fois les bandes de papier, à jnefure qu’elles fe tachent ou s’humeélent , pour coller plus proprement. io°. On obfervera de ne pas mettre dç la faliye à la colle lorfqu’on l’ôte d» la bouche ; on falirait par-là la couture,
- 75. J’ai fait plufieurs fois de la colle à bouche avec delà colle de Flandre, & j’avais décrit ici mon procédé ; mais ayant trouvé celui de dom Bedos plus parfait, j’ai cru devoir lui donner la préférence.
- Article IV*
- Colle de pieds de veaux.
- 76. Nous avons dit qu’on pouvait comprendre les pieds de veaux dans la colle dite de Flandre ; mais en ce cas on ne les emploie pas feuls : on les mêle ayeç d’autres matières, qui donnent à cette colle plus de confiftance qu’elle
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- îi’en aurait fi 011 employait les pieds feuls. Mais dans les cas où l’on abefoin d’une colle claire & tranfparente , & lorlqu’il 11’eft pas important qu’elle ait beaucoup de force, on en peut faire avec feulement des pieds de veaux. Pour cela on emporte le poil à l’eau bouillante , comme on le fait à un cochon des lait j on détache enfuite les os , la graiife , & la finovie qui eft fous une apparence glaireufe. On fait bouillir le refte dans de l’eau , on écume tout .ce qui fe porte à la fuperficie ; & quand le bouillon refroidi prend la confiftance d’une gelée épaiife, on paife la colle par un linge , & on la laiife fe refroidir lentement, pour la dégraiifer le plus qu’il eft poffible. Quand enfuite on veut l’employer , on la fait chauffer , ayant attention de la tirer à clair , afin de ne pas mêler avec la bonne colle , un peu de fédiment qui s’eft précipité au fond. Cette colle eft tranfparente j mais elle n’a pas beaucoup de force , & on eu fait peu d’ufage, parce que les pieds de veaux étant employés dans les aii-mens, fourniraient une colle trop chere.
- Article V.
- De la colle de gants & de parchemin.
- 77. La colle de gants eft encore un diminutif de la colle-forte , & elle n’a pas à beaucoup près autant de force ; elle en a cependant plus que celle d® pieds de veaux, & elle eft faite avec des matières qui coûtent beaucoup moins. C’eft pourquoi les peintres en détrempe, qui n’ont pas befoin d’une colle très-forte, en font un grand ufage , & pour le blanc ils la préfèrent à celle de Flandre. Voici comme on la fait : on prend une livre & demie de rognures de peaux blanches de gants, qu’on acheté chez les gantiers & peauffiers, ou évite qifil y ait du chamois. On fait bouillir douze pintes d’eau ; quand elle eft bien bouillante , on met dedans les rognures de peaux, & remuant de tems <£U tems avec un bâton , on continue de faire bouillir l’eau jufqu’à la réduction de la moitié: alors on paffe la liqueur toute chaude par un linge, dans un pot de terre neuf ou propre.
- 78. Comme les peintres en imprefiion, qui font ufage de cette colle , ont befoin qu’elle foit tantôt plus & tantôt moins forte, ils en mettent refroidir fur mieaftiette; s’ils la trouvent trop forte, ils y ajoutent de l’eau bouillante j s’ils la trouvent trop faible, ils en font évaporer une partie , ou y ajoutent des rognures. Ordinairement ils font encore bouillir le marc dans d’autre jeau , pour obtenir une colle très-faible,, qu’ils emploient aux plafonds , ou qu’ils fortifient en y ajoutant un peu de nouvelles rognures.
- 79. La colle de parchemin, qui fe fait avec des rognures ou ratures de par-
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- ehemin, ou de vélin ,'fe fait comme celle de gants elle e.ft plus forte , mate-, pas tout-à-fait auffi blanche.
- 80. Les doreurs en or bruni font grand ufage de cette colle ».& de celle de gants.
- gi. La colle qu’emploient les drapiers pour leur chaîne, & les papetiers,, eft à peu près du même genre.
- 82. Les papetiers (i 3) pourraient fe fèrvir dé colle de Flandre ; mais pour l’ordinaire ils font eux-mêmes leur colle. Pour cela, ils mettent les rognures, de peaux dans une cage de fer qui eft fufpendue au milieu d’une chaudière-remplie d’eau bouillante : je dis bouillante; car pour toutes les colles qu’on fait avec des rognures de peau, il eft bien mieux de les mettre dans l’eau, bouillante, que dans de l’eau froide qu’on ferait emuite bouillir. La meilleure maniéré de connaître fi la colle eft au degré de force qu’on defire, eft de coller quelques feuilles de papier, de les faire Pécher, & en-fuite d'appli* quer la langue delfus : fl la falive ne pénétré pas le papier, la colle eft au, degré de force qui convient;, alors 011 y ajoute de l’alun de Rome, & on la.-pâlie d’abord au travers d’un tamis de crm, puis par-un drap.
- 83. Les drapiers qui n’ont pas non plus beioin de colle ires-forte.la font avec des peaux d’agneaux, de lapins ou de lièvres.
- 84. Quand on emploie la colle fans la faire fécher en talfettes elle eft fiu-jette, comme nous l’avons dit, à fe gâter, lorfque lctems eff difpofé à l’oragej. On préviendra cet accident, fi dans les tems critiques on la met fur le feu, pour la faire un peu cuire, ayant foin d’emporter une écume qui fe porte., à la fuperficie.
- A R T I' G L E VL.
- De la colle, de poiffon (14)..
- 8 % On tire cette colle de Mofcovie : mais les auteurs ne font point d’ac».
- (13) Voyez ce qui eft dit fur la colle dès papetiers , au tome IV de cette collection , art du papetier , L 287 & fuiv;
- (14) La colle de poilïon, ichthyocalla , colla pifeiurn , en ail. Haufenblafc , fe tire du poifton que nous appelions ejlurgcon , acüpenjer hufo, Linn. en allem. Weifs-ffdi. 11 fe tient dans le Volga & la mer Caf-pienne ; on le trouve aufti dans le Danube , où on le prend dans des efpeces de parcs , nommés Gard en langue efclavone, & conf.
- truits dans lés endroits o.ù'lé fleuve eft ref« ferré par des rochers. Ce font deux lignes de pieux qui forment un angle toujours-plus aigu. Le poiffon qui eft fort gros , étant entré dans cette enceinte, ne peut plus ni avancer ni reculer . & fe trouve pris. V. Po-penovitfch , vcm Aîecre, page 204. I,’ef» turgeon elt appelle en hongrois Hatijen, & en lmgue ruffe b.eUuga L’Allemagne tire auffi fa colle de poiffon de Ruffïe, par.Archangel. L’efturgeon de Mofcovie,,
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- cord fur l’efpece de poilfon qui la fournit : prefque tous penfent que les Mofco-vires prennent la peau, les nageoires, les parties nerveufes & mucilagineufes de différentes efpeces de poilions ; quelques-uns difent feulement que celui qui la fournit 11’a point d’arète , & qu’après avoir fait bouillir à petit feu les parties que nous venons de nommer jufqu’à confiliance de gelée, on l’étend à l’épaiifeur d’une feuille de papier , pour en faire des pains ou des cor-* dons, tels qu’011 les voit dans le commerce.
- 86. Je crois qu’011 peut faire une colle par le procédé que je viens de décrire ; car 011 fait une colle très-faible en faifant bouillir dans de l’eau des peaux d’anguilles 5 j’en ai même fait avec des peaux & des nageoires de poilions : 011 aurait pu l’employer comme celle de parchemin, fi on en avait fait ufage lorfqu’elle était en gelée, je fuis encore parvenu à la réduire en tablettes; mais elle était très-brune, oc fort difficile à diifoudro dans l’eau : peut-être qu’avec des précautions que je n’ai pas prifes , on pourrait la faire moins défechieufe; car on dit qu’011 trouve en Angleterre & en Hollande une colle de poilfon, à la vérité peu parfaite, qu’011 vend en petits livrets (rç). Je n’en ai point vu; mais je puis alfurer que la belle colle de poilfon eft tout-à-fait différente de ce qu’on voit dans les auteurs qui ont etfayé de nous dire d’où elle provient.
- 87. Comme je voyais beaucoup d’incertitude fur la faqon de faire la belle colle de poilfon, qu’011 nous apporte de Ruffie, je priai M. Muller, alors fecretaire de l’académie impériale de Pétersbourg Sc correfpondant de l’académie des fciences de Paris, de vouloir bien me procurer un mé-
- qui fournît la colle , a quelquefois jufqu’à •Cinquante-fix pieds anglais de longueur , & dix huit d’epaiffeur. Les plus petits pefent au moins cinq cents livres. Voy. Bomarre , dielionnaire d'kijloire naturelle, au mot €{lurgeon. L’auteur ne parle point de la colle de poifîhn de Laponie , qui eft; la plus forte qu’on connaifle. M. de Linné la décrit ainli dans le premier volume des rne'moires de L académie royale de Suede , page 262. Xi Les Lapons écorchent les grandes per->5, ches de mer ( Scepàrfchcn ) , ils en font ,3 fecher la peau , qu’ils amollident enfuite 53 dans l’eau froide , jufqu’à ce qu’ils puif» ^ fent faire tomber les écailles, qui ne font >53 bonnes qu’à jeter. Hs prennent quatre 5, à cinq de ces peaux , ils les mettent dans & une velüe de renne , ou ils les envelop-
- 5, pent de quelqu’écorce de bouleau en-33 forte que l’eau ne les touche pas immé-„ diatement, mais feulement la vapeur 53 chaude. Ces peaux ainli enveloppées, s, font mifes dans une chaudière d’eau 33 bouillante ; on les charge d’une pierre , 33 pour les empêcher de furnager, & on. 33 les fait cuire pendant une heure. Au bout „ dece tems-là , ils tirent les peaux de leur 33 enveloppe, & les trouvant fouples & 33 gluantes, ils en frottent leurs arcs ou « ce qu’ils ont à coller : ce qui donne un jj gluten plus fort qu’aucun autre. „
- (ï O Cette colle de poilfon qu’on vend en petits livrets , eft: chargée d’impuretés & fe fond très - difficilement ; auffi n’en fait-on pas grand ufage.
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- moire exadt fur la façon de faire la colle de poilfon qui nous vient db Rutile. Ce zélé & habile correfpondant ayant bien voulu répondre à mes', invitations , je me trouve en état de jeter un jour confidérable fur un: objet qui efb également intérelîant pour les arts 8c l’hiftoire naturelle..
- 88- FlüsiEUPvS poiifons fourniifent oie la colle ; mais l'cfmrgeon, & 1 & poilfon qu’on nomme jlzrlcd ( î-6), donnent la plus belle.- Après celle-ci vient la colle d’un poilfon nommé fevrjouga, Sc en dernier lieu le bélouga ^ îk quoique celle de ce dernier poilfon foit la plus commune , on la fo~ phiftique en la mêlant avec celle de plufieurs autres poiifons plus communs & qui n’en fourniifent pas d’auili bonne.
- 89. Toutes ces colles de poilfon font contenues dans la vefïïe qui eft: remplie d’air : cependant on en trouve une maife coniidérable, qui eft ad-, hérente à l’arête du dos; car la plupart des poiifons , où fe trouve cette* fubftance, font à arêtes : cependant feilurgeon qui en fournit de belle ^ cil mis au nombre des poiifons cartilagineux..
- 90. La colle eft donc placée le long du dos, Sc attachée à une partie? cartilagtneufe qui eft propre au poilfon dit accipenfer.
- 91. Le devant du ventre eft rempli d’œufs ou caviar r quand on a em* porté les œufs, on détache la veffie,. & enfuite la vefiga, ou la fubftance qui fournit la colis; elle eft il adhérente au dos, qu’on a peine à l’en dé--tacher : la partie de la veflie qui tient à cette fubftance , eft.blanche ; celle qui touche aux œufs, eft noirâtre.
- 92. La-veiîie à air n’eft pas divifèe en deux, comme dans d’autresî poiifons ; elle a la forme d’un cône, dont îa bafe eft du côté de la tète.-du poilfon, & la pointe vers la queue.. Après avoir retiré du poilfon cette veifie . on la met dans l’eau, pour la nettoyer du fang dont elle eft fou-vent fouillée; il elle eft nette, il n’eft pas befoin de la. laver.
- 93. On ouvre avec un couteau la v-effie- fuivant- fa longueur, & oit. eifaie de féparer de la colle la peau? extérieure qui eft brune. A l’égard de la membrane intérieure ,, elle eft if fine & ft. blanche , qu’il, eft bien difficile de l’enlever.
- 94.. On enveloppe enfuite la colle dans une toile ; on la manie Sc on 3a pétrie avec les doigts , jufqu’à ce qu’elle devienne, molle comme uns pâte , dont on forme de petites maifes plates comme des gâteaux , qu’on perce dans le milieu pour, les enfft'er dans une corde , afin de les faire Lécher.
- 9V. On pe.ut s’épargner îa peine d3 la pétrir: pour ce^a on entalfe au Loleil les morceaux de: colle , & on les couvre d’une toile humide; la chaî-
- né) Acàpcnjcr ruthenus, Linn*.
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- îeur du foleil l’amollit au point qu’on peut les rouler avec les mains fur une planche , pour en faire des cylindres dont on joint les deux bouts enfemble: ce qui forme des anneaux dans lefquels on palfe une corde, pour les faire fécher dans un endroit médiocrement chaud, mais à l’ombre ; car le foleil ferait bourfouHler la colle.
- 9<5. Ceux qui font de la colle pour la vendre, évitent de la trop deifé-cher, afin de lui conferver plus de poids ; cependant quand elle n’elf pas bien ieche , elle s’altere, & elle eft fujette à être mangée par les mittes.
- 97. On voit que la belle colle eft toute faite dans le poiifon, qu’il ne s’agit que de la monder des membranes qui l’enveloppent, du fang qui la faht,& enfuite la faire fécher pour qu’elle ne fe gâte pas. Cependant on fait en Ruiïîe une colle de poiifon cuite, qui , quand elle eft bonne, reP femble à de l’ambre jaune : elle vient de Gouriefgorodoxpetite ville fituéô fur le Yaix. On n’en fait pas un objet de commerce ; cependant fa du» jeté fait qu’elle n’elf fujette à aucune corruption : voici comme on la prépare.
- 98- On lie fortement l’ouverture fupérieure , ou le large bout de la velfie, avec un fil à coudre; l’autre bout n’a pas befoin d’être lié, étant naturellement fermé. On cuit les veilles jufqu’à ce que la coll® qui eft dedans devienne tout-à-fait liquide. Les uns font couler cette colle liquide dans des moules de bois ou de pierre, auxquels on donne différentes figures ; d’autres laiiTent la colle fe refroidir dans les veilles même, & ils ôtent enfuite les membranes qui l'enveloppent.
- 99. Cette colle elt nommée en Allemagne , colle à bouche, parce que l’ayant attendrie dans la bouche, on peut s’en iervir pour coller enfemble des feuilles de papier (17)..
- ico. J’ai vu chez M. de Juifieu une do ces veilles tirée de l’efturgeon qui lui avait été apporté de Bengale par M. Anquetil: elle avait dix à onze pouces de longueur, au moins trois' de largeur, & plus d’un demb* pouce d’épaiifeur.
- 101. Nous avons mangé à Paris un ftheid (18) frais, qui avait été pêché dans le Danube; il avait au dos une malle de colle qui était traniparente , délicate & bonne à manger. M. de Regemorte, ancien premier commis de la guerre, me l’avait envoyé de Strasbourg, où 011 l’an Tait apporté dans de l’eau , en le nourriifant de poiifon,
- 102. On peut auiïï en retirer de la morue, comme je l’expliquerai en parlant de la pèche de ce poiifon.
- fi7) Cette colle s’appelle en Allemagne Welz ,Jîlurur gl'onis , Linrï. Voyez Rfch^ Fifdxleim . colle de poiObn. ters icht/iyothcolcgie, page 727.
- <08 ) On l’appelle aulli en allemand
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- 103. La colle de poiifon , pour être bien conditionnée, doit être blanche, claire, demi-tranfparente, feche , & fans odeur.
- 104. Pour la diifoudre, 011 la réduit en petits morceaux , en la battant avec un marteau , & la coupant enfuite avec des cifeaux. En cet état, 011 peut la fondre dans l’eau en la tenant à une chaleur douce, & la remuant de tems en tems. Elle fe diifont plus promptement dans du vin, & encore mieux dans de ‘l’eau-de-vie ; ce qui eh bien différent de la colle-forte , qui ne fe diffout point du tout dans l’efprit-de-vin. Les ébéniftes & les éventailliftes s’en fervent pour attacher de petites parties délicates ; mais elle eft trop chere pour l’employer à de gros ouvrages.
- iO). Lorsqu’elle était moins chere, on s’en fervait pour coller & clarifier le vin ; une demi-once de cette colle dilfoute dans deux pintes d’eau, fuffit pour clarifier deux demi-queues ou un tonneau de vin , me-fure d’Orléans.
- 106. On fait avec la colle de poiifon, de petites images -de différentes couleurs, qui ont au milieu un petit cartouche en or faux, fur lequel il y a différens fujets imprimés. On tire ces images d’Allemagne, & les commiffionnair.es alfurent qu’elles leur font envoyées de Hambourg & de Nuremberg (19). J’ignore comment on les fait; on trouve feulement dans le didionnaire économique , au mot image, quelques procédés , pour donner à cette colle différentes couleurs (a).
- 107. On fe fert encore de la colle de poiifon pour luftrer des étoffes de foie, & principalement des rubans (20). Les ouvriers en gaze en font aufli un grand ufage.
- 108- Voici comme l’on fait en Angleterre, des taffetas noirs enduits de colle de poiifon, pour mettre fur les coupures & les petites plaies. On tend fur un petit chaflîs un morceau de taffetas noir, clair, & on palfe delfus avec une broife fine plufieurs couches de colle de poiifon qu’on a fait fondre dans de l’eau-de-vie , comme je le dirai ci-après. Pour la derniere couche, afin que ces taffetas aient une odeur agréable, on mêle avec la colle un peu de baume du commandeur (21). Il ne faut mettre les couches que quand Gelles qui ont été appliquées les premières font bien feches.
- (19) Ces images fe fabriquent dans divers couvens.
- (aï Voyez la notée qui eft au bas delà page fuivante.
- (20 ) On a des rubans faits avec des écorces d’arbres & luftrés avec de la colle, qui font aulfi beaux que des rubans de (oie.
- (2 O On y ajoute un peu de baume du Pérou noir. Les menuifiers , quand ils fe font une bleffure , emploient avec le même fuccès leur colle-forte , & les cordonniers la poix dont ils fe fervent pour enduire leur fiL
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- 109. Ces petites emplâtres s’attachent difficilement à la peau; il ne faut pas les humeôter du côté de la colle, mais du côté du taffetas (22). On e(t quelquefois obligé, quand la plaie laigne., de les affujettir fur la feleifure avec une bandelette de linge; mais quand elles font attachées, elles tiennent jufqu’à ce que le taffetas foit ufé : on peut même fe laver les mains fins que les emplâtres fe détachent.
- 110. Il faut, pour faire cette colle , deux onces de colle de poiffon , réduites comme il a été dit en petits morceaux, les mettre infuferavec huit onces d’eau dans un lieu chaud, remuant fréquemment ,& finir par faire bouillir la liqueur: on y ajoute une chopine de bonne eau-de-vie : à me-fure que la liqueur bout, on l’écume, & enfin on la paflè par un linge.
- ni. Dans d’anciens difpenfaires, on recommande la colle de poiffon pour former des emplâtres: pour la diffoudre, ils difent qu’il faut la battre, la laitier amollir dans du vinaigre , & la faire bouillir, après y avoir ajouté de l’eau commune, un peu de chaux éteinte, & l’employer le plus chaud qu’il fera poffible*
- 112. Maintenant la colle de poiffon entre dans le diachylon ; je ne fâche pas qu’on en faffe d’autre ufage en médecine.
- 113. On lit dans les fec.rets de Lémery, in-1.2, tome IV, page 114, que pour tirer une empreinte de médaille avec de la colle de poiflon, il faut prendre une médaille , de quelque métal que ce foit, plomb ou étain, fondue fur une médaille d’or ou d’argent, la frotter d’huile, puis l’efi-fuyer avec un linge, enforte qu’elle foit feulement un peu graffe ; faire tremper de la colle de poiffon dans un pot verniffé ,011 de verre, pendant trois jours, puis la faire bouillir jufqu’à ce qu’elle ait à peu près la con-fi (tance de la colle qu’on emploie pour coller du bois : alors il faut la paffer par un linge ; enfuite on fait autour de la médaille qu’on a frottée d’huile, un rebord de terre graffe , épais d’environ un doigt: on remplit le godet de colle de poiffon chaude; on la garantit de la pouffiere en la couvrant d’une feuille de papier: quand la colle elt bien feche, on la détache peu à peu de la médaille, dont elle conferve l’empreinte. J’ai exécuté ce procédé qui m’a affez bien réuffi ; mais pour que le relief de la médaille de colle paraiffe, il eff bon de la mettre fur un fond coloré (a).
- (22) 11 Faut les humeder du côté de la colle.
- (a) Je viens de dire qu’en fuivant le procédé de Lémery , je fuis parvenu à tirer des empreintes de médailles , mais que je n’avais pu apprendre comment on fait en Allemagne ces petites images qu’on donne.
- pour récompenfe aux enfans. Faute d'avoir pu me procurer quelque chofe de plus précis, je vais mettre ici une note que j’ai tirée du grand Vocabulaire français, tome XIV , au mot image.
- On fait des images ou médailles avec la, colle de poiffon. fuir cet.effet., prenez,-dg*
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- Article VII,
- De la colle de farine (23).
- ï 14. On fait de bonne colle avec de la farine de froment : cependant 011 prétend qu’elle eft plus forte quand on emploie de la farine de feigle, & qu’elle ferait encore meilleure , fi l’on fe fervait de farine de bled noir ou farrazin.
- iif. Quand on prend de la pâte de farine de froment un peu ferme, & qu’on la prelîe continuellement entre les mains , fous un petit blet d’eau , en rapprochant toutes les parties pour que la motte ne fë fépare pas, il en fort par ce lavage beaucoup d’eau blanche, & il refte dans les mains une mafle dudtile & extenfible , qui relfemble à une peau de gant mouillée ; car elle s’étend fans fe rompre quand on en tire une partie entre les doigts. Il pafanr-^rtf par cette opération on fouftrait de la pâte la fine fleur de farine 5 & je ferais difpofé à foupçonner que ce qui refte dans les mains après le lavage de la pâte, eft formé par la portion du grain que les boulangers appellent le gruau, qui fe brife difficilement, & qui après la première mouture refte par grains , comme du riz battu ; d’autant que ce gruau eft un peu tranfparent. Je foupqonne donc que c’eft ce gruau qui fournit la partie extenfible qui refte dans les mains quand on lave de la pâte, que c’eft cette partie qui fert principalement à donner de la ténacité à la colle de farine. Suivant cette idée , la fine fleur qui s’en va en lavant la pâte , ferait peu propre , étant feule, à faire de bonne colle. Pour donner quelque vraifcmblance à cette conjecture , je ferai remarquer i°. qu’on ne peut pas faire de bonne colle avec la folle farine que les meuniers ramalfent dans les moulins avec
- la colle de poiffon bien nette & bien claire ; brifez-la avec un marteau, lavez-la d’abord en eau claire & fraîche, enfuite en eau îiede. Ayez un pot neuf; mettez-la dans çe pot; faites, l’y tremper dans de l’eau pendant la nuit ; faites - l’y enfuite bouillir doucement une heure , jufqu’à ce qu’elle prenne du corps ; elle en aura fuffifamment fi elle fait la goutte fur l’ongle. Cela fait, ayez vos moules prêts ; ferrez-les à l’en-tour avec une corde ou avec du coron , qui ferve à retenir la colle ; frottez-les de miel ; verfez deffus la colle, jufqu’à ce que tout le moulé en foit couvert ; expofez-leau fclcil, la colle s’égalifera & fe féchera ;
- quand elle fera fecbe , l’image fe détachera du creux d’elle-même , fera mince comme le papier , ou de l’épaiffeur d’une médaille, félon la quantité de colle dont on aura couvert le moule. Les traits les plus déliés feront rendus, & l’image fera luftrée Si on la veut colorée , on teint l’eau dans laquelle on fait bouillir la colle, foi t avec le bois de Bréfil , de Fernambouc , foit avec la graine d’Avignon , le bois d’Inde-, &c. 11 faut que l’eau n’ait qu’une teinte légère, & que la colle ne foit pas trop épaille $ l’image en viendra d’autant plus belle.
- (25) En allemand Kkifter.
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- fi R f DE E Â ! Il E L E S C OllE 4?3
- tïii plumeau, & cette folle farine éffc une fine fleur. 2°. Qu’on fait de bonne •colle avec l’amidon qu’on retire en bonne partie du gruau ( 24). 3°. Que la partie extenfible qu’011 retire de la pâte lavée , devient très-dure quand elle eft feche : cependant j’avoue que je n’ai pas pu diflbudre parfaitement dans de l’eau tiede la ftibftance extenfible dont il eft queftion.
- 116. Quoi qu’il en foit, pour faire de bonne colle de farine , il faut commencer par former dans un chauderon une efpece de pâte molle, en mêlant peu à peu la farine avec de l'eau chaude , & la remuant continuellement avec une cuiller de bois, comme fi l’on voulait faire de la bouillie : lorf-.qu’elle en a la conflftance, on met le chauderon fur le feu, & 011 ajoute de l’eau à peu près autant qu’il y a de bouillie. Il faut, quand elle commence à fumer, remuer continuellement avec la cuiller de bois, ajouter peu à peu de l’eau à mefure que la colle s’épaifîit, parce qu’il faut qu’elle foit bien cuite : & on ajoute plus d’eau qu’il ne s’en évapore, aHn que la colle foit liquide. Quand on peut l’employer encore chaude, elle s’étend beaucoup mieux que quand elle eft refroidie s mais au moyen d’une petite préparation , les cartiers qui ont befoin de bonne colle, parviennent à l’étendre très-bien, lors même qu’elle elt froide (2^). Voici quelle eft leur pratique.
- 117. Sur quarante parties d’eau on met quatre parties de belle farine bien blutée, «St une partie & demie d’amidon s le tout en mefure, 8c non en poids.
- n8- On délaie féparément & à la main., la farine & l’amidon avec de l’eau tiede, de forte qu’on en forme une bouillie claire. O11 tranfporte ces bouillies dans une chaudière où l’eau commence à bouillir, & on brade fortement ces deux bouillies avec un trognon de balai, pour qu’elles fe mêlent bien enfemble ; puis on entretient la chaudière au petit bouillon pendant cinq à fix heures , jufqu’à ce que la colle ait pris une odeur de bouillie bien cuite, «St qu’en pretlant l’une contre l’autre les mains qu’on en a frottées , on ait quelque peine à les féparer. Lorfqu’elle eft dans cet état', •on la /verfe dans des baquets ; & à mefure qu’elle fe refroidit, on la remue
- (24.) L’amidon efl: plus propre à faire de la colb,.parce qu’elle ne contient aucun Ton.
- (2Q La difette des grains, qui s’eft fait fentir dans toute l’Europe en 1772, a fait découvrir & corriger diverfes pratiques qui tendaient à prodiguer les grains. Dans les fabriques où l’on employait chaque feniaine pluficurs boiffeaux du meilleur froment pour faire des cartes à jouer ? on emploie Tome VJIL
- maintenant des marrons fauvages, fans que ces objets de première nécelfité perdent rien de leur prix ni de leur qualité. On con-cafle les marrons , on les fait fécher au foleil, en obfervant de les remuer fouvent. Quand ils font bien fecs, on les faitpaffer au moulin , on blute la farine dans une machine faite exprès , 8c on en fait de fort bonne colle.
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- 434 ART DE FAIRE LES COLLES.
- avec une fpatule; enfin quand elle eft refroidie, on la met peu à peu^dans un tamis de crin ; & en la tournant avec un gros pinceau de poil de fan-glier, onia faitpafferà travers le tamis. Cette opération la rend molle, & en état d’ètre employée, quoique froide.
- 119. Les pains à cacheter les lettres font de vraie colle de farine , qui n’a point fermenté, qu’011 fait fécher entre deux plaques de fer.
- 120. La colle de pur amidon eft plus forte que celle de farine ; mais aufli elle eft plus chere. Les cartiers parviennent, au moyen du mélange de ces deux fubftances, à faire une bonne colle qui leur coûte moins. J’ai fait pour depetits ouvrages, de bonne colle avec de l’amidon & de l’eau légé* rement chargée de gomme arabique.
- 121. On peut aufti augmenter la force de l'a colle, en la faifant avec de l’amidon & de l’eau , dans laquelle on aura dilfous un peu de colle de poiflfom
- 122. C’est à peu près ainfi que les chapeliers font la colle qu’ils nom*, ment leur apprêt. Us mettent avec quatorze livres d’eau deux livres de gomme'' qu’on nomme de Paris, une demi-livre de gomme arabique, deux livres de belle colle-forte , & une chopine de fiel de bœuf.
- 123. La gomme arabique feule (26), fondue dans de l’eau , forme une-îqlueur qui colle très-proprement:, & qui eft très-ailée à préparer : l’elfentiel eft , qu’il n’y ait pas trop d’eau , il faut qu’elle file entre le3 doigts; fou défaut quand elle eft feule, eft d’ètre calfante. O11 en trouve chez les mar^ chands, de blanche & de rouge ; celle-ci qui eft à meilleur marché, colle aufli; bien que la blanche, mais pas aufti proprement, & fouvent il fe dépofe un marc inutile. La blanche fert aux peintres en miniature à donner de la téna*. cité à leurs couleurs , fans altérer leur vivacité.
- 124. La gomme adragante, dont les apothicaires fe fervent pour faire leurs trochifques , entre aufti dans quelques compofttions propres à coller ( 27 ).
- )z6) Elle eft encore meilleure fi on la fait difloudre dans de fort efprit de vin.
- (27) On pourrait encore ajouter cette efpece de colle que l’on tire des grumeaux qui relient en faifant l'huile de baleine. C’eft la plus mauvaife efpece de colle ; mais en ne laide pas d’en fabriquer & d’en vendre beaucoup , fur-tout à Hambourg.
- La glu dont on fe fert pour prendre les oifeaux, eftauflifune efpece de colle. On la tire du gui de chêne. On en fait aufti au printems avec l’écorce & les feuilles du heux, agrifoliuni; pour cet effet on les met fermenter pendant quelques jours dans un
- lieu humide, on les concaflV, on les lave dans une eau , après quoi les oifeleurs peu. vent en tirer parti. On emploie aufti certaines chenilles, fur lefquelles on peut con. fulter les mémoires de l’académie des Sciences cle Paris , ann. 1720. Voyez aufli le dictionnaire. d'hijloire naturelle, aux mots -, gui, houx, fehefler.
- On fait aufti de la colle de fromage, propre à coller très foiidement du bois & de la pierre , enforte que les menuifiers en font fréquemment ufage. Voici ce qu’én difenfr les mémoires de l'acad. de Suède , tome I, page 25 91 C£ On coupe par tranches un.
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- ART DE FAIRE LES COLLES. 43?
- EXTRAIT des regiflres de l'académie royale des Sciences, du 6 février 1771.
- s sieurs Maquier & Cadet, qui avaient été nommés pour examiner la defcriptioii de Y an de faire la colle , par M. Duhamel, en ayant fait leur rapport, l’académie a jugé cet ouvrage digne de l’imprellîon. En foi de quoi j’ai ligné le préfent certificat. A Paris , le 9 février 1771.
- GRANDJEAN DE FûUCHY , fectetaire perpétuel de l'académie royale des fciences.
- „ morceau de fromage frais , dont on a en-3, levé la croûte : on le met dans de l’eau 3, bouillante, où on le remue avec une 3, cuiller, jufqu’à ce qu’il fe change en 5> un mucilage qui ne fe mêle point avec n l’eau. On le broie enfuite avec de la » chaux vive fur une pierre qu’on a pris
- ,3 foin de chauffer ; & l’on obtient une ex-,3 cellente colle, qui eft meilleure lorfqu’on ,3 l’emploie chaude. Cette colle a un avan-,3 tage confidérable , c’eft qu’une fois bien „ defféchée, elle ne fe diffout point dan» „ l’eau. Elle réunit très-bien du marbre 33 calfé , ou des vafes de pierre, &c. „
- «.-JLJIL.l.l —=-------------"L -------------' ' ' ' 1-
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche I.
- Figure i , civiere grillée pour tranfporter les matières.
- Figure 2 , cage à jour pour laver les matières dans la riviere.
- Figure 3 , prelTe pour ôter l’eau des peaux.
- Figure 4, chaudière montée fur un fourneau de maçonnerie.
- Figure f , boîte à paifer la colle , placée fiir fon cuveau.
- Figure 6, couteau à deux tranchans pour détacher la colley Figure 7, moule ou calibre pour couper la colle.
- Figure g, planche à feier la colle.
- Figure 9 , feie à colle.
- Figure 10, cage, ou dentier à couper la colle de Flandre.
- Figure il, feie à couper la colle de Flandre.
- Figure 12 , maniéré d’enfiler les tablettes de colle.
- Figure 13 , blet à fécher la colle.
- Figure 14, pelle à remuer les cuves.
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- 43 5 ART DE F A IR E LE S COLLET.
- Figure i ^ bouloir.
- Figure i<5,1, barateau,
- Flanche IL
- Figure i, V, auge ou boite de bois à pafler la colle ; on voit rouvrieft gui fcie la colle.
- Figure 2, poteaux qui portent les filets à fécher la colle, On voit Fouvriav qui arrange la colle fur les filets.
- Figure 3 , plan de Fangar.
- •e-
- 'ÜA.EBX.XC JDJËS A. ZCjLJZSo "
- ^^RTXCJLE I. De la colh-forte. de parchemin. page 42 f;
- page 406 Article VI. De la colle de poiffon„ Article IL De la colle dite de Flan- - 426,
- dre. 420 ARTICLE VIL De la colle de farine».
- Article III. Delà colle à bouche.421 43E.
- Ufage de la colle à bouche. 422 Extrait des régif res de tacad. royale.
- ARTICLE IV. Colle de pieds de veaux. des fciences, du 6' février igyi. 43 ç.
- 424 Explication des figures. ibid>. Article V. De la colle de gants &
- Crv-C-'
- iH-
- TABLE DES MATIERES
- Et explication des termes qui font propres à V.art défaire les colle s k
- A
- .Amidon, fert à faire de la colle, note 24.
- Angar à fécher la colle. §. 47 ,//. Il, fig- 3 > A A,
- Auges, boites de bois à refroidir, la colle,/>/. II, fr. 1 , V.
- B
- Barateau3 ratcau à grandes dents.
- §. 24 ,pl. 7 , fg. 16,1.
- Bélouga , forte d’efturgeon. gg. Benoit (M. ) , fabricant de colle à< Corbeil. 1, a.
- Eoiuarre , cliSiommire d'iiifioire mrelle , cité n. 14.
- Bouloir , outil à remuer les matières»,
- //• 1 ,fg\ Jf, H.'
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- ART DE FAIRE 1ER COLLER, 437
- C . E
- Cage à jour, pour le lavage. 23 ,/>/./» jig* 2.
- Calibre, petit chaffis à mouler la colle. 40 ,/>/. l9Jtg. 7., Y.
- Cassin, grande cuiller de cuivre rouge à vuider la chaudière. 38.
- CIVIERE, grille. 22, pu Gfig- i,F.
- Civiere à cuire la colle. 37.
- Chaudière à cuire la colle. 3 y ypl. I,
- fig- 4» CL.
- Chaux ( eau de ) , Ton ufage. 24.
- Chenilles, lervant à faire la colle , .. note 27.
- Colle j ce que c’eft. 1. Différé des maftics. 2. Ses elpeces. 3. Des papetiers & autres. 6V
- Colle-forte , en ail. Tifchlerleim. 4., Couleur de la colle. 60.
- Colle de farine, en allem. Kleijler. 114, note 2?.
- Colle de Flandre. 62,
- Colle d’Angleterre, ibid.
- Colle à bouche , en ail. Mundleim.
- Son ufage. 72.
- Colle de fromage, note 27.
- Colle de pieds de veaux. }6.
- Colle de gants. 77.
- Colle de parchemin. 79.
- Colle des papetiers. 82.
- Colle de poiifon. 8^ > n. 14. Sert à clarifier le vin. 107. Et à luftrer les étoffes de foie , n. 20.
- Couper la colle. p2. Couper la colle de Flandre. 63. c-;
- Couteaux à détacher la colle. 48.
- Cuirs , fervent à faire de la colle.20.
- Cuveaux du faifeur de colle, n. 9. A tranlvafer la colle. 37.
- D
- ©entier à couper la colle. 63, pl. 1, jlg. 10, G G.
- ©épurer la colle. 41.
- Drapier {art du ), cité n. 4*
- Eau , quantité d’eau n.cce(Taire à la cuiiïon. 34.
- Eprouver la colle. 3 f.
- Esturgeon , en allem. Weifsjîfch, en hongrois Haufen , en ruife biellvga, accipenfer bnfo, Linn. poiifon d’où l’on tire ia colle, note 14.
- F
- Feu , méthode pour conduire le feu; fous la chaudière. 3f.
- Fromage fert à faire de la colle, n. 27-,
- Fumier , marc qui fort des chaudières. 39. Voyez marc.
- G
- Gard j forte de parc à prendre les eftur-geons, n. 14.
- Grille à mettre au fond de la chaudière. 34.
- Grumeaux tirés après l’huile de ba«r leine font de la colle,n. 27.
- Gui de chêne , donne une efpece de colle, 11.27.
- H
- Houx, agrifolium ; le-s feuilles fervent à faire la colle , n. 27.
- L
- Laver les matières. 2f.
- Lever la colle. 49.
- Linné ( de ), cité n. 14.
- M
- Marc qu’on tire des chaudières, foi* ufage. 40.
- Marrons fauvages, fervent à faire de la colle , n..2f.
- Mastics , fubftances tenaces, fervant à unir pluiieurs chofes enicmble. 2*
- Médailles, maniéré d’en tirer les; empreintes. 113 , a.
- Mémoires de l'académie royale des-fciences de Paris, cirés n. 27.
- Mémoires de l'académie royale des f:ie?i 7., ces de Sue de , cités n. 27.
- Mouiller la colle,47;,.
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- ART D E FAIRE LES COLLES,
- Moule. Voyez calibre.
- Muschembroeck, ejfais dephyfique, cité n. y.
- N
- Nerf'( petit), ig. Nerf de jarret, ibid. Nerï de bœuf. 21.
- Nerfs , font de bonne colle. 17.
- O
- Oreilles de bœufs font de bonne colle. 21.
- Oreillons, en ail. Ecken0 employés à faire la colle. 16.
- Os, expérience pour en faire de la colle. 10.
- P
- Palette à Lever la colle. 49.
- Palon , outil à remuer la colle dans la chaudière. 3 y,/>/. I,fg. xy, H.
- Papetier ( art du) , cité n. 3.
- Papin (la marmite de) ferait propre à faire de la colle. 9. Ce que c’eft que cette machine , n. y.
- Parchemin, propre à faire la colle, iy.
- Pelle à remuer les matières dans les cuveaux.22,pl.l,fig. 14, D.
- Perches de mer , en ail. Seeparfchen, forte de poiffon , n. 14.
- Pieds de bœufs , peu propres à faire la colle. 18-
- Pieds de moutons. 62, Font un bon poliment, n, %uu
- Pierres qu’on met au fond de la chaudière. 33.
- Poils des animaux ne donnent point de colle. 14. Comment on les enlève. 29.
- Popeküwitsch ,vom Meere, cité note 14.
- Presse à exprimer l’eau des matières. 32,pl.i,jig. 3, P.
- Richter, ichtyothéologie, cité n. ig.
- Rognures de peaux, propres à faire la colle, iy.
- S
- Scherd , en ail. Welz,, jilenus glanh Linn. forte d’elturgeondu Danube* 101, n. 18.
- Scie à colle ,/>/./, jig. 9,
- Scier la colle, yi.
- Sécher la colle. y<5.
- Sécherie. y?, pl. //, fig. 3.
- Sevrjouga, forte d’elturgeon. 8g
- Sterled, accipenfer ruthenus, Linn, forte d’efturgeon. 88 > n* 16.
- T
- Taffetas d’Angleterre. 10g.
- Tamis de crin à palfer la colle. 43.
- Tendons font de bonne colle , n. 7.
- Tonnerre fait tourner la colle. y8.
- Tremper les matières. 22.
- V
- Vélin , propre à faire de la colle, iy.
- Fin de l'art de faire les colles»
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- FAB RIQUE
- DE L’AMIDON,
- Par M* DüHAEEi n v SL o» cm a
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- F A B RI QUE
- A DE L’ A M .1 D O N (O.
- »C . _—.rr j1 2 .. , .—=--—S*
- 1. IL’amidon eft une fécule ou une fubftance farineufe , qu’on tire de pluiieurs femences (2), de quelques fruits, ou de certaines racines. Je dis quon tire, parce que je crois que l’amidon exifte tout fait dans les parties des plantes qui le fournilfent : ainft il ne me paraîtrait pas exad de dire quon fait de tamidon, (f)
- 2. Les femences huileufes, noix, amandes, chénevis, lin, ne font pas propres à faire de l’amidon; prefque tout celui qu’on fait à Paris, fe retire des recoupes du froment: on en tire auffi de celles de l’orge ; mais il n’eft pas auffi blanc ni auffi léger que celui que fournit le froment : car l’orge a toujours quelque chofe de gluant qui s’oppofe à la féparation de la partie farineufe. L’avoine, le feigle, & beaucoup de plantes graminées pourraient auffi en donner , mais en petite quantité, ce qui fait qu’on ne les emploie point à cet ulage. Mais lorfque les grains font chers, on a recours aux marrons d’Inde, & aux racines d’arum , d’afphodele ou de pommes de terre, qui en fournif-fent de fort beau; malheureufement, à l’égard de plulieurs de ces racines,
- (1) Cette notice, fort abrégée & allez imparfaite fur la maniéré de faire l’amidon, fut publiée en 1772. Elle n’a point encore été traduite en allemand , mais j’ai eu d’ailleurs de bons mémoires fur ce fujet.
- (2) M. Baume définit l’amidon , une fé-cale mucilagingufe, tirée des graines fari-neufes , £5? privée par le lavage, de toutes matières extractives. Elémens de pharmacie , page 175. Dans fon elfence , l’amidon
- Tome FUI.
- eft une malle blanche, compofée des particules glutineufes les plus fines & les plus pefantes du froment, féparées du fon & de la grolfe farine, par la fermentation & la mouture.
- (*) Je n’ai pas cru devoir parler, dans la defeription de ce petit art, de l’analyfe chy-mique de l’amidon ; mais on pourra con-fulter à ce fujet le journal de médecine du mois de mai 1773. Note de Fauteur.
- Kkk
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- FABRIQUE UE U A M l U 0 W.
- c’efi; en petite quantité » & Pextra&ion de l’amidon que l’on en tire, exige plus de main-d’œuvre que les recoupes de froment. On peut auiïi,par un travail confidérable, retirer du froment entier, un très-bel amidon , mais-qui ell'nécelfairement fort cher. Quoi qu’il en foit, je vais rapporter la faqon. de l’extraire, Je détaillerai enfuite les pratiques des amidonniers , pour retirer l’amidon des recoupes ; & enfin j’expliquerai comment on peut auffi erv retirer de différentes autres fubftances.
- Article premier.
- Maniéré de retirer de l'amidon , du froment entier £5? non moulu, (3)
- 3. On choifit de bon- froment, on le met avec de l’eau dans des tonneaux
- que les amidonniers nomment on expofe les bernes au foleil, pour
- que l’eau pénétré le grain plus promptement , ayant foin de renouveller l’eau deux fois par jour, pour ôter une teinture que fournit le fon , & qui altérerait la blancheur de l’amidon. Il s’agit donc d’attendrir le grain par cette trempe, & de dillbudre par l’eau quelque ehofe de muqueux qui unit les» parties farineufes, afin d’extraire non-feulement cette portion du grain q.u’ora nomme \'à fleur'de farine, mais encore une fubltance plus folide, qu’on appelle-le gruau, qui, lorfqu’elle. elt bien féparée du fou, fournit l’amidon le plus--blanc.
- 4. Cet attendriifement du grain, cette diifolution delà partie farineufe, fe fait plus promptement dans l’eau de pluie & de rivière (4) que dans l’eau de puits & de fource , lorfqu’il fait chaud que par le froid ; & elle ie fait plus aifémentdans le grain nouveau que dans le vieux. C’eft pourquoi l’on ne peut pas fixer précifément combien de tems il faut lai lier les grains en trempe : communément huit jours fuffifent; mais on connaît qu’ils ont été allez der tems en trempe, quand ils s’écrafent aifement entre les doigts. Lorfque le grain eft en cet état, on en met quelques poignées dans un fac long & étroit, fait d’unô toile claire, mais forte & bien confie; on met ce fac fur une planche unie , pofée fur une futaille défoncée : on écrafe le grain en frottant fortement le fac fur cette planche: on le bat même comme du linge qu’on lave, pour que l’eaü empreinte de la fubltance Crineufe tombe dans la fu~
- (3*) Il eft évident que cette méthode eft la plus mauvaife qu’on puiffe Cuivre, puisqu'on ne peut obtenir par ce moyen qu’une petite quantité d’amidon , & que par là même la c.on Corn mat ion de grain eft plus confidérable. Cet objet eft d’autant plus conféqûent, qu’il eft démontré par l’expé-
- rience que l’on ne peut tirer du plus beau froment qu’environ le tiers de fon poids débet amidon,
- (4.) Cour établir avec avantage une manufacture d’amidon , i! faut être à portée d’une eau fuffifarnment abondante , bien limpide , & qui ne charrie aucun fédiment.J
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- F A B R i;Q UE DE D A M I D 0 N.
- taille ; & pour faciliter la fortie de la farine, on trempe de tems en tems le fac dans de Peau, & on l’exprime fur la planche à peu près comme les la* veufes font le linge. Quand l’eau qu’on exprime n’eft plus blanche & chargée de farine, on retire le marc du fac, & on le met dans une futaille pour le mettre encore en trempe avec de l’eau qu’on retirera de deifus l’amidon, afin de traiter ce marc comme nous dirons que les amidonniers font le gruau : par ce moyen le marc fournira encore de l’amidon, à la vérité moins parfait que le premier, mais dont le prix fuffit pour dédommager de la peine qu’on a prife à le retirer.
- î. Toutes les fois qu’on vuide le fac, il faut le retourner & racler l’intérieur avec un couteau de bois, afin d’ôter du fon , qui y reftant attaché par une fubftance vifqueufe, empêcherait l’amidon de palier au travers de la toile.
- 6. A mefure que les bernes fe remplilfent de cette farine délayée dans beaucoup d’eau, la partie farineufe fc précipite au fond, & il fumage une eau roulfe qu’il faut ôter de tems en tems, la remplaçant avec de l’eau claire. Quand on a répété plufieurs fois cette opération, & lorfque l’eau ne prend plus aucune teinture , on remue l’amidon avec l’eau claire qui fbrnage , & on la palfe par un tamis fin dans une berne bien propre. La fécule très-blanche qui a palfé par le tamis, fe fépare de l’eau en fe précipitant au fond de la berne; on la lave encore fi l’on veut, en verfant deifus plufieurs fois de nouvelle eau; mais on ne la palfe plus au tamis; on égoutte l’eau le plus que Ton peut : on expofe la fécule au foleil pour la deHecher ; & quand elie a fuf--fifàmment pris corps, on la coupe par morceaux, qu’on expofe au vent & ,au foleil fur des planches couvertes de toile, pour empêcher .queTamidon , ,qui confer.ve toujours quelque vifcofité, ne s’attache aux planches. Quand .on peut procurer à l’amidon, en l’expofant au vent & au foleil, toute la fé-xherelfe qu’il doit avoir , il eft toujours plus blanc que quand on eft obligé ,de le mettre à l’étuve.
- 7. Ce procédé n’eft pas , à la vérité , conforme à la pratique des amidon-niers ; car quand ils achètent du grain pour en faire de l’amidon , ils le forrçt moudre.(ï), pour le traiter enfuite comme les recoupes , ainfi que nous allons l’expliquer. Mais il eft certain que par le procédé que nous venons de décrire, il ne peut pas fe mêler de fon avec Famidon, & que celui qu’on obtient
- (ç) Il eft fans contredit plus avantageux .ppurl’amidonnier défaire moudre fon gra-in. Mais avant toute chofe , il faut favoir le choifir. Le tems le plus favorable pour faire ,des achats eft le commencement de l’hiver, entre la Saint-Martin & Noël. On doit pré-,/çrer de froment dont le grain eft gros &
- nourri, & l'écorce mince ; celui qui a crû fur les hauteurs vaut mieux que celui det vallées; il faut qu’il foit bien exempt de grains de feigle & de toute efpêcë!de grains etrangers. On qbferveaufli 'qü^lkit Cru dans des champs qui n’àién't pas 'été fufiïës avec du fumier de mouton. La nielle ne fiai£ ' Eklc'ij
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- FABRIQUE DE V A M T D 0 N.
- eft très-beau , quoiqu’à dire le vrai, on acheté cher la petite fupériorité qu’il .a fur l’autre.
- Article II.
- Pratique des amidonniers pour faire de Vamidon avec des recoupes.
- 8. On peut ypar la méthode que nous allons rapporter , retirer de l’amidon du fou le plus épuré de farine ; mais il eft clair qu’on en obtient une plus grande quantité des fons gras , ou des recoupes qui contiennent du gruau> & cette partie du froment eft celle qui fait le plus bel amidon, ainli que le plus beau pain. Il eft encore évident qu’on extrait beaucoup d’amidon des grains qu’on a fait moudre, & dont on n’a retiré aucune farine, comme le pratiquent les amidonniers, lorfqu’ils trouvent à acheter des grains qui ont çontra&é une mauvaife odeur (<50.
- 9. On met le fon ou les recoupes en trempe (7) & en fermentation avec de
- aucun mal à l’amidon , elle relie dans l’eau ; & comme le froment qui en eft attaqué fe donne à meilleur marché , on le préféré ordinairement pour cette fabrique. Le froment d’été , fur-tout cette efpece dont les épis relTemblent à ceux de l’orge , eft pref-qu’aulïi bon que le froment hiverné ; mais l’amidon qu’on en tire eft un peu caftant. On y remedie en mêlant une moitié de froment d’hiver. Il y a aufli de l’économie, à employer de belle orge bien nette ; mais comme l’amidon qu’on en tire, quoique de bonne qoulite , a un petit oeil jaunâtre , il eft à propor d’y joindre les deux tiers de ton I-'-ornent d’hiver. Je parlerai ailleurs de l’amidon de pommes de terre»
- (6) La mouture du grain deftiné à faire de l’amidon , exige quelques précautions particulières. Après en avoir mefuré autant de boifteaux qu’on peut en mettre en ouvrage , on le crible foigneufement; & après l’avoir étendu fur le plancher ou dans une grande cuve , on l’humeéte en verfantdef-fus une quantité d’eau proportionnée , on le remue fortement avec une pelle , après quoi on le laide repofer pendant douze, quinze & jufqu’à vingt-quatre heures, afin que l’eau ait le tems de pénétrer chaque grain.
- Cette première opération eft fui vie de
- Y égrugeage. Il faut pour cet effet, que les meules foient fraîchement piquées ; les meules émouflees , au lieu de moudre le grain , ne fervent qu’à l’écrafer. On ne le fait pafler qu’une feule fois , en obfervant que l’écorce foit bien féparée, enforte qu’on n’ait pas trop de fon, & que le fin fon ne fe mêle pas avec la farine. Le meunier fépare la plus fine farine par un tamis clair, & on la met à part, parce que prenant l’eau beaucoup plus tôt que l’autre , la fermentation fe fait aufti plus promptement ; ce qui occafiontie des déchets confidéra-blés. La fine farine qu’on retire de cette mouture , fe vend féparément Si l’on veut, employer de l’orge , on ne peut pas prélever de la farine , parce qu’il n’y a que le fin qui donne de l’amidon.
- ' (7) L’opération de mettre en trempe,
- en ail. einmeefehert, exige quelques précautions que l’auteur n’indique pas. On a pour cet ufage de grandes cuves de chêne cerclées de fer, dans lefquelles on met un peu d’eau de fource , pour que l'a farine ne. s’attache pas au fond. Ènfuite partageant la mouture en trois portions, on verfe la première dans les cuves, on défait avec les mains tous les grumeaux rie farine, & on y verfeaftez d’eau bien limpide pour couvrir la farine. On remue fortement le tout
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- Peau pendant quinze jours, & quelquefois un mois, fi c’eft l’hiver , ayant foin de le remuer de tems entems avec une pelle de bois. On connaît que la trempe a été allez continuée quand , en prenant une poignée de ce fou pour l’exprimer entre les mains , on en voit fortir une eau blanche , & que ce qui refte dans la main ne paraît plus contenir de blanc; alors remuant les recoupes avec l’eau, on prend l’un & l’autre dans des féaux, & on les pafle par un tarnis de crin qu’011 a placé fur une autre futaille b , fig. 2 , dans le milieu de la planche, dans laquelle paffe l’eau chargée des parties farineufes qui fe font féparées du fon avec lequel elle était confondue : bien entendu que pour faciliter l’écoulement de l’eau , on remue avec la main ce qui refte dans le tamis c\ quelquefois même on y ajoute un peu d’eau , pour d’autant mieux épurer le fon de la farine qu’il contient. Il me paraîtrait convenable de paffer les recoupes fuffifamment trempées fous une preffe, pour leur faire rendre toute l’eau qu’elles contiennent ; mais ce n’eft pas la pratique des amidonniers (8)*
- avec un bouloir de bois. On verfe le fecon d tiers , on y met de l’eau ; on remue de nouveau avec le bouloir. On ajoute le troifieme tiers , & l’on remue encore plus long-tems & plus fort, jufqu’à ce qu’on puiffejmou-voir fans effort le bouloir au fond de la cuve. Cette forte agitation de l’eau facilite la fermentation , brife les bulles d’air , & fraie le chemin à l’acide, qui doit pénétrer toutes les particules de farine. Si l’on s’ap-perçoit le lendemain q ue la farine eft gonflée dans le milieu , & trop épaiffe , on y ajoute de l’eau & l’on remue de nouveau. Cependant il vaut peut-être mieux , pour ne pas interrompre la fermentation , comprimer la farine en i’abaiffant avec la main , & remuer enfuite tout à l’entour , avec le bouloir , le long des bords de la cuve. En fuivant cette méthode , la fermentation commence ordinairement au bout de vingt-quatre heures. L’ouvrier qui a de l’expérience, apperqoit à la réfiftance qu’éprouve le bouloir au fond de la cuve, lî la fermentation eft au point où die doit être. En été, on laiffe fermenter les cuves pendant huit à douze jours, fui-vant qu’il fait plus ou moins chaud; au printems, en automne, & en hiver, cela demande de quatorze à vingt-un jours : pendant tout ce tenis-là la feule chofe qu’il y
- ait à faire , c’eft d’abaiffer avec la main le bourrelet qui fe forme au milieu , lorfqu’il eft trop élevé- Si l’on néglige cette attention , il fe deffeche à l’air.
- Durant la fermentation où les cuves fe gonflent, la furface fe couvre de bulles d’air , on entend un bruit intérieur qui marque une violente agitation ; enfin au bout de fept à neuf jours , ou plus fuivant les faifons, tout fe calme , le mélange s’a-baiffe, & les cuves fe couvrent d’un eau jaunâtre & acide. On prend alors une poignée de farine , on la jette dans de l’eau claire , on la ferre avec les mains, on répété la même chofe jufqu’à trois fois, en changeant l’eau autant de fois, & on conclut que la fermentation eft bonne , lorf-que l’eau fort nette & limpide.
- ( 8 ) Les amidonniers Allemands , de la Saxe , & d’auttes pays de grains, font paf-fer leur amidon par une forte de preffe , en le foulant aux pieds. Cette opération s'appelle aujîrettcn. Ils ont pour cet effet un tonneau de chêne à cercles de fer , nommé Tretfajs. Il porte fur trois pieds affez élevés pour qu’on piiiffe gliffer par-ddfous un feau d’une grandeur médiocre, en allemand Stalleimer. Au fond de cette futaille eft un bondon dont l’exuêmité s’élève d’en»
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- Quoi qu’il en foit, on biffe l’eau qui a pafle par le tamis fe repofer pendant trois ou quatre jours, pour que l’aniidon fe précipite au fond* alors avec
- x'iron un pied plus haut que le vafe , afin qu’on puiffe ouvrir & fermer la cuve à volonté. Le tonneau doit être un peu incliné vers l'ouverture du bondon, On a aiifti des Lacs de forte toile , d’une longueur proportionnée à celle de la futaille. 11 faut enfin être muni d’un gros tamis de cuir, affez ferré pour qu’on ait de la peine à voir le jour au travers , & qui foit foutenu par un gros fil de fer mis en croix. Les cribles de fil d’archal font moins propres à cet ufage , parce qu’ils laillent échapper des particules de fon , qui défuniCTent celles de l’amidon & le rendent moins beau.
- Pour marcher l’amidon , on arrofe la cuve d’un peu d’eau fraiche , on remue le tout afin de le mêler; on place près de la cuve le tonneau à marcher, dans lequel entre un homme ou une femme robufte, les pieds nus & bien lavés. Le marcheur prend un fac qu’il appuie dans fon tonneau , tandis qu’un autre ouvrier y verfe de la liqueur jufqu’à ce qu’il foit rempli à neuf ou dix pouces près. On lie fortement le fac, on l’étend au fond du tonneau à marcher , on enfonce le bondon , & l’ouvrier marche à petits pas & en tout fens fur le fac ainfi difpofé ; il le remue en tout fens, & il continue le même procédé jufqu’à ce qu’il ait pafTé plus d’une fois par-tout Cette manoeuvre fait fortir du fac une eau blanchâtre , qu'on reçoit dans des féaux , pour la tranfporter dans une cuve nommée en allemand rfbfüfsrvannc, cuve à adoucir. Cette cuve doit être garnie de trois cercles de fer, elle eft faite de bois de chêne, ronde & propre à contenir une grande quantité d’eau. On verfe encore de l’eau fraîche fur le fac à marcher, on le marche pour la fécondé fois avec le même foin, & on recueille de même l’eau blanche qui fort du fac; laquelle étant écoulée, on répété la même opération pour la troifieme fois.
- Quant au fon qui refte dans les facs, & qui ne contient plus aucune particule d’amidon , on le garde pour engrailfer la volaille. On continue à marcher jufqu’à ce que la cuve foit epuifée.
- On remplit pour l’ordinaire la cuve à adoucir j & fi les cuves à fermenter ne con« tenaient pas affez de matières pour cela, on y ajourerait de l’eau fraiche. On remue fortement cette eau , pour que l’amidon fe mêle bien & que les particules les plus grof» itérés aillent au fond
- La cuve demeure dans cet état une ou même deux fois vingt-quatre heures. Alors on puife avec précaution l’eau qui eft au-defius de la cuve , jufqu’à ce que le dépôt commence à paraître. Si l’on a pratiqué des bondons à côté des cuves, on ouvre le premier jufqu’à ce que l’eau commence à for-tir trouble. -Ou conferve une partie de l’eau qui fort de cette cuve pour mettre en trempe , & le refte on peut le verfer fur le fon réfervé pour la volaille, lequel par cecte précaution fe conferve pendant lix femainea ëc au-delà.
- La cuve fe trouvant ainfi vuideé à moitié, on la remplit d’eau fraiche . .après avoir bien remué pour détacher toutes les particules acides. On laifTe repofer pendant un ou deux jours , jufqu’à ce que le dépôt foit fait. On puife de nouveau ou on laifTe écouler toute l’eau aigre , jufqu’à ce qu’elle pa-railfe trouble. Dès que le trouble paraît, on le recueille dans un vafe, pour précipiter tout ce qu’il peut encore y avoir d’amidon. On découvre alors une matière grife , épaiffe de quelques travers de doigts , qui couvre l’amidon ; on la laifTe écouler pour la laver à part avec de l’eau fraîche , afin d’en féparer tout le blanc. Enfin il ne refte plus au fond de la cuve qu’une mafle d’amidon , blanche comme la neige j & fi l’œil découvre fur la furfaeç
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- fane êcùelle de bois ou line fébille, on ôte le plus qu’il eft poflible de l’eau qui fumage , laiflant au fond ce qui s’eft précipité.
- 10. On ramalfe l’amidon de plusieurs futailles, pour le raflembler dans une feule j 011 le délaie avec un peu d’eau , & peu à peu on en emplit entièrement la futaille, afin que l’amidon étant étendu dans beaucoup d’eau, puiffe palfer par un tamis garni de foie ou de laine, qu'on pofe fur une nouvelle futaille bien nette. On lailfe encore cet amidon fe précipiter, puis au bout de trois ou quatre jours on ôte le plus d’eau qu’il eft polfible avec une fébille. O11 lave encore fi l’on veut cet amidon avec de nouvelle eau ; & quand l’eau qui fumage n’a plus aucune teinture, on l’ôte pour la derniere fois, & on ramaffe l’amidon avec les mains, pour le mettre dans des paniers qui font intérieurement garnis d’une groife toile. On pofe les paniers fur des futailles, pour que l#eau qui eft encore contenue dans l’amidon , achevé de s’égoutter. (9) Quand il n’en fort plus, ce qui arrive ordinairement au bout de vingt-
- quelques particules de fort, on Penleve avec une plume.
- Lorfqu’on eft venu à bout de raffembler ainfi tout l’amidon en un dépôt au fond de ia cuve , on le coupe avec un efpece de fa-"bre, plus large que la main, épais comme • le dos d’un couteau ordinaire, à deux tran-elians. L’amidon fe trouve ainfi coupé très-menu , de maniéré que l’eau qu’on y ver-fera pénétré librement dans toute lu maffe. On verfe pour cet effet dans la cuve deux à trois pieds d’eau\ & l’on remue de nouveau tome la maffe , jufqu’à ce qu’elle fuit parfaitement délayée. On achevé de remplir la cuve . on remue fortement, & l’on tranfvafe la liqueur dans une autre cuve , en la faifant paffer au travers du crible, pofé en travers fur deux bois unis. Le fon qui s’arrête dans le crible eft encore deftiné pour la volaille. Four faciliter cette opération , on remet de tems en tems de l’eau fraîche dans la cuve , & l’on remue fréquemment, afin qu’il n’y ait aucun dépôt.
- Cette troifieme cuve refte en repos pendant deux jours.Au bout de ce tems.on fou-tire le clair qui fumage , & on lailfe écouler le tiers de l’eau ; fix heures après, on ouvre lin bondon inférieur '& on en tire un fécond tiers ; enfin après fix heures de repos , on ouvre le troifieme bondon, pour laiifer
- échapper le refte de l’eaù ; mais il faut ufeaf de précaution pour ne pas mêler le dépôt. S’il y a encore fur la maffe quelques brins de fon , on les enieve avec la plume , ou même on la remplit avec de l’eau fraîche , pour faire"un troifieme dépôt, fi on le juge néceffaire. C’eft de ces procédés que dépend la beauté & la fineffe de l’amidon.
- ( 9 ) Pour hâter l’évaporation , on plie ùn gros linge en piufieurs doubles & on le preffe fur le dépôt d’amidon; ce qui en attire toute l'humidité. On le tord lorfqu’iî eft rempli d’eau , & on l’applique de nouveau fur la maffe, jufqu’à ce qu’elle foit bien compaéte & fort peu humide. Cette opération s’appelle en allemand abtrôck-nen, deffecher. Les ouvriers prétendent avoir obfervé qu’un linge humide deflèche mieux qu’un linge fec.
- L’opération fuivante, en ail. aujehnei> dtii, confifte à couper la maffe en quatre quartiers avecmn grand couteau. On rire enfuîte légèrement ces. quatre quartiers hors du cuveau.. au moyen drune planche mince & appropriée, que l’on gliffe par-def-fous, après avoir bien dégagé la maflè tout à l’entour avec le couteau. -,
- S'il arrivait quel’amidon fe trouvât plein de trous , ou de bulles d’air oceafionnées par les particules de fon qui feraient reliées
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- quatre heures, on porte ces paniers au féchoir , qui eft un grenier percé de lucarnes, pour que Pair le traverfe (10) > lorfque l’amidon eft aflez fec , on le rompt par morceaux, qu’on met fur des planches dans l’embrafure des fenêtres, où il eft à couvert de la pluie , mais expofé au vent & au foleil : il y refte jufqu’à ce que l’amidon ait acquis un degré fuffiiant de féchereiFe. Alors on le retire 5 mais comme la furface de ces morcsaux a un peu jauni, on racle la fuperficie des pains avec un couteau (11) ; puis en les mettant fur un plancher bien propre, on marche delfus avec des fabots , pour les mettre en grain, e’eft-à-dire, pour les réduire en petits morceaux gros comme des feves ou des noix j enfuite 011 le porte à l’étuve pour achever de lui donner toute la féche-reffe qu’011 defire, à moins que ce ne foit dans les grandes chaleurs de l’été , lorfque le foleil a aifez de force pour lui procurer un deiféchement fuffifant; ce qui eft très-avantageux, puifqu’on épargne les frais de l’étuve , & que l’amidon en eft plus blanc (12). Autrefois, pour donner à l’amidon ce dernier* degré de féchereffe , on le mettait dans des fours fig. 6, 7 ; mais maintenant tous les amidonniers ont des étuves qui altèrent beaucoup moins la blancheur de l’amidon que 11e faifaient les fours (13)..
- 11. L’étuve des amidonniers eft un cabinet garni tout au pourtour de tablettes de bois blanc , bordées de voliges qui font un rebord de quatre pouces de hauteur, pour retenir l’amidon qu’on met fur les tablettes, & empêcher qu’il ne tombe à terre. Ordinairement l’étuve eft échauffée par un poêle qui eft au milieu : il ferait cependant mieux de l’attacher à l’un des murs, & de
- dans le dépôt, faute d’avoir été affez lavé, le meilleur parti qu’il y aurait à prendre ce ferait de remettre la nialfe dans l’eau , pour la précipiter encore une ou deux fois, en la faifant paffer au tamis , qui fépare les particules étrangères.
- (10) On porte les quartiers d’amidon au féchoir , où on les dépofe fur de gros linges. Chaque morceau doit être couvert d’une tuile qui attire l’humidité. Au bout de deux jours, plus ou moins, fuivantle tems, on peut dreffer les quartiers qui étaient pofés de plat. C’eft le moment de les ranger fur des planches difpofécs les unes fur les autres, & pendues à des cordes , de maniéré que l’air puiffe traverfer librement. On tâche de les garantir de la pluie & de la trop grande ardeur du foleil. On les laifTe en cet état, jufqu’à ce qu’on
- puiffe lever une efpece d’écaille, en pref-fant les quartiers avec le pouce. L’ardeur du foleil fait jaunir l’amidon, la pluie y caufe de la moififfure.
- (11) En allem. abjchaben. On fait de la poudre à poudrer avec ces raclures.
- (12) Pour connaître fi l’amidon eft alfez fec, on en brife un petit morceau , pour voir fi on ne découvrira dans le milieu aucune trace d’humidité.
- (13) 11 arrive quelquefois que la moififfure fe met fur les quartiers d’amidon , lorfque la mafTe n’a pas été affez lavée, 11 faut, dès qu’on s’en apperqoit, racler bien exactement la moififfure, & mettre ce qui fe détache avec les autres raclures, pour en faire de la poudre. Au refte en Allemagne on fe fert.encore de fours pour fécher l’amidon, quand cela eft néceflaire»
- l’allumer
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- Rallumer par-dehors, les étuves qui font conftruîtes de cette façon ayant l’avantage d’être moins fujettes à la fumée. Au fortir de l’étuve, l’amidon eft en état d’être vendu à ceux qui en font ufage C 14).
- 12. Il eft bon de remarquer que l’eau qu’on emploie pour mettre en premier lieu les recoupes en trempe, eft, autant qu’on le peut , de l’eau qui a déjà fervi, & que les amidonniers nomment de Y eau-forte. Ils prétendent qu’elle avance plus la fermentation que des eaux claires & nouvelles. Mais pour le lavage de l’amidon, il faut employer de l’eau très-claire (15}.
- (14) On a trouvé le moyen de travailler pendant tout l’hiver fans recourir à l’étuve. Dans la manufacture de Hall, où l’on fabrique beaucoup d’amidon, on fait moudre le grain , comme je l’ai dit ci-deffus^Avant de marcher l’amidon , on verfe dans la cuve à tremper, de l’eau tiede ou chaude, félon qu’il fait plus ou moins froid ; mais en observant qu’elle ne foit pas bouillante. On remue doucement ; on met la pâte encore tiede dans le fac à marcher, & l’on procédé comme il a été expliqué ci-deflùs. Quand on eft fur le point de couper l’amidon , au lieu de la mettre fur des linges , on la met encore mouillée dans des tonneaux fecs & foigneufement fermés, dans lefquels elle refte tout l’hiver expofée aux rigueurs du froid. Quelques ouvriers difent que la gelée la rend plus blanche ; mais il femble que ce ferait hafarder trop de la lai (Ter expofée aux plus fortes gelées. On continue le même travail tant que dure la provifion de grain. Au printems , lorfque l’amidon qui eft dans les tonneaux eft bien dégelé, on en coupe des morceaux, dont on jette environ un demi quintal dans la cuve à adoucir ; on y remet de l’eau fraîche, on le détrempe, on le fait pafter deux fois au tamis, en tranf-vafant la liqueur dans d’autres cuves. On le diftribue dans plufieurs cuves que l’on remplit d’eau. On laide repofer le tout un couple de jours , après quoi on laide écouler l’eau. On enleve proprement toutes les matières étrangères qui fe trouvent fur le dépôt, avec lequel on procédé comme ifa été dit ci-devant.
- Tome FIIL
- Un auteur Allemand, M. Eckart, dan* fon économie expérimentale , indique une autre maniéré de faire l’amidon en hiver. Sa méthode eft plus difpendieufe, parce qu’elle exige des bàtimens , & un poêle conftruit exprès. Comme cela revient à peu près à l’étuve des amidonniers Français, je ne fu’y arrêterai pas.
- (iç) Pour qu’une fabrique d’amidoa rende tour le bénéfice qu’on peut en attendre , il faut fe procurer une provifion de froment proportionnée au débit, & fe ménager par une bonne correfpondance, le débit affiné de h marchandée, La fabrication feule procure un bénéfice certain ; mais le principal profit des amidonniers Allemands provient de l’engrais des cochons. On emploie à cela le fon, la farine grife, qui ne peut pas fervir à faire l’amidon , & l’eau qui s’écoule des cuves. On peut concevoir combien cette nourriture doit être abondante & bonne pour ces animaux , fi l’on fait attention que l’amidon le plus foigneufement travaillé, laiffe encore les deux tiers du poids du froment pour l’engrais. Les cochons qui s’en nourrirent, font parfaitement engraifles en fix à huitfemai-nes ; la graiffe en eft blanche & plus ferme qu’avec aucun autre engrais.
- Ceux qui prennent foin de ces animaux , obfervent de leur donner à manger cinq à fix fois par jour, & peu à la fois ; ce qui entretient l’appétit: de nettoyer journellement leur auge & leur étable, & de les faire baigner au moins une fois par femaine. Il arrive en hiver que l’on fe trouve fur-
- LU
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- FIÉ RIO; UE DE E A MIÜ 0 N. Article III.
- I)e T amidon qu'on fait avec plu fleur s fubjlances, comme des racines da-rum : arum vulgare non maculatuni, ou arum venis al bis ; dafphodele : afphodelus albus ramofus, ou afphodelus fpiralis luteus italiens flore magno ; des pommes de terre : folanum tuberofum efculentum ; ou des marrons d’Inde : hippocaftanum vulgare ; & quantité d autre s graines , fruits & racines.
- 13. Comme la façon de retirer ramidon de ces différentes fubftances, revient à peu près au même, je me bornerai à donner pour exemple les marrons d’Inde.
- 14. Il efl; certain qu’on peut faire de bel amidon avec les marrons d’Inde j & il y a cela d’avantageux , qu’on ferait un emploi utile d’un fruit qui îfeft prefque d’aucun ufàge. On fait que M. Bon, prélident de la chambre des comptes de Montpellier, efl parvenu à en faire une pâte pour la nourriture des volailles , en les faifant palferpar des lefllves de cendres * pour leur faire perdre leur amertume'. Mais la confommation de la cendre, jointe à la main-d’œuvre nécelfaire, rendait cette nourriture allez chere. Je reviens donc à l’amidon. Il faut dans l’automne ramalfer les marrons d’Inde lorfqu’ils font bien mûrs, les mettre en tas dans un grenier ou dans une chambre , fur un plancher fec, & dans un endroit où l’on puilfe ouvrir
- chargé de Ton & d’eau-forte. On conferve le tout dans des fo(Tes bien murées, où on le preffe fortement, en y verfant beaucoup d’eau par-deffùs, & en remuant fréquemment. Sans cette précaution , une feule nuit fuffit pour faire aigrir la maffe , qui fe corrompt & devient funefte au bétail qui en mange.
- Le tems le plus propre pour l’engrais des cochons, c’elt l’hiver; & la faifon la plus avantageufe pour les travaux de l’amidon , c’eft l’été. Il faudrait donc conferver pour l’hiver le fon & la grofie farine. M. Eckart, dans fon ouvrage que je viens de citer, confeiile d’étendre fur des planches le fon encore humide, & de le lailfer fécher infen-fiblement, fans lui donner le tems de s’échauffer. Suivant le même auteur, on peut
- àuffi former des pains de grofïîere farine , que l’on fait fécher & que l’on confervd pour le tems de l’engrais.. Lorfqu’on veut en faire ufag^ , on les délaie foigneufement dans de l’eau chaude : quand il ne relie plus de grumeaux , on refroidit avec de l’eau bien pure, & on rîiftribue ce broùet au bétail. Les coqs-d’inde , les oies, les poules fe-trouvent fort bien de cet ordinaire. Un bœuf ou une vache de cinq ans, font en. graiffés en douze femaines , en obfervant de leur donner du foin tous les foirs.
- Deux ouvriers , travaillant félon la méthode allemande, peuvent faire de quatre-à cinq quintaux d’amidon par femaine. Ort compte dans les grandes manufactures de-Hall, huit à dix vannes, chacune d’um demi-quintal.
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- les croifées, pour leur donner de Pair lorfqu’il fait fcc, afin d’empêcher qu’ils ne germent & ne pourriifent ; cependant il faut auiii prévenir qu’ils ne fe de.flechent trop , en fermant les croifées quand le haie eft confidé-rable. On en ôte l’enveloppe coriace & brune, & auiii la pellicule intérieure. Cette opération exige un tems allez considérable, quand on ôte la première peau avec un couteau, & la pellicule intérieure en les frottant avec un gros linge neuf. Mais outre que par les expériences en petit, que j’ai faites, il m’a paru que les enveloppes ne peuvent pas altérer l’amidon , au moins quand il en refte peu ; il ne paraît pas imposable de trouver des moyens d’emporter promptement cette écorce, Ci l’on fepropofaic de faire beaucoup d’amidon avec ce fruit ; & il eft certain qu’il u’y a qu? l’amande blanche qui puiife fournir de l’amidon. On pile ces amandes dans un mortier de bois blanc, & non pas de chêne , qui colorerait l’amidon ; ou bien s’il s’agif-fait d’opérer en grand, ou les ferait palier fous des pilons à peu près fem-blables à ceux qu’on emploie pour le tan. Etant pilés de quelque façon que ce foit, on les met en trempe dans des baquets de bois blanc: cette eau qu’on verfe fur la pâte, prend une couleur verdâtre , & on la change tous les jours , jufqu’à ce qu’elle ne fe colore plus. Alors, & c’eft ordinairement au bout de quatre ou cinq jours, on pile encore cette pulpe qui paraît fort blanche, & onia réduit en une pâte très-fine, qu’on met dans des baquets avec de l’eau nette, où elle refte en fermentation pendant deux ou trois fois vingt-quatre heures , plus ou moins , fuivant la température de l’air ; de plus, il faut que les marrons nouveaux y relient plus long-tems que ceux qui font vieux.
- I Quand on juge que la fermentation eft fufïifante, on délaie la pâte dans beaucoup d’eau, & on paife le tout par une toile de crin fine 5 l’eau entraîne la partie farineufe, qu’on laiife fe précipiter au fond. Ordinairement l’eau qui fumage a encore une légère couleur verdâtre : en ce cas 011 l’ôte & on en met de nouvelle, jufqu’à ce qu’elle ne prenne plus aucune teinture. Pour lors l’amidon eft fait s il ne s’agit plus que de le fécher comme il a été dit plus haut.
- 16. Il eft pofîible de retirer encore de l’amidon du marc qui eft refte furie tamis: pour cela il faut le piler de nouveau, le lailfer en fermentation avec de l’eau , & travailler ce fécond amidon comme le premier; mais il convient de le préparer à part 5 parce qu’ordinairement il n’eft pas auffi parfait que le premier.
- 17. Après ce que nous venons de dire fur Pextraélion de l’amidon des marrons d’Inde, on parviendra aifément à en tirer de beaucoup d’eipeces de plantes; car tout fe réduit à les monder de leur écorce , à les réduire en pâte, à les tenir plus ou moins de tems en fermentation, 8c à paffer
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- l’eau chargée d’amidon par un tamis fin, le laiffer feprécipiter, le bien laver & enfin le deflecher ( 16 ).
- i8- Le bon amidon doit être blanc , tendre, aifé à réduire en poudre & bien fec. L’amidon étant cuit avec de l’eau , fert à faire d;e la colle, de l’empois blanc, & bleu quand on y mêle du bleu d’émail. C’eft avec l’amidon que les parfumeurs font la poudre à poudrer. Les teinturiers en emploient auffi beaucoup ; mais ce n’eft pas comme fubftance colorante.
- 19. Les cartiers confomment auflî beaucoup d’amidon. (17)
- 20. On en mêle avec le favon, pour faire des favonnettesj.if en entre:
- même dans les paftilles que font les
- (16) Pour faire de Pàmid'on avec des. pommes de terre, lavez-les à plufieurs eaux, coupez-les par tranches, & jetez-les fous la meule, Lorfqu’elles feront réduites en bouillie, vous les jeterez dans un cuveau à moitié plein d’eau fraîche, & vous les remuerez fortement. C’eft le moyen d’en détacher la farine , qui par fa pefan-teur va au fond. Laiftez repofer le tout ; vous prendrez enfuite un tamis d’ofier, ou* un crible de fil d’archal, que vous poferez fur le cuveau, & dans lequel vous amafte-rez les goufles & le gros fon qui furnagent Il faut prendre garde d’approcher du fond, où fe précipite la farine par fon. propre poids & fans fe mettre en bouillie. Vous prefterez ce marc à diverfes reprifes , en y jetant à chaque fois un peu d’eau du cuveau, Vous mettrez alors ce marc dans un fécond cuveau, pour en nourrir les cochons , foit verd , foit fec & cuit. Prenez enfuite un tamis de crin ; & après que le dépôt fera fait, ouvrez le robinet placé à quelques pouces au-deftùs du fond dela cuve, & recevez la liqueur dans un vafe au travers du tamis. Le fon qui s’y arrêtera fera ferré, comme ci-deftùs, & ajouté à la fécondé «uve pour engrais.
- eonfifeurs^
- Âpres cette opération, on trouve un fé-diment qui renferme la farine que l’on cherche. Si elle eft- encore mêlée de particules-groftieres , on la rend auflb belle & auffi pure que l’on fouhaite , en réitérant les la* vages. Après quatre ou cinq opérations femblahles, vous aurez une farine qui en. blancheur & en finefte lé difputera a la fleur de farine de froment.
- Si l’on veut en faire de l’amidon , on la* met, au fortir de la derniere cuve, dans um fac de forte toile, que l’en charge d’un, poids confidérable pendant vingt - quatre, heures. Elle prend ainfi de la confiftance , & devient un maflîf par feuilles , dont orr fait des coupeaux qu’on laiftefécher ; c’eft: l’amidon. Ces coupeaux mis dans l’eau fur; le feu , fe délaient & fe cuifent ; c’eft l’empois. Ceux qui-en ont fait l’expérience ,, aftur.ent que cet empois rend le linge plus blanc , plus ferme & plus lifte que l’empois ordinaire. 11 peut fervir dans toutes-; les manufa&ures où l’on emploie l’amidon. Voyez l’art du boulanger, tome premier de cette colle&ion , page 460 & fuiv.
- (17) Voyez cet art, tome IV de.cette.; collection, page 617 & fuiy.
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- FABRIQUE DEL'AMIDON. 453
- Article IV.
- Sur les marrons dinde..
- Si. M. Marcandier a trouvé que le marron d’Inde’contenaitun fuclàvon-neux & aftringent, qui eft , fuivant lui, d’une grande utilité dans les manufactures , non feulement pour blanchir, mais encore pour laver les toiles. & les étoffes. Afin d’obtenir ce fuc , il faut, dit-il, peler les marrons , les faire moudre enfuite dans un moulin à bras, tel qu’on s’en fert pour le maltou la drèche Ça) (il faut remarquer que la noix de ce moulin eft d’acier ) : on peut aufii les râper. On les mêle enfuite avec de l’eau de puits ou de riviere : ce font les meilleures ; cette eau ainfi imprégnée, eft propre pour blanchir ou pour laver ; vingt marrons fuffifent pour dix ou douze pintes d’eau. Pour donner à cette infufion la plus grande efficacité> M. Marcandier chauffe l’eau au point de ne pouvoir y tenir la main; & fi par ce moyen on n’eftpas entièrement difpenfé de faire, ufage de favon,,. au moins cela opérera une grande épargne.
- 22. M. Marcandier a foulé avec cette eau, des Bas & des bonnets faits; au métier, après quoi ils ont très-bien pris la teinture. Différons effais que lui & d’autres ont faits , en faifant fouler avec cette eau des draps &. des étoffes , ont eu le même fuccès. Le linge lavé clans cette eau-, prend une couleur d’un: bleucélefte agréable , fur-tout fi enfuite on le rince bien dans., de l’eau courante. M. Marcandier affure que des.expériences répétées ont confirmé ces effets : il ajoute que fi l’on trempe du chanvre dans cette infu-fion pendant quelques jours, les fils du chanvre fe féparent aifément ( b ).. L’auteur de ce mémoire rapporte les expériences fuivantes.
- 23. Après avoir pelé quarante marrons qui font tombés d’eux-mêmes ,, je les ai fait moudre je pris alors deux terrines de terre, & mis dans-: chacune la farine de ces marrons. J’ai verfé fur l’une de l’eau froide., & fur l’au^ tre de l’eau tiede^; l’eau froide , après avoir formé une écume , comme aurait, fait le meilleur favon, a fini par une liqueur blanche relfemblant à du lait. L’effet de l’eau tiede fut bien différent : il ne s’éleva point d’écume ; mais après, avoir parfaitement détrempé la farine , l’eau prit une couleur de verd.de inen. J’ai laiifé les influions repofer douze heures ; ,& après ce tems l’eau dans les mè». mes terrines, avait la même couleur, c’eft-à-dire , d’un jaune; pâle , tel que la.
- (a) On appelle ainfi le grain germé 8c près mes expériences faites en petit, que:
- moulu grofliérement, qui fert à faire la cette, eau contient quelque, chofe de vif* bierre. queux qui doit coller les uns aux autres.
- (b) Quoique je ne prétende pas nier ce les filamens du chanyre lorfqu’iis font rcs-que dit M. Marcandier, il me parait, d’a- froidis,
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- êu FABRIQUE DE L' A M ï B 0 W,
- farine des marrons : l’eau tiede avait doHc perdu fa couleur en refroidiflant
- 24. J’ai enfuite divifé l’infufion faite avec de l’eau froide, en deux parties ; j’ai verfé fur l’une de î’eau froide, & fur l’autre de l’eau tiede. L’effet fut comme auparavant : la partie dans laquelle je verfai de l’eau froide , écuma & devint blanche ; celle dans laquelle je mis l’eau tiede devint verd de mer, & en refroidiffant jaune pâle comme auparavant. Je fis les mêmes expériences fur les autres infufions , & les effets furent les mêmes : les infufions froides , & même celles qui étaient refroidies, avaient le tadl doux & huileux; étant tiedes, le taét était rude. J’ai remarqué que Pinfufion qui avait été tiede, n’écumait pas fi facilement, même après qu’elle fut refroidie.
- 2f. J’ai fait laver de la toile , & même des étoffes de laine , en ma pré-fence, dans chacune de ces infufions; les taches de tout genre furent ôtées : ces étoffes ayant enfuite été rincées dans de l’eau de fource, elles reprirent leur couleur & leur propreté ( a).
- 26. Je conclus de ces expériences , continue M. Marcandier, que fi ou pouvait former la farine des marrons en gâteaux ou en boules, elle fupplée-rait au favon pour laver & pour fouler les étoffes.
- 27. La pâte qui refte au fond de Pinfufion, devient une bonne nourri-riture pour la volaille, lorfqu’elle eft mêlée avec du fon (b).
- (a) Il aurait été à defirer que M. Marcandier eût dit de quelle nature étaient les taches, & aufli quelles étaient les couleurs qui ont confervé leur vivacité ; car il eft très - probable qu’il y a des taches qui auraient réfifté à Paétion de cette eau fa von-ncufe, & que certaines couleurs feraient altérées par ce lavage.
- (&) Tout ce que je viens de rapporter eft exactement le texte de M. Marcfsndier, fur lequel je vais faire quelques réflexions.
- i“. L’eau blanche & laiteufe qu’a obtenu M. Marcandier , eft Purement occafionnée par la fubftance farineufe qui fournit l’amidon.
- A l’occafion de ce que M. Marcan-dicr a remarqué entre les ditférens effets qu’a produit Peau froide & Peau chaude , quin’eft point devenue laiteufe, je dirai que l’eau chaude ne me paraît pas propre à l’ex-traétion de l’amidon ; peut-être qu’elle cuit
- cette fubftance qui exifte dans la plante , & qu’elle en forme une efpece d’empois qui devient très-adhérent aux parties fibreufes de la plante.
- 3°. Pour ce qui eft de la préfosnption que M. Marcandier a , que fi l’on pouvait faire des pains avec la pâte de marrons d’Inde , on pourrait s’en fervir comme de favon , il n’eft pas hors de propos de rapporter que , fuivant M. Ray , en Poitou & en Angleterre , les femmes hachent menu les racines , les feuilles & les fleurs de l’arum , & qu’elles les pilent pour en former une pâte qu’elles font macérer pendant trois femai-nés, puis qu’elles les pilent de nouveau pour en former des boules qu’elles font fécher , & qu’elle6 s’en fervent, au lieu de favon, pour décrafler le linge. Au refte, je rapporte ceci fur la foi d’autrui, n'ayant point éprouvé ce que je viens de rapporter d’après MM. Ray & Marcandier.
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- T â BR I Q VE DE DA M ID 0 & 4**
- Article V.
- Expériences de M. Parmentier ; apothicaire de P bétel royal des invalide?*
- 28- Ayant appris que M. Parmentier avait fait des recherches fur tes plantes qui peuvent fournir de Pamidon, & les miennes s’étant bori-nées aux marro-ns d’Inde & aux pommes de terre, je l’ai invité à me communiquer la partie de fort travail qui regarde Pamidon. Les réfuîtats font fort d’accord avec les miens, & je vais les rapporter, comme étant très-propres à confirmer ce que j’ai avancé plus haut.
- 29. M. Parmentier dit que toutes les femenees ou les racines qui ont l’apparence fatineufe , & qui peuvent fe réduire en pâte, quelles quefoient leurs propriétés, peuvent fournir de Pamidon j que pour l’obtenir , il né s’agit que de les débarraifer des fubftances vifqueufes, âcres & corrofî-ves qui retiennent Pamidon : ce qui rend cette fubftance plus ou moins difficile à retirer des parties fibreufes.
- 30. Il a retiré de Pamidon, des marrons d’Inde, des racines de bryone ou coulevrée, de chiendent, d’afphodele, d’iris de Florence, de glaïeul, de colchique, de pied-de-veau, & de quantité de bulbes charnues.
- 31. La méthode de M. Parmentier, pour retirer Pamidon de ces différentes plantes, revient à ce que nous avons rapporté plus haut: il fuffit, dit-il , de les foumettre à la prefle, en ajoutant Un peu d’eau à celles qui font peu fucculentes, & de recueillir, par le moyen des lotions, une fubftance qui fe précipite au fond des vaiiïfeaux, pour la faire enfuite fécher à la ffinple chaleur du fole'iL Voici lin exemple qui rendra le procédé de M. Parmentier plus fenfible : il réduit les marrons d’Inde en parties aifez fines , en les rapant fur une râpe de fer-blanc; après avoir un peu humeété cette pâte avec de Peau, il la met dans des facs de toile forte, & il en exprime à la prelfe un fuc laiteux & épais , étranger à Pamidon qui refte dans le marc 5 il le délaie" dans de Peau en le frottant avec les mains : il paffe enfuite- là liqueur-, qui eft troublé , par un tamis, de crin, qu’il pofe fur un vafe à moitié plein d’caii ; il fe’précipite au fond une fécule douce au toucher & au goût, qui eft un vrai amidon» - 32. On voit que M. Parméntier'traite le mâtron d’Inde Si les autres fubftances dont il veut retirer l’amidon, à peu près comme à SakmDo-mingue on fait le manioc pour avoir là caflâve ; la différence qu’il y & entre fon procédé & celui des amidonniers,, confifte en ce que ceux-ci détrtfifén'c les fubftances vifqueufes, âcres, cauftiques, &c. par un commencement de fermentation & beaucdup de lavages , au lieu d’employer Pexpreffion, comme fait AL Parmentier & lés Américains, pour ôter àü
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- 45 £ FABRIQUE DE L' A 31 1 D 0 N.
- manioc fon fuc âcre & mal-faifant, & en obtenir la caffave, qui eft la partie nourrilfante. Il me paraît que le procédé de M. Parmentier ferait préférable à celui de M. le préAdent Bon, pour faire avec les marrons d’Inde une pâtée pour les volailles.
- 33. La fubftance muqueufe ou mucilagineufe qui retient la farineufe dans les graminées, eft , fuivant les expériences de M. Parmentier , douce, fucrée, bienfaifante , au lieu d’ètre âcre, cauftique & corroAve, comme dans le marron d’Inde, le manioc, & quantité d’autres plantes.
- 34. Il ferait déplacé de rapporter ici les expériences intéreifantes que M. Parmentier a faites, pour prouver qu’on peut tirer de quantité de plantes., les unes faines & agréables au goût, les autres mal-faifintes ou d’un goût défagréable, une fubftance nutritive exempte du mauvais goût, & même des effets pernicieux qu’on attribue à certaines plantes.
- -----^-----v-------...................... 1>
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Âu milieu de la planche, on voit une falle balte où l’on fait les pre-mieres opérations pour l’extradlion de l’amidon.
- Figure i , homme qui tire de l’eau d’un puits qui eft au milieu de la falle, & la verfe dans les tonneaux a, où font les fubftances qu’on veut mettre en trempe.
- Figure 2, amidonnier qui palfe l’eau blanche par un tamis c, dans la futaille b, ou l’amidon doit fe précipiter.
- d>t,f>g, futailles où les fubftances propres à fournir de l’amidon, font en trempe ou en fermentation, g, trou de la bonde par où l’eau inutile s’écoule quand on le juge à propos.
- La figure 3 remue ou bralfe l’amidon qu’il faut laver pour le blanchir.
- On voit au haut de la planche l’attelier où l’on fait fécher l’amidon.
- Figure 4, ouvrier chargé d’un panier rempli d’amidon qui a été égoutté, niais qui eft fort humide.
- La figure 5 met des pains d’amidon fur des tablettes//, kk, II, qu’011 place dans rembrafure des croifées, pour que le foleil & un courant d’air le delfechent.
- m , maifes d’amidon Amplement égouttées, & qu’on a apportées dans des paniers o.
- Jin , pains ou morceaux d’amidon de forme irrégulière, & qu’011 doit étendre fur les tablettes ii, kk, IL
- p, facs de toile remplis de recoupes,
- ?»
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- FABRIQUE DE D A M I D 0 N. 457
- q, corbeilles plates, dans lefquelîes 011 mettait l’amidon pour le porter au four u y comme le fait l’ouvrier r} fig. 6.
- Nous avons dit que les amidonniers n’étaient plus dans l’ufugc de def-fécher leur amidon au four, mais dans des étuves dont nous avons donné la defcription. Ainfi ces corbeilles plates fervent à porter l’amidon à fé~ tuve x, Si à l’étendre fur des tablettes , comme le fait l’ouvrier fig. 7.
- s, petit efcalier pour monter à la porte x de l’étuve.
- On voit au bas de la planche les uftenfiles qui font à i’ufage des amidonniers. A, un fac rempli de recoupes ; B, des futailles; C, des baquets ; D , des féaux pour mefurer le gruau ; E, des tamis; F , des cribles ;M N, des paniers pour tranfporter le gruau: ils font doublés de toile; G, des fébilles ; H, des ratidbires ; I, des balais ; K L, un crochet & une pelle : elle doit être de bois.
- •«
- JDXlS ^LHÆXCJLJZSo
- T I C L E I. Maniéré de retirer de C amidon du froment entier & non moulu. page 44^
- ARTICLE II. Pratique des amidonniers pour faire de C amidon avec des recoupes. 444
- ARTICLE III. De ! amidon quon fiait avec plufieurs fubfiances, comme des racines d'arum : arum vulgare non maculatum, arumvenis albis ; d*afphodele : afphodelus albus ramollis, ou afphodelus fpiralis lu-
- « I ' ..........— SÜ&:
- teus italicus fore magno; despom-mes de terre : folanum tuberofum efculentum ; ou des marrons dinde: hippocaftanum vulgare; & quantité ddautres graines , fruits & racines. , page 4fo
- ARTICLE IV". Sur les marrons d’Inde.
- 4 ïî
- ARTICLE V. Expériences de M. Parmentier, apothicaire de £ hôtel royal des invalides. 4^
- Explication des figures. 4^6
- *
- TABLE DES MATIERES,
- Et explication des termes qui font propres à la fabrique de ! amidon.
- Amandes ne fauraient fervir à faire de l’amidon. §. 2.
- Amidon , ce que c’eft. 1 Sa définition Tome FUI.
- fuivant M. Baume, notent. Sa fabrication pendant l’hiver, note 14, Ses qualités, jg.
- M m m
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- FABRIQUE DE D A M I D 0 N.
- Arum, fa racine eft propre à faire de l’amidon. 2.
- Asphodèle, fa racine eft propre à faire de l’amidon. 2.
- Avoine peut fervirà faire l’amidon. ibid,
- Baume ( M. ) , élèmens de pharmacie > cité note 2.
- Bernes, tonneaux des amidonniers. q,
- Chenevis n’eft pas propre à faire l’amidon. 2.
- Cochons ; maniéré de les engraifler avec l’écoulement des cuves, n. 1 y,
- Couper l’amidon, enallem. aufchnei-den 3 n. 9.
- Cuve à adoucir, en ail. Abfüfswamie9 note 8.
- Cuves à mettre en trempe, n.. 7.
- Dessécher l’amidon, en ail. abtr'ôck-nen? n. 9.
- Eau * fa qualité & fort ufage dans une fabrique d’amidon. 4, note 4.
- Eau forte, eau qui a déjà fqrvi à tremper. 12.
- Eckart * économie expérimentale , cité note if.
- E G R u a g e d y fr o me n t pour faire l’a-midon , n. 6.
- Engrais du bétail & de la volaille ,.un des principaux profits ded’amidon-nier, n. if.
- Etuve des amidonniers. 11.
- Fermentation du froment en trempe , note 7.
- Fleur PE farine, fon ufage par rapport à l’amidon. q,.
- Fours à fécher l’amidon. 10.
- Froment entier » comment on en tire-l’amidon, q. Inconvénient de cette méthode , n. 5. Achat du froment, n. f. Maniéré de le moudre , n. 6.
- jÇ&uÀu, fubftance folide du grain qui tane le plus bel amidon, j.
- Humecter le froment dont on fait l'amidon , n. 6.
- Lin n’eft pas propre à faire de l’amidon. 2.
- Marc de froment. 4.
- Marcher, l’amidon, en ail. mijlretten» note 8»
- Marrons d’Inde, employés à faire l’amidon. 14. Expériences qui s’y rapportent. 21.
- Mettre en trempe. Voyez trempe.
- Moisissure de l’amidon; fa caufe & les remedes , 11. 13.
- Moudre le froment pour faire l’ami-don, n. f.
- Nielle, ne fait aucun mal à l’amidon s note f..
- Noix ne fervent pas pour faire l’amidon. 2,
- Orge , fon ufage pour faire de l’amidon , n. f.
- Pommes de terre , propres à faire de
- « l’amidon. 2. Maniéré de faire de l’amidon de pommes de terre, n. 16.
- B.ACLER. l’amidon > en ali. abfchaben, 11.
- Recoupes de froment; leur ufage pour faire l’amidon. 2.. Maniéré de faire l’amidon avec les recoupes, g.
- Recoupes d’orge ; leur ufage pour faire l’amidon. 2,
- Sac à écrafer le grain. 4.
- Seau de l’amidon nier, en ail. S ta IL emer-, n. 8.
- Séchoir, grenier à fécher l’amidon. 10..
- Seigles , fon ufage pour faire l'amidon. 2..
- Trempe ( mettre en ) > en alL emnms^
- Jchen, n. 9..
- Tremper le froment, q.
- Tonneau à marcher l’amidon * allemand Trettfajs, il, g*.
- fïa de ta fabrique d.e tamdon*
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- ART
- DU SAVONNIER*
- Ou la maniéré de faire différentes efpeces de favon? Par M. Duhamel du Monceau*
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- ART
- U U SAVONNIER (O.
- .. Æ&a -..»,
- I. Ee favon eft une fubftance plus ou moins folide, qui réfulte de l’é-paifîîflement d’une huile ou d’une graille (2) par un Tel aîkali (3) caufti-
- (1) Cette defcription de l’art du favon-ïiier fut publiée par l’académie en 1774.
- (2) Autrefois on ne donnait le nom de favon qu’aux combinaifons des fels alkalis avec les huiles. Mais depuis que la chymie a reconnu que les acides, & même d’autres fubftances falines peuvent auffi s’unir aux huiles , & les rendre mifcibles avec l’eau , on a généralifé la dénomination defavon, & les meilleurs chymiftes la donnant à toutes les combinaifons des fubftances falines & d’huiles rendues mifcibles à l’eau par la matière faline. Le régné végétal eft rempli de pareilles combinaifons. Tous les acides végétaux, foit fluors, foit concrets, les fels effentiels , les fucsfucrés, la matière de l’extrait proprement dit, font autant de fubftances favonneufes. 11 eft vrai qu’il y en a , comme les fels eflentiels & les acides végétaux , dans lefquels la partie faline eft beaucoup plus fenfible que la partie huileufe , que par cette raifon on les a plutôt regardés comme des fels que comme des favons ;mais il n’eft pas moins vrai que l’huile contenue dans tous ces com-pofés eft rendue mifcible avec l’eau , par
- l’intermede de la matière faline. On peut auffi combiner des acides avec des huiles, & former artificiellement des favons acides ; mais ces opérations ont leurs difficultés. Les acides vitrioliques & nitreux agif-fent avec tant d’adivité fur toutes les huiles ficcatives , qu’ils leur eaufent des altérations confidérables. L’acide nitreux les enflamme , ou , s’il n’eft pas allez concentré , il les réduit, de même que l’acide vitrioli-que , en des compofés épais, réfineux & bitumineux. L’adion de ces mêmes acides paraît moins forte fur les huiles gralïes non ficcatives, & ils font capables de former avec elles de vrais favons acides. C’eft ici une matière fur laquelle on n’a encore que des apperçus, & qui eft fufceptible de beaucoup de recherches. Voyez Encyclopédie d’Tverdcn , au mot favon, où cet article eft tranfcrit mot à mot du diclionnairt de chymie.
- (3) Les fels font des fubftances favonneufes , cryftallifables, folubles dans l’eau , fufibles dans le feu, où les uns deviennent fixes, & les autres fe volatilifent. Les chymiftes diftinguent trois fortes de fels , les
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- ART DU SAVONNIER.
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- que (4). Il y a différentes efpeces de lavons. Celui qui fert communément pouf les blanchilîàges & les foulons, eft fait avec dès huiles, foit animales, foit végétales , ou des graiifes qui, étant pénétrées par des Tels alkalis cauftiques , forment une pâte plus ou moins ferme , ou un corps adez dur qui a des propriétés fingulieresj car les huiles & les grailles qui font immifcibles avec l’eau (Os s’y unilfent intimement quand elles ont été converties en favon, fans néanmoins perdre la propriété qu’elles avaient de dilfoudre les fubftan-ces grades : ce qui rend les fa vous très-propres à dégraiifer les laines, à blanchir le linge, & à enlever quantité de taches.
- 2. M. Machy , dans un mémoire qu’il a lu à l’académie des fcien-ces en 116% , fur la caufe immédiate de la faponification, penfe , comme tous les chymiftes, que les matières eiïeiitielles à la formation des favons, font un fel alkali cauftique & une fubftance huileufe , telle que les huiles, les graiifes , &c. Mais ils’elt propofé d’examiner quelles font les parties confti-tuantes de ces îubftances, qui produifent dans la compofition du favon l’eftet qu’on en attend, & aufli ce qui établit dans l’alkali fixe fa plus grand cauf. tieité (6).
- acides, lés alkalins & les neutres. On reconnaît les Tels acides par l’effervefcence, avec gonflement, qu’ils produifent fur les corps alkalins, tels que font les terres & les pierres calcaires. Ces mêmes fels teignent en rouge les teintures bleues extraites des végétaux. Les fels alkalins fe reconnaiffent par leur aétion réciproque fur les acides. Ils font prendre aux couleurs bleues, extraites des végétaux, la couleur verte. Les fels «ewfm-réfultent de l’union de ces deux fortes de fels combinés diverfement ;c’eft un fel alkali faturé par un fel acide. V. dictionnaire de chymie , au mot fel ; Encyclopédie d'Tverdon , au mot cryftallifation. Bertrand , elemens d'oryctologie, page 6g.
- (4) La caufticité eft cette aétion de plu-fieurs fubftances fur les parties animales, qu’elles rongent & détruifent. Il y a des corps , co mme l’arfenic , dont la caufticité eft (i forte , qu’elle caufe la mort ; mais il y en a plufieur's autres, tels que l’acide nitreux , dont on fe fert tous les jours avec fuccès. Voyez dictionnaire de chymie.
- (O C’eft-à-dire, qui ne fe mêlent pas d’elles-mêmes avec l’eau.
- (6) M. Macquer , dans fon dictionnaire de chymie , entre fur la nature du favon & des matières qui le compofent, dans un détail inftrucftif. je vais en donner les principales idées.
- Les alkalis fixres ont beaucoup de difpo-fition à s’unir avec les huiles non volatiles , puifque cette union fe fait même à froid. Le compofé qui en refaite, participe en même tems des propriétés de l’huile & de celles de l’alkali ; mais ces propriétés font modifiées les unes par les autres , fuivant la réglé des combinaifons. L’alkali réduit en favon , n’a plus à beaucoup près la même âcreté, il eft même privé de prefque toute fa caufticité. La même huile contenue dans le favon, eft moins combuftible, à caufe de fon union avec l’alkali , qui eft un corps non inflammable ; elle eft mifcible , ou même jufqu’à un certain point difloluble dans l’eau, par l’intermede de l’alkali. Le favon eft aufll difloluble en entier dans l’efprit de vin , & encore mieux dans l’eau-de-vie aiguifée d’un peu de fel alkali, fuivant l’ob-fervation de M. Geoffroy.
- L’huile s’unifiant à l’alkali pour fe ré-
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- ART DU S A F 0 N N I E R.
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- g. Il commence d’abord par examiner ce qui regarde l’alkali cauftique 5 & après avoir rapporté plufieurs expériences qui établirent que l’alkali fixe combiné par la voie feche avec des terres abforbantes ou métalliques , devient plus cauftique qu’il 11e l’était, de forte néanmoins que le degré de cauf-ticité eft différent fuivant la nature de ces terres , & lu violence du feu qu’on a employé pour les unir ; M. Machy , d’après fes expériences , ne fait aucune difficulté de conclure que la caufticité des fels alkalis fixes eft due, au moins en grande partie , à la préfence d’une terre furabondante ; d’où il fuit que le grand effet des leffives fortes des favonniers, réfulte du mélange de la chaux avec un fel alkali: il confirme cette idée en faifant remarquer que quand , par des folutions répétées, on parvient à décompofer les fels alkalis , ils perdent une partie de leur caufticité, à mefure qu’on leur enleve une portion de la terre qui leur était unie ; & c’eft ce qui arrive en effet aux leffives qu’on a confervées fort long-tems : il fe précipite un peu de terre , & la lefi .five s’affaiblit.
- . 4. Apres avoir examiné comment la chaux augmente la caufticité des fels
- alkalis qu’on emploie dans les favonneries, AI. Machy paffe à ce qui regarde les fubftances huileufes , qui font le fécond ingrédient du favon ; il ne penfe pas, comme quelques chymiftes, que la formation du favon foit due à l’union de l’alkali de la leifive des favonniers avec, l’acide des huiles qu’ils ern-
- duîre en favon ,.ne reçoit que peu ou point d’altération dans fes principes. On peut, en décompofant le favon par un acide, obtenir l'huile telle à peu près qu’elle était avant fa combînaifon. M. Geoffroy a trouvé qu’il entre dans deux onces de favon , une once trois gros & unfcrupule d’huile , un gros & un fcrupule d’alkaîi marin , privé de toute huile & de toute humidité, ou le double de ce fel, pourvu de fon eau de cryf-tallifation , & enfin environ deux gros quatre grains d’eau. Cette derniere varie fui-xant que le favon eft plus on moins fe-c. On obferve que les acides végétaux les plus faibles peuvent occafionner cette décorn-pofition , parce qu’il n’y en a aucun qui n’ait une plus grande affinité que l’huile avec l’alkali fixe. On remarque encore , qu’à moins que ces acides ne foient déjà nuis avec un alkali fixe , ou d’une maniéré intime avec le principe inflammable , ils font capables d’opérer la. même décampe*
- fîtion ; d’où il fuit que tous les fels ammoniacaux , tous les fels à bufe terreufe ou métallique , peuvent décompofer le favon , comme les acides purs ; avec cette différence , que l’huile féparée de l’alkali fixe » pourra s’unir avec la fubftance qui fervaife de bafe au fel neutre. Lémeri a décompofé le favon par la diftillation. On en retire à la première impreflion du feu , une efpece de flegme , qui. n’eft autre chofe que l’eau qui entre dans la eompofition du favon. Il fe colore & prend une odeur empyreumati-que, à mefure qu’on augmente le feu ; il paraît même qu’il enleve avec lui un peu de l’alkali du favon. Après ce flegme, l’huile monte altérée, c’eft-à-dire, empyreuma-tique, diffoluble dans l’efprit de vin H refie enfin dans la cornue un réfidu charbonneux alkalin, qui n’eft autre chofe que l’alkali minéral qui faifait partie du. fax est» Dictionnaire de chgmie.
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- ploient: ce qui formerait, fuivant eux, une faturation faline. Il n’adopte pas cette façon de penfer, parce qu’il a remarqué qu’il eft d’autant plus difficile d’épaillir les huiles en fa von , qu’elles font plus acides j mais qu’on rend ces huiles acides propres à faire du fa von , foit en les épaiifiilant par une évaporation lente , foit en les rendant plus muqueufes, en y diifolvant quelque baume qui les épaiiîiife , tel que la térébenthine ; & cette addition de matière vifqueufe fe peut faire dans l’huile, ou en donnant au fel alkali cet état vifqueux, & ne lui ajoutant que très-peu d’eau : ce qui remplit la même intention pour toutes les huiles eifentielles, qui ne prennent pas volontiers la conliftance des favons, mais qui, comme on le voit dans 1 zfapo tartareus , ont des propriétés particulières aux favons.
- Partant de cette théorie, M. Machy dit avoir fait un vrai corps favon-neux avec des fubftances qu’on n’avait pas foupçonné propres à cette com-binaifon , & dans lefquelles on lie connaît pas d’huile développées telles font l’ivoire, la corne de cerf, la gomme adragante , la pouffiere du lycoperdon , qui, étant triturées avec la lelîive des favonniers , puis digérées, foit dans l’eau, foit dans l’efprit de vin, donnent des dilfolutions qu’on ne peut pas méconnaître pour être favonneufes.
- 6. M. Machy conclut de fes expériences & de fes obfervations , dont nous ne donnons qu’une légère idée , & que nous invitons à lire en entier dans le volume des favans étrangers , où il fera imprimé , il conclut, dis-je , i°. que la caufticité néceflaire aux leffîves des favonniers a pour caufe immédiate & palpable la terre delà chaux ; 2°. que la meilleure huile pour faire du favon, eft celle qui eft la plus vifqueufe -, F* qu’on peut procurer cette vifcofité aux huiles qui ne l’auraient pas naturellement, par l’addition de fubftances capables de fe dilfoudre dans l’huile , ou en ajoutant aux fels alkalis feulement ce qu’il faut d’eau pour en faire un corps pâteux.
- 7. En partant des mêmes principes, je me fuis propofé de faire du favon avec de l’huile d’olive & de la pierre à cautere ; pour cela j’ai broyé de l’huile d’olive avec de la pierre à cautere un peu humeélée d’eau : je m’apperçus furie-champ que l’huile s’épailfiifait. Je fus obligé d’abandonner mon expérience pour revenir à Paris ; mais à mon retour, je trouvai dans ma capfule un fa-von très-folide qui s’était fait fans feu. Je parlerai dans la fuite, de la façon de faire le favon fans le fecou-tfs du feu j il fuffit pour le préfent qu’on fâche que ce fel très-cauftique s’était allié avec l’huile, & avait fait un favon, à la vérité brun & très-vilain ; mais c’était du favon , & cela me fuffit.
- 8- Sans parler ici des fubftances favonneufes qu’011 peut faire avec les fels alkalis & les huiles eifentielles , non plus que de l’épaiiïhfement des huiles par les chaux métalliques, il y a différentes elpeces délavons, fuivant les
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- fubftances grades & vifqueufes qu’on a employées, & auffi fuivanfc les dif£e-rens Tels alkalis dont on a fait ufage.
- Des fubftances avec îefquelles on fait du favon, 6? particuliérement
- des huiles.
- 9. On peut faire du favon avec les huiles tirées parexpreffion des amandes, des noifettes, des noix, du chenevis , des graines de lin, de colza, de pavot, & auffi avec des fubftances animales, telles que l’huile de poifton, ainil que les grailfes des animaux ; mais ces favons font de qualités fort différences : celui qu’on fait avec les femences dont je viens de parler, eft aifez bon quand ces femences font bien conditionnées ; & quand 011 extrait l’huile prefque fans feu , la plupart font liquides ou plutôt pâteux.
- 10. Le favon qu’on fait avec l’huile de poiiTon, blanchit très-bien le linge ; mais il lui communique une odeur défagréable , qu’on peut à la vérité diffiper en l’étendant quelques jours fur le pré, comme on le fait pour les toiles écrues qu’on veut blanchir ; il en eft de même quand on a mêlé de l’huile de poiiTon avec celle des femences, ou avec les grailfes , dont, comme nous l’avons dit, on peut faire du favon.
- 11. Ce favon qu’on fait avec les grailfes, a peu de mauvaife odeur quand elles font fraîches ; & fi étant vieilles & ayant acquis un commencement de corruption le favon fenc mauvais , on fait perdre cette odeur défagréable an linge en l’étendant fur le pré, ce qui augmente fa blancheur.
- 12. C’est avec l’huile d’olive pure qu’on fait le meilleur favon, foit celui qu’on nous apporte d’Alicante, foit celui qu’011 fait en Provence : il y en a de blanc & de marbré.
- 13. Le favon blanc eft communément plus tendre que le marbré; néanmoins il devient affez dur lorfqu’onle garde long-tems dans un lieu fec : on le préféré pour le blanchiflage du linge fin.
- 14. Le favon marbré eft communément plus dur & plus âcre que le blanc î 011 l’emploie pour blanchir le linge de ménage.
- 14. Les huiles très-fines ne fe convertiifent pas auffi aifément en favon que celles qui font graifes & épaiifes ; & l’odeur que ces huiles communes ont contrariée, ne les fait pas rebuter par les favonniers; on exige feulement qu’elles foient claires , & , comme l’on dit, lampantes ; on met pour cela les lies dans des tonnes, & l’on ne fait entrer dans le favon que ce qui fumage la lie 5 qu’on cuit quelquefois à part, pour faire du favon mou & fort commun.
- 16. On tire de Flandres les huiles de graines ; mais pour l’huile d’olive, les favonniers en achètent de commune en Languedoc ou en Provence; & comme il s’en faut beaucoup que ees provinces puiifent en fournir aifez pour la cou-* J'orne VIIL N 11 u
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- domination de toutes les favonneries qui font établies en France , on en tire de Tunis , de Sicile, de Candie, de la Morée, de quelques isles de l’Archipel > du royaume de Naples , des côtes d’Efpagne & de Gènes, &c.
- 17. La plupart de ces huiles n’étant pas propres pour les alimens, font à meilleur marché que les fines , & font de bon favon. Voilà à peu près ce que nous avions à dire fur les huiles > il faut maintenant parler des fels âcres que les favonniers emploient.
- Des fels alkalis dont on fe fert pour faire le favon.
- 18- Les fels alkalis qu’on emploie pour faire le favon en pain, font la ba-* rille ou la fonde., la bourde & les cendres du Levant, dont on augmente fâcreté par la chaux ; pour le favon mou ou en pâte, on emploie volontiers la potalfe blanche ou grife, dont on augmente l’a&ivité avec de la chaux vive.
- 19. J’ai ralfemblé beaucoup de matériaux pour établir le caradere de ces différens fels, & détailler comment 011 les obtient; mais comme cet article m’engagerait dans de grandes difcufîîons qui peuvent faire le fujet d’une dif-fertation particulière, je me reftreindrai à donner une idée de ces différentes fubftances , qui néanmoins fera fuffifante pour l’intelligence de ce que j’aurai à dire fur la façon de faire le favon.
- 20. M. Geoffroy dit dans les mémoires de l’académie, année 1739, que la foude d’Alicante, la barille,]a bourde & les cendres du Levant contiennent un fel alkali qui fe cryftallife comme la bafe du fei marin , & que ces fels étant réduits en cryftaux, contiennent la moitié de leur poids d’eau : je le pente de même y néanmoins ces fels fe retirent de différentes plantes, & les favonniers prétendent qu’ils ne produifent pas exactement les mêmes effets pour faire le favon ; de forte qu’on ne doit pas les employer indifféremment pour le favon blanc ou le marbré , non plus que celui qui doit être en pain , ou celui qui relie en pâte : apparemment qu’il fe mêle avec le fel alkali des icls moyens ou des fubftances étrangères qui produifent ces effets.
- 21. Les cendres (7) du Levant fe tirent de Tripoli, de Syrie , de Saint-Jean-d’Acre y elles fe font de différentes plantes, principalement d’une que les Arabes appellent roquetta (g). On récolte cette plante dans différentes faifons *
- ( 7 ) On a donné en générai le nom de racine eft en forme de navet; fa tige haute cendres, à tout ce qui refte des corps qui de deux pieds eft herbacée , cylindrique & contenaient une matière inflammable, dont rameufe; les feuilles alternes, fimples , ils ont été dépouillés par la calcination à pétiolées vers la racine, fucculentes, linéai-l’air libre. res , ailées , dentelées ; les caulinaires fef-
- t 8 ) La roquette de mer, buuias cakile files quelques - unes en fer de pique ; fes Linn. fe trouve fur les bords de la mer ; fa fleurs font au fommet cruciformes,ayant les
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- prefque comme nous faifons le foin, à mefure qu’elle parvient à un certain degré de maturité. Quand elle eft un peu defféchée, on la brûle dans des foffes creufées en terre, d’environ quatre pieds de profondeur , ajoutant de cette plante à mefure que le feu en confume; & de tems en tems on remue ou l’on bralfe ces cendres avec des efpeces de bouloirs : elles prennent une couleur un peu plus foncée que les cendres ordinaires ; mais elles ne fe durciffent pas au fond des folfes, comme on verra que le font les foudes ; on trouve feulement dans ces cendres, de petites molécules raboteufes & dures qu’on appelle la roquette. Comme ce font elles qui donnent le plus de fel, les cendres font d’autant plus eftimées qu’elles en contiennent davantage : on pile ces molécules pour que le fel fe dilfolve mieux, & il eft reconnu pour le plus propre à faire le meilleur iavon blanc : de forte qu’il ferait avantageux de pouvoir faire une cuite entière avec le fel de roquette ; mais Gomme fur dix quintaux de cendres * il 11’y a pas plus de cinquante livres de roquette, on ne s’a-vife pas de la retirer des cendres, qui, par cette fouftradiôn, feraient détériorées , quoiqu’on foit certain qu’on ferait de bon favon blanc avec les deux tiers de la quantité de leffive qu’on a coutume d’employer pour faire une bonne cuite de favon.
- 22. Cette bonne cendre de Tripoli, de Syrie, fe diftingue des autres par des petites parcelles' ou fétus femblables à de la paille, quife trouvent mêlées avec beaucoup de roquette ; elles doivent être piquantes fur la langue, & avoir une faveur lixivielle, mais point celle du fel marin.
- 23. Les cendres de Tripoli, de Barbarie, d’Acre , de Conftantinople, de la mer Noire, de la Morée & d’autres lieux circonvoifins, font rarement auflî bonnes : leur couleur eft pâle3 elles font peu chargées de roquette j & étant mifes fur la langue, elles ont peu de faveur* On foupçonne que les Turcs les fophiftiquent en y mettant une terre de couleur de cendre : ce qu’il y a de certain, c’eft qu’elles fourniifent peu de bonnes leflives (9) ; néanmoins les Anglais & les Hollandais s’en fervent utilement pour dégraiifer leur laine.
- 24. La barille ou foude fe fait avec différentes efpeces de kali (10), qu’oit
- onglets de's pétales ufl peu plus longs que le calice & les pétales ovales ; fon Fruit eft une filique irrégulière, ovale, oblongue , à quatre faces, avec un ou deux angles pointus ; fous les angles font logées des femences obrondes : il y a quelques-unes de ces filiques tétragones, dentées à leurs bafes. Voyez Buchoz , diéîionnaire univer-fü des plantes.
- ( ^ ; On fe fert beaucoup moins de ces
- cendres depuis que l’on fait ufage de la foude.
- (10) Le kali, qu’on appelle aulfi foude , falicotte, Marie vulgaire , en allem. Salz-kraut, GlaJJchmeltz , falfola foda Linn-eft une plante dont la racine eft ferme , fi-breufe & rameufe ; fa tige eft d’environ trois pieds, fans épines : fes rameaux font droits & rougeâtres ; fes feuilles font fans piquans, longues, étroites, épaiftes , fef-N n n ij
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- feme & qu’on recueille toutes les années, comme on fait les grains ; on ré* ferve de la graine la quantité dont on prévoit avoir befoin pour femer l’année fuivante; au refte, on la coupe le plus près de terre que l’on peut vers le mois d’août, quand le foleil l’a bien mûrie. Quand 011 l’a coupée, on en forme de petits fagots, qu’on entaffe les uns fur les autres auprès de la foffe qu’on a faite pour les brûler, comme nous avons dit qu’on faifait la roquette ; mais il y a cette différence qu’en la bralfant avec un bouloir, la cendre entre dans une forte de fufion qui la fait paraître comme du plomb fondu; elle tombe en cet état au fond de la foffe, où la laiffant expofée pendant quelques jours à l’air & au foleil , elle fe durcit comme une pierre. On a foin , avant qu’elle foie entièrement endurcie, de la couper avec une pelle de fer en quatre quartiers , pour qu’elle foit plus aifée à tranfporter.
- 2$. On diftingue deux efpeces de barilles, toutes les deux piquantes fur la langue; l’une eft falée, & l’autre a peu de faveur.
- 26. La barille, telle qu’on la vend, eft une matière dure & pefante ; on la tire de plufieurs endroits d’Efpagne ; la meilleure vient d’Alicante ; celle de Carthagene eft affez eftimée : on la tranfporte dans des furons d’auffe. Les furons qui viennent d’Alicante pefent quatre à cinq quintaux, ceux de Carthagene fept à huit.
- 27. Les marchands , pour en connaître la qualité , en rompent quelques morceaux; ils ne doivent pas être trop dhrs, & on regarde d’un œil de préférence ceux qui ont qà & là de petits trous ronds. Etant portés au nez, ils doivent avoir une légère odeur lixivielle ; & pofant la langue deffus, on ne doit pas y trouver une faveur acide, ni femblable au fel marin, mais douce, ou, comme ils dirent, favonneufe : ils verfent deffus un peu de Ieiîîve , & alors elle doit répandre une forte odeur lixivielle que les fabrieans trouvent agréable. On dit encore que quelques-uns en mettent dans le creux de la main, & qu’en exprimant deffus un jus de citron , la bonne fonde doit prendre une couleur rouge ; mais tous conviennent qu’011 n’eft vérirablement certain de fa qualité que dans l’emploi.
- 28. Il y a d’autres matières à peu près femblables à la barille & à la foude, qu’on tire de quelques endroits de Catalogne , particuliérement de Lampurda. On en tire aulii d’Efpagne & de plufieurs autres, endroits; 011 leur donne le:
- files ; fes fleurs font le long de la tige , roulée en fpirale On en connaît quelques axillaires , folitaires, rofacées par leur ca- autres efpeces : la foude épineufe i°. Kali lice , divifé en cinq découpures ovales , ob- Jpinofum cochlcatum , Bauh. in Pin 20. tu fes , en rondache , perfiftantes, fans co- Kali geniculatum majus Jemper virent t rolle ; fon fruit eft une capfule ronde à une ibitl. Kali geniculatum annuum , ibid. feule loge, entourée du calice, rempli 4». Kali J'pinoJum foliis crajjiürihus & d’une femence longue, noire, luifante, brevioribut, Tournef.
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- îîom de bourde & àçfalicot. Nous allons dire quelque chofe de leur qualité, de leur bonté,, de leurs défauts, & de f ufage qu’on en peut faire.
- 29. La bourde, autant que j’ai pu l’apprendre , le fait avec une plante vivace qui vient fans culture dans des endroits affez humides. Lorfqu’elle eft un peu deiîëchée , on la brûle dans des folfes , comme le kali qui fournit la foude, & elle fe durcit de même. La bourde rompue par morceaux relfem-ble affez à du charbon de pierre ; fur la langue, elle eft falée, âcre & piquante; & quand elle eft mouillée , elle répand une odeur d’hépar fort défagréable.
- 30. On en diftingue de deux efpeces; celle qui eft très-âcre , piquante 8z qui a une mauvaife odeur, ne s’emploie que pour les favons marbrés, à moins qu’on n’en mêle un peu avec des cendres qui fourniffent peu de fel. En. ce cas , la bourde employée en petite quantité, lui communique l’âcreté né-ceffaire pour épaifîir les huiles.
- 31. L’autre efpece, qui eft plus douce, & qui ne répand qu’une odeur lixivielle , peut fervir pour le favon blanc, en la mêlant avec des cendres ou de la barille ; car il eft également dangereux d’avoir des lefiives trop âcres ou trop douces.
- 32. Alexandrie fournit encore une fubftance faline que les Turcs nomment natren ou natrum (il), qu’on a nommé aufîi foude blanche ou nitre des anciens. Ce fel fe trouve en Egypte tout naturellement & fans aucune préparation ; j’en ai reçu de M. Granger , correfpondant de l’académie , qui a beaucoup voyagé dans le Levant. Il était très-blanc , & tout-à-fait femblable au fel de foude bien purifié. Il n’eft pas douteux qu’on pourrait faire ufage de ce fel dans les favonneries ; mais comme il n’en vient point par la voie du commerce, & que l’entrée en eft défendue , on ne peut pas dire précifément quel ufage on en pourrait faire dans les fabriques de favon,
- 33. M. Granger dit en avoir trouvé en grande abondance'de tout cryftal-lifé aux bords de certains lacs : quoi qu’il en foit, j’ai examiné avec attention de ce natrum ; j’en ai retiré un peu de fel marin , beaucoup de fel alkali, ab-folument femblable au fel de fonde, mais rien d’approchant du nitre: ainfi , ou bien le nitre des anciens ne reflèmblait pas au nôtre, ou bien on a eu tort de regarder le natrum comme le nitre des anciens.
- 34. Il fuit detmon analyfe, que ce fel eft entièrement femblable à la foude ; il contient un peu de fel marin , beaucoup de fel alkali minéral, femblable à
- (11) Le natron eft un alkali minéral , tieres falînes, On prétend que ce fel eft le qu’en trouve cryftallife en Egypte & dans natrum dont les anciens fefervaient pour quelques pays chauds, dans les fables qui embaumer leurs morts ; mais cette queftion bordent des lacs d’eau falée. Il fe forme n’a point été approfondie, ni décidée; par l’évaporation ; ce n’eft point un alkali d’ailleurs elle n’eft pas de mon fujet. minéral pur, il eft mêlé avec d’autres ma-
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- la bafe du fei marin. Il eft bien raifonnable, à caufe de fa couleur, de ie nommer fonde blanche ; ce fel a fait pendant du tems une branche de commerce affez confidérable. J’ignore pour quelle raifon on en a défendu l’entrée. Serait-ce à caufe de la petite quantité de fel marin qu’il contient? Mais il a-cela de commun avec toutes les foudes. Serait-ce parce qu’011 aurait apportées vendu fous le nom de fonde blanche, du fel marin d’Efpagne ou de Portugal ? Si cela eft , au lieu d’interrompre une branche de commerce utile , ou aurait dû indiquer un moyen de diftingüer ces deux fels, ce qui aurait été très-facile.
- On trouve dans les pharmacopées un fel qu’on appelle natrum factice > ou anatrum artificiel ; c’eft un fel compofé de dix parties de falpètre , quatre' parties de chaux vive , trois parties de fel marin, deux parties d’alun de roche, & deux parties de vitriol; 011 diifout tous ces fels dans l’eau; 011 filtre la colature qu’011 évapore enfuite jufqffà ficcité : ce mélange affez bizarre eft recommandé pour la fonte & la purihcation des métaux; mais il n’en peut rien réfulter d’avantageux pour la formation du favon.
- 36. On apporte de Pologne, d’Allemagne, deDantzick, deMofcovie, une fubftance faline , qu’011 nomme potajfiy (12): cette fubftance eft très-chargéei de fel âcre; on dit qu’on la fait en brûlant du bois de toute efpece dans des fours creufés en terre & revêtus de briques : on prétend que comme dans le* nord on emploie à cet ufage beaucoup de bois réftneux j il y a des opérations où cette potafle produit un mauvais effet; elle différé principalement de lafoude, en ce que le fel alkali qu’elle contient eft de la nature du fel de tartre, au lieu que celui de la foude eft la bafe du fei marin; elle eft fouvent un peu alliée de tartre vitriolé , & quelquefois de fel marin. Les favonniers 11e s’en fervent guerè que pour faire des (avons en pâte.
- 37. Auprès de Sarrelouis, dans les grandes forêts qui s’étendent depuis la Mofelle jufqu’au Rhin , on fait de bonne potaffe , comme je vais l’expliquer. On choilît de gros & vieux arbres : le hêtre eft le meilleur, enfuite le charme ; on les coupe en tronçons de dix à douze pieds de longueur. On les arrange les uns fur les autres, & on y met le feu ; 011 met les cendres dans de l’eau pour en faire une efpece de boue : on prend enfuite des morceaux de ce même bois pourris & fpongîeux, qu’011 fait tremper dans cette boue, & oïl 11e les retire que quand ils en font bien pénétrés ; on en remet d’autres jufqu’à ce que toute la cendre foit épuifée.
- 38. On pratique en terre une foffe de trois pieds eii quarré, fur l’ouver-
- ( i£ ) La potaffe , en ail. Potafche , en lat. cineres davillati montant, eft un alkali tiré des cendres de bois, particuliérement du chêne & du hêtre. On en fait en divers endroits d’Allemagne & du nord, Elle fe
- diflbut entièrement dans l’eau , fans laifTet aucun fédiment & fans augmenter fenfible-ment le volume de l’eau ; ce qui prouve l’union la plus intime. On en fait ufage pour la préparation des peaux.
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- ture de laquelle on pofe des barres de fer en forme de grille , pour foutenir des morceaux de bois bien fecs , par-deffus lefquels on arrange de ceux qui ont été imbibés de leftive ; on met le feu au bois fec qui eft fous celui qui a été imbibéj & lorfque le tout eft bien allumé, on voit tomber dans la foffe une pluie de potafle fondue j on a foin de remettre du bois chargé de leiîive à mefure que les morceaux qu’on a mis fe confument, ce qu’on continue jufqu’à ce que la foife foit remplie de potalTe ; alors , & avant que la potafle foit refroidie, on nétoie la fuperficie le mieux qu’il effc poflible , en réclamant , pour ainli dire, avec un rateau de fer 5 néanmoins il y refte du charbon & d’autres impuretés , ce qui fait qu’on ne fe fert de cette potalfe , qu’on appelle en terre, que pour des lavons en pâte , gros & communs. Quand cette fubftance faline eft refroidie, elle forme une feule maffe qu’on brifè par morceaux pour la renfermer dans des tonneaux; car comme elle eft fort avide de l’humidité de l’air, elle tomberait en deliquium.
- 39. On fait une autre potaffe qui eft beaucoup meilleure ; on la commence comme l’autre, on coule les cendres pour en faire une leftive, & on palfe de l’eau deffus , jufqu’à ce qu’elle ne foit plus grade entre les doigts, ou qu’elle n’ait plus défaveur; on l’évapore enfuite dans des chaudières de fer montées fur un fourneau de brique; à mefure que la leftive s’évapore, 011 en met de nouvelle, mais qui doit être chaude, fans quoi elle s’élèverait au-deifus de la chaudière & fe répandrait. Quand elle eft épaiflie, & qu’elle s’élève en forme de moulfe, 011 ralentit le feu ; & quand la leftive eft refoidie, on trouve dans la chaudière une malfe faline très-dure, qu’il faut rompre avec un ci-feau & un maillet , pour en former des morceaux qu’on porte dans un fourneau difpofé de façon que la flamme du feu qu’on fait des deux côtés , fe répande dans une efpece d’arche, fous laquelle eft le fel qui, étant féché par la flamme , eft vivement calciné. Cette maffe faline eft fuffifamment calcinée quand elle parait bien blanche; cependant elle a différentes couleurs fuivànt les efpeces de bois qu’011 a brûlés, & le lieu où les arbres ont pris leur ac-eroilfement ; car ceux qui font la potaffe, prétendent que les arbres du haut des montagnes font une potaffe bleu pâle, que ceux qu’011 tire des terreins marécageux en donnent peu qui eft rougeâtre, & qu’il y en a qui la donnent blanche; cette potaffe calcinée s’appelle potajje en chaudron ou falin. Toutes fortes de bois fourniffent des fels lixiviels en grande partie alkalis, alliés dè différens fels moyens ; ainti il n’y en a aucun qui ne puifle fournir de la potaffe en plus ou en moins grande quantité : tout l’art confifte à brûler le bois, à leftiver & calciner les cendres , & à évaporer les fels d’une façon peu çmbarraffante & expéditive. Le fourneau dont nous allons donner la def-çription parait propre à remplir ces vues.
- 49. La figure première ,/?/. /, repréfente le devant du fourneau fur
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- proportions à peu près de fix lignes pour pied. A, eft la porte d’un grand cendrier. B , eft la porte de la fournaife où l’on brûle le bois : cette chambre eft fous la première voûte, C, eft la porte qui répond dans la chambre où l’on met les matières qu’on veut calciner. D, eft une ouverture pratiquée au plus haut du fourneau, par laquelle la fumée doit s’échapper. E, eft une chaudière pour l’évaporation des leflives.
- 4t. La fig. 2 repréfente une coupe tranfverfale de ce fourneau. F, eft Je grand cendrier. G, barreaux de fer qui fupportent le bois que l’on brûie. H, première voûte fous laquelle on brûle le bois. I, fécondé voûte fous laquelle on met les fels qu’on veut calciner. K, partie d’une chaudière dans laquelle on met les lelîives qu’on veut évaporer ; cette partie eft dans le fourneau. L, partie de la même chaudière qui excede le delfus du fourneau.
- 42. La fig. 3 repréfente une coupe du même fourneau fuivant fa longueur. A, eft la porte du cendrier par laquelle entre l’air qui anime le feu. F, capacité du cendrier qui eft grand pour contenir beaucoup de cendres. G, la grille de fer qui porte le bois. B, la porte de la fournaife on de l’endroit où l’on brûle le bois. M, épaiifeur de la première voûte qui ne doit pas s’étendre de toute la longueur du fourneau j il doit refter en N un pied pu environ de diftance., afin que l’air chaud, la flamme & la fumée palfent dans la chambre I, où font les fels qu’on veut calciner, & qu’elles chauffent en même tems les chaudières K, L, où eft la leflive qu’on veut évaporer. C, eft une porte de cette chambre , qu’on ouvre .quand on veut retirer le fel, mais qui eft exactement fermée tant que le feu eft au fourneau. D, ouverture par où doit s’échapper la fumée ; il eft bon que cette ouverture aboutilfe dans un tuyau de cheminée D Q_, indiqué par des lignes ponctuées. Quand le feu eft bien allumé dans la fournaife H, & qu’on a fermé Les ouvertures P, C, B , Pair qui entre par la bouche A du cendrier, après avoir animé le feu de la fournaife, & produit une grande chaleur dans la chambre I, fort par l’ouverture N, & s’échappe par D
- 43. Quand 011 a filtré la leftive , avant de la mettre dans les chaudières, 011 retire une belle potaffe, qu’on calcine dans la chambre I; mais quand on fe propofe de n’avoir que des cendres gravelées, on tire celles qui font dans le cendrier pour les mettre dans la chambre I, où elles achèvent de fe cuire.
- 44. Si l’on veut que les cendres qu’on tire de la chambre ï,foientplus chargées de fels, on peut les mettre dans une cuve avec de l’eau , pour en faire une efpece de pâte claire , & y mettre tremper des bûches de bois pourfi, qu’on brûle .enfuite ? çouune nous Payons dit plus haut. Il fàuf
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- c'otîferver les leflives faibles, pour les pader fur de nouvelles cendres.
- 4?. Il eft bon de remarquer que, fi la fabrique de favou était dans le même endroit où l’on fait la potalfe, il ferait iuutile d’évaporer les îeJTu ves jufqu’à ficcité, parce qu’on pourrait les mettre tout de fuite dans les chaudières de la favonnerie, îorfqu’elles auraient été adez concentrées., & rendues âcres par l’addition de la chaux. ’ . •
- 46. Quelques-uns fophiftiquent la potalfe, en y mêlant de la chaux
- fufée à l’air. Non feulement cette addition rend cette potalfe peu propre pour certains ufages ; mais les favonniers qui mêlent de la chaux dans les lellives, défirent qu’il n’y en ait point dans leur potalfe : ils préfèrent d’en mettre eux-mêmes une quantité, fuffifante , parce qu’elle ell moins chere que les cendres. } r ’,.1 ,
- 47. On fait encore une efpeçe de foude avec. les plantes qui çroident dans le lit même de la mer; on la nomme foude de varech. Pour faire cette foude, on coupe ou plutôt on arrache à mef balfe le yareçh &' différentes efpeces de fucus 413)} & on les étend, pour les faire fécher, fur des roches ou des places nettes que la mer ne recouvre pas. Quelques-uns y mettent le varech que la mer jette fur fes bords ; mais c’ëtt mat-à-propos , parce qu’il eft chargé d’immondices qui altèrent la foude.
- 48. Quand ces plantes font en partie feches, on les brûle dans des Codes plus larges par le haut que par le fond qui eft creufé en calotte» & le tout eft revêtu de pierre; on brûle donc ces plantes comme nous avons dit qu’on fait la foude. Il y a de ces folfes plus grandes les unes que les autres ; quelques-unes font çreufées dans le rocher : comme elles font alfez près les unes des autres, un même homme peut fournir du varech à piufieurs, à mefure que celui qu’il a mis eft brûlé; & auffi-tôt qu’on voit paraître de la flamme, on jette dédias un peu de varech.
- 49. Lorsque la foife eft remplie de foude fondue & bien cuite , 011 ,ôte promptement avec un rateau , les charbons & la cendre qui nagent ,dedus, & fur-le-chanip des ouvriers munis.de perches de huit à dix pieds .de longueur, boulentremuent & agitent la foude qui eft en une efpeçe de fonte. Alors la foude doit paraître comme du verre fondu; & quand elle «ft refroidie, elle doit être brune, mais un peu tranfparente & caifante £omme du verre.
- 59. Qn commence à faire la foude en avril, & on continue jufqu’en ..otftobre, lorfque le tems eft beau ; car la pluie y eft contraire. Dans un
- (13) L t fucus ou varech eft une efpeçe une grande quantité de Lis TSaïga viridirt d’algue , en provençal auguo. Cette plante, çapillaceo folio, eft là çonfcrva de Pline* |lont on connaît plufteurs dpeces, contient
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- petit fourneau de capacité à contenir deux cents livres de foude, on entrer tient le feu au moins douze heures, & à proportion dans les plus grands; çar on. doit le continuer jufqu’à ce que le fourneau foit rempli de cendres. C,ette foude contient beaucoup de fel marin & peu de fel alkali; (*3 ainfî éne'ii’éft pas à* beaucoup près aufli propre à'faire dufavon que les autres fondes. r , r f
- y i. II. eft certain que les fubftânces falines dont nous venons de parler,' font tantôt plus & tantôt moins cheres, comme toutes les autres efpeces de marchandifes ; néanmoins pour faire appercevoir à peu près la proportion qu’il y a entre les prix des unes & celui des autres , je dirai que , fi les cendres dû Levant' qu’on prend à la côte de Syrie, & qu’on embarque comme left dans les vailfeaux qui vont charger dans les échelles, coûtent douze livres lé quintal poids de nïarc, les barilîes qui fe tirent de la côte d’Efpa-gne , coûtent de fept à neuf livres , & la bourde de cinq à fept : mais , comme je l’ai dit, tous ces prix font fujets à beaucoup varier ; ainfî ce que je viens de rapporter ne fert qu’à faire appercevoir à peu près la proportion qu’il y si communément entre le prix des unes & deux autres.
- 1 - . De la chaux..
- 5’2. Tous les fabricant de favon çonviennent qu’il faut de la chaux pour faire une bonne 'lelîive ; mais plufieurs fe font imaginé qu’elle ne fervaifc qu’à empêcher que les molécules de foude, de bourde , &c. fe joigniffenfc affez intimement pour que l’eau ne put s’introduire entr’elles, ce qui eft néceffaire pour la dilfolution des parties falines. Quoiqu’il paraiffe que la chaux foit plus, propre à fermer ces intêrftices qu’à lès tenir ouverts , quelques-uns , remplis de cette idée dénuée de toute vraifemblance, crurent fuppléer à la chaux, en mêlant avec leurs fubftances falines de la paille hachée , & ceux-là ne purent parvenir à faire une bonne lelîive. On n’en fera pas furpris, quand on fera attention qu’il faut une fubftance très-âcre pour épaiffir l’huile & la convertir en favon, & que la chaux procure cette âcreté aux fels alkalis ; la chaux entre donc dans la leflive comme une fubftance très-aétiye. Cette vérité a été bien établie au commencement de ce mémoire, & les fabricans ont lieu do s’en convaincre par leur propre expérieuce , puifqu’ils voient, lorfqu’ils coulent leur leflive , qu’elle n’a plus de force quand la chaux eft épuifée ; & ii y a grande apparence que leur troi-
- (*) M. Cadet a donné une anaîyfe de tions des plus curieufes & des plus utiles cette.foude, mémoires .de T academie de fur les differentes efpeces de fucus dont ^767, page 487 Depuis cette analyfe, on retire cette foude . on ne tardera pas à IfiM. Guettard , Tillet Fougerouv, ont 'jouir de leurs travaux dans les- premiers donné à l’acadvjnie une fuite d’obferva- volumes 4e l’academie qui paraîtront.
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- jfîeme leftîve ferait meilleure, s’ils paffaient fur leur cendre de l’eau de chaux, au lieu d’eau commune. Il fuit de là que, pour avoir une bonne leflive, il faut employer de bonne chaux, & que celle qui eft nouvelle eit préférable à la vieille qui a fufé à l’air, quoiqu’il foit nécedaire que la chaux foit fufée pour être employée dans les favonneries.
- Des ujlenfiles dont on fait ufage dans les fabriques de favon.
- Après avoir rapporté les matières qui entrent dans la compofition du favon, les différens noms qu’on leur donne, d’où on les tire, ce qui indique leur bonne qualité, leurs défauts, la fupériorité des unes fur les autres, ces préliminaires étant connus , il convient de donner le détail des uftenfîles qu’on emploie dans les fabriques.
- 54. Le fourgon eft une barre de fer , longue d’environ douze pieds £ dont un des bouts terminé en pointe forme un crochet ; fon ufage eft d’arranger les bûches qu’on met dans le fourneau: c’eft encore avec ce fourgon qu’on remue la braife pour rendre le feu plus acftif, quand 011 le juge nécelfaire. '
- Çÿe Ois a encore une barre de fer crochue par le bout, de la même1 longueur & épaiifeur que le fourgon j on l’appelle rouable ou redable •. .elle’ fçrt à tirer le feu ou la cendre du fourneau, lorfqu’on veut diminuer l’action du feu ou l’éteindre.
- S<5. Il faut avoir une réglé de bois, qu’on pofe fur les pains de favon qui îont aux miles , lorfqu’ils font fufKfamment raffermis pour tracer avec un couteau tranchant les endroits où on doit les couper 5 c’eft ce qu’on nomme régler les pains.
- 57. On a encore un barreau de fer C, fig. 4, qu’on nomme matras-ÿ il eft un peu courbe, & a environ un pouce de diamètre au milieu & fept pieds de longueur. A un de fes bouts , il y a une tète de fer à peu près conique qu’on entortille de linge ou de chanvre pour former un tampon qui fert à boucher un canal qui répond à la chaudière , & qu’on nomme t'épine, par lequel on laiffe écouler les leflives ufées, comme je l’èxpliqtierai dans la fuite. Il eft clair qu’en tirant à foi le matras , on ferme £'épine, & qu’on l’ouvre en le pouffant en-dedans de la cuve. Il y a un infiniment de bois qu’on nomme encore rouable ou redable ; il eft formé d’un morceau de planche quarré, de neuf pouces de côté, dont les angles font abattus , & emmanché au bout d’une perche de neuf pieds de longueur. On verra dans la fuite qu’il fert à remuer la pâte dans la chaudière, lorfqu’ôn fait du favon' marbré. On emploie encore une pelle de fer, emmanchée de bois : elle fert à différens ufages. On a une pelle de fer plus petite, aufli emmanchée de bôis,
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- qui fert à mêler enfembîe la chaux avec les fubftances falines qui ont et! pilées, & à ranger ces fubftances dans les cuviers pour en tirer la leflivev G ,fig. ?, eft une malfe de fer emmanchée de bois , pour rompre la barillet & la bourde. H, fig, 6, eft encore une maife de fer > elle eft plate ,& fon ufage eft d’écraferles mêmes fubftances qui ont d’abord été rompues avec la malle G. On fe fert d’un crible fin pour palfer la chaux. La truelle, femblable à celle des maçons, fert pour réparer les ruptures, les écorchures & les trous qui fe font aux pains de fa von. L y fig. 7 , plane de bois , d’un pied de long, pourapplanir le favon blanc fur les mifes. M, fig. 8 » pelle de fer avec? un manche, àufli de fer, qui n’a que trois pieds de long ; elle fert à lever les pains de favon de deflus les mifes. N, fig. 9 , peigne de bois à dents de fer pour tracer fur les pains de favôn les endroits où il faut les couper T foit en gros pains ou par tables, ou par petits cubes.. Q_, fig’ 10, poêlon de cuivre de neuf pouces de diamètre, fur une1 pareille hauteur, avec fors manche de bois, de neuf pieds de longueur ÿ il fert à tirer les leffives & le£ huiles des réfervoirs. Oii a encore un petit poêlon de cuivre- de fix pouces de hauteur, fur neuf de diamètre : la longueur du manche- eft de trois pieds communément on le nomme cajfie y il fert à puifer le favon dans laî chaudière ,, ou de l’eau pour atrofer la chaux. S , couteau dont le manche’ eft de fer* ainfi que la lame y il a trois pieds de longueur ; il fert à couper le favon dans les mifes j un valet le gouverne: par la poignée* pendant qu’un' autre le tire, au moyen de la corde S. La cornude eft un broc de bois 015 feau définit pouces de hauteur, d’un pied de diamètre : il fert à porter les»’ îeffives, l’huile ou l’eau. Pour couper les petits pains de favori , on fe fertr d’un fil de laiton , qui a à un bout une-manille, & à l’autre un boutom-On voit aufti dans les favonneries un chauderon de cuivre à oreille, que les Provençaux nomment fervidou-, &n ufage le plus ordinaire eft de porter le* Savoir cuit & en pâte aux mifes. Les jarres font des vafes de terre ver-aiffés , de différentes grandeurs , *dans lefquels on dépofe l’huile;
- Des nfîerïjïïes pour faire les leffives
- 58. Dans les petites fabriques on a-un ou plu fleurs cuviers (T4), qu’oie 4tabl.it fur des tréteaux allez élevés- au deffus du terrein pour qu’on puilfe* mettre deffous des vafes pour recevoir la leffive; il y a au-fond de ces cuviers; un ouplufieurs trous , fermés avec dés robinets de bois, pour empêcher l’écoulement quand on le juge à propos , & on y fubftitue un tampon de paille;
- (14) Dans les fabriques d’Allemagne lelîiVes , ou ce quien tientlieu, s'appellent grandes & petites,, les euviexs poux faire les Aefthufafsr
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- pour que la leffive coule peu à peu , quand on a mis dans les euviers les fubf. tances falines & la chaux,- ainlî que nous l’expliquerons dans la fuite. Je ne m’arrêterai pas plus long-tems à détailler Gette opération, parce qu’elle eft la même que ce qu’on voit chez les leffiveufes quand elles coulent leurs lef. fives. -
- f 9. Dans les grandes fabriques de Marfeille*la difpofition eft différentes nous l’avons repréfentéé fig. 12*
- 60. A, font des compartiments {blidement établis,- dans lefqueîs on met le mélange de fubftances faillies & de chaux dont on veut tirer la leffive : 011 les nomme en Provence bùgadieres f ailleurs cuviers; chacune a à peu près cinq pieds en qirarré , & quatre pieds & demi de hauteur, & elles font conftruites-à chaux & à ciment avec des briques de plat. B B, font des; efpeces de ci* ternes, confinâtes en terre, le niveau du terreiti étant indiqué par les let* très C C : ces efpeces de citernes ou féfervoirs fe nomment en Provence' récibidou } il faut donc concevoir que la leffive qui s’écoule des bùgadieres A, par les robinets D , tombe dans les récibidou s B, par les ouvertures E , qui fervent auffi à retirer la leffive ; mais la capacité totale du récibidou eft divifée erï plufieurs petites citernes par des cloifoiisÿ de forte que' la leffive qui coulé par chaque robinet, tombe dans un récibidou particulier: on verra dans la fuite, que cette précaution eft néceifaire pour parvenir à diftinguer lesdeffi* ves fuivant leur force.-
- 61. On voit au-delfus une gouttière F F ; elle reçoit, comme' on le verra dans les plans généraux, l’eau qu’on tire d’un puits aveG une pompe, & l’on fait couler cette eau eu plus ou moins grande quantité dans les bùgadieres A 5 par les robinets G G.
- 6z. On voit encore quelques fabriques où les bùgadieres font formées en dedans par cinq ardoifes épailfes dont une fait le fond & les quatre autres îes côtés; 011 met aux jointures un maftic fait avec de la chaux en poudre & des blancs-d’œufsque l’âcreté de la leffive fait durcir.
- 63. ON 11e fe fert plus ni de blancs-d’œufs ni d’ardoifeS ; on fait les eloi-fous avec des briques , pofées de'plat &à liaifon ,- &on emploie le même mortier que pour la partie de la campane qui eft au-deffus du chauderon : quand îes petits murs de féparation du récibidou font à une hauteur convenable »• ©n les ceintrepour former des voûtes,- fur lefquelles font établies les buga*-dieres > le tout êft crépi comme la campane quelques-uns fe fervent de poz* zolane, & l’ouvrage en eft plus folide. Tout cela deviendra plus clair quand nous expliquerons la maniéré de faire les leffives ; nous ne nous fommes; propofé maintenant que de faire comprendre ce qu’on entend par b u gauchères & récibidou , dont nous aurons occaflon de parler affez fréquemment*-
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- Des chct'idieres ’pour cuire le \favon, & de leur êtabliffment fur U
- fourneau«.
- 64. La grandeur des chaudières eft proportionnée à la force de la fabrique $ on en voit qui ont huit pieds & demi de largeur, & huit pieds de profondeur 5 on économiferait le bois , fi elles étaient entièrement de métal, & que l’air chaud & la flamme pût les chauffer dans toute leur étendue ; mais à prefque toutes il n’y a que le fond qui Toit aux unes de tôle de Suede , & aux autres de cuivre, de quatre lignes d’épaifleur : cette partie , qu’on nomme le chauderon , forme une courbe qui n’a qu’un demi-pied , ou au plus dix pouces de profondeur ; ainfi elle a la figure d’une efpece de jatte ou d’une calotte , qui a fon embouchure de cinq à fix pieds de diamètre : les bords , qu’on appelle anfes, font renverfés en-dehors, & àpplatis comme le bord d’un chapeau : cette partie eft noyée dans la maçonnerie qui fait le haut du fourneau, & recouverte par celle qui achevé la capacité de la chaudière ; en-forte que les bords du chauderon, qui font tout plats, portent d’un bon demi-pied fur les murs de briques qui font le fourneau, & ces bords font recouverts par les briques qui font partie de la chaudière. Ces briques fe nomment en Provence malons ; elles ont neuf pouces de largeur , douze de longueur & un & demi d’épaiffeur 5 on les pofe fur le champ pour mieux former le contour de la chaudière. Voici comme eft conftruit ce fourneau.
- Le bas du fourneau a a ,fig. 13 , qui eft de briques pofées à mortier de chaux & ciriient, forme une portion circulaire, dont le diamètre eft plus grand que le fond de la chaudière ou le chauderon, à l’endroit où les bords fe renverfent en forme de bords de chapeau. Quand cette tour de maçonnerie eft élevée jufqu’à ee , on pofe une grille de fer c , fur laquelle on met le bois qui doit chauffer la chaudière ; le deflbus de Cette grille eft le cendrier»
- 66. Un peu plus haut que cette grille, à la partie oppofée à l’entrée du fourneau d d, eft la naiffance du tuyau de cheminée e e, pour la décharge de la fumée: fouvent il n’y a qu’un tuyau de cheminée pour deux chaudières. On imagine bien que ces tuyaux doivent s’élever au-deflus du toit: à lanaiT fance du tuyau de’cheminée, la bâtifle en brique du fourneau fe rétrécit, comme la naiffance d’une voûte , pour embrafler le fond de la chaudière ou le chauderon , dont les bords font pofés à bain de mortier fur ce qu’on a bâti en briques , & on éleve furies mêmes bords la partie de la chaudière h, qui doit être en maçonnerie ; ainfi les côtés de la chaudière font élevés fur les murs du fourneau qui lui fervent de fondation. Le tout eft noyé dans un maftif de maçonnerie.
- 6j. On conçoit qu’une pareille chaudière ne peut être chauffée que paf fon fond , & que les côtés ne font qu’une muraille de briques, bâtie en mor-
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- tier de chaux & de ciment ; il faut néanmoins que cette bâtiiTe, & le chauderon de métal qui y eft attaché , foient très-bien travaillés , pour que la lelïîve & Thuile qu’on met dedans ne puilfent s’écouler. Cette partie de chaudière, faite en ciment, a quatre ou cinq pieds, & même plus, de hauteur; quelques-uns la font plus étroite à fon embouchure que vers le milieu de fa hauteur : on éleve ainfi en briques & à chaux & ciment la partie de la chaudière comprife depuis le bord plat du chauderon , jufquà un pied au-delfous du bord de la chaudière; à cet endroit, & par-deffus la bâtilfe de brique, on forme avec des pierres de taille blanches & dures, qu’on nomme en Provence cairon , les bords de la chaudière ou campane hh ,fig. 14. Quand elle eft ainli bâtie , 011 y applique un crépi ou chemife de ciment, d’environ un quart de pouce d’épaftfeur, qu’on fouette avec force dans les joints; on en met à différentes reprifes trois couches l’une fur l’autre, coupant chaque couche avec le tranchant de la truelle: à legard de la derniere, on la cire pendant long-tems, c’eft-à-dire, qu’on la polit avec le dos de la truelle. La plupart font ces crépis avec un mortier de ciment bien fec & paffé au tamis de crin, & de bonne chaux éteinte à l’ordinaire dans l’eau.
- 68- D’autres mêlent le ciment fin avec de la chaux fufée à l’air, qu’ils gâchent avec de l’huile claire , qu’on boule long-tems à force de bras, & ce mortier fert à faire la derniere couche du crépi, à laquelle on donne un quart ou un demi-pouce d’épaiifeur. On eftime la chaux la plus vieille & le ciment le plus nouvellement pilé , parce que ce maftic eft moins fujet à fe fendre.
- 69. Les chaudières font pofées fur une même ligne; à trois pieds de leur bord, il y a une plate-form e p p ,hh ,fig. 14, qui fe prolonge entre les chaudières. A certaines fabriques cette plate-forme eft foutenue par une voûte, fur laquelle on monte pour fervirles chaudières ; à d’autres cette plate-forme eft échancrée en m, pour faciliter le fervice des chaudières.
- 70. On voit fig. 13, un tuyau i de 2 pouces & demi de diamètre, fervant à faire écouler les leflives épuifées de fel', qui relient fous le favon cuit: ce tuyau fe nomme l'épine ; on l’ouvre ou on le ferme en pouffant ou retirant un barreau de fer un peu courbe C,fig. 4, qu’on nomme matras ; l’endroit où entre le matras eft fortifié par un cercle de fer.
- 71. La bouche du fourneau eft précédée par une arcade K K , fig• 14 : au fond de cette voûte, & un peu en avant de la bouche, font des efpeces de chenets b ,fig. 13 & 14. Nous parlerons dans la fuite de leur ufage ; le tout eft dans une efpece de cave ou fouterrein , qu’on nomme la grande vente. On voit en m ,fig. 14, au-devant de la chaudière, un endroit où la maçonnerie eft moins épailfe qu’ailleurs; cette partie fe nomme le parapet : elle fert à pouvoir approcher de la,chaudière quand on eft fur la plate-forme n n.
- 72. Quelquefois on établit les citernes ou piles à l’huile, entre les
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- chaudières ; alors les ouvertures , par lefquelles on tire Phuile, font en CLQ,» fig. 14*, d’autres fois on les place ailleurs, comme on le verra aux plans généraux.
- 73. Après avoir parlé en détail des bugadieres, des récibidous, des chaudières ou campanes, & de leur établiffement fur le fourneau , il faut donner mie idée d’une grande fabrique de favon.
- ' fiefcription d'une grande fabrique de favon,
- 74. A A A A, eft un mur d’enceinte qui renferme toute la fabrique : ï ^ !a porte; 2, la cour ; 3, deux corps de bâtimens, formant des magasins, pour mettre la barille, la bourde & les cendres ; dans plufieurs fabriques, c’eft dans ces bâtimens qu’on les brife avec des malles , & pour cette raifon on les nomme picadou ( 1 f ) * dans d’autres cette opération fe fait dans la fabrique même. Lepkadou doit être au rez-de-chauifée, dans un lieu peu aéré & reculé; on y établit une longue pierre dure & épailfe, qu’on appelle morefque, parce qu’elle eft noire, dure, & point fragile; c’ell fur cette pierre qu’un ouvrier robufte réduit àlagrolfeur de fable les matières falines qui fervent à faire la leffive.
- 7f. Cet ouvrier, qu’on nomme piqueur, brife d’abord ces fubftances avec une groffe mafte de fer pefante GI, qui eft repréfentée fur la planche première , fig. 4 j puis il emploie, pour les rendre à la grolfeur d’un grain de fable , une maffe plate H.
- 76, Tous les autres établiifemens de la fabrique font renfermés par un® fécondé enceinte de murs B, B, B, B : en 4, eft la porte pour y entrer ; en 5, f, font des portes pour communiquer des magafins çu picadous à la fabrique; 6,6, défigne les endroits où l’on fait le mélange des fubftances falines avec la chaux avant de les* mettre dans les cuviers ou bugadieres ; 7,7, &e. dix-huit bugadieres conftruites, comme nous l’avons dit, de bonnes briques pofées de champ avec du mortier de chaux & de ciment. Aux endroits marqués g, font des trous qui répondent dans les récibidous, & par lefquels on retire la leflive. Il faut néceflairement un puits 19 , auprès des bugadieres, pour leur fournir jour & nuit de l’eau, au moyen d’une gouttière, dont nous avons repréfenté un bout fig. 12. Il y en a qui prétendent que certaines eaux font plus propres que d’autres à faire de bon favon ; <Sc ceux qui ne réuflilTent pas, s’en prennent à la qualité de l’eau : c’eft affez fouvent une relfource pour couvrir leur négligence ou leur ignorance. Je
- (ïO On conçoit que toutes ces dénominations font empruntées de la langue du pays fé les manufactures font établies.
- fbupçonnç
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- foupçonne que fi Tou employait de l’eau de chaux faible , au lieu d’eau fimpîe, on retirerait plus de lelîive ; mais c’eft une chofe à éprouver. 9, font quatre marches pour monter aux chaudières, aux mifes & aux piles. 10, fix chaudières ; ordinairement pour le fa von blanc il n’y en a que deux. Il y en a, comme nous l’avons dit, qui ont huit pieds & demi de diamètre, & une pareille profondeur, n , indique la pofition de plufieurs piliers de pierre de taille, qui fervent à fupporter les poutres de l’étage fupérieur & toute la charpente. 12, 12, deux grilles de fer pour donner du jour à la voûte des fourneaux qui font fous terre. 13, vingt mifes, chacune de fept pieds & demi de long, cinq pieds de large, un pied quatre pouces de hauteur ; c’eft dans ces mifes qu’on met la pâte de favon au fortir de la chaudière, pour qu’elle fe refroidilfe. 14, quatre ouvertures des piles ou citernes à huile ; c’eft par ces ouvertures qu’on tire l’huile. Elles ont deux pieds de longueur, fur dix-huit pouces de largeur. Ces piles à l’huile ont quatorze pieds de long , fix pieds de large, & onze pieds de profondeur. Dans beaucoup de fabriques, les piles à huile font entre les chaudières, comme nous l’avons repréfenté pl•
- 15 , degrés pour defcendre fous la grande voûte des fourneaux. Il y a fous cette grande voûte fix bouches de fourneaux de deux pieds trois pouces de largeur, & de quatre pieds neuf pouces de hauteur ; elles aboutirent aux fourneaux, qui ont trois pieds fix pouces de diamètre, & cinq pieds de hauteur, ayant une grille dans le milieu. La partie cintrée, qui forme l’entrée des fourneaux, doit être en pierre de taille.
- 77. Nous avons dit qu’à chaque chaudière il y avait un tuyau 20, nommé Yépine, pour laiifer éçouler les lefîives épuifées de fels. Ce tuyau a environ deux pouces de diamètre. 21 , auges de pierre pour recevoir le favon qui m’écoule avec la mauvaife leffive. 22 , canal par lequel s’écoulent les lefîives des anges 21 dans l’auge 23. 24 & 2f , aqueduc par lequel ces mauvaifes lefîives fe rendent à la mer. Il a deux pieds de largeur, & quatre pieds & demi de hauteur. La pâte du favon qui pourrait s’être écoulée ayec la leffive , paffe dans le réfervoir où elle fe fige. Lorfqu’elle eft refroidie à la fuperficie, on l’emporte ; puis on ouvre le réfervoir pour que la mauvaife leffive s’écoule dehors par l’aqueduc 24 & 2f. Comme tous ces objets font fous terre, on s’eft contenté de les indiquer par des points, On fe fert d’une jarre ou mille-rolle, grand yafe de terre vernilfé, dans lequel on met l’huile qui n’eft pas dans les piles.
- 78- Au-dessus de cette fabrique, il y a un étage & plufieurs chambres ; une eft deftinée à loger le commis de la manufacture ; dans une autre, loge le principal ouvrier , qu’on nomme maître-valet. Les autres pièces qui font plus grandes, & doivent être fort aérées , fe nomment cy^agans. Elles fervent b dépofer les pains de favon pour les deffécher & les mettre en cailfe.
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- 79. Apres avoir détaillé quelles font les différentes matières qu’on emploie pour faire le favon \ après avoir rapporté les différens endroits d’où on les tire ; fait connaître ce qui indique qu’elles font de bonne ou mauvaife qualité } décrit les uftenfiles dont 011 fait ufage dans les favonneries ; donné la defcription dune grande fabrique, il convient d’expliquer avec ordre la façon de faire le favon -, & comme les matières qu’on emploie pour faire de bon favon font l’huile claire , qu’on nomme lampante , & une leffive qu’on retire de différentes fubftances falines, & qu’on rend âcre en y mêlant de la chaux vive, je vais commencer par expliquer comment 011 fait 1& leffive : je parlerai enfuite de fa çuiifon avec l’huile*
- Maniéré de faire la leflîve.
- go. Nous prenons pour exemple la façon de faire la leffive pour une cuite, dans laquelle il entre quarante barils d’huile , ( chacun eft évalué pefer foixante-quinze livres ), qui doit * en été, produire cinquante quintaux de favon.
- 81. Je fpécifie en été,parce qu’en hiver on emploie plus de cendres & moins de barrille , mais toujours une égale quantité de chaux vive i & dans l’une & dans l’autre faifon , le poids total des matières doit être à peu-près le même.
- 82. Il y a des fabriquans. qui, ayant pilé féparément la fonde ou bariîle la bourde & la roquette des cendres, les leffivent féparément & les confervent à part, pour employer les unes ou les autres fuivant les favons qu’ils veulent faire, & l’efpece d’huile dont ils fe fervent. Je remarquerai à cette occafion qu’il eft utile dans une grande fabrique, d’avoir des leffives en réferve 5 mais pour cela il faut les conferver dans, des citernes qui ferment exactement ; car, comme nous l’avons dit plus haut, quand elles s’évaporent,, il fe précipite de la terre , & elles perdent de leur force. Je ne parle point ici de la façon de tirer les leffives dans les petites fabriques, où l’on fé fert d’un cuvier pofé fur des tréteaux, fous lequel on met un baquet pour recevoir la lef. five. Il eft plus à propos de détailler les opérations des grandes & belles fabriques. Pour donc faire une bonne leffive , & ce qu’il en faut pour cuire cinquante quintaux de favon, il faut environ trois cents livres de chaux en pierre, ou, à fon défaut, en fleurs , c’eft-à-dire, qui ait fufé à l’air, quoique: cette chaux ne foit pas auffi a&ive que celle qui fort du four.
- 83. On étend la chaux en pierre fur le plancher de la fabrique, dans un ençailfement de planche ou de brique, qui a environ une toife & demie, en quarré, & un pied de profondeur j on la remue avec une pelle de fer, & on l’arrofe de tems en tems avec un peu d’eau, ce qu’il eu faut feule-
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- ment pour qu’elle fufe & fe réduife en pouffierej car enfuite on la paffe dans, un crible fin ; ainfi elle ne doit pas former une pâte.
- 84. On répand fur cette couche de chaux environ douze quintaux de bonnes cendres de Tripoli de Syrie, ou d’ailleurs. Nous avons dit les lieux d’où on les tire , & nous avons expliqué quelle doit être leur qualité. On étend enfuite par-deffus fix cents livres ou environ de bonne barille ou foude d’Alicante : on en tire de bonne de Carthagene. Ces’trois madères ainfi étendues l’une fur l’autre, un ferviteur verfe encore par-delfus quelques cafferoles d’eau claire, pour empêcher que ces poudres ne fe diflipent. En-fuite avec une pelle de fer on remue le tout enfemble , enforte que les trois matières foient bien mêlées. Quand le maître- fabricant le juge à propos , on apporte des couflîns d’auife ou des paniers , qu’on emplit de ces fubftances alkaîines , & on jette ce mélange dans une des bugadieres , au fond de laquelle on met quelques tuileaux pour faciliter l’écoulement ds la lefïïve. On arrange avec foin dans la bugadiere les matières alkaîines, & on met delfus ce qu’on nomme un fanon, qui effc une natte qui a fervi d’en-Yeloppe à la barille. Tout étant ainfi difpofé, on verfe de l’eau dans la bugadiere pour diifoudre les fels âcres & former une leffive, qui s’étend dans^ le récibidou par un des robinets qui eft en-bas.
- 8?. On tire de chaque bugadiere, comme nous l’avons déjà dit, troU fortes de leffive , qu’on diftingue par première, fécondé & troijieme.
- 86. Il faut fe fouvenir que chaque bugadiere a, au-delfous d’elle, deux récibidous , autrement dits , deux piles ; & chacun des robinets qui font au bas delà bugadiere, répond à un de ces récibidous. Comme on n’ouvre à la fois qu’un robinet, celui qu’on ouvre le premier répand la première lef. five , qui eft la plus forte : elle s’amaife dans le récibidou auquel le robinet répond. Cette première leffive eft celle qui produit le plus grand effet, étant, à caufe de fa grande âcreté, très-propre à épaiffir l’huile > c’eft pourquoi le maître la regarde comme une liqueur auffi précieufe que du favon, & il la, conferve avec foin. Quand la leffive eft trop affaiblie pour être reçue comme première , 011 ferme le robinet par lequel elle s’écoulait, & on ouvre l’autre robinet par où coule la fécondé leflive qui vient de la même bugadiere & f$ rend dans un autre récibidou attenant le premier. Quoique cette leffive ne foit pas auffi a&ive que la première , elle fert au befoin à abreuver la cuite de favon, comme nous le dirons. La troifieme & derniere leffive découle auffi de cette bugadiere dans le même récibidou où l’on a reçu la fécondé > mais c’eft après qu’on en a retiré cette fécondé pour recevoir la troifieme j de forte que quand le maître-fabricant juge que la première leffive a affez perdu de fa force , il fait fermer le robinet ou dégorgeoir qui répond au premier récibidou deftiné à recevoir la première leffive, & il fait ouvrir le robinet
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- qui répond à l’autre récibidou qui eft deftiné à recevoir la fécondé leffive.
- 8?. Quand la fécondé leffive eft ainfî écoulée, il ferme le dégorgeoir qui répond au fécond récibidou, & il attend que cette fécondé leffive foit 0011” fommée pour, par le même dégorgeoir, & de la même bugadiere, tirer la troifieme leffive dans le même récibidou où étoit la fécondé.
- 88. On conçoit qu’il eft important de favoir diftinguer la force des leffives pour faire fermer à propos les dégorgeoirs. Comme les bugadieres contiennent toujours une même quantité de fubftances falines , il y a aux récibidous des marques qui indiquent à peu près quand on a tiré une quantité convenable de chaque lelfive ; mais les matières n’étant pas toujours de la mémo qualité, un fabricant expérimenté juge de la bonté, force & vertu de la première, fécondé & troifieme leffive par la couleur. Celle de la première elt à peu près femblable à celle d’un vin d’Efpagne foncé en couleur; la couleur de la fécondé eft moins jaune, & la troifieme n’en a prefque pas. On connaît encore leur force en en mettant fur la langue : mais la première leffive étant très-forte, elle fait enfler & peler la tangue; c’eft pourquoi le maître-fabricant fe fort d’un œuf de poule frais ( 16), pour juger de la force de cette leffive. Il attache l’œuf à un fil & le jette fur la leffive ; s’il flotte delfus , elle a Une force convenable ; s’il entre dans la leffive plus que de la moitié de fou Yolume, il ferme le robinet de la première leffive & ouvre celui de la fécondé 5 quand il entre prefqu’entièrement dans la leffive, on ne peut obtenir que de la troifieme leffive, dont on reconnaît la force en en mettant fur la langue 5 car la fécondé leffive doit avoir une faveur piquante; quand cette faveur eftr très-faible* on ferme le dégorgeoir qui répond au fécond récibidou, & on 11e l’ouvre pour laitier couler la troifieme leffive que quand on a vuidé toute la fécondé qui eft dans le fécond récibidou. Le fabricant fait tirer de cette troifieme leffive, qui eft très-faible, tant qu’il juge en avoir befoin pour achever fa cuite ; s’il en avait trop, il en verferait fur les bugadieres remplies de nouvelles matières; elle vaudrait mieux que de l’eau pure.
- 89. Après que ces leffives ont été extraites , un domeftique prend des fabots & entre dans la bugadiere avec une bêche ou une pelle de fer pour en tirer la matière épuifée de fels, ou , en quelque façon, édulcorée, qu’il jette-a la rue, d’011 on la fait porter enfuite par des beftiaux aux lieux deftinés k recevoir les immondices qui font abfolument inutiles ; car quoique les terres aient été lavées, elles confervent une telle âcreté qu’on ne peut les employer pour engrais ni dans les vignes,, ni fùr les prés (a) ; elle brûle tout ce qu’elle
- (16) Au lieu d’un œuf, on peut em- (a) On verra, Iorfque nous parlerons ployer à cette épreuve une petite boule du favon en pâte qu’on fabrique en Flan-d’ajubre. dres, le grand ufage qu’on y fait de ces
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- touche, par la grande âcreté qu’elle conferve, à ce qu’on prétend, durant des liecles entiers.
- 90. Cette âcreté des vieilles cendres me fait penfer qqe fi on les confer-vait long-tems fous un angar, comme les falpètriers font leurs plâtras, & qu’enfuite on les fit calciner, comme nous avons dit qu’on fait la potaffe, on pourrait, après les avoir pilées & mêlées avec un peu de chaux nouvelle, en retirer une affez bonne leffive : il refie à favoir fi elle imiem ni ferait des frais de la calcination. Il y a des fabricans qui repaifent fur les bugadieres épuifées de fels les lefîives grajjes \ c’ell ainfi qu’ils nomment celles qui s’écoulent du làvon qu’on a mis aux mifes. Il y a quelque apparence qu’011 rendrait la troifieme lefîive meilleure, fi, au lieu d’eau fimple, on y verfait de l’eau de chaux ou de la lefîive ufée qu’on laiffe écouler par l’épine. Des fabricans intelligens devraient faire fur cela des épreuves j car nous ne donnons pas ces idées comme des ehofes certaines.
- 91. Il eft bon de fe reffouvenir , qu’en hiver il entre dans la compofition de la lefîive la même quantité de chaux qu’en été, mais on y met cinq à fix quintaux de cendres de moins, qu’on fupplée par cinq à fix quintaux de barille qu’on y emploie de plus que ce que nous avons marqué. Ce n’eft pas qu’on ne pût employer les mêmes dofes de matière toute l’année ; mais comme la cendre eft plus chere que la barille, & que cette matière produit une auffi bonne leffive, tant en hiver qu’en été, avec cette différence que le favon eft plutôt fec l’hiver que l’été, les fabricans font ordinairement la petite épargne de fubftituer l’hiver de la barille à la cendre. Ils feraient néanmoins du favon plus blanc 8c de meilleure qualité, fi en toutes faifons ils employaient de bonnes cendres, & ne faifaient entrer dans leur leffive que peu de barille. Il y a, il eft vrai, des barilles de fi bonne qualité, qu’elles opèrent le même effet que la cendre s mais elles font fi rares 8c fi difficiles à connaître , qu’on ne doit pas efpérer de s’en procurer.
- De la cuite du favon.
- 92. On fait, après ce que nous avons dit plus haut, que les fels alkalis," rendus âcres parla chaux, ont la propriété de s’unir avec les huiles & les corps gras, au point de faire une maffe afîèz folide, qu’on nomme favon. L’affinité entre les fels alkalis âcres & les corps gras eft fi grande , que les fels alkaîis abandonnent une grande partie de l’eau qui les tenait en diifolution pour s’unir aux corps gras, & que cette combinaifon peut fe faire à froid 5
- fi.bftances pour fertilifer les terres J afnfi c’ell à tort qu’011 les rejette en Provence comme inutiles.
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- nous le prouverons dans la fuite : mais l’union fe fait plus aifément par U-cuilfon ; c’eft au fil le moyen qu’on emploie dans les fabriques , comme nous allons l’expliquer.
- 93- Quand un fabricant eft équipé de tous les uftenfiles dont nous venons de donner le détail , particuliérement de chaudières de grandeur proportionnée au travail qu’il fe propofe de faire , & qu’il eft approvisionné d’huile & de bonne lefiive , il eft en état de faire une cuite. Pour donner uns idée de cette opération , je vais rapporter fommairement ce qu’on fait dans les petites fabriques, mais il ne faut regarder ce que nous en dirons que comme un préliminaire; car nous comptons expofer en détail ce qu’on fait dans les grandes favonneries de Marfeille. Nous nous propofons de parler d’abord du favon blanc, qui exige plus d’attention que le marbré, & pour lequel les fabricans choifiifent ce qu’ils ont de plus parfait; & quand ils rencontrent des matières défeétueuîes, ils les réfervent pour faire le favon marbré.
- Expofê fommaire de la façon de cuire le favon dans line petite fabrique*
- 94. Sur deux cents livres d’huile, 011 met quatre ou cinq féaux de la plus faible lefiive, comme de celle qui ne pourrait foutenir un œuf entièrement fubmergé , afin, difent les fabricans , de nourrir l’huile peu à peu , & de ne la pas furprendre. Je crois qu’il eft très-bien, quand on a des huiles très-coulantes , de les cuire d’abord un tems atfez eonfidérable avec de la lefiive très-faible, prefque avec de Peau pure, fimplement pour les mettre dans l’état des huiles graffes, qui, comme nous l’avons dit, font les plus difpofées à s’unir avec les fèls. Il y a lieu de craindre, quand on emploie d’abord de la lefiive forte, de grener l’huile, & il faut de l’habileté & du travail pour les réduire en pâte uniforme ; cependant il y a des fabricans qui commencent par employer de la lefiive forte ; peut-être que la différent® qualité des huiles exige ces différences dans leur cuilfon.
- 9$. On fait bouillir ce mélange, & comme ces matières s’élèvent quand elles commencent à s’échauffer, il eft bon que la chaudière ne foit pleine qu’aux deux tiers. A mefure que le fel s’unit à l’huile, il s’échappe beaucoup, d’humidité de la lefiive, ce qui forme une fumée épaiffe; & pour réparer ce qui fe difilpe par cette évaporation, on jette de tems en tems dans la chaudière quelques féaux de lefiive. Au bout de quelques heures d’ébullition, la matière fe lie; elle devient blanche, & forme comme une bouillie très-liquide. On foutient l’ébullition pendant huit heures, ajoutant de tems en tems de la lefiive faible; enfuite , durant quatre ou cinq heures, on met de la lefiive plus forte, que nous avons appellée /<* f&conde 3 dans laquelle
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- Pœuf n’entre qu’aux deux tiers de fon volume : le favon fe lie & prend la confiftance d’une bouillie épaiffe 5 alors on jette promtement deux ou trois féaux de la plus forte leffive; en entretenant le feu à la même force, le favon fe fait, & il faut de tems en tems éprouver s’il eft futfifamment cuit. Pour cela, on trempe dans le favon une fpatule ; on fait tomber un peu de favon fur un carreau de verre : fi la matière ne fe coagule pas promtement, & qu’elle refte comme du caillé, fi le favon ne fe détache pas net de la fpatule , il faut verfer deffiis quelques féaux de forte leffive, ce qu’011 répété jufqu’à ce que le favon qu’on met fur le verre falfe corps & s’en détache net. On recon-pliait à cette marque que le favon eft fait & raffafié de leffive. O11 ceffe la feu, la leftive fe fépare du favon, qui nage deifus quand on la laide un peu refroidir. On tire le favon avec une cuillier de fer percée, & on le porte aux' mifes, ainfi que nous l’expliquerons dans la fuite.
- S>6. Comme '011 ne fuit pas par-tout la même méthode, je vais encore décrire ce qui fe pratique dans d’autres petites fabriques , ce détail n® pouvant qu’être utile à ceux qui voudraient faire du favom
- Autre façon de cuire le favon blanc.
- 97. Pour faire une cuvée de favon blanc, on prend environ une trentaine de cornudes delà fécondé leffive, des cendres du Levant, & environ trente millerolles d’huile d’olive: on fait bouillir le tout enfemble jufqu’à ce que la matière foit liée 8c réduite en pâte, ce qui fe fait ordinairement en vingt-quatre heures , lorfque les matières font de bonne qualité ; car quand elles ne le font pas, il faut plus de tems , & 011 y ajoute plus ou moins de nouvelles leffives de cendres du Levant, fuivaut que le maître-valet le juge convenable j, car il n’y a point fur cela de réglés certaines : feulement quand on trouve la matière trop épaiffe, on y met de la leffive faible; & quand elle eft trop liquide, on en emploie de forte. On fait bouillir le tout pendant huit ou neuf jours fans difeontinuer, excepté les fêtes & les dimanches, qu’on laide amortir le feu de lui-même, pour le rallumer le lendemain matin.
- 98. On connaît à l’odeur de la fumée quand le favon eft cuit ; car quand elle exhale une odeur de favon , on le juge cuit; alors on difeontinue le feu, & on laiffe repofer la matière dans la chaudière pendant vingt-quatre heures; enfuiteon la tire avec des poêlons qu’on vuide dans des cornudes* pour la porter dans, des mifes moins profondes & moins larges que celles pour le favon marbré; car les grands pains de ftivon blanc n’ont que trois ou quatre pouces d’épailfeur; & l’on obferve de mettre au fond des. mifes un peu de farine de chaux, pour empêcher que le fkvon, ne s’y attacha
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- Quand il a refté dans les mifes cinq à (Ix jours l’été » ou deux jours l’hiver l on le coupe en pains.
- 99. Comme il doit être avantageux de faire connaître les différentes pratiques qui s’obferventdans les diverfes fabriques , je dirai encore, avant de parler des grandes fabriques de Marfeille , une maniéré d’avoir un favon très-ferme. Lorfque la leffive monte avec la pâte, on diminue le feu, & on laiffe refroidir la matière ; enfuite 011 tire la pâte qui eft deffus, on la met dans une autre chaudière, & 011 la cuit à grand feu avec de la leffive forte , jufqu’à ce que la pâte foit bien ferme; alors on prend une grande palette comme une efpece d’aviron , on la fourré dans la pâte, & l’on verfe le long de cette palette, peu-à-peu, de la fecoqde leffive , ce qu’on répété trois ou quatre fois; puis on laiffe bouillir la matière environ deux heures : cette leffive moins forte donne à la pâte une coiffiftance de miel : alors on retire le feu; & après avoir laiffe refroidir le favon pendant un jour, il eft eu état d’ètre porté aux mifes, comme nous le cjitons dans la fuite, plus en détail que nous ne l’avons fait (17).
- (17) Après avoir indiqué dès l’entrée de ce mémoire que l’on peut faire du favon avec delà graiffe, M.. Duhamel ne parle plus d’un genre de fabrication très-com* jnun en Allemagne & ailleurs. Je vais fup-pléer en peu de mots à cette omiiïion. Pour faire du favon avec la graille , il faut choifir de la graillé de mouton ou de bœuf, qui foit exempte de tout mélange ; il vaut mieux que les animaux aient été tués en fiver ; on doit préférer celle qui elt bien-feche. On coupe ce fuif en branches, avec un fort couperet ou hachoir, & on le porte dans une chaudière de tôle, ou de cuivre, dont le fond fe termine comme un œuf, afin que les impuretés fe raffemblent dans la partie la plus baffe.
- Si la manufacture eft allez forte pour fou-tenir ces frais , il fera bon que la chaudière à fondre le fuif foit montée fur un fourneau de briques , de façon qu’elle ne foit chauffée que par le fond , où il y aura toujours un bain de fuif qui l’empéch.e de brider. Autour des bords, le fourneau a une bordure de maçonnerie allez large , qui eft inclinée vers la chaudière, afin que le fuif qui
- tombe deffus , retombe de lui-même dans Ja chaudière.
- Pendant que la graiffe fe fond , on a foin de la remuer fréquemment , pour empêr cher qu’elle ne fe brûle. Quand elle efjfc bien fondue , on la pâlie dans une bannate7 en ail. Durchfchlag ; c’eft un panier d’o-fier , affez à claire - voie pour que le fuif fondu puiffe couler, & affez ferré pour que les parties membraneufes ne puiffent pas paffer avec le fuif. Il ferait mieux d’employer à cet ufage une paffoire de cuivre , qui ne boit point de fuif.
- Cette graiffe ainfi fondue & paffée au tamis eft mêlée avec la leffive , dans une chaudière murée, comme celle dont je viens de parler. Elle doit être affez grande pour que le quart au moins demeure vuide, pour éviter tout danger. Le feu doit être d’abord très - modéré , on remue fans difr continuer la matière, & fi l’on ne peut pas l’empêcher de monter, on laiffe ralentir le feu , ou l’on verfe dans la chaudière de la leffive froide. Une livre de bonne graiffe donne deux livres de favon & au-delà.
- ,0n continue à faire bouillir la chaudière,
- Détail
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- Détail des opérations qui fe font dans les grandes fabriques de Aîarfeille pour cuire le favon blanc.
- 100. Je puis me difpenfer d’entrer dans de grands détails fur la drfpo-fition de ces fabriques, en ayant {uffifamment parié ail commencement de ce mémoire. Ainfi ce que je vais dire fera très-abrégé, & feulement pour rappeller ce qui a été dit plus haut.
- 101. L’entrée du fourneau de ces chaudières eft Faite de pierre de taille blanche, qui réfifte mieux au feu que la noire , quoique celle-ci foie plus dure ; l’embouchure de ces fourneaux K , K,/?/. I, fig• 14, eft ceintrée par le haut, pour qu’il réfifte mieux à la flamme, qui quelquefois fort avec force du foyer. Quand ces ouvrages font bien faits, le fourneau & la bâtifle de la chaudière durent quelquefois deux à trois années, fans avoir befoin de réparation ; au lieu que fouvent ils n’en durent pas deux fans en exiger de confidérables.
- 102. A cette entrée , attenant les paremens de pierre de taille qui la forment, il y a deux fourches de fer ou landiers b , b , fermement fceilées dans le terrain; ces barres de fer ont environ deux pouces en quarré, & leur hauteur eft de cinq pieds, y compris la partie qui entre dans le terrain : elles font pofées aux deux côtés de la bouche du fourneau , un peu eu avant ; on met dans leur enfourchement ou dans les œillets qui font au haut, une piece de bois ronde de quatre à cinq pieds de long, & de trois à quatre pouces de diamètre. On choifit pour cela un bois dur; car cette piece fournit un point d’appui au fourgon que nous avons décrit plus haut. L’ufage de
- jufqu’à ce que la malle commence à s’épaif-fir. Après douze heures & plus , fuivant la nature de la graifle , on prend pour chaque livre de graifle une poignée de fel ordinaire ; on le fait difloudre dans de l’eau chaude , & on le jette dans la chaudière que l’on remue fortement, après quoi on laifle éteindre le feu , & la mafife fe repofe pendant la nuit. Le lendemain matin, on rallume le feu , & c’eft alors que fe fait la féparation ; le favon devenu plus léger que la leflive , fumage. On en fait l’épreuve, & l’on eft fatisfait, s’il a la confiftance d’une bouillie. Que fi au lieu du favon, on ne trouvait au-deflus de l’eau qu’une écume favonneufe , qui refuferait de s’épaiflir ; on fait cuire par précaution dans dans une pe-Tome VIII.
- tite chaudière, une petite dofe de graifle & de leflive, on lafale en même tems que la grande chaudière , & fi la féparation fe fait mal, on verle la petite dofe dans la grande chaudière, ce qui achevé d’ordinaire l’opération. Le fuccès dépend de la qualité de la graifle , qui ne doit pas être trop vieille, & de celle de la leflive , qui doit être forte & fournie à propos , comme dans la fabrication du favon fait avec l’huile. Si l’on met trop de fel, le favon ronge la peau & le linge. Si l’on met trop de graifle , le favon n’enleve pas allez les impuretés du linge , & ne feche pas allez tôt. Le favon ainfi achevé fe porte dans les mifes , comme l’autre.
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- ce fourgon eft d’arranger dans le fourneau les bûches que le m aitre-val et de* la fabrique y jette tant la nuit que le jour, jufqu’à ce que la cuite foit.finie ,, & à remuer la braife pour rendre le feu plus a étif lorfqu’il le juge nécelfoire..
- 103. La cuite du favon n’eft pas une opération aufîî fimple qu’on pourrait fe l’imaginer j il arrive aux fobricans les plus expérimentés d’y être errn barraifés. Quelquefois ils parviennent à rétablir une cuite qui commence mal j mais d’autres fois ils n’y peuvent réufîîr, alors ils font obligés d’éteindre le feu ., &, après que ta cuve eft refroidie, de tranfporter l’huile dans une autre chaudière pour recommencer leur opération.
- 104. Pour foire une cuite de cinquante quintaux de favon blanc , il fout, en été , quarante barils & demi d’huile , au lieu qu’en hiver quarante barils fuffifent. Cette plus grande quantité d’huile qui entre-en été dans une-cuite qui produit cinquante quintaux de favon, vient de ce qu’il faut en hiver plus de leftive pour achever une cuite de fovon, que les huiles font plus épaiffes lorfqu’il fait froid que par les chaleurs , & qu’en cet état elles-prennent plus de leftive que lorfqu’il fait chaud.
- 10.Ç. D’autres expliquent le fait plus.Simplement ; ils prétendent que l’huile étant condenfée l’hiver , occupe moins de place qu’en été: de forte que quarante-barils'd’huile condenfée par le froid , feraient quarante barils demi fi elle étoit raréfiée par la chaleur. Effectivement on a remarqué qu’une -jarre de huit à dix barils , qu’on a remplie d’huile en hiver , à laquelle on aura, laiffé un vuide de quatre pouces fera, pleine à renverfer par-défi us, l’été».. Mais , pour que ce raifonnement fût vrai, il faudrait mefurer l’huile., & non pas la pefer : c’eft pourquoi il eft.probable que la première.rationpeut pré.» valoir.
- 106. Pendant que la leftive des bugadieres s’écoule, le maître-fobri-quant fait mettre dans une chaudière quarante barils d’huile qu’on a dépofée -dans une pile qui eft entre les deux chaudières. Quand meme cette huile ferait, claire & lampante , pour purger encore les quarante barils d’huile qu’il a rais, dans la chaudière , il foit deffous un petit feu la fait bouillir a fec ou fans, leftive, iï elle y a été mife clair e.& lampante ; mais fi elle était trouble,il faudrait verfer fur cette huile deux barils de leftive, & foire deffous un-feu-* plus aétif. Si elle était encore plus épaiffe, ce qu’on appelle en Provence ,, huilegrojjan , qui eft fi épaiffe & craffeufe qu’à peine peut-elle fortir du. baril 5. il faudrait foire encore un plus grand feu , la foire bouillir plus long-tems , & à gros bouillons , avec la leftive qu’on y a ajoutée , quipar fon acrimonie 9„ fe précipite au fond de fa çliaudiere; & l’huile fe. trouve alors claire & lampante, flottant fur la lie> ce qui foit qu’un garçon de la fabrique, avec une, longue cail’e, ou une efpece de petit chauderon , puife l’huile claire , & la re--snetdans la même pile dont onl’avait tirée pour la purifier, Quand.elle.eft.toutg:
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- ipmfêc, il emporte la çraffe, autant qu’il le peut, avec la même caffe longue qui ‘lui a fer-vi à tranfvaler l’huile ; après quoi, avec une échelle , il defcend dans la chaudière , qu’il nettoie & purge de toutes les immondices ; & ayant relevé cette échelle, il fait couler dans la chaudière moitié des quarante barils d’huile par le tuyau qui eft au bas de la pile ; de forte que, quand il juge qu’il y a alfez d’huile, il fait rallumer le feu dans le fourneau , & fervir la cuite de huit chauderons de leffive forte , fi mieux il n’aime la fervir moitié par moitié, c’eft-à-dire , quatre chauderons de la première & forte leffive , & quatre chauderons de la fécondé ; ce que l’on fait fuivant que le maître juge que les lefllves font fortes ou faibles : mais on nefe fert jamais que des deux premières lefllves. L’huile cependant bouillonne avec le peu de leffive qu’on y a verfée, & le maître-fabriquant eft attentif auprès de fa cuite, pour obferver exactement les mouvemens ; car c’eft fur les remarques qu’il fait au commencement de la cuite, qu’il décide de ce qu’il conviendra de faire dans la fuite* Cependant il fait ver'fer le refte des quarante barils d’huile dans la chaudière.
- 107. Il femble fingulier que toutes les cuites de favon qui font conduites par un même fabriquant , ne le foient pas uniformément j à plus forte raifort «different - elles chez différens fabriquans : mais outre que fouvent elles different dans des points importans, mille circonftances obligent de varier les pratiques.
- iog. A mefure que la cuite s’avance , & qu’elle fe met en pâte, elle jette -des bouillies ou des ondes de pâte , enforte qu’à force d’en jetter, elles •couvrent l’huile ; c’efl: une marque qifelle a foif, c’eft-à-dire, que les huit chauderons de leffive dont on l’a fiervie, font confbmmés. On juge encore qu’il faut lui donner de la leffive, quand il fort de la fumée épaiffe qu travers du bouillonnementde la bouillie, ou que la pâte qui efl: fur l’huile refte af-faiffée & prefque fans mouvement : alors le maître-valet la fert de quatre chauderons de la même leffive forte dont il l’a fervie d’abord ; mais il faut qu’il la répande en arrofant la fuperficie de la pâte ; car s’il la verfait en un feul endroit, &, comme on dit, en pointe, la leffive froide fe précipitant au fond de la chaudière , s’y raréfierait, & fournirait des vapeurs qui feraient répandre la pâte par-deffus les bords j au lieu qu’en la répandant comme par afperfion , elle s’échauffe & fe raréfie avant d’être au fond, fans produire aucun dommage.
- 109. Ces quatre chauderons de leffive forte étant fucceffivêment jetés dans la chaudière , le maître-fabriquant eft de nouveau attentif aux mouvemens de fa cuite ; & lorfqu’elle commence à indiquer par les mêmes lignes que nous avons rapportés , qu’elle a foif, il la fait abreuver de quatre chauderons de la même leffive forte : il continue de fournir peu à peu de cette leffive, jufqu’à ce que toute l’huile foit réduite en pâte,
- Q-q q ij
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- ilo. On connaît à la forme & à la grofleur des bouillons quand la cuite eft toute empâtée : déplus, on remarque qu’il ne fe montre plus d'huile en aucun endroit ; & pour cela il faut employer toute une journée &lar-moitié de la nuit, quand les matières dont on a fait la leffive font bonnes ; mais quand elles font défe&ueufes , & que les leffives font faibles , on eft un jour & une nuit fans pouvoir empâter : il faut fournir beaucoup plus de leffive, & la chaudière bout en huile quelquefois vingt-quatre heures : elle s’empâte à la fin ; mais c’eft après y avoir palfé bien du tems., & confommé beaucoup de bois & de leffive.
- ni. Pour connaître Ci la pâte eft bonne , bien liée ,&à fa perfe&ion, la maître fabriquant prend une efpece de ipatule d’un pouce & demi de largeur , de trois pieds ou environ de longueur, épailfe à proportion , qu’il enfonce dans la pâte : ilia releve & lalaiife refroidir ; puis il examine fi fa pâte eft bien liée , blanche & fans défauts , & s’il ne refte pas d’huile qui ne foit pas liée : il ordonne alors qu'on force le feu pour la tenir en bouillon pendant toute une journée.
- 112. L’huile étant réduite en pâte, comme nous venons de le dire, le favon n’eft pas encore fait. Lorfque le maître-fabriquant connaît, au bouillon ferré de la cuite , que la leffive forte qu’il lui a fournie s’eft confommée» il lui fait donner encore dix autres chauderons de leffive, & toujours de la forte : la pâte qui était épailfe devient molle , ce qu’on appelle varie ; pour lors un valet de la fabrique varanimer le feu dans le fourneau., pendant qu’un autre fournit à la chaudière de la leffive forte, lui en donnant, d’heure en heure , la quantité de dix chauderons : il confommé ainfi toute la leflive forts quife trouve au récibidou , n’en réfervant que huit chauderons qui lui font nécelfaires pour la liquidation de la cuite , ainlî que nous l’expliquerons.
- 113. Les uns prétendent que le favon eft plus beau, & qu’on trouve mieux fbn cO/inpte en commençant par faire prendre à l’huile toute la leftive forte. Les fentimens des fabriquans font néanmoins partagés fur ce point ; chacun fuit une pratique qu’il a adoptée. Tous conviennent qu’011 peut faire de bon iâvon en fuivant telle ou telle méthode i mais chacun prétend que la ftenne e.ft préférable.
- 1.14, Quand la cuite a confommé toute la leffive du premier récibidou., qui eft la forte, ce qui dure un jour & demi ou deux jours , fuivant la qualité des matières qui ont fervi à faire la leffive, alors elle flaque , en terme de fabrique, c’eft-à-dire, qu’elle s’affailfe, qu’elle s’alfoupit , & refte comme immobile dans la chaudière, ce qui fait connaître qu’elle prend fa nourriture; & quoiqu’immobile , elle bout de cette forte trois ou quatre heures..
- 11?:. Quand une cuite eft faible à fon flaquier, elle jette par fois de gros crachats de trois à quatre.onces de pâte aux parois de la chaudière ; alors,
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- on modéré un peu le feu. Quand la cuite ne marque point de faiblelfe , elle elt bien ouverte & nette au bouillir.
- 116. Quelquefois une cuite de'favon ouverte ne peut bouillir} alors le maître fait jetter cinq à lix chauderons de leflive recuite : on appelle ainfi la lelfive qu’on tire de la chaudière , après qu’on en a levé le favon pour le mettre aux miles. On en conferve dans des jarres ou piles pour s’en fervir au befoin } mais , comme on voit, elle n’eltpas toujours nécelfaire.
- ‘ 1 x7' Quand la cuite, avec ce petit feu, a bien bouilli Pefpace de deux à trois heures, & que le maître s’apperqoit qu’elle fe relîèrre, il la fait fervir de quinze chauderons de la fécondé lejfîvc : c’eft ce qu’on appelle l'humecter. Alors elle fe met en fonte, & fe convertit en pâte roulfe , fi elle fait fon devoir ; mais cette rouifeur change demi-heure après , & devient blanche : par-là on connaît que le favon n’a pas fa nourriture j on continue de redoubler le feu du fourneau pour lui faire confommer la lelfive, & lui en faire prendre la fubftance j & quand le maître juge que l’humidité qu’elle avait s’eft diffipée, ce qu’il connaît parfaitement bien , en prenant un peu de cette pâte dans le creux de la main , qu’il contourne fouvent avec le bout du pouce, pour en examiner l’humidité , la cuite & la beauté ; s’il n’y trouve pas les qualités requifes , il fait verfer deflus trois chauderons de la leflive la plus forte , qu’il s’eft réfervée pour s’en fervir au befoin } il fait rebouillir trois à quatre heures fa cuite avec un feu raifonnablementfort , puis la fait encore fervir de quinze chauderons de la fécondé leflive. La pâte commence alors à devenir roulfe j & comme la cuite eft mieux nourrie au moyen de cet abreuvage , il fait redoubler le feu , 8c la fait bouillir alfez fortement pour que la matière monte jufqu’aux bords de la chaudière ou campane , & on eft obligé de lui donner de l’air, en faifant remuer la pâte avec une longue perche qu’un valet plonge dans la chaudière. Quand ce gros bouillonnement eft palfé , la cuite eft ordinairement en état d’ètre liquidée j mais auparavant on la fait grener, ainfi que nous allons l’expliquer.
- ii 8- Quand la pâte eft bien fondue , qu’elle a bouilli une demi-heure, elle devient blanche , ouverte ; en continuant le feu , elle fe deifeche , & devient comme des grains de fel. Quand le maître s’apperqoit qu’à caufe de la faiblelfe des matières , la continuation du feu ne la fait point grener, on lui fournit trois chauderons de leflive forte , qui ne manque guere de la mettre en cet état. Si, en continuant le feu , on apperqoit que la pâte fe fend , qu’elle: fe crevaife par-tout , même autour de la campane, le maître en prend dans fa1 main pour examiner fi elle eft bien cuite } il goûte auffi de la lelfive de la: chaudière , qui vient fur la pâte ; fi elle a peu de faveur , il abreuve fa pâte pour la liquidation , avec de la forte leflive qu’il a confervée : fi au contraire elle. e.ft. forte & piquante, il arrofe la pâte avec de l’eau pure.
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- 119. C’est à la fin de l’opération que le maître doit redoubler d’attention, pour que, fuivantlesobfervations qu’il fait fur un peu de pâte qu’il pétrit dans fes mains , il décuife fa pâte avec de la leffive plus ou moins forte, il fàffe augmenter ou diminuer le feu ; & il répété ces opérations quatre ou cinq fois, jufqu’à ce qu’il voie que toutes les parties de l’huile ayent été liées par le fel j & que l’eau des leffives eft fuffifamment évaporée. Quand il fort de groffes fumées épaiffes, il juge qu’il refte peu d’eau fous la pâte, & il fait fournir delà leffive pour qu’elle ne fe prenne pas au fond. Si fon intention n’eft que de fondre fa pâte pour continuer à la cuire , il emploie de la leffive faible 3 caria forte la ferait grener de nouveau. Lorfqu’en employant de la leffive faible, la pâte devient trop molle, il fait augmenter le feu.
- 120. Ce font ces différentes cuites & décuites qu’on donne à la pâte, qui s’appellent la liquidation; le maîtrc-fabriquant les conduit fuivant les obfervations qu’il fait fur fa pâte, & il n’eft guere poffible de les décrire exactement ; On ne peut qu’en donner une idée générale. Enfin quand le maître trouve que la pâte fe fépare convenablement de la leffive, & qu’elle eft bien liée, il la laiffe repofer dans la chaudière un jour & demi ou deux jours ; après qu’elle eft fuffifamment refroidie , on la porte fur les mifes, comme nous allons l’expliquer.
- 121. Jé remarquerai feulement que, fuivant la faqon de conduire la liquidation , on retire plus ou moins de fa von ; ce qui augmente ou diminue le profit de l’entrepreneur. En travaillant nuit & jour, on peut, dans une fabrique bien conduite , faire avec deux chaudières , trois cuites de favon par femaine. Nous avons fuppofé qu’on faifaitune cuite de quarante barils d’huile 5 mais il eft fenfible qu’on en fait de moindres & auffi de plus fortes. Les quarante barils , comme nous l’avons dit, doivent fournir cinquante quintaux de favon, en employant dix-fept à dix-huit quintaux de matière pour faire les leffives , & on confomme environ foixante-dix quintaux de bois.
- 122. La qualité de l’huile eft fort indifférente pour faire du favon ; il fuffit qu’elle foit claire , lampante & bien épurée.
- 123. Dans certaines fabriques, on parvient, par différentes fraudes, à augmenter le poids du favon 3 nous allons en dire un mot.
- Fraudes de quelques fabricans.
- 124. Celle qui eft la plus difficile à appercevoir , eft, lorfque le lavon eft cuit & entièrement liquidé dans la chaudière , de faire boire à la pâte plu-fieurs chauderons d’eau claire , qu’on remue bien , & qu’on incorpore avec la pâte , enforte que cette eau ne paraiffe pas : elle rend même le favon plus blanc, & ce n’eft qu’à la fuite du tems qu’on s’appercoit de la fraude 3 car un
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- quintal de favon acheté & pefé à la fabrique» & repefé huit jours après , aura perdu vingt ou vingt-cinq pour cent de fon poids par l’évaporation de cette eau étrangère» au lieu que s’il n’avait pas été ainfi humecfté,. on pourrait le laifler des mois entiers au fec » fans qu’il diminuât de plus de trois ou quatre pour cent : d’où il fuit que cette fraude ne peut être utile au fabriquant, que quand il peut vendre promtement fon favon.
- 12f. D’autres augmentent le poids du favon, en mêlant à la pâte , de la poudre de chaux bien blanche & palfée au tamis. Il y en a qui fubftituent à la chaux de ramidon ou de la farine. Ces additions n’occafionent aucun déchet » mais on s’en apperçoit en blanchidant le linge. Pour reconnaître cette fraude » on fait fondre dans un petit chauderon , fur le feu , deux ou trois pains de favon qu’on a coupés par petits morceaux » & on verfe deifus de la leflive forte : quand le favon eft refroidi » on le tire du chauderon , & on trouve au fond les fubftances étrangères qu’on a introduites dans la pâte pour en augmenter le poids. De plus, fi le favon a été fait loyalement, après l’épreuve dont nous venons de parler, on trouve une augmentation de poids produite par les fels de la leflive y au lieu que fi on y avait introduit de l’eau , on» trouverait vingt ou vingt-cinq pour cent de déchet.
- 126. Enfin d’autres fophiftiquent encore le favon en y introduifant du fel marin: nous aurons oecafion d’en parler dans la fuite, je vais explique!! ce que e’eft que les miles. » & comment an y met la pâte de iâvom
- Des mifes ; & comment on y met la pâte de favon*
- 127, Quand la pâte s’eft: un peu refroidie dans les chaudières-, & qu’elle s’eft féparée de la leflive, on la tire avec des cuillers de fer percées y on la met dans des féaux » & on la porte dans de grandes & fortes cailfes faites de planches, ajufcées dans des membrures alfujetties par des clefs de bois. Ces cailfes font placées fur de fortes plates-formes , de maniéré que la leflive qui s’en écoule puilfe être recueillie dans un réfervoir. Les favonniers nomment ces cailfes. des mifes (17) : ils y placent fou vent une cuite entière de la von 5, qui peut être de deux milliers.. D’autres préfèrent de rnettre leur favon dans* un nombre de petites cailfes. Au bout de deux ou trois jours , quand, la lef-£ve eft écoulée , & que le favon eft endurci, on défait les clefs qui retiennent les planches des mifes , &fi e’eft du favon. blanc, on le coupe par tables de trois ouquatre pouces d’épailfeur avec un fil de laiton , comme on fait le: beurre aux marchés : on en fart des tables, telles.qu’on les voit dans les enfiles* chez .les. épiciers. A vant d’encailfex ces tables , oulespofe. fur un plancher, pair
- (17) En. ali. Forrnsm
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- îa tranche, pour les laiiîer s’affermir pendant quelques jours. L’hiver eft la faifon îa plus favorable pour travailler le favon. Cette opération fe fait différemment dans les différentes fabriques , ainli que nous allons l’expliquer.
- 128- La planche du devant des mifes étant à couliffe , peut fortir. Ces caiffes ont neuf à dix pieds de longueur, fur cinq à fix de large, & treize à quatorze pouces de hauteur , fi elles font deftinées pour le favon marbré : fl l’on doit y mettre du favon blanc , elles ont feulement fix pouces de profondeur. Il faut que le fond foit incliné, pour que la leffive que le favon rend 3 s’écoule par des trous qui répondent à une gouttière aboutiffant dans un ré-fervoirj car cette leffive, qui ne laiffe pas d’ètre forte, rentre dans la bu-gadiere.
- 129JDANS les fabriques de Marfeille , 011 dreffe vis-à-vis les bugadieres, fî la grandeur de la fabrique le permet, finonau premier étage , des efpeces de caiffes , qu’on nomme mifes , 13 ,pl. II. On les fait de trois pieds de largeur, & le plus longues qu’il effc poffible : elles fervent pour y étendre la pâte ou le favon cuit , quand il a pris fon droit a la chaudière, c’eft-à-dire , quand il eft en état d’y être étendu , & que la cuite étant achevée, il s’y eft un peu réfroidi. On eft quelquefois deux jours fans pouvoir l’étendre dans les mifes, fur-tout l’été.
- T 3o- Le maitre-fabriquant, avant d’étendre le favon aux mifes , y fait un plancher de quelques lignes d’épaiffeur avec de la poudre de chaux blanche , qu’on a paffée dans un tamis à demi-fin j on unit cette couche avec une batte, qui eft un bout de planche au milieu de laquelle il y a un long manche , pour pouvoir la manier commodément. On applanit donc avec cette batte la poudre de chaux au fond des mifes , & on.étend deffus la pâte de favon , comme nous allons l’expliquer.
- 131. Les ferviteurs de la fabrique apportent cette pâte dans des ehaude-rons de cuivre, ou des baquets de bois ; & à mefure que le fabriquant a fait couler tout doucement fur les mifes deux ou trois chauderonnées de pâte, il les applanit & unit avec une plane de bois L , pl. I, fig. 7.
- 132. La pâte ou le favon refte un jour & demi ou deux jours aux mifes avant d’ètre fec & en état d’ètre levé, lorfqu’il fait froid ; & en été , il faut trois à quatre jours , parce que la chaleur de l’air ramollit la pâte, & la tient, comme l’on dit, lâche : c’eft pour cette raifon qu’on eft plus de tems en été à finir la cuite, & qu'il faut plus cuire la pâte qu’en hiver.
- 133. On doit obferver ici que le fabriquant, en étendant fa pâte aux mifes, peut faire Ion favon auffi épais & auffi mince qu’il veut; & pour régler fon épaiffeur, il tient à la main une jauge de cuivre qu’il enfonce dans fa pâte, jufqu’à toucher les planches du fond de la mife; & fuivant que fa couche de favon eft trop mince ou trop épaiffe , il y fait ajouter de la pâte, ou il repouffe
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- SVec la plane celle qui y eft de trop ; enforte qu’il eft dans une continuelle agitation pour mefurer l’épaiffeur, & applânir la pâte au moyen de cette jauge, qu’ils nomment bâche, d'airain. Il fait ainfi des pains de favon de dix-huit , trente & quarante livres chacun , qui ne different pas l’un de l’autre d’une demi-livre.
- 134. Le favon étant fec & en état d’être levé des miles, ce que le maître-fabriquant connaît en appliquant tout doucement le doigt deflus * & Te failant aider d’un domeftique pour couper les pains égaux, il les marque avec une efpece de radeau N, qui a des dents de fer , pl. /, fîg. 9 : ces dents font éloignées les unes des autres d’une diftance pareille à l’épaiffeur que doivent avoir les pains.
- 13 L Dans la plupart des fabriques de Marfeiîle, on pofe une longue ïegle de bois , & avec un petit couteau tranchant, on marque un trait fur le favon dans toute fa longueur & au milieu de la mife : ce trait indique la largeur que les pains de lavon doivent avoir. Enfuite, avec une réglé courte, qu’il pofe perpendiculairement fur le trait dont nous venons de parler , il marque la longueur des pains î enforte que dans la largeur de la mife il n’y a jamais que deux largeurs de pains de favon , & dans la longueur il y aura quelquefois cinquante & cent pains , félon qu’elle elt plus ou moins longue. Alors le maître-fabriquant prend un couteau de fabrique qui eh fort mince 8c tranchant , & qui a un long manche de bois ; il s’affied fur le favon tracé j il enfonce fon couteau dans le trait qu’il a fait, & appuyant le manche du couteau fur fon front* fi le favon eft épais, & faififfant le manche des deux mains près de la lame , il fuit & coupe le favon d’un bout de la trace à fautre * il eh fait de même en travers : après quoi il tire un petit bout de chevron qui eft à l’extrémité de la mife , appelle fauque , & avec une truelle de maçon, ou une pelle de fer I, fig. 8 » ü l’enfonce entre le plancher & la fleur de chaux qu’il a étendue* fur la mife. Il releve les pains de làvon dans leur entier, & à mefure un domeftique de fabrique les met en pile l’un fur flautre, jufqu’à dix ou douze pieds de hauteur, ce qui peut contenir trente à quarante pains de favon, fuivant qu’ils font plus ou moins épais* Il eft fenfible que plus la couche de favon eft épaiffe, plus elle refte de tems aux mifes pour y prendre fon droit. Or, on doit faire les pains de différentes grandeurs, fuivant les lieux où on les envoie. Pour la Provence, on n’envoie pour l’ordiuairôï que des pains de l’épaiffeur de cinq pouces ou environ, qui pefent plus de cinquante livres chacun. Il y a eu un tems où l’on n’envoyait à Lyon que des pains de trois pouces ou environ, qui pefaient depuis trente-trois jufL qu’à trente-fix livres chacun ; maintenant on en envoie qui pefent cinquante** Cinq livres. Ceux qu’on deftine pour le Languedoc, n’ont que deux pouces Terne VU h Rtî
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- & même moins, & ne pefent que dix-huit, vingt & vingt-cinq jufqu’à trente cinq livres.
- 136. On n’envoie à Bourdeaux que de petits pains de làvon coupés* qu’on appelle façon de Gayette : ils font d’environ huit pouces de Long ». troisv pouces & demi de large, & deux pouces & demi d’épailfeur. Les, favons blancs viennent ordinairement à Paris par tables ou par morceaux prefque quarrés-longs , qu’011 appelle petits pains. Les tables ont trois pouces d’épailfeur, fur un pied & demi de long, & quinze pouces de large î elles pefent vingt à vingt-cinq livres. Les marchands, détailleurs les coupent en plufieurs morceaux longs & étroits ,. pour en faciliter le débit. Les. petits pains pefent depuis une livre & demie jufqu’à deux livres. Les tables & les petits pains font une même efpece de favon fous différentes formes».
- 137. Les lavons en tables s’envoient dans des caiifes de fapin du poids de trois à quatre-cents livres. Les favons en petits pains, viennent par cailles » auffi de bois de fapin , appellées. tierçons , & par demi-caiifes du même bois». Les tierçons pefent environ troi s cents livres : la demi-cailfe pefe cent: quatre - vingt livres. Les. favons marbrés font en petits pains quarrés - longs, d’une livre 8c demie à. trois, livres , & fe mettent dans des cailles, comme:, les favons blancs..
- 138- On parvient à couper aifément ces pains au moyen de ce qu’on appelle un modèle de fabrique. Pour s’en former une idée , il faut imaginer^ une-table Iblidement établie fur quatre pieds. Elle eft d’environ douze pieds de; longueur: elle a à Ton extrémité un caiifon égal à la.dimenfion d’un pain» de favon , dans lequel on enferme trois à quatre pains. Ce caiifon eft atta~ «hé fermement à cette table par des équerres de fer. Ses deux grands côtés font-refendus de traits de fcie»enforte que de quatre, pouces en quatre ponces j.on» y puiile palfer un gros El d’archal, avec lequel on coupe les pains de favon dans: toute l’étendue du caiifon ; & quand, ils font coupés en long de Tépaiifeurv de quatre pouces r jufqu’au bout de la table on ouvre le caiifon , on tire.-le favon coupé en long» & fi* l’on-veut avoir- des- pains façon de Gayette’,. on les. coupe de travers-, avec, un couteau, mince 5 de forte que d’une bande; *n en fait plufieurs parallélépipèdes.,
- 139. Qu an le-favon eft coupé, un ferviteur enlève les morceaux de.-déifias la table & les met mtour » c’eft-à-dire , fur- le plancher , mettant les; morceaux de favon.les.uns à- côté- des autres, pour former le rond qulon*, nomme- tour*.On lailfe un peu de jour à chaque extrémité, des pains,, pour; qjti’ijs.puiflent être- plus tôfcfècs» ce qui exige quelquefois un jour & demi ou, deux jours. Enluit-e on applique- la marque du fabriquant fur les quatre; Laces :: quelquefois c.ette; marque porte.-le. nom du fabriquant j alors.le fiLVOQi affile- à la place. q4 on l’a. mis jufqu’à ce qu’on l’enaaiiîk
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- 140. Tl eft à propos de remarquer que les pains de favon qu’on a levés des mifes, font aufîi marqués de la même marque du fabriquant, aux endroits, qui ont été coupés , & cela dès qu’ils ont été mis en pile ; & afin que la fleur de chaux qui eft encore attachée à chaque pain de favon, ne s’ei*-fonce pas dans la pâte, ce,qui arriverait fi on les mettait ainfi poudrés en pile , un ferviteur, avant de les y mettre, a le foin, dès qu’on les a levés des mifes, de les épouffeter l’un après l’autre avec un balai de palme fort doux & fouple, enforte qu’ils font aufîi unis deifous que défiais; les pains entiers font portés dans les magalins de la fabrique. Voilà ce que nous avions à dire du favon blanc : il faut maintenant parler du favon marbré.
- Maniéré de faire le favon marbré.
- 141:. Le favon marbré eft, comme l’on fait, veiné de taches bleuâtre* & rouges : il eft aufîi plus dur que le blanc : pour cette raifon on le préféré pour le tranfporter dans les pays chauds; & parce qu’il eft plus chargé de fel, il eft eftimé meilleur que le blanc pour les greffes leflives.
- 142. Pour faire ce favon, on prend, par fuppofition, vingt cornudes de la fécondé leftive de barille, que l’on jette dans la chaudière avec cinquante jufqu’à foixante-dix milleroles de bonne huile d’olive. On conçoit bien que ces quantités dépendent de la grandeur de la chaudière.
- 143. On met enfuite le feu au fourneau pour faire bouillir la matière * qui, après cinq ou fix heures de tems , commence à pouffer au - deffiis des flots de leftive. Lorfqu’elle a bouilli ainfi pendant vingt-quatre heures, & que la matière commence de fe lier , on y jette dix autres cornudes de la même leftive; & en foutenant toujours l’ébullition, on continue d’y ajouter par intervalle tantôt cinq, tantôt dix cornudes de leftive, fuivanfc qu’on voit que la matière eft plus ou moins liquide , & cela jufqu’à ce qu’011 voie qu’elle ne pouffe plus au-dehors des flots de leftive: ce qui marque que l’huile eft incorporée avec la leftive , & que ces deux fubftan-ces ne font plus qu’un même corps. Après 'cette manœuvre , qui fe fait ordinairement en deux jours, on jette dans la chaudière quarante livres de couperofe, qu’on a délayées avec cinq ou fix cornudes de la fécondé leftive de bourde. Pour que la couperofe pénétré dans toute la^maffe de favon, 011 l’entretient toujours bouillante , jufqu’à ce qu’elle devienne noire; alors on difcontinue le feu , & on laiffe repofer la matière pendant deux heures ; puis on fait écouler par l’épine toute la leftive qui ne s’eft point incorpo* rée avec l’huile ; & ayante refermé ce canal, 011 remet le feu au fourneau comme auparavant, & l’on jette en même tems dans la chaudière environ foixante cornudes de leftive de diverfes qualités, dont la pâte prend 4
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- fübftance en bouillant pendant environ ving-q-uatre' heures, aù bout de£. quelles on tire encore la leffive qui refte au fond de la chaudière ; ce que-l’on continue toutes les vingt-quatre heures, eh obfervant d’ôter chaque fois le fendu fourneau , pour laiffer repofer la matière avant que d’ouvrir le trou de l’épine, pour que le favon le divife & fe fépare de la lefîive ÿ, fans quoi il fortirait avec la lefîive. Lorfque la matière a bouilli pendant-neuf ou dix jours, & que l’on fent, par une odeur de favon, qu’elle elt fuffifamment cuite, on ôte le feu du fourneau , & l’on fait écouler comme auparavant, par le trou de l’épine, la mauvaife lelîive i on prend en fuite-environ dix ou douze livres de ce brun rouge (quelques-uns prétendent qu’on y mêle de l’orpiment ) ; on détrempe ce brun dans une cor-nude avec de l’eau .commune ; ou jette cette couleur fur la matière j & après avoir mis une planche en travers fur le milieu de la chaudière, il fe met deffus deux ouvriers, qui ont chacun une grande perche , à l’extrémité de laquelle eft attaché un bout de planche de dix pouces en quarréi ils mêlent la matière avec cet infiniment pendant environ une heure tandis que d’autres ouvriers jettent dans la chaudière , d’intervalle à autre ,, jufq.u’à'cent cornudes de différentes leffives , des qualités que le maître-valet juge à pro.pos d’y mettre j & cela pour rendre la matière marbrée : ce qui fe fait en pouffant cette perche jufqu’au fond de la chaudière, & la reniant brufquement, pour que la lelîive puiffe pénétrer par-tout,. & faire 'une marbrure égale. Comme l’huile eft raffailée de lelîive , celle qu’on ajoute? île fert prefque qu’à rendre la pâte liquide.
- 144. Après çetle manœuvre , on tire la matière avec des féaux de cuivre ou poêlons, & on la jette dans les mifes pendant qu’elle eft encore-chaude, pour former les pains de favon , qui durcit dans les mifes à mefure? que la matière fe refroidit! c’effc pour cela qu’on eft obligé de l’y laiffer dix ou douze jours, en été , au lieu qu’en hiver trois ou quatre jours fiifiifent pour qu’il foit en état d’ètre coupé en grands pains, ce qui fe fait avec le-grand couteau, de fabrique S, pL I ,fig. 11. Il eft gouverné par un ouvrier qui le tient par le manche, tandis qu’un autre le tire par l’autre? bout avec une corde. Ces grands pains, qui font des parallélépipèdes de fehze pouces de largeur ,fur fept d’épaiffeur, font recoupés enfuite en vingt-quatre petits pains avec l’inftrument V.,
- 145,. Il eft à obferver que , pendant que le favon fe refroidit dans les mifes, il. en fort beaucoup d.e.lefîive qui n’a été mife que pour le rendre-marbré: elle sléçoule par des petits trous qu’on laide exprès au bas des. mifes ; cette lefîive n’ayant pas perdu toute fa force , peut fervir encore-à faire d’autre fa-von y & cela prouve que l’huile eft chargée de fel autant qu’elle-le çeut être*, ce. qui fait que ce.favon eft très-fiffids,
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- Noies fur la proportion^ des fubfiances qui entrent dans le favon.
- 146. Une millerole d’huile d’olive eft une jarre ou un vafe de terre verniifé , qui contient communément ibixante pintesmefure de Paris, ou cent treize à cent dix-huit livres d’huile poids de marc, plus ou moins, fai vaut qu’elle eft pure & claire ou chargée de lie,
- 147. Chaque millerole d’huile de cette capacité, doit produire cent douze livres, poids de marc, de favon blanc ou marbré; par conféquent dans une cuvée de favon marbré , où il entre foixante-dix milleroles d’huile, on doit obtenir cent vingt-fix quintaux de favon, pendant qu’une cuvée de favon blanc , où il n’entre que trente milleroles d’huile, n’en produit que cinquante-quatre quintaux. La raifon eft, à ce qu’011 prétend, parce qua dans -celle-ci on 11’ouvre point l’épine pour laiifer couler la leffivç ufée , que toute la leffive qu’on y met doit entrer dans le favon; & que fi l’on mettait autant d’huile que pour le favon marbré , les matières venant à fe gonfler en bouillant, elles fe répandraient par-deifus les bords de la chaudière ; & on fait pour -cette raifon moins cuire l’huile pour le favon blanc que pour le marbré.
- 148. Il faut pour le favon blanc cent livres, poids de marc, de cendres d’Alicante par chaque millerole d’huile ; & pour le favon marbré , ou emploie pour chaque millerole d’huile cent livres de barille & cent livres, de bourde. Voilà l’ufage de quelques fabriques ; mais pour avoir quelque ehofe de précis , il faudrait employer pour une épreuve, le fel qu’011 peut retirer de la cendre, & celui qu’on peut obtenir de la barille & de la bourde* c’eft auflî ce qu’à fait M. Geoffroy, dans les expériences que nous allons rapporter.
- 149. Suivant M. Geoffroy, cent quinze livres’d’huiîe étant combinées avec fuffifante quantité de leffive , fourniffent cent quatre-vingt livres de {avon s d’où il fuit que dans cette quantité de favon il y a foixante-cinq livres de fel de fonde, de chaux & d’eau ; & il conclut de plufieurs expériences » qu’une livre de favon d’une bonne confiftance, contient à peu près dix onces un gros1 cinquante-quatre grains d’huile, quatre onces trois gros quarante grains de fel, & une once deux gros q.uarante-huitgrains d’eau.
- 150. Mais, pour avoir quelque ehofe de plus exadt, M. Geoffroy a calciné deux onces de bon favon, & il lui eft refté quatre-vingt-feize grains de fel très-fec ; il y a ajouté quatre-vingt-fèize grains d’eau , & il a eu deux gros quarante* huit grains de fel cryftalliic , ce qui,établit la quantité, de fel contenue: dans deux onces de favon.
- i<ÿi. Pour connaître combien cette même quantité de favon contient d’huile j il a fait, diifoudre deux onces de ce favon dans trois demi-feptkrs
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- d’eau, & pour ravir à l’huile fon alkali, lia verfé de l’huile de vitriol fut cette diffolution; & ayant étendu ce mélange dans de l’eau chaude, il a retiré une once trois gros vingt grains d’huile. ,
- 1^2. Ainsi M. Geoffroy a trouvé par cette analyfe, que deux onces de fa-von d’Alicante contiennent deux gros quarante-huit grains de fel de foude , une once trois gros vingt grains d’huile d’olive , & deux gros quatre grains d’eau. *
- i S3- Quand M. Geoffroy a fait ces expériences avec du favon fait avec du fel de foude , l’acide vitriolique lui a donné du fel de Glauber ; quand il a employé du favon fait avec de la potaffe , l’acide vitriolique lui a donné du tartre vitriolé. Dans l’un & l’autre cas , l’acide vitriolique a fait avec la chaux un fel pierreux ( i g ).
- IÇ4. En conféquence de ces principes, M. Geoffroy s’eft propofé de re-compofer du favon s & ayant fait fondre dans deux onces d’eau de chaux , trois gros de cryftaux de foude , & une once quatre gros quarante-neuf grains d’huile d’olive , après quelques jours de digeftion, il a eu du favon en pâte, mais d’une odeur beaucoup moins défagréable que le favon ordinaire.
- Maniéré défaire du favon à froid ; quelques moyens qui tendent à économifer les fubfiances dont on retire les kjfvves.
- î S1) - Une perfonne s’étant propofé d’établir une favonnerie , dans laquelle elle ferait du favon à froid, fans lui donner aucune cuiffon, j’acceptai la pro-pofition qu’elle me fit d’en faire de cette façon dans mon laboratoire. Je pris pour cela huit jarres ou grands pots de grès, au fond defquels je fis un petit trou j j’emplis tous ces vafes de foude & de chaux vive pulvérifées & mêlées enfemble, à la dofe qui eft en ufage dans les favonneries > je verfai de l’eau fur le premier pot, & je confervai la leffive qui coulait par le trou qui était au bas du pot, tant que par l’épreuve de l’œuf je reconnoiflais qu’elle était forte j mais quand elle devenait faible, je la verfais fur le fécond pot : je con-fervais la leffive du fécond pot tant qu’elle était très-forte, puis ce qui en venait était mis fur le troifieme pot, & ainfi fucceffivement fur les huit pots, faifantpaffer toujours la leffive de l’un dans l'autre ; mais j’avais grand foin de ne conferver que la leffive qui était très-forte, & toutes les faibles leffives qui venaient des différens pots étaient confervées à part pour les verfer fur ' les pots lorfqu’on les aurait remplis de nouvelles matières.
- 156. L’entrepreneur vint, & fit le mélange de cette leffive qui était fort
- (18) Il paraît par ce que j’ai dit ci-deflus, graille foifonne beaucoup plus que celui note 17 , que le favon Lie avec de la bonne qui eft fait avec de l’huile.
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- acre, avec de l’huile fort claire, mais un peu grade, obfervant une dofe convenable. Au bout de deux ou trois jours, il s’était formé fur un peu de leffive qui était au fond , une pâte de favon ; & ayant retiré la petite quantité de lef-llve qui était de/Tous, j’ai eu, après une huitaine de jours, un favon affez ferme , à la vérité un peu gras, mais fort bon. Il relie à favoir s’il y a de l’économie à fuivre cette méthode. Il eft vrai qu’on n’emploie pas de bois ; mais je crois qu’on ne retire pas des matières falines tout ce qu’elles contiennent de felj & il eft important, pour réuflir, de n’employer qu’une leffive très-forte. Ainfi je crois qu’on perd plus fur les matières falines, qu’on n’écono-mife fur le bois. Je fais le même reproche à la méthode des favonniers qui retirent leur leffive dans les bugadieres : ils n emploient que de l’eau froide, qui ne peut pas extraire tout le lèl ; auffi eft-il certain que les matières qu’on rejette en font encore très-chargées , puifqu’elles font âcres j d’un autre côté, les leffives qu’on fait couler des chaudières & qu’on rejette , ont auffi de l’â-creté. C’eft pourquoi, comme je l’ai déjà dit, je crois que les fabriquant pourraient retirer une bonne leffive des matières qu’ils rejettent, en confer-vant pendant long-tems ce qu’ils tirent des bugadieres, fous des halles fort aérées, puis les mêlant avec de nouvelle chaux, & les faifant calciner comme nous avons dit qu’on faifait la potaife, les pilant de nouveau fi on le jugeait néceffaire, & les arrofant dans les bugadieres avec les leffives qu’on retire par l’épine du fond des chaudières. Ces leffives , qui ont encore de l’aéfcivité , di£ foudraient les fels fi on les verlait chaudes dans les bugadieres. Toutes ces, opérations pourraient fe faire avec aflez d’économie, fi l’on fe fervait du fourneau représentépL I,fig. i , 2, 3 ; le feu qu’on ferait fur la grille G, calcinerait les matières qu’on mettrait dans la chambre I yfig* 3 ; le même feu chaufferait les vieilles leffives qu’on mettrait dans les chaudières L, L ; & les cendres qui tomberaient dans le cendrier F , pourraient être mêlées avec de la chaux, puis calcinées avec les autres matières dans la chambre Ir & être employées utilement en les mettant dans les bugadieres-
- 1 $7. Dans quelques endroits ,les. favonniers vendent leurs leffives graffesr aux bîanchiilèafes. Je crois qu’ils auraient plus de profit en les employant eux-mêmes. Ce que nous venons de dire s’accorde, à merveille avec une; épreuve qu’a faite M. Geoffroy, & que: nous allons rapporter..
- Procédé de M. Geoffroy pour faire & froid du fàvon foHd’e1.
- I£8, Pour faire la: leffive , M- Geoffroy a pris cinq livres- de- chaux’ vive: fartant du four, dix livres.de bonne fbuck d’Alicante pulvérâlée & palliée -am tamis die crin..
- 3 Ayant partage la. fonde & lg; chaux m deux parties.-, égales.»* fit mat là*
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- chaux concaflee dans des terrines de grès, & la couvrir avec la foude puîvè** rifée. Il verfa fur ce mélange de l’eau chaude pour faire fufer la chaux; en-fuite il agita ce mélange avec une fpatule de bois blanc: il employa pour chaque terrine environ huit pintes d’eau. Il laiffales terrines en cet état pendant douze ou quinze heures; puis il filtra la lefiive par un papier gris.
- 160. Il mit enfui te le marc dans une marmite de fer bien nette, avec dix pintes d’eau, qu’il fit bouillir une heure; puis il la filtra comme l’autre lefiive, par le papier gris , & conferva à part cette fécondé lefiive,-Comme ces leflives n’étaient pas affez fortes pour faire du favon à froid, ii mit cette fécondé lef. live, qui était déjà afTez forte , dans une marmite de fer bien'nette , pour la concentrer par l’ébullition ; & à mefure qu’elle s’évaparait, il la faifait remplir avec la première lefiive qui avait été tirée à froid ; ce que l’on continua jufqu’à ce qu’il fe fat formé une pellicule faline fur la liqueur.
- 161. Cette lefiive devint noire à caufe qu’elle avait attaqué le fer de la marmite; mais ce n’eft pas un inconvénient. Si en cet état de concentration on en verfait une goutte fur un morceau de verre, elle fe congelait fur-le-champ. On trouva au fcvid du vafe un fel cryftallifé parlâmes , qui étant fondu dans un creufet, donna une bonne pierre à cautere.
- 162. Quand la lefiive fut à ce degré de concentration, on la laiffa un peu refroidir, puis on l’entonna dans des bouteilles qu’on tint bien bouchées, pour que cette lefiive, qui elt avide d’eau, n’afpirât pas de l’humidité de l’air, ce qui l’aurait affaiblie.
- 163. Voila ce qui regarde la préparation de la lefiive; & l’on doit remarquer que par l’ébullition 011 a retiré des fels qui ne s’étaient pas dilfous dans l’eau froide. Comme cette lefiive était deftinée à faire du favon fans feu , il était important qu’elle fût très-concentrée, & elle l’eft quand il fe cryftallifé du fel au fond des vafes , où on la lailfe perdre une partie de fa chaleur. Ayant fait cette opération dans des terrines de grès , M. Geoffroy eut une lefiive couleur de paille, quoiqu’autant concentrée que celle qui avait été évaporée dans la marmite de fer; & en cet état, elle eft propre à faire du favon blanc.
- 164. Pour faire le favon, M. Geoffroy verfa de cette lefiive dans une jatte de faïance , & y ajouta deux parties de bonne huile d’olive. En l’agitant avec une fpatule de bois blanc, il vitfur-le-champ le mélange prendre une confiftance femblable à du beurre ; il tint ce vafe dans un lieu fec & un peu chaud, ayant foin de remuer de tems en tems le mélange. Au bout de cinq à lix jours le favon prit fa confiftance, & il était en état d’ètre mis aux mifes pour achever de le deifécher ; ce qui fe fit en quinze jours.
- 165. Comme dans les fabriques il faut vifer à 1 économie, je perde en général , que le favon qu’on fait fans feu doit coûter plus que l’autre, & que
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- les moyens que M. Geoffroy a employés pour faire fa leffive n’y feraient pas praticables ; mais on produira à peu près le même effet, fans augmenter beaucoup les dépenfes, en employant les moyens que j’ai propofés plus haut.
- 166. Pour les favons dont nous avons parlé, nous avons dit que l’huile grade avait plus de difpofltion à fe lier avec les fels alkalis, que celles qui étaient très-coulantes ; mais qu’il fallait qu’elles fuffent claires, &, comme difent les favonniers , lampantes. Nous avons dit comment on paifait à la chaudière celles qui étaient fales i mais pour tirer parti des lies dans les fabriques où l’on fait de beau lavoir, on les raffemble dans une cuve ou une pile , dans un lieu alfez chaud pour que l’huile ne fe fige pas : la lie épailfe fe précipite au fond , & onramaffe l’huile claire qui fumage pour la faire entrer dans le bon favon ; mais pour des favons de moindre qualité, on cuit le tout en favon , principalement quand on fait des favons en pâte , qu’on appelle noirs. Il y en a qui vont dans les villages acheter des lies pour en faire des favons communs, qui communément fe vendent en pâte.
- 167. M. Geoffroy, qui, comme nous venons de le dire , a fait des recherches fur le favon, penfe , comme tout le monde, que toutes les huiles graf-fes qu’on unit par digeftion ou par ébullition à une leffive de fels alkalis, concentrée & rendue cauftique, fait du favon ; mais il ajoute que toute huile graffe ne le donne pas en forme feche comme celui qu’011 fait à Alicante & à Marfeille i il prétend qu’on ne fera jamais que du favon en pâte avec l’huile de lin, quoiqu’on emploie une lefîive très-concentrée ; cette huile fe grumele, dit-il, & ne fe congele point par le froid, comme le font les huiles d’olive & de lin. Or, fuivant lui, les huiles quife gelentaifément, font propres à faire les favons folides. On a vu que dans les fabriques il arrive quelquefois que le favon fe grumele dans les chaudières , & que les bons fabriquais parviennent à le réduire en pâte. J’ai fait du favon en pain & affez dur, avec des huiles de graines i néanmoins je me garderai de nier ce que M. Geoffroy avance ici, n’ayant pas fait affez d’expériences pour éclaircir ce fait, & n’ayant jamais employé de l’huile de lin pour faire du favon. Quoi qu’il en foit, après avoir fuffifamment détaillé la façon de faire les favons en pain, je vais rapporter comment on fait le favon en pâte, qu’on nomme communément le favon noir ou liquide.
- ' Du favon tendre & en pâte.
- 168. Ces favons fe font comme ceux en pain , avec des huiles, des fels alkalis & de la chaux. On fait beaucoup de ces favons en Flandre & en Picardie, probablement parce qu’on recueille dans ces provinces quantité de graines dont on retire l’huile. Il y en a de grandes fabriques à Lille ; on en fait aullî à Abbeville, à Amiens & à Saint-Quentin j entre ces trois différens endroits,
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- e’eft celui de Saint-Quentin qu’on eftime le plus, puifqu’il Te vend dix-fept livres, pendant que celui d’Amiens ne fe vend que quinze livres, & celui d’Abbeville encore moins: on en fait encore en plusieurs autres endroits; mais j’ignore quelle eft leur qualité.
- Des huiles qu'au emploie pour faire le favon en pâte.
- 169. Les fabriquatis conviennent unanimement qu’ils, peuvent faire cfe leur fàvon avec toutes fortes d’huiles ; mais celle d’olive eft trop chere: celle de poilfon fait un favon d’une odeur très-défagréable. J’en ai fait pour expérience avec des grailles : il était ailéz beau, & avait peu d’odeur vmais pour cela il faut employer de belles grailfes , & elles font très-cheres ; les petits, fuifs & les vieilles, grailles font de vilain fàvon, qui refte toujours tendre» & fent mauvais.
- 170. Comme les huiles de noix, de pavot, de fin, s’emploient pour les peintures, elles font communément trop cheres pour être converties en favon. Ainfi dans les fabriques dont il s’agit, on nremploie guere que les huiles. de colza, de chenevis & de navette , &c. Je répéterai encore ici, que les huiles gralfes & épailfes s’incorporent plus aifément avec les fels , que celles, qui font fort coulantes.
- Des fels qu'on emploie pour faire le favon en pâte.
- I7r. Les fabriquans redoutent les fubftances qui contiennent beaucoup de fels moyens ; c’eft pourquoi ils ne font point ufage de la foude de varech » dans laquelle il y a beaucoup de feI marin.
- 172. Quelques-uns prétendent que la foude dekaline leur convient pas» parce qu’elle rendrait leur pâte trop ferme; outre que je ne regarderais pas cela comme un défaut, il me paraît qu’en cuifant moins le fàvon » on parviendrait à avoir une pâte qui ne ferait point trop ferme ; mais la vraie rai-fon qui empêche les favonniers d’employer les foudes d’Alicante ou de Car-thagene , eft qu’elles font trop cheres. Ainfi le feul fel qu’on emploie dans ces favonneries, eft la potaife qu’011 tire deDantziek : il y en a, comme nous l’avons dit plus haut, de grife , de blanche & d’autres couleurs. Au refte, on choifit la potaife qui a une odeur lixivielle , & une faveur âcre & piquante.
- De quoi eft compofée la lejftve.
- 173. Cette potaife, & de la chaux vive qui en augmente lacauftieité, font les feules fubftances dont on fe fert pour faire la leiîive ; mais dans la Flandres on fait la chaux avec de la pierre dure, ou avec une pierre tendre
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- qui différé peu de la craie. On préféré pour les bâtimens la chaux de pierre dure; mais celle de pierre tendre eft choifte par les favonniers , non feulement parce qu’elle eft à meilleur marché , mais encore parce qu’elle fe réduit plus aifément en poudre.
- Comment on fait h leffive.
- 174. On étend par terre une certaine quantité de potaffe , que Ton cou-' caife , s’il en eft befoin, pour que les plus gros morceaux foient au plus comme des noix; on en forme ainfi un lit que l’on couvre de chaux vive à peu près en égale quantité que de potaffe ,& quelques-uns y ajoutent une troilieme couche de fougère ; puis avec de la leffive très-faible qu’on a puifée dans des arrofoirs, on en verfe feulement ce qu’il en faut pour humecter la couche de chaux, afin qu’elle fufe & fe réduite en poudre. Quand quelque tems après la chaux eft réduite en poudre, 011 remue avec une pelle de fer la chaux & le fel, pour que ces deux fubftanees foient bien mêlées enfemble , & qu’elles fe pénètrent mutuellement : c’eft ce que les favonniers nomment U levain, qu’on laiffe fe raffeoir jufqu’à ce que la potaffe qui a pris l’humidité de l’air, & qui s’eft auffi un peu chargée de la leffive dont on a arrofé le mélange, commence à fondre, & que le tout devienne pâteux.
- 17?. Quand le levain eft en cet état, 011 le tranfporte dans le premier bac,’ qui eft quelquefois bâti en briques avec mortier de chaux & ciment, comme font les bugadieres de Provence, dont nous avons parlé; ou bien c’eft une futaille faite de planches de chêne d’un pouce d’épaiifeur, & cerclée de fer. On les établit fur une citerne, qui eft auffi un baquet de bois , mais fcellé dans un maffif de brique. Dans les fabriques ordinaires , il y en a quatre & un pareil nombre de citernes. Dans d’autres , il y en a un plus grand nombre î mais il en faut au moins quatre; & il eft à propos de remarquer qu’il n’y a que la leffive de la première citerne qui ferve à faire le favon; les autres font: deftinées à épuifer le fel qui eft refté dans le levain.
- 176. Lorsqu’on a encuvé le levain, e’eft-à-dire, quand on en a mis dans le premier bac ou la première tonne, 011 verfe deffus de la leffive faible qu’on a tirée de la fécondé tonne & puifée dans la citerne , où on la laiffe en trempe affez de tems pour que la faible leffive puiffe fe charger des fels âcres du levain. On leve alors une broche de fer quifferme un trou pratiqué au milieu du fond de cette première futaille , pour que la leffive s’écoule dans la citerne qui eft deffous. Lorfque cette première charge s’eft écoulée, 011 abaiffè la barre de fer pour fermer le trou qui eft au fond de la tonne , & on remet une fécondé charge de la même leffive faible , ce qu’on répété deux, trois & quatre fois, jufqu’à ce qu’on ait emporté au levain la plus grande partie dç
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- ces fels ; ce qu’on reconnaît en recevant dans une grande cuiller de la leffive de la derniere charge; & au moyen d’un œuf frais, on connaît fa force, comme nous l’avons dit en parlant du favon blanc.
- 177. Quand ce qui s’écoule du levain a perdu la force qui lui convient» 011 retire le levain de la première tonne, on le met dans la fécondé tonne, & on verfe delfus de la leffive faible pour en retirer ce que le levain déjà lavé, peut encore contenir de fel. On met dans la première tonne du levain neuf, & on le charge de la leffive qu’011 tire de la citerne qui eft fous la fécondé tonne; quand on a chargé une ou deux fois de leffive faible cette fécondé tonne, on en tire le levain, on le met dans la troifieme tonne, & on le charge avec la leffive qu’on tire delà troifieme citerne ; enfin on met ce même levain dans la quatrième tonne, qu’on charge avec de l’eau pure ; & quand on a reçu la faible leffive qui en coule dans la quatrième citerne, on regarde, ce levain comme entièrement épuifé de fels , & on le jette. Ainfi on fait paifer le même levain fucceffivement dans les quatre tonnes, & la derniere chargée avec de l’eau douce ; la fécondé eft chargée avec la leffive qu’on tire de la première citerne ; la troifieme, avec celle qu’on tire de la fécondé citerne ; enfin la quatrième , où le levain effc neuf, eft chargée par la leffive qu’on tire de la troifieme citerne ; & la leffive que contient la quatrième citerne, qu’on fait ordinairement plus grande que les autres , eft la feule qui ferve à mettre dans la cuve. Les favonniers ont plus ou moins de tonnes, fuivant la quantité de favon qu’ils fabriquent ; mais on eftime que quatre bacs font fuififans pour extraire le fel d’un levain. Je crois néanmoins qu’on en retirerait encore plus, fi l’on pouvait charger les deux premières tonnes avec de l’eau de chaux qui fût chaude; & peut-être le ferait-elle allez fi on employait cette eau auflL»-tùt que la chaux eft éteinte , & avant qu’elle fût refroidie..
- Comment on charge la chaudière.
- 17g.. Da"ns cette fabrique, la chaudière a un fond de fer battu, & î’e ïefte eft en maçonnerie, comme celles des fabriques de favon blanc. Elles font de différentes grandeurs, fuivant la force des fabriques; les plus grandes çuifent à la fois douze à quinze milliers de favon.
- 179. Il eft indifférent de les chauffer avec de la tourbe,, de la houille ou: du bois ; ainfi on choifit les matières combuftibles qui coûtent le moins..
- 180.. On met. d’abord l’huile dans la chaudière, & enfuite la leffive dans la proportion à peu près du produit de cent vingt-cinq livres de bonne potalfe pour deux cents livres d’huile , ce qui doit fournir à peu près trois cents vingt-cinq livres de favon; ainfi l’eau & la chaux qui reftent dans le: fevon ,compenfent le déchet des parties terreufes, de la potaffe..
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- 181. On commence par un petit feu, & l’augmentant un peu, on le continue jufqti’à ce que l’huile & la lefliye bouillent j alors le fabricant doit examiner fi la leflive s’unit avec l’huile, ou, comme les ouvriers difent, fi ces deux fubftances prennent liaifon & forment collage.
- 182. L’union étant faite, il s’agit de la conferver ; c’eft un point elfen* tiel, & le prétendu fecret des fabricans, chacun difànt avoir une pratique préférable aux autres.
- 183- Effectivement cette liaifon fe fait quelquefois trop forte ; d’autres fois trop faible, & aufli quelquefois elle ne fe fait point du tout. Le talent du fabricant confifte à favoir, par la force du feu & celle des leflives, diminuer le collage quand il eft trop fort, le fortifier quand il eft trop faible, & aider à la liaifon quand elle 11e fe fait pas.
- 184. Il eft quelquefois arrivé que des fabricans ne pouvant y réuflîr, ont été obligés de vuider leur chaudière , & de recommencer avec de nouvelles matières. Ces accidens me font arrivés dans des expériences que je faifais en petit dans mon laboratoire, fans que j’aie pu favoir d’où cela dépendait ; & fi je croyais pouvoir conclure quelque chofe de mes petites épreuves, je dirais qu’il faut commencer la cuite avec de la leflive médiocrement forte, pour épaiflir l’huile par une cuiifon un peu longue, enfuite nourrir le braflin avec de forte leflive , augmentant le feu à propos , comme il eft dit à l’occafion du favon qu’on fait en pain.
- 185- Mais ce qui embarraffe le plus le fabricant, eft quand le braflin, qui a pris d’abord une liaifon convenable, perd tout d’un coup fa liaifon. Je: foupçonne que dans ce cas, il faudrait lailfer refroidir le braflin, retirer l’huile fi elle fe féparait de la leflive, puis la remettre dans la chaudière, & recommencer l’opération comme fi l’on n’avait rien fait. Mais c’eft là une pure conjecture.
- 186. Quand le favon conferve fa liaifon, on le nourrit avec de la leflive’ forte , & l’on augmente le feu pour difliper l’humidité liirabondante qui empêche l’union du favon ,pendant que la leflive devenant plus forte par la dif-itpation de l’humidité, elle s’unit à l’huile; & alors on donne au favon la. cuiifon qui lui convient : c’eft le point qu’il n’eft pas aifé de faifir, d’où dépend néanmoins la bonne ou la mauvaife qualité du favon. Mais connaît-on ce point important par l’épaiflilfement de la pâte , ou par la forme des bouillons? C’eft ce que je ne fais pas pofitivement : il faut un grand ufage pour ne fe point tromper fur ce degré de cuiifon.
- 187. On peut demander pourquoi ce favon ne prend pas-de la confit tance comme celui qu’on fait en pain.. M.. Geoffroy , comme nous l’avons dit, en attribue la caufe à la différence des huiles, prétendant que plus les huiles- ont de difpofition à fe congeler par le froid , & plus elles font pro-
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- près à faire du favon en pain. Je crois que la nature des fe1s y contribue beaucoup ; car on fait que la potaffe eft un alkali végétal fort avide d’humi-dité ; au lieu que les fels qu’emploient ceux qui font du favon en pain , la barille, la bourde, les cendres du Levant, contiennent un alkali de la nature de la bafe dû fel marin , qui tombe en farine à l’air j mais je me garderai d’aifurer que ce foit en ce feul point que confifte la différence qu’on remarque en ces différens favons : je n’ai pas fur cela des çonnaiffances affez poli-tives pour me décider»
- Sur la différente qualité des favons en pâte.
- 188- Le firvon qu’on fait avec l’huile de chenevis, eft verdj celui qu’on fait avec les huiles de colza & de navette, eft brun, tirant au noir. Quelques-uns, je ne fais pour quelle raifon, eftiment cette couleur. Il y a des fabricans qui mêlent dans leur compolition une teinture qu’ils font avec la couperofe & la noix de galles : c’eft une efpeçe d’encre qui ne paraît pas devoir augmenter la bonté du favon.
- 189- Le favon non fophiftiqué, qui, dans le quart & en maIfe, paraît noir , fe montre verd de pré quand on l’expofe au jour en lames minces.
- i9Q. Le favon qu’on nomme mal-à-propos liquide., & qu’il eft plus convenable de nommer en pâte.i ne doit point être trop mou ; on déliré qu’il foit à peu près comme de la glu : il doit être ferme, clair, tranfparent quand on en place une lame entre l’œil & la lumière ; fur la langue , il doit avoir de la faveur. Il faut qu’il fonde promptement dans l’eau, qu’il forme à la fur-face beaucoup de moulfe blanche & légère. Si l’on s’en fert pour dégraiffer la laine, il faut qu’au fortir du bain elle foit dégraiffée dans l’intérieur aufti parfaitement qu’à l’extérieur : le bon favon la rend blanche , bouffante , légère & douce au toucher.
- 191. C’est un grand défaut à ces favons que d’être trop mous: il eft vrai que par les terns froids ils prennent de la fermeté j mais alors on connaît leur défaut en plongeant dedans une fpatule; car ce favon trop mou forme de grands filets Comme les vermicelli ; au lieu que celui qui n’a pas ce défaut, rompt. Dans les tems de chaleur, ces favons trop mous deviennent coulans,& quelquefois ils fe corrompent. On remarque auffi , quand il fait chaud, que les favons mal fabriqués ont une couleur terne : ils font fades fur la langue , ils mouffent peu ; & fi l’on s’en fert pour dégraiffer la laine, ils n’enlevent que la graiffe qui eft à l’extérieur ; & en écharpiffant les floc-cons pour les faire fécher, on apperçoitque l’intérieur eft gras.
- ' 192. Il n’y a que les fabricans qui ont fait dégraiffer la laine pour leur
- yfage , qui remarquent ce défaut, Ceux qui yendent des laines filées, ne fqnj:
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- pas fâchés qu’il y refte du gras dans l’intérieur, parce que le poids en eft augmenté; mais cette graiffe que le foulon doit emporter, rend les étoffes creufes & molles. On voit par-là combien il eft important d’employer de bon fa von, puifque ces (avons , qui devraient avoir plus d’aCtivité que les favons en pain, en ont beaucoup moins.
- 193. On doit encore éviter que les favons en pâte aient une mauvaife odeur : en général, ils en ont toujours plus que les favons blancs ; mais quand elle eft considérable, on peut être fur qu’on y a fait entrer de l’huile de poilfon , ce qui eft très-expreffément défendu.
- 194- Voila ce que je favais fur la fabrique des favrtns en pâte ; mais ayant appris qu’il y en avait de grandes fabriques à Lille en Flandres, j’engageai M. Fougeroux deBlaveau, mon neveu, capitaine d’infanterie, & ingénieur ordinaire du roi, qui était alors en réfidence à Lille, de me faire part de ce qu’on faifàit dans ces fabriques, qui font plus confidérables que celles que je viens de décrire. Il a répondu à mon invitation, en m’envoyant un mémoire très-détaillé, que je crois devoir faire imprimer en entier avec les figures qui y étaient jointes.
- 195:. La différente difpofition.de ces fabriques, contribue à la perfection de notre art.
- Fabrique de favon en pâte, établie à Lille en Flandres, décrite par M. Fougeroux de Blaveau.
- 196. Le favon en pâte eft, comme toutes les efpeces de favons, un compofé d’huile rendue mifcible a l’eau par l’intermede d’un alkali. Il différé du favon blanc, 1*. par fa couleur, qui eft brune ou verd foncé ; 2°. par fa confiftance3 qui n’eft jamais folide, mais en pâte molle & gradé : du refte il a les mêmes propriétés que les favons blancs ; fon effet eft même plus actif, ce qui fait qu’on le préféré pour dégraiffer les laines dans les manufactures de draps 3 de couvertures, &c.
- 197. On fabrique beaucoup de favon mou en Flandres, en Picardie , en Hollande ; en général, celui de Picardie eft le pus eftimé & le plus cher, enfuite celui de Flandres , & en particulier de Lille. En Hollande, on en fabrique de différentes qualités , dont plusieurs ont une très-mauvaife odeur, à caufe des efpeces d’huile qu’on y emploie.
- 198. Les huiles dont on fait le favon en Flandres, fe divifent en huiles chaudes & huiles froides : ce font là des termes de fabrique. Eii Picardie, on nomme ^ jaune , celle que les Flamands nomment chaude ; & huile verte , celle que les Flamands nomment froide. Les huiles qu’on nomme chaudes.
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- font celîes de lin, de chenevis & $ œillet. Les huiles froides, font celles de col^a & de navette.
- 199. En général , les huiles dites chaudes font plus cheres que les huiles froides, fur-tout à Lille, celle de colza fe recueillant dans les environs de cette ville.
- 200. On pourrait aufli fabriquer du favon avec de l’huile de poiffon; mais fon odeur eft infupportable, ce qui fait qu’elle eft profcrite par tous les fta-tuts des favonniers , & qu’il leur eft défendu d’en employer, fous peine d’une amende très-confidérable. En Brabant, ils jurent même à leur réception , de ne jamais en faire ufage, foit en total ou en l’alliant avec d’autres huiles : on 11’en emploie qu’en Hollande , & cela a décrié leur fabrique.
- 201. Les matières dont on tire l’alkali pour en former les leflives, font les potaifes mêlées avec de la chaux, fur lefquelles on fait palfer de l’eau pour en dilfoudre les fels.
- 202. On diftingue plufieurs efpeces de potaifes, qui prennent leur nom de l’endroit d’où on les tire. La plus grande partie, dites de Dant^ick, viennent de Pologne : elles font blanches. On en tire de Hambourg qui font plus fortes que celles de Dantzick, mais très-difficiles à employer. Il en vient auffi en grande quantité de Liege & de Luxembourg: elle eft en poudre, & renfermée dans des facs. La plus eftimée eft celle de Hongrie , qui vient de Triefte par mer. Toutes ces potaifes fe vendent au cent pefant.
- 203. En général, toutes les potaifes , foit du même pays, foit de diiférens endroits, varient beaucoup par leur force & leurs qualités : ce qui provient, je crois, de l’alliage du fel alkali avec diiférens fels moyens, tels que le fei marin ou les fels vitrioliques que produifent les diiférens bois dont on fait la Ibude, ou des terreins où ils ont crû , fuivant leur éloignement ou leur proximité de la mer.
- 204. C’est cette variété dans la force & la qualité des potaifes, qui fait le grand art des favonniers, chacune demandant à être traitée différemment, d’abord pour en extraire les leflives , enfuite les leflives qui en proviennent exigeant des manutentions particulières dans les fabriques du favon.
- 205. On n’emploie jamais, pour le favon dont il s’agit, de foude d’Alicante, ni de cendres du Levant, encore moins de celles qu’011 fabrique en Normandie avec le varech.
- 206. La chaux dont on fe fert eft la même qu’on emploie pour la bâtiffe : il faut l’avoir vive , c’eft-à-dire , telle qu’elle fort du four. Celle qu’on emploie ordinairement en Flandre, eft faite avec de la pierre (19): elle eft la
- ( 19 ) Voyez le quatrième volume de §, 4, & les notes que j’ai ajoutées fur ce cette colle&ion, art du chaufournier, fujet.
- plus
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- '.plus commune dans le pays. Je ne fais pas fi pour le favoii elle eft préférable à celle de pierre dure.
- 207. Nous avons dit que les lefiives étaient un mélange de potaffe & de ''chaux, fur lequel on fai fait pafter de l’eau. Quoiqu’on n’obferve pas des pro-portions'bien exactes, & que même ce mélange-doive varier fuivant les différentes qualités des deux matières qu’on emploie ,‘néanmoins voici ce quf êft le plus ufité. En été on met fur 1500 pefant de potaffe, douze à treize cents 'de chaux , un peu plus en hiver.
- 20g. Pour faire le mélange', on étend la potaife fur le pavé, & oii la brife ^avec des battes ; on-'fait à part un monceau de chaux vive , qu’on fait fu fer en jetant un peu d’eau deifus, puis on la lâiffe repofér environ une denii-jour-iiée, plus ou moins, fuivant la qualité de la chaux : c’eft de cette préparation N de la -chaux & de fa quantité , que dépend , fuivant les favonniers ,1a bonté 'des lefiives. La chaux écant bien fufée, onia mêle le mieux qu’il eft pdffiblfe avec la potaife ; on jette un peu de pouffiere de charbon de t-errefùr les outils , pour que la chaux ne s’y attache point-, & même on en mêle un peu avec la matière , pour qu’elle ne faife pas trop mafie, & que l’eau ait plus de facilité à palfer au travers. Ce mélange bien fait, on en emplit le bac n°. $, plAII z .fig'-l&Z.
- 209. Ces bacs 1, "2, 3,4, , font, comme on voit pi. III, aü plan fig. 1 '& à la coupej%. 2, des efpeces d’auges en maçonnerie, formant à peu près intérieurement un cube de cinq pieds de côté. -Il y en a cinq d’accollés les uns aux autres, fous chacun defquels eft une citerne particulière Ces citernes ‘ont une même largeur que les bacs ; mais elles iont plus longues, afin qu’il puiife y avoir en avant-, comme l’on Voit dans la figure 1, une trape pour puifèr la leffive qui s’y rend. On a fuppofé fous l’angard dont on donne ici le plan-, deux rangées de bacs ou cuves , & les;cîtërnes Occupent la moitié dé la largeur du bâtiment. La profondeur'de ces cite'rnés'eft aifez indifférente : ;plus elles en ont*, & plus elles contiennent de leffive; mais il faut qu’elles aient au moins fix pieds au-deifous du fond des bacs, pourvue la leffive ne Vienne jamais à cette hauteur. Celle du cinquième baé , cotée de-, doit être beaucoup plus grande que les autres , parce qu’elle doit fervir’de réfervoir aux lefiives fortes, telles qu’elles doivent être employées pour le favon : c’eft: pourquoi cette citerne eft -double. Pour Ja Commodité du travail,elle doit être très-près de la chaudière; cette diïpofit'ion a cependant l’inconvénient qu’on eft obligé de faire le mélange du levain fur l’efpace qui refte entre le dernier bac n°. f, & la chaudière , pour le jeter tout de fuite dans ce bac n°. S 5 ou fi l’on fait le mélange dans le magafin des potaffes, il faut l’apporter dans des brouettes, d’où on le jette dans le bac.
- 210. Les citernes, ainfi que les bacs, font ordinairement en briques crépiëî Tome FIII, f tt
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- en-dedans d’un bon mortier de; ;cendrée de Tournay, cm de pozzolanev C$-n’eft que par la bonté du mortier qui Forme le crépi intérieur, là qualité, & la maniéré dont il eft employé , qu’on peut efpérer d’avoir les bacs & les citernes étanches * car pour peu que la brique fût découverte , la liqueur des-lefiives qui eft mordante & corrofive, la rongerait , & ne tarderait pas à fe faire jour au travers- A Lille on emploie la cendrée de Tournay, qu’on liffe pendant plus de fix femaines. Comme malgré toutes les attentions dans la conftruffion , il leur arrive fouvent des dégradations , quelques làvonniers-ont préféré de les revêtir intérieurement en dalles-de pierre de taille, jointes* avec du nraftic.
- 211. Le bac îff. ? , ainfî rempli du mélangé préparé comme nous l’avons dit, on Parrofe avec de l’eau qu’on tire de la citerne n\ 4. On fe fert à cet effet d’une petite pompe portative, qui fe monte le long d’un poteau de bois k, établi auprès de l’ouverture de chaque citerne. Cette pompe puife l’eau dans la citerne n°. 4, & par le moyen d’une petite gouttière on la verfe fur le bac n*. 5. On voit dans les figures, au plan & à la coupe, rétabliffement d’une de ces pompes, qui eft fuppoféepuiFer l’eau dansda citerne n*. 3 ,pour la verfer fur le bacn°.4.
- 212. La quantité d’eau qu’on tire de l'a citerne u°. 4, pour la verfer fur le: bac n0- 5 , doit être proportionnée à la. grandeur des bacs , & aufii à la quantité & à la qualité des matières qu’on emploie. Sur quinze à feize cents de potaffe,» on peut verfer feize à dix-fept tonnes d’eau (*).• Cette eau ne doit pas être; jetée toute à la fois, mais à plufieurs reprifes r c’ett-à-dire , en vingt-quatre; heures de tems , environ trois à quatre tonnes à chaque reprife. Chaque fois-qu’on veut mettre de nouvelle eaur on leve auparavant le pifton qui répond; au trou du fond .du bac. Ce pifton b r qu’on voit au milieu des bacs 4 & f v fig. 10 , eft enfermé dans un tuyau de bois , de quatre à cinq pouces en quarré y il y a de chaque côté de ce tuyau & à 1a- partie d’en-bas, des échancrures 5; enlbrte que les eaux, après avoir filtré au travers des terres, & diffous en grande partie les Tels qu’elles contiennent fe rendent par ces ouvertures,, Iorfque le pifton eft levé, dans la citerne qui eft au-délions.
- 21 3:. Pour empêcher les terres de fuivre l’eau , & de boucher les échancrures faites au bas du tuyau, Iorfque ce tuyau eft pofë à la-plomb du trou: qui eft au fond du bac, 011 arrange autour de fou pied des brins de balai en; allez grande quantité ; par-deffus on forme un cône de Icories de charbon,, errforte que l’eau des leffives fe filtre au travers des feories , traverfe les brins-de balai, & entre dans le tuyau par les échancrures dont nous avons parlée
- (*) h& tonne elt de cinquante pots j, le pot pefc quatre livres, & contient cent quatre fsuees cabesv
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- ÏToù elle coule, lorfqu’on leve le pifton , dans les citernes : par ce moyen les tuyaux ne s’engorgent point, & l’eau des bacs, ou les leliives , font comme filtrées.
- 214. Cette eau de la citerne 11V4, déjà chargée de Tels lorfqu’elle a palTe fur les nouvelles terres du bac iV\ y , & qu’elle ell rendue dans la citerne qui ell delfous, doit avoir toute la force nécelfaire pour fabriquer le fa von ; li elle était trop foible, c’ell que le favonnier aurait fait trop d’eau fur le bac , proportionnellement à la force de fes matières : l’expérience feule peut donc régler cette quantité.
- 215'. On connaît la forceMes lelîives, en en tirant dans"un vafe, & y plongeant un œufj lorfqu’elles font alfez fortes, il doit revenir à la fuperficie & y relier comme fufpendu ; d’autres fe fervent d’une boule de favon , & on connaît la force de la leiîïve par la quantité dont elle enfonce. On pourrait y employer un pefe-liqueur, & obferver le degré convenable , attendu que plus ïes leflives font fortes, c’efl-à-dire, plus elles font chargées defels, plus elles font pefantesj mais l’œuf ou la boule de favon étant fuffifans, il elt inutile d’avoir recours à un autre moyen qui ferait plus coûteux.
- 216. Quoique l’eau qu’011 verfe fur le bac n". y, dilfolve la plus grande partie des fels que contiennent les matières, néanmoins il en relie encore beaucoup ; pour les en tirer, lorfque toute l’eau etl écoulée dans la citerne, on jette à la pelle les terres dans le bac joignant iv°. 4, qu’on arrofe de nouveau avec même quantité d’eau que la première fois, mais qu’011 puife dans la citerne n°. 3.
- 217. On recommence la même opération jufqu’à çe que les terres foienfc parvenues dans le bac n\ 1 ; alors comme il n’y a point de citerne précé« dente, on les arrofe avec de l’eau ordinaire.
- 218. Le choix de cette eau n’ell pas indifférent ; celles dites crues ( 20 ), ou ^ui ne peuvent dilfoudre le favon, ne valent rien , les plus douces font les -meilleures ; celles de citernes ou de pluie font préférables aux autres : on l’a fuppofée, dans la figure, provenir d’une pompe qui ell placée en dehors du. bâtiment.
- 219. Lorsqjje la nouvelle eau qu’on a verfée fur le bac n*. 1, ell écoulée dans la citerne du même numéro, les terres fe trouvent avoir été lavées à cinq fois différentes , enforte qu’on les regarde comme ne contenant plus de fels, & on les jette dehors. On ménage à cet effet, pour éviter la main-d’œuvre?, une fenêtre ou une ouverture vis-à-vis le bac n*. 1. ( Ffig• 1.) Ces terres s’emploient cependant encore avec luecès à fumer Tes terres froides & fabioiv*
- (20) Voyez ce que j’ai obfervé fur les troifieme volume de cette colleftion , art mux crues & les-eaux- douces, dans le du mégijjkr, page 206, note s j.
- T 11 ij
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- fié 4? R: T D: ü: S, A. F O N, NIE Ri
- neufes., &fe vendent à Lille affez: cher. On les traalporterpar eau dans la Flân*\ dre Autrichiennes où on en fait ufage..
- 220. La marche de l’eau eft contraire à celle des terres , c’eft-à dire, que lés-nouvelles terres fe jettent toujours dans le bac n°. 5^.tandis que la. nou-. yelle eau fe jette toujours fur le bac nV 1.
- 221. On voit par cette marche que. les terres font lavées & remuée&-à cinq * fois différentes., avant d,’ètre regardées comme ne contenant plu.s d.efels3; Sc réciproquement que l’eau avant d’arriver dans la citerne 110. 5, ou d’être, une lefîîve affez forte pour fabriquer du favon, a paffé cinq fois fucceffive-. ment fur ces terres.; enfcrte que la force dès leffives va toujours en augmen-. tant de la citerne n°. 1 à celle n°. 5.
- 222. Pour que, le travail foit .-continu , à mefure.qu’on vuide le bac-n°. 5, ou le remplit de • nouvelles . matières préparées comme nous l’avons .indi-. qué cfdeffus.
- 223. Voila comme on prépare lés leffives qui;doivent entrer dans.là: cpmpofition du favon en pâte.
- 2 24. A l’égard des huiles , on ne leur domine aucune, préparation ; on, les emploie telles qu’011 les acheté ou qu’elles- viennent du moulin.
- 225.. Nous avons dit qu’on faifait ufage en Flandres des huiles , les unes-qu’on nomme chaudes , & les autres froides j qrie les., froides dont on fait la.; plus grande confommation, font celles de colza 5 que les huiles chaudes, mêlées avec les froides, donnaient plus de qualité au, favon. Gomme ces. huiles chaudes font plus cheres que les froides, les favonniers- n’en emploient que le. moins - qu’ils peuvent. En hiver , ils font cependant obli-, gés d’en employer, quelquefois même jufqu’à moitié; en été, ils bradent. Couvent avec l’huile de colza pure. En Picardie, ils mêlent toujours envi-, ton un tiers d’huile chaude : auffi leur favon paffe-t-il pour plus fin, & de. qualité fupérieure; & pour cette rai-fon ils le vendent plus cher, & n’en ont pas tant de débit, ce qui, revient au. même pour le fabriquant. A Lille ils en braffent auffi avec, un tiers d’huile chaude ; mais ce 11’eft que lorC. qu’ils en ont de commande pour les manufactures qui exigent du favon de la première qualité, & meilleurs que-ceux qui entrent dans le commerce»
- 226. Ce favon fe cuit comme celui en pain , dans 'des chaudières : les plus grandes font les meilleures, y ayant toujours de l’économie à faire de-grands .braffins ; .mais pour être bien proportionnées, leur diamètre doit toujours être plus grand que leur profondeur. Comme le favon , en bouil-, lant» monte beaucoup, toutes les matières qui doivent former le braffin,. ne doivent jamais emplir la chaudière qu’à moitié de fa. profondeur , afin qu’il y ait affez de place pour le lavage. Une chaudière de treize pieds de diamètre, fur onze de profondeur, braffe environ vingt-cinq à trente tonnes
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- VI7:
- d’huile , & rend net un peu plus du double de favon, c’eft-à-dire, cinquante^, cinq à foixànte - cinq tonnes. Les chaudières ordinaires font cependant plus petites ,. & ne bradent que quinze à feize tonnes d’huile.
- 227. Ces chaudières font faites de plaques de fer battu, rivées les unes, aux autres j dans les grandes, la partie du fond a jufqu’à deux pouces, d’épaiffeur, le relie en proportion. On voit dans la planche III9 jig. 1 & 2,, le plan & la, coupe d’une chaudière& la maniéré dont elle e£t pofée fur fon fourneau qui s’allume par un fouterrein. Il faut, pour la commodité' delà manœuvre , que les bords de la chaudière ne foient élevés qu’à deux pieds & demi , trois pieds , au-deffus* du niveau du pavé de l’angard. Comme, il s’en échappe beaucoup de vapeurs ou fumée, lî l’angard eft couvert, d.’un plancher ,. il faut ménager une lanterne au-deffus; quand il n’y a pas* de plancher , les vapeurs s’échappent au travers des tuiles.
- 228*. Cette chaudière doit être , autant qu’il eft poffible, à portée de, la citerne n*. % , où eft la.Ieffive forte. La quantité du braffin doit donGêtre0„ comme nous l’avons dit, proportionnée à la grandeur de la chaudière, & à celle de, la citerne n°. 5.,
- 229. Lorsqu’on veut faire un braffiir, ayant dés huiles en maga^n,. ainli que de la leffive fort? dans la citerne n". on commence par mettre, dans la chaudière à, peu près la moitié de ce qui doit entrer d’huile dans* le braffin: plufieurs même y verfent prefque tout; enfuite on allume le: feu dans le fourneau Quand l’huile commence à chauffer, on y verfe, deux tonnes de leffive; & auffi-tôt que ce premier mélange bout, on y en verfe encore deux autres. On refte enfuite un quart-d’heure , environs,, fans y rien mettre* pour que la leffive commence à s’incorporer avec l’huile ce qu’ils appellent faire la liaifon : à mefure que la liaifon fe fait, on conti-, nue de jeter de la leffive, & on ajoute les-tonnes d’huile qui reftent.
- 230. La quantité de leffive par rapport à celle d’huile, n’eft pas abfolu-, ment réglée : elle varie fuivant leur force; néanmoins , en "général , on* peut la compter comme de 4 à 3 ; e’eft-à-dire, que fur trente tonnes., d’huile, on- en met environ quarante de leffive; de ces quarante, il s’en évapore environ cinq , puifqu’on retire toujours d’un braffin un dixième; en fus du double de l’huile qu’on y a mile.
- 23 î. On ne doit jamais verfer la leffive qu’én petite quantité à la foisàr & la répandre fur toute la fuperficie dé la chaudière : à mefure que cesi deux liqueurs , claires & fluides féparément, s’uniffent enfemble, elles s’épaif . fiffent : quelquefois elles bouillent paifiblement; d’autres,fois .elles, montent.
- (*) On fe fert en Flardre , pour îé terre, parce qu'il eft à beaucoup meilkwx ehauftsge des-, chaudières, de .charbon de. rçarché que le bois,
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- en écume: alors on les bat pour abattre les bouillons, & on y verfe quelques mefures de lefiive pour les amortir, & empêcher la matière de f© perdre; enfin un brafîin, tant qu’il efi fur le feu, demande à être veillé .& travaillé : ç’eft l’art du favonnier de le lavoir bien conduire ; & tout expérimenté qu’il foit, il ne peut pas répondre qu’il ne lui arrivera quelques événemens, par des caufes qu’il n’aura pu prévoir.
- 232. Si l’on a commencé par mettre trop deleflive , la liaifon ne fe fait pas? files leffives font très-fortes, elles faufilent trop rapidement l’huile, & au lieu de l’épaiiiir , elle forme des grumeaux. .O11 y remédie en verfant delfus quelques mefures de lefiive des premières citernes , qui font plus faibles : au contraire, fi les leffives font trop faibles , la liaifon elt un tems infini à fe faire, jufqu’à ce qu’une partie de l’eau (urabondante des leffives foit évaporée, & les fiels aifez rapprochés pour produire leur effet de liaifon fur l’huile z dans ce pas , le déchet efi: bien plus con.fidérable.
- 233. La vivacité des bouillons, ou le lavage , provient fouvent de la gradation du feu, &, à ce que prétendent tes iavonniers ? de la qualité des leffives , fui vaut les fels qu’elles contiennent.
- 234. On ne peut donc donner .de réglés bien précifes fur la conduite
- du brafiim Quand la liaifon efi bien faite, que les grands bouillons font paffés , alors la matière doit s’écîaicir ; c’eft-à-dire , que les parties de l’huile étant bien divifees par les fels , il 11e doit point refter de grumeaux. On s’appercoit de cet éclaireiffement, en prenant de la matière aveG la petite cuiller nommée éprouvette9 & la faifant couler au travers du jour Pour que le brafiin réufiiife bien , cet éçlaircilfemeni efi: abfolument nécefi faire. Lorfqu’il efi à fon point, il ne refie plus qu’à donner à la matière la çuiffon convenable, ce qui eft bien elfentiel à la bonne qualité du fa von. Les favonniers connailfent cette euiffon en examinant de la matière refroidie : pour cela , de tems en tems ils en prennent avec l’éprouvette, & en font couler en bande fur une tuile vernilfée {*) qu’ils portent à l’air. A. chaque fois qu’ils plongent l’éprouvette dans la matière, ils ont foin d’agiter la fuperficie pour en écarter la mouife , ce qui leur ferait mal juger de répreuve* k l’épaiiTfiTement, la couleur, la nature du grain, le tems qu’elle efi: à fe figer, ils jugent de cette .euiiTon ; ils l’éprouvent aufli en prenant de cette matière un peu refroidie entre les doigts, & les féparant enfuite. Si elle file , c’eft une marque que lajnififon n’efi pas parfaite; mais fi elle fe fépare-, que fon grain foit fin, fa couleur brune , alors elle efi à fon degré, gc, on- retire le feu du fourneau. f
- #3 . Pour amortir les bouillons, & mettre la matière en état d’être .eut on«i
- (?) Les favonniers somment cette tuile ou teffon <^e poterie yerniffée, l'êcaille*
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- fiée fans lui faire perdre fa cuite ni de fa qualité, on vuide dans la cuve une tonne environ de favon déjà fait : ce favon en fondant refroidit l’autre ; & dès que les bouillons font appaifés, on procédé à vuider la chaudière. Si le maître favonnier juge que eette cuilfon eft exactement à fort point, il fait vuider la chaudière tout de fuite, & mettre le favon dans les barrils. Si, au contraire , il croit qu’un peu plus de cuilfon lui foit nécef. faire, il le lailfe un certain tems dans la chaudière, le feu étant amorti : tout cela doit dépendre de différentes circonftances. Mais en général, pour la qualité du favon, il y a moins d’inconvénient à donner plus que moins de cuilfon. Le favon pas alfez cuit, tourne , fe gâte ; le trop de cuilfon dimi--nue feulement la quantité , ce qui n’eft pas au profit du fabriquant.
- 236. Le tems ordinaire pour faire un bralfin , eft de dix à fept heures ÿ mais cela varie fuivant la force des leflives, la température de l’air, & les différais accideiis qui arrivent.
- 237. A l’égard de la qualité du favon, jette fais pour quelle rai'fon le plus recherché par les marchands, eft du très-brun tirant au noir; & celui qu’on fait avec l’huile de colza, eft toujours un peu bleuâtre. Les fabriquant de Lille, une demi-heure avant que la cuilfon foit finie, y verfent une teiiv ture noire pour y donner la couleur (a) qu’on defira-
- 238. Si le favon eft fait avec grande partie d’huile chaude', & que par conféquent le fabriquant Veuille le vendre comme favon de la première qualité, an lieu d’y mettre de la couleur noire il en met une bleue , pour que le favon devienne verdâtre. (b)
- 239. ON vuide la chaudière par le moyen d’un fe au de cuivre E, pl. ///5 fig. 2, placé au bout d’une grande perche qui répond à un balancier. L’ou« vrier avec ce feau , puife fa matière qui eft encore fondue,- & la verfe dans •une efpece d’auge , dont on voit la pofition- dans le' plan e , fig. ï , & en profil à la figure. 3 , E, qui en préfente le détail en grand. Cette ange eft fermée de quatre cotés j vers le tiers de fa longueur, elle eft féparée dans toute fa largeur par une plaque de cuivre a b percée de trous ; enforte que la matière , avant d’arriver dans la troifieme partie , eft obligée de pafler par eette efpece de crible: s’il rencontre quelques corps étrangers , ils font arrêtés, & le favon pâlie feu!. Cette plaque eft mobile (onia voit en a b9 fig. 3', de la face feparée de, l’auge). De cette efpece de retranchement ou
- (a) Pouf faire cette teinture , on prend Kqueur qu’on jette dans l’a chaudière.
- Sne livre Je coupc-ofe verte . une demi- (b La teinture verte fe fait avec de Pin* livre de noix de galles, 11 ^e demi-livre de digo fondu dans de la lelîîve , & paffe en* bois rouge ; on fait bouillir le tout dans urt fuite au tamis : l’ufage réglé les dofes-«hauderon avec de l'eau de lefiive , & on Cette couleur bleue , avec le jaune du fa* la liqueur par un tamis ; c’eft cette von, produit la couleur verte.
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- •troifieme partie de bauge, le favoii coule par un trou rond qui eft au fond 7 & tombe dans le barril A, qui eft au-deiîous. Lorfque le barril eft plein* on bouche ce trou par le moyen d’un-tampon qui a une tête f, en-deftus de la calife : on remet un autre barril en place.
- 240. Le barril qu’on veut remplir* fe repoiè fur une eTpece dé Couronne de bois percée, & dont les bords-font en pente, au-defibus de laquelle eft, dans une folTe, un autre barril i ; enforte que s’il le renverfe un peu de la von, ou ce qui dégoutte pendant qu’on change de barril * :tombe dans celui de délions, & il n’y a rien de perdu.
- 241. Quand on met le favon en demi-tonnes, comme elles feraient trop lourdes à tranfporter* on les arrange dans le magafin, & on emplit de petits •barrils qu’on va vuider dedans.
- 242. Cette manœuvre fe répété jufqu’à ce que toute la chaudière foit vuide. Il faut que cette opération fe falfeunpeu promptement, fins quoi le favon du fond ferait trop cuit, Ce qui ferait toujours à la perte du iavonnier-. Lorfque le braffin a été bien conduit, il 11c refte rien a?i fond de la chaudière.
- 243. On n’emplit pas les barrils ou tonnes par le bondon, mais par un des fonds, qu’on ne ferme que lorfque le favon çft refroidi.
- 244. A mefure que les barrils font emplis , on les arrange debout les uns à côté des autres pour les laiCer refroidir ; quelquefois il leur faut vingt-quatre heures , plus ou moins-, fuivant qu’il fait froid eu chaud. Quand la matière eft entièrement figée, on pefe les barrils : s’ils font trop pleins, 011 en ôte avec une truelle , linon on en ajoute pour leur donner le poids requis ; en* fuite le tonnelier leur met le fond, la marque du fabriquant , & les empile dans le magafin.
- 244. A Lille, les barrils font d’une demi-tonne ou d’un quart de tonne ( on en voit-les dimenfions à la figure 13 , M N O ). La tonne pefe 300 livres de Lille ,dont 40livres pour le fût, ce qui fait-260livres de favon, ou 227 livres & demie, poids de -marc ; la livre de -Lille n’étant que de quatorze onces : la demi-tonne & le quart de tonne à proportion.
- 246. ÔN vuide les tonnes d’huile directement dans la chaudière, par lè moyen d’un moulinet ou trueil 1, qui eft placé au-deifus, & qui eft re* préfenté en grand en H & en'G,/g. 3. Après avoir pofé les crochets dans les tables aux deux extrèmit-és delà tonnée , enpefant fur la-corde e, qui fe roule fur le tambour d,un feul homme enleve cette tonne, ou plutôt la fait glilfer fur deux barres de fer inclinées f. Lorfqu’elle eft à la hauteur du bord de la chaudière L, il la pouffe avec unemain en-dedans, où elle fe place toute feule en prenant fon à-plomb : il lâche fa cordé, & elle fe foutient fur deux potences de fer g, qui font en faillie dans la chaudière j il ne lui refte plus qu’à la tourner le bondon en-defious, & elle fe vuide.
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- 247* On voit dans le plan, fig. i, la pofitionde ce moulinet f, pondue ; & à la figure 3 ,-fon détail en grand, vu de face & de profil : on le place de maniéré qu’il puiffefe manœuvrer du dehors de fangard. Le magafin aux huiles doit auffi être le plus près qu’il eft poffible, comme en D, fig 2.
- 248. Â l’égard fies leffives, on les tire fie la grande citerne qui eft au-;deflous du bac ii°. 4 ,fig. ï-& 2, par le moyen de la pompe portative dont nous avons parlé.; & avec une gouttière, 011 la conduit dans un grand cuvier h,fig. 1, .qu’011 place à^côté de la chaudière : c’eft dans ce cuvier que l’ouvrier la puife pour la jeter partie par partie dans la chaudière ; pour cela il fe fert d’un vafe rond, de cuivre, de onze pouces fie diamètre & fix fie profondeur, qu’il appelle jtù y K,fig. 3 ; il le prend par un manche fie fer qui y eft joint. Ce jet eft la mefure dont il fe fert; car les quatorze font la tonne : enforte que par le nombre qu’il en verfe, il fait celui des tonnes qu’il met dans fon braffin. Oïl voit.ce jet K, & le .cuvier H, deffinés'à la figure 3.
- 249. Lorsqu’on veut tirer quelque partie d’eau des citernes , on feferfc d’une grande cuiller emmanchée au bout d'un long bâton : on en voit auffi le deffin fur la même figure , en P.
- 250. LETavon dont nous Venons de donner la fabrique, refte toujours en pâte molle, & 11e peut.jamais fe durcir comme les favons blancs ordinaires; ce qui provient, je crois , de l’efpece d’huile .& d’alkali qu’011 emploie ; celui tiré des potaffeS', vraifemblablement, ne fe cryftallifant pas fi aifément que celui tiré fies foudes. Si on faifait plus cuire le là von , il fe brûlerait, fe deffé-cherait, mais ne pourrait jamais-devenir folifie ; au moins c’eft ce que m’ont affiné les favonniers.
- 241. On peut encore remarquer que par la Ijaçon de cuire les fâvonVeii pâte, comparée à la cuiffon des favons en pain, jhfélf e beaucoup d’eau dans 1-e fa von en pâte, & l’union des fels arvec l’huile ne peut pas être auffi intime.
- 2f2. ON vôit que ces favons, qui ne prennent jamais affez de dureté pour être mis en pains & renfermés dans des Caiffes, font néceffairement mis dans des barrils pour être tranfportés aux endroits où fon en fait üfage.
- 243. Après avoir rapporté la façon de-faire les différentes elpeces de favons qui font en ufage pour blanchir le linge , dégraiffer les laines , fouler les étoffes, &c. je vais terminer l’art du favonnier , rapporter quelques préparations du favon qui ont des propriétés particulières ; mais je m’abf tiendrai fie m’étendre fur les ufagés qu’on en fait : ces détails fe trouveront, dans différens arts.
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- Du favon propre à enlever les taches ( 22 ).
- 254. ftous avons dit qu’une des propriétés du favon, eft de difToudre les corps gras : ce qui fait qu’il enleve beaucoup de taches. Quand il ett tombé de l’huile ou de la graifle fur une étoffe de foie, il fufïit fouvent d’y mettre une poudre abforbante qui fe fàifît de cette graiffe, & l’enleve à la foie j mais fi la tache eft faite fur une étoffe de laine & avec une fubf-tance tenace, la poudre abforbante ne fufïit pas : il faut diffoudre ce qui forme la tache ; c’eft alors que le favon eft utile, principalement le bon favon: en pâte ; ou fi l’on redoute fon odeur , on emploie du favon en pain: mais les dégraiifeurs attribuent plus d’efficacité au favon dont nous allons parler.
- 2) 5. On coupe en tranches très-minces troisjlivres de bon favon ; on prends un demi-fiel de bœuf, un ou deux blancs-dœufs, on met le tout dans urr mortier avec une livre d’alun calciné & réduit en poudre : ayant bien mêlé & pilé le tout enfemble, on tient cette maffe environ vingt-quatre heures, dans un lieu un peu humide. Si en maniant cette pâte le mélange paraît parfait* on en fait des mottes ordinairement rondes, qu’on conferve pour ï’ufage; mais fi les matières ne font pas exactement mêlées, on tient la
- (22) Notre auteur, en parlant des diver-fes préparations du favon, ne fait aucune mention du favon de Starkey. Gette préparation ainfi nommée du nom du chÿmifte qui fa imaginée, eft une combinaifon de l’alkali fixe végétal avec l’huile effentielle de térébenthine. Voici en abrégé ce qu’en dit M. Macquer , difiiorirtaire de chymie , àu mot fanion. Starkey avait entrepris de îéfoudrê le problème de la volatilifation du fefde tartre; & ayant combiné cet alkali avec l’huile de térébenthine, il remarqua qu’il en réfultait un compofé favonneux, auquel on a cru trou ver de .grandes propriétés 'médicinales. La grande difficulté xjuefon ‘trouve à unir ces huiles volatiles Svéc’lësalkâlis’fixésyfait que cette opération eft longue-& fouvent imparfaite. Star-3rey n;a pas trouvé de meilleur expédient que le tems & la patience pour 'faire fon favon. Sa méthode confifte à mettre de l’alkali fec dans un matras, à verfer de l’huile de térébenthine à la hauteur de deux ou trois travers de doigts, & à donner à la combinaifon tout le. tems de fe faire d’elle-
- même. Au bout de cinq ou fix mois, on s’apperqoit qu’une partie de l’alkali & de l’huile fe font combinées enfemble , & forment uneefpece de favon blanchâtre. On fépare ce favon du refte, & on continue à en laiffer former une nouvelle quantité par la même méthode. Stahl, cherchant à abréger cette opération , prefcrit d’expofer le mélange dans un lieu humide , pour laiffer tomber en déliquefcence toute portion d’al-kali qui n’eft point unie à l’huile , de deffé-cher enfuite cet alkali, d’y reverfer de nouvelle huile, & de continuer jufqu’à ce que tout Toit réduit en favon. M. Baume a publié dans le journal de médecine , une méthode pour faire ce favon dans une matinée ; elle confifte à triturer continuellement fur un-porphyre , du fel alkali, qu’om imbibe peu à peu d’une fuffifante quantité d’huile de térébenthine. Un autre artifte ditaufli dans la'gazette de médecidè ; qu’oiv abrégé beaucoup l’opération , en ajoutant au nouveau mélange une certaine quantité, de ce favon anciennement.fait,
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- pâte dans 1111 lieu fecjufqu’à ce qu’elle ait pris un peu de confiftance, puis on la coupe de nouveau par tranches minces , & 011 la met au mortier pour la piler, de nouveau avant d’en faire des mottes.
- 2*)6. Pour enlever une tache, on favonne à froid l’étoffe; on la frotte entre les mains pour que le favon pénétré dans l’intérieur, & puilfe bien diifoudre ce qu’il y a de gras : puis, pour ôter le favon, on lave l’étoffe dans de l’eau clair, jufqu’à ce qu’elle ne la faliffe plus ; ordinairement la tache difparaît.
- 2^7- Savon au miel pour la toilette. On coupe par tranches bien minces quatre onces du meilleur favon blanc; on les met dans un mortier de marbre avec quatre onces de miel, une demi-once d’huile de tartre par défaillance, & quelques cuillerées d’eau de fleur-d’orange , derofe, ou d’autre qui ait une bonne odeur : 011 remue ce mélange avec une fpatule pour que toutes ces matières foient bien mêlées ; puis on pile fortement cette pâta-pour en former une malle que Pon conlerve dans des pots. Ce favon déerafEb bien la peau : il la blanchit & l’adoucit.
- 258- Savonnettes pour la barbe. Le favon a la propriété d’attendrir les poils , & pour cette raifon il eft très-avantageux pour faciliter l’opération du rafoir. Le bon favon tout pur eft peut-être , à cet égard, préférable à ces boules de favon qu’on nomme favonnettes; mais on lui reproche d’avoir une odeur peu agréable.
- 2^9. Des favonnettes communes. Les favonnettes communes fe font avec du favon de Marfeille , & de la poudre à poudrer les cheveux, ou de l’amidon palfc au tamis très-fin. La proportion de ees matières eft de trois livres de poudre fur cinq livres de favon : on le coupe par tranches bien minces ; & après qu’on l’a fait fondre feul dans un chauderon furie feu , en y ajoutant un demi-feptier d’eau pour empêcher qu’il ne brûle , on y met d’abord les deux tiers de la poudre, ayant foin de bien mêler le tout en le remuant fouvent, pour empêcher qu’il ne s’attache au chauderon. Après que ce mélange eft achevé, & que la matière a été réduite en confiftance de pâte, on la verfe fur une planche , où, après avoir ajouté le tiers de la poudre qu’on a réfervée , 011 la pétrit long-tems avec les mains, comme les boulangers ont coutume de pétrir leur pâte; en cet état on la tourne dans les mains: on donne aux favonnettes une forme ronde , & on applique la marque du marchand avec un cachet de bois ; quelques-uns mettent à cet endroit une petite feuille d’étain. Il faut avoir auprès de foi de la poudre à cheveux très-fine , dont on fe frotte les mains de te.ms en tems , pour que cette pâte, qui eft très-tenace, ne s’y attache pas.
- 260. Il eft certain que le bon favon tout pur eft meilleur pour attendrir la barbe que ces favonnettes, qui font les plus communes, puifque
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- la poudre qu’on y met ne peut pas contribuer à attendrir, les poils: ce qu’elle peut faire , c’efl de. hj anchir la mouife du fa von , effet qui n’eft d’aucune utilité ; mais il en réfulte un avantage pour le parfumeur, parce que la poudre ne lui coûte que cinq ou .au plus fix fols la. livre, pendant que le favon. en coûte environ quinze: elle: ne remédie pas même, au défaut qu’on reproche au favon pur , qui eonfifte à avoir une odeur défagréable ; mais on en trouve le débit , parce qu’elles font .à quelque chofe,de meilleur marché que le favon en pain.
- 26r. Pour donner aux favonnettes une forme-plus régulière , on-les met, avant qu’elles foient feches &.dures , entre deux calottes de bois qu’on frotte de quelque graiife pour empêcher, que la pâte ne s’y attache..
- 262. On trouve auffi agréable de leur donner différentes couleurs ; pour cela on mêle des poudres broyées très-fin dans des taffes avec, un peu de-pâte de favon; & en mêlant un peu. de ce favon chargé de différentes couleurs ,. avec. la. pâte} on obtient les veines qu’on defire ; mais il faut de l’habitude pour bien faire ce mélange ; &. ces couleurs n’ajoutent rien à la bonté du favon.
- 263. Savon en pâte pour la barbe. Onnous apporte de Naples, pour cet ufage,-du favon en pâte, dans des pots bien fermés , qui a une odeur douce très-gtacieufe.: je n’en fais pas la. c.ompofi-tion ; mais j’ai fait, comme M. Geoffroy, avec des cryffaux de fel de foude, d’exeeîlente.huile d’olive, §c de Peau de chaux, d-Uvfavon liquide > dont-l’odeur n’était-pas déplaifante ;• & y ayant mêlé de l’huile effentielle de cédrat, j’ai eu une pâte.de favon qui fentait très - bon.
- 264. Savonnettes pajjees à Ceau-de-vie. O1-1 peut s’épargner-Ia peine de faire le favon , en employant de très-bon favon blanc de Marfeille , auquel 011 fait paffer l’odeur qui déplaît. Pour cela 011 coupe par tranches très-mince^ une livre de favon ; 011 met ces tranches dans une jatte de faïance : 011 verfe deffus environ un poiflbn d’eau-de-vie; vingt-quatre heures après on met ce mélange dans un mortier de marbr-e * & on pile le favon pour en faire une maffe d’une forme plate, qu’011 met fur plufieurs feuilles de papier gris pour qu’elle fe delfeche. Quand elle a pris une certaine confiffance, on en forme des boules dont l’odeur n’a rien de difgracieux ; & fi l’on veut qu’elle en ait une agréable , il 11’y a qu’à mettre dans le mortier quelques aromates , qui peuvent être des poudres d’iris de Florence , du calamus aromaticus, des fleurs de benjoin, du ftorax, du fantal-eitrin,. des clous de gérofle , de la cannelle, de la fleur de mufeade, &c. Mais il faut que ces fubltances foient réduites en poudre impalpapable, fans quoi les favonnettes font rudes fur le vifage, & l’égratignent ; c’elt pourquoi je préféré les huiles aromatifées par les fleurs de tubéreufes, de jafinin, &c, les eaux de fleur-
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- d’orange, de rofe & de thym , ,&c. ou les huiles eflentielles de cédrat, de bergamote , de citron , d’orange., &c* On. peut y ajouter quelques gouttes de teinture de civette, d’ambre ou. de mufc ; mais je préviens qu’il faut choi-fij quelques-unes de ces fubftances aromatiques , & n’en pas mêler enfemble beaucoup d’efpeces différentes; il en réfulterait quelque chofe de défagréa-bje : c’eftj fb.iyant moi, le défaut des favonnettes .qu’on nomme du ferrait* Nous en parlerons dans un inftant.
- 26^. Excellentes favonnettes aifèes à frire & de bonne odeur. Quelques-uns 9’> pour, former les favonnettes, mêlent les aromates avec, du mucilage de . gomme adragante & des blancs-d’œufs. Je ne l’ai pas éprouvé ; mais j’ai fait de très-bonnes favonnettes tout fimplem-ent en coupant, le favon par tram-. ches très-minces , les arrofant. avec .un. peu.d’e0en.ce, de. citron , pilant bien ces tranches dans un mortier ? retirant, la,malle .le lendemain , }a coupant encore par tranelles &d’arrofanï de nouveau, avec un peu d’effenc.e; &.après , avoir répété cette, opération une troifienje, fois, j’en ai formé des favon- . nettes qui iè. font trouvées,très-bonnes. On, m’a donné Ja cpmpofition fui- . vante , fous le nom- âe favonnettes du ferrail.
- 266. Savonnettes dites du ferrail. On prend de.l’iris-de Florence, une livre; „ benjoin , quatre -onces ; ftorax , deux onces 5 fantal-citrin, deux onces ; clous 4 de gérofle , demi-once ; cannelle , un gros; un peu d’écorce.de citron , une nuix mufeade.: le tout- étant réduit en poudre très-fine , ou le met avec deux . livres de favon blanc bien fec râpé. Quand ces matières ont trempé pendant trois ou . quatre jours» dans trois. oh opine s d’eaurde-vie^on pétrit le tout avec une pinte d’eau de fleur-d’orange ; enfin, on mêle avec le favon affez de poudre à poudrer , .pour lui donner une coniiftance de,pâte : 011 y ajoute de la gomme adragante & des blancs-d’œufs >pour eu.fair,e de? favçn-n.ettes.
- 267. Savonnettes ~dites à la franchipam. On commence par faire une tein~_ ture pour donner une bonne odeur à ces favonnettes ; pour cela on prend , , mahalep -, cin-q gros > calamus aromaticus & iris de Florence , cannelle, gérofle, fpuchet, de chacun une opcq ; on met le tout concalfé dans un matras fur un bain de fable avec .vingt onces- d’efprît-cje-vin ; .& quand la teinture eft faffifamment forte, .011 la filtre &;on la.verfe dans un matras, où l’on a mis . benjoin, fix-gros ; labdanum , quatre gros & demi ; ftorax calamite, trois gros: on tient le, tout en digeftion jufqu’à ce que tout ce qui peut être diffous le foit.
- 268- Pour faire ufage dé cette, teinture, on prend'fept livres -de favon blanc bien feç, .que,l’on râpe : 011 y ajoute , fi l’on veut, deux livres de favon léger. Le tout étant dans une baffine, d’étain;, on verfera defîus quatre ou cinq onces d’eau de rofe ou de fleur d’orange,.avec-la teinture aromatique ;
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- on couvrira la bafiine, & on la mettra au bain-marie pour que le fa von foit bien pénétré des aromates. Quand le favon aura pris un peu de confif. tance, on le mettra dans un mortier de marbre qu’on aura fait chauffer, y ajoutant peu à peu une huile eflentielle de lavande , ou de thym , ou de bergamote, ou de cédrat, de limette, ou du néroli-, & quelques gouttes d’effence d’ambre, & du tout on formera des boules qui auront une fort bonne odeur.
- 269. Il y a eu un tems où l'on cherchait des favonnettes très-légeres, qui femblaient être de la moufle de favon : on les annonçait pour être de la pure crème de favon.
- 270. Savonnettes légères. On prend, pour faire ces favonnettes , trois livres dix onces de favon blanc, deux livres huit onces d’eau , dans laquelle on a fait diffoudre une once fix gros de fel marin ; après avoir filtré cette diffolu-tion , on fait fondre le favon dans cette eau à une chaleur douce : on bat ce favon avec une ipatule ou avec les mains, pour qu’il s’introduife de l’air dans la pâte : ce qu’on continue pendant une heure & demie ou deux heures, battant continuellement avec la main, jufqu’à ce qu’en le pétrifiant légèrement , il ne s’attache plus aux mains ni au vafe qui le contient ; alors en frottantfes mains de poudre à poudrer, on en forme des favonnettes ou des petits pains de favon.
- 271. On peut mêler à cette pâte, en la battant, un peu de mucilage de gomme adragante avec quelqu’aromate. Mais les parfumeurs y ajoutent fouvent une bonne quantité de poudre à poudrer, ce qui diminue l’acfti-vité du favon. Nous avons dit qu’eu mêlant de l’eau avec le favon , on augmentait fa blancheur j effectivement le favon préparé comme nous venons de le dire, eft d’une blancheur à éblouir ; mais je lui préféré les favonnettes Amples dont j’ai parlé plus haut.
- 272. De Cefjence de favon ( 23 ). Pour faire ce qu’on appelle Cejfence de
- (23) Voici un autre procédé extrait du journal dephyfque, par M. l’abbé Rozier, page 37? > niai 1774. Prenez une livre & demie de favon blanc ; coupez-le en tranches très - minces ; faupoudrez - les avec deux onces d’alkali fixe de tartre ; broyez & pétrifiez exactement le tout avec la main pendant un quart d’heure, & jetez le tout dans un vafe rempli à moitié avec une pinte d’eau de vie ; bouchez le vafe avec une veffie ou un parchemin mouillé ; tendez exactement l’un ou l’autre, & ficelez afin que la couverture fe tende en fe féchant.
- Piquez le parchemin fec avec une épingle, que vous laifierez dans le trou ; enfin ex-pofez le vafe pendant deux jours à l’ardeur du foleil, en l’agitant de tems en tems ; mais ayez foin de retirer un peu l’épingle, pour donner ifiue à l’air. Au défaut du foleil , on mettra le vaifleau fur les cendres chaudes , jufqu’à ce que le favon foit entièrement diflous. On filtrera par un double papier gris, pour obtenir une liqueur limpide & d’une couleur femblable à celle de l’huile d’olive. Si l’on trouve que l’alkali fixe de tartre foit trop cher, on y fupplée
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- favon., que plufîeurs recherchent pour fe faire la barbe , il fuffit de diiToudre quelques-unes des favonnettes dout nous avons parlé, avec le double de leur poids de bonne eau-de-vie , qu’on conferve dans une bouteille bien bouchée.
- 273. Si l’on fait difloudre un gros de cryftaux de foude dans trois onces de bone eau-de-vie , elle tiendra en dilfolution lympide une once deux hros de favon blanc. Il convient de confnlter ce que M. Geoffroy dit à ce fujet r dans le volume de Tacadémie des fcienees.
- par la même quantité de potafle. Pour faire nfage de ce mélange, verfez-en deux ou trois gouttes feulement dans un vafe, agitez & remuez le tout avec une petite broffe à poils longs & doux, trempée dans de l’eau ; il fe formera auffi-tôt une écume très blan. ehe , forte & tenace , dont vous vous fer-virez pour vous faire rater. Cette écume facilite l’adion du rafoir, & décrafle très-feien fans nuire à la peau. Une pinte de
- cette eau fuffira pour plus d’une année r même à celui qui fe fait rafer tous les jours. Ceux qui aiment les odeurs, ajouteront après que l’efTence aura été filtrée, quel» ques gouttes d’huile eflentielle à la fleur d’orange, ou au romarin , &c, 11 fuffit de bien boucher le vaifleau, de le renverfer deux ou trois fois fur lui-même, pour que l’huile eflentielle fe mêle exadement ave© toute l’effenec.
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- EXPLICATION DES F. I G U !R E S.
- Planche L
- 3L,es /gwm 15 2,3, repréfentent un fourneau pour brûler le bois qui ferfr à faire la potaffe, à en calciner les cendres T & à évaporer les lefîives qu’on en a faites.
- Figure 1, le fourneau vu par-dehors. A , la porte du cendrier. B , la porte qui répond à la fournaifeou à l’endroit où l’on brûle le bois fur une grille de fer. emporte qui répond à une Ghambre où l’on met les cendres qu’on veut calciner ; c’eft par cette porte qu’on les met dans le fourneau y & qu’on les retire quand elles font calcinées : on la ferme quand on allume le fourneau. D , ouverture qui répond à un tuyau de chemineé , & par laquelle s’échappe la fumée. E.» partie d’une des chaudières dans lefquelles,on évapore" les leflives.
- ligure 2, coupe tranfverfale du même fourneau. F, la capacité du cendrier.. H, le bois qui (brûle dans la fournaife : on voit au-deffous de la grille les Gendres qui tombent comme: par gouttes dans le cendrier. I, le laboratoire ow l’on met fur la voûte les cendres qu’on, veut calciner. K> la partie d’una.
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- chaudière à évaporer , qui répond dans le laboratoire. L, partie de la mente ehaudieref qui eft au-deifus du fourneau : elle eft cotée E à la première figure.
- Figure g , coupe longitudinale du même fourneau.- A, la-porte du cendrier. F, la capacité de ce cendrier. B, la porte de la fournaife. G, grille fur laquelle on met le bois queTon brûle. H ,-capacité 'de là'fournaife. M, voûte fous laquelle on brûle ‘ le bois. P , petite ouverture qu’on tient ouverte pendant qu’on .allume*le feu , & qu’on ferme quand le feu eft; allumé. N, ouverture par laquelle la flamme, la fumée & l’air chaud paflent de-la fournaife. H dans le laboratoire I, où font les cendres qu’on veut- calciner. C , ouverture .qu’on ouvre pour mettre dans le laboratoire les cendres qu’on veut calciner, & par laquelle on les.retire : on La ferme quand le feu eft allumé. D, ouverture par laquelle s’échappe la Fumée Qj-elle répond à un tuyau de cheminée. K , le “fond des chaudières dans lefquelles on met la leffive qu’on veut évaporer. Ahifi il faut concevoir que-le bois brûle fur la grille G -, que les cendres de ce bois’tombent dans le cendrier Fj que la flamme, l’air chaud & la fumée..-pafleàt par l’ouverture N, dans la capacité I ; qu’elle y calcine les cendres, & qu’elle chauffe les chaudières K, K, puis s’échappe dans un tuyau de cheminée qui eft en D Q_; & plus7,ce tuyau a-de hauteur *plus le feu a d’aélivité.
- Dans les...figures-Çüivmitts,-ou a'repréfenté les inft rumen s qui fervent dans une fabrique où l’on fait du favon en pain. Fig, 4 C, matras ; c’eft un barreau de fer qui porte à un de les bouts une tête-de-fer qu’on garnit de linge ou d’étoupes , pour fermer le tuyau qu’on nomme Vépine. Fig. f , G, groife malle pour rompre la barille, la bourde & la chaux. Fig, 6, H, autre malfe pour écrafer les fubftances qui fervent à la leffive. Fig. 7, L, planchette pour unir la pâte de favon, quand "on la met’aux'mifes. Fig. g, M, pelle de'fer pour lever les pains de favon qui font-fur les mifes. Fig. 9, N, forte-de rateauà dents de fer , pour tracer fur les gros pains de favon les endroits où il faut les couper. Fig. to, Q_, vafe de cuivre qu’on nomme pot d'ecài^ qûi fertàpuifer de l’eau ou des leffives. Fig. 11, S , couteau pour couper le'favon.
- Fig. i2. Conduits deftinés à filtrer les leffives. A, compartimens quarrés,. qu’on nomme en Provence bugadieres, dans lefqueis on met les fubftances falines & la chaux dont on veut extraire la lèffivé. F F , eft une gouttiete qui eft deftinée à diftribuer aux bugadieres l’eau qu’011 tire d’un puits > pour cela on ouvre ou l’on ferme des robinets de bois G, fui-vatit qu’on veut arrofer une bugadiere ou une autre. Quand cette eau a traverfé lés fubftai*-pes qui font dans la'bugadiere, & qu’elle en a diflbüs les fels, on ouvre un des robinets D D , pour que la leffive tombe dans le récibidou ou la citerne B.B, qui eft en te-rre, le niveau du pavé étant'indiqué par la ligne c c\ la leffive tombe donc dans le réfervoir par les ouvertures E, E, & c’eft auffi
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- par ces ouvertures qu’on la retire avec le poêlon Q_, fig. io”; mais cha'qufc robinet répond à une citerne particulière pour recevoir féparément les îe£ fîves fortes & les faibles.
- La figure 14 repréfente en élévation une chaudière en place, h h , la chau«= diere établie dans un maffif de maçonnerie pp. On a ménagé entre les chaudières-, des citernes ou piles à l’huile, dont on voit les ouvertures en Q_Q_: on voit en /ztz, une plate-bande fur laquelle 011 monte pour fervir les chau-dieres, & en ra , une marche pour y arriver. K K, effc la voûte qui précédera bouche du fourneau b b : on y voit un travers de bois fuppoité par deux fortes barres de fer ou landiers : cette barre de bois fournit un point d’appui au fourgon-, lorfqu’on attife le feu.
- Lnjigure 13 eft la coupe du fourneau. O-, la voûte qui précédé l’entrée du fourneau b : on met le bois par l’arcade d d. a, grille fur laquelle 011 met le bois, ee, tuyau de cheminée, hh , la cuve, i, le tuyau qu’on nomme l'épine., pour faire appercevoir où il aboutit dans la chaudière, a le fourneau dont on voit l’intérieur par le côté.
- Planche IL
- On y voit repréfenté le plan d’une grande fabrique de lavoir; 8c après les détails que nous avons donnés , nous comptons que tout y fera intelligible,,
- A A A A , eft une première enceinte. B B B B , fécondé enceinte qui renferme véritablement la fabrique. 1 , efi: la feule porte de la première enceinte : il y a une rue qui régné tout au pourtour; & en 2,2, une cour qui précédé l’entrée 4 de la fabrique: aux deux côtés de cette cour, font deux corps de bâtimens 3 & 3 , qui fervent de magafins pour mettre la barille , la bourde & les cendres du Levant. Comme c’eft dans ces endroits qu’on caffe & qu’on pile les différentes matières qui doivent fournir la lefiive, 011 les nomme en Provence les picadous. Il y a en 5 , 5, des portes pour communiquer des picadous dans la fabrique ; & 4 indique, comme je l’ai dit, la principale entrée de la fabrique.
- Les chiffres 7 indiquent 18 bugadieres ; 8c 8 s les récibidous : il y en a . deux pour chaque bugadiere , afin de diftinguer la lefiive forte qui coule la première , de la faible qui coule enfuite.
- 9,9,9, font des marches pour monter au niveau des chaudières 10 , qui font ici au nombre de fix.
- Les chiffres 11, indiquent les endroits où font des piliers de pierre qui foutiennent la charpente & les poutres d’un grenier qui eft au-deffus de la fabrique.
- Les chiffres 12, indiquent des foupiraux grillés, pour donner du jour aine Tome V1II% X x x
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- n°
- fouterreins où font les bouches des fourneaux. 13 , font les mifes où l’otî étend la pâte du favon pour qu’elle fe ralfermilfe. 14, font des ouvertures qui répondent à des piles à l’huile qui font defFous. 15 , des degrés pour descendre aux fouterreins ; & 18 > des degrés pour monter à l’étage qui efi au-deifus de la fabrique. 19, puits pour fournir de l’eau aux bugadieres. Les lignes ponduécs 20 , indiquent les tuyaux qu’on nomme épines , & qui fervent à l’écoulement des lefiives qui font épuifées. Tout ce qui elt pondue ne fait qu’indiquer des objets qui font en terre ÿ ces mauvaifes lefiives fe rendent par les tuyaux 20, dans des réfervoirs 21, où elles féjournent un peu de tems, pour qu’en fe refroidilfant, le favon qui a coulé avec la lefiive fe fige qu’on puifle le retirer avec une cuiller percée : cette lefiive palfe du. réfervoir 21, par le tuyau 22, & fe rend dans un autre réfervoir23 5 puis, enfin s’écoule à la mer par un aqueduc 24,25 , &c.
- Planche 113L
- À la figure î , tous les objets font repréfentés en plan. I , 2, 3,4, 5 , bacs où l’on fait les lefiives ; deflbus font les citernes où coulent les lefiives. a, traces qui répondent aux citernes ; leur étendue eft indiquée par des lignes ponduées d ou a. La trape de la citerne 3 efi: ouverte, & on y voit une pompe qui fert à tranfporter l’eau de la citerne 3, dans le bac 4. £,.indique les endroits où font des tringles de fer qui fervent à ouvrir & fermer la foupape du fond des bacs, lorfqu’on veut tenir le levain en trempe, & à les ouvrir lorfqu’on veut que la lefiive s’écoule dans les citernes. En A, efi le magaliiv aux potalfes, & l’endroit où l’on prépare le levain. L, efi la chaudière. e5 auge pour tirer le favon des cuves lorfqu’il efi cuit: cette auge fera repréfen-tée à part, & détaillée./, moulinet pour tranfporter les barrils d’huile aux chaudières: cette machine fera repréfentée en grand à la figure 3. g, tuyau: pour la décharge de la fumée. D , magafin au iavon. h, cuvier où l’on dépofe de la lefiive pour en avoir à portée de la chaudière quand on en a befoin. i 9 pompe qui répond dans un puits qui fert à fournir de l’eau douce au bacnA T„
- A la figure 2, les mêmes objets font repréfentés en élévation par une coupe de l’attelier fur la ligne A B & CI), du plan. I , 2, 3,4,5, font les citernes qui font placées fous les bacs. Celle cottée 5 contenant la forte lefiive qui e% filtrée dans le cinquième bac, efi une fois plus grande que les autres.
- La partie A B, qui efi une coupe fur la ligne A B du plan, repréfente l’élévation de quatre bacs. a9 font les trapes qui communiquent aux citernes,, & qui font indiquées par les mêmes lettres fur le plan. Auprès de B, eft ta pompe qui efi repréfentée en plan auprès de B : elle fert à tranfporter la leta iive de la citerne 3 , dans le bac 4, & ainlides. autres car on transports cette
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- T3?
- pompe où l’on veut, en l’attachant aux poteaux k, qui font établis auprès de chaque bac a. b, b, font des tringles de fer qui enfilent un tuyau : en les élevant on ouvre une foupape, & la leflive paffe des bacs dans les citernes j en les abailfant, on ferme cette communication, & le levain refte en trempe.
- Nota qu’en cet endroit la coupe eft prife fur h ligne B C du plan, & que la citerne de, du bac 5, eft une fois plus grande que les autres.
- I, indique le niveau du spavé ; ainfi les citernes & une partie des bacs font en terre.
- L, eft la chaudière: nota que fa coupe eft prife fur la ligne C D du plan. ni, le cendrier, n , le fourneau, o, fouterrein par lequel on allume le fourneau. p , porte du cendrier pour donner de l’air au fourneau, q, porte par laquelle on met le bois dans le fourneau, g, tuyau pour la décharge de la fumée. D,magafîn au favon. E, feau de cuivre à bafcule pour vuider la •chaudière.
- La figure 3 eft deftinée à faire voir plus en grand 81 plus en détail, les uftenfiles dont il a été parlé. GH, moulinet pour vuider les tonnes d’huile dans les chaudières. Il eft repréfenté en plan à la figure 1, & déligné par la lettre fi: 011 le voit de face en G, & de profil en H. a , treuil fur lequel fe roule la corde b, qui fupporte la tonne c. d, eft un tambour de bien plus grand diamètre que le treuil a, & fur ce tambour eft roulée la corde e. : il oit clair qu’en halant fur la corde c, oh fait tourner le treuil a, fur lequel fie roule la corde b ; & la tonnée eft élevée fur le plan incliné/, & va d’elle-même fe placer fur la confole g, qui eft en faillie dans la cuve L.
- E, coupe de l’auge cotée e au plan : elle fert à porter le favon de la chaudière L dans le barril f. cd, eft la même auge vue en plan ; le deftus eft couvert depuis a. jufqu’en d. En ab, eft une plaque de cuivre percée de trous pour arrêter les faletés qui pourraient fe rencontrer dans le favon. Cette par-foire eft repréfentée à part en a b. En e, eft 111: trou par lequel coule le favon dans le barril h; & quand 011 veut, au moyen du tamponfi, on l’empêche de couler.
- On puife le favon dans la chaudière L: on le verfe dans l’auge c d ; quand il a paffé par la palfoire a b , il s’écoule par un trou qui eft eue, & tombe dans le barril h. Au-deffous eft un autre barril pour recevoir ce qui pourrait fe renverfer.
- H , cuvier qui eft coté h au plan ,/g. 1 : on y dépofe la leflive forte avant de la mettre dans la chaudière L. K, vafe de cuivre qu’on nomme jet : il tft |augé ayant 11 pouces de diamètre fur 6 de profondeur: il en faut 14pour remplir une tonne. On s’en fert pour remplir la chaudière, & favoir combien on y met de leflive.
- Xxx ij
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- A HT BU $ A F 0 N N IE R.
- M, tonne: elle a 27ponces de hauteur dejable en jable, 18 pouces dëidia»--Bietre au bouge , & 16 pouces aux jables.
- N, barril ou quart de tonne : il a r 6 pouces de hauteur de jable en jables, 12 pouces de diametre.au bouge, & 1.1 pouces au jable.
- O, demi-quart : il a 13 pouces de hauteur, 10 pouces de diamètre aïk bouge , & 9 pouces au jable..
- P, eft une cuiller pour tirer la leffive des citernes.
- Q_, éprouvette pour examiner quand la cuite, eft. faite..
- R, indique la forme du baffin de cette éprouvette.
- S. , tefîon de pot, ou tuile verniiTée , fur laquelle 011 verfe ie fkwn qu’on a? puifé avec Téprouvette Q^, pour connaître ü.la pâte eft bien liée..
- EXTRAIT des regiflrcs dè ïacadémie royale- des fciences-s, du 16 juillet 1774.
- Ï^ÆessIïeurs Fougeroux & Cadet, qui- avaient été nommés pour exn--miner la defcription de Y art- du favonnkr, par M. Duhamel, en ayant fait-leur rapport, l’académie a jugé cet ouvrage digne de l’impreiïion. En foi de.: qpoi j’ai ligné le préfent certificat. À Paris , le 13 août 1774.
- QlANDJEAN DE FoüCHY , fccutaire perpltmU de l'académie royale des feienç/ts
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- A R T DU S A F 0 N N I E R. m
- a/g».. -«M»»"»"" ——- •—i l *' *' " ... '«' 1 "
- TABLE DES MATIERES,
- Et explication des tiennes qui font propres à Part du favonnien A
- XstLGA viridîs cappillaceo folio. V. varech.
- Algue. Voyez varech.
- Alkalis -, comment ils contribuent à la faponification. §. 6,
- Ambre, boule d’ambre , employée^: éprouver la leiïive, note 16.
- Anses , bords de la chaudière. 64*
- E
- Bacs à faire la leiïive dans les manu-fadtures de Flandres. 2.09.
- Bannate , en ail. Dur elfe hlag, panier d'ofier à palier les grailles ,11.17.
- Barille , fel, alkali. 18. Voyez fonde..
- Barils i contenir le lavon en pâte. 24 f.
- Batte , infiniment pour unir les couches de poudre de chaux. 130.
- Bertrand , élémens d'ory&ologie-, cité note 3.
- Bourde, fel alkali. ig. Comment elle, fe fabrique. 29. Ses efpeces. 50...
- Bûche d’airain , jauge pour mefurer l’épailfeur des pains de favon. 133.
- Buchoz , dictionnaire univerfel dès plantes, m 8«
- Bugadieres, grands cuviers en maçonnerie, propres à mettre les lelïi-ves dans les grandes fabriques. 60.
- Bunias cethile Linn. Voyez roquette de
- mn.
- C:
- CàïROU , nom provençal d!u.ne. forte, de pierre de. taille. 6/^.,
- Casse de cuivre à puifer le favon. yy*
- Causticité , ce que c’eft, n. 4.
- Cendres , ce que c’eff 117. Moins en ufageaujourd’hui, n. 9.
- Cendres du Levant, fel alkali. ig. D’où il fe tire. 21. Fabrication. 21. Sont fophiftiques. 25.
- Cendres de Tripoli. 22. D’Arn.23. De Conftantinople. ibid.
- ClNEREs dLamllatimontain.lv. potajfe..
- Charbon de terre ,,employé dans les manufactures de lavon.. 229.
- Chaüderon, fond de la chaudière. 64..
- Chaudières des manufadiures de; Flandres. 227.
- Chaudières à.cuire le favon. 64. Grandes chaudières des fabrique^ de; Marfeüle. 1Q !..
- Chaux augmente la caufticitédes fels» 4. Néceiïaire pour obtenir une bonne leiïive. y2..
- Chaux en pierre, préférable a .la chaux: en fleurs. 8.2. Poudre de chaux, employée à fophiftiquer le favon. 12JV
- Chenevis ( huile de ). 170.
- Cohat (huile de) propre à faire 1& lavon. ibid.
- Co/N fer va. Voyez varech.
- Cornude , broc de bois fervant à poî>-ter l’huile. 77.
- Couperose, fert à faire le favon bré. 143.
- Codteau à couper le favon dans. lejr» miles, y7.
- Crible de fer. yy;
- Cuviers à faire les lelïms, en allern*. Aç[eherfa[s. ;8.., n. 14,.
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- fa 4
- ART DU S A F 0 N N I E R.
- Cyzagans , pièces à fécher le favon.
- Dictionnaire de chymie, cité n. z.
- E
- Eau , employée à fophiftiquer le favon. 124.
- Eaux, choix des eaux pour faire la lelîive. 218*
- Ecaille, tuile de poterie verniflee, dont 011 fe fert pour éprouver le degré du cuilfon. 234.
- Encyclopédie d’Yverdon, citée m 2.
- Epine, canal de la chaudière, f 7, 7° » 77-
- Eprouvette , petite cuiller de cuivre propre à éprouver la cuiflon. 234.
- Essence de favon. 272,11.23.
- F
- Fabrique de favon, plan d’une grande fabrique. 74.
- Fauque , bout de chevron placé à l’extrémité de la mife.
- Flaquer , ce que c’eft. 114.
- Fraudes de quelques fabricans de favon. 124.
- Fourgon , barre de fer pour arranger les bûches, y 4.
- Fourneau à faire lapotafîe. 40 ,/>/. /, fig- 1,2, 3.
- Fucus. Voyez varech.
- Fumée du favon ; fon odeur indique fi le favon eft cuit. 98.
- G
- Gayette, pains façon degayette. 13 6.
- Glasschmelz. Voyez kali.
- Graisse, entre dans la compofition du favon, 1, 11, 2. Vieille, donne
- une mauvaife odeur. 11, G.
- GraiJJes de mouton & de bœuf, propres à faire du favon , note 17.
- Grille des chaudières. 6y.
- H
- Hachoir,couteau à couper la graifle,' note 17.
- Huile, entre dans la compofition du favon. 1 , 11. 2. Qualité de l’huile qui entre dans le favon. 6. Différentes elpeces d’huiles qui entrent dans le favon. 9. Huile de poilfon , comment diiliper l’odeur fétide qu’elle donne. 10. Huile d’olive entre dans le bon favon. 12. Huile lampante, if. D’où fe tirent J»es huiles pour le favon. 16-Différence entre l’huile d’hiver & celle d’été, joy. Huile grqjjan. 106. Huile chaude. 198. Huile froide, ib. Huile jaune, ibid. Huile verte, ibid.
- Humecter la cuite. 117.
- K
- Kali, en ail. Salzkrant, plante avec laquelle fe fait la foude. 24, n. 10.
- L
- Lâche , pâte lâche. 132.
- Lessive, lolution des fubftancesalka-lines dans de l’eau, go. Trois fortes de leffives. 8f. Force de la leffive , maniéré de l’éprouver. 88, 177*
- Lin ( huile de ), 198.
- Liquidation de la pâte. 120.
- M
- Malons , forte de briques dont on fe fert pour maçonner les chaudières.
- 64.
- Marie vulgaire, plante. Voy.kalu
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- ART DF SAVONNIER,
- Masse île fera rompre la fonde. 57, pl. I 6.
- Matras ,barreau de fera fermer l’e-pine. 5-7.
- Millerole, mefure pour l’huile, contenant cent dix-huit livres poids de marc. 97 , 146.
- Mises , en ail. califes à refroi-
- dir le favon. 127.
- MODELE DE fabrique , table à couper les pains de favon. i}8-
- Moresque, pierre fur laquelle on brife la foude. 74.
- N
- Natrum, fel alkali. 32. Analyfe du na'trum. 34, n. \ 1.
- Navette (huile de). 170.
- O
- Oeillets (huile d’). 198.
- Oeufs de poule propres à connaître la force des lelîives. 88-
- P
- Pains de favon. 135. Petits pains. ibid.
- Peigne , pour tracer les pains de favon. f 7 , pi /, jig. 9>
- Pelle de fer. fj.
- Picadou j bâtimens où l’on brife les cendres. 74.
- Pierre a cautere,employée à faire le lavon.. 7.
- Piqueur, ouvrier qui brife la foude. 7f-
- Plane de bois pour applanir le favon. 57 pI-I,fg-2-
- Po'ELON de cuivre. ^7 ,.pl. 10.
- Pompes portatives, employées dans tes manufadures.de Flandres. 211.
- T3f
- Potasse, en ail. Tottafche, employée à faire le favon. 18. Ce que c’elt. 36. Où elle fe fabrique. 57. Comment. 38- Sophiftiquée. 46. Pocafle de Dantzic. 202.
- Puits , nécelfaire dans une fabrique de favon. 76.
- R
- RÉcibidou, citernes ou réfervoirsV metere la ldfive. 60.
- Réglé de bois à couper les pains. j6-
- Roquette de mer. 21, n. 8-
- Rouable, barre de fer crochue pour tirer les cendres, y y.
- Rouable de bois. y7«.
- s;
- -S ali COTTE , plante. Voyez b ali.
- Salsola foda^Lum. Voyez kalL.
- Safo tartareus. 4.
- Saponification i fa caufe. 2.
- Sarion , natte. 84-
- Savon , ce que c’elf. r, n. 2. Blanc. ij-;. Marbré.. 14. Cuite du favon. 92» Dans une petite fabrique. 94. Cuite du favon blanc. 9. Maniéré de faire.* du favon avec de la grailfe , n. 17.-Savon marbré. 141. Maniéré de faire-le favon à froid, 17 y. Savonnoir. 166-Savon liquide. 167. Savon tendre». 169. Qualité du favon en pâte. 188^ A enlever les taches. 2y4- Savon de* Starkey, n. 22. Savon au miel. 2y7-Savon en pâte pour la barbe. 263. Savonnettes. 2y8- Communes. 2y9-A l’eau-de-vie. 2 63. De bonne-odeur. 26y. Du ferrail. 266. A lar franchipane. 267. Légère. 270.. „
- Sel, entre dans la compolition du favon , note q. Acide, ibid. . Alkaliiu. ibid. Neutre, ibid.
- Sel marin , employé à fophifliqp^v
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- ART BU S A F 0 M N I EK
- S3*
- le fa von. i2<5.
- Sels alkalïs, leur ufage lorfqu’ils ont été épuifés par les ieflîves. 99, Servidoü, chauderon de cuivre à oreilles. 57.
- Soude, fei alkali. ig. Soude d’Alicante. 20. Sa fabrication. 24. Ses'ef-peces. 2f. D’où elle fe tire. 26. Maniéré de la connaître. 27.
- Soude blanche. Voyez natrutn.
- Soude de varech. 47.
- Soude y plante. Voyez kali.
- T
- TEINTURE NQIRE &' VERTE pour le
- favon. 237.
- Tierçon, caifle à emballer le favon.
- Tonnes & demi-tonnes à contenir le favon en pâte. 24p.
- Tour, mettre e?i tour, entalfer les pains de favon pour les fécher. 139.
- Truelle pour former les pains de favom j-7.
- Varech , forte d’algue , dont on tire la foude , n. i}.
- Varre , pâte qui étant épailïe devient molle. 112.
- Fin de Cdfi dtt favonnUtf
- ART
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- ART
- DU RELIEUR
- DOREUR DE LIVRES.
- Par M. D u d i »?
- Tri
- ftme vm
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- ART
- D U RELIEUR CO.
- «gsji.»-.:aj y m. „ ;'L:=r,-'^. ,kizl-,. • ::=s v±..--ï=^ • "..-rrrâ»
- Avertissement.
- *. Lorsque l’academie royale des fciences entreprit de donner au public la defcription des arts & métiers , elle invita tous les favans, même ceux qui n’étaient point de fou corps, à concourir à la perfection de ce grand ouvrage , en décrivant les arts dont ils auraient pu prendre connaiffance, ou qu’ils auraient été à portée de pratiquer par eux-mêmes. Cette invitation a eu , en grande partie, l’effet qu’en attendait l’académie. Déjà nous avons vu plufieurs favans étrangers lui préfenter des arts qu’elle a permis de publier fous les noms de leurs auteurs. Quelques artiftes diftingués dans leur pro-feflion font auffi donné la defcription des arts qu’ils pratiquent. De ce nombre font l’art du menuifier, celui du coutelier, & d’autres qui ne tarderont pas à paraître. Enhardi par ces exemples , animé du même zele , mais peut-être avec moins de talens & de connailfances, j’ai ofé entrer dans la même carrière, & j’ai eu l’honneur d’offrir à l’académie le tribut de mon refpecl, en lui préfentant l’art du relieur doreur de livres. J’avouerai cependant qu’ii m’aurait été impofCble de joindre cet art à ceux de l’académie * Il, aux lumières que j’ai tirées d’un manufcrit de M. Jaugeon , appartenant à l’académie, & d’un petit ouvrage de M. Gauffecourt de Lyon, je n’avais eu le fecours de M. le Monuier le jeune, maître relieur, & relieur de S. A. S. Mgr. le duc d’Orléans (fl). Cet artille élevé par un pere diftingué dans fa profef-
- ( i ) Cet art fut publié par l’académie vais, vis-à-vis les maifons du college, aux en 1772. armes d’Orléans.
- (a) Il demeure rue Saint-Jean-de-Beau-
- Yyy ij
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- ART DU RELIEUR.
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- fion, en a toujours {bu tenu la réputation ; il a eu la complaifance de faire? faire devant moi tou te 4 les opérations de fou art, ce qui m’a mis à portée du le connaître allez à fond. J’ai donc taché de décrire toutes celles que doit fubir un livre avant que d’ètre vendu j on verra fur-tout que je me fuis appliqué à décrire la maniéré de plier les feuilles, parce qu’il m’a paru que les auteurs qui s’étaient occupés de cet art avant moi, n’avaient pas allez détaillé cette opération, qui a de grandes difficultés , & qui eft importante. Je n’ai point craint de tomber dans la prolixité pour me faire entendre, & j’ai cru devoir , fur cet objet, multiplier les figures ; auffi verra-t-on qu’il y a fept planches fur le feul plîment des feuilles. Mais je crois que fi le ledeur veut bien ne pas fe rebuter de l’ennui que lui caufera la ledure de cette partie, il pourra, avec de la patience, & par le fecours des figures, parvenir à connaître le plîment des difiérens formats ; du moins je puis affiner que j’y fuis parvenu par ce moyen. On fera peut-être étonné que je n’aie point parlé dans l’ouvrage, de quelques autres formats, tels que Yin-fei^e ( a) , Y ïn-quarante-huit, &c. Mais ces formats s’impriment fi rarement, qu’il y en a que je n’ai pu me procurer en feuilles, entr’autres un petit formatau-defi fous de l'in-cejit-vingt-huit, qu’on appelle U pcuce, que j’ai cherché inutilement dans Paris. Quelqu’eftime que mérite l’ouvrage de ÎVL Jaugeon fur l’art de la reliure , qui n’eft que la fuite & la fin d’un plus confidérablefur la fonte des caraderes & l’imprimerie, j’ai été furpris que cet académicien eût paffé fi légèrement fur cette partie de la reliure ; d’ailleurs il n’y avait en tout que trois planches gravées fur cet art, dont j’ai fait ufage : ce font les planches VIII, X & XI ( 2) de mon ouvrage. A l’égard du petit traité de M» de Gauffecourt, c’eft un ouvrage imprimé à Lyon en 1761 , de format in-
- '> il en eft très-peu venu à Paris. M. D’hémery, infpedeur de la librairie ayant bien voulu me communiquer un exemplaire qu’il a , j’ai trouvé l’ouvrage d’un homme d’efprit, qui connaît bien l’art, & peut-être trop bien, pour pouvoir s’appefantir à le décrire d’une maniéré très-détaillée ; d’ailleurs il n’y a pas une feule figure, & je ne fais pas comment 011 peut entreprendre la defeription de cet art fans figures : pour moi, j’avoue que je n’ai eu d’autre embarras que pour ne pas trop multiplier les planches ; mais auffi je crois que j’aurais renoncé à cet ouvrage, fi ce fecours m’avait été interdit.
- 2. J’ai évité d’entrer dans aucune difeuffion ni recherches hiftoriques fur l’antiquité de cet art (3), fur la maniéré dont les anciens affemblaient leurs
- (a) La feuille de ce format fe plie comme (?) Il eft inconteftable que l’art du re-celle de l'in-octavo qui s’impofe par demi- lieur eft plus ancien que celui de l’impri-feuille. ^ merie ; mais fi l’on envifage ces deux arts
- , (2) Les planches de l’édition in-4", ne dans leur état adueî, il faudra dire que répondent pas à celles de fin-folio, l’imprimerie, en s’établiffant, a rendu nécef-
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- ART DU RELIEUR.
- T4*
- livres avant l’invention de l’imprimerie, & même dans des tems plus reculés (4), parce que je me fuis apperqu que cette partie aurait demandé une plume plus favante que la mienne, & 11e doit être traitée que par des lavans accoutumés à ces fortes de recherches, qui fuppofent une profonde connaiC-fance des anciens ufages.
- 3. Je me fuis donc renfermé dans la partie purement méchanique de l’art que j’ai traité ; j’ai pris tout le foin & toutes les précautions dont je fuis capable , pour ne rien préfenter au public que de vrai. Malgré cela , je ne doute point qu’il ne me foit échappé bien des inadvertances & des fautes que je n’ai pu prévoir. Je crois cependant devoir avertir des obligations que j’ai à dom Bedos, religieux bénédictin. Ce favant homme , correfpondant de l’académie , auteur de l’art du faéteur d’orgues , connu par plufieurs bons ouvrages, & qui s’eft toujours occupé utilement des arts , a bien voulu examiner mon manufcrit avec la févérité d’un critique judicieux & éclairé 5 fes obfervations m’ont relevé de bien des fautes , & me doivent concilier la faveur du public, déjà prévenu des talens de dom Bedos. M. Pingré , chanoine régulier de fainte Genevieve, l’un des commiflaires nommés par l’académie
- faires des procédés tous différens dans l’art du relieur.
- (4) Les premiers livres étaient en forme de tables , dont il eft fait mention dans l’Ecriture fous le nom de fepher. Quand les anciens avaient des matières un peu longues à traiter, ils écrivaient fur des feuilles ou des peaux coufues les unes au bout des autres & roulées ; c’efl: ce que les latins appellent volumina. Les plus anciens manuf-crics étaient renfermés dans des coffres de bois de cedre. Lorfque le papier d'Egypte fut devenu d’un ufage plus commun , on eoufut les feuilles par le dos avec des cordons. On joignait à peu près de la même façon les tablettes de cire, que l’on couvrait par-deffus & par-deffous de deux planches. Les moines, devenus les dépofitaires de la fcience, copièrent les anciens manufcrits fur du parchemin, qu’ils coupaient en feuilles plus ou moins grandes , coufues enfemble par le dos , & couvertes de peaux , avec deux morceaux de bois mince , pour fervir de couverture. Après l’invention de l’imprimerie , lorfque les livres furent plus communs, on fit des
- volumes garantis par des planches recou* vertes de parchemin ou de peaux de porc , & garnies aux quatre coins de plaques de laiton , de cuivre , ou quelquefois d’argent & de vermeil. Tels étaient les anciens livres de chœur , & plufieurs manufcrits encore fubfiftans dans les bibliothèques. Mais ces volumes étaient fi pefans, qu’un homme avait affez de peine à manier un in-folio médiocre. On omit donc les planches & la garniture , & l’on fe contenta d’une fimple couverture de parchemin ; malheureufe-ment elle était fujette à.fe plier, à fe déformer, & elle ne durait guere. Le dos n’était que lié avec des cordons. Ce n’eft qu’au dix-feptieme fiecle qu’on a inventé les reliures francaifes & anglaifes, qui font infiniment plus commodes, plus durables , & moins cheres. Voyez l’Encyclopédie, au mot livre , & les auteurs cités. Voyez auhi ce que j’ai dit fur les diverfes fubftances employées à faire des livres, dans mes notes fur Yart du papetier, inféré dans le quatrième volume de cette collection, page 401 & fuivantes.
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- ART DU RELIEUR:
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- pour examiner mon art, a bien voulu auffi me faire plufieurs remarques très-utiles. Muni de tous ces fuifrages, & en particulier de celui de l’académie , j’ofe donner mon ouvrage au public : trop heureux fi je puis avoir mérité fou approbation.
- 4. Comme j’ai remarqué qu’on était quelquefois embarraifé pour défigner les formats de certains livres reliés, j’ai cru qu’on ne trouverait pas déplacé que j’indique ici la maniéré de s’en atfurer. Je la tire en grande partie d’une note que j’ai trouvée dans la traduction de Sallufte, parle pere Dot-teville , de l’oratoire , troifieme édition, in- 12, chez Lottin l’ainé , 1769 , page 402. Pour s’aifurer, dit ce favant tradu&eur, du format de toutes efpe-ces de livres, il faut favoir que dans le papier fe trouvent des raies qui tra-verfent la feuille dans le fens de fa longueur j ces raies, diftantes entr’elles depuis onze jufqu’à quinze lignes, fuivant la grandeur de la feuille , s’appellent, en termes d’art, pontufeaux ou pointufeaux. (Voy. l’art du papetier, par M. de la Lande -, page 4 6 & fuiv.) Or, par la feule infpeétion de ces pontufeaux (5) , on diltinguera facilement les formats qui peuvent fe confondre au premier afpeét ; car ces pontufeaux font toujours perpendiculaires dans tout in-folio , in-oBavo, in-dix-huit, in-trente-deux, in-foixante-quatre, in-cent-vingt-huit ; & ils fe préfentent horifontalement dans les in-quarto , les in-dou7e, in-fefe, in-vingt-quatre, &c. J’ai cru néceflàire de terminer cet uver-tiflement par cette note, quoiqu’un peu étrangère à mon objet, en faveur des perfonnes qui, peu accoutumées à diftinguer les formats , auraient des catalogues de bibliothèque à drelfer.
- (O II eft bien plus fimple & plus aifé de connaître le format des livres par l’infpec-tion de la feuille. Telle qu’on la met entre les mains du relieur , la chofe parle d’elle-méme , & n’a pas befoin d’explication ; *iais lorfque le relieur afaitfon travail, & que le livre fort de fes mains, on peut héfi-ter quelquefois fur le format in-8° &in-i2. Alors il faut faire attention à ce que les imprimeurs appellent la fignature. Lafg nature eft une lettre ordinairement capitale , que les imprimeurs placent au bas des pre-
- mières pages d’une feuille. Pour le format in-ocftavo , la première page de la feuille eft marquée d’une lettre capitale comme A ; la fécondé qui eft au verfo , n’a point de marque ; la troifieme eft marquée A ij, ou A 2 ; la cinquième , A iij ou A 5 , & la fep-tierae A iv ou A 4, Les autres pages de la feuille n’ont point de fignature au bas. Ainfi toutes les fois qu’on voit les fignatu-res finir à A iv , le livre eft imprimé in-octavo. Pour l’in-douze} les fignatures vont jufqu’à A vj ou A 6.
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- INTRODUCTION ET P LAN DE V OUVRAGE.
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- V/N appelle relier un livre , plier & aflfembler les feuilles par cahiers, les coudre, & les couvrir de cartons revêtus de veau ou d’autres fubftati-ces. Cette opération , qui fe fait par des ouvriers nommés relieurs, eft in-difpenfablement néceflaire, fur-tout depuis l’invention de l’imprimerie , pour nous mettre à portée de profiter des connaiflances & des richeifes que ce bel art nous a procurées. En effet, comment jouirions-nous de nos livres, fi nous n’avions la facilité d’en ralTembler les feuilles en un leul corps, pour prévenir qu’elles ne foient expofées à fe perdre & à fe déchirer ? Comment pourrions-nous les placer dans nos bibliothèques? Quel embarras ne feraient-ils point fur nos bureaux , iorfque nous voudrions nous en fervir ? Enfin, pourrions-nous aifémeut les tranfporter hors de nos maifons , foit pour les communiquer à ceux à qui ils peuvent être utiles, foit pour notre ufage & notre agrément ?
- 6. Il ferait donc fuperflu d’infifter davantage ici pour établir la nécefiité de faire cette dépenfe, qui ne laiffe pas que d’augmenter le prix des livres, quand même on fe bornerait à ne faire que le fimple néceifaire avec propreté , fans recherche & fans magnificence. Il eft vrai que quand un livre eft de peu de conféquence, ou quand il eft trop nouvellement imprimé pour être mis entre les mains du relieur, on fe contente d’en plier les feuilles, de les couvrir d’une feuille de papier bleu ou marbré commun, ce qu’on appelle brocher ; mais outre que cette opération eft de peu de durée & ne fert guere à la confervation du livre , il faut convenir qu’elle ne donne aucun agrément extérieur aux livres qui font très-incommodes à placer dans une bibliothèque, où ils tiennent beaucoup plus de plare que les livres reliés.
- 7. Mon but, dans l’ouvrage que j’entreprends , eft de mettre le lecleur à portée de connaître toutes les opérations auxquelles doit être fournis fon livre, avant qu’il foit en état de lui être vendu ; & d’expofer le plus clairement qu’il me fera polîible, les procédés que fuivent les meilleurs relieurs dans la pratique d’un art qui, quoique rangé dans la elalfe des arts mécha-niques, peut cependant être regardé avec une certaine confidération , ayant l’avantage de tenir en quelque façon aux lettres. En effet, quoique le roi Louis XIV, par fon édit de 1686, ait féparé la communauté des relieurs de celle des libraires-imprimeurs en l’univerfité de Paris , cependant il a ftatué ? par ce même édit, que les relieurs doreurs de livres feraient toujours cenfés & réputés du nombre des fuppôts de l’univerfité , & jouiraient en celte qualité, des privilèges dont ils avaient bien & duement joui ci-devant.
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- ART DU RELIEUR.
- 8. Cet ouvrage fera divifé enfept chapitres. Le premier, traitant des premières operations qu’il faut faire lorfque les feuilles viennent de chez l’imprimeur ou le libraire, contiendra la maniéré de les plier, de les collationner, de les battre, de grecquer, de coudre, de détortiller & épointer.
- ’ p. Dans le fécond, où il fera queftion de mettre le livre en état de pouvoir recevoir la couverture, on verra la maniéré de couvrir les feuillets, alfem-blés & confus, avec du carton; comment on forme les dos des livres; comment on les fortifie avec de la colle & du parchemin; la maniéré de rogner les bords des feuillets, de mettre la couleur fur la tranche, de la marbrer ou de la dorer ; enfin de former la tranche-file , pour arrêter le haut & le bas des cahiers.
- io. Le troifieme chapitre fera employé à décrire la maniéré de couvrir le livre, foit avec de la peau de veau ou de mouton , foit avec du marroquin ou du parchemin; & les préparations qu’on donne à ces peaux, pour les mettre en état de recevoir la dorure.
- i r. Le chapitre quatrième traitera de la dorure qui s’applique fur les couvertures des livres ; nous y décrirons la méthode & les inftrumens dont on fe fert pour dorer.
- 12. Dans le chapitre cinquième, nous décrirons quelques opérations qui fe font en dernier lieu quand l’ouvrage eft fini, pour y donner le dernier poli & le mettre en état d’être rendu au propriétaire ou au marchand.
- 13. Pour ne point interrompre le détail de nos opérations, nous avons attendu jufqu’au fixieme chapitre à parler de quelques reliures qui font moins d’ufage , telle que celles en parchemin fimple, celle à la hollaudaife en parchemin , celle des antiphoniers ou gros livres qu’on pofe fur les lutrins dans les églifes, celle à la grecque à dos brifé , à dos à la hollandaife , celle des cartes géographiques , grands livres de figures & autres de format atlas, fur très-grand papier & à onglets ; la reliure des porte-feuilles de bureau , qu’on appelle reliure de Lyon ; la reliure des livres chinois, celle des livres turcs & autres , dont j’aurai pu me procurer des deffins.
- 14. Enfin dans le feptieme & dernier chapitre, qui fera le plus court de tous , nous parlerons de quelques opérations qui fe pratiquent moins communément , qu’il elt bon cependant de ne pas omettre , parce qu’on les demande quelquefois : telles font celles de laver les feuilles, foit en blanc & en ,euf, foit en vieux, de régler les feuillets , & de parfumer les livres.
- ©
- CHAPITRE
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- ART DU RELIEUR. W
- »«>!Ksrm.e«ggggagg..tJ--^.—- *--r- w —^3»
- CHAPITRE PREMIER.
- Opérations qu'il faut faire avant de couvrir le livre de carton.
- if. IN‘ ous diviferons ce chapitre en fix articles. Le premier contiendra la maniéré de plier les feuilles. Le fécond, le collationnement des feuilles» Le troilieme, comment il faut les battre. Le quatrième, comment on doit grecquer. Dans le cinquième, on verra comment il faut coudre le livre; & dans le fixieme, la maniéré de détortiller & épointer les ficelles. (6)
- Article premier.
- P liment des feuilles en général.
- ï£. L’opération de plier les feuilles eft une de celles de Part que nwas décrivons, qui demandent le plus d’attention de la part des perfonnes qui la font; ce font ordinairement des femmes auxquelles elle eft confiée; cependant elle demande non feulement des précautions , mais encore elle fuppofe qu’on fait bien lire, & qu’on connaît au moins les chiffres arabes ou romains, puifque ce font principalement ceux qu’on met au haut des pages * qui guident l’ouvriere.
- 17. Si nos livres s’imprimaient de la même maniéré que l’on écrit les ma-nufcrits, il n’y aurait aucune difficulté à plier les feuilles; le premier côté ou le reélo d’un feuillet porte la première page , le fécond côté ou le verfo , porte la fécondé page , & ainfi des autres *. il 11e s’agit donc que de mettre les chiffres à côté les uns des autres dans leur ordre naturel jufqu’à la fin , foit que le manufcrit foit formé d’un feul ou de plufieurs cahiers ; mais dans les^ imprimés , chaque feuille d’impreffion forme autant de cahiers qui doivent porter un certain nombre de pages, fuivant la différence des formats. Expliquons ceci plus en détail.
- (6) Avant de procéder au pliaient des feuilles , il eft à propos de collationner ; c’eft-à-dire, d’examiner fi toutes les feuilles qui doivent former le livre s’y trouvent réellement. Il eft très-ordinaire qu’il .y ait à cer égard beaucoup de défe&uofités. C’eft au libraire qui vend, à les compléter. Une autre opération, néceffaire pour les papiers
- 'Tim* VIII.
- fans colle, dont on fe fervait fi généralement en Allemagne. c’eft de pafier toutes les feuilles dans une colle claire, mêlée d’alun, en ail. planiren. On les pend en-fuite fur des cordes de crin , on les bat légèrement après qu’elles font feches, & enfin on les plie.
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- ART DU RE tï EU R.
- Ig. L’in-Jotîo eft compofé d’une feuille plus ou moins grande , qui corti tient quatre pages, ou de deux feuilles qui s’impriment Tune après l’autre * & dont on forme un cahier qui contient huit pages (7). Le cahier de l’m~ quarto eft compofé d’une feuille pliée en quatre, & contient quatre feuillets, ou huit pages ; 1:'in-octavo, huit feuillets ou feize pages ; Vin-dou^e, douze-feuillets ou vingt-quatre pages. Dans ce format, il y en a qui font de deux cahiers, & d’autres d’un feuli nous expliquerons cela plus au long quand nous parlerons de fon pliaient ; il nous fuffira de dire pour le préfent» que foit qu’il foit d’un ou de deux cahiers , il ne contient toujours que vingt-quatre pages. U in-dix-huit contient dix-huit feuillets ; il eft de trente-fix pages. U in-vingt-quatre eft différent, en ce qu’il s’imprime par demi-feuille ; c’eft-à-dire, que fur une même feuille de papier, on imprime à la fois deux exemplaires du, même ouvrage (8,), de forte qu’on partage fa feuille en deux parties égales , dont chacune fert pour un exemplaire différent du même livre: ain-fi la feuille entière de ce format contient vingt-quatre feuillets-ou quarante-huit pages,; mais la demi-feuille féparée qui fe partage en deux, cahiers, l’un de huit feuillets ou feize pagesl’autre de quatre feuillets oik huit pages, n’en contient que vingt-quatre,
- 19. IL y a deux fortes $ in-trente-deux , l’un d’une feule feuille, fer vaut: pour deux exemplaires, & contenant trente-deux feuillets ou foixante-quatre? pages, dont la moitié forme deux cahiers de huit feuillets ou de feize page& chacun : le fécond in trente-deux ne fert que pour un exemplaire 1 la feuille fprme quatre cahiers de huit feuillets ou feize pages chacun»
- Méthode de. plier les feuillest
- 20. Nous., avons dit que ce font des femmes ( 9 ) qui font ordinairement? chargées du pliment des feuilles d’un livre j. elles font cette opération fur un.
- (7) L’in-folio s’imprime aufti'par. cahiers, de trois & de quatre feuilles. Si on.l’imprime par Feuilles , les relieurs fe plaignent qu’il leur faut beaucoup de tems pour coudre. Le dos. du.livre , devenu fort gros par. la quantité de fil qu’on emploie, ne fera jamais bien relié ni à l'allemande ni à la franqaife. Le remedeà ce mal eft décoller quelques feuilles enfemble avant de fe mettre à coudre.
- (8) Les imprimeurs , pour des raifons tirées de leur commodité ou de leur inté-& 3, ÿn^tiî»ent auJGTi, quelquefois l’in-douze
- par demi-feuille. Cela leur arrive fur - tout lorfqu’ils manquent de caraéferes pour faire les deux formes, alors ils n'gn font qu’une à la fois & ils tirent à double.
- (9) En Allemagne , l’ouvrier relieur-doit achever fon livre de tout point, depuis qu’ili fort en feuilles du magafin du libraire , jufo qu’à ce. qu’il foit prêt à être mis fur les tablettes, de l’acheteur. En France, il n’en eft,; pas de même ; on trouve, de fort bons relieurs qui ne favent pas plier. Il eft vrai que le pliment du livre, n’exigeant aucune force , eft plutôt un ouvrage de femme.
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- â RT D ü R EL T EU R.
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- tâïlôtt quelles pofent fur leurs genoux , mais plus volontiers fur une table $ te carton a dix-huit ou vingt pouces de long fur quinze à feize de large 9 & au moins trois lignes d’épaiifeur * il pefe près de deux livres. On pourrait encore fe fervir d’ais de bois, qui feraient plus légers que ces cartons ; mais outre que la dureté de ces ais pourrait à la longue leur bleifer les genoux: quand elles les pofent deflus, le carton obéiilànt un peu au preffemcnt du plioir, le papier s’y manie mieux.
- Du plioir ,& de là manière de s en fervir-,
- 21. Le plioir ( (ô) pL I, fig. i, eft un infiniment de bois commun, d’L Voire , de buis ou d’écaille , qui a depuis fix jufqu’à dix pouces de longueur, fur feize à dix-huit lignes de largeur ; il va en diminuant vers fes deux bouts, qui fe terminent en rond. Son épailfeur eft de deux lignes dans le milieu , & diminue d’une ligne vers chaque bord, qui finit en un taillant ou coupant moulfe ou arrondi : on fe fert plus volontiers de plioirs de buis î ils font plus légers & moins chers que ceux d’ivoire, qui d’ailleurs font lourds à la main, & ont l’inconvénient de s’ébrécher comme une lame de couteau. A l’égard de ceux de bois commun, ce font les moins bons & les moins en ufage; leur taillant fe gâte aifément, & ils font fujets à fe calferfi i).
- 22. La maniéré de fe fervir du plioir , efl de le paifer de champ, ou par le tranchant, fur toute l’étendue de la feuille pofée ouverte fur le carton pour la redrelfer, enfuite on met le tranchant du plioir à l’endroit de la feuille où l’on veut faire le pli 5 on prend la feuille par un des bouts , & on la rabat fur le plioir en la tirant & la mettant jufle page contre page, pour déterminer l’endroit de fou pli, faifant convenir bien exactement l’impreflion de la page correfpondante, fans s’embarralfer fi les bords de la feuille tombent exactement l’un fur l’autre. On retire le plioir, & on le palfe à peu près de plat delfus le pli une allée & une venue, en appuyant légèrement. Si l’on veut couper la feuille, on remet le plioir dans le pli^ & l’on pouffe fermement d’un bout à l’autre brufquement & fans s’arrêter, finis quoi on courrait rifque de gâter la feuille.
- •V
- E liment de fin-folio»
- £3* Quand le cahier de Vin-folio eft d’une feüle feuille (î2) , l'opératioir
- (10) En ail. Fahbdn. * ils peuvent tenir lieu de ceux de buis, qui
- (11) Si l’on fait des plioirs de bois durs, font en effet les meilleurs.
- tomme de cerifier, de noyer, ou de chêne , (12) On n’imprime l’in-folio d’une feule
- Z Z 2 ij
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- ART DU RELIEUR.
- f4§ *
- in pîiraent n’eft point difficile, il faut mettre fa feuille ouverte devant foi fur une table , de maniéré que la lettre qui eft au bas de la page , & qu’on appelle en termes d’art, la fignature première (a) ou la bonne lettre Â,foit à main droite en-haut, la face contre la table fur laquelle on plie ; on doit avoir le haut des pages devant foi, & regarder les lettres à rebours ; on prend le bout de la feuille du côté de la main droite , on met le plioirfur la ligne du milieu ; on plie dans le fens de cette ligne & préeifément dans les trous,, qu’on appelle les trous des pointures (JA faifant tomber le chiffre de la page Z fur celui de la page 3 ; on donne un coup de plioir par-delfus ce pli, & lu feuille eft pliée.
- 24. Si 1 '‘in-folio eft de deux feuilles, la fignature doit fe remarquer aux pages 1 , 3 , & S 5 en cet ordre : page 1, A ; page 3 , A ij ; page 5 , A iij : on pofe. ces deux feuilles ouvertes de la même maniéré que la précédente fur la table c’eft-à-dire que la première, celle qui touchera la table, fera la feuille (ignée Ai la feuille Aiij fera po.fée fur la première , & la plieufe doit voir à fa main ganche en haut à découvert la fignature Aiij ; elle doit auffi voir en-bas les chiffres des pages 4 & f ; elle plie cette feuille intérieure dans le fens de la ligne du milieu,.& dans les trous des pointures, faifant rencontrer le chiffre 4 furie chiffre Cette feuille ainfi pliée, fert de réglé pour plier celle de.
- feuille que lorfqu’il eft queftion d’un mémoire , ou de quelqu’ouvrage de peu d’étendue Si l’on négligeait cette attention , le relieur ferait obligé de coller deux ou plufieurs feuilles enfemble , pour en faire des cahiers, avant de les coudre; ce qui augmenterait confidérabiement fon travail.
- ( a ") Chaque feuille d’impreiïion ou cahier, eft marqué d’une lettre appellée fi-gravure, qu'on met au bas de la première page de chaque cahier , au-deffous de la derniere ligne, pour faire connaître au relieur l'ordre dès cahiers & des pages qui les compofent : ces fignatures fe marquent avec des lettres initiales qui changent à chaque cahier. S’il y a plus de cahiers que l’alphabet n’a de lettres, on ajoute à l'initiale une lettre courante de même forte , c’eft-à-dire , un petit a à la fuite d’un grand, & ainfi de fuite; ce qu’on redouble tant qü’il eft’néceffaire. Ainli s’il y a deux alphabets , le fécond s’écrit A a ; s’il y en a trois, fc troifieme s’écrit À a a. Pour indiquer,
- l’ordre des feuilles qui compofent chaque-cahier, on ajoute à la première page du fécond feuillet, c’eft-à-dire , à la page ; , le nombre de deux en chiffres romains A ij. ou A a ij ou A a a ij , & ainfi de fuite , juf-qu’à celle qui fait le milieu du cahier. La fignature A fe nomme premièrefignature ^ pour A a , on dit, A fécondé fgnature ; pour A a a, on dit, A trofiemefignature ; & ainfi des.autres ; B première fignature, &c.
- (A) Les imprimeurs appellent pointures deux langues ou languettes de fer attachées-par une vis aux deux côtés du tympan. Ces languettes font terminées par une pointe-qui perce la feuille de papier qu’on imprime ; elle arrête dans un état fixe, & fait qu'en pofant ces pointes dans les mêmes trous qu’elles ont déjà faits lorfqu’on a imprimé la premier côté de la feuille, l’irn-prefhon du revers de la feuille , ou la reti>. ration , fe rencontre jufte avec l’impreffions du côté qui vient d’être imprimé..
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- deffoùs, faifant tomber les pointures de cette derniere fur le pli de la première , & le chiffre déjà page 2 fur celui de la page 3. On fait la même opération fucceiîivement à tous les cahiers compofés de deux feuilles (13)*
- Plîment de /’in-quarto.
- • Pour plier Vin-quarto, 011 pofe fa feuille, la bonne lettre à main gau-ehe en-haut, la face contre la table, de maniéré qu’on voie en travers devant foi les pages 2, 3,7,6; on plie d’abord fa feuille fuivant la ligne perpendiculaire dans les trous des pointures, faifant tomber le chiffre 3 fur 2 ,&
- 6 fur 7 i alors fans déranger fa feuille , on la plie de nouveau en faifant tomber 4 fur y, & on la met à part pour faire la même opération à une autre feuille.
- P liment de /’in-o&avo.
- 26. L’in-octavo fe plie enpofant la feuille, la bonne lettre à main gauche en-bas , la face contre la table ; dans cette fituation, on doit voir en long devant foi & du bon feus les pages 2, if , 14, 3 , & à rebours ou du haut en bas, les pages 7, 10, n,6jon plie fuivant la ligne perpendiculaire, toujours dans les pointures , faifant tomber 3 fur 2 & 6 fur 7 : on voit alors à découvert & du bon fens les pages 4 & 13, & à rebours les pages 12 & On plie dans le fens horifontal, faifant tomber 5 fur 4, & 12 fur 13 ; par ce moyen on découvre les pages 8 fy 9 ; en appliquant 8 fur 9 , on a fa feuille pliée. Quelquefois ce format, ainfi que le précédent, s’impofe par demi - feuille 5 alors 011 coupe la feuille du format in-40, fuivant la ligne perpendiculaire, suffi bien que celle du format in-%° : on plie celle f/z-40 comme on a plié Xin-folio d’une feule feuille, & celle de ri/z-8% comme Vin-tf.
- Plîment de /’in-douze.
- 27. Nous avons dit que la feuille in-cloute contenait douze feuillets ou vingt-quatre pages. Cette feuille elt ordinairement formée de'deux cahiers ÿ un gros qui contient huit feuillets ou feize pages ,& un petit qu’on appelle feuilleton , & qui contient quatre feuillets ou huit pages : ce fécond cahier ou
- (13) Les relieurs Allemands placent leurs pour cela d’une efpece de fabre , en aile* feuilles in-folio les unes fur les autres , A, mand einJlecke-Schiuerdt, qu’ils font entrer A ij, B , B ij , & ainfi de fuite. Ils les plient dans la feuille A ij, & l’enlevant, ils y met-toutes, avec les précautions indiquées; tent tout de fuite la feuille A, ce qui forme enfuiteils mettent l’une dans l’autre, celles, le cahier, qui doivent s’arranger ainfi }£en fe fervant
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- ce feuilleton fe leve toujours, & fe plie à part du gros cahier ; mais quelque^ fois il eft renfermé dans le gros * & le tout ne forme qu’un feul cahier. Quand le feuilleton doit être renfermé dans le gros cahier, la feuille ne porte qu’une feule lettre A, d’autres fois le feuilleton fe met feulement à côté du gros cahier de feize pages , & alors la feuille in-douze eft compofée de deux cahiers : dans ce cas elle porte deux fignatures ou lettres, favoir A & B : le premier cahier ligné A, va j’iifiqu’à la page 16, & le feuilleton ligne B commence à la page 17 jufques & compris la page 24.
- 28. Quand on imprime un ouvrage qu’on fait ne devoir pas être conlibérable 9 & n’ètre compofé que d’un très-petit nombre de feuilles , on l’im-pofe de maniéré que le feuilleton fe mette en-dehors, & féparément du gros cahier.
- 29. Si l’on ne confultait que le profit des relieurs, toutes les feuilles s’imprimeraient de maniéré que les cahiers s’encartaffent : car comme nous avons dit que le plîment & la couture des feuilles fe font en ville par des ouvrières qui ne font guère que cela, cette couture fe paie au cent de cahiers cèufus : ainfi moins il y a de cahiers, moins il en coûte au relieur; un livre de 312 pages n’eft pas un volume confidérable ; fi les feuilletons s’encartent, il ne fera que de treize cahiers , ùu lieu que fi le feuilleton était en-dehors, il ferait de vingt-fix cahiers, que le relieur aurait à payer à lacoufeufe. Je reviens au plîment de notre feuille. Si le feuilleton s’encarte, 011 pofe la feuille fur la table, la bonne lettre A. à main gauche en haut, la face contre la table, & les pages de maniéré qu’on voie en travers devant foi les pages 2,7,11 ; 23 , ig , 14; 22,19, if ; 3 , 6,10. Il y a des plieufes qui commencent par lever le feuilleton qui fe trouve à leur main droite, elles plient cette bande fuivant la ligne horifontale précifément dans les trous des pointures; elles féparent cette bande en coupant le long de la ligne, & tout de fuite elles en forment un cahier, faifant tomber le chiffre 10 fur le chiffre 11, puis 12 fur 13 , & elles mettent ce feuilleton à part; enfuite elles plient leur gros cahier. Mais cette opération étant plus longue que l’autre, & ces ouvrières ayant befoin d’expédier ce travail, voici la méthode quelles fuivent ordinairement.
- 30. Quand la feuille eft pofée comme nous l’avons dit plus haut, on la plie fuivant la ligne perpendiculaire, faifant tomber les chiffres 10,6, 3, fur 1 r, 7,2 ; quand la feuille eft ainfi pliée, 011 voit en travers les pages 4, f , 9 ; 21,20, 16, & les fignatures A iij & Av; on plie enfuite la bande de la droite, faifant tomber la page 16 fur 20, & 9 fur 5 ; on coupe cette bande on la plie tout de fuite, appliquant le chiffre 12 fur 13 , mettant en dehors ht fignature A v, qui fe trouve à la page 9 ; on met cette bande qui fera le
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- feuilleton à part, on retourne à fou gros cahier, & fans déranger fa feuille, on pliera page 20 fur si, 5 fur 4, puis 8 fur 17 ; on inféré le feuilleton Av dans le gros cahier, mettant 9 à côté de 8 , & 16 fur 17, & la feuille eft pliée.
- 31. QuA.ND le feuilleton ne s’encarte pas, c’eft-à-dire, quand il fe met à côté & en-dehors du gros cahier, on pofe ia feuille fur la table, de même que la précédente ; mais alors les chiffres nefuivent plus le même ordre ; on voit entravers les pages 2,7, 19 ; 15 , 10, 22; 14, 11, 23 > 3 ,6, 18 : on plie de même que la précédente , fuivant la ligne des pointures faifant tomber les chiffres 3,6 , 18 » fur 2., 7,19, de maniéré qu’on voie en travers-les pages 4, ^ , 17; 13, 12,24, & les fîgnatures A iij & B ; on rabat le feuilleton B fur la feuille, avec les mêmes précautions que nous avons dit qu’il fallait avoir pour le précédent, ce qui fait voir à découvert les pages 2o & 21 du feuilleton; on coupe ce feuilleton, & mettant en-dehors la lignatureB,. 011 le plie faifant tomber le chiffre 20 fur 21 ; on le met à part, & on plie le gros cahier comme on a fait celui de la feuille précédente, dont le feuilleton devait être encarté, faifant tomber le chiffre de la page 12 fur 13 , & celui de la page ^ fur 4; puis cette feuille étant pliée en 4, on plie 8 fur 9 , la ligna-ture A en-dehors ; il ne relfe plus qu’à mettre le feuilleton ligné B , commentant par la page 17 à côté de la page 16, & cette feuille eft pliée,,
- Eliment de fin-dix-huit.
- ' 32. La feuille de fin-dix-huit eft formée de trois cahiers, compofés chacun
- d’un gros cahier & d’un feuilleton, qui s’encarte toujours: cette feuille porte trois fignatures, A-B, C c’eft à caufe de ces- trois fîgnatures qu’à la douzième page de chacun de ces cahiers, ou aux pages 12 , 24,36 ,. on met: une réclame. Une feule de ces réclames fe voit quand la feuille eft fur la table * les deux autres font cachées en-deffous.
- 33. Pour plier cette feuille, on la met fur la table, la bpnne lettre à main droite en-haut, la face contre la table , de maniéré qu’on voie devant foi: dans le bon fens les pages 34,27, 22, 1 y , 10, 3 ; 30, 3r y 18 , 19,6, 7 5; & à rebours les pages 3.5., 26,23 , 14, il, 2: on plie la bande de la main droite fur celle du milieu , dans le feus de là ligne perpendiculaire , daifanü: tomber les chiffres des pages 2, 3 & 7, fur ceux des pages 23-, 22,185 ce: qui fait qu’on voit à découvert la bonne lettre A, qui auparavant était contre la' table ,. & la réclame de la page 12 ; on coupe cette‘bande-, & 011 la-met: à part fur la table ; on plie de même celle du milieu, faifant tomber les chiffres des pages 14, 1 f , 19 , fur ceux des pages 3f , 34, 30 ; & de même qju af la première bande , on découvre la lettre B 8c la réclame de la page 24, on coupe encore cette bande,, &.par ce moyen la feuille eft partagée en trois
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- bandes égales : on met ces trois bandes Tune fur l’autre i la bande A la pre* miere fur la table, la bande B au-deffus, & la bande C la derniere : on les arrange de maniéré que toutes les lettres fe trouvent dans le même fens, à main gauche , la face contre la table. Ainli il faut fe figurer que'fous cette bande C, font les deux autres B & A, pofées dans le même feus queC; on voit donc les pages en travers, & C fe trouvant la première , on voit les pages 26, 27, 31, & 3^ , 34, 30 ; on commence à opérer fur le cahier Ca en pliant la petite bande de ce cahier, de la droite vers la gauche, ce qui découvre les pages 32, 29 , & la fignature C ii) j on leve cette petite bande & on la plie , failànt tomber le chiffre 30 fur 31, découvrant la page 29 & la fignature Ciij, ce fera le petit cahier ou le feuilleton qu’on met à part: on revient à ce qui relie de la bande C, qui doit faire le gros cahier. On plie cette feuille en faifant tomber 27 fur 26 & 34 fur 35 ; on retourne fa feuille ainfi pliée, de maniéré qu’on voie en long devant foi, les pages 2$ & 33. On plie ces deux pages l’une fur l’autre , découvrant 25 & la lettre C. O11 inféré le feuilleton dans le gros cahier, mettant 29 à côté de 28 » & 32 à côté de 33, & ce cahier ell plié. Quand on a fait la même chafe pour les autres cahiers, la feuille ell entièrement pliée i il ne relie plus qu’à les mettre à côté les uns des autres, fuivant l’ordre des lettres A , B,
- & des chiffres.
- 34. Quelquefois Vin-dix-huit n’ell que de deux cahiers ; alors on leva une bande comme le feuilleton de Vin-dou^e ; on plie le gros cahier comme la feuille in-$Q, & 011 encarte le feuilleton dans le gros cahier.
- Plîment de Un.vingt-quatre.
- 3?. La feuille de Vin-vingt - quatre, s’imprime par demi-feuille, qui fe plie .fuivant la ligne perpendiculaire , dans les trous des pointures i une moitié de cette feuille fert pour un exemplaire d’un livre, & l’autre demi - feuille fert pour un autre exemplaire du même ouvrage. Chaque demi -feuille elfc compofée de deux cahiers lignés A & B, dont le premier ell de huit feuillets ou feize pages, & le fécond de quatre feuillets ou huit pages. La fécondé demi-feuille ell compofée du même nombre de cahiers.
- 36. Pour plier cette feuille , 011 la pofe fur la table, une bonne lettre à main droite en-haut à découvert, l’autre à main gauche aufli en-haut, mais contre la table ; dans cette pofition on voit toutes les pages en travers j on plie donc fa feuille en long, faifant tomber la lettre A, qui ell à la main droite, fur le verfo de A de la main gauche, ou le chiffre de la page 1 de la première demi-feuille, fur le chiffre 2 de la fécondé demi-feuille. On coupe la feuille en deux, on en met une moitié à fa droite & l’autre à fa gauche , afin
- de
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- >üc ne pas les confondre cnfemble, & de ne pas mettre fur un même exemplaire deux feuilles pareilles ; ou continue de féparer ces deux bandes juf-qu’à la fin du volume.
- 37. On met fa demi-feuille, la bonne lettre A à main gauche en-bas, la face contre la table, de maniéré qu’on voie en long devant foi les pages 2, if, 14,3, i8,23î&à rebours les pages 7, 10, 11,6, 19,22 ; on plie ie feuillet ligné B , dont on voit à main droite en-haut la fignature B ij. On a foin de faire tomber les chiffres des pages 22 & 23 , fur 11 & 14: on coupe ce feuilleton, on le plie féparément, d’abord en faifant tomber 19 fur Ig , & 22 fur 23 , enfuite 20 fur 21 ; ce fera le petit cahier de cette feuille : on plie les gros cahiers comme on a plié Yin.%° ; e’eft-à-dire, en faifant tomber 6 fur 7, & 3 fur 2 5 puis en faifant tomber 5 fur 4 & 12 fur 13 ; enfin, en mettant 8 fur 9,011 a le cahier A , dont la derniere page efl 16, à côté de laquelle on met le petit cahier ligné B, qui complété la feuille entier e de Y in-vingt-quatre.
- Filment de /in-vingt-quatre d'un feul cahier.
- 38. Il y a encore une autre forte d’in-vingt-quatre, formé d’un cahier de feize pages , qu’on appelle gros cahier, & d’un autre plus petit de huit pages, appellé ainfi que dans Yin-dou^e le petit cahier ou le feuilleton , & qui s’encarte dans le gros; cette feuille fert comme celle de Y in-vingt-quatre de deux cahiers, pour deux exemplaires ; ainfi chaque demi-feuille elfe marquée d’une lettre A. Pour plier cette feuille, on met la bonne lettre A à main gauche en-bas à découvert, l’autre bonne lettre A à main droite auffi en-bas, mais la face contre la table ; dans cette pofition on ne voit les pages de la feuille qu’en travers. On plie fuivant la ligne perpendiculaire dans les pointures ; 011 fépare fa feuille en deux, & on met la moitié à part pour fervir au fécond exemplaire. On pofe devant foi la moitié qu’on veut plier, la bonne lettre A à main gauche , en-bas la face contre la table, regardant du bon fens les pa-ges 2, 23,22,3 , 16,9 » & à rebours les pages 7, 18 s 19 s 6» *3 > 12 ; on plie en faifant tomber le chiffre de la page 9 & celui de la page 12, fur ceux des pages 22 & 19 ; 011 coupe cette bande ; & mettant la fignature A v à main gauche en-haut, la face contre la table, & Avjà main droite à découvert, les pages 10,11, 1^,14, en travers, on plie de droite à gauche , fuivant la ligne ik, 11 fur 10 & 14 fur 1 f ; 011 retourne pour mettre les pages en longueur, & l’on plie en mettant 12 fur 13; ce fera le petit cahier qu’011 met à part.
- 39. On revient à fon gros cahier, qui efl: relié dans la même fituation, c’elt-a-dire, qu’011 voit en longueur les pages 2, 23,22, 3 ; ou plie ce cahier
- Tome VIII. A a a a
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- comme Viru%*9 d’abord fuivant la ligne gh, faifant tomber 3 fur 2, & 6 fur 7, puis y fur 4 , & 20 fur 21 ; & enfin la pliant 8 fur 17, on met le feuilleton A v, commençant par la page 9, au milieu de ce gros cahier, 9 à côté de 8 » & 16 fur 17, & la feuille eft pliée.
- Flîment de /'in-trente-deux.
- 40. L’ in -trente- deux s’impofe de deux maniérés, ou par demi-feuille; alors la feuille fert pour deux exemplaires, & eft compofée de deux cahiers lignés chacun d’une lettre différente : ou bien elle ne fert que pour un exemplaire ; & alors elle forme quatre cahiers, qui font auili chacun lignés d’une lettre.
- 4r. Pour plier le premier, on met fa feuille, la bonne lettre A à main droite en-bas à découvert, pendant que l’autre bonne lettre A eft à main gauche aufli en-bas, mais la face contre la table ; de maniéré qu’on regarde dans le bon feus les pages 24, 2f , 26, 23 , 2, 1 f , 16, 1 ; & à rebours les pages 17,32, 31, 18 > 7 5 10, 9, 8- On plie en long, dans les pointures, faifant tomber A de la main droite fur le verfo du même feuillet à gauche, ou le chifFre 1 fur 2, 8 fur 7, 23 fur 24, 18 fur 17: on coupe cette feuille en deux , dont la moitié fervirapour le fécond exemplaire. On tourne fa demi-feuille en travers ; & mettant B à main droite à découvert fur la table en-haut, & A à main gauche aufîi en-haut, mais la face contre la table, on plie B fur le verfo de A , 17 fur 2 , & 20 fur 3 ; on coupe cette demi-feuille en deux; on retourne cette feuille ainfi coupée, de maniéré que les deux bonnes lettres A, B, appliquées l’une fur l’autre, foient à main gauche en-bas la face contre la tabler on plie la demi-feuille B de delfus, en mettant 19 fur 18 , & 22 fur 23 : ce qui fait que l’on voit 20 & 29 à découvert & dans le bon fens: cette feuille étant ainfi pliée, on la plie encore en mettant 2i fur 20, & 28 fur 29, & enfin en faifant tomber 24 fur 2^; & le cahier B commençant par Te chiffre 17, eft plié : on met ce cahier à part ; on plie de même celui qui porte la lettre A, faifant tomber d’abord 3 fur 2 , puis au fécond plîment 4 fur f , & au troifieme 8 fur 9 , ce qui donne le cahier A, üniflant par la page îô, à côté duquel on met le cahier B : ces deux cahiers ne s’encartent jamais.
- 42. J’ai entendu dire qu’autrefois ces cahiers s’encartaient, mais que c’était une mauvaiie façon d’impofer que l’on avait re&ifiée dans les imprimeries.
- 43. Nous avons dit que le fécond in-trente-deux ne fervait que pour un exemplaire ; cette feuille porte quatre fignatures A, B , C, D , qui fe trouvent aux pages 1,17, 33 >49 5 & forment autant de cahiers de 16 pages
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- chacun. Pour plier cette feuille, on met la première bonne lettre A à main gauche en-bas, la face contre la table; dans cette pofition on doit voir dans le bon feus les pages ^4, , 42,39,2,15 , 30, 19 ; & à rebours , les pa-
- ges s 1,62,47, 34,7, 10, 27,22 : on plie fuivant la ligne des pointures, faifant tomber le chifire de la page 19 fur 2 , & celui de la page 34 fur ^ r » & on coupe fa feuille en deux ; on met cette moitié fur la table, B à main gauche en-bas à découvert, & C à main droite en-haut suffi à découvert. On plie en faifant tomber le chiffre de la page 36 fur celui de la page 17, & 33 fur 20; on coupe cette divifion: on plie de même & avec les memes précautions , la fécondé moitié n, 0, r, s, de la feuille, le chiffre de la page 49 fur celui de la page 4, & on la coupe auJïi en deux.
- 44. Voila la feuille partagée en quatre quarrés égaux, qui chacun font lignés des lettres A,B,C,D;on met tous ces quarrés les uns fur les autres, la bonne lettre à main gauche en-bas contre la table, A fur la table , & finiffant par D ; on prend le quarré D, qu’on plie comme Yin-oclavo, c’eff-à-dire, d’abord 51 fur 50, puis ^3 fur ^2,enfin )'6 fur î7; ce qui donne le cahier D, qui commence par la page 49, & finit à 64 : on met ce cahier à part; on plie de même le quarré C, & on a le cahier commençant par la page 3 3 , & finiffant par 48 j à côté duquel on met le .cahier D, & ainfi des autres jufqu’à la fin.
- Pliment de /’in-foixànte-douzeï
- 4f. \Jin-soixante-douze s’impofe toujours par demi-feuille, c’eft-à-dire ,que la feuille entière fert pour deux exemplaires ; ainfi elle contient 72 feuillets , ou 144 pages , ce qui donne 72 pages pour chaque demi-feuille, qui font chacune lignées des quatre lettres A, B, C, D, formant quatre cahiers, dont le premier A & le troifieme C font chacun de 24 pages ; le fécond B, & le quatrième D, de douze pages ; on met cette feuille une bonne lettre A à main droite en-bas à découvert fur la table, l’autre bonne lettre, qui eft la même, à main gauche en-bas, la face contre la table, de maniéré qu’on voie dans le bon fens les pages 44, 53 .. . f4,43 ; 48,49 .. • fo , 47; 2,23 ... 24, r ; & à rebours 37, 60... Ï9 * 38; 11, 14• • • *3 > 12 ; 7> 18 •.. 17.* 8. On plie fuivant la ligne des pointures , faifant tomber A de la main droite fur le verfo de la même lettre de la gauche, ou les chiffres des pages 43,47,
- 3 , fur ceux des pages 44, 48 5 2 : on coupe cette feuille en deux, & on fé-pare l’autre demi-feuille.
- 46. On met une de ces deux moitiés en travers fur la table , la lettre A à main gauche en-haut, la face contre la table, & la lettre C à droite en-haut à découvert ; on plie en deux faifant tomber C fur le verfo de A, ou 37 fur
- A a a a ij
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- 2 , & 72 fur 3? ; on coupe en deux, & fins rien déranger on plie la feuille Cà l’endroit des réglées i on leve cette bande qui e(l lignée de la lettre Dr elle eh de lîx feuillets ou 12 pages. On met cette bande en travers , la lettre-D à main gauche en-bas à découvert, de maniéré qu’on voie aulîi en travers, les pages 61,64,68 ; 72, 69,65 ; on plie cette bande, & on leve le petit, quarré ligné D iij, & coté 68 , : on plie ce quarré en deux , le chiffre 66 fur
- 67, & on met ce petit cahier à parts on revient à l’autre partie de la bande-D qu’on met en travers , la lettre D à main gauche en-haut, la face contre-la tables on plie commeT/Vz-8.0, 63 fur 62, 70 fur 71 , puis 64 fur 69 s on-infere à côté de 64 le feuilleton ou petit cahier commençant parla page 6<i „ & finiffant par la page 68. Voilà le dernier des quatre cahiers de cette feuille plié, qui eh , comme nous l’avons dit, compolé de douze pages s il faut en-fuite plier le relie de la demi-feuille C , qui- fe plie comme Vin-dou^e; on la* met fur la table, la lettre C à main gauche en-haut contre la tables on plie* en faifant tomber les chiffres 39,42,46 , fur les chiffres 38,43,47 ; ou rabat le côté de cette feuille fur la bande, faifant tomber les pages 52, 4f y fur les pages ^6,41 : on fepare cette petite bande de la grande , comme dans Yin-dou^e on a féparé le feuilleton , & on la plie en faifant tomber 48 fur 49 y ce qui donne le cahier ligné Cv, commençant par la page 4^ , & finiiîanf/ parla page 52. On garde7 ce cahier à part pour l’encarter dans le gros cahier 3, qui compofe la partie de la feuille G , dont 011 a féparé la bande: on plie ce? gros cahier d’abord en faifant tomber 41 fur 40, & 56 fur 57, puis 44 fur 53., On inféré le petit cahier Gv au milieu de ce gros , mettant 4f à côté de.-44, & 52 fur ^3 , & on a le cahier commençant à la page 37 & finiffant à-la; page 60 s on met- à côté de ce cahier -là, le cahier D, commençant à la page? 61 & finiffant à la page 72. On fait les mêmes opérations pour plier les- ca? hiçrs A & B , & toute la feuille eh pliée».
- P liment dt /’in-cent-vingt-huit.
- 47- L’in-cKNT-vingt-Hüit s’impofe comme la feuille in-foixante-dou^e tk fert de même pour deux exemplaires. Quand cette feuille a été coupée en-deux parla ligne intermédiaire, chaque demi-feuille forme huit cahiers lignés d’une lettre A jufqu’à H; chacun de ces cahiers font de feize pages, ce qui fait foixante-q-uatre pages pour un côté de la demi-feuille s l’autre côté* celui qui touc.be la table, étant aulîi compofé de foixante-quatre pages , donne cent-vingt-huit pages. La fécondé moitié de la feuille, ou l’autre demi-feuille e(t auffi de cent vingt-huit pages ; ainli quand cette feuille eh entiers elle contient deux cents cinquante-fix pages.
- 48. On met fa feuille une bonne lettre A à main droite en-bas à décou-
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- fï7;
- Vert j l’autre bonne lettre qui eft la même que celle de la droite , à main gauche auiii en-bas la face contre la table. Dans cette pofition on doit voir dans le bon fens les pages 72 , 73 . . . 74,71 ; 84,93... 94,83 J 22,27... 28 , 21 ; 2, 1 S • • • 1 : on plie dans le fens de la ligne des pointures, faifant
- tomber A de la main droite fur le verfo de A de la main gauche, ou 71, 83,21 , & 1 , fur 73,84 > 22,2 : on coupe cette demi-feuille le long de la-ligne des pointures ; on met la moitié A en travers , de manière que la bonne lettre A foit à main gauche en-haut, la face contre la table; on plie en faifant tomber E fur le verfo de A, ou 65 fur 2. On fépare cette demi-feuille en deux , on plie encore ce quarré fuivant la ligneg/z, faifant tomber 118 & 9$ fur 71 & 83 5 & on le coupe en deux ; puis le quarré elt coupé en deux , ce qui donne quatre quarrés : cette demi-feuille fe trouve partagée en quatre.parties, égales ;, on plie le quarré A ,en faifant tomber Les chilfres' des pages 19 & 22 fur 7 & fur 2 >.& faifant la même chofe pour toutes les quatre divifions de fa. demi-feuille, on a les huit cahiers formés par les huit quarrés , qu’on met tous les uns fur les autres; le cahier A » la bonne lettre contre la table à. main, gauche, & les autres fuivant l’ordre des lettres , fur ce premier. O11 plie: ces cahiers, commençant par le dernier de tous, par celui qui elt ligné H,, comme on a plié la feuille zzz-8°, c’eft-à-direnç & 1 [8 , fur U4 & 119 >, 117 fur 116, & I2ü fur 121, ou 3 fur 2 , fur 4, 8 fur 9 , ce qui donne: le cahier A finiiïant par la page 16, à côté de. laquelle on. met le cahier B.* page 17 : ces cahiers, ne. s’encartent jamais..
- A R T I C E E ï I.
- Du CQÏÏationmmmt des feuilles y duplacement des: cartons & des figurer..
- 4.9. Quand on a plié les feuilles , on met les cahiers les uns à côté des autres ,• fuivant l’ordre dans lequel, ils doivent être quand le livre fera relié.», commençant par le cahier ligné A jufqu’à la fin ; 011 collationne ces cahiers, pour s’alfurer s’ils, font bien placés , s’il n’y a point quelques, feuilles mai tournées , & s’il y a quelques cartons ou figures à mettre en.place.. Nous, allons, décrire féparément chacune de ces opérations,.
- Gollaùonmmznt,.
- 50. Cette opération fe fait, en preuant le livre dé la- main droite , le fai— filfant par la tète ou par le haut des feuilles , du côté de la gouttière : on appuie le pouce de la main gauche fur le côté de la queue ou furie bas des. feuillets, par le dos , & on, laide couler, les, feuilles à mefiir.e qu’on apperçpifc
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- les lettres & les réclames. On peut encore faire ce collationnement en mettant le livre à plat fur la table, & le parcourant feuille par feuille, fuivant l’ordre des chiffres qui font au haut des pages, des lettres & des réclames qui font au bas. Les in-folio & les in-quarto étant trop gros pour être maniés commodément, on ne les collationne pas autrement; la feule différence qu’il y ait entre ces deux formats , eft que l’in-quarto fe collationne par le côté du dos , de maniéré que le dos du livre regardant le collationneur, on leve tout le cahier, au lieu que l’in-folio fe place la queue du livre devant l’ouvrier, qui leve feuillet à feuillet. On fe fert, pour faire ce collationnement, de la pointe d’une aiguille , d’un canif ou d’un poinçon : on tient cette pointe de la main droite, & fa feuille de la gauche, & pointant légèrement le bout d’en-bas d’une feuille, on leve à chaque fois les feuillets de chaque cahier qui porte des fignatures , commençant toujours par la première fignature A: quand on ne voie plus de fignature on tourne fes feuillets ; on pofe.le cahier à fa gauche , mettant toujours la bonne lettre contre la table , & la derniere page de la feuille à découvert, & on fait la même opération fur la feuille fui van te, qui eft lignée B ; ce qui fe continue jufqu’à la derniere feuille. S’il n’y avait point d’alphabet ou de fignature, comme cela fe pratiquait dans les livres des premiers tems de l’imprimerie, il faudrait regarder fi les chiffres du haut des pages & fi les réclames fe rapportent bien; ou enfin, quant aux livres qui n’ont ni fignature, ni chiffres, ni réclame, il faut confulter le regifirum qu’on mettait fouvent à la fin; il contenait les premiers mots de chaque feuille ou cahier, ou même de chaque feuillet, avec le nombre de feuillets contenus dans chaque cahier.
- 51. On appelle réclame (14.) ,un mot qu’on met au bas de la derniere page , au-deffous de la derniere ligne de chaque feuille ou cahier; ce mot eft la répétition de celui qui doit commencer la ligne de la première page du cahier fuivant :fi donc on voit que ce mot fe rapporte bien avec celui de la page fui van te, on peut s’affurer que le livre eft bien collationné. Il eft plus important qu’on ne le croit, de s’affurer de la jufteffe de cette réclame & d’y prêter attention; car fi on 11’avait égard qu’aux lettres de fignature & aux chiffres du haut des pages, 011 pourrait très-bien, par erreur, accoîlerune feuille d’un ouvrage compofé de plufieurs volumes, avec une feuille d’un autre volume du même ouvrage ; or en confultant la réclame, on découvrirait l’erreur. A proprement parler même , les fignatures ne fervent que pour affembler & mettre les unes fur les autres les feuilles d’un ouvrage dans les magafins de librairie ; 8c ce font les réclames & les chiffres du haut des pages qui doivent guider le relieur. Il ferait donc peut-être mieux, qu’au li-eu d’un
- (14) En ail. Cujîoi,
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- feul mot, les imprimeurs en priflent deux de la page fuivante pour faire leurs réclames j car il peut arriver que le même mot fe rencontre à la fin de deux cahiers cotés de même , quoique de volumes différens , & il doit être difficile, ou du moins prefqu’impoffible, que cela fe rencontre fur deux mots. Au relie, pour obvier à cet inconvénient, il eft maintenant d’un ufage affez général de joindre à la fignature le numéro du volume, fi l’ouvrage doit être divifé en plufieurs volumes.
- 53. Autrefois on mettait fouventdes réclames au bas de toutes les pages, ou au moins de toutes les pages verfo des livres.
- Ï3- Quand on a collationné fon livre ,& quand on s’eft affuré que les feuilles font dans l’ordre où elles doivent être, on examine s’il 11’y a point de cartons à placer.
- 54. Les cartons font des feuillets qu’on veut fubftituer à la place de quelques autres, dans la vue de remédier à quelques erreurs typographiques, trop confidérables pour pouvoir être renvoyées à Verrata qui fe met à la fin du livre, ou pour quelqu’autre changement important. Ces feuillets à fubfticuer à d’autres fe connaiffent ordinairement chez les relieurs par une étoile appellée ajUrifque, que l’imprimeur met à côté de la lettre de fignature, fi le carton eft dans une page qui porte une fignature} mais fi le carton fe trouvait au-delà du milieu d’un cahier, par conféquent dans un endroit où il n’y aurait point de fignature, l’imprimeur mettrait l’aftérifque à la page du carton, à l’endroit où devrait être la fignature ; quelquefois auffi cefc aftérifque fe met à la gauche du chiffre du haut de la page. Comme ces cartons s’impriment ordinairement fur une feuille ou demi-feuille à part, pour avertir le relieur de chercher & de placer les cartons , on a eu foin dans le magafin de librairie, où l’ouvrage s’affemble , de déchirer le feuillet qui doit, être fupprimé ; quelquefois même on imprime à la tète du livre un petit avis au relieur, qui lui indique les lettres où il doit trouver les cartons, & la maniéré de les placer.
- Le relieur ayant préparé fes cartons à être mis en place, coupe la feuille qu’il veutfupprimer, laiffant du côté du dos une petite bande appellée onglet, fur laquelle il colle proprement fon carton ; s’il coupait tout-à-fait la feuille dans le dos, fins laitier d’onglet, il ferait obligé de coller les feuilles des deux côtés du dos , ce qui diminuerait la marge du fond ; & quand en viendrait à rogner le livre , le carton 11e ferait pas rogné.
- 56. S’il y a des figures à placer , on les colle tout de fuite de la même maniéré & avec les mêmes précautions qu’on a placé les cartons, obfervant qu’elles foient bien exactement placées vis-à-vis les pages qu’elles doivent regarder : ce qu’on a foin ordinairement d’indiquer au relieur , en gravant fur
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- les planches le chiffre de la page à laquelle la figure doit correfpondre (15).
- 57. Quand on a un nombre confidérable de figures, on les met à la fin du volume, ou à la fin de quelque livre ou chapitre , félon la maniéré dont on a diviféfon ouvrage ; 011 les alfemble en forme de cahiers de neuf à dix planches chacun j on coud ces cahiers àfurjet, dont les points font éloignés; & entre les fils de cette couture, 011 fait palier l’aiguille, pour les aiièmbler avec les feuilles du livre.
- Article III.
- Battre les feuilles.
- V8. On ne bat pas ordinairement les feuilles avant de les plier, fi ce n’eft dans le cas où on eft preffé de faire des préfèns; mais comme alors les feuilles font trop fraîchement imprimées, & querimpreffion d’une feuille pourrait fe décharger fur la feuille voifine , ce qu’on appelle maculer, on les plie feulement en deux dans le fens des pointures , & on met entre deux une feuille d« papier blanc , qui reçoit Pimpreflïon de l’encre. ( 16 ).
- 59. Quand on veut battre par cahiers, on Les met les uns à côté des autres, & on donne tout le volume au batteur. Cet ouvrier commence par couper les cahiers; c’eft-à-dire, qu’il en fépare la totalité en plufieurs parties. Par exemple ,un in-dou^e de fix cents pages , formant ving-cinq cahiers, fe partage en quatre parties : l’ouvrier prend donc environ fix cah^rs ou une battit delà main gauche, les tenant par leur extrémité le plus fortement qu’il eft poffible, afin qu’ils ne fe dérangent pas ; de la main droite il frappe environ quarante coups fur une face du premier cahier, du côté oppofé à celle qui touche la pierre ; il ne donne ordinairement que deux ou trois coups de fuite fur un même endroit de cette face , faifant enforte que chaque coup de marteau recouvre ou entame un peu fur la marque qu’a fait le coup qui a précédé, fans quoi il pourrait arriver que quelques endroits de la face du feuillet n’auraient pas reçu de coups de marteau : 011 tourne les cahiers.du haut en bas , & on change la main de place dans le moment que le marteau eft levé, afin de ne pas s’interrompre, & d’entretenir le mouvement que fe donnent le corps & le bras, qui fatigueraient beaucoup s’il fallait fréquemment s’interrompre. On fait U
- ( 10 On imprime quelquefois au commencement ou à la fin du livre un avis au relieur, qu’il ne doic filmais négliger de lire attentivement.
- (16) Les Allemands , qui fontpour l'ordinaire des volumes affez épais , battent leurs livres avant de les plier. Pour empê-
- cher qu’ils ne maculent, en allem. ditrch-JchieJfcn, ils mettent entre chaque feuille d'imprefiîon , une feuille de maculature. On peut auflf. faire fécher dans un four, après le pain, l'impreOion qui eft trop fraîche.
- meme
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- în^me opération fur la face du cahier qui touchait la pierre; enfuite le batteur ouvre fa battée, met l’une contre l’autre les deux faces qui viennent d’être battues, & répété fucceflïvement la même opération, jufqu’à ce que toutes les faces des cahiers de cette battée aient palfé lous le marteau. Il recommence une fécondé & une troilieme battée, jufqu’à la fin du livre. Mais on ne faurait trop recommander aux relieurs de ne point faire battre, que les feuilles ne foient bien feches ; autrement on aura toujours des feuilles maculées , ou dont les lettres s’entre-corrompront & fe noirciront de leur encre. Aufli les gens curieux de conferver la beauté d’une impreflion, achetent-ils ordinairement les livres en feuilles ou brochés, pour leur donner le tems de fécher avant de les donner au relieur, On doit avoir aufli une grande attention aux livres dans lefquels il y a des figures ; car il eft confiant que l’encre des imprimeurs en taille-douce eft plus long-tems à fécher que celle des imprimeurs en lettres ; ainfl on ne rifque rien, on fera même bien d’attendre long-tems avant de les faire relier.
- 60. Si cependant on était obligé de faire relier avant que le livre fût parfaitement fec, le relieur pourrait prévenir les inconvéniens, en failànt battre plus ou moins fort, félon que les feuilles feraient plus ou moins feches , & en recommandant qu’on mit des feuilles de papier fin aux endroits où il y aurait des gravures.
- 61. Le batteur doit avoir grand foin de bien diriger fon marteau, afin qu’i! tombe bien à-plomb & ne donne pas de côté 3 fi non ü couperait infailliblement les feuilles qui fe cafteraient fur les coins , ce qu’on appelle cajfer la battée ; il pourrait encore arriver que cela ferait HJfer les feuilles , c’efi-à-dire, qu’une feuille s’écarterait de l’autre & fe maculerait ; c’eft pourquoi ce ne font jamais les nouveaux apprentifs qui battent 3 il faut qu’ils fe foient long-tems exercés à battre des cartons , ou quelques ouvrages communs. On a foin aufli, pour ménager le livre , de mettre fur îa pierre une vieille feuille de parchemin , une neuve ferait trop dure; on l’arrête deifus par le moyen d’un peu de colle qu’on met à fes extrémités : on fe fert encore mieux d’un morceau de vieux cuir, qu’on met fur la pierre, le côté de la fleur touchant fur la pierre 3 mais on n’aurait befoin de mettre ni papier ni cuir fur la pierte> fi on voulait avoir foin de la nettoyer de tems en tems avec de l’eau & des rognures de papier,
- 62. Le marteau a,pi. l^fig.2, dont fe fervent les relieurs, a le manche b court & gros , popr qu’on puifle mieux le tenir dans ia main 3 il a fix pouces de Ion?* gueur, & quatorze à quinze lignes de grofleur près de la tête, l’autre extrémité étant encore plus grofle. Ce marteau,qui eft de fer, pefe avec fon manche environ huit à neuf livres. Cette pefaiiteur eft nécelTaire pour que les coups faifenfr
- TomVUU B b b b
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- p’us d’eftet (17). La tète d eft fort large, ce qui fait que les coups tombent fur une plus grande fuperficie de papier 3 & comme elle eft plus grofte que le cotée oppofé , le marteau retombe plus à-plomb. Les vives-arêtes des extrémités ou contours de fon aftiette font abattues,.afin que les ouvriers ne foient pas expo-fés à couper les feuilles, fi leuç marteau venait à vaciller dans leurs mains , & afin qu’ils travaillent avec moins de contrainte : on donne aufii un peu de convexité à cette tète, ce que les ouvriers appellent domier de la panfe, afin qu’en battant on touche moins fort les bords que le milieu des feuilles. Cette précaution eft abfolumentnéceifaire quand 011 veut avoir un livre bien relié 3 autrement il 11e ferait pas bien dreifé en l’ouvrant, les feuilles ne s’étendraient pas bieny & une partie s’enflerait pendant que l’autre baiflerait (i8)5 ce qu’on appelle former des plis ou godures 5 c’eft ce qu’on remarque dans la plupart des. livres qui font reliés pour le compte des libraires, ou pour être débités dans la province , & prefque toujours dans ces petits livres communs d’heures ou de dévotions, qu’on connaît fous le nom de camelotes. Comme ces fortes de livres doivent toujours fe vendre à bas prix, on fe contente, après que les feuilles font pliées , de leur donner quelques coups de marteau, on les met en preife & on les coud grofliérement, ce qu’on appelle fabUr l'ouvrage 3 mais on fera moins furpris du peu de foin que les ouvriers donnent à ce travail, quand on faura que le marchand ne donne, pour la reliure de ces livres , que le tiers de ce qu’il donne pour les autres : aufti ceux qui fe deftinent à ces fortes d’ouvrages , contractent une fi forte habitude de mai travailler, qu’ils deviennent ordinairement incapables de faire ceux qui demandent plus de foin.
- 63. La pierre qui fert à battre, eft un parailéîipipede de quatre pieds ou environ de hauteur, y compris douze à quinze pouces dont elle eft enfoncée en terre , pour qu’elle foitplus folidement arrêtée ; le deiTus eft un quarre long de dix-neuf à vingt pouces, fur quinze à feize de côté 3 elle doit être dure , des plus unies , fans aucune veinure & parfaitement faine. On prend v ces pierres dans les carrières ordinaires des lieux où l’on fe trouve, ayant "foin cependant de prendre garde aux veines3 car alors il ne faudrait qu’un coup de marteau pour faire fendre la pierre en deux : celles dont 011 fe fert à Paris font prefque toutes tirées des carrières d’Arcueil, & les plus cheres n’exce-dent pas vingt-cinq ou trente livres 3 on a grand foin qu’elles portent bien à-plomb dans la folfe où elles font, & que ce qui eft hors de terre n’excede pas
- ( 17 ) fies Allemands ont des marteaux reliures , les Allemands, après avoir battu, qui pefent depuis huit à feize livres. Si le mettent chaque battée , en allem. Lagen , marteau eft plus léger, le battage dure plus entre deux ais, & les ferrent pendant uns Jong.t.ems. heure .au moins dans une petite prefle.
- (i§) Pouf donner plus d’égalité à leurs
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- trois pieds dans les plus grandes ; car il ne faut pas qu’elles foientplus hautes que la ceinture, afin que l’ouvrier qui bat deffus aie moins de peine 5 fi elle était plus haute , il 11e ferait pas alfez courbé , & aurait moins de force ; fi elle l’était moins , il ferait trop courbé, ce qui le fatiguerait beaucoup. La figure de quarré long qu’011 donne au plan fur lequel on bat, eft néceifaire pour éviter d’avoir plufieurs pierres, fuivant les différens formats des livres. Quand ce font des in-folio, l’ouvrier fe place devant le grand côté ; & quand ce font des in-quarto ou de plus petits livres, il fe place devant le côté le plus étroit: alors même deux ouvriers peuvent battre fur une même pierre fans s’em-barraffer.
- 64. Quand à force de fefervir d’une pierre, elle s’eft creufée ou écaillée eit quelques endroits , il fe forme deffus des efpeces de hachures, & on 11e peut plus battre deffus fans rifque de gâter les feuilles ; cela arrive principalement quand on bat de petits livres. Alors on redreffe la pierre , en l’ufant avec du fable ordinaire , & la frottant avec un grès. On fe fert aufîi de vieilles feuilles de râpes à tabac , qui même font préférables , parce qu’elles mangent plus vite le grain de la pierre ; & le grès fert pour leur donner le dernier poli. Mais une pierre peutièryirfept à huit ans, fans avoir befoin de cette légère répa* ration.
- Article IV.
- Grecquer ( 19 ).
- Quand le livre eft forti des mains du batteur, on le dreffe bien par la tète & par le dos, pour qu’il n’y ait point de cahiers qui débordent ou qui rentrent plus en-dedans que les autres. Pour cela on tient fes cahiers entre les deux mains , de maniéré que le dos des cahiers foit tourné du côté de l’ouvrier ; & foulevant un peu fes cahiers , on les frappe légèrement contre la table , d’abord par le côté de la tète du livre , & enfuite par le dos. Comme on ne quitte point fon livre 8c qu’on le tient entre fes mains, les cahiers coulent par leur propre pefanteur, & fe mettent tous de niveau , à peu près comme on voit les cartes couler dans un jeu qu’011 vient de mêler avant de les donner. Quand on a ainfi drelfé les cahiers, l’ouvrier les place entre deux ais de deux à trois pouces de largeur, & d’une longueur proportionnée au format du livre. Ces ais débordent fur la longueur du livre, à peu près d’un pouce
- (19) L’opération de grecquer eft peu caifes prévalent peu à peu , on commence connue des Allemands, qui prétendent que à faire en Allemagne des reliures à la grec-leurs reliures à dos font beaucoup plus fo- que , qu’ils défignent fous le nom général lides que les reliures à la grecque des Fran- de Fr&n&band, reliure francaife.
- «jais. Cependant, comme fes modes fran.
- B b b b ij
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- ART D Ù RELIEUR.
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- en - haut ou en tète , & autant en-bas ou en queue : on met le livre avec ce* ais le dos en-haut, entre les deux jumelles d’une prelfe, qui eft ordinairement celle qu’on appelle preffe à dorer, aflujettilTant le livre avec la main gauche. De la droite on fait ferrer la prelfe; & comme lésais ont plus d’épaiifeur à la partie qui fe pofe du côté du dos , qu’à celle qui touche le côté de l’ouverture ou la gouttière du livre , ils ferrent davantage & tiennent le dos plus alfujetti : on a foin que le dos des cahiers déborde les ais d’à-peu-près un pouce, afin qu’on puiiTe faire l’entaille qui fert à loger la chaînette, ou les bouts des fils qui arrêtent la couture. ,
- 66. Quand cette préparation efi; faite , l’ouvrier prend fà grecque, efpece de couteau formant une fcie à main 9pl. /,/%. 3 * dont le fer a dix pouces de long* dont les dents fort menues font écartées d’une ligne les unes des autres par leur pointe , &dont le manche u a huit pouces. On tient cette fcie à deux mains ; on la pofe furie dos du livre, à environ cinq lignes du haut ou de la. tète , & tirant à foi en appuyant fortement, on fait une coupure ou entaille d’une ligne de profondeur ; on fait tout de fuite la mêmechofe au bas ou à la. queue du livre, à huit ou dix lignes de l’extrémité des feuilles : ces proportions: varient fuivant la différence des formats.
- 6 y. Si le livre doit être relié à nerfs, on ne fait que ces deux entailles > mais s’il doit être relié à la grecque , on fait de pareilles entailles dans toute la longueur du dos du livre, pour marquer les endroits où doivent être placées les nervures : en ce cas, on fait fa première grecquure à cinq lignes de la tête, comme on a fait pour la reliure à nerfs , puis celle de la queue à douze lignes du bas du livre; on revient faire une troifieme entaille à un pouce de distance, de celle de la tête, une quatrième à la mèmediltance de celle de la. queue. En un mot, on fait cinq divifionsà diftances égales, entre celles de la tête & de la queue ; ainfi toutes enfemble font fept entailles, dans chacune defquelles on loge les ficelles qui doivent former les nervures. Les ouvriers font tellement accoutumés à faire ces fortes de divifions, qu’ils n’ont pas befbin de compas pour les efpacer également; le coup-d’œil leur fuffit: d’ailleurs , comme: dans la reliure à la grecque les nervures 11e font point apparentes & qu’elles ne font que figurées fur le dos de la couverture, quand elles ne feraient pas bien, également d-iftribuées, il n’en réfulterait aucun inconvénient, ni pour la foli-dité, ni même pour la grâce du livre. Il n’en ferait pas de même pour les livres à ne*fs ; il faut que la coufeufe ait foin de bien efpacer fes/ficelles : auflî fe fervent-elles pour cela d’une petite marque, dont nous parlerons quand nous décrirons la couture. Nous devons ajouter ici, que les grands ïn-folio' fe coufent à neuf nerfs, les ïn-folio ordinaires à fept, les petits à fix ; les in-quarto à fix & à cinq. A l’égard des in-octavo, in-douï^, & même au-delfous, ils fe coufent à cinq nervures*
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- Article V.
- De la couture.
- 6%. Quand le livre eft grecque, on le collationne de nouveau , pour vérifier fi quelque cahier ne fe ferait point dérangé en le mettant entre les ais j enfuite on fait l’impofition du papier qui doit faire les gardes. On appelle ainli quatre feuillets de papier, deux de papier marbré & deux de blanc, qu’on met au commencement &à la fin de chaque volume, & qui Pervent à donner uncoup-d’œil de propreté au volume. Avant que de préfenter les feuilles à coudre, on plie une feuille de papier blanc de la grandeur du livre , & une autre de papier marbré , de maniéré que la marbrure foit en-dedans : ces deux feuilles formeront les deux premiers cahiers du livre à coudre i on pofe le tout fur l’établi ou coufoir, pour procéder à la couture.
- Defcription du coufoir.
- £9. Le coufoir (20) fig. 4,pi. /, eft une table faite ordinairement d’un feul morceau de bois très-fimple, d’un pouce d’épaiifeur, d’environ trois pieds de long fur deux de large : cette table eft pofée fur quatre pieds U II, formés de morceaux de bois quarrés fans aucun ornement, arrêtés en-bas par deux traverfes mm qui reçoivent dans leur milieu une barre n. A deux pouces environ de l’extrémité d’un des grands côtés , & à cinq pouces des petits , 011 a pratiqué une ouverture ou entaille c c, de deux pieds deux pouces de long, fur un pouce & demi de large, pour recevoir les ficelles d dd d, qui formeront les nerfs. Le delius de la table déborde le haut des pieds à peu près de quatre
- (20) Le coufoir à l’allemande, Hefi» Jade, n’eft point une table \ il eft mobile, fans pieds & fe pofe par-tout où l’on veut. C’eft une planche d’environ trois pieds de long fur un & demi de large ; à deux pouces de chacune des extrémités s’élèvent perpendiculairement deux vis, de deux pieds de longueur ou, environ , -fixées foli-demenc dans la planche Au fommet de ces deux vis eft une traveife percée d'une ouverture ou entaille de deux pieds de long : les deux bouts de la traverfe font percés pour entrer dans les colonnes perpendiculaires , & elle y eft foutenue par deux an. neaux taraudés fur les pas des deux vis, &
- qui montent & defeendent à volonté. Dans l’ouverture de la traverfe font placés fix crochets de fer , en ail. Hefthacken, de dix pouces de longueur, dont quatre dans la partie' fupérieure portent une vis dans laquelle entre un anneau lequel montant & defeendant le long de la vis, fait monter & defeendre la traverfe. Les ficelles paifées par en-haut dans le crochet de fer, foutfarrêtées en-bas par une chevillette du même métal, en ali. QjœerJiifftc, dont la figure n’a rien d’extraordinaire. Ce font deux clous forts T de la longueur de deux pouces & demi , avec une tête applatie. On fait pafièr la ficelle par.deffous le coufoir.
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- pouces. A deux pouces des bords de cette table, font deux vis de bois fo,fo9 pofées perpendiculairement, leurs pas ou filets en-haut, ces vis ont deux pieds de longueur totale, un pied quatre pouces de filet ou de pas de vis : les huit pouces refians du bout qui touche fur la table & qui ne portent point de pas, forment ce qu’on appelle le manche ou la poignée de ces vis ; le bout du manche fe termine par un petit bouton qui entre dans un trou pratiqué fur la table fans y être arrêté ; les vis même y jouent alfez librement ne font arrêtées fortement que quand on tend les ficelles qui forment les nerfs. Ces deux vis font tenues dans une fituation verticale , par le moyen de la traverfe ou arbre e e, qui 11’efi autre chofe qu’un morceau de bois d’environ cinq pouces de circonférence, dont chaque bout eft terminé par un quarré pp , de quatre pouces de long fur deux de large, & autant d’épailfeurj ces deux quarrés font eux-mêmes terminés par deux elpeces de boules ou boutons qq, qui ne fervent que d’ornement ; chacun de ces quarrés p p , eft taraudé dans fon milieu d’un trou fervant d’écrou à chaque vis , parle moyen defquels on fait monter ou defcendre l’arbre ee, en faifant tourner les vis fur un fens ou fur l’autre j fur cet arbre ou traverfe font palfées des ficelles doubles ssss, nouées en r9 de maniéré qu’elles puilfent tourner librement autour, & former une efpece de boucle ou anneau. Ce font ces cordes, qu’on appelle entre-nerfs , auxquelles on attache , par un nœud , le bout des ficelles d d d d, qui fervent à former les nerfs fur lefquels on coud le livre. On obferve de lailîer aifez de longueur aux ficelles pour qu’elles puilfent palfer de deux ou trois doigts au-delfous de la table du coufoir, & y être arrêtées par le moyen des chevillettes g. Ce petit infiniment, quoique fort fimple , doit être décrit particuliérement , pour faire connaître fon ufage & la maniéré de s’en fervir} c’eft un morceau de cuivre long de deux pouces , & épais d’environ deux lignes : il efi formé de deux branches ff, féparées l’une de l’autre par la traverfe g. Au-delfus de cette traverfe,dans la tête d de la piece,eft une ouverture quarrée e, de fix lignes fur cinq. La coufeufe prend fa chevillette de la main gauche, de façon que la tète d foit devant elle: de la droite elle fait entrer fa ficelle dd,fig. 4, dans l’ouverture e de la tête 5 & ramenant le bout de cette ficelle du côté de fa main droite, & la faifant palfer par-delfus la branche droite, elle la couche fur la traverfe g de la chevillette ; puis faifilfant le petit bout de cette ficelle de la main gauche, elle retourne fa chevillette fens-delfus-delfous, c’eft-à-dire, de maniéré qu’elle ait devant elle le bout des branches, au lieu qu’auparavant elle avait la tète ; alors elle tient fa chevillette la tête en-haut dans une fituation perpendiculaire j enfuite prenant attention que la ficelle ne fe lâche, elle fait palfer le tout au travers de l’entaille c de la table ou coufoir, remet la chevillette'dans une fituation horizontale , les branches devant elle , comme on voit en g, l’applique contre la furface inférieure de la table, & fait enforte
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- que les ficelles qui doivent former les nerfs , foient dans le milieu de l’entaille. Quand on éteve l’arbre en tournant les vis , les chevillettes fe trouvent appliquées intimement contre le delfous de la table, & par conféquent les ficelles font fortement bandées. Mais il eft bon de remarquer qu’il faut que les chevillettes aient plus de longueur que l’entaille de la table n’a de largeur ; fans quoi elles ne ferreraient pas bien, & même pafleraient au travers de l’entaille. La coufeufe ferme l’entaille parle moyen d’une réglé de bois hk,de la même épailfeur que la table, & de même longueur que l’entaille. Cette réglé , qu’on nomme le templet, fert à alfujettir les nerfs ; mais s’ils ne l’étaient pas encore allez , on parviendrait aifément à les roidir davantage en tournant les vis //, qui feraient monter l’arbre & e , & donneraient par con-léquent plus de tenfîon aux nerfs dd d d.
- 70. La coufeufe difpofe fes ficelles dans la diftance que fon livre demande , c’eft-à-dire , qu’elle met plus ou moins de nerfs fuivant le format du volume qu’elle fe propofe de coudre. Pour efpacer plus également fes nerfs, on fe fert d’une efpece de réglé de carton , appellée marque., qui porte autant de coupures ou entailles faites à égales diftances les unes des autres, qu’on veut que le livre ait de nerfs i on pofe cette marque fur la table devant les nerfs j oiî les fait entrer dans chaque entaille : fi le nerf n’était pas encore affez tendu, on le roidirait davantage, en faifant monter l’arbre. On voit bien, par ce que nous venons de dire plus haut, que les coufeufes ont autant de marques différentes que de différens formats de livres, & qu’elles ne s’en fervent point pour les livres reliés à la grecque , parce que les cahiers portant leur marque , on fait entrer les nerfs dans les entailles même du livre.
- 71. Quand le coufoir eft ainfi préparé, la coufeufe prend une aiguille d’acier de la grolfeur d’une ligne , de trois pouces de longueur, percée comme les autres aiguilles, & courbée en forme d’arc ; fa courbure eft de huit lignes ou environ : on enfile cette aiguille de gros fil ou de fil moyen, fuivant la groffeur des cahiers, & la propreté qu’on veut donner à l’ouvrage. On fe fert de gros fil quand les cahiers font fort gros & qu’il y en a peu , afin de leur faire prendre du dos, c’elt-à-dire, les rendre plus épais par cet endroit, comme auffi pour que le livre ait raifonnablement de mords pour loger le carton. Quand le livre n’eft compofé que d’un nombre médiocre de cahiers , on fe fert de fil moyen ; & de fin , quand il y en a beaucoup & qu’ils font menus. Enfin quand les cahiers font minces , quand c’eft un-livre qu’on veut relier proprement, ou qu’on veut relier une fécondé fois, 011 fe fert de fil de Bretagne. Si le livre doit être garni en étoffe de foie au lieu de papier marbré , 011 coud cette étoffe avec de la foie delà même couleur.
- 72. Nous pourrions dire d’une maniéré générale, que toute couture fe fait en commençant à coudre le papier marbré, enfuite le papier blanc, puis le pre-.
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- mier cahier du livre , le fécond, & ainfi par ordre jufqu’à la fin; que l’ont pique fon aiguille dans la chaînette qui eft à la tète du livre, allant de nerfs en nerfs jufqu’à la chaînette de ia queue ; qu’on remonte en piquant fon aiguille dans cette même chaînette , finiilant à celle de la tète , & ainfi de fuite jufqu’à ce que tous les cahiers foient confus ; mais comme la couture elt la partie la plus eifentielle de la reliure , il faut l’expliquer plus à fond, & donner un détail plus circonfiançié de cette opération.
- 73. Il y a trois fortes de coutures; la première s’appelle couture à nerfs ; la fécondé , à la grecque } la troifieme, à nerfs fendus.
- De la couture à nerfs,
- 74- La couture à nerfs fe fait de quatre maniérés différentes 5 la couture fimple, la couture propre, la couture ordinaire ou commune , & la couture à ficelles doubles. Nous allons expliquer chacune de ces opérations, & parler d’abord de la fimple.
- 7Ç. Quand on veut faire cette forte de couture , la coufeufe commence par mettre fon livre alfemblé & grecqué fur la table du coufoir à fa gauche; enfui te elle prend le premier cahier qu’elle pôle en B , pi. I, fi'g. 4,(21) contre les ficelles , le dos du cahier tourné vers elle, la tète du livre à droite , par eonféquent la bonne lettre à main gauche contre la table ; elle pofe fur ce cahier la feuille de papier marbré , ouvre cette feuille de maniéré qu’une moitié foit à plat fur la table, & l’autre pofée verticalement contre les ficelles. Elle la tient ainfi ouverte de la main gauche , pique de la main droite fon aiguille dans cette feuille en dehors , obfervant de piquer précifément vis-à-vis de la grecquure du premier cahier, & ayant foin de lailfer paffer un bout de fon fil a fiez long pour pouvoir l’arrêter avec celui qu’elle paffera dans la fécondé feuille : elle fait fortir fon aiguille à la gauche du premier nerf, de dedans en dehors de la feuille, la reçoit de la main gauche, repique de la même main à la droite du même nerf, de dehors en dedans , pour embraL fer ce nerf avec le fil qu’elle fait fortir à la gauche du fécond nerf, de dedans en dehors ; repique encore à la droite du fécond nerf, de dehors en dedans, & fort de dedans en dehors à la gauche du troifieme nerf, ainfi de fuite jufqu’au cinquième : de là elle fort de dedans en dehors vis-à-vis la grecquure de la queue ; enfuite 011 met fur cette feuille celle de papier blanc ; on pique cette feuille de dehors en dedans, vis-à-vis la grecquure de la queue: 011 reifort fon aiguille à la droite du premier nerf de la queue, en remontant
- (21) Pour coudre un livre, en ail. hef. de commencer par le dernier cahier, en con-fen , les ouvriers iUle/nands ont coutume tinuant jufqu’au titre,
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- vers la tête ; on repique à la gauche de ce même nerf, de dehors en dedans, pour la faire fortir de dedans en dehors à la droite du fécond nerf, & ainfi de fuite jufqu’à ce qu’on foit arrivé à la grecquure de la tête, où Ion fait fortir l’aiguille : là on arrête fon fil en faifant un nœud avec le bout qu’on, a laide pendre à la feuille de papier marbré ; enfuite on tire le premier cahier de deffo us la feuille de papier marbré , on le remet par-delfus la feuille de papier blanc, & on le coud fur le nerf, piquant toujours l’aiguille dans la grecquure de la tête , de dehors en dedans, defcendant jufqu’à celle du bas, & remontant au cahier fuivant, du bas en haut, pour finira celle de la tête. Dans cette forte de couture , chaque cahier eft coufu fur tous les nerfs, & c’eft ce qu’on appelle la coutureJimple^ parce que quoique les ficelles qui doivent former les nerfs foient doubles, cependant on ne coud que fur l’une : on verra dans peu i’uiage de la fécondé.
- 76. À chaque grecquure la coufeufe arrête fon fil en faifant rentrer fon aiguille entre deux cahiers, la faifant relfortir pour entourer le fil de la grecquure du précédent cahier, & faifant un nœud , mais fans couper fon fil ;car il ne faut pas que l’aiguillée foit interrompue dans toute la durée de l’opération fur un même volume. Si le fil vient à caflèr ou à finir, on le reprend , ou on lui eu ajoute un autre par le moyen du nœud de tilferand. A l’égard des nerfs , s’ils viennent à cafler, il faut découdre le livre , détendre les autres nerfs, & recommencer comme fi l’on n’avait rien fait ; mais cela n’arrive que quand la ficelle ne vaut rien, ou quand l’ouvriere a trop ferré les vis. Je reviens à la couture.
- 77- On peut coudre encore deux cahiers à deux cahiers; c’eif-à-dire , qu’on pique le premier à la grecquure, de dehors en dedans , fortant au premier nerf de dedans en dehors ; on laide ce cahier ; on en prend un fécond, que l’on pofe deflus, & que l’on pique de dehors en dedans au premier nerf, & de dedans en dehors au fécond ; on revient au premier cahier, que l’on pique au fécond nerf de dehors en dedans , & l’on fort au troifieme nerf de dedans en dehors ; on revient au fécond cahier, qu’on pique de dehors en dedans du troifieme au quatrième nerf ; on retourne au premier , qu’on pique du quatrième au cinquième nerf ; on fort, après ce cinquième nerf, de dedans en dehors par la chaînette de la queue. On pofe un autre cahier fur ce fécond ; on pique dans la grecquure de la queue en remontant, & fon fort de dedans en dehors à la droite du cinquième nerf, qui devient le premier en remontant; on laifle encore ce cahier , &l’on en reprend un autre qu’on pofe de même deflus : on pique de dehors en dedans à la gauche du cinquième nerf; on fort à la droite du quatrième ou du fécond en remontant : on retourne au premier de ces deux nouveaux cahiers ; on pique du quatrième au troifieme nerf, & ainfi de fuite jufqu’à la fin du livre. Mais nous aurons foin d’avertir qu’on a toujours attention de conferver au commencement & à la fin, quel-Tome FIll. C c c c
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- ques cahiers qui font coufus tout du long > ce qui fait faire le mard au livre î cette couture s'appelle la couture, propre.
- 7g, On coud auiii quelquefois à trois cahiers j mais comme cette maniéré de coudre eft moins folide que les autres , on ne remploie que pour les ouvrages communs, & pour les livres auxquels ou ne veut pas donner tant de propreté : cette couture , qui s’appelle couture à l'ordinaire ou commune , a beaucoup de relfemblance avec la couture propre.
- 79. Dans la couture à nerfs, à ficelle (Impie , on peut coudre deux volumes l’un fur l’autre fans détendre le coufoir : on fefert, pour coudre le premier volume , de la ficelle qui eft à la droite de la coufeufe, ou vers la tête du volume ; & pour le fécond , de celle qui eft à fa gauche, ou du côté de la. queue.
- 80. La couture à ficelles doubles ,fe pratique de même que celle à ficelle (impie ; elle ne diifere de la première, qu’en ce qu’au lieu d’embraifer une feule ficelle, 011 en recouvre deux. Cette couture fe pratique communément pour les in-folio & pour les in-quarto, qui étant plus gros, demandent plus de folidité : on ne l’emploie pour les in-octavo , les in-dou^e , les in-dix-huit , que quand on veut faire des ouvrages bien recherchés& des livres couverts en marroquin. O11 prend pour cette couture, de la ficelle plus menue que celle dont on fe fe>‘t pour la couture (Impie : c?eft la même que celle qui fert à la couture à la grecque, que nous allons décrire fommairement, attendu qu’elle eft très-fimple & facile à comprendre, après ce que nous, avons dit de la couture à nerfs..
- De la couture à ta grecque,.
- 81. La couture à la grecque 11e diifere absolument de celle à nerfs , quren ce que les nerfs ne font point appareils fur le dos du livre , parce que les ficelles qui les forment » font placées dans les entailles que-la grecque a faites au dos du livre.. Cette couture fe fait comme la précédente , cahier à cahier , ou* deux cahiers à deux cahiers, & même quand 011 veut à trois * mais on ne peut pas , comme à la précédente, coudre deux volumes fun fur l’autre5. & nous avons déjà dit qu’on fe fert d’une ficelle plus fine que celle qu’on emploie pour la couture ànerfs.
- De la couture a nerfs fendus
- 82 OîV prendra aifément fidee delà couture à nerfs fendus , en fe repré-' fentant la couture à nerfs à ficelle (impie. Nous avons dit qu’ordinairement 011 difpofait fes ficelles doubles, afin que celle qui eft à la droite de la coufeufe iervit à coudre un volume , & celle qui eft à la gauche a à en coudre un
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- autre. Dans la couture à nerfs fendus, la ficelle de la droite fert à coudre le premier cahier , & celle de la gauche à coudre le fécond. Cette couture fe fait cahier à cahier , ou deux cahiers à deux cahiers ; mais on ne peut coudre qu’un volume à la fois fans détendre le coufoir.
- 83- On fe fert de la même ficelle qu’on a employée pour la couture à nerfs à ficelles doubles : on pique d’abord , comme à toutes les autres coutures» dans la grecquure de la tète ; on fort de dedans en dehors entre les deux ficelles du premier nerf; on repique de dehors en dedans à la droite de la première ficelle: on fort de dedans en dehors entre les deux ficelles du fécond nerf : on repique à la droite de ces ficelles; & ainfi de fuite jufqu’à ce qu’on foit arrivé à la grecquure de la queue ; alors on vient fortir fon aiguille de dedans en dehors , entre les deux ficelles du cinquième nerf : on pique du dehors au dedans, à la gauche de la ficelle gauche de ce cinquième nerf; on fort de dedans en dehors, entre les deux ficelles du quatrième nerf, & ainfi de fuite jufqu’à la grecquure de la tête, où l’on arrête , & toujours de même jufqu’à la fin du volume.
- 84- Cette couture eft non-feulement la plus folide &la meilleure detou-tes , mais c’eft celle qui donne le plus de grâce & le plus de propreté à un livre ; la nervure qu’elle forme fur le dos du livre, eft un peu plus large & plus quarrée que celle à ficelle fimple, & elle laifle entre les deux nerfs un© petite cavité ou gouttière, fenfible à l’extérieur fur la nervure du dos du livre , & qui eft allez agréable.
- 85- J’ai vu d’anciennes couvertures de livres en bois , dont es nerfs étaient formes d’un morceau de peau ou de parchemin refendu dans le fens de leur longueur ou de l’épailfeur du dos du livre, dans laquelle on voyait l’entrelacement des fils qui avaient fervi à faire la couture fur ces nerfs. Je ne doute point que ce ne foit cette fente qui a fait donner à ces nerfs le nom de nerfs fendus ; & comme nous nous propofons de donner une idée de ce qui fera venu à notre connailfance, fur la maniéré dont les anciens reliaient leurs livres , nous remettons à cet endroit à dire comment il nous a paru que ces nerfs étaient alfemblés avec les ais qui formaient la couverture.
- 86. Quand le livre eft entièrement coufu , on coupe les ficelles , on leve le templet qui ferme la rainure du coufoir; on défait les chevillettes , & l’on ôte le livre , ayant foin de laitier environ trois pouces de longueur au bout des nerfs de chaque côté , afin qu’ils puilfent entrer dans les trous du carton.
- 87- Nous ne devons pas oublier de dire qu’il faut bien prendre garde de trop ouvrir un livre quand il eft coufu ; fi on le fait, il faut toujours tenir fermement dans fa main gauche le dos de fon livre, parce qu’autre-ment la couture rentrerait en dedans, ce qui empêcherait d’arrondir le dos, & de former le mord; mais il vaut mieux ne le point ouvrir du tout.
- C c c c ij
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- Article VL
- Ï73
- Détortiller & épointer.
- 88* Quand les ficelles ont été coupées, & le livre ôté de deflus l’établi du couloir, on détortille, & l’on épointeles ficelles. Pour cela on met les bouts pendans des nerfs , fur les genoux ou fur la table, & appuyant fortement dedus, le tranchant d’un mauvais couteau, en les tirant de delfous , on parvient à les ufer, à leur faire perdre le tortillement que là ficelle avait pris dans la fabrication , & à les effilocher entièrement, les réduifant par-là en une efpece d’étoupe ; fi le bout était trop gros, on couperait quelques-uns des brins de chanvre vers la pointe : enfuite on prend de la colle de farine entre fes doigts, on en imbibe la ficelle, on la roule fur le genou ou fur une table avec le plat de la main, ce qui lui donne un nouveau tortillement, & on la ferre un peu entre les doigts, afin que la colle , enféchant, la durcilfe & lui falfe faire bien la pointe. Cette petite opération, peu difficile, & en apparence peu importante, elf néanmoins nécefiaire pour pouvoir faire celle de palïèr ces bouts de nerfs dans les cartons, & par ce moyeu joindre les cartons avec le livre i opération que nous décrirons dans le commencement du fécond chapitre.
- 89- Nous venons de décrire toutes les opérations qui regardent l’alïem-blage des cahiers , leur battement, leur coufage , en un mot toutes les préparations que le livre doit fubir avant que d’ètre couvert en carton ; il faut maintenant faire connaître celles qui font nécelfaires pour mettre le livre en état d’ètre revêtu de peau, comme de le couvrir en carton, lui former le dos, &c. G’eft ce qui fera l’objet du fécond chapitre, dans lequel nous allons entrer.
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- J R T DU RELIEUR.
- CHAPITRE IL
- Des opérations qiCon fait au livre avant que de le couvrir en peau.
- 90. uand le livre eft battu & coufu (22) , il faut le revêtir de cartons, qui fervent à donner du foutien à la peau dont on doit le couvrir; lui faire le dos, ce qu’on appelleendoffer, coller ce dos , rogner le livre, mettre la tranche en couleur, enfin faire la tranche-file.
- Article premier.
- Du choix des cartons.
- 9r. Les cartons dont fe fervent les relieurs , font de ceux qu’on connaît fous le nom de canons de moulage ; c’eft-à-dire , fuivant M. de la Lande, art du cartonnier , ( 23 ) de ceux qui font faits par trituration à la manière du papier. Us en emploient de huit fortes différentes, qui varient de grandeur & d’épaiffeur, fuivant la différence des formats & la qualité des ouvrages auxquels ils doivent fervir.
- 92. La première forte eft le grand aigle ouvert, qui a quarante pouces de hauteur , fur vingt-fix pouces de largeur. Ce carton fert très-peu : on l’emploie à former de très-grands porte-feuilles pour ferrer des eftampes , & à couvrir certains livres, comme le Neptune Français.
- 93. 2°. La grande bible, qui a trente-quatre pouces de haut, fur vingt-trois de large , fert pour des atlas de très-grand papier : il faut une feuille entière de ce carton pour chaque côté du livre.
- 94. 30. Le catholicon fans barre, formé de deux catholicons ordinaires collés enfemble, de vingt huit pouces fur vingt-deux. Ce carton ne fert guere que pour des atlas ou certains porte-feuilles.
- 9 S’. 4°. Le petit ais fans barre, de vingt-fept pouces fur vingt, fert pour de grands livres de figures, qui font plus hams , & à proportion moins larges que les in-folio ordinaires, tels que les batailles du prince Eugène j &c.
- (22) Quand le livre eft coufu , les Aile- rantir de la colle , & de les conferver pro. mands le ferre’t dans, une petite prefle. ils près.
- donnent an l >s une forme convexe , en le (2\) Voyez cet art dans le quatrième
- frappanr légèrement avec un marteau volume de cette collection, pag. 5S0 & Cependant les deux feu'Ues de garde font fuiyantes, libres & hors de la prede, afin de les ga*
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- 96. 5*. Le faînt-auguflin, de vingt-quatre pouces fur dix-neuf, fert aux in-folio grand papier, comme les Cérémonies religieufes, ou l’Encyclopédie grand papier , & alors il exige la moitié d’un carton pour chaque, côté. Un de ces cartons peut encore couvrir deux in-quarto, comme les œuvres de Rouffeau , édition de Paris, 1743 , & quatre in-octavo , comme l’Anti-Lu-crece de M. le cardinal de Polignac.
- 97. 6q. La grande bible ordinaire, de vingt-deux pouces fur feize, couvre un in-folio ordinaire, deux in-quarto & quatre in-odtavo, auffi de papier ordinaire.
- 9g. 7*. Le catholicon ordinaire, de vingt-un pouces fur quatorze , fert pour quatre in-oétavo , comme les dictionnaires portatifs, ou l’abrégé chronolo-gique de l’hiltoire de France, de M. le prélident Hénault ; pour cinq in-douze ordinaires, comme le Rollin, ou le fpe&acle de la nature ; fept in-douze petit format, comme les éditions des auteurs de théâtre 5 autant d’indix-huit , & douze in-vingt-quatre.
- 99. gQ. Le petit ais ordinaire, de vingt pouces un quart, fur treize & demi, fert encore pour un in-quarto grand papier, comme le traité des arbres fruitiers, de M. Duhamel, & pour deux in-odavo, aufii grand papier.
- 100. Les formes que nous venons d’indiquer pour les cartons, ne font point du tout indifférentes ; il eft néceffaire que le relieur choiliffe un carton proportionné à la grandeur du livre qu’il veut couvrir ; fans cela il y aurait de fauffes coupes, & cela occasionnerait un déchet qui augmenterait affez considérablement les frais de la reliure.
- 101. Si le livre efl très-gros , ou Si l’on veut faire une reliure propre, on colle pluSieurs feuilles de carton l’une fur l’autre , ce qui donne plus de force & plus de foutien au livre i alors le cartonnier' fait cet ouvrage pour le relieur : mais cela 11e fe pratique point pour les cartons du petit ais ordinaire.
- Maniéré de couper les cartons, & defcription de la pointe ou couteau qui fert
- à les couper.
- 102. Les relieurs fe fervent ( 24) , pour cette opération , d’un outil r 1,
- pl. affez femblable à une lame d’épée, d’environ deux pieds Six
- pouces de longueur totale depuis le bout du manche jufqu’à la pointe de
- (24) Les relieurs Allemands fe fervent, réglé qui dirige le trait, eft ordinairement pour couper les cartons, d’un couteau ordi- de fer. naire , qu’ils ont foin de bien aiguifer. La
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- îa lame , qui eft terminée par une pointe coupante des deux côtés , & très-tranchante , afin que la coupe foit nette & fans bavure ; à environ cinq pouces du bout,la lame eft entourée d’un morceau de peau , pour empêcher que l’ouvrier , en laififlant la lame par cet endroit, ne fe bielle la main. Ce morceau de peau fait aufli que la lame emplilfant mieux la main de l’ouvrier, elle ne varie point, & il coupe plus finement. Lors donc qu’il veut s’en fervir, il la faifit par cet endroit, & pofant le bout du manche contre fou épaule droite , il appuie fortement le bout de la lame fur fon carton , il la promene en ramenant à lui le long d’une réglé qu’il tient fortement alfujettie de la main gauche. L’ouvrier doit avoir foin de pencher fa pointe , en jetant le manche en-dehors de fon corps, afin de couper fon carton un peu en biais, & lui former une efpece de bifeau, ce qu’on appelle lui donner du mords. Ain 11 l’on voit qu’en coupant une feuille, on fait deux mords en même tems , dont l’un fe trouve en-deifus , & l’autre en-deffous du carton.
- 103. Comme le grand aigle ouvert s’emploie tout entier , on ne fait que rogner un peu Lç bord tout autour quarrément avec la pointe , c’eft-à-dire, fans lui donner de mords , pour ôter cette partie , qui eft moins épaiife & plus faible que le relie.
- 104. Quand c’eft un in-folio qui n’exige point un carton entier pour chaque côté, on coupe le carton en deux dans le feus de fa hauteur.
- lof. Si l’on emploie du faint-auguftin pour l’in-quarto , on fend fon carton dans le fens de la largeur, & on le coupe en long. Les relieurs appellent fendre, quand avec leur pointe iis coupent le carton à moitié, fans détacher les deux parties l’une d’avec l’autre , & fins leur donner de mords ; & quand ils donnent leurs traits de pointe allez avant pour détacher les deux morceaux de carton : & en lui donnant du mords, ils difent qu’ils coupent le carton.
- 106. Pour couvrir deux in-quarto avec un carton faint-auguftin , on le fend fuivant la ligne perpendiculaire & on le coupe fuivant la ligne horizontale ; ainfi on a les quatre quarrés égaux, qui doivent fervir pour deux in-quarto , un quarre pour chaque côté du livre.
- 107. Comme le carton de grande bible ordinaire fert à des formats aîfez femblables à ceux auxquels 011 emploie le faint-auguftin, on voit qu’il doit fe couper de même.
- 108- Pour l’in-oélavo , on fend le carton fuivant îa ligne perpendiculaire > on le divife en quatre parties égales , au moyen de trois lignes horizontales : ce qui donne les quatre bandes, & dont chacune fournit deux.
- 109. Pour l’in-douze ordinaire, on fend le carton fuivant la ligne perpendiculaire ; on le divife en cinq parties égales , par le moyen de quatre lignes horizontales : ce qui donne cinq bandes, de deux cartons in-douze chacune.
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- no. A l’égard du petit in-douze, de l’in-dix-huit & de l’in-vingt-quatre » comme nous avons dit que le catholicon ordinaire qu’on y emploie, doit ièrvir à en couvrir fept de ce format, pour ne pas faire de faulîe coupe, & lie rien perdre de fon carton, il faut faire une levée d’une bande , que les relieurs appellent traverfe, ayant foin que la largeur de cette bande ou tra-verfe foit égale à celle que doit avoir le côté du livre de ce format. On fend d’abord toute fi feuille fuivant la ligne perpendiculaire ; enfuite on tire une ligne horizontale, au quart du carton ; puis on fend la partie refi tante du carton, fuivant deux lignes parallèles à l’horizontale, & on la coupe fuivant deux lignes perpendiculaires 5 ce qui donne les quatre bandes de quatre cartons chacune , & la levée.
- m. Il faut obferver que, pour ces deux derniers formats, on a foin de c-onferver au haut & au bas du carton, un demi-pouce qui ne foit point compris dans le compaiîèment; parce què comme les bords font moins épais & par conféquent plus faibles, il faudra les retrancher.
- 112. Après que le carton a été coupé par bandes d’une largeur égale à celle des côtés du livre, on le bat fur la pierre , ayant foin de battre plus ou moins fortement, fuivant que le carton eft plus ou moins épais, & auffi fuivant le format du livre auquel 011 le delfine. Un carton pour un in-douze fe bat bien moins que celui pour un in-folio, qui étant plus pefant, fatigue davantage. On bat toujours du côté qui doit toucher les feuillets, & jamais fur celui qui doit être couvert par la peau. Ce battement reiferrant les pores du carton , lui donne plus de coniiftance & de folidité ; il l’on veut le rendre encore plus ferme, on colle fur les deux faces une feuille de papier, quelquefois même de parchemin: c’eft ce qu’on appelle affiner Le carton ; alors il faut le battre avant de le couper. Quand on affine le carton avec du parchemin , on le colle la Heur en-dedans , fans quoi il ferait fujet à fe décoller ; mais on s’eft rarement fervi de parchemin pour affiner le carton ,& aujourd’hui cette marchandife elt trop chere pour qu’on penfe à l’employer.
- 113-Quand les cartons ont été battus & coupés de grandeur convenable , on les perce de trous dedinés à recevoir les bouts des ficelles qui font les pointes des nerfs : c’ed ce que les ouvriers appellent piquer Les cartons. L’ouvrier préfente fon carton fur fon livre, ayant foin de le bien partager haut & bas, ou de le mettre de maniéré qu’il déborde également les bords du livre, tant en-haut qu’en-bas, ou en tète & en queue. On fait avec un poinçon bien aigu , un trou a9pl. I 6, le plus exactement qu’il fe peut, vis-à-vis & à une certaine didance de chaque nerf. Cette diltance doit varier fuivant la grandeur ou la petiteffe des livres ; pour un in-folio , les trous doivent être à environ quatre lignes de^diftance du bord ; pour les in-quarto & les in-
- octavo,
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- o&avo, à trois lignes ;& pour les in-douze , à une ligne & demie. Cet éloignement du bord du carton , eft fait pour lui donner affez de jeu en-haut & en-bas , pour qu’il puiife fe rogner avec le livre , ce qu’on appelle.faire La chajjl du Livre. Nous expliquerons cela plus en détail quand nous parlerons de la rognure.
- 114. Quand on a piqué le premier trou a, on en fait tout de fuite un. fécond b , au - delfus , & auffi éloigné du premier que ce premier l’eft du bord du carton; enfuite on retourne fon carton , & on pique un troisième trou c, fur la face battue, ou qui touche les feuillets du livre; on le fait à peu près à égale diftance en tout fens des deux premiers : par cette dit poiition, ces trous forment à peu près un triangle abc, dont les trois côtes font égaux.
- 11 Ç. Quand on a fait les trous au carton, on y fait entrer l’une après Vautre les pointes des nerfs , commençant de dehors en dedans par le premier trou <z,le plus près du mords du carton; ce qui fe fait à chaque trou dans toute la longueur du carton ; c’eft après avoir pâlie cette première fois les pointes du nerf, qu’on voit le jeu qu’il faut lailfer pour faire la chafle ; fi la ficelle ferre trop , s’il n’y a pas allez de chafle , on la lâche en fai faut balancer Ion carton, ce qui donne du jeu à la ficelle : on entre dans le troifieme trou c , qui eft de dedans en dehors, puis dans le trou b, piqué perpendiculairement au-deflus du premier , de dehors en dedans, & qui eft le fécond de la piquure; on pafle la pointe du nerf fous la ficelle, qui va du premier au troifieme trou pour l’arrêter plus fermement, & empêcher qu’elle ne coule, ce qui s’appelle pajjer en croix-, mais cela ne fe pratique qu’au premier & au dernier nerf de chaque côté : on fe contente , pour les nerfs intermédiaires, de coucher la pointe du nerf le long du carton. Dans les in-folio, autres grands livres , & en général dans tous les ouvrages qui fe font avec recherche , & pour lefquels on emploie du carton très-épais , on pafle les nerfs en croix dans toute la longueur du carton.
- 116“. Quand on a ainfi pafle tous les nerfs dans leur trou , on cogne les ficelles en frappant, avec le marteau à endofler , fur la pierre de liais, qu’011 appelle apurer, pour écrafer les trous & applatir les ficelles; ce qui les fait, pour ainfi dire, entrer dans le carton 3c s’y incorporer. Cela empêche que les bouts des nerfs ne coulent dans leur trou, & qu’ils parait fent au travers de la couverture du livre. Enfuite tenant les deux cartons dans une fituation horizontale, ayant foin que les nerfs foient bien droits , on les rabaiife fur les cahiers. Si l’extrémité du côté du mords était gênée par les feuillets , ce qui empêcherait que le livre ne fermât bien, on lui donnerait un peu plus de jeu , en faifant reculer les pointes des nerfs avec le bout du poinçon.
- Tome VUE
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- Article II.
- De îendoffement ( ).
- 117. L’endossement des livres eftunc des parties les plus eflentielles de l’art que nous traitons. Comme on affouvent occafion d’ouvrir un livre, c’eft toujours par là qu’il fatigue le plus; & quand le dos eft déformé, ce qu’on appelle cajjé , il n’y a plus moyen de le faire revenir ; il faut nécef-fairement le donner à relier : ce qu’on doit éviter tant que l’on peut, parce qu’un livre à fa fécondé reliure, a toujours une bien plus petite marge, & par conféquent beaucoup moins de grâce que celui qui n’a été relié qu’une fois. C’eft pourtant la partie de la reliure la plus négligée par ceux des ouvriers qui ne cherchent point à fe diftinguer dans leur art, ou dans les ouvrages communs , auxquels on ne veut pas mettre le prix néceifaire. C’eft donc un grand abus & une économie bien mal entendue de la part de ceux qui font travailler , de chercher à épargner un prix modique fur la totalité de l’ouvrage, pour fe procurer une reliure mal conditionnée* & qui doit durer bien moins qu’une autre. Nous allons décrire dans cet article, la maniéré dont fe fait l’endoffement d’un livre ; & nous ferons voir en quoi confifte la différence d’un bon ouvrage avec du médiocre.
- 118- La première des opérations de l’endolfement, eft de pajjcr le livre en parchemin, c’eft-à-dire, de garnir le dos de bandes de parchemin, qui feront collées deffus pour lui donner de la fermeté , & empêcher qu’il ne fe rompe quand 011 ouvre le livre. Ces bandes fe font avec du parchemin neuf ou vieux , il n’importe ; il faut feulement éviter qu’il foit trop fort, parce qu’il 11e fe collerait pas aifementfur le dos du livre. On coupe ces bandes de longueur proportionnée à la grofleur du dos du livre , & de la largeur qui convient pour qu’elles puiffent être placées entre deux nerfs : ce qui leur fait auffi
- (zç ) Les Allemands n’endoflent point leurs livres comme les Français. Après avoir donné au dos la courbure convenable, ils le partent avec de la colle forte, afin que toutes les feuilles 11e fartent qu’un corps cntr’elles & avec les nerfs. Ils fe fervent pour cela de colle forte bien fondue , chaude, & point trop épairte ni trop claire , enforte qu’elle coule librement de deflus le pinceau , quand on l’y trempe. Sur un in-folio, ou un in-quarto que l’on veut relier à la francaife , ou à l’anglaife , ils collent par.derriere des bandes de par-
- chemin Pour les in-odavo & les in-douze, ils y collent de ces livrets de papier fort mince qui fervent d’enveloppe à For battu. S’il s’agit de relier en parchemin des in-folio, des in-quarto, des in-odavo, des in-douze., on double le dos avec de la toile. Ce doublage ne fe met qu’après que la première colle a bien pénétré dans tout le dos du livre, que l’on bat pour cet effet avec le marteau ; alors on applique une couche legere de colle, fur laquelle on place les bandes de doublage.
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- donner le nom d’entre-nerfs, quoique, pour parler exactement, on 11e doive donner ce nom qu’à l’efpace , fur le dos du livre, qui eft entre deux nerfs. Ainfi l’on voit que cette bande a été ainli appellée, parce qu’elle doit être collée fur l’entre-nerf du livre.
- 119. Il y a quatre maniérés de palfer en parchemin, qui toutes fontufitées à proportion de lagroifeurdu volume, de la folidité qu’on veut lui donner, & du prix qu’011 veut mettre à l’ouvrage. La première & la plus commune , cil celle de mettre feulement des bandes au haut & au bas du livre, ou à la tète & à la queue, ce qu’on appelle pajjer en tête & queue. De quelque maniéré qu’on relie fon livre, quelque groifeur qu’il ait , quelque dépenfè qu’on y faife, on palfe toujours en tète & en queue. Pour cela on met fou livre à plat fur la table devant foi, le dos du côté de la main droite; de la gauche 011 leve doucement le carton, fans le trop forcer ; on prend de la main droite la bande de parchemin , qu’011 fait entrer entre le carton & le dos du livre, de maniéré qu’elle couvre le dos à peu près entièrement: je dis a peu près entièrement, parce que comme le parchemin s’alonge toujours un peu quand on l’imbibe de colle, 011 lui laiife du jeu; ainfi il s’en faut environ deux lignes, que le bout de la bande 11e touche le bord du dos oppofé au côté par où 011 la fait entrer. Le bout de la bande qui refte appuyée contre le carton & qui y fera collée, s’appelle la garde du livre : 011 voit ces gardes fig. 7 ,pl. I, en a b c. On fait la même opération à la queue avec les mêmes précautions; enfuite 011 retourne fon livre de maniéré qu’011 ait toujours les nerfs ou le dos à fa droite, & la gouttière à fa gauche. O11 remet une pareille bande en tète & queue, qui doit recouvrir la première & être collée delfus : 011 colle toujours le parchemin du côté de la fleur.
- 120. La fécondé maniéré de palfer en parchemin, eft de palfer en deux milieux, c’eft-à-dire, une bande qui doit couvrir le fécond entre-nerf, & une autre au troifieme entre-nerf; l’une de ces deux bandes doit fe mettre à gauche, l’autre à droite. Cette fécondé méthode donnant un peu plus de foutien que l’autre au dos du livre , commence à approcher davantage de la perfedion.
- I2ï. La troifieme maniéré a encore fon avantage ; elle confifte à entrelacer ou palier un parchemin fimple tout le long du dos, entre chaque nerf alternativement, l’un de droite à gauche , & l’autre de gauche à droite.
- 122. La plus parfaite de toutes, celle aufiî qui s’emploie pour les ouvrages de conféquence , eft celle de paffer double tout le long du dos. Elle fe pratique de deux maniérés différentes ; car on peut palfer tout du long, de la tête à la queue, lans omettre aucun entre-nerf, une bande double de chaque côté, qui le recouvrent l’une l’autre. Mais quand les relieurs veulent encore pouffec la
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- perfection plus loin , ils prennent deux bandés de parchemin de la longueur du livre, une pour chaque côtés chacune de ces bandes a deux pouces & demi environ de largeur pour un in-douze ordinaires on place une de ces bandes vis-à-vis des nervures, & l’on fait avec un poinçon deux marques au-deffus & au-deifous de chaque nerf. Ces marques fervent à couper les bandes de parchemin en autant de divifions qu’il y a de nerfs, & à faire des entailles au parchemin, afin que les bandes puiffent entrer entre chaque nerf. On place fon livre fur la table devant foi, comme on a fait pour paffer en tète & queue 5 on fait entrer ces bandes ainfi découpées de dedans en dehors , en les paffant entre le carton. Le refte de la bande qui demeure entier , forme ce que nous avons appelle la garde., & doit être collée fur le carton , comme nous le dirons en fon tems. Cette opération demande un peu plus de tems & de foin que les autres * mais aufîi l’on fent que ees deux bandes doivent donner infiniment plus de force au livre.
- 123. Si le livre doit être relié à la grecque, on fe fert de pareilles bandes, avec la différence que ce font les parties échancrées qui s’appliqueront en dedans fur le carton, & que la partie , qui n’eft point coupée, fe colle contre le dos du livre* ce qui fe peut, parce qu’à cette forte de reliure les nervures ne font point apparentes.
- 124. Quand 011 a paffé fon livre en parchemin , il faut Yendojfer ; & quoique cette opération pût fe faire fur un feul volume, cependant on a coutume d’en réunir plufieurs enlemble : on endolfe jufqu’à dix in-douze, quand ils ne font pas bien gros , huit quand ils font épais* l’in-folio s’endolïe féul : 011 peut endoifer jufqu’à quatre in-quarto * mais ordinairement 011 n’en met que trois.
- I2>. On fe lert pour endoifer, i°. d’une preife qu’on appelle àendoffer , Sc qui eft la même que la petite preiTe à preifer * 2°. d’ais de bois pour mettre entre les livres* 3°. d’un poinçon* 40. d’une corde à endoifer* 5°. du grattoire * 6°. d’un marteau qui ne différé en rien d’un marteau léger à main de ferrurier* 70. enfin on emploie de la colle qu’on applique avec le pinceau. Nous allons décrire chacun de ces inftrumens * & indiquer la maniéré de s’en fervir.
- 1 '2,6. La preife à endoifer eft compofée defix pièces toutes de bois* fa-voir , deux jumelles L L & M N ,fg. 8 & 9 > pl. 1> deux clefs o o , 8c deux vis m m * chaque jumelle elt formée d’un morceau de bois de chêne de trois pieds & demi de long, cinq à lix pouces de large, fur quatre pouces d’é-paiifeur* chacune eft percée à deux pouces de fon extrémité, de deux entailles quarrées ou mortaifes p p , fig. 9 * pour y loger les clefs o o, qui fervent à retenir les jumelles, & à les aifembler. Ces clefs font des morceaux de bois équarris , de deux pieds un pouce de longueur, & de deux
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- pouces d’équarriifage , qui font arrêtés fortement par mie de leurs extrémités dans la jumelle d’en-bas M , à fleur de fon plan de deflbus, & dont la longueur traverfe la mortaife de l’autre jumelle N, de maniéré que cette fécondé jumelle puilfe couler librement le long de la clef- A deux pouces en dedans, & fur la même ligne de ces mortaifes dans la jumelle fupérieure, font pratiqués deux trous taraudés *5, de deux pouces & demi de diamètre , qui fervent d’écrous aux deux vis 5 011 fait deux trous femblables n n, vis-à-vis de ceux qui font à écrous dans la jumelle inférieure M, mais un peu plus grands pour recevoir la tète des vis. Ces vis ont deux pieds & demi de longueur totale ; leurs pas ou filets font de deux pieds , & elles ont deux pouces & demi de diamètre. La tète q q q q ^ fig. 8 & 9 , a cinq pouces de long, & trois & demi de diamètre. Entre la tête & la naiflance des pas de vis , fe trouve un efpace/*, fig. 9 , d’un pouce, uni & fans filets, qu’on appelle le blanc de la vis , qui traverfe l’épaifleur de la jumelle d’en-bas. Les têtes de ces vis, à un pouce de dillance du deflbus de la jumelle, & à un pouce & demi de leur extrémité inférieure , font percées de deux trous qq 3 fig• 8 & 9) diamétralement oppofés, ou qui fe croifent l’un l’autre, dans lefquels 011 introduit une barre de fer pour ferrer la vis.
- 127. Quand on veut monter cette prelie, il faut arrêter d’abord le bout inférieur des clefs 00, Jip. 9, dans les mortaifes pp de la jumelle inférieure M, les faire entrer dans celles de la jumelle fupérieure Ni enfuire ou introduit les vis dans les trous nn, de là dans les écrous ^, de la jumelle fupérieure j & faifant tourner également ces vis, 011 ferre la prelfe tant & (i peu qu’on veut.
- 12g. Les ais font faits de bois de hêtre ; on en emploie plus ou moins, fuivant le nombre de volumes qu’on fe propofe d’endolfer : ils font de différentes dimenfions , relativement aux endroits où on les met. Par exemple , ceux fig. 4, qui font l’un au commencement & l’autre à la fin d’un paquet de livres , s’appellent membrures : ils ont dix pouces de longueur, à peu près quatre de largeur, un pouce d’épaifleur du côté du dos, & ce bord effc quarré j le bord oppofé elf rond , & a neuf lignes d’épaifleur. Les autres ais qui fe mettent entre chaque volume , que pour cela 011 nomme entre-deux , font faits de merrain ; ils ont neuf pouces & demi de longueur, trois de largeur, quatre lignes d’épaifleur au côté du dos, & deux lignes au bord oppofé. *
- 12 9. Quand on veut endoffer, on couche la prelfe horizontalement, ce que les ouvriers appellent de champ, fur les traverfes kk des montans du coffre G de la prelfe à rogner, pl. I, fig. 10 ( les ouvriers appellent ce coffre leporte-prefife); de maniéré que l’ouvrier ait à fa droite les têtes qq des vis , fig. g. On ouvre fa prelfe en faifant tourner les vis'5 on applique fur la
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- face intérieure de la jumelle L, fig. 8 » ou M ,fig* 9 , une membrure Qj fur eette membrure, un volume R, le dos en haut ou du coté de l’ouvrier, & le bord ou la gouttière en bas ; puis un entre-deux, un volume, un entredeux, & ainfi de fuite jufqu’au dernier volume du paquet, qu’on termine par une membrure Q. Alors tenant fon paquet en refpecl de la main gauche, & prenant garde de rien déranger, on ferre médiocrement le paquet, afin de pouvoir redrelfer fes livres fi quelques-uns s’étaient dérangés. On prend enfuite de la main gauche un poinçon à endoifer k, pl. I>fig. u. Cet outil eft fait comme les poinçons ordinaires, excepté qu’il eft un peu plus gros & qu’il ne pique pas (26). L’ouvrier palfe le poinçon entre les cahiers , prenant d’abord quatre cahiers du côté du carton, en commençant par la queue ; il fouleve un peu les cahiers , & avec le marteau qu’il tient de la main droite, il frappe fur le nerf, tantôt parla tète , & tantôt par la panne du marteau, mais toujours en arrondiflant, c’eft-à-dire, frappant davantage fur les cahiers qui font plus près du carton, que fur ceux quife trouvent au milieu ; il retourne à la tète du livre , où il fait la même opération.
- 130. Si dans ce travail quelque livre s’était un peu dérangé , il les remettrait tous d’alignement par le côté de la tète ; & après avoir relevé fon paquet de maniéré qu’il déborde d’un pouce au-delfus de la prelfe, ce que les ouvriers appellent mettre hors de la preffe, il ferre fortement & bien également fà prelfe ; enfuite il prend un paquet d’une corde câblée en trois, qu’on appelle corde à endojjer: il en faut environ trente-deux pieds pour un paquet de dix volumes in-douze j il fait une boucle à fa corde , il ferre le haut du paquet en faifant faire fept ou huit révolutions de corde , & il l’artête : il releve fon paquet de quatre pouces dehors la prelfe, & achevé d’employer le relie de fa corde à ferrer .le bas du paquet. Cette fécondé ligature eft très-néceffaire pour empêcher les livres de fortir d'entre les ais , & de fe défendolfer quand on defferrera la prelfe.
- Coller & tremper les dos.
- 13T. Le paquet étant ainfi ferré, on trempe le dos avec la colle de pâte ou de farine ; on peut faire cette colle avec un tiers de livre d’amidon, & une demi-once d’alun , qu’on délaie dans cinq demi-fepeiers d’eau chaude, faifant un peu bouillir le tout pour donner de la confiftance à la colle. L’alun empêche que les vers ne s’engendrent dans la colle , & 11’attaquent le dos du livre. Quand la colle eft froide, on en met fur le dos avec un gros pinceau, fans ménager la colle, & ayant foin qu’il en entre delfous & deifus les parchemins. On laiife le paquet ainfi humeété tremper pendant environ une
- (26) On en a de différentes grofleurs.
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- heure, afin que îa colle puifle pénétrer entre les cahiers. Au bout die ce tems , on gratte le dos avec un infiniment appellé grattoir : c’eft une elnece de cifeau t ,pl. I, fig. 12 , dont de fer eft armé de dents; on gratte fortement du haut en bas , pour faire mieux entrer la colle entre les cahiers. Si l’on fait de l’ouvrage dont les papiers fuient durs à prendre la colle, ou qui doivent éprouver de la fatigue , on fe fert d'un grattoir dont les dents font un peu plus aiguës, & même au lieu de gratter, on pique aflez fort. O11 fait cette opération deux ou trois fois ; on repaffe de nouveau de la colle fur le paquet; on le l^iife tremper encore quelque tems , & avant que la colle foit tout-à-fait fethe , on frotte les dos avec le frottoir s 9fig. 13. Cet infirmaient eft de fer ; il a environ huit pouces de long, & eft enflé de près de deux pouces dans fon milieu s, qui lui fert de poignée : il reffemble affez par fes extrémités au fer d’un outil que les menuifiers nomment mouchette, hors qu’il n’eft point tranchant : cette figure eft néceflaire pour lui faire fuivre la courbure du dos du livre. On tient ce frottoir à deux mains ; & le tenant un peu couché, on le pouffe devant foi delà tète à la queue, paifant plusieurs fois fur le même endroit entre chaque nerf affez vite, en arrondiffant & appuyant fortement; mais on a grand foin de ne point toucher au nerf. O11 répété la même opération , avec les mêmes précautious , de la queue à la tète ; après quoi on eifuie tout fon dos avec une poignée de rognures de papier,, pour le nettoyer de la colle qui y eft reftée, & de toutes les ordures que le grattement y a occafionnées. On repaffe légèrement le pinceau fur le dos du livre, & on couche les parchemins qui ont été paffés avant l’endoffure, ce qui s’appelle coikr Us parchemins ; on retire le paquet de la prelîè, on le porte au feu pour le faire fécher, l’y laiflant jufqu’à ce qu’il devienne plus fec que moite : il ne faut cependant pas qu’il foit tout-à-fait fec; car on ne pourrait pas redreffer fi facilement.
- 132. Cette opération de redreffer eft à peu près la même que celle que nous venons de décrire : on fefert auifi du frottoir; la feule différence eft, que ce qui s’eft fait dans la première fur le livre mouillé, fe fait à fec dans la fécondé. L’ouvrier tenant fon frottoir droit, l’appuie d’un côté du nerf, & frappe deffus à petits coups redoublés avec fon marteau à endoflèr, furie côté oppofé. Cela fe fait des deux côtés des nerfs ,& à tous l’un après l’autre pour les rendre droits & également diftans les uns des autres , ce qui s’appelle redreffer les nerfs ; & cela eft d’autant plus néceflaire , qu’il n’eft pas pofiible que les frottemens & grattemens précédens ne les aient un peu dérangés.
- 133. On laifî’e encore fécher le livre ; & quand il eft bien fec, on le paffe en colle forte : on fe fert de la colle de Flandres, qu’on applique au pinceau le plus chaud qu’on peut, pour qu’elle s’infinue mieux entre chaque cahier; car il eft à remarquer que, quoique le dos foit couvert aux entre-nerfs de
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- parchemins qu’on a collés par l’opération précédente , comme cette bande ne remplit pas exa&ement la diftance qui eil entre chaque entre-nerf, & que d’ailleurs la colle chaude fait un peu bourfouffler le parchemin , il s’en infirme entre ce parchemin & les cahiers. On obferve de mettre la colle bien également fur le dos & le long des mords de tous les livres du paquet, afin que toutes les parties prennent la colle, & d’appuyer légèrement le pinceau , crainte de déranger les nerfs. On metenfuite fon paquet devant le feu jufqu’à ce que la colle foit parfaitement feche, après quoi on délie le paquet, & on prépare les livres pour la rognure.
- Article III. ‘
- I)u rognement.
- 134. Avant que de rogner le livre, le relieur colle l’une fur l’autre les deux feuilles de papier blanc & marbré, dont nous avons parlé au commencement de la couture ; enfuite on met chaque volume en preife entre deux ais à prejjer, qui font des planches quarrées , faites de bois de hêtre ou de poirier, & d’une égale épailfeur dans toute leur fuperficie ; il ne faut pas que ces ais excédent le mords du livre, fans quoi le dos fe fripperait, l’endoflure ferait totalement gâtée, & le livre ne ferait jamais bien conditionné. On laide le livre en preife environ un quart d’heure ; pendant ce tems on prépare fa preife à rogner.' Cette preffe eft commune aux relieurs & aux marchands papetiers, qui font foûvent obligés de vendre du papier battu & rogné : nous allons en donner une defcription. Mais comme à bien des égards elle reifem-ble à la preife à endoifer que nous avons décrite ci-devant, & que les mêmes pièces font communes à l’une & à l’autre, nous nous contenterons de donner les dimenfions'des principales pièces de celle-ci, qui font différentes de celles de la preife à endoifer nous n’ihfifte'rons particuliérement que fur la defcription du couteau & de fi monture. ' '
- T)efcriptl6n de la preffe a rogner, & de fon couteau ( 27 ).
- 135. Elle, eit ,. amli que la preife à endoifer, compofée de fix pièces;
- (27) La preffe à rogner des Allemands , La jumelle gauche porte auifi une tringle, 'EcfchneidepreQe, différé . peu des iprelTes fervant à affujettir le couteau fur la preffe. ordinaires. Elle'a trois pieds'& un pouce L’ouvrier faifit fortement le couteau des de long, afin que l’ouvrier puiffe en ap- deux mains, & de la gauche il fait tour-ppyer à terre l’extrémité inferieure , tandis ner la vis du milieu , à mefure qu’il rogne , que la fupérieure repofe contre fon corps, pour rapprocher la jumelle qui porte le
- favoir ,
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- fàvoir, les deux jumelles MN, pl» 8 & 9» qui ont trois pieds fix
- pouces & demi de longueur, iix pouces & demi de largeur, & cinq pouces d’épaiiîeur j les deux clefs mm, qui ont un pied onze pouces de longueur, un pouce neuf lignes de largeur , & deux pouces d’épaiiîeur ; les deux vis qq> qui ont deux pieds quatre pouces de longueur totale. La tête de ces vis a. cinq pouces & demi de longueur, & elles ont iix pouces & demi de blanc ainiï il relie un pied quatre pouces de pas ou filets de vis : ce blanc ell creufé en r, d’une échancrure ou collet de neuf lignes de largeur , qui reçoit une cheville plate ou tenon , de huit lignes & demie d’épaiiîeur , un pouce & onze lignes de largeur, & qui a autant de longueur que la jumelle a d’épaiiîeur. Cette cheville traverfe la jumelle par la mortaifepp , & entrant dans le collet de la vis, en retient le blanc ou la tète dans ion trou. Cette cheville au relie eil néceiîaire , afin que les tètes des vis foient (tables dans leur jumelle. La tète des vis eil auffi percée de quatre trous placés à angle droit pour ferrer la vis au moyen d’un barreau de fer ; un de ces trous eil percé à deux pouces trois lignes du côté du blanc de la vis , & l’autre à deux pouces du bout.
- 136. La jumelle droite N eil renforcée en dedans par une tringle ou languette d’un quart de pouce d’épaiiîeur , taillée en chanfrein, c’elt-à-dire , en diminuant d’épaiiîeur vers la partie inférieure de la jumelle 5 la gauche M, porte fur fa face fupérieureune autre tringle de fept lignes de hauteur, d’un pouce de largeur, & qui diminue auffi de largeur à la partie appliquée fur la jumelle, ce qu’on appelle en queue d'aronde. Nous ferons voir l’ufaga de ces deux pièces, dans la deicription particulière que nous allons donner du couteau.
- 137. Le couteau ou le fût fur lequel eil monté le couteau à rogner, ell une cfpece de preiîe qu’on fait couler fur celle que nous venons de décrire. Cet alîemblage, fig. 14, pi. /, ell compofé de deux jumelles N, O, de deux clefs Q_, Q_, de la vis R, du couteau P, & du clou à vis S, avec fon écrou T.
- couteau. On commence à rogner le livre par la tête & par la queue , après avoir marqué la longueur avec une efpece de réglé , appellée Puncktureifen. Le couteau , en ail. Schnitthobd ,fig. i ç, pU I, n’eft point comme celui des Français ; c’eft une lame circulaire de cinq à fix pouces de diamètre, aiguifée dans toute fa circonférence, & percée dans le milieu pour recevoir une vis à tête , qui la fixe fur la jumelle. On ouvre d'abord les jumelles du couteau propor-Tome VUL
- tionnellement àîépailîeur du volume, en-fuite on le ferme fucceOivement en tournant la vis A F. C’eft la main gauche , appuyée fur la poignée A, qui imprimeleplus de force au couteau. Pour rogner le volume par-devant, on plante deux aiguilles en travers des deux nerfs de la tête & de la queue, afin que le dos foit droit tandis que l’on rogne. Dès que la tranche eft faite, on retire les aiguilles, & îon redonne au dos fa courbure.
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- 138- La jumelle O de la droite, qui porte le couteau, & qu’on appelle le talon, a , ainfi que celle de la gauche N , qu’on nomme Xécrou, neuf pouces de longueur, quatre pouces neuf lignes de hauteur , & deux pouces d’épaif-feur ; ces deux jumelles font aftemblées , comme celles de la prefte, par les. deux clefs Q_Q_, qui ont un pied cinq pouces & demi de longueur totale, & elles font traverfées dans leur milieu par la vis R. Cette vis a deux pieds trois pouôes de longueur depuis fon extrémité jufqu’au bout de la poignée,, laquelle a fept pouces de longueur, & entre dans la jumelle de la droite par le trou lilîe r : elle a deux pouces & demi de blanc, au milieu duquel fe trouve un collet d’environ dix lignes , pour faire place au clou S qui arrête la lame du couteau, & empêche encore la vis de fortir de fon écrou. Le delfous de la jumelle gauche N, eft creufé dans fa face inférieure, d’une rainure oo en queue d’aronde, dans laquelle entre la tringle fixée fur la jumelle gauche de la preffe à rogner : cette tringle étant taillée, comme nous l’avons dit, en queue d’aronde, fa face la plus large répond à la partie la plus large de la queue d’aronde de la rainure faite à la jumelle N ; ainfi cette jumelle ne pouvant fortir de deffus la tringle , eft tenue bien affujettie. & appliquée contre la prefTe : ce qui eft très-néceifaire pour diriger la marche du couteau , & le faire toujours aller droit. Deffous la jumelle droite O, eft pratiquée une entaille quarrée pde deux pouces trois à quatre lignes de largeur, pour recevoir le talon q de la lame du couteau, qui affleure le deffous de ladite j umelle O, laquelle eft encore percée d’un trou quarré qui la traverfe dans toute fa hauteur, pour y introduire & y placer, le clou à vis S, dont la. tète arrête le talon du couteau,
- 139. Le couteau eft une lame d’acier d’environ trois lignes d’épaifteur. dans fon milieu, & fe réduit à une ligne fur les côtés. La pointe fe termine en fer de lance 5 à l’égard du talon auquel la lame eft foudée, il eft de fer : il. a deux pouces trois à quatre lignes en quarré.
- 140. Quand on veut monter ce couteau , on fait entrer 1e. clou à vis j,, dans le trou quarré qui eft percé dans le manche du couteau ; on applique ce manche à l’entaille p pratiquée fur la face inférieure de la jumelle Ô>de maniéré que le côté plat de la lame affleure cette même face , & que le clou S.' entrant dans la petite mortaife quarrée parrête le collet du blanc de la vis R, lorfqu’on l’aura fait paffer par le trou lifte r de la jumelle, ferrant le clou à vis au-deftus de la jumelle par l’écrou T : on arrête fermement le couteau contre la jumelle 5 enfuite on fait entrer les clefs Q_Q_, d’abord dans-leurs mortaifes q,q,'de la jumelle O, où elles doivent être juftes & bien-arrêtées ; on introduit l’autre bout dans les mortaifes p, p, de l’autre jumelle N , dans lefquelles elles doivent aller librement ; on fait entrer la vis, premièrement dans le trou non taraudé./* de la jumelle Opuis dans le trou;
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- à vis g de l’autre jumelle N* La petite prelfe qui porte le couteau étant ainfi montée, on engage la jumelle N avec la tringle de la prelfe à rogner, par la rainure oo; alors en appuyant u,ne main fur la poignée R, & l’autre fur le bout de la vis , & pouffant devant foi en faifant faire à la vis un petit mouvement en avant, on ferre la vis, on fait avancer la pointe de la lame vers la jumelle de la gauche , & l’on coupe le papier : on frotte ordinairement avec du favon fec , la tringle //, pour faire mieux gliifer la jumelle N*
- 141. Tout cet équipage eft monté fur un pied compofé de quatre mon-tans iiii,fig. io^pl.1, de bois de chêne, très-fimple & très-uni, retenu par dix traverfes kkk, entre lefquelles on aifembie les planches de fapin A/z, & le tout forme une efpece de coffre G, où tombent les rognures. Ce pied fe nomme le porte-preffe.
- Rogner.
- 142. Quand la machine que nous venons de décrire eft montée, 011 prend fon livre, on ouvre & on ferme plusieurs fois le carton d’un côté & puis de l’autre, en le faifant defcendre de maniéré qu’il affleure bien les extrémités des feuilles. On commence toujours à rogner par la tète ; ainll on fait d’abord defcendre les cartons vers la queue ; & quand on veut rogner la queue, 011 les repoulfe vers la tête, afin de faire les chajfes du livre, c’eft-à-dire, les bords des cartons qui excédent les feuilles par les bouts.
- >43. Cela fait, on pofe le livre dans "la prelfe, mettant au côté où l’on finit de rogner , ou contre la face intérieure de la jumelle gauche , une bande qui eft ordinairement un morceau de carton de rebut; cette bande a une longueur égale à la largeur du livre : elle eft faite comme l’entre-deux des ais à endoffer ; c’eft-à-dire, qu’elle eft taillée en bifeau par le bas. Ce carton doit être bien fort pour réfifter aux atteintes du couteau. On met le livre dans la prelfe, de maniéré que la bande de carton étant jufte dans les mords du livre pour ne les pas écrafer, excede un peu du côté de la gouttière, que le fort du carton foit en-haut, & que le dos du livre foit toujours tourné vers l’ouvrier : ainfi cette bande fe trouve à la fin,du livre quand on rogne par la tète , & au commencement quand 011 rogne par la queue; le côté droit du livre porte fur la tringle de bois, que nous avons dit être attachée fur la face intérieure de la jumelle droite de la prelfe.
- 144. Le tout étant ainfi difpole , on ferme la prelfe en ferrant les vis, & on rogne. L’ouvrier fe met pour cet effet à un des bouts de la prelfe, il pofe la main droite à plat fur la poignée de la vis du fut ou couteau * & la gauche fur le bout de la même vis ; il pouffe & retire alternativement fa machine affez vivement, ayant foin de tourner également & petit à petit fa vis pour faire ayaneer & mordre la lame du couteau fur le papier. Il faut avoir foin
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- de ne faire mordre le couteau que médiocrement à la fois, & de détacher les rognures à mefure, pour éviter qu’il ne s’en gliffe deffous le couteau. Ces rognures tombent dans le coffre du porte-preife, & fe vendent aux carton-mers , qui en font plus de cas que de toutes autres , parce qu’elles font ordinairement plus propres & faites de plus beau papier. Le livre doit être bien ferré dans la prelfe , pour éviter qu’il varie, & afin qu’il fe coupe bien droit. S’il eft d’un papier dur, le couteau alors eft repouifé & remonte en-haut * d’où il arrive que le commencement d’un livre pourrait être rogné, pendant que la fin ne le ferait pas ; alors l’ouvrier defcend fa bande & le carton , afin que le livre étant mieux prelfe , il puiffe le reprendre & le rogner également,. Si au contraire le papier eft mou , on le ferre davantage en prelfe. L’ouvrier doit prendre garde que le livre foit rogné droit, qu’il ne foit pas plus rogné vers le dos que vers l’ouverture , ce qui s’appelle faire de la pointe ; ou vers-l’ouverture que vers le dos , ce qui s’appelle faire du cul. Si cependant ce défaut fe trouvait, quand on s’en apperçoit, on y remédie en remettant le livre en prelfe , & en le rognant du côté où le couteau n’a pas alfez mordu.
- 145. Quand le côté de la tète eft bien rogné, on procédé pour le côté de la queue avec les mêmes précautions & les mêmes foins ; on fait d’abord remonter le carton de la queue à la tète;. puis avant que de rogner, l’ouvrier prend un compas, & cherche dans le courant du livre les feuilles qui defcendent le moins bas , ce qu’on appelle la faujfe marge ; enfuite de l’ouverture de compas que donne cette fauife marge prife de la tète du livre, on fait deux marques fur le carton , une du côté du dos , l’autre du côté de la gouttière: on met le livre dans la prelfey toujours le dos en face de foi, la bande au commencement du livre , comme nous l’avons dit plus haut, & 011 rogne. La rognure étant faite à la tète & à la queue , on tire le livre de prelfe pour le rogner par la gouttière ou le devant; on commence par chercher la fauife marge de la gouttière; puis appuyant la pointe du compas fur le milieu delà tète du dos qu’on prend pour centre, on trace avec un crayon adapté à l’autre branche du compas, un trait en portion de cercle, qui paffe un peu au-deffus de la fauife marge; on ouvre les deux cartons du livre, on les rabat en-bas, en les lailfant tomber librement ; en-fuite on prend deux ais , un qu’on appelle de derrière , qui a neuf pouces de long, environ trois de large , & quatre lignes d’épailfeur égale dans toute fou étendue : l’autre ais,. qui s’appelle de devant, a la même longueur , la même épailfeur ; mais il n’a qu’un pouce de largeur, & finit en s’amincilfant comme les ais à endolfer. Le relieur met fon ais de derrière à la fin du livre , & celui de devant au commencement, le mettant jufte aux deux traits marqués fur les deux bouts du livre ; enfuite tenant bien fortement fon livre-entre ces deux ais , d’abord de la main gauche , il le pofe le dos fur la prelfe*
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- & delà main droite appuie fortement entre le carton & le mords au commencement & à la fin du livre, ce qui fait un peu écarter, ou en termes d’art, bourfouffler les feuillets dans la partie comprife entre les ais & le dos du livre. Cette opération, qui s’appelle bercer, applatiffant le dos , fait remonter le haut des cahiers vers la gouttière : ce qui fait que , quoique cette partie fuit coupée quarrément comme la tète & la queue , néanmoins quand le livre fera rogné & hors de la preife , & quand le dos reprendra fou arron-diflement, elle fera creufe ; fans cela elle ferait droite comme les deux autres côtés , ce qui aurait moins de grâce. De plus , fi l’on n’ufait de cette précaution , quand le livre , à force de fervir , viendrait à fe brifer du dos , la gouttière prendrait de la rondeur comme le dos , ce qui ne lailfe pas encore que d’arriver à certains livres qui ont beaucoup fouffert dans cette partie. Il faut encore obferver que , fi on ne berçait pas bien un vieux livre qu’on veut relier & rogner une fécondé fois , le commencement &la fin des feuilles fe trouveraient rognées, pendant que celles du milieu ne feraient feulement pas atteintes.
- 146. Quelques relieurs font encore cette opération d’une autre maniéré s ils tiennent les feuilles bien fermement entre les ais, & les font balancer alternativement de droite à gauche, & de gauche à droite ; ce qui produit également cette bourfoufflure néceffaire , dont nous venons de parler, pour faire remonter les feuillets , & faire le creux de la gouttière.
- 147. Les in-folio & les in-quarto , ce que les ouvriers appellent/e grand ouvrage, fe rognent en tête & queue de même que les autres livres ; il n’y a de différence que dans la rognure de la gouttière. Il faut, à cette opération , être deux ; car l’un tient les membrures , dont nous allons parler , alfujetties, pendant que l’autre frappe le dos du livre fur la table ; on pôle donc le dos de fon livre fur la preife ou fur la table; on ouvre les cartons qu’on laiffe tomber: on prend deux membrures, qu’on pofe furies cartons en dedans du livre & le long du mords; enfuite appuyant fortement, Si frappant le dos du livre fur la table , ces coups répétés appîatillent le dos fi bien, qu’on fait remonter les feuillets du milieu. On fait cette opération de cette maniéré, parce que la grandeur du volume fait qu’on ne' peut pas le bercer comme un in-douze; on pofe enfuite les ais à rogner comme pour l’in-douze; & quand il eft prêt à mettre dans la preffe, on ôte doucement les membrures : le relie de l’opération fe fait comme pour les autres ouvrages.
- 148- Quand le livre eft ainfi rogné fur les trois côtés, on le tire de la preife, on le feuillete en gros, en faifant couler rapidement toutes les feuilles fous fes doigts ; cela détache les feuilles, qui ordinairement tiennent enfemble, & on regarde fi la gouttière eft droite; enfuite il faut ra-
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- baiffer le carton & le couper à la pointe; car on doit fe rappeller que l’on a rogné le carton en tète & en queue dans la preffe, mais qu’on l’a rabattu pour rogner la gouttière. Pour le rabaiffer, ce qui fait le bord du devant du livre, on prend une réglé de fer qu’on met entre les feuillets & le carton, à environ deux lignes du bord des feuilles ; & avec la pointe à couper le carton , on rabaiffe le long de cette réglé , tenant fa pointe bien droite ; car il n’eft pas queftion de lui donner du mords : au contraire, il faut qu’il l'oit coupé bien quarrément.
- Article IV.
- Des embelliffemens de la tranche.
- 149. Les embelliflements de la tranche confident à y mettre une couleur rouge, ou une jafpure , ou une marbrure, fouvent une dorure; quelquefois même on y fait de petits definis de figures arbitraires ou fingu-lieres , ce qu’on appelle antiquer fur tranche. Quoique ces couleurs & orne-mens 11e parailfent que de fimple agrément, & qu’il femble qu’ils n’ajoutent aucun mérite ni avantage réel au livre, cependant je ne les crois pas tout-à-fait inutiles , foitpour empêcher les feuilles de s’ufer fi promptement, foit pour empêcher les taches d’y paraître aufiî vifiblement que fi la tranche reliait dans la couleur du papier; du moins me paraît-il fur que certains livres d’ufage, tels, par exemple, que ceux que nous portons aux églifes , fe confervent plus long-tems propres quand ils font dorés fur la tranche, que quand ils font Amplement rougis ou jaipés , comme cela fe pratique pour les livres que les libraires vendent tout reliés.
- 1^0. On paffe la tranche en couleur après que le livre a été rogné & le carton rabaifle. Cette opération fe fait de différentes maniérés, fuivant le goût de l’ouvrier, le prix de fon ouvrage, ou la volonté de ceux pour qui il travaille.
- 15t. Il y a quatre fortes d’embelliffemens à mettre fur les tranches, la couleur rouge, la jafpure, la marbrure & la dorure.
- 152. De toutes les couleurs, la plus ufitée eft la rouge; c’eft aufiî la plus belle, & celle qui eft le moins fujette à changer. À l’égard de la dorure , quoiqu’on l’emploie affez fouvent, on 11e la fait guere que pour les beaux ouvrages. Nous allons décrire la maniéré d’employer chacune de ces couleurs.
- 153. La couleur rouge fe fait avec environ quatre onces de colle de pâte, & quatre onces de vermillon , qu’011 délaie enfemble avec deux gouttes
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- d’huile: cm met ce mélange dans un demi-feptier de vinaigre, & ou y ajoute à peu près autant d’eau (2g).
- 1 ?4~ Quand on veut employer cette compofition, on met une douzaine de volumes l’un fur l’autre, on repoulfe les clraifes vers le côté oppofé à celui qu’on veut mettre en couleur ; ordinairement on commence par la tète , ainfi 'on repoulfe les cartons de la tête à la queue ; on met la pile de livres fur,un billot de bois dé quatre pouces de hauteur, & on colore fa tranche avec un pinceau de poil de fanglier trempé dans la couleur ; on le retourne de la tète à la queue pour faire la même chofe. A l’égard de la gouttière , on ne peut guere rougir plus de quatre volumes à la fois. On ouvre les cartons, qu’on jette du côté, du dos: on pofe tous fes livres ainlî ouverts r & les uns fur les autres, fur le billot; on met un petit ais à rogner de derrière , fous le premier qui touche fur le billot, & un antre fur celui d’en-haut ; on appuie fortement de la main gauche fur fais, pour tenir le livre en refpeél, & empêcher, autant qu’il fe peut, qu’il n’entre de la couleur entre les feuillets, & on colore: cette couleur eft bientôt feche.
- I$f. Il y a deux fortes de jafpures , la jîmple & la double ou mêlée; la fimple fe fait avec une des trois couleurs, rouge, bleu, ou verd, qu’on choifit au goût de la perfonne pour qui l’on travaille. On fe fert ordinairement, par préférence, de la rouge. La double ou mêlée, fe fait avec le verd de vellie & le rouge., ou avec le bleu & le rouge.
- IS6* Pour faire telle jafpure qu’on veut, foi t la fimple ou la mêlée, on met un certain nombre de volumes, qui eft au moins de vingt, au plus trente, entre deux billots, qu’on ferre fortement pour empêcher la couleur de pénétrer en dedans des feuilles. Si l’on n’avait qu’un petit nombre de volumes à jafper, comme cinq ou fix, on les ferrerait avec une corde entre deux ais à endoifer ; le paquet ainfi ferré fe pofe entre deux bancs ou tréteaux; enfuite on prend un pinceau de chiendent, qui a em-yiron fix pouces, de tour , & cinq pouces de long ; on le trempe bien d’abord dans la couleur verte ou dans la bleue, fuivant la jafpure qu’on fe propofe de faire; on fecoue ce pinceau à plufieurs reprifes dans le pot, pour qu’il rende ce qu’il a pris de trop; car il doit ne refter que le moins qu’il fe peut de couleur dans le pinceau ; /ans quoi, quand on viendrait à le fecouer, la couleur tombant en larges gouttes, ferait 'de grolfes taches ; au lieu qu’elle doit tomber eti une efpece de brouillard ou de pouf, jfiere la plus fine qu’il foit poilible. On tient le pinceau de la main droite,
- (28) La couleur verte fe fait avec de fin- colle que de couleur , & l’on y ajoute de. digo , que l’on délaie dans de l’eau avec de l’eau de gomme*
- I/orpiment. On y mêle le même, poids de
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- & de la gauche un barreau de fer, qui eft ordinairement un des barreaux de la prelfe à rogner: on fecoue à petits coups fecs & répétés, jufqu’à ce que la tranche foit également couverte de petites taches vertes ou bleues : c’eft l’habitude de l’ouvrier & fon coup-d’œil, qui doivent lui apprendre à diftribuer fa couleur bien également ; s’il s’apperçoit qu’un endroit en ait moins pris qu’un autre, il y revient & fecoue delfus. On commence d’abord par la gouttière, puis on fait la même chofe à la tète & à la queue. Quand cette première couleur eft mife, on met le rouge avec les mêmes précautions & de la même maniéré que nous venons d’indiquer pour le verd.
- De la marbrure.
- 157. La. marbrure fur tranche 11e fe fait point chez Tes relieurs; 011 porte les livres, quand ils font prêts à être marbrés, chez les ouvriers qui font le papier marbré, & qui fe fervent abfolument des mêmes couleurs & des mêmes mélanges qu’ils emploient pour faire leur papier. C’eft pourquoi nous dirons peu de chofe ici des procédés qu’011 fuit pour la préparation des couleurs fervant à la marbrure fur tranche; nous laiderons cela à traiter à ceux qui voudront donner la defcription de l’art de faire les papiers marbrés.
- 158. Il y a différentes fortes de marbrures en ufage chez les relieurs ; lavoir , le bleu & blanc à mouches , le bleu & blanc à frifons, le bleu & blanc à peignes ; le bleu , blanc & rouge, qu’on appelle fable ; la marbrure en ciel, qui eft blanche & rouge , mais à plus grandes taches que le fablé ; la marbrure à demeurer, qui fe fait avec fix couleurs, le rouge, le noir, le bleu , le mordoré , le verd & le blanc. On fait encore du marbre verd & blanc à mouches, verd & blanc à frifons, du noir & blanc pour les livres de deuil, à mouches & à frifons ; du marbre rouge & blanc, qu’on appelle à écaille. En général, toutes les marbrures fe peuvent faire à peignes (29).
- (29") En Allemagne , la marbrure , Mar-morfchnittc, eft faite par le relieur. 11 met fon livre rogné , dans une prefte à main, entre deux ais qui ont la même largeur que les jumelles de la prefte. Il ferre fortement ; il gratte la tranche avec un racloir, il pafte deftus un pinceau rempli d’eau qui fait gon. fier le papier ; il laifle fécher, & il polit avec une dent de loup. Prenant de la colle d’amidon claire , il y frotte un morceau
- d’indigo ; & après avoir pafte la tranche avec de la colle légère , il prend de cet indigo délayé, dont il fait avec le bout du doigt une marbrure à volonté. Le bleu de Berlin donne un bleu clair ; le verd de plante fait le verd ; la terre d’ombre, le brun ; la laque & le cinabre, le rouge. Avant que le tout feche, on fort le livre de la prefte , on en ouvre les feuillets pour qu’ils ne s’attachent pas.
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- içp. Quand l’ouvrier a préparé & fait le mélange de fes couleurs, il commence par marbrer la gouttière ; pour cela il jette fes cartons en arriéré du livre, de la main droite il faifit fon livre le plus près qu’il peut du bord de la gouttière ; & le tenant bien fermement ferré pour qu’il n’entre point de couleur entre les feuillets, il le pofetout doucement fur fes couleurs. Quand il juge que la tranche a pris la couleur, il rab.ftffe les cartons , pofe le livre fur une table & fur la gouttière ; il le laide fécher quelques inftans. Quand on marbre des in-douze ou- des in-quarto , on peut marbrer feui : mais quand c’eft un in-folio, il faut être deux; car la longueur des feuillets empêcherait qu’ils ne fuflent bien ferrés, & il ne manquerait pas d’entrer de la couleur en dedans : ce qui ne laiife pas , malgré toutes les précautions qu’on prend, que d’arriver quelquefois.
- 160. Pour marbrer la tète & la queue, on pouffe la chaffe du livre
- au côté oppofé à celui qui doit tremper ; & alors prenant jufqu’à quatre ou cinq in-douze à la fois, on les trempe comme on a fait pour la gouttière : on fait la même opération au côté oppofé , & on laiilè fécher fou livre. ' .
- De la dorure fur tranche.
- 161. La dorure fur tranche fe fait chez les relieurs, à l’exclufion des doreurs, qui ont eu le droit de la faire, mais à qui elle elt interdite maintenant. Quelquefois on dore fur tranche, quoiqu’elle ne foit pas marbrée; mais quand on veut faire une belle dorure, il elt nécelfaire que la tranche ait été marbrée auparavant, & alors on fait une marbrure mêlée, dans laquelle on emploie quatre couleurs , le rouge, le jaune, le verd & le blanc. Ces couleurs paraiifen't beaucoup plus faibles que dans la marbrure à demeurer , parce que comme cette marbrure doit être raclée, la raclure enleve une partie de la couleur , ce qui affaiblit beaucoup la teinte.
- 162. Quand , au fortir du marbreur, les livres font remis au doreur, il commence par les mettre en preffe; 011 met ordinairement fîx ou huit volumes in-douze, quand on travaille fur le côté de la gouttière, & dix ou douze, quand c’eft. le côté de la tête & de la queue. A l’égard des in-folio & in-quarto , 011q’opere que fur un feul à la fois. Si l’on dore un livre neuf qui n’ait point encore été relié , on le met dans la preffe fans rabattre les cartons ; on met feulement de chaque côté , entre le carton & le livre, une tringle de bois, plus cpaiffe par le haut que par le bas, & qui a un bon pouce de largeur : cette tringle fert à faire ferrer davantage les feuillets î’un contre l’autre à l’endroit de la tranche, parce que le dos du livre réfiftant davantage par 1a roideur à l’effort de la preffe, empêcherait les bords des feuillets de fe toucher bien exactement, &c ferait caufe que quand
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- on mettrait la couche, il en entrerait entre les feuillets, ce qui tacherait les marges.
- 163. Ensuite on gratte fortement la tranche avec un infiniment appelle racloir ; c’eft une lame d’acier C , fig. 16, pl. /, qui a environ un pied de long , & qui eft plus ou moins large fuivant la groffeur des volumes qu’on gratte : elle eft terminée d’un côté en coupant bien taillant & arrondi b , pour qu’il puilfe fuivre le creux de la gouttière ; & de l’autre quarrément a, parce que c’eft le côté qui fert à gratter la tête & la queue. Ce raeloir fert aufti à redreiïer le côté de la gouttière, fi l’on s’apperqoit qu’il 11’ait pas été rogné bien droit; & comme malgré les foins qu’on y apporte, cela arrive quelquefois , c’eft ce qui fait que le côté arrondi b de ce racloir , eft ordinairement plus ufé que l’autre. Ce redreifement fe fait en grattant bien plus fortement le côté de la gouttière qui n’a pas été alfez rogné.
- 164. Le livre étant bien gratté fur la gouttière, ainfi qu’en tète & queue, on met avec un pinceau ce qu’on nomme la couche ; c’eft une efpece de mordant, ou en termes d’art, d'afjiette, fur laquelle on applique l’or: elle fe fait avec la grolfeur d’une noix environ de bol d’Arménie, la groffeur d’un pois de fucre en poudre ; on broie bien le tout enfemble à fec : on y ajoute un peu de blanc d’œuf bien battu, & on broie de nouveau le tout» Cela fait, & le livre étant fortement ferré dans une preffe, dont les jumelles font affemblées à vis, fans clefs, on donne, avec un pinceau, une couche très-légere de la compofition dont nous venons de parler , & 011 la lailfe fécher, ce qui demande peu de tems. Pendant cet intervalle, 011 coupe fon or de la grandeur convenable à la largeur de fa tranche : en-fuite tenant le pinceau de la main gauche , on glaire avec un apprêt de blanc d’œuf battu dans de l’eau ; de la droite 011 prend fon or avec le compas H, fig. 17, pl. I, (30) & on couche l’or fur la tranche. Ce compas.
- (30) Les ouvriers Allemands ont une maniéré de dorer un peu différente. Après avoir mis le livre en preffe , on le gratte , en humedte la tranche avec de l’eau, on laiffe fécher, on la frotte avec des rognu. res, on la polit avec la dent de loup. Quelques-uns mêlent un peu de fafran à l’eau dont ils fe fervent pour humedter, afin de relever la couleur jaune de l'or. On pofe l’affiette pour appliquer l’or, en ail griin-den, on fe fert pour cela de deux parties d’eau , & d’une partie de blanc d’œuf avec un grain de fel, que l’on fouette jufqu’à ce qu’ils donnent de l'écume. Si l’on met
- trop de blanc d’œuf, il pénétré au travers de deux couches de feuilles d’or. Prenant enfuite les feuilles d’or , on les coupe fur la longueur & la largeur de la tranche , on les charge adroitement fur un couteau fait exprès, dont la lame eft large , fort mince , & tranchante des deux côtés ; on préfente le bout de la bande d’or au blanc d’œuf, on le laiffe prendre , & on retire adroitement le couteau. On coupe l’or fur un couffin légèrement garni de cuir , & recouvert d’une peau de veau; le moindre fouffle fait voler les feuilles légères de l’oc. L’or de France eft plus beau ; celui
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- qui fert ici de couchoir, eft de fer; fes branches ont neuf à dix pouces de longueur, trois à quatre lignes de largeur : elles font coudées au tiers de leur longueur, & font affemblées à charnière , dans laquelle elles jouent aifément. Pour faire ufage de ce compas, on ouvre les branches d’une diftance égale à la grandeur de la tranche ; on les tient aifujetties dans cette ouverture, en mettant entr’elles le doigt index de la main droite qui tient le compas.
- 1Dans cette pofition , on le palfe une fois feulement fur la chair du col ou fur le fommet du front à l’endroit des cheveux, pour lui faira prendre un peu de l’onétueux de la peau qui fert de mordant, & fait que la feuille d’or s’attache£ur le compas ; on applique tout de fuite cette feuille fur la tranche, & on la fait encore mieux mordre en haleinant deifus la couche avant que d’y appliquer l’or.
- 166. Comme tous les livrets de feuilles d’or font de la même grandeur,’ une bande prife fur une de ces feuilles, fe trouve alfez longue pour qu’il n’en faille que deux fur la gouttière d’un in-douze de grandeur ordinaire.
- 167. Toute cette opération fe fait ordinairement, comnie nous l’avons dit, le paquet de volumes étant ferré entre les deux jumelles d’une preffe. L’ouvrier pofe cette preife fur les bords d’un tonneau ordinaire, défoncé par le haut, qui fert à recevoir les ratiifures qui Portent de deifous le ra-cloir, ce qui dégoutte des pinceaux, & même le peu d’or qui peut tomber , ainiî que les drapeaux ou chiffons qui fervent à effuyer l’or, & qui ne laiifent pas que d’en retenir: d’où les ouvriers favent bien le retirer, fans quoi ils feraient une perte alfez marquée au bout d’un certain tems.
- 16$. Quand cela eft fait, on en fait autant à la tète & à la queue ; enfuite on met les livres ainfi en preife fur les bords d’un baquet , dans lequel il y a un fourneau de forme ovale, avec un feu modéré de pouf-lier de charbon, afin de hâter le delféchement nécelfaire pour pouvoir brunir l’or. Quand le paquet a refté quelque tems expofé fur ce feu , l’ouvrier tâte avec le bout de fon pouce pour s’alfurer fi l’or eft allez fec , ce dont il juge quand l’or ne s’attache pas à fon doigt: alors il brunit. Ce brunilfement fe fait, ou avec une dent de loup , de chien , ou une agate emmanchée au bout d’un bois D &L ,fig* 18 5 *9* Si on fe fert de dents de loup ou de chien, il en faut deux, dont l’une foit emmanchée adroite
- d’Allemagne eft rouge & moins cher. Les relieurs Allemands emploient pour des do. rures ordinaires un or moyen, qui a une feuille d’argent d’un côté , en ail. Mittel-gold. Les feuilles d’or s’appliquent fur la tranche avec du coton j il faut lailfer fé.
- cher pendant une demi heure. Après que la dorure eft feche , on frotte le plat de la main ave,c un peu de fain-doux , & on l’imprime fur la tranche. On pafle le polif. foir jufqu’à cjnq fois.
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- & l’autre à gauche, pour pouvoir brunir fans changer la fituation delà prelfe ou du livre, parce que ces dents d’animaux ont un angle ou une arête qui fait qu’on ne peut s’en fervir que d’un côté; ainfi celle qui eft emmanchée à gauche, fert pour le côté gauche de la^gouttiere, jufques vers le milieu du creux de cette gouttière; & l’autre, emmanchée à droite, fart pour le côté droit de la gouttière , jufques vers le milieu de fon creux. Il faut fur-tout bien prendre attention de manier adroitement fa dent ou tout autre polilfoir, pour ne pas faire des traces ou enfonqures en divers endroits, qui défigureraient extrêmement la dorure: enfuite avec un drapeau on elfuie toute la fuperficie de l’or.
- 169. Si on veut encore pouffer la recherche & la magnificence plus loin, on fait fur la tranche, des ornemens qu’on appelle antiquer fur tranche. Quand l’or eft bien pris & bien fec , on pique & 011 enfonce dans la tranche de petits fers pointus, mais émoulfés , & en pointillant on forme telle figure qu’on veut ; ce font ordinairement des deflins courans de branches de fleurs , ou autres compartimens de traits de fantaifie. J’ai même vu des livres où on avait affez artiftement defîiné des fleurs qu’on avait peintes , & des cartouches où l’on avait peint de petits fujets en miniature; mais cela fe fait très-rarement. A l’égard de la première maniéré d’antiquer, outre nos anciens livres du feizieme fiecle, qui, prefquetous, font antiqués fur tranche, il nous en vient encore fouvent d’Allemagne, auxquels on a ajouté ce petit ornement.
- 170. Quand les ornemens de la tranche font finis ,on met les fignets. Ce font de petits rubans de faveur , plus ou moins larges , fuivantla groffeur du livre, & qu’on coupe de la longueur du livre , mettant un pouce de plus par en-haut, & autant en-bas, pour qu’ils puiffent excéder le bas du livre , & être collés par en-haut fur le dos du côté de la tète. Quand 011 veut qu’ils foient encore mieux affujettis, on les pique avec l’aiguille quand on fait les paffés dont nous parlerons dans l’article de la tranche-file qui va fuivre. On fait que ces petits rubans fervent à marquer l’endroit où on en eft refté quand on lit un livre, & qu’on eft obligé d’interrompre fa lecture. Quoique de médiocre importance, cet ornement eft néceffaire, parce qu’il n’eft pas commode de mettre un morceau de papier dans un livre relié , & qu’il eft fort défagréablc de faire une oreille au papier.
- 171. A certains livres d’ufage, on met deux, trois, ou même quelquefois quatre de ces fignets.
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- Article V.
- De la tranche-file.
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- 172. Quand la tranche du livre eft peinte de la couleur qu’on a jugé à propos de lui donner , & qu’elle eft feche, ou quand elle eft dorée & brunie , on tranche-file ; c’eft-à-dire , qu’on fait au haut & au bas, ou en tète & en queue de fon livre, les deux demi-cercles A C & BD ,fig. 20, pi. I, qu’on couvre de foie ou de fil, d’une feule ou de deux couleurs. Ces deux demi-cercles , qu’on appelle tranche-file, ne fervent pas feulement à donner de l’ornement au livre, ils font aufîi utiles pour arrêter le haut & le bas des cahiers du livre, & donnent de la folidité à cet endroit de la couverture qui eft expofé , fur-tout à la queue du livre , à frotter contre les tablettes des bibliothèques, & empêchent que le cuir de la couverture 11e s’applique trop exactement fur les feuillets du livre.
- 173. Cet ornement fe fait fur un noyau rond a a ,h h, cc, fig. 21 , 22 , plus ou moins gros, fuivant la grolfeur des différens formats auxquels on veut l’employer ; ce noyau fe nomme aufti tranche-file , ainfi que tout l’ornement , quand il eft achevé. O11 fent bien que la tranche-file pour un in-folio doit être plus grolfe que celle pour un in-douze, & ainfi des autres formats. O11 fait ce noyau avec une bande de papier plus ou moins large , fuivant la grolfeur du livre auquel il doit fervir ; on le commence en le roulant entre les mains, enfuite 011 l’humede avec de l’eau ou un peu de colle de pâte bien claire , ou même en le mouillant avec la bouche j on le roule entre deux petites planchettes minces , jufqu’à ce qu’il forme une elpece de petite baguette de la grolfeur convenable. Ce font de jeunes enfans à qui l’on donne cette befogne à faire , & ils ne gagnent qu’un très-modique falaire à cet ouvrage : aulîi n’ont-ils pas beaucop de peine ; ils en peuvent faire une pro-digieufe quantité en un jour : ordinairement la planchette de delfus , qui leur fert à rouler la bande fur celle de delfous, eft à poignée ; c’eft-à-dire, qu’on y a cloué une petite bande de cuir étroite , dans laquelle on palfe la main pour tenir fermement fa planchette. Quand la bande eft alfez roulée, le noyau ou tranche-file fe trouye forrhée ; 011 la lailfe fécher, elle prend de la fermeté , & devient dure conime dij bois, ou au moins comme un fort carton. Les relieurs ont ordinairement plein une boîte de ces tranche-files de toutes grof. feurs & de différentes longueurs.
- 174. Quand on veuktfanchq-filer un livre à tranche-file fimple B D,fig. 20, on le met entre fes genoux, oi^ mieux encore , dans une petite prefie com-pofée de deux jumelles & de deux vis de bois. Cette preife qui, par fa fim-plicité, n’a pas befoin d’être plus amplement décrite, s’appelle prefie à tran-
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- che-filer. Avant de mettre le livre dans la prefle à tranche-filer, on baille les chafles du livre, on le met dans la prefle , de maniéré que la gouttière regarde la perfonne qui travaille 9 & on ferre les vis pour aflùjettir le livre.
- 175. On prend deux aiguillées de fil ou de foie , fuivant la propreté & la recherche qu’on veut donner à l’ouvrage ; on en enfile dans une aiguille ordinaire, & l’on fait auprès de la tète un petit nœud à boucle, pour empêcher qu’elle ne puifle fortir de l’aiguille 5 au bout de cette première aiguillée on en met une fécondé de différente couleur ; ainfi fuppofant que la première foit de fil ou de foie blanche , on en met une de couleur verte , ou rouge , ou jaune , &c. O11 attache cette fécondé aiguillée à la première , au moyen du nœud ordinaire de couturière. On pique fon aiguille entre les cinq ou fix premières feuilles de la gauche, près du carton, par-deflus la chaînette , la faifant fortir par le dos du livre ; 011 tire l’aiguille jufqu’à ce que le nœud, arrêté dans le dos entre les feuillets du livre, fe cache en dedans & ferve à faire le premier arrêt : 011 ramene fon fil par derrière le dos, pour piquer une fécondé fois l’aiguille entre les feuilles, à peu près au même endroit où l’on a déjà piqué, faifant fortir le fil par le dos au même endroit ; mais 011 ne tire pas tout-à-fait fon aiguille jufqu’au bout du fil, afin de laifler une petite boucle , fous laquelle on pafle la tranche-file. Alors on tire fon aiguillée de fil blanc , on ferre le bout de la main gauche, & la tranche-file eft alfujettie 5 avant de la mettre en place, on la un peu courbée entre les doigts, pour lui faire prendre la rondeur du dos du livre, comme on voit en A C & en B D ,/g. 20. L’aiguillée de fil rouge pend à la gauche du livre fur le carton ; on prend de la main droite ce fil, on le fait pafler de la gauche vers la droite , en croifant par-deflus le fil blanc ; 011 le pafle entre les feuillets du livre & la tranche - file , pour l’entourer. Paflant par - deflus la tranche-file , on l’amene vers le côté droit du carton , & l’on ferre de maniéré que le croifement des deux bouts foit fur la tranche, comme on peut voir en q, fig. 23. Il faut répéter avec le fil blanc la même opération que nous venons de décrire pour le fil rouge ; ainfi de la main droite on prend le fil blanc d d, qui fe trouve pendre à la gauche fur le carton du livre; 011 le fait pafler en croifant deflus le fil rouge e, on le pafle deflousla tranche-file, entre les feuillets & la tranche-file, & par-deflous la tranche-file, & on l’amene vers le côté droit p du carton. Répétant ainfi alternativement, & croifant ces deux fils toujours de la gauche à la droite , paflant par-deflus la tranche-file, on arrive au côté droit du livre ; mais avant que d’y arriver , on a foin , quand on a fait un certain nombre de points croifés, de faire une paife h, fig. 20 ; ce qui fe fait en repaf-fant l’aiguille entre les feuilles, commme on a fait en g, mais une fois feulement. Cette pafle donne du foutien à la tranche-file, & lui fait prendre plus exactement la courbure du dos du livre. On en fait plus ou moins, fuivant
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- la groffeur du livre; mais ordinairement pour un in-douze , on n’en fait pas moins de trois ni plus de quatre. Quand on eft arrivé au côté droit du livre, on fait une derniere palfe en piquant deux fois l’aiguille, comme on a fait au commencement. On fait un nœud K, fig- 20, pour arrêter fon fil, & la tran-che-filure fimple eft finie.
- 176. La tranche-filure double AC,/g. 20, différé de la fimple :i<’. en ce que la tranche-file eft compofée de deux noyaux , un gros a a , & un petit b b , qu’on met l’un au-deffus de l’autre, comme on les voit fig. 23 ; le gros noyau aa conferve le nom de tranchc-filc, & le petit bb s’appelle le chapiteau. 2*. La maniéré défaire lepaffé,eft tout-à-fait différente du premier. Nous allons effayer d’en donner une idée la plus claire qu’il fera poffible. Ce nœud eft repréfenté en grand,fig. 23 : on n’a point ferré les nœuds, afin de laiifer appercevoir les différens tours que doit faire le fil. Il eft inutile de répéter les préparations de cette opération, qui font entièrement fem-blables à celles de la première. Quand on aaffujettila tranche-file, on prend de la main droite fon fil rouge e, qui pend vers le côté gauche du livre , on le croife par-deflus le fil blanc d ; on le fait palfer vers la droite par-deffous la tranche-file aa, entre les feuillets du livre en rj 011 le rejette par-deffus le chapiteau bb en ^;puis on le ramene par-derriere le chapiteau en/, & on le fait paffer par-deffus la tranche-file aa. En ferrant ce nœud, on fait une petite chaînette entre la tranche-file & le chapiteau , telle qu’on la voit au point q ; 011 répété la même chofe fur le fil blanc, le refte fe pratique comme à la tranche-file fimple.
- 177. Quand toutes les opérations précédentes font faites, on fait avec un couteau de petites échancrures de deux à trois lignes aux quatre angles des cartons vers le dos, en tête & en queue, & on rabat en bifeau ces mêmes cartons du côté extérieur vers les nerfs du livre , ce qu’on appelle faire Us mords.
- 178. Le livre étant ainfi rogné, mis en carton, endoffé , peint fur tranche & tranche-filé , on le couvre en peau. G’eft ce qui fera la matière du chapitre fuivaut.
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- CHAPITRE III.
- De la couverture.
- *79- IL* E s opérations que nous venons de décrire dans T-es deux chapitres précédens , ne fuffifent point pour donner à un livre toute la folidité , la commodité & l’agrément dont il eft fufceptible. C’eft pourquoi on le munit d’une couverture qui contribue beaucoup à fa longue durée & à fa grâce. Comme les différentes efpeces de peaux ou de cuirs dont on l’enveloppe font fort propres à recevoir plufieurs faqons & enjolivemens , elles procurent au livre une grande propreté & élégance.
- igo. On fe fert de peaux de veau ou de mouton, du maroquin', du parchemin , & même quelquefois on couvre les livres avec du chagrin.
- i8ï-On voit auiîi dans quelques bibliothèques, des livres anciens, couverts de velours; mais cela ne fe pratiquait le plus ordinairement que pour des livres d’heures , & n’eft plus d’ufage. On pouffe la magnificence jufqu’à décorer des livres de lames d’argent, ou de vermeil, ou d’or, enrichies de pierres précieufes ; mais cela n’eft d’ufage que dans de grandes églifes , pour le livre des évangiles : & comme cette derniere maniéré regarde uniquement les orfèvres, 8c que les relieurs n’y ont aucune part, nous n’en parlerons point ici; nous nous en tiendrons dans ce chapitre , à la defcription de tout ce qui eft d’ufage. Nous le diviferons en fix articles, qui contiendront les principales opérations qu’on fait pour la couverture d’un livre : le couvrir en veau ou en bafane, fouetter, défouetter, mettre les pièces blanches, & battre les cartons , mettre la] couleur ou la marbrure fur les couvertures , jeter l’eau-forte , & enfin mettre les pièces pour les titres.
- 182. Tout ce que nous dirons de la couverture en veau, pouvant s’appliquer à la couverture en mouton, qu’on appelle bafane, nous nous contenterons d’expliquer en détail ce qui fe pratique pour couvrir en veau. Nous ne dirons rien ici de la préparation des peaux de veau pour les relieurs, & du commerce de ces mêmes peaux , parce que cet article a été traité en détail, avec beaucoup de netteté & de précifion , par M. de la Lande , de l’académie royale des fciences, dans fon art du corroyeur (31).
- 183* On commence par mouiller le cuir en le plongeant dans un feau d’eau propre, de maniéré qu’il y trempe bien. Si l’on voulait préparer plufieurs peaux à la fois , on pourrait les laiffer tremper emfemble. Au bout d’un demi-
- (?i) Voyez cet art dans le troifieme vo- La préparation des peaux de veau & de lurne de cette colledion , page 252 & fuiv. mouton y eft expliquée §. 100 & fuiv.
- quart-
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- quart-d’heure , ou tout au plus un quart-d’heure , on le retire de l’eau ; on l’accroche par la tête, dont on remploie la moitié par-delfus le crochet en dedans , en tortillant avec ce crochet la peau, & on tord fortement pour en exprimer le mieux qu’on peut toute l’eau. On retire fon crochet, & on le bat plufieurs fois par le côté de la tète contre une muraille ; puis on le reprend par le côté de la queue ; on le bat de même plufieurs coups pour l’amortir & le détortiller, ce qui lui donne un peu de fouplelfe & lui fait rendre ce qui pourrait y être relié d’eau.
- 184- Cela fait, on pofe le cuir fur la douve : c’eft une planche qui a trois pieds de longueur, fur quatorze pouces de largeur: elle eft faite en rond du côté où le veau fe pofe , & elle eft plate de l’autre côté : elle a fix lignes dans fa plus grande épailfeur au milieu , & va toujours en diminuant fur les côtés. On pofe un bout de cette douve par terre , contre une muraille ou entre deux pavés, de maniéré qu’elle ne glilfe point, l’autre bout appuyant contre la ceinture de l’ouvrierj il étend deifus le cuir du côté de la chair, & le ratilfe avec une dague y, fig, 24, large d’environ un pouce, & à deux tran-chans un peu émoulfés. Cette dague, longue de deux pieds , porte à fes deux extrémités, deux poignées ou manches gg, qui ont cinq pouces & demi de longueur, & font de grolfeur convenable à pouvoir ètreaifément empoignées fans gêner la main. Comme le plus fouvent cette dague eft faite d’une vieille lame d’épée , au lieu de manche de bois on y fait deux poignées avec des morceaux de cuir. L’ouvrier prend donc cette dague à deux mains , & la pâlie plufieurs fois alfez fortement & rapidement, par le côté tranchant, fur la furface extérieure du cuir , pour en ôter ce qui eft refté de l’apprêt du tanneur. Cet apprêt s’en va fous la forme d’une efpece de pellicule ou bourre roulfe. Quand on juge le cuir alfez ratifié, on le porte fur la table pour le couper.
- 185. Quand le cuir eft pofé fur la table , 011 le tire bien tout autour, pour qu’il ne falfe point de plis. On prend le livre qu’on veut couvrir , par le côté de la gouttière , tenant toutes les feuilles dans fa main, & on le pofe parle dos fur le cuir, laifiant ouvrir les deux cartons qui tombent & s’appliquent fur le cuir ; on met un volume , la gouttière en-bas & le dos en-haut fur un de ces cartons, & contre les feuillets de l’autre livre. Par ce moyen, ce dernier fait l’office d’un poids pour afiujettir le livre qu’on veut couvrir , & empêcher qu’il ne retombe. On met ainfi des livres , c’eft-à-dire deux, & quelquefois jufqu’à trois in-douçe dans la largeur d’un cuir, obfervant de laiffer tout autour du livre un pouce déplus pour la partie qui doit être remployée furie carton. Ordinairement 011 range ces trois in-douye, deux dans le fens de leur longueur, & le troifieme en travers ; mais quand le cuir n’eft pas affez large pour fournir trois in-dou^e, on retourne le livre dans un autre fens.
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- AinCi , au lieu que les tranche-files fe regardaient, on fait regarder l’extrémité des cartons, ou bien on met à côté, ou entre deux in-dou^e, un livre de plus petit format, afin d’avoir le moins de déchet qu’il eft poflible. Une peau de veau de grandeur ordinaire, c’eft-à-dire , de deux pieds fept pouces de longueur de la tète à la queue, de feize pouces de largeur fur le plus large du dos, couvre un in-folio ordinaire, deux in-quarto, quatre in-oüavo , huit ou neuf in-dou^e , douze in-dix-huit, & feize in-vingt-quatre. A l’égard des formats au-deflous de ceux-ci. les couvertures fe prennent ordinairement dans les faulfes coupes , ou dans les morceaux qui relient de la coupe des cuirs qui ont fervi à en couvrir d’autres.
- i§6. L’ouvrier trace avec le plioir une ligne tout autour de chacun de fes volumes, ayant foin , comme nous l’avons dit plus haut, de lailfer un pouce de plus pour ce qui doit être remployé fur le carton ; il coupe, enfuite avec de grands cifeaux une première bande dans le fens de la largeur du veau , & partage cette bande en autant de divitlons qu’il a mis de volumes fur fon cuir. Quand ces divifions font faites, il rogne ce qui excede, & les réduit en quarrés à peu près égaux. Les cifeaux dont on fe fert pour couper les cuirs, doivent etre fort longs de lame, & très-peu de tige , afin que donnant moins de coups de cifeau, on foit plus fûr de couper droit.
- » 8?- Quand le cuir eft coupé en quarrés de grandeur convenable, on le pare en ôtant les épaifleurs des bords de tout le contour de la piece , à commencer a un pouce ou un pouce & demi près du bord , pour amincir ce qui doit être remployé ; on pare aulîi, comme nous l’expliquerons bientôt, à la partie qui doit toucher le dos. A l’égard de ce qui eft fur les plats du carton & 11e doit point être remployé , on lui laiife toute fon épaiifeur. Cette opération fe fait fur une pierre , qu’011 appelle 'lapierre àparer, avec le couteau auffi appelle couteau à parer (32).
- 183- La pierre doit être de liais , bien unie : elle a treize pouces de longueur , fur neuf de largeur , & deux & demi d’épaiifeur. La lame du couteau a huit pouces de longueur ; elle eft enveloppée d’une poignée de cuir , & le tout eft emmanché d’un manche de cinq pouces de long : cette lame finit en efpece de cifeau de menuifier à deux bifeaux & un peu arrondi : elle doit être bien affilées & pour l’entretenir , les ouvriers la paflent de tems enteras, fur leur pierre.
- 189- On met le cuir, le côté de la fleur ou du poil, qui doit faire l’ex-tcrieur de la couverture, fur la pierre 3 le côté de la chair, qui doit toucher
- (}2)Les Allemands, qui ont fimnlrfié couteau ordinaire , qu’ils ont foin de bien plus que les Français les opérations de cet aiguifer. art, n’emploient, pour parer le cuir, qu’un
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- fur le carton, étant en dehors : c’eft celui-là qu’on pare. On tient de la main gauche Ion cuir en refped, & de la droite, pofant le doigt index iur la lame , on poulie fon couteau devant foi tout autour de la piece de cuir, en commençant du milieu vers le bord , ce qui fait que le bord eft toujours plus aminci que l’endroit par où on a commencé ; &cela doit être ainfi , attendu que c’eft l’extrémité de ce bord qui fera remployé fur le dedans du carton , au lieu que la partie du cuir qui pofera fur le bord du carton du côté de la gouttière, doit avoir un peu de force pour fupporter les frottemens auxquels il fera immanquablement expofé. On pare enfuite la partie du milieu du cuir qui fera fur le dos, afin que le cuir devenu par cet aminciifement plus fouple , s’applique plus exactement contre le dos, & fe prête aux inégalités que les nerfs forment fur le dos quand le livre n’eit pas relié à la grecque. Mais quand on fait cette parure , on a foin de tenir Ion couteau plus couché , afin que le cuir foit diminué également dans toute cette partie du dos.
- 190. Avant que de couvrir fon carton , on le bat fur le plat & par
- dehors feulement, tout autour des bords, fur la pierre à battre , avec le marteau auili abattre; ce petit battage fert à applatir les petites inégalités qui peuvent fe trouver à la fuperficie du carton , à unir les endroits qui ont été rognés parles bords, & à rabailfer les petites balevres que la pointe n’a pu manquer de faire au carton. ' ':
- 191. Pendant qu’on fait ce battage, qui ne dure pas long-tems, un autre ouvrier trempe le cuir en colle de pâte , en le frottant du côté qui doit être appliqué fur le carton avec un pinceau bien imbibé de colle 5 011 a foin que la colle foit diltribuée bien également, 8c qu’il n’y en ait pas trop; on paffe auiîi une légère couche de colle fur le dos du livre 8c le long des deux côtés du mords , afin que le cuir prenne mieux fur ces endroits.
- 192. On met les cartons exactement à la hauteur des tranche-files & de maniéré qu’ils ne les excédent pas, ce qu’on appelle arranger les chaffes droit à la tranche-file. On pofe le livre à plat fur la peau , le carton du côté gauche, ou celui qui eft du côté du titre du livre fur le cuir, lailfant environ un doigt de bord tout autour; on ouvre fon livre de la main droite; 011 rabat le cuir fur le carton du côté droit, ou celui qui fe trouve à la fin du livre. On pofe enfuite le livre fur la gouttière le dos en haut, 8c prelfant le livre entre fes deux mains, 011 les promene en même tems de chaque côté, appuyant & tirant fortement du dos vers la gouttière, ce que les ouvriers appellent unir.
- 193. On ne faurait trop bien tirer le cuir fur le dos 8c fur les plats du livre, & cette opération eft très-néceifaire pour qu’il s’applique exaélement contre le dos , qu’il n’y refte aucun pli, 8c en même tems pour faire defeendre en-bas ce qui aurait pu refter de trop de colle. On ôte légèrement avec le doigt la colle
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- qui eft defeendue du dos du livre vers la gouttière, & on rabat le cuir fur le dedans du carton, le long de la gouttière feulement, pafTant le plioir par-delfus pour l’unir & faire prendre la colle fur le carton. On prend enluite un peu de colle entre Tes doigts , & on en imbibe le cuir de la tète & de la queue , qui doit être fous la tranche-file ; on ouvre fes deux cartons , & pofant le dos du livre fur le bord de la table, & la gouttière contre fon ventre , on laifle tomber les deux cartons fur la table ; enfuite on remploie le cuir fous la tranche-file, obfervant qu’il déborde de quelques lignes au-delfus de cette tranche-file. Il n’eft pas inutile de dire qu’en remployant ainfi le cuir de la tète & de la queue fous la tranche-file, on le rabat tout du long du bord du carton à la tète 8c à la queue: on pince un peu les deux bouts du cuir aux quatre angles du livre pour les relever ; on coupe en triangle avec des cifeaux, & on les colle les uns fur les autres : il eft allez indifférent que ce foit le cuir de la tète 8c de la queue qui foit délions ou deffus celui de la-gouttière; cela fe fait à la fan-taille de l’ouvrier.
- 194. Il regarde li les chalfes font droites ; & Ci elles 11e le font pas, il les redretle. Si la partie du cuir du dos, que nous avons dit qui doit recouvrir la tranche-file, était trop bas & ne la recouvrait pas allez , on le relèverait en prelfant le cuir avec le pouce & le doigt, depuis le dernier nerf jufqu’à la tranche-file, pour faire remonter le cuir; & quand il eft à la hauteur où il doit être, on arrondit avec un poinçon dans les endroits où le carton eft échancré, ce que nous avons appelle les mords du carton ; on rabat enfuite le cuir fur la tranche file , en frappant doucement deifus avec le plat du plioir , ce qui s’appelle coiffer la tranckc-file.
- 195. Cela fait, on fouette le livre (33) pour le faire fécher au feu. On fe fert pour cette opération , d’ais de bois , qui, pour cette raifon , font nommés aïs à fouetter D ffg- 25 , pl. Ces ais font plus ou moins grands , fui vaut les différens formats auxquels on veut les faire fervir ; ils font encore dif-férens pour des in-folio ou pour des in-quarto, ce qne les relieurs appellent le grand ouvrage. Les ais pour in-folio ont dix-huit pouces de longueur , huit pouces de largeur, un pouce d’épailfeur au côté quarré, qui doit être hors de la gouttière , & fept lignes au bord arrondi qui doit toucher le plat du livre ; ceux pour un m-quarto ont un pied de longueur, llx pouces de largeur, dix lignes d’epaifteur au bord quarré , & fixau bord arrondi.
- 196. Comme le grand ouvrage eft toujours ce qu’il y a de plus difficile à
- (33) Les Allemands ne connaiffent point le feu. Ils marquent les nerfs, en les pref-cette opération. Ils font fécher leurs ouvra- faut fortement avec le plioir . par-deffus & ges dans la preffe ; autant que cela fe peut, par.detTous , & répétant la même chofe au foleil ; en hiver, fur un poêle, ou jufqu’à cinq à fix fois, quand on ne peut pas mieux faire, devant
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- faire, nous allons l’expliquer d’abord. Quand donc on veut fouetter des iru folio ou des in-quarto , on met fon livre à plat fur la table entre deux ais D , fië' 25 , pofés de maniéré que ne couvrant que la moitié du plat de la couverture , ils excédent un peu le livre de trois côtés ; favoir , du côté de la gouttière , & en tète & queue , & qu’il y ait au moins la moitié des ais qui excede la table. On prend de la corde à endolfer, à laquelle on fait un nœud à boucle ; 011 s’entoure la main d’une efpece de gant de peau de bafane , pour empêcher que la corde 11e coupe les mains : on appuie fortement de la main gauche fur le livre pour l’alfujettir contre la table, le ferrant le plus fortement qu’on peut de plusieurs tours a a , dans le fens de fa longueur 5 après cela, on arrête un peu la ficelle en la faifant paffer fous les révolutions ; on releve le livre, & on le met fur la gouttière toujours fur le bord de la table, & de maniéré qu’il y en ait environ la moitié qui excede le bord de la table ; on prend de la ficelle dite corde à fouet ,011 l’attache fous les premières révolutions faites avec la corde à endolfer, du côté de la tête ou de la queue ; & palfantpar-delfous les ais, 011 vient au-delfous du premier nerf e, de la tête ou de la queue; car il 11’importe guere par quel côté on commence; puis au-deffus du même premier nerf, croifant la première révolution, on répété cette même croifure au-deffus du premier nerf, ce qu’on ix^qWq fouetter double : de la on va palfer la ficelle au-delfous , puis au-deffus du fécond nerff Quand on eft à la moitié du livre , on le retourne ; c’eft-à-dire, qu’on met fur la table le côté qui débordait, & qu’on fait déborder celui qui pofait fur la table ; on continue à fouetter ce côté , en commençant par croifer au-delfous du nerf qui fe trouve le premier, c’eft-à-dire , au-delfous du dernier nerf du livre. On fouette toujours en croifant ; & quand on elf arrivé au nerf du milieu , on fait repaifer la ficelle fous un des ais , en lui faifant faire une révolution dans le feus de la longueur du livre, & on l’arrête en palfant fous une des révolutions, foit au haut foit au bas du livre, félon l’endroit où elle vient à finir; caron emploie toute la ficelle, & ordinairement 011 en a huit aunes.
- 197. A l’égard des in-oclavo , in-dou^e & au delfous , on les prépare comme le grand ouvrage ; la différence confifte en ce que l’on fefert, pour les révolutions en longueur , de la corde à fouet, & pour celles en travers , d’une autre qu’on appelle en trois. Quant à la croifure, elle fe fait comme pour le grand ouvrage, excepté que comme ces livres font plus aifes à manier , il n’elf pas nécelfaire de les appuyer fur la table. L’opération fe fait à la main , & on n’efi; pas obligé de fouetter double.
- 198- Quand le livre elf fouetté, on prend une pince quarrée , qu’on appelle la pince à nerfs , avec laquelle on rapproche les ficelles qui font au-delfus & au-delfous des nerfs , pour rendre le nerf plus étroit , plus droit & plus égal ; enfuite avec le tranchant du plioir on appuie dans les angles de la tête & de
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- la queue, du côté qu’on appelle le mords, proche la tranche-file , pour raccommoder ce qui peut s’ètre dérangé dans la couverture , à l’endroit des tranche-files. Cette opération , ainli que celle que nous avons décrite à la fin de l’article du collage du cuir fur le carton , s’appelle aufti coiffer ; puis on bat avec le plat du mèmeplioir fur les chaînettes , pour applatir les paffes de la tranche-file. La croifure que nous venons de décrire , ne fe pratique que pour les livres reliés à nerfs ; car quand ils font reliés à la grecque , on gâterait le dos, fi on. y faifait paifer les ficelles : c’eft pourquoi l’on fe contente de ferrer les ais en long, corne on a lait pour endoifer, fig. 26, pi. I.
- 199. Le livre étant ainfi préparé , on le porte devant un bon feu de cheminée ou de poêle , le mettant alfez près pour qu’il fe feche ; mais il ne faut pas qu’il feche trop promptement, parce que trop de chaleur fripperait le cuir deifus le dos : d’ailleurs la colle-forte qu’on a mife lors de l’endoflure, n’ayant pas le tems de fe fondre , 11e s’incorporerait pas avec la colle de pâte dont le livre a été enduit lors de la couverture, & c’eft cette union des deux colles enfembîe , qui donne beaucoup de fermeté au dos du livre : d’un autre côté , fi le deiféchement fe faifait trop lentement, les colles ne s’uniraient pas bien. Mais nous ne faurions trop répéter combien il eft avantageux qu’il ne fe falfe point trop brufquement.
- 200. Quand le livre eft fuffifamment fec , on défait les ficelles, ce qu’011 appelle défouetter ; & s’il s’eft dérangé quelque chofe aux nerfs & à la tranche-file 5 on le raccommode. Enfuite on examine le livre fur les plats , pour voir s’il ne fe trouve point quelques défauts du cuir, comme couture , trous d’en-fiiure, ou quelques autres trous que l’ouvrier peut avoir faits en parant fon cuir, ee qui arrive aifez fouvenf. Quand on s’en apperçoit, 011 prend dans les rognures une piece du même cuir qui a fervi à couvrir le livre; on la coupe un peu plus large que le défaut du cuir ; on la pare le plus mince qu’il fepeut fur les bords , afin qu’elle ne faife aucune élévation fur la couverture du livre ; on la laiife de toute fon épaiifeur dans la partie qui doit couvrir le trou , afin que ces deux épailfeurs de la piece & de la couverture n’en faifent plus qu’une feule. Si la piece avait été parée trop mince dans fon milieu , afin que la couverture ne fît point dans cet endroit une efpece de creux , on prendrait un peu de ce qui aurait été enlevé à la parure pour mettre deifous fi piece , & regagner ainfi ce qu’011 aurait perdu d’épaiifeur en parant. Comme cette opération fe fait aufti-tôt que le livre eft retiré du feu , & avant que la couverture ait reçu aucun ornement, on l’appelle mettre les pièces blanches.
- 201. Cela fait, on expofele livre au feu par le côté du plat, ayant attention de ne pas le mettre trop près, pour éviter que le carton fe cambre en-dehors , ce qui ferait décoller le cuir de dellus le plat. Pour cela on y regarde fouvent,
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- & oti l’éloigne fi l’on s’apperçoit qu’il prenne trop de chaleur.On pourrait bien, fi l’on n’était pas bien preffé, lailiér iëcher le livre tout naturellement, fans le mettre devant le feu ; & il faut avouer que le defféchement fe ferait auffi bien d’une façon que de l’autre : mais outre qu’on eft dans l’habitude de le faire fécher au feu pour aller plus vite, cette méthode elt avantageufe à caufe des pièces blanches , & parce que la partie du livre qui a été renfermée fous les ais lors du premier defféchement, n’a pu profiter de la chaleur du feu, de même que celle qui était du côté du dos.
- 202. Quand le livre eft fuffifamment fec, on le bat fur la pierre' avec le marteau dont on a parlé à l’article de la batture des cahiers : pour cela on met le côté qu’on veut battre fur la pierre, le carton fur la pierre & le cuir en delfus , tenant l’autre côté & tous les feuillets de fon livre dans la main gauche ; de l’autre on tient fon marteau & on commence à battre du côté du mords ou du dos du livre, obfervant de ne frapper qu’à petits coups le long du mords , de crainte d’endommager le dos du livre ou les nerfs , quand il eft à nerfs appareils ; au milieu & vers la gouttière, on frappe un peu plus fort, cependant avec ménagement, autrement le cuir s’échaufferait & fe noircirait.
- 203. Quoiqu’a proprement parler , la marbrure qu’on met fur les couvertures des livres , ne foit qu’une chofe d’agrément, & ne ferve point à donner de folidité à la reliure, cependant les yeux font fi accoutumés à en voir fur nos livres, qu’il nous femblerait que l’ouvrage ne ferait pas fini fi l’on n’en mettait pas : d’ailleurs cette opération eft en quelque façon néceffaire pour cacher les petits défauts qui ne peuvent manquer de fe rencontrer dans les peaux de veaux que l’on emploie; autrement il y aurait beaucoup de rçbut, ce qui augmenterait affez le prix de la reliure.Nous allons donc, dans cet article , donner une idée de la maniéré de faire cet ornement.
- 204. On compte fept fortes de marbrures; favoir, quatre qui fe font en noir, la marbrure à l’éponge, au pinceau , foupe de lait & veau brun ; & trois qui fe font en rouge, la marbrure au pinceau, à porphyre ou petites écailles, & à l’éponge. Nous traiterons de ces différentes marbrures dans autant de paragraphes, après que nous aurons parlé delà préparation des couvertures en veau fauve.
- 205. On appelle couverture en veau fauve, celle fur laquelle on m’a mis aucune couleur; le cuir n’a que celle qu’il a prife à la tannerie. Comme à ces fortes de couvertures on ne peut pas mettre de pièces blanches, il faut que le cuir foit bien choifi , fans aucun trou , ni la moindre égratignure. Avant que d’employer ces peaux, on a loin de les laver plufieur fois , afin qu’il n’y refte aucune tache; enfuite quand le livre eft forti d’auprès du feu, & qu’il a été battu fur le plat, 011 le iave fur les deux plats feulement avec une éponge imbibée d’eau fécondé ; on 11e ie lave point fur le dos, ni fur les bords, à
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- caufe de l’huile dont on fe fert pour faire appliquer la dorure, laquelle noircirait. Par la meme raifon , fi l’on doit pouffer quelques filets dorés fur les plats , on ne tes iave point non plus. Quand cela efi; fait, on dreffe le livre fur le bout, pour le lailfer fécher.
- 206. La marbrure, à l'éponge n’eft ni chere ni difficile à faire : elle confifte à faire fondre pour deux fols à peu près de couperofe dans une pinte d’eau commune ; & cette quantité de couleur fuffirait pour marbrer un nombre confidérable de volumes. On trempe une éponge dans cette compofition, & on appuie légèrement à difficrens endroits du plat & du dos de fon livre, ce qui y imprime de petites taches ou efpeces de nuages , qui, d’abord qu’on les forme, ne parailfent que gris, de même que la bonne encre à écrire, mais qui prennent du noir en léchant.
- 207. Pour la marbrure aupinceau., on fe fert du même pinceau que celui qui a fervi à jafper les tranches : nous l’avons décrit dans fon lieu. On met les livres entre deux barres longues de quatre pieds , & d’environ trois pouces de largeur, de maniéré que les feuillets pendant en-bas , le plat porte fur les barres ; on trempe fon pinceau dans le noir, & on le fecoue de haut fur les livres le plus également qu’011 peut, pour que les gouttes de noir qui en tomberont foient rondes , égales & diftribuées le plus également 'qu’il fe pourra.
- 208- Pour la marbrure en foupe de lait, 011 dilpofe fes livres comme nous avons dit qu’on les difpofait pour la précédente marbrure , & on fecoue fon pinceau comme on a fait à la jafpure fur tranche. Cette marbrure fe fait en faifant tomber fur le veau une multitude de petits points très-clair-femés & très-fins. Cette marbrure cachant peu le fond du veau, il faut que le cuir foit prefque auffi bien choifi que pour les couvertures en veau fauve , & on ne peut pas y mettre de pièces blanches.
- 209. La marbrure en veau brun ne fe fait pas comme les précédentes après que le livre eft couvert, parce que le noir n’entrerait que difficilement le long des arêtes du dos ou du mords du livre: on coupe donc le veau de la grandeur du livre qu’on veut couvrir ; on le tend fur une table , & en fecouant le pinceau fur une cheville de fer, on fait tomber une quantité innombrable de petites mouches noires qui cachent entièrement le fond du cuir: auffi ne choifit-on pas pour cette marbrure d’auffi beau veau, & ces fortes de couvertures font réfervées pour les livres auxquels on veut faire moins de dépenfe.
- 210. Quand le cuir eft-fec, on le pare, & on le colle fur le carton ; après que le livre elt défouetté & battu fur le plat, on le remet entre les barres à marbrer ,& on jette delfus du nouveau noir ; mais comme il n’eff queftion cette fécondé fois , que de remplir quelques vuidcs s’il s’en trouve , & de
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- distribuer également fa couleur, on ménage les fecoulfes du pinceau pour faire tomber moins de noir.
- 2 11. Nous allons décrire les trois marbrures en rouge on en écaille, qui fe pratiquent ordinairement ; ayant foin de prévenir le lecteur , que dans toutes lçs marbrures en rouge, il faut glairer avant que de marbrer, à moins qu’on ne voulût mettre un peu de noir fous le rouge ; car alors on commencerait à mettre fon noir, enfui te on glairerait, puis on mettrait ie rouge. Comme la marbrure en rouge ou en écaille eit plus propre & plus recherchée que celles que nous avons décrites dans les paragraphes précédens , elle demande autîl un peu plus de foin.
- 212. La première efpece elt la marbrure faite au pinceau. On commence d’abord par femer avec l’éponge quelques mouches noires plus ou moins grandes fur les plats & fur le dos du livre ; on le glaire, c’eft-à-dire, qu’on l’enduit d’une couche de blanc d’œuf pur , avec une éponge qui ne fert qu’à glairer; on faille fécher cet enduit ; enfuite on étend fon livre fur les barres : on prend avec le pinceau de la couleur rouge qu’on appelle l'écaille. Cette couleur fe fait avec du bois de Bréfil, de l’eau & de l’alun de Rome. On fait bouillir une demi-livre de bois de Bréfil dans deux pintes d’eau ; on y ajoute deux onces d’alun, & on fait bouillir le tout jufqu’à le réduire à moitié : on jette fi couleur, en fecouant le pinceau , plus ou moins épailfe à volonté; mais fur-tout on a foin de la diftribuer bien également. Quand le livre eft à moitié fec, ou , en termes d’art, quand il eft ejforé, on recommence à jeter de nouvelles écailles jufqu’à ce qu’on voie la couleur bien vive & bien égale, & on laide fécher fon livre.
- 213» La marbrure à petites écailles ou porphyre fe fait précilement comme nous avons dit que fe fai fait celle appellée foupe de lait, excepté qu’à celle que nous décrivons préfentement, on met plus de taches rouges qu’on n’en a mis de noires à l’autre. On voit par ce que nous venons de dire , que de la marbrure foupe de lait, on peut en faire une à petites écailles.
- 214. La marbrure à !éponge fe fait encore comme la marbrure noire à l’éponge , excepté qu’011 fe fert de deux éponges , l’une pour le noir, l’autre pour le rouge, & qu’on fait dominer la couleur rouge.
- 21^. Quand la marbrure eft bien feche, on jette l’eau-forte : cette eau eft affaiblie dans de l’eau commune, à la dofe de deux parties d’eau commune pour une d’eau-forte. Si l’on travaille fur de la marbrure noire , on jette fon eau-forte avec le pinceau, comme 011 a fait le noir & les autres couleurs pour la jafpure fur tranche. Dans la marbrure rouge, 011 commence par glairer de nouveau & laitier fécher, enfuite 011 jette l’eau-forte avec le pinceau.
- 216. Les pièces pou,r les titres, font de petits morceaux de marroqum Tome VIII, H h h h
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- rouge ou. de telle autre couleur qu’on veut, qui ont de largeur la diffance. d’un nerf à l’autre, & autant de longueur que l’épaiffeur du dos du livre; on les pare le plus mince qu’il fe peut, fur-tout vers les extrémités. S’il n’y a qu’un volume, on ne pofe qu’une piece entre le premier & le fécond nerf; s’il y en a plufieurs, on en met une autre entre le fécond & le troifieme nerf: c’eft fur la première qu’on met le titre abrégé de l’ouvrage, & fur la fécondé le numéro du volume. On ne met que très-peu de colle, afin qu’elle s’applique mieux & ne faife point d’épaifleur. Ordinairement ces pièces fe pofent après la marbrure. Quelquefois on ne met point du tout de <*es pièces ; & le titre de l’ouvrage , ainfi que le numéro du volume, fe met fur la couverture même du livre , & toujours fur le dos. Les Anglais fuivent allez cette méthode ; le plus fouvent aulîî, pour numéroter les volumes , ils ne font que mettre des chiffres romains à l’endroit où nous mettons ces pièces.
- «ar.-rr-ra. , 1 . %xa= t*
- CHAPITRE IV.
- Des ornement qu'on fait à la couverture.
- 217. Oes ornemens confident à dorer les deux côtés plats 8c le dos du livre , & à imprimer fur cet or différens enjolivemens , qui fe font avec des-inftrumens appellés fers à dorer ; ce font ces enjolivemens plus ou moins-recherchés, qui donnent tout l’agrément extérieur à un livre, & le font fervir d’ornement dans les bibliothèques: aulîî voyons-nous que des particuliers opulens pouffent fort loin la recherche à cet égard, & font charger leurs livres d’ornemens en dentelle; d’autres même font faire une dorure qu’on appelle à compartimens, dont nous effaierons de donner une idée à la fin. de ce chapitre. Ces magnificences ne font guere en ufage que pour des ouvrages de goût & de fantaifie ; car ordinairement on fe contente de dorer-les deux plats, le long des bords même, 8c le dos du livre. La plupart des livres qui fe vendent dans les boutiques , ne font dorés que fur le dos ; encore quelques-uns reffreignent-ils cette dorure à la piece qui porte le titre du livre , afin que ce titre puiife être lu.
- 2i8- Plusieurs de ceux qui fe bornent à cette fimplicité , y ajoutent un ornement en dentelle qui fe fait avec le fer chaud , fans dorure, tout autour du livre furies deux plats & fur le dos ; mais cela ne fe pratique guere que pour des livres d’églife ou de dévotion.
- 2,19. Les ornemens qu’on fait fur la couverture des livres, confident donc
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- à y appliquer des feuilles d’or, ce qui eft la dorure, proprement dite, à pouffer fur ces feuilles des filets, ou y imprimer des dentelles.
- 220. Ces deux opérations font précédées & fuivies de quelques autres néceifaires pour mettre le livre en état de recevoir la dorure , & lui donner le dernier luftre quand elle eft finie. C’eft ce que nous allons décrire.
- 221. Il faut, dans la dorure fur cuir, ainfi que dans toutes celles qui fe font fur les autres matières, telles que le bois ou les métaux, appliquer une couche de quelque enduit, qui, faifantl’elfet du mordant, puiife déterminer l’or à s’appliquer & s’unir intimement avec la matière qu’on veut dorer. Dans la dorure dont nous allons traiter, c’eft le blanc d’œuf quifert de mordant.
- 222. On bat une certaine quantité de blancs d’œufs dans un pot ; on les laiffe fe purifier d’eux-mèmes pendant cinq à fix jours, au bout duquel tems ils ont d’ordinaire jeté tous leurs germes & autres craffes ; après avoir ôté tout ce qui fumage, on garde le refte aulii long-tems qu’on veut dans un petit godet : cette matière devient meilleure en vieilliffant, & on l’emploie tant que la putréfaction n’eft pas infupportable. Quand donc on" veut glairer un livre, il ne faut que prendre un peu de ce blanc d’œuf avec une épongé fine, & la paffer d’abord fur le dos, parce que c’eft toujours cette partie du livre qu’on commence à dorer ; enfuite on glaire le plat du côté des bords , & le côté par où le relieur a rogné le carton , qu’on pourrait appel-ler la coupe du carton, & qu’on appelle U bord ; fi on fe propofe de mettre auflî de la dorure à cette partie de l’intérieur du plat qui excede la gouttière, & qu’on appellebordure, il faut la glairer.
- 223. On dore ou à l’eau ou à l’huile. Pour dorer à l’huile , on frotte les endroits qui ont été glairés, avec une petite éponge trempée dans de l’huile de noix, ce qui ne fe fait cependant que quand 011 eft affuré que le blanc d’œuf eft bien fec. On fe fert d’huile de noix, parce qu’outre qu’elle gele moins que celle d’olives, elle a encore la propriété de fe deftecher plus promptement.
- 224. Quand 011 dore à l’eau, on ne fait que tremper un petit pinceau dans de l’eau commune, dans laquelle on aura délayé une très-petite quantité de blanc d’œuf, comme environ trois gouttes pour un poilfon d’eau.
- 225. La dorure à l’eau eft imcomparablement meilleure que celle à l’huile; aufii pour peu qu’on fort délicat fur la beauté 8c même fur la durée de for , on ne fait jamais dorer à l’huile, à moins que ce ne foit de l’ouvrage extrêmement prelfé , attendu que cette maniéré eft beaucoup plus expéditive que celle à l’eau. Cependant 011 dore toujours lé dos à l’huile , parce que comme on ne peut tirer la dorure de cette partie à la preffe, on emporterait une
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- partie de l’or en efluyant ; au lieu que la dorure fur les plats, étant tirée à force de pre(fe,ne court point le même rifque.
- 226. Pendant que la couche de blancs d’œufs, qu’on a mis précédemment, fe feche , le doreur ouvre fon livret. On fait que ces livrets, qu’on nomme livrets cfof en feuilLes, que vendent les batteurs d’or, contiennent chacun un quarteron de feuilles. Cet or fe nomme or ^ libraires, & plus volontiers or commun ; on le nommait autrefois orverd, parce qu’en effet on ne fe fervait alors que d’or verd: c’eft ce qui fait que les anciennes dorures font plus pales que celles qu’on fait aujourd’hui.
- 227. On fouleve adroitement fa feuille d’or, & 011 la pofe proprement
- fans la chiffonner fur le couffin. Ce couffin eft une petite planche de bois d’environ un pouce d’épaiffeur , fur douze de long& huit de large , couverte d’une peau de veau, dont on met le côté de la chair en-haut ; entre le bois & le cuir on met une garniture de bourre. On fait encore mieux cette garniture, en mettant d’abord fur la planche un lit de fon, une couche de poil de fanglier , puis un fécond lit de fon , & enfin une derniere couche de poil de fanglier, par-deffus laquelle 011 met le cuir, que l’on cloue tout autour des bords de la planche. Ce font ordinairement les relieurs qui font ces couffins , & ils ont foin de mettre le fon & le poil plus épais dans le milieu que fur les bords, afin que le couffin prenne une forme arrondie.. Cette garniture, & la forme qu’on donne au couffin, font que le cuir cédant par fa foupleffe à l’action du couteau, il ne fe coupe pas , & remonte de lui-même quand on celle d’appuyer delîus. On frotte légèrement fon couffin de blanc d’Efpagne, afin que l’or ne s’attache pas à la peau,& puiffe être foulevé aifément. Le couteau A, 1, pi. II, eft une lame d’acier ordi-
- naire , doux, dont le tranchant doit être bien droit & allez affilé pour couper la feuille nettement & fans la déchirer.
- 22g. On taille fon or en morceaux quarrés ou parallélogrammes , félon l’endroit où on veut le placer : par exemple , fi c’eft pour le dos , on le coupe de grandeur proportionnée à l’intervalle qui fe trouve entre les nerfs du livre, puis en d’autres petites bandes plus étroites pour couvrir les nerfs mêmes.
- 229. Quand donc on veut dorer le dos, on commence par le glairer à deux fois avec le blanc d’œuf qu’on lailfe fécherj enluite on le mouille dans toute fa longueur avec l’éponge trempée dans l’huile ; & prenant l’or avec le couchoir, on l’applique auffi-tôt fur cet endroit, en fouffian.t ou haleinant delfus doucement, s’il s’y fait des bourfouffiures qui l’empêchent de fe coucher uniment par-tout * ordinairement on fe fort, pour coucher l’or , du couchoir x ,pi. //, fig. 2. C’eft un morceau de bois ou de buis, qui a environ quatre pouces de longueur, & eft terminé par fes deux extrémités en eipeçe de chanfrein ç. Le coucheur ou la couclieufe, car ce font ordinaire-
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- ment des femmes qui font cette opération, tiennent leur couchoir de îa main droite, & le palTant fur le cou ou fur le lommet du front pour le faire mordre, l’appuient fur leur bande d’or, qui s’y attache aufîi-tôt, & y refte jufqu a ce qu’on la pofe fur le cuir, où elle demeure. Mais ordinairement au lieu du couchoir de bois, on fe fert, pour appliquer l’or fur le dos, de bandes de carton ou de cartes à jouer, refendues en deux fuivant leur épailfeur : on tient ces bandes en l’air par les deux bouts, les pliant en arc dont on préfente le côté convexe fur for; quand il s’y eft attaché , on étend cette bande fur le dos du livre , en rabailfant les deux bouts fur l’autre fens , & on applique ainfi l’or exactement fur le dos du livre, qui, comme on a vu dans l’article de l’endoifement, eft toujours un peu arrondi; c’eft ce qui fait que les couchoirs de cartes font plus commodes que ceux de bois , qui, parleur inflexibilité, 11e pourraient pas prendre la courbure du dos. Si for a de la peine à s’attacher à la carte , 011 la fait prendre ou happer en la paflant fur la joue ou fur le plat de la main.
- 230. Quand on a couvert d’or tout le dos, & qu’on en a remis bien foigneufement aux endroits où il en manque, 011 y applique les fers, pour imprimer en or les ornemens qu’on veut faire aux livres ; mais comme ces fers varient autant que les ornemens , nous nous contenterons d’en décrire quelques-uns des principaux de ceux dont on fe lert le plus communément.
- 231. Les relieurs appellent fers, en ail. Stempel, des outils de cuivre fondu , qui fervent à imprimer fur l’or ditférens agrémens , comme broderies, dentelles , fleurs, filets ou armes, & ce font ces ornemens qui font proprement ce qu’on appelle la dorure des livres. De ces fers, les uns font à palettes, les autres à roulette; d’autres enfin font en écujfons. Les relieurs doivent encore avoir des alphabets de diverfes grofleurs , pour mettre les titres fur les dos des livres, à proportion de la grandeur & de la grofleur des volumes. Ce font des pièces de cuivre fondu, de la figure des caractères ou lettres de l’alphabet, qui font gravées en relief & à l’envers , afin qu’elles impriment l’or en creux & à droite fur le cuir. Chacune de ces lettres a une tige alfez longue pour être emmanchée dans un morceau de bois , afin qu’on ne fe brûle pas en faifant chauffer la lettre dans le fourneau. O11 a des boîtes garnies de ces alphabets complets , & aulîî quelques fuites des neuf chiffres arabes ; mais on a peu d’occafions de s’en fervir, parce qu’ordinairement les numéros des volumes fe mettent en chiifres romains ( 34).
- (34^ On peut auiïi fe fervir, comme les mots fe trouvent fixés par une vis qui cela fe fait en Allemagne, de caractères fait avancer ou reculer une petite plaque d’imprimerie , qu’on aflemble dans un com- de fer. polteur de fer, en ail. Sdirijft-kaflm, où
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- 232. Les palettes font à filets (3f) ou à bordures : celles à filets font emmanchées comme les alphabets ; mais au lieu de porter une lettre à un bout, elles font applaties à peu près comme un racloir , & finirent en efipece de couteau , enforte qu’il n’y refte tout du long du bord , que l’épaifleur d’un petit trait ou d’un tranchant émoulfé, pour marquer feulement un petit filet en appuyant lur le cuir. La longueur de ce filet varie -, mais ordinairement on les tient plus longs que l’épailfeur du dos des livres.
- 233. Les palettes à bordures ,fg. 3 ,pl.II, font emmanchées comme celles à filets ; niais elles font de figure quarrée ou triangulaire. Celles de figure quarrée s’appellent fers à dos , parce qu’elles fervent pour les dos ; & celles de figure triangulaire fie nomment coins, parce qu’elles fervent pour les coins tant du dos que du plat de la couverture : l’extrémité de ces fortes de fers, au lien de finir en tranchant, eft terminée par une furface plane, gravée de quelques ornemens félon les idées du graveur , comme fleurs, vafes ou dentelures propres à mettre le long des nervures, fur le dos des livres , dans les milieux des entre-nerfs, &deflus le plat ou fur les bords de la couverture.
- 234. Les roulettes(36) fig.^pL II font en effet des roulettes de cuivre , qui ont depuis un pouce jufqu’à deux de diamètre , & trois lignes d’épaif-feur dans le milieu: elles font percées dans leur centre , & tiennent par un clou rivé par les deux bouts dans les deux branches d’un fer fourchu , entré lefquelles elles tournent librement. Ce fer peut avoir telle longueur qu’on veut entre le centre de la roulette & le bois où il eft emmanché ; cela dépend de la volonté de chaque ouvrier, les uns aiment les fers plus courts , les autres plus longs, de même que plus ou moins courbes au-deflus de la roulette , félon que chacun le trouve plus commode à fa main. Il faut feulement obferver que , fi les fers font trop courts , le manche de bois eft plus fujet à fe brûler quand on les chauffe. De ces roulettes , quelques-unes finilfent en couteau tout autour delà circonférence, pour ne marquer qu’un filet ; d’autres ont deux filets parallèles , féparés par une rainure ; d’autres en ont trois aufft parallèles : mais alors le filet qui occupera la partie intérieure du plat de la couverture, doit pour plus de grâce, être inégalement diftant des deux autres. D’autres roulettes font gravées à la circonférence & en relief, de telles figures & ornemens qu’on veut, comme dentelures , rofes , vignettes, fleurs s pour pouffer tout du long facilement & exactement un ornement continu de diverfes figures répétées, qui ne viendrait jamais avec la mènie grâce & la même régularité, s’il fallait les faire avec des fers féparés : cela s’appelle du nom général de bordures.
- 23y. Il faut encore ce que nous avons nommé des armes, & fous cc nom
- (j$) En ail. Filctjicmper,
- (36) En allemand , Rollcifen.
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- nous comprendrons d’autres fers qui ne font point en effet des armoiries ou des biafons , mais quelquefois de fimples devifes , des cartouches, des vafes,, des dentelles , en un mot des ornemens qui occupent les milieux des couvertures .fig. f ,pl. IL Nous rangerons encore dans cette claffe, des fers qu’on nomme plein-or, qui d?une feule pièce forment le tour de la couvert ure/g: 6, ik dont on remplit le milieu par un autre fer, tel que les armoiries de la figure ,. pour les livres dont on veut dorer toute la couverture. La.raifon pour laquelle nous comprenons tous ces fers dans la même claffe que les armes , eft que les uns & les autres font montés de même fe tirentaveele fecours de la preil’e, fig. 1* pi IL Ces fers font gravés de relief & à l’envers j ils font .de différentes-épailfeurs, fuivant leur grandeur. Au côté oppofé à celui qui eff gravé, on a, ménagé deux, tenons bb, fig. g , qu’on fait entrer dans les trous i , 2, d’une monture faite de plusieurs morceaux de carton collés l’un fur l’autre , fig. 9. Ces cartons font que quand on imprime ces fers, le coup de la preffe eft moins dur , & que les ornemens fe marquent mieux.
- 236. Pour toutes ces fortes de fers, il faut des brolfes, afin de les nétoyer, & plusieurs torchons oulambeaux de linge fort ufé, pour effrayer le cuir qu’on a,doré : on les nomme drapeaux ; c’eft avec ces drapeaux, que l’on conferve; tout l’or fuperflu qu’on enleve de la dorures, & qui excede de beaucoup celui qui refte fur le cuir.
- 237. Pendant qu’on a fait les préparations nécelfaires-que nous avons, décrites ci-deifus , pour appliquer l’or , on fait chauffer fes fers dans; line efpece de petit fourneau ou cheminée , dans laquelle on brûle dm charbon; car ces fers ne peuvent fervir qu’ils n’aient un certain degré de; chaleur qui amortiffe le reffort du cuir, & fa/fe qu’en les y enfonçant, leur* imprefîion demeure en creux pour toujours î ce qui n’arriverait jamais en les appliquant à froid. Cependant il eft bon de s’affurer de. leur degré de-chaleur j pour cela on, les plonge légèrement dans l’eau , où ils. ne manquent; pas de rendre quelque fifflement s’ils font trop chauds ; mais fi en les y> replongeant une fécondé fois ils ne fifftent plus, & qu’en les maniant ils ne brûlent point les doigts, ils font en état de fervir fur le cuir doré à l’eau. On pouffe les fers plus chauds.pour la dorure à l’huile que pourcelle àl’èau : c’eft pourquoi pour cette derniere, il fuifit de pouvoir manier les fers du creux de la main , au lieu que pour la dorure à l’huile, on 11e les applique-point que préalablement on ne les ait plongés dans l’eau.
- 238- On commence ordinairement par la roulette à filets, qu’on fait rouler, en l’appuyant affez ferme-fur toute la longueur du dos, ce qui marque un filet ou deux de chaque côté ; enfuite avec la palette à filets, 011 fait au-delfous de la tranche-file de la tête & de la queue, & au-deffus & au-deifous de .chaque nervure 3 un autre filet-., de forte que chaque elpace=
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- d’entre deux nervures, fe trouve être un parallélogramme redtangle , bordé de quatre lignes d’or; cet efpace fe nomme Ventre-nerf; aux quatre ceins de ces entre-nerfs on enfonce les fers, qu’on nomme coins ; au milieu d’entre ces quatre coins, on applique les fers qu’on nomme fers à dos, qui forment les bouquets, fig. io , /»/. II, ou autres ornemens à volonté ; puis fur chaque nerf on applique une palette à bordures, pour faire les ornemens repréfentés en e f, L i, // , m m , n n ,fg. 10 , pl. II; quelquefois aufii on fe contente d’y appliquer une palette à filet pour faire le filet m m, fig. 10 ; enfin aux deux extrémités haute & baffe oo du dos, on applique une palette à bordure plus ou moins large , fuivant le défini qui fe trouve convenir le mieux , & félon la place qui refte à dorer.
- 239. Le dos étant ainli achevé , on dore le plat fi l’on veut; & ordinairement après avoir couché , on fait fécher l’or : on fe fert de roulette à filets. Cet or fe met tout du long des quatre côtés du plat par bandes plus ou moins larges, félon la quantité de filets qu’on veut mettre , ce qui s’appelle mettre des filets en plat. Quand 011 pouffe de ces filets fur plat , celui qui efi; extérieur fe fait à environ une ligne du bord des trois côtés rognés , & un peu plus loin du quatrième côté a b, fig. 6 , qui efi celui du mords. Le filet intérieur efi du double plus éloigné des deux autres , que ces deux ne le font entr’eux , ce qui donne un peu meilleure grâce au parallélogramme que forment ces lignes ; & cela imite en quelque faqon les moulures qu’on fait aux bordures des tableaux ; fouvent aufii les filets font à égale diftance. J’ai même vu un livre où c’était le filet extérieur qui était le plus diftant des deux autres , & cela n’avait pas moins bonne grâce. Quelquefois on fe contente de mettre une petite rosette ou fleur à la réunion des lignes de filets aux quatre coins de la couverture ; mais quelquefois aufii on met à un pouce ou un pouce & demi en-dedans de la première bordure, trois femblables filets , qui font comme une bordure en-dedans de la première : ce qu’on appelle mettre des filets en champ ; alors au bout de chacun des quatre angles extérieurs, 011 met quelques vafes, fleurons ou bouquets, qui en augmentent l’agrément; 011 enrichit encore de vignettes, fleurons , &c. l’efpace qui fe trouvre entre les filets en plat & les filets en champ. Les filets , foit doubles, foit triples, pourraient fe pouffer avec une roulette à filets fimples ; mais comme il ferait plus difficile de les efpacer également & dans une agréable proportion , on a trouvé bien plus commode de fe fervir de roulettes qui portent le nombre de filets qu’on veut faire. Si l’on veut dorer la coupe aby fig. 11 , pl. II, de la couverture , ce qu’on nomme le bord, çela fe fait par le moyen d’une roulette ou à filets ou à bordure , aufii bien que pour cet autre efpace en dedans de la couverture , qui excede la tranche du livre , qu’on nomme bordure, & qui fe dore aufii avec de pareilles roulettes : les livres qui ont ces ornemens , s’appellent reliés à filets avec bord & bordure.
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- 240. Nous avons dit que les relieurs avaient des fers qu’ils nomment armes ou édifions. Ces fers leur fervent, ou pour imprimer en effet des armoiries avec leurs fupports , pièces d’honneur, devifes & autres accompagne-mens relatifs au blafon , ou bien pour mettre au milieu des livres , des ornemens , tels que vafcs , feuillages ou autres. Il arrive très-fouvent qu’on fe contente de mettre des armes feulement a^ milieu de la couverture , telles que celles de la figure f, ou un vafe, fans y ajouter les autres ornemens qu’on voit fur les deux figures f & 6 tout autour de la couverture: alors tout le travail fe réduit à coucher une feuille d’or un peu plus grande que l’arme dans le milieu de la couverture ; on applique fon arme deifus le livre, & on met le tout fous la prelfe u ,fig. 7, qu’011 ferre allez fortement pour imprimer ces ornemens.
- 241. Mais quand on ne veut rien épargner, on dore tout le plat de la. couverture en divers deiîins. Ces ornemens fur les livres in-oclavo & au-def-fous, fe font avec les plein-or, qui font des fers gravés de la grandeur des diiférens formats, qu’on pofe fur l’or appliqué fur la couverture, & qu’on imprime à la prelfe de meme que les armoiries, ayant foin de preifer alfez fortement & bien également pour que toutes les parties du deffin foient également bien imprimées. A l’égard àçsin-folio & in-quarto, comme il ferait difficile de faire agir également fa prelfe fur d’auffi grands fers , on ne fe fert point de plein-or, mais d’autres fers qui font montés comme ceux qu’on nomme édifions ; on en emploie plus ou moins, félon la grandeur du volume : les uns font des coins b b g fi, qui fe mettent en effet aux angles de la couverture, fig• f ; les autres , des grands milieux dh, parce qu’ils fe mettent dans le milieu de la longueur; les petits milieux ac, fè mettent dans le milieu du petit côté, ou au haut & au bas ; enfin on met quelquefois entre les coins & les grands milieux, d’autres petits fers ce, i i, qui fervent à remplir les vuides entre ces principales pièces : on les fait moins larges, pour donner plus de jeu aux milieux & aux coins.
- 242. Comme il faut tâcher de perdre le moins d’or qu’il eft poffible, on taille fes bandes de grandeur à peu près proportionnée à celle de l’écuifon fous lequel elles doivent être; & comme les fers qui ont fervi d’un côté, comme à la droite b, de la figure f , doivent fervir à la gauche g ou /, on commence par appliquer l’or tout autour; enfuite on tire fes quatre coins fuc-ceffivement l’un après l’autre; on prend avec un compas bien exactement le milieu du grand côté de fon livre ; on pofe fon grand milieu d, que l’on tire ; on fait la même chofe à l’autre grand côté h, & de même pour les deux petits milieux a e ; on remplit les vuides entre les coins & les grands & petits milieux, par les petits fers cc, i i; & la dorure elf faite.
- 243. Il faut cependant avouer qu’il eft rare que ces dorures fi pleines
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- ai,ent un auffi bel effet à la vue, que de plus fimples, conduites avec goût, Ordinairement, quand on fait de ces magnifiques reliures, au lieu des feuil-
- • les de papier marbré, appellées gardes, que nous avons dit qu’on collait en dedans de la couverture, on met une étoffe de foie appeliée tabis, qu’on emploie tout de même que le papier marbré. On voit encore d’autres livres, auxquels, au lieu de gardes de papier ou de foie , on met en dedans de la couverture une piece de marroquin rouge ou d’autre couleur, qu’on orne d’une dentelle d’or ; & alors au lieu de la fécondé feuille de papier ou d’étoffe , on met une feuille de papier doré & liffé. Voilà quel eft ordinairement le plus grand ornement dont on charge les couvertures des livres. Cependant il y a encore une parure plus recherchée, c’eft celle qu’on nomme la dorure à com-partinuns , dont nous allons donner une idée fuccinCte.
- 244. Pour faire la dorure à compartimens, on commence par couvrir fou livre en veau blanc, ou en marroquin de couleur, ou en tel autre fond qu’on veut ; il faut feulement que le cuir foit le mieux choifi & le plus exempt de tous défauts , trous ou taches , qu’on puiffe fe procurer. Quand le cuir eft bien fec , on pôle deffus un deffin tel qu’on le veut exécuter, dont les différentes parties font colorées ; on calque ce deffin fur le veau , & fur ce calque on colle des morceaux de marroquin teints en diverfes couleurs & de toutes les teintes j 011 pare ces peaux le plus mince qu’il eft poffible, de maniéré qu’on puiffe voir le jour au travers ; on les taille en morceaux de la grandeur
- • des parties du deftîn qu’ils doivent repréfenter , & on les colle avec de la colle de farine fur la peau, mettant très-peu de colle pour ne point faire d’épaif-feur. Quand ces morceaux font collés, on met le livre en preffe pendant un certaintems , pour qu’ils s’uniifent & 11e faffent plus, pour ainfi dire, qu’un feul corps avec la peau qui fait le fond. Ainfi dans un livre dont le veau du fond doit paraître dans fa couleur naturelle, on collerait des pièces de marroquin , un peu plus grandes que les différentes parties du deilin ; enfuite on dore tout ce qui eft couvert de deffin, de même que toute la partie qui eft femée de petits points , avec la pointe d’un fer de cuivre , fait en efpece de poinçon obtus ou d’aiguille, que les deftinateurs appellent calquoir; on recherche par-deffus cet or le contour des fleurs, rinceaux, feuillages & autres parties du deftin, fuivant exactement ces contours pour les circonf-crire d’un filet d’or qui en termine l’extrémité ; on marque auffi le tour des graines, les queues, & les petites aigrettes qui furmontent les fleurs 3 c’eft auffi avec ce même fer qu’on trace dans les milieux des feuilles les lignes qu’on appelle arêtes ou nervures, & les cotons : quand tout cela eft fait, on effuie & on découvre fon deffin.
- 24^. Voila donc notre livre couvert & doré : il n’eft guere loin de fa perfection ; cependant il n’eft pas encore en état d’ètre livré. Il refte encore
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- quelques opérations qui, quoique peu difficiles, n’en. font pis moins néceL-ffires. Ce fera la matière du cinquième chapitre.
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- CHAPITRE V.
- Des opérations qu'on fait au livre quand il eft couvert & doré.
- 246. Ces opérations confident à coller les gardes, mettre en preffe, glairer les plats , polir , cambrer & tirer les fignets , enfin cogner les quatre coins du carton. Eiles font fi fimples & fi aifées , qu’il nous parait prefque Euperflu d’infifter beaucoup fur chacune d’elles ; ainfi nous allons les décrire tr è s-fo m maire m eut.
- 247. On doit fe fouvenir que nous avons appelle gardes, une feuille de papier blanc & une de papier marbré pliées en deux, qu’on met au commencement & à la fin du livre avant que de le coudre; de manière qu’une moitié de la feuille de papier blanc doit toucher le frontifpice ou le premier feuillet du livre , & l’autre moitié fe colle fur le revers de la feuille de papier marbré. On commence donc par coller la feuille de papier blanc fur celle de papier marbré, pour lui donner du foutien ; enfuite on colle l’autre moitié de la feuille de papier marbré contre le carton qui forme la couverture du livre ; ainfi en ouvrant fon livre par le carton , on voit à fa main gauche un feuillet de papier marbré collé fur le carton, fur lequel fe couche l’autre feuillet marbré, qui eft renforcé de papier blanc ; & l’autre feuillet de papier blanc , qui couvre le frontifpice du livre, eft fimpîe.
- 248- On fait la même opération à la fin du livre; & dans toute cette opération 011 a foin de 11e pas mettre trop de colle , mais de la bien diftribuer pour que les gardes foient bien exactement collées, & de prendre garde qu’il ne s’y forme des plis.
- 249. Quand les gardes font collées ,011 met les livres dans la grande preffe fi ce font des in-folio ou des in-quarto , & dans la prelfe à endolfer fi ce font de plus petits volumes. Quelques relieurs ont même une autre prelfe faite de même que la grande, mais beaucoup plus petite.
- 250. La grande prelfe eft compofée de neufpieces , non compris le barreau de fer qui fert à tourner la vis; favoir, deux jumelles , deux fommiers , deux pieds portant les jumelles* une vis, une longue piece, & une platine. Les deux jumelles font deux morceaux de bois de chêne de fept pieds de hauteur , de huit pouces de largeur fur cinq d’épaiifeur, qui portent chacun fur leur largeur en dedans > une rainure de trois pieds de long* fur deus
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- pouces de large & autant de profondeur ; cette rainure fert à faire monter & defcendre la platine à un pied du fornmet de ces jumelles ; & dans leur épaif-Leur, eft une double entaille vis-à-vis rune de l’autre , de fept pouces environ de haut, fur un & demi de profondeur, pour emboîter le fommier d’en-haut. Au bas, & à quatre pouces de la nailfance des tenons, font deux autres entailles de même profondeur, de quatre pouces de hauteur, & difpofées de même pour loger le fommier d’en-bas qu’on appelle aulîi table, parce que c’eft fur ce fommier que les livres fe mettent entre les ais. Au-delfous de ces deux entailles font ménagés deux tenons , de trois pouces de hauteur , fur fix de large. Les deux jumelles devant être pofées parallèlement, les deux fommiers font de mêmes longueur & largeur , mais de différente épailfeur; celui d’en-haut a deux pieds dix pouces de long, fur treize pouces de large &feptd’é-pailfeur : il eft percé dans fou milieu d’un trou taraudé en écrou, d’environ fix pouces de diamètre , par où monte & defcend la vis. Celui d’en-bas n’a que quatre pouces d epaifteur; l’un & l’autre portent aux extrémités de leur longueur & dans le milieu de leur largeur, une entaille de quatre pouces de largeur , fur quatre pouces & quelques lignes de profondeur : ces entailles entrent dans celles des deux jumelles, & arrêtent les fommiers avec ces jumelles.
- 2fi. Les deux pieds font deux morceaux de bois de treize pouces de long fur fix de large, & quatre d’épaiîfeur -, ils portent chacun dans leur milieu en-delfus, une mortaife de la profondeur, longueur & épaiifeur des tenons des jumelles qui fe logent dedans.
- 2<)2. La vis, qui eft de bois , a en tout quatre pieds & un pouce de long, deux pieds & demi de pas , fur fix pouces de diamètre. La tête a, compris le noyau ,un pied fept pouces de longueur : elle eft quarrée fur les quatre faces , qui portent chacune dans leur milieu une mortaife du diamètre d’un pouce 8c demi en quarré, dans laquelle fe loge le barreau ; cette tète, jufqu’au noyau, a un pied trois pouces de long, & le noyau qui la termine a quatre pouces de diamètre : il porte dans fon milieu un collet ou entaille d’un pouce de haut, fur un peu moins de profondeur, pour recevoir une clef qui l’arrête à la longue piecedont nous allons parler.
- 2^3. La longue piece eft un morceau de bois d’un pied de long , fur fix pouces & demi de large & trois d’épaiîfeur : elle porte dans le milieu de fa largeur un trou rond , d’environ quatre pouces de diamètre, & fur fon épaif-feur une mortaife de deux pouces de long fur un de haut, qui traverfe le trou du milieu , pour arrêter le noyau de la vis par le moyen de la clef qui eft un petit morceau de bois long de fix pouces feulement, de deux de large , & d’environ un d’épaiîfeur , qui fe loge dans la mortaife , de l’épailfeur de la longue piece.
- Syq, La platine eft un ais de onze pouces de large, quatre d’épaiîfeur.
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- & de deux pieds cinq pouces de longueur , y compris Tes deux tenons qui font au milieu de chaque bout ; ces tenons ont deux pouces de long fur autant de large, & une hauteur égale à l’épaiifeur de la platine, c’eft-à-dire , quatre pouces. Ces deux tenons entrent dans les rainures des jumelles , & fervent à entretenir cette platine dans le milieu , & à la faire giifler toujours jufte, foit en montant, foit en defcendant.
- 2Enfin le barreau eft un morceau de fer quarré par le bout, qui entre dans les mortaifes de la tète de la vis, & arrondi dans fa longueur : il a environ trois pieds de long, & un peu plus d’un pouce de diamètre par le bout. Cette'grande preife fe monte en mettant la platine entre les deux jumelles , faiiant entrer les deux tenons dans les rainures des jumelles ; on pofe les jumelles fur les pieds , on les arrête par les fommiers ; on cheville avec de fortes clavettes de fer ; on paiïé la vis dans l’écrou du fommier fupérieur , qui eft auflî chevillé ; on fait entrer le noyau de la tète de la vis dans la longue piece , l’arrêtant par le moyen de la clef; ou applique la longue piece fur la rainure de la platine, & on met le barreau dans le trou d’une des faces de la tête de la vis. Les ais à preifer, font des morceaux de bois d’une égale épaiifeur dans toute leur fuperficie ; on met un de ces ais fur la table ou fommier d’en-bas, puis un livre, de maniéré que le dos déborde Fais de toute fou épaiifeur, afin qu’il ne foit point endommagé , & on le tourne du côté de l’ouvrier; enfuite on met un ais, puis un livre , & toujours de même juf* qu’à la concurrence de dix à onze volumes in-quarto ou in-folio ; on ferre tant que l’on peut, les lailfimt ainfi en preife le plus long-tems qu’il eft polîible , félon qu’on eft plus ou moins preifé de rendre l’ouvrage , mais toujours au moins une nuit.
- 2*) 6. Quand le livre eft hors de prefTe , on le glaire en paflant du blanc d’œuf fur le plat avec l’éponge , comme on a fait pour dorer , & on le lailfe fécher; au bout d’un quart d’heure, tems fuffifant pour le delféchement, on le glaire une fécondé fois ; & fi le livre n’eft pas encore alfez clair, on le glaire une troilieme fois, ayant toujours foin que le blanc d’œuf ne foit pas trop épais.
- 257. On prend enfuite un bout de chandelle, qu’on palfe légèrement & une fois feulement fur chaque plat; ou bien on prend dans fa main une goutte d’huile, qu’on étend & dont on frotte plufieurs volumes ; quelques ouvriers fe contentent de frotter le livre avec le dedans d’un bonnet de laine un peu gras : ce grailfement fert à faire couler le fer à polir.
- 258. Ce fer eft une efpece defpatule 13 , pl. II > qui a un pouce
- environ d’épailfeur dans fon milieu , & fe termine , du côté oppofé au dos , en bifeau émoulfé. Quand ce fer eft chaud de maniéré qu’il ne puiiTe gâter le livre, 011 pofe le volume fur la table, une toile délions, on l’accotte contre
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- un ais retenu par un clou, ou contre la pierre à parer, & on-pâlie plufieurs fois le fer dans le même feus de la tête à la queue * & de droite à gauche : ii on le paiTait en allant & revenant, on ne pourrait éviter de faire des ondes fur le livre. On retourne le livre pour le mettre en travers devant foi, & on paife le fer en tous feus fur la largeur.
- 259. Le livre étant poli, on le prend dans fa main droite, on le feuillette
- en f'aifant couler les feuillets dans fa main gauche, & on tire du dedans du livre les fignets qu’on y avoit remployés , pour éviter qu’ils ne fuilênt gâtés lors de la marbrure fur tranche & de la dorure fur cuir. Cela fait, on cambre le livre : pour cela on pofe le dos fur la table & le plat devant foi; 011 ouvre le livre à peu près par la moitié , & le tenant ainfi ouvert, les quatre doigts de chaque main fur les feuillets & les deux pouces fur le plat, 011 appuie en dedans pour faire prendre à l’intérieur un peu de creux, & par conféquent un peu de convexité au carton en dehors. Cette opération eft néceffaire pour donner plus de grâce au livre à l’extérieur, & pour que la tranche des feuillets ou le côté de la gouttière foit mieux ferré ; enfuite on met fon livre à plat fur la table , on ouvre les cartons , & avec le marteau à endoffer 011 frappe quelques coups fur les quatre coins intérieurs du carton, & le livre eft en état d’être rendu. ' ~
- 260. Nous avons décrit dans les cinq chapitres précédens , la maniéré de battre, de coudre les feuilles, de les couvrir de carton, de former le dos des livres , de les couvrir de peau, de dorer la tranche & la couverture ; ainfi nous pouvons aflurer que nous avons rempli l’objet que nous nous étions propofé, puifque nous avons fait connaître, les différente^ opérations que le livre doit fubif depuis le moment qu’il eft pris en feuilles dans le magafiiï du libraire, jufqü’à ce qu’il foit en état d’être mis dans nos cabinets. Cependant nous nous croyons obligés de décrire quelques opérations qui fe pratiquent moins communément, à la vérité, mais qu’il n’eft pas moins avantageux de connaître; nous efpérons même qu’on y trouvera quelques détails qui pourront fatisfaire la curiofité des ledeurs qui aiment les' arts : ce fera la matière des deux: chapitres fuiyans, qui feront la conclufion de notre ouvrage.
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- CHAPITRE VI.
- Reliures qui font 7noins âlufage.
- 261. IS‘ ous avons décrit dans les cinq chapitres précédens, toutes les opération» qui fe pratiquent ordinairement chez les relieurs : comme c’eft ce qui fait l’cflentiel de notre art, nous avons effayé de les décrire dans le plus grand détail & le plus clairement qu’il nous a été pofiîble. Mais il y a encore d’autres maniérés de relier les livres, qui, quoique moins ufitées, ne doivent cependant pas être omifes, fi nous voulons remplir notre objet, & faire connaître tout ce qui fe pratique chez les relieurs. Ces différentes reliures font celle en parchemin /impie , celle en chagrin, la reliure de antiphoniers ou gros livres de chœur, celle à la grecque à dos brlfé, des cartes géographiques, des atlas & autres grands livres de figures ; celle des grands regiftres de bureaux , qu’on appelle reliure de Lyon; celle des livres chinois & turcs ; enfin celle qu’on appelle économique. Pour éviter les répétitions , nous aurons foin de ne décrire que ce qui fera abfolument différent des méthodes ordinaires.
- 262. Pour la reliure en parchemin fimple, on prépare fon livre de même que fi on voulait le couvrir en veau ; mais avant que de mettre le parchemin , 011 colle des feuilles de papier blanc fur le dos du livre & fur les plats de fon carton. Quand il ell fec , ou prépare fon parchemin, qui efr ordinairement teint en verdi ou l’enduit de colle de farine par le côté de la fleur qui fe met en-dedans , & le côté de la chair à l’extérieur (37).
- 263. Le chagrin eft la peau d’une efpece de mulet ou d’àne, appelle par les Orientaux fagri, auquel on donne dans le Levant l’apprêt que nous lui voyons quand 011 l’apporte ici (38'- Avant d’employer ces peaux , 011 les remet aux parcheminiers , qui leur donnent la préparation qu’on appelle raturer. Il faut quelles foient raturées le plus mince qu’il eft poffible ; mais comme malgré cela elles font toujours peu fouples , 011 les met tremper dans l’eau froide * & on les laiffe bien égoutter, ce qui fe fait en les eflbrant dans un linge, de maniéré que la peau foit plus feche qu’humide , pour la rendre plus maniable: fi elle ell: trop humide, la colle ne prend pas facilement ; & en
- ($7) Si le parchemin eft Fait de peau de propre que le chagrin du Levant à relier les mouton , on fe fert de colle forte ; s’il eft livres. On l’emploie principalement à cet fait de peau de veau , on emploie la celle ufage. Voyez ce que j’ai dit là-deffus dans d’amidon Yart du corroyeur , tome III de cette eoL-
- (?8) On fait en Suiffe , avec des peaux lection, page 278. de chevres, du faux chagrin qui eft plus
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- fe féchant, la peau fe retire fi fort qu’elle fait travailler l’ouvrage. On pare enfuite le chagrin fur les bords, aux endroits qui feront rabattus en dedans du livre.
- 264. Cette reliure demande beaucoup d’attention pour ne pas gâter le grain, qui fait toute la beauté du chagrin. On colle les peaux avec de la colle forte , la meilleure qu’on puifle avoir, qui ne foit ni trop claire ni trop forte , & 011 l’emploie bien chaude.
- 26Pour fouetter les livres reliés en chagrin, on les entoure d’un carton fouple avant de mettre les ais , & 011 a l’attention de 11e mettre le livre en prelfe que quand il eft bien fec.
- 266. On 11e donne guere d’autre couleur au chagrin que le noir , qui fe met avec de l’encre fans gomme, qu’on y étend à trois ou quatre reprifes ; on fait lécher cette encre en frottant le livre fortement avec une broife bien rude de poil de fànglier ; on palfe fur la broife un peu de cire-vierge, & on frotte de nouveau jufqu’à ce que la couverture foit bien luftrée.
- 267. Quelquefois on entoure les bords de fon livre d’une bordure d’argent , de cuivre ou d’autre métal, qui empêche que le chagrin 11e s’ufe en cet endroit. On les garnit aulli fouvent de fermoirs en métal; mais ce travail 11e fe faifant point par les relieurs , fera la matière d’un art leparé.
- 268- La reliure des antiphoniers 11e différé en rien de celles que nous avons précédemment décrites, quant à l’alfemblage, la couture, l’endolfement, &c. Nous ferons feulement remarquer que comme ordinairement ces livres font grands , fort gros , fujets à fupporter beaucoup de fatigue, 8c qu’ils doivent durer long-tems , on multiplie les nerfs : 011 en met communément fix , fept, & quelquefois huit; ces nerfs doivent être de bonne ficelle , qu’011 met quelquefois double, & que le plus fouvent on entortille d’une laniere de peau pour leur donner plus de force.
- 269. Les cartons doivent être des plus forts ; autrefois même on faifait les couvertures en ais de bois; mais on y a renoncé, parce que les vers les attaquent. Ces cartons font revêtus d’une peau de bafane ou de truie.
- 270. La plus grande différence de cette forte de reliure , confifte dans la
- tranche-filure , qui, en effet, 11e reflemble nullement à celle que nous avons décrite. Elle fe divife en fimple & double. On. fe fcrt d’une laniere de peau paffée en mégie, qu’on coupe autant qu’il fe peut, allez longue pour pouvoir tranche-filer avec une feule laniere, fans être obligé d’en ajouter. On enfile cette laniere a dans une aiguille ; on place le livre
- entre fes genoux , la gouttière tournée devant foi ; on perce avec un fort poinçon le livre de dedans en dehors, 8c le plus près qu’on peut du mords ; 011 retire le poinçon , 8c dans ce même trou on fublfitue l’aiguille , qu’on fait for-tir au pointe; onlaiife pendre un bout de la laniere en dedans; ou pique
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- avec le poinqon un fécond trou à côté du premier en d; on ramene fa lanière de c en/, lui faifant couvrir le bout qu’on a lailfé pendre & qu’on a rabattu fur le dos en dehors; on fait entrer fon aiguille dans un fécond trou d, k faifant fortir de dedans en dehors au pointé; on croife l’aiguille fous la première paffe c, comme on voit en b, pour lui faire former le nœud ou chai-nette c ; on ramena fa laniere de d en h, pour la faire fortir parle point i ; on forme un nouveaia nœud ou chaînette, & ainfi jufqu’à ce qu’on foit arrivé à l’autre mords du livre ; alors on fait entrer le bout de la laniere en dedans, & on l’y colle contre le carton ; on recouvre les nœuds ou chaînettes du bout de laniere e, qui fort par un mords , embraffe le livre dans l’épaiffeur du dos, & effc collée en dedans du carton à l’autre mords.
- 271. Toute la différence de la tranche - filure double, confifte dans la fécondé chaînette., qui fe fait de même que la précédente , mais qui eft placée de maniéré qu’elle touche la tranche des feuillets : quand le livre eft ainfi tranche-filé, 011 pouffe avec le fer à fileter, les filets que l’on veut, fur le plat de la couverture. Ce fer eft un peu différent de ceux qui fervent ordinairement aux relieurs : il eft plus grand & n’eft point à roulettes, mais d’une feule piece ; d’ailleurs , on s’en fert comme des autres fers à roulettes 4 en le poufi faut devant foi. Les quatre angles du cadre font garnis de boffettes de cuivre jaune , clouées avec des clous de cuivre. Ces boffettes, ainfi appellées parce qu’en effet elles reffemblent affez à celles qu’on métaux mords des chevaux , en même tems qu’elles font un ornement aux livres , empêchent que la couverture ne frotte fur le lutrin, & prolongent fa durée. On foutient aufîi pour la même raifon les angles avec des bandes de cuivre mince, qui garniffent le carton fur les deux plats, fur les bords intérieurs & extérieurs, & fur fon épaiffeur. Ces bandes , qu’on nomme coins, font clouées avec des clous auiiî de cuivre; du côté du mords on met une bande de cuivre , mais qui n’eft point taillée en équerre comme les coins, parce que cette partie eft foutenue par le mords du livre. Enfin 011 attache deux lanières de peau fur la partie antérieure, avec deux plaques de cuivre taillées en triangle , & affujetties de dix clous. Cette laniere fert à tenir le livre fermé, en Pembraffant par-deffus la gouttière, & s’arrête fur le plat oppofé, au moyen des deux bourdons cloués fur le plat du livre, qui entrent dans les trous pratiqués dans la laniere. Ces trous font garnis d’une lame de cuivre, pour donner en cet endroit du foutien à la laniere. Enfin l’extrémité de la laniere eft revêtue d’une plaque de cuivre.
- 272. Nous avons décrit dans le cours de notre ouvrage la reliure à la grecque , dans laquelle les nervures ne font point apparentes fur le dos. Nous avons remarqué dans cet endroit, que cette reliure a fon avantagé , en Ce que quand le livre eft un peu gros, on 11e peut le lire commodément fans rompre
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- le dos , &que celle à la grecque étant moins ferrée que celle à nerfs, remédie à une partie de cet inconvénient. Mais comme cette méthode ne fauve pas encore toute l’incommodité d’un livre un peu épais , qui ne peut fe tenir ouvert de lui - même , & qu’on ne peut ouvrir fans faire effort avec les mains , on a imaginé la reliure à la grecque à dos brifé. Elle fe commence comme celle à la grecque ordinaire i mais avant quo de paffer en. peau, on colle fur le dos du livre une bande de papier un peu fort , qu’on y laiffe fécher ; enfuite on pofe fur ce dos , fans la coller , une bande de carton de la même longueur & largeur que le dos ; on prend pour cela un carton menu & liffé, qui ait affez de force, eu égard à fon épailfeur ; on abat un peu les arêtes , ou on le taille un peu enbifeau, en tète & queue & le long des mords du livre, afin qu’on n apperqoive point d’arête fur la couverture. On imbibe de colle l’extérieur de cette bande ; & comme la peau eft auflt imbibée de colle , elle s’applique fur la bande de carton ,.qui s’y attache en fe féparant du dos, auquel elle ne tient point, &, donne dufoutien à cette partie du livre.
- 273. Comme dans cette reliure le dos des feuillets ne fait point corps avec la couverture , quand on pofe le livre fur une table ou fur un pupitre , il peut fe tenir ouvert, même jufqu.es dans l’enfoncement qui fe trouve à la jonction des feuillets , ce qui donne bien plus de facilité à le lire,
- 274. Comme il n’eftpaspoffibled’affembler & de relier les feuilles d’atlas & de grand livre d’eftampes , fans les plier en deux dans le fens de leur hauteur, outre qu’on ne pourrait pas les coudre, il arriverait encore que ces eftampes n’ayant point de marge intérieure, tout ce qui ferait vers le dos ferait abfolu-ment perduj on fent aufii, après ce que nous avons dit de la maniéré d’endoffer les livres , que cela ne pourrait pas fe faire à ceux-ci : c’eft pourquoi il fallait imaginer quelque moyen pour pouvoir les coudre , & que le livre s’ouvrant, laiffàt voir I’eftampe prefque comme fi elle eût été à plat : c’eft ce qu’on fait en collant ces figures fur des onglets.
- 27f. On taille une bande de papier plus ou moins fort, fuivant la force du papier fur lequel I’eftampe eft imprimée * d’une longueur égale à la hauteur de la figure , & plus ou moins large , félon qu’on a plus ou moins de figures à affembler; nous en ferons apperçevoir laraifondans un moment. On plie fa figure en deux bien quarrément, de maniéré que les bords de l’impreijion répondent bien jufteles uns aux autres, & fans s’embarraffer fi les bords de la feuille tombent exactement l’un fur l’autre, comme nous l’avons dit quand nous avons parlé de la maniéré de plier les feuilles d’impreflion. La feuill® étant pofée fur la table, de maniéré qu’011 ait devant foi le dos du pli, on plie fa bande de papier en deux parties égales, on l’ouvre, & on en fait paffer unç moitié deffous la figure, la faifant entrer plus ou moins , félon l’épaiffeur que doit avoir le volume, mais toujours faifant enforte qu’il y ait environ quatre
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- lignes de collées fur le dos de la figure. On colle cette bande avec de la colle de farine forte ; car il faut que l’union de la bande avec la figure foit exa&e. A l’égard de l’autre moitié de la bande, on ne la colle point à la figure, parce que c’eft ce qui facilite à la coufeufe de pouvoir faire entrer & fortir fon aiguille. On Fait la meme chofe à toutes les figures du volume ; enfuite on met les unes à côté des autres , fuivant l’ordre où elles doivent être : on les donne en cet état à la coufeufe , qui les coud en piquant dans le pli que forme l’onglet 5 il faut que chaque onglet foit coufu , & que les nervures & le fil foient très-forts.
- 276. Le refte de l’opération 11e diifere en rien de celle'que nous avons dit qui fe pratiquait pour tous les livres. Ces grands livres fe couvrent comme tous les autres, en veau, en bafane, en marroquin, en parchemin, en papier, &c. On ne faurait feulement trop recommander au relieur de donner delà force au dos, pour qu’il puiffe fupporter la fatigue , & en même tems de la facilité à s’ouvrir pour qu’on en puilfe jouir commodément.
- 277. On fe fert dans les bureaux de finance (39) , de grands porte-feuilles en forme de livres, compofés de feuilles blanches de grand papier, fur lef-quelles on doit écrire ; il faut donc que ces fouilles foient affemblées très-iolidement, de maniéré cependant que le livre s’ouvre très-aifément & juf-qu’au fond de la feuille : pour cela, le côté de la couture doit être plat, fans quoi on 11e pourrait que très-difficilement écrire fur,ces feuilles. Cette forte de reliure , qui s’appelle reliure de Lyon , eft permife aux marchands papetiers, concurremment avec les relieurs ; mais ordinairement ces derniers ne la font pas ; encore les maîtres papetiers ne la font-ils pas tous , elle n’eft guere pratiquée que par ceux qui ont la fourniture de quelques grands bureaux. Cette reliure eft , à bien des égards , femblable à celle qui fe fait ordinairement chez les relieurs. L’affemblage , la couture, la rognure , la tranche-filure , font communes à l’une & à l’autre. Il y a cependant quelques différences que nous allons faire appercevoir : i°. les nervures fe font de deux ficelles 5 29. entre chaque nervure on a foin de faire une chaînette pareille à celle qui fe fait en tête & en queue. Comme ces livres font plus expofés à fatiguer que d’autres, on a befoin de donner plus de foutien aux feuilles par ces doubles nerfs & ces chaînettes intermédiaires; c’eft aufïî pour cette raifon qu’on a foin de tenir les tranche-files plus fortes que dans un livre ordinaire. Quand les feuilles fontainfi coufues & affemblées , on les couvre.
- 278- La couverture de ces porte-feuilles fe fait avec de forts cartons revêtus de parchemin ou de vélin blanc ou verd, ou de peau de mouton teinte en verd ou en bleu, quelquefois même de bafane paffée en veau,
- ($9) Aulïi bien que dans les comptoirs des négocians.
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- & enrichis d’ornemens faits avec les fers à dorer. Cette couverture efl; en trois pièces ; favoir , deux pour chaque plat, & une troifieme qui doit faire le dos. Ces trois cartons font coupés bien quarrément & bien droit, prenant foin qu’il n’y ait aucune bavochure à l’endroit où la pointe a coupé. On pofe un de fes cartons fur une table près de l’autre , de maniéré qu’il ne s’en faille que de quelques lignes qu’ils fe touchent, pour laiiîer le jeu au mouvement de charnière : on colle fur chacune des deux faces extérieure & intérieure, de fortes bandes de parchemin ; mais celle de la face extérieure fe colle à plat, au lieu que celle de la face intérieure doit être enfoncée de maniéré qu’elle touche la bande de la face extérieure : ce qui fe fait en enfonçant, avec un poinçon arrondi par le bout, la bande intérieure , par le petit canal ou gouttière qui donne au plat le mouvement de charnière néceffaire. Le carton doit être revêtu avant que de l’appliquer fur les feuilles qu’on y veut enfermer ; il faut feulement avoir eu foin de tracer fur le dos & fur le plat, les lignes qui doivent circonfcrite les pattes ou bandes. Quand on fait des enjolivemens au fer, on n’en met point aux endroits qui doivent être couverts par ces pattes.
- 279. Les bandes ou pattes font des morceaux de marroquin ou autre peau, que l’on coupe de largeur proportionnée au nombre qu’on en veut mettre relativement à la groiïèur du livre ; ce nombre n’excede pas quatre pour les plus gros , & n’eft pas moindre de trois pour les plus petits. A l’égard de la longueur , elle efl; toujours telle qu’elle occupe la moitié du plat de la couverture. On colle cette peau fur une bande de fort papier grand aigle ,pour lui donner plus de fermeté, & par conféquent plus de foutien au livre, & empêcher en outre que la bande ne fe recroqueville.
- 280. On pofe ces pattes fur le carton, & on les y alfujettit fur le dos êc fur le plat avec un fil & une bande j on marque avec un compas les endroits où feront les trous qui ferviront à palfementer les pattes, comme nous l’expliquerons dans la fuite. Ces trous font à environ trois quarts de pouce de diftance les uns des autres; on les commence à l’emporte-piece fur le carton, de maniéré que l’on perce du même coup , & la patte & partie du carton. Il vaudrait mieux encore ne fe fervir que du poinçon, pour former ces trous ; car comme il faut que le cordonnet remplilfe jufte lé trou, & que même il faut battre un peu le carton fur le plat pour remplir un peu le vuide , il pourrait arriver que le cordonnet jouerait trop , & ne remplirait pas le trou quand il efl; fait à l’emporte-piece. O11 met fur ces pattes des numéros qui font répétés fur le carton, & on enleve les pattes pour finir le trou. A l’égard du carton, on le perce du dehors au dedans avec un fort poinçon, & on a foin de lever avec le couteau à parer, les bavochures^qrrffe^trouvent en dedans du carton. Toute cette préparation étant faite , il s’agit de mettre le livre dans le
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- porte-feuille, pour l’y aflfujettir. On prend des tirets de parchemin , fembla-bles à ceux dont on fefertpour aifembler des pièces & adles de procédures , mais beaucoup plus forts encore ; on fait paffer ces tirets entre les cahiers & le nerf du milieu de fon livre : on paife autant de tirets qu’il y a de nervures i ainfi dans un livre de moyenne grolfeur, il y aurait quatre tirets : pour donner plus de foliditéà fon livre , il eft indifpenfable de mettre de pareils tirets vers le milieu. Quand ces trois tirets font pofés , fi le dos du livre a un peu d’épaiifeur, on peut en mettre de faux , qui n’entrent point entre les feuillets , & qui font feulement patfés dans les trous du carton : ces faux tirets, places entre celui du milieu & le troifieme,ne fervent que d’ornement fur le dos.
- 281. On préfente fon livre dans fon porte-feuille, ayant foin de le mettre bien droit, & tout de fuite on fait entrer les tirets dans les trous du carton. Quand tous les tirets font paifés, on ferme le carton ; on fait paffer les tirets à travers le carton 8c à travers les pattes; on les noue alors d’un nœud lâche , feulement pour aifujettir le livre jufqu a ce qu’il foit encartonné. Je crois que perfonne n’ignore que ces tirets fe font avec une petite bande de parchemin , de la longueur qu’on veut, & de la largeur d’environ fix lignes, qu’on hume&e légèrement d’eau ou avec la bouche, & qu’on roule avec le plat de la main fur un carton ou fur le genou.
- 282. Quelques papetierspour donner plus de folidité à leurs livres, font la pointe aux nerfs , comme nous avons dit que les relieurs faifaient ; ils font un trou de poinçon, un peu au-deflus du nerf, dans l’endroit de la couverture qui eft entre le dos 8c le plat, ce que les paptiers appellent la charnière, & les relieurs le mords ; ils font entrer la pointe de leur nerf dans ce trou , du dedans au dehors , puis ils le repalfent de dehors au dedans dans un autre trou fait fur le plat du carton ; ces deux trous doivent être exactement couverts parla patte. C’eft cette opération que les papetiers appellent encartonner. Beaucoup d’entr’eux ne la font pas, & le livre n’en eft pas moins propre ; mais il s’en faut de beaucoup qu’il foit aufli folide, fur-tout s’il eft d’une certaine épaiifeur. Cela fait, on ouvre fon carton, on met le livre dans la preiïb à rogner, pour pouvoir approcher le dos du porte-feuille le plus près qu’il eft poifible du dos du livre ; alors on défait le nœud des tirets qui n’était que commencé ; on les hume&e de nouveau avec de l’eau ou de lafalive, pour pouvoir les tourner plus aifément; on fait un double nœud que l’on tourne proprement, afin que le tiret faife une efpece de corde ; on repaife chaque bout du tiret dans les trous ; quand il eft fec, on coupe ce qui excede deffous la patte, de maniéré qu’il ne parafife pas ; on fait la même chofe de fuite dans toute la longueur du dos, tant pour les vrais tirets que pour les faux. En repaffant le tiret dans le trou de la patte , iffaut apporter beaucoup d’attention, pour ne pas arracher le côté de la patte. Il ne refte plus qu’à paffe-
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- menter les pattes fur le plat de la couverture. Cette opération, en même tems qu’elle affermit la patte fur la couverture du livre , fait auffi un ornement qui a plus ou moins de grâce , fuivant le goût de celui qui la fait.
- 283- Quand on veut paffementer , on prend du petit ruban de fil étroit, ou une laniere de peau, ou quelquefois du cordonnet de fil} le cordonnet eft toujours plus folide & plus aifé à employer que le ruban, qui fe roule » & n’a pas bonne grâce , & que la peau , qui eft fujette à fe caffer dans les mains de l’ouvrier. On en coupe la longueur qu’on juge à peu près convenable } car il faut que le même morceau ferve à paffementer toute la patte } ou fl l’on fait un nœud , il faut avoir foin qu’il fe trouve en deffous.
- 284- On met fon ruban ou fon cordonnet en double} on coupe le côté oppofé aux deux bouts : on fait entrer ces deux bouts dans le trou , par le dehorsdu carton , ou dans le trou ï de la fig. 14 , qui repréfente le deffous de la patte} ainfi les bouts a du ruban entrent par le trou c,fig. if, de la patte en deffus du carton , ou par le trou 1 de la fig. 14, qui repréfente le deffus de la patte , & pendent en dehors, pendant que les deux bouts oppofés b b, pendent en dedans : on en fait repafTer les deux bouts b b, par les trous 2 2 > fig. ! 4 s & alors les quatre bouts a a , b b^ du ruban, font en deffus delà patte, fig. 15. On prend enfuite de la petite ficelle très-mince, ou du gros fil de Bretagne retors, & on enfile à chaque bout une groffe aiguille à coudre } on amene le bout du *uban 1 a, fig. 1 î, fur le trou 4} on paffe l’aiguille dans ce trou-4, de dedans en dehors , &on la fait repaffer dans le même trou, de dehors en dedans > ce qui forme une boucle dans laquelle paffe le bout du ruban 1 a. On tire en deffous fon fil de maniéré qu’il foit caché entièrement dans le trou 4} 011 fait la même chofe du côté droit de la patte, amenant l’autre partie du ruban 1 a9 fur le trou 8- Avant de ferrer le ruban contre la patte, on fait paffer deffous , le bout 2 b de la gauche, qui doit être porté fur le trou 9 , & qu’on doit ferrer de même que le précédent} on amene le ruban 2 b de la droite fur le trou f delà gauche, faifant paffer ce ruban par-deffus 1 8s & deffous 2 b } & ainfi des autres jufqu’à la fin. On peut prendre une idée plus claire de l’arrangement de ces paffemens entr’eux, en confultantla fig. 14. Quand on eft arrivé au bout de la patte, 011 ne croife plus les fils, mais on fait paffer le bout 1 dans celui 2'} on les arrête , & on les coupe en deffous , laiffant un petit bout qui fe colle fur le carton } 011 paffe un peu de colle en dedans du carton fur les trous & fur les cordonnets , pour les arrêter, remplir les trous & abattre les bavures} enfuite on bat un peu le carton, afin que le paffement 11e paraiffe point au travers des gardes : 011 colle même une bande de papier deffus. Il 11e refte plus qu’à mettre les cordons & à coller en dedans du carton, des feuillês de papier qu’on appelle gardes , en obfervant de les faire bien entrer dans la charnière, ïl eft à propos de féparer en deux la première de ces gardes, laquelle étant collée, on abattra le porte-feuille pour que la partie qui eft du côté de la
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- tranche, fe colle à la diftance qui convient du bord, & tout de fuite on en colle une autre par-delfus,
- 28V* Nous n’entreprendrons point de parler ici fur l’antiquité de l’imprimerie à la Chine , ni de la maniéré dont cet art s’y pratique, qui eft très-diiférente de celle d’Europe ; il nous fuffira de dire que, quand on veut faire imprimer un ouvrage, on le fait tranfçrire par un bon écrivain fur du papier fin & tranfparent. Le graveur colle chaque feuille fur une planche de bois de pommier, de poirier , ou de quelqu’autre bois dur &bien poli5 & avec un burin il fuit les traits de l’écriture , & taille en épargne les caraderes, abat* tant tout le bois fur lequel il n’y a rien de tracé , ce qui fait autant de plan-, çhes différentes qu’il y a de pages à imprimer. Pour tirer cette impreflîon , on pofe fa planche de niveau d’une maniéré ftable ; on la frotte avec une brofle dure trempée dans l’encre, & on fait couler fur le papier pofé fur la planche, une autre brode oJblongue & plus douce que la première, preifant plus ou moins, félon qu’il y a plus ou moins d’encre fur la planche, & palfant la broife fur toute la feuille à plulieurs fois. Cette forte d’impreflîon va très-vite : on prétend qu’un ouvrier , fans fe fatiguer, peut tirer près de dix mille feuilles par jour,
- 286'. Les Chinois écrivent & impriment leurs livres de droite à gauche & du haut en bas : ils commencent où nous finilfoiisles nôtres ; c’eft-à-dire, que notre derniere page eft, pour eux , la première. Leur papier eft fi mince & fi tranfparent, qu’il ne pourrait fo'uiFrir une double imprefiion , fans que les caraderes fe confondiîfent : aulfi chaque feuillet n’eft imprimé que d’ui} côté, & eft plié de maniéré qu’on met le côté blanc en dedans * & le côté imprimé en dehors ; ainfi chacun defdits feuillets eft double. Cependant lç papier eft fi mince , qu’on a peine à s’en appercevoir : un trait noir indique l’endroit où les feuilles doivent être pliées, & fert de réglet comme les trous que font les pointures aux feuilles que nous imprimons , pour les plier égale» ment , afin que les pages fe répondent. Ce réglet eft enrichi d’oqiemens ou de caraderes , du côté qui doit former la tranche du livre ; de maniéré que tous les feuillets étant pliés, & le livre coufu & fermé , fa tranche paraît au doigt & à l’œil auifi vive que fi elle avait été rognée ; & l’ornement qui fépare chacune des pages, y forme une variété très-agréable. Toutes les feuilles étant ainfi pliées, on les met les unes fur les autres, le repli qui forme la tram? ehe, en dehors, & l’ouverture du côté qui fera le dos. Ces feuilles ne fon£ rognées que par la tranche du haut du livre, qui eft à la tète, & par la tram* che du bas qui lui eft oppofée. Nous ne favons point comment ils les rognent^' ni quelle prelfe ils emploient, mais il eft aifé de s’imaginer qu’ils fayent les alfujettir de maniéré qu’elles ne puifTent fe déranger, de même que nou£ Je yoyons faire chez les papetiers qui veulent rogner des mains de papjer,
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- ART DU R~E L I EU R.
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- 287. Les Chinois couvrent leurs livres d’un carton gris afTez propre , ou d’une efpece de papier lifle , fort, de couleur jaune, d’un Latin fin, ou d’un petit taffetas à fleurs, qui eft propre & ne coûte pas beaucoup. Il y a auffi des livres couverts d’un brocard rouge ferné de fleurs d’or & d’argent.
- 288. Les feuilles étant aiïemblées & rognées, ils les coufent ordinairement avec une bonne foie torfe de couleur, mife en double aux points bb^cc^dd^ee, fig. 16, pi. //, ayant foin que la foie occupe toute la longueur du livre de a. en f ; de là elle paffe en gy pour revenir embrafler l’autre côté du livre. Les deux extrémités haut & bas EE du livre , font couvertes d’un petit morceau d’étoffe de foie ou autre ; le refte de la couverture H elt, comme nous l’avons dit, couvert en p&pier ou carton mince. Quand 011 veut faire une reliure un peu plus reçherchée , telle qu’aux livres qui font couverts d’étoffe ou de brocard, 011 faié aux extrémités du haut & du bas , une double couture, qui donne encore plus de foutien à cette partie qui fait le dos du livre. La partie III, elt couverte d’un papier ou carton jaune, & quelquefois doré. On colle ordinairement fur un-coin de la couverture , une petite bande de papier, fur laquelle elt écrit ou imprimé le titre du livre.
- 289- Quoique cette maniéré de relier foit fort différente de la nôtre, & qu’elle lui foit inférieure, elle ne laiffe pas d’avoir fon agrément & fa propreté : elle elt même très-folide, puifque, comme l’on voit , chaque cahier elt pris dans la couture de toute la partie I I ; & comme la couverture de ces livres a de lafoupleffe & de la flexibilité , cela fait qu’ils s’ouvrent aflez facilement, & fe tiennent ouverts fur une table.
- 29c. Il faut cependant convenir que cette foupleffe de la couverture rendrait ces livres fort incommodes à placer fur les tablettes des bibliothèques, en la maniéré que nous y pofons les nôtres ; mais aulli les Chinois mettent leurs livres dans des efpeces de boîtes de carton , affez femblables à celles qui fervent dans les bureaux pour mettre des papiers. Le deflus de ces boîtes fe leve au moyen d’une charnière, & le devant s’abaiffe par un pareil mouvement de charnière, pour pouvoir en tirer le livre. Les volumes qui traitent d’un même fujet font tous enfermés dans une boîte. Elles peuvent fe placer de même que nos livres ; le côté porte une étiquette en caraéteres chinois, fur laquelle on écrit ce que contiennent les livres qui font dedans ; le deffus & les côtés de ces cartons font couverts d’une petite étoffe ou brocard, qui eft ordinairement d’aflez bon goût. Sur le plat de la boîte, on colla une petite bande d de papier, fur laquelle font le nom & Padreffe du marchand.
- 291. A l’égard des livres de figures, d’eftampes ou de defîins, on le? colle fur des cartons qui s’aflemblent au bout les uns des autres , & fe replient les uns fur les autres en forme de paravent. On développe ainfi toutes fes feuilles jufqu’à la derniere, & on ferme cette efpece de livres en les repliant
- toutes
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- ART DU RELIEUR.
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- toutes lej? unes furies autres jufqu’àla derniere, dont l’envers eft couvert d’une étoffe femblable à celle du deifus de la boîte : les bordures du defliti & de l’explication font encadrées par des bandes de la même étoffe. Quand' le ddîîn eft plié, on rabat la partie fupérieure de la boite fur l’inférieure, & on ferme la boîte au moyen de deux anneaux de cuir attachés au-devant, dans lefquels on fait entrer un peu à force des chevilles d’ivoire. Ces chevilles tiennent au couvercle de la boîte par de petites lanières de peau > deifus ce couvercle il y a une étiquette qui indique, ou l’adreffe du marchand, ou ce que contient la boîte.
- 292. M. Capperonnier, garde des livres de la bibliothèque du roi , a bien voulu me communiquer quelques livres turcs. Leur reliure, qui relfemble alfez à la nôtre quant à la couture & la tranche-filure, eft fort différente par la maniéré dont le dos eft fait, ainiî que leur couverture. Le dos eft à pans, au lieu d’ètre rond ou plat comme dans nos livres ; les deux pans font un peu creufés en-dehors en forme de gouttière. Un des côtés de la couverture eft prolongé, & fe plie de maniéré qu’il peut embraifer la gouttière, & la partie antérieure fe rabat fur le côté comme la patte d’un habit fur la poche, ou encore mieux, comme on voit à certains porte-feuilles de poches, qui fe ferment à clefj quelquefois même cette patte fe loge entre le côté de la couverture & les feuillets. La couverture eft enrichie d’orne-mens pouffés avec le fer à dorer. Quelquefois ils font dorés comme les dentelles que nous mettons fur certains livres, mais le plus fouvent iis ne font faits qu’au fer chaud.
- «---- 'SSf .........»
- CHAPITRE VIL
- Maniéré de laver les feuilles, de les rigler & de les parfumer.
- 299. On ne lave point ordinairement les feuilles avant que de les coudre.* mais quand on veut donner à un livre toute la propreté & toute la recherche poffibles, on fait cette opération, qui contribue même à donner plus de fermeté aux feuilles , & à les rendre d’un plus grand fervice. On le fait encore aux vieux livres qu’on veut relier à neuf, & de deifus les feuilles defquels on veut faire dilparaître les taches. Alors on défaifemble les cahiers , & on les met tremper dans un baquet plein d’eau- claire, dans laquelle on fait ditfoudre de l’alun , les y laijfant le tems nécelfaire pour les blanchir & nettoyerj enfuite on retire ces cahiers de l’eau, & on les étend fur des cordes pour qu’ils fechent. Nous n’indiquons point la quantité d’alun qu’011 met dans l’eau, paroe qu’on eu met plus ou moins , fuivant la grolfeur du Tome VIII. LUI .. -
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- A R T J) U RELIEU R.
- «34
- livre ou la quantité de volumes qu’on veut laver. Mais quand on lave les feuilles en blanc , ou avant que le livre ait été relié , pour les rendre plus blanches & les affermir, on met fur cinq pintes d’eau ordinaire, un quarteron d’alun de Rome, & un demi-quarteron de colle de Flandres. On faitbouillir pendant l’efpace de trois heures environ, jufqu’à ce que le tout foit réduit à moins de moitié, après quoi on paffe la liqueur dans un linge bien blanc, afin qu’il ny relie aucune ordure qui puiffe falir les feuilles j puis on la jete dans un baquet avec trois ou quatre féaux d’eau.
- 294. Lorsque cette eau eft ainfi préparée, on prend des feuilles pliées en deux ; on les tient de la main gauche , & de la droite qu’on trempe dans fôn eau d’alun , on afperge les feuilles, les élevant par le bout qui eft dans la main , afin que l’eau coule fur la fuperficie de la feuille i on les reprend enfuite par l’endroit qui était en-bas j on jette de l’eau deffus comme la première fois 5 puis les prenant à deux mains, 011 les plonge toutes enfemble dans le baquet, les retirant promptement. On commence à mouiller avec la main, afin que l’humidité fe communiquant fur toute la furface des feuilles, elles prennent plus aifément autant d’eau qu’il leur en faut dans le tremperaient} ce qui ne fe ferait jamais fi également, fi l’on ne prenait cette précaution.
- 295. Quand on lave des in-dou^e ,011 plie les feuilles par l’endroit de la bande qui fe coupe, afin qu’en les mettant fur les étendoirs, la partie blanche de la feuille fe trouve appuyée fur les cordes, & non pas l’imprimé, ce qui pourrait faire marquer la feuille. Les feuilles étant ainfi mouillées , on les met d’abord en preffe, afin d’exprimer toute l’eau, & qu’elles fechent plus tôt fur les cordes où 011 les pofe.
- 296. La preffe dans laquelle on met les feuilles mouillées, eft compofée feulement de deux ais de bois de chêne , qu’on ferre par le moyen de deux vis de bois qui paffent à leurs deux bouts oppofés,
- 297. Ce que nous venons de dire a beaucoup de rapport avec une méthode qui eft en ufage en Allemagne, pour donner de la eonfiftance aux papiers fur bfquels la plupart des livres font imprimés dans ce pays. Ces papiers font fi mauvais & fi fluans, qu’ils 11e pourraient fouffrir le marteau fans fe rompre , & fans que l’impreftion fe maculât encore davantage qu’elle l’eft. Mais les relieurs favent donner à leurs papiers un apprêt convenable. Je vais rapporter la méthode qu’ils pratiquent, telle qu’elle m’a été communiquée de Strasbourg, par JVI. de Regemorte, ancien premier commis de la guerre, qui a bien voulu faire les recherches néceffaires chez les gens de l’art.
- 298- Cette méthode confifte à faire une eau de colle, compofée de trois quarterons de bonne colle de Cologne, diffoute dans vingt-quatre pintes d’eau , en la faifant bouillir un peu fur le feu. Quand elle eft retirée , on y jete un quarteron d’alun, & on fait paffer le tout à travers une étamine , dans un vafe de grandeur convenable : l’alwn peut être placé dans ce vafe fens avoir été mêlé avec feau de colle.
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- ART DU RELIEUR.
- $3'î
- 299* Quand cette colle eft préparée, on plie les feuilles une à une en deux ou in-folio, & on les pofe les unes fur les autres. Le colleur en prend quatre , cinq ou fix par les deux extrémités du pli, & les fait palfer dans l’eau de colle , entretenue à un degré de chaleur qui permette d’y tenir la main : il les laide égoutter, & les pofe fur une planche inclinée au baquet, enforte que la colle fuperflue y retombe. Quand toutes les feuilles ont pafle à la colle, on les fépare pour les fufpendre une à une fur des cordes de crin, où on les îaiflè fécher avec la précaution de ne pas les expofer au foleil dans la belle faifon* ni de les tenir dans un appartement trop échauffé en hiver. Avant de fufpendre ces feuilles, on les met en preife , pour achever d’en exprimer la colle.
- 3O0. Les livres qu’on lave font ordinairement réglés ; c’eft-à-dire , qu’on trace en tète, en queue & fur la marge, des ligues rouges qui enferment l’imprimé & forment une elpece de cadre alfez agréable à la vue. Ces lignes fe tracent avec une couleur rouge, qui eft la même que celle dont on fe fert pour faire la marbrure en écaille , excepté qu’on ajoute à lia décodion la valeur d’un demi-feptier de vin rouge, & une cuillerée de vinaigre. Le titre courant qu’on met au haut des pages, eft entouré d’une double ligne ; quand le livre eft imprimé à deux colonnes, 011 tire une ligne entre chaque colonne-
- 30r. On fe fert, pour tracer ces lignes, d’une réglé de bois ordinaire, & d’un réglée de cuivre ; la réglé eft la même qui fert aux deflinateurs. A l’égard du réglet , c’eft un petit morceau de cuivre jaune plié en deux, dont le côté qui réglé forme la rainure , & qui eft attaché par le milieu d’un de ces côtés, à un morceau de bois delà longueur d’un manche de canif, de forme & de groifeur arbitraires, félon que chacun trouve plus commode.
- 302. Enfin , quand on defire que le livre foit parfumé, on emploie du mufe; les autres odeurs font moins en uiàge, parce qu’on a beaucoup de peine à les faire prendre, & que quand même on y parviendrait, elles ne durent que très-peu de tems.
- 303. Il n’y a que peu de perfonnes qui aient cette recherche pour leurs livres ; mais il n’y a rien de li aifé que de leur donner du parfum. Il ne faut que prendre une petite quantité, comme trois ou quatre grains de mufe, qu’011 met dans de l’eau de fleur d’orange, où l’on proportionne les dofes d’eau & de mufe à la quantité de feuilles qu’on veut parfumer. On délaie le mufe & l’eau dans un mortier avec un pilon ou même avec les doigts.
- 304. Cette préparation qui eft bien fimple , étant faite , on prend une petite éponge qu’on trempe dans cette liqueur j 011 la pafle fur les deux côtés de chaque feuille, qu’on ôteàmefure, & qu’on étend fur des cordes pour les faire fécher. Il faut avoir foin que l’éponge pafle fur toute la fuper-fàcie des feuilles: autrement le parfum jauniflant toujours un peu, il fe trouverait des endroits de la feuille qui feraient moins blanc que d’autres, se qui occalionnerait une difformité fenfible.
- lui ij
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- ART BU RELIEUR.
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- 20f. Mais il y a encore un procédé bien plus (impie pour parfumer un livre 5 il confifte à mettre dans une armoire où on enferme le livre , une fiole dans laquelle il y ait du mufc. On a vu des livres ainfi parfumés , étant en feuilles ou brochés , prendre (i bien l’odeur du mufc , que la relieure ne la leur faifait point perdre : plus on les battait, plus l’odeur fe faifait fentir, & elle fe fontenait encore long-tems après que le livre était revenu de shez le relieur. On peutaufli parfumer de même les livres déjà reliés.
- * --7-u — ... --: ^==t»
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche I.
- Figure i , O , plioir du relieur.
- Figure % , marteau du relieur, b, le manche ; c, la tête ; d, la panne.
- Figure 3 , efpece de fcie à main, appellée grecque, avec laquelle on fait des entailles au dos des livres pour loger la grecquure, ou les nerfs de ceux qui font reliés à la grecque.
- Figure 4,1e coufoir. B, la table ',1111, montans de bois qui forment les pieds de la table} m m , traverfes s nn, barre qui aflùjettit les pieds} cc, entaille qui reçoit les ficelles dddd ;rrr, nœuds par lefquels on attache aux entre:nerfs les ficelles^, qui forment les nerfs} ssss, entre- nerfs} f>o, vis de bois pofées perpendiculairement dans la table} f, le manche ou la poignée de ces vis} ee, arbre fur lequel paflent ces entre-nerfs , & qui tient les deux vis dans une fituation horizontale ; pp, quarrés percés de trous taraudés en écrou , dans lelquels paflent les vis -, qq, boutons qui terminent ces écrous } hh , templet, ou réglé de bois qui fert à fermer l’entaille ce, où pallent les ficelles} g g, les chevillettes. On voit fur la meme table, l’aiguille courbe qui fert à coudre, le peloton de fil & les cifeaux.
- Figure f , pointe à couper le carton.
- Figure 6, maniéré dont on pique les cartons, & dont on les attache avec les pointes des nerfs} abc, trous qui doivent recevoir les pointes.
- Figure 7, bouts des entre-nerfs qui fe collent en-dedans fur le carton, & forment ce qu’on appelle les gardes.
- Figures g, 9 , prefles à endoifer ; l’une eft alfemblée} dans l’autre les pièces font vues féparement. L L , M N, les jumelles } 00 0 o, les clefs qui fervent à les alfembler } m, m, m , m, les vis} M , la jumelle d’en-bas}p, la mortaife par où palfent les clefs} n , trous des vis} N, la jumelle d’en-haut \pp, mor-taifes des clefs } s s, trous des vis } Q.Q., ais à endolfer } R , livre qu’on en* dolfe } r, blanc de la vis \qq, trou par où paflfe le barreau à ferrer la vis.
- Figure io, porte-prefle. iiii J montans} kk, traverfas} h h, planches de fapin qui forment le coffre G.
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- ART DU RE L I RU R.
- <T3?
- ligure 11, poinçon à endoffer.
- Figure 12, grattoir formé comme un cifeau de menuifier, & dentPextrêmité eft armée de dents pour piquer le dos du livre, & faire mieux entrer la colle.
- Figure 13 , frottoir à former la courbure du dos.
- Figure 14, couteau à rogner. N, O, Q_, R , font les pièces qui compofent l’efpece de petite prefle, dont faifemblage fait la monture du couteau. O, jumelle de la droite, qu’on appelle le talon ; N, celle de la gauche, appellée l’écrou. On voit fur cette jumelle les deux trous/?/’, qui reçoivent les clefs Q_Q_, l’écrou q, de la vis R, & la rainure 00, qui s’emboîte dans la tringle à queue d’aronde de la grande jumelle de la preffe à rogner. Q_CL, les deux clefs j R ,1a vis qui frit marcher la lame du couteau. Sur la jumelle O de la droite, on voit les mortaifes qq des clefs Q_Q_, l’écrou rde la vis , l’entaille quarrée p , qui reçoit le talon q de la lame du couteau. Au fond de cette entaille, on voit un trou quarré qui répond à celui q du talon du couteau, dans lequel on introduit le clou à vis S, dont la tète arrête*le talon du couteau. S , clou à vis ; T, écrou de fer qui arrête fermement le couteau, contre la jumelle.
- Figure 1 f, couteau à rogner à l’allemande.
- Figure 16, racloir pour gratter la tranche.
- Figure 17, compas à couper l’or.
- Figure i§, brunijfoir fait d’agathe.
- Figure 19, dent de loup ou de chien, fervant à brunir la tranche des livres.
- • Figure 20 , livre tranche-filé. AC, tranche-file double. BD, tranche-file fimple. gh, pafle faite à l’aiguille pour alTujettir la tranche-file > n > nœud pour arrêter.
- Figure 21, noyau pour la tranche-file fimple.
- Figure 22, deux noyaux fervant à la tranche-file double, aa, gros noyau qui conferve le nom de tranche-file: b b> petit noyau appelle chapiteau.
- Figure 23 , la tranche-file double, a a, le gros noyau ; b b , le chapiteau j dd, une des aiguillées de foie ; ers a te3fécondé aiguillée qui paffe par-deffus la première d d ; q, la petite chaînette.
- Figure 24, dague à ratiffer les peaux, g, manche de bois. A l’autrë bout où voit une aiitre maniéré d’emmancher cette dague, en l’entortillant feulement d’un morceau de cuir.
- Figure 25 , maniéré de fouetter les livres.
- Figure 26, livre ferré entre deux ais F appelles membrure$> pour ètreendofiL Planche II.
- Figure I , A , couteau à couper l’or.
- Figure 2 , x > couchoir de buis.
- Figure 3 , palette à bordure.
- Figure 4, roulette à filets.
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- e2$ A R T D U R E L I E ü R.
- Figure f, livre doré avec des fers détachés , ce qui fe pratique aux in-folio & aux in-quarto, a, e> petits milieux, d, h, grands milieux \bb,gf, coins ; ci, ci, petits fers qui rempliffent les vuides d’entre les coins & les grands milieux, k k, armes.
- Figure 6, livre doré, portant une dentelle qui fe fait avec un feul fer de cette grandeur, qu’on appelle plein-or.
- Figure 7, preffe à tirer les armes.
- Figuré 8 5 fer à armoiries, vu'par-deffous pour faire appercevoir les deux tenons b b , qui entrent dans le carton.
- Figure 9, f, monture faite de pluiîeurs cartons collés l’un fur l’autre ; 1,2, les trous dans lefquels entrent les deux tenons de la# figure g.
- Figure 10, livre vu par le dos, fur les nervures duquel on a repréiènté les différentes fortes de filets qui s’y pouffent.
- Figure 11, livre vu par le côté de la tranche, a b, repréfente le bord de la tranch^du carton. Sur la tranche des feuillets on voit des deffins de dilférens goûts , qu’on exécute furies livres , qu’on appelle antiques fur tranche. On voit dans le milieu de cette tranche un cartouche, qu’on peint quelquefois en miniature.
- Figure 12, fer à polir le cuir de la couverture fur le plat en-dehors.
- Figure 13, façon de paifer la laniere de peau, pour faire la tranche-file des gros livres de chœur.
- Figures 14,1 ç, A, partie de la patte qui eft fur le plat de la couverture d’un grand livre , reliure de Lyon, vue par-deffous & collée fur un fort papier d, On y voit la maniéré de palfementer ces pattes avec des cordonnets.
- Figure 16, livre chinois relié & couvert d’étoffe de foie. On a ouvert un peu la première feuille pour faire appercevoir la maniéré dont ces livres font imprimés. A A, le côté de la tranche par où fe forme le dos du livre. B B, le côté où le livre eft plié en deux, & qui répond à celui que nous appelions la gouttière , ou la tranche. D D , marge du livre ; ff, couture qui em-braffe le livre dans fa longueur \bb ,c c , dd, autres coutures tranfverfales i F, F, doubles coutures qu’on fait en tête & en queue des livres auxquels onlveut donner plus de folidité & d’agrément; G , étoffe à fleurs, dont on fait là couverture ; 11, bande de papier qui borde le dos du livre.
- EXTRAIT des regifires de V académie royale des fciences, du 4 feptembre 1771.
- IVÏessieürs Duhamel & Pingre , qui avaient été nommés pour examinée la defeription de Van du relieur-doreur de livres, par M. Dudin, en ayant
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- ART I) ü RELIEUR. 63$
- Fait leur rapport, l’académie a jugé cet ouvrage digne de fori approbation, & detre imprimé dans la defcription des arts qu’elle donne au public j en foi de quoi j’ai iignç le préfent certificat. A Paris , le 14 mai 1773.
- GraNPJEAN DE FoüCHY , fecretaire perpétuel de £ académie royale des fciences,
- —iTT-g- .-isa - ,=-.-Tr-r . ,rr^' .».
- ÆjLMSLJE. 2D£.S CJZJl.J,I2<jRÆTS.
- h *
- ARTICLES ET
- ^Avertissement. $. i
- IntrodxJ CT ION & plan de l'ouvrage,
- CHAPITRE I. Opérations qu'il faut faire avant que de couvrir le livre en carton. 1 f
- ARTICLE I, P liment des feuilles en général. 1 $
- Méthode de plier les feuilles. 20 Du plioir, & de la maniéré de s’en fervir. 21
- Plîment de Vin folio, 23
- Pli nient de Vin-quarto, 2f
- Plîment de Vin-o&avo. 26
- Plîment de Vin-douze. 27
- Plîment de Vin-dix-huit. 32
- P liment de Vin-vingt-quatre. 3 f Plîment de Vin-vingt-quatre d’un feul cahier. 38
- Plîment de Vin-trente-deux. 40 Plîment de Vinfoixante douze. 4f Plîment de Vin-cem-vinguhuit. 47 ARTICLE II, Du collationnement des feuilles, placement des cartons & de*
- figures. 49
- Collationnement. yo
- Article III. Battre les feuilles, 58 Article IV. Grecquer.
- Article V. Delà couture 68
- Defcription du coufoir, 69
- SOMMAIRES.
- De la couture à nerfs, §. 74 De là couture à la grecque. 81 De la couture à nerfs fendus. 83 Article VI. Détortiller & époimer. 88 CHAPITRE IL Des opérations qu'on, fait au livre avant que de le couvrir en peau, ‘ po
- Article I. Du choix des cartons * 91 Maniéré dç couper les cartons ; & defcription de la pointe ou cou-* teau qui fert à les couper. 10:3
- Coupe des différens formats. 103
- Coupe pour Vin-folio, 104
- Coupe pour Vinrqtiarto, jof
- Coupe pour Vin-oSl.avQ, 3 og
- Coupe po ur V in-douze, 11 o
- Battre les cartons. ii3
- Piquer les cartons, 113
- Paifer en carton, 11 f
- Cogner les ficelles. ï 16
- Article II. De l'endojfement, 117 P a Ifer en p a r chemin, 118
- Endoffer. 124
- Defcription de la preffe à endoR fer. 126
- Coller & tremper les dos, 131
- Article III. Du rognenent. 134
- Defcription de la prefle à rognera & de fon couteau. 13 f
- Rogner. 143
- Rabaiffer ou refaire le bord de la
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- ART DU- RELIEUR
- gouttière. §. 14g
- Article IV. Des embellijfimens de la tranche. 149
- De la couleur rouge.
- De lajafpure. iyy
- De la marbrure. \
- De la dorure fur tranche. i6r Mettre les fignets. 170
- Article V. De la tranche-file. 172 Faire les mords. 177
- CHAPITRE III. De la couverture.
- 179
- De la couverture en veau & en mouton. ig2
- Préparationd?s peaux de veau. 18? Coupe du cuir. i8f
- Parure du cuir. 187
- Collage du cuir fur le carton. 190 Fouetter. 195*
- Défouetter, mettre les pièces blanches & battre les cartons. 200 De la marbrure; de la couleur qu’on met fur les couvertures.
- 20%
- Des couvertures en veau fauve.
- 2of
- De la marbrure en noir. Marbrure à l’éponge. 206
- Marbrure au pinceau. 207
- Marbrure foupe de lait. 208
- Marbrure en veau brun. 209 De la marbrure en rouge ou en écailles. 211
- Marbrure en rouge ou en écailles, faite au pinceau. 212
- Marbrure à petites écailles ou porphyre. ^ 21?
- Marbrure à l’éponge. 214
- Jeter l’eau-forte. 217
- Mettre les pièces pour les titres.
- 216
- CHAPITRE IV. Des ornemens qu'on fait à la couverture. §.217 Des préparations nécelfaires pour mettre le cuir en état de recevoir l’or. 221
- Glairer le dos & les bords. 222 Palfer l’éponge à l’huile ou à l’eau.
- 22%
- Appliquer l’or. ^ 226
- Des fers en général. 2% 1
- Maniéré de dorer avec les fers à palettes & à roulettes. 2% 7 Maniéré de dorer avec les fers en écuifons ou armes. 240
- Maniéré de faire la dorure qu’on appelle à compartiment. 244 CHAPITRE V. Des opérations qu'on fait au livre quand il eft couvert & doré. 246
- Coller les gardes* 247
- Mettre en prelfe. 249
- Glairer & polir. 276
- Tirer les fignets & cambrer. 279 CHAPITRE VI. Reliures qui font moins d’ufage. 26i
- Reliure en parchemin fimple. 262 Reliure en chagrin. 26%
- Reliure des antiphoniers. 2<58 Reliure à la grecque à dos brifé.
- 272
- De la couture des livres d’atlas & grands livres d’eftampes. 274 De la reliure de Lyon. 277
- De la reliüre des livres chinois.
- 2gf
- CHAPITRE VII. Maniéréf de laver les feuilles, de les régler & de les parfumer. 293
- Régler ou encadrer les feuilles. 300 Parfumer. 502
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- TABLE
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- 64-1
- ART DU RELIEUR.
- TABLE DES MATIERES,
- Et explication des termes employés dans Part du relieur.
- A
- A. ffiner le carton ; c’eft coller cleflus des feuilles de papier ou de parchemin » pour lui donner de la fermeté. §. 112-
- Ais : on donne ce nom à des planches de bois de hêtre très-polies, de la largeur du merrain dont fè fervent les tonneliers. Les relieurs ont plu-fieurs de ces aisj Lavoir, les ais à endoffer, 128; à preffer, 154; à rogner de devant, de derrière, 14$*; à fouetter, 19p. Les relieurs appellent auffi ais, un carton qui fert pour couvrir certains livres. 95-, 99.
- Ane , coffre de planches de Lapin , qui Lert à porter les différentes preffes. On l’appelle plus volontiers porte-prefe. 141.
- Antiquer Lur tranche; c’eft faire fur la tranche d’un livre divers orne-mens. 149, 169.
- Armes. On donne ce nom à des fers à dorer , qui fe tirent avec la preflè & qui fe mettent fur le milieu des couvertures. 2g p.
- Astérisque , petite étoile que lçs imprimeurs mettent à côté des lettres de fignature au bas des pages d’un livre, pour indiquer que ce font des cartons. f4
- B
- Basane , peau de mouton paffée au tan , que les relieurs emploient au lieu de veau à couvrir les livres. Il y en a de très-bien préparées & qui imitent allez bien le veau pour qu’on y foit trompé au premier coup-d’œil.
- . ?82.
- Batte e, en allemand Lagtiu On ap-
- Tmc FUI,
- pelle ainfi la portion des feuilles d’up livre qu’on bat Lur la pierre ; LuiVant que le livre eft plus ou moins gros, on le partage en plus ou moins de battées. f9.
- Battre, en ail. fichlagen\c’eftappla-tir les feuilles d’un livre avec un marteau, pour rendre les livres faciles à s’ouvrir : il y a des papiers difficiles à battre. Les relieurs battent les cartons quand ils font attachés au volume, pour que la peau s’applique mieux deffus. 190. Enfin on dit battre les ficelles pour en ap-platir le bout ; battre les plats du livre. p8-
- Bercer; c’eft balancer un peu de droite & de gauche les feuillets du livre, pour les faire remonter du dos vers la gouttière. 14p.
- Bord du carton; c’eft l’extrémité de la coupe du carton , tant à la tête & à la queue, qu’au côté oppofé au dos. 222,
- Bordure du carton ; c’eft la partie du carton en-dedans de la couverture, qui excede la tranche du livre, ibid.
- Boursouffler ; c’eft à peu près la même chofe que bercer. 14p.
- Brocher; c’eft, après avoir plié les ficelles d’un livre & les avoir affem-blées, les coudre enfemble à deux nerfs feulement, & les couvrir de papier bleu ou marbré fans les battre ni les couper. Ufage de la brochure. 6. Il y a des livres qui, par le peu de mérite ou la petiteffe du Volume, ont pris le nom de brochures, Les libraires vendent beaucoup M m m m
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- ART DU RELIEUR.
- €\%
- de livres brochés, parce que bien des gens veulent faire relier leurs livres à leur goût.
- Brunir. 168*
- C
- Cahier (gros) : nom qu’on donne à la partie la plus conlidérable de la feuille des in-douze, in-vingt-quatre & autres ; la plus petite s’appelle fetit cahier ou feuilleton. 27,58-
- Çambrer ; c’eft en effet donner aux plats de la couvertureune convexité extérieure dans le fens de leur longueur , pour que les bords du carton ferrent davantage les feuilles» 279.
- Camelotes, nom qu’011 donne à de petits livres d’heures ou de dévotion , qui fe vendent à bas prix. 6Z.
- Carton. O11 appelle ainfi dans les imprimeries * des feuilles qu’on imprime féparément, pour fubftituer à d’autres feuilles d’un ouvrage ,, dans lefquelles il y a des fautes trop confidétables pour pouvoir être mi-fes à l’erra ta du livre. Lés cartons, proprement dits, dont les relieurs fe fervent pour couvrir les livres , ont différens noms-, (avoir, le grand-aigle ouvert, la grande bibley Je catholicon fans barre , le petit ais fans barre, le faint- augujlin, la grande-bible ordinaire, le catholicon ordinaire, le petit ais ordinaire. <74. 91, & fuiv.
- Casser la battée, fe dit quand le batteur ne dirigeant pas bien fon marteau , des feuilles fe trouvent coupées. 61.
- Chaînette, efpece de petite boucle qu’011 fait avec le fil qui fert à coudre les cahiers fur les nerfs , en l’arrêtant dans la grecquure de la tète & de la queue.
- Chair du parchemin gu d’une peau,
- eft le côté qui touche la peau de ranimai j le côté du poil s’appelle la fleur.
- Chapiteau , petit noyau de la tranche, filure double. 176.
- Charnière, nom que les papetiers . qui font la reliure de Lyon , donnent à ce que les relieurs nomment le mords du livre. 282.
- Chasse : on dit donner de la chaffe au carton j c’eft lui donner affez de jeu pour qu’il puiffe fe mettre à volonté-au niveau de la tète ou de la queue * jufqu’à ce que le livre ait été rogné $ car après la rognure on l’affujettit fermement. 113.
- Chevillette , en allem. Queerjliffte, inftrument de cuivre qui lert à arrêter fous la table du coufoir, les ficelles qui forment les nerfs du livre , note 20.
- Coeffer la tranche file ; c’eft rabattre-deffus le cuir de la tète & de'lis queue. 194.
- Coins , fers de figure triangulaire, qui fervent pour faire des ornemens dans les angles du dos ou du plat de la couverture. 255,258.
- Collationner j c’elt parcourir toutes les feuilles d’un livre , depuis la première jufqu’à la derniere , après, qu’elles ont été pliées en cahiers pour s’affurer s’il n’en, manque point, fi elles font bien placées , en un mot G le volume eft complet, jo , note 6.
- Coller les livres imprimés fur papier fans colle, en ail. planiren, note Coller un livre à endoffer. 151.
- Comfartimens ( dorure à ) î c’eft une magnificence de dorure & de pièces de rapport en cuir de toutes fortes de couleurs & rapportées , formant des delfins & ornemens de bon goût* Elle-ne fe pratique gùere. 2.17»
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- ART DU RELIEUR.
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- Compas , infiniment de fer qui fert aux doreurs fur tranche , à coucher l’or fur la tranche. 164.
- Coudre un livre, en ail. hejften. 7f, note 21.
- Couper le carton ; c’eft en féparer un morceau en deux. 102. On dit aulli couper les cahiers, pour dire en fépa-rer la totalité en plulîeurs lots, pour n’en battre qu’une petite quantité à la fois. f9-
- CousoiR, en ail. Hejftlade, table qui porte un chaftis vertical fervanc à coudre les feuilles d’un livre, 69. Coufoirà l’allemande, 11. 20.
- Couteau à couper le carton. 102, n. 24. Couteau à rogner, en allem. Schuitthobel. 157, 11. 27. Couteau à parer. 187. Couteau à dorer. 227.
- Couture limple. 7y. Couture propice. 77. Couture commune, 78. Couture à la grecque, g 1. A nerfs fendus. 82.
- Cul ( faire du ) : on dit qu’un livre fait du cul quand il eftplus rogné vers l’ouverture que vers le dos. 144.
- D
- Dague, efpece de lame d’épée, qui 1ère aux relieurs à ratiffer leur cuir. i84*
- Défouetter , c’eft ôter les ficelles qui ferraient le livre entre les ais pour le faire fécher au feu. 200.
- Détortiller les ficelles ; c’eft en effet détordre le bout des ficelles qui forment les nerfs du livre. 88-
- Dorer fur tranche , 161. Dorer à l’allemande , note 30. A l’eau. 229. A l’huile. 225.
- Dos du parchemin. Voyez fleur.
- Douve, planche mince qui a à peu près la forme d’une douve de tonneau , fur laquelle on ratilfe le cuir. i84*
- Drapeaux, lambeaux de linge ufé, qui fervent à elfuyer le cuir qu’on a doré. 236.
- E
- Ecaille , nom qu’on donne à la couleur rouge qu’on met fur les couvertures. 212.
- Ecussons ou armes, nom qu’on donne à des fers qui fervent pour faire des ornemens fur le plat de la couverture. 231. Voyez armes.
- Encarter, fe dit quand le petit cahier ou feuilleton fe met dans le gros cahier. 27.
- Endosser , former la rondeur du dos que doit avoir un livre relié. 90,117,
- EndoJJ'erk l’allemande , n. zy.
- Entre-deux, ais de merrain qui fervent lorfqu’on endoffe un livre. I2g.
- Entrelacer, paifer un parchemin limple tout le long du dos, entre chaque nerf. 121.
- Entre nerfs : on appelle ainfi les boucles de corde, pendantes de l’arbre du coufoir, auxquelles on attache les ficelles qui doivent former les nerfs. On donne auffi ce nom à l’efpace qui eft entre chaque nerf fur le dos du üvre. 118,238*
- Epointer ; c’eft racler avec un couteau les bouts déficelles qui forment les nerfs, pour leur faire faire la pointe. 88-
- Errata, état des fautes qui fe trouvent dans un volume, & qu’on imprime à la fin pour la commodité du le&eur. 74.
- Essoré fe dit d’un livre qui commence à être prefque fec.
- F
- Fendre le carton; c’eft le couper feulement à moitié, fans détacher les deux parties l’une de l’autre. iof„
- Fers , en allem. Stempel, nom qu’on donne à des inftrumens de cuivre, qui fervent à imprimer divers orne-mens fur la couverture des livres : on leur donne différens noms, félon M m m m ij
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- ART BU RELIEUR.
- les places où ils doivent fervir;on les appelle fers à dos, écuftons, armes t &c. 217.
- Feuilleton , nom du petit cahier de la feuille in-douze & autres. 27 , 38*
- Fleur ou dos du parchemin i c’eft le côté de la peau où fe trouvait la laine ou le poil. Le côté oppofé, celui qui touche la chair de l’animal, s’appelle poil.
- Formats des livres reliés î maniéré de les diftinguer. 4, n. f.
- Fouetterj c’eft ferrer le livre couvert de cuir entre deux ais avec de fortes ficelles, pour empêcher qu’il ne s’ouvre au feu. 197.
- Frottoir, inftrument qui fert lors de l’endoifement, à frotter le dos du livre. 13 1.
- Fust , efpece de petite preffe qui porte le couteau à rogner. 157.
- G
- Gardes, en ail. Vorfetz-papir. On appelle ainfideux feuilles, l’une de papier blanc, l’autre de papier marbré ^-qu'on met à la tête avant le frontifpice du livre, & à la fin. O11 donne auffi ce nom au bout de la bande de parchemin qui forme les entre-nerfs. 6g, 119.
- Glairer i c’elt palier une couche de blanc d’œuf fur le plat de la couverture d’un livre , aux endroits qu’on veut dorer. 164.
- Godure, plis qui fe forment fur les feuilles quand elles n’ont pas été battues avec alfez de précaution. 62.
- Gouttière ; c’elt la partie des feuilles par laquelle on ouvre Ion livre , & qui elt oppoléeau dos. 14p.
- Grattoir, efpece de cileau armé de den s » qui fert à gratter le dos pour faire entrer la colle entre les cahiers.
- Grecque,^/. UJîg. 3, fcie à main
- avec laquelle on fait au dos des livres les entailles dans lefquelles 011 loge les chaînettes. 66. Ces entailles fe nomment grecqunre, & l’opération grecquer. 67.
- Jasper ; c’eft peindre la tranche ou la couverture des livres en couleur de jafpe, if4.
- L
- Lisser, fe dit quand au battement, les feuilles s’écartent l’une de l’autre & fe maculent. 61.
- Livret ou livre d’or en feuilles i c’eft en effet une efpece de petit livre, entre les feuillets duquel on met; l’or battu & réduit en feuilles. 226. M
- Maculer, en aîl. ditrchfchiejjen, eft la même chofe que lifter. Ce mot fe dit aulli quand un livre ayant été battu trop tôt après être fort! de la preffe , l’encre s’étend & fait des taches noires, yg.
- Marge (faulfe marge). On appelle ainli les feuilles d’un livre, qui, avant d’ètre rognées, defcendent moins bas que les autres, j47.
- Marque , efpece de tegle de carton , qui, lors de la couture, fert à efpa-cer également les nerfs. 70.
- Marteau du relieur. 62, pl. I, fig. 2.
- Marbrures, en ail. Marmorfchnitte, 177 , n. 295 à mouches , 1/8 ; à friions , ibid. Sablé, ibid. en ciel, ibid. à demeurer , ib. a l’éponge , 206 } au pinceau ,207 ; en loupe de lait, ib. en veau brun ,20g i en rouge ,211-
- Memekures, ais qui fervent à l’en-doif ment des livres. 128.
- Mords ; ce mot fe prend en plufieurs fens : on dit donner le mords au carton , lor{qu’on le coupe un peu en bileau. 102. Mords du livre, elt la faillie que fait le dos du livre ikr
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- ART DU RELIEUR:
- *4 T
- chaque côte du pîat. Cette faillie eft néceifaire four loger le carton. 71. 177-
- N
- Nerfs;ce font les ficelles qui font, fur le dos des livres , les petites éminences qu’on y voit, & qui portent au (fi le nom de nerfs. L’efpace compris entre deux de ces ficelles, s’appelle entre-nerfs. La reliure où fe voient ces nerfs, s’appelle reliure à nerfs ; celle où ils ne font point appareils , s’appelle reliure à la grec-
- ' 74-
- Nerfs fendus. 8f-
- O
- Onglet, petite bande de papier qu’on laiife à une feuille pour coller delfus un carton. 17.
- Ouvrage ( le grand ) ; les relieurs appellent ainfi les in-folio & les in oc-' tavo. 147.
- P
- Palettes, fers qui fervent pour dorer en appuyant, fans pouffer devant foi comme ceux à roulettes. 231.
- Parer ; c’eft diminuer Fépaiffeur des bords de la piece de cuir qui fert à couvrir un livre. 189.
- Partager le carton ; c’eft le placer de maniéré qu’il déborde également le livre en-haut & en bas. 110.
- Passer. Les relieurs fe fervent fou-vent de ce mot: ils difent pajfer en carton , pour attacher le carton aux nerfs ; pajfer en parchemin, mettre les parchemins fur le dos. 118- Paf-fer en peau, couvrir les livres de peau. Pajfer en croix, nf. Pajferen tête & en queue. 119. Pajfer double. T 22-
- Pièces blanches ;onappelie ainfi les pièces qu’on met à la couverture fur les defauts du cuir. 200.
- Pierre à battu-, 6} 5à parer, 11 <5,187.
- Pince a nerf,198.
- Piquer le carton. 113.
- Plein-or, fers à dorer qui le tirent avec la preife. 23y.
- Pliment des livres. 16 & fuiv.De l’in-’ folio. 23. De l’in-quarto. 2f. De l’in-oétavo. 26. De l’in-douze. 27. De l’in-dix-huit. 32. De l’in-vingt-quatre. 3f. de rin-trente-deux. 40. De l’in - foixante-douze. 4p. De Pincent-vingt-huit. 47.
- Plioir , en ail. Falzbein.pl. 1, fig. r« 21, a. 1 r.
- Pointe ; efpece de couteau qui fert à couper le carton. 102. On dit qu’un livre fait de la pointe, quand il eft: plus rogné vers le dos que du côte de l’ouverture. 144.
- Pointures , languettes de fer attachées par une vis aux deux côtés du tympan de la preife de l’imprimeur-
- 23.
- Porte-presse , bâti de menuiferie qui fupporte la preife à rogner. 129.
- Presse, machine de bois compolee ordinairement de deux jumelles & de deux vis. Les relieurs fe fervent de plufieurs fortes de prelfes , auxquelles ils donnent différens noms, fuivant les ufages auxquels ils les emploient: lagrandeprejfe , la pref~ Je à endojfer, à rogner, en ail. Be-J'chneide-preJfe, 135-, n. 27; à tranche-fier , 174 ; à dorer, i2f.
- R
- Rabaisser ; c’efi: couper avec la points le Carton à la hauteur convenable , .pom qti’d n’excede pas trop la traiv* che du livre. 148.
- Racloir. 163.
- Réclamé , en ail. Cujlos, terme d’imprimerie. C’eft un mot qu’on met au bas de la derniere page de chaque cahier ; ce mot eft le premier de la page qui doit commencer le cahier
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- ART D U R E 1,1 E U R.
- 44*
- fuivant. yi.
- Registrum , terme dont on fe fervait dans les anciennes imprimeries, qui revient à peu près au même fens que le mot réclame. Voyez ce mot. yo.
- Relier un livre, y.
- Relieur ; antiquité de cet art, n. 3. Communauté des relieurs en France. 7.
- Rogner un livre. 154. 142.
- Roulettes (fer à),en ail. Rolleifen.
- S
- Sabler. Les relieurs appellent dé l*o«-vrage fablé, les livres qui ne font battus & cou fus que très-légèrement. Cela ne fe fait que pour les ouvrages de peu de valeur. 62.
- Sepher , nom hébreu des livres en forme de table. 11. 4.
- Signature, terme d’imprimerie ; ce font des lettres capitales qu’on met au bas des premiers pages , & aux pages fuivantes des cahiers d’un livre. 23. a.
- Signet, petit ruban de faveur qu’on place dans un livre pour pouvoir marquer l’endroit où l’on eft relié de fa leéture. 170.
- T
- Tabis , forte de gros taffetas otidé. On l’emploie quelquefois à faire des gardes dans un livre. 24?.
- Table j on donne ce nom au fommier d’en-bas de la grande preife à pref-fer. 2fo.
- Tablettes de cire, fur lefquelles on écrivait, n. r.
- Templet ou temploir i c’eft une petite tringle de bois qu’on pôle dans l’en-
- taille de la table du coufoir, pour retenir les chevillettes contre la table , & alfujettir les ficelles qui forment les nerfs. 69.
- Tranche ; c’eft l’extrémité haut & bas & oppofée au dos des feuillets d’un livre ; en un mot, les trois côtés par où il a été rogné. La tranche oppofée au dos s’appelle particuliérement gouttière, 140 & fuiv.
- Tranche-file, ornement de foie ou de fil de diverfes couleurs, qu’on met au haut & au bas d’un livre , il fert à alfujettir les cahiers. 162.172.
- Traverse , bande qu’on leve fur un carton pour éviter les faulfes coupes. 110.
- Tremper le dos d’un livre à endolfer. 131.
- Tringle. La tringle à dorer eft une ef-pece de latte qu’on met entre les feuillets & le carton d’un livre, qu’on veut dorer fur tranche. 162.
- La tringle à rabailfer eft une réglé de fer dont on fe fert quand on veut rabailfer les cartons après les avoir rognés. 148.
- Unir le cuir 5 c’eft appuyer fortement le cuir fur le carton avant que la colle foit feche, pour qu’il s’applique immédiatement fur le carton. 192.
- Veau fauve : on appelle ainli le veau fur lequel on n’a mis aucune couleur j il n’a que celle qu’il a prife à la tannerie. 2oy.
- Volumes couverts de planches, n. 4.
- Volumina, volumes , nom latin des
- . livres qui fe roulaient, lorfqu’o& écrivait fur des peaux, n. 4.
- Fin de l'art du relieur & du huitième volume.
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- Pl.m.
- F&-7-
- JiilféSculp. * J J *7*
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- Porcelaine
- Pl.i.
- JïlUét Scu/p, *77/.
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- Porcelaifie.
- Pl.m
- 1
- Fy.3.
- £iUe ScuZp, i7pt
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- P/.IK
- Po7'celam&.
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- t
- £ille' Sculf?, 1777.
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- J^Soùier de'^Üerre'.
- JPl.i.
- oy3z&/ Jculp, 2777 '
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- Potber Terres.
- PLu.
- Jculp.iyjj
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- IZ/.T
- mld
- V2JJ0T&P J22JOrT
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- ÇL^aideur de* Qoll&,
- PL
- T.
- cill» datif.177y.
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- Gjnzdûnier
- Hill&Sailp. 1777.
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- Fabrique/ dw Savon/.
- Fl.IT.
- SM
- à
- NJ
- Nï
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